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Librairie Walden

Hervé & Eva Valentin

9 rue de la bretonnerie
45000 Orléans
p. 06 74 25 29 79
p. 06 81 03 83 49
t. 09 54 22 34 75

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Histoires de
familles
I
(1832-1914)

catalogue 30
janvier

2016

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Envois autographes et lettres de…
Auguste Barbier à son père - 1832
Alphonse de Lamartine à son père - 1834
Juliette Drouet [et Victor Hugo] à son cousin - 1873
Alphonse Daudet à ses beaux-parents - 1874
Guy de Maupassant à sa cousine - 1880
Victor Hugo à sa belle-sœur - 1880
Stéphane Mallarmé à sa fille - c. 1880
Pierre Loti à son cousin - 1881
Louise Michel à sa mère - 1883
Laurent Tailhade à sa mère - 1884
Maurice Leloir à sa mère - 1884
Maurice Leloir à son père - 1885
Jean Lorrain à sa mère - 1891
Paul Claudel à sa fille et à son gendre - 1893
Élémir Bourges à sa belle-sœur - 1893
Marcel Proust à son parrain - 1904
Jean Cocteau à sa tante - 1910
Georges Bataille à ses grands-parents - 1912
et Martial Bataille à son frère - 1914

Vous recevrez chaque mois une nouvelle sélection thématique, avec une vingtaine d'ouvrages
sélectionnés. À paraître : Affinités électives, II (livres du XIXe siècle) ; Photographies ; Histoires de
familles, II (livres et documents du XXe siècle).
Un catalogue général sera proposé en avril prochain, à l'occasion du Salon international du Livre
Rare à Paris, au Grand Palais. Nous participerons avant lui au Salon du livre ancien de Bordeaux
(23 janvier) ainsi qu'aux Salons des Antiquaires de Nantes (4-6 mars) et d'Orléans (11-14 mars).

Livres, manuscrits, autographes
& documents
de…

« bonnes feuilles »
n° 25

2054

Auguste Barbier

Iambes

Paris, Canel & Guyot, 1832. 1 vol. (207 x 130) de 1 f. bl., xxx pp. de préface, 144 pp. et 1 f. bl. ; demiveau brun orné de fleurons dorés et à froid, filets dorés et à froid, titre doré, date en pied. (Reliure
pastiche signée de Laurenchet).
Édition originale
Exemplaire sur vélin fin. Il est enrichi d'un joli portrait de l'auteur à l'eau-forte [grav. de] M.D.
[Imp. Veuve A. Cadart, Paris]. Cette « œuvre capitale de cet auteur très puissant » (Carteret) - préfacée par Philarète Chasles, rassemble dix-neuf pièces sous un titre emprunté à André Chénier.
Envoi signé :

Auguste Barbier (1805-1882) fut, avec Brizeux, les deux Deschamps et de Wailly, l’un des habitués du salon de la rue de Miromesnil que présidait Alfred de Vigny. Barbier eut au moins deux
passions : l’Italie, célébrée dans les chants Il Pianto et la liberté ensuite, dénonçant dans Iambes
l’abus que les profiteurs de la Révolution de Juillet ont fait de son nom. Porte-parole de toute une
jeunesse, et singulièrement l’un de ses éléments les plus populaires et les plus démocratiques,
Iambes eut un succès immédiat et retentissant. Notons la parution unique de La Tentation, poème
liminaire du recueil, jamais réimprimé et ne figurant donc que dans cette édition originale.
Cet envoi à son père - peu prolixe et en fin de compte assez conventionnel - reflète sans doute
assez les rapports que le poète entretint avec lui, à la grande différence de la relation tendre et
profonde qui le liait à sa mère ; en ce sens, les premières pages de ses Souvenirs personnels et
Silhouettes contemporaines (1883) sont éloquentes ; il n'y parle que de sa mère et comme d'un être
particulièrement noble autant que blessée par la vie. Son père n'y est évoqué qu'à deux ou trois
reprises, très brièvement. Le mariage de ses parents, enfin est décrit comme un "joug" qui devait
peser sur sa mère et l'arracher à ses premières amours, le dessin et la peinture où elle excellait.
Auguste Barbier fut remarqué et critiqué par Baudelaire : « Chez Auguste Barbier, naturellement
poète, et grand poète, le souci perpétuel et exclusif d’exprimer des pensées honnêtes ou utiles a amené
peu à peu un léger mépris de la correction, du poli et du fini, qui suffirait à lui seul pour constituer
une décadence », (in Réflexions sur quelques-uns de mes contemporains). Il fut encore comparé à
Corneille par Barbey d'Aurevilly lors de la parution de ce premier recueil ; fêté aussi par SainteBeuve qui l’inscrira parmi les plus grands poètes du siècle, décrivant son auteur comme possédant une « âme douce, tendre, naïve, une âme cherchante », et enfin par Victor Hugo qui déclara
que le poète avait écrit « des vers étonnants comme personne d’autre n’en refera jamais ». Barbier
partageait avec lui un intérêt pour Napoléon et lui répondit dans les Iambes avec le poème L’idole.
Cet exemplaire a figuré dans le dernier catalogue de Pierre Bérès (Stendhal, Baudelaires…, sous le n° 85.
C'est le seul répertorié sur ce papier fin à ce jour, qui n'est pas signalé dans les bibliographies d'usage.
BNF, Le Romantisme, 1930, n° 216 ; Carteret, I, 14 ; Vicaire, I, 311-312 ; Clouzot, 41 ; Escoffier, 901.

16543

Alphonse de Lamartine

Lettre autographe signée

Paris, 17 et 18 janvier 1834. 4 pp. et 1 f. (190 x 250) plié, rédigé à l'encre et signé.
belle lettre, adressée à son père

politique"

où Lamartine annonce et précise son fameux "lyrisme

" Mon cher père. Nous avons de vos nouvelles aujourd'hui par Ligonnes. Excellentes nouvelles et qui
nous font bien plaisir. N'oubliez pas ou de nous donner ou de nous en faire suivre régulièrement tous
les huit jours. C'est notre premier besoin, notre plus douce consolation […]".
Lamartine père venait en effet de rendre visite à son gendre, Édouard du Pont de Ligonnès, qui
avait épousé Marie-Sophie de Lamartine, la sœur du poète. Le nom de cette vieille famille de la
noblesse française, originaire du Vivarais a récemment été au cœur de l'actualité (Xavier Dupont
de Ligonnès, le disparu de Nantes).
" Quant à la politique, elle n'est pas très ardente dans ce moment-ci. Dans quelques jours elle se
ranimera sur la question d'élection universelle. Je ferai ce que je pourrai pour parler alors je suis
prêt à le faire dans un sens de liberté et de raison qui aura votre assentiment, il ne faut pas vous
attendre cependant à ce que cela obtienne l'assentiment des journaux, cela sera attaqué par tous,
mais ne vous inquiétez pas de ce déchainement général, il passera dans un an et se changera en
applaudissements…"
Alphonse de Lamartine n'aura débuté sa carrière politique que quelques années plus tôt, après
la révolution de juillet 1830. Principal représentant du courant libéral et progressiste, il s'oppose
au régime de Louis-Philippe et est élu député en 1833. Il le sera jusqu'en 1846. Pendant toute la
monarchie de Juillet, Lamartine exploita avec talent une argumentation lyrique du suffrage, qui
se fonde sur son appartenance au parti du progrès. « Nous demandons à grands cris cette liberté
illimitée qui doit leur appartenir ; nous demandons une élection plus large dans la base, et vous voudriez la limiter dans ses choix ! ». Lamartine inféode le spectre de l’agitation civile à une représentation sauvage, substituant un impératif lyrique à la discussion parlementaire. En 13 mars 1834,
quelques mois après cette missive à son père, il écrit : « Il n’est donné à aucune faction, à aucun
parti, à aucune coalition politique de remuer arbitrairement un grand peuple qui repose d’aplomb
sur lui-même ; il n’y a qu’un sentiment commun, unanime, spontané, qui puisse soulever une nation
entière ; et quand ce sentiment vient à éclater, il ne pérore pas seulement dans nos tribunes politiques, il ne crie pas seulement dans la rue, il crie dans tous les cœurs, et la révolution est accomplie. »
C'est précisemment ce qu'il confie à son père, dès janvier : " Je veux l'impopularité des partis
parce que mon système, que je révélerai incessament, ne doit prendre son point d'appui que sur la
conscience et les intérêts du Pays. […] Il n'y a aucun danger autre que le ridicule, les injures, les
calmonies. Je suis cuirassé. Comme ma conscience est nette et que je ne veux que le triomphe des
honnêtes gens par la raison, on le reconnaitra en son temps, et tout le reste s'évanouiera : croyezmoi bien […] Je suis déjà vu avec bienveillance dans les rangs opposés de la chambre. Mon second
discours a été réimprimé et fait un véritable effet politique : il sera exécuté d'ici à quelques années".
"Pour l'heure, écrit-il à son père, "tout est parfaitement tranquille à Paris et au plein repos. Mais je
suis accablé de 40 lettres par jour, de vers, de prose, d'hymnes et d'insultes. Cela me fatigue les yeux
et voila tout. " Document rare.
Dupart Dominique, « Suffrage universel, suffrage lyrique chez Lamartine, 1834-1848. », Romantisme 1/2007
(n° 135) , p. 9-21.

16415 Juliette

Drouet & Victor Hugo

Lettre autographe signée à Louis Koch
[avec] L.a.s. à sa nièce Ottilie Koch.
[avec] L.a.s. de Victor Hugo à Louis Koch.
Guernesey 16 mars 73. Dimanche 20 Hauteville street. 4 pp. et 1 f. (437 x 290), papier bleu, encre
noire.
la première lettre connue de victor hugo à louis koch, cousin et confident de juliette
drouet et futur premier directeur de la maison victor hugo, place des vosges.

Il sera l'exécuteur testamentaire de Juliette Drouet et son principal héritier
Juliette Drouet écrit à d'abord à son cousin, puis à sa nièce, avant de laisser Hugo prendre la
plume pour glisser quelques mots à celui qui sera, trente ans plus tard, le premier directeur de la
maison Victor Hugo.
Drouet le remercie pour les démarches entreprises pour soulager « la santé de ce cher et bienaimé
malade et de tout ce qui a rapport à Petit Georges, à Petite Jeanne et à leur charmante mère. Mon
grand ami [Victor Hugo] me charge, non de te remercier, mais de t’embrasser pour le gracieux souvenir que tu lui envoies. Il a reçu hier le bordereau des recettes de Marion de Lorme en février qui
confirme éloquemment ce que tu me dis de son succès toujours croissant. M. E. Allix chargé de louer
trois fauteuils il y a huit jours attend encore son tour ce qui ne m’étonne pas. Je n’en dirai pas autant
d’un paragraphe de ta lettre où tu semble regretter la vie dissipée et tourmentée des désoeuvrés de
Paris. Quant à moi je te félicite, au contraire, de la monotonie activité de ta vie où tout devient
l’élément de ton bonheur domestique. Les nids humains ont, comme ceux des oiseaux, besoin de
tranquillité pour prospérer et ce n’est pas dans l’agitation et le bruit que se développe les Sévigné en
germe, comme Marguerite, et les philosophes en herbes, comme René [...] Donc c’est avec le plus
grand plaisir que je te vois mordre à belles dents […] et que je t’embrasse de tout mon vieux et
tanternel cœur. J. »

Juliette Drouet livre ensuite quelques mots pour Ottilie Snell, l’épouse de Koch, que ce dernier
avait épousée en 1865. Ils auront trois enfants : Marguerite (1866-1949), René (1869-1914) et,
en l’honneur de sa cousine, Juliette (1872-1952) : « Ne vous excusez pas, ma chère Ottilie, d’avoir
laissé courir vers moi les charmantes petites pattes de mouche de votre gentille petite Marguerite car
rien ne pouvait m’être plus agréable et plus doux que ce premier trait de plume de cette chère petite
fille à moi adressé. Je compte lui faire la surprise de lui écrire directement par la poste. Gardez-moi
le secret et prévenez votre portier afin qu’il ne refuse pas la lettre sous prétexte d’une variante dans
la suscription et laissez-moi vous embrasser de tout mon coeur sur les joues de vos trois chers petits
enfants : Marguerite, René et Juliette. Donnez-moi souvent de vos nouvelles et des leurs et croyezmoi à tout jamais votre bonne vieille tante dévouée ».
Le dernier feuillet est alors laissé à Victor Hugo. On ne connaît pas de plus ancienne lettre de l’un
à l’autre : les seules quatre autres connues sont celles échangées lors de « l’affaire Desormaux »,
quelques mois plus tard, lors de la fuite de Drouet à Bruxelles après la découverte de la liaison
de Hugo avec "Melle Amélie Desormaux". Elles sont datée de 22, 25, 26 et 27 septembre 1873 et
font partie de la collection Springer, publiées dans Lettres d’amants. Il n'en existe aucune autre, ni
avant, ni après ; aucune missive de Hugo à Kock n’est récensée à la B.n.F, à Guernesey ou au Musée
Victor Hugo place des Vosges.
À la lecture du contenu, il est fort probable qu'en plus d'être la plus ancienne connue, elle soit
surtout la toute première lettre adressée au neveu de Juliette Drouet, dont les liens avec sa tante
ne cesseront de s’affirmer jusqu’à en faire son principal héritier, son exécuteur testamentaire et
légataire universel :
« Mon cher Louis Koch, votre adorable tante a la bonté de me laisser ce petit coin dans sa lettre.
J’en profite pour vous dire combien je vous estime et je vous aime. Vous êtes un travailleur, ce qui est
bien, et vous êtes un esprit ce qui est beau […] J’embrasse vos petits et je serre votre main cordiale.
V. H. »
Victor Hugo lui-même songera à son tour à en faire l’un de ses exécuteurs testamentaires, en
février 1881, mais il y renonce finalement à cause de son inexpérience en matière juridique. Louis
Koch sera le premier directeur de la Maison Victor Hugo, en 1903.
rare document.

7619

Alphonse Daudet

Robert Helmont
Études et paysages
Paris, E. Dentu, libraire-éditeur, 1874. 1 vol. (186 x 118) de 2 ff., 304 pp., 1 f. (table) et 1 f. blanc,
demi-maroquin grenat à coins, double filet doré sur les plats, dos à nerfs richement orné de fleurons,
roulettes et caissons d'encadrement dorés, filets à froid, titre doré, date en pied, tête dorée.
Édition originale
Envoi signé : " à Léonide et Jules Allard, tendrement et respectueusement offert par Julie et Alph.
Daudet "
Le recueil contient, en outre de Robert Helmont qui occupe les 98 premières pages, divers contes
et études, etc., dont La Mort du duc de M*** et Le Nabab qui seront repris et développés pour la
publication définitive du Nabab.
Tout le contenu de ce volume est en édition originale, à l’exception du Bon Dieu de Chemillé qui a
paru pour la première fois dans Contes et Récits, l'année précédente.
précieux exemplaire, que
ses beaux-parents,

Seine-et-Marne.

Daudet offre, en son nom et à celui de son épouse, Julia, à
à côté desquels ils partagent, depuis 1871, une proximité géographique en

C'est en Janvier 1867 que Julia Allard devint Julia Daudet, en épousant l'écrivain à l'âge de 23
ans. Inspiratrice, conseillère et même plus ("pas une page, écrit Daudet, qu'elle n'ait revue ou
retouchée"), Julie Allard est originaire de Draveil ; son grand-père, Jacques Navoit, était maire de
Vigneux et propriétaire d’un château. Le jeune couple y séjourna juste après son voyage de noces
et c’est dans ce château que Daudet rédigea Le Petit Chose.
Après la mort du grand-père de Julia, le château fut vendu puis rasé. Cependant, la famille, refusant de quitter la région, loua dans un premier temps la propriété de Delacroix à Champrosay
durant les étés 1868, 1869 et 1870. Alphonse et Julia s’installèrent alors dans l’atelier du peintre, à
côté de la maison : le séjour fut fécond, puisque Daudet y créa le célèbre Tartarin. En 1871, toute
la famille s’installa dans la maison du « haut de la côte », acquise par la famille Allard : le couple
Daudet y sera hébérgé six mois, d’octobre 1872 à mars 1873. C'est à ces date qu'il compose les
textes de Fromont jeune et de Robert Helmont.
La maison de Champrosay deviendra alors le lieu de villégiature estivale de prédilection d’Alphonse Daudet, de juillet à octobre. C’est à cette époque également qu’il rencontra Edmond de
Goncourt, invité en juillet 1874, quelques jours après la parution de Fromont jeune et Risler aîné,
un mois après un dîner donné par Goncourt à Paris, où le couple Daudet, pour la première lui
est présenté, le 5 juin. Goncourt est frappé par la proximité et l'entente du couple, qui l'invite le
mois suivant en Seine-et-Marne, où Goncourt découvre "une maison bourgeoise, avec un bout de
jardin joliment dessiné". Cette demeure est "égayée par un enfant [Léon] intelligent et beau, sur la
figure duquel se trouve, joliment mêlée, la ressemblance du père et de la mère". (Ed. de Goncourt,
Journal, p. 582). Très vite, il devient un très proche du couple et de toute la famille Allard, sorte
"d"oncle, tour à tour paternaliste, éclaireur et persifleur" (Stéphane Giocanti, C'était les Daudet). Il
devient l’un des familiers de l’endroit ; il y mourut même un an avant Daudet, en 1896. Enfin, dans
La Petite Paroisse publiée en 1895, l’ensemble du décor de Champrosay est repris par Daudet, Les
Uzelles représentant par exemple la maison du « haut de la côte » de la famille Allard.
Fromont jeune et Risler aîné; qui paraît chez Charpentier le 4 juillet, est dédié "aux deux poètes
Léonide et Jules Allard" : une manière pour Alphonse Daudet de remercier ses beaux-parents pour
les nombreuses semaines passées, ces trois dernières années, si près d'eux, pendant la rédaction
de ces si grands titres que constituent Le Petit Chose, Tartarin de Tarascon, Fromont jeune et
Robert Helmont.
Vicaire, IV, 45 ; Brivois, Bibliographie des ouvrages d'Alphonse Daudet, p. 31.

Émile Zola, Guy de Maupassant, Joris-Karl Huysmans,
Henry Céard, Léon Hennique et Paul Alexis
16891

Les Soirées de Médan
Paris, Charpentier, 1880. 1 vol. (123 x 192) de 295 pp., demi-maroquin bleu, dos lisse, titre doré sur
pièce de titre de maroquin rouge (Reliure signée de Kauffmann).
Édition originale

deux lettres autographes sont montées en tête, l'une de
d'Henry

Céard.

Léon Hennique, l'autre

Envoi signé : "à mon aimable cousine, Lucie Le Poittevin et à mon cher cousin, beau-fils de Cornudet
lui même. Leur bien dévoué, Guy de Maupassant."

Le célèbre manifeste du Naturalisme, destiné à lancer les suiveurs et jeunes adeptes du maître,
sous la forme de 6 nouvelles conduites par d'Emile Zola (L'Attaque du moulin), Guy de Maupassant (Boule de suif), J.-K. Huysmans (Sac au dos), Henry Céard (La Saignée), Léon Hennique
(L'Affaire du grand 7) et Paul Alexis (Après la bataille).
Si, comme le dira Gustave Flaubert, ce n'est pas la première nouvelle de Guy de Maupassant, «
Boule de suif […] est un chef-d'œuvre ». L’anecdote évoquée dans la nouvelle est empruntée au réel
puisque c’est l'oncle de Maupassant, Charles Cord’Homme, qui la lui aurait relatée. Bien plus, le
personnage de Cornudet, le plus important de la nouvelle après celui de l'héroïne, est directement
inspiré de sa personne. L'envoi de Maupassant vient bien confirmer cette origine.
On ne connait qu'un seul autre exemplaire offert par Maupassant à sa cousine, Le Rosier de Madame Husson (1888). Guy de Maupassant fréquentait souvent ses cousins lorsqu'il était inscrit au
lycée Corneille de Rouen et lors de sa rencontre avec Gustave Flaubert, ami de Laure Le Poitevin.
Maupassant viendra plusieurs fois à La Neuville - la propriété des Poitevin. Il assiste là-bas en
1869 aux noces de son cousin Louis, y séjourne encore en octobre 1878, puis en 1880 pour fêter
ses 30 ans chez ses oncles et cousins, l'année même de la publication des Soirées de Medan. C'est
très vraisemblablement à la suite de cette dernière visite qu'il leur offre son recueil.
Bel exemplaire.
De la bibliothèque du comte Jean de Suzannet, avec ex-libris ; Gérard de Berny (vente, Giraud-Badin, novembre
1958, n°293).

15278

Victor Hugo

Religions et religion
Paris, Calmann-Lévy, 1880. 1 vol. (154 x 232) 140 pp. et 1 f. (marque de l'imprimeur), broché,
emboitage de percaline verte, pièce de titre, titre doré.
Édition originale
Envoi signé : " à ma chère et gracieuse sœur Julie. V. "
Julie Chenay, née Foucher, la plus jeune sœur de madame Hugo n’a que deux ans de plus que Léopoldine Hugo, la fille du poète. Aussi Adèle et lui s'en sont-ils toujours trouvé très proches. Toujours appelée "sœur" par le poète, il la considérait un peu comme sa fille. Ancienne pensionnaire
à la Maison de la Légion d’Honneur de Saint-Denis, elle y devient ensuite éducatrice pendant
plusieurs années, avant d'épouser le graveur Paul Chenay en août 1858. Deux ans plus tard, le
couple s'installe à Guernesey où elle tient le rôle de gouvernante de Hauteville House à partir de
1861. Elle assistera alors Hugo à la copie de manuscrits (dont William Shakespeare et surtout Les
Misérables), et s'occupera dès 1863 de dresser le catalogue de sa bibliothèque d'Hauteville House,
pour en livrer un premier inventaire en 1870, puis en 1879 - qui seront complétés par la suite. Ils
donnent de précieuses indications sur les lectures et les livres dédicacés au poète. Plus de 3 300
ouvrages y sont décrits.
Symbole de la résistance républicaine face au Second Empire, député puis sénateur, Victor Hugo
participa activement aux débats qui devaient faire le lit de la séparation de l’Eglise et de l’Etat
(laïcisation de l’école, interdiction des congrégations, ralliement de l’Eglise à la République) et
décida de publier un volume de poèmes, présentation versifiée de sa thèse. Déiste et foncièrement anticlérical, le poète trouva dans Religion et religions de quoi enchérir sur les airs d’« À bas
la calotte » : « Homme, contente-toi de cette soif béante / Mais ne dirige pas vers Dieu ta faculté /
D'inventer de la peur et de l'iniquité / Tes catéchismes fous, tes korans, tes grammaires, / Et ton outil
sinistre à forger des chimères. »
Publié en 1880, le recueil ne figure donc pas dans le premier inventaire Chenay. Six
autres titres, offerts par le poète à sa belle-sœur, sont connus : Les Misérables, ["À ma
bonne, chère et charmante sœur Julie, son compagnon d'exil Victor H.", sur rééd. Hetzel
de 1865] ; Les Travailleurs de la mer, ["À ma chère Julie, V. H.", sur rééd. Hetzel de 1869] ;
L'Année terrible ["À ma bonne petite sœur Julie, son vieux frère V.", sur rééd. ill. de 1873] ; Actes et
paroles, ["à ma chère sœur Julie, V.".] ; Discours d'ouverture du Congrès littéraire international, ["A
ma bonne petite sœur Julie, V."] ; Les Quatre vents de l'esprit, ["À ma bonne et chère sœur Julie, Victor Hugo", tome 1 seul]. Ces six volumes figuraient, ensemble, à la vente Collection Hugo, Victor,
Georges, Jean et les autres (Christies, avril 2012, lot n° 59).
Cet exemplaire est le seul, avec Actes et Paroles et le Discours d'ouverture du Congrès littéraire international, à
comporter une dédicace sur la première édition du texte. Rousseurs, parfois fortes et quelques accros à la couverture,
sinon bon exemplaire.

17127

Stéphane Mallarmé

Distique autographe sur le sous-main de sa fille Geneviève

Sous-main de carton (238 x 159, ouvert),
recouvert de papier marbré, doublé de
papier décor, étiquette contrecollée au
premier plat, cahier de quatre feuillets de
papier buvard rose.

Deux vers autographes, signés, sur
pièce de papier au premier plat :
"Avant l'aube si tu m'en
crois, écris à ta maman

S.M."

Émouvant objet personnel de la fille
de Stéphane Mallarmé, née en 1864.
Il contient encore plusieurs buvards
roses, avec quelques décharges d'encre
de son écriture absorbée. On y déchiffre
quelques bribes : "... envoie mes bons
souvenirs. G. Bonniot", "suis installée
dans ce...", "Monsieur Delachaise, Avon",
ainsi qu'une date sur la doublure : "24
juin", mais l'année est illisible.
Les deux vers de Mallarmé resteront longtemps inédits, pour n'être publiés que dans Vers de circonstance, réunis et publiés en 1920 par Geneviève Mallarmé elle-même et Edmond Bonniot (le
gendre du poète) : des petits riens qui font battre le pouls de la vie quotidienne de Stéphane Mallarmé, rassemblement de quatrains, distyques, rondelets, triolets et sonnets qui témoignent de la
tendresse et de la gaité du poète. Ils ont été composés entre 1880 et 1898, et celui-ci est sans doute
l'un des plus anciens. Sa fille est alors âgée de seize ans.
Cet objet délicieux a figuré à l'exposition Mallarmé (Musée d'Orsay, 1998), au catalogue sous le n° 186.
Usure au carton et quelques manques de papier.

13839

Pierre Loti

Le Roman d'un Spahi

Paris, Bibliothèque Contemporaine Calmann-Lévy, 1881. 1 vol. (115 x 182) de 380 pp., demi-chagrin maroquiné aubergine, dos à nerfs, filets et caissons dorés (Reliure de l'époque).
Édition originale
Envoi signé : " à M. Ch.[arles] Bon, son affectionné cousin, J. Viaud, 15 septembre 1881 "
Le Roman d'un Spahi est le premier ouvrage publié par Loti sous son nom, après avoir fait paraître
Aziyadé et Rarahu en 1879 sous le voile de l'anonymat.
De 1861 à 1864, le jeune homme passe une partie des vacances d’été chez son oncle, Pierre Bon.
C’est dans ce Haut-Quercy, à Bretenoux, dans le Lot, qu’il explore avec son cousin Charles Bon le
château féodal de Castelnau et découvre les traces du passé et se crée ses premières envie d’explorateur. Des vacances bien sages mais sans doute fondatrices d'un désir d'aller plus loin. C'est
d'ailleurs dans l'été 1863, toujours depuis Bretenoux, qu’il écrit à son frère Gustave, médecin de
la marine, sa détermination de devenir officier : moins de deux ans plus tard, en octobre 1865, il
intègre la classe préparatoire au lycée Napoléon (futur lycée Henri-IV) et est reçu en septembre
1867 à l’École navale. Ce parcours lui donne la trame du Roman d'un Spahi, savoir l'histoire d'un
jeune paysan des Cévennes, beau garçon ingénu, fierté de ses parents et promis depuis toujours à
sa chère cousine, qui s’engage dans l'unité des spahis : il est envoyé au Sénégal où il découvre un
monde aussi hostile qu’étrange. C'est avec le Roman d’un Spahi que le lecteur découvrit donc les
bamboulas et le son du tam-tam, le chant des griots et celui des piroguiers, les bordels insalubres
fréquentés par la soldatesque exilée, les négresses déambulant la poitrine nue, les mélopées wolofs
ou bambaras, les grigris et les superstitions. À ce titre, il n’a pas bonne presse : il ne serait bon qu’à
satisfaire à peu de frais la soif d’exotisme de l’époque, en la confortant dans ses préjugés raciaux
dans un exotisme frelaté. Il n'empêche : le succès de Loti ira croissant, s’expliquant sans doute par
la curiosité des lecteurs d’en apprendre davantage sur des terres lointaines récemment intégrées à
l’Empire, mais qu’ils ne pourront jamais visiter.
Titre rare en bonne condition d'époque. Il n'a pas été tiré de grands papiers, contrairement aux autres titres de Loti.

16445

Louise Michel

Lettre autographe signée, adressée à sa mère

[Centrale de Clermont, Oise, août 1883]. 4 pp. sur 1 f., à l'encre, sur
papier en-tête de la Maison Centrale de Clermont (Oise).
très belle lettre, adressée à sa mère, écrite depuis la
centrale de clermont

Le 9 mars 1883, Louise Michel prend part à une manifestation de
chômeurs aux Invalides à Paris : le rassemblement dégénère et une
boulangerie est pillée. Interpelée, Louise Michel sera condamné
à six ans de réclusion en juin 1883, trois ans après être revenu du
bagne.
Quatorze ans plus tôt, elle avait en effet participé activemen
à l'insurrection de la Commune de Paris : tous ses amis furent
exécutés devant ses yeux, avant qu'elle ne soit déportée en NouvelleCalédonie. C'est là-bas qu'elle deviendra anarchiste et la première à
porter le drapeau noir, qui deviendra un symbole du mouvement.
Conduite à la prison de Clermont de l'Oise le 15 juillet - dans une
ancienne demeure des comtes de Clermont et de la princesse d'Harcourt, tranformée en prison pour femmes -, c'est dans ces lieux
qu'elle rédigera une partie de ses Mémoires, ainsi que des poèmes.
Louise Michel a alors 55 ans.
Cette lettre, écrite à sa mère, est aussi habilement destinée à ses amis :
surveillée, elle se retrouve dans l'impossibilité de communiquer, et
encore moins de publier quoi que ce soit. Elle y revient longuement
sur la liberté d'expression, qu'elle va tenter de faire vivre. C'est tout
le projet de ses futures mémoires.
" Il faut que je vous explique bien dans quelles conditions je puis écrire :
Faire des ouvrages n'ayant aucune couleur politique, ni allusion à qui
que ce soit de tel. Il faut que ce soit purement littéraire afin que les
journaux qui s'en occuperaient n'aient à y voir aucune chose d'une
personnalité politique. En place de la vivisection psychologique que je
voulais faire - il faut de la nature morte, où ni l'auteur ni l'idée qui a
soufflé dans toute sa vie ne soit en jeu. Pour parler des modifications
et transformations de cette idée (depuis ma première jeunesse où je
pensais) comme dans les paroles d'un croyant de Lamenais jusqu'à
aujourd'hui où vous savez comme je [suis] il fallait remuer ce flot, tout
un océan, j'ai été arrêtée à la première page par cette simple difficulté,
pour l'histoire d'une idée il faut parler de cette idée. Je vais donc faire
le contraire de ce que je voulais prendre dans mes cahiers".
rare document.

17864

Laurent Tailhade

Lettre et poème autographes signés

[Paris], [24 décembre] 1884. 1 carte (125 x 205) recto-verso.
Longue lettre et poème autographe à sa mère, pour Noël 1884.
Laurent Tailhade fut un mauvais coucheur, un poète belliqueux, un mari volage, un anarchiste
notoire et un faiseur de duels : ce fut beaucoup pour son père, magistrat à Tarbes, et pour sa pieuse
mère, Ernestine qui tenta longtemps de le raisonner. Tailhade déserta vite le sud-ouest pour fréquenter la bohème littéraire parisienne : Verlaine, Mallarmé, Cros, Moréas, Barrès, Fénéon ou
Victor Margueritte. Mais horrifiés par la tournure prise par les événements, les respectables géniteurs décident d’intervenir avec fermeté, quelques semaines après cette lettre, en février 1885 : son
père lui coupe les vivres et le force à rentrer à Bagnères, afin de lui trouver d’urgence un nouveau
parti, en la personne de la malheureuse Mélanie Maréjuols. Car un an plus tard, le 2 février 1886,
en lieu et place d’un mariage, c’est un fiasco qui est célébré : Tailhade, d’un naturel emporté et
que sa fréquentation de l’avant-garde la plus libertaire a rendu quelque peu anticlérical, menace
tout simplement sa femme de l’abattre d’un coup de pistolet si elle persiste à vouloir se rendre à
la messe ! Le mariage est tout de même célébré mais se soldera par un divorce cinq ans plus tard.
Pour l'heure, c'est une lettre pleine de tendresse qu'il écrit à sa mère, qui semble lui manquer moins que son père, auquel il souhaite simplement "Noël et prompt rétablissement" -, malgré les
"bonnes et fières sympathies" qui l'entourent. Il lui racontera bientôt sa "dernière lubie : c'est le KohiNoor de mes distractions. Ce soir, je t'embrasse noëlliquement, Laurent". Il poursuit ensuite avec un
sizain (deux strophes de six vers chacun), en l'honneur de Noël où, pour " festoyer l'enfant Jésus, le
vin ruisselle à pleine buire [grosse cruche]". Le poète, quant à lui, "ne croit plus aux songes des ans
révolués et fait voler des strophes plaintives".

1563

Sterne

Le Voyage sentimental

Lyon, Librairie Artistique, H. Launette, Paris, 1884. 1 vol. (280 x 330) de XII, 2 ff., 212 pp. et 2 ff. n.
ch. (tables de matières et achevé d'imprimer), demi-maroquin rouge à coins, dos à nerfs, titre doré,
tête dorée, couv. cons. (Reliure signée de Bretault).
premier tirage des illustrations
de maurice leloir

Tirage unique à 200 exemplaires.
Un des 25 exemplaires hors commerce sur Japon (n°3).
12 eaux-fortes hors texte de Maurice Leloir et 220 vignettes,
dessinées et gravées par L. Flameng.
Grand dessin original aquarellé au faux-titre, en dessous de la dédicace signée de Maurice Leloir,
" À mon bien-aimé père son fils et son élève ".
Maurice Leloir expose au Salon des Artistes français, dont il devient sociétaire, et participe à
l'École de Crozant. À partir des années 1890, Leloir et ses élèves se spécialisent dans le marché
du livre d'images, inspirées de photographies, représentant avec exactitude les costumes et les
attitudes du passé, très appréciées des bibliophiles. Illustrateur prolifique de livres, Leloir devient
un grand spécialiste de l'histoire du costume et fonde en 1907 la Société d'histoire du costume et
devient également président de la Société des aquarellistes français.
Cet ouvrage, et le suivant, constituent deux sommets de son travail d'illustrateur et sont offerts
l'un à son père, l'autre à sa mère : le peintre Auguste Leloir et l'aquarelliste Héloïse Colin. Cette
dernière, comme son fils, est une spécialiste de l'histoire du costume et l'une des meilleures illustratrices des robes à la mode du règne de Napoléon III.

15719

Abbé prévost

Histoire de Manon Lescaut

Lyon, Librairie Artistique, H. Launette, Paris, 1885. 1 vol. (280 x 330) de XX, 2 ff., 203 pp. et 2 ff. n.
ch. (tables de matières et achevé d'imprimer), demi-maroquin rouge à coins, dos à nerfs, titre doré,
tête dorée, couv. cons. (Reliure signée de Bretault).
premier tirage des illustrations de maurice leloir

Tirage unique à 165 exemplaires.
Un des 25 exemplaires hors commerce sur japon (n° 2).
12 eaux-fortes hors texte de Maurice Leloir, et 225 vignettes, dessinées et gravées par L. Flameng.
Exemplaire offert par Maurice Leloir à sa mère, avec un grand dessin original aquarellé au fauxtitre, signé.
Avec ses aquarelles de femmes à la mode, reproduites dans
les journaux à large diffusion et vite reprises par les magazines (La Mode illustrée, Le journal des Demoiselles ou Le
Bon Ton) elle produit également de beaux portraits. Ses deux
sœurs, Anaïs Toudouze (1822-1899) et Laure Noël (18271892) nées Colin, sont les trois plus grandes illustratrices de
la mode parisienne du milieu du XIXe siècle.

Elle épouse vers 1830 Auguste Leloir,
peintre alors déjà renommé. Il a produit
une œuvre de peintre d'histoire, auteur
de tableaux à sujet religieux et mythologiques. Couronné d'un 3e grand prix
de Rome en 1835, Auguste Leloir commence à exposer au Salon la même année
et y est récompensé à deux reprises, obtenant une médaille au Salon de 1839, puis
une autre au Salon de 1841 pour sa toile
Homère, achetée par l'État et déposée au
musée du Louvre.
Magnifiques exemplaires réunissant
d'une riche famille d'artistes.

trois grands illustrateurs du

XIXème

siècle

16415 Jean

Lorrain

Sonyeuse

Paris, Charpentier, 1891. 1 vol.
(123 x 190) de 290 pp. et 2 ff.,
broché.
Édition originale
Envoi signé : " à ma bonne mère, à
ma garde-malade, à qui je dois tout,
même de survivre avec tout mon cœur,
Jean Lorrain, novembre 1891"
En 1880, Monsieur Duval, devant l’entêtement du jeune Paul, finit par consentir
que celui-ci s’installe à Paris pour y tenter une carrière littéraire. A une condition
cependant : « Tu devrais changer de nom.
On ne peut jamais être sûr d’avance : si tu ne
réussissais pas … Nous
serions seuls à le savoir ». " Les seuls", ce sont
Monsieur et Madame Duval. Celui
qui ne se fait pas encore appeller Jean Lorrain
emménage donc en décembre 1880, au 45 rue d'Auteuil, dans une petite maison du XVIIIème
siècle ("cette jolie et fameuse maison qui, au dix-huitième siècle, appartenait aux demoiselles Verrière", écrit Normandy), située à deux pas du 67 boulevard de Montmorrency, le "Grenier" d'Edmond de Goncourt. Moins de deux ans plus tard, il publie son premier livre, Le Sang des dieux.
Dix ans plus tard, c'est au tour de Sonyeuse d'être publié : c'est ce recueil de nouvelles qui consacrera sa renommée littéraire, en 1891. La nouvelle d'ouverture est presque un roman (76 pages),
qui donne son nom au livre où l'auteur se consacre à l'étude passionnée et amoureusement fouillée de la vie provinciale, dépeignant, la grisaille des petites villes, leur charme éteint, l'isolement
des rues « et tant de cloches dans l'air ». Le recueil contient à la suite plusieurs autres contes, courts
: [Soirs de province] : Dans un boudoir, La Chambre close, Romance d'automne ! Love's labour
lost puis [Soirs de Paris] : L'Inconnue, L'Égrégore, Le Ménage Nauretale, L'Amant des poitrinaires,
Conte d'une nuit d'hiver, Dans l'espace, Oraison funèbre et Guide Moral Conty.
C'est à la fin de cette même année 1891, à partir d'octobre, que Pauline Duval viendra habiter
avec son fils à Paris (le père est mort depuis 5 ans) : « sobre et discrète compagne, infiniment digne
d’estime, qui rappelle, par instants à son fils, qu’il n’est point tout à fait aussi mauvais qu’il affecte
de le sembler, lui reprochant aussi, doucement, son noctambulisme effréné ». Octave Uzanne dit
même qu'on la vénérait : « Le chroniqueur recevait à sa table rue d’Auteuil ses amis et amies dans
des déjeuners ou dîners inoubliables, où il prodiguait sans réserve son esprit culbuteur et drolatique
d’enfant terrible, tandis que son adorable mère impassible, indulgente, le sourire aux lèvres, avec le
charme et la distinction d’une grande dame du siècle de la poudre et de la philosophie aimable, était
attentionnée et aux petits soins pour les amis […] invités par son cher grand gamin » (Jean Lorrain,
l'artiste, l'ami, Les Amis d'Edouard n°14, 1913, pp. 48 et 49).
Il est intéressant de noter qu’après la mort de son fils, en 1906, sa mère prendra le nom de DuvalLorrain, réconciliant l’adolescent solitaire et l’homme de lettres, les deux faces de ce fils tant aimé
et qui le lui rendit si bien.
Une belle correspondance entre Jean Lorrain et sa mère sera publiée par Georges Normandy, en 1925, qui rassemble
les nombreux échanges entre 1864 et 1906. Les exemplaires offerts par Jean Lorrain à sa mère sont nettement plus
rares. Nous avons pu en dénombrer quatre pour l'heure.

16658

Paul Claudel

La Ville

Paris, Librairie de l'Art Indépendant, 1893. 1 vol. (167 x 231), non paginé [40 ff.n.ch], bradel demichagrin cerise à bandes, dos avec un long et large nerf saillant portant en long le titre doré, tête dorée,
couv. et dos cons. (Reliure légèrement postérieure).
Édition originale
La deuxième œuvre publiée en volume de Paul Claudel, parue sans nom d'auteur. Elle succède,
toujours à la Librairie de L'Art indépendant, à Tête d'or, paru en 1890.
Tirage unique à 225 exemplaires.
Celui-ci est l'un des 200 sur vélin blanc (après 25 exemplaires sur hollande).
Envoi autographe signé : " à Chouchette et Roger, quand leur vieux père était jeune !
P. Claudel / Brangues le 21 juin 1934 "
Marie Chouchette Claudel est la première des cinq enfants de Paul Claudel. Née à Tien-Tsin, en
Chine, un an après le mariage de Paul Claudel avec Reine Sainte-Marie Perrin, elle épousera en
1928 Roger Mequillet, directeur des Grands Moulins de Paris. Le faire-part du mariage, paru
dans Meridiano letterario (n°36 du 2 septembre 1928) ajoutait malicieusement que « c’était là une
bien jolie manière pour un meunier d’entrer dans la littérature française ».
Claudel, alors âgé de 66 ans, offre à sa fille (alors 27 ans) et à son gendre sa toute première œuvre,
publiée quatorze ans avant la naissance de Marie-Chouchette, en 1907. Claudel entretiendra avec
celle qui s'appelle dorénavant Marie Claudel-Méquillet et son mari une correspondance soutenue à partir de ces années là, alors qu'il était en poste à l'Ambassade de France en Belgique : ces
échanges montrent tout l'attachement au couple, à sa fille et ses trois petit- fils, dont il n'oublie
jamais de prendre des nouvelles. Claudel y signe ses lettres d'un "vieux papa déplumé" et dès qu'il
le peut, fait se rejoindre enfants et petits-enfants au château de Brangues, en Isère, acquis en 1927,
d'où est daté l'envoi de l'exemplaire.
Ex-libris manuscrit de Roger Méquillet au-dessus de l'envoi.

15428

Élémir Bourges

Les oiseaux s'envolent et les fleurs tombent

Paris, E. Plon-Nourrit, s.d. [1893]. 1 vol. (124 x 188) de 470 pp. et 1 f., plein papier marbré, dos lisse,
auteur et titre doré, couv. cons. (Reliure de l'époque).
Édition originale
Envoi autographe signé : " à Zdéna, Élémir, 1 mai 93 "

Critique au Parlement (où il remplace Paul Bourget), puis chroniqueur au Gaulois, Élémir
Bourges fonde, en 1883 et avec Henri Signoret, La Revue des chefs-d’œuvre. C'est cette même
année qu'il épouse Anna Braunerová avec laquelle il correspond depuis 1878, ainsi qu'avec sa
sœur, Zdenka Braunerová.
Nées dans une famille aisée, elles sont les filles de František August Brauner, ministre du conseil
impérial de l'empire austro-hongrois. Zdenka suit sa sœur à Paris et montre très tôt un intérêt
pour les arts plastiques. Elle embrasse bientôt la carrière d'artiste, proche de l'école de Barbizon.
Mais c'est surtout sa rencontre avec Paul Claudel qui lui permettra de faire les bonnes rencontres,
et qui l'aidera dans ses premières expositions. Elle lui dessinera son ex-libris et, en 1912, la fameuse vignette Le Pont Charles à Prague, que Claudel utilisera comme monogramme en tête de
ses premières éditions à la Nrf.
C'est à Zdenka, surnommée Zdéna, qu'Élémir Bourges offre son second roman, paru en septembre 1893. Il était, depuis 1886 et la mort de sa mère, retiré au presbytère de Samois-sur-Seine,
près de Fontainebleau, où il achève Les Oiseaux s'envolent et les fleurs tombent et où il commencera La Nef. Il fréquente activement Stéphane Mallarmé, voisin à Valvins de quelques kilomètres,
et mène sinon une vie de reclus des lettres. En 1884, si son Crépuscule des dieux avait été salué par
les Goncourt et Henri de Régnier entre autres, Bourges n'est pas satisfait : « Mon roman ne s'est
[...] presque pas vendu, et je ne suis connu que des gens de lettres. Mais qu'importe ! si mes romans
sont bons, ils me survivront, et s'ils sont médiocres, je suis peu jaloux d'escroquer la renommée
comme tant de mes camarades. [...]".
Cette seconde publication se veut "un livre exalté, amer et horriblement nihiliste", qui contient
quelques thèmes propres à la Rose-Croix esthétique de Peladan, auquel il participe dans ces
mêmes années. Il pose dans le récit, "riche en péripéties, une réflexion double sur la recherche
de la vérité et sur les mystères de l'existence et de la foi vécue, en ridiculise le scientisme tout en ne
cachant pas la médiocrité des Eglises", ce qui salue Gustave Kahn dans ces Symbolistes et Décadents
: « Élémir Bourges n’est pas un poète ; pourtant c’est tout près des poètes auteurs de romans qu’il faut
classer ce romancier ; d’abord son esthétique se réclame de celle de Shakespeare et des dramaturges
de la pléiade Élisabéthaine, dans l’art violent desquels il voit l’homme à la stature qu’il lui désire,
aussi à cause de l’ingénieux décor où il place l’action de ses romans. Les oiseaux s’envolent et les
fleurs tombent, son dernier et son plus beau livre, semble, dans une vision moderne et tragique, une
transcription grandiose du vieux récit d’Orient, tel le Conte du dormeur éveillé […] Il faut s’incliner
devant le sérieux et la haute portée de son effort. »

Talvart & Place, II, p. 163-3 ; Dubu, Un roman d'aventure fin-de-siècle : « Les oiseaux s'envolent et les fleurs
tombent » d'Elémir Bourges. In : Cahiers de l'Association internationale des études francaises, 1988, N°40. pp.
167-182.

17864 John

Ruskin

Sésame et les Lys
Des Trésors des Rois, des Jardins des Reines
Traduction, notes et préface de Marcel Proust
Paris, Mercure de France, 1907. 1 vol. (124 x 188) de 224 pp., broché.
Édition originale de la traduction française.
Exemplaire de première émission, numéroté à la presse (n° 240).
Il n’a été tiré que douze exemplaires en grand papier.
Envoi signé : " à Eugène Mutiaux , hommage d'affection profonde, son filleul, Marcel Proust "
Marcel Proust commence à s'intéresser aux ouvrages de Ruskin à l'automne 1899, dès son retour
d'Evian-les-Bains, en se plongeant dans la lecture intensive de celui qu'il appelle "ce grand homme"
après avoir découvert le chapitre intitulé " La Lampe de la mémoire " des Sept Lampes de l'architecture. Le texte de cette seconde traduction, trois ans après celle de La Bible d'Amiens, est dédiée
à Reynaldo Hahn, avec la fameuse préface, Sur la lecture, texte délicieux et ô combien important
: « Il n'y a peut-être pas de jours de notre enfance que nous ayons si pleinement vécus que ceux que
nous avons cru laisser sans les vivre, ceux que nous avons passés avec un livre préféré. Je n'ai essayé,
dans cette préface, que de réfléchir à mon tour sur le même sujet qu'avait traité Ruskin : l'utilité de la
lecture. Ruskin a donné à sa conférence le titre symbolique de Sésame, la parole magique qui ouvre
la porte de la caverne des voleurs étant l'allégorie de la lecture qui nous ouvre la porte de ces trésors
où est enfermée la plus précieuse sagesse des hommes : les livres »
L'exemplaire est offert par Marcel Proust à son parrain, Eugène Mutiaux : " ses biographes ne
sont pas diserts sur le sujet. Marcel Proust a été baptisé le 5 août 1871, et ce baptême du fils d'un
catholique et d'une juive n'a pas été une cérémonie anodine […]. Eugène Mutiaux n'est cité qu'une
fois dans la correspondance de Marcel Proust", au tome X, page 171 : Proust, qui l'orthographie
faussement avec deux tt, l'évoque comme quelqu'un qui peut lui donner des conseils pour l'achat
d'objets d'arts. Car c'est bien la "spécialité" de ce parrain : il fut un collectionneur important de
1888 à sa mort, en 1925, en art japonais - dont on connait l'influence qu'il put avoir sur Marcel
Proust. Raymond Koechlin, célèbre collectionneur et directeur de musées, lui a même consacré
un livre, Eugène Mutiaux, où l'on apprend que ce dernier travaillait "toute la nuit, n'exposant pas
ses trésors enfermés dans des cartons, avec ce "plaisir égoïste du collectionneur" qui est souvent évoqué dans La Recherche à propos du personnage de Swann", reporte Michel Bernard. Les liens, cet
envoi le prouve, sont donc un peu plus marqués entre le filleul et son parrain, autour d'un texte
qui transpire la famille : les lectures de l'enfance bien entendu, mais surtout le fait que ces traductions de Ruskin sont dédiées à son père, et qu'elle furent possibles grâce à l'intense participation
de Mme Proust, qui en est la véritable traductrice.
Pour le reste, peu de choses pour l'heure sur cet Eugène Mutiaux, dont l'absence dans La Recherche (aucun occurence de la forme "parrain" dans toute l'œuvre !) aura donné support à une
communication au Colloque des Invalides, Ce que je ne sais pas, en 2001.
Bien complet du catalogue éditeur sur papier saumon in-fine. Petites usures au dos, sans manques ; premier feuillet
fragilisé, l'ensemble sur l'habituel papier cassant de l'édition.
Ce que je ne sais pas : Eugène Mutiaux, par Michel Bernard, Coll. des invalides, 2001, éd. du Lérot, pp. 81-84.

17865 Jean

Cocteau

Le Prince frivole
Paris, Mercure de France, 1910. 1 vol. (177
x 112) de 172 pp., demi basane imitation
écorce, dos lisse, titre et fleurons dorés, tête
dorée, date en pied, couv. et dos cons. (Reliure de l'époque signée de Vermorel).
Édition originale
Envoi signé : " à ma tante,
qui est mon amie, Jean Cocteau"
C'est en 1909 que paraît le premier ouvrage de Jean Cocteau,
La Lampe d'Aladin. dès cette période, il fréquente les artistes bohêmes,
et on le surnomme déjà « le prince frivole » dans ce milieu : c'est le titre qu'il retient
pour son second recueil, à paraître l'année suivante.
Grâce à son oncle, Raymond Lecomte, Cocteau avait été introduit dans les salons mondains, où sa
mère cotoyait Nadar fils ou Jacques-Émile Blanche. Ce diplomate, homosexuel, compta beaucoup
pour le jeune homme, tout comme toute la branche maternelle, « Les Eugène », comme les surnomme Cocteau, qui témoignent de l’influence considérable qu’eurent son grand-père, sa mère
[prénommés Eugène et Eugénie] et ses oncles et tantes sur son imaginaire, au point d’inspirer Le
Potomak, paru en 1914. Des « Eugène », Cocteau avait deux oncles : Raymond, donc, et Maurice,
qui est aussi son parrain. Ce dernier avait épousé en 1884 Marie Jacob, six ans avant le baptême
de Jean Cocteau, le 21 juillet 1890.
C'est chez son oncle et sa tante que le jeune garçon trouvera refuge en mars 1898, quelques jours
avant le suicide de son père, le 5 avril. Marie Lecomte s'occupera de son neveu plusieurs semaines
durant lors de cette période difficile et les liens familiaux entre eux deux seront toujours présents.
Maurice Lecomte sera également le témoin de mariage, en 1901, de la sœur de Jean Cocteau,
Marthe. Il décède en 1929 mais Marie Lecomte lui survivra vingt-six ans, jusqu'en 1955.
On ne connaît que deux autres envois à cette tante, l'un sur Le Potomak, l'autre sur Thomas l'imposteur.
Bel exemplaire en reliure d'époque, bien établie.

15866

Georges Bataille

Lettre à ses grands-parents

S;l.n.d. [Reims, juillet 1912]. 1 p. sur carte à en-tête du "Sénat" (110 x 10) encre noire.
Rareissime lettre de jeunesse, adressée à ses grands-parents en 1912.
À cette date, Georges Bataille habite Reims avec ses parents. Il va rejoindre son oncle et sa tante,
Antoinette et Michel Bataille, à Paris, ainsi que Victor et Marie-Louise, ses deux seuls cousins
et cousines. Tous ensemble, ils se retrouveront ensuite pour les grandes vacances à Riom-èsMontagnes, le fief familal des deux familles Tournadre-Bataille, où les deux frères ont épousé les
deux sœurs, enfants uniques les uns et les autres. Cousins et cousines ont donc les mêmes grands
parents paternels et maternels ! Information ô combien capitale pour mesurer l'œuvre à venir de
Bataille...

Le billet est rédigé sur un bristol fort à en-tête officiel du Sénat comme plus tard : une habitude que gardera Bataille
sur plusieurs de ses manuscrits des années vingt, rédigés sur papier en-tête de la Chambre des députés (son cousin
Victor sera député du Cantal dès 1919), ou plus tard sur celui de la Bibliothèque Nationale, après 1924.

15919

Martial Bataille

Carte postale envoyée du front à son frère Georges
Carte postale des armées (140 x 90), encre noire. "Sergent Bataille, 166 régiment d'infanterie de
Rebeval-Neufchateau, Vosges", 21 septembre 1914.
Seule carte-lettre connue envoyée du front à Georges Bataille.
Martial Bataille, de huit ans son aîné, et été mobilisé dans les premiers jours de la guerre, en
août 1914. Bataille le sera l'année suivante, mais sans jamais rejoindre les lignes de front. Il sera
réformé, après huit mois d'hopital militaire. Son frère Martial, un mois après le début de la guerre,
n'a " aucune réponse ni de papa, ni de Victor… je commence à être inquiet. Ici ma situation est toujours la même : j'attends […] Ne me fais pas attendre ta réponse. Embrasse tout le monde pour moi.
Ton frère qui t'aime beaucoup. Martial".

Ce catalogue a été imprimé à
1 500 exemplaires, le 7 janvier 2016

Copyright © 2016 Librairie Walden
© Droits réservés

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