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10/02/2015

Procès Bettencourt : l’île d’Arros, paradis non fiscal

Procès Bettencourt : l’île d’Arros,
paradis non fiscal
LE MONDE | 10.02.2015 à 11h06 • Mis à jour le 10.02.2015 à 11h41 |
Par Franck Johannès (/journaliste/franck­johannes/)  (Bordeaux)

Carlos Vejarano est un sacré beau parleur. Il roucoule des mots bleus dans
l’oreille de Liliane Bettencourt qui, ce 26 mai 2009, est plutôt alerte. Il lui
explique, sans savoir qu’il est enregistré clandestinement par le
majordome, qu’il n’est pas comme les autres, qu’il a une vision, en somme.
Patrice de Maistre, « comme homme d’affaires c’est un as », mais il n’a pas
de vision. Or, pour gérer les centaines de millions de la Fondation
Bettencourt dont de Maistre est le directeur, il en faut une.
La vieille dame n’est sans doute pas dupe, mais elle l’aime bien, Carlos.
C’est lui qui entretenait à grands frais son île d’Arros, aux Seychelles, et lui
qui est désormais entretenu au Mexique par une riche italienne.
Sérieusement malade, il n’a pas pu comparaître lundi 9 février devant le
tribunal de Bordeaux qui le juge, comme neuf autres prévenus, pour « abus
de faiblesse » sur Mme Bettencourt.
Carlos Cassina Vejarano, bel homme bronzé de 67 ans, a noué une longue
relation avec l’épouse du neveu du chah d’Iran, la princesse Niloufar
Pahlavi. Or, la famille Pahlavi détenait discrètement un petit bijou aux
Seychelles, l’île d’Arros, dans lequel Carlos Vejarano a installé ses quartiers.
Les Bettencourt, conscients de « faire une folie », achète l’île en 1997 pour
16 millions d’euros, poussés par François Marie Banier.

Loyer fictif
Or, en 2010, Me Georges Kiejman, alors avocat de Liliane, porte plainte
parce qu’il a découvert que « depuis 2006, sans l’avoir compris, [elle] ne
serait plus propriétaire de l’île ». Sa propriété est discrètement passée aux
mains de la Fondation pour l’équilibre écologique, esthétique et humain
(FEEEH) au Liechtenstein, dont les bénéficiaires sont trois sociétés,
François Marie Banier et son ami Martin d’Orgeval. Le photographe a
expliqué à l’audience qu’il était « entièrement étranger à ce montage très
compliqué », et a d’ailleurs obtenu un non­lieu.
Sur l’île, Carlos Vejarano dispense libéralement l’argent des Bettencourt. Il
est payé 100 000 dollars par an et dépense de 4 à 5 millions d’euros chaque
année pour de menus travaux. En 2004, Patrice de Maistre est chargé d’y
mettre un peu d’ordre et dit à Mme Bettencourt que « c’est une histoire de
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fous ». Elle a versé 20 millions d’euros à la fondation (mais ça ne comprend
ni l’entretien ni les travaux) et, en plus, elle paie un loyer de
480 000 dollars par an.
De Maistre parvient à convaincre Vejarano de ramener les dépenses à
1,8 million d’euros. Et comme ça ne suffit pas, on signe « un loyer fictif »
qui passe à 780 000 dollars annuels. « Il n’est pas comme nous, de
tempérament, explique un jour l’homme d’affaires à Mme Bettencourt. Je
crois qu’il considère comme normal de vous voler un peu. » « Oui, oui »,
dit Liliane. « Il vous vole régulièrement mais il est très loyal. Dans sa tête,
c’est compatible. » « Oui, oui. Je crois qu’il m’aime beaucoup. »

Chantage ?
Au printemps 2009, Carlos Vejarano veut acheter un appartement à
7,5 millions d’euros et voudrait qu’elle soit caution. « J’ai cru déceler qu’il
est conscient de l’énormité de sa demande », indique Patrice de Maistre,
qui propose de voir comment l’aider « de façon raisonnable ». Il lui
propose un don de 2 millions d’euros. Parce que « nous étions inquiets de
la capacité éventuelle de nuire de M. Vejarano, car il avait beaucoup de
demandes de journalistes ». « Chantage ? », dit le procureur. « Ce n’est pas
à moi d’employer ce mot », répond dignement Patrice de Maistre.
C’est que Mme Bettencourt craint par­dessus tout le scandale si on apprend
qu’elle a des comptes en Suisse, et elle en a quatorze. M. de Maistre avait
soutenu qu’il n’avait eu connaissance de leur existence qu’en 2009 alors
qu’il le savait depuis 2004 – il a fait pour cette légère omission 88 jours de
prison. Il y avait une raison : de février 2007 à décembre 2009, 4 millions
d’euros en liquide sont arrivés à Paris, souvent en sa présence, et pour
1,2 million, en main propre. Il soutient qu’il a remis les espèces à Liliane, et
lui a fait signer un reçu, que malheureusement il n’a pas conservé. « On
m’accuse donc d’avoir volé cet argent, tempête­t­il. On a dit que j’avais
organisé ces transferts, c’est faux ! Je ne crois pas qu’on ait vu dans ma vie
des choses illégales ! » Comble de malchance, un expert est venu lundi tirer
une rafale sur la défense qui l’avait pourtant fait citer. En insistant sur le
salaire de Patrice de Maistre, l’ancien expert­comptable, de 2 millions par
an. « Même en travaillant beaucoup, ça fait 1 000 euros de l’heure. Je ne
connais pas cela chez les experts­comptables. »
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johannes/)  (Bordeaux) 

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