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10/2/2015

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SUPÉRIEUR

SCHUBERT : IMPROMPTU OP.142 N°2
D.935
PAR ALEXANDRE SOREL / MERCREDI 13 NOVEMBRE 2013 / PIANISTE MAGAZINE N°83 ­
NOVEMBRE­DÉCEMBRE 2013

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Il est difficile de commenter avec des mots un chef­d’œuvre aussi profond et grave que cet
Impromptu en la bémol majeur de Schubert. Évoquons néanmoins, en préambule, ce que
me  confia  Brigitte  Engerer  à  ce  sujet  :  «  L’inspiration  première  chez  beaucoup  de
compositeurs  n’est  pas  toujours  le  piano.  Par  exemple,  chez  Schubert,  j’entends  très
souvent le quatuor à cordes, (en dehors du fait que l’on entend aussi très souvent la voix
avec  accompagnement  de  piano).  La  polyphonie  est  très  importante  chez  lui,  comme  chez
beaucoup de grands compositeurs. »

Mes. 1­4 
Ce  morceau  est  en  effet  écrit  comme  un  quatuor  pour  cordes,  ce  qui  nous  apparaît  même
visuellement  sur  la  partition.  Quatre  parties  principales  se  distinguent  (la  partie  d’alto  comprend
souvent  des  doubles  notes).  Il  vous  faut  savoir  chanter  ces  quatre  parties.  Commencez  par
apprendre  à  chanter  la  mélodie  et  la  basse.  Pour  vous  aider,  examinez  leurs  mouvements,  leurs
directions (qui s’éloignent ou se rapprochent l’un de l’autre). Soulignez discrètement la syncope sur
le deuxième temps, la noire pointée, afin que sa sonorité se prolonge. Puis, dirigez votre oreille vers
la texture de l’harmonie. Il existe, au centre, à chaque main, un mi bémol obstinément répété. Cette
note est une sorte de leitmotiv hypnotique, qui assure le liant et la continuité tonale sous la mélodie.
Répétez bien ce mi bémol comme indiqué. Ne vous contentez pas du sillage sonore des premiers mi
bémol,  qui  demeurent  dans  notre  oreille.  Souvent,  nous  ne  rejouons  pas  effectivement  les  notes
semblables.  Or,  cela  nous  empêche  de  sentir  dans  la  main  chaque  nouvelle  empreinte,  chaque
position. En outre, ici, cela ôte une dimension expressive, celle d’une insistance musicale, qui est
très importante. 

MES. 21­24

Mes. 21­24 
Abordons maintenant un point essentiel pour jouer Schubert : il faut toujours ressentir l’alternance,
permanente dans sa musique, entre le mode majeur et le mode mineur. En voici un exemple. Mesure
21, après avoir exposé en la bémol le deuxième motif (ces accords beethovéniens rageurs qui font
contraste avec la mélancolie du thème principal), Schubert les transpose en ré bémol majeur, tonalité
relativement lumineuse, avec sa tierce fa bécarre. Or, très peu de temps après, il écrit un si double
bémol (mesure 23). Cette note est le sixième degré abaissé du même ton mais en mineur. Aussitôt,
Schubert  revient  au  mode  majeur  (mesure  24)  avec  le  fa  bécarre.  En  quelques  secondes,  il  passe
donc  du  soleil  à  la  pluie,  de  la  tristesse  à  l’apaisement,  de  la  nostalgie  à  la  consolation.  Il  est
essentiel  de  ressentir,  chez  Schubert,  toute  la  portée  de  ces  constantes  oscillations  affectives  ou
émotionnelles.

MES. 27­29

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 la bémol.  Schubert  nous  fait  entendre  le  même  ton  en  mineur  grâce  à  sa  tierce  abaissée  :  fa bémol.php Mes 27­29  Ce  principe  schubertien  est  si  important  que  nous  vous  en  proposons  un  autre  exemple.  le  mi  bémol. appuyez l’appoggiature à  la  partie  d’alto  :  ré  bécarre  (pouce  droit).  À  la  main  gauche. 75­79 http://www.fr/perso1. car il fait intervenir les triolets.  Pourtant. qui  présente  une  syncope. L’analyse  musicale  n’est  pas  un  exercice  aride  et  desséché. Il opère en même temps le retour en la bémol. étudiez la main gauche. la bécarre ; et mesure 50 : si bémol.  L’habitude  acquise  des  bons  gestes.  Elle  doit  au  contraire  nous  aider  à éprouver davantage d’émotions.  Anticipez  cet  appui  par  le  geste.  Ils  sont  différents  aux deux mains.  Lorsque  vous  jouez  les  deux  notes tenues sur le premier temps. Mais le compositeur nous surprend encore en ramenant bientôt la lumière et l’espoir.  vous  apprendrez  ce  passage  plus  difficilement.  Mais. Travaillez semblablement.  Pesez  en  descendant  sur  le  ré  bémol  et  allégez  en remontant  sur  sa  résolution.pianiste.  tout cela  est  un  peu  compliqué  à  écrire  avec  des  mots. D’abord.  « dépressif » de ce la bémol où nous allons.  il  faut  remonter  sur  le  premier  temps. car les accents ne sont pas au même endroit. car il fait réapparaître la tierce majeure : do bécarre (mesure 29.  Les modulations elles­mêmes. MES.10/2/2015 www. Brigitte  Engerer  disait  encore  combien. gardez les touches abaissées.  Bien  sûr. MES. un jeu d’ombres et de lumières où miroite son âme.  faites  ressortir  la  petite  voix mélodique secondaire. Le ffz prend alors un tour complètement dramatique.php 2/3 . Si vous n’analysez pas ce « ballet » des poignets.  Fa  bémol  est  le  sixième  degré  mineur  donc  assez  triste.  ton  principal  du  morceau.pianiste.  après  nous  avoir  mené  en  ré bémol  majeur. aide puissamment à anticiper la musique.  la  tierce  est  une  note  importante. sol bémol (fa). la bémol.  en  relation  avec l’expression.  pour  elle. mais ôtez tout  poids  et  laissez  votre  poignet  remonter. Elle débute à partir du deuxième temps (mesure 49) : la bémol. 66 MES.  puis  redescendre  sur  la  blanche  afin d’exécuter  l’appui  de  la  syncope. Dans la main droite. Le résultat est comme un tour de passe­passe.  Par  exemple. 47­50 Mes. sur le pp).  mesure  27. Le même motif de Trio apparaît en mineur (mesure 59).fr/perso1.  Analysez  les  gestes  du  poignet.  Enfin. 47­50  Ce trio doit être joué avec fluidité. Faites entendre le « contre­rythme » intéressant qui est exprimé par cette voix. à plus long terme. de plaisir.  à  la  main  droite  c’est  l’inverse  :  il  faut  descendre  sur l’appoggiature au premier temps et remonter sur le second.  il  faut  ressentir  ces  paramètres. afin que le son se prolonge. viennent souvent nourrir ce mouvement d’alternance entre  le  mode  majeur  et  le  mode  mineur. qui apparaît sur la troisième croche de chaque triolet.

  Sospiro  ou  La leggierezza) use beaucoup du procédé de l’enharmonie. La tonalité est essentielle pour la couleur de l’œuvre.10/2/2015 www.  Revenons  à  notre  entretien  avec Brigitte Engerer et terminons cette étude par ce conseil : « Quand j’ai fini cette première approche d’une  première  lecture  du  morceau.  Les  tonalités  sont  très importantes.php Mes. » Pour en revenir à l’esprit de la musique de Schubert.  il  nous  ramène  au  ton  principal  (mes. la succession des modulations. Abonnez­vous à Pianiste http://www.  Magicien  de  la  modulation  et  de  la couleur.php 3/3 . Cette manière de moduler.pianiste. 66 et 75­79  Schubert. d’une tonalité à une autre. suivre le chemin harmonique.  à  l’instar  de  Liszt  dans  nombre  de  ses  œuvres  (les  Cloches  de  Genève.  Schubert  nous  conduit  des  bémols  aux  dièses. qui donne des noms différents au même son.fr/perso1.pianiste. C’est le cas ici. pourtant très éloignée dans l’ordre des dièses et des bémols.fr/perso1. Schumann disait que chaque tonalité a un état d’âme.  je  me  mets  à  décortiquer  la  tonalité. Mesure  66.  75­76  ­77­78). c’est parcourir les couleurs de l’âme. fait passer l’auditeur comme par magie.