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RÉCIT

SAMEDI-DIMANCHE 8-9 MAI 2010 24 HEURES

J’ai tout plaqué pour réaliser mes 100 rêves
ODYSSÉE
L’Australien Sebastian Terry parcourt le monde avec sa liste folle: épouser une inconnue à Las Vegas, battre un record du monde pour le Guinness, c’est fait. Sauter à skis d’un tremplin olympique, devenir matador, c’est encore à faire. Et récolter 10 000 dollars pour une œuvre caritative grâce à tout ça, c’est en bonne voie.
GREGORY WICKY A Genève, Sebastian Terry s’entraîne pour son périple lémanique en stand up paddle board.

U

n jour, Sebastian Terry a pris un avion pour Las Vegas. Sur place, il a demandé la main de la réceptionniste de son hôtel, ils sont montés dans une limousine, direction «la chapelle la plus rapide de tout Vegas» et il lui a passé la bague au doigt, sous l’œil approbateur d’un imitateur d’Elvis et de quelques témoins piqués dans la rue… «J’avais toujours eu envie d’épouser une inconnue, comme ça, pour rigoler. Je me suis tellement éclaté que je me suis dit: «Mais pourquoi est-ce qu’on ne fait pas ce genre de trucs plus souvent? C’est vrai, non? Qu’est-ce qui nous en empêche?» Depuis, Sebastian l’Australien, 28 ans, se balade un peu partout dans le monde pour réaliser ses 100 rêves. Sur sa liste, une trentaine d’entrées sont déjà cochées: Las Vegas, donc, mais aussi nager avec les requins-baleines, traverser Cuba à vélo, battre un record du monde pour le Guinness Book (en l’occurrence le cassage de 24 œufs avec les gros orteils en une minute) ou, surtout, profiter de l’attention qu’attire son expédition pour récolter 10 000 dollars australiens (environ autant en francs suisses) pour une œuvre caritative. La moitié est déjà récoltée.

PATRICK MARTIN

«C’est
la décision la plus facile que j’aie jamais eu à prendre»
SEBASTIAN TERRY
DR DR

Et si vous mouriez demain? On rencontre Sebastian à Genève, où il a posé ses valises pour quelques mois. Par cette froide matinée d’avril, le natif de Sydney ne porte qu’un bermuda et un tout petit tee-shirt. Les passants à écharpe le regardent, interpellés. Il raconte son histoire: «Il y a quelques années, je vivais au Canada, j’avais ma petite boîte, dans l’événementiel. Je venais de descendre à Las Vegas, justement, quand j’ai reçu un coup de fil d’Australie: Chris, un ami très proche, venait de mourir. C’était horrible, le choc. En plus, pas moyen de retourner à Sydney à temps pour l’enterrement. Je me suis dit: «Et moi, si je mourais demain? Est-ce que j’aurais mené ma vie à fond? Est-ce que j’aurais des regrets?» Sebastian se marie le jour où son copain est enterré à l’autre bout du monde. Sans vraiment y accorder d’importance, il commence à dresser la liste des choses qu’il a toujours voulu faire… Quelque temps plus tard, il rentre en Australie, reprend sa vie. Mais, au bout d’un an ou deux, il réalise que sa liste, n’arrêtant pas de s’allonger, le turlupine de plus en plus. En menant
VC6
Contrôle qualité

Pause cigare lors de la traversée de Cuba à vélo.

Terry le Tigre, mascotte du Genève Servette HC. Presque champion…

une existence «normale» (travail, famille, amis, etc.), aucune chance de tout accomplir. A moins d’y mettre le paquet. Alors il plaque son job, se fait plaquer par sa copine, quitte l’Australie et devient réalisateur de rêves à plein-temps, sous la bannière 100 things. «C’était la décision la plus facile que j’aie jamais eu à prendre.» Direction l’Angleterre, l’Espagne, la Suisse…

Terry le Tigre A Genève, ce beau gosse sportif au contact facile travaille comme barman dans un pub. «Les gens me demandent souvent comment je finance mon projet. C’est marrant: moi, je ne me pose pas la question. Je me fais des copains, ils me trouvent des plans à gauche à droite, des apparts, voilà. Je n’ai pas d’argent de côté. On verra bien.» Ici, Sebastian a déjà pu cocher quelques cases à sa liste. «Je

voulais être la mascotte d’une grande équipe de sport, je m’étais arrangé pour être Calvina, la femelle du couple d’aigles du Genève Servette HC. Mais, au dernier moment, la «vraie» Calvina ne voulait plus me prêter le costume. Alors on m’en a donné un autre, rien que pour moi; Terry le tigre! Avec le maillot numéro 77, parce que le plan mascotte était le 77e de ma liste. J’ai été ovationné par le public, j’ai fait l’idiot sur la glace avec des gamins… Génial.» L’homme vient aussi de faire le tour du Léman en stand up paddle board, une longue planche de surf sur laquelle on pagaie, debout. «Une de mes missions s’intitulait «trek traître»; j’avais plutôt imaginé un truc en montagne ou dans la jungle, mais ça fera l’affaire.» Tâche plus délicate, Sebastian s’est aussi promis d’apprendre le français. «J’ai pris des cours in-

tensifs et je me suis acheté mon premier livre, Le petit Nicolas. Mes copains se foutent un peu de ma gueule.»

Les listes des autres Lorsqu’on lui demande ce qu’il a accompli de plus enrichissant, Terry cite volontiers sa rencontre avec un condamné à mort américain – «Une situation impossible, je crois qu’il espère encore pouvoir s’en sortir» – ou sa semaine entière sans prononcer un son – «Un moment très étonnant, jamais les gens n’ont été si attentifs à moi. Je communiquais par gestes et avec une petite ardoise que j’avais avec moi. Cela dit, j’ai eu la mauvaise idée de combiner cette période avec une tentative de blind date. Pas facile.» Via son blog et les médias, les aventures de Sebastian attirent de plus en plus l’attention. «Une fille en Angleterre se démène pour m’aider. Elle a fait en sorte

que je puisse recevoir une formation de matador cet été en Espagne – pas pour tuer un taureau, hein, juste pour l’affronter dans l’arène. Au Japon, elle est aussi en train de me dégotter des sumos qui pourront m’initier à leur art, un autre de mes rêves!» Le périple commence même à intéresser le monde du business: pour une nouvelle campagne promotionnelle, Honda lui prêtera pendant cinq semaines sa nouvelle voiture hybride. Suivi par une équipe de tournage pro, il se baladera en Europe, histoire de raccourcir un peu sa liste de commissions aux frais de la princesse. Il sera notamment question de faire de la chute libre tout nu. En échange, la marque japonaise pourra utiliser le capital sympathie de l’Australien. Terry imagine que son odyssée durera quelques années encore. D’autant que certaines aventures ne se planifieront pas: sauver

une vie, attraper un voleur ou inventer quelque chose et le breveter… «C’est vrai, ça pourrait être compliqué. Mais je la sens bien.» L’angoisse et l’appréhension ne menacent pas notre Aussie plus que ça. Si vous vous dites que vous voudriez, devriez, auriez dû faire ce que fait Sebastian Terry, vous n’êtes pas seul. Des gens d’un peu partout se sont mis à lui écrire pour l’encourager et lui soumettre leur propre liste de 100 choses. «Je ne veux pas avoir l’air de me la jouer, mais si mon projet peut inspirer d’autres gens, ce sera ce que j’aurai accompli de mieux. Et j’insiste, chacun son truc! Si votre manière de vous réaliser c’est d’avoir une grande famille, ou une belle maison, ou beaucoup d’argent, faites-le. Mais faites-le à fond!» £
Photos, vidéos, infos, dons: 100thingssebterry.blogspot.com