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2010

Saint Martin de Porrès Les souris et les quenottes

par Pierre Gabarra Saint Martin (1579-1639), ce saint Martin-là en tout cas, n’est pas forcément des plus connus des catholiques français. Il n’en est pas moins un très grand saint, honoré comme tel dans les pays hispanophones. Fêté le 3 novembre, l'Eglise le qualifie d'Apôtre de la charité. Il fut canonisé par le Pape Jean XXIII, le 5 mai 1963. On ne manquera pas de lire la courte hagiographie qui en a été dressée par le P. WilfridMarie Houeto, de l'Ordre des Frères Prêcheurs, sur le site Domuni. Comme tous les saints, naturellement, saint Martin a brillé de mille vertus, mais il offre un petit attrait particulier qui, quoique secondaire, n'en est pas moins charmant. Ce cher Frère dominicain parlait aux animaux, lesquels, visiblement, saisissaient ce qu'il voulait dire. On raconte ainsi qu'un jour, en son couvent de Lima, au Pérou, le prieur, lassé de voir les souris dévaster les lieux, avait pris la grave décision de les exterminer. Après tout, ces petites bêtes, qui n'avaient pas fait profession et n'étaient même pas donates, comme le jeune Martin, n'étaient pas chez elles. Enfin, du moins, c’est ce que l’on disait. Le couvent ne devait pas être bien riche – les Prêcheurs sont des mendiants, et l’étaient plus encore alors – et c'était bien assez des estomacs des Frères pour épuiser les provisions sans que de petites quenottes s'y mêlassent. Or voici que la cruelle nouvelle parvint, naturellement, aux oreilles de notre Apôtre, lequel, refusant de devenir souricide, s'empressa d'aller trouver ses amies les souris pour les avertir du danger. Je dis “ses amies” parce que tel un saint François, Martin de Porrès incluait dans son amour des œuvres de Dieu tous les animaux qui se présentaient à lui. Tout désolé sans doute de devoir leur faire part de telles extrémités, invita les petites bêtes à prendre les devants et à s'en aller ailleurs quérir une nouvelle vie, avant que les foudres prieurales ne les privât de celle dont ils jouissaient. Il n'est pas si difficile que cela d'imaginer ce petit chapitre des

Repères
« Saint Martin, toujours obéissant et inspiré par son divin Maître, a vécu parmi ses frères avec ce profond amour qui vient de la Foi pure et de l'humilité du coeur. Il aima les hommes parce qu'il les voyait comme des enfants de Dieu, et comme ses propres frères et sœurs. Telle fut son humilité qu'il les aima plus qu'il ne s'aimait lui-même, et qu'il les considérait comme étant meilleurs et plus vertueux que lui-même... Il excusait les fautes des autres. Il pardonna les insultes les plus amères, convaincu qu'il était qu'il méritait de plus sévères châtiments à cause de ses propres péchés. Il essaya de toutes ses forces de sauver les coupables ; il consola amoureusement les malades ; il fournit des remèdes, de la nourriture, des vêtements aux pauvres ; il aida tant qu'il fut possible les ouvriers agricoles et les Nègres, sans oublier les mulâtres, qui en ce temps étaient considérés ni plus ni moins que comme des esclaves... » [Jean XXIII, 16 mai 1962]

VIE DE SAINTS N°1

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des souris, tenu dans le fond de la cuisine obscure du couvent, éclairée par quelque pauvre bougie vacillante. Nos amies en arc de cercle, dressées sur leurs pattes arrières, les pattes avant sous le scapulaire (naturellement), l'air grave, même la souris Nounouche, ordinairement si dissipée, écoutant le bon Frère penché vers elles pour leur exposer la préoccupante affaire. Elles ont beau être petites, les souris ne sont pas sottes. L'exposé ne dut pas être si long que leur conviction ne fût totale : il fallait partir, et d'urgence. Elles négocièrent, cependant. Je vous l’ai dit : elles sont futées. Sans peine, d’ailleurs, tant le cœur de Martin était grand, y compris à l’égard des animaux, elles obtinrent de ne devoir émigrer que vers le fond de jardin, à distance finalement raisonnable, si l’on peut ainsi parler, des fumets de la cuisine, de ses rots et de ses miettes. L’affaire fut ainsi conclue, et le bon Frère Martin s’engagea même à les y venir nourrir chaque jour, ce à quoi, fort justement, il ne manqua pas. Mais les palabres sont une chose, la survie en est une autre. Les souris s’empressèrent donc bien vite, avec la promptitude que bien l'on pense. Un prieur a beau n'être pas un chat, s'il se met en tête de vous occire, il y a tout autant à redouter de lui que s'il l'était. Au milieu des couinements, la petites communauté s'affaira, rangeant, emballant, tournant ici puis là pour ramasser de derniers en-cas que le bon Frère Martin faisait mine de ne pas voir disparaître. L’amour, dit-on, rend aveugle. La sainteté peut se convaincre de l’être. « Bah, se dit notre Frère, je trouverai bien à mendier pour compenser ces petits larcins innocents ! » Aussi vite qu’elles étaient apparues, aussi vite elles disparurent. Tout le monde en fut heureux. Le bon Frère, évidemment, qui sauva ainsi ses petites compagnes et en loua Dieu. Ces dernières aussi, naturellement, puisqu’elles conservaient la vie pour s’en réjouir, goûtant de surcroit les agréments, en quelque sorte, d’une vie nouvelle à

la campagne. Et jusqu’au Père Prieur probablement, encore que les documents, je l’avoue, me manquent sur ce point, qui dut se féliciter de la promptitude et de l’efficacité des mesures qu’il avait prises, signe manifeste de la fermeté de son gouvernement. Les enfants goûtent bien cet épisode qui, il est vrai, n’est pas banal. Les souris leur sont familières, puisqu’elles les visitent après chaque petite dent tombée. Après tout, il n’est pas interdit (non, non, je vous assure) de penser que depuis lors, de génération en génération, les petites souris, lesquelles ont bonne mémoire, sauvées par la bonté de saint Martin, se sont passé le mot pour, à leur tour, servir les cœurs purs. P. G.

Ô bienheureux Martin de Porrès, sur la terre vous ne viviez que pour Dieu et vos semblables. Vous avez aimé les créatures de Dieu et vous aviez même des dispositions par ticulières et surnaturelles sur les animaux. Maintenant, assis près du trône de la bonté et de la miséricorde, vous pouvez mieux disposer de ses trésors .Regardez donc, bienheureux saint Martin de Porrès, ceux qui vont vers vous dans la certitude qu’ils seront écoutés. Aidez-nous à vous suivre sur ce chemin de compassion pour que nous connaissions un jour la gloire du ciel où vous louez Dieu en compagnie des anges et des saints pour l’éternité. Amen © HERMAS.INFO http://www.hermas.info

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