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No J 15-80.

223 FS-D

No 462

FAR

16 FÉVRIER 2016

REJET

M. GUÉRIN président,

RÉPUBLIQUE

FRANÇAISE

________________________________________

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
_________________________

LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE CRIMINELLE, en son
audience publique tenue au Palais de Justice à PARIS, a rendu l'arrêt
suivant :
Statuant sur le pourvoi formé par :
- Mme Annissa Ziri, épouse Semache, partie civile,
contre l’arrêt de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de RENNES,
en date du 12 décembre 2014, qui, sur renvoi après cassation (Crim.,18
février 2014, no 13-81.858), dans l'information suivie contre personne non
dénommée des chefs d'homicide involontaire et violences ayant entraîné la
mort sans intention de la donner, a confirmé l'ordonnance de non-lieu rendue
par le juge d'instruction ;

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La COUR, statuant après débats en l'audience publique du
19 janvier 2016 où étaient présents : M. Guérin, président,
Mme Dreifuss-Netter, conseiller rapporteur, Mmes Schneider, Farrenq-Nési,
M. Bellenger, conseillers de la chambre, Mmes Harel-Dutirou, Guého,
conseillers référendaires ;
Avocat général : Mme Caby ;
Greffier de chambre : Mme Randouin ;
Sur le rapport de Mme le conseiller DREIFUSS-NETTER, les
observations de la société civile professionnelle SEVAUX et MATHONNET,
avocat en la Cour, et les conclusions de Mme l'avocat général
référendaire CABY, l’avocat de la demanderesse ayant eu la parole en
dernier ;
Vu le mémoire produit ;
Sur le moyen unique de cassation, pris de la violation des
articles 2 et 3 de la Convention européenne des droits de l’homme,
222-7, 221-6 et 223-6 du code pénal, 176, 179, 181, 205, 591 et 593 du
code de procédure pénale, défaut de motifs, manque de base légale ;
“en ce que la chambre de l’instruction a confirmé
l’ordonnance de non-lieu délivrée par le juge d’instruction ;
“aux motifs qu’il ressort des autopsies et expertises
médico-légales successives que, à l’inverse de l’hypothèse qui a pu
être émise par les premiers médecins qui sont intervenus, la cause du
décès de Ali Ziri, de façon certaine, n’est pas une hypoxie due à
l’inhalation de débris alimentaires dans un contexte de vomissements
répétés ; que, de même, sans ambiguïté, les lésions cutanées
superficielles et hématomes relevés, en l’absence de fracture, n’ont pu
être la cause du décès ; que ces marques corporelles pouvaient par
contre, pour un certain nombre d’entre elles, correspondre à des
lésions de maintien ; qu’en dehors de ces certitudes, les conclusions
des expertises médico-légales ont émis des hypothèses différentes
comme pouvant être la cause du décès ; qu’en effet, les premiers
experts, après avoir relevé la présence d’une cardiomyopathie
hypertrophique arythmogène du ventricule droit associée à une maladie
veino-occlusive pulmonaire avec lésions d’hypertension artérielle
pulmonaire, ont conclu à une possible décompensation des pathologies
préexistantes dans un contexte d’alcoolisme aigu ; que le médecin
légiste, sur l’examen anatomopathologique, a précisé que chacune des
lésions cardiaques et pulmonaires pouvait à elle seule être la cause

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d’une mort subite d’autant qu’elle était associée à un état alcoolique ;
que cette conclusion était confortée par l’expert cardiologue qui
évoquait une hypothèse qu’il a qualifiée de la plus vraisemblable d’un
trouble du rythme ventriculaire survenu sur une cardiomyopathie
méconnue, décompensée à la faveur d’une hypoxie modérée et de
troubles électrolytiques dus à l’alcool et aux vomissements ; que les
seconds experts légistes, qui ont précisé ne disposer que très
partiellement des fragments de coeur et des poumons disséqués et
multisectionnés, ont conclu pour leur part à un arrêt cardio-vasculaire
d’origine hypoxique par suffocation multifactorielle (appui postérieur
dorsal, de la face et notion de vomissements) ; que cette dernière
hypothèse a été reprise par l’expert M. Pourriat qui a seulement procédé
à un examen sur pièces et qui, répondant aux questions posées, a
estimé que le retentissement cardiaque était consécutif à un épisode
hypoxique aigu dû aux manoeuvres de contention décrites par les
policiers, s’attachant surtout ensuite à donner des éléments dégageant
une responsabilité éventuelle des services médicaux qui avait été
évoquée dans un premier temps, l’expert considérant que le délai de
prise en charge à l’hôpital avait été normal, qu’une bonne évaluation de
la gravité de la situation avait été faite et que rien ne démontrait qu’une
prise en charge plus précoce aurait modifié le pronostic ; que les
conclusions sur ce point ne sont d’ailleurs pas discutées ; qu’en l’état
de ces conclusions et hypothèses divergentes, et alors que
contrairement à ce qu’a pu considérer l’expert M. Pourriat, la seconde
autopsie ne donne pas d’éléments écartant indubitablement une
décompensation de pathologie préexistante, il n’est ainsi pas possible
de retenir une cause certaine de la mort d’Ali Ziri ; que, cependant, le
décès étant intervenu à la suite de son interpellation par les services de
la police, il est nécessaire d’examiner si leur intervention a pu jouer, par
des gestes de violences volontaires ou à tout le moins par des
comportements fautifs, un rôle causal dans le décès ; qu’alors que,
selon les experts, les traces corporelles et hématomes relevés pouvant
correspondre pour certaines à des lésions de maintien n’ont pu
conduire à la mort de Ali Ziri, aucun élément ne permet d’établir ni
même de supposer que des coups auraient été volontairement portés
à un quelconque moment par les forces de l’ordre sur la personne de
Ali Ziri ; que les dépositions successives de M. Arezki Kerfali, qui s’est
ensuite soustrait à toute autre audition ou confrontation, rappelées
ci-dessus, sont contradictoires entre elles sauf à remarquer qu’en fin
de sa dernière audition, répondant aux questions, il a admis n’avoir vu
aucun coup porté par les policiers sur Ali Ziri ; que ses allégations de
violences sont aussi contredites par les différents témoins ayant
assisté à l’interpellation des deux hommes ; qu’en effet, ces témoins,
dont l’un, Mme Adeline Louranco, a même précisé ne pas être favorable
a priori aux forces de police, relatant les conditions de l’intervention et

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des interpellations, ont retracé un comportement exemplaire des
membres de l’équipage de police qui ont procédé à l’interception du
véhicule, en décrivant l’état d’ivresse tant du conducteur que du
passager, les insultes qu’ils proféraient, leur agressivité, la tentative de
Ali Ziri de porter un coup, et, au regard de ce comportement, le calme,
la politesse et le professionnalisme des policiers ; que cette attitude
des policiers dément toute violence de leur part à cet instant ; que, de
la même façon, il ressort du témoignages de M. Sébastien Gautier,
présent dans les locaux du commissariat en même temps que MM.
Kerfali et Ziri, qu’aucune violence n’a été exercée sur leur personne
durant leur séjour au commissariat, ce témoin parlant seulement d’un
geste qu’il a qualifié d’inadmissible et vexatoire de la part d’un policier
qui a posé le pied sur la tête de M. Kerfali qui avait vomi, précisant, par
ailleurs, qu’étant à trois ou quatre mètres, il aurait vu ou au moins
entendu si des violences avaient été exercées ; que, rien ne démontre
non plus une quelconque violence qui aurait été exercée par les
policiers dans le fourgon sur le trajet du commissariat à l’hôpital, la
policière décrivant un état d’excitation et de refus de MM. Kerfali et Ziri
au moment de monter dans le véhicule mais disant qu’ils s’étaient
calmés lorsqu’ils avaient appris leur destination, sans qu’un élément
contraire ne puisse démentir ces déclarations ; que, dès lors, les seuls
moments où Ali Ziri a pu subir des gestes de violence sont durant le
trajet dans la voiture de police entre le lieu de l’interpellation et le
commissariat et lors de l’arrivée au commissariat ; qu’en mentionnant
les manoeuvres d’immobilisation qui seraient à l’origine du phénomène
hypoxique, l’expert M. Pourriat se rapporte aux déclarations des
policiers qui ont fait état de manoeuvres de contention qui ont pu, selon
l’expert, entraîner un blocage respiratoire et une difficulté voire une
impossibilité d’oxygénation pendant un temps plus ou moins long, qui
auraient été sans conséquence notable sur un sujet jeune mais qui
pouvaient avoir les conséquences cardiaques évoquées chez un sujet
âgé au thorax moins compliant ; que les parties civiles se rangent à cet
avis en estimant dans leur mémoire que c'est I'utilisation de la
technique « dite du pliage » durant trois à cinq minutes qui serait à
l'origine de l'asphyxie ayant conduit au décès de Ali Ziri ; qu’il s'agit
donc de rechercher si les gestes effectués à l'égard de celui-ci dans le
véhicule de police sont constitutifs d'une faute qui a provoqué le décès
de Ali Ziri ; qu’il ressort des dépositions des policiers membres de cet
équipage, M. Benjamin Grassier, le chef de bord, M. Vivian Pauly, le
conducteur, et Mme Jennifer Cachin, accompagnatrice, de
l'enregistrement audio des messages échangés durant le trajet et des
témoignages des policiers intervenus à l'arrivée au commissariat,
particulièrement le lieutenant M. Sigismond Mutel, que le trajet, qui a
duré cinq minutes, a été particulièrement mouvementé et que tant
M. Kerfali que Ali Ziri se comportaient dangereusement ; que, c’est à la

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suite des crachats émis par M. Kerfali en direction du conducteur que
M. Benjamin Grassier, craignant pour la sécurité de tous, l'a obligé à
baisser la tête et le torse ; qu’il a ainsi laissé entre lui et Ali Ziri un
espace libre dont a profité Ali Ziri pour tenter de lui donner un coup de
tête, provoquant, pour les mêmes raisons de sécurité, l'intervention de
Mme Jennifer Cachin qui, se retournant sur son siège, l'a pris sous les
aisselles et lui a maintenu la tête plaquée sur ses genoux ; que,
contrairement à ce qu'a pu supposer la commission nationale de
déontologie de la sécurité dans son rapport, les gestes d'agitation de
Ali Ziri ainsi décrits, s'ils étaient probablement vains dans une tentative
de porter un coup de tête en raison de sa corpulence et de ce qu'il était
menotté, sont vraisemblables, compte tenu de l'état d'ivresse et
d'énervement dans lequel il se trouvait ; que l'état d'agitation extrême
à l'intérieur du véhicule est confirmé par le fait, inhabituel, de la
demande du conducteur par radio de se faire ouvrir le portail de la cour
du commissariat, ordinairement ouvert par un membre de l'équipage
qui descend du véhicule pour faire le code d'entrée, et est aussi
confirmé par le lieutenant M. Mutel qui se trouvait sur le porche en
attente de l'arrivée de l'équipage ; que la déposition de M. Vivian Pauly,
le conducteur, et l'enregistrement audio des messages permettent
d'évaluer à trois à quatre minutes le temps pendant lequel M. Kerfali,
puis Ali Ziri, ont été maintenus de cette façon, M. Vivian Pauly indiquant
avoir passé le message, situé dans le temps à 20 heures 43 pour une
arrivée au commissariat à 20 heures 46, juste après les gestes
d'immobilisation ; qu’il résulte de ces éléments qu'au regard de
l'agitation et de la rébellion des personnes interpellées, dont le
comportement, dans le milieu confiné d'un véhicule, à proximité du
conducteur, était éminemment dangereux pour la sécurité de
l'ensemble des passagers et celle des autres usagers de la route, les
gestes d'immobilisation effectués durant quelques minutes par les
policiers, dont l'attitude professionnelle exempte de toute critique est
attestée par les témoins qui ont assisté à l'interpellation, ne
constituaient pas une contrainte excessive ; que les policiers n'ont
ainsi fait usage que de la force strictement nécessaire pour les
maîtriser et aucune faute, volontaire ou involontaire, ne peut être
relevée à leur encontre, notamment, celle de Mme Jennifer Cachin qui
a procédé à l'immobilisation de Ali Ziri ; que l'enregistrement filmé de
l'arrivée au commissariat montre, là encore, que ce n'est qu'en raison
de sa résistance qu'il a été sorti du véhicule par force, puis porté dans
les locaux pour être mis allongé à terre ; que, si les différents
témoignages montrent qu'il se tenait difficilement debout et confirment
son état d'alcoolisation, aucun, y compris M. Sébastien Gautier, ne font
état d'un état d'inconscience qui n'a été constaté qu'à l'hôpital quelques
instants avant l'intervention du docteur M. Minost ; qu’en outre, les
experts légistes ont écarté toute conséquence de ce que la tête de Ali

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Ziri a heurté le sol au moment de son débarquement ; qu’il ne ressort
pas non plus du rapport de la commission nationale de déontologie de
la sécurité qui a été joint à la procédure l'existence de violences qui
auraient conduit au décès de Ali Ziri ; que la commission indique qu'elle
n'a pas été en mesure de poursuivre ses investigations sur les
violences directes qu'alléguait M. Kerfali, allégations démenties par
l'information comme indiqué ci-dessus ; que c'est aussi de façon
contraire à la réalité que la commission a indiqué que Ali Ziri avait été
installé sur le dos sur le brancard à l'hôpital, ce dont elle a déduit que
cette position inadaptée et dangereuse avait favorisé la survenue de
fausses routes et l'inhalation de liquide gastrique ayant contribué au
décès, alors que, en réalité, il s'est mis lui-même ou a été placé par le
policier, avec l'approbation de l'infirmière Mme Exposito, en position
latérale de sécurité et que l'étouffement par fausse route n'est pas la
cause de la mort ; que, si la commission donne pour avis que la
précipitation et la violence avec lesquelles Ali Ziri a été extrait du
véhicule comme le fait d'avoir laissé les deux hommes, âgés de 60 et 69
ans, allongés sur le sol du commissariat, mains menottées dans le dos,
dans leur vomi, à la vue de tous les fonctionnaires pendant une heure
environ constituaient dans l'une et l'autre situation, un traitement
inhumain et dégradant, il ne résulte pas de cet avis, compte tenu des
circonstances de l'arrivée du commissariat analysées ci-dessus, que
l'un quelconque des gestes reprochés ait pu conduire au décès de Ali
Ziri ; qu’en outre, selon Mme Exposito, infirmière d'accueil et
d'orientation à l'hôpital, l'état de Ali Ziri n'était pas préoccupant et ne
nécessitait pas une attention particulière ; qu’il était conscient et
répondait aux ordres simples et son cas n'était pas prioritaire ; que
l'expert M. Pourriat a indiqué qu'une bonne évaluation initiale de son
état avait été faite et que l'aggravation de cet état dans un délai inférieur
à une heure était exceptionnelle ; que, si l'expert s'est dit surpris de ce
que les policiers, qui n'étaient cependant pas chargés de sa
surveillance sur un plan médical, n'aient, néanmoins, pas donné l'alerte
lorsque l'état de Ali Ziri s'est aggravé, le docteur M Minost a indiqué
qu'à défaut de connaissances médicales, les policiers pouvaient penser
qu'il dormait ; qu’ainsi, alors même que son état n'inspirait aucune
inquiétude aux professionnels médicaux à l'arrivée à l'hôpital et était
évalué comme normal compte tenu de son alcoolisation et que les
policiers pouvaient ne pas se rendre compte d'une dégradation
qualifiée d'exceptionnellement rapide par l'expert, aucun défaut fautif
d’assistance ayant conduit ou contribué au décès de Ali Ziri ne peut
être reproché aux services de police ; que, dès lors, en cet état des
éléments de l'information, les demandes tant des parties civiles que du
ministère public tendant à la poursuite de l'information ou à voir
ordonner un supplément d'information n'apparaissent pas utiles à la

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manifestation de la vérité ; que l'information n'a pas mis en évidence
d'éléments suffisants permettant de caractériser les infractions dont
était saisi le juge d'instruction ni une quelconque autre infraction et
aucune investigation complémentaire n'apparaît susceptible d'être
utilement ordonnée ; que, dans ces conditions, l'ordonnance entreprise
sera confirmée ;
“1o) alors qu’une atteinte à la vie et à l’intégrité corporelle
ou psychique d’une personnes interpellée ne peut être légalement
justifiée que si elle résulte d’un recours à la force strictement
nécessaire et proportionné, en son principe comme dans sa mise en
oeuvre ; qu’en se bornant à relever que la contrainte employée n’avait
pas été excessive, et que l’usage de la force avait été proportionné
compte tenu du comportement des personnes interpellées et du danger
qu’elles représentaient sans constater que les agents de police ne
disposaient d’aucun autre moyen ou ne pouvait employer d’autre
procédé, de contrainte notamment, pour parvenir aux mêmes objectifs,
là même où elle était invitée par les parties civiles comme par le
ministère public à rechercher si la méthode employée pour user de
cette force, à savoir la technique dite du pliage, était appropriée compte
tenu de sa dangerosité intrinsèque et de la circonstance qu’elle était
appliquée pendant trois à quatre minutes sur une personne âgée de 69
ans, la chambre de l’instruction a méconnu les textes précités ;
“2o) alors qu’il résulte des propres constatations de l’arrêt
que les premiers techniciens médico-légaux ont conclu que l’arrêt
cardio-vasculaire était dû à une « possible » décompensation de
pathologies préexistantes et les experts désignés au cours de
l’information à une suffocation multifactorielle avec, parmi ces facteurs,
un épisode hypoxique provoqué par les gestes de contention employés
par les policiers lors du transport en voiture ; qu’en retenant que le lien
de causalité n’était pas établi dans la mesure où ces hypothèses
divergeaient et où la seconde autopsie n’avait pas permis d’exclure de
manière indubitable une décompensation de pathologies préexistantes,
cependant qu’il résulte de ses propres constatations que l’hypothèse
d’une cause multifactorielle avec un épisode hypoxique provoqué par
les gestes de contention est compatible avec celle d’une
décompensation, dont il n’est pas établi au regard des motifs de l’arrêt
qu’elle aurait pu être la cause exclusive du décès, la cour d’appel n’a
pas tiré les conséquences légales de ses constatations relatives à la
participation des gestes des policiers à la survenance du décès et a
méconnu les textes précités ;
“3o) alors qu’en se bornant à constater une divergence
entre les hypothèses émises par les différentes rapports médicaux sans
se prononcer sur la valeur respective desdits rapports, cependant que
les premiers rapports médico-légaux concluant à un décès causé par

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une possible décompensation de pathologies préexistantes ont été
établis sur simple réquisition au cours de l’enquête et au vu des seuls
éléments médicaux, là où les conclusions des experts désignés au
cours de l’instruction préparatoire, en faveur d’une cause
multifactorielle faisant intervenir les gestes de contention pratiqués sur
la personne décédée, ont été émises au regard des pièces médicales
comme des éléments du dossier, notamment, la description des gestes
employés par les policiers, la chambre de l’instruction n’a pas apprécié
la valeur intrinsèque de chacun de ces rapports, n’a pas exercé son
office et a ainsi méconnu les textes précités ;
“4o) alors qu’en retenant du rapport d’expertise du
professeur M. Pourriat que ce dernier s’était surtout attaché à donner
des éléments dégageant une responsabilité éventuelle des services
médicaux, là où il résulte de ce rapport que l’expert était missionné
pour apprécier si les gestes réalisés par les policiers avaient pu
entraîné le décès, au même titre qu’il devait se prononcer sur la prise
en charge hospitalière, et que les conclusions de son rapport portent
sur chacune de ces deux questions, de manière complète et séparée,
la chambre de l’instruction a entaché sa décision d’une contradiction
de motifs ;
“5o) alors que les causes d’un décès intervenu pendant ou
à la suite d’une arrestation ayant donné lieu à l’emploi de la force
publique doivent faire l’objet d’un examen complet de la part des
autorités d’enquête, de poursuite et d’instruction ; que la commission
nationale de déontologie de la sécurité a constaté que le « visionnage »
de l’enregistrement vidéo de l’arrivée au commissariat avait montré que
« le gardien de la paix J.C. a d’abord violemment tiré sur M. A.Z., au
niveau de son cou, tandis que manifestement, celui-ci ne bougeait pas »
et a en déduit un traitement inhumain et dégradant, et les parties
civiles, qui soulignaient que le juge d’instruction n’avait pas visionné
cet enregistrement et sollicitaient cette mesure dans le cadre d’un
supplément d’information, faisaient valoir devant la chambre de
l’instruction que l’état de perte de conscience ainsi constaté confirmait
le lien entre le décès et l’épisode hypoxique aigu relevé par les experts
et attestait que Ali Ziri avait été laissé mourant, sans secours, pendant
qu’il était allongé, face contre terre et menotté dans le dos, dans les
locaux du commissariat ; qu’en retenant que l’enregistrement filmé de
l’arrivée au commissariat montre que ce n’est qu’en raison de sa
résistance que Ali Ziri a été sorti du véhicule par la force sans préciser
l’origine de ses constatations, cependant que cet enregistrement figure
parmi les scellés, et non au dossier de la procédure, lequel convient
des captures d’écran du film (D1067 à 1094), la chambre de l’instruction
qui n’a pu examiner le contenu de cet enregistrement et, en tout état de
cause, n’a pas mis la Cour de cassation en mesure de s’en assurer, n’a

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pas procédé à un examen des données de la cause et a ainsi méconnu
les textes précités ;
“‘6o) alors qu’en procédant au visionnage d’un
enregistrement vidéo placé sous scellé hors de tout supplément
d’information, la chambre de l’instruction a méconnu l’article 205 du
code de procédure pénale et a entaché sa décision d’un excès de
pouvoir ;
“7o) alors que le fait pour un agent de police de placer et de
laisser allongée sur le sol, pendant une heure, une personne interpellée,
menottée dans le dos, face contre terre dans son vomi, au vu de
l’ensemble des personnes présentes, que la commission nationale de
déontologie de la sécurité a elle-même qualifié dans son rapport de
traitement inhumain et dégradant, est une voie de fait constitutive de
violences volontaires ; qu’en se limitant à constater qu’il ne résultait
pas de ce rapport des violences volontaires qui auraient conduit au
décès de Ali Ziri sans retenir que les faits concernés caractérisaient des
violences volontaires dont il lui appartenait d’apprécier, par ailleurs, si
elles n’avaient pas concouru, de manière incidente, à la survenance du
décès et si elles n’avaient pas, en tout état de cause, engendré une
atteinte à l’intégrité physique ou psychique de Ali Ziri, la chambre de
l’instruction a méconnu les textes précités ;
“8o) alors que l’enquête sur les causes d’un décès survenu
au cours ou à la suite d’une interpellation ayant donné lieu à l’emploi
de la force publique doit être méticuleuse, objective et impartiale et être
accessible aux proches de la victime ; qu’en l’état d’une information
judiciaire au cours de laquelle, comme les parties civiles l’ont souligné,
le juge d’instruction n’a procédé personnellement à aucun acte
d’information, n’a entendu lui-même aucun des témoins, parties civiles
et mis en cause, n’a pas examiné les enregistrements audio et vidéo et
s’est contenté d’apprécier les faits au regard des procès-verbaux
établis par les services de police dans le cadre de commissions
rogatoires, la chambre de l’instruction, en retenant qu’il y avait lieu de
clore les investigations et de ne pas faire droit aux demandes de
supplément d’information présentées par les parties civiles et le
ministère public dans le but de combler cette carence, a violé les textes
précités” ;
Attendu qu’il résulte de l’arrêt attaqué et des pièces de
procédure que, le 9 juin 2009, Ali Ziri, passager d'une voiture, conduite par
M. Kerfali, a été interpellé avec celui-ci par une patrouille de trois gardiens
de la paix, les deux hommes, en état d'ébriété, étant conduits au
commissariat, puis transportés au service des urgences du centre hospitalier
d’Argenteuil, où Ali Ziri a été victime d'un arrêt cardiaque, nécessitant son
transfert au service de réanimation où il est décédé le 11 juin ; que, le 8 juillet

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2009, une information a été ouverte, contre personne non dénommée, du
chef d’homicide involontaire commis au centre hospitalier, les ayants droit
d’Ali Ziri se constituant partie civile, et un réquisitoire supplétif étant pris, le 23
septembre 2009, du chef de violences volontaires ayant entraîné la mort sans
intention de la donner ; que, le 15 octobre 2012, le juge d’instruction a rendu
une ordonnance de non-lieu ; que les parties civiles ont interjeté appel ;
Attendu que, pour confirmer l'ordonnance de non-lieu, l'arrêt
relève qu’il ressort des dépositions des policiers membres de l’équipage, de
l’enregistrement des messages échangés durant le trajet entre le lieu de
l’interpellation et le commissariat et des témoignages des policiers intervenus
à l’arrivée au commissariat, que ce trajet avait été particulièrement
mouvementé et que les manoeuvres de contention pratiquées sur Ali Ziri
avaient été rendues nécessaires par l’agitation et la rébellion des personnes
interpellées, dont le comportement, dans le milieu confiné d'un véhicule, à
proximité du conducteur, était éminemment dangereux pour la sécurité de
l'ensemble des passagers et celle des autres usagers de la route ; que les
juges ajoutent que les gestes d'immobilisation effectués durant quelques
minutes par les policiers, dont l’attitude professionnelle exempte de toute
critique est attestée par les témoins qui ont assisté à l’interpellation, ne
constituaient pas une contrainte excessive ;
Attendu qu’en l’état de ces énonciations, d'où il résulte que les
policiers n'ont fait usage que de la force strictement nécessaire, et dès lors
que l’examen des pièces de la procédure révèle que l’enquête a été
complète, la chambre de l'instruction a justifié sa décision ;
D'où il suit que le moyen, qui manque en fait en ses deuxième,
troisième, quatrième, et septième branches, ne saurait être accueilli ;
Et attendu que l'arrêt est régulier en la forme ;
REJETTE le pourvoi ;
Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, chambre criminelle,
et prononcé par le président le seize février deux mille seize ;
En foi de quoi le présent arrêt a été signé par le président, le
rapporteur et le greffier de chambre.