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Le Président

Contact Sophie Pernin
Téléphone 03 88 25 25 17

Monsieur le Président de la République
Palais de l’Elysée
55, rue du Faubourg Saint-Honoré
75008 Paris

Date 12 janvier 2016

Objet

Pour la défense du Régime Local d'Assurance Maladie d'Alsace-Moselle

Monsieur le Président de la République,
Au nom du Conseil d’administration du Régime Local d’Assurance Maladie d’Alsace-Moselle, j’ai
l’honneur de solliciter votre intervention pour défendre l’avenir du Régime Local en donnant une
suite favorable au scénario que nous proposons pour articuler le Régime Local et la
complémentaire santé obligatoire, issue de la loi de sécurisation de l'emploi du 14 juin 2013.
Depuis 1946, le Régime Local assure une complémentaire santé obligatoire et solidaire qui a
toujours su conjuguer l’efficience, l’éthique et la solidarité. Il couvre aujourd’hui 2,1 millions de
salariés, chômeurs, invalides, retraités et leurs ayants-droit. Tous sont profondément attachés à son
existence.
Je partage avec vous les valeurs de justice, de cohésion et de solidarité que vous avez
affirmées, en 2012 et 2015, à deux congrès de la Mutualité française : "La solidarité c'est la
condition même de l'engagement, du vôtre, du mien à la tête du pays. C'est la condition de l'effort :
pour qu'il soit consenti, il doit être partagé. C'est la condition de l'esprit civique, du patriotisme. La
solidarité c'est ce que nous pouvons faire ensemble pour assurer notre cohésion. La solidarité c'est
la force de la France."
Vous avez ajouté : « La solidarité, c’est de donner à chacun les moyens d’être protégés contre les
aléas de la vie, et notamment la maladie. C’est aussi de garantir l’accès de tous aux meilleurs
soins, quel que soit son revenu, son âge (…) ».
A ce titre, le Régime Local d’Assurance Maladie est exemplaire.
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Le taux de cotisation est unique pour tous, actifs ou retraités, personnes seules ou avec ayantsdroit ;
Chacun finance selon ses moyens : la cotisation s’applique aux revenus déplafonnés, tandis
que les retraités et chômeurs les plus modestes sont exonérés de cotisation ;
Le Régime Local couvre les chômeurs sans limitation de durée ;
Le taux de cotisation ne diffère pas selon la taille de l’entreprise ;
Aucune résiliation par le Régime Local n’est possible ;
Enfin, le Régime Local préserve le secret médical.

Dans l’état actuel des finances publiques, il me semble opportun d’ajouter que, grâce à une gestion
responsable par les représentants des salariés, les comptes sont à l’équilibre, pour un coût de
gestion vingt fois moindre que celui des assureurs privés.
Je vous adresse le présent appel car la loi de sécurisation de l'emploi du 14 juin 2013
menace gravement aujourd’hui le Régime Local.
La mission parlementaire, qui a rendu son rapport à Mme Touraine le 18 décembre, préconise en
effet que les règles régissant le Régime Local ne soit pas modifiées. Or, en l’état, ceci induit une
situation inéquitable entre les salariés d’une part, et entre les entreprises d’autre part.
En effet, le Régime Local couvre déjà 72% des prestations minimales prévues par la
complémentaire santé obligatoire. Les salariés financent seuls ces 72%. Si rien ne change, ces
salariés devront supporter en outre la moitié des 28% restants. Ils financeront donc 86%, et les
employeurs seulement les 14% restants. En revanche, pour tous les autres salariés de France, la
cotisation sera financée au maximum à hauteur de 50% par les salariés, l’employeur prenant en
charge au moins la moitié.
Dès le premier trimestre 2013, nous avons alerté les Ministères chargés de l’élaboration de la loi de
sécurisation de l’emploi sur les risques de questions prioritaires de constitutionnalité qui pourraient
être formées par les salariés bénéficiaires du Régime Local ou, à l’inverse, les entreprises hors
Régime Local.
Pour sortir de cette impasse, le Conseil d’administration du Régime Local propose d’étendre ses
prestations au niveau du panier de soins minimum, pour ses 2,1 millions de bénéficiaires, avec un
financement pour moitié de la cotisation permettant ces prestations pour les seuls salariés par leur
employeur. En d’autres termes, il demande une application égalitaire de la réforme par rapport
au reste de la population salariée.
Nous nous appuyons pour cela sur une note de la mission juridique du Conseil d'Etat
adressée à la Direction de la Sécurité Sociale. Ses conclusions sont les suivantes : "le Régime
Local devrait être adapté (par voie législative et réglementaire) afin d'assurer des garanties
équivalentes, tant en termes de prestations que de financement, à celles prévues par l'article L.
911-7 du code de la sécurité sociale."
Nous avions transmis cette note à la mission parlementaire. Elle l’a écartée de ses travaux, sans
doute trop gênante pour aboutir à la recommandation du "statu quo".
Ce statu quo, suggéré par la mission parlementaire, ce postulat dénué de sens, briserait plus d'un
siècle d'histoire, verrait le Régime Local géré rigoureusement par les représentants des salariés,
engagé dans la société civile, dépérir et disparaître. La dichotomie entre l'accord national
interprofessionnel et le Régime Local, notamment pour la part versée par les employeurs, est
considérée par les juristes comme une rupture considérable d'égalité et de justice sociale.
Pour cette raison, je vous prie de porter une attention personnelle à ce dossier. Madame la Ministre
Marisol Touraine a en effet déjà écarté la note du Conseil d’Etat et affirmé qu’elle appliquerait les
conclusions de la mission parlementaire, c’est-à-dire le statu quo.
Statu quo que vous ne semblez pas apprécier si je me réfère à vos propos tenus le 12 juin
2015 au 41ème congrès de la Mutualité Française : "La réforme est la condition du progrès,
et le statu quo, la certitude de la régression".
Monsieur le Président de la République, vous avez très bien synthétisé en quelques mots le risque
majeur qui pèse sur le Régime Local d'Assurance Maladie d'Alsace-Moselle.

Les effets de la loi de sécurisation de l'emploi et les modalités de son application condamnent le
Régime Local. S’il disparaissait, plus d’un million de personnes seraient privées des prestations
actuelles, soit près de 400 000 retraités, 26 500 invalides et 622 000 ayants-droit.
L’histoire devra-t-elle retenir que c’est sous votre mandature qu’a été enterré notre régime solidaire,
qui fonctionne, qui est apprécié par les familles et l’ensemble de la population ?
Vous pouvez, Monsieur le Président, mettre un terme à ce quiproquo en apportant votre soutien à
la proposition raisonnable de notre conseil d’administration.
Du fait de l'urgence et de l'importance de ce dossier, nous vous prions d’intercéder favorablement à
notre requête. Pour ce faire je sollicite auprès de vous une audience.
Je vous prie d'agréer, Monsieur le Président de la République, l'expression de toute ma gratitude et
de ma très haute considération.

Daniel LORTHIOIS