Lundi 23 février 2015

Pour une UIMM plus forte au service d’un pays plus industriel

Madame la Présidente, Monsieur le Président,

C’est une fierté et un honneur pour moi de solliciter vos voix pour présider cette belle maison
qu’est l’UIMM, une organisation qui a rendu tant de services aux entreprises et à notre pays.
Aujourd’hui, comme simple adhérent, je souhaite vous présenter mon projet pour une UIMM plus
forte au service d’un pays plus industriel.
Quelques mots sur mon parcours et mon entreprise.
Ingénieur de formation, j’ai travaillé huit ans dans l’administration – j’ai notamment débuté ma
carrière à la DCN qui est devenue depuis l’un des adhérents importants de l’UIMM et du Gican
(Groupement des industries de construction et activités navales) – puis deux ans dans une banque
d’affaires, avant de rejoindre fin 1999 l’entreprise familiale, Pinguely Haulotte à l’époque, fondé par
mon père en 1985 à partir de morceaux du groupe Creusot Loire, morceaux dont tout le monde
annonçait alors la liquidation. J’en ai pris la direction opérationnelle en 2004 pour la conduire sur
les chemins parfois escarpés du marché de la nacelle, avec ses bonnes périodes (le chiffre d’affaires
est passé de 250 à 650 millions d’euros entre 2004 et 2007) et ses périodes plus difficiles (le chiffre
d’affaires a été ramené à 200 millions d’euros en 2009, sous l’effet d’une chute de 75 % du marché
mondial). Le travail acharné de nos équipes et le soutien de nos chambres syndicales de Chalon-surSaône, Lyon, Reims et Saint-Etienne au plus fort de la crise, nous ont permis de traverser la
tempête.
Lorsqu’il a fallu ajuster fortement la production (c’est-à-dire la diviser par huit) sans impacter notre
capacité à redémarrer, nous avons eu massivement recours au chômage partiel à raison de deux,
voire trois semaines, par mois, et la profondeur de la crise a fait durer cet exercice pendant 18
mois. S’est alors posée la question du maintien du lien social et des savoir-faire de nos salariés.
L’UIMM, via ses chambres syndicales, nous a apporté un soutien technique et financier unique pour
mettre en place, dans nos propres ateliers, un vaste plan de formation (près de 20 000 heures) tout
au long de l’année 2009 pour préserver notre capacité à repartir. Et nous sommes repartis.
Haulotte aujourd’hui, c’est un groupe solide, un leader européen, qui fabrique du matériel de
levage de personnes et de charges ; c’est 410 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2014, dont 85
% réalisé hors de France, pour une marge d’exploitation de plus de 7 % ; c’est six usines et vingt
filiales commerciales réparties dans le monde entier qui emploient 1 500 personnes dont un peu
moins de la moitié en France.
Sans l’UIMM, sans les services qu’elle offre à nos entreprises, je ne sais pas si Haulotte serait
toujours là et moi candidat à sa présidence aujourd’hui.
C’est de cette expérience concrète et de quelques autres vécues comme chef d’entreprise que je
tire le projet pour l’UIMM que je voudrais vous présenter.
Il tient en deux axes qui seront les lignes directrices de mon action à la présidence de l’UIMM.

1. Le service aux adhérents
L’UIMM est une organisation vivante qui fait régulièrement évoluer ses services et son
fonctionnement, qui signe des accords et contribue fortement à la négociation interprofessionnelle.
Dans tous ces domaines, nous devons nous poser une question simple : est-ce bon, est-ce utile pour
nos entreprises adhérentes ?
Cette préoccupation est d’autant plus nécessaire que notre tissu industriel est durablement
marqué par la crise et la mondialisation. A l’heure où chacun d’entre nous se bat, qui pour sa
survie, qui pour son développement, nous ne pouvons être source ni de coût, ni de complexité
supplémentaires.
Pour remplir ses missions – informer, conseiller, représenter – dans ses domaines d’action que sont
le droit social, l’emploi et la formation, l’UIMM doit encore améliorer le fonctionnement de sa
gouvernance et s’appuyer sur ses deux principales forces : la proximité et la compétence.
La proximité, c’est tout d’abord un réseau, unique dans le monde patronal, de 70 chambres
syndicales territoriales qui fournissent tous les jours, et je veux leur rendre hommage, un service de
proximité à ses adhérents aux quatre coins du territoire. C’est aussi un réseau de formation fort
d’une centaine d’implantations, de 370 millions de budget, de 3 500 collaborateurs qui aident nos
entreprises à former ou à trouver des salariés de qualité.
Ces réseaux sont confrontés à plusieurs défis :

D’abord, l’évolution de notre tissu industriel et de la technologie qui l’oblige à une adaptation
permanente pour offrir toujours un service au meilleur coût.
Ensuite, la révolution culturelle de la formation issue de l’accord national interprofessionnel
signé fin 2013. Certains d’entre vous m’ont exprimé des inquiétudes face à ces changements.
Les principes de cette réforme sont bons pour nos entreprises : ils libèrent la formation de son
carcan administratif pour que nous puissions la mettre au service de la compétitivité de nos
entreprises. Il faut donc l’accompagner en profitant de la force et des moyens de l’UIMM
nationale pour aider les structures de formation qui en ont besoin à redéfinir et mettre en
œuvre un nouveau projet. Je sais qu’un tel appui a été mis en place. Si c’est nécessaire, je
veillerais à ce qu’il soit renforcé.
Enfin, l’élargissement de nos services. Vous l’avez fait en créant UIMM Invest, en mettant en
place le Fonds pour l’innovation dans l’industrie… sans compter les nombreuses initiatives
mises en œuvre par nos territoires ou par nos fédérations. Cet élargissement doit se poursuivre
dans le respect d’un principe simple : ne pas développer de façon autonome un service qui est
déjà proposé ailleurs dans nos organisations. On ne doit pas faire payer deux fois nos adhérents
pour un même service. Si je devais résumer d’une phrase ma philosophie dans ce domaine : oui
au développement et à la diversité, non au désordre et aux doublons.

La compétence, tous les chefs d’entreprise que je connais en sont demandeurs devant la
complexité (à laquelle nos organisations patronales n’ont pas toujours été étrangères) d’un Code
du travail de plus de 3 000 pages. Savoir que nous aurons toujours auprès de nos territoires – avec
l’appui de l’UIMM nationale – des réponses pertinentes et adaptées à des questions complexes est
une sécurité indispensable au bon fonctionnement de nos entreprises.

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Se pose alors toujours la question de l’équilibre entre décentralisation et mutualisation des
compétences, du partage des responsabilités entre les chambres syndicales territoriales et l’UIMM
nationale. Un équilibre fragile et sans cesse à réinventer mais qui fonctionne, à condition que
l’UIMM nationale n’oublie jamais – j’y veillerais – qu’elle est au service des territoires et que les
territoires gardent toujours à l’esprit – je vous le rappellerais le cas échéant – qu’ils ont confié à
l’UIMM nationale une mission essentielle à la force d’un réseau comme le nôtre : fédérer une
action cohérente au service de nos adhérents.
Mais le social n’est pas hors sol, une matière complexe que l’on étudie sans se soucier du reste,
c’est un des leviers fondamentaux de la réussite de nos entreprises.

2. Le social au service de la compétitivité de l’industrie
Si je devais résumer les conditions du succès de nos entreprises, j’en citerai trois :


performance,
innovation,
internationalisation.

Dans ces trois domaines, le social est devenu un frein alors qu’il devrait être un atout. Ainsi, si je
prends un exemple que je connais bien, la discussion sur les seuils sociaux n’est que la face
émergée de l’iceberg de toutes ces obligations visibles ou invisibles qui découragent la prise de
risque et la croissance, au détriment de l’emploi et de notre industrie.
Toutes les études européennes le montrent : en dehors peut-être de la City de Londres, il existe,
aussi bien dans les pays que dans les régions, une corrélation inversement proportionnelle entre le
niveau du chômage et le poids de l’emploi industriel. Au-delà de 20 % d’emploi industriel dans
l’emploi total, il n’y a pas de problème de chômage. En dessous de 15 %, le taux de chômage est
élevé. Or, la France est passée l’an dernier sous le seuil de 13 % d’emploi industriel.
Il faut absolument réformer le droit social pour restaurer la compétitivité de notre industrie. Le
contre-exemple de ce qu’il faut faire est le compte pénibilité dont le concept comme les modalités
de mise en œuvre sont une catastrophe pour notre pays, peut-être plus grave encore que les 35
heures. Il faut poursuivre le combat avec détermination pour démonter cette usine à gaz imaginée
par des technocrates très éloignés des réalités de nos entreprises.
Mais nous ne pouvons pas nous contenter d’une posture défensive. L’UIMM doit proposer sans
attendre des mesures de réforme de notre droit social de nature à restaurer la compétitivité de nos
entreprises. Il faut faire évoluer un marché du travail beaucoup trop rigide, réformer un dialogue
social sédimenté et corseté par de trop nombreuses obligations, refondre un financement de la
protection sociale qui pèse beaucoup trop sur le travail. Il faut également poursuivre et mener à
bien le chantier de l’évolution de notre dispositif conventionnel avec comme leitmotiv :
simplification, souplesse et sécurisation. Comment, par exemple, expliquer aux entreprises de la
métallurgie l’existence de quatre grilles de classification, ou de deux régimes d’indemnisation du
chômage partiel, pour les cadres et pour les non cadres ? Restons pragmatiques et proches des
besoins de nos adhérents.

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Ce combat pour un nouveau pacte social, nous ne pourrons le gagner seuls, sans être, avec nos
chambres syndicales territoriales et professionnelles, le Medef, la CGPME, le GFI et les autres
fédérations patronales, une force qui pèse dans le débat public sur des enjeux comme le poids des
dépense publiques, la multiplication des règles. Nous sommes légitimes à intervenir sur ces sujets
car nous en payons le prix en impôts, en taxes, en cotisations, en contraintes de tout ordre… et
nous prouvons tous les jours notre capacité d’adaptation. Pour que notre environnement en fasse
de même, il faut gagner la bataille des idées, faire le service avant-vente de nos propositions afin
que les mesures que nous proposons soient comprises par l’opinion publique et plus facilement
adoptées par nos gouvernants. Ce combat peut être gagné. Les choses ont commencé à bouger et
je n’oublie jamais que les seuls combats perdus d'avance sont ceux que l'on n’a pas menés.

En conclusion
Vous avez la chance d’avoir dans cette élection de votre président, le choix entre trois candidats de
qualité aux profils variés.
Dans le monde ouvert, transparent et médiatisé qu’est le nôtre, le futur président de l’UIMM doit
être capable d’incarner, de rassembler, de communiquer :

d’incarner notre organisation – dans la diversité de ses membres, de ses territoires et de ses
fédérations – et son avenir face aux défis posés par la révolution numérique et l’usine du futur ;
de rassembler l’ensemble de ses membres, quelle que soit la taille de leur entreprise (TPE, PME,
ETI, grand groupe) : n’oublions jamais que ce qui nous rassemble est infiniment plus fort que ce
qui nous sépare ;
de communiquer en interne comme en externe sur l’urgence de notre renouveau industriel et
les conditions de sa réussite.

Avoir comme président le patron d’une ETI familiale industrielle, innovante et internationalisée, qui
essaye d’avoir dans les périodes fastes comme dans les moments difficiles un comportement
exemplaire, qui a une certaine expérience de l’environnement médiatique et de ses contraintes, est
un bon point d’appui pour faire avancer nos idées et nos projets au service de nos entreprises et de
notre pays.
Comme chacun d’entre vous, le chef d’entreprise et l’industriel que je suis a mal au cœur de voir la
France, malgré de belles, mais trop rares, réussites, être malmenée par la mondialisation, et trop
souvent par des décisions politiques qui vont à l’encontre de l’intérêt de nos entreprises et du pays.
Il n’y a aucune fatalité au déclin industriel de la France ; nos entreprises en font tous les jours la
démonstration. Nous devons unir nos énergies et nos forces, pour redresser l’industrie dans notre
pays.
L’UIMM, parce qu’elle représente la moitié des trois millions d’emplois industriels, a un rôle
évidemment majeur à jouer. Le défi du redressement industriel est immense, j’en suis bien
conscient, mais le relever est la raison de ma candidature : faire avec vous pour l’industrie française
ce que nous faisons chacun pour notre entreprise, la hisser – par l’innovation, la volonté et la
persévérance – au tout premier rang des pays industriels dans le monde.
Je vous remercie de votre confiance.
Cordialement,

Alexandre SAUBOT
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