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LA PEINTURE ANGLAISE

ème
Des débuts 1260 à fin XVIII

INTRODUCTION

Dans de nombreux pays, les écoles artistiques avancent d'un bloc. au contraire c'est la liberté du
talent individuel qui constitue la spécificité de la peinture anglaise. On la voit réaliser pleinement,
avec Hogarth, son souci de refléter l'ensemble de la vie sociale. Avec Gainsborough, elle exprime
le coeur de sa sensibilité poétique. Constable et Turner couvrent le champ de son amour du
paysage à l'infini romantique.
Rien ne la rattache au classicisme : sa perfection est d'un autre ordre qu'ailleurs en Europe. Elle
ne possède ni la grandeur Renaissance ou Baroque, ni la rigueur de pensée esthétique de la
peinture française. Elle se lit plutôt dans la complexité due aux mutations socio-économiques qui
marquent clairement le passage d'une période à une autre.
La peinture anglaise est d'abord le fait de peintres venus du continent, bien qu'indissociables de
l'art anglais. C'est néanmoins une évolution nationale qui engendre les grandes expositions du
18ème et début 19è s.

1. L'HERITAGE MEDIEVAL

On considère que l'école anglaise débute avec le règne des Tudors. En rejetant l'autorité du
pape en 1534, et en ordonnant la dissolution des monastères en 1536, Henri VIII met un terme à
la tradition de l'art sacré tel qu'on le pratiquait dans les monastères au Moyen age. La cassure
est nette. Tout change : le sujet, le style, les techniques. Le style anglais où la virtuosité
graphique (trait fin, style linéaire, délicatesse des lignes, élongation des silhoutettes) prime sur
la plastique et l'épaisseur des formes (voir les psautiers du XIII è et XIVè s.), ce sens de la
ligne, lié à un grand raffinement de couleurs, fait toute la beauté de la tapisserie anglaise du
Moyen-Age. Cela nous donne une idée du travail des peintres qui dressaient les maquettes des
ateliers de tapisserie (XIIIe et XIVè s.) ex. la tapisserie de Bayeux (1080) est étroitement liée
aux modèles anglo-saxons par la vigueur de son graphisme et probablement réalisée en
Angleterre, montre un enthousiasme narratif et un souci du détail que l'on retrouvera chez
Hogarth.
Le XVème siècle s'ouvre sur le déclin du Moyen-Age. La peinture marque une pause dans le pays
au moment même où elle allait revêtir en Italie les splendides atours de la Renaissance.

2. DES TUDORS A JACQUES 1ER

La dissolution des ordres monastiques supposait la liquidation de la peinture religieuse en tant
qu'activité annexe du catholicisme. L'idée même d'un nouvel essor artistique comme celui que
déclanche la contre-Réforme à travers l'Europe du XVI ème siècle était évidemment exclu. Elle
aurait relevé de la haute trahison. La disparition des centres culturels locaux entraîne le repli
des artistes sur Londres où se tient la Cour.

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Quant aux mécènes, ils ne s'intéressent qu'aux portraits et prennent l'habitude d'inviter des
peintres étrangers, ce qui coupe court aux traditionnels échanges internationnaux d'artistes et
d'artisans.

L'art du portrait au Moyen-Age prenait surtout la forme d'iconographie royale (voir le portrait
de Richard II de l'abbaye de Westminster, qui bien que repeint plusieurs fois, fait encore
impression).
Mais l'Humanisme du XVIème siècle engendre un véritable culte de la personnalité que l'icône
médiévale ne satisfait pas. Les peintres étrangers formés à une école plus réaliste, ont la
préférence des mécènes parce que leurs portraits sont plus ressemblants. A l'époque, les
mécènes anglais ignorent la passion du "beau", celle qui incite les princes de la Renaissance
italienne à se faire représenter dans de grandes oeuvres d'inspiration mythologique. Ex.: un
portrait fidèle qui met en valeur ses bijoux et les détails de sa tenue d'apparat suffisait à
combler Henri VIII, tandis que François 1er rehaussait son prestige en s'entourant d'une pléiade
de créateurs comme Hans Holbein le Jeune, allemand.
Holbein débarque à 29 ans en Angleterre avec une recommandation d'Erasme à l'intention de
l'humanisme Thomas More. Il participe à l'histoire de la peinture anglaise, tout comme Van Dyck
au siècle suivant. Holbein le Jeune est parfaitement informé de l'évolution des arts en France et
en Italie et possède une vaste culture artistique. Il a déjà fait des portraits dans des
compositions religieuses, peintures murales, compositions destinées à la gravure, joallerie et
l'argenterie. Il s'installe chez Thomas More d'abord et reste 13 ans en Angleterre. Il meurt de
la peste en 1532. Sa place dans l'art anglais pose la question de l'influence de l'Angleterre sur
son oeuvre ou/et réciproquement. Cela tient-il aux goûts rudimentaires de ses mécènes ?
En tous les cas, son sens de la personnalité donne à son oeuvre un cachet typiquement anglais.
Ex : le portrait qu'il a fait de Henri VIII très connu, les admirables croquis qu'il a fait des
membres de la Cour des Windsors et ses portraits des négociants allemands de Londres : le
caractère de chancun y est parfaitement différencié ! Vers la fin de sa vie, il n'exécute que des
miniatures. Son influence sera décisive, notamment pour le miniaturiste élizabéthain Nicolas
Hilliard.
La plupart des peintres étrangers venaient des Pays-Bas : GUILLIN, SCROTS ou Stretos nommé
peintre de la cour de Henri VIII et Edouard IV, l'allemand Gerlach FLICKE (11 ans en
Angleterre), Hans EWORTH, flamand (25 ans en Angleterre), etc...

3. LES PEINTRES D'ORIGINE ANGLAISE

Ils soutiennent la comparaison avec les peintres étrangers. Par ex.: Serge GOWER, connu de
1575 à 1596, nommé en 1581 peintre de la reine Elisabeth. La Tate Gallery abrite de nombreux
portraits anomynes du XVIème siècle que la simplicité et la légèreté de touche différencie des
oeuvres d'origine étrangère et des surprenants tableaux que la reine-vierge Elisabeth 1ère aimait
beaucoup (solennité quasi byzantine). De cette période élizabèthaine, par contraste, la miniature
reste pour les anglais l'innovation la plus émouvante. La miniature diffère radicalement par sa
technique et ses origines, de la peinture à l'huile chère aux peintres étrangers : issue de
l'enluminure des manuscrits (ces miniatures s'appelaient des "limmers" qui vient du français
"enlumineurs"). Les premiers à remplacer la peinture religieuse par des mini portraits sont les
hollandais comme Horenbout (Cour d'Henri VIII) qui initia Holbein à la miniature. C'est une
peinture traitée comme un joyau, de couleurs limpides et brillantes, au décor simple très
intimiste. Ce fut l'apport de Holbein qui bouscula les règles d'un genre emprunt de magnificence.

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4. SOUS LES STUARTS

L'Angleterre continue d'importer ses peintres. Sous Jacques 1er, l'Italie jusqu'ici ignorée en
Angleterre, arrive au 1er plan. Henri-Frédéric, prince de Galles, fils aîné de Jacques 1er et le
jeune prince Charles (futur Charles 1er) constituent la première grande collection de peintures
d'Angleterre. Presqu'aussitôt, l'art du portrait connait une amélioration avec l'élimination du
formalisme élizabethain. Les hollandais arrivent et marquent un pas vers le réalisme. Charles 1 er
successeur de Jacques 1er, ne se sépare pas des peintres qui ont servi son père. Mais très vite,
l'étendue de ses connaissances par la fréquentation des chefs-d'oeuvres pour lesquels ses
agents sillonnaient l'Europe modifient sa politique à l'égard des peintres vivants. Attirer des
artistes de talent, oui, mais les meilleurs ! il veut des hommes de génie. Il réussit à attirer VAN
DYCK en Angleterre en 1632 qui marque un tournant dans l'histoire de la peinture anglaise ! Van
Dyck a alors 33 ans et est en pleine possession de ses moyens. Il a passé 7 ans en Italie à étudier
les grands vénitiens et plus particulièrement Le Titien : il a assimilé les subtilités de la
composition baroque, des attitudes et des gestes de ses modèles, l'aisance, la grâce, une dignité
hautaine, la splendeur du décor et les raffinements de composition lui ont servi à transformer le
portrait de groupe. La noblesse de l'arrière-plan (paysage en échappée sur une architecture
imposante), la décontraction aristocratique, le mouvement expressif des mains, la
complémentarité entre les personnages, voilà ce qui caractérise le portrait anglais pendant plus
d'un siècle en Angleterre. Il mène une vie fastueuse, couvert d'honneur et est fait Chevalier par
le roi. Il meurt en 1641.

Au XVIIIème , Gainsborough sera son héritier en matière de portrait et Constable en matière de
paysage. Ses portraits étaient altèrés par le côté artificiel de la société qu'il peint et du
gouvernement dont l'autorité est déjà très contestée. A l'approche de la guerre civile, ce vernis
craque et apparait une nouvelle austérité des portraits des aristocrates dévoués à la cause du roi
ou de leurs adversaires démocrates.
L'austérité du moment imprègne les portraits de la période du CommonWealth (17ème s.). La
république puritaine rejète définitivement l'élégance pour un réalisme sans fard, une absence
d'artifice qui resteront inégalées jusqu'au siècle suivant. Ex. les portraits du révolutionnaire
Cromwell, et de Charles II.
Globalement, sous les règnes de Charles II, et avant, Guillaume et Marie (fille de Charles 1 er)
d'Orange, l'essor des sciences et de l'architecture vaut plus que celui de la peinture. Quelques
peintres de l'époque : COOPER, LELY, John GREENHILL, John Michael WRIGHT (il a peint
Charles II couronné : petit chef d'oeuvre), John RILEY, etc...

La monotonie de la peinture anglaise au XVIIIème est frappante quand on compare à ce qui se
passe à l'étranger :
- Hollande/Flandre : genres nouveaux de la vie populaire, paysages, peinture d'animaux,
d'oiseaux, fleurs, natures mortes...
- France : c'est Louis XIV, donc sous la domination de Lebrun : les joies du baroque et de la
peinture décorative...

Les artistes étrangers qui introduisent ces nouveaux genres sont des précurseurs et ne trouvent
pas d'écho immédiat chez les peintres anglais. Leur influence s'exerce en fait après leur mort.
C'est à cette époque que le flamand Jan SIBERECHTS et le tchèque Wenceslaus HOLLAR

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apportent leurs dessins à l'aquarelle et anticipe la "découverte" par les anglais au XVIIIème du
paysage et de la topographie, ce qui allait faire sa gloire : l'art du paysage !

Jan WICK (1652-1700), peintre de batailles et de chasses, se consacre aux cavaliers et à leurs
montures. Il est le précurseur de la peinture de divertissement, comme John WOOTTON,
Francis BARLOW, qui réalise les dessins et peintures d'animaux, oiseaux, scènes de chasse,
genre merveilleusement adapté aux panneaux décoratifs d'intérieurs, invité par les Stuart sous
la renaissance du catholicisme. Bien que ce ne soit pas lié à la religion, la monarchie et
l'aristocratie empruntent à l'art Baroque européen. L'italien Antonio VERRIO et le français
Louis LAGUERRE, formés à l'école du baroque versaillais, apportent un surcroît de majesté à la
décoration des murs et plafonds des demeures royales et nobiliaires. Ce ne sont pas de grands
artistes, mais d'excellents décorateurs, surtout Laguerre. Verrio travaille aux châteaux de
Windsor et d'Hampton Court, et Laguerre à Chatsworth et Blenheim.

Dés le début du XVIIIème, l'arrivée des peintres décorateurs italiens (PELLEGRINI,
SEBASTIANO, MARCO RICCI...) apporte un souffle nouveau à la peinture murale : grâce et
légèreté du Rococo enchantent les aristocrates de haute culture. Les peintres anglais sont très
lents à se remettre à la peinure murale dont la tradition est perdue depuis longtemps. Le Baroque
ne leur convient ni techniquement ni idéologiquement. Peintres de l'époque : Robert STREETER,
James THORNHILL, Godfrey KNELLER, VAN DYCK hollandais, Michael DAHL, suèdois.

James THORNHILL 1675 - 1734
Il a beaucoup appris de Verrio et Laguerre. Il va en France et étudie directement avec Le Brun.
Il est choisi pour peindre le dôme de St Paul (les prétentions des artistes étrangers étant
inacceptables !) et renouveler les décorations de Hampton Court. Vaincus, les italiens quittent
l'Angleterre et Thornhill a le champ libre. Il achève les scènes de la vie de St Paul et se
consacre avec ses assistants au projet de Greenwich : le plafond du Lower Hall sur "l'Apothéose
de Guillaume et Marie d'Orange", le mur ouest "le retour de l'Age d'Or". Il exprime son esprit
inventif dans le symbolisme, associant harmonieusement Vertus, Vices, Sciences, Arts et les
hauts faits de la Nation.

Sir Godfrey KNELLER 1646 - 1723
Comme chez Lely et bien d'autres, il recourt à une cohorte d'assistants rendus nécessaires par
l'abondance de sa production, ce qui explique la superficialité et le manque de fini de ses toiles.

Sous le règne de George II, les peintres nationaux gagnent de l'assurance et de l'originalité :
- Jonathan RICHARDSON 1665 - 1745
- Thomas HUDSON 1701 - 1779
- Joshua REYNOLDS 1773 - 1792

Jonathan RICHARDSON 1665 - 1745
Elève de Riley, est un de ces peintres occulté par l'art plus affirmé des "étrangers". En
revanche, ses écrits sont un signe de l'autonomie croissante de la peinture anglaise. C'est
l'époque de la réflexion théorique comme complément naturel de la pratique. Sa "théorie de la
peinture" stimule l'intelligence du jeune Reynolds. Le nationalisme est présent dans son projet :
fonder une école ouverte à tous les hommes de talent pour former les futurs peintres. L'idée est
mise en pratique par Kneller et Thornhill au XVIIIème siècle. Elle anticipe la création de

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l'Académie Royale. Avec l'avènement d'un génie original tel que HOGARTH, le rideau se lève sur
des perspectives entièrement nouvelles.

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5. HOGARTH ET SON TEMPS

William HOGARTH (1697 - 1764) est un des plus grands artistes dont s'honore l'Angleterre. Il
est un des rares à avoir illustré les mille et un aspects de la vie sociale à coup d'anecdotes
moralisantes. Ses portraits sont d'une vitalité et d'une authenticité quasi scandaleuses. Il jette
sur la haute société et le menu peuple un oeil critique et pénétrant avec une parfaite maîtrise de
la composition dramatique. La qualité technique de sa peinture fait surgir la beauté jusque dans
ses satires et ses caricatures. Il ne cessa de maudire le culte des artistes étrangers. Il apprend
la peinture à "l'Académie " de Thornhill puis étudie de plus près la technique de ses
contemporains français, à savoir notamment la consitance crèmeuse de la peinture à l'huile. Ses
premiers succès de peintre sont ses "pièces de conversation", genre que ses penchants
artistiques attirent naturellement. Le genre n'est pas neuf, on en retrouve des exemples dans
l'art flamand et hollandais du XVIIème siècle chez nombre de ses concurrents. Il donne
spontanément des allures de saynettes à ses tableaux représentant une famille ou un groupe
d'amis dans leur cadre familier. Il s'est marié clandestinement avec la fille de James Thornhill.
Peintre de la comédie humaine, il réalise des séries narratives merveilleuses, telles que "le Destin
de la Prostituée", "le Destin du Roué" 1733, "le Mariage à la Mode" 1744, "les Elections" 1755
(comique plein de saveur).
Il réalise aussi de nombreux portraits :"les enfants Graham" 1742, les visages de ses serviteurs
rassemblés sur une même toile, "la Marchande de Crevettes", etc... pour rivaliser avec les
dramaturges, il use de procédés littéraires, moraux, satiriques et humoristes. Son génie est tel
qu'on a tendance à le considérer comme un rebelle contre la frivolité décadente. Il n'a pas de
disciples, mais des contemporains de moindre stature ont oeuvré dans la même direction : le
français Philippe MERCIER introduit en Angleterre en 1725 que Hogarth a anglicisé et
popularisé, Arthur DEVIS 1711-1787...

Joseph HIGHMORE 1692 - 1780
Formé à l'Académie de Kneller, il a conçu avec son ami Hogarth les peintures de l'Histoire des
Enfants Trouvés. Ses illustrations pour "Pamela" sont d'admirables études sur la vie du
XVIIIème siècle et celles pour "Clarissa Harlowe" sont d'une grande délicatesse qui le démarque
du robuste génie de Hogarth, à qui on a longtemps attribué nombre de ses oeuvres.

Francis HAYMAN 1708 - 1776
Il a eu l'honneur d'accompagner Hogarth en France au cours de son bref séjour qui lui inspira la
"Porte de Calais". Considéré à l'époque comme un grand peintre d'histoire, il semble avoir été
formé par un élève de Thornhill : Robert BROWN. Sa réputation se fait grâce aux
"conversations" décrivant une classe moyenne, et aux décorations de cabinets particuliers des
jardins de Vauxhall auxquelles contribue Hogarth (Victoria & Albert Museum - Tate Gallery).
Comme HIGHMORE, il subit l'influence du graveur français GRAVELOT à qui il emprunte le style
de ses conversations en plein air, germe de bien des développements ultérieurs. Ses
gentilhommes campagnards savourant les douceurs du repos à portée d'un arbre séculaire qui se
découpe dans un vaste paysage, annoncent les chefs-d'oeuvre de jeunesse de Gainsborough que
ses études à Londres met en relation avec Gravelot et Hayman.

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Allan RAMSAY 1713 - 1784
Ecossais. Comme Reynolds, il a passé quelques années en Italie. Il a de nombreuses commandes. A
l'approche de l'âge mur, il subit l'influence de ses contemporains français : QUANTIN DE LA
TOUR et NATTIER.
Il faut remarquer la beauté exceptionnelle de ses portraits de femmes, où la délicatesse des
tons pastel renforce la douceur d'expression : c'est un peintre d'un charme incomparable.

Thomas GAINSBOROUGH 1727 - 1788
Il se situe aux antipodes de Hogarth et de Reynolds qui sont essentiellement des citadins. Par
affinité et par naissance, il est de la campagne, néanmoins aristocratique idéalisant. Dans sa
peinture, le portrait, le paysage et l'art de la composition s'entremêlent comme nulle part
ailleurs. Il l'emporte par la poésie et la musicalité.
Son apprentissage chez Gravelot, lui permet de découvrir la délicatesse de la pastorale française
du XVIII ème siècle. D'autre part, il se fait la main en copiant et en restaurant des tableaux de
Ruysdael et d'autres. L'admirable "Bois Cornard" (="le Bois de Gainsborough") montre avec quel
bonheur il sait adapter et transformer les techniques de compositions hollandaises. Il passe 14
ans de sa vie à Bath où on se dispute ses portraits. Il subit l'influence de Van Dyck dont les
tableaux sont accessibles dans les grandes demeures.
A sa mort, le goût anglais évoluant grâce à la popularité du "Grand Tour" au culte des paysages
classiques d'un Claude LORRAIN ou des souvenirs d'Italie d'un Canaletto. Tout cela va à
l'encontre de Hogarth : le règne des connaisseurs s'exerce au détriment des peintres anglais.
Encore que, pendant la première moitié du XVIIIème siècle, ces peintres se soient assurés un
marché : celui de la vue topographique et de la marine. Les peintres de la marine forment une
école mineure mais pleine de charme.

6. SCENES DE CAMPAGNE ET DE CHASSE

La multiplication au XVIIIème siècle des "Country House" gèrées suivant des règles immuables
sous le signe de la stabilité du pouvoir, l'essor de la caste des propriétaires fonciers, la
modernisation de l'agriculture, la pratique régulière de la chasse donne naissance à un genre
voisin du paysage. Les courses de chevaux remises à la mode, la deuxième moitié du XVIIIème
siècle passe au stade de l'organisation avec la création du "Jockey Club" vers 1750.
 scènes de chasse, vues de manoirs et de châteaux, portraits de chevaux...

7. L'ART DU PORTRAIT A LA FIN DU XVIIIème SIECLE

La liste des portraitistes accomplis de l'époque est longue ! En voici quelques uns :

George ROMNEY 1734 - 1802
Vit à Londres depuis 1762. Sa popularité égale celle de Reynolds. La sobriété de son réalisme est
son meilleur atout. La raideur de "la Famille Beaumont" trahit sa gêne dans les compositions
élaborées. Il est plus à son aise dans le portrait individuel.

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Il séjourne de 1773 à 1775 en Italie et revient avec le désir d'exceller dans le genre de la
peinture classique et d'imagination : son art perd ce qui lui reste de profondeur et de corps. En
1789, sa santé le contraint à regagner Kendal sa ville natale, et à fuir ses rêves inassouvis.

 Francis COTES 1726 - 1770 : ex. portrait de Paul Sandby (influence de Reynolds)
 John HOPPNER 1758 - 1810 : ex. portrait de Mrs Williams (influence de Reynolds)
 John OPIE 1780 - 1807 : ex. Famille du paysan (influence de Gainsborough)
 John ZOFFANY 1733 - 1810 : ex. "la reine Charlotte et ses 2 fils ainés", "la classe de nu à
l'Académie Royale", "les Amateurs dans la tribune des Offices" (influence Hogarth)
 George CLINT 1770 - 1854
 Samuel de WILDE 1748 - 1832
 Sir Henry RAEBURN 1756 - 1823 (= le Reynolds écossais) ex. portrait du colonel Alastair
Mac Donell of Glengarry.
 Joseph WRIGHT de DERBY 1734 - 1797 : ex."la Forge" 1772. Il peint sur commande avec
un réalisme admirable les notables de la communauté industrielle de sa ville natale. Puis il se
tourne vers les mutations du monde scientifique et industriel. Premier peintre professionnel
à exprimer l'esprit de la Révolution Industrielle. Ex. "Expérience sur un oiseau dans une
pompe à air".

8. L'AQUARELLE ET LE PITTORESQUE

Des Tudors aux Hanovre, l'histoire de la peinture britannique (la miniature mise à part) coïncide
avec celle de la peinture à l'huile. C'est seulement à partir de la deuxième moitié du XVIIIème
siècle que l'aquarelle s'impose comme mode d'expression artistique autonome particulièrement
lié à l'esprit anglais. Son expansion suit celle des voyages en Angleterre et où John WHITE a
ouvert la voie en utilisant l'aquarelle pour fixer le souvenir de l'installation des 1 er colons en
Virginie. Au XVIIIème, les aristocrates amoureux de l'Italie et du "Grand Tour" avaient besoin
d'artistes pour les accompagner et croquer les paysages qu'ils allaient traverser. Pour
d'évidentes raisons pratiques, l'aquarelle parait préférable à la peinture à l'huile. Matériel plus
commode à transporter, dessins en couleurs plus maniables pour le graveur qui prépare
l'éventuel ouvrage illustré sur la topographie et les monuments visités. Souvent l'aquarelle sert
d'original.

Alexander COZENS 1717 - 1786
Né en Russie, penseur et théoricien de l'art. Jeune, il étudie l'art itallien. Il s'intéresse au
courant paysagiste le plus proche du goût anglais. Il s'établit en Angleterre, enseigne le dessin,
puis est nommé instructeur en dessin du jeune prince à Londres en 1781. Il ne fait que du
monochrome : lavis gris et bruns..

John Robert COZENS 1752 - 1799
Son fils. Il poursuit son oeuvre. Il est l'aquarelliste rêvé des amateurs du grand Tour. Il escorte
d'ailleurs Richard Payne KNIGHT et William BECKFORD à travers les Alpes suisses jusqu'en
Italie. Ex. "Pays du Valais".

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Francis TOWNE 1739 - 1816
Il se rapproche de Cozens. Il exerce en Italie, en Suisse et en Angleterre. Ex. "la source de
l'Aveyron" 1781 : opposition des masses sombres et lumineuses.

Paul SANDBY 1725 - 1809
Détaché comme topographe militaire en Ecosse pour dresser la carte des Highlands après
l'annexion de 1745, il découvre les splendeurs inconnues des paysages écossais. Il apprécie tout
autant les fleuves, les plaines et la beauté des arbres séculaires. Il est l'un des premiers artistes
à explorer le Pays de Galles, et parcourt l'Angleterre en tous sens. A son sujet, Gainsborough dit
"il est le seul homme de génie à peindre la nature telle qu'elle est dans ce pays".

Avec le temps, les déplacements en Angleterre des aquarellistes désireux d'en immortaliser les
manoirs, les parcs, les vestiges et les grands paysages, prennent la forme de véritables
itinéraires surtout au Pays de Galles et dans le Yorkshire. Une multitude de professionnels et
d'amateurs de talent entreprennent cette tournée insulaire :

 Révérend William GILPIN 1724 - 1804

 Julius Caesar IBRETSON 1759 - 1817, utilisait aquarelle et huile. Ex. "Plaeton sous l'orage"
1798, perdu au milieu des rochers du Pays de Galles dont les formes accidentées sont
conformes aux prescriptions de Gilpin, transcende le pittoresque sublime : on y devine déjà le
Romantique.

 Thomas ROWLANDSON 1756 - 1827. Grandiose ! il ne travaille qu'à la plume et à
l'aquarelle, en petit format, caricaturiste. Délicatesse des coloris, sensibilité de son trait,
diversité de ses compositions ; ampleur de sa vision du monde ; vie rurale et citadine d'une
"comédie humaine" plus fouillée (moins moralisante) que Hogarth. Ex. "Rag Fair" (=misère
humaine), "Marché de Smithfield", "les Mondains au théâtre", "le Mall", "les jardins de
Vauxhall". En parcourant les campagnes, il croque les animaux de la ferme, les champs, les
places de village, les marchés, les fleurs, les bords de mer, les pignons ou les fenêtres en
saillie des bourgades lointaines, fermettes en ruine et bateaux échoués. Voilà le pittoresque
qu'il décrit sans jamais perdre de vue l'agitation des hommes.

 Dr Thomas MONRO 1759 - 1833. Jeune peintre amateur, spécialiste des troubles mentaux
et collectionneur d'aquarelles et dessins. Il admirait beaucoup JR Cozens et de ses autres
patients. Ces exercices changent le destin de deux jeunes artistes : Thomas GIRTIN et
Joseph Mallord William TURNER.

 John Sell COTMAN 1782 - 1842. Ex. "le Pont sur la Greta, Yorkshire", "la Trappe à claire-
Voie"...

 David COX 1783 - 1859. Il frappe par son procédé qu'il applique à ses huiles comme à ses
aquarelles et on le classe parmi le précurseur de l'impressionnisme. Il utilise de petites
touches rompues qui restituent l'émoi et la fraîcheur d'une atmosphère (=Boudin). Ex. "la
plage de Rhyl".

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 Richard Parkes BONINGTON 1802 - 1828. Il initie les français, qui seuls reconnaissent
très tôt ses mérites, aux charmes de la tradition paysagiste britannique. C'est ce qu'on
appellera bientôt "l'Art Anglais". Ex. "Seapiece" (Wallace Collection) annonce Boudin, "Scène
de la côte normande" 1826.

L'aquarelle, de par sa facilité d'utilisation et le conformisme de son enseignement, est faîte pour
l'exécution directe et spontanée, invente et encourage la pratique de la peinture en plein air. Elle
épure la palette du peintre et permet d'allèger ses jeux de lumière. Cette leçon n'est pas passée
inaperçue en France dés le début du XIXème siècle : le fameux Salon de 1824 apporte aux
français une révélation esthétique de Constable bien sûr, mais aussi celui des aquarellistes
britanniques !

9. LE PAYSAGISME INSULAIRE

Le tourbillon de la fin XVIIIème incite les peintres anglais à se concentrer sur leurs propres
paysages, la Révolution française ayant rendu les voyages hasardeux, voire impossibles. Cette
sédentarité volontaire ou contrainte a de splendides résultats car les artitstes se sont épris de
l'Angleterre.

John CROME 1768 - 1821
Il fonde en 1803, avec son groupe de peintres, une école la " Norwich Society of Artists". Elle
connait une expansion considérable : en 1823, 46.000 tableaux signés de 126 peintres. Bon
nombre sont des amateurs et la plupart manquent de personnalité, mais cela vaut la peine d'être
noté car ils traduisent le lien profond entre les artistes et leur région. Crome est la cheville
ouvrière et Cotman apporte son talent. Sous son influence, Crome exécute plusieurs aquarelles
délicieuses. Une vingtaine d'artistes suivent ces chefs de file et incarne à des degrés divers un
régionalisme unique dans les annales de la peinture anglaise. Ex. "paysage avec Cottages"

John CONSTABLE 1776 - 1837
Il a adoré Gainsborough. D'abord il peint des "petites esquisses" à l'huile, réalisées très vite en
plein air, directement d'après nature. Ensuite, de grandes ébauches dont la technique annonce
les impressionnistes. Corot se fera l'écho de son enseignement. Ex. "la maison de Willy Lott près
du moulin de Flatford" 1816 est réalisée d'après nature !

10.LE GENIE DE TURNER

Jospeh Mallord William TURNER 1775 - 1851. Pavenu à maturité, deux choses l'intéressent : la
poésie et la lumière. Turner annonce surtout l'impressionnisme.
Ex. série sur la "Cathédrale de Salisbury", "la jetée de Calais", "Col du St Gothard" 1804, "le
Matin de gel, soleil levant", "le Gué" 1815 (magnifique !), "Hannibal franchissant les Alpes",
"Ulysse vaillant Polyphème" : tempêtes terrifiantes parfaitement imaginaires.

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11. LES DEBUTS DU XIXème SIECLE : UNE ERE DE TRANSITION

Dans la tourmente de l'histoire, les artistes perdent tous leurs ancrages traditionnels.

Sir Thomas LAWRENCE 1769 - 1830
Enfant prodige, portraitiste de réputation internationale, succède à Reynolds comme peintre
ordinaire du roi en 1792. Il innove et donne à ses couleurs un éclat et une flamboyance qui
illuminent les portraits des princes, des prélats, des hommes d'Etat et des guerriers qui ont
vaincu Napoléon à Waterloo.

La peinture anglaise se ressource aux valeurs sûres de la peinture flamande et retrouve la santé
du réalisme.

David WILKIE 1785 - 1841
Il lance le style anecdotique : art populaire victorieux. Ex. "Colin Maillard", "les Noces de
Quat'sous", "le Violonneux Aveugle", "L'impossible Loyer".

Vers 1840, la peinture anglaise semble au plus bas. A la morosité du monde artistique viennent
s'ajouter la crise industrielle et l'agitation réformiste du Chartisme qui a secoué l'Angleterre
politiquement et socialement pendant près de 20 ans. C'est dans cette atmosphère que s'ouvre le
mouvement "préraphaelite" en 1848, regroupement de jeunes artistes.

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