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SPINOSI & SUREAU

SCP d’Avocat au Conseil d’Etat
et à la Cour de cassation
16 Boulevard Raspail
75007 PARIS

CONSEIL D’ÉTAT
SECTION DU CONTENTIEUX
REFERE LIBERTE
(art. L. 521-2 du code de justice administrative)
INTERVENTION VOLONTAIRE

POUR :

1/ Le Syndicat général CGT des personnels de
la Police Nationale du SGAP de Paris et de la
préfecture de Police (« CGT Police Paris »),
dont le siège social est situé 68, rue Philippe de
Girard, 75018 Paris, pris en la personne de son
représentant légal domicilié en cette qualité
audit siège et dûment habilité à agir en justice.
2/ Le Syndicat de la Magistrature, dont le siège
social est situé 12-14, rue Charles Fourier,
75013 Paris, pris en la personne de son
représentant légal domicilié en cette qualité
audit siège et dûment habilité à agir en justice.
3/ La Quadrature du net, dont le siège social
est situé au 60 rue des Orteaux, 75020 Paris,
prise en la personne de son représentant légal
domicilié en cette qualité audit siège dûment
habilité à agir en justice.
SCP SPINOSI & SUREAU

Les syndicats et association exposants entendent intervenir au soutien
du recours en référé-liberté introduit par la Ligue des Droits de
l’Homme, Mme Françoise DUMONT et M. Henri LECLERC devant
le Conseil d’Etat.
Sur la requête n° 396.220

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FAITS

I. Par une requête déposée le 19 janvier 2016, la Ligue des Droits de
l’Homme, sa présidente Françoise DUMONT et son président
d’honneur Henri LECLERC ont sollicité le juge des référés du
Conseil d’Etat pour qu’il ordonne, sur le fondement de l’article
L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de tout ou
partie du régime de l’état d’urgence déclaré le 14 novembre 2015 ou,
à tout le moins, pour qu’il soit enjoint au Président de la République
de procéder à un réexamen des circonstances de fait et de droit qui ont
conduit à la mise en œuvre de l'état d’urgence, dès lors que la
persistance injustifiée de ce régime porte une atteinte grave et
manifestement illégale à de nombreuses libertés fondamentales.
C’est la requête au soutien desquels les syndicats et associations
exposants entendent intervenir volontairement.
Les exposants font leurs les moyens, les demandes et les conclusions de la
requête en référé-liberté déposée par l’association requérante et les deux
autres requérants individuels.
En ce qui concerne l’intérêt à intervenir des syndicats et association
exposants
II. En premier lieu, alors que chacun des exposants a été dûment
autorisé à ester en justice dans la présente affaire, leur intérêt à
intervenir ne saurait faire l’objet du moindre doute.
II-1 En effet, et en droit, à l’instar de toute personne physique, une
personne morale dont le siège social se situe à l’intérieur de la zone
géographique d’application des dispositions relatives à l’état
d’urgence et qui exerce ces activités statutaires dans cet espace est
susceptible d’être affectée par les mesures édictées à ce titre, de sorte
que son intérêt à agir contre la persistance de ce régime est acquis de
ce seul fait.
Et ce, indépendamment même de savoir si cette personne morale est
ou a été effectivement visée par l’une de ces mesures.

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En outre, et toujours en droit, au titre d’un recours en référé prévu par
l’article L. 521-2 du code de justice administrative, s’il appartient aux
requérants de démontrer qu'ils subissent « directement et
personnellement l'atteinte à la liberté fondamentale dont il se
prévaut » (CE, 17 avril 2002, Meyet, n° 245.283), ce principe
n'empêche pas le juge des référés, dans le cas où la demande est
introduite par une personne morale, de statuer sur l’atteinte portée aux
intérêts que cette dernière s’est donnée pour mission de défendre
(en ce sens, v. not. CE, ord., 22 décembre 2012, OIP-SF, n° 364.584 ;
CE, ord. 6 juin 2013, OIP-SF, n° 368.816 ; CE, ord.,
23 novembre 2015, Ministre de l'intérieur et commune de Calais,
n° 394.540 et 394.568).
II-1.1 En ce sens, il convient de rappeler qu’en 2005, le juge des
référés du Conseil d’Etat a apprécié l’intérêt à agir de l’ensemble des
personnes physiques qui ont sollicité la suspension de l’état d’urgence
en tenant uniquement compte tenu de leur lieu de
résidence régulière.
Ainsi, pour estimer que l’un d’eux ne justifiait pas d’un intérêt
suffisant au motif qu’il résidait alors à l’étranger, le juge des référés
du Conseil d'Etat a souligné que :
« Si large que puisse être l'intérêt à contester devant le juge
administratif les mesures décidant de faire application à un territoire
déterminé du régime de l'état d'urgence ainsi que les décisions
ultérieures ayant une incidence sur le maintien en vigueur de ce
régime, une personne qui, à la date de la saisine du juge, ne réside
pas habituellement à l'intérieur de la zone géographique d'application
des dispositions relatives à l'état d'urgence, ne justifie pas d'un intérêt
suffisant pour en contester le maintien en vigueur »
(CE, Ord. 9 décembre 2005, n° 287.777).
Or, si le seul critère de la résidence suffit à caractériser l’intérêt à agir
d’un requérant contre la persistance du régime de l’état d’urgence,
il ne peut a fortiori qu’en être de même concernant l’intérêt à
intervenir au soutien de ce même recours.

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Tel fut d’ailleurs le sens de la décision rendue en 2005, les
intervention de personnes physiques ayant été admises par le juge des
référés du Conseil d’Etat à l’aune des seuls critères de la résidence et
de la teneur des conclusions (CE, Ord. 9 décembre 2005, n° 287.777).
II-1.2 A cet égard, il n’est pas inutile de rappeler qu’à l’occasion de ce
même référé initié en décembre 2005, le parti politique « Les Verts » a
initié une intervention volontaire en justifiant « son intérêt à intervenir
au soutien de la requête par le double motif » que :
« En tant que personne morale il peut être atteint par les mesures que
l'état d'urgence permet d'édicter et […] la prolongation de l'état
d'urgence porte atteinte à des intérêts dont il a vocation par ses
statuts à assurer la protection » (Ibid.)
Or, par sa décision du 9 décembre 2005, le juge des référés du
Conseil d’Etat a aisément admis cette intervention en soulignant que
« le parti politique "Les Verts" […] justifi[e] en ce qui le concerne,
d'un intérêt suffisant pour intervenir au soutien de la requête » (Ibid.).
Il ne saurait en être différemment pour les syndicats et association
exposants.
II-2 En effet, et d’une part, le siège social de chacun des exposants se
situe à l’intérieur de la zone géographique d’application des
dispositions relatives à l’état d’urgence et ils exercent leurs activités
statutaires dans cet espace.
A ce titre, elles sont susceptibles d’être visées par des mesures liées à
ce régime, étant précisé que leurs activités impliquent notamment
l’exercice de la liberté de réunion et manifestation.
Cette seule circonstance suffit à établir leur intérêt à intervenir.
Mais il y a plus.

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II-3 D’autre part, il est indéniable que la mise en œuvre de l’état
d’urgence a directement trait à l’objet statutaire des syndicats et
association exposants.
II-3.1 S’agissant d’abord du syndicat CGT Police Paris, dûment
habilité à ester en justice par seule décision de son secrétaire général
(Art. 26 des statuts – Prod. 1), il résulte de ses statuts qu’il a
notamment pour objet « la défense des droits ainsi que des intérêts
matériels et moraux, tant collectifs qu’individuels » des « personnels
de la Police Nationale relevant du statut général de la fonction
publique exerçant ou ayant exercé leur activité professionnelle dans
les départements des Hauts de Seine, du Val de Marne et de la Seine
Saint Denis et les personnels de la Préfecture de Police de Paris »
(Art. 1er et 4 des statuts – Prod. 1).
Or, en l’occurrence, il est manifeste que la mise en œuvre de l’état
d’urgence est de nature à affecter significativement les conditions de
travail des policiers, en particulier à Paris.
C’est d’ailleurs à ce titre que le syndicat exposant a signé l’appel
unitaire du collectif « Nous ne céderons pas » qui s’oppose en
particulier « à une démocratie sous état d’urgence ».
II-3.2 S’agissant ensuite du Syndicat de la magistrature, dûment
autorisé à ester en justice par délibération de son conseil syndical
(Prod. 2), il résulte de l’article 3 de ses statuts (Prod. 3) que le
syndicat s’est notamment donné pour objet :
« 1° de veiller à ce que l’autorité judiciaire puisse exercer sa mission
en toute indépendance.
2° de veiller à la défense des libertés et des principes
démocratiques. »
A ce titre, son intérêt à agir ou intervenir à l’égard de situations qui
portent atteinte aux droits et libertés fondamentales ou affectent les
conditions d’exercice par les magistrats de leurs prérogatives a été
reconnu à plusieurs reprises (CE, réf., 22 décembre 2012, OIP-SF,
n° 364.584, publié au recueil ; CE, 3 juin 2009, nos 321.841 et

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334.188, publiés au recueil ; CE, 30 décembre 1998, n° 188.233 ;
CE, 16 avril 2010, n° 320.196 ; CE, 11 mars 2013, nos 332.886 et
334.188, deux espèces, publiés au recueil Lebon).
Or, en l’occurrence, non seulement la mise en œuvre de l’état
d’urgence affecte gravement les libertés et principes démocratiques
défendus par le syndicat exposant. Mais en outre, ce régime de l’état
d’urgence dépossède l’autorité judiciaire de nombre des prérogatives
et compétences qu’il lui revient d’exercer en temps normal.
C’est à ce titre que le syndicat exposant a lui-aussi signé l’appel
unitaire du collectif « Nous ne céderons pas », ainsi que plus
récemment encore l’appel unitaire « Sortir de l’état d’urgence ».
II-3.3 Pour ce qui est en outre de l’association La Quadrature du Net,
elle-aussi dûment autorisée à ester en justice par délibération de son
bureau (Prod. 4), il convient de préciser que, selon l’article 3 de ses
statuts (Prod. 5), La Quadrature du net, association constituée
conformément à la loi du 1er juillet 1901, a pour objet :
« - de mener une réflexion, des études, analyses, actions pour la
défense des libertés individuelles sur internet et pour permettre aux
citoyens de tirer tous les bénéfices de leur développement ;
- d'encourager l'autonomie des usagers et leur prise de contrôle sur
les données les concernant ;
- de représenter ses membres dans ses relations : avec d’autres
associations ou groupements similaires ou complémentaires, des
entreprises, les pouvoirs publics et les instances communautaires et
internationales, et dans ce cadre, d’être habilitée à traiter,
notamment, d’aspects sociaux et réglementaires ou autres au nom de
ses membres ;
- l’étude et la défense des intérêts sociaux, culturels, d'innovation et
de développement humain des citoyens. Pour atteindre ce but, elle
jouit de la capacité intégrale reconnue par la loi aux Associations et
du pouvoir d’ester en justice »

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L’objet général de la Quadrature du Net est donc la défense des droits
fondamentaux dans l’environnement numérique, et notamment la
liberté d’expression, la liberté de communication ainsi que le droit au
respect de la vie privée.
Or, en l’occurrence, il est manifeste que la mise en œuvre de l’état
d’urgence affecte gravement les droits et libertés défendus par
l’association exposante, notamment compte tenu des possibles saisies
de données numériques lors de perquisitions administratives prévues
par l’article 11 I de la loi du 3 avril 1955.
C’est à ce titre que l’association exposante a signé l’appel unitaire du
collectif « Nous ne céderons pas », ainsi que l’appel unitaire « Sortir
de l’état d’urgence ».
En outre, dès les premiers jours de l’état d’urgence, La Quadrature du
Net a initié une démarche d’analyse et d’observation collectives de la
mise en œuvre de ce régime.

III. Il résulte de ce qui précède que les exposants ont manifestement
intérêt à intervenir au soutien de la requête tendant à la suspension du
régime de l’état d’urgence.
En ce qui concerne l’objet de l’intervention des exposants
IV. En second lieu, les exposants entendent soutenir l’ensemble des
demandes présentées par la Ligue des Droits de l’Homme,
Mme Françoise DUMONT et M. Henri LECLERC devant le juge des
référés du Conseil d’Etat, auxquelles ils se réfèrent expressément.
En outre, les exposants font leurs les moyens et les conclusions du
mémoire déposé par les requérants.

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AU BENEFICE DE CETTE INTERVENTION, les exposants font
leurs les moyens et les conclusions de la requête et concluent à ce
qu’il plaise au juge des référés du Conseil d’Etat :

-

DECLARER RECEVABLES leurs interventions au soutien
du recours en référé-liberté introduit par les requérants devant
le juge des référés du Conseil d’Etat ;

-

FAIRE DROIT à l’ensemble des demandes formulées par les
requérants à l’appui de ce référé et auxquelles les exposants se
réfèrent ;

Avec toutes conséquences de droit.

SPINOSI & SUREAU
SCP d’Avocat au Conseil d’État et à la Cour de cassation

Productions :
1. Statuts du Syndicat général CGT des personnels de la Police
Nationale du SGAP de Paris et de la préfecture de Police
(« CGT Police Paris »),
2. Délibération du conseil syndical du Syndicat de la Magistrature
3. Statuts du Syndicat de la Magistrature
4. Extrait du compte rendu de la réunion du bureau de la
Quadrature du Net donnant pouvoir au président.
5. Statuts de l’association La Quadrature du Net