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Les produits financiers alternatifs
au Maroc :
Pratique et perspectives
par Bouchra Radi et Imane Bari

L
Bouchra RADI

Enseignante de comptabilité, de contrôle de gestion
et d’audit à l’École Nationale du Commerce et de
Gestion (ENCG), Université Ibn Zohr, Agadir. Maroc.
Professeur habilitée à diriger les recherches en « Économie
et Gestion », spécialité : Gestion. Chercheur en gestion,
finances, développement durable et responsabilité sociale
des entreprises. Membre du laboratoire Entreprenariat
Finance et Audit, École Nationale de Commerce et de
Gestion, Université Ibn Zohr, Agadir Maroc.

Imane BARI

Enseignante de comptabilité, mathématiques financières
et stratégie des entreprises à l’École Supérieure de
Technologie d’Agadir (ESTA), Département Techniques
de Management, Université Ibn Zohr, Maroc. Doctorante
en Sciences et Techniques de Gestion, Labo. :
Entrepreneuriat Finance et Audit, École Nationale de
Commerce et de Gestion, Université Ibn Zohr, Agadir
Maroc.

e nombre d’institutions financières islamiques dans le
monde est passé d’une seule en 1975 à plus de 300
dans plus de 75 pays. Elles se sont concentrées dans
le Moyen-Orient et l’Asie du Sud-Est (le Bahreïn et la Malaisie
sont les principaux centres), mais apparaissent aussi en Europe
et aux États-Unis. Le total de leurs avoirs dans le monde est
estimé à 1 000 milliards de dollars US et il augmente d’environ
15 % à 20 % par an.
Cet essor peut être expliqué par trois raisons : la forte demande
du grand nombre de musulmans, qui recherchent des services
financiers conformes à la Charia ; l’augmentation de la manne
pétrolière, qui fait exploser la demande d’investissements acceptables dans la région du Golfe et la compétitivité des produits
de la finance islamique, qui attire les investisseurs, musulmans
ou non. (M. Qorchi, 2005)
Toutefois, Les banques islamiques ne sont pas encore autorisées
à opérer directement sur le territoire marocain, malgré leurs
maintes tentatives.
La banque centrale (Bank Al Maghrib - BAM) a néanmoins cédé
aux pressions internes, en élaborant, en octobre 2006, le cadre
réglementaire pour trois produits conformes à la Charia islamique :
Ijara, Mourabaha et Moucharaka.
L’objet de notre article est d’étudier l’expérience marocaine en
la matière, notamment en analysant les contraintes de commercialisation des trois produits à travers la synthèse des études
réalisées et le recueil des avis des gestionnaires bancaires et
des conseillers et spécialistes en finance islamique.
À ce titre, nous allons commencer par examiner le secteur bancaire
marocain, les principes et avantages du banking islamique et la
situation marocaine avant d’analyser les risques et les difficultés
de mise en place ainsi que l’adaptation progressive du contexte.

1. Physionomie du secteur bancaire
marocain
Aucune économie ne peut véritablement se développer sans être
soutenue par un secteur financier jouant pleinement et efficacement son rôle, particulièrement en tant qu’accompagnateur
de l’entreprise et du secteur privé.
Au Maroc, le législateur a voulu doter le système bancaire et
financier d’un cadre juridique moderne, ouvert, évolutif et adapté

mai-août 2012

Dossier III

Concepts et pratiques alternatives

La Revue des Sciences de Gestion, Direction et Gestion n° 255-256 – Finance

en même temps. notamment celles relatives au crédit. Ces dernières ont des difficultés importantes d’accès au crédit bancaire. L’objectif est de renforcer son rôle dans la collecte des dépôts et le financement de l’économie. spécialement les PME. ratio de solvabilité. La supervision des banques est assez forte. le système bancaire marocain est diversifié en termes d’actionnariat. – la suppression des emplois obligataires. Ceci peut s’expliquer notamment par le fait que les meilleures compétences en matière d’analyse de risques relèvent des sièges. les plus rentables et. La déréglementation bancaire avait pour but l’accroissement de l’efficience. l’amélioration des circuits de financement de l’économie devrait permettre une meilleure exploitation des avantages comparatifs en favorisant l’affectation des ressources dans les emplois les plus intéressants. incluant des participations étrangères très significatives. alourdit les circuits d’octroi de crédit et désharmonise la redistribution des ressources issues du système. Les différentes réformes du système bancaire avaient comme objectif d’accroître l’efficience du secteur financier. Direction et Gestion n° 255-256 – Finance aux différentes mutations. la baisse consécutive des coûts d’intermédiation et la diversification de l’offre. 2001). El Gourch.Concepts et pratiques alternatives 154 La Revue des Sciences de Gestion. 1. qui devrait renforcer leurs ressources longues. L’existence d’un certain contrôle sur le taux et la déficience du marché financier crée un environnement dans lequel les banques n’ont pas de concurrence avec d’autres sources de financement. En effet. Les entrées et les sorties dans le secteur sont peu nombreuses et la distribution des parts de marché est relativement stable. l’augmentation des gains de productivité grâce à une rationalisation de l’activité bancaire et financière . améliorer l’efficacité économique nationale (Centre Marocain de Conjoncture. Par conséquent. Historique du système bancaire marocain La libéralisation du système bancaire a été entamée en 1991 à travers diverses mesures. 2005). exception faite pour certains qui sont destinés à disparaître progressivement. ces aspirations restent encore insatisfaites en raison des facteurs intrinsèques à ce système. de liquidité et de division de risque…) .2. dont : – la levée de l’encadrement du crédit et le remplacement du contrôle quantitatif direct par des mesures qualitatives indirectes (réserve monétaire. A. Après l’achèvement de la suppression des emplois des banques en juin 1998. C  aractéristiques de l’environnement bancaire marocain Actuellement. La loi n° 34-03. Mourji. La concentration du système et la faiblesse de concurrence faussent donc le jeu d’un marché libéral et permet de procurer des avantages consistants à certaines entreprises et d’en désavantager d’autres. La loi bancaire de 1993. Grâce à l’effet marge. visait la promotion du développement économique par le biais de la mobilisation de l’épargne et de la bancarisation de l’économie. avec institution d’un taux de référence variable mensuellement pour les crédits à long terme et annuellement pour les crédits à moyen et long termes . et accessoirement par manque de confiance. que ce soit au niveau du système global (par la banque centrale) ou au niveau de chaque banque. Les effets Dossier III escomptés peuvent être divisés en deux catégories : les effets liés à la modification des taux d’intérêt et ceux liés à l’allocation des ressources. en assurant une meilleure allocation des ressources. Oualalou. il est possible d’assister à une diminution des taux d’intérêt réels avec des conséquences favorables sur l’investissement . Il est aussi caractérisé par un niveau de concentration assez relatif (les quatre premières banques contrôlent plus de 50 % du marché). De ce fait. qui est survenue dans ce contexte. mai-août 2012 . en réduisant le coût de l’intermédiation et en renforçant le rôle du système bancaire dans la collecte des dépôts . Ce qui réduit les analyses de risque. elles ne peuvent pas accéder au financement de leurs activités et de leurs investissements. l’organisation interne des établissements de crédit souffre d’un excès de centralisation. 1. et la permission donnée aux établissements bancaires d’émettre des certificats de dépôts – titres dont la maturité varie de 10 jours à 7 ans –. ceci afin de soutenir la croissance économique. Cependant. notamment par le développement des crédits d’investissements. l’effort des autorités monétaires s’est orienté vers le renforcement de la concurrence entre les banques. lors de la demande d’un crédit.1. les décisions importantes. Elles comptaient tirer un ensemble d’avantages. 2002). sont traités par les services centraux. ce qui s’est traduit par un renforcement de la solidité du système bancaire et une décrue significative des taux d’intérêt débiteurs (F. principalement à cause du manque ou d’insuffisance de garanties (estimées lourdes). soit vis-à-vis de l’activité de l’entreprise. a été adoptée afin de remédier aux lacunes de la loi de 1993. ce qui réduit les agences régionales à de simples collecteurs de dépôts. notamment en ce qui concerne le rôle des commissaires aux comptes qui se trouve raffermi et étendu à la vérification du respect des dispositions comptables et prudentielles et à l’évaluation de l’adéquation du système de contrôle interne des établissements concernés. Mourji & A. celles-ci sont dominées par peu de banques et la compétition en matière de prix est très faible. – la libéralisation des taux d’intérêt créditeurs et la libéralisation progressive des taux d’intérêt débiteurs. 2002). elles voient leurs demandes de crédit refusées. à des procédures de pure forme dont les erreurs éventuelles seront couvertes par une prise de garantie (Conjoncture. soit vis-à-vis de l’entrepreneur lui-même (F. et d’appuyer les efforts d’investissements dans le secteur privé. par conséquent. alors que dans les agences il y a un manque de compétences. tels que l’amélioration des circuits de financement suite à un accroissement de la concurrence et une affectation optimale des ressources . En effet.

Afin d’augmenter le taux de bancarisation. Le taux moyen des créances en souffrance du secteur est resté globalement stable à près de 6 %. dans le cas d’une Mourabaha. Une partie plus faible est investie en bons du Trésor. ce qui ne joue pas en faveur des entreprises nationales et ne fait qu’aggraver le déficit commercial. La Charia préconise un partage « équitable » des gains et des risques entre l’investisseur (le prêteur) et l’entrepreneur (l’emprunteur). Sur le marché interbancaire domestique. la majorité de la population (environ 80 %. Principes et avantages du Banking Islamique Le principe fondamental du Banking Islamique repose sur l’intervention directe de la banque dans les transactions financées par elle. tandis qu’une part plus modeste encore est liée à des investissements dans des filiales créées en relation avec les stratégies d’expansion régionale des banques marocaines. Laquelle reflète un déséquilibre persistant sur le marché du crédit depuis 2007. leur métier (les établissement bancaires ciblent surtout les employés) ou leurs convictions religieuses. en parallèle. D’un autre côté.8 %). Une transaction financière. La rémunération qu’elle perçoit se justifie : soit par sa qualité de copropriétaire. qui transfère l’ensemble des risques associés à un projet d’investissement sur une seule des parties prenantes. est donc contraire aux principes de la Charia. (le rapport liquidité/total des actifs a pratiquement doublé entre 1998 et 2004. des activités internationales des diverses sociétés financières dans 95 % du marché mondial. Au lieu d’être drainée vers les investissements du secteur productif. Au Maroc. Le marché monétaire marocain se caractérise actuellement par une sous-liquidité bancaire de 22. ont été stoppés net avec l’apparition de la crise. 1 euro est équivalent à 11 dirhams environ. les besoins des banques en monnaies étrangères sont satisfaits par la BAM. aux résultats du projet financé (pertes ou profits) dans le cas d’une Moudharaba ou d’une Moucharaka .3 milliards de dirhams1.7 %. En effet. dans l’avenir. cet accord constitue un signal en direction des établissements bancaires pour se préparer à affronter. passant de 62. d’un Ijara (Leasing/Location-vente) ou d’un Salam . en raison principalement d’un système de régulation et de contrôle strict qui limite étroitement l’accès direct des institutions financières aux financements en monnaies étrangères. Ainsi.Plus encore. il a atteint 40 % de la population en 2007. le total des concours des établissements de crédit a enregistré en 2009 une progression de 10. La règle générale est que la monnaie n’est. exception faite des personnes ayant des comptes postaux). elle assure une fonction de réserve de valeur. la concurrence internationale et à adapter leurs structures aux nouvelles contraintes de la globalisation des marchés financiers. de la hausse du résultat des activités de marché. du point de vue islamique. bien que la présence indépendante des sociétés financières étrangères soit encore très timide. le résultat net des établissements de crédit s’est apprécié de 5 % pour atteindre 10. les dépôts des non-résidents représentent seulement 1 % du total des dépôts des clients.5 milliards de dirhams. Au titre de l’année 2009. par la fabrication/construction de biens meubles ou immeubles par ses soins ou par des tiers. Cependant. 2. seuls 3 à 4 % des actifs et des dettes du système bancaire sont libellés en monnaie étrangère. notamment les produits proposés aux fonds de pension marocains. Un PNB tiré par la performance de la marge d’intérêt et. Les nouveaux produits financiers. L’accord signé par les membres de l’OMC en décembre 1997 sur la libéralisation des services financiers prévoyait la libéralisation. n’ont pas recours 1. mais généralement des produits importés.7 % à 120. soit enfin. 2010). Ceci dit. la Finance Islamique a une vision particulière sur le partage des risques et des profits entre les différentes parties prenantes dans une transaction financière. les PME ont encore un accès très limité aux financements spécialisés (crédit-bail. certaines formes de financement issues du système financier conventionnel sont tout mai-août 2012 Dossier III Concepts et pratiques alternatives La Revue des Sciences de Gestion. les banques marocaines doivent notamment renforcer et diversifier l’offre commerciale. dans le cas d’un Istsina‘a. mais toutefois inférieur par rapport à celui des pays développés. En majeure partie. soit un niveau comparable à celui affiché par les pays de standing similaire. D’ailleurs. elle ne peut produire de surplus que dans la mesure où elle est transformée préalablement en bien réel. 2007) Néanmoins. si l’on utilise le taux de bancarisation usuellement appliqué par Bank Al-Maghrib et qui correspond au rapport entre le nombre de comptes (y compris les comptes : Comptes Chèques Postaux et Caisse d’épargne nationale ouverts chez Barid Al-Maghrib) et le total de la population. (Albaraka-bank. Tayebi 2009) Les principaux bénéficiaires du concours bancaire sont les crédits à l’habitat et les crédits à la consommation. soit par la prestation de commercialisation ou de location de biens préalablement acquis par elle. Au chapitre des dettes. Après la hausse de 22 % en 2008. (BAM. cette forte liquidité a profité plutôt aux ménages. dans de moindres mesures. factoring…) et le capital-risque reste jusqu’à maintenant peu développé et élitiste. Les prêts à moyen terme accordés par des banques étrangères sont très rares. Même si. Direction et Gestion n° 255-256 – Finance . (L. 155 aux services bancaires à cause de leur pauvreté. ces actifs prennent la forme de dépôts auprès de banques étrangères. compte tenu de l’évolution notable du produit net bancaire. quelle que soit la forme de financement utilisée. les établissements bancaires marocains sont faiblement exposés à la crise financière. ces derniers peuvent certes augmenter la consommation. à partir de mars 1999. qu’un simple intermédiaire et un instrument de mesure dans les échanges de produits. qui étaient développés timidement en 2007. sous forme des emprunts à long terme. les banques ont affiché une forte liquidité. françaises principalement.

Toutefois. Alors que. L’endettement excessif résultant de cette faiblesse en fonds propres entraîne des frais financiers importants et met en péril l’équilibre financier de la PME tout entière . un cadre réglementaire pour trois produits conformes à la Charia islamique. en particulier pour le financement immobilier. puisque. allant même parfois jusqu’à déléguer certains de leurs cadres pour participer directement à la gestion de l’entreprise (M. Mourabaha et Moucharaka. un grand nombre de Marocains considère les établissements bancaires non conformes aux préceptes de l’islam et ne traite avec eux qu’en cas de besoin extrême. En fait. BAM a cédé aux pressions des banques et du marché. Ceci dit. Les mesures de gestion des risques sont les mêmes que pour les produits conventionnels. les dépôts à terme ont connu une variation négative de 8. Elles se soucient de sa rentabilité future. préférant conduire des transactions sans intérêt. ce qui est d’ailleurs le cas. L’attrait de ce type de financement réside dans le fait qu’il se revendique charia compliant. un obstacle majeur à l’accès au crédit bancaire . selon BAM. ils ont enregistré. les dépôts à vue auprès des banques ne cessent d’augmenter. alors qu’une PME seule ne fait pas le poids sur les marchés et doit souvent subir des fluctuations importantes dans l’approvisionnement des inputs.6 %. Jouini et O. afin qu’elle s’aligne sur les standards internationaux. R  isques. en apportant une dimension éthique et morale à la gestion de l’argent. dans un partenariat avec notamment un rôle actif de la banque dans la gestion de l’affaire (voir la Musharakah). Zein. – La gestion de bon nombre de PME est loin de créer la confiance dans une banque . D’ailleurs. La banque supporte des mai-août 2012 . de blanchiment d’argent ou de financement d’activités criminelles ou terroristes (E. En octobre 2006. Pastré. car ils représentent actuellement 53 % des dépôts en espèces dans les banques marocaines. Jouini et O. risque de conduire à une islamisation des affaires. – La banque peut faire jouer son poids et ses relations. difficultés de mise en place et adaptation progressive du contexte Le succès des produits islamiques dépend des facteurs intrinsèques aux établissements bancaires. BA. il est basé sur le principe du partage des pertes et des profits. et notamment le contrat de dette classique. la demande de financement des PME naissantes nécessite des crédits à long et moyen termes. le Maroc souffre de l’absence de législation adaptée. Situation marocaine Actuellement. Quitte à recourir aux circuits parallèles. 2010) Ces produits sont alignés sur les règles prudentielles et comptables de BAM. les banques commerciales ont toujours privilégié le financement à court terme ou continuent d’exiger des garanties importantes parce que leurs principales ressources proviennent des dépôts à vue ou à terme.Concepts et pratiques alternatives 156 La Revue des Sciences de Gestion. en effet. les citoyens marocains. 2005). 2006) 3. or. le développement des PME ne peut donc se faire qu’avec une politique basée sur des ressources longues. les banques islamiques adopteront vis-à-vis de l’entreprise un rapport de partenariat. en juin 2010. d’autres. en élaborant. au cours de la même période. dénommés produits alternatifs (afin d’éviter l’adjectif « islamiques »). Plus encore. 2008) La participation aux risques de l’entreprise va conduire les banques à adopter certains rapports banques – entreprises différents de ceux existant dans les banques classiques. 4. or. peuvent déposer leur argent auprès des banques traditionnelles sous la forme de dépôts non productifs. Le gouvernement marocain n’est pas favorable à la création d’un système bancaire islamique car celui-ci. Cependant. 2008). Par ailleurs. de même que le droit des sociétés. une variation positive de 7 % par rapport à la même date de l’année précédente. Les banques marocaines se sont organisées en lobby afin d’empêcher la création ou l’émergence du système bancaire islamique. de la société et aussi de la politique (H. Du fait de leur participation aux projets. puisque le droit des contrats en vigueur (inspiré en grande partie du droit français) ne réglemente pas les contrats basés sur le droit musulman. il s’agit de Ijara. Direction et Gestion n° 255-256 – Finance à fait conformes à l’esprit de la Charia et transposables dans un système financier islamique alors que. 1992). le Maroc a refusé de nombreuses demandes (notamment celles de Qatar International Islamic Bank et de Noor Islamic Bank). or le financement islamique ne permet pas l’imposition d’intérêts fixes. Pour ce faire. le financement islamique n’exige pas d’apport en fonds propres et moins de garanties par rapport aux banques classiques. (I. l’offre de ces produits a donné lieu à la signature de contrats établis sur la base des règles édictées par l’AAOFI . (BAM. Pastré. en sont automatiquement exclues. Malheureusement. contrairement à ses voisins maghrébins qui ont autorisé l’introduction des banques islamiques. Zaouali. elles jouent le rôle du conseiller. le financement islamique privilégie la relation Banque . il ressort que les produits offerts par les banques islamiques pourraient être particulièrement adaptés aux besoins des PME et ce. pour quatre raisons : – La faiblesse des PME en fonds propres est bien connue et constitue. car elles ont peur que ce système réalise un succès comme cela s’est produit dans d’autres pays musulmans. la Charia interdisant toute transaction financière porteuse d’intérêts. de sa compétitivité ainsi que de sa performance. Mais de telles pratiques existant en-dehors Dossier III de tout contrôle par les autorités financières présentent des risques de fraude. (E. les nouveaux produits financiers autorisés concernaient uniquement le financement. Le but est d’élargir la gamme de services bancaires et de contribuer à une meilleure bancarisation de l’économie. et non les dépôts.PME plutôt à long terme. proposant des prêts exempts d’intérêts.The Accounting and Auditing Organization for Islamic Financial Institutions ».

à une double imposition au titre des droits d’enregistrement. ensuite lors de la revente au client final qui devait supporter la charge fiscale accumulée du début jusqu’à la fin. Par conséquent. Enfin. El Akhdari. d’autant plus qu’ils sont nourris par les risques juridiques qui découlent de l’inflation contractuelle. de vente et de location accumule les risques de documentation. 2002) Les banques marocaines ont commencé à commercialiser les produits islamiques en octobre 2007. (A. que la loi de finances a réduit la TVA de 20 à 10 %. (T. ses ressorts sont aussi d’ordres psychologiques et sociaux. d’illiquidité. Ce produit ainsi que les autres (notamment Ijara) ont été assujettis à une surtaxation en matière de TVA. En effet. taux en vigueur pour les opérations bancaires. certaines banques de la place ont entamé leurs préparatifs pour ouvrir des structures spécialisées exclusivement dédiées à la commercialisation des produits dits alternatifs. les montages de financements islamiques sont généralement structurés de telle manière que plusieurs transferts de propriété sont nécessaires. comme dans le cas d’un emprunt avec intérêts. de marché. Direction et Gestion n° 255-256 – Finance . El Akhdari. 2008) Un système financier islamique doit faire face aussi bien aux risques communs encourus par les banques traditionnelles en tant qu’intermédiaires financiers (de crédit. Afin d’éviter une remise en question de leur conformité. ils les ont pénalisés sur le plan concurrentiel. le traitement des acquisitions par contrat de crédit-bail immobilier a été harmonisé avec les autres modes de financement en ce qui concerne les droits d’enregistrement. (A. dans le cadre d’un contrat Mourabaha. l’acquéreur n’est plus tenu de payer des droits d’enregistrement. n’entre évidemment pas dans des schémas traditionnels. Il a été assujetti. les ressources humaines manquent de compétences en ce domaine. ou des droits de mutation (foncier) ou encore des droits d’enregistrement dans le cas de cession de parts. la rémunération des dépôts d’investissement par une ponction des bénéfices induit un risque de retrait. Ainsi. jusqu’à 2008. La taxation des produits alternatifs s’alignera sur celle des produits classiques. Les frais supplémentaires ont alors pesé lourd sur le coût de ces produits. ce qui est largement justifié. La loi de finances 2009 a pallié ce dysfonctionnement en appliquant le droit d’enregistrement à la seule première opération d’acquisition qui est réalisée par la banque. car elle permet le regroupement des produits bancaires alternatifs d’un établis- mai-août 2012 Dossier III Concepts et pratiques alternatives La Revue des Sciences de Gestion. (A. les banques et sociétés de financement sont obligées de se procurer de l’argent à prêter sur le marché interbancaire existant. Ahmed. et malgré l’intérêt manifesté par les clients.risques inhabituels pour une banque commerciale en tant que cocontractante aux termes du contrat de vente. D’une part. Cette option est également utile sur le plan technique. Il s’appliquera sur la marge bénéficiaire de la banque sans toucher le montant « principal » de l’emprunt. aussi bien sur le remboursement du capital principal que sur la marge de la banque. Les risques opérationnels s’en trouvent augmentés. En effet. les produits islamiques ont eu du mal à décoller car ils coûtent plus cher que les produits classiques. sa crédibilité sont autant d’actifs intangibles mais puissants . un risque fiduciaire et des risques commerciaux déplacés. la loi de finance 2010 a instauré d’autres réformes fiscales favorisant les produits alternatifs. Religieux. produit-phare du package alternatif car il consiste en un double transfert de propriété. chaque transfert de propriété supposant un droit de mutation (une taxation). De surcroît. Sur le plan juridique. qui constitue aujourd’hui un avantage concurrentiel : les risques stratégiques s’en trouvent accrus. De plus. Ce qui génère des marges à supporter par le client plus importantes que les intérêts supportés dans le cadre d’un financement conventionnel. Ce n’est qu’en 2010. Ainsi. son capital « réputationnel ». à quantifier et à réduire. Lors de leur lancement. 2008). la rémunération convenue d’avance avec la banque sera déduite dans la limite de 10 % du revenu global imposable du salarié. qu’aux risques qui lui sont propres.). 2008) La finance islamique est un compartiment de la finance éthique. les produits islamiques étaient ressentis comme une menace pour les produits conventionnels. opérationnel. D’autre part. les effets de viscosité organisationnelle induits par l’insuffisance de flexibilité des process peut dilater le temps de réaction des banques islamiques. les risques d’exécution des contrats sont plus élevés que pour de simples opérations de débours de liquidité. ils sont aussi source de risques. Concernant les établissements bancaires. le taux de rentabilité exigé par la banque est au maximum car le prix fixé est définitif et ne peut donner lieu à aucune révision par opposition au taux d’intérêt. La multiplication des transactions d’achat. ce qui a posé le problème 157 de la double taxation qui peut se traduire concrètement soit par le paiement double de la TVA (vente de biens). son image. en appliquant le taux de 20 % (taux appliqué sur les opérations commerciales). le cadre juridique marocain n’était pas encore adapté aux montages de la finance islamique. (A. C’est pourquoi les oulémas (savants dans la Charia) marocains sont toujours divisés sur le caractère licite ou non de cette famille de produits. Hassoune. L’ensemble des risques attachés à ce transfert de propriété et à la position de revendeur que prend ainsi le banquier. cela comporte un certain nombre de conséquences non négligeables. Khan et H. Ces dernières disposeront de leurs propres capitaux et pourront prouver que leurs fonds proviennent de produits à marge conforme à la charia. D’un autre côté. etc. D’ailleurs. à cerner. le produit lui-même est conforme à la Charia. Les risques de réputation sont difficiles à identifier. Ainsi. Ainsi. Les lancements successifs de ces produits dits alternatifs se sont toutefois effectués discrètement. Cette situation se traduit par un risque que le banquier conventionnel ne peut ni ne sait prendre. 2008). Aussi. d’abord lors de l’acquisition du bien par l’établissement de crédit. le banquier supporte-t-il nécessairement la garantie des vices cachés. mais le système est mixte. C’était le cas de Mourabaha. Hassoune.

Glossaire AAOIFI . le manque de communication sur les produits islamiques et la faible formation des cadres bancaires. Signalons que.org. la banque n’intervient pas comme vendeur à crédit de la marchandise acquise sur commande de sa relation. ce qui facilitera l’établissement des comptes sans intérêt. l’ouverture des structures spécialisées dans les produits islamiques ne peut que favoriser leur commercialisation et augmenter le taux de bancarisation de l’économie. Il s’agit du contrat Salam.com d’Andria Aude « Existe-t-il des alternatives aux banques capitalistes ? » Un éclairage sur d’autres pratiques financières (re)créant du lien social ». Aussi. En effet. www. I. la réforme fiscale et juridique. Toutefois. Ijara : c’est un contrat de location de biens assorti d’une promesse de vente au profit du locataire.S. transaction tripartite entre un acheteur final (ou donneur d’ordre d’achat). il découle que le droit de propriété du bien revient à la banque durant toute la période du contrat. Le lancement des deux nouveaux produits ne peut être opéré avant de parfaire leur traitement fiscal en collaboration avec la Direction générale des impôts. Enfin. Mourabaha : c’est un contrat de vente au prix de revient majoré d’une marge bénéficiaire connue et convenue entre l’acheteur et le vendeur. contrairement à la Mourabaha. Il s’agit d’une technique de Dossier III financement relativement récente qui fait intervenir trois acteurs principaux : – le fournisseur (fabricant ou vendeur) du bien. Les instruments de la banque islamique. De la définition précédente. ces produits ont connu un grand succès auprès des Marocains. Istisna’a : c’est un contrat d’entreprise en vertu duquel une partie (MOUSTASNI’I) demande à une autre (SANI’I) de lui fabriquer ou construire un ouvrage moyennant une rémunération payable d’avance. 9782916490298 Ba Ibrahima. BAM et le Groupement professionnel des banques du Maroc ont décidé de mettre deux nouveaux produits destinés aux entreprises. alors que la gamme des produits offerts par les banques islamiques est plus large.org/horizon-local/ada/2596pme. Charia : Loi canonique musulmane régissant la vie religieuse. « PME et institutions financières islamiques ». projet ou opération moyennant une répartition des résultats (pertes ou profits) dans des proportions convenues. Direction et Gestion n° 255-256 – Finance sement dans une seule filiale.globenet. qui convient parfaitement au financement des artisans et agriculteurs. le nombre des dossiers du produit Mourabaha a presque doublé entre 2008 et 2009. La Mourabaha peut revêtir deux aspects : transaction directe entre un vendeur et un acheteur. 2006. les banques islamiques permettront l’entrée des fonds importants entraînant l’accroissement des investissements et l’amélioration du niveau du développement du pays. avec paiement comptant d’une marchandise qui lui sera livrée à terme par son partenaire. représentant 29 pays. – le locataire qui loue le bien en se réservant l’option de l’acquérir définitivement au terme du contrat de location. parce qu’elles se limiteront à commercialiser 5 produits au plus (Mourabaha. de manière fractionnée ou à terme. la relation de confiance et la rentabilité du projet ou de l’opération. Ainsi. Salam : peut être défini comme un contrat de vente avec livraison différée de la marchandise.The Accounting and Auditing Organization for Islamic Financial Institutions : c’est un organisme international basé à Bahreïn et spécialisé dans la conformité des produits financiers à la Charia. version archivée en ligne sur : http://www. Istina’a). outre des trois produits islamiques actuellement commercialisés que sont Mourabaha. non pas de marchandises achetées en l’état. politique. Une évolution qui ne peut être réalisée par les banques en place actuellement. mais comme acquéreur. en passant de 2 768 (soit un encours de 344 millions de dirhams) à 4 081 dossiers (soit 457 millions de dirhams). un premier vendeur (le fournisseur) et un vendeur intermédiaire (exécutant de l’ordre d’achat). albaraka-bank. il y aura toujours une partie de la population qui refusera de recourir à ces filiales en raison de la mixité du système. Moucharaka. Ijara et Moucharaka. qui ressemble au leasing réservé aux professionnels et qui peut concerner autant les biens meubles que les biens immeubles. et du contrat Al Istisnaâ. Salam. le Maroc doit revoir sa politique envers les banques islamiques.Concepts et pratiques alternatives 158 La Revue des Sciences de Gestion. En fait. les filiales des banques traditionnelles ne peuvent remplacer les banques islamiques au sens propre du terme. à la différence que l’objet de la transaction porte sur la livraison. sociale et individuelle. Certes.N. Elle est basée sur la moralité du client. Cependant. Synthèse de Bérangère Delatte. sur le marché. il compte 130 membres. La Revue des Sciences de Gestion 2011/3-4 (n° 249-250) 176 pages. Moucharaka : c’est une association entre deux parties (ou plus) dans le capital d’une entreprise. etc. tandis que le droit de jouissance revient au locataire.B. Bibliographie Albaraka Bank. Conclusion Malgré leur coût élevé. mais de produits finis ayant subi un processus de transformation.html consultée le 25 avril 2012 mai-août 2012 . Il s’agit d’une variante qui s’apparente au contrat Salam. la spécialisation. – le bailleur (en l’occurrence la banque qui achète le bien pour le louer à son client). le Maroc doit fournir plus d’efforts en matière de formation dans la finance islamique. Ijara. site/annuaire horizon local de Globenet.

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