BACCALAUREAT BLANC SESSION 2008 SERIE ES SCIENCES ECONOMIQUES ET SOCIALES

 DUREE DE L’EPREUVE : 4 HEURES – COEFFICIENT : 7 Dès que ce sujet vous est remis, assurez-vous qu’il est complet. Ce sujet comporte 6 pages numérotées 1/6 de à 6/6. L ’usage de la calculatrice n’est pas autorisé

Le candidat traitera au choix soit la dissertation, soit la question de synthèse.
Question de synthèse étayée par un travail préparatoire Il est demandé au candidat : 1. De conduire le travail préparatoire qui fournit des éléments devant être utilisés dans la synthèse. 2. De répondre à la question de synthèse : · Par une argumentation assortie d’une réflexion critique, répondant à la problématique donnée dans l’intitulé, · En faisant appel à ses connaissances personnelles, · En composant une introduction, un développement, une conclusion pour une longueur de l’ordre de trois pages. Ces deux parties sont d’égale importance pour la notation. Il sera tenu compte, dans la notation, de la clarté de l’expression et du soin apporté à la présentation.

THEME DU PROGRAMME : STRATIFICATION SOCIALES , INEGALITES ET MONDIALISATION I. Dossier documentaire
Document 1 : Rapport interdécile Coefficient de Taux Gini ( en % ) d’ouverture Exportations de produits Indice des termes de de haute technologie ( en l’échange en 2005 , % du PIB ) base 100 en 2000 31.8 97

Etats15.9 40.8 12.5 Unis France 9.1 32.7 26.5 20 111 Finlande 5.6 26.9 37 25.2 86 Bolivie 168.1 60.1 34.54 9.2 108 Corée du 7.8 31.6 41 32.3 77 Sud Japon 4.5 24.9 12 22.5 83 Source : Rapport du PNUD 2007 , http://hdr.undp.org/en/reports/global/hdr2007-2008/chapters/french/

Document 2 : A: L'expérience des économies dynamiques d'Asie de l'Est a, dans une certaine mesure, validé empiriquement l'hypothèse selon laquelle l'intégration au mouvement de mondialisation aide à réduire les inégalités de richesse et constitue une solution au problème du sous-développement. En effet, leur croissance a été fondée sur une politique volontariste de promotion des exportations, mais aussi, dans de nombreux cas, sur des flux importants d'investissements directs étrangers. [...] Toutefois, [...] une [des] faiblesse [s] des analyses qui tentent de mettre en évidence l'impact positif de l'ouverture commerciale sur la croissance est de ne pas pouvoir faire nettement la part des choses entre l'impact de la libéralisation commerciale et celui des autres mesures de politique économique qui y sont associés. Une question essentielle est de savoir si l'intégration à la mondialisation est en mesure d'aider tous les pays de la même manière. [...] Or, l'impact positif de la mondialisation [...] sur la croissance, et donc son rôle comme instrument de réduction des inégalités, est confirmé dans les pays à revenu élevé et intermédiaire, mais pas dans les pays à faible revenu. Source : Françoise Nicolas, « Mondialisation et inégalités Nord-Sud », Les Cahiers français n° 305, © La documentation française, novembre-décembre 2001. B: indice de gini

1970 1974 1978 1982 1986 1990 1994 1998 Courbe 1 : inégalité monde (chine compris) Courbe 2 inégalités monde sans la chine Courbe 3 inégalités entre pays Source : Isabelle Bensidoun, « Les inégalités dans le monde », Écoflashn° 195. © CNDP, février 2005. Document 3 : L'ouverture n'est pas la garantie absolue d'un développement rapide et durable. Pire, pour certains PVD, elle peut s'avérer néfaste les PVD bien dotés en ressources naturelles [...]. Une telle spécialisation [...] rend vulnérable les PVD aux variations imprévisibles et parfois brutales des cours sur les marchés de matières premières. L'évolution des termes de l'échange peut s'avérer très défavorable à ces pays par rapport aux pays du Nord. Cela équivaut à dire que les gains du commerce seraient largement accaparés par le Nord au détriment du Sud. L'échange devient donc inégal, comme souligné en son temps par A. Emmanuel. Au niveau empirique, on constate effectivement une tendance à la dégradation des termes de l'échange pour les PVD. Les recettes d'exportation (sur les produits primaires) se réduisant en valeur (ou n'augmentant pas suffisamment) face aux prix croissants des importations des biens et services du Nord.

Source : Jean-Marie Cardebat, « L'ouverture : moteur du développement ? », Écoflash n° 172, © CNDP, novembre 2002. Document 4 : Selon ces études, l’inégalité entre les revenus a fortement baissé au sein de tous les pays considérés, durant la première moitié du XXe siècle. Ainsi, en France et aux États-Unis, le pour cent le plus riche de la population gagnait près de 20% de la masse totale des revenus du pays au début du siècle précédent; jusqu’à la fin des années 70, ce rapport avait fondu jusqu’à environ 8%.(…) Cependant plusieurs études montrent en effet une augmentation de l’inégalité des revenus, tout d’abord aux États-Unis et en Grande-Bretagne, mais un peu plus tard également en Australie, en France, au Japon, aux Pays-Bas, en Norvège et en Suède. De récentes études indiquent également des tendances comparables dans les PED, par exemple en Inde, où la quote-part des revenus les plus élevés a décru depuis le début du XXe siècle jusqu’aux années quatre-vingt, pour augmenter de nouveau fortement durant les deux décennies suivantes. C’est la raison pour laquelle les auteurs scientifiques parlent d’une «courbe en U», ce qui signifie que les inégalités dans la répartition des revenus des pays industrialisés et de certains PED, après avoir continuellement diminué depuis 1945, augmentent de nouveau depuis la fin des années 70 ou le début des années quatre-vingt. Si l’on observe l’évolution de la répartition des revenus à l’échelle internationale, on constate que, depuis le début du XIXe siècle, la signification relative de l’inégalité a évolué: tandis qu’elle était manifeste au sein même des pays à l’époque, on observe actuellement surtout des différences entre les nations. Au début du XIXe siècle, les différences de revenu à l’échelle mondiale étaient surtout dues à des inégalités au sein des pays. L’industrialisation a ensuite fortement accentué l’inégalité entre les pays, et ce, jusque dans la seconde moitié du XXe siècle. Durant les deux dernières décennies de celui-ci, cette inégalité a diminué (un phénomène surtout dû au développement de la Chine et de l’Inde) alors que, dans le même temps, elle augmentait de nouveau au sein même des pays. Au début du XXIe siècle, l’inégalité entre les revenus à l’échelle mondiale provient à quelque 60% des différentes inégalités internationales et à 40% environ de celles existant au sein des pays. Source :http://www.estv.admin.ch/f/dokumentation/publikationen/dok/arbeitspapiere/04f_baur.pdf

II. Travail préparatoire
1. Donnez le mode de lecture et de calcul des chiffres en gras ( doc 1) (1 point) 2. Observez-vous une relation systématique entre les indicateurs d’ouverture et d’inégalité (document 1) (1 point) 3. La phrase soulignée dans le document 2A est-elle vérifiée dans le graphique 2B ? (document 2) (1,5 points) 4. L’auteur considère t’il que la mondialisation est le seul facteur contribuant à la réduction des inégalités ? (document 2) ( 1,5 points) 5. Comment l’auteur du document 3 justifie t’il l’affirmation opérée dans la première phrase soulignée (document 3) ( 1,5 points) 6. Quelle analyse le passage souligné critique t’il (document 4) (2 points) 7. Les inégalités internes et internationales évoluent-elles systématiquement dans le même sens ? Expliquez ( document4) ( 1,5 points)

III. Question de synthèse
Après avoir constaté puis expliqué comment l’ouverture contribue à la réduction des inégalités , vous relativiserez

Dissertation appuyée sur un dossier documentaire
Il est demandé au candidat : - de répondre à une argumentation posée explicitement ou implicitement dans le sujet ; - de construire une argumentation à partir d'une problématique qu'il devra élaborer ; - de mobiliser des connaissances et des informations pertinentes pour traiter le sujet, notamment celles figurant dans le dossier ; - de rédiger en utilisant le vocabulaire économique et social spécifique et approprié à la question, en organisant le développement sous la forme d'un plan cohérent qui ménage l'équilibre des parties. Il sera tenu compte dans la notation de la clarté de l'expression et du soin apporté à la présentation. THEME : travail et emploi et mondialisation

SUJET DANS UN CONTEXTE DE MONDIALISATION ACCELEREE CONSIDEREZ VOUS QUE LA BAISSE DU COUT DU TRAVAIL SOIT UNE NECESSITE POUR CREER DES EMPLOIS?

DOCUMENT 1 Avec la persistance d'un chômage et d'un sous-emploi massifs, l'idée s'est peu à peu installée que le niveau du coût de la main-d'œuvre pouvait être un frein à l'emploi. Les gouvernements successifs ont alors mis en place différents dispositifs. Dans un premier temps, on a assisté à l'instauration de politiques ciblées prenant la forme d'emplois aidés. Ces emplois correspondent à des statuts spécifiques et visent certaines catégories, notamment les femmes à temps partiel, les jeunes, les vieux ou les non-qualifiés. […] Dans un second temps, à partir de 1993, on a assisté à la mise en place des exonérations générales de cotisations sociales visant les bas salaires. […] Ces allégements de cotisations sociales représentent aujourd'hui environ 15 milliards d'euros et le gouvernement a annoncé son intention de porter ce montant à 21 milliards en 2006, ce qui représente l'équivalent de 40 % du produit de l'impôt sur le revenu. Source : Pierre CONCIALDI « L’impact des cotisations sociales en question. Une approche économique », Informations sociales n° 117, juin 2004. DOCUMENT 2 Emplois qualifiés et non qualifiés : croissance (1984-2002)

Source : Enquêtes Emploi, 1984, 2002 ; champs : actifs occupés. DOCUMENT 3 Trop chers les Français ? Certainement plus en tout cas que leurs collègues chinois ou indiens, et de beaucoup. Dans ces conditions, le nivellement par le bas prôné par certains peut-il encore avoir un sens ? La marge de manœuvre acceptable socialement est en réalité dérisoire au regard des écarts salariaux avec les pays pauvres. Confronté aux délocalisations chez son voisin chinois, « le Japon réussit pourtant à tirer son épingle du jeu grâce à des exportations vers la Chine de produits électroniques destinés à l'industrie », constate Philippe Askenazy, économiste, chargé de recherche au CNRS(1). «La différenciation de produits est bien la stratégie optimale : il n'est pas possible de rendre compétitifs les pays européens pour la production de biens standards, par la baisse des salaires», confirme Patrick Artus, responsable du service de la recherche de CDC(2) Ixis. Mais la spécialisation par le haut (services financiers, haute technologie) s'apparente à une course sans fin, au fur et à mesure que les pays émergents acquièrent compétences et technologies. Si l'on voulait véritablement se mettre à l'abri des délocalisations, il ne faudrait donc compter que sur la création d'emplois de proximité. Une perspective pas vraiment exaltante. Source : Antoine REVERCHON et Catherine ROLLOT, « Le coût du travail, une boîte noire à déchiffrer », Le Monde, 14 septembre 2004. (1) CNRS : Centre National de la Recherche Scientifique (2) CDC : Caisse des dépôts et consignations

DOCUMENT 4 Coût horaire, productivité horaire et taux de chômage pour quelques pays de l’OCDE Coût horaire 1985 2002 (indices) (indices) 126 144 116 125 83 100 100 100 62 69 21 27 Taux de chômage 2002 (en %) 8,2 2,8 5,1 8,9 11,3 5,0 Productivité horaire 2002 (indices) 98 103 77 100 72 49,5

Allemagne Pays-Bas Royaume-Uni France Espagne Portugal

États-Unis Japon

172 84

122 108

5,8 5,4

97 70

Champ : industrie manufacturière. Taux de chômage : source OCDE (2005), Principaux indicateurs économiques, Paris, mai. Productivité horaire : source OCDE, Schreyer Paul et Pilat Dirk, « mesurer la productivité », Revue économique de l’OCDE, n°33, 2001/2 in Problèmes économiques n°2870, p.13, 2 mars 2005.

Source : Bureau of Labor Statitics , In Problèmes Économiques n°2859 p.47, 29 septembre 2004.

DOCUMENT 5 Entre 1970 et 2000, l'économie française a détruit, chaque année, approximativement 15 % de ses postes de travail ... et en a créé 15,5 %, de manière à assurer une croissance nette de l'emploi de 0,5 % par an. [...] Pour beaucoup, la mondialisation serait la cause principale des destructions d'emplois. En outre, elle occasionnerait nettement plus de destructions que de créations d'emplois. Le raisonnement qui mène à cette conclusion est simple [...]. En substance, il peut se résumer de la façon suivante : les coûts de la main d'œuvre non qualifiée étant très faibles dans les pays émergents, nous ne pouvons pas les concurrencer sur les marchés des produits dont la fabrication exige beaucoup de main-d’œuvre de ce type. [...] Une des grandes leçons de l'étude* menée sur la France est que la mondialisation n'y occasionne pas systématiquement plus de pertes que de créations d'emplois, sur vingt ans elle apparaît plutôt neutre. De plus, ces résultats se rapportent à l'ensemble des pays avec lesquels la France entretient des relations commerciales. Dans cet ensemble, la part des échanges commerciaux avec les pays émergents est très réduite. Imputer au commerce avec ces derniers pays un rôle privilégié dans la dégradation de la situation de l'emploi ne résiste donc doublement pas à l'examen. *étude réalisée par S. Guimbert et F. Levy-Bruhl « La situation de l'emploi en France face aux échanges internationaux », Économie et prévision, n° 152-153, janvier-mars 2002, p.189-206 Source : P.C. CAHUC, A. ZYLBERGERG, « Le chômage, fatalité ou nécessité », Flammarion, 2005. DOCUMENT 6 Nombre de pactes sociaux conclus dans les années 90 n'ont pas résisté au ralentissement économique : aux Pays-Bas, souvent cités en exemple, on assiste désormais à des affrontements sociaux très durs ; en Italie, les grèves générales se succèdent ; en Allemagne, le face-à-face syndicats, patronat, gouvernement s'est nettement durci... Ces difficultés sont liées notamment au jeu non coopératif qui s'est durablement installé en Europe, et tout particulièrement sur le continent. En effet, au sein du marché commun, plus unique, il est « logique»que chaque pays cherche à limiter l'évolution de ses coûts salariaux pour améliorer sa compétitivité coût par rapport aux autres pays de la zone. Afin, en quelque sorte, de mieux exporter son chômage chez les voisins. Quand un seul pays joue à ce jeu, il est gagnant, mais quand tous s'y adonnent en même temps, tout le monde est perdant, car c'est la demande intérieure de toute la zone qui est affaiblie. Et c'est ce qui se passe en Europe depuis vingt ans. Source : Guillaume DUVAL « Un cercle vicieux qui gagne toute l’Europe »,Alternatives Économiques, p.14, n°232, janvier 2005.

ENSEIGNEMENT DE SPÉCIALITÉ
Ce sujet comporte deux documents. THÈME DU PROGRAMME : Échange international et croissance, Ricardo DOCUMENT 1 Le commerce extérieur est très profitable à un pays, puisqu’il accroît la quantité et la variété des biens dans lesquels le revenu peut être dépensé, et puisque l’abondance des marchandises et leur bas prix stimulent la réalisation d’économies et l’accumulation du capital. […] Dans un système de parfaite liberté du commerce, chaque pays consacre naturellement son capital et son travail aux emplois qui lui sont les plus avantageux. La recherche de son avantage propre s’accorde admirablement avec le bien universel. En stimulant le travail, en récompensant l’esprit d’invention, et en tirant le meilleur parti des facultés particulières de la nature, cette recherche favorise la répartition du travail la plus efficace et la plus économe ; dans le même temps, en augmentant la masse totale des productions, elle répand partout le bien-être, et réunit par le lien de l’intérêt et du commerce réciproque, les nations du monde civilisé en une société universelle. C’est ce principe qui conduit à ce que la France et le Portugal produisent du vin, que l’Amérique et la Pologne cultivent du blé, ou encore que l’Angleterre fabrique les ustensiles et les autres biens manufacturés.
David Ricardo, Des principes de l’économie politique et de l’impôt, Flammarion, 1992 (première édition 1821).

DOCUMENT 2 Indicateur de développement humain, croissance, exportations et termes de l’échange pour 4 pays Pays Etats-Unis Japon Gabon Guinée-Bissau IDH (2003) 0,944 0,943 0,635 0,348 Taux de croissance annuel moyen du PIB par habitant en volume (en %) 1990-2003 2,1 1 –0,4 –2,4 Exportations de biens et services 2003 (% du PIB) 10 12 62 30 Termes de l’échange 2002 (base 100 : 1980) 119 145 58 86

Source : PNUD, Rapport sur le développement humain 2005

Questions 1. À l’aide de vos connaissances et du document 1, vous présenterez les avantages du commerce extérieur selon Ricardo. (8 points) 2. Pourquoi, selon Ricardo, la France se spécialise-t-elle dans la production de vin, alors que l’Angleterre se spécialise dans la production d’ustensiles et autres biens manufacturés ? (document 1) (5 points) 3. Le document 2 permet-il de confirmer les avantages du commerce extérieur mis en avant par Ricardo ? (7 points)

ENSEIGNEMENT DE SPÉCIALITÉ
Ce sujet comporte un document. THÈME DU PROGRAMME : Égalisation des conditions et démocratie chez Tocqueville DOCUMENT Le fait particulier et dominant qui singularise ces siècles, c’est l’égalité des conditions ; la passion principale qui agite les hommes de ces temps-là, c’est l’amour de cette égalité. Ne demandez point quel charme singulier trouvent les hommes des âges démocratiques à vivre égaux, ni les raisons particulières qu’ils peuvent avoir de s’attacher si obstinément à l’égalité plutôt qu’aux autres biens que la société leur présente : l’égalité forme le caractère distinctif de l’époque où ils vivent ; cela seul suffit pour expliquer qu’ils la préfèrent à tout le reste. Mais, indépendamment de cette raison, il en est plusieurs autres qui, dans tous les temps, porteront habituellement les hommes à préférer l’égalité à la liberté. Si un peuple pouvait jamais parvenir à détruire ou seulement à diminuer lui-même dans son sein l’égalité qui y règne, il n’y arriverait que par de longs et pénibles efforts. Il faudrait qu’il modifiât son état social, abolît ses lois, renouvelât ses idées, changeât ses habitudes, altérât ses mœurs. Mais pour perdre la liberté politique, il suffit de ne pas la retenir, et elle s’échappe. Les hommes ne tiennent donc pas seulement à l’égalité parce qu’elle leur est chère ; ils s’y attachent encore parce qu’ils croient qu’elle doit durer toujours. Que la liberté politique puisse, dans ses excès, compromettre la tranquillité, le patrimoine, la vie des particuliers, on ne rencontre point d’hommes si bornés et si légers qui ne le découvrent. Il n’y a, au contraire, que les gens attentifs et clairvoyants qui aperçoivent les périls dont l’égalité nous menace, et d’ordinaire ils évitent de les signaler. […] Je pense que les peuples démocratiques ont un goût naturel pour la liberté ; livrés à eux-mêmes, ils la cherchent, ils l’aiment, et ils ne voient qu’avec douleur qu’on les en écarte. Mais ils ont pour l’égalité une passion ardente, insatiable, éternelle, invincible ; ils veulent l’égalité dans la liberté, et, s’ils ne peuvent l’obtenir, ils la veulent encore dans l’esclavage. Ils souffriront la pauvreté, l’asservissement, la barbarie, mais ils ne souffriront pas l’aristocratie.
Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique (1840), tome 2, Garnier-Flammarion, 1981.

Questions 1. À l’aide de vos connaissances et du document, présentez l’analyse de Tocqueville concernant l’égalité des conditions. (8 points) 2. Expliquez quelles sont, selon Tocqueville, les contradictions entre la liberté et l’égalité. (6 points) 3. Illustrez, par un exemple contemporain, « les périls dont l’égalité nous menace ». (6 points)

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