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Mandéisme

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Mandéisme

Le mandéisme est une religion d'inspiration gnostique. Le terme mandéen a un rapport avec la gnose (manda, en araméen).

Histoire
Le mandéisme est une religion dualiste née aux premiers siècles de notre ère. Il aurait pris sa forme définitive dès le Ve siècle après J.-C. Aujourd’hui encore, il existe quelques groupes éparpillés en basse Mésopotamie. Les communautés mandéennes souffrent de délocalisations, et il n’est pas exclu que leur fin approche. On estime qu'il reste environ 50 000 à 60 000 mandéens dans le monde, et jusqu'à la guerre américaine en Irak, la plupart vivaient dans ce pays. Cette guerre a largement contribué à accélérer la disparition de la communauté et il ne restait qu'environ 5 000 mandéens en Iraq en 20071.

Croyances
Le mandéisme est connu par les baptêmes que ses membres pratiquent dans le fleuve (aujourd'hui l'Euphrate et le Tigre, mais aussi leJourdain). Cette cérémonie est inchangée depuis des millénaires, c'est la même qu'a reçue Jésus par Jean-Baptiste. Le mandéisme privilégie Jean-Baptiste au détriment de Jésus, considéré comme un faux prophète, au même titre que Abraham, Moïse ouMahomet. Les mandéens opposent un monde d’en haut à un monde d’en bas. Au-dessus du monde d’en haut règne un dieu inconnu, le dieu de la Lumière. Il porte différents noms, tels « Vie » ou « Seigneur de la grandeur ». Le monde d’en haut est en réalité multiple, de nombreuses entités y séjournent, appelées « richesses ». Le monde d’en bas, ou monde des ténèbres, est issu du « chaos » originel à l’instar du monde de la Lumière. Le Mandéisme, repose davantage sur un patrimoine commun que sur un ensemble codifié de croyances et de doctrines religieuses. Il n'existe pas de guide de base sur la théologie mandéenne. Toutefois, de nombreux textes mandéens ont été découverts au cours des siècles, et il existe des informations concernant cette croyance, à l’inverse des gnostiques des premiers siècles. L’œuvre majeure est le Ginza ou Genzā Rabbā (le « Trésor »), écrit aux environs du VIIe-VIIIe siècle. Le Genzā Rabbā est divisé en deux parties - la Genzā Smālā ou "Ginza de gauche" et le Genzā Yeminā ou "Ginza de droite". En consultant les manuscrits du Ginza de gauche, Jorunn J. Buckley a identifié une chaîne ininterrompue de copistes de la fin du IIe ou au début IIIe siècle après J.C. Ces manuscrits témoignent de l'existence des Mandéens sous l'empire Parthe, un fait corroboré par la légende Harrān Gāweta selon laquelle les Mandéens auraient quitté la Palestine après la destruction de Jérusalem dans le Ier siècle après J.C. et se seraient installés dans l'empire Parthe. Bien que le Ginza ait continué d'évoluer sous les empires Sassanides et sous l'empire islamique, peu de textes de traditions peuvent prétendre à une telle continuité.

Comme on l'a noté plus haut, la théologie mandéenne n'est pas systématique. Il n'y a pas une seule version à l'origine de la création du cosmos, mais plusieurs. Certains chercheurs, comme Edmondo Lupieri, soutiennent que la comparaison de ces différentes versions peut révéler les diverses influences religieuses sur lesquelles les mandéens se sont basés, et la façon dont la religion mandéenne a évolué au fil du temps. En revanche, les mystiques modernes tels que Steve Wilson ont suggéré que ces versions sont plus des manuels de méditation tels que Merkabah et Heikhalot, textes du premier millénaire du mysticisme juif, que des textes explicatifs pour l'ensemble de la foi. Contrairement aux textes religieux des sectes Gnostiques préalablement trouvées en Syrie et en Égypte, les textes mandéens originaux suggèrent une théologie plus dualiste, typique d'autres religions iraniennes comme le Zoroastrisme, le Manichéisme et les enseignements de Mazdak. Dans ces textes, il y a une séparation nette en la lumière et les ténèbres. Le prince des ténèbres est appelée Ptahil, et l'auteur de la lumière (c'est-à-dire Dieu) est seulement connu sous le nom de « la Grande première vie du monde de la lumière, la sublime qui s'élève au-dessus de tous les travaux ». Lorsque cet être est apparu, les autres être spirituels ont été corrompus et, avec leur guide Ptahil, créèrent notre monde. Il faut noter la similitude entre le nom Ptahil et l'égyptien Ptah, suivi du suffixe il ajouté pour « spiritualiser » le mot. Les Mandéens ont peut-être résidé en Égypte pendant un certain temps . La question est encore compliquée par le fait que Ptahil seul ne constitue pas le démiurge, mais seulement qu'il remplit ce rôle dans la mesure où il est le créateur de notre monde. Plutôt, Ptahil est le moins élevé d'un groupe de trois êtres démiurges, les deux autres étant Yushamin (alias Joshamin) et Abathur. Le rôle démiurgique d'Abathur consiste à juger les âmes des mortels. Le rôle de Yushamin, le plus élevé, est plus obscur : pour avoir voulu créer son propre monde, il a été sévèrement puni pour s'être opposé au Roi de la Lumière.

Langue liturgique
Le nom mandéen s'applique à trois réalités linguistiques différentes : le mandéen classique qui est la langue liturgique du mandéisme (Irak, Iran) ; le mandéen post-classique ; le néomandéen ou mandéen moderne qui est une langue vivante utilisée comme langue quotidienne par une petite communauté en Iran.

Références [
1.
↑ "Save the Gnostics" [archive] par Nathaniel Deutsch, 6 Octobre 2007, New York Times

Alphabet mandéen
Mandéen Caractéristiques Type Langue(s) Alphabet Mandéen Historique Époque Système(s) parent(s) ? Protocananéen Phénicien Araméen Mandéen Encodage ISO 15924

Mand

L'alphabet mandéen est basé sur l'alphabet araméen, et est utilisé pour écrire la langue mandéenne. Le nom mandéen pour l'écriture est Abagada ou Abaga, d'après les premières lettres de l'alphabet. L'alphabet compte 24 lettres : les 22 lettres de l'alphabet araméen et deux lettres additionnelles à la fin. Comme le nombre 24 est signe de chance pour les Mandéens (c'est le nombre d'heures dans une journée), les deux lettres additionnelles sont un peu artificielles. La 23ème lettre est adu, le particule relatif, et la 24ème est la première lettre a répétée. Aussi, les Mandéens disent que l'abagada reflète l'alpha et l'oméga.  code ISO 15924 : Mand

Gnosticisme

Le gnosticisme est un mouvement religieux regroupant des doctrines variées du bassin méditerranéen et du Moyen-Orient qui se caractérisent généralement par la croyance que les hommes sont des âmes divines emprisonnées dans un monde matériel créé par un dieu mauvais ou imparfait appelé le démiurge. Le mouvement connut son apogée au cours du IIe siècle1. Le démiurge peut être considéré comme une incarnation du mal, ou comme un dieu bon mais imparfait. Il existe aux côtés d'un autre être suprême plus éloigné et dont la connaissance est difficile, qui incarne le bien. Afin de se libérer du monde matériel inférieur, l'homme a besoin de la gnose, soit la connaissance spirituelle ésotérique disponible à travers l'expérience directe ou la connaissance

(gnose) de l'être suprême. Jésus de Nazareth est identifié par certains cultes gnostiques comme une incarnation de l'être suprême qui s'incarne pour apporter la gnose aux hommes. Le terme gnose, du grec γνώσις / gnốsis (« connaissance »), désigne « des tendances universelles de la pensée qui trouvent leur dénominateur commun autour de la notion de connaissance2 ». Ainsi, le manichéisme, le mandéisme, la Kabbale et l'hermétisme, entre autres, peuvent être considérés comme des formes de Gnose.3 Par contre le terme gnosticisme a une connotation historique précise. Selon la définition du néoplatonicien Plotin, adversaire des gnostiques, ceux-ci sont: « Ceux qui disent que le Démiurge de ce monde est mauvais et que le Cosmos est mauvais.4 » Ainsi 5, à leurs yeux, L'homme est prisonnier du temps, de son corps, de son âme inférieure et du monde. Les gnostiques en concluent : « Je suis au monde, mais je ne suis pas de ce monde6 », et de ce point de vue, le monde et l'existence dans le monde apparaîtront mauvais parce qu'ils sont mélange de deux natures et de deux mondes d'êtres contraires et inconciliables. Le gnostique sera celui qui retrouvera son moi véritable et qui prendra conscience de la condition glorieuse, divine qui était la sienne dans un passé immémorial7. Les gnostiques chrétiens se référaient tant aux textes canoniques qu'apocryphes, le plus célèbre étant l'évangile de Thomas. D'inspiration chrétienne, le gnosticisme fut qualifié d'hérésie par les Pères de l'Église de ce qui allait devenir la « Grande Église » chrétienne. Irénée de Lyon, dans la deuxième moitié du IIe siècle dans sa Dénonciation et réfutation de la gnose au nom menteur (ou Contre les hérésies) en a laissé le témoignage antique le plus important et le nom qui leur restera. Il est possible que certains de ces groupes aient revendiqué le terme. Les sectes gnostiques disparurent presque complètement à partir du IIIe siècle, mais leurs doctrines influencèrent d'autres religions comme lemanichéisme, le marcionisme et le catharisme. Jusqu'au milieu du XXe siècle on ne disposait que de très peu de sources directes sur les gnostiques, celles-ci ayant été falsifiées ou détruites. Les principaux témoignages viennent de leurs détracteurs, notamment les pères de l'Église. La découverte en 1945 de la Bibliothèque de Nag Hammadi (la première traduction complète étant publiée en 1977), a permis de renouveler la recherche sur le sujet.

Gnose et gnosticisme — Problèmes de définition et de catégorisation [modifier]
En 1966 se tint à Messine une conférence au sujet de la Gnose. Parmi ses différents objectifs se trouvaient la définition d'un programme pour la traduction de la bibliothèque de Nag Hammadi récemment acquise et le besoin d'arriver à un consensus sur la définition du terme Gnosticisme. C'était une réponse à la tendance dominante depuis le dix-huitième siècle d'utiliser le terme 'gnostique' non pas en relation à ses origines, mais plutôt comme une catégorie

interprétative pour des mouvements philosophiques et religieux contemporains. Par exemple en 1835 le spécialiste du Nouveau Testament Ferdinand Christian Baur avait construit un modèle de développement du gnosticisme culminant avec la philosophie religieuse de Hegel ; ou encore plus récemment les tentatives du critique littéraire Harold Bloom d'identifier des éléments gnostiques dans la religion américaine contemporaine, ou l'analyse de Eric Voegelin des pulsions totalitaristes à travers le filtre interprétatif du gnosticisme. Au sujet de gnosticisme, la conférence aboutit au prudent consensus suivant : « Dans le document de conclusion de Messine, la proposition fut de désigner sous le nom de gnosticisme, 'par l'application simultanée des méthodes historiques et typologiques'[...] ' un groupe particulier de systèmes du deuxième siècle ap. J.C., et d'utiliser le terme 'gnose' pour définir une conception de la connaissance, indépendamment des époques, décrite comme une 'connaissance des mystères divins réservée à une élite8. » — Markschies, Gnosis: An Introduction, p. 13. En substance, il avait été décidé que le gnosticisme devenait un terme spécifique historiquement, réservé aux mouvements gnostiques répandus au IIe siècle, alors que la gnose serait un terme universel pour désigner un système de connaissances réservées à une élite privilégiée. Cependant, cet effort de clarté apporta aussi une certaine confusion conceptuelle, car le terme historique gnosticisme était une invention moderne, alors que le terme gnose avait une histoire : on appelait gnosticisme ce que les anciens théologiens avaient appelé Gnose… le concept de Gnose inventé à Messine était presque inutilisable dans un sens historique9. Du fait de ces problèmes,les ambiguïtés sur la définition précise du gnosticisme ont persisté. Néanmoins l'utilisation de gnosticisme dans un sens historique, et de Gnose dans un sens universel, est restée courante. Mais même l'utilisation de 'gnosticisme' pour désigner une catégorie de religions du IIe siècle et IIIe siècle a récemment été remis en question. En particulier dans l'ouvrage de Michael Allen Williams Repenser le gnosticisme (Rethinking Gnosticism: An Argument for the Dismantling of a Dubious Category), dans lequel l'auteur examine les termes qui définissent le gnosticisme en tant que catégorie, et en les comparant précisément avec le contenu des textes gnostiques (en particulier ceux de Nag-Hamadi). Williams affirme que les fondements conceptuels de la catégorie gnosticisme sont hérités des hérésiologues. L'accent a trop été mis sur le dualisme, sur le rejet du corps et de la matière et sur l'anticosmisme, sans que ces hypothèses aient été « testées » correctement. Ce faisant, Williams juge la catégorisation douteuse, et conclut que le terme doit être remplacé pour mieux refléter les mouvements qu'il comprend. Les remarques de Williams ont suscité le débat, mais à ce jour sa proposition de terme de remplacement « tradition biblique démiurgique » n'a pas été reprise largement.

Les écrits gnostiques

La plupart des essais anciens, faute de pouvoir s’appuyer sur des documents originaux, héritèrent des erreurs d’appréciation des réfutateurs chrétiens qui combattirent les gnostiques aux IVe et Ve siècles. Ces textes parfois se recopient les uns les autres, et sans tenir compte des mythologies orientales sur les vestiges desquelles le gnosticisme s'était développé10. L'une des principales sources concernant le gnosticisme est Irénée de Lyon (IIe siècle). Il décrit dans les détails les doctrines gnostiques qu'il combat, de manière à prouver qu'il n'y a que peu de choses en commun entre la gnose et le christianisme. À cette époque, des gnostiques grecs se faisaient baptiser, mais tenaient à concilier leurs doctrines avec leur nouvelle religion. L'une des principales différences entre gnose et christianisme tient à la conception du Salut. Le christianisme exotérique le propose à tous tandis que la gnose, dans son ésotérisme, le réserve aux initiés. (ref nécessaire) Les plus anciens témoignages des réfutateurs datent du Nouveau Testament qui dénonce les hérésies et les faux prophètes, dont Simon de Samarie et le diacre Nicolas. Pour la période jusqu’au IIIe siècle, on ne possède que les récits des hérésiologues, c'est-à-dire les réfutateurs des gnostiques 10 . L’établissement d’une histoire précise des mouvements gnostiques est impossible à cause de ce flou, et des livres dont les titres changent d’une version à l’autre et dont les véritables auteurs restent anonymes. Très peu de monuments ou objets relatifs aux gnostiques furent retrouvés10. Sur la période du IIIe au Ve siècles, les sectes se sont étendues en Égypte, où le sable conserva des écrits en copte. C’est pourquoi on retrouva, à partir de 1800, des textes dans les nécropoles égyptiennes. L’Évangile de Marie, le Livre secret de Jean et la Sophia de Jésus-Christ ont été achetés en 1896 en Égypte, dans un même lot de parchemins. En décembre 1945, plus de 40 écrits perdus furent retrouvés dans une jarre à Nag Hammadi, dont en premier lieu des écrits de sectes orientales, mais aussi des apocryphes chrétiens et des gnostiques. Cependant, cette bibliothèque n’est qu’un « instantané » de la pensée gnostique de l'époque, les textes y étant constamment remaniés et modifiés. Quelques traités gnostiques :      l'Évangile de vérité; l'Évangile selon Thomas; l'Évangile selon Marie; la Pistis sophia; l'Évangile de Judas;

Le cas de l'Évangile selon Jean

Bien qu'il serait inexact de l'appeler gnostique, l'évangile de Jean contient bien quelques éléments laissant à penser à une influence ou des croisements possibles avec le gnosticisme11. …

Quelles sont les origines du gnosticisme ?
Trois hypothèses principales ont été proposées faisant remonter l'origine du gnosticisme au Ie siècle12:  La première, émise notamment par Adolf von Harnack fait du gnosticisme une hellénisation du

christianisme naissant.  Le gnosticisme pourrait aussi être un retour aux sources orientales du christianisme, ou

un syncrétisme oriental.  Enfin le gnosticisme pourrait être d'origine juive.13

En effet, la vision des gnostiques est celle d'une dualité, développée d'une façon incroyablement variée et qui peut paraître paradoxale. Elle différait cependant des doctrines de leur époque sous trois formes :    La cosmogonie L'anthropologie L'eschatologie

Comme le dit Ioan P Couliano:  "Les doctrines religieuses de l'époque connaissaient trois variantes, fixant le rôle de l'homme

dans l'univers (le Cosmos).  "Ce monde a été créé pour cet homme" et cet homme a été créé pour ce monde (variantes

bibliques)  "Ce monde a été créé comme cet homme" et "cet homme a été créé comme ce monde "

(variantes platoniciennes). Mais la conception des gnostiques est au contraire:   "L'homme a été créé contre le monde. "L'homme est supérieur à ses créateurs".14

On peut qualifier cette attitude d"'anti-cosmisme". Les gnostiques, à l'image des "initiés" de ce temps, voyaient en Jésus, non un personnage historique, né d'une vierge et capable de marcher sur les eaux mais un être mythique, et le but de tout initié chrétien était de devenir un Christ.

Force est de constater que l'on retrouve des éléments gnostiques en marge des grandes religions, mais souvent en leur sein même et il en fut de même dans le christianisme naissant. Elaine Pagels a remarqué que les similitudes entre le gnosticisme et le bouddhisme ont incité certains universitaires à s'interroger sur leurs relations mutuelles et à se demander "si le "bouddha vivant" pourrait justement dire ce que l'Évangile de Thomas attribue au Jésus vivant, pour peu que les noms soient changés". Bien qu'intriguée, elle soutient à juste titre qu'une telle ressemblance n'est pas concluante, des traditions parallèles pouvant apparaître dans des cultures différentes sans qu'il y ait d'influence directe.15

Expansions et fins du gnosticisme
Selon les témoignages des historiens anciens, c’est dans un cadre géographique allant de la vallée du Jourdain à l’Asie Mineure que les communautés gnostiques se manifestèrent à l’époque des apôtres. Simon par exemple enseignait la Gnose. On retrouve la trace des Nicolaïtes à Samarie, Nicolas à Antioche. Leur réflexion sur des textes de l’Ancien et du Nouveau Testament, dont certains considérés aujourd’hui comme apocryphes, marqués de l’hellénisme. Parmi ces livres, le livre des Jubilés et le Livre d'Hénoch sont parmi les plus significatifs16. Vers 120, les gnostiques gagnent Alexandrie17, autour de Basilide, Carpocrate et Valentin (Valentinus ou Valentinius). Valentin se rendit à Rome, où sa gnose voila ses mythes orientaux d’une exégèse philosophique mêlée de christianisme. À Rome, des sectes fortement influencées par les éléments orientaux continuent d’affluer. Les sectes se propagent, notamment en Espagne16. On peut mesurer l'influence du gnosticisme à la force et au nombre de ses réfutations. En Iran : Mani qui fait une vaste synthèse des nombreux enseignements, et Audi, un chrétien qui se sépare de l’Église après Nicée. De l’Orient, le gnosticisme s’étendit jusqu’à la Chine16. On retrouve aussi :    les kantéens en Iran, les séthiens disciples de Simon le Magicien qui formèrent un groupe important, les barbélognostiques, les archontiques, les ophites (ou naassènes) aux pratiques hérités des

mystères grecs,  les pérates, les caïnites, ces derniers louent Caïn le fils prodigue d'Adam et Eve16.

Parenté et survivance des mythes gnostiques
Il est difficile de déterminer la manière dont resurgissent et d'où proviennent les idées gnostiques. Avons-nous affaire à une filiation ininterrompue et souterraine qui relie les époques ? On les trouve chez les grands précurseurs que furent Platon ou Pythagore, tout comme elles ont perduré jusqu'à Hegel ou Jean-Paul Sartre de nos jours.

Elles sembleraient procéder, comme le dit Joseph Campbell, d'une même "anatomie", c'est-à-dire de quelque chose d'inhérent à la nature humaine. Campbell croyait que toutes les religions du monde, tous les rituels et les déités n'étaient que les “masques” d'une seule et même vérité transcendante, laquelle serait “insaisissable" (inconnaissable). Il décrivait le christianisme et le bouddhisme, que l’objet en fût “la conscience de Buddha” ou “la conscience du Christ”, comme un niveau de perception au-dessus des “oppositions binaires” telles que le bien et le mal. De telles conceptions unificatrices sont parfois mal reçues... L'idée gnostique est présente au sein du bouddhisme18, du judaïsme (Kabbale) 19 et plus tard de l'Islam avec l'ismaélisme. Mais elles circulèrent parmi les bogomiles et cathares du Moyen Âge, sans qu'on sache s'ils descendent de groupes gnostiques ayant survécu depuis l'Antiquité, ou s'il s'agit de résurgences suscitées par la transmission d’écrits gnostiques déguisés en apocryphes chrétiens. Les survivances de la gnose la plus philosophique se décèlent dans la littérature alchimique, notamment les textes attribués à Hermès Trismégiste. Peut-on dire que la gnose, avec le mythe d'Hiram, sa résurrection et sa mort, fait partie des racines de la franc-maçonnerie ? De même, il y a intercommunication entre la littérature juive kabbalistique et certaines doctrines du gnosticisme hellénisé.  En Orient...les gnostiques s'intégrèrent à l’Islam.

Aux confins de la Mésopotamie et de l’Iran certaines sectes survécurent jusqu'au XIIe siècle. On trouve, en effet, une influence du gnosticisme chez les musulmans chiites, mais aussi dans la foi druze. On trouve des traces de pensée gnostique chez les ranters, le Libre-Esprit et divers mouvements millénaristes. 20 Le dualisme n'est d'ailleurs pas une spécificité des gnostiques des premiers siècles mais se retrouve dans le zoroastrisme, qui lui est du reste bien antérieur, et dans de nombreux cultes à mystères autour du bassin méditérranéen.  En terre d'Islam

Le sens du mot "gnostique" ne revêt pas la même signification en Islam où ce terme est quasiment équivalent à mystique. Ainsi, les soufis se désignent souvent par le terme "gnostique" au sens de "possesseur de la connaissance de Dieu", cette connaissance étant conforme aux dogmes musulmans mais dans un état plus "avancé". Ainsi, stricto sensu, le gnostique musulman est un musulman et non un hérétique.

Gnosticisme et Christianisme naissant

Comme le dit Elaine Pagels - "ce sont les vainqueurs qui écrivent l'histoire... à leur façon. Il n'est pas étonnant qu'ils soient les premiers à en définir les termes. ... Ensuite ils démontrent que leur triomphe était historiquement inévitable ou, en termes religieux, qu'ils étaient guidés par le SaintEsprit." L'opinion courante veut que le gnosticisme soit une branche déviante de ce qui allait devenir le christianisme. L'idée dominante serait que le gnosticisme est une adaptation juive des anciens Mystères païens. La future religion d'état instituée par Constantin se serait ainsi purifiée et séparé d'éléments déviants. S'appuyant sur la foi plus que tiède de Constantin, elle fermait les temples antiques, interdisait les cultes à Mystères et détruisait ou falsifiait les textes. Ces textes auraient peut être pu donner une vision différente de l'antiquité, de la Gnose et du Gnosticisme.

Les thèmes principaux
Les auteurs gnostiques abordent la plupart des thèmes mythologiques et eschatologiques, les réinterprètent en passant par la révélation d’une « histoire secrète », d'un mythe total : l’origine et la création du Monde ; l’origine du Mal ; le drame du Rédempteur divin descendu sur Terre afin de sauver les hommes ; la victoire finale du Dieu transcendant, conduisant à la fin de l’Histoire et l’anéantissement du Cosmos 21. Le point de départ est la considération, par l’individu, de sa situation face au monde : que suis-je, pourquoi ce monde me semble-t-il étranger, qu’étais-je à l’origine et comment (éventuellement) revenir à cette situation ? C’est la prise de conscience d’une déchéance impliquant que leBien et le Mal sont deux éléments inconciliables, absurdement mêlés ici-bas par un accident contraire à la volonté divine. La révolte intime contre le Mal est la preuve de l’appartenance au Bien, à un absolu parfait extérieur à ce monde 21. L’humanité est divisée en trois catégories :  ceux qui se sentent (donc, se savent) pourvus d’une perfection innée dont la nature

est esprit : les pneumatiques; Pneuma veut effectivement dire esprit, en grec sont les spirituels, ceux qui sont prédestinés au salut  ceux qui n’ont qu’une âme et point d’esprit, mais chez qui le Salut peut encore être introduit

par instruction : les psychiques, ceux qui possèdent une âme et peuvent être sauvés au prix d'un effort personnel et d'une conversion 22  enfin, les êtres dépourvus d’esprit et d’âme, uniquement constitués d’éléments charnels voués

à la destruction : les hyliques. Le but premier du gnostique est la délivrance de sa parcelle divine, aliénée dans un monde matériel corrompu, et sa remontée vers les sphères célestes. Cette délivrance passe par la Gnose, la connaissance parfaite de la nature de l’esprit, des structures de l’univers, de son histoire passée et future21.

Le premier aspect de la Gnose porte sur les origines du monde matériel et de l’homme, le Mal s’expliquant par la chute accidentelle d’éléments supérieurs dans un cosmos matériel, temporel et sexué, au fond duquel ils se sont disjoints, dispersés et emprisonnés sans pour autant perdre leur pureté.Le second aspect de la Gnose vise la Destinée de l’humanité et du Cosmos, aboutissant à la dissolution finale de la matière, à la libération de l’esprit et au retour à l'unité parfaite intemporelle dont les élus, ici-bas, gardaient le souvenir. Le monde supérieur ayant seul été organisé par une intelligence authentiquement créatrice, le matériel n’en est qu’une copie maladroite. De même, l’homme terrestre est l’image imparfaite d’un modèle céleste. On voit l’idée de Décadence, puis de Rédemption. Pour les Élus, le Salut peut être personnel, alors que pour les autres le rachat se fera par une eschatologie générale ayant pour terme la destruction de l’univers matériel 21.

Du Pro-Père au Démiurge
 À l’origine de tout,

Il y a un Eon parfait, invisible, inconcevable et éternel, habité par un Être absolu et immuable, le ProPère, replié sur lui-même et coexistant avec sa Pensée qui est, elle, Silence absolu. 23 De cette unité primitive du Pro-Père et de sa Pensée émane une seconde image du Père. Cette première émanation est dégagée de l’isolement primordial et capable d’engendrer. Elle suscite alors l’apparition des trente éons hiérarchisés du Plérôme.  La présence du Plérôme

Le Plérôme 24est un terme grec signifiant "plénitude" et qui désigne le monde céleste formé par l'ensemble des éons, que le gnostique atteindra à la fin de son aventure terrestre On y retrouve : Monogène, Logos, Mère céleste, Homme primordial, Fils de cet Homme (ou Sethcéleste), grande Génération des Fils de l’Homme primordial, Sophia (Sagesse, parfois qualifiée de lascive), etc. Ces éons vont par couples, féminin/masculin, appelés syzygies. Les éons sont, en même temps que des personnifications de concepts, des univers à part entière, infinis et éternels, reproduisant le schéma général du Plérôme tout entier et de l’Inengendré suprême. 23  Dualisme radical ou mitigé

L’opposition entre le monde idéal de la Lumière et celui, imparfait, des Ténèbres et de la Matière peut suivre 3 schémas. Les plus radicaux situent, à l’origine de la création du monde matériel, une subite agression des eaux ténébreuses préexistantes contre la Lumière d’en haut, attaque qui se déroule dans l’espace intermédiaire d’un troisième principe, air ou vide. On retrouve ce thème chez lesbogomiles et les manichéens.

Plus fréquemment, la Lumière d’en-haut préexiste seule à toute création. Un accident survenu dans le monde supérieur engendre une puissance difforme et ignorante, Ialdabaôth, autour de qui se forme un éon ténébreux, notre bas monde. La Lumière entreprend une œuvre salvatrice pour anéantir cet éon maléfique. Selon une première variante, Sabaôth, le fils d’Ialdabaôth, va découvrir la Lumière et sera mis par les puissances supérieures à la place de son père pour engager le cosmos vers le salut. Une seconde variante montre Ialdabaôth revenant lui-même au bien 21 . Les diverses divinités sont considérées comme perverses, liées au monde matériel, tel le Démiurge de la Bible. Les gnostiques n’emploient pas le terme « Dieu » pour désigner l’Être infini dont tout le monde supérieur émane21 .  La rédemption

Ainsi, Sophia est prise d’égarement, elle s’éprend d’amour pour la matière vers laquelle elle descend et où elle s’enlise. Une autre version dit que Sophia, emportée par sa vanité, voulait ressembler à l’Entité suprême en engendrant seule sans sa contrepartie masculine. S’ensuit l’apparition d’un être difforme, Ialdabaôth, que Sophia cacha sous un voile qui formera le ciel, limite entre les mondes supérieurs et le monde matériel. Sous ce voile, Ialdabaôth ignorait tout de la Lumière, ne disposant en son sein que d’une étincelle céleste héritée de sa mère. Sophia fut exilée du monde supérieur après sa faute. Du fond de l’abîme Ialdabaôth engendra la matière, il est le Démiurge. Il s’unit à sa propre Ignorance pour engendrer les archontes correspondant aux zodiaques et aux planètes. Des archanges et anges leur sont associés. Le repentir de Sophia touche les puissances suprêmes qui la tirent de l’abîme et l’établissent aux abords inférieurs du monde de la Lumière, purgatoire où elle attendra d’être plus complètement relevée de sa déchéance.23  L'éternel féminin

Le principe féminin a un rôle important dans les éons, des figures féminines vont jouer des rôles prophétiques, les gnostiques ne semblent pas considérer la femme comme inférieure à l’homme. Mais le retour de l’élément féminin à sa contrepartie masculine reste une condition indispensable à l’accès à la perfection céleste, et Sophia est responsable de l’erreur qui a conduit la chute vers la matière. Par exemple, l'Évangile de Marie-Madeleine accordera à la figure de celle-ci une place au moins aussi importante qu'aux apôtres25.

La personne de Jésus
Malgré leurs différences, les évangiles canoniques décrivent Jésus comme un personnage historique et se présentent comme l'accomplissement des prophéties de l'Ancien Testament. Mais pour certains chrétiens gnostiques cette réalité paraissait secondaire par rapport à la signification qu'on lui prêtait. L'Évangile de Thomas indique : "Ses disciples lui dirent - Vingt-quatre prophètes ont parlé en Israël et

ils ont tous parlé de toi. Et il leur dit: Vous avez délaissé celui qui est vivant en votre présence et vous avez parlé de ceux qui sont morts". Pour le gnostique, la réalité apparaît secondaire par rapport à la signification qu'on lui prête26. Il n'y a donc pas d'autorité absolue dans le monde matériel, dans le royaume des ténèbres ou mondes des morts. La réalité est pour le gnostique le monde spirituel, le monde de la Vie, le divin. Ainsi on peut comprendre l'extrait de l'Évangile de Thomas qui précède ainsi:  "Vingt-quatre prophètes ont parlé en Israël et ils ont tous parlé de toi" dans le sens "tous les

prophètes annonce la même bonne nouvelle : le chemin de l'éveil de l'esprit (Christ) en l'homme"  "Vous avez délaissé celui qui est vivant en votre présence" dans le sens "Vous avez oublié

l'étincelle d'esprit du monde divin qui git en vous"  "vous avez parlé de ceux qui sont morts" dans le sens "vous avez parlé de l'homme matériel,

ceux qui sont voués à la mort, ce qui est poussière". De plus, il y a, chez ces gnostiques, une réflexion profonde sur la personnalité de celui qu'ils nomment le "Sauveur". Selon Madeleine Scopello, le sauveur gnostique reste fondamentalement étranger au monde matériel. En effet, il est du monde spirituel, il est aussi appelé Christ. On retrouve ainsi ce thème : Le Sauveur descend sur terre pour le salut des hommes et à son tour, il assume, pour un temps leur destinée. Non dans le but de donner un sens au monde à la souffrance ici-bas, mais pour délivrer les parcelles lumineuses qui s'y sont dévoyées.27. Le seul "sens au monde à la souffrance ici-bas" est de permettre par l'expérience, la libération de l'esprit endormi en l'homme.

Le destin de l'Homme
Parmi les éons, il y a l’Homme (primordial, originel) ainsi que le Fils de l’Homme. C’est à partir de son reflet que le Démiurge et ses archontes décident de fabriquer l’homme, Adam. Le Père, grâce à ses anges déguisés en archontes, suggère au Démiurge d’insuffler son esprit, la Lumière dont il s’était emparé, à Adam. La Lumière est ainsi passée à l’humanité. De rage, les archontes emprisonnent Adam dans l'Éden, vu comme un lieu terrible. Les puissances d’en-haut cachèrent la Gnose et la Vie dans le fruit défendu, et envoyèrent un Sauveur sous la forme du serpent pour inciter Adam et Ève à s’emparer de ces secrets25. Les archontes installent en Adam un second esprit, le contrefacteur, qui va sans cesse combattre les mouvements de l'esprit tiré vers le haut. Le premier couple est expulsé de l'Éden par le Démiurge, furieux. Il souille Ève de sa lubricité, ce qui explique la génération d’Abel et Caïn. La vraie postérité d’Adam ne commence qu’avec Seth, dont seule la descendance, les parfaits, est promise au salut. Le Démiurge envoie le Déluge pour anéantir les parfaits, mais Noé s’abrite avec les siens dans l’Arche et au final c’est la race née de l’union des anges du Démiurge et des filles de la terre qui est anéantie25 .

Les archontes sont liés à la voûte céleste, au mouvement des planètes. Chaque partie de l’homme, physique ou psychique, appartient souverainement à la puissance de la voûte céleste qui l’a façonnée. Dans ce corps assemblé descend une âme qui, traversant l’un après l’autre chacun des cieux des planètes, y reçoit, en fonction du moment de ce passage, telle ou telle disposition par laquelle l’individu restera soumis aux astres. Enfin, les puissances insinuent dans le fœtus l’esprit contrefacteur destiné à contrarier les pulsions éventuelles de l’homme vers le salut25. Le mélange de tous ces facteurs entraîne des degrés de perfections fort différents qui expliquent les 3 grandes catégorisations de l’humanité (pneumatique, psychique ou hylique)25.

L’eschatologie
Le Démiurge ne cesse d’envoyer contre les parfaits des cataclysmes et persécutions. Il faut éveiller les élus en leur rappelant leurs origines (racines) célestes. Pour cela, des sauveurs et des prophètes sont envoyés d’en-haut pour dispenser confidentiellement leurs révélations. L’acte final du salut de l’humanité est la descente d’une puissance de la Lumière jusqu’au fond des Enfers28 L’œuvre salvatrice est associée à la descente de la Mère Céleste dans les abîmes où l’humanité est prisonnière, mythe remontant à la descente d’Ishtar aux Enfers. Seth aurait eu une incarnation céleste, et les mages (Zoroastre, etc.) sont les prophètes gardiens de l’enseignement secret de Adam et Seth. La figure de la Mère sera remplacée par celles de Seth puis du Christ28. Annoncé par un signe des cieux, le Sauveur va descendre, d’abord déguisé en archonte des cieux inférieurs, puis revêtu de toute sa gloire. Les gnostiques répugnant à l’idée d’incarnation, le Sauveur est incorporel. Dans certaines versions du mythe le Sauveur doit subir les conséquences humiliantes de l’incarnation pour transmettre son message à quelques élus avant de retourner au Ciel. Parfois il oublie sa mission et doit être lui-même sauvé (mythe du « Sauveur sauvé »)28. L’amnésie, l'oublie de la condition originale est une image spécifiquement gnostique. En se tournant vers la Matière, l’âme oublie sa propre identité. C’est la mort spirituelle. Le mythe du Sauveur Sauvé tourne autour de cette notion d’amnésie, qu’illustre l'Hymne de la Perle, dans les Actes de Thomas. La découverte du principe transcendant à l’intérieur de Soi-même constitue l’élément central de la religion gnostique. Cette redécouverte, l’anamnèse, est obtenue grâce à un messager divin et grâce à la gnose28. Dans les Évangiles, l'aspect de oublie est bien éclairé quand Jésus sur la croix dit: "Mon peuple se perd faute de connaissance". Le symbole du sommeil est également utilisé dans ces mythes. C’est un symbole archaïque universellement répandu dans la quête de l’initiation, signifiant le retour au point de départ, à l'origine. Ne pas être endormi c'est s'adresser à l'étincelle d'esprit qui git en l'homme. Être « éveillé », c'est être non seulement pleinement conscient mais vivant selon l'esprit, ce qui veut dire : être présent au monde de l’esprit. L'état de mort est souvent utilisé par les gnostiques dans le même sens que sommeil. D'ailleurs dans le Bouddhisme le sommeil est appelé aussi la petite mort. Dans l'Évangile de

Luc, chapitre 3 versets 31-40, Jésus, dans une parabole, rappelle a tout homme qu'il doit rester éveillé et prêt à l'avènement du Fils de l'homme. Finalement, le rédempteur remontera aux Cieux, occasion d’un bouleversement céleste qui fixera les archontes aux planètes, traversant la voûte céleste à l’endroit d’un X gigantesque considéré comme la Croix céleste. Ce phénomène de la crucifixion sur le X céleste est déjà attesté à Rome au moment de l’avènement du règne d’Auguste, à qui on attribue déjà l’abolition de la Fatalité astrale 28. Les gnostiques se croyaient presque parvenus à la fin des temps. Les livres prétendument gardés secrets venaient d’être ressortis de leurs cachettes. Pour les Parfaits, l’enseignement portait sur les mystères de la descente et de l’ascension du Sauveur/Christ à travers les 7 cieux habités par les anges, et sur l’eschatologie individuelle, c'est-à-dire l’itinéraire mystique de l’âme après la mort. Cette tradition fait écho à l’ésotérisme (juif et d’ailleurs), à l’ascension de l’âme et aux secrets du monde céleste28.

L’âme après la mort
L’homme est asservi aux puissances des cieux visibles qui l’ont façonné. Les gnostiques pensent pouvoir réduire leur puissance en employant des conjurations contenant les noms secrets de ces puissances. Ils mettent également en place des rites pour échapper aux égarements de "l’esprit contrefacteur". Au moment de la mort, un élu muni de tous les sacrements de la gnose fait son ascension à travers les cieux sans retour : il présente les sceaux aux gardiens pour que les portes lui soient ouvertes. Des autres, les moins souillés sont purifiés dans les purgatoires des espaces célestes, montant parfois d’une sphère à l’autre lors d’une conjonction astrale. Mais bien des malheureux sont rejetés vers le bas, tourmentés en Enfer, avant d’être soumis à l’oubli de leur vie précédente et rejetés dans de nouveaux corps29

La morale
Les gnostiques, voyant le corps charnel asservi dans ses actes et ses passions à la souveraineté des planètes, ou encore se croyant pourvus d'une grâce d'en-haut qui délivre des actes ici-bas, n'ont pas de notions de moralité individuelle très strictes. La gnose peut donc aussi bien conduire à un ascétisme rigoureux qu'à de curieuses immoralités, avec la volonté de contredire en tout la loi biblique. La chair appartenant à la matière et ne sachant participer au Salut, peu importe qu'elle fût souillée. Les pratiques licencieuses de certains groupes gnostiques sont réprouvées par d’autres groupes gnostiques comme par les réfutateurs chrétiens. Enfin l'héritage de certains mystères grecs (par exemple chez les Naassènes) put être à l'origine de comportements immoraux en leur donnant une valeur mystique.

La hiérarchie et les rites
Il y aurait eu trois grades : les « commençants », les « progressants » et les « parfaits ». L’enseignement ésotérique aux fidèles portait sur le symbolisme du baptême, de l’eucharistie, de la

Croix, sur les Archanges et sur l’interprétation de l’Apocalypse. L'enseignement gnostique était secret dans le sens qu'il se transmettait de manière oral. Pour éviter d'être repérée, la Gnose se dissimulait, évitant d'imposer des manières de vivre voyantes. On connaît mal l'organisation interne des sectes. Des témoins anciens, seul Épiphane a essayé de pénétrer la vie des sectes30 Les parfaits sont voués au respect de tous les préceptes de la Gnose et leur identité première s'efface devant quelque surnom mystique. Les simples fidèles continuaient leur existences impures en subvenant aux besoins des élus. Les premiers fondateurs, et parfois leurs successeurs, s’étaient présentés comme des prophètes ou des incarnations de puissances célestes. À des fins de propagande, les gnostiques se présentaient d'abord aux chrétiens comme leurs frères, ne dévoilant que les croyances les plus proches, puis en posant des questions ébranlant l'interlocuteur. De même, ils travestissaient certains de leurs textes en leur donnant une apparence plus orthodoxe30 . Enfin, tout comme le christianisme se répand par la thaumaturgie, la gnose attire par la magie et l'astrologie, très répandue au début de l’ère chrétienne, qui tiennent une place très importante dans leurs écrits30. Les rites étaient divers. Les uns individuels, les autres collectifs, destinés aux divers échelons des initiés, et donc plus ou moins secrets. Il s'agissait principalement de baptêmes, d'onctions, d'impositions des mains, de communions, d'agapes et d'unions spirituelles plus ou moins symboliques. Dans certains groupes, la frontière entre la Gnose et les magies gréco-orientales est très perméable31.

Les maîtres gnostiques
Simon et Dosithée étaient des gnostiques qui officiaient en Samarie. Ménandre, disciple de Simon, introduisit le gnosticisme à Antioche. Son héritier, Satornil, fut actif à Antioche de 100 à 130. À Antioche, également, Nicolas le diacre. Cérinthe, un judéo-chrétien contemporain de Jean, voit Jésus comme le fils de Joseph et de Marie. Jésus reçut en lui le Christ, mais plus tard. Cérinthe s’établit ensuite à Alexandrie. Là, Carpocrate proclama une théorie analogue concernant Jésus. À Alexandrie on retrouve Basilide (disciple de Ménandre), Carpocrate et Valentin. Ce dernier se rendit ensuite à Rome.

Simon le Magicien
Articles détaillés : Simon le Magicien et Simonisme.

Il est vu comme le premier hérétique et l’ancêtre de toutes les hérésies. Ses disciples sont devenus gnostiques après la catastrophe de 70 (la destruction du Temple de Jérusalem), formant la secte des séthiens (?). Il était adoré comme le « premier Dieu », et sa compagne Hélène, découverte par Simon dans un bordel de Tyr, était considérée comme la dernière et la plus déchue incarnation de la « Pensée » de

Dieu. Rachetée par Simon, elle est devenue le moyen de la rédemption universelle. L’union du magicien et de la prostituée assure le salut universel, car cette union est en réalité la réunion de Dieu et de la Sagesse divine. Selon la légende, Simon annonça à Rome son ascension au Ciel, mais la prière de l’apôtre Pierre le fit retomber lamentablement.
.

Basilide

Basilide était un gnostique paléochrétien qui enseignait à Alexandrie au début du IIe siècle. Élève à Antioche de Ménandre, un disciple deSimon le Magicien, il aurait écrit sa propre version des Évangiles, des commentaires sur ceux-ci en vingt-quatre volumes, l'Exegetica, et aurait enseigné un syncrétisme reprenant entre autres l'enseignement de saint Pierre et saint Matthias ainsi qu'un dualisme influencé par lezoroastrisme. Il eut un grand nombre d'adeptes, les Basilidiens, jusqu'au IVe siècle. Historiquement, on ne le connait que par les écrits de ses détracteurs chrétiens, Agrippa Castor, Irénée, Clément d'Alexandrie et Hippolyte de Rome, aux témoignages desquels on ne sait précisément quel crédit accorder.

Doctrine
Pour expliquer le mal, il imaginait 365 cieux habités par des intelligences de différents degrés, et prétendait que notre monde avait été créé par des intelligences du dernier ordre. Il admettait deux âmes dans le même homme pour expliquer les combats de la raison et des passions, et croyait à la métempsycose. Il créa le fameux Abraxas, symbole ou talisman formé des lettres qui exprimaient le nombre 365, le nombre le plus agréable à la Divinité. Il avait rédigé un évangile qui s'est perdu.

Basilide exerça son activité de 125 à 155 à Alexandrie. Il fut un des premiers maîtres gnostiques. Il écrivit 24 livres d’exégèse de l’Écriture, synthèse des doctrines enseignées par les disciples de Simon le Magicien. Mais c’est surtout par ses observations critiques qu’on connaît ses idées, reprises par son disciple et fils Isidore, puis par toute une école théologique. Il professait la transcendance absolue de Dieu, de qui la Pensée, puis la Parole, puis la Prudence, la Sagesse et la Force avaient émané. De là étaient sortis les anges et les puissances constituant le premier ciel, puis les 365 cieux qui séparaient Dieu du groupe des anges les plus modestes, lesquels avaient créé le monde et s’étaient réparti entre eux les peuples. Yahvé, le Dieu paléo-testamentaire, était un personnage querelleur et autoritaire qui avait semé le désordre et dont le peuple était constamment agressif. Dieu intervint alors en envoyant dans le monde sa Pensée comme Christ. À tous les niveaux, sauf le plus élevé, l’ignorance conduisait chacun des êtres célestes intermédiaires à se prendre pour le Dieu Suprême.

Le salut était apporté par la Connaissance (Gnôsis) révélée par le Christ et les maîtres inspirés. Avec cette gnose, le Mal était surmonté puisqu’il n’était que l’œuvre du méchant Yahvé. La souffrance des justes était vue comme une expiation pour les péchés de chacun des croyants.

Valentin (gnostique)
Valentin (en latin : Valentinius), né à Phrébon en Égypte au IIe siècle, est un chrétien gnostique, déclaré hérétique comme tous les gnostiques par l’Église catholique.

Biographie
Valentin (Valentinius) fut le plus important des maîtres gnostiques. Il naquit en Égypte et fut éduqué à Alexandrie. Il enseigna à Rome entre 135 et 160. Il était candidat pour être évêque de Rome en 143. Ses conceptions ésotériques le firent exclure de la communauté. L’Évangile de Vérité, ainsi que d’autres textes découvert à Nag Hammadi, se rattachent à l’école valentinienne. D’entre les grands gnostiques, il n’y a guère que les valentiniens qui, lorsqu’ils se réfèrent aux enseignements chrétiens, le fassent d’après les évangiles canoniques.

Doctrine
Les thèses de Valentin n'ont été connues durant des siècles qu'indirectement et de façon parcellaire, par les écrits de Pères de l'Église qui les ont combattues, dont Irénée de Lyon. On a pu penser que ces réfutations déformaient intentionnellement la pensée des maîtres gnostiques. Les découvertes de Nag Hammadi, en 1945, ont permis de mieux connaître cette pensée, et de constater que, dans l'ensemble, les réfutations s'appuyaient bien sur l'enseignement des gnostiques. Le Père, premier principe absolu et transcendant, est invisible et incompréhensible. Il s’unit à sa compagne, la Pensée (Ennoia) et engendre les quinze couples des éons, formant le Plérôme. Le dernier des éons, Sophia, veut connaître le Père et provoque une crise qui entraînera l’apparition du mal et des passions. Sophia et ses créations sont rejetées, produisant une sagesse inférieure. En haut, un nouveau couple est créé, le Christ et son partenaire féminin le Saint-Esprit. Le Plérôme, de nouveau pur, engendre le Sauveur Jésus. En descendant dans les régions inférieures, le Sauveur mélange la matière, provenant de la sagesse inférieure (hylique), avec les éléments psychiques, engendrant le Démiurge, le dieu de la Genèse, qui se croit seul Dieu. Celui-ci crée le monde et le peuple de deux catégories d’hommes, les hyliques et les psychiques. Mais des éléments venant de la Sophia supérieure s’introduisent dans le souffle du Démiurge, donnant naissance aux pneumatiques. Le Christ descend alors sur Terre pour révéler la connaissance libératrice. Les pneumatiques, réveillés par la gnose, remonteront vers le Père. La rédemption du dernier pneumatique sera accompagnée par l’anéantissement du Monde, de la Matière.

La Matière a une origine spirituelle, c’est un état, une « expression externe solidifiée » de l’Être absolu. L’ignorance (l’aveuglement de Sophia) est la cause première de l’existence du Monde. La connaissance constitue la condition originelle de l’Absolu.

Comme les autres gnostiques, Valentin croît à l’âme, à son immortalité et à la transmigration des âmes, ce qui en fait un platonicien.

Il fut le plus important des maîtres gnostiques. Il naquit en Égypte et fut éduqué à Alexandrie. Il enseigna à Rome entre 135 et 160. L'Évangile de vérité, ainsi que d’autres textes découvert à Nag Hammadi, se rattachent à l’école valentinienne. D’entre les grands gnostiques, il n’y a guère que les valentiniens qui, lorsqu’ils se réfèrent aux enseignements chrétiens, le fassent d’après les évangiles canoniques. Le Père, premier principe absolu et transcendant, est invisible et incompréhensible. Il s’unit à sa compagne, la Pensée (Ennoia) et engendre les 15 couples des éons, formant le Plérôme. Le dernier des éons, Sophia, veut connaître le Père et provoque une crise qui entraînera l’apparition du mal et des passions. Sophia et ses créations sont rejetées, produisant une sagesse inférieure. En haut, un nouveau couple est créé, le Christ et son partenaire féminin le Saint-Esprit. Le Plérôme, de nouveau pur, engendre le Sauveur Jésus. En descendant dans les régions inférieures, le Sauveur mélange la matière, provenant de la sagesse inférieure (hylique), avec les éléments psychiques, engendrant le Démiurge, le dieu de la Genèse, qui se croit seul Dieu. Celui-ci crée le monde et le peuple de deux catégories d’hommes, les hyliques et les psychiques. Mais des éléments venant de la Sophia supérieure s’introduisent dans le souffle du Démiurge, donnant naissance aux pneumatiques. Le Christ descend alors sur Terre pour révéler la connaissance libératrice. Les pneumatiques, réveillés par la gnose, remonteront vers le Père. La rédemption du dernier pneumatique sera accompagnée par l’anéantissement du Monde, de la Matière. La Matière a une origine spirituelle, c’est un état, une « expression externe solidifiée » de l’Être absolu. L’ignorance (l’aveuglement de Sophia) est la cause première de l’existence du Monde. La connaissance constitue la condition originelle de l’Absolu.

Marcion

Marcion du Pont ou de Sinope était une personnalité du christianisme ancien de la fin du Ier siècle et de la première moitié du IIe siècle (ca 85- ca 160 [certains auteurs donnent 95-161]) ; condamné et écarté par la communauté chrétienne de Rome alors dirigée, selon la tradition, par l'épiscope Pie, il fonda une Église dissidente et fut considéré comme l'un des premiers hérésiaques. La doctrine de Marcion reposait sur une lecture très partielle du message chrétien, à savoir les épîtres de Paul de Tarse, où il trouva une opposition entre la loi et l’Évangile, entre la Justice et la foi en Jésus-Christ. Il pensait que Jésus avait abrogé la Loi pour la remplacer par celle de l’évangile, donc que le père de Jésus était différent du dieu de l’Ancien Testament. Marcion rejetait donc en bloc l’Ancien Testament comme écriture inspirée et ne retenait qu’une partie de l’Évangile selon Luc et dix épîtres de Paul (il ne connaissait pas celles à Timothée et à Tite). Par cette sélection, Marcion poussa l’Église à se poser la question du canon, ce qui aboutira à l’établissement de la liste des 27 livres duNouveau Testament tel que nous le connaissons actuellement.

Biographie
Marcion est le fondateur en Orient d’une Église qui se disait chrétienne, d’abord reconnue , puis condamnée par Rome car, paradoxalement, elle rejetait la croix en disant qu’on ne pouvait pas vénérer un instrument de supplice. D’origine païenne, il serait né vers 85 àSinope, port de la mer Noire. Lorsque Marcion atteignit l’âge adulte, son père, un riche armateur, devint évêque de la communauté chrétienne de Sinope. Tertullien signale que Marcion, d’abord stoïcien, s’est converti à 20 (ou 25) ans après « avoir découvert Dieu ». Le même auteur (C.M. 1, 19) déclare que les marcionites plaçaient un intervalle de 115 ans et demi entre le Christ et Marcion. Vers l’an 138, sous l'épiscopat d'Hygin, Marcion se rend à Rome après avoir aidé son père au cours de nombreux voyages. Peut-être s’y était-il fait précéder (comme le dit Jérôme de Stridon) par Marcellina, l’une de ses disciples. Il passait alors pour chrétien puisqu’il fut admis dans la communauté chrétienne de Rome. Il y rencontra Cerdon arrivé dans cette ville quelques années avant lui (vers 135). Vers 140/142, les gnostiques, Cerdon et Valentin sont exclus, par ce même épiscope Hygin, de la communauté des fidèles. En 144, Marcion est exclu par Pie Ier de la communauté des fidèles car il refuse de reconnaître la double nature (humaine et divine) du Christ : après Simon le Magicien, il sera le second excommunié. Il ne quitta pas Rome pour autant puisqu’il y était encore établi comme maître, enseignant ses propres doctrines pendant l’épiscopat d’Anicet (154-166). Jérôme le qualifie d’« ardens ingenii et doctissimus » (d’esprit passionné et très instruit). C’est peut-être à Rome qu’il mourut car nous n’avons aucune preuve qu’il ait quitté la ville. Adolph von Harnack estime que Marcion, après avoir quitté le Pont, enseigna en Asie Mineure. Cette hypothèse est confirmée indirectement par Polycarpe de Smyrne vers 155 (Ep. aux Philip.) quand il

traite Marcion de « premier-né de Satan », lui reprochant de rejeter en bloc « la croix, la résurrection, le jugement ». Il mourut peut-être entre 161 et 168 ; on n’entend plus parler de lui sous le règne de Marc-Aurèle.

Doctrine
Selon Marcion, il existe deux dieux : le Dieu bon, extérieur au monde et à la matière, et le démiurge, un dieu créateur ayant engendré le monde de la matière. Le démiurge a créé le monde sensible et l'humanité. Il est le dieu de l'Ancien Testament, fondateur de la Loi, qui a choisi le peuple d'Israël comme peuple élu. C'est un dieu qui rend la justice au nom de sa loi, un dieu sévère, vengeur et foncièrement mauvais. Le Dieu bon est à l'inverse le Dieu suprême, sans les limitations du dieu de la matière. Étranger au monde, à la matière, à la Loi, à ses transgressions et donc au péché, c'est un Dieu d'amour plus que de justice. C'est lui qui a engendré Jésus-Christ, venu pour abroger l'Ancien Testament et le culte de son démiurge. Ce dualisme est donc fondé sur l’opposition évangile-Loi, une opposition qu'on retrouve chez l'apôtre Paul, mais qui est ici poussée à son paroxysme. Le dieu créateur dont parle l’Ancien Testament crée un homme faible. Ce dieu se choisit un peuple, Israël, lui donne la Loi et lui promet un Messie. L’Ancien Testament reste valable comme révélation d’un dieu juste et créateur, mais limité et étranger à l'amour. Le Dieu suprême, le Dieu bon a pitié des hommes et décide de les sauver, c’est-à-dire de les libérer du joug de la Loi pour qu’ils puissent faire le bien. Ce Dieu envoie son fils, qui prend un corps semblable aux hommes, mais non charnel, car la matière est mauvaise. Le dieu créateur s’aperçoit que Jésus prêche un Dieu supérieur, il le persécute et le livre à la mort de la croix. Comme la domination du créateur continue, le salut ne sera obtenu qu’à la fin des temps1 Marcion rejetait donc radicalement l’Ancien Testament. Toutefois, les écrits chrétiens primitifs ne justifiaient pas toujours ses théories. Marcion considéra donc que les auteurs des évangiles avaient mal compris le message de Jésus et y avaient inclus des notions judaïsantes relatives au Démiurge. Il entreprit donc de constituer un dossier des témoignages primitifs qui justifiait sa doctrine, un Nouveau Testament. Il ne garda qu’un évangile, celui de Luc (un évangile très paulinien dans ses doctrines), et 10 épîtres de Paul. Et comme il considérait que ces écrits avaient été contaminés d’éléments judaïsants, il les épura, plus en vertu de ses thèses que sur la base d'une critique historique. Par exemple, il supprima le début de l’évangile selon Luc, jusqu’en 4,32 (naissance miraculeuse du Christ), ainsi que plusieurs passages de l’épître aux Romains. Il retoucha aussi des textes, en particulier ceux où Jésus est identifié au dieu de l’Ancien Testament.

Marcion semble avoir été le premier à avoir rassemblé une collection d’écrits d’origine apostolique, qui comportait trois parties : l’Evangélion, les Épîtres, et les Antithèses. Les antithèses ont été perdues. Grâce à Tertullien, nous savons qu’elles devaient comporter deux parties : une partie historique et dogmatique, montrant comment, selon Marcion, le pur évangile s’était altéré, et une partie exégétique.

Courant marcionite
Après son exclusion de l’Église, Marcion fonda une communauté dissidente constituée de fidèles, d’un clergé et de lieux de culte. Cette secte reposait :    sur une organisation forte ; sur des cérémonies simplifiées ; sur l’autorité de Marcion : ses disciples croyaient qu’il était à la gauche de Dieu tandis que

Paul était à droite (Orig. Hom. 25 sur Luc) ;   sur une morale austère : interdiction du mariage, jeûnes, préparation au martyre, fraternité... ; sur une certaine ouverture : dans la secte, les femmes occupaient certains offices parce que

Marcion pensait qu’il n’y avait « ni mâle ni femelle en Christ ». Le culte marcionite avait certaines particularités :   les psaumes utilisés étaient différents des psaumes de David ; les marcionites de Syrie se tournaient vers le couchant pour prier Dieu (cf rag. Murator. 82-84,

confirmé par Maruta) ;  ils employaient l’eau au lieu du vin pour l’eucharistie (Epiph. Pan. XLII, 3), ils

l’accompagnaient d’une onction d’huile et offraient au nouveau baptisé un mélange de lait et de miel ;    ils pratiquaient, selon Jean Chrysostome, le baptême pour les morts (I Cor. 15/29) ; ils jeûnaient le samedi par pure hostilité au dieu juif. « Ses disciples s’abstenaient de viande et de vin » (Rom. 14/21) qu’ils remplaçaient par du

poisson et de l’eau (Luc 24/42). Le poisson constituait pour eux une nourriture sacrée (Tertullien 1/14). Selon Marcion, la procréation des enfants était un acte de soumission à la Loi du dieu créateur (le démiurge), donc un acte indigne d’un chrétien. Aucun candidat n’était admis au baptême marcionite s’il n’était disposé à mener à partir de là une vie de continence absolue. Pour les marcionites, le mariage avait lieu avec le Christ, et la vie en commun des époux était considérée

comme un divorce à l’égard du Christ. Sans doute ceux qui se pliaient à cette prescription ne formaient-ils pas la majorité. Les martyrs furent nombreux chez les marcionites ; on compte parmi eux le presbytre Métrodore de Smyrne qui subit le supplice du feu comme Polycarpe et, au cours de la même persécution, une femme qui fut tuée au temps de Valérien à Césarée de Palestine, un évêque Asclépios qui, sous Dioclétien, fut brûlé vif également à Césarée sur le même bûcher que l’orthodoxe Apselamus. Marcion aurait eu pour disciples Ambrosius, Apelle, Blastus, Basilicus et Potitus, Marcellina, Pithon, Prépon, Synaros, Théodotion. Justin de Naplouse nous dit, vers 155 (Apol. I 26) que l’influence de Marcion s’étendait sur tout l’empire ; à cette même date, les Marcionites étaient nombreux à Rome. Aux environs de 208, Tertullien confirmait que « la tradition hérétique de Marcion emplissait l’univers » (C.M. 5/19), ce qui n’était pas le cas de la Grande Église. Au IVe siècle Épiphane citait, parmi les lieux « infectés » par le marcionisme, l’Italie, l’Égypte, laPalestine, l’Arabie, la Syrie, Chypre, la Perse (Ilaer. 42.1). Le marcionisme commença à décliner dans l’Ouest au IIIe siècle tandis qu’il restait actif dans l’est. En 318319, une église marcionite était construite à Lebaba près de Damas ; son inscription mentionnait Chrestos. Au Ve siècle, Théodoret, évêque de Chypre, écrivant au pape Léon Ier, déclarait : « J’ai converti au cours de ma carrière plus de mille marcionites vivant dans huit villages ». Quand le Marcionisme disparut, ses adeptes rejoignirent généralement les groupes manichéens ; on situe des descendances chez lesPauliciens, les Bogomiles, les Cathares. Marcion constitua un grave danger pour l’Église et cela explique pourquoi, à partir du troisième quart du IIe siècle, la plupart des écrivains chrétiens de Justin à Tertullien (Denys de Corinthe, Philippe de Crète, Théophile d'Antioche, Philippe de Gortyne, Modeste, Irénée de Lyon, Hippolyte, Méliton de Sardes, Miltiade, Proclus, Clément d'Alexandrie, Rhodon, etc.) écrivirent des textes contre lui et contre ses doctrines. Vers la fin du IIe siècle, Bardesane d'Edesse rédigeait contre Marcion des Dialogues en syriaque qui s’ajoutaient aux critiques lancées en grec et qui, bientôt, allaient l’être en latin. Au IVe siècle, Éphrem le Syrien critiqua également cette doctrine. La doctrine de Marcion devait être ancienne quand elle fut combattue. Il est difficile d’en connaître les origines. Outre une lecture personnelle des épîtres pauliniennes, il pourrait y avoir des influences de la Gnose, ou d’autres ? On retrouve dans Marcion tous ces éléments, on parle d’un paulinisme exacerbé… Il est difficile de savoir s’il a voulu réunir la Gnose et les chrétiens ? Marcion était-il gnostique ? De fait, les Pères de l'Église l’ont assimilé aux gnostiques et ont vu en lui – après Simon le Magicien – le second grand hérésiarque du christianisme naissant. Marcion gardera son mystère car les seuls textes disponibles, sur lui, sont ceux de ses détracteurs. Peut-être trouvera-t-on d’autres sources ?

L’affaiblissement du marcionisme est dû à des causes conjuguées :  la règle de continence stricte de sa communauté : règle peu attractive pour le peuple et ne lui

donnant que très peu d’enfants ;   les critiques de ses détracteurs ; les progrès de l’Église et de l’école d’Alexandrie qui discréditèrent sa doctrine et présentèrent

une nouvelle philosophie chrétienne, ne laissant plus de place à Marcion et au gnosticisme ;  l’appui politique du gouvernement romain à l’Église censée maintenir la paix civile.

Le tout contribua largement à la victoire de celle-ci. Certains font de lui l’ancêtre du catharisme, d’autres de l’Islam… Par son souci d’éliminer les éléments judaïsants des écrits apostoliques, Marcion peut être considéré comme l’un des précurseurs de l’antijudaïsme.

Influence jusqu’à nos jours
La doctrine antijudaïque de Marcion a imprégné et peut encore influencer des courants antisémites et racistes. Ce fut le cas de l’Action française, fondée à la fin du XIXe siècle par Charles Maurras, qui influença de nombreux intellectuels en France dans la première moitié duXXe siècle. Jacques Prévotat note, en conclusion de son ouvrage sur les catholiques et l’Action française, l’absence d’un document doctrinal clair de l’Église avant la Seconde Guerre mondiale :2 « Pour l’Église, le bénéfice aurait été grand d’une encyclique, expliquant aux fidèles du monde entier qu’un catholicisme qui rompt avec l’Ancien Testament, qui veut purifier l’Évangile de ses racines juives, tourne à l’hérésie, que cette hérésie a un nom, celle de Marcion, condamné au IIe siècle. Une encyclique qui aurait repris l’ensemble du problème aurait, de surcroît, donné aux théologiens et aux fidèles les moyens d’affronter, avec une réflexion plus élaborée, le drame du judaïsme pendant la guerre. » A ceci on peut répondre que l’encyclique " Mit brennender Sorge " de Pie XI en 1937 condamne explicitement ceux qui en Allemagne veulent voir bannis les enseignements de l’Ancien Testament : « Les livres sacrés de l'Ancien Testament sont entièrement Parole de Dieu et forment une partie substantielle de Sa Révélation. En harmonie avec le développement graduel de la Révélation plane sur eux une lumière encore voilée, celle des temps qui ont préparé le plein jour de la Rédemption. Comme il ne saurait en être autrement dans des livres historiques et didactiques, ils reflètent, dans plus d'un détail, l'humaine imperfection, la faiblesse et le péché. À côté d'innombrables traits de grandeur et de noblesse, ils nous décrivent aussi le peuple choisi, porteur de la Révélation et de la Promesse, s'égarant sans cesse loin de son Dieu pour se tourner vers le monde. Pour les yeux qui ne sont pas aveuglés par le préjugé ou par la passion resplendit cependant d'autant plus lumineusement, dans cette humaine

prévarication, telle que l'histoire biblique nous la rapporte, la lumière divine du plan sauveur qui triomphe finalement de toutes les fautes et de tous les péchés. C'est précisément sur ce fond souvent obscur que ressort dans de plus frappantes perspectives la pédagogie de salut de l'Éternel, tour à tour avertissant, admonestant, frappant, relevant et béatifiant ses élus. Seuls l'aveuglement et l'orgueil peuvent fermer les yeux devant les trésors d'enseignement sauveur que recèle l'Ancien Testament. Qui veut voir bannies de l'Église et de l'école l'histoire biblique et la sagesse des doctrines de l'Ancien Testament blasphème le Nom de Dieu, blasphème le plan de salut du Tout-Puissant, érige une pensée humaine étroite et limitée en juge des desseins divins sur l'histoire du monde. »

Référence
1. 2.
↑ Le Judaïsme et le christianisme antique, d'Antiochus Epiphane à Constantin.

Marcel Simon et André Benoît. Page 153. ↑ Jacques Prévotat. Les Catholiques et l’Action française, histoire d’une

condamnation. 1899-1939. Pages 527-528

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