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Philippe JEANNIN

Leçons de Sciences Economiques

Université Paul Sabatier (Toulouse III) IUT de Tarbes

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Philippe JEANNIN
Professeur des Universités en Sciences Economiques Université Paul Sabatier (Toulouse III)

Leçons de Sciences Economiques
Notes de cours et de travaux dirigés de seconde année Année universitaire 2001-2002

Département Gestion des Entreprises et des Administrations (GEA) Institut Universitaire de Technologie (IUT) 1, rue Lautréamont BP 1624 65016 Tarbes Cedex France Tél : 05 62 44 42 30 Fax : 05 62 44 42 01 e mail : oxymore11@aol.com
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Publications de l’auteur
« Légitimer la recherche française en sciences économiques », Sciences de la Société, n°55, février 2002, 189-204 « Les économistes, la décision, l’urgence et le temps », Sciences de la Société, n°44, mai 1998, pp. 183192 « La Revue économique ou la modernité des économistes français (1980-1994) », chapitre VI, pp. 197229, in L. Marco, ed., « Les revues d’économie en France (1751-1994) », Paris et Montréal, L’Harmattan, 1996, 321 p. « Determining the Core of Journals of a Research Centre: the example of Researchers from the Department of Rural Economy and Sociology of the Institut National de la Recherche Agronomique, France », (en coll. avec M.-A. de Looze, R. Coronini, M. Legentil et M.-H. Magri), Scientometrics, vol. 36, n°2, 1996, pp. 167-183. « Les revues cardinales francophones et anglophones de science économique », La Revue des Revues, n°20, 1995, pp. 91-104. « Towards a Demographic Approach to Scientific Journals », (en coll. avec J. Devillard), Scientometrics, vol. 30, n°1, May 1994, pp. 83-95. « Auteurs et articles de la Revue Economique (1980-1990): une analyse comparative », Revue Economique, vol. 44, n°1, janvier 1993, pp. 117-141. « La recherche en IUT. Le cas des départements de gestion et d'administration des entreprises », en coll. avec J. Devillard, Savoir, Education-Formation, n°4, 1992, pp. 641-654. « "Economica", étude d'une grande revue économique anglaise », (en coll. avec J. Devillard), Cahiers d'Economie Politique, n°19, février 1991, pp. 167-179. « Evaluation de la recherche économique dans les grandes revues anglo-saxonnes de 1980 à 1987: méthodologie et résultats comparatifs », Social Science Information (Information sur les Sciences Sociales), vol. 28, n°4, December 1989, pp. 705-717. « "The Economic Journal": anatomie d'une revue anglaise », (en coll. avec J. Devillard), Cahiers d'Economie Politique, n°16-17, avril 1989, pp. 253-266. « Robert Musil, économiste ? », Revue d'histoire moderne et contemporaine, vol. XXXVI, janvier-mars 1989, pp. 146-152. « La maîtrise des risques politiques en commerce international », Gestion 2000, Louvain-la-Neuve, n°3, 1988, pp. 47-57. « Que publie le "Journal of Economic Literature" depuis dix ans ? », (en coll. avec J. Devillard), Revue d'Economie Politique, n°4, juillet 1988, n°15, pp. 562-570. « Le taux de change et sa prévision », La Revue du Financier, n°58, décembre 1987, pp. 23-26. « Assurance contre mutualité, une question de principe », La Revue de l'Economie Sociale, n°IX, juillet-septembre 1986, pp. 113-118.

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« L'autonomie. Ce qu'elle est. Ce qu'elle n'est pas. », Revue d'Economie Politique, n°2, mars-avril 1986, pp. 195-200.

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Préface

Le programme d’économie de seconde année a été décomposé en grands thèmes de réflexion. Chaque semaine, un thème nouveau est abordé. De sorte que se constitue au fil des semaines une sorte d’encyclopédie économique, lointaine petite sœur de celle éditée en 1990 chez Economica par Xavier Greffe, Jacques Mairesse et Jean-Louis Reiffers, et qui nous a souvent inspirée. Chaque thème fait l’objet d’un développement en cours et d’applications dans les séances de travaux dirigés. Dans notre exposé, nous insistons tout à la fois sur l’argumentation économique des diverses thèses en présence, sur la fourniture d’éléments chiffrés, historiques et factuels, sur l’évolution dynamique de l’activité économique. Après les résumés de leçons, viennent les annales des examens. Les propos qui suivent, écrits à leur intention mais volontairement allusifs, ne remplacent pas les notes des étudiants, mais les complètent. Que ceux-ci veuillent bien m’indiquer leurs souhaits, leurs remarques, leurs suggestions, leurs critiques...

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Sommaire

Première leçon : Crise de l’économie ? Deuxième leçon : Développement Troisième leçon : Croissance, fluctuations et crises Quatrième leçon : Intervention publique Cinquième leçon : Politique économique Sixième leçon : Recherche et Développement Septième leçon : Emploi et chômage Huitième leçon : Formation et qualification Neuvième leçon : Relations de travail Dixième leçon : Population et migration Onzième leçon : Politique des revenus et de la répartition Douzième leçon : Patrimoine et revenus Treizième leçon : Consommation et modes de vie Quatorzième leçon : Energie Quinzième leçon : Protection sociale Seizième leçon : Financement de l’économie Dix-septième leçon : Europe Dix-huitième leçon : Environnement et biosphère Dix-neuvième leçon : Services Vingtième leçon : Aménagement du territoire Vingt-et-unième leçon : Conjoncture

Annales d’examen Table des matières
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10 septembre 2001

Première leçon

Crise de l’économie ?

« Et ce qui nous récompensait de nos peines au centuple, c’était la claire conscience que mesure et loi ont à jamais leur séjour dans le hasard et les désordres de cette terre. » Ernst Jünger, « Sur les falaises de marbre »

Dans notre environnement économique, qui nous semble complexe et confus, l’économie, comme l’Europe, fait figure d’accusée : c’est la dure loi du marché qui impose de licencier, de privatiser... On confond ainsi certains résultats théoriques avec l’économie réelle. Notre langue, le français, ne nous aide guère, puisque l’économie, c’est à la fois la discipline académique (en anglais : « economics ») et un secteur du social (« economy ») (cf. J.P. Dupuy, 1995, p. 4). Pourtant, l’examen des méthodes des sciences économiques s’ouvre sur une vision pluraliste de cette discipline (cf. P. Jeannin, 1998). 1. Question de méthodes Les conceptions épistémologiques des sciences physiques ne sont que peu transposables aux sciences économiques. Celles-ci permettent à diverses approches de coexister, parce que la plupart des concepts économiques n’ont pas de définition précise, que de nombreux phénomènes sont circulaires, que les « lois économiques » ne sont valables que pour des périodes très brèves, et que certaines prophéties sont auto-réalisatrices tandis que d’autres sont contraréalisatrices. On oppose souvent l’individualisme méthodologique au holisme : n L’individualisme méthodologique se propose d’expliquer les phénomènes
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économiques et sociaux à partir des comportements individuels. Tandis que le holisme prend pour point de départ la totalité (une société donnée) pour étudier comment s’y insèrent les décisions des parties (B. Guerrien, 1996, pp. 241 & 253). La microéconomie repose sur la première méthode, la macroéconomie sur la seconde. n Mais aucune de ces deux méthodes ne sont pleinement satisfaisantes pour l’économiste, car elles sont partielles. Plus largement, chaque approche, ricardienne, économétrique, marxiste, régulationniste... comporte des avantages et des inconvénients. L’économiste, modestement, usera donc de la méthode qu’il juge la mieux adaptée au problème qu’il étudie. D’autant que cette jeune discipline (deux siècles environ) connaît des progrès considérables (G. G. Granger, p. 4). 2. Une économie retrouvée La concurrence réelle absolue ne saurait être assimilée à la concurrence parfaite de la théorie pure. Cette confusion est fréquente. Dans tout discours économique, on trouve à la fois du positif et du normatif. Et le père de l’économie politique, Adam Smith, est aussi le père du libéralisme... Pour s’extraire de cette confusion, il faut dépasser la définition réductrice de la rationalité. Traditionnellement, en économie, est rationnel tout comportement qui résulte d’un calcul : « la rationalité individuelle, dans la théorie économique dominante, consiste à définir l’individu comme un maximisateur d’utilité espérée et l’entreprise comme un maximisateur de profit, cette maximisation se faisant dans les deux cas sous contrainte de budget » (C. Mouchot, 1996, p. 255). Cette rationalité économique n’est pas réaliste : elle est seulement conduite en termes monétaires. Elle éblouit pourtant l’économiste, cette rationalité, qu’on pourrait appeler rationalité-calcul. Peutêtre parce qu’il est attiré, comme les héros de Jünger, par la découverte de lois, de classifications cartésiennes, de critères simples... Mais, par exemple, dans l’organisation, la maximisation du profit est loin d’être le seul objectif poursuivi ! Les concepts économiques, alors, s’élargissent et se renouvellent. Et des ponts peuvent être construits entre les théorisations abstraites et le monde réel des affaires. L’économicité n’est plus « la boite vide du maximum de résultats avec le minimum de coûts, mais la recherche pleine de la satisfaction la plus élevée possible des besoins et des aspirations des
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hommes » (H. Bartoli, 1991, p. 414). Cette conception permet de retrouver les sources éthiques des sciences économiques (A. Sen, 1987). En se développant comme une simple science de l’ingénieur, celles-ci ont masqué leurs racines éthiques, déjà présentes chez Aristote ! En gestion, nombreuses sont les contributions qui touchent à la morale : sur l’éthique des affaires, la responsabilisation des salariés, la qualité des produits et des services... Dans les sciences économiques, la réflexion sur cette matière sont à la fois plus anciennes et plus récentes. Plus anciennes, car les textes fondateurs de cette discipline s’appuient tous sur l’intérêt. Plus récentes, car les modifications que connaissent les systèmes économiques (élargissement des objectifs, mondialisation, chômage, endettement extérieur...) remettent les vieux débats sur la sellette. Bibliographie
Henri Bartoli, « L’économie multidimensionnelle », Economica, 1991, 527 p. Jean-Pierre Dupuy, « Les bases de l’analyse économique sont fausses », Problèmes économiques, n°2444-2445, 1 -8 novembre 1995, pp. 4-5. Gilles-Gaston Granger, « Epistémologie économique », ch. 1 , pp. 3-23, in Xavier Greffe, Jacques Mairesse, Jean-Louis Reiffers, "Encyclopédie économique", Economica, Paris, 1990, Tome 1, 1229 p. Bernard Guerrien, « Dictionnaire d’analyse économique », La Découverte, 1996, 540 p. Philippe Jeannin, « De la méthodologie économique à l’économie retrouvée », communication au colloque sur « L’exclusion sociale. Les réponses européennes de l’économie sociale », Université d’été du réseau européen de formation pour le tiers secteur, Toulouse, septembre 1998. Claude Mouchot, « Méthodologie économique », Hachette, 1996, 318 p. Amartya Sen, « On Ethics and Economics », Basil Blackwell, Cambridge (Mass.), 1987, 131 p. 14
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17 septembre 2001

Deuxième leçon

Développement

« Un développement humain moral consiste à accroître les aptitudes des gens sans nuire au bien-être des autres. » Nadine Gordimer

Pour P. Bairoch, (1990, p. 134), le développement est « l’ensemble des changements économiques, sociaux, techniques et institutionnels liés à l’augmentation du niveau de vie résultant des mutations techniques et organisationnelles issues de la révolution industrielle du XVIIIe siècle ». Le développement n'est pas la croissance. Cette dernière, simple augmentation du volume de la production, n’implique pas, en effet, les changements structurels entraînés par le développement. Historiquement, celui-ci a commencé au néolithique, avec « l’invention de l'agriculture » qui a induit une augmentation de la production alimentaire, donc un surplus alimentaire échangeable, un accroissement des densités de population, une sédentarisation, une urbanisation... bref, progressivement, nos civilisations. Outre ce sens large, le concept de développement s’applique aux pays pauvres. Aujourd’hui, l’économie du développement étudie les conditions du développement économique de tous les pays, surtout des plus défavorisés. Après avoir été dénommés pays sous-développés puis pays en voie de développement, ceux-ci s'appellent, depuis le début des années 1980, pays en développement (PED, au nombre de 150 environ). Mais ce terme, plus neutre, masque la tragique réalité des pays les moins avancés (PMA). On use encore parfois de l’opposition centre-périphérie, ou Nord-Sud. Il n'existe pas de schéma unique de développement, ni d'étapes obligatoires, mais il existe des convergences : par exemple, avec le
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développement, le niveau d'alphabétisation s'élève. Depuis 1990, pour les PED, la croissance démographique se ralentit. Pour la Banque mondiale, on peut classer les pays dans quatre groupes (par ordre croissant de revenu par habitant) : n les pays à faible revenu (inférieur à 650 dollars par habitant) dont le groupe des PMA. Plus d'une quarantaine aujourd'hui, dont aucun n'a réussi à quitter ce groupe. n les pays à revenu intermédiaire (de 650 à 2520 dollars par habitant) regroupent la moitié des PED, pays souvent très peuplés et dont le développement est fragile. n les pays à revenu intermédiaire supérieur (de 2520 à 7820 dollars par habitant), surtout les pays d'Amérique latine. n les pays à revenu élevé (supérieur à 7820 dollars par habitant): les pays développés et quelques PEP (pays exportateurs de pétrole). Mais cette typologie ne rend compte que superficiellement du « mal développement » (René Dumont). De sorte que cette notion de développement doit être révisée, grâce à l’approche de Sen (2000). 1. Le développement de l’Occident Il est initié par la révolution industrielle qui s’installe en Angleterre entre la fin du XVIIème et le début du XVIIIème siècles. Cette révolution gagne les autres pays industriels. Et, d’un monde aux faibles inégalités internationales, on passe à un monde d’inégalités croissantes, qui résultent surtout d’un bond de l’Occident. Sans entrer dans les détails (cf. par exemple M. Flamant, 1989), précisons que « l’ensemble des techniques utilisées au début de la révolution industrielle anglaise était déjà disponible depuis troisquatre siècles en Occident, depuis six-sept siècles dans le monde musulman, et depuis sept-huit siècles en Chine » (P. Bairoch, 1990, p. 140). Et que le développement n’est pas nécessairement une voie à sens unique : l’Argentine, le Chili, l’Uruguay étaient des pays développés au début du siècle. 2. Le sous-développement Le sous-développement est une réalité multiple qui ne se réduit pas au sempiternel dualisme : « coexistence d’au moins deux structures économiques
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(secteur traditionnel en autosubsistance, économies des grandes firmes exportatrices) souvent trois (avec l’économie urbaine ou l’artisanat, souvent tourné vers le tourisme), obéissant à des logiques différentes » (J.Y. BeloeilBenoist, 1996, p. 401). Les critères du sous-développement sont d'abord humains et sociaux (taux élevés de fécondité, de mortalité infantile, de morbidité, de malnutrition, faible espérance de vie, illettrisme). Ils sont ensuite économiques (industrialisation insuffisante, secteur agricole dominant, hypertrophie du secteur tertiaire, dualisme croissant), et, enfin, techniques (techniques dépassées, ou sans normes de sécurité) politiques (faiblesse du multipartisme, de la démocratie et du parlementarisme) et culturels (les difficultés d'accès à une culture de base renforcent les phénomènes d'acculturation). On calcule depuis quelques années un indicateur de développement humain (IDH), qui tient compte du PIB-PNB par tête, de l’espérance de vie à la naissance, et du niveau d’éducation. 3. Les théories du sous-développement Du côté de la théorie, le sous-développement a été considéré comme un retard (Rostow) ou comme créateur de cercles vicieux (à cause des exportations qui spécialisent les investissements, et à cause de la faiblesse de l'épargne) (Nurske). Pour nombre de théoriciens, la dépendance des PED persiste après la décolonisation: l’échange est inégal (les termes de l’échange, définis par le rapport de l’indice des prix des produits exportés à celui des prix des produits importés, se détériorent) (Perroux), il accentue le dualisme des PED (Amin), il hiérarchise l’économie mondiale (Béaud). D’autres théoriciens proposent de prendre en considération les dimensions écologiques des PED (Sachs), ou de mieux analyser les besoins essentiels des individus (afin que l’aide soit mieux adaptée) (« Basic needs approach » du Bureau international du travail). Nous rejoignons les réflexions de l’écrivain Nadime Gordimer (dans « Le Monde » du 22 septembre 1998). Comme celles de Sen (2000), pour qui le développement est un processus d’expansion des libertés réelles dont jouissent les individus ; ces libertés réelles, ce sont les libertés d’échange sur les marchés, les libertés politiques et civiques, les libertés d’accès à l’éducation, à la santé…et la croissance du PNB n’est pour lui qu’un moyen d’étendre ces libertés.
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Cette évolution de la réflexion théorique est bien illustrée par l’approche très optimiste de Hirschman (cf. J. Brasseul, 1993, pp. 48-53) : le développement peut être atteint grâce à une croissance déséquilibrée conflictuelle !

4. Les stratégies de développement Les tiers mondes sont divers, multiples sont les stratégies de développement. Le choix d’une stratégie dépend de trois variables : n Quel secteur privilégier ? Aujourd’hui, la priorité est donnée aux programmes de développement agricole (cultures vivrières ou d'exportation). Des réformes agraires sont mises en place. Et le tourisme est mobilisé. n Quel modèle d’industrialisation promouvoir ? Dans plusieurs branches ou dans quelques-unes seulement ? Industrialiser pour remplacer les importations ou pour valoriser les exportations ? n Quel degré d’ouverture avec l’étranger ? Pour un développement autocentré ou extraverti ? la stratégie introvertie (c’est celle de la révolution industrielle britannique ou du modèle soviétique) s’effectue à partir d’un secteur moteur, l’industrie lourde par exemple, et de façon protectionniste. La stratégie extravertie entend insérer le pays dans les échanges internationaux, en accroissant ses exportations (de matières premières ou de produits industriels), quitte à accroître sa dépendance visà-vis des pays développés. Certaines de ces stratégies peuvent se combiner ou se succéder. Pour d’autres auteurs, comme F. de Ravignan, la priorité est de donner à manger par le travail : « la misère et la faim chroniques... sont dues... à la privation de travail et/ou de moyens de s’en procurer » (F. de Ravignan, 1993, p. 119). 5. Les bilans Les résultats de ces stratégies sont contrastés. La liste des réussites
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est, hélas, courte, fluctuante et sous réserves (en Afrique, seulement le Maroc, la Tunisie et l’Afrique du Sud !), mais l’Asie y fait bonne figure (avec la Chine et l’Inde) . Mais le développement de certains de ces pays est fragile. Les échecs sont nombreux, les dualismes se creusent, les politiques de stabilisation des cours sombrent, les économies parallèles s’enflent. Prenons l’exemple des PMA (cf. Jean-Yves Beloeil-Benoist, 1996) : ces pays, au nombre de 44 en 1994 (dont la majorité en Afrique), se distinguent par un dangereux cumul de handicaps, ne sont pas susceptibles d’attirer les firmes multinationales, n’ont aucun espoir de développement à court terme. Et l’endettement se fait pesant... En effet, depuis le début des années quatre-vingt, les PED sont très endettés. Des rééchelonnements, des annulations même, et surtout les plans Baker (1985) et Brady (1989) ont permis de restaurer une confiance réciproque entre débiteurs et créanciers. Avec ces aides, ont été mises en place par le FMI (Fonds monétaire international), des politiques d’ajustement structurel (PAS) qui permettent d’octroyer des crédits aux PED qui s’engagent dans des politiques budgétaires et monétaires strictes. Bibliographie
Paul Bairoch, « Développement », ch. 5, pp. 133-175, in Xavier Greffe, Jacques Mairesse, Jean-Louis Reiffers, « Encyclopédie économique », Economica, Paris, 1990, Tome 1, 1229 p. Yves-Jean Beloeil-Benoist, « Les stratégies de développement », ch. 12, pp. 393-458, in Alain Beitone, Yves-Jean Beloeil-Benoist, Jean-Pierre Noreck, Patrick Pasquier, Gérard Thoris, Michel Voisin, « Analyse économique et historique des sociétés contemporaines », Armand Colin, Paris, 1996, Tome 2, 475 p. Jacques Brasseul, « Introduction à l’économie du développement », Colin, 1989 & 1993, 188 p. François de Ravignan, « La faim, pourquoi ? », Syros, 1993 (4
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édition), 121 p.

Maurice Flamant, « Dynamique économique de l’histoire », Montchrestien, 1989, 347 p. 21

Amartya Sen, « Un nouveau modèle économique. Développement, justice, liberté », (traduction de « Development as Freedom », Alfred Knopf Inc., 1999) Editions Odile Jacob, 2000, 356 p.

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24 septembre 2001

Troisième leçon

Croissance, fluctuations

et crises

La dynamique économique traite des grandes tendances à l’œuvre depuis l’émergence du capitalisme industriel. Elle relève d’une approche à moyen et long termes. Tandis que le cycle concerne le court terme. Comment concilier ces approches ? Mais comment expliquer les périodes de croissance et de crise ? Et les fluctuations des grandes variables économiques ? 1. Croissances Les théories de la croissance peuvent relever de quatre visions : n Suivant la première, la croissance provient de l’investissement productif d’un surplus. Classiques et marxistes partagent cette opinion. n Selon la seconde, les capacités de production disponibles augmentent avec le jeu de l’investissement, et la croissance résulte d’un ajustement dialectique de ces capacités de production et de la demande. Ce sont les thèses de Keynes, Harrod et Domar. n La troisième vision rassemble les approches issues des travaux de Malthus, entre pénurie de ressources naturelles et pression démographique.
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n Et la dernière souligne que le développement est le fruit de changements techniques (Schumpeter et ses continuateurs) et organisationnels (depuis Taylor à aujourd’hui, la liste des auteurs est longue !). Dans cette vision, l’entreprise joue un rôle moteur (cf. G. Thoris, 1995, pp. 95-99). Durant les « Trente Glorieuses », les théories de la croissance connaissent leur âge d’or (pour reprendre l’expression de R. Boyer, 1990, p. 615), et l’on étudie la compatibilité des variables les plus centrales de l’économie : taux de croissance, variables démographiques, répartition salaires/profits ou capital/travail... Depuis la fin des années 1970, avec le ralentissement significatif de la croissance, la persistance de taux de chômage élevés, l’hétérogénéité des performances des pays de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économique), comme des pays en développement, se définissent de nouvelles approches. La théorie néo-classique se fragmente : elle accueille l’étude de déséquilibres (par exemple, le salaire n’est pas fixé par le marché mais par des décisions administratives), elle réexamine le rôle du progrès technique (qui perd son caractère exogène), elle combine plusieurs approches (comme la théorie de la régulation) pour expliquer les différents régimes que traverse une économie. De sorte que l’on est en présence aujourd’hui de deux écoles de pensée sur la croissance : n Aux Etats-Unis, après le milieu des années 1980, s’est constituée une nouvelle théorie de la croissance (Romer, Lucas). Selon cette théorie, la croissance est un phénomène cumulatif qui s’appuie sur le jeu combiné de quatre facteurs : le capital physique, la technologie, le capital humain, le capital public. n La théorie de la régulation, d’inspiration marxiste, influencée par Keynes et initialement française, analyse les différents « régimes d’accumulation » de nos économies développées. Un régime d’accumulation se définit comme l’ensemble des modes de production qui assurent l’accumulation du capital durant une certaine période et dans un cadre institutionnel (dénommé « formes institutionnelles ») bien précis. L’économie connaît donc, au fil du temps, différents régimes d’accumulation : à la régulation concurrentielle de la seconde moitié du XIXème siècle jusqu'à la crise de 1929, a succédé la régulation monopoliste (ou fordiste, ou fordienne, car
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caractérisée par la standardisation et la mécanisation). Les régulationnistes (comme R. Boyer, 1990, p. 623) estiment que nous connaissons depuis les années quatre-vingt-dix une « lente recomposition de l’ensemble des relations entre techniques, formes institutionnelles et régularités économiques ». Ce nouveau modèle (l’après-fordisme, cf. R. Boyer & J.P. Durand, 1993) entend expliquer les spécificités nationales des systèmes productifs (cf. R. Boyer, 1996, pp. 32-33). Pour S. Bonny, 1995, cette grille d’analyse s’applique bien à l’agriculture française. Celle-ci passe aujourd’hui d’un modèle productiviste (1945-1980) à un nouveau modèle technique (à partir des décennies 1980 et 1990) : une agriculture multifonctionnelle et flexible, liée à la diffusion des nouvelles technologies de l’information et des biotechnologies. Pour les théoriciens de la régulation, une crise se produit lorsque l’économie passe d’un régime à un autre. 2. Fluctuations, cycles et crises Le réexamen des théories de la croissance se combine aujourd’hui à un retour des thèses sur les fluctuations, les cycles, les crises. Définissons d’abord ces termes (cf. Michel Voisin, 1995, pp. 122-124, et G. AbrahamFrois, 1995, pour les approfondissements) : n On appelle fluctuation toute variation d’une variable économique qui n’est pas constante. n Tout phénomène récurrent mais non périodique est un cycle, et connaît une répétition de trois phases successives : un essor (phase de prospérité), une crise (point de retournement), une dépression. Le cycle, mouvement économique pur, se distingue du « trend » (tendance), qui est l’évolution lourde du phénomène. n Le moment critique où tout bascule (le jeudi 29 octobre 1929) est une crise. « La crise économique, au sens précis, est bien ce phénomène soudain, violent, perturbateur dont l’histoire a révélé l’existence. Il est constitué d’une chute brutale des prix et des valeurs, de krachs boursiers, de faillites d’entreprise, de mévente subite, de licenciements de main d’œuvre » (A. Barrère, 1981, p. 14). Pour certains économistes, la crise n’est qu’un
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simple point d’inflexion, un retournement brutal. Les crises différent selon leurs origines : agricoles, industrielles, financières... D’autres économistes ont souligné le rôle régulateur des crises : les unités économiques non efficientes disparaissent, le capital se restructure, se concentre. La crise agit alors comme une purge. Certaines crises sont plus amples que d’autres, et entraînent une mutation du système économique. Pour expliquer les amples fluctuations de l’activité économique, on estime comme Marx qu’elles dérivent du fonctionnement normal du processus d’accumulation, ou comme Hayek qu’elles s’expliquent par le rôle déstabilisateur du crédit, ou encore comme Schumpeter qu’elles résultent de l’impact d’une vague d’innovations. D’autres auteurs insistent sur le poids des dérèglements monétaires, ou sur celui des chocs exogènes... Depuis le dernier conflit mondial, les cycles ont été modélisés dans un esprit keynésien, ou en introduisant une absence de linéarité pour l’épargne et l’investissement. Mais la politique économique et monétaire peut, elle aussi, être à l’origine de fluctuations, et de phénomènes redistributifs. D’autres théories ont été sollicitées, en particulier celle des cycles électoraux, celle des anticipations rationnelles, et des théories post-keynésiennes. Bibliographie

Gilbert Abraham-Frois, « Les fluctuations économiques. Analyses contemporaines », Economica, 1995. Alain Barrère, « La crise n’est pas ce que l’on croit », Economica, 1981, 308 p. Sylvie Bonny, « Quelles innovations dans l’agriculture française entre crise, mutations de la demande et avancées scientifiques ? », « Innovations, Cahiers d’économie de l’innovation », n°2, Innovation, Croissance et Crise, tome 1, L’Harmattan, 1995, pp. 91-116. Robert Boyer, « Fluctuations et croissance », ch. 17, pp. 609-650, in Xavier Greffe, Jacques Mairesse, Jean-Louis Reiffers, « Encyclopédie économique », Economica, Paris, 1990, Tome 1, 1229 p. 26

Robert Boyer, « Peut-on en finir avec la crise ? », Sciences Humaines, n°60, avril 1996, pp. 28-33. Robert Boyer & Jean-Pierre Durand, « L’après-fordisme », Syros, 1993, 174 p. Gérard Thoris, « Croissance et développement du capitalisme au XX siècle », ch. 3, pp. 83-119, in Alain Beitone, Yves-Jean Beloeil-Benoist, Jean-Pierre Noreck, Patrick Pasquier, Gérard Thoris, Michel Voisin, « Analyse économique et historique des sociétés contemporaines », Armand Colin, Paris, 1995, Tome 1, 327 p. Michel Voisin, « Fluctuations et crises », ch.4, pp. 121-163, in Alain Beitone, YvesJean Beloeil-Benoist, Jean-Pierre Noreck, Patrick Pasquier, Gérard Thoris, Michel Voisin, « Analyse économique et historique des sociétés contemporaines », Armand Colin, Paris, 1995, Tome 1, 327 p.
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1er octobre 2001

Quatrième leçon

Intervention publique

L’activité du secteur public est très diverse et très massive, puisqu’on sait que les dépenses publiques représentent généralement la moitié du Produit national dans les pays de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économique). 1. L’Etat et l’économie L’économie publique analyse le rôle et le comportement de l’Etat, et ses conséquences sur les individus. Au sens strict, l’Etat regroupe toutes les activités enregistrées dans le Budget ; au sens large, l’Etat inclut en outre les collectivités locales et la protection sociale (cf. J.Y. Capul & O. Garnier, 1993, p. 170). L’économie publique ne restreint pas son intérêt au secteur public, elle s’occupe de politiques générales, comme celles de l’énergie, des transports, ou de l’éducation. Elle se constitue solidement avec les travaux de Samuelson et de Musgrave dans les années cinquante. Consacrée initialement à mesurer la contribution du secteur public à l’allocation optimale des ressources, elle se tourne ensuite vers les effets redistributifs de ce secteur, et les déficiences des processus de décision politiques. En économie publique, deux thèses coexistent : n Pour les tenants du courant de l’échange volontaire ou individualiste, les décisions publiques doivent refléter les préférences individuelles des citoyens-consommateurs. n Pour les partisans, moins nombreux, de l’approche de l'intérêt général ou de la contrainte, les décisions publiques peuvent parfaitement diverger des préférences individuelles et être appliquées sous la pression de la
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contrainte. Depuis Musgrave, on estime que l'Etat remplit trois fonctions : n Allocation (ou affectation) des ressources (forcément rares et inférieures aux besoins...), afin de corriger les déficiences du marché. Le modèle normatif de référence est fourni par l’économie du Bien-être, qui évalue les différentes situations économiques possibles à l’aune du critère de Pareto (qui pose que, par rapport à une situation antérieure, une situation nouvelle est préférable si au moins un individu y gagne, la position des autres demeurant inchangée). En pratique, les lacunes du marché sont nombreuses, et tiennent en particulier aux caractéristiques de certains biens ou services : la non rivalité et l’impossibilité d’exclusion de certains services collectifs (comme la justice) (cf. L. Weber, 1990, pp. 1149-1151), aux effets externes (comme la pollution), et à la mise sous tutelle de certains biens (comme le tabac). Les biens collectifs, généralement des services non marchands, se partagent en effet entre biens purs (payés par l’impôt, ils supposent une obligation d’usage) et biens impurs (que l’on peut faire payer, partiellement ou totalement, aux utilisateurs). n Redistribution (du revenu et de la fortune entre individus, entre générations, entre régions...). Du côté de la (re)distribution du revenu et de la fortune, les pouvoirs publics entendent corriger les inégalités entre individus par des mesures jugées plus équitables, qui complètent la redistribution volontaire qui s’effectue pour des raisons sociales, humanitaires, religieuses. n Stabilisation. C’est la question de l’équilibre économique général, et c’est l’objet de la politique économique, le thème de la leçon suivante. Une quatrième fonction serait réglementaire, pour fournir un cadre légal aux activités économiques. Par exemple, en matière de formation de salaires, l’intervention de l’Etat est loin d’être négligeable (cf. J.P. Faugère, 1992). 2. La théorie des choix publics C’est la théorie des choix publics qui étudie la façon dont les Etats
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prennent leurs décisions afin que la situation des individus s’améliore (cf. P. Samuelson et W. Nordhaus, 1995, pp. 445-454). Les choix publics reposent sur l’agrégation des préférences individuelles en un choix collectif. La règle de l’unanimité impose que toutes les décisions soient prises en s’appuyant sur l’accord de chaque électeur : le critère de Pareto est respecté. Ce processus, cependant, est coûteux et peut susciter des chantages. La plupart du temps, on se contente de la règle de la majorité : face à une alternative, la décision prise améliore le bien-être de plus de la moitié des électeurs. Mais cette règle n’offre pas la garantie de bénéficier d’améliorations de type Pareto, et risque de rendre tyrannique le groupe majoritaire. La règle de la majorité qualifiée diminue ce risque, mais ne l’annule pas. Il reste que le passage de l’ordre de préférence individuel à l’ordre de préférence général pose parfois des difficultés, déjà pressenties par Condorcet en 1785 dans son paradoxe : à cause de la circularité des préférences individuelles, aucun choix fondé sur la majorité n’est possible, et l’ordre des votes peut influencer le résultat. Ce paradoxe a été étendu par Kenneth Arrow : aucune règle de vote fondée sur la majorité ne peut à la fois garantir l’efficience, respecter les préférences individuelles et être indépendante de l’ordre des votes.

Bibliographie

Jean-Yves Capul & Olivier Garnier, « Dictionnaire d’économie et de sciences sociales », 1993. Jean-Pierre Faugère, « L’Etat, acteur de la formation des salaires : un rôle sous-estimé par la théorie économique », La Revue de l’Economie Sociale, XII d’économie sociale, 1992, pp. 445-458. Paul A. Samuelson & William D. Nordhaus, « Microéconomie », Paris, Les Editions d'Organisation, 1995, 569 p. Luc Weber, « Intervention publique », ch. 32, pp. 1141-1184, in Xavier Greffe, Jacques Mairesse, Jean-Louis Reiffers, « Encyclopédie économique », Economica, Paris, 1990,Tome 1, 1229 p. 31
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15 octobre 2001

Cinquième leçon

Politique économique

Pour X. Greffe, 1990, p. 1185, « la politique économique est l’ensemble des décisions prises par les pouvoirs publics en vue d’orienter l’activité dans un sens jugé souhaitable ». De passive qu’elle était initialement, lorsqu’elle était confinée au maintien de la concurrence, elle est devenue, grâce à Keynes, active, et elle a élargi son objet et ses instruments. Son champ s’étend entre les décisions privées et la planification. Et elle ne se confond pas avec le « cycle politico-économique ». En effet, les choix de l’Etat dans le domaine économique ne sont jamais strictement économiques. Ils servent aussi la stratégie politique des gouvernants. Il existe donc un cycle politico-économique qui édicte qu’au lendemain des élections le gouvernement est libre de faire des choix strictement économiques, alors qu’à la veille d’élections, soucieux de sa réélection, il penchera plus facilement vers des choix politiques. Le modèle de politique économique consiste en un ensemble de liaisons entre variables-objectifs (endogènes), variables-instruments, et données (exogènes comme les instruments). La mise en oeuvre de la politique économique risque de buter sur des délais et des seuils, et de se contenter d’un optimum de second rang, si la meilleure solution ne peut être atteinte. La procédure budgétaire elle-même, en France comme ailleurs, est non seulement opaque mais caractérisée par une forte inertie (en France, chaque année, on reporte les « services votés » de l’exercice précédent, soit 90 % du total des crédits !) . En outre, dans un rapport de septembre 1999, J.J. François soulignait les dysfonctionnements importants dans les relations comptables entre l’Etat et les établissements publics et dans la gestion du parc
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immobilier. Pour pallier ces difficultés, l’Etat devrait s’engager dans une comptabilité patrimoniale, mais celle-ci est contraire au principe constitutionnel de l’annualité budgétaire.

1. Les programmes et les instruments La politique économique s’inspire principalement de trois grands programmes : n Le programme keynésien, qui insiste sur la demande et qui mobilise l’instrument budgétaire. Pour les keynésiens, l’économie de marché ne tend pas d’elle-même vers l’équilibre de plein-emploi. En cas de chômage, ils préconisent d’accroître la demande en augmentant les dépenses publiques. n Le programme néoclassique, qui cherche à restaurer l’équilibre en relativisant l’importance du court terme. En effet, les néo-classiques estiment d’une part que, même si des mesures de politique économique peuvent être efficaces à court terme, elles ne le sont pas dans le long terme. Et, d’autre part, que même à court terme, ces mesures ne sont pas efficaces, à cause des anticipations que forment les individus, et qui contrecarrent ces mesures. n Le programme de l'économie de l’offre, qui recommande de libérer l’offre, de déréglementer largement, et de diminuer fortement les prélèvements obligatoires. Les instruments de la politique économique sont triples. D’abord l’instrument budgétaire, qui sollicite le jeu sur les dépenses et les recettes publiques, et dont le modèle est le multiplicateur. Ensuite l’instrument monétaire, qui prône l’intervention de la banque centrale, par la modification du taux d’escompte, par une action sur le marché monétaire, par la fixation de réserves obligatoires, par l’encadrement et le plafonnement des crédits. Enfin le contrôle des revenus, dévolu principalement à la répartition des gains de productivité, et qui établit des normes de progression des revenus et des prix, ou des règles qui autorisent leur détermination. Cette politique des revenus s’est élargie à une politique contractuelle entre pouvoirs publics et représentants de branches ou de professions, et inclut la discussion de
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l’assiette des charges sociales et d’autres éléments, comme l’aménagement du temps de travail. Tout ceci se complique encore si l’on passe en économie ouverte, en régime de change souple, ou dans un système intégré comme celui de l’Union européenne... 2. La multiplication budgétaire Au coeur de l’argumentation keynésienne de la politique budgétaire, réside le jeu du multiplicateur (cf. P. Jeannin, 1990, pp. 162-167). Soit le modèle macroéconomique suivant (où Y désigne la production, I l’investissement, et G les dépenses publiques) : Y = C + I + G, avec la consommation C = a ( Y - T ) + b, où T désigne les recettes publiques. A l’équilibre, nous avons : Y = [ 1 / ( 1 - a ) ] ( I + G + b - a T) d’où le multiplicateur budgétaire (ou de dépenses publiques) : k G = DY / DG = 1 / ( 1 - a ) et le multiplicateur fiscal : k T = DY / DT = - a / ( 1 - a ). Le multiplicateur budgétaire traduit l’augmentation de revenu et de production qui découle d’un accroissement DG du montant de G, sans que T soit modifié. Tandis que le multiplicateur fiscal exprime l’augmentation de revenu et de production qui découle d’une diminution des prélèvements de l’Etat, sans que G soit modifié. Si les prélèvements publics diminuent, le niveau de revenu et de production augmente. En outre, pour lutter contre une dépression, il est plus efficace d’augmenter les dépenses publiques que de diminuer les impôts (d’un même montant), puisque l’augmentation des dépenses publiques se transforme en augmentation des commandes, alors que la baisse des impôts se traduit par une augmentation du revenu disponible, dont seulement une fraction est consommée. Le multiplicateur du budget équilibré k GT manifeste l’influence exercée sur Y par l’augmentation égale et simultanée des dépenses et des recettes de l’Etat. Cette influence est mesurée par la somme des deux effets qui viennent d’être décrits : DY = [1 / (1 - a) ] DG - [ a / (1 - a) ] DT. Avec DG
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= DT, on obtient : DY = DG = DT, d’où : k GT = DY / DG = DY / DT = 1. On constate ainsi que même dans le cas où l’Etat a un budget équilibré, son intervention n’est pas neutre, puisqu’elle génère un accroissement de Y égal à l’accroissement initial de G (ou de T). Cette modélisation, très fruste, peut être enrichie. Par exemple par la prise en compte d’une imposition directe. Soit T = t Y + k, où t désigne le taux de l’impôt direct ( 0 < t < 1). Avec encore Y = C + I + G et la fonction C = a (Y - T) + b, on obtient : Y = [ 1 / (1 - a + a t) ] (G + I + b - a k). D’où le nouveau multiplicateur budgétaire : k i d = DY / DG = 1 / ( 1 - a + a t ) qui est inférieur au multiplicateur k G. L’impôt direct apparaît donc comme une fuite, puisque l’impact multiplicateur est réduit. Cette modélisation ne gomme pas les difficultés de mise en oeuvre : non seulement les variables budgétaires sont peu malléables (par exemple les dépenses de traitement des fonctionnaires) ou irréversibles (les dépenses de transfert), mais encore elles souffrent d’effets d’éviction (par exemple, une relance des dépenses publiques peut détériorer le commerce extérieur, en entraînant une hausse de la demande d’exportation).

Bibliographie

Xavier Greffe, « Politique économique », ch. 33, pp. 1185-1229, in Xavier Greffe, Jacques Mairesse, Jean-Louis Reiffers, « Encyclopédie économique », Economica, Paris, 1990, Tome 1, 1229 p. Philippe Jeannin, « Politique économique », notes de cours de maîtrise de Sciences Economiques, Université de Perpignan, 1990, 311 p.

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22 octobre 2001

Sixième leçon

Recherche et Développement

« Il est difficile de dire quelque chose de précis sur le progrès technique, tellement il relève du « qualitatif » et, en partie du moins, du hasard. » Bernard Guerrien, 1996, p. 399

Si l’acquisition de connaissances et de techniques, y compris dans les sciences sociales et humaines, importe à toute civilisation, la nôtre organise cette acquisition. Une acquisition merveilleuse et dangereuse (pollution, bombes nucléaires...) ! 1. Sémantique Les premiers programmes de recherche scientifique et technique se sont développés aux Etats-Unis et en URSS dans les années cinquante et soixante, une période de guerre froide. Aujourd’hui, la recherche scientifique et technique est devenue la Recherche-Développement (R & D ou R-D) et se définit par la recherche fondamentale, la recherche appliquée, et le développement (cf. R. Saint-Paul, 1990, p. 1525) : n La recherche fondamentale rassemble des travaux expérimentaux ou théoriques entrepris principalement en vue d’acquérir de nouvelles connaissances, mais sans envisager d’application ou d’utilisation
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particulière. n La recherche appliquée consiste également en des travaux originaux, mais dans un but ou un objectif déterminé. n Le développement désigne les travaux engagés pour lancer la fabrication de nouveaux produits, matériaux, ou dispositifs, pour lancer de nouveaux procédés, systèmes ou services, pour améliorer ceux qui existent déjà. C’est une phase de préindustrialisation.

Les définitions de base se sont normalisées et autorisent des comparaisons internationales. Par exemple, si la technique désigne l’ensemble des procédés méthodiques, fondés sur des connaissance scientifiques, et employés à la production, l’évaluation technologique (Technological Assessment) est l’ensemble des procédures, plus ou moins institutionnalisées, d’évaluation des impacts des produits de la R & D. 2. Taille et enjeux Par l’ampleur des dépenses, environ 30 milliards d’euros en 1999, la France, en matière de R & D, occupe la cinquième place mondiale (la quatrième pour les pays de l’OCDE, cf. INSEE, 2001, pp. 176-177). Sur le total des dépenses de R & D engagées en France, moins des deux-cinquièmes sont financés par les administrations, le reste par les entreprises. De nombreuses activités de recherche sont hors-marché : l’issue en est longue, hypothétique, discrète (en France, 10 % des crédits de R & D vont à la Défense nationale...). Cette « industrie de la découverte » constitue le cœur du système « Sciences-Techniques-Société » : le couplage Sciences-Techniques est délicat car les deux éléments sont interdépendants. En effet, les sciences semblent progresser par « percées » et ont pourtant besoin des techniques pour avancer. Quant aux enjeux sociétaux de la R & D, ils sont ambivalents, car ils inspirent des espoirs comme des craintes... Les débouchés de la R & D étant hypothétiques, le financement de ces activités doit être adapté. Ce sont les sociétés de capital-risque (venture capital), par leurs prises de participation dans les firmes innovantes, qui répondent bien aux attentes de ces firmes.
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3. Prévision technologique et scientométrie Les dépenses de R & D sont soumises à des contraintes de rentabilité financière. Les méthodes de gestion que l’on applique sont dérivées des méthodes classiques de choix d’investissement, sont des méthodes multicritères, mobilisent des arbres de pertinence, ou bien encore sont issues de l’analyse des systèmes. De même, pour établir des prévisions technologiques, on use de méthodes par extrapolation de tendances, de méthodes normatives (à partir d’un objectif, on construit des scénarios), ou de méthodes intermédiaires (comme la méthode DELPHI). Quant aux mesures de la R & D, elles sont estimées par les dépenses de R & D, les effectifs de personnels affectés à la R & D, par le calcul d’indicateurs de diffusion des innovations, par divers indicateurs bibliométriques (articles de revues scientifiques, brevets) ou, plus largement, scientométriques (comme l’analyse des citations dans les articles scientifiques et les brevets). Par rapport aux autres disciplines de la connaissance, les sciences humaines et sociales sont, pour l’instant, mal évaluées par ces outils (cf. P. Jeannin, 2001). 4. Sources théoriques L’intégration du progrès technique dans la théorie économique a été très lente. Cette variable a été « oubliée » par les économistes jusqu’au XXème siècle. Et tout commence vraiment avec J. Schumpeter, qui fait de l’innovation le moteur du changement de l’économie. Mais son message ne sera pas entendu par Walras, Pareto, ou Keynes. Le progrès technique n’est alors, au mieux, qu’une variable exogène ! Depuis l’après-guerre, la science joue un rôle prépondérant, et il se développe une commande sociale de progrès technique. Les économistes en ont pris conscience il y a une trentaine d’années. Le progrès technique est devenue une variable endogène. Il est étudié dans beaucoup de travaux économètriques (qui estiment par exemple les ventes issues de produits nouveaux, ou les économies de coûts obtenues par des procédés nouveaux) comme dans nombre d’analyses socio-économiques du rôle de l’innovation, ces deux approches s’ignorant souvent entre elles...
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5. L’économie de la science Il se constitue aujourd’hui une nouvelle économie de la science (cf. M. Callon et D. Foray, 1997) grâce aux apports de l’économie des organisations et de l’économie publique : n La théorie de l’agence (dévolue aux relations entre un mandant, « the principal », et son mandataire, « the agent ») est transposée aux rapports entre scientifiques et partenaires extérieurs : un principal (les pouvoirs publics) délègue à un agent (les chercheurs) la réalisation d’un programme. n L’approche de Merton sur l’efficience des institutions scientifiques est étudiée (cf. P.B. Joly, 1997). Pour Merton, le monde scientifique est une sorte de république idéale, dans laquelle des chercheurs individuels en concurrence constituent le moteur de l’activité scientifique, dont les découvertes sont accessibles à tous. La crédibilité du chercheur s’accroît au fur et à mesure qu’il publie dans des revues plus prestigieuses. Cette approche sous-estime la dynamique des laboratoires. Pour Michael Gibbons (cf. M. Albert, P. Bernard, 2000), ce modèle mertonien est dépassé. Pour Gibbons en effet, un nouveau régime de production des connaissances est apparu depuis les années 1940. Ce nouveau régime est caractérisé ainsi : les recherches sont davantage appliquées, Les acteurs de la recherche ne sont plus seulement les chercheurs mais les milieux économiques et politiques, Les nouvelles connaissances sont multidisciplinaires, Les lieux de recherche ne sont plus limités aux universités,

Ces nouveaux traits du système de la R & D rendent l’évaluation plus complexe, car sociale, politique et économique.

Bibliographie

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Mathieu Albert, Paul Bernard, « Sous l’empire de la science, « Nouvelle production de connaissances » et sciences économiques québécoises », Sciences de la Société, n°49, 2000, pp. 27-46.
Michel Callon et Dominique Foray, « Nouvelle économie de la science ou socioéconomie de la recherche scientifique ? », Revue d’Economie Industrielle, n°79, 1 trimestre 1997, pp. 13-32. Bernard Guerrien, « Dictionnaire d’analyse économique », La Découverte,
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Dictionnaires Repères, Paris, 1996, 540 p. INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques), « Tableaux de l’économie française 2001-2002 », Paris, 2001, 199 p. Philippe Jeannin, « Légitimer la recherche française en science économique », Communication au Colloque « Légitimation du discours économique », Université Paris 8 Saint-Denis, Institut d’études européennes, Paris, 8-9 juin 2001, 16 p. (A paraître dans Sciences de la Société, n° 55, 2002) Pierre-Benoît Joly, « Chercheurs et laboratoires dans la nouvelle économie de la science », Revue d’Economie Industrielle, n°79, 1 trimestre 1997, pp. 77-94. Raymond Saint-Paul, « Recherche et progrès technique », ch. 41, pp. 1501-1533, in Xavier Greffe, Jacques Mairesse, Jean-Louis Reiffers, « Encyclopédie économique », Economica, Paris, 1990, Tome 2.
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19 novembre 2001

Septième leçon

Emploi et chômage

Le plein-emploi est une construction récente : à la fin de la seconde guerre mondiale. Quant au chômage, il n’est étudié qu’à la fin du XIXe siècle. Ni la pensée libérale ni Marx ne s’y intéressent... 1. La réflexion théorique Dans la tradition classique, le marché du travail confronte une demande de travail (offre d'emploi) des entreprises à une offre de travail (demande d'emploi) des travailleurs ; à l’équilibre, le plein-emploi est atteint et le chômage n’est qu'un écart par rapport à cette situation jugée naturelle. Selon cette approche, le chômage ne peut être que transitoire ou volontaire... Et pourtant la crise de 1929 comme les travaux de Keynes ont prouvé qu’un chômage massif, durable, et involontaire pouvait se produire ! Pour cet économiste, un déséquilibre sur le marché du travail peut naître sur le marché des biens, sur lequel l’investissement joue un rôle décisif. En effet, pour Keynes, le niveau de l’emploi dépend de la demande globale, qui dépend elle-même des anticipations des entrepreneurs. Cette thèse a été bien accueillie jusqu’au début des années 1960 à partir desquelles se forgent de nouvelles théories : n L’étude du chômage s’affine à la fin des années 1960, avec la stagflation (coexistence de l'inflation et du chômage), et permet de distinguer divers chômages (conjoncturel, structurel, frictionnel). n Pour les théoriciens de la recherche d’emploi, cette recherche prend du temps et génère du chômage. Est ainsi souligné le caractère décentralisé de
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l'économie. n Pour d’autres économistes, comme Lucas et Friedman, il existe un chômage naturel, qui correspond à un chômage volontaire (de la part de ceux qui ont délibérément choisi d’arrêter de travailler). Les théories contemporaines, qui accompagnent le profond désarroi actuel, et qui s’ouvrent volontiers sur les autres disciplines de la connaissance, ont été forgées par Bénassy et Malinvaud (les théories du déséquilibre avec leur notion de rationnement), Aglietta, Boyer et Mistral (les théories de la régulation avec leur périodisation), Doeringer et Piore (les théories du contrat de travail avec la notion de marché interne du travail), Favereau (l’économie des conventions avec sa pluralité de modes de coordination économique) (cf. R. Salais, 1990, pp. 855-861). 2. Emploi et chômage au quotidien

En France (cf. INSEE, 2001), 26 millions de personnes sont présentes sur le marché du travail (en emploi ou au chômage) et le taux de chômage est de l’ordre de 8,9 % (cf. Le Monde du 18/19 novembre 2001). Le taux d’activité des femmes s’est considérablement accru ces quarante dernières années (cf. Y.J. Beloeil-Benoist, 1995, p. 28-29). Sur les vingt dernières années, la population occupée s’accroît moins vite que la population au chômage. Le taux de chômage varie selon le sexe (il est plus élevé pour les femmes), selon l’âge (il est plus élevé pour les moins de vingt-cinq ans), selon la catégorie socio-professionnelle (il est plus élevé pour les ouvriers et employés), selon le diplôme (il est plus faible pour les titulaires d'un diplôme supérieur au bac). Depuis une dizaine d'années, les emplois précaires (intérimaires, contrats à durée déterminée, contrats aidés - contrats d'aide à l'emploi et stages de formation professionnelle -, apprentis) se sont développés : ils concernent aujourd'hui 1,8 million de personnes par an. Les dépenses en faveur de l'emploi (50 milliards d’euros en 1999) comprennent des dépenses passives (indemnisation du chômage et incitation au retrait d'activité) et, pour plus de la moitié du total, des dépenses actives (promotion de l'emploi, exonérations non compensées, formation professionnelle).

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3. Le progrès technique et le chômage « Le progrès technique tue l’emploi », prétendent certains. Les effets du progrès technique sur l’emploi sont en réalité bien plus complexes (cf. A.M. Gronier, 1987). Le progrès technique, en effet, permet d’économiser le travail, de modifier ses formes, de réduire le temps de travail, de créer des emplois nouveaux, d’améliorer la qualité du travail... Lorsque l’on dépouille plus de 400 rapports élaborés entre 1987 et 1990 en Europe et consacrés à l’impact des nouvelles technologies sur l’emploi (cf. E. Fontela, 1993), on note que les effets négatifs sur l’emploi sont moins importants que prévus et que ces effets sont généralement « plus profonds dans les entreprises qui n’ont pas introduit les nouvelles technologies (et qui ont perdu compétitivité et part de marché) que dans celles qui, en introduisant les nouvelles technologies, ont pu augmenter leur production ». La nature réelle du progrès technique ne réside pas dans l’automatisation du passé mais dans l’invention de l’avenir (A.Y. Portnoff, 1994). 4. La réduction du temps de travail Réduire le temps de travail, pour améliorer les conditions de vie et pour partager le travail, est-ce une solution pour l’emploi ? Le passage aux 39 heures en 1982 devait créer 600 000 emplois ; il en a induit seulement entre 30 000 et 150 000. Toutes les initiatives en la matière ont échoué, à l’exception de la loi « Robien » de 1996 (cette loi accorde des dégrèvements importants de charges sociales si l’entreprise embauche ou si elle ne licencie pas). La réduction de la durée du travail n’est donc pas la solution miracle (cf. P. Cahuc et P. Granier, 1997). Bibliographie
Yves-Jean Beloeil-Benoist, « Le cadre général des activités économiques et sociales », ch. 1, pp. 7-41, in Alain Beitone, Yves-Jean Beloeil-Benoist, Jean-Pierre Noreck, Patrick Pasquier, Gérard Thoris, Michel Voisin, « Analyse économique et historique des sociétés contemporaines », Armand Colin, Paris, 1995, Tome 1, 327 p. Pierre Cahuc et Pierre Granier, ed., « La réduction du temps de travail, une solution pour l’emploi ? », Economica, 1997, 353 p. 45

Emilio Fontela, « Note sur l’investissement et l’emploi », Futuribles, avril 1993, pp. 21-24. Anne-Marie Gronier, « La productivité, progrès social ou source de chômage ? », Hatier, Série Initiation, 1987, 127 p. INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques), « Tableaux de l’économie française 2001-2002 », Paris, 2001, 199 p. Jean-Yves Portnoff, « Progrès technique : facteur de chômage ou de relance ? », Problèmes économiques, n°2396-2397, 2-9 novembre 1994, pp. 28-31. Robert Salais, « Emploi et chômage », ch. 24, pp. 847-883, in Xavier Greffe, Jacques Mairesse, Jean-Louis Reiffers, « Encyclopédie économique », Economica, Paris, 1990, Tome 1, 1229 p.

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26 novembre 2001

Huitième leçon

Formation et qualification

La qualification, c’est la différenciation sur le marché du travail. Pour le salarié, cette qualification a un coût. Pour l’entreprise aussi, mais c’est une nécessité qu’elle rémunère (mots clés in Commissariat général au Plan, 1996, pp. 103-153). 1. La pensée économique Selon une approche néoclassique standard, plutôt réductrice, la rémunération du capital humain s’effectue à la productivité marginale. De fait, c’est l'employeur qui valorise la qualification. A supposer qu’il connaisse bien la valeur qualificative de la formation reçue par l’individu, qu’il sache démasquer « l’effet parchemin »,... Et le marché du travail peut souffrir de discriminations : par le sexe, la race,... De sorte que le « marché des qualifications » est plutôt opaque ! N’oublions pas non plus que le salariat est hétérogène (selon que vous êtes dans telle ou telle firme, votre sort sera différent !), et que les salaires sont rigides, alors que, avec l’évolution de la qualification au fil du temps, les salaires devraient être renégociés fréquemment. Selon la théorie néoclassique des contrats, la qualification est valorisée par d’autres mécanismes que la rémunération à la productivité marginale. Il faut en effet intégrer d’abord la stabilité de l’emploi (ce que souligne la théorie des contrats implicites), ensuite le niveau d’information (différent d’un individu à l’autre), enfin la stimulation apportée par un haut niveau de salaire (c’est la théorie du salaire d'efficience). On peut aussi
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adopter une approche conventionnaliste pour expliquer la légitimisation qualifiante des cadres en France.

Pour les marxistes, la valeur d’échange est le coût de production et de reproduction de la force de travail; c’est la valeur de la force de travail. Cette valeur est inférieure à la valeur d’usage, qui est la valeur créée par l’usage de la force de travail, c’est à dire la valeur de la marchandise produite. L’écart entre ces deux valeurs est la plus-value, accaparée par les capitalistes. « Dans le marché du travail marxiste, le travailleur réalise sa valeur d'échange et aliène sa valeur d’usage » (J.J. Silvestre, 1990, p. 893). Cette théorie a été enrichie par les régulationnistes. Mais chez ces derniers comme chez les marxistes, le salariat reste dominé. Plonger la qualification dans une théorie cognitive organisationnelle est le défi actuel que se donnent les économistes : et

n Grâce à la théorie de la stratification du marché du travail de Piore. Pour cet économiste, il existe des marchés du travail internes (identifiés soit à des métiers ou professions soit à des entreprises) différents les uns des autres. Le marché du travail devient balkanisé. Piore distingue en sus un marché primaire (dont les travailleurs ont une position bien codifiée, stable, et hiérarchisée par l’ancienneté) d’un marché secondaire (qui rassemble les exclus des règles, des travailleurs aux savoirs élémentaires, exposés à de fréquents changements d’emplois et à la précarité). n Grâce également à l’analyse sociétale de la qualification, qui considère celle-ci comme la combinaison d’une réalité éducative, d’une réalité organisationnelle, et d’une réalité des compromis des luttes sociales. L’observation statistique consiste à relier la qualification (rendue, en particulier, par sa formation) à la rémunération de l’actif. Par exemple, dans la fonction publique, le niveau de formation des nouveaux venus est plus élevé que celui de leurs aînés (cf. F. Audier, 2000). 2. La courbe de Beveridge
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Pourquoi, depuis les années 70, le taux de chômage s’est-il accru de dix points en France comme en Europe, alors qu’il est revenu aux Etats-Unis à sa (faible) valeur initiale ? Pour répondre à cette question, H. Sneessens, 1995, se focalise sur la France et distingue les travailleurs en emploi (insiders), qui sont bien protégés, des travailleurs au chômage (outsiders), qui le sont beaucoup moins : les chômeurs de longue durée sont de moins en moins employables et souffrent d'un effet d'éviction au bénéfice des qualifiés. En outre, à cause du contenu croissant de technologie dans les emplois moins qualifiés, du déclin relatif du secteur industriel, et de la mondialisation de l’économie, le nombre de chômeurs moins qualifiés s’accroît. En conséquence, la relation observée entre offres et demandes d'emplois (appelée courbe de Beveridge, relation inverse entre taux de chômage et taux d’emplois vacants) s’est détériorée en Europe, et pas aux Etats-Unis (cf. G. Thoris, 1996, pp. 263-264).

Bibliographie

Florence Audier, « La transmission du statut dans la fonction publique », Economie et Statistique, n° 337-338, 2000, 7/8, pp. 121-133. Commissariat général au Plan, « Outils pour une prospective des qualifications », La Documentation Française, 1996, 202 p. Jean-Jacques Silvestre, « Formation et qualification », ch. 25, pp. 885-911, in Xavier Greffe, Jacques Mairesse, Jean-Louis Reiffers, « Encyclopédie économique », Economica, Paris, 1990, Tome 1, 1229 p. Henri Sneessens, « Persistance du chômage, répartition des revenus et qualifications », Economie et Statistique, n°287, 1995-7, pp. 17-25. Gérard Thoris, « Déséquilibres et politiques économiques et sociales en économie ouverte », ch. 10, pp. 215-276, in Alain Beitone, Yves-Jean Beloeil-Benoist, JeanPierre Noreck, Patrick Pasquier, Gérard Thoris, Michel Voisin, « Analyse économique et historique des sociétés contemporaines », Armand Colin, Paris, 1996, Tome 2, 475 p. 49

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3 décembre 2001

Neuvième leçon

Relations de travail

Lorsque les relations de travail sont difficiles, des conflits peuvent naître, aux multiples dimensions, syndicales, juridiques, politiques, sociales,... Entreprenons ici une analyse économique de l’activité syndicale, ou, plus largement, de celle des représentants du personnel (cf. B. Gazier, 1990 et 1992 ; H. Guillemin & M. Moule, 1993).

1. Syndicats La diversité de la syndicalisation selon les pays et les époques se retrouve dans la diversité des actions menées. Mais l’action syndicale demeure un processus de négociation collective accompagné de l’établissement d’un rapport de forces favorable. Car la relation d’emploi ne se borne pas, comme le pense le courant néo-classique, à un échange d’une quantité de travail contre sa rémunération !

Pour Touraine, les relations professionnelles se réduisaient, au début du capitalisme, à une préoccupation identitaire : la défense d'un métier. Puis vint la lutte contre l’exploitation capitaliste. Aujourd’hui, il s’agit à la fois de défendre un statut, d’effectuer un marchandage entre partenaires sociaux, et d’agir sur la régulation politique d’ensemble. La représentation du personnel devient plus délicate. En outre, se lèvent de nouveaux acteurs (les collectivités locales en particulier, mais aussi les chômeurs, les retraités...), se constituent de nouveaux objets de négociation (le temps de travail, la formation, ...), tandis que les mutations technologiques viennent bouleverser cet ensemble.
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2. Représentations L’activité syndicale est représentée par trois approches : selon la théorie néo-classique, le syndicat, assimilable à un monopole, constitue une entrave à la concurrence ; selon l’école des « Industrial Relations » qui adopte des perspectives systémiques, il est une entité politique reconnue qui agit dans un cadre économique ; enfin, depuis une vingtaine d'années, se sont développées des formalisations en théorie des jeux qui débouchent sur des accords efficients au sens de Pareto, et qui traitent le syndicat comme réducteur d’incertitude.. 3. Mesures Pour mesurer les effets de l'action syndicale, on use de la notion d’écart salarial, qui est le pourcentage de hausse salariale imputable à l’activité d'un syndicat. D’après la littérature anglo-saxonne, l’écart salarial est souvent compris entre 10% et 20%. Il a été également observé que la syndicalisation diminue les profits et la rotation de main d'oeuvre. Il faut élargir ces mesures : en France, en particulier, les revendications salariales s’accompagnent fréquemment de revendications politiques, et les grèves traduisent alors plus un refus général et un affrontement qu’un accompagnement de la négociation (cf. C. Dufour, IRES, p. 369). D’après les déclarations fiscales (cf. Le Monde, 21 octobre 1997, p. 9), la France compterait 1,6 million de syndiqués. Il y a vingt-cinq ans, un salarié sur quatre était syndiqué. Aujourd’hui, un sur dix. Pour D. Labbé, 1996, en 1993, sur 2,1 millions de syndiqués, la CGT en dénombrait 640 000, la CFDT 470 000, FO 370 000, et la FEN 300 000. Le déclin de la syndicalisation s’est effectué malgré la reconnaissance (ou à cause d’elle, toujours selon D. Labbé, 1996, p. 109) du syndicat comme interlocuteur privilégié. 4. Losanges N’oublions pas que l’entreprise, elle-même, évolue. Dans le losange des relations sociales de l’entreprise (cf. G. Donnadieu et J. Dubois, 1995, pp. 43-49 et 160-163), ce sociogramme qui étudie les relations entre la direction,
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l’encadrement, le personnel d’exécution et ses représentants, quelle place, aujourd'hui, occupent ces derniers ? Comme l’entreprise moderne est devenue un « tissu polycellulaire » (Hubert Landier), c’est-à-dire un réseau de cellules relativement autonomes, les structures traditionnelles de représentation du personnel s’en trouvent bousculées : la négociation collective se marginalise et les appareils syndicaux semblent inadaptés et obsolescents (sauf peut-être dans la fonction publique...). On pourrait même dresser un portrait-robot des entreprises exposées à l’explosion d’un conflit social (cf. Le Monde, 16 septembre 1998, p. VII)...

Bibliographie

Gérard Donnadieu et Jean Dubois, « Réguler le social dans l'entreprise. Crise ou mutation des relations sociales ? », Rueil-Malmaison, 1995, Editions Liaisons, 296 p. Bernard Gazier, « Relations de travail », ch. 35, pp. 1275-1305, in Xavier Greffe, Jacques Mairesse, Jean-Louis Reiffers, « Encyclopédie économique », Economica, Paris, 1990, Tome 2. Bernard Gazier, « Economie du travail et de l’emploi », Paris, Dalloz, Précis Dalloz, 2
ème

édition, 1992, 435 p.

Hervé Guillemin & Martine Moule, « Le marché du travail - salaires et emploi dans les théories économiques - », Paris, Eyrolles, col. Axes, 1993, 187 p. IRES (Institut de recherches économiques et sociales), « Syndicalismes - dynamique des relations professionnelles - », Paris, IRES. Dominique Labbé, « Syndicats et syndiqués en France depuis 1945 », Paris, L’Harmattan, 1996, 164 p.

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7 janvier 2002

Dixième leçon

Population et migrations

1. De la France Au 1er janvier 2001, la France métropolitaine comptait 59 millions d’habitants. La pyramide des âges indique que l’actuel vieillissement (les personnes âgées de 60 ans et plus représentent le cinquième de la population) va s’accentuer dans les années à venir, ce qui aura des conséquences sur le système de retraite (cf. J.C. Chesnais, 1995, pp. 243-248, et D. Kessler, 1992). Depuis le début de l’année 1995 (l’année 1997 mise à part), la natalité augmente. Le nombre de mariages s’est accru ces dernières années (cf. R. Kerjosse, 1997), sauf en 1998. Depuis le début des années 90, la population a continué à augmenter au rythme de 0,5 % par an, un rythme identique à celui de la décennie précédente. Les grandes tendances régionales ont persisté : les régions méditerranéennes restent attirantes, le Centre se dépeuple, et l’Ile-deFrance maintient un fort excédent des naissances sur les décès, qui compense les pertes de résidents (B. Lutinier et A. Stéphany, 1997). 2. Des migrations Les migrations jouent un rôle important en économie (cf. H. Le Bras, 1990) puisqu’elles peuvent corriger les inégalités de dotations en facteur travail. La France est un pays d’immigration ancienne. Elle a connu deux grandes vagues d’arrivées au XXème siècle, dans les années 20 et les années 60. F. Daguet et S. Thave, 1996, soulignent que « la part des immigrés dans la population totale a atteint 7 % en 1931, a ensuite baissé, puis est remontée à ce niveau en 1968 avant de se stabiliser ». Les pays d’origine restent divers, mais l’on recense aujourd’hui encore plus de 50 % d’immigrés d’origine européenne. « En France, depuis le début du siècle, l’augmentation de la population a été due à l’accroissement naturel pour près des 2/3 et au solde
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migratoire pour un bon tiers » (INSEE, 1998, p. 34). Les économistes ont beaucoup tardé à s’intéresser aux phénomènes migratoires, comme, plus largement, à l’économie de l’espace... Après le travail pionnier de Von Thünen au début du XIXème, l’économie de l’espace ne prend corps qu’au milieu de notre siècle. Elle est longtemps restée marquée par l’application de la théorie de la gravitation. Elle débouche enfin sur des études plus riches, par exemple sur les motivations des migrations des individus, sur des analyses coûts-bénéfices, sur l’examen des soldes et des trafics, des structures démographiques, des décalages de formation ou d'information, ... On s’oriente aujourd’hui vers une théorie des déséquilibres cumulatifs : d’abord parce que l’épargne, comme le capital humain, est drainée des zones les plus pauvres vers les zones les plus riches (cf. Myrdal, Wicksell et Keynes), ensuite parce que diverses institutions ou procédures (comme la fermeture des frontières des nations riches) bloquent la mobilité des individus, enfin parce que la prise en compte de facteurs non économiques, comme l’intégration familiale ou la possession d’un logement, engendre des localisations non rationnelles d’un point de vue économique. Mais il n’existe pas encore de théorie unifiée, ce qui explique l’âpreté des débats actuels sur les migrations internationales.

Annexe : Quelques indicateurs démographiques (cf. Y.J. Beloeil-Benoist, 1995, pp. 7-8 & INSEE, 2001) Taux de natalité : rapport (en 0/00) du nombre de naissances vivantes au cours d’une année à la population totale moyenne de l’année. (En France, en 2000, 13 0/00). Population totale moyenne de l’année : moyenne de la population en début d’année et de la population en fin d’année.
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Taux de mortalité : rapport (en 0/00) du nombre de décès au cours d’une année à la population totale moyenne de l’année. (En France, en 2000, 9 0/00). Taux de fécondité générale : rapport (en %) du nombre de naissances vivantes au cours de l’année à la population féminine réputée féconde en milieu d’année (femmes de 15 à 49 ans par convention). (En France, en 2000, l’indicateur conjoncturel de fécondité s’élève à 1,89 enfant par femme, alors que le seuil de remplacement des générations se situe aux environs de 2,1 enfants par femme). Excédent naturel : différence entre le nombre de naissances et le nombre de décès en cours d’année (cet excédent peut être positif ou négatif). (En France, en 2000, excédent de 240 600 personnes). Solde migratoire : différence, au cours de l’année, entre le nombre d’immigrants et le nombre d’émigrants d'un Etat (ce solde peut également être calculé pour une commune, un département, une région, une zone...) (En France, en 2000, solde migratoire de 55 000 personnes). Les migrations jouent un rôle important dans l’accroissement de la population de l’Union européenne. Avec des spécificités : dans tel pays (ou quartier d’une grande ville) tel groupe ethnique se spécialise dans telle activité économique, cf. J. Barou, 1992, pp. 257-284). Bibliographie
Jacques Barou, « Le fait ethnique dans la France de demain », pp. 257-284, in Georges Tapinos, « La France dans deux générations - Population et société dans le premier tiers du XXI
ème

siècle - », Fayard, Paris, 1992, 360 p.

Yves-Jean Beloeil-Benoist, « Le cadre général des activités économiques et sociales », pp. 7-41, in Alain Beitone, Yves-Jean Beloeil-Benoist, Jean-Pierre Noreck, Marc Nouschi, Patrick Pasquier, Gérard Thoris, Michel Voisin, « Analyse économique et historique des sociétés contemporaines », Armand Colin, Paris, 1995, Tome 1, 327 p. Jean-Claude Chesnais, « Le crépuscule de l’Occident - Démographie et politique - », Robert Laffont, Paris, 1995, 366 p. 58

Fabienne Daguet et Suzanne Thave, « La population immigrée. Le résultat d'une longue histoire », INSEE Première, n°458, juin 1996, 4 p. INSEE, « Tableaux de l’économie française 2001-2002 », INSEE, Paris, 2001, 199 p. Roselyne Kerjosse, « Bilan démographique 1996. Natalité: deuxième année d'augmentation », INSEE Première, n°508, février 1997, 4 p. Denis Kessler, « Histoire et avenir du système de retraite », pp. 187-221, in Georges Tapinos, « La France dans deux générations - Population et société dans le premier tiers du XXI
ème

siècle - », Fayard, Paris, 1992, 360 p.

Hervé Le Bras, « Population et migrations », ch. 34, pp. 1233-1273, in Xavier Greffe, Jacques Mairesse, Jean-Louis Reiffers, « Encyclopédie économique », Economica, Paris, 1990, Tome 2, pp. 1233-2188. Bruno Lutinier et Arnaud Stéphany, « Les évolutions récentes de la population dans les départements et les régions », INSEE Première, n°511, février 1997, 4 p.

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14 janvier 2002

Onzième leçon

Politique des revenus

et de la répartition

1. Du surplus... C’est la productivité du travail qui permet, traditionnellement, de fixer le niveau de revenu. Cette productivité est, en particulier, mesurable grâce à la méthode des comptes de surplus. Cette méthode a pour objet de comparer, pour une firme, une branche, ou un secteur économique donnés, l’évolution du volume des productions réalisées à celle des facteurs de production employés. Le surplus global de productivité S se définit par la différence entre la variation en valeur de la production et celle des facteurs : S = p DP - f DF où, en notation vectorielle : n p représente les prix des produits fabriqués au cours de l’année de base t, n f les prix des facteurs de production au cours de cette même année t (dans ce prix f, on englobe les salariés, les fournisseurs, les prêteurs, les capitaux propres - le bénéfice étant considéré comme la rémunération de ces derniers -), n DP la variation (rendue par D) des quantités produites entre t et t+1,
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n DF la variation des quantités de facteurs entre t et t+1. Comment obtient-on ce surplus ? Considérons que l’on a initialement (en t), pour la firme ou la branche étudiée, un équilibre entre recettes et charges (P et F désignant respectivement d’une part les quantités produites en t, d’autre part les quantités de facteurs utilisés en t) : pP=fF La seconde année, en t+1, cette équation devient : (p + Dp) (P + DP) = (f + Df) (F + DF) En retranchant membre à membre cette dernière écriture de la précédente, il vient : Dp (P + DP) + pDP = Df (F + DF) + fDF soit encore : p DP - f DF = Df (F + DF) - Dp (P + DP) le premier membre désignant le surplus global de productivité S. Cette méthode du surplus permet donc, par simple lecture du second membre de cette dernière relation, de montrer comment le surplus peut être « épongé » (les trois rubriques qui suivent pouvant se combiner) : n par augmentation de la rémunération des facteurs (Df) (y compris du profit donc), n par diminution des prix aux consommateurs (Dp), n par modification, qu'il s'agisse ou non d'une innovation, des extrants et intrants (DF et DP). Cette méthode a été appliquée aux grandes entreprises publiques et à l’économie dans son ensemble. Cependant elle s’avère difficile à mettre en oeuvre : comme la productivité du travail varie surtout en fonction du taux
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d’utilisation des capacités productives et non pas en fonction de l’intensité ou de l’effort de travail, on ne saurait relier cette productivité au niveau du salaire. En plus, la productivité du travail n’étant pas la seule productivité en jeu, on ne peut lui imputer la totalité de l’amélioration de l’économie. 2. ... à la répartition Mais la politique de fixation du niveau de revenu n’est pas la politique des revenus. Celle-ci exige en effet un consensus général Etat-syndicatssalariés. La prise en compte du rôle de l’Etat, grâce aux transferts sociaux, dans les politiques de revenus, permet d’élargir la discussion aux politiques de répartition et de redistribution, dont les objectifs de politique économique sont plus larges. Ces politiques de répartition accordent une place privilégiée aux profits, puisque, suivant une approche keynésienne, les profits génèrent les investissements. Le modèle de Kaldor en est l’illustration. En supposant une partition de l'économie en deux classes, on décompose l’épargne nationale E en deux composantes : E = sp P + sw W où sp désigne la propension à épargner les profits P, et sw la propension à épargner les salaires W. Nous avons de plus sw + sp = 1 avec 0 < sw < 1 et 0 < sp < 1. Et l’équilibre I = E (où I désigne l’investissement) s’écrit: I = sp P + sw W soit encore (sachant que le revenu national Y = P + W) : I = sp P + sw (Y - P) D'où I = (sp - sw) P + sw Y On exprime alors le taux d’investissement (I/Y) en fonction du taux de profit (P/Y) : I/Y = (sp - sw) P/Y + sw En supposant que la propension à épargner les salaires est faible (sw < sp), on constate que le taux d’investissement est déterminé pour l’essentiel par le taux de profit. Une politique de développement économique devra donc promouvoir un taux de profit P/Y élevé.
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La répartition des revenus se justifie par des raisons économiques et politiques. En France, depuis 1984, les inégalités de revenus (évaluées par le rapport inter-déciles D9/D1) s’accroissent (cf. Christian Ottavj, 1991, p. 55 et Louis Chauvel, 1997, pp. 79-85). Au cours des années soixante-dix, la France est passée d'une politique de revenu à une politique de répartition (cf. Xavier Greffe, 1991, pp. 411-434). Vis à vis des entreprises qui se plaignent de la lourdeur des charges qu'elles supportent, vis à vis des salariés qui demandent une diminution de la pression fiscale, comme vis à vis des inactifs qui ont besoin d'aide, le rôle de l’Etat est varié. Il est important : les prélèvements obligatoires (impôts et cotisations sociales) représentent grossièrement la moitié du PIB !

Bibliographie

Louis Chauvel, « La croissance des inégalités économiques », pp. 79-85, in Louis Dirn, « Chronique des tendances de la société française », Revue de l'OFCE, n°60, janvier 1997, pp. 79-106. Xavier Greffe, « Politique économique - Programmes, instruments, perspectives - », Paris, Economica, 1991 (2
ème

édition), 609 p.

Christian Ottavj, « La répartition des revenus. Pratiques et théories », Paris, Litec Economie, 1991, 295 p.

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21 janvier 2002

Douzième leçon

Patrimoine et revenus

Pour Y. Chassard et P. Concialdi, 1990, p. 1443, « le patrimoine et le revenu constituent deux facettes d’une même réalité, la richesse, grâce à laquelle, chacun à des degrés différents, peut satisfaire ses besoins ». Le patrimoine est une richesse accumulée, un stock, alors que le revenu est une richesse produite, un flux. C’est la théorie du cycle de vie qui relie ces deux concepts. 1. Stock et flux Le patrimoine d’un individu est constitué de ses droits de propriété, qui comprennent des éléments réels (biens immobiliers et durables), des éléments financiers, et des éléments incorporels (comme un brevet ou un droit au bail). Sont exclus du patrimoine le capital humain et les droits à retraite. Pour mesurer le patrimoine, on définit sa valeur nette (égale à la valeur brute diminuée de la dépréciation), ou bien sa valeur de revente (c'est la valeur vénale). Le revenu est la part de ses ressources que l’on peut consommer sans s’appauvrir. Plus opérationnelles sont les distinctions effectuées par le Système élargi de comptabilité nationale : rémunérations des salariés, revenu primaire des ménages, revenu disponible, revenu élargi. Détaillons ces éléments : n Les rémunérations des salariés comprennent les salaires nets, les primes, les intéressements, les avantages en nature, les primes de transport, les subventions aux comités d’entreprise, la protection sociale facultative payée par certaines entreprises, et les cotisations sociales effectives
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(salariés et employeurs). n Le revenu primaire des ménages renferme les rémunérations des salariés, les revenus d’activité des non-salariés, les revenus du patrimoine de rapport, et les revenus en nature des propriétaires. n Le revenu disponible est le solde du compte de revenu des ménages. n Le revenu élargi tient compte des services publics dont disposent les ménages. La concentration des patrimoines est plus forte que celle des revenus : les 10% de ménages les plus fortunés détiennent plus de 50% du patrimoine total, alors que le dixième des ménages qui perçoivent les plus hauts revenus en concentrent 30%. 2. Cycle de vie Pour décrire les relations entre patrimoine et revenu, on utilise souvent la théorie du cycle de vie de Brumberg et Modigliani (en 1954), qui est sujette à critiques, mais qui peut être adaptée à chaque individu. Pour ces théoriciens, l’individu planifie sa consommation sur son horizon de vie, et son patrimoine est essentiellement une réserve de consommation différée, afin de couvrir les besoins de ses vieux jours. Selon André Babeau, 1989, p. 29, cette théorie s’appliquerait assez bien à la fin du XIXème et à la première moitié du XXème, mais plus aujourd’hui... L'âge n’est pas la seule variable qui explique les disparités de patrimoine : les revenus, les héritages et donations, et le taux de rendement jouent des rôles non négligeables. Dès lors, le patrimoine comprend deux composantes (cf. L. Arrondel, 1993) : une partie destinée à être consommée dans le futur, et une partie correspondant à l’héritage laissé aux enfants. Bibliographie

Luc Arrondel, « Cycle de vie et composition du patrimoine », Paris, Economica, 1993, 146 p. 66

André Babeau, « Le patrimoine des Français », Paris, La Découverte, 1989, 126 p. Yves Chassard et Pierre Concialdi, « Patrimoine et revenus », ch. 39, pp. 1443-1474, in Xavier Greffe, Jacques Mairesse, Jean-Louis Reiffers, « Encyclopédie économique », Economica, Paris, 1990, Tome 2.

28 janvier 2002

Treizième leçon

Consommation et modes de vie

Pour A. Fouquet, 1990, p. 1475, les modes de vie sont « des configurations de pratiques sociales interdépendantes ». La façon dont les individus se regroupent, vivent, partagent leur temps entre travail et loisir, dépensent, épargnent : c’est tout cela les modes de vie ! Ceux-ci sont évalués par le cycle de vie des individus, par leur insertion dans l’espace, leur organisation du temps, leur niveau de vie (mesuré par leurs dépenses), etc. Ce qui permet de dégager des catégories sociales et des typologies de modes de vie. 1. Transformations Depuis la guerre, les modes de vie ont considérablement évolué. L’urbanisation a été rapide, le salariat urbain et féminin s’est développé, la protection sociale s’est répandue, l’accession au logement s’est généralisée, une autre organisation sociale et de l’espace-temps domestique s’est mise en place, avec une durée du travail moins longue et souvent un repli sur le domestique. 2. Croissance et disparités Depuis une cinquantaine d’années, tous les groupes sociaux ont accru leurs dépenses. Pour étudier les modes de vie des acteurs de la vie économique, on s’intéresse à leurs dépenses : combien dépensent-ils ?
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Comment ? Quelle est l’évolution de ces dépenses par grandes fonctions (calcul de coefficients budgétaires) (cf. Luis Cases, 1997) ? Comment s’effectue la pénétration des biens durables, dont l’acquisition est souvent davantage mûrie (pour l’audio-visuel domestique, cf. Le Monde des 28-29 juin 1998, p. 31)? Quelles sont les réactions des ménages à des modifications de ressources (calcul d’élasticités, cf.. Y. Crozet, L. Abdelmalki, D. Dufourt, R. Sandretto, 1997, pp. 60-77) ? Quelles comparaisons internationales établir ?... Par exemple, dans une étude du CREDOC (Centre de Recherche pour l’Etude et l’Observation des Conditions de Vie), Patrick Babayou, 1995, souligne les disparités géographiques de consommation des ménages métropolitains, et constate que d’importantes particularités alimentaires régionales subsistent, malgré une certaine uniformisation des goûts et des pratiques culinaires des français. Dans les Hautes-Pyrénées, on consomme plus de volaille, de pain, de gibier, de lapin domestique et de vins de qualité courante qu’ailleurs. Et on consomme moins de crème fraîche, de bière, de beurre et de boissons sucrées...

Consommer, c’est satisfaire ses besoins. Mais ces besoins, parfois, n’existent pas en eux-mêmes, mais dans une relation à autrui : ils relèvent alors d’une consommation ostentatoire (Veblen), d’une volonté de distinction (Bourdieu), ou ne sont que la facture à payer pour vivre dans un pays donné (Illich).

Bibliographie

Patrick Babayou, « Consommation alimentaire : les cultures régionales résistent », Consommation et modes de vie, CREDOC, n°101, octobre 1995, 4 p. Luis Cases, « La consommation des ménages en 1996 », INSEE Résultats, septembre 1997. Yves Crozet, Lahsen Abdelmalki, Daniel Dufourt, René Sandretto, « Les grandes questions de l’économie mondiale », Paris, Nathan, 2 68
ème

édition, 1997, 352 p.

Annie Fouquet, « Modes de vie », ch. 40, pp. 1475-1498, in Xavier Greffe, Jacques Mairesse, Jean-Louis Reiffers, « Encyclopédie économique », Economica, Paris, 1990, Tome 2.

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28 janvier 2002

Quatorzième leçon

Energie

Entre consommateurs (les ménages et les organisations), producteurs et Etat(s), l’énergie demeure toujours une question lancinante. Pour les Etats, par exemple, les exportations et les importations d’énergie pèsent sur leurs échanges internationaux et représentent des questions délicates, car stratégiques et politiques (cf. J.M. Martin et J. Percebois, 1990). 1. Les prix et les marchés Les prix d’abord. Le prix de l’énergie, ce n’est pas seulement le prix rendu frontière ou le coût de production de l’économie nationale, puisqu’il comprend des coûts de transformation-distribution, et des impôts et taxes. Cependant, et c’est le premier paradoxe, le prix rendu chez le consommateur évolue avec le prix des approvisionnements... Des quatre marchés internationaux de l’énergie, uranium, charbon, gaz, pétrole, c’est ce dernier qui attire le plus l’attention (cf. J.P. Olsem, 1991, pp. 85-89). Si les autres marchés sont plutôt concurrentiels, celui du pétrole est surtout politique et cartellisé, même si l’or noir s’est banalisé : en France, les produits pétroliers ne représentent plus maintenant que 41 % de l’énergie consommée, contre 70 % en 1973... Il reste que l’instabilité du prix du pétrole est une question préoccupante. Dans le domaine de l’énergie, les offreurs souffrent de coûts irréversibles très lourds qui constituent des barrières pour les concurrents potentiels. Ces marchés ne sont pas contestables (cf. M. Rainelli, 1993, pp. 5774, un marché contestable est un marché dans lequel l’entrée est parfaitement libre et dont la sortie s’effectue sans coût).
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2. La demande d’énergie Pour définir les déterminants de la demande d’énergie, on calcule l’élasticité de la consommation d’énergie par rapport au PIB et aux prix. Cette élasticité était, par rapport au PIB, supérieure à l’unité dans les années soixante. Par rapport aux prix, elle est plutôt négative à long terme. Un autre indicateur est l’intensité énergétique du PIB : c’est la quantité, en volume physique, de la consommation d’énergie nécessaire pour produire une unité de valeur ajoutée. Cette intensité, qui s’est accrue lors de la formation de l’économie nationale, jusque dans l’entre-deux-guerres pour la France, a ensuite diminué avec le relais pris par des industries moins lourdes. Depuis la dernière guerre, les intensités des pays développés se rapprochent. 3. Les deux industries de réseau Le débat sur l’énergie tire, pour partie, sa spécificité du fait que gaz et électricité sont des industries de réseau. Initialement, les premiers réseaux étaient indépendants, il n’en a pas été de même ensuite. Les Etats, comme les économistes, ont rapidement justifiés les bienfaits du monopole naturel : économies d’échelle, rôle dans la modernisation de l’économie, etc... Mais la gestion des grands réseaux manque de souplesse (difficulté à suivre le progrès technique....), ils se sont constitués sur des bases nationales (échanges extérieurs difficiles, pour des raisons techniques et institutionnelles...), et les grands monopoles ne génèrent-ils pas aussi des gaspillages ? Et les vents de la dérégulation de souffler ! C’est ainsi par exemple que la Californie a déréglementé le secteur de l’électricité : depuis le premier janvier 1998, chaque consommateur de cet Etat peut choisir son fournisseur (cf. Le Monde du 4 novembre 1997, p. IV). Il en est résulté des dysfonctionnements graves, dans la continuité de l’alimentation des abonnés. Ces questions sont loin de se poser à tous, puisqu’on estime que plus de deux milliards d’habitants de la planète ne seront jamais reliés au réseau électrique (Le Monde du 15 août 1999)...
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4. La contrainte extérieure Avec les « chocs pétroliers » des années soixante-dix, a été ressentie la vulnérabilité de certaines économies à l’égard des importations d’énergie. A cette prise de conscience, deux réponses ont été fournies : accroître l’offre nationale d’énergie (une stratégie défensive poursuivie par la France par exemple), ou bien compenser par davantage d’exportations de produits manufacturés (le chemin, plus offensif, emprunté par l’Allemagne). Dans le premier cas, le pays va augmenter son taux d’indépendance (défini comme la proportion de la consommation d’énergie qui est importée), dans le second cas, il va diminuer sa facture énergétique (qui exprime, en proportion du PIB, le poids des dépenses, en monnaie nationale, liées aux importations nettes d’énergie). En France, en 1996, le taux d’indépendance énergétique s’élève à 50 %. 5. Les substitutions et les progrès techniques A propos de l’offre d’énergie, les tensions s’expliquent par une rigidité de l’offre, en courte période, si la demande s’emballe. Elles s’expliquent aussi par les rendements décroissants de l’exploitation des gisements de charbon, de pétrole, de gaz naturel. Les difficultés de l’augmentation de l’offre ont pu être tournées par le progrès technique : progrès des techniques d’exploration, d’exploitation, des techniques de transport, extension du champ des substitutions inter-énergétiques et croissance des rendements d’utilisation. C’est ainsi par exemple que, dans le rapport de la Commission « Energie 2010-2020 », sont soulignés les gains que la France pourrait retirer d’un scénario, pour le futur, économe en énergie : un tel scénario permettrait, « par une démarche volontariste d’utilisation rationnelle de l’énergie dans tous les secteurs d’activité, de desserrer la dépendance extérieure vis-à-vis du pétrole, mais aussi du gaz et du charbon, sans avoir pour autant à envisager le renouvellement du parc nucléaire » (B. Dessus, 1999). Des considérations importantes lorsqu’on apprend que les besoins en énergie vont continuer à croître, au moins pour un siècle encore... Quant à l’état des ressources fossiles, il est limité de façon absolue, et il peut aussi être limité par des émissions excessives de SO2, NO2, CO2... Car le risque de
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modification du climat, par aggravation de l’effet de serre, est bien réel.

Bibliographie

Benjamin Dessus, « Maîtriser et diversifier l’énergie », Le Monde, 23 janvier 1999. Jean-Marie Martin & Jacques Percebois, « Energie », ch. 49, pp. 1791-1814, in Xavier Greffe, Jacques Mairesse, Jean-Louis Reiffers, « Encyclopédie économique », Economica, Paris, 1990, Tome 2. Jean-Pierre Olsem, « Economie industrielle », Paris, Colin, 1991, 192 p. Michel Rainelli, « Economie industrielle », Paris, Mémentos Dalloz, 2 138 p.
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édition, 1993,

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4 février 2002

Quinzième leçon

Protection sociale

Selon Bernard Guibert, 1990, p. 1399, « les deux institutions du marché du travail (salaire direct) moderne et de la protection sociale (salaire indirect) sont les conditions l’une de l’autre et réciproquement; ce sont les deux faces d’une même réalité, le salariat moderne ». 1. En France La protection sociale a pour rôle de couvrir, au moins partiellement, les dépenses supplémentaires occasionnées par des « risques » (enfance, vieillesse, maladie, accident, décès, pauvreté, chômage), et de verser des revenus de substitution, comme des indemnités journalières. En France, les Caisses de Sécurité Sociale sont des établissements privés chargés d’un service public. En 1999, la dépense de protection sociale (somme de toutes les ressources consacrées au financement des régimes de sécurité sociale) s’est élevée à 416 milliards d’euros. Sur les 346 milliards d’euros versés (issus pour près de 90% de cotisations des employeurs, salariés et travailleurs indépendants), 44% est allé au risque vieillesse, et 34% à la santé. Les régimes de base sont grossièrement à l’équilibre, et les régimes complémentaires en excédent. Les dépenses de santé croissent à un rythme élevé : elles représentaient déjà en 1995 plus de 12000 F par habitant (dont la moitié en dépenses hospitalières). La part financée par la Sécurité Sociale a diminué mais reste de l’ordre de 75 %. Et la part de la richesse nationale consacrée à la protection sociale est plus élevée en France qu’ailleurs en Europe. Ajoutons que la réduction du temps de travail pèse sur les recettes de cotisations sociales compte tenu des exonérations qui y sont associées (G.
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Dupont, 2001). Depuis 1995, amorcée par le gouvernement Juppé, a été mise en place une réforme de l’assurance-maladie : des agences régionales de l’hospitalisation ont été créées pour harmoniser et réduire les dépenses hospitalières, la médecine de ville est améliorée, et une réorganisation de l’assurance maladie se met en place (contrôle du Parlement, responsabilisation des caisses, financement par la CSG –Contribution sociale généralisée- et la CRDS –Contribution pour le remboursement de la dette sociale-, unification des régimes...). La question la plus délicate est relative au ticket modérateur (pourcentage des soins directement payé par le malade) ; une récente étude américaine (cf. Jean-Charles Rochet, 1997) montre qu’une augmentation du ticket modérateur entraîne une diminution des dépenses (sauf pour les enfants et pour les hospitalisations) mais pas de détérioration mesurable de l’état de santé des individus, sauf chez les plus pauvres. Ne conviendrait-il pas alors de faire dépendre ce ticket du revenu, afin que les plus démunis bénéficient d’une bonne couverture ?

2. En théorie Historiquement, aux sociétés que Dumont appelle holistes (d’avant la révolution industrielle) où fleurit l'autorité paternelle ont succédé des sociétés individualistes, où les risques ont été transférés à la puissance publique, qui n'en a pas le seul monopole. La naissance de la société assurantielle est d'ailleurs récente : grâce à l’obstination des ouvriers, la protection sociale a été progressivement reconnue à la fin du XIXe. Avec l'industrialisation, la montée du salariat, et le rapport Beveridge (1942), apparaît l’Etat-providence (Welfare State), c’est-à-dire la responsabilité de l’Etat en matière de progrès social, ce qui rejoignait les préoccupations de Keynes. Le système de protection sociale repose sur le principe de l’assurance (échange de cotisations contre des prestations si certains risques surviennent) et sur celui de la solidarité (des actifs vers les inactifs, des bien-portants vers les malades, etc...). Au cours de sa vie, l'individu a un solde annuel contributif pendant sa vie active, et un solde annuel bénéficiaire pendant son enfance, son éducation, sa vieillesse.
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Le salariat moderne dispose donc aujourd’hui de quatre types de protection sociale, ceux de l’Etat, de la famille, de l’assistance, et du marché du travail. Bibliographie
Gaël Dupont, « Quelle politique budgétaire en période d’incertitude ? », Lettre de l’OFCE, n°212, mercredi 5 décembre 2001 Bernard Guibert, « Protection sociale », ch. 38, pp. 1399-1442, in Xavier Greffe, Jacques Mairesse, Jean-Louis Reiffers, « Encyclopédie économique », Economica, Paris, 1990, Tome 2. Jean-Charles Rochet, « La réforme de l’assurance maladie », conférence prononcée à la Manufacture des Tabacs (Université de Toulouse I), Toulouse, décembre 1997.

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25 février 2002

Seizième leçon

Financement de l’économie

Après une chronologie des événements depuis le dernier conflit mondial, sont décrits les acteurs du financement de l’économie. La finance s’est libéralisée, mais le risque de système a-t-il diminué ? 1. Le système financier français Jusqu'à la fin des années soixante-dix, le financement de l’économie est surtout assuré par des crédits bancaires : l’économie française est une « économie d’endettement ». Ensuite, la France est passée à une « économie de marchés financiers » où les marchés de capitaux jouent un rôle essentiel (cf. M. Biales, R. Leurion & J.L. Rivaud, 1995, pp. 146-151 ; et B. Courbis, E. Froment & M. Karlin, 1990, pp. 1590-1606). n Après la Guerre, c’est l’Etat qui joue le rôle de banquier. Parmi les banques, on distingue les banques de dépôts, les banques d’affaires, et les banques de crédit à moyen et long terme. Les banques restent spécialisées jusqu'à la fin des années soixante, où une réforme intervient, qui atténue la distinction entre banques de dépôts et banques d’affaires, et qui stimule la concurrence. Il s’ensuit une déspécialisation et une restructuration bancaires. Durant cette période, dite d’économie d’endettement, les banques transforment des fonds à vue ou à court terme en prêts à moyen et long terme. Mais le contrôle des Pouvoirs publics demeure plutôt contraignant, le système financier demeure cloisonné, il manque de concurrence, et les taux d’intérêt sont administrés par les autorités monétaires.
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n Ce cloisonnement des circuits de distribution du crédit, qui ne permet pas une confrontation globale de l’offre et de la demande de capitaux, finit par imposer une déréglementation des activités financières, d’autant qu’au niveau international la concurrence est vive. Par ailleurs, le comportement des acteurs se modifie : les ménages se tournent vers des placements moins liquides, les entreprises s’autofinancent davantage et accroissent leurs portefeuilles de valeurs mobilières, l’Etat privilégie les emprunts obligataires afin de limiter le financement monétaire du déficit budgétaire. Pour instaurer un marché des capitaux unifié, le marché monétaire est réformé, et comprend dorénavant un marché interbancaire et un marché de créances négociables. En outre, de nouveaux instruments financiers à court terme sont créés : certificats de dépôts négociables, billets de trésorerie, bons du Trésor négociables. Avec ce décloisonnement du système financier, se produit une « financiarisation » de l’économie. Ajoutons que la concurrence entre institutions financières est améliorée : unification des statuts des établissements de crédit, banalisation des modes de collecte des ressources (Livrets d’épargne populaire, Comptes d’épargne pour le développement industriel), débonification progressive des crédits, assouplissement puis suppression de l’encadrement du crédit. Cette économie de marchés financiers est donc caractérisée par l’intégration : plus de cloisonnement entre marchés et opérateurs, à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières. Cette intégration se traduit par une mobilièrisation des actifs et par une désintermédiation des institutions financières. Les banques développent leurs concours aux entreprises en achetant des titres sur les marchés de capitaux et se procurent des ressources sur ces marchés ; donc marchéisation et titrisation. 2. Les acteurs Quant aux institutions financières françaises, distinguons celles qui ne sont pas régies par la loi bancaire de 1984 de celles qui le sont (cf. M. Biales, R. Leurion & J.L. Rivaud, 1995, pp. 151-155) : n Dans les premières se range la Banque de France, le Trésor public, et la Caisse des dépôts et consignations. ¨ Créée en 1800 par Bonaparte, la Banque de France est la banque des
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banques (elle permet leur refinancement et offre d’autres services), elle est le banquier de l’Etat, et elle appartient au SEBC (système européen de banques centrales), car c’est aujourd’hui la BCE (Banque centrale européenne) qui est chargée de conduire la politique européenne en euro (cf. infra). ¨ Le Trésor public est l’organisme chargé de percevoir les recettes et de verser les dépenses de l’Etat. ¨ La Caisse des dépôts et consignations assure la gestion des fonds des Caisses d’épargne, et finance le logement, l’industrie et les investissements des collectivités locales. n Dans les secondes, on trouve principalement les banques : ¨ Après que toutes les banques importantes aient été nationalisées en 1982, ainsi que Paribas et Suez, l’ancienne classification banque de dépôts / banque d’affaires disparaît en 1984 et de nouveaux produits financiers sont banalisés. En 1986, est entamé un processus de privatisation, retardé par le Krach boursier d’octobre 1987, puis interrompu en 1988, avec le changement de majorité. La Société générale, le Crédit commercial de France, Paribas, Suez ont été privatisés, puis la Banque nationale de Paris en 1993. Le paysage bancaire s’est donc modifié, comme l’activité. En effet, alors que les activités de marché occupaient au début des années quatre-vingt une place modeste, elles se sont progressivement très développées. L’activité bancaire se complexifie et s’expose à davantage de défaillances, la faillite en 1996 de la banque anglaise Barings en fait foi. En France, les banques souffrent de surinvestissements immobiliers. ¨ A côté des banques, d’autres institutions sont soumises à la loi bancaire de 1984 : les banques mutualistes et coopératives (Crédit agricole, Crédit mutuel, Crédit populaire, Crédit coopératif), les Caisses d’épargne et de prévoyance (bancarisées depuis 1987), des institutions financières spécialisées (comme le Crédit national), et, enfin, les sociétés financières (sociétés de financement de ventes à crédit, sociétés de crédit-bail, sociétés d’affacturage).
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Aux acteurs français, il convient d’ajouter, depuis le 1er janvier 1999, le Système européen de banques centrales (SEBC), qui comprend la Banque centrale européenne (BCE) et les Banques centrales des Etats membres de l’Union économique et monétaire. Le SEBC a pour mission principale de définir et de mettre en oeuvre la politique monétaire de la Communauté (cf. J.F. Goux, 1998, pp. 32-35).

3. Les risques De la libéralisation financière, on attend une meilleure efficacité des marchés de capitaux, mais aussi une sécurité accrue et une croissance soutenue. Pour les théoriciens de la croissance endogène, le progrès technique (qui entraîne la croissance) doit être financé. Or les comportements spéculatifs des ménages n’ont pas toujours favorisé l’investissement productif. Quant aux entreprises, les PME à fort potentiel de croissance sont restées dépendantes des instruments de financement habituels : l’innovation, dans son montage financier, requiert l’expertise et le financement bancaires. Et les banques, sous la pression concurrentielle des marchés financiers, ont connu une baisse de leurs marges ; elles ont eu du mal à s’adapter à leur nouveau métier, et n’ont pas toujours su évaluer les risques considérables et nouveaux qu’elles affrontaient (cf. M. Aglietta, 1998, pp. 5-21 & 36-52). Depuis la libéralisation financière, le nombre comme l’importance des crises n’ont pas diminué. Le risque de système s’accroît, car les réactions à des déséquilibres amplifient les divergences : un choc subi par une banque se transmet, par contagion, à d’autres... De sorte que les acteurs financiers doivent adopter des mesures prudentielles : ratio Cooke pour les banques, supervision (système qui décèle les risques d’insolvabilités), restauration du rôle de prêteur en dernier ressort de la Banque centrale... (cf. M. Aglietta, 1998, pp. 70-92) Et contrôle accru des intermédiaires financiers. Par la loi de modernisation des activités financières de juin 1996, les autorités de tutelle du système financier, qui sont chargées du bon fonctionnement de ce système, ont été réorganisées afin de contrôler non seulement les établissements de crédit
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mais aussi les entreprises d’investissement (comme les sociétés de bourse et les sociétés de gestion de portefeuille). Ces autorités sont au nombre de six (cf.. Sophie Brana et Michel Cazals, 1997, pp. 33-34) : n Le Comité des établissements de crédit et des entreprises d’investissement, qui accorde les agréments nécessaires à l’exercice de telle ou telle activité financière. n Le Comité de la réglementation bancaire et financière, dévolu aux établissements de crédit et aux entreprises d’investissement. n La Commission bancaire, qui exerce un pouvoir de contrôle et de sanction sur tous les établissements de crédit. n Le Conseil des marchés financiers, qui réglemente ces marchés. n La Commission des opérations de bourse, qui contrôle les opérations et les opérateurs des marchés de titres. n Le Conseil national des crédits et des titres, un organe d’étude et de concertation.

Bibliographie

Michel Aglietta, « Macroéconomie financière », Paris, La Découverte, 2 1998, 126 p.

ème

édition,

Michel Biales, Rémi Leurion & Jean-Louis Rivaud, « Notions fondamentales d’économie », Foucher, Paris, col. Enseignement Supérieur, 1995, 429 p. Sophie Brana et Michel Cazals, « La Monnaie », Paris, Dunod, col. Les Topos, 1997, 128 p. Bernard Courbis, Eric Froment & Michel Karlin, « Banque et finance », pp. 1589-1629 in Xavier Greffe, Jacques Mairesse, Jean-Louis Reiffers, « Encyclopédie économique », Economica, Paris, 1990, Tome 2. 82

Jean-François Goux, « Economie monétaire & financière (théories, institutions, politiques) », Paris, Economica, 3
ème

édition, 1998, 250 p.

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25 février 2002

Dix-septième leçon

Europe

De chaque étape de la construction européenne, on attend des bénéfices. Par exemple, grâce à l’union douanière, un cercle vertueux de croissance. Et grâce à la suppression des barrières non tarifaires, un accroissement du PIB, une amélioration du solde public, une création d’emplois (J. Trotignon, 1997, p. 50 & 89). Décrivons d’abord le processus d’intégration de l’économie européenne puis les résultats obtenus. 1. Une histoire européenne Après le dernier conflit mondial, ont été fondés l'OECE (Organisation européenne de coopération économique, devenue l'OCDE, l'Organisation de coopération et de développement économique) et le Conseil de l'Europe, deux organismes qui ne disposaient d'aucun pouvoir supranational. Le coup d'envoi du chantier européen est donné en 1951, avec la création de la CECA (Communauté européenne du charbon et de l'acier), qui regroupe la République fédérale d'Allemagne, l'Italie, le Benelux et la France. Malgré l'échec de la Communauté européenne de Défense, les prémices de la construction européenne sont posées. En 1957, sont signés par les Six deux traités instituant la CEE (Communauté européenne économique) et l'Euratom (Communauté européenne de l'énergie nucléaire), dont le premier prépare une intégration économique et politique progressive. En 1968, les droits de douane sont abolis entre les Etats membres, un tarif douanier extérieur commun est instauré (la suppression des barrières tarifaires internes s'est révélée bénéfique pour la croissance des échanges intracommunautaires). En 1973, la CEE est élargie à neuf membres, avec l'entrée du Royaume-Uni, du Danemark, de l'Irlande. En 1979, le Parlement européen est élu au suffrage universel direct. En 1981, la Grèce devient membre de la CEE. L'Acte Unique européen,
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adopté en 1985, a pour objectif de créer un espace intégré, avec libre circulation des personnes, des marchandises, des services et des capitaux, grâce à un démantèlement des barrières non tarifaires, un élargissement des compétences de la CEE, et de nouvelles procédures de décision. A partir de 1986, l'Espagne et le Portugal renforcent la Communauté, qui compte donc douze membres. La Communauté, grâce à la réunification allemande en 1990, s'élargit vers l'Est avec l'intégration de l'ancienne RDA (République démocratique allemande). En 1992 est signé le traité de Maastricht sur l'Union européenne. « Cette Union fondée sur les Communautés existantes se donne pour objectif la création d'un espace sans frontières intérieures, le renforcement de la cohésion économique et sociale et l'établissement d'une Union économique et monétaire comportant à terme une monnaie unique, la reconnaissance de champs d'action nouveaux ou élargis... et la mise en vigueur d'une politique étrangère et de sécurité commune », écrit J. Wolff, 1995, p. 592. Depuis 1995, l'Autriche, la Finlande et la Suède complètent cette Union, qui compte quinze membres. Et de nombreux accords d'association ont été conclus avec les pays d'Europe centrale et orientale. En 1998, la création de la BCE (Banque centrale européenne), dont le siège est à Francfort, ouvre la voie à l’Euro €, créé en 1999, en circulation physique en 2002 dans la zone euro (qui compte 12 membres à ce jour). 2. Une action européenne Dans le budget total de 96 milliards d'euros en 2001, la TVA représente 36% des recettes, et la PAC (Politique agricole commune) 45% des dépenses. Si la PAC a permis de réguler les marchés agricoles, d'accroître la productivité du secteur agricole et d'assurer un niveau de vie équitable aux agriculteurs (cf. M. Catinat et A. Jacquemin, 1990), ces succès ont été coûteux, des réformes ont été engagées dans les années 90 et les montants compensatoires ont été complètement supprimés en 1992. Les autres postes importants de dépenses sont les suivants: la politique régionale et de transports, la politique sociale, la coopération au développement, la recherche, l'énergie et les technologies. Par delà ces chiffres, l'action menée dans ce cadre européen est considérable. Deux illustrations: n Après l'"europessimisme" du début des années quatre-vingt, l'Europe a
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accéléré son intégration en allégeant ou en supprimant les entraves nontarifaires (suppression des contrôles en douane, harmonisation des règles et des normes techniques, ouverture des marchés publics, libéralisation des services financiers), en suscitant une pression concurrentielle tout en développant une politique industrielle (sectorielle, en faveur des entreprises européennes comme des PME). Si la loi du marché est souvent recherchée par les instances européennes, elle peut être remise en cause, dans un délicat équilibre entre libéralisme et interventionnisme... n Sur le plan monétaire, après le lancement en 1990 de la première phase de l'UEM (Union économique et monétaire), qui libéralisait les mouvements de capitaux dans les pays de l'Union, et une deuxième phase qui s'est achevée en 1998, la troisième phase stipulait que les pays remplissant certains critères de convergence (inflation et déficit public faibles, taux d'intérêt à long terme compris dans une fourchette, et dette publique inférieure à un seuil) auront une monnaie unique, baptisée euro. C’est ainsi qu’est née en 1999 notre monnaie européenne. Mais ni le Royaume-Uni, ni le Danemark, ni la Suède ne font partie de la zone euro. L’euro est géré par la Banque centrale européenne. Les pays de la zone euro constituent une grande puissance économique.

Les chantiers futurs sont immenses : le social, l'environnement, la Défense, l'aide au développement... La construction de l'Europe économique rencontre ainsi de plus en plus celle de l'Europe politique...

Bibliographie

Michel ,Catinat et Alexis Jacquemin, « Europe et marché unique », ch. 58, pp. 21092149 in Xavier Greffe, Jacques Mairesse, Jean-Louis Reiffers, « Encyclopédie économique », Economica, Paris, 1990, Tome 2. Jérôme Trotignon, « Economie européenne - Intégration et politique communes - », Paris, Hachette supérieur, 1997, 303 p. 87

Jacques Wolff, « Histoire économique de l'Europe 1000 - 2000 », Paris, Economica, 1995, 634 p.

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4 mars 2002

Dix-huitième leçon

Environnement et

biosphère

L’environnement est l’ensemble des éléments naturels et artificiels dans lesquels se déroule la vie humaine. L’écologie est l’étude de l’environnement. Les espèces vivantes se développent en interdépendance dans un biotope. Et l’on appelle écosystème le système complexe et autorégulé d’interdépendances qui constitue le cadre de la vie. Si l’économie, initialement, s’ancre dans l’environnement, avec les Physiocrates, elle s’en affranchit ensuite, à partir du XIXème, avec le développement des activités industrielles... Aujourd’hui les économistes appréhendent mieux les interdépendances avec l’activité humaine (en particulier économique) et son environnement (avec ses pollutions et ses difficiles arbitrages) : on s’interroge sur la responsabilité de la croissance économique mondiale, sur celle de la croissance des pays développés et de leurs modèles de développement. Face à la question de l’environnement, l’économiste avance deux réponses, qui relèvent de deux paradigmes différents : 1. Le premier paradigme Dans le paradigme du début du XIXème, qui est celui d’un univers mécanique et déterministe, l’économie peut être qualifiée d’unidimensionnelle. Comme l’écrit R. Passet, 1990, p. 1820, dans cette vision
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de l’univers, « ce qui est bon pour l’économie ne peut être mauvais pour la Nature ». La méthode employée est l’approche analytique cartésienne, dont la plus typique reste l’analyse coûts-avantages. Les ressources naturelles sont évacuées ou traitées comme du capital. Les pollutions sont gérées par le marché : si l’on constate des dommages causés aux biens ou aux personnes (des dommages qui sont nommés économies externes), on en fait supporter les conséquences au(x) responsable(s), sous forme d’une taxe par exemple, c’està-dire que l’on internalise les effets externes. C’est le principe « pollueurpayeur ». Les difficultés proviennent du fait qu’il est souvent difficile d’identifier le pollueur. On calcule généralement des prix de compensation (que les individus sont prêts à payer pour jouir d’un environnement naturel) ou des prix d’équivalence (reçus ,par les individus qui renoncent à cet avantage) pour évaluer ces effets externes. Mais les prix de compensation étant sousévalués et les prix d’équivalence surévalués, la méthode a une portée réduite... Le marché ne permet donc pas vraiment d’internaliser les pollutions. Au surplus, il ne garantit en rien la reproduction de la sphère naturelle, et il n’intègre pas les phénomènes d’irréversibilité ou d’effets de seuil que l’on rencontre dans ce domaine. Cette réflexion sur le premier paradigme s’applique à la fiscalité écologique. Elle est à la mode, mais son impact est modeste. En effet, d’après une étude récente (P. Nomidès, 2002, pp. 39-41), la TGAP (Taxe générale sur les activités polluantes) créée en France en 1999, ne rapportait que 442 millions € en 2000, alors que la TIPP (Taxe intérieure sur les produits pétroliers), a généré 23 milliards € de recettes en 2001. Cette TIPP, créée pour des raisons purement budgétaires, conduit à une taxation anti-écologique, puisqu’elle favorise le gazole, dont la pollution est bien plus nocive que l’essence. Seule une correction importante de cette TIPP permettrait d’en faire une taxe écologique. 2. Le second paradigme Dans le paradigme fondé sur le second principe de la thermodynamique (l’entropie, c’est-à-dire la dégradation de l’énergie), l’économie devient multidimensionnelle. L’économie se définit alors comme un sous-système des sphères plus larges de la société, de la culture et de la nature. La méthode appliquée est systémique, l’accent est mis sur la relation plus que sur son objet, la lecture s’effectue à partir du tout (contrairement à la
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démarche cartésienne) et elle reconnaît une pluralité des niveaux d’organisation et des logiques. D’autres éléments sont pris en compte par l’approche systémique : l’interdépendance, l’ouverture dynamique, l’intégration de l’observateur dans l’analyse (c’est le principe d’Heisenberg), et la multidisciplinarité. Dans cette économie multidimensionnelle, qui est fondée sur une croissance soutenable, qui mobilise comme méthodes de décision des méthodes multicritères, et qui recherche l’équité entre les générations, les ressources naturelles sont considérées comme des réalités physiques, et elles sont épurables ou recyclables. Les méthodes employées (par exemple WELMM en Autriche) sont conduites en termes physiques et s’appuient sur des banques de données (de ressources naturelles et d’installations énergétiques) et des mesures préventives et curatives sont proposées : imposition de normes d’émission de produits toxiques, indicateurs de qualité de l’air, installation de dispositifs d’alerte... Après l’échec du « Sommet de la Terre » de Rio en 1992, un protocole a été signé à Kyoto en 1997 par l’Union européenne, qui s’engage à réduire de 8 % sur la période 2008/2012 ses émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990. Cet objectif a été partagé entre les membres de l’Union ; de son côté, la France s’est vue attribuer une simple obligation de stabilité. Pour R. Passet, 1990, p. 1866, « le développement économique doit être tout entier conçu de telle façon qu’il respecte les mécanismes de la coévolution créatrice » (cf. aussi M. Béaud, 1996 et M. Kergoat, 1998).

Bibliographie
Michel Béaud, « Les raisons d’une folie », Le Monde, 16 avril 1996. Michelle Kergoat, « L’enjeu environnemental, un consensus impossible ? », Sciences de la Société, n°45, octobre 1998, pp. 155-164. Paul Nomidès, « La fiscalité écologique », Notes de la Fondation Robert Schuman, n°6, février 2002, 53 p. http://www.robert-schuman.org/notes/notes6.pdf René Passet, « Environnement et biosphère », ch. 50, pp. 1815-1868 in Xavier Greffe, Jacques Mairesse, Jean-Louis Reiffers, « Encyclopédie économique », Economica, 92

Paris, 1990, Tome 2.

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11 mars 2002

Dix-neuvième leçon

Services

1. Les définitions des activités de services Dans la plupart des pays industriels, les services occupent plus de 50 % de la population active. Initialement, à partir des travaux de Fisher et Clark dans les années trente, on décomposait l’économie en trois secteurs : le secteur primaire (agriculture et mines), le secteur secondaire (industries de transformation), et le secteur tertiaire (les services), celui-ci étant défini de façon résiduelle. Pourquoi la part du secteur tertiaire s’accroît-elle ? A cause de la tertiarisation de l’économie ? Parce que ce secteur à productivité faible recueille les excès de main d’œuvre des autres secteurs ? A cause de la désindustrialisation ?... Ces explications, en réalité, se combinent entre elles. De fait, le secteur des services est très hétérogène : on y trouve des activités laboristiques, des activités à faible et à forte productivité, des activités tournées vers la consommation finale, vers la consommation intermédiaire... Aussi a-t-on proposé de nouvelles typologies, en décomposant ce secteur (par exemple en séparant les services aux entreprises de ceux proposés aux ménages), en lui adjoignant un secteur complémentaire, comme le quaternaire ou secteur de l’information, ou même en éliminant son caractère résiduel en reclassant toutes les activités économiques (par exemple pour les services, par grandes fonctions : distribution, circulation, reproduction). C’est l’opposition traditionnelle secteur secondaire vs secteur tertiaire qui n’est plus de mise aujourd’hui, et qui pourrait être avantageusement remplacée par une grille générale distinguant la fabrication, la circulation, la distribution, la régulation...
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2. Le secteur tertiaire en France En France, le secteur tertiaire (près de 70 % du PIB et de la population active) comprend les services non marchands (comme l’enseignement, la santé, la défense) et le tertiaire marchand. Le tertiaire marchand comprend à son tour le commerce, les banques et les assurances, les services marchands (aux particuliers et aux entreprises), les transports et télécommunications, et la location immobilière (cf. A. Parienty, 1994). Les gains de productivité dans les services étant élevés, on peut se demander s’il ne faudrait pas susciter des créations d’emplois dans les services, au moins dans certains d’entre eux. Pour répondre à cette question, P. Artus et B. Brunhes, 1994, construisent un modèle statique à deux secteurs (exposé-abrité). Pour eux, la politique de réduction de la productivité du travail peut s’avérer meilleure qu’une politique de stimulation de l’emploi industriel. A condition que l’offre de services se développe avant sa demande. A condition aussi que l’allégement des coûts de production dans le secteur tertiaire ne soit pas financé ou à la charge de l’industrie. Enfin le recours aux services se justifie aussi car ces services contribuent à la productivité de l’industrie. 3. Les services à la population Pour les services offerts à la population, l’approche théorique est fondée sur les travaux de Christaller (théorie des lieux centraux) (cf. D. Maillat et A. Bailly, 1990) ,qui hiérarchise les biens en fonction des lieux où on les trouve, ce qui aboutit à définir une hiérarchie d’aires d’influence emboîtées. Ces travaux ont été approfondis, et on estime plutôt aujourd’hui qu’il existe plusieurs distances, dont la distance économique et la distance psychologique..., que la consommation rationnelle est relayée par la consommation contextuelle, que l’espace enfin n’est plus la seule variable pertinente. 4. Les services aux entreprises Du côté des services aux entreprises, industrie et services
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s’imbriquent de plus en plus. Les services, externalisés ou non, exigent des moyens de plus en plus importants de la part des entreprises et touchent à la R & D, à l’ingénierie, à la distribution, au marketing, au management, à la planification... Si les services liés internes doivent beaucoup aux mouvements de concentration et d’internationalisation comme à la nécessité d’utiliser de nouvelles technologies, les services liés externes s’effectuent sous forme de sous-traitance ou de collaboration, et concernent principalement les besoins liés aux mutations technologiques (informatisation de la production) ou aux marchés (études, conseils, contrôles, tests).

Bibliographie

Patrick Artus et Bernard Brunhes, « Faut-il favoriser la création d’emplois tertiaires ? », Revue Economique, 1994, hors série, pp. 193-213. Denis Maillat et Antoine Bailly, « Services », ch. 43, pp. 1567-1588 in Xavier Greffe, Jacques Mairesse, Jean-Louis Reiffers, « Encyclopédie économique », Economica, Paris, 1990, Tome 2. A. Parienty, « Tertiarisation et emploi », Ecoflash, n°87, avril 1994, 4 p.

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11 mars 2002

Vingtième leçon

Aménagement du territoire

L’aménagement du territoire est une politique économique qui vise à organiser globalement un espace régional, national ou transnational, en vue de mettre en valeur ses ressources et d’utiliser rationnellement la main d’œuvre, pour améliorer les conditions de vie de la population. Elle répond donc à une double volonté de spatialiser et de décentraliser la politique économique.

1. Histoire Jusqu'à la première guerre mondiale, l’aménagement du territoire est au service de la constitution des Etats nationaux, en niant les territoires infranationaux. Avec la crise des années trente, est initiée la première expérience réelle d’aménagement : la Tennessee Valley Authority aux Etats-Unis. Après la seconde guerre mondiale, l’aménagement du territoire prend, en France, son essor : Plan national d’aménagement (1950), premiers systèmes d’aides financières, politique de zonage, création de 21 régions de programme (1961), fondation de la Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale (1963), constitution d’Etablissements publics régionaux (1972)... Cette politique a pour vocation de corriger les inégalités ou les disparités de développement, en recherchant une intégration économique et sociale du territoire. C’est l’âge d’or de l’aménagement. Mais, à partir de la fin des années soixante-dix, les budgets consacrés à l’aménagement diminuent, les aides ne sont plus automatiques mais discrétionnaires... Tandis qu’avec le Fonds européen de développement régional (créé en 1975), le développement local fait figure d’expérimentation. Aujourd’hui, on estime que la loi sur la décentralisation de 1982, qui permettait aux collectivités territoriales d’assumer de nouvelles responsabilités et d’échapper à la tutelle de l’Etat, est
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une « cathédrale inachevée » (cf. J. Menanteau, 1997), car la délimitation des compétences entre collectivités est souvent délicate. Cependant, on relève des aspects positifs : le dossier des lycées et des collèges, dont la rénovation et la construction sont confiées depuis 1986 aux régions et aux départements, est une réussite. Mais la décentralisation a échoué à valoriser les « zones franches urbaines » (C. Garin, 1999) et à réduire les inégalités territoriales (J.L. Andréani et B. Jérôme, 2002).

2. Théorie Du côté des théories (cf. J.P. de Gaudemar, 1990), l’aménagement du territoire a des racines éclectiques. Sans remonter à la théorie des cercles concentriques de Thünen, ou même à Cantillon, précisons que les économistes ont progressivement intégré l’espace dans leurs théories. Les apports de chacun sont divers : les marxistes sur l’urbain ; les tenants du fédéralisme financier sur la répartition des rôles entre Etat et collectivités décentralisées ; certains sur le multiplicateur régional ; d’autres, avec François Perroux, sur les pôles de croissance ; d’autres encore, favorables à la théorie du développement endogène ou autocentré, qui prône une forte concertation entre tous les acteurs « d’en-bas », collectivités territoriales, entreprises, secteurs associatifs...

3. Politique Aujourd’hui, la politique d’aménagement du territoire a pour objectif de restaurer la compétitivité et l’emploi. Les aménageurs s’intéressent à « l’environnement » des entreprises, en particulier aux infrastructures de communication. Ils privilégient la formation, la recherche, la technologie. Ils entendent requalifier le territoire, en réhabilitant les friches industrielles, en créant des zones de reconversion industrielle... Ils oeuvrent à flexibiliser l’espace (la loi Montagne de 1985), comme à promouvoir des pôles technologiques... La détermination des acteurs est cruciale car, en cas d’échec, l’activité risque de se reconcentrer, et d’accroître les disparités régionales... d’autant que le rôle de l’Etat s’est modifié : de tuteur, il est devenu partenaire, comme le prouve les Contrats de Plan Etat-Régions.
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Bibliographie Jean-Louis Andréani et Béatrice Jérôme, « Vingt ans après, la décentralisation attend un nouveau départ », Le Monde, 1er mars 2002. Christine Garin, « Un rapport officiel dénonce l’échec des « zones franches urbaines » », Le Monde, 6 janvier 1999.
Jean Menanteau, « La décentralisation reste une cathédrale inachevée », Le Monde, 4 mars 1997. Jean-Paul de Gaudemar, « Aménagement du territoire », ch. 51, pp. 1869-1906 in Xavier Greffe, Jacques Mairesse, Jean-Louis Reiffers, « Encyclopédie économique », Economica, Paris, 1990, Tome 2.

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Vingt-et-unième leçon

Conjoncture

La conjoncture a pour objet d'identifier et de prévoir les enchaînements dynamiques d'une période brève, qui couvre un horizon restreint, de l'ordre du mois, du trimestre, du semestre, voire de l'année (cf. J. Fayolle, 1990). Et de dégager des profils économiques quantifiés. C'est donc un objet chaud qui vieillit rapidement ! Qui rapproche le conjoncturiste du journaliste, mais qui interroge aussi les théories les mieux ancrées... 1. Définir Par exemple, l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économique), à partir de la grande tradition d'analyse conjoncturelle aux Etats-Unis, a établi des indicateurs pour dresser des "Perspectives économiques" semestrielles... En France, les informations partielles fournies par divers indicateurs conjoncturels sont combinées aux équilibres proposés par les comptables nationaux. C'est le travail des conjoncturistes de l'INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques) et de l'OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques), un travail facilité par les progrès de l'informatique, mais plus ardu par ces temps de turbulence économique... Bien sûr, la précision des prévisions dépend du domaine à l'étude, de la qualité des relevés statistiques passés et de l'intensité des fluctuations économiques. Comme sources d'information, les conjoncturistes disposent de sources occasionnelles (des enregistrements administratifs), d'enquêtes statistiques quantitatives (par exemple les indices mensuel et trimestriel de la production trimestrielle de l'INSEE), et d'enquêtes de conjoncture (ce sont les plus appropriées). Ces sources sont traitées, croisées, analysées. Et les résultats eux-mêmes, dont les prévisionnistes sont friands pour asseoir leurs propres analyses à moyen terme, feront plus tard l'objet d'un examen critique, lorsqu'ils seront confrontés aux séries observées. Souvent une invite à la
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modestie... 2. Diagnostiquer et théoriser Le diagnostic conjoncturel doit être compatible avec les séries statistiques passées et avec un raisonnement économique explicite. Aussi la construction de ce diagnostic est-elle souvent itérative... Les économistes qui ont réfléchi sur la conjoncture étaient, souvent, en leur temps, des hétérodoxes: Hayek, Wicksell, Keynes... ce qui prouve que celle-ci est porteuse de progrès dans la pensée économique.

Bibliographie

Jacky Fayolle, "Information et analyse conjoncturelle", ch. 15, pp. 553-579, in Xavier Greffe, Jacques Mairesse, Jean-Louis Reiffers, "Encyclopédie économique", Economica, Paris, 1990, Tome 1, 1229 p.

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Annales d’examen 1. Partiel du 29 avril 1997 (3 heures) (Des cinq sujets proposés, vous n'en traiterez que deux) 1. Selon vous, quel sera, en France, le marché du travail dans les prochaines années ? (Décrivez-le sous toutes ses facettes : qualification, chômage, rémunération, précarité, flexibilité, intervention publique, syndicalisation, etc...). 2. Analysez et commentez ces propos de Jean-Claude Gaudin, ministre de l'aménagement du territoire et de la ville, relevés dans Le Monde du 28 mars 1997 (p. 15) : « Il faut rompre avec la conception redistributive qui a longtemps inspiré la politique d'aménagement. Il s'agit moins désormais de délocaliser, c'est-à-dire déplacer des activités (...), que de créer des conditions favorables au développement ». 3. Depuis les années 80, le système financier français a connu une véritable mutation. Quels en sont les contours et quels en sont les résultats sur le financement de l'économie ? 4. Environnement et économie. 5. Le budget de l'Union européenne s'est élevé en 1995 à 76,5 Mrd ECU. Sa répartition en pourcentage était la suivante : Recettes TVA Droits de douane Ressources fondées sur le PNB Autres recettes Dépenses Agriculture et pêche Politique régionale et transport Politique sociale Coopération au développement Recherche, énergie et technologies Frais de fonctionnement Autres dépenses 51 17 28 4 47 14 8 6 4 5 16

En vous appuyant sur ce budget et sur vos connaissances, analysez l'opinion de ce journaliste du Monde (26 novembre 1996, p. III) : « Le marché unique, à l'origine du redémarrage de la construction européenne voici dix ans, a permis la création de 300 000 à 900 000 emplois supplémentaires, révèle la Commission européenne. Un résultat décevant pour une Union où le mauvais
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état du marché du travail (18 millions de chômeurs) demeure le problème politique et social majeur ». 2. Partiel du 19 décembre 1997 ( 3 heures) (Des seize sujets proposés, vous n'en traiterez que dix) 1. Quels sont les critères et les théories du sous-développement ? 2. La théorie de la régulation. Ses apports. Ses zones d'ombre. 3. Le marché du travail en France aujourd'hui. Population active; chômage; précarité; taux de chômage suivant le sexe, le diplôme, la catégorie socioprofessionnelle... 4. Exposé critique de la théorie de la stratification du marché du travail (de Piore). 5. La courbe de Beveridge. 6. L'Etat. Définition et domaines d'intervention. 7. La loi de Wagner. 8. La théorie du cycle politico-économique. 9. Le programme keynésien de politique économique. 10. Le multiplicateur fiscal. Exposé et comparaison avec le multiplicateur budgétaire. 11. Définition des principaux indicateurs démographiques. 12. Dans le losange des relations sociales : contrôle patronal, contrôle syndical, contrôle de la grande entreprise taylorienne, contrôle dans l'entreprise polycellulaire. 13. Le surplus global de productivité. Définition et usage. 14. Le modèle de Kaldor. 15. Définition et typologie du patrimoine. 16. La théorie du cycle de vie de Brumberg et Modigliani.
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3. Partiel du 22 avril 1998 (3 heures) Des sept sujets ci-dessous, vous en traiterez deux. Vous commenterez et discuterez ces citations. Votre argumentation sera logique, et vous mobiliserez toutes vos connaissances.

1. Dans Le Monde du 24 février 1998, Jacques Généreux déclarait : « je vois
pour ma part un intérêt majeur à la monnaie unique en ce qu’elle nous contraint à une union politique. Elle ne pourra en effet fonctionner sans une coordination des politiques sociales, fiscales... La monnaie unique fera disparaître, du jour au lendemain, la contrainte du taux de change. Elle va recréer une marge de manoeuvre considérable pour les politiques budgétaires et sociales. Ce qui comporte aussi le risque que des pays fassent n’importe quoi : d’où le pacte de stabilité budgétaire. L’UEM [Union économique et monétaire] relève-t-elle d’un pacte de rigueur ou d’une politique pour la croissance et l’emploi ? Nous ne le savons pas. Jusqu'à maintenant, c’est plutôt la première version qui l’a emporté. »

2. D’après Christian de Boissieu (in Le Monde, 21 février 1998), « le choc
asiatique justifie une certaine forme de « reréglementation » : pas de retour au contrôle des changes et aux procédures administratives, pas de taxation des opérations de changes, mais un contrôle prudentiel plus exigeant et plus effectif des établissements de crédit et des marchés financiers. La leçon vaut, bien sûr, pour la plupart des pays d’Asie, dans lesquels les règles élémentaires ont souvent été bafouées, pour les autres pays émergents, mais aussi pour quelques pays développés trop peu attentifs à l’importance d’une bonne supervision et d’un contrôle prudentiel efficace. »

3. Pour Laurence Durand (in Le Monde, 11 février 1998), « l’entreprise ne
pouvant plus garantir la sécurité de l’emploi et ayant des marges de manoeuvre restreintes en matière de rémunération, le « marché » employeur/employé porterait sur l’employabilité... L’idée est a priori séduisante, mais les termes du « contrat » ne sont pas totalement clairs. Il faut bien constater que le quotidien de nombre de salariés va à l’encontre du développement de leur employabilité... » Pour elle, favoriser l’employabilité, ce n’est pas travailler moins, c’est « travailler aussi pour soi, ... prendre du temps pour clarifier ses souhaits d’évolution professionnelle et ... s’en donner les moyens en accord avec l’entreprise. »

4. Selon Edouard Balladur (in Le Monde, 6 mars 1998), « il faut consacrer tous
les fruits de la croissance à remédier aux défauts de la société française caractérisés par trop de chômage dû à trop de réglementation, trop de
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charges, trop d’impositions, une durée annuelle du travail trop brève, un âge de la retraite trop précoce, des dépenses sociales trop lourdes. » 5. Olivier Lacoste a écrit (in Le Monde, 16 décembre 1997) : « la pensée économique ne se résume pas à ... [un] débat caricatural et idéologique entre prescriptions libérales et recettes keynésiennes. Elle essaie, aujourd’hui, de travailler sur une vision moins simpliste des faits, de bâtir des modèles plus complexes, de raffiner ses hypothèses pour mieux comprendre les divers mécanismes effectivement à l’œuvre dans la société. Le malheur, c’est que cette volonté de réalisme l’entraîne à bâtir des concepts de plus en plus sophistiqués, donc de moins en moins accessibles à l’opinion... »

6. Jean-Paul Fitoussi tenait récemment, sur la France, ces propos (in Le Monde,
27 janvier 1998) : « j’ai toujours été réservé sur le partage du travail comme solution au problème de l’emploi, car elle me semble être une solution de résignation. Elle est fondée sur l’hypothèse que l’économie ne peut atteindre le plein emploi... Je crois... qu’une politique de croissance pourrait dans les conditions présentes combattre beaucoup plus efficacement le chômage, et que l’amélioration des niveaux de vie qui s’ensuivrait conduirait beaucoup plus sûrement... à la réduction de la durée du travail. Mais force est de constater que les instruments d’une politique d’expansion sont stérilisés depuis déjà cinq ans et pour quelques années en raison des exigences (extraéconomiques) de la construction européenne et du pacte de stabilité. »

7. Dans Le Monde du 21 avril 1998 sont rapportées ces lignes d’Anthony
Giddens sur le Royaume-Uni : « l’égalité, ce n’est pas seulement l’égalité des chances, c’est aussi un problème structurel. Combattre les inégalités via la déréglementation du marché du travail, comme le préconise la droite, n’est pas suffisant. La structure même du capitalisme planétaire exacerbe les différences. Au sommet, il y a les riches protégés par le secteur privé : assurances, logement, gardes de sécurité ; et , au bas de l’échelle, les mères célibataires, les immigrés, les retraités, les handicapés. Quant à la classe moyenne, elle est déstabilisée par les hauts et les bas de la conjoncture économique et la montée de la petite délinquance liée aux conditions socioéconomiques des plus défavorisés. »

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4. Partiel de mai 1998 (3 heures) Des sept sujets ci-dessous, vous en traiterez deux. Vous commenterez et discuterez ces citations. Votre argumentation sera logique, et vous mobiliserez toutes vos connaissances.

1. Pour Maria Nowak (in Le Monde du 20 janvier 1998), « le penchant des
Français pour la sécurité, désormais illusoire, du travail salarié, la lutte syndicale pour le maintien des avantages acquis, même s’ils ne correspondent plus à la réalité, font oublier que l’emploi n’est pas un simple produit de la croissance, de la relance par la demande ou de la restructuration du temps de travail. Il est aussi le fruit de l’initiative de tous les acteurs économiques, y compris de ceux qui sont les victimes du chômage et de l’exclusion. »

2. Selon Robert Rochefort (in Le Monde du 10 juin 1997), « les Français ont
envie de consommer et ont des besoins à satisfaire. Mais ils butent sur deux écueils : la stagnation de leur pouvoir d’achat et le niveau trop élevé des inquiétudes sur l’avenir ».

3. D’après Rémi Barré (in Le Monde du 10 juin 1997), « la recherche française
est l’une des toutes premières du monde, et l’on ne peut que s’en réjouir. Les sommes allouées aux activités de recherche-développement - publiques et privées - placent la France au quatrième rang, derrière les Etats-Unis, le Japon et L’Allemagne... [Mais] la France est mal placée dans les secteurs en émergence, porteurs des grands marchés du XXIe siècle, comme les technologies et industries de l’information ou les biotechnologies... Finalement, on voit que c’est l’articulation de la recherche publique avec l’économie et la société qui pose problème. »

4. Thomas Piketty, dans un ouvrage intitulé « l’économie des inégalités »,
donne la mesure des inégalités de salaire en France : le premier décile gagnait en 1994 en moyenne 4820 francs net, et le dernier 23 700 francs net, soit un rapport de 1 à 5, qui n’a qu’assez peu varié depuis dix ans. Aux Etats-Unis, l’écart est beaucoup plus large, et va croissant.

5. Dans un journal marocain (L’Opinion du 17 avril 1998), Ali Benadada
écrivait : « selon un rapport de la Commission européenne adopté et présenté mardi 7 avril à Bruxelles, le travail au noir - qui concerne aussi les autochtones - représenterait jusqu'à 19% du total des emplois en Europe, soit près de 28 millions de personnes qui contribuent clandestinement à l’économie européenne et, par conséquent, à préserver sa compétitivité. »
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6. Dans un article du journal Le Monde du 21 octobre 1997, Laurent Mauduit
signale que, en France, grâce au dépouillement des déclarations fiscales, on estime que 1,6 million de contribuables déclarent une cotisation syndicale. Le taux de syndicalisation serait donc à peine supérieur à 7%. L’auteur ajoute : « même si les déclarations de revenus ne constituent pas une source parfaitement fiable, cette statistique confirme la chute de la syndicalisation au cours des deux dernières décennies. »

7. Dans Le Monde du 6 janvier 1998, à la question d’un journaliste : « Allonsnous vers une production sans hommes ? », André Gorz répondait : « ce n’est pas impossible, mais pour le moment nous allons sûrement vers l’entreprise sans salariés permanents et à temps plein. L’entreprise se transforme en un système auto-organisateur de réseaux reliant un très grand nombre d’unités souvent minuscules. Beaucoup de celles-ci sont des entreprises individuelles sans capital autre qu’intellectuel, donc immatériel. Que produisent les grands et les petits Bill Gates ? Des produits intangibles dont le coût est impossible à évaluer et dont le prix dépend du monopole qu’ils réussissent à s’assurer pendant un temps. Le revenu qu’ils se procurent tient davantage de la rente technique, d’énormes rentes, que de la rémunération d’un travail. Mais comment fonctionne une économie qui crée des richesses que quasiment personne n’est régulièrement payé pour produire ? Elle fonctionne mal. La richesse créée ne diffuse plus. »

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5. Partiel du 11 décembre 1998 (3 heures)
Des quatorze questions ci-dessous, vous n’en traiterez que dix. Vos définitions et commentaires seront argumentés et solides. Barème envisagé (sur vingt) : deux points par question.

1. L’individualisme méthodologique face au holisme. 2. La rationalité en économie 3. Les pays les moins avancés 4. Parmi les théories du sous-développement, celle de la croissance
déséquilibrée d’Hirschman

5. L’après-fordisme 6. Les théories du chômage 7. Progrès technique, emploi, chômage 8. Sur le marché du travail, la distinction de Piore entre marché primaire et
marché secondaire

9. La courbe de Beveridge 10. Selon Musgrave, les trois fonctions de l’Etat 11. La théorie des choix publics 12. La politique budgétaire et son multiplicateur 13. Les théories des migrations 14. Le vieillissement des populations dans les pays développés

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6. Partiel du 18 décembre 1998 ( 3 heures) Des quatorze questions ci-dessous, vous n’en traiterez que dix. Vos définitions et commentaires seront argumentés et solides. Barème envisagé (sur vingt) : deux points par question.

1. Rationalité, efficience, efficacité 2. Le développement de l’Occident 3. L’indicateur de développement humain 4. Les politiques d’ajustement structurel 5. La théorie de la régulation 6. Le chômage en France 7. L’approche keynésienne du chômage 8. La réduction du temps de travail 9. Formation et qualification 10. L’Etat et l’économie : le courant de l’échange volontaire (ou individualiste)
et l’approche de l’intérêt général (ou de la contrainte)

11. Le cycle politico-économique 12. Le multiplicateur fiscal 13. Les grands indicateurs démographiques 14. La démographie de la France

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7. Partiel du 26 avril 1999 (3 heures) Des sept sujets ci-dessous, vous en traiterez deux. Vous commenterez et discuterez ces citations. Votre argumentation sera logique, et vous mobiliserez toutes vos connaissances. 1. « ... En émettant des doutes sur les explications de la réussite économique de l’Asie à partir des valeurs asiatiques [ confucianisme et bouddhisme ], je ne cherche pas à prétendre que nous n’avons rien appris sur le rôle de ces valeurs au regard de la croissance et du développement économiques de l’Asie et de ses résultats économiques remarquables. Je crois que l’on peut tirer quelques leçons importantes, sans pour autant pouvoir affirmer que les valeurs asiatiques favorisent particulièrement la croissance économique moderne. La leçon la plus importante sans doute est sur le mode négatif : la culture européenne n’est pas la seule voie vers une modernisation réussie. Pour en mesurer la portée, il faut revenir au temps où la civilisation européenne apparaissait comme le point de passage obligé pour accéder à la réussite industrielle... Nous savons maintenant que d’autres valeurs sont efficaces, et souvent davantage ; telle est la leçon qui émerge du siècle passé, à commencer par le remarquable progrès économique du Japon... » Amartya Sen, in Le Monde du 27 octobre 1998 2. « Depuis longtemps, le keynésianisme n’a plus bonne réputation en Europe. Il constituerait la marque désuète de ceux qui, refusant la modernité, continueraient d’adhérer à la fiction de l’Etat régulateur... Et pourtant, une assez grande majorité d’économistes de par le monde continuent de croire en l’efficacité des politiques économiques de régulation de la demande, qu’elles soient monétaires ou budgétaires... » Jean-Paul Fitoussi, in Le Monde du 18 novembre 1998 3. « Dépréciation de la « figure de la grève », recul des représentations liées au travail, individualisation du salaire et de la performance, régression de l’action collective ancrée sur le métier, modification du rôle de l’Etat à qui on demande de plus en plus une « gestion publique de l’intérêt privé »..., autant de causes et de signes qui caractérisent la mutation de la conflictualité ces dernières années... » Daniel Urbain, in Le Monde du 18 novembre 1998
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4. La crise asiatique et sa petite soeur russe ont assombri les perspectives économiques sur l’ensemble de la planète. Pour Gérard Moatti (dans Le Monde du 3 novembre 1998), cette crise « a incontestablement creusé une brèche dans les certitudes libérales ». 5. « On constate... que, dans une économie mondiale menacée de récession, ce sont les achats des consommateurs américains - exceptionnellement résistants aux mauvaises nouvelles boursières -, des consommateurs européens et, on l’espère, bientôt des consommateurs japonais, qui sont le meilleur antidote. C’est la nouvelle de l’année : consommer n’est pas seulement plaisant pour chacun, mais utile pour tous ! » Sophie Gherardi, in Le Monde du 17 novembre 1998 6. Dans les années 70, l’économiste James Tobin a proposé l’instauration d’une taxe (de 0,1%) sur les mouvements internationaux de capitaux, afin de contrôler les mouvements de capitaux à court terme, qui peuvent avoir des effets déstabilisants sur les économies. Que pensez-vous de ce projet ? 7. « Oui ou non, la réduction de la durée légale du travail à 35 heures permettra-telle de diminuer significativement le chômage ?... La loi sur les 35 heures a... le mérite de forcer les acteurs à considérer un scénario possible où chacun aurait un intérêt individuel à contribuer à l’intérêt collectif... La loi sur les 35 heures place... la société française devant la figure possible d’un New Deal, où les entreprises accepteraient de prendre leur part de la lutte contre le chômage, en échange, par exemple, d’une participation réinventée des salariés à la créativité collective et, surtout, d’un appui démultiplié à la création d’entreprises nouvelles... » Olivier Favereau, in Le Monde du 13 mars 1998

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7 bis. Eléments de corrigé du partiel du 26 avril 1999 (3 heures) (Globalement, les copies renferment des richesses, mais mal exploitées et non structurées en arguments. C’est dommage !... Sur 20, les notes s’étagent de 2 à 17, la moyenne s’élève à 10,2 et l’écart-type à 3,3. Pour compléter ces éléments de corrigé, dont certains ne forment que des pistes possibles parmi d’autres, prière de se reporter aux notes de cours et de TD ainsi qu’au polycopié.) 1. Amartya Sen sur les facteurs de croissance et de développement L’économiste indien, récent « Prix Nobel » d’économie, entreprend ici une réflexion sur le long terme, qu’il construit « sur le mode négatif » : la culture européenne n’est plus la seule voie du développement. La culture asiatique, celle d’Asie orientale particulièrement, constitue l’autre voie possible. Jusqu’au début du XXème siècle, le développement semblait être une spécificité de l’Occident. (Ce développement, initié par la Révolution industrielle en Angleterre à la fin du XVIIème et le début du XVIIIème, s’est propagé ensuite dans d’autres pays (cf. leçon II, p. 11)et a connu des hauts et des bas (cf. leçon III)). Et on s’attachait à relier l’esprit du capitalisme à l’éthique protestante (Max Weber), à dresser la liste des facteurs de développement, à comparer les thèses en présence... Depuis moins d’un siècle, on constate que cette voie de développement n’est pas la seule. Les valeurs du confucianisme, et du bouddhisme dans une mesure moindre, permettent d’accéder au développement. Ces deux sagesses, devenues religions, et qui se sont formées sur de nombreux siècles et connaissent beaucoup de variantes, sont des éthiques, et accordent, le confucianisme en particulier, une grande valeur à la connaissance, à l’éducation, à la qualification (cf. leçon V), au travail. C’est ainsi que l’Asie est devenue la région la plus dynamique du monde, malgré les récentes difficultés financières (cf. leçon II, p. 13) de certains pays de cette zone (cf. aussi la question 4 ci-dessous). Cette réussite éclairera-t-elle les pays en panne de développement ? 2. Jean-Paul Fitoussi sur le keynésianisme Pour cet économiste, depuis le début des années 80, les conjonctures entre l’Europe et les Etats-Unis ont été désynchronisées : la croissance d’un côté de l’Atlantique n’entraîne pas celle de l’autre côté. Et pourtant, on pense souvent que la croissance ne peut être que mondiale. Plus précisément, la croissance d’une grande région dépend surtout du dynamisme de la demande
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interne, et ce dynamisme peut être stimulé par une politique économique efficace, en particulier budgétaire, donc keynésienne. Tel était le contenu de l’article dont est issue la citation. Mais celle-ci, détachée de son contexte, était plus générale (le keynésianisme est critiquable mais indispensable !) et permettait de présenter :

n la relativité des théories (cf. leçon I). La théorie keynésienne, holiste, est
partielle...

n l’intervention publique (cf. leçon VI, pp. 26-28) : le poids de l’Etat dans ses

multiples fonctions, les thèses de l’économie publique, les fonctions d’allocation, de redistribution et de stabilisation de Musgrave...

n l’objet de la politique économique (cf. leçon VII, pp. 29-30), en détaillant le
programme keynésien...

n la multiplication budgétaire (id., pp. 31-32) : le multiplicateur budgétaire plus
efficace que le fiscal...

n la politique monétaire (cf. leçon XVI, pp. 58-60). Sur cette politique, comme
sur le plan financier (cf. leçon XV, pp. 53-57), relever le désengagement de l’Etat et l’entrée en scène de l’Union européenne (cf. leçon XVII, p. 64).

n la demande, c’est-à-dire la stimulation de l’investissement et de la
consommation (cf. leçon XIV, pp. 51-52). N’est-ce pas l’objet ultime de l’activité économique ? (cf. aussi la question 5 ci-dessous)

Pour achever cette question de cours (prévisible !), évoquer les limites du keynésianisme : c’est une politique de court terme, et la mondialisation perturbe son application. 3. Daniel Urbain sur les relations de travail Dans son résumé de l’ouvrage d’un sociologue sur l’évolution des conflits du travail, Daniel Urbain dresse le nouveau cadre des relations de travail (cf. leçon IX, pp. 37-39) et la modification du rôle de l’Etat (cf. leçon VI, pp. 26-28) :

n Le nouveau cadre des relations de travail. C’est d’abord l’effacement des

syndicats (perte d’adhérents, d’audience, de représentativité, politisation, perte de prééminence pour l’action collective, difficulté d’intégrer des luttes nouvelles - environnement - ou des catégories nouvelles - les retraités - ...). C’est ensuite les changements du travail (stratification du marché, chômage,
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précarisation, tertiarisation, responsabilisation, dévalorisation au profit du loisir), c’est-à-dire aussi son enrichissement (avec pour corollaire la rémunération individualisée, en fonction de la productivité, des performances...). C’est enfin le renouvellement de l’entreprise (nouvelles valeurs, nouveaux champs : la qualité, l’entreprise polymorphe...). La grève illustre ces changements profonds : ce n’est plus le seul moyen de lutte, c’est plutôt un ultime recours, son usage varie selon les pays, les secteurs et le poids de l’Etat, la grève gêne souvent plus les consommateurs que les employeurs, elle engendre des désordres, elle ne saurait être l’outil adéquat pour les travailleurs précaires.

n La modification du rôle de l’Etat (à entendre au sens large). L’Etat-patron

s’efface. Il se resserre sur ses domaines classiques d’intervention (cf. leçon VII, pp. 26-27). Il va devenir cet intermédiaire (entre salariés et employeurs) que le syndicat n’est plus. Pour les conditions d’embauche, de travail, d’hygiène, de licenciement, de retraite..., l’Etat fixe les règles. C’est l’interlocuteur direct de nouvelles catégories : les chômeurs, les retraités, les lycéens... Par sa politique sanitaire, sociale, économique, l’Etat va garantir le bon fonctionnement de l’économie privée.

Donc le travail a profondément changé comme les relations de travail, le syndicat et l’Etat. L’individualisation des comportements s’est accompagnée d’un transfert des rôles du syndicat vers le secteur public. 4. Les crises asiatique et russe, une brèche dans les certitudes libérales ? Le système monétaire et financier forme l’un des fondements de l’économie. Il doit favoriser et développer les échanges en toute sécurité. En France, ce système a été libéralisé en particulier dans ce but (cf. leçon XV, pp. 56-57 et leçon XVI, p. 60) : surveillance du risque de système, mesures prudentielles, contrôle des intermédiaires financiers... Pour les pays en développement, les politiques d’ajustement structurel du FMI (Fonds monétaire international) (cf. leçon II, p. 14) contiennent un volet monétaire et financier. A l’Est de l’Europe, plusieurs systèmes monétaires et financiers (au Japon, en Corée, en Indonésie, en Thaïlande, en Russie...) se sont révélés fragiles (cf. leçon II, p. 13) et ont connu (ou connaissent) des crises (cf. leçon III, p. 17), qui ont fait boule de neige après le décrochage du baht taïlandais en 1997. Pour expliquer ces crises, on peut mobiliser les thèses de Marx, Hayek, Schumpeter (id.). Pour rejoindre les pays développés, les thèses libérales enseignent qu’il faut ouvrir les frontières au libre-échange, développer les exportations, déréguler, privatiser, équilibrer les finances publiques, stabiliser les monnaies...
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Ces thèses expliquent le développement de certains pays mais elles ont été démenties par les faits :

n les pays concernés ont libéralisé leurs systèmes monétaires et financiers en

renonçant à leur activité de contrôle et de régulation (en fixant par exemple des taux de change fixes avec le dollar).

n le modèle de développement de ces pays axé sur la demande extérieure et
l’austérité interne a fait naufrage. Il a provoqué déséquilibre et surproduction.

Il faut donc assainir ces systèmes monétaires et financiers, restaurer le contrôle de l’économie (afin de lutter contre la corruption et de conjurer les phénomènes de panique et de contagion), se soucier de répartition, et améliorer la qualité des prévisions (ces crises n’ont pas été anticipées !) 5. La consommation Pour assurer la croissance (cf. leçon III, pp. 15-16), on suggère de stimuler l’investissement, les changements techniques et organisationnels, la démographie (cf. leçon VIII)... et la consommation ! Avec l’évolution des besoins et des modes de vie (cf. leçon XIV, pp. 51-52), la consommation change : comparaisons dans le temps et l’espace, coefficients budgétaires, lois d’Engel, élasticités... Et elle peut être orientée ou contrainte : Veblen, Bourdieu, Illich... Ce que souligne la citation de Sophie Gherardi, c’est que la demande de biens de consommation et de services (cf. leçon XVIII) favorise la croissance, par l’effet multiplicateur (keynésien) qu’elle provoque. Donc la consommation favorise l’écoulement de la production des entreprises et combat le chômage. Et, grâce à la « main invisible » de l’économie, la satisfaction de l’individu engendre ainsi celle de la collectivité. Ces mécanismes connaissent des limites. Principalement, celles-ci :

n Si le revenu et/ou les ressources de l’individu (ou du pays) sont faibles, sa
consommation est faible.

n Mais si la consommation est très forte, l’épargne sera faible, et les capacités
d’investissement des entreprises seront amputées.

n Lorsque la consommation se porte sur des biens importés, la
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consommation interne n’en tire pas avantage (réfléchir sur l’origine des biens consommés : le café est-il un facteur de développement pour le pays

d’où il vient ? Est-il un facteur de dépendance ? Ne lèse-t-il pas les cultures vivrières ?...)

n Le monde n’est pas (encore ?) un espace économique unifié. Nombreuses

sont les barrières (fiscales en particulier) entre pays et grandes régions. Raisonner en termes de consommation mondiale n’a donc guère de sens !

n Cette analyse fait reposer l’économie du monde sur les pays riches. C’est
vrai. Mais peut-on négliger ainsi les énormes potentialités des autres ? 6. La taxe Tobin Cette proposition, qui est interventionniste, est défendue en France par une association (ATTAC, Association pour une taxation des transactions financières pour l’aide aux citoyens) issue des rangs de la gauche radicale (cf. Le Monde des 29-30 novembre 1998). La mobilité internationale des capitaux a permis à nombre de pays d’Asie de se développer. Grâce à des placements avisés, les spéculateurs profitent d’un différentiel de taux d’intérêt, ce qui a pour conséquence de combler ces écarts internationaux de taux. Est-il donc souhaitable de limiter cette mobilité internationale ? Oui, répond James Tobin, à condition que la faiblesse du taux de cette taxe ne compromette pas l’investissement à long terme, mais seulement les mouvements de capitaux à court terme (les « allersretours » sur une monnaie étrangère, des bons du Trésor ou des actions étrangers). Mais si le taux de cette taxe est trop faible, cet effet ne pourra jouer... Autre critique : ne faudrait-il pas qu’un noyau minimum de pays (une vingtaine pour Tobin, cf. Le Monde du 17 novembre 1998, p. 16) adopte cette proposition pour qu’elle fonctionne ? 7. Les 35 heures En France, le passage aux 39 heures en 1982 a créé bien moins d’emplois que prévu (cf. leçon IV, p. 21) : 150 000 au mieux, et non pas 600 000 comme on le prévoyait ! En ira-t-il de même pour les 35 heures ? C’est la question que se pose Olivier Favereau. Pour lui, l’entreprise peut être le lieu d’un nouveau contrat social, les « insiders » (salariés bien protégés) offrant un peu de place aux « outsiders » (individus soumis à la précarité). Les 35 heures peuvent permettre aussi de remettre à plat, avec les partenaires sociaux, toute l’organisation du travail dans l’entreprise. C’est ainsi que pour cet économiste, et toujours dans cet article du Monde d’où est tirée cette citation, « la modification du temps de travail a déclenché un processus exceptionnel d’apprentissage organisationnel, générateur de gains de productivité ».
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Pourquoi souhaite-t-on réduire la durée du travail ? Pour partager le travail et combattre ainsi le chômage, pour améliorer la qualité et la productivité des heures passées au travail, mais aussi pour améliorer les conditions de vie, privilégier d’autres modes de vie (cf. leçon XIV)... A partir de 1982, sont créés des contrats de solidarité (qui attribuent des aides financières aux entreprises ayant réduit la durée du travail en deçà de 39 heures ou négocié des pré-retraites afin de créer des emplois. Un plan Emploi est en outre adopté en 1989. Mais aucune de ces deux initiatives ne réussit. Après une autre tentative infructueuse en 1993, vient la loi « Robien » de 1996. Cette loi accorde des dégrèvements importants de charges sociales si l’entreprise embauche ou bien si elle ne licencie pas. La loi Robien est une réussite... Et le 19 mai 1998 a été votée une loi sur les 35 h... Cependant, selon plusieurs sondages, les salariés préfèrent majoritairement accroître leur revenu plutôt que leur temps libre (cf. Le Monde du 2 décembre 1998 et P. Cahuc et P. Granier, ed., « La réduction du temps de travail, une solution pour l’emploi ? », Economica, 1997). Les économistes de cet ouvrage s’entendaient sur ces trois points :

n Réduire la durée du travail ne crée pas systématiquement des emplois. (Par
durée, il faut entendre durée hebdomadaire, car, paradoxalement, on songe à accroître le nombre d’années travaillées...)

n Il existe des moyens de favoriser l’efficacité d’une réduction de la durée du
travail en termes d’emploi.

n La réduction de la durée du travail n’est pas une solution miracle.
En outre, le débat est politique :

n Puisque la durée du travail baisse depuis un siècle (grâce à la considérable
amélioration de la productivité), il serait vain de s’opposer à ce que cette baisse se poursuive. En cela, on se pose comme progressiste. On pense qu’il existe d’autres voies que le travail pour se réaliser...

n Si l’Etat réduit la durée du travail, cela pourrait être sans effet sur
l’économie, cela pourrait troubler l’ordre social... On se situe alors dans une perspective conservatrice. On estime que le travail doit demeurer le moyen privilégié de réalisation individuelle et d’intégration sociale.

Il est encore prématuré de dresser un bilan général du passage aux 35 h. Les questions posées par ce passage sont nombreuses : évolution du chômage et du travail, création d’emplois (dans quels secteurs ? A quels niveaux de qualification ? Grâce à des qualifications complémentaires ?...),
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compensation salariale (totale ? partielle ? modulée ?...), impact sur la productivité (suivant la théorie du salaire d’efficience (cf. leçon V, p. 23), si le salaire est faible, la productivité est faible...) et la consommation, impact sur les finances publiques, échelonnement des mesures dans le temps, conséquences internationales (hausse des importations ? délocalisations de production ?),... Il semble toutefois que les entreprises de grande taille tirent plus d’avantages à ce passage que les autres entreprises. Et que l’application sera modulée selon les professions, les niveaux de responsabilité... 8. Partiel de mai 1999 (3 heures) Des sept sujets ci-dessous, vous en traiterez deux. Vous commenterez et discuterez ces citations. Votre argumentation sera logique, et vous mobiliserez toutes vos connaissances. 1. « ... On ne peut plus raisonner en faisant de la croissance économique, telle que nous la calculons, le bien suprême. Cela conforte la monétarisation de la société et la suprématie de l’économique sur le politique, cela paralyse les débats sur un projet de société... Malheureusement, le tabou de la croissance est non seulement partagé par la plupart des économistes et des politiques, mais aussi par beaucoup de ceux qui sont les plus désireux de lutter contre le chômage et l’exclusion... » Guy Roustang, dans un article intitulé « Revoir nos critères de prospérité », publié par la revue Esprit en février 1999. 2. Pour Jürgen Schrempp, patron de Daimler-Chryslern, « l’euro va libérer de puissantes forces de marché qui vont sans aucun doute transformer la manière de vivre et de travailler des européens ». Pour Rudi Dornsbusch, « l’euro ne résoudra pas le problème du chômage ». (cf. Le Monde du 31 décembre 1998, p. X) 3. « Après trente années de croissance régulière et dix années plus cahotiques, soit une génération, les modes de vie des français ont beaucoup changé. L’exode rural et le salariat urbain des hommes et des femmes a transformé le paysage géographique des vielles et des campagnes, mais aussi ce qu’il est convenu d’appeler le « paysage social »... Les diverses catégories... ont
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vu leurs niveaux de vie se rapprocher en termes monétaires, les inégalités les plus criantes se réduire, notamment lors de la retraite, mais les spécificités de chacun demeurent encore fortes, et d’autres formes d’inégalités apparaissent, liées à l’encombrement de l’espace et du temps et à la précarité de l’emploi. » Annie Fouquet, article « Modes de vie » de l’Encyclopédie économique (dirigée par Xavier Greffe, Jacques Mairesse et Jean-Louis Reiffers, et éditée par Economica en 1990), p. 1491. 4. « ... Les deux questions clés que pose aujourd’hui la situation démographique de la France sont, d’une part celle de l’intégration des migrants et, d’autre part, celle du financement des retraites. » Yves Crozet, Lahsen Abdelmalki, Daniel Dufourt, René Sandretto, Les grandes questions de l’économie française, Nathan, 2ème édition, 1997, p. 92. 5. « Au cours de ce dernier quart de siècle, la scène monétaire et financière de nombreuses économies et celle de l’économie mondiale auront connu de profondes et rapides transformations : mutation des systèmes financiers, redéfinition de l’activité des banques, innovations multiples sur les moyens de paiement et les produits financiers, libération totale des mouvements de capitaux, mise en place d’une monnaie unique européenne, etc. » Sophie Brana, Michel Cazals, La monnaie, Dunod, 1997, p. 7. 6. « Devant la multitude des demandes économiques et sociales d’intervention et de régulation publiques, les réponses assises sur le « tout Etat » sont dépassées. C’est une évidence aujourd’hui concrétisée à la fois par le processus de décentralisation amorcé en 1982 et par le transfert de compétences à l’échelon européen. » Yves Crozet, Analyse économique de l’Etat, Armand Colin, 1991, p. 179. 7. « [En matière de répartition des salaires] l’objectif égalitaire est souvent relativisé par la nécessité d’accepter une certaine inégalité si elle est nécessaire à l’obtention de la croissance économique maximale. » Gérard Thoris, in Alain Beitone et al., Analyse économique et historique des sociétés contemporaines, Armand Colin, 1996, Tome II, p. 248.

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9. Partiel du 10 décembre 1999 (3 heures) Des quatorze questions ci-dessous, vous n’en traiterez que dix. Vos définitions et commentaires seront argumentés et solides. Barème envisagé (sur vingt) : deux points par question.

1. Rationalité et économie 2. Développement et croissance 3. Les théories de la croissance 4. La crise et ses théories 5. Le progrès technique et le chômage 6. La stratification du marché du travail 7. La courbe de Beveridge 8. Les deux courants de l’économie publique : le courant individualiste, celui
de la contrainte

9. Le critère de Pareto 10. En théorie des choix publics : unanimité et majorité 11. Le multiplicateur fiscal 12. L’effet multiplicateur du budget équilibré 13. Population et migrations 14. Le rôle économique des représentants des salariés

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10. Partiel du 11 avril 2000 (3 heures) Des six sujets ci-dessous, vous en traiterez deux. Vous commenterez et discuterez ces citations. Votre argumentation sera logique, et vous mobiliserez toutes vos connaissances. 1. « En 2025, la planète comptera deux milliards d’habitants de plus qu’aujourd’hui, et il convient aux yeux des organisateurs [du second Forum de l’eau de mars 2000 à La Haye] de préparer un plan d’action pour rationaliser l’exploitation des ressources. Un habitant sur cinq est déjà actuellement privé d’eau potable... » (Le Monde, vendredi 17 mars 2000, p. 2).Les débats peuvent se résumer grossièrement ainsi : pour certains, il faut fixer le prix de l’eau à son coût réel, pour dissuader les gaspillages et rentabiliser les investissements consentis dans ce domaine. Pour d’autres, on ne saurait établir un marché de l’eau, car c’est un bien particulier, vital et patrimonial. Qu’en penser ? 2. « [En France] pendant plus de vingt-cinq ans, le chômage s’expliquait par « la crise » ; depuis quelques mois, il n’est plus question que du plein-emploi qu’on nous promet pour après-demain, si ce n’est demain... La crise a trop longtemps caché une mutation devenue évidente sous l’effet de la nouvelle économie. Le plein-emploi, quant à lui, ne ressemblera pas à celui des « trente glorieuses », avec ses salariés à temps plein en contrat à durée indéterminée. Il se caractérisera par la diversité des statuts, par l’incertitude et la précarité, par le travail à temps partiel, au nom d’un besoin de flexibilité... » (Alain Lebaube, Le Monde, 24 mars 2000, p. 1) 3. « Le décollage industriel de l’Extrême-Orient est assurément l’un des phénomènes économiques les plus marquants de la seconde moitié du XXème siècle. Replacé dans une perspective historique plus large, il apporte la preuve qu’il n’y a pas de fatalité du sous-développement et confirme, après le précédent japonais, que le capitalisme n’est pas voué à s’épanouir exclusivement dans les contrées de peuplement européen... » (Jacques Adda, La mondialisation de l’économie. 2. Problèmes, La Découverte, col. Repères, 1997, p. 43)

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4. « Les questions relatives à la formation des rémunérations et à la répartition des richesses créées par l’activité productive sont politiquement et socialement sensibles, mais aussi économiquement difficiles à appréhender. En même temps, ce sont des questions essentielles : la répartition est au cœur des mécanismes économiques fondamentaux, influençant le fonctionnement de tous les marchés (marchés des biens et des services, marché du travail, marchés financiers) ». (Yves Crozet, Lahsen Abdelmalki, Daniel Dufourt, René Sandretto, Les grandes questions de l’économie française, Nathan, 2ème éd., 1997, p. 287) 5. En économie de la science, on mobilise la scientométrie, qui est l’étude des produits de l’activité scientifique (principalement les articles de revues scientifiques et les brevets). « Aujourd’hui, la volonté planificatrice a laissé place à deux types d’usage de la scientométrie. Premièrement, la recherche étant une activité coûteuse, les décideurs ont recours à la scientométrie pour évaluer la recherche : saisir l’efficacité des sommes engagées au regard des résultats obtenus ; examiner les effets de la recherche sur la dynamique socioéconomique ; ou encore connaître les secteurs porteurs ou ceux méritant d’être soutenus. Des mesures politiques ou économiques peuvent être prises en conséquence. Deuxièmement, la scientométrie permet d’assurer une fonction de veille technologique, c’est-à-dire de déterminer les secteurs scientifiques et techniques en fort développement, ou les secteurs jugés prioritaires dont on veut avoir une vue synthétique d’ensemble sans engager un travail en profondeur long et coûteux... » (Olivier Martin, Sociologie des sciences, Nathan, col. 128, 2000, pp. 45-46) 6. « La politique monétaire est probablement l’élément de la politique économique qui a le plus évolué depuis une dizaine d’années. Le fort développement des marchés de capitaux, la déréglementation et la diversification du rôle des institutions financières ont entraîné une convergence des modalités de mise en œuvre de la politique monétaire dans les grands pays industrialisés... » (Sophie Brana, Michel Cazals, La monnaie, Dunod, Les Topos, 1997, p. 88)

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11. Partiel de rattrapage mai-juin 2000 (3 heures) (ni documents ni calculatrice) Des six sujets ci-dessous, vous en traiterez deux. Vous commenterez et discuterez ces citations. Votre argumentation sera logique, et vous mobiliserez toutes vos connaissances. 1. « Plutôt que de baisser les impôts, il paraîtrait préférable de dégonfler en priorité la dette publique ». C’est ce qu’estime (pour la France) Guillaume Duval (dans Alternatives économiques, n°179, mars 2000, p. 7). 2. « Un ordre économique nouveau s’est imposé dans l’ensemble du monde... On n’est plus marxiste, on est entrepreneur... Au lendemain de la seconde guerre mondiale, seuls les gouvernements étaient encore capables de mobiliser et de gérer les ressources nécessaires à la reconstruction des pays dévastés... Soudain, dans les années 90, c’est l’effondrement... L’Etat se désengage, il privatise. C’est la plus grande vente de tous les temps... Ce changement n’est en aucune façon annonciateur de ce que certains pourraient être tentés d’appeler " la fin de l’Etat "... » Daniel Yergin et Joseph Stanislaw (dans « La grande bataille. Les marchés à l’assaut du pouvoir », éditions Odile Jacob, 2000). 3. « Pour être provocateur, je dirais par exemple qu’à la différence du contrat à durée déterminée, le travail temporaire est susceptible de jouer, monopole en moins, un rôle comparable à celui que tenait le syndicat du livre ou celui des dockers, c’est-à-dire d’assurer la stabilité d’un statut professionnel par delà la discontinuité et la diversité des tâches accomplies ». Alain Supiot (dans Alternatives économiques, n°179, mars 2000, p. 15). 4. « Selon les tenants du libre-échange, l’essor du commerce serait synonyme de progrès pour tous. L’expérience montre au contraire qu’il s’agit d’un moyen pour les puissants d’imposer leurs exigences à l’ensemble de la planète. D’où l’urgence d’un protectionnisme altruiste » destiné à protéger les modèles sociaux les plus avancés, comme les intérêts des travailleurs du Sud : des prélèvements variables sur les importations suivant des critères sociaux et
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écologiques, et qui seraient restitués aux pays d’origine ». Bernard Cassen (dans Le Monde diplomatique, février 2000, p. 22). 5. « L’ère de l’information forme le contrepoint radical de la consommation de masse telle qu’elle a été conçue au XXe siècle. A l’obsession de tout standardiser qui avait galvanisé les énergies, se substitue aujourd’hui le cours aussi obsessionnel de tout dé-standardiser : les tâches, les produits. On attend des travailleurs qu’ils soient polyvalents, on attend des séries de production qu’elles soient courtes, faites "juste à temps" et quasiment sur mesure ». Daniel Cohen (dans Esprit, janvier 2000, p. 59) 6. « Hors d’Europe, comme en Europe, le clivage entre pays développés et pays non développés se forme dès la fin du XIXe siècle. Hors d’Europe, le Japon et les pays anglo-saxons d’Amérique et d’Océanie passent par un processus réussi d’industrialisation tandis qu’au contraire l’Amérique latine, l’Asie et l’Afrique restent à l’écart et connaissent la domination impérialiste ». Jacques Brasseul (dans son « Histoire des faits économiques. Tome 2 : de la révolution industrielle à la Première Guerre mondiale », Armand Colin, 1998, p. 295). 12. Partiel du 8 décembre 2000 (3 heures) Des dix questions ci-dessous, vous n’en traiterez que cinq. Vos définitions et commentaires seront argumentés et solides. Barème envisagé (sur vingt) : quatre points par question. 1. Le modèle de KALDOR oriente-t-il la politique de répartition ? 2. Les phénomènes migratoires et leurs explications théoriques. 3. Le losange des relations sociales pour décrire l’évolution des relations de travail. 4. La courbe de Beveridge, et les réflexions qu’elle vous inspire sur les qualifications. 5. Le progrès technique et le chômage. 6. Comment mesurer l’efficacité
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des

dépenses

de

Recherche-

Développement ? 7. La politique économique et ses trois grands programmes, keynésien, néoclassique, et celui de l’économie de l’offre. 8. Le paradoxe de Condorcet met-il en péril les procédures démocratiques ? 9. Quelles stratégies recommander à un PED (Pays en développement) pour se développer ? 10. La théorie de la régulation. 12 bis. Eléments de correction du partiel du 8 décembre 2000 (3 heures) Quelques règles à suivre : les arguments mobilisés doivent permettre de construire une démonstration. Ces arguments doivent être illustrés (de données chiffrées, d’exemples) et ancrés dans des théories économiques (bien définies, le cas échéant en s’aidant de graphiques). Ils doivent, bien sûr, être en rapport avec la question posée ! D’un point de vue formel, la copie doit être claire, lisible, rédigée dans un style aéré qui respecte la grammaire et l’orthographe. 1. Le modèle de KALDOR oriente-t-il la politique de répartition ? Question classique de cours, peu prisée des étudiants. Il convenait, d’abord, d’exposer le modèle, en insistant sur sa filiation keynésienne, sur les hypothèses mobilisées. Ensuite, d’en souligner la philosophie. Filiation keynésienne, car on suppose que des profits élevés vont engendrer des investissements élevés. Quant aux hypothèses, nous avons une partition de l’économie en deux groupes, dont l’un a un taux d’épargne plus faible que l’autre. Grâce à un calcul simple (cf. polycopié), on exprime le taux d’investissement (I/Y) en fonction du taux de profit (P/Y) : I/Y = (sp - sw) P/Y + sw et l’on constate alors que le taux d’investissement est déterminé pour l’essentiel par le taux de profit. Une politique de développement économique devra donc promouvoir un taux de profit P/Y élevé. Il s’ensuit que la politique de répartition à suivre consiste à favoriser la constitution de profits (en particulier par des allégements fiscaux) et le réinvestissement de ces profits (par des incitations à
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investir). Une telle politique risque d’accroître les inégalités de revenus (évaluées par le rapport inter-déciles D9/D1, qui est voisin de 5 en France, et par le coefficient de Gini) (cf. TD), qui peuvent être difficiles à supporter par les titulaires de ressources modestes. La politique de répartition s’en trouve donc un peu tiraillée, car cette politique est plus large que celle des revenus, doit tenir compte de toutes les ressources dont bénéficient chaque foyer, et ne saurait négliger les plus démunis (RMI...). 2. Les phénomènes migratoires et leurs explications théoriques. Une question souvent retenue par les étudiants. Mais les explications théoriques ont été souvent absentes... Ce terme de migration étant flou, il fallait distinguer les migrations internes des migrations externes (internationales), les migrations temporaires des migrations définitives, le solde migratoire du trafic. Grossièrement, pour les migrations internes, nous pouvons solliciter l’économie spatiale (de Von Thünen aux modèles gravitaires, et au-delà..., cf. cours), et prendre quelques exemples (en France, des métropoles régionales comme Toulouse deviennent de plus en plus attractives...). Pour les migrations externes, qui pèsent sur les structures démographiques des pays de départ et d’arrivée, et qui peuvent être contraints par des choix politiques, on s’oriente aujourd’hui vers une théorie des déséquilibres cumulatifs : d’abord parce que l’épargne, comme le capital humain, est drainée des zones les plus pauvres vers les zones les plus riches (cf. Myrdal, Wicksell et Keynes), ensuite parce que diverses institutions ou procédures (comme la fermeture des frontières des nations riches) bloquent la mobilité des individus, enfin parce que la prise en compte de facteurs non économiques, comme l’intégration familiale ou la possession d’un logement, engendre des localisations non rationnelles d’un point de vue économique. Mais il n’existe pas encore de théorie unifiée, ce qui explique l’âpreté des débats actuels sur les migrations internationales. 3. Le losange des relations sociales pour décrire l’évolution des relations de travail. Question exposée en TD. Certains étudiants n’ont pas jugé bon de faire les schémas. D’autres n’ont pas fait apparaître qu’au fil du temps les relations sociales devenaient plus présentes et plus complexes... Les relations de travail dans l’entreprise ont évolué. Considérons donc le losange des relations sociales de
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l’entreprise (cf. TD), ce sociogramme qui étudie les relations entre la direction D, l’encadrement E, le personnel d’exécution P et ses représentants R. Ce losange a connu diverses étapes : dans le modèle primitif (caractérisé par le contrôle patronal), la relation DEP est forte ; dans le modèle ouvriériste (contrôle syndical), c’est la relation DRP qui est forte ; dans le modèle stabilisé, celui de la grande entreprise taylorienne, deux relations fortes (DE et RP). Quelle place, aujourd'hui, occupent les représentants R ? Comme l’entreprise moderne est devenue un « tissu polycellulaire » (Hubert Landier), c’est-à-dire un réseau de cellules relativement autonomes, les structures traditionnelles de représentation du personnel s’en trouvent bousculées : la négociation collective se marginalise et les appareils syndicaux semblent inadaptés et obsolescents (sauf peut-être dans la fonction publique...). Initialement, le losange figurait les liaisons entre quatre entités ; aujourd’hui, c’est tout le losange, diagonales comprises, qui schématise les liaisons sociales de la firme. Les relations sociales acquièrent une reconnaissance générale, mais leur gestion se complique ! Dans le futur, faudra-t-il transformer ce losange en pentagone, avec l’arrivée de l’actionnariat salarié (la France compte aujourd’hui environ un million de salariés actionnaires) ? 4. La courbe de Beveridge, et les réflexions qu’elle vous inspire sur les qualifications. La question a souvent été exposée par les étudiants comme elle l’a été dans les notes polycopiées (cf. infra), en renvoyant à la fin (au mieux !) la courbe de Beveridge. Il était, peut-être, plus pertinent de dessiner d’abord cette courbe... Pourquoi, depuis les années 70, le taux de chômage s’est-il accru de dix points en France comme en Europe, alors qu’il est revenu aux Etats-Unis à sa (faible) valeur initiale ? Pour répondre à cette question, H. Sneessens, 1995, se focalise sur la France et distingue les travailleurs en emploi (insiders), qui sont bien protégés, des travailleurs au chômage (outsiders), qui le sont beaucoup moins : les chômeurs de longue durée sont de moins en moins employables et souffrent d'un effet d'éviction au bénéfice des qualifiés. En outre, à cause du contenu croissant de technologie dans les emplois moins qualifiés, du déclin relatif du secteur industriel, et de la mondialisation de l’économie, le nombre de chômeurs moins qualifiés s’accroît. En conséquence, la relation observée entre offres et demandes d'emplois (appelée courbe de Beveridge, relation inverse entre taux de chômage et taux d’emplois vacants) s’est détériorée en Europe, et pas aux Etats-Unis.
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5. Le progrès technique et le chômage. Le changement technique crée de nouvelles valeurs d’usage (et donc de nouveaux biens et services, qui remplacent ou s’ajoutent aux autres) et accroît la productivité globale du travail (dont l’une des conséquences, parmi beaucoup d’autres, est de créer du chômage). Mais le bilan global de l’impact du changement technique sur l’emploi est immensément positif. « Le progrès technique tue l’emploi », prétendent certains. Les effets du progrès technique sur l’emploi sont en réalité bien plus complexes. Le progrès technique, en effet, permet d’économiser le travail, de modifier ses formes, de réduire le temps de travail, de créer des emplois nouveaux, d’améliorer la qualité du travail... Lorsque l’on dépouille plus de 400 rapports élaborés entre 1987 et 1990 en Europe et consacrés à l’impact des nouvelles technologies sur l’emploi, on note que les effets négatifs sur l’emploi sont moins importants que prévus et que ces effets sont généralement « plus profonds dans les entreprises qui n’ont pas introduit les nouvelles technologies (et qui ont perdu compétitivité et part de marché) que dans celles qui, en introduisant les nouvelles technologies, ont pu augmenter leur production ». La nature réelle du progrès technique ne réside pas dans l’automatisation du passé mais dans l’invention de l’avenir. 6. Comment mesurer l’efficacité des dépenses de Recherche-Développement ? Le sujet n’était pas l’évaluation technologique. Ni la différence entre recherche fondamentale et appliquée. Ni les diverses méthodes de prévision technologique... Les dépenses de R & D sont assimilables à des investissements. Mais ce sont des investissements dont les produits sont incertains (les produits nouveaux futurs n’ont pas de marché !), discrets (recherches couvertes par le secret Défense) et très particuliers (les revues scientifiques sont hors marché !) Les dépenses de R & D sont importantes. Elles ne sauraient échapper à des contraintes de rentabilité financière. Les méthodes de gestion que l’on applique sont dérivées des méthodes classiques de choix d’investissement, sont des méthodes multicritères, mobilisent des arbres de pertinence, ou bien encore sont issues de l’analyse des systèmes. Quant aux mesures de la R & D, elles sont estimées par les dépenses de R & D, les effectifs de personnels affectés à la R & D, par le calcul d’indicateurs de diffusion des innovations, par divers
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indicateurs bibliométriques (articles de revues scientifiques, brevets) ou, plus largement, scientométriques (comme l’analyse des citations dans les articles scientifiques et les brevets). Grâce aux progrès des réflexions en économie de la science, les dépenses de R & D sont mieux évaluées : La théorie de l’agence est sollicitée pour expliquer les rapports entre les pouvoirs publics (qui financent en France la moitié de la recherche !) et les chercheurs. La critique de la théorie de Merton, qui traite le monde scientifique comme une république idéale, justifie que les évaluations ne soient pas seulement individuelles, car la recherche est de plus en plus une recherche d’équipe. Pour Gibbons, se développe aujourd’hui une nouvelle économie de la science, caractérisée par la multidisciplinarité des recherches, la multiplication des collaborations entre institutions de recherche et la nécessité de disposer d’une évaluation sociale des bénéfices de la recherche. Dans un tel contexte, l’efficacité de la recherche est plus difficile à mesurer, et doit devenir un processus qualité.

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7. La politique économique et ses trois grands programmes, keynésien, néoclassique, et celui de l’économie de l’offre. La politique économique s’inspire principalement de trois grands programmes : Le programme keynésien, qui insiste sur la demande et qui mobilise l’instrument budgétaire. Pour les keynésiens, l’économie de marché ne tend pas d’elle-même vers l’équilibre de plein-emploi. En cas de chômage, ils préconisent d’accroître la demande en augmentant les dépenses publiques. Le programme néoclassique, qui cherche à restaurer l’équilibre en relativisant l’importance du court terme. En effet, les néo-classiques estiment d’une part que, même si des mesures de politique économique peuvent être efficaces à court terme, elles ne le sont pas dans le long terme. Et, d’autre part, que même à court terme, ces mesures ne sont pas efficaces, à cause des anticipations que forment les individus, et qui contrecarrent ces mesures. Le programme de l'économie de l’offre, qui recommande de libérer l’offre, de déréglementer largement, et de diminuer fortement les prélèvements obligatoires.
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8. Le paradoxe de Condorcet met-il en péril les procédures démocratiques ? Agréger les préférences individuelles est délicat. Généralement, on se tire de cette difficulté grâce au principe de Pareto, qui nous assure que certaines situations (pas toutes !) votées par la majorité sont efficientes. Ce délicat passage de l’ordre de préférence individuel à l’ordre de préférence général, Condorcet l’avait déjà pressenti en 1785 dans son paradoxe : à cause de la circularité des préférences individuelles, aucun choix fondé sur la majorité n’est possible, et l’ordre des votes peut influencer le résultat. Ce paradoxe a été étendu par Kenneth Arrow : aucune règle de vote fondée sur la majorité ne peut à la fois garantir l’efficience, respecter les préférences individuelles et être indépendante de l’ordre des votes. « En d’autres termes, aucun modèle de vote n’a jamais été découvert – et Arrow a prouvé qu’il est impossible d’en trouver un – c’est-à-dire qui puisse garantir que le vote majoritaire sera cohérent et amènera la société à sa position la plus désirable. » (Samuelson et Nordhaus). Condorcet et Arrow démontrent donc à la fois que les procédures démocratiques ne sont pas bonnes, mais qu’il n’en est pas de meilleures ! Les économistes sont ainsi alertés sur les défaillances de ces procédures. 9. Quelles stratégies recommander à un PED (Pays en développement) pour se développer ? Les tiers mondes sont divers, multiples sont les stratégies de développement. Le choix d’une stratégie dépend de trois variables : Quel secteur privilégier ? Aujourd’hui, la priorité est donnée aux programmes de développement agricole (cultures vivrières ou d'exportation). Des réformes agraires sont mises en place. Et le tourisme est mobilisé. Quel modèle d’industrialisation promouvoir ? Dans plusieurs branches ou dans quelques-unes seulement ? Industrialiser pour remplacer les importations ou pour valoriser les exportations ? Quel degré d’ouverture avec l’étranger ? Pour un développement autocentré ou extraverti ? la stratégie introvertie (c’est celle de la révolution industrielle britannique ou du modèle soviétique) s’effectue à partir d’un secteur moteur,
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l’industrie lourde par exemple, et de façon protectionniste. La stratégie extravertie entend insérer le pays dans les échanges internationaux, en accroissant ses exportations (de matières premières ou de produits industriels), quitte à accroître sa dépendance vis-à-vis des pays développés. Ce qui sous-tend ces stratégies, ce sont des théories : d’abord la théorie traditionnelle, qui recommandait de passer par des étapes obligatoires, décalquées des étapes traversées par les pays occidentaux. Cette théorie a été un échec. Semblent plus prometteuses aujourd’hui les approches du BIT (Bureau international du travail), qui exige que les besoins fondamentaux des hommes soient assurés en priorité, et de Hirshman, qui n’interdit pas à ces pays une croissance déséquilibrée, le cas échéant conflictuelle. Certaines de ces stratégies peuvent se combiner ou se succéder. Pour d’autres auteurs, comme F. de Ravignan, la priorité est de donner à manger par le travail. 10. La théorie de la régulation. La théorie de la régulation, d’inspiration marxiste, influencée par Keynes et initialement française (Robert Boyer), analyse les différents « régimes d’accumulation » de nos économies développées. Un régime d’accumulation se définit comme l’ensemble des modes de production qui assurent l’accumulation du capital durant une certaine période et dans un cadre institutionnel (dénommé « formes institutionnelles ») bien précis. L’économie connaît donc, au fil du temps, différents régimes d’accumulation : à la régulation concurrentielle de la seconde moitié du XIXème siècle jusqu'à la crise de 1929, a succédé la régulation monopoliste (ou fordiste, ou fordienne, car caractérisée par la standardisation et la mécanisation). Les régulationnistes estiment que nous connaissons depuis les années quatre-vingt-dix une « lente recomposition de l’ensemble des relations entre techniques, formes institutionnelles et régularités économiques ». Ce nouveau modèle (l’après-fordisme) entend expliquer les spécificités nationales des systèmes productifs. Pour S. Bonny, cette grille d’analyse s’applique bien à l’agriculture française. Celle-ci passe aujourd’hui d’un modèle productiviste (1945-1980) à un nouveau modèle technique (à partir des décennies 1980 et 1990) : une agriculture multifonctionnelle et flexible, liée à la diffusion des nouvelles technologies de l’information et des biotechnologies. Pour les théoriciens de la régulation, une crise se produit lorsque l’économie passe d’un régime à un autre.
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13. Partiel de rattrapage décembre 2000 (3 heures) Des dix questions ci-dessous, vous n’en traiterez que cinq. Vos définitions et commentaires seront argumentés et solides. Barème envisagé (sur vingt) : quatre points par question. 1. La rationalité en économie 2. Développement et sous-développement. 3. Les théories du chômage. 4. La courbe de Beveridge. 5. La théorie des choix publics et le paradoxe de Condorcet. 6. Prévision technologique et scientométrie 7. Les multiplicateurs budgétaire et fiscal. 8. Les approches théoriques des phénomènes migratoires. 9. Les grands indicateurs démographiques. 10. Le surplus de productivité et sa répartition.

14. Partiel du 20 avril 2001 (3 heures) Des six sujets ci-dessous, vous en traiterez deux. Vous commenterez et discuterez ces citations. Votre argumentation sera logique, et vous mobiliserez toutes vos connaissances. 1. « ...Notre monde se caractérise... par un niveau incroyablement élevé de privations en tous genres, de misère et d’oppression... Surmonter ces handicaps est une tâche centrale pour le développement... Nous devons prendre la pleine mesure du rôle des libertés – et des libertés de toutes sortes – pour combattre ces maux. L’action des individus est indispensable pour surmonter ces privations. Mais nous ne devons pas perdre de vue que notre liberté d’action est nécessairement déterminée et contrainte par les possibilités sociales, politiques et économiques qui s’ouvrent à nous. Action individuelle et
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structures sociales sont complémentaires. Il nous faut donc reconnaître, à la fois, le caractère crucial de la liberté individuelle et la force des influences sociales sur le fond desquelles elle s’exprime... » « ... Le développement peut être appréhendé... comme un processus d’expansion des libertés réelles dont jouissent les individus.» Amartya Sen (dans son ouvrage « Un nouveau modèle économique. Développemnt, justice, liberté », Editions Odile Jacob, 2000, pp. 9-10 & 13). 2. « Le recours à l’immigration présente l’avantage d’avoir un impact immédiat et relativement important sur la population active, en raison des caractéristiques des nouveaux arrivants, plus jeunes et plus mobiles. Mais ces caractéristiques s’estompent avec le temps, le comportement démographique et économique des migrants s’alignant sur celui des nationaux. » (OCDE, Organisation de coopération et de développement économique, dans son rapport « Tendances des migrations internationales », 2001, 394 p.). 3. « L’Etat le plus peuplé des Etats-Unis, le berceau de la révolution des nouvelles technologies, a dû s’imposer jeudi 18 janvier, pour la deuxième journée consécutive, des coupures d’électricité pour ne pas risquer la panne totale. Cette crise de l’électricité en Californie résulte de la rencontre d’un programme défectueux de déréglementation de la production d’énergie et du « boom » économique. » (Sous-titre d’un article du Monde, intitulé « La Californie face à l’échec de la privatisation de son réseau électrique », Samedi 20 janvier 2001, p. 18). 4. « Ce n’est pas encore la Silicon Valley. Le département des HautesPyrénées traîne son passé industriel comme un boulet, pour avoir longtemps accueilli des sites d’entreprises nationalisées : GIAT-Industries, Pechiney, Alsthom ou la Socata, filiale d’Aérospatiale, qui s’y étaient installés dans les premières années de l’après-guerre. Au fil des ans et des plans sociaux à répétition, le département a laissé s’effilocher son industrie vieillissante, sa main-d’œuvre spécialisée et sa population. Entre 1985 et 1995, les Hautes-Pyrénées ont perdu 10 000 emplois et autant d’habitants... Aujourd’hui, les Hautes-Pyrénées tentent de se lancer dans la modernité... Le déclic a été donné avec le plan de sauvetage du pic du Midi de Bigorre, que l’on disait condamné... et qui a peut-être trouvé un nouvel élan avec une double vocation touristique et scientifique... ... « Nous avons fait un front commun de refus de la fatalité », dit Josette Durieu, sénateur (PS), qui a créé, il y a près de deux ans, un Centre européen
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des technologies de l’information en milieu rural (Cetir). Cette structure joue les incubateurs d’entreprises en vallée d’Aure, près du plateau de Lannemezan. Avec la complicité de Matra Systèmes, une centaine d’emplois tournés vers les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) ont vu le jour dans cette vallée, jusque-là surtout marquée par ses stations de ski et ses derniers bergers... En 1996, le département affichait un taux de chômage de 13,5 %, redescendu aujourd’hui à 9,3 %...[A été en outre inauguré en janvier dernier] un maillon de cette renaissance industrielle avec le centre d’appels multimédia Atos Origin, sous-traitant de France-Télécom. » (Jean-Jacques Rollat, dans un article du Monde, intitulé « Le piémont des Pyrénées se tourne vers les nouvelles technologies », Mercredi 17 janvier 2001, p. 12) 5. « Source de vie, l’eau a longtemps été considérée comme une ressource abondante, voire illimitée : bien commun, elle n’avait pas de prix, au sens économique du terme. Mais sa raréfaction lui a progressivement ôté son caractère de bien public discrétionnaire. Doit-elle devenir pour autant un simple bien marchand ? Economistes et pouvoirs publics n’ont pas d’avis unanime sur le sujet. C’est en 1992, lors de la Conférence de Dublin, que la communauté internationale a défini pour la première fois l’eau comme « bien économique », lui reconnaissant, à travers ce principe, une valeur marchande. Un postulat que certains libéraux ont, depuis lors, prolongé jusqu’à penser qu’il serait possible de fixer un prix mondial de l’eau, fonction de l’offre et de la demande, et reflet de la valeur de ce bien économique. Reste que malgré sa rareté, l’eau n’a pas de valeur commerciale intrinsèque : il n’y a pour ainsi dire pas de marché de l’eau en tant qu’échange de biens, au sens où il existe un marché des matières premières, mais seulement un marché des services liés à sa mise à disposition. « En tant que ressource, l’eau n’est pas un bien économique. Mais il faut la conduire jusqu’aux consommateurs, et ce service a un coût qu’il faut couvrir », explique Bernard Barraqué... « Dans ce secteur très capitalistique où les équipements s’amortissent en trente ou quarante ans, le problème majeur du financement des infrastructures dans l’eau est avant tout un problème de garanties... », affirme Guy Leclerc... » (Laetitia Van Eeckout, dans un article du Monde, intitulé « L’eau sonde sa valeur marchande », Mardi 20 février 2001, p. II) 6. « Naguère enfants gâtés de la politique agricole commune (PAC), les paysans sont confrontés à une succession de crises. Crise de confiance des citoyens secoués par les scandales alimentaires ; crise de financement de la PAC qui doit, dans le cadre d’un plafonnement de son budget, faire face aux dépenses liées à l’épidémie de la vache folle. Crise interne au sein même de la
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profession entre les partisans d’une agriculture conventionnelle et ceux qui prônent une remise en cause fondamentale des modes de production. Erigé en modèle pendant près de quarante ans, le productivisme agricole a atteint ses limites. Il a permis de faire de l’Europe une des deux plus grandes puissances agricoles, avec les Etats-Unis, et de hisser la France à la deuxième place mondiale des pays exportateurs de produits agroalimentaires. Mais il a eu pour corollaire une forte concentration des exploitations, avec un système d’aides favorisant les plus grosses au détriment des plus petites, ainsi qu’un dépeuplement des campagnes. » (Martine Laronche, premières lignes d’un article du Monde, intitulé « Agriculture : comment en finir avec le productivisme », Mardi 13 février 2001, p. I)

14bis. Eléments de corrigé du partiel du 20 avril 2001 (3 heures) Quelques règles à suivre : les arguments mobilisés doivent permettre de construire une démonstration. Ces arguments doivent être illustrés (de données chiffrées, d’exemples) et ancrés dans des théories économiques (bien définies, le cas échéant en s’aidant de graphiques). Ils doivent, bien sûr, être en rapport avec la question posée ! D’un point de vue formel, la copie doit être claire, lisible, rédigée dans un style aéré qui respecte la grammaire et l’orthographe. 1. Citation de Sen Pour Sen, le développement n’est pas seulement fondé sur des critères strictement économiques. En ce sens, sa pensée est en rupture avec la pensée économique dominante. Il faut étudier les libertés individuelles (droits de..., droits à...) et le rôle de l’Etat (c’est l’Etat-Providence). Pour l’Etat, Sen est plutôt un tenant du courant de l’échange volontaire. La politique économique est difficile car l’articulation privé-public est délicate. 2. Citation extraite d’un rapport de l’OCDE L’avantage de la migration (à ne pas confondre avec la mobilité) est un avantage à court terme. Car la migration ne règle pas (ou seulement provisoirement) les difficultés démographiques et économiques.

3. Citation du Monde sur des coupures d’électricité en Californie
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Deux questions se croisent : celle de l’énergie (réseau, non contestabilité...) et celle du débat nationalisation-déréglementation. 4. Citation du Monde sur les Hautes-Pyrénées Comment un département (à supposer que cette entité territoriale ait un sens...) peut-il réussir son passage du secondaire au tertiaire ? Répondre à cette question suppose que l’on étudie le secteur secondaire (abrité ? exposé ?...), mais surtout que l’on présente les NTIC (Nouvelles technologies de l’information et de la communication), le progrès technique,... et que l’on se demande où sont les centres de décision (ce département ne recueille-t-il que des segments des processus productifs décidés ailleurs ?). 5. Citation du Monde sur l’eau Une réflexion à conduire sur l’eau (bien libre ? bien économique ? prix du service ?...). Et sur l’environnement (dans quel paradigme de référence se situer ?) 6. Citation du Monde sur l’agriculture et la PAC Le sujet, c’est d’abord la PAC. Mais ce n’est pas seulement la PAC. C’est le changement de paradigme dans le monde agricole, avec la fin du productivisme à outrance. C’est le début d’une stratégie différente, plus respectueuse de l’environnement 15. Partiel de rattrapage (mai 2001) (3 heures) Des six sujets ci-dessous, vous en traiterez deux. Vous commenterez et discuterez ces citations. Votre argumentation sera logique, et vous mobiliserez toutes vos connaissances. 1. « Le « moins d’impôts » prôné par George W. Bush suffira-t-il à rétablir la confiance ? », tel est le titre d’un article du Monde (d’Yves Mamou, mardi 6 février 2001, p. II) consacré à la volonté affichée par les responsables américains de diminuer les impôts. Dans cet article, l’auteur se demande s’il ne faudrait pas plutôt augmenter les dépenses publiques : « ... quand les ménages hésitent à consommer, les entreprises à investir, et qu’un dollar plus cher ne favorise
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guère les exportations, le moment ne serait-il pas venu de penser à un accroissement de la dépense publique ? Comme au bon vieux temps du keynésianisme... » 2. « Depuis plus de dix ans se développent en France des outils de financement orientés vers les créateurs d’activité exclus du secteur bancaire. Au-delà de leur diversité, l’objectif est identique : permettre l’accès à des prêts de faible montant (jusqu’à 100 000 francs) et accompagner l’insertion des créateurs au sein des réseaux de partenaires traditionnels des entreprises. » (Dorothée Pierret et Cyril Rollinde, « Le « microcrédit », entre service bancaire et insertion », Le Monde, mardi 6 février 2001, p. VII). 3. « Le développement durable doit être rendu à son sens d’origine, car en anglais sustainable veut dire acceptable, admissible, et non pas simplement « de longue durée » (la longue durée est ce qu’il permet, non ce qui le constitue). La délibération en commun sur les grands choix de société et de développement, qui s’appelle légitimement la politique, dans une société d’hommes libres et évolués, est à présent notre urgence. » (Dernière lignes d’un article de François Guery et Corinne Lepage, « Fièvre aphteuse et principe de précaution », Le Monde, Mardi 27 mars 2001). 4. « Internet est facteur de croissance du fait de la création d’une multitude de nouvelles entreprise utilisant le Web pour proposer des services inédits, mais aussi des possibilités d’enrichissement de l’offre dans tous les secteurs. Par exemple, dans l’automobile, un des leaders du secteur développe un projet dont l’objectif est de permettre au client de participer à la définition complète de son véhicule. Mais Internet sera aussi facteur de restructuration industrielle... Demain, ce sont les entreprises qui auront valorisé leur capital d’intelligence industrielle, technique et commerciale qui auront une avance concurrentielle... » (Roland Fitoussi, « Internet, facteur de restructuration », Le Monde, mardi 19 décembre 2000, p. VI). 5. « La Poste est sans doute l’acteur qui incarne le mieux le service public républicain, avec ses critères d’universalité, d’égalité, de continuité et de neutralité... Elle est tenue de concilier de façon dynamique service public et marché : entreprise à part entière, La Poste est aussi une institution d’où le client ne va pas expulser l’usager. » (Martin Vial, dans son ouvrage « La Lettre et la Toile », Albin Michel, octobre
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2000). 6. « J’ai appelé cet ouvrage « Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie », en insistant sur l’adjectif général. Un tel titre a pour but d’opposer la force de mes arguments et de mes conclusions à ceux de la théorie classique, qui m’a formé et qui domine la pensée économique, en pratique et en théorie, des classes gouvernantes et intellectuelles de cette génération, comme elle l’a fait depuis un siècle. » (Ma traduction des premières lignes du premier chapitre de l’ouvrage de John Maynard Keynes, « The General Theory of Employment, Interest and Money », Macmillan, First Edition February 1936). 16. Partiel du 10 décembre 2001 (3 heures) Des dix questions ci-dessous, vous n’en traiterez que cinq. Vos définitions et commentaires seront argumentés et solides. Barème envisagé (sur vingt) : quatre points par question. 1. Quelle(s) méthodologie(s) employer en économie ? 2. Quel(s) type(s) de développement recommander aux pays peu développés ? 3. La théorie de la régulation. Quelle est cette théorie ? 4. Quelle doit être la place de l’Etat dans l’économie ? 5. Qu’est-ce que le multiplicateur budgétaire ? 6. Comment évaluer la Recherche-Développement ? 7. Comment les théories du chômage nous aident à mieux combattre ce chômage ? 8. Comment la qualification est-elle valorisée sur le marché du travail ? 9. Quel(s) rôle(s) jouent les représentants du personnel ? 10. Aujourd’hui, en économie, quelles sont les données chiffrées importantes que vous pouvez citer ?
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Table des matières
Préface 7 Sommaire Première leçon : Crise de l’économie ? 1. Question de méthode 11 2. Une économie retrouvée Deuxième leçon : Développement 1. Le développement de l’Occident 2. Le sous-développement 3. Les théories du sous-développement 4. Les stratégies du développement 5. Les bilans Troisième leçon : Croissance, fluctuations et crises 1. Croissances 2. Fluctuations, cycles et crises Quatrième leçon : Intervention publique 1. L’Etat et l’économie 2. La théorie des choix publics Cinquième leçon : Politique économique 31 1. Les programmes et les instruments 2. La multiplication budgétaire Sixième leçon : Recherche et développement 1. Sémantique 2. Taille et enjeux
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3. Prévision technologique et scientométrie 4. Sources théoriques 5. L’économie de la science Septième leçon : Emploi et chômage 1. La réflexion théorique 2. Emploi et chômage au quotidien 3. Le progrès technique et le chômage 4. La réduction du temps de travail Huitième leçon : Formation et qualification 1. La pensée économique 2. La courbe de Beveridge Neuvième leçon : Relations de travail 1. Syndicats 2. Représentations 3. Mesures 4. Losanges Dixième leçon : Population et migration 53 1. De la France 2. Des migrations Annexe : Quelques indicateurs démographiques Onzième leçon : Politique des revenus et de la répartition 1. Du surplus... 2. ... à la répartition Douzième leçon : Patrimoine et revenus 61 1. Stock et flux 2. Cycle de vie Treizième leçon : Consommation et modes de vie
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1. Transformations 2. Croissance et disparités Quatorzième leçon : Energie 1. Les prix et les marchés 2. La demande d’énergie 66 3. Les deux industries de réseau 4. La contrainte extérieure 5. Les substitutions et les progrès techniques Quinzième leçon : Protection sociale 1. En France 2. En théorie Seizième leçon : Financement de l’économie 1. Le système financier français 73 2. Les acteurs 3. Les risques Dix-septième leçon : Europe 1. Une histoire européenne 2. Une action européenne Dix-huitième leçon : Environnement et biosphère 1. Le premier paradigme 2. Le second paradigme 84 Dix-neuvième leçon : Services 1. Les définitions des activités de services 2. Le secteur tertiaire en France 3. Les services à la population 4. Les services aux entreprises
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Vingtième leçon : Aménagement du territoire 1. Histoire 2. Théorie 3. Politique Vingt-et-unième leçon : Conjoncture 1. Définir 2. Diagnostiquer et théoriser

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Annales d’examen 1. Partiel du 29 IV 1997 2. Partiel du 19 XII 1997 3. Partiel du 22 IV 1998 4. Partiel de V 1998 5. Partiel du 11 XII 1998 6. Partiel du 18 XII 1998 7. Partiel du 26 IV 1999 7 bis. Eléments de corrigé du partiel du 26 IV 1999 8. Partiel de V 1999 9. Partiel du 10 XII 1999 10. Partiel du 11 IV 2000 11. Partiel de V/VI 2000 12. Partiel du 8 XII 2000 12 bis. Eléments de correction du partiel du 8 XII 2000 13. Partiel de XII 2000 14. Partiel du 20 IV 2001 14 bis. Eléments de corrigé du partiel du 20 IV 2001 15. Partiel de V 2001 16. Partiel du 10 XII 2001
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