Titres disponibles dans la même collection Le besoin d'information : formulation, négociation, diagnostic, par Yves-F. Le Coadic.

1998 Intelligence économique : mode d'emploi, par Pierre Achard el Jean-Pierre Bernai. 1998 Créer et maintenir un site web : cours INRIA, 28 septembre - 2 octobre 1998, Ptiti. ouvrage coordonné par Jean-Claude Le Moal et Bernard Hidoine. 1998 Economie de l'information spécialisée : valeur. nscif>ex professionnels, marchés, par Daniel Confland. 1997 Science de l'information et philosophie : une communauté d'interrogations, par Marie-France Blanquet. 1997 La s\nrhèse : produit documentaire et méthode pédagogique, par Agnès Caron. en collaboration avec Ariette Boulogne. 1997 La recherche d'information sur les réseaux. Internet : pour en savoir plus : cours INRIA, 30 septembre • 4 octobre 1996, Trégastel, ouvrage coordonné par Jean-Claude Le Moal et Bernard Hidoine. 1996 L'identité professionnelle des documentalistes : le cas des médias, par Christine Leteinturier. 1996 Les coûts en documentation : calculs, analyses et décisions, par Emmanuel Moulin. 1995 Guide pour la gestion d'un centre d'information : la maîtrise des chiffres-clés, par Bernard Chevalier. Dominique Doré et Eric Sutler. 2 e édition augmentée et mise à jour, 1995 Le traitement électronique du document : cours INRIA, 2-7 octobre 1994, Aix-en-l'iwence. ouvrage coordonné par Jean-Claude Le Moal et Bernard Hidoine. 1994 Le dossier documentaire : conception, réalisation, valorisation, par Viviane Coii7incl, Patricia Huvillier, Paul-Dominique Potnart et Dominique Velten. 1994 Stocks of English : a dislance Ieamins> course for information workers and lihnitïtms, par Michael Brookes. 1993 Pratique du management de l'information : analyse de la valeur et résolution de problèmes, par Jean Michel, en collaboration avec Eric Sutter; préface de Michel Cm/on. 1992 Construire un thésaurus : manuel pratique, par Jean Aitchison et Alan Gilchrisl. traduction Dominique Hervieu. re'vision scientifique Jacques Manie/.. 1992 Sen'icex d'information et qualité : comment satisfaire les utilisateurs, par Eric Sutter. 1992

SOMMAIRE

Avant-propos

Introduction
Chapitre I L'ANALYSE; DOCUMENTAIRE; : DÉFINITION ET PRATIQUES Qu'est-ce qu'analyser ? Qu'est-ce que l'analyse documentaire ? L'analyse dans le cadre des opérations documentaires Analyse et politique documentaires Annexe pédagogique Chapitre 11
LA LECTURK DOCUMENTAIRE : LIRE ET OBSERVER

13

15 15 16 18 19 33

35

Les conditions de la lecture documentaire Petit détour par la « lecture rapide » Observer avant de lire Annexe pédagogique Chapitre 111
LA LECTURE DOCUMENTAIRE : LIRE ET COMPRENDRE

36 37 3g 45

49

Les textes et leurs caractéristiques Les textes et leur contenu Comment lire ? Annexe pédagogique Chapitre IV

49 58 54 7J

Valeur et compétitivité de l'information documentaire : l'analyse de la valeur en documentation. par Jean Michel et Eric Sutter. 2e édition mise à jour, 1991 Mise au point du présent manuscrit : Isabelle Kersimon

LA LECTURE DOCUMENTAIRE : STRUCTURE ET VOCABULAIRE

73

Trouver l'information utile : la recherche d'un plan L'élaboration de grilles de lecture Trouver l'information utile : l'aide du vocabulaire

73 75 84

Titres disponibles dans la même collection Le besoin d'information : formulation, négociation, diagnostic, par Yves-F. Le Coadic. 1998 Intelligence économique : mode d'emploi, par Pierre Achard et Jean-Pierre Bernât. 199K Créer et maintenir un site web : cours INRIA, 28 septembre - 2 octobre 1998, Paît, ouvrage coordonné par Jean-Claude Le Moal et Bernard Hidoine. 1998 Economie de l'information spécialisée : valeur, usages professionnels, marchés, par Daniel Confiant!. 1997 Science de l'information et philosophie : âne communauté d'interrogations, par Marie-France Blanquel. 1997 La synthèse : produit documentaire et méthode pédagogique, par Agnès Caron. en collaboration avec Ariette Boulogne. 1997 La recherche d'information sur les réseaux. Internet : pour en savoir plus : cours INKIA. 30 septembre - 4 octobre 1996. Trégastel, ouvrage coordonné par Jean-Claude I.c Moal cl Bernard Hidoine. 1996 L'identité professionnelle des documentalistes : le cas des médius, par Chris! inc Lcteintuner. 1996 Les coûts en documentation : calculs, analyses et décisions, par Emmanuel Moulin. 199? Guide pour la gestion d'un centre d'information : la maîtrise des chiffres-clés, par Bernard Chevalier. Dominique Doré et Eric Suller. 2e édition augmentée et mise à jour. 1995 Le traitement électronique du document : cours INRIA, 2-7 octobre IW4. Aix-fii-Prm-ence, ouvrage coordonné par Jean-Claude Le Moal et Bernard Hidoine. 1994 Le dossier documentaire : conception, réalisation, valorisation, par Viviane Cou/inet, Patricia Huvillier, Paul-Dominique Potnart et Dominique Velten. 1994 Stocks of English : a distance Icantinx courue for information workerx and tibrarians. par Michael Brookes. 1993 Pratique du management de l'information : analyse de la valeur et résolution de problèmes, par Jean Michel, en collaboration avec Eric Sutter; préface de Michel Cro?on. 1992 Construire un thésaurus : manuel pratique, par Jean Ailchison ei Alan Cïilchrist. traduction Dominique Hervieu, révision scientifique Jacques Manie/. 1992 Services d'information et qualité : comment satisfaire les utilisateur*, par Eric Suller. 1992 Valeur et compétitivité de l'information documentaire : l'analyse de la valeur en documentation. par Jean Michel el Eric Sutler. 2e édition mise 5 jour. 1991 Mise au point du présent manuscrit : Isabelle Kersimon

SOMMAIRE

Avant-propos Introduction Chapitre I
L'ANALYSE DOCUMENTAIRE : DÉFINITION ET PRATIQUES

7 13

15

Qu'est-ce qu'analyser ? Qu'est-ce que l'analyse documentaire ? L'analyse dans le cadre des opérations documentaires Analyse et politique documentaires Annexe pédagogique Chapitre II
LA LECTURE DOCUMENTAIRE : LIRE ET OBSERVER

15 16 18 19 33

35

Les conditions de la lecture documentaire Petit détour par la « lecture rapide » Observer avant de lire Annexe pédagogique Chapitre III
LA LECTURE DOCUMENTAIRE : LIRE ET COMPRENDRE

36 37 45

49

Les textes et leurs caractéristiques Les textes et leur contenu Comment lire ? Annexe pédagogique Chapitre IV
LA LECTURE DOCUMENTAIRE : STRUCTURE ET VOCABULAIRE

49 58 64 71 ,
73

Trouver l'information utile : la recherche d'un plan
L'élaboration de grilles de lecture Trouver l'informatinn u t i l e - l'niHp du vnrsihnïaïrp

73
75

Chapitre V

ANALYSE DOCUMENTAIRE ET RECHERCHE DOCUMENTAIRE
La recherche documentaire Place de l'analyse documentaire dans les banques de données Aspects techniques de la recherche documentaire informatisée La recherche documentaire en texte intégral La recherche d'informations sur Internet Chapitre VI
LE RÉSUMÉ DOCUMENTAIRE
O p f î1111UUU L'CI n ï t i r m

95
96 101 107 111 118

Compatibilité des langages d'indexation Quel avenir pour les langages documentaires ? Conclusion Annexe I : Textes et articles Annexe 2 : Corrigés des exercices Références bibliographiques

218 219

223

227

121
I ~ï I IZ1

267 307

Usages et usagers Les différentes formes de résumés Les résumés documentaires Le rôle du résumé documentaire dans une banque de données Comment réaliser un résumé documentaire Derniers conseils Annexe pédagogique Chapitre VII

122 124 127 128 128 137 141

INDEXATION
Qu'est-ce qu'indexer ? usage et applications Rôle de l'indexation dans une banque de données Comment indexer? Comment évaluer l'indexation ? L'indexation en 10 conseils

149
: 41-; ij i 152 153 160 169

Chapitre VIII
LES LANGAGES DOCUMENTAIRES I 75

Un peu d'histoire Les autorités Les langages documentaires Les langages documentaires de type classificatoire Les langages documentaires de type combinatoire Les vrais langages à structure combinatoire : lexique et thésaurus

175 176 182 186 195 203

AVANT-PROPOS

À la fin des années soixante-dix, l'ADBS intégra à son programme de formation un stage sur l'« analyse documentaire » sans qu'il y ait eu alors une véritable étude de besoins. Manifestement, l'intuition était juste puisque ce stage perdure. Dès l'origine, cette formation a été conçue dans une perspective méthodologique, de façon à dépasser les modes et l'évolution des techniques. Tout en évoluant d'année en année, la structure du stage a été enrichie sans être fondamentalement modifiée. Une capitalisation pédagogique réalisée et déposée à l'ADBS en 1996 est à l'origine de cet ouvrage, conçu d'abord comme un guide à l'usage des formateurs. L'avis de plusieurs professionnels et l'assistance plus qu'efficace de Claudine Masse m'ont conduite à approfondir certains aspects et à introduire des éléments de réflexion qui sous-tendaient la formation, sans être tout à fait exprimés. J'ai beaucoup hésité avant d'entreprendre ce travail. L:n effet, comment parler d'analyse documentaire à l'heure d'Internet ' ? Quelle vision passéiste engagerait des auteurs, un éditeur, à publier un ouvrage que le plus grand nombre des lecteurs potentiels estimerait dépassé ? Serait-ce inconscience ? provocation ? ou naïveté si profonde qu'on le jugerait avec une indulgente condcscendanee... Quelques raisons, pourtant, jouent en faveur de l'existence du présent manuel. L'analyse documentaire reste une pratique courante et nécessaire par le fait que, même si leur nombre décroît, il existe encore des services de documentation n'ayant pas accès aux outils les plus modernes. En outre se posent fréquemment des questions de terminologie : en documentation, on utilise un certain nombre de concepts sans trop les définir, et les opérations qui en découlent en souffrent, par manque d'approfondissement : « Le développement de la science de l'information a longtemps reposé sur des concepts ambigus, polyvalents, à la transparence trompeuse. 2 » Si les chercheurs ont le souci du terme juste, qu'en est-il dans la vie professionnelle ? Quel dialogue peut

AVANT-PROPOS AVANT-PROPOS

s'instaurer entre usager et documentaliste lorsque chacun attribue un sens différent au même vocable ? Y a-t-il, y compris dans l'enseignement et la formation, une prise en compte suffisante de la réalité d'un concept ? Quel(s) sens donner au mot « information » ? Qu'entend-on par « recherche » ? Que veut-on dire par « survol », « lecture en diagonale » ? Que fait l'étudiant quand on lui demande de rédiger une « fiche de lecture » ? La vie professionnelle n'est pas assujettie à la seule technologie. Si les services de documentation sont de mieux en mieux équipés, n'est-il pas nécessaire de maîtriser l'information en amont des machines, ainsi que le rappelait récemment l'Unesco : « Avant d'investir dans les moyens techniques, il importe de comprendre les flux et les besoins d'information [...] la technologie a rarement réponse atout. Une bonne gestion de l'information exige que le personnel comprenne ce qu'est l'information, comment elle peut être recueillie, traitée et employée à telle ou telle fin. [L'émergence des industries de l'information] a donné naissance à une nouvelle catégorie de professionnels de l'information, à savoir les chercheurs et les analystes de l'information. ' » Dans la pratique professionnelle, en admettant que l'analyse de textes en amont disparaisse, à court ou moyen terme, une analyse des questions, trop souvent éludée au bénéfice des outils permettant d'y répondre, demeurera néanmoins nécessaire. La numérisation n'est pas appliquée à toute la production imprimée. « Pendant quelques années encore et beaucoup plus suivant les domaines, les mondes du document numérique et du document papier vont coexister. Tout ce qui a été imprimé ne sera pas numérisé. Pour l'utilisateur, le support n'importe généralement pas. Ce qu'il désire, c'est un texte validé et disponible facilement [...] Les bibliothèques et centres de documentation doivent rester, à travers leurs sites web, des lieux de médiation de la connaissance et des sources d'information pertinentes. 4 » Pour assurer la médiation de la connaissance et rester performant dans un univers de plus en plus teclmiciste, il n'est pas inutile de reconsidérer les techniques classiques à la lumière des nouvelles

Ces techniques classiques ont elles-mêmes besoin d'être « dépoussiérées », car nombre d'idées fausses entourent l'analyse documentaire, à commencer par la représentation qui en est faite sous la forme du résumé. Ce manuel a donc l'ambition d'éclairer ce qu'est vraiment l'opération d'« analyse documentaire », toujours liée à sa finalité : la recherche documentaire. Qu'en est-il donc de cette recherche via les nouvelles technologies ? Si l'on compare les accès aux banques de données classiques et les pages d'accueil d'Internet, on ne peut que constater que ces dernières brillent et séduisent ; la navigation entre les écrans est rapide, simple, conviviale. Quelques décideurs pressés en déduisent donc que, puisqu'il suffit de cliquer, les banques de données, les services de documentation, et plus encore les documentalistes sont inutiles. Or, « Internet est le contraire d'une banque de données documentaire, dans la mesure où son objectif est de diffuser et d'échanger de l'information — et non de la chercher. Internet n'est pas une bibliothèque, c'est un kiosque à journaux amélioré ! ' » Source ininterrompue de renseignements de toute espèce, Internet souffre, aux yeux du chercheur, des deux obstacles principaux à la recherche documentaire : - le bruit, car la multiplicité des réponses ne correspond pas toujours, ni précisément, à la question posée ; - le silence, dans la mesure où il est impossible de savoir si le document le plus pertinent est inaccessible ou s'il est inexistant. « Utiliser des moteurs de recherche et autres index thématiques satisfait parfois notre demande mais leurs réponses nous noient souvent sous un grand nombre de pages ou de sites web dont nous ne sommes généralement pas en mesure de connaître la validité. A une époque où le temps semble si précieux, ne serait-il pas préférable de privilégier la logique qualitative à la logique quantitative ? " » Que l'on ne se méprenne cependant pas : notre propos n'est pas de sous-estimer Internet, moyen sans égal de communication mondiale. Ce manuel n'a pas d'autre ambition que clarifier la place, l'intérêt et les limites des opérations documentaires, spécifiquement l'analyse, en tant

AVANT-PROPOS

AVANT-PROPOS

que point de départ de la recherche documentaire. L'un de ses objectifs est de rappeler à quel point la qualité du traitement documentaire est la première valeur ajoutée que Von attend des documentalistes. Les études actuelles sur la recherche documentaire, le plus souvent orientée vers les sources électroniques, portent aussi sur le traitement de ces sources — et ne sont pas menées sous le seul angle technique. Les travaux de l'International Society for Knowledge Organization ' en témoignent de façon exceptionnelle, car ils cherchent à allier les deux approches : « Very central in this réorientation in information science are both a newfocus on meaning and a newfocus on thé social environment ofboîh users and Systems. " » D'autres articles récents prouvent, s'il en était besoin, l'importance de la réflexion face aux changements qui modifient considérablement nos modes de fonctionnement ', La deuxième conférence du chapitre français de l'ISKO '" a pour thème « L'indexation et les métadonnées à l'ère d'Internet ». Le texte d'appel aux communications assure que « l'indexation reste un des domaines les plus actifs en recherche d'informations. Avec l'introduction d'Internet, ce champ est appelé à se renouveler. L'abondance de documents disponibles conduit à la fois à l'impossibilité d'une indexation autre qu'automatique et à la nécessité d'un outil puissant de sélection de l'information ». En attendant que la recherche, dont on ne peut que souhaiter le développement, aboutisse à des résultats applicables, réfléchir à des pratiques abolies pour certains, mais utiles à d'autres pour quelques années encore, semble s'imposer comme une nécessité. Ce manuel se présente comme un outil pédagogique propre à initier, former des étudiants ou des débutants dans la fonction, en leur apportant un certain nombre de connaissances et une méthodologie. En cherchant à approfondir la pratique professionnelle, il propose quelques pistes de réflexion pour les enseignants, les formateurs, ainsi que les responsables de services de documentation et d'information. L'aspect pédagogique étant privilégié, on trouvera ici une alternance d'apports théoriques et d'exercices pratiques. Les propositions de correction et les commentaires sur les exercices, placés en fin de volume.

ne prétendent pas répondre à toutes les questions dans la mesure où l'analyse documentaire n'est pas une science exacte, mais ils sauront orienter le lecteur dans sa démarche d'apprentissage. Dans un souci de cohérence, certains développements, comme ceux concernant les sciences cognitives, n'ont pas été effectués. Quant à l'analyse des images fixes ou animées, voilà un sujet propre à l'élaboration d'un autre manuel...

11 me reste à remercier tant de personnes que je ne citerai que quelques noms, de peur d'en oublier beaucoup ; mais que tous ceux qui sont absents ici sachent qu'ils sont présents dans mon esprit — et souvent dans mon cœur : tous les professionnels de la documentation que j'ai croisés et dont les remarques, réflexions, questions ont enrichi quotidiennement ma pratique et mes propres questionnements ; tous ceux, particulièrement, qui se posaient et se posent encore de vraies questions pédagogiques : ils se reconnaîtront à ce terme. Ensuite, ma reconnaissance va vers les innombrables étudiants et stagiaires qui, depuis plus de vingt-cinq ans, en France, en Europe, en Afrique, ont travaillé avec moi sur l'analyse documentaire ; qu'ils sachent qu'ils m'ont donné plus qu'ils n'ont reçu. Je tiens aussi à remercier spécialement Claire Guinchat, sans l'aide amicale et efficace de laquelle ce manuel n'aurait pas pu voir le jour, Daniélc Degcz, qui a inspiré tout ce qu'il y a de bon dans le chapitre sur les langages documentaires, et Jean-Claude pour son infinie patience. Ht bien sur Claudine Masse, associée à la conception et à la rédaction de cet ouvrage, dont la compétence, la disponibilité et la précieuse amitié m'ont accompagnée et soutenue sans relâche tout au long d'un parcours qui ne fut pas sans défaillance. Et pour que ma reconnaissance soit complète, je tiens à dédier ce travail à la lumineuse mémoire d'Aline Puget et de Jacqueline Viaux.

S. W.

AVANT-PROPOS

INTRODUCTION

NOTES 1 Le Dictionnaire encyclopédique de l'Information et de la Documentation [30], publié sous la direction de Serge Cacaly, chez Nathan, en 1997, ne propose aucune entrée au terme « analyse documentaire », alors que cet ouvrage présente à l'heure actuelle le meilleur état de la science et des techniques concernant ces domaines. 2. Source : [49]. 3. Source : [65], p. 298. 4. Source: [51], p. 6 et 7. 5. Source :[!!]. 6. Source: [5l], p. 6. 7.1SKO-FRANCE, 61 rue de la Corvée, 21000 DIJON. 8. Source: [42], p. 16. 9. Voir : [9], p. 75-82 ; [78], p. 83-86 ; [8], p. 139-143. 10. Lyon, 21 et 22 octobre 1999.

« Dans notre service, nous ne faisons plus d'analyse car cela coûte trop cher, mais nous indexons tous nos documents. — Et vous indexez comment ? — Eh bien, c'est classique, nous avons un thésaurus [variantes : une liste de mots clés, un index, un langage documentaire...] et nous choisissons les mots caractéristiques du contenu... — Et comment se passe la recherche ? — Oh... Vous savez bien que cela ne va jamais tout seul ; mais c'est normal, tout le monde en est là... » Combien de fois avons-nous entendu ces propos, de la bouche même de professionnels résignés à l'insuffisance de leurs résultats ! Lorsqu'ils sont confrontés à des audits d'analyse de la valeur, les documentalistes découvrent le déséquilibre entre les fonctions techniques et les fonctions de production, c'est-à-dire entre le temps passé à fabriquer l'outil de production et ce qui en découle : des effets médiocres, des insatisfactions et, finalement, un certain fatalisme... Comment en eston arrivé là ? Ce manuel n'a pas pour vocation de conter l'histoire d'un certain désenchantement, lié à une routine qui menace tout le monde, et spécialement le monde de la documentation. C'est tellement sécurisant de continuer comme l'on a toujours fait : progressivement, traiter le document devient la finalité du travail et l'on oublie tout aussi graduellement à qui et à quoi ce travail était destiné. L'un des objectifs que nous nous sommes fixés est de rétablir quelques vérités : l'analyse documentaire, ce n'est pas faire des résumés. L'indexation, ce n'est pas chercher des mots dans un langage documentaire. L'analyse documentaire, c'est l'opération pivot de la qualité ou de la non-qualité de la recherche documentaire qui en est l'aboutissement. C'est l'opération par laquelle des auteurs vont pouvoir communiquer avec une multitude de lecteurs intéressés, par la transmission de leurs œuvres. C'est la façon de répondre à la question : qui

Les références bibliographiques se trouvent en fin d'ouvrage, pages 307-312.

INTRODUCTION

CHAPITRE I L'ANALYSE DOCUMENTAIRE : DÉFINITION ET PRATIQUES

a pu écrire quoi pour qui ? Et ce quoi n'est pas n'importe quoi ! L'analyse documentaire consiste à extraire d'un texte tout son sens pour le transmettre à qui en a besoin. Nous proposons donc une méthodologie visant à réussir cette transmission ' en définissant d'abord de quoi l'on parle. Qu'est-ce qu'analyser ? Et qu'est-ce qu'analyser dans un contexte documentaire ? Quels sont les éléments qui influent sur cette opération ? Une attention particulière sera portée à la connaissance des textes (« Les spécialistes des sciences de l'information n'ont pas porté beaucoup d'attention au processus de compréhension et de rédaction de textes 2 »), à leur approche : comment lit-on ? Pourquoi lit-on ? Comment trouver le sens du texte et les informations que l'on juge utiles? Peut-on parler d'une lecture documentaire propre à l'usage qui en sera fait ? Comment cette lecture peut-elle aider l'écriture ? Comment, après avoir repéré le sens à transmettre, le formuler soit en résumant, soit en indexant ? Nous prenons parti pour une réhabilitation du résumé, non pas un résumé long et difficile à écrire, mais un résumé tout simple dont le but est d'aider la sélection au moment de la recherche. L'existence d'un résumé simplifie la formulation de l'indexation, en général surinvestie. Notre souci premier est de situer l'analyse dans la complexité des opérations documentaires, tout en simplifiant son approche ; nous souhaitons ainsi en faciliter l'exercice. L'une des bases de la méthodologie appliquée à l'analyse documentaire consiste à veiller attentivement et méticuleusemcnt au vocabulaire des textes étudiés. Il est donc juste de commencer par préciser la terminologie qui sera utilisée dans ce manuel.

Qu'est-ce qu'analyser ? Pourquoi avoir nommé une opération documentaire « analyse » ? Et que signifie ce mot dans le langage tel qu'il est fixé par les dictionnaires les plus utilisés ? Le Robert ' (entre autres) part du grec analuxis et en exploite les deux sens : décomposition et résolution. Dans le sens de « décomposition », il nous propose six acceptions : «- didact. : opération intellectuelle consistant à décomposer une œuvre, un texte en ses éléments essentiels, afin d'en saisir les rapports et de donner un schéma à l'ensemble (V abrégé, sommaire) ; «- gram. : division d'une proposition en mots, ou d'une phrase en propositions dont on détermine la nature et la fonction ; « - chim. ; action de décomposer un mélange dont on sépare les constituants, ou une combinaison dont on recherche ou dose les éléments, déterminant la nature, les proportions des constituants ; « - phys. : analyse spectrale : décomposition de la lumière blanche par réfraction ou diffraction ; « - élèv. : décomposition d'une image à transmettre en éléments séparés ; « - économ. : décomposition et reclassement des tâches du travail : analyse des tâches, du travail... » Quel que soit le domaine d'étude auquel ce terme s'appliqua, il existe une similitude dans l'action : division, séparation d'un corps, d'un ensemble, d'une phrase, d'un texte, d'un raisonnement en autant d'été-

NOTES
1. Cette méthodologie n'a rien d'original ; elle est élaborée à partir d'apporis multiples, lectures, échanges, expériences, retours d'expériences. Certains y reconnaîtront leurs idées. C'est pourquoi ce manuel est plein de références de toutes sortes et, sans aucun doute, il en manquera un grand nombre. Ainsi pourrait-on parler d'ingratitude (cf. Alain Ficnkiclkraut) alors qu'il n'y a là que le témoignage vivant de tout ce que l'on doit à ceux qui ont précédé nos efforts et les ont nourris. 2. Source : [64], p. 56.

QU'EST-CE QUE L'ANALYSE DOCUMENTAIRE ?
DÉFINITION ET PRATIQUES

opération...

ments qui le constituent, ces éléments faisant l'objet d'étude, de mesure, d'identification. Dans le sens de « résolution », deux définitions nous sont proposées : « - math. : méthode de démonstration consistant à déduire de la proposition à démontrer d'autres propositions jusqu'à ce qu'on parvienne à une proposition reconnue comme vraie ; « - log. : opération intellectuelle consistant à remonter d'une proposition à d'autres propositions reconnues pour vraies d'où l'on peut ensuite la déduire. Méthode de raisonnement analytique, de la conséquence au principe. L'analyse est une régression. [...} « Un raisonnement régressif vu des conséquences aux principes. « Une résolution est une opération intellectuelle consistant à décomposer un tout en parties^ou une proposition en propositions plus simples. » Toutes ces définitions aident à préciser le sens, à construire une i/nage de l'analyse documentaire. Celle-ci est une opération professionnelle technique, certes, mais c'est d'abord une démarche intellectuelle.

acte ou série d'actes (matériels ou intellectuels) supposant réflexion et combinaison de moyens en vue d'obtenir un résultat déterminé
[tel que] - mettre sous les yeux (ou à la portée) de quelqu'un - faire connaître au public - remettre quelque chose à quelqu'un en vue d'un examen, d'une vérification, d'un jugement
[de façon]

.. (qui consiste) à présenter...

... (sous une forme) concise et précise... ... des données...

- brève, courte, dense, sobre, succincte •-claire, définie, explicite, qui ne laisse place à aucune indécision dans l'esprit - ce qui est admis, connu ou reconnu et qui sert de base à un raisonnement, de point de départ pour une recherche - définissant, déterminant, spécifiant - un renseignement, un message

... caractérisant... ... l'information...

Qu'est-ce que l'analyse documentaire ? Selon l'AFNOR, « l'analyse documentaire est l'opération qui consiste à présenter sous une forme concise et précise des données caractérisant l'information contenue dans un document ou un ensemble de documents 2 ». Si l'on applique à cette phrase une méthode d'analyse, on peut la reformuler de différentes façons, d'abord en élargissant, grâce au dictionnaire, le sens des mots ou propositions (voir ci-contre). On pourrait multiplier ce genre d'exercices afin d'élargir encore l'image de l'analyse documentaire qui se dégage de ces développements sémantiques. Chaque analyste a ainsi la possibilité d'élaborer, dans son propre vocabulaire, la définition qui correspond le mieux à l'environnement dans lequel il travaille, aux produits qu'il doit fournir, et à la politique documentaire à laquelle il participe.

[extraits de] ... (contenue) dans un document - tout écrit qui sert de preuve ou de renseignement ou un ensemble de documents

Ensuite, en envisageant l'opération sous un angle propre à l'activité du documentaliste :
opération... observation, identification, compréhension d'un texte, selon des normes, méthodes et pratiques, dans le but de rendre utilisables...

... (qui consiste) à présenter... ... (sous une forme) concise et précise...

... les thèmes, sujets, personnalités ... des données caractérisant identifiés dans un texte... ' l'information... .. (contenue) dans un document ... et issus de monographies, articles, ou un ensemble de documents \, rapports, etc.

DÉFINITION ET PRATIQUES

ANALYSE ET POLITIQUE DOCUMENTAIRES

L'analyse dans le cadre des opérations documentaires • Dans l'enseignement documentaire classique, l'analyse documentaire s'applique uniquement au traitement du contenu d'un texte ou d'une image et aboutit à un résumé, une indexation ou une synthèse. • Dans l'enseignement bibliothéconomique, ce terme n'existe pas ; c'est une phase du catalogage qui concerne aussi bien la cotation que le choix des vedettes-matières. Mais il s'agit bien encore du traitement d'un contenu, en identifiant un thème ou un sujet. • En archivistique, l'analyse est « l'étape essentielle de la description archivistique qui consiste à présenter, sous une forme organisée, concise et précise, les données d'ordre historique et diplomatique [au sens de science auxiliaire de l'histoire] contenues dans un document ou un ensemble de documents (de la pièce au fonds)' ». • Dans la pratique courante des banques de données, l'analyse documentaire couvre le traitement global du document, c'est-à-dire : • l'aspect formel, l'extérieur ou le contenant : ce qui est propre à la description bibliographique, au catalogage, éventuellement à la cotation ; • l'aspect fondamental ou le contenu : ce qui est propre aux opérations d'indexation, de condensation. Dans ce dernier cas, l'analyse documentaire assure : • le repérage de toutes les informations utiles à l'exploitation d'un document (aspect formel) ; • la condensation des informations (au sens documentaire, c'est-àdire conceptuel) contenues dans le document, c'est-à-dire le fait de trouver, repérer, extraire, mettre en lumière ce que l'auteur a rédigé, et sélectionner dans le texte ce qui est jugé important pour une utilisation ultérieure. • Dans les banques de données en texte intégral, l'analyse documentaire paraît absente ; en fait, elle est déléguée aux systèmes internes de recherche — le plus souvent basés, actuellement, sur les analyses statistique, morphologique, syntaxique et sémantique des textes (cf. p. 111-120). L'expérience est trop courte pour assurer que ces systèmes

sont capables de remplacer intégralement l'analyse dite manuelle, en opposition à l'analyse dite automatique. Tous ces termes sont bien trompeurs : l'analyse automatique exige des programmes préalables des plus sophistiqués, tandis que l'analyse manuelle fait d'abord appel à la matière grise de l'analyste...

Quelle qu'en soit cependant la pratique, le terme « analyse documentaire » est le plus souvent appliqué à la recherche des informations contenues dans un document, en distinguant bien analyse du contenu et analyse de contenu. L'analyse du contenu consiste à repérer l'information explicite, ce qu'a écrit l'auteur et ce que lit l'analyste. L'analyse de contenu travaille sur des messages et consiste à repérer l'information implicite, ce qu'on lit « entre les lignes ». C'est le domaine des psychosociologues, non celui des documentalistes.

Analyse et politique documentaires Quels que soient sa nature, son importance, son effectif, un service de documentation ne peut vivre (et survivre) sans une politique documentaire explicite, basée sur des objectifs régulièrement évalués et adaptés aux besoins de l'institution dans laquelle il est inséré. Les opérations documentaires évoluent parce que de nouvelles technologies y invitent les services les plus nantis. L'analyse documentaire est une opération traditionnellement appliquée à l'enrichissement d'une banque de données, à la mise en valeur d'un stock d'informations. Il semble que l'avenir soit davantage orienté vers les flux que vers les stocks. Mais de quels flux s'agit-il : quantitatifs ou qualitatifs ? Accepterat-on longtemps des réponses vagues pour la raison qu'elles Çonl rapides et nombreuses ? Envisage-t-on, ici comme ailleurs, un accès à l'information à deux vitesses : précis et rapide pour les spécialistes qui utili-

DÉFINITION ET PRATIQUES

ANALYSE ET roirriQUE DOCUMENTAIRES

sent entre eux un vocabulaire limité au cadre de leurs recherches, rapide sûrement mais infiniment large et aléatoire pour le grand public confronté aux banques de données de taille maintenant mondiale ? La meilleure évolution des sources d'information, de quelque nature qu'elles soient, ne tient-elle pas au fait qu'elles répondent aussi précisément que possible à la politique du lieu où elles sont élaborées et/ou utilisées ? Selon les lieux, l'analyse documentaire est plus ou moins mise en œuvre. Elle dépend d'un certain nombre d'éléments à prendre en compte et à mettre en interaction pour définir la politique documentaire à appliquer selon les cas. En effet, pourquoi analyser des documents ? Pourquoi analyser tel document ? Toute politique documentaire est basée sur l'équilibre entre le fonds du service et l'usage qui en est fait. Il serait même plus juste de préciser que c'est l'usage qui détermine la composition et la qualité du fonds. Les questions préalables à la détermination de la politique documentaire concernant l'analyse vont suivre un ordre à peu près logique (à ceci près qu'il est toujours nécessaire de pratiquer l'itération) : - Quel en est le but ? - Pour qui la fait-on ? - Pour quoi ? - Sur quoi ? - Avec quels moyens ?

Ces réponses sont proches de la définition officielle, centrée sur l'opération documentaire et non sur sa finalité. Or, on ne résume pas, on n'indexe pas pour le plaisir d'indexer ou de résumer L'analyste agit dans un but bien défini. En tant que lecteur professionnel, il veille à ce que ses produits soient intelligibles pour et utilisables par toute autre personne que lui-même (cf. chapitre m, p. 49-71). On a beaucoup parlé d'« explosion documentaire » : ce n'est pas un vain mot. Les chercheurs, les utilisateurs de toute nature n'ont pu faire face à fa surinformation envahissante, quel que fût leur champ d'études. L'opération d'« analyse documentaire » est née de cet état de fait, car les utilisateurs ne pouvaient raisonnablement pas prendre connaissance de tout ce que leurs activités les obligeaient à lire, voire seulement à survoler. Orientée vers la satisfaction des usagers, l'analyse documentaire est nécessaire dans plusieurs activités documentaires : - elle est préalable à la recherche par la voie de {'indexation et du résumé dans les banques de données ; - elle est à la base de .synthèses, ou documents rédigés sur un thème ou un sujet précis en s'appuyant sur plusieurs sources de natures diverses ; - enfin, c'est sur elle que repose la cotation d'un ouvrage si celui-ci fait l'objet d'un classement conceptuel.

DESTINATAIRES DE L'ANALYSE DOCUMENTAIRE
Le statut et la nature de l'institution pour laquelle travaillent les documentalistes exigent-ils l'opération d'analyse documentaire ? Quels sont les domaines d'études ? les champs d'application ? les pratiques de recherche des services et des utilisateurs ? Dans une entreprise, il est indispensable d'intégrer sa culture, son langage1, les besoins des utilisateurs et de leurs secteurs d'activités. « A snhject analysis imftlies an interprétation of thé potential of thé document in relation to thé knowledge intérêts ofa given information xystem, and this analysis is undertaken in a given historical, cultural, professional context. * » Un

FINALITÉ DE L'ANALYSE DOCUMENTAIRE
Cette question, souvent posée au début d'une session de formation à des participants déjà engagés dans la vie professionnelle, recueille des réponses assez diverses, mais le plus souvent orientées sur l'action ellemême : « décomposer les éléments d'un texte, restituer le sens général, les idées directrices, principales, essentielles, dégager les mots clés, rechercher, mettre en évidence, en valeur les principaux thèmes, les articulations logiques, trouver le sens d'un texte »...

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bureau d'étude ne peut pas se passer de l'analyse, alors qu'un service de vente n'en a aucun besoin. C'est donc à l'intérieur d'entreprises ou de services bien définis que l'on peut aller plus loin dans la connaissance des usagers. La classique analyse des besoins des utilisateurs paraît à présent un peu limitée. Pour suivre une terminologie très rigoureusement précisée6, il faut distinguer l'utilisateur de l'usager, du consommateur ou du client. Dans les services de documentation où la recherche est effectuée en interne, où le documentaliste côtoie quotidiennement ses utilisateurs (ou usagers), on effectue des analyses de besoins régulières en vue de fournir l'information pertinente. Ces études sont adaptées, révisées régulièrement pour que la politique documentaire soit toujours en adéquation avec la demande, tout en sachant que « les usagers inventent, détournent » 7 et que l'étude de besoins présente toujours un caractère aléatoire. L'utilisateur se sert d'un outil ; il profite des services de façon plutôt passive. L'intérêt d'une étude de besoins bien conduite est de « transformer l'utilisateur en usager »", c'est-à-dire faire de lui un véritable partenaire, capable de se passer des services du documentaliste au moment de la recherche, mais intéressé par le travail en amont afin que l'analyse effectuée soit de mieux en mieux ciblée. Si l'analyse est destinée à un « grand public » innombrable et dont les attentes précises sont difficiles, sinon impossibles à cerner, l'étude de besoins classique est inutile. Il n'y a plus, dans ce cas, d'utilisateurs ou d'usagers, mais des consommateurs et des clients. L'enjeu est économique autant qu'intellectuel, et l'étude de besoins doit se transformer en étude de marche. On peut, bien sûr, cerner des catégories par disciplines, niveaux de compétence, centres d'intérêt, mais les besoins restent de nature générale et l'usager réel demeure inconnu. On sait, par ailleurs, que tous les sondages doivent prendre en compte une marge d'erreur, à intégrer dans l'élaboration de la politique de vente. La politique d'analyse est donc encore plus aléatoire. C'est plutôt la cohérence interne du produit qui en assure alors la qualité.

La pratique de l'analyse documentaire sera donc différente selon qu'elle est destinée à une clientèle innombrable et potentielle ou à un petit groupe d'usagers connus dont on peut suivre avec attention les besoins et, surtout, l'évolution de ces derniers. Toutefois, il faut être conscient du fait qu'une banque de données interne est toujours susceptible de s'ouvrir à l'extérieur, ce qui détruit l'argumentaire des paragraphes précédents... Il s'agit, à nouveau, d'une décision politique à prendre en connaissance de cause, après étude approfondie des besoins directs (utilisateurs internes) et éventuels (domaine peu exploité, par exemple).

PRODUITS Dt-: L'ANALYSE DOCUMENTAIRE

Les responsables de la politique documentaire ont à distinguer entre les produits à court ou à moyen terme. Selon les publics à satisfaire, l'analyse documentaire peut revêtir différentes formes : résumé, indexation ou synthèse. Par exemple, est-il opportun d'élaborer des résumés - activité exigeant du temps — pour des revues de presse dont le principal intérêt est de fournir 1res vite l'information jugée essentielle tel jour ou telle semaine, alors qu'on sait fort bien que ce produit connaît une durée de vie plus qu'éphémère ? L'analyse documentaire prend toute sa valeur sur le long terme. C'est pourquoi la méthodologie ici présentée privilégie le résumé et l'indexation destinés à une banque de données. C'est à partir de celles-ci que l'on peut éditer des bulletins bibliographiques, chronologiques, thématiques, etc., établir des diffusions sélectives et ciblées, élaborer rapidement des bibliographies ou des dossiers sur un sujet précis, et répondre aux questions posées, ce qui — ne l'oublions pas — est l'objectif prioritaire de tout service de documentation. La partie bibliographique des revues comporte généralement des résumés. La plupart du temps, ces résumés sont signés, ce qui indique une prise de position des analystes vis-à-vis du document dont ils rendent

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compte. Il s'agit alors de résumés critiques requérant une excellente connaissance du domaine et de son environnement bibliographique. Ce produit échappe, en général, au travail courant du documentalisteanalyste. Ces opérations de résumé et d'indexation seront détaillées au cours des prochains chapitres. Notons, cependant, que la rédaction de synthèses ne sera pas abordée dans la mesure où un excellent ouvrage est déjà paru sur ce sujet1.

Comment le sélectionner ? Choisir est une activité délicate : garder un document signifie qu'on en rejette un ou plusieurs autres. Les documentalistes éprouvent des difficultés à sélectionner, c'est-à-dire à jeter. En expliciter les raisons peut aider à surmonter la crainte de mal faire. 11 y a peu encore, le documentaliste devait compter uniquement sur son fonds pour répondre aux questions des utilisateurs. L'interrogation des banques de données n'était pas une pratique si courante, pour des raisons budgétaires certainement, mais aussi par manque de formation et de pratique. De ce fait, tout document revêtait un intérêt, même minime, et cette part minime plaidait en sa faveur : on le gardait, on le traitait, on l'insérait dans la banque de données locale. Compter sur son seul fonds est également le signe d'un isolement, réel dans certains cas, fictif dans d'autres. Il existait et il existe encore une mauvaise complémentarité entre services, par méconnaissance parfois, par défiance surtout. Et c'est ainsi que l'on traite les mêmes documents, que l'on dépouille les mêmes revues dans deux blocs d'immeubles contigus, quand ce n'est pas dans la même tour... Les restrictions budgétaires d'une part, le travail en réseau d'autre part ont aidé les documentalistes à combler leur ignorance et à dépasser des réactions de repli sur soi, dommageables à plus d'un titre. Il y aurait une étude à mener sur le comportement de ceux qui « ne jettent rien parce que ça pourra toujours servir... » et, à l'intérieur de cette étude, sur un sous-ensemble concernant les documentalistes, si nombreux à manifester ces symptômes. Ces attitudes ne sont pas rationnelles, et le plus raisonnable des professionnels est d'accord sur le fait que, dans les piles de Journal officiel ou de Moniteur des travaux publics encombrant des couloirs, des caves ou des greniers, on ne pourra jamais entreprendre une recherche efficace. Ce ne sont pas seulement les couloirs qui sont encombrés, mais aussi la banque de données. La quantité rassure, même si elle est inutile. Il est vrai que les services de documentation vivent, depuis'plusieurs années, une mutation plus ou moins rapide entre le réel et le virtuel. Les réactions des documentalistes sont plus compréhensibles, dans la

LE FONDS DOCUMENTAIRE;
Comment l'établir et l'alimenter ? Le fonds documentaire est établi en fonction des besoins de l'institution et de ses usagers, en ne négligeant aucune des questions suivantes : • Quelle est la nature des documents à analyser ? On ne traite pas de la même façon des collections répertoriées, stockées, à caractère plus ou moins unique (documents internes à une entreprise, par exemple), et des documents dont la valeur d'usage est immédiate, mais très vite obsolète (la presse, par exemple). • Quels sont les types de supports et leurs champs disciplinaires ? Des monographies (générales, spécialisées) ? des articles de journaux (revues « grand public » ou scientifiques et techniques) ? des brevets ? des cédéroms ? Le fonds est-il de nature encyclopédique ou très spécifique ? • Quel est le pourcentage de documents en langue étrangère ? Et combien de langues différentes ? • Quel est le volume d'alimentation du service ? Quel est le nombre de documents distincts à traiter par jour, par semaine, par mois ? C'est seulement après avoir clarifié le cadre dans lequel doivent s'inscrire le fonds et son alimentation que l'on passe à la politique de sélection.

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mesure où ils affirment que les usagers souhaitent encore obtenir le document primaire, plutôt que le texte sur l'écran. Il faudra, sans doute, encore quelque temps pour que l'accès à la documentation virtuelle soit accepté par tous. Mais pourquoi traiter tout ce que l'on garde ? Pourquoi ne pas identifier les autres sources de recherche présentant les documents de son fonds sans encombrer sa banque de données ? C'est une autre façon de jouer les complémentarités, qui ne sont plus alors géographiques mais thématiques. Et si l'on n'est pas véritablement satisfait des notices consultées, pourquoi ne pas les télédécharger et modifier, par exemple, le seul champ d'indexation pour le rendre conforme aux habitudes des usagers ? A terme, face à la multiplicité des sources d'information, chaque service ne devrait plus avoir à traiter que la littérature grise de son entreprise, en jouant ainsi un rôle irremplaçable de dépôt légal. Enfin, il existe un autre encombrement, de nature qualitative, qui pose le problème réel de la cohérence scientifique des banques de données. « La plupart des banques de données sont aujourd'hui comparables à d'immenses machines à enregistrer qui additionnent les documents en les empilant les uns sur les autres sans souci d'animation ou de coordination de ces documents entre eux [...] L'addition sans synthèse régulière des savoirs humains... ouvre ainsi sur le gaspillage du travail documentaire et du travail scientifique. I 0 » La question de la sélection, importante pour l'image même de la profession, sera traitée à plusieurs reprises dans ce manuel.

fiables, paramétrés selon les vrais désirs des documentalistes ? Sont-ils maîtres du budget global de leur service (et pas seulement de celui des acquisitions) ? Peut-on dire de ce budget qu'il est au moins correct ? Sont-ils assez autonomes pour gérer aussi régulièrement que possible leurs propres activités, en tenant compte, par exemple, du rythme des transactions (questions, recherches, diffusion, etc.) à assurer par jour, par semaine, par mois ? L'étude précise des moyens dont on dispose est en fait l'élément décisif d'une politique documentaire. Trop souvent, les documentalistes rêvent au lieu de compter ; ils sont ensuite déçus de ne pouvoir aller jusqu'au bout de leurs rêves et cela leur coûte très cher... Ce n'est pas abdiquer devant les gestionnaires que d'être réaliste face à la limite de ses moyens, en n'entreprenant que ce que l'on pourra mener à bien. Les moyens intellectuels Quel est l'effectif du personnel disponible? sa polyvalence? sa compétence ? 11 n'est pas inutile de s'interroger sur les qualités requises pour effectuer l'analyse documentaire. Très souvent, il est demandé à l'analyste une compétence dans le domaine ou dans la discipline propres à l'activité de l'entreprise. Cela est juste dans certains cas, tels qu'un laboratoire pharmaceutique, un service d'analyse économique, un centre de recherche nucléaire — dans tout lieu où la compréhension précise du contenu est indispensable pour sélectionner, valider et transmettre l'information. Il est préférable alors qu'un spécialiste du domaine se forme aux techniques de l'analyse. Mais si cette option n'est pas acceptée par l'entreprise, il reste au documentaliste à passer ses capacités au crible de trois questions : « Que sais-je sur le sujet ? », « Que sais-je sur les besoins de l'entreprise ? », « Que sais-je sur moi-même ? » • « Que sais-je sur le sujet ? » Si la réponse est « peu de choses », il est indispensable de trouver un recours dans l'entreprise,, ce qui ne signifie pas qu'on se sente dévalorisé. Le documentaliste est embauché pour traiter et diffuser l'information utile et non pour être aussi

LES MOYENS DU SERVICE

Les moyens matériels Une minorité de services de documentation ne dispose pas encore d'outils informatiques. Mais ceux qui sont informatisés ont-ils eu le choix du logiciel, ou leur a-t-on imposé des SGBD standard ou un logiciel « maison » dont on sait que la maintenance est rarement assurée ? Peuvent-ils compter sur des outils informatiques souples et

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économiste ou biologiste, ou spécialiste de tout autre discipline qu'il eût fallu expliciter au moment de l'embauche (et de la détermination du montant du salaire...). Le documentaliste a le droit et le devoir de demander une aide à un spécialiste du domaine dans lequel il doit opérer, sans en posséder le savoir : « La compétence du destinataire n'est pas nécessairement celle de rémetteur." » Peu à peu, il acquerra les grands traits, la terminologie et la connaissance du milieu. « Un texte repose sur une compétence mais, de plus, il contribue à la produire. " » Le plus souvent, ce n'est pas la connaissance du domaine ou de la discipline qui est prioritaire pour l'analyste, mais celle de la littérature propre à ce domaine ou à cette discipline. Selon les cas, en deux, trois ou six mois, un documentaliste digne de ce nom (c'est-à-dire pourvu d'une intense curiosité intellectuelle) saura repérer les auteurs, les collections, les revues, les éditeurs reconnus dans le domaine. 11 saura déjà sélectionner, puis valider avant de transmettre. De plus, sa position dans l'entreprise l'obligera à s'intéresser à toutes les périphéries du domaine principal ; il est rare qu'un documentaliste n'ait pas à élargir le cadre de ses compétences ; c'est du reste l'un des aspects les plus fascinants de la fonction. « C'est un des rôles de la culture générale que de préparer des généralistes, c'est-à-dire des spécialistes de la traduction, de la transposition, de l'inter-relation, qui, plongés ou non dans une ou plusieurs spécialités, restent ouverts à toutes et capables de les articuler à l'objet commun. " » • « Que sais-je sur les besoins de l'entreprise (dans le cadre d'un service interne) ? » Si la réponse est « ce que tout le monde en sait dans le service », c'est sans doute insuffisant. Ce qui peut arriver de pire à un analyste, c'est de ne faire que des analyses ; c'est le meilleur moyen de s'enfermer dans un monde de plus en plus abstrait en perdant le contact avec les vrais besoins. Ceux-ci sont repérables chaque jour en écoutant les questions des utilisateurs. L'idéal pour un documentaliste-analyste, c'est l'alternance entre les périodes centrées sur les textes et les périodes ouvertes sur les questions. Les deux activités se nourrissent l'une l'autre et avivent leurs qualités respectives. L'information sélectionnée, validée à partir du texte, devient aussi utile face aux questions.

• « Que sais-je sur moi-même ? » Autrement dit : « Quelle est ma capacité de recul lorsque je lis un texte, à quelle place se situe ma subjectivité ? » II est illusoire de considérer l'objectivité comme acquise dans l'opération de traitement d'un texte, quel qu'il soit. Or il n'est pas question pour l'analyste de faire l'impasse sur ses opinions (comment le pourrait-il ?), mais au contraire d'en avoir une connaissance précise, de manière à ne pas être piégé par toute lecture « pour ou contre ». La situation la plus difficile est du reste d'avoir à sélectionner des articles dans une revue dont on partage les opinions : comment accepter qu'ils ne soient pas tous le reflet de la (de ma) vérité ? Le problème de la subjectivité n'est pas négligeable et on ne peut pas l'évacuer par une boutade. La vigilance est encore plus exigible lorsqu'on analyse la littérature en sciences humaines ou sociales, les sciences exactes étant (et encore,..) plus à l'abri des interprétations... Il est alors important de faire appel au jugement d'autrui, de confronter des opinions différentes. Lorsque l'obstacle paraît trop grand, lorsque discerner devient difficile, il est conseillé, dans la mesure du possible, de « laisser reposer » : il est fréquent que les lendemains matins apportent la clarté attendue, surtout si l'on a pu exposer ses difficultés au cours d'un échange professionnel (ou non) fructueux. Qu'ajouter, sinon qu'il ne s'agit pas ici de compétences techniques ou intellectuelles, mais d'introspection personnelle pour laquelle il existe d'autres manuels que celui-ci ? Toutefois, cet aspect du travail sera à nouveau évoqué, en particulier dans les exercices et leur corrigé.

Le terme « analyse documentaire » couvre uniquement les opérations intellectuelles (comprendre, formuler) préalables à l'action dont les produits les plus visibles sont le résumé et l'indexation. Pour en aborder la pratique, plusieurs phases préparatoires sont indispensables : - être très au clair sur la finalité et les conditions du travail, c'est-àdire avoir réfléchi et répondu aux questions concernant la, politique documentaire (</.' p. 19-20). On doit savoir pour qui, pourquoi l'on travaille et quel en sera le produit ;

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- s'interroger sur la façon dont on lit, dont on repère le sens et le vocabulaire d'un texte ; - considérer les différentes facettes des documents ; - repérer les différentes formes d'information qu'ils contiennent ; - identifier les différentes pratiques de recherche documentaire. Pour l'étudiant débutant, il est nécessaire de passer par ces étapes pour parvenir à résumer et indexer dans une optique documentaire. Le professionnel exercé accomplit de façon globale tout ce qui est détaillé dans les chapitres suivants : observer, comprendre, structurer, formuler, résumer, indexer. C'est pour lui une activité qu'il cherche à améliorer chaque jour, comme le sportif à l'entraînement. Mais, tout comme le sportif, il peut lui être utile de disséquer très précisément chaque phase de l'action, en vue de découvrir en quoi et comment il est possible de l'améliorer et en y découvrant le passage incessant des opérations mentales (et non techniques) de l'analyse à la synthèse, et vice versa.

8. Source : [50], p. 19. 9. Source : [16]. 10. Source : [14], p. 70-71. Cet ouvrage sera souvent exploité car il abonde d'idées vivifiantes pour notre profession. Que l'auteur soit ici spécialement remerciée pour la qualité de son apport à la pensée documentaire. 11. Source: [33]. p. 64. 12. Source: [33]. p. 69. 13. Source: [32], p. 135.

NOTES 1. Toutes ces définitions sont extraites de [29]. 2. Source : [7]. 3. Extrait de la dernière version du Dictionnaire de Terminologie archivisttque, à paraître en Tan 2000. 4. Source : [77], vol. 33, n° 2, p. 86-88. 5. Source : [2], vol. 24, n° 3, p. 142. 6. Source : [50], p. 56. 7. Source : [74]. p. 31.

ANNEXE PÉDAGOGIQUE

Exercice n° 1 Le lecteur désireux de tester ses possibilités peut, à présent, rédiger un résumé documentaire tel qu'il le ferait pour son entreprise, ou selon l'idée qu'il s'en fait, puis l'indexer, c'est-à-dire choisir des mots clés qu'il juge significatifs pour caractériser le contenu. Le texte proposé (Liliane Lurçat. — Les effets violents de la télévision. — Esprit, juillet 1994, n° 7), présenté en page 227, a été choisi en fonction de sa bonne lisibilité et de son sujet, un intérêt que l'on peut juger commun à tous. Sa bonne tenue intellectuelle a aussi influencé le choix : on ne résume pas n'importe quoi en documentation. Il servira plusieurs fois au cours de ce manuel ; c'est pourquoi il est recommandé de garder sous la main ce premier travail afin de le confronter aux différentes phases qu'il illustrera : typologie et caractéristiques d'un document (p. 35-47), grille de lecture (p. 7393), correction de résumés sous l'aspect formel et rédaction de résumés (p. 121-148), enfin indexation (p. 149-173). Il peut être intéressant de mesurer le temps passé à ce premier exercice afin de le comparer aux progrès certainement réalisés en fin de parcours.

CHAPITRE II
LA LECTURE DOCUMENTAIRE : LIRE ET OBSERVER

En se basant sur la définition de la politique documentaire, l'analyste sélectionne les documents qui alimenteront la banque de données. La première phase de l'analyse documentaire consiste à prendre connaissance de chaque document et à sélectionner ce qui est jugé intéressant pour le produit à fournir. Ce premier travail suppose la lecture et l'identification précise du document. On peut dire du documentaliste qu'il n'arrête pas de lire ; dans le même temps, il se plaindra qu'il ne lit plus. Comment expliquer ce paradoxe '? Sans doute par l'idée commune qui voit dans la lecture un divertissement. Chacun à leur manière fort différente, Proust, Borges et Pennac ont écrit des pages éblouissantes sur le plaisir de lire. Qui peut nier l'existence de ce plaisir, le bonheur et la fascination qu'il procure ? Cependant, le jeune étudiant choisissant la profession de bibliothécaire ou de documentaliste parce qu'il « aime lire » découvrira vite une réalité tout autre : dans .su vie professionnelle, le documentaliste ne lit plus pour lui, mais pour d'autres ; il ne choisit pas ce qu'il a à lire et ne lit plus jamais un texte dans son intégralité. Dès lors, la question cruciale se pose : que signifie « lire » pour le documentaliste-analyste ? Comment ce professionnel saura-t-il « ne plus lire » et, paradoxalement, exploiter ses non-lectures pour en extraire matière à réponses, sachant que « tout lecteur a trois tâches à accomplir : visuelle (mise en pages, calligraphie), intellectuelle (compréhension, mémorisation), affective (intérêt, curiosité...)' » ? L'équilibre intellectuel que nécessite cette pratique particulière et la réalisation de ces trois tâches seront analysés tout au long de ce manuel. L'approche visuelle cl l'approche intellectuelle seront directement étudiées. Quant à l'aspect affectif— dont on penserait volontiers qu'il importe peu dans le travail du documentaliste, obligé, de par son métier même, de lire des textes qu'il n'aurait certainement pas choisis par plaisir — ,'il se révèle omniprésent dans le rapport subjectivité-objectivité que nous avons évoqué en page 29 et dont il sera de nouveau question plus avant.

bRE ET OBSERVER

LES CONDITIONS DE LA LECTURE DOCUMENTAIRE

Les conditions de la lecture documentaire

CONNAÎTRE SES i.IMITES
L'activité d'analyste, donc, requiert une grande attention. Un peu comme pour l'entraînement sportif, il est recommandé à chacun de suivre son propre rythme, sachant qu'il n'est ni mesure standard ni comparaison possible entre analystes. S'il existe une forme de compétilion, c'est avec soi-même et non vis-à-vis d'autrui. Il importe de rester toujours un peu en deçà de ses possibilités, ce qui permet le plus sûrement de les améliorer régulièrement. Comme pour l'ensemble des activités intellectuelles, il faut «savoir respirer», ne serait-ce qu'en s'accordant deux à trois minutes de véritable détenle entre deux documents. Ces pauses permettent de régénérer les facultés de concentration, et, par conséquent, de gagner du temps — non d'en perdre.

SE CONCENTRER ET EN TROUVER LES MOYENS

Avant toute autre considération, l'analyste doit trouver l'environnement et le temps favorisant la concentration, assertion aux allures de quadrature du cercle, tant est varié le travail du documentaliste et tenace l'idée de sa totale disponibilité. Comment, en effet, prendre connaissance d'un texte et de ses informations primordiales, alors qu'on est installé au milieu d'une salle de lecture bruyante et passante, et qu'on peut être sollicité à tout moment par les utilisateurs, des appels téléphoniques, un collègue demandant de l'aide ou manifestant simplement le besoin d'un moment de détente ? Pourtant, parce que cette situation est habituelle, elle est considérée comme normale. Pourrait-on porter un regard critique sur cet état de fait et trouver le moyen d'y remédier ? La réponse est simple : l'analyste doit pouvoir disposer de une ou deux heures de tranquillité absolue, sans sollicitation extérieure, à des périodes régulières correspondant à une charge de travail décidée dans le cadre de la politique documentaire. Cette solution présente de nombreux avantages, et spécialement ceux-ci : - un travail suivi permet l'approfondissement de la tâche, une meilleure qualité du produit, ainsi qu'un gain de temps ; - le fait d'exiger le respect d'une opération la valorise. Or la lecture documentaire, insérée parmi d'autres opérations, est actuellement considérée comme quasiment négligeable. (Cette dernière remarque vaut pour un grand nombre d'opérations documentaires qui exigent par nature une attention soutenue et une concentration importante. Elles sont, malheureusement, souvent exécutées comme des tâches bureaucratiques répétitives et considérées comme telles par l'encadrement de l'entreprise.)

ORGANISER SA LECTURE
Les piles de documents présentent souvent un caractère dissuasif. sinon découragcanl ! Par l'observation préalable (cf. p. 3K-44), qui permet d'affecter une priorité à tel type de documents, ou à telles revues, ou à tel domaine, le documentaliste peut alléger sa tâche de manière significative. Quelques mesures faciles à mettre en œuvre contribuent à cet allégement des bureaux ainsi que des esprits, telles que se débarrasser très vite des revues au contenu superficiel ou aux sujets simples et faciles à traiter; grouper et analyser à la suite les documents couvrant des domaines à peu près similaires ; traiter les documents plus difficiles ou plus importants lorsque la qualité de l'attention et de la concentration est la plus grande.

Petit détour par la « lecture rapide » Les méthodes dites de « lecture rapide » sont basées sur dc's exercices progressifs de perception oculaire ; les mécanismes ainsi mis en place permettent d'augmenter la vitesse d'appréhension de la vision. Elles

OBSERVER AVANT DE LIRE
LIRE ET OBSERVER

présentent des avantages certains pour un public déjà conscient de ce qu'est l'acte de lecture — le Robert donne, du verbe lire, une première définition ainsi formulée : « suivre des yeux en identifiant (des caractères, une écriture...) ». Pour le jeune étudiant, habitué aux exercices universitaires, il peut s'agir d'une prise de conscience bénéfique de ce qu'est le déchiffrement, activité oculaire à partir de laquelle cessent malheureusement de progresser ceux qui deviennent des illettrés. Une série de méthodes et/ou techniques — appelées souvent « écrémage », « repérage », « survol » ou « mémorisation » — suivent généralement, plus ou moins bien explicitées selon la qualité des ouvrages et des formations. L'important est de mesurer ce qu'apporté la « lecture rapide » à la vie professionnelle. S'il s'agit de tout lire très vite, de façon mécanique, on en devine l'absurdité, stigmatisée par Woody Allen lorsqu'il s'affirme capable de lire les Frères Karamazov en quinze minutes chrono... En revanche, si ces méthodes permettent d'appréhender un ensemble de documents en vue de les sélectionner plus vite et de repérer ainsi ceux qui exigeront plus de temps (cf. page précédente), alors la lecture rapide, prenant toute sa raison d'être, devient lecture efficace, quelquefois même appelée « lecture adulte 2 ». Le professionnel exercé élabore souvent sa propre méthode, sans être capable, généralement, d'en préciser la teneur. L'essentiel est qu'il reste lucide sur sa pratique de lecture et qu'il cherche toujours à l'améliorer.

La typologie C'est un premier repère. On n'analyse pas un article de revue mensuelle comme un quotidien, un brevet comme un texte législatif, une monographie comme une note technique. Le regroupement des supports par type est un bon moyen d'entrer dans un processus de lecture. Chaque type présente des caractères formels spécifiques. Une monographie a toujours un titre, quelquefois un sous-titre, toujours une table des matières, souvent une bibliographie et un index, et elle peut faire partie d'une collection. Une revue nécessite un dépouillement, à moins qu'il ne s'agisse d'un numéro spécial ou consacre à un sujet. Un rapport peut être assimilé à une monographie. Les notes techniques sont (généralement) toujours présentées de la même façon. Feuilleter rapidement permet d'évaluer les conditions de lisibilité (cf. p. 40-44) et les caractéristiques propres à chaque document. Les caractéristiques Un autre repère comprend les caractéristiques d'un document, c'està-dire l'ensemble des éléments visibles et repérables permettant déjà de sélectionner : • Que connaît-on de l'auteur, de son œuvre (cf. « œuvres du même auteur» sur les pages de garde) ou de son affiliation (organisme de rattachement, niveau de responsabilité) ? • Quelle est la revue ? Quelle est son ancienneté ? Quelle est sa périodicité 7 Comment est-elle financée? Provient-elle d'un groupe de presse? d'une société savante? d'une association professionnelle? d'une municipalité ? d'un ministère ? Quelle est son orientation ? • Qui est l'éditeur ? Que produit-il habituellement ? Est-il spécialisé 7 généraliste ? Peut-on prendre connaissance de Ses produits par des catalogues complets, régulièrement mis à jour ? Quelles sont ses tendances scientifiques, économiques, politiques, etc. ?

'

Observer avant de lire
OBSERVER UN DOCUMENT

Quand on survole un paysage, on en a une vue panoramique. Survoler, pour ce qui nous concerne, signifie donc observer globalement le document comme un objet doté d'un volume, d'un poids, d'une couleur, d'une forme.

OBSERVER AVANT DE LIRE
LIRE ET OBSERVER

• Le document a-t-il pour origine un organisme officiel ou parapublic ou associatif ? Est-il facilement accessible ou relève-t-il de ce que l'on appelle « littérature grise », c'est-à-dire tous les documents produits sans objectif de commercialisation ? • Le document fait-il partie d'une collection ? Qui en est le directeur scientifique? Quel est son objectif? L'analyste a-t-il déjà étudié d'autres monographies de cette même collection ? • Quelle est la date du document ? Est-ce une réédition, c'est-à-dire une mise à jour, ou une refonte du contenu garantissant son actualisation (à ne pas confondre avec une réimpression, qui n'est qu'une nouvelle mise sur le marché de la dernière édition parue) ?

Exercer un repérage visuel consiste à survoler, feuilleter un document. Il n'est pas question de lire le texte, mais d'observer certains éléments de présentation qui le constituent : - la typographie ; - la présentation (organisation des chapitres, titres, sous-titres, notes en bas de page...) ; - les illustrations (photographies, dessins, couleurs, légendes...) ; - l'importance des paragraphes, des alinéas, des espaces (marges, interlignes simple, double...) ;
- la ponctuation.

Le regard doit parcourir rapidement l'ensemble et en appréhender « l'architecture » avant même de lire (voir page suivante). Tous les textes n'étant pas systématiquement présentés de façon aussi lisible, il paraît utile de rappeler brièvement les fonctions des paragraphes et des signes de ponctuation pour comprendre l'intérêt de révélation rapide que possèdent ces entités au moment du repérage visuel. Le paragraphe Le paragraphe est un ensemble signifiant composé d'une suite de phrases ou subdivisions du discours possédant une cohérence sémantique. Une unité d'information est privilégiée, perçue comme essentielle, toutes les autres s'accrochant à cette unité, en entretenant des rapports sémantiques les unes avec les autres. Entre la fin d'un paragraphe et le début du suivant se situe la phrase de transition. Les signes île ponctuation


-

• Est-ce une traduction ? De quelle langue et de quel pays ? A-t-on connaissance du titre original, du premier éditeur ? 11 apparaît donc ici clairement qu'il ne s'agit pas de lire, mais bien de repérer les éléments constituants qui permettent de se faire une idée de l'objet et d'entrer rapidement dans le sujet. L'identification bibliographique permet de répondre à quelques-unes de ces questions grâce aux zones préconisées par les normes de catalogage : auteur, adresse bibliographique, date, collection, etc. En renseignant les champs de description de sa banque de données (cf. p. 101-102), l'analyste s'approprie le document et approche peu à peu l'information qu'il détient.

OBSERVER LA MISK EN PAGES : LIL RKPÉRAGI-: visu KL
Cette phase d'observation, hélas ! souvent négligée par les documentalistes, est pourtant le point de départ essentiel pour l'analyse du contenu, la compréhension des textes et la sélection des informations utiles. Elle est, de surcroît, un excellent outil pour une meilleure gestion du temps.

Tous les signes de ponctuation ont un sens et exercent une fonction précise 1 : - le point (.) indique la fin d'une phrase, celle-ci exprimant un sens complet ; . - la virgule (,) sépare, au sein d'une phrase, des éléments semblables (mots ou propositions) ;

LIRE ET OBSERVER

OBSERVER AVANT DE LIRE

Introduction indiquant le nombre de parties

double interligne Première partie : 1

simple interligne Première partie : 2 simple interligne Première partie : 3 simple interligne Paragraphe de transition double interligne Deuxième partie ; 1

- le point-virgule (;) sépare des propositions de même nature à l'intérieur d'une même phrase ; - les deux-points (:) annoncent une énumération ou une citation ; - les parenthèses () intercalent, à l'intérieur de la proposition, une indication explicative ou accessoire ; - le tiret (—) sépare du contexte de la phrase des mots ou des propositions ; - le point d'interrogation (?) exprime la demande, le questionnement direct ; - le point d'exclamation (!) clôt une phrase exprimant un sentiment spontané ou violent ; - les guillemets (« ») encadrent une citation ou un discours direct ; - les points de suspension ( . . . ) indiquent l'inachèvement non de la phrase, mais de la pensée exprimée. Lorsque les poinis de suspension sont encadrés par des crochets carrés ([...]), ils indiquent une suppression clans une citation ; l'alinéa s'emploie pour passer d'un groupe d'idées à un autre. De l'utilité du repérage visuel Grâce au repérage visuel, l'analyste est donc, avant lecture, en mesure de se faire une idée de la composition du texte. En général, on considère que l'abus des paragraphes longs et lourds dénote l'impuissance à organiser les idées et à les exposer clairement, alors qu'un surplus d'alinéas prouve la difficulté à hiérarchiser des idées afin de les présenter en ensembles cohérents. Toutefois, l'écriture est sensible, elle aussi, aux effets de mode. Ainsi le style journalistique actuel fait-il bien trop souvent l'impasse sur les verbes, moteurs de la phrase. Ceux-ci sont normalement repérables grâce aux points et points-virgules qui séparent des propositions normalement constituées. De même, les points d'interrogation peuvent indiquer les questions que se pose l'auteur. Y répond-il dans le texte (voir exercice n° 5, p. 47) ? Peut-on y discerner l'amorce d'un plan ? Tout en pratiquant le repérage visuel, l'analyste passe rleu à peu de l'observation à la lecture. Il peut ainsi identifier le domaine, la grande discipline, dans lequel se situe le texte et le type auquel il appartient :

simple interligne Deuxième partie : 2

simple interligne Paragraphe de transition double interligne Troisième partie : 1 simple interligne

etc.

LIRE ET OBSERVER

ANNEXE PÉDAGOGIQUE

savant (paragraphes denses, tableaux légendes...), et/ou technique (schémas, chiffres...), ou encore « grand public » (encadrés, illustrations, couleurs...), sans attribuer, pour autant, à ces observations un caractère immuable. Le repérage visuel donne, certes, une idée que l'on peut qualifier d'« extérieure » du texte, mais il ne s'agit pas pour amant de détails anodins : la mise en pages et l'application des règles de lisibilité son! des garanties d'intérêt. Sans affirmer que médium et message ne font qu'un, force est de reconnaître que le premier contribue fortement à la diffusion et à la compréhension du second. Cette première phase d'appréhension du document est également utile pour la gestion du temps car il devient alors possible d'affecter un ordre au travail du jour : des textes les plus faciles, rapidement traités, aux plus complexes, demandant davantage d'attention.

Les différents exercices proposés n'ont qu'un objectif : entraîner à voir avant de lire. Ils exigent donc une certaine discipline individuelle pour s'observer en train d'observer ! Étudiants ou professionnels sont invités à faire ces exercices en chronométrant très fidèlement le temps passé ou en s'aidant d'un compte-minutes. En effet, tout doit être terminé dans un temps défini, afin de conjurer toute tentation d'entrer dans le contenu des documents.

Exercice n° 2 - Typologie et caractéristiques Réunissez de façon aléatoire (ou trouvez) un grand nombre de documents textuels sans vous soucier de leur origine, en vue de les trier par type (ouvrages et revues édités commercialement et littérature grise ; textes officiels, notes techniques internes à un organisme), puis de les comparer et d'opérer une distinction, par exemple : - par date ; - par langue d'origine ; - par types d'éditeurs, pour les revues. Leur périodicité et leur origine éditoriale doivent être relevées car elles pourront servir de critères de sélection. Chacun doit pouvoir imaginer des catégories selon ses propres objectifs de lecture et de travail. L'intérêt est de faire cet exercice à intervalles réguliers et de minuter son temps pour un même nombre de documents. On doit aller de plus en plus vite, tout en acquérant un regard de plus en plus aigu sur l'aspect extérieur des documents.

NOTES 1. Source: [76]. 2. Voir à ce sujet : [ 54]. 3. Toutes ces définitions sont extraites de [38].

ANNEXE PÉDAGOGIQUE
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Exercice n° 5 - Repérage visuel à l'aide des signes typographiques Exercice n° 3 - Caractéristiques d'un document L'objectif est de repérer les éléments caractéristiques d'un document apportant des critères de sélection autres que le contenu. Utilisez l'article « Les effets violents de la télévision », proposé en page 227. En se basant sur les questions soulevées p. 39-40, peuton en savoir plus sur la revue et sur l'auteur ? En admettant que le sujet soit intéressant, quels sont les éléments extérieurs au contenu qui peuvent influer — ou non — sur la sélection de cet article ? Temps maximum si la revue est connue : 2 minutes ; si la revue n'est pas connue : 5 minutes. Correction en page 267. Pourquoi cet appel croissant à In notion df professionnalisme ? Qjieltfs sont les raisons qui poussent acttuBement 1rs responsables des entreprises et ries organisations à rechercher des professionnels et à mettre en place des dispositifs de profes.sionnalisa.lion ? Comment expliquer cet effarement progressif de la figure de l'ouvrier qualifié ou de l'homme de métier au profit de relie du professionnel ? f> changement de langage est-il dû à des effets de modes passagers ou réf>ond-il à de nouvelles exigences des situations et des organisations du travail ?
OParts : Éditions d'Organisation, 1997

L'objectif est de repérer rapidement des ponctuations servant de balises pour entrer dans le contenu. Regardez (sans le lire) le texte ci-dessous en vue de déterminer combien de parties seront développées après ce paragraphe. Extrait de : Guy Le Boterf. — De la compétence à la navigation professionnelle, -- Paris : Éditions d'Organisation, 1997 (§ 1, chap. I). La réponse doit être donnée dans les 5 secondes. Correction en page 268.

Exercice n° 4 - Repérage visuel des paragraphes d'un texte Prenez un article de revue et ne le lisez surtout pas, mais observez-le en vous posant les questions suivantes : - combien de parties cet article comprend-il ? - existe-t-il des paragraphes de transition ? - peut-on en faire le schéma comme en page 42 ? - peut-on en déduire quels sont les paragraphes à sélectionner pour la lecture ? Renouvelez l'exercice de façon régulière, en variant les articles et les revues. Rappelons encore une fois qu'il s'agit de regarder, et non de lire. Cette situation inhabituelle est, certes, très difficile à supporter, mais l'intérêt de cet exercice est de développer cette approche essentielle, et sa répétition est nécessaire pour qu'elle devienne familière. Une fois cette pratique acquise, plus question de se laisser impressionner par des articles longs et sans intertitres ! Selon la longueur et la complexité de l'article, le temps peut -varier de 30 secondes à 2 minutes (ce qui est très long).

CHAPITRE III
LA LECTURE DOCUMENTAIRE : LIRE ET COMPRENDRE

Le repérage visuel a rendu l'objet familier et l'analyste est, plus ou moins consciemment, progressivement « entré » dans le document, en identifiant ainsi le contenu principal, ou domaine d'intérêt. De la visibilité, il passe à la lisibilité, puis à la lecture au sens de « faire du sens avec des signes ». Les signes étant repérés, les plus importants étant sélectionnés, il reste à « fabriquer » du sens, c'est-à-dire à entrer dans le processus de compréhension des textes en commençant par en identifier les principales caractéristiques.

Les textes ci leurs caractéristiques Si le repérage visuel a permis d'inscrire le texte dans son domaine, le lire s'impose désormais pour déterminer ce que l'on nomme soit « catégorie d'intérêt », soit « typologie des informations ». Il importe donc, maintenant, de se poser les questions suivantes ; • Pour qui le texte a-t-il été écrit ? Quels niveaux ou types de compétence requiert-il pour être exploité (quelquefois, l'existence et le contenu d'une bibliographie apportent des éléments de réponses) ? • Que peut-on en extraire ? description de faits uniquement ? ou également réflexions, commentaires sur ces faits ? expériences confirmées ou témoignages hâtifs ? démonstrations ? état de la question, etc. ? Selon les lieux documentaires, une typologie des informations permet de repérer rapidement l'intérêt, la valeur d'usage de tel ou tel texte. Ainsi, par exemple, une banque de données de presse proposet-elle interview, biographie, chronologie, enquête, etc. ' (cf. p. 102-105). Une lecture plus approfondie aide à caractériser le contenu sous différents aspects. Tout texte est écrit pour atteindre non seulement un public, mais aussi un but.

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LES TEXTES ET LEURS CARACTÉRISTIQUES

Avant de chercher de quoi le texte traite, l'analyste peut repérer comment il se présente et quel objectif intellectuel s'est fixé l'auteur. Pour simplifier, on peut classer tes textes en deux grands types : descriptif et problématique.

législatifs) font l'objet d'une réécriture explicative pour le public non juriste. Le meilleur exemple est celui des publications Liaisons sociales. Ces textes, d'origine normative, deviennent alors des textes didactiques.

LES TEXTES PROBLÉMATIQUES LES TEXTES DESCRIPTIFS

Ils présentent les éléments d'un événement dans un temps et dans un espace ; ils décrivent une situation statique ou évolutive. On distingue quatre types différents. Texte narratif 11 décrit le déroulement, l'évolution, la transformation d'une action, souvent de façon imaginaire (roman, nouvelle, théâtre). Si ce texte n'est pas de nature scientifique et technique, il ne peut être l'objet d'une analyse documentaire. Texte explicatif II décrit, lui aussis une action ou une idée sous les mêmes aspects, mais il s'agit souvent d'événements réels (description d'une expérience, explication d'une notion ou d'une théorie, relation d'un voyage, d'une rencontre...) dont les éléments sont reliés plus ou moins logiquement. Texte didactique C'est un texte descriptif explicatif où l'auteur a pour objectif de faciliter la compréhension du contenu ; il y a volonté d'enseigner, de transmettre un savoir (manuels scolaires ou universitaires,..). Texte normatif II impose le contenu de ses informations comme règles : lois, consignes, normes, textes officiels, mais aussi notices techniques, Code de la route, recettes de cuisine... Certains textes normatifs (comme les textes

Ils décrivent une situation dans laquelle existent ou co-existent un ou plusieurs problèmes. Le mot « problème » doit être ici compris comme expose de la complexité d'une situation, d'une idée ou d'un raisonnement. Un texte problématique se compose toujours d'une partie descriptive, en général située au début. Texte problématique simple Dans un texte problématique simple, l'auteur du texte décrit la situation complexe, expose les idées différentes, apporte quelquefois des éléments de solution sans, cependant, prendre position ; il demeure toujours extérieur aux problèmes énoncés. Texte argument al if Dans un texte argumcntatif ou critique, l'auteur défend sa thèse, son opinion face au(x) problème(s) décrit(s) ; il prend explicitement parti. Texte polémique Un texte polémique est un texte argumentatif dans lequel l'auteur veut convaincre son lecteur par tous les moyens.

LES TEXTES THÉORIQUES

II convient de réserver un paragraphe complet aux textes purement théorique.1; où sont exposées des constructions intellectuelles permettant l'approfondissement des sciences, qu'elles soient exactes, sociales ou humaines. « Les théories visent à atteindre des connaissan-

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LES TEXTES ET LEURS CARACTÉRISTIQUES

ces nouvelles. Une théorie en remplace une autre parce qu'elle rend mieux compte du passé, mais surtout parce qu'elle ouvre l'avenir. 2 ». Les textes théoriques sont descriptifs dans leur relation aux idées, mais ils ouvrent et délimitent un champ d'investigation porteur de dimensions problématiques. La distinction entre ces types de textes ne revêt pas seulement un aspect didactique ; elle sous-tend véritablement un mode de lecture et d'usage : - les textes descriptifs (et théoriques) sont construits logiquement ; leur plan est relativement facile à retrouver (cf. p. 76-79). Ils ne suscitent pas une lecture trop subjective. Ils servent principalement à l'apprentissage, à la confirmation, à la recherche de preuves ; - les textes problématiques confrontent des opinions diverses et peuvent ainsi troubler la subjectivité de l'analyste. Il est indispensable, alors, d'identifier les systèmes de valeur tant de l'auteur que du lecteur pour atteindre l'objcctivation nécessaire. Ce type de textes apporte des informations complémentaires, aide à poursuivre ou approfondir une réflexion, à infirmer ou confirmer des points de vue, à infléchir des décisions1. Repérer la typologie des informations contenues dans un texte et émettre des hypothèses sur les intentions de l'auteur facilite la compréhension et, par suite, favorise l'analyse. Les textes suivants sont proposés comme exercices et illustrations.

Exercice 6 - Reconnaître un type de texte Indiquez à quel type appartiennent chacun des quatre textes suivants (extraits de S. Neveu, D. Lemaître. — Vers la maîtrise du
texte. — Hachette, e Éditions Hachette).

6.1 - Ce texte est-il de type : DESCRIPTIF narratif explicatif Q LJ LJ PROBLÉMATIQUE argumentatif polémique LJ LJ LJ

didactique LJ normatif Q

l^es jeux sont innombrables et de multiples espèces : jeux de. société, d'adresse, de hasard, de plein air, df patience, de. construction, etc. Malgré cette diversité presque infinie et avec une remarquable constance, le moi -jeu » appelle les mêmes idées d'aisance, de risque ou d'habileté. Surtout, il entraine immanquablement une atmosphère de délassement ou de divertissement, il repose et il amuse. Il évoque une activité sans contrainte, mais aussi snn.s conséquence pour la vie réelle. Il s'oppose au sérieux de celle-ci et se voit ainsi qualifié de frivole.. Il s'oppose d'autre part au travail comme le temps perdu au temps plein employé. En effet, le jeu ne produit rien : ni biens ni œumes. Il est essentiellement stérile. À chaque nouvelle partie, et joueraient-iLs toute, leur vie, If s joueurs se retrouvent à zéro et dans les mêmes conditions qu'au premier début. Issjeux d'argent, paris ou loteries, ne font pas exception : iis ne créent pas de richesses, ils les déplacent seulement. Cette gratuité fondamentale du jeu est Inen le, caractère qui le. discrédite le plus. C'est elle aussi qui permet, qu'on s'y livre avec insmtdancf et qui le maintient isolé des activités fécondes. Chacun, dès l'abord, se persuade de cette manière que le jeu n'est rien que fantaisie agréable et distraction vaine, quels que soient le soin qu'on y apporte, les facultés qu'il mobilise., ta rigueur qu'on exige.. On le sent bien dans la phrase suivante de. Chateaubriand : - La géométrie spéculative a ses jeux, ses inutilités, commet les autres sciences. » (Extrait de Roger CAILLOIS. -Gallimard, 1967.) les Jeux et les Hommes. © Édition; Gallimard

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6.2 (Deux extraits du Journal officiel. Annales de la Chambre des députés, 1908 : extraits des discours de 1) Maurice Barrés; 2) Aristide Briand). Ces textes sont-ils de type : DESCRIPTIF narratif explicatif Q Q Cl PROBLÉMATIQUE argumentatif polémique Cl Q Q

didactique Q normatif Cl

'•

1 - Si nous supprimons la peine de. mort, si nous faisons cette expérience de désarmement, au risque de qui serait-elk faite ? Il faut bien le constater : ce sont les pauvres que nous découlerons, ce sont eux qui pâtiront d'abord. Qjioi qu'on fasse, il est bien certain que la police protégera toujours mieux les riches que Ifs pauvres
/.../ Cette suppression de la peine de mort sera-t-elle, un ennoblissement de notre civilisation ? Si quelques-uns sont disposés à U croire, c'est qu'ils désirent mettre, de plus en plus, notre soâété d'accord avec les données que nous fournit Ifi science. Nous écoutons les médecins qui nous disent en regardant le.s assassins : « Ils sont nécessité. Celui-ci tient son crime de. son atavisme, cet autre If tient du milieu

Moralisatrice ? H n 'est personne parmi les partisans de la peine de mort qui ait osé soutenir que la peine de mort soit moralisatrice. Elle l'est si peu, que ceux qui en demandent le maintien sont d'accord pour qu 'elle soit appliquée dans l'obscurité. De même que le meurtre privé se cache par crainte, vous demandez que le meurtre social se cache par honte f . . . ] La peine de mort est-elle du moins exemplaire ? On vous a rappelé comlnen de criminels, au moment de l'exécution, ont avoué avoir assisté antérieurement à de tels spectacles. Je suis arrivé au point If plus intéressant du problème : la peine de, mort exercerait-elle une intimidation sur les malfaiteurs ? Si la peine de mort a une puissance d'intimidation, sa suppression doit amener immédiatement une recrudescence des crimes ; si cette, recrudescence ne. se manifeste pas, c'est que l'abolition demeure sans effet. Or, c'est la conclusion à laquelle, on aboutit quand on considère les différents pays où la peine de mort a été supprimée, et quand on ne prend pas les chiffres d'une année pour les opposer arlntrairement à ceux d'une autre année, quand on prend des périodes suffisamment longues, des périodes de dix ans, par exemple [...].
O Journal officiel

6.3 - Ce texte est-il de type : DESCRIPTIF narratif explicatif G CJ CJ PROBLÉMATIQUE argumentatif polémique Q Q Cl

dans lequel il a été plongé >• [... / Pour ma part, je demande que l'on continue à nous dél>arrasser de ces dégradés, de ces dégénérés dans les conditions légales d'aujourd'hui, en tenant compte des indications qui nous sont fournies par les hommes de science compétents, quand ils nous disent que celui-ci relève des asiles plutôt que de la punition. Je crois qu'il y a lieu de recourir à la punition exemplaire. C'est par amour de la santé sociale, que je rote le maintien et l'nftfiliration de la peine, capitale. En tout cas, qu'il me snit permis de vous dire en terminant, que cette mesure que vous croyez une mesure de générosité, c'est une générosité que nous ferons aux dépens des autres. 2 - Recherchons si la peine de mort présente les qualités que doit avoir un châtiment dans une société civilisée. Elle dei'iait être tout à hijots moralisatrice et intimidante.

didactique CJ normatif CJ

L'automobile est un excellent et agréable, engin de transport rapide d'un point a un autre, mais un détestable moyen d'investigation. Jamais on n'a tant voyagé, et jamais aussi fe.s gens n 'ont moins profité de leurs voyages. Ces malheureux, qui avalent pêle-mêle des kilomètres et des sauces sophistiquées dans des auberges d'opéra-comique, traversent la moitié de la Erancf, six provinces, trente villes, quatre cents villages, vingt siècles d'histoire, de coutume, de vieux1 terroir, de finesse paysanne, sans en retirer d'autres souvenirs que ceux d'un embarras gastrique et de trois fmeux crevés.

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LES TEXTES ET LEURS CARACTÉRISTIQUES

C'est presque une banalité de répéter que la seule manière adéquate de visiter certaines régions, c'est de les parcourir à pied. D'abord parce que la marche en elle-même aiguise à la fois l'appétit et l'intellect autrement que les coussins d'une automobile, et plact naturellement le. voyageur dans un état de réceptivité qui multiplie l'intérêt de. tout ce qu'il rencontre. Ensuite, parce que ce moyen-là est lent, il exige un effort personnel, permet d'entrer en contact avec, les choses et les gens d'une manière progressive et. intime. Et ceciest encore plus agréable qu'ailleurs en montagne, où l'extrême diversité des aspects, l'abondance des détails pittoresques ou humains sont dignes d'attirer à chaque instant l'attention de l'observateur. À pied, un arbre est un arbre, avec sa peau rugueuse, une fourmillière peut-être entre deux racines et un écureuil charbonnier dans les branches. En voiture, c'est une ombre parmi des centaines d'ombres toutes pareilles, quelque chose qui ne mérite même pas un regard. A pied, tout prend un sens, tout chante son petit couplet. Chaque brin d'herbe a son criquet ; une montée monte. Une source, c'est une aubaine délicieuse. Un faucheur dans un pré, c'est un homme et non un vague accessoire à peine entrevu, fs. monde se subdivise à l'infini, révêle à chaque seconde des visages dont on ne soupçonnait même pas l'existence, éveille l'intérêt par cent détails inattendus. Mais la vitesse unifie tout... (Extrait de Samivel. — l'Amateur d'abîmes. — Stock, 1981).
© Éditions Stock

CARACTÈRES GÉNÉRAL ET SPÉCIFIQUE
Une dernière phase d'analyse d'un texte en distingue le caractère général, spécifique et temporel. Texte de type générai Un tel écrit traite d'un sujet dans sa globalité, hors du temps ou de l'espace. La situation décrite est large, « relativement universelle », et peut être comprise sans qu'il soit besoin de connaître la personnalité de l'auteur ou les circonstances qui l'ont conduit à écrire. Il s'agit le plus souvent d'un texte de type descriptif n'exigeant pas de l'analyste une connaissance préalable du sujet. Par exemple, dans les Jeux et les Hommes, Roger Caillois traite du jeu sous toutes ses formes et tous ses aspects ; le jeu est ici thème d'étude exclusif. Texte de type spécifique 11 traite d'un sujet dans des circonstances qui exigent de le situer dans un contexte historique, économique, culturel, etc. pour en comprendre toute la portée. L'analyste doit tenir compte de la personnalité de l'auteur et des références éventuelles à la situation particulière décrite. Par exemple, dans un grand nombre de ses ouvrages sur le développement psychologique des enfants, Jean Piaget traite du jeu comme aide à ce développement ; dans cet esprit, il expose quels jeux sont favorables à quels âges et pour quels développements. Notons que le contenu du texte peut traiter du passé, du présent, se projeter dans le futur ou couvrir l'un, l'autre ou les trois ensemble. L'étude du document (contenant ou signifiant) et du texte (contenu ou signifié) permet à l'analyste d'identifier l'environnement culturel de ce qu'il doit traiter. Avant de résumer et/ou d'indexer, l'analyste peut s'interroger sur : - la place propre de l'auteur dans la façon de transmettre l'information (ou contenu) ; - la place propre du lecteur dans la façon de recevoir, comprendre et réduire l'informât ion.

6.4 - Appliquez la même grille au texte « Les effets violents de la télévision » (p. 227). Commentaires en page 269.

LES TEXTES ET LEUR CONTENU LIRE ET COMPRENDRE

Les textes et leur contenu
Après avoir identifié la forme du document et l'intention de son auteur, l'analyste doit s'attacher à la compréhension du texte et au public auquel il est destiné.

ration ? En effet, le rôle du documentaliste n'est pas d'accumuler des connaissances pour lui-même, mais de les reconnaître, de les sélectionner et de les mettre en forme pour autrui. La mémoire du lecteur spécialiste (chercheur, ingénieur, etc.) sélectionne les savoirs dans un certain domaine de recherche ou d'intérêt, les compare aux acquis, les assimile ou les rejette. C'est une capitalisation en vue d'un projet personnel qui fait appel à une mémoire longue (ou à long terme) et approfondie. Celle-ci constitue un stock de connaissances de longue durée, alimenté et renforcé régulièrement. La mémoire du documentaliste est d'une autre nature. La sélection des savoirs s'effectue en vue d'ajouter de nouvelles références à un ensemble documentaire organisé. C'est une mémoire de travail, courte mais étendue, enfouie après chaque traitement, mais réactivée par chaque nouveau texte. Avec l'expérience, la mémoire du documentaliste devient souvent une mémoire longue.
Inférence

LA COMPRÉHENSION DU CONTENU

La question a déjà été posée (cf. p. 27-28) : que sait-on sur le sujet '? L'aide d'un spécialiste, nécessaire au début, doit permettre d'élargir la question à : «Que pouvons-nous connaître» quand nous lisons 4 ? Quand il décrit la posture du « lecteur modèle », Umberto Eco parle des « mouvement coopératifs actifs et conscients de la part du lecteur », coopératifs car « un texte est un mécanisme paresseux qui vit sur la plus-value de sens qui y est introduite par le destinataire [...] un texte veut que quelqu'un l'aide à fonctionner [...] un texte est émis pour quelqu'un capable de l'actualiser' ». Dans sa première lecture, dans sa rencontre avec le texte, l'analyste met en activité non seulement la structure de ses connaissances acquises, mais aussi tout un processus psychologique de perception, de mémorisation, d'inférence h . Perception Le repérage visuel, première appréhension d'un texte, induit la perception d'une forme, mais aussi de signes, et l'analyste, comme tout bon lecteur professionnel, reconnaît dans un même temps les « signes connus dans les signes vus 7 ». Cette reconnaissance s'appuie sur une sorte de banque de données personnelle, ce qu'Eco appelle « sa propre encyclopédie », variable selon les cultures et les expériences. Mémoires Cette banque de données mentale, comme toutes les autres, est activée au moment où l'on en a besoin, en faisant appel à la mémoire. . Mais s'agit-il véritablement de mémoire ? Ne s'agit-il pas de remémo-

La perception et l'activation de la mémoire entraînent l'inférence, les relations entre savoirs, la mise en route d'une connaissance documentaire de plus en plus organisée, consciente, construite, à l'opposé d'une « culture mosaïque : morcellement des connaissances qui, privées de leur cadre, ne permet pas de caler les éléments de la mosaïque entre eux, de reconstruire celle-ci, c'est-à-dire d'établir des relations entre les choses sues* ».

La compréhension des textes repose donc sur un processus intellectuel complexe, éclairé par les sciences cognitives. Isabelle Monday explique bien comment les schémas intellectuels que chacun se fabrique « font office de structure de la mémoire humaine. Ils permettent aux individus d'encoder sous une forme ou une autre la* réalité les entourant et, par le fait même, d'emmagasiner l'information perçue.

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Aussi la somme de connaissances de chaque individu résulte-t-elle de cet encodage [...] continuellement stimulé par son environnement, l'individu incorpore à ses schémas personnels l'information perçue dans son milieu ' ». Le champ de la compréhension est donc plus large que le savoir brut. Au fur et à mesure que l'expérience professionnelle s'intensifie et s'approfondit, l'analyste augmente sa capacité de perception, de mémorisation et d'infércnce. Il devient, de ce fait, plus à même d'anticiper, de pondérer, de relativiser l'importance de tel ou tel texte, de repérer les vraies innovations, de sélectionner l'information utile.

L'histoire d'un terme en éclaire la teneur : né du latin, l'ancien français enformer signifie à la fois « donner une forme à » et « instruire de ». Entre le xn e et le xvr siècle, le mot véhicule les deux sens : « façonner, donner une forme » et, au figuré, « représenter idéalement, former dans l'esprit, se faire une idée de ». Si, au fil du temps, le premier sens a été oublié, le second trouve son essor d'abord dans le vocabulaire juridique : l'information est « enquête judiciaire ». « renseignement obtenu de quelqu'un ». De cette dernière définition, on arrive à « renseignement obtenu sur quelqu'un », « action de prendre des renseignements... que l'on porte à la connaissance du public ». d'où l'introduction du terme dans le monde de la presse. Puis, en anglais, information donne naissance à « élément ou système pouvant être transmis par un signal ou une combinaison de signaux », définition composante de la théorie de l'information puis de l'informatique et, par là, résurgence de la « forme » '•. Le terme est employé dans de nombreux champs disciplinaires (systémique, cybernétique, écologie, biologie, génétique...) et porte, chaque fois, l'ambiguïté native de la forme et de l'idée. Peut-on les dissocier ? Les chercheurs de la Gestaltlheorie rappellent que tout signe perceptif est subordonné à une structure, une forme. La linguistique a formalisé le signifiant (forme) et le signifié (idée). Par exemple, le mot « chaîne » évoque de multiples représentations (collier, bracelet, mais aussi forçat, arpentage ou amarrage...), alors que son seul et unique signifiant est formé d'une « chaîne » de caractères ! Si l'on tenle d'identifier la spécificité de l'information documentaire. c'est certainement en insistant sur l'aspect du sens, de l'idée, en tant que signification, élément de connaissance. Pour l'information documentaire, le signifié est plus important que le signifiant (à la différence de l'informatique), l'énoncé est porteur de sens et non seulement de codes (à la différence de la cybernétique). L'élément de connaissance n'est pas détérioré par le temps (à la différence du journalisme) et n'a pas pour principal objectif d'apporter

L'USAGE DU CONTENU
Ce paragraphe pourrait tout aussi bien s'intituler « Essai de définition de l'information documentaire »... ... « Apprendre à lire, c'est apprendre à comparer, extrapoler, anticiper, induire, déduire, argumenter [...] il s'agit bien, lorsque je lis un texte, de savoir ce que j'en lis. I0 » « Ce que j'en lis » ou « Ce que je vais tirer de cette lecture en vue de son usage », ce qui — dans le texte — peut être considéré comme information, et comme information documentaire. Le mot « information » fait partie du langage courant et le grand public assimile le plus souvent « les informations » aux journaux télévisés. Mais on parle aussi des « industries de l'information », de la « société de l'information», du «coût de l'information» sans oublier la « désinformation », la « surinformation » ou la « sous-information »... Ce concept a été et sera étudié et approfondi dans des cadres plus élaborés que celui de ce manuel. On peut ici, toutefois, tenter de définir ce que pourrait précisément être l'information documentaire dans le contexte d'une définition de l'analyse documentaire, et en quoi cette information documentaire différerait d'autres types d'informations".

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LES TEXTES ET LEUR CONTENU

une preuve (à la différence du droit). Enfin, l'information documentaire, en devenant virtuelle, prend une forme numérique ou optique et se dissocie de la contingence du document classique (à la différence des bibliothèques et des archives, lieux de conservation et de traitement des objets formels). Les énoncés porteurs de sens sont-ils tous de l'ordre de l'information documentaire ? et de quel sens s'agit-il ? Rien n'est mieux partagé que le sens commun, ou le bon sens, né d'une information perçue à partir d'une réalité immédiate et sensible, subjectivement jugée. Ainsi l'opinion publique, renforcée par des médias aux investigations limitées, verse des larmes sur la destruction des forêts d'Amazonie, « poumons de la terre », et prédit l'asphyxie lente mais sûre de notre pauvre planète. Or, en l'état des connaissances actuelles, « des forêts comme l'Amazonie ou la forêt tropicale africaine, en réalité, ne produisent pas d'oxygène [à l'ensemble de la planète], mais se contentent de le recycler, en même temps que le carbone. Prétendre qu'elles fournissent de l'oxygène consiste à confondre la forêt avec son feuillage en ignorant son sol réducteur"». Cet exemple illustre la différence entre une pseudo-information commune véhiculée sans vérification, et la véritable connaissance justifiée par des scientifiques qui y engagent leur responsabilité. La connaissance sensible manque, en effet, d'esprit critique et de vérification. Marie-France Blanquet inclut, dans ce type de connaissance, les informations publicitaires et journalistiques ainsi que les pseudo-sciences, en les opposant aux informations relevant de la connaissance scientifique, qui s'applique à « réduire le sensible à l'intelligible M ». En développant avec clarté les trois genres de connaissance sensible, scientifique et philosophique (tels que les a distingués Spinoza) —, Blanquet souligne la « matière première fort complexe » sur laquelle les documentalistes ont à travailler. Mais elle distingue bien la connaissance implicite -— « non énoncée [...] née de l'affectivité, de la croyance, de l'expérience ou de l'intuition » -- des « connaissances explicitées et inscrites », rcconnaissables par « la

forme, la nature, le volume » 15 . Elle fait la différence avec la connaissance explicite qui s'applique à l'information scientifique et technique vérifiée mais qui n'est pas toujours enregistrée, « inscrite », formelle, comme l'est la science de la documentation. Peut-on mesurer l'information documentaire en fonction de son impact ou de sa valeur ? Dans une excellente étude, Michel J. Menou propose un intéressant modèle conceptuel de mesure et d'évaluation de l'usage de l'information. Mais c'est la façon dont il cherche à en élargir le concept qui nous intéresse ici. Il s'appuie sur les cinq degrés de la pyramide de Maslow "' concernant les besoins essentiels de l'être humain, en mettant en regard les différents niveaux d'intérêt de l'information, de la simple reproduction à l'aide qu'elle apporte à chacun, puis aux possibilités de clarification et d'enrichissement qu'elle propose dans le cadre social ou individuel, enfin à la possibilité pour toute personne d'écrire, de produire de l'information et d'en tirer un sentiment de satisfaction et d'accomplissement. Pour lui, l'information est latente, repérable par ceux qui en ont vraiment besoin, et sa valeur documentaire est fonction de la façon dont on en tirera du sens : « A message recognized only at thé semantic and syntactics levels wil! hâve no, or limited, e/Jéct.IT » C'est bien le sens qui constitue le pivot de son intérêt, mais le sens utilisable et utilisé. La sélection des textes à traiter repose donc sur l'identification d'une information documentaire vérifiée, analysée, et mémorisée en vue de sa diffusion. Cette information ne peut être isolée, mais située dans un ensemble d'autres informations de même type, traitées de façon cohérente ; elle n'a d'intérêt que porteuse de sens en vue de répondre à des besoins déclarés. Comment, alors, à partir d'une « matière première complexe », chercher un sens repérable par chaque individu, en fonction de ses besoins propres ? Considérée ainsi, l'analyse documentaire revêt tous les caractères d'une gageure. Chaque analyste est encouragea soutenir ce défi, à l'aide de quelques méthodes et techniques, mais surtout grâce à ses propres qualités de réflexion.

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COMMENT LIRE ?

Comment lire ?

Selon l'expression consacrée, l'analyste est invité à « survoler » le contenu d'un texte. Mais survoler ne signifie pas jeter un coup d'œil rapide et aléatoire. La lecture documentaire exige au contraire qu'on « lise » vraiment certains passages du texte choisis en connaissance de cause, puisque l'on en survole ensuite l'ensemble île façon consciente. Chaque support requiert un mode de lecture différent : on n'analyse pas de la même façon l'article d'une revue scientifique et une monographie. Toutefois, il existe certaines constantes qu'il est utile de rappeler, dont le but est la recherche des idées directrices. Comment définir l'idée principale ou directrice ? Isabelle Monday pose cette question dès le début de son article déjà cité et elle y répond en insistant sur l'importance des processus cognitifs. Ceux-ci ont été succinctement exposés au paragraphe précédent. Il s'agit maintenant de propositions beaucoup plus concrètes, mais qui n'ont de valeur que liées aux réflexions précédentes.

Cette pratique permet, en outre, à l'analyste de mesurer sa connaissance de la littérature d'un domaine, en repérant très vite que telle revue développe une politique éditoriale pertinente tandis que telle autre cultive une certaine fantaisie. On découvre alors que certaines revues d'apparence rébarbative sont beaucoup plus faciles à traiter, grâce à leur rigueur, que d'autres, au premier abord plus séduisantes. Le résumé d'auteur Le résumé d'auteur doit être lu s'il existe, mais il ne saurait remplacer le résumé documentaire (cf. p. 125). Il sert de point de départ en exposant le sujet de l'article, selon son auteur. L'analyste commence ainsi à construire une trame de contenu, d'autant plus qu'il est, normalement, capable de distinguer s'il s'agit d'un texte de type descriptif, problématique ou théorique. Le chapeau Dans la presse et, de plus en plus, dans les revues scientifiques, on peut trouver un chapeau présentant le contenu des articles jugés importants. Dans certaines revues, ce chapeau suffit à résumer l'article. Les intertitres Ayant ainsi pris connaissance du ou des sujets exposés par l'auteur, l'analyste en vérifie la conformité avec les intertitres. Ceux-ci peuvent servir de guide efficace ou, au contraire, mettre en vedette des éléments insignifiants mais accrocheurs (attention aux articles de presse !). Leur intérêt est donc aléatoire. Les mots en exergue Les mots soulignés ou en italique sont assimilables aux intertitres : ils peuvent indiquer le sujet principal d'un paragraphe, se révélant très utiles sur ce plan, mais ils peuvent également valoriser une opinion ou un aspect soulignés par l'auteur, et dans ce cas détourner l'analyste de la recherche de l'information principale.

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LECTURE DOCUMENTAIRE D'UN ARTICLE
La lecture documentaire d'un article (document le plus souvent analysé en documentation) exige, en premier lieu, d'observer le contenant (cf. p. 38-44). Cette pratique, qui peut sembler rébarbative au début, devient progressivement naturelle et entre dans la méthode d'analyse sans même qu'on en soit conscient, à la manière de Monsieur Jourdain qui s'émerveillait de parler en prose. Puis on feuillette l'ensemble du texte pour évaluer sa construction typographique, ce qui permet de déceler immédiatement la présence éventuelle d'un résumé d'auteur, de sous-titres ou intertitres, de mots soulignés, de toutes sortes d'accrochés qui attirent l'œil.

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COMMENT LIRE ?

Les paragraphes de tête La présence de ces éléments ne dispense cependant pas de lire les trois premiers paragraphes, le dernier, et éventuellement l'avant-dernier paragraphe de l'article. Les paragraphes d'introduction doivent normalement présenter, dans l'ordre ou le désordre : - les idées directrices qui seront développées ainsi que les intentions, les objectifs de l'auteur ; - le contexte dans lequel ces idées sont présentées ; - quelques exemples pour les illustrer (surtout dans la presse). Si l'analyste ne parvient pas à repérer les points importants d'un texte à la fin du troisième paragraphe, il est probable que l'ensemble de l'article manque de corps et de rigueur, et qu'il témoigne d'un phénomène couramment appelé «délayage», entraînant une perte d'information pour le lecteur, et une perte de temps pour l'analyste. Un article préalablement sélectionné en raison de son titre prometteur doit, à ce momentlà, être banni du traitement. Cependant, il peut exister certaines exceptions, en particulier si l'article en question a été écrit par un membre de l'entreprise ; cela ne devra pas, pour autant, faire oublier à l'analyste que, en l'occurrence, le champ « auteur » sera le plus interrogé, et que les champs « résumé » et « indexation » peuvent être simplifiés. Les paragraphes de fin Les derniers paragraphes, ou paragraphes de conclusion, font en général écho à ceux de l'introduction, mais ils ont été enrichis par l'apport de l'article, ce qui fait dire à certains qu'il est préférable de lire la conclusion avant l'introduction. Malheureusement, les conclusions sont souvent rapides et pleines de tous les regrets de l'auteur : on y trouve fréquemment les idées « à venir » et non pas celles qui ont été exposées. C'est pourquoi la conclusion ne représente pas obligatoirement ce qu'il faut lire absolument, alors que l'introduction permet à l'analyste de poser des « hypothèses de lecture » (cf. p. 68-69).

Exercice 7 - Lecture documentaire d'un article Pour les deux textes proposés, la consigne est la même : lisez de façon documentaire (voir les deux chapitres précédents) et repérez les idées directrices des trois premiers paragraphes.

7.1 - Texte : « Les effets violents de la télévision » (cf. p. 227).

7.2 - Texte : « Les droits d'auteur des œuvres numériques ». Pour la Science, septembre 1996, n° 227. Depuis 1926, des millions de lecteurs ont adoré l'histoire de Winnie l'Ourson et de ses amis. Aussi n'est-il pas surprenant que James Milne (enseignant de l'Université de. l'iowa, sans relation avec A. Milne qui créa ces histoires) ait vmtlu mettre Winnie l'Ourson sur le Web, le réseau d'information mondial véhiculé par Internet : dans un ordinateur relié au réseau, il plaça quelques fichiers de texte et d'image, permettant ainsi à tous Ifs enfants équipés d'ordinateur de découvrir ces charmantes histoires. En avril 1995, peu de temps après la création de ce. site weh, J. Milne reçut une lettre polie de la société E. Du/ton, qui détient les droits d'exploitation du texte et des images de Winnie l'Ourson ; il y était indiqué que, smis peine de poursuites judiciaires, If site devait être fermé. Vers la même éf>oque, un livre narrant la vie privée de François Mitterrand était interdit de diffusion en France. Il réapparut sur Internet peu de, temps après, sans que personne puisse s'opposer à sa dissémination numérique. Comment la loi doit-elle réglementer If, fonctionnement du réseau ? Certains fanatiques du réseau Internet prônent une. liberté totale de l'information, mais il'autres pionniers du réseau soutiennent que son avenir passe par le contrôle et la facturation de chaque information qui y transite. Comment les institutions légales et culturelles réagiront-elles ? ]f.s lecteurs de demain seront-ils encore autorisés à feuilleter les livres numériques sur Ifs réseaux informatiques comme ils le font pour les livres et magazines classiques dans les librairies ? Pourront-ils emprunter des ouwages dans des bibliothèques virtuelles ? lœs auteurs, les éditeurs, les bibliothèques et les Etats débattent encore ces questions. t
6 Pour la science

Voir commentaires en pages 270-271.

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COMMENT LIRE ?

LECTURE DOCUMENTAIRE D'UNE MONOGRAPHIE
La lecture documentaire d'une monographie est plus aisée. Après avoir pris connaissance du titre (et du sous-titre, quelquefois plus explicite), du nom du ou des auteurs, de la date (est-ce une nouvelle édition ?), de l'éventuelle collection, d'une mention éventuelle de traduction, on dispose presque toujours d'une table des matières ou d'un sommaire qui présente le plan de l'ouvrage, sa colonne vertébrale en quelque sorte, sur laquelle repose toujours le travail de repérage de l'information utile (cf. chapitre iv, p. 73-93). La lecture de l'introduction doit confirmer l'organisation du sommaire. Les notices de quatrième de couverture ont un objectif commercial ; qu'elles soient lues attentivement ou survolées n'a pas de rapport avec leur crédibilité.
'

sens général développé par l'auteur et sur les informations utiles à présenter dans le résumé ou l'indexation. Le survol du texte est donc soutenu par ces premières impressions et a pour objectif de les confirmer ou de les infirmer. Dans ce dernier cas, la recherche des idées directrices n'a pas été bien menée, ou le texte est mal construit, ce qui ne plaide pas en sa faveur. Le survol est donc une activité dynamique : l'analyste est sur une piste et il doit en contrôler la vraisemblance ; il part d'hypothèses et non d'affirmations. 11 va interroger le texte pour obtenir des réponses, ce qui est la meilleure façon de l'exploiter. Chaque texte est une découverte ; chaque lecture est singulière ; chaque analyse correspond à un objectif. Celui qui aborde tous les textes de la même manière, sans tenir compte de leur spécificité ou des réponses particulières qu'ils peuvent offrir, se conduit tel le client pressé qui consomme tous les plats offerts par un restaurateur comme un même brouet sans goût. L'analysie doit se mettre dans la situation de l'utilisateur final, et c'est bien ce qu'on attend de lui car un texte est un réservoir de réponses, et c'est dans cet esprit qu'il doit être lu.

Il peut être intéressant de sonder des passages de deux ou trois chapitres. Si l'on connaît le sujet, on peut évaluer la qualité de l'exposé ; si on ne le connaît pas, on peut juger au moins la clarté de la prèsentalion, la précision du vocabulaire et le degré de compréhcnsibilité. Toutes les monographies, cependant, ne présentent pas de table des matières explicite. Une lecture plus approfondie devient alors irnpérative et doit être incluse dans l'organisation du travail et la gestion du temps. Cette lecture presque complète sera de moins en moins nécessaire à mesure qu'augmentera l'expérience de l'analyste. Mais les débutants doivent l'accepter, et même la considérer comme un investissement pour le futur. Les hypothèses de lecture se révèlent alors très précieuses.

NOTtS 1. Source : (30], p. 285. 2. Préface de Louis Armand pour [82]. 3. Toutes ces définitions doivent beaucoup à quelques manuels de langue française, parmi lesquels : [67], [68], [48], 4. Source : [14]. p. 23 et suiv. 5. Source : [33], p. 63-64. « Le lecteur modèle », chapitre Ml de cel ouvrage, mérite une lecture approfondie. 6. Source : [27].

LES HYPOTHÈSES DB LECTURE

II y a hypothèses de lecture quand un texte est lu en fonction des réponses qu'il peut apporter... car un texte ne répond que si on l'interroge. C'est le repérage visuel (mise en pages, ponctuation), puis l'étude progressive du contenu (catégorie d'intérêt, types de textes, recherche des idées directrices) qui apportent à l'analyste ces hypothèses sur le

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ANNEXE PÉDAGOGIQUE 7. Source : [72], 8. Source : [14], p. 53. 9. Source : [64], p. 57. 10. Source : [79], p. 65-66. 11. Voir en particulier [41], p. 13 et suiv. 12. Source : [31]. 13. Source : [36], p. 200. Les mots sont en italique dans le texte original. 14. Source : [14], p. 32 et suiv. 15. Source : [14], p. 48 et suiv. Exercice 8 - Lecture documentaire d'une monographie Pour vous exercer à lire de façon documentaire une monographie, comparez les ensembles présentés en pages 233-245, extraits de : - Gros temps sur la planète (Jean-Claude Duplessis, Pierre Morel. - Éditions Odile Jacob, 1990) ; -Le grand remue-ménage : la crise de la famille (Evelyne Sullerot. -Fayard, 1997); - La Méditerranée : l'espace et l'histoire (sous la dir. de Fernand Braudel. — Flammarion, 1995). Ces trois extraits correspondent à peu près au survol des livres eux-mêmes (page de titre, sommaire, avant-propos ou introduction). Il vous est demandé de : * Comparer ces extraits. • Formuler des hypothèses de contenu à partir des éléments fournis. • Faire cet exercice en 6 minutes maximum. • Choisir la monographie qui semblerait la plus facile à analyser. Commentaires en pages 271-273.

"

16. Source : [60]. 17. Source: [62], p. 482.

CHAPITRE IV
LA LECTURE DOCUMENTAIRE : STRUCTURE ET VOCABULAIRE

La lecture documentaire — survol et compréhension — permet de poser des hypothèses de contenu. Le lecteur professionnel qu'est l'analyste est prêt à interroger le texte comme il le ferait d'une personne. Pour approfondir l'étude, il va s'aider de la construction grammaticale. Celle-ci est liée à des modalités propres à certains textes (juridiques, médicaux, etc.) ; elle est matérialisée par des mots de liaison, véritables indicateurs du déroulement du discours, permettant de repérer la construction logique (dialectique, déductive, inductive), préalable à la recherche du plan. L'énoncé utilise un vocabulaire représentatif du contenu, les verbes soutenant l'action et les substantifs les thèmes. Cette interrogation du texte poursuit également un but défini : en quoi ce contenu, ces thèmes vont-ils être utiles aux usagers ? Peuvent-ils enrichir un sujet, conforter une opinion, apporter une opinion contraire par la confrontation de différents points de vue ? Le texte inutile aurait déjà été rejeté, mais ce texte sélectionné, quel est son véritable intérêt ?

Trouver l'information utile : la recherche d'un plan Un premier survol a permis de repérer le type de texte en le situant dans un environnement documentaire connu, c'est-à-dire dont le domaine, ou la notoriété de l'auteur, de la revue, de la collection, etc., assurent un intérêt réel pour son utilisation future. La recherche de l'information utile dans un texte s'appuie d'une part sur les mots, fa formulation des idées, c'est-à-dire l'étude du vocabulaire employé, d'autre part sur les phrases, les paragraphes, Vorganisation des idées, c'est-à-dire la structuration, le plan de l'article. En fait, les deux opérations mentales d'analyse (identification des mots) et de synthèse (repérage du plan) sont exécutées de pair, dans un vaîet-vient incessant entre les deux lobes du cerveau. Quel que soit le texte, l'opération se déroule en trois temps.

STRUCTURE ET VOCABULAIRE

L'ÉLABORATION DE GRILLES DE LECTURE

1. Lire, observer, comprendre : - lire l'introduction (normalement clé du texte, dans la mesure où elle annonce les points essentiels qui seront développes) ; - à partir de cette lecture, identifier les idées directrices et poser des hypothèses ; - vérifier ces hypothèses en observant l'organisation typographique du texte, puis par un survol rapide du contenu. 2. Repérer l'organisation des idées directrices : - chaque idée directrice repérée est considérée comme une unité d'information ou un « item » ; - chaque item fait partie d'un champ lexical à identifier grâce à des mots ou phrases clés (vocabulaire) ; - chaque item est articulé au suivant grâce à des mots de liaison ou à des tournures de phrase annonciatrices du déroulement logique (plan). 3. Préparer l'écriture documentaire : - le texte primaire imprimé étant destiné à d'autres lecteurs, il ne doit jamais être surchargé d'aucun signe ; - selon les types de textes, les choix personnels, ou encore l'expérience acquise, on peut élaborer des grilles de lecture, prendre des notes, souligner les passages importants au crayon à mine de plomb, en n'oubliant pas d'effacer toute marque visible à la fin du travail. A l'issue de la deuxième phase, l'analyste est en mesure de maîtriser les « structures sémantiques du texte » ' : - la micro-structure, ou le niveau primaire du discours ; - les liens lexicaux entre les termes ; - la cohérence sémantique assurée par les mots d'articulation (cf. p. 84) ; - la progression thématique, ou développement logique du discours ; - enfin, la macro-structure ou organisation générale du texte. Pinto-Molîna 3 parle également des structures du texte et en distingue trois niveaux : - la micro-structure, ou structure de surface, qui est effectivement le texte primaire imprimé ; - la macro-structure, ou structure profonde, ce qu'elle appelle la « sève » du texte, après avoir comparé celui-ci à un arbre ;

- la superstructure, ou structure rhétorique : « type of conventional production scheme to which texf is adapied », ce qui nous renvoie d'une part à un essai de taxonomie des textes (cf. p. 49-57), et d'autre part à l'idée que ces textes sont construits selon des schémas, ce que Monday appelle des « grammaires du récit », 11 est vrai que la séquence type d'une recherche expérimentale va suivre à peu près le schéma suivant : sujet, objectifs, méthodologie. expérimentation, hypothèses, résultats, conclusion... Selon les types de textes et les champs disciplinaires, on peut repérer des « grammaires du récit » en chimie, en pharmacie, en médecine, en statistiques, en économie, par exemple. Mais chaque domaine peut se prévaloir de schémas classiques, ou au contraire toujours renouvelés, ce qui est surtout le cas dans les sciences humaines. H peut être intéressant pour les unités documentaires très spécialisées d'élaborer des grilles de lecture adaptées à leur type d'information dominant. Pour l'étudiant, il est recommandé de commencer par des grilles de lecture standard.

L'élaboration de grilles de lecture

L'analyste débutant doit pouvoir s'aider de quelques outils qui faciliteront sa démarche. Au fur et à mesure qu'il acquiert de l'expérience, il pourra soit les abandonner, soit les modifier pour son usage propre, selon son champ disciplinaire, la typologie des documents et des informations à traiter, les produits à fournir, les besoins à couvrir. Les trois grilles ci-après sont chacune suivies d'un exemple permettant une claire visualisation de leur principe. Les textes en question ont été choisis car ils ont l'avantage d'être courts et faciles à lire ; ils sont donc propices à l'illustration. Toutefois, on ne traite jamais de façon aussi approfondie des articles de ce niveau parce qu'ils n'ont pas vocation à être conservés, sauf dans

STRUCTURE ET VOCABULAIRE

L'ÉLABORATION DE GRILLES DE LECTURE

des services de documentation de presse dont les politiques documentaires diffèrent des services de documentation à vocation scientifique.

1" item exposé 1" item rejbf mule - 1" item complété (1" complément) - - 1 er complément du l t f item illustré - \" item complété 12' complément) 2e complément du 1" item, lui-même complété TRANSITION (souvent un très court paragraphe) concluant le premier item et annonçant le second 2* item exposé 2' item reformulé - 2e item complété (1 e 1 complément)

GRILLE DE LECTURE POUR UN TEXTE DESCRIPTIF {INSPIRÉE DE [24])
La structuration d'un texte descriptif est généralement la plus facile à repérer. L'analyste relève les idées directrices (ou items principaux) au fur et à mesure de leur apparition dans le texte. Si l'introduction a fait apparaître deux items, on fait l'hypothèse de deux têtes de chapitre. La grille de lecture correspondante est présentée ci-contre.
L'introduction

1.2 1.21

etc.

L'introduction permet d'identifier les unités d'information, ou items, qui seront soumis à divers enrichissements : - exposition-formulation : chaque item est formulé et représente une partie des idées qu'exposé l'auteur ; chacun est lié au précédent et au suivant dans l'enchaînement du plan sous-jacent ; reformulation : tout item important est répété sous une autre forme. La redondance est un signal donné par l'auteur ; - complément d'information : tout item peut être complété par des sous-items dépendants dont le sens est lié à celui de l'item principal (cf. hiérarchisation des idées, notions, sous-notions, etc.) ; illustration de l'information : tout item peut être illustré par des citations, expériences, preuves, exemples, schémas, images, anecdotes... (jamais repris dans un résumé, sauf rares exceptions).
La conclusion

Application de celte grille au texte : « Le brevet d'invention ». — Le Monde, mars 1984.

La conclusion est, quant à elle, partielle pour chaque item, servant quelquefois de transition, mais complète pour la fin du texte, ayant valeur de synthèse et d'ouverture grâce aux nouveaux approfondissements apportés par l'auteur au thème.

Si le Français a la réputation d'être débrouillard il est moins sûr qu'il soit véritablement inventif. En effet, seuls 25 % des brevets déposés chaque année en France appartiennent aux nationaux. Les Allemands déposent chez eux trois fois plus de brevets ; les Américains près de six fois plus. Pourtant, le brevet d'invention est une arme déterminante dans la compétition industrielle. Toute personne physique, l'inventeur, ses héritiers, ses ayants droit, ou toute personne morale légalement déclarée, peut déposer un brevet. Mais attention : une idée, même géniale, n'esl pas protégeable en tant que telle si elle ne répond pas à certaines conditions. lit pour qu'une demande aboutisse à un brevet, il faut qu'elle décrive très exactement le problème envisage, la solution inventée et les moyens de réalisation technique de celle-ci Qu'est-ce qui est brevetahle '.' « Ttiute invention ntiinvllc qui implique

INTRODUCTION contexte de l'article : siluation quantilative de la France face aux puissances occidentales importance du brevet d'invention dans la compétition industrielle ITEM ! - Dépôt d'un brevet Conipl. 1 . 1 : qui peut déposer ? Compl- 1.2 : conditions de dépôt

Compl. 1.3 : que peut-on déposer ?

STRUCTURE ET VOCABULAIRE

L'ÉLABORATION DE GRILLES DE LECTURE

-

une activité inventive par apport à ta technique el qui est susceptible d'application industrielle. » C'est l'INPI (Institm national de la propriété industrielle), organisme de service public placé sous la tutelle du ministère de l'Industrie et de la Recherche, qui a pour mission d'enregistrer et d'examiner les demandes, de délivrer el conserver les brevets. Les moyens d'information mis à la disposition du public par l'INPI ont été considérablement développés, et c'est à cet organisme qu'il faut s'adresser en priorité pour se procurer le Guide du déposant de brevet, ainsi que tous tes textes législatifs en vigueur. Trois titres permettent de protéger une invention : le brevet d'invention assure une protection de vingt ans (renouvelable) à dater du |our du dépôt de la demande, sous réserve du paiement d'une taxe annuelle pour son maintien en vigueur. Dans ce cas, un avis documentaire établi par l'INPI cite les antériorités susceptibles d'affecter la breviabilité de l'invention. Ce document est important : lui seul permet d'apprécier l'opportunité d'effectuer d'autres dépôts de brevets à l'étranger. On peut néanmoins s'en tenir au certificat d'utilité : la protection, sans avis documentaire, ne dîne alors que six ans. Le certificat d'addition rattaché au brevet ou au certificat d'utilité protège un perfectionnement de l'invention principale. Combien coûte un brevet d'invention français ? 2 900 francs de taxes de dépôt el d'établissement d'avis documentaire, auxquels viennent s'ajouter la taxe de délivrance (500 francs) et les taxes annuelles (progressives) pour le maintien du brevet. Ceux que les formalités relatives à l'obtention du brevet d'invention rebutent peuvent, recourir à un mandataire professionnel. Les conseils en brevet jouent ce rôle : leur profession est organisée par décret et ils sont groupés au sein d'une compagnie nationale (liste sur demande auprès de l'INPI). Il faut envisager des honoraires de 3 000 à 5 000 francs pour rémunérer l'intervention de ces spécialistes. Les inventeurs qui nourrissent d'autres ambitions peuvent également demander une protection européenne qui confère à son titulaire, dans chacun des pays contractants pour lequel il a été délivré, les mêmes droits qu'un brevet national délivré dans ce pays. L'ANVAR (Agence nationale pour la valorisation de la recherche) vient en aide financière aux inventeurs à condition qu'ils aient pour objectif l'ex-

Compl. 1.4 : où dcpose-t-on ?

1.41 : rôle de l ' I N P I

ITEM 2 - Protection d'un brevet Compl. 2.1 : brevet d'invention

ploitalion industrielle ou commerciale de l'invention. Cet organisme agit également comme conseil et permet aux inventeurs et au» peines entreprises de mieux appréhender les problèmes que soulève l'exploitation de leurs trouvailles. Ces difficultés sont nombreuses... Des fortunes ont certes clé construites à partir d'invenlions parfois techniquement simples, qu'il s'agisse de la fermeture à curseur (4 millions de kilomètres produits chaque année dans le monde) ou de l'attache trombone (production mondiale : 26 milliards d'unité). Mais les enthousiasmes impétueux risquent fort d'être déçus : sur cent brevets déposés à l'INPI, un .seul est réellement exploité.

CONCLUSION

[illustrations]

G Le Monde

GRILLF, DE LECTURE POUR UN TEXTE PROBLÉMATIQUE (INSPIRÉE DE [22])
Compl. 2.2 : certificat d'utilité Oonipl. 2.3 : certificat d'addition

ITEM 3 - Coût d'un brevet Compl. 3.1 : taxe de dépôt Compl. 3.2 : taxe de délivrance Compl. 3.3 : taxe de maintien

La grille précédente renvoie aux plans classiques d'organisation logique du discours, très repérable grâce aux mots d'articulation (cf. p. 84). La plupart des textes descriptifs suivent ce plan sans variantes excessives, donc applicable au texte problématique en l'assortissant des questions suivantes :

Quelle est la situation décrite ? ITEM 4 - A i d e s Compl. 4.1 : conseils • En quoi est-elle problématique ? Quel(s) est (sont) 1c(s) problème(s) ? • Y a-t-il recherche des causes, exposition des conséquences du (des) problème(s) ? • Y a-t-il propositions de solutions ? Compl. 4.3 : aide financière • Y a-t-il exposition explicite des valeurs que l'auteur défend face à ce(s) problème(s) ?

normalement perceptible dès l'introduction exposes comme items principaux

Compl. 4.2 : protection européenne (voir aussi ITEM 2)

selon les cas, à identifier comme : - compléments d ' i n f o r m a t i o n (accompagnés, é v e n t u e l l e m e n t , d'illustrations) - ou comme items principaux (accompagnés de compléments et illustrations)

STRUCTURE ET VOCABULAIRE

L'ÉLABORATION DE GRILLES DE LECTURE

La dernière question est importante pour éclairer le plus possible les prises de position, les opinions, les points de vue, toutes les argumentations qui risquent de peser sur la subjectivité de l'analyste. C'est la raison pour laquelle il est si important d'observer le document dans son ensemble et spécialement ses caractéristiques (cf. p. 39-40). Toutes ces mesures aident à la distanciation nécessaire. Ci-dessous figure un exemple de grille de lecture appliquée à un texte problématique. Les passages en italique indiquent la correspondance entre les unités d'information, leurs compléments et illustrations.

Les juges des mineurs « dénoncent » le monde des adultes. - Le Journal de Genève, 3 avril 1997.
Dana leur rapport sur l'administration de la juslice. André Karlen cl Jean Zermatten. les juges raUn» des mineurs, sonl formels : « En 1996. nous avons ouvert plus île 1 000 dossiers concernant des mineurs. Un chiffre supérieur à la moyenne des affaires suivies depuis la création du Tribunal des mineurs. » Malgré ce constat, les magistrats enregistrent une .fiabilité du nombre de délax commis ce.î cinq dernières années. Par contre, la nature et la gravité des infractions inquiètent la justice. « Les délinquants deviennent de plus en plus effrontés et même malveillants, confie André Karlen. Autrefois, les jeunes commettaient un vol en cachette. Aujourd'hui, ils n'hésitent plus à arracher un sac à main en plein jour. Les cas que nous sommes amenés à traiter reflètent l'évolution des jeunes dans nos sociétés modernes. Ce constat ne diffère guère d'un canton .suisse à l'autre. » Les affaires dénoncées restent prioritairement les infractions contre le patrimoine et, parmi celles-ci. les vols et dommages à la propriété. Or le rapport, la modification du Code pénal suisse et la nouvelle jurisprudence du Tribunal fédéral oni fixé la poursuite d'office des vols à l'étalage pour une somme de 300 francs. H Quelle signification cela a-t-il pour les enfants ? Tout simplement que l'on peut suhtiliser des objets sans grande valeur, sans risque. Pourtant la somme de (00 francs constitue déjà, pour la plupart, un montant important », commentent les deux juges.

Exposé de la situation

Situation problématique 1 Rcformulation par illustration

Complément 1

Le Tribunal des mineurs enregistre également une augmentation îles violations dans le domaine de.s stupéfiants, alors que les dénonciations pour les infractions à la législation sur la circulation routière sont en baisse sensible. Pour les magistrats, l'ouverture de vitrines où l'on vend le parfait nécessaire du petit fumeur ne favorise pas !e respect de la loi sur les stupéfiants. « Certains étals de marchés proposent des tisanes, des huiles et autres friandises à base cannabique, alors qu'ailleurs dans certaines campagnes, d'énormes champs de chanvre deviennent accessibles à tous. Autant de tentations et d'occasions pour les jeunes qui souhaitent goûter au fruit défendu. La banalisanon de ces produits sème incontestablement la confusion che7 les enfanls. » Fin réalité, la difficulté des magistrats réside moins dans le /ait d'appliquer lu loi. t/u? dans celui île faîiv tlisfMrvitrf tfs causes à l'origine de la délinquance. « Nous nous trouvons de plus en plus face à îles jeunes que l'on qualifie de sauvages, dans le sens qu'ils .se sont élevés pratiquement 'nui seuls, qu'ils n'ont quasiment jamais eu lie règles sociales à respecter et qu'ils n'ont pas \ubi de frustrations. Cette situation est supportable jusqu'à l'entrée dans l'adolescence. L'enfant sympathique à qui l'on passa» ses caprices devient alors exigeant, menaçant, capable de recourir au chantage, et surtout habile à déborder les limites dans tous les domaines. » Selon les juges, cette évolution provoque des phénomènes de rejet familial et de renvm scolaire. Face à un délit, /c tribunal ne peut plttx .se contenter de iu%vr uniquement l'acte interdît /mi' la lin. '< De plus en plus, nous devons faire en sorte que les conditions à l'origine du délit soient modifiées pour que le jeuic délinquant ne réitère pas son acle. Danx nos décisions, nous devenons ainsi les partenaires de la réinsertion du mineur, avec la famrllc. les institutions spécialisées et les éducateurs. Dans cette société du lout, et tout de suite, nous avons île plttx en plus de difficulté.'! à jouer ce rôle d'intégrateurs. »

Complément 2 Illustration

Situation problématique 2

Causes 2 3

Conséquences 1,2 3

Conclusion
C Le Journal de Genève

EXEMPLE D'UNI- GRILLE DE LECTURE STANDARD
Développement e( illustration

À ces deux grilles de lecture, on peut en ajouter une troisième, plus banale, plus courante. Elle est basée sur la question à se poser avant toute analyse : « De quoi s'agit-il dans ce texte » ? Cette grille aide à la précision des réponses.

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L'ÉLABORATION DE GRILLES DE LECTURE

Les jeunes néonazis refont surface. — Construire, 16 avril 1997, n° 16. Les jeunes néonazis refont surface
À Zurich, des skinheads ont terrorisé tout un quartier sans que la police intervienne. Et l'on craint d'autres manifestations du même type.
- Juerg Ffîschknecht, vous êtes journaliste, politologue, spécialiste de l'extrême-droite en Suisse. Après les derniers événements de Zurich, peut-on s'attendre à une recrudescente de ce type de manifestations en Suisse ?

De quoi s'agit-il dans ce texte ?
Le texle en regard illustre comment utiliser cette grille, de deux façons différentes :
QUI

potentiel de violence qu'il faut prendre très au sérieux. l-a société .se doit de leur imposer des barrières. Et les forces de l'ordre ont, dans cette optique, un rôle important à jouer.
- Le débat actuel sur l'or nazi et les fonds juifs favorise-t-il l'émergence de ces mouvements racistes?

ou sujet qui peut être une personne une institution un concept un fait ou verbe objet espace lieux temps circonstances méthodes moyens résultats conséquences cause raison
but objectif

1 - une centaine déjeunes 2 - le racisme

- Depuis novembre 1995, les skinheads s'étaient montrés 1res discrets. Aujourd'hui, on a l'impression qu'ils soin en (rain de se réorganiser. Et il est fort probable qu'ils se manifestent à nouveau. Il ne faut pas oublier que le 20 avril l'anniversaire d'Hitler - est une date importante pour eux. C'est, par ailleurs, ta première fois qu'ils ont été aussi nombreux, une centaine, à défiler dans les rues de Zurich. Certains venaient d'Allemagne. Cela montre qu'ils savent nouer des contacts au niveau international.
- Ils ont tabassé des passants, scandé des slogans racistes, mais n'ont pas été inquiétés par la~ police. Y a-t-il eu complicité de la part I ' des forces de l'ordre ?
r

ACTION QUOI

1 - ont manifeste 2 - est à l'origine 2 - des manifestations 1 - à Zurich 2 - de Zurich 1 - e n avril 1997 2 - le mois dernier - violemment

- Ce genre de débat réveille des sentiments racistes et antisémites qui étaient jusqu'ici latents, cachés. Ile tels mouvements en profilent pour les exprimer au grand jour. Cette attitude reste toutefois très minoritaire.
- Et en Suisse romande ? Doit-on également craindre les groupes de jeunes néonazis ?


QUAND

- Certains policiers uni peut-être des .sympailiies d'extrême-droite. Mais o.n doit se garder de généraliser. Dans le cas précis, il y a eu erreur manifeste d'appréciation. La polire a failli à sa mission. Une

- 11 y a aussi des skinheads eu Suisse romande. Un facteur les différencie cependant de leurs compères de -Suisse alémanique : ils oni gardé des liens avec l'ancienne générât ion des m i l i t a n t s d'ex ire trie-droite, représentée, par exemple, par le Vaudois Gaston-Armand Amaudruz.
- Qui sont ces jeunes skinheads?

COMMENT

COMMENT cela s'est-il passé ? POURQUOI

1 - racisme e! antisémitisme

- Contrairement à ce qu'on pourrait penser, il ne s'agit pas de jeunes chômeurs ou de jeunes marginaux. Ils ont presque tous un travail stable. Ils vivent chez leurs parents, dans de petites villes ou à la campagne, et n'ont en général pas de petite amie.
Ils ont dans leur majm ité moins de 20 ans. Mais ne sous-estimous pas le danger qu'ils peuvent représenter pour la société !

EN VUE DE QUOI

Exercice 9 - Analyser une monographie et un article Choisissez et appliquez une grille de lecture pour les textes cités. 9.1 - Monographie : extrait de « Le grand remue-ménage » ( p. 236).

immédiatement obtempéré.
- Convient-il de prendre ces mouvements au sérieux ?

- Politiquement, les skinlicads n'ont guère rie poids. Ils représentent toutefois un

Marie-Jeanne Krill

*
9.2 - Article : « Les effets violents de la télévision » ( p. 227). Commentaires et corrigés en pages 273-287.

© Construire

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Trouver l'information utile : l'aide du vocabulaire La recherche de l'information utile s'appuie sur l'étude de la formulation des idées — le vocabulaire —, et sur celle de l'organisation des idées — le plan. On aurait tout aussi bien pu discuter cette question en début de chapitre car, dans la pratique, toutes ces phases sont combinées. L'étude d'un vocabulaire documentaire aide : - la lecture documentaire, dans la recherche des champs lexicaux et dans l'articulation du discours ; - l'écriture documentaire, tant dans sa forme résumé (texte rédigé) que dans sa forme indexation (choix de mots clés). Même si ce chapitre est consacré encore à la lecture, il préfigure ce que celle-ci peut apporter à l'écriture et doit donc être lu dans les deux perspectives.

Exercice n° 10 - Travailler sur les mots d'articulation Cet exercice a pour objectif de rappeler la fonction précise de ces mots et, ainsi, de discerner rapidement les différentes parties d'un plan. Cette aide à la lecture documentaire sert également à l'écriture documentaire, dans la mesure où leur utilisation dans la rédaction des résumés sera tout à fait appropriée. La liste suivante présente 47 mots d'articulation présentés dans l'ordre alphabétique. Inscrivez chacun de ces mots dans les 11 cadres indiquant leur fonction ; un nombre très minime peut appartenir à plusieurs cadres. Correction et commentaire en page 288.
Ainsi Au contraire Aussi Avant tout Car Cependant C'est-à-dire C'est pourquoi D'abord Dans un premier temps D'autant plus Effectivement En définitive En effet En outre En premier lieu En résumé En revanche Encore Enfin Ensuite Mais Même Néanmoins Notamment Par conséquent Par exemple Par le fait que Parce que Pour conclure Pour toutes ces raisons Pourtant Premièrement Puisque Tout d'abord

LES MOTS D'ARTICULATION
La langue française est riche en termes indiquant des modes d'articulation très spécifiques. L'analyste doit maîtriser la forme et la place : - des termes d'amorce : introduction, énuméraîion. illustration ; - des termes de liaison : addition, insistance, cause, conséquence, restriction, opposition ; - des termes de rappel ; - des termes conclusifs. Le choix et la place de ces mots assurent la cohérence sémantique du discours et facilitent normalement le repérage du plan. L'exercice proposé ci-contre a pour objectif de rappeler la fonction précise de ces termes et, ainsi, de discerner rapidement les différentes parties d'un plan. Cette aide à la lecture documentaire sert également à l'écriture documentaire dans la mesure où son utilisation dans la rédaction des résumés sera tout à fait exacte.

De plus Donc D'où

Introduction

Énumération

Addition

Opposition

Restriction

Cause

Conséquence

Insistance

Illustration

Rappel

Conclusion ___^__^

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LA NATURE DES MOTS

Plus que sur l'étude classique des registres du langage (soutenu, courant, familier...), l'analyste est invité à réfléchir sur la nature du vocabulaire usuel. Entre les 216 mots relevés par la compagnie BELL, représentatifs d'une journée de communications téléphoniques aux États-Unis, et les 24 800 mots du langage shakespearien ', où se place le vocabulaire documentaire ? Une langue est un organisme vivant. Les mots naissent et meurent de façon inéluctable, mais on peut toutefois discerner des constantes où l'on remarque 4 : - des mots-vides, c'est-à-dire les mots nécessaires à l'articulation d'une phrase, mais que l'on peut exclure sans en altérer le sens. Ce sont les mots que l'on excluait des télégrammes à l'époque où l'on en envoyait encore. I! en existe une centaine dans la langue française ; - les mots du vocabulaire courant, appris de façon intuitive, comme toute langue maternelle, surtout composé de termes concrets et de verbes d'action (environ 4 000) ; - les mots du vocabulaire scientifique de base que l'on acquiert des les études secondaires et qui augmente en importance et en précision au fur et à mesure que l'on approfondit le champ scientifique (4 000 également) ; - enfin les mots du vocabulaire scientifique et technique spécialisé, propre à chaque discipline, science ou pratique (médecine, philosophie, mais aussi chaudronnerie, pratique du ski, etc.). Il est impossible de les dénombrer, d'autant plus que c'est parmi eux que l'on compte le plus de « naissances ». Pour tenter d'en donner une échelle, rappelons simplement qu'il existe actuellement 90 000 noms d'insectes identifiés — et beaucoup d'autres qui ne le sont pas... Si l'on pose la question suivante : « Combien de mots la langue française comprend-elle ? », les interlocuteurs restent en général pantois et indécis, et les réponses vont de 2 000 à 1 million. 11 est intéressant de rappeler que le Robert annonce à peu près 80 000 mots (voir

les dernières éditions), mais que les milliers de mots qui constituent notre langue ne sont pas utilisés de la même façon et que l'on peut illustrer leur différence en les schématisant ainsi, toujours en s'inspirant des travaux de A. Moles (voir schéma en page suivante). Ce schéma, capable d'illustrer plusieurs notions importantes et utiles à l'indexation (voir chapitre vu, p. 149-173) et à la compréhension des langages documentaires (voir chapitre vin, p. 175-222) est infiniment riche. Il s'impose comme un outil indispensable à avoir en mémoire : - lors du premier survol, pour identifier les termes univoqucs porteurs de sens qui serviront également lors de la rédaction du résumé ; - lors de l'indexation en langue naturelle, pour situer les mots clés choisis et vérifier leur zone de « dangerosité » (voir chapitre vu, p. 163168).

LA RICHESSE DES MOTS : POLYSEMIE,

MONOSÉMIE

Par l'expression « richesse des mots », nous entendons leurs qualités de polysémie (ou homographie) ou de monosémie 1 . Tous ces mots sont porteurs de sens, mais de façon tout à fait différente. Le vocabulaire courant II est doublement trompeur : - éminemment polysémique, il ne peut servir au repérage du sens qu'intégré à la phrase qui le détermine ; - principalement composé de mots concrets, il donne à « voir » le sens de façon immédiate : le mot voiture, comme tous ses nombreux synonymes, évoque le sens « mode de transport ». En revanche, le mot canon possède près de quinze significations différentes... « Un terme est en soi incomplet quand bien même il recevrait une définition en termes de dictionnaire minimum. Le dictionnaire nous dit qu'un brigantin est un navire, mais il laisse impliciter par navire d'autres propriétés sémantiques." »

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Dans un premier cercle se trouvent les mols-tides. environ une centaine. Le deuxième cercle concerne les 4 000 mots du v n c a h u l a i r i CMiir:in1

Le vocabulaire scientifique de hase II comprend un 1res grand nombre de termes dits « généraux » ou « athématiques », tels que : fonction, modèle, opération, système, etc., que l'on retrouve souvent dans la partie « mots outils » des thésaurus, car ils ne peuvent pas s'insérer seuls dans un champ sémantique déterminé. Ils sont de ce fait polysémiques et porteurs de sens divers. Ce n'est donc pas le vocabulaire prioritairement utile à l'analyste. Le vocabulaire scientifique et technique spécialisé

Le troisième cercle comprend aussi environ 4000 mots : ceux du vocabulaire scientifique de base

-•

II n'y a pas de quatrième cercle, mais une série de faisceaux à l'intérieur desquels on trouve le vocabulaire scientifique et technique spécialisé, propre à chaque discipline, science ou pratique, etc. Tous les autres mots du vocabulaire français se repartissent dans ces faisceaux.

11 est en fait le plus intéressant pour l'analyste, car il est composé de termes désignant une chose et une seule et par là même univoques. Un écrit de Michel Tournier (le Vent Paraclet, Gallimard, 1977) à son sujet nous éclaire davantage encore.
Un écrivain, homme arbitres et philosophe, approfondit ces ilijférences : -II y n trois activité* de célébration qui sont la philosophie. If roman et la poésie. Elucider la {mu lion, le fonctionnement et les relations de ressemblance et de différence de ces genres serait l'objet d'unf élude difficile et de longue haleine. Notons amplement qtir le mut el l'idée changent de poids respectifs d'un genre ti l'autre. Dam un poème. />• mot l'rmpotte sur l'idée, laquelle mit comme elle petit ou ne snit pas du tout. IM musique des rimes est première. L'enchaînement des lignifications si-i-onflaire. Au contraire, pour un philosophe l'idée l'emporte absolument sur le mot. (slui-ci n'est jamais CMWsubordonné à l'idée, an point que le philosophe est constamment amené à créer des tri mr\ pou r mieux exprimer sa pensée. De là le jargon philosophique dont les niais ont grand tort <\e se plaindre. I) 'uhoxl par (/IIP le vocabulaire technique est If f>mf>re de. toute discipline — médecine, biologie, physique, mathématique — et on ne voit pas pourquoi seule la philosophie dn<rait s'ni abstenit Ensuite parce que le terme technique est la promesse — généralement tenue •— qu'une fois comprise el assimilée sa définition ne changera plus et jouera comme une clé irremplaçable pour comprendre le texte. Il y a certes des philosophes qui écrivent avec les mois de tout le monde. Cf. sonl les plus flous, les plus ingrats, en un mot les plus fli/Jinlf.s. Comparons par exemple l'un d'eux, Descartes, avec Kunt dont l'arsenal terminologique effarouche souvent le. nouveau venu. Isirsque Kanl pni/r tir sriK'tmtlisme traiiscctuliintal, il emploie une expression qu'il a forgée et dont il a donné ah inilio une définition coulée dans le bronze. Des expressions de cettf sorte, il y en a dans son enivre une vingtaine, pas davantage, et la maîtrise de ce petit lexique — évidemment indispensable — livre à elle seule {a moitié du kantisme. Au contraire.

Les mots les plus courants sonl le plus souvent porteurs de plusieurs sens : on les dit polysémique* («plusieurs sens», selon la racine grecque). Les termes les plus spécifiques sont en général appliqués à une notion ei une seule ; on les dit tinivttques (« une seule voix », selon la racine latine). Le cercle « vocabulaire scientifique de base » esl celui qui comporte le plus de termes généraux, c'està-dire ceux qui ne peuvent jamais être employés seuls pour indexer un texte.

On peut bien comprendre !a notion de champ sémantique (dans un thésaurus, on appelle ainsi l'ensemble des termes relatifs à un domaine d'intérêt et choisis pour l'indexation) en se demandant, par exemple, dans quel cercle mettre le mot si nus Les réponses varient du vocabulaire courant au vocabulaire scientifique de base. Mais le mot xinux évoque deux sens principaux s'il es! exclu de son conlexie d'utilisation. Si l'on dessine deux secteurs à partir d'un premier faisceau (trigonométrie, ou mathématiques) et d'un deuxième faisceau (anatomie). dans lesquels on trouve le mol sinus, celui-ci devient alors univoquc, puisque inscrit dans son champ sémantique. Cette image est utile tant à l'indexation qu'à l'interrogation.

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Connotation
lorsque Desrartes parle des « idées flaires et distinctes -, il marie Irai* mots dont la définition nt. se trouve nulle part dans son cruvre, et varie sans doute noltihlrmenl d'une page, à l'autre. Tout au plus ces mots de tout le monde donnent-ils au lecteur paresseux l'illusion qu'il a compris d'emblée et qu'il peut s'en aller. Une interprétation exigeante des textes cartésiens soulève les pires difficultés et se wldf par des résultais sovvent ktillanls mais toujours disnitabUs... © Éditions Gallimard

LA RICHESSE DES MOTS : DÉNOTATION, CONNOTATION

La richesse sémantique et symbolique du vocabulaire sous-tend l'expression de la pensée et de la connaissance. Elle révèle les mécanismes complexes de l'acquisition et de la structuration du savoir. « One can consider human knowledge on a sensual levé! (through four elementary variables : sensation, perception, imagination ami memory) and at an intellectuel levé! (covering ihrce realilit's : concept formation, jitdgment and rcasoning).1 » Chaque mot de la langue française peut être étudié et compris différemment. Dans la pratique professionnelle, « dénotation » et « connotation » font plutôt partie du vocabulaire de l'analyse de l'image", mais sont également présents dans l'analyse de textes. Dénotation Sous l'angle de la dénotation, la définition d'un mot donnée dans un dictionnaire assure le consensus de tous ses utilisateurs ; sa signification est objectivée. Dénoté, un mot devient un terme défini, à tendance monosémique (ou univoque). La dénotation repose sur des faits, des définitions, des descriptions liés au pôle cognitif de l'être humain. Les termes monosémiques et univoques (un seul sens quel qu'en soit l'emploi) sont le plus souvent issus du vocabulaire scientifique et technique spécialisé. Ils sont majoritaires dans les langages contrôlés.

Sous l'angle de la connotation, chaque mot possède des sens nombreux, perceptibles par chaque individu de façon personnelle ; sa signification est suhjectivée. Connoté, un mot reflète une multiplicité de points de vue, d'opinions ; il est porteur d'imaginaire, de poésie (« Words. words... »). La connotation induit les points de vue, les opinions liés au pôle sensible de l'être humain. Les mots sont souvent soumis à la polysémie (plusieurs contenus, plusieurs valeurs) et/ou à l'cquivocité (contenus égaux, mais pouvant être interprétés différemment). Ces mots sont issus du vocabulaire poétique (langue recherchée) ou courant (langue naturelle). Exemples On peut illustrer l'importance de ces aspects, dans la pratique de l'analyse, par la relation d'un exercice conduit à plusieurs reprises au cours de formations à l'analyse documentaire de textes. À partir d'un mot écrit au tableau, les participants doivent immédiatement, de façon totalement spontanée, en écrire un ou plusieurs autres que ce premier évoque ; puis chacun de ces mots est inscrit au tableau par l'animateur selon quatre critères, non explicités tout d'abord. Le mot volcan donne toujours d'excellents résultats pour illustrer ce propos. Les termes les plus fréquemment relevés sont (dans le désordre de l'expression, mais dans l'ordre de l'exploitation) : 1 ) lave, cratère, magma ; 2) montagne, éruption ; 3 ) Vésuve, Fitna, Auvergne, Tazicff (montagne Pelée, SoufTrière aux Antilles.,.) ; 4) peur, feu, flamme, souffle, fumée, rouge, dévastation, etc. Les deux premiers groupes s'intègrent facilement dans les champs dénotes d'un langage contrôlé : le premier comprend des termes appartenant à un éventuel champ sémantique « volcanologie ». domaine particulier dans lequel ils ont un sens spécifique et univqque ; le second est nomme «champ thématique», étant plus large et plus polysémique que le premier : un volcan est bien une montagne, mais

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toutes les montagnes ne sont pas des volcans ; « éruption » ne peut pas être employé seul et exige de devenir « éruption volcanique » pour être accepté dans le champ sémantique. Les deux autres groupes sont de l'ordre de la connotation. Les mots proposés entrent d'une part dans un champ culturel, selon les lieux ou les milieux où ils sont utilises, d'autre part dans un champ symbolique : les mots suggèrent plus qu'ils ne définissent ou ne sont définis. L'analyste doit être très conscient de la distinction entre terme (précis, contrôlé, pertinent, le plus univoquc possible) et mot (naturel, sujet à la polysémie et au flou), dès la lecture du texte à analyser. L'auteur choisit également son vocabulaire en fonction de ses options. Il est intéressant de relire le troisième paragraphe de l'article « Les droits d'auteur des œuvres numériques» (cf. p. 253) dans lequel « ... \es fanatiques... prônent une liberté totale de l'information, mais d'autres pionniers du réseau soutiennent que son avenir passe par le contrôle et la facturation de chaque information qui y transite... » Sans aller plus loin, on connaît déjà l'opinion de l'auteur. Comme il ne peut y avoir de lecture objective, il est recommandé de lire en état d'alerte, c'est-à-dire conscient de toutes les déviations présentes dans la relation entre auteur et lecteur. Pour se les rappeler, on peut relire la très vieille légende indienne des six aveugles et de l'éléphant : « Le premier aveugle, palpant une défense, déclare que c'est là une lance ; le second, touchant les flancs de l'animal, prétend qu'il s'agit bien plutôt d'une muraille. Le troisième, qui explore des doigts une patte, croit avoir affaire à un arbre, tandis que le quatrième, tâtant la trompe de l'éléphant, pense que c'est un serpent. Le cinquième, lui, s'agrippe à une oreille de la bête, lui trouve une ressemblance certaine avec un éventail, et le sixième aveugle, attrapant l'éléphant par la queue, est sur d'avoir une corde entre les mains.' 1 » En découvrant l'ambiguïté du vocabulaire à la lecture, l'analyste prend conscience de sa responsabilité lors de la rédaction du résumé et du choix des mots clés. L'art de l'analyse documentaire repose sur cet aller-retour entre le texte et ce qui en sera fait.

Observer, lire, comprendre, repérer l'organisation du texte (de la micro-structure à la macro-structure), identifier le vocabulaire pertinent sont les opérations propres à l'analyse documentaire, indispensables pour rédiger un résumé documentaire et sélectionner des mots clés. Mais toutes ces opérations ne sont effectuées que dans un seul et unique but : favoriser et faciliter la recherche documentaire.

NOTES
1. Source : [64J, p. 60. 2. Source : [70], p. 225-226. 3. Cité par Georges Stciner, au cours de l'émission « Bouillon de culture» diffusée le 23 mai 1997. 4. Ces catégories sont inspirées de [63]. 5. Sur la différence enire ces deux termes, voir chapitre vin, p. 183. 6. Source : [33], p. 65. 7. Source : [70], p. 229. 8. Voir en particulier [45] et [47]. 9. Extrait de [66].

CHAPITRE V ANALYSE ET RECHERCHE DOCUMENTAIRES

L'analyse documentaire a pour but d'apporter des réponses aux demandeurs d'information, de différentes manières et sous différentes formes, la plus répandue étant la constitution de banques de données dans lesquelles les champs de recherche sont classiquement — mais non exclusivement — les champs de résumé et d'indexation. En effet, i) convient de ne pas confondre recherche, recherche documentaire et renseignement. La recherche, ou recherche scientifique, couvre l'ensemble des efforts, des travaux effectués pour approfondir ou renouveler la connaissance ; c'est l'activité des chercheurs, à quelque domaine qu'ils se consacrent. On appelle recherche documentaire « l'action, les méthodes et procédures ayant pour objet de retrouver dans des fonds documentaires les références des documents pertinents?), et recherche de l'information « l'action, les méthodes et procédures ayant pour objet d'extraire d'un ensemble de documents les informations voulues » '. Le terme anglais information retrieval ne fait pas de différence entre les deux ; obtenir une référence complète est la première étape d'une recherche d'information et c'est dans ce sens que l'on parlera ici de « recherche documentaire ». A l'écoute d'une question posée, il est bon de s'interroger d'abord sur le type d'information demandée. Le documentaliste est souvent confronté à une simple demande de renseignement, et la consultation d'un annuaire ou d'une encyclopédie, en ligne ou imprimés, suffit à trouver facilement la réponse. Il est alors pourvoyeur d'une information rapide et simple, et non pas à la recherche de références correspondant aux lextes sélectionnés et intégrés à la banque de données. C'est ainsi que Albrechtsen & Hj0rland 3 établissent une typologie et distinguent les « non-documentary searches » des « document seeking and -retrieval ». Le premier type est effectivement de l'ordre du renseignement : où cueillir des champignons, où trouver la liste de stations thermales... Le deuxième type est séparé en « known item retrieval et

ANALYSE ET RECHERCHE DOCUMENTAIRES

LA RECHERCHE DOCUMENTAIRE

identification of itnknown item(x) » ; la progression proposée, de la vérification des documents à la recherche d'informations contribuant à la résolution de problèmes, peut naturellement être plus détaillée, ou même différente. Ce qui est important dans cet exemple, c'est l'essai d'une caractérisation de ce que l'on appelle communément la recherche documentaire en tant qu'auxiliaire de la recherche scientifique. C'est à ce titre que sont étudiés ses rapports avec l'analyse documentaire : • Quelle est la nature de cette opération documentaire ? • Comment sont constituées les banques de données pour donner pleinement satisfaction ? • Quels sont les aspects techniques de la recherche dans les banques de données ? • Comment l'analyse documentaire contribue-t-elle à « l'objectif essentiel de la documentation : mettre en communication ceux qui cherchent des sources d'information sur un sujet précis et les auteurs susceptibles de les satisfaire' » ?

demander ces documents (« and I will avoid any unpleaxant remark abont that process ») constate avec douleur qu'ils ne seront pas disponibles avant plusieurs semaines... Cette description quelque peu kafkaïenne est rendue obsolète grâce à Internet et à la possibilité des commandes en ligne. Mais est-on sûr que les nouvelles technologies ne vont pas créer d'autres situations tout aussi dommageables pour l'utilisateur final, dont on parle beaucoup sans toutefois se mettre à sa place ?

LA PLACE DE L'UTILISATKUR DANS LE PROCESSUS DR [.A RECHERCHE DOCUMENTAIRE

« Les utilisateurs ne savent pas poser les questions ! » Combien de fois les documentalistes se désolent-ils de cet état de fait ? Sans doute y a-t-il un peu de vrai dans cette déclaration, et on peut en chercher l'origine notamment dans la coutume pédagogique très française qui consiste à opposer un « enseigné-écoutant » à un « enseignantparlant ». Le questionnement pédagogique, seule source de réel apprentissage, prend progressivement sa place dans l'enseignement, mais il n'est pas encore suffisamment intégré aux pratiques de tous pour porter des fruits très visibles. Or, toute recherche commence par un questionnement, et tout questionnement est le reflet d'une problématique. Une mauvaise question est la preuve que le problème n'est pas clair en amont, ou que la formulation des données du problème a besoin d'être clarifiée. Le dialogue qui s'instaure entre le demandeur et le documentaliste doit aider ce dernier dans sa pratique de l'analyse documentaire. C'est pourquoi il est indispensable que le documentaliste puisse, de façon régulière, confronter son travail solitaire d'analyse au resultat.de celleci, à savoir l'adéquation entre le texte analysé et la question à laquelle il pourra répondre.

La recherche documentaire
Dans un article déjà ancien 4 , Gilles Deschâtelets décrivait la situation du « end-mer », installé devant son micro, tentant d'entrer en communication avec un « supermarket » de banques de données, se battant avec un protocole aussi rigide qu'ésotérique, choisissant une banque de données sur l'avis de trois lignes de description, posant sa question en termes supposés normaux mais immédiatement refusés pour être comparés à d'autres, apparemment meilleurs (pour la banque, non pour l'usager), avec pour résultat quelques titres peu engageants, puis à nouveau confronté à des commandes barbares pour obtenir l'affichage partiel ou complet qui ne lui donne guère plus de certitudes. Passons sur ce qui se passe ensuite, quand l'usager parti à la bibliothèque

ANALYSE ET RECHERCHE DOCUMENTAIRES

LA RECHERCHE DOCUMENTAIRE

C'est par ce processus que pourront être constituées des banques de données que l'utilisateur final interrogera et qui lui donneront satisfaction.

QUEL EST LE BUT DU QUESTIONNEMENT ?

QUI EST LE DEMANDEUR ?

De même qu'il existe une différence entre renseignement et recherches, il est possible d'affiner la nature de ces dernières en s'interrogeant sur les raisons du questionnement, tn effet, on peut poser une question et effectuer une recherche documentaire : • Pour apprendre quelque chose : Qu'est-ce qu'un traitement antiparasitaire ? Comment le met-on en place ? Dans quelles circonstances ?... • Pour actualiser une connaissance acquise : Y a-t-il eu de nouvelles pratiques culturales en zone sahélienne ? • Pour confirmer une connaissance incertaine : « II me semble que l'on fait ainsi, mais je veux vraiment être sûr »... • Pour confronter, comparer des avis, des expériences, des idées : X a agit ainsi et Y autrement. Comment savoir ce qui serait préférable dans telle situation ? • Pour prendre des décisions, ce qui correspond à la recherche ultime : « Après avoir appris, confirmé, actualisé, confronté, je suis en mesure de décider. » On approfondit ainsi le dialogue, en prenant connaissance non seulement de ce que sait le demandeur, mais aussi de sa propre situation vis-à-vis de la demande.

Dès que la demande est complexe, le documentaliste ne peut répondre sans avoir identifié le demandeur dans sa fonction et dans son contexte de travail. Lorsque l'utilisateur fait partie de l'entreprise, cette identification est en principe aisée, le documentaliste devant normalement connaître ses usagers potentiels — ou, tout au moins, les services dans lesquels ils travaillent. Lorsque l'utilisateur est étranger à l'entreprise, il doit justifier de ses droits à la demande ; si ceux-ci sont payants, il devient un client à satisfaire et le dialogue qui s'engage en est le premier moyen.

QUELLES SONT LES DONNÉES DU PROBLÈME ?
Tout problème est constitué d'un certain nombre de propositions connues permettant d'en trouver une ou plusieurs autres, inconnues. À partir de la question posée, il est indispensable de clarifier ce que sait le demandeur pour déterminer ce qu'il ne sait pas. Évoquons ici le « paradoxe de la connaissance » ainsi exposé par Platon : « H n'est pas possible à un homme de chercher ni ce qu'il connaît ni ce qu'il ne connaît pas. En effet, ce qu'il connaît, il ne le chercherait pas parce qu'il le connaît et, le connaissant, n'a aucun besoin d'une recherche ; et ce qu'il ne connaît pas, il ne le chercherait pas non plus, parce qu'il ne saurait même pas ce qu'il devrait chercher' » qui, plus avant, précise : « Penses-tu qu'il entreprendrait de chercher ou d'apprendre ce qu'il croyait savoir et qu'il ne sait pas avant d'avoir pris conscience de son ignorance ?* » On peut ici parler du « paradoxe de la recherche » qui repose sur le constat suivant : je sais au moins ce que je ne sais pas. La recherche part de ce que l'on sait pour découvrir ce que l'on veut savoir, ce qui est une autre facette d'une situation problématique 7 .

QUELLE EST LA FORME DU QUESTIONNEMENT ?
Si la question est formulée en termes généraux (« Qu'avez-vous sur l'agriculture?))), le problème n'est pas posé et aucune réponse satisfaisante ne peul être fournie. Soit le demandeur cherche seulement une vague information, soit il ne veut pas exprimer ce qu'il cherche, pour différentes raisons. Il n'est pas interdit de penser que certains usagers souhaitent ne pas dévoiler ce qu'ils ne savent pas — même inconsciemment. Si une rela-

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lion de confiance ne s'établit pas entre l'usager et le service (soit une personne, soit une machine), aucune vraie recherche ne peut aboutir. Quoi qu'il en soit, le demandeur s'exprime à partir de son univers mental el culturel et utilise ses propres mots. La formulation d'une question passe par un vocabulaire dont on sait déjà qu'il est porteur de sens et d'expression multiples (cf. p. 87-93). L'écoute active du documentaliste doit susciter le plus souvent la reformulation, l'cxplicitation de la demande pour arriver à la précision. Quand la question est devenue plus précise (« Quels sont les traitements antiparasitaircs de la culture du coton en zone sahélienne ? »), la formulation du problème est amorcée, mais elle ne sera opératoire que lorsqu'on aura identifié ce que le demandeur sait déjà sur le sujet (cf. p. 98) et ce qu'il veut en faire (cf. p. 99). Est-on sûr, toutefois, de pouvoir vraiment répondre de façon totalement satisfaisante ?

d'autant plus que les banques de données manquent très souvent de cohérence interne, accentuant par là ce désappointement. Cette constatation ne doit pas décourager les acteurs de la recherche documentaire, mais les éclairer sur leur champ respectif de compétence. Le documentaliste ne peut pas se mettre à la place de l'utilisateur et celui-ci ne peut pas attendre de la banque de données qu'elle lasse son propre travail. C'est en reconnaissant à chacun son territoire que l'on crée les conditions d'un dialogue efficace. Il va sans dire que cette situation est propre à la véritable recherche documentaire et non à la fourniture de renseignements qui font partie du travail documentaire, mais ne requièrent pas autant d'exigence.

Place de l'analyse documentaire dans les banques de données
QUELLES SONT LIES LIMITES DE LA RECHERCHE DOCUMENTAIRE ?

Si l'on parvient, dans le dialogue, à affiner la question, c'est-à-dire à poser les différentes propositions du problème, on peut déterminer ce qui manque au demandeur pour parfaire son objet de connaissance. C'est précisément ce manque qui va orienter la recherche documentaire. Mais le documentaliste doit être conscient de la différence fondamentale existant entre la demande et l'éventuelle réponse. En effet, chez l'utilisateur, la question jaillit de l'apparition d'une faille dans la construction de sa pensée ; celle-ci est vivante, mouvante et c'est l'une des raisons profondes de cette difficulté qu'éprouvent certains utilisateurs à exprimer vraiment ce qu'ils cherchent. La réponse prend la forme d'une compilation de documents, de textes qui, dans leur ensemble, ne présentent aucun caractère construit. Or, le savoir est une construction de la pensée et non une accumulation de références, si bien choisies soient-elles. La relation usager-documentation est très souvent décevante, pour les uns et pour (es autres, et cela

Même si la recherche documentaire connaît des limites propres à sa nature, elle doit pouvoir compter sur toutes les possibilités qu'ofirent les banques de données. Avant d'étudier les caractéristiques propres à la recherche en texte intégral (cf. p. 111-118), il est opportun de détailler les différents champs des banques de données classiques, encore prépondérantes dans un grand nombre de services. Chaque document traité est présent dans la banque de données sous forme d'une notice et chaque notice est constituée de différents champs (ou zones).

LES CHAMPS DES BANQUES DE DONNÉES

II existe trois grands types de champs dans les banques de données. • Les champs de gestion, tels que « numéro de la notice », « date de création/de modification de la notice », « identification de l'analyste », etc., ne sont interrogeables que par l'administrateur de la base et ne présentent aucun intérêt pour la recherche documentaire.

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• Les champs de description ou d'information. Ils apportent les éléments nécessaires à l'identification du document : « auteur », « titre », « éditeur ou source », « collection », « date », « nombre de pages », « illustration », « langue », etc. Selon le système, ces champs sont plus ou moins interrogeables, mais certains doivent l'être dans tous les cas : « auteur », « titre », « date », par exemple. • Les champs de contenu, enfin, sont ceux qui pourront répondre à toutes les questions posées à partir d'un sujet. Ils sont, pour la plupart, issus de l'analyse documentaire.

plupart du temps, malheureusement, les cotes sont peu compréhensibles par l'usager. Par ailleurs, un grand nombre de documents (tels les articles) ne présentent aucune cote indicative de contenu. Domaine Un tel champ de contenu est préconisé dans deux cas : - le service de documentation produit un bulletin bibliographique. Les domaines indiqués représentent les têtes de chapitres ou de rubriques et sont édités automatiquement ; - la base de données est riche, encyclopédique et/ou polyvalente ; le tri par domaine permet une première sélection. C'est valable pour les secteurs de la presse, de la politique, mais aussi dans certains secteurs apparemment plus précis. Le développement rural, par exemple, couvre l'agronomie, la géographie, l'économie, la sociologie, l'ethnologie. la pédagogie, parmi d'autres domaines à explorer. Indexation Le champ « indexation » (ou mot clé, ou descripteur...), bien sûr, ne peut pas être absent, mais son importance doit être relativisée en fonction de tous les autres champs interrogeables en même temps que lui. Le terme « mot clé » n'a pas été vainement choisi : chaque mot sélectionné pour l'indexation ouvre une porte ; le demandeur a-t-il besoin de tant de portes, de tant de pièces, de tant de clés ? Ce champ est en général trop fourni et, de ce fait, remplit un rôle inverse de celui qu'on en attend. L'opération d'indexation est développée au chapitre vu, p. 149-173. Résumé Le champ « résumé » est indispensable pour aider le demandeur à sélectionner les documents à lire. II répond à la question : « Ce qui me manque pour résoudre mon problème est-il dans ce texte, oui ou non ? » C'est également, avec le titre, le seul champ de contenu rédigé en langue naturelle ; c'est un atout pour le demandeur qui, souvent, n'aime pas la contrainte d'un langage impose ; l'analyste qui rédige doit avoir en mémoire cette caractéristique (cf. chapitre vi, p. 121-148).

LES CHAMPS DE CONTENU

•'

Classiquement, on considère comme champs de contenu les champs « résumé » et « indexation » ; et comme on fait de moins en moins de résumé, la majorité des recherches par sujets repose sur l'indexation. En fait, il peut exister plusieurs champs de contenu dont la complémentarité garantit la qualité de la recherche. Titre Le titre est le premier champ de contenu. Choisi normalement par l'auteur, rédigé en langue naturelle, il doit fournir les termes de la recherche. En fait, il est sujet à caution dans la mesure où le marketing éditorial impose souvent le principe de l'accroche commerciale plutôt que celui de l'information pertinente. L'identification du document est un premier indice : le titre d'une thèse est plus fiable que celui d'une monographie, même signée d'un nom prestigieux, mais éditée par une entreprise commerciale et généraliste (cf. p. 125). Cotation La cotation, si elle s'appuie sur une classification conceptuelle, est un champ de contenu ; clic indique le lieu de rangement du document, mais également le champ de connaissance dans lequel il s'inscrit. La

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Typologie de l'information Ce champ est (trop) rare, bien qu'il aide puissamment à la sélection. Sa terminologie est en général confondue avec les termes d'indexation, ce qui augmente la confusion de ces derniers. Si la question posée est celle-ci : « Je cherche des statistiques sur la mortalité des nouveau-nés au Bangladesh », il est bien évident que le terme « statistique » est l'objet de la demande, et non le sujet vu sous son aspect médical, démographique ou autre. Or, il y a fort à parier que le mot statistique soit présent dans le champ « indexation » en tant que sujet. Ce document risque donc d'apparaître sur un listing où la recherche porterait vraiment sur la « statistique », moyen imparable d'augmenter le bruit (cf. p. 111).
"

Le champ « typologie de l'information » ne doit pas être confondu avec le champ de description « typologie du document », utile pour distinguer les articles de presse des communications de congrès, les monographies des thèses, les cartes des plans, etc.

COMPLÉMENTARITÉ DHS CHAMPS ot CONTENU
Chaque champ de contenu, ainsi que le rôle qui lui est propre, est identifié clairement. C'est de cette façon uniquement qu'il sera possible d'en reconnaître, au moment de la recherche, la fonction précise ainsi que la complémentarité avec les autres champs. La possibilité de croiser les champs de contenu dépend essentiellement des logiciels utilisés. Certains, très lourds, obligent à l'interrogation champ par champ ; de ce fait, chacun de ceux-ci doit être renseigné, même si c'est inutile. En revanche, s'il y a possibilité d'interroger toutes zones confondues, on peut alors valablement laisser certains champs — considérés traditionnellement comme obligatoires — non renseignés, comme l'illustre l'exemple présenté en page suivante. Toutefois, l'interrogation toutes zones n'est pas sans danger car elle peut favoriser le bruit. Est-ce pour cette raison que les documentalistes eux-mêmes n'ont pas encore intégré pleinement la chance que représente la complémentarité ? On se réfugie derrière les possibilités des logiciels, alors que ceux-ci deviennent de plus en plus souples et performants et qu'il doit être possible de paramétrer des interrogations « tous champs » qui feraient gagner beaucoup de temps, en amont comme en aval. L'analyste n'est pas responsable du champ « titre », même si celui-ci est le seul champ véritablement obligatoire. Si le titre (le cas échéant complété par le sous-titre) est suffisamment porteur de sens, si sa formulation comprend tout le vocabulaire représentatif du contenu utile, à quoi bon répéter les mêmes termes dans les champs « indexation » et « résumé » ?

Chaque service peut établir une liste des types d'information les plus souvent demandés ; l'étude systématique de la formulation des questions doit aboutir à quelques termes qui sont automatiquement versés dans le champ ad hoc après avoir été sélectionnés au moment de l'analyse. C'est ainsi qu'un important service parlementaire a défini plus de vingt types de textes officiels. Dès 1955, le Laboratoire de psychologie sociale de la Sorbonne B préconisait de distinguer, dans le contenu, ce qui relevait de la « théorie verbale », de la « théorie mathématique », de la « méthodologie métrique » ou « statistique ». etc. Sans créer un champ de contenu comme celui-ci, certains services mettent en place des systèmes similaires. Ainsi la chambre de commerce et d'industrie de Paris demande-t-elle aux analystes de la banque de données Delphes d'utiliser, dans le résumé, des expressions normalisées qui ne sont pas des descripteurs et qui sont accessibles à la recherche en langage libre : « elles permettent la sélection plus rapide de documents comportant les caractéristiques indiquées" », telles que « données chiffrées », « données prospectives », « données juridiques », etc. Il s'agit bien ici d'une typologie de l'information qui, ainsi traitée, allège considérablement le champ de l'indexation. Une proposition de même nature est suggérée par François Feyler pour les établissements de l'Éducation nationale '".

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ASPECTS TECHNIQUES DE LA RECHERCHE DOCUMENTAIRE INFORMATISÉE

Dans une banque de données dont l'anonymat sera préservé, on peut prendre connaissance de la notice suivante :
Titre : Principes généraux concernant la résonance magnétique nucléaire Auteur : Callaghan, P. T. Descripteur : Résonance magnétique nucléaire Résumé : Ce livre présente la technique et les applications de l'imagerie RMN. Après une introduction aux principes généraux de la RMN, l'auteur explore les thèmes les plus spécifiques de l'imagerie RMN.

Enfin le champ « typologie de l'information » est obligatoire chaque fois que le sens du texte l'exige. Si un article expose les aspects juridiques de l'adoption d'un enfant, par exemple, le sens « adoption d'un enfant » sera dans le champ « indexation », mais le sens « droit » ou « réglementation » ne doit pas s'y trouver, car il peut alors être combiné avec tous les autres termes choisis. C'est dans cet esprit que le champ « typologie » est fortement conseillé pour maintenir la rigueur du champ « indexation ». L'analyse documentaire n'est donc efficace qu'effectuée à la lumière de la recherche qui peut en découler. La délimitation stricte des rôles de chacun des champs de contenu ne doit pas être perçue comme une contrainte, mais au contraire comme une aide tant en amont (alimentation de la banque de données) qu'en aval (interrogation de ta banque de données).

Fallait-il vraiment remplir les champs « descripteur » et « résumé » ? Cet exemple, bien sûr, est valable dans le cas des logiciels permettant l'interrogation toutes zones. En revanche, l'analyste est pleinement responsable du champ « résumé » puisqu'il est rédigé en langue naturelle, comme l'est le titre. Si celui-ci est insuffisamment explicite, le résumé doit en compléter la teneur, en utilisant un vocabulaire équivalent, mais différent, de façon à augmenter les chances de recherche par le demandeur. Dans; l'exemple ci-dessus, il fallait énumérer « les thèmes les plus spécifiques » de façon à savoir tout de suite si celui qui était cherché s'y trouvait ou

Aspects techniques de la recherche documentaire informatisée Parmi les outils de la recherche documentaire informatisée, certains sont indépendants de l'analyse documentaire : - les troncatures ou les masques, qui peuvent remplacer un ou plusieurs caractères ; - les opérateurs de recherche numérique (inférieur, supérieur, égal, compris entre), particulièrement utiles pour affiner la recherche chronologique ; - les operateurs de proximité (adjacence, distance, etc.), indiquant la distance entre les mots, particulièrement utiles pour la recherche en texte intégral ". La recherche documentaire dans les banques de données utilise aussi toutes les ressources de l'algèbre de Boole, permettant le croisement des différents opérateurs syntaxiques que sont les clés d'accès ou termes interrogeables tels que auteur, titre, date, etc. On peut ainsi recher-

non. La formulation du champ « indexation » est soumise à l'usage des langages documentaires (cf. chapitre vin, p. 175-222). L'analyste doit donc choisir les mots clés en fonction de la formulation du titre, du résumé et de la richesse du langage d'indexation. Normalement, la rédaction du résumé précède le choix des mots clés, mais dans la pratique, les deux opérations dont effectuées en parallèle, ce qui leur donne, du reste, toute leur valeur (cf. chapitres vi et vu, p, 121-173).
Les champs « domaine » et « cotation » sont facultatifs. Mais si le champ « domaine » existe, c'est l'occasion pour le champ « indexation » d'éviter les termes trop généraux.

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ASPECTS TECHNIQUES DE LA RECHERCHE DOCUMENTAIRE INFORMATISÉE

cher une référence en croisant un auteur et un mot du titre, un type de document et un mot clé, plusieurs mots clés, etc. Le choix et le nombre de ceux-ci ne sont donc pas indifférents au travail de l'analyste.

Figure l - Intersection : musique ET folklore ET Grèce

LES OPÉRATEURS BOOLÉENS

Le but de ce manuel n'est pas d'expliquer l'algèbre de Boole et ses incidences sur la recherche documentaire, mais de rappeler rapidement quels sont les operateurs booléens les plus utilisés. L'intersection 11 s'agit de l'intersection de deux ou plusieurs ensembles, en reliant les termes qui doivent se trouver dans le document recherché. Si l'on cherche des documents sur la musique folklorique de la Grèce, on croise l'ensemble des références sur la musique, sur le folklore, sur la Grèce, l'intersection des trois ensembles devant normalement offrir des notices portant sur le sujet. L'opérateur d'intersection s'écrit ET ou AND, selon le système en vigueur. L'équation de recherche prendra la forme illustrée par la figure 1, ci-contre.

Figure 2 - Union ; (musique folklorique OU musique populaire) ET Grèce

L'union II s'agit de l'union de deux ou plusieurs ensembles, en reliant les termes dont l'un, l'autre ou les autres doivent être présents dans le document recherché. Admettons que, dans l'exemple précédent, le langage d'indexation propose à la fois « musique folklorique » et « musique populaire ». Dans ce cas, toutes les références indexées par l'un, l'autre ou les deux termes peuvent être utiles à la recherche documentaire. L'équation de recherche prendra la forme indiquée ci-contre par la figure 2.

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U RECHERCHE DOCUMENTAIRE EN TEXTE INTÉGRAL

L'exclusion II s'agit de l'exclusion d'un ensemble, en reliant des termes dont l'un ne doit pas se trouver dans les références recherchées. Si la question ne concerne que la musique folklorique et populaire, mais pas en Grèce, l'équation sera ainsi formulée :

LE BRUIT ET LE SILENCE

Figure 3 - Exclusion : (musique folklorique OU musique populaire) SAUF Grèce

Dans le jargon documentaire, on appelle « bruit » toute réponse obtenue n'ayant aucune pertinence au regard de la question posée, et « silence » le fait de ne pas obtenir de réponses alors que les documents pertinents sont dans la banque de données. Le premier inconvénient tient au fait qu'on a choisi un trop grand nombre de mots clés dans un registre trop large, et le second tient à une carence de mots clés ou à un choix de mots clés trop spécifiques. Le bruit et le silence sont principalement dus à une mauvaise indexation. Certains logiciels permettent l'autopostage (cf. p. 217-218), qui atténue principalement les risques de silence.

La recherche documentaire en texte intégral

RECHERCHE SUR FICHIER INVERSE
Les banques de données documentaires dites en « texte intégra! » comprennent le texte des documents eux-mêmes, généralement associé à une notice documentaire composée de champs comparables à ceux détaillés en pages 101 à 105. On pourrait penser que la présence du texte, dans son intégralité, dispense de l'élaboration de cette notice. En fait, il existe toujours des informations que le texte lui-même ne peut apporter et qui sont propres aux champs de description : « auteur », « date », « source », « type du document », etc. Pour la majorité des recherches documentaires, on utilise les opérateurs booléens. Tout documentaliste doit avoir cette réalité présente à l'esprit au moment de choisir des mots clés en relation avec tous les autres termes des champs de contenu. Dans la mesure où il suffit d'un mauvais croisement pour obtenir un résultat égal à zéro, on comprend vite l'importance du choix des termes ; on comprend également qu'un nombre trop important de termes mène rapidement au même résultat. Ce travers de la surindexation sera étudié au chapitre vu, p. 163-168. Mais la pratique de la recherche documentaire a poussé un certain nombre de documentalistes à créer également des champs de contenu pour pallier les insuffisances ou les erreurs dues au texte intégral. En effet, les outils de recherche les plus répandus aujourd'hui portent sur les mots du texte ; à partir d'un fichier inverse, c'est-à-dire d'un index de tous les mots du texte, moins les mots vides (prépositions, "articles, etc.), ces moteurs de recherche, qui existent depuis de nombreuses années, permettent de retrouver les concepts exprimes grâce à une

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U RECHERCHE DOCUMENTAIRE EN TEXTE INTÉGRAL

coïncidence exacte entre les mots de la question et ceux du document. Mais comme ils ne sont capables de reconnaître ni la morphologie ni la syntaxe d'une langue, on en mesure tout de suite les limites. C'est pourquoi, par exemple, les documentaliste du quotidien Le Monde {dont la banque de données est en texte intégral) élaborent un champ appelé « titre complémentaire », comparable à un petit résumé, puis indexent les articles à l'aide d'un thésaurus. II est vrai que la presse ne fournit guère de titres sûrs ; face aux difficultés d'accès par ce biais, la recherche dite sur « titre » est en fait toujours effectuée sur « titre complémentaire », puis sur la zone d'indexation, et en dernier lieu sur le texte intégral. En effet, si l'on cherche uniquement, dans le texte intégral, les articles concernant la transmission de la maladie de la vache folle aux chats, on obtient le résultat suivant : « vache folle » et « chat » = 12 documents dont 2 pertinents. Pour obtenir le meilleur résultat et uniquement des articles pertinents, il faut poser l'équation suivante : [dans le titre - complémentaire -] : « vache folle » et [dans le texte intégral] (transmet ou transmettent ou transmettre ou transmis ou transmise ou transmises ou transmission) adj4 (chat ou chats) = 4 réponses toutes pertinentes. Il est nécessaire de mentionner la notion de transmission en l'approchant de la notion de chat (adj4), sinon l'on risque d'obtenir des documents sur la transmission de la maladie à l'homme. La combinaison du titre complémentaire et du texte intégral permet à la deuxième requête d'aboutir à un meilleur résultat. On voit que l'interrogation du seul texte intégral génère beaucoup de bruit, surtout quand on ne peut pas compter, dans cette opération, sur la pertinence des titres ; pour en donner un aperçu, plusieurs articles sur la vache folle sont présents dans Le Monde sous les titres suivants : « Après minuit, fais ce qu'il te plaît », « Maladies à prions », « Les pouvoirs publics doivent passer aux actes », « L'inaccessible généalogie du vivant »...

La recherche documentaire en texte intégral ne peut donc pas faire l'économie d'un traitement en amont si l'on veut la rendre performante, et le documentaliste a toujours un rôle à jouer pour améliorer la pertinence des recherches. 11 est, du reste, assez logique de penser qu'un texte est écrit en utilisant toutes les ressources de la langue naturelle, et qu'il faut beaucoup de chance pour trouver rapidement le terme qui permettra l'accès direct aux différentes et légitimes formulations suivantes (qu'elles soient au singulier ou au pluriel), du type : « élection présidentielle », « élection du président de la République », « élection du chef de l'État », « échéance électorale présidentielle »...

RECHERCHE PAR L'INTERMÉDIAIRE D'OUTILS UNGUISTIQUES
L'exemple précédent démontre la difficulté de la recherche en texte intégral. Depuis déjà longtemps, existaient quelques logiciels pratiquant les techniques statistiques afin de classer les réponses par ordre de pertinence, ceci grâce au calcul de la cooccurrencc des mots pour présenter en premier les documents considérés comme répondant le mieux (ou le plus ?) à la question. Ces outils linguistiques ont été particulièrement améliorés. Ils reconnaissent la structure des mots et des phrases grâce aux trois étapes de l'analyse linguistique qui s'applique à la forme des mots grâce à l'analyse morphologique, à l'agencement grammatical grâce à l'analyse syntaxique, et au sens grâce à l'analyse sémantique. La forme des mois Cette première étape permet de résoudre les difficultés dues : - aux expressions (pomme de terre, Amérique latine) ; - aux singuliers et pluriels (cheval - chevaux, social - sociaux) ; - aux formes verbales (transmet, transmettent, transmis, transmise, transmises sont ramenées à transmettre). , Toutes les flexions, verbales ou nominales, subissent une opération de lemmatisation qui leur assure une forme et une seule.

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LA RECHERCHE DOCUMENTAIRE EN TEXTE INTÉGRAL

Cette opération peut être illustrée par l'exemple suivant : une recherche portant sur « la réhabilitation des logements sociaux » a été formulée dans ces termes en interrogeant les rapports en texte intégral de la Cour des Comptes (interrogeables soit sur cédérom, soit par le site Internet de la Cour : http://www.ccomptes.fr). L'outil logiciel a analysé la question et l'a reformulée en prenant en compte les mots choisis sous les différentes formes suivantes :
logements : locataires logements : localif logements : location logements : logement logements : loger logements : logeur logements : logeurs logements : louable logements : louer logements : loyer logements : reloger logements : relouer sociaux : social sociaux : socialement sociaux : socialisation sociaux : socialiser sociaux : socialiste réhabilitation logements ; réhabilitation locatif réhabilitation logements : réhabilitation logement réhabilitation logements ; réhabiliter logement logements sociaux : locataire social logements sociaux : locatif social logements sociaux : location social logements sociaux : logement social logements sociaux : logeur social

L'agencement grammatical Cette deuxième étape de l'analyse linguistique détermine la nature grammaticale des mots : nom, verbe, adjectif,... On peut ainsi distinguer or en tant que nom ou préposition, avions en tant que substantif pluriel ou imparfait de l'indicatif, etc. Grâce à l'identification précise des mots ou groupes de mots constituant la requête, les outils linguistiques actuellement disponibles permettent d'accorder à ceux-ci un poids différent. Les réponses apparaissent par ordre de pertinence car le logiciel s'appuie aussi sur une analyse statistique, donc sur un ordre d'occurrence des termes employés. Ainsi dans la requête : « la réhabilitation des logements sociaux », tout le poids de la question porte sur le groupe de mots « logements sociaux », puisque la requête posée sous la formulation « rénovation des logements sociaux » donne le même premier lot de résultats ; les termes « réhabilitation » et « rénovation » sont pris en compte dans un deuxième temps. Dans ce dernier cas. les résultats sont proches, mais l'ordre de présentation des documents devant répondre à la question est modifié. L'outil linguistique analyse la question et non plus le document. Plus la question est formulée de façon précise, plus il y a d'informations à traiter et plus le logiciel parvient à trier et présenter les résultats par classes pertinentes. A la requête : « le financement des travaux de réhabilitation des logements sociaux », le logiciel répond par plus de dix réponses classées par ordre de pertinence (voir en page suivante). La première réponse est pertinente, puisque tout le poids est donné au sens « travaux de réhabilitation des logements locatifs sociaux », la notion de financement ayant un poids secondaire. La seconde réponse pondère en trois degrés : d'abord « financement des travaux de réhabilitation », puis « logements locatifs », enfin « sociaux ». Le document consulté porte bien sur tous ces aspects, sauf qu'il est limité au financement de travaux dans le domaine de l'eau. Le terme « eau » n'apparaissant pas dans la requête, on a là une excellente illustration de la limite d'un système qui interroge la requête et non pas le document.

l

A la différence de la recherche sur le texte sans outil d'analyse, ce travail est effectué automatiquement par le logiciel. Même si certaines équivalences n'entrent pas dans le cadre de la question posée (socialiste, socialiser), l'outil logiciel utilisant l'analyse morphologique permet de retrouver des documents de façon beaucoup plus efficace que par le seul fichier inverse.

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LA RECHERCHE DOCUMENTAIRE EN TEXTE INTÉGRAL

1 - Document contenant le(s) lcnnc(s) : 2 - Documenl contenant le(s) lenne(s) : 3 - Document contenant le(s) terme(s) : 4 - Document contenant le(s) tcrme(s) : 5 - Document contenant le(s) terme(s) ; 6 - Document contenant le(s) terme(s) : 7 - Document contenant le(s) terme(s) : 8 - Document contenant le(s) terme(s) :

(ra\i ta lion-logement s locatifs-sociaux, financement financemcnt-travaux-réliabilitatron. logements-locatifs, sociaux financement-travaux, logements locatifssociaux, réhabilitation travaux-réhabilitation, logements locatifs, financement, sociaux logements-locatifs-sociaiix. financement, travaux, réhabilitation financement-travaux, locatifs sociaux, réhabilitation, logements [ogcmcnls-locatifs-sociaux, financement, travaux

sion des mots et permettent de retrouver des informations qui ne sont pas formulées avec la terminologie employée dans le texte même, et de distinguer les termes homographes (cf. p. 183-184), donc de retrouver le mot canon en tant que pièce d'artillerie, forme musicale ou règle ecclésiastique, etc. L'exemple proposé est extrait de la banque de données de l'Institut national de la propriété industrielle (INPI) consacrée aux brevets (http://www.inpi.fr). La première formulation a été : « machines pour récolter les prunes » et le premier résultat : « machines à dénoyauter les fruits ou à extraire des fruits les parties contenant les pépins, caractérisées par leur dispositif d'extraction » ; les autres résultats concernaient toutes sortes de machines {dont les moissonneuses.,.) et, enfin, en dixième position, la réponse a été : « cueillette de fruits, légumes, houblon ou de produits similaires : dispositif pour secouer les arbres ou arbustes ». Si la question est formulée « machine à cueillir des prunes », la réponse passe de la dixième à la quatrième position ; si l'on demande « machines pour secouer les prunes », en deuxième position et enfin en première position si la requête est formulée ainsi : « secouer des arbres pour cueillir des fruits ». L'expérience montre que le résultat est meilleur si l'on privilégie dans la demande le procédé à mettre en œuvre : « secouer » et un terme générique : « fruit » au lieu de « prune ». Toutefois, les dictionnaires de connaissances permettent de trouver une réponse alors même qu'aucun des termes utilisés dans la requête ne figure dans la réponse. Ainsi, à la demande « machines à récolter des prunes », la réponse est : « cueillette de fruits, légumes, houblon ou de produits similaires : dispositif pour secouer les arbres ou arbustes » ; l'utilisation automatique des dictionnaires permet d'associer le terme « récolter » à « cueillette » et « prunes » à « fruits ». L'association de l'analyse linguistique de la question et des dictionnaires de connaissances permet de trouver la réponse à une question qui, dans un .système booléen, n'aurait pas abouti. Ces logiciels de pilotage du texte intégral sont de plus en plus performants, surtout sur des corpus importants. Connaissant un large développement, ils sont

réhabilitai ion-logements, financement, travaux, sociaux 9 - Document contenant ]e(s) terme(s) : financement-travaux, localils-socraux, logements 10 - Documenl contenant le{s) tcrmc(s) : réhabilitation-logements, financement, travaux

Si la troisième réponse renvoie à un document pertinent. la quatrième limite le terme « social » à « l'objet social » d'une société... Selon la formulation de la question, l'ordre des documents proposés est modifié. Si la requête se présente ainsi : « les problèmes financiers liés aux travaux d'amélioration du parc de logements locatifs d'HLM », les résultats sont très proches des précédents, la troisième réponse arrivant alors en première position. Ce type d'outil linguistique recourt à des outils d'analyses morphologique, syntaxique et statistique des textes ; il permet d'obtenir des réponses correspondant à la question posée, ee qui provoque souvent du bruit mais évite le silence. Le sens
L'analyse sémantique, cette troisième étape de l'analyse linguistique, met en œuvre des réseaux sémantiques utilisant des dictionnaires de connaissances. Ces outils s'attachent principalement à la compréhen-

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LA RECHERCHE D'INFORMATIONS SUR INTERNET

souvent interrogés, sur cédérom ou Internet, sans que l'utilisateur en soit même conscient. Ils s'attachent, comme on l'a vu ci-dessus, à la compréhension des mots. La recherche s'emploie actuellement à développer des prototypes pour comprendre le texte.

LES RÉPERTOIRES

Les répertoires (Yahoo, Nomade, Voilà, etc.) ont été créés pour faire face à la difficulté de la recherche des informations sur le Web. Ces annuaires sont constitués par des documentalistes qui, en amont, indexent les sites et proposent à l'utilisateur une possibilité de consultation hiérarchisée, sur le mode classificatoire.

La recherche d'informations sur Internet

AUTRES OUTILS
On a vu qu'Internet n'était pas actuellement un outil pour la recherche documentaire stricto sensu. Mais son développement entraîne déjà — et ce phénomène ne fera que croître — les recherches pour améliorer son utilisation. À l'heure actuelle, deux types d'outils sont mis à la disposition des usagers : les moteurs et les répertoires. Certains sites proposent des « plans de site » : l'information présente dans le site est organisée selon un plan défini à l'avance. Ceci nous ramène à la problématique du classement — un document peut être rangé à différents endroits — et de la classification — un concept peut être compris et interprété de diverses façons. Parfois, un moteur de recherche interne au site est mis en place ; il utilise des techniques de traitement automatique du langage naturel (TALN) qui intègrent tous les outils linguistiques déjà décrits ci-avant, plus des dictionnaires très puissants, enrichis de relations sémantiques proches du thésaurus (cf. p. 203-205), ce qui permet de retrouver, par exemple, des documents concernant les « impôts en matière de succession » alors que le texte indique seulement « la fiscalité patrimoniale ». Face à ces nouveautés qui ne font que s'améliorer et se diversifier de mois en mois, on pourrait douter de la pérennité du travail d'analyse documentaire. Mais l'étude attentive de la mise en œuvre de serveurs web démontre au contraire que cette opération perdure sous une forme relativement stable; à plus forte raison dans un site (Internet ou Intranet) spécifique, au sein duquel les modalités de la recherche se ramènent à ce qui a été précédemment exposé dans ce chapitre. En effet, on intègre au document numérisé lui-même des métadonnées qui ressemblent — quant au contenu — aux champ*s de banques de données classiques (cf. p. 101-102). Qu'on en juge par l'extrait du Guide pour les producteurs d'information d'EUROPA,

LES MOTRURS DE RECHERCHE

Les moteurs de recherche sur Internet (Altavista, Excite, Ecila, etc.) fonctionnent en mode recherche sur les mots du texte, comme indiqué ci-dessus. S'y ajoutent des algorithmes statistiques qui permettent le tri des réponses par ordre de pertinence. La pondération qui est effectuée tient compte d'une part de la place des mots dans la page (présence dans le titre, dans le début de page, dans les métatags,..), et d'autre part d'éléments difficiles à connaître car ils relèvent du secret commercial de chaque moteur. Les difficultés liées à la recherche d'information sur Internet sont multiples. Une même question posée avec divers moteurs donne des résultats très différents. Ceci n'est pas seulement dû au mode de fonctionnement du moteur lui-même, mais aussi au fait que chaque moteur n'indexe pas les mêmes parties du Web et ne le fait pas de la même manière. Une façon d'améliorer la recherche est l'utilisation de « métamoteurs », c'est-à-dire de robots qui combinent l'utilisation de plusieurs moteurs et permettent d'améliorer la pertinence des résultats.

ANALYSE ET RECHERCHE DOCUMENTAIRES

CHAPITRE VI
LE RÉSUMÉ DOCUMENTAIRE

serveur web de l'Union européenne^ qui distingue dix métadonnées obligatoires : référence, titre, source, langue, producteur d'information, type, date de publication, date-alarme, classification, mots clés. Si l'on exclut la date-alarme qui indique quand il faut mettre le document à jour ou l'éliminer, on se retrouve en terrain connu, même si les règles d'écriture diffèrent — ce qui n'exige qu'un apprentissage complémentaire. Nui doute que les métadonnées « classification » et « mots clés » ne posent les mêmes problèmes que ceux exposés tout au long de ce manuel.

NOTES
1. Source: [30]. 2. Source: [2], p. 137.
3. Source: [56], p. 214.

L'ensemble du travail d'analyse effectué en amont sur les textes a exige du documentaliste un effort important de réflexion et de compréhension dont l'aboutissement, à ce stade, représente quelques notes mais pas la moindre phrase. C'est donc maintenant que de lecteur attentif il devient producteur de résumé, d'indexation et/ou de synthèse, selon les besoins du service et les finalités décidées par la politique documentaire. C'est le résumé que nous allons étudier dans le présent chapitre, ce résumé documentaire qui est de moins en moins présent dans les banques de données. L'explication de cette désaffection est d'ordre économique : rédiger un résumé prend du temps et coûte donc cher. Or, étant donné qu'il est impossible de faire l'impasse sur le contenu, on attend de l'indexation qu'elle joue le rôle du résumé. Il semble que cette confusion mène à d'étranges dysfonctionnements, dont on prend conscience au moment de la recherche documentaire. L'un des buts de ce chapitre est d'aider à une réflexion plus large sur le rôle propre du résumé dans une banque de données, en vue d'en réhabiliter l'usage.

4. Source : [26], p. 126.
5. Source: [71], p. 152. 6. Idem, p. 164. L'ensemble du chapitre du Menon consacré au paradoxe de la connaissance a été très bien commenté par Bertrand Sajus [73]. 7. Pour qui voudrait approfondir la notion de problème, voir l'ancien mais toujours inégalé [17].

Définition Pour le Robert, résumer consiste à abréger, écourter, réduire, condenser. Ce dernier verbe, de nature scientifique, renvoie à la définition de la condensation en physique : action par laquelle un gaz, une vapeur diminue de volume et augmente de densité par rapprochement de ses molécules. Si l'AFNOR' définit le résumé documentaire comme « l a présentation plus ou moins concise du contenu d'un document », on peut donc rapprocher les deux idées : abréger un texte en augmente la densité. Les publicitaires, qui ne rédigent pas de résumé documentaire, en ont mesuré l'impact depuis longtemps.

8. Source : [69].
9. Source: [19], p. 17.

10. Source : [35].
11. Pour en savoir plus sur ces outils, voir [53] p. 63 et [59].
12. Source: [18].

USAGES ET USAGERS
LE RÉSUMÉ DOCUMENTAIRE

Les documentalistes doivent donc être pleinement conscients que résumer un texte, c'est bien condenser son contenu en vue de mettre en évidence l'information utile et nécessaire pour les usagers éventuels de ce texte. On ne résume pas un texte pour le texte, mais pour qu'il puisse répondre, à un moment donné, à une question donnée. C'est bien ainsi que l'AFNOR en précise le sens dans la norme consacrée au sujet 2 : « Le résumé est un texte concis reflétant fidèlement, sans interprétation ni critique, le contenu du document. Il a pour but d'aider le lecteur à cerner la pertinence du document vis-à-vis de l'information recherchée. »

courant, de façon suivie, de la littérature propre à son centre d'intérêt. La situation de recherche n'est plus ponctuelle, mais courante. L'utilisateur est le plus souvent un spécialiste du sujet.

ACCOMPAGNEMENT DE RÉFÉRENCES DANS LA PARTIE BIBLIOGRAPHIQUE DE REVUES GÉNÉRALES OU SPÉCIALISÉES Ces résumés ont beaucoup de points communs avec les précédents, mais la majorité d'entre eux présentent un commentaire critique. Les utilisateurs, souvent spécialistes, cherchent, outre l'actualisation de leurs connaissances, des opinions, voire des confrontations d'opinions. On ne peut donc parler, dans ce cas, de résumé documentaire stricto sensu.

Usages et usagers Puisque le résumé ne saurait être une fin en soi, il faut avoir constamment à l'esprit l'usage qui en sera fait et l'usager auquel il est destiné.
AUTRES USAGES

ALIMENTATION D'UNE MÉMOIRE DOCUMENTAIRE Les documentalistes remplissent les champs « résumé » des banques de données internes et externes. Le but est d'augmenter la richesse informative d'une référence dans son fond (complément aux autres champs de contenu) et dans sa forme (utilisation de la langue naturelle). Ces résumés servent aux utilisateurs dans le cadre de recherches documentaires, sur un sujet précis, dans un but et sur une durée bien délimités.

Des résumés peuvent également accompagner : - des actes de congrès, colloques ou réunions, afin de donner un aperçu de chacune des communications ; - des bibliographies thématiques, des dossiers documentaires : ils sont alors comparables aux résumés des banques de données, voire simplement issus de celles-ci ; - des revues de presse : ils sont alors comparables à ceux des banques de données ; ils sont rédigés dans la hâte pour un document dont la valeur n'est qu'éphémère, ce que l'on peut considérer comme un vrai luxe. Ne vaut-il pas mieux concentrer son énergie sur les résumés d'une banque de données, dont la raison d'être est de durer ? La rédaction des résumés repose, bien sûr, sur la connaissance des destinataires (cf. p. 21-23) soit en tant que personnes, soit en tant que groupes dont les catégories d'intérêt sont bien définies. Il n'est pire résumé que celui effectué pour un groupe indéterminé tel que « public moyen non identifié ». S'il existe des « non-destinataires » d'un résume. il revient à l'auteur de retrouver, dans le résumé, les idées principales qu'il a souhaité transmettre. C'est ensuite à l'analyste lui-même de

ACCOMPAGNEMENT DE RÉFÉRENCES DANS LES BULLETINS BIBLIOGRAPHIQUES
II est d'usage de faire suivre les références bibliographiques d'un résumé du contenu. Le but est le même que l'alimentation d'une banque de do'nnées, mais le cadre est différent : le lecteur cherche à se tenir au

LE RÉSUMÉ DOCUMENTAIRE

US DIFFÉRENTES FORMES DE RÉSUMÉS

maîtriser sa subjectivité et de rédiger sans plaisir ni déplaisir. Cependant, il importe que le documentaliste-analyste soit régulièrement en contact avec la recherche documentaire, devenant par là même usager de ses propres résumés. Il n'existe, en effet, pas meilleur enseignement que la confrontation personnelle avec ses erreurs, ni meilleure gratification que l'heureuse constatation de ses réussites...

Message de saule sur roue, ce n'est pas un encouragement au noble art de la bicyclette, mais un traité sur l'amélioration de l'approvisionnement en eau par de nouvelles méthodes d'assainissement pour la population rurale de Colombie...

LE RÉSUMÉ D'AUTEUR

Les différentes formes de résumés

Le mot « résumé» est plus polysémique qu'il n'y paraît. Avant de présenter ce qu'est vraiment un résumé documentaire, il est nécessaire de définir la fonction des formes qui s'en approchent.

LE TITRE Le titre est le premier résumé choisi par l'auteur (cf. p. 102). En tant que premier texte lu, il situe généralement l'article ou l'ouvrage dans son domaine d'intérêt et peut susciter une première hypothèse de lecture ; « La traite des esclaves vers les Mascareignes au xvni 1 siècle » répond ainsi à ce que l'on peut attendre d'un titre. Mais cet élément pourtant essentiel est souvent insuffisant. Un texte ayant pour titre « La canne à sucre » traitera-t-il des techniques agricoles ? de la production ? de la transformation ? de l'économie ? de l'ensemble ? « Auvergne et Velay » sont-ils vus sous l'angle de l'histoire ? de l'architecture ? du tourisme ? de la gastronomie ? Pire, le titre est trompeur. On a déjà observé ce fait à propos de la presse, mais les ouvrages offrent aussi de bons exemples. Ainsi les Épaves antiques ne font-elles rêver qu'un temps : il s'agit, en réalité, d'un traité uniquement technique sur la façon de repêcher les amphores, illustré par l'une des expéditions Cousteau en Méditerranée. Quant à

La première version de la norme Z 44-004 ' était consacrée aux résumés d'auteurs et en précisait le but et le caractère. Le résumé d'auteur est le plus souvent rédigé par celui qui a écrit l'ensemble du texte original. On peut donc estimer qu'il n'est meilleur résumé que celui qu'a rédigé la personne connaissant parfaitement le sujet. Mais l'auteur est centré sur le contenu, et non sur l'utilisation de ce contenu ; de plus, étant donné qu'il souhaite que les lecteurs prennent entière connaissance de son texte, son résumé sera souvent persuasif. Par conséquent, bien que l'analyste ait tout intérêt à s'inspirer de cet écrit, il ne peut le considérer comme un véritable résumé documentaire.

LE RÉSUMÉ D'EDITHUK

Le résumé d'éditeur concerne les monographies et se situe en général en quatrième de couverture. Quelquefois rédige par l'auteur, mais le plus souvent par le service marketing de la maison d'édition, il a pour but de vendre le livre. S'il présente le contenu, et si l'analyste peut s'en inspirer (hypothèses de lecture), son style est de pure persuasion commerciale. À nouveau, il ne peut s'agir de résumé documentaire.

LE COMPTE RENDU

Le compte rendu, ou analyse critique, accompagne souvcrU la partie bibliographique des revues spécialisées. Il est rédigé par un spécialiste du domaine ayant les capacités déjuger et la forme et le contenu. Dans la mesure où des jugements sont portés sur la valeur du texte, cette

LE RÉSUMÉ DOCUMENTAIRE

LES RÉSUMÉS DOCUMENTAIRES

forme de résumé est toujours signée. L'analyste doit prendre connaissance du compte rendu critique en gardant ses distances face aux jugements de valeur exprimés, sans le considérer, en conséquence, comme un résumé documentaire 4 .

Les résumés documentaires
Que peut-on donc qualifier de « véritable résumé documentaire » ? Dans la formation des documentalistes, on distingue traditionnellement trois types de résumés. Les deux premiers sont seuls retenus par la norme, qui en donne la définition suivante.

LE DIGEST Le digest est un texte réécrit de façon plus condensée pour « raconter l'histoire » ; c'est une forme vulgarisée du contenu, souvent proche du style journalistique. Ces textes entrent dans la catégorie des « connaissances sensibles» 5 , insuffisamment solides pour apporter une information vérifiée.
LE RÉSUMÉ INKORMATIF

L'EXTRAIT L'extrait reproduit des parties du texte original, les passages jugés secondaires ayant été rejetés. Ce qui est présenté comme le contenu intéressant est, en fait, coupé de son contexte et peut faire l'objet de toutes les manipulations de sens imaginables. L'analyste ne peut juger ni de la véracité ni de la réalité du contenu.

« Le résumé infonnatif est une représentation abrégée du document, renseignant sur les informations quantitatives ou qualitatives apportées par l'auteur. » L'enseignement traditionnel ajoute que ce résumé développe tous les points essentiels, toutes les informations contenues dans le texte. De plus, il devrait permettre à l'utilisateur de ne pas lire le document original.

LE RÉSUMÉ INDICATIF

LA CONTRACTION DE TEXTE

Cet exercice de style oblige les candidats, pour certains examens ou concours, à réduire un nombre de mots au 1/100. Cette opération est centrée sur les capacités des candidats (analyse et synthèse, richesse du vocabulaire} et à aucun moment sur le texte, encore moins sur les utilisateurs possibles. Si les méthodes de contraction de texte sont valables pour acquérir des réflexes de réduction, le résultat ne s'apparente en rien au résumé documentaire. Les ouvrages relatifs au résumé dans le cadre de la préparation aux concours administratifs sont légion et souvent redondants ; on peut recommander la lecture de [431.

« Le résumé indicatif se contente de signaler le ou les thèmes d'études. Il concerne les documents qui, par leur nature ou leur ampleur, ne se prêtent pas à l'établissement d'un résumé infonnatif. » On ne fait pas de différence entre les types de textes ; un résumé indicatif cite, énumèrc, indique les points essentiels, les informations utiles que contient le texte. Il est rapide et global, il explicite un titre trop court ou incomplet.

RÉSUMÉ SÉLECTIF

Le résumé sélectif est le produit des deux ; citant tous |es points essentiels et développant ceux qui intéressent une catégorie spéciale d'utilisateurs, il modifie l'équilibre du texte, mais répond à des besoins identifiés.

LE RÉSUMÉ DOCUMENTAIRE

COMMENT RÉALISER UN RÉSUMÉ DOCUMENTAIRE

Rôle du résumé documentaire dans une banque de données Dans la réalité, ces distinctions sont parfaitement théoriques. C'est sans doute pour les avoir prises au pied de la lettre qu'un grand nombre de services ont décidé de suspendre l'élaboration de résumés dans leur banque de données. En effet, qui peut raisonnablement envisager d'extraire « tous les points essentiels, toutes les informations contenues dans le texte » ? Qui pense réellement qu'un résumé peut remplacer le texte original ? Le souci du perfectionnisme a poussé les documentalistes à choisir le résumé informatif et à y consacrer beaucoup d'énergie, dans un rapport temps-efficacité qui n'a jamais pu être vraiment évalué. Puis, par souci d'économie (en amont), les résumés ont été abandonnés et l'on a demandé à l'indexation de remplir leur rôle. Or, on a vu (cf. p. 105-107) que chaque champ a son rôle et sa fonction. Une suite, une accumulation de mots clés ne remplacent pas une phrase, même succincte : un poteau indicateur permet de choisir la route à prendre ; il n'informe pas sur l'intérêt de la ville vers laquelle on se dirige ; on sait simplement qu'on est sur le bon chemin. Ainsi en estil de l'indexation, qui oriente, et du résumé, qui informe. Mais l'information véhiculée par le résumé a un objectif unique : aider l'usager à savoir si ce qu'il cherche se trouve ou non dans le texte, c'est-à-dire à sélectionner les références obtenues après l'interrogation des champs de contenu. Un résumé documentaire ne peut pas remplacer le texte original ; il ne peut pas apporter toute l'information utile, ni la réponse immédiate. Il est seulement l'outil de la sélection, et c'est dans cet esprit que sont proposées maintenant quelques réflexions pour l'élaborer.

général, du simple au complexe, du détail à la globalité — et vice versa. Ainsi, l'appréhension visuelle du document (cf. p. 35-47) précède une lecture plus approfondie (cf. p. 49-71), le vocabulaire (cf. p. 84-93) aide à la perception du plan (cf. p. 73-83), des hypothèses de lecture (cf. p. 68-69} sous-tendent la compréhension que l'on doit à présent maîtriser. Résumer et indexer illustrent cette correspondance : l'opération mentale est globale mais les produits sont différents. Ils sont présentés dans deux chapitres distincts mais, dans la pratique, ils sont élaborés en même temps. On l'a vu, l'opération d'analyse documentaire comporte trois phases. Ainsi en est-il du résumé : compréhension, sélection, construction. COMPRÉHENSION La première phase consiste à observer et comprendre un texte avec un objectif documentaire ; à partir d'un élément concret (le texte), on va dans l'abstrait (sa signification dans un cadre donné), pour retrouver le concret (l'écriture d'un résumé). C'est ce que Pinto-Molina* appelle le cyclical process. Celte première phase de lecture/compréhension, absolument essentielle, repose sur une véritable conception de la lecture documentaire, riche des connaissances du contenu, du document qui le supporte et de tout son paratextc (voir les travaux de Gérard Genctte, principalement orientés sur les œuvres littéraires, à adapter, bien sûr, au contexte de l'information scientifique et technique), riche également des compétences de l'analyste (connaissances, expérience). Cette lecture esl toujours orientée vers son utilisation ultérieure par un nombre x de personnes, connues ou non. Grâce à cette phase de recherche de la structure profonde du texte et du vocabulaire pertinent (dénoté et univoque), la sélection peut débuter.

Comment réaliser un résumé documentaire
SÉLECTION
I

Les chapitres précédents ont contribué à répondre à cette question. En effet, toutes les activités décrites jusqu'ici reposent sur un aller et retour entre les opérations mentales d'analyse et de synthèse : du particulier au

À la question « De quoi s'agit-il dans ce texte ? », une ou plusieurs réponses ont été apportées. Peu importe, du reste, sous quelle forme et dans quel style. À cette étape, il est essentiel de ne pas se préoccuper

COMMENT RÉALISER UN RÉSUMÉ DOCUMENTAIRE

de la tournure des phrases, d'oublier les acquis préconisant l'emploi d'un « beau style », et de ne pas chercher à rédiger sous une forme définitive. !1 s'agit simplement ici de réduire T (le texte) en t (le résumé), en ayant en mémoire les règles suivantes 7 : « / conserve le contenu informât!f de T ; « les éléments de T qui ne sont pas dans t ne nuisent pas « à la cohérence de T ; « ce qui est vrai pour t l'est pour T. » Les textes de l'information scientifique et technique, majoritairement rédigés par des auteurs ayant, peu ou prou, pratiqué l'enseignement, ont tendance à présenter plusieurs fois et de façon différente les mêmes notions. Robert Escarpit* estime à 50 % le (aux de redondance de la majorité des textes écrits. On se rappelle que la reformulation (cf. p. 76) est un signal donné par l'auteur : s'il réitère un élément de son discours sous une autre forme, c'est qu'il tient à le communiquer. Le documentaliste sait donc qu'il devra retenir l'information ainsi transmise, mais non la répéter. Résumer, c'est donc déjà éliminer d'un texte ce qui a été écrit plusieurs fois, de différentes manières. La grille de lecture proposée pages 76 à 79 indique bien l'articulation entre les « items », à retenir, et les compléments d'information, à sérier selon leur importance dans l'objectif documentaire. S'il s'agit d'éléments secondaires d'information, on peut les éliminer dans le résumé final, Enfin, la même grille met en lumière certains éléments intéressants dans le fil du discours, maïs non pertinents, donc inutiles pour la compréhension du sens, tels que les illustrations, les citations, etc.

Cette phase de sélection-élimination réduit l'écrit à ses éléments jugés pertinents en regard du texte lui-même et de son objectif documentaire. Ces éléments doivent alors être reconstruits.

CONSTRUCTION Pour un certain nombre de chercheurs en science de l'information, cette phase est souvent appelée « phase d'interprétation » ; « Once selected (contractée, reduced and condensée) lext nnist be interprcted, a.ssigning it a content.*' » « Qu'en est-il d'un texte écrit, que l'auteur génère et confie ensuite à divers actes d'interprétation, comme on jette une bouteille à la mer ? '" » Ce terme gêne l'analyste, qui se veut toujours à l'abri d'un quelconque commentaire sur l'œuvre résumée. Mais lo interpret signifie également «traduire». II existe de nombreux points communs entre le travail de l'analyste et celui du traducteur, ce qui nous remet en mémoire l'adage italien traduttore, tradifore. Le traducteur est-il toujours un traître ? L'analyste peut-il toujours être sûr de ne pas interpréter ? Ou peut-on affirmer que l'analyse documentaire, bien qu'elle ne relève pas des sciences exactes, a quelque chose à voir avec la logique floue : « The t\vo main sets offoofs for interpreling are inverse and complementary : déduction and induction, reasoning and inference, Reasoning involves security ; inference involves probability. The basic activities tnay be improved when applied in a furzv numner. " » « Le résumé est une construction nouvelle mais qui suppose entre l'auteur et le lecteur un savoir commun. | : » C'est donc pendant cette phase que l'analyste doit serrer au plus près l'objectif documentaire du résumé, pour mettre en lumière le sens utilisable, tout en respectant autant que possible les principes suivants : - linéarité : le résumé doit suivre l'ordre de l'énoncé ; - homogénéité : le résumé doit respecter l'importance de critique partie du texte ; -fiabilité : le résumé doit présenter le sens du texte, non un commentaire ou un jugement de valeur sur le contenu ou les idées exprimées.

Compléments

d'information

LE RÉSUMÉ DOCUMENTAIRE

COMMENT RÉALISER UN RÉSUMÉ DOCUMENTAIRE

Selon les lieux et les objectifs, la construction peut suivre un schéma préétabli. C'est le cas de certains laboratoires de recherche fondamentale ou appliquée. Robert Pages, directeur du Laboratoire de psychologie sociale de la Sorbonne, demandait à ses analystes de rédiger les résumés selon l'ordre suivant : contexte, but (objectif de l'auteur), thèmes (spécifications du problème, notamment variables et hypothèses), arguments (moyens de démonstration dans le cadre d'une démarche formelle), procédures (démarche et moyens matériels), résultats, discussion. On peut s'inspirer de ce schéma ou en construire d'autres, en fonction de la nature des textes à résumer. En fait, la construction d'un résumé repose beaucoup sur la recherche du plan (cf. p. 73-83), sur la structuration interne du texte lui-même. Le repérage d'ensembles cohérents permet de hiérarchiser, après les avoir sélectionnés, les items exposés. Ce travail de mise en place des ensembles facilite la rédaction. L'exercice 15 (p. 148) illustre bien la nécessité de cette phase préalable de structuration.

Il convient cependant de garder toujours à l'esprit que la finalité de la rédaction n'est pas le « beau style », mais bien la lisibilité, garante de l'impact qu'aura le texte résumé sur le lecteur final, sans oublier que la compétence du destinataire n'est pas nécessairement celle de l'émetteur : « Le scriptcur doit anticiper, à travers sa propre lecture du texte qu'il produit, l'activité de lecture de celui auquel il s'adresse. M » Ceci ne doit pas occulter le fait que le résumé est un simple passage entre le texte original (l'émetteur) et celui qui le lira (l'utilisateur), l'analyste se situant dans ce cadre comme un lecteur-scripteur intermédiaire générant, lui aussi, un texte (le résumé) : « Générer un texte signifie mettre en œuvre une stratégie dont font partie les prévisions des mouvements de l'autre — comme dans toute stratégie. l? » Alors, quelle stratégie mettre en œuvre ? Sourions, au passage, à propos de la réflexion de Jean-Luc Godard '" qui, après avoir lu l'éditorial d'un quotidien, demandait au rédacteur en chef s'il rédigeait, lui aussi, en colonnes avant de donner son papier à la composition... On rédige pour être lu, certes. Mais comment être lu ? Quatre maximes' 7 peuvent être méditées : <( - maxime de la quantité : fais en sorte que ta contribution soit informative autant que le requiert la situation d'échange ; « - maxime de la qualité : ne dis pas ce que tu crois être faux et ne parle pas de ce dont tu n'as pas de preuves adéquates ; « - maxime de la relation : ne parle pas pour ne rien dire ; « - maxime de la manière : évite les expressions obscures, l'ambiguïté, sois bref, sois conséquent. » Ce viatique en tête, on peut aborder les formes possibles d'un résumé documentaire. Style télégraphique ? « Bien sûr que non ! », s'exclament les puristes. Et pourquoi pas, si le tcxle le permet ? La décision de recourir à ce style doit être'prise très rapidement. Si la réponse à la fameuse question « De quoi s'agit-il ? » .s'exprime naturellement sous forme de phrases non verbales, pourquoi ne pas les accueillir (elles quelles ? Certains textes, par exemple tous

RÉDACTION Cette étape est souvent appelée « synthèse », dénomination pertinente puisqu'il s'agit d'utiliser les éléments sélectionnés dans le texte et de construire, à partir d'eux, un ensemble cohérent et lisible. Toutefois l'emploi de ce terme est vivement déconseillé, dans la mesure où il peut entraîner une confusion entre la synthèse documentaire, effectuée à partir de plusieurs documents sur le même sujet, et la rédaction d'un résumé documentaire, qui s'applique à un texte unique. Rédiger un résumé documentaire nécessite une certaine aptitude à l'expression écrite. D'excellents manuels sur ce sujet |l peuvent aider les néophytes ou les documentalistes qui ont perdu l'habitude d'écrire ; la profession, en morcelant ses activités, provoque malheureusement de telles déperditions. La métaphore sportive se révèle, ici encore, adaptée : écrire quotidiennement est la meilleure façon de trouver et d'entretenir sa forme.

COMMENT RÉALISER UN RÉSUMÉ DOCUMENTAIRE LE RÉSUMÉ DOCUMENTAIRE

les textes descriptifs, s'y prêtent plus que d'autres. Ecrire en style télégraphique (qui envoie encore des télégrammes ?) revient à changer la syntaxe et à pratiquer ce que les linguistes appellent la « thématisation ». Ainsi la phrase suivante IR : « Giraudoux écrivait avec élégance et même avec un peu d'affectation ; il aimait les expressions nouvelles, les mots rares, les belles cadences... » est thématisée en : « style de Giraudoux ». La thématisation est, du reste, une opération classique préalable à l'indexation. Il est sans doute plus difficile d'écrire en style télégraphique quand un texte, de type problématique, rend compte d'opinions complexes et de confrontations d'idées. Mais il est peut-être plus simple de commencer le résumé par une phrase introductive telle que « Comparaison entre X et Y sur les domaines suivants : ...» que par des phrases alambiquées d'où ne se dégageront pas tout de suite la clé et l'enjeu du texte original. La seule règle à appliquer est la suivante : quel que soit le choix opéré, il faut le maintenir ; style télégraphique ou style rédigé, mais maintenu du début à la fin. Il ne saurait être question de variations ou d'alternance. Style rédigé Existe-t-il un style propre au résumé documentaire ? Peut-on parler d'écriture documentaire, ou simplement renvoyer aux règles de la communication scientifique^, donc à un style froid, objectivé et distancié ? En effet, l'auteur du texte original énonce directement, tandis que l'analyste rend compte de l'énoncé T. Quelques recommandations s'imposent, par conséquent : - éviter les tournures personnalisées (« nous nous trouvons », « nous pensons », « nous devons ») ; - entrer directement dans le sujet sans commencer par : « l'auteur présente », « dans cet article » ; - faire ressortir, grâce à l'écriture, à la ponctuation et au rythme des phrases, le nombre d'items exposés. Il est inutile d'écrire « dans la première partie », « dans la deuxième partie », alors qu'il existe des mots d'articulation (cf. p. 84) aussi utiles à la lecture qu'à l'écriture ; - utiliser le vocabulaire de l'auteur dans la mesure où il présente un caractère permanent, ce qui ne signifie pas faire des collages de cita-

lions. « Si l'auteur a explicité de façon concise des notions complexes, il ne faut pas hésiter à employer telles quelles des phrases (ou des éléments de phrases) présentes dans le texte plutôt que de chercher maladroitement à le paraphraser. 2 " » Concision des phrases Un résumé documentaire efficace repose sur la concision des phrases et la précision du vocabulaire. La façon dont les phrases du résumé sont construites dépend beaucoup de la structure du texte original. Le résumé peut donc avoir un caractère : - chronologique. Il indique une succession de faits dans le temps : « le bilan 1993... le bilan 1 9 9 4 » ; - ènumératif. Il indique une succession de faits, de situations dcnonv brables successivement « premièrement, deuxièmement, troisièmement », ce qui est différent de «première partie, deuxième partie». L'éiuimération s'applique ici aux faits ou aux idées, et non à la façon dont ils sont présentés ; - logique. Il indique une organisation raisonnée du discours dans un enchaînement cohérent des idées : « d'abord, puis, ensuite, enfin ». " p u i s q u e , donc » ; - alternatif. Il propose deux idées possibles : « soit, soit », « ou, ou bien » ; - antithétique. Il oppose deux idées, rapprochées pour amplifier l'effet de contraste : « au contraire, en revanche », « d'un côté, de l'autre ». Si une phrase concise est courte, elle doit pourtant rendre compte, sans trop de coupures, de la structure logique du raisonnement et de l'articulation des idées. C'est la ponctuation (cf. p. 41-43) qui assure alors la lisibilité. A nouveau, la lecture est complémentaire de l'écriture. Si le point, la virgule, le point-virgule et les deux-points sont bienvenus dans un résume documentaire, il faut restreindre l'usage des parenthèses, des guillemets, des lirets grammaticaux, et éviter absolument les points de suspension et d'exclamation.

LE RÉSUMÉ DOCUMENTAIRE

COMMENT RÉALISER UN RÉSUMÉ DOCUMENTAIRE

Précision du vocabulaire À la concision de la phrase doit correspondre la précision du vocabulaire. L'idéal serait de choisir un maximum de termes dans le vocabulaire scientifique et technique spécialisé (cf. p. 86-87) dont le caractère monosémique garantit la juste transmission du sens entre auteur et lecteur. Mais l'essentiel est d'éviter tous les termes porteurs de connotation. 11 conviendra, par exemple, de préférer « accident » à « catastrophe », « difficulté » à « crise », même si l'auteur a choisi ces termes. Quant à cette phobie bien française de la répétition des termes, si elle peut être justifiée pour les textes rédigés en « beau style », elle provoque de nombreux contresens ou faux-sens dans des écrits de nature scientifique et technique, et tout particulièrement dans les résumés documentaires. Voilà pourquoi il est vivement recommandé, pour ces derniers, de préférer la répétition à un supposé synonyme désastreux. Enfin, il convient de choisir les mots du résumé en fonction des autres champs de contenu (cf. p. 102-107) ; il est préférable de ne pas réutiliser les mots du titre et de l'indexation, tout au moins sous la même forme. En s'équipant d'un bon dictionnaire de langue, l'analyste augmente la richesse de son vocabulaire et la souplesse de sa rédaction. Un résumé n'est pas une œuvre littéraire. Autrement dit, le style doit être correct, bien sûr, mais il faut toujours garder à l'esprit sa vocation première : transmettre le sens du texte original. Présentation formelle Un résumé documentaire n'est jamais isolé de l'identification bibliographique du texte primaire. Dans une banque de données, les champs de description (cf. p. 102) accompagnent le champ du résumé. Dans un bulletin bibliographique, la notice bibliographique, rédigée selon les normes ou les spécifications de l'unité documentaire, précède toujours le résumé documentaire. Le résumé documentaire se présente sous la forme d'un paragraphe unique,.sans alinéa ni numérotation. «C'est essentiellement un texte

sans tableau ni illustration et en principe sans diagramme ni formule compliquée.21 » Son contenu doit être rapidement et globalement perçu. Décider a priori combien de mots doit comprendre un résumé documentaire n'a aucune raison d'être. Cette contrainte vaut, certes, pour les exercices de contraction de texte (cf. p. 126), mais leur finalité n'a aucun point commun avec celle du résumé documentaire. Un texte doit être résumé en fonction de la richesse du sens qu'il véhicule, non en fonction du nombre de mots utilisés, ïl fut un temps où les systèmes informatisés imposaient un nombre limité de caractères, mais c'est de plus en plus rare. À moins d'être encore soumis à cette sujétion, il n'existe aucune raison pour soumettre la rédaction d'un résumé documentaire à une longueur préalablement déterminée.

Derniers conseils
POUR ASSURER LA PERTINENCE

• Adapter chaque terme à la fois à l'expression des notions contenues dans les documents primaires et à l'usage normal du vocabulaire. • Ne pas dévier le sens de l'information : faux-sens (conformité). • Ne pas dénaturer le sens de l'information : contresens (véracité). • Choisir chaque terme non seulement en fonction du contenu informatif du texte — prioritaire — mais aussi en fonction des profils, motivations, centres d'intérêt et niveau de compréhension des utilisateurs.

POUR AUCiMIiNTER L'HFRCACITR

• S'assurer que tous les termes choisis sont utiles. • Vérifier qu'une notion est exprimée par un seul terme.

COMMENT RÉALISER UN RÉSUMÉ DOCUMENTAIRE
LE RÉSUMÉ DOCUMENTAIRE

• Contrôler qu'un terme ne sert à exprimer qu'une seule notion. • Ne jamais utiliser les mots généraux ou athématiques (« rôle », « principe », « type », etc.) seuls.

10. Source : [33], p. 68. 1 1 . Source : [70], p. 233. 12. Source : [3]. 13. Pour tout ce qui concerne le résume documentaire, voir, en particulier, les petits manuels de la collection « Profil-Formation » des éditions Hatier.

POUR TENDRE VERS L'OBJECTIVITÉ

14. Source; [76]. p. 151.

• Choisir les termes dans un souci de neutralité. • Éviter les termes subjectifs ou relatifs au temps (« renouveau », « décadence », « ancien », « moderne », « contemporain », « récent », etc.). • Éviter les termes porteurs d'options, de valeurs. » Résister aux variations de vocabulaire qu'entraîné la mode.

15. Source: [33], p. 70. 16. « À voix nue ». entretien entre Jean-Luc Godard et Noël Simsolo, FranceCulture, vendredi 3 avril 1998. 17. Source : [39]. (Maximes conversationnelles, extraites de [33], p. 86.) 18. Source : [25]. 19. Parmi beaucoup d'autres, voir [80]. 20. Source : [35], p. 27. 21. Source : [3].

NOTES
1. Source : [7]. 2. Source : [3]. 3. Source : [3]. 4. La norme Z 44-004 de décembre 1984 indique expressément que ce genre de résumé ne fait pas partie du travail documentaire. 5. Source : [14], p. 32. 6. Source : [70], p. 225. 7. Source : [25]. 8. Source : [34]. 9. Source: [70], p. 231.

ANNEXE PÉDAGOGIQUE

Exercice n° 11 - Lecture critique de résumés sous l'angle formel L'objectif est de repérer, dans des résumés existants (ils ont été rédigés par des personnes susceptibles de changer de fonction dans leur entreprise et ayant reçu une formation très brève sur le résumé documentaire), les erreurs de forme à éviter. Lisez d'abord le texte suivant (Alain Lebaube. — Le temps du déséquilibre permanent. — Le Monde, supplément Initiatives, mai 1995) en appliquant la lecture documentaire (cf. p. 35-71), sans chercher à repérer les idées directrices puisque la consigne consiste seulement à vérifier si les recommandations des pages 132 à 137 ont été suivies. LES METAMORPHOSES DU TRAVAIL- Le temps du déséquilibre permanent Sous ce qu'on a appelé abusivement « la crise » (depuis le temps, le terme ne correspond plus à la réalité), les mutations souterraines ont amorcé une recomposition du marché du travail D'abord, il faut e.n finir avec l'idée selon laquelle tous ces mouvements ne seraient que le fruit d'une adaptation conjoncturelle, donc réversible.. Le retour en arrière ne se produira pas, à supposer que la croissance retrouve ses rythmes d'antan, car les conditions technologiques de production interviennent désormais dans un environnement bouleversé, de compétition internationale. Au contraire, nous sommes bien dans un changement dont le caractère structurel se confirme jour après jour. Un nouvel équilibre se dessine, dont le mode de fonctionnement instaurerait, justement, le déséquilibre permanent. Trois axes convergent pour le signifier. Autrefois hégémonique dans sa fonction productive comme dans sa gestion sociale, l'entreprise s'éclate. Pour être plus performante et pour coller à un contexte de turbulences, elle distingue le cœur de cible de ses activités, son « métier », de toutes les autres fonctions ou missions qu'elle n'intègre, plus. Entourée de cercle concentriques, de la filiale à la soustraitance, des partenaires au recours aux indépendants, elle organise une forme de précarité entrepreneuriale. Il est temps d'admettre que cette gestion en flux tendus, durable, coïncide, plus qu'on ne le pensait, avec l'éclatement de l'emploi lui-même. Là aussi, selon un parallèle saisissant, l'ancien modèle dominant de l'emploi à temps plein, à durée

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indéterminée et à statut, tend à perdre de sa superbe. A côté dit noyau dur du salariat se développent les formes satellites de l'emploi qui giavitent sur des orbites plus ou moins éloignées. Du travail à temps partiel, en pleine explosion, aux contrats à durée déterminée, à l'intérim, aux stages, au travail indépendant et même au travail au noir, toute la palette existe, qui associe le plus souvent précarité et vulnérabilité, non pas dans le désordre, mats bien dans un esprit de système. C'est-à-dire, que, de la réponse à des difficultés immédiates, on en est passé à une utilisation régulière de formules pour une optimisation des résultats. Quand (rien même, cette double rencontre d'offportunités devait de toute façon avoir Heu, en raison d\tn troisième fadeur. A savoir, l'inéluctable évolution du travail proprement dit, dont le contenu est éclaté sous le double effet de l'introduction des nouvelles technologies et de la tendance à la « tertiarisation », qui s'est étendue des services à l'industrie. Les contours de ce qui fait un travail sont devenus imprécis, et les rapports au temps comme à l'espace se sont distendus dans de nombreuses activités professionnelles. Désormais, on ne peut plus prétendre que le temps de travail reste l'instrument intangible de mesure de la valeur ajoutée fabriquée ou vendue. De même, l'usine et le, bureau ne constituent pas forcément les lieux exclusifs où s'exercent les métiers et sont d'autant plus concurrencés que quantité de travailleurs manient quotidiennement des notions abstraites. En fonction de ces trois causes, qui se complètent et se recouvrent, nous assistons à la mise en place des fondements d'une nouvelle société, voire d'une autre civilisation. Ce qui suppose, un changement des mentalités, pour s'adapter, qui prendra des générations alors que les problèmes à résoudre sont urgents. De, quoi s'agit-il ? D'apprendre, à vivre dans un univers incertain, où l'entreprise pourra être virtuelle ou diffuse, oit l'emploi sera mobile, souple et indépendant, réclamant de l'initiative individuelle, et où le travail, à son tour, aura un contenu à la fois peu palpable et cependant relié aux informations venues de toute la planète. Bref, il faudra être suffisamment fort pour exister sans repères et accepter de gérer en permanence l'incertitude. Par ailleurs, il est également manifeste que tout pousse à relativise} la place et la valeur du travail, ainsi qu 'en témoigne l'aspiration au temps libre, que nous aurons à admettre que le niveau de diplôme ne, corresponde plus automatiquement à un niveau d'emploi et qu'il sera nécessaire de substituer la notion de professionnalisation, servant à désigner les compétences exigées par la tertiarisation, à la. notion de qualification, qui reste confondue avec l'ère industrielle absolue. Vaste programme ! Mais la recomposition en cours signifie sans doute que le travail ne sera plus la préoccupation centrale, quoique indispensable,, et que l'éducation aura encore plus pour mission de préparer à une vie d'homme, au sens plein. Ai AIN /jf/M(.w;
© Le Monde

Prenez ensuite connaissance des neuf résumés de ce texte et relevez les erreurs de forme en vous basant sur les éléments des pages 132 à 137. 1 — La « crise » du travail est bien réalité. Il ne faut plus croire que cela est le fruit d'une adaptation à caractère conjoncturel mais plutôt structurel. Cela pour trois raisons. Aujourd'hui l'entreprise s'éclate. Elle organise une forme de précarité entrepreneuriale. Le travail à temps partiel, les contrats à durée déterminée, l'intérim, les stages, le travail indépendant et même le travail au noir se développent. Le troisième facteur sera la tendance à la tertiarisation. En raison de ces trois causes, il faudra changer de mentalité, mais il faudrait d'abord résoudre les problèmes urgents. Il faudra être suffisamment fort pour exister sans repère. Pour se préparer à une vie d'homme, l'éducation sera indispensable. 2 — D'après Alain Lebaube, en mai 1995, le changement du marché du travail se confirme par la précarité de l'entreprise, du travail et de son contenu. L'homme devra accepter le fait que le travail occupe une moindre place dans sa vie. L'éducation devra l'y aider. 3 — Décomposition du marché du travail. Nous sommes dans un changement dont le caractère structurel se confirme jour après jour, le déséquilibre permanent. Trois axes convergent pour le signifier. 1/ L'entreprise s'éclate pour être plus performante et pour coller au contexte de turbulences. 2/ L'éclatement de l'emploi avec l'emploi à temps plein, les CDI, tend à perdre de sa superbe. L'explosion du temps partiel, les CDD, les intérims... toute la palette existe qui assure précarité et vulnérabilité. 3/ Le contenu du travail est éclaté avec la tendance à la « tertiarisation ». En fonction de ces trois causes, nous assistons à la mise en place d'une nouvelle société qui prendra des générations malgré

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l'urgence. L'éducation aura encore pour mission de préparer à une vie d'homme au sens plein, le travail n'étant plus la préoccupation centrale, quoique indispensable. 4 — Dans un contexte de turbulence et d'éclatement des entreprises, les nouvelles technologies et la tertiarisation entraînent le plus souvent la précarité et la vulnérabilité des emplois. L'urgence de la situation ne peut attendre un changement de mentalité des individus qui doivent être suffisamment forts pour s'adapter dans cet univers incertain. Dans l'avenir, l'éducation devra préparer à une vie d'homme dont la préoccupation principale ne sera plus le travail. 5 — Le monde du travail évolue, l'entreprise et l'emploi, de même que la nature du contrat de travail : tout mute pour donner naissance à une autre approche de l'activité professionnelle. L'approche même de celle-ci s'en trouve modifiée par un changement quant aux valeurs humaines : les repères, la professionnalisation, la qualification seront à intégrer pour faire face à une nouvelle éducation pour une nouvelle génération. 6 — D'abord il faut en finir avec l'Idée selon laquelle un retour en arrière est possible, les mutations souterraines ont amorcé une recomposition du marché du travail. Trois axes convergent pour le signifier : L'entreprise s'éclate : pour être plus performante et pour coller à un contexte de turbulences, elle organise une forme de précarité entrepreneuriale par le biais de la sous-traitance. On assiste à l'éclatement de l'emploi lui-même. C'est-à-dire que l'on est passé à une utilisation régulière de formules telles que CDD, intérim, stage, qui associent donc précarité et vulnérabilité. L'inéluctable évolution du travail dont le contenu est éclaté sous le double effet des nouvelles technologies est un autre facteur. En fonction de ces trois causes, nous assistons à la mise en place d'une nouvelle société, voire d'une autre civilisation. Les problèmes à résoudre sont urgents et pourtant si l'on suppose un changement des mentalités, cela prendra des générations !

Bref, il faudra être suffisamment fort pour exister sans repères et accepter de gérer en permanence l'incertitude. Le travail ne sera plus la préoccupation centrale et l'éducation aura pour mission de mieux le préparer à une vie d'homme. 7 — La « crise » ou recomposition du marché du travail présente un caractère structurel et non conjoncturel. La précarité de l'entreprise, l'éclatement de l'emploi, l'évolution du travail le signifient. Emploi souple, mobile et indépendant caractérise la nouvelle société. Celle-ci suppose des changements de mentalité pour faire face à l'incertitude. Cette recomposition du travail, la nécessité d'y être préparé, conduiront à un renforcement de la mission éducative de la société. 8 — L'éclatement de l'entreprise, de l'emploi et du travail met la société en déséquilibre. Pour s'adapter au changement permanent, il est recommandé de savoir gérer l'incertitude, de relativiser l'importance du travail, de préférer la qualification à la professionnalisation et de miser sur l'éducation. 9 — La recomposition du marché du travail n'est plus de nature conjoncturelle, mais structurelle. Le déséquilibre permanent de la société est dû à trois mutations : l'entreprise n'intègre plus ses fonctions classiques, s'organise en filiales, utilise des soustraitances, des partenaires indépendants ; l'emploi connaît des formes diversifiées, temps partiel, CDD, intérim, stages, travail indépendant, travail au noir ; le contenu du travail lui-même est remis en cause par l'arrivée des nouvelles technologies et la tendance à la « tertiarisation ». Une nouvelle société exige la résolution urgente des problèmes alors que les changements de mentalité s'étendent sur plusieurs générations. Il faut se préparer à exister sans repères, gérer l'incertitude, relativiser la place et la valeur du travail, et à substituer la notion de professionnalisation à la notion de qualification. L'éducation peut nous y aider. Commentaires en pages 289-290.

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Exercice n° 12 - Écriture : rétablir la ponctuation d'un texte L'objectif est de mesurer l'importance d'une ponctuation adaptée pour rendre un texte intelligible et lisible. Rétablissez la ponctuation d'un paragraphe. Vous pouvez tenter d'appliquer une grille de lecture pour trouver la logique de la pensée. L'une des Mythologies (éditions du Seuil, 1957, coll. « Points ») de Roland Barthes est intitulée « Romans et enfants ». Le premier paragraphe est transcrit intégralement. Le deuxième l'est sans ponctuation ni majuscule.

Exercice n° 13 - Écriture : reconstituer un texte L'objectif est de retrouver l'ordre logique d'un texte, ce qui permet de réviser les mots d'articulation (cf. p. 84). Remettez dans le bon ordre six paragraphes mélangés d'un même texte. (Extrait de : Gilberte Niquet. — Écrire avec logique et clarté. — Paris, Hatier, 1996.) 1 — D'autre part, la gymnastique volontaire est une occasion de contacts. Des personnes de métiers et de genres très divers s'y retrouvent. J'y ai rencontré, par exemple, un juge des enfants qui m'a parlé de sa profession et m'a beaucoup intéressé. 2 — La gymnastique volontaire est maintenant très répandue, et je m'en réjouis car elle offre de nombreux avantages. 3 -- La gymnastique volontaire procure enfin une excellente détente. Grâce à elle, chacun s'évade de son univers quotidien pour ne plus vivre qu'avec son corps dans un cadre sympathique. 4 - - D'abord, elle apporte une compensation salutaire à la sédentarité de nos vies. Nous marchons peu, en effet, pour nous rendre au travail, que nous utilisions pour ce faire les transports en commun ou un engin individuel. Par ailleurs, notre activité professionnelle est bien souvent statique. La gymnastique volontaire, qui mobilise chacun de nos muscles, nous permet de compenser cette sédentarité et de rendre à notre corps son équilibre. 5 — Pour toutes ces raisons, je pense que la gymnastique volontaire est une belle réalisation sociale. Facteur d'équilibre, de rencontres et d'enrichissement, elle est sans nul doute à pratiquer. 6 — Ces possibilités de contacts ouvrent des horizons. C'est ainsi que je me suis mise à fréquenter la piscine grâce à des membres de mon club de gymnastique qui m'y ont entraînée. Avec d'autres personnes, j'ai visité un musée local que je ne connaissais pas.
© Éditions t-fatier, 1996

A en croire Elle, qui rassemblait naguère sur une même, photographie soixantedix romancières, la femme de lettres constitue une espèce zoologique, remarquable : elle accouche pêle-mêle de romans et d'enfants. On annonce par exempte : Jacqueline I^enoir (deux filles, un roman) ; Marina Grey (un fris, un roman) ; Nicole, Dutreil (deux fils, quatre romans), etc. qu'est ce que cela veut dire ceci écrire est une conduite glorieuse mais hardie l'écrivain est un artiste on lui reconnaît un certain droit à la bohème comme il est chargé en général du moins dans la France d'Elle de donner à la société les raisons de sa bonne conscience il faut bien payer ses services on lui concède tacitement le droit de mener une vie un peu personnelle mais attention que les femmes ne croient pas qu'elles peuvent profiter de ce pacte sans s'être d'abord soumises au statut éternel de la féminité les femmes sont sur terre pour donner des enfants aux hommes qu'elles écrivent tant qu'elles veulent qu'elles décorent leur condition mais surtout qu'elles n'en sortent pas que leur destin biblique ne soit pas troublé par la promotion qui leur est concédée et qu'elles payent aussitôt par le tribut de leur maternité cette bohème attachée naturellement à la vie d'écrivain
© Éditions du Seuil, 1957

Correction et commentaires en page 290.

Corrigé en page 291.

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CHAPITRE VII INDEXATION

Exercice n° 14 - Rédaction d'un résumé documentaire d'un texte déjà étudié Résumez (enfin !) le texte « Les effets violents de la télévision » (en page 227) en utilisant tous les exercices précédents, et particulièrement la phase de structuration (voir exercice et corrigé du chapitre iv, p. 83 et 278-287). Essayez de le rédiger dans l'optique d'une banque de données d'un service de la recherche d'une chaîne de télévision. Propositions de corrigés et commentaires en pages 292-293.

L'indexation est certainement l'opération la plus fréquente, et donc la plus banalisée du travail documentaire ; elle est même parfois confondue avec la cotation, en particulier en bibliothéconomie. Elle est pourtant « largement méconnue, du fait de la complexité et de la variété des notions et des traitements qu'elle met en œuvre » '. Il est utile d'en réviser les objectifs, les formes, les usages et les exigences.

Qu'est-ce qu'indexer ?
Exercice n° 15 - Rédaction d'un résumé documentaire d'un texte nouveau Le texte « Des objectifs pour le journalisme » (Claude-Jean Bertrand, Études, septembre 1993, en page 246) est nouveau dans ce manuel. Il a été choisi pour sa qualité, mais aussi pour son apparente structuration. On choisira, pour travailler, le contexte de la banque de données d'une école de journalisme. Il doit faire l'objet de toutes les étapes précédentes : repérage visuel, caractéristiques du texte, lecture documentaire (les trois premiers paragraphes) amenant à des hypothèses de lecture, à la recherche de la structuration, du vocabulaire. Cet exercice peut être conduit de deux façons : - soit vous rédigez immédiatement et vous comparez votre résultat avec ceux qui sont proposés en pages 293 à 298. (Ces résumés ne sont pas du tout des modèles et il est donc important de relever leurs erreurs, tant dans la forme que dans le fond.) ; - soit vous prenez connaissance de ces résumés avant de rédiger et, après les avoir critiqués, proposez votre propre version. Structuration et deux corrigés possibles en pages 298-300.

A partir des travaux préparatoires des comités techniques de l'ISO {International Standard Organization) et de l'Unesco, l'AFNOR a élaboré, en 1978, une norme 2 en vue d'« établir des méthodologies valables et cohérentes pour la description et la caractérisation des documents à l'aide de représentations de concepts (mots clés, descripteurs, indices, etc.) ». En simplifiant la formulation, on peut retenir de cette norme : • Une définition : l'indexation est l'opération destinée à représenter par les éléments d'un langage documentaire ou naturel des données résultant de l'analyse du contenu d'un document ou d'une question. • Une finalité : l'indexation indique rapidement, sous une forme concise, la teneur d'un document ; elle « permet une recherche efficace des informations contenues dans un fonds de documents ». Il est bien spécifié que cette recherche est possible «par indexation de la question, opération analogue [c'est nous qui soulignons] à l'indexation du fonds », c'est-à-dire des informations qui y sont contenues.
• Un processus en deux étapes : « - la reconnaissance des concepts contenant l'information dans les documents à indexer... ; « - la représentation de ces concepts dans le langage documentaire ».

INDEXATION

USAGE ET APPLICATIONS

La norme insiste bien sur la nécessité d'exprimer le contenu dans un langage libre avant d'utiliser un langage contrôlé. En fait il existe véritablement trois étapes, car la reconnaissance des concepts implique d'abord leur compréhension. En 1984, l'ISO a lancé un projet de norme internationale \s par la Grande-Bretagne *. Les termes sont sensiblement les mêmes que ceux de la norme AFNOR. Ainsi que le suggère le titre, ces deux projets sont essentiellement centrés sur l'examen du document, la définition de son contenu, l'identification des notions principales exprimées et leur expression en langages d'indexation, et non sur une finalité liée à la recherche documentaire. En ce sens, la norme AFNOR, antérieure, garde toute sa valeur. En effet, l'indexation n'a d'intérêt que dans son utilisation principale : aider la recherche, inspirer la requête. C'est une opération dynamique et non statique, centrée sur l'usage et non sur la description, même si celle-ci est nécessaire. C'est « l'opération centrale de tout système documentaire pour le stockage et la recherche des informations. Les produits de l'indexation servent à retrouver l'information et à la sélectionner pour répondre aux besoins des utilisateurs - ». Une étude très centrée sur les possibilités de l'indexation automatique en fait la condition première : « L'indexation est, dans tous les cas de figure, un préalable indispensable à la recherche documentaire, et il ne convient pas d'opposer les logiciels de recherche documentaire classiques à ceux basés sur le texte intégral. * » Une définition dynamique de l'indexation pourrait être de dire que lorsque l'on indexe, on cherche dans un texte des réponses à des questions susceptibles d'être posées. Ceci implique que l'information obtenue par cette voie soit porteuse de sens, sans quoi il n'y aura pas de réponses, mais seulement du bruit ou du silence. « Nous savons codifier et automatiser l'information : il n'en va pas de même du sens... l'information ne fait plus l'objet d'aucune hiérarchie et perd son sens... Les métiers de l'information ne consisteront plus à mettre de l'information à disposition, mais à la hiérarchiser et à lui donner du sens. 7 » Ces quelques phrases donnent à réfléchir sur la façon habituelle d'indexer.

Les paragraphes suivants exposent les méthodes classiques et tentent d'en montrer les limites, à partir d'une interrogation toute simple : comment fournir du sens uniquement avec des mots ?

Usage et applications
Selon la norme AFNOR de 1978, l'indexation sert à la « confection d'outils de recherche documentaire tels que des index de livres ou de bulletins bibliographiques, des catalogues organisés de matières ou encore des fichiers manuels, mécaniques ou automatiques ». Outre que les systèmes informatisés ont beaucoup modifié ces usages, il existe une différence importante entre l'index d'un livre et l'indexation d'un fichier matière, quelle qu'en soit la forme.

L'INDEX D'UN LIVRLi

L'index d'un livre est le résultat de choix effectués par l'auteur qui décide d'aider le lecteur à entrer dans son œuvre par le biais de termes divers : noms propres de personnes, d'institutions, de lieux, d'événements ; noms communs présents dans le texte et correspondant à différents sujets, qu'ils soient jugés importants ou accessoires. Ces index renvoient aux pages du texte courant. Les meilleurs exemples sont ceux des grandes encyclopédies qui ne présentent pas de rubriques à tous les sujets mais permettent, par le biais d'un volume d'index, d'orienter le lecteur vers la rubrique où tel sujet est présenté à la faveur d'un autre. Ainsi, l'index de la Grande Encyclopédie Larousse article de quatre pages traite de la « délinquance » et quance juvénile », mais renvoie à onze autres entrées alcoolisme, arriération mentale, criminologie, etc.) où « et « délinquance juvénile » apparaissent aussi. indique qu'un de la « délin{adolescence, délinquance »

INDEXATION

COMMENT INDEXER ?

L'indexation du texte d'un document, effectuée le plus fréquemment par un documentaliste-analyste, a pour vocation d'alimenter un fichier de recherche intégré de plus en plus souvent à une banque de données dont l'un des champs de contenu est le champ « indexation ». C'est dans cette perspective que l'opération d'indexation sera présentée ici.

question est posée. Ces mots clés doivent naturellement être pertinents en regard du texte, en fonction de la demande, mais ils ne doivent surtout pas être trop nombreux. En effet, s'il y a trop de clés, comment savoir quelle est la bonne porte ? On verra plus loin (p. 163-168) quelques aspects pervers de la surindexation.

Comment indexer ? Rôle de l'indexation dans une banque de données Parmi les champs de recherche, et spécialement les champs de contenu (cf. p. 102-105), le champ « indexation » sert à retrouver une information à partir de son sujet, caractérisé par un ou plusieurs mots clés. « Théories in information retrieval présuppose thé concept oj match and of similarity between a request and a set of documents. * » Le mode d'indexation suit les politiques documentaires décidées en amont. L'informatisation a modifié et modifiera ces politiques, encore trop tributaires des fichiers classiques qui nécessitaient un nombre important d'accès-matières. Ce n'est plus le cas puisqu'on peut combiner tous les champs de description et de contenu, ou tout au moins on devrait pouvoir le faire de façon plus large (cf. p. 105-107), et parce qu'il faut encourager le maintien ou l'introduction des résumés, si courts soient-ils. On ne saurait trop insister sur le rôle d'ouverture que doit jouer l'indexation : une clé dans la bonne porte ! Pour reprendre la métaphore du poteau indicateur placé à un carrefour, rappelons que le poteau donne la direction à suivre mais n'informe ni sur l'histoire de la ville ni sur le nombre d'habitants ou les bons hôtels ; ces indications ne seront fournies que plus tard, lorsque la bonne route aura été empruntée. Lors de la requête, l'utilisateur pose une question à l'aide d'une phrase ou de quelques mots ; cette question doit naturellement être reformulée pour que l'on soit sûr du sens réel de la demande (cf. p. 96-101). C'est à partir des termes porteurs du sens requis (les mots clés) que la La norme AFNOR insiste bien sur un processus en deux étapes consistant à comprendre le texte et à en traduire le contenu avec son propre langage avant d'utiliser un langage documentaire, quel qu'il soit. L'étude de la première étape a déjà été approfondie précédemment, particulièrement au chapitre vi. On se souvient aussi que les réponses sur le contenu du texte sont construites à l'aide d'un vocabulaire présenté au chapitre iv (nature, richesse et organisation des mots) que nous allons maintenant analyser plus en détail. À cette phase de l'indexation, qui n'utilise que la langue naturelle, il est effectivement question de mots et non encore de termes. Toutefois, bien que le langage ne soit pas encore contrôlé, il est possible de l'épurer. Une règle à suivre dans l'établissement des langages documentaires consiste à choisir des substantifs masculins singuliers comme termes d'indexation en langue naturelle. Un adjectif ne sera admis que dans un mot clé composé. On peut opter pour des mots isolés ou Unitermes tels que « traitement » ou « parasite », ou préférer des expressions composées comme « traitement parasitaire ». Dans le premier cas, le choix de deux mots clés distincts entraîne une postcoordination, c'est-à-dire que, au moment de la recherche, il faudra obligatoirement combiner ces deux termes, par ailleurs totalement indépendants l'un de l'autre. Dans le deuxième cas, c'est la précoordination qui a été choisie, et « traitement parasitaire » correspond alors à un mot clé et un seul, que l'on devra utiliser tel quel au moment de la recherche. Il est vrai que la formulation des mots clés et le choix

INDEXATION

COMMENT INDEXER ?

entre pré-coordination ou post-coordination sont soumis aux langages contrôlés qu'il faudra utiliser (cf. p. 188-193, 196-198, 203-205), mais il n'est pas inutile d'être déjà tout à fait au clair sur ces choix, même en langue naturelle. Comment faire pour choisir ce ou ces mots qui serviront de clé(s) ? Comment éliminer les intrus ?

ÉLIMINER, COMMENT ?

Il est toujours intéressant de s'appuyer sur des exemples concrets pour exposer clairement les techniques d'indexation. Nous exploiterons donc les résultats d'un entraînement proposé à des documentalistes débutants lors d'une formation sur le sujet. 11 s'agissait d'indexer le texte (bien connu) « Les effets violents de la télévision » ; aucune consigne précise n'avait été donnée quant au traitement à exécuter, sinon qu'il s'agissait de la première étape, donc d'un choix en langage libre. L'ensemble des participants, même les plus inexpérimentés, travaillaient dans un service de documentation ; on pouvait, par conséquent, raisonnablement espérer qu'ils avaient eu l'opportunité d'y observer quelques pratiques valables. Le texte ayant déjà été travaillé, ils bénéficièrent de dix minutes pour choisir les mots clés jugés utiles à la caractérisation du contenu du texte. Ces mots furent relevés et listés par ordre alphabétique, puis distribués à chaque participant dans l'attente de leurs études et remarques, le souhait du formateur étant que les principales anomalies fussent remarquées par les stagiaires eux-mêmes (voir ci-contre). L'exploitation de ce premier exercice a permis de constater un certain nombre de phénomènes. • À propos de la forme : - un texte de 5 pages et 48 formulations différentes : c'est la preuve immédiate de la nécessité d'un langage contrôlé pour une juste indexation, même s'il existe des équivalences ( 1 1 / 1 2 , 20/22, 37/39, 19/41). L'équivalence 18/45 est d'une nature spécifique qui sera étudiée ultérieurement (cf. p. 176-181) ;

1. Agressivité 2. Automatisme 3. Connaissante effets 4. Contagion émotionnelle 5. Contagion mentale 6. Délinquance 7. Déontologie 8. Déontologie de la télévision '). Détachement émotionnel 10. Données statistiques 1 1 . Emotion 12. Émotivité 13. finfant 14. Enfants 15. Enfants - adolescents 16. Enquête 17. Esclavage télévisuel 18 États-Unis 1*). Fascination 20. Hypnose 21. Hypnose télévisuelle 22. Hypnotisme 23. Illusion 24. Images subliminales

25. Images subliminales et inconscient 26. Imaginaire 27. Imitation 28. Immédiatcté 29. Imprégnation 30. Manipulation 31. Médias 32. Mimétisme 33. Mimétisme et manipulation 34. Psychanalyse des foules 35. Psychologie 36. Publicité 37. Réalité 38. Réceptivité psychique 39. Réel 40. Kclativisation des émotions 41. Séduction 42. Soumission 43. Suggestion 44. Télévision 45. U.S.A. 46. Violence 47. Violence et télévision 48. Violence juvénile

- la présence du même mot au singulière! au pluriel (13,14) : ce n'est pas forcément important au moment de la recherche puisque l'on peut utiliser des troncatures, mais cela peut générer des index quelque peu désordonnés ; - des juxtapositions et des ensembles qui forment un obstacle à la recherche (3,15) : l'utilisateur devra-t-il chercher à « enfants » ou i\ adolescen - l'utilisation de et (25, 33, 47) : cette conjonction est à proscrire dans tout mot clé à cause des confusions possibles dues aux équations booléennes ; - des termes généraux (athématiques) porteurs de sens multiples s'ils sont employés isolément (2, 7, 27, 29, 30, 41, 42, 43) : ce sont

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COMMENT INDEXER ?

typiquement des mots « Uniterme », c'est-à-dire des mots isolés qui devraient normalement se suffire à eux-mêmes pour désigner le sens voulu. Si l'on choisit le mot clé « automatisme », cela signifie que le texte en parle comme étant l'un des sujets principaux ; est-ce le cas ici ? Les mots athématiques ont donc besoin d'être accompagnés d'un ou de plusieurs autres mots pour former un terme pré-coordonné (cf. ci-avant et chapitre vin, p. 175-222); - des expressions littéralement issues du texte (4, 5,9, 17, 21, 34, 38, 40, 48) : c'est le péché mignon des débutants qui ne maîtrisent pas la distanciation nécessaire face au texte étudié, et qui picorent ça et là des formulations qui les frappent ou qui leur paraissent représentatives d'un contenu. Cet exemple le prouve encore : ces expressions sont souvent liées à l'affect beaucoup plus qu'à la raison. - À propos du fond : Toute la difficulté pour les débutants est de bien saisir la différence entre les mots qui décrivent et ceux qui interrogent. Une manière de la résoudre est de garder à l'esprit, au moment du choix des termes pertinents, une série de questions qui conduisent à l'élimination relativement facile des mots inutiles. En passant la liste au crible, on questionne : - si je cherche des informations sur la publicité (36), qu'est-ce que ce texte m'apporte ? - si j'interroge la banque sur le problème de la délinquance (6), qu'est-ce que ce texte m'apporte vraiment ? - qu'est-ce que ce texte m'apprend sur le mimétisme (32) ? sur les États-Unis (18), etc. ? - II importe aussi de mettre en lumière les mots se rapportant à la forme d'une partie du texte, et non à son contenu : même si l'on rapporte les données statistiques (10) d'une ou de plusieurs enquêtes (16), ce texte ne livre aucune information sur ce qu'est une enquête ou sur ce que sont des données statistiques. L'exploitation de cet exercice attire l'attention sur les principales erreurs qui peuvent être commises au moment de l'indexation. L'élimination progressive des mots clés incorrects permet de choisir en meilleure connaissance de cause ceux qui peuvent à nouveau être étudiés.

CHOISIR : POURQUOI ? Ayant ainsi « nettoyé » la liste, on peut de nouveau poser la question : « De quoi s'agit-il dans ce texte ? » Les mots enfant/enfance, adolescent/adolescence, télévision, violence apparaîtront en premier. Ils sont assez représentatifs du contenu et peuvent, en conséquence, servir de mots clés pour entrer dans le langage contrôlé. Ils ne suffisent cependant pas à identifier le contenu intégral du texte, mais cette fonction est celle du résumé. II ne faut pas transformer l'indexation en « résumé du pauvre » mais garder à l'esprit que sa raison d'être est de cibler l'essentiel. Le choix des termes d'indexation en langage libre repose donc entièrement sur les deux points clés de l'opération : Quelles sont les informations utiles contenues dans le texte ? Comment pourra-t-il être interrogé ? Ou, en d'autres termes, quel sens véhicule le texte et comment le traduire ? Pourquoi tenter d'exprimer ce sens uniquement avec des mots ? On a vu que le résumé constituait une grande zone de liberté pour l'analyste; pourquoi ne pas conserver cette liberté dans cette phase de l'indexation, puisque la formulation, jusqu'à présent. peut être faite en langage libre ? Si l'on avait demandé aux analystes novices d'indexer le texte précédent en répondant à la question « De quoi s'agit-il ? » par une courte phrase plutôt que par des mots, n'auraiton pas fait l'économie d'un nombre important des formulations incriminées ci-dessus ? Cette habitude d'indexer avec des mots renvoie à l'époque où les langages contrôlés n'étaient pas toujours en vigueur mais, dans une banque de données, le champ « indexation » est maintenant toujours contrôlé ; les mots choisis librement, qu'ils soient isolés ou extraits d'une phrase, doivent donc être confrontés au langage d'indexation en usage dans le service (cf. p. 175-222). S'il y a adéquation entre le choix et le langage, aucun problème ne se pose. Si les mots choisis librement jie font pas partie du langage contrôlé, il convient de chercher les termes les plus proches sémantiquement, en veillant très attentivement à ce qu'ils ne dévient pas trop du sens requis.

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COMMENT INDEXER ?

Comme il faut tenir compte de la complémentarité des champs de contenu (cf. p. 105-107), c'est à ce moment-là qu'intervient la rédaction définitive du résumé où il faut veiller à introduire les termes absents du langage documentaire. En effet, il existe forcément des analogies de contenu entre toutes ces formulations. Plus il en existe dans les champs interrogeables, et plus l'éventail est ouvert pour l'utilisateur qui pose ses questions avec son propre vocabulaire. Il est intéressant d'introduire des mots équivalents dans les champs « titre », « résumé » et « indexation » qui sont les sources prioritaires de la recherche documentaire. Deux de ces champs sur trois sont de la responsabilité du documentaliste. Enfin, le choix définitif doit être en cohérence avec la banque de données. L'idéal serait d'interroger celle-ci à chaque indexation pour être sûr de l'homogénéité des textes et de la façon dont ils sont traités, idéal bien sûr illusoire à cause de la pression du temps. Mais il est souhaitable de le faire ; - en amont, à tout moment d'hésitation ou d'insatisfaction dans la première phase ; - en aval, et de façon régulière, sur quelques termes qui « bloquent » au moment de l'interrogation.

Ces distinctions sont valables si elles correspondent aux modes courants d'interrogation : une banque exige des noms d'entreprises, une agence de publicité des noms de marques, une agence de voyages des noms de lieux. Mais il faut également que le système d'interrogation soit adapté, c'est-à-dire que l'on puisse croiser les mots clés, quels qu'en soient les champs, avec la plus grande rapidité possible. En revanche, on doit émettre de fortes réserves sur les notions de sujet principal zi sujet secondaire. En effet, l'indexeurse retrouve tenté de « viser plusieurs cibles à la fois », ce qui risque de conduire à bien des excès, comme il en sera question plus avant. Au moment de la recherche, les documents choisis prendront-ils en compte l'aspect secondaire de telle ou telle référence, face à un utilisateur pressé et, par conséquent, relativement insatisfait du résultat ? Enfin, quelques banques de données ouvrent un champ « indexation libre » offrant à l'analyste la possibilité d'y inscrire les mots qu'il n'a pas trouvés dans le langage d'indexation et qui lui semblent indispensables pour décrire le contenu du texte. Cette option est. la plupart du temps, celle des banques de données sans résumé. Faut-il rappeler que, dans l'optique choisie depuis le début de ce manuel, ce champ est une hérésie ? En effet, les mots nécessaires à l'interrogation peuvent librement être insérés dans le champ « résumé », le champ « indexation » n'étant qu'une ouverture. Mais cette affirmation ne signifie pas qu'un langage d'indexation ne puisse être augmenté, modifié, adapté aux besoins d'une expression scientifique qui évolue toujours. L'analyste expérimenté estimant qu'un terme absent du langage contrôlé doit absolument s'y trouver peut l'y introduire grâce aux différents moyens mis en oeuvre pour la maintenance du langage (cf. p. 215).

LES DIFFÉRENTS CHAMPS D'iNDF.XATION

Certaines banques de données proposent à l'indcxeur la possibilité de sérier les champs d'indexation. Selon les systèmes, on peut donc trouver des champs : - sujet principal ; - sujet secondaire ; - heu géographique ; - date ; - nom de personnes ; - nom d'entreprises ; - nom de marques ; - indexation libre (ou candidats-descripteurs), etc.

LA PROFONDEUR DE L'INDEXATION : EXHAUSTIVITÉ ? SÉLECTIVITÉ ?

Les normes insistent beaucoup sur les notions d'exhaustivité et de sélectivité, c'est-à-dire le fait que l'indexation retiennne toute l'information utile, et uniquement l'information utile. Tout le monde s'accordera, bien entendu, sur le principe. Mais quelle forme lui donner ?

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COMMENT ÉVALUER L'INDEXATION ?

L'exhaustivité, ou profondeur étendue, choisit de ne donner aucune limite au nombre de concepts retenus, à condition qu'ils soient porteurs de sens, évidemment. Cette option favorise le bruit et diminue le silence. La sélectivité, ou profondeur restreinte, limite le nombre de descripteurs, ce qui provoque l'effet inverse : on freine le bruit, mais on risque le silence. Ne s'agit-il pas d'un faux problème ? Le nombre de concepts retenus doit servir à entrer dans le document. La règle classique est toujours de choisir les mots les plus précis correspondant au sujet. Mais si la précision existe déjà dans le titre, pourquoi renseigner le champ « indexation » ? Celui-ci ne devrait plus être obligatoire à partir du moment où il peut être considéré comme un champ complémentaire aux autres et non plus comme le seul champ important et prioritaire à l'interrogation. Une autre question est souvent posée : peut-on indexer avec des termes faisant partie du même champ sémantique, sur la même ligne hiérarchique (cf. p. 175-222)? Par exemple, un manuel sur le riz peut-il également être indexé à « céréales » (à condition, bien sûr, que le terme existe dans le langage d'indexation) ? La réponse dépend des autres champs interrogeables : à nouveau, les champs « titre », « domaine » et « résumé » complètent le champ « indexation » sur lequel ne devrait plus peser l'entière responsabilité de la recherche. Enfin, la plupart des logiciels proposent l'autopostage qui permet, à partir d'un terme du langage contrôlé, de naviguer sur sa ligne sémantique, en ascendant ou en descendant (cf. p. 217-218). Ces nouvelles approches de l'indexation devraient abolir toute question sur le choix entre l'exhaustivité et la sélectivité.

QUALITÉ DL: L'INDHXEUR Le rêve absolu est évoqué : quel que soit l'indexeur, un même texte devrait toujours être indexé de la même façon ; de surcroît, un même indcxeur devrait choisir les mêmes mots clés pour le même texte à plusieurs jours ou plusieurs mois d'intervalle. La réalité est connue : on ne peut exaucer ces deux vœux, et pour des raisons tout à fait valables. Le même texte est lu par des indexeurs qui n'ont pas forcément des objectifs d'utilisation semblables ou des langages d'indexation similaires. Le même indexeur, d'une part, affine son mode de fonctionnement et modifie son approche d'un texte, d'autre part s'enrichit au fur et à mesure de son activité professionnelle de tous les besoins diversifiés de ses utilisateurs. Le « cas idéal » évoqué par les normes non seulement, donc, n'existe pas en soi, mais ne devrait jamais exister — sous peine d'uniformiser ce qui ne peut pas l'être. En revanche, demander aux indexeurs de tendre à l'impartialité, d'approfondir leur connaissance des domaines traités, d'établir et entretenir des contacts directs avec les utilisateurs, tout cela constitue des garanties de qualité, sans toutefois suffire à assurer totalement celle-ci.

QUALITÉ DES OUTILS L'outil d'indexation, compris par les normes comme étant le langage documentaire, doit effectivement être non seulement adapté à la situation, mais suffisamment souple pour évoluer en fonction des besoins. On verra plus avant que, pour les rendre utilisables, il est nécessaire de maintenir à jour les langages d'indexation. Un autre outil existe, que les normes ne mentionnent pas : le système informatisé en place. Ses possibilités techniques et la vitesse d'interrogation dont il est capable sont des éléments importants pour l'augmentation de l'efficacité de la recherche. Cela devrait influencer, en amont, la qualité de l'indexation si les documentalistes ont bien pris conscience des atouts que leur donnent les performances des logiciels.

Comment évaluer l'indexation ? Les normes AFNOR et ÏSO présentent les mêmes critères de contrôle de qualité dans l'opération d'indexation, dépendant de deux facteurs : l'indexeur et l'outil d'indexation.

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COMMENT ÉVALUER L'INDEXATION ?

Enfin il faut évoquer la pondération, les liens, les indicateurs de rôle, tous moyens d'affecter aux termes d'indexation des caractéristiques capables de lever les ambiguïtés possibles. L'exemple classique est celui du document indexé par les quatre descripteurs « Histoire », «Technique », « Documentation », « Enseignement » qui peut produire vingt-quatre combinaisons différentes". Cet exemple est tout ausi théorique (puisqu'il suffit, en effet, de choisir des mots plus précis et moins nombreux pour lever le problème) que les études qui n'ont pas, jusqu'à présent, débouché sur des applications pratiques satisfaisantes, mais qui facilitent les projets en cours concernant les logiciels d'interrogation en texte intégral (cf. p. 111-118).

- combien de documents non pertinents extraits en fonction du nombre de documents non pertinents existants ? Ce modèle de sondage peut se trouver dans tous les articles et manuels traitant de l'indexation". Dans la réalité, ont-ils souvent été appliqués ? En revanche, il est important de pratiquer régulièrement des études d'occurrence des termes d'indexation : tous les trois ou six mois, on peut vérifier, par sondage, combien de fois tel terme a été utilisé ou tel autre n'a pas été choisi. Ces tests, souvent appliqués dès qu'il existe une maintenance régulière d'un langage contrôlé, prouvent qu'un indexeur mal formé utilise environ 20 % des possibilités offertes par le langage d'indexation. C'est une illustration de la « loi du moindre effort », ainsi nommée par le linguiste américain George K. Zipf pour rendre compte du phénomène suivant : si l'on classe les différents mots d'un texte par rang de fréquence décroissante, le produit du rang par la fréquence est constant, c'est-à-dire que la fréquence d'un mot est inversement proportionnelle à son rang. Dans le cas d'un langage d'indexation, l'indcxeur novice (ou insuffisamment formé) utilise toujours les mêmes termes, n'effectuant aucune recherche pour savoir si d'autres existent, qui seraient plus pertinents. C'est pourquoi ces tests d'occurrence doivent être effectués avec beaucoup de finesse. L'utilisation trop fréquente d'un terme d'indexation — ou, au contraire, son absence dans les index — ne signifie pas toujours que le langage est mauvais mais qu'il peut être mal utilisé.

LES TESTS POSSIBLES

Les normes préconisent, enfin, de procéder à « une analyse des résultats de recherche documentaire [...] à l'aide du calcul des taux de rappel et de précision ». Ces mesures de performance sont très bien exposées dans l'article de D. Soergel I0 qui distingue : - le rappel : « Recall can be seen as thé probability oj an item heing retrieved, gtien that it is relevant. » ; - la précision : « The fraction of relevant items in thé items retrieved. » ; - le déchet : « The complément of discrimination is fallout, thé fraction of ail irrelevant documents incorrectly retrieved. » ; - la discrimination : « Discrimination can he seen as thé probability ofan item being rejected, given that it is not relevant. » Des sondages statistiques de ce type peuvent effectivement être effectués pour contrôler la cohérence interne d'une banque de données : - combien de documents pertinents retrouvés en fonction du nombre de documents pertinents existants ? - combien de documents pertinents retrouvés en fonction du nombre de documents extraits ? - combien de documents non pertinents extraits en fonction du nombre de documents extraits ?

LA SURINDEXATION

La surindcxation consiste à choisir et à retenir plus de mots clés que d'informations contenues dans le texte étudié. La peur du silence (oubli d'un mot cléjjedinent) a entraîné le choix du bruit. La nécessité déontologique de ne jamais répondre « non » a provoqué trop de mauvais

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COMMENT ÉVALUER L'INDEXATION ?

« oui ». Cet argument cache une réalité moins noble : le bruit ne gêne que l'utilisateur final, le documentaliste fournissant son listing ou son paquet de documents avec le sentiment du devoir accompli — le nombre est encore souvent source de satisfaction. Le silence, en revanche, met le documentaliste mal à l'aise ; il lui renvoie l'idée que son système n'est pas valable, ou que son travail n'a pas abouti comme il le désire. Combien de fois n'est-on pas sûr d'avoir eu en main un document répondant exactement à la question posée, face à un écran désespérément vide... Le silence est proprement insupportable pour le professionnel de l'information qui se doit d'avoir réponse à tout (ou presque !). Les causes de la surindexation À l'époque où les utilisateurs ne pouvaient guère diversifier leurs sources de recherche, on pouvait éventuellement trouver quelques explications justifiant ces excès. Maintenant que les accès se sont multipliés et que les sources se sont diversifiées et étendues internationalement, il ne peut plus y avoir d'excuse à la surindexation, qui a plusieurs causes : - les mauvaises habitudes acquises ; - la difficulté de réviser ses modes de fonctionnement ; - l'inexistence ou la disparition des résumés, et l'illusion que l'indexation peut les remplacer ; - le manque de formation et de réflexion d'un grand nombre d'analystes novices partant du principe que plus il y a de mots clés, plus on augmente les chances de retrouver le texte ; - la répartition des rôles dans les grands services : celui qui analyse n'est pas celui qui interroge, et vice versa ; - le manque fréquent d'une politique cohérente et suivie de la banque en tant que mémoire documentaire. Toutes ces raisons ont fait des ravages dans les banques de données. Par peur du silence, on a favorisé le bruit. Cet état d'esprit prouve à quel point l'on est éloigné des exigences actuelles des vrais usagers, qui désirent la réponse et non l'encombrement. L'évaluation de l'indexation ne se fait pas au poids, mais à la précision.

Les conséquences de la surindexation Le problème est posé nettement par les meilleurs spécialistes de la profession ; « Nous nous interrogeons ici sur le sens à donner aux titanesques additions de textes condensés ou intégraux amassés dans les banques de données [...] La mission [de la science de l'information] est-elle d'activer une mémoire intelligente ou de construire des banques géantes et agrégatives, au point de faire courir à l'humanité les risques liés à tout fonctionnement de mémoire mal organisée : la sur-information ou la sous-information ? l2 » M.-F. Blanquet, déjà citée à propos de la nécessité de sélectionner en amont (cf. p. 25-26), souligne le fait que « l'agrégation sans intelligence des textes entre eux a pour effet de laisser coexister dans une mémoire donnée des informations "vraies" et des informations "fausses" ». On peut ajouter à la validation des informations le manque de sélection des documents traités : informations vraies ou non vérifiées, informations nécessaires cl durables noyées au milieu de textes occasionnels, répétitifs et inutiles. Les mauvais choix des textes et des mots nuisent à la recherche documentaire. Les deux exemples proposés en page suivante (extraits d'une banque de données qui restera anonyme) peuvent illustrer les dangers de la surindexation. On y trouve, certes, de très bons passages, mais aussi d'importantes erreurs d'écriture. Les termes d'indexation ont été choisis en fonction d'un langage préétabli qui permet l'utilisation de mots athématiques (administration, fonds, évolution...), mots encombrants et n'apportant pas de sens utile (cf. p. 211-215). Puisqu'ils existent, l'indexeur les utilise... Mais a-t-il réfléchi aux conséquences ? • Les risques de la combinatoire La recherche documentaire informatisée est basée sur la combinatoire et l'utilisation des équations booléennes. Si l'on cherche des informations sur l'administration au Québec, qu'est-ce que le premier texte .apprend ? Et si l'on interroge le deuxième sur l'évolution du Québec en faveur des handicapés ? Ces questions feront sortir des

l

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COMMENT ÉVALUER L'INDEXATION ?

Exemples commentés de surindexation Première notice :
Titre : Le réseau informatise des bibliothèques gouvernementales : un maillon de la chaîne documentaire du Québec Auteur : Daniel Allaire Source : Documentation et bibliothèques, vol. 40, n° 2, avril-juin 1994, p. 61-66 Résumé : L'administration publique québécoise compte un peu moins d'une centaine de bibliothèques spécialisées constituées en majorité de petites unités de trois employés ou moins. On y retrouve près de 3,6 millions de documents de tout genre. Au cours des cinq dernières années, ces bibliothèques ont informatisé leur fonctionnement à l'aide du logiciel Best-Seller et l'exploitation de la documentation se fait maintenant en réseau. Le regroupement des bibliothèques gouvernementales dispose désormais d'un instrument lui permettant de rationaliser la gestion des ressources documentaires de l'État. Indexation : Administration - Réseau bibliothèque - Bibliothèque spécialisée - Informatisation bibliothèque - Logiciel - Québec - BEST-SELLER

articles qui n'ajouteront que du bruit à la liste. Il n'a pas fallu beaucoup de temps pour trouver ces deux exemples ; d'autres pourraient être présentés et encombrer inutilement ce chapitre. Le lecteur est renvoyé à ses prochaines recherches pour renforcer l'argument... Plus il y a de termes dans le champ « indexation », plus la combinatoire risque d'être faussée, et plus on produit de bruit à l'interrogation.
• Les ternies donnant l'illusion de l'information

On ne saurait trop rappeler que l'indexation, clé d'accès à une information pleine, doit fournir des références à des documents qui apportent du contenu et non pas seulement des citations : ainsi, si l'on cherche des informations sur les caractéristiques du logiciel BestSeller, l'interrogation de la banque de données fournit la première référence, et le résumé indique seulement que ce logiciel est utilisé dans les bibliothèques gouvernementales du Québec.
• Les répétitions abusives et les choix pertinents

Deuxième notice :
Titre : La bibliothèque Braille ou une odyssée de 95 ans Auteur : Michelle Brûlé Source : Documentation et bibliothèques, vol. 40, n° 2, avril-juin 1994, p. 81-86 Résumé : Cet article présente une bibliothèque unique en Amérique du Nord, la bibliothèque Braille de l'Institut Nazareth-ct-Louis-Braille, à Longueil, son histoire presque centenaire, son fonctionnement, l'état de sa collection, ses projets. L'auteur de l'article est aujourd'hui présidente et directrice de la Bibliothèque Jeanne-Cypihot, corporation sans but lucratif avec laquelle l'Institut et diverses instances gouvernementales ont entrepris une réflexion concernant un éventuel transfert de la collection Braille. Ce nouvel organisme diffusera sous peu, sous forme de prêt, des livresdisquettes en Braille, produits à partir des fichiers-sources d'éditeurs québécois. Indexation : Bibliothèque spécialisée - Handicapé - Ponds - Support information - Besoin utilisateur - Evolution - Québec - BRAILLE

Son regard fixé sur le texte et sur le langage contrôlé en vigueur, l'indexeurpcrd souvent le sens d'une simple réalité. La deuxième notice est un bon exemple de surindexation et de mauvais choix de vocabulaire. Le titre de l'article indique bien qu'il s'agit d'une « bibliothèque spécialisée » {mot clé) et de son histoire, présentée métaphoriquement en tant qu'« odyssée de 95 ans », mots inutiles pour l'interrogation. Seul le nom propre « Braille » peut être considéré comme univoque, évocatcur d'un certain style d'écriture et de lecture, pour une population tout à fait ciblée. En tant que nom propre, le vocable « Braille » apparaît deux fois dans le résumé, et en tant que système, deux autres fois. Pour faire bonne mesure, il est repris comme terme d'indexation. En revanche, c'est le terme plutôt générique « handicapé » qui représente la population spécifique visée ; le terme « support information » double inutilement le nom « Braille », déjà abondamment présent. Sans doute le langage contrôlé ne donnait aucune autre possibilité.'Âïors, pourquoi les mots « cécité » ou « aveugle » n'appa-

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L'INDEXATION EN 10 CONSEILS

raissent-ils pas, d'une façon ou d'une autre, dans le résumé ? Malgré le nombre imposant de mots clés inutiles, c'est un bel exemple de silence en vue. On voit donc que la surindcxation n'exclut pas les risques de silence ; il ne suffit pas de « mettre » beaucoup de mots ; encore faut-il qu'ils soient choisis judicieusement. On trouve bien ici la coupure existant entre analyse et recherche. Dans l'enseignement de la profession, on peut constater que les opérations booléennes font le plus souvent partie du cours sur la recherche automatisée, sans aucun rapprochement avec les cours sur l'analyse et l'indexation. Cette tradition perdure jusque dans la pratique professionnelle quotidienne. Si les analystes n'interrogent pas les banques de données de façon régulière et réfléchie, si les recherchistes ne se confrontent pas à la difficulté du travail d'analyse, les banques de données deviendront de plus en plus ces mastodontes sans âme que leur masse condamne à l'immobilisme. • Le coût de la surindexation Un dernier aspect nocif de la surindexation tient à son coût. On parle très souvent et ajuste titre du coût de l'analyse, mais circonscrit au temps passé à la rédaction du résumé et au choix des termes d'indexation. « L'analyse coûte cher », répète-t-on et, sans doute, est-ce l'une des raisons des recherches actuelles pour augmenter l'utilisation des interrogations en texte intégral ou de tous les autres systèmes visant à terme à supprimer l'analyse dite manuelle (!). Ces recherches sont légitimes, à condition de prendre aussi en compte le coût de l'interrogation qui n'aboutit pas. L'économie d'une transaction repose sur l'amont et sur l'aval : tout ce qui n'est pas fait au départ doit être fait à l'arrivée, et comment ? Faut-il reporter sur l'utilisateur final le soin de se tirer d'affaire, alors qu'il vient avec sa seule demande, sans avoir normalement exploré le vocabulaire existant comme sait le faire tout documentaliste ? L'indexation n'est certainement pas une science exacte, mais elle répond à quelques règles dont il faut tenir compte avant d'aborder l'étude des langages contrôlés, passage obligé pour parachever l'opération.

L'indexation en 10 conseils 1. Tenir compte du destinataire final et de l'environnement documentaire. 2. Prendre connaissance du texte et l'interroger. (De quoi s'agit-il ?) 3. Écrire une courte phrase faisant ressortir le(s) sujet(s) essentiel(s). 4. Caractériser ce(s) sujet{s) en langue naturelle : avoir à l'esprit tout ce qui est sous-jacent à la formulation d'un mot (vocabulaire courant / spécialisé, champ sémantique / symbolique, etc.) et vérifier ceux qui se trouvent déjà dans d'autres champs de contenu. 5. Se poser la question : si j'interroge à partir de ce(s) mot(s), quellc(s) information(s) suis-je susceptible de récupérer ? 6. Distinguer les termes d'indexation portant sur le sujet principal des termes d'indexation caractérisant les aspects sous lequel le sujet est traité. Exemple : Politique sociale communautaire Sujet Droit communautaire Aspect législatif 7. Consulter le langage contrôlé (cf. chapitre vin, p. 175-222) pour choisir les termes d'indexation. 8. Si les termes sont nombreux, les passer au crible des opérateurs booléens pour éviter les croisements fâcheux. 9. Consulter la banque de données pour vérifier l'utilisation de ces termes en vue de maintenir une cohérence interne. 10. Choisir définitivement et sans état d'âme les seuls termes d'indexation utiles à la recherche documentaire.

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ANNEXE PÉDAGOGIQUE NOTES 1. Source : [52], p. 51. 2. Source : [4]. 3. Source : [46]. 4. Source: [15]. 5. Source : [40]. 6. Source : [52], p. 4. 7. Source: [8], p. 143. 8. Source : [2], p. 142. 9. Voir : [58] (malgré sa date, ce texte n'a rien perdu de son intérêt) et [751 p. 591. 10. Source : [75], p. 590. 11. Voir, entre autres, [20], p. 44-50. 12. Source: [14], p. 70-71. Exercice 16 - Identifier des erreurs d'indexation Le texte proposé au chapitre précédent comme exercice de résumé (Claude-Jean Bertrand. — Des objectifs pour le journalisme. — Études, septembre 1993. Voir p. 246) a été indexé par un groupe novice au cours d'une formation initiale. 54 mots clés ont été relevés (voir page suivante). En vous inspirant des pages 154 à 158, vous devez déceler et analyser les erreurs, puis les éliminer. Vous proposerez les mots clés que vous conserveriez, ou d'autres qui vous paraîtraient plus justes. Commentaires en page 300. Les exercices de ce chapitre, plus encore que les autres, ne peuvent faire l'objet de corrections précises. En effet, l'indexation est principalement tributaire : de la politique documentaire décidée en amont ; du langage contrôlé employé en aval ; de l'existence (ou non) d'un résumé. Politique et langage sont propres à chaque unité d'information documentaire et ce manuel ne peut qu'y rester extérieur. Les commentaires insisteront donc sur les erreurs à éviter et ne pourront pas donner un résultat définitif, tant sont différentes les pratiques et possibles les interprétations.

Exercice 17 - Indexation en langage libre 1 - Lisez, page 253, le texte de Ann Okerson. — Les droits* d'auteur des œuvres numériques. — Pour la science, septembre 1996, n° 227. Leltrois premiers paragraphes de ce texte ont été proposés

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ANNEXE PÉDAGOGIQUE

dans l'exercice 7 comme application de lecture documentaire d'un article ; on se rappelle que les deux premiers paragraphes illustrent le titre et que le troisième pose un certain nombre de questions pouvant servir d'hypothèses de lecture. 2 - Indexez cet article en langage naturel, soit en choisissant des mots caractéristiques du contenu et susceptibles d'être interrogés, soit en répondant par une courte phrase à la question : « De quoi s'agit-il dans ce texte ? » Commentaires en page 302.

Exercice 18 - Indexer en langage libre 1 - Lisez, en page 260, le texte : Didier Dubrana. — Haute tension sous les lignes. — Science & Vie, février 1993, n° 905. 2 - Indexez cet article en langage naturel en répondant par une courte phrase à la question : « De quoi s'agit-il dans ce texte ? Commentaires en page 305.

Liste des mots clés de l'exercice 16 :
1. actualité 2. amélioration journalistique 3. argent 4. barrière à l'information 5. communication (x4) 6. conception du journalisme 7. connaissance 8. conscience des gens de presse 9. débat public 10. démocratie 11. déontologie (x3) 12. déontologie des journalistes 13. développement de la presse 14. diffusion (x2) 15. éducation 16. États-Unis 17. éthique 18. information (x9) 19. information continue 20. intérêt 21. journalisme (x4) 22. journaux (x2) 23. liberté (x3) 24. liberté de la presse 25. libertés 26. livraison de l'information 27. média (x5) 28. médias (x5)
29. minorité

30. moralité 31. moyens 32. nouvelles 33. nouvelles compréhensibles 34. objectif 35. partialité 36. politique 37. presse (x3) 38. profession 39. pseudo-événements 40. public (x2) 41. publicité 42. qualité (x3) 43. réalité
44. rédaction

45. réforme (x2) 46. rôle 47. service public 48. scientifique 49. tradition 50. traduction 51. traitement de l'information 52. transformation (x2) 53. transformations (médias (et))
54. vérité

CHAPITRE VIII
LES LANGAGES DOCUMENTAIRES

II ne peut y avoir communication sans langage, de quelque type qu'il soit. Dans le cadre de l'analyse documentaire, les exemples et exercices d'indexation proposés dans les chapitres précédents montrent spectaculairement les limites de la langue naturelle et prouvent l'absolue nécessité d'un langage contrôlé. Si « les langues naturelles reposent sur des conventions partagées au sein d'une communauté 1 », quelles conventions les langages documentaires sous-tendent-ils ?

Un peu d'histoire

L'importance accordée aux langages contrôlés est relativement récente ; la recherche de documents a longtemps été effectuée par noms d'auteurs, comme en témoigne le catalogue des imprimés de la Bibliothèque nationale. Ce passage d'une recherche de documents réservée aux érudits (il fallait savoir qui avait écrit sur quoi) à la recherche documentaire ouverte à tous, grâce aux accès par sujets ou accès-matières, s'est déroulé en plusieurs étapes : - vers la fin du xixc siècle, aux Etats-Unis, les bibliothèques universitaires ont ouvert leurs rayons aux étudiants en classant les ouvrages par grandes disciplines : ce fut la naissance des classifications, sousjacentes au classement ; - vers les années trente, toujours sous l'impulsion nord-américaine, les bibliothèques publiques, outre le classement des ouvrages par sujet, ont établi des fichiers analytiques de matière, à l'intérieur desquels des fiches classées alphabétiquement indiquaient le sujet de l'ouvrage, d'abord d'après les mots significatifs du titre, puis selon un lexique plus ou moins élaboré ; • - au cours des années cinquante, la mise en place de fiches perforées a permis les premiers essais de combinaison de termes, puis l'informa-

LES LANGAGES DOCUMENTAIRES

LES AUTORITÉS

tisation a pris le relais, les outils linguistiques correspondants assurant toutes les possibilités de la combinatoire, de la liste la plus simple au thésaurus le plus perfectionné. Ce survol plus que rapide montre que les premiers langages documentaires étaient appliqués aux champs de contenu, spécialement au champ d'indexation, qui était effectivement le plus employé pour la recherche documentaire. Les progrès de l'informatisation permettant la combinatoire, les langages documentaires contrôlent maintenant l'ensemble du vocabulaire de tous les champs interrogeables, sauf ceux rédigés en langage libre, à savoir les champs « titre » et « résumé ». Tout langage contrôlé est un langage d'« autorité », c'est-à-dire un langage normalisant l'aspect formel des accès. Cependant, l'usage distingue les langages documentaires - affectés à la recherche documentaire par sujet — des listes d'autorité concernant les autres champs, en particulier ceux où se trouvent des noms propres comme les champs « auteurs personnes physiques ou collectivités ». En effet, comment saisir les noms arabes, africains, orientaux ? Doit-on choisir « C N R S » ou «Centre national de la recherche scientifique», « U.S.A. » ou « États-Unis » ? Et si les saisies varient, comment effectuer (et réussir) une recherche ? La notion d'autorité est le plus souvent affectée aux champs de catalogage. Elle est insuffisamment connue et utilisée dans les services de documentation qui réinventent quelquefois ce qui existe déjà par ailleurs. Les pages suivantes ont pour objectif de mieux en faire connaître la teneur, l'intérêt et l'application tout à fait possible aux champs d'indexation.

obligatoirement présents. On peut donc distinguer les autorités reconnues par tous et officiellement utilisées, des autorités internes, choisies et élaborées pour tel ou tel usage.

LES AUTORITÉS OI-FIC!F,LLES

La Bibliothèque nationale publie sous forme de microfiches mises à jour deux fois par an des « fichiers d'autorité » pour les noms d'auteurs (personnes physiques, collectivités-auteurs) et pour les titres uniformes. La Bibliothèque du Congrès établit ses autorités sous forme de notices ; auteurs (physiques et collectivités), titres uniformes et collections sont disponibles en ligne et/ou sur cédéroms mis à jour trimestriellement. Ces notices couvrent la littérature mondiale, donc les auteurs, titres et collections en langue française sont fortement présents. L'ISO2 publie une liste d'abréviations pour les lieux géographiques et les langues des publications'. Ces outils linguistiques assurent l'harmonisation des données, indispensable pour tout échange de notices et pour une interrogation efficace des banques de données internationales. Entre autres, ils résolvent les problèmes posés par la translittération des langues non romanes et ils donnent une forme immuable aux noms propres : personnes, collectivités, lieux, etc. L'exemple suivant peut en illustrer l'application. Des étudiants ont récemment indexé l'article « Le parc naturel régional Scarpe-Escaut prépare son avenir» (Le Monde, 21 janvier 1998, p. 13). Cet article descriptif donne un rapide aperçu de l'historique du parc, ainsi que de son environnement géographique et politique. Un petit lexique préétabli a été fourni aux étudiants ; il ne contenait aucune formulation de lieu. La consigne de l'exercice (qui excluait le résumé) leur permettait de proposer des mots clés candidats susceptibles de préciser le contenu et d'aider la recherche. Les vingt-cinq formulations géographiques relevées méritent d'être présentées :

Les autorités Les champs de description des banques de données (cf. p. 101-102) suivent à peu de choses près un même canevas ; les éléments propres à l'ISBD {International Standard Bibliographical Description) y sont

LES LANGAGES DOCUMENTAIRES

LES AUTORITÉS

Belgique Escarpe-Escaut Escault Escaut Hainaull Hainaut Nord- Pas de Calais Nord-Pas-de-Calais Parc des plaines de la Scarpe et de l'Escaut

Parc du Hainaull Parc du Hainaut « Parc du Hainaut » Parc naturel des plaines de l'Escaut Parc naturel régional Scarpe-Escaut

Province du Hainaut Scarp Escaut Scarpe Scarpe Escaut Scarpe-Escaut SCARPE-ESCAUT Vallées de la Scarpe et de l'Escaut Wallonie

Espace naturel régional (Nord-Pas-de-Calais)

EP* ENR EP Association pour l'espace naturel régional (Nord-Pas-de-Calais) EP Association Espace naturel régional (Nord-Pas-de-Calais)
*[:P = employé pour

PNR
P.N.R.

Parc naturel régional Nord-Pas-de-Calais (France) EP Audomarois (France : Park) EP Nord-Pas-de-Calais Régional Nature Park VA* Natural areas, France VA Parks, France Sources : Work Catalogue : Institut géographique national (France), 1997 Michelin road atlas France, 1987

PNR

Deux notices d'autorité peuvent être consultées (voir ci-contre). La première provient de la Bibliothèque nationale de France, et la seconde est issue de la Bibliothèque du Congrès (Washington). La première sera choisie par toutes les grandes bibliothèques institutionnelles françaises, mais un service de documentation indépendant pourra lui préférer la seconde, plus proche du langage courant — à condition, bien sûr, de s'y conformer ensuite de façon régulière. Intégrée dans l'index des collectivités-auteurs, cette formulation constante simplifie le travail de l'analyste et assure une cohérence globale à la banque de données.

•VA = voir aussi

Quels sont donc, parmi les champs de contenu classiques, ceux qui nécessitent des autorités ? • Si la cotation répond à un système conceptuel, elle suit un plan de classification (cf. p. 186-195). • Les champs « domaine » et « indexation » représentent les sujets, donc sont soumis aux langages d'indexation (cf. p. 195-218). • La typologie de l'information dépend, bien sûr, des centres d'intérêt el des modes d'interrogation du lieu ; on a déjà parlé des dix-neuf types de publications officielles. Une banque de données de presse a sélectionné huit types en indiquant bien leur utilisation : bibliographie : l'article comprend une bibliographie du sujet traité ; même dénomination pour filmographie, discographie, etc. ;

LES AUTORITÉS PROPRES À DES BESOINS SPÉCIFIQUES
Chaque service de documentation doit répondre, en revanche, à des besoins spécifiques. Les champs de description et de contenu sont interrogeables et l'on peut en créer autant que de besoin — à condition, bien sûr, qu'il ne s'agisse pas de gadgets... Évoquons ici un champ de description « couleur du document »... qui laissait rêveurs les usagers !

"'
LES LANGAGES DOCUMENTAIRES LES AUTORITÉS

- biographie : l'article présente des informations biographiques sur une ou des personnes, en indiquant au moins fonction, date de naissance ou de prise de fonction, etc. Môme dénomination pour les nécrologies ; - chronologie : l'article présente la succession d'un ou de plusieurs événements dans le temps ; - entretien (à distinguer de l'interview) : l'article est composé d'une discussion entre différentes personnes ayant à peu près le même niveau de compétence ; - gouvernement : l'article présente la composition ou la modification d'un gouvernement ; - interview {à distinguer de l'entretien) : un journaliste interroge une personne compétente dans le sujet traité ; -statistique : l'article présente des données chiffrées utilisables par le lecteur. Ces données chiffrées ne sont pas nécessairement présentées sous forme de tableau ; - synthèse : l'article présente un sujet de la façon la plus complète et la plus à jour possible. Cette liste n'a qu'une valeur d'exemple; elle ne présente aucun caractère d'« autorité » pour d'autres services similaires. Il revient à chacun de tester ses choix, d'ajouter ou de retrancher en fonction des besoins réels. Par exemple, cette banque de données de presse n'a pas retenu un champ « rubrique », tandis qu'une autre l'a créé « économie », « société », « sports » 4 —, certainement pour favoriser son mode de recherche documentaire. Le choix de ces autorités internes offre donc une grande liberté, mais l'important est ensuite de s'y plier régulièrement, de façon à leur garder tout leur intérêt.

Ces mêmes services, cependant, méconnaissent encore trop les autorités officielles, considérées comme réservées aux grandes centrales documentaires ou aux bibliothèques encyclopédiques (nationales, universitaires, etc.). Or, tout service de documentation est appelé à faire, si ce n'est pas déjà le cas, du déchargement de notices. On peut môme avancer l'hypothèse que moins il a de moyens, plus est intéressant pour lui ce mode d'enrichissement de sa banque de données. Cela entraine obligatoirement des règles communes dont on constate que si elles sont reconnues et admises lorsqu'il s'agit de PISBD, elles le sont beaucoup moins lorsqu'il s'agit des autorités propres à la formulation des noms d'auteurs — personnes physiques ou morales —, des noms de lieux, de collection, etc. La source de ces autorités est bibliothéconomique et elle est surtout utilisée pour les champs de la description bibliographique. Est-ce une raison pour l'y cantonner, alors que l'on peut si rapidement — et de façon quasi universelle — trouver un moyen de se mettre d'accord sur la façon de choisir les noms propres dans les champs de contenu ? Quelle différence d'écriture entre le champ caractérisant un texte de « Tchekov » et le champ caractérisant un texte sur « Tchekov » ? Cet exemple n'est pas anodin, car il soulève les problèmes de translitération, que les autorités officielles aplanissent également. Il est possible, sans faire preuve de beaucoup d'imagination, de se représenter ce que peut donner la formulation d'un champ d'indexation géographique pour un ouvrage traitant de l'Angleterre, sachant qu'on peut également choisir Grande-Bretagne ou Royaume-Uni, que l'on peut trouver des abréviations, choisir entre les tirets, les espaces... Quelle recherche est ainsi facilitée ? Quelle forme auraient les éditions venant de diverses sources ? Les autorités officielles ne résolvent pas tous les problèmes, bien sûr, mais en règlent un grand nombre. Il est temps pour les documentalistes d'utiliser sans réticence ces outils encore trop peu ou mal connus.'Que de temps gagné tant à l'indexation qu'à la recherche, et quelle facilité pour un échange international des données !

MÉCONNAISSANCE OU RÉTICENCE ?

Les services de documentation ont intégré sans peine les autorités propres à leurs besoins. L'exemple donné en page précédente peut être complété par des index concernant la typologie des documents, des listes de sigles, des codes internes — tous les éléments relativement répétitifs et requérant une forme immuable.

LES LANGAGES DOCUMENTAIRES

LES LANGAGES DOCUMENTAIRES

Les langages documentaires
DÉFINITION

d'étudier de manière exhaustive l'ensemble de ces obstacles linguistiques, mais on retiendra les plus courants dans la pratique documentaire. Synonymie La synonymie se définit comme une équivalence entre des mots différents véhiculant le même sens ou des sens rapprochés : Exode I fuite I émigration, Emotion I émotivité. Hypnose I hypnotisme, Agressivité des jeunes / violence juvénile. Polysémie La polysémie, quant à elle, est le « fait, pour un mot, d'avoir plusieurs sens ou acceptions : pont désigne une partie du navire et une construction entre les deux rives d'un cours d'eau h », les deux signifiés de ce mot ayant la même étymologie (du latin pons, ponds). Il en va de même d'« expérience » (du latin experientia) : pratique, habitude, épreuve, essai, connaissance, savoir. On peut utiliser ce terme dans tous les cas où un mot (signifiant) peut être porteur de plusieurs sens (signifiés), mais il existe des différences subtiles et les linguistes distinguent la polysémie véritable, ci-dessus définie — où les mots porteurs de sens différents ont une môme étymologie et des traits sémantiques communs — de ['homonymie — qui présente les mêmes caractéristiques que la polysémie, moins les traits sémantiques communs. La classe des homonymes se subdivise en : - mots homophones présentant une seule prononciation, plusieurs sens et, le plus souvent, une graphie différente : saint, sain, sein, seing ; - mots homographes présentant une même graphie et plusieurs sens : cirque, canon. L'homographie se distingue de la polysémie selon l'étymologie des mots. Ainsi, canon a pour sens « pièce d'artillerie » selon l'origine latine et « décret » selon l'origine grecque. Le terme « homographe » est utilisé de plus en plus fréquemment pour caractériser les problèmes dus à l'existence d'un seul signifiant pour plusieurs signifiés, sachant que l'homophonie n'introduit pas d'ambi-

L'AFNOR définit les langages documentaires comme des « langages artificiels constitués de représentation de notions et de relations entre ces notions, destinés, dans un système documentaire, à formaliser les données contenues dans les documents et dans les demandes des utilisateurs- ». On peut donc appliquer cette définition à toutes les données : noms d'auteur, de lieux, comme contenu, matière, thèmes ou sujets. L'usage a établi une distinction entre les autorités et les langages dits documentaires, plutôt orientés vers l'indexation. Pour simplifier, disons que tous ces langages sont contrôlés et qu'ils servent à la recherche documentaire, chacun selon sa nature. Toutefois, lorsqu'il s'agit d'une recherche par thème ou par sujet (réponse à la question clé : de quoi s'agit-il dans ce texte ?), ces langages sont appelés de façon générique « langages documentaires ». Dans ce cas, ils interviennent dans la troisième phase du processus d'indexation (cf. p. 149-151) : - compréhension du texte et de son contenu informatif ; - représentation verbale de ce contenu informatif ; - représentation de ces concepts dans le langage documentaire. Outre les problèmes déjà identifiés au cours des chapitres précédents, la langue naturelle génère des problèmes et des obstacles, définis dans le paragraphe suivant, qui sont à l'origine de la création des langages contrôlés. Ces derniers tendent à formaliser le contenu informatif d'un texte au moyen de codes servant de pont entre le texte et ses éventuels usagers. Ces codes peuvent être des symboles ou des mots.

LES OBSTAC'LES DUS À LA LANGUE

On a vu que la langue, en tant qu'ensemble de caractères, conventions ou règles, présente des caractéristiques faisant obstacle à la transcription aisée de l'information. Ce manuel n'a pas pour objet

LES LANGAGES DOCUMENTAIRES

LES LANGAGES DOCUMENTAIRES

guïté, actuellement, dans l'élaboration et l'utilisation des langages contrôlés. Si l'analyse automatique de la parole intervient un jour dans la recherche documentaire, il faudra étudier de près ce nouvel obstacle.

USAGES ET DIFFICULTÉS D'USAGE
On a comparé plus haut le langage documentaire à un pont entre le texte et son éventuel lecteur. Le documentaliste-analyste est le médiateur en amont. Ainsi :
L'analyste : L'usager :

- comprend et décode les informations contenues dans le texte ; - caractérise ces informations en utilisant le langage d'indexation choisi.

- pose une question en langage libre ; - la transcrit en langage d'indexation pour effectuer la recherche documentaire.

Et du côté de l'usager, qu'en est-il ? Comment les langages contrôlés peuvent-ils favoriser la recherche documentaire ? En effet, l'usager n'a qu'un seul but : trouver le plus rapidement possible le document répondant à sa question. L'utilisation des langages contrôlés ne lui est pas familière et il serait illusoire — surtout à l'heure d'Internet -- de prétendre l'obliger à s'y soumettre. En même temps, sans doute déçu par les limites de ce réseau, il souhaitera trouver dans les banques de données structurées des réponses plus précises et validées. 11 est très important, pour l'y aider, d'observer ses stratégies. Ira-t-il du général au particulier, du particulier au général en utilisant un cheminement logique ? Ou au contraire, de façon complètement aléatoire, va-t-il naviguer ici ou là, s'inspirant de ce qu'il découvre pour rebondir ailleurs, sans que l'on puisse — de l'extérieur — suivre vraiment sa démarche ? On peut décrire mille variations à partir de ces deux thèmes et, selon les cas, pour l'analyste comme pour l'utilisateur, les langages d'indexation peuvent effectivement être une aide ou un obstacle.

L'existence d'un langage contrôlé n'aplanit toutefois pas les difficultés du dialogue entre documentaliste et usager, ni les embûches de la recherche documentaire. Théoriquement, tout est fait pour unifier les deux bords, dans la pratique : « Information retrieval langnage can affect thé sitbject anafysis [...]. The fact that thé langitage affecte thé suhject analyste may hâve both positive and négative effects. 1 » II n'est pas rare qu'au moment de l'indexation le documentaliste-analyste connaisse les affres du choix : quel est vraiment le sens, et comment le formaliser ? La tentation est grande, alors, de faire l'impasse sur les deux premières phases de compréhension et de formulation. L'histoire vraie de l'analyste non fonné cherchant d'abord si les mots du titre se trouvaient dans le langage d'indexation, et se contentant de cela, illustre bien cette lâcheuse tendance, apparemment, hélas !, assez répandue... Cette « loi du moindre effort » (cf. p. 162-163) semble bien rassembler de nombreux disciples. Il est également vrai que certains langages présentent des insuffisances ou des rigidités propres à rebuter les indexeurs. Dans un tel cas, si par hasard il existe un champ « indexation libre », c'est la porte ouverte à tous les excès.

TYPOLOGIE DES LANGAGES DOCUMENTAIRES
On distingue couramment deux grands types de langages documentaires : classificatoires et combinatoires. « Les langages documentaires découpent les champs de la connaissance selon deux types différents dont les unités sémantiques élémentaires ont chacune un gabarit particulier : les classifications, où l'unité documentaire est le sujet, et les langages postcoordonnés, où l'unité élémentaire est le concept. Les premières sont énumératives et arborescentes. Dans les seconds, les sujets sont exprimés par la combinaison des termes élémentaires. * » De nombreux et très bons ouvrages ' se sont employés à décrire de façon détaillée les grands langages documentaires. Si la nature et la structure de ces derniers sont rappelées dans ce chapitre, c'est pour mettre en lumière leur apport et leur limite dans les opérations d'indexation et de recherche documentaire.

LES LANGAGES DOCUMENTAIRES

LES LANGAGES DOCUMENTAIRES DE TYPE CLASSIFICATOIRE

Les langages documentaires de type classificatoire

Médecine Sciences de l'ingénieur

PRINCIPES DE BASE
Le langage documentaire de type classificatoire est basé sur le principe d'une subordination logique à l'intérieur d'un système de pensée qui va du général au particulier, du générique au spécifique et répond au processus d'inclusion :
SCIENCES
APPLIQl'tES

Agriculture Exploitation agricole Recolles

Céréales

Agronomie —

Blé - Sarrasin - Avoine -Riz
Etc.

- Commerce Plantes fourragères Industrie chimique Légumineuses | Luzerne L Trèfle Etc.

Général

Particulier

- Industrie métallurgique Arboriculture Horticulture Zootechnie Etc.

Inspiré de la logique classique, il subdivise une collection d'éléments en un nombre limité de classes. Chaque classe comprend un ensemble d'objets ayant au moins un caractère commun et peut se subdiviser en autant de sous-classes comprenant un autre ensemble d'objets ayant au moins un caractère commun, etc. Ainsi, on peut subdiviser la notion ou classe « Sciences appliquées » en autant de sous-classes qu'il existe de sciences appliquées, par exemple « Médecine », « Sciences de l'ingénieur », « Agronomie », « Commerce », « Industrie », « Industrie métallurgique », etc. On peut ensuite subdiviser chacune de ces sous-classes de la même façon, et l'arborescence pourrait alors ainsi être présentée (voir ci-contre). Cet exemple s'applique à des éléments concrets et mesurables. Les langages classificatoires constituent l'une des expressions des systèmes scientifiques et philosophiques. De Platon à Auguste Comte, nombreuses sont les représentations organisées et abstraites des connaissances humaines. « Une classification est une répartition systématique en classes, en

I k

Racines
Etc.

- Betteraves Navets Etc.

catégories, d'êtres, de choses ou de notions ayant des caractères communs, notamment afin d'en faciliter l'étude. I0 » C'est sur ces bases que Linné a conçu et organisé le système explicatif des règnes animal, végétal et minéral en embranchement, classe, ordre, famille, genre. espèce, variété, auquel tous les scientifiques se réfèrent pour identifier les éléments de la nature. Mais c'est aussi sur ces principes que les universités du xnc siècle organisèrent leur enseignement, fondé sur trois arts (trivium) — grammaire, rhétorique, dialectique — et quatre disciplines (quadrivium) — arithmétique, musique, géométrie, astronomie —. chacune de ces notions étant subdivisée en sous-notions, soussou s-not ions,'elt.

LES LANGAGES DOCUMENTAIRES

LES LANGAGES DOCUMENTAIRES DE TYPE CLASS1FICATOIRE

APPLICATIONS POUR LE CLASSEMENT Les langages classificatoires sont nés d'une situation concrète : comment organiser un classement d'ouvrages par grandes disciplines pour permettre aux étudiants de trouver rapidement les livres correspondant à leur centre d'intérêt ? C'est donc à cause de l'opération matérielle de classement que sont nées les classifications : « Système prédéterminé de notions logiquement structurées, ayant chacune reçu un code identificateur. Ce code est attribué à des notions ou à des ouvrages en fonction de la correspondance des sujets. " » Chaque notion est codifiée, selon un ordre décimal. Dans l'exemple de la page précédente, si le code 600 est affecté aux Sciences appliquées, 610 à la Médecine, 620 aux Sciences de l'ingénieur, l'Agronomie sera codifiée en 630 ; puis on continue à partir de 630, pour codifier les Récoltes en 633, puis les Céréales en 633.1, puis le Blé en 633.11 (ces codifications sont issues de la Classification décimale de Melvil Dewey), etc. Une classification bibliologique se présentera ainsi (voir ci-contre). Pratiquement, tous les ouvrages traitant d'agronomie seront classés sous le même code 630, des céréales sous 633.1 et du riz sous 633.18. En bibliothéconomie, ces codes sont appelés « notations », ou plus couramment « indices de classification ». Une classification bibliologique a pour but principal de classer les ouvrages sur rayon selon leur sujet, en suivant un plan logique préalablement déterminé. Ce plan est souvent appelé « plan de classement » car la classification (outil conceptuel) est le support du classement (opération matérielle).

-610 -Médecine -620 -Sciences de l'ingénieur

600 : S<ï KM CES
APPLIQUEES
- tin OJ1I

Agronomie

- 630 Agriculture -63! Exploitation agricole -632-... 611 Récoltes

611 1 Céréales

Etc. -633-2 -Plantes fourragères 631 1 Légumineuses 634Arboriculture

-633.11 Blé -633.12 Sarrasin -633.13Avoine Etc.

-633-31 Luzerne - 633.32 Trèfle Etc. 633 41 Betteraves -633.42Navets Etc.

r*rt Ltc.

fin \

fc»*'-t

Racines Eic.

APPLICATIONS POUR L'ANALYSE Le principe d'arborescence propre aux langages classificatoires a l'avantage de structurer la pensée, de hiérarchiser les données et de faciliter l'organisation d'un corpus. L'analyste est donc aidé par un cadre préétabli dans lequel il trouve, à l'intérieur d'une classe, tous les éléments propres à cette classe, présentés du général au particulier.

Ces langages ont immédiatement servi au classement, mais ils ont été également à l'origine des catalogues systématiques de matières, à l'intérieur desquels plusieurs fiches pouvaient présenter le mc'ine document ; l'indice principal — représentatif du sujet prioritaire servait aussi pour constituer la cote, et des indices secondaires permettaient d'indiquer des sujets plus précis. Un document complet sur les « écluses » était classé et indexé à l'indice 626.4 l2 , mais une autre fiche portait l'indice 627.45, indice secondaire représentatif de la notion « écluses en rivièftïs ».

LES LANGAGES DOCUMENTAIRES

LES LANGAGES DOCUMENTAIRES DE TYPE CLASSIFICATOIRE

Toutefois, quelques difficultés majeures ont freiné l'usage de ces langages. L'une de ces difficultés est l'éclatement des sujets selon leur domaine d'application. Si l'on doit trouver un indice caractérisant la notion d'« enfant », on tombe sur l'impressionnant index présenté cicontre. Comment indexer un ouvrage ou un article de synthèse sur le simple sujet « Enfant » ? Il est vrai qu'un langage classificatoire ne doit pas être utilisé à partir de son index, mais de sa structure hiérarchique, ainsi que le préconise l'édition de 1990 dans son introduction : « Parmi les classes principales on retient celle où le symbole recherché devrait normalement figurer et l'on explore cette classe par élimination successive... » Dans ce sens, le mode classificatoire est rassurant. Si le sujet traite de la délinquance juvénile, peu importent les mots à employer. L'indexation suivra un cours logique : Délinquance entre dans le grand cadre des sciences sociales classe 3 mais n'existe ni en sociologie 30 ni en statistique 31 ni en politique 32 ni en économie 33 en droit mais existe 34 n'existe pas en droit général 340 ni en droit international 341 ni en droit constitutionnel 342 mais existe en droit pénal 343 On glissera rapidement sur les procédures pénales, les infractions et leurs différentes formes, pour repérer enfin en criminalité (343.9) les espèces diverses de délinquants et criminels (343.91) pour aboutir à 343.915 : Enfants, mineurs délinquants. Délinquance juvénile. Précisons que, dans la logique de ce langage, il n'existe pas d'entrée à l'index au terme « délinquance juvénile ». Si l'éclatement des notions pose un problème, l'absence d'indice pour un sujet en pose un autre. Or, une classification de type encyclopédique, comme la CDU ne peut tout exprimer. L'introduction précise

ENFANT. Attitudes. Psychologie ENFANT. Descriptions. Psychologie ENFANT. Développement intellectuel F.NFANT. Développement mental ENFANT EN AGE DE SCOLARITE ENFANT. Presse ENFANT. Psychologie ENFANT. Représentation. Psychologie ENFANT. Statut ENFANTS ABANDONNES. Éducation ENFANTS ADOPTES- Division de personnes ENFANTS ANORMAUX. Psychologie ENFANTS BATARDS. Division de personnes ENFANTS. Bibliothèque ENFANTS BLESSES. Division de personnes ENFANTS. Cruauté envers les. Droit pénal ENFANTS. Cruauté envers les. Morale ENFANTS DE BATELIERS. Éducation ENFANTS DE DIEU. Sectes ENFANTS DE DIPLOMATES. Écoles ENFANTS DE GITANS. Éducation ENFANTS DE MILITAIRES Écoles ENFANTS DE NOMADES. Éducation ENFANTS DF. TROUPE. École militaires d1 ENFANTS DELINQUANTS ENFANTS. Documents pour les. Division de forme ENFANTS. EfTels de l'autorité parentale sur les hiens des. Droit civil ENFANTS. EfTels de l'autorité parentale sur les. Droii civil ENFANTS EN AGE PRESCOLAIRE. Division de personnes ENFANTS EN AGE SCOLAIRE EN GENERAL. Division de personnes ENFANTS EN QUALITE DE CONSOMMATEURS ENFANTS. Épargne en général ENFANTS. Habits ENFANTS ILLEGITIMES. Division de personnes ENFANTS ILLEGITIMES. Éducation ENFANTS LEGITIMES. Droit civil ENFANTS. Livres pour les. Division de forme ENFANTS. Mauvais traitements infligés aux. Droit pénal E.NFANTS NATURELS. Division de personnes ENFANTS NATURELS. Droit civil ENFANTS NECESSITANT UNE AIDE. Infractions contre Droit pénal ENFANTS PLACES EN N O U R R I C E . Division de personnes ENFANTS. Protection contre l'autorité parentale. Droit civil ENFANTS. Rapt. Droit pénal ENFANTS KEJKTES. Éducation E.NFANTS. Responsabilité de personnes non enseignantes ayant en charge des. Droit civil ENFANTS RETARDES MENTAUX Psychologie ENFANTS RE1ARDES PHYSIQUES. Psychologie ENFANTS SANS MILIEU FAMILIAL. Éducation [ • N E A N T S - PARtNJS. Relations. Morale

159.922.74 159.922.75 159.922.72 159.922.73 371.212 070.445 159.922.7 159.922.75 392.37 376.56 -058.H65 159.922.76 -05 R.868 027.625 -056.262-053.2 343.62 179.2 376.66 2989 37.018.55 376.66 37.018.55 376-66 355.231.1 343.915 (0.053.2) 347.636 347.635 -053.4 -0535 366-055.2 336.722.142-053.2 391.3; -05R.868 376.64 347.631 (02.053.2) 343.62 : 058.868 347.632 343.62 -05H.866 347.637 343.62 376 56 347.5153 159.922.76 159.922766 376.64 173.6

LES LANGAGES DOCUMENTAIRES

LES LANGAGES DOCUMENTAIRES DE TYPE CLASSIFICATOIRE

bien « qu'une indexation sera réputée correcte lorsque le symbole découvert exprime le contenu de l'ouvrage ou, à défaut, le contient ». L'exemple donné est qu'il faut indexer (et chercher) « p a p i l l o n » à « lépidoptères ». L'index présenté ci-dessus donne l'exemple de la pré-coordination maximale : chaque terme est inscrit dans une formulation déterminée en fonction du grand cadre dans lequel il s'inscrit. Si des enfants sont victimes, ce langage classificatoire oblige à choisir entre l'aspect juridique ou l'aspect moral, car les classes 1 et 3 préexistent et imposent leur loi. On se trouve devant un maximum de rigidité et une totale absence de souplesse. Enfin on constatera, à la lumière de l'extrait ci-dessous, qu'il existe très peu de liens entre les indices. Aucun signe n'indique que la notion « enfant » apparaît dans bien d'autres endroits que sous le 343.915.
Criminologie. Sciences criminelles. Criminalistique - 343.2 343.9.018 Méthodes de recherches criminologiques 343.91 Types de criminels, de délinquants 343.911 Délinquants d'habitude. Récidivistes. Délinquants irrécupérables. Délinquants professionnels 343.912 Délinquants impulsifs. Délinquants occasionnels, accidentels 343.913 Délinquants perturbés mentalement. Malades mentaux crimineîs. Aliénation, irresponsabilité criminelle 343.914 Femmes délinquantes. Délinquance féminine 343.915 Enfants, mineurs d'âge délinquants. Délinquance juvénile 343.916 Militaires délinquants. Délinquance militaire 343.917 Délinquants politiques. Terroristes politiques 343.919 Délinquants particuliers. Affaires criminelles célèbres. Procès criminels célèbres 343.92 Influence du milieu physique sur la criminalité. Effets de l'environnement physique, des saisons, de la localisation géographique, etc. 343.93 Anatomie des délinquants. Signes extérieurs de délinquance. Types de délinquants. Anthropométrie criminelle -* 572.5; 611 343.94 Physiologie et biologie des délinquants 343.95 Psychologie criminelle. Psychologie médico-légale - 159.9; 343.8 343.9

Les catalogues systématiques ont décliné bien avant l'arrivée de l'automatisation, à cause de la rigidité du système. En effet, le principe moine de la hiérarchisation freine, sinon empêche l'évolution normale du langage scientifique ou technique ; la codification devient de plus en plus fine, et en même temps, de moins en moins lisible ; les quelques relations existant entre indices sont de plus en plus difficiles à gérer, de même que l'index alphabétique nécessaire pour s'y retrouver. Et la souplesse requise pour l'indexation, on l'a vu, est inconnue du système. En revanche, les systèmes classificatoires sont toujours utilisés pour la présentation des bulletins bibliographiques (analytiques ou signalétiques). Surtout, le principe d'arborescence est toujours indispensable à l'organisation d'un ensemble de connaissances. C'est ainsi que « la conception d'une arborescence thématique propre à Nomade, domaine par domaine, catégorie par catégorie [...] [a permis] une véritable organisation de l'information sur Internet H ». Et l'on remarquera que la majorité des sites web présentent leurs données sous une forme classificatoire hiérarchisée (voir, en page suivante, un exemple extrait du site Nomade : http://www.nomade.fr).

APPLICATIONS POUR LA RLCHL-RCEIL

. Les atouts et les inconvénients des langages classificatoires, détailles pour l'analyse, se retrouvent au moment de la recherche. Au début d'une recherche, lorsqu'il s'agit d'explorer largement un domaine, l'accès à un corpus organisé est tout à fait satisfaisant. Les classifications encyclopédiques (Dewey, CDU, Library of Congress) répondent à ce type de recherche et, de ce fait, connaissent toujours un réel succès. En effet « thc structure may even assist thé user in thinking ahouî thé problem and discovering ramifications and new aspects I4 ». L'arborescence permet de monter et descendre, en toute sécurité, dans le domaine de recherche. Lorsque la recherche est plus précise, les difficultés apparaissent assez vite. Une arborescence stricte impose de suivre une ligne et une seule ; les relations entre les sous-classes sont peu nombreuses et

LES LANGAGES DOCUMENTAIRES

LES LANGAGES DOCUMENTAIRES DE TYPE COMBINATOIRE

Actualité, média Arts et culture • Infos générales, références • Congrès, salons, conférences • Centres, organismes, associations culturelles - Alliances françaises - Belgique - Canada - etc. • Cinéma • Histoire de l'art • Art populaire, folklore, régionalisme • Manifestations culturelles • Musées, monuments, patrimoine • Bibliothèques, documentation, archives • Musique • etc. Formation, emploi Entreprise, industrie Service public Famille, santé etc.

Enfin, la recherche repose de plus en plus sur la multidisciplinarité, ce qui requiert l'usage de passerelles fréquentes entre les domaines d'intérêt. Les grandes classifications sont en général encyclopédiques, et présentent chaque discipline académique (philosophie, droit, sciences physiques, beaux-arts, etc.) selon une stricte hiérarchie qui s'accommode mal des besoins de transversalité et de navigation entre les sciences15. Toutefois, les grandes classifications et leur principe d'organisation des connaissances sont loin d'être abandonnés : « L'utilisation de la classification dans la recherche en ligne par sujets est une des grandes pistes actuelles de réflexion [...] des études, américaines en particulier, ont montré que la structure hiérarchique et arborescente d'une classification comme la Dewey, permet un balayage plus systématique des sujets et apporte des résultats complémentaires à la recherche par mots. Cette piste prometteuse est en cours d'approfondissement. "' » Ce qu'il faut donc abandonner, c'est l'idée d'une indexation fine utilisant ce type de langage. En revanche, le principe classificatoire est inscrit dans la pensée humaine occidentale et, dans ce sens, il reste un puissant moteur pour la structuration d'un système ou d'une recherche.

n'aident pas le passage d'une branche à une autre. Plus l'on descend dans la hiérarchie et plus la codification devient difficile à lire, quasiment impossible à mémoriser. De plus, derrière les codes, les notions sont la plupart du temps pré-coordonnées, les termes d'indexation sont donc une fois pour toutes accolés les uns aux autres, du fait du langage en amont — et non pour aider la recherche en aval. Ainsi, l'indice 621.69 couvre-t-il toutes les informations sur les « appareils pour la production de froid intense et pour la liquéfaction des gaz », ce qui est tout à fait intéressant lorsque l'on descend la chaîne depuis les techniques du froid (621.5) et la mécanique industrielle (621), mais qui n'apparaît pas comme un modèle de clarté, de prime abord. Les professionnels s'y retrouvent, mais pas l'utilisateur final.

Les langages documentaires de type combinatoire
Dans ces langages, les notions sont présentes sous forme de termes et non plus de codes. Les termes se succèdent par ordre alphabétique, ce qui entraîne automatiquement une dispersion des sujets. Selon les différents langages de type combinatoire, il existe des liens plus ou moins élaborés entre les termes. M est sans doute utile de rappeler que les termes (ou mots clés choisis pour l'indexation) peuvent être : , - Unitermes : un mot égale une notion ; par exemple « forêt », « exploitation ». Chaque Uniterme garde sa valeur tant qu'il n'est pas intégré dans une fornïulation pré-déterminée, ou pré-coordonné ;

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LES LANGAGES DOCUMENTAIRES DE TYPE COMBINATOIRE

- complexes ; plusieurs mots représentent une notion ; par exemple «exploitation forestière». Chaque terme complexe est considéré comme un ensemble insécable. Pour accéder aux notions contenues dans les documents classés selon une classification donnée, les premiers utilisateurs consultaient l'index renvoyant à la notation (ou code identificateur). Très vite, les catalogues systématiques furent doublés par des catalogues analytiques de matière, présentant en clair les notions symbolisées par une notation. En prenant l'exemple de la classification décimale de M. Dewey, les notices des ouvrages portant l'indice 633.1 pouvaient être trouvées au mot « céréales », celles à l'indice 633.11 à « blé », 633.18 à « riz », etc. De ce fait, les notices étaient dispersées, puisque intercalées par ordre alphabétique. Pour les notions complexes, plusieurs termes étaient choisis et juxtaposés et l'on faisait autant de fiches que de termes, classées selon l'ordre alphabétique. Ainsi sont nées les listes de vedettesmatières qui gardent encore de leur origine de fortes tendances à la précoordination. L'usage qui en est fait dans les bibliothèques, les logiciels qui les pilotent n'exploitent pas, malheureusement, les possibilités de combinaison qu'ils possèdent. La mécanographie et l'usage des fiches perforées à sélection visuelle marquent le vrai début de la combinaison de termes, dont toutes les possibilités, dues à l'algèbre de Boole, explosent avec l'automatisation et la création des thésaurus qui sont, avec les lexiques, de vrais langages combinatoires.

puisqu'il n'y a plus ni structure ni classes, et exige donc des règles de construction des différentes vedettes. Toutes les vedettes apparaissent dans leur ordre alphabétique. Certaines peuvent être mises en relation : - s'il y a équivalence entre deux termes ; le terme exclu renvoie à la vedette choisie : « Gâteau voir Pâtisserie », « Catastrophe voir Sinistre » ; - s'il y a orientation vers d'autres vedettes, chaque terme renvoie à un ou plusieurs autres : « Gastronomie voir aussi Cuisine ». « Activité professionnelle voir aussi Emploi ». Les vedettes sont souvent pré-coordonnées, c'est-à-dire combinées à l'avance avec d'autres termes jugés utiles pour l'indexation et la recherche. La pré-coordination n'empêche pas la construction de vedette-matière avec des subdivisions de lieu, de temps et de forme l7.

Vedetles-matièrcs Garrigue Gastrite Gastro-entërologie voir aussi Digestif (appareil) Gastronomie voir aussi Cuisine Gâteau voir Pâtisserie voir aussi Gauchisme Gauche, idéologie Gauche, nom de lieu, dates Gauche, parti politique voir aussi au nom des partis Gauche, théorie Gauche/Droite Gauche (extrême) Gaucher Gaucher, rééducation Gauchisme Gaule Gaule, Art, voir Arl gaulois Gaule, civilisation Gaullisme Gaulois (peuple) etc

Remarques

renvoi d'orientation renvoi d'orientation renvoi d'équivalence au terme choisi renvoi d'orientation pré-coordination indique possibilité et ordre des subdivisions pré-coordination renvoi d'orientation pré-coordination pré-coordination pré-coordination pré-coordination

LES LISTES DE VEDETTES-MATIÈRES OU LES LANGAGES QUI P O U R R A I E N T ÊTRE COMBINATOIRES...

Principes de base

Les listes de vedettes-matières sont basées sur l'ordre alphabétique des notions représentatives d'un contenu, ou mots clés. Le mot clé est appelé « vedette-matière ». Système pragmatique, utilisable par toute personne lisant un alphabet, il implique une dispersion des sujets

renvoi d'équivalence au terme choisi pré-coordination pré-coordination

LES LANGAGES DOCUMENTAIRES

LES LANGAGES DOCUMENTAIRES DE TYPE COMBINATOIRE

La construction des vedettes complexes suit le principe de la concaténation, en juxtaposant les termes qui peuvent l'être, selon un ordre rigoureux.

principe, ce type de langage pose de vrais problèmes d'indexation, dus essentiellement à la pré-coordination et à l'aléa des renvois. Les listes de vedettes-matières ne sont pas du tout faites pour les services de documentation, aussi n'étudierons-nous pas ce sujet de façon très approfondie. À titre d'exemple, qu'il soit simplement proposé au lecteur d'indexer un livre donnant des recettes en cuisine végétarienne à l'aide des extraits suivants '" :

La juxtaposition n'est pas obligatoire ; elle répond à la précision voulue pour une indexation plus complète. Si l'on reprend l'exemple des ouvrages sur les « appareils pour la production de froid intense et pour la liquéfaction des gaz », on choisit le sujet principal comme motvedette, les sujets annexes étant considérés comme sous-vedettes. On peut imaginer, dans ce cas, des vedettes ainsi construites : « Froid intense, Production, Appareil » et « Gaz, Liquéfaction, Production, Appareil », à condition que les subdivisions de vedettes de sujets soient acceptées par le langage. En France, RAMEAU (Répertoire d'autorité-matière encyclopédique et alphabétique unifié) est un répertoire terminologique créé et mis à jour par la Bibliothèque nationale et le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Il est basé sur la liste d'autorité de l'université Laval (Québec), celle-ci se présentant comme la version française des LCSH (Library of Congress Stihject Headings). RAMEAU est utilisé dans un très grand nombre de bibliothèques encyclopédiques en France et dans les pays francophones. Il est consultable en version imprimée, sur microfiches, cédérom ou en ligne 1 ".

ALIMENT
Aliment : Voir aussi Produit alimentaire et ;ui nom des aliments Aliment : préparation Voir Cuisine et Diététique Aliment ; valeur nutritive Aliment : valeur nutritive Voir aussi Diététique ALIMENT TRANSGÉNIQUE ALIMENTATION Alimentation Voir aussi Nutrition Alimentation : carence Voir Carence alimentaire Alimentation : régime Alimentât ton : troubles ALIMENTATION ANIMAI.!: Voir Animal : alimentation

ART CORPOREL ART CULINAIRE Voir Cuisine : recettes ART D'ÉCRIRE

Cuir : industrie Cuir : métiers CUISINE Cuisine Voir ait\si Gastronomie et au nom des plats Cuisine : recettes Cuisine : régime
Cl.'ISINF, VÉGÉTARIENNE CUrVRE

APPLICATIONS POUR L'INDEXATION

Cuivre : alliage

Ces langages sont surtout adaptés aux bibliothèques encyclopédiques et aux agences bibliographiques nationales. En effet, un langage spécialisé supporte difficilement le manque d'organisation des connaissances qu'induit l'ordre alphabétique. Apparemment simple dans son

DIESEL DIETETICIEN
DlETETfQUC Diététique Voir aussi au domaine d'application

LES LANGAGES DOCUMENTAIRES

LES LANGAGES DOCUMENTAIRES DE TYPE COMBINATO1RE

GASTRO-U Gaslro-entérologie Voir aussi Digestif (appareil) GASTRONOMIE Gastronomie Voir aussi Cuisine Gastronomie : histoire GATT AU Voir Pâtisserie

interroger en utilisant ce langage. Selon les logiciels qui le pilotent et la façon dont il a été utilisé pour l'indexation, différents problèmes peuvent apparaître, exposés au paragraphe suivant.

APPLICATIONS POUR LA RECHERCHE
RECETTI- BUDGÉTAIRE Voir Budget : recettes RECETTE DE CUISINE Voir Cuisine el au nom des receltes

RECHERCHE

RKCill- Voir au domaine d'application RÉGIME Régime Voir &\\e d'application ex : Alimentation : régime RÉGION

VHJISME Voir Brahmanisme VÉGÉTARIEN Végétarien : recetle Végétarien : régime VÉGÉTATION Voir aussi Botanique. Écologie végétale et Flore

Apparemment le nombre et la précision des termes d'une liste de vedettes-matières peuvent faire penser à une recherche facilitée. Mais le plus souvent, de par leur nature, ces listes compliquent plus qu'elles ne simplifient la dC-marche du chercheur. En effet, la juxtaposition des termes oblige à chercher au premier choisi ; les inversions ne sont pas propres au langage courant et il est plus normal de poser la question sous ta forme «industrie agro-alimentaire» que «agro-alimentaire. industrie». Il s'agit bien d'une convention, à peine plus transparente qu'un code de classification ; la logique des professionnels n'est pas forcément celle des utilisateurs. Avant l'automatisation, à l'époque des catalogues sur fiches, il était souvent fait autant de fiches que de vedettes choisies. Une recherche sur les Brigades rouges pouvait être indexée à «Terrorisme, Italie, Thèse » et faire l'objet de trois fiches intercalées respectivement par ordre alphabétique. Cette inflation de fiches (et d'intercalations...) ne correspondait nullement à une information supplémentaire mais permettait au chercheur de trouver par l'un ou l'autre mot. On pouvait imaginer que la recherche informatisée abolirait cette pratique aussi désuète qu'inutile. Or les premiers logiciels qui pilotaient RAMEAU, ainsi que les règles de ce langage, ne permettaient pas la combinaison de la suite des vedettes, ni l'accès direct à une sousvedette. Ainsi, en consultant l'index-matière de la Bibliographie bourguignonne de 1996 :", il n'y a aucune entrée principale à la vedette « Sceau », présente pourtant au moins cinq fois, mais en sous-vedette. Cette sous-vedette est précédée des vedettes principales, les noms des abbayes, pour lesquelles chaque sceau fait l'objet d'une étude*. Cette rigidité oblige les analystes à multiplier les entrées matière, comme au temps où la combinatoire n'existait pas.

II est visible qu'en allant rapidement, un indexeur choisira « Cuisine végétarienne », qu'un autre ne verra que « Végétarien, recettes » et qu'un troisième s'obligera à prendre les deux formulations. On objectera que cet exemple est trop spécialisé, mais il suffit de se promener dans les rayons « vie quotidienne et pratique » d'une bibliothèque municipale pour constater que les analystes rencontrent ce genre de problème. De ce fait, et avec la meilleure volonté du monde, la précoordination et le manque de renvois troublent le travail en amont et le résultat en aval, en proposant aux utilisateurs une banque de données manquant de cohérence. Si le problème n'est pas trop lourd dans les bibliothèques municipales où les recherches sont relativement simples, il devient grave lorsque l'utilisateur doit effectuer une recherche documentaire précise, dans une banque de données normalement faite pour cela. Les documentaliste s .doivent peu indexer avec RAMEAU, mais sans nul doute ils ont à

LES LANGAGES DOCUMENTAIRES

LES VRAIS LANGAGES À STRUCTURE COMBINATOIRE

C'est ainsi qu'un article traitant des artisans dijonnais du textile aux xive et xve siècles est indexé comme suit :
- Textiles et tissus - Industrie et commerce - France - Dijon (Côte d'Or) - Histoire - xiv' siècle -Textiles et tissus - Industrie et commerce - France - Dijon (Côte d'Or) - Histoire - xv [ siècle - Inventaire (droit) - France - Dijon (Côte d'Or) - Histoire - xiv' siècle - Inventaire (droit) - France - Dijon (Côte d'Or) - Histoire - XV siècle - Dijon (Côte d'Or) - Conditions économiques - xiv< siècle - Dijon (Côte d'Or) - Conditions économiques - xv siècle

Les vrais langages à structure combinatoire : lexique et thésaurus
LES LEXIQUES SPÉCIALISÉS

Sans chercher à construire un langage d'indexation très élaboré, un grand nombre de services de documentation se sont trouvés dans l'obligation de créer des lexiques adaptés à leurs besoins. En effet, l'indexation libre a fait les ravages que l'on peut imaginer à la lumière des quelques exemples et exercices précédents. Ces lexiques rendent obligatoires l'usage de certains termes, établissent au moins des renvois d'équivalence et suivent de près les fluctuations du langage. Ainsi, le Centre de documentation scientifique et technique du CNRS a réalisé plusieurs lexiques correspondant aux différentes rubriques de ses bulletins bibliographiques. A titre d'exemple, voici un extrait du lexique français-anglais de Pascal Sciences de l'Information :
Descripteurs Abonnement - Subscription Abréviation - Abbreviation Accès à distance - Remote access Accès direct - Direct access Accès document - Document access - - Fourniture document Accès information - Information access - - Diffusion information Accès libre rayon - Open access Accès par sujet - Subjcct access Accroissement -*• Augmentation Acquisition - Acquisition = Entrées -iLk

II serait malséant d'incriminer l'analyste qui se trouve dans l'obligation de répéter 4 fois « Histoire », 4 fois « France », 3 fois xive et xv* siècles, 6 fois Dijon (Côte d'Or) pour indexer correctement selon les règles imposées par RAMEAU, c'est-à-dire l'archétype d'une précoordination plus rigide que rigoureuse, aussi éloignée de la démarche de l'utilisateur moyen qu'il est possible d'imaginer. Les logiciels sont maintenant plus souples et permettent de combiner vedette et sous-vedettes. Ainsi l'équation Sport et Droit permet-elle de récupérer des ouvrages indexés ainsi : « Sports - Droit - France ». Ce sont les logiciels qui peuvent faire entrer les listes de vedettes-matières dans le champ des langages combinatoires. Malheureusement, si l'interrogation est améliorée, les règles d'indexation restent contraignantes. Donc, les analystes des fonds spécialisés multiplient les vedettes-sujets en tentant de moduler les différentes entrées de façon à former une sorte de résumé, tout en étant obligés de choisir les termes de RAMEAU, ce qui est frustrant lorsque les termes n'existent pas. C'est ainsi que l'analyste chargée du fonds Gastronomie (pôle associé de la Bibliothèque nationale de France) à la bibliothèque d'étude de Dijon, devant indexer un article très intéressant sur les « officiers de bouche » et les « officiers tranchants » — sujet rarement traité —, n'a eu aucun moyen de faire ressortir ces particularités. Une fois encore, l'indexation ne peut remplacer le résumé ; celui-ci doit pouvoir exister lorsque le besoin d'un langage libre se fait ardemment sentir.

Remarques

pré-coordination pré-coorclinalion pré-coordination - - renvoi d'orientalion pré-coordination - - renvoi d'orientation pré-coorcfi nation pré-coordination -» renvoi d'équivalence du terme exclu au (crme choisi (donc, pas de traduction anglaise) = renvoi d'équivalence du terme choisi au terme exclu

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LES VRAIS LANGAGES À STRUCTURE COMBINATOIRE

L'INIST (Institut de l'information scientifique et technique du CNRS) est également à l'origine d'une initiative intéressante, que l'on peut rapprocher des lexiques spécialisés, parfaitement bien exposée dans l'article « Grilles d'indexation et de préindexation : l'exemple de Pascal» 2 1 . Il s'agit effectivement de grilles ou de listes de termes choisis en raison de leur fréquence d'apparition à l'indexation et de leur pertinence. Ces grilles présentent une organisation logique et sémantique des termes. « Élaborées pour assurer homogénéité et rapidité d'indexation », elles permettent aux indexcurs de disposer, dans chaque domaine spécifique traité, d'un ensemble structuré et préétabli de termes. Avec 300 termes environ par grille, 35 grilles en science de la vie, 32 grilles en sciences exactes et sciences de la terre, l'INIST a forgé un lexique spécifique, « élément essentiel pour l'élaboration des bases de connaissance : catégorisation des termes selon l'information sémantique qu'ils véhiculent, combinaison sémantique de ces catégories ». Ce projet, intellectuellement très intéressant, n'a pas encore donne lieu à une application pratique. Applications pour l'indexation Pourtant, les exemples présentés et les domaines choisis (médecine, pharmacie, chimie) offrent l'immense avantage d'utiliser des termes du quatrième cercle (cf. p. 88), le plus souvent univoques et peu porteurs d'ambiguïté. Il existe également, dans un centre de recherche de l'INRA, une base de connaissance ayant recensé toutes les variétés de tomates, toutes les maladies pouvant les affecter, tous les moyens culturaux, chimiques, etc. pouvant les soigner ou même prévenir ces maladies. Dès que Ton se trouve devant des objets concrets, des phénomènes, des processus, des propriétés, des équipements et des conditions opératoires descriptibles et objectiva blés, l'indexation devient presque facile. Matériaux, phénomènes, processus, etc. sont les facettes utilisées dans certains thésaurus (cf. p. 207-210) qui, tous, s'appliquent aux sciences exactes ou appliquées. De ces remarques, on ne doit pas déduire qu'un lexique spécialisé en sciences humaines est impossible à élaborer. Au contraire, il est

d'autant plus utile que les domaines abordés sont par nature susceptibles d'être différemment interprétés. Mais on peut douter de la transcription du modèle présenté pour Pascal (banques de données des sciences exactes), vers Francis (banques de données des sciences humaines), par exemple... Un lexique, si simple soit-il, est le point de départ de tout langage combinatoire quelque peu élaboré. Selon les lieux ou les domaines, une simple liste présentant les équivalences et strictement tenue à jour peut très valablement aider une indexation rigoureuse. Il est préférable de commencer ainsi, plutôt que d'attendre le thésaurus perfectionné à l'extrême qui ne verra peut-être jamais le jour. Et tout vaut mieux qu'une indexation en langage libre... Applications pour la recherche Les lexiques spécialisés sont normalement les meilleurs auxiliaires de la recherche, en ce sens qu'ils sont (ou devraient être) normalement élaborés à partir du vocabulaire courant des utilisateurs, autant sinon plus que des textes à indexer. Leur adaptation au milieu est le meilleur garant de leur qualité. Toutefois, il est indispensable qu'on leur assure autant de renvois d'équivalence entre termes quasi synonymes qu'il est nécessaire. Certains jeunes analystes, au moment de l'élaboration d'un tel langage, sont heurtés par le fait que des non-descripteurs soient quelquefois plus nombreux que les descripteurs, alors qu'il s'agit là d'une preuve de qualité. Chacun doit pouvoir interroger avec son mot clé et admettre qu'il renvoie à un autre — pourvu que l'information soit au bout de la requête. Il va sans dire qu'un véritable lexique admet la combinatoire et la recherche booléenne (cf. p. 108-111). 11 n'est pas rare que, progressivement, certaines parties du lexique deviennent plus structurées que d'autres, que^des renvois d'orientation soient précisés ; c'est le signe d'un langage vivant et le point de départ du langage d'indexation par excellence : le thésaurus.

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LES VRAIS LANGAGES À STRUCTURE COMBINATOIRE

LE THÉSAURUS

Principes de base Construit sur le principe combinatoire, basé sur l'intersection, la combinaison des notions et/ou des classes à partir des opérations booléennes (cf. p. 108-111), un thésaurus est un « vocabulaire contrôlé et dynamique, de termes ayant entre eux des relations sémantiques et génériques, qui s'applique à un domaine particulier de la connaissance [...] ; en tant qu'instrument de contrôle de la terminologie, il est utilisé pour transposer en langage plus strict le langage naturel employé dans les documents, par les indexeurs ou les utilisateurs. 2 2 » Une autre définition, plus simple et plus concrète, rend compte de la spécificité de ce langage d'indexation : « Le thésaurus est une liste normalisée et structurée de termes acceptés à l'indexation [...]. Ces termes sont combinés entre eux pour décrire les documents et écrire les questions lors de l'interrogation d'une banque de données. 2 '» Plus riche de relations, de notations, de modes d'entrée, le thésaurus est l'outil d'indexation par excellence ; il donne, en outre, une vision structurée du vocabulaire d'une discipline et joue un rôle pédagogique essentiel, tant pour l'analyste novice que pour l'utilisateur débutant. 11 s'agit bien du vocabulaire d'une discipline ; en effet, il est extrêmement dangereux d'envisager la création d'un thésaurus généraliste. Toutefois, il existe bien des thésaurus de type encyclopédique, dont le plus connu est le macro-thésaurus de l'OCDE. Touchant toutes les disciplines, ce thésaurus a bien été conçu comme « macro », c'est-àdire un métalangage structuré, contrôlé, mais n'entrant pas dans le détail de chaque domaine. Cette structure a permis, en revanche, la création sur le même modèle de thésaurus spécialisés dans ie domaine de l'éducation, du travail, de l'audiovisuel, etc. Que font les services de documentation ayant pour mission de s'intéresser à tous les domaines ? Certains refusent tout langage élaboré comme, par exemple, certains services de documentation de presse pour lesquels les sujets évoluent trop vite ; la recherche se fait surtout par noms de personnes, de lieux, par périodes ou par grands événements, et impasse est faite sur un langage impossible à mettre à jour.

Pour d'autres, le choix des descripteurs est effectué en fonction de la population d'usagers. Ainsi EUROVOC, thésaurus créé par et pour le Parlement européen, suit tous les sujets liés aux domaines politique et juridique dans l'optique des parlementaires. MOTBIS, utilisé dans tous les lycées et collèges français, couvre l'ensemble des programmes d'enseignement selon les besoins des lycéens et des collégiens (plus que selon ceux des professeurs, du reste). Ces deux thésaurus sont effectivement encyclopédiques quant à leur contenu, mais spécialisés selon leur usage — et ils ne seraient absolument pas interchangeables. Outil d'indexation et de recherche, commun à l'indexeur et à l'utilisateur, le thésaurus met en rapport l'utilisateur interrogeant et l'information pertinente caractérisée, ce qui est l'objectif de tout langage d'indexation, et particulièrement de ceux qui utilisent la véritable combinatoire. En quoi le thésaurus diffère-t-il donc d'un bon lexique spécialisé ? Les relations Première grande différence avec un simple lexique, un thésaurus est caractérisé par la nature et le nombre de relations existant entre les termes. Après avoir collecté le vocabulaire dans le domaine particulier où sera utilisé le thésaurus, on rassemble une liste de mots appelés candidats-descripteurs. En guise d'illustration, et sans donner à aucun moment l'idée que l'on fabrique un thésaurus avec 40 mots (!), voici quelques termes rassemblés sur le thème général de la musique :
catiliquc chanson chanson de marche chanson de route chanson cnfanline chant choral chant de Noël chant patriotique chant religieux chœur dictée musicale écriture musicale éducation musicale histoire de la musique
hymne national

initiation à la musique instrument à percussion instrument de musique jeu musical lecture musicale mélodie mélodie populaire mélhode pour instrument de musique
métrique

musique musique écrite

musique de film musique instrumentale musique pour orchestre musique religieuse musique sacrée musique vocale orchestre partition musicale rythme musical sensibilité musicaje solfège théorie de la musique tradition musicale

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C'est à partir d'une liste de ce type (dont l'arbitaire est revendique) que l'on partage les candidats entre descripteurs et non-descripteurs. L'épuration est l'opération au cours de laquelle les candidats-descripteurs vont être examinés un à un à travers plusieurs cribles, en partant du principe que le thésaurus ne doit autoriser que le nombre de descripteurs nécessaires et suffisants pour couvrir le domaine considéré. Cette phase extrêmement importante est le point de départ de la normalisation du vocabulaire collecté. À chaque concept correspond un seul descripteur. • La première relation est la relation d'équivalence et concerne le vocabulaire. Déjà présente dans les listes de vedettes-matières et les lexiques spécialisés, elle aide à lever l'ambiguïté du langage, participe à la recherche du mot univoque, permet de distinguer les descripteurs des non-descripteurs. À nouveau, le choix entre terme choisi et terme exclu peut relever de l'arbitraire, mais il tient compte, le plus souvent, du niveau de langage et du contexte documentaire dans lequel le thésaurus est utilisé (voir ci-contre, en haut de page, les équivalences que l'on peut proposer à partir de l'exemple ci-dessus). • La deuxième relation établit une hiérarchie entre les termes choisis et crée les champs sémantiques. Elle structure les descripteurs soit en grandes familles sémantiques à l'intérieur desquelles elle établit des hiérarchies de type arborescent entre mots de sens proche, soit en grandes catégories ou facettes (objet, action, processus, produit), déjà évoquées. Les facettes, très prisées par les Anglo-Saxons, sont plus adaptées aux domaines scientifiques, ou tout au moins concrets li. Les esprits plus cartésiens adoptent plus facilement les structures arborescentes presque inconsciemment familières. Quelle que soit leur nature, ces relations hiérarchiques expriment les rapports de subordination entre les notions exprimées par les descripteurs, constituent l'ossature d'un thésaurus, assurent la cohérence interne en contrôlant son organisation et permettent de trouver un document traitant de notions très spécifiques à partir d'une question très générale, ou inversement. On peut imaginer que l'exemple précédent présente les descripteurs en deux champs sémantiques à l'intérieur desquels les termes sont reliés selon le mode arborescent, ce qui est une autre façon d'introduire l'organisation classificatoire ci-contre (bas de page).

Termes choisis, ou descripteurs chanson chanson de marche chanson enfantine chant de Noël chant religieux choeur dictée musicale écriture musicale éducation musicale histoire de la musique liymiie national instrument à percussion instrument de musique jeu musical lecture musicale mélodie mélodie populaire méthode pour instrument de musique métrique musique musique île film musique instrumentale musique pour orchestre musique sacrée musique vocale orehcstre partition musicale rythme musical sensibilité musicale solfège théorie de la musique tradition musicale

Termes exclus ou non-descripteurs chanson de roule cantique criant choral initiation à la musique chant patriotique

musique religieuse musique écrite

l i r champ sémantique éducation musicale histoire de la musique instrument de musique instrument à percussion méthode pour instrument de musique orchestre jeu musical sensibilité musicale solfège dictée musicale écriture musicale lecture musicale rythme musical métrique théorie de la musique

2' champ sémantique musique mélodie mélodie populaire musique de film musique instrumentale musique pour orchestre musique sacrée chant religieux musique vocale chanson chanson de marche chanson enfantine chant de Noël crucur hymne national partition musicale tradition musicale

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• Pour assouplir ce qu'une relation hiérarchique implique de rigueur, une troisième relation dite d'association met en rapport des descripteurs de sens ou d'usage voisins, situés dans des champs sémantiques différents. Cette relation indique des analogies de signification entre les termes, établit une correspondance entre des sujets différents mais que leur usage rapproche. Elle implique théoriquement la réciprocité : une question posée à partir d'un descripteur peut trouver une autre forme de réponse dans un descripteur associé. C'est la plus efficace des relations d'ouverture, mais elle est établie davantage sur l'usage que sur la théorie ; elle est donc particulièrement tributaire du lieu où l'on utilise le thésaurus et apparaît toujours arbitraire à l'utilisateur extérieur. Pour poursuivre l'exemple, on suppose que les termes associes proposés existent dans d'autres champs :
Termes descripteurs éducation musicale histoire de la musique instrument de musique instrument à percussion méthode pour instrument de musique orchestre jeu musical sensibilité musicale solfège dictée musicale écriture musicale lecture musicale rythme musical métrique théorie de la musique musique mélodie mélodie populaire musique de film musique instrumentale musique pour orchestre musique sacrée chant religieux musique vocale chanson chanson de marche chanson enfantine chant de Noël chœur hymne national partition musicale tradition musicale Termes associés éducation artistique

Les notes Tout descripteur doit représenter une notion et une seule. S'il y a ambiguïté possible, on rédige une note d'application sous le descripteur retenu, pour en définir les modalités d'emploi, afin de supprimer les dernières ambiguïtés pouvant gêner l'indexation ou le questionnement. Ainsi le thésaurus du Bureau international du travail distingue-t-il bien :

Descripteur : Note d'application

ALIMENTATION ANIMALE à utiliser pour toute discussion relative aux problèmes et aux méthodes d'alimentation des animaux. S'agissant de la nourriture même, utiliser : ALIMENT POUR ANIMAUX

méthode d'enseignement jeu éducatif

La date de création ou de modification de chaque descripteur est signalée ; l'analyste peut ainsi vérifier l'ancienneté, ou non, du descripteur choisi. Les notes n'ont aucun point commun avec les définitions d'un dictionnaire. Elles sont, au contraire, entièrement tributaires de l'utilisation du thésaurus. Cela explique pourquoi on ne présente pas d'exemples de notes à partir de la liste précédente — qui n'est proposée que pour illustration.

rythme

art folklore cinéma

Les différents modes d'entrée
religion

littérature enfantine Noël patriotisme ethnologie

Un thésaurus comporte toujours une introduction détaillée permettant son utilisation rapide et efficace. Il est intéressant d'y trouver un petit historique, le contexte dans lequel il a été fait, le nom des personnes ou des écjuipcs qui en sont les créateurs, les choix méthodologiques qui ont présidé à son élaboration, les modalités d'emploi, de mise à jour, et tout ce qui en facilite l'accès.

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Normalement un thésaurus comprend trois entrées principales : I ) La liste alphabétique des descripteurs et non-descripteurs. Le nondescripteur renvoie au descripteur choisi. À la grande différence des lexiques, aucun descripteur n'apparaît isolé, mais au contraire enrichi de son environnement sémantique, comprenant : - l'éventuelle note d'application, la date de création ; - le ou les non-descripteurs qu'il remplace ; - son terme générique et ses termes spécifiques ; - ses termes associés. La liste structurée de l'exemple commencerait ainsi :
cantique EM CHANT RELIGIEUX CHANSON TG MUSIQUE VOCALE TS CHANSON DE MARCHE CHANSON ENFANTINE CHANT DE NOËL CHANSON DE MARCHE EP chanson de route TG CHANSON chanson de route EM CHANSON DE MARCHE CHANSON ENFANTINE TG CHANSON TA LITTERATURE ENFANTINE chant choral EM CHŒUR CHANT DE NOËL TG CHANSON TA NOËL chant patriotique EM HYMNE NATIONAL CHANT RELIGIEUX TG MUSIQUE SACREE TA RELIGION CHŒUR EP chant choral TG MUSIQUE VOCALE

2) La présentation structurée en champs sémantiques. Cette présentation varie selon les éditions, listes, schémas, arbres, terminogrammes, etc. 3) L'index permuté de tous les termes, permettant de trouver non seulement les descripteurs Unitermes, mais aussi l'accès au deuxième ou au troisième terme d'un descripteur composé. Dans le cas des thésaurus multilingues, il existe un index pour chaque langue utilisée. L'index permute de l'exemple commencerait ainsi :
cantique EM CHANT RELIGIEUX CHANSON CHANSON DE MARCHE chanson de route EM CHANSON DE MARCHE CHANSON ENFANTINE chant choral EM CHŒUR CHANT DE NOËL chant patriotique EM HYMNE NATIONAL CHANT RELIGIEUX CHŒUR choral EM CHŒUR DICTÉE MUSICALE écrite EM PARTITION MUSICALE ÉCRITURE MUSICALE ÉDUCATION MUSICALE ENFANTINE FILM HISTOIRE DE LA MUSIQUE HYMNE NATIONAL initiation à la musique EM ÉDUCATION MUSICALE INSTRUMENT À PERCUSSION INSTRUMENT DE MUSIQUE INSTRUMENT DE MUSIQUE INSTRUMENTALE JEU MUSICAL

EM est l'abréviation de Employer et lie un nondescripteur au descripteur retenu TG - Terme Générique, indique la notion supérieure TS = Terme Spécifique, indique la notion inférieure

EP - Employé Pour, lie le descripteur au nondescripteur qu'il remplace chant

TA * Ternie Associé, renvoie au descripteur d'un autre champ sémantique

musique

CHANSON MUSIQUE DE

S*

•THODE POUR MUSIQUE

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CHANSON DE

LECTURE MUSICALE MARCHE MÉLODIE MÉLODIE POPULAIRE MÉTHODE POUR INSTRUMENT DE MUSIQUE MÉTRIQUE MUSICAL MUSICAL MUSICALE MUSICALE MUSICALE MUSICALE MUSICALE MUSICALE MUSICALE MUSIQUE musique écrile EM PARTITION MUSICALE MUSIQUE DE FILM MUSIQUE INSTRUMENTALE etc.

JEU RYTHME DICTÉE ÉCRITURE ÉDUCATION LECTURE PARTITION SENSIBILITÉ TRADITION

• Les noms propres : personnes physiques ou morales, collectivités, pays ou régions, marques, sigles, etc., sont proposés dans certains thésaurus en listes annexes, sans être assujettis à la structuration des champs sémantiques. Ils ne relèvent pas toujours d'une gestion rigoureuse. C'est pourquoi l'utilisation des listes d'autorités déjà existantes est fortement préconisée (cf. p. 176-181) ; • D'autres descripteurs indépendants dépendent des domaines des thésaurus, mais répondent toujours à la même définition et au même usage. Maintenance du thésaurus Comme tous les outils linguistiques, le thésaurus doit suivre l'évolution du langage. Moins rigide qu'une classification, plus structuré qu'un lexique, il nécessite une maintenance régulière et organisée. De la même façon qu'il ne peut être créé que par des équipes pluridisciplinaires, il évolue en fonction des besoins diversifiés qui apparaissent, tant au moment de l'indexation qu'au moment de la recherche. Il est indispensable qu'une personne ou une petite équipe soit responsable de ces transformations, pour développer harmonieusement et garder vivant un langage toujours adapté aux besoins. Les systèmes informatisés qui permettent de remplacer automatiquement telle formulation par une autre ont beaucoup aidé ces mises à jour, qui doivent répondre à des besoins réels, et non à une mode passagère. La création, l'utilisation et la maintenance d'un thésaurus en font un outil coûteux ; comment mesurer l'intérêt de l'investissement ? Pour certains, un thésaurus ne peut jamais être amorti, d'autant plus qu'il nécessite une maintenance permanente. Pour d'autres, c'est un outil heuristique de communication à nul autre pareil, chaque interrogation donnant une réponse pertinente étant un signe de réussite. C'est (Jonc à l'application qui en sera faite par les analystes et les utilisateurs que l'on pourra vraiment mesurer sa valeur.

Enfin, des listes annexes peuvent rassembler plusieurs types de termes identificateurs. Ces termes n'étant pas subordonnés aux champs sémantiques structurés, dans la mesure où ils peuvent préciser !e contenu de n'importe lequel de ces champs, on peut les considérer comme descripteurs indépendants : • Les mots-outils, ou termes généraux ou athématiques, sont reconnaissables au fait qu'ils sont Unitermes et abstraits : « cas », « condition », « manière », « système » sont effectivement des mots qui ne peuvent être utilisés seuls ; ils ne peuvent s'intégrer à aucun champ sémantique particulier étant donné leur homographie; de ce fait, ils peuvent être choisis comme descripteurs indépendants, selon l'intérêt qu'ils présentent pour préciser un contenu. « Exploitation » peut s'appliquer à toutes sortes de situations et n'est porteur d'aucun sens spécifique, mais « exploitation forestière » devient un descripteur à part entière, du seul fait que le mot devient terme. Certains mots, considérés comme outils en général, peuvent être tout à fait porteurs de sens selon les domaines, comme « base » en chimie ;

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Applications pour l'indexation Plus encore que le lexique spécialisé, le thésaurus est l'outil linguistique le mieux adapté à l'indexation. En effet, lors des deux premières phases, le contenu du texte est identifie et formulé en langage libre ; il suffit de confronter les mots retenus au vocabulaire du thésaurus. Toutefois, selon le degré de compétence de l'analyste et la facilité d'emploi du thésaurus, celui-ci peut effectivement être l'outil linguistique par excellence, ou au contraire se trouver dévalué par manque d'exploitation réelle. Que font les indexeurs novices (ou insuffisamment formés) ? Ils se contentent de consulter l'index alphabétique permuté, ou la liste alphabétique, pour chercher si les mots retenus sont présents dans le thésaurus en tant que descripteurs ou non-descripteurs. S'ils les trouvent, ils les choisissent et les introduisent dans les champs « descripteurs » de la banque de données. S'ils ne les trouvent pas et qu'il existe un champ « descripteur libre », c'est la porte ouverte à l'anarchie et on ne voit plus très bien l'intérêt d'un langage d'indexation dans ce cas de figure. C'est souvent à partir de ces cas, malheureusement, que l'on juge le thésaurus comme un outil inutile, donc encore plus coûteux ! En fait, cette erreur de jugement est le résultat d'une mauvaise conception de l'indexation, encore comprise comme l'opération où l'on recherche des mots, alors que le but est de trouver et formuler le sens. C'est pourquoi, même si les mots de la phrase représentative du sens sont présents dans la ou les listes alphabétiques, l'indexeur doit d'abord consulter la présentation thématique pour juger de la place des descripteurs dans le ou les champ(s) sémantique(s) correspondant(s) au sens. Il navigue d'une présentation à l'autre, ce qui lui permet de confirmer son premier choix, ou de découvrir d'autres termes plus précis auxquels il n'avait pas pensé et qui vont enrichir l'indexation finale. Le premier avantage du thésaurus est donc d'aider l'analyste à préciser et, en même temps, à élargir son champ d'indexation. Il en existe deux autres : - l'analyste intègre dans le résumé les ternies choisis en langage libre afin d'augmenter les possibilités de recherche ;

- s'il le juge utile, il peut proposer ces mêmes termes afin de les intégrer en non-descripteurs dans le thésaurus. La pratique prouve que certains thésaurus sont utilisés au vingtième de leur richesse, en particulier à cause de la « loi du moindre effort ». Peut-on accabler les indexeurs, souvent insuffisamment formés et auxquels sont demandés plus de résultats quantitatifs que qualitatifs ? La conséquence immédiate est le manque d'équilibre de la banque de données dans laquelle certains descripteurs sont sur-utilisés, et perdent donc leur valeur, alors que d'autres sont quasiment ignorés. Le manque de formation des analystes en est une cause, mais la plus importante est due à de mauvaises priorités dans la politique documentaire. Il revient au comité de maintenance de surveiller l'état d'utilisation des descripteurs. Les contrôles d'occurrence ne doivent pas seulement aboutir à changer en non-descripteurs des descripteurs insuffisamment utilisés, mais à vérifier les modes d'indexation, à promouvoir des réunions de travail et des temps de formation, en vue d'élargir à la fois l'horizon des analystes, l'usage du thésaurus et les possibilités de recherche.
• II est rare que les thésaurus soient mis à la disposition des utilisateurs, surtout s'ils n'existent qu'en ligne et que les éditions papier ne sont pas mises à jour. Même si ces dernières existent, les utilisateurs sont souvent rebutés par l'aspect un peu ésotérique de ce vocabulaire et n'en voient pas forcément l'intérêt pour leur recherche. II est vrai que chaque recherche est précise, alors que le thésaurus couvre l'ensemble d'un domaine. Pourtant, il est possible d'en préciser l'usage dans le guide du service, afin que l'utilisateur puisse élargir la formulation de sa requête, voire de sa recherche elle-même, en naviguant de descripteur en descripteur, de champ sémantique en champ sémantique.

Applications pour la recherche

La recherche est également tributaire des logiciels utilisés qui permettent, de plus en plus, le paramétrage des possibilités d'autopostage ; il S'agit d'une fonctionnalité permettant, sur une arborescence, d'aller du générique au spécifique, ou inversement. Si le descripteur

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choisi ne répond pas, ou répond imparfaitement à la question, l'interrogation peut automatiquement — et selon la demande — passer aux niveaux inférieurs ou supérieurs. Cette facilité est également une aide pour l'analyste qui peut proposer une indexation fine, en général risque de silence, sachant que le système permettra de monter ou descendre automatiquement lors de l'interrogation. Les thésaurus bénéficient des expériences passées ; de plus en plus adaptés aux besoins d'un service et d'une collectivité de chercheurs, ils sont également mieux présentés et plus conviviaux. C'est l'utilisation qui en est faite, proche des usagers, qui en assure l'évolution. L'élaboration et la maintenance d'un thésaurus sont basées sur un travail commun. Ces échanges et retours d'expérience permettent d'approfondir le langage d'une entreprise, donc de prendre de la distance vis-à-vis des modes. En tant qu'outil de structuration et d'affinement du vocabulaire, le thésaurus bien employé est un gage de qualité.

générique. La bibliothèque du Congrès en est un exemple ; la majorité des termes d'indexation n'apporte guère plus que les cotations selon les deux classifications les plus couramment utilisées : la classification du Congrès et la classification de M. Dewey. Peut-on parler & indexation dans ce cas, et ce champ ne peut-il être assimilé à un champ « domaine », utile dans certains cas ? D'autres sources, comme la Bibliothèque nationale de France, utilisent RAMEAU On pourrait imaginer que ce langage puisse répondre à davantage de services, surtout s'il est piloté par des logiciels performants ; mais il faudrait aussi l'épurer plus que l'augmenter, et assouplir des règles d'un autre âge... Mais quoi qu'il en soit, la fusion des données -- qui peut être considérée comme un gain de temps et d'argent considérable pour les services de documentation — se heurte au problème de la compatibilité des langages d'indexation. S'il faut effectivement réindcxer chaque notice avec son propre langage, le temps gagné est vite reperdu. Plusieurs études ont cherché à approfondir la question et à apporter quelques éléments de solution. L'une des plus remarquables, et des plus originales, renvoie non pas à l'harmonisation des langages, trop coûteuse, mais à « l'harmonisation automatique des formules d'indexation à partir de tables de concordances pré-établies 25 ». Cela nous renvoie aux modalités d'indexation et aux espoirs soulevés par des études comme celle de Dominique Ménillet 2ft.

Compatibilité des langages d'indexation

Face aux échanges internationaux de données, les documentalistes se trouvent confrontés à la diversité des langages utilisés. Lorsqu'ils interrogent des banques de données uniquement pour la recherche documentaire, cette diversité les renvoie à leur connaissance des logiciels et à leur capacité d'adaptation. En revanche, lorsqu'ils souhaitent alimenter leur propre banque en déchargeant des notices venant de tous les horizons possibles, le problème apparaît dans toute son ampleur. Si les champs de l'ISBD répondent en général aux normes internationales, les champs de contenu présentent des disparités très fortes — y compris les champs qui pourraient bénéficier des autorités officielles. En fait, lorsque l'on pratique les champs de contenu des très grandes sources internationales, on constate que l'indexation reste à un niveau très

Quel avenir pour les langages documentaires ? Face à cette question, plusieurs tendances s'affrontent actuellement. Ceux qui considèrent Internet comme un gisement d'informations documentaires n'ont pas tous conscience de la nécessité d'un langage contrôlé ; mais on a vu que, jusqu'à présent, Internet ne doit pas être confondu ave<ç une banque de données. Les moteurs de recherche fonctionnent sur le principe de la recherche en texte intégral (cf. p. 1 1 1 - 1 1 8 ) , maïs la nécessité d'offrir un accès plus structuré à l1 in for-

I

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mation est vite apparue, aussi bien au sein des applications spécifiquement « documentaires » que sur le plan de la recherche générale d'information sur le Web. Paradoxalement, ce sont les vieilles classifications datant de la fin du xixc siècle, en usage dans les grandes bibliothèques encyclopédiques, qui ont servi de support aux structurations des répertoires (cf. p. 119) : non pas les classifications elles-mêmes, mais les principes classificatoires, toujours utiles pour l'organisation de la pensée, des concepts et des informations à transmettre. Ainsi, derrière ces écrans brillants et ces accès rapides, travaillent toujours des documentalistes qui mettent au point des classifications adaptées pour indexer les sites. On appelle encore cela P« indexation manuelle ». L'ingénierie linguistique est à la base de toutes les recherches concernant le traitement automatique du langage naturel. Les analyses linguistiques et sémantiques sont sous-jaccntes dans tous les logiciels pilotant la recherche en texte intégral. S'il existe des langages contrôlés, ce sont bien ceux-ci, mais comme ils restent transparents pour l'utilisateur final, ce dernier a rarement conscience des recherches importantes dont ils sont l'objet. Enfin, dans cette période intermédiaire où les nouveaux outils ne sont pas encore destinés à tous (coût, intérêt limité aux corpus importants), les langages d'indexation, et particulièrement les thésaurus, sont toujours utilisés, et nécessaires, dans les unités documentaires. Pour combien de temps encore ? Nul ne peut estimer si, « dans un mois, dans un an » — ou davantage — tous les langages décrits dans ce chapitre seront, ou non, relégués au magasin des accessoires encombrants. Mais nul ne peut affirmer que les constructions intellectuelles sur lesquelles ils ont été bâtis ne perdureront pas dans les pratiques professionnelles.

NOTES 1. Source ; [55]. p. 7. 2. Fichiers d'autorité de la Bibliothèque nationale de France : Service de vente des publications, 2 rue Vivienne. 75084 Paris Cedex 02 — 01 47 03 88 98. 3. Distributeur en France du cédérom des notices d'autorité de la Bibliothèque du Congres : Doc&C'o. 56 rue Dombasle. 75015 Paris -- 01 56 56 62 20. mcl ogiraud@cybercab1e.fr 4. Source : [30], p. 285.
5. Source : [7].

6. Source : [38]. 7. Source: (2). p. 143. 8. Source: [56], p. 215-216.
9. Voir [83], [57]. [ 1 ] et [44].

10. Source : [ S I ] . 1 1 . Source : [7]. 12. Source : [23]. Tous les exemples suivants en sont extraits. 13. Source : [37], p. 176. 14. Source : [75], p. 595. 15. Cet aspect est bien exposé et développé dans [10]. 16. Source : [30], p. 138. 17. Exemples extraits de [ 13]. 18. Voir [12]. Renseignements auprès de l'Agence bibliographique de l'enseignement supérieur (ABBS), BP 4367, 34196 Montpellier cedex 5.
19. Extrait de [13].

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CONCLUSION

20. Source : [21].
21. Voir: [61],

22. Source ; [6]. 23. Source : [30], p. 577.

II est écrit quelque part dans les pages précédentes qu'une conclusion est pleine des regrets de l'auteur. Pourquoi celle-ci ferait-elle exception ? Faut-il rappeler que la méthodologie proposée n'en est qu'une parmi beaucoup d'autres et que le lecteur est vivement encouragé à inventer son propre cheminement, adapté à ses besoins professionnels et à son propre tempérament ? Faut-il insister sur le fait que rédiger des résumés et/ou indexer des documents nécessitent un entraînement comparable aux exercices sportifs, progressifs mais surtout réguliers ? Les exercices sont proposés dans cette perspective : la recherche du plan d'un texte (cf. p. 73-75) peut être considérée comme un exercice contraignant, inconcevable dans la pratique. C'est vrai. Mais nous invitons tout analyste, confronté à des textes qui « résistent » à la première lecture, à s'y exercer au moins deux ou trois fois, afin d'en découvrir les capacités opératoires. Il suffit quelquefois d'entrouvrir une porte inconnue pour détecter les facultés latentes que l'on possède sans le savoir. Tout ce manuel a été élaboré à partir des opérations documentaires elles-mêmes. C'est pourquoi il y est question d'analyse documentaire, bien sûr, mais aussi d'information documentaire, de lecture documentaire, d'écriture documentaire, de recherche documentaire, de langage documentaire. La lecture documentaire est une activité dynamique. Un texte est vivant. Tout auteur dit quelque chose à un lecteur et celui-ci doit y trouver ce qu'il y cherche : détente dans le loisir, bonheur dans le style, information(s) dans le texte qui est — insistons — un réservoir de réponses. À nous de savoir l'interroger. La complémentarité lecture-écriture a-t-elle été assez soulignée ? Le documentaliste qui'lit beaucoup perd souvent la pratique de l'écriture. La recherche du « beau style » et le souvenir des sanctions scolaires y

25. Source ; [56], 26. Source : [61].

CONCLUSION

CONCLUSION

sont sans doute pour quelque chose. L'écriture documentaire est très différente de l'écriture académique ; elle est sans doute plus facile pour le professionnel déjà engagé dans l'action que pour l'étudiant littéraire baignant encore dans les grands textes ; quant à l'étudiant scientifique, il comprend et analyse vite mais, le plus souvent, a perdu l'habitude de rédiger plusieurs phrases à la suite. Or, nous sommes de plus en plus confrontés à l'obligation d'écrire à cause de l'extension des messages électroniques. Certains se suffisent du « parlé-écrit », mais d'autres nécessitent une rédaction plus élaborée. Peut-on rêver qu'à la place de l'international bad english communément admis, on arrive à communiquer dans sa propre langue en se faisant comprendre grâce à la concision du style et à la précision du vocabulaire : les deux règles d'or du résumé et de l'indexation documentaires ? Quant à la recherche documentaire, le plus souvent absente des écrits sur l'analyse, le résumé et l'indexation, elle tient une place prioritaire puisqu'elle est l'enjeu de l'opération. Une dernière fois, qu'il nous soit permis de répéter qu'il ne peut pas exister d'indexation de qualité sans savoir à qui et à quoi elle peut servir. L'indexation à la chaîne que certaines entreprises sous-traitent alimente des banques de données sur le seul critère de la quantité ; les fameux monstres évoqués plus haut en sont les résultats. Quel rapport entre ces usines à gaz et l'outil de recherche dont les vrais utilisateurs ont besoin ? La richesse de la langue est infinie ; elle est une source intarissable d'inspiration pour tous les poètes (dont nous pouvons être du reste). Mais l'analyse documentaire exige la rigueur d'un vocabulaire sans ambiguïté grâce auquel l'usager cherche et trouve ce qu'il souhaite. II est certain qu'Internet permet de trouver rapidement une ou plusieurs réponses à partir d'un ou de plusieurs mots servant de requête ; les résultats immédiats cachent ce qu'une interrogation plus fine pourrait apporter : c'est là à la fois l'attrait et le danger d'Internet. Puisque l'on évoque l'importance du vocabulaire, concluons sur un exemple. Au terme « polysémie » est actuellement préféré son prétendu synonyme «homographie». Cela veut dire que l'on glisse de :

« plusieurs sens » à : « même écriture » (ou « même signe » ou « même caractère »). En faisant ce choix, ne donnons-nous pas l'avantage à la forme du terme plus qu'à son sens ? À nouveau, répétons que le langage est plus que le langage et que l'usage d'un terme le dépasse. C'est ainsi que, en toute bonne conscience, nous pouvons opter pour une voie qui n'est pas forcément la nôtre. Utilisons avec vigilance toutes les possibilités du monde électronique mais restons maîtres de notre objectif premier, à savoir être les médiateurs du sens.

ANNEXE 1 - TEXTES ET ARTICLES

Liliane Lurçat. — « Les effets violents de la télévision ». — Esprit. n°203, juillet 1994. ESPRIT
Revue internationale 212, tue Saint-Martin, 7S003 Paris Rédaction: 48 04 92 90 Administration, abonnements, société des lecteurs 48 04 08 33 Fondée en 1912 par r'mminucl Mounwr. l rc%uc f >,'"' a élê dirigée par \lhtM Bcguin Jimi-Mirit niwwnirh M W l47hH'l Fiul Thihiurt (1177.I1RRI

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Bujiir Nedekoiici, Ihîerry Paqunl. Alfred Simon Images, médias : Vincent Amiel, Michel Mesnil n° 203. juillet 1994

ANNEXE 1 - TEXTES ET ARTICLES

« LES EFFETS VIOUNTS DE LA TÉLÉVISION »

Les effets violents de la télévision
Les particularités de la situation télévisuelle
l. La télévision introduit la vie publique au foyer sous la forme d'images. C'est à une forme transposée du monde que les enfants accèdent : car la télévision n'est pas le monde, mais une illusion du monde dont on ne voit que des images ( l ) . Cetle sorte d'inifiation s'accompagne d'un éloignement du réel. En effet, le jeune enfant, spectateur et auditeur, est plongé dans une situation où il se sert exclusivement de la vue et de l'ouïe. Ce rapport médiatisé aux élres et aux choses qu'imposé la télévision domestique, dès les débuts de l'existence, a modifié les étapes de l'initiation. C'est là le paradoxe de la situation télévisuelle, elle donne l'illusion de rapprocher les gens de la réalité, mais en fait, elle les sépare, elle les en coupe. Le raccord au réel nécessite ['activité, l'usage des cinq sens, l'action sur les choses, et le rapport direct avec les autres (2). 2. Daniel Boorstin a réservé un chapitre de sa vaste fresque Histoire des Américains (3) aux transformations apportées par la télévision, qu'il compare à un cataclysme modifiant progressivement le rapport à la réalité : « La télévision a introduit un halo d'incertitude autour de l'expérience quotidienne
1. L. Lurçat. le Jeune Knfani devant les ap/xiiÏ-HCC.V télévitiielles. ESF, 19B4. 2. L. Lurçat. « Imprégnation télévisuelle et alliludcs scolaires ». in les 2-7 ans à {'/tenir de VEumpt, lïrfrr iln ct>l/<njitt'. Nathan. 1991. 3. D Uoor.sUn. Histoire lies Américain*, cuil. « Moiiquins ». l.alïmil. _V partie, diapiire 44. I W I .

[...]. L'expérience directe conitiiciiçail à faire défaut. [...] Dans ce supermarché, où se débitaient les succédanés de l'expérience direcle, les vieilles lignes de démarcation s'effaçaient. [•-•] Une brume nouvelle, qu'aucune machine n'axait pu jusqu'alors fabriquer, enveloppait l'univers télévisé et finissait par envahir le monde réel lui-même. Les Américains s'accoutumaient si bien à ce brouillard, ils se sentaient si à l'aise dans ce flou rassurant, réconfortant, que la réalité ellemême, avec ses arêtes vives, les distinctions tranchées qu'elle opérait entre les gens, les lieux, les dates et les conditions météorologiques, finissait par avoir quelque chose de vaguement irritant. » 3. Le rapport médiatisé au réel favorise l'habitude de croire plutôt que d'analyser et chercher à comprendre : l'image porte en elle sa propre crédibilité, sans que la référence à une quelconque réalité extérieure soit nécessaire, La distinction entre le réel et l'imaginaire, entre le vrai et le faux s'estompe. Elle n'est pas nécessaire pour la jouissance du téléspectateur, elle ne l'est pas non plus intellectuellement, car l'attitude critique n'est pas en éveil : on n'a pas besoin de comprendre pour se laisser absorber par l'image. 4. La télévision crée une ambiance favorisant un unisson émotionnel (4). F:lle a un effet puissant sur la sensibilité. î'on impact émotionnel peut se comprendre si l'on considère l'ensemble des téléspectateurs comme une foule imiiense, émiettée devant les écrans, et ressentant simultanément les mêmes émotions, sans se connaître ni se rencontrer, partageant les mêmes implicites et les mêmes références. Le thème des suggestions et des contagions dans les

foules et les publics a été traite au siècle dernier et au début de ce siècle, principalement par des médecins comme Liébeault (5) cl Bcrnheim (6), et des auteurs de formations variées, comme Gustave Le Bon (7) et Tarde (8). 5. Georges Dumas est l'auteur d'une mise au point sur la contagion mentale (9). La contagion est un concept médical : « La contagion est la transmission .d'une maladie d'un individu à un autre par un contact immédiat ou médiat ». Quand il s'agit de faits psychologiques, on parle de contagion morale ou mentale : « Le contact est immédiat quand le suggestionné subit directement par la vue, l'ouïe ou par correspondance épistolaire l'influence d'un contagionneur. Le contact reste médiat lorsque l'influence nocive s'exerce par la voie de la presse et du livre, comme il arrive souvent pour la contagion de la morphinomanie ». 6. J'utilise personnellement le concept de contagion émotionnelle (10) pour parler de l'action contagieuse de la télévision par le biais des émotions. Le lien entre l'émotion et la suggestion était bien connu des savants qui ont utilisé l'hypnose, comme Pierre Janct ( I I ) :

« quand on étudie le mécanisme de la suggestion, on note toujours que l'émotion y joue un grand rôle, et qu'il est utile d'émotionncr le sujet pour lui faire accepter une suggestion ». 7. Si le rapport au réel est médiatisé, le vécu télévisuel engendre une contagion émotionnelle immédiate. C'est ainsi qu'on peut parler de la puissance d'action de la télévision sur les émotions. Elle rend possibles les mimétismes ou imitations inconscientes et les imitations conscientes induites par sa puissance suggestive. Tout ce qui est montré est imprégné d'émotions et rend crédibles les informations mises en scène ou tout autre événement dont la présentation semble objective et neutre. L'illusion de vérité provient de l'illusion d'immédiateté de l'événement, accréditée par la charge émotionnelle. 8. Cette puissance suggestive de la télévision est exploitée par la publicité télévisuelle. Selon Guy Durandin (12), la publicité constitue une part importante des ressources des médias : 40 % et plus pour un quotidien et jusqu'à 100 % pour une chaîne de télévision privée. Le développement de la science psychologique contemporaine, écrit-il, comme la réflexologie de Pavlov, la psychologie des profondeurs, la psychanalyse des foules, a suscité la mise en œuvre de techniques d'influence qui se voulaient scientifiques. Vance Packard! ( 1 3 ) l'a remarquablement montré en analysant les travaux de ceux qu'il nomme les grands maîtres de la persuasion clandestine. La psychanalyse des foules, écrit-il, est devenue dans les campagnes de persuasion le fondement d'une
12. (i. Durnnilin. l'Information, la né.tiitfm-mantin et la Réalité. Puf. 1993. 13. V Packard lu PCI-SIMMI»! 19X9(1" éd. I C >«1 fliinth-itiiii: PI.

5. A. Liébeauh, le Sommeil prowquf et /cv états anaingitei, Oclave [loin. I9K9.

9 (i. Dumas, » l a contagion mentale », Renie pliih.v/'iiit/iic. 36' année, t. L X X I . janvier-juin

ANNEXE 1 - TEXTES ET ARTICLES

« LES EFFETS VIOLENTS DE LA TÉLÉVISION »

industrie puissante dans le domaine commercial puis dans le domaine politique, quand les partis ont fait appel aux « persuadeurs » professionnels au moment de l'élection présidentielle de 1956 aux États-Unis. C'est toujours le même principe : « O n agit plus facilement sur les attitudes des gens par leurs émotions que par leur intelligence. » 9. C'est d'ailleurs Vance Packard qui le premier a dénoncé l'usage des images subliminales. Il s'agit d'une stimulation subconsciente ou subliminale, se situant en dessous du seuil de perception consciente. Elle est fondée sur la découverte que le cerveau peut enregistrer des images ultra-brèves et des sons murmurés sans que nous en ayons conscience. L'industrie publicitaire s'appuie en partie sur les travaux des hypnotiseurs. On peut lire dans la Revue de l'hypnotisme de 1902 (14) une définition de l'hypnotisme qui paraît très moderne : « l'hypnotisme est un nom pour un groupe de moyens empiriques par lesquels nous pouvons arriver à prendre possession des facultés subliminales ».

contagions par l'action immédiate des images et de l'ambiance sur les émotions. Troisièmement, renforçant ces effets de la situation télévisuelle, la manipulation sophistiquée des désirs et des mobiles. Cette manipulation utilise des techniques psychologiques induisant l'imitation automatique par l'action subconsciente ou subliminale, et l'imitation plus ou moins consciente par la suggestion. //. Dans les débats sur la violence, on attribue parfois la responsabilité des effets aux téléspectateurs, trop jeunes ou trop impressionnables. La télévision serait alors te révélateur de la faiblesse humaine et non l'inducteur d'effet? néfastes, ce qui annule toute discussion sur les contenus. Il n'y aurait pas d'exemples suggestifs mais uniquement des gens fragiles qui devraient se connaître comme tels, et fermer le poste. On met ainsi de côté le rôle essentiel de l'imitation, en particulier aux âges sensibles de l'enfance et, bien sûr. de tous tes effets calculés mis au point grâce aux méthodes sophistiquées de la manipulation du désir. 12. Il nous faut comprendre comment le spectacle de la violence montré de manière répétitive peut déboucher sur l'imitation impulsive, ou encore suggérer des actes violents réalisés de manière consciente, c'est-à-dire provoquer l'imitation à ses deux niveaux : l'imitation mimétique inconsciente d'elle-même, et l'imitation consciente

constamment discuté, et l'est encore, c'est la responsabilité de la télévision dans cette augmentation. Seuls les actes mimétiques qui décalquent des choses vues à la télévision peuvent lui être imputés avec certitude. 14. Aux États-Unis, des enquêtes officielles sont entreprises de manière régulière. C'est le secrétaire général à la Santé qui assure la publication des « Rapports sur la télévision et le comportement social ». Déjà, en 1972, quatre sur les cinq volumes ainsi édités sont consacrés à des études traitant des effets des programmes de violence à la télévision. Ils montrent notamment que. entre 1952 et 1972, selon les chiffres du FBI. le nombre des jeunes arrêtés pour délits graves et violents a augmenté de 1 600 %. Cela correspond à la période au cours de laquelle la télévision a pris une importance croissante. 15. Marie Winn, qui rapporte ces faits dans son livre TV Drogue (15), écrit : « L'avènement de la télévision dans les foyers américains a amené la pire des épidémies de violence juvénile qu'ait connu le pays ». L'aspect qui l'a spécialement frappée, c'est la transformation brutale des enfants, passant soudainement plus de trente heures par semaine à la télévision, première génération américaine d'enfants téléspectateurs. «Cette situation estompe, écrit-elle, la différence entre rêve et réalité. » « C'est comme si notre société avait engendré un nouveau type en la personne de l'enfant meurtrier qui ne ressent aucun remords et qui est à peine conscient de ses acles ». Marie Winn écrit encore : « Le facteur commun qui caractérise ces gosses changés qui tuent, qui torturent et qui violent, semble être une forme de

détachement émotionnel qui leur permet de commettre des crimes incroyables avec une absence totale de sentiments « normaux » comme celui de culpabilité et de remords ». 16. Des enquêtes plus récentes ont confirmé ces analyses, avec toujours ces statistiques inquiétantes sur l'augmentation de l'agressivité et de la criminalité des jeunes. Joshua Meyrovvitz ( 16) cite lui aussi les chiffres du FBI. Entre 1951 et 1981. on note les augmentations suivantes observées chez les moins de quinze ans : arrestations pour meurtre. 500 % ; vols à main armée, 1 750 % ; viols, 4 000 %. 17. La télévision exerce un effet de fascination sur les jeunes enfants qui d'ordinaire sont actifs et remuants. Elle les immobilise et ils demeurent captés par elle. L'immobilisation favorise l'imprégnation par ce qui est regarde régulièrement. L'imprégnation est un mode puissant d'apprentissage opérant surtout dans les premières années de la vie, mais aussi dans toute situation où il n'est pas nécessaire de savoir qu'on apprend. La personne apprend sans le savoir, ni par conséquent sans savoir ce qu'elle apprend. La violence de la situation télévisuelle se manifeste dans cette sorte de capture de celui qui regarde et qui ne peut se détacher sans effort. Par la seule réception, il s'imprègne alors de thèses auxquelles il n'adhérerait pas nécessairement de manière volontaire. La télévision crée un état de réceptivité psychique spéciale par sa nature et par son prestige. Son action s'apparente à une suggestion permanente.
H). J. Mtyrowit?. l'Knlani mlitltf ri l'.-liiiilii-1•nfunl La III^IIHI i/c's li.ijo il l'ère iU' Iii ù-li'\i\i«n. in li /'imv cl ttin avenir. Es\ai\ la tradition et l'cn-iciifnt'tHfiir, revue le 7i'"i/n tte lu ri'lh'\ion. VI, Gallimard 19R5.

Effets mimétiques cr actes suggérés 10. On peut comprendre l'action violente de la télévision avec les éléments dont nous disposons à présent : Premièrement, l'effet de déréalisation par un rapport médiatisé au réel, permettant toutes sortes de confusions ou d'amalgames en noyant les distinctions indispensables à l'exercice du jugement rationnel. Deuxièmement, les
14. M. Miingm. Le mécanisme de la mgg d'après les travaux de K Mycrs de Cambridge. de rhri'nntisme. 1902, p. 259.

L'existence des effets violents 13. L'augmentation des actes agressifs et criminels, notamment chez les moins de quinze ans, a été observée très tôt aux États-Unis, en même temps que se généralisait la télévision. Ce qui a été

15 M WJnn. JVDragut, Hcurus. I97<).

ANNEXE 1 - TEXTES ET ARTICLES

« GROS TEMPS SUR LA PLANÈTE »

18. Marie Winn parle d'étal hypnotique chez ces enfants qui regardent si longtemps la télévision. Elle parle d'une sorte d'extase. Selon nombre de parents qu'elle a interviewés, l'enfant paraît sombrer dans une « véritable catalepsie ». Nous retrouvons là le vocabulaire des hypnotiseurs du siècle dernier. 19. C'est à la faveur de cette fascination que peut jouer la charge émotionnelle des productions aux effets calculés, utilisant la vitesse et la violence pour accrocher le téléspectateur. L'émotion a une grande force de contagion et l'enfant plus que l'adulte est la proie des contagions émotionnelles. A la télévision, c'est par le biais des contagions émotionnelles que la violence agit, pouvant engendrer des mimétismes. On peut comprendre ainsi les épidémies déclenchées par certains spectacles ou certaines mises en scène des informations. Le suicide mimétique à la télévision a été nommé effet Werther ( 1 7). La projection du film Decr Hunier (« Voyage au bout de l'enfer »). qui comporte une séance de roulette russe, a poussé vingt-neuf jeu11. Af'/'mi'he tulnm-llc et éducative an prvNèmt tic la iwlcnce. Conseil de l'Europe, document 5013-K Strasbourg, 1983.

nés Américains, âgés de 8 à 3l ans, à se tirer une balle dans ta tête. 20. Les effets de suggestion, indépendamment de ceux obtenus par la publicité, sont parfois observés après coup, pour des séries qui, en elles-mêmes, paraissent de bonne qualité. Le dernier exemple connu est celui d'un jeune garçon prénommé Romain qui a imité Mac Gyver donnant la recette réaliste d'un explosif de fortune, mais très efficace, au point que lui cl son camarade se sont tués. Dans ce cas, l'induction à l'imitation est obtenue par la séduction qu'exercé le héros. 21. Les mimétismes s'observent chez l'homme et aussi chez l'animal, ce sont donc des conduites archaïques. La suggestion est proprement humaine car clic passe par le langage. A la télévision, il y a induction d'actes automatiques sous forme de mimétisme et d'imitation par suggestion. 22. Il faudrait réfléchir à une déontologie des médias, en se basant sur une meilleure connaissance des effets voulus ou non voulus sur la sensibilité cl sur les conduitesLiliane Lurçat
Esprit, 1994

Jean-Claude Duplessis, Pierre Morel. — Gros temps sur la planète. — Éditions Odile Jacob, 1990.
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Gros temps sur la planète

Avant-propos
A l'approche de l'an mil, la population médiévale de l'Europe trouvait dans le ciel des signes précurseurs de l'Apocalypse annoncée par !a Bible. À l'aube du troisième millénaire, les médias se sont faits les hérauts d'une nouvelle peur obsidionale, celle d'une catastrophe planétaire résultant de la dévastation de l'environnement naturel par l'Homme. Dans nos sociétés occidentales, les regards accusateurs des écologistes se tournent vers la technique et l'industrie, jugées responsables de la pollution globale de l'air et de l'eau. On ne parle que de l'effilochage de la couche d'ozone et de l'emballement de I'effet de serre. Sur la base d'informations scientifiques incomplètes ou à demi comprises, on prédit avec emphase la ruine de notre planète. Les scientifiques, dépassés par l'ampleur des réactions médiatiques et politiques, restent le plus souvent à l'écart, perplexes et silencieux. Et pourtant le savoir, accumulé principalement depuis les dernières décennies, est riche et fascinant. L'extension des réseaux d'observation terrestres et la multiplication des satellites artificiels donnent, depuis dix à vingt ans, une vision globale de l'atmosphère planétaire et bientôt de l'océan. Les extraordinaires progrès de l'analyse chimique et isotopique ont apporté une information précise sur la chronologie et l'ampleur des changements climatiques passés, au cours électronique a fourni le moyen de traiter d'immenses quantités

de données numériques, au point de rendre praticable une simulation réaliste, sur ordinateur, des phénomènes physiques et chimiques qui se déroulent à l'échelle de notre planète. Ce vaste progrès des connaissances, fruit de la coopération de centaines de savants et de techniciens, nous permet d'entrevoir la Terre comme une entité dynamique, un gigantesque système interactif, fait d'une multitude de mécanismes enchevêtrés dont nous commençons tout juste à dérouler l'écheveau. La science et la technique nous ont hissé jusqu'à un belvédère d'où l'on peut embrasser le panorama des phénomènes qui régissent l'environnement terrestre. Rien d'étonnant si l'on découvre aussi quelques précipices effrayants. Mais le simple fait de voir ou de prévoir les dangers ne justifie pas l'affolement. Bien au contraire, il faut se féliciter de l'intérêt nouveau que suscitent ces problèmes de l'environnement planétaire. 11 serait en effet préférable que les choix à long terme de nos sociétés humaines soient fondés sur la connaissance de la réalité objective plutôt que sur l'illusion anthropocentrique. Faire partager au mieux les connaissances spécialisées acquises dans leur discipline est une partie du contrat des scientifiques. Les phénomènes du climat sont concrets, tangibles dans leurs conséquences quotidiennes. Ils sortent néanmoins du champ familier de l'expérience courante, tant par l'énormité des quantités mises enjeu que par la complexité de l'enchaînement des causes et des effets- Les auteurs ont voulu apporter au lecteur le complément d'informations empiriques et les explications théoriques nécessaires pour comprendre les principes qui régissent le fonctionnement du « système Terre » et son évolution probable dans le futur.

4' page de couverture Gros temps sur la planète À l'aube du troisième millénaire, faut-il craindre une catastrophe planétaire ? Est-il vrai que l'homme, apprenti sorcier, a couvert la Terre d'un épais couvercle de polluants et de poussière '.' réchauffement dû à cet « effet de serre » entraînera-t-il !a fonte des glaces, noyant les continents ? Enfin, nuage le plus sombre de ceux qui s'accumulent au-dessus de nos lêles, l'« hiver nucléaire » nous menace-t-il ? Ces inquiétudes légitimes de l'opinion, entretenues par les médias, font plus que jamais obligation aux scientifiques d'exposer clairement ce qu'ils savent. Jean-Claude Duplessy et Pierre Morel nous livrent ici une véritable « notice pour les usagers de la Terre > une description de cette prodigieuse machine, dont nous sommes à la fois des pièces et, pour une part, les maîtres.

Jean-Claude Duplessy

Géochimiste, dirige un laboratoire mixte du CNRS et du CEA a G if-sur-Yvette, dont les recherches en paléoclimatologie font mondialement autorité.

Pierre Morel Professeur à l'université Pierre-et-Marie-Curie de Paris, est le tondateur du Laboratoire de météorologie dynamique (CNRS) et le secrétaire du Programme mondial de recherche sur le climat. © Éditions Odile Jacob, 1990. • F.ditions du Seuil. 1992.

Du même auteur

Evelyne Sullerot

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Le grand remue-ménage
La crise de la famille

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La Presse féminine, Armand Colin, 1963. Histoire de la presse féminine, Armand Colin, 1964. La Vie des femmes, Gonthier-Denoël, 1965. Demain les femmes, Laffont, 1965. Histoire et Sociologie du travail féminin, Gonthier Denoël, 1965. La Femme dans le monde moderne, Hachette, 1970. Les Françaises au travail, Hachette, 1973. Histoire et Mythologie de l'amour, huit siècles d'écrits féminins, Hachette, 1974, couronné par l'Académie française. Le Fait féminin, ouvrage collectif dirigé par E. Sullerot, préface de André Lwoff, prix Nobel, Fayard, 1978, ouvrage couronné par l'Académie des Sciences morales et politiques. L'Aman, roman, Fayard, 1981. Pour le meilleur et sans le pire, Fayard, 1984, couronné par l'Académie française. L'Âge de travailler, Fayard, 1986. L'Enveloppe, roman, Fayard, 1987. Quels pères ? quels fils ?, Fayard, 1992. Alias, roman, Fayard, 1996.

Fayard

AVANT-PROPOS

Librairie Arthème Fayard. 1997.

Que nous soyons partisans de « la famille » au singulier ou « de nouvelles formes plurielles » des séquences de vie privée, pour le mariage ou pour l'union libre, nous sommes tous nés d'un père et d'une mère et la plupart d'entre nous ont ou auront des enfants. Nous sommes tous inscrits dans la chaîne des générations qui se sont succédé durant ce dernier demi-siècle. Nous avons tous subi et nous avons tous fait l'histoire récente de la famille en France. Nous ne sommes cependant pas d'accord sur ce que représente la famille ici et maintenant, à l'aube du xxr' siècle. La famille est-elle, comme tendent à le prouver de très nombreux sondages, la « valeur » la plus appréciée des Français de toutes tendances politiques, leur refuge contre la solitude, leur rempart contre les aléas de la vie, le but de leurs efforts quotidiens, la source principale de leur bonheur individuel ? Ou bien la famille est-elle le cheval de Troie qui ramène l'ordre moral, l'increvable survivance du pétainisme triomphant, la forme la plus pernicieuse de la mise au pas de l'individu qui y perd sa liberté, enchaîné par la marâtre Nature, sous sa forme modernisée qu'est la génétique ? C'est à peine, c'est tout juste s'il y a accord sur un diagnostic : la famille est en crise. Faut-il s'en lamenter ou s'en réjouir ? Doit-on et peut-on permettre à la famille, cellule de base de la société, de se rétablir, pour éviter une implosion ? Ou bien la

Le grand remue-ménage société française entre-t-elle dans une nouvelle phase de son organisation qui se passera de ce groupe intermédiaire entre l'individu et l'Etat, et faut-il aider une telle évolution ? On ne peut répondre à cette question, ni même faire un pronostic, sans envisager le passé récent et la manière dont se sont constituées les familles dont nous sommes issus et celles que nous avons fondées ; sans analyser comment et pourquoi certaines ont duré, comment et pourquoi certaines ont éclaté, comment aujourd'hui se présentent celles qui vont aborder le siècle nouveau. Pour comprendre ces changements et leurs causes, il faut les replacer dans la durée. Composées d'individus et composant une société, les familles forment un ensemble complexe auquel il faut réserver une approche systémique : on ne peut retracer leur histoire qu'en multipliant les éclairages et en variant les angles de prise de vue. Car la famille est un fait de nature et un fait de culture. Tout être humain a deux parents qui lui confèrent son identité biologique. Les découvertes récentes de la génétique ont permis d'établir à la fois que chaque être est unique et qu'il existe des liens indéniables, inaltérables et infalsifiables entre père et enfant, entre mère et enfant, entre frères et sœurs. Ces liens sont indépendants de toutes formes institutionnelles comme le mariage ou l'adoption. Ils perdurent toute la vie. Mais la culture a entouré ces liens biologiques de relations fortes d'amour, de tendresse, de fidélité, de protection, de responsabilité, de transmission, d'éducation qui donnent à la famille humaine son incomparable richesse. Elle n'est pas seulement le cadre de la reproduction de l'espèce. Elle est un espace de culture et un véhicule de ta civilisation.

Avant-propos Car la famille est affaire privée et affaire publique. Elle se situe dans le champ de la vie privée de chacun, mais elle est objet de politique publique. Elle est concernée à la fois par l'histoire des dispositions protégeant l'individu, sa sexualité, ses amours, son chez-soi, son histoire propre, ses secrets ; et par celles qui intéressent le devenir collectif de la nation, sa population, la reproduction des générations, ou le vieillissement de ia structure par âge, la protection et l'éducation des enfants et des jeunes, les pensions de retraite des vieux, la répartition des aides sociales. Procédant de la nature et de la culture, concernant l'individu privé et le destin de la communauté nationale, la famille n'a pas échappé à l'institutionnalisation par le droit. Le droit a défini l'identité juridique de ses membres, leurs statuts, rôles, droits et devoirs réciproques. Le droit a régi les unions et les désunions, les filiations, les transmissions des noms et des biens, encadrant les naissances, les enfances, les amours et les décès. Ces lois ont été confrontées ces dernières années à des avancées de la science génétique et des techniques precréâtiques. Elles ont dû s'adapter, ou elles ont vieilli, obsolètes. On trouvera tout cela, entrelacé, interagissant, dans cette histoire de la famille. D'abord, les évolutions démographiques ; les facteurs économiques, les attitudes face au travail, les modalités de la consommation ; mais aussi les opinions sur l'amour, le sexe, les hommes, les femmes, le mariage, l'union libre, la conception et la contraception, l'éducation des enfants, les relations avec les parents qui ont accompagné ces évolutions, ainsi que les mots nouveaux, le vocabulaire à la mode par lequel se sont exprimées les mentalités. On trouvera les réponses de la

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Le grand remue-ménage

Table des matières

société institutionnalisée, la libéralisation des lois régissant le mariage, la procréation, la filiation, l'autorité parentale, le divorce — et les crispations de certains juristes et magistrats devant cet aggiornamenlo. On y trouvera aussi l'histoire de la grande politique familiale française surgie de la Libération, puis l'on verra s'affaiblir la volonté politique qui l'animait, se diversifier et se dénaturer ses modes d'intervention, se dévaloriser ses moyens. Ces changements ne suffisent pas à eux seuls à expliquer la crise que traverse aujourd'hui la famille. Il faudra également faire entrer en scène les francs-tireurs puis les bataillons qui ont attaqué la famille : du persiflage innocent au terrorisme politicaily correct, les dénigreurs, les saboteurs bien placés dans l'appareil d'État, les doctrinaires antifamille. En face, il faudra mentionner les reculades sans gloire et les indignations inefficaces des derniers fantassins fami lia listes. À quoi tout cela mène-t-il ? Comment fera-t-on face aux coûts financiers, humains et sociaux des désintégrations familiales ? Que pourra être une démocratie d'individus déconnectés ?

AVANT-PROPOS CHAPITRE [" : 1939-1945 : la famille refuge Chantage aux maris et fils prisonniers, 12. - La mère au pinacle dans la famille intense fermée, 13. - La clandestinité domestique, 15. -Tout est incertain, donc on s'engage, on se marie..., 16. - ... Et on fait des enfants, 17. CHAPITRE II : 1945-1955 : le familialisme consensuel 21 Une politique familiale révolutionnaire, 2 - Deuils, retrouvailles, séparations, deux années de désordre, 23. Repeupler le pays, volonté unanime, 25. - On n'a rien, donc rien à perdre d'avoir des bébés, 27. - Mystique du « couple » et rajeunissement des mariés, 28. - Première entrée en scène des « psy ». 30. - Les jeunes mères sont épuisées, 32.

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CHAPITRE III : 1955-1965 : grands problèmes féminins 33 La peur des grossesses, la grand'peur d'aimer, 33. Catholiques et communistes contre la contraception, 37. Les hommes abandonnent les « précautions » aux femmes, 39. - Une femme mariée peut-elle travailler « au dehors » ?, 40. - De moins en moins de femmes au travail, 43. - Vents d'Est, vents d'Ouest, grande querelle sur l'éducation des petits, 44. - Une doctrine de l'éducation « démocratique » hors famille, 45. - Plus un sou pour la mère au foyer, 48. La « condition » de la femme dans la famille, 50. CHAPITRE IV : 1965-1975 : la grande cassure 53 Un nouveau modèle de famille, 53. - L'éducation par la fratrie en voie de disparition, 55. - L'épisode des conceptions prénuptiales 1965-72, 57. -Avances sur mariage ? mariages forcés ? divorces ?, 59. - Cohabitation ? concubinage ? union libre ?, 61. - Report du mariage ou refus du mariage ?, 62. - Une classe d'âge en rupture, 63. - De la consommation familiale aux consommateurs concurrents, 65. Malaise de la communication et coupure de générations, 66. - D'une révolte égalitaire à l'implosion individualiste, 68. Inventer la vie hors de la famille, 69. - Contre la famille, les communautés, 71. - Que chacun découvre et épuise ses désirs !, 73. CHAPITRE V : 1965-1975 : toutes les lois changent 75 Le grand chantier du droit de la famille : égalité des époux, 75. - Remise en cause de la famille à propos de l'adoption,

77. - Pour l'harmonie des couples ou pour la liberté sexuelle des femmes ?, 79. - Mort de la puissance paternelle, 83. - La puissance maternelle dans la famille naturelle, 85. -Tous les enfants naissent égaux, 87. - Les « ados » sont majeurs, 90. IVG, une loi pour les femmes, 9 l . - Un divorce sans rigueur. 93. - Divorce avec enfants : le juge tranche dans la famille, 95. - Les remises en cause de la politique familiale, 97. - De moins en moins familiale, de plus en plus sociale, 98. - Choix de vie privée contre la famille, 100. CHAPITRE VI : 1975-1985 : la décennie du narcissisme 103 Les « comportements » modifient l'équilibre démographique, 104. - Indéterminations personnelles des générations « bulldozers », 106. - La gauche refoule la famille vers la droite, 107. - Comment rétablir un équilibre démographique rompu, 108. - Les célibataires ne se marient plus, les divorcés ne se remarient plus, 110. -Tout ira très bien, disent les optimistes, 113. - Les nouvelles familles hors mariage. 115. - « Les hommes deviennent entièrement privés », 117.— Moi, ma personne, je m'accomplis, 119. - Les chantres de l'individualisme tiennent l'information. 120. - La famille écrasée entre hédonisme et socialisme, 122. - Ne pas parler de la famille biologique, 123. - Parole « libératrice » de l'Église réformée. 125. -Renoncera la famille « lignée » comme à un péché. 126. - L'Église catholique face au « couplisme », 128. - L'amour plus « pur ». plus « authentique » des cohabitants, 129. - 11 n'y a plus que des individus. 131.

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CHAPITRE V I I : 1975-1985 : les mères jouent les premiers rôles Les femmes à l'assaut du travail, 135. - Les femmes demandent le divorce et gardent les enfants, 138. - II n'est question des pères qu'à la forme négative, 141. - On parle de l'intérêt de l'enfant, mais on exonère les parents, 142. - Promotion des « bons » divorces et des « bonnes » familles recomposées, 144. - Des techniques de procréation qui dissocient le couple parental. 146. - Un géniteur anonyme à jamais inconnu de la femme fécondée, 147. - De l'hétéro-insémination aux banques de sperme congelé, 148. - Éthique et pratique des CECOS, 150. - Les manipulateurs de sperme ne croient pas au père génétique, 152. - Les enfants ne sauront jamais, 153. - La mère biologique est génitrice et gestatrice, 154. Porter l'enfant, en accoucher, c'est la vraie maternité, 156. Alors, les mères porteuses ?, 158. - Désir d'enfant, droit à l'enfant, 159. - Ébranlement de tout le système de parenté, 160. - Avènement de la preuve biologique absolue et perplexité..., 162. - Les concubins ne passent pas devant le maire, mais devant notaire, 162. - Échec d'une politique familiale démocratiquement choisie, 164. - Une politique sociale népprogressiste sous Giscard, 166. - Ambiguïtés antifamille et fraudes des usagers, 168. - Les socialistes renoncent à tout changer et aident les femmes divorcées. 171. CHAPITRE VIII : La fin du siècle et le démaillage familial Des grands-parents mariés aux grands-parents divorcés, 174. - Des parents contents d'eux-mêmes. 175. - Ne pas parler des

familles à problèmes ni des laissés-pour-compte, 177 thèmes et diffamations pleuvent sur les tenants de la famille. 180. - Le pays le plus féministe du monde se remet à faire des entants. 182. - En Suède, on prône la coparentalité. 184. -Tout s'écroule en Suède et en France. 186, - L'Enquête sur les situations familiales (ESF), 187. - Les enfants séparés de plus en plus toi d'un de leurs parents. 189. - Pères et enfants séparés n'émeuvent pas l'opinion, 190. - Deux fois plus de « ménages recomposés » pour les enfants, 193. - Le vocabulaire de la famille est en pleine « recomposition », 194. CHAPITRE IX : La fin du siècle : entre le droit et la génétique Doit-on maintenir la famille naturelle dans le matriarcat '.' 197. - Pour l'égalité des droits et devoirs des père et mère, 199. - Une solution de compromis ridicule. 201. - II faut mieux responsabiliser les parents naturels, 202. - Pour une modernisation de la filiation : principes et questions, 204. - Accord unanime sur les « parents de cœur », 206. - La Convention internationale des Droits de l'enfant ratifiée mais contredite. 208. - Le « droit au secret » entre au Code civil. 209. sénateurs dressent des chicanes devant la vérité, 210. - II faudra bien libérer l'accès à la vérité des filiations, 212. - Le droit couvre l'anonymat du géniteur et punit les révélations, 2 1 3 . En Suède, on veut ménager l'avenir, en France, on verrouille 215. - Les deux fronts de la guerre entre le droit et la vente génétique, 216. - Recherche de ses origines par l'enfant adopté, 217. - Les enfants du malheur et les intervenants sociaux. 220. - Qu'est-ce qui fait le père ?, 223. Propositions

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pour le xx* siècle, 225. - La famille procède du vivant, 226. Nous ne pourrons plus mentir, 228. - La génétique n'est ni de droite ni de gauche, 229. - Donner la vie à un enfant donné, 230. - Versions télévisées des relations choisies, 232. CHAPITRE X : Choix du passé contre l'avenir 235 Gauche ou droite, une grande continuité, 236, - L'argent de la Famille va à la Vieillesse car les vieux votent, 238. - Les politiques familiales ont été inspirées par des sceptiques du fait familial, 239, - La politique familiale française n'est plus la première en Europe, 241. - Quelques mesures entre 1985 et 1993, 242. - Un rapport qui réveille l'Assemblée, 244. - 1994. Une loi cache-misère, 246. -Va-t-on aller jusqu'à fiscaliser les allocations, 247. CHAPITRE XI : La montée du désarroi 251 Un courant antimariage, un courant CUCS, 252. - La parentalité et l'éducation au centre du dispositif, 255. - Décalage entre principes et propositions, 256. - Encourager la solidarité familiale, 258. - Un code, un ministère, un observatoire, 259. - Coût financier des instabilités familiales. 261. Coût humain : retentissement sur la santé physique et psychique, 262. - Violences à l'école : que font les parents ?, 264. - La famille, une chance pour l'intégration, 266. - La famille, prévention de l'exclusion, 268. - Réhabiliter le rôle paternel, 270. - Sans famille, la galère pour les jeunes, 271. - L'enchaînement chômage-divorce ou divorce-chômage, 273. - Prévenir les ruptures, promouvoir des accords, 274. - Famille et démocratie, 276.

Dans la même collection

LA MÉDITERRANÉE
L'ESPACE ET L'HISTOIRE

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Fernand BRAUDEL - Georges DUBY LA MÉDITERRANÉE Les Hommes et l'Héritage (sous la direction de Fernand Braudel).

La Méditerranée, t'Espace et l'Histoire a été publié pour la première fois en 1977 par Arts e Métiers Graphiques dans une édition illustrée.

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D 0l C

Fernand BRAUDEL Écrits sur l'Histoire.

sous la direction de FERNAND BRAUDEL

Georges DUBY L'économie rurale et la vie des campagnes dans l'Occident médié-

val (2 vol.) Saint Bernard. L'art cistercien. L'Europe au Moyen Âge.

FLAMMARION

1985

8

LA MÉDITERRANÉE

Sommaire

1
LA TERRE Fernand Braudel 2 LA MER Fernand Braudel 3 L'AUBE Fernand Braudel

Méditerranée

4
ROME Filippo Coarelli 5 L'HISTOIRE Fernand Braudel

6
ESPACES Maurice Aymard

Dans ce livre, les bateaux naviguent ; les vagues répètent leur chanson ; les vignerons descendent des collines des Cinque Terre, sur la Riviera génoise ; les olives sont gaulées en Provence et en Grèce ; les pêcheurs tirent leurs filets sur la lagune immobile de Venise ou dans les canaux de Djerba ; des charpentiers construisent des barques pareilles aujourd'hui à celles d'hier... Et cène fois encore, à les regarder, nous sommes hors du temps. Ce que nous avons voulu tenter, c'est une rencontre constante du passé et du présent, !e passage répété de l'un à l'autre, un récital sans fin conduit à deux voix franches. Si ce dialogue, avec ses problèmes en écho les uns des autres, anime ce livre, nous aurons réussi dans notre propos. L'histoire n'est pas autre chose qu'une constante interrogation des temps révolus au nom des problèmes et curiosités - et même des inquiétudes et des angoisses - du temps présent qui nous entoure et nous assiège. Plus qu'aucun autre univers des hommes. la Méditerranée en est la preuve, elle ne cesse de se

raconter elle-même, de se revivre ellemême. Par plaisir sans doute, non moins par nécessité. Avoir été, c'est une condition pour être. Qu'est-ce que la Méditerranée ? Mille choses à la fois. Non pas un paysage, mais d'innombrables paysages. Non pas une mer, mais une succession de mers. Non pas une civilisation, mais des civilisations entassées les unes sur les autres. Voyager en Méditerranée, c'est trouver le monde romain au Liban, la préhistoire en Sardaigne, les villes grecques en Sicile, la présence arabe en Espagne, l'islam turc en Yougoslavie. C'est plonger au plus profond des siècles, jusqu'aux constructions mégalithiques de Malte ou jusqu'aux pyramides d'Egypte. C'est rencontrer de très vieilles choses, encore vivantes, qui côtoient l'ultramoderne : à côté de Venise, faussement immobile, la lourde agglomération industrielle de Mestre ; à côté de la barque du pécheur, qui est encore celle d'Ulysse, le chalutier dévastateur des fonds marins ou les énormes pétroliers. C'est tout à la fois s'immerger dans l'archaïsme des mondes insulaires et s'étonner devant l'extrême jeunesse de très vieilles villes, ouvertes à tous les vents de la culture et du profit, et qui. depuis des siècles, surveillent et mangent la mer.

LA MÉDITERRANÉE

LA MÉDITERRANÉE

LA MEDITERRANEE

évidente, cet être profond de la Méditerranée, comment l'expliquer ? Il faudra s'y efforcer à plusieurs reprises. L'explication, ce n'est pas seulement la nature qui, à cet effet, a beaucoup œuvré ; ce n'est pas seulement l'homme, qui a tout lié ensemble obstinément ; ce sont à la fois les grâces de la nature ou ses malédictions - les unes et les autres nombreuses - et les efforts multiples des hommes, hier comme aujourd'hui. Soit une somme interminable de hasards, d'accidents, de réussites répétées. Le but de ce livre, c'est de montrer que ces expériences et ces réussites ne se comprennent que prises dans leur ensemble ; plus encore qu'elles sont à rapprocher les unes des autres ; que la lumière du présent leur convient très souvent, que c'est à partir de ce que l'on voit aujourd'hui que l'on juge, que l'on comprend hier - et réciproquement. La Méditerranée est une belle occasion de présenter une « autre » façon d'aborder l'histoire. Car la mer. telle que l'on peut la voir et l'aimer, est, sur son passé le plus étonnant, le plus clair de tous les témoignages.
Fernand Braudel © Flammarion, 1985

Tout cela parce que !a Méditerranée est un très vieux carrefour. Depuis des millénaires, tout a conflué vers elle, brouillant, enrichissant son histoire : hommes, bêtes de charge, voitures, marchandises, navires, idées, religions, arts de vivre. Et même les plantes. Vous les croyez méditerranéennes. Or, à l'exception de l'olivier, de la vigne et du blé - des autochtones très tôt en place - elles sont presque toutes nées loin de la mer. Si Hérodote, le père de l'histoire qui a vécu au v siècle avant notre ère, revenait mêlé aux touristes d'aujourd'hui, il irait de surprise en surprise. Je l'imagine, écrit Lucien Febvre, « refaisant aujourd'hui son périple de la Méditerranée orientale. Que d'étonnements ! Ces fruits d'or, dans ces arbustes vert sombre, orangers, citronniers, mandariniers, mais il n'a pas le souvenir d'en avoir vu de son vivant. Parbleu ! Ce sont des Extrême-Orientaux, véhiculés par les Arabes. Ces plantes bizarres aux silhouettes insolites, piquants, hampes fleuries, noms étrangers, cactus, agaves, aloès, figuiers de Barbarie - mais il n'en vit jamais de son vivant. Parbleu ! Ce sont des Américains. Ces grands arbres au feuillage pâle qui. cependant. portent un nom grec, eucalyptus ; oncques. n'en a contemplé de pareils. Parbleu ! Ce sont des Australiens. Et les

cyprès, jamais non plus, ce sont des Persans. Tout ceci pour le décor. Mais, quant au moindre repas, que de surprises encore - qu'il s'agisse de la tomate, cette péruvienne ; de l'aubergine, cette indienne ; du piment, ce guyannais ; du maïs, ce mexicain ; du riz. ce bienfait des Arabes, pour ne pas parler du haricot, de la pomme de terre, du pécher, montagnard chinois devenu iranien, ni du tabac. » Pourtant, tout cela est devenu le paysage même de ta Méditerranée : « Une Riviera sans oranger, une Toscane sans cyprès, des éventaires sans piments... quoi de plus inconcevable, aujourd'hui, pour nous ? » (Lucien Febvre, Annales, XII, 29). Et si l'on dressait le catalogue des hommes de Méditerranée, ceux nés sur ses rives ou descendant de ceux qui, au temps lointain, ont navigué sur ses eaux ou cultivé .ses terres et ses champs en terrasses, puis tous les nouveaux venus qui tour à tour l'envahirent, n'aurait-on pas la même impression qu'en dressant la liste de ses plantes et de ses fruits '.' Dans son paysage physique comme dans son paysage humain, la Méditerranée carrefour, la Méditerranée hétéroclite se présente dans nos souvenirs comme une image cohérente, comme un système où tout se mélange et se recompose en une unité originale. Cette u n i t é

Études Septembre 1993

Des objectifs pour le journalisme *
Claude-Jean Bertrand

ENDANT des siècles, la livraison de l'information a été gênée par des obstacles matériels ; puis par des obstacles politiques : aussitôt que la presse est née, son développement a été freiné par les gouvernements et les tribunaux. Depuis le début du xxc siècle, une autre barrière à l'information est apparue : l'obstacle économique. Trop de patrons de médias, et tous les annonceurs, traitent les médias seulement comme des moyens de gagner de l'argent. Pourtant, ces trois facteurs ne sont pas seuls responsables de la désinformation. Et même, ces trois facteurs ne sont pas les pires - car ils sont bien connus et sont souvent dénoncés. La pire menace vient sans doute des professionnels des médias eux-mêmes, qu'il s'agisse de leurs péchés propres ou de leur tolérance vis-à-vis des péchés des patrons de médias. 2 Je suis persuadé que les médias sont meilleurs aujourd'hui qu'ils n'ont jamais été. Ils restent néanmoins médiocres. Et leur amélioration n'est pas simplement souhaitable : le sort de l'humanité en dépend. Il est des Occidentaux pour penser que pour obtenir des médias de qualité, il suffit d'étendre la liberté politique à la presse de tout le globe. Or la liberté est nécessaire mais elle n'est pas suffisante. C'est une condition ; ce n'est pas le but. Le but, c'est l'existence de médias qui servent bien les citoyens, tous les
* Bon nombre des idées présentées dans ce texte son! empruntées à la Earl Engltsh U'diire. 1992. conférence que j'ai été invité à taire à la Faculté de journalisme de l'Université du Missouri en avril 1992.

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n'a qu'à peine commencé. L'évolution est ralentie par le conservatisme de la profession. 6 De même, on doit cesser de penser que le « journal » est à publier à des moments déterminés. Il faut offrir au citoyen le type d'information continue qui s'est répandu aux États-Unis, pour la radio dans les années 70, grâce aux stations « Ail News » (modèles de France-Info), et dans les années 80 pour la télévision, à commencer par CNN. L'usager doit aussi pouvoir passer commande à des banques de données audio et vidéo, en vue d'obtenir son propre mélange de « nouvelles », ou plutôt d'informations, à tout moment, sur tout sujet. 7 Distinguer le divertissement de l'information. - On distingue traditionnellement entre journaux populaires et journaux de qualité. On ferait mieux de distinguer entre feuilles de divertissement et feuilles d'information. Mais il est encore difficile de faire admettre aux journalistes que l'usager consomme beaucoup de ce qu'ils croient être des « nouvelles » comme du divertissement. Par là, je ne fais pas allusion seulement à un divorce à la cour d'Angleterre, mais aussi aux résultats sportifs, à une attaque contre une banque, à l'éruption d'un volcan lointain, à un accident d'avion, et même à certaines guerres pourvu qu'elles aient lieu assez loin, comme la guerre du Golfe. Loin de moi l'idée que le divertissement médiatique soil méprisable. Le divertissement est crucial dans la société moderne et il est fourni surtout par les médias : c'est là une de leurs fonctions majeures. Mais, dans la mesure où c'est possible, on doit distinguer le divertissement et l'information sérieuse. Il ne faut pas laisser le premier éliminer la seconde ou la « futiliser » ( 1 ).
( 1 ) Un mémorable exemple de « Invialisation » : en 1976. après que le futur Président Jimmy Carter au donne une excellente interview à Ptayhoy. ou i! exposait son programme, tous les médias états-umens ont monté en épingle son bref épilogue un peu coquin.

citoyens. Partout dans l'Occident industrialisé, les médias commerciaux ont joui de la liberté politique depuis longtemps, et pourtant, bien souvent, ils ont fourni un service déplorable. 3 Je présenterai ici douze objectifs pour des journalistes : douze améliorations possibles. La plupart de ces améliorations sont liées à une redéfinition du produit médiatique et des informations. Je reprends ici ces points. faisant remarquer d'emblée que l'obstacle interne à une bonne information ne consiste pas, comme on le prétend parfois, en l'existence de quelques reporters malhonnêtes, mais dans la combinaison de propriétaires de médias bornés, de journalistes mal formés et, principalement, de quelques traditions puissantes au sein du journalisme. 4 Ne pas imposer aux informations une taille on une heure fixe. - Naguère encore, quand les médias participaient de l'industrie traditionnelle, ils ont pris l'habitude de fabriquer un produit de taille presque identique tous les jours, à la même heure, avec le même mélange d'ingrédients. Ils continuent d'agir ainsi, sans tenir compte de ce qui vient de se passer dans le monde. Ils rétrécissent ou rallongent les « nouvelles » ; selon le cas, ils occultent des informations importantes ou font du rembourrage, afin d'emplir sans déborder l'espace ou le temps dont ils disposent. Le compte rendu de l'actualité en est déformé. 5 Ceci est évitable : le remède tient dans une redéfinition des « nouvelles » et dans l'utilisation de la technologie disponible pour une distribution continue de l'information. Des paquets de nouvelles préparés par des journalistes peuvent désormais être taillés par ordinateur de façon à satisfaire les besoins et les goûts, réguliers ou exceptionnels, de chaque uSager. La taille des paquets peut aussi varier selon l'actualité, et ils peuvent être livrés par des canaux divers en des lieux divers. Ce mode de fabrication et de distribution

8 éviter les omissions dues à la partialité. - L'omission est le pire des péchés des médias. Certes, elle peut être due à la nature du média (la radio, par exemple, ne dispose que de 24 heures par jour) ou à un irrémédiable manque de ressources ; mais elle peut aussi être due à la rapacité des propriétaires et à des tares chez les journalistes. Un exemple tiré d'une presse qui est souvent citée en exemple. Chaque fois qu'on lit un quotidien de grande ville étatsunienne, on est choqué de constater l'énorme proportion de publicité (2) et l'infime proportion de nouvelles internationales. 9 Le progrés que je souhaite à cet égard est lent à se réaliser, malgré la pression des diverses minorités dans la population de chaque pays. Même les meilleurs médias ont du mal à abandonner leurs préjugés, filtres à information qui, selon les cas, sont ceux des patrons de médias, des annonceurs, des « hommes jeunes blancs cultivés » qui peuplent les salles de rédaction, de la partie riche de la population, ou encore, simplement, de la majorité dans le pays. Tous ces acteurs de la communication sociale font donc obstacle à une bonne information, mais, au bout du compte, les professionnels, les journalistes, sont responsables. 10 Deux exemples de distorsion et d'omission. Les Français sont les plus gros consommateurs de boissons alcoolisées au monde ; il est rare que leurs médias traitent du coût véritable de l'alcoolisme. Tous les médias occidentaux, d'autre part, occultent des maladies tropicales qui tuent depuis longtemps davantage que le sida, et auxquelles on consacre peu d'argent et de recherche. 11 Changer la définition de l'information. - Même quand ils n'omettent rien, les médias s'occupent avant tout
(2) 60 % de la surface des quotidiens en moyenne.

des « nouvelles ». qui ne constituent souvent qu'une imbécile mosaïque de petits événements. Ils devraient se soucier d'information. Cela implique plus d'un changement. 12 D'abord, il faut mettre davantage l'accent sur le « verre à demi plein », les événements positifs. Les bonnes nouvelles sont-elles dépourvues d'intérêt : telle la fin de la seconde guerre mondiale, la découverte de la pénicilline, l'arrivée d'hommes sur la lune ou l'écroulement du communisme ? 13 Par ailleurs, l'actualité ne doit pas consister seulement dans les nouvelles qu'apprécié la minorité des riches ou la minorité au pouvoir, clients, sources ou amis des patrons des médias. L'information de qualité, c'est tout ce que chacun des groupes dans la population juge important pour son bien-être. Et ce ne sont pas, comme le voudrait la tradition, les seules nouvelles politiques, c'est-à-dire des nouvelles sur le gouvernement, local ou national. 14 L'échec des médias classiques dans ce secteur a été évident aux Etats-Unis à l'époque où ils ne donnaient rien, ou presque, sur la minorité noire, avec pour effet les grandes émeutes en chaîne dans les ghettos à la fin des années 60. Ni la paresse, ni l'avarice, ni un souci myope de plaire à l'usager, ni la tradition ne doivent empêcher les médias d'informer sur le monde entier, chaque nation et chaque groupe qui le constituent, et aussi l'évolution qui a mené au présent état de fait (3).
(3) Je trouve remarquable qu'un hebdomadaire au été lancé en I*W], en France, sous le litre Courrier international, qui choisi! et iraduit rapidement des articles tirés d'autres quotidiens et périodiques du monde entier, des textes qui donnent au lecteur français un point de vue différent sur les affaires de son propre pays et des autres. A la même époque, toujours en France, la télévision publique FR3 avait une émission du matin intitulée Continentales, qui présentait, avec de;, sous-litres, des journaux rdé'.i^é'étrangers de la veille.

15 Faire apparaître les pseudo-événements pour ce qu'Us soni. ~ Un défaut de l'information a été signalé depuis de nombreuses années : beaucoup de ce qu'on publie comme « nouvelles » est fabriqué par ceux qui profitent de la publication. Daniel Boorstin les a baptisées des « pseudoévénements » (4) : conférences de presse présidentielles, festivals de cinéma, défilés de protestation... De tels événements ont l'avantage, aux yeux des patrons de presse, d'être (pour la plupart) annoncés bien à l'avance et parfaitement « conditionnés » pour leur usage par les médias. Bien sûr. il arrive que des nouvelles de ce genre aient de l'importance, mais elles doivent être soigneusement sélectionnées et commentées : les usagers doivent pouvoir en connaître la vraie source et la nature. 16 Chercher la réalité sous les apparences. - De deux façons. D'abord, les médias doivent s'efforcer de discerner l'actualité réelle, au lieu de se faire l'écho des positions officielles. Prenons un exemple : deux avions de ligne sudcoréens ont eu, à plusieurs années d'intervalle, des ennuis avec les Soviétiques On a beaucoup parlé du deuxième, abattu par deux chasseurs au-dessus du Pacifique. Le premier, lui, se trouva déboussolé au-dessus du pôle et. au lieu de voler vers les États-Unis, se dirigea vers l'URSS ; il fut repéré au-dessus d'une base militaire, poursuivi et endommagé par des chasseurs, mais continua sa route vers le sud sur plusieurs centaines de kilomètres, jusqu'à se poser tranquillement sur un lac gelé. Un incident international banal '.' Bien sûr que non ! Il démontrait que l'Union soviétique (Vêtait pas la formidable forteresse qu'on prétendait. Mais voilà qui était désagréable pour ceux qui avaient intérêt à la
|4| Daniel J. Boorstin. Chc liante I lim S*w York, Atheneurn. l % l lùdmon de I97U. 'iv/i/.ï m \nn-rn\t. MHIS-UIIC ,i|OUI L -

poursuite de la Guerre froide. Comment expliquer autrement que ce premier incident sud-coréen ait été si peu traité alors et jamais plus mentionné ensuite ? 17 II y a une autre façon plus importante pour les médias de chercher la réalité derrière l'apparence (5). c'est de manifester l'existence de phénomènes graves mais encore invisibles, hors des feux de l'actualité, sous la surface de la réalité, et d'identifier des mouvements profonds avant qu'ils n'émergent sous la forme de problème^ sérieux, sinon de catastrophes. Il n'est pas difficile de trouver des exemples de tendances majeures qui n'ont pas été repérées à temps : quels grands médias en France ont enquêté dans les années 70 sur les ghettos de banlieue où s'accumulaient Maghrébins et Africains, et ont prévu la criminalité et les émeutes qui s'ensuivraient, et annoncé la conséquente montée d'une extrême-droite fasciste ? 18 Rendre les nouvelles compréhensibles. - Les gens de plus faible culture trouvent les médias d'information ennuyeux, particulièrement la presse écrite, surtout parce qu'ils ont du mal à les comprendre : ils ne connaissent pas bon nombre des mots et des concepts que les médias utilisent. Mais la plupart des citoyens, même intéressés, ne peuvent souvent pas comprendre les antécédents d'un événement, son contexte, sa signification, ses éventuelles conséquences. Une raison de cette carence : la formation insuffisante des gens de presse. Une autre : la vieille habitude de s'adresser à une élite, de tenir pour acquise une vaste connaissance du monde.

C'ûtaii là un but majeur des techniques réunies ttons les années 70 par (5K ip i nuip .Mi:\ur MIUS ii. ni'iii uv ,.... ,. , _., Philip Me\er sous le nom de juvcisiiin îaurnalixm ou .1 journalisme vaeniit'iquc a, i:oiiMSl:ii\ à appliquer les méthodes des sciences sociales et la puissance îles ordinateurs à l'analyse d'arehivo ou d'enquêlcs {\itir The Vi'ir •ni, Bloommgton, Indiana DP. 1941).

19 Rendre intéressantes les nouvelles importantes, Les médias doivent non seulement rendre compréhensibles les informations importantes, mais aussi les rendre intéressantes pour tous. Si l'on veut que la société fonctionne bien, il faut que tous ses membres aient une idée juste du vaste monde, qu'ils y soient ou non naturellement enclins. S'ils n'y sont pas enclins, il faut que les médias stimulent leur intérêt, en montrant, par exemple. l'effet que tel événement peut avoir sur leur vie personnelle. La réalisation n'est pas facile (6). 20 Montrer gué des nouvelles intéressantes sont importantes aussi...- Pour montrer qu'un fait divers ne relève pas uniquement du divertissement, on n'a pas seulement besoin de savoir-faire et de temps, mais aussi d'une conception différente du journalisme. Par exemple : un homme a abattu sa femme et ses six enfants avec un pistolet mitrailleur. Joli massacre avec du sang, des cris et des larmes ; mais que ditil sur la société où il a eu lieu ? À quoi est-il dû ? À l'alcoolisme, à un manque de surveillance psychiatrique, au chômage, à l'obtention trop facile d'armes automatiques ? 21 Traduire le discours scientifique. - Les médias doivent interpréter e( faire connaître les découvertes, les soucis et les pensées des chercheurs et savants. La descente goutte à goutte de l'information, depuis la revue savante jusqu'au quotidien local, est fort lente et incomplète. Le peu que font les newsmagaiines et les documentaires de télévision est insuffisant. Tous les journaux, imprimés ou audiovisuels, devraient publier chaque jour une chronique claire.
(6) Le Daily Mirror, quotidien national populaire anglais, y érait parvenu dans les années 60 avec une rubrique intitulée « Mirrorscope ». Mais Rupert Murdoch. magnat australien, a tait glisser alors la presse britannique plus bas qu'elle n'avait jamais été, avec un régime de seins nus. de commérages diffamatoires, do crimes, de sports et de chauvinisme exacerbé - autrement dit. à coups de divertissement

stimulante, sur la recherche et les réalisations dans un secteur ou l'autre de la science et de la technologie. Les médias doivent ainsi se comporter non seulement en messagers, mais aussi en explorateurs et initiateurs. Diversifier et aiguiser l'appétit est presque aussi important que de fournir de la nourriture. Il y a de moins en moins de différence entre journalistes et enseignants : les deux contribuent à la formation continue indispensable pour tous. 22 Animer le débat public, — Les médias devraient considérer comme une de leurs fonctions d'encourager à la participation dans la vie sociale ; d'exciter la pensée et l'imagination de chaque citoyen au sujet de son environnement, de promouvoir des débats publics vigoureux sur les questions d'intérêt général. Hélas, ils ont la mauvaise habitude de céder à la majorité ou à des groupes de pression. D'une manière générale, ils ont peur des idées neuves, non conformistes ou extrêmes. Il faudrait au contraire qu'ils encouragent la discussion de questions brûlantes, avec la participation des minoritaires de toute espèce, même de ceux que la majorité trouve répugnants. 23 Dans ce style, USA Today {quotidien national étatsunien né en 1982) a innové en publiant tous les jours sur la même page des « libres opinions » systématiquement opposées à son éditorial. Bien avant cela, la télévision française avait pris l'habitude de faire débattre avec des journalistes, à des heures d'assez bonne écoute, des politiciens d'extrème-gauche et d'extrême-droite. 24 Faire campagne pour des réformes. - C'est une des fonctions des médias que de dénoncer les tares sociales (7). En 1991, \ePMladelphia tnquirer a publié une remarquable
(7) Cela est clairement énoncé dans un des meilleurs codes américains de déonrologie, celui de l'APME, l'Associated Press Managing Editors Associai ion.

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des médias élaborent par consensus ; - des critiques internes et des « commissions d'évaluation des contenus » (comme celles qui ont été mises en place par des quotidiens japonais dès les années 1920) pour scruter les journaux chaque jour et s'assurer que la déontologie n'est pas violée ; - les journalistes spécialistes des médias (média reporters) qui observent toute l'industrie d'un œil critique ; - de discrets organismes de liaison mis en place par les médias et quelque profession avec laquelle ils sont presque inévitablement amenés à entrer en conflit ; - \'ombudsman de presse, salarié par un journal, une slation de radio ou de télévision, pour recevoir et traiter les plaintes des usagers ; - des conseils de presse locaux, occasions de rencontre pour les professionnels des médias locaux et des représentants de la population ; - des conseils Je presse régionaux et nationaux, organismes d'arbitrage (comprenant patrons, professionnels et usagers) mis en place par les médias à l'intention des citoyens qui ont un grief contre une publication ou une station. Certains autres « M.A.R.S. » ne sont pas d'ordinaire mis sur le même plan que ceux dont il vient d'être question : - les encadrés de correction très visibles ; - le courrier des lecteurs et les tribunes libres ; - les enquêtes d'opinion régulières ; - la présentation systématique d'opinions contradictoires au sujet de toutes les questions d'intérêt public ; - Information continue des professionnels (grâce à des ateliers d'un jour, des séminaires d'une semaine, des périodes universitaires de plusieurs mois) ; - des livres écrits par des professionnels et des revues spécialisées dans la critique des médias (comme, aux États-Unis, la Washington JR ou la St Louis JR). D'autres « M.A.R.S. » sont extérieurs au monde des médias : - la recherche non commerciale, initiée par des universitaires, sur des sujets comme la distorsion volontaire.

les perceptions du public, les contenus et surtout certaines absences de contenu, c'est-à-dire les omissions ; - les associations de consommateurs et d'usagers des médias ; - et surtout l'enseignement universitaire. Enfin, certains « M.A.R.S. » sont presque inconnus et rarement mentionnés d'un côté comme de l'autre de l'Atlantique : - les questionnaires d'exactitude et d'équité postés ou publiés à certaines époques par quelques petits journaux états-uniens ; - la société des rédacteurs, une association de journalistes travaillant pour une publication ou une entreprise de radiotélévision, qui souvent possède des actions dans le capital de la compagnie et donc une voix dans l'établissement de la politique rédactionnelle. La première à attirer l'attention fut, en 1951, celle du quotidien Le Momie : - la société de lecteurs, encore plus rare, est une association d'usagers qui a acheté des actions dans un média et exige d'avoir son mot, même modeste, à dire dans la fixation de la politique générale de l'entreprise.

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ANNEXE 1 - TEXTES ET ARTICLES

« LES DROITS D'AUTEUR DES ŒUVRES NUMÉRIQUES »

aux échanges numériques sont devenues considérables. Aux États-Unis, au début des années I990, les branches d'activité liées au droit d'auteur, qui couvrent principalement les secteurs de l'édition, de l'audiovisuel et de la musique, annonçaient un chiffre d'affaires annuel de plus de mille milliards de francs, soit approximativement 3.6 pour cent du produit intérieur brul américain. En 1993, lorsque les sociétés QVC et Viacom se disputèrent la Paramount, l'enjeu était les droits d'auteur des films d'archives. Depuis 1981, la Société américaine des auteurs a poursuivi en justice des sociétés d'édition comme celle du New York Times pour la vente non autorisée de copies informatiques des œuvres de ses membres. Même les universités cherchent aujourd'hui à augmenter leurs revenus en conservant les droits des travaux qu'elles produisent, plutôt que de les laisser aux éditeurs. La majeure partie des droits de reproduction concerne des produits de grande diffusion comme les livres, les films et les produits dérivés (le roman Jurassic Park, par exemple, a donné naissance à un film, à une cassette vidéo, à une cassette audio, à des T-shirts, à des jouets et à divers produits). Aux États-Unis, les publications universitaires et littéraires, qui sont la mémoire scientifique, critique et artistique de ia société, ne représentent qu'un demi pour cent de l'ensemble, soit cinq milliards de francs par an environ. Les publications financées par l'État et distribuées librement jouent un rôle négligeable dans ce marche. Les chercheurs et les enseignants préfèrent souvent la large diffusion de leur travail à des rémunérations. Le réseau Internet leur convient bien, parce qu'il transmet les informations plus rapidement que les supports imprimés et à un
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coût inférieur ; de surcroit, la copie numérique d'un document ou d'un programme est en tous points identique à l'original. Toutefois, ces auteurs ne sont que les passagers d'un gigantesque paquebot de transferts de données, obligés de s'adapter à des lois communes. L'enthousiasme des éditeurs pour les nouveaux produits est tempéré par la crainte qu'une seule vente, à une bibliothèque ou à un particulier, ne soit suivie de la reproduction du document sur tout le réseau Internet, ruinant les espoirs d'exploitation commerciale et de développements ultérieurs. Les problèmes posés par l'application des lois sur la propriété littéraire et artistique dans l'utilisation des nouveaux médias sont nombreux. Dans quelle mesure les œuvres sont-elles protégées sur les réseaux? Le cyberespace est-il un Far West moderne où chacun peut piller les créations des autres en numérisant les images ou en copiant des fichiers ? De nombreuses œuvres sont le fruit de collaborations : à qui appartiennent-elles et qui peut y avoir accès ? Comment peut-on déterminer l'étendue de la propriété de chacun, en supposant même que la notion de propriété ail un sens ? Comment peut-on dédommager le propriétaire d'une œuvre lorsque son travail est dispersé mot par mot, phrase par phrase ou même, pour la musique, note par note 7 Quelle est la responsabilité des opérateurs du réseau Internet, qui devraient être attentifs aux risques de violation de la loi par le nouvel outil qu'ils mettent à la disposition du public ? En France, l'Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques n'a, à ce jour, rien publié sur les réseaux informatiques au regard des droits d'auteur, mais, aux États-Unis. l'Office des

choix techniques américain (Office of Technology Assessment) recommandait, en 1986, de renoncer à la protection sur le droit d'auteur tel que nous le connaissons aujourd'hui et de chercher de nouveaux principes.

L'état de la loi
L'origine des lois sur le droit d'auteur est ancienne, et l'évolution de ce droit a été tortueuse. L'un des tout premiers conflits eut lieu au vr siècle, en Irlande : saint Colomba avait recopié un manuscrit de l'auteur latin Psalter, alors que le propriétaire de l'original, Finnian de Druim Finn, y était opposé. Le roi arbitra en ces termes : « De même que le veau appartient à la vache, la copie appartient à l'original », Une guerre un résulta, que les « pirates » remportèrent, conservant leur copie ; celle-ci devint l'ouvrage fétiche du clan Colomba, aujourd'hui conservé à la bibliothèque de l'Académie royale irlandaise, à Dublin. Le décret de la reine Anne (statut? of Anne), promulgué en 1710 en Angleterre, fut la première loi moderne pour la protection des droits d'auteur : auparavant, certains auteurs et éditeurs bénéficiaient de privilèges royaux particuliers. Cette loi reconnaissait des droits aux auteurs et limitait leur durée. Elle servit de modèle pour la rédaction de la première loi régissant les droits d'auteur aux États-Unis, en 1790. Les premières lois françaises furent deux textes révolutionnaires, l'un relatif aux spectacles, en 1791. et l'autre aux droits de propriété des auteurs d'écrits ; des compositeurs, des peintres et des dessinateurs, en 1793. Des deux côtés de l'Atlantique, les lois sur la protection des auteurs furent un compromis entre les intérêts privés et le besoin d'information de la

société. Aujourd'hui encore, aux ÉtatsUnis, les règles qui définissent la propriété littéraire et artistique sont fondées sur leurs capacités à promouvoir les progrès des sciences, des arts et des lettres. En France et aux États-Unis, au fil des réformes, les parlements ont augmenté la durée de la protection des auteurs, étendu le champ d'application de la loi à de nouveaux types d'oeuvres et ratifié des accords internationaux comme la convention de Berne. 1826. Les signataires de cette convention s'engageaient à protéger légalement, dans leur pays, les auteurs dont les œuvres de l'esprit entrent dans le champ d'application de cette convention. En 1976, la dernière réforme de la loi américaine sur la propriété littéraire et artistique a complété la précédente. Elle concerne les livres, les compositions musicales, les œuvres dramatiques, les pantomimes, les œuvres chorégraphiques, les œuvres de dessin, de peinture, d'architecture, de sculpture, de lithographie, les œuvres cinématographiques et autres créations audiovisuelles (les brevets et les marques sont régis par des lois spéciales, tout comme les secrets de fabrication). La loi protège le titulaire d'une œuvre de l'esprit en lui octroyant le droit d'interdire à quiconque de la reproduire, de l'adapter à un autre mode d'expression, de procéder à la commercialisation d'une copie de l'œuvre, de la représenter ou de l'exposer sans autorisation préalable. La loi limite toutefois les droits d'auteur de plusieurs manières. La plus importante de ces limitations est la reconnaissance de l'« usage loyal » (fair use), qui autorise, sous certaines conditions, la duplication sans paiement de droits ni de permission. L'usage loyal
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ANNEXE 1 - TEXTES ET ARTICLES

« LES DROITS D'AUTEUR DES ŒUVRES NUMÉRIQUES »

permet de faire des copies à des fins de recherche, d'enseignement, de journalisme, de critique, de parodie ou de conservation par tes bibliothèques. La propriété littéraire el artistique est chaudement débattue dans tous les pays depuis plusieurs années, notamment parce que l'usage de la photocopie ou du prêt en bibliothèque ont rendu caducs les accords anciens. Cependant, le cyberespace s'est initialement développé en marge des secteurs au le droit d'auteur était protégé. De nombreux textes et images d'origines diverses transitaient vers le monde informatique, alors que peu d'œuvres informatiques faisaient le chemin inverse. Cette dissymétrie a rapidement évolué, et la rapide colonisation du réseau Internet par les autres médias, au milieu des années I990, a montré que les frontières étaient tombées. Le rapport d'une commission d'experts américains. en l9')4, a avivé le débat.

Le grand débat
Par courrier, par télécopie et par courrielélectronique, cette commission, dirigée par Bruce Lehman, a reçu les réactions à la présentation de son premier rapport. Les principaux acteurs du marché des droits d'auteur envoyèrenl ainsi plus (Je I 000 pages de commentaires. En sep- . tembre 1995, le groupe a remis la version définitive de son rapport sous la forme d'un livre blanc qui contient des propositions pour réactualiser les lois sur le droit d'auteur. Naturellement, les débats qui onl eu lieu aux Etats-Unis ont été largement commentés dans les autres pays membres de l'Union de Berne. D'une manière générale, les industries de l'information ont accueilli les recommandations du livre blanc avec enthousiasme et soulagement : la commission
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Lehman a rejeté le pire des scénarios, qui ferait baisser les revenus des éditeurs et des auteurs au point que ces derniers n'auraient plus intérêt à produire de nouveaux ouvrages et à les mettre sur le marché. F.n effet, la Commission recommande des contrôles stricts de la duplication par moyens informatiques. En revanche, les bibliothèques et les services éducatifs, les serveurs de réseau ou les particuliers sont hostiles aux propositions, craignant un monde où plus rien ne sera accessible, lisible ou reproducliblc sans autorisation préalable ou paiement. De nombreuses bibliothèques ont déjà des difficultés avec les coûts de l'information, particulièrement ceux des livres scientifiques, qui augmenteront d'environ dix pour cent chaque année. Le budget de l'obtention d'informations par les réseaux, qui permettent aux bibliothèques e( aux écoles d'accéder à des documents dont elles ne disposent pas directement, est devenu supérieur au budget consacré à l'achat des livres cl des magazines. Aussi les bibliothécaires voient-ils d'un mauvais itil que l'on préconise une généralisation des licences d'utilisation. Du point de vue du prix, de la responsabilité et de la durée de propriété, les licences d'utilisation avantagent les fournisseurs d'information. Si les accords contribuent à maintenir un prix excessif pour l'utilisation de l'information électronique, les opérateurs des réseaux prospéreront, mais les bibliothèques n'auront plus les moyens d'y avoir accès et les fournisseurs péricliteront. Un compromis doit donc cire trouvé. De surcroît, aux yeux de nombreux citoyens et de représentants du milieu éducatif, les propositions de la commission Lehman modifient l'équilibre que la loi actuelle avait instauré entre le respect des droits des auteurs et de la

liberté des utilisateurs. La Commission propose, par exemple, que chaque information, dès lors qu'elle transite, pour un temps aussi court soit-il. sur la mémoire d'un ordinateur, soit considérée comme « fixée » au regard du droit d'auteur. En revanche, la loi actuelle sur la propriété littéraire et artistique ne protège que les œuvres de l'esprit originales fixées sous une forme tangible, c'est-à-dire lorsque leur forme est suffisamment stable pour leur permettre d'être vues, reproduites ou communiquées. Cette distinction est fondamentale. Si les recommandations de la Commission sont suivies, chaque personne qui transmettra, entre deux ordinateurs, une information protégée, sans avoir l'autorisation du possesseur violera la loi. F.n effet, le groupe de travail recommande que la loi soit modifiée pour reconnaître que la transmission est du ressort exclusif du possesseur des droits. Dans ces conditions. la seule consultation d'une page web, qui implique la transmission entre un serveur et un ordinateur personnel, sera considérée comme un acte illégal si clic n'est pas précédée d'une autorisation. La Commission refuse également d'étendre aux duplications électroniques la notion d'épuisement du droit par la première vente : toute personne qui achète un livre ou un magazine peut revendre ou donner cet exemplaire sans payer de droits supplémentaires. Cette possibilité serait interdite pour l'information numérique. C'ette recommandation, i I logique en apparence, est fondée sur la constatation que, lors d'un transfert électronique, le fichier est physiquement présent sur au moins deux ordinateurs, ne fût-ce que quelques millisecondes, et se trouve

donc dupliqué plutôt que.transféré. Les moyens légaux par lesquels le possesseur de la copie électronique d'une œuvre pourrait la vendre ou la donner, un geste parfaitement légal pour un livre imprimé, restent à définir. Il en résulte que, dans le monde informatique, la possibilité de se faire une opinion en jetant un coup d'ceil sur un ouvrage (ce qui est admis dans les bibliothèques ou dans les librairies) disparaîtrait. Feuilleter des ouvrages «en ligne», sans autorisation préalable, serait considéré comme une violation de la loi. Les universités et les autres organismes qui fournissent des accès au réseau Internet sont particulièrement préoccupés par cette proposition de la Commission, qui prévoit qu'ils seraient responsables des infractions à la législation sur les droits d'auteur commises par leurs utilisateurs. Cette situation les obligerait à faire la police informatique, en les obligeant de vérifier la légitimité de données que les étudiants, le personnel ou les utilisateurs lisent ou publient.

Un équilibre nécessaire
Si la Commission propose un futur très éloigné de la tradition d'un accès public aux données, des moyens techniques très simples pourraient contourner ces obstacles. La Commission insiste sur les aspects techniques de transmission et de résidence des données, mais de nombreux spécialistes trouvent leur analyse insuffisante sur ce plan. Un examen plus complet des possibilités techniques de transfert de fichiers, qui inclut les méthodes de codage pour limiter le nombre de copies permanentes lors du transfert, pourrait étendre les travaux de lu Commission.
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ANNEXE 1 - TEXTES ET ARTICLES

« LES DROITS D'AUTEUR DES ŒUVRES NUMÉRIQUES »

D'autre part, pour que l'accès aux documents informatiques sans paiement systématique de droits soit admis dans certains cas, on doit se préoccuper de l'usage loyal du copiste et tenir compte de ce droit pour déterminer un compromis entre le respect des droits des auteurs et ceux des utilisateurs. Un tel compromis fut déjà recherché dans le cas de la photocopie des ouvrages imprimés. La définition de l'usage loyal du copiste reste toutefois ambiguë dans le cadre des réseaux informatiques. La Commission l'envisage peu, bien qu'elle précise que la notion d'usage loyal doit perdurer dans le monde des connexions informatiques, et que la nécessité diminuera avec la généralisation des licences et d'autres moyens de paiement automatique. Les représentants des utilisateurs et des lecteurs regrettent ces imprécisions troublantes. Si la Commission a pris une position ferme en faveur des droits des auteurs, elle n'a pas su clarifier les droits des utilisateurs. Elle a cependant continué à réunir informellcment, chaque mois, des utilisateurs, des auteurs, des bibliothécaires, des avocats et des représentants des éditeurs, pour essayer d'élaborer des recommandations précises sur la notion d'usage loyal. Les premières réunions ont montré qu'un accord ne sera sans doute pas atteint avant les discussions devant les députés. Pourtant, ce désaccord n'est peut-être pas mauvais. Certes, les deux camps craignent qu'en l'absence de recommandations claires sur la notion d'usage loyal, les utilisateurs, (elles les universités, seront gênés par l'ambiguïté de la loi. Toutefois, les lois doivent être élaborées dans le calme et la réflexion. L'absence de réglementation spécifique permet aux éditeurs, aux bibliothèques et aux autres
C POUR LA SCIENCE . N* 227 SEPTEMBRE 19%

organismes universitaires de procéder à des expériences sur la consultation électronique de documents, généralement dans le cadre d'accords écrits. Les détenteurs des droits d'auteur semblent encore loin de poursuivre en justice les bibliothèques et les écoles. Les scientifiques ou les enseignants qui créent des pages web sont parfois, formellement, dans l'illégalité, mais ils sont rarement poursuivis. Et s'ils l'étaient plus qu'aujourd'hui, l'avenir de la distribution électronique de l'information s'assombrirait. Pour de nombreux participants des groupes informels de discussion, les désaccords méritent d'être entretenus. Beaucoup pensent que la technique n'est pas suffisamment au point pour que l'on établisse des directives claires sur la notion d'usage loyal. Ils rechignent à faire des recommandations législatives tant que toutes les implications ne sont pas claires. Il faudra encore attendre pour parvenir à un compromis acceptable sur la notion d'usage privé. Malgré toutes les critiques que certains aspects du rapport Lehman ont suscitées. un certain consensus existe. Dans de nombreux cas. les réactions provoquées par les recommandai ions ne concernaient pas leur adéquation au fond du problème, mais jusqu'à quel point elles devaient être codifiées dans les textes de loi. Si presque tout le monde juge illicite le piratage des programmes conçus pour empêcher la copie d'une œuvre, les seules questions posées concernaient l'étendue des sanctions encourues pour ce délit et la possibilité de présumer l'existence d'une faute. De même, à l'exception de la petite minorité qui refuse les droits d'auteur sur Internet, tout le inonde s'accorde à reconnaître qu'il est urgent de mieux informer les citoyens sur leurs obliga-

lions face à la loi. A une époque où chacun est un éditeur potentiel pourvu qu'il possède un ordinateur et un modem, les textes qui régissaient le comportement de quelques entreprises s'appliqueront à des millions de personnes. La prochaine loi sur la protection des droits d'auteur déterminera l'avenir des techniques d'information. La puissance de ces nouvelles techniques bouleverse les habitudes de travail du monde créatif et les moyens par lesquels les auteurs et les éditeurs publient les œuvres. Peut-on simultanément satisfaire les utilisateurs. qui veulent accéder simplement à une information bon marché, et les auteurs et éditeurs, qui entendent tirer des publications les moyens honorables de leur subsistance ? Nous devons agir sagement pour que tous les acteurs et les utilisateurs des nouvelles techniques profitent de la révolution de l'information.

Pour plus d'informations sur les lois américaines concernant les droits d'auteur : http://www.library.yale.edu/ okerson/copyproj.html

Légendes des illustrations (non reproduites)

1. DANS LI-S UHRAIRIES I-T LI-.S Bllil IOTIII (Jl I S.

un admet la consultation gratuite des ouvrages. Des modifications de In loi sur la protection des droits d'auteur limiteraient les possibilités analogues d'exploration électronique el pourraient même les inlcrdirc. sauf après oblcntion d'un accord préalable. Bien qu'il paraisse improbable qu'un éditeur inlcrdisc complèiement aux utilisateurs de se promener dans leur calaloguc de publications, les auteurs craigncn! qu'une ouverture même partielle ne les pénalise. 2. Dt:. NUMRRHJSFS COP1KS D'i'N TI.XT1- IW'OHMArigui sont parfois réalisées lors de son transfert entre deux sites du réseau Internet. Il arrive, par exemple, qu'un fichier traverse 13 ordinateurs dilTéreiits, d'un silc de Fobscrvitoire de Meudon jusqu'à un ordinateur situé à Sophia-Antipolis (identifies par leur nom et leur localisation approximative) lors de son parcours. Certains spécialistes des droits d'auteur estiment que chaque copie ne peut être créée qu'après accord du détenteur des droits. Dans l'état actuel de la loi. les propriétaires de toutes les machines intermédiaires peuvent être tenus pour responsables de loute violation de la loi.
3. À (JUI APPARni-.NNI-.NT I CS Ml >R( I A L ' X '.* Les

Ann OKERSON, bibliothécaire adjointe de l'université de Yalc, travaille sur la consultation électronique des ouvrages. B. EDELMAN, La propriété littéraire et artistique. Coll. «Que sais-je?», PUF. A. LUCAS, Propriété littéraire et artistique. Coll. «Connaissance du droit», Dalloz, 1994. P. SIRINELLI, Industries culturelles et nouvelles techniques. Rapport de Commission, ministère de la Culture et de la Erancophonie/La Documentation Française, 1994.

O. ITEANU, Internet et le droit. Aspects juridiques du commerce électronique, Eyrolles. 1996.
P. GOLDSTEIN, Copyright'.* Higliway : From Gutenherg tu Ihe Celestîal Jukebox, Hill and Wang. 1994.

créations multimédias sont composées de textes, d'images et de sons d'origines diverses. Ainsi une fiagc web peut-elle appartenir à plusieurs propriétaires. Les problcmes*de propriété et de rétribution sont alors compliqués, ec qui peut mettre en danger la création.
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ANNEXE 1 - TEXTES ET ARTICLES

« HAUTE TENSION sous LES LIGNES »

Didier Dubrana. — Haute tension sous les lignes. — Science & Vie. février 1993.

HAUTE TENSION SOUS LES LIGNES
Les lignes à haute tension provoquent-elles des cancers ? Cette question tourne à l'obsession chez les habitants de certains villages de France, dominés par des lignes véhiculant 400 000 volts. Elle est prise très au sérieux par des scientifiques suédois et canadiens. Deux rapports importants viennent d'être publiés à Stockholm à ce sujet, un troisième au Québec. La diffusion des résultats d'une enquête franco-canadienne a été retardée. Le problème semble même plus vaste, puisque certains mettent en cause les champs électromagnétiques émanant des appareils électroménagers.
sychose à Coutiches. Ce village de 2 000 habitants, situé à vingt-cinq kilomètres de Lille, vit dans la hantise de la nouvelle ligne à très haute tension (deux fois 400 000 volts) installée en 199l par EDF. Celte ligne passe à moins de 120 mètres d'une zone habitée, et certains câbles pendent même à moins de 10 mètres (nous l'avons vérifié) au-dessus de la chambre des enfants de la famille Ryckcbusch. « Les grésillements de la ligne sont insupportables ! », s'exclame Michel Ryckebusch. « Et lorsque le vent souffle dans les câbles, leur vrombissement est comparable à celui d'un avion survolant le village. On ne dort plus ». Il y a plus grave :

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tous les Coutichois ont entendu parler de ces inquiétantes enquêtes épidémiologiques sur l'augmentation du nombre de cancers chez les « riverains des lignes électriques» et tout particulièrement chez les enfants. Les médecins ont constaté des cas d'ec/éma et d'insomnie, et le malaise gagne la campagne Certains parents consignent leurs enfants dans les maisons tandis que les familles les plus inquiètes envoient leur progéniture au loin. Le père du petit Antoine a même déplacé le lit de son enfant : en effet, celui-ci se trouvait dans la partie de fa pièce la plus exposée aux champs électromagnétiques produits par la ligne qui surplombe la maison. « Mon

enfant dort dans un champ électromagnétique d'une valeur de 27 mîlligauss, alors que. d'après les enquêtes cpidémiologiques, les risques de leucémie apparaissent lors d'expositions chroniques à un champ de 3 milligauss ! », s'alarme Michel Ryckebusch. Pendu en haut d'un poteau électrique, un mannequin de chiffon se balance dans le vent glacial qui balaye les rues de Coutiches. Sur son torse, un slogan à l'encre rouge résume le sentiment des habitants : « Cobaye d'HDF ». Mais, du côté du monopole public, l'affaire est entendue : « La ligne à haute tension ne sera pas déplacée puisqu'il n'y a aucun risque pour la santé». Directeur du comité des études médicales d'F.DF, Jacques Lambrozo lance : « Ceux qui veulent partir peuvent le faire puisque EDF s'engage à acheter leur maison ». El il ironise : « L'un des habitants vivant sous la ligne a même proposé que nous achetions sa maison pour la lui relouer ensuite. Preuve qu'il n'a pas aussi peur que ça pour la santé de ses enfants... » Une brèche a cependant été ouverte dans le système de défense de l'entreprise : « Les habitants de Coutiches ont obtenu, pour la première fois en France, qu'un suivi médical soit réalisé auprès des 65 familles vivant dans un couloir de 250 mètres de part et d'autre de la ligne», indique Michel Loscto, de SOS Environnement, l'association luttant pour le déplacement de la ligne EDF. Ce protocole d'accord, cosigné le 29 juillet I991 par EDF, la municipalité et SOS Environnement, intéresse I I O volontaires qui seront soumis à des examens sanguins et urinaires tous les six mois. Mais, en dépit de ses engagements, EDF retarde la mise en place de ce suivi médical : aucun prélèvement sanguin n'a encore été fait...

La révolte coutichoise n'est pas isolée. La France est parcourue d'une vague de protestations contre les lignes à haute tension. Dans pas moins de 26 « points chauds ». des Français s'opposent à EDF. Alors, oui ou non, l'électricité est-elle dangereuse pour la santé ? Si l'on en croit une récente enquête épidémiologique publiée par le célèbre institut Karolinsk», de Stockholm, la réponse ne peut être aussi tranchée, mais il y a de quoi s'inquiéter ( l ). Cette enquête, dirigée par Maria Feychting et Anders Ahltoni, concernait un demi-million de personnes (436 503 exactement) dont le point commun était de résider à moins de 300 m d'une ligne à haute tension entre 1960 et 1985. Toutes ces personnes avaient moins de 70 ans. Les chercheurs ont calculé la dose moyenne annuelle d'exposition à laquelle a été soumis chaque résident. Pour cela, il a fallu tout d'abord mesurer la distance entre les habitations et les lignes à haute tension. En effet, la valeur du champ électromagnétique diminue en fonction du carré de la résistance. Par exemple, sous une ligne de 400 000 volts dans laquelle passe un courant d'une intensité de 2 000 ampères, la valeur du champ est de 130 mîlligauss (mG). À 30 m de la ligne, le champ est de 80 mG et à 200 m. de 1 mG (soit encore 5 fois plus important que le champ magnétique naturel moyen). Comme la valeur du champ varie avec l'intensité du courant passant dans la ligne, les chercheurs ont demandé aux compagnies électriques de leur fournir le relevé quotidien de l'intensité du courant circulant dans chaque ligne pendant toute la période d'étude : ils ont donc pu calculer pour chaque jour de l'année, pendant vingt-cinq ans, la valeur du champ émis par ces lignes.

ANNEXE 1 - TEXTES ET ARTICLES

« HAUTE TENSION sous LES LIGNES »

Enfin, en reconstituant l'historique du temps approximatif passe à son domicile par chaque habitant, Feychtung et Ahlbom ont défini la dose moyenne annuelle reçue. Quatre fois plus de risques de développer une leucémie, c'est ce qu'encourent, d'après les résultats de cette étude, les enfants de moins de 15 ans vivant dans les maisons exposées à une dose de radiations électromagnétiques de 3 mG. Même à 2 mO, le risque est triplé : l'incidence de la maladie, qui est normalement de 1 sur 20 000, passerait à 3,8. Il faut descendre à 1 mG pour retrouver l'incidence normale. Les chercheurs n'ont, en revanche, trouvé aucune preuve d'une menace accrue de cancer chez les adultes. Pour l'épidémiologiste Michel Goldberg. directeur de l'unité 88 de l'INSERM, « sur le plan méthodologique, c'est l'enquête épidémiologique la plus convaincante jamais publiée à ce jour sur ce sujet. » Pour la première fois, les épidémiotogistes établissent un lien entre la dose du champ électromagnétique et son effet sur la santé. L'enquête suédoise est évidemment contestée. En effet, la corrélation entre les cancers et l'exposition aux ondes électromagnétiques n'existe que chez les personnes vivant dans des pavillons. Feychting et Ahlbom n'ont pu prouver ce lien pour les familles vivant dans des appartements. Pourquoi ? Les deux chercheurs devraient répondre à cette question dans une prochaine publication. À l'INSERM, Michel Golberg avance une hypothèse : « Les pavillons étudiés sont à la campagne, les appartements en ville. Or, en milieu urbain, la variabilité du champ électromagnétique est très grande, compte tenu des nombreuses sources d'émission ; ce qui brouille d'autant la précision des mesures d'exposition

dans chaque résidence et de surcroît, les données statistiques recueillies. Ainsi, cette imprécision pourrait expliquer l'absence de corrélation entre l'exposition des appartements et l'apparition des leucémies ». Autre hypothèse : les matériaux de construction des appartements pourraient faire écran aux champs électromagnétiques. Voilà près d'un siècle que les chercheurs s'affrontent sur la question de l'impact des champs électromagnétiques sur la santé. La polémique, elle, démarre en 1979, lors de la publication d'une enquête de deux sociologues américains de l'université du Colorado. Nancy Werthcimcr et Ed Leeper. Ils avancent que les enfants de la région de Denvcr habitant près des réseaux de distribution électrique (lignes et transformateurs) courraient deux fois plus de risques de mourir de leucémie. Depuis, bien d'autres enquêtes sont venues confirmer ou infirmer ces conclusions. En 1986, l'enquête menée par le Suédois Lcnnart Tomcnius, médecin épidêmiologislc de Stockholm, constate un accroissement du nombre des tumeurs du système nerveux chez les enfants habitant dans des maisons situées près d'installations électriques. Mais, un an plus tôt. l'Anglais Alan Myers, biologiste à l'université de Leeds, avait déclaré, au terme d'une étude portant sur 339 cas de cancer chez des enfants de moins de 15 ans, « ne pas observer d'association significative entre la proximité des maisons avec les lignes de transport électrique et le risque de cancer ». Version nouvelle de l'adage ancien, « Hippocratc dit oui, mais Galicn dit non ». Néanmoins, les récentes conclusions de l'institut Karolinska sont prises au sérieux par le gouvernement suédois.

qui envisage d'établir des normes d'exposition aux champs électromagnétiques. Car, pour l'instant, il n'existe aucune norme inlcrnalionalc, ni nationale. Les seules données en la matière sont les seuils maximum d'exposition - très élevés - conseillés par l'International Radiation Protection Association et l'Organisation mondiale de la santé. Les seuils considérés sont de 5 000 mG par jour en milieu professionnel, et de I 000 mG par jour pour l'ensemble de la population. Bien qu'aucun riverain d'une ligne à haute tension ne reçoive de telles doses, les Suédois sont suffisamment impressionnés par l'enquête de l'institut Karolinska pour entreprendre une cartographie des écoles se situant près des lignes à haute tension en vue de surveiller la santé des écoliers. 11 faut dire que les résultats de cette enquête viennent à l'appui des conclusions d'une autre étude émanant, elle, de l'institut national suédois de médecine du travail, qui dénonce l'augmentation du nombre de leucémies chroniques lymphocytaircs che/. les travailleurs exposés aux champs électromagnétiques (2). Cependant, cette enquête, qui portait sur l'observation de 250 cas de leucémie et 261 cas de cancer du cerveau survenus entre 1983 et 1987 dans deux régions de Suède n'a pas permis de définir un niveau critique. De l'autre côté de l'Atlantique, le gouvernement du Québec a demandé, en 1989. la mise en place d'un comilé de suivi des études sur les effets des lignes à haute tension sur la santé. Lequel n commandé un rapport complet sur l'état Oc touics les recherches scientifiques e 11 cet nées dans ce domaine. Dans ce rapport, public en janvier 1991. Gilles Thériault, directeur de l'Ecole de santé

au travail, de l'université Mac Gili à Montréal, conclut en ces termes (en français du Québec) : « Même si les évidences associant les excès de cancer à l'exposition aux champs électromagnétiques ne sont pas encore très solides, il faut reconnaître que les éludes les plus récentes et souvent les plus perfectionnées n'ont pas contredit les premières effectuées sur le sujet. Les dernières études réalisées en laboratoire sur la cellule et l'animal ont aussi renforce la plausîbilité de tels effets. Il n'y a donc pas certitude d'effets cancérigènes mais possibilité de tels effets, particulièrement chez les enfants et les travailleurs ». Publié sous l'autorité du département de santé communautaire du centre hospitalier de l'université Laval, ce rapport jette un discrédit supplémentaire sur les certitudes affichées par le service médical d'EDF. D'autant que Gilles Thériault n'est autre que le coordinateur d'une autre enquête lancée conjointement par EDF et deux compagnies d'électricité canadiennes (Ontario-Hydro et HydroQuébec) pour connaître l'impact des champs électromagnétiques sur la santé des iravailleurs de l'électricité. Nous avions évoqué cette étude il y a trois ans (3). Les résultats auraient dû être publiés en 1991. On nous assure aujourd'hui qu'ils seront rendus publics vers le mois de juin prochain... Cette enquête, effectuée sur un échantillon de 150 000 personnes, devait dire si l'exposition des travailleurs aux ondes électromagnétiques des lignes électriques augmente le risque de cancer. En France, il s'agit, bien entendu. des salariés d'EDF. Comme le montre le rapport canadien, nombre de systèmes biologiques sont effectivement modifiés par l'exposition à des champs électroma-

ANNEXE 1 - TEXTES ET ARTICLES

« HAUTE TENSION sous LES LIGNES »

gnétiques. Ainsi, ces derniers modifieraient la perméabilité de la membrane cellulaire aux ions calcium, ce qui pourrait entraîner une modificalion de la synthèse protéique. Par ailleurs, en I983 et I988, l'équipe américaine de Daniel Lyle, de la Food and Drug Administration (4), a mis en évidence, chez la souris, une diminution de l'efficacité du système immunitaire proportionnelle à l'intensité du champ électromagnétique. Lyle constate une diminution de la cytotoxicité des lymphocytes T, cette variété de globules blancs qui attaque les antigènes et certaines cellules cancéreuses. Il semble que les champs électromagnétiques ne soient pas directement mutagènes. En revanche, ils pourraient stimuler un cancer latent. En effet, on constate une augmentation de la concentration d'une enzyme, l'ornithine décarboxylase, dans les cellules humaines exposées aux champs (5). Or, cette enzyme joue un rôle dans la croissance cellulaire. L'augmentation de sa production pourrait stimuler les cellules cancéreuses. Récemment, l'attention des chercheurs s'est centrée sur une petite glande située à la partie postérieure du tronc cérébral, en avant du cervelet : la glande pînéalc. Celle-ci produit notamment la mélatonine. Cette hormone est sécrétée la nuit, avec un pic maximal entre minuit et 4 heures du matin. La glande s'arrête de sécréter le jour lorsque la lumière imprègne la rétine. Ainsi la production de cette hormone suit fidèlement le rythme des jours et des nuits au gré des saisons, en réglant les rythmes circadiens, c'est-àdire les cycles de sommeil, les cycles hormonaux, etc. Or, d'après les récentes expériences réalisées sur les rats par Russel Reitcr, professeur de neuroendocrinologie au centre scientifique

de santé de l'université du Texas à San Antonio, les champs électromagnétiques auraient le même effet que la lumière : ils entraveraient la sécrétion de mélatonine, ce qui entraînerait une modification des rythmes biologiques, Cette diminution de la sécrétion de mélatonine pourrait être responsable de défaillances immunitaires, d'insomnies ou de changements d'humeur. Reitcr va plus loin : « Si, comme cela est suggéré, l'exposition aux champs électromagnétiques est associée à l'apparition de cancers, cela peut être la conséquence de la réduction de production de mélatonine ». Il faut se rendre à l'évidence : le soupçon que les ondes électromagnétiques sont capables de nuire à la santé se renforce au fil des enquêtes et des expérimentations, Didier Dubrana

Légendes des illustrations (non reproduites)

Seront-ils malades demain f C'est en (oui cas ce que craignent les habitants de Coutiches, petil village du Nord qui vit sous un treillis de lignes à haute tension. 1:I)F s'est engagée à mettre sur pied un suivi médical des 65 familles les plus concernées, A ce jmir. aucune prise tic sang n'a encore été faite... Maléfiques, les baguettes de la fée Electricité 1 Sous une ligne à très haute tension, le champ électrique est tellement élevé qu'il génère une différence de potentiel entre la ligne et le sol suffisante pour allumer un tube à néon tenu à bout de bras - comme l'ont vérifie les habitants du village de Borrowby. dans le Yorkshire «.irandcFïrclagnc). À Cmitichcs, on vit en permanence sous un tel champ. l :i tension moine Sur 26 sites accueillant des lignes de haute ou très haute tension, des associations de protection de l'environnement accusent LDF de « détruire le paysage » (pylônes verts sur la carte) ou de mettre en péril la santé des habitants (pylônes rouges). Un métier à risques Les travailleurs de l'électricité sont-ils particulièrement exposes aux risques de cancer '? Une enquête cpidémiologique, réalisée par EDF et deux compagnies d'électricité canadiennes, devrait répondre à cette qucsiion. Mais sa publication, annoncée pour 1991, a déjà été rcpoussée à juin
1993...

champ magnétique. L'association de ces deux champs orthogonaux crée ce que l'on appelle un champ électromagnétique. Unfin, le passage du courant génère un « effet couronne ». Le champ électrique naît de l'écart de potentiel entre le conducteur et le milieu environnant. Ce champ est proportionnel à la tension de la ligne. Il s'exprime en volts par mètre. Son intensité au sol dépend principalement de la tension et de la hauteur de la ligne. Il est modifie par n'importe quel objet conducteur, de la végétation aux bâtiments en passant par les accidents de terrain. Le champ magnétique apparaît lors du passage du courant dans un conducteur. H dépend de l'intensité de ce courant et de la distance au conducteur. L'induction magnétique lice au champ qui traverse un milieu de perméabilité donnée s'exprime habituellement en gauss ou en lesla (un tcsla égale 104 gauss). Mais l'unité légale d'intensité de champ magnétique dans le système international est l'ampère par mètre. Le champ magnétique traverse sans être modifié tous les corps organiques (bois, feuille, peau, etc.), une grande partie des roches (pierre, brique, ciment, de.) et la plupart des métaux. En revanche, il est modifié par les métaux dit ferromagnétiques (fer, nickel, cobalt) et par beaucoup de leurs alliages (aciers simples, aciers inox, céramiques dites ferrites, etc.). L'effet couronne est dû à un faible passage du courant à travers l'air, qui s'ionise sous l'action du champ électrique exisiant entre deux fils d'une ligne à haute tension. Ce passage s'accompagne d'une luminescence de l'air, qui peut, alors, s'étaler en trails lumineux ramifiés. Ces derniers sont responsables du bruit de friture caractéristique des lignes à haute tension.

( I ) Magne/if ficld ami cant'ff ni-ar .Vim/n/r high Stockholm. IW2.

in peoplt rfxiding ltin-\,

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(2) FkxJerus B.. Onii/'alitinol ev/w.ture ll> flec~ triimagnetic /ields in relaliiin ta leiikcmia arul hmin lumnrs. Départirent nf Ncwonicdccine, National Insiitulc of Occupât ion al Health. Solna, Sweden, I992. (3) Voir .ScKror.s <! lïc, n° K68, p. 40. (4) Lyle PD. et al.. « Suppression of T-lymphocytc cytotoxicily fullowing exposurc lo smusoidally ampli lutte-modulaicd filcds >.. Bioctectmmagneiwa. vol. 4. p. 303-313. 1983. (5J Gain CD. fiai. « Efforts nf M) M? fiekls im ornithinc dccarhoxyfase aclivily in hone cclls and fibroblasls », Cnniractor'x Review Mi't'ling. DOE/EPKI, Dcnver. novembre I9K6.

O Science & Vie, 1993

Les champs des lignes Lorsqu'un courant électrique passe dans un fil, il produit un champ électrique cl un

ANNEXE 2 CORRIGÉS DES EXERCICES

CHAPITRE 1

Exercice n° 1 : Résumé de l'article « Les effets violents de la télévision »

La correction en sera faite au fur et à mesure de l'utilisation de ce texte dans différents chapitres.

CHAPITRE 2

Exercice n° 3 : Caractéristiques d'un document

Questions concernant la revue : •Quelle est son ancienneté? Fondée en 1932, donc durable et stable puisqu'elle en est, en 1994, à son cinquième directeur en soixante-deux ans. • Quelle est sa périodicité ? On peut supposer une périodicité mensuelle, à partir de la date indiquée : juillet 1994. • Quel est son financement ? Impossible à déduire des éléments en présence. • Quelle est son origine éditoriale ? L'adresse dit peu ; on peut toutefois évacuer des éditeurs officiels (ministère, municipalité...). • Quelle est son orientation ? Le nom d'Emmanuel Meunier devrait mettre sur la piste du mouvement personnaliste...

ANNEXE 2 - CORRIGÉS DES EXERCICES

ANNEXE 2 - CORRIGÉS DES EXERCICES

L'ancienneté, l'importance du comité de rédaction, quelques noms peut-être reconnus par d'anciens étudiants (D. Bourg, P. Lévy), des lecteurs du Monde ou des auditeurs de France-Culture (B. Perret, V. Nahoum-Grappe, G. Vigarello, M. Lazar, J.-P.Domecq, etc.), la périodicité mensuelle, le nombre de références bibliographiques font pencher pour une revue d'étude et de recherche, plutôt orientée vers les sciences humaines. Questions concernant l'auteur : « Qui est fauteur ? » • Elle ne fait pas partie du comité de rédaction. • Quatre références (sur 17) sont signées de son nom; la plus ancienne date de 1981. • Elle a participé à un colloque (réf. n° 2) sur la petite enfance. On peut donc la considérer comme ayant déjà traité et étudié le sujet. Un auteur confirmé écrivant dans une revue d'étude laisse penser que l'article n'avance pas d'idées non argumentées. Cette étude des caractéristiques fait pencher la balance pour la sélection de l'article. C'est une première façon de valider l'information, avant même d'avoir pris connaissance du contenu.

Naturellement, on ne peut jamais faire une confiance totale aux auteurs... Il ne s'agit pas de dire ici que ce chapitre comporte automatiquement 4 parties, mais que le survol n'est plus linéaire mais actif, et que l'analyste se met en position de questionnement. Un texte ne répond que si on l'interroge (cf. chapitre 111).

CHAPITRE 3

Exercice n° 6 : Les textes et leurs caractéristiques 6.1. Extrait de Roger Caillots : type descriptif, éventuellement explicatif ou didactique. Certaines expressions — « le caractère qui le discrédite le plus », « distraction vaine » — peuvent induire une autre orientation et servir d'arguments pour juger ce texte problématique. Ceux-ci s'effacent dès que l'on se trouve devant un texte véritablement problématique. 6.2. Extraits des discours de Maurice Barrés et d'Aristide Briand : ces deux textes sont de type polémique. Le choix est révélateur des options personnelles : si un texte est jugé polémique, l'autre est alors purement explicatif... C'est un bon miroir de la lecture subjective. 6.3. Extrait de Samivel : de type problématique (ou argumentatif pour qui connaît l'auteur). Si le choix a été « polémique », cela signifie que ce texte a servi d'exutoire aux textes précédents ! 6.4. Le texte de L. Lurcat est de type problématique. Cet exercice a pour but d'insister sur la différence entre textes descriptif et problématique, sachant que ce dernier engage le lecteur de façon personnelle. Le reconnaître permet de se'mettre en éveil vis-à-vis de soi-même, première étape de la lutte contre la subjectivité.

Exercice n° 5 : Repérage visuel à l'aide des signes typographiques Quatre points d'interrogation devant être immédiatement vus permettent de poser des hypothèses de contenu. La lecture documentaire est sous-tendue par une recherche de ces quatre parties. La rapidité est essentielle pour donner à cet exercice son impact. À nouveau, il s'agit de regarder et non pas de lire. La façon de faire habituelle va rendre hésitants les lecteurs chercheurs de sens, alors que l'habitude du repérage visuel permet, d'un seul regard, de partir à la recherche de ces quatre parties, en rendant le survol dynamique.

ANNEXE 2 - CORRIGÉS DES EXERCICES

ANNEXE 2 - CORRIGÉS DES EXERCICES

Exercice n° 7 : Lecture documentaire d'un article 7. /. « Les effets violents de la télévision » Par repérage visuel, on a déjà remarqué le sous-titre et les orientations de l'auteur à travers les références bibliographiques (cf. exercice du chapitre n). Les deux premières phrases du 1Fr paragraphe introduisent tout de suite l'idée : télévision = images = illusion du monde. Les deux dernières complètent l'idée paradoxale : illusion pour les téléspectateurs de se rapprocher de la réalité, alors qu'ils en sont séparés, coupés. Le 2F paragraphe est une illustration par une citation. Le 3e paragraphe apporte une idée supplémentaire : habitude de croire, plutôt que d'analyser et chercher à comprendre. La densité du texte laisse supposer qu'il faudra lire aussi le 4* paragraphe pour délimiter vraiment le propos de l'auteur ; mais en feuilletant, on verra qu'il y a trois sous-titres et qu'en particulier la deuxième partie courte (« Effets mimétiques et actes suggérés ») peut être éventuellement une partie de transition ; en lisant rapidement, on découvre alors que ce paragraphe central est le pivot de l'article : « On peut comprendre l'action de la télévision avec les éléments dont nous disposons à présent : premièrement... deuxièmement... troisièmement... » On verra plus tard comment aller encore plus loin dans la structuration de cet article, et comment, par la lecture des 3 ou 4 premiers paragraphes, on devine déjà comment lire de façon documentaire — ce texte en vue de l'analyser. 7.2. « Les droits d'auteur des œuvres numériques » Le 1er paragraphe raconte une histoire sur une « belle histoire ». Le 2* paragraphe fait de même à propos d'une moins belle histoire. Ces deux premiers paragraphes d'illustration posent le problème des droits d'auteur appliqués aux œuvres numériques : ils développent le titre en mettant immédiatement le lecteur dans le sujet.

Le 3r paragraphe rappelle l'exercice sur la ponctuation. Il y a 4 points d'interrogation : il reste à vérifier si les réponses sont données dans le corps de l'article. Même si Pour la Science est une excellente revue de vulgarisation scientifique, son objectif est davantage grand public que la revue Esprit, d'où l'accroche des paragraphes initiaux qui, indéniablement, mettent rapidement le lecteur sur la voie de ou des idées directrices (l'article entier sert d'exercice au cours du chapitre vu).

EXERCICE N° 8 : LECTURE DOCUMENTAIRE DE MONOGRAPHIES

8.1 Premier extrait : Titre : Gros temps sur la planète Auteurs : Ce que nous dit la 4e page de couverture : Jean-Claude Duplessy Géochimiste, dirige un laboratoire mixte du CNRS et du CEA à G if-sur-Yvette dont les recherches en paléoclimatologie font mondialement autorité. Pierre Morel Professeur à l'université Pierre-et-MarieCurie de Paris, fondateur du Laboratoire de météorologie dynamique (CNRS) et secrétaire du Programme mondial de recherche sur le climat. Éditeurs : Odile Jacob et Seuil Date : 1990 Collection : « Points », série Odile Jacob L'affiliation des auteurs, la notoriété de l'éditeur et le sérieux habituel de la collection contredisent le caractère fantaisiste du titre ; cela nous engage à aller plus loin et à regarder la table des matières ; les 9 chapitres sont entièrement consacrés à l'étude du climat et de son environnement.

ANNEXE 2 - CORRIGÉS DES EXERCICES

ANNEXE 2 - CORRIGÉS DES EXERCICES

Le domaine étant défini, déjà induit par la personnalité des auteurs, l'avant-propos composé de 6 paragraphes introduit le contenu et expose les intentions des auteurs : 1" et 2* § : contexte du sujet : quelle représentation est donnée, dans l'histoire et par les médias, de la dégradation de l'environnement ? 3e, 4e et 5e § : amorce du contenu : place de la recherche scientifique face à ces propos 6e § : intentions des auteurs : les quatre dernières lignes, auxquelles on pourra ajouter les termes scientifiques de la table des matières, forment déjà un résumé documentaire possible pour cet ouvrage. 8.2. Deuxième extrait : Titre : Le grand remue-ménage Sous-titre : La crise de la famille Auteur : Evelyne Sullerot Éditeur : Fayard Date: 1997 Même si l'on n'a pas la 4* page de couverture sous les yeux, on peut prendre connaissance de fa bibliographie de l'auteur, presque entièrement consacrée à la sociologie de la femme, puis de la famille. Le titre est une accroche sans aucun contenu informatif précis, mais le sous-titre indique que ce « remue-ménage » s'applique à la famille. La table des matières, apparemment complète, est en fait décevante si l'on cherche la logique de l'auteur ; trop détaillée, trop linéaire, elle n'aide pas à avoir un regard global sur l'ensemble. If faut donc lire l'avant-propos et en comparer la progression avec celle de la table des matières. Ce texte sera repris au chapitre iv, pour en étudier la structuration.

8.3 Troisième extrait Titre : La Méditerranée Sous-titre : L'espace et l'histoire Auteur et éditeur scientifique : Fernand Braudel Éditeur : Flammarion Date : 1985 Collection : « Champs » Les noms de Fernand Braudel et Georges Duby suffisent à situer le niveau du texte et le domaine dans lequel il s'inscrit. Le titre indique la Méditerranée à la fois dans son espace et son histoire. Le sommaire est aussi concis que celui de l'ouvrage précédent était prolixe. Il faut donc lire l'avant-propos pour en savoir plus. Dès le 2e paragraphe, l'auteur annonce son intention : « ce que nous avons voulu tenter... ». Mais l'obstacle tient à la forme poétique, presque narrative, de ce texte pourtant lourd d'intentions. Les illustrations-exemples sont enchevêtrés avec les caractères purement informatifs. Ce texte est sûrement le plus long à appréhender des trois, même si son thème peut sembler le plus attirant.

CHAPITRE 4

Exercice n° 9 : Structuration de textes et recherche de plans Bien que les textes soient tous deux de type problématique, il est proposé une application de la grille problématique pour la monographie et une application de la grille descriptive pour l'article. Plus que de corrections, il convient de parler de propositions de structuration. En effet, toutes les divergences sont acceptables, dans la mesure où l'on retrouve le même fil conducteur et les mêmes grandes unités d'information — ou idées directrices. 9.1 « Le grand remue-ménage » et 9.2 « Les effets violents de la télévision » : voir pages suivantes.

AVANT-PROPOS

INTRODUCTION : ON POSE UN PROBLÈME

Que nous soyons partisans de « la famille » au singulier ou Je nouvelles formes plurielles » des séquences de vie privée pour le manage ou pour l'union libre, nous sommes tous nés d'un père et d'une mère et la plupart d'entre nous ont ou auront des enfants. Nous snmrn^ tous in^rin dans la rh^ ^, Sénémlions qui se sont succédé durant ce dernier demi-siècle Nous avons tous subi et nous avons tous fait l'histoire récente ; la famdle en France. Nous ne sommes eepenHant r»< #**. £Qrd sur ce que représente la famille ici ei maintint à l'aube du xxie siècle. La famille est-elle, comme tendent à le prouver de très nombreux sondages, la << valeur » |a pi.. s apP rérié P ^ v™^ de toutes tendances polittques, leur !$&& contre la solitude leur temearî contre les aléas de la vie, le but de leurs efforts quotiJlenS ' la

• Constat Problème complété 1) représentation positive

Source prinrjpale de l ? » r h»n h eiir inriiviH.,»| ?

Ou bien la famille est-elle le cheval de Troie qui" ramène fiEdajDQOL l'increvable survivance du pétainisme triomphant, la forme la plus pernicieuse de la mise au pa « H - r i n H ; . vidu qui y perd sa liberté, enchaîné par la marâtre Nature, sous sa forme modernisée qu'est la génétique ? C'est à peine, c'est tout juste s'il y a accord sur un diagnostic : la famille est m rrisp. Faut-il s'en lamenter ou s'en réjouir ?

2) représentation négative

(cf. sous-titre : « La crise de la famille »)

Dojt-on et peut-on permettre à la famille, cellule de basejje la_socjété. de se rétablir, pour éviter une implosion,? Ou bien la société francaise_gntre-t-elle_dans une nouvelle phase de ion organisation qui se passera de ce groupe Intermédiaire entre l'individu et l'État, et faut-il _aijjer une_telle évolution^ On ne peut répondre à cette question, ni même faire un pronostic, sans envisager le passé récent et la manière dont se sont constituées les familles dont nous sommes issus et celles que nous avons fondées ; sans analyser comment et pourquoi certaines ont duré, comment et pourquoi certaines ont éclaté, comment aujourd'hui se présentent celles qui vont aborder le siècle nouveau. Ppur_comprendre ces changements_gt leurs causes, il fautjes replacer .dans la durée. Composées d'individus et composant une société, les familles forment un ensemble complexe auquel il faut réserver une approche systémique : on ne peut retracer leur histoire qu'en multipliant les éclairages et en variant les angles de prise de vue. Car la famille est un fait de nature et un fait de culture. Tout être humain a deux parents qui lui confèrent son identité biologique. Les découvertes récentes de la génétique ont permis d'établir à la fois que chaque être est unique et qu'il existe des liens indéniables, inaltérables et infalsifiables entre père et enfant, entre mère et enfant, entre frères et sœurs. Ces liens sont indépendants de toutes formes institutionnelles comme le mariage ou l'adoption. Ils perdurent toute la vie. Mais la culture a entouré ces liens biologiques de relations fortes d'amour, de tendresse, de fidélité, de protection, de responsabilité, de transmission, d'éducation qui donnent à la famille humaine son incomparable richesse. Elle n'est pas seulement le cadre de la reproduction de l'espèce. Elle est un espace de culture et un véhicule de la civilisation.

Formulation du problème

MÉTHODOLOGIE DE L'ETUDE

1) regard historique 2) regards multiples et approche systémique , CORPS DE L'ÉTUDE, DÉVELOPPEMENT DU SUJET : 1} Les changements intervenus dans la famille sous les aspects : - biologique - culturel

Car la famille est affaire privée et affaire publique. Elle se situe dans le champ de la vie privée de chacun, mais elle est objet de politique pubfïque. Elle est concernée à la fois par l'histoire des dispositions protégeant l'individu, sa sexualité, ses amours, son chez-soi, son histoire propre, ses secrets ; et par celles qui intéressent le devenir collectif de la nation, sa population, la reproduction des générations, ou le vieillissement de la structure par âge, la protection et l'éducation des enfants et des jeunes, les pensions de retraite des vieux, la répartition des aides sociales. Procédant de la nature et de la culture, concernant l'individu privé et le destin de la communauté nationale, la famille n'a pas échappé à l'institutionnalisation par le droit. Le droit a défini l'identitéjuridique de ses membres, leurs statuts, rôles, droits et devoirs réciproques. Le droit a régi les unions et les désunions, les filiations, les transmissions des noms et des biens, encadrant les naissances, les enfances, les amours et les décès. Ces lois ont été confrontées ces dernières années à des avancées de la science génétique et des techniques procréatiques. Elles ont dû s'adapter, ou elles ont vieilli, obsolètes. On trouvera tout cela, entrelacé, interagissant, dans cette histoire de la famille. D'abord, les évolutions démographiques ; les facteurs économiques, les attitudes face au travail, les modalités de la consommation ; mais aussi les opinions sur l'amour, le sexe, les hommes, les femmes, le mariage, l'union libre, la conception et la contraception, l'éducation des enfants, les relations avec les parents qui ont accompagné ces évolutions, ainsi que les mots nouveaux, le vocabulaire à la mode par lequel se sont exprimées les mentalités. On trouvera les réponses de la

- privé

- public

- juridique

démographique économique
sociologique

société institutionnalisée, la libéralisation des lois régissant e mariage la procréation, la filiation, l'autorité parentale, le divorce — et les crispations de certains juristes et magistrats devant cei aggiornamento. On y trouvera aussi l'histoire de la grande politique familiale française surgie de la Liberation, puis l'on verra s'affaiblir la volonté politique qui l'animait se diversifier et se dénaturer ses modes d'intervention, se dévaloriser ses moyens. Ces changements ne suffisent pas à eux seuls a expliquer la crise que traverse aujourd'hui la famille. Il faudra également faire entrer en scène les francs-tireurs puis les bataillons qui ont attaqué la famille : <l.i persifla^ innocent au terrorismej^ cath- fffV", w Hpnifrreurs. les saboteurs bien places dans l'appareil d'Étgt lft« Hnrtrinaires aniifamilk. En face, il faudra mentionner les reculades sans gloire et les indignations inefficaces des derniers fantassins familialistes. — À quoi tout cela mène-t-il ? Comment fera-t-on . ^_^ f „ .;»,-L- hi.m-.ins pt sociaux des H':'S'""i*-m L g™tions familiales . Iinancicrs, [imuania *.' j\fvi"f^ w démocratie d'indn id"* Hémnneclés Oue Dourractre

- politique

2) Les adversaires de la famille

EN FORME DE CONCLUSION les termes du problème

ANNEXE 2 - CORRIGÉS DES EXERCICES

ANNEXE 2 - CORRIGÉS DES EXERCICES

Les effets violents de la télévision
Les particularités de la situation télévisuelle /. La télévision, introduit la vie publique au foyei so_us_ l_a_ forme d'images. C'est à une forme transposée du monde que les enfants accèdent : car la télévision n'est pas le monde, mais une illusion du monde dont on ne voit que des images ( 1 ). Ce tte _sorle_d' i nitjation s'accompagne d'un élojgngment du réej. En effet, le jeune enfant, spectateur et auditeur, est plongé dans une situation où il se sert exclusivement de la vue et de l'ouïe. Ce rapport médiatisé aux élres et aux choses qu'imposé la télévision domestique, dès les débuts de l'existence, a modifié les étapes de l'initiation. C'est là le paradoxe de la situation télévisuelle, elle donne l'illusion de rapprocher les gens de la réalité, mais en fait, elle les sépare, elle les en coupe. Le raccord au réel nécessite l'activité, l'usage des cinq sens, l'action sur les choses, et le rapport direct avec les autres (2). 2. Daniel Boorstin a réservé un chapitre de sa vaste fresque Histoire des Américains (3) aux transformations apportées par la télévision, qu'il compare à un cataclysme modifiant progressivement le rapport à la réalité : « La télévision a introduit un halo d'incertitude autour de l'expérience quotidienne
1. L, Lurçat. le Jeune Enfant devant /p.i apparences télévisuelles, ESK. 1984. 2. L, Lurçal. « Imprégnation télévisuelle et altitudes scolaires», in le* ï-leauàfiiaméeFEwpt, actes du coIlt-c/Hf, Nathan. 109], 3. D. Boorstin. Histair? des Américains, coll. « Rouquins », LalTont. .V partie, chapitre 44. 1991.

TITRE GLOBAL

I. Première unité d'information

1.1

[...]. L'expérience directe commençait à faire défaut. [...] Dans ce supermarché, où se débitaient les succédanés de l'expérience directe, les vieilles lignes de démarcation s'effaçaient. [...] Une brume nouvelle, qu'aucune machine n'avait pu jusqu'alors fabriquer, enveloppait l'univers télévisé et finissait par envahir le monde réel lui-même. Les Américains s'accoutumaient si bien à ce brouillard, ils se sentaient si à l'aise dans ce flou rassurant, réconfortant, que la réalité ellemême, avec ses arêtes vives, les distinctions tranchées qu'elle opérait entre les gens, les lieux, les dates et les conditions météorologiques, finissait par avoir quelque chose de vaguement irritant. » 3. Le rapport médiatise au réel favorise l'habitude de croire plutôt que d'analyser et chercher à comprendre : l'image porte en elle sa propre crédibilité, sans que la référence à une quelconque réalité extérieure soit nécessaire. La distinction entre le réel et l'imaginaire, entre le vrai et le faux s'estompe. Flic n'est pas nécessaire pour la jouissance du téléspectateur, elle ne l'est pas non plus intellectuellement, car l'attitude critique n'est pas en éveil : on n'a pas besoin de comprendre pour se laisser absorber par l'image.
1.2

I 1

illustration par citation

4. La télévision crée une ambiance favorisant un unisson émotionnel (41. Elle a un effet puissant sur la sensibilité. Son impact émotionnel peut se comprendre si l'on considère l'ensemble des téléspectateurs comme une foule immense, émiettée devant les écrans, et ressentant simultanément les mêmes émotions, sans se connaître ni se rencontrer, partageant les mêmes implicites et les mêmes références. Le thème des suggestions et des contagions dans les
4. L. Lurçal, À tinq ans, seul avec Ciiiliiiirak, Syros. 1981

1.3

illustrations

ANNEXE 2 - CORRIGÉS DES EXERCICES

ANNEXE 2 - CORRIGÉS DES EXERCICES

foutes et les publics a été traité au siècle dernier et au début de ce siècle, principalement par des médecins comme Liébeault (5) et Bemheim (6), et des auteurs de formations variées, comme Gustave Le Bon (7) et Tarde (8). 5, Georges Dumas est l'auteur d'une mise au point sur la contagion mentale (9). La contagion est un concept médical : « La contagion est la transmission d'une maladie d'un individu à un autre par un contact immédiat ou médiat ». Quand il s'agit de faits psychologiques, on parle de contagion morale ou mentale : « Le contact est immédiat quand le suggestionné subit directement par la vue, l'ouïe ou par correspondance épistolaire l'influence d'un contagionncur. Le contact reste médiat lorsque l'influence nocive s'exerce par la voie de la presse et du livre, comme il arrive souvent pour la contagion de la morphinomanie. » 6. J'utilise personnellement le concept de contagion émotionnelle (10) pour parler de l'action contagieuse de la télévision par le biais des émotions. Le lien entre l'émotion et la suggestion était bien connu des savants qui ont utilisé l'hypnose, comme Pierre Janet ( M ) : « Quand
1.3

par références

on étudie le mécanisme de la suggestion. on note toujours que l'émotion y joue un grand rôle, et qu'il est utile d'émotionner le sujet pour lui faire accepter une suggestion. » 7. Si le rapport au réel est médiatisé, le vécu télévisuel engendre une contagion émotionnelle immédiate. C'est ainsi qu'on peut parler de la puissance d'action de la télévision sur les émotions. Elle rend possibles les mimctismes ou imitations inconscientes et les imitations conscientes induites par SJL puissance suggestive. Tout ce qui est montré est imprégné d'émotions et rend crédibles les informations mises en scène ou tout autre événement dont la présentation semble objective et neutre. L'illusion de vérité provient de l'illusion d'immédiatcté de l'événement, accréditée par la charge émotionnelle. 8. Cette puissance suggestive de la télévision est exploitée par la publicité télévisuelle. Selon Guy Durandin (12), la publicité constitue une part importante des ressources des médias : 40 % et plus pour un quotidien et jusqu'à 100 % pour une chaîne de télévision privée. Le développement de la science psychologique contemporaine, écrit-il, comme la rcflexologie de Pavlov, la psychologie des profondeurs, la psychanalyse des foules, a suscité la mise en œuvre de techniques d'influence qui se voulaient scientifiques. Vancc Packardi (13) l'a remarquablement montré en analysant les travaux de ceux qu'il nomme les grands maîtres de la persuasion clandestine. La psychanalyse des foules, écrit-il. est devenue dans les campagnes de persuasion le fondement d'une industrie
1 2. ( i. Durandin. rinlnimatinii. In t)c.\tnf,irntulit>n cl lu Kt'iililt; Puf. 1993. 1 .1. V Packard /» [I" cil. l'JSH). c. PUF. I9H9

par citations

1.3
complément

illustré par exemple et citation

reformulation

5. A. Liébe.iult, le Sommeil /rmvoqiic el les états analogues. Octave Doin, 1989. 6. H. Bernheim, De la suggestion et de ses applications à la fhàrnpeiilique. Octave Doin, 1891. 7. G. Le Bon, Psychologie des foules. 1983 (l'cd. 1895). 8. C. Tarde. l'Opininn el h Foule, PUF. 1989 ( 1 " éd. 1901) 9. G. Dumas, <i La contagion mentale ». Revue philosophique. 36' année, t. LXXI. janvier-juin 1911. 10. L. Lurçat. Violence à la lélé. L'enfant fasciné, Syros. 1989. 11. P Janet, De l'angoisse à l'extase, I. Il, Félix Alcan. 1928.

ANNEXE 2 - CORRIGÉS DES EXERCICES ANNEXE 2 - CORRIGÉS DES EXERCICES puissanle dans le domaine commercial puis dans le domaine politique, quand les partis ont fait appel aux « persuadeiirs » professionnels au moment de l'élection présidentielle de 1956 aux États-Unis. C'est toujours le même principe : « On agit plus facilement sur les attitudes des gens par leurs émotions que par leur intelligence. » 9. C'est d'ailleurs Vance Packard qui le premier a dénoncé l'usage des images subliminales. Il s'agit d'une stimulation subconsciente ou subliminale, se situant en dessous du seuil de perception consciente. Elle est fondée sur la découverte que le cerveau peut enregistrer des images ultra-brèves et des sons murmurés sans que nous en ayons conscience. L'industrie publicitaire s'appuie en partie sur les travaux des hypnotiseurs. On peut lire dans la Revue de l'hypnotisme de 1902 (14) une définition de l'hypnotisme qui paraît très moderne : « L'hypnotisme est un nom pour un groupe de moyens empiriques par lesquels nous pouvons arriver à prendre possession des facultés subliminales. »

Troisièmement, renforçant ces effets de la situation télévisuelle, la manipulation sophistiquée des désirs et des__mobiles. Cette manipulation utilise des techniques psychologiques induisant l'imitation automatique par l'action subconsciente ou subliminale, et l'imitation plus ou moins consciente par la suggestion. //. Dans les débats sur la violence, onattribuc parfois la responsabilité des effets aux téléspectateurs, trop jeunes ou trop impressionnables. La télévision serait alors le révélateur de la faiblesse humaine et non l'inducteur d'effets néfastes, ce qui annule toute discussion sur les contenus. Il n'y aurait pys d'exemples suggestifs mais uniquement des gens fragiles qui devraient se connaître comme tels, et fermer le poste. On met ainsi de côte le rôle essentiel de l'imitation, en particulier aux âges sensibles de l'enfance et, bien sûr, de tous les effets calculés mis au point grâce aux méthodes sophistiquées de la manipulation du désir. 12. Il nous faut comprendre,comment le spectacle de: la violence montré de manicrg_ répétitive peut déboucher sur l'imilalionjmpulsivc. ou encore suggérer des actes .violents réalisés de manière consciente^ c'est-à-dire provoquer l'imitation à ses, deux niveaux : l'imitation mimétique inconsciente d'elle-même, et l'imitation conscicntc-

introduction de la deuxième unité d'information

Effets mimétiques et actes suggérés
10. On peut cojnpiendre_ l'action violente de la télévision _avec Jgs élémenlsjjoritngjjsjlisrjQsgns à présent : Premièrement, l'effel_de déréalisalion par uj/apport-médiatisé an réel, permettant toutes sortes de confusions ou d'amalgames en noyant les distinctions indispensables à l'exercice du jugement rationnel. Deuxièmement, les conlagions_parJ^aclJQn immédiate,des images et de l'ambiance sur_lcs_ _érnoti.ons.
14, M Mangin, Le mécanisme de la suggestion d'après les travaux de F Myers de Cambridge. Renie Jel'hypmriisme. 1902. p. 259,

rappel du titre principal

reformulation des § 1 à 9

L'existence des effi'ts violents
13. L'augmentation des actes agressifs et criminels, notamment chc/ les moins de quinze ans. a clé observée très tôt aux Etats-Unis, en même temps que se généralisait la télévision. Ce qui a été constamment discuté, et l'est encore, c'est la responsabilité de la télévision

ANNEXE 2 - CORRIGÉS DES EXERCICES

ANNEXE 2 - CORRIGÉS DES EXERCICES

dans cette augmentation. Seuls les actes mimétiques qui décalquent des choses vues à la télévision peuvent lui être imputés avec certitude. 14. Aux Etats-Unis, des enquêtes officielles sont entreprises de manière régulière. C'est le secrétaire général à la Santé qui assure la publication des a Rapports sur la télévision et le comportement social ». Déjà, en 1972, quatre sur les cinq volumes ainsi édités sont consacrés à des études traitant des effets des programmes de violence à ta télévision. Ils montrent notamment que, entre 1952 et 1972, selon les chiffres du FBI, le nombre des jeunes arrêtés pour délits graves et violents a augmente de I 600 %. Cela correspond à la période au cours de laquelle la télévision a pris une importance croissante. /5. Marie Winn, qui rapporte ces faits dans son livre TV Drogue (15), écrit : « L'avènement de la télévision dans les foyers américains a amené la pire des épidémies de violence juvénile qu'ail connu le pays. » L'aspect qui l'a spécialement frappée, c'est la transformation brutale des enfants, passant soudainement plus de trente heures par semaine à la télévision, première génération américaine d'enfants téléspectateurs. « Cette situation estompe, écrit-elle, la différence entre rêve et réalité. » « C'est comme si notre société avait engendré un nouveau type en la personne de l'enfant meurtrier qui ne ressent aucun remords et qui est à peine conscient de ses actes ». Marie Winn écrit encore : « Le facteur commun qui caractérise ces gosses changés qui tuent, qui torturent et qui violent, semble être une forme de détachement émotionnel qui leur permet de commettre des crimes incroyables

avec une absence totale de sentiments « normaux » comme celui de culpabilité et de remords ». 16. Des enquêtes plus récentes ont confirmé ces analyses, avec toujours ces statistiques inquiétantes sur l'augmentation de l'agressivité et de la criminalité des jeunes. Joshua Meyrowitz (H>) cite lui aussi les chiffres du KBI. Entre 1951 et 1981, on note les augmentations suivantes observées chez les moins de quinze ans : arrestations pour meurtre. 500 % ; vols à main armée, I 750 % ; viols, 4 000 %. 17. La télévision exerce un effet de fascination sur les jeunes enfants qui d'ordinaire sont actifs cl. remuants. Elle les immobilise et ils demeurent captés par elle. L'immobilisation favorise l'imprégnation par ce qui est regardé régulièrement. L'imprégnation est un mode puissant d'apprentissage opérant surtout dans les premières années de la vie, mais aussi dans toute situation où il n'est jas nécessaire de savoir qu'on apprend. La personne apprend sans le savoir, ni par conséquent sans savoir ce qu'elle apprend. La violence de la situâtkjrj[télévisuelle se manifeste dans cette sorte de capture de ccluLJjuj regarde et qui ne peut se détacher sans cl ton l'ar la '-eulu réception, i l s'imprègne alors de thèses auxquelles il n'adhérerait pas nécessairement de manière volontaire. La télévision crée un état de réceptivité psychique spéciale par sa nature et par son prestige. Son action s'apparente à une suggestion

illustrations par enquêtes et mesures...

compléments : « suggestion » « imprégnation »

l' reformulation...

16. J. Mi:yriiwit7. l'I-lnfanl uilutie cl l'iirlullc ,-n/tini /.il III\H>II i A \s à l'i-n- ,li- lu ick-vi\um. in /r /Vi.\Mfl \im awnir. A"ivui\ la tradition cl l'i'itM'iVtit'metti. ccrm1 IL- Tcnt/iM tic lu réflexion, VI.

15. M. Winn. Tl-'Drogue. Fleurus. 1979.

Gallimard, I<)K5

ANNEXE 2 - CORRIGÉS DES EXERCICES

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18. Marie Winn parle d'état hypnotique chez ces enfants qui regardent si longtemps ta télévision. Elle parle d'une sorte d'extase. Selon nombre de parents qu'elle a interviewés, l'enfant parait sombrer dans une « véritable catalepsie ». Nous retrouvons là le vocabulaire des hypnotiseurs du siècle dernier. 19. C'est à la faveur de cette fascination que peut jouer la charge émotionnelle des productions aux effets calculés, utilisant la vitesse et la violence pour accrocher le téléspectateur. L'émotion a une grande force de contagion et l'enfant plus_que l'adulte_est la proie des contagions émotionnelles. À la télévision, c'est par le biaisdes contagions émotionnelles que la violence agit, pouvant engendrer des mimétismes. On peut comprendre ainsi les épidémies déclenchées par certains spectacles ou certaines mises en scène des informations. Le suicide mimétique à la télévision a été nommé effet Werther ( 1 7), La projection du film Dci'r Hunier (« Voyage au bout de l'enfer »). qui comporte une séance de roulette russe, a poussé vingt-neuf jeunes Américains, âgés de 8 à 31 ans, à se tirer une balle dans la tête. 20. Les effets de suggestion, indépendamment de ceux obtenus par la publicité, sont parfois observés après coup, pour des séries qui, en elles-mêmes. paraissent de bonne qualité. Le dernier exemple connu est celui d'un jeune garçon prénommé Romain qui a imité Mac Gyver donnant la recette réaliste d'un explosif de fortune, mais très efficace, au point que lui et son camarade se sont tués. Dans ce cas, l'induction à l'imitation est obtenue par la séduction qu'exercé le héros.
17. Appnx-hc fiillurcllc cî éducative <>i< finiMcme île la violence. Conseil de l'Europe, document 5013-F. Slrashoiirgr I9R3. I 2

... et illustrations

21. Les mimétismes s'observent chez l'homme et aussi chez l'animal, ce sont donc des conduites archaïqucs. La suggestion est proprement humaine car elle passe par le langage. À la télévision, il y a induction d'actes automatiques sous forme de mimétisme et d'imitation par suggestion. 22. Il faudrait réfléchir à une déontologie des médias, en se basant sur une meilleure connaissance des effets voulus ou non voulus sur la sensibilité et sur les conduites. Liliane Lurçat

CONCLUSION

reformulation générale

souhaits

compléments « émotion » « mimétisme »

illustration

reformulation de 11.1

ANNEXE 2 - CORRIGÉS DES EXERCICES

ANNEXE 2 - CORRIGÉS DES EXERCICES

Exercice n° 10 : Les mots d'articulation Cet exercice a été construit à partir de la Nouvelle grammaire française : applications. — Maurice Grévisse et André Goosse. — 3e éd. — Paris ; Louvain : Duculot, 1995.

CHAPITRE 6

Exercice n° 11 : Lecture critique de résumés sous l'angle formel Ainsi : conséquence, illustration, rappel Au contraire : opposition Aussi : addition Avant tout : introduction Car : cause Cependant : restriction C'est-à-dire : illustration C'est pourquoi : conséquence D'abord : introduction Dans un premier temps : énumération D'autant plus : insistance De là : conséquence De même : rappel De plus : insistance Donc : conséquence, conclusion D'où : conséquence, rappel Effectivement : cause Également : addition Encore : addition, insistance En définitive : conclusion En effet : cause Enfin : conclusion En outre : addition En premier lieu : énumération En résumé : conclusion En revanche : opposition Ensuite : addition Et : addition Finalement : conclusion Mais : restriction Même : insistance Néanmoins : restriction Notamment : illustration Or : rappel Parce que : cause Par conséquent : conséquence Par contre : opposition Par exemple : illustration Par le fait que : cause Pour conclure : conclusion Pourtant : restriction Pour toutes ces raisons : conséquence, conclusion Premièrement : énumération Puis : addition Puisque : cause Tout d'abord : introduction Toutefois : restriction Principales remarques concernant l'aspect formel des résumés : 1) ne pas inscrire dans un résumé les données des champs de description : auteur et date de l'article (2) 2) rédiger en bloc, sans alinéa (1, 3, 4, 5, 6) 3) respecter le style choisi et ne pas mélanger styles rédigé et télégraphique (3) 4) s'il y a 3 axes, ou 3 causes, ne pas l'annoncer tel quel (1, 3, 6), mais l'intégrer dans l'énoncé (7, 8, 9) 5) on peut utiliser les expressions de l'auteur lorsqu'elles sont porteuses de sens (caractère conjoncturel, structurel,...) et non figures de style : « vie d'homme », « perdre de sa superbe », « turbulence », « palette », ... 6) respecter les guillemets voulus par l'auteur si l'on utilise le néologisme « tertiarisation » : comparer 1,4 et 3,9 - ne pas employer de point d'exclamation (6) 7) Faiblesses de style : - ne pas personnaliser : « nous sommes, nous assistons... » (3) - éviter les injonctions trop répétées : « il faut... il faudrait... il faudra... » (1) - ne pas commencer par « d'abord... bref... » (6) - le substantif « mutation » supporte difficilement le passage à la forme verbale : « tout mute... » (5) 8) sans entrer vraiment dans le fond, on peut remarquer que le nombre important de termes généraux dans (5) empêche ce résumé d'être représentatif d'un contenu clair.

ANNEXE 2 - CORRIGÉS DES EXERCICES

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Enfin, il est permis de critiquer les trois derniers résumés, rédigés respectivement par trois formateurs dont un seul était documentaliste t

Exercice n° 13 - Exercice d'écriture : reconstituer un texte 1. D'autre part, la gymnastique volontaire est une occasion de contacts. Des personnes de métiers et de genres très divers s'y retrouvent. J'y ai rencontre par exemple un juge des enfants qui m'a parlé de sa profession et m'a beaucoup intéressée. 2. La gymnastique volontaire est maintenant très répandue, et je m'en réjouis car elle offre de nombreux avantages. 3. La gymnastique volontaire procure enfin une excellente détente, Grâce à elle, chacun s'évade de son univers quotidien pour ne plus vivre qu'avec son corps dans un cadre sympathique. 4. D'abord, elle apporte une compensation salutaire à la sédentarité de nos vies. Nous marchons peu, en effet, pour nous rendre au travail, que nous utilisions pour ce faire les transports en commun ou un engin individuel. Par ailleurs, notre activité professionnelle est bien souvent statique. La gymnastique volontaire, qui mobilise chacun de nos muscles, nous permet de compenser cette sédentarité et de rendre à notre corps son équilibre. 5. Pour toutes ces raisons, je pense que la gymnastique volontaire est une belle réalisation sociale. Facteur d'équilibre, de rencontres et d'enrichissement, elle est sans nul doute à pratiquer. 6. Ces possibilités de contacts ouvrent des horizons. C'est ainsi que je me suis mise à fréquenter la piscine grâce à des membres de mon club de gymnastique qui m'y ont entraînée. Avec d'autres personnes, j'ai visité un musée local que je ne connaissais pas. Ordre des paragraphes : 2 - 4 - 1 - 6 - 3 - 5 La facilité de cet exercice tient à sa brièveté, à la simplicité du contenu et à la bonne place des mots d'articulation.

Exercice n° 12 - Exercice d'écriture : rétablir la ponctuation d'un texte Romans et enfants. — Roland Barthes — extrait des Mythologies. Éditions du Seuil, 1957 (Points, 10} À en croire Elle, qui rassemblait naguère sur une même photographie soixante-dix romancières, la femme de lettres constitue une espèce zoologique remarquable : elle accouche pêle-mêle de romans et d'enfants. On annonce, par exemple : Jacqueline Lenoir (deux filles, un roman) ; Marina Grey (un fils, un roman) ; Nicole Dutreil (deux fils, quatre romans), etc. Qu'est-ce que cela veut dire ? Ceci : écrire est une conduite glorieuse, mais hardie ; l'écrivain est un « artiste », on lui reconnaît un certain droit à la bohème ; comme il est chargé, en général, du moins dans la France d'£7/e, de donner à la société les raisons de sa bonne conscience, il faut bien payer ses services : on lui concède tacitement le droit de mener une vie un peu personnelle. Mais attention : que les femmes ne croient pas qu'elles peuvent profiter de ce pacte sans s'être d'abord soumises au statut éternel de la féminité. Les femmes sont sur terre pour donner des enfants aux hommes ; qu'elles écrivent tant qu'elles veulent, qu'elles décorent leur condition, mais surtout qu'elles n'en sortent pas : que leur destin biblique ne soit pas troublé par la promotion qui leur est concédée, et qu'elles payent aussitôt par le tribut de leur maternité cette bohème attachée naturellement à la vie d'écrivain. Après la première phrase interrogative, l'auteur répond par 3 phrases (bien indiquées par 3 points) : la première s'intéresse à l'écrivain, la deuxième est une phrase de transition qui introduit la troisième, où il est question de la femme écrivain. La ponctuation intermédiaire soutient l'ordre du discours.

ANNEXE 2 - CORRIGÉS DES EXERCICES

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Exercice n° 14 : Rédiger le résumé documentaire d'un texte déjà étudié Résumé et indexation ne relevant pas des sciences exactes, il ne peut pas exister un résumé parfait. C'est pourquoi cinq versions sont ici proposées, et aucune d'entre elles n'est exempte d'erreurs. En comparant votre résumé à ceux-ci, vous pourrez sans doute relever vos propres erreurs d'interprétation. Quant aux erreurs formelles, vous n'en faites plus depuis le premier exercice ! Les effets violents de la télévision. -- Liliane Lurçat. -n° 203, juillet 1994, p. 175-179 Esprit,

Cet essai de style télégraphique marque la limite du genre. Même si l'on comprend à peu près de quoi il est question, le texte méritait une rédaction plus approfondie.

4. Le rapport médiatisé aux choses éloigne le jeune enfant du réel. Celui-ci peut être amené, par fascination émotionnelle et mimétisme, à commettre des actes violents. 11 faudrait réfléchir à une déontologie des médias.
La première phrase, trop vague, sous-entend qu'on a lu l'article. La deuxième phrase est bonne. La troisième est inutile et disproportionnée : à nouveau on ne trouve aucune information sur ce sujet dans le texte, sauf sous forme d'un souhait.

1. La TV initie l'individu à la vie publique en le coupant de la réalité et en le rendant passif. Les effets émotionnels et de suggestion de la TV sur les individus sont décrits avec de nombreuses illustrations. Elle induit un mimétisme impulsif ou conscient qui rend souhaitable la création d'une déontologie des médias.
Bon essai de condensation, mais : - « individu », écrit deux fois, ne rend pas l'idée du public fragile composé de l'enfant et de l'adolescent, dont il est question dans le texte ; - la troisième phrase commence par « Elle » : quel est le sujet ? - dans un texte aussi court, « TV » — abréviation acceptable ? — est répété deux fois ; - toujours dans un texte aussi court, doit-on donner tant de place à la dernière phrase de conclusion : phrase de souhaits et non d'information.

5. En éloignant le public de la réalité, l'image télévisuelle favorise l'émotion plus que la réflexion et rend possibles les mimétismes inconscients comme les imitations conscientes. De nombreuses enquêtes prouvent que les spectacles violents à la télévision peuvent avoir un réel impact sur un public fragile, particulièrement les enfants fascinés, imprégnés par des images pouvant engendrer des mimétismes dangereux.
Certainement le meilleur des cinq, quoique cherchant sans doute à en dire trop. Si les deux grandes parties du texte sont bien indiquées puisque ce résumé est composé de deux phrases, la seconde phrase est meilleure que la première.

Exercice n° 15 : Rédiger le résumé documentaire d'un texte nouveau Des objectifs pour le journalisme. -- Claude-Jean Bertrand. Études, septembre 1993 1) Étude critique de six résumés n'ayant aucune valeur d'exemplarité ; selon l'exercice choisi, on peut : - soit comparer avec le résumé déjà rédigé ; - soit les étudier pour en relever les aspects positifs puis rédiger le résumé ; ' - soit les étudier de façon critique, prendre connaissance des remarques faites en pages 295 à 298, puis rédiger le résumé.

2. La télévision a plusieurs répercussions sur le comportement du spectateur : elle favorise l'habitude de croire plutôt que d'analyser, elle a un puissant effet sur la sensibilité, elle rend possibles les imitations inconscientes et conscientes. Il s'agit de comprendre comment le spectacle de la violence montré de manière répétitive peut déboucher sur l'imitation impulsive et quels sont les effets de suggestion de fa télévision.
Ce résumé est mieux rédigé que le précédent, mais l'« individu » est devenu « spectateur » sans préciser de quel public il s'agit vraiment.

3. Effets de la télévision sur les enfants : passivité, contagion émotionnelle, imitations conscientes et/ou inconscientes pouvant déboucher sur des délits plus ou moins graves et violents.

ANNEXE 2 - CORRIGÉS DES EXERCICES

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1. Les médias face à l'amélioration de la qualité. Avec 12 propositions, présentation pour un journalisme actuel qui propose une information à la fois sérieuse, commentée, qui suscite l'intérêt du plus grand nombre et encourage à une vie sociale également de qualité. 2. Pendant des siècles, l'information a été gênée par des obstacles matériels et politiques. Depuis le début du xx* siècle, une autre barrière à l'information est apparue : l'obstacle économique. Ces facteurs ne sont pas seuls responsables de la désinformation. L'amélioration des médias est souhaitable : le sort de l'humanité en dépend. Douze possibilités d'amélioration possibles sont présentées pour les journalistes : - ne pas imposer aux informations une taille ou une heure fixes ; - distinguer le divertissement de l'information ; - éviter les omissions dues à la partialité ; - changer la définition de l'information ; - faire apparaître les pseudo-événements pour ce qu'ils sont ; - chercher la réalité sous les apparences ; - rendre les nouvelles compréhensibles ; - rendre intéressantes les nouvelles importantes. 3. Depuis ses origines, la diffusion de l'information a été entravée par des obstacles d'ordre matériel, politique (gouvernements, tribunaux, etc.) et économique (pressions des patrons de vente et annonceurs). Pourtant ces facteurs ne sont pas considérés comme seuls responsables de la désinformation. Il y en a un plus grave provenant des professionnels eux-mêmes qui pratiquent l'autocensure, ce qui engendre la médiocrité. Douze propositions ou buts à atteindre sont développés dans cet article pour remédier à cet état de fait. 4. Le sort de l'humanité dépend de l'amélioration des médias... Douze objectifs liés principalement à la transformation de la redéfinition du produit médiatique et des informations apporteraient douze améliorations nécessaires. 5. Douze améliorations possibles des médias liées à une redéfinition du produit médiatique et des informations.

6. Au fil des temps l'information a dû surmonter des obstacles matériels, politiques, économiques. Afin d'arriver à produire une information valable, il est nécessaire de remplir un certain nombre d'objectifs qui sont de : - ne pas diffuser une information à intervalle régulier ; - distinguer le divertissement de l'information ; - éviter les omissions dues à la partialité ; - intéresser un maximum de lecteurs ; - donner aux événements la place qu'ils méritent ; - savoir discerner l'actualité réelle ; - rendre les nouvelles compréhensibles, intéressantes, et en démontrer l'importance ; - interpréter de façon claire les recherches et découvertes scientifiques ; - encourager les débats ; - dénoncer les tares sociales. Trois facteurs permettent de voir ces transformations s'amorcer et la mentalité des journalistes évoluer : - la croissante complexité des sociétés ; - le niveau d'éducation des populations ; - le progrès des sciences. L'élaboration d'une éthique pourrait servir de contrôle de qualité. 2) Quelques critiques concernant les six résumés précédents sont proposées ci-après.

1. Les médias face à l'amélioration de la qualité. Avec 12 propositions, présentation pour un journalisme actuel qui propose une information à la fois sérieuse, commentée, qui suscite l'intérêt du plus grand nombre et encourage à une vie sociale également de qualité.

- faux style télégraphique - ce résumé est mal rédigé, mais t tente honnêtement de rendre compte de l'essentiel du contenu

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2. Pendant des siècles, l'information a été gênée par des obstacles matériels et politiques. Depuis le début du xx c siècle, une autre barrière à l'information est apparue : l'obstacle économique. Ces facteurs ne sont pas seuls responsables de la désinformation. L'amélioration des médias est souhaitable : le sort de l'humanité en dépend. Douze possibilités d'amélioration possibles sont présentées pour les journalistes : - ne pas imposer aux informations une taille ou une heure fixes ; - distinguer divertissement et information ; - éviter les omissions dues à la partialité ; - changer la définition de l'information ; - faire apparaître les pseudo-événements pour ce qu'ils sont ; - chercher la réalité sous les apparences ; - rendre les nouvelles compréhensibles ; - rendre intéressantes les nouvelles importantes.

- 10 lignes pour résumer le premier paragraphe

4. Le sort de l'humanité dépend de l'amélioration des médias... Douze objectifs liés principalement à la transformation de la redéfinition du produit médiatique et des informations apporteraient douze améliorations nécessaires.

- « Le sort de l'humanité » a visiblement impressionné les rédacteurs... Cf. remarque au résumé n°2 - les 12 objectifs ne sont pas détaillés, cependant leur orientation est plus claire que dans le résumé précédent

- cette phrase est le reflet d'une opinion ; elle ne doit pas paraître dans un résumé 12 propositions sont annoncées, mais 8 seulement sont citées

5. Douze améliorations possibles des médias liées à une redéfinition du produit médiatique et des informations.

_ pour faire court on a f a j t court ! Point trop n'en faut...

3. Depuis ses origines la difiùsion de l'information a été entravée par des obstacles d'ordre matériel, politique (gouvernements, tribunaux, etc.) et économique (pressions des patrons de vente et annonceurs). Pourtant ces facteurs ne sont pas considérés comme seuls responsables de la désinformation. II y en a un plus grave, provenant des professionnels eux-mêmes qui pratiquent l'autocensure, ce qui engendre la médiocrité. Douze propositions ou buts à atteindre sont développés dans cet article pour remédier à cet état de fait.

- à nouveau l'essentiel du résumé concerne le premier paragraphe

6. Au fil des temps l'information a dû surmonter des obstacles matériels, politiques, économiques. Afin d'arriver à produire une information valable, il est nécessaire de remplir un certain nombre d'objectifs qui sont de : - ne pas diffuser une information à intervalle régulier ; - distinguer le divertissement de l'information ; - éviter les omissions dues à la partialité ; - intéresser un maximum de lecteurs ; - donner aux événements la place qu'ils méritent ; - savoir discerner l'actualité réelle ;

Ayant fait le choix d'une certaine exhaustivité, le rédacteur a réussi un très bon travail, dans la mesure où l'équilibre entre les différentes parties est bien respecté.

- ce qui fait le corps de l'article est annoncé, mais aucune information n'est donnée

La formulation des objectifs a été plusieurs fois modifiée, de façon souvent intéressante...

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- rendre les nouvelles compréhensibles, intéressantes et en démontrer l'importance ; - interpréter de façon claire les recherches et découvertes scientifiques ; - encourager les débats ; - dénoncer les tares sociales.

... en particulier dans cette phrase qui couvre trois objectifs proches

cohérents. À partir de quatre parties (et non de douze), on peut fournir un résumé très court (mais informant sur l'essentiel : premier résumé) ou développer les quatre parties (second résumé). La rédaction utilise beaucoup les verbes, donnant ainsi le sens dynamique du texte original.

En revanche, ceci est restrictif en regard du paragraphe résumé

§
1 à3
4à6 7 à 1 7 + 20

STRUCTURATION INTRODUCTION

THÉMATISATION Mauvaise image des médias à améliorer - en changeant la forme - en choisissant et en définissant mieux les informations à transmettre - en ayant un rôle pédagogique - en participant au débat public Ce qui motive et aide ces transformations
Ul : Unité d'Information

Trois facteurs permettent de voir ces transformations s'amorcer el la mentalité des journalistes évoluer : - la croissante complexité des sociétés ; - le niveau d'éducation des populations ; - le progrès des sciences. L'élaboration d'une éthique pourrait servir de contrôle de qualité.

1" Ul* 2e Ul

Mais ce très bon résumé, sous l'angle du contenu, souffre de la présentation en alinéas qui ne sont pas acceptables dans un résumé documentaire.

18, 19 et 20 22 à 24 25 à 29

y ui
4'UI

CONCLUSION

3) Rédiger un résumé documentaire : proposition de corrigés. Des objectifs pour le journalisme. -- Claude-Jean Bertrand. Études, septembre 1993. La structuration de ce texte est l'étape de travail la plus importante pour arriver au résumé. En effet, les 12 objectifs donnent l'impression de former le plan, mais l'intérêt est de procéder aux regroupements proposés dans le tableau suivant. On est bien dans un processus de hiérarchisation des idées et d'organisation d'ensembles

Premier résumé : Les médias souffrent d'une mauvaise image. Plusieurs idées sont avancées pour améliorer la qualité de l'information journalistique : des modifications de forme, une définition plus fine de ce qui doit être transmis, une prise en compte d'un rôle pédagogique, une participation au débat public. Second résumé : Les médias souffrent d'une mauvaise image, due jadis à des obstacles matériels, politiques et économiques, actuellement au mauvais usage d'une large liberté. Douze idées sont avancées pour améliorer la qualité de l'information journalistique. En modifier la forme : assouplir le principe des délais immuables, utiliser toutes les

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ressources de la technologie pour varier l'envoi des nouvelles et les rythmes de publication. Définir davantage l'information à transmettre : distinguer le divertissement de la véritable information, éviter les omissions dues souvent à la partialité, valoriser l'aspect positif des nouvelles plutôt que le spectaculaire et le convenu, repérer les phénomènes porteurs d'avenir. Prendre en compte le rôle pédagogique de la presse : rendre intéressantes les nouvelles importantes, dépasser l'événementiel pour atteindre l'essentiel, rendre intelligible le discours scientifique. Participer au débat public : rendre possible la participation à la discussion, à la vie sociale, à la mise en place de réformes sur des sujets plus proches des vrais besoins que majoritairement admis. La croissante complexité des sociétés, l'élévation du niveau d'éducation, le progrès de la conscience des journalistes doivent aider les médias à engager ces transformations, permettant d'augmenter le prestige et l'influence de la profession.

• des termes généraux qui n'ont aucun sens lorsqu'ils sont employés seuls (et dont beaucoup sont peu porteurs d'information) : 1, 7, 10, 15, 20, 23, 25, 29, 31, 34, 35, 36, 42, 43, 45, 46, 49, 52 • des expressions copiées du texte : 2, 4, 6, 8, 12, 19, 33, 39 • des termes qui ne sont pas porteurs d'information : 3, 16, 41, 50 Réflexions avant élimination ou choix : Certains termes cherchent à traduire : • le sujet principal de l'article consacré au journalisme, vu sous l'aspect d'une nécessaire amélioration (ce que 2 dit maladroitement) : 5, 26, 32, 44, 51. Mais tous sont trop généraux et peuvent même entraîner des faux sens (32, 44, 51). On peut même — hors contexte — considérer 32 comme un adjectif féminin pluriel ; • la responsabilité des journalistes : 11, 17, 30 ; • un seul aspect du texte : 9, 24, 47. On peut tous les éliminer sans état d'âme, car ils ne devraient que provoquer du bruit à l'interrogation.

CHAPITRE 7

Restent les suivants qui visent directement le sujet principal en diversifiant les formulations : 18 : information 22 : journaux
21 : journalisme (présent dans le titre)

Exercice 16 : Identifier des erreurs d'indexation

- exige un adjectif qui le qualifie - journaux ou journalisme ? justes, mais tellement généraux

Cette liste donne la preuve qu'indexer n'est pas un don ! À la décharge de ce groupe, le travail de réflexion sur l'indexation en tant que moyen de recherche n'avait pas encore été abordé — ce qui fut fait à partir de cette liste et a donné, bien sûr, d'excellents résultats. élimination : - des simples erreurs de forme : -pas d'adjectif (48) - pas de pluriel (23/25, 27/28) - pas de tournure alambiquée (53)

27/28 : média(s) 37 : presse

Ces termes ne sont pas faux, mais éloignés du sens véhiculé par le texte. Que faire ? Il est certain que tous les exercices de ce chapitre auront un goût d'inachevé, puisque l'on ne peut pas proposer un langage contrôlé adapté à chacun. Donc, partir de la phrasesésame : « De quoi s'agit-il dans ce texte ? » et de la réponse, présente dans les résumés : « Comment améliorer la qualité de

ANNEXE 2 - CORRIGÉS DES EXERCICES

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l'information journalistique ? ». Selon le langage contrôlé utilisé, on cherchera à traduire le sens de cette phrase avec le vocabulaire existant. Si l'on se met à la place de l'utilisateur qui cherche un article sur ce sujet, il interrogera sur le terme le plus central : journalisme, presse, média. C'est au résumé de l'aider à la sélection.

Exercice 17 : Indexer en langage libre Les droits d'auteur des œuvres numériques. — Ann Okerson. Pour la science, septembre 1996, n° 227 À nouveau, il est difficile de proposer une correction pour cet article. En revanche, vous pouvez comparer votre indexation avec le résultat obtenu dans une session de formation au cours de laquelle 14 personnes ont d'abord choisi des mots clés, puis ont répondu à la question : « De quoi s'agit-il dans ce texte ? » 1) Liste de mots clés : voir ci-contre. On retrouve dans cette liste les mêmes erreurs que dans l'exercice précédent. - À éliminer d'office : - l'erreur de forme (pluriel) : 13 - les termes généraux : 3, 20, 24, 28, 30, 31, 34 - une expression copiée du texte : 35 - des termes non porteurs d'information dans ce contexte : 1, 18, 32 - des termes porteurs d'information après avoir lu le texte : 2, 22, 29 - des termes ne caractérisant qu'un aspect du texte : 4, 5, 7, 10, 14, 15, 16, 17,21, - Restent deux ensembles correspondant aux deux éléments du problème : - la protection des droits d'auteur : 8, 9, 11, 12, 13, 23, 25, 26, 27 -face à la diffusion sur Internet : 6, 19, 33

1. Bibliothèque 2. Commission Lehman 3. Coût 4. Coût de l'information 5. Diffusion de l'information (x 2) 6. Diffusion électronique de l'information 7. Document numérisé 8. Droit d'auteur (x 5) 9. Droit d'auteur sur Internet 10. Droit de l'information (x 2) 11. Droit de reproduction (x 3) 12. Droit de reproduction sur Internet 13. Droits d'auteur (x 3) 14. Éditeur 15. Édition (x 2) 16. États-Unis (x 3) 17. France 18. Informatique numérique 19. Internet (x 12) 20. Législation (x 2) 21. Législation américaine 22. Lehman 23. Loi sur la propriété intellectuelle 24. Œuvre numérique (x 5) 25. Propriété intellectuelle 26. Propriété littéraire et artistique (x 3) 27. Protection des droits d'auteur (x 6) 28. Protection des œuvres 29. Rapport Lehman 30. Réglementation 31. Réglementation du réseau 32. Réseau informatique (x 6) 33. Réseau Internet 34. Transmission 35. Usage loyal

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2. Réponses à la question : « De quoi s'agit-il dans ce texte ? » Six réponses ont été choisies sur les 14 proposées :

1. Projet de loi pour la protection des droits d'auteur suite à la diffusion d'oeuvres sur le réseau Internet
- le texte n'est pas un projet de loi

Toutefois, ce texte est difficile à indexer car il est principalement problématique, à l'exception de la partie historique. Il est clair que des termes isolés (même de formulation composée) ne peuvent que très difficilement rendre compte d'une confrontation entre des éléments complexes. La nécessité d'un résumé documentaire s'impose, d'autant plus que le chapeau est bien peu informatif.

- le terme « œuvres » est trop général 2. Nécessité d'une réglementation sur les droits d'auteur concernant les œuvres numériques
- à « œuvres numériques » (copie du titre), préférer « création littéraire et artistique » - le problème posé par la diffusion sur Internet n'apparaît pas

Exercice 18 : Indexer en langage libre Haute tension sous les lignes. — Didier Dubrana. — Science & Vie, février 1993, n° 905 Étudiez les 5 réponses suivantes en les comparant à votre propre proposition : 1. Les risques pour la santé causés par les lignes à haute tension 2. Impact des champs électromagnétiques dus aux lignes à haute tension sur la population. Rappel historique des recherches 3. Enquêtes et rapports sur la polémique des effets des lignes à haute tension sur la santé de l'humain 4. Les effets des lignes à haute tension sur la santé 5. Risques pour la santé par exposition aux champs électromagnétiques générés par les lignes à haute tension Quelques commentaires : • Aucune de ces phrases ne fait honneur à la langue française, mais ce n'est pas important à ce stade du travail. • Malgré leur forme différente, le sens global est le même. * • Si l'on compte les occurrences des termes les plus fréquents, on retient :

3. Problèmes de propriété littéraire et artistique et de droits d'auteur posés par l'apparition des documents numériques
- bon début, mais c'est la diffusion de ces documents sur Internet qui pose surtout un problème

4. Protection des œuvres littéraires et artistiques en respectant les droits d'auteur dans le cadre d'Internet
- bon

5. La création artistique sur Internet et le respect des droits d'auteur
- bon, mais il faut deviner qu'« artistique » couvre au«i « littéraire »

6. Les droits d'auteur et les problèmes posés par l'édition électronique et la diffusion sur le réseau Internet. Rappel historique sur la législation, / état actuel de la réflexion et propositions de la commission Lehman
- jusqu'à / très bonne réponse. « État actuel de la réflexion » n'apporte aucune information. « Proposition Lehman » devrait plutôt apparaître dans le résumé, pour les utilisateurs qui en auraient connaissance

II est spectaculaire d'observer qu'un grand nombre de mots inutiles n'apparaissent pas dans ces phrases et qu'en tenant compte des quelques remarques faites, les mots choisis sont presque tous porteurs du sens principal.

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RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

- lignes à haute tension (x 5) - santé (x 4) - champs électromagnétiques (x 2) On ne peut s'empêcher de comparer ces résultats à la liste suivante, obtenue après « indexation traditionnelle » : 1. Canada (x 4) 2. Cancer (x 4) 3. Champ électromagnétique (x 3) 4. Coutiches (x 3) 5. EDF (x 3) 6. Électricité (x 2) 7. Enfant 8. Enquête 9. Enquête épidémiologique (x 2) 10. Épidémiologie 11. États-Unis (x 2) 12. France (x 2) 13. Haute tension 14. I.R.P.A. 15. Leucémie (x 3) 16. Ligne à haute tension (x4) 17: Maladie 18. Mélatonine 19. Miligauss 20. O.M.5. 21. Onde électromagnétique 22. Polémique 23. Recherche 24. Risque pour la santé 25. Santé publique 26. Suède (x 2) 27. Suivi médical
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Peut-on parler d'acharnement à fournir des mots, comme si le nombre compensait la compréhension ? On ne reprendra pas cette liste pour relever les erreurs, faciles à détecter après les deux derniers exercices. On ne peut que souligner la spectaculaire différence entre les deux modes d'indexation (les groupes ayant produit ces résultats étaient de niveau similaire). L'indexation n'est pas achevée pour autant : on n'apprend rien de sérieux dans cet article sur les « champs électromagnétiques » : faut-il le conserver comme terme d'indexation ? M peut être à l'origine de bruit si l'on recherche vraiment des documents sur ce sujet. Il est vrai aussi que cet article n'a pas un niveau scientifique ou technique suffisant pour être intégré à une banque de données. Il faut le considérer comme un bon support d'exercice.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

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RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

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RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

TABLE DES MATIÈRES

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Avant-propos Introduction

7

13

Chapitre I L'ANALYSE DOCUMENTAIRE : DÉFINITION ET PRATIQUES QU'EST-CE QU'ANALYSER ? QU'EST-CE QUE L'ANALYSE DOCUMENTAIRE ? L'ANALYSE DANS LE CADRE DES OPÉRATIONS DOCUMENTAIRES ANALYSE ET POLITIQUE DOCUMENTAIRES Finalité de l'analyse documentaire Destinataires de l'analyse documentaire Produits de l'analyse documentaire Le fonds documentaire Comment l'établir et l'alimenter? Comment le sélectionner? Les moyens du service
Les moyens matériels

15 15 16 18 19
20 21

23
24

24 25
26 26 27

Les moyens intellectuels ANNEXE PÉDAGOGIQUE

33

Chapitre II LA LECTURE DOCUMENTAIRE : LIRE ET OBSERVER
LES CONDITIONS DE LA LECTURE DOCUMENTAIRE

35 36 36 37 37 37 38

Se concentrer et en trouver les moyens Connaître ses limites Organiser sa lecture PHTIT DÉTOUR PAR LA « LECTURE RAPIDE » OBSERVER AVANT DE LIRE

Observer un document La typologie Les caractéristiques Observer la mise en pages: le repérage visuel Le paragraphe Les signes de ponctuation De l'utilité du repérage visuel ANNEXE PÉDAGOGIQUE

38 39 39 40 41 41 43 45

Lecture documentaire d'une monographie Les hypothèses de lecture

68 68

ANNEXE PÉDAGOGIQUE

71

Chapitre IV LA LECTURE DOCUMENTAIRE : STRUCTURE ET VOCABULAIRE TROUVER L'INFORMATION UTILE : LA RECHERCHE D'UN PLAN

73 73
75 76 76 76 79 XI

Chapitre III LA LECTURE DOCUMENTAIRE : LIRE ET COMPRENDRE
LES TEXTES ET LEURS CARACTÉRISTIQUES

49
49

Les textes descriptifs Texte narratif Texte explicatif Texte didactique Texte normatif Le texte problématique Texte problématique simple Texte argumentatif Texte polémique Les textes théoriques Caractères général et spécifique Texte de type général Texte de type spécifique
LES TEXTES ET LEUR CONTENU

50 50 50 50 50 51 51 51 51 51 57 57 57
58

L'ÉLABORATION DE GRILLES DE LECTURE Grille de lecture pour un texte descriptif L'introduction La conclusion Grille de lecture pour un texte problématique Exemple d'une grille de lecture standard TROUVER L'INFORMATION UTILE : L'AIDE DU VOCABULAIRE Les mots d'articulation La nature des mots La richesse des mots: polysémie, monosémie Le vocabulaire courant Le vocabulaire scientifique de base Le vocabulaire scientifique et technique spécialisé La richesse des mots: dénotation, connotation Dcnolution Connotation Exemples

84 84 86 87 87 89 89 90 90 91 91

La compréhension du contenu Perception Mémoires Inférence L'usage du contenu

58 58 58 59 60

Chapitre V ANALYSE ET RECHERCHE DOCUMENTAIRES
LA RECHERCHE DOCUMENTAIRE

95

COMMENT LIRE ?
Lecture documentaire d'un article Le résumé d'auteur Le chapeau Les intertitres Les mots en exergue Les paragraphes de tête Les paragraphes de

64
64 65 65 65 65 66 66

La place de l'utilisateur dans le processus de la recherche documentaire Qui est le demandeur ? Quelles sont les données du problème ? Quel est te but du questionnement ? Quelle est la forme du questionnement ? Quelles sont les limites de la recherche documentaire ? ' PLACE DE L'ANALYSE DOCUMENTAIRE DANS LES BANQUES DE DONNÉES Les champs des banques de données

96 97 98 98 99 99 100 101

fin

loi

Les champs de contenu Titre Cotation Domaine Indexation Résumé Typologie de l'information Complémentarité des champs de contenu
ASPECTS TECHNIQUES DE LA RECHERCHE DOCUMENTAIRE INFORMATISÉE

102 102 102 103 103 103 104 105 107 108 108 108 110

Le compte rendu Le digest L'extrait La contraction de texte
LES RÉSUMÉS DOCUMENTAIRES

125 126 126 126
127

Le résume informât!f Le résumé indicatif Le résumé sélectif LE RÔLE DU RÉSUMÉ DOCUMENTAIRE DANS UNE BANQUE DF DONNÉES

127 127 127 128

Les opérateurs booléens L'intersection L'union L'exclusion Le bruit et le silence
LA RECHERCHE DOCUMENTAIRE EN TEXTE INTÉGRAL

COMMENT RÉALISER UN RÉSUMÉ DOCUMENTAIRE
Compréhension Sélection Construction Rédaction Style télégraphique? Style rédigé Concision des phrases Précision du vocabulaire Présentation formelle

128
129 129 131 132 133 134 I 35 136 136

Recherche sur fichier inverse Recherche par l'intermédiaire d'outils linguistiques La forme des mots L'agencement grammatical Le sens
LA RECHERCHE D'INFORMATIONS SUR INTERNET

111 113
113 115 ! 16

Les moteurs de recherche Les répertoires Autres outils

118 118 119 119

DERNIERS CONSEILS
Pour assurer la pertinence Pour augmenter l'efficacité Pour tendre vers l'objectivité

137
137 137 138

ANNEXE PÉDAGOGIQUE
Chapitre VI LE RÉSUMÉ DOCUMENTAIRE

141

121
121

Chapitre VII INDEXATION

149

DÉFINITION USAGES ET USAGERS
Alimentation d'une mémoire documentaire Accompagnement de références dans les bulletins bibliographiques Accompagnement de références dans la partie bibliographique de revues générales ou spécialisées Autres usages
LES DIFFÉRENTES FORMES DE RÉSUMÉS

QU'EST-CE QU'INDEXER ? USAGE ET APPLICATIONS
L'index d'un livre L'indexation du texte d'un document

149 151
151 152

122 122 122 123 123 124 124 125 125

RÔLE DE L'INDEXATION DANS UNE BANQUE DE DONNÉES
COMMENT INDEXER ? Éliminer, comment? Choisir: pourquoi? Les différents champs d'indexation La profondeur de l'indexation: exhaustivité? sélectivité? »

152
153 154 157 158 159

Le titre Le résumé d'auteur Le résumé d'éditeur

COMMENT ÉVALUER L'INDEXATION ?
Qualité de l'indexeur Qualité des oulils Les tests possibles La surindexation Les causes de la surindexation Les conséquences de la surindexation Exemples commentés de surindexation

160 161 161 162 163 164 165 166 169 171

LES VRAIS LANGAGES À STRUCTURE COMBINATOIRE : LEXIQUE ET THÉSAURUS

L'INDEXATION EN 10 CONSEILS ANNEXE PÉDAGOGIQUE

Les lexiques spécialisés Applications pour l'indexation Applications pour la recherche Le thésaurus Principes de base Les relations Les notes Les différents modes d'entrée Maintenance du thésaurus Applications pour l'indexation Applications pour la recherche

203 203 204 205 206 206 207 211 211 215 216 217 218 219

Chapitre VIII LES LANGAGES DOCUMENTAIRES

COMPATIBILITÉ DES LANGAGES D'INDEXATION
175 175 176 177 178 ISO 182 182 182 183 183 184 185 186 186 188 (88 193 195 196 196 198 201
Conclusion

QUEL AVENIR POUR LES LANGAGES DOCUMENTAIRES ?

UN PEU D'HISTOIRE LES AUTORITÉS
Les autorités officielles Les autorités propres à des besoins spécifiques Méconnaissance ou réticence?
LES LANGAGES DOCUMENTAIRES

22.?

Définition Les obstacles dus à la langue Synonymie Polysémie Usages et difficultés d'usage Typologie des langages documentaires
LES LANGAGES DOCUMENTAIRES DE TYPE CLASSIFICATOIRE

ANNEXE 1 - TEXTES ET ARTICLES Les effets violents de la télévision Gros temps sur la planète Le grand remue-ménage La Méditerranée: l'espace et l'histoire Des objectifs pour le journalisme Les droits d'auteur des œuvres numériques Haute tension sous les lignes ANNEXE 2 - CORRIGÉS DES EXERCICES Références bibliographiques

227 227 233 236 243 246 253 260 267 307

Principes de base Applications pour le classement Applications pour l'analyse Applications pour la recherche
LES LANGAGES DOCUMENTAIRES DE TYPE COMBINATOIRE

Les listes de vedettes-matières ou les langages qui pourraient être combinatoires Principes de base Applications pour l'indexation Applications pour la recherche

Liste des textes reproduits dans cet ouvrage, avec l'aimable autorisation de leurs éditeurs

Les effets violents de la télévision / Liliane Lurçat. Esprit, juillet 1994, n° 203 De la compétence à la navigation professionnelle / Guy Le Boterf. Éditions d'Organisation, 1997 Les Jeux et les Hommes / Roger Caillois. Gallimard, 1967 L'amateur d'abîmes/ Samivel. Stock, 1981 Les droits d'auteur des reuvres numériques / Ami Okerson. Pour la science, septembre 1996, n° 227 Gros temps sur la planète / Jean-Claude Duplessis et Pierre Morel. Éditions Odile Jacob. 1990 et Éditions du Seuil (pour la quatrième de couverture), 1992 Le grand remue-ménage: la crise de la famille / Evelyne Sullerot. Fayard, 1997 La Méditerranée : l'espace et l'histoire / sous la direction de Fernand Braudel. Flammarion, 1985 Le brevet d'invention. Le Monde, mars 1984 Les juges des mineurs « dénoncent » le monde des adultes. Le Journal de Ccnèvc. 3 avril 1997 Les jeunes néo-nazis refont surface / Marie-Jeanne Krill. Construire, 16 avril 1997, n° 16 Le vent Paraclet / Michel Tournier. Gallimard. 1977 Les métamorphoses du travail : le temps du déséquilibre permanent / Alain Lebaube. Le Monde, supplément Initiatives, mai 1995 Mythologies / Roland Barthes. Seuil, 1957 Écrire avec logique et clarté / Gilbcrte Niquct. Huiler, 1996 Des objectifs pour le journalisme / Claude-Jean Bertrand. Éludes, seplembre 1993 Haute tension sous les lignes / Didier Dubrana. Science <5 Vie, février 1993, n° 905

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