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LRS OniGINES

JEUNESSE DE LAMARTINE
17 90-1812

DU MÊME AUTEUR

A

LA

MEME LIBRAIRIE
Un volume.

L'Elvire de Lamartine et les Méditations.
(/:« prcjiaralion.)

1811-10.

Coiilommiors. Imp. Pai;l HliODAK'J.

3-11.

^

PIERRE DE LACRETELLE

LES ORIGINES
ET LA

JEUNESSE DE LAMARTINE
1790-1812

PARIS
LIBRAIRIE HACHETTE ET
79,

^
G'^

BOULEVARD

SAINT-GERMAIN,
1911

79

Drûils de traduclion et de reproduction réservés.

^-r»

PREFACE

Sainte-Beuve a
«

écrit

:

Lamartine

est

de tous
à

les

poètes célèbres celui

qui

se prête le

moins

une biographie exacte,

à une chronologie minutieuse, aux petits faits et

aux anecdotes
et se

choisies.

Son

existence,

large,

simple, négligemment tracée, s'idéalise à distance

compose en massifs
paysages
qu'il

lointains à la façon des
Il

vastes
est

nous a prodigués....
tel

permis, en parlant d'un

homme,

de s'atta-

cher à l'esprit du temps plutôt qu'aux détails vulgaires qui chez d'autres pourraient être caractéristiques....

Qu'importent donc quelques détails
»

de sa vie ?
'

Il

paraît difficile d'admettre aujourd'hui sans

discussion

qu'un

critique

aussi

pénétrant
(Lamarline).

ait

1.

Sainte-Beuve, Porlruits conlcmpontins,

t.

I

VI

PnEFACE.
telle

commis une
dans
rable
cette

erreur; sans doute avait-il ses

raisons de parler ainsi, et peut-être ne faut-il voir

opinion exagérée que l'excuse honoles

pour
ils

romantiques d'un éloignement

dont

furent tous secrètement blessés; écartés
ils

de l'existence du poète,
détail

déclaraient

que

le

en

était

sans importance,

et n'ajoutait rien

à la

compréhension de son œuvre.
il

Malheureusement,

semble que

les
le

biographes

de Lamartine aient pris jusqu'ici

jugement de

Sainte-Beuve pour base de leurs travaux, dont
la

plupart ne sont que
ses

des fragments plus ou

moins commentés de

innombrables souvenirs
et

de jeunesse, source dangereuse de se méfier, surtout pour
à 1820. Écrits à
la

dont

il

importe

période antérieure
oîi

une époque

pour oublier
ils

le

présent

il

se retrempa dans son passé,

compoqu'il fut

sent plus exactement l'image de celui qu'il se crut

ou aurait voulu
réellement.

être plutôt

que

celui

Aussi,

doivent-ils êlre utilisés

avec

une extrême précaution.

Depuis ({uclques années déjà,
torique a été introduite dans le
et, si elle a

la

mélhode

his-

domaine

littéraire

ses inconvénients, elle a surtout d'ex-

cellents colés.

Les études lamartinicnnes en ont
sou-

prolité; divers travaux ont élé publii's qui

mettent

les récils

du poêle

à

un contrôle sévère.

PREFACE.

VII

en

même temps
nouveaux.

qu'ils

mettent en lumière des

faits

La légende de Lamartine adopour
et

lescent tend à disparaître
réalité

faire place à

une
à

autrement vivante

l'on

commence

comprendre que son œuvre nécessite une biographie minutieuse
et

presque quotidienne.
les causes des

Mais
états

s'il

importe de rechercher
multiples
et

d'âme

contradictoires

que ,/

reflète sa poésie, les

Mcdi fat ions,

surtout, écrites

sans souci de la postérité et de la gloire à une

époque indécise
celui qu'il

et

tourmentée de sa

vie, récla-

ment un commentaire infiniment plus
nous a
laissé; replacées

précis que

dans leur vériqui

table cadre,

éclairées

par les

circonstances

déterminèrent, retardèrent ou hâtèrent leur éclosion,
elles

deviennent plus

humaines encore,

parce que plus sincères, et singulièrement
vantes
:

émounul

en

elles,

aucun

artifice

littéraire,

désir d'introduire

un mode nouveau de pensée;
romantique
le

ce livre qui devait révéler la jeunesse

à elle-même

et

marquer
et

début d'un mouve-

ment unique dans
fut écrit sans

l'histoire des lettres françaises,

ambition

presque négligemment.
Sai'd,

A

comparer

le

manuscrit de

médiocre tracalligraphié

gédie en cinq actes,

amoureusement

sur beau vélin, et les ébauches crayonnées hâtive-

ment qui sont

le

premier jet des Médilations, on

VIII

PREFACE.

se

rend compte que Lamartine ne

les considérait

que

comme
et

des

notations intimes de ses états
le

d'âme

sans intérêt pour

public.

Ce sont

des conditions de sincérité qui font d'elles un pré-

cieux document psychologique pour l'étude de la

jeune génération romantique,

et c'est ce

que nous

avons

tenté d'établir

ici.

Ce volume n'a d'autres prétentions que
la

d'être

mise au point

et l'utilisation

de récentes publi-

cations dont on trouvera
chapitres qui

le détail

au cours des

suivent;

nous y avons pourtant
jusqu'ici

ajouté

bon nombre de sources

demeu-

rées inédites et sur lesquelles nous devons ajouter

quelques mots.

De l'œuvre
ici

publiée de Lamartine
la

nous n'avons conservé que
dont
il

Correspondance,
le

nous faut

déplorer les lacunes et

classement souvent défectueux; volontairement,

nous avons écarté tous
lorsqu'il

les

souvenirs rédigés sur

ou par Lamartine postérieurement à 1820, sauf

nous

a

été

possible
les

de
et

les

vérifier,

pour ne retenir que
contemporains de
écrits à
la

lettres

témoignages
impos-

période qui nous occupait;
était

une époque où son avenir
prévoir,
ils

sible

à

le

montrent sans

aucun
de

ménagement sous son jour
ses relations.

véritable et tel qu'il
et

apparaissait alors aux yeux de sa famille

PIU:i'ACE.

IX
ù

En premier
sition

lieu,

nous avons eu
le

notre dispo-

un important manuscrit,
sait

Journal intime
très

de sa mère; on

que quelques fragments

écourtés et très remaniés en ont été publiés par
le

poète sous

le titre, le

Manuscrit de ma mère\

ouvrage dont
fait

la

valeur documentaire est tout à

négligeable tant les suppressions et les addifit

tions qu'il y

sont considérables; elles s'expli-

quent,

il

est vrai, aisément, soit qu'il ait

souvent
à

hésité à apporter des démentis trop
ses Confidences,
soit
qu'ail

nombreux

ait

jugé

délicat d'en

reproduire

le texte intégral.

C'est grâce au /oi<?"Hrt/

intime, toujours soigneusement daté, qu'il nous

a été possible d'entreprendre cet ouvrage, car

il

nous a permis de mettre en lumière certains

faits

demeurés encore obscurs ou ignorés, en
temps
logique
qu'il

môme

nous fournissait un tableau chronodétaillé

minutieusement

des quarante

premières années du poète. Ces pages écrites au
courant de
la

plume, sans aucune préoccupation

de composition ni de publicité, présentent natu-

rellement des négligences et des répétitions, mais
les

pensées

et les
-.

sentiments n'y ont d'autre souci

que
1.

la sincérité

Le Manuscrit de ma mère, prologue
(Paris,
la

cl

épilogue par A. de

Lamarline
2.

1871, in-8).

Voici

description des

12 petits cahiers

et

non pas

X

PllEFACE.

De

plus, grâce à roljligeance de

M. Charles

de Monlherot,

petit-neveu de

Lamartine, nous

avons pu prendre connaissance des riches archives
de Saint-Point, et
le

haron Carra de Vaux a hien
les

voulu mettre à notre disposition
titres

papiers et

de la famille maternelle du poète, qu'il repré-

sente actuellement.

Nous devons également nos
leurs

remerciements

à

plusieurs familles de JMâcon qui

nous ont

aimablement ouvert

archives

domestiques; à M. A. Duréault, secrétaire perpétuel de l'Académie de Mâcon, qui nous a
fait

à mainte reprise profiter de son érudition et de
ses

recherches personnelles;

à

M. Lex, archi-

22, coniine

l'a

écril
iidiine

du Journal
1
:

Lani.irliiie dans la préface des Conjidi'iices qui s'élend de 1800 à 1829
:

Tome

— 26 août 1801-8 avril 1802. 140 — 16 avril 1802-21 juin 1803. 153 plus 8 de comptes, in-10. — IV 23 juin 18.13-22 octobre 1804. 118 plus 4 de laide, — V 1" nov. 1804-3 juillet 1800. 99 in-8. — VI 12 juillet 1806-19 déc. 1808. 139 plus 2 p. de table, in-8. — VII 27 janvier 1809-7 mars 1811. 99 plus 4 de table, in-8. — \11I 10 mars 1812-28 février 1815. 193 in-4\ — mars mai 1821. 198 p. plus 2 feuillets volants intercalés dans texte, in-4". — X 14 juin IS21-13 oct. 1822. 87 in-4°. — XI H nov. 1822-21 juin 1824. 88 p., — XII 19 juin 1824-22 oct. 1829. 80 plus 30 feuillets
II
:

13 déc. 1800-24 août 1801. 91 p., in-lG.
p., in- 16.
p.

III

:

p.

:

ji.,

p.

in-lfi.

:

p.,

:

p.,

:

p.,

p.

:

p.,

l.\

:

7

18i:5-3

le

:

p.,

:

in-4''.

:

p.,

demeurés blancs, in^".

PRIiFACE.

XI

viste

de Saône-et-Loire, dont

les

travaux nous

ont été d'un grand secours. Enfin, nous tenons
à exprimer notre reconnaissance à M. Gustave

Lanson
les

qui, préparant

lui-même une étude sur

Méditations, nous a permis de prendre con-

naissance

de plusieurs

documents

inédits qu'il

avait réunis.
C'est f^râce à tant d'obligeances

a

pu voir

le

jour.

que ce volume Nous avons essayé d'en faire
et

une biographie exacte

critique;

exacte,

car
le

nous

n'avons
fait

voulu

laisser

dans

l'ombre

moindre
tique,

capable d'apporter un éclaircisseà la genèse des Méditations; criles

ment nouveau
puisque

documents

utilisés

n'ont été

acceptés qu'après un contrôle aussi sévère qu'il
est possible

en pareille matière.

PiKURE DE LaCI'.ETELLE.

PREMIÈRE PARTIE
LES ORIGINES

,

CHAPITRE

1

LES LAMARTINE'

Les origines des grands
peut
être,

hommes

et

davantage,
à

celles

des poètes
il

ne sont jamais

négliger.
littéraire

Sans doute,
que

importe peu pour

l'histoire

Vigny

descende d"un
soit

trésorier

du

xv"

siècle,

que Hugo

apparenté à un évêque

I. Sources et bibliographie Archives municipales de Mdcon Registres des baptêmes, mariages et décès de la paroisse SaintPierre. Archives déparlementales de Saône-et-Loire (Série B, 1324-1371) Registres du bailliage de Màcon où sont conservés Archives de nombreux contrats, testaments et donations.
:
:

:

Registres des baptêmes, mariages et décès de la paroisse Saint-Marcel. Archives de la Guerre (section administrative) États de services des membres de la famille qui furent officiers. Bibliothèque Nationale (manuscrits) Armoriai général, généralité de Bourgogne. D'Hozier, pièces originales, vol. 504 et 1873, dossiers bleus, vol. 7.— Bibliothèque de Mdcon Claude Bernard, généalogie des familles de Màcon (mss). Tessereau, Histoire chronologique de la grande chancellerie de France (Paris, 1710). Arcelin, Indicateur héraldique du Maçonnais (Màcon, 1805). Révérend Du Mesnil, Lamartine et sa famille (Lyon, 1809). Le.\, Lamartine, souvenirs et documents (yiàcon
municipales de Chiny
:

:

:

:

1890).

— Lex,

les

Fiefs du Maçonnais (Màcon, 1897).

4
lorrain,

LES ORIGINES.

que Lamartine

soit petit-fils

d'un intendant
là,

des finances du duc d'Orléans. Ce nest

dans leur

biographie, qu'un élément de curiosité.

Mais
et

si,

et

avec raison, l'on accorde à l'éducation
le

au milieu une influence prépondérante sur
il

déve-

loppement d'un génie,
qui, elles aussi,

faut également faire

une

part aux influences ancestrales, à la vie antérieure
laissent des traces plus profondes
et l'héritage

qu'on ne l'imagine ordinairement,

moral

d'un poète est précieux à connaître pour tout ce
qu'il lui a

transmis d'instincts ataviques. Une
le

telle

étude est souvent délicate et vaine devant

petit

nombre de documents que l'on parvient à Une filiation exacte pendant trois siècles

recueillir.

le

plus
est
il

haut qu'on puisse habituellement remonter

curieuse, mais de simples dates ne suffisent pas;

faudrait connaître la vie des ancêtres, savoir où et

comment
rent,

ils

vécurent, quelles passions
ils

les

dominèlÀvrc de

dans quelle province
ce

fixèrent leur foyer, en
le

un mot posséder
à

qu'on appelait jadis

raison, registre où les chefs de famille inscrivaient

lourde rôle grands

et petits

événements d'une

exis-

tence souvent

trop obscure pour qu'on
les

puisse

en
ils

retrouver trace dans
vécurent.

archives des

villes

Pour Lamartine, nous avons
d'être à

la

bonne fortune
nous permettent
siècle,

peu près

fixés

sur son hérédité, grâce à une
(|ui

abondance rare de documents

de remonter jusqu'au début du xvr

avec des

LES LAMAirriNE.
détails précis et
il

5

nombreux sur
il

les

deux familles dont
que dès
de

descend.

Tout d'abord,
longue date dans

est curieux de constater

Torigine Tune et l'autre semblent être établies
les

régions
la

mêmes

oîi elles

demeu-

rèrent ensuite jusqu'à

fin

du xvni"

siècle; et cet

intense et pénétrant sentiment de
sera chez Lamartine une des notes

la terre

natale qui

dominantes de sa

poésie, se retrouve déjà chez ses pères qui lui trans-

mirent un peu de leur amour du sol lentement acquis
au cours des
chez
laissé
les

siècles.

Mais aucun ancêtre, pas plus

Lamartine

que

chez

les

Des Roys, n'a
de son temps
:

grande trace dans
le

l'histoire

enracinés dans

même

coin de

Bourgogne ou d'Aule

vergne depuis douze générations, habitués de père
en
rêts
fils

à faire tout naturellement

sacrifice d'intéet

immédiats ou propres à ceux lointains

souvent

invisibles de la race et de la famille, tous, bourgeois,

magistrats et capitaines, vécurent
sible et sédentaire, soucieux

la

même

vie pai-

avant tout d'augmenter
tandis que les

leur

bien par de

solides

alliances,

cadets s'en allaient mourir obscurément à quelque
siège lointain, et

que

les filles,

peu ou point dotées,

traînaient leur mélancolique existence sous les arceaux

du

cloître le plus proche.

C'est à iMâcon, paisible et

dormante

petite cité, qu'il

faut chercher les origines paternelles de Lamartine,

dont

les ancêtres,

dès la fin du xvi" siècle, habitaient

6
la

LES OlUGINES.

maison
est

même

il

naquit. La forme primitive du
et

nom

Alamartine

non Allamartine, comme

il

l'a écrit,

— qui subsiste encore actuellement en Bourdans
la

gogne
naire
xv""

et

Haute-Loire. La famille est origi-

du

Charollais,

l'on

rencontre à
,

la

fin

du

siècle

des Alaberthe, Alabernarde
tard,
h.

Alablanche,

devenus plus
identique, des

la

suite

d'une transformation

de

la

Berthe, de Labernarde et de
le

Lablanche. Quant aux origines sarrasines dont

poète se targuait volontiers, elles étaient peut-être

une charmante excuse

à sa hautaine nonchalance, à
et à l'invincible attrait

son amour des animaux

que

l'Orient exerça toujours sur lui,

mais

elles

demeurent,

bien entendu, plus que problématiqnes.La forme A/a-

martine se trouve dans
fin

la la

famille du poète jusqu'à la

du

xvii^ siècle,

en

personne de Jean-Baptiste

Alamartine, son trisaïeul, qui, bien que né noble,
signa jusqu'en 1680 Alamartine.

Au
de
la

xvni^ siècle, toute trace de roture a définitives'écrit

ment disparu du nom, qui
qu'avec
dernière
la

Delamartine ou

Martine, mais rarement de Lamartine; ce n'est

Révolution
sons
le

qu'on voit apparaître cette
la

forme,

particule.

Notons enfin

que, jusqu'en 1825,
Delamartine, de
la la

poète signa indifféremment

Martine, ou de Lamartine. Mais
!(''gifime

transformation

(WMamarlme ou

de

la
la

Mnrlim date du
Il

milieu du

wir

siècle,

époque où

famille fut anoblie.

y avait en

1781)

peu d'ancienne noblesse dans

la

LES LAMARTINE.

7

région du Maçonnais. Elle n'était guère représentée

que par quelques
hautaines, à qui
disait
la

vieilles

familles

désœuvrées

et

modicité de leurs revenus interelles

Versailles
et à

oii

n'auraient pu tenir leur

rang;

part ce comte
les

de la Baume-Montrevel

qui n'avait jamais mis

pieds à la cour et trouvait
à

moyen

de

manger royalement
le

Mâcon

ses six cent

mille livres de revenu avec ses équipages, ses vio-

lons et ses chasses,

reste n'était guère

que bour-

geois enrichis, vivant de la terre, et indifïérents à la
politique.

La famille de Lamartine en
exemple
:

est d'ailleurs le meilleur

à la fin

du

xviii'= siècle,

ses

membres

établis

dans la région depuis plus de trois cents ans s'étaient
lentement élevés des plus infimes fonctions aux plus
hautes charges, et
les

transformations subies par

le

nom patronymique sont le cette évolution commune à
de
la région.

meilleur témoignage de
la

majorité des familles

C'est ainsi qu'au milieu

du xvr

siècle le chef
fils,

de

la

famille était
tard, fut
titre,

humble tanneur

à Cluny; son
la

plus
à ce
les

un bourgeois infiuent de

ville et,

chargé de présenter aux Etats du Maçonnais

revendications du tiers; et tous signaient Alamartine.

Au début du

xvii" siècle,

son

petit-fils

rempliset capi-

sait les

importantes fonctions de juge-mage

taine de l'abbaye de Cluny; quelques années après,
il

acquit

la

noblesse

— noblesse de robe — par l'achat

d'une charge de secrétaire du roi puis, par une ascen-

8
sioii

LES ORIGINES.
toute
naturelle,
ses
fils

acquirent des terres

nobles, prirent l'épée, et virent alors s'ouvrir

devant

eux

les

chambres de
le

la

noblesse aux Etats de Bourla

gogne;

nom

devint de

Martine.

Le poète, pourtant, se montra toujours fort peu
soucieux de ses origines; ses armes, môme, enregistrées avec tant de soin par

son bisaïeul à l'Armoriai

général, étaient timbrées par lui d'une façon fantaisiste; alors qu'à la fin

du

wii"" siècle les

Lamartine

portaient
trèfle

:

«

de gueule à deux fasces d'or chargé d'un
)),

de

môme

il
^

substitua, on ne sait pourquoi,
;

des bandes aux fasces

question purement esthétique,
la science

sans doute, mais qui prouve à quel point
héraldique
le

préoccupait peu; de
il

même,
et

à

ceux qui
qu'il

l'interrogeaient,

répondait invariablemeut

descendait

((

d'une famille noble

catlioliquc

du

Maçonnais
Mais
rent,
il

)).

si

tous ces petits détails

le

laissaient indift'é-

n'en allait pas de
la

même

de son grand-père,

Louis -François de
noblesse,
fit

Martine qui, fort entiché de
officiels

admettre dans des actes
siècle

du

milieu du

xviii'^

plusieurs

généalogies assez

1. Dans rArinorial général de d'Hozier, élabli en 1696, on voit que les Lamarline porlaienl « do gueules à deux fasces d'or, accompagnées en cteur d'un Irèlle de même ^. La branche cadette de Montceau « brisait en chef d'ua lambel d'argent ». Le cachet de LainarLinc, (jue nous avons pu voir, ne porte pas de lambel, puisiiue la branche aînée était éteinte à la lin ont été remplacées par des du xviu" siècle, et les < fasces bandes ».
:
•-

.<

LES LAMARTINE.
inexactes de sa famille ^ Mais
il

9

avait l'excuse de

plus que vivre à une époque où les titres décidaient faire admettre ses fdles dans des les mérites. Pour d'élite, chapitres nobles et ses fils dans des régiments
il

fut

donc contraint de fournir Sa noblesse
c'est

les titres requis

par

les

statuts.

était

incontestable, mais trop
satisfaire

récente;

alors que,

pour

aux

règle-

ments, il se créa des ancêtres plus ou moins authenTrès inhabilement, d'ailleurs, il fît subir aux
tiques.

registres

paroissiaux des grattages et des lavages conchimiques, rendus parfaitement visibles par le
traste des encres et des écritures, et
les deux gentilshommes chargés de pièces furent tolérants. Partout où les u chevalier », u
il

faut croire que

la vérification

des

cela fut possible,
»

messire

», «

noble seigneur

rem-

placèrent les

«

forma en

«

de

maistre »; l'A de Alamartine » au moyen de quelques grattages et
se trans-

Ton

profita

deux

de ce qu'un ancêtre avait été marié plus à la fois pour donner un quartier de

même

noblesse familiale.

Néanmoins, malgré

ces falsifications plus courantes
il

à l'époque qu'on ne le croit ordinairement,

est pos-

au moins trois de ces 1. H existe, à notre connaissance, {Manusgénéalogies. L'une ligure à la Bibliothèque Nationale pages 1-5 du vol. 790 crits, ancien fonds français) et occupe les recueil Fonde la collection Moreau (t. XXXlll de l'ancien des Annales Elle a été publiée par nous dans la Revue
tette)

V de l'année 1905. La seconde figure au Archives ministère de la Guerre. La troisième se trouve aux la Jeunesse de Saùne-et-Loire, et a été publiée par M. Reyssié de Lamartine, in-i8, 1892, p. 9.
romantiques, fasc.
:

^^

LES ORIGINES.

sible de reconstituer la généalogie exacte de la famille

de Lamartine, à l'aide dautres documents tels que reghtres du baUliage, ceux là authentiques, et d'une autorité incontestable.
les

Au début du
s'établir à

xvi« siècle,
les

les

Alamartine vinrent

dépendances de la célèbre abbaye qui faisait vivre toute une population, et où le premier d'entre eux dont on trouve mention vivait en looO, exerçant la modeste profession de tanneurcordonnier. Avec son prénom Benoît c'est là

Cluny, sur

-

mais ses enfants nous sont un peu mieux connus'. Il eut une fille, Françoise, mariée le 4 janvier
1587
à Claude Tuppinier-, et trois
fils.

tout ce

quon

sait de lui,

L'aîné, Gabriel, fut

notaire au bailliage de Màcon, par provisions' du 15 septembre 1573, et épousa une demoiselle Claude Morestel dont il eut une fille, Philiberte, mariée en 1594 à Jean Durantel, notaire et procureur à Cluny. Le cadet, Benoît, avocat à Mâcon, prit pour femme
M. Aboi Jeandel (Annales de V Académie de Mâcon, 2" série un arle en date du octobre 1544 concernant un Lst.ennc Alamartine, « bourgeois et marchand de Cluny ..propriétaire à Azé. Il s-agit là sans doute d'un frère de Beno, ou peut-être de son père, mais il nous a olé impos sible de ridentidcr de façon certaine
1.
t.

V, p. Il/) a publié

U

'

'"aucl.e subsiste encore en Bourgogne, est origma.re de Cluny, où Ion trouve en 1544 u. Jacques lupp.n.er, bourgeois de la ville, marchand «Irapier

nttl

'^'""'"','

''"PP'"''''"' ^'""t ""''

a

.nane a Antoinette de Gordon. Françoise Alamartine.

Il

est le

père de Claude, u<-,

ma ié mauc

LKS LAMARTINE.
le

11

29 octobre lo9o Jeanne Fournier,

fille

de Cuiyot
il

Foiirnieret de Jacqueline Descrivieux, dont

eut neuf

enfants

'.

Quant au plus jeune,
sa

Pierre, ancêtre direct

du

poète, on sait de lui peu de chose. Quelques actes de

baptême où
et parrain,

femme et lui signèrent comme marraine
qu'il

nous apprennent

épousa Jehanne

de

la

Roiie, d'une famille bourgeoise
l'on puisse connaître

du Mcàconnais,
ni ce
si

sans que

ni sa profession

quelque

autre date précise de son existence,
il

n'est qu'en 1604

fut chargé de présenter aux Etats

du Maçonnais

les

revendications du Tiers.
la famille

Vers 1575 quelques membres au moins de

Alamartine appartenaient à
1.

la religion

réformée.

Un

une reprise de
Descrivieux
était

Guyot Foucnier, père de Jeanne, exerça, le 31 août 1601, fief pour la chùtellenie de Prisse. La famille
était

originaire

de

Bresse;
la fin

Charles Descrivieux

éciievin de

Mùcou en 14G6; à

du

xviii" siècle, les

Descrivieux, seigneurs de Charbonnières, prirent séance en la Chambre de la noblesse du Maçonnais. Benoît Alamartine et Jeanne Fournier eurent de leur mariage

:

Charles (9

mai 1598

marié à Philiberte Paillet;

— ?);

Marguerite 16 août 1604 ?); ?); 7' Avoyei2^ février 1612 O- Jacques (0 août 1009 ?). 8° Aimée (8 juin 1613 -?); 9' Suzanne (27 sept. 1614 Benoît C'est vraisemblablement d'un des fils de Gabriel ou de Alamartine que sont issus les nombreux Alamartine existant encore dans le Charollais, et un Emilien Alamartine, notaire à
(

2° Guyot (31 déc. 1601 -.?), Claude (28 oct. 1602-3 oct. 1600); 3 oct. 1608) 5° FAienne {12 nov. 1600
;

— ?);

Giuny au milieu du acte de mariage du

xviii'^

21

siècle. A signaler également un janvier 1782, entre Philippe Cartillet,

marchand forain, et Jeanne Lamartine, tailleur (sic), fille de François Lamartine, tisserand, « lesquels ont déclaré ne savoir signer ». Bien que l'acte ait été enregistré à Màcon, ces Lamartine n'ont aucune parenté, môme lointaine, avec ceux qui nous occupent, la forme roturière du nom étant Alamartine
et

non Lamartine.

12

LES ORIGINES.
la

pamphlet du temps,
de Ckiiiy,

Légende de dom Claude de

Guise \ œuvre de Gilbert Regnault notable hug'uenot

nous apprend en

effet
:

qu'ils

eurent à

subir des persécutions pour leur foi

Quy

YOiidiait, dit Regnault,

spécifief les persécutions,

les voleries, les larcins et bi'igandages

que saint Nicaise

et

ont exercées à rencontre des pauvres lîdelles de la Religion en la ville de Cluny, faudrait les prendre un par un, puis décliitlrer les tours, les menées, les piperies, cruautés et barbaries pour tirer les rançons de ces pauvres, ainsy que descrire les sommes de deniers qu'il
saint Barthélémy
-

a tirées des seigneurs Philibert

Magnyn, Marin Arcelin,

Tuppinier, Rolande, Alamartine, Corneloup, Fornier, et plusieurs autres signalés de la ville de Cluny; et nous n'aurions jamais fait, non seulement spécifier les deniers qu'il a estorqués de ces
capitaine Roussel,
Bolat, Division,

personnages, mais aussi les moyens qu'il a tenus pour leur faire renoncer Dieu, c'est-à-dire révolter la religion réformée.

11

ne faut pas s'exagérer
des

la

valeur de cette convernouvelles

sion
être

Lamartine aux idées

qui

dut

extrêmement passagère. Le mouvement
les les

réfor-

miste en Bourgogne eut des

causes très diverses,
:

suivant

endroits où
et les

il

éclata

à

Maçon

et

à

Cluny,

émeutes

conversions en masse de
les

1562

et 15(>7

eurent en grande partie pour cause
(Jiuisc,

exactions de Claude de

abbé de Cluny, qui

1. La Légende de dornp Claude de Guize... s. 1. 1582, in-8, réimprimée en 1744, au tome IV des Mémoires de la Ligue. 2. Surnoms donnés par llegiiaull à Taljbé de Cluny cl à son

vicaire.

LES LAMARTINE.
faisait

13

lourdement peser son
habitants.

autorité

despotique

sur

les

- Ceux-ci,

plus par exaspération

que par

foi sincère,

s'allièrent

aux huguenots

et

de

Lamartine. L'abbé de Cluny ce nombre furent les finalement gain de cause, puisqu'au
obtint d'ailleurs
xvn<=

début du

siècle

on trouve

pourvu d'une charge à
pose, bien entendu,
pères.

un fils de Pierre l'abbaye même, ce qui supà
la

un retour
effet,
le

religion de ses

Estienne Alamartine, en
est

bourgeois de Cluny,

qualifié

dans

les

actes

concernant de juge-

de l'abbaye de Cluny; fonctions pouvoirs admiimportantes qui lui conféraient des puisqu'il était chargé de étendus

mage

et capitaine

nistratifs

fort

,

rendre

la justice

ecclésiastiques.
le
2.')

compte du roi sur les terres *; Peu à peu, il augmenta sa situation
pour
le
il

octobre 1G04,

fut

nommé

avocat; en 1609

le roi

ayant créé
il

trois offices de conseiller

au bailliage
et enfin,

de Màcon,

acquit une de

ces charges

en

l()ol,

celle

de secrétaire du

roi fort recherchée

noblesse à son titulaire alors puisqu'elle conférait la exercée vingt ans ou qu'il fût

pourvu

qu'il

l'eût

Alamartine ayant mort en étant revêtu.- Estienne
été reçu

en Parlement de Paris

le

étant mort en fonction l'an 16o6,

la

3 juillet 1651 et noblesse fut donc

acquise à ses descendants.
Étals du Maçonnais, il Le 8 avril 1626, à rassemblée des mémoire et doléances « du Tiers chargé de présenter les « fut
1

État.

14

LKS OHIGINES.

Estienne fut marié deux fois: en premières noces
épousa,
fille

il

le

12 octobre 1605 à Mâcon,

Aymée

de Pise,

de noble Antoine de Pise, président en l'élection
et

du Maçonnais,
dont
le
il

de

dame Antoinette de Rymon
et,

',

n'eut pas d'enfants;

en deuxièmes noces,

18

novembre

IBID, à Chalon,

Anne

(îalloche,
roi

fille

de

Guillaume

(ialloche

,

procureur du

en

la

chàtellenie de Saint-Laurent-lez-Clialon, et de Nicole

Gon.
C'est à propos de ces

deux mariages

cjue

commenles

cèrent

les falsifications

de Louis François dont nous

avons parlé plus haut.
généalogies qu'il
afin de
fit

En

effet,

dans toutes
il

établir à l'époque,

eut soin,

donner un quartier de plus à
deux mariages pour

sa noblesse, de
faire
:

profiter de ces

du seul

Estienne deux personnages distincts

le

premier fut

marié avec
Galloche.

Aymée

de Pise, et

le

second avec Anne

Mais,

devant l'invraisemblance des dates
et le

le

premier mariage étant de 1605
le fils

second de 1619,
treize

présumé d'Estienne aurait donc eu

ans à

l'époque de son mariage!

il

fallut d'abord reculer

i. La famille de Pise est originaire de Mâcon. On trouve un Anioine de Piseéchevin de ceUe ville en 1450; Philippe de Pise, garde du scel des contrats du bailliage de Mâcon (par provisions du 15 juin 1544), eut pour (ils Anioine, père d'Aymée de Pise. Les de Pise devinrent en 1(303 seigneurs de Flacé, par acquisition des Alaugiron. Les de Hynion, seigneurs de Champgrenon, la Moussière, la Serve et la Rochette sont originaires de Saint-Gengoux, d'où était Hugues de Uynion, capitaine de la ville et du château, marié iiFrançoise Bourgeois.

LES LAMARTINE.
la

15

date de

KiOiJ

à

JOOl, et avancer celle de 1(319 à

16^9, ce qui fut fait à l'aide de quelques grattages,
et

donnait alors environ vingt-sept ans
le

au faux

Eslienne

jour de son mariage.

Bien plus,
cause
fallut

comme
acte,

il

n'y avait de lui

— et

pour
il

aucun

aucune pièce authentique,
c'est alors

au moins fournir une preuve soi-disant
sa naissance
:

irré-

futable de

qu'on créa, de

toutes pièces, cette fois,

un faux acte de baptême au

nom
date

de cet imaginaire personnage.

A

cet effet, à la

du 2 novembre
on

et

sur

les

registres paroissiaux

de l'année 1602,
l'aide

fit

simplement disparaître, à
l'acte

d'un lavage chimique,
;

de baptême d'un

individu quelconque puis, à cette place, on transcrivit
le

faux qui devait donner quelque vraisemblance à
11

l'extraordinaire conception de Louis-François.
d'ailleurs

est

heureux pour

lui

que

les

deux

gentils-

hommes

chargés de l'examen des
,

titres et

preuves

de noblesse

messire Eléonor de Garnier, comte des

Garets, gouverneur de la citadelle de Strasbourg, et
le

chevalier de

Prisque de Besanceuil n'aient pas

mené

leur besogne jusqu'au bout, car la lecture des

registres

ces falsifications sont encore très appa-

rentes aujourd'hui les eût pleinement édifiés.
les

Sur

deux actes de mariage,
sur

les

corrections grossière-

ment dissimulées sous de maladroites taches d'encre
sont très visibles
le
;

le

faux acte de baptême,

papier blanchi par l'acide et les mouillures, les

signatures péniblement décalquées ou copiées, l'encre

16

LES ORIGINES.

encore noire, l'écriture enfin, contrastent trop étran-

gement avec que le moins

les actes

qui précèdent ou suivent pour

averti s'y soit trompé.
les registres

Louis François avait compté sans

du
ils

bailliage quil ne pouvait aussi aisément falsifier;

font foi qu'il n'y eut pas deux Estienne Alamartine,

mais un
il

seul,

marié deux

fois

;

de sa première union
il

n'eut pas d'enfants, mais de l'autre

en eut cinq,

trois filles et

deux garçons.
filles,

L'aînée des

Philiberte, épousa le 10
' ;

mars 1638
Anne, née
en
l'élec-

Antoine de

la

Blétonnière

une

au,tre,

en 1627, fut mariée à Simon Dumont,
tion
-

« élu

», et

mourut

le

16

mars 1709. La

dernière,

FrançoiseMarie, devint religieuse à

la Visitation

de

Mâcon.

Quant aux deux
l'auteur

fils,

l'aîné,

Philippe-Etienne, fut

de
,

la

branche aînée de

Lamartine, dite
la
fin

d'Hurigny

éteinte

dans

les

mâles à

du

xviu'^ siècle, et le cadet,

Jean-Baptiste, de la branche
le

de Montceau dont descend
La famille de
la

poète.

la Blétonnière est originaire de Cluny. Un Blétonnière, procureur du roi, puis juge royal en la chàtellenie d(; Saint-Gengoux par provisions du II août 1017. Son fils Antoine, lieutenant en l'élection du Maçonnais. D'après le contrat de mariage de Philiberte, où les époux sont qualifiés « habitants de Cluny », on voit que les Alamartine ne résidaient pas encore à Màcon. Etienne s'y était néanmoins marié en 1605, mais ce n'est qu'à partir de ICjO (ju'on les trouve défi1.

Antoine de

nitivement installés à Màcon, paroisse Saint-Pierre. 2. Jean Du mont, bourgeois de Màcon à la fin du xvi° siècle, marié à Françoise Foillard. La famille l'ut anoblie en 1723, en la personne d'Emilien Dumont, secrélaire du roi.

LES LAMARTINE.

17

Lamartine d'Hurigny.
Hurigny
est

une ancienne châtellenie royale dépenroi, située

dant des domaines du
de Màcon non
loin

dans

le

canton nord
la

de

la

ville.

En 1510,

terre

d'Hurigny avait
milieu

été inféodée

en faveur de Philippe

Margot, conseiller maître des comptes à Dijon.

Au

du

xvi''

siècle, la

seigneurie passa aux mains

de

la

famille Seyvert; en 1665, leur héritier, Jacques
la

Lestouf de Pradines

vendit à Philippe-Etienne, qui,
fief.

en 1672, exerça une reprise de

Philippe-Etienne naquit vraisemblablement à
de 1622.
Il

la fin

succéda à son père en 1656 dans son
et secrétaire

office

de conseiller

du

roi,

mais résigna ses
le

fonctions quelques années après,
11

14 janvier 1663.

avait épousé,
fille

le

14 juin 1657,

Claudine de
la Roiie,

la

Roiie,

de feu noble Antoine de

avocat à

Mcàcon, et de demoiselle Marie Galopin, sa veuve.

De
7

cette

union naquirent deux
1677 — 7

fils

et

quatre

filles

:

Ursule (3 janvier

mars 1746), mariée

le

novembre 1696 à Antoine Desbois, grand bailli d'épée du Maçonnais et capitaine du château de

Mâcon

';

Marie, morte jeune (5-14 février 1662);

1. La famille Desbois, acluellement représentée par les familles de Murard, de Surigny et de la Foreslille, est issue de (iabrii'l Uesbois, bourgeois de Cluny à la lin du xvi" siècle, dont le petit-fils, Pierre Desbois, seigneur de la CailloLerie, fut anobli en 1043 par l'acliat d'une charge de secrétaire du roi.

18

LES ORIGINES.
et

Marie
la

Marie-Anne, l'une religieuse au couvent de

Bruyère (1603
fils,

?), l'autre

u'rsuline à
le

Màcon. Quant

aux

l'aîné,

Philippe,

26 août 1658, fut

marié

le 7

juin 1704 à

Constant, échevin de
Mollien
'.

Anne Constant, fille d'Antoine Lyon en 1697-98, et de Anne
mourut
le

Il

n'en

eut pas d'enfants, et
les

20 octobre 1747. Tous
lui

biens paternels qui devaient

revenir en sa qualité d'aîné, furent transmis à
le
le

son cadet, Jean- Baptiste, né
Ce fut Jean-Baptiste qui,
tine,

19 octobre 1(163.

premier des Lamarsi

rehaussa

le

nom du prestige,

grand

à l'époque,

de

la

noblesse d'épée, puisqu'après avoir servi quel-

le

que temps cornette dans Lande-dragons, il acheta 25 octobre 1689 une compagnie dans le régiment
de Gévaudan-dragons.
le
11

quitta l'armée pour épouser

26

février

1696

Kléonore

Bernard, d'une
fille

très
sei-

ancienne famille màconnaise,

de Philibert,

gneur de

la

Yernette, conseiller du roi au siège et

présidial de

Màcon ^

et

de Jeanne BoUioud, qui lui

A

parlir d'Antoine Desbois, la charge
se transmit

de grand

bailli

d'épée

du Maçonnais

de père en

fils

dans

la famille jus-

qu'à la Révolution.

27 sept. 1757) était fille d'Antoine Anne Constant (? 1. Constant (1641-17iG), échevin de Lyon en 1097-98, et de Anne Mollien. (Cf. Jouvencel, l'Asseinblce de la noblesse de la sénéchaussée de Lyon en 1789. Lyon, 1907.) 2. La famille Bernard est une des plus vieilles du |)ays. Un Phililipe Bernard, conseiller au parlement de Paris, seigneurde la Vernette, fut envoyé en lo8;i par Henri III comme ambassadeur auprès de la républi(iue do Venise. Nicolas Bernard était capitaine de .\là(;on en 1502; Jean Bernard, son lils, était écuyer de Catherine de Médicis [jar brevet du IJO juin 1580.

LES LAMARTINK.

19
et

donna une
dont
taine

fille,

Françoise (1700-1720),

deux

fils,

l'aîné, Philibert,

le

15 juillet 1698, fut capiet

au régiment de Piémont,
le

mourut chevalier
avoir été

de

Saint-Louis

8 janvier

1789, sans

marié.

Le cadet, Jean-Baptiste, dernier seigneur d'Hurigny,
naquit en 1703.
Il

servit d'abord
il

comme
le

volontaire

dans

le

régiment de Villeroy où
11

devint capitaine et
8

chevalier de Saint-Louis.

épousa,

mars 1735,

Anne de Lamartine de Montceau, sa cousine, et mourut le 16 avril 1757, n'ayant eu de son mariage
qu'un
fils,

Louis François, né
filles.

le

26 février 1748, mort

jeune, et cinq

L'aînée, Jeanne-Sibylle-Philippine,
vrier 1736, épousa
le

née

le

7

fé-

16 février 1756 Pierre de
'.

therot
(31 oct.

de Montferrands

La cadette

,

MonMarianne

1737

?)

épousa,

le

25 février 1759, Pierre
(6

Desvignes de Davayé; une autre, Ursule

déc 1741

?),

fut mariée le 2
la Forestille,

septembre 1761 à Antoine Pâtis-

sier

de

capitaine au régiment de Piémont.

Quant aux deux
1739

autres, Marie-Philiberte (7 février


la

?) et

Françoise-Marie (15 nov. 1742

?), elles

furent toutes deux religieuses à Màcon.

A
1.

mort de Philibert de Lamartine, survenue en

M. Charles de Monthcrot, pelit-neveu du poète et posseschâteau de Saint-Point, descend donc à la fois des Lamartine d'Hurigny et des Lamartine de Montceau, puisqu'un pelit-lils de Jeanne-Sibylle de Lamartine épousa en 1820 une des sœurs du poète.
seur du

20

LES ORIGINES

1789, la branche aînée se trouva

donc éteinte dans

les

mâles;

la

seigneurie d'Hurigny, avec les domaines et

château qui en dépendaient, avait été constituée en
dot à Jeanne-Sibylle, lors de son mariage avec Pierre

de Montherot.

Lamartine de Monte eau.
La branche cadette de Montceau, dont
poète, a pour auteur Jean-Baptiste,
(ils

est issu le

cadet d'Estienne
fît

Alamartine

et

d'Anne Galloche.

11

naquit en 1G40,

ses études de droit à l'université d'Orléans', et à la

mort de son père hérita de la charge de conseiller au bailliage de Mâcon. Il épousa le 17 avril 1662 Françoise Albert, fille d'Abel Albert, conseiller du roi,
receveur des consignations, et de demoiselle Françoise

Moisson. C'est par ralliance avec
terre de

les

Albert que

la

Montceau entra dans

la

famille; c'était

un
les

beau domaine d'environ 50 hectares, situé sur

communes

actuelles de Prisse et de Saint-Sorlin, à

une dizaine de kilomètres de Màcon. Bien qu'on ne
retrouve aucune reprise de
fief

pour Montceau, ses
do

possesseurs s'en
réalité,

(pialifiaieiit

seigneurs, alors qu'en
la terre

Montceau
c

faisait partie

et chàtel-

Icnie de Prisse. ()n trouve en

HîO.'i

un dénombrement
»,

de Prisse par
lilk',

honorable (Juyot Fournier

dont une

on

l'a

vu plus haut, avait épousé un Benoît Ala(lu L(jiicl. I).

1.

Arcli.

(1('().

9S (((iiiimuiiicilioM

(Je

M.

.la^i-liicii).

LFS LAMARTINE.

21

martine

;

on y voit que au

«

ladite chàtellanie a de tout
et

temps appartenu
moitié

roi

au seigneur révérend
et à

évéque de Màcon, par indivis,
».

chacun d'eux

la

Le

17 juillet

1675 on rencontre une reprise

de

dénombrement par les héritiers de Pierre Fournier, au nombre desquels figure Abel Albert,
fief et

beau-père de Jean-lJaptistc de Lamartine.

Non
«
si

seule-

ment dans

cet acte Abel Albert se qualifie de seigneur
il

de Montceau, mais
châtellenie est

affirme encore que

ladite

au

roi

pour une moitié
»,

et à

l'évêque

pour l'autre moitié

les

rentes, toutefois, appar-

tiennent pour un tiers au
le

dernier au seigneur.
part en rachetant

roi, un autre à l'évoque et En 1679 Abel Albert augmenta

sa

celles

des

deux co-héritiers

Fournier, et à partir de cette date on ne retrouve
plus

de

reprise

de

fief

pour
la

Prisse.
fils

Au début du
d'Abel Albert,

xvuF
sa

siècle,

par suite de

mort du

sœur, Françoise,

femme

de Jean-Baptiste, hérita

de Montceau. Ce n'est d'ailleurs pas Montceau qui

permit aux Lamartine de
trer

la

branche cadette d'enMaçonnais,
de Prisse
noble, mais

aux chambres de
l'a

la

noblesse du
la

puisque seule, on
qu'ils

vu,

châtellenie
terre

ne possédaient pas
de
la

était

bien

le fief

Tour de Mailly acquis au milieu du

xviir siècle.

Le testament de Jean-Baptiste et de sa femme, rédig'é le i*"' mars 1707, nous montre que, dès cette
époque,
la

situation des Lamartine était déjà solide:

ment

établie

22

LES ORIGINES.

Nous léguons,
la

y

est-il

dit

en

elTet,

aux pauvres de
{sic),

riIôtel-Dieu et de la Charité de cette ville, à chacun

de trois cents livres, les invitant à prier Dieu pour nous. A notre fils Nicolas de la Martine, nous don nons et léguons pour sa part et portion de nos biens et
hoirie notre

somme

domaine

situé à Milly et lieux circonvoisins, et

celui des Fortins, paroisse de Bertzé-la-Ville consistant en

maison

garnie

des meubles

qui

y

sont présentement,

caves, pressoirs, et généralement tout ce qui en dépend,
prés, terre, vignes, bois,

rons
à la
cette

maisons des grangers et vignedépendances, avec les bestiaux qui servent culture. Plus, nous lui léguons notre maison sise en
et leurs ville,

près

les

religieuses

Sainte-Ursule

qui

est

habitée présentement par son frère aine, suivant qu'elle
se comporte chargée du passage qui y est présentement pour la desserte de la grande maison que nous habitons. Nous lui donnons et léguons de plus la charge de conseiller magistrat au bailliage et présidial de Màcon, avec tous les droits en dépendant, la part que nous avons aux charges de receveur des épices, et en tout ce que dessus,

instituons ledit Nicolas de la Martine notre héritier particulier, à la

charge de payer par
Sainte-Marie, et à
Ursule,

lui,

annuellement

et

par
la

avance, à sœur Françoise de la Martine, religieuse à
Visitation religieuse

à

sœur Anne de la Martine ', chacune d'elles quinze livres de
et

pension pendant leur vie. Item, nous donnons à Marie Martine, nos filles, à chacune la
livres.

à Marie-Anne de

ia

somme

de dix-huit mille
la

Item, nous léguons et donnons à François de
tine, notre
fils,

Mar-

chanoine en

l'église

de Màcon,

la

somme

de quinze mille livres et, outre ce, nous lui léguons la somme do mille livres que nous lui avons avancée pour fournir aux frais de son baccalauréat en Soibonnc. Au résidu de nos autres biens desquels nous n'avons pas
1.

Une de

ses sœurs et une de ses tantes.

LES LAMARTINE.

23

disposé cy-devant, ni n'entendons disposer cy-après, nous

nommons
pour
aine.
le

et

instituons notre héritier universel, seul et

tout,

Philippe-Etienne de

la

Martine, notre

fils

Voulons de plus que si moi, ledit de la Marlifie; décède premier, qu'au moment de mon décès, notre héritier entre en jouissance du domaine et vig-noble de Péroné et des biens qui sont venus de monsieur Litaud depuis son mariage.
le

Ce testament
voit figurer

est curieux, ù plus d'un litre.
effet
la

On

y
la

en

petite

maison de

Milly,

maison natale de Lamartine
et

située rue des Ursulines,

l'hôtel
et

Lamartine, élevé près des remparts
qui portait alors
le

de

Màcon
la

numéro 87 de
la

la

rue de

Croix-Saint-Girard, devenue sous

Révolution

rue Solon et au xlV siècle rue Bauderon-de-Senécé.

La
la

petite

maison de Milly date de 1705, époque à
le

laquelle elle fut solennellement bénite par

curé de

paroisse

'.

Quant

à la

maison de

la

rue des Ursusiècle, elle

lines,

acquise sans doute au début du xvn''
xvi''

dénote une construction du

siècle.

Les fenêtres

ont été remaniées depuis
subi de
1.

et l'intérieur

semble avoir
est,

nombreuses transformations. Sa porte
a retrouvé et publié le

premier (Lamartine, souvede bénédiction de la maison de Milly « L'an de N. S. 1703, le 15 juillet, je soussigné ay bénit la maison de M. Jean-Baptiste de la Martine, conseiller du Roy au bailliage et siège présidial de Màcon, à six heures du soir. A. D. Dauthon, curé de Milly - (Anh. municipales de Milly). Les terres avaient à cette épo(jue une superlicie d'environ cinquantedeux hectares et s'étendaient sur les communes de Milly, Berlzéla-Ville et Saint- "-'orlin. La seigneurie de Milly était entre les mains de la famille de Pierreclau.

M. Lex

nirs et documents), racle

:

24

LES ORIGINES.
et

surmontée d'un ccu chargé d'une flamme en pointe
famille

de deux étoiles à cinq rais en chef, qui se réfère à une

actuellement inconnue dans

le

Maçonnais.
Lamartine,

Cette maison n'était pas,

comme

l'a dit

une maison de retraite pour les vieux domestiques. Dans les testaments qui suivent celui de Jean-Baptiste
on voit qu'elle
était

toujours léguée au

fils

cadet,
était

mais que, du vivant du chef de famille,
habitée par l'aîné. La maison de
la

elle

rue des Ursulines
des
jardins

communiquait par une cour
l'hùtel

et

avec

Lamartine, belle construction à deux étages

qui, d'après son architecture, dut être édifiée

dans

la

deuxième moitié du

xvii'' siècle.

Vers

ITflO,

elle subit

d'importants remaniements intérieurs
encore une salle à manger décorée de

et l'on
jolis

y voit

trumeaux
fer forgé

en camaïeu dans

le

goût des bergeries de Watteau.

Sa porte est surmontée d'une décoration en

l'on

remarque deux L entrelacés, manifestement

inspirée

du chiHVe royal.
jjle

Quant à la propriété loin de Màcon (canton
de

Péroné,

elle était située

non

actuel de

Lugny)

et

dépendait

la seigneurie d'Uchisy, Les Lamartine y possédaient une maison de campagne, qui date également

de

la fin

du

xvii" siècle.

Ainsi,

comme on
le

peut s'en

rendre

compte,

la

plupart des biens
seront plus tard
dès
le

— à part Saint-Point — qui compopatrimoine du poète, se trouvaient
siècle

début du wm''

en

possession de sa

famille.

LES LAMARTINE.

25
le
1""
il

Jean-Baptiste de Lamartine

mourut

sep-

tembre 1707. De son mariage,

très prolifique,
'.

avait
trois

eu seize enfants dont peu lui survécurent
fils

Des

qu'il

nomme

dans son testament,
il

l'un, Nicolas,

était

le

31 octobre 1608;

avait fait ses études de

droit à

l'uiiivcrsité

d'Orléans

comme
il

son père, de

1687 à 1690, époque à laquelle
Puis,
il

fut reçu licencié-.
les

succéda à son père dans

fonctions de

conseiller
le

au

bailliage, et
((

mourut

célibataire à

Vichy
d(^

19 mai 1714 \
dit

11

devait aller de

aux eaux

Bourbon,
la

Claude Bernard qui

l'avait

connu; mais

mort

l'en

empêcha;
et

sa maladie était

une phtisie
l'effet

pulmonaire,

on ne seconda pas assez
». le

des

eaux par des purgatifs décidés
L'autre, François, né

20 mai 1677, fut chanoine de

Saint-Pierre de Mâcon, et pourvu d'un archidiaconé

en 1725

:

il

fut élu

doyen par
et

le

chapitre de cette

église le 29

mai 1728,

mourut

à

une date inconnue.

1° Abel {i février— 13 nov. 1. 1G03); 2" Philippe-Etienne; ^"Françoise (10 mai 1G(J6— ?);4Vl/)<0(Vi(' (10-28 mai imë) 5" Claudine (20 avril 1007 Claude (31 no22 sept. 1072); 0" Nicolas; vembre 1009 ?); W Marie [\\ nov. 1070 2 lévrier 1750); 9" Antoine (H nov. 1070 1600), mort à Paris étudiant en Sorbonne; 10° Marianne (21 juin 1073 10 mars 1758), mariée le 9 avril 1712 à Claude Cliambre, receveur des États du Maçonnais; 11° Louis il reprit (10 mars 1770 en 1703 la compagnie de son 1719) frère aîné dans Orléans-infanterie, et mourut au siège de Barcelone; 12° François; 13° i^'/'anfoise (4 janvier 1078 ?); 14° FranfOise(15 avril 1079 ?); ï^" Jean-Baptiste (10 sept. 1080 9 juil-

;

T

:

let 1720),
2.

noyé en se baignant dans Arch. dép. du Loiret, D. 138

la

Saône.
187

et

(communiqué par

M. Jagebien). 3. Arcli. municipales de Vicby. Série G. G.

26

LES ORIGINES.

Quant
il

à l'aine, Philippe-Etienne, né

le

26 mai 1665,

servit de 1689 à 1702
d'oi^i

comme

capitaine dans Orléans-

infanterie,

son père

le retira

pour

le

marier en

1703 à Sibylle Monteillet,

dune famille
trace.

lyonnaise dont
11

nous
cinq

n'avons pu

retrouver

mourut

le

22 mars 1675 ayant eu de son mariage sept enfants,
filles' et

deux

fils; le

cadet, né le 17

novembre
:

1717 embrassa
il

comme
le 21

son père

la carrière militaire
le

fut lieutenant

dans Tallard-infanlerie

1" décembre
de ses

1733, capitaine

mai 1738,
octobre

et

mourut chevalier de
des suites

Saint-Louis
blessures.

le

27

1750,

Quant
du

à Taîné, Louis-François, propre grand-père

poète, c'est
a déjà

une curieuse figure de gentilhomme,
vu
les

dont on
le

prétentions nobiliaires.
et,

11

était

4 octobre 1711

par

le

relevé de ses états de
le

services,

on voit

qu'il fut

enseigne

3 octobre 1730

au régiment de Tallardinfanterie
suite régiment de

devenu par
lieutenant

la
le

Monaco,

promu

22 août 1731, capitaine
quitta l'armée
le

le 10 novembre 1733, et qu'il 1" octobre 1748 avec la croix de

Saint-Louis.

Comme
le

son corps
celle

fit

les

campagnes de

1733, 34, 35 sur
1.

Rhin,

de 1744 et 46 en P'iandre

Jcan-Baplisle (21 août 1707

janvier 1710 25 mai 1781), mariée en 1735 à do Lamartine d'IIurigny; 2" Louise -Françoise ?); 'i" Marie-Anne {2[ mai 1713— ?\ religieuse aux L'rsulines de Màcon, et connue dans la famille sous le nom de Mme de Luzy. Elle vivait encore en 1790; 4" Marie-Claudine '?):5° Cliarlotte, née le 21 février 1710, mariée (19 février 1714 le 26 nov. 1736 à Pierre de Boyer, seigneur de RuOé el de Trades,
1"

Anne

(8

morte

le

1-3

juillet 1757.

LES LAMARTINE.
et

27
la

de 174o en Allemagne,

il

prit

donc part à

guerre

de succession de Pologne et à la guerre de Sept ans.

Lamartine, qui l'avait d'ailleurs

à

peine connu

mais pouvait en parler d'après
père,

les

souvenirs de son
portrait,
fait

nous en a

laissé

un agréable

inexact quant aux détails, puisqu'il en a
taine de cavalerie
« «
((
:

un peu un capiil,

« 11

avait été superbe, dit

dans
sous

sa première jeunesse;

en garnison à

Lille,

Louis XV,

il

avait frappé les yeux de Mlle Clairon

qui y débutait alors, et en avait été remarqué. J'ai

((

encore vu

les restes

de

,ses

équipages

tels
Il

que sa
et avait

« « «
ce

magnifique argenterie de campagne. ...

avait servi

longtemps dans

les

armées de Louis XV,
la bataille
le

reçu la croix de Saint-Louis à

de Fonte-

noy. Rentré dans sa province avec
taine de cavalerie,
il

grade de capiles

«

y avait rapporté
»

habitudes

«
((

d'élégance, de splendeur et de plaisirs contractées à
la

Cour

et

dans

les

garnisons.
la

Si les

Mémoires de

Clairon sont muets sur son

séjour à Lille, tout au moins retrouve-t-on trace des

équipages dans
27
juillet

le

laissez-passer que lui délivra
le

le

1748, à Bruxelles,

maréchal de Saxe'.

Ouant

à ses habitudes de luxe et de splendeur,

nous

<'

" «
«
<<

«
<'

1. « Maurice de Saxe, duc de Courlande et de Semig-alie, maréctial général des camps et années du roi, commandant général des Pays-Bas, etc. Laissez librement et sûrement passer le sieur de la Martine, capitaine au régiment de Monaco, pour aller en France avec ses domestiques et éiiuipages sans lui donner aucun trouble ni empêchement. Fait à lîruxellesle ITjuillet 1748(bon pour unmois). M. de Saxe. Par Monseigneur, de Bonneville. » Communication de M. Loiseau.

28

LES ORIGINES.
la

en avons

preuve dans

les

embellissements qu'il
bibliotbèque où

apporta à ses propriétés

et à sa belle

chaque volume était timbré de ses armes'.
Quelques années après son retour à Màcon,
le
il

épousa
fille

25 août 1749 Jeanne- Eugénie Dronier,

de

Claude-Antoine Dronier, seigneur du Villard
Pratz, conseiller au

et

de

Parlement de Besançon,
lui

et

de

Cécile-Eugénie Dolard, qui
portants domaines dans
xviii'^ siècle,

apporta en dot d'imla fin
le

le

Jura'. Ainsi, à

du

la

famille de Lamartine était, on

voit,

un des plus considérables du pays. Le 18 novembre 1760, Louis-François fut

même

élu de la noblesse
les repré-

aux Etats particuliers du Maçonnais, où
province
'.

sentants des trois ordres réglaient les affaires de leur

1. Toute cette bibliothèque fut dispersée, soit pendant la Révolution, soit au moment de la vente de Moniceau. On en rencontre parfois des volumes chez les amateurs. 2. I^es Dnmier, seigneurs du Villard et de Pralz sont originaires de Saint-Claude (Jura). Jean-Claude Dronier, maitre en la chambre des comptes de Dole, épousa le G juin 1092 MarieClaudine Chevassu. Leur (ils, Claude-Antoine, conseiller au Parlement de Besançon, épousa, le 19 novembre 1719, CécileEugénie Dolard. 3. Les Lamartine prirent séance aux chambres de la noblesse du Maçonnais à partir du 27 décembre 1676. Dans la liste électorale pour les États généraux de 1789, tenue le 18 mars en l'église Saint-Pierre de Màcon, Louis-François y est nommé pour lachàtellenie dTgé etDomange; François-Louis et Pierre, ses deux fils, pour la prévôté de Saint-André-le-Déscrt (Arch.Nat., D.lll 103, etdelaRocjuc et Barthélémy, Catalogue des (jenlUshommes de BourrjOQiie aux Élats généraux de I78!),PaTi3, 1802). Le 28 mars, il figura également à l'assemblée des trois ordres du bailliage de Dijon, comme seigneur d'Crcy, de Montculot, Charnioy, Poissot, Fleurey et Quémigny.

LES LAMARTINE.

29

le

D'autre part, d'heureux mariages avaient augmenté patrimoine ancestral. En 1750, Louis François avait
près de Dijon
la

acquis

seigneurie d'Urcy

avec

le

château de Montculot, admirablement situé sur un plateau raviné et tourmenté, et entouré demagnitiques
forêts;

quatorze sources avaient été captées pour embellir le parc qui descendait en gradins sur les
flancs

de

la

colline, et les bâtiments, aujourd'hui

ruinés, semblent avoir

été élevés à cette

époque.

En

outre,
:

il

possédait en Maçonnais des vignobles
c'était

importants

Péroné,

Champagne

et

Col-

longes'; La Tour de Mailly-, Escole, Milly, dont les terres avaient presque doublé depuis Jean-Baptiste,
et enfin

Montceau, où rien n'avait

été

épargné pour

en faire une résidence seigneuriale; on y accédait par

une

allée de

noyers centenaires, longue d'un kilofit

mètre, et que plus tard Lamartine

abattre

comme
fait

donnant trop d'ombre
élever une
salle

à ses vignes.

A

l'exemple du

comte de Montrevel, Louis-François y avait
de spectacle

même

oùTon jouait la comédie.

Les appartements étaient magnifiquement meublés et, à voir les inventaires dressés sous la Terreur, on comnon loin de 1. Collongcs, hameau de la commune de Prisse, Màcon Ckampagne, hameau de la commune de Péroné. situé à 2. La Tour de Mailly, nom aujourd'hui disparu, était à Igé (canton de Lugny), près du chemin de cette paroisse
;

Uertzé. Ce fiel dépendait de la seigneurie d'Escole, et consisle droit tait en un château, • plusieurs cens et héritages » et d'usnge de la forêt de Malessard, domaine royal. Louis-François de l'acquit en 1730 de Melchior Cochet, et e.xerga une reprise

hef

le

4

mai

174S.

30

LES ORIGINES.

prend ^acharnement que Louis-François mit alors
à défendre son bien, sans guère se douter, sembie-t-il,
qu'il jouait là sa tête.

Les gros revenus que nécessitait un pareil train
étaient tirés, d'abord des terres de Bourgogne, mais

principalement des biens considérables que Mlle Dronier avait apportés en dot, et situés en

Franche-Comté.
sapins s'étenet

C'étaient d'abord le château et les bois de Saint-Claude
et Pratz; les forêts

du Francis, dont
centaines

les

daient

sur

plusieurs

d'hectares,
«

qui
»,

vaudraient, dira plus tard Lamartine,

des millions

mais qui, d'après
avant
de
fil

lui,

furent vendues peu de temps

la

Révolution. Puis deux usines hydrauliques
et à

de fer à Saint-Claude

Morez en Jura, dont
'
;

Louis-François s'occupait assidûment
des Amorandes, avec les

enfin, la terre

ruines d'un vieux château

féodal, et d'importants vignobles à Poligny,

Toute cette fortune devait selon l'usage passer un jour aux mains du fils aîné, François-Louis, né
le

G juillet 1750.

A

l'âge de quatorze ans,

il

avait été

Mémoire du sieur de 1. Cf. Arch. Nat., F. 12/107, p. 854. « Lamartine par lequel il sollicite divers privilèges et faveurs pour les deux manufactures de fil de fer et de fers noirs qu'il possède aux Combes, près Sainl-Claude-sur-Bienne, et à Morez du Jura, et où il demande qu'il snit interdit au sieur MuUer de maintenir l'étalilissement analogue aux siens qu'il a commencé d'installer au village de Cliampagnole "(l"' sept. 1780).

LES LAMARTINE.
inscrit à l'école de la
roi,

31

après

compagnie des chevau-légers du examen des fameuses preuves de noblesse
était

établies par son père.

Mais

il

d'une santé délicate,
il

et

dut en 1776

quitter la

compagnie où
((

n'avait fait d'ailleurs

que

de rares apparitions,
exercices dit

n'ayant tardé à venir faire ses
dossier,

une note de son
il

que par sa
de
la

maladie dont

a

donné

les

preuves

». Il souffrait

poitrine, et bientôt son état s'aggrava à

un

tel

point

que
le

les

médecins

lui déconseillèrent le

mariage. Or

cadet, Jean-Baptiste, était entré dans les ordres;
la postérité,
il

pour assurer
végéter,

fallut

donc chercher plus
il

loin encore, et tirer de l'ombre, oîi
le

était destiné à

troisième et dernier

fils, le

petit chevalier

de Pratz, Pierre de Lamartine.
11

était
il

le

21 septembre 1751

;

selon Tusage du

temps,

ne devait pas se marier, mais,
« vieillir

comme l'a dit

Lamartine,
((

dans

le

grade modeste de capi-

taine,

gagner lentementla croix de Saint-Louis puis,
.

((

dans un âge avancé, végéter dans une chambre haute
de quelque vieux château de son frère aîné, surveiller
le

((

«
((

jardin, dresser les chevaux, jouer avec les enfants,
le

aimé mais négligé de tout
sa
vie,

monde,

et

achever ainsi

((

inaperçu, sans biens, sans femme, sans

((

postérité, jusqu'à ce
le

que
la

les infirmités et la

maladie

((

reléguassent -dans

chambre nue où pendaient
qu'on
dît

«
«

au

mur son casque
le

et sa vieille épée, et
:

un

jour dans

château

Le chevalier

est mort. »

Celte triste et solitaire existence, Pierre de

Lamar-

32
tine

LES ORIGINES.

semble Tavoir acceptée avec résignation.
ans,

sept

après avoir déjà
il

servi

deux ans
la

A dixcomme
une

volontaire,

adressa au ministre de

(îuerre

demande en vue
cavalerie,

d'obtenir un brevet de sous-lieutenant
le le

sans appointements dans

régiment de Dauphin-

où commandait

comte de Vibraye, ancien
père.

compagnon d'armes de son

Il ose espérer, terminait- il, qu'on lui accordera celte grâce en considération de ses pères et parents qui ont sacrifié une partie de leur vie et de leur fortune au service

du Roy, auquel étant cadet de

famille,

il

se propose lui-

même
Le
["'

de sacrifier avec zèle sa vie.
11

mai 17G9,
il

la

demande
le

était

accordée;

le

janvier 1772,

obtenait

grade de sous-lieutenant
le

en pied, celui de lieutenant en second en premier second
le

18 juin 1776,

le

14 février 1779, celui de capitaine en
,

[î juillet 1781

et

de capitaine

le

9

mars 788.
1

C'est à cette
le

époque (ju'on s'occujja sérieusement de
depuis longtemps, paraît-il,
cette

marier.
11

en

était (juestion déjà

mais d'année en année on ajournait «
les difficutés

énormité

».

Lamartine a raconté, avec une verve exquise, toutes

que rencontra

cette décision. C'était
les

un

soulèvement général de tous
Les clievaliers ne sont pas
la

sentiinentsde famille.

fait.s

pour

se marier, disait
».

mère révoltée

:

« c'est
le

monstrueux

Mais d'autre
il

part, laisser s'éteindre

nom,

c'eùlété, a-l

dit.

un
.

crime contre

le

sang.

11

fallut se décider

malgré

tout.

Tout au moins

lui

laissa-t-on faire

un mariage

LES LAMARTINE.
d'inclination,

33
fille

puisqu'il épousa

une jeune

qu'il

aimait depuis longtemps, mais peu dotée, ce qui n'était

guère dans

les

traditions de la famille

:

Françoise-

Alix Des Roys, chanoinesse-comtesse au chapitre de
Salles en Beaujolais,
fille

d'un intendant des finances

du Palais-Royal et d'une sous gouvernante des enfants du duc de Chartres.

CHAPITRE

11

LES DES ROYS

'

Les Des Roys, famille de juristes

et

de magistrats,

n'ont guère laissé de trace dans l'histoire de leur temps;

comme
1.

les

Lamartine en Bourgogne,

ils

vécurent tous
Des Roys

Sources

el bibliogrnpliie: Titres et papiers de la J'uinille

(xv°-xix" siècle), communiqués par M. le baron Carra de Vaux. Arcliives municipales de Archives dép. de la Ilaiite-Loirc.

Montfaucon.
Obituariain

Obituarium Lu(jduncns's ecclesiœ (Lyon, 1867, éd. Giiigues). Sancll-Panli Lugdiim'nsis (1872, id.). Obituarium Cartulaire des hospitaSancti-Petri Lmjd. (1880, id., ibid.). Cartulaire des Templiers du Velay liers du Velay (Le Puy, 1888). Héportoire général des hommages de l'évéché {id., 1882). Ttecueildes chroniqueurs du Puy (éd. Chassaing, du Puy (1887). Notes sur le monastère de Montfuucon, par l'abbé 3 vol. 1809-75). Nobiliaire d'Auvergne, par lîouillet (7 vol., Tbeillère (1876). Le Livred'or du Lyonnais (Lyon, 1800). Jean-Louis 1846-53). Des Roys, par Al. Carra de Vaux (rinvestigaleur, revue de TinsMémoires inédits de de Genlis lilut historique, année 1850). LWssemblée de la noblesse de la sénéchaussée (10 voL, 1825-27). Grimod de Lyon en 178'.), par IL de Jouvencel (Lyon, 1907). Lucien de la Reyniere et son groupe, par Desnoirelerres (1S75). Bonaparte, par Cii. lung (t. II, 1882). Lucien Bonaparte et su The mariages of the Bonaparles, par famille (Paris, 1889). Armoriai du premier Empire, par Bingham 'Londres, 1881). Titres et anoblissements de A. Révérend (Paris, 1894, 4 vol.).

W

la Restauration (Paris, 1901,

vol.).

LES

Di:S

ROYS.

35

en Auvergne

la

même

existence probe et obscure
fidèle

du

gentilhomme provincial
traditions, sans
fier

au

pouvoir

et

aux

qu'aucun grave événement vînt modile
:

leurs jours paisibles et bien occupés. Avocats de
fils

père en

des

début du

xvi'^ siècle,

ils

resteront
ni

toujours pauvres
le sol
Il

ni leur carrière

peu fructueuse,

ingrat du Velay ne pouvaient les enrichir.

est difficile d'attribuer des origines précises à leur
les actes les concersont bien qualifiés de nobles^ mais aucun d'eux, par la seigneurie d'une terre noble, soit par

noblesse et à leur nom. Dans tous

nant
soit

ils

l'achat d'une charge conférant la noblesse, n'a jamais

répondu aux conditions requises du noble pour justifier ses prérogatives. Reste l'hypothèse du fait acquis, dont bénéficiaient les familles autochtones ou très

anciennement connues dans une région seule elle aux Des Roys dont le nom n'est pas celui d'uu fief ajouté au nom patronymique et supprimé peu à peu par l'usage, puisqu'on rencontre au cours des xvi" et xvir siècles des Des Roys d'Eschan:

parait applicable

delys. Des

Roys de Lédignan, Des Roys de Chazotte,
la

Des Roys de

Sauvetat. Pourtant leur noblesse est

inconteslable. Le fait d'avoir suivi l'exemple des vieilles familles de France en ne profitant pas de l'édit royal

de 1696 pour faire enregistrer officiellement leurs armes prouve qu'en Auvergne ils n'avaient plus à fournir
leurs preuves
1.
'.

Aucun Des Roys ne

figure ù V Armoriai général du Cabinet

des titres.

36

LES OHIGINES.

Quant au nom même,

il

est latin et ne provient pas,

comme on
liex,

serait porté à le croire,

de Regibus, mais de

décliné suivant sa

fonction
lieis,

dans

la

phrase,

transformé peu à peu en

puis en lioys; l'évolu-

tion est d'ailleurs facile à suivre du

xirau

xiii''

siècle.
le

De Regibus

n'apparaît qu'au xV^ siècle, alors que

nom

tout à fait francisé est traduit alors sous son
le

équivalent

plus exact dans les actes latins.

Des nombreux Rex, Régis. Rege ou Reis
part notaires ou clercs
laires

la

plu-


la

qui figurent dans

les

cartu-

ou polyptyques de
on peut conclure

région lyonnaise de 1100 à

1400

',

((ue là est le véritable

berceau

decettefamille, plus tard divisée en plusieurs branches,

mais toute possessionnée en Languedoc, en Auvergne

ou en Bugey;
oi^i

celle

qui nous occupe se fixa en Velay

la

première mention qu'on en rencontre remonte
-.

à
1.

1^79

A

partir

de

cette

date les

documents

Bonardus Rex, acte de 1147 {Ohil. S.-P. Liigd., p. 59), c'est plus ancienne mention. Guigo /Je^/s (1239), doniicilié à SaintLaurent de Lyon, etc. On rencontre environ une vinglaine de personnages de ce nom aux(|uels on doit rattacher les Des Hoys; en elTet dans les papiers de la famille on trouve mention au xyi" siècle d'une prébende fondée en l'éplise Saint.\ndré d(> Montiirison, en 1301, par maiire ,lean lté^i;is, licencié
la

en

droit.

2.

Charte du 10 janvier 1279

oii

Peints

liegis

est cité

comme

clore {Cari, des Templiers, p.

Echanfre entre Pons de Brion et Raymond du Pont, daté du 1'' mai 1324, d'une rejite sur des fonds (îonlifius au couvent des Carmes contre une rente sur un juxta campnm champ situé au.\ Comhes, i)rés d'Kspaly, Johaniiis Heijis civis anisiensis • icitoyen du Puy) {Cari, d'-s hospitaliers du Velay, p. 18S). Sentence de l'oflicinl du Puy, condamnant Jean Itcpis, damoizeau, pcre de PauhîUe, femme de noble Hugues de Chandorasse, à payer à Dalmas, prieur de Saint38.')).
••

LES DES ROYS.

37

deviennent pins nombreux, sans qu'il soit possible,
bien entendu, d'établir une filiation directe. Enfin,

au début du

xvi"

siècle,

nous nous trouvons en
près

présence d'une famille Des Roys établie de longue
date,
semble-t-il,

à

Montfaucon

du Puy

et

comptant de nombreuses
elle

alliances

avec de

vieilles

maisons du pays. Jusqu'au milieu du

xv'ii" siècle

demeura dans

ce

bourg désolé, situé à 16

kilo-

mètres d'Yssingeaux sur un plateau balayé de coups
de vent terribles, enfoui six mois de l'année sous
la

neige, privé de ressources naturelles, et sans autres

végétation que

les

bois de pins
la

sombres qui domi-

nent

les

gorges de

Dunièrc. Point de

mouvement
du Puy,
bandes
le

sinon celui des pèlerinages à la Vierge noire
très fréquentés alors, et

au

xvi« siècle celui des

catholiques ou huguenotes qui ravageaient

pays

avant d'entrer en Languedoc.

C'est là

que vers 14S0 vivait

le

premier Des Roys

auquel on puisse rattacher directement Lamartine,
«

vénérable et discrète personne Denis Des Roys

»

dont nous savons
testament rédigé

même
le

fort

peu de chose. Par son
et

2o février 1528

il

est

qualifié de bachelier es lois,
frères
:

on voit
'

qu'il avait trois
;

Mathurin, curé de Raucoules

Louis, curé du

Marlin de
13

Polignac,

les

arrérages

de biens
651).

sis

à Soleihac,

mars 1382 (Arch. dép. Haute-Loire, G.

1. Raucoules. Il existe trois villages de ce nom dans la HauteLoire; celui des Des Roys est situé dans le canton de Montfaucon.

38

LES ORIGINES.
',

Pailhet
Aurelle,

et

une sœur, Catherine, mariée à Pierre
elle

dont

était

veuve à

celle époque.

En

premières noces Denis Des Roys épousa Claude de

Lagrevol

et

plus tard Isabelle Vacherelle; de ces deux
fdles
et
:

mariages naquirent sept enfants, deux
Marthe,

Vidallc,
:

femme d'Antoine de Romezin,
et

cinq fds

Antoine

dans
le

les

Aymard, ordres; un

les

deux plus jeunes, entrèrent

autre, Pierre, fut « apoticairc »;

cadet, Sébastien, alla s'établir à Toulouse et l'aîné,
et

Antoine, épousa Marguerite de Baulmes

de .Tussac.
com[)rcle

Quant aux biens
grand
et le petit
si

qu'il

possédait alors,

ils

naient une maison à iMontfaucon, et deux terres,

Rebecque.

Mais

ce long

document ne fournit que de
l'état et la

très

vagues renseignements sur
Des Roys au dél)ut du xvr
et sa

situation des

siècle, sa

rédaction soignée

forme souvent recherchée dénotent chez Denis
la

une habitude de

langue polie

peu

commune

à

l'époque; issu d'une lignée érudilc, apparenté
ecclésiastiques lettrés-,

à des

lui-même docteur en di-oit, il élégamment les moindres détails de sa pompe funéi-aire, parfois, il est vrai, avec un
avait tenu à préciser

disparu; aujouiiriiui .Munlrrparil. D'après la liihluMjniitliir de la llanlc-Loirc, par Sauzcl, un Malhurin Dos Hoys, primir de Saint-Didier, aurait compost- une histoire du Puy, en vers et en prose, et tiédiée ù Amédée de Salure, doyen de la cathédrale l'ouvrage aurait été imprimé en l.'il!) chez Glaudi; le Nnury. (le volume lu' ligure à noire connaissance dans aucum- autre hililio'.'rapliii'; il nous a été
1.

Nom

2.

;

impossible de ridenlilier.

LES DES ROYS.
soin

39
ce

un peu macabre comme on peut en juger par
:

début

Préalablement à
et

Vierge Marie sa mère
saintes

Dieu tout puissant et à la benoyste et par intercession de tous les saints

corps après

rends à

je recommande mon àme et mon mon trépassement et, avant toute œuvre, je Dieu mon créateur grâces de ma nativité, corps et

du Paradis,

membres dont

il

ma

créé, des cinq sens qu'il

m"a prestes,

des beaux enfants quïl m"a donnés, et de tous les biens qu'il lui a pieu me donner durant ma vie en ce monde.

Item je
à

me

confesse à lui et à la glorieuse Vierge Marie,

monsieur Saint Denis, Saint Christoplie et à tous les saints et saintes du l'aradis de tous les pcscliés et méfaits en quoy durant maditte vie je suis esclieu et desquels je
n'en aurais été autrefois confessé.

mon àme séparée du corps, par mes bons amis et puis dedans un tombeau porté dans l'église de Montfalcon et dessus la couverte apartenant au curé de la dicte Église par ses droits
Item Acux
et

ordonne que

mon

dit corps soit veillé

accoutumés; veux aussi m'estre mis un linceul blanc sur le cbof avec une croix noire du long et de travers en

mémoire de

la

Sainte Croix.

Item que ceux qui porteront mondit corps, reconnaissant que suis venu en ce monde nud, seront pieds nuds;

en contentement de leur peine je donne à chacun c'est à sçavoir deux aulnes et demie de mandel noir et diner afln qu'ils prient Dieu pour mon àme. Item veux qu'à ma sépulture soient convoqués tous les prêtres de cette ville de Montfalcon et de Raucoules et du Pailhet lesquels seront tenus de dire à haute voix le psautier

ainsi qu'il est

accoutumé

et après ledict psautier

qu'ils disent les litanies et là

où on

dit ora

veux prô nobis, ils

diront ora pro eo.

Suivent,

pendant

quatre pages, l'ordre de son

40

LES ORIGINES.
;

convoi

les

noms
((

des amis qu'il prie d'y assister,
qu'il requiert

le

nombre de messes
vécus d'ans
la

— autant qu'il aura
»

en ce misérable
il

monde
((

et

jusqu'à

décoration de l'église où

ordonne

qu'il soict faict

lume de
dellier

six livres de cire tant

en quatre petites torches
le

qu'en autres chandelles tellement que tout

chan-

neuf soit garny

».

La question des
il

legs était plus

brièvement

traitée;

laissait

sa

femme

usufruitière

de ses biens, lui
et

donnait ses joyaux, anneaux, ceintures,

une

tasse

martellée; abandonnait au curé de Montfaucon une
partie de sa garde-robe
((

comme

robe, pouri)oint,

chausses

et

une bonne chemise

»; ses fds héritaient

chacun de cent
léguait

livres et ses filles de dix sols tournois;

enfin, à tous les
il

membres de

sa famille et à ses amis
»

«

trois

aulnes de bon mandel noir

pour

porter son deuil, avec cette originale restriction que
la

qualité

de

l'étoffe

devait

varier
le

entre trente et

cinquante sols l'aune, suivant

degré de parenté.
la

Le

fils

aîné de Denis Des Roys, Antoine, fut à
le

fois l'exécuteur et

légataire universel de ce bizarre
fait ses

testament. Ai)rès avoir

études de droit

comme

son père,

il

fut reçu licencié, titre
est

auquel tous tenaient
leurs con-

beaucoup puisqu'il
trats
21 juin

mentionné dans
siècle. et
11

jusqu'au milieu du xvnr
la.'{3,

épousa,

le

Marguerite de Baulmes

de Jussac,

fille

de Charles

et

d'Anne de Meyre'.

1. Gonliiit pnssc à lianlmes (paroisse de Sainl-Aiidré et diocèse de Valence); témoins: Arnaud de la Itochaing, écuyer; Guillaume

LES DFS ROYS.

41

Seuls de tous
jours

les
:

Des Roys, Antoine connut des

mouvementés

nomme
il

en 1542 lieutenant

cri-

minel au bailliage de Velay,
judiciaire, qui lui valut

fut victime d'une erreur

en loo2 d'être condamné en

cour

du parlement de Toulouse au bannissement
la

perpétuel et à

confiscation de ses biens.

Il

aurait,

paraît-il, après avoir fait arrêter

de faux monnayeurs,

profité de leurs dépouilles avec

quelques uns de ses

collègues qui partagèrent son sort. L'affaire
assez mystérieuse, mais
tort par des
lité
il

demeure

semble avoir été dénoncé à
qu'il

ennemis. Quoi

en

soit,

il

fut réhabi-

publiquement en 1358
titre.

et rentra

en possession de

son

A

sa

mort, survenue entre 1375
pas d'enfants
fils

et

1383,

il

ne
son

laissait

et institua

comme

héritier

neveu Sébastien,
alors à

de son frère Pierre. Celui-ci eut
les frères et
la

soutenir

un long procès contre

sœurs de Marguerite de Jussac, qui réclamèrent

de Montagnel, seigneur de Montguérin: Jehan des Champs (de Campis), lieiilenant de Mautfaulcon; Jehan des Roys (de Regibus); noble Antoine de Rronac. La présence de ce dernier parmi les témoins |)rouve ([ue les Des Roys devaient tenir un certain rang dans la ville, car les Bronac, coseigneurs de Mautfaucon et de Vazeilles, étaient considérés alors comme de hauts personnages. Charles de Jussac, écuyer, seigneur de Baulmes et de Jussac (canton de Retornac). De son mariage avec Anne de Meyre Anne et Alice; un fils, Gaspard, il eut deux filles religieuses mort sans postérité; deux lils Bernard et Jean, prêtres; une fille Isabeau, mariée à Arnaud de la Rochaing; une autre enfin, devint la femme d'Antoine Des Roys. A la mort de Charles de Ranimes, tous ses biens revinrent à sa fille Marguerite, dont Antoine hérita.
:
:

42

LES ORIGINES.
île

restitution des biens de Jussac et
ils

Baulmes dont

prétendaient qu'Antoine ne pouvait disposer par

suite de sa

condamnation. Finalement, après dix-sept
et d'a[)pels
il

ans de plaidoiries
pourtant
il

obtint gain de cause;

se défit bientôt de ces terres qui lui avaient
ir>;36

coûté tant de mal, puisqu'en

Jussac, qui relevait
la

de révoque du Puy, appartenait à Christophe de
Rivoire, sieur de

Chadenac

'.

Après ces années agitées, aggravées encore par
guerre religieuse qui ravagea
et
le

la

pays de loOO

à

1595

dont

le

Puy

et

Montfaucon eurent durement à

souffrir, les
et

Des lioys reprennent leur vie monotone
laissa quatre enfants
et trois fils

sans histoire. Séiiasticn, qui avait épousé en 1588
-,
:

demoiselle Claude de Cuilhon

une

fdle,

Marie,

femme
nfiarié

de Jean Pollenon,
à

:

l'ainé,

Gaspard,
le

Jeanne de Cohacy, mourut
et qui

sans héritier;
fut

plus jeune, Pierre, avocat au Puy,

un avocat distingué
:

connut en son temps
quelques ouvrages
et
';

une certaine notoriété

on

lui doit

de droit qui sont d'une langue claire
après lui pendant de longues années

furent utilisés

de son mariage
vieille famille
la

avec Catherine des Olmes, d'une très

du pays',
1.

il

laissa

quatre

tilles,

dont

descendance

2.

Cf. liéjjerlolrc des hommages de IV'vcclu: du Puy (p. .38.5). Veuve en premières noces de Denis de Cohary, procureur

royal; les Guilhon étaient alliés à la famille de Gerlande. !" Livrel contenant les principales questions 3. 11 est l'auteur de et décisions (/u'on peut reclierclier en matière de légitime (l^yon, 1044);
:

(Lyon, 1044). Des Olmes, aujourd'liui famille de Veyrac. En l."),SS, Denis des Olmes épousa Gatlieriin' Duiours, (!t)nt Antoini'. marié
2° Traicti; de; substitutions
4.

LES DES ROYS.
subsiste encore
'.

43

Le cadet, Melchior, avocat

comme

ses pères, eut de

son union avec Françoise de Mar-

nans deux

filles

mortes religieuses, une autre mariée

à Pierre Roche, et

un

fils,

Baltazar, né en 1610, qui
IG.jO.

épousa Claude des Olmes en
sait

En mourant,

il

lais-

un

fils,

Pons Gaspard, né en 16o2, marié en 1681

à Louise de Mure, père
l'un,

lui-même de deux

fils,

dont
et

Claude, épousa en 17^2 Françoise

Pagey,

l'autre, Cristofle, sa

cousine Marie de Romezin. Tous,
de
la

continuant

les traditions

famille, avaient fait

leurs ('Uidcs de droit à Grenoble et étaient avocats.
11

faut arriver

Jusquau milieu du

xviii'' siècle

pour

rencontrer quelque variété dans l'histoire de

la

famille

Des Roys. Le grand-père de Lamartine nous est en
effet

mieux connu son existence
;

fut celle d'un

homme

de cœur

et

d'un fonctionnaire parfait.

Jean-Louis

Des

Roys

était

fils

de

Claude

Des

Roys, avocat au Parlement de Grenoble, et de Françoise

Pagey;

il

naquit à

Champagne en

Vivarais

le

27 août 1724
la carrière

et

de bonne heure se prépara à suivre
il'

de son père. Le 3 août 1745,

fut reçu

licencié

en droit à l'université de Valence

et

admis un

en 1587 avec Marguerite de la Franchère. Leur fils Louis, marié en 1022 à Florie de Lagrévol, était le père de Catherine dos Olmes. 1. Marie, femme de Jacques Rochct; Pliiliberle, femme de Louis de Homezin, d'où une fille, qui épouse Claude Fcrraiiie, d'une ancienne famille de Mautfaucoii Jeanne, mariée à Antoine Varilhon; Claude et Marguerite, mortes Mlles.
:

44

LES
le

OIIIGI.NES.

an plus tard,

20 juin 17iG,
Il

comme

avocat au Parle-

ment de Grenoble.

y

fit

ses débuts

au barreau,

et,

ayant acquis quelque réputation,
qu'il reçût des lettres

alla s'établir à

Lyon

en 1750. Bientôt, sa notoriété devint suffisante pour
de bourgeoisie en
17(ii, et fut

élu échevin de la ville en 1706, puis premier échevin

en 1767.
Il

abandonna

le

barreau en 1772 pour des fonctions

infiniment plus importantes, ayant été appelé cette
année-là à l'intendance des domaines de
d'Orléans.
la

maison
le

Dans ses lettres de nomination, rendait liommage à ses talents, son activité,
bité

duc

sa prosi

pendant sa gestion des
Lyonnais,
aussitôt

affaires

de

la

ville,

bien ({ne les
lui offrirent

très satisfaits de ses services,

qu'on venait de

lui assurer.

une situation analogue à celle Mais la nomination de sa
des enfants du duc
décider.
le

femme comme sous-gouvernante
de Cliartres acheva de
11

le

avait épousé à Lyon,
fille

12 avril 1757, Mlle Mar-

guerite (iavault,

de François davault, receveur
lieu-

du grenier à
tenant
civil

sel

de Saint-Symphorien, puis

et

criminel de l'élection de Lyon, et de

Françoise Mauverney. Cette alliance va donner lieu
à quelques cousinages, qui, pour être autlionti(|ues,

n'en sont pas
était
fille

moins imprévus. Françoise Mauverney

de François Mauverney et de Marguerite

(irimod, et ce

nom

de (irimod, illustré au

.wiii' siècle

par toute une dynastie de puissants fermiers géné-

raux, est l'origine de curieuses parentés entre Lamar-

LES DES ROYS.
tiiie et

45

plusieurs de ses contemporains célèjjres à des
'.

titres divers

Ces alliances, que Lamartine n'ignorait pas (uf. Souvenirs t. Il, les Bonaparte), ont été constamment négligées par les généalogistes de la famille Grimod; l'omission doit provenir de ce que les noies de d'IIozier (Cabinet des titres, pièces
1.

et

Portraits,

Dossiers bleus, vol. 333; Nouveau d'Hozier, ont été établies sur une collection de factunis de 1734, rédigés pour Marguerite le Juge et qui ne font mention, ni de la brancbe Bonaparte, ni de la branche do Vaux-Lamartine. Pourtant, l'acte de baptême d'Alexandriiic de Bleschamj), princesse de Canino, dissipe toute équivoque, ainsi que le testament d'Antoine Grimod enregistré à Paris le 7 avril 1718, et où il est fait également mention de deux autres filles Benoîte et Pbiliberte, mariée l'une à J.-B. Dumas de Corbeville, l'autre au man[uis de Pranse. Voici enfin un fragment du Journal intime, qui, malgré quelques erreurs, confirme la parenté des Des Hoys avec les divers
originales, vol. 141
vol. 105)
;
:

personnages que nous avons
«

cités.

23 janvier 1803 [de Rieux]. Je voudrais pouvoir écrire tout ce que ma mère me conte de ses voyages, ce serait bien intéressant, et mille anecdotes curieuses de gens marquants. Malheureusement, ce serait trop long. Ma mère conte à merveille, elle a infiniment d'esprit et de mérite. Elle m'a rapporté beaucoup de choses de M. de la [ieynière, le fermier de Lyon, etc., à qui nous étions parents par ma grand'mère; Mme de la Ferrière avait épousé en premières noces M. Grimod de la Reynière, dont elle a eu M. de la Heynière, fermier général, qui avait épousé Mlle de Jarente, qui vit encore et qui est très liée avec ma mère. M. de la Ferrière a eu aussi deux Mlles l'aînée était Mme de Malesherbes, qui est morte deux filles très malheureusement fort jeune, laissant Mme de Bosanbo qui a été guillotinée, et Mme de Montboisla seconde était Mme de Lévis, amie intime de ma sier mère (jui est morte assez jeune. M. de la Reynière le père avait eu d'un premier mariage Mme de Beaumont, c'est par là que nous lui sommes parents [à Mme de Beanniont]. Nous l'étions aussi par les Grimod à la femme du baron de Breteuil la fille du baron de Breteuil a épousé et aux Cipierre M. de Matignon, dont la lille a épousé un Montmorency. M. d'Orsay s'appelle aussi Grimod, toujours de la même
: : ;

;

<>

46

LES ORIGINES.

Antoine (irimod, né en
Roi, avait épousé à Lyon,
selle

IG'iT,

directeur général des
et secrétaire

fermes unies de France, conseiller
le

du

15 avril iOSi, une demoi-

Marguerite

le

Juge, qui lui donna sept enfants,

dont l'aîné, François-Alexis Grimod de Beauregard
(lG8o-17oo),

mourut sans
fois

postérité.
la

Le cadet, Gaspard (îrimod, seigneur de
fut marié

Reynière,
fils,

deux

:

du premier

lit il

eut un

Jean-

Gaspard (1733-1793), fermier général, époux de Françoise de Jarente, dont
il

oui Baltazard-Laurent

Grimod
soupers
la
:

de

la

Reynière, fastueux

épicurien
et
les

et

gastronome

célèbre

dont

les

bons mots
la

petits

défrayèrent longtemps
fin

chronique scandaleuse à
lit,
il

du xviir

siècle.

Du second

eut deux

filles

l'une, Madeleine,

mariée au comte deLévis;

l'autre,

Marie-Françoise, qui épousa Chrétien -Guillaume de

Lamoignon de Maleshcrbes, défenseur de Louis XVI la lille de Maleshcrbes devint la femme du marquis Louis de
auprès du tribunal révolutionnaire;

Rosanbo, dont
épousa

la

première

(ille,

Thérèse (1771de

179'!^),

Jean- Baptiste- Auguste
puis capitaine

Chateaubriand,

comte de Combourg, conseiller au parlement de Bretagne,

au

Royal-cavalerie,

le

frère

il a épousé, en secondes noces, une princesse (FAlleassez proche parente du roi de Prusse, et le fils de « M. d'Orsay a épousé une princesse d'Italie assez peu consi. dérable. » Cette Mme de la Fcrrière dont il est ici (|U(;stinn était .Marie Mazade, seconde femme de fiaspanl Grimod de la Hcvnière; «

famille;

«

magne

devenue veuve,

elle

épousa Honoré de

la Perrière.

LES DES ROYS.

47

de René, et dont

la

cadette,

Louise-Madeleine, fut

mariée au comte de Tocqueville, père du célèbre historien et philosophe.

Le troisième
rite le

fils

d'Antoine Grimod

et

de Margue-

Juge, Pierre Grimod de Diifort d'Orsay (1698fermier général, fut tout aussi bien casé que
il

17i8),

ses aînés; trois fois marié,

n'eut d'enfaut que de sa

dernière union avec

Marie-Antoinette de

Caulain-

court. L'aîné fut Pierre-Gaspard-Marie,

comte d'Orsay,
de

qui épousa dabord

la

princesse Amélie de Groy, puis,

devenu veuf,
Bartenstein.

la
fils

princesse

Elisabeth
lit,

Hoenloe-

Un

de son premier

Albert Gaspard

(1772-18431, prit pour

femme Eléonore de Franque-

mont,
1818 à

donna une fille, Anna Ida, mariée en Héraciius, duc de Grammont, et un fils, Gillion((ui

lui

Gaspard-Alfred,
beaux-arls,
le

comte
((

d'Orsay,

surintendant
la belle

des

fameux

dandy

»

amant de
cf

lady

Blessington, à qui, en échange d'un buste, son cousin

Lamartine dédia ïOde au comte
Le dernier
fils

Orsay.

d'Antoine Grimod, Gaspard Grimod mariée à un certain Charles Bouvet,
la

de Verneuil, nous réserve une surprise encore plus singulière
fut la
:

sa

fille,

mère de Marie Bouvet, qui devint
de

femme de
celle ci,

Charles-Jacob

Bleschamp,

et

la

grand'mère

d'Alexandrine de
après

Bleschamp
d'avec

(1778-1855);

son

divorce

un

aventurier

nommé

Jouberthon,

épousa en

1802

Lucien
I-'",

Bonaparte,

prince de Canino, frère de Napoléon
des petits-fils sont
le

dont deux
le

prince Roland Bonaparte et

48

LES OUIGINES.

général

Wyse

Bonaparte, actuel ministre de

la

Guerre

des Etats-Unis d'Amérique, et rarrière-petitefiUe la

princesse royale de

Grèce.

Quant

à

la

fille
:

aînée

d'Antoine Grimod, Marguerite,
François Mauverney dont
'

elle fut

mariée

P

à
;

elle

eut une

fille,

Françoise

à Charles Gavault, veuf également et père d'un

fils,

François, qui épousa la

fille

du premier mariage
filles
:

de sa belle-mère. De cette union naquirent deux
l'aînée,

Françoise, épousa en 1743 Charles Dareste
le fils

de

la

Plagne, dont
le

fut directeur des tabacs à
et

Naples sous

premier Empire
la

employa
Marie

Graziella

parmi

ses

cigarières;
l'a

cadette,

Gavault
fille,

épousa, on
Alix, fut la

vu, Jean-Louis Des Roys, et leur

Par les
le

mère de Lamartine. Grimod, celui-ci se trouvait donc
la

allié

par

sang à Grimod de

Re3'nière, à Malesherbes, à

Tocqueville, aux Bonaparte, aux Chateaubriand, aux

(îrammont, aux Lévis, aux de Croy
rency.

et

aux Montmo-

Cette alliance avec la puissante famille
d'ailleurs

Grimod

fut

extrêmement précieuse
son séjour à Paris
les

à Jean-Louis

Des

Roys

lors de

comme
lui

intendant des

finances

du duc d'Orléans, car
la

ijinombrables relavalurent bientôt

tions de Laurent de

Reynière

1. François Mauverney, receveur du grenier au sel de SaintSymphorien-le-Château, puis lieutenant criminel et civil do l'élection di; Lyon, était fils de Pierre Mauverney, conseiller du Hoi, élu en Télection de Saint-l^tienne, et de Ja(|ueline Dilljerl. l'ierre .Mauverney était lui-iiiéine fils de Jean-liaptiste et de

Jeanne Goignel.

(CT.

Gab. des

titres

:

pièces originales, vol. 1902.)

LES DES ROYS.

49

un

petit cercle assidu

aux réceptions de sa femme

dans l'appartement qu'elle occupait au Palais-Roj'al.

Le peu que nous sacbions de

Mme

Des Roys

la

montre comme une femme pleine de simplicité, vertueuse sans atïectation et profondément dévouée aux
d'Orléans.
((

«

Mme

Dos Roys,

dit

Lamartine dans

les

Co)i/id(U)rcs^ était

une femme do mérite; ses fonci)rince

((

lions dans la

maison du premier

du sang

((

alliraient et groui)aient autour d'elle

beaucoup de

((

personnages célèbres à l'époque. Voltaire, à son
court et dernier voyage à Paris qui fut un triomphe,
vint rendre visite aux jeunes princes
:

((

«
((

ma
de

mère,
la

qui n'avait que do sept à huit ans, assista à
visite....

« «
((

D'x\lembert,

Laclos,

Mme

(jonlis,

Bufïon, Florian, l'historien anglais Gibbon,
Morellot, Necker, les
lettres, les

drimm,
la

hommes
»

d'Etat, les gens de

((

philosophes du temps vivaient dans

((

société de

Mme
Mme

Des Roys.

A

part

le

détail tou-

chant Voltaire,

ceci est

suffisamment

vérifié

par

les

mémoires de

do Genlis, sa perfide rivale, obligée
la

de convenir elle-même de

réputation de

Mme

Des

Roys auprès de la société do leur temps. En 1773, à la naissance du duc de
deviendra Louis-Philippe,

Vahjis,

qui
été

Mme
le

Des Roys avait

nommée
de
la

sa gouvernante, sous

contrôle delà vieille

marquise de Rochambeau,

et cette
lui

faveur fut l'origine
la

rancune tenace que
de Genlis.

voua

vindicative

Mme

La

belle Félicité, alors maîtresse on
4

oO
titre

LES ORIGINES.

du duc de Chartres et son Egérie, avait amjjitionné
au moins donné quelque excuse à
mais
la

ec jioste qui aurait

sa présence perpétuelle auprès des princes,

duchesse

s'y

opposa. Sans égards à

la

bienveillance

dont
elle,

Mme

Des Roys avait jadis
d'Orléans sur

fait

preuve envers

puisqu'elle lui

devait d'être entrée au service
la

de

la famille
la

recommandation de
elle

(îrimod de
violente

Requière son cousin,

commença une
philosola

campagne contre
les

sa bienfaitrice et l'accusa
fils

auprès du duc d'élever ses

dans

les idées

phiques de ses amis

plus habituels. Indignée,
traité

bonne

Mme Des

Roys, qui, jusqu'alors avait
de

de

calomnie

la liaison

Mme

de Genlis

et

du duc de
la

Chartres, en profita pour fermer sa porte à

dange-

reuse
la

créature

en

même temps
elle

qu'à

(îrimod de

Reynière qui avait pris parti contre

elle'. Celle-ci

s'en

vengea

comme

put, et l'on sent, à lire ses

1. Cf., sur les suites de celle brouille ciUre Griniod de la Reynière el sa cousine, « copie d'une lettre de M. Grimod de la Reynière, négociant à Lyon, etc., à Mme Des Roys, ancienne sous-çiouvernante des ci-devant princes d'Orléans. Lyon, 7 déc. 17UI (s. I.

••

mais Lyon, 1791). celle brochure exirènierncnl rare, haureiil s'ellorcait d'abord d'allirer à sa cousine des ennuis ([ue son ani^ienne silualion pouvait rendre graves, mais il l'acc^usail surloul d'avoir caplé l'héritape de sa prand'mère, morte en 1773, el d'avoir pris un grand empire sur son père. Il lerminail ainsi « Mainlenanl, permellez-moi de vous olfrir la paix ou la guerre, mais sur" tout point de neutralité, point de tergiversalion. Une réponse « claire et nelte, s'il vous plait. Si c'est la guerre, je la ferai courageusenuînt el de mon mieux; si vous préférez la paix, « sarrilie/.-moi mes ennemis, agissons de concert, et nous nous " en trouverons bien l'un et l'autre. Vous avez su prendre un • grand crédit sur l'esprit de mes parents; j'ai dans mes mains
n. d.,

Dans

:

LES DES ROVS.

51

Mémoires rédigés plus de quarante ans après, que sa haine n'était point encore éteinte. En 17S1, en effet,
elle

fut

nommée
la

scandale de

cour

gouverneur des princes au grand et, rapportant avec orgueil les

souvenirs de ce temps,

compte de
de Valois
:

celle

elle s'exprime ainsi sur le qui l'avait précédée auprès du duc

« J'ai le droit, dit-elle,
((

«
((

de ne pas estimer certaines personnes, parce qu'elles ont été d'une très noire ingratitude envers moi; telle, par exemple,
Desrois
'

Mme

)),

et plus loin, à la fin
:

d'une converétiez

sation avec ses élèves
«

« Il

m'a paru que vous

très froids

pour

Mme

Desrois; vous lui parlez a
amitié, vous ne
cela est
:

« peine. «

Vous ne lui montrez aucune demandez jamais de ses nouvelles;
»

mal

et

ridicule.
«
((

Puis,

elle

ajoute

ingénument

a Ils

avaient cette froideur pour

elle

parce qu'elle s'était

brouillée publi(iuement avec moi, sans motifs et

«

sans explication, quoique

je lui

eusse rendu de

de quoi vous démasquer à leurs yeux; je ne le ferai pas si vous voulez employer ce crédit à me servir. » Cette publique tentative d'intimidation se perdit dans la tourmente de 1792 qui enjiloutit la fortune colossale des Grimod. Mais les Des Uoys aussi bien que les Lamartine cessèrent dès lors et pour jamais toute relation avec leur cousin, qui n'est pas nommé une fois dans le Journal intime; on sait que depuis 1780 ses e.xcenlricités et son mauvais renom lavaient rendu intolérable à tous ses parents, et que seul il était responsable d'un état de choses où Mme Des Uoys n'était pour rien (cf. Desnoire-

«

terres),
\.

Cf.

Mémoires

inédits
III,

de
p.

Mme

la

comtesse de

Genli^

(Paris

10 vol., 1825-2G), vol.

483-85, et IV, p. 29.

52
((

LES ORIGINES,
très

grands services auprès de M.
».

le

duc d'Or-

léans

En
la

1820,

même,

elle

reporta sur Lamartine toute

haine qu'elle avait vouée à sa grand'mère; devenue
le tard,

intransigeante sur

elle

s'était

découvert nn

amour imprévu de
pratiquées
:

vertus qu'elle avait pourtant peu
la

malgré

respectueuse dédicace (jue

le

poète avait inscrite sur l'cxemplaiie des Mt'ditations
qu'il lui
fit

parvenir,

elle

en rédigea dans rintrrpide^

un compte rendu
se
fit

perfide et malveillant,
le

elle

ne

pas faute de répéter tout

mal
la

qu'elle pensait,

sinon de l'œuvre, tout au moins de
teur.

famille de l'au-

Le

titre lui parait

impropre, car
»
;

((

la

méditation doit

être paisible et

profonde

or elle a relevé des
et la (iloire,

mor-

ceaux

tels

que r /enthousiasme
((

qui sont au

contraire

d'une inspiration soudaine, d'une exalta))
;

tion remplie de désordre et de feu

les

souvenirs

d'amour sont des
enfin
le

rêveries et

non des

méditations-,
»,

Désespoir, a impulsion coupable et forcenée

ne saurait non plus être une méditation.
Puis,
elle

entre

dans

le

vif

de

l'œuvre où

le

mélange d'un amour profane
lui

et

de scènes religieuses
dépincé,
((

semble d'abord tout à

fait

car

il

n'est

ni vraisemblable ni d'un

goût sévère de passer sans

transition de l'exaltation de la piété au souvenir de

1.
I.

L'Iiitrriiiilr.

ri-viic

|i;ir

Mme

de

Ciciilis (l'nris. 2

vol., 1S2I)),

pp. Sl-IIU.

LES DES ROYS.
sa maîtresse »;
((

53
la

Reste d'àmc

))

choque;

le

vers

:

Et ces vieux panthéons peuplés de dieux nouveaux
est

une expression

«

d'athée

»,

qu'elle souhaite de
» »
;

voir corrigée dans la prochaine édition; « fenêtre
est
les

un mot familier
vers
:

et «

déplacé dans

le

genre noble

Des théâtres croulants dont les frontons superbes Dorment dans la poussière ou rampent dans les herbes
lui

suggèrent

la

même

réflexion

((

parce qu'au pluriel,

hei'be rappelle l'usage

journalier qu'on en fait dans la
elle

cuisine

».

Pour terminer,

accable

le

jeune

homme

de bons avis,

lui conseillant

de ne pas se laisser aller

au découragement après ses critiques, sévères sans
doute, mais
intérêt

formulées
et

sans par

restriction

dans son

même,

dictées

une sympathie que
qui firent sourire, à
les

tant déraisons lui commandaient.

Ces vétilles
l'époque,

et

ces chicanes,

ceux

qui

en connaissaient

motifs',

témoignaient d'une rancune toujours vivace.
Pourtant, malgré tout l'empire de
sur son amant,

Mme
la

de Genlis

Mme

Des Roys continua ses fonctions
duchesse

jusqu'en octobre 1778, grâce à l'appui de

de Chartres, à laquelle

elle

voua, en cette circonstance,
elle

un dévouement

éternel;

abandonna même
:

le

Palais-Royal sur un nouveau triomphe
Lamartine, p.

le

gouverneur
duchesse de

1.

Cf. Lettres à

10 (lettre

de

la

BroRlie).

54

LES ORIGINES.
la

qui

remplaça auprès des princes devenus grands

fut proposé par elle; c'était le chevalier de

Bonnard,
d'un édule

son ami personnel,

et qu'elle avait
il

connu chezBuffon.
de Genlis, qui

Le

frivole

Bonnard,
il

est vrai, n'avait rien

cateur, mais

valait au

moins
trois

Mme

remplaça officiellement

ans plus tard. Ainsi,

Mme
la

Dos Roys sortait victorieuse de cette lutte avec
bien

favorite;

mieux,

la

duchesse

voulant

lui

prouver sa reconnaissance l'admit dans sa maison
particulière et
lui confia

l'éducation

de sa

fille

la

princesse Adéla'ide.

Tandis que sa femme se
intrigues assez difficiles,

tirait

avec dignité de ces

Jean-Louis Des Roys, de son côté, avait su gagner la confiance et l'estime du duc d'Orléans en menant à bien un certain

nombre d'opérations juridiques
tions d'intendant des finances,

et financières

de

la

plus haute importance pour son maître.
il

A

ses fonc-

joignit l'adminis-

tration des terres de la Fère, Albert et Carignan; en

1774,

il

avait préparé

le

règlement des droits de

la

duchesse de Bourbon,

belle-fille

dans

la

succession de
il

la

du prince de Condé, duchesse d'Orléans, sa mère;
l'afTaire

en 1781,

reprit

les

négociations de

des

princes de Chimay, qui traînaient depuis un siècle
et,

après plusieurs voyages en Belgique,
la

il

obtint

la

conclusion d'un traité qui assurait
à la maison d'Orléans.

pairie

d'Avcsne

En

178o,

M.

et

Mme

Des Roys demandèrent leur

LES DES ROYS.
retraite qui leur fut accordée;

55
la

mais pour marcjuer
conserva à

satisfaction qu'il avait des services de l'intendant de

son père,

le

duc de Chartres

lui

titre

de

pension l'intégrité de son traitement,
cepter d'être commissaire à
la

et le pria d'ac-

liquidation

du duc

d'Orléans qui venait de mourir, ce que Jean-Louis

Des Roy s ne put refuser.
Il

se relira alors

dans sa propriété de Rieux
la

',

qu'il

avait acquise en 1770, et où, ayant obtenu

création

d'une pépinière royale,
l'agriculture.
la
Il

il

se

consacra entièrement à

y vit philosophiquement commencer

Révolution, sans être jamais inquiété malgré un
qui

passé

pourtant aurait

le

rendre

suspect;

quelques
1795 nous

lettres
le

de lui écrites à son frère de 1793 à

montrent parfaitement tranquille sur son
de Paris
le

sort, une, entre autres, écrit

26 mars 1793,

où on

lit-

:

Je suis las, rebuté, et très impatient d"être rendu à
nullité

ma

champêtre; ce n'est pas que je ne m'attende à trouver là de nouveaux ennuis; et quel est le lieu ou la position dans laquelle un français puisse aujourd'hui vivre dans le cahne? le désir du sa^e doit se borner à exister hors des foyers de l'orage et à s'estimer heureux de ne

Dans la Marne, à queliiues kilomètres de Montmirail. 1. Jean-Louis l'avait acquise du chevalier de Belle-Joyeuse. C'était alors un bâtiment très simple, ayant successivement appartenu aux familles de Pasloret, de Disques et de Boubers, et qu'il fit démolir pour le remplacer par un château plus vaste. (Cf. Alexandre Carra de Vaux, op. cit.) 2. Les lettres qui suivent sont citées d'après l'Investigateur, où elles ont paru pour la première fois.

5G

LES ORIGINES.

ressonlir que les Ijattements des vagues amorties.... Les

bruits du moment sont que les révoltes et attroupements armés des environs de Nantes et atitres parties de la Bretagne ont été dissipés avec grand carnage. Les armées du

Meuse, de l'Escaut se soutiennent aussi, dit-on, le terrain au.x ennemis du dehors. Dieu veuille enfin nous donner la paix, la santé et Tcrdrè; quand ces biens seront rendus à la France, il faudra encore bien des années pour qu'elle recouvre l'embonpoint que celte fièvre dévore. Si je ne voyais que mol dans l'orage je serais peu peiné: je serais même assez philosophe pour observer sans inquiétude les agitations des hommes; mais mes enfants, mes parents, mon frère, mes amis! je ne puis pas être indifférent et froid sur tant d'objets chéris....
la

Rhin, de

et

disputent

Tu me
que je

conseilles de A-endre

mes fonds;

je sais très bien

de l'aisance, mais je vois aussi qu'elle ne pourrait être que momentanée. Je t'ai déjà observé sur cela que je ne trouverais en ce moment ni placement, ni emploi qui me donne sûreté et aisance; agioter n'est pas mon fait; placer en rentes ou obligations, rien de plus fragile: acquérir d'autres immeubles, rien à gagner dans ces revirements: les biens patrimoniaux se vendent à deux pour cent, j'achèterais comme j'auiais vendu. .Je conclus pour attendre que le mal soit instant ou que l'on sache mieux sur quoi compter. Tu vois comme moi que les Révolutions opèrent rarement un mieux-être. Actuellement nous sommes à peu près maîtres de nos âmes et de nos sentiments; cela seul est à notre direction.
donnerais par

me

Dans une autre
raît toujours plus

lettre encore,

du JO

avril,

il

appalui-

tourmente des autres que de
le

moins hostile qu'on n'aurait pu aux événements du moment
et
:

même

prévoir

Le mystère sur ce qui se passe à Lyon, m'inquièle beaucoup je tremble pour les parents et les amis, hélas! pour
;

LES DES ROYS.
tout
le

57

monde, car
est

je tiens à lliunianité et à

mon
mais

pays.
l'on

Paris

pour

le

moment

assez

tranquille,

semble craindre la disette du pain. Il y a foule chez les boulangers, on s'y étouffe pour parvenir à s'y approvisionner. Le vrai malheur ou du moins le pire de tous est la division qui règne dans la Convention; elle est, par ses scandaleuses dissensions, distraite du bien ou dans l'impossibilité de l'opérer; sa considération s'affaiblit et le désordre s'accroit; cependant, cette Convention, toute orageuse qu'elle est, forme le seul lien, le seul pivot sur lequel tout roule. Le vaisseau s'abime si le pilote lui manque en ce moment de crise.
Il

cessa pourtant bientôt de lui faire crédit et c'est

très

désabusé

qu'il écrivait le

22 août 1795

:

Sûreté personnelle et du pain: ces l)iens n'ont heureusecessé d'exister ici, mais la mauvaise santé de quelques-uns de ceux qui m'entourent et les inquiétudes et les misères publiques et trop universelles ont toujours écarté de moi la gaieté. Il serait bien temps que nous aperçussions quelqu'étincelle du bonheur que la Révolution nous a tant présagé Dieu veuille que la nouvelle Constitution qu'on nous prépare en jette enfin des fondements plus solides que ne l'ont été ceux des précédentes.
;

ment pas

Le calme
se

rétabli,

Jean-Louis Des Roys

et sa

femme
de

retrouvèrent à nouveau dans leur propriété
ils

Rieux où

s'apprêtaient à finir paisiblement leurs
la

jours lorsque
fois

duchesse d'Orléans vint mettre une

de plus leur dévouement à l'épreuve. La princesse,

transférée à la pension

du docteur Belhomme après
la

le

9 thermidor, essayait de s'y faire oublier, lorsque 6 septembre 1797
le

le

gouvernement décida

mise en

^8

LES ORIGINES.
III,

vigueur d'un décret du 21 prairial an
l'expulsion immédiate de tous les
famille de
Elle se

ordonnant
de
la

membres
et écrivit
la

Bourbon

et la confiscation de leurs biens.

mit en roule pour TEspagne

de Bar-

celone une lettre à

Mme

Des Roys en
fille,

priant d'aller

jusqu'en Hongrie cbercher sa
laïde,

la

princesse Adé-

pour

la

ramener près

d'elle.

La jeune

fille,

émigrée dès 1791 avec

Mme

de Genlis, avait été aban-

donnée par
voyant
elle se la

elle

à

l'étranger

pendant que

Félicité

cause royale perdue, gagnait

Hambourg où

rendait vite insupportable à tous les Français
et ses

par son hypocrisie

calomnies.
fois

Heureuse de pouvoir prouver une dernière

son

dévouement

à ses anciens maîtres,
la

la vieille

Mme

Des
et,

Roys
ans
et

se

mit en roule à

fin

de décembre 1799
tpii

après un long et pénible voyage

dura près de deux

demi,

elle

accomplit heureusement sa mission.
la

Forcées d'éviter

France interdite à

la

princesse

Adélaïde, les deux

femmes avaient dû descendre de
elles

Hongrie en
le

Italie,

où on

s'embarquèrentà Livourne;
le

12 avril 1802,
J'ai

lit

dans

Journal

inti)iip

:

roru une lettre

tic

ma mère

qui m'annonce enfin son

arrivée à Barcelone; elle a éprouvé beaucoup d'événemenls,

entre autres une tempête dans la traversée de Livourne en

Espagne, qui a duré
de
il

trois jours et deu.K nuits; l'entrevue
fille

Mme

d'Orléans et de sa

a été des plus

Idiirjiaiites,

y avait onze ans quelles étaient séparées.

La princesse

Adéla'ide n'oublia pas cet admirable

dévouement; lorsqu'en

1814

elle

reprit

le

chemin

LES DES ROYS.

59
voir les

de Paris,

elle

tint à s'arrêter à

Lyon pour

deux

filles

de son ancienne gouvernante,

Mme

de La-

martine

et

Mme de Vaux,
lorsque

et leur oiîrit

de merveilleuses

dentelles qui avaient appartenu à sa mère. Mais un

an plus tard,
son

le

chevalier

de Lamartine

voulut obtenir, pour
fils

lui la croix

de Saint-Louis, pour

voir sa requête aboutir.

un brevet de garde du corps, il eut du mal à En 182o, enfin, Lamartine trouva moyen de s'aliéner complètement le duc d'Oret dès ses

léans par quelques vers vraiment maladroits de son

Chant du Sacre,

débuts en politique
:

le

fossé
sa

se creusa encore plus profond

sa

conscience,

vision poétique et grandiose de

la

liberté

primèrent

en

lui

tous

les

autres sentiments. Mais n'y a-t-il pas

quelque mélancolie à penser que celui dont

Mme
le

Des

Roys avait bercé
fils

les

premières années avec tant de

sollicitude devait être chassé

du trône par
le

petit-

de sa

vieille

gouvernante?
14 octobre 1798, et

Jean-Louis Des Roys mourut
sa

femme

le

10 juillet 1804. De leur mariage étaient
le

nés six enfants; l'ainé, Pierre-François, né
vrier 1738, fut conseiller à
été
lieu

12 fé-

Rouen et mourut sans avoir
« Il

marié

le

8

mai 1810.

m'avait presque tenu

de père pendant
la

mon

enfance, écrira sa nièce en

inscrivant

triste

nouvelle, et avait contribué à

mon
et

mariage en

me donnant
de

10 000 francs comptant
lui. »

en m'en assurant 12 000 après

Des quatre
rine Julie,

filles

Mme

Des Roys,

l'aînée,

Cathe-

née

le

9 janvier 1761,

épousa en 1778

60

LIÎS

ORIGINES.

Cliarles-Heiirioii de Saint

Amand,

frèic

du président

Henrion de Pansoy;
troisième,
la

la

seconde, Emilie (22 janvier

1762-1827), fut mariée à Louis Papon de Rocliemont;
la

Césarine. née

le

29 novembre
Carra
de

1703,

devint

femme
la
le

de Pierre -Benoît

Vaux

Saint-Cyr, et
tine'. Enfin

dernière, Alix, devint

Mme

de Lamar-

dernier des

fils,

Lyon Des Roys, eut

une

triste
la

existence

d'homme
vit

de lettres

manqué qui

fournit

véritable explication des terreurs de

Mme

de

Lamartine lorsqu'elle
à vingt ans, de la
11

son

fils

tourmenté

lui aussi,

même
le

fièvre poétique.

était

né à Lyon

3

novembre 1768,
le

et la ville

qui,

pour rendre

hommage

à son père alors échevin,

avait tenu à être son parrain, délégua

prévôt des
lieu

marchands au baptême;
grande pompe
Saint-Paul;
la
le

la

cérémonie eut
la

en

jour suivant en
fut,
fille

cathédrale de

marraine

par procuration, Mariede Gaspard firimod de

Françoise de Bcaumont,
la

Reynièrc

et tante

de

Mme

Des Roys-. Ainsi,

l'en-

1.

Voir, à l'Appendice,

2.

Dans

les papiers

pelile note

de
«
«

de la cérémonie " Le 20 juillet 1708, proi-uralion de Mme de Beaumont iiiarraine de l'enfant dont Mme Des Roys élait grosse, el doni la ville de Lyon devait èhe le parrain. « L'enfant est né le samedi 5 novembre: c'a été un lils, ipii
la
:

le lnl)I('aii de la descendance (liiniod. de i;i Inniille Des Iloys, on trouve une main de Jenn-Louis ([ui rapporte les détails de

«
'.

" <

a été baptisé le dimanche dudit à Sainl-Paul jjai' .M. t^iiipisson, sacristain-curé. Il a été nommé Lyon-François, el tenu par M. de la Verpilliérc, Prévost des marchands, accompagné du Consulat, |)0ur la ville, et par Mme (h' hi N'eipilliére

«

pour

Mme

de Beaumont. Des

Iloys.

»

LFS DES ROYS.

61

fant semblait promis à quelque belle destinée alors

que

la

réalité fut tout autre

:

ce

qu'on

sait

de lui
la

révèle

un certain désordre mental,

le délire

de

per-

sécution,

un amour

effréné de

la publicité, et

surtout

un

véritable désespoir de ne pas dépasser la médio-

crité.
Il

lit

ses études

au collège de Juilly,d'où
la

il

fut

chassé en 1793 par

Révolution;

en 1799

il

était

maître répétiteur de mathématiques dans cet établis-

sement qui venait de rouvrir sous une nouvelle
tion.

direc-

Pour occuper

ses loisirs,

il

rima alors un poème
la

sur
dp

la

géométrie, une tragédie en cinq actes,

Morl

Caton,

une

comédie, t Antiphilosophe.
:

Ce fut
1799
il

l'origine

de tous ses malheurs
le

en

juillet
la

abandonna
littéraire, et

collège

pour

ParLs^,

rêvant

gloire

s'imaginant avec présomption que son
le

génie suffirait à

faire vivre.

La

lutte qu'il soutint

pendant
leries,

trois

ans pour arriver à
il

la célébrité, les rail-

les

épigrammes dont
[»ris

fut
et

accablé

eurent

quelque retentissement à l'époque,
mati(|ue, qui lavait

un critique dra-

en grippe, Saignes',

mena

robscrtaleur des spectacles des 28 germinal, 2, 21, 23 an X. Jacques-Barthélémy Salgues (17GO-18.30), un des bons journalistes de rEiii[)ire et de la Restauration. Prêtre d'abord, il fui choisi en 1789 pour la rédaction du cahier des doléances de la ville de Sens où ii était né; peu à peu, il finit par organiser la conlre-Révolulion dans son département. Poursuivi, il ne réapparut à Paris qu'en 1794, fut traduit alors, en justice après le 18 fructidor, mais ac(|uiué par le tribuna d'Auxerre. A partir de 1798, ii se consacra exclusivement aux letlres, et fonda deux journaux théâtraux.
1.

Cf.

et 29 iloréal

62

LES ORICilNES.

même

contre lui une

campagne de

ridicule

il

finit

par succomber.

On

peut en juger par ces quelques

extraits de VObsercaleur des spectacles,

où l'odyssée de

Lyon Des Roys
Le
oit

fut l'occasion de plusieurs articles.

Desroys n'ost point un de ces petits-niaîlres à la qui ont londé leur succès sur les grâces de leur figure et lélégance de leurs manières; c"est un homme

mode

la campagne et dont la physionomie se rapproche un peu de celle de quelques personnages l'élés sur le théâtre Montansier. Habitué à composer des idylles pour les bergeries de Montmirail et des tragédies pour le curé de sa paroisse, il n'a guère connu jusqu'à présent de plus grandes solennités que celles de la messe ou du prune.... La nature, avare dans ses productions originales,

simple, nourri à

n'enfante pas tous les jours de ces êtres privilégiés destinés
h réjouir les journalistes. Sous ce rapport,
est
le
cit.

Desroys

une de ses conceptions les plus heureuses, et nous ne saurions trop nous empresser de le faire connaître. Déjà les deux nymphes \ arrivées au point où les soins
paternels cessaient d'être nécessaires, aspiraient à se prole

duire dans

grand monde, à étaler
cit.

les

charmes dont

elles

étaient parées, lorsque le

Desroys, en père tendre et compatissant, s'est déterminé à les transporter dans sa

malle à

l^aris.

Mais sur quel théâtre e.\poseia-t-il ces rares
Il

la salle MonRépublique -. La République aura ses préférences. Déjà Je cit. Desroys a mis son habit un bas de soie réservé pour le jour de du dimanche Pâques a succédé à la guêtre qui déguise la faiblesse de son mollet et l'épaisseur de ses orteils; une cravatte hrnd(''o à crête de coq enveloppe son long col et dépasse son

merveilles de la nature?

a à choisir entre

tansier, les boulevards

ou

la

:

menton; un linge mouillé
1.

<l;ms

un

goliclel a lait disparaître

Sa tragédie

et sa

comédie.

2.

Nom

(|Uf'

portait alors rancicii 'l"iiciitrc-Frant;ais.

LES DES ROYS.
les

63

traces de poussière qui s'étendent sur son fiont; sa main, blanchie par le savon, soutient avec orgueil ses deux filles chéries qu'il se hâte de présenter au sévère Florence '. Illustre semainier qui rédigez l'annonce des spectacles et convoquez le conseil suprême qui, dans son indulgence ou ses rigueurs, élève ou abaisse la puissance poétique, généreux Florence, soyez favorable au Sophocle de Mont-

mirail

!

C'est

dans

cet appareil et présenté par ces

propos

un peu lourds, que Lyon Des Roys aborda le comité de lecture du Théàtre-F>ançais, et une épigramme complaisamment recueillie par son terrible ennemi
nous apprend
l'accueil qu'il

en reçut

:

Dieu paternel, quel dédain, quel accueil!

De

quelle œillade altière, impérieuse,

Le fier Batiste écrase ton orgueil, Pauvre Desroys la Raucourt est moqueuse
!

;

Elle riait, Saint-Prix te regardait

D'un

air de prince, et

Dugazon dormait;
la

Et renvoyé, penaud, par

cohue,
la rue.

Tu vas gronder

et

pleurer dans

Le jeune auteur fut pourtant ravi de tant de bruit
fait

autour de son nom,
fit

et ce refus, loin d'abattre

son

courage, ne

qu'exciter sa verve; lui-même rendit

publique sa mésaventure dans une Epltre à Dazincoiir,

célèbre

comique du temps, qui

l'avait

patronné

paraît-il

auprès du comité de lecture;
:

c'est allègre-

ment
1.

qu'il s'écriait

lin des

semainiers du Ttiéàtre-Français.

64

LKS ORIGINES.
Touchés de

mon

discours modeste,

Les premiers talents comme toi Se sont déjà montrés pour moi Monvel, Talma, Mars et Devienne; Mais la fâcheuse et dure antienne
:

De l'implacable Grandménil
M"a renvoyé dans mon chenil! Va, ne crains pas que je m'y tue! Ma muse est à la fin connue,

Ami,
C'est

voilà ce qui m'en plaît, pour cela que j'ai tout fait.

L'échec paraît néanmoins lui avoir été plus pénible
qu'il

ne
il

le

laissait entendre,

puisque peu de temps
la

après

publia une

h^pUre aux Comédiens dont
:

préface est pleine d'amertume
.Je

suis bien loin de prét(Midre, y lit-on, valoir
les

que

Legouvé,

les

Arnaud,

les

(joUin; mais

vois jouer des pièces aussi froides que celles

mieux quand je qu'on nous

donne souvent,
et je
les

alors l'indignation s'empare de

mon

esprit

trouve qu'on

me

fait

injure de ne pas

du moins essayer

miennes.

Combien peu, pourtant,

il

était

exigeant

:

Que demandai-je aux comédiens? une

lecture de la pièce

entière? Non, mais une lecture du premier acte de la première scène! Si j'avais été rnlemUi, jélais conteul, je
leur

voulu courir
11

promettais un ennui très couit, ruais le danger.
le

ils

n'ont pas

terminait enfin par
:

procès du comité do

lec-

ture

Comité secret

et invisible qui

rend

les

réponses

les plus

rébarbatives; en se barricadant de

la sorte, les

acteurs de

LES DES ROYS.

65

Paris ne peuvent être abordés que par un petit nombre de favoris dont la fortune est déjà faite, et par conséquent
l'ardeur refroidie.

Pour

se

venger des comédiens qui l'évinçaient, de
qui
le raillait,

la critique

et

persuadé que Topinion
lui

prévenue contre

lui

ne deuiandait qu à

rendre

justice, l'infortuné eut

une idée dont
il

l'originalité n'a
fit

certes jamais été atteinte depuis;

imprimer sa
la fin

comédie, où on
IV^ acte
:

lisait

ces

simples mots à

du

Absence du V^ acte. Cet acte n'est pas le plus mauvais, mais nous ne voulons pas nous dépouiller de toutes nos ricbesses pour un public ingrat qui ne nous en saura aucun gré. S'il a quelque curiosité de connaitre la pièce entière et d'en bien juger, il n"a qu'à l'appeler sur la
scène.

Ce bizarre appel au peuple échoua complètement;
plus ingrat quejamais,
le

public n'imposa pas

la

repré-

sentation de rAnliphilosophe dans
dioses

un de

ces gran-

mouvements de
il

foule qu'avait rêvé l'auteur;
se contenta

plein d'indifférence,

même

des quatre

actes et n'exigea jamais leur

dénouement. Inlassable,
placarder dans
la

Lyon
lui,
il

reprit la lutte et, puisque le public n'allait pas à
irait

au public.

A

cet effet,

il

fit

Paris de grandes affiches bleues et rouges où
duite du comité et des journalistes était
appréciée, et où
ferait
il

con-

durement
il

annonçait que

le

13 avril 1S02

une lecture publique de son Calon dans une
et

salle qu'il loua, c'claira

meubla

à ses

frais.

Le

lendemain, Salgucs, qui

l'avait laissé

en paix déjà

66

LES ORIGINKS.
la soirée

depuis quelques mois, rendit ainsi compte de

dans son journal

:

11 faut le dire, pour lamitié que nous portons au citoyen Après avoir Desroys, cet auteur avait mal choisi son jour été crucifié par les Comédiens-Français, c'était mal entendre

que de prendre le Vendredi- Saint pour ressusles fêtes de Longchanips et le concert de l'Opéra, tout inférieurs qu'on puisse les supposer à la tragédie du dernier des Romains, devaient nécessairement dans ce siècle de frivolité enlever un grand nombre d'amateurs au citoyen Desroys, et c'est ce qui est arrivé. Trente personnes au plus composaient son auditoire, et ce dénument n'avait rien d'encourageant pour un poète qui aspirait à l'honneur d'être jugé par le public. Au reste, on doit cette justice au citoyen Desroys qu'il n'a employé aucun des prestiges condamnables qui tendent à surprendre la religion des juges. Dans la crainte que l'éclat de ses yeux ne portât trop d'émotion dans nos cœurs il les a tenus constamment fermés; pour diminuer l'intensité'de sa voix et la grâce de son geste, il a armé sa main
ses intérêts
citer. D'ailleurs,

droite d'un chandelier qu'il portait alternativement à sa

bouche, à son nez, à ses yeux. Si quelques dents absentes de la bouche de l'auteur ne nuisaient pas à l'eiïet de sa
prononciation,
si les

règles de la
si

vées dans ses vers, enfin

l'exposition

point au premier acte, il est Desroys eût recueilli de la part de ses auditeurs quelques marques de satisfaction plus vives que celles qui lui ont été
accordées.

grammaire étaient obserdu sujet ne manquait à présumer que le citoyen

le citoyen Desroys a reconnu lui-même (|u'il manquelque chose à son déi)it, et le découragement même allait le saisir, k)rsquc le citoyen Simien-Despréaux s'est présenté pour soutenir son courage et ranimer son audace. Le citoyen Simien-Despréaux est un athlète plus vigoureux que le citoyen Desroys; ses traits mâles, sa voix sonore et

Mais

(luait

LES DES ROYS.
son geste imposant, ont soutenu passages bien us ont obtenu les
le

57

second acte et quelques applaudissements du petit nombre d ama eurs qu. étaient restés après le premier acte. Le troisième, le quatrième et le cinquième n'ont point été lus nen na pu vaincre la timide résistance du citoyen Desroys ce n est quaprès les plus vives instances qu'on a pu obtenu- qu ,1 égayai l'assistance par la lecture du monologue de Calon. A Texception du premier hémistiche ce morceau est tout entier de la création du citoyen Desioys!
.
:

Après un
Profitant de
value,
Il

tel

coup de massue, un
-tète et fui

homme

ordinaire
fit

aurait perdu hi
la

Paris;

Lyon n'en

rien

menue notoriété que

l'incident lui avait

réunit à la hâte quelcfues pièces fugitives
qu'il

dont une épUre aux journalistes, sans tarder; c'était aussi le
seul

mit en vente
lui

moven pour

repondre à Saignes, car tous les journaux demeuraient obstinément sourds aux véhémentes imprécations qu'il leur offrait.

de

par

la préface,

Cette fois, pourtant, on voit plus navrante encore qu'incohérente

qu'il avait

cruelles railleries de

perdu son égalité d'humeur et que sous les Saignes sa raison commençait
il

a s affaiblir;

écrivait tristement

:

ma,s avaler
tTon

de pied de Une. Il est facile de supporter médiocrité quand on a pour soi les éloges
le
fiel

La qualité de poète est belle et honorable quand elle est conférée parla voix publique, mais Jusque-là ce nest qu'une enseigne fatale qui nous attire incessamment le cr eUoup
les injures de la des gens d esnri "' qui ré te J

tout pur, voilà

^

par Dar

n

est

^ à ma re J: :ii:;rr- '" ?'"'' h folie que de me laisser *'"^P^ J"^^ '«'«"^ ^i"^é périr a fn.-^ écraser par le ridicule.
''

"°" ^-^^--«--

nui

.

7

pas rose dans

la littérature

:

il

faut pourtant

Tout conven

68

LES ORIGINES.
les

que
de

la

épines qu'on y rencontre viennent souvent moins nature du terrain que de la position de celui qui le

cultive. Je sais

que

les journalistes

que

je

provoque trouet

vei'ont, s'ils veulent, mille pauvretés et mille contradictions

dans mes
opiniâtre

petits écrits;

mais cela

tient

au projet insensé

de faire parler la renommée malgré elle. Les journalistes ne s'attaquent pas âmes œuvres, ils défigurent ma personne, et voilà ce qui est infâme et ne devrait pas leur être permis.

Enfin, après avoir ainsi stigmatisé son bourreau,
il

tenta une dernière fois de l'apitoyer, mais d'une
si

façon

na'ive et si ridicule

que Salgues ne put

se

tenir de reprendre la
bles vers
:

plume

à la lecture de sembla-

Il

Le public s'en rapporte aux gens qui font la loi, les croit de bon cœur plus habiles que soi. Mais enfin, tôt ou tard, le bon goût les ramène; La justice du lems est lente, mais certaine. L'auteur modeste, en paix «"abandonne à son sort. S'il n'est vengé vivant, il sera vengé mort. Vous riez des moyens que mon orgueil expose? Craignez pourtant, messieurs, qu'il n'en soit quelque chose; Et quelle honte, ô Ciel! n'éprouveriez-vous pas Si mon triomphe était l'efTet de mon trépas Rendez, pendant que l'heure est encore propice, A d'immenses travaux une faible justice; Régner sur les esprits est un plaisir si doux. Que les maîtres du monde en sont souvent jaloux
!
:

Richelieu tout-puissant porte envie à Corneille. Je crains bien pour ma part quelque cliance pareille
i3(maparte est plus grand, j'en conviens avec vous,
Il

:

trifunpha des rois conjurés contre nous,
n'a pas en vers

Fit jouir de la paix l'Europe et sa pairie,

Mais

il

mis

la

géométrie.

LES DES ROYS.

69

Devant
d'écrire à
tine.

cette

dangereuse exaltation, son cousin
il

Dareste, chez

qui

habitait
et à la

alors

,

jugea prudent

Mme Des

Roys
la
le

jeune

Mme

de Lamar-

Nous n'avons pas

réponse de

la

mère, mais on
les

trouve trace dans
goisses de la

Journal intime de toutes

an-

pauvre femme,

lorsqu'elle eut sous les

yeux
assez

les

articles de Salgues,
fait

qu'un anonyme avait
à son

méchamment
une

parvenir à sa belle-sœur
elle écrivit

Mlle de Lamartine. Qu'y pouvait elle?
frère
lettre tendre,

mais

très ferme,

en

le

sup-

pliant de quitter Paris et d'essayer de trouver une
situation en province ou à l'étranger. Celui-ci n'en

continua pas moins ses excentricités

:

le 7

juin 1802,

on

l'arrêta

même

à l'Opéra, où

il

causait

un violent

scandale en faisant pleuvoir sur
le

libraire

n'avait pas

la salle tout ce que vendu d'exemplaires de son

Épitre

aux comédiens',

il

fut remis en liberté quatre

jours plus tard, mais ce petit incident avait sans doute
refroidi son ardeur, puis((ue
qu'il

nous savons par sa sœur
juillet;
il

partit
il,

pour l'Angleterre en
professeur de
lui

entra,

paraît

comme

français

chez

un

prêtre anglais qui

accordait la modeste allocation
le

annuelle de cinq cents francs,

loyer et la nourriture.

Au

bout de dix mois, incapable de se résigner à
il

cette pitoyable existence,

regagna Paris où

il

végéta
la tête

encore quelque temps; puis, aigri, désespéré,
perdue,
Belley,
il

se tua le lo

mars 1804

à Lagnieux, près de

au retour d'une

visite qu'il avait faite à
le

Lyon

chez sa sœur

Mme

de Vaux. Mais

destin qui l'avait

70

LES ORICINES.
lui fut

poursuivi sa vie durant,

encore impitoyable

après sa mort. Les autorités du département de l'Ain
s'inquiétèrent de ce bizarre suicide

— un coup de fusil
encore

dans
sous

le
le

ventre

— et comme
les

les esprits étaient

coup de

l'attentat de la rue Saint-Nicaise,
le

on

n'hésita pas à reconnaître dans

cadavre de Lyon
lui,

Des Roys, malgré

papiers qu'il avait sur

certain Picot-Limodan, dit

compromis dans
tionnaires alla

l'affaire

un Beaumont ou pour Ir Roi, de la machine infernale et
la fuite.

qui avait réussi à prendre

Le

zèle des fonc-

môme

jusqu'à ordonner huit jours

après l'exhumation du corps et à perquisitionner chez

Mme
Quant

de
à

Vaux qui ne comprenait

rien à l'aventure'.

Mme

de Lamartine,

elle

ignora toujours

la

vérité sur la fin de son frère et le crut

emporté par

une congestion pulmonaire; mais
tion arriva jusqu'à
«
elle, et plie

la

pseudo-conspira-

écrivait le 29

mars 1804
frère

:

L'on

a

imaginé que
à

mon malheureux
cœur
et

mort

était

impliqué dans une
été

affaire de conspiration qui a
et

toujours

cent lieues de son

de ses

moyens. Une ressemblance de
d'Angleterre ont produit cette
faire des visites chez

nom
Ion
»

son arrivée

erreur.
a

On

est

allé

ma

sanir,

examiné

ses

papiers;

il

n'y avait rien du tout.

Telle fut l'existence de l'infortuné

Lyon Des Roys,
de
s'y

poète incompris
(liuitres;
elle

comme

Gilbert, Chatterton et tant

n'aurait

guère

valu

arrêter

1.

Moniteur du

4 aviil

1804.

LES DES ROYS.
aussi

71

longuement
l'altitude

si,

comme nous

l'avons dit, son

exemple n'avait influé plus tard de façon décisive
sur
des Lamartine
lorsqu'ils

virent

le

jeune

Alphonse

tourmenté du

même démon
violente,

qui

avait perdu son oncle.

Ou comprend mieux
parfois

et l'on

excuse leur opposition,
vingt-cinq ans
frapper à
la
il

quand

à

partit

pour Paris un Saiil en poche,
qui dix-huit ans
'.

porte du

même Talma
le

auparavant avait refusé

Caton de Lyon Des Roys

Le souvenir de son
la

frère était encore trop présent à

mémoire de

Mme de

Lamartine pour
fils

qu'elle ne fût

pas effrayée de voir son

séduit par une carrière

connu que les déboires. œuvre poétique, elle est aussi mince que médiocre une tragédie, une comédie, quelques pièces fugitives, un poème sur le tabac, un autre sur
ses proches n'avait

dont un de

Quant

à son
:

la

géométrie, deux ou trois fables et quatre épîtres^;
insuffisant pour la conquête de Paris qu'il

c'était

avait rêvée. Accordons-lui pourtant en tardive réparation
série

que
des

le

Dernier des Homains ne dépare pas
tragédies

la la

pauvres

qui

encombrèrent

scène française de 1790 à 1815. Inspirés du Coton
1. Il est curieux de constater que le sujet de Caton, emprunté à la Mort de Caton, d'Addison, tenta également Lamartine à il écrivait en elTet le 30 septembre 1810 à Virieu vingt ans « Je traduis de l'anglais quehiues Nuits d'Young et la superbe « tragédie d'Addison tite Dcalh of Cato, le tout en vile prose, excepté quelques morceaux qui me séduisent et que je ver:

:

•<

«

silie. 2.

»

{àorresp.,

1.

p. 272.)

Voir, à l'Appendice, la bibliographie des

œuvres de Lyon

Des Roys.

72

LES ORIGIiXES.
et des meilleurs

d'Addison

souvenirs de Sliakespeare,

ses cinq actes sont correctement rimes et bien con-

duits.

Certains rnorccaux,

comme
la

la

mort du héros
la

pourraient

même

supporter

comparaison avec
il

Mort do Socralc de son neveu. Tous deux,
n'ont
fait

est vrai,

qu'interpréter Platon, mais

le

rapproche-

ment

est assez curieux

pour être noté

'.

Hasarder des conclusions à une étude aussi brève
et

forcément incomplète sur l'hérédité de Lam.artine
Pourtant, dans ses grandes lignes,
:

est délicat.

elle

apparaît ainsi

Deux
rière des

familles, l'une

un peu rude, chez qui

la car-

armes devient

la tradition; l'autre, cultivée,

affinée par quatre siècles d'étude et qui ne

connut

jamais d'autre métier que celui d'écrire; mais toutes

L'àme est inaccessible et rien n'agit sur elle: Que la mort au méchant soit un objet d'horreur, L'homme de bien v voit l'aurore du bonheur.

Mais je ne

Mes membres

mes yeux paraissent s'obscurcir. fatigués semblent s'appesantir, Je ne puis surmonter la langueur où je tombe....
sais,

enfants, mes amis, approchez, je vous prie. Quoi? d'où viennent ces cris? qu'avez-vous à frémir? (Qu'est-ce donc, mes amis, ai-je tort do mourir? Voulez-vous que j'attende à. sortir de la vie Que je me sois couvert do i|uelqu'ignominie, (^uc j'aie abandonné le chemin de l'honneur? La mort n'a rien d'alVrcux, n'en ayez point d'horreur.

Mes

Elle vient,... je la vois, je la sens,... je la touche.... Elle obscurcit mes yeu.\,... elle glace ma bouche.... Je finis,... je m'étcins... sans douleurs, sans cli'ort.... L'âme pleine d'espoir se dégage du corps. et i\.) {/a- Dernier 'les Homains, acte ^', se.
i

LES DES ROYS.

73

deux provinciales

et sédentaires,

profondément
xviii'^

reli-

gieuses et que les germes matérialistes du

siècle
les a
;

ont épargnées; étroitement attachées au sol qui
vues naître,
elles

y tiennentpar toutes leurs alliances
elles

au plus haut qu'on puisse remonter,

sont fixées
la

non pas dans des régions extrêmes de
trophes,

France,

mais au contraire dans deux provinces presque limisoumises aux

mêmes coutumes,

et

dont

Lyon

est le centre

géographique. Leur vie est simple,

leurs aspirations sont saines et n'ont d'autre objet

que d'augmenter à chaque génération d'honneur
et

le

patrimoine

de bien-èfre qu'elles tiennent de leurs

pères; de tout temps une vie égale et sans histoire,

presque sans

efforts,

comme

si

toutes les forces vives

des deux races eussent dû sommeiller pendant quatre
siècles

pour

s'éveiller et

s'épanouir enfin dans leur

dernier rameau.

DEUXIÈME PARTIE
LE MILIEU
9

CHAPITRE

I

LA FAMILLE'

A
sait

la

naissance de Lamartine, sa famille se compo-

de Louis-François

alors âgé de quatre-vingts
:

ans,
1.

— de sa femme
Sources
et

et

de leurs six enfants
II''

trois fils

(passiiii).

— Archives départementales de Saône-ct-Loire, très riches en documents sur les Lamartine pendant Terreur. — Césarine
la
et

hililiographie de la

pnrlie

:

Journal

iiUinie

Alix, un épisode de la jeunesse de
le

Mme

de Lamartine
1853).

la

mère, de

par

baron Alexandre Carra de Vaux (publié dans Vlnvestijournal

gateur,

de

l'institut

historique,

Saint-Point, par L. Lex (Màcon, 1898, in-8). Lamartine, par F. Reyssiè (Paris, 1892, in-lG).
religieuse en Saône-et-Loire
(t.

Histoire

La Jeunesse de La Persécution

IV, arrondissement de Màcon), par

l'abbé Louis S.-M.

La Révolution dans
(Màcon,
1900,
190(5, 2 vol.

l'ancien diocèse de

Chaumont (Chalon-sur-Saône, 1903, in-8). Màcon, par Mgr lî. Hameau

Souvenirs de Mme Delaliunle (Évreux, in-8). hors commerce). Les souvenirs de Mme Dclahante, (jui dans sa jeunesse habita longtemps Màcon et fut très liée avec les Lamartine, ont été publiés par sa pclile-fille Mme de Blic. Ils contiennent de nombreux et curieux détails nouveaux sur la vie familiale du poète, ainsi qu'une Irentaine de lettres inédites de divers membres de sa famille. Toutes les références aux œuvres de Lamartine sont faites d'après l'édition de l'auteur; c'est la dernière parue de son

78
et
trois filles. Si l'on

LE MILIEU.

en excepte
les

les

grands-parents

qu'il

connaîtra à peine, tous

autres joueront dans

sa ieuncsse
ciser

un

rôle troi»

important pour ne pas prétrès effacées

un peu leurs figures
fils,

aujourd'hui.

L'aîné des

François-Louis,
C'était

était,

on

l'a

vu,

dune

santé

précaire.

un grand

homme un

peu voûté, au teint
austère.
et

i)âle,

au regard

noir, à l'abord

Extrêmement maniaque dans
hygiène,
près
il

ses habitudes

son

trouvera

moyen de prolonger
une existence

jusqu'à

de quatre-vingts ans

que
«
Il

les

médecins avaient condamnée dès l'enfance.

avait été toute sa vie faible et délicat, dira de

lui sa belle-sœur,

mais on

était

accoutumé à

le

voir

ainsi. »

Ce que son neveu a

écrit de lui paraît très exact;

on sent que

le

poète avait,

comme

il

l'a

dit,

son

image

((

bien gravée dans

la tète ».

C'est

que leurs
vieillard

deux natures étaient peu
le

faites

pour s'entendre. Dans

journal de sa sonir

il

apparaît

comme un
:

énergique mais redoutable, despotique, rigide, aigri
par ses infirmités et sa vie manquée
écrira
«

Toute sa
la

vie,

Mme

de Lamartine au lendemain de
il

mort de

son beau-frère,
chef

avait
et

conservé l'influence d'un
ne
s'était

de famille,

rien

jamais décidé

viv.iiil et

l.-i

i)lu.s

(iiiii|)1cLl'

(l'aris,

lS(JO-()0,

41 vol. gr. iu-S).


:

Pour
1871,

les puhlicalions poslliurnes, d'après les éditions originales
inédits
(l'aris,

Mémoires

in-8);

Correspondance

Souvenirs (id., 1873-75, 6 vol. in-8).

1870, in-8); Mainiscrils de ma mère {id., et Portraits (id., 1871-72, 3 vol. in-18):

LA FAMILLE.

79
lui;

dans
cet

la

mienne que par
».

lui

ou d'après
et

souvent

empire avait contrarié nos vues

m'avait causé

des peines sensibles
ce

Ceci confirme entièrement ce

que Lamartine a

écrit

dans

les Confidences.

Lorsqu'il lui fallut à vingt-cinq ans renoncer à la
carrière militaire et à l'espoir de fonder à son tour

une
dans

famille,
le

François-Louis se confina entièrement
de
la

monde

pensée, afin d'occuper un peu
et précis, les sciences

son activité. Esprit méthodique
eurent ses préférences
:

les

mathématiques furent
il

pour

lui

un

véritable délassement, et

faut voir là

l'origine de tous les froissements

que nous constaneveu.

terons plus tard entre l'oncle et

le

La Uste de
Màcon, dont
assidus,
a

ses
il

œuvres en
dans

dit long;

l'Académie de
les

fut dès 1806

un des membres

plus

recueilli

ses bulletins

annuels une

cinquantaine de mémoires sur
culture

les sciences et l'agri-

dont

Examen

y remarque un du gleuco-œnomèlre une Dissertation sur une
il

est

l'auteur.
,

On

substance résineuse trouvée à Louhans,

un

Traité de

Voryctologie du Maçonnais, dont
siste

le

manuscrit subcauses qui

encore à

la

bibliothèque de Màcon, et d'imporles

tantes et minutieuses Recherches sur

modifient ou altèrent la cohésion entre les parties de

quelques substances,

sans compter d'innombrables
la viticulture et l'élevage.

communications sur

A

sa mort, le Journal de Saône- et- Loire publia
il

un

long article nécrologique auquel

est

permis d'ac-

corder quelque valeur, puisque nous savons qu'il ne

80

LE MILIEU.
le

fut pas inspiré par sa famille', et dont

fragment

suivant nous
celui
«
((

donne un
zèle

portrait assez
((

vivant de
:

que Lamartine appelait

l'oncle terrible »

Animé d'un

ardent pour l'étude,

W. de

Lamartine

s'était

consacré dès sa jeunesse au culte
il

«
«

des sciences et des lettres, mais

avait

montré une
de l'amitié

prédilection particulière pour les sciences naturelles
et les
et

«
«

mathématiques. Uni par
en relations

les liens
le

d'une estime mutuelle avec
avec

savant abbé de
autres

«

Sigorgne-,

plusieurs

1. Journal de Saône-et-Loire du I mai 1827. Cet article, rédigé par Alexis Mottin, secrétaire perpétuel de l'Académie de Mùcon, ne satisfit qu'à moitié Pierre de Lamartine qui y répondit par la lettre suivante, insérée dans le numéro du 7 mai « Monsieur, je commence par rendre grâce à l'eslimaljle auteur de l'article nécrolog-ique inséré dans votre précédent numéro. Je serai désespéré que ma juste réclamation jtut l'affliger, mais je crois le devoir à la mémoire de mon frère. Sans doute, si votre journal n'était lu qu'a Màcon, où M. de Lamartine était si parfaitement connu, il eût élé peut-être superflu de dire un mot sur ses sentiments relinul ne peut les y mettre en doute. Mais comme la gieux sphère de votre estimable journal ne se borne pas à celte ville, je désire que partout où elle s'étend on sache (lue mon frère mettait fort au-dessus de toutes les connaissances humaines celle de la religion, et que, jusqu'au dernier instant de sa vie, il en a constamment rempli les devoirs Lamartink. » avec /ùle et la plus sincère conviction. 2. Pierre Sigorgne {1719-1809), vicaire général de Màcon, puis archidiacre et doyen du chapitre de Saint-Vincent, autour Inslilulions de plusieurs volumes de philosophie. On a de lui newloniiieniics (1747); Lellres écrites de la plaine (170")), où il réfute les Lettres de la monlaijne de Housseau; Inslitiiliuns
: :
'<

:

leibiiit-iennes (1708); le

Cf.
in-8).

Abbé

l'.ameau. Notice

Philosophe chrêlien (177G), etc. sur l'abbé Sigorgiie (Màcon, 1895,

LA FAMILLE.
((

81
il

hommes

célèbres de son temps,
le

trouva ses plus

«

chères délices à parcourir

vaste

champ de décou-

« vertes
«

que

lui présentait la science.

Doué d'une imagination
mémoire
facile

vive, brillante, et de

« cette
((

fermeté de caractère qui triomphe des difficultés, qui lui rendait toujours

aidé d'une

((

présentes
ses,
il

les

connaissances solides qu'il avait acquieut fallu qu'un peu moins de modestie

((

ne

lui

((

pour

se faire

un

nom

très

recommandable parmi

les

((

savants. Mais, loin de faire parade de son savoir,
il

((

le faisait

servir à

donner plus de charme à sa con-

« versation,
((

vive, piquante, et
celte

constamment

assai-

sonnée de

douce urbanité qui donne à

la société

((

tant de charmes.
((

Sujet fidèle et attaché sincèrement au bien de
l'a

((

son pays, on
civils

vu, pendant

le

cours des troubles

((

qui ont désolé notre patrie, toujours dévoué

((

à la cause de la légitimité et de ne

pasperdrede vue

((

un

seul instant les principes sur lesquels reposent

« l'ordre social et la

prospérité de la France,

m

Ainsi lorsque après un romantique parallèle de
leurs deux caractères, Lamartine s'écriait
:

((

Com-

ment unir
rait

ce

nombre

et cette

flamme'

», il

n'exagé-

pas

les

contrastes de ces natures dissemblables

qui ne parvinrent jamais à trouver un terrain d'entente.

Confidences, p. 4.j5. Le porirail de 1. Nouv. occupe les pages 447-457 (T. 29).

l'oncle

terrible

6

82

LE MILIEU.

A

toutes ses qualités de

méthode

il

joignait celle

d'être

un

homme

daffairos entendu,
le

comme

lefurent

tous les Lamartine, sauf toutefois
i|ui

dernier du

nom

sur ce point se trouvait desservi par son imagi-

nation. Le souci de son bien s'aftirme dans les moin-

dres lettres t(ue nous ayons rencontrées de lui;
processif,
il

tri'>

n hésitait pas, dès iju

il

croyait y avoir

ipiehiue intérêt, à soutenir ses revendications pardi'

longs futuiiis écrits avec amour.

Sa correspondance avec ses vignerons
à feuilleter
:

est

curieuse

une

fois

de {dus,

elle

confirme son esprit

précis et méticuleux.

Lamartine ne l'aimait pas
manifesta chaque
fois

et

celte antipathie se
lui.

quil avait à parler de

Cet
(|ui,

oncle fut l'épouvanlail de sa jeunesse, celui à
bien plus qu'au père toujours indulgent,
il

fallait

cacher
tures
:

les

fredaines, les

menues

dettes et les aven-

intransigeant, sévère et glacé, presque sans
il

tendresse,

ne tolérait pas autour de

lui la
il

moindrr
avait été

infraction aux principes dans lesquels
élevé et qu'il prétendait immuables.

La plupart du temps

il

contrecarrait
les

opiniâtre-

ment

et

avec sa méthode habituelle
il

beaux projets

de son neveu dont

voulait ainsi maîtriser la débor-

dante imagination; aux rêves vagues mais fiévreux
d'étude et de littérature
il

opposera froidement

les

sciences qui. selon lui, donneront (|uel(|ue maluritéà
ce cerveau

vagabond.
cette

Pour comprendre

domination

([u'il

imposera

LA FAMILLE.
jusqu'à sa mort,
particulière
il

83
la situa tiou

ne faut pas oublier

du jeune homme dans ce milieu imbu des traditions du sévère xviii'^ siècle l'oncle ne
:

verra en lui que l'unique héritier du nom et de la fortune et voudra, avant tout, le mûrir pour en faire le chef de famille avisé et prudent que chacun de ses

ancêtres
naîtra de

avait
là.

été

avant

lui.

Tout

le

malentendu
a pour-

Dans
tant

le

portrait de son oncle,

Lamartine

commis une
mais

erreur lorsqu'il touche à ses idées
est-elle

politiques';

involontaire? Les Confile

dences furent écrites, on

sait,
le

en pleine activité
chef de l'opposition
ori-

républicaine, à une époque où

n'était peut-être pas fâché de se découvrir des

gines libérales.

La vérité est que, dès le début de la Révolution, François-Louis, que son neveu nous a montré condisciple et ami de Lafayctte, n'eut même pas ce répula première heure que connurent tant de gentilshommes séduits pas les idées nouvelles. Alors que dans une minute d'enthousiasme

blicanisme, de

son frère comte de Montrevel, le grand bailli d'épéc Desbois, le marquis de Sainte-Huruge et d'autres seigneurs du Maçonnais la solennelle renonciation aux privilèges nobiliaires, lui, plus froid et
Pierre signait avec
le
1. Bien qu'inexactes, les idées polili.iuos que Lauiarline a prctees u son oncle sonl curieuses, parce .(u'cUes correspondent 1res exactement à son propre proo-ramnie sous les dernières

années de

la

monarchie de

Juillet.

84

LE MILIEU.

plus raisonné, ne fut pas entraîné par l'imagination
et la fièvre

de l'époque. La gravité de
et

la
il

situation lui

apparut entière
les

dès

le

premier jour

en envisagea

suites.

Aussi,

en mars 1789,

au moment des
avec

émeutes qui accompagnèrent à Màcon l'élection des
députés aux Etats généraux, on
le vit

MM.

de

Chaintré, de Bordes, de Pierreclau et de Drée, défendre
les intérêts

de sa caste à l'Assemblée des trois ordres
et

du bailliage
d'être
fort

réclamer
le

même
la

la

destitution

du
la

maire qui soutenait
réunion \

Tiers, ce qui leur valut à tous

malmenés par

foule à

l'issue

de

En 179i
ter,
il

enfin, lorsqu'il sentit l'orage prêt d'écla-

il

se hâta d'émigrer;

pour un temps
il

très court,

est vrai, car trois

mois plus tard

était de retour

et se

constituait prisonnier ne voulant sans doute

pas abandonner son père et ses frères que sa fuite
avait fait arrêter.

Par
le

la suite, la

Terreur

et

l'Empire l'abattirent sans
il

convaincre

et

jusqu'au bout

demeura
celui-ci

fidèle à la

légitimité.

Lamartine a raconte qu'en LSOo,

lors

du

passage de Napoléon à Mâcon,
appeler

aurait fait

François-Louis pour

lui offrir

un

siège de

sénateur; mais

Mme de Lamartine n'a
ce séjour de

rien noté de tel

dans son journal où

l'Empereur est

pourtant longuement rapporté, ce qu'elle n'eût pas

manqué
1.
(
I'.

de faire

si

l'entrevue avait eu lieu.

\Aiin.

Demaizit-res, Un incident pupulairt' a de VAcadéinie de. Mâcon, 11" série, t. XI).

Màcon en

17S',)

LA FAMILLE.

85

A
fit

soixante dix-sept ans, une fluxion de poitrine

emporta François-La^iis en quelques jours. Sa mort

un

véritable vide dans la petite société
le

màcon»,

naise qui l'aimait et

respectait pour la droiture de
((

sa vie et son érudition
sa belle sœur;
il

presque universelle
le

dira

laissait à tous

souvenir d'une

intelligence remarquable et d'un causeur parfait, à

qui l'on pardonnait son abord un peu faroucbe en

mémoire d'une vie prématurément brisée. Il mourut à Montceau le 25 avril 1827, et par son testament il
instituait

comme
les

ses légataires universels, sa

nièce

aînée Cécile, devenue

Mme

de Cessia. et son neveu
et

Alphonse dont
avaient

triomphes poétiques
(lu'il

surtout

les

fonctions d'attaché d'ambassade
fini

occupait alors

par

lui

rendre confiance. Celui-ci, pour-

tant, ne se jugea pas satisfait, et fut

même

blessé

par une clause de ces dernières volontés pourtant
toutes en sa faveur;
le

20 juin,

il

écrivait à l'abbé

Dumont, son ami
((

:

«

Le testament de

mon

oncle

n'est pas sa plus belle

œuvre, mais j'aime toujours

« « « «
('

à croire qu'elle n'a pas été faite à mauvaise intention. Si je n'avais

qu'un neveu, seul chef survine déshonorât pas
le

vaut de

ma

fanaille, et qu'il

mon

nom,

je lui ferais

Ihonneur de
à
les

nommer

au moins
périls.
les

mon

héritier

universel

ses

risques et

«
((

Trop penser nuit,
droites
'

grandes routes sont

plus
qu'il

».

Ce fut

toute Toraison funèbre

1.

Cf.

Corrcsp.,

111,

p. 41.

Voici d'autre part une lettre de

86

LE MILIEU.
la

prononça sur

tombe de

cet oncle qu'il s'imaginait,

sincèrement, avoir opprimé sa jeunesse.
Pierre

de

Lamartine à

son (Us où
:

nous trouvons
1'"''

quelques

détails sur cette succession

« Mâcon, le mai 1827. cher ami, une malheureuse circonstance qui me fait encore plus regretter que lu ne sois pas ici où ta présence serait d'une grande utilité. Mon pauvre frère n'est plus: il a succombé, dimanche à onze heures du matin, à cette maudite fièvre catharale. Tu sens tout ce que nous avons eu tous à souffrir dans ce malheur. Mlle de Lamartine Ta pourtant supporté avec tout le calme de sa grande piété. « Voici les principales dispositions de son testament par
«

Voilà,

mon

lequel il a fait cesser l'indivision qui était dans leur bien. Mlle de Lamartine garde Montceau et les Mélards, elle a tout le mobilier quelconque, argent, denrées, sans aucun frais de sa part, pas même ceux du fisc dont ses héritiers sont chargés.
C'est Cécile et toi qui l'êtes,

pour égale part

et portion,

de

Champagne,
toi

vSaint-Pierre et Saint-Oyen en rapportant ce

que

vous avez eu par contrat de mariage. La bibliothèque est à par principal et voici en quoi consistera l'actif de la succession
:

A

présent

Champagne estimé à peu

pi'ès

.

.

.

Saint-Oyen environ Après la mort de ma sœur, trois inscrii)tions (le mille francs chacune, valant

160 000 francs. 80 000

00 000

— —

300 000 francs.
><

Mon

frère

a

fait

bon marché
il

;i

Mlle de Lamartine, en

«
"

faisant son partage, mais

testament. L'argent, dérables; je pense que ma sœur aura dix-sept ou dix-huit « mille livres de rente. » (Lettre inédite provenant des archives de Saint-Point.) Comme on peut s'en rendre compte, Pierre de Lamartine était donc du même avis ([uc son (ils tduchant le testament de François-Louis. Une lettre du 5 juillet, toujours du chevalier au [loète, nous apprend que, sur la tombe de Francois-Louis de Lamar-tine, on lltgraver un vers de son neveu choisi [inr Mme de Lamartine « La mort m'a tout ravi, la mort doit tout me rendre », extrait de la Méditation la Semaine sainte à la Roche-Guyon.
«
:
:

y assujétit ses héritiers par son les vins, le mobilier sont très consi-

LA FAMILLE.

87
était

Le cadet, l'abbé de Lamartine,
contraste.
ordres,

son vivant

A
prit

dix-sept ans

il

était

entré

dans

les

un peu contre son
il

gré, assure sa belle sœur..
cette Vie facile et sans

Bientôt

goût pourtant à

soucis graves; cincf années de dures épreuves qu'il

eut à subir de 1792 à 1797, lui donnèrent une souriante philosophie.

En sage

qu'il était,

il

se réfugia
il

aussitôt dans sa belle retraite de Montculot, où

vécut paisiblement et loin des siens, parmi
qu'il aimait.
vieille
Il

la

nature

demeura

jusqu'à sa mort avec une

intendante, travaillant en silence à de longs
la théologie et la
le

mémoires sur
virent jamais

philosophie qui ne

jour.
il

Dans sa animée par
rait, et

vieillesse,
les

aimait à voir sa solitude
la vivacité

vingt ans et

de son neveu,

qu'il accueillit toujours

avec bonté; Lamartine l'ado-

chaque

fois qu'il avait

quelque dette à éteindre

ou une
baïde

petite fredaine à faire oublier, c'était à lui qu'il
le

venait s'adresser. Montculot fut
»,

refuge,

« la

ïhéIl

comme
la

il

l'appelait, de
et la

son adolescence.

y
;

fuyait l'oncle de
c'était

Montceau

contrainte de Milly

transition habituelle entre les plaisirs de

Paris et la tristesse de sa
la

campagne,
les

et

il

y trouvait
qu'il

paix et
le

le

recueillement sous
:

deux formes

aimait

mieux

la

nature

et les livres;

labbé avait
le

réuni une admirable et riche bibliothèque où

neveu

pouvait puiser sans contrôle, ce qui
le

n'allait

pas sans

changer un peu des habitudes de Màcon et de Milly où sa mère se montrait très sévère. Lamartine, en

88

LE MILIEU.

a laissé

mémoire des heures libres qu'il passa près de lui, en un portrait charmant il aimait la bonho:

mie souriante de l'aimable

vieillard

demeuré toujours

un peu frondeur,
sa belle so?ur
:

ce qui faisait dire

ingénument

à

«

L'abbé est très mal! pourvu,
à

mon
sa

Dieu,

qu'il

pense

se

confesser!

»

Une

vieillesse

accablée de cruelles
belle

infirmités n'altéra en
le

rien

humeur; frappé
il

10 septembre 1817 d'une

attaque d'apoplexie qui

lui

paralysa un bras et une
le

jambe,
brave

mourut
à
il

à

Montculot
avait

8

avril
été,

I82(),

en

homme

qu'il

toujours

laissant

sa fortune

son

neveu préféré.

Seul de tous les

Lamartine,

avait compris la

nature inquiète de

l'adolescent et deviné l'immense travail de ce jeune

cerveau.

Quant aux
effacé

trois tantes, elles

jouèrent un rôle assez
L'aînée,

dans l'existence du
la

poète.
le

Sophie,
Mlle de

connue dans

famille

sous
sa

nom

de

Montceau
et sa

,

demeura toute

vie

faible desprit et

vécut à Milly des jours sans histoire entre son frère
belle-sœur:
»,
((

Je dois la regarder

comme mon

sixième enfant

dira d'elle

Mme de Lamartine, qui fit
du
Villard
,

preuve à son égard d'un patient dévouement. La
cadette
,

Suzanne
de

,

Mme

habitait

la

petite propriété

Péroné. Dans sa jeunesse
de Salles et en

elle

avait été élevée au chapitre

avait
\h

gardé
la

le

titre

de chanoinessc comtesse. C'est
la

que

Révolution vint

surprendre pour

la

relever

LA FAMILLE.

89

malgré

elle

de ses vœux. Son cœur était inépuisable,

comme
l'aide

sa bourse, et bien souvent

on

la

verra venir à

du prodigue neveu. D'après une

Mme

de Lamartine

qui lui avait voué

profonde

reconnaissance

d'avoir facilité jadis son mariage, elle était de
conseil, très

bon

bonne et très pieuse, mais d'une nature assez difficile. Pour Lamartine, qu'elle tira souvent un peu vivement de ses rêveries, elle avait un caractère
«

plus

impétueux
,

qu'une

bourrasque

».

La

dernière, Charlotte
sa
et

Mlle de Lamartine, avait uni
c'était

vie à celle

de

son frère aîné;

une pâle

mystique créature, qu'un amour malheureux avait
pour toujours. L'hiver
,

attristée

on

se réunissait à

Màcon dans son vieux
Lamartine
d'ennui
«

salon démodé, avec quelques
oîi

parents et voisins; c'étaient ces fameuses soirées avouait
qui,

plus

tard

avoir

failli

périr

et

selon

son

énergique

expression,

auraient fait croupir l'eau
».

même

des cascades des

Alpes

Les

trois vieilles

fdles

moururent, Sophie

en 1819, Charlotte en 1823,
celle-ci

Mme

du Villard en 1842,
la poli-

n'ayant jamais pardonné à son neveu

tique d'opposition qu'il menait contre les d'Orléans à
qui, disait-elle, leur famille devait tant.

Le plus jeune des
Lamartine,
ce titre
le

fils

de Louis-François était Pierre

chevalier de Pratz.

On
le

lui avait

donné

dans sa jeunesse, pour

distinguer de son

frère aîné et, à
le

Màcon,

il

n'était

guère connu que sous

nom

de M. de Pratz. De

là l'erreur si

commune

90

LE MILIEU.
le

que

nom

véritable

du poète

était de Pratz et

non

de Lamartine.

Nous sommes malheureusement
sur
lui.

très

peu renseignés

A
il

travers

même
les
,

le

journal de sa

femme qui
des tracas

Tadore,
sant sur

apparaît presque au second plan, se repode tous
soins

elle
,

du ménage
,

et

quotidiens

heureux

semble-t-il

d'avoir abdiqué

entre les mains de son frère ses droits de chef de
famille avec leurs responsabilités.
dences, son
fils

Dans

les

Confi-

en a parlé de façon respectueuse mais
le

quelque peu vague;

portrait, d'allure militaire, est
fait

joliment campé, mais n'est pas tout à

d'accord

avec ce
plus

que nous savons de
est
qu'il

lui.
le

Ce

qu'il

en a dit de

juste

fut

«

modèle parfait du

gentilhomme de province, père de famille, chasseur, cultivateur ». De môme, quelqu'un qui l'a beaucoup
connu,
((

écrit qu'il était « le

type parfait de l'ancien
le crai-

gentilhomme;
gnait un peu;

très
il

aimé de sa femme, qui
survécut
et la regretta

((

lui
'

jusqu'à

«

son dernier jour

».

Comme
la

il

était

extrêmement aimé

et respecté

dans
le

région pour sa droiture, on avait voulu souvent
il

diriger vers la politique, mais

s'en gardait, paraît-il,

comme
qu'il

de

la

source de tous

les

maux.

Il

consentit

seulement à accepter un siège de conseiller général,

occupa de 1803 à 1813. Pour

le reste, ses

scru-

pules monarchistes ne lui permirent jamais de passer

1.

Mme

Delahaiite.

LA FAMILLE.
outre, et sa

91

femme

a rapporté à ce sujet l'anecdote

suivante qui date de 1809.

Vivant-Denon,

l'orientaliste qui avait suivi

Bonail

parte en Egypte, se trouvait alors à
présidait
le

Màcon où
fit,

collège électoral.

Il

était

lié

avec Franil

çois-Louis

et,
le

au cours d'une

visite qu'il lui
11

rencontra
a
((

chevalier de Pratz. u

traita

mon

mari
de

avec

beaucoup
il

de

distinction,
fait le

ajoute

Mme

Lamartine;

en a

premier scrutateur

et, s'il

((

avait voulu, l'aurait sûrement fait
lateur.

nommer
cette

légis-

((

Mais

il

craint,

s'il

accepte

place, de
la

« «
((

se trouver

dans des circonstances délicates où
et la
Il

conscience
s'accorder.

fortune ne pourraient peut-être pas
à cette

aime mieux ne pas s'exposer

((

tentation, ce qui est assurément très sage. »

Jusqu'à trente-huit ans,
après son

il

avait servi dans l'armée;

mariage,

il

se retira à Milly

dont

il

ne

bougea plus jusqu'à

sa mort, si ce n'est à partir de

I8O0 pour aller passer l'hiver à Mâcon. C'était un
bel

homme,

robuste et sain, qui ne dérogea pas à
vilalilc des

cette

étonnante

Lamartine puisqu'il mouil

rut presf[ue centenaire. Bourru d'apparence,

alliait

des manières un peu rudes à une grande simplicité
et à

un cœur

excellent. Fixé à la
il

campagne d'abord
et perdit

par nécessité,

finit

par s'y trouver bien

vite le goût des

villes;

pour

lui faire

acheter une
obligée de

maison à Màcon, sa femme
plaider la cause de leurs
filles

fut

même

qui, devenues grandes,

avaient besoin d'une

éducation moins villageoise.

92

LE MILIEU.

Jamais, on ne put vaincre dans sa famille cette horreur des cités bruyantes
sa mort,
il
;

de 1792 à 1844, date de
fois

ne consentit qu'une

à s'arracher à

sa

chère

solitude
les

pour

aller

en 1814 présenter à
la ville et

Louis XVIII

hommages
la

de de

poursuivre
,

avec opiniâtreté

croix

Saint-Louis

unique

ambition de cette âme
quoi, satisfait,
il

fidèle

aux Bourbons. Après

rentra à Milly sans vouloir jamais
la suite,

retourner à Paris par

même

au plus
fils.

fort des

triomphes poétiques et politiques de son

Au

fond,

il

aimait

la

vie simple, la

campagne

et

ses plaisirs, chasse,

pêche, cheval, se levait et se

couchait
et

tôt, lisait

peu.

Son

seul souci fut l'entretien
,

Tembellissement de ses vignes
les

il

courait lui-

même

marchés vendre son vin

et ses récoltes et

choisir soigneusement ses bestiaux.
s'en remettait entièrement à sa

Pour
et à

le

reste,

il

femme
fils

son

frère,

surtout en ce qui concernait son

dont l'âme tourput avoir sur

mentée

et insatisfaite

lui

échappait complètement.
il

On
il

chercherait en vain quelle influence

les destinées et l'éducation

du

poète. Volontairement,

se tint toujours à l'écart, se

contenta d'approuver

les décisions

du chef de

famille, lassé, surtout après

1810, de cette détresse morale et de cette nature hési-

tante qui cadrait

si

mal avec son propre tempéraque beaucoup plus

ment

et

dont

il

ne comprendra
la

tard les

mobiles secrets. Mais
les

mère sera

pour
si

atténuer

froissements entre ces deux caractères

différents.

CHAPITRE
LA

II

MÈRE

En
mère

oubliant l'image que Lamartine a tracée de sa
et

en ne l'étudiant qu'à travers son journal, ses

lettres et les

témoignages de ceux qui

l'ont

connue,

on peut arriver à préciser cette figure que le poète, dans son pieux amour, s'est appliqué à idéaliser et à
rendre presque immatérielle.

Mme
en

de Lamartine fut une
et

femme

simple, bonne,
se sépare

aimante,

profondément religieuse; sa vie

quatre périodes inégalement remplies

de Joies

et de douleurs.

La première s'étend de

sa jeunesse à
la

son mariage;
de son

la

seconde de son mariage à

majorité
la

fils; la

troisième de 1811 aux Méditations;

dernière de 1820 à sa mort survenue en 1829. Ainsi,

chacune de

ces étapes est liée à

quelque grand événe-

ment de

la vie

de son
le

fils

:

c'est

que son j)remier-né
elle le
le

demeura toujours
tendresse.

plus

aimé;

voyait diffé-

rent des autres et réservait pour lui

meilleur de sa

94
Elle était née à

LE MILIEU.

Lyon

le

8

novembre

1770, et sa

première enfance avait été confiée à sa grand'mère
paternelle, car son père, en incessantes tournées d'ins-

pections, et sa mère, retenue au Palais-Royal par ses

fonctions, n'habitèrent

Lyon qu'à de
la

rares intervalles.

A

dix ans,

Mme

Des Roys

garda quelque temps
la

près d'elle à Paris où la petite Alix devint

compagne

de jeux du futur Louis-Philippe;

puis quatre ans

plus tard, redoutant quelle fût trop mêlée au

monde

de

la

cour, elle obtint du duc d'Orléans des lettres
elle

d'admission pour

au chapitre noble de Saintfille

Martin de Salles, en Beaujolais, où sa
Césarine, se trouvait déjà.

aînée,

Salles, situé à

quelques

kilomètres de Villefranche-sur-Saùne, fut primitive-

ment un
la fin

prieuré dépendant de l'abbaye de Cluny.
xiii" siècle
le

A

du

des Bénédictins s'y installèrent,

et

en 1782

prieuré fut, par lettres royales, déclaré

chapitre noble, c'est-à-dire que, pour y être admises,
les

religieuses

devaient faire

preuves d'au

moins

quatre (piartiers du côté maternel et de six du côté
paternel.

Lorsque Mlle Des Roys entra
était

à Salles, le

couvent
jeunes

devenu une de ces institutions mi-mondaines,
de
l'ancien

mi-religieuses
filles

régime,

les

qu'on y menait n'avait rien d'austère, puisque chaque élève
achevaient
leur

éducation.

La

vie

y possédait une petite habitation et un jardinet mère ». D'ailleurs Alix qu'elle partageait avec une
((

Des Roys, qui demeura à Salles de 1784

à 1789, venait

LA MÈRE.

95
ses

chaque année passer deux mois à Paris' avec
parents.
Il

nous

reste

deux portraits
est

d'elle

pendant ce séjour
la

au couvent. L'un dans
l'austère
tesses, avec la

une miniature qui

représente

vêtement noir des chanoinesses-com-

fanchon de
et
la

soie noire, la

guimpe de
épinglée au
les

broderie

blanche

croix

d'émail

corsage'. Les cheveux

sont d'un blond cendré,

yeux noirs,
inquiétante

la

bouche

fine, le

menton un peu

gros, et

toute l'expression du visage reflète une indicible et

mélancolie. L'on songe alors à ce
écrit trente
fils

joli

passage de son journal
jour où, conduisant son

ans plus tard, un
elle

à

Lyon,
:

passa devant

l'ancien cou-vent de sa jeunesse

J'éprouvais encore de douces émotions, dit-elle, en revoyant ce ctiarmant Beaujolais où j'ai passé une jeunesse si lieureusc; mille souvenirs se succédaient rapidement dans ma tète ou plutôt dans mon cœur, car c'est là que presque tous les moments de ce temps sont gravés. Je me voyais, de quinze à vingt ans, simple, jolie, fraîche, plaisant à tout le monde....

L'autre portrait est une longue épîlre en vers du
chevalier de Bonnard, poète du duc de Chartres, et

qui précéda

Mme

de (îenlis
elle fut
le

comme gouverneur

des

enfants d'Orléans;

adressée à

Mme

Des Roys,

dont
1.

il

fréquentait

petit cercle et qu'il avait

connue

Ce portrait, que M. Reyssié a cru perdu, appartient aujourà iMme Frédéric de Parseval, arrière- petite -II! le de Muie de Lamartine. Le poète, qui en a fait une description assez fidèle dans les Confidences, l'avait fait monter en couvercle sur
d'hui

une

petite boile d'argent.

96

LE MILIEU.
la

chez Biiffon, pour célébrer
ses

grâce et les mérites de tous
ils

deux
pour
la

chanoinesses.

Comme

les

vers

de

Bonnard, ceux-ci sont médiocres, mais
cités
la

valent d'être
qu'ils

spirituelle et vivante
fille

image
:

don-

nent de

jeune

à

quinze ans

Quant à notre autre clianoinesse Que nous nommons Madame Alix,
Elle a sans doute aussi son prix. Mais quoiqu'elle entende la messe Et chante Toffice assez bien, Quelle soit de discret maintien Et même qu'elle aille à confesse, mère tenez pour certain Qu'elle a le goût un peu mondain. A quinze ans elle était jolie, Et spirituelle et polie, S'exprimait avec agrément Quoiqu'un peu trop rapidement; Etait tout yeux et tout oreille, Remarquait, citait ta merveille, Marchait, dansait légèrement, Aimait la bonne compagnie, La musique, la comédie.
!

Soutenait, par le clavecin,

Un son de

voix très argentin.

Jugeait les Beaulard, les Bertin,

Connaissait les moindres nuances Et l'effet et les différences

Des poul's, des chapeaux de satin; ... D'où je conclus, ajuste titre,
Qu'elle quittera son chapitre

Tôt ou tard, poui- prendre un époux. Beau, jeune, riche, aimable et doux i.
1.

Ces vers du chevalier de Bonnard ne fiijurent dans aucune

LA MÈRE.

97
le

Le portrait
tant,
il

est

enjoué

et
le

on

sent fidèle; pourla lettre et l'on

ne faudrait pas

prendre à

peut se défier de

l'esprit superficiel

Bonnard qui ne pouvait juger la l'apparence de la vie brillante menée au Palais-Rojal. D'après lui, elle était un peu coquette et très mondaine
:

du chevalier de jeune fille que sur

coquette, c'était une des exigences de son âge;
le

sans doute aussi aimait-elle

monde; toute
elle

sa vie

même

elle le regrettera et le

confessera souvent dans

son journal au retour des petits bals où
ses filles;
«

menait

Mme

Delahante nous apprend aussi que
le

Mme

de Prat tout en aimant

monde
et

secrètement,

vivait très sédentaire, craignant ses belles-sœurs et

son beau-frère qui, étant âgés
conservé toutes
Ceci semble
prêtés par

sévères, avaient

les idées d'étiquette

du

siècle
les

passé

».

donc acquis, de même que Bonnard à Mlle Des Roys.
cette étude de jeune
et, là,

talents

Pour compléter

fille, il

reste

encore à pénétrer dans sa pensée

on peut voir
joignait un

qu'à toutes ses qualités extérieures
esprit déjà singulièrement

elle

mûri
que

et réfiéchi.

Dès

l'âge

de quinze ans,

elle

avait pris l'habitude de tenir
celui

un

journal de sa

vie;

nous possédons ne
de ce
elle

commence qu'en

1801,

mais un fragment

premier début a été conservé précieusement par

comme

la

ligne de conduite de son existence. Inter-

édition

de ses œuvres.

Ils

sont cités d";;près l'IniesligaUiir de
entier.

18S3, où la pièce a paru

en

7

98
calé

LE MILIEU.

dans l'un des douze
et voici ce
a,

petits cahiers,
lit
:

il

est daté de

mars 1786,
((

qu'on y

... Il
:

n'y

après tout, qu une seule chose de néces-

saire

il

n'est pas utile, en effet,

que

je

me

procure

de

la dissipation, fait

que

je

prenne du
bonheur.
Il

plaisir, tout cela

passe et ne
saire

pas

le

n'est pas nécesje sois

que

je

plaise

au monde, que

aimée

et

recherchée;

tout cela est
les

une source de

périls en
le
le

tous genres, et

personnes qui se livrent
le

plus
plus
»

au monde
Toute

et

que
de

monde lui-même

fête

sont souvent par
la vie

la suite les

plus malheureuses....

Mme

de Lamartine peut se résumer

par ces quelques lignes, écrites à quinze ans; jusqu'à
sa mort, ce fut

une
elle

lutte perpétuelle et inquiète contre
s'efforçait de
»,

elle-même, où
appelait
((

réprimer ce qu'elle
tendances qui
lui

les

choses inutiles

les
le

semblaient de nature à éloigner
de tout temps fixé
:

but qu'elle

s'était

la

simplicité et la vérité.

Tel était l'état d'àme de

la

jeune
lui

fille

au moment

elle

abordait

le

mariage que

avait prédit mali-

cieusement Bonnard.
nesque.

On en

connaît l'histoire roma-

A
tine,

Salles, elle s'était liée avec

comme

elle

pensionnaire
qui,

chevalier de Pralz

venait

souvent voir sa

Suzanne de Lamardu couvent. Le de Montceau ou de Màcon, sœur pendant ses congés,
le

connut ainsi Mlle Des Roys, car
disait pas
les

règlement n'interse plurent
et
le

visites.

Tous deux

LA MÈHE.

99

chevalier que l'on songeait à marier sollicita l'autorisation de sa famille. Le père, tout d'abord refusa,

trouvant sans
le

la

dot insuffisante.
et la

Mais

il

avait

compté

hasard

persévérance des jeunes gens. Le

6 octobre 178!), jour où les Parisiens ramenèrent la
famille royale dans sa capitale,
fille

Mme
la

Des Roys

et sa

se trouvaient à

Chatou. Devant

foule ameutée,

et les nouvelles qui leur parvinrent, les

deux femmes
et

prises de peur

renoncèrent à regagner Paris

se

décidèrent à rentrer à
furent obligées, à
la
la

Lyon. En cours de route

elles

suite d'un accident de voiture
vie,

que

jeune

fille

dut bénir toute sa

de s'arrêter à
résolut

Màcon. Suzanne
an

de Lamartine prévenue,

alors d'arranger les choses qui traînaient depuis
et

un
de

annonça
et

à son père

que

Mme

Des Roys

était

passage

apportait des nouvelles graves de Paris.
offrir

Le moyen, pour François-Louis, de ne pas
hospitalité provisoire

aux deux femmes?
et,

Elles

une demeu-

rèrent chez lui vingt-quatre heures

à leur départ,

séduit sans doute par
finit,

charme de la jeune fille, il comme dans un roman, par accorder son consenle le

tement au mariage.

Le 4 janvier 1790 enfin,

contrat fut signé à

Lyon,

et l'on

y voit que

les

jeunes époux étaient plus
:

riches de

bonheur que d'argent
la

le

chevalier avait
père, et

l'usufruit de Milly jusqu'à
c'était tout

mort de son
elle

Quant

à

Mlle Des Roys
et

apportait,

outre

quelques bijoux
francs, dont

meubles,

la

somme

de
ses

oUOOU

20000 assurés par un de

100
oncles, et
cfiii

LE MILIEU.
n'étaient pas encore versés en 1810 à la

mort de
se

celui-ci. Ainsi, les

revenus du jeune ménage

montaient à une douzaine de mille francs, assez
d'ailleurs,
les récoltes

aléatoires

puisqu'ils étaient

uniquement

basés sur

de Milly.
le

Le mariage fut célébré
après, la jeune

7 janvier 179Ô; aussitôt

femme

vint s'établir à Milly et de cette

date jusqu'en
différente.

1808, elle

connut une existence
liabite

très

La jeune mondaine d'autrefois

maintenant

un

village

obscur

et

sans horizon. Sa maison est
sa fortune médiocre.

petite, sa vie plus

que simple,

Deux ans

à peine après son mariage, son mari, ses

beaux-frères et ses belles-sœurs sont emprisonnés et
elle reste isolée

avec deux enfants au Ijerccau, près de

ses beaux-parents. Puis, le
lier

calme

rétabli et le chevalui leur petite

rendu à

la liberté, elle
ils

regagne avec

campagne où
Dès

s'installent définivement.

lors, elle

devient entièrement
les

la

mère.

Ses
la

parents sont loin,

uns fidèlement attachés à

fortune des d'Orléans qu'ils

accompagnent en
ils

exil, les

autres réfugiés en Angleterre où

végètent. Elle

vivra seule à Milly, presque sans nouvelles d'eux.

Son unique occupation va devenir l'éducation de
ses enfants.

C'est

dans ce

rôle, surtout, qu'il est

attachant de

la suivre.

De 1800

à 1808, son journal rcllète profon-

dément

ses détresses, ses défaillances morales, et

une

analyse aiguë d'elle-même qu'elle pousse à un degré

LA MÈRE.
incroyable. Cliaque soir,
elle se

101

scrute impito3^ablevie

ment,

examiiie

et

résume

sa

quotidienne,

les

soucis de la journée, et en tire un enseignement pour
l'avenir, sans

pouvoir toutefois être jamais satisfaite

de ses actes qu'elle trouve perpétuellement imparfaits
et

au-dessous de sa lâche. Chez
et,

elle, les

accalmies

sont rares

même

dans

les

périodes d'apaisement et

d'équilibre, elle les

environne toujours de l'inquiète

restriction qu'elle est trop heureuse et ne mérite pas

son bonheur.

A
et

partir de 1810 sa vie

change encore
encore
:

et

commence
tristesses

alors pour elle une

époque d'amertumes, de
plus

de découragements
la

profonds.
filles,

Ses

enfants

préoccupent

ses

quatre

d'abord,

quelle mariera toutes à leur temps et heureusement,

mais surtout
elle, la
((

ce

fils,

son préféré, dont

l'oisiveté, dit-

tue

».

L'existence vide qu'il traîne de

Mâcon

à Paris, sa fièvre, sa sensibilité, qu'il tient d'elle au

fond, sont autant de tortures pour ce

qui

ne demande
maternel
lui

qu'à être
souffre
et

fière

de son
la

cœur de mère fils. Son
vie

orgueil

de
elle

voir

de

son
plus

enfant

échapper,

pleure de

n'être

comme

autrefois sa confidente, elle qui jadis écrivait
:

à propos de lui

((

La chose

la

plus importante dans

l'éducation est d'inspirer une grande confiance à ses

enfants et

il

faut pour cela les écouter toujours avec
l'air

attention et

de l'intérêt, quelle que soit

la

chose
ils

dont

ils

veulent vous entretenir, [larce qu'alors

102

LE

MILIRL'.

prennent l'habitude de vous parler de tout
occupe
)).

ce qui les

Aujourd'hui,

il

faut deviner plutôt qu'apprendre
le

de

lui,

les

pensées qui

hantent;

il

faut

aussi

brûler en cachette ses mauvais livres, ses mauvais
vers,

qui rappellent
ainsi,

le

malheureux

frère

qui

s'est

perdu

voir grossir ses dettes

qu'elle

essaye

déteindre en réduisant ses humbles dépenses. Car
trop souvent elle sera forcée d'avoir recours à l'oncle
et

aux tantes qui

la

trouveront faible

et le lui diront

durement. Toutes

les

petites ruses qu'il

mettra en
ses
((

œuvre pour

lui

cacher ses

fredaines

et

aven11

tures l'accableront sans lasser sa tendresse.

me
;

tourmente bien par son caractère inquiet,

dira-t-elle

un
je

jour, mais je tâche de

le

ramener tout doucement
»

supporte, c'est

ma

tâche actuelle.
lui

Malgré tout, sa bonté pour
sable,

demeurera inépuila

comme

sa patience.
il

En
la

1811, à

suite d'une

amourette dont

s'exagéra
le faire

valeur, les Lamartine
il

furent obligés de

voyager;

se trouva

un

jour sans ressources à Livournc, ayant

mangé en un
Les oncles
et

mois
les

ce qu'on lui avait

donné pour

six.

tantes qui ont déjà ouvert leur bourse, restent

sourds, cette fois, aux lettres suppliantes, et décident
le

retour. Mais
si

il

est si
si

heureux là-bas! ses
Il

lettres

sont

joyeuses et
alors,
il

tendres! «
le

serait trop cruel,
aller

é(Tit-('lle

de
si

ne pas
près
»,

laisser

jus(|u"à
île

1-lome

dont

est

et elle lui

envoie

«pioi

continuer son voyage.

LA MÈRE.

103

Mme

Delahante, enfant à cette époque, mais qui

quarante ans plus tard ne pouvait rappeler son souvenir sans émotion, nous a laissé d'elle une image
très simple et très
«
«
((

émouvante
beauté

:

Mme

de Prat, âgée de quaranle-cinq ans, n'avait
été

jamais

d'une
était

remarquable, mais
tenait

le

charme qui
tuelle,

en

elle

à

une grande
et

((

distinction et à

une expression
que
le le

très fine, très spiri-

((

en

même temps

très

douce

d'une
il

({

bonté parfaite. Pour faire
faudrait, avant tout, faire

portrait de sa figure

((

portrait de son âme,
elle le

« car c'était
(f

de l'àme que venait chez
Je
crois

charme

extérieur.
et
les

que toutes

les

vertus solides

((

qualités

aimables étaient réunies en cette
elle

((charmante femme;
((

était

pieuse

comme un
qui vous

ange

et

d'une piété indulgente

et éclairée

((

gagnait.
((

Elle était sans cesse occupée des pauvres, et elle

«
((

les visitait soit à

Màcon,

soit à Milly.
et,

Son

zèle

ne

connaissait pas de bornes,

quand

l'argent lui

((

manquait
était plus

(ce

qui

lui arrivait parfois,

car sa fortune

((

que médiocre,
le

et

sa famille très

nom-

((

breuse), elle cherchait à
paroles, de
((

remplacer par de douces

((

bons soins

et

de bons conseils.
filles, elle

Elle élevait

elle-même ses cinq
et

s'occu-

((

pait
elle

extrêmement de son mari
aimait beaucoup
le

de son ménage,
la société;

((

monde, ou plutôt

((

elle était

aimable pour tous,

et quoiqu'elle

ne pût

((

recevoir qu'avec la plus extrême simplicité, elle fut

104
«
«

LE MILIEU.
la tète

toujours à

de

la société

de

Màcon

et

y exerça

une influence qui ne fut pas entièrement remplacée
((

Son

esprit était à la fois fin et élevé et quoiqu'elle

«

eût passé sa vie à Màcon, entourée de toutes les

« petites « «
((

passions de province,

elle

demeura au-dessus
de son esprit et de

de tout pour la noblesse et l'extrême délicatesse de

son cœur

comme

par

la distinction

de ses manières. Sa vertu,
permettait jamais

je l'ai dit, n'avait rien
:

((

sévère et je n'en veux citer qu'un exemple
la

elle

ne
et

« se
((

moindre
elle

médisance,

souffrait
la

mort

et

passion quand

entendait dire
le

((

plus petite chose qui pût blesser

prochain

;

((

elle était gaie,

cependant,

et

ne pouvait s'empêcher
et

((

de sourire à un propos spirituel
malin. Sa charité
et sa

quelque peu

((

gaieté se livraient alors

un

((

combat qui
«

se lisait sur sa

physionomie.

Mme

de Prat était de

taille

moyenne:

clic

était

((

mince, sa taille était souple, sa figure longue et

un

((

peu pâle, ses yeux
vifs et

très près

du nez

et petits,

mais

((

doux, son nez droit

et ses lèvres fort
l'ai

minces.

«
((

Son

sourire était très gracieux. Je
la

toujours vue

mise de

même

manière
»

:

elle

ne portait que des

(I

robes de taffetas puce.

A
tine

partir de 1820 et jus(ju'à sa mort,

Mme de Lamar:

connut d'autres
la

joies et d'autres chagrins
fils,

ce fut

d'abord

gloire soudaine de son

son mariage

inespéré, qui

marque

la fin

de cette période de désœu« Il se dit

vrement dont

elle souffrit tant.

plus heu-

LA MÈRE.
reux qu'un
n'est pas
roi,

105
jour, et
certes, ce

écrira-telle

un

un langage auquel
vanité
fils

je suis

accoutumée de sa
«

part.

» Elle

avoue aussi avoir ressenti
»

mouvement de
le

en lisant dans
les

les

un grand journaux

nom

de son

parmi

personnages

illustres de

passage à Aix. Puis ce fut
fils

la

naissance de son petitjoie
:

qui lui causa une

immense

«

On

dit

que cet

enfant
je

me

ressemble, dira-t

elle

avec orgueil; alors,
père... ».

me

l'imagine

comme était son

Bientôt, pourtant, les soucis et les deuils l'acca-

blèrent
« cette

de nouveau. Son fds rincjuiétait toujours;
ardeur, cette inquiétude de tète
)),

comme

elle

appelle dans son simple langage la fièvre poétique

qui

le

dévore, ne font que
elle

la

désoler.

Presque coup

sur coup
filles,

eut à pleurer la mort de deux de ses

Mme

de Vignet et

Mme

de Montherot, et celle

de son

petit-fils

dont

elle

avait accueilli la naissance

avec tant de bonheur. Puis, ses deux belles-sœurs
et ses

deux beaux-frères disparurent
que connut
salons de

à leur tour.

De

plus en plus

elle se sentait isolée à Milly.

La dernière

joie

cet

admirable cœur de
fils

mère

fut de paraître au bras de son
les

à l'Abbaye-

au-Bois, dans
juillet 1829,

Mme

Récamier où, en
dans son

Chateaubriand lut des fragments de son
qu'au retour
elle écrivait

Moïse

;

et voici ce
:

journal
((

Je suis de plus en plus

fière et

heureuse des admi-

((

râbles qualités d'Alphonse, malgré les inquiétudes

« si

fondées que

j'ai

eues sur son compte. Sa repu-

106
((

LE MILIEU.

tation s'agrandit tous les jours, mais ce n'est pas

i(

de son esprit que de
la

je dois le glorifier

davantage,

c'est

"
((

bonne
se

direction qu'il lui a donnée, c'est de
c'est

son excellent cœur,
qui

de

la

beauté de son
les

âme
))

((

manifeste

dans

toutes

occasions.

Ainsi, ce qui la frappa au cours de cette soirée, fut
le

murmure d'admiration sympathique
son
fils,

qui

avait

accueilli l'entrée de

et tout

le

reste lui parut

secondaire
((

:

Il

y avait beaucoup de gens célèbres que
je

je fus

((

bien aise de voir, et surtout M. de Chateaubriand

«
((

lui-même que

ne connaissais pas;
les

il

me

parut

vieux et faible, et

ambitions de ce monde sont
grâce et quelques

«

bien mensongères. Sa tragédie est de peu d'intérêt.

«
((

Mme

Récamier a encore de
»

la

souvenirs de beauté.

Comme
prochaine,

par un étrange pressentiment de sa
les

fin

dernières lignes qu'elle ait (racées dans
le

son journal semblent
22 octobre
((

clore tout naturellement.

Le

182!» elle écrivait
ici, et

de Milly
je

:

Je suis seule Je

cependant

ne m'ennuie pas

« trop.
((

me

reproche au contraire de prendre encore
ce

beaucoup trop d'intérêt aux choses de
que dans

monde

« et d'avoir peut-être
« vieillissant
((

plus de dissipation d'esprit en

ma

jeunesse, et pourtant je
ait pitié

vieillis

beaucoup! Que Dieu
être.

de moi

et

me

«
((

rende ce que je dois

J'aime à
:

lui dire

un verset

d'un psaume qui

((

mon

espérance dès

me louche Seigneur, vous êtes ma jeunesse, ne me rejetiez pas

LA MÈRE.
«
((

107

dans

le

temps de

ma

vieillesse,

ne m'abandonnez
»

pas lorsque
Elle

les forces

me manqueront.
le

mourut moins d'un mois après,

16 novembre,

et cette

femme angclique en
fin

qui tout était douceur et
:

sentiment eut une

atroce

elle fut

brûlée vive

dans un bain
le jet

qu'elle voulut réchauffer, surprise par
le

bouillant qu'elle n'eut pas

temps

d'arrêter et

reçut en pleine poitrine. Elle trouva encore la force

de sortir de l'eau, puis tomba à terre, évanouie. Pen-

dant

les trois

jours que dura son affreuse agonie

elle

ne reprit pas connaissance.

Lamartine
de Milly.

et

son père étaient tous deux absents
le

A

leur retour, elle reposait déjà dans

cimetière de
l'avoir

Màcon, mais comme
de
il

son fds voulait
chapelle

près

lui

dans

la

petite

de

Saint-Point,

obtint de

la faire

exhumer.
tard, lors

La douleur du poète
illuminera toutes
cette belle figure
les
il

fut

immense. Plus

qu'il écrira ses souvenirs, la

mémoire de

sa

mère en

pages. Mais à force d'idéaliser

a fini, d'abord par en
et

donner une

image assez inexacte,

surtout par persuader à lui-

même

et à

ses lecteurs qu'elle fut avec Elvire

Tune

des formes vivantes de son génie.

Pourtant,

si

l'une eut sur son développement et son
il

inspiration une profonde influence,

serait

peu conle

forme à
rôle

la vérité

de croire que sa mère tint
Elle fut la mère,

même

dans sa

vie.

dans tout ce que ce
et d'or-

mot peut comporter d'amour, de tendresse

108
giieil
;

LE MILIEU.
tous deux s'adoraient, mais

— et

le

journal

de

Mme
1820,

de Lamartine en est

la

meilleure preuve

la

période de l'adolescence du poète qui s'étend de 1808
à

période d'isolement et de détresse morale,
et

échappe complètement à sa mère qui s'en désole
pleure en
silence

de

le

voir sombre

et

renfermé,

cachant jalousement son existence intérieure.
Elle ne participera

en rien à cette solitude morale,

à cette laborieuse genèse qui précède les Méditations

sauf pour ce que son instinct maternel lui fera parfois
deviner; un jour où
divin
« » qu'il a

elle le

verra en proie à ce

«

feu
:

décrit

dans VEnlliouùasmc,

elle écrira

Je crains pour lui cette inquiétude d'esprit qui

le la
il

transporte toujours dans un avenir idéal et lui ôte
paisible jouissance
est »,

du présent
elle

et

de ceux avec qui

mais

le

plus souvent

se désespérera de son
et

apparente

stérilité

sans

que son âme aimante
en

simple saisisse grand'chose des aspirations confuses,
et des détresses incurables (piil })orte
lui. Elle se

contentera de noter ce <jue son cœur de mère appellera des « vivacités de caractère
)),

des

((

mélancolies

de jeunesses
dissipation

», elle
»,

verra avec angoisse cette « vie de
et

ces gaspillages inutiles d'énergie,

s'épuisera en supplications pour faire
fils

mener

à son
il

une existence régulière
Lamartine

et

occupée, celle dont

est alors le plus incapable.
IMiis tard
le

regretta et en souffrit; avec

amour,

il

s'efforcera
et sa

alors

dans

ses souvenirs,

ses

commentaires

version du Manascr'U de

ma

mare

LA.

MÈRE.

109
rôle qu'elle

de

lui fair jouer,

dans son adolescence, un

n'a jamais tenu.

Pieuse invention que cette lecture

à Milly de V Isolement, du Désespoir ou de ï li pitre à

Byron

!

Mme de Lamartine,
les

qui en 1808 notait avec un
fils,

peu d'orgueil
n'eût pas

premiers essais poétiques de son
d'en transcrire
la
le récit,

manqué
l'a

surtout

si,

comme

il

prétendu,
la

lecture

du Désespoir eut

été entre

eux

cause d'une grave discussion. Bien

mieux, ce

fut par

une étrangère qu'elle entendit
:

parler pour la première fois des futures Méditations
le

9 juin 1819, en

effet,

Mme

de l'Arche, cousine de

Mme

Haste sa nièce
»

c'est la

fameuse

«

princesse

italienne

qui soigna Lamartine à Paris pendant sa
était

maladie,


il

de passage à Màcon.

«

Elle

ni

a

apporté des vers d'Alphonse, dit

Mme

de Lamartine,

qui sont des stances religieuses et des Méditations mélancoliques;

y a vraiment de
le

très belles choses. »

Une
lit
:

autre courte mention
((

6 janvier 1820 où
il

on

Alphonse va faire imprimer des vers;
très

en a fait
reli-

vraiment de
gieux
».

beaux

et

sur de beaux sujets très

C'est tout; à Milly l'apparition des Médita-

tions passa inaperçue, car la

mère avait alors en
:

tête

d'autres soucis plus sérieux
et

le

mariage de son fds

son établissement.

Mais ce que Lamartine
sa mère, c'est cette
sensibilité

tient incontestablement de

àme

inquiète et tourmentée, cette

rare

(jue

l'on

retrouve à chaque page

du Journal intime;

ce sont surtout les

germes de sa

religion profonde et vivace qui s'épanouiront ensuite

110
à

LE MILIEU.

Belley.

Au

cours de sa vie orageuse, sa

foi

subira

bien des assauts et connaîtra bien des défaillances,

mais

il

y reviendra toujours

comme

à l'unique conso-

lation.

De bonne heure, la croyance de Mme de Lamartine avait marqué des traces ineffaçables dans
et l'on

l'àme de l'enfant,
tien (|ui
et entière

peut dire que

le

souffle chré-

anime toute
de sa mère.

sa poésie est l'œuvre

absolue

Elle conservera

aussi une influence
il

indiscutable
le
fit

sur ses actes.

La vénération dont
'.

l'entourait

souvent se courber, en pleine maturité, devant
avis qu'elle lui donnait

les

Tout

ce qui touchait à

son

génie qu'elle voulait
1.

purement

chrétien,

TafTectait

Le 23 février 1823, Mme de Lamartine noie dans son jour« Alphonse travaille à son nouveau volume de Méditations; « j'ai toujours peur qn'il ne profane son talent en parlant le langage des passions. Je lui ai écrit justement là-dessiis. » Mme de Lamartine venait en ell'et de lire dans la 9" édition des Méditations, parue un mois auparavant, une pièce nouvelle intitulée Philosophie, et dédiée au marquis de la Maisonfort. Aussitôt, elle écrivit à son fils la lettre suivante
nal
: '<

:

sa lettre. J'y vois avec plaisir qu'il te dit aussi mon opinion. Oui, cette pièce à M. de Maisonfort m'a beaucoup tourmentée. J'ai une si grande horreur de cette abominable philosophie que je frémis de tout ce qui en a l'apparence, venant do toi surtout. Tu os né pour étro rcdigioux, essentiellement religieux, ton talent n'est beau que parce qu'il vient de là. No lo profane point, mon enfant que ta reconnaissance pour les grâces dont Dieu te comble rapjielle toujours toutes tes pensées à lui, ne travaille que pour sa gloire, ne transige point avec l'esprit et les passions du monde, dédaigne ce moyen de succès, comme tu le fais sûrement dans ton àme. O mon enfant, tu éteindrais dans la boue lo brillant llamljcau que le ciel t'a donné pour répandre la vraie lumière n'écris rien de ce que tu jugeras bien sévèroniont un jour, et que tu voudras peut-être elfaeer au prix de tout ton sang, quand il ne sera plus temps. Adieu, j'en ai assez dit
lit
:
;

Ton père, mon cher Alphonse, me

[Lettre inédite.]

LA MERE.

1 1 1

profondément

:

«

Alphonse va
10

faire c'est

imprimer des

vers, écrit-elle le

mars 182o,

une

suite de

Childe-Hnrold, espèce de poème de lord Byron. Ce
sujet m'inquiétait et
dit ce

minquiète encore beaucoup;
Jamais, de

j'ai

que

je

croyais devoir dire, car je ne suis pas
».

pour louer, mais pour avertir
ceux qui
osé
les

l'avis

de

connurent tous deux, Lamartine n'eût

d'opposition contre
elle

commencer du vivant de sa mère sa politique le gouvernement de Juillet car gardait aux d'Orléans un respect i)rofond. En

du retentissement causé par deux malencontreux vers du Chant du Sacre, elle écrira sévère1825, lors

ment

à son fds et ne désarmera

que devant

les expli-

cations, assez confuses, semble-t-il, qu'il lui donna'.

De même, Mme Delahante est persuadée que Jocelyn et la Chute d'un Ange auraient subi d'importants remaniements
si la

mère du poète avait

été là

^.

1. Les deux vers incriminés visaient le duc d'Orléans à qui, au sacre de Reims, Lamartine faisait dire par Charles X
:

Ce grand nom est couvert du pardon de mon Le tils a racheté les fautes de son père.

frère.

Mme de Lamartine a consacré à cet incident deux pages de son journal, ce qui prouve à quel point elle l'eut à cœur. Mallieureusement, Lamartine a déchiré et norci le feuillet, dont quelques fragments seulement sont encore lisibles. On y voit que le poète donna pour excuse à sa mère, une « inadvertance », une « négligence poétique », explication qui satisfit peut-être Mme de Lamartine, mais parut insuffisante au duc d'Orléans, car sur sa demande les exemplaires du Chant du Sacre furent retirés du commerce, et il fallut procéder à. un second tirage où les vers étaient corrigés et adoucis.
2.

Cf.

Souv. de

Mme

Delahante,

I,

p. 106.

112

LE MILIEU.
le

Tel est

milieu ou va croître et se développer l'àme

de l'enfant, plus souvent arrêtée et contrariée, à vrai
dire,

qu'encouragée

et

comprise. Chacune des figures
rôle

que nous venons d'esquisser jouera un
sur ses actes. Mais conclure de
laissé

dans sa

jeunesse, influera plus ou moins sur sa pensée et
là,

comme

il

l'a

entendre lui-même, que certaines d'entre

elles,

« l'oncle terrible», surtout,

par leur contrainte et leur

retardé l'éclosion des M('d\iatior.s
erreur.

mainmise sur son existence ont en quelque ^orte serait une grave
Lamartine fut maître de sa vie à dix-huit ans,
l'organiser à
et libre de

sa guise
les

pourvu

qu'il prît

une occupation. Sans doute,

Lamartine n'encouet

geront nullement sa vocation poétique

même

la

contrarieront parfois; mais on connaît leurs raisons,
et d'ailleurs

lui-même en
il

fut

un peu responsable, car
dans
la

de bonne heure

se réfugia

solitude morale,

hautain et découragé.
Cette adolescence difficile servit son génie
:

l'amer-

tume,
lions,

les

heurts, stimulent Lamartine. Ses Médita-

écrites fiévreusement,

en pleine

crise,

au mo-

ment

des pires froissements
et des difficultés

avec sa famille, des
le

maladies

qui l'accablent, en sont

meilleur témoignage. De 1820 à

1830, alors qu'il

coule en paix des jours heureux, son ouivre poétique
s'en ressent
:

les

Nouvelles Médilalious
iS2.0

— à part quellui-

ques pièces antérieures à
premières
:


le

n'égalent pas les

la HJorl

de Socrale,

Chant du Sacre ne

sont que des œuvres facilement rimées et dont

LA MÈRE.

113

même
même,

ne pensait pas grand'chose. Les Harmonies
écrites

au jour

le

jour de 182o à 1830, sont
et

d'une autre manière, adoucie

plus paisible.

Il

faut

remonter

jusqu'à Né^nésis,
ht

plus loin encore à Y Ode
et la

au comte d Orsay, à

Vigne
la

Maison

et à cette

admirable Invocation à

Croix qui ne fut publiée

qu'après sa mort pour retrouver l'inspiration mélancolique, désespérée et hautaine des premières Méditations.

CHAPITRE

III

LES LAMARTINE PENDANT LA TERREUR. LES PREMIÈRES ANNÉES.

A

s'en tenir
difficile

au seul témoignage de Lamartine,
de connaître
le

il

serait

véritable lieu de sa

naissance, puisque dans ses poèmes et ses souvenirs
il

a tour à tour indiqué Saint Point,

Màcon
le
le

et INIilly

comme

son berceau
sait

'.

Toutefois, grâce à son acte de

baptême, on
bre 1790, fut

qu'il

naquit à Màcon
le

10 octo-

baptisé

lendemain par

curé de

Saint-Pierre, et eut pour

parrain et marraine
et

son

grand-père de Lamartine, malade
.

représenté par
:

1 Cf. IlariHonu's Milly ou la terre natale. Confidences (p. Oij) LE VILLAGE OBSCUR OU LE CIEL M'a FAIT NAITRE, DiUlS SOUVCnirs et Porlrails (Commenl on devient poète), il termine également une description de Milly par ces mots « c'est la que JE SUIS NÉ, et que je f;randissais ». Voilà pour Milly. Dans les liecueillemenls (vers écrits à l'Ermitage), on lit
:
:

:

O

vallons do Saint-Point, 6 cachez mieux ma cendre Sous le clii-ne natal de mon obscur vallon.

est

Enfin, dans les Conjidences (|). 24), Lamartine déclare qu'il né à Màcon, dans l'Iiolel Lamartine, par conséquent rue

Bauderon-de-Senecé.

LES LAMARTINE PENDANT LA TERREUIÎ.

115

son

fils

aîné, et sa

grancrmère maternelle

Mme

Des

Roys.

Mme

de Lamartine nous apprend que quelques

heures après sa naissance l'enfant fut porté au cou-

vent des Ursulines où

la

supérieure,

Mme

de Luzy,

une bonne
pria pour

vieille

grand'tante, présenta l'enfant à la

chapelle de la Vierge, et que toute la
lui.

communauté
la

Des doutes

se sont élevés
:

au sujet de

maison

natale du poète'
alors

en

effet, les

Lamartine possédaient
l'hôtel familial,

deux immeubles

à

Màcon. L'un,

était situé

au numéro 3 de
xvui'' siècle

l'actuelle rue Ijauderon-de-

Senecé, au
et

rue de la Croix-Saint-Girard,
le

sous

la

Révolution rue Solon; l'autre occupait
la

numéro 18 de
la

rue des Ursulines, devenue pendant

Terreur rue Jcan-Jacques-Rousseau. Dans laquelle
il

de ces deux maisons Lamartine vit

le

jour? La

((ues-

tion en soi est de peu d'importance, car toutes

deux ne
compris

formaient en

réalité

qu'un
les

même immeuble

dans l'angle formé par
section, et
il

deux rues à leur inter-

existait entre elles

une cour, un passage
la

et des jardins

communs. Néanmoins,
la

maison de

la

rue des Ursulines est bien
et
il

maison natale du poète
la

existe

deux témoignages qui devraient clore

discussion.
1. On trouvera lo détail de la question dans une étude de M. Pau! Maritain, la Maison natale de Lamartine (Annales de l'Académie (le Mdcon, 111' série, t. VI). M. Maritain, ([ui ignorait l'existence des docunicnls que nous citons plus loin, a conclu que la maison natale du poète était l'hôtel de la rue Bauderonde-Senecé.

116

LE MILIEU.

Le 21 décembre 1819,

Mme

de Lamartine a noté

dans son journal que son mari, gêné par une mauvaise récolte, songeait à vendre
taient à
Mill}'
,

la

maison
dans

qu'ils habi-

Màcon

et à vivre
,

désormais uniquement à
,

ou jjeut-être

ajouta-t-elle

l'ancienne

petite

maison que nous avons habitée
et

les

premiers temps

de notre mariage
Cette

qui est à Vabbé de

Lamartine.
:

maison

est bien celle de la rue des Li^rsulines
efïet,

nous savons en

par

le

testament de Louis-

François de Lamartine, qu'elle échut à l'abbé; celuici,

d'ailleurs, n'y logea
la

jamais

et la louait ordinaire-

ment. Le poète
et la

trouva en 1826 dans sa succession,
elle était

vendit aussitôt car

inhabitable. Enfin,

on

lit

dans

la

déclaration d'immeubles faite en décem-

bre 1790 -par Louis-François au cadastre de

Mâcon
si le

et

parmi l'énumération de
des i'rsulines occupée

ses propriétés,

unemaisonnie
che-

par M. de Pra^. Or,

ici le texte complet de cette pièce, copié sur de Louis-Fran(.-ois de Lamartine, et qui donne ([ueliiues détails curieux sur son train de maison -au début de la Révolution.
I.

Nous donnons

le

hrouillon

Déclaration de maison, etc., faite en 1790. Décembre. Maison rue des Ursulines, occupée par M. de Pnî. :{2 pieds de face sur ladite rue. 80 pieds en petite cour.

En
ni

partie

un

seul étage, partie

deux étages. Sans
et

locataires,

magasins,

etc.

Contenance

totale

:

une coupée

demie ou

trois toises.

Propriétaire M. L.-Fr. de La Martine, marié, ayant six enfants dont cincj à sa charge.

Domestniues mâles, 4. Domestiques femelles,
f'.hevaux de carosse, 2.

.3.

LES LAMARTINE PENDANT LA TERREUR.
valier
il

117

demeurait en décembre 1790 rue des Ursulines,

est fort proljable qu'il

qu'il avait reçu à

y habitait déjà en octobre et son mariage la jouissance de cet

immeuble jusqu'à

la

mort de son père, quoique son
Il

contrat n'en fasse pas mention.

semble donc acquis
l'hôtel

que Lamartine vint au monde, non pas dans
de
la

rue Bauderon-de-Senecé, mais dans
la

la

petite

maison de

rue des Ursuhnes.

A

sa

naissance, l'enfant était d'une constitution

délicate
famille.

qui donna, paraît-il, des inquiétudes à sa
Il

a

raconté plus tard

comment

sa

mère,

pour

le

changer

d'air, alla passer avec lui l'été de

1791 à Lausanne. Nous n'avons sur ce séjour que

son seul témoignage ei\e Journal intime n'en rappelle

aucun souvenir. Pourtant,
souvent de

il

demeure

très

vraisem-

blable, car la plupart des familles
l'été

du

paj'S profitaient

pour

se

rendre en

Suisse dont

la

frontière n'était éloignée

que de quelques journées.
et pittoresques

Quant aux
nourri son
crédit
:

détails
récit,

abondants

dont
en

il

a

nous sommes obligés de une intimité
et
le

lui

faire

à l'en croire,
les

très

grande

existait

entre

Lamartine

vieil

historien

anglais

Maison parluy occupée sur
Senécé], façade 60 pieds.

les

remparls

[hôtel

de

la

rue de

3 980 pieds superflciels pour la maison.

020 pieds pour les écuries qui ont .30 pieds de face environ. 2311 pieds en cour. Les deux tiers à deux étages, l'autre tiers à un étage. Sans aucun locataire, boutique ni magasin.
1

1

118

LE MILIEU.

Gibbon que Mlle Des Roys aurait connu dans sa jeunesse au Palais-Iloyal; une haie de jasmin séparait
seule
les «

deux jardins
ses

et,

dira

t

il,

en parlant de
ber-

Gibbon,
ceau
'

genoux étaient devenus mon

».

Mais

si

l'historien était bien à

Lausanne en 1791
le

il

y séjourna de 1784 à 1797,
fille

journal de Mary

Holroyd

de lord Scheffîeld, qui fut son hôte de

juin à octobre de la

même

année, ne mentionne nullela liste très détaillée qu'elle

ment

les

Lamartine dans

donne des habitués delà
VAulohioi/raphie de

Grotle; la Correspondance et

Gibbon sont tout aussi muettes
est assez difticile

sur ce point. Enfin
ait

il

d'admettre qu'il
:

connu Mlle Des Roys au Palais-Royal il fut bien un assidu de la petite cour du duc d'Orléans, mais il

quitta définitivement Paris en 1784.

A

cette date, la

jeune

fille

avait quatorze ans et n'était qu'une enfant.

Quoi

qu'il

en
il

soit,

sans mettre en doute ce voyage à

Lausanne,

est certain qu'il fui Irrs court.

Mme

de

Lamartine

était

en

elTet

en novembre de retour à

Màcon, pour

ses couches, et sa présence

nous y
fils

est

attestée par l'acte de

baptême de son second
-.

Félix,

mort deux ans
1.

ftlus tard

érudit américain à ijui étranger, a bien voulu se charger pour nous d'obligeantes recherches à Lausanne, mais qui sont restées vaines. On en trouvera le délai! sous sa signature dans la revue VÉcho des Alpes de seplenibre 1908. 2. Le petit Féli.x fut le second des enfants de Pierre de La-M.

H.

nomsoa Wliitehousc, un
Lamarlinc

rien de ce qui louche

n'est

martine.

11

mourut

à

Màcon

à l'àg(ï de

deux ans
fils,

Journal intime ne fait jamais mention de ce

et demi. Le dont Lamur-

LES LAMARTINE PENDANT LA TERREUR.
C'est à cette

119
à

époque que
pour
les
fit

la

situation
:

commença

devenir

difficile

Lamartine

la

royauté étant

en
et

péril, le

chevalier

aussitôt son devoir de soldat

de gentilhomme,

et ce fut le

premier signal de

la

dispersion du foyer.

Bien

que démissionnaire

le

l*"'

mai 1791 pour
il

n'avoir pas à prêter serment à

la

Constitution,

se

rendit en mai 1792 à Paris offrir ses services au Roi.

Un mémoire
d'obtenir
la

présenté en 1814 à Louis XVIII en vue
croix de Saint-Louis et apostille par

un parent de sa femme, le président Henrion de Pensey alors ministre de la justice, nous donne quel([ues
détails sur

son dévouement

fidèle

mais obscur,

et

qui

confirment entièrement
V Histoire des Girondins

le récit
'.

des Confidences et de

Dès son arrivée, suivant en cela l'exemple de
noblesse de France,
soit
il fit

la

pour émigrer,

soit

demander au Roi ses ordres, pour rester. Louis XVI,
demeurer.
Il

comme

à tous, lui répondit de

obéit et

linc n'ignorait pas Texislcnce; en effet, alors que dans lo Journal inliine on lit, à la date du 11 juin 1801 « J'en ai déjà cin(i actuellement [enfants], ijualre (illes et un (ils », il ajouta dans sa version du Manuscrit de ma mère « après en avoir perdu
:

:

un

».
:

En réalité, Mme de Lamartine eut neuf enfants deux fils, Alphonse et Félix, et six lilles, Méianie, Gélenic (mortes toutes deux à quelques mois), Cécile, Gésarine, Eugénie, Sophie et Suzanne.
1. Arch. de ia guerre (section administrative), dossier Pierre de Lamartine. Pierre-Paul Henrion de Pensey, premier président de la Cour de cassation (1742-1820), était le frère d'Henrion de Saint-Amand, beau-frère de Mme de Lamartine.

120

LE MILIEU.

ne
ries

manqua aucune
chaque
fois
le

occasion de se rendre aux Tuilele

que

château fut menacé;

il

s'y

trouvait

même
il

10 août, resta jusqu'après ratta((ue,
les

combattit l'un dos derniers. Poursuivi par
(|ueurs,
la

vain-

échappa aux massacres de
émeuticrs

la

Force grâce a

complicité d'un des jardiniers d'Henrion de Pensey
les et

qui se trouvait parmi
Il le

eut pitié de
lui

lui.

cacha

et lui fournil des

vêtements qui

permi-

rent de circuler dans Paris sans éveiller l'attention.

Le chevalier erra alors quelques jours, ne sacliant
quel parti prendre, puis reprit
le

chemin de Màcon.

A

son arrivée,

il

trouva

le

pays en pleine émeute.

Déjà, trois ans au])aravant, dans les derniers jours

de juillet 1789, une véritable Jacquerie avait éclaté

dans

le

Maçonnais.

A
les

Cormatin, à Cluny, à Huri-

gny, à Saint-Point surtout,

— qui appartenait encore
le

aux Castellane,
château, brûlé

paysans avaient envahi
21

les terriers et les titres

de redevances.
:

Les Lamartine ne furent pas épargnés

le

juillet,

leur petite propriété de Péroné était dévastée et leur

concierge

(pii

tentait de s'opposer

au pillage se noya

dans

le

puits où

on

l'avait jeté.

Le jour môme,

le

curé de Péroné, Etienne Moiroux, était assailli au
presbytère, et brutalisé. Mais
les

années 1790-1791
reprit qu'en

furent plus calmes;
1792, lors de
la

le

mouvement ne

réforme du clergé.
s'est

Lamartine, en divers endroits de son œuvre,

longuement étendu sur
eut à subir pendant

les

persécutions que sa famille

la

Terreur. Si l'on

en exce[)tc

LES LAMARTINE PENDANT LA TERREUR.
l'épisode d'après lequel son père aurait
lettres

121

échangé des
la

avec sa mère, de
la

la

prison aux fenêtres de

maison de
elle

rue

des Ursulines située
qu'il

en face, où

se

serait retirée, tout ce

exact, à quelques détails près. Grâce

y a raconté est aux Archives de
de
rétablir

Saône-et- Loire,
l'existence des
Ils

il

est

d'ailleurs

facile

Lamartine durant les années 1792-1795.
de l'émigration du fds aîné François-

ne commencèrent guère à être inquiétés qu'en
la suite

1792, à

Louis, émigration qui dut être extrêmement courte,

mais

qu'il n'est
la Liste

guère possible de mettre en doute.
',

Dans
le

générale des émigrés

on trouve en
les

effet

à la lettre

L un

tableau où figurent Louis-François
le lils,

père et François-Louis
les

dont

biens furent

mis sous séquestre

5 juillet,
le

20 septembre et

28 novembre 1792. Aussitôt,

vieux seigneur de
et
fit

Montceau protesta avec énergie

parvenir aux

directoires de Saône-et Loire et de la

Haute-Saône des

attestations de civisme et des certificats de résidence,

mais pour
son
fils

lui seul, et

sans jamais faire mention de

dont on ne trouve aucune réclamation; ceci
qu'il n'était

semble suffisamment prouver
en France.

pas alors

On ne

tarda pas d'ailleurs à faire droit aux
:

requêtes de Louis-François

le

12 avril 1793

il

obteet

nait la mainlevée des scellés apposés à

Montceau

à Milly,

le

24 mai celle des propriétés de Franche-

Comté-.
i.

2.

Paris, Imprimerie nationale, an II. Ces deux arrêtés ont été publiés par M. Reyssié

(la

Jeunesse

de Lamartine, 24-25).

122

LE MILIEU.

Prévenu
entraîner

sans
sa

doute des conséquences qu'allait
revint
il

disparition, François-Louis
le

à

Màcon, où on

trouve en octobre. .Mais

paraît

impossible de mettre en doute son émigration, contestée par Lamartine, puisqu'il n'existe

aucune pro-

testation
prêtait,

émanant de

lui

contre

la

qualité qu'on lui

que son père n'agit qu'en son
et

nom

propre
de 1703

dans toutes ses revendications,
les

qu'à

la fin

Lamartine furent emprisonnés
dans

comme
les

parents

d'émigré.

Contrairement à ce ({u'on
le

lit

Confidences,

grand-père du poète ne fut pas détenu; sans doute,
lui valut-il cette

son âge

exception, car

il

avait alors

quatre-vingt-trois ans. Sa

femme
Màcon

et

lui

passèrent

toute la période de la Terreur dans leur

maison de

Péroné, après que l'hôtel de
séquestre
le

eut été mis sous

13 août J792.

On ne

les

y aurait probasi

blement guère inquiétés davantage,

avec un entêattiré

tement indomptable
l'attention sur lui.

il

n'avait à

chaque instant

En

cfTet,

le

curé de Péroné, qui en 178'J avait été
les

à moitié

assommé par
la

émeutiers, s'était empressé

de prêter serment à

constitution civile du clergé,

afin de s'éviter le retour de semblables

désagréments.

Immédiatement, Louis-François,
chez

fidèle à ses principes,
fit

refusa les services do l'infortuné, cl
lui i)ar

dire la
qu'il

messe
avait

un prêtre non assermenté
dénonciation
le

recueilli.

L'habituelle
:

ne se

fit

pas

attendre

le

23 juin 1794,

directoire de Saône-

LES LAMARTINE PENDANT LA TERREUR.
et-Loire, instruit que les biens des

123

ex-nobles, ne sont pas dans la
qu'ils

époux Lamartine, main de la nation, bien
fît

doivent être séquestrés,

apposer à nouveau
et tous les biens

les scellés à

Monlceau, Milly, Mâcon
fini

que Louis-François avait
au bénéfice de
total

par récupérer à force

de réclamations. Le 2o août on vendit sur pied leurs
récoltes
la

République

et cette

vente

produisit un

de 124 000 livres en assignats.
vieillards,

Quant aux deux
les

on

se

contenta de

les

détenir à domicile, estimant sans doute que leur âge

rendait peu redoutables, jusqu'à l'apaisement qui

suivit la

mort de Robespierre.
furent plus sérieuses.
il

Les aventures des trois
L'aîné,
à

fils

on

l'a

vu, avait émigré, mais

était

de retour

Màcon en octobre

1793. Le registre d'écrou porte
le

qu'il fut

emprisonné aux Ursulines

13 de ce
lui

même
valut

mois, et que son déplorable état de santé
d'être interné à l'hôpital.

De

ses fenêtres

il

pouvait

voir

la

demeure

familiale, car la prison des Ursulines
le

avait remplacé
face à la

couvent du

même nom
11

qui faisait

maison natale du poète.
:

n'y resta que peu

de temps
soeurs

le

9

novembre

il

était avec ses frères et

aux Visitandines d'Autun, également devenues prison nationale, et il n'en sortit que
transféré
le

30 septembre 1794
1.

'.

Cf. Arcli.

dép. do Saùne-ot-Loire

:

«

Liste d'iiomiiios el de

femmes détenus ù Màcon, Autiin, etc. ». Ce document, retrouvé et acquis récemment par M. Lex, confirme une fois de plus

124

LE MILIEU.
l'abbé,
il

Pour

ligure sur
171).'}

une

liste

de dénonciation

datée du 21 octobre

et
il

qui concernait 54 prêtres

non assermentés;
son
père.

le

2o

était arrêté à

Péroné chez
30 sep-

D'après

une
il

pièce

de

son dossier aux
le

Archives Nationales,

aurait prêté serment

tembre
ses

'1792.

Il

y a
et

une erreur, car
cette assertion.

la

suite de

tribulations

surtout l'attitude de
11

son

père

démentent entièrement
l'ex-chanoinesse, à

figure au

contraire au début de 1792 avec sa
« l'état

sœur Suzanne,
la

général des pensionnaires

de deux sexes jouissant d'une pension à
trésor national
»,

charge du

ce qui confirme qu'il avait alors
le ser-

renoncé à ses fonctions pour ne pas prêter

ment,

et l'on a

vu déjà

qu'il fut incarcéré

comme non
novemde Màcon à
13

assermenté.
Arrêté
bre à
la
le

2o octobre,
;

il

fut

condamné

le

déportation
il

on

le.

transfera alors
le

Autun, d'où on

fut extrait

25 avril 1794 pour être

conduit à Cayenne avec IS autres prêtres.
fort,

A Roche-

l'embarqua sur
les

le

Washington, vaisseau

ponton où

prisonniers attendaient
le

en cas de

réclamation que

gouvernement ait définitivement
Il

statué sur leur sort.

y demeura trois mois.

y

rexacliliide de ccrliiins petits détails des Confidences, puisqu'on Lamartine fut emprisonnée à Aulun. lit ([ue la famille de M. Reyssié, avait mis en doute celte assertion. Sur cette liste,

et (Charlotte. Mlle de

de Pierre, Frani;ois-I>ouis. Tabhé, Suzanne Montceau, qui était faible d'esprit, évita ainsi les poursuites, et fut détenue à Péroné avec son père et sa mère.
figurent les
iidius

LES LAMARTINE PENDANT LA TERREUR.

125

Pendant

ce temps,

on procédait
et effets lui

à

Màcon

à la vente
et

publique des meubles

ayant appartenu

qui se trouvaient dans sa chambre de l'hùtel Lamartine

mis sous
1121

scellés.

Le citoyen

Durand acquit
le

pour
140

livres

une commode en bois de rose;

citoyen

Ducartel,

un

«

bonheur du jour
et

»

pour

livres, et les

citoyennes Chédé

Droit se dispu-

tèrent deux paires de chaussures, quatre bonnets de

un habit de drap gris, un autre de kalmouck violet, une anglaise » de drap gris et sa veste pour 05 livres, tandis que le citoyen Lacombe se voyait
nuit,
((

adjuger à 21 livres 10 sols

la petite

pharmacie

et les

outils de tourneur de l'abbé.
Il

faut remarquer qu'on ne toucha à

aucun des
ci,

objets
effet,

appartenant à Louis-François. Celui
se

en
le

montrait énergique à un

moment où

silence et la peur étaient les seuls

moyens de

se faire

oublier. Fort de ce qu'il croyait être son droit, indigné

de ces comédies judiciaires,

il

ne cessait d'adresser

réclamation sur réclamation avec une invraisemblable

incompréhension des événements auxquels
tait.
il

il

assis-

Lorsqu'il apprit

le

départ de l'abbé pour Cayenne,

prit la

plume une

fois

de plus et adressa au direc-

toire

de

Saône-et-Loire un véhément factum
il

qui

aurait pu l'entraîner loin, car

n'était rien

moins
la

qu'une violente critique de
alors en cours,

la

procédure expéditive
des morceaux

agrémentée de considérations sur

situation générale

du pays. On y

lit

comme

celui-ci

:

126
Si
le

LE MILIEU.
déparleniont appelle
niotil"

dénonciation

une

liste

de

quelcon(iue articulé, nous devons tous trembler. Cette dénonciation telle qu'elle n"a même pas été reconnue authentique, le département n'a pas
proscription sans
recelé les dénonciateurs sur leurs signatures, ne leur a pas

demandé
une
liste,

s'ils la

reconnaissaient,

s'ils

persistaient. Voilà
"

département dit J qu'il est instruit particulièrement. Grand Dieu! quelle instruction! des juges qui sont instruits non par la procédure, mais particulièrement! cela fait frémir! 2" Que les inculpés ont été en partie prévenus de suspicion; mais le comité n'a pas fait la faute de déclarer suspects des hommes domiciliés depuis dix ans hors du département, des enfants de quinze ans qui n'ont jamais passé à Màcon que quarante-huit heures? il y en a cinq dans ce cas et le département les condamne tous, sans les
cela suffit.

Suivons

:

le

appeler, ni les entendre, à la déportation!
lils, c'est en de son arrestation « Lamartine, pour tout extrait, on m'a donné ces mots ex chanoine, n'ayant pas donné de preuves suffisantes d'attachement à la Révolution », sans date, sans signature, ni rien qui donne de la force à ce vague énoncé. Si c'est

Pour ce qui regarde particulièrement mon
j'ai

vain que

demandé

extrait des motifs

;

:

sur cela que
déporte, lui,
cruel.

département, inslruil parlicnlièremenl, le certilicats de civisme, étranger au canton, un ferait un gros volume des vices de cet ari'été
le

muni de

Tn
celui

tel

laiigngo pouvail
le

être

dangereux
({u'il

et

|)oiir

(|ui

jiariail

el

pour ceux

mettait en

:

cause. Mais Louis l-Vançois ne s'en tint pas

avec
des
les

une persévérance incroyable
dangers
qu'il courait,
le
il

et

un mépris
de leur

inou'i

finit

par obtenir de tous

dénonciateurs

désaveu

écrit

signature;

plusieurs d'entre eux allèrent

même

jiisr(u'cà certilier

LES LAMARTINE PENDANT LA TERREUR.

127

qu'on
la

la leur avait

arrachée par surprise et signèrent
après
le
*J

pétition
la

par

laquelle,

thermidor,

il

réclama

mise en

liberté de

son
fit

fils.

Le département,
s'inclina
s'était

cette fois,

droit à sa requête et
la

devant
vu

la

volonté publique, car

pétition

couverte d'une centaine de noms. Le 30 janla

vier

1795,

demande des
et les

citoijens

Lamartine,

Dondin, Sovibardin,elc.,
quelles
il

pièces n jointes par les-

parait que

« ledit

arrêté de déportation

na

été signé

par personne

» (sic), le

comité arrêta que l'abbé

serait

mis en

liberté et rayé de toute liste de déportés.
il

Le 15 novembre 1795
rayé de

était

de retour à Màcon, après
il

deux années d'épreuves, mais
la liste

ne fut définitivement
il

des émigrés où

avait été porté par

erreur, sans doute à la place de son frère aîné,

que

le

3 février

18U:i.

Quant au
le

chevalier,

il

fut incarcéré
le

aux Ursulines
30 oc-

5 octobre 1793, puis transféré
et

28 janvier 1794
liberté le
'.

aux Visilandines d'Autiui
tobre de la
la

mis en

même

année, avec ses deux sœurs

Dans

préface du Manuscrit de
la

ma

mère, Lamartine a

raconté que pendant toute
habité
la

Terreur sa mère avait
le

maison de

la

rue des Ursulines, et c'est
la

motif d'un charmant épisode où l'on voit à
les

nuit
des

jeunes époux échanger de

tendres
à
celles

lettres,

fenêtres de la petite

demeure
259.

de

la

prison

1.

Arch. Nat., A. F.

II,

128
située eu face, par
le

LE MILIEU.

romnucsquc moj-en d'uu arc

et

de flèches. L'iiistoi.e, pour joliment contée, n'en est

pas moins tout à

fait inexacte, car si
la

un mur de

la

prison faisait bien vis-à-vis à
tine, celle-ci avait été

maison des Lamar-

mise sous séquestre en

même

temps
à-dire

(jue l'hôtel

de

la

rue Croix-Saint-Gérard, c'est-

près

d'un
plus,

an avant lemprisonnement du
pendant
la

chevalier.
à

De
la

détention de son mari

Màcon,

jeune

femme
vu

n'habitait plus la ville; en
fils

effet, lorsqu'il

avait

ses trois

sous

les

verrous,

Louis- François

avait

exigé

d'elle

une incroyable

démarche

:

en novembre 1793, laissant à Péroné ses

deux plus jeunes enfants, Félix et Mélanie, celle-ci à peine sevrée, Mme de Lamartine dut prendre le

chemin de Paris avec le petit Alphonse, alors âgé de trois ans et dont elle ne voulait pas se séparer. Elle
partait, racoutc-t-cllc dix

ans plus tard

',

sollicitor
la

d'anciennes relations de son père pour obtenir

mise
le

en liberté de son mari

et

de ses beaux-frères, car

vieux Lamartine, dans son inconscience absolue des

dangers
terrible
(|u'il

qu'il

faisait courir à tous les siens

avec sa

manie des réclamations, s'imaginait toujours
d'un mot pour se faire rendre justice;
des Des

suffirait
le cri'ilit

ainsi,

Roys qu'on

lui avait

tant vanté

au mf)m(Mit du mariage de son
rendre (|uelquo service.

(ils

finirait bien

par

En cours de

route, la pauvre

femme

à moitié

morte

rapportés par Mme de Lamartine, en 1. Ces souvenirs sont mai 1803, époque où elle passa trois mois h liieux, ctiez sa mère.

LES LAMARTINE PENDANT LA TERREUR.

129

de peur des périls qu'elle avait courus s'arrêta dans
la

Marne, chez son
a

père,

pour

lui

demander

conseil

et lui laisser l'enfant.

Là, dit

elle.

Dieu permit qu'on rendit alors un

décret qui défendait aux ci-devant noi)les d'aller à
Paris sous peine de mort; ce fut fort heureux, car les

démarches étaient
donc
qu'en
six

fort dangereuses. » Elle
et

mois à Rieux
1794.
Elle

ne regagna
réfugia

la

demeura Bourgogne
à

août

se
et

alors

Péroné

auprès de son beau père

y demeura jusqu'à la libération de son mari. Le calme revenu et les séquestres
levés, tous

deux vinrent habiter à nouveau

la

rue
le

des Ursulines, où leur présence nous est attestée
4

décembre 1795 par

l'acte

de décès de leur petit

garçon Félix.

Peu à peu, l'apaisement

se

fit.

A

la fin

de 1795

les
la

Lamartine
vieille

se

retrouvèrent sains et saufs dans
familiale.
vieillards

demeure
les

Mais trop d'alertes avaient
:

épuisé
la

deux
le

la

grand'mère s'éteignit
peu de mois

première

4 septembre 1796, à l'âge de soixante-

quinze ans
après,
le

et

Louis François
il

la suivit

11

mai 1797;

venait d'atteindre sa quatre-

vingt-sixième année.

Après leur mort,
et

le

partage de terres commença,
qu'il fut
les

Lamartine rapporte
la loi

long

et

épineux

:

en

effet

nouvelle sur

successions bouleversait
famille en exigeant

leurs

vieilles

traditions de
les

un

partage égal entre tous

enfants. Le meilleur des
9

130
terres

LE MILIEU.

de Franche-Comté avait disparu pendant

la

Terreur, ruiné faute d'entretien ou aliéné prématurénnent

comme

bien

national.
le

Les usines de Saint-

Claude étaient délabrées;

reste

ne comprenait plus
à gérer par suite

que des parcelles éparses,
des circonstances.
se hâta de

difficiles

Mme
les

de Lamartine raconte qu'on

vendre

débris de ce magnifique patriles terres

moine,

et

qu'on s'arrangea à l'amiable pour

de Bourgogne.

L'abbé reçut Montculot
Ursulines;

et la

maison de

la

rue des

Mme

du Villars Péroné, CoUongeet Cham,

pagne
l'hôtel

;

François-Louis

en sa qualité de chef de
et ses

famille, hérita de

Montceau
et

dépendances, de
l'en-

de Màcon

de

la

Tour de Mailly, dont
lui et

semble demeura toutefois indivis entre
aînée, Mlle de Lamartine.

sa

sœur

Le chevalier dut se contenter
fait

de Milly qu'il possédait déjà en
et

depuis son mariage

il

se hâta de se réfugier avec sa

femme

et ses

enfants dès l'automne de 1797.

CHAPITRE
LE DÉCOR.

IV

- LES

VOISINS

Milly est un pauvre village d'une quarantaine de maisonnettes qui s'étend en amphithéâtre à mi-tlanc d'un vallon encaissé de hautes collines, les unes
cultivées, le Craz, les autres arides, le

Monsard. Une

solitude et

une

tristesse infinies s'en

dégagent au pre-

on

mier abord, mais à mieux connaître tous ses aspects finit par lui découvrir un charme pénétrant.

Toute interprétation de la poésie de Milly restera forcément imparfaite et surtout inutile, car la seule façon dont Lamartine la comprit doit nous
retenir.

Nul jamais ne découvrira dans Milly tout
voyait et n'éprouvera,

ce qu'il

y

au cours de multiples visites dans ce coin sauvage de Bourgogne, les senti-

môme

ments du foyer
d'enfance

et

de

la terre natale, les

souvenirs
qu'il

avec
à

leurs

nuances

invisibles

est

parvenu

rendre

merveilleusement.

M. Reyssié,

et connaissait

pourtant, qui avait une très grande habitude du pays le vallon sous tous ses aspects, est

132

LE MILIEU.
à
les décrire

parvenu
exacte.

de manière très fidèle et très

Tout au bas du

village, en

bordure de

la

route et

dominée

i)ar le Craz,

se trouve la j)etite

maison des
:

Lamartine.
début du

Elle

n'a
siècle

point

d'histoire

élevée

au

xviir

par Jean-Baptiste, premier
c'était
il

seigneur de Montceau,

alors, plutôt

qu'une
en pré-

demeure,
veiller ses

un pavillon où

venait l'automne surétait établi

vendanges. Rien n'y

vision de longs séjours et au
lation
le

moment
il

de son instal-

chevalier fut

môme

obligé d'y faire élever
est dinicile de se la
elle a

deux cheminées. Aujourd'hui,

représenter dans son état primitif, car

subi des

remaniements qui ont modifiéenlièrement son ancien
aspect.
Elle est située
le

en retrait de

la

route uni((ue

qui traverse

village,

au fond d'une cour actuelletombe-

ment ornée de

massifs, mais qui autrefois servait,
et

avec ses communs, à garer cuves, pressoirs

reaux. Derrière, s'étend un minuscule jardin dont
les

charmilles, les frênes et les chênes sont
finit

les seuls

arbres de Milly, et

en pente douce au pied du

Craz par un potager. Aucune source, aucun cours
d'eau n'arrose
le

pays.
elle est petite,

La maison n'a (]u'un seul étage;
obscure, humide, et jamais
le soleil

n'y pénètre. Elle

com|)rend en tout neuf pièces

et l'on

imagine mal
Des

comment
jusiiu'aux

sept

|)ersonnes

pouvaient y vivre.
les

plantes grimpantes recouvrent cntiêrenKMit
tuiles
et
les

murs
les

arbres

viennent frôler

LE DÉCOR.
vitres.

LES VOISINS.

133

En
les

hiver,
;

la

tristesse et la désolation

sont
des

impressionnantes
sources
tine
et
il

ce

décor de Milly est nne

plus certaines de la mélancolie de

Lamarnerfs

explique

amplement

la

maladie de

dont

souffrit lorsque ses vingt

Une grave erreur en* effet

ans y furent cloîtrés. serait de croire que l'amour
il

de Lamartine pour Milly date de sa jeunesse;
tribua beaucoup à cette légende, mais

consa

on voit par

Correspondance

qu'il

ne rappelait guère alors ({ue sa
11

« détestable patrie ».

ne découvrit son charme que

longtemps après,

lorsqu'il

en

fit

avec

le

recul

du

temps

le

temple de ses souvenirs d'enfance. Milly
lui

devint alors pour
il

un

culte, celui
la

de sa mère dont

venait encore rechercher
«

trace trente ans plus
la

tard.

C'est,
je

disait

il

un jour àprement,
'.

seule

chose que

ne pardonne pas à mes concitoyens que
»

de m'avoir forcé de vendre Milly

tares plantés en vignes.

Le domaine comprenait une cinquantaine d'hecEn 18U1, Pierre de Lamary ajouta Saint-Point, acheté partie sur ses écosomme qui lui revenait de la

tine

nomies, partie sur une
succession de son père.

Saint- Point bien plus que Milly fut aux
ses

yeux de

contemporains
Valouze dans un

la

véritable

demeure du poète.

C'était
la

un vieux château

féodal bâti sur la vallée de

joli site

boisé et plus riant que

1.

Cours familier de lilléralure, enlretien 101,

p. 320.

134
Milly, dont
il

LE MILIEU.
était éloigné

d'une quinzaine de kilo

mètres. Lorsqu'à son mariage Lamartine en acquit
la jouissance,
il

lui

fit

subir [ilusieurs réparations

et

sacrifiant lui aussi à la

mode romantique, y

fit

ajouter des terrasses, des tourelles, dos fenêtres ogivales et dentelées
(|ui

ne vont pas sans déparer un

peu l'austère simplicité romane du bâtiment.

La partie orientale du château comprise entre les deux tours rondes remonte seule au moyen âge l'ensemble a été remanié à différentes époques et on
;

voit par les inventaires antérieurs à la Ré\olution
(fu'il

comprenait primitivement quatre grosses ton ns,
par un pont-levis et entourée de profonds
l'histoire
il

des murailles à créneaux qui enfermaient une cour

commandée
fossés.

De

ancienne du château, on sait
Charles
siècles,

peu de chose;
Téméraire; au

fut assiégé et pris par les Français
et
le
il

en 1471 lors des luttes entre Louis Xï
cours des xvu" et

xviii"

demeura
tiers

le

plus souvent inhabité, ce qui explique son
le
.'i(l

délabrement, achevé
qui
le

juillet I7HÎ)

parles émeu-

mutilèrent

,

et le pillèrent

entièrement.
de

Ce jour

tous

les et

habitants

Saint-Point,

vignerons, grangers

manuMivres, assemblés au son

de

la cloche,

forcèrent la grande porte, découronnè-

rent les tours, démolirent les charpentes et toitures,

brûlèrent

les

archives. L'affaire fut vite menée, sans

résistance possible de la part de l'intendant. Tout ce
qu'il

put obtenir d'eux fut qu'ils ne mettraient pas

le

feu au château, leur objectant que l'incendie pour-

LE DÉCOR.
rait

LES VOLSINS.

135

gagner

le

village.
et la

Les choses restèrent longla

temps en
acquéreur,

l'état,

Terreur vint achever

ruine

du domaine. Au moment où le chevalier s'en rendit la maison était inhabitable. La famille de Saint-Point posséda le château dont les seigneurs se qualifiaient marquis du


la

milieu du xiT siècle à

la

fin

du xvi\ L'un de

ses

membres, Guillaume de Saint-Point, seigneur de
Foretz, de
trace

Chanvant

et

de Clermatin, a laissé quelque

dans

l'histoire en

jouant un rôle assez imporoîi
il

tant pendant les guerres de religion

se dis-

tingua par ses cruautés. En 1557,

il

fut élu capitaine

du ban

et arrière-ban
les

de

la

noblesse du bailliage, et
le

combattit dans

armées catholiques; mais

meil-

leur de sa célébrité lui vient encore des farces de

Saint-Point, jeu qui consistait à noyer en Saône ses

prisonniers huguenots et où

il

conviait en grande
Il

pompe
dévasté

tous ses vassaux et amis.

finit

assassiné
il

par un jeune gentilhomme maçonnais dont
les biens, et ses

avait

aventures sont relatées dans
à

un ténébreux roman dédié
accueilli avec succès

Lamartine
le

et

qui fut

en 1845, car

public y trouce

vait

une occasion de pénétrer dans
'.

fameux châla gloire

teau de Saint-Point rendu populaire par

de

son propriétaire

Sa

fille

naturelle
la

et

légitimée

épousa en lo64
qui,

Antoine de

Tour de Saint-Vidal

comme

son

1.

Guillaume de Saint-Point, par J.-M. Grosset

(3 vol. in-8).

136
beau-frère, fut

LE MILIEU.

un des capitaines catholiques
les

les

plus

acharnés contre
gique
et fut

réformés;

il

eut

la

même

fin tra-

tué en duel. Sa veuve se remaria en 1596
ses biens à son petit-fils,
;

et à sa

mort légua

Claude
et fut

de Rochefort d'Ally

il

épousa Anne de Lucinge
qu'il
KiO.'J.

gouverneur de Saint-Jean de Losne

défendit

héroïquement contre
Saint- Point

les

Impériaux en

demeura propriété des Rochefort jusqu'au milieu du xvnr siècle; à cette époque il passa
par mariage aux mains de Charles Testu de Balincourt qui,
le

29 avril 1776, céda

le

marquisat

et ses

dépendances à Henry de Castellane, chevalier d'hon-

neur de
il

s'occupa

madame Sophie. Son fils en hérita en 1789; un moment de politique et ce fut lui qui
du 13 vendémiaire
la
il

à la journée

fit

battre

le

rappel

pour marcher contre

Convention. Condamné à
prit
la

mort par contumace,
l'année
acquitté.

fuite,

mais revint
et

suivante

se

constituer
il

prisonnier

fut

A
à

moitié ruiné,
des

allait

vendre Saint-Point
lorsqu'à
la

en

180D

marchands
le

de biens,

requête d'un créancier on procéda à une adjudication publique et,

10 février 1801, Pierre de

Lamar-

tine s'en rendit acquéreur au prix de 80 000 francs.

L'opération fut très fructueuse pour

lui car les bois

de

Saint-Point n'avaient pas été
:

taillés

depuis un

siècle

avec une coupe

il

rentra dans ses d(>bours.
et

Huant au vignoble, il était peu important donné depuis longtemps.

aban-

A

ce

moment,

le

château tombait en ruines. .Mme de

LE DÉCOR.

LES VOISINS.
c'est
((

137

Lamartine note dans son journal que
bien et

un bon

un pays agréable

»

;

«

c'est fort dévasté,

ajoutet-elle, et rien ne peut y flatter l'amour-propre ».

Au

début, les Lamartine n'y feront que de rares et
ils

courts séjours; plus lard,

semaines, en été

ou au moment

y passeront quelques des vendanges, lors-

que
dans

les

réparations indispensables auront été effecà

tuées

peu
la

peu. Mais la mère s'y rendra souvent

journée avec ses enfants, en char à bancs ou

à âne,

au long des
et

petits sentiers qui dévalent des
le

coteaux

raccourcissent

chemin.
délabrement de
tout d'abord

Dans

la

solitude
la

de

Milly et

le

Saint-Point,

jeune

femme connut
et

quelques heures de découragement
vite, pourtant,
elle

d'ennui. Très

et

comme

toujours en luttant contre

même,

elle

s'habitua à cette vie nouvelle.

Ses
la

devoirs du

mère vont l'absorber entièrement
elle

et,

première hésitation passée,
tions,
se

classera ses occupaet à

dévouera entièrement à son ménage

l'éducation de ses enfants.

La

vie à Milly était plus

que simple, car

les res-

sources,

modestes.
toutes
1

uniquement fondées sur les vignes, étaient En 1801, Mme de Lamartine qui assumait
charges, encaissait
les
;

les

revenus

et

donnait

GOO francs par an à son mari

en 1803, celui-ci
alloua à sa

reprit la direction

du ménage
et

:

il

femme
cette

600 francs par mois, douze pièces de vin
réserves

et les petites

de

Milly

de

Saint-Point.

Avec

138

LE MILIEU.
elle

somme
valier

assurait la vie quotidienne, payait l'en

trelien et l'éducation de ses filles tandis

que
fils

le

che-

s'occupait de la pension de leur générales. Leur fortune, on
et

et

des

charges

le voit,

était

modeste

on peut l'évaluer à une quinzaine de mille
se levait à l'aube, le père partait

francs de rente.

Le matin, on

dans
leurs

ses vignes, ou chassait; sa

femme commandait
la
le

huit vignerons et domestiques, surveillait
son, la lessive,
la

mai-

basse cour,

potager, et trouvait

encore quelques instants pour

commencer

la

pre-

mière éducation de ses enfants.
La journée, écrit-elle, n"est jamais assez longue pour ce que je voudrais faire, et mes forces sont épuisées avant que mon goût pour les occupations le soit. Je vais tous les jours à la messe de sept heures avec mes enfants; nous déjeunons ensuite, puis quelques soins de ménage, puis le travail en lisant tour à tour la Bible, une leçon de gramtout cela nous maire et la lecture de riiistoire de France conduit jusqu'au diner sans que personne ait trouvé le temps long. Après le diner, je donne récréation une heure. Nous reprenons ensuite l'ouvrage avec une lecture agréable que je tâche toujours de rendre instructive, jusqu'au goûter, après lequel on appiend par cœur des vers, de l'histoire de France et de la grammaire. Puis nous nous promenons jusqu'à la nuit et à la veillée pendant que je joue aux échecs avec mon mari, les enfants s'amusent et apprennent quelques vers des fables de Lafontaine. C'est toujours le. plan ordinaire de notre journée à quelques
:

différences près.

Lorsque l'année avait
allaient passer l'hiver à

été

bonne,

les

Lamartine
ce fut

Mâcon: au début,

dans

LE DECOR.

LES VOISINS.

139

une maison louée; en
tances de sa

I8O.0, le chevalier,

sur les ins-

femme,

se décida à l'acheter et la

paya

29 615 francs à M. Barthelot d'Ozenay un de leurs amis.
Elle portait le

numéro

io de la rue de l'Eglise

:

c'est

qu'à partir de 1805

ils

passeront tous

les hivers.

A

côté de la poétique description qu'en a faite
tine,
il

Lamarune

faut rapprocher celle de
:

Mme

Delahante, plus

véridique

((

L'entrée, dit-elle, ressemblait fort à
et

cave et tout y était plus que simple

fort triste;

nous avons

fait

bien des parties dans son jardin qui
les

était affreux,

mais dont

hautes murailles étaient

tapissées de roses blanches

».

Quelques voisins agréables animaient un peu cette
vie solitaire. C'étaient les de
XVIII'' siècle

Rambuteau,
et
le

très liés

au

avec

les

Lamartine

dont deux membres
futur préfet

signèrent à l'acte de baptême du poète;
de
la

Seine, Claude-Philibert, tout en étant

un peu

plus âgé que lui puisqu'il était né en 1781, fut son ami de jeunesse. Il avait épousé Mlle de Narbonne, fille du comte Louis, ministre de la guerre à la fin du

règne de Louis XVI,

et

devint plus tard très en faveur

auprès de Napoléon. Leur grand luxe, leur fastueuse
résidence de

sans écraser
écrivait
((

Champgrenon un peu la pauvre
:

n'allaient

pas

parfois

un jour

«

Après

Mme de Lamartine qui dîner Mme de Rambuteau
visite; elle
elle a

est

venue avec

ses

enfants faire une

((

passe beaucoup de temps à Paris, de fortune et

beaucoup
je vis

«

un grand

train.

Quand

son

«

beau carrosse, ajoute-t-elle mélancoliquement, ses

140
((

LE MILIEU.

superbes chevaux auprès de
page, j'eus un petit
reproche.... »
^

mon

modeste équi-

«
((

moment
il

de honte que je

me

A

Bussière et à Milly,

y avait l'abbd Durnont,
qui chassait avec
kii
;

grand ami du chevaher

et

les

du Sordet; M. de Valmont, vieux gentilliomme courtois et lettré,
et l'excellent
la

M. de Vaudran
il

:

empri-

sonné à Lyon pendant
à la liberté après
sière avec sa

Terreur
11

avait élé rendu

Thermidor.
et ses

s'établit alors à
et

Bus-

mère

sœurs

y demeura jusqu'à

sa
et

mort survenue en 1820.
brillant causeur

C'était, paraît-il,

un

érudit

qui

charmait l'enfant par de
ses premières leçons de
il

belles histoires et lui

donna

dessin et d'écriture. Plus tard,

le

patronna

à l'Aca-

démie de Màcon
poétiques, mais

et s'intéressa à ses

premiers essais
la

mourut sans connaître
qu'il

gloire de
Il

son ancien élève

aimait beaucoup.

était le

grand-oncle de Léon Bruys d'Ouilly, l'ami d'enfance
à qui sont dédiés les Itccueillcmeuls,

romanesque
le

et

beau garçon qui succéda à lord Byron dans
de
la

cœur
ruina

comtesse Guccioli, pour laquelle

il

se

complètement K
Parfois

on descendait en char
la i)elite

à bœufs,

raconte

Mme
l'abri

de Lamartine,
les

route en lacets qui ser-

pente à travers

vignes de Milly à Pierreclos. Là, à

d'un anti(iue donjon féodal qui
sur
1.1

commande une
Mdcon,

I.

Cf.,

f.uiiillc
:

!«ru\!^,

Ann.

de.

l'Ac iflémic. de

T- avril}, vol.

IX

la

F.unillc ISruys, par Paul MariLain.

LE DÉCOR.

LES VOISINS.

141

gorge étroite

et fleurie, vivait le

vieux comte Jean-

Baptiste de Pierreclau, colosse d'un autre temps et
qui,

malgré

la

Révolution, régnait toujours par

la

terreur sur ses anciens vassaux. Conseiller
trésorier de France à
il

du

roi et

Lyon

à la fin

du

xviii' siècle,

avait épousé Mlle de la Rochetaillée et menait

un

train de prince à

Màcon où

il

possédait deux magni-

fiques hôtels; la Terreur l'envoya en prison et dis-

persa sa famille.

Le calme
dévasté,

revenu,
proie
il

il

rentra

dans son

château
:

en

à

une fureur indicible

tant

bien que mal
l'avait

reprit sa vie,
lui.

mais au point où on

interrompue malgré
laissé

Dans

les

Confidences,

Lamartine nous a

un pittoresque tableau de
et

son existence, où revit l'étrange physionomie de ce
vieux royaliste irréductible
hautain.
((

Figure des
illettré et

romans de Walter
mais
fier et

Scott,

dit-il, vieillard

rude, sauvage, absolu sur sa famille, bon au fond,

dur de langage avec ses anciens vassaux
Révolution.

qui avaient saccagé sa demeure pendant les pre-

miers orages de

la

»

On
le

jouait, paraît-il, à I^ierreclos

du matin au
le

soir

et c'était la seule

manière de passer

temps; puis,

maître du château armé d'un porte-voix donnait
ordres à ses fermiers
la

les

du haut de
vallée.

la

terrasse

escarpée qui dominait

Ses six enfants se

mouraient d'ennui auprès de leur père.

Un

fils,

après

de romanesques aventures, s'était marié à la jeune fille d'un vieux chouan dangereux mégalomane qui

142

LE MILIEU.
le

eut son heure de célébrité,

baron Dézoteux-CorPlus

matin,
riale

et

habitait la splcndide résidence seigneu-

des

anciens
se liera

marquis d'Huxelles.

tard,

Lamartine
Pierreclau,

intimement avec
et

ce chevalier de

âme sentimentale
des

chevaleresque qui
de

avait

hérité
'.

sentiments monarchistes

son

père

A

Pierreclos, les

Lamartine retrouvaient encore quelle

ques débris de l'ancienne splendeur d'autrefois, car
vieux comte aimait
la

bonne chère

et la

musique.

Demeuré
chée,
il

très

grand seigneur malgré sa fortune ébréune urbanité un peu bourrue,
entrait dans des colères ter-

recevait avec

etsansjamaistolérerqu'on parlât politique. Lorsqu'on
touchait à ce sujet,
ribles
et
il

qui faisaient
la

trembler

les

siens; mais

il

aimait à ressusciter
nesse.

pompe

et l'étiquette
le

de sa jeu-

Mme

de Lamartine évoquait, en

voyant,

le

souvenir des grands seigneurs qu'elle avait connus

au Palais-Royal.
Les de Pierreclau étaient
les voisins les

plus liabi-

1. ,k'au-Iîaplisl(* Million de Piorrci-lau, haroii do Genves, comte de Bertze, seigneur de Pierreclos, né le 20 septembre 1737, marié à Saint-Ktienne en Forez, le 27 avril 1707, à Marguerite Bernon de Rochetaillée; il eut pour enfants: 1" Jean-Gal»riel, marié à .leanne-Théodoro Lahoricr; 2° Guillaume, marié à Nina Dézoteux; 3° Marguerite, mariée à M. Mongeis; 4" Jeanne, mariée au comte de Cliampmartin; 5" Antoinette, mariée au comte de Hegnold dcSériv.in; (i" Catherine, morte fille. Une fille de Jcan-Gahriel et de Jeanne-Théodore Lahorier fui la baronne de Montuilleur-UufTo, amie de Gluiteaubriand, et la fille unique de M. de Champmartiri épousa Niepce, l'un des inventeurs de la daguerréotypie.

LE DÉCOR.

LES VOISINS.

143

tuels des Lamartine, et c'est avec

eux souvent qu'on
sœur.

descendait jusqu'à Montceau et à Péroné, où vivaient,
très retirés,

François-Louis

et sa

Toute cette petite vie campagnarde, humble mais
bien remplie, est relatée quotidiennement dans
le

Journal intime. Point de grands événements, surtout
point de politique. Les bruits du

monde ne

leur par-

viennent que rarement,

et très affaiblis.

Le

nom

de

Bonaparte
par

sous

lequel l'Empereur

sera désigné

Mme
ce

de Lamartine
milieu.

— est
,

un objet d'exécration
après
les

dans
qu'ils

D'ailleurs

vicissitudes

viennent d'éprouver,

les

Lamartine sont heu-

reux du calme qu'ils possèdent maintenantet ne regrettent point
le

passé. Leur seul but désormais sera de

vivre en repos et d'élever leurs enfants simplement
et

chrétiennement, dans

le

respect des vieilles tradi-

tions

que rien chez eux

n'est

parvenu à

efl'acer.

Ainsi, à résumer cette première enfance de
tine,

Lamar-

qui s'étend de 1790 à 1800, on voit qu'il eut
la suite

quelque raison par

de s'écrier romantiqueles

ment

:

«

Et Ion s'étonne que

hommes dont

la

vie date de ces jours sinistres aient apporté en nais-

sant un goût de tristesse et une empreinte de mélancolie

dans

le

génie français
je

!

Que

l'on

songe au

lait

aigri

de larmes que
la

reçus

moi-même de ma mère
une
captila

pendant que

famille entière était dans

vité qui ne s'ouvrait

que pour

mort!

» Il

n'y a pas
:

que de l'emphase dans

cette lyrique

exclamation

144
les

LE MILIEU.
premières impressions de l'enfant ne furent que
il

tristesses et craintes, et

sera

longtemps sans

coii-

naître la douceur et l'habitude d'un foyer. Plus tard,

vers

huit ans,

il

n'aura pas d'autres camarades à

Milly cjue les petits paysans du village, dont

Mme

de

Lamartine redoutera un peu
alors de le garder
lera sur lui avec
le

la société. Elle s'efforcera

plus possible près d'elle, et veilsollicitude.
celle
le

une inquiète

Son àme

mélancolique influera peu à peu sur

de l'enfant

dont
et

elle

essayera encore d'atténuer
elle, et

caractère vif
la

bruyant, d'après

qui déjà commençait à

tourmenter pour

l'avenir.

TROISIÈME PARTIE

LES ANNEES D'ETUDE

10

CHAPITRE
L'ABBE

I

OUMONT
les

'

Lorsqu'à rautomne de 1797
s'établir à Milly,

Lamartine vinrent
de
l'enfant

on imagine qu'au milieu de leurs
avait

épreuves
été très
cette

la

première éducation

négligée. Mais les écoles

manquaient dans

campagne perdue d'où l'on ne pouvait chaqVie le conduire à Mùcon Mme de Lamartine, malgré le petit programme élaboré par elle, n'avait
matin
.

pas, à l'entendre,

beaucoup de temps pour
D'ailleurs
de
la

l'applielle-

quer
i.

rigoureusement.
et bibliograpliie

elle

avoue
:

Sources

troisième partie

Journal
:

intime (passim). Archives de Saint-Point.

Pour l'abbé Dûment

Archives municipales de Bussièrcs et de Pierreclos, Archives départementales de Saône-ct-Loire, et les notes inédites de M. Paul

Maritain

conservées
la

aujourd'bui

à

l'Académie

de

Mâcon

:

nous en devons
geance.

communication à M. A. Duréault, secrétaire perpétuel de cette société, que nous remercions ici de son obliPour
le

le Séjour de Lamartine à Belley, complétée, 1901). Histoire du collège-séminaire de Belley, par l'abbé Rochet (Lyon, 1898, in-8). Les Vies des Pères Varin, Debrosses et Jenesseaux, par le père
:

collège de Belley
(3''

par M. Dejey

éd.,

Guidée

(Paris, 1839-GO).

148

LES ANNÉES D'ÉTUDE({u'une
fois

même
finit

passée

Tardeur des débuts

elle

vite par en ressentir iiuebjue

lassitude et une

certaine appréliension.

Son
((

désir perpétuel de trou-

ver ce qu'elle

nomme
fois

le

juste milieu » lui faisait

craindre à

la

de montrer troj^ de mansuétude
Elle
se

ou

trop

de

sévérité.

décida alors à

cherles

cher

autre

chose

;

conservant

pour

sa

part

lectures à haute voix elle confia son

fils

au curé de
interrompu

Bussière, petit village distant de quelques kilomètres,
et

dont

dépendait

Milly

le

culte

en 1792 n'avait pas

été rétabli.

L'abbé

Dumont

a laissé sur son élève

une impres-

sion profonde et qui ne s'affaiblit jamais. Plus tard

Lamartine créera autour de son ancien maître une
atmosphère de légende
dences, soulèvera
sa vie avait
et

dans

les

Nouvelles Confi-

un coin du servi de thème

voile:

on sut alors que

original au
récits
il

poème de
difficile

Jocelyn, mais

comme

les

deux

n'allaient pas

sans se contredire fréquemment,
de démêler quelle était
celle
la

devenait

part de l'imagination et

de

la

réalité.
s'ils

Pourtant quelques
percent pas

documents
le

nouveaux, davantage
du poète.

no

complètement

mystère de son existence,
et

l'éclairent tout

au moins
le récit

sur bien des points confirment

D'après Lamartine, l'abbé

Dumont

était

né d'une

famille plébéienne dans la maison

môme

de l'ancien

curé de Bussière, François-Antoine Destrc.

Au

cours

l'abbé dumont.

149

d'une visite au presbytère, l'év^êque de Màcon avait
été frappé de la
très

belle

figure et des aptitudes
il

remarquables

de

Tenfant;

lavait alors

pris

à

l'évéché, en qualité de secrétaire. Survint la
tion, qui le surprit

Révolu-

au moment où

il

allait

prononcer

ses

vœux; mais quelques pages plus
cette

loin

Lamartine
qu'il

contredit

affirmation
le

et

nous apprend

fut jeté malgré lui dans

sacerdoce, la veille

même

du jour où

ce sacerdoce allait être ruiné en France.

On

verra plus loin qu'aucune de ces deux versions

n'est exacte.

Au

rétablissement du culte,

Dumont

fut

nommé

curé de Bussière et c'est à cette époque que
le

Lamartine
goûts

connut.
la

Le jeune prêtre n'avait pas
étaient ceux

vocation
,

;

tous ses

d'un gentilhomme

toutes ses

habitudes étaient celles d'un soldat. Beau de visage,

grand de

taille, fier
il

d'attitude, grave et mélancolique
parlait a sa

de physionomie,

mère avec tendresse,
dédain
et

au curé avec respect, à
supériorité.
l'on

ses écoliers avec
était
la

Son unique passion

chasse, et
,

voyait chez lui des sabres, des couteaux

des

fouets, des bottes à l'ecuyère, tout

un attirail de veneur

qui voisinait avec des objets de goût.

On

sentait au

son mâle

et

ferme de sa voix
se

que son caractère naturel
de son état.
Il

ameublement vengeait du contresens
et à cet

était instruit,

et

les

nombreux volumes de

sa

bibliothèque attestaient sa culture. Mais les livres,

comme

les

meubles, étaient très peu canoniques

:

150
c'étaient

LES ANNÉES D ÉTUDE.

Raynal, Jean-Jacques, Voltaire, des romans
les

du temps,
naires, car
«

encyclopédistes, en
et

même temps que
cette

des brochures
il

des journaux contre-révolution-

était légitimiste. «

Toute

haine de
la

la

Révolution et toute cette philosophie dont
la

«
({

Révolution avait été

conséquence, dit Lamartine,

se conciliaient très bien alors
;

dans

la

plupart des

c(

((

hommes de cette époque leur âme était un chaos, comme la société nouvelle. Us ne s'y reconnaissaient plus.
le

«

»

Cette phrase fut sans doute l'excuse

que trouva

poète à la déroutante psychologie du

curé de Bussière; mais voici une plus grave révélation
«
((
:

((

Il

était aisé

de voir que l'abbé
le

Dumont
était

était

philosophe

comme

siècle

il

né.

Les

mystères du christianisme

qu'il accomplissait par

((

honneur

et

par conformité avec son état ne lui

((

semblaient guère qu'un rituel sans conséquences;
cependant, bien que son esprit fût incrédule, son

((

((

âme

amollie par l'infortune était pieuse. »

Tel était l'abbé
prêtre.

Dumont

selon Lamartine, athée et
cet

Quant aux causes de
elles

incohérent

état

d'âme,

sont expliquées plus loin par un téné-

breux

récit

le

curé de Bussière ajjparaît

comme
loin

échappé d'un roman d'amour, aigri par ses infortunes
et

relégué dans une

misérable

campagne
ce

du

monde

qu'il avait tant aimé. dire,

A
que

vrai

on comprend que

portrait soit

accueilli avec (pielques réserves.
les

Comment admettre
à

Lamartine aient confié

leui" fils

un

|)rêtre

l'abbé dumont.

151
la région,

mi-soudard, mi-voltairicii

et

dont toute
les

an dire

même dn

poète, connaissait
ses allures

aventures?
il

comment admettre que
des
familiers

— car

était

un

de iMilly

n'aient pas éveillé d'in-

quiets soupçons chez la pieuse

Mme

de Lamartine?

Comment
esquissé

admettre, enfin, cet invraisemblable
et

roman
rétabli

poétisé
les
il

d'abord

dans

Jorelijn

,

plus tard dans

Confidences el leur suite?
faut reconnaître que les pages con-

Et pourtant,
sacrées à l'abbé

Dumont

sont exactes

:

il

est hors de

doute qu'à une époque

difficile à préciser
le

Lamartine

reçut de son premier maître

dépôt d'un douloureux

secret qui les lia l'un à l'autre d'une étroite amitié et

révéla alors au jeune
la détresse

homme

les véritables

motifs de

morale, des

allures étranges et souvent

inquiétantes de l'abbé

Dumont.
naquit
à
la

Antoine-François
Bussière
le

Dumont

cure de

29 juin 1764

et déjà, à relever les ditïé-

rcnccs d'état civil que l'on trouve dans deux ouvrages

qui parlent de

lui,

on constate un premier mystère.
le

L'un
en

le fait

naîtreà Charnay
et filleul de

24 juillet 1756

',

l'autre

fait le

neveu

François Antoine Destre,
il

alors

curé de Bussière et à qui

succéda-. Or,

il

serait aussi vain d'aller rechercher

son acte de bap-

tême
pièces
1.

à

Charnay, que d'essayer d'établir sur quelles
était la

on a pu prétendre que sa mère
Ch au mont,
op. op.
cit.
cit.

sœur de

Ablié

2.

Mgr Rameau,

152

LES ANNÉES D'ÉTUDE-

Destre. Lamartine,
siôre «

on

l'a

vu

l'a

fait

naître à Busm et
il

dans

la

maison

même

de l'ancien curé
ainsi.

avait ses

raisons

pour parler

Car Antoine-

François
était
fils

Dumont

qui, suivant son acte de

baptême,

de Philippe

Dumont

et

de Marie Charnay,

tous deux au service du
n'était alors, parait-il,

curé Destre, était

et ce

un mystère pour personne
ci,

fils

de Destre

et

de sa servante. Celui
et lui

d'ailleurs, fut le

parrain de l'enfant

imposa

même

ses

prénoms;

par

la suite,

il

le

logea chez lui sa vie durant, et lui

assura une éducation soignée très supérieure à son

humble origine
lira

officielle.

Deux

lettres

de Destre qu'on

plus loin prouvent l'affection qu'il porta toujours

au jeune

homme

:

en mourant,

il

l'institua

son léga-

taire universel alors

que

le

fils

cadet et véritable de

Philippe

Dumont, né en

1768, fut élevé

modestement

par ses parents et devint huissier à Màcon. Toutceci,
il

est vrai, ne prouverait rien et pourrait s'expliquer
fait

aisément du
il

que Destre s'attacha-à l'enfant dont
mais rapproché de
la

était parrain;

tradition locale

qui subsiste encore et surtout des deux erreurs, qui
d'ailleurs

ne s'accordent pas entre

elles et

dont on ne

peut autrement s'expliquer l'origine dans des ouvrages
très

soigneusement documentés, semble autoriser

cette

version, explicitement admise par Lamartine.

Nous n'avons rien de précis sur la jeunesse de PYançois Dumont; toutefois un fait est certain
:

il

n'était

nullement entré dans

les

ordres

avant

la

Révolution,

comme

l'a

prétendu l'abbé

Chaumont

l'abbé dumont.

153

après Lamartine, et on chercherait inutilement trace

de son serment à

de son
il

fut

la constitution civile du clergé ou emprisonnement comme non assermenté; libre pendant la Terreur et dans tous les actes
11

le

concernant de 1791 à 1793

est

simplement qua-

lifié

de négociant en vins à Bussière, se montrant

partout et nullement inquiété.

A
rare

partir de 1793, François

Dumont

régit avec

un

dévouement

ce qui restait des biens de la famille

de Pierreclau. Le vieux comte Jean-Baptiste avait été
traîné en prison; avant de partir, eut-il le
confier secrètement une

temps de

somme

importante au jeune

homme,
sembler

avec des instructions précises pour rasles

débris du patrimoine qui allait être vendu nationalement? cela paraît probable, car tous les achats de terres que fit alors en son nom propre

François

Dumont

furent restitués plus tard par lui à

leur ancien possesseur.

Le 18 fructidor an
les récoltes

II, il

achète pour 13 100 livres
«

provenant des

émigrés, déportés, con».

damnés

et

détenus Michon, cy devant Pierreclau
il

Le

22 pluviôse,

est

signalé dans
il

un procès-verbal

d'inventaire du château où

habitait depuis le pillage

qui avait suivi
lors de
et

la

défense désespérée de Jean-Baptiste

son arrestation; on y trouve, dans sa chambre

caché soigneusement au fond de vieux tonneaux,
intacts.
les

tout ce qu'il a pu ramasser d'objets

A

la
la

même

date, les vignerons certifient

que

vins de

dernière récolte consistant en

18 pièces ont été

vendus

154
«

LES ANNÉES d'kTL'DE.

parlecitoyen Antoine-François Diimont, nnarchancl

à Bussière, et

payés par

lui à la

citoyenne Miclion

»

;

lui-même exhibe

ses quittances et ses pouvoirs en règle.

Dans le courant de 1793, il rachète ainsi en sous main la plupart des biens de Jean-Baptiste et les
récoltes qui sont

vendues sur

i)ied.

Le 12 fructidor
de
la

an IV
«

il

est

acquéreur pour 3
))

6;)0 livres

maison

cy devant presbytérale
le

de Bussière, avec ses dépenla vieille
il

dances;

19 pluviôse

an V. de

église de

Pierreclos et dans les

deux actes de vente

est qualifié

de « nég'ociant demeurant à Bussière
toute
la

». Bref,

pendant
de tout

Terreur,

il

apparaît

comme

le

véritable fondé

de pouvoirs de Jean-Baptiste,
ce

et dépositaire

que

celui-ci a

pu sauver d'or avant son emprison-

nement. C'est un
Lamartine, on
((

homme
l'a

d'afïaires

prudent

et actif,

et rien en lui ne fait prévoir

une vocation

religieuse.

vu, a écrit qu'il avait été jeté
le

malgré

lui
le

))

dans

sacerdoce, la veille

même du
France.

jour

sacerdoce allait être ruiné en
certes,

Malgré
réalité

lui,

mais après

la

Bévolution.
fut

En
le

Antoine-François
et

Dumont

ordonné

7

janvier 1798

nommé
curé

aussitôt vicaire à Bus-

sière,

le

culte venait de

recommencer sous

la

direction

de l'ancien

Destre qui, ayant prêté

serment, n'avait pas été inquiété.

Quel événement soudain avait modifié
jeune
était

la

vie

du

homme?
le

quelle volonté plus forte que la sienne

venue

contraindre de renoncer au

monde? Ce
(]c'

n'est pas ck lui-mrnip et

dans un moment

détresse

l'abbé dumont.
qu'il

155
l'a

prit

cette

décision,

comme

raconté aussi

Lamarline, sans prendre garde qu'il se contredisait
en l'espace de quelques pages. Mais
le

roman d'amour

dont

il

a parlé est véridicfue, et s'il

en a tlénaturé quel-

ques détails pour dépister
l'honneur d'une famille,

les
il

curiosités et respecter

est

du moins exact que

François-Antoine

Dumont
il

expia par trente-cinq ans

d'une vie à laquelle
tement,
noblesse.
étouffer
le

ne se plia jamais complè-

la

faute d'avoir séduit
celle ci et
le

une jeune

fille

de

la

La mère de
que

Destre parvinrent à
la

scandale que
François

père ignora toujours, à

condition

Dumont
la

disparaîtrait
fille

du

monde. Peu de temps après
à
et

jeune

fut mariée

un

vieillard, et l'enfant

né des amours de Jocelyn
la

de Laurence fut élevé à
Ici se

campagne où
qu'il

il

mourut.

place
:

un problème

semble assez délicat
(fue la

de résoudre
faute de

poucquoi Lamartine, sachant

l'abbé

Dumont

était

antérieure à

sa vie

ecclésiasti(iue,

n'a-t-il

pas déchargé sa mémoire de ce

qui, à ses yeux, devenait alors

un crime? La

figure du'

pauvre vicaire n'en

serait-elle

pas sortie grandie par

une

telle

expiation et n'eût-il pas, du

même

coup,

donné

l'explication la meilleure des allures de l'abbé

Dumont?
Celui-ci se résigna

mal

à ses nouvelles fonctions.
il fit

Aigri, blessé, resté jeune et ardent,
la

en chaire de
la

propagande royaliste pres(iue dès son entrée à
le

cure. Les autorités s'émurent et

7

décembre 1798

156

LES ANNÉES D'ÉTUDE.
((

Téglise de Bussière fut fermée à

nouveau pour cause du fanatisme anti-républicain du curé )). Elle rouvrit
en 1799 sur
la

demande,

paraît-il, des paroissiens,

mais

cette fois

Mgr Moreau devenu évêque d'Autun,
Destre de se faire remplacer par
l'âge et les

dut recommander plus de pondération à son ancien
élève,
lui.

et interdit à

Le vieux Destre, pourtant, accablé par
les registres

infirmités, céda bientôt la place à son vicaire; à partir

du 20 septembre 1801
la

paroissiaux portent

signature de Tabbé Dumont, bien ({ue Destre n ait

été officiellement

remplacé par

lui

qu'en 1803.

De
l'abbé
partir

cette date jusqu'à sa mort,

survenue en 183i,

Dumont
la

fut curé de Bussière, et de Milly à

de 1808, époque où les deux villages furent

réunis sous
bytère où
il

même

lors,

autorité.
et

11

habitait

le

petit pres-

était

qui en 1793 avait abrité ses
la

amours. Dès

on s'imagine aisément

vie

du

malheureux

et

tout ce qu'en a dit Lamartine s'éciaire

d'une émouvante et douloureuse sincérité. Cette cure
existe toujours
:

c'est

une maison bourgeoise,
de

bâtie

au débul du

.\viii«

siècle i)ar les soins

la famille

de

Pierreclau, et

qu'il

avait meublée sans l'habituelle

simplicité des curés de

campagne

;

à sa

mort on vendit

un grand
et

lit

Louis XV^l, une belle console dorée, des

chaises finement sculptées, un baromètre en bois doré
divers autres objets de valeur

qm
», sa

furent acquis

à

des prix dérisoires.
«

Il

léguait à Lamartine, qu'il
et
et

nommait

son bienfaiteur

ami

bibliothèque,

ses gravures

— Louis X\'l

Marie-Antoinette,

— sa

LABBÉ DUMONT.
montre en or
ac(|uitté
«

157
le

et la petite

pendule dont
».

prix a été

par

Mme
fit

de Lamartine mère

Près de sa

tombe, qu'on voit encore au cimetière de Bussière, son
ancien élève
élever

une pierre avec ces quelques

mots

:

A

la

mémoire de Duniont, curé de Bussière

et

de Milly

pendant près de quarante ans, né et mort pauvre comme son divin maître, Alphonse de Lamartine, son ami, a consacré cette pierre près de l'église pour perpétuer parmi le troupeau le souvenir du l)on pasteur. 1832.

Contradiction encore que cette épitaphe! car,
d'après Lamartine, l'abbé

même

Dumont

ne fut pas un bon

pasteur. Le fardeau d'une mission imposée lui pesait

lourdement,
quentes.

et ses révoltes
vie,

intérieures étaient fréil

De son ancienne
fidèles,

avait gardé la

flamme

et l'ardeur, et le

poète a raconté ces longues courses

avec ses chiens

dont

la

chasse était

le

prétexte,

mais où

il

essayait de briser ses longues détresses par

la fatigue.

Royaliste intransigeant

il

le

demeura tou-

jours, et c'est peut-être l'origine de son amitié avec Pierre de
habituel.
tine

Lamartine dont il était le compagnon le plus Dans son Journal, pourtant, Mme de Lamaret

en parle à peine,

comme
vu
(jue

d'un grand chasseur

qui venait souvent s'asseoir à leur table et partager
leur solitude. Mais

on

a

dans son testament
le

l'abbé
lui

Dumont
le

appelait Lamartine son ami;

poète
le

rendit

même hommage
ainsi
:

sur sa tombe et

poème de Jocelyn débute
Jetais
le seul

ami

qu'il eût sur cette terre.

158

LES ANNÉES D ÉTUDE.
:

Et Lamartine disait vrai

il

fut

le

seul
le

ami de

l'abbé

Dumont,
L'abbé

le

seul qui

connût jamais

douloureux

secret de cette existence brisée.

Dumont

était légitimiste

et

cela apparaît

surtout dans ses registres paroissiaux;
sière et

comme

Bus-

Milly ne comptaient guère que

000 habi-

tants,

il

n'avait pas grand'chose à y transcrire. Aussi

avait-il pris l'habitude d'y tenir

une sorte de journal

des événements auxquels

il

assistait et,

machina-

lement,
nelles

il

les

entremêlait de brèves réflexions person-

l'an trouve trace de sa haine violente contre
il

Napoléon. En I8O0
«

écrivait

:

Buonaparte
lui

est arrivé à

Màcon

le

dimanche
»

7 avril

ayant avec
de
lit

Joséphine. Cette belle majesté est sortie
le

la

préfecture
:

lendemain à cheval.

De même, on
fils le

en 1811

«

Marie-Louise est accouchée d'un
eùt-il

20 mars. Buonaparte
diait à

jamais cru. lorsqu'il éturoi

Brienne où notre bon
qu'il

Louis

XVI
le

payait
des

sa

pension,

épouserait un jour une

fille

Césars d'Autriche et qu'il serait assis sur

trône de

France?

»

A

partir

de

1815,

il

prendra l'habitude
la

chaque 21 janvier de célébrer en chaire
roi-martyr, et de
((

mémoire du
le ».

lire

à ses paroissiens assemblés
»,

testament du juste

de

((

l'auguste

victime

Lamartine qui sur

sa

tombe rendit pourtant un
foi était

hommage
faite

public à ses vertus chrétiennes, nous a

dit d'autre part

combien sa

chancelante
lui

et

de revirements. Les livres qu'il
:

légua n'ont
et Vol-

aucun caractère religieux

«

Rousseau, Diderot

LABBÉ DUMONT.
taire

lo9
les Lettres
».

y voisinent avec Saint-Simon,
l'évèché,

de

la

Palatine, Machiavel, l'Arioste et d'autres...

A

on

le

jugeait mal et labbé Faraud,
ses aventures

vicaire général de

Màcon. connaissait
son caractère
les

en

même temps que
liésitation
et
il

difficile.

En 1797 on
lettres

ne l'avait admis dans
était

ordres qu'avec une certaine
les

mal noté;

deux
fut

qui
cet
le

suivent nous renseignent très suffisamment à

égard
2 juin

:

Tune
IfSOl à

émane de Destre
l'abbé
le

et

écrite

Faraud pour

le prier

d'excuser

auprès de l'évèque
de son
«
((

peu d'application

et

l'humeur

filleul

:

...

Vous m'avez
:

offert

vos services auprès de
lui dire

M

l'Evêque

je

vous prie de

que

je

supplie

i<

Sa Grandeur de

me

confier la conduite de raljbé
lui

((

Dumont
tère.
il

qui ira de temps à autre

présenter nos

((

regrets lorsqu'il sera visible. Je connais son carac-

((

En

lui

parlant avec douceur et sans tracasserie

«
c<

exercera son ministère à

ma

satisfaction et à celle
il

de beaucoup de fidèles qui l'ont regretté quand
été obligé

a

«
«
((

d'abandonner

ses fonctions et
ils le

qui

me

demandent depuis longtemps quand
et

verront
'.

l'entendront à l'autel et au confessionnal
je puisse le

Pour
moi.
il

«
((

que

déterminer,

il

faut que je puisse lui
et à

dire qu'il n'aura affaire qu'à

M. l'Evêque

((

Je ne lui dirai de dire la messe que
1.

quand

se

On

Duinoiit

a vu ([uc l'éjliso avait été fermée en 1798, et nue l'abbé reçut, lorsqu'elle rouvrit, l'interdiction d'y dire la
il

messe régulièrement, comme

en avait

pris l'habitude.

160
« «
<(

LES ANNÉES D'KTLDE.
disposé.

croira

En

attendant,

jcspèro
Il

que

le

Seigneur

me donnera
peine d'y voir

des forces.

y a bientôt
il

quarante ans que
bien de
((

je sers cette paroisse,
le

me

ferait

((

la

service divin interrompu.
et à l'abbé

Monseigneur m'a permis
pouvoirs quil
s'est

Dumont d'user
il

«
((

des

réservés cl

m'a recom-

«
((

mandé d'en user largement. Sans doute il Ta aussi recommandé à l'abbé Dumont nous tâcherons de
:

remplir ses instructions....

»

L'abbé Faraud, qui savait évidemment à quoi s'en
tenir sur

Dumont,

fît

parvenir à l'évêque
celle-ci
:

la lettre

de

Destre qu'il accompagna de

Ce mercredi matin
«
((

3 juin 1801.

Voici, Monseigneur,
serait

une

lettre

du curé de Businsolente
si

sière qui

probablement

elle

((

n'était essentiellement bête.
«

Nous avons pensé,
que
ce qui

puisqu'il

annonce que pour
il

((

ce qui le concerne ainsi

que M. Dumont

ne reconqu'il

((

naît

émane directement de vous,
la

((

fallait

que vous

prissiez la peine de lui répondre,

((

et j'ai

l'honneur de vous envoyer
devoir
lui

réponse que
Si

«
((

nous estimons
signer et de

cire

faite.
la

vous
la

daignez l'approuver, auriez-vous

bonté de
la

«
«

me

la

renvoyer pour

(|ue je

fasse

parvenir à son destinataire?
((

M. Dumont

est

une espèce de liouzard qui dans
été paralysé.
il

((

les
le

temps ordinaires aurait
besoin qu'on a d'ouvriers,

Attendu

((

faut bien se résigner

L'ABBÉ DUMONT.
((

161
et

à

l'employer,

mais non à Bussière

dans

les

((

environs où sa conduite a été scandaleuse
jactances plus scandaleuses encore'.
»

et ses

«

Mais Monseigneur Moreau qui gardait sans doute
quelque souvenir à son ancien protégé
les
il

et connaissait

causes de son humeur,

le

conserva à Bussière où

demeura jusqu'à
Ces révoltes

sa mort.

et ces crises

de découragement étaient
et,

fréquentes chez labbé

Dumont

pour

le
:

ramener,
lui parler

on voit

les

moyens
et
il

qu'il fallait

employer

«

avec douceur

sans tracasserie, ne

lui faire dire la

messe que quand

se croyait disposé ». Ceci

confirme

tout ce (|ue Lamartine a dit de sa nature hautaine et
intraitable, et

nous savons encore

qu'il la

garda tou-

jours, puisqu'on en retrouve la trace

dans ses registres

où son écriture élégante

et

aristocratiquement sau-

poudrée de paillettes d'or contraste étrangement avec
les

grossières signatures de ses prédécesseurs.
1805,
il

En

écrit
le

:

«

Pie

VU, souverain-pontife,

est

arrivé à

Màcon

lundi 22 avril.
le

— J'ai baisé sa
que
lui

mule.

Le clergé romain qui
Ce sont
l'arrivée

suivait était mis salement. »
réflexions

toutes

les

suggéra
d'allé-

du pape
le

accueillie en

France avec tant

gresse par

clergé, qui

y

vit le

triomphe

définitif

de

Ces deux lettres, qui sont conservées aux archives épiscoété communiquées à l'Académie de Mâcon par M. le chanoine Muguet, curé de Sully. (Cf. procès-verbal de la séance du 10 janvier 1907.)
1.

pnles d'Autun, ont

11

1G2
la religion
((

LKS ANNÉES D'ëTLDE.
catholique.

Lui-même

a souligné les

mois

:

j'ai

baisé sa

mule
dans

»),

comme

s'il

s'en étonnait, et les

manières de gentilhomme dont a parlé Lamartine
se retrouvent
la suite la

brève épithète qu'il applique à

du Saint-Père.

Enlîn, en octobre 1812, l'abbé certant (|ue jamais,
se
fit

Dumont, plus déconà
la

affilier

loge francet
le

maçonnique de
17

Màcon,
fut reçu
était-il

la

Parfaite

Union,

décembre

il

maçon K A quelle nouvelle
donc en
proie, lui royaliste
et

déroule morale
et pçètre,
la

pour s'unir au parti du libéralisme
n'a-t-il

de

libre

pensée? Lamartine
:

pas voulu
était

l'en

excuser lorsqu'il écrivait

«

Son âme

un chaos

comme

la société
)).

nouvelle, lui-même ne s'y reconnais-

sait plus

A

tout cela,

il

faut ajouter

que l'abbé Dumont avait
et

conservé des habitudes de dépense
cadraient mal

de luxe

(jui

avec ses

humbles

fondions.
lui

Dans

toutes les lettres

que Lamartine
«

adressa et qui

figurent dans
s'agit

la

Correspondance, on voit ([uil ne
:

que d'argent

J'espère

aller

à
..

la
».

lin
((

de
Per-

l'automne vous délivrer de vos huissiers
mettez-moi de vous
offrir

une seconde

petite offrande
»

de cent écus pour vous remettre à votre courant....

Et

ceci,

plus significatif encore
f|ue je

:

((

Ma mère m'a
tôl

informé de vos embarras
I.

prévoyais bien

ou

Les

|)iufcs-verli;iiix

M.

.Marilaiii et ligureril

dans

des deux séances oui ele coiiies par avait réuni sur le dossier f|iril

UUMiilIll.

l'abbé dumont.
tard devoir vous accabler, mais
il

163

y a remède
».

:

vous
:

auriez du, au lieu d'atteudre l'huissier, m'écrire
dois tant à tels et
tels,

Je

à telle époque...

La lamen-

table correspondance se poursuivit jusqu'au dernier

jour

:

((

Je continuerai

mon

petit
».

supplément, vos
((

dettes seront payées peu à peu...

Dites à tous vos

créanciers à qui
arrivée
à

j'ai

signé vos petits billets qu'à
ils

mon

Saint- Point
))

pourront

les

apporter et

seront payés'....

Et ce n'était pas pour
l'abbé

le

bien de ses paroissiens que
il

Dumont

se ruinait ainsi;

aimait

le

luxe et

avait meublé sa petite maison, toute pleine de doulou-

reux

et

charmants souvenirs du passé, comme un nid

d'amoureux plutôt que

comme une cure de campagne.
mort on vendit des objets de
et

On

a déjà

vu qu'à

sa

valeur, et voici

une épitre en vers adressée par M. de

l'on

Montherot à Lamartine son beau-frère,
trouve un passage qui éclaire encore
obérée de l'abbé
Ainsi, pour
:

la

situation

Ou de
Donc

celles, plutôt,

commencer, parlons de nos aflaires, du curé de Bussières
:

ce pauvre pasteur

quun
:

déficit

chargeait

Verra, grâce à vos soins, s'éclaircir son budget.

Vous avez bien raison pour une faible somme, Il est doux d'assurer le repos dun brave homme. Qu'il le doive à nous deux ou plutôt à nous trois; Votre mère lait mieux que vous et moi, je crois.

La douleur s'adoucit au miel de sa parole. Nous donnons des écus, elle plaint et console;
1.

Cf. Corn^spondanct',

t.

IV,

p. 41, G9,

84,

134, 203, 271.

164

LES ANNEES D'ETUDE.
reconnaissance elle a bien plus de droits. do bien bon cœur, je Tavoue, à la liste
t[u'il

A
De

la

J'ai ri

tous les créanciers

traînait à sa piste

:


Il

Entre autres y figure un marchand d'objets d'arts, Trésors qui de l'abbé fascinaient les regards, Ah! que ma cheminée, Des tableaux, des émaux.... Pour quatre ou cinq cents francs, paraîtrait bien ornée! Mais je ne les ai pas, ces quatre ou cinq cents francs! Je vous ferai crédit, vous paîi'ez dans quatre ans. Et voilà, pauvre abbé, voilà comme on s'enfunce! Et voilà justement comme mon pauvie Alphonse, Dit votre bonne mère, autrefois calcuhiit

— —

:

avait à Paris cheval, cabriolet,

Lorsque 1 oOO francs étaient, pour une année, La somme à l'étourdi par son père donnée
'
!

Mais,
labijù

malgré rinépuisable c(vur de

l.nmnrlino.
sa

Diimont sendeltait toujours. A

mort,

il

laissait

un passif de 4io2 francs
la

(jui

ne fut pas entiè-

rement liquidé par
terie

vente publique de ses meubles,

d'autant qu'il avait déjà pris soin de distraire l'argen-

de sa succession pour

la

remettre à son frère,
bien

huissier à

Màcon, en

lui

recommandant

de

répudier l'héritage.

La vie de rabiu'

l)iiinont

(|iie

nous venons seuleplus

ment

d'esquisser
le

ici,

mériterait d'être étudiée
oîi

complètement

jour

les

archives épiscopales

d'Autun
1.

seront

classées

et

ouvertes

au

public.

Archives de Saint-Point.
:

La
».

Icllro

(>st

Suscriplion

-

A monsieur de Laniarline,

datée du 25 mais 1828. cliar^^é des alTaires de

France, Florence, Toscane

l'abbé dumont.

165

Comme

l'a

dit

Lamartine,

il

fut le

modèle secret de

Jocelyn, et surtout joua

un

rôle très

grand dans
culte

la

jeunesse du poète.

Nous savons qu'en
petite école

1798,

lorsque

le

fut

rétabli à Bussière, Destre et

Dumont

ouvrirent une

pour

les

fréquenta trois ans
tard,

enfants du pays. Lamartine y sa mère l'a mentionné plus
,

mais ces leçons furent insignifiantes.
il

Par

la suite
la

apprit à

mieux connaître son ancien
il

maître et

façon dont

en a parlé dans toute son
à 1820,
et à

œuvre prouve que de 1810
années
qu'il

pendant

les

longues

passa à Milly

Màcon en

proie à

un

accablant malaise moral,

le

curé de Bussière fut son
les détails

confident habituel et connut tous
état

de cet

d'âme maladif que
le

reflète

la

Correspondance.

Sans doute
dévoré par

prêtre sans vocation reconnut-il

un peu
à tour
:

de lui-même dans cet adolescent inquiet, tour
l'activité

ou meurtri par

la

lassitude

toutes ses aspirations lointaines, tous

ses rêves de

jeunesse,

ses

élans,
ses

ses

rêves

brisés

vécurent à
intimité

nouveau devant

yeux.

De

cette

étroite, ces confidences de part et d'autre, transcrites

par Lamartine avec tant de

fidélité.

Plus tard, en mémoire de ces heures
poète adoucit
l'abbé
le

communes,

le

plus qu'il put l'existence pénible de
Il

Dumont.
fit

le

reçut à Saint-Point, l'invita à

Paris, le

participer à toutes ses joies, à toutes ses

douleurs, et consacra enfin sa mémoire par

un poème

où revit, purifiée

et

grandie,

la

misérable vie du

166

LES ANNÉES D'ÉTUDE.
Biissière.
et

pauvre curé de

La

réalité,

pourtaut. fut

autrement tragique
Peut-être

émouvante.
eùt-il tiré

Stendhal en

un merveilleux
Mais
les

dénouement pour
choses sont ainsi
:

la vie de Julien Sorel.

deux œuvres romanti(|ues qui
le

pourraient

passer, l'une pour
l'autre

type
celui

parfait

du

roman psychologique,
bien

pour

du roman

d'imagination, eurent pourtant un thème

commun;
modèle

mieux,

celle

du poète eut

seule

un

vivant.

CHAPITRE

II

L'INSTITUTION PUPPIER
(2

mars 1801-17 septembre

1803)

L'abbé Diimoiit donna à Lamartine ses premières
leçons

de français

et

de latin

;

mais au début de
fini

1801, soit que ses allures aient
famille, soit

par inquiéter

la

que l'enfant devenant,
mettre

comme
à

il

l'a dit,

de plus en plus impétueux et avide de
siens aient décidé de
fin

liberté, les

cette existence

demi vagabonde
le

et

paysanne, on résolut à Milly de

mettre en pension.

La mère, inquiète de
s'incliner

s'en séparer, objecta ses dix
il

ans, sa constitution délicate;

lui

fallut
les

pourtant

comme

toujours devant
lui

volontés de
«
le

son beau-frère qui
de son
Il
fils.

opposa, parait-il,

bien »

existe

un

petit portrait

de Lamartine à dix ans

'

:

1.

Apparticalà
11

Mme

Fournier, née de Belleroche, petite-nièce

a été reproduit par M. Lex dans son Lainarlinc, souvenirs el documents (Màcon, 1890).

de Lamartine.

album

168
c'est

LES ANNEES D ETUDE.

un

bel cufaiiL jouftUi et solide,

éboufilîé
la

par

ses courses
il

dans

la

montagne, etqui respire
et

santé;

paraît évident que l'existence au grand air lui a
les

pleinement réussi,

craintes maternelles

ne

semblent pas
Il

très justifiées.

fallut alors

s'occuper de

lui

trouver une pen-

sion. Les
à

maisons d'éducation ne manquaient pas
et l'enfant

Màcon,
les

n'y aurait guère été dépaysé;

mais

Lamartine tenaient sans doute à modifier
le

complètement

système adopté jusqu'ici par sa

mère, puisqu'ils firent choix d'une institution à Lyon,
et d'ordre tout à fait secondaire.
triste

Mme

de Lamartine,

d'abord de voir son

fils

si

loin d'elle, se con-

sola en pensant qu'il serait surveillé de près, car elle

comptait à Lyon de nombreux parents
autres

et

amis, entre

Mme
la

de Roquemont, sa cousine germaine, qui
et

devint

correspondante du petit Alphonse

se

chargea de faire régulièrement parvenir de ses nouvelles h Milly.

On manque de renseignements précis
de
la

sur

la

pension
la

Caille,

située
oi'i

dans un faubourg de Lyon,
l*]lle

Croix-Rousse,
[)ar

fut interné renfanl.

était

tenue

deux

vieilles filles, les

demoiselles Ptippier, aidées
été

par leur frère,

et

semble n'avoir
l'on prenait
la

qu'une

très

modeste institution où
dont
les

déjeunes enfants
l'Enfance

parents habitaient

campagne. Dans son
«
»,

journal,

Mme

de Lamartine l'appelle

constate qu'elle
trimestre,

paye pour son
n'en
parle

fils

420 francs par

mais

pas

autrement.

Pour

l'institution PUPI'IER.

169
'

Lamartine,

il

n'y a qu'à se reporter à ses Mémoires
qu'il

pour voir

le

dégoût profond

conserva toute sa

vie de l'heure


à

il

fut

((

lancé dans ces cours
l'éternité ».

comme
l'hor-

un condamné

mort dans

Avec

reur de la contrainte qu'on lui connaît,

on peut

croire à la sincérité des sentiments qu'il a exprimés

cinquante ans plus tard en rappelant cet odieux souvenir.

On
de
lui

sait

par sa mère qu'il entra à l'institution Puples

pier le 2

mars 1801, mais

nouvelles qu'elle recevra
elle

ne commencent à être enregistrées par

qu'en

juillet,

époque où s'ouvre
de M.

le

Journal intime. Pourtant,
à sa

une

lettre

Dareste

cousine

datée du

30 mars, supplée à cotte lacune
lent hulletin de début.

et constitue

un

excel-

((

«

Nous allâmes avant-hier dimanche avec M. de Roquemont rendre une petite visite dans sa pension à M. Alphonse. Nous le trouvâmes très gai et
«

«

bien en train de s'amuser;

il

nous a paru content
dans
cette pen-

« et

Ton

est aussi

content de lui; nous assistâmes à

« «
((

leur dîner. Ils paraissent très bien

sion et les demoiselles Puppier nous ont promis

de nous
irons
le
'^

le

confier

quelquefois

cet

été

:

nous

((

chercher, mais ce ne sera que les jours de
»
:

«

congé

Les nouvelles qui suivent sont satisfaisantes
1.

en

Mémoires

2.

inédits (p. 58-70). Archives de Saint-Point. Suscription
».

:

«

A madame Depra

de Lamartine à Mùcnn, Saône-et-Loire

{Lettre inédite.)

170
juillet c'est

LES ANNÉES D'ÉTUDE.

un

«

l)Ou et

aimable enfant
petit séjour à
».

», et

Mlle de
c

Lamartine, au retour d'un
porte

Lyon,
Il

rap-

tout plein de bien d'Alphonse
et

est gai,

appliqué

apprend facilement, écrivent
avec
qui
sont

les

maîtres

de leur côté;
trouvé-telle,

mais tout cela ne concorde guère,
ses
lettres
tristes

et

navrantes. Le père alors, profite d'un voyage d'affaires
le

pour
<(

s'arrêter à

Lyon
»,

vers

la

mi-juillet

:

il

trouve

pâle et maigre

étiolé

par

l'air

de

la

ville.
lui,

Pourtant,

on
:

est
11

toujours très

content de

à la pension

((

fait

tout ce qu'il peut et peut

tout ce quïl veut, ont dit ses maîtres à

mon

mari

»,

constate
({uiète

la

mère avec quelque
le

fierté.

Mais

elle s'in-

encore de sa santé et
les lettres
11

laisse sans
fils

doute trop

entendre, car

de son

se font de [dus en

plus désespérées.
et,

supplie qu'on
il

le

rappelle à Milly,

prétend-il
».

sombremcnt,
écrit

a

«

grand besoin de
17 sep-

venir

« Je tremble,
«
«

Mme

de Lamartine

le

tcmbre, de

le

voir arriver pâle et maigre et en

mau-

vaise santé. »

Devant
la

ses instances, son beau-frère

consentit à avancer

date des vacances
aller
le

et,

à la fin
la

du mois,

elle

{)ut

elle-même

guetter sur

route de Lyon.

Toutes ses craintes tombèrent en
devina vite
la

le

voyant

et elle

petite ruse

dont

il

s'était servi

pour

l'apitoyer, puisqu'elle écrit le 19
((

:

La diligence

est arrivée hier
et le

beaucoup plus tard
battait en

«

que d'ordinaire,

cœur me

pensant

l'institution puppifr.
((

171

que dans quelques heures
enfant;
il

je

reverrais

mon

cher

((

faisait

presque nuit. Enfin
je

elle arriva,

((

avec

mon Alphonse que
n'a rien perdu

trouvai en très bonne
il

« santé,
« qu'il

grandi, engraissé et fort bien;

me

parait

pour

la piété

:

c'était là toute

ma

« crainte, et je «

vais faire tout ce qui dépendra de
ici

moi

pendant son séjour
dans son cœur.
L'enfant,
»

pour

fortifier ce

sentiment

«

d'ailleurs,

retrouva
la

toute sa
octobre.

gaieté

à

Milly où

il

demeura jusqu'à

mi

La famille
le

s'amusait, après six mois d'absence, de

trouver

changé
«
((

et réfléchi. «

A dîner,

note un jour

Mme de Latrop peutet

martine, nous parlâmes beaucoup de
être;

lui,

nous lûmes un extrait de sa façon
lui avait

une

petite
faire;
»

«
((

composition que son père
l'on fut très content et

donnés à

mon

orgueil bien

flatté.

((

Je suis bien heureuse de son intelligence, ajoute-

« t-elle
((

encore;

j'ai

à lui reprocher pourtant de

mans'il

quer de douceur, vis-à-vis de ses sœurs surtout, et
je craindrais qu'il n'eût le caractère

((

un peu dur

«

ne se corrige pas.

»

Aussi s'eiïorcera-t-elle de ne pas
les

lui laisser
le

reprendre
plus pos-

habitudes d'autrefois, en
près d'elle
il

le

retenant

sible

par des lectures et des causeries;

comme
Bossuet

est plus

grand,

elle
,

abordera

même

des

ouvrages sérieux, Télémaque
et les traités
elle le

quelques passages de

d'éducation de

Mme

de Genlis.

Le 15 octobre,

ramena

enfin à Lyon, où elle

demeura près d'une semaine, en allant chaque jour

172

LES ANNÉES DÉTUDE.

l'embrasser pour qu'il ne passât pas trop brusque-

ment de

la vie

de famille à l'internat.

La seconde année scolaire (novembre 180 [-septembre 1802) fut encore excellente;
il

le

25 février 1802,

assista à la

grande revue donnée en l'honneur du
et cette

Premier Consul
paraît-il,
il

récompense
la fin

était

méritée,

par 18 exemptions. A

de septembre,

écrivit

triomphalement

à

Milly pour annoncer
latin et

qu'il avait

remporté deux prix de

de franqu'il

çais;

M. Puppier confirmait, mais ajoutait

en

aurait eu

un troisième
la

«

sans une vivacité qui
le

lui a fait

déchirer sa copie de

thème parce qu'on
)).

pressait

un peu pour
De
l'on

donner

fait, il était très

énervé
Il

et soupirait
le

après Milly
et

dans toutes ses

lettres.

y arriva

15 septembre

partit bientôt

pour Saint-Point, d'où
le

Mme

de

Lamartine écrivait
leur a fait

2 octobre

:

« Je suis ici

depuis

hier avec Alphonse, Cécile et Eugénie, et ce

voyage

un extrême
il

plaisir.

Alphonse

est

venu à com[jasscr

cheval sur son âne,

était

comblé de

joie. »

Les vacances s'écoulèrent paisiblement en

pagnie de l'abbé
([uclquos jours
veillé

Dumont au moment

qui,

venu
la

pour

de

chasse, fut émer-

des progrès de son ancien écolier. Mais après
liberté

deux mois de
s'affirmait

où l'amour de l'indépendance
chez l'enfant,
le

sans
la

cesse

à la

grande
gai'dàt

inquiétude de
rant.
et,

mère,

retour à
il

Lyon

fut déchile
il

Une dernière
le

fois,

implora qu'on
et

devant

refus

du père

de l'oncle,

partit

l'institution puppier.
«

173

sombre

et

renfermé

»,

ce qui

acheva de désespérer

la

pauvre femme.

Ses

pressentiments

étaient
fois

justes.

La pension

Puppier devint, cette

pour tout de bon, insup-

portable à un enfant dont l'imagination commençait
à s'éveiller et qui jusqu'ici avait

montré une nature
deux cama-

assez décidée. Le 9 décembre 1802, deux mois à peine

après avoir quitté Miily,
rades, les
petits de
la

il

s'enfuit avec
les

Veydel; on

rattrapa quatre

heures après sur
cette évasion sont
tine,

route de Màcon. Les détails de

plaisamment rapportés par Lamar-

mais rappellent curieusement un épisode des

Confessions de Jean-Jacques.
Faut-il croire à ce pugilat entre
l'élève

un professeur

et

Siraudin?
et

faut-il

croire

à cette arrivée des

domestiques
de pelles,
et

des cuisiniers, armés de broches et
fin

qui mirent ainsi

au combat en con-

traignant Siraudin à

la retraite?

De même,

le

mas-

sacre d'une oie vivante où tous les élèves furent conviés à tour de rôle acheva
t- il

de décider à

la fuite

l'enfant « encore frémissant d'horreur » de la bataille

qui venait de se livrer en classe? Pauvres excuses en
vérité, et n'eùt-il

pas mieux valu avouer qu'il était
air
et

simplement avide de grand
presque
la

de liberté? Sa
qu'elle excuse

mère, d'ailleurs, a noté lescapade

en des termes qui laissent entendre que

conduite de

son fds laissait depuis longtemps
n'eut pas besoin de tant d'incidents

à désirer, et qu'il

174

Li:S

ANNKES D'ÉTUDE.

pour motiver sa

déci.siou;

on

lit

en

effet

le

la dé-

cembre
« «
<(

:

Le

11,

nous reçûmes des

lettres de
s'était

Lyon où on
allé

nous apprenait qu'Alphonse
pension avec

en

de sa

MM.

de Veydel qu'il a engagés dans sa

« fuite;
((

on

les

a rattrappés à Fontaines. Cette faute

nous a

fait la

plus grande peine parce qu'elle a été

«

précédée et suivie de plusieurs autres et soutenue

«

avec beaucoup d'orgueil, ce qui m'afflige très
J'attends avec impatience de ses nouvelles,

fort.

((

j'ai
;

un
son

((

grand désir de
coup de

le

savoir relevé de cette chute

((

caractère d indépendance m'efïraye, et je crains beaul'avoir gâté. »

«

Trois jours après, lenfant écrivit spontanément

une

lettre

de regret, c'est du moins
le

la

version du
)nère,

Journal intime; dans

Manuscrit de

ma

on

lit

au contraire

:

((

On

a eu de la peine à lui faire écrire

une
«

lettre

d'excuse et de repentir à
»,

son

père

».

Ainsi, tout est réparé

ajoute

Mme

de Lamartine
nouvelle.
le

avec soulagement
Pourtant,
il

en

transcrivant
à

cctti'

continuait

implorer son père de
depuis sa fuite
il

laisser revenir,

arguant

({uc

était
lui

mal vu de

tous.

On

convint, pour ne pas sembler

donner raison, de
si les

laisser s'achever l'année scolaire et,
[)as

choses n'étaient

alors oubliées, de

le

changer

d'établissement.

Mais, jusqu'à

la (in

de raiinée, l'enfant continuera
et

d'envoyer des

lettres

d(''si'S|)ér(''es

suppliantes dont

Mme

de Lamartine a transcrit

les

passages

les

phjs

L'INSTITUTION PUPPIER.

175
essayait d'apile

inquiétants pour

elle;

visiblement,

il

toyer sa mère quil savait faible sur
santé.

point de sa

A

l'en croire,

il

était

incapable de travailler,

toussait et se sentait sans forces, ce qui ne l'empêcha

pas de remporter en
français,

(in

de classes un grand prix de

un

prix de latin,

un prix

d'histoire et
ils

un
été

accessit de dessin. Peut-être les Puppier avaient

un peu indulgents dans
la

l'espoir de le réconcilier avec
fit.

pension, mais rien n'y

Dès son retour à Milly,
très

l'enfant,

dont

la

sensibilité était déjà

délicate,

raisonna avec beaucoup de bon sens, objecta à son
père que depuis son escapade
il

était

demeuré gêné
et,

vis-à-vis de ses maîtres et de ses

camarades
lui,

met-

tant

comme

toujours sa mère avec
la

obtint pres-

que aussitôt
à

promesse

qu'il

ne retournerait plus

Lyon.

Mme
les

de Lamartine, qui n'aimait guère

les

Puppier,

s'était déjà

mise depuis six mois en campagne pour

remplacer; en février, alors qu'elle était à Rieux

chez sa

mère,

elle

lui

avait

demandé

conseil
les

et

Mme

Des Roys, qui datait d'une épo(iue où

enfants

comptaient fort peu, avait indiqué un collège de
Jésuites
à

Radstadt.

Sa

fille,

comme on

peut

le

penser, ne voulut pas en entendre parler. Plus tard,
il

fut

se

un instant question de Roanne et en mai rendit tout exprès à Beaune pour se renseigner
sur un lycée dont on
il

elle
elle-

même

lui avait parlé, »
».

mais,
crut

dit-elle,

ne

me

plut pas infiniment

Elle

avoir trouvé en apprenant qu'un bon collège allait

171)

LES ANNÉES D'ÉTUDE.

s'ouvrir à

Cluny

:

« J'espère
elle

Alphonse, écrira-t
plaisir ».

que nous y mettrons aussitôt, cela me fera grand
:

On devine pourquoi

Cluny étant à quelfils

ques kilomètres de Milly,elle aurait ainsi son
près d'elle. C'est ce que l'oncle voulait cviler.

tout

Au

début de septembre enfin, des amis qu'elle
qui venait d'ouelle fut
le

avait mis au courant de ses recherches lui parlèrent

du collège de Belley en Dauphiné
vrir ses portes.

et

Malgré Téloignement,

aussitôt

séduite par cette idée et elle a noté

septembre

dans son journal
«

:

J'espère que

mon

mari consentira

à

mettre
parce

«
«
((

Alphonse à Belley où
que
le

je désire fort qu'il soit

collège est tenu par les Pères de

la Foi, iusti-

tulion à l'instar de celle des Jésuites, et où les principes sont excellents.

«
((

Dieu

me

fasse la grâce

que
ce

mon enfant soit chrétiennement élevé,
cela toutes les sciences de ce

je sacrifierai à

((

monde; mais dans

((

collège

on réunit

tout, excepté peut-être la perfec))

« lion (les arts

d'agrément.

Ses rcuseignements pris,
verte à la famille
et, le

elle

fit

part de sa décou-

18 septembre, obtenait son

consentement. Le jour
Belley,

même
fils

le

chevalier écrivit à
le

un peu malgré son
;

tout à l'espoir qu'on

garderait à iMilly l'idée d'être emprisonné à nouveau,
et plus loin
et tout au

encore que Lyon,
plus
se

le

chagrinait beaucoup
à

résignait-il

Cluny. La mère

ébranlée commençait à hésiter;
tard
:

mais

il

était trop

Kran(;ois-l^ouis ne

voulait pas de Cluny, et

L'INSTITLTION PrPPIEIÎ.

177

une réponse affirmative de Belley parvint à Milly
le

25.

Mme
son
((

de Lamartine se décida alors à accompagner
((

fils.

Mon
il

mari, dit

elle,

ne se soucie pas de
de voir
je
le lieu

voyager

et je serai bien aise

mon

« «
((

enfant sera;

me

semble que

sens moins vivele

ment notre séparation lorsque je même. » Ils se mirent en route le
le

conduis moi-

M octobre pour
a été heu-

arriver à BelIey
Elle note le
«
<(

26 à deux heures de l'après-midi:

lendemain

«

Mon voyage
je n'ai

reux

et

pas trop pénible;

pas pu écrire en

route à cause d'Alphonse avec qui je causai et

me

« « « «
((

promenai. Je viens de remettre ce cher enfant entre
les

mains des Pères de

la

F'oi

qui ont

l'air
le

de bien

dignes gens. La maison est superbe,

pays est
est

beau aussi;

le
:

extraordinaire

chemin pour y arriver depuis Ambérieu Ion

fort

suit

une

«

gorge de montagne qui est vraiment curieuse. Ce

«

malin

j'ai été

à la pension et j'ai été fort aise de
Il

« voir

Alphonse.

m'a

dit qu'il était content. »

Après un bref séjour de quarante-huit

heures,

Mme de
«
((

Lamartine reprit

le

chemin de
devant
la

Milly.

La sépa:

ration n'avait pas été trop pénible, grâce à elle

«

En

passant une dernière
telle, j'ai

fois

pension, dirala

vu

les écoliers

qui jouaient dans
à

cour.
s'est

((

Je n'ai fait

aucun signe

Alphonse qui ne
»

((

pas approché, heureusement.

1-2

CHAPITRE

m

LE COLLÈGE DE BELLEY

Le collège de Bclley où l'enfant
études régulières

fera

les

seules

qu'on

lui

connaisse,

et

pendant

quatre années seulement, avait été fondé au milieu

du

xvni" siècle par lettres patentes

du 10

février 1753

enregistrées en parlement

de Dijon. Ses construc-

tions furent achevées en 1764 et l'évèque de Belle}'
confia l'organisation des études à la congrégation des

chanoines réguliers de Saint -Antoine.

En

1790, ceux-ci furent

remplacés par

les

José-

phistes et, jusqu'en 171)2, l'établissement fut très florissant.
le

\

cette date, la plupart des pères refusèrent
la

serment à

constitution civile
Il

du

clergé et
la

le

collège dis[)arut.

rouvrit en 1802 sous

direction

des Pères de la Foi, qui rétablirent entièrement les

locaux ruinés par

la

Uévolulion
ISO,'}.

et

ouvrirent leurs
le

classes à la fin de janvier
à

Comme

collège fut

nouveau fermé,

et

cette

fois
le

définitivement, au

début de 1809, on voit que

séjour de Lamartine à

LE COLLÈGE DE BELLEY.

179

Beiley coïncide à peu de chose près avec son éphé-

mère existence sous

la

direction des pères de la Foi.

Dans son journal Mme de Lamartine nomme Beiley, « un établissement à l'instar do ceux des
Jésuites »; Lamartine, et après lui la i)liipart de ses

biographes, ont
Jésuites. C'est la

simplifié

en parlant seulement de
sait

mère qui a raison, puisqu'on
Pères n'étaient pas

que

la

Compagnie de Jésus ne fut rétablie qu'en
si les

1814. Toutefois,

officielle-

ment nom,

des Jésuites, on les désignait en réalité sous ce
car leurs doctrines et leurs principes d'éduca-

tion étaient identiques à ceux de l'Ordre; la société

des Pères de

la Foi,

fondée en 1799 en Autriche, était

en

effet le

résultat d'une fusion entre
:

deux

filiales

des Jésuites

celle
la

du Sacré-Cœur de Jésus

créée en

1778

et celle

de

Foi de Jésus qui datait de 1797.

La congrégation des Pères de la Foi profitant de l'apaisement qui commençait à renaître en France
vint fonder en 1802 plusieurs maisons d'éducation

entièrement conçues d'après
Jésuites,

les

plans des anciens

au nombre desquelles

figurait le collège de
le

Beiley. Très protégé au

début par

cardinal Fesch,

oncle de Napoléon, ce ne fut pourtant qu'au prix de
mille difficultés qu'il put

prolonger son
l'hostilité

existence
était alors
et, finale-

jusqu'au début de 1809, tant

générale contre l'enseignement des Jésuites

ment, Fouché obtint de l'Empereur un décret de dissolution.

Au moment où Lamartine

entrait à Beiley, l'éta-

180

LES ANNIÎES D'ÉTLMiE.
il

blissemcnt était loin d etro à son apogée;
sa plus
belle

connut
une
la

année en

180(),

mais dès 1803

centaines d'élèves y fréquentaient, Italiens pour

plupart ou Français de Savoie et de Dauphiné.

Lamartine

a,

paraît

il,

laisse

une description
'

fidèle

du collège

et

du décor magnifi(|ue de Bolley

dont on

verra plus loin l'indéniable suggestion sur sa pensée.

Quant

à ses maîtres,

nous en sommes uni(|ucmont

réduits à ses souvenirs pour connaître leurs
leurs fonctions.
C'était d'abord le père Debrosses
((

noms

et

-,

supérieur, « qui

n'était pas

homme

de premier mérite mais de preJenesseaux^, économe de
la

«

mière vertu
«

»; le père

maison,
«

vêtu moitié en religieux, moitié en
toujours en route
«

monle

dain

» et

sur un cheval qui
le

« portait dans]

tous les pays »;
les

père Varlct', qui
et

cumulait, paraît-il,
professeur

fonctions de confesseur

de
la
le

de rhétorique, «

savant
le

homme
«

de

nature des anciens moines »;
père
1.

père Demouchel';
sciences,

Wrindts
o/). cit.

*,

professeur de

enfant

Dejey,

Robert Délirasses, né à Chatel (Ardenncs) le 26 mars 17()"i, prùtre en 1798, mort à Laval en 184S. 3. Nicolas Jenesseaux (et non Génisseaux, comme l'a écrit Lamartine), né à Keims le 9 avril 1769, prêtre en 1795, mort à Paris on 1842. 4. Jean-l'ierre Vnrlcl, ne à lieiins le II mars 1771, iriMre en 1796, mort à Poitiers en 18,")4. 5. Etienne Demouchel, né à Montfort-rAmaury le 10 juillet 1772, prèlre en 1802, mort à Rome en 1840. 6. Jean-Pierre Vrindls, né à Anvers le 6 février I7SI, iirétre en 1801, mort à Poitiers en 1852.
2.

LE COLLÈGE DE DELLEY.
« «

181

amoureux de Mirabeau, qui
sions tendres et féminines
)),

se nourrissait d'illu-

mais dont Lamartine

n'a pas dit ce qu'il enseignait.
C'est surtout le père

Béquet

'

qui fut
le

le

véritable

professeur de Lamartine, puisque

jeune

homme

suivit ses cours de belles-lettres de 1803 à la fin de

1S07.
tine
:

Ici

encore

même

absence de détails chez Lamaret

un

portrait

vague

peut
«
((

tirer rien

de bien précis

un peu fade dont on ne « Prêtre de bonne com:

pagnieet d'estimable caractère,... regard

fin

etdoux,

parler gracieux;... ses corrections étaient celles d'une
»
:

« mère...

Mais aucun de ces

traits
il

vivants

et

que

l'on

devine exacts par lesquels

peignait en peu de

mots ceux qui jouèrent un

rôle
le

dans sa jeunesse,

comme
C'est

l'oncle de

Montceau ou

bon M. de Valmont.
les

que

la véritable

influence de Belley ne fut pas
:

celle de l'éducation qu'il y reçut

Pères de

la

Foi

ne vivaient pas dans sa mémoire
lités, et

comme

personna-

leur souvenir se confondait en lui avec celui

des heures d'extase religieuse et de quiétude qu'il

connut au

collège.
à Belley le 27 octobre 1803 et

Lamartine entra

en
il

sortit définitivement le 17 janvier 1808.

Comme

soutint sa thèse de philosophie en septembre 1807,

on peut en déduire
1804 à 1805,
et sa

qu'il

débuta

par
fit

la

troisième

(novembre 1803-septembre 1804),

sa seconde de

rhétorique de 1803 à 1806. Quant
le 9

1. Pierre Béquet, né ù Paris mort à Toulouse en 1849.

janvier 1771, prêtre en

17'J0,

182

LES ANNÉES D'ÉTUDE.
scolaire 1807-1808,
:

au premier trimestre de l'année
on ne
sait trop ce qu'il devait

y travailler
et

peut-être

quelques études préparatoires de droit
matiques.
Il

d(>

mathé-

est difficile,

dans

les

souvenirs de Lamartine sur

Belley, de faire la part de l'imagination et celle de la
réalité. Là,

plus peut-être que partout ailleurs, on sent

l'idéalisation constante des

hommes,

des lieux et des

choses.

Aucun

détail sur ses classes,

mais de curieuses

généralisations sur son étal d'àme et, pourrait-on
dire,

sur l'atmosphère de Belley; précieux document

psychologique dont nous essayerons plus loin de
fixer la

valeur et

la [)oi'tée.

Aussi

les seules

précisions

que nous puissions rencontrer sur les éludes de Belley, puisque la Correspondance ne commence
qu'en 1806 et ne comprend d'ailleurs cpic quelques
lettres

de vacances, sont einpruntées au Journal inlhne


les

Mme

de Lamartine a transcrit

soigneusement

nouvelles et les bulletins.

Les

premiers

temps furent pénibles
était

et
elle

la

mcrc

n'enregistre guère que des doléances dont

s'émeut.
tendrait

Visiblement l'enfant

dépaysé

et cela
:

peut-être à confirmer ce
paraît-il,
«

(|u'il

a raconté

les

pères,

l'essayèrent »

de classe en classe pour
il

connaître sa véritable force; mais
.

était dilTicile

de

le

mesurer au

jusle,
».

<(

la

raison était précoce, l'attenle fixa

tion inégale
((

Kinalemcnt on

l'on

en troisième,

cette classe indécise

peut être encore un

,

LE COLLÈGE DE BELLEY.

183

enfant dans l'étude des langues et un

homme
fait

de

goût dans
Il

la

rhétorique

)).

ne semble, d'ailleurs, pas qu'il

ait

grand
il

ohose de bon cette année-là.
entra
à l'infirmerie avec une

Au début
les

de mai,
puis

forte fièvre,

ce

furent des
tèrent
ses

maux

de tête qui d'après
et
les

pères arrê-

études

inquiétèrent
la

même un
mère
était
il

moment.
tint
((

A
et

la

fin

d'août,

pauvre

n'y
fils.

plus

partit

pour Belley chercher son
écrit elle;
je et
il

J'ai
la

revu

mon Alphonse,
en

dans
a
été

((

cour du collège quand
saisi

suis arrivé;
est
»

((

fort

me voyant

demeuré

si

pâle

«

(|ue cela

m'a bien inquiétée.

Sa santé
de

était toul'avait

jours

mauvaise; une croissance trop rapide
affaibli

beaucoup

et

^es

douleurs

tête

étaient

encore violentes.

La

veille
le

du départ,

elle assista à

la

distribution
fils

des prix,

cœur un peu
elle

gros, car son

n'eut que
la

deux accessits;

se
la

consola

pendant
il

petite
le

comédie qui termina
d'un avocat, dont
il

cérémonie, où

joua

rôle
elle

se tira « fort bien ».
et
fait
le

Puis

causa avec ses professeurs,
conversation
fut
«

résultat de cette
))
;

tout à

satisfaisant

on

reprochait à l'enfant un peu de légèreté, mais tous
l'aimaient,
et

l'on

était

((

assez

content

»

de ses

études.

Le 6 septembre, tous deux quittèrent Belley après

un dîner

très gai à l'auberge

en compagnie de deux ne

amis que

Mme

de Lamartine

nomme

point

184

LES ANNÉES D'ETUDE.
être Viriou et

mais qui doivent

Guichard ^ Le

18, ils

étaient à Saint-Point où les vacances

s'écoulèrent

paisiblement avec Tabbé

Dumont
la

et

M. de Vaudran,
L'oncle

venus
bien

s'y

établir

pour

chasse.

gronda

un peu devant les flâneries et l'indolence du la mère objecta que les vacances seraient courtes et qu'il lui fallait ménager sa santé. Le 7 octobre, il tiuitta Màcon avec son camarade Gorcelette
neveu, mais
et le 10 se retrouvait à Belley.

Deux jours après
tin
«
«
((

parv-enaii à Milly

le

premier bulle:

que

Mme
que

de Lamartine a résumé ainsi
la

« Il

en

résulte

nature, ou plutôt la Providence, a

tout fait pour lui, mais qu'il ne répond pas
il

comme

devrait à tous ses bienfaits
;

:

il

est dissipé, paresici

((

seux
tin.

mais
le

je

ne veux pas transcrire
qu'il
le

ce bulleil

«
«

Je

garde pour

voie

quand

sera

grand.

»

L'année de seconde ne fut guère meilleure, car ses
('ludes se

ressentirent souvent d'une maladie nerles
ils

veuse dont
(Irl)iit
(l";i()ùt

pères

ne savaient que penser; au

conseillèrent
les

même

à sa famille

de

le i';q)[)elei'

avant

vacances, qu'il passa d'ailleurs
lit.

pn'sfpie entièrement au

Le 6 novembre, enfin, un
collège.
1S0(J

peu remonté,
J^es

il

regagna

le

premières

nouvelles de

l'année

de

I.

Ayriiiiii

(II'

N'iiicii,

IM'ospcr Giiiili.inl de lîicnnssis cl l.diiis

(le

Vipiiel scrcMit

viiliinie

sur

la

d'un ch.ipitrc s|)('cial dans noire second jeunesse de Lamartine qui comprendra Icsaniiées
l'oltjcl

lSi:{-i82(J.

LE COLLKGE DE BELLEY.
rhétorique
le

185
:

— ne furent pas plus fameuses
les

en

février,

père Béquet écrivit qu'il était « fort peu sage et

appliqué depuis
fait

vacances

» et qu'elles lui

avaient

beaucoup de
:

tort.

Le second trimestre fut meil-

leur
tine;
et
il

l'on est plus content de lui, note
il

Mme de Lamar-

a paru avec succès

a eu

aux exercices de Pâques un témoignage de diligence et un accessit
et,

de distinction;

continuant de mériter
il

les

éloges

qu'on

lui décernait,
:

arriva à

Màcon

le

17 septembre,

chargé de prix

amplification française, amplification

latine, vers latins,

second prix de version latine,

et

celui

dont

la

mère

est peut-être la plus heureuse, le

prix de sagesse « d'après le
et

jugement de
'

ses maîtres

l'approbation de ses condisciples
:

»,

Sa santé

aussi était excellente
«
((

((

Il

est plus

grand que moi de
est fort, le teint
la

deux pouces,
est

écrit la

mère, quoiqu'un peu maigre,
il

mais pas du tout à inquiéter,

«
((

bon

et

il

a fait

de grands progrès dans

vertu.

C'est d'ailleurs

un enfant charmant, conil

((

clut-elle

ingénument transportée;
et ce

est

malgré cela

((

fort

modeste

qui

me

fait le

plus de plaisir
piété. »
et

<(

c'est qu'il paraît avoir

beaucoup de
à

Les vacances chez
la

s'écoulèrent

Milly,

à

Péroné
l'oncle

tante du Villard, à

Montceau chez

terrible.

Le
et

4

novembre

il

abandonna
le 7,

ses

douces

rêveries

arriva à Bellcy

après s'être arrêté

1.

Cf.

trouve

le détail

également alibé Rocliet du palmarès.

(op.

cit.,

p.

208-209), où l'on

186

LES ANNÉES D'ÉTUDE.

vingt-quatre heures à Lj^on chez sa tante de Roque-

mont

'.

Les classes de philosophie furent satisfaisantes,
sa nature entièrement assouplie

et

s'accommoda mer-

veilleusement de renseignement des pères; en février
ceux-ci soulignaient sa maturité précoce et sa douceur

en

même temps que
:

leur excellent résultat
ils le

au point

de vue des études
bibliotiiécaire

en récompense,
collège.
((

nommèrent

du

Mme
».

de Lamartine s'en

réjouit car, dit elle,

cela l'occupe utilement et c'est

une marcjue de confiance

Nous avons quelques
collège de Belley

détails

sur l'enseignement
la

du père Wrindts, qui professait
:

philosophie au

en

effet,

son cours, copié alors par

cours du nuiis d'octobre 1806 qu'il faut placer L. sur lequel Lamartine s'est longuement étendu dans les Confidences. La vérité semble extrêmement plus simi)le t|ue son romanes(|ue récit; elle a été très heureusement rétablie par M. De Riaz, membre de l'Académie de Alàron, dont publié dans le dernier volume des le travail vient d'être .\nnales de cette société. iM. De Riaz, au prix d'une incroyable patience et de minutieuses investigations, est parvenu, en s'aidant des rares précisions du texte de Lamartine, à établir que le manoir décrit par le poète n'était autre que le château de Byonne, situé à deux kilomètres de Miily. Or, de 1800 à 1820, une seule jeune fille y habita, dont ni le prénom ni le nom ne se rapprochent de ceux donnés par Lamartine, puisqu'elle s'appelait Klisa de Villeneuve d'Ansouis; bien mieux, c'éfail une enfant (jui mourut en 1807 à l'âge de treize ans; comme l'unique séjour qu'elle fil à Byonne se place pendant l'automno de 180(j, -M. de Hiaz en a conclu avec vraisemblance qu'elle fut la première héroïne de Lamartine. On voit i)ar là avi'c quelle précaution il faut utiliser les souvenirs de Lamarline, et ce qu'il faut penser en particulier des trente pag-e-; (|n'ii a consacrées à la ])seudo-Lucy L. et à
1.

C'est au

l'épisode de

Lucy

LE COLLÈGE DE RELLEY.

187
existe

un condisciple de Lamartine, Jules Jenin,
encore aujourd'liui,
et
le
le

chanoine Dejey

et

l'abbé
:

Rochet, qui ont pu
« « «
« «
((

parcourir, l'analysent ainsi
écrit

Sa rédaction

faite

en latin,
et

M. Rochet,
le

est

d'un style sobre

élégant; on voit que

père

Wrindts
naient
tés
et
les
la

s'est inspiré

de l'enseignement que donxvni'" siècle; les

Pères Jésuites au

non veau-

de

philosophie cartésienne en sont écartées
la

au besoin réfutées. Sur
le

question du concours
l'opinion

«

divin,

professeur, conformément à
la

«
((

généralement suivie dans

compagnie de Jésus,
et

prend parti pour
le

le
.

système de Molina
sortir de
la

combat
il

((

bannesianisme

Au

Révolution,

«

était

urgent de combattre

les théories

sociales de

leurs conversations lilléraires dont Ossian, paraît-il, faisait lo fonds. Quant aux vers ossianesques qu'il lui adressa et qu'il a " 16 décembre 1803 », il est datés, dans les Confidences de Milly impossible d'admettre qu'ils aient été composés en l'honneur
:

de la petite fille. Il est d'abord évident (ju'ils sont post-dates, puisqu'en décembre 1805 Lamartine était a Belley et non à Milly. De plus, il ressort d'une lettre de la Correspondance lettre douteuse, il est vrai, puiscju'elle ne porte point de date bien qu'elle figure à la fin de l'année 1808 que Lamartine connut Ossian beaucoup plus tard. Enfin, ils sont d'une facture qui permet à notre avis de fixer leur composition à 1810-1811. Il nous parait probable ([u'au moment où Lamartine écrivit les Conjidcnces il retrouva cette pièce parmi ses papiers et, soit défaut de mémoire, soit désir de grossir l'épisode assez mince de Lucy L., il l'intercala dans son récit, en assignant à ces vers une date (jui correspondait approximativement avec le fonds de l'anecdote; puis, pour mettre le tout en valeur, il laissa rêver sa délicieuse imagination et broda autour de Lucy L. un commentaire ossianesque où l'on voit cette enfant de douze ans agitant le soir une écharpe de soie blanche à la tous les poètes. fenêtre de sa tour, et sachant « par cœur

188
«
«

LES ANNEES D ETUDE.
:

Rousseau

elles

sont l'objet, dans l'éthique, d"uae
»
:

vigoureuse réfutation.

De son
«

côté,

M. Dejey s'exprime ainsi

«
«
«
«
((

Dans les cahiers de M. Jules Jenin. il manque une partie du cours, celle où il était question de la
logique formelle et des règles de
la

méthode. Les
légitimité

fondements de

la

certitude et

la

des

moyens de
la

la

connaissance sont seuls traités dans

partie conservée par la famille Jenin. lîien

que

((

les

cahiers du père Wrindts ne soient qu'un résumé
écrit

((

précis, exact,

pour

les

élèves et mis à leur

«
« «
((

portée, les principales questions de la philosophie
s"y

trouvent exposées avec une grande hauteur de
et

vue

une parfaite mesure. x\ttaché aux principes
la

supérieurs de

doctrine,
la

le

professeur suit

les
il

« «
((

grandes lignes de
observe
la

philosophie spiritualistc.

plus sage prudence vis-à-vis des nouétal)lies

veautés mal

et

peu conformes à

la

nature

'(

humaine,
théories

se

tenant à une égale distance des pro-

'(

positions hasardeuses de l'école cartésienne et des

((

sensualistes de

Locke

et

de

Condillac.

((

Sur l'accord du Wrindts
pour
se

libre arbitre avec la grâce, le père

((

conforme
la

h

l'opinion

communément
:

((

admise dans
le

compagnie de Jésus

il

se

prononce

((

.système de Muiina.

Les théories sociales
»

((

de Rousseau y sont vigoureusement réfutées.

Nous avons
ils

cité ces

deux fragments faute d'avoir
concorder entièrement entre

pu |)rcndn> nou.s-mème connaissance des cahiers;
onl r.ivantage de

LE COLLÈGE DE BELLEY.

189

eux

et

d'apporter ainsi

la

preuve que l'enseignement
les

philosophique de Belley était fondé sur
molinistes
;

doctrines

quanta

la

réfutation de Rousseau, elle

n'eut sans doute pas d'autre résultat que d'éveiller

au contraire

la curiosité
il

de l'enfant
dévorait
le

:

quelques mois

plus tard, à Bienassis,
In

Conlrat social et

Nouvelle Hélolse.

Le

7

sa thèse de philosophie;

septemhre 1807, Lamartine soutint avec succès le 10, il arriva à Màcon,
croire, la moitié
le

ayant

fait, à l'en

du chemin à
((

pied,

son baluchon sur

dos

et

chantant

comme un
le

troubadour

'

».

Le

même

jour, parvenait à Milly

bulletin scolaire que
ainsi
((
:

Mme

de Lamartine a transcrit

Beaucoup de choses qu'on y

dit

me

font grand

((

plaisir, et plusieurs autres m'effrayent infiniment.

« «
((

Je n'espère qu'en Dieu pour sauver ce cher enfant

de tous

les périls

dont sa jeunesse va

être entourée.

On

loue son esprit, sa facilité

d'apprendre, son
l'on se plaint

«
((

imagination, mais en

même temps

« a « «
((

de sa légèreté, de son extrême répugnance à une application sérieuse, et de son goût pour le plaisir,

L'on ajoute que
et

la

religion qu'il aime, qu'il estime

qu'il pratique le fait vaincre ses
si elle

dangereux ennecor-

mis, mais que,

venait à s'affaiblir dans son
le

cœur, rien ne pourrait
ruption. »

préserver de la

«

1.

C,

1,

p. 4,

du 27

sept. 1807.

^

190

LES ANNÉES D'ÉTUDE.

Ainsi, dès l'âge de dix-sept ans, les traits princi-

paux du caractiTC que nous connaîtrons plus tard
Lamartine
goût du
:

à

imagination,

manque

d'esprit de suite,

plaisir et mobilité

extrême des sentiments,

sont nettement indiiiués par ses professeurs.

Son premier mot, au retour du
supplier sa mère d'obtenir qu'on
le

collège, fut

pour

gardât définitive-

ment

à Milly, puisque ses classes étaient terminées;
il

comme
maigre
fils le

était

«

extrêmement grand,
se laissa

mais

très

»,

Mme

de Lamnrtine, qui redoutait pour son

surmenage,

presque ébranler. Elle se
et

heurta au refus formel du père
dit-elle,

surtout de l'oncle,
le

qui tenaient l)eaucoup à
11

voir

commencer

l'étude des sciences.

s'en consola

avec assez de

philosophie, dans ses lettres à Guichard, repoussant
d'ailleurs

autant

qu'il le
les

pouvait
'

« toutes ces idées

de

collège

pendant

vacances

».

Après un repos d'un mois à Milly, à Saint-i'oint,

à

Péroné chez

la

tante de Villard où on lut cha([ue
lui, «
»,

jour en famille, d'après
et

une ou deux" comédies
les

autant de tragédies
la

après
la
((

promenades

à

cheval,

chasse, la lecture,

musique

et le dessin

qui
il

lui firent

passer
le

le

temps

fort tranquillement »,

qiiilta

Milly

'2.1

octobre, et regagna Belley en
il

passîiiit
.V

par Lyon où.

s'arrêta qucl([ues jours.

cette date,

Mme

de Lamartine a noté (juil comet

mençait ses travaux de l'année avec répugnance

1.

C,

I,

p. 8,

du

.3

oct. 1807.

LE COLLEGE DE BELLEY.

191

découragement. La suite
qu'il repartait

des

événements

prouve

pour Belley malgré

lui et très décidé à

n'y plus rester longtemps. Dès son retour, ce furent

de ces lettres éplorées dont
lui réussissaient

il

avait

le

secret et qui

toujours auprès de sa mère.

A
il

la (in

de décembre,
si

les

fameux maux de
à
((

tête

dont

savait
la

bien jouer l'accablèrent
ils

nouveau; à
intolérables

miécrit
la

janvier 1808,

devinrent
il

»,

Mme

de Lamartine, et

se

hasarda à demander

permission

du

retour

«

au

moins pour quelque

temps
bien

».

Ce qu'il ne disait pas mais qu'on devine
pensait, c'est qu'une fois

ciu'il

àMàcon

il

saurait

toujours s'arranger.

La mère,

«

])ien

inquiète de tout cela

», s'en

fut

comme
une

d'habitude implorer l'oncle terrible; celui-ci
venait de recevoir à point
il

— était-ce un hasard? —
lettre

charmante du neveu;

déclara à sa belle-

sœur

qu'il

commençait

à aimer

beaucoup
elle lui

le

jeune
par-

homme

et se laissa lléchir.

Aussitôt

fit

venir elle-même l'hearcuse
qu'il passât

nouvelle,

mais exigea

par Lyon où

Mme

de lioquemont, préCelui-ci,

venue,

lui

ferait consulter
le

un bon médecin.
lui

qui l'examina

26 janvier, ne

découvrit natu-

rellement

rien

de

grave

et
:

diagnostiqua
il

un peu
«

de surmenage intellectuel

ordonna des bains

de jambes,

du
et

lait

d'cànesse

au printemps,
»
;

un

régime doux
prendre
traitement.

peu d'études applicantes

à tout

c'était

pour

le

jeune malade un agréable

192

LES ANNÉES D'ÉTUDE.

Lors de

son arrivée à Màcon,

lo

20 janvier

',

Mme de

Lamartine devina

iiien sa petit

ruse en consta-

tant au contraire qu'il n'était pas du tout cliangé et

même moins
fut
si

maie;re qu'à l'automne.

Au

fond, elle

heureuse de l'avoir auprès
il

d'elle qu'elle
((

n'en
et

laissa rien voir; d'ailleurs
fort sage
»,

avait

l'air

fort

doux

et

c'était

tout naturel

puisqu'il avait

({uelque cho.sc à obtenir.

Habilement, profitant des

bonnes dispositions de
il

l'oncle adouci par sa conduite,

enleva
la

l'affaire
fin

en

trois jours et s'installa à
le

Màcon

pour
la

de l'hiver, ayant obtenu,
qu'il

15 février,

promesse formelle

ne retournerait plus à

Belley.

Sa mère regretta bien année d'études, d'autant
envahie par
livré à

qu'il

ne terminal pas cette
était
celles

qu'elle

maintenant
de
le

d'autres
((

craintes,
ce

voir
».

lui-même
il

dans

temps de dissipation
pour
elle

Mais

comme

continuait d'être cliannitiit

elle

et plein

de bonnes dispositions,

oublia vile toutes

ses inquiétudes.

qu'on trouve dans

le Journal intime, bion Correspondance trois lollres, datées de Màcon 4 et 10 janvier, et de Lyon 3U janvier; elles furent réellement écrites à ces dates, mais en 1809. Hn elTel, l>amarlinc parl(! dans l'une d'elles de la conscription qui retarde son voyape à Lyon; or, nous savons, toujours i>ar le Journal intime, qu'il tira au sort le 23 janvier ISû'J. De plus on rciuonlre dans la lettre du 10 janvier un Iraginent ]ioéti(iue qui l'ut adressé à Virieu et n'est ici (|ue recopié ])our Guicliard; comme ce morceau lut composé à la fin de hSOS, ainsi que nous l'apprend une lettre de décembre de la même année à Virieu, il devient évident ipu' la ropie en fut lailc en jnnvicr ISO'J cl Udu 1808.
I.

Nous donnons ceUe dale d'après
la

LE COLLÈGE DE BFLLEY.
Telles furent les

193

années scolaires de Lamartine;
la Foi,

après 1808, l'influence des Pères de

qui parira

vinrent
s'effaçant

à

assouplir cette

jeune
le

âme

rebelle,

peu

à

peu,
et

et

vagabondage

d'esprit
:

remplacera l'ordre

l'austérité

morale de Belley

réaction normale et qui s'explique aisément puisque
les

tendances signalées par

les

maîtres et réprimées
l'oisiveté.

par eux vont se développer dans
études classiques

Ces courtes

les seules,

il

ne faut pas l'oublier,
furent
la

que

fera jamais
et

Lamartine

somme

toute

médiocres

ne dépassèrent pas

banalité courante

de l'époque.

Pourtant l'influence
décisive sur
elle s'exerça
le

de

Belley

fut

profonde

et

développement de Lamartine, mais
Méditations ont leurs sources
la

par des côtés qui n'ont rien de scolaire.
les
litté-

En

effet,

si

raires, de

courants très divers, dans

période qui

s'étend de 1808 à 1817, deux de leurs sources morales,

pourrait-on dire, datent du collège de Belley

:

et ce

sont
la

les

plus originales de l'œuvre, celles qui, d'après

critique

du temps, fixèrent
:

les

conditions de

la

rénovation poétique
sincère de la nature.
C'est à Belley

poésie religieuse et sentiment

que

les

germes

laissés par la

pre-

mière éducation maternelle s'épanouirent complète-

ment, aidés par un élément
chez une

qu'il n'a

pas

manqué

de

souligner lui-même et qui a toute son importance

âme

sensible

et

Imaginative

comme
13

la

sienne

:

celui

du décor de

la religion.

194

LES ANNÉES D ÉTUDE.
soiil

Ce ne

plus à Belley les cloches paysannes de
les

Saint- Point et de Milly, ni

humbles

et
il

brèves

cérémonies des églises de campagne dont
tera qu'infiniment plus tard le

ne goû:

charme
le

et la poésie

au début, ce qui frappa d'abord
étonné
la

petit

villageois

({uil

était,

ce

fut Técrasante splendeur
et,
,

de
les

religion

catholique

comme
répétées

il

l'a

dit,

«

cérémonies

prolongées
la

,

rendiifs
la

plus

atlrayanles par

parure des autels,
chants,

magnificence
fleurs
,

des costumes,

les

l'encens, les

la

musifjuc
officia

»,

et

nous savons que lev^èque de Belley
la

souvent dans

chapelle, que

le

cardinal Fesch,

protectem' du collège, vint deux fois, avec un impo-

sant

et

magnifique cortège de prélats.
cela le cadre naturel de lîelley, ses

Qu'on ajoute à
Foi proclament

forêts, ses rocs, ses torrents, et
la

les

Pères de

la

grandeur de Dieu sans jamais
les

perdre une occasion de frapper l'àme par
et l'on

yeux,

comprendra ces heures de contemplation et de vertige moral où s'abîma l'enfant et dont la description faite cinquante ans plus tard confine presque
à lextase

mystique

'.

Ainsi, au
l'âge

moment

de

la

crise de l'adolescence, à

les

impressions nouvelles

sont

décisives,

Lamartine

se trouvait en pleine

atmosphère religieuse,

dirigé par des

hommes

qui ramènent à Dieu tous les
il

actes et toutes les pensées;

conservera Temprcinte

1.

Souoenirs

el

PorLrails,

\,

p. G9-72.

LE COLLÈGE DE BELLEY.

195

ineffaçable de celte piété sincère et profonde, qu'affai-

bliront
Si

un instant

ses premières crises morales.

nous n'avions sur

ce point
le

que son seul témoimettre en doute et

gnage, peut-être pourrait-on

n'y voir que des souvenirs littéraires, bien que chez
lui les

choses vécues ou senties aient des accents qui

ne trompent pas. Déjà on en trouve un écho dans

une

lettre à Virieu

il
((

rappelle, peu de
cette pierre

mois après
mais sa

son départ de Belley,
prier Dieu
trois

où nous allions
'

ou

tiuatre fois par jour

)),

mère, surtout, nous donne d'autres délails.

Outre

les bulletins

qui mentionnent, on
les

l'a

vu, sa

grande

piété, elle

note avec joie pendant
fils

vacances

de 1806 que son

lui

donne

«

de nouvelles conso;

lations, et se porte de

lui-même

à ses pieux exercices »
il

qu'en septembre 1807, au retour à Milly,

demande
à

la

permission de passer par Lyon
vières
»,

((

pour prier

Four-

que chaque jour

il

écoute avec recueillement

les lectures

pieuses que sa vivacité supportait

mal

autrefois, et, enfin, elle rapporte cette anecdote qu'il

faut citer parce qu'elle est caractéristique chez

un

jeune

homme

de dix sept ans dont

la

timidité s'effa-

rouche facilement.
((

Avant-hier, écrit-elle

le

dimanche 8 octobre 1807,
dont
il

« «
((

Alphonse eut une
bien.
visite à

petite épreuve,

se tu-a fort
faire

En passant
M. d'igé

à
et

Igé, je l'envoyai

une
qu'il

on voulut absolument

1.

G.,

I,

p. 63,

du

V2 nov. 1808.

196
((

LES ANNÉES D'ÉTUDE.
Il

restât à dincr.

«

faisaient gras,

y avait plusieurs hommes qui tous mais point de maigre au premier
dit
lui

« service; «
((

Alphonse, sans respect humain,
et

que
fit

sa

santé ne l'obligeait pas à faire gras
omelette..,. »

on

une

On

pourrait multiplier ces exemples

et

confirmer

ainsi d'un

commentaire

précis les pages

où Lamartine
peut y voir
la

a rappelé ses ferveurs de seize ans.

On

meilleure preuve d'une empreinte très affaiblie sans

doute pendant

les

années 1809-1817, mais dont on

retrouve trace à tous les grands
existence.

moments

de son

A
le

Belley,

Lamartine comprit par lui-même
les

la reli-

gion qu'il avait connue par
véritable

autres, et ce fut là
collège.
il

enseignement de ses années de
son gré.

Sa culture

intellectuelle ne date

que du jour où

fut

libre d'organiser sa vie à

Peut-être

môme

faut-il aller plus loin

encore

:

les

premiers essais poétiques de Lamartine datent de
Bcllcy ou tout au

moins de l'année qui
le
'.

suivit son
:

départ, et nous possédons trois deces pièces

le

Chanl

du rossignol,

le

Cantique sur

lorroit de 71io>/s, les
ces

Adieux au
1.

collège de lielleg

A comparer

mor-

Les Adieux au collège de Belley ont paru pour In première dans VAlmonarh des Muscs de 1821; les deux autres pièces ont été recueillies par lui dans ses OEuvres (édition de l'auteur), après avoir été publiées dans le Cours de littérature les Adieux flfiurent aujourd'hui à la suite des Méditations, mais on ne trouve le liossignol et le Cantique que dans les Souvenirs et • Portraits, t. 1, chap. Comment je suis devenu poète ».
fois
:

m

:

LE COLLÈGE DE BELLEY.

197

ceaux aux pièces légères qu'il rima de 1808 à 1816, on
s'aperçoit qu'ils

sont

si

différents d'inspiration,

et

tellement proches au contraire des Méditatious, qu'il
est

permis de

se

demander

si

ces

fameuses années de
la

fièvre littéraire

dont l'inlluence sur

forme de son
1807.
d'être

œuvre

est incontestable n'ont pas

détourné pendant

huit ans

Certes la forme de ces trois
parfaite,
les

un courant poétique déjà très net en poèmes est loin
ils

mais

appartiennent à

la

même source que

grandes MédlLal'wm religieuses de 1819. Ce sont

déjà les images larges et simples, l'accent personnel
et

profondément sincère

qu'il
le

ne retrouvera que bien
sur
le

plus tard;
de
7'Ao)/s,

même, dans
la

Canlitjiie

torrent

apparaît à dix ans de distance
:

la

formule

unique de sa poésie

grandeur de l'homme supéqu'on pour-

rieur à tout ce qui l'environne, parce qu'il connaît
l'origine divine des choses. Et cette idée
rait croire

empruntée

à

Young,
la

il

est curieux de con-

stater

que Lamartine
d Vouug.

présente sous une
il

forme

poétique à une époque où

ignore encore jusqu'au

nom
goût

Lui-môme,

d'ailleurs, se rendit

compte, avec son

très sur,

que ces
:

trois essais étaient ses pre18:21,
il

mières Méditations

en

publia les Adieux au

collège de Belley, et alors qu'il brûlait sans regret

tous

les

vers de sa jeunesse, dont la Correspondance
il

ne contient que quelques fragments,

conserva

le

Chant du L'oasignol

et le

Cantique sur

le

torrent de

Thoys, qu'il publia de son vivant.

198

LES ANNÉES IJ'ÉTLDE.
littéraire

Plus tard. Lamartine a rapporté ce début

en

le

plaçant sous l'invocation de Chateaubriand';

c'est

en

effet à

Belley, mais à

une date malheureusepénétra dans

ment difficile
sont confus

à préciser, tant ses souvenirs sur ce point
et contradictoires, qu'il
le

monde immense
du

et

nouveau que

fut

pour

lui le

Génie
telle

C/irislianisine, et ce

premier contact eut une

inilucnce sur sa pensée qu'il mérite
sim{ile
((

mieux

ici

qu'une

mention.
le

Lorsque parut
j'étais

Génie du Clirislianisme,
les Jésuites....

a-t-il

«
((

dit,

au collège chez

Tout en

élaguant

très

prudemment du

livre les parties
ils

romacir-

((

nesques ou passionnées,...

le

laissèrent

«
«
((

culer à demi-dose dans leur collège.

Un
et

abrégé en
plusieurs

deux volumes, épuré tVAtala, de lîmc,
émues, fut mis par eux entre
maîtres d'études.
lettres,
le

autres chapitres trop remuants pour des
les

« «
((

Ames déjà mains tic leurs
l)elles-

A

titre

de professeur de
le

père Béquet posséda

premier exem-

«
((

plaire. Hélait lro[» ra\i |)()nr

renfermer en lui-même

son ivresse

et

trop

communicalif
»

pour ne pas
le

((

nous associer à son bonheur.
en classe
((

Suit

récit

de

cette lecture faite
((

un beau jour de prinprécises, sont en

temps

».
si

Ces affirmations, en apparence
réalité
incoiiciliajjles

entre elles; toutefois, en écar-

tant ce <]u'elies ont de nettement inexact et en serrant
1.
('.{'.

Siiinu-nirs

cl

l'urlraitt,

I

:

Cotiitiicnt je suis

dcvfnu

jinric

...

cl

II

:

..

Cliiilcanidiand

•.

LE COLLEGE DE BELLEY.

199

quelque peu

le texte,

il

est possible d'aboutir à

une

hypothèse vraisemblable.

En premier
à

lieu, le

Génie parut en 1802, époque
n'était

laquelle

Lamartine

pas encore à Belley,

mais à l'institution Puppier, où une lecture de Chateaubriand faite par
les

deux

vieilles

filles

à

des

enfants de douze ans est absolument inadmissible.
Il

reste

donc à examiner maintenant

si

cette lecture
les

peut se placer soit en famille pendant
soit à Belley,

vacances,

comme
les

il l'a

dit.

Or,

Mme

de Lamartine eut pour

la

première

fois
elle

l'œuvre entre
a noté
((

mains
et qui

le
:

19 juillet 1803, jour où
((

dans son journal

Je
fait

lis

un ouvrage que
plaisir
:

je

trouve excellent

me

grand

c'est le
;

((

Génie du Chris/ianisme, par M. de Chateaubriand
je crois

((

que

cet

ouvrage

est

propre à faire beaucoup

((

de bien, et j'en trouve
la lecture
le

le style

charmant
J'ai

».

Mais, à

mesure que
«
((

s'avance, les impressions chan-

gent, et elle écrit

29 juillet

:

((

achevé

le troi-

sième volume de l'Esprit du Christianisme

{sic), j'ai

relu l'épisode d'Atala, je le trouve trop passionné;

« je crois
((

que

cela pourrait échauffer la tète des

jeunes
très

gens
])on

et,

en tout, cet ouvrage qui est cependant
paraît
)).

((

me
ceci,

un peu trop propre

à exalter l'imagi-

((

nation

De

il

résulte que
les

Lamartine n'a pas
qu'il

lu

Cha-

teaubriand pendant
d'e

vacances

passa à Milly
:

1804 à 1807,

et

pour deux motifs

le

premier

est

que sa mère redoutait

l'influence de l'ouvrage sur

200

LES ANNÉES D'ÉTUDE.
tête

une jeune

comme

la

sienne; l'autre, qu'il était
la

encore incapable à cette époque de faire

moindre
examiner
s'il

lecture en cachette de sa famille. Ainsi, Ihypothèse

deBelley reste

la seule acceptable.

H

reste à

maintenant, d'après
possible que
le

les détails qu'il a

donnés,

est

père Béquet ait lu en classe, à une
'lénie.
la

époque à déterminer, des fragments du
Il

a parlé,

on

l'a

vu. de deux volumes épurés;

première édition abrégée de Chateaubriand est bien

en deux volumes, mais

elle est

de 1808, année où
l'a lu,

il

avait quitté Belley. Est-ce alors à Milly qu'il

au

retour du collège? pas davantage, car

il

n'eût pas

manqué

d'en

faire part

avec enthousiasme par de
à (îuiciiard. Or, la Corres-

belles lettres à

Mrieu ou

pondance^ qui

commence
les

à l'automne de
:

1807, est
il

absolument muette sur Chateaubriand
conclure (|ue
sujet
détail
et

d'où

faut

amis

s'étaient déjà (oui dit sur ce

n'avaient

inexact des

plus à y revenir. Ainsi, si le deux volumes épurés doit être

écarté, l'hypothèse de Belley se confirme davantage.

Mais

le

père Béquet fut

le

professeur de Lamartine
et c'est

de 1803 à 180G inclusivement,

donc au cours
faite la lecINOC)

de l'une de ces trois

années que dut être

ture de Chateaubriand, et
était

comme

en

Lamartine
il

en rhétorique

et

très près

de ses seize ans,

parait infiniment probable que cette dernière date est
la vraie.

Au début

de l'année suivante

il

était

nommé

bibliothécaire

du collège

et avait ainsi toutes facilités
le

d'approfondir une découverte qui

laissait extasié.

LE COLLÈGE DE BELLEY.
Il

201

est

possible de s'imaghier,
le

même
la

aujourdhui,
jeuue généra-

l'impression causée par
tion d'alors
:

Génie sur

traitant son propre cas,
et

Lamartine

l'a

exposée avec beaucoup de chaleur
trictions

nombre de

res-

dont

les

motifs sont bien postérieurs à cette
:

première

lecture

la

froideur

que Chateaubriand
la

montra toujours au
la

disciple

dont

gloire balançait

sienne, des divergences dopinions politiques, firent

qu'il

atténua en partie ce jugement par des considé'

rations générales assez vives

;

mais

il

voulut bien

convenir que Chateaubriand
puissantes
»

fut «

une des m.ains
l'enfance,
les

qui

lui

ouvrirent,

dès

grands horizons de

la

poésie moderne.
la

Après cette lecture

curiosité

intellectuelle
lui

de

Lamartine

s'éveilla, et le (jénie
il

devint pour

une

vaste encyclopédie où

i)uisa des
:

notions vagues

des littératures qu'il ignorait

Chateaubriand tou-

chait h tous les sujets, à tous les genres, à tous les

hommes
est-il

;

de

là à

courir aux sources,
fit

il

n'y avait iju'un
:

pas, et c'est ce

que

Lamartine.

Il

y a plus encore
les

possible en effet de méconnaître

curieuses

ressemblances qui existent entre l'inquiète jeunesse
de René et celle de Lamartine?
«

Comme

René,

il

est

tour à tour bruyant et joyeux, silencieux et
ses

triste,

abandonnant soudain
s'asseoir à l'écart et

camarades,
la

pour

aller

contempler

nue fugitive ou

1.

Cf.
'•:

Souvenirs
l.

cl

Portraits,

t.

I

:

«

Comment

je suis

devenu

jjoèle

11

:

Clinleauliriand

•.

202

LES ANNÉES D'ÉTUDE.
la pluie
«

entendre
celle

sur

le

feuillage

'

));

son âme,

comme
»,

de René

qu'aucune passion n'a encore usée
(jui

cherche un objet
bientôt (|u'ello

puisse l'attacher et s'aperçoit
qu'elle ne reçoit;

donne plus

comme
» et la

René,

la

solitude absolue,

le

spectacle de la nature le

plongent dans un état impossible à décrire
«

surabondance de vie

», les

«

grandes lassitudes

»

de René, Lamartine les éprouve à chaque instant. Le
chapitre du Génie intitulé
:

((

Du Vague

des passions »

n'aura jamais de meilleur commentaire que certaines
lettres à Virieu
:

«

Plus

les

peuples avancent en civi-

lisation, dit

Chateaubriand, plus cet état du vague
le

des passions augmente, car

grand nombre d'exemla

ples (|u'on a sous les yeux,

multitude des livres

qui traitent de ces sentiments rendent habile sans
expérience.

On

est

détrompé sans avoir joui;

il

reste encore des désirs, et l'on n'a plus d'illusions.

L'imagination est riche, abondante
avec un cœur plein un

et merveilleuse,

l'existence pauvre, sèche et désenchantée;

on habite
ces lignes

monde vide

et,

sans avoir usé

de rien, on est désabusé de tout-.
qui résument avec une

»

Dans

telle [)récision

son état d'âme

habituel Lamartine retrouvait

les

sentiments confus
n'en fallait pour

qui l'animaient et c'était plus

(|u'il

l'enthousiasmer.
Ainsi, on tron\o dans (^haleaiiltriand l'âme
1.

môme

Cf.

Chutrniihridnd, Œuvres,
21 S.

t.

Il

U'.l.

(i.iriii.T, ['.iiis. 1.S5!»).

p. S2.
2. /</., ihid.,
t. I,
|).

LE COLLÈGE DE BELLEY.

203

de Lamartine; non pas froidement analysée, mais

mélancoliquement décrite
nuances, avec
L'adolescent
le

et

dans

ses

moindres

vague

et la

langueur

qu'il aimait.
la

mystique de Belley, enclin déjà à

rêverie et à la solitude, fut dès la première lecture sou-

mis à Tirrésistible attrait de cette prose harmonieuse,
et

dominé toute
ses

coup de

sa vie par ce grand souvenir. Beaupoèmes ne sont que du Chateaubriand

mis en vers,

et ce

ne fut pas une des moindres causes
il

de son succès. Et plus

avance en âge, plus l'em:

preinte devient saisissante

visible

déjà dans

les

Méditations, elle s'affirme dans les Harmonies, pour

s'épanouir dans

le

Voyage en Orient

et certains

mor-

ceaux de Jocelyn ou de la Chute d'un ange.
Qu'est-ce,

après

tout,

que l'épopée conçue par
le

Lamartine

et

dont nous possédons

plan
et

et

quel-

ques fragments, sinon un gigantesque
Génie du Christianisme, dont
Joveli/ii

poétique
le

aurait été
les

René,

la

Chute d\in ange l'Atala

et

dont

Pêcheurs,
le

les Chevaliers, les

Patriarches devaient être

déve-

loppement de certains morceaux?

Quant aux réminiscences de Chateaubriand, trop
directes

pour

être douteuses, elles sont
et

innombrables
'.

dans son œuvre

mériteraient une étude spéciale
le

Mais Lamartine, avec
tait

goût

parfait

qu'il

appor-

dans ses enthousiasmes
la

littéraires, se

garda de

tomber dans

pompe

et le

Merveilleux chrétien de

1. La plupart ont été déjà signalées par M. Zyromski dans sa thèse sur Lamartine poète lyrique (1897).

204

LES ANNÉES D'ÉTUDE.
les

Chateaubriand:
des Rêveries,
les

Martyrs
la la

lui

déplurent';

le

Génie

Anges de

lassitude,

du matin, du

mystère, du temps et de

mort

le

cho(]uÎTent.

De

Chateaubriand
la

il

ne conserva que
et

les

grandes images,
des

poésie

mélancolique

simple

choses qui
le

passèrent sans efîort dans sa poésie avec
et les

rythme

nuances de

la

prose originale.

1.

C,

I,

p. 111,

du 12 mars

18(19.

QUATRIÈME PARTIE
LA FORMATION DE LA PERSONNALITÉ

CHAPITRE

I

LA VIE SOLITAIRE

'

Au moment où
Lamartine
({u'il

il

quittait le

collège de Belley,

v^enait d'avoir dix-sept ans.

Ses projets,
étaient

formulait

alors

très

nettement,
les

de

trouver une situation'-; mais
et

préjugés du temps

de son milieu
:

ne

lui
la

toléraient guère

que deux

carrières

l'armée et
et

diplomatie.

bibliographie de la (luatrième partie Journal Correspondance (t. I). « Carnet de voyage de Lamartine » (publié par M. R. Doumic), Correspondant du Nous devons à l'obligeance de M. Duréault 25 juillet 1908. d'avoir pris connaissance de lirnportant dossier qu'il a réuni sur Henriette Pommier, et d'une curieuse étude, lue par lui en séance publi(iue à l'Académie de Màcon et qui doit être publiée
1.

Sources

intime (passim).

:

lui avons emprunté toute la documendu chapitre m. Une fois de plus, nous avons à déplorer le classement défectueux de la Correspondance et il serait à souhaiter qu'une main autorisée donnât promptement une édition complète et veriliée de cet inestimable document; grâce au Journal intime, pourtant, nous avons pu rétablir à leur véritable date des lettres arbitrairement ou mal datées par l'éditeur, une dizaine environ, pour les années 1807-1813. 2. C, I, p. 23, du 22 février 1808.

prochainement. Nous
tation

208

LA FORMATION DE LA PERSONNALITÉ.
le

La diplomatie, dont
beaucoup; mais
saient pas
:

côté

mondain

et la vie facile
le

séduisaient peut-être sa jeune imagination,
les siens, très

tentait

sagement, ne

l'y

pous-

à son âge, sans relations, sans éducation

solide, c'eût été
militaire,

manque
il

de raison. Pour
de ses pères

le

métier

malgré

les traditions

et

malgré

ce qu'il en a dit,

semble l'avoir eu toujours en
d'ailleurs,

horreur;

ses

parents,
à
le

ne

tenaient que
les

médiocrement
l'Empereur
:

voir servir dans

armées de

le

père,

pour l'occuper, songea bien un
de
sa

instant à l'école de Fontainebleau, mais y renonça
vite

devant
((

les
le

supplications
et la

femme
».

(|ui

redoutait

danger
dans

licence des armées'

Le

jeune
s'en

homme
servira

qui connaissait l'aversion maternelle
les

grandes

occasions,

et

cette

menace

sera
:

pour
le

lui le

moyen suprême
il

d'obtenir ce

qu'il désire

jour où on lui refusera l'autorisation
déclarera aussitôt sa résoet,

de faire son droit à Lyon,
lution d'entrer dans
la

garde impériale

quelque
assez

temps après, alors

f|ue sa famille accueillera
il

mal un projet de mariage,
qu'il

écrira tout net à Virieu

est

prêt d'entrer définitivement au service et

d'essayer de se faire tuer.
lassitude et devant les

En

1814, c'est plutôt par
l'oncle irrité de

menaces de
se

tant

de

paresse qu'il

décidera à entrer dans la

Garde du corps. On
plaisir ([u'il

sait

par

la

CorresponJanre

le

y

prit.

I.

J. /.,

2.")

ï^opt.

ISÛ5.

LA VIE SOLITAIRE.
Ainsi, devant les difficultés que soulevait
tion
la

209

ques-

d'un

établissement immédiat,

les

Lamartine

patientèrent, préférant attendre
rité, et le

un peu plus de matu-

laissèrent entièrement maître d'organiser
Il

son existence à sa guise.
son parti
et,

en prit très joyeusement
nouvelle de l'indépenles arts

tout à

la

joie

dance, organisa un plan d'études où

d'agré-

ment, musique, danse
place'.
C'était,

et dessin,

avaient aussi leur

à

l'époque,

un grand

garçon

un

peu

gauche^, rendu timide par quatre austères années de
collège, et qui fuyait le à Taise.
Il

monde

faute d'y savoir figurer

avouait à Virieu, de plus en plus son confi-

dent, qu'il était incapable de dire une chose aimable
et
il

de répondre à un compliment^
était

:

comme

Chérubin,

amoureux de
un peu
la

toutes les femmes, mais n'osait

guère faire un pas vers une*. Cette timidité farouche
désolait

mère, mais

lui,

qui sans doute en

connaissait

les véritables

motifs, s'en consolait philole

sophiquement en déclarant que
l'habitude guériraient tout

temps,

les

voyages,

cela''.

Comme
Belley est

suite normale de cet état d'esprit dont évidemment responsable, il se confine dans

une studieuse
est «
1.

solitude, fuit la société, déclare qu'il

dans
I,

la

jubilation » de n'être pas encore
du 22 février; p. 2(;, du 13 mars 1808. du 14 déc. 1808. du 10 sept.; p. 95, du 14 déc. 1808. du 14 déc. 1808. du 14 déc. 1808.

amou-

a.,

p. 2.3,
i).5.

2. /(/., p.

3. ht., p. 41,
4.

M.,

p. 95,

5. Id., p. 1)5,

14

210

LA FORMATION DE LA PERSONNALITÉ.
qu'il

rcux, indice
lui toutes les

est

prêt

de
«

le

devenir

:

pour

femmes sont

de petites effrontées,

impudentes, coquettes, de petites ig-noranles imbéciles,

malignes, médisantes, sottes
elles croît «

et

laides
»

'

;

son

mépris pour

de jour en jour
la

en dépit,

avoue
de
les

t-il

ingénument, de
«

bonne envie
gravement

qu'il aurait
la pliilo-

trouver

aimables
il

et fidèles ».

Puis
à
le

sophie s'en môle et
qu'il n'y a plus

déclare

Guichard

d'amour véritable dans
».

cœur des

jeunes gens,

«

mais seulement un

lissu de coquetteries

de part et d'autre-

Aussi s'occupe-t-il surtout d'organiser son existence en garçon raisonnable, et de soumettre à Virieu

un plan d'études

et de lectures

';

sa

mère

profite alors

de cette disposition pour l'emmener de
Saint-Point, car, dit-elle,
l'éloigner de la ville à
« je

Màcon

h

ne suis pas fâchée de
ses seules récréatard,

un moment où
gens dont

tions seraient des

promenades

le soir, fort
il

dans

une

société de jeunes
:

est impossible

que

l'on soit sûr

ici

il

est plus en sûreté et a l'air assez

content^

».

•<

« «
I.

« "

du 29 oct. 1S08; p. i39, du 4 août 1S09. du 4 août 1809. 3. Jd., p. 25-27, du 13 mars 1808. 4. J. /., 20 mai 1808. Elle (Vrivait de .Màcon le 24 février La santé d'Alphonse n'est pas mauvaise; il s'occupe heaucoup et a plusieurs maîtres, entre autres un de danse et un de basse. Il est assez raisonnable, mais son caractère me |)arait toujours fort léj,'er, ce i|ui rend les danjrers du monde i)ien plus graves pour lui. Nous l'en tenons encore éloigné celte année, mais je frémis pour le moment où il sera exposé
1. a., I, p. 53, 2. Id., p. 139,
:

«

à cette contagion affreuse.

»

LA VIE SOLITAIRE.
Et, de fait, ses lettres

211
joie

montrent quelle fut sa
il

enfantine de se retrouver à Saint-Point, où
le

arriva
les

26 mai'

:

ce furent des flâneries exquises

dans

bois, des lectures sérieuses, des
le

promenades
et

à cheval,

tout entremêlé d'un peu de

musique
sentait

de quelques
«

délassements

poétiques-;

il

surtout

un

redoublement d'amour pour Tétude
sa

et la poésie^ », et

mère avouait ne plus
Mais, avec

le

reconnaître devant une

telle docilité.
la

nature insatisfaite ([u'on
la

lui

connaît
il

et

dont voici peut-être

première manifestation,
il

se lassa vite de

son nouveau bonheur,

en vint à
il

regretter Belley où, pourtant, à l'en croire,

n'était

pas heureux.

« Il

faut
»,

que

je

m'occupe beaucoup pour

ne pas m'ennuyer

confesse-t-il

un jour à Viriéu*,
annonçait sa pro:

et à Ciuichard, ((ui l'enviait et lui

chaine libération,

il

écrivait tristement

«

Nous

te

verrons dans quatre ou

cinq

mois commencer

à

l'ennuyer dans ta retraite, au milieu de tes livres, de
tes bois et

de

tes

prétendus plaisirs
de
tes

;

tu regretteras
et,

dans peu

la société

amis, tes occupations
les

que dis-je? peut-être

même

peines du collège....
»

Tu m'en
pour
1.

diras des nouvelles
il

^

Si bien qu'à la

mi-

septembre
se

fut

enchanté d'abandonner sa solitude

rendre à Crémieu, où Guichard l'avait invité;

J.

L, 20 mai 1808.
1,
,

2.

C,

p. 31-33,

du

8 juillet 18U8.

3. Id
4.
li.

20 avril 1808. Id., p. 62, du 12 nov. 1808. M., p. 31, du 8 juillet 1808: p.
p. 28, (la

.35,

du 26

juillet 1808.

212
la

LA FORMATION DE LA PERSONNALITE.

mèie, toujours prudente, s'arrangea pour

([u'à

l'aller et

au retour

il

couchât à Lyon chez

Mme

de

Roquemont.
être le plus

« Ainsi,

point d'auberge, ce qui pourrait
»

dangereux.

C'est avec

beaucoup de

détails

(lue
il

Lamartine a

rapporté ce séjour dans

l'Isère,

tant

en avait gardé

un profond souvenir
pour
la

'

:

c'est

en

effet à

Crémieu

(jue

première

fois

il

se plongea en silence «
»,

dans

un océan d'eau trouble
ment,
qu'il

ou, pour parler plus simple-

pénétra dans une bibliothèque bien garnie;

mais

il

a négligé de
si

nous donner
Pères de

la

date exacte de cet
huit jours

événement

important à
les

fixer, puis([u"en
la

tout l'édifice

élevé par

Foi va être détiuil
qu'il ((uilta

pour longtemps. Nous savons par sa mère
Milly
le

27 septembre 1808, et qu'il était de retour à
le

Màcon

IG octobre.

Il

est

certain ([ue

Lamartine

Bourgogne dans un tout autre état d'esprit qu'au déj)art; sa mère le constate elle-même, mais sans bien pouvoir en comprendre les motifs, et le
revint en

4o décembre
petite

elle

consigne dans son .buM-nal cette
ra[)pr()ch(''e

anecdote qui,
fait assister à

d'une

lettre à N'irieu'-

nous
de

une transformation
débiil de

très sensible

l'état d'esprit
((

du

lannée

:

Lundi nous dinàmes
sur

à Bussière chez

M.

\'erset,

Mais

Mcinoiim iiirclils, p. 1l(i-12:i. séjour ;i Oiéiiiirii daté |)ar Lamartine de 1807 an lien de 18U8. I. C, I, p. 84, (lu 12 <lé(!enil)re 1808, et /</., p. 122, lettre sur V Corinne du f' juin 1809.
1.
(;f.
il

ci;

:

a

él(''

LA VIE SOLITAIRE.
«
le

213

notaire du lieu

;

il

y avait beaucoup de
des

monde du
fit

« voisinage, l'on fut très gai, l'on chanta, l'on
((

des

bouls-riinés.
facilité

Alphonse

fit

couplets;

il

a une
il

((

incroyable pour tout ce qu'il veut,

est

«
((

plus que jamais tourmenté du désir de faire quelque
chose, ce que je désire aussi beaucoup.
serai à

Quand

je

((

Màcon,

je tâcherai
il

de

lui

trouver quelque

«
{(

maître de langues;
et je serai

aurait envie d'en apprendre,
qu'il i)ùt s'occuper utilement.
la ville, soit

enchantée

((

Je suis effrayée de son retour à
soit

pour

lui,

« «
((

pour moi.

Il

caractère inquiet,

m'a bien tourmentée par son mais je tâche de le ramener tout

doucement;

je

supporte, c'est

ma

tâche aciuellc.

»

Pendan t tout le mois de décembre
constate encore
le

Mme de Lamartine
s'instruire,

grand désir quil a de
et l'italien; elle

d'apprendre l'anglais

note avec effroi

son attitude lorsqu'à Pierreclos ou à Montccau on
agite devant lui

des questions littéraires'; elle

se
et,

lamente sur son aspect de plus en plus renfermé

indice plus grave, constate qu'il a beaucoup perdu de
sa piété-; tout cela, rapproché de la Correspondance


1.
«

l'on voit qu'à cette

même

époque

il

commence

à

Il

J. /., 12 octobre. « Mercredi, nous avons dîné à Pierreclos. y eut une conversation sur J.-J. Rousseau; deux personnes

«
«

de

la

société étaient ses zélés partisans, d'autres les réfu-

taient.

«
<•

Alphonse les écoutait attentivement et je craignais toujours qu'il ne prit les mauvaises impressions de préférence
»
:

aux bonnes.
2. J. I.,

«

« Hélas! comme il 9 octobre, en parlant de son fils est loin du seul bien qui pourrait contenter mon cœur »; et

26 octobre.

214
«

LA FORMATION DR LA PERSONNALITÉ»

causer littérature

avec enthousiasme, coulirmedès
à

lors ce qu"il a dit

lui-même de ce séjour

Crémieu.

Au début

de décembre, c'est une véritable frénésie
le

de travail qui

possède;

il

veut vivre uniquement
livres,

avec lui-même, au milieu des
le

renonce

« à

tout

train

du monde'

))

et profite

de l'ennui qu'il éprouve

pour mettre à

profit sa solitude et sa jeunesse-.
il

Avec sa

petite expérience des derniers mois,

se

demande
et

bien où tout cela va
il
((

le

mener, mais, pour

s'encourager,

évoque Rousseau travaillant en silence
de loin
» ses

préparant
est

succès^ Sans nul doute,

Rousseau
est

une des découvertes de Crémieu. La more
dans

enchantée de ce programme, qu'elle approuve
elle, «

pleinement, car, dit

l'âge
il

il

est,

envi-

ronné de beaucoup de séductions, pour
le

faut

un miracle
par tous
les

préserver de tant d'écueils
elle

», et

moyens

encourage ce plan de

travail.

On

avait

compté sans

l'oncle terrible

que

cette belle

vocation littéraire laissa fort indifférent.
déceml)i'e,
lui
il

Au début

de

lit

comparaître son poétique neveu pour
petit

enjoindre de renoncera son

programme
'<-.

qu'il

entendait remplacer par l'étude des sciences
tine,

Lamar-

on

le sait,
:

eut de tout temps

les

mathématitjues
l'oncle fut

en horreur
C,
M.,
[(I.,

il

supplia, pleura

même, mais

1.

I,

p. 77,

du

10 cire. 1808.

2. 3.

ibid.
p. G8,

4. hl.. p. 80,

du 28 nov. du 12 déc.

1808. 1808.

LA VIE SOLITAIRE.
intraitable; de désespoir, puisque, disait-il,

215

on voulait
à

forcer son goût et son inclination,

il

commença

jouer de
et la

la

Garde impériale, mit

la

mère de son côté
finit alors

délégua auprès de l'oncle'; on
:

par
litté-

s'entendre
raires

les

langues étrangères

et les

éludes

furent
les

conservées au programme, mais on
sciences.
Il

y ajouta

était

trop

tard

:

l'enfant

dégoûté avait perdu sa belle
le

fièvre. Il ira
«

bien chez

professeur de mathématiques, mais

résolu à n'y

rien faire
le

du tout qu'un peu semblant"
«

» et,

puisqu'on
vie de fai-

contraignait malgré lui à mener
», il

une
:

néant
sort

en profitera pour s'amuser

et le voilà

qui

le

soir, se

montre au concert, au
((

théâtre, qu'il

aime maintenant
il,

à la folie

^

n et qu'il

trouve, paraîtet

le

seul

amusement digne d'un homme de goût
alors, s'effraye
«

de

bon sens ^
Sa mère,
:

Son

caractère, écrit-elle,
:

m'inquiète chaque jour davantage

je

lui

ai

fait

promettre qu'il ne demanderait pas à

aller

au concert,

moyennant quoi j'ai promis, de mon côté, (|ue je le mènerais à Lyon pour quelques jours au mois de
janvier.
»

L'intervention

de

l'oncle

n'avait

pas

été

heu-

reuse

:

faute d'avoir pris au sérieux son désir d'étudu
17 déc. 1800.

1.

J. /.,

2.
«
<

C,

I,

p. 86,

du

12 déc. 1808.

«

J'avais fait les plus

beaux

plans du monde de plaisirs littéraires. père de concert ont voulu tout détruire. »
3.

Mon

oncle et

mon

C,

I,

p. 92,

du

14 déc.

4. Id., ibid.

216
dior,
il

LA FORMATION DE LA l'EllSONNALtTÉ.
avait décourag'é toute sou ardeur; au lieu de

[)asser à

Màcou un

iiivcr paisible,

comme

il

le

sou-

haitait,

il

va partir pour Lyon s'amuser, ce qui n'était

guère son intention, contrairement à ce que Ton
croyait autour de
cette
lui.

Nous retrouverons souvent

incompréhension du caractère de l'enfant.
à Lyon, chez
et

La mère et le lils arrivèrent Roquemont, !e 17 janvier 1809
sa petite existence; Virieu,
il

Mme

de

de suite

il

organisa
à

s'il

faut en croire une lettre
faisait

se

levait

tard,

un pou d'anglais,
publique,
avait pris
et

flânait Taprès-midi

à la

bibliothèque
il

terminait sa soirée au

théâtre où

un

abonnement';
lui qu'il n'irait

à l'insu sans doute de sa mère, qui
la

prétend au contraire à
((

même

date avoir obtenu de
ni

ni

au spectacle,

au bal masqué

)^.

La pauvre femme
carnaval aussi
impossible
((

se [)laintde n'avoii-

jamais mené un

dissipé »; a mais, dit elle, c'était

autrement,

car

je
».

voulais

procurer

quelques plaisirs à Alphonse

Tous deux étaient de retour à Màcon le 10 mars, lui enchanté de son voyage, elle moins; il constate
alors avec

un peu d'orgueil

qu'il est

beaucoup moins
a

timide qu'au départ, et qu'à
considération pour un jeune
l'hiver

Màcon on

une certaine

homme
:

qui a été passer
croit blasé sur
».

dans une grande
cela

ville

on

le

tout
1.

et, dit-il, "

donne une contenance'-

C,

I,

|).

lu:;,

2. /(/., p.

100,

du 2i.i;iiiviiT I8IJ1). du 20 février 1809.

LA VIE SOLITAIRE.

217

Dès
de

le

retour,
'

il

avait repris ses projets détude et

travail

;

le

carême se passa tranquillement à
Mais
cette fois
,

Màcon, dans
s'y

la solitude et la lecture.
il

prenant un peu à l'avance,
le

demanda

bientôt

Tautorisation d'aller étudier

droit à Lyon,

au cours
d'abord
;

de l'année 1809". L'oncle
la

et le père refusèrent

mère comme toujours s'interposa, apaisa
et

les colères

naissantes,

chacun
accordait

se

fit

des

concessions

réci-

proques

:

pour
lui

le droit, l'oncle

réservait sa réponse,
louis
la

mais on

soixante
le

de pension

annuelle, la nourriture,

logement, et

permission
à Dijon

d'aller à ses frais passer l'hiver à

Lyon ou

^

De nouveau on
aller

le

détournait de ses rêves d'étude qui
il

n'étaient peut-être,

est, vrai,

qu'un prétexte pour
l'oncle,

s'amuser à Lyon. C'est que

de plus en

plus méfiant, commençait à s'inquiéter de cette jeune

imagination débordante.
L'enfant
finit

par prendre son parti de cette demila

promesse, et se remit avec ardeur à
travail; tout le

lecture et au

printemps

et l'été

se passèrent dans

une solitude absolue, à Màcon,
Point.
((

à Milly et à Saint-

Voici trois mois, écrit-il en juin à Virieu,

que

mon

genre de vie est

le

même absolument
et petite

:

travail, lecture,
solitaire entre

correspondance
les

promenade

huit ou neuf heures \ »

Un

tel

1.

C,

I,

p. 100,

du 26 février 1809;

et p. 110,

du

12

mars

1809.

2. J. /., 7 juillet 1809.
3.

C,
M.,

I,

p.

1.39,

4.

p. 127,

du 4 août 1809. du 10 juin 1809; et

p. 146,

du 4 août.

218

LA FORMATION DE LA PEUSONNALITÉ.
finit

régime

pas fàclieusemcnt influer sur ses nerfs;
l)ient(~»t;

des idées tristes lenvahircnt
il

en août,

même,

tomba malade,
de
j'ai

craeliant
la

le

sang, accablé de violents
se
fit

maux
«

tète,

et

crise

morale

plus aiguë

:

Oui,

pleuré, écrit-il

un jour

à

Mricu, moi qui

ne pleurais plus, un peu de regret de cette partie manquée, un peu en voyant la sympathie de nos
peines,

de nos idées, de

nos tourments,

de nos

désirs, et de ce feu sacré qui

commence
la

à te brûler
tristesse,
'

comme

moi,

ces

projets

vagues,

cette

cette paresse, cette vie
les lettres
le

au milieu de

mort

».

Et

se suivent, de plus en plus désespérées;

vague

de

son

existence
il

présente et future

le

fait

languir et mourir;

devient sage, indifférent,
il

philosophe sur bien des choses,

est fou, désespéré,
il

enragé sur beaucoup d'autres...;
et parle

devient
il

«

ours

»

de se brûler
la vie

la cervelle,

car

ne peut plus

supporter

du plus
:

plat,

du plus ignorant bourfai-

geois de petite ville

«

beaux rêves que nous

sions bien éveillés à neuf heures
tilleuls

du
-

soir sous les

de Helley, riches projets, riante perspective,
»

avenir incomparable, où ètes-vous?...
Telle fut la première crise morale;
il

en connaîtra
le

d'autres juscju'en 1820 et toutes chez lui auront

même dénouement
un
rien suffira

:

dans
lui

les

plus affreuses détresses,

pour

rendre l'équilibre.

Car Virieu
1.

finissait

par s'inquiéter de celte oxalta-

C,

I,

p.

143.

2. Id., p.

I48-I:i2,

du 4 aoùl 180i). du 19 août 1809.

LA VIE SOLITAIRE.
t.ioii

219

et

de ce découragement

;

il

lui

proposa alors, pour

le

chang-er d'air, de venir passer quelques jours chez

lui

au

Oand-Lemps

et,

brusquement
:

,

la

corres-

pondance change de thème
vie de

à la mélancolie la plus
';

sombre, succède un enjouement imprévu

toute la

Lamartine sera
il

faite

de ces contrastes et de ces

revirements, dont

est parfois difficile de saisir les
il

motifs. Mais, cette fois,

jouait de

malheur
la

:

au
il

moment du
fut obligé de

départ son père se cassa
le

jambe,

et

remplacer
«

— car
l'air

c'était

l'époque des

vendanges
naturel
Alors,
-

en ayant

de trouver cela tout

».
il

s'étourdit, profita de l'animation passa-

du pays pour mener une « vraie vie de fainéant une vie banale et commune comme celle de tous les désœuvrés et les imbéciles du monde, visites, bals, soupers, promenades et je ne sais
gère
et d'insouciant,

quoi

'

».

Dans
la crise.

l'état

il

se trouvait,
et

il

était à

point pour

devenir amoureux,

n'y

manqua
il

pas; cela dénoua

Comme
le

de juste,

aimait quelqu'un qui ne
lui

pouvait pas
connaît, «

l'aimer;

avec l'imagination qu'on
le

voilà pris,

voilà

mort

»

L'objet de sa

passion n'était pas une beauté, mais
bilité,

«

toute l'ama-

toute la sagesse, toute la raison, tout l'esprit,
la

toute

grâce, tout

le

talent imaginable ou plutôt

1.

C.

I,

p. 170,

2. Id., p. 17.5,
3.

du 21 octobre 1809. du 9 nov. 1809.

Id., p.

176.

220

LA FORMATION DE LA PERSONNALITÉ.
)),

inimaginable
laire

et

empruntant
c'était

à

nouveau

le

vocabu-

de Chérubin —
:

de son âge,

il

terminait

lyri(|uement
espoir, ah!

«

J'en mourrai! je

le sais!

aimer sans

comprends-tu un peu

cela '? »

La pauvre mère, qui elle-même avait encouragé son
fils

à

une innocente correspondance en vers avec
fille

la

jeune

de leur médecin deMilly,

le

docteur Pascal,
et
elle

s'épouvanta des suites de son imprudence,
écrivait le 16
((

décembre 1809

mauvaises, ce qui a été

Mes nuits ont été occasionné par un chagrin
:

«

((

que
de
je
j'ai

je

ne puis mettre

ici

mais qui a
peine

été très vif, et

((

dont

la

cause n'est pas encore passée; c'est au sujet
fils,

((

mon

et ce

qui

me

le

plus, c'est
et

que
que
;

«
((

ne peux demander conseil à personne,
peut-être quelque reproche à
elle

me

faire... »
:

et

quelques jours après
((

ajoutait encore

((

Alphonse

m'inquiète toujours beaucoup, des passions com-

((

mencent à

se développer, et je crains
;

que sa jeu-

ce

nesse ne soit bien orageuse
trouble de son

il

est agité, triste, le

«
((

àmc

altère

même

sensiblement sa

santé

».

Pour couper court, on l'expédia

à

Lyon
il

le

8 jan-

vier 1810, avec permission d'y rester autant que ses

moyens

le

lui
«

permettraient;

même

pourra

faire

son droit.
((

Je vois, dit-elle

encore, qu'on nous blâme
ainsi sur sa

généralement de

le laisser

bonne

foi,

((

mais on ne connaît pas nos raisons;
tourmentée depuis
1.

je suis

moins

«

qu'il est parti. »
1809, et p. 188,

C,

I,

p.

ISl,

du 2i

iiov.

du

10 déu. 1809.

LA VIE SOLITAIRE.

221

Après

les

huit jours d'usage chez

Mme

de Roque-

mont,

qui, prévenue, veilla sur lui avec
il

une inquiète
rue
'

sollicitude,

réclama plus de liberté
«

et s'installa

de l'Arsenal, au quatrième,

avec une vue unique

».

Alors

commença une
il

existence exquise, la vie d'étu:

diant, mais sans études

les

beaux projets de travail

étaient loin;

n'était plus question des professeurs
;

d'anglais et d'italien
fut remplacée par
travail
qu'il

la

tragédie qu'il voulait écrire
;

un vaudeville
«

les huit

heures de
fré-

s'était

imposées au départ, sans

quenter personne,
à

quoiqu'on dise

»,

furent occupées
grotte de Jean-

de petits voyages à Grenoble, à

la

Jacques, ou à des flâneries chez
droit,

les

bouquinistes. De
il

point; au bout de deux mois,
il

avait épuisé

ses ressources, et

fallut courir à Dijon, chez l'abbé.

Le bon oncle
rèrent pas

se laissa arracher 60 louis qui

ne demeului

longtemps dans sa poche; force

fut

alors de retourner à Milly, sa « détestable patrie »,

il

obtînt des tantes
;

un peu d'argent sous prétexte
il

de payer des dettes

puis

revint encore à Lyon, et

finalement, endetté, poursuivi, sans
lui avait

un

sou, car on
le

coupé

les vivres,

il

regagna Milly

18 mai-,

t.

C,

1,

p. 203,

du 1" mars

1810.

Sur

le

séjour à Lyon,

cf.

id.,

p. 193-240.

celle dale d'après le Journal intime, bien pas d'accord avec la Correspondance, où ligure une lettre datée de « Saint-Point 14 mai >•: nous lui donnons la
2.

Nous donnons
ne
soit

qu'elle

préférence.

222

LA FORMATION DE LA PERSONNALITE.

après quatre mois de délices, relatées avec une joie

enfantine dans les lettres à Virieu.
Elles sont juvéniles, prime-sautières et vives, d'un

piquant contraste avec
((

celles

de l'année précédente

:

Voilà enfin une partie

de mes désirs

satisfaits!

écrit-il à

son arrivée;

je

m'instruis, je suis libre, je
si fort

suis indépendant, je le suis
ridicule
;

que

j'en deviens

mon

livre

,

ma

chambre,

mon
»

feu et

le

spectacle ont trop de
la

charmes pour moi.

Puis c'est
:

description poétique de sa petite installation
Cellule inconnue et secrète,

Où jamais un oncle boudeur, Où jamais un mentor grondeur
Ne viennent
troubler
«
le poète.

Ses amis sont des
tout,

artistes », « des artistes sur-

mon

cher ami! voilà ce que j'aime! de ces gens
.le

qui ne sont pas sûrs de dîner demain!

leur ai dit

que tu

étais

comme

moi, un artiste universel, artiste
!

dans l'àmo,

artiste d'inclination

»
le

C'est la vie de

bohème, au jour

jour, et sans souci

du lendemain;

les grisettes, le théâtre, le

concert, les
il

vers, tout lui est bon,

même
:

les dettes,

dont

se tire

en faisant un impromptu
court
la ville.

Mes

délies, qui, d'après lui,

Plus tard pour

les

payer,

il

s'adressa

naturelle-

ment
et les

à sa mère, qui cette fois s'en fut trouver l'oncle

tantes

pluti'il

que son mari, car
:

le

clievalier

n'aimait pas
((

les

dettes

((

Son oncle

et ses

tantes

ont eu

la

bonté de se charger de payer

les dettes

LA VIE SOLITAIRE.
((

223
et

d'Alphonse, écrira-t-elle plus tard,
dire à

sans rien

((

mon

mari, ce que

j"ai

demandé par-dessus
le

« tout,
((

car j'aurais
il

mieux aimé qu'on
était et

laissât

dans

l'embarras où
jours
fini

dont

le

temps aurait tou-

((

par

le

tirer,
le

que de consentir qu'on
repos
et
le

«

détruisît

absolument
en
lui

bonheur de
de son
si
fils.

«
«
((

mon mari
C'est

apprenant

les dettes

une chose

qu'il a toujours

eue en
à
fait

grande
»

horreur qu'il l'aurait cru
l'affaire fut
les dettes

tout
le

perdu!

L'amusant de
paya lui-même
effet, la

que

pauvre chevalier
à

de son

fils,

son insu. En

tante du Villard se chargea, paraît-il, de la

plus grande partie; mais,
alors

comme

elle elle

n'avait pas

beaucoup d'argent disponible,

demanda

à

son

frère,

sous un autre prétexte; de l'argent qu'il
il

lui

devait et auquel

ne songeait guère, croyant qu'elle

n'en avait nul besoin.
Il

fallut

pourtant songer au départ, car

l'oncle,

cette fois,

menaçait tout à

fait

de se débarrasser du

prodigue neveu. Ce furent de touchants adieux à
«

Myrthé», sa

belle,
».

mais surtout à
ce

la liberté, « l'im-

payable liberté

A

moment,
il

il

jeta bien

quelque

vague coup d'œil en
lui

arrière, et ses projets de travail
;

revinrent à l'esprit

en

prit

son

parti,

ne

regretta rien, mais ne s'en tint pas quitte, se réser-

vant pour Milly
ennui

oîi

il

prévoyait bien qu'un cruel

allait l'accabler à

nouveau
» le

:

là-bas,

((

l'imagi-

nation et son livre anglais
tout.

dédommageraient de

224

LA FOItMAÏION DE LA PliRSONNALITÉ.
la

Ce petit séjour à Lyon marque une date dans
jeunesse de

Lamartine; au
goût du

retour,

les

dernières

traces laissées par l'enseignement de Belley ont dis-

paru, remplacées par
et l'horreur littéraires

le

plaisir,
»

de

la

dépense,

de la contrainte familiale.
se ressentir de ce
l'a

Les ébauches
» le

vont

nouvel état d'esprit.

Lamartine, on
18

vu, était de retour à
le

Màcon

mai.

Le 19, nous
et enfiévré
)\

trouvons à Milly, plus

désœuvré
son
((

que jamais, s'cnnuyant dans

trou

seul avec ses livres, sa

plume

«

que

rien ne stimule », son imagination qui le tourmente.

La mère, comme toujours, cherchait à excuser son

humeur un peu
jeune
à la

vive,

«

car

il

est assez naturel à

un

homme

sans occupations forcées de s'ennuyer
».

campagne

Mais, cette

fois,

c'était lui

qui ne

voulait plus s'occuper.
Bientôt, les idées sombres l'envahirent à
et ses lettres d'alors
(fu'il

nouveau

sont pleines d'une philosophie
le

essaye de rendre résignée, mais où percent
la

dégoût, l'amertume et
4.

détresse

':

à Milly, à

Saint-

« Beaucoup de mes rêves, toutes mes espérances s'évauouissent chaque jour, c'est comme les fantômes qu'on se « fait la nuit et (lui- le premier rayon du jour dissipe ou réduit à leur juste valeur. El toi, mon cher ami, tu es donc aussi « comme moi, tu vois que nous avions rêvé, rêvé d'une société < à notre guise, rêvé la gloire, rêvé l'amour, rêvé des femmes " comme il devrait y en avoir, rêvé des hommes comme il n'y en aura jamais.... » {€., I, p. 24.3.) Cette lettre, datée de .Milly, 14 mai 1810, est mal classée en effet, nous savons par le Journal iiiliinc ([ue le 14 mai Lamartine était encore à Lyon; mais comme il écrit à Virieu dans le courant de celle lettre " Je vais parlir dans une (juinzaine de jours passer quelques <
'<

:

:

LA VIE SOLITAIHE.
Point, à Montccau,
il

225

traîne son oisiveté sous l'œil

agacé du
le

père. Enfin, nerveux,
à

mal

à l'aise,

il

partit

2 juillet

Dijon

cliez

l'abbé,

il

retrouva

un peu

d'équilibre et de tranquillité. Ce furent des

lectures sans ordre,

comme

toujours

:

Monlaignc,

Mme
dans
sans

de Staël,

le

prince de Ligne, Young- et Jeanfin

Jacques; des paresses sans
la

dans

les

herbages on

thébaïde. Les choses auraient été fort bien

« les diables

de soucis de l'avenir

»,

qui revien-

nent troubler sa paix de temps à autre,
écrit-il

et « cette tête,

à
)).

Virieu,

que tu

connais

aussi

bien

que

moi

'

Fuis, apprenant (|uc son père et sa

mère
de

allaient arriver
il

pour
d'en
les

le

mois d'août
,

à

Montculot,
prétexte

s'empressa

déguerpir

sous

mettre en

train

vendanges,
le

mais en

réalité,

semble

t-il,

pour chercher
il il

repos

et fuir sa famille.

Seul à Milly,

reprit sa vie renfermée;
fit

rêveur,

ennuyé de

la vie,

ses délices
soliliKlr

du fade
à

et math»'-

matique Trailc de
plongea dans
est

la

de

Zimmermann,
Virieu,

se
il

U^oiher, dont,
la fin

écrit-il
-.

souvent tenté d'imiter

Sans

grand

enthousiasme,
toujours, ne

il

essaya

aussi

de

prendre part au concours des Jeux floraux,
l'affaire,

mais

comme
les

fut

qu'un projet'.

Enfin,

quand

Lamartine regagnèrent Milly au
et qu'il 14 juin.

», « semaines à Dijon conclure quelle est du

y arriva le 2 juillet, on peut en

1. 2. 3.

C,
M.,

1,

p. 256,

p. 276,

Id., p. 204,

du 2() juillet ISld. du .30 sept. 1810. du 30 août 1810.

226

L\ roa.MATioN
il

n::

la peiîsonnalitk.

début d'octobre,

partit

précipitamment pour Cré-

mieu, chez Guichard, malgré sa mère, qui

commen-

çait à s'inquiéter de cette nouvelle coïncidence de son

départ
7

et

de leur arrivée

'.

Il

y demeura jusqu'au

novembre.
Il

revint du

Dauphiné apaisé

et

moins sauvage;
pour

en novembre,
bals à

Mme
il

de Lamartine a noté quelques
reste
((

Màcon où

fort

tard » et,

le

retenir, elle

se décida un pou à contre

cœur

à orga-

niser de petites soirées à Milly, « heureuse, dit-elle,

quand
Puis
il

je le vois

ainsi s'amuser

sous mes yeux

».

s'installa à .Màcon

dans
il

les

premiers jours de
sans ressources
Il

décembre, bien à regret, mais

était

pour recommencer
flânait le soir

l'hiver de l'année précédente.
la

au théâtre de

ville,

se

montrait

assidu aux

bals.

Sa mère.

(|U0

l'expérience aurait

peut-être dû rendre plus méliantc, mais qui redoutait

surtout de
rageait

le

voir vivre trop en lui-même,
les

\'y

encou-

innocemment sans prévoir
d'esprit
».

conséquences
((

fâcheuses pour son repos qui dovaient suivre
petite dissipation

cette

1. J.

/.,

8 oct. ISKI.

CHAPITRE

II

LA CRISE LITTÉRAIRE. LE PREMIER

AMOUR

Le 30 juin, Lamartine écrivait à Virieu
((

:

Et moi aussi,

mon

ami, ne

te disais-je

point que
il

((

je voyais s'évanouir tous nos rêves? Hélas!

est

((

trop vrai, que ferons-nous donc? et pourquoi avons-

((

nous tous deux ce

je

ne sais quoi dans l'âme qui

«
((

ne nous laissera jamais un instant de repos avant

que nous ne l'ayons

satisfait

ou étouffé?

est-ce

((

«

«
((

un besoin d'attachement ou d'amour? Non, j'ai été amoureux comme un fou, et ce cri de ma conscience ne s'est pas tu. J'ai toujours vu quelque
chose avant
et

au-dessus de toutes

les

jouissances

((

d'une passion

même
pense

vraie et pure. Est-ce i'ambi-

((

tion? pas tout à
((

fait....

...Je dis etje

qu'il n'est

qu'un vrai malheur:
pouvons,
de

«
((

c'est

de ne pas satisfaire toutes nos facultés, en un
toutes les fois que nous
le

mot
lirait

fallùt-il

((

même

de pénibles

sacrifices.

Quelqu'un qui
fais
la

me

((

s'imaginerait que je

me

morale;

228
" «

LA FORMATION DE LA PERSO.NNALITI':.
loi,

mais

tu

m'entends, tu

me comprends.
la

Es-tu
!

d'accord de ce que je viens de dire là? Oui, eh bien

«
«

raisonnons
prêt? je
«

dessus et venons à
:

pratique. Es-tu

«
«
((

nous allons faire notre code. le suis, moi Nous renonçons pour le moment à toutes prétenlions exagérées, du moins elles ne fieront plus l'unique mobile de nos actions. Nous n'écoulerons
que
notre propre conscience qui nous dit
:

Tra-

ce

vaillez

pour donner

les intérêts

de ce que vous avez
si

((

reçu; travaillez pour être utiles
travaillez

vous

le

pouvez;

((

pour connaître ce
la

c{ue

vous

êtes capables

((

de voir dans
dernier

vie; travaillez
:

pour vous dire au
j'ai

((

moment

J'ai

vécu peu, mais

vécu

((

assez pour observer
petit globe contient,
j'ai

et

connaître tout ce que ce

((

tout ce qui était à

ma

portée;

((

sacrifié à

ce désir de m'iiistruire

une fortune

((

précaire, quelques

jouissances

des sens, quelque

((

chose dans
si j'ai

la

sotte opinion d'un certain
gloire, tant

monde;
si je

«
((

obtenu quelque

mieux!

suis

malgré
utile à

cela resté ignoré, je

m'en console,

j'ai été

»
«

moi-même,
j'ai

j'ai

accru mes idées,

j'ai

goûté
si je

de tout,

vu

les

quaire parties du monde;

«
((

meurs dans un
n'est

fossé de

grande route,

si

mon

corps

pas

porté à l'église par quatre bedeaux et

«
((

suivi d'une foule d'héritiers pleurant tout haut et

riant tout bas,

j'ai été

aimé, je serai pleure par un

((

ou deux amis qui ont partage mes peines, mes
études et mes travaux; et je rendrai à celui qui

« «

sans

doute a

fait

mon

esprit et

mon âme un

LA CRISE LITTERAIRE. LE PREMIER AMOUR.
((

229

ouvrage perfectionné de mes mains. Mais votre
patrie?

«
((

— Ce n'est plus qu'un mot, du moins en société? — Elle n'a pas besoin Europe. — Mais
la

« «

d'un financier, d'un usurier ou d'un boucher de
plus
et,

en travaillant pour moi, peut être aurai-

« je travaillé

pour

elle'.

))

Si

ces

lignes

prouvent

la

parfaite clairvoyance
elles

avec laquelle Lamartine se jugeait à vingt ans,

montrent également jusqu'à l'évidence
résultat

le

déplorable

moral de ces deux premières années d'indéil

pendance dont

augurait

ta.nt

au sortir de Belley.

Certes, elles sont l'aveu des juvéniles chimères
il

dont

s'est

nourri jusqu'alors,

et

même

leur

amende

honorable, mais avec de hautaines restrictions qui
portent l'empreinte de la philosophie orgueilleuse et

sentimentale de Rousseau. Cette nouvelle conception

de l'existence, tout aussi
est inflniment plus
et

littéraire
:

que

la

première,

dangereuse
les

le

doute, l'égoïsme

l'amertume en sont
Les

conséquences inévitables.
de sa jeunesse sont

premières désillusions

vraiment insuffisantes pour motiver cet état d'àme

du moment que des inlluences
seules

littéraires

peuvent

expliquer.

Il

payait ainsi deux années d'un

incessant vertige intellectuel contre lequel sa sensibilité et

son imagination

le

laissaient

désarmé;
il

livré

à lui

même, sans

direction, sans contrôle,
les

n'avait

eu guère d'autres ressources que

lectures

pour

1.

C,

1,

p. 248.

230

LA FORMATION DE LA PERSONNALITÉ.
loisirs

occuper ses

à Milly

:

l'abus qu'il en

fît,

leur
fois

choix, les conditions de sa vie, sa nature à
fiévreuse et mélancolique, tout
le

la

prédisposait à être

une proie
génération

facile
'.

au mal

littéraire

qui

ravagfea sa

Ce que Lamartine dévora en 1812

trois

ans

— de

ISOS à

est prodigieux, et cela, pêle-mêle, sans plan

organisé, au hasard des bibliothèques et des cabinets

de lecture.

Ici,

la

Correspondance devient véritable-

ment

précieuse
qu'elle

pour

la

spontanéité

des
les

rensei-

gnements

nous fournit, puisfiue
le

impres-

sions causées par

nouveau

livre

sont immédiate-

ment

traduites dans

une

lettre à Virieu,

froidement
Plus

ou avec enthousiasme,
tard, soit
lillérature,

selon

l'effet

produit.

dans ses préfaces,
il

soit

dans son Cours de

reviendra sur beaucoup de ces appré:

ciations de la première heure

l'expérience de

la vie,
il

des raisons morales, politi((ues ou littéraires dont

« mal du siècle » sont surtout littéraires; seul mode d'activité plupart de la guerre ces jeunes gens se réfugièrent avec délices qu'on connût alors, dans le monde des idées, ils lurent trop. Cf. Génie du Christianisme, chapitre du Vague des passions, et Ballanclio, où le cas < Mon fils, est prévu avec une parfaite nettoie, lorsqu'il dit « vous portez dans votre sein une secrète iii(|niéUi(le qui vous " dévore. Les livres seuls vous ont tout appris. Les plus hautes • conceptions des sages, qui pour y jiarvenir ont eu besoin de vivre de longs jours, sont devenues le lail des enfants. » {Le Vieillard et le jeune homme.) Cf. également une lettre de Lamartine après sa première lecture de Corinne (C, I, p. 117, du

1.

Les causes de ce

écartés pour la

:

..

l"juin

1809).

LA CRISE LITTKUAIRE. LE PREMIER AMOUR.

231

ne se souciait pas alors modifièrent ses jugements de
jeunesse; mais la façon dont
il

les

formula

à

vingt

ans doit seule nous importer.
L'impression devait être d'autant plus profonde

que
la

Mme

de Lamartine exerça longtemps un contn'ile
fils,

sévère sur les lectures de son

qui prenaient ainsi

valeur du fruit défendu. Avec un pieux sentiment

d'amour

maternel,

le

poète qui sentit combien
fit

il

avait été soumis aux influences littéraires lui

plus

tard une part qu'elle n'eut jamais dans sa direction
intellectuelle
:

les

Confidences^ les Commentaires^ cer-

tains
la

passages remaniés du Manuscrit de
lisant

ma

mère
de
de

montrent

Homère,

Tacite, Virgile,

Mme

Sévigné, Fénelon, Molière, et
Voltaire.

même

les tragédies

La
par

vérité est

que

Mme

de Lamartine

lisait

peu

manque

de

temps d'abord, mais surtout par
et crainte

méfiance de soi-même
«

de ce qu'elle appelle

de séduisantes idées fausses

».

Son Journal nous

révèle ses préférences, qui vont à saint Augustin, à

Bossuet, aux Chroniques de Joinville, à Fénelon, à

La Fontaine,
de
ses

à Laharpe, à

Mme

de Genlis;

elle

y

puisait les principes

moraux
sont
elle.

nécessaires à l'éducation
les

enfants, et ce

auteurs

le

plus

souvent

nommés
elle

par

Parfois, quelque
elle;

nouveauté célèbre

arris^ait

jusqu'à

mais
de

avait gardé de son éducation religieuse

l'horreur de
tale,
a

la littérature

romanesque ou sentimenla

l'abominable philosophie destructrice de

232
religion
((

LA FORMATION DE LA PERSONNALlTi:.
».

C'est ainsi (juc Ghatcauljriand lui [)arai(ra
»,

trop passionné

Aldla
», les

«

capalîle

d'écliauffer

la

tète des

jeunes gens

Martyrs

« loin d"ôtrc
le

aussi
».

bons moralement que beaucoup de gens
((

jugent

En

tout, dira-t-ellc après la lecture
est

du Génie,

cet

ouvrage qui

pourtant

très bien

me

paraît un peu

trop propre à exalter l'imagination. » Corinne sera

pour elle « un roman invraisemblablement

écrit et

avec

beaucoup de prétention
sera, « quoiqu'il

»

;

cependant

elle s'y intéres-

y ait bien des choses à dire ». De même, Boland Furieux qu'elle lira seulement en 1808,
lui

inspirera les rcHexions suivantes
il

:

« Il

y a des

choses plaisantes, mais
je passe, et
il

y en a de mauvaises que
le

ne faudrait pas que des jeunes gens
sera pour elle

lisent ».

Mais

le

xviii"

siècle,
:

surtout,

un
en

objet d'épouvante
fils

elle interdira

sévèrement à son
«

les

Mémoires de

Mme
:

/ioland,

quoi(|u'il

eût très grande envie»

«

Je sais bien, ajoutc-t-elle

mélancoliquement.
insu tous
les

(|u'il

peut

se

procurer à

mon
je
».

livres ([u'il

voudra, mais au moins
de l'avoir autorisé à cela

n'aurai pas à
«

me reprocher

On

se

permet trop,
livres

dira-t-ellc aussi,

de

lire

toutes

sortes de

sous |)rétexte qu'il

ny

a plus

de

danger

:

cela est fort

mal

fait.
:

»
18l.'i

Elle ira plus loin

encore

en

Lamartine
de

avait donc vingt-trois ans,
ses voyages à Paris pour

elle

profita d'un

brûler ses livres, et par
elle se laissera aller

hasard

elle

ouvrira Vt')nilc dont

LA CRISE LITTÉRAIRE. LE PREMIER AMOUR.
à lire
fait

233

quelques passages
»;

«

qui sont superbes et m'ont
le

du bien

mais bientôt

danger

([u'elle a

couru
((u'elle

en s'abandonnant au charme de tant d'idées
sait

condamnées,
:

la

remplit de terreur

et elle

termi-

nera
((

((

Cela

me

révolte, je brûlerai ce livre,

malgré

ce qu'il y a de bon, et la Nouvelle Uéloise aussi,

((

bien

plus

dangereux encore
les

parce

qu'il

anime
».

«

davantage

passions et qu'il est plus séduisant

Rousseau
n'explique

l'efïrayera toujours

pour des motifs qu'elle
:

pas,

mais qu'on devine
son

sa vie privée,
elle
le

l'anarchie politique et religieuse dont

rend
» (|ui

responsable,
synthétise
ta

et

«

abominable philosophie

ses

yeux

l'esprit

du

xviii'' siècle.

Lamartine, on

le voit,

eut donc quelque mal à faire
d'ordinaire,
il

ses lectures ouvertement;

emportait
sa

son

livre

en

promenade ou s'enfermait dans
il

chambre.

A

Milly et à Saint Point d'ailleurs,

n'y

avait pas de bibliothèque; à
celles

Màcon

et à

Montceau,
il

de son oncle étaient importantes, mais
la

ncw

avait pas
lecture de
qu'il

disposition;

il

lui restait le

cabinet de

Myard, à Màcon, où sa mère nous apprend

était

abonné en 1808,

et

Montculot. où l'abbé

avait entassé deux mille volumes qu'il légua plus
tard à son neveu.
les
11

y ajoutera

les

contemporains,
et

nouveautés, bons ou mauvais livres,
la

en général

tout ce qui lui tombera sous
C'est
le
le

main.
1808, qui
quelles

séjour à Crémieu, en octobre

marqua

début de sa fièvre
va

littéraire.
t il

Dans

conditions, maintenant,

s'assimiler ces lec-

234

LA FORMATION DE LA PERSONNALITÉ.
criti(jiie. et

turcs faites sans direction et sans

quelle

inniience vont-elles avoir sur

la

formation de sa per-

sonnalité?

Une

théorie séduisante et facile
faits
les

même
qu'il

à

appuyer sur des
goûta seulement

serait de prétendre

en

mauvais

côtés, se dirigea surla crise

tout vers Parny et son école et qu'il lui fallut

morale des années 1817-1819 pour

se libérer entière-

ment de
ailleurs.

leurs

derniers
il

souvenirs.

Pourtant,
la

à

y

regarder de plus près,

semble que

vérité soit

Certes,

une des contradictions
et

les plus singulières

de

la

Correspondance est assurément ce mélange, à

première vue inconciliable
rent,

quelque peu incohé-

d'impromptus, de pièces d'almanach, d'épîtres
et

pompeuses,
pérées

de peintures mélancoliques ou déses-

de ses souffrances morales.
et

Mais

c'est qu'à

cette époque,

pour longtemps encore, Lamartine

qui,
les

on

l'a

vu, rêva très tôt de se faire un
tenait

nom dans

lettres,
les

pour bonne

la

fameuse formule
hors

que

classiques opposeront plus tard à la débor-

dante
moral,

facilité

des

romantiques

:

de

l'ordre
il

point

de véritable
la

mérite
gloire

littéraire;

ne

pourra donc s'imaginer

sous une

autre
la

forme

(|ue

celle

de pièces fugitives, toujours à
fidèles

mode, d'interprétations plus ou moins

d'un d'un

poète étranger, d'une tragédie bien régulière,

poème
la

épiiiue

laborieusement rimé. Et nous avons

preuve

de cette conception du métier littéraire
odes
intercalées

par quelques

plus

tard

dans

les

LA CRISE LITTÉKAIUE. LE PKEMIEIl AMOUR.
Méditations
exilé.
:

235
Poète

le

Génie,

l'Enthousiasme,

et

le

Le contraste ne manque pas aujourd'hui d'un certain piquant lorsqu'on
la

voit naître peu à peu dans

Correspondance

les

premières Méditations, jaloudes essais intimes et
trop

sement cachées
personnels,
Saiïl

comme

tandis que Lamartine court
le

Paris un

ou une Mcdée sous

bras

:

«Je vais

me

remettre

au grand ouvrage de

ma

vie, écrit-il

en 1816 à son
;

ami Vaugelas
sinon
plus
» la
'.

;

si je

réussis, je serai

un grand homme

France aura un Chapelain ou un Cottin de

Le grand ouvrage, ce
le croire,

n'était pas,

comme on

pourrait

ses Méditations,

mais un poème

épique sur Clovis, qui l'occupa jusqu'en 1820. Bien

mieux, au

moment où
-,

il

se tiécidera à publier, presqu'à

contre-co?ur

les

Méditations, ce fut sans les soins
et

amoureux du poète pour son premier-né^,
essayer de
«

pour
ses

lancer

» ses

tragédies

*.

Que conclure de

cette perpétuelle violence à

sentiments véritables, sinon que ses premiers essais
furent conçus seulement dans
le

but défini d'atteindre

à la célébrité, et qu'il renfermait soigneusement en
du 28 juin 1816. du 25 avril 1819. 3. Toute l'année 1819 fut occupée par des projets de traSaïd, Clovis, Jepté, Saplio, etc. gédies et de poèmes épiques enfin sa maladie et son mariage accrurent encore rindiflérence qui accompagna la publication des Mi'dilat:oiis, en sorte que l'édition fut très peu soignée; des vers furent tronqués et d'au1.
II,

C,

p. 97;

2. Ici, p.

337,

:

;

tres omis.
4.

C,

II,

p. 358,

du 27 mai

1819.

236
lui les

LA FORMATION DE LA l'ERSO.NNALlTÉ.
troubles et les détresses dont débordent ses

lettres?
C'est pourquoi,

au cours de ses lectures,
s'agit de
et

il

ne s'en-

thousiasmera pas pour ceux qu'il imitait par métier;

au contraire son ardeur, lorsqu'il

Rousseau,

d'Young, d'Ossian, de
briand,

Mme

de Staël
furent

de Chateauvéritables

prouve que ceux-là

les

éducateurs de sa pensée

et qu'il leur doit

presque
'.

tout de ses aspirations tourmentées et insatisfaites
Il

faut noter aussi son incompréhension absolue

des œuvres d'analyse et de précision qui ne répondent

chez
qu'il

lui

à

aucun

état

d'âme
et

Les seuls Allemands
l'un

nomme
les

sont Gœthe

Zimmermann,

pour

son Werther, l'autre pour son Traité de
mais

la solitude;

deux sujets qui pourtant semblaient
Je viens de

faits

pour
rait

lui plaire
:

n'eurent pas sur lui reiïet qu'on pour((

supposer
il

lire

Wcrlhcr,
:

écrit-il

en

J.SOÎ>,

m'a
Il

fait la

chair de poule

je l'aime

pas mal
le

non

plus.

m'a redonné de l'Ame, du goût pour
il

travail, le grec;

m'a un peu
et (ju'on

altrislé et assombri-, »

Résultat imprévu

n'attendait guère d'une

lecture qui démoralisa la jeunesse romantique; tout

au moins peut-on rexpli(|ucr du

fait

(juc

H

'////(•/•,

œuvre documentaire
vécue par
tine ne s'y
(id'llie;

et

assez froide,

ne fut jamais

instiuidivem.ent peut-être,
et n'y

Lamar-

trompa point

découvrit pas l'accent
sul)ics

1.

Cf.,

sur 1rs influences

liUéraircs

par l.aninrline,
ISO'J.

l'excellent ouvrasse de M. Zyromski, Lamarlinc, [toHe lyrique.
2.

Souligné par Lamarlinc. C,

1,

p. 177,

du 9 nov.

LA CRISE LITTÉRAIRE. LE PREMIER AMOUR.
de sincérité qiril
lui fallait,
s'écriait-il
a

237

Vive
la

les

Allemands

pour
logué

la

raison!

'

))

après

lecture

du Traité

de la solitude où
les
il

Zimmermann a méthodiquement cataet les

inconvénients

avantages de cet état
chez eux guère autre

d'âme;

ne rencontrait en
la

efTet

chose que

raison, l'esprit brutal et sec d'analyse ou

de classification, choses qu'il ignore et qui cadrent

mal avec
ments,

sa

nature mouvante

et pleine

de revire-

A

cet égard,

encore, l'exemple de

Montaigne

est

tout aussi typique. La première rencontre fut
vaise-, mais Virieu, d'un esprit aussi froid et

mau-

métho-

dique que

le

sien Tétait peu, voulut lui faire partager
qu'il appelait
:

son admiration pour celui
et

son maître
Je
lis

Lamartine

s'y

employa de bon cnnir
répond-il,

«

l'ami
les

Montaigne,

lui

que j'apprends tous

jours à mieux connaître et par conséquent à aimer

davantage

;

veux-tu que

je te dise ce ({ui

m'y attache
sent alors
s'évertue

plus encore? c'est que je trouve une certaine analogie entre son caractère et le tien
^

».

On
il

que, bien plus par amitié que par goût,
à

l'admirer,
'

«
».

l'adore »,

l'aime
la
il

«

infiniment plus

qu'autrefois
était la
((

Pourtant,

première impression
...

bonne

et

en

i(Sl

I

écrivait «

Ses idées
et

m'amusent,

mais ses opinions

me

fatiguent

1.

C.,I, p. 2G0,
Id.. p.

2. 3.

W.,

p.

du 10 août 1810. US, du 19 août ISUll. 2.5:!, du 20, juillet 1810.

4. /(/., p.

200. (lu 10 août 1810.

238
((

LA FORMATION DE LA PERSONNALITÉ.
blessent...
il

me
le

faut être froid pour se plaire à

((

Montaigne;

je l'ai

aimé tant que
Tel avait été
:

je n'ai rien
lui, c'est
le

eu dans

((

cœur;... tout ce que j'aime en
'

son amitié

((

pour La Boëtie

».

vrai motif de son

admiration passagère
retrouvait

un seul point lui plut, où il un sentiment personnel, son amitié pour
lui,

Virieu;

le

reste lui échappa.

Ainsi,

chez

tout se résume dans
la seule

la

première

impression, et c'est
qu'il

qui doive compter lors-

s'agit

de l'étudier,
critique
ses

d'autant qu'il n'apportait
lectures,
qu'il
la

aucun

esprit

dans ses
et

aucune
suffisait

mesure dans

admirations

lui

pour goûter une œuvre d'y retrouver

description

d'un de ses états d'àme, un sentiment déjà éprouvé,

ou l'écho d'un souvenir; exaspérées
nation, sa
portait en toutes choses faisaient
le

ainsi,

son imagiqu'il

sensibilité, l'imagination

maladive

reste.
il

Dominé par
vait à
la

tant d'influences littéraires,
île

se trou-

mcMci

toutes les chimères qu'elles allaient

faire naître et la
le

moindre

étincelle devait
il

enflammer

brasier
.sa

(pi'il

portait en lui. Mais

était fatal aussi

que

première émotion du cœur dût y gagner en
le

violence plutôt (ju'en sincérité, et

très

romantique

amour de Lamartine pour
idées dont
il

la

jeune Henriette Pomla vie les

mier, inconsciente tentative d'appliquer à
était nourri,

eut

le

bref

dénouement

que
1.

sa naliire
';.,
1,
|i.

changeante
du

laissait prévoir-.

:;i}l,

2.

l.aiiiarliiic. i|ui

21 mai ISll. se connaissait ijarfailiMiitMit, et soulTrail de

L\ CRISE LITTÉRAIRE. LE PREMIKR AMOUR.
Marie-Henriette Pommier, née à
1790, était fille
liage

239

Màcon

le 1""

mai

de Pierre Pommier, conseiller au bail-

avant

la

Révolution, puis juge de paix à Mâcon,

et de Philiberte Pâtissier de la Presle,

d'une

vieille

famille du pays. Elle était donc

un peu plus âgée que
doute,
il

Lamartine
entendre
la

et

c'est

ainsi,

sans

qu'il

faut

disparité d'âge

dont

a parlé

comme

du premier obstacle au mariage

qu'il avait projeté.

D'autre part, sa naissance confirme ce qu'il a dit lui-

même
Au
était

en écrivantqu'elle tenait d'un côté à
et

la

noblesse

du pays

de l'autre à

la

bourgeoisie.

dire de

ceux qui

les

ont connus,
:

les

Pommier

étaient d'honnêtes et simples gens

Mme Pommier
le

une excellente femme

très vive et très spirituelle

et qui, à quatre-vingts ans,

montrait encore dans

monde de

fort belles épaules.

Sa demeure

était située

face à l'hôtel de ville de

Màcon devant
elle

lequel une

sentinelle montait alors la garde; pour se délasser

de ses longues insomnies,
conversation
avec
le

entamait parfois une

factionnaire et ces duos nocdes salons maçonnais.

turnes faisaient

la joie

Sa

fille

était à vingt

ans une merveilleuse créature
les

:

M. Duréault, qui a tenu entre
ture exécutée à l'époque, et

mains sa miniade ses souliers

même un

de bal, affirme que
sa

le

portrait laissé d'elle

parLamar:

" Nous mobilité de sentiments, écrivait un jour à Virieu singuliers instruments, montés aujourd'hui sur un ton, demain sur un autre; et moi surtout, (|ui change d'idées et de goût selon le vent qu'il fait ou le plus ou moins d'élasticité de l'air ». (C, H, p. 16, du 28 mars 1813.)

sommes vraiment de

240

LA FORMATION DE LA PEHSONNALITK.
est fort

Une

ressemblant

et

que

((

sa beauté pensive,

sa taille mince, sa

démarebe

svelte, la grâce de ses

bras, l'inimitable délicatesse de ses pieds, la langueur

morbide de son cou, son sourire
et

à la fois

charmant
et

mélancolique

»

sont autant de détails fidèles
le

qui

n'ont pas été exagérés par

poMo.

Les jeunes gens se rencontrèrent en soirée, à l'un
de ces bals où nous avons vu fi'équonter
le

jeune

homme pendant
inédits,

l'hiver 1810-1811.

Dans

les

Mémoires

Lamartine n'a
:

nommé
de
la

leur hôtesse

que de
de

son

initiale

c'était
la

Mme

Vernette,

femme

Pierre Bernard de

Vernette, ancien capitaine au
et chevalier

régiment de Navarre
très

de Saint-Louis,

(pii,

mondaine
de

et

lettrée,

recevait dans ses salons
les

l'élite

la société

de

la ville;

jeunes dansaient,

disaient des vers; les
et politique
:

hommes

causaient littérature

un
'.

soir,

Henriette

Pommier dont
et

la

voix était fort belle se mit au piano,

Lamartine

céda au charme
C'est
la

au début de février 1811 que Guichard reçut
il

confidence de celte passion naissante- et
la

faut

noter (pie. d'après

Corrcspnn(](inc(\ l'austère N'irieu

ne fut
1.

jias

tenu au courant de tous lesdi'tails de l'aveninrdils

M. F. C, joué un rôle assez élranfic clans ravenlurc, soit ([u'il favorisât les entrevues des jeunes gens chez lui, soit qu'il se proposât comme ambassadeur. Les souvenirs de Lamartine sont-ils en défaut sur ce point? Il n'y avait en clfct, en ISll. aucun M. I'. (1., propriéLes Mémoires

nous

a[)i)iciiiionL (|tj'un ccrlain

(loniicilio à Haint-Cloiiiciil-lès-Màcon, aurait

taire à Saint-(Jlément.
2.

C,

I,

p.

289-90,

du 1" février

ISll.

LA CRISE LITTÉRAIRE. LE PREMIER AMOUR.
ture.

241

A

cette date,

l'amoureux n'avait pas encore osé
était d'ailleurs à ses pre-

se déclarer et le

roman en

mières pages, puisqu'il annonçait à son ami qu'il
allait faire
((

un de

ces jours »

une pathétique décla((

ration et serait ensuite soulagé

en grande partie

».

Mais, incapable qu'il était de se maîtriser, les salons

de

Màcon commencèrent
la

à s'étonner de son assiduité
P'aut-il croire ici

auprès de

jeune
le

fille.

que

l'oncle,
ait

connaissant

caractère

fantasque du neveu,

tenté une diversion en le faisant admettre à l'Aca-

démie de Màcon malgré
des
idées de

ses vingt

ans
en

'?

L'hypothèse

n'aurait rien d'invraisemblable,

tenant compte
n'avait

Louis-François, qui jusqu'ici
les

guère encouragé

goûts

littéraires

de l'adolescent.

Quoi

qu'il

en soit ce fut peine perdue, sa devise du
:

jour étant

Rien ne m'est tout

(?),

tout ne m'est rien-.

Sa

détresse, qu'il exposait avec complaisance, entra

alors

dans

la

phase mélancolique

:

Ossian,
et
il

Young

et

Shakespeare voisinèrent sur sa table
l'en

errait, à

croire,
((

à travers la

campagne avec son
»

chien,
'.

pleurant
Virieu

comme un

enfant

à la lecture de Sterne
les

— qui semble ignorer encore nouvelle désespérance — s'en inquiéta
1.

causes de cette

et lui

arracha

le

cil.),

Sur Lamartine à l'Académie de Màcon, cf. Reyssié (op. qui a publié les procès-verbaux de sa réception, et le Compte rendu des travaux de cette société pour 1811, où l'on trouve une analyse de son discours; il avait pris pour sujet De l'étude des langues étrangères. 2. C, 1, p. 291, du 24 mars 1811.
:

3. Id., ibid.

16

242

LA FORMATION DE LA PERSONNALITE.
fin à ses jours, ce

serment de ne pas mettre
accordé
Il

qui

lui lui

somme

toute avec assez de

bonne volonté V,
lettre

faut croire que
effet,
:

mars avait vu
écrivait à

sa déclaration; le

2 avril, en

il

Guichard une

enflammée

((

Oui,

mon

ami, plains-moi, pleure sur
pitié.

«moi!
«
((

je

suis bien digne de quelque

J'aime

pour

la vie, je

ne m'appartiens plus

et je n'ai nulle

esjtérance de

bonheur quoiqu'étant payé du plus
prendre incessamment un
parti
-.

«
«
((

tendre retour; tout nous sépare, quoique tout nous
unisse, je
vais

violent pour obtenir sa
«

main

à vingt-cinq ans

»

Le

parti violent » fut de s'ouvrir à la famille de ses

projets, et l'on peut penser,

comme

il

la

dit,
la

qu'ils

furent mal accueillis.
la

11

était

sans position,

dot de

jeune

fille

assez mince, et l'alliance
l'aristocratique

Pommier ne
Les
pas
n'obtint

tentait

guère

Louis-François.
et
il

Lamartine furent inébranlables,

même,

cette fois,

la

demi-promesse qu'on
au temps ou

lui accor-

dait d'habitude, en laissant

à (juelque

nouvelle chimère
V'oici

le

soin d'apaiser son imagination.
lui

pourtant
:

chez

l'indice

d'une

passion

sérieuse

malgré tout

son

amour de
il

l'indépenà tra-

dance, écrivait-il à Guichard,
vailler
'.

se décidera

Le projet

était

encore assez vague [uiisqu'il

s'agissait de solliciter à

l'automne un cm|)loi

(|uel-

conque
i.

dans
p.
2'.)l,

le

gouvernement.
2i

Mais

l'intention

C,

I,

(lu

mars

ISII.

2. Ici., p. 3. Id, p.

29G, (lu 2 avril.

290-97,

du

2 avril 181

1.

LA CRISE LITTÉRAIRE. LE PREMIER AMOUR.

243

connut
sa

même un

mère

a en effet noté
les

semblant d'exécution. Le 2i avril, qu'au cours d'une visite à

Champgrenon chez
Bavière, qui
le

Rambuteau

il

se

fit

présenter

au comte Louis de Narbonne, ministre de France en
reçut avec amabilité et l'engagea à

venir à
«

Paris,
cela

il

lui

trouverait

une situation.
de Lamartine.

Tout

peut avoir plus de danger, peut-être
»,

encore, que d'utilité

ajoute

Mme

Ainsi, bien qu'elle semble s'être fait
rester neutre

dans

la

question,
l'on

un scrupule de

c'est la seule allu-

sion à Mlle

Pommier que

journal

— on

rencontre dans son

voit qu'elle n'était pas favorable à ce

mariage

et préférait

encore voir son

fils
fit
il

inactif.

La résistance

qu'il rencontrait

ne

qu'aggraver,
décida d'em-

comme
ployer qui lui

toujours, son exaltation, et
:

la

suprême ressource ne pouvant rien obtenir donnât l'assurance d'une « libre aisance », il
ajoute-t-il

entrera dans l'armée « et essaiera de se faire tuer,

ou du moins,
grade qui

prudemment, d'acquérir un

le fera

vivre, sa

femme
regarde

et lui'

». Il

disait

sa femiii(\ a parce

que

je la

comme
».

telle et

que

rien au

monde ne peut nous

séparer

L'affaire

devenait sérieuse,

mais

les

Lamartine

tinrent bon. Usant d'une tactique qui leur avait déjà
réussi,
ils

l'expédièrent

vers la fin d'avril. Le 20

bon gré mal gré à Montculot mai il était de retour, dégoûté
«

de

la

Bourgogne qu'un
p. 29C-07,

tendre attachement

»

ne

1.

C,

I,

du

2 avril 1811.

244

LA FORMATION DE LA PERSONNALITÉ.

parvenait

même

pas à
',

lui faire

aimer, toujours cruell'éternité

lement amoureux

et

proclamant tout haut
la

de ses sentiments en
sa famille.

même temps que
même,
les

barbarie de
serait

A

l'en croire

Mme Pommier

venue alors trouver mettre avec beaucoup de loyauté une lettre d'Alphonse à sa femme, où il jurait que rien ne pourrait
les

Lamartine pour leur sou-

désunir.

A

tout prix, cette fois,
il

il

fallait

l'éloi-

gner; mais sur ce point

était intraitable, à

moins,
il

sans doute,

d'une occasion exceptionnelle,
le fit réfléchir.

s'en

présenta une qui

Le 22 mai,

Mme de Roquement

et sa fille

Mme Haste,

qui revenaient de Paris, s'arrêtèrent ({uelques jours à Màcon. Mme de Roquemont, de tout temps la confidente de sa

cousine, fut mise au courant de la

situation

:

Mme

de Lamartine
»

lui

représenta

«

la

maladie de nerfs

d'Alphonse,
»,

« la vivacité

de son
ses

âge

et

son imagination

en

même temps que

conséquences actuelles. Mais que faire? elle ne voulait pas entendre parler d'un long voyage sans contrôle

possible,

et

préférait encore le voir à
fois

Màcon
avec

près d'elle;
cette

que deviendrait-il, une

seul,

imagination ardente?
et

M.

Mme

Haslc, prêts à partir pour

l'Italie, s'offri-

rent alors avec beaucoup de bonne grâce à tirer leurs

cousins d'embarras en

emmenant

le

jeune

homme

1.

C,

1,

p. 299,

du 20 mai.

LA CRISE LITTÉRAIRE. LE PREMIER AMOUR. avec eux, et tous
saisir
les

245

Lamartine furent d'accord pour
les

une

telle

occasion;

deux oncles

et les trois

tantes fournirent chacun
fois
tait

vingt-cinq louis, et cette
le

avec empressement, tandis que de son mieux
la
:

père complé-

somme

nécessaire.

Le plus

diffi-

cile restait à faire
le

il

s'agissait

maintenant de décider
n'eut pas,
litté-

jeune amoureux.

Au

premier mot qu'on

lui

en toucha,

il

d'après sa mère, la moindre hésitation, et sauta

ralement de
ses rêves, et
là,
((

joie.
il

Depuis deux ans

l'Italie était

un de
faut

sacrifia

sans regret l'autre pour celui« Il

plus neuf et immédiatement réalisable.

bien que je

rompe

les liens

les

plus doux,

écrit-il

« «

aussitôt à Ciuichard, que je

me condamne pendant
le

sept ou huit mois à une douleur mille fois pire que

« la
((

mort, que j'abandonne tout ce qui m'est
le

plus

cher dans

monde

après mes deux amis. N'en parles

ce

Ions plus, ne rouvrons pas
et trop cruelles'.... »
la

blessures trop fraîches

((

A

Milly on pouvait respirer,

car

diversion était trouvée.

Certes,

dans l'intention un peu excusable de ne pas

paraître trop inconstant aux

yeux de Guichard qui

avait reçu la confidence de ses désespoirs, son an-

cienne passion figurera par des rappels de ton dans
les

premières lettres dltalie

:

((

mon

cher ami! tu

ne sais donc pas tout ce que
s'écriera-t-il

j'ai

laissé

en France?

lyriquement; tu ne sais donc pas que

1.

C,

I,

p.

310,

du

10 juin 1811.

246

LA FORMATION DE LA PERSONNALITÉ.

toute espérance est morte dans
plus
h

mon cœur
et

et

que,

plaindre que Saint-Preux, je n'aurai connu qui va

qu'une passion sans aucune jouissance,

me

précipiter dans

un abîme sans fond
dit-il,

'? » Les
:

lettres à Virieu

sont d'une autre désinvolture
comjjien

«

Que

de larmes vont couler! lui
d'assauts à
j'ai

j'aurai

soutenir pour ne pas
(!)

me

dédire! mais

du cœur
aventures

et toutes les

Armides de ma patrie

ne retiendront pas un pauvre chevalier qui va courir
les
-

».

Le moyen, en

effet,

de résister au

i)laisir très litté-

raire d'aller traîner sa mélancolie sous le ciel de

Home

ou de Florence? Bien avant
riette n'était plus

le

départ, l'amour d'Henet

qu'un souvenir,

rien ne peint

mieux

cette

extrême molnlité de sentiments, cette
et si vite rassasiée,

âme changeante
tion

soumise

(|u'elle

est à toutes les inlUicnces extérieures, cette

imagina-

vagabonde que rien ne peut

fixer.

L'imagination qui venait on

effet

de jouer

le

pre-

mier n'de dans cette aventure va trouver un aliment

nouveau dans
et précis

ce projet de voyage. Tout y sera prévu minutieusement, organisé d'après un plan, rigoureux

au

di'fiart,

m.'iis

qui, pas

davantage que

les

du H! oct. ISll. du 30 ni;ii 181 où Ton Irouvo ... Une occasion cliarmanle cl unique s'est présentée: ils l'ont saisie et, tout malheureux que je me trouve de quitter pour septou huit mois, tout ce que j"aime, j'en piolile. La fortune ne sourit pas deux lois <lans la vie, et l'occasion n'a qu'un cheveu ». Toute ia lettre
1.
1,

C,

p. :i2:5-24,

2. /'/., p. :f()0,

1

:

><

est d'ailleurs incroyable

de contrastes

et

quelque

i»eu

incohérente.

LA CRISE LITTÉRAIRE. LE PREMIER AMOUR.
précédents, ne rencontrera d'exécution. C'était

247

son

véritable plaisir, et la réalisation lui importait peu.

Un
«

jour,

il

demandait à Viricu des recommandations
'

pour des gens instruits ou des maisons agréables
il

»,

un autre
fiques
raire
:

échafaudait

les

travaux

les

plus magni-

«

Moi

aussi, je ferai

mon

voyage,
ses

mon

itiné-

»,

s'exclamaitil
il
-.

en

évoquant

souvenirs
le

littéraires; et

devait revenir parlant l'italien

plus

pur

et le

grec

Tous furent enchantés de
Mais
la

cette diversion inespérée.

mère avait

fini

par acquérir un peu d'expé-

rience de son

fils; elle

saisissait bien les motifs de ce
:

revirement soudain,
est

et lorsqu'elle écrivait

«

Ce voyage
occuper

au moins

très utile

en ce

moment pour

l'activité

de sa tête et de son imagination de vingt
voyait juste, Timaginalion seule était res-

ans

», elle

ponsable; craignant
gnît
à

même
((

(|ue ce
le

beau feu ne
départ

s'étei-

comme

les

autres elle pressa

et l'expédia

Lyon

le l"'

juillet.

Enfin, note-t-elle ce jour-là
fini

avec soulagement, tout a

par s'arranger à notre

satisfaction et surtout à celle d'Alphonse. »

Ainsi

se

termina ce petit roman
si

dont Vignet,
en est

étonné d'un

rapide oubli, lui reprochait au retour
la

de Naples d'avoir perdu

mémoire \ La
:

fin

conforme à ce
Henriette

qu'il a raconté

le

2.")

août 1813,

Pommier épousait
du 30 moi
cit.

à

Màcon Jean-Baptiste

1.

C,

[,

p. 30G,

1811.

2. Id., ibid. 3. Cf.

Correspondant, op.

248

LA FORMATION DE LA PERSONNALITK.
A'illard

Leschenault du

ancien capitaine de chasseurs,
volage fiancé s'en soit déses-

sans que son premier
péré;
il

et

était alors à Paris

où d'autres plaisirs avaient

remplacé cet innocent commentaire de Jean-Jacques.

Ue part

et d'autre les

deux familles avaient tenu peu
puisque François-Louis
la

compte de

ces enfantillages,

de Lamartine fut témoin au mariage de

jeune
elle

fille.

Henriette vécut aux environs de Màcon, et

repose

aujourd'hui dans

la petite

chapelle triste de la demeure

elle

coula des jours sans histoire. Regretla-t-clle,

aux heures triomphales que connut Lamartine, de ne
pas partager sa gloire et de n'avoir pas réalisé son rêve

de jeune

fille?

La

postérité, elle, n'a pas à le déplorer
et

:

Lamartine marié à vingt
poète des Médllations.

un ans n'eût pas

été le

CHAPITRE

III

LE VOYAGE D'ITALIE

Le voyage

d'Italie, suite

imprévue mais agréable de
sur
le

tant d'infortunes,

n'eut pas

développement
lui a

poétique de Lamartine l'influence qu'on

trop

souvent prêtée.
Florence et

Rome

étaient pourtant le cadre parfait
et le

d'un amour malheureux
qu'il

soupçon de mélancolie
l'époque un élément
le

emportait avec

lui était à

indispensable pour goûter pleinement
ruines et des
très littéraire,
était alors

charme des
était

monuments. Au fond,
ce qui l'enchanta,

ce

voyage

tout pénétré qu'il
il

de l'Oswald de Corinne. Mais

partait

pour

l'Italie

en touriste,

le

crayon à

la

main, plus
Corresponlà

soucieux au début de chercher des impressions que de
les

laisser venir à lui d'elles-mêmes; sa
et

dance

son bref carnet de voyage sont

pour en

témoigner. Huit ans plus lard, Lamartine mûri et

désenchanté eût
en 1811
le

été séduit

par bien des détails qui

laissèrent indifférent. Ce qu'il

aima sur-

2b0
tout

LA FOllMATIOX DE LA PERSONNALITÉ.

dans
;

ce

séjour

fut
la

l'indépendanco qu'il
poésie

lui

procura
choses

les

nuances,

un peu

triste des

lui

échappèrent
ses

complètement. Parfois on
quelque froide réminis-

rencontre dans

notes

cence de Chateaubriand ou de Volney dont sa prose
essoufflée essaye en vain d'imiter
enfin, la contrainte qu'il s'était
le

rythme

;

à Naples

imposée

lui

devint
qu'il
'

insupportable

et

il

abandonna

lY'trarque,

s'efforçait de lire

sans y comprendre grand'chose
il

;

grisé de lumière et de liberté,

fut jeune, insouciant,

avide de plaisir et se laissa vivre indolemment. Nou.s

retrouverons cet état d'âme en 1822
plùo,
tions,
le

:

Ischia, Pliilosu-

Passé, la suave

lîHôtjle

des Nouvelles Méditainspiration

appartiennent à

la

même
le

que

ï//ij)inte

au Soleil.

A

Elvire et
faire

Golfe de Baia.

Sans doute, on peut

avec justesse des rapi)roet certains

chements entre divers passages du Carnet nous paraissent trop
directes,

fragments des 3/édi la lions; mais ces réminiscences
surtout
si

l'on

tient

compte du peu de précision de Lamartine, pour ne
pas admettre qu'ayant eu en 1819 à décrire quelques

monuments ou
à ses

aspects d'Italie,

il

ait alors fait

appel

notes de voyage, rédigées autrefois dans un
Ijut littéraire.

vague
et

Quoi qu'on {misse

dire, IN'trarque

Lamartine n'ont pas de rapports. Pétrarque chanta
le

l'amour idéal; après
impossible et
pai-

Lac, Lamartine pleura l'amour

la

force des choses finit [>ar tour-

I.

C,

II,

|..

i:i,

(Ju

2S mars 1S13.

LE VOYAGE DITALIE.
ner au pétrarquisme
,

251

pétrarquisme infiniment plus
dire,

humain, pourrait-on
lien.

que

celui

du maître

ita-

Du

fait

que nous possédions un

petit Pétrarque

ayant appartenu au poète, dont un sonnet au moins
fut traduit par lui,
il

serait

imprudent de conclure à
celle

une influence aussi profonde que
les

d'Young, car
auxquelles
il

traductions

de poètes étrangers,
sa

s'astreignit souvent dans

jeunesse,

ne

furent
Il

jamais pour
n'existe

lui

que des exercices de versification.
ne connut

dans son œuvre aucune ambiance italienne
il

mélancolique ou douloureuse, car
qu'à
ses

l'Italie

des

moments

d'accalmie et d'insouciance où

maîtres

furent Horace ou Catulle et

non pas

Pétrarque.

En
les

181

1,

Lamartine quittait

la

France obsédé par

souvenirs de Chateaubriand et de

Mme

de Staël et

cet état d'esprit persista

pendant

la

première partie

du voyage;
s'en libéra

à

Rome, on

voit par le Carnet qu'il

comil

mençait déjà à lutter contre eux; à Naples, enfin,

complètement

et ses

vingt ans reprirent
et

le

dessus.

11

s'abandonna, ébloui, enchanté,

au thème

de

la

vie trop
Il

longue succéda celui de l'heure trop

brève.
les

est regrettable qu'il ait brûlé plus tard toutes

poésies écrites à cette époque, mais cet autodafé
qu'elles

indique

devaient
les

différer

de

sa

seconde

manière;

pourtant

trois

Médilalions

que nous

avons nommées,

les seules qu'il

conserva, prouvent
il

suffisamment qu'au cours de
goûta et comprit surtout
les

ce séjour en Italie

lut,

élégiaques latins.

252

LA FORMATION DE LA i'ERSONNALITK.
et ses

Lamartine

compagnons de route

quittèrent
écri-

Lyon
«
((

le

15 juillet et la veille
:

Mme

de Lamartine

vait dans son journal

Alphonse doit demain partir pour une maison de commerce;
mois. De
là,

l'Italie;

ils

vont en voiture à Livourne où M. de Roquemont
a
ils

((

y resteront deux à
et peut-être à
fils

((

trois

ils

iront à

Rome

«
((

Naples. C'est

un charmant voyage pour mon
il

et

j'espère qu'il sera profitable à sa santé qui n'est

((

toujours pas très forte. Mais
utile

sera

au moins

très

((

en ce

moment pour
il

occuper un peu

l'activité
»

«

de sa

tête et

de son imagination de vingt ans.
s'arrêta trois jours,
il

A Chambéry où
mettes
' ;

rencontra

Virieu et se rendit avec lui en pèlerinage aux Charpuis,
les

voyageurs prirent
par
Turin,

le

chemin de
Rolognc,

Livourne en passant

Milan,

Parme

et

Florence

-.

Les premières impressions sont assez décevantes
((

:

Ah

!

le triste

pays que
les

l'Italie, écrit-il

à Virieu,

si

«
((

on veut y vivre avec aucune prévenance,
vôtres.
\'oiià

vivants! aucune politesse,
qui
j'ai

personne
trouve un

réponde aux

«
((

du moins ce que
je

vu jusqu'à

Rologne. Ouand

Français, je l'em-

«

brasserais volontiers. Je parle à tous nos soldats

« «

que

je rencontre, ils

sont plus aimables qu'un

sei-

gneur
1.

italien

'.

» 11

oubliait qu'être Français, à cette
ISll.

C,
/(/.,

I,

]>.

:]i(l.

(lu 8

sept.

2.
:t.

p. :(is,

i,l.

/-/.,

p. ;iii. s.

(1.

LE VOYAGE D'ITALIE.

253

époque d'oppression française,

n'était pas

un

titre

de

recommandation
Arrivé
à

à l'étranger.

Livourne
désabusé
fui
si

au

début

de septembre,

il

demeura deux mois dans
en
ce
fut, assez

cette ville anti-artistique

s'il

et regrettant

comme

toujours

qu'il

avait

joyeusement'. Pendant que
il

M. Haste

s'occupait des affaires de son beau-père,

poussa quelques pointes à Florence, à Pise, à Vienne,
guettant l'arrivée prochaine de Virieu pour entre-

prendre
attendre
retarder

le

voyage de Rome-. Mais
et

celui-ci se faisait

un

événement imprévu
de regagner

vint

encore
et fut

le

projet.

M. Haste perdit son père

obligé avec sa
((

femme

Lyon sans

retard.
le

Alphonse

est alors resté seul, écrit la

mère

9 novembre. Ses oncles et tantes étaient d'avis qu'il

revînt aussi, mais

nous avons trouvé avec
de ne pas
est si près et
Il

mon

mari

qu'il serait trop cruel

le laisser aller

jusqu'à

Rome dont

il

nous

lui

avons

permis de continuer jusque-là.
d'aller passer huit jours à

a aussi

demandé

Naples chez M. de Fré-

minville, auditeur sous-préfet à Livourne, avec qui
il

s'est

fort

lié,

et

nous avons accordé. Le seul

obstacle à la prolongation de son voyage est l'ar-

gent

:

ses

oncles et tantes ont donné entre eux
et

soixante-douze louis,

nous, ce que nous avons
il

pu, ce qui n'est pas bien considérable. Enfln,

ménagera de son mieux pour pouvoir
1.

aller plus

C,

I,

p.

316-319, du 8 sept.

2. Id.,

ibid.

:io4

LA FORMATION DE LA PERSONNALITE.

«
«

loin; cela

raccoulumera
»

h l'économie

dont

il

avait

grand besoin.

Ainsi, grâce à l'exquise bonté de sa mère,
tine triomphait encore; aussitôt
il

Lamar-

quitta Livourne
1'='"

pour se rendre à

Rome

il

arriva le

novembre,
'.

sans Virieu retenu toujours au Grand-Lemps
ici, la

documentation devient

difficile;

nous avons
elles se

bien plusieurs lettres de lui qui exposent sa vie et ses

impressions dans

la Ville éternelle,

mais

con-

tredisent parfaitement. Le carnet de voyage reflète le

désenchantement
l'un fut écrit,

le

plus absolu;

la

Correspondance
:

est vive, spontanée, pleine

d'enthousiasme
avec
l'idée
les

c'est

que

on

le

sait,

vague d'une
lettres

publication

future,

tandis

que

nous

donnent l'expression de ses véritables sentiments. La description (juil a laissée de Rome dans son
carnet est sèche et soignée; c'est un tableau banal,

sans plus, mais

la

seule note personnelle qu'on y
elle

rencontre mérite une mention, car

prouve une
enfantine

connaissance avertie de
insatisfaite qu'il possède.

la

nature perpétuellement
a

On

vu sa

joie

au départ de Màcon,
à

et tout ce qu'il a

mis en œuvre
fois

Livourne pour atteindre Rome; une
:

au but,

voici ce qu'il en pense
((

((

Je m'étais trop accoutumé,

dit-il,

((

i)oiir

«

à l'idée de voir Rome, ce nom-là avait [)erdu moi de son enchantement; je l'avais prononcé trop souvent, l'illusion était diminuée. C'est un

1.

Carnet de voyage.

LE VOYAGE D ITALIE.
« «
((

255

malheureux
partout
et et

effet

qu'avec

mon
loi

caractère j'éprouve

pour tout. De

a c'est quelque chose,

de près... c'est moins que ne

me

promettait
et

«
«
((

imagination qui va toujours trop loin
sans cesse de tristes surprises;
la réalité
elle elle
ici

mon me ménage
ailleurs,

promet plus que

ne peut donner
» Il

et,

comme

((

m'avait trompé.

n'y a pas dans cet aveu que

des souvenirs littéraires.

Le reste des impressions de voyage
les clairs

est

quelconque,
s

de lune, les ombres vaporeuses

y mêlent à
;

des souvenirs classiques et à de pompeuses réflexions
les lettres « «
«
((

ont un autre prix.
à
le

Je

suis

présent

fou

de

Rome,
j'ai

écrit -il

à

Mme

Haste

15 novembre; c'est un paradis pour
je

moi. Le

matin,
je

cours,

et je

bien

de quoi

m'occupcr,

vous assure;

dîne à quatre heures
et

«
('

avec d'aimables compagnons de course,

puis une

longue leçon

d'italien

et

puis des artistes à aller

((

voir, et le spectacle et

quelques convcrzalioni ne

me
ne

((

laissent pas

une minute d'ennuy.... Florence n'est
de Rome, je

((

rien auprès

me

pendrais

si

je

((

l'avais pas vue. Je

forme l'agréable projet d'y venir

((

passer une bonne partie de
des artistes et des oisifs
«
'.

ma

vie, c'est le

paradis

<(

»

Poète

» et

«

artiste »,

au sens assez vague

qu'il

donnait alors à ces mots, Lamartine ne crut jamais
Tètre plus sincèrement qu'à cette
i.

époque. Artiste,

Lettre publiée par M. Doumic, dans le Corncspondant {op.

ell.).

256

LA FORMATION DE LA PERSONNALITÉ.
le

depuis

séjour à Lyon, voulait dire bien des choses

:

cela signifiait

qu'on méprisait

le reste

du monde

et

ses banales

coutumes, qu'on vivait à sa guise, au gré

du moment et sans l'accablant souci du lendemain. Pour être un parfait artiste, encore fallait-il une conl'oisiveté, dition essentielle à ses yeux de vingt ans
:

la déliciçuse liberté,

loin de la famille antipoétique.

On
jours

retrouve
;

le

même
datée

enthousiasme dans une

lettre

à Virieu

elle est

du 18 novembre,
la

soit de trois

seulement postérieure à
relève entre les
il

première;

mais
difîé-

comme on

deux de notables
difficile

rences de détails,

devient assez

de connaître

exactement quel genre de vie mena Lamartine à

Rome
((

:

...

Tu

sais

que

je suis à
la vie

Rome

depuis un certain
le

((

temps,

fy mène
un

d'un ermite, j'erre

matin
;

((

dans
je

ses vastes solitudes, tout seul le plus souvent
livre

«
((

visite,

dans

ma

poche, ces belles et
le soir je trail

désertes galeries des palais romains,
vaille

ce

ou vais

visiter

quelques
les

artistes;...

7 a huit

((

jours que je nai mis

pieds au spectacle.
:

Rome me

« plaît
((

au delà de toute expression
silence, sa tranquillité

son aspect, ses
font du bien.

mœurs, son
viendrais

me

((

Si jamais des

malheurs irréparables m'arrivaient,
fixer ici. Je crois

« je
«
((

me
le

que

c'est le lieu

qui convient

mieux

à la douleur, à la rêverie,
»

aux chagrins sans espoir'.
18 la

I. C, I, p. 330, du mène fréquent duns

nov. 1811. C'est d'nilleurâ un phénoCorrespondance Lnmarline ne se mon:

LE VOYAGE D'ITALIE.
C'est le

257
si les

thème mélancolique du Carnet; mais
témoignent de
qu'elles
la

deux
voit

lettres

même
un

.admiration, on
contraste.

aussi

olTrent

certain
les

Laquelle est sincère? probablement
à

deux.

Comme
état
côté,

Màcon, Lamartine connut
et

à

Rome

des revirements

soudains,

chaque
foi

fois

qu'il

exprimait un

d'âme sa

bonne

était

absolue.

De son

Mme
«
((

de Lamartine recevait des lettres fiévreuses, et

elle écrivait le

3 novembre
écrit

:

Alphonse m'a

une

lettre

de Rome, dans
les

le

premier enthousiasme, sur toutes
11

beautés qu'il
et
il

« voyait.

était

vraiment enchanté,
j'étais

m'a

fait

« partag'cr
((

son bonheur. Si

plus riche, ajoutealler voir cette

t-elle

mélancoliquement.

Je

voudrais

« ville si célèbre,
«

mais

je dois à

présent renoncer à
»

toutes les satisfactions de ce

monde.
et

Ainsi,

il

semble que Lamartine goûta
splendeur de

très profon-

dément

la

Rome

s'}-

plut
Il

même
s'y

au

point d'hésiter à partir pour Naples.

décida

pourtant à

la fin

de novembre'.

De tout

le

voyage

d'Italie, c'est

assurément

le

séjour

à Naples qui lui laissa les plus fortes impressions.

La

Correspondance^

les

Confidences, les Mémoires inédits
qu'il

témoignent de l'inoubliable souvenir
serva. Cette
fois, les

en con-

projets d'étude

étaient loin, la

trait

était,
1.

pas suus le iiiènie jour à Virieii qu'à (iuitliard; mais croyons-nous, plus sincère avec Viriou. Carnet de voyage. C, I, p. 344, du 8 déc. 1811.

il

17

258

LA FORMATION DE LA PERSONNALITE.
la

prose fui abandonnée el

poésie reprit ses. droits
la joie

:

odes léiièros. païennes, latines, pleines de
vivre, ([ui fim'urent par des rappels de ton

de

dans des
peut se

strophes exquises du Passé: par elles on

rendre compte de ce que furent ces premiers poèmes,
détruits plus tai'd parce (juils portaient Tempreinte

de

la

vie indolente et facile de Naples (piil goûta
les

sous ses deux formes
le jeu.

plus habituelles, l'amour et

Si l'on parvient à
23o»f/a»re,
il

combler

les

lacunes de

la

Corres-

manifestement

très

importantes pour ISII,
la

sera alors possible de connaître en détail

vérité
très

sur ce séjour à

Naples qui

demeure encore

mystérieux. Peut-être l'épisode de Graziella contientil

des morceaux autobiographiques aussi véridiques
les

que Baphaël, peut-être

Mémoires

hi<'dils

sont-ils

exacts sur blendes points; actuellement, pourtant,

nous manquons de contrôle et, connaissant la poétiipie manière dont Lamartine a souvent traité ses
soMvenirs,
lettre.
il

serait

hasardeux

ici

de

les

acceplei' à la

Mais
héro'ine

(iraziella

,

néanmoins,

n'est

pas
efïet

qu'une
i)ar

de roman. Nous savons
publiées par M.

en

une

des lettres

Doumic,

qu'elle exista

réellement, bien

mieux même,
'.

qu'elle porta la pre-

mière ce
taliser

nom

d'Elvirc qui devait plus tard

immorrensei-

Mme
li.

Cliai'lcs

.Vujourd'hui

,

le

seul

1.

Cf.

Doiimio, Lcltrcs d'Klvire ù Lamartine

(1

vol., 190.')).

LE VOYAGE D'ITALIE.

?b9
la

gnemeiit précis que nous possédions sur
cigarièrc de Naples est celui-ci
:

petite

En

1816, Lamartine

avait fait parvenir à
ses

Mme

Charles quelques-uns de

poèmes;

ils

faisaient partie, sans doute, de ces

deux volumes
inspirées,
(iraziella

d'élégies

composées de 1811 à 1813,
par
la

et

prétend Lamartine,
désignée sous
le

mémoire de
Aussitôt,

nom

d'Elvire.

Mme

Charles interrogea

Virieu sur cette première
:

Elvire et celui-ci répondit avec assez de désinvolture

Oui, celait une excellente petite personne pleine de

cœur
la

et

qui a bien rccjretté Alphonse ; mais elle
elle l'aimait

est

morte,
)t\i

malheureuse!

avec idolâtrie! elle

2)u survivre à son départ. Et

Mme

Charles, en rappor:

tant ces paroles à Lamartine, ajoute
((

«

Oh,

mon

Alphonse! qui vous rendra jamais Elvire? qui fut

« « «

aimée

comme

elle? qui

le

mérite autant? Cette

femme angélique
peinte et je
la

m'inspire jusque dans son lomla

beau une terreur religieuse. Je
prétendre à
)).

vois telle que vous
ce

« l'avez « «

me demande

que

je suis

pour

place

qu'elle occupait

dans votre
de Graziella,
Charles

cœur De ceci on peut déduire que

la

fin

tout au moins, est exacte;

mais

Mme
par

ne
la

s'exagérait-elle pas la passion de

Lamartine pour
elle

jeune fdle? Par Graziella,

comme
il

plus tard,

comme

par toutes

les

femmes,

se laissa

sans doute
et quitte à

doucement adorer, avec quelque cruauté,
])leuror plus tard ce qu'il avait perdu.

Lamartine arriva

à

Naples

le

l" décembre 1181;

260

LA FORMATION DE LA PERSONNALITE.

encore tout ébloui des merveilles do Rome, son intention était de n'y
cliez

demeurer que peu de jours. Logé un cousin de sa mère, M. Dareste de la Chail

vanne, directeur des Tabacs,

pensait s'y ennuyer.
il

Mais, dix jours après son arrivée,

reconnut que

Rome
raiie
le

était
»

dépassée. Les notes de voyage
s'était

((

Titiné-

qu'il

imposé

furent abandonnées

13décembre,

et ses lettres à Virieu

montrent

à l'évi-

dence l'intensité voluptueuse
velles
([u'il
il

des

sensations nou-

connut sous
:

le ciel
ici

de Naples. Le 15 dé-

cembre,
«

écrit

«

Je suis

peut-être encore pour

un

petit

mois,

et

qui sait? peut-être plus. Je n'ai

« fait
((

aucune économie parce que étant tout seul
pas
le

je n'ai
les

courage d'en

faire. J'ai tout jeté
'.

par

((

fenêtres et je suis à sec
il

»

Un mois

après son

arrivée

était encore

soumis au charme, ce qui peut

paraître rare chez lui. La lettre est trop révélatrice de
cet étîit

d'àme pour ne
que dans

[)as la citer

:

« Sais-tu
((

ma

belle indifférence j'étais tenté
le

de ne pas venir à Naples? J'aurais perdu

plus

((

beau spectacle du monde entier qui ne sortira plus
de

((

mon

imagination, j'aurais

manqué

ce qu'il y a de

((

plus intéressant en Italie pour une tête faite
la nôtre. Les

comme

«
((

mots me manquent pour
golf(>,
la terre, cet

te décrire

cette

ville

enchantée, ce

ces paysages, ces

((

montagnes uniques sur

horizon, ce

ciel,

«

ces teintes merveilleuses. \'iens vite, tedis-je, et tu

« crieras
1.

plus haut que moi.
\>.

C,

I,

:{42,

(lu

i:i

déc.

1811.

LE VOYAGE DITALIE.
«
«
((

261

Je suis solitaire,
et

je

vis

seul, partout seul,

avec

mon domestique
Vésuve,
j'ai

un guide. Je suis monté seul au
l^ompéi, à llerculanum, à

déjeuné seul dans lintérieur du cra-

« tère,

je suis allé seul à

«
((

Pouzzoles, partout; demain je vais seul à Baïa.

que n'es-tu
mets

ici!

Pourquoi
tel

le ciel a t-il

refusé à
je

Ah mes
!

« prières
«
((

un compagnon

que toi? mais
les

me
et

soucette

et

me

tais.

Respectons
je

décrets de

Providence inconnue que

cherche toujours

que

« je crois
((

sentir quelquefois, surtout

dans

le

malheur.

(Ju'en penses-tu?
«

Je

me

trouve en ce moment-ci sans
Naples. Je

le

sol

et

«

avec des dettes à

ne pourrai pas en

« partir si je
((

ne trouvais pas une

àme

charitable qui

eût la complaisance de
Je ne sais trop
si

me

prêter quelques ducats.

({

je les trouverai.
fol

Je m'endors

là-

«
((

dessus et fais une dépense de

en attendant.
je

Tu

ne saurais croire à présent à quel point

porte
l'air

«
((

l'insouciance et l'imprévoyance partout, c'est

du pays
enfin
le

:

Je deviens un vrais lazzarone. J'ai
élevé

gagné
beau

((

sommet
le

du haut duquel
je

je vois tout
le

((

sans que rien m'atteigne. Je dors, j'oublie
toscan,
c'est

«
((

majesteux romain,
je

parle napolitain,

une autre langue;

ne fais rien, rien du tout,
j'ai

((

je lis à

peine des bêtises que
la société ni

lues cent fois; je

«
((

ne vais ni dans

môme aux

théâtres; je

ne suis plus qu'un lourd composé de paresse, de
mollesse, de fierté et de petitesse, ça m'est égal*.
1.
))

((

C,

1,

p. 343-46,

du 28 déc.

1811.

'2b2

LA FORMATION DE LA PERSONNALITE.

Ainsi

Florence et ses monuments,
le

Rome

et ses

ruines, tout

charme mélancolique de
devant
de.

l'Italie,

cédèsoleil

rent, de son propre aveu,

le

paysage elle

de Naples,

ce

qu'il

y a

plus intéressant en Italie
la

pour une

tête faite

comme
fois

nôtre.
le

Ainsi

la

simple

nature l'emporta cette

sur

décor, mais tou-

jours avec l'indispensable élément sans lequel à ses

yeux toute jouissance
Ainsi l'indifférence
la

était

imparfaite

:

la solitude.

plus

absolue

fil

vite

place à

l'inquiétude de cet insatisfait.

A
Il

Naples, Lamartine connut

les

seules minutes

d'apaisement et d'équilibre moral de toute sa jeunesse.
y lut
((

des bêtises

» et

en
le

fit

pas mal;

il

écrivit des
et
il

vers agréables mais dans
raît

goût du temps,
lui,

appa

encore

ici

pleinement que chez

les

grandes

choses, ne s'engendreront jamais que dans la tristesse.

A

ne considérer strictement que ses résultats, ce
d'Italie

voyage

ne

lui fournit

que des thèmes lyriques
il

un peu
jamais

factices et
fait

dépourvus d'originalité;
l'allégresse,

ne fut

pour chanter

mais

la

douleur.

A

la

\\\\ (It^

janvier lSl:i [lourlaiit,

il

en arri\a à être

sature de plaisirs, « sans émulation et sans curiosité

pour rien
«
((

'

». «

Sans
il

l'espoir de te voir arriver, écrit-il

alors à Virieu,
la

y a longtemps que j'aurais secoué
pieds. Je suis sans
j'ai
le sol, je

poussière de

mes

viens

((

de

me
C,
[.

mettre à jouer,

gagné en deux jours une

i.

p.

:i:j.j,

iJu

22 janvier 1812.

LE VOYAGE D'iTALlE.
«

263
les reper-

quarantaine de piastres. Je vais peut-être

«

dre ce soir en voulant pousser plus loin. Je maudis
»

«tout.

C'était la réaction habituelle;

la

lassitude

succédant sans transition à l'enthousiasme.

Sous l'empire d'un
tion pécuniaire où à Naples,
si
il

tel état d'esprit et

dans

la situa-

se trouvait, rien

ne

le

retenait plus

ce n'est l'idée de reprendre sa vie
11

mono-

tone à Milly.

regagna pourtant

la

France, mais

sans hâte, s'attardant quelques semaines encore à
Florence, puis à

Rome. Après un court
il
*.

arrêt sur les

bords du lac Majeur
à

traversa la Suisse et arriva

Mâcon au début de mai
L'accueil qu'on lui
fit

fut assez froid;

on en trouve

la

preuve

tacite

dans

la

disparition de quelques feuil-

lets

du Journal intime, feuillets qui sont cités à la retour d'Altable du petit cahier avec la mention
:

phonse,

oisiveté,

découragement.

Cette

mutilation,

comme beaucoup
mère,
térité
il

d'autres, est l'œuvre de Lamartine.
le

Lorsqu'il rédigea à la fin de sa vie

Manuscrit de

ma

n'hésita pas, craignant sans doute
les

que

la

pos-

ne

retournât contre

lui, à

détruire plusieurs
les

pages où sa mère avait noté en pleurant toutes
manifestations de son caractère ombrageux et
cile.

diffi-

Car

le

jeune

homme s'accommoda mal de
le

la petite

vie régulière et simple qu'il lui fallut reprendre au

retour. Après dix mois d'indépendance,

contraste

1.

J.

/.,

table des matières.

26

i

LA FORMATION UE LA l'ERSONNALIlt:.
pri.s

fut violent et insiippoitablo, dautaiit qu'il avait

en
et

Italie le

goût de

plaisirs

insoupçonnés jusqu'alors
de l'oncle de Montceau.

l'habitude de

dépenses qu'il ne pouvait guère

satisfaire

sous

l'œil sévère

Après

le

golfe de Naples et sa lumière, les collines de

Milly lui

parurent grises, sans horizon.
incapable d'un
eiïort

Il

devint

sombre,

pour
'.

se

reprendre,

s'enferma dans sa chambre à pleurer

A
il

traîner ainsi son

désœuvrement

et sa mélancolie,
l'oc-

finit

par inquiéter

même
le fit

son père qui, pour

cuper un peu

et l'attacher

davantage à ce pays

qu'il
vil-

avait pris en horreur,
lage^.

nommer maire du
il

A

la fin

de mai, n'y tenant plus,

se

sauva

à Montculot, sa retraite habituelle lorsqu'il voulait

vivre avec ses souvenirs, car

le

brave abbé n'était
il

pas gênant
quelifues

et le laissait libre''. Là,
et

lui

emprunta
il

louis

hanté

par

Paris


il

pensait

retrouver
installer

un peu des
les

plaisirs de Naples,

partit s'y

trois

premières

semaines d'août.
il

En

cette saison, la ville était vide et

s'y

ennuya mornerveux
»

tellement ^ Le
table à tous,
et

:20,

on

le

retrouve à Milly, insupporle

même
»;

à sa

mère qui

trouve
((

((

un peu dur

on devine ce que
plume.

un peu dur

signifie sous cette
i.J.
/.,

16 juin 1812.

juin, et archives communales de Milly. Il demeura maire jusqu'en ISlij, mais s'orrupa rarement des aiïaires du villaf^^e, sauf au moment de l'invasion de 1S14 où il dut fournir
2. Id.,
2.")

les réquisitions
3. Id.,
4.

C,

de l'armée aulricliienne. 27 mai 1812. I, p. 364, du 20 août 1812.

LE VOYAGE D'ITALIE.

265
l'a

Comme
vu,

toujours dans ces crises, fréquentes on
il

depuis trois ans,

se réfugia

dans
'.

la solitude,

écœuré de

cette vie « trop

longue

»

Puis l'imagina-

tion se mit à
il

vagabonder

et lui rendit

quelque force

:

rêva d'un ermitage à la Rousseau où Virieu
^

et

Guichard seraient ses compagnons
traire,
Saiïl,
dité,
il

et,

pour

se dis-

rima en quinze jours
le

le

premier acte d'un

fuyant

monde non
et

plus cette fois par timile

mais par dégoût
le

mépris;

mariage de sa
» l'en-

sœur

«

dérangeait
Petite
le

» et le «

cher beau-frère
qui

nuyait ^
découvrir
vince.
Il

vanité d'adolescent
et

vient

de

monde

médit de sa mesquine prola

ne faut pas s'exagérer

portée de ce nouvel

état d'esprit,

mais on doit constater seulement qu'au

retour

d'Italie,

Lamartine

souffrit

d'une

rechute

aiguë de sa neurasthénie.

1.

C,

I,

p. 364.

du 20 août

1812.

2. Id., ibid.
.3.

Id., p.

371, du 17 nov. 1812.

CONCLUSION
LAMARTINE
A

VINGT ET UN ANS

Les enfants qui na([iiircnt du début de
tion à la fin de l'Empire connurent tous
à peu près identique; elle influera

la

Révolu-

une jeunesse

profondément sur

leurs destinées futures et déterminera jusqu'en 1830
le

malaise général appelé romantisme et qu'il ne faut
la

pas limiter à

seule littérature.
('té

Cette jeune g'énéralioii a
difTérentes,

jugée de trois manières
se justifient

mais qui

toutes

aisément
les

pour peu que nous nous replacions dans
tions
lées.

condi-

où ces opinions contradictoires ont
de leurs parents, gens du
les

été

formu-

Aux yeux
endurcis par

xviii''

siècle et

rudes épreuves de
le

la

Révolution, ces

adolescents apparaîtront

[)lus

souvent

comme

des

incapables et des
tence, amollis
fini

inutiles,

désarmés devant

l'exis-

i)ar leur

éducation toute féminine et

rom|)ent avec

les

saines traditions de la famille.

LAMARUNE
Les mères
les

A VINGT ET UN ANS.
la

267
crainte

ont élevés jalousement, avec

éternelle de les voir parcourir l'Europe à la suite

du

conquérant

:

ainsi tenus à l'écart de la seule activité
les

que connurent
tique était

hommes
ils

d'alors,

puisque

la poli-

muselée,
de
la

se

réfugièrent entièrement
finit

dans

le

monde

pensée; l'énergie virile

par

s'user chez cette jeunesse contemplative et câlinée et leur

âme

n'exista bientôt plus

comme

volonté, mais

comme sensibilité. A leurs propres

yeux, ce qu'ils parviendront à

voir de plus clair en

eux-mêmes

sera l'indécision de

leur nature, incapable de rien fixer, déroutée qu'elle
est par le contraste absolu

du milieu

et

de leur perils

sonnalité.

Les principes du passé dans lesquels
leur
les

ont été

élevés

pèsent durement,
conditions de
la vie

car

ils

ne

cadrent plus avec

nouvelle et
faite.

surtout avec l'âme que les événements leur ont
Il

en résultera un conflit perpétuel de sentiments

intérieurs,

une incertitude du but à atteindre, en un
le

mot un gement

véritable déséquilibre moral où
et la lassitude finiront

découra

par dominer.

A

force

de ne voir personne autour d eux répondre aux passions, d'ailleurs indécises, qui les tourmentent,
ils

en

arriveront vite à

se

croire différents
les

du

reste

du
tris-

monde,
tesse; de
et ils

les

uns avec orgueil,

autres avec

bonne heure tout

effort leur paraîtra vain,

vivront dès lors entièrement en eux-mêmes,

dans une solitude mélancolique qui achèvera d'exaspérer leur sensibilité et de ruiner leur énergie morale.

268

LA FORMATION DE LA PERSONNALITÉ.
de
la

Aux yeux

postérité

oufiu,

ils

serout des

iudividus encore hésitants
destinée jusqu'au jour où
les révélera à
le

et isolés,

doutant de leur

groupement en commun eux-mêmes en apportant à chacun la
sentiments confus
et contradictoires

preuve que

les

qui l'agitent ne lui sont pas particuliers.

Lamartine à vingt

et

un ans résume en

lui tous les
le

caractères de ces jeunes
le

âmes inquiètes où

passé et

présent se livrent une lutte de tous les instants.

A

considérer

le

romantisme comme une expansion
il

débordante de l'individu,
premier des romantiques;
dernier des classiques
littéraire
si

est en

date et en

fait le
le

il

devient au contraire

l'on étudie le

mouvement
œuvre

de son époque en tant qu'affranchissement

des vieilles formules. C'est ^{uen réalité son
reflète sa vie

même,

classique de forme, romantique

de pensée,
assiste

comme
et

toute

son

adolescence où l'on

au

conflit (juotidien

de ses aspirations très

romantiques

de son éducation très classique.

Dans toute

destinée,

il

est

une part dont l'homme

n'est pas responsable, faite de trois éléments infini-

ment

délicats et qu'il est difficile d'apprécier à leur

valeur.

I/un comporte ce que

les

ancêtres lui ont

transmis d'instincts ataviques, peu à peu anéantis,
modifiés ou développés selon les circonstances ou les

conditions nouvelles de

la

vie; l'autre est l'œuvre
et

de

ceux dont

il

dépend pendant son enfance
lâche de façonner son

qui

assument

la

âme au moment

LAMARTINE A VINGT ET UN ANS.

la
elle est

269

encore molle;

le

dernier, entin,

comprend

il

manière dont

la société raccueille le jour
elle,

est

forcé

d'avoir recours à

avec sympa Ihie,

pitié,

mépris ou indiïïérence. C'est leur étude que nous avons tentée pour Lamartine dans les pages qui précèdent et il nous semble que si on voulait mainte-

nant

les

résumer brièvement
:

il

serait

possible de

le faire

ainsi

bérédité saine et attachée au sol natal, foncièrement religieuse et point corrompue par les théories

Une

matérialistes

du

xviii<^

siècle;

un milieu intransigeant

tardivement et formaliste qui s'efforce de perpétuer et redoute d'autant plus les les traditions du passé,
idées

du temps
il

qu'il

les

croit

issues d'une

époque

dont

a

souffert

et

dun
l'excès,

régime qu'il abhorre;
et et

une mère profondément pieuse, aimante
mais sentimentale
d'elle-même;
à

tendre,

inquiète

doutant

un père

excellent,

quoique indifférent

aux nuances de l'àme; un décor naturellement mélancoHque, mais qui le deviendra davantage encore
aux yeux d'un adolescent avide de sensations nouvelles, de plaisirs et de liberté.

Puis un enfant dont

les

premières années ont été

assombries

et

silencieuses,

d'une

nature

tendre,

comme
celle

celle de sa mère, décidée et volontaire,

comme

des Lamartine; une première éducation toute paysanne et maternelle, remplacée sans transition

par

l'internat loin

du foyer
plus

et

dont

la

contrainte

l'affecte

profondément;

tard,

des

études peu

270

LA FORMATION DE LA PEllSONNALITÉ.

solides et exclusivement religieuses chez les Jésuites

de Belley où s'exalte encore sa précoce sensibilité.
Enfin,
à

dix-huit ans,

le

retour dans la famille,

début
cette

d'une

période de long désœuvrement.

Dès

époque, sinon une vocation
facilité

littéraire très nette,
la

du moins une extrême

pour

poésie; mais

aucune direction dans
aui'un

ses

goûts qu'il

lui faut cacher,

plan d'études sérieusement organisé, en un
inutile d'énergie accrue encore par
à maîtriser et des
lec-

mot une dépense
tures
faites

une imagination impossible

d'autant plus impressionnantes qu'elles sont

en secret; une âme mobile

et pleine

de conà

trastes, à la merci de toutes les chimères,

prompte
et faite

s'enthousiasmer mais qu'un rien rebute,
revirements brusques

de

comme
le

si elle

était perpétuel(|ui hii

lement à

la

recherche de l'équilibre

niauquc;
il

des froissements avec

chef de famille, dont

sort

aigri et découragé; des
et

amis

qu'il voit de loin en loin

dont

le

meilleur des confidences s'échange par

lettres

toujours plus exagérées et moins soulageantes

que que

les paroles;

quelques amourettes

jilus
(|ui

cérébrales

])hysi(|ues, des
:

ébauches poéli((ues

l'ennam-

ment encore en tout, enlin, une concei)tion uniquement littéraire et romanesque de l'existence. La famille s'inquiète de ces tendances et commence alors à les combattie par tous les moyens dont elle
dispose;
elle

décide enfin

de l'éloigner,
d'air ce

et

c'est le

voyage
dont

d'Italie

pour changer

grand garçon
Mais
les

l'oisiveté irrite

sourdement

les siens.

LAMARTINE A VINGT ET UN ANS.
conséquences n'en furent pas
celles qu'ils
le

271

avaient pré-

vues, puis([u'au retour de Naples

fossé va s'approet

fondir encore entre
ici se

le

jeune

homme
les

son milieu.

termine

la

jeunesse de Lamartine; dans une

seconde partie, qui comprendra

années 1812-18^0,
les

nous étudierons prochainement
crises

deux grandes

morales qui
.^a

le

mûriront en modifiant complèles Mi'diialujns.

tement

nature

et

d'où naîtront

Màcon-Paris, 1908-1910.

APPENDICE

GENEALOGIE ET BIBLIOGRAPHIE DE LA FAMILLE DES ROYS

274

APPENDICE.

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^

'^

GENHALOGIE UE LA FAMILLE DES UOVS.

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APPENDICE.

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GENEALOGIE DE LA FAMILLE DES ROYS.

277

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Ofi:-:^

APPENDICE.

Tableau généalogique de
Mathurin Des Roys,
religieux.

Louis

Des Roys,
leliaieux.

I

Antoine Des Roys, ép. Marguerite de jussac de Baulmes (1533).

Pierre Des Rovs,
ép. ?

Sébastien Des Roys,
ép. Claude de (iuiltion
(1588).
I

Claude Des Roys, mort sans alliance.

Gaspard Des Roys, ép. Jeanne de Cohacy (1588)
(sans postérité).

Melchior Des Roys, ép. Françoise Faure de Marnans
(1619).

Ealtazar Des Roys,
ép.

Marie Des Roys,
ép.

leine

Marie MagdeDes Roys,
reliiiieuse.

Marie Amahi Des Roys,
relii'ieuse.

Claude des Olmes
(1650).

Pierre Roche (sans postérité).

Pons Gaspard Des Roys,
ép.

Cristode

Louise Demeure
(167!)).
I

Des Ro\s. ép. Marie de iîomezin veuve de Claude
Ferrapie (1701).

Claude Des Roys,
ép. Françoise

Pagev
'
I

(1717).

Jean-Louis

Des Roys, ép. Marjj'uerite Gavault (1757).

Césarine Des Roys, é|). Pierre Carra Ue Vaux (1788).

Alix Des Roys, ép. Pierre de Lamartine (I7!)0).
I

Alexandre Carra de Vaux.

.Mphiinse

de Lamartine.

GÉNÉALOGII':
aniille

DE LA FAMILLE DES ROYS.

279

Des Roys
ép.'

(1500-1790).

Denis Des Roys

Catherine

Des

Itoys, ép.

Claude de La-

Pierre Aurelle.

orevol; 2" Isabelle Vaclierelle.

Antoine Des Roys
(le

Aymard Des Roys,
reliffieux.

Marthe Des Roys,
ép.

jeune), religieux.

Antoine de Romezin
siècle.

d'oii postérité, éteinte

au cours du xviii"

Marie Des Roys, ép.JeanPollenon
d'où postérité.

Pierre Des Roys,
ép. Catherine

Des Olmes
(1618).

Marie Des Roys,
ép.

Philiberte

Jacques Rochet
d'où postérité.

Des Roys, ép. Louis de Romezin du Sarzicr.
I

Claude Des Roys, mort sans alliance.

Jeanne
Des Roys, ép. Antoine Varillon
d'où postérité.

Marie de Romezin, ép. I" Claude Ferrapie (16S5);
2" Cristolle

Des Hoys, son cousin.

Bibliographie des œuvres de

Lyon Des Roys-

I/Illusion, vers couronnés, in-8 de

p. (s.

1.

s.

d.).

L'Anesse, moralité, in-8 de 3 p.
5 p.
(s, 1. s. d.).

(s. 1. s. d.)-

Le Tabac, poème, au C" D*" fabricant de tabac, in-8 de La GÉOMÉrniE on vers Icn-hniques
tions


R.

il

existe

deux

édi-

ancien doyen de Mortain (?), maître de malliénialiques. A Paris, cbez les libraires du Palais. Egalité an lX-180i (in-S de 18 p.); 2" par Desrois ancien doyen de Mortain. A Paris, chez Pauteur rue de la loi maison du C" Darestc n" 74, près la rue Feydau, an IX-i80i (in-8 de 20 p.). EiMTHE AUX COMÉDIENS, par Dosroys [avec celte épigraphe lacil indignatio versum. Se vend au Palais du Tribunal,
de
cet

opuscule.

1"

:

par

1).

:

:

~

j

galerie de

la

Foi,

n"

;JU,

l'on

trouve la tragédie du

Dernier des iSninains,
I

la

riéoméfrie en vers, ITllusion.

An X

in-8 de G p.).

Kl'iiRES à Dazincour, à

harpe,

etc.,
ilO

prix

.Madame 1). L. V. jouant de la par Desroys au leur de l'épitre aux comédiens centimes. A Paris chez Desenne, libraii-e du
2, et

Tribunal, n"

chez

les

marchands de nouveauté. An X-

1802 (in-8 de 8
D. R. [avec

p.).

Le UKIiMEii nKs Romains, tragédie en cinq actes par cette, épigraphe :] Qiiam dulcis sit lihertas... ostendam. Prix 1 l'r. 0:3. .\ Paris chez Barba et Deseime au septièn)e fin-8 de 74 p.). (>l-]rviîi:s DRAMATIQUES de ***. Le dernier des llomains, tragéilie en cinq actes. L'anti-philosophe, comédie en cinq actes et (Ml vers. .\ Paris an VI 11 (1800) (in-8 de 102 p.j.
.

TABLE DES MATIÈRES

Préface

v

PREMIÈRE PARTIE

LES ORIGINES
CiiAPiTiîE

I.

IL

— —

Les Lamartine Les Des Roys

3

34

DEUXIÈME PARTIE

LE MILIEU
Chapitre

— —

I.

II.

III.

IV.

— — — —

La famille La mère Les Lamartine pendant
Les premières années Le décor. Les voisins

77
la

Terreur.

93
114
131

TROISIÈME PARTIE

LES ANNÉES D'ÉTUDE
Chapitre

— —

I.

II.

111.

— L'abbé Dumont — L'institution Puppier — Le collège de Belley

147

167 178

282

TABLE DES

lAIATIEULS.

qlatuiemh: pautie

LA FORMATION DE LA PERSONNALITÉ
Chapitre

— —

I.

II. 111.

— — —

La vie solitaire La crise littéraire. Le premier voya^^e
Lamartine à

Le premier amour.

207 227 249

Conclusion.

viii^t et

un ans

200
273

Appendice

1811-10.

Coulommiers.

Iinp. I'aul

BRODAUD.

-

3-11.

n V
.

'P^

2326 L3

Lacretelle, Pierre de Les origines et la jeunesse de Lamartine

;.JL'

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