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Christoph Schiller

LA
MONTAGNE MOUVEMENT
l’aventure de la physique – vol. i
chute, flux et chaleur

www.motionmountain.net
Christoph Schiller

La Montagne Mouvement

L’Aventure de la Physique
Volume I

Chute, Flux et Chaleur

Traduit de l’anglais par Benoît CLENET

23e édition, disponible gratuitement sur


www.motionmountain.net
Editio vicesima tertia.

Proprietas scriptoris © Christophori Schiller


secundo anno Olympiadis vicesimae nonae.

Omnia proprietatis iura reservantur et vindicantur.


Imitatio prohibita sine auctoris permissione.
Non licet pecuniam expetere pro aliquo, quod
partem horum verborum continet ; liber
pro omnibus semper gratuitus erat et manet.

Vingt-troisième édition.

Copyright © 2009 Christoph Schiller,


deuxième année de la 29e Olympiade.

Ce fichier pdf est distribué sous licence Creative Commons


Paternité-Pas d ’ Utilisation Commerciale-Pas de Modification 3.0 Allemagne
dont le texte peut être consulté en intégralité sur la page
creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/de/deed.fr,
avec la restriction supplémentaire que toute reproduction,
distribution et utilisation, partielle ou totale, dans n’ importe quel
produit ou service, qu ’ il soit commercial ou non, n’est pas autorisée
sans le consentement écrit du détenteur du droit d ’auteur.
Toute personne est libre de consulter, enregistrer et imprimer
ce fichier pdf pour son usage personnel, et de le diffuser par
des moyens électroniques, mais uniquement sous sa forme originale
et de manière entièrement gratuite.
À Britta, Esther et Justus Aaron

τῷ ἐµοὶ δαὶµονι
Die Menschen stärken, die Sachen klären.
PR É FAC E

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique



Primum movere, deinde docere*.
Antiquité

Ce livre s’adresse à toute personne curieuse de la nature et du mouvement. La curio-


sité portant sur la manière dont se meuvent les gens, les animaux, les choses, les images

et l ’espace nous entraîne dans de multiples aventures. Ce volume présente les meilleures
d ’entre elles dans le domaine du mouvement familier. L’observation du mouvement de

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tous les jours nous permet de déduire six propositions fondamentales : le mouvement
quotidien est continu, conservé, relatif, réversible, invariant par réflexion, et... fainéant.
Oui, la nature est vraiment paresseuse : dans chacun de ses mouvements, elle minimise
le changement. Ce texte explore comment ces résultats sont déduits et comment ils s’ac-
commodent de toutes les observations qui semblent les contredire.
La majorité des points de départ de la physique moderne, dont la structure est indi-
quée sur la Figure 1, est constituée des résultats issus du mouvement quotidien. Le présent
volume – le premier d ’une collection qui en compte six – propose un tour d ’ horizon de
la physique ; il résulte d ’une triple aspiration que j’ai poursuivie depuis 1990 : présenter
le mouvement d ’une manière simple, moderne et vivante.
Afin d ’être simple, le texte se focalise sur les concepts, tout en donnant aux mathé-
matiques le niveau minimum nécessaire. La priorité est donnée à la compréhension des
concepts de la physique plutôt qu ’à l ’utilisation des formules dans les calculs. Tout ce
texte est à la portée d ’un étudiant qui accède au premier niveau universitaire.
Afin d ’être moderne, ce texte est enrichi par les nombreux joyaux – aussi bien théo-
riques qu ’empiriques – qui parsèment la littérature scientifique.
Afin d ’être vivant, ce texte tente de surprendre le lecteur autant que possible. Lire un
livre de physique générale, ce devrait être comme assister à un spectacle de magie. Nous
observons, nous nous étonnons, nous n’en croyons pas nos yeux, nous réfléchissons, et
finalement nous comprenons le truc. Lorsque nous observons la nature, nous faisons sou-
vent cette même expérience. C ’est pourquoi chaque page propose au moins une surprise
ou une provocation qui mettra la sagacité du lecteur à l ’épreuve. Un grand nombre de
défis intéressants sont proposés.
La devise de ce texte, die Menschen stärken, die Sachen klären, une phrase célèbre sur
la pédagogie due à Hartmut von Hentig, se traduit ainsi : « Fortifier les hommes, clarifier
les choses ». Clarifier les choses nécessite du courage, puisque changer les habitudes de
pensée engendre la peur, souvent masquée par la colère. Mais en surpassant nos peurs
* « D’abord émouvoir, ensuite enseigner ». Dans les langues modernes, ce type mentionné de mouvement
(celui du cœur) est souvent appelé motivation : ces deux termes sont issus de la même racine latine.
8 préface

PHYSIQUE : Description unifiée du mouvement Pourquoi le mouve-


Décrire le mouvement Aventures : comprendre le ment se produit-il ?
à l’aide de l’action. mouvement, joie intense Que sont l’espace,
avec la pensée, saisir le temps et les par-
une lueur d’extase, ticules quantiques ?
calculer les

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


masses.

Théorie quantique
Mécanique quan-
des champs
tique et gravitation
Aventures : bâtir des
Relativité Générale Aventures : neutrons
accélérateurs, compren-
Aventures : le qui rebondissent, com-
dre les quarks, étoiles,
ciel nocturne, me- prendre la crois-
bombes et fondements
surer la courbure sance des
de la vie, la matière,
de l’espace, explo- arbres.
le rayonnement.
rer les trous noirs
et l’univers, Comment se déplacent
l’espace et le les objets minuscules ?
temps.

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Que sont les choses ?

Comment les Relativité restreinte


Gravitation Aventures : lumière, Mécanique quantique
objets familiers
classique magnétisme, contrac- Aventures : mort,
rapides et massifs
Aventures : tion des longueurs, sexualité, biologie,
se déplacent-ils ?
randonnée en montagne, dilatation du admirer l’art et les
ski, voyage dans l’espace, temps et couleurs, toute la
les prodiges de l’astronomie E0 = mc2 . technologie de pointe,
et de la géologie. médecine, chimie
G c h, e, k et évolution.

Physique galiléenne, chaleur et électricité


Aventures : sport, musique, navigation, cuisine,
décrire la beauté et comprendre son origine,
utiliser l’électricité et les ordinateurs,
comprendre le cerveau et l’être humain.

F I G U R E 1 Une carte complète de la physique : les connexions sont définies par la vitesse de la lumière
c, la constante de la gravitation G, la constante de Planck h, la constante de Boltzmann k et la charge
élémentaire e.

nous gagnons en force. Nous ressentons alors des émotions intenses et enivrantes. Toutes
les grandes aventures de la vie – et explorer le mouvement en est une – mènent à cela.

Munich, 10 Janvier 2009.

R emerciement

Je remercie Benoît Clénet pour sa traduction de ce volume. Sa patience, son énergie


et son professionnalisme sont exemplaires.
préface 9

C onseil au lecteur

D’après mon expérience d ’enseignant, je connais une méthode d ’apprentissage qui


est toujours parvenue à transformer des élèves en échec en élèves gagnants : si vous lisez
un livre pour l ’étudier, résumez chaque section que vous lisez, dans vos propres termes,
à voix haute. Si vous n’y arrivez pas, lisez la section une nouvelle fois. Recommencez

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


jusqu ’à ce que vous puissiez résumer clairement ce que vous avez lu avec vos propres
mots, à voix haute. Vous pouvez le faire tout seul dans votre chambre, ou avec des amis,
ou tout en marchant. Si vous faites cela avec tout ce que vous lisez, vous réduirez votre
temps d ’apprentissage et de lecture de manière significative. De surcroît, vous prendrez
beaucoup plus de plaisir à apprendre avec des bons ouvrages et détesterez nettement
moins les mauvais manuels. Les prodiges de cette méthode peuvent même l ’utiliser tout
en écoutant un cours, à voix basse, évitant ainsi de prendre constamment des notes.

C omment u tiliser ce livre ?

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Le texte en vert, que l ’on trouve dans un grand nombre de notes en marge, signale un
lien sur lequel on peut cliquer dans un lecteur pdf. Ces liens en vert sont soit des réfé-
rences bibliographiques, des notes de bas de page, des références croisées vers d ’autres
pages, des solutions aux défis ou des pointeurs vers des sites Web.
Les indices et solutions des défis sont donnés dans l ’annexe. Les défis sont classés
ainsi : niveau recherche (r), difficile (d), niveau étudiant standard (s) et facile (e). Les
défis des types r, d ou s pour lesquels aucune solution n’a encore été incorporée dans le
livre sont marqués (pe).

Appel à contribu tion

Ce texte est et demeurera librement téléchargeable depuis Internet. En échange,


envoyez-moi s’ il vous plaît un bref courriel à fb@motionmountain.net, à propos des
questions suivantes :
— Qu ’est-ce qui n’était pas clair ?
— Quelle histoire, sujet, énigme, image ou film n’avez-vous pas compris ?
Défi 1 s — Qu ’est-ce qui devrait être amélioré ou corrigé ?
Vous pouvez également ajouter votre retour directement sur www.motionmountain.net/
wiki. Au nom de tous les lecteurs, merci par avance pour votre collaboration. Si votre
contribution est particulièrement pertinente, et si vous le souhaitez, votre nom sera men-
tionné dans les remerciements, ou bien vous recevrez une récompense, ou les deux. Mais
par-dessus tout, très bonne lecture !
Table des Matières
14 1 Pourquoi s ’ intéresser au mouvement ?
Le Mouvement existe-t-il ? 15 • Comment devrions-nous parler du mouve-

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


ment ? 17 • Quels sont les différents types de mouvements ? 19 • Perception,
continuité et changement 23 • Le monde a-t-il besoin d ’états ? 25 • Curiosités et
défis amusants sur le mouvement 26
30 2 De la mesure du mouvement à la continuité
Qu ’est-ce que la vitesse ? 31 • Qu ’est-ce que le temps ? 32 • Pourquoi les horloges
tournent-elles dans le sens des aiguilles d ’une montre ? 38 • Est-ce que le temps
s’écoule ? 38 • Qu ’est-ce que l ’espace ? 39 • L’espace et le temps sont-ils abso-
lus ou relatifs ? 42 • La taille – pourquoi les surfaces existent-elles, mais pas les
volumes ? 43 • Qu ’est-ce qu ’une ligne droite ? 47 • Une Terre creuse ? 48 • Cu-
riosités et défis amusants sur l ’espace et le temps quotidiens 49
57 3 Comment décrire le mouvement – la cinématique

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Le jet et le tir 59 • Qu ’est-ce que le repos ? 61 • Les objets et les particules ponc-
tuelles 64 • Des jambes et des roues 67
70 4 Des objets et des images à la conservation
Mouvement et contact 71 • Qu ’est-ce que la masse ? 72 • Le mouvement est-il
éternel ? 79 • Appendice sur la conservation – l ’énergie 81 • La vitesse est-elle
absolue ? – La théorie de la relativité quotidienne 84 • La rotation 87 • Des roues
en rotation 90 • Comment marchons-nous ? 91
94 5 De la rotation de la Terre à la relativité du mouvement
Comment la terre tourne-t-elle ? 99 • La Terre se déplace-t-elle ? 102 • La rota-
tion est-elle relative ? 105 • Curiosités et défis amusants sur le mouvement quoti-
dien 106 • Des jambes ou des roues ? – Suite 116
120 6 Dynamique due à la gravitation
Propriétés de la gravitation 123 • La dynamique – Comment les choses bougent-
elles dans plusieurs dimensions ? 128 • La gravitation dans le ciel 129 • La Lune 131
• Les orbites 133 • Les Marées 136 • La lumière peut-elle tomber ? 139 • Qu ’est-ce
que la masse ? – Suite 140 • Curiosités et défis amusants sur la gravitation 142
155 7 La mécanique classique et la prédictibilité du mouvement
Devrait-on employer la force ? 156 • États complets – conditions initiales 162 •
Les surprises existent-elles ? L’avenir est-il déjà tout tracé ? 164 • Une conclusion
étrange sur le mouvement 168 • Descriptions générales du mouvement 168
173 8 Mesurer le changement avec l ’ action
Le principe de moindre action 177 • Pourquoi le mouvement est-il si souvent li-
mité ? 182 • Curiosités et défis amusants sur les lagrangiens 186
189 9 Mouvement et symétrie
Pourquoi pouvons-nous réfléchir et discuter ? 189 • Points de vue 191 • Symétries
et groupes 192 • Représentations 193 • Symétries, mouvement et physique gali-
léenne 196 • Reproductibilité, conservation et théorème de Noether 200 • Curio-
sités et défis amusants sur la symétrie du mouvement 205
12 table des matières

206 10 Mouvements élémentaires des corps étendus – vibrations et


ondes
Les ondes et leur mouvement 208 • Pourquoi pouvons-nous nous parler ? – Le
principe de Huygens 214 • Signaux 215 • Ondes solitaires et solitons 217 • Curio-
sités et défis amusants sur les ondes et les corps étendus 220

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


227 11 Les corps étendus existent-ils ? – les limites de la continuité
Montagnes et fractales 227 • Une barre de chocolat peut-elle durer pour tou-
jours ? 228 • À quelle hauteur les animaux peuvent-ils sauter ? 230 • Élagage
d ’arbres 230 • L’écho du silence 231 • Des petites billes dures 232 • Le mou-
vement des fluides 235 • Curiosités et défis amusants sur les fluides 238 • Curio-
sités et défis amusants sur les solides 244 • Qu ’est-ce qui peut bouger dans la na-
ture ? 247
250 12 De la chaleur à l ’ invariance temporelle
Température 250 • Entropie 254 • Courant d ’entropie 256 • Les systèmes isolés
existent-ils ? 257 • Pourquoi les ballons ont-ils besoin d ’espace ? – La fin de la conti-
nuité 257 • Mouvement brownien 259 • Entropie et particules 261 • L’entropie
minimale de la nature – le quantum d ’ information 263 • Pourquoi ne pouvons-

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nous pas nous souvenir du futur ? 264 • Est-ce que tout est fait de particules ? 265
• Pourquoi les pierres ne peuvent être ni continues ni fractales, ni faites de petites
billes dures 267 • Curiosités et défis amusants sur la chaleur 268
275 13 Auto-organisation et chaos – l ’ élégance de la complexité
Curiosités et défis amusants sur l ’auto-organisation 282
285 14 Des frontières de la physique aux limites du mouvement
Thèmes de recherche en dynamique classique 285 • Qu ’est-ce que le contact ? 285
• Précision et exactitude 286 • Est-ce que toute la nature peut être décrite dans
un livre ? 287 • Pourquoi la mesure est-elle possible ? 287 • Le mouvement est-il
illimité ? 288
289 a Notation et conventions
L’alphabet latin 289 • L’alphabet grec 291 • Alphabet hébreu et autres écri-
tures 293 • Chiffres et nombres 294 • Les symboles utilisés dans ce texte 295
• Calendriers 297 • Abréviations et éponymes ou concepts ? 299
300 b Unités, Mesures et Constantes
Unités naturelles de Planck 303 • Autres systèmes d ’unités 305 • Curiosités et
défis amusants sur les unités 306 • Précision et exactitude des mesures 312 •
Constantes physiques fondamentales 313 • Nombres utiles 318
320 c Sources d ’ information sur le mouvement
327 Bibliographie
353 Indices et solutions des défis
391 Crédits
Remerciements 391 • Crédits filmographiques 392 • Crédits photogra-
phiques 392
Chu te, Flux et Chaleur

Dans notre apprentissage du mouvement des objets,


l ’aventure de la randonnée et d ’autres expériences
nous conduisent à introduire les concepts de
vitesse, temps, longueur, masse et température,
et d ’en tirer parti pour mesurer le changement.
Nous découvrons comment flotter librement dans l ’espace,
pourquoi nous avons des jambes au lieu de roues,
pour quelle raison le désordre ne peut être supprimé,
et pourquoi l ’une des questions les plus ardues
de la science concerne l ’écoulement de l ’eau dans un tube.
Chapitre 1

P OU RQU OI S ’ I N T É R E S SE R AU

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


MOU V E M E N T ?


Tout mouvement est une illusion.

B
Zénon d ’ Élée*

raoum ! L’éclair, frappant l ’arbre situé à proximité, interrompt brutalement notre


elle et paisible randonnée forestière : nos cœurs se mettent soudainement à battre

plus rapidement. À la cime de l ’arbre, nous voyons le feu apparaître une nouvelle fois,

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puis s’éteindre. Le léger vent agitant les feuilles autour de nous ramène ce lieu à son
apaisement initial. À côté, l ’eau d ’une petite rivière suit son chemin tortueux vers le bas
de la vallée, réfléchissant sur sa surface les silhouettes mouvantes des nuages.
Le mouvement est partout : amical et menaçant, terrible et magnifique. Il est fonda-
mental pour notre existence humaine. Nous avons besoin du mouvement pour grandir,
pour apprendre, pour penser et pour profiter de la vie. Nous utilisons le mouvement
pour marcher à travers une forêt, pour écouter ses bruitages et pour parler de tout cela.
Comme tous les animaux, nous comptons sur le mouvement pour chercher de la nourri-
ture et pour survivre aux dangers. Comme tous les êtres vivants, nous avons besoin du
mouvement pour nous reproduire, pour respirer et pour digérer les aliments. Comme
pour tous les objets, le mouvement nous réchauffe.
Le mouvement est l ’observation la plus fondamentale que nous puissions faire sur la
nature en général. Cette remarque fait apparaître l ’ idée que tout ce qui se produit dans
le monde est un certain type de mouvement. Il n’y a aucune exception. Le mouvement
est une partie si fondamentale de nos observations que l ’origine même du mot se perd
dans l ’obscurité de l ’ histoire linguistique indo-européenne. La fascination pour le mou-
vement a toujours fait de lui un objet favori de curiosité. Durant le cinquième siècle av.
Réf. 1 J.-C. dans la Grèce ancienne, son étude lui avait attribué un nom : la physique.
Le mouvement est également important pour l ’existence humaine. Qui sommes-
nous ? D’où venons-nous ? Qu ’allons-nous faire ? Que devrions-nous faire ? Qu ’est-ce
que nous réserve l ’avenir ? D’où viennent les gens ? Où vont-ils ? Qu ’est-ce que la mort ?
D’où vient le monde ? Comment la vie est-elle apparue ? Toutes ces questions sont en rap-
port avec le mouvement. L’étude du mouvement fournit des réponses qui sont à la fois
profondes et surprenantes.
Le mouvement est étrange. Bien qu ’ il soit omniprésent – dans les étoiles, dans les
Réf. 3 marées, dans nos paupières –, ni les penseurs antiques et ni les milliers d ’autres qui se
sont succédé depuis 25 siècles n’ont pu lever le voile sur le mystère central : Qu ’est-ce
que le mouvement ? Nous découvrirons que la réponse classique, « le mouvement est la
* Zénon d ’ Élée (v. 450 av. J.-C.), fut un des principaux représentants de l ’ École éléatique de philosophie.
pourquoi s ’ intéresser au mouvement ? 15

ASTRONOMIE

tdm
SCIENCES DE LA MATIÈRE

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


CHIMIE SCIENCES DE LA
partie III : tm
TERRE
MÉDECINE
partie II : tq Montagne
Mouvement

partie I : mc, rg & em


BIOLOGIE
PHYSIQUE

baie de l’émotion
MATHÉMATIQUES
L’HUMANITÉ

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océan social

F I G U R E 2 L’Île de l’Expérience, avec la Montagne Mouvement et la piste à suivre (mc : mécanique


classique, rg : relativité générale, em : électromagnétisme, tq : théorie quantique, tm : théorie M, tdm :
théorie du mouvement).

variation de la position dans le temps », est inappropriée. Ce n’est que récemment qu ’une
réponse a finalement été trouvée. Ceci est l ’ histoire du cheminement de cette découverte.
Le mouvement fait partie de l ’expérience humaine. Si nous imaginons l ’expérience
humaine comme une île, alors le destin, représenté par les vagues de l ’océan, nous a
portés jusqu ’à son rivage. Près du centre de l ’ île une montagne particulièrement haute
émerge. Depuis son sommet nous pouvons survoler le paysage tout entier et avoir la
sensation que toutes les expériences humaines ont un lien de parenté, en particulier les
divers exemples de mouvement. Ceci est un guide vers le sommet de ce que j’ai nommé la
Montagne Mouvement. Son parcours est une des plus belles aventures de l ’esprit humain.
Clairement, la première question à poser est :

Le Mouvement existe-t-il ?


Das Rätsel gibt es nicht. Wenn sich eine Frage
überhaupt stellen läßt, so kann sie beantwortet
werden*.

Réf. 2
Ludwig Wittgenstein, Tractatus, 6.5

Pour aiguiser l ’esprit sur le problème de l ’existence du mouvement, regardez la Fi-


gure 3 et suivez les instructions. Dans les deux cas les figures semblent tourner. Nous

pouvons ressentir les mêmes effets lorsque nous marchons sur les pavés italiens en forme
* Le mystère n’existe pas. Si une question peut être posée, alors elle peut trouver une réponse.
16 1 pourquoi s ’ intéresser au mouvement ?

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


F I G U R E 3 Illusions du mouvement : regardez la figure de gauche et déplacez légèrement la page, ou
regardez le point blanc au centre de la figure de droite et bougez votre tête d’avant en arrière.

de vagues ou lorsque nous jetons un œil sur les illusions de la page Web www.ritsumei.
ac.jp/~akitaoka/. Comment pouvons-nous être sûrs que le mouvement réel est différent
Défi 2 s de ceux-ci ou d ’autres illusions similaires ?*
Plusieurs savants ont simplement avancé que le mouvement n’existe pas du tout. Leurs

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Réf. 4 arguments ont profondément influencé la recherche sur le mouvement. Par exemple, le
philosophe grec Parménide (né vers 515 av. J.-C. à Élée, une petite ville près de Naples,
dans le sud de l ’ Italie) a émis l ’ idée que, puisque rien ne peut provenir du vide, le chan-
gement ne peut pas exister. Il a mis l ’accent sur la constance de la nature et a donc logi-
Réf. 5 quement affirmé que tout mouvement et donc tout changement est une illusion.
Héraclite (v. 540 à v. 480 av. J.-C. ) a tenu le point de vue opposé. Il l ’a exprimé dans
sa célèbre expression πάντα ῥεῖ « panta rhei » ou « tout se meut sans cesse »**. Il imagi-
nait le changement comme étant l ’essence de la nature, contrairement à Parménide. Ces
deux opinions également célèbres ont incité plusieurs savants à rechercher plus précisé-
ment si, dans la nature, il y a des quantités conservées ou si la création est possible. Nous
découvrirons la réponse plus tard ; en attendant, vous pouvez méditer sur l ’alternative
Défi 3 s que vous préférez.
Le collaborateur de Parménide, Zénon d ’ Élée (né vers 500 av. J.-C.), a débattu avec
tant d ’ intensité contre le mouvement que certains ont toujours un doute à ce propos
aujourd ’ hui. Dans un de ses arguments il prétendit – dans un langage simple – qu ’ il
est impossible de gifler quelqu ’un, étant donné que la main doit premièrement parcou-
rir la moitié du trajet vers le visage, puis parcourir la moitié de la distance qu ’ il reste,
puis encore une fois et ainsi de suite. Par conséquent, la main ne pourra jamais atteindre
le visage. L’argument de Zénon se concentre sur le lien entre l ’ infini et son opposé, le
fini, dans la description du mouvement. Dans la théorie quantique moderne, un sujet
Réf. 6 similaire préoccupe encore aujourd ’ hui des scientifiques.
Zénon a également affirmé qu ’en observant un objet en mouvement durant un court
instant, nous ne pouvons pas dire qu ’ il bouge. Zénon argumenta que, durant un court
instant, il n’y a aucune différence entre un corps en mouvement et un corps au repos. Il
en déduisit alors que, s’ il n’y a pas de différence durant un court instant, il ne peut y en

* Les solutions des défis sont données soit à la page ??, soit plus loin dans le texte. Les défis sont classés en :
niveau approfondi (r), difficile (d), niveau étudiant normal (n) ou facile (e). Les défis qui n’ont pas encore
de solution sont marqués (ny).
** L’ Annexe A explique comment lire un texte grec.
pourquoi s ’ intéresser au mouvement ? 17

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


F I G U R E 4 Combien faut-il d’eau pour faire en sorte que le seau soit suspendu verticalement ? À partir
de quel angle la bobine tirée change-t-elle sa direction de mouvement ? (© Luca Gastaldi)

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avoir non plus pour un temps plus long. Zénon a donc douté que le mouvement puisse
clairement être distingué de son opposé, le repos. En réalité, dans l ’ histoire de la physique,
les penseurs ont alterné plusieurs fois entre réponse positive et négative. Ce fut cette vraie
question qui conduisit Albert Einstein au développement de la relativité générale, un
des points culminants de notre voyage. Nous suivrons les principales réponses données
par le passé. Ensuite, nous serons bien plus audacieux : nous nous demanderons en fin
de compte si les courts instants de temps existent réellement. Cette question, qui nous
emmènera loin, est essentielle pour la dernière partie de notre aventure.
Lorsque nous examinerons la théorie quantique, nous découvrirons que le mouve-
ment est en réalité – dans une certaine mesure – une illusion, comme Parménide l ’avait
affirmé. Plus précisément, nous montrerons que nous observons le mouvement parce
que notre existence humaine a un caractère limité. Nous trouverons que nous ressentons
le mouvement uniquement parce que nous évoluons sur la Terre, avec une taille finie,
avec un nombre d ’atomes très grand mais limité, avec une température finie et modérée,
parce que nous sommes électriquement neutres, très grands comparés à un trou noir de
même masse, énormes par rapport à notre longueur d ’onde de la mécanique quantique,
très petits comparés à l ’univers, avec une mémoire limitée, contraints par notre cerveau
d ’estimer l ’espace et le temps comme des choses continues, et contraints par notre cer-
veau de décrire la nature comme étant constituée de parties distinctes. Si une seule de ces
conditions n’était pas vérifiée, nous n’observerions pas le mouvement. Le mouvement,
alors, n’existerait pas. Chacune de ces conclusions peut être découverte plus efficacement
si nous commençons avec la question suivante :

C omment devrions-nous parler du mouvement ?


Je hais le mouvement, qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

Réf. 7 * Charles Baudelaire (n. Paris 1821, d. Paris 1867).


Charles Baudelaire, La Beauté*

18 1 pourquoi s ’ intéresser au mouvement ?

Anaximander Empedocles Eudoxus Ctesibius Strabo Frontinus Cleomedes


Anaximenes Aristotle Archimedes Varro Maria Artemidor
the Jew
Pythagoras Heraclides Konon Athenaius Josephus Sextus Empiricus
Almaeon Philolaos Theophrastus Chrysippos Eudoxus Pomponius Dionysius Athenaios Diogenes
of Kyz. Mela Periegetes of Nauc. Laertius
Heraclitus Zeno Autolycus Eratosthenes Sosigenes Marinus
Xenophanes Anthistenes Euclid Dositheus Virgilius Menelaos Philostratus

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Thales Parmenides Archytas Epicure Biton Polybios Horace Nicomachos Apuleius

Alexander Ptolemaios II Ptolemaios VIII Caesar Nero Trajan

600 BCE 500 400 300 200 100 1 100 200

Socrates Plato Ptolemaios I Cicero Seneca

Anaxagoras Aristarchus Asclepiades Livius Dioscorides Ptolemy


Leucippus Pytheas Archimedes Seleukos Vitruvius Geminos Epictetus
Protagoras Erasistratus Diocles Manilius Demonax Diophantus
Oenopides Aristoxenus Aratos Philo Dionysius Diodorus Valerius Theon Alexander
of Byz. Thrax Siculus Maximus of Smyrna of Aphr.
Hippocrates Berossos

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Herodotus Herophilus Apollonius Theodosius Plinius Rufus Galen
Senior
Democritus Straton Hipparchus Lucretius Aetius Arrian
Hippasos Speusippos Dikaiarchus Poseidonius Heron Plutarch Lucian

F I G U R E 5 Une chronologie des scientifiques et des personnalités politiques dans l’Antiquité (la dernière
lettre du nom est alignée avec l’année du décès).

Comme toute science, l ’approche de la physique est double : nous progressons grâce
à la précision et grâce à la curiosité. La précision donne aux échanges d ’ informations tout
leur sens, et la curiosité fait qu ’ ils en valent la peine*. Toutes les fois que nous parlons du
mouvement et que nous souhaitons avoir une meilleure précision ou une connaissance
plus détaillée, nous sommes engagés, sciemment ou non, dans l ’ascension de la Mon-
tagne Mouvement. À chaque augmentation dans la précision de la description, nous
gagnons de l ’altitude. Les exemples de la Figure 4 le pointent du doigt. Lorsque vous
remplissez un seau avec une petite quantité d ’eau, il n’est pas suspendu verticalement.
(Pourquoi ?) Si vous continuez à ajouter de l ’eau, il commence à se tenir verticalement à
Défi 4 pe partir d ’un certain moment. Combien faut-il d ’eau ? Lorsque vous tirez sur le fil d ’une
bobine de la manière indiquée, la bobine se déplacera en avant ou en arrière, en fonction
de l ’angle selon lequel vous tirez. Quel est l ’angle limite entre les deux possibilités ?
Une grande précision implique d ’explorer jusqu ’aux détails les plus fins. Cette mé-
thode augmente en fait le plaisir pour l ’aventure**. Plus nous gagnons de l ’altitude sur
la Montagne Mouvement, plus nous voyons loin et plus notre curiosité est récompensée.
Les vues offertes sont à couper le souffle, surtout depuis le point culminant. Le chemin
que nous suivrons – un parmi tous les itinéraires possibles – commence du côté de la
Réf. 9 biologie et entre directement dans la forêt qui se trouve au pied de la montagne.

* Pour une série d ’exemples intéressants sur le mouvement dans la vie de tous les jours, voir l ’excellent livre
Réf. 8 de Walker.
Défi 5 s ** Méfiez-vous de quiconque voudrait vous parler sans examiner les détails. Il essaie de vous tromper. Les
détails sont importants. Ainsi, soyez vigilants durant cette promenade.
pourquoi s ’ intéresser au mouvement ? 19

TA B L E AU 1 Contenus de livres relatifs au mouvement sélectionnés dans une bibliothèque publique.

Thè me s s u r l e mou v e me n t Thè me s s u r l e mou v e me n t

photographies du mouvement le mouvement comme thérapie pour le traitement


du cancer, du diabète, de l ’acné et de la dépression

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


perception du mouvement Réf. 21 cinétose (mal des transports)
le mouvement comme aide à la méditation exercices physiques pour la forme et le bien-être
maîtrise du mouvement en sport aptitude à bouger à l ’examen de santé
mouvement perpétuel chorégraphie dans la danse, la musique et autres arts
le mouvement des étoiles et des anges Réf. 11 le mouvement comme preuve de l ’existence de di-
vers créateurs Réf. 10
efficacité bénéfique du mouvement lien entre les habitudes changeantes et émotion-
nelles
le mouvement en psychothérapie Réf. 12 le mouvement pour surmonter un traumatisme
troubles du mouvement locomotion des insectes, chevaux et robots
les agitations au Parlement les changements dans l ’art, les sciences et la poli-

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tique
les mécanismes dans les montres les gesticulations à la Bourse
développement de la marche chez les apprentissage et enseignement du mouvement
enfants
mouvements musicaux mouvements de troupes Réf. 13
mouvements religieux mouvements intestinaux
déplacements aux échecs tours de passe-passe au casino Réf. 14
rapport entre le produit national brut et la mobilité des citoyens

Une vive curiosité nous conduit en ligne droite aux extrêmes : comprendre le mouve-
ment nécessite d ’explorer les distances les plus grandes, les vitesses les plus élevées, les
particules les plus petites, les forces les plus fortes et les idées les plus étranges. Commen-
çons.

Q uels sont les différents t ypes de mouvements ?


Chaque mouvement naît d ’une volonté de
changement.

Le lieu le plus approprié pour avoir une vue d ’ensemble générale sur les types de
mouvement est une grande bibliothèque, comme indiqué dans le Tableau 1. Les domaines
Antiquité

dans lesquels le mouvement, les agitations et les déplacements jouent un rôle sont en
réalité variés. Dans la Grèce ancienne les gens soupçonnaient déjà que tous les types de
mouvement, et aussi plusieurs autres types de changement, étaient relatifs. Il est commun
de distinguer au moins trois catégories.
La première catégorie de changement est celle du déplacement matériel, tels un indi-
vidu en marche ou une feuille tombant d ’un arbre. Le déplacement est le changement de
position ou d ’orientation des objets. Au sens large, l ’ activité humaine se place également
20 1 pourquoi s ’ intéresser au mouvement ?

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


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F I G U R E 6 Un exemple de déplacement.

dans cette catégorie.


Une deuxième catégorie de changement regroupe les observations telles que la dissolu-
tion du sel dans l ’eau, la formation de glace par congélation, la décomposition du bois, la
cuisson des aliments, la coagulation du sang et la fusion et l ’alliage des métaux. Ces chan-
gements de couleur, luminosité, dureté, température et autres propriétés matérielles sont
appelés transformations. Les transformations sont des changements apparemment non
reliés aux déplacements. Dans cette catégorie, quelques penseurs anciens y ajoutèrent
l ’émission et l ’absorption de la lumière. Durant le vingtième siècle, on a prouvé que ces
deux effets étaient des cas particuliers de transformations, comme le sont l ’apparition
et la disparition de matière récemment découvertes, que l ’on observe dans le Soleil et
dans la radioactivité. Le changement d’esprit, comme le changement d ’ humeur, de santé,
Réf. 15 d ’éducation et de caractère, est également (principalement) un type de transformation.
Réf. 16 La troisième catégorie particulièrement importante de changement est la croissance.
Elle est observée chez les animaux, les plantes et les bactéries, mais aussi dans les cristaux,
les montagnes, les étoiles et les galaxies. Au cours du dix-neuvième siècle, les change-
ments dans les populations de systèmes, l ’ évolution biologique, et, au cours du vingtième
siècle, les changements dans la taille de l ’univers, l ’ évolution cosmique, ont été ajoutés
à cette catégorie. Traditionnellement, ces phénomènes furent étudiés par des sciences
distinctes, qui aboutirent toutes indépendamment à la conclusion que la croissance est
une combinaison du déplacement et de la transformation. La différence est pour l ’une
la complexité et pour l ’autre l ’échelle de temps.
Pendant la Renaissance, au début de la science moderne, seule l ’étude du déplacement
a été perçue comme faisant partie du champ de la physique. Le mouvement était assimilé
au déplacement. Les deux autres domaines furent ignorés des physiciens. Malgré cette res-
triction, le champ de la recherche restait large, recouvrant une grande partie de l ’ Île de
l ’ Expérience. La tentation évidente est de structurer ce domaine en distinguant les diffé-
pourquoi s ’ intéresser au mouvement ? 21

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


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F I G U R E 7 Déplacement, croissance et transformation. (© Philip Plisson)

rents types de déplacement en fonction de leur origine. Les mouvements, tels que ceux
des jambes lorsque nous marchons, sont volontaires parce qu ’ ils sont commandés par
notre volonté, tandis que les déplacements d ’objets externes, telle la chute d ’un flocon
de neige, que nous ne pouvons influencer par notre volonté, sont qualifiés de passifs. Les
enfants sont capables de faire cette distinction à partir de 6 ans environ, et ceci marque
une étape importante pour chaque personne dans le développement de sa compréhen-
sion précise de l ’environnement*. À partir de cette distinction, la définition historique
mais aujourd ’ hui périmée de la physique persiste comme une science du mouvement
des objets inertes.
Puis, un jour, les machines sont apparues. À partir de ce moment-là, la distinction
entre mouvements volontaire et passif s’est invitée dans le débat. Comme les êtres vivants,
les machines peuvent se déplacer toutes seules et de cette façon imitent le mouvement vo-
lontaire. Toutefois, une observation méticuleuse nous montre que chaque élément dans
une machine est déplacé par un autre, de telle sorte que leur mouvement est en fait passif.
Les êtres vivants sont-ils également des machines ? Les activités humaines sont-elles aussi
des exemples de mouvements passifs ? L’accumulation des observations durant les cent
dernières années a rendu évident le fait que le déplacement volontaire** a, en réalité, les

* La réalisation complète de cet apprentissage peut échouer chez des individus ayant diverses convictions
étranges, comme la croyance sur la capacité à agir sur la bille du jeu de la roulette, tel que découvert chez
des joueurs compulsifs, ou sur la capacité à déplacer des objets distants par la pensée, tel que découvert
chez de nombreuses autres personnes apparemment en bonne santé. Un récit divertissant et instructif sur
toutes les duperies et illusions impliquées par l ’apparition et la préservation de ces croyances est donné par
James R andi, The Faith Healers, Prometheus Books, 1989. Prestidigitateur professionnel, il présente de
nombreux sujets similaires dans plusieurs de ses autres ouvrages. Voir également le site Web http://www.
randi.org pour plus de détails.
** En anglais, mouvement se dit motion [N.d.T.]. Le terme anglais « movement » est plutôt récent : il fut
importé dans la langue anglaise à partir de l ’ancien français et devint populaire seulement à la fin du dix-
huitième siècle. Il ne fut jamais utilisé par Shakespeare.
22 1 pourquoi s ’ intéresser au mouvement ?

mêmes propriétés physiques que le mouvement passif des systèmes inertes. (Bien sûr, sur
le plan émotionnel, les différences restent importantes, par exemple, le pardon ne peut
Réf. 17 être attribué qu ’au mouvement volontaire.) La distinction entre les deux types n’est donc
pas nécessaire et sera omise par la suite. Puisque les mouvements passif et volontaire
ont les mêmes propriétés, nous pouvons apprendre des choses sur l ’ homme lui-même

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


à travers l ’étude du mouvement des objets inertes. Cela sera plus flagrant lorsque nous
évoquerons les thèmes du déterminisme, de la causalité, de la probabilité, de l ’ infini, du
temps et du sexe, pour ne citer que quelques-uns des sujets que nous rencontrerons sur
notre chemin.
Avec l ’accumulation des observations durant les dix-neuvième et vingtième siècles,
les barrières historiques sur l ’étude du mouvement furent encore plus mises en exergue.
Des observations étendues montrèrent que toutes les transformations et tous les phéno-
mènes de croissance, y compris le changement et l ’évolution du comportement, sont
aussi des exemples de déplacement. En d ’autres termes, plus de 2 000 ans d ’études ont
prouvé que l ’ancienne classification des observations était inutile : tout changement est
un déplacement. Au milieu du vingtième siècle, cela culmina même avec la confirma-

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tion d ’une idée encore plus précise, déjà formulée dans la Grèce ancienne : chaque type
de changement est causé par le mouvement de particules. Il a fallu beaucoup de temps et
d ’efforts pour arriver à cette conclusion, qui s’est présentée uniquement parce que nous
avons avancé sans relâche vers la plus haute précision possible dans la description de
la nature. Les deux premières parties de cette aventure retracent le chemin jusqu ’à ce
Défi 6 s résultat. (Êtes-vous d ’accord pour cela ?)
La dernière décennie du vingtième siècle a bouleversé cette vision. L’ idée de particule
s’est révélée fausse. Ce nouveau résultat, déjà suggéré par la théorie quantique avancée,
apparaît dans la troisième partie de notre aventure à travers une combinaison d ’observa-
tions et de déductions attentives. Mais nous aurons encore beaucoup de chemin à faire
avant d ’y arriver.
Pour l ’ instant, au début de notre promenade, nous retiendrons simplement que l ’ his-
toire a montré que la classification des différents types de mouvement n’est pas utile.
C ’est en essayant d ’atteindre la précision maximale que l ’on peut espérer arriver aux pro-
priétés fondamentales du mouvement. La précision, et non la classification, est la règle
à suivre. Comme Ernest Rutherford le disait : « All science is either physics or stamp
collecting. »*
Pour atteindre la précision nécessaire dans notre description du mouvement, nous
avons besoin de choisir des exemples particuliers de mouvement et de les étudier pleine-
ment en détail. Il est intuitivement clair que la description la plus précise est réalisable
pour les exemples les plus simples possibles. Dans la vie de tous les jours, c ’est le cas
du mouvement de tous les corps inertes, solides et rigides, dans notre environnement,
telle une pierre lancée en l ’air. En réalité, comme tous les hommes, nous avons appris
Réf. 18 à lancer des objets bien avant d ’avoir appris à marcher. Le lancer est une des premières
expériences physiques que nous ayons accomplies par nous-mêmes**. Durant notre plus
tendre enfance, en lançant des pierres, des jouets et d ’autres objets, nous explorions la
* « Toute science est soit de la physique soit une collection de timbres. » [N.d.T.]
** L’ importance du lancer apparaît également à partir des termes qui en dérivent : en latin, des mots comme
subjicio (subicio), sujet, mettre sous ou « jeter dessous », adversus, objet, protester ou « jeter en face », interjicio
(interjacio), interjection, insérer ou « jeter entre ». En grec, il a mené à des termes comme symbole ou « jeter
pourquoi s ’ intéresser au mouvement ? 23

perception et les propriétés du mouvement, jusqu ’à ce que nos parents aient eu peur
pour les appareils ménagers. Nous allons faire la même chose.


Die Welt ist unabhängig von meinem Willen*.
Ludwig Wittgenstein, Tractatus, 6.373

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Perception, continuité et changement


Il n’y a que les mauviettes qui n’étudient que le
cas général, les vrais scientifiques courent après
les exemples.

Les êtres humains adorent percevoir les choses. La perception commence avant la
naissance, et nous continuons à y prendre plaisir aussi longtemps que nous le pouvons.
Beresford Parlett

C ’est pourquoi la télévision est si populaire, même quand elle est dépourvue de contenu.
Pendant notre promenade à travers la forêt, au pied de la Montagne Mouvement, nous
ne pouvons pas nous empêcher de percevoir. La perception est en premier lieu la ca-

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pacité à distinguer. Nous utilisons l ’opération cognitive élémentaire de la distinction à
chaque instant de notre vie. Par exemple, durant notre enfance, nous avons tout d ’abord
appris à faire la distinction entre les objets familiers et inconnus, une aptitude rendue
possible par l ’association avec une autre capacité élémentaire, celle de mémoriser les ex-
périences. La mémoire nous donne la possibilité d ’expérimenter, de parler de la nature et
donc de l ’explorer. La perception, la classification et la mémorisation forment ensemble
l ’ apprentissage. Dépourvus de l ’une de ces trois aptitudes, nous ne pourrions pas étudier
le mouvement.
Les enfants apprennent rapidement à distinguer la continuité de l ’ instabilité. Ils s’ ha-
bituent à reconnaître les visages humains, même si un visage n’est jamais totalement le
même à chaque fois qu ’ il est perçu. À partir de l ’ identification des visages, les enfants
prolongent la reconnaissance à tout ce qui est observable. La reconnaissance fonctionne
assez bien dans la vie quotidienne. Il est agréable de reconnaître ses amis, même dans
la nuit, et même après plusieurs bières (ceci n’est pas un défi). L’action de reconnaître
utilise donc toujours une forme de généralisation. Lorsque nous observons, nous avons
toujours une idée générale dans notre esprit. Nous allons en préciser les principales.
Toutes les forêts nous rappellent l ’essence de la perception. Assis sur l ’ herbe dans
une clairière de la forêt au pied de la Montagne Mouvement, entourés par les arbres et le
silence caractéristique de ces endroits, une sensation de tranquillité et de sérénité nous
envahit. Soudain, quelque chose s’agite dans les buissons. Nos yeux se détournent sur-
le-champ et notre attention se concentre. Les cellules nerveuses qui ont détecté le mou-
vement font partie de la région la plus ancienne de notre cerveau, que nous partageons
Réf. 19 avec les oiseaux et les reptiles : le tronc cérébral. À partir de ce moment, le cortex, ou cer-
veau récent, prend le relais pour analyser le type de mouvement et pour en déterminer
l ’origine. En surveillant le mouvement autour de notre champ de vision, nous observons
deux entités invariantes : le paysage immobile et l ’animal qui bouge. Après avoir identifié
l ’animal comme étant une biche, nous nous relâchons à nouveau.
ensemble », problème ou « jeter en avant », emblème ou « jeter dedans » et – le petit dernier – démon ou « jeter
à travers ».
* Le monde est indépendant de ma volonté.
24 1 pourquoi s ’ intéresser au mouvement ?

Comment avons-nous fait la différence entre le paysage et la biche ? Plusieurs étapes


dans la vision et dans le cerveau sont impliquées. Le mouvement joue un rôle important
dans celles-ci, comme nous le voyons mieux à partir du petit film saccadé placé dans
Réf. 20 les coins inférieurs gauches de ces pages. Chaque image montre seulement un rectangle
comblé par un motif mathématiquement aléatoire. Mais, lorsque nous faisons défiler ces

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


pages, nous discernons une forme en mouvement sur un fond immobile. À un instant
donné, la forme ne peut être dissociée du fond : aucun objet n’est visible sur chacune de
ces images. Néanmoins il est facile de percevoir son mouvement*. Des expériences de
perception comme celle-ci ont été effectuées avec de nombreuses variantes. Dans l ’une
d ’elle, on a constaté que le fait de détecter un tel objet en mouvement n’est pas quelque
chose de spécifique aux humains. Les mouches ont la même aptitude, comme, en fait,
tous les animaux qui ont des yeux.
Le petit film saccadé sur le coin inférieur gauche, comme toutes les expériences simi-
laires, fait apparaître deux relations primordiales. Premièrement, le mouvement est perçu
uniquement si un objet peut être distingué d ’un arrière-plan ou d ’un milieu ambiant.
Beaucoup d ’ illusions sur le mouvement se focalisent sur ce point**. Deuxièmement, le

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mouvement exige de définir à la fois l ’objet et l ’environnement, et de les différencier
l ’un de l ’autre. En fait, la notion d ’espace est – entre autres – une abstraction de l ’ idée
d ’arrière-plan. Ce fond est étendu, l ’objet animé est localisé. Tout cela vous semble en-
nuyeux ? Ça ne l ’est pas : attendez juste une seconde.
Appelons l ’ensemble des propriétés localisées qui restent invariantes ou constantes
pendant le mouvement, comme la taille, la forme, la couleur, etc., pris ensemble, objet
(physique) ou corps (physique). Nous restreindrons ensuite la définition, puisque sinon
les images pourraient aussi bien être des objets. En d ’autres termes, exactement comme
au début, nous ressentons le mouvement comme un processus relatif. Il est perçu en rela-
tion avec l ’environnement et par opposition à lui. La notion d ’objet est par conséquent
aussi une notion relative. Mais la distinction théorique élémentaire entre les objets loca-
lisés, isolés et l ’environnement étendu n’est pas insignifiante ou sans importance. Pre-
mièrement, cela donne l ’ impression d ’une définition qui se mord la queue. (Êtes-vous
Défi 7 s d ’accord ?) Plus tard, ce problème nous occupera énormément. Deuxièmement, nous
utilisons tellement fréquemment notre capacité à isoler des systèmes localisés de leur en-
vironnement que nous l ’acceptons sans l ’ombre d ’un doute. Toutefois, comme nous le
verrons dans la troisième partie de notre promenade, cette distinction se révèle logique-
Page ?? ment et expérimentalement impossible*** ! Notre promenade nous amènera à découvrir
la raison de cette impossibilité et ses conséquences importantes. Finalement, mis à part

* L’ œil humain est très performant pour détecter le mouvement. Par exemple, l ’ œil peut déceler le mouve-
ment d ’un point lumineux même si la variation de l ’angle est plus petite que celle qui peut être distinguée
sur une image fixe. Les détails de ce phénomène et d ’autres thèmes analogues pour les autres sens font partie
Réf. 21 du domaine de la recherche sur la perception.
** Le thème de la perception du mouvement est plein d ’aspects intéressants. Le chapitre 6 du magnifique
ouvrage de Donald D. Hoffman, Visual Intelligence – How We Create What We See, W.W. Norton &
Co., 1998. en est une excellente introduction. Sa série d ’ illusions sur le mouvement élémentaire peut être ex-
périmentée et approfondie en association avec le site Web http://aris.ss.uci.edu/cogsci/personnel/hoffman/
hoffman.html.
*** Contrairement à ce que l ’on peut fréquemment lire dans la littérature populaire, la distinction est possible
dans la théorie quantique. Elle devient impossible seulement lorsque la théorie quantique est unifiée avec la
relativité générale.
pourquoi s ’ intéresser au mouvement ? 25

TA B L E AU 2 Arbre généalogique des notions physiques fondamentales.

le mouvement
la forme fondamentale du changement

éléments relations arrière-plan

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


stable inconstant stable
limité illimité étendu
formé sans forme mesurable

objets images états interactions E des phases espace-temps


impénétrable pénétrable global local composé simple

Les aspects correspondants :

masse intensité instant source dimension courbure

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taille couleur position répartition distance topologie
charge apparition moment grandeur volume distance
spin disparition énergie direction sous-espaces surface
etc. etc. etc. etc. etc. etc.

monde – nature – univers – cosmos


l ’assemblage de tous les éléments, relations et arrière-plans

les entités mobiles et le fond immobile, nous avons besoin d ’un troisième concept, tel
qu ’ indiqué dans le Tableau 2.


II n’y a qu ’une chose sage, c ’est de connaître la
pensée qui peut tout gouverner partout.
Réf. 22

Le monde a-t-il besoin d ’ états ?


Héraclite d ’ Éphèse


Das Feste, das Bestehende und der Gegenstand
sind Eins. Der Gegenstand ist das Feste,
Bestehende ; die Konfiguration ist das
Wechselnde, Unbeständige*.
Ludwig Wittgenstein, Tractatus, 2.027 – 2.0271

Qu ’est-ce qui différencie les divers dessins dans les coins en bas à gauche de chaque
page ? Dans la vie quotidienne, nous dirions la position ou la configuration des objets

concernés. La configuration décrit d ’une certaine manière tous ces aspects qui peuvent
être différents d ’un cas à l ’autre. On a coutume d ’appeler la liste de tous les aspects

* Les objets, l ’ immuable et le perpétuel sont une seule et même chose. Les objets sont ce qui est immuable
et durable ; leur configuration est ce qui est changeant et instable.
26 1 pourquoi s ’ intéresser au mouvement ?

variables d ’un ensemble d ’objets leur état de mouvement (physique), ou plus simplement
leur état.
Les configurations dans les coins en bas à gauche diffèrent de tous les autres d ’abord
par le temps. Le temps est ce qui rend les opposés possibles : un enfant est dans une
maison et le même enfant est en dehors de la maison. Le temps rend compte de ce

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


type de contradiction et le résout. Mais l ’état ne distingue pas seulement des configu-
rations différentes dans le temps : l ’état contient tous les aspects d ’un système (c ’est-à-
dire d ’un groupe d ’objets) qu ’on ne retrouve pas dans les systèmes stationnaires. Deux
objets peuvent avoir les mêmes masse, forme, couleur, composition et être indiscer-
nables par rapport à toutes les autres propriétés intrinsèques, néanmoins ils seront diffé-
rents par rapport à leur position, ou leur vitesse, ou leur orientation. L’état met le doigt
sur l ’ originalité d ’un système physique* et nous permet de le distinguer de ses copies
conformes. Par conséquent, l ’état décrit également la relation d ’un objet ou d ’un sys-
tème avec son environnement. Ou pour résumer : l ’état décrit tous les aspects d’un sys-
tème qui dépendent de l ’observateur. Ces propriétés ne sont pas inintéressantes – réflé-
Défi 9 s chissez juste à ceci : l ’univers possède-t-il un état ?

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Décrire la nature comme un ensemble d ’entités stables et d ’états variables est le point
de départ de l ’étude du mouvement. Les divers aspects des objets et de leurs états sont
appelés des observables. Toutes ces définitions approximatives et préliminaires seront af-
finées pas à pas par la suite. En utilisant les termes précédemment introduits, nous pou-
vons stipuler que le mouvement est le changement d’état des objets**.
Les états sont nécessaires pour la description du mouvement. Afin de progresser et de
réaliser une description exhaustive du mouvement, nous avons besoin d ’une description
complète des objets et d ’une description complète de leurs états possibles. La première
approche, appelée physique galiléenne, consiste à caractériser notre environnement quo-
tidien le plus précisément possible.

Curiosités et défis amusants sur le mouvement


Le mouvement n’est pas toujours un sujet simple***.
∗∗
Défi 10 s Est-ce que le déplacement d ’un fantôme est un exemple de mouvement ?

∗∗

* Un système physique est un objet d ’étude localisé. Dans la classification du Tableau 2, le terme « système
physique » est (à peu près) la même chose que « objet » ou « corps physique ». Les images ne sont habituel-
lement pas considérées comme des systèmes physiques (bien que le rayonnement lumineux en soit un). Les
Défi 8 s trous sont-ils des systèmes physiques ?
** La séparation exacte entre ces aspects propres à l ’objet et ceux appartenant à l ’état dépendent de la préci-
sion des observations. Par exemple, la longueur d ’un morceau de bois n’est pas constante : le bois se rétrécit
et se courbe avec le temps, en raison des processus en œuvre au niveau moléculaire. Pour être précis, la
longueur d ’un morceau de bois n’est pas une caractéristique de l ’objet, mais de son état. Les observations
méticuleuses renversent alors la distinction entre l ’objet et son mouvement, la distinction elle-même ne dis-
paraît pas – du moins pas pour le moment.
*** Les sections intitulées « curiosités » sont des séries de sujets et de problèmes qui permettent de vérifier
et d ’approfondir l ’utilisation des notions récemment introduites.
pourquoi s ’ intéresser au mouvement ? 27

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


F I G U R E 8 Une poulie composée et une poulie différentielle.

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Un homme escalade une montagne de 9 heures du matin jusqu ’à 13 heures. Il se couche
au sommet et redescend le jour suivant, descendant encore une fois de 9 heures du matin
jusqu ’à 13 heures. Y a-t-il un endroit sur le chemin où il passe à la même heure les deux
Défi 11 s jours ?

∗∗
Défi 12 s Est-ce que quelque chose peut s’arrêter de bouger ? Comment pouvez-vous le montrer ?

∗∗
Est-ce qu ’un corps se déplaçant pour toujours en ligne droite démontre que la nature est
Défi 13 s infinie ?
∗∗
Défi 14 s L’univers peut-il bouger ?
∗∗
Pour discuter de la précision avec précision, nous avons besoin de la mesurer. Comment
Défi 15 s vous y prendriez-vous ?

∗∗
Défi 16 s Pourrions-nous observer le mouvement si nous n’avions pas de mémoire ?

∗∗
Défi 17 s Quelle est la vitesse minimale que vous avez pu observer ? Y a-t-il une vitesse minimale
dans la nature ?
∗∗
Selon la légende, le brahmane Sissa Ben Dahir, l ’ inventeur indien du jeu d ’échecs, de-
manda au roi Sherham la récompense suivante pour son invention : il souhaita que l ’on
dépose un grain de blé sur la première case, deux sur la deuxième, quatre sur la troi-
28 1 pourquoi s ’ intéresser au mouvement ?

sième, huit sur la quatrième, et ainsi de suite. Combien de temps tous les champs de blé
Défi 18 s du monde mettront-ils pour produire la quantité de grains nécessaire ?
∗∗
Lorsqu ’une bougie allumée est déplacée, la flamme a du mal à suivre le mouvement de

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


la bougie. Comment la flamme se comportera-t-elle si la bougie, toujours allumée, est
Défi 19 s placée dans une cage en verre et que l ’ensemble est mis en mouvement ?

∗∗
Une bonne façon de gagner de l ’argent est de construire des détecteurs de mouvement.
Un détecteur de mouvement est une petite boîte dotée de quelques connecteurs métal-
liques. La boîte produit un signal électrique à chaque fois qu ’elle bouge. Des détecteurs
de quels types de mouvement pouvez-vous imaginer ? À quel prix pouvez-vous fabriquer
Défi 20 d une telle boîte ? Avec quelle précision ?
∗∗

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Une boule parfaitement lisse et sphérique est posée près du bord d ’une table parfaite-
Défi 21 d ment plate et horizontale. Que va-t-il se passer ? Au bout de combien de temps ?

∗∗
Vous marchez dans une boîte fermée dépourvue de fenêtre. La boîte est déplacée par
des forces extérieures inconnues pour vous. Pouvez-vous déterminer, de l ’ intérieur de
Défi 22 s la boîte, comment vous vous déplacez ?

∗∗
Quelle longueur de corde devons-nous tirer pour soulever une masse d ’une hauteur h à
Défi 23 s l ’aide d ’une poulie composée de quatre roues, comme indiqué sur la Figure 8 ?
∗∗
Lorsqu ’un bloc est roulé sur un plancher sur un ensemble de tubes, quelles sont les vi-
Défi 24 s tesses du bloc et des tubes relativement au bloc ?
∗∗
Vous n’aimez pas les formules ? Si c ’est le cas, utilisez la méthode suivante, qui ne prend
Réf. 15 que 3 minutes, pour inverser la situation. Cela vaut la peine de l ’essayer, car elle va vous
Défi 25 s rendre la lecture de ce livre encore plus amusante. La vie est courte : elle devrait être,
autant que possible, un plaisir, comme celui de lire cet ouvrage.
1 - Fermez les yeux et rappelez-vous une expérience qui fut absolument merveilleuse,
une situation où vous vous êtes senti excité, curieux et optimiste.
2 - Ouvrez vos yeux pendant une seconde ou deux et regardez la page 68 – ou toute
autre page qui contient de nombreuses formules.
3 - Fermez alors une nouvelle fois vos yeux et repensez à votre expérience mer-
veilleuse.
4 - Répétez l ’observation des formules et la visualisation de votre souvenir – étapes 2
et 3 – trois fois encore.
Sortez alors de votre souvenir, regardez autour de vous pour revenir à l ’ instant présent
pourquoi s ’ intéresser au mouvement ? 29

et au lieu présent, puis testez-vous. Regardez une nouvelle fois la page 68. Comment
trouvez-vous les formules maintenant ?
∗∗
Durant le seizième siècle, Niccolo Tartaglia* proposa l ’énigme suivante. Trois jeunes

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


couples veulent traverser une rivière. Seule une petite barque pouvant transporter deux
personnes est disponible. Les hommes sont extrêmement jaloux et ne voudront jamais
laisser leur fiancée seule avec un autre homme. Combien d ’allers-retours sont-ils néces-
Défi 26 s saires pour traverser la rivière ?

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* Niccolo Fontana Tartaglia (1499–1557), important mathématicien vénitien.


Chapitre 2

DE L A M E SU R E DU MOU V E M E N T À

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


L A C ON T I N U I T É


Physic ist wahrlich das eigentliche Studium des
Menschen*.
Georg Christoph Lichtenberg

La description la plus simple du mouvement est celle que nous utilisons tous incons-
ciemment, comme les chats ou les singes, dans la vie de tous les jours : une seule chose

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peut se trouver en un lieu donné à un instant donné. Cette description générale peut être
séparée en trois hypothèses : la matière est impénétrable et se déplace, le temps est fait
d ’ instants et l ’espace est fait de points. Sans ces trois hypothèses (êtes-vous d ’accord
Défi 27 s pour les accepter ?) il est impossible de définir la vitesse dans la vie quotidienne. Cette
description de la nature est appelée physique galiléenne ou newtonienne.
Galileo Galilei (1564–1642), professeur toscan de mathématiques, fut un fondateur
de la physique moderne et est célèbre pour avoir défendu l ’ importance des observations
comme moyens de vérification des hypothèses sur la nature. En exigeant et en accomplis-
sant ces vérifications durant toute sa vie, il fut amené à améliorer constamment l ’exac-
titude de la description du mouvement. Par exemple, Galilée étudia le mouvement en
mesurant les variations de positions avec un chronomètre qu ’ il confectionna lui-même.
Sa méthode remplaça la description spéculative de la Grèce ancienne par la physique
expérimentale de la Renaissance italienne**.
Isaac Newton, alchimiste, mystique, théologien, physicien et politicien anglais (1643–
1727), fut un des premiers à défendre avec vigueur l ’ idée selon laquelle les différents
types de mouvement ont les mêmes propriétés. Il franchit des étapes importantes dans
la mise en place des concepts utiles à la démonstration de cette idée***.

* « La Physique est vraiment l ’étude appropriée de l ’ homme. » Georg Christoph Lichtenberg (1742–1799)
fut un important physicien et essayiste.
** Le meilleur et le plus instructif des livres sur la vie de Galilée et sur son époque est celui de Pietro Re-
dondi (voir la note de la page 229). Galilée naquit l ’année où le crayon fut inventé. Avant sa naissance, il
était impossible de faire des calculs avec un crayon et du papier. Pour les curieux, le site Web http://www.
mpiwg-berlin.mpg.de vous permettra de lire un manuscrit original de Galilée.
*** Newton naquit un an après la mort de Galilée. Une autre activité de Newton, comme maître de la Mon-
naie royale, fut de surveiller personnellement la pendaison des faux-monnayeurs. Sur l ’engouement de New-
Réf. 23 ton pour l ’alchimie, voyez le livre de Dobbs. Entre autres, Newton croyait lui-même avoir été choisi par Dieu :
il prit son nom latin, Isaacus Neuutonus, et forma l ’anagramme Jeova sanctus unus. Sur Newton et son rôle
Réf. 24 dans la mécanique classique, lisez l ’ouvrage de Clifford Truesdell.
de la mesure du mouvement à la continuité 31

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


F I G U R E 9 Galileo Galilei.

Q u ’ est-ce que la vitesse ?


Il n’y a absolument rien d ’autre de semblable.

La vitesse fascine. Pour les physiciens, non seulement les rallyes automobiles sont in-
téressants, mais aussi tous les objets qui se déplacent. Par conséquent, ils ont d ’abord
Jochen Rindt*

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évalué autant d ’exemples que possible. Une sélection en est donnée dans le Tableau 4 et
le Tableau 5. Les préfixes et les unités utilisés sont décrits en détail dans l ’ Annexe B.
La vie quotidienne nous apprend beaucoup de choses sur le mouvement : les objets
peuvent se devancer les uns les autres et peuvent se déplacer dans des directions diffé-
rentes. Nous remarquons également que les vitesses peuvent être augmentées ou modi-
fiées de façon continue. La liste exhaustive de ces propriétés, fournie dans le Tableau 3,
est résumée par les mathématiciens dans une expression particulière : ils disent que les
vitesses forment un espace vectoriel euclidien**. Nous donnerons plus de détails sur cette
Page 64 expression bizarre sous peu. Pour l ’ instant, notons simplement que, pour décrire la na-
ture, les concepts mathématiques se présentent comme l ’ instrument le plus précis.
On qualifie la vitesse de galiléenne lorsqu ’elle est présumée être un vecteur eucliden.
La vitesse est un concept fondamental. Par exemple, la vitesse ne nécessite pas de mesures
d ’espace et de temps pour être définie. Êtes-vous capable de trouver une méthode pour
Défi 28 d mesurer les vitesses sans mesurer l ’espace et le temps ? Si c ’est le cas, vous avez vraisem-
blablement envie de sauter à la page 15, passant par-dessus 2 000 ans de recherches. Si
vous ne trouvez pas, lisez bien ceci : toutes les fois que nous mesurons une quantité, nous
supposons implicitement que n’ importe qui est capable d ’en faire autant et que tout le
monde trouvera le même résultat. En d ’autres termes, nous définissons la mesure par
rapport à une valeur standard. Nous supposons alors implicitement qu ’un tel standard
existe, c ’est-à-dire qu ’un exemple de vitesse « parfaite » peut être découvert. Historique-

* Jochen Rindt (1942–1970), célèbre pilote autrichien de rallye automobile de Formule 1, parlant à propos de
la vitesse.
** Ainsi nommé d ’après Euclide, ou Eukleidês, le grand mathématicien grec qui vivait à Alexandrie aux alen-
tours de l ’an 300 av. J.-C. Euclide écrivit un traité monumental sur la géométrie, Στοιχεῖα ou les Éléments,
qui est une des œuvres majeures de la pensée humaine. L’ouvrage expose toute la connaissance de l ’époque
sur la géométrie. Pour la première fois, Euclide introduisit deux approches qui sont maintenant utilisées
communément : tous les énoncés sont déduits à partir d ’un nombre réduit d ’ « axiomes » de base et, pour
chaque énoncé, une « preuve » en est donnée. Le livre, encore édité aujourd ’ hui, fut l ’œuvre de référence en
géométrie pendant 2 000 ans. Sur le Web, on peut le trouver à l ’adresse http://aleph0.clarku.edu/~djoyce/
java/elements/elements.html.
32 2 de la mesure du mouvement à la continuité

TA B L E AU 3 Propriétés de la vitesse au sens quotidien – ou vitesse galiléenne.

Les vitesses P r o p r i é t é D é n o m i n at i o n Définition


peuvent p h ys i q u e m at h é m at i q u e
Être distinguées discernement élément d ’un ensemble Page ??
Changer graduellement continuité espace vectoriel réel Page 64,Page ??

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Pointer quelque part direction espace vectoriel, dimensionalité Page 64
Être comparées mesurable métrique Page ??
Être cumulées additivité espace vectoriel Page 64
Avoir des angles définis direction espace vectoriel euclidien Page 64
Dépasser toute limite infini infinitude Page ??

ment, l ’étude du mouvement n’examina pas cette question au premier abord, parce que
pendant plusieurs siècles personne ne put trouver un tel standard de vitesse. Vous êtes
donc en bonne compagnie.

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Quelques chercheurs se sont spécialisés dans l ’étude des vitesses les plus faibles que
Réf. 28 l ’on rencontre dans la nature : ils sont appelés géologues. Ne manquez jamais l ’occasion
de traverser un site tout en écoutant parler l ’un d ’entre eux.
La vitesse est un sujet profond pour une deuxième raison : nous découvrirons que
toutes les propriétés du Tableau 3 sont uniquement approchées, aucune n’est exacte en
réalité. Des expériences perfectionnées nous dévoileront les limites de chaque propriété
de la vitesse galiléenne. La faillite des trois dernières propriétés nous conduira à la relati-
vité restreinte et générale, l ’échec des deux du milieu à la théorie quantique et l ’échec des
deux premières propriétés à la description unifiée de la nature. Mais, pour l ’ instant, nous
resterons accrochés à la vitesse galiléenne, et nous poursuivons avec un autre concept ga-
liléen qui en dérive : le temps.
Sans les concepts de lieu, de vide et de temps, le

“ changement ne peut se produire. [...] Il est donc


clair [...] que leur compréhension doit être
réalisée, en étudiant chacun d ’entre eux
séparément.

Q u ’ est-ce que le temps ?


Aristote* Physique, Livre III, partie 1.


Le temps n’existe pas intrinsèquement, mais
seulement à travers les objets perçus, dont
découlent les notions de passé, de présent et de
futur.
Lucrèce**,De rerum natura, lib. 1, v. 460 ss.

Pendant les premières années de leur vie, les enfants passent beaucoup de temps à
jeter des objets autour d ’eux. Le terme « objet » est un mot latin qui signifie « la chose

qui peut être jetée en face ». La psychologie évolutive a montré expérimentalement qu ’à

* Aristote (384/3–322), savant et philosophe grec.


** Titus Lucretius Carus (v. 95 à v. 55 av. J.-C. ), poète et érudit latin.
de la mesure du mouvement à la continuité 33

TA B L E AU 4 Quelques valeurs mesurées de vitesse.

O b s e r va t i o n Vi t e s s e

Croissance des stalagmites 0,3 pm/s


Pouvez-vous trouver quelque chose de plus lent ?

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Défi 29 s
Croissance d ’un nodule de manganèse en plaine abyssale 80 am/s
Croissance du lichen ≥ 7 pm/s
Déplacement caractéristique des continents 10 mm/a = 0,3 nm/s
Croissance humaine pendant l ’ enfance, croissance capillaire 4 nm/s
Croissance des arbres ≤ 30 nm/s
Déplacement des électrons dans un fil métallique 1 µm/s
Déplacement d ’un spermatozoïde de 60 à 160 µm/s
Vitesse de la lumière au centre du Soleil 0,1 mm/s
Déplacement du ketchup 1 mm/s
Plus petite vitesse de la lumière mesurée dans la matière sur Terre 0,3 m/s Réf. 25

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Chute des flocons de neige de 0,5 m/s à 1,5 m/s
Vitesse du signal dans les cellules nerveuses humaines 0,5 m/s à 120 m/s Réf. 26
Vitesse du vent à 1 degré Beaufort (très légère brise) moins de 1,5 m/s
Vitesse de la pluie qui tombe, en fonction du rayon de la goutte de 2 m/s à 8 m/s
Poisson le plus rapide à la nage, le voilier (Istiophorus platypterus) 22 m/s
Record de vitesse en navigation maritime (par le véliplanchiste 25,1 m/s
Finian Maynard)
Animal le plus rapide à la course, le guépard (Acinonyx jubatus) 30 m/s
Vitesse du vent à 12 degrés Beaufort (ouragan) plus de 33 m/s
Vitesse de l ’air dans la gorge lors de l ’éternuement 42 m/s
Le lancer mesuré le plus rapide : la balle du jeu de cricket 45 m/s
Homme en chute libre de 50 à 90 m/s
Oiseau le plus rapide en vol, au piqué, le faucon pèlerin 60 m/s
(Falco peregrinus)
Service le plus rapide au badminton 70 m/s
Vitesse moyenne des molécules d ’oxygène dans l ’air à 280 m/s
température ambiante
Vitesse du son dans l ’air sec au niveau de la mer et à 330 m/s
température ordinaire
Claquement de l ’extrémité du fouet 750 m/s
Vitesse d ’une balle de fusil 3 km/s
Vitesse de la propagation de la fissure dans la brisure du 5 km/s
silicium

Réf. 18 partir de cette toute première expérience les enfants extraient les notions de temps et
d ’espace. Les physiciens adultes en font de même lorsqu ’ ils étudient le mouvement à
l ’université.
34 2 de la mesure du mouvement à la continuité

TA B L E AU 5 Quelques valeurs mesurées de vitesse (suite).

O b s e r va t i o n Vi t e s s e

La plus haute vitesse macroscopique accomplie par l ’ homme : 14 km/s


le satellite Voyager

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Vitesse moyenne (et de pointe) de l ’extrémité de l ’éclair 600 km/s (50 000 km/s)
Vitesse de la Terre à travers l ’univers 370 km/s
La plus haute vitesse macroscopique mesurée dans notre galaxie 0,97 ⋅ 108 m/s Réf. 27
Vitesse des électrons dans un téléviseur couleur 1 ⋅ 108 m/s
Vitesse des messages radio dans l ’espace 299 792 458 m/s
La plus haute vitesse de groupe de la lumière jamais mesurée 10 ⋅ 108 m/s
Vitesse d ’un point lumineux émis par une tour de lumière 2 ⋅ 109 m/s
lorsqu ’ il franchit la Lune
La plus haute vitesse propre pour des électrons jamais 7 ⋅ 1013 m/s
réalisée par l ’ homme
La plus haute vitesse possible pour un point lumineux ou infinie

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une ombre

F I G U R E 10 Une trajectoire typique suivie par une pierre jetée en l’air.

Lorsque nous jetons une pierre en l ’air, nous pouvons définir une succession d ’ob-
servations. Notre mémoire et nos sens nous donnent cette aptitude. L’ouïe enregistre les
divers sons durant la montée, la chute et l ’arrivée de la pierre. Nos yeux traquent l ’empla-
cement de la pierre d ’un point à l ’autre. Toutes les observations ont leur emplacement
dans la succession, avec certaines observations qui les précèdent, certaines observations
qui leur sont simultanées, et d ’autres encore qui les suivent. Nous disons que les obser-
vations sont perçues comme survenant à divers instants et nous appelons la succession
des instants le temps.
Une observation qui est considérée comme étant la plus petite partie d ’une succes-
sion, c ’est-à-dire qui n’est pas elle-même une succession, est appelée un événement. Les
événements sont primordiaux pour la définition du temps. En particulier, déclencher ou
arrêter un chronomètre sont des événements. (Mais les événements existent-ils réelle-
Défi 30 s ment ? Gardez cette question dans un coin de votre tête pendant que nous progressons.)
Les phénomènes successifs ont une autre propriété, connue comme étant la période,
l ’étendue ou la durée. Quelques valeurs mesurées sont données dans le Tableau 6*. La
* Une année est abrégée par a (« annus » en latin).
de la mesure du mouvement à la continuité 35

TA B L E AU 6 Quelques mesures sélectionnées de temps.

O b s e r va t i o n Te mps

Le plus petit temps mesurable 10−44 s


Le plus petit temps jamais mesuré 10−23 s

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Temps mis par la lumière pour traverser un atome typique 10−18±1 s
Période de la transition hyperfine de l ’état fondamental 108,782 775 707 78 ps
du césium
Battement d ’aile de la mouche du vinaigre (drosophile) 1 ms
Période du pulsar (étoile à neutrons en rotation) PSR 1913+16 0,059 029 995 271(2)s
« Instant » humain 20 ms
La plus petite durée de vie d ’un être vivant 0,3 j
Durée moyenne du jour il y a 400 millions d ’années 79 200 s
Durée moyenne du jour aujourd ’ hui 86 400,002(1) s
Durée écoulée depuis votre naissance jusqu ’à votre 31,7 a
1 000 millionième seconde de vie

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Âge du plus ancien arbre vivant 4 600 a
Apparition du langage humain 2 ⋅ 105 a
Âge de l ’ Himalaya de 35 à 55 ⋅ 106 a
Âge de la Terre 4,6 ⋅ 109 a
Âge des plus vieux astres 13,7 Ga
Âge de la plupart des protons de votre corps 13,7 Ga
Durée de vie du noyau de tantale 180 Ta 1015 a
Durée de vie du noyau de bismuth 209 Bi 1,9(2) ⋅ 1019 a

durée reflète l ’ idée que les successions prennent du temps. Nous disons qu ’une opéra-
tion prend du temps pour exprimer l ’ idée que d ’autres opérations peuvent avoir lieu
parallèlement à celle-ci.
Qu ’est exactement le concept de temps, comportant des successions et des durées, in-
féré par les observations ? Beaucoup de gens ont examiné cette question : les astronomes,
les physiciens, les horlogers, les psychologues et les philosophes. Ils ont tous trouvé que
le temps est déduit en comparant des mouvements. Les enfants, dès leur plus jeune âge,
développent la notion de « temps » à partir de la comparaison des mouvements dans
Réf. 18 leur voisinage. Les grandes personnes considèrent le mouvement du Soleil comme une
référence et nomment le type de temps qui en résulte le temps local. À partir de la Lune
ils ont construit un calendrier lunaire. En prenant une horloge particulière dans un vil-
lage d ’une île européenne, ils l ’appellent le temps universel coordonné (TUC, en anglais
Coordinated Universal Time, UTC), autrefois connu sous le nom de « temps moyen de
Greenwich »*. Les astronomes utilisent le déplacement des astres et nomment ce résultat

* Le temps TUC officiel est utilisé pour déterminer la phase du courant électrique, les flux de transmission
des compagnies de téléphone et le signal du système GPS utilisé par de nombreux systèmes de navigation
dans le monde, notamment dans les navires, avions et camions. Pour plus d ’ informations, voir le site Web
http://www.gpsworld.com. L’ infrastructure de la gestion du temps est également importante pour d ’autres
Défi 31 s pans de l ’économie moderne. Pouvez-vous en repérer les plus importants ?
36 2 de la mesure du mouvement à la continuité

le temps des éphémérides (ou un de ses succédanés). Un observateur qui se réfère à sa


montre personnelle désigne la lecture de celle-ci comme étant son temps propre, il est
couramment utilisé dans la théorie de la relativité.
Tout mouvement n’est pas forcément une bonne référence de temps. En l ’an 2000
Page 309 une rotation de la Terre ne prenait pas 86 400 secondes, comme en l ’an 1900, mais

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


86 400,002 secondes. Pouvez-vous deviner en quelle année votre anniversaire sera dé-
Défi 32 s calé d ’une journée entière par rapport au temps prévu de 86 400 secondes ?
Toutes les méthodes de définition du temps sont donc fondées sur des comparaisons
entre mouvements. Dans le but de rendre ce concept aussi précis et aussi utile que pos-
sible, un standard de mouvement de référence est choisi, et avec celui-ci sont établies
une succession standard et une durée standard. L’appareil qui réalise cette tâche est ap-
pelé une horloge. Nous pouvons alors répondre à la question du titre de cette section :
le temps est ce que nous lisons sur une horloge. Remarquez que toutes les définitions du
temps utilisées dans les diverses branches de la physique sont équivalentes à celle-ci. Au-
cune définition « plus profonde » ou plus fondamentale n’est possible*. Notez que le mot
« moment » est en fait dérivé du mot « mouvement ». Dans ce cas précis, le langage suit la

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physique. De façon étonnante, la définition du temps qui vient d ’être donnée est défini-
tive. Elle ne changera plus jamais, même au sommet de la Montagne Mouvement. Cela
peut surprendre au premier abord, car beaucoup de livres ont été écrits sur la nature du
temps. Ils devraient plutôt examiner la nature du mouvement ! Mais c ’est de toute façon
le but de notre promenade. Nous sommes donc résignés à découvrir tous les secrets du
temps comme une conséquence annexe de notre aventure. Chaque horloge nous rappelle
qu ’afin de comprendre le temps nous devons d ’abord comprendre le mouvement.
Une horloge est un système en mouvement dont la position peut être lue. Bien sûr,
une horloge précise est un système qui bouge le plus régulièrement possible, avec la plus
petite perturbation extérieure possible. Y a-t-il une horloge parfaite dans la nature ? Les
horloges existent-elles réellement en fin de compte ? Nous continuerons d ’examiner ces
questions dans tout ce travail et nous parviendrons pour finir à une conclusion étonnante.
Pour l ’ instant, toutefois, nous énonçons un résultat intermédiaire ordinaire : puisque
les horloges doivent exister, il existe d ’une manière ou d ’une autre dans la nature un
Défi 33 s procédé fondamental, naturel et idéal pour mesurer le temps. Pouvez-vous le découvrir ?
Le temps n’est pas seulement un aspect des observations, il est également une facette
de notre expérience personnelle. Même dans notre vie intime la plus secrète, dans nos
pensées, nos émotions et nos rêves, nous éprouvons les notions de succession et de durée.
Les enfants apprennent à associer cette expérience intérieure du temps aux observations
extérieures, et à faire usage de la propriété de diachronie des événements dans leurs acti-
vités. Les études sur l ’origine du temps psychologique montrent qu ’ il coïncide – excepté
par son manque d ’exactitude – avec le temps des horloges**. Chaque personne vivante
se sert inévitablement de la notion de temps dans sa vie de tous les jours comme d ’une

* Les plus anciennes horloges sont les gnomons (ancêtres des cadrans solaires [N.d.T.]). La technique
de leur construction s’appelle la gnomonique. Une introduction exhaustive et excellente dans ce domaine
quelque peu insolite peut être consultée sur le site Web http://www.sundials.co.uk.
Page ?? ** Le cerveau contient une multitude d ’ horloges. L’ horloge la plus précise pour les intervalles de temps
courts, le compteur d ’ intervalle interne, est plus fiable que ce que l ’on pense souvent, surtout avec de l ’entraî-
Réf. 29 nement. Pour les périodes de temps comprises entre quelques dixièmes de seconde, nécessaires en musique,
et quelques minutes, les hommes peuvent atteindre une exactitude de quelques pour cent.
de la mesure du mouvement à la continuité 37

TA B L E AU 7 Propriétés du temps galiléen.

L e s i ns ta nt s d u t e mp s P r o p r i é t é D é n o m i n at i o n Défini-
physique m at h é m at i q u e tion

Peuvent être distingués distinction élément d ’un ensemble Page ??

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Peuvent être ordonnés succession ordre Page ??
Définissent la durée mesurable métrique Page ??
Peuvent avoir une durée infinitési- continuité compacité, complétude Page ??
male
Autorisent l ’addition des durées additivité métrique Page ??
Ne cachent aucune singularité invariance par homogénéité Page 164
translation
N ’ont pas de fin infini infinitude Page ??
Sont équivalents pour tous les obser- absolu unicité
vateurs

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combinaison de succession et de durée. Cette réalité a été établie dans de multiples re-
Réf. 30 cherches. Par exemple, le terme « quand » existe dans toutes les langues.
Le temps est une notion cruciale pour dissocier différentes observations. Dans n’ im-
porte quelle séquence, nous constatons que les événements succèdent les uns aux autres
continûment, apparemment sans fin. Dans ce contexte, « continûment » signifie que des
observations qui ne sont pas trop éloignées dans le temps tendent à ne pas être trop
différentes. Malgré tout, entre deux instants, aussi contigus qu ’ ils soient pour l ’observa-
teur, il y a toujours de la place pour d ’autres événements. Les durées, ou intervalles de
temps, consignées par des individus différents avec des horloges distinctes, concordent
dans la vie quotidienne. Qui plus est, tous les observateurs s’accordent sur l ’ordre des
événements dans une séquence. Le temps est donc unique.
Les propriétés mentionnées du temps ordinaire, listés dans le Tableau 7, corres-
pondent à l ’ interprétation fidèle de notre apprentissage quotidien du temps. Il est appelé
temps galiléen. Toutes les propriétés peuvent être formulées collectivement en assignant
au temps des nombres réels. En réalité, les nombres réels ont été forgés pour avoir préci-
Page ?? sément les mêmes propriétés que le temps galiléen, tel qu ’ il est expliqué dans l ’entracte.
Chaque instant du temps peut être désigné par un nombre réel, fréquemment noté t,
et la durée d ’une succession d ’événements est donnée par l ’écart entre les valeurs des
événements final et initial.
Lorsque Galilée étudia le mouvement au cours du dix-septième siècle, les chrono-
mètres n’existaient pas encore. En conséquence, il dut en construire un lui-même pour
pouvoir mesurer des temps compris entre une fraction et quelques secondes. Pouvez-
Défi 34 s vous deviner comment il s’y est pris ?
Nous aurons justement beaucoup de divertissement avec le temps galiléen dans les
deux premiers chapitres. Pourtant, des centaines d ’années d ’examen très minutieux
ont montré que chaque propriété du temps que nous venons de lister est approxima-
tive, qu ’aucune n’est strictement exacte. Cette histoire est relatée dans les chapitres qui
suivent.
38 2 de la mesure du mouvement à la continuité

Pourquoi les horlo ges tournent-elles dans le sens des aiguilles


d ’ une montre ?
Défi 35 s


Quelle heure est-il en ce moment au pôle Nord ?

Tous les mouvements de rotation dans notre société, comme les courses d ’athlétisme,

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


de chevaux, de vélo ou les courses de patins à glace, tournent dans le sens inverse de celui
des aiguilles d ’une montre. De façon analogue, chaque supermarché guide ses clients
dans le sens inverse des aiguilles d ’une montre à travers les allées. Les mathématiciens
nomment cela le sens de rotation positif. Pourquoi ? La majorité des gens sont droitiers,
et la main droite a plus de liberté lorsqu ’elle est située vers l ’extérieur du cercle. C ’est
également pour cela qu ’ il y a plusieurs centaines d ’années les courses de chars dans les
arènes se déroulaient dans le sens inverse des aiguilles d ’une montre. Ainsi, toutes les
courses en font toujours de même aujourd ’ hui. C ’est pour cela aussi que les coureurs
se déplacent dans le sens inverse des aiguilles d ’une montre. Pour le même motif, les
escaliers en colimaçon dans les châteaux sont édifiés de telle manière que les défenseurs
droitiers, depuis les marches plus élevées, aient cette main vers l ’extérieur.

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À l ’ inverse, les horloges imitent l ’ombre des cadrans solaires. Évidemment, cela est
vrai seulement dans l ’ hémisphère Nord, et uniquement pour des cadrans solaires posés
à même le sol, qui sont les plus répandus. (La vieille astuce pour localiser le sud en diri-
geant l ’aiguille des heures d ’une montre horizontale vers le Soleil et en divisant par deux
l ’angle entre celle-ci et la direction de midi ne fonctionne pas dans l ’ hémisphère Sud.)
Donc le fonctionnement de l ’ horloge indique tacitement dans quel hémisphère elle fut
inventée. En plus, ceci nous indique également que les cadrans solaires fixés aux murs
furent utilisés après ceux posés au sol.

Est-ce que le temps s ’ écoule ?


Wir können keinen Vorgang mit dem ‘Ablauf
der Zeit ’ vergleichen – diesen gibt es nicht –,
sondern nur mit einem anderen Vorgang (etwa
dem Gang des Chronometers)*.
Ludwig Wittgenstein, Tractatus, 6.3611

L’expression « l ’ écoulement du temps » est souvent utilisée pour exprimer le fait que
dans la nature les changements se succèdent d ’une manière régulière et continue. Mais

bien que les aiguilles d ’une horloge « glissent », le temps lui-même ne le fait pas. Le temps
est une abstraction introduite spécialement pour décrire l ’écoulement des événements
autour de nous. Il ne s’écoule pas lui-même, il définit l ’écoulement. Le temps n’avance
pas. Le temps n’est ni linéaire ni cyclique. L’ idée que le temps s’écoule constitue une
entrave à la compréhension de la nature, comme l ’ idée que les miroirs intervertissent la
Page ?? droite et la gauche.
L’usage fallacieux de l ’expression « l ’écoulement du temps », diffusée d ’abord par
Réf. 31 quelques penseurs grecs puis par Newton, persiste. Aristote (384/3–322 av. J.-C. ), at-
tentif au raisonnement logique, pointa du doigt ce malentendu, et d ’autres le firent éga-

* Nous ne pouvons pas comparer un processus avec « le passage du temps » – il n’existe pas de telle chose –
mais seulement avec un autre processus (tel que le fonctionnement d ’un chronomètre).
de la mesure du mouvement à la continuité 39

lement après lui. Néanmoins, des expressions telles que « le renversement du temps »,
« l ’ irréversibilité du temps », et le trop usité « la flèche du temps » sont encore d ’usage
Défi 36 e courant. Lisez simplement une revue scientifique populaire choisie au hasard. Le fait est
le suivant : le temps ne peut pas être renversé, seul le mouvement peut l ’être, ou plus
précisément les vitesses des objets. Le temps n’a pas de flèche, seul le mouvement en

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


a une. Ce n’est pas l ’écoulement du temps que les hommes ne peuvent arrêter, mais le
mouvement de tous les objets dans la nature. Incroyablement, il y a même des livres
Réf. 32 écrits par d ’éminents physiciens qui étudient différents types de « flèches du temps » et
les comparent les unes aux autres. Comme on peut le prévoir, aucun résultat tangible ou
nouveau n’en est issu. Le temps ne s’écoule pas.
De la même façon, les expressions verbales comme « le début (ou la fin) du temps »
devraient être bannies. Un spécialiste du mouvement les traduit immédiatement par « le
début (ou la fin) du mouvement ».

Q u ’ est-ce que l ’ espace ?


L’ introduction des nombres comme

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coordonnées [...] est un acte de violence [...].
Hermann Weyl, Philosophie der Mathematik
und Naturwissenschaft*.

À chaque fois que nous distinguons deux objets l ’un de l ’autre, par exemple deux
étoiles, nous distinguons en tout premier lieu leur position. La distinction des positions

est la capacité principale de notre sens visuel. La position est par conséquent une pro-
priété importante de l ’état physique d ’un objet. Une position donnée est occupée par
un seul objet à un instant donné. Les positions sont limitées. L’ensemble de toutes les
positions disponibles, désigné par espace (physique), agit à la fois comme un contenant
et un arrière-plan.
La taille est une notion étroitement apparentée à l ’espace et à la position, c ’est l ’en-
semble des positions qu ’un objet occupe. Des petits objets occupent uniquement des
sous-ensembles de positions accaparées par ceux qui sont plus grands. Nous allons bien-
tôt discuter de la taille.
Comment mettons-nous en évidence l ’espace à partir des observations ? Pendant
l ’ enfance, les hommes (et la plupart des animaux supérieurs) apprennent à rassembler
les diverses perceptions de l ’espace – visuelle, tactile, auditive, kinesthésique, vestibulaire,
etc. – dans un ensemble cohérent d ’expériences et de descriptions. L’aboutissement de
ce processus d ’apprentissage est une certaine « forme » de l ’espace dans le cerveau. En
fait, la question « où ? » peut être posée et on peut y répondre dans toutes les langues
du monde. Pour être plus précis, les adultes tirent l ’origine de l ’espace des mesures de
distance, grâce auxquelles les notions de longueur, de superficie, de volume, d ’angle
et d ’angle solide sont toutes déduites. Les géomètres (mathématiciens et de terrain),
les architectes, les astronomes, les vendeurs de moquette et les fabricants de doubles-
décimètres fondent leur métier sur les mesures de distance. L’espace est un concept fa-

* Hermann Weyl (1885–1955) fut l ’un des plus importants mathématiciens de son époque, aussi bien qu ’un
physicien théoricien éminent. Il fut un des derniers savants ayant embrassé les deux domaines, un contribu-
teur de la théorie quantique et de la relativité, inventeur du terme théorie de « jauge », et auteur de nombreux
ouvrages populaires.
40 2 de la mesure du mouvement à la continuité

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


F I G U R E 11 Deux preuves que l’espace possède trois
dimensions : un nœud et l’oreille interne d’un
mammifère.

çonné pour synthétiser toutes les relations de distance entre objets pour une description
précise des observations.
Les doubles-décimètres fonctionnent bien uniquement s’ ils sont droits. Mais, lorsque
les hommes vivaient dans la forêt vierge, ils n’avaient pas d ’objets droits autour d ’eux.
Aucune règle droite, aucun outil droit, rien. Aujourd ’ hui, la vue d ’une ville est princi-

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palement une collection de lignes droites. Pouvez-vous expliquer comment les hommes
Défi 37 s ont pu accomplir cela ?
Une fois les hommes sortis de la jungle avec leur règle fraîchement construite, ils ras-
semblèrent une foison de résultats. Les principaux d ’entre eux sont énoncés dans le Ta-
bleau 8. Ils sont facilement confirmés par l ’expérience personnelle. Les objets peuvent
prendre des positions d ’une manière apparemment continue : il y a sûrement davantage
de positions que ce qui peut être dénombré*. La notion de taille est comprise en défi-
nissant la distance entre diverses positions, appelée longueur, ou en utilisant le champ
de vision qu ’un objet occupe lorsqu ’ il est observé, appelé sa surface. Longueur et sur-
face peuvent être mesurées à l ’aide d ’une règle plate. Quelques mesures effectuées sont
données dans le Tableau 9. La longueur des objets est indépendante de la personne qui
les mesure, de leur position et de leur orientation. Dans la vie quotidienne la somme des
angles de n’ importe quel triangle est égale à deux angles droits. Il n’y a aucune exception
dans l ’espace.
L’expérience nous montre que l ’espace possède trois dimensions. Nous pouvons défi-
nir des séries de positions dans précisément trois directions différentes. En fait, l ’ oreille
interne de (pratiquement) tous les vertébrés possède trois canaux semi-circulaires qui
perçoivent la position du corps dans les trois dimensions de l ’espace, comme indiqué sur
la Figure 11**. De la même manière, chaque œil humain est commandé par trois paires
Défi 38 s de muscles. (Pourquoi trois ?) Une autre preuve que l ’espace possède trois dimensions
est alléguée par les lacets : si l ’espace avait plus de trois dimensions, les lacets seraient
inutiles, parce que les nœuds n’existent que dans un espace tridimensionnel. Mais pour-
quoi l ’espace a-t-il trois dimensions ? Il s’agit probablement de la question la plus ardue
de la physique. Elle ne trouvera une réponse que dans la toute dernière étape de notre
excursion.

* Pour une définition de l ’ indénombrabilité, voir la page ??.


** Remarquez que le fait de stipuler que l ’espace a trois dimensions implique que l ’espace est continu. Le
mathématicien et philosophe néerlandais Luitzen Brouwer (n. Overschie 1881, d. Blaricum 1966) montra
que la dimensionalité est un concept nécessaire uniquement pour les ensembles continus.
de la mesure du mouvement à la continuité 41

TA B L E AU 8 Propriétés de l’espace galiléen.

Les points Propriété Dénomina- Défini-


physique tion tion
m at h é m a -
tique

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Peuvent être distingués distinction élément d ’un Page ??
ensemble
Peuvent être ordonnés s’ ils sont succession ordre Page ??
alignés
Peuvent façonner des formes forme topologie Page ??
Se disposent dans trois directions existence des nœuds tri-dimensionalité Page ??
indépendantes
Peuvent avoir une distance continuité compacité, Page ??
infinitésimale complétude
Définissent les distances mesurable métrique Page ??
Permettent d ’additionner des additivité métrique

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Page ??
translations
Définissent les angles produit scalaire espace euclidien Page 64
Ne masquent aucune singularité invariance par homogénéité
translation
Peuvent dépasser toutes les infini infinitude Page ??
frontières
Sont définis pour tous les absolu unicité Page 42
observateurs

Il est souvent dit qu ’ il est impossible d ’ imaginer quatre dimensions. C ’est faux. Es-
Défi 39 s sayez seulement. Par exemple, pouvez-vous approuver que les nœuds sont impossibles à
faire en quatre dimensions ?
Comme les intervalles de temps, les intervalles d ’espace peuvent êtres décrits avec
plus de précision à l ’aide des nombres réels. Afin de simplifier la communication, des uni-
tés de référence sont utilisées, de telle façon que tout le monde utilise les mêmes nombres
pour des longueurs identiques. Les unités nous permettent d ’explorer empiriquement les
propriétés générales de l ’ espace galiléen : l ’espace, le contenant des objets, est continu,
tridimensionnel, isotrope, uniforme, infini, euclidien et unique ou « absolu ». En mathé-
matiques, une structure ou concept mathématique qui possède toutes les propriétés men-
tionnées ci-dessus est appelé un espace euclidien tridimensionnel. Ses éléments, les points
(mathématiques), sont décrits par trois paramètres réels. Ils sont communément notés

(x, y, z) (1)

et dénommés coordonnées. Ils désignent et quantifient l ’emplacement d ’un point dans


l ’espace. (Pour la définition exacte des espaces euclidiens, voir page 64.)
Ce qui vient d ’être dit en seulement une demi-page a pris en réalité 2 000 ans pour
être développé, principalement parce qu ’ il fallut d ’abord découvrir les concepts de
42 2 de la mesure du mouvement à la continuité

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


F I G U R E 12 René Descartes.

« nombre réel » et de « coordonnée ». La première personne qui décrivit les points de l ’es-
pace de cette façon fut le célèbre mathématicien et philosophe René Descartes*. d ’après
qui les coordonnées de l ’expression (1) furent appelées cartésiennes.
Comme le temps, l ’espace est un concept indispensable pour décrire le monde. En
réalité, l ’espace est implicitement introduit lorsque nous décrivons des situations avec
plusieurs objets. Par exemple, quand plusieurs boules sont posées sur une table de billard,

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nous ne pouvons échapper à l ’emploi de l ’espace pour détailler les relations entre elles. Il
n’existe aucune manière d ’éviter l ’utilisation des concepts d ’espace quand nous traitons
de la nature.
Bien que nous ayons de toute manière besoin de l ’espace pour parler de la nature,
il est quand même intéressant de se demander pourquoi c ’est comme ça. Par exemple,
depuis que des méthodes de mesures de longueur existent, il doit y avoir une manière
naturelle ou idéale pour mesurer des distances, des tailles et des rectitudes. Pouvez-vous
Défi 40 s la trouver ?
De même que pour le temps, chacune des propriétés de l ’espace listées ci-dessus doit
être vérifiée. Et à nouveau, des observations méticuleuses nous montreront que chaque
propriété est approximative. En termes plus abrupts et plus concis, elles sont toutes erro-
nées. Cela entérine la déclaration de Weyl au début de cette section. En fait, l ’ histoire de
cette violence liée à l ’ introduction des nombres est contée par chaque forêt du monde,
et bien entendu également par celle située au pied de la Montagne Mouvement. Pour
l ’écouter, nous devons simplement prêter l ’oreille attentivement à ce que les arbres ont à
nous dire.


Μέτρον ἄριστον**.

L’ espace et le temps sont-ils absolus ou relatif s ?


Cléobule

Dans la vie de tous les jours, les notions d ’espace et de temps galiléens renferment
deux points de vue antagonistes. Cette dissonance a attisé les débats pendant plusieurs
siècles. D’un côté, l ’espace et le temps expriment quelque chose d ’ invariable et de per-
manent, ils agissent ensemble comme de grands récipients pour tous les objets et les

* René Descartes ou Cartesius (1596–1650), mathématicien et philosophe français, auteur de la célèbre ex-
pression « je pense, donc je suis », traduction de « cogito ergo sum ». De son point de vue c ’est la seule
formulation que nous pouvons tenir pour certaine.
** « La mesure est la meilleure des choses. » Cléobule (Κλεοβουλος) de Lindos, (v. 620–550 av. J.-C. ) fut
un des sept sages très connus.
de la mesure du mouvement à la continuité 43

TA B L E AU 9 Quelques valeurs de mesures de distance.

O b s e r va t i o n D i s ta nce

Longueur d ’onde de Compton d ’une galaxie 10−85 m (calculé seulement)


Longueur de Planck, la plus petite longueur mesurable 10−32 m

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Diamètre du proton 1 fm
Longueur d ’onde de Compton de l ’électron 2,426 310 215(18) pm
Taille de l ’atome d ’ hydrogène 30 pm
Plus petite oscillation du tympan détectable par l ’ oreille hu- 50 pm
maine
Taille d ’une petite bactérie 0,2 µm
Longueur d ’onde de la lumière visible de 0,4 à 0,8 µm
Le point : diamètre du plus petit objet visible à l ’œil nu 20 µm
Diamètre du cheveu humain (du plus fin au plus épais) de 30 à 80 µm
Longueur totale de l ’ ADN dans chaque cellule humaine 2m
La plus grande créature vivante, le champignon Armillaria os- 3 km

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toyae
Longueur de l ’équateur terrestre 40 075 014,8(6) m
Longueur totale des cellules nerveuses humaines 8 ⋅ 105 km
Distance moyenne au Soleil 149 597 870 691(30) m
Une année-lumière 9,5 Pm
Distance à une étoile ordinaire 10 Em
Taille de la galaxie 1 Zm
Distance à la galaxie d ’Andromède 28 Zm
L’objet visible le plus lointain 125 Ym

événements découverts dans la nature. En suivant cette voie, l ’espace et le temps ont une
réalité propre. En ce sens nous pouvons dire qu ’ ils sont fondamentaux ou absolus. D’un
autre côté, l ’espace et le temps sont des outils descriptifs qui nous permettent de par-
ler des relations entre objets. Selon cette idée, ils n’ont plus aucun sens lorsqu ’ ils sont
dissociés des objets et résultent uniquement des rapports entre ceux-ci. Ils sont dérivés,
Défi 41 e apparentés ou relatifs. Lequel de ces points de vue adopteriez-vous ? Les résultats de la
physique ont alternativement privilégié une position puis l ’autre. Nous renouvellerons
Réf. 33 cette hésitation tout au long de notre aventure, jusqu ’à ce que nous trouvions la réponse.
Et à l ’évidence il s’agira d ’une troisième solution.

L a taille – pourquoi les surfaces existent-elles, mais pas les


volumes ?
La taille est un aspect primordial des objets. Comme un petit enfant qui n’a pas en-
core l ’âge scolaire, chaque homme, dans ses agissements, découvre comment utiliser les
propriétés de la taille et de l ’espace. Comme des adultes qui cherchent la précision, la
définition de la distance comme étant la différence entre des coordonnées nous permet
de définir la longueur d ’une manière fiable. Il a fallu plusieurs centaines d ’années pour
44 2 de la mesure du mouvement à la continuité

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


F I G U R E 13 Un curvimètre ou odomètre.

n=1 n=2 n=3 n = infini

F I G U R E 14 Une fractale : une courbe auto-similaire de longueur infinie (complètement à droite), et sa


construction.

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s’apercevoir que quelque chose ne collait pas. Plusieurs recherches en physique et en
mathématiques aboutirent à des complications.
Les problèmes physiques se déclenchèrent avec une question étonnamment simple
posée par Lewis Richardson* : quelle est la longueur de la côte ouest de l ’Angleterre ?
En suivant la ligne du littoral sur une carte à l ’aide d ’un odomètre, un appareil re-
présenté sur la Figure 13, Richardson trouva que la longueur l du littoral dépendait de
l ’échelle s (supposons 1 : 10 000 ou 1 : 500 000) de la carte utilisée :

l = l 0 s 0,25 (2)

(Richardson découvrit d ’autres nombres pour d ’autres côtes.) Le nombre l 0 est la lon-
gueur à l ’échelle 1 : 1. Le résultat principal est que plus la carte est grande, plus la côte est
longue. Qu ’arriverait-il si l ’échelle de la carte était agrandie au-delà même de la taille de
l ’original ? La longueur croîtrait au-delà de toutes limites. Un littoral peut-il réellement
avoir une longueur infinie ? Oui, il le peut. En fait, les mathématiciens ont décrit un grand
nombre de ces courbes : ils les ont nommées des fractales. Il en existe un nombre infini,
Défi 42 e et la Figure 14 en montre un exemple**. Pouvez-vous en construire d ’autres ?
La longueur possède d ’autres caractéristiques étranges. Le mathématicien italien Giu-
seppe Vitali fut le premier à découvrir qu ’ il est possible de couper un segment de droite
de longueur 1 en morceaux qui peuvent être ré-assemblés – simplement en les alignant
dans la direction du segment – en un segment de droite de longueur 2. Êtes-vous capable

* Lewis Fray Richardson (1881–1953), psychologue et physicien anglais.


** La plupart de ces courbes sont auto-similaires, c ’est-à-dire qu ’elles suivent des « lois » d ’échelle similaires
à celle mentionnée ci-dessus. Le terme « fractale » est dû au mathématicien polonais Benoît Mandelbrot et se
réfère à une propriété étrange : dans un certain sens, elles ont un nombre de dimensions D non entier, bien
qu ’elles soient unidimensionnelles par construction. Mandelbrot remarqua que la dimension non entière
était liée à l ’exposant e de Richardson par D = 1 + e, donnant ainsi D = 1, 25 dans l ’exemple ci-dessus. La
longueur des côtes et d ’autres fractales sont merveilleusement présentées dans Heinz-Otto P eitgen,
Hartmut Jürgens & Dietmar Saupe, Fractals for the Classroom, Springer Verlag, 1992, pp. 232–245.
Cet ouvrage est également disponible dans plusieurs autres langues.
de la mesure du mouvement à la continuité 45

de découvrir une telle division en vous servant de l ’astuce que cela n’est réalisable qu ’en
Défi 43 d utilisant un nombre infini de morceaux ?
Pour résumer, la longueur est bien définie pour des lignes qui sont droites ou incur-
vées de manière régulière, mais pas pour des lignes compliquées ou pour des lignes consti-
tuées d ’une infinité de morceaux. Nous allons par conséquent éviter les fractales et autres

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


courbes bizarrement formées par la suite, et nous allons prendre toutes nos précautions
lorsque nous parlerons de segments infiniment petits. Cela fait partie des hypothèses
principales des deux premières étapes de cette destinée, et nous ne devrons jamais les
oublier. Nous reviendrons sur ces hypothèses dans la troisième partie.
En réalité, toutes ces complications s’estompent lorsqu ’elles sont confrontées au pro-
blème subséquent. Ordinairement, les aires et les volumes sont définis en recourant à
la longueur. Vous pensez que c ’est enfantin ? Vous êtes dans l ’erreur, de même que vous
êtes une victime des préjugés répandus par les écoles à travers le monde. Pour caractériser
l ’aire et le volume avec précision, leurs définitions doivent inclure deux propriétés : les
valeurs doivent être additives, c ’est-à-dire que, pour des ensembles finis ou infinis d ’ob-
jets, l ’aire et le volume total doivent être la somme des aires et des volumes de chaque

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élément de l ’ensemble, et ils doivent être inflexibles, c ’est-à-dire que, si l ’on coupe une
surface ou un volume en morceaux et qu ’ensuite on remet ces morceaux en place, la
valeur résultante doit demeurer identique. De telles définitions existent-elles ? Dit autre-
ment, ces concepts d ’aire et de volume existent-ils ?
Pour des aires dans une surface plane, nous procédons de la manière classique sui-
vante : nous définissons l ’aire A d ’un rectangle de côtés a et b comme A = ab. Puisque
n’ importe quel polygone peut être transformé en un rectangle avec un nombre fini de
Défi 44 s coupes droites, nous pouvons alors évaluer l ’aire de tous les polygones. Ensuite, nous
pouvons définir l ’aire des figures régulièrement courbées comme étant la limite de la
somme de celles d ’une infinité de polygones. Cette méthode, nommée intégration, est
Page 174 présentée en détail dans la section sur l ’action physique.
Toutefois, l ’ intégration ne nous permet pas de définir l ’aire de domaines ayant des
Défi 45 s frontières arbitraires. (Pouvez-vous vous figurer un tel domaine ?) Pour une définition
complète, des outils plus sophistiqués sont nécessaires. Ils furent découverts en 1923 par
le célèbre mathématicien Stefan Banach*. Il démontra que nous pouvons malgré tout dé-
finir une aire pour tous les ensembles de points quels qu ’ ils soient, même si la limite
n’est pas continûment courbée mais extrêmement complexe, telle la courbe fractale pré-
cédemment mentionnée. Aujourd ’ hui cette notion généralisée de l ’aire, techniquement
une « mesure dénombrablement additive et invariante par isométrie », est appelée une
mesure de Banach en son honneur. Les mathématiciens résument cette explication en di-
sant que, puisqu ’ il existe une mesure de Banach en deux dimensions, il y a une manière
de définir le concept d ’aire – une mesure additive et rigide – pour tous les ensembles de
points quels qu ’ ils soient**.

* Stefan Banach (Cracovie 1892–Lvov 1945) fut un important mathématicien polonais.


** En fait, cela est vrai uniquement pour des ensembles d ’une surface plane. Pour des surfaces courbées telles
que la surface d ’une sphère, existent des difficultés que ne seront pas exposées ici. En plus, les problèmes
soulevés dans la définition de la longueur des fractales surgissent également pour l ’aire si la surface à mesurer
n’est pas plate mais pleine de collines et de vallées. Un exemple typique est la superficie du poumon humain :
en fonction de l ’échelle de précision de l ’examen, nous trouvons une valeur qui varie de cent mètres carrés
jusqu ’à beaucoup plus.
46 2 de la mesure du mouvement à la continuité

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Angle
Dièdre

F I G U R E 15 Un polyèdre avec un de ses angles dièdres. (©


Luca Gastaldi)

Quelle est la situation en trois dimensions, c ’est-à-dire pour le volume ? Nous pouvons
commencer de la même façon que pour l ’aire, en définissant le volume V d ’un polyèdre
rectangulaire de côtés a, b, c comme V = abc. Mais nous rencontrons alors le premier
écueil : un polyèdre en général ne peut pas toujours être réduit à un cube par des coupes

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droites ! Cet achoppement fut découvert en 1900 et 1902 par Max Dehn*. Il remarqua que
cette possibilité dépend des valeurs des angles des arêtes, ou angles dièdres, comme les
mathématiciens les nomment. Si nous assignons à chaque arête d ’un polyèdre en général
un nombre donné par sa longueur l multipliée par une fonction particulière д(α) de son
angle dièdre α, alors Dehn montra que la somme de tous les nombres pour toutes les
arêtes d ’un solide ne change pas après découpage, pourvu que la fonction satisfasse la
relation д(α + β) = д(α) + д(β) et д(π) = 0. Un exemple d ’une telle fonction д étrange
est celle qui attribue la valeur 0 à n’ importe quel multiple rationnel de π et la valeur 1 à un
ensemble de base des multiples irrationnels de π. Les valeurs pour tous les angles dièdres
du polyèdre peuvent alors être obtenues par une combinaison de multiples rationnels de
Défi 46 s ces angles de base. En utilisant cette fonction, vous devez alors déduire par vous-même
qu ’un cube ne peut pas être découpé en un tétraèdre régulier parce que leurs invariants
de Dehn respectifs sont différents**.
En dépit de ces difficultés relatives aux invariants de Dehn, nous pouvons définir un
concept rigide et additif du volume pour les polyèdres, puisque pour tous les polyèdres
et, plus généralement, pour toutes les formes « régulièrement courbées », nous pouvons
encore utiliser l ’ intégration pour la définition de leur volume.
À présent considérons les formes générales et les découpages généraux en trois di-
mensions, et plus seulement les « réguliers » décrits plus haut. Nous butons alors sur
le célèbre théorème (ou paradoxe) de Banach-Tarski. En 1924, Stefan Banach et Alfred
Réf. 34 Tarski*** prouvèrent qu ’ il est possible de découper une sphère en cinq morceaux qu ’on
peut ré-assembler pour donner deux sphères, chacune de la taille de l ’original. Ce résul-
tat contre-intuitif est le théorème de Banach-Tarski. Pis encore, une autre variante du
théorème affirme ceci : prenez deux formes quelconques qui ne se prolongent pas à l ’ in-

* Max Dehn (1878–1952), mathématicien allemand, élève de David Hilbert.


** Cela est également expliqué dans le magnifique livre de M. Aigler & G. M. Z iegler, Proofs from the
Book, Springer Verlag, 1999. Le titre est attribuable à la célèbre habitude qu ’avait le grand mathématicien
Paul Erdös d ’ imaginer que toutes les belles démonstrations mathématiques pouvaient être assemblées dans
un « recueil des démonstrations ».
*** Alfred Tarski (n. Varsovie 1902, d. Berkeley 1983), mathématicien polonais.
de la mesure du mouvement à la continuité 47

fini et contenant chacune une sphère solide, alors il est toujours possible de transformer
l ’une en l ’autre en un nombre fini de découpages. En particulier il est possible de trans-
former un petit pois en la Terre, ou vice versa. La taille ne compte pas* ! Le volume n’est
donc pas du tout un concept utile.
Le théorème de Banach-Tarski soulève deux questions : premièrement, ce résultat

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


peut-il s’appliquer à l ’or ou au pain ? Cela permettrait de résoudre de nombreux pro-
blèmes. Deuxièmement, peut-il être appliqué à l ’espace vide ? En d ’autres termes, la ma-
Défi 47 s tière et l ’espace vide sont-ils continus ? Ces deux sujets seront étudiés plus tard dans
notre exploration ; chaque résultat aura sa propre conséquence. Pour le moment, nous
faisons l ’ impasse sur ce problème déroutant en restreignant notre intérêt aux formes
continûment courbées (et aux découpages). Avec cette restriction, les volumes de ma-
tière et d ’espace vide se conduisent merveilleusement bien : ils sont additifs et rigides,
et ne soulèvent aucune contradiction. En réalité, les découpages requis pour le paradoxe
de Banach-Tarski ne sont pas uniformes : il est impossible de les réaliser avec un cou-
teau classique, puisqu ’ ils exigent un nombre infini d ’angles infiniment aigus découpés
avec un couteau infiniment tordu. Un tel couteau n’existe pas. Cependant, gardons dans

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un coin de notre tête l ’ idée que la taille d ’un objet ou d ’un morceau d ’espace vide est
une quantité subtile – et que nous avons besoin d ’être prudent à chaque fois que nous
discutons de cela.

Q u ’ est-ce qu ’ une ligne droite ?


Lorsque vous regardez un objet massif possédant une arête droite, il est sûr à 99 %
qu ’ il a été fabriqué par l ’ homme**. La discordance entre les objets observés dans une
ville – les immeubles, les bureaux, les voitures, les poteaux électriques, les boîtes, les livres
– et les objets rencontrés dans une forêt – les arbres, les plantes, les cailloux, les nuages –
est flagrante : dans la forêt rien n’est droit ou plat, dans la ville la majorité des objets le
sont. Comment est-il envisageable que les hommes aient pu fabriquer des objets droits
alors que l ’on n’en rencontre aucun dans la nature ?
Chaque forêt nous renseigne sur l ’origine de la rectitude. Elle présente des troncs
d ’arbre de haute taille et des rayons de lumière du jour qui filtrent du haut à travers le
feuillage. Pour cette raison nous qualifions une ligne de droite si elle est en contact avec
un fil à plomb ou un rayon de lumière sur toute sa longueur. En fait, les deux définitions
sont équivalentes. Pouvez-vous confirmer cela ? Pouvez-vous trouver une autre défini-
Défi 48 s tion ? Indubitablement, nous qualifions une surface de plate si, pour n’ importe quelles
direction et position, elle est en contact avec un fil à plomb ou un rayon de lumière le
long de toute son étendue.

* La démonstration de ce résultat ne nécessite pas de connaître beaucoup de mathématiques : elle est admira-
blement expliquée par Ian Stewart dans Paradox of the spheres, New Scientist, 14 janvier 1995, pp. 28–31. Le
paradoxe de Banach-Tarski existe également en quatre dimensions, ainsi que dans n’ importe quel nombre
de dimensions plus élevé. Vous trouverez davantage de précisions mathématiques dans le magnifique livre
Réf. 35 de Stan Wagon.
** Les contre-exemples les plus courants sont les nombreux minéraux cristallins, où la rectitude est liée
à la structure atomique. Une autre exception célèbre est la formation géologique irlandaise bien connue
dénommée la Chaussée des Géants. D’autres cas qui pourraient venir à l ’esprit, comme certaines bactéries
Réf. 36 ayant des formes (approximativement) carrées ou (approximativement) triangulaires ne sont pas des contre-
exemples, puisque ces formes ne sont qu ’approximatives.
48 2 de la mesure du mouvement à la continuité

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F I G U R E 16 Une photographie de la Terre – vue depuis la direction du Soleil.

En résumé, la notion de rectitude – et ainsi également celle de platitude – est définie


à l ’aide de corps matériels ou de rayonnement. En réalité, tous les concepts spatiaux, de
même que tous les concepts temporels, ont besoin du mouvement pour leur définition.

Une Terre creuse ?


L’espace et la ligne droite posent de délicats défis. Certaines personnes excentriques
soutiennent que tous les hommes vivent à l ’ intérieur d ’une sphère. Ils nomment (habi-
tuellement) cela la théorie de la Terre creuse. Ils prétendent que la Lune, le Soleil et les
astres sont tous proches du centre de la sphère creuse. Ils expliquent aussi que la lumière
suit des trajets courbés dans le ciel et ainsi que, lorsque les physiciens classiques parlent
de la distance r au centre de la Terre, la distance réelle au centre de la Terre creuse est
Défi 49 s rtc = R Terre
2
/r. Pouvez-vous montrer que ce modèle est faux ? Roman Sexl* posait régu-
lièrement cette question à ses étudiants et collègues physiciens. La réponse est simple :
si vous pensez détenir un argument pour montrer que cette idée est erronée, vous vous
fourvoyez ! Il n’y a aucune manière de montrer qu ’un tel point de vue est faux. Il est pos-
sible de décrire l ’ horizon, l ’apparition du jour et de la nuit, ainsi que les photographies
Défi 50 e de satellites de la Terre ronde, comme celle de la Figure 16. Expliquer ce qui se produi-
rait pendant un vol vers la Lune serait également amusant. Le point de vue logique sur

* Roman Sexl (1939–1986), physicien autrichien renommé, auteur de plusieurs ouvrages influents sur la
gravitation et la relativité.
de la mesure du mouvement à la continuité 49

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


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F I G U R E 17 Une image illustrant la théorie de la Terre creuse, montrant comment le jour et la nuit
apparaissent. (© Helmut Diehl)

la Terre creuse est complètement équivalent à l ’ image familière d ’un espace infiniment
Page 263 étendu. Nous reviendrons sur ce problème dans la section sur la relativité générale.

Curiosités et défis amusants sur l ’ espace et le temps quotidiens


L’espace et le temps conduisent à de nombreuses questions stimulantes pour la ré-
flexion.
∗∗
Comment mesure-t-on la vitesse d ’une balle de pistolet avec un chronomètre, dans un
Défi 51 s espace de 1 m3 , sans électronique ? Indice : la même méthode peut aussi être utilisée pour
mesurer la vitesse de la lumière.

∗∗
Imaginez un point noir sur une surface blanche. Quelle est la couleur de la ligne séparant
Défi 52 s le point du fond ? Cette question est couramment appelée énigme de Peirce.

∗∗
Le pain est aussi (approximativement) une fractale irrégulière. La dimension fractale du
Défi 53 s pain se situe autour de 2,7. Essayez de la mesurer.
∗∗
50 2 de la mesure du mouvement à la continuité

d b

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


L
F I G U R E 18 Quitter un emplacement de stationnement.

La conduite automobile soulève de nombreux problèmes mathématiques. Un des plus


importants est le problème du stationnement suivant : quelle est la distance d la plus
courte jusqu ’au véhicule d ’en face, nécessaire pour quitter un emplacement de station-
Défi 54 s nement sans utiliser la marche arrière ? (Admettez que vous connaissez la géométrie de
votre véhicule, comme indiqué dans la Figure 18, ainsi que son plus petit rayon de virage
extérieur R, qui est connu pour chaque voiture.) Question suivante : quel est le plus petit

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espacement requis lorsque vous avez la possibilité de manœuvrer d ’avant en arrière aussi
Défi 55 s souvent que vous le voulez ? Maintenant un problème pour lequel aucune solution ne
semble être donnée dans la littérature : comment cet espacement dépend-il du nombre n
Défi 56 s de fois que vous utilisez la marche arrière ? (L’auteur offre 50 euros à la première solution
correctement exposée qui lui sera envoyée.)

∗∗
Combien de fois en 24 heures les aiguilles des heures et des minutes d ’une horloge se
Défi 57 s trouvent-elles l ’une sur l ’autre ? Pour les horloges qui ont également une aiguille des
secondes, combien de fois les trois aiguilles se trouvent-elles superposées ?

∗∗
Combien de fois en douze heures les deux aiguilles d ’une horloge peuvent-elles être per-
Défi 58 s mutées avec comme conséquence que la nouvelle situation indique un temps valide ?
Que se passe-t-il pour des horloges qui ont également une troisième aiguille pour les
secondes ?

∗∗
Défi 59 s De combien de minutes la Terre tourne-t-elle en une minute ?

∗∗
Quelle est la vitesse la plus élevée atteinte par un lancer (avec ou sans raquette) ? Quel
Défi 60 s projectile fut utilisé ?

∗∗
Une corde est posée tout autour de la Terre, sur l ’équateur, aussi serrée que possible. La
Défi 61 s corde est ensuite rallongée de 1 m. Une souris peut-elle se faufiler sous celle-ci ?
∗∗
Jacques rame dans son bateau sur une rivière. Lorsqu ’ il se trouve sous un pont, il lâche
de la mesure du mouvement à la continuité 51

TA B L E AU 10 La notation exponentielle : comment écrire des petits et des grands nombres.

N o m b r e N o tat i o n N o m b r e N o tat i o n
exponentielle exponentielle

1 100

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


0,1 10−1 10 101
0,2 2 ⋅ 10−1 20 2 ⋅ 101
0,324 3, 24 ⋅ 10−1 32,4 3, 24 ⋅ 101
0,01 10−2 100 102
0,001 10−3 1 000 103
0,000 1 10−4 10 000 104
0,000 01 10−5 etc. 100 000 105 etc.

un ballon dans la rivière. Jacques continue à ramer dans la même direction pendant 10

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minutes après qu ’ il a lâché le ballon. Il fait alors demi-tour et rame dans l ’autre sens.
Lorsqu ’ il parvient au ballon, le ballon a flotté sur 600 m depuis le pont. Quelle est la
Défi 62 s vitesse du courant de la rivière ?

∗∗
Adam et Bert sont frères. Adam a 18 ans. Bert est deux fois plus vieux qu ’au temps où
Adam avait l ’âge qu ’a Bert maintenant. Quel est l ’âge de Bert ?

∗∗
Les scientifiques utilisent une manière particulière pour écrire des petits et des grands
nombres, elle est illustrée dans le Tableau 10.
Réf. 37 En 1996 la plus petite distance vérifiée expérimentalement fut 10−19 m, atteinte entre
des quarks au Fermilab. (Pour savourer l ’ importance de cette distance, écrivez tous les
chiffres sans l ’exposant.) Que signifie cette mesure par rapport à la continuité de l ’es-
Défi 63 s pace ?
∗∗
« Où suis-je ? » est une question usuelle. « Quand suis-je ? » n’est jamais posée, pas plus
Défi 64 s que dans d ’autres langues. Pourquoi ?

∗∗
Défi 65 s Y a-t-il un intervalle de temps minimum dans la nature ? Une distance minimale ?

∗∗
En supposant que vous savez ce qu ’est une ligne droite, comment caractériseriez-vous
ou définiriez-vous la courbure d ’une ligne incurvée en utilisant des nombres ? Et celle
Défi 66 s d ’une surface ?
∗∗
Défi 67 s Quelle est la vitesse de votre battement de paupière ?
52 2 de la mesure du mouvement à la continuité

a
r A
α Ω
r
A

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


a Ω = −2
α=− r
r

F I G U R E 19 La définition des angles plan et solide.

∗∗
L’aire de la surface du corps humain est d ’environ 200 m2 . Pouvez-vous dire d ’où vient
Défi 68 s ce nombre gigantesque ?
∗∗

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Les fractales en trois dimensions donnent naissance à de nombreuses surprises. Prenez
un tétraèdre régulier, collez alors sur chacune de ses faces triangulaires un tétraèdre régu-
lier plus petit, de telle façon que la surface du solide soit à nouveau constituée de plusieurs
triangles réguliers égaux. Répétez cette opération, en collant toujours des tétraèdres plus
petits sur ces nouvelles surfaces triangulaires (plus nombreuses). Quelle est la forme de
Défi 69 s la fractale résultante après un nombre infini d ’opérations ?

∗∗
Zénon méditait sur ce qui arriverait à un objet en mouvement à un instant donné du
temps. Pour discuter avec lui, vous décidez de construire l ’ obturateur pour appareil pho-
tographique le plus rapide possible que vous puissiez imaginer. Vous avez tout l ’argent
Défi 70 s que vous désirez. Quel est le plus petit temps d ’obturation que vous puissiez réaliser ?
∗∗
Pouvez-vous démontrer le théorème de Pythagore de manière géométrique seulement,
Défi 71 s sans utiliser des coordonnées ? (Il y a plus de 30 solutions.)

∗∗
Défi 72 s Pourquoi la plupart des planètes et des lunes sont-elles (à peu près) sphériques ?

∗∗
Un fil élastique joint les extrémités des deux aiguilles d ’une horloge. Quel est le chemin
Défi 73 s suivi par le point situé au milieu du fil ?

∗∗
Il existe deux grandeurs importantes reliées aux angles. Comme indiqué sur la Figure 19,
ce qui est communément appelé un angle (plan) est défini comme étant le rapport entre
les longueurs de l ’arc et du rayon. Un angle droit est égal à π/2 radian (ou π/2 rad) ou
90°. L’ angle solide est le rapport entre l ’aire et le carré du rayon. Un huitième d ’une
sphère est égal à π/2 steradian ou π/2 sr. En conséquence, un petit angle solide en forme
de la mesure du mouvement à la continuité 53

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


ciel yks

horizon noziroh

terre htrae

F I G U R E 20 Comment la taille apparente de la Lune et celle du Soleil changent.

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de cône et l ’angle de l ’extrémité du cône sont différents. Pouvez-vous trouver la relation
Défi 74 s liant ces deux grandeurs ?

∗∗
La définition de l ’angle permet de déterminer la taille de l ’explosion d ’un feu d ’artifice.
Évaluez le temps T, en secondes, entre le moment où vous voyez la fusée exploser dans
le ciel et le moment où vous entendez l ’explosion, mesurez l ’angle (plan) α de la boule
avec votre main. Le diamètre D est

D ≈ 6 s/° T α . (3)

Défi 75 e Pourquoi ? Pour en savoir plus sur les feux d ’artifice, consultez le site Web http://cc.oulu.
fi/~kempmp. Autre exemple : la distance angulaire entre les osselets d ’un poing situé à
bout de bras sont à peu près de 3°, 2° et 3°, la taille d ’une main étendue, 20°. Pouvez-vous
Défi 76 s déterminer les autres angles en rapport avec votre main ?

∗∗
Il est difficile d ’évaluer la taille angulaire uniquement avec l ’œil. Par exemple, pouvez-
vous dire si la Lune est plus grande ou plus petite que l ’ongle situé sur votre pouce à
Défi 77 e l ’extrémité de votre bras tendu ? La taille angulaire n’est pas une grandeur intuitive. Elle
nécessite d ’utiliser des instruments de mesure.
Un exemple célèbre, indiqué sur la Figure 20, illustre la difficulté d ’estimer des angles.
Le Soleil et la Lune semblent tous les deux plus grands lorsqu ’ ils sont à l ’ horizon. Dans
l ’ancien temps, Ptolémée expliqua cette illusion par une modification inconsciente de la
distance apparente opérée par le cerveau humain. En réalité, la Lune est même beaucoup
plus éloignée de l ’observateur lorsqu ’elle est juste au-dessus de l ’ horizon, et donc son
image est plus petite que celle qu ’elle avait quelques heures plus tôt, quand elle était haute
Défi 78 s dans le ciel. Pouvez-vous confirmer cela ?
54 2 de la mesure du mouvement à la continuité

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


F I G U R E 21 Comment la taille apparente de la Lune est modifiée durant son trajet orbital. (© Anthony
Ayiomamitis)

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F I G U R E 22 Un vernier/nonius/clavius.

En fait, la taille de la Lune change beaucoup plus à cause d ’un autre effet : l ’orbite de
la Lune est elliptique. Un exemple de tout cela est montré sur la Figure 21.

∗∗
Des cylindres peuvent être utilisés pour faire rouler un objet plat sur le sol. Ils gardent
l ’objet plat toujours à la même distance du sol. Quelle figure dont la coupe transversale
est autre que circulaire vous permet de réaliser la même prouesse ? Combien d ’exemples
Défi 79 s pouvez-vous trouver ?
∗∗
Galilée fit aussi des erreurs. Dans son livre célèbre, les Dialogues, il affirma que la courbe
formée par une fine chaînette suspendue entre deux clous est une parabole, c ’est-à-dire
Défi 80 d la courbe définie par y = x 2 . Cela n’est pas exact. Quelle est la véritable courbe ? Vous
pouvez observer (approximativement) cette forme dans la figure des ponts suspendus.

∗∗
Comment fonctionne un vernier ? Il est appelé nonius dans d ’autres langues. Le premier
nom est dérivé d ’un ingénieur militaire français* qui ne l ’ inventa pas, le second est un
mot dérivé du nom latinisé de l ’ inventeur portugais d ’un appareil plus élaboré** et du
terme latin désignant « neuf ». En réalité, le dispositif tel qu ’ il est connu aujourd ’ hui –

* Pierre Vernier (1580–1637), officier militaire français passionné de cartographie.


** Pedro Nuñes ou Peter Nonnius (1502–1578), mathématicien et cartographe portugais.
de la mesure du mouvement à la continuité 55

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


F I G U R E 23 Rayons anticrépusculaires. (© Peggy Peterson)

montré sur la Figure 22 – fut conçu autour de 1600 par Christophorus Clavius*, le même
astronome qui fit des recherches qui établirent le fondement de la réforme du Calendrier
grégorien de 1582. Êtes-vous capable de concevoir un vernier/nonius/clavius qui, au lieu

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Défi 81 s d ’augmenter la précision d ’un facteur 10, le fait d ’un facteur arbitraire ? Y a-t-il une
limite à la précision accessible ?

∗∗
Dessinez trois cercles, de tailles différentes, qui se touchent les uns les autres. Maintenant
dessinez un quatrième cercle dans l ’espace du milieu, qui touche les trois à l ’extérieur.
Défi 82 s Quelle relation simple vérifie l ’ inverse du rayon des quatre cercles ?
∗∗
Prenez un tétraèdre OABC dont les côtés OAB, OBC, OAC sont rectangles en O. En
d ’autres termes, OA, OB et OC sont tous perpendiculaires les uns aux autres. Dans le
tétraèdre, les aires des triangles OAB, OBC, OAC sont respectivement 8, 4 et 1. Quelle
Défi 83 s est l ’aire du triangle ABC ?

∗∗
Avec deux règles, vous pouvez additionner et soustraire des nombres en les couchant
l ’une près de l ’autre. Êtes-vous capable de réaliser des règles qui vous permettent de
Défi 84 s multiplier et diviser de la même façon ? Des dispositifs plus élaborés utilisant ce principe
sont appelés règles de calcul et furent les précurseurs des calculateurs électroniques. Ils
furent utilisés partout dans le monde jusqu ’aux années 1970.
∗∗
Combien de jours compterait une année si la Terre tournait dans l ’autre sens avec la
Défi 85 s même vitesse de rotation ?

∗∗
Défi 86 s Où se trouve le Soleil dans la situation spectaculaire montrée sur la Figure 23 ?

* Christophorus Clavius ou Schlüssel (1537–1612), astronome bavarois.


56 2 de la mesure du mouvement à la continuité

∗∗
Réf. 38 Un univers bidimensionnel peut-il exister ? Alexander Dewdney décrivit un tel univers
dans un livre. Pouvez-vous expliquer pourquoi un univers bidimensionnel ne peut pas
Défi 87 d exister ?

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


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Chapitre 3

C OM M E N T DÉ C R I R E L E MOU V E M E N T

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


– L A C I N É M AT IQU E

La filosofia è scritta in questo grandissimo libro

“ che continuamente ci sta aperto innanzi agli


occhi (io dico l ’universo) ... Egli è scritto in
lingua matematica*.
Galileo Galilei, Il saggiatore VI.

Les expériences dévoilent que la plupart des animaux supérieurs et les jeunes enfants

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extraient les propriétés de l ’espace et du temps galiléens de leur environnement. Plus tard,
lorsque les enfants apprennent à parler, ils transposent ces expériences dans des concepts,
de même que nous venons de faire ci-dessus. À l ’aide de ces concepts, les enfants qui
ont grandi disent alors que le mouvement est le changement de position dans le temps.
Cette représentation est illustrée par le feuilletage rapide des coins inférieurs gauches
de ce livre, en commençant à la page 169. Chaque page simule un instant du temps, et
le seul changement qui a lieu durant le mouvement est celui de la position de l ’objet,
représenté par le point sombre. Les autres fluctuations d ’une image à la suivante, qui
sont imputables aux imperfections des techniques d ’ impression, peuvent être assimilées
aux erreurs inévitables des mesures.
Il est manifeste qu ’appeler « mouvement » le changement de la position dans le temps
n’est ni une explication ni une définition puisque les deux notions de temps et de position
sont déduites du mouvement lui-même. C ’est seulement une description du mouvement.
En revanche, la description est opportune parce qu ’elle permet d ’obtenir une précision
élevée, comme nous le découvrirons en explorant la gravitation et l ’électrodynamique.
Après tout, la précision est notre fil conducteur durant cette excursion. De plus, la des-
cription précise des changements de position possède une dénomination appropriée :
elle est nommée cinématique.
L’ensemble de toutes les positions prises par un objet dans le temps forme un trajet ou
une trajectoire. La source de ce concept est flagrante lorsque nous regardons un feu d ’ar-
tifice** ou encore le film saccadé précédemment mentionné situé dans les coins en bas
à gauche après la page 169. Avec la description de l ’espace et du temps par des nombres
réels, une trajectoire peut être décrite en spécifiant ses trois coordonnées (x, y, z) – une
pour chaque dimension – comme des fonctions continues du temps t. (Les fonctions

* La science est écrite dans cet immense livre qui se tient toujours ouvert devant nos yeux (je veux dire
l ’univers) ... Il est écrit en langage mathématique.
** Sur le monde des feux d ’artifice, consultez la liste des questions fréquemment posées sur le forum de
discussion rec.pyrotechnics, ou cherchez sur le Web. Une introduction simple se trouve dans l ’article de
J. A. Conkling, Pyrotechnics, Scientific American pp. 66–73, juillet 1990.
58 3 comment décrire le mouvement – la cinématique

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


collision
F I G U R E 24 Deux manières de tester le fait que la durée de la chute libre ne dépend pas de la vitesse
horizontale.

sont précisées en détail à la page ??.) Elles sont généralement notées de la manière sui-
vante x = x(t) = (x(t), y(t), z(t)). Par exemple, l ’observation montre que la hauteur z

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de n’ importe quelle pierre jetée ou en chute varie comme

z(t) = z 0 + v 0 (t − t 0 ) − 21 д(t − t 0 )2 (4)

où t 0 est l ’ instant où la chute commence, z 0 est la hauteur initiale, v 0 est la vitesse initiale
dans la direction verticale et д = 9,8 m/s2 est une constante qui est établie comme étant
la même, dans la limite d ’une partie pour 300, pour tous les corps chutant sur tous les
Réf. 39 points de la surface de la Terre. D’où vient la valeur 9,8 m/s2 et ses variations ténues ?
Une réponse préliminaire sera donnée sous peu, mais l ’éclaircissement complet nous
accaparera pendant la plus grande partie de cette promenade.
L’équation (4) nous permet de déterminer la profondeur d ’un puits, sachant le temps
Défi 88 s que met une pierre pour parvenir au fond. L’équation nous donne également√la vitesse v
avec laquelle nous atteignons le sol après avoir sauté d ’un arbre, à savoir v = 2дh . Une
hauteur de 3 m engendre une vitesse de 27 km/h. La vitesse est donc proportionnelle à
la racine carrée de la hauteur seulement. Cela signifie-t-il que notre forte crainte de la
Défi 89 s chute résulte d ’une surestimation de ses véritables effets ?
Galilée fut le premier à établir un résultat primordial à propos de la chute libre : les
mouvements dans les directions horizontale et verticale sont indépendants. Il montra que
le temps que met un boulet de canon tiré exactement horizontalement pour chuter est
indépendant de la vigueur de la poudre à canon, comme indiqué sur la Figure 24. Beau-
coup de grands savants ne furent pas d ’accord avec cette affirmation, même après sa
Réf. 40 mort : en 1658, l ’ Academia del Cimento organisait encore une expérience pour vérifier
cette assertion, en confrontant un boulet de canon tiré en l ’air avec un autre qui tom-
bait seulement verticalement. Pouvez-vous imaginer comment ils contrôlèrent la simul-
Défi 90 s tanéité ? La Figure 24 montre également comment vous pouvez vérifier ceci chez vous.
Dans cette expérience, quelle que soit la charge de la poudre dans le canon, les deux
projectiles entreront toujours en collision entre ciel et terre (si la table est assez haute),
démontrant ainsi l ’assertion.
En d ’autres termes, un boulet de canon n’est pas accéléré dans la direction horizon-
tale. Sont mouvement horizontal reste simplement inchangé. En étendant la description
comment décrire le mouvement – la cinématique 59

espace des diagrammes hodographe diagrammes


configurations d’espace-temps d’espace des phases

z z vz mv z

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


x t vx z
x mv x

t x
F I G U R E 25 Divers types de graphiques décrivant la même trajectoire d’une pierre jetée.

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F I G U R E 26 Trois images superposées d’une boulette d’excréments tirée par une chenille. (© Stanley
Caveney)

de l ’équation (4) aux deux expressions des coordonnées horizontales x et y, soit

x(t) = x 0 + v x0 (t − t 0 )
y(t) = y0 + v y0 (t − t 0 ) , (5)

une description exhaustive des trajectoires suivies par les pierres lancées en résulte. Une
trajectoire de cette forme est nommée une parabole. Elle est présentée sur les Figures 10,
24 et 25*. Une figure parabolique est également utilisée pour les réflecteurs lumineux
Défi 91 s dans les lampes de poche ou les phares de voiture. Pouvez-vous montrer pourquoi ?

Le jet et le tir
La description cinématique du mouvement est utile pour répondre à un pan entier
d ’ interrogations.

* Excepté pour les graphiques représentés sur la Figure 25, il y a également l ’ espace des configurations occupé
par les coordonnées de toutes les particules d ’un système. Pour une particule seule uniquement il est égal à
l ’espace réel. Le diagramme de l ’espace des phases est également appelé diagramme d ’espace des états.
60 3 comment décrire le mouvement – la cinématique

∗∗
De nombreuses chenilles d ’espèces de papillons de nuit et de jour projettent leurs dé-
Réf. 41 jections – pour le dire plus grossièrement : leur merde – de telle façon que leurs odeurs
n’aident pas les prédateurs à les localiser. Stanley Caveney et son équipe ont pris des pho-
tos de ce comportement. La Figure 26 montre une chenille (jaune) de l ’espèce Calpodes

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


ethlius (Hesperiidae) à l ’ intérieur d ’une feuille verte enroulée prise sur le fait. Sachant
que le record de la distance observée est 1,5 m (bien qu ’ il s’agisse d ’une autre espèce,
Défi 92 s Epargyreus clarus), quelle est la vitesse d ’éjection ? Comment les chenilles accomplissent-
elles cela ?

∗∗
Quelle est la distance horizontale que nous pouvons atteindre avec une pierre, connais-
Défi 93 s sant la vitesse et l ’angle par rapport à l ’ horizontale avec lesquels elle est lancée ?
∗∗
Comment la vitesse de la pluie tombante peut-elle être mesurée en utilisant un para-

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Défi 94 s pluie ? Cette méthode peut également être utilisée pour évaluer la vitesse de la lumière.
Page 17

∗∗
Défi 95 s Quel est le nombre maximum de balles avec lesquelles on peut jongler en même temps ?

∗∗
La découverte d ’une limite maximale pour le saut en longueur est intéressante. Le re-
cord mondial de la vitesse du sprint en 1997 était de 12 m/s ≈ 43 km/h par Ben John-
Réf. 42 son, et le record féminin était de 11 m/s ≈ 40 km/h. En réalité, les athlètes du saut en
longueur ne courent jamais plus vite qu ’environ 9,5 m/s. Quelle distance supplémen-
taire de saut pourraient-ils atteindre s’ ils pouvaient courir à la vitesse maximale ? Com-
ment pourraient-ils réaliser cette performance ? De plus, les athlètes du saut en longueur
Réf. 43 s’élancent d ’un angle d ’environ 20°, puisqu ’ ils ne sont pas capables d ’atteindre un angle
supérieur à cause de la vitesse à laquelle ils courent. De quelle longueur supplémentaire
Défi 96 s pourraient-ils bénéficier s’ ils pouvaient atteindre 45° ?
∗∗
Est-il vrai que la chute d ’une averse pourrait tuer s’ il n’y avait pas la résistance de l ’air
Défi 97 s de l ’atmosphère ? Qu ’en est-il pour la glace ?

∗∗
Les balles tirées par un revolver qui tombe à la renverse dans le vide sous l ’effet de la
Défi 98 s détonation sont-elles dangereuses ?

Les deux derniers problèmes se posent parce que l ’équation (4) ne s’applique pas dans
tous les cas. Par exemple, la chute des feuilles ou des chips ne la vérifie pas. Comme Gali-
lée l ’avait déjà compris, c ’est une conséquence de la résistance de l ’air. Nous en parlerons
bientôt. En réalité, même sans la résistance de l ’air, le trajet suivi par une pierre n’est pas
Défi 99 s toujours une parabole : pouvez vous découvrir une telle situation ?
comment décrire le mouvement – la cinématique 61

y
dérivée :
dy/dt

pente : ∆y
∆y/∆t

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


∆t
t
F I G U R E 27 Dérivées.

Q u ’ est-ce que le repos ?


Dans le tableau que Galilée brosse de la nature, le mouvement et le repos sont antago-
nistes. Dit autrement, un corps est au repos lorsque sa position, c ’est-à-dire ses coordon-
nées, ne varie pas au cours du temps. De cette façon, le repos (galiléen) est défini comme

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suit :
x(t) = const . (6)

Plus tard, nous verrons que cette définition, contrairement à notre première impression,
n’est pas très fructueuse et nécessite d ’être retouchée. La définition du repos implique
que les objets non stationnaires peuvent être discernés en comparant la rapidité de leur
déplacement. Nous pouvons donc définir la vitesse v d ’un objet comme étant la variation
de sa position x dans le temps t. Elle est communément écrite

dx
v= . (7)
dt

Dans cette relation, valable pour chaque coordonnée prise séparément, d/dt signifie
« variation par rapport au temps ». Nous pouvons alors avancer que la vitesse est la dé-
rivée de la position par rapport au temps. La vitesse v est égale à la grandeur du vecteur
vitesse v. Les dérivées sont écrites comme des fractions pour rappeler au lecteur qu ’elles
proviennent de la notion de pente. L’expression

dy ∆y
est prise dans le sens d ’une forme raccourcie de lim , (8)
dt ∆t→0 ∆t

c ’est une manière abrégée pour signifier que la dérivée en un point est la limite des pentes
au voisinage de ce point, comme indiqué sur la Figure 27. Cette définition implique les
Défi 100 e règles de dérivation suivantes :

d(y + z) dy dz d(c y) dy d dy d2 y d(yz) dy


= + =c = 2 , = z+y
dz
, , , (9)
dt dt dt dt dt dt dt dt dt dt dt

c étant n’ importe quel nombre. C ’est tout ce que nous aurons besoin de connaître sur
les dérivées. Les quantités dt et dy, parfois elles-mêmes utiles, sont appelées des diffé-
62 3 comment décrire le mouvement – la cinématique

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


F I G U R E 28 Gottfried Leibniz.

rentielles. Ces concepts sont dus à Gottfried Wilhelm von Leibniz*. Les dérivées sont à
la base de tous les calculs fondés sur la continuité de l ’espace et du temps. Leibniz fut
la personnalité qui rendit possible la description et l ’utilisation de la vitesse dans la for-
mulation physique et, en particulier, l ’application aux calculs de l ’ idée de vitesse en un
point donné dans le temps ou dans l ’espace.
La définition de la vitesse présuppose qu ’ il y a un sens à considérer la limite ∆t → 0.

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En d ’autres termes, il est admis que des intervalles infiniment petits de temps existent
dans la nature. La définition de la vitesse avec les dérivées est possible uniquement parce
que l ’espace et le temps sont tous deux décrits par des ensembles qui sont continus ou,
en langage mathématique, connexes et complets. Dans la suite de notre promenade, nous
devrons nous rappeler que, depuis la naissance de la physique classique, les infinis se ma-
nifestent dans la représentation de la nature. L’ infiniment petit fait partie intégrante de
notre définition de la vitesse. En fait, le calcul différentiel peut être défini comme étant
l ’étude de l ’ infini et de ses applications. Nous nous apercevons alors que l ’apparition de
l ’ infini n’ implique pas systématiquement qu ’une description soit irréalisable ou impré-
cise. Afin de rester précis, les physiciens emploient seulement ces deux espèces les plus
petites des divers infinis possibles. Leur définition concise et un aperçu des autres types
Page ?? sont introduits dans l ’entracte qui suit ce chapitre.
L’avènement de l ’ infini dans la description classique du mouvement fut d ’abord vili-
Réf. 44 pendé par Zénon d ’ Élée (vers 445 av. J.-C.), un disciple de Parménide, dans ses célèbres
paradoxes sarcastiques. Dans son troisième paradoxe, ainsi nommé, Zénon explique que,
puisque à chaque instant un objet donné séjourne dans une région de l ’espace correspon-
dant à sa taille, la notion de vitesse à un instant donné n’a aucun sens ; il conclut alors de
manière ahurissante que le mouvement n’existe pas. De nos jours nous ne l ’appellerions
pas un paradoxe sur la réalité du mouvement, mais sur sa description classique, en par-
Défi 102 e ticulier sur l ’usage de l ’espace et du temps infiniment divisibles. (Êtes-vous d ’accord ?)
Et pourtant, la description critiquée par Zénon fonctionne effectivement très bien dans
la vie de tous les jours. La raison en est simple mais profonde : dans la vie quotidienne,
les changements sont réellement continus.
De grands changements dans la nature sont constitués d ’un grand nombre de petits
changements. Cette propriété de la nature n’est pas intuitive. Par exemple, nous notons
* Gottfried Wilhelm von Leibniz (n. Leipzig 1646, d. Hanovre 1716), historien, diplomate, philosophe, ma-
thématicien, physicien et homme de loi allemand. Il fut un des grands esprits de l ’ humanité, il inventa le
calcul différentiel (avant Newton) et publia beaucoup d ’ouvrages à succès dans les divers domaines qu ’ il
explora, dont De arte combinatoria, Hypothesis physica nova, Discours de métaphysique, Nouveaux essais sur
l ’entendement humain, Essais de théodicée et Monadologie.
comment décrire le mouvement – la cinématique 63

TA B L E AU 11 Quelques valeurs d’accélérations mesurées.

O b s e r va t i o n Accéléra-
tion

Quelle est la plus petite accélération que vous puissiez trouver ? Défi 101 s
10 fm/s2

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Accélération de la galaxie M82 due à son jet de matière
Accélération d ’une jeune étoile par un jet interstellaire 10 pm/s2
Accélération du Soleil sur son orbite autour de la Voie lactée 0,2 nm/s2
Décélération inexpliquée des satellites Pioneer 0,8 nm/s2
Accélération à l ’équateur due à la rotation de la Terre 0,34 mm/s2
Accélération centrifuge due à la rotation de la Terre 33 mm/s2
Accélération des électrons dans un câble électrique domestique due au 50 mm/s2
courant alternatif
Accélération gravitationnelle sur la Lune 1,6 m/s2
Accélération gravitationnelle à la surface de la Terre, dépendant de la 9,8 ± 0,1 m/s2
localisation précise

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Accélération gravitationnelle standard 9,806 65 m/s2
L’accélération la plus élevée pour une voiture ou une motocyclette avec des 15 m/s2
roues motorisées
Accélération gravitationnelle à la surface de Jupiter 240 m/s2
Accélération du guépard 32 m/s2
Accélération au déclenchement des airbags dans les voitures 360 m/s2
L’accélération la plus rapide fournie par des pattes (par l ’ aphrophore, 4 km/s2
Philaenus spumarius, un insecte)
Balle de tennis contre un mur 0,1 Mm/s2
Accélération d ’une balle dans un fusil 5 Mm/s2
Centrifugeuse la plus rapide 0,1 Gm/s2
Accélération de protons dans les grands accélérateurs de particules 90 Tm/s2
Accélération de protons à l ’ intérieur du noyau atomique 1031 m/s2
La plus grande accélération possible dans la nature 1052 m/s2

que nous avons considéré tacitement que le trajet suivi par un objet n’est pas une fractale
ou toute autre entité d ’apparence complexe. Dans la vie quotidienne cela est juste mais,
dans d ’autres domaines de la nature, cela ne l ’est pas. La méfiance de Zénon sera par-
tiellement réhabilitée plus tard dans notre excursion, et de plus en plus encore à mesure
Page ?? que nous progresserons. Ce retournement de situation ne sera que partiel, au sens où la
réponse sera différente de celle qu ’ il envisageait. D’un autre côté, le doute concernant
l ’ idée de « vitesse instantanée » s’avérera bien fondé. Pour le moment, nous n’avons mal-
gré tout pas le choix : nous continuons avec le postulat fondamental que, dans la nature,
les changements se produisent de manière continue.
Pourquoi la vitesse est-elle un concept indispensable ? Pour aspirer à plus de précision
dans la description du mouvement, nous avons besoin d ’établir la liste complète des as-
pects nécessaires pour caractériser l ’état d ’un objet. La notion de vitesse est évidemment
dans cette liste. En poursuivant sur notre lancée, nous appelons accélération a d ’un corps
64 3 comment décrire le mouvement – la cinématique

la variation de sa vitesse v par rapport au temps, soit

dv d2 x
a= = . (10)
dt dt 2
L’accélération est ce que nous ressentons lorsque la Terre tremble, qu ’un avion décolle

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


ou qu ’une bicyclette tourne au coin d ’une rue. Le Tableau 11 cite davantage d ’exemples.
Comme la vitesse, l ’accélération possède à la fois une grandeur et une direction, proprié-
tés signalées par l ’utilisation des caractères gras pour leur notation*.
Des dérivées d ’ordre plus élevé que l ’accélération peuvent aussi être définies de la
Défi 105 s même manière. Elles sont sans intérêt pour la description de la nature, parce que, comme
nous le verrons bientôt, ni celles-ci ni l ’accélération elle-même ne sont utiles pour la
description de l ’état de mouvement d ’un système.

Les objets et les particules ponctuelles


Wenn ich den Gegenstand kenne, so kenne ich

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auch sämtliche Möglichkeiten seines
Vorkommens in Sachverhalten**.
Ludwig Wittgenstein, Tractatus, 2.0123

Une perspective de l ’étude du mouvement est de forger une description complète et


précise des états et des objets à la fois. Grâce à la notion d ’espace, la description des ob-

jets peut être considérablement affinée. En particulier, nous savons par expérience que
tous les objets observés dans la vie quotidienne possèdent une propriété importante :
Défi 106 e ils peuvent être divisés en parties. Cette observation est souvent exprimée en disant que
tous les objets, ou tous les corps, ont deux propriétés. Premièrement, ils sont constitués

* De telles quantités physiques sont appelées des vecteurs. Plus précisément, en langage mathématique, un
vecteur est un élément d ’un ensemble, appelé espace vectoriel, dans lequel les propriétés suivantes sont va-
lables pour tout vecteur a et b et pour tout nombre c et d :

c(a + b) = ca + cb , (c + d)a = ca + da , (cd)a = c(da) et 1a = a . (11)

Un autre exemple d ’espace vectoriel est l ’ensemble de toutes les positions d ’un objet. L’ensemble de toutes
Défi 103 s les rotations forme-t-il un espace vectoriel ? Tous les espaces vectoriels permettent la définition d ’un unique
vecteur nul et d ’un seul vecteur opposé pour chaque vecteur de l ’ensemble.
Remarquez que les vecteurs n’ont pas de points définis pour leur origine : deux flèches de même direction
et même longueur sont deux vecteurs identiques, même si elles prennent leur départ en des points différents
dans l ’espace.
Dans de nombreux espaces vectoriels, la notion de longueur (caractérisant la « grandeur ») peut être intro-
duite, généralement par le biais d ’une étape intermédiaire. Un espace vectoriel est appelé euclidien si nous
pouvons définir pour celui-ci un produit scalaire entre deux vecteurs, comme un nombre ab vérifiant
′ ′ ′ ′
aa ⩾ 0 , ab = ba , (a + a )b = ab + a b , a(b + b ) = ab + ab et (ca)b = a(cb) = c(ab) . (12)

Dans la notation en coordonnées cartésiennes, le produit scalaire standard est donné par ab = ax b x + ay b y +
az b z . À chaque fois qu ’ il s’annule, les deux vecteurs sont orthogonaux. La longueur ou norme d ’un√ vecteur
peut alors être définie comme la racine carrée du produit scalaire d ’un vecteur par lui-même : a = aa .
Le produit scalaire est également utile pour déterminer les directions. En fait, le produit scalaire entre
Défi 104 s deux vecteurs encode l ’angle qu ’ ils font entre eux. Pouvez-vous déduire cette relation importante ?
** Si je connais un objet, je connais aussi toutes les occurrences possibles de ses états d ’occupations.
comment décrire le mouvement – la cinématique 65

α γ
Bételgeuse
Bellatrix

ε δ Mintaka
ζ

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Alnilam
Alnitak
Taille de l’étoile
β Taille de l’orbite terrestre
κ
Rigel Orbite de Jupiter
Saiph
F I G U R E 29 Orion (en couleurs naturelles) et Bételgeuse.

de matière*, définie comme étant cet aspect d ’un objet responsable de son impénétra-
bilité, c ’est-à-dire la propriété qui empêche deux objets de se trouver au même endroit.
Deuxièmement, les corps possèdent une certaine forme ou silhouette, définie comme

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étant la manière précise avec laquelle cette impénétrabilité est distribuée dans l ’espace.
Afin de rendre compte du mouvement aussi fidèlement que possible, il est opportun
de commencer avec les corps qui sont les plus élémentaires possible. En général, plus
un corps est petit, plus il est simple. Un corps qui est si minuscule que ses parties ne
nécessitent pas forcément d ’être prises en compte est appelé une particule. (L’ancienne
dénomination corpuscule est tombée aux oubliettes.) Les particules sont donc matériali-
sées comme de minuscules cailloux. Le cas extrême, une particule dont la taille est né-
gligeable par rapport à la grandeur de son mouvement, de telle façon que sa position
soit entièrement décrite par un unique triplet de coordonnées, est appelée une particule
ponctuelle ou une masse ponctuelle. Dans l ’équation (4), la pierre était assimilée à une
particule ponctuelle.
Les objets assimilés à des points, c ’est-à-dire les objets plus petits que tout ce que
nous pouvons mesurer, existent-ils dans la vie quotidienne ? Oui et non. Les exemples les
plus flagrants sont les étoiles. Aujourd ’ hui, des tailles angulaires aussi petites que 2 µrad
peuvent être mesurées, cette limite étant fixée par les fluctuations de l ’air dans l ’atmo-
sphère. Dans l ’espace, comme pour le télescope Hubble en orbite autour de la Terre, la
limite angulaire est fixée par le diamètre du télescope et est de l ’ordre de 10 nrad. Prati-
quement toutes les étoiles vues depuis la Terre sont plus petites que cette résolution et
sont donc effectivement « comparables à des points », même lorsqu ’elles sont observées
avec les télescopes les plus performants.
Comme une exception à la règle générale, la taille de quelques grandes étoiles proches,
de type géante rouge, peut être évaluée à l ’aide d ’ instruments appropriés**. Bételgeuse,

Réf. 45 * Matière est un mot dérivé du Latin « materia », qui signifie à l ’origine « bois » et est dérivé via des étapes
intermédiaires de « mater » qui signifie « mère ».
** Le site Web http://www.astro.uiuc.edu/~kaler/sow/sowlist.html fournit une introduction aux différents
types d ’ étoiles. Le site Web http://www.astro.wisc.edu/~dolan/constellations/constellations.html donne des
précisions et des informations intéressantes sur les constellations.
Pour un tour d ’ horizon sur les planètes, lisez le magnifique livre de K. R. L ang & C. A. Whitney,
Vagabonds de l ’espace – Exploration et découverte dans le système solaire, Springer Verlag, 1993. Les plus
belles images d ’étoiles peuvent être dénichées dans D. Malin, A View of the Universe, Sky Publishing and
66 3 comment décrire le mouvement – la cinématique

la plus brillante des deux épaules d ’Orion, montrée dans la Figure 29, Mira dans la Ba-
leine, Antarès du Scorpion, Aldébaran du Taureau et Sirius dans le Grand Chien sont
des exemples d ’étoiles dont la taille a été mesurée. Elles sont toutes à quelques années-
Réf. 46 lumière seulement de la Terre. Évidemment, comme le Soleil, toutes les autres étoiles ont
une taille finie, mais nous ne pouvons pas démontrer cela en mesurant les dimensions

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Défi 107 s sur les photographies. (Est-ce vrai ?)
La différence entre des sources « ponctuelles » et celles de taille finie peut être remar-
Défi 108 e quée à l ’œil nu : la nuit, les étoiles scintillent, mais pas les planètes. (Vérifiez-le !) Cet effet
est dû à la turbulence de l ’air. La turbulence a un effet sur la plupart des étoiles assimilées
à des points parce qu ’elle dévie les rayons lumineux d ’une petite quantité. D’un autre
côté, la turbulence de l ’air est trop faible pour provoquer le clignotement des sources de
taille angulaire plus importante, telles que les planètes ou les satellites artificiels*, parce
que la déviation est en moyenne compensée dans ce cas.
Un objet est ponctuel pour l ’œil nu si sa taille angulaire est plus petite qu ’environ
Défi 109 s 2 ′ = 0,6 mrad. Pouvez-vous estimer la taille d ’une particule de poussière « ponctuelle » ?
En fait, un objet est invisible à l ’œil nu s’ il est ponctuel et si sa luminosité, c ’est-à-dire

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l ’ intensité de la lumière provenant de l ’objet jusqu ’à l ’œil, est inférieure à une certaine
valeur critique. Pouvez-vous deviner s’ il existe des constructions humaines visibles de-
Défi 110 s puis la Lune ou depuis la navette spatiale ?
La définition ci-dessus de « ponctuel » est manifestement trompeuse dans la vie quo-
tidienne. Les particules ponctuelles véritablement réelles existent-elles ? En réalité, est-il
vraiment possible de montrer qu ’une particule possède une taille évanescente ? Cette
question sera primordiale dans les deux dernières parties de notre promenade. De la
même manière, nous avons besoin de nous demander et de vérifier si les points dans
l ’espace existent. Notre excursion nous mènera au résultat étourdissant que toutes les
Défi 111 s réponses à ces questions sont négatives. Pouvez-vous imaginer pourquoi ? Ne soyez pas
déçus si vous trouvez cette conclusion dure à avaler : de nombreux esprits brillants ont
eu la même difficulté.
Cependant, beaucoup de particules, tels les électrons, les quarks ou les photons, sont
considérées comme ponctuelles dans un but pratique. Une fois que nous savons com-
ment décrire le mouvement des particules ponctuelles, nous pouvons également décrire
le mouvement des corps plus volumineux, rigides ou déformables, en admettant qu ’ ils
sont constitués de parties. C ’est la même démarche que de décrire le mouvement en-
tier d ’un animal comme une combinaison du mouvement de ses différentes parties. La
description la plus simple, l ’ approximation du continu, définit les corps étendus comme
un assemblage infini de particules ponctuelles. Elle nous permet de comprendre et de
prédire le mouvement de toutes les choses agréables, le mouvement de l ’air dans les ou-
ragans et du parfum dans une pièce. Le mouvement du feu et de tous les autres corps
gazeux, le fléchissement du bambou sous le vent, le changement de forme du chewing-
gum, et la croissance des plantes et des animaux peuvent être également expliqués de
Réf. 47 cette manière.
Une description plus précise que celle de l ’approximation du continu est donnée ci-

Cambridge University Press, 1993.


* Un satellite est un objet tournant autour d ’une planète, comme la Lune. Un satellite artificiel est un système
mis en orbite par l ’ homme, tels que les Spoutnik.
comment décrire le mouvement – la cinématique 67

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


F I G U R E 30 Comment un objet peut tourner continuellement sans embrouiller la liaison avec un
second objet.

Page ?? dessous. Néanmoins, toutes les observations ont confirmé jusqu ’à présent que le mouve-
ment des corps volumineux peut être décrit avec une grande précision comme la consé-
quence du mouvement de leurs parties. Cette approche nous dirigera à travers les deux
premières étapes de notre ascension montagnarde. C ’est seulement à la troisième partie
que nous découvrirons que cette décomposition est impossible à une échelle fondamen-
tale.

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Des jambes et des roues
Les membres du corps humain déterminent sa silhouette. La forme est une caractéris-
tique importante des corps : elle nous indique, entre autres, comment les considérer. En
particulier, les êtres vivants sont tous constitués d ’un corps d ’un seul tenant. Ce n’est
pas une affirmation vide de sens : à partir de cette remarque nous pouvons déduire que
les animaux ne peuvent avoir des roues ou des hélices, mais uniquement des jambes, des
nageoires ou des ailes. Pourquoi ?
Les êtres vivants n’ont qu ’une seule surface. Dit plus simplement, ils n’ont qu ’un
Appendix ?? seul morceau d ’ épiderme. Mathématiquement parlant, les animaux sont connexes. Cela
Réf. 48 est souvent supposé être incontestable, et on fait régulièrement allusion au fait que
lacirculation sanguine, les nerfs et les connexions lymphatiques reliées à une partie ro-
tative s’emmêleraient. Toutefois, cet argument n’est pas si simple, comme le montre la
Figure 30. Elle indique qu ’ il est malgré tout possible de faire tourner continuellement
un corps par rapport à un second, sans emmêler les liaisons. Pouvez-vous trouver un
Défi 112 s exemple de ce type de mouvement sur votre propre corps ? Êtes-vous capable de voir
comment plusieurs fils peuvent être attachés au corps rotatif de la figure sans entraver la
Défi 113 s rotation ?
En dépit de la possibilité pour les animaux de posséder des parties rotatives, la mé-
thode de la Figure 30 ne peut toutefois pas être appliquée pour rendre une roue ou une
Défi 114 s hélice utilisable. Pouvez-vous imaginer pourquoi ? L’évolution n’a pas eu le choix : elle a
évincé les animaux possédant des parties tournant autour d ’essieux. C ’est la raison pour
laquelle les hélices et les roues n’existent pas dans la nature. Bien sûr, cette limitation
n’empêche pas les corps vivants de se déplacer de manière générale en roulant : les buis-
Réf. 49 sons épineux (ceux que l ’on voit dans les westerns), les graines de divers arbres, quelques
insectes, certains autres animaux, les enfants et les danseurs se déplacent à l ’occasion en
roulant ou en tournant leur corps tout entier.
Les corps uniques, et donc tous les êtres vivants, ne peuvent se déplacer qu ’au moyen
d ’une contorsion de leur forme : par conséquent ils sont contraints de marcher, cou-
rir, ramper ou agiter leurs ailes ou leurs nageoires, comme indiqué sur la Figure 31. Au
68 3 comment décrire le mouvement – la cinématique

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


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F I G U R E 31 Les jambes et les « roues » chez les êtres vivants.

contraire, les systèmes constitués de plusieurs corps, tels que les bicyclettes, les pédalos
ou autres machines, peuvent se déplacer sans aucun changement de forme de leurs consti-
tuants, autorisant ainsi l ’usage de roues avec essieux, d ’ hélices ou autres appareils rota-
tifs*.
En résumé, à chaque fois que nous observons une construction dans laquelle une cer-
taine partie tourne continuellement (et sans le « montage » de la figure), nous devinons
immédiatement qu ’ il s’agit d ’un artefact : c ’est une machine et non pas un être vivant
(mais pourtant construite par lui). Cependant, comme tant de déclarations concernant
les créatures vivantes, la nature possède également des exceptions. La distinction entre
un et deux corps est beaucoup moins claire si le système tout entier est constitué de
quelques molécules, ce qui se produit clairement dans les bactéries. Des organismes tels
que Escherichia coli, la bactérie bien connue hôte de l ’ intestin humain, ou les bactéries
issues de la famille Salmonella nagent toutes en utilisant des flagelles. Les flagelles sont
des filaments minces, du même acabit que les fins poils qui émergent de la membrane
cellulaire. Il fut montré dans les années 1970 que chaque flagelle, constitué d ’une ou plu-
sieurs molécules allongées d ’un diamètre de quelques dizaines de nanomètres, tourne

* Malgré l ’ inconvénient de ne pas pouvoir utiliser des parties rotatives et d ’être réduites à un seul morceau,
les constructions mobiles de la nature, généralement appelées des animaux, surpassent fréquemment les
machines construites par l ’ homme. Par exemple, comparez la taille des plus petits systèmes volants bâtis
par l ’évolution à ceux construits par les hommes. (Consultez par exemple http://pixelito.reference.be.) Il y
a deux explications à cet écart. Premièrement, les systèmes naturels ont incorporé des dispositifs de répa-
ration et d ’entretien. Deuxièmement, la nature peut bâtir de vastes structures à l ’ intérieur de contenants
dotés d ’ouvertures réduites. En fait, la nature est très astucieuse, à l ’ image de ce que les gens font lorsqu ’ ils
construisent des voiliers à l ’ intérieur de bouteilles en verre. Le corps humain est plein d ’exemples analogues,
Défi 115 s pouvez-vous en citer quelques-uns ?
comment décrire le mouvement – la cinématique 69

Page ?? en réalité autour de son axe. Une bactérie est capable de faire tourner ses flagelles à la
fois dans le sens horaire et antihoraire, elle peut réaliser plus de 1 000 rotations par se-
Réf. 50 conde, et peut faire tourner tous ses flagelles en parfaite synchronisation. (Ces roues sont
si minuscules qu ’elles n’exigent pas de connexion mécanique.) Par conséquent les roues
existent effectivement chez les êtres vivants, bien qu ’elles soient très petites. Mais conti-

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


nuons dorénavant avec notre étude des objets ordinaires.

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Chapitre 4

DE S OB J ET S ET DE S I M AG E S À L A

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


C ON SE RVAT ION

En marchant à travers une forêt nous remarquons deux formes assez distinctes de
mouvement : la brise déplace les feuilles et, en même temps, leurs ombres bougent sur le
Réf. 51 sol. Les ombres sont une forme élémentaire d ’ image. Les objets et les images sont tous les
deux capables de bouger. Les tigres qui s’élancent, les flocons de neige qui chutent et la
matière recrachée par les volcans sont des exemples de mouvement, puisqu ’ ils changent
tous de position au cours du temps. Pour la même raison, l ’ombre qui suit notre corps,

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le rayon de lumière qui tourne autour de la tour d ’un phare durant une nuit brumeuse,
et l ’arc-en-ciel qui conserve constamment la même distance apparente pour un randon-
neur sont des exemples de mouvement.
Toute personne qui a déjà visionné un dessin animé sait que les images peuvent bou-
ger de façon plus surprenante que les objets. Les images peuvent modifier leur taille, leur
forme et même leur couleur, une prouesse qu ’un nombre restreint d ’objets est capable
de réaliser*. Les images peuvent apparaître et disparaître sans laisser de traces, se mul-
tiplier, s’ interpénétrer, aller en arrière dans le temps et braver la gravité ou toute autre
force. Les images, et même les ombres ordinaires, peuvent se déplacer plus vite que la
lumière. Les images peuvent flotter dans l ’espace et conserver la même distance par rap-
Réf. 53 port aux objets qui s’approchent. Les objets ne peuvent presque rien faire de tout cela. En
général, les « lois de la physique des dessins animés » sont assez différentes de celles de la
nature. En réalité, le mouvement des images ne semble pas suivre une quelconque règle,
par opposition au mouvement des objets. D’un autre côté, les objets et les images se dif-
férencient de leur environnement par le fait qu ’ ils possèdent tous les deux des frontières
qui définissent leur taille et leur forme. Nous sentons la nécessité d ’avoir des critères
précis permettant de discerner ces deux cas.
Le fait de procéder à une distinction claire et nette entre les images et les objets est
exécuté de la même façon lorsque les enfants ou les animaux se trouvent face à un miroir

* Hormis les changements très lents tels que le changement de couleur des feuilles en automne, seuls certains
cristaux, la pieuvre, le caméléon et quelques autres espèces animales réalisent cela dans la nature. Parmi les
objets construits par l ’ homme, la télévision, les écrans d ’ordinateurs, les appareils chauffants et certains la-
Défi 116 s sers peuvent également le faire. Connaissez-vous d ’autres exemples ? Le livre de K. Nassau, The Physics
and Chemistry of Colour – the fifteen causes of colour, J. Wiley & Sons, 1983, est une excellente source d ’ infor-
mations sur le thème des couleurs. Dans le domaine des sciences populaires, le livre le plus admirable est le
travail exemplaire de l ’astronome flamand Marcel G. J. Minnaert, Light and Colour in the Outdoors,
Springer, 1993, une version revue et corrigée de sa splendide série de livres De natuurkunde van ‘t vrije veld,
Réf. 52 Thieme & Cie, Zutphen. Tous les scientifiques qui étudient la nature doivent lire ce livre. Sur le Web, voyez
aussi le site, plus succinct, http://webexhibits.org/causesofcolour.
des objets et des images à la conservation 71

poussée
F I G U R E 32 Dans quelle direction la bicyclette tourne-t-elle ?

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


pour la première fois : ils essaient de toucher ce qu ’ ils voient. En fait, si nous sommes ca-
pables de toucher ce que nous voyons – ou, plus précisément, si nous sommes capables de
le déplacer – nous l ’appelons un objet, sinon c ’est une image*. Les images ne peuvent pas
Page ?? être palpées, alors que les objets peuvent l ’être. Les images ne peuvent se heurter l ’une
l ’autre, alors que les objets le peuvent. Et comme chacun le sait, toucher quelque chose
permet d ’appréhender sa résistance au mouvement. Certains corps, tels que les papillons,
opposent une faible résistance et sont facilement déplacés, d ’autres, tels que les bateaux,
résistent beaucoup plus, et sont déplacés avec beaucoup de peine. Cette opposition au
mouvement – ou plus exactement à la variation du mouvement – est appelée l ’ inertie, et
la difficulté avec laquelle un corps peut être déplacé est appelée sa masse (inertielle). Les
images ne possèdent ni inertie ni masse.

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En conclusion, pour la description du mouvement, nous devons distinguer les corps,
qui peuvent être palpés et qui sont impénétrables, des images, qui ne le peuvent et qui
ne le sont pas. Toute chose visible est soit un objet, soit une image. Il n’y a pas de tierce
Défi 117 s possibilité. (Êtes-vous d ’accord ?) Dans le cas où l ’objet est si lointain qu ’ il ne peut être
touché, comme une étoile ou une comète, il peut être ardu de convenir si celui-ci est
associé à une image ou à un objet. Nous rencontrerons à plusieurs reprises cette question
épineuse. Par exemple, comment montreriez-vous que les comètes sont des objets et non
Défi 118 s des images ?
De la même manière que les objets sont constitués de matière, les images sont consti-
tuées de rayonnement. Les images font partie du royaume du théâtre d ’ombres, du ci-
Réf. 54 néma, de la télévision, du graphisme numérique, des organisations croyantes et du do-
maine des spécialistes en substances hallucinogènes. Les photographies, les films ciné-
matographiques, les fantômes, les anges, les rêves et de nombreuses hallucinations sont
des images (parfois provoquées par un dysfonctionnement psychique). Pour comprendre
les images, nous avons besoin d ’étudier le rayonnement (et également l ’œil et le cer-
veau). Malgré cela, en raison de l ’ importance des objets – après tout, nous sommes nous-
mêmes des objets – nous allons d ’abord étudier ceux-ci.

Mouvement et contact
Démocrite soutient qu ’ il n’existe qu ’une seule

Réf. 55
“ espèce de mouvement : celui qui résulte de la
collision.
Aetius, Opinions.

Lorsqu ’un enfant monte sur un vélo à une roue, il ou elle tire profit d ’une loi fonda-
mentale dans notre univers : un corps agissant sur un autre le met en mouvement. En

* Nous pourrions suggérer d ’y ajouter la nécessité que nous puissions faire tourner les objets sur eux-mêmes.
Toutefois, cette exigence pose des problèmes dans le cas des atomes, tel qu ’expliqué à la page ??, et des
particules élémentaires, ainsi la rotation ne constitue pas une nécessité supplémentaire.
72 4 des objets et des images à la conservation

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


v1 v2

v'2
v'1

F I G U R E 33 Les collisions F I G U R E 34 Le kilogramme standard. (©

Traduit de l’anglais par Benoît Clénet disponible gratuitement sur www.motionmountain.net Copyright © Christoph Schiller Novembre 1997–Mai 2010
déterminent la masse. BIPM)

fait, en à peu près six heures, n’ importe qui peut apprendre à monter sur un monocycle
et s’amuser avec. Comme dans tous les divertissements de la vie, tel que s’amuser avec
des jouets, des animaux, des femmes ou des hommes, des appareils, des enfants, la mer,
le vent, aller au cinéma, jongler, faire une randonnée et faire l ’amour, quelque chose
exerce une action sur autre chose. Donc notre premier défi est de décrire ce transfert de
mouvement de manière plus approfondie.
Le contact n’est pas la seule manière de mettre en mouvement quelque chose : une
pomme qui tombe d ’un arbre ou un aimant qui en attire un autre en sont des contre-
exemples. Les influences à distance sont plus fascinantes : il n’y a rien de dissimulé, et
cependant quelque chose d ’obscur se produit. Le mouvement par contact semble plus
facile à appréhender, et c ’est pourquoi nous commençons généralement par celui-ci. Ce-
pendant, en dépit de ce parti pris, les forces sans contact ne peuvent pas être esquivées.
En choisissant cette option nous nous représentons l ’expérience commune de tous les
cyclistes (voir la Figure 32). Si vous roulez à vélo à une vitesse suffisamment élevée et que
vous tentez de tourner à gauche en poussant la poignée droite du guidon, vous tournerez
à droite*. En d ’autres termes, malgré notre choix, le restant de notre promenade nous
amènera rapidement à étudier également les interactions à distance.

Q u ’ est-ce que la masse ?


∆ός µοι ποῦ στω καὶ κινῶ τὴν γῆν.

“ Da ubi consistam, et terram movebo**.


Archimède

* Cet effet impressionnant ne fonctionne évidemment qu ’au-dessus d ’une certaine vitesse minimale. Pouvez-
Défi 119 s vous déterminer quelle est cette vitesse ? Soyez prudents ! Une poussée trop forte vous fera chuter.
** « Donnez-moi un point fixe et un levier et je soulèverai la Terre. » Archimède (v. 283–212), scientifique et
Réf. 56 ingénieur grec. Cette citation lui fut attribuée par Pappus d ’Alexandrie. Déjà, Archimède avait connaissance
du fait que la distinction utilisée par les juristes entre propriété mobile et immobile n’avait aucun sens.
des objets et des images à la conservation 73

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


F I G U R E 35 Antoine Laurent de Lavoisier.

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Lorsque nous repoussons quelque chose, c ’est parce que nous ne sommes pas fami-
liers avec cette chose. De la même façon, lorsque nous donnons un coup de pied dans
un objet dans la rue, nous prêtons immédiatement attention à la même notion que les
enfants explorent quand, pour la première fois, ils se trouvent face à un miroir ou qu ’ ils
aperçoivent un point rouge dessiné par un laser. Nous vérifions si cette entité inconnue
peut être poussée et nous notons comment cet objet non identifié réagit à notre influence.
Une version de haute précision de cette expérience est donnée dans la Figure 33. En ré-
pétant ce procédé avec divers couples d ’objets, nous découvrons – comme dans la vie
quotidienne – qu ’une certaine quantité fixe m i peut être assignée à chaque objet i. Plus
l ’objet est difficile à déplacer, plus cette quantité est grande ; elle est déterminée par la
relation
=−
m2 ∆v 1
(13)
m1 ∆v 2

où ∆v représente la variation de vitesse produite par la collision. Le nombre m i est appelé


masse de l ’objet i.
Dans le but de manipuler des valeurs de masses qui soient communes à tout le monde,
la valeur de la masse pour un objet sélectionné en particulier doit être fixée au préalable.
Cet objet spécifique, montré sur la Figure 34 est appelé le kilogramme standard et est
conservé avec beaucoup de soin dans un récipient en verre sous vide à Sèvres, à proximité
de Paris. Il n’est utilisé que très occasionnellement afin que la poussière, l ’ humidité ou les
égratignures ne risquent pas de modifier sa masse. C ’est grâce au kilogramme standard
que nous pouvons estimer la valeur de la masse de chaque objet dans le monde.
La masse quantifie ainsi la difficulté à faire bouger quelque chose. Les masses élevées
sont plus dures à déplacer que les masses plus petites. Manifestement, seuls les objets
sont dotés d ’une masse, les images n’en ont pas. (Par ailleurs, le mot « masse » est dérivé,
Réf. 45 via le latin, du mot grec µαζα – pain – ou de l ’ hébreu « mazza » – pain sans levain – de
signification complètement différente.)
Les expériences avec les objets quotidiens ont également montré que, à tout moment
74 4 des objets et des images à la conservation

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


F I G U R E 36 Christiaan Huygens.

dans n’ importe quelle collision, la somme de toutes les masses en jeu est conservée :

∑ m i = const . (14)
i

Le premier à avoir formulé la loi de conservation de la masse fut Antoine Laurent de


Lavoisier*. La conservation de la masse implique que la masse d ’un système composé

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soit égale à la somme des masses des constituants. En résumé, la masse galiléenne est une
mesure de la quantité de matière.
Ainsi, la définition de la masse peut être formulée d ’une autre manière. Nous pouvons
attribuer un nombre m i à chaque objet i de telle façon que, pour des collisions libres de
toute influence extérieure, la somme suivante reste invariante pendant la collision :

∑ m i vi = const . (15)
i

Le produit de la vitesse vi par la masse m i est nommé la quantité de mouvement** du


corps. La somme, ou quantité de mouvement totale du système, reste identique avant et
après la collision : c ’est une quantité conservée. La conservation de la quantité de mouve-
ment définit la masse. Les deux lois de conservation (14) et (15) furent exprimées de cette
manière pour la première fois par le grand physicien hollandais Christiaan Huygens***.

* Antoine Laurent de Lavoisier (1743–1794), chimiste français et homme de talent. Lavoisier fut le premier
à comprendre que la combustion est une réaction qui se produit en présence d ’oxygène. Il découvrit les
constituants de l ’eau et introduisit des méthodes de mesure de masse en chimie. Lorsqu ’ il fut (injustement)
condamné à la guillotine lors de la Révolution française, il se résigna à réaliser une expérience pour la re-
cherche scientifique : il décida de cligner des paupières aussi longtemps que possible après que sa tête fut
tranchée, afin de dévoiler aux autres combien de temps la perte de conscience met à survenir. Lavoisier
parvint à cligner onze fois des yeux.
** Le terme anglais est momentum, et parfois on emploie en français le terme moment (d ’une force). La
quantité de mouvement ne doit pas être confondue avec l ’ impulsion (en anglais impulse), cette dernière
étant l ’ intégrale de la force en fonction de la durée. Par abus de langage, nous parlerons dans les sections sur
la relativité du « tenseur énergie–impulsion » alors qu ’en toute rigueur nous devrions dire « tenseur énergie–
quantité de mouvement » [N.d.T.].
*** Christiaan Huygens (n. La Haye 1629, d. Hofwijck 1695) fut un des principaux physiciens et mathémati-
ciens de son époque. Huygens élucida les concepts de base de la mécanique, il fut également un des premiers
à montrer que la lumière est une onde. Il rédigea des ouvrages prépondérants sur la théorie des probabilités,
les mécanismes horlogers, l ’optique et l ’astronomie. Parmi ses nombreuses découvertes, Huygens s’évertua
à montrer que la nébuleuse d ’Orion est constituée d ’étoiles, il découvrit Titan, une lune de Saturne (la seule
des objets et des images à la conservation 75

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


F I G U R E 37 Est-ce dangereux ?

TA B L E AU 12 Quelques valeurs mesurées de quantités de mouvement.

O b s e r va t i o n Q ua nt it é
de mouve-
ment

Quantité de mouvement d ’un photon de couleur verte 2 ⋅ 10−28 Ns


Quantité de mouvement moyenne d ’une molécule d ’oxygène dans 10−26 Ns

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l ’air
Quantité de mouvement d ’un photon de rayon X 10−23 Ns
Quantité de mouvement d ’un photon γ 10−17 Ns
La plus grande quantité de mouvement d ’une particule dans les ac- 1 f Ns
célérateurs
Quantité de mouvement de Planck 6,5 Ns
Boule de billard élancée 3 Ns
Balle de pistolet au vol 10 Ns
Coup de poing de 15 à 50 Ns
Homme marchant tranquillement 80 Ns
Véhicule sur autoroute 40 kNs
Impact d ’une météorite de 2 km de diamètre 100 TNs
Quantité de mouvement d ’une galaxie dans une collision galactique jusqu ’à 1046 Ns

Quelques valeurs caractéristiques de quantités de mouvement sont données dans le Ta-


bleau 12.
La conservation de la quantité de mouvement sous-tend implicitement que, lors-
qu ’une boule en mouvement heurte une autre boule au repos et de même masse, une
formule simple permet de déterminer l ’angle entre les directions que les boules em-
Défi 120 s pruntent après la collision. Pouvez-vous trouver cette formule ? Elle est particulièrement
utile lorsque nous jouons au billard. Nous nous apercevrons plus tard qu ’elle n’est pas
valide en relativité restreinte.
Une autre conséquence est indiquée sur la Figure 37 : un homme est allongé sur une
planche à clous avec deux gros blocs de béton posés sur son abdomen. Un autre homme
frappe les blocs à l ’aide d ’une lourde masse. L’ homme allongé ne ressent aucune dou-
leur puisque le choc est principalement absorbé par le béton – à moins qu ’ il soit retiré.

visible à l ’époque [N.d.T.]), et montra que les anneaux de Saturne sont composés de rochers. (Cela paraît
contradictoire avec Saturne lui-même, dont la masse volumique est inférieure à celle de l ’eau.)
76 4 des objets et des images à la conservation

Défi 121 s Pourquoi ?


La définition précédente de la masse a été généralisée par le physicien et philosophe
Ernst Mach* de façon à ce qu ’elle reste valide même si les deux objets interagissent à
distance, et aussi longtemps que dure cette interaction le long de la ligne joignant leurs
positions. Le rapport des masses de deux corps est défini comme étant l ’opposé du rap-

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


port inverse des accélérations respectives, ainsi donc

=− ,
m2 a1
(16)
m1 a2

où a est l ’accélération de chaque corps pendant l ’ interaction. Cette définition a été


examinée en détail par la communauté des physiciens, principalement durant le dix-
neuvième siècle. Quelques remarques résument ces résultats :
— La définition de la masse implique la conservation de la quantité de mouvement ∑ mv.
La conservation de la quantité de mouvement n’est pas une loi distincte. Elle ne peut
pas être vérifiée expérimentalement, puisque la masse est définie de telle manière que

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ce principe puisse être formulé.
— La définition de la masse implique l ’égalité entre les produits m 1 a 1 et −m 2 a 2 . De tels
produits sont appelés des forces. L’égalité entre les forces d ’action et de réaction n’est
pas un principe à part : la masse est définie de telle manière que ce principe puisse
être formulé.
— La définition de la masse est indépendante du fait qu ’un contact est établi ou non, et
du fait que les accélérations sont dues à l ’électricité, à la gravitation ou à toute autre
interaction**. Puisqu ’une interaction n’entre pas dans la définition de la masse, les
valeurs de masses définies à partir de l ’ interaction électrique, nucléaire ou gravita-
tionnelle sont toutes équivalentes tant que la quantité de mouvement est conservée.
Toutes les interactions connues conservent la quantité de mouvement. Pour certaines
raisons historiques malheureuses, la valeur de la masse mesurée avec les interactions
électrique et nucléaire est appelée masse « inertielle » et la masse mesurée en utili-
sant la gravité est appelée masse « gravitationnelle ». Comme cela apparaîtra plus loin,
cette distinction artificielle ne possède aucune signification intrinsèque. Cela devien-
dra particulièrement clair lorsque nous prendrons du recul par rapport aux corps en
question.
— La définition de la masse est valide uniquement pour des observateurs au repos ou en

* Ernst Mach (Chirlitz–Turas 1838-Haar 1916), physicien et philosophe autrichien. Le mach, unité de mesure
pour la vitesse des avions, défini comme étant un multiple de la vitesse du son dans l ’air (environ 0,3 km/s),
est nommé en son honneur. Il développa l ’ interféromètre de Mach-Zehnder, il étudia également les fon-
dements de la mécanique. Ses réflexions concernant la masse et l ’ inertie ont influencé la construction de
la relativité générale, et aboutirent au principe de Mach, qui apparaîtra un peu plus loin. Il fut également
le dernier scientifique à renier orgueilleusement – avec humour, et contre toute évidence – l ’existence des
atomes.
** Tel qu ’ indiqué ci-dessus, seules les forces centrales vérifient la relation (16) utilisée pour définir la masse.
Les forces centrales agissent entre les centres de masse des corps. Nous en donnerons une définition plus
Page 88 précise plus tard. Cependant, puisque toutes les forces fondamentales sont qualifiées de centrales, ceci n’est
pas une contrainte. Il ne semble y avoir qu ’une seule exception notable : le magnétisme. La définition de la
Défi 122 s masse est-elle toujours valide dans ce cas ?
des objets et des images à la conservation 77

TA B L E AU 13 Quelques valeurs de masse mesurées.

O b s e r va t i o n Masse

Augmentation de masse due à l ’absorption d ’un 3,7 ⋅ 10−36 kg


photon de couleur verte

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


L’électron : le plus léger objet connu 9,109 381 88(72) ⋅ 10−31 kg
Un atome d ’argon 39,962 383 123(3) u = 66,359 1(1) yg
Le plus léger objet jamais pesé (une particule d ’or) 0,39 ag
L’ homme à son âge le plus précoce (l ’ovule fécondé) 10−8 g
L’eau adsorbée sur un poids en métal de 1 kilogramme 10−5 g
Masse de Planck 2,2 ⋅ 10−5 g
Empreinte digitale 10−4 g
Fourmi ordinaire 10−4 g
Gouttelette d ’eau 1 mg
Abeille à miel 0,1 g
Êtres vivants les plus lourds, tels que le champignon 106 kg

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Armillaria ostoyae ou un énorme séquoia
Sequoiadendron giganteum
Le plus grand navire au long cours 400 ⋅ 106 kg
Le plus grand objet manipulé par l ’ homme (une 687,5 ⋅ 106 kg
énorme plate-forme de production de gaz)
Le plus grand iceberg dérivant depuis l ’Antarctique 1015 kg
L’eau sur Terre 1021 kg
Masse du Soleil 2,0 ⋅ 1030 kg
Masse de notre Galaxie 1041 kg
Masse totale visible dans l ’univers 1054 kg

mouvement inertiel (à vitesse constante [N.d.T.]). Nous reviendrons là-dessus plus


tard.
En mesurant la masse des corps qui nous entourent, dont une liste est donnée dans le
Tableau 13, nous pouvons explorer l ’art et la science de l ’expérimentation. Nous décou-
vrons aussi les propriétés fondamentales de la masse. Elle est additive dans la vie quoti-
dienne, de telle sorte que la masse de deux corps assemblés est égale à la somme de leur
masse respective. En outre, la masse est continue : elle peut apparemment prendre toutes
les valeurs positives. Au final, la masse est conservée : la masse d ’un système, définie
comme étant la somme des masses de ses constituants, ne varie pas au cours du temps
si le système est isolé du reste de l ’univers. La masse n’est pas conservée seulement lors
de collisions mais également durant la fusion, l ’évaporation, la digestion et tout autre
processus de transformation.
Nous verrons plus tard que dans le cas précis de la masse toutes ces propriétés, résu-
mées dans le Tableau 14, ne sont qu ’approximatives. Des expériences précises nous dé-
voilent qu ’aucune de celles-ci n’est exacte*. Pour l ’ instant nous continuons avec notre

* En particulier, afin de définir la masse nous devons être capables de différencier les corps. Cela semble être
78 4 des objets et des images à la conservation

TA B L E AU 14 Propriétés de la masse galiléenne.

Les masses Propriété D é s i g nat i o n Définition


physique m at h é m at i q u e

Peuvent être différenciées distinction élément d ’un ensemble Page ??

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Peuvent être ordonnées succession ordre Page ??
Peuvent être comparées mesurable métrique Page ??
Peuvent varier graduellement continuité complétude Page ??
Peuvent être additionnées quantité de matière additivité Page 64
Dépassent toute limite infini infinitude, ouverture Page ??
Ne changent pas conservation invariance m = const
Ne disparaît pas impénétrabilité positivité m⩾0

conception actuelle, la masse galiléenne, comme si nous n’avions rien de mieux à nous
mettre sous la dent.

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Dans une expérience célèbre au cours du seizième siècle, Santorre Santario (Santorio
Santorio ou Sanctorius de Padoue) (1561–1636), un ami de Galilée, vécut durant plusieurs
semaines avec toute sa nourriture et son breuvage, mais aussi ses toilettes, sur une vaste
balance. Il projetait de tester la conservation de la masse. Comment le poids mesuré a-t-il
Défi 123 s varié avec le temps ?
La définition de la masse à travers la conservation de la quantité de mouvement si-
gnifie que, lorsqu ’un objet tombe, la Terre est un tout petit peu plus accélérée. Si nous
pouvions mesurer cette minuscule grandeur, nous pourrions déterminer la masse de la
Terre. Malheureusement, cette mesure est impossible à réaliser. Pouvez-vous découvrir
Défi 124 s une meilleure façon de déterminer la masse de la Terre ?
Comme le Tableau 14 le récapitule, la masse d ’un corps est décrite avec plus de préci-
sion par un nombre réel positif, généralement noté m ou M. C ’est une conséquence di-
recte de l ’ impénétrabilité de la matière. Certes, une masse (inertielle) négative pourrait
vouloir dire qu ’un tel corps se déplacerait dans la direction opposée de n’ importe quelle
force ou accélération appliquée sur celui-ci. Un tel corps ne pourrait être conservé dans
une boîte : il chercherait à tout prix à se frayer un chemin à travers n’ importe quelle pa-
roi qui tenterait de l ’arrêter. Assez étrangement, les corps de masse négative chuteraient
toujours vers le bas dans le champ d ’une vaste masse positive (bien que plus lentement
Défi 125 e qu ’une masse équivalente positive). Êtes-vous capable d ’entériner ce fait ? Par contre, un
objet ayant une minuscule masse positive flotterait à une grande distance d ’un corps vo-
lumineux de masse négative, comme vous pouvez facilement le deviner en comparant les
diverses accélérations mises en jeu. Une masse positive et une masse négative de même
valeur (absolue) demeureront à distance constante et accéléreront spontanément dans
Défi 126 e des directions opposées le long de la ligne joignant les deux masses. Remarquez qu ’à la
fois l ’énergie et la quantité de mouvement restent conservées dans tous ces scénarios*.

un prérequis enfantin, mais nous découvrirons que ce n’est pas toujours possible dans la nature.
* Pour les curieux, lisez R. H. P rice, Negative mass can be positively amusing, American Journal of Physics
61, pp. 216–217, 1993. Des particules de masse négative enfermées dans une boîte échaufferaient cette boîte
de masse positive au moment où elles traverseraient ses parois, et accéléreraient, c ’est-à-dire perdraient de
des objets et des images à la conservation 79

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


vin

bouchon

vin

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pierre F I G U R E 38 Que va-t-il se passer ?

Les corps de masse négative n’ont jamais été observés. L’antimatière, dont nous discute-
Page 62, page ?? rons bientôt, possède également une masse positive.

Le mouvement est-il éternel ?


Chaque corps persiste dans son état de repos ou

“ de mouvement uniforme le long d ’une ligne


droite sauf s’ il ne le peut plus.
Arthur Eddington*

Le produit p = mv de la masse d ’une particule par sa vitesse est appelé sa quantité
de mouvement. Elle représente la tendance d ’un objet à persister dans son mouvement
lors d ’une collision. Plus cette valeur est grande, plus il est difficile d ’ immobiliser l ’objet.
Comme le vecteur vitesse, la quantité de mouvement possède une direction et une gran-
deur : c ’est également un vecteur. En français l ’expression « quantité de mouvement » est
plus adéquate que l ’anglais « momentum ». Dans l ’ancien temps, le mot « mouvement »
était utilisé à la place de « quantité de mouvement », par exemple par Newton. La conser-
vation de la quantité de mouvement, dans la relation (15), explicite par conséquent la
conservation du mouvement pendant les interactions.
La quantité de mouvement et l ’énergie sont des quantités extensibles. Cela signifie que
nous pouvons dire pour chacune d ’elles qu ’elles s’ écoulent d ’un corps vers un autre, et

Page 81 l ’énergie, en même temps. Elles nous permettraient de concevoir un mouvement perpétuel de seconde es-
Défi 127 e pèce, c ’est-à-dire un dispositif qui contournerait le second principe de la thermodynamique. De plus, un tel
système n’aurait pas d ’équilibre thermodynamique, parce que son énergie peut diminuer indéfiniment. Plus
nous réfléchissons aux masses négatives, plus nous sommes confrontés à des propriétés étranges qui contre-
Défi 128 s disent les observations. D’ailleurs, quelle est la gamme des valeurs de masse possibles pour des tachyons ?
* Arthur Eddington (1882–1944), astrophysicien britannique.
80 4 des objets et des images à la conservation

qu ’elles peuvent s’ accumuler dans les corps, de la même façon que l ’eau coule et peut
s’accumuler dans des récipients. Imaginer la quantité de mouvement comme quelque
chose qui peut être échangé entre des corps en collision reste intuitif lorsque nous réflé-
chissons à la description des objets en mouvement.
La quantité de mouvement est conservée. Cela explique les difficultés que vous pour-

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


riez éprouver si vous étiez sur une surface parfaitement lisse, telle que la glace ou le
marbre poli couvert d ’ huile : vous ne pouvez pas avancer même en vous tapotant le dos.
(Avez-vous déjà tenté de placer un chat sur une telle surface marbrée ? Il n’est même pas
capable de se tenir sur ses quatre pattes. Pas plus que nous-mêmes. Pouvez-vous deviner
Défi 129 s pourquoi ?) La conservation de la quantité de mouvement permet aussi de résoudre les
casse-tête de la Figure 38.
La conservation de la masse et de la quantité de mouvement signifie aussi que la télé-
portation (« beam me up »*) est impossible dans la nature. Pouvez-vous expliquer cela à
Défi 130 s un néophyte ?
La conservation de la quantité de mouvement implique que la quantité de mouve-
ment peut être assimilée à un fluide invisible. Dans une interaction, ce fluide invisible est

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transmis d ’un objet à l ’autre. Cependant, la quantité totale reste constante.
La conservation de la quantité de mouvement suggère également que le mouvement
ne cesse jamais : il est simplement échangé. D’un autre côté, le mouvement « disparaît »
régulièrement dans notre entourage, comme dans le cas d ’un caillou qu ’on laisse tomber
sur le sol, ou d ’une balle que l ’on abandonne sur l ’ herbe. Qui plus est, dans notre vie
de tous les jours, nous observons fréquemment de la création de mouvement, comme à
chaque fois que nous ouvrons la main. Comment ces exemples s’ajustent-ils à la conser-
vation de la quantité de mouvement ?
Il apparaît que la réponse se trouve dans les aspects microscopiques de ces systèmes.
Un muscle transforme simplement un certain type de mouvement, à savoir celui des élec-
trons situés dans certains composés chimiques**, en un autre, le mouvement des doigts.
Le travail exercé par les muscles est analogue à celui d ’un moteur à explosion qui trans-
pose le mouvement des électrons contenus dans le carburant dans le mouvement des
roues. Tous les deux exigent un carburant et s’échauffent durant le processus.
Nous devons également analyser le comportement microscopique d ’une balle qui
roule sur l ’ herbe jusqu ’à ce qu ’elle s’ immobilise. La disparition du mouvement est appe-
lée frottement. En étudiant cette situation attentivement, nous comprenons que l ’ herbe et
la balle se réchauffent un petit peu pendant le processus. Pendant le frottement, le mouve-
ment visible est transformé en chaleur. Plus tard, lorsque nous découvrirons la structure
de la matière, il deviendra clair que la chaleur se manifeste par le mouvement désor-
donné des constituants microscopiques de chaque matériau. Lorsque ces constituants se
déplacent tous dans la même direction, généralement l ’objet tout entier se déplace. Lors-
qu ’ ils fluctuent de manière aléatoire, l ’objet reste au repos mais se réchauffe. La chaleur
est une forme de mouvement. Ainsi le frottement semble n’être que disparition du mou-
vement, en réalité il est une transformation d ’un mouvement ordonné en mouvement
désordonné.

* Expression empruntée à la célèbre série télévisée Star Trek : « Beam me up Scotty ! », qui signifie littérale-
ment « Téléporte-moi Scotty ! » [N.d.T.].
Réf. 57 ** Généralement l ’adénosine triphosphate (ATP), le carburant de la plupart des processus chez les animaux.
des objets et des images à la conservation 81

Malgré la conservation de la quantité de mouvement, le mouvement perpétuel macro-


scopique n’existe pas, puisque le frottement ne peut pas être complètement supprimé*. Le
mouvement est éternel seulement à un ordre de grandeur microscopique. En d ’autres
termes, la disparition et également l ’apparition spontanée du mouvement dans notre
vie quotidienne sont une illusion due aux limitations de nos facultés sensorielles. Par

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


exemple, le mouvement attribué à chaque être vivant existe avant sa naissance, et est
toujours là après sa mort. La même chose se produit avec son énergie. Ce résultat est
probablement le plus impénétrable que nous puissions avoir sur l ’ idée de l ’ éternité, à
partir des preuves collectées par l ’observation. Ce n’est peut-être pas une coïncidence si
l ’énergie fut dénommée vis viva, ou « force vive », par Leibniz et d ’autres penseurs de
son époque.
Puisque le mouvement est conservé, il n’a pas d ’origine. Donc, à ce point de notre
promenade, nous ne pouvons pas répondre aux questions fondamentales : Pourquoi le
mouvement existe-t-il ? Quelle est son origine ? Le bout du tunnel est encore loin.

Appendice sur la conservation – l ’ énergie

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Lorsqu ’on examine des collisions avec soin, une deuxième quantité conservée se dé-
voile. Les expériences montrent que, dans le cas des collisions parfaites ou élastiques –
des collisions sans frottement –, la quantité suivante, appelée énergie cinétique T du sys-
tème, est également conservée :

T = ∑ 21 m i v2i = ∑ 21 m i v 2i = const . (17)


i i

L’énergie cinétique d ’un corps dépend donc de sa masse et du carré de sa vitesse v.


L’énergie cinétique est le potentiel que possède un corps pour provoquer des change-
ments dans les corps qu ’ il heurte. La désignation finale « énergie cinétique » fut intro-
duite par Gustave-Gaspard Coriolis**. Coriolis introduisit également le facteur 1/2, de

* Quelques exemples drôles des tentatives passées pour construire une machine à mouvement perpétuel sont
narrés dans Stanislav Michel, Perpetuum mobile, VDI Verlag, 1976. De façon intéressante, l ’ idée de
mouvement éternel chemina de l ’ Inde jusqu ’en Europe à travers le monde islamique, vers les années 1200, et
devint populaire puisqu ’elle s’opposait à l ’opinion courante de cette époque que tout mouvement sur Terre
disparaît avec le temps. Consultez également les sites Web http://www.geocities.com/mercutio78_99/pmm.
html et http://www.lhup.edu/~dsimanek/museum/unwork.htm. L’erreur conceptuelle faite par les âmes ex-
centriques et employée par les esprits tordus est toujours la même : l ’espoir de pouvoir surpasser le frotte-
ment. (Certes, ceci n’est vrai que pour le mouvement perpétuel de seconde espèce, celui du premier type
– qui est encore plus en contradiction avec l ’observation – tente même de générer de l ’énergie à partir de
rien.)
Si la machine est bien conçue, c ’est-à-dire avec peu de frottements, alors elle peut prélever le peu d ’éner-
gie dont elle a besoin pour la subsistance de son mouvement dans des effets environnementaux subtils. Par
exemple, au Victoria and Albert Museum à Londres nous pouvons admirer une magnifique horloge action-
Réf. 58 née par les variations de la pression de l ’air au cours du temps.
Un faible frottement signifie que le mouvement prend beaucoup de temps avant de s’arrêter. Nous pen-
sons illico presto au mouvement des planètes. En réalité, il existe des frottements entre la Terre et le Soleil.
Défi 131 s (Pouvez-vous en déterminer un des mécanismes ?) Mais sa valeur est si faible que la Terre a déjà tourné
autour du Soleil pendant des milliers de millions d ’années et continuera d ’en faire autant pendant plus long-
temps encore.
** Gustave-Gaspard Coriolis (n. Paris 1792, d. Paris 1843), ingénieur et mathématicien français.
82 4 des objets et des images à la conservation

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


F I G U R E 39 Robert Mayer.

Défi 132 s telle sorte que la relation dT/dv = p soit toujours vérifiée. (Pourquoi ?) Le mot énergie
est emprunté au grec ancien ; au départ il était utilisé pour décrire le caractère, la déter-
mination et signifiait « vigueur intellectuelle ou morale ». Il fut introduit en physique par
Thomas Young (1773–1829) en 1807 parce que sa traduction littérale est « la force inté-
rieure ». (Les lettres E, W, A et plusieurs autres sont utilisées pour symboliser l ’énergie.)
Une autre définition équivalente de l ’énergie apparaîtra plus loin : l ’énergie est ce qui
peut être transformé en chaleur.

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L’ énergie (physique) est la mesure de l ’aptitude à produire du mouvement. Un corps
possède beaucoup d ’énergie s’ il est capable de déplacer de nombreux autres corps.
L’énergie est un nombre, elle n’a pas de direction. La quantité de mouvement totale de
deux masses égales se déplaçant avec des vitesses opposées est nulle, leur énergie totale
s’accroît avec leur vitesse. L’énergie mesure donc aussi le mouvement, mais d ’une ma-
nière différente de la quantité de mouvement. L’énergie mesure le mouvement à un ni-
veau plus fondamental. Voici une autre définition équivalente : l ’énergie est la capacité à
produire du travail. Ici, le concept physique de travail est précisément, mais de manière
plus détaillée, ce que nous entendons par travail dans notre vie courante*.
Ne soyez pas surpris si vous ne saisissez pas immédiatement la différence entre la
quantité de mouvement et l ’énergie : les physiciens ont mis environ deux siècles pour la
comprendre. Parfois ils ont même insisté pour conserver la même dénomination pour
les deux, et souvent ne savaient pas vraiment quelle situation faisait appel à quel concept.
Il vous est donc permis de prendre plusieurs minutes pour vous familiariser avec ces
notions.
L’énergie et la quantité de mouvement quantifient toutes les deux comment un sys-
tème change. La quantité de mouvement nous indique comment le système change dans
l ’espace, l ’ énergie mesure comment le système change dans le temps. La quantité de
mouvement est nécessaire pour comparer des mouvements ici et là-bas. L’énergie est
nécessaire pour comparer des mouvements maintenant et demain. Quelques valeurs me-
surées d ’énergie sont données dans le Tableau 15.
Une manière d ’exprimer la différence entre l ’énergie et la quantité de mouvement est
de réfléchir aux problèmes suivants. Est-il plus difficile d ’arrêter un homme de masse m
qui court à la vitesse v, ou un√ homme de masse m/2 qui court à la vitesse 2v, ou encore
Défi 133 e un de masse m/2 à la vitesse 2 v ? Vous pouvez demander de l ’aide à un ami qui joue
au rugby pour vous conforter dans votre réponse.
Une autre distinction est illustrée par l ’athlétisme : le véritable record du monde de

* Le travail (physique) est le produit de la force par la distance parcourue dans la direction de cette force.
des objets et des images à la conservation 83

TA B L E AU 15 Quelques valeurs mesurées d’énergie.

O b s e r va t i o n Énergie

Énergie cinétique moyenne d ’une molécule d ’oxygène de l ’air 6 ⋅ 10−21 J


Énergie d ’un photon de couleur verte 5,6 ⋅ 10−20 J

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Énergie d ’un photon de rayon X 10−15 J
Énergie d ’un photon γ 10−12 J
L’énergie la plus élevée d ’une particule dans les accélérateurs 10−7 J
Homme marchant tranquillement 20 J
Une flèche en plein vol 50 J
Crochet droit en boxe 50 J
Énergie d ’une pile de torche électrique 1 kJ
Balle de pistolet en vol 10 kJ
Digestion d ’une pomme 0,2 MJ
Véhicule sur une autoroute 1 MJ

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L’énergie la plus élevée de l ’ impulsion d ’un laser 1,8 MJ
Flash d ’un éclair jusqu ’à 1 GJ
Énergie de Planck 2,0 GJ
Petite bombe nucléaire (20 ktonnes) 84 TJ
Tremblement de terre de magnitude 7 2 PJ
La plus grosse bombe nucléaire (50 Mtonnes) 210 PJ
Impact d ’une météorite de 2 km de diamètre 1 EJ
Consommation annuelle d ’énergie par les machines 420 EJ
Énergie de rotation de la Terre 2 ⋅ 1029 J
Explosion d ’une supernova 1044 J
Sursaut de rayons gamma jusqu ’à 1047 J
Énergie contenue dans la masse du Soleil d ’après E = mc 2 1,8 ⋅ 1047 J
Énergie contenue dans le trou noir central de notre Galaxie 4 ⋅ 1053 J

saut en longueur, presque 10 m, est toujours détenu par un athlète qui, au début du ving-
tième siècle, courut avec un poids dans chaque main et projeta les poids derrière lui au
Défi 134 s moment où il commença à sauter. Pouvez-vous expliquer cette prouesse ?
Quand un véhicule voyageant à 100 m/s fonce de front sur un véhicule immobile de
Défi 135 s même marque et de même modèle, quel véhicule encaisse les plus gros dégâts ? Qu ’est-ce
qui change si le véhicule à l ’arrêt a ses freins serrés ?
Pour avoir une meilleure intuition de l ’énergie, nous allons maintenant adopter une
approche complémentaire. Pendant l ’année 2000, la consommation mondiale d ’énergie
(provenant de diverses sources : solaire, géothermie, biomasse, éolien, nucléaire, hydrau-
lique, gaz, pétrole, charbon, ou animale) par les machines conçues par l ’ homme fut d ’en-
Réf. 59 viron 420 EJ*, pour une population mondiale d ’environ 6 milliards d ’ individus. Pour
voir ce que cette consommation d ’énergie signifie, nous traduisons celle-ci en consom-
mation individuelle de la puissance énergétique : nous obtenons à peu près 2,2 kW. Le
Page 300 * Pour une explication de la notation E, consultez l ’ Annexe B.
84 4 des objets et des images à la conservation

watt W est l ’unité de la puissance, et est simplement défini par la relation 1 W = 1 J/s,
reflétant la définition de la puissance (physique) comme étant l ’énergie consommée par
unité de temps. De même qu ’un individu au travail peut produire un travail mécanique
d ’environ 100 W, la consommation énergétique moyenne par individu est équivalente
à environ 22 hommes travaillant pendant 24 heures de suite. (Consultez le Tableau 16

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


pour voir quelques valeurs de puissances relevées dans la nature.) En particulier, si nous
regardons la consommation énergétique des premiers pays du monde, l ’ habitant moyen
fait fonctionner, pour ses besoins, des machines correspondant à plusieurs centaines de
Défi 136 s « domestiques ». Pouvez-vous citer quelques-unes de ces machines ?
L’énergie cinétique n’est donc pas conservée dans la vie quotidienne. Par exemple,
dans les collisions inélastiques, telles que celles de morceaux de chewing-gum s’écrasant
contre un mur, l ’énergie cinétique est perdue. Le frottement anéantit l ’énergie cinétique.
En même temps, le frottement engendre de la chaleur. Le fait que l ’énergie totale soit
conservée est une découverte conceptuelle fondamentale à partir du moment où elle tient
compte de la révélation que la chaleur est une forme d ’énergie. Le frottement est alors en
réalité un processus transformant l ’énergie cinétique, c ’est-à-dire l ’énergie associée au

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mouvement de l ’objet, en chaleur. À l ’échelle microscopique, l ’énergie est conservée*.
En fait, sans la conservation de l ’énergie, la notion de temps ne pourrait être définie.
Nous allons révéler cette correspondance sous peu.

L a vitesse est-elle absolue ? – L a théorie de la relativité


quotidienne
Pourquoi ne ressentons-nous pas tous les mouvements de la Terre ? Les deux volets de
la réponse étaient déjà connus en 1632. En premier lieu, tel que l ’a illustré Galilée, nous ne
ressentons pas les accélérations de la Terre parce que les effets qu ’elles produisent sont
si dérisoires que nos facultés sensorielles ne peuvent les détecter. En réalité, un grand
nombre des accélérations citées doit causer des effets mesurables dans les expériences de
Page 143 haute précision, comme dans les horloges atomiques.
Mais le deuxième point soulevé par Galilée est tout aussi important. Nous ne ressen-
tons pas les mouvements non accélérés, translationnels, parce que c ’est en principe im-
possible. Nous ne pouvons éprouver le fait que nous sommes en mouvement ! Galilée
mit en scène ce sujet en comparant les remarques de deux observateurs : l ’un d ’entre
eux est sur le plancher des vaches et l ’autre est situé sur l ’un des moyens de transport les
plus modernes de l ’époque, un navire. Galilée se demanda si un homme sur la terre et
un homme dans un bateau se déplaçant à vitesse constante éprouvent (ou « ressentent »)
quelque chose de différent. Einstein utilisait des observateurs dans des trains. Plus tard,

* En réalité, la conservation de l ’énergie ne fut dévoilée collectivement qu ’en 1842 dans toute sa généralité
par Julius Robert Mayer. Il était médecin de formation, et la revue Annalen der Physik refusa de publier
son article, car il était censé contenir des « erreurs fondamentales ». Ce que les éditeurs appelaient des er-
reurs étaient en fait pour la plupart – mais pas seulement – des contradictions avec leurs préjugés. Plus tard,
Helmholtz, Kelvin, Joule et de nombreux autres reconnurent le génie de Mayer. Toutefois, le premier à avoir
formulé la loi de la conservation de l ’énergie dans sa forme actuelle fut le physicien français Sadi Carnot
(1796–1832) en 1820. Pour lui ce fait était si évident qu ’ il ne sentit pas la nécessité de publier ce résultat. Il
alla plus loin et découvrit le second « principe » de la thermodynamique. Aujourd ’ hui, la conservation de
l ’énergie, également appelée premier « principe » de la thermodynamique, est un des piliers fondamentaux
de la physique, du fait qu ’elle s’applique dans toutes ses branches.
des objets et des images à la conservation 85

TA B L E AU 16 Quelques valeurs mesurées de puissance.

O b s e r va t i o n Puissance

Puissance du moteur flagellaire dans une bactérie 0,1 pW


Rendement lumineux d ’une ampoule à incandescence de 1 à 5 W

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Consommation électrique d ’une ampoule à incandescence de 25 à 100 W
Un homme, pendant 8 heures de travail 100 W
Un cheval, pendant de 8 heures d ’effort 300 W
Eddy Merckx, le célèbre cycliste, pendant une heure 500 W
Unité officielle de puissance : le cheval-vapeur 735 W
Grosse motocyclette 100 kW
Rendement d ’une station génératrice d ’électricité de 0,1 à 6 GW
Production mondiale de la puissance électrique en l ’an 2000 450 GW
Puissance consommée par la géodynamo terrestre de 200 à 500 GW
Entrée à la surface de la Terre : irradiation solaire de la Terre Réf. 60 0,17 EW

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Entrée à la surface de la Terre : énergie thermique provenant de l ’ in- 32 TW
térieur de la Terre
Entrée à la surface de la Terre : puissance émise par les marées (c ’est- 3 TW
à-dire par la rotation de la Terre)
Entrée à la surface de la Terre : puissance générée par l ’ homme à partir de 8 à 11 TW
des combustibles fossiles
Perte à la surface de la Terre : puissance stockée par la photosynthèse 40 TW
des plantes
Record mondial de puissance d ’un laser 1 PW
Sortie de la surface de la Terre : réflexion des rayons solaires dans l ’es- 0,06 EW
pace
Sortie de la surface de la Terre : puissance rayonnée dans l ’espace à 0,11 EW
287 K
Puissance émise par le Soleil 384,6 YW
Puissance maximale dans la nature, c 5 /4G 9,1 ⋅ 1051 W

il devint conventionnel d ’utiliser des voyageurs dans des fusées. (Qu ’est-ce qui viendra
Défi 137 e au prochain coup ? ) Galilée justifia que seules les vitesses relatives entre les objets pro-
duisent des effets, et non pas les valeurs absolues des vitesses. Pour nos sens, il n’y a
aucune différence entre un mouvement constant, uniforme, aussi rapide qu ’ il soit, et le
repos. C ’est ce que nous appelons dorénavant le principe galiléen de relativité. Dans la vie
quotidienne, nous ressentons le mouvement uniquement si le moyen de transport vibre
(donc s’ il accélère) ou si nous nous déplaçons contre le vent. Par conséquent, Galilée
conclut que deux observateurs en mouvement uniforme en ligne droite l ’un par rapport
à l ’autre ne peuvent dire qui se déplace « réellement ». Quelle que soit leur vitesse relative,
aucun d ’entre eux ne se « sent » en mouvement*.

* En 1632, dans ses Dialogues, Galilée écrit : « Enfermez-vous avec un de vos amis dans la cabine principale
située sous le pont de quelque grand navire, et emmenez avec vous là-bas quelques mouches, papillons et
86 4 des objets et des images à la conservation

Le repos est relatif. Ou plus clairement : le repos est une notion dépendante d ’un ob-
servateur. Ce résultat de la physique galiléenne est si primordial que Poincaré introduisit
l ’expression « théorie de la relativité » et Einstein réexprima ce principe explicitement
lorsqu ’ il publia sa célèbre théorie de la relativité restreinte. Cependant, ces dénomina-
tions sont maladroites. La physique galiléenne est aussi une théorie de la relativité ! La

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


relativité du repos est commune à toute la physique. C ’est une brique essentielle de la
théorie du mouvement.
Le mouvement régulier ou uniforme n’a aucun effet observable. Seule la variation du
mouvement en a un. En conséquence, chaque physicien peut conclure facilement au sujet
de la formulation suivante due à Wittgenstein :

Daß die Sonne morgen aufgehen wird, ist eine Hypothese ; und das heißt :
wir wissen nicht, ob sie aufgehen wird*.
Cette phrase est fausse. Pouvez-vous expliquer pourquoi Wittgenstein s’est fourvoyé ici,
Défi 138 s malgré son désir ardent de vérité ?

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d ’autres petits animaux volants. Prenez une vaste cuvette d ’eau contenant quelques poissons, suspendez
une bouteille qui se vide goutte à goutte dans un large récipient placé en dessous. Lorsque le navire est
immobilisé, observez attentivement comment les petits animaux volent avec des vitesses égales vers tous les
côtés de la cabine. Le poisson nage indifféremment dans toutes les directions, les gouttes tombent dans le
récipient en dessous, et, si vous lancez quelque chose à votre ami, vous devez le lancer plus fortement dans
une direction que dans une autre, les distances étant égales : si vous sautez à pieds joints, vous traverserez
des espaces égaux dans chaque direction. Après que vous aurez observé soigneusement toutes ces choses
(bien qu ’ il ne fasse aucun doute que, lorsque le navire est au repos, tout doit se produire de cette manière),
laissez le navire avancer à la vitesse que vous désirez ; aussi longtemps que le mouvement est uniforme et ne
fluctue pas, vous ne découvrirez pas la moindre variation dans tous les effets identifiés, pas plus que vous ne
pourrez dire à partir de n’ importe lequel d ’entre eux si le navire est en mouvement ou à l ’arrêt. En sautant,
vous enjamberez les mêmes espaces au sol qu ’auparavant, sans que vous ne fassiez de sauts plus grands en
direction de la poupe qu ’en direction de la proue et alors même que le navire avance assez rapidement, en
dépit du fait que, pendant le temps que vous êtes en l ’air, le plancher en dessous de vous avancera dans la
direction opposée à celle de votre saut. En lançant quelque chose à votre compagnon, vous n’aurez besoin
d ’aucune force supplémentaire pour l ’atteindre, qu ’ il soit dans la direction de la tête du navire ou de la
poupe, et que vous-même soyez en vis-à-vis. Les gouttelettes tomberont comme avant dans le récipient en
dessous sans chuter en direction de la poupe, bien que le navire parcoure quelques intervalles de distance
pendant que la goutte est en l ’air. Les poissons dans leur eau ne nageront pas vers l ’avant de leur cuvette
avec plus d ’effort que vers l ’arrière, et iront avec la même facilité vers un appât disposé n’ importe où sur
les rebords de la cuvette. Finalement les papillons et les mouches continueront de voler indifféremment en
direction de chaque côté, sans qu ’ il apparaisse jamais qu ’ ils soient concentrés en direction de la poupe,
comme s’ ils étaient épuisés de tenir le rythme avec la course du navire, dont ils auront été séparés durant de
grands intervalles de temps en se tenant eux-mêmes dans les airs. Et si de la fumée est faite en brûlant quelque
encens, elle sera vue sous la forme d ’un petit nuage montant, restant immobile et ne se déplaçant pas plus
vers un côté qu ’un autre. Le motif de toutes ces correspondances d ’effets est le fait que le mouvement du
navire est pareil à toutes les choses qui sont contenues en lui, et à l ’air également. C ’est pourquoi je dis que
vous devriez être sous le pont du navire, en cela que si ceci avait lieu au-dessus en plein air, lequel ne suivrait
pas la course du navire, des différences plus ou moins perceptibles seraient aperçues dans quelques-uns des
effets mentionnés. »
* « C ’est une hypothèse que le soleil se lèvera demain, et cela signifie que nous ne savons pas s’ il se lèvera. »
Cette phrase connue est tirée de Ludwig Wittgenstein, Tractatus, 6.36311.
des objets et des images à la conservation 87

TA B L E AU 17 Quelques fréquences angulaires mesurées.

O b s e r va t i o n V i t e s s e a n g u l a i r e ω = 2π/T

Rotation de la Galaxie 2π ⋅ 0,14 ⋅ 10−15 / s = 2π /220 ⋅ 106 a


Rotation moyenne du Soleil autour de son axe 2π ⋅3,8 ⋅ 10−7 / s = 2π / 30 d

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Phare typique 2π ⋅ 0,08/ s
Danseur de ballet faisant une pirouette 2π ⋅ 3/ s
Moteur diesel de navire 2π ⋅ 5/ s
Rotor d ’un hélicoptère 2π ⋅ 5,3/ s
Machine à laver jusqu ’à 2π ⋅ 20/ s
Flagelle bactérien 2π ⋅ 100/ s
Moteur de voiture de course jusqu ’à 2π ⋅ 600/ s
Le moteur à turbine le plus rapide jamais construit 2π ⋅ 103 / s
Les pulsars les plus rapides (étoiles en rotation) jusqu ’à au moins 2π ⋅ 716/ s
Ultracentrifugeuse > 2π ⋅ 2 ⋅ 103 / s
jusqu ’à 2π ⋅ 13 ⋅ 103 / s

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Roulette dentaire
Rotation du proton 2π ⋅ 1020 / s
Fréquence angulaire de Planck, la plus grande fré-2π⋅ 1035 / s
quence possible

L a rotation
Le mouvement circulaire nous maintient en vie. Sans l ’alternance du jour et de la nuit,
nous serions morts de chaleur ou de froid, selon notre position sur le globe terrestre. Un
court résumé sur la rotation est donc nécessaire. Nous avons vu auparavant qu ’un corps
est décrit par sa réticence à se mouvoir ; de manière similaire, un corps possède une ré-
ticence à tourner. Cette quantité est appelée son moment d’ inertie et est communément
notée Θ. La vitesse ou la fréquence de la rotation est signalée par la vitesse angulaire,
usuellement notée ω. Quelques valeurs trouvées dans la nature sont données dans le Ta-
bleau 17.
Les quantités observables qui décrivent la rotation sont semblables à celles qui dé-
crivent le mouvement de translation, comme indiqué dans le Tableau 18. Comme la
masse, le moment d ’ inertie est défini de telle façon que la somme des moments ciné-
tiques L – le produit du moment d ’ inertie par la vitesse angulaire – est conservée dans
tout système qui n’ interagit pas avec le monde extérieur :

∑ Θ i ω i = ∑ L i = const . (18)
i i

De la même façon que la conservation de la quantité de mouvement (ou « moment li-


néaire » [N.d.T.]) définit la masse, la conservation du moment cinétique (ou « moment
angulaire » [N.d.T.]) définit le moment d ’ inertie.
Le moment d ’ inertie peut être lié à la masse et à la forme d ’un corps. Si le corps est
considéré comme étant constitué d ’éléments de masse ou de volume très petits, l ’expres-
88 4 des objets et des images à la conservation

TA B L E AU 18 Correspondances entre mouvement de translation et de rotation.

Q ua nt it é Tr a n s l at i o n R o tat i o n

État temps t temps t


position x angle φ
quantité de mou- p = mv L = Θω

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


moment cinétique
vement
énergie mv 2 /2 énergie Θω 2 /2
Mouvement vitesse v vitesse angulaire ω
accélération a accélération angu- α
laire
Réticence au mouvement masse m moment d ’ inertie Θ
Variation du mouvement force ma couple Θα

sion qui en résulte est


Θ = ∑ m n r 2n ,

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(19)
n

où r n est la distance de l ’élément de masse m n à l ’axe de rotation. Pouvez-vous confirmer


Défi 139 e cette expression ? Par conséquent, le moment d ’ inertie d ’un corps dépend de l ’axe de
Défi 140 s rotation choisi. Pouvez-vous vérifier qu ’ il en est ainsi pour le cube ?
Certes, la grandeur du moment d ’ inertie dépend également de la disposition de l ’axe
utilisé pour sa définition. Pour chaque direction d ’axe différente, nous pouvons distin-
guer un moment d ’ inertie intrinsèque, lorsque l ’axe traverse le centre de masse du corps,
d ’un moment d ’ inertie extrinsèque, lorsque ce n’est pas le cas*. De la même manière,
nous distinguons les moments cinétiques intrinsèque et extrinsèque. (Par ailleurs, le
centre de masse d ’un corps est ce point imaginaire qui se déplace en ligne droite lors
d ’une chute verticale, même si le corps est en rotation. Pouvez-vous trouver une ma-
Défi 142 s nière de déterminer sa position pour un corps en particulier ?)
Tout objet qui possède une orientation possède également un moment cinétique in-
Défi 143 s trinsèque. (Qu ’en est-il de la sphère ?) Toutefois, les particules ponctuelles n’ont pas de
moment cinétique intrinsèque – du moins en première approximation. (Cette conclusion
sera modifiée en théorie quantique.) Le moment cinétique extrinsèque L d ’une particule
ponctuelle est donné par

L=r×p= L=rp=
2A(T)m 2A(T)m
ainsi (21)
T T

où p représente la quantité de mouvement de la particule, A(T) est la surface balayée par

* Les moments d ’ inertie intrinsèque et extrinsèque sont liés par la formule

Θ ext = Θ int + md 2 , (20)

où d représente la distance entre le centre de masse et l ’axe de rotation extrinsèque. Cette relation est appelée
Défi 141 s théorème des axes parallèles de Steiner. Êtes-vous apte à la démontrer ?
des objets et des images à la conservation 89

majeur : "r x p" les doigts


dans le sens
L
de rotation :
le pouce
indique

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


r le
index : "p" moment
A cinétique
pouce : "r"
p
F I G U R E 40 Moment cinétique et les deux versions de la règle de la main droite.

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axe sans
frottement

F I G U R E 41 Comment un serpent se retourne F I G U R E 42 Le singe peut-il


autour de son axe. atteindre la banane ?

le vecteur position r de la particule pendant le temps T*. Le moment cinétique indique


donc la direction de l ’axe de rotation, en suivant la règle de la main droite, tel que montré
sur la Figure 40.
Nous définissons alors une énergie de rotation associée comme

L2
E rot = 21 Θ ω2 = . (23)

* Pour les curieux, le résultat du produit vectoriel a × b entre deux vecteurs a et b est défini comme étant
un vecteur perpendiculaire à la fois aux deux vecteurs, dont l ’orientation est donnée par la règle de la main
droite, et dont la longueur est donnée par ab sin ∢(a, b), c ’est-à-dire par l ’aire du parallélogramme délimité
par les deux vecteurs. À partir de cette définition, vous pouvez montrer que le produit vectoriel possède les
Défi 144 e propriétés suivantes :

a × b = −b × a , a × (b + c) = a × b + a × c , λa × b = λ(a × b) = a × λb ,
a×a =0 , a(b × c) = b(c × a) = c(a × b) , a × (b × c) = b(ac) − c(ab) ,
(a × b)(c × d) = a(b × (c × d)) = (ac)(bd) − (bc)(ad) ,
(a × b) × (c × d) = c((a × b)d) − d((a × b)c) ,
a × (b × c) + b × (c × a) + c × (a × b) = 0 . (22)

Le produit vectoriel n’existe (pratiquement) que dans les espaces vectoriels à trois dimensions. (Voir l ’ An-
Page ?? nexe ??.) Le produit vectoriel s’annule si et seulement si les vecteurs sont parallèles entre eux. Le parallélépi-
Défi 145 e pède délimité par les trois vecteurs a, b et c possède un volume V = c(a × b). La pyramide ou le tétraèdre
formé à partir des trois vecteurs possède un sixième de ce volume.
90 4 des objets et des images à la conservation

Cette expression est similaire à l ’expression de l ’énergie cinétique d ’une particule.


Pouvez-vous estimer la réponse à la question suivante : de combien de fois la grandeur de
l ’énergie cinétique de rotation de la Terre est-elle plus importante que la consommation
Défi 146 s annuelle d ’électricité par l ’ humanité ? Si vous pouviez mettre la main sur un procédé
qui permettrait de contrôler cette énergie, vous deviendriez illustre.

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Comme dans la situation du mouvement de translation, l ’énergie cinétique de rota-
tion et le moment cinétique ne sont pas systématiquement conservés dans le monde ma-
croscopique : l ’énergie cinétique de rotation peut varier à cause des frottements, et le
moment cinétique peut être modifié par des forces externes (les couples). Malgré tout,
ces deux quantités sont toujours conservées à l ’échelle microscopique pour des systèmes
isolés.
Sur une surface parfaitement lisse, que l ’on peut imiter avec de la glace polie ou avec
une dalle de marbre badigeonnée d ’une couche d ’ huile, il est impossible de se déplacer
en avant. Pour réussir à bouger, nous avons besoin de nous appuyer contre quelque chose.
Cela est-il également le cas pour la rotation ?
Bizarrement, il est possible de tourner même sans s’appuyer contre quelque chose.

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Vous pouvez l ’expérimenter sur un fauteuil tournant de bureau bien lubrifié : simplement
en tournant un bras au-dessus de la tête. Après chaque tour de bras, l ’orientation de la
chaise est rectifiée d ’une petite quantité. Certes, la conservation du moment cinétique
et de l ’énergie cinétique de rotation n’empêche pas les corps de changer d ’orientation.
Les chats l ’apprennent dans leur jeunesse. Une fois qu ’ ils se sont imprégnés de cette as-
tuce, s’ ils sont lâchés les pattes vers le haut, ils peuvent se retourner sur eux-mêmes de
Réf. 61 telle façon qu ’ ils atterrissent invariablement sur leurs pattes. Les serpents savent aussi
comment se retourner sur eux-mêmes, comme le montre la Figure 41. Au cours des jeux
Olympiques nous pouvons observer les véliplanchistes et les gymnastes exécuter des fi-
Défi 147 d gures similaires. Sur ce point, la rotation est ainsi différente de la translation. (Pourquoi ?)
Le moment cinétique est conservé. Cette allégation est valide pour tout axe, pourvu
que le frottement ne joue aucun rôle, ou que des forces externes (couples) n’exercent
Réf. 3 aucune action. Pour entériner ce point, Jean-Marc Lévy-Leblond souleva le problème de
la Figure 42. Le singe peut-il atteindre la banane sans quitter son plateau, en supposant
que le plateau sur lequel le singe se trouve puisse tourner autour de l ’axe sans aucun
Défi 148 s frottement ?

Des roues en rotation


La rotation est un phénomène intéressant à bien des égards. Une roue qui roule ne
tourne pas autour de son axe, mais autour de son point de contact. Regardons cela de
plus près.
Une roue de rayon R est en rotation si la vitesse de l ’axe v axe est reliée à la vitesse
angulaire ω par
ω=
v axe
. (24)
R
Pour tout point P situé sur la roue, à la distance r de l ’axe, la vitesse v P est la somme du
mouvement de l ’axe et du mouvement autour de l ’axe. La Figure 43 montre que v P est
perpendiculaire à d, la distance entre le point P et le point de contact de la roue. La figure
des objets et des images à la conservation 91

ωr ω d = vp
P ωR

r ω R = vaxe

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


d
R

F I G U R E 43 Les vitesses et les F I G U R E 44 Une simulation d’une


vecteurs unitaires pour une roue roue à rayons en rotation.
en rotation.

Défi 149 e montre également que le rapport des longueurs entre v P et d est le même qu ’entre v axe
et R. Par conséquent, nous pouvons écrire :

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vP = ω × d , (25)

qui indique qu ’une roue en rotation tourne en réalité autour de son point de contact
avec le sol.
Curieusement, lorsqu ’une roue roule, certains points situés dessus se déplacent en
direction de l ’axe de la roue, quelques autres demeurent à distance fixe par rapport à cet
Défi 150 s axe et d ’autres encore s’écartent de celui-ci. Pouvez-vous localiser ces différents points ?
En même temps, ils nous amènent à découvrir des motifs captivants lorsqu ’une roue à
Réf. 62 rayons en rotation, telle qu ’une roue de vélo, est photographiée.
À l ’aide de ces résultats, vous pouvez entreprendre d ’élucider le défi passionnant qui
Réf. 63 suit. Lorsqu ’une roue de bicyclette prend un virage sur une surface glissante, elle va déra-
per pendant un certain temps puis va continuer à rouler. De quelle façon la vitesse finale
Défi 151 d dépend-elle de la vitesse initiale et du frottement ?

C omment marchons-nous ?
Le golf est une agréable promenade gâchée par

“ une petite balle blanche.


Mark Twain

Pourquoi déplaçons-nous nos bras lorsque nous marchons ou courons ? Pour conser- ”
ver l ’énergie. En réalité, quand un mouvement du corps est exécuté avec le moins d ’éner-
gie possible, il est naturel et gracieux. (Cela peut en fait être considéré comme étant la
véritable définition de la grâce. Cette relation est un fait notoire dans le monde de la
Réf. 17 danse. C ’est également un aspect élémentaire des méthodes utilisées par les acteurs pour
apprendre à déplacer leur corps aussi gracieusement que possible.)
Pour vous convaincre vous-même de l ’économie d ’énergie en jeu, tentez de marcher
ou courir avec vos bras figés ou en mouvement dans la direction opposée à la direction
habituelle : l ’effort requis est considérablement plus important. Quand une jambe se dé-
place, elle produit un couple autour de l ’axe du corps qui demande à être contrebalancé.
92 4 des objets et des images à la conservation

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


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F I G U R E 45 La décomposition du mouvement d’un homme qui marche. (© Ray McCoy)

La stratégie qui utilise le moins d ’énergie est de balancer les bras. Puisque les bras sont
plus légers que les jambes, ils doivent se déplacer plus loin par rapport à l ’axe du corps
pour compenser la quantité de mouvement. L’évolution a ainsi déplacé le point d ’attache
des bras, les épaules, beaucoup plus loin que celui des jambes, les hanches. Les animaux
qui ont deux jambes mais pas de bras, comme les pingouins ou les pigeons, marchent
beaucoup plus laborieusement, ils sont contraints de déplacer leur tronc corporel entier
à chaque pas.
Quels muscles effectuent le plus d ’effort lors de la marche, ce mouvement que les
Réf. 64 spécialistes nomment la démarche ? En 1980, Serge Gracovetsky a découvert que, dans
la démarche humaine, l ’essentiel de la force est fourni par les muscles situés le long de
l ’ épine dorsale, et non par ceux des jambes. (En fait, les individus dépourvus de jambes
sont toujours capables de marcher.) Lorsque vous effectuez un pas, les muscles lombaires
redressent l ’épine dorsale, ce qui l ’oblige mécaniquement à tourner un peu d ’un côté, de
sorte que le genou de la jambe de ce côté vienne automatiquement en avant. Quand le
pied se déplace, les muscles lombaires peuvent se relâcher et à nouveau se redresser au
pas suivant. En fait, nous pouvons ressentir l ’augmentation de la tension des muscles
Défi 152 e dorsaux lors de la marche sans nécessairement déplacer les bras, confirmant ainsi où se
trouve le moteur corporel.
Les jambes humaines diffèrent de celles des singes sur un plan fondamental : les hu-
mains sont capables de courir. Il se trouve que le corps humain tout entier a été taillé
pour la course, une aptitude qu ’aucun autre primate ne possède. Le corps humain s’est
dépouillé de sa toison pour obtenir un meilleur refroidissement, a développé la capacité
de courir tout en gardant la tête en position stable, a développé la longueur adéquate des
bras pour un équilibre approprié lors de la course, et possède même un ligament particu-
lier dans le dos qui fonctionne comme un amortisseur pendant celle-ci. Autrement dit,
de toutes les formes de mouvement, c ’est la course qui est la plus humaine.
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93

et astres
céleste
Voûte
des objets et des images à la conservation

Soleil
Lune
ou

F I G U R E 46 La parallaxe – non dessinée à l’échelle.


Terre en
rotation

N
Chapitre 5

DE L A ROTAT ION DE L A T E R R E À L A

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


R E L AT I V I T É DU MOU V E M E N T

Eppur si muove !


La quête des réponses à cette question donne un magnifique panorama de l ’ histoire
Anonyme*

de la physique classique. Aux environs de l ’an 265 av. J.-C., le penseur grec Aristarque
Réf. 65 de Samos s’évertuait à soutenir que la Terre tourne. Il avait mesuré la parallaxe de la Lune

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(aujourd ’ hui estimée à près de 0,95°) et celle du Soleil (aujourd ’ hui connue comme étant
de 8,8 ′ )**. La parallaxe est une notion captivante, c ’est l ’angle qui décrit la différence
entre les positions d ’un corps sur la voûte céleste lorsqu ’ il est vu par un observateur
situé sur la surface de la Terre et lorsqu ’ il est vu par un observateur hypothétique situé
au centre de la Terre (voir la Figure 46). Aristarque avait remarqué que la Lune et le
Soleil oscillent dans le firmament, et que cette oscillation a une période de 24 heures. Il
en conclut alors que la Terre tourne.
Page 17 La mesure de l ’aberration de la lumière, qui peut être détectée avec un téles-
cope lorsque nous admirons les étoiles, démontre également la rotation de la Terre.
L’ aberration est une anomalie dans la direction d ’arrivée de la lumière, elle sera bientôt
expliquée. À l ’équateur, la rotation de la Terre ajoute une déviation angulaire de 0,32 ′ ,
changeant de signe toutes les 12 heures, à l ’aberration due au mouvement de la Terre au-
tour du Soleil, d ’environ 20,5 ′ . À notre époque moderne, les astronomes ont accumulé
un grand nombre de pièces à conviction supplémentaires, mais aucune d ’entre elles n’est
accessible à l ’ homme de la rue.
Par ailleurs, les mesures indiquant que la Terre n’est pas une sphère parfaite, mais
qu ’elle est aplatie aux pôles, confirment la rotation de la Terre. De nouveau, toutefois,
cette mesure du dix-huitième siècle réalisée par Maupertuis*** n’est pas accessible à
notre observation quotidienne.
C ’est alors que, dans les années 1790 à 1792 à Bologne, Giovanni Battista Guglielmini
(1763–1817) parvint finalement avec succès à mesurer ce que Galilée et Newton avaient
postulé être la preuve la plus simple de la rotation de la Terre. Sur la Terre, les objets

* « Et pourtant elle tourne ! » est la phrase faussement attribuée à Galilée à propos de la Terre. Il est vrai,
cependant, que lors de son procès il fut contraint de rétracter publiquement son idée d ’une Terre en mou-
vement pour garder la vie (voir la note du bas de la page 229).
** Pour la définition des angles voir la page 52, et pour la définition des unités angulaires voir l ’ Annexe B.
*** Pierre Louis Moreau de Maupertuis (1698–1759), physicien et mathématicien français. Il fut un des per-
sonnages clés dans la quête du principe de moindre action, qu ’ il nomma de cette manière. Il fut également
nommé président de l ’Académie des sciences de Berlin.
à la relativité du mouvement 95

sphère 5 km

Terre

5 km 5 km
Équateur

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


F I G U R E 47 Déviation à la forme sphérique de la
Terre due à sa rotation.
5 km

v = ω (R+h)
h N h

v = ω R
ϕ

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N Équateur

S
F I G U R E 48 Les déviations de la chute libre en direction de l’est et en direction de l’équateur dues à la
rotation de la Terre.

ne chutent pas verticalement, mais sont légèrement déviés vers l ’est. Cette déviation sur-
vient parce qu ’un objet conserve sa vitesse horizontale, celle qu ’ il a au point culminant
à partir duquel il commence à tomber, comme indiqué sur la Figure 48. La découverte
de Guglielmini fut la première pièce à conviction non astronomique de la rotation de
la Terre. Les expériences furent renouvelées en 1802 par Johann Friedrich Benzenberg
(1777–1846). En utilisant des boules métalliques qu ’ il lâcha de la tour de l ’église Saint-
Michel à Hambourg – d ’une hauteur de 76 m – Benzenberg trouva que la déviation
vers l ’est était de 9,6 mm. Pouvez-vous confirmer que la valeur mesurée par Benzenberg
concorde à peu près avec l ’ hypothèse que la Terre fait un tour sur elle-même toutes les
Défi 153 pe 24 heures ? (Il y a également une déviation plus petite en direction de l ’équateur, qui ne
fut pas mesurée par Guglielmini, Benzenberg ou quiconque après eux jusqu ’à ce jour, ce-
pendant cela complète la liste des effets de la rotation de la Terre sur la chute libre.) Ces
deux déviations sont aisément compréhensibles si nous nous rappelons que les objets qui
chutent décrivent une ellipse autour du centre de la Terre en rotation. Cette forme ellip-
tique indique que la trajectoire d ’une pierre lancée en l ’air ne se situe pas dans un plan
pour un observateur debout sur la Terre. Pour un tel observateur, la trajectoire exacte ne
peut donc être dessinée sur une feuille de papier.
En 1835, l ’ ingénieur et mathématicien Gustave-Gaspard Coriolis (1792–1843), le ci-
toyen français qui a également introduit les concepts modernes de « travail » et d ’ « éner-
gie cinétique », mit le doigt sur un effet étroitement lié que personne n’avait jusqu ’alors
remarqué dans la vie courante. Un objet qui voyage dans un espace en rotation ne se
96 5 de la rotation de la terre

Ψ1
N

Centre de
la Terre φ

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Éq
ua
teu
r
Ψ0
Ψ1
F I G U R E 49 Le mouvement circulaire d’un pendule dévoilant la rotation de la Terre.

déplace par le long d ’une ligne droite. Si la rotation est antihoraire, comme pour l ’ hé-
misphère Nord de la Terre, la vitesse d ’un objet est légèrement détournée vers la droite,
bien que sa grandeur reste constante. Cette notion ainsi nommée accélération de Coriolis
(ou force de Coriolis) est provoquée par la variation de la distance à l ’axe de rotation.
Pouvez-vous en déduire son expression analytique, à savoir aC = 2ω × v ?

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Défi 154 s
L’accélération de Coriolis explique la tendance qu ’ont de nombreux phénomènes à
grande échelle à adopter une forme en spirale, tels le sens des cyclones et anticyclones
en météorologie, le modèle global des vents sur la Terre et la variation des courants océa-
niques et des marées. Plus admirablement, l ’accélération de Coriolis explique pourquoi
les icebergs ne suivent pas la direction du vent lorsqu ’ ils dérivent en s’éloignant des ca-
Réf. 66 lottes polaires. L’accélération de Coriolis joue aussi un rôle dans la trajectoire des boulets
de canon (ce qui était la motivation initiale de Coriolis), dans les lancements de satellites,
dans le déplacement des taches solaires et même dans le mouvement des électrons dans
Réf. 67 les molécules. Tous ces phénomènes sont de signes opposés dans les hémisphères Nord
et Sud et, par conséquent, prouvent la rotation de la Terre. (Durant la Première Guerre
mondiale, plusieurs artilleurs de la force navale américaine ratèrent leurs cibles dans l ’ hé-
misphère Sud parce que les ingénieurs avaient calibré les canons en tenant compte de
l ’effet de Coriolis valable pour l ’ hémisphère Nord.)
Ce n’est qu ’en 1962, après plusieurs tentatives antérieures de la part d ’autres cher-
Réf. 68 cheurs, qu ’Asher Shapiro put vérifier le premier que l ’effet de Coriolis avait une influence
imperceptible sur la direction du tourbillon formé par l ’écoulement de l ’eau dans une
baignoire. À la place d ’une baignoire ordinaire, il eut besoin d ’utiliser une installation
expérimentale soigneusement conçue parce que, contrairement à une affirmation cou-
rante, cet effet ne peut être perçu dans une vraie baignoire. Il y parvint seulement en
éliminant prudemment toutes les perturbations sur le système. Par exemple, il attendit
24 heures après le remplissage de la cuve (et en vérité ne céda jamais sa place à quelqu ’un
d ’autre durant tout ce temps !) afin d ’éviter tout mouvement résiduel de l ’eau qui aurait
pu perturber l ’effet, et construisit un mécanisme d ’ouverture, établi consciencieusement,
entièrement symétrique par rotation. D’autres ont renouvelé l ’expérience dans l ’ hémi-
Réf. 68 sphère Sud, confirmant le résultat. En d ’autres termes, la tendance qu ’ont les tourbillons
des baignoires ordinaires à tourner n’est pas causé par la rotation de la Terre, mais ré-
sulte de la manière dont l ’eau commence à s’écouler. Mais continuons avec l ’ histoire de
la rotation de la Terre.
Finalement, en 1851, le médecin français reconverti à la physique Jean Bernard Léon
à la relativité du mouvement 97

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


F I G U R E 50 Le gyroscope.

Foucault (n. Paris 1819, d. Paris 1868) réalisa une expérience qui ôta tout scepticisme à
cet égard et le rendit mondialement célèbre en l ’espace de pratiquement une seule nuit.
Il suspendit un pendule long de 67 m* au Panthéon à Paris et montra au public stupéfait
que la direction de ses oscillations variait au cours du temps, en tournant lentement. Pour
quiconque ayant quelques minutes de patience pour observer le changement de direction,

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l ’expérience prouvait que la Terre tourne. Si la Terre ne tournait pas, le balancement du
pendule se serait toujours effectué dans la même direction. Sur une Terre qui tourne, la
direction varie vers la gauche, tel qu ’ indiqué sur la Figure 49, à moins que le pendule ne
soit situé à l ’équateur**. Le temps pendant lequel l ’orientation du balancement fait un
tour complet – le temps de précession – peut être calculé. Étudiez un pendule oscillant
dans la direction nord-sud et vous trouverez que le temps de précession TFoucault est
Défi 156 d donné par
TFoucault =
24 h
(26)
sin φ

où φ est la latitude de la position du pendule, c ’est-à-dire 0° à l ’équateur et 90° au


pôle Nord. Cette formule est un des résultats les plus admirables de la cinématique gali-
léenne***.
Foucault fut également l ’ inventeur du gyroscope et celui qui le baptisa ainsi. Il construi-
sit l ’appareil, présenté sur la Figure 50, en 1852, un an après son pendule. Avec celui-ci, il
démontra une nouvelle fois la rotation de la Terre. Puisqu ’un gyroscope tourne, son axe
demeure fixe dans l ’espace – mais seulement lorsqu ’ il est observé depuis des étoiles ou
des galaxies lointaines. (Ce n’est pas la même chose que de parler d ’ espace absolu. Pour-
Défi 157 s quoi ?) Pour un observateur situé sur Terre, la direction de l ’axe varie régulièrement avec
une période de 24 heures. Les gyroscopes sont maintenant utilisés de manière routinière
sur les bateaux et dans les avions pour donner la direction du nord, parce qu ’ ils sont

Défi 155 d * Pourquoi un pendule si long est-il nécessaire ? En comprendre les raisons nous permet de refaire l ’expé-
Réf. 69 rience chez nous, en utilisant un pendule court de 70 cm, avec des manipulations astucieuses.
** La découverte montre également comment la précision et le génie sont pieds et poings liés. En fait, la
première personne à observer cet effet fut Vincenzo Viviani, un élève de Galilée, dès 1661 ! Foucault a sûre-
ment lu le travail de Viviani dans les publications de l ’Accademia dei Lincei (l ’Académie des Lynx, la plus
ancienne académie purement scientifique d ’ Europe, fondée à Rome en 1603 [N.d.T.]). Mais il fallut le génie
de Foucault pour associer cet effet à la rotation de la Terre, personne ne le fit avant lui.
*** Le calcul de la période du pendule de Foucault présuppose que le rythme de précession est constant
durant une rotation. Ce n’est qu ’une approximation (bien que généralement excellente).
98 5 de la rotation de la terre

r
E

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


m m O

F I G U R E 51 Montrer la rotation de la F I G U R E 52 Démontrer la rotation de la


Terre par le truchement de la rotation Terre avec de l’eau.
d’un axe.

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beaucoup plus précis et fiables que les boussoles magnétiques. Dans les modèles les plus
récents, nous utilisons la course circulaire de rayons laser au lieu de masses en rotation*.
En 1909, Roland von Eőtvős mesura un effet ordinaire : en raison de la rotation de la
Terre, le poids d ’un objet dépend de la direction dans laquelle il se déplace. Par consé-
quent, une balance en rotation autour de l ’axe vertical ne reste pas en parfaite position
horizontale : la balance commence à osciller délicatement. Pouvez-vous expliquer l ’ori-
Défi 159 s gine de cet effet ?
Réf. 70 En 1910, John Hagen publia les résultats d ’une expérience encore plus simple, propo-
sée par Louis Poinsot en 1851. Deux masses sont posées sur une barre horizontale qui peut
tourner autour d ’un axe vertical, un dispositif connu sous le nom d ’ isotoméographe. Si
les deux masses sont déplacées lentement vers le support, tel que montré sur la Figure 51,
et si le frottement est négligeable, les barres tournent. Certes, ceci ne surviendrait pas si
Défi 160 s la Terre ne tournait pas. Pouvez-vous donner une explication à cette observation ? Cet
effet peu connu est également utile pour que les physiciens fassent des paris entre eux.
En 1913, Arthur Compton montra qu ’on peut tirer profit d ’un tuyau fermé rempli
d ’eau et de quelques minuscules particules en suspension (ou des bulles) pour montrer
Réf. 82 que la Terre tourne. Cet appareil est appelé un tube de Compton ou une roue de Comp-
ton. Compton montra que, lorsqu ’un tube horizontal rempli d ’eau est tourné de 180°,
quelque chose se produit qui nous permet de démontrer que la Terre tourne. L’expé-
rience, indiquée sur la Figure 52, permet même de mesurer la latitude du point où l ’ex-
Défi 161 d périence est réalisée. Pouvez-vous deviner ce qui se passe ?
En 1925, Albert Michelson** et ses collaborateurs dans l ’ Illinois construisirent un in-
terféromètre sous vide d ’un périmètre invraisemblable de 1,9 km. Les interféromètres
Page ?? produisent des franges lumineuses brillantes et sombres, l ’emplacement des franges dé-
pendant de la vitesse avec laquelle l ’ interféromètre tourne. Le décalage des franges est dû

Défi 158 s * Pouvez-vous deviner comment la rotation est détectée dans ce cas précis ?
** Albert Abraham Michelson (n. Strzelno 1852, d. Pasadena 1931), physicien prussien puis polonais, et enfin
américain des États-Unis. Il était obsédé par la mesure précise de la vitesse de la lumière, et reçut le prix
Nobel de physique en 1907.
à la relativité du mouvement 99

à un effet mesuré pour la première fois en 1913 par le physicien français Georges Sagnac :
la rotation d ’un interféromètre circulaire tout entier d ’une vitesse angulaire (vecteur) Ω
Défi 162 s produit un décalage de phase angulaire ∆φ de la frange, donné par

∆φ =
8π Ω A
(27)

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique



où A est la superficie (vecteur) du domaine encerclé par les deux rayons lumineux qui in-
terfèrent, λ est leur longueur d ’onde et c la vitesse de la lumière. Cet effet est dorénavant
Réf. 71 nommé l ’ effet Sagnac, même s’ il avait été prédit 20 ans auparavant par Oliver Lodge*.
Michelson et son équipe décelèrent un décalage de frange d ’une période de 24 heures,
dont la grandeur était exactement celle prévue par la rotation de la Terre. Des versions
récentes de haute précision utilisent des lasers en anneau sur des surfaces de quelques
mètres carrés seulement, mais capables de détecter des variations dans le rythme de ro-
tation de la Terre de moins d ’une partie par million. En réalité, au cours d ’une année, la
durée d ’une journée fluctue de façon irrégulière de quelques millisecondes, principale-
ment à cause des influences du Soleil et de la Lune, à cause des changements climatiques

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Réf. 72 et de la convection du magma brûlant au cœur de la Terre**. Mais les tremblements de
terre, le phénomène climatique El Niño et le remplissage des énormes digues fluviales
ont également des répercussions sur la rotation de la Terre. Tous ces effets peuvent être
étudiés avec la précision adéquate par des interféromètres ; ceux-ci peuvent également
être utilisés dans la recherche sur les mouvements de la croûte terrestre provoqués par
les marées lunaires ou les tremblements de terre, et dans les vérifications de la validité de
la théorie de la relativité.
En résumé, les observations démontrent que la surface de la Terre tourne à raison
de 463 m/s à l ’équateur, une valeur plus grande que celle de la vitesse du son dans l ’air
– environ 340 m/s dans des conditions normales – et qu ’en réalité nous tournoyons à
travers le cosmos.

C omment la terre tourne-t-elle ?


La rotation de la Terre est-elle constante à l ’échelle des temps géologiques ? C ’est une
question ardue. Si vous pouviez découvrir une méthode qui pourrait apporter une ré-
ponse, publiez-la ! (Ceci est également vrai pour la question de savoir si la durée de l ’an-
Réf. 73 née est constante.) Seul un petit nombre de méthodes sont connues, comme nous allons
le découvrir par la suite.
La rotation de la terre n’est pas constante même pendant la durée d ’une vie humaine.
Elle varie de quelques parties pour 108 . Plus précisément, à l ’échelle des temps « sécu-
laires », la durée de la journée augmente d ’environ 1 ou 2 ms par siècle, principalement
à cause des frottements provoqués par la Lune (les marées, les mouvements de la croûte
terrestre [N.d.T.]), et par la fonte des glaciers polaires. C ’est ce qui ressort de l ’analyse
* Oliver Lodge (1851–1940) était un physicien britannique qui étudia les ondes électromagnétiques et tenta
de communiquer avec les morts. Personnalité étrange mais influente, ses idées sont fréquemment citées
lorsque l ’on allie divertissement et physique. Par ailleurs, il fut un des (rares) physiciens persuadés à la fin
du dix-neuvième siècle que la physique était achevée.
** L’effet de la croissance des feuilles des arbres sur le changement du moment d ’ inertie de la Terre, déjà
examiné en 1916 par Harold Jeffreys, est trop insignifiant pour être perçu, du moins jusqu ’à présent.
100 5 de la rotation de la terre

la période de nutation
an 15000 : est de 18,6 ans an 2000 :

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


le pôle Nord pointe le pôle Nord pointe
vers Véga dans vers l’étoile polaire
la Lyre dans la Petite Ourse

précession

N
Orbite d
e l a Lu
ne
Lune
bulbe

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équatorial
Éq bulbe
uat équatorial
eu r

rre
la Te
Orbite de
F I G U R E 53 La précession et la nutation de l’axe de la Terre.

des observations astronomiques historiques consignées par les anciens astronomes baby-
Réf. 74 loniens et arabes. Des variations « décennales » supplémentaires d ’une amplitude de 4
ou 5 ms sont causées par les mouvements de convection de la partie liquide du noyau de
la Terre.
Des variations semestrielles et saisonnières de la longueur du jour – d ’une amplitude
de 0,4 ms tous les six mois, une autre de 0,5 ms sur l ’année, et une de 0,08 ms au bout
de 24 à 26 mois – sont essentiellement provoquées par les effets de l ’atmosphère. Dans
les années 1950, la disponibilité de mesures précises a montré qu ’ il existe même une
variation de 0,2 ms de période de 14 et 28 jours, due à la Lune. Dans les années 1970,
la découverte d ’oscillations dans les vents, sur une échelle de temps d ’environ 50 jours,
montra qu ’elles modifiaient la longueur du jour selon une amplitude d ’environ 0,25 ms.
Toutefois, ces dernières variations sont totalement irrégulières.
Mais tout compte fait, pourquoi la terre tourne-t-elle ? La rotation de la Terre tire son
origine de la rotation du nuage de gaz qui a créé le Système solaire. Ce contexte explique
pourquoi le Soleil et toutes les planètes, sauf une, tournent sur eux-mêmes dans le même
sens, et pourquoi toutes les planètes tournent autour du Soleil dans ce même sens. Mais
Réf. 75 le récit complet de cette histoire sort du cadre de ce manuel.
La rotation autour de son axe n’est pas le seul mouvement de la Terre, elle réalise éga-
à la relativité du mouvement 101

lement d ’autres mouvements. On le savait déjà depuis très longtemps. En 128 av. J.-C.,
l ’astronome grec Hipparque découvrit ce qui est aujourd ’ hui appelé la précession (des
équinoxes). Il avait confronté une mesure qu ’ il avait faite lui-même avec une autre faite
169 ans plus tôt. Hipparque remarqua alors que l ’axe de la Terre pointait dans la direction
d ’astres différents à des moments différents. Il en conclut que la voûte céleste se dépla-

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


çait. Aujourd ’ hui nous préférons dire que c ’est l ’axe de la Terre qui bouge. En l ’espace
d ’une période de 25 800 ans, l ’axe dessine un cône avec un angle ouvert de 23,5°. Ce
mouvement, dessiné sur la Figure 53, est engendré par les forces de marées de la Lune
et du Soleil sur le renflement équatorial de la Terre, ce qui a aussi pour conséquence de
façonner son aplatissement. Le Soleil et la Lune essayent d ’aligner l ’axe de la Terre per-
pendiculairement à la trajectoire de celle-ci, ce couple conduisant à la précession de l ’axe
de la Terre. (Le même effet survient avec n’ importe quelle toupie ou dans l ’expérience
avec les roues suspendues montrée à la page 170.)
De plus, l ’ axe de la Terre n’est pas fixe non plus par rapport à sa surface. En 1884,
en mesurant l ’angle exact du pôle Nord céleste au-dessus de l ’ horizon, Friedrich Küst-
ner (1856–1936) remarqua que l ’axe de la Terre se déplaçait par rapport à l ’écorce ter-

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restre, tel que Bessel l ’avait suggéré 40 ans plus tôt. Comme conséquence de la décou-
verte de Küstner, le Service international des latitudes (International Latitude Service,
ou ILS [N.d.T.]) fut créé. Il s’avéra que le mouvement polaire que Küstner avait décou-
vert était constitué de trois composantes : une légère dérive longitudinale – non encore
élucidée –, un mouvement elliptique annuel dû aux variations saisonnières des masses
d ’air et d ’eau, et un mouvement circulaire* d ’une période d ’environ 1,2 année causé par
les fluctuations de la pression exercée dans les bas-fonds des océans. Concrètement, le
Réf. 76 pôle Nord se déplace d ’une distance de 15 m autour d ’une position centrale moyenne.
En 1912, le météorologiste allemand et géophysicien Alfred Wegener (1880–1930) dé-
couvrit un phénomène encore plus important. Après avoir étudié les formes des plateaux
continentaux et les strates géologiques des deux côtés de l ’Atlantique, il conjectura que
les continents se déplacent, et qu ’ ils sont tous des fragments d ’un seul continent originel
qui s’est brisé il y a 200 millions d ’années**.
Bien qu ’elle fût d ’abord tournée en dérision tout autour du globe, la découverte de
Wegener était correcte. Les relevés des satellites modernes, indiqués sur la Figure 54,
confirment ce modèle. Par exemple, le continent américain s’éloigne du continent euro-
péen d ’environ 10 mm par an. Certains conjecturent également que cette vitesse a pu être
plus importante à certaines époques dans le passé. La manière de le vérifier est d ’obser-
ver la magnétisation des roches sédimentaires. Aujourd ’ hui, c ’est toujours un domaine
de la recherche de pointe. En suivant la version moderne de ce modèle, appelé la tecto-
nique des plaques, les continents (d ’une masse volumique de 2,7 ⋅ 103 kg/m3 ) flottent sur
le manteau fluide de la Terre (d ’une masse volumique de 3,1 ⋅ 103 kg/m3 ) comme des frag-

* Ce mouvement circulaire, un vacillement, fut prédit par le grand mathématicien suisse Leonhard Euler
(1707–1783). En faisant usage de cette prédiction et des données de Küstner, Seth Chandler proclama en 1891
être l ’ initiateur de cette composante circulaire.
** Dans cet ancien supercontinent, appelé Gondwana, il y avait un fleuve colossal qui s’écoulait vers l ’ouest
depuis le Tchad jusqu ’à Guayaquil en Équateur. Après que le continent se fut divisé, ce fleuve continua à
s’écouler vers l ’ouest. Lorsque la cordillère des Andes s’éleva, l ’eau fut entravée dans sa course, et plusieurs
millions d ’années plus tard, elle s’écoula en sens inverse. Aujourd ’ hui, ce fleuve s’écoule toujours vers l ’est
et est appelé l ’ Amazone.
102 5 de la rotation de la terre

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


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F I G U R E 54 Les plaques continentales sont les objets d’étude du mouvement tectonique.

Page 107, page ?? ments de liège sur de l ’eau,, la convection à l ’ intérieur du manteau terrestre constituant
Réf. 77 le moteur de ce mouvement.

L a Terre se déplace-t-elle ?
Le centre de gravité de la Terre n’est pas au repos par rapport à l ’univers. Durant le
troisième siècle av. J.-C. Aristarque de Samos proférait avec véhémence que la Terre
tourne autour du Soleil. Cependant, le fait que les étoiles aient une apparence identique
tout au long de l ’année représente un obstacle fondamental au système héliocentrique.
Comment est-ce possible puisque la Terre voyage autour du Soleil ? La distance entre la
Terre et le Soleil était connue depuis le dix-septième siècle, mais c ’est seulement en 1837
que Friedrich Wilhelm Bessel* parvint, le premier, à observer la parallaxe d ’un astre. Ce
fut le résultat de mesures extrêmement attentives et de calculs compliqués : il inventa
les fonctions de Bessel afin de pouvoir y parvenir. Il fut capable de déceler une étoile, 61
Cygni, dont la position apparente changeait en fonction des mois de l ’année. Observée
durant une année entière, l ’étoile décrit une petite ellipse dans le ciel, d ’une ouverture
d ’angle de 0,588 ′′ (c ’est la valeur moderne). Après avoir soigneusement écarté toutes les
autres explications possibles, Bessel déduisit que la variation de la position était due au
mouvement de la Terre autour du Soleil, et, à partir de la taille de l ’ellipse, il détermina
Défi 163 s la distance de l ’étoile à 105 Pm, ou 11,1 années-lumière.
Bessel avait donc accompli pour la première fois l ’estimation de la distance d ’une
étoile. Ce faisant, il prouvait également que la Terre n’est pas fixe par rapport aux étoiles
dans le ciel et qu ’elle effectue en réalité des révolutions autour du Soleil. Ce mouvement
lui-même n’était pas une surprise. Il confirmait le résultat sur l ’ aberration de la lumière

* Friedrich Wilhelm Bessel (1784–1846), astronome allemand, délaissa une carrière prospère dans les affaires
pour dédier sa vie aux étoiles et devint le principal astronome de son époque.
à la relativité du mouvement 103

précession variation de l’ellipticité
axe de rotation

Terre
Soleil

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Soleil

axe de variation de l’inclinaison
rotation

Terre avancée du périhélie
Soleil

Terre
variation de l’inclinaison orbitale

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P
Soleil
P
Soleil

F I G U R E 55 Variations du mouvement de la Terre autour du Soleil.

Page 17 mentionné plus haut, découvert en 1728 par James Bradley* et qui sera bientôt évoqué.
La Terre tourne autour du Soleil.
Avec le perfectionnement des télescopes, d ’autres mouvements de la Terre furent dé-
couverts. En 1748, James Bradley déclara qu ’ il existe une minuscule variation régulière
de la précession, qu ’ il nomma la nutation, d ’une période de 18,6 années et d ’une ampli-
tude angulaire de 19,2 ′′ . La nutation se produit parce que le plan de l ’orbite de la Lune
autour de la Terre ne coïncide pas exactement avec le plan de l ’orbite de la Terre autour
Défi 164 pe du Soleil. Seriez-vous capable de vérifier que cette situation induit la nutation ?
Les astronomes ont également découvert que l ’ inclinaison de 23,5° – ou l ’ obliquité –
de l ’ axe de la Terre, qui représente l ’angle entre son moment cinétique intrinsèque et son
moment cinétique orbital, varie en réalité de 22,1° à 24,5° tous les 41 000 ans. Ce mou-
vement est provoqué par l ’attraction du Soleil et les écarts de la forme de la Terre par
rapport à la sphère parfaite. Pendant la Seconde Guerre mondiale, en 1941, l ’astronome
serbe Milutin Milankovitch (1879–1958) se retrancha dans l ’ isolement et en étudia les
conséquences. Dans ses recherches il s’est rendu compte que cette période d ’ inclinaison
de 41 000 années ainsi qu ’une période moyenne de 22 000 ans de précession** ont provo-
qué l ’avènement de plus de 20 périodes glaciaires durant les derniers 2 millions d ’années.
* James Bradley, (1693–1762), astronome anglais. Il fut un des premiers astronomes à saisir l ’ importance des
mesures précises et modernisa complètement l ’Observatoire de Greenwich, dans la banlieue de Londres. Il
découvrit l ’aberration de la lumière, une innovation qui montrait que la Terre se déplace et qui lui permettait
également de mesurer la vitesse de la lumière. Il découvrit aussi la nutation de la Terre.
** Il se trouve que la précession de 25 800 ans a provoqué trois ères caniculaires, de 23 700, 22 400 et 19 000
ans, dues aux interactions entre la précession et l ’avancée du périhélie.
104 5 de la rotation de la terre

120 000 al = 1,2 Zm

notre galaxie

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


orbite de notre système solaire local

trajectoire
500 al = 5 Em du Soleil
50 000 al = 500 Em

F I G U R E 56 Déplacement du Soleil au sein de la Galaxie.

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Ce phénomène survient suite à une exposition plus ou moins forte des pôles au Soleil.
Les quantités variables de glace fondue conduisent alors à des variations de la tempéra-
ture moyenne. La dernière ère glacière a vu son apogée il y a environ 20 000 ans et s’est
achevée il y a quelque 11 800 ans, la prochaine est encore loin de nous. Une confirmation
éclatante des cycles des ères glacières, sans compter les nombreuses pièces à conviction
géologiques, est fournie par les relevés des rapports des isotopes de l ’oxygène dans les sé-
diments marins, ce qui permet de retracer l ’évolution de la température moyenne durant
Réf. 78 le dernier million d ’années.
L’orbite de la Terre modifie également son excentricité au cours du temps, passant
d ’une forme entièrement circulaire à légèrement ovale et ainsi de suite. Toutefois, cela se
produit selon un schéma très complexe, sans aucune régularité périodique, et est engen-
dré par l ’ influence des grosses planètes du Système solaire sur l ’orbite terrestre. L’échelle
de temps caractéristique est de l ’ordre de 100 000 à 125 000 ans.
De plus, l ’ inclinaison de l ’orbite terrestre varie par rapport à l ’orbite des autres pla-
nètes, de +2,5° à −2,5° et vice versa. Cela semble se produire régulièrement tous les
100 000 ans.
Même la direction vers laquelle l ’ellipse se dirige varie avec le temps. Ce phénomène,
connu sous le nom d ’ avancée du périhélie, est dû en grande partie à l ’ influence des autres
planètes ; le reste, une petite partie résiduelle, sera capital dans le chapitre sur la relativité
générale. Ce fut la première donnée expérimentale qui confirma la théorie.
De toute évidence, la longueur de l ’année varie également au cours du temps. Les
écarts mesurés sont de l ’ordre de quelques parties pour 1011 soit environ 1 ms par an.
Cependant, la connaissance de ces variations et de leurs sources est beaucoup plus rudi-
mentaire que celle des oscillations de la rotation de la Terre.
L’étape suivante est de se demander si le Soleil lui-même se déplace. La réponse est
oui. Localement, il se déplace avec une vitesse de 19,4 km/s en direction de la constella-
tion d ’ Hercule. Cela fut démontré par William Herschel en 1783. Mais globalement, le
mouvement est beaucoup plus captivant. Le diamètre de la Galaxie fait au moins 100 000
années-lumière, et nous sommes situés à 26 000 années-lumière du bulbe central. (Ce
à la relativité du mouvement 105

fait est connu depuis 1918, le centre de la galaxie est situé dans la direction du Sagittaire.)
À notre emplacement, la Galaxie a une épaisseur de 1 300 années-lumière et, en ce mo-
Réf. 79 ment, nous sommes 68 années-lumière « au-dessus » du plan central. Le Soleil, et avec
lui le Système solaire tout entier, met environ 225 millions d ’années pour faire une révo-
lution autour du centre galactique, sa vitesse orbitale étant approximativement 220 km/s.

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Il semble que le Soleil continuera de s’éloigner du plan de la Galaxie jusqu ’à ce qu ’ il
soit à peu près à 250 années-lumière au-dessus de celui-ci, puis amorcera un mouve-
ment opposé, comme indiqué sur la Figure 56. La période d ’oscillation est estimée à
approximativement 60 millions d ’années, et a été invoquée comme étant le processus de
l ’extinction massive de la vie animale sur Terre, probablement à cause de quelque nuage
de matière rencontré sur notre itinéraire. Ce point est encore largement débattu dans la
communauté des chercheurs.
Nous tournons autour du centre de la Galaxie parce que la formation des galaxies,
comme celle du Système solaire, se produit toujours dans un tourbillonnement de ma-
tière. D’ailleurs, pouvez-vous confirmer à partir de vos propres observations que notre
Défi 165 s Galaxie tourne sur elle-même ?

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Enfin, nous pouvons nous demander si la Galaxie elle-même se déplace. Son mou-
vement peut être observé en réalité parce qu ’ il est possible d ’évaluer le mouvement du
Soleil à travers l ’univers, en le définissant comme étant son mouvement par rapport au
Réf. 80 rayonnement de fond cosmique. Cette valeur a été mesurée comme étant de 370 km/s.
(La vitesse de la Terre par rapport au rayonnement de fond cosmique dépend bien sûr
des saisons.) Cette valeur est une combinaison du mouvement du Soleil autour du centre
de la Galaxie et du mouvement de la Galaxie elle-même. Cette dernière est provoquée
par l ’attraction gravitationnelle des galaxies les plus proches dans notre groupe local de
galaxies*.
En résumé, la Terre se déplace réellement, et elle le fait d ’une manière quelque peu
complexe. Comme Henri Poincaré le dirait, si nous sommes en un lieu donné aujour-
d ’ hui, par exemple le Panthéon à Paris, et que nous revenons au même endroit demain à
la même heure, nous serons en réalité 31 millions de kilomètres plus loin. Cette descrip-
tion des choses pourrait rendre les voyages dans le temps extrêmement ardus dans le cas
où ils seraient possibles (ce qui n’est pas vrai), toutes les fois que vous rentreriez d ’un
voyage dans le passé, vous devriez viser extrêmement juste pour retrouver l ’ancienne
position !

L a rotation est-elle relative ?


Lorsque nous nous retournons brutalement, nos bras se soulèvent. Pourquoi en est-il
ainsi ? Comment notre corps peut-il percevoir le fait que nous sommes en rotation ou
non ? Il y a deux interprétations possibles. La première approche, promue par Newton,
est de dire que l ’espace est absolu : à chaque fois que nous tournons par rapport à cet
espace, le système réagit. L’autre réponse est de remarquer qu ’à chaque fois que les bras
se soulèvent les astres tournent aussi, et exactement de la même manière. En d ’autres
termes, notre corps détecterait la rotation parce que nous nous déplaçons par rapport à
la distribution moyenne de la masse dans l ’espace.
* C ’est la fin subite de notre ascension. Remarquez que l ’ expansion de l ’univers, qui sera étudiée plus tard,
ne produit aucun mouvement.
106 5 de la rotation de la terre

L’argument le plus souvent cité par rapport à cette discussion est attribuable à New-
ton. À la place des bras, il examina le cas de l ’eau dans un seau en rotation. Comme
d ’ habitude pour les discussions philosophiques, la réponse de Newton fut guidée par
son comportement mystique déclenché par la mort de son père quelques années aupara-
vant. Newton voyait l ’espace absolu comme un dogme religieux et n’était pas même ca-

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


pable d ’ imaginer une alternative. Newton pensait donc que la rotation était un concept
absolu. La plupart des scientifiques contemporains ont moins de préjugés et sont plus
raisonnés que Newton. Ainsi, le consensus moderne formule que les effets de la rotation
sont dus à la distribution de masse dans l ’univers : la rotation est relative. Cependant,
soyons honnêtes : cette question ne peut être élucidée par la physique galiléenne. Nous
aurons besoin de la relativité générale.

Curiosités et défis amusants sur le mouvement quotidien


C ’est un fait mathématique établi que la

“ projection de ce caillou depuis ma main modifie


la position du centre de gravité du cosmos.

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Thomas Carlyle*, Sartor Resartus III.

Voici quelques questions à méditer au sujet du mouvement.

∗∗
Une automobile roulant à une certaine vitesse donnée consomme 7 litres d ’essence pour
Défi 167 s 100 km. Quelle est la résistance combinée de l ’air et de la route sur la roue ? (Supposez
que le moteur possède un rendement de 25 %.)

∗∗
Lors d ’un voyage en train, vous pouvez tester la déclaration de Galilée sur la relativité
quotidienne du mouvement. Fermez vos yeux et demandez à quelqu ’un de vous faire
tourner sur vous-même plusieurs fois : êtes-vous capable de dire dans quelle direction le
Défi 168 e train est en marche ?
∗∗
Un train commence à rouler à une vitesse constante de 10 m/s entre deux villes A et B,
séparées de 36 km. Le train prendra une heure pour effectuer le trajet. En même temps
que le train démarre, une colombe rapide commence à voler de A jusqu ’à B, à 20 m/s.
Étant plus rapide que le train, la colombe arrive la première en B. Elle se met alors à voler
en direction de A. Lorsqu ’elle rencontre le train, elle fait encore demi-tour vers la ville
B. Elle vole en faisant des allers-retours jusqu ’à ce que le train parvienne en B. Quelle
Défi 169 e distance la colombe a-t-elle parcourue ?

∗∗
Une bonne balance de salle de bains, utilisée pour déterminer le poids d ’une personne,
n’ indique pas un poids constant lorsque vous vous appuyez dessus puis que vous demeu-
Défi 170 s rez immobile. Pourquoi en est-il ainsi ?

Défi 166 s * Thomas Carlyle (1797–1881). Êtes-vous d ’accord avec la citation ?


à la relativité du mouvement 107

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


F I G U R E 57 N’est-il pas risqué de lâcher le bouchon ?

montagne
h
plaine océan
croûte continentale

d
manteau
magma

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F I G U R E 58 Un modèle simple pour les continents et les montagnes.

∗∗
Un bouchon est fixé à une mince ficelle d ’un mètre de long. La ficelle passe sur une
longue tige tenue horizontalement, et un verre à pied est attaché à l ’autre bout. Si vous
laissez tomber le bouchon comme sur la Figure 57, rien ne se brise. Pourquoi ? Que se
Défi 171 s passe-t-il ?

∗∗
En 1901, Duncan MacDougalls, un médecin, mesura le poids de personnes en train de
mourir, dans le but de déterminer si la mort provoque une variation de la masse. Il releva
une modification subite d ’environ 20 g au moment du décès, avec de grandes variations
Défi 172 s d ’un individu à l ’autre. Il attribua cela à l ’ âme. Cette explication est-elle satisfaisante ?
(Si vous en connaissez une plus satisfaisante, publiez-la !)

∗∗
La croûte terrestre est moins dense (2,7 kg/l) que le manteau terrestre (3,1 kg/l) et flotte
sur celui-ci. Par conséquent, la croûte plus légère située sous une crête montagneuse doit
être bien plus profonde que celle située sous une plaine. Si une montagne s’élève à 1 km
Défi 173 s au-dessus de la plaine, à quelle profondeur doit être située la croûte sous elle ? Le mo-
dèle simple en blocs montré sur la Figure 58 convient assez bien. D’abord il explique
pourquoi, à proximité des montagnes, des mesures de la variation de la chute libre par
rapport à la ligne verticale conduisent à des valeurs bien plus petites que celles attendues
sans une croûte profonde. De plus, des mesures sonores ont directement confirmé que
la croûte continentale est en réalité plus épaisse sous les montagnes.
∗∗
Posez en équilibre un stylo verticalement (la pointe vers le haut !) sur une feuille de pa-
108 5 de la rotation de la terre

état avant impact état après impact

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


F I G U R E 59 Un jouet bien connu.

pier posée près du rebord d ’une table. Comment pouvez-vous retirer la feuille sans faire
Défi 174 e tomber le stylo ?

∗∗
Prenez un empilement de pièces de monnaie. Nous pouvons faire sortir les pièces, en
commençant par celle située tout en bas de la pile, en projetant une autre pièce sur la

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surface de la table. Cette méthode nous aide également à visualiser la conservation bidi-
Défi 175 e mensionnelle de la quantité de mouvement.

∗∗
Début 2004, deux hommes et une femme ont gagné 1,2 million £ en une soirée seulement
dans un casino de Londres. Ils ont réussi en appliquant la formule de la mécanique ga-
liléenne. Ils utilisèrent la méthode initiée par plusieurs physiciens dans les années 1950
qui avaient construit divers calculateurs minuscules, lesquels pouvaient prédire le résultat
Réf. 81 d ’une bille de jeu de roulette à partir de la vitesse initiale communiquée par le croupier.
Dans le cas de nos Britanniques, le groupe ajouta un scanner laser à un smartphone (un
téléphone mobile couplé à un PDA [N.d.T.]) qui mesurait la trajectoire de la bille de
roulette et prédisait les numéros sur lesquels elle devait s’ immobiliser. De cette façon, ils
passaient de 1 chance sur 37 de gagner à environ 1 chance sur 6. Après six mois d ’ inves-
tigations, Scotland Yard statua qu ’ ils pouvaient conserver l ’argent qu ’ ils avaient gagné.
∗∗
Un aller-retour par avion – à partir d ’un point A jusqu ’à un point B puis retour au point
Défi 176 e A – est-il plus rapide si le vent souffle, ou pas ?

∗∗
Le jouet de la Figure 59 (un pendule de Newton ou « Newton’s cradle » en anglais
[N.d.T.]) soulève un comportement intéressant : lorsqu ’un certain nombre de sphères
sont soulevées puis relâchées pour frapper celles qui sont au repos, le même nombre de
sphères se détache de l ’autre côté, tandis que les sphères précédemment relâchées de-
meurent immobiles. À première vue, tout cela semble découler de la conservation de
l ’énergie et de la quantité de mouvement. Cependant, la conservation de l ’énergie et de
la quantité de mouvement ne fournit que deux équations, ce qui s’avère insuffisant pour
expliquer ou déterminer le comportement de cinq sphères. Alors pourquoi les sphères
se comportent-elles de cette manière ? Et pourquoi oscillent-elles toutes en phase après
Défi 177 d qu ’un temps suffisamment long s’est écoulé ?
à la relativité du mouvement 109

état avant impact état après impact


V=0 v V‘ v’ 0

2L,2M L, M

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


F I G U R E 60 Une collision élastique qui semble ne pas respecter la conservation de l’énergie.

mur

échelle

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F I G U R E 61 Le centre de F I G U R E 62
masse détermine la Comment
stabilité. l’échelle
tombe-t-elle ?

∗∗
Un effet surprenant est employé dans les outils domestiques tels que les perceuses à per-
cussion. Nous nous rappelons que lorsqu ’une petite balle frappe élastiquement une plus
grosse au repos, les deux balles se déplacent après le choc, et la plus petite se déplace évi-
Réf. 83 demment plus vite que la plus grosse. Malgré cette assertion, lorsqu ’un cylindre court
frappe un autre plus long de même diamètre et de même matière, mais d ’une longueur
qui est un multiple entier de celle du cylindre court, quelque chose de stupéfiant se pro-
duit. Après le choc, le petit cylindre reste pratiquement au repos tandis que le plus grand
se déplace, tel qu ’ indiqué sur la Figure 60. Quand bien même la collision est élastique, la
conservation de l ’énergie semble ne pas être vérifiée dans cette situation. (En réalité c ’est
pour cette raison que les démonstrations des collisions élastiques sont toujours effectuées
Défi 178 d avec des sphères à l ’école.) Qu ’arrive-t-il à l ’énergie ?

∗∗
Un mur est-il plus fortement secoué lorsqu ’ il est frappé avec une balle qui rebondit sur
Défi 179 s lui ou lorsqu ’ il est frappé avec une balle qui reste collée dessus ?

∗∗
Les femmes au foyer savent comment déboucher une bouteille de vin en utilisant une
Défi 180 s étoffe. Pouvez-vous imaginer comment ? Elles savent également extraire le bouchon avec
l ’étoffe si celui-ci est tombé à l ’ intérieur de la bouteille. Comment ?
∗∗
Le problème de l ’ échelle qui glisse, schématisé sur la Figure 62, requiert une analyse
110 5 de la rotation de la terre

détaillée du mouvement de l ’échelle dans le temps. Le problème est plus difficile qu ’ il


n’y paraît, même si le frottement est négligé. Pouvez-vous dire si l ’extrémité inférieure
Défi 181 pe touche toujours le plancher ?
∗∗

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Réf. 84 Une mouche commune posée sur la poupe d ’un bateau de 30 000 tonnes et de 100 m de
longueur l ’ incline d ’une distance plus petite que le diamètre d ’un atome. Aujourd ’ hui,
des distances si petites sont facilement mesurées. Pouvez-vous penser à au moins deux
Défi 182 s méthodes pour cela, dont une qui ne devrait pas coûter plus de 2 000 euros ?

∗∗
Le degré d ’accélération qu ’un homme peut supporter dépend de la durée pendant
laquelle il est soumis à celle-ci. Pour un dixième de seconde, une accélération de
30 д= 300 m/s2 , telle celle produite par un siège éjectable dans un avion, est accep-
table. (Il paraît que le record d ’accélération qu ’un homme a pu supporter est d ’environ
80 д = 800 m/s2 .) Mais de manière empirique on affirme que des accélérations de 15 д
= 150 m/s2 ou plus sont fatales.

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∗∗
Les plus fortes accélérations microscopiques sont observées dans les collisions de parti-
cules, où nous obtenons des valeurs allant jusqu ’à 1035 m/s2 . Les plus fortes accéléra-
tions macroscopiques se produisent probablement dans les effondrements internes des
supernovae, des étoiles en explosion qui peuvent être lumineuses au point d ’être visibles
dans le ciel en plein jour. Un équivalent sur Terre est l ’ intérieur des bulles qui implosent
dans des liquides, un processus nommé cavitation. La cavitation produit souvent de la lu-
mière, un effet découvert par Frenzel et Schulte en 1934 et appelé sonoluminescence. (Voir
la Figure 63.) Elle se manifeste de façon frappante quand des bulles d ’air dans l ’eau sont
étendues puis contractées par des haut-parleurs sous-marins à environ 30 kHz et elle au-
torise des mesures précises du mouvement des bulles. À un certain seuil d ’ intensité, le
rayon de la bulle varie à la vitesse de 1 500 m/s dans un espace réduit de quelques µm,
Réf. 85 donnant une accélération de plusieurs fois 1011 m/s2 .
∗∗
Si un pistolet situé à l ’équateur tire une balle verticalement, où la balle va-t-elle retom-
Défi 183 s ber ?

∗∗
Pourquoi la plupart des bases de lancement de fusées sont-elles aussi rapprochées que
Défi 184 s possible de l ’équateur ?

∗∗
Le voyage à travers l ’espace interplanétaire serait-il sans risque pour la santé ? Les gens
fantasment souvent à propos des longues excursions à travers le cosmos. Les expériences
ont montré que, lors de voyages de longue durée, les rayons cosmiques, l ’affaiblissement
de la structure osseuse et la dégénérescence musculaire sont les plus grands périls. Un
grand nombre d ’experts médicaux s’ interrogent sur la viabilité du voyage spatial pro-
à la relativité du mouvement 111

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


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F I G U R E 63 Observation de la sonoluminescence et schéma de l’installation expérimentale.

longé, d ’une durée de plus de deux années. D’autres dangers sont les coups de soleil
brusques, du moins à proximité du Soleil, et l ’exposition au vide spatial. Jusqu ’à présent
Réf. 86 un seul homme a fait l ’expérience du vide sans protection. Il perdit conscience au bout
de 14 secondes, mais fut sain et sauf.

∗∗
Comment peut-on comparer l ’énergie cinétique d ’une balle de fusil à celle d ’un homme
Défi 185 s qui court ?
∗∗
Dans quelle direction une flamme s’ incline-t-elle si elle brûle à l ’ intérieur d ’une fiole
Défi 186 s posée sur une platine en rotation ?

∗∗
Une balle de ping-pong est attachée à une pierre par une ficelle, et le tout est mis sous
l ’eau dans un récipient. L’ installation est dessinée sur la Figure 64. Maintenant, le ré-
Défi 187 s cipient est accéléré horizontalement. Dans quelle direction la balle se déplace-t-elle ?
Qu ’en déduisez-vous pour un récipient au repos ?

∗∗
Qu ’arrive-t-il à la taille d ’un œuf lorsque nous le disposons dans une fiole de vinaigre
Défi 188 s pendant plusieurs jours ?
∗∗
112 5 de la rotation de la terre

L’ accélération centrifuge existe-t-elle ? La plupart des étudiants d ’université ont eu cette


stupéfaction d ’entendre, durant un cours, un professeur leur annoncer qu ’ il s’agit d ’une
notion « imaginaire », contredisant ainsi l ’expérience que nous avons tous eue en condui-
sant un véhicule dans un virage. Demandez simplement au professeur qui affirme cela
de vous définir l ’ « existence ». (La définition que les physiciens utilisent généralement

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Page ?? est donnée dans l ’ Intermède qui achève cette partie.) Vérifiez alors si la définition s’ap-
Défi 189 s plique à ce terme et essayez vous-même de faire une expérience de pensée.

∗∗
La rotation cache une surprise pour celui qui l ’étudie attentivement. Le moment ciné-
tique est une quantité qui possède une grandeur et une direction. Cependant, ce n’est
pas un vecteur, comme nous le montre n’ importe quel miroir. Le moment cinétique
d ’un corps qui tourne dans un plan parallèle au miroir agit d ’une manière différente
d ’une flèche commune : son image dans le miroir n’est pas réfléchie s’ il pointe dans la
Défi 190 e direction du miroir ! Vous pouvez aisément vérifier cela vous-même. Pour cette raison,
le moment cinétique est désigné par le terme de pseudo-vecteur. Cette circonstance ne

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constitue pas une entrave importante en physique classique, mais nous devrons garder
cela à l ’esprit pour des occasions futures.

∗∗
Quelle est la meilleure manière de transporter un certain nombre de tasses pleines de
Défi 191 s café ou de thé tout en évitant de renverser du précieux liquide ?

∗∗
La Lune fuit la Terre à raison de 3,8 cm par an, à cause du frottement. Pouvez-vous dé-
Défi 192 s voiler le mécanisme qui en est responsable ?

∗∗
Quelle est l ’amplitude d ’oscillation d ’un pendule qui se balance de telle manière que les
valeurs absolues de son accélération à son point le plus bas et à son point de rebrousse-
Défi 193 pe ment soient égales ?
∗∗
Pouvez-vous confirmer que la valeur de l ’accélération d ’une goutte d ’eau chutant à tra-
Défi 194 pe vers de la vapeur est д/7 ?

∗∗
Que sont les tremblements de terre ? Les tremblements de terre sont des exemples de
grande ampleur du même processus qui fait qu ’une porte grince. Les plaques continen-
tales correspondent aux surfaces métalliques situées au niveau des gonds de la porte.
Les tremblements de terre peuvent être assimilés à des sources d ’énergie. L’échelle
de Richter constitue une évaluation immédiate de leur énergie. La magnitude de Richter
M s d ’un séisme, un simple nombre, est définie à partir de son énergie E en joule via la
relation
log(E/1 J) − 4, 8
Ms = . (28)
1, 5
à la relativité du mouvement 113

balle de ping-pong
ficelle
pierre

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


F I G U R E 64 Comment la balle se F I G U R E 65 La célèbre
déplace-t-elle quand le récipient pierre celtique et une
est accéléré ? variante fabriquée
avec une cuillère.

Les nombres arbitraires qui apparaissent dans l ’expression ont été choisis de façon à rap-
procher le plus possible les valeurs des séismes de l ’ancienne échelle de Mercalli (main-
tenant dénommée EMS98), purement qualitative, qui échelonne l ’ intensité d ’un séisme.
Toutefois, ce n’est pas complètement possible : les instruments les plus sensibles aujour-

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d ’ hui détectent des séismes de magnitude −3. La plus grande valeur jamais mesurée fut
une magnitude de 10 sur l ’échelle de Richter, au Chili en 1960. Des magnitudes supé-
Défi 195 s rieures à 12 sont probablement impossibles. (Pouvez-vous montrer pourquoi ?)

∗∗
La Figure 65 montre l ’ intéressante pierre celtique, une pierre qui commence à tourner sur
Réf. 83 une surface plane dès qu ’on la fait osciller. La taille peut varier de quelques centimètres à
quelques mètres. Nous pouvons réaliser une variante élémentaire de ce surprenant outil
simplement en pliant le manche d ’une cuillère, pourvu que la pliure ne soit pas parfaite-
ment symétrique. La rotation se fait toujours dans le même sens. Si la pierre est mise en
rotation dans la mauvaise direction, au bout d ’un moment elle s’ immobilise et recom-
Défi 196 d mence à tourner dans l ’autre sens ! Pouvez-vous expliquer cet effet ?
∗∗
Quel est le mouvement du point de la surface terrestre qui a le Soleil à son zénith (c ’est-
à-dire verticalement au-dessus de lui) lorsqu ’ il est observé sur une carte de la Terre pen-
Défi 197 pe dant une journée, puis jour après jour ?

∗∗
Le moment d ’ inertie d ’un corps dépend de la forme du corps en question. Générale-
ment, le moment cinétique et la vitesse angulaire ne pointent pas dans la même direction.
Défi 198 s Pouvez-vous entériner ce fait avec un exemple ?

∗∗
Peut-il se produire qu ’une antenne parabolique d ’un satellite géostationnaire de télévi-
Défi 199 s sion focalise la lumière du Soleil sur le récepteur ?
∗∗
Pourquoi est-il ardu de mettre à feu une fusée depuis un avion dans la direction opposée
Défi 200 s du mouvement de l ’avion ?
114 5 de la rotation de la terre

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


F I G U R E 66 Comment le singe va-t-il se déplacer ?

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∗∗
Prenez deux sphères creuses de même poids, de même taille et peintes toutes les deux
avec la même couleur. L’une d ’entre elles est faite de cuivre, l ’autre est en aluminium.
Bien évidemment, elles tombent avec la même vitesse et la même accélération. Que se
Défi 201 pe passe-t-il si elles roulent toutes les deux de haut en bas sur un plan incliné ?

∗∗
Un singe est suspendu à une corde. La corde passe par-dessus la roue d ’une poulie et
est liée à une masse de poids égal suspendue à l ’autre extrémité, tel qu ’ indiqué sur la
Figure 66. La corde et la roue sont sans masse et dénuées de tout frottement. Que se
Défi 202 s passe-t-il quand le singe grimpe vers le haut ?
∗∗
Défi 203 pe Quelle est la figure formée par une corde lors du saut à la corde ?
∗∗
Comment pouvez-vous mesurer la vitesse d ’une balle de fusil avec une échelle et une
Défi 204 s règle graduée seulement ?

∗∗
Pourquoi un fusil peut-il faire un trou dans une porte mais ne peut pas la pousser pour
Défi 205 e l ’ouvrir, ce qui est parfaitement opposé à ce qu ’un doigt peut effectuer ?

∗∗
Un skieur nautique peut-il se déplacer avec une vitesse plus grande que celle du bateau
Défi 206 s qui le tire ?
∗∗
Prenez deux boîtes de conserve de même taille et de même poids, une pleine de raviolis
Défi 207 e et l ’autre pleine de petits pois. Laquelle roule plus rapidement sur un plan incliné ?
à la relativité du mouvement 115

∗∗
Défi 208 s Quel est le moment d ’ inertie d ’une sphère homogène ?
∗∗
Le moment d ’ inertie est déterminé par les valeurs des composantes de ses trois axes prin-

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


cipaux. Celles-ci sont toutes identiques pour une sphère ou pour un cube. Cela signifie-t-
il qu ’ il est impossible de faire la différence entre une sphère et un cube concernant leur
Défi 209 s comportement inertiel ?

∗∗
Vous devez certainement connaître le « Dynabee » (une imitation du Powerball
[N.d.T.]), un dispositif gyroscopique qui se tient dans la main et qui peut être ac-
céléré à des vitesses élevées par des mouvements appropriés de la main. Comment
Défi 210 d fonctionne-t-il ?
∗∗

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Il est possible de réaliser une toupie avec une agrafeuse métallique. Il est même possible
de réaliser une de ces toupies-là en la faisant tourner sur la tête. Pouvez-vous découvrir
Défi 211 s comment ?

∗∗
Est-il vrai que la Lune, lorsqu ’elle est dans son premier quartier dans l ’ hémisphère Nord,
Défi 212 s ressemble au dernier quartier de Lune dans l ’ hémisphère Sud ?

∗∗
Une confirmation splendide que la Terre est ronde peut être aperçue au coucher du Soleil
si nous tournons, contrairement à nos habitudes, le dos au couchant. Dans la partie orien-
tale de la voûte céleste, nous pouvons contempler la montée impressionnante de l ’ ombre
de la Terre. (En réalité, des recherches attentives montrent que ce n’est pas l ’ombre de la
Terre, mais plutôt l ’ombre de l ’ ionosphère.) Nous pouvons admirer une énorme tache
s’élevant à travers l ’ horizon tout entier, ayant distinctement la forme d ’un segment d ’un
vaste cercle.

∗∗
Défi 213 s À quoi ressemblerait la photographie de la Figure 67 si elle était prise à l ’équateur ?

∗∗
La course en arrière est un sport intéressant. Les records mondiaux de courses en
arrière en 2006 peuvent être consultés sur http://www.recordholders.org/en/list/
backwards_running.html. Vous serez surpris de voir combien ces records sont plus
Défi 214 e élevés que votre meilleur temps individuel de course en avant.
∗∗
Puisque la Terre est ronde, il y a plusieurs chemins différents pour aller d ’un point à un
autre sur celle-ci en suivant la courbe d ’un segment de cercle. Cela a une conséquence
intéressante notamment pour les ballons de volley et pour ceux qui aiment mater les jo-
116 5 de la rotation de la terre

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


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F I G U R E 67 Le ciel nocturne après une pose longue – au-dessus du télescope du Mauna Kea à Hawaï
(Gemini).

lies filles. Prenez un ballon de volley et observez sa valve. Si vous voulez déplacer la valve
par une simple rotation à une autre position, vous pouvez choisir l ’axe de rotation de
Défi 215 e différentes manières. Êtes-vous d ’accord avec cela ? En d ’autres termes, lorsque nous re-
gardons dans une direction donnée et que nous voulons alors regarder dans une autre
direction, l ’œil parvient à accomplir cette modification de différentes manières. L’option
choisie par l ’œil humain a déjà été étudiée par des biologistes durant le dix-huitième
siècle. C ’est ce que nous appelons la « loi » de Listing*. Elle établit que tous les axes choi-
sis par la nature se trouvent dans un plan unique. Pouvez-vous imaginer sa position dans
Défi 216 s l ’espace ? Les hommes ont un intérêt indubitable à ce que ce mécanisme soit scrupuleu-
sement respecté : sinon, mater les filles sur la plage pourrait provoquer l ’enchevêtrement
des muscles directeurs des yeux.

Des jambes ou des roues ? – Suite


L’accélération et la décélération des véhicules motorisés ordinaires dépassent rare-
ment environ 1 д = 9,8 m/s2 , l ’accélération due à la gravité sur notre globe. Des accé-
lérations plus importantes sont atteintes par les motos et les voitures de course grâce à
l ’utilisation de suspensions qui dévient le poids vers les essieux et par l ’utilisation de

* Si vous souhaitez apprendre plus en détail comment la nature et l ’œil y parviennent avec toute la complexité
des trois dimensions, consultez les sites Web http://schorlab.berkeley.edu/vilis/whatisLL.htm et http://www.
med.uwo.ca/physiology/courses/LLConsequencesWeb/ListingsLaw/perceptual2.htm.
à la relativité du mouvement 117

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


F I G U R E 68 Un lézard, le basilic commun (Basiliscus basiliscus), courant sur l’eau, indiquant comment les
jambes propulsives prennent appui sur l’eau. (© TERRA)

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carénages, de telle sorte que le véhicule est poussé vers le bas avec une force plus élevée
que celle due à son propre poids. Les carénages modernes sont si efficaces pour plaquer
une voiture contre la piste que les voitures de course peuvent rouler à vive allure sur le
plafond d ’un tunnel sans tomber.
Par le truchement de pneus spéciaux, ces forces dirigées vers le bas sont transformées
en prise d ’adhérence. Les pneus modernes de compétition supportent des accélérations
vers l ’avant, vers l ’arrière et sur les côtés (requises lors d ’une augmentation de vitesse,
lors du freinage et lors de la prise d ’un virage) d ’approximativement 1,1 à 1,3 fois la charge
du véhicule. Les ingénieurs pensaient auparavant qu ’un facteur de 1 était la limite théo-
rique, et cette limite est encore quelquefois rencontrée dans les manuels. Mais les progrès
dans la technologie des pneus, principalement dus à une compréhension plus fine de l ’ in-
terface entre le pneu et la surface de la route ainsi qu ’à une mise en œuvre plus astucieuse
du mécanisme des boîtes de vitesses, ont permis aux ingénieurs d ’atteindre ces valeurs
plus élevées. Les plus fortes accélérations, autour de 4 д, sont atteintes lorsqu ’une par-
tie du pneu fond et colle à la surface. Les pneus exceptionnels conçus à cet effet sont
utilisés pour les dragsters, mais les maquettes de véhicules radiocommandés de haute
performance peuvent également atteindre de telles valeurs.
Comment comparer tous ces efforts à l ’usage de jambes ? Les athlètes du saut en hau-
teur peuvent atteindre des crêtes d ’accélération d ’environ 2 à 4 д, les guépards plus de
3 д, les galagos (des lémuriens) jusqu ’à 13 д, les criquets environ 18 д, et des puces ont été
Réf. 87 mesurées dans une accélération d ’environ 135 д. L’accélération maximale connue dans le
règne animal est celle de l ’ insecte claqueur (Agriotes lineatus, plus connu sous le nom de
taupin [N.d.T.]), un petit insecte capable d ’accélérer jusqu ’à plus de 2 000 m/s2 = 200 д,
à peu près autant qu ’un plomb de fusil à air comprimé lorsqu ’ il est tiré. Les jambes sont
donc des dispositifs d ’accélération indubitablement plus efficaces que les roues – un gué-
pard peut aisément dépasser n’ importe quelle voiture ou moto – et l ’évolution a déve-
loppé les jambes, à la place de roues, pour augmenter les chances de survie d ’un animal
en danger. En bref, les jambes sont plus performantes que les roues.
118 5 de la rotation de la terre

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


F I G U R E 69 Un gerris ou araignée d’eau. (© Charles Lewallen)

Il existe d ’autres raisons pour utiliser des jambes plutôt que des roues. (Pouvez-vous
Défi 217 s en citer quelques-unes ?) Par exemple, les jambes, contrairement aux roues, permettent
de marcher sur l ’eau. Le plus célèbre animal capable de réaliser cette prouesse est le basilic
commun (Basiliscus basiliscus)*. Ce reptile est long d ’environ 50 cm et pèse quelque 90 g.
Il ressemble à un minuscule Tyrannosaurus rex et est capable de courir sur ses pattes

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arrière à la surface de l ’eau. Le mouvement a été étudié en détail avec des caméras ultra-
rapides et par des mesures utilisant des modèles en aluminium des pieds de l ’animal.
Les expériences suggèrent que le frappement du pied sur l ’eau ne fournit que 25 % de
Réf. 88 la force nécessaire pour courir sur l ’eau. Les 75 % restants sont apportés par une poche
d ’air comprimé que les basilics engendrent entre leur pied et l ’eau une fois que le pied
est dans l ’eau. En réalité, les basilics marchent principalement sur l ’air**. Il a été calculé
que les hommes sont pareillement aptes à marcher sur l ’eau, à condition que leur pied
frappe l ’eau avec une vitesse de 100 km/h en utilisant la puissance physique simultanée
de 15 sprinters. Ce qui représente vraiment un exploit pour tous ceux qui ont tenté d ’y
parvenir.
Il existe une seconde méthode pour marcher et courir sur l ’eau. Elle permet même à
ses usagers de demeurer immobiles au-dessus de la surface de l ’eau. C ’est ce que les arai-
gnées d ’eau***, des insectes de la famille des Gerridae d ’une longueur totale allant jus-
qu ’à 15 mm, sont capables de faire (tout comme plusieurs espèces d ’araignées). Comme
tous les insectes, l ’araignée d ’eau possède six pattes (les araignées en ont huit). L’arai-
gnée d ’eau utilise les pattes arrière et avant pour glisser au-dessus de la surface, à l ’aide
de milliers de poils minuscules reliés à son corps. Les poils, en même temps que la tension
superficielle de l ’eau, empêchent l ’ insecte d ’être mouillé. Si vous versez du shampooing
sur l ’eau, l ’araignée d ’eau coule et ne peut donc plus se déplacer. Elle utilise ses grandes
pattes du milieu comme des rames pour avancer sur la surface, parvenant de cette façon
à des vitesses allant jusqu ’à 1 m/s. En résumé, les araignées d ’eau se déplacent en fait en
ramant.
Les jambes soulèvent de nombreuses questions intéressantes. Les ingénieurs savent
qu ’un escalier est confortable à gravir seulement si, pour chaque marche, la somme de

* Au Moyen Âge, le mot « basilic » se référait à un monstre légendaire qui était censé apparaître brièvement
juste avant la fin du monde. Aujourd ’ hui, c ’est un petit lézard d ’Amérique centrale.
Réf. 89 ** Les deux méthodes utilisées par le basilic se rencontrent également dans le canoë-kayak de compétition.
*** Également appelées gerridés, et plus joliment encore « patineurs de l ’eau », les araignées d ’eau font en
réalité partie de la famille des punaises [N.d.T.].
à la relativité du mouvement 119

la profondeur l et du double de la hauteur h est une constante : l + 2h = 0,63 ± 0,02 m.


Défi 218 s C ’est la prétendue formule de l ’escalier. Pourquoi s’exprime-t-elle ainsi ?
Tous les animaux possèdent un nombre pair de jambes. Connaissez-vous une excep-
Défi 219 s tion ? Pourquoi n’est-ce pas le contraire ? En réalité, nous pouvons argumenter qu ’aucun
animal n’a moins de quatre jambes. Pourquoi en est-il ainsi ?

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


D’un autre côté, tous les animaux dotés de deux jambes les ont l ’une près de l ’autre,
tandis que les systèmes dotés de roues les ont l ’une derrière l ’autre. Pourquoi n’est-ce
Défi 220 e pas l ’ inverse qui se produit ?
Les jambes fournissent également des instruments simples de mesure des distances :
comptez simplement vos pas. En 2006, il fut découvert que certaines espèces de fourmis,
telle Cataglyphis fortis, tirent profit de cette méthode. Elles peuvent en compter jusqu ’à
Réf. 90 25 000 au moins, comme Matthias Wittlinger et son équipe l ’ont montré. Ces fourmis uti-
lisent cette aptitude pour trouver l ’ itinéraire le plus court pour retourner à leur domicile
même dans un terrain désert dépourvu de tout repère.
Continuons dorénavant avec l ’étude du mouvement transmis à distance, sans qu ’ il y
ait le moindre contact.

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Chapitre 6

DY NA M IQU E DU E À L A

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


G R AV I TAT ION

Caddi come corpo morto cade.

“ Dante, Inferno, c. V, v. 142.*

La première et principale méthode dépourvue de tout contact que nous découvrons



dans notre environnement pour engendrer le mouvement est la hauteur. Elle concerne
les chutes d ’eau, la neige, la pluie et les pommes qui tombent. Le fait que la hauteur ait

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cette propriété parce qu ’ il existe une interaction entre chaque corps et la Terre a constitué
une des découvertes fondamentales de la physique. La gravitation produit une accéléra-
tion le long de la ligne qui relie les centres de gravité du corps et de la Terre. Remarquez
que pour faire cette déclaration il est indispensable de comprendre que la Terre est un
corps, tout comme une pierre ou la Lune, que ce corps est limité et qu ’ il possède par
conséquent un centre et une masse. De nos jours, ces assertions sont communément ad-
mises, mais elles ne sont en aucun cas évidentes d ’après notre expérience quotidienne**.
Comment la gravitation varie-t-elle lorsque deux corps sont éloignés l ’un de l ’autre ?
Les spécialistes des objets lointains sont les astronomes. Au fil des ans, ils ont réalisé une
multitude de relevés sur les mouvements de la Lune et des planètes. Le plus assidu de
tous fut Tycho Brahe***, qui orchestra de manière industrielle la recherche de preuves
astronomiques, grâce au parrainage de son souverain. Ses mesures constituèrent le fon-
dement de la recherche de son jeune assistant, l ’astronome souabe Johannes Kepler****,
* « Je tombai comme un corps que la vie abandonne. » (Traduction de Rivarol, 1867.) Dante Alighieri
(Florence 1265–Ravenne 1321), le premier grand poète de la langue italienne.
** Dans plusieurs mythes sur la création ou l ’agencement du monde, tels celui de la Bible ou celui de l ’ Inde,
la Terre n’est pas un objet, mais une entité définie de façon imprécise, par exemple une île flottante ou
ceinturée par les mers avec des frontières obscures et des explications confuses sur la manière dont elle reste
Défi 221 s suspendue. Parviendrez-vous à convaincre un ami que la Terre est ronde et non pas plate ? Pouvez-vous
trouver un argument différent de celui de la rotondité de l ’ombre de la Terre lorsqu ’elle est visible sur la
Lune ?
Réf. 91 Un célèbre explorateur, Robert Peary, proclama avoir atteint le pôle Nord en 1909. (En réalité, Roald
Amundsen parvint le premier à la fois au pôle Sud et au pôle Nord.) Peary affirmait y avoir pris une photo,
qui fit le tour du monde, mais qui prouva en fait qu ’ il n’était jamais allé là-bas. Pouvez-vous concevoir
Défi 222 s comment ?
D’ailleurs, si la Terre est ronde, les sommets de deux immeubles sont plus éloignés l ’un de l ’autre que
Défi 223 s leur base. Cet effet peut-il être mesuré ?
*** Tycho Brahe (1546–1601), astronome danois mondialement connu, fondateur d ’ Uraniborg (« palais
d ’ Uranie » ou « palais des Cieux », Uranie étant la muse de l ’Astronomie), le palais dédié à l ’astronomie.
Il consomma à peu près 10 % du produit national brut danois pour ses recherches, qui accouchèrent du
premier catalogue exhaustif d ’étoiles et des premiers relevés précis de la position des planètes.
**** Johannes Kepler (Weil der Stadt 1571–Ratisbonne 1630), après avoir aidé sa mère à assurer elle-même
dynamique due à la gravitation 121

Page ?? qui constitue la première description précise du mouvement planétaire. En 1684, toutes
les observations sur les planètes et les projectiles furent synthétisées en une formulation
étonnamment simple par le physicien anglais Robert Hooke* : chaque corps de masse M
attire tout autre corps en direction de son centre avec une accélération dont la grandeur
a est donnée par
a=G 2
M

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


(29)
r
où r est la distance de centre à centre des deux corps. Elle est appelée « loi » universelle
de la gravitation, ou attraction universelle, parce qu ’elle s’applique de manière générale.
La constante de proportionnalité G est appelée constante gravitationnelle, c ’est une des
constantes fondamentales de la nature, comme la vitesse de la lumière ou le quantum
d ’action. Nous en dirons un peu plus bientôt. L’effet de la gravité décroît donc avec l ’aug-
mentation de la distance : la gravité dépend de l ’ inverse du carré de la distance des corps
en question. Si les corps sont petits comparés à la distance r, ou s’ ils sont sphériques,
l ’expression (29) est correcte telle qu ’elle est formulée. Pour des formes non sphériques,
l ’accélération doit être évaluée de manière séparée pour chaque partie du corps et être

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ajoutée à l ’ensemble.
La dépendance en l ’ inverse du carré est fréquemment appelée « loi » de la gravitation
de Newton, parce que le physicien anglais Isaac Newton démontra de façon plus élégante
que Hooke qu ’elle coïncide avec toutes les observations astronomiques et terrestres. Ce-
pendant, il organisa par-dessus tout une campagne de relations publiques plus efficace,
Réf. 92 dans laquelle il prétendit de manière fallacieuse être l ’ initiateur de cette idée.
Newton publia une preuve élémentaire montrant que cette description du mouvement
des astres fournit également une description exacte pour les cailloux jetés en l ’air, ici-bas
sur notre « Terre originelle ». Pour y parvenir, il compara l ’accélération a L de la Lune avec
celle des pierres д. En ce qui concerne le rapport entre ces deux accélérations, la relation
en l ’ inverse du carré prédit une valeur a L /д = R 2 /dL2 , où R est le rayon de la Terre et
dL la distance de la Lune. La distance de la Lune peut être mesurée par triangulation, en
comparant la position de la Lune sur la voûte céleste à partir de deux positions différentes
sur la Terre**. Le résultat est dL /R = 60 ± 3, en fonction de la position orbitale de la
Lune, prédisant de cette façon un rapport moyen a L /д = 3, 6 ⋅ 103 à partir de la gravité
universelle. Mais les deux accélérations peuvent également être mesurées directement. À
la surface de la Terre, les pierres sont soumises à une accélération due à la gravitation
d ’une grandeur д = 9,8 m/s2 , telle qu ’elle est déterminée en mesurant le temps que
les pierres mettent pour tomber d ’une hauteur donnée. Pour la Lune, la définition de
l ’accélération, a = dv/dt, dans le cas d ’un mouvement circulaire – approximatif ici –
sa défense avec succès dans un procès pour sorcellerie, étudia la théologie protestante et devint professeur
de mathématiques, d ’astronomie et de rhétorique. Son premier ouvrage sur l ’astronomie le rendit célèbre,
puis il devint l ’assistant de Tycho Brahe et, à la mort de son maître, fut nommé mathématicien impérial. Il
fut le premier à utiliser les mathématiques dans la description des observations astronomiques et introduisit
le domaine et le concept de « physique céleste ».
* Robert Hooke, (1635–1703), éminent physicien anglais et secrétaire de la Royal Society. Il écrivit également
Micrographie (Micrographia), une superbe exploration illustrée de l ’univers de l ’ infiniment petit.
** La première évaluation précise – mais pas la première tentative de mesure – fut accomplie en 1752 par les
astronomes français Lalande et La Caille, qui mesurèrent en même temps la position de la Lune vue depuis
Berlin et depuis Le Cap.
122 6 dynamique due à la gravitation

donne a L = dL (2π/T)2 , où T = 2,4 Ms est le temps que la Lune met pour effectuer une
révolution autour de la Terre*. La mesure du rayon de la Terre** fournit R = 6,4 Mm, de
telle façon que la distance moyenne Terre-Lune est dL = 0,38 Gm. Nous obtenons ainsi
a L /д = 3, 6⋅103 , en accord avec la prédiction ci-dessus. Grâce à ce célèbre « calcul lunaire »
nous avons ainsi montré que la propriété en l ’ inverse du carré de la gravitation décrit en

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


fait à la fois le mouvement de la Lune et celui des pierres. Peut-être désirerez-vous en
Défi 227 s déduire la valeur de GM ?
À partir de l ’évidence que sur Terre tout mouvement évolue in fine vers le repos, tan-
dis que dans les cieux tout mouvement est éternel, Aristote et beaucoup d ’autres ont
conclu que le mouvement dans le monde sublunaire possède des propriétés différentes
du mouvement dans le monde supralunaire. Plusieurs penseurs avaient critiqué cette dis-
Réf. 95 tinction, notamment le philosophe français et recteur de l ’ Université de Paris, Jean Buri-
dan***. Le calcul lunaire fut le plus important résultat démontrant que cette distinction
était fausse. C ’est la raison pour laquelle l ’expression (29) est nommée « loi » universelle
de la gravitation.
Cette conclusion nous autorise à élucider une autre vieille interrogation. Pourquoi la

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Lune ne tombe-t-elle pas du ciel ? Comme il se doit, la discussion précédente a montré
que la chute est un mouvement provoqué par la gravitation. Donc la Lune est effective-
ment en train de chuter, avec la particularité qu ’au lieu de tomber vers la Terre elle est
continuellement en train de tomber autour d ’elle. La Figure 70 schématise cette idée. La
Lune rate sans cesse la Terre****.

* Cela se déduit facilement en remarquant que, pour un objet en mouvement circulaire, la grandeur v de
la vitesse v = dx/dt est donnée par v = 2πr/T. Le tracé du vecteur v au cours du temps, dénommé un
Défi 224 s hodographe, indique qu ’ il se comporte exactement comme la position de l ’objet. Par conséquent la grandeur
a de l ’accélération a = dv/dt est donnée par l ’expression associée, à savoir a = 2πv/T.
** C ’est le nombre le plus difficile à évaluer par soi-même. Le truc le plus surprenant pour déterminer la
taille de la Terre est le suivant : observez un coucher de Soleil depuis le jardin d ’une propriété, avec un
Réf. 93 chronomètre à la main. Lorsque le dernier rayon du Soleil disparaît, enclenchez le chronomètre et grimpez
bien vite les étages de la maison. Là, le Soleil est toujours visible. Arrêtez le chronomètre quand le Soleil
disparaît à nouveau et notez le temps t. Mesurez la hauteur h entre les deux positions de l ’œil lorsque le
Défi 225 pe Soleil était observé. Le rayon R de la Terre est alors donné par R = k h/t 2 , avec k = 378 ⋅ 106 s2 .
Il existe également une manière simple pour mesurer la distance de la Lune, une fois que la taille de la
Réf. 94 Terre est connue. Prenez une photographie de la Lune lorsqu ’elle est haute dans le ciel, et appelez θ son angle
par rapport au zénith, c ’est-à-dire par rapport à la verticale. Prenez une autre photo de la Lune quelques
heures plus tard, lorsqu ’elle est juste au-dessus de l ’ horizon. Sur cette image, contrairement à une illusion
Page 53 d ’optique commune, la Lune est plus petite, parce qu ’elle est plus éloignée. La raison en devient immédia-
tement claire en utilisant un croquis. Si q est le rapport entre les deux diamètres angulaires, la distance
Terre-Lune d L est donnée par la relation d L2 = R 2 + [2Rq cos θ/(1 − q 2 )]2 . Amusez-vous à dériver celle-ci à
Défi 226 pe partir du croquis.
Une autre possibilité est de déterminer la taille de la Lune en comparant celle-ci à la taille de l ’ ombre de
la Terre pendant une éclipse. La distance de la Lune est alors déduite de sa taille angulaire, environ 0,5°.
*** Jean Buridan (v. 1295 à v. 1366) fut également un des premiers penseurs modernes à faire l ’ hypothèse
de la rotation de la Terre autour d ’un axe.
**** Une autre façon d ’exprimer cela est d ’utiliser la réponse du physicien hollandais Christiaan Huygens
(1629–1695) : la Lune ne tombe pas du ciel à cause de l ’ accélération centrifuge. Tel qu ’ il est expliqué à la
page 111, de nos jours cette interprétation ne recueille pas la faveur de la plupart des universités.
Réf. 96 Il existe un admirable problème en rapport avec la partie gauche de la figure : quels points sur la surface de
la Terre peuvent être touchés en tirant une balle depuis une montagne ? Et quels points peuvent être touchés
Défi 228 d en tirant horizontalement ?
dynamique due à la gravitation 123

Lune

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Terre

figure to be inserted

F I G U R E 70 Le point de vue d’un physicien et celui d’un artiste concernant la chute de la Lune : un
schéma de Christiaan Huygens (l’échelle n’est pas respectée) et une statue en marbre d’Auguste Rodin.

La gravité universelle explique aussi pourquoi la Terre et la plupart des planètes sont
(approximativement) sphériques. Puisque la gravité décroît avec l ’augmentation de la dis-

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tance, un corps liquide dans l ’espace essaiera toujours de se rassembler sous une forme
sphérique. Vue à grande échelle, la Terre est en fait liquide. Nous savons également que
la Terre est en train de se refroidir – c ’est la raison pour laquelle la croûte et les conti-
nents se sont formés. La sphéricité des objets solides plus petits rencontrés dans l ’espace,
comme la Lune, implique donc qu ’ ils étaient liquides en des temps reculés.

Propriétés de la gravitation
La gravitation implique que la trajectoire d ’une pierre ne décrive pas une parabole,
comme il fut déclaré au début, mais réellement une ellipse autour du centre de la Terre.
C ’est pour exactement la même raison que les planètes se déplacent le long d ’ellipses
Défi 229 pe autour du soleil. Êtes-vous capable de valider cette affirmation ?
La gravitation universelle nous permet de résoudre une énigme. La valeur bizarre de
l ’accélération д = 9,8 m/s2 que nous avions rencontrée dans l ’équation (4) est finalement
due à la relation
д = GM Terre /R Terre
2
. (30)

Cette équation peut être devinée à partir de l ’équation (29) en considérant que la Terre
est sphérique. L’accélération usuelle д de la gravité est donc une conséquence de la taille
de la Terre, de sa masse et de la valeur de la constante universelle de la gravitation G.
Certes, la valeur de д est presque constante à la surface de la Terre parce que celle-ci
est presque une sphère. L’expression (30) explique également pourquoi д s’amenuise au
fur et à mesure que nous nous élevons au-dessus de la Terre, et les écarts de la forme de
la Terre par rapport à la sphéricité explicitent pourquoi д est différent aux pôles et plus
Défi 230 s élevé sur un plateau. (Que serait-il sur la Lune ? Sur Mars ? Sur Jupiter ?)
D’ailleurs, il est possible d ’ inventer une machine simple, autre qu ’un Yo-Yo, qui dimi-
nue l ’accélération effective de la gravité d ’une certaine quantité connue, nous permettant
Défi 231 s ainsi de mesurer sa valeur plus facilement. Pouvez-vous imaginer laquelle ?
Remarquez que 9,8 est approché par π2 . Ce n’est pas une coïncidence : le mètre a
été fixé de telle manière que cela soit juste. La période T d ’un pendule en oscillation,
124 6 dynamique due à la gravitation

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F I G U R E 71 Les mesures qui conduisirent à la définition du mètre.
(© Ken Alder)

Défi 232 s c ’est-à-dire qui se balance d ’un côté à l ’autre, est donnée par*

T = 2π
l
, (31)
д

où l est la longueur du pendule et д est l ’accélération gravitationnelle. (Le pendule est


considéré comme étant constitué d ’une masse fixée à un fil de poids négligeable.) La du-
rée d ’oscillation d ’un pendule ne dépend que de la longueur du fil et de la planète sur
laquelle il est situé. Si le mètre avait été défini de telle façon que T/2 = 1 s, la valeur de l ’ac-
Défi 234 e célération ordinaire д aurait été exactement π2 m/s2 . Ce fut la première suggestion pour
la définition du mètre, faite en 1673 par Huygens et renouvelée en 1790 par Talleyrand,
mais qui fut rejetée par la conférence qui avait défini le mètre en raison des variations
dans la valeur de д selon la position géographique et des variations induites par la tem-
pérature sur la longueur d ’un pendule, qui occasionnent des erreurs trop importantes
pour produire une définition d ’une précision suffisante.
En fin de compte, la suggestion fut faite de définir le mètre comme 1/40 000 000 e de
la circonférence de la Terre en passant par les pôles, ce qui est appelé un méridien. Cette

* La formule (31) est remarquable principalement par tout ce qui n’apparaît pas. La période d ’un pendule
ne dépend pas de la masse du corps en oscillation. De plus, la période d ’un pendule ne dépend pas de l ’am-
plitude. (C ’est vrai tant que l ’angle d ’oscillation est inférieur à environ 15°.) Galilée découvrit cela comme
un apprenti, en observant un lustre suspendu au bout d ’une longue corde sous le dôme de Pise. En utilisant
son pouls comme un métronome, il trouva que, même si l ’amplitude du balancement était de plus en plus
petite, le temps mis pour chaque oscillation restait la même.
Une jambe se déplace aussi comme un pendule lorsque nous marchons normalement. Alors pourquoi les
Défi 233 s individus de grande taille ont-ils tendance à marcher plus vite ?
dynamique due à la gravitation 125

proposition était à peu près identique à celle du pendule – mais beaucoup plus précise.
La définition du mètre par le méridien fut alors adoptée par l ’Assemblée nationale en
France le 26 mars 1791, selon la formule consacrée que « un méridien passe sous les pieds
de chaque être humain, et tous les méridiens sont égaux ». (Néanmoins, la distance de
Réf. 97 l ’équateur aux pôles n’est pas exactement de 10 Mm. C ’est une étrange histoire. Un des

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deux géographes qui déterminèrent la taille du premier mètre étalon fut malhonnête. Les
données qu ’ il avait fournies pour ses relevés – selon la méthode générale indiquée sur
la Figure 71 – étaient inventées de toutes pièces. Ainsi, le premier mètre étalon officiel à
Paris était plus court qu ’ il aurait dû l ’être.)
Mais nous pouvons encore nous poser la question : pourquoi la Terre a-t-elle la masse
et la taille qu ’elle a ? Et pourquoi G a-t-il la valeur qu ’ il a ? La première question requiert
la connaissance de l ’ histoire du Système solaire, elle est toujours sans réponse et reste un
domaine actif de la recherche. La seconde question est entrevue dans l ’ Annexe B.
Si tous les objets s’attirent mutuellement, il devrait en être de même pour les objets de
notre vie quotidienne. La gravité doit aussi fonctionner à petite échelle. C ’est bien le cas,
mais les effets sont si petits que ce n’est que longtemps après qu ’ ils eurent été prédits par

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la gravité universelle qu ’ ils purent être mesurés. Mesurer cet effet permet de déterminer
la constante gravitationnelle G.
Remarquez que mesurer la constante gravitationnelle G est également la seule ma-
nière de déterminer la masse de la Terre. Le premier à le faire, en 1798, fut le physicien an-
glais Henry Cavendish : il utilisa le dispositif, les idées et la méthode de John Michell qui
décéda alors qu ’ il tentait de réaliser l ’expérience. Michell et Cavendish* nommèrent cet
objectif et le résultat de leurs expériences la « pesée de la Terre ». Êtes-vous capable d ’ ima-
Défi 235 s giner comment ils ont procédé ? La valeur issue des expérimentations récentes donne

G = 6,7 ⋅ 10−11 Nm2 /kg2 = 6,7 ⋅ 10−11 m3 /kg s2 . (32)

L’expérience de Cavendish était donc la première à confirmer que la gravité fonctionnait


aussi à petite échelle.
Par exemple, deux individus moyens séparés de 1 m ressentent une accélération l ’un
vers l ’autre qui est plus petite que celle exercée par une mouche commune lorsqu ’elle
Défi 236 s se pose sur la peau. Donc nous faisons fi, habituellement, de l ’attraction entre les per-
sonnes. Lorsque nous en tenons compte, c ’est pour une raison beaucoup plus puissante.
Cette simple évaluation prouve donc que la gravitation ne peut pas être la véritable cause
qui fait que les gens tombent amoureux, et que l ’attirance sexuelle ne trouve pas son ori-
gine dans la gravitation mais dans une source différente. Les fondements de cette autre
interaction, l ’ amour, seront étudiés plus tard dans notre promenade : elle est appelée
l ’ électromagnétisme.
Mais la gravité révèle bien d ’autres propriétés plus intéressantes. Les effets de la gravi-
tation peuvent aussi être décrits par une autre observable, à savoir le potentiel (gravitation-
nel) φ. Nous avons alors la relation simple que l ’accélération est donnée par le gradient

* Henry Cavendish (1731–1810) fut un des grands génies de la physique. Riche et solitaire, il découvrit un
grand nombre de lois de la nature, mais ne les publia jamais. S ’ il l ’avait fait, son nom serait bien plus connu.
John Michell (1724–1793) était prêtre catholique, géologue et astronome amateur.
126 6 dynamique due à la gravitation

f (x,y)

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x

grad f F I G U R E 72 Le potentiel et le gradient.

du potentiel
a = −∇φ ou a = −grad φ . (33)

Le gradient est uniquement un terme savant pour définir la « direction dans laquelle
la pente est la plus importante ». Il est défini pour chaque point d ’une inclinaison, il
est grand pour une pente abrupte et petit pour une peu prononcée. Il pointe dans la

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direction de la montée la plus inclinée, comme indiqué sur la Figure 72. Le gradient
est noté ∇, prononcez « nabla », et est mathématiquement défini comme étant le vec-
teur ∇φ = (∂φ/∂x, ∂φ/∂y, ∂φ/∂z) = grad φ. Le signe négatif dans (33) est introduit par
convention, dans le but d ’obtenir des valeurs de potentiel plus élevées pour des altitudes
plus grandes*. Pour un corps ponctuel ou sphérique de masse M, le potentiel φ est

φ = −G
M
. (34)
r
Un potentiel simplifie considérablement la description du mouvement, puisqu ’un po-
tentiel est additif : en se donnant le potentiel d ’une particule ponctuelle, nous pouvons
calculer le potentiel et donc le mouvement autour de n’ importe quel autre objet de forme
irrégulière**.

* En deux dimensions ou plus, les pentes sont notées ∂φ/∂z – où ∂ est toujours prononcé « d » – parce que
dans ces cas l ’expression dφ/dz possède une signification légèrement différente. Les détails de ceci dépassent
le cadre de cette excursion.
** D’autre part, pour un corps étendu quelconque, le potentiel est établi en exigeant que la divergence de son
gradient soit donnée par la masse (ou la charge) par unité de volume multipliée par une certaine constante
de proportionnalité. Plus concrètement, nous avons

∆φ = 4πGρ (35)

où ρ = ρ(x, t) est la masse volumique du corps et l ’ opérateur ∆, prononcez « delta », est défini par ∆ f =
∇∇ f = ∂ 2 f /∂x 2 +∂2 f /∂y 2 +∂2 f /∂z 2 . L’équation (35) est appelée équation de Poisson pour le potentiel φ. Elle
est baptisée d ’après Siméon Denis Poisson (1781–1840), éminent physicien et mathématicien français. Les
positions pour lesquelles ρ n’est pas nul sont appelées les sources du potentiel. Le mot source ainsi dénommé
∆φ d ’une fonction est une quantification du nombre de fois où la fonction φ(x) en un point x diffère de
la valeur moyenne dans une région autour du point. (Pouvez-vous montrer cela, en montrant que ∆φ ≈
Défi 237 pe φ̄ − φ(x) ?) En d ’autres termes, l ’équation de Poisson (35) suggère que la valeur réelle du potentiel en un
point est la même que la valeur moyenne autour du point moins la masse volumique multipliée par 4πG.
En particulier, dans la situation d ’un espace vide, le potentiel en un point est égal à la moyenne du potentiel
autour de ce point.
dynamique due à la gravitation 127

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


F I G U R E 73 La forme de la Terre, en exagérant les
hauteurs. (© GeoForschungsZentrum Potsdam)

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Le potentiel φ est une grandeur captivante : avec un simple nombre à chaque position
de l ’espace, nous pouvons décrire l ’apparence du vecteur de l ’accélération gravitation-
nelle. Cela aboutit mécaniquement à la conclusion que la gravité en Nouvelle-Zélande
agit dans la direction opposée à la gravité à Paris. De plus, le potentiel suggère l ’ intro-
duction de l ’ énergie potentielle U en posant

U = mφ (36)

et nous permet ainsi de déterminer la variation de l ’énergie cinétique T d ’un corps en


chute libre d ’un point 1 à un point 2 par

T1 − T2 = U 2 − U 1 m 1 v1 2 − m 2 v2 2 = mφ2 − mφ1 .
1 1
ou (37)
2 2
D’une autre façon, l ’ énergie totale, définie comme étant la somme des énergies cinétique
et potentielle, est conservée durant le mouvement due à la gravité. C ’est une caractéris-
tique inhérente à la gravitation. Toutes les accélérations ne dérivent pas forcément d ’un
potentiel. Les systèmes qui ont cette propriété sont appelés conservatifs. Les accélérations
dues aux frottements ne sont pas conservatives, mais celles dues à l ’électromagnétisme
le sont.
De manière intéressante, le nombre d de dimensions de l ’espace est contenu implicite-
ment dans le potentiel d ’une masse sphérique : sa dépendance par rapport au rayon r est
Défi 238 s en réalité 1/r d−2 . L’exposant d − 2 a été vérifié expérimentalement jusqu ’à une précision
Réf. 100 élevée : aucune déviation de d par rapport à 3 n’a été relevée.

Souvent, le concept de champ gravitationnel est introduit, défini comme g = −∇φ. Nous négligerons
ce point dans notre promenade, parce que nous découvrirons, en suivant la théorie de la relativité, que la
gravité n’est pas du tout causée par un champ. En réalité, même le concept de potentiel gravitationnel se
révèle n’être qu ’une approximation.
128 6 dynamique due à la gravitation

Le concept de potentiel nous aide à mieux comprendre la forme de la Terre. Puisque la


Réf. 101 majeure partie de la Terre est toujours liquide lorsqu ’elle est observée à grande échelle, sa
surface est toujours horizontale par rapport à la direction déterminée par la combinaison
des accélérations de la gravité et de la rotation. En résumé, la Terre n’est pas une sphère.
Ce n’est pas un ellipsoïde non plus. La forme mathématique définie par l ’exigence d ’équi-

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Réf. 102 libre est appelée un géoïde. La forme du géoïde diffère d ’un ellipsoïde convenablement
Défi 239 pe choisi de tout au plus 50 m. Pouvez-vous décrire mathématiquement le géoïde ? Le géoïde
est une excellente approximation de la forme véritable de la Terre. Le niveau de la mer
diverge de celui-ci de moins de 20 mètres. Les différences peuvent être mesurées avec
un satellite équipé d ’un radar et sont d ’un intérêt crucial pour les géologues et les géo-
graphes. Par exemple, il a été montré que le pôle Sud est plus proche du plan équatorial
que le pôle Nord d ’environ 30 m. Cela est probablement dû aux vastes étendues massives
des terres de l ’ hémisphère Nord.
Page 95 Nous avons vu précédemment comment l ’ inertie de la matière, à travers ladite « force
centrifuge », agrandit le rayon de la Terre à l ’équateur. Dit autrement, la Terre est apla-
tie aux pôles. L’équateur possède un rayon a de 6,38 Mm, tandis que la distance b des
pôles au centre de la Terre est de 6,36 Mm. L’écrasement précis (a − b)/a est égal à

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Appendix B 1/298, 3 = 0, 0034. En conséquence, le sommet du mont Chimborazo en Équateur, même
si sa hauteur n’est que de 6 267 m au-dessus du niveau de la mer, est plus éloigné du centre
de la Terre d ’environ 20 km que le sommet du mont Sagarmatha* au Népal, dont la hau-
teur au-dessus du niveau de la mer est de 8 850 m. Le sommet du mont Chimborazo est
en réalité le point de la surface du globe le plus éloigné du centre de la Terre.
Par conséquent, si la Terre s’arrêtait de tourner (mais gardait sa forme), l ’eau conte-
nue dans les océans s’écoulerait vers le nord : toute l ’ Europe se retrouverait sous l ’eau,
mis à part les quelques montagnes de la chaîne des Alpes qui ont une hauteur supérieure
à environ 4 km. Les régions nordiques de l ’ Europe seraient recouvertes par une couche
d ’eau de 6 km à 10 km d ’épaisseur. Le mont Sagarmatha serait à 11 km au-dessus du ni-
veau de la mer. Si nous prenons en compte le changement de la forme de la Terre qui en
résulterait, ces chiffres seraient plus petits. De plus, le changement de forme provoque-
rait des tempêtes et des séismes extrêmement violents. Aussi longtemps que ces effets
ne surviennent pas, nous pourrons être certains que le Soleil se lèvera vraiment demain,
Page 86 contrairement à ce que certains philosophes laissent sous-entendre.

L a dynamique – C omment les choses b ougent-elles dans plusieurs


dimensions ?
Résumons un peu la situation. Si un corps ne peut se déplacer que le long d ’une ligne
(éventuellement courbe), les notions d ’énergies cinétique et potentielle sont suffisantes
pour déterminer la façon dont il se déplace. Brièvement, le mouvement en une dimension
découle directement de la conservation de l ’énergie.
Si plus de deux dimensions spatiales sont impliquées, la conservation de l ’énergie est
insuffisante pour caractériser la manière dont un corps se déplace. Si un corps peut se
mouvoir dans deux dimensions, et si les forces en jeu sont internes (ce qui est toujours le
cas en théorie, mais jamais en pratique), la conservation du moment cinétique peut être
invoquée. Le mouvement complet en deux dimensions découle donc de la conservation

* Le mont Sagarmatha est plus connu sous le nom de mont Everest.


dynamique due à la gravitation 129

d
d
Soleil

F I G U R E 74 Le mouvement d’une planète autour du Soleil,

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


planète indiquant son demi-grand axe d, qui représente également
la distance moyenne au Soleil.

de l ’énergie et du moment cinétique. Par exemple, toutes les propriétés de la chute libre
vérifient la conservation de l ’énergie et du moment cinétique. (Êtes-vous capable de le
Défi 240 s montrer ?)
Dans le cas du mouvement dans trois dimensions, une loi plus générale est nécessaire
pour déterminer le mouvement. Il apparaît que tout mouvement découle d ’un principe
élémentaire : l ’ intégrale de la différence entre l ’énergie cinétique et l ’énergie potentielle

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sur un intervalle de temps est toujours la plus petite possible. C ’est le principe de moindre
Page 173 action. Nous expliquerons plus en détail cette méthode de calcul par la suite.
Pour des mouvements gravitationnels simples, le mouvement est bidimensionnel.
La plupart des problèmes en trois dimensions dépassent le cadre de ce texte. En fait,
quelques-uns de ces problèmes font toujours l ’objet de recherches actives. Dans cette
aventure, nous explorerons le mouvement tridimensionnel uniquement pour des situa-
tions sélectionnées qui fournissent d ’ importantes perspectives.

L a gravitation dans le ciel


L’expression de l ’accélération due à la gravitation a = GM/r 2 décrit également le
mouvement de toutes les planètes autour du Soleil. N ’ importe qui peut vérifier que les
planètes restent toujours à l ’ intérieur du Zodiaque, une étroite bande qui traverse le ciel.
La ligne centrale du Zodiaque représente la trajectoire du Soleil et est appelée l ’ écliptique,
parce que la Lune doit être située sur celle-ci pour provoquer une éclipse. Mais le mou-
vement détaillé des planètes n’est pas aisé à décrire*. Quelques générations avant Hooke,
l ’astronome souabe Johannes Kepler avait deviné plusieurs « lois » dans sa recherche scru-
puleuse du mouvement des planètes dans le Zodiaque. Les trois principales sont les sui-
vantes :
1. Les planètes décrivent des trajectoires elliptiques dont le Soleil occupe l ’un des
foyers (1609).
2. Les planètes balaient des aires égales en des temps égaux (1609).
3. Toutes les planètes ont le même rapport T 2 /d 3 entre la période sidérale T et le
demi-grand axe d (1619).
Les principaux résultats sont formulés dans la Figure 74. La découverte de ces trois « lois »
a nécessité un travail véritablement titanesque. Kepler n’avait aucune machine à calculer
à sa disposition, ni même de règle à calcul. Le procédé qu ’ il utilisa pour ses calculs faisait

* La hauteur apparente de l ’écliptique varie selon la période de l ’année et c ’est la raison pour laquelle les
saisons existent. Par conséquent, les saisons sont aussi des répercussions de la gravitation.
130 6 dynamique due à la gravitation

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


F I G U R E 75 La modification de l’apparence
de la Lune pendant le mois lunaire, révélant
sa libration. (© Martin Elsässer)

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appel aux logarithmes, tout juste découverts. Toute personne qui a déjà utilisé des tables
de logarithmes pour réaliser des calculs peut avoir une idée de la quantité de travail qui
se trouve derrière ces trois découvertes.
La seconde « loi » à propos des aires balayées égales signifie que les planètes se meuvent
plus rapidement lorsqu ’elles sont proches du Soleil. C ’est une autre façon de formuler
la conservation du moment cinétique. Mais maintenant, nous arrivons au point crucial.
Le volume colossal du travail réalisé par Brahe et Kepler peut être synthétisé dans l ’ex-
pression a = GM/r 2 . Pouvez-vous confirmer que les trois « lois » découlent toutes de
Défi 241 pe l ’expression de l ’attraction universelle de Hooke ? En publiant cette découverte, New-
ton réalisa sa réussite majeure. Essayez de reproduire cet exploit : cela vous familiarisera
non seulement avec les écueils, mais également avec le potentiel de la physique, et vous
donnera la satisfaction réjouissante que procure la résolution des énigmes.
Newton a résolu l ’énigme à l ’aide de croquis géométriques. Newton ne pouvait pas
écrire, et encore moins manipuler, les équations différentielles lorsqu ’ il a publié ses ré-
Réf. 24 sultats sur l ’attraction universelle. En fait, il est bien connu que les méthodes de nota-
tion et de calcul de Newton étaient rudimentaires. (Beaucoup plus rudimentaires que les
vôtres !) Le mathématicien anglais Godfrey Hardy* avait l ’ habitude de dire que l ’ insis-
tance à utiliser la notation intégrale et différentielle de Newton plutôt que la méthode
antérieure et meilleure due à son rival Leibniz, toujours en usage aujourd ’ hui, avait pro-
jeté les mathématiques anglaises cent ans en arrière.
Kepler, Hooke et Newton devinrent célèbres parce qu ’ ils mirent de l ’ordre dans la
description des mouvements planétaires. Cette réussite, bien que d ’utilité pratique ré-
duite, fut largement diffusée parce que l ’ astrologie était ancrée dans les esprits depuis
très longtemps.
Pourtant, la gravitation ne se limite pas à cela. L’attraction universelle explique le mou-
vement et la forme de la Voie lactée et des autres galaxies, le mouvement de nombreux
* Godfrey Harold Hardy (1877–1947) était un théoricien des nombres, Britannique de premier plan, et l ’au-
teur de la célèbre Apologie d ’un mathématicien. Il « découvrit » également le célèbre mathématicien indien
Srinivasa Ramanujan et le rapatria en Grande-Bretagne.
dynamique due à la gravitation 131

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


F I G U R E 76 Cartographies de la face visible (à gauche) et de la face cachée (à droite) de la Lune,
montrant le nombre de fois que cette dernière a protégé la Terre d’impacts de météorites (avec
l’amabilité de l’USGS).

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phénomènes climatiques, et explique pourquoi la Terre possède une atmosphère mais
Défi 242 s pas la Lune. (Pouvez-vous expliquer cela ?) En fait, la gravitation universelle nous en ap-
prend beaucoup plus au sujet de la Lune.

L a Lune
Combien dure une journée sur la Lune ? La réponse est à peu près 14 journées ter-
restres. C ’est le temps qu ’ il faut sur la Lune pour voir le Soleil de nouveau à une position
donnée.
Nous entendons souvent que la Lune montre toujours la même face à la Terre. Mais
ceci est faux. Comme nous pouvons le vérifier à l ’œil nu, un point de repère fixé au centre
de la face de la Lune lors de la pleine Lune n’est pas au centre une semaine après. Les di-
vers mouvements qui conduisent à cette modification sont appelés librations. Elles sont
indiquées dans le film de la Figure 75*. Ces mouvements apparaissent principalement
parce que la Lune ne décrit pas une orbite circulaire, mais elliptique, autour de la Terre
et parce que l ’axe de la Lune est légèrement incliné par rapport à celui de sa révolution
autour de la Terre. Par conséquent, autour de 45 % de la surface de la Lune est constam-
ment masquée à la Terre.
Les premiers clichés des régions cachées furent pris dans les années 1960 par un satel-
lite artificiel soviétique. Les satellites modernes ont fourni des cartes précises, comme sur
la Figure 76. La surface de la face cachée est beaucoup plus accidentée que celle de la face
visible, puisqu ’elle est du côté qui intercepte la plupart des astéroïdes qui tombent sous
l ’ influence de la Terre. Ainsi l ’attraction de la Lune permet de dévier les astéroïdes de la
Terre. Le nombre potentiel d ’extinctions massives de la vie animale est donc réduit à une
portion petite, mais non négligeable. En d ’autres termes, l ’attraction gravitationnelle de
la Lune a de nombreuses fois sauvé la race humaine de l ’extermination**.

* Le film est au format AVI DivX 5 et nécessite un composant logiciel (plug-in) dans Acrobat Reader pour
pouvoir être visualisé.
** Les pages Web http://cfa-www.harvard.edu/iau/lists/Closest.html et InnerPlot.html donnent une idée du
132 6 dynamique due à la gravitation

Les voyages sur la Lune des années 1970 ont également montré que la Lune tire son
origine de la Terre elle-même : il y a très longtemps, un objet frappa la Terre de façon
presque tangentielle et projeta une portion considérable de matière dans l ’espace. C ’est
le seul mécanisme capable de donner une explication à la grande taille de la Lune, à son
Réf. 103 faible contenu en fer et également à sa composition générale en matériaux.

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Réf. 104 La Lune est en train de s’éloigner de la Terre à raison de 3,8 cm par an. Ce fait enté-
rine l ’ hypothèse ancienne qui stipulait que les marées ralentissent la rotation de la Terre.
Défi 243 s Pouvez-vous imaginer comment cette déduction a pu être effectuée ? Puisque la Lune ra-
lentit la Terre, la Terre change aussi de forme en réponse à cet effet. (Souvenez-vous que
la forme de la Terre dépend de sa vitesse de rotation.) Ces variations de forme influencent
l ’ activité tectonique de la Terre, et peut-être aussi la dérive des continents.
La Lune a de nombreux effets sur la vie animale. Un exemple célèbre est le moustique
Réf. 105 Clunio, qui vit sur les côtes à fortes marées. Clunio passe entre six et douze semaines
au stade larvaire, il se métamorphose alors pour vivre seulement pendant une ou deux
heures comme un insecte volant adulte, temps pendant lequel il se reproduit. Les mous-
tiques ne se reproduiront que s’ ils sont sortis pendant la période de marée basse d ’une

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grande marée. Les grandes marées sont les marées particulièrement fortes qui se pro-
duisent pendant les pleines et nouvelles lunes, lorsque les effets solaire et lunaire s’addi-
tionnent. Elles apparaissent seulement tous les 14,8 jours. En 1995, Dietrich Neumann a
montré que les larves ont deux horloges intégrées, une de rythme circadien et l ’autre de
rythme circalunaire, qui déterminent ensemble la métamorphose à ces quelques heures
précises où l ’ insecte peut se reproduire. Il montra également que l ’ horloge circalunaire
est synchronisée par la luminosité nocturne de la Lune. Autrement dit, les larves sur-
veillent la Lune la nuit et décident ainsi quand elles devront se métamorphoser : elles
sont les plus petits astronomes connus.
Si les insectes peuvent avoir des cycles circalunaires, il ne devrait pas être surprenant
que les femmes aient de tels cycles. Cependant, dans ce cas précis, l ’origine de la longueur
Réf. 106 du cycle est toujours inconnue.
La Lune aide également à stabiliser l ’ inclinaison de l ’axe de la Terre, le conservant
dans une position plus ou moins figée relativement au plan de la trajectoire autour du
Soleil. Sans la Lune, l ’axe changerait de direction de façon imprévisible, nous n’aurions
pas de rythme régulier du jour et de la nuit, nous aurions des variations climatiques
Réf. 107 extrêmement fortes, et l ’évolution de la vie aurait été impossible. Sans la Lune, la Terre
tournerait aussi beaucoup plus rapidement et nous aurions un temps beaucoup moins
Réf. 108 clément. Le principal effet résiduel de la Lune sur la Terre, la précession de son axe, est
Page 100 responsable des ères glaciaires.
En outre, la Lune protège la Terre des rayons cosmiques en augmentant considérable-
ment le champ magnétique terrestre. En d ’autres termes, l ’ importance de la Lune est
cruciale pour l ’évolution de la vie. Comprendre comment les planètes de la taille de la
Terre arrivent à avoir des satellites de la taille de la Lune est donc primordial pour esti-
Réf. 109 mer la probabilité que la vie existe sur d ’autres planètes. Jusqu ’à présent, il semble que
les très grands satellites soient rares, il n’y a que quatre lunes recensées plus grandes que
celle de la Terre, mais elles tournent autour de planètes plus grosses, à savoir Jupiter et

nombre approximatif d ’objets qui frappent la Terre chaque année. Sans la Lune, nous aurions beaucoup plus
de cataclysmes.
dynamique due à la gravitation 133

hyperbole

parabole

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


masse

cercle ellipse

F I G U R E 77 Les orbites possibles dues à l’attraction


universelle.

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Saturne. En fait, la formation des satellites est toujours un domaine actif de recherches.
Mais revenons aux conséquences de la gravitation dans le ciel.

Les orbites
La trajectoire d ’un corps orbitant autour d ’un autre sous l ’ influence de la gravité
forme une ellipse dont l ’un des foyers est occupé par le corps central. Une orbite circu-
laire est également possible, un cercle étant un cas particulier d ’ellipse. La trajectoire
d ’un objet gravitant près d ’un autre peut aussi prendre la forme d ’une parabole ou
d ’une hyperbole, comme indiqué sur la Figure 77. Les cercles, ellipses, paraboles et hy-
perboles sont collectivement désignés sous l ’appellation sections coniques. En réalité cha-
cune de ces courbes peut être mise en évidence en coupant un cône avec un couteau.
Défi 244 e Pouvez-vous le montrer ?
Si les orbites sont principalement des ellipses, il s’ensuit que les comètes reviennent.
L’astronome anglais Edmund Halley (1656–1742) fut le premier à exprimer cette conclu-
sion et à prédire le retour d ’une comète. Elle arriva à la date prévue en 1756, et est doré-
navant baptisée d ’après son nom. La période de la comète de Halley est comprise entre
74 et 80 ans, la première observation enregistrée a été faite il y a 22 siècles, et elle a été
observée depuis à chacun de ses 30 passages, le dernier datant de 1986.
Selon l ’énergie initiale et le moment cinétique initial du corps par rapport à l ’astre
central, il existe deux autres possibilités : les trajectoires paraboliques et les trajectoires
hyperboliques. Pouvez-vous déterminer les conditions que l ’énergie et le moment ciné-
Défi 245 pe tique doivent vérifier pour que ces trajectoires apparaissent ?
Concrètement, les trajectoires paraboliques n’existent pas dans la nature. (Bien que
certaines comètes semblent s’approcher de cette situation lorsqu ’elles se déplacent au-
tour du Soleil, presque toutes les comètes suivent des courbes elliptiques.) Les trajectoires
hyperboliques existent : des satellites artificiels en empruntent lorsqu ’ ils sont lancés vers
une planète, généralement dans le but de modifier la direction du satellite à travers le
134 6 dynamique due à la gravitation

Système solaire.
Pourquoi la « loi » en l ’ inverse du carré nous amène-t-elle aux sections coniques ?
Premièrement, pour deux corps, le moment cinétique total L est une constante :

L = mr 2 φ̇ (38)

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


et par conséquent les mouvements se produisent dans un plan. L’énergie E est aussi une
constante
1 dr 1 dφ
E = m( )2 + m(r )2 − G
mM
. (39)
2 dt 2 dt r
Défi 246 pe Ensemble, ces deux équations impliquent que

L2
r=
1
⋅ √ . (40)
Gm 2 M 1 + 1 + 2E L 2 cos φ
G 2 m3 M 2

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Maintenant, toute courbe définie par l ’expression générale

r= r=
C C
ou (41)
1 + e cos φ 1 − e cos φ

est une ellipse pour 0 < e < 1, une parabole pour e = 1 et une hyperbole pour e > 1, un
des foyers étant à l ’origine. La quantité e, appelée excentricité, décrit comment la courbe
est resserrée. En d ’autres mots, un corps en orbite autour d ’une masse centrale suit une
section conique.
Dans toutes les orbites, la masse pesante centrale se déplace également. En fait, les
deux corps orbitent autour de leur centre de masse commun. Les deux corps suivent le
même type de courbe (ellipse, parabole ou hyperbole), mais les dimensions de chaque
Défi 247 e courbe diffèrent.
Si plus de deux objets se déplacent sous une influence gravitationnelle mutuelle, de
nombreuses possibilités supplémentaires pour le mouvement surgissent. La classification
et les mouvements sont assez complexes. En fait, ce problème connu sous le nom de pro-
blème de plusieurs corps est toujours un thème de recherche, et les résultats sont mathé-
matiquement fascinants. Regardons quelques exemples.
Quand plusieurs planètes encerclent une étoile, elles s’attirent également l ’une vers
l ’autre. Les planètes ne se déplacent donc pas le long d ’ellipses parfaites. La déviation la
plus grande est l ’ avancée du périhélie, tel qu ’ indiqué sur la Figure 55. Elle est observée
pour Mercure et quelques-unes des autres planètes, y compris la Terre. D’autres diffé-
rences par rapport à la forme elliptique surgissent le temps d ’une révolution. En 1846,
les écarts observés du mouvement de la planète Uranus par rapport à la trajectoire pré-
vue par la gravité universelle furent mis à profit pour prédire l ’existence d ’une autre
planète, Neptune, qui fut découverte quelque temps plus tard.
Page 78 Nous avons vu que la masse est toujours positive et que la gravitation est par consé-
quent toujours attractive. Il n’y a pas d ’ antigravité. La gravité peut-elle néanmoins être
utilisée pour la lévitation, éventuellement en utilisant plus de deux corps ? Oui, il y en a
dynamique due à la gravitation 135

planète (ou Soleil)

L5
π/3

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


π/3
π/3 π/3

L4
satellite (ou planète) F I G U R E 78 Deux points de Lagrange stables.

deux exemples*. Les premiers sont les satellites géostationnaires, qui sont utilisés pour
les transmissions de chaînes télévisées et d ’autres signaux depuis et vers la Terre.
Les points de Lagrange (ou points de libration) en sont les seconds exemples. Baptisés
d ’après leur découvreur, ce sont des points de l ’espace situés à proximité d ’un système à

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deux corps, tel que Lune–Terre ou Terre–Soleil, à l ’emplacement desquels des petits ob-
jets ont une position d ’équilibre stable. Un aperçu en est donné sur la Figure 78. Pouvez-
vous déterminer leur position précise, en vous souvenant qu ’ il faut prendre en compte la
Défi 248 pe rotation ? Il y a trois points de Lagrange supplémentaires sur la ligne Terre–Lune. Com-
Défi 249 pe bien d ’entre eux sont-ils stables ?
Il existe des milliers d ’astéroïdes, appelés astéroïdes troyens, à l ’emplacement et au-
tour des points de Lagrange du système Soleil–Jupiter. En 1990, un astéroïde troyen du
système Mars–Soleil fut repéré. Finalement, en 1997, un astéroïde « presque troyen » a
été découvert qui suit la Terre dans sa course autour du Soleil (il est seulement transi-
toire et suit une orbite quelque peu compliquée). Ce « second compagnon » de la Terre a
Réf. 110 un diamètre de 5 km. De la même manière, une forte concentration de poussières a été
observée aux principaux points de Lagrange du système Terre–Lune.
Pour résumer, l ’équation simple a = −GMr/r 3 décrit correctement un grand nombre
de phénomènes célestes. La première personne à révéler de manière claire que cette ex-
pression explique tout ce qui se passe dans le ciel fut Pierre Simon Laplace** dans son
fameux livre Traité de mécanique céleste. Lorsque Napoléon l ’ interrogea sur le fait qu ’ il
ne faisait aucune mention du Créateur dans son livre, Laplace répondit par sa célèbre
sentence, qui résume à elle seule l ’ouvrage : « Je n’ai pas eu besoin de cette hypothèse ».
En particulier, Laplace étudia la stabilité du Système solaire, l ’excentricité de l ’orbite lu-
naire et les excentricités des orbites planétaires, en donnant toujours un parfait accord
entre les calculs théoriques et les observations.
Ces résultats sont de véritables prouesses pour l ’expression simple de l ’attraction uni-
verselle. Ils expliquent également pourquoi elle est qualifiée d ’ « universelle ». Mais jus-
qu ’à quelle précision cette formule peut-elle aller ? Puisque l ’astronomie permet la me-

* La lévitation est discutée en détail à la page ??.


** Pierre Simon Laplace (n. Beaumont-en-Auge1749, d. Paris 1827), important mathématicien français. Son
traité fut édité en cinq volumes entre 1798 et 1825. Il fut le premier à proposer l ’ idée que le Système solaire
s’est formé à partir d ’un nuage de gaz en rotation, et un des premiers personnages à imaginer et explorer
les trous noirs.
136 6 dynamique due à la gravitation

avant
Soleil

t = t1 :
déformé

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


après
t=0:
sphérique

F I G U R E 79 Déformation de marée F I G U R E 80 L’origine des marées.


due à la gravité.

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sure la plus précise des mouvements gravitationnels, elle fournit également les tests les
plus rigoureux. En 1849, Urbain Le Verrier conclut après une étude intensive qu ’ il n’y
avait qu ’un seul exemple connu de désaccord entre l ’observation et la gravité universelle,
à savoir une observation concernant la planète Mercure. (Actuellement quelques autres
sont connus.) Le point de l ’orbite de la planète Mercure le moins éloigné du Soleil, son
périhélie, se déplace selon une cadence qui est légèrement moindre que celle prédite : il
Réf. 111 releva une minuscule différence, autour de 38 ′′ par siècle. (Ceci fut rectifié à 43 ′′ par
siècle en 1882 par Simon Newcomb.) Le Verrier soupçonnait que cet écart était dû à une
planète située entre Mercure et le Soleil, Vulcain, qu ’ il pourchassa de nombreuses années
durant, en vain. L’étude du mouvement dut attendre Albert Einstein pour trouver une
explication correcte de cette différence.

Les Marées
Pourquoi les manuels de physique évoquent-ils toujours le phénomène des marées ?
Parce que, comme nous le montrera la relativité générale, les marées prouvent que l ’es-
pace est courbé ! Il est donc très utile de les étudier avec un peu plus d ’attention. Les ma-
rées éveillent l ’ intérêt. La gravitation explique les marées océaniques comme une consé-
quence de l ’attraction de l ’eau des océans par la Lune et le Soleil. Même si leur amplitude
n’est que d ’environ 0,5 m au large, elle peut atteindre 20 m en certains endroits particu-
Défi 250 s liers proches des côtes. Pouvez-vous imaginer pourquoi ? La terre également est soulevée
et rabaissée par le Soleil et la Lune, d ’environ 0,3 m, comme les mesures par satellites
Réf. 39 l ’ indiquent. Même l ’ atmosphère est sujette aux marées, et les variations de pression cor-
Réf. 112 respondantes peuvent être déduites des relevés de la pression atmosphérique.
Les marées apparaissent sur chaque corps étendu se déplaçant dans le champ gravita-
tionnel d ’un autre. Pour saisir l ’origine des marées, dessinez un corps en orbite, comme
la Terre, et imaginez ses constituants, telles les calottes de la Figure 79, comme étant rete-
nus entre eux par des ressorts. La gravité universelle implique que les vitesses des orbites
sont plus lentes lorsqu ’elles sont plus distantes du corps central. Par conséquent, la ca-
lotte à l ’extérieur de l ’orbite sera vue comme étant plus lente que celle du milieu, mais
dynamique due à la gravitation 137

elle est tirée par le reste du corps par le truchement des ressorts. Au contraire, le fragment
intérieur sera vu comme orbitant plus rapidement, mais il est retenu par les autres. Étant
ralentie, la calotte intérieure cherche à tomber en direction du Soleil ; l ’autre calotte étant
accélérée, elle tend à s’en éloigner. Au total, les deux calottes ressentent un étirement vers
l ’extérieur par rapport au centre du corps, limité par les ressorts qui freinent la déforma-

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


tion. En conclusion, les corps étendus sont déformés dans la direction de l ’ hétérogénéité
du champ.
Par exemple, en raison des forces de marées la Lune présente toujours (approximati-
vement) la même face à la Terre. En plus, son rayon dans la direction de la Terre est plus
grand d ’environ 5 m que le rayon perpendiculaire à celle-ci. Si les ressorts internes sont
trop faibles, le corps est déchiqueté en morceaux. De cette manière un anneau de frag-
ments peut se former, tel que la ceinture d ’astéroïdes entre Mars et Jupiter ou les anneaux
autour de Saturne.
Revenons à la Terre. Si un corps est entouré d ’eau, il formera des bourrelets dans la
direction du champ gravitationnel appliqué. Afin de mesurer et de comparer l ’ intensité
des forces de marées dues au Soleil et à la Lune, nous simplifions les effets des marées à

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leur strict minimum. Comme indiqué sur la Figure 80, nous pouvons étudier la déforma-
tion d ’un corps due à la gravité en analysant la déformation de quatre morceaux. Nous
pouvons l ’étudier dans le cas de la chute libre, parce que le mouvement orbital et la chute
libre sont équivalents. Maintenant, la gravitation fera en sorte que certains des morceaux
se rapprocheront et d ’autres s’écarteront, en fonction de leur position relative. La figure
révèle clairement que l ’ intensité de la déformation – l ’eau ne possède pas de ressorts in-
corporés – dépend de la variation de l ’accélération gravitationnelle avec la distance. En
d ’autres termes, l ’accélération relative qui provoque les marées est proportionnelle à la
dérivée de l ’accélération gravitationnelle.
En utilisant les chiffres de l ’ Annexe B, les accélérations gravitationnelles du Soleil et
de la Lune mesurées sur Terre sont

a Soleil = = 5,9 mm/s2


GM Soleil
2
dSoleil

= = 0,033 mm/s2
GM Lune
a Lune 2
(42)
dLune

et donc l ’attraction de la Lune est environ 178 fois plus faible que celle du Soleil.
Quand deux corps proches tombent à proximité d ’une grande masse, l ’accélération
relative est proportionnelle à leur distance, et vérifie da = da/dr dr. Le facteur de propor-
tionnalité da/dr = ∇a, appelé l ’ accélération de marée (gradient), est la véritable mesure
Défi 251 e des effets de marée. Près d ’une grande masse sphérique M, elle est donnée par

2GM
=− 3
da
(43)
dr r
138 6 dynamique due à la gravitation

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


F I G U R E 81 Un effet spectaculaire des marées : le volcanisme sur Io (NASA).

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ce qui conduit aux valeurs

=− 3 = −0,8 ⋅ 10−13 /s2


da Soleil 2GM Soleil
dr dSoleil

=− 3 = −1,7 ⋅ 10−13 /s2 .


da Lune 2GM Lune
(44)
dr dLune

De façon plus qualitative, bien que l ’étirement dû à la Lune soit beaucoup plus fort, on
prédit que ses marées sont un peu plus de deux fois plus fortes que les marées du soleil, ce
qui est véritablement observé. Quand le Soleil, la Lune et la Terre sont alignés, les deux
marées s’additionnent, ces grandes marées sont particulièrement fortes et se produisent
tous les 14,8 jours, à la pleine et à la nouvelle Lune.
Les marées produisent également des frottements. Les frottements conduisent à un
ralentissement de la rotation de la Terre. Aujourd ’ hui, le ralentissement peut être éva-
lué par des horloges précises (alors même que des variations de courtes durées dues à
Réf. 72 d ’autres causes, comme le climat, sont nettement plus importantes). Les résultats s’ac-
cordent bien avec les fossiles montrant qu ’ il y a 400 millions d ’années, pendant la pé-
Page 210 riode dévonienne, une année comptait 400 jours, et une journée à peu près 22 heures.
Il a été également estimé qu ’ il y a 900 millions d ’années chacune des 481 journées que
comptait une année durait 18,2 heures. Le frottement à la base de ce ralentissement a
également pour conséquence une augmentation de la distance de la Lune à la Terre d ’en-
Défi 252 s viron 3,8 cm par an. Êtes-vous capable d ’expliquer pourquoi ?
Comme mentionné ci-dessus, le mouvement de la croûte terrestre dû aux marées est
également responsable du déclenchement des tremblements de terre. Donc la Lune peut
aussi produire des effets dangereux sur la Terre. (Malheureusement, la connaissance de
ces mécanismes ne permet pas de prédire les tremblements de terre.) L’exemple le plus
fascinant des effets des marées est observé sur Io, un satellite de Jupiter. Ses marées sont si
dynamique due à la gravitation 139

x
t1

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


α
b

t2 M
t

F I G U R E 82 Des particules F I G U R E 83 La masse fléchit la


tombant côte à côte se lumière.
rapprochent au cours du temps.

fortes qu ’elles entraînent une intense activité volcanique, comme indiqué sur la Figure 81,
avec des panaches éruptifs pouvant atteindre 500 km de haut. Si les marées sont encore

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plus fortes, elles peuvent détruire entièrement le corps, comme cela s’est produit pour
l ’astre situé entre Mars et Jupiter qui a donné naissance aux planétoïdes, et (probable-
ment) pour les lunes qui ont enfanté les anneaux de Saturne.
Pour résumer, les marées sont dues aux accélérations relatives entre des masses
Page 123 proches. Ceci a une conséquence importante. Dans le chapitre sur la relativité générale
nous découvrirons que le temps multiplié par la vitesse de la lumière joue le même rôle
que la distance. Le temps devient donc une dimension supplémentaire, comme indi-
qué sur la Figure 82. En exploitant cette similitude, deux particules libres se déplaçant
dans la même direction correspondent à des lignes parallèles dans l ’espace-temps. Deux
particules tombant côte à côte correspondent aussi à des lignes parallèles. Les marées
montrent que de telles particules se rapprochent l ’une de l ’autre. En d ’autres termes,
Page 174 les marées impliquent que des lignes parallèles se rapprochent l ’une de l ’autre. Mais des
lignes parallèles peuvent se rapprocher l ’une de l ’autre seulement si l ’espace-temps est
courbé. Brièvement, les marées impliquent que l ’espace et l ’espace-temps sont courbés.
Ce raisonnement élémentaire aurait pu être accompli durant le dix-huitième siècle, ce-
pendant, il fallut encore 200 ans de plus et tout le génie d ’Albert Einstein pour le révéler.

L a lumière peu t-elle tomber ?


Die Maxime, jederzeit selbst zu denken, ist die

“ Aufklärung*.

Vers la fin du dix-septième siècle le monde découvrait que la lumière possède une
Emmanuel Kant

Page 15 vitesse finie – une épopée que nous relaterons en détail plus tard. Une entité qui se dépla-
cerait avec une vitesse infinie ne pourrait être affectée par la gravité, du fait que celle-ci
n’aurait pas le temps d ’y produire son effet. Une entité dotée d ’une vitesse finie, par
contre, se doit de ressentir la gravité et donc tombe.

* La maxime de penser toujours par soi-même, c ’est la culture de l ’esprit.


140 6 dynamique due à la gravitation

Lorsque la lumière parvient à la surface de la Terre, sa vitesse a-t-elle augmenté ? Pen-


dant presque trois siècles les gens n’avaient aucun moyen en leur possession pour détec-
ter de tels effets. Ainsi cette question ne fut pas étudiée. En 1801, l ’astronome prussien
Réf. 113 Johann Soldner (1776–1833) fut le premier à poser la question d ’une manière différente.
Étant astronome, il était habitué à observer les étoiles et à mesurer leur angle de visée. Il

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


réalisa que la lumière qui passe près d ’un corps massif devrait être déviée à cause de la
gravité.
Soldner analysa la situation d ’un corps sur une trajectoire hyperbolique, se déplaçant
à une vitesse c à la distance b (mesurée depuis le centre) d ’une masse sphérique M, tel
Défi 253 pe que schématisé sur la Figure 83. Soldner déduisit l ’expression de l ’angle de déviation

2 GM
α grav. univ. = . (45)
b c2
Nous voyons que l ’angle est maximal lorsque le corps en mouvement rase de très près
la masse M. Pour la lumière déviée par la masse du Soleil, l ’angle se révèle être tout au
plus de 0,88 ′′ = 4,3 µrad seulement. À l ’époque de Soldner, cet angle était trop petit pour

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pouvoir être mesuré. Ainsi ce problème fut ignoré. Si sa résolution avait été poursuivie,
la relativité générale aurait commencé comme science expérimentale, et non par l ’effort
Page 162 théorique d ’Albert Einstein ! Pourquoi ? La valeur calculée par la formule ci-dessus est
différente de la valeur mesurée. La première expérience eut lieu en 1919*, elle mit en évi-
dence la dépendance correcte par rapport à la distance, mais releva un écart allant jus-
qu ’à 1,75 ′′ , exactement le double de l ’expression (45). La cause n’est pas facile à décou-
vrir : en fait, l ’écart est dû à la courbure de l ’espace, comme nous le verrons. En bref, la
lumière peut tomber, mais ce sujet masque de nombreuses surprises.

Q u ’ est-ce que la masse ? – Suite


La masse décrit comment un objet interagit avec les autres. Dans notre promenade,
nous avons rencontré deux de ses caractéristiques. La masse inertielle est la propriété
qui conserve le mouvement des objets et qui offre une résistance au changement de leur
mouvement. La masse gravitationnelle est la propriété responsable de l ’accélération des
corps proches (l ’aspect actif) ou de l ’accélération de ces corps par des objets situés à
proximité (l ’aspect passif). Par exemple, l ’aspect actif de la masse de la Terre détermine
l ’accélération des corps à sa surface. L’aspect passif de ces corps nous permet de les peser
afin de mesurer leur masse en utilisant uniquement des distances, c ’est-à-dire sur une
bascule ou une balance. La masse gravitationnelle est le fondement du poids, qui est la
résistance à soulever les choses**.
La masse gravitationnelle d ’un corps est-elle égale à sa masse inertielle ? Une réponse
approximative est donnée par l ’expérience : un objet qu ’ il est difficile de déplacer est
également difficile à soulever. L’expérimentation la plus simple est de prendre deux corps
de masses différentes et de les laisser tomber. Si l ’accélération est la même pour tous les
corps, alors la masse inertielle est égale à la masse gravitationnelle (passive), parce que

Défi 254 pe * D’ailleurs, comment mesureriez-vous la déviation de la lumière à côté d ’un Soleil éclatant ?
** Quelles sont les valeurs indiquées par une balance pour une personne de 85 kg jonglant avec trois balles
Défi 255 pe de 0,3 kg chacune ?
dynamique due à la gravitation 141

dans la relation ma = ∇(GMm/r) le m du membre de gauche est en réalité la masse


inertielle, et le m du membre de droite est en fait la masse gravitationnelle.
Mais au dix-septième siècle Galilée avait largement diffusé un argument encore plus
ancien démontrant, sans même recourir à une simple expérience, que l ’accélération est
en réalité la même pour tous les corps. Si des masses plus grandes tombaient plus rapi-

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


dement que des masses plus petites, alors le paradoxe suivant devrait se présenter. N ’ im-
porte quel corps peut être vu comme étant constitué d ’un grand morceau relié à un petit
fragment. Si les petits corps tombaient vraiment moins vite, le petit fragment devrait
ralentir le grand dans sa chute, ainsi donc le corps complet devrait tomber moins rapi-
dement que le grand fragment tout seul (ou se briser en morceaux). En même temps,
le corps étant plus grand que ses parties, il devrait chuter plus rapidement que celles-ci.
C ’est évidemment impossible : toute masse doit tomber avec la même accélération.
De nombreuses expériences précises ont été réalisées depuis la discussion initiale de
Galilée. Dans toutes celles-ci l ’ indépendance de l ’accélération de la chute libre par rap-
port à la masse et à la composition matérielle a été confirmée avec la précision qu ’elles
Réf. 114 permettaient. En d ’autres mots, autant que nous puissions le dire, la masse gravitation-

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nelle et la masse inertielle sont équivalentes. Quelle est la source de cette mystérieuse
égalité ?
Ce prétendu « mystère » est un exemple typique de méconnaissance, maintenant ré-
pandue à travers le monde entier dans l ’enseignement de la physique. Retournons à la
Page 72 définition de la masse comme étant l ’ inverse du rapport négatif entre les accélérations.
Nous avions fait allusion au fait que les origines physiques des accélérations ne jouaient
aucun rôle dans la définition parce que cette origine n’apparaît pas dans l ’expression. En
d ’autres termes, la valeur de la masse est, par définition, indépendante de l ’ interaction.
Cela signifie en particulier que la masse inertielle, fondée sur l ’ interaction électromagné-
tique, et la masse gravitationnelle sont identiques par définition.
Nous remarquons également que nous n’avons jamais défini un concept distinct pour
la « masse gravitationnelle passive ». La masse qui est accélérée par la gravitation est la
masse inertielle. Pire, il n’y a aucune manière de définir une « masse gravitationnelle
Défi 256 pe passive ». Essayez ! Toutes les méthodes, comme la pesée d ’un objet, ne peuvent pas être
distinguées de celles qui déterminent la masse inertielle à partir de sa réaction à l ’accé-
lération. En réalité, toutes les méthodes de mesure de masse utilisent des dispositifs non
gravitationnels. Les balances en sont des exemples excellents.
Si la « masse gravitationnelle passive » était différente de la masse inertielle, nous au-
rions des conséquences inquiétantes. En considérant les corps pour lesquels elle serait
différente nous aurions des problèmes avec la conservation de l ’énergie. De la même fa-
çon, prétendre que la « masse gravitationnelle active » diffère de la masse inertielle nous
attirerait des ennuis.
Une autre manière de considérer ce problème est la suivante : comment la « masse gra-
vitationnelle » pourrait-elle se distinguer de la masse inertielle ? La différence dépendrait-
elle de la vitesse relative, du temps, de la position, de la composition ou de la masse elle-
même ? Chacune de ces possibilités contredit soit la conservation de l ’énergie soit celle
de la quantité de mouvement.
Il n’est pas étonnant que toutes les mesures confirment l ’équivalence de tous les types
de masses. Ce thème ressurgit dans la relativité générale, n’apportant aucun nouveau
Page 145 résultat probant. « Les deux » masses demeurent égales, la masse est une caractéristique
142 6 dynamique due à la gravitation

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


F I G U R E 84 Les balais tombent plus rapidement que les pierres. (© Luca Gastaldi)

unique des corps. Un autre problème demeure, malgré tout. Quelle est la source de la
masse ? Pourquoi existe-t-elle ? Cette question simple mais profonde ne peut pas trouver
de réponse dans la physique classique. Nous devrons nous armer de patience avant de

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découvrir cela.

Curiosités et défis amusants sur la gravitation


Fallen ist weder gefährlich noch eine Schande ;

“ ∗∗
Liegen bleiben ist beides*.
Konrad Adenauer

La gravité sur la Lune ne représente qu ’un sixième de celle sur Terre. Pourquoi ceci
implique-t-il qu ’ il est difficile de marcher rapidement et de courir sur la Lune (comme
il a pu être vu sur les images télévisées enregistrées sur place) ?

∗∗
L’expression en l ’ inverse du carré de l ’attraction universelle possède une restriction : elle
ne nous permet pas de faire des prédictions raisonnables sur la matière dans l ’univers.
La gravitation universelle prédit qu ’une distribution de masse homogène est instable. En
réalité, on observe une distribution non homogène. Toutefois, la gravitation universelle
ne prédit pas la masse volumique moyenne, l ’obscurité de la nuit, les vitesses observées
des galaxies lointaines, etc. En fait, pas une seule propriété de l ’univers n’est expliquée.
Pour cela, nous aurons besoin de la relativité générale.
∗∗
Imaginez que vous ayez douze pièces d ’apparence identique, dont l ’une est contrefaite.
La pièce falsifiée possède une masse différente des onze autres authentiques. Comment
pouvez-vous déterminer laquelle est la pièce contrefaite et si elle est plus légère ou plus
Défi 257 e lourde, en utilisant une balance ordinaire uniquement trois fois ?

∗∗

* « Chuter n’est ni dangereux ni honteux, rester couché est les deux à la fois. » Konrad Adenauer (n. Cologne
1876, d. Rhöndorf 1967), chancelier allemand.
dynamique due à la gravitation 143

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1 000 km

F I G U R E 85 La situation F I G U R E 86 Une balance juste ?

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initiale d’un sauteur à
l’élastique.

Pour un physicien, l ’ antigravité est la gravité répulsive. Elle n’existe pas dans la nature.
Cependant, le mot « antigravité » est utilisé de manière incorrecte par de nombreuses
personnes, comme une rapide recherche sur Internet le montre. Certaines personnes
nomment « antigravité » tout effet qui surpasse la gravité. Toutefois, cette définition im-
plique que les tables et les chaises sont des dispositifs antigravitants. En suivant cette
définition, la majorité des producteurs de bois, d ’acier et de béton feraient affaire dans
les métiers de l ’antigravitation. La définition sur Internet n’a absolument aucun sens.
∗∗
Tous les objets sur Terre tombent-ils avec la même accélération de 9,8 m/s2 , sachant que
la résistance due à l ’air peut être négligée ? Non. Tous les concierges le savent. Vous pou-
vez vérifier cela par vous-même. Un balai faisant un angle d ’environ 35° frappe le plan-
cher avant une pierre, comme les sons des différents impacts le confirment. Êtes-vous
Défi 258 s capable d ’expliquer pourquoi ?

∗∗
Les sauteurs à l ’élastique sont aussi accélérés plus fortement que д. Pour un élastique de
masse m et un sauteur de masse M, l ’accélération maximum a est

1m
a = д (1 + (4 + )) .
m
(46)
8M M

Défi 259 s Pouvez déduire cette relation à partir de la Figure 85 ?


∗∗
Défi 260 s Devinette : quel est le poids d ’une balle en liège d ’un rayon de 1 m ?
144 6 dynamique due à la gravitation

∗∗
Devinette : 1 000 billes en fer de 1 mm de diamètre sont rassemblées en un amoncelle-
Défi 261 s ment. Quelle est sa masse ?
∗∗

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Comment pouvez-vous tirer profit de vos observations faites durant vos voyages pour
Défi 262 s montrer que la Terre n’est pas plate ?

∗∗
L’accélération due à la gravité est-elle constante ? Pas vraiment. Chaque jour, il est estimé
que 108 kg de matière tombe sur la Terre sous la forme de météorites.

∗∗
La Terre et la Lune attirent toutes les deux les corps. Le centre de masse du système Terre–
Lune est éloigné de 4 800 km du centre de la Terre, et est situé presque à côté de sa surface.
Défi 263 s Pourquoi les corps sur Terre tombent-ils toujours en direction du centre de la Terre ?

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∗∗
Chaque corps sphérique chute-t-il avec la même accélération ? Non. Si le poids de l ’objet
est comparable à celui de la Terre, la distance décroît d ’une manière différente. Pouvez-
Défi 264 pe vous entériner cette affirmation ? Qu ’est-ce qui est faux alors dans l ’argument de Galilée
concernant la constance de l ’accélération de la chute libre ?

∗∗
Il est facile de soulever une masse d ’un kilogramme posée sur le sol ou sur une table.
Vingt kilogrammes sont plus difficiles. Un millier est impossible. Cependant, 6 ⋅ 1024 kg
Défi 265 s est réalisable. Pourquoi ?
∗∗
Le rapport entre les forces des marées de la Lune et du Soleil est approximativement 7 ∶ 3.
Défi 266 pe Est-il vrai que c ’est aussi le rapport entre les masses volumiques des deux corps ?
∗∗
Le frottement entre la Terre et la Lune ralentit la rotation de chacune. La Lune a cessé de
tourner sur elle-même il y a plusieurs millions d ’années, et la Terre est sur la bonne voie
pour en faire autant. Lorsque la Terre cessera de tourner, la Lune arrêtera de s’éloigner
Défi 267 pe de la Terre. À quelle distance de la Terre la Lune se trouvera-t-elle à ce moment-là ? Par la
suite pourtant, dans un futur bien plus lointain, La Lune se rapprochera à nouveau de la
Terre, à cause des frottements entre le système Terre–Lune et le Soleil. Ce phénomène ne
se produira que si le Soleil brille pour toujours, ce qui est faux, mais pouvez-vous malgré
Défi 268 s tout expliquer cela ?
∗∗
Lorsque vous courez en direction de l ’est, vous perdez du poids. Il y a deux explications
distinctes : l ’accélération « centrifuge » augmente de telle sorte que la force avec laquelle
vous êtes tiré vers le bas diminue, et la force de Coriolis apparaît, avec un résultat ana-
dynamique due à la gravitation 145

Défi 269 pe logue. Pouvez-vous quantifier l ’ importance des deux effets ?


∗∗
Quel est le rapport des périodes entre une pierre tombant d ’une distance l et un pendule
Défi 270 s se balançant le long de la moitié d ’un cercle de rayon l ? (Ce problème a été posé par

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Galilée.) Combien de chiffres du nombre π pouvons-nous espérer déterminer de cette
manière ?

∗∗
Pourquoi un vaisseau spatial peut-il accélérer grâce à l ’ effet de fronde gravitationnelle (ou
effet catapulte) lorsqu ’ il fait le tour d ’une planète, en dépit de la conservation de la quan-
Défi 271 s tité de mouvement ? Il est conjecturé que le même effet est aussi responsable de l ’exis-
tence des quelques astres exceptionnellement rapides qui sont observés dans la Galaxie.
Réf. 98 Par exemple, l ’étoile HE0457-5439 se déplace à 720 km/s, ce qui est nettement supérieur
aux 100 à 200 km/s de la plupart des étoiles dans la Voie lactée. Il semble que ce rôle de
centre d ’accélération soit occupé par un trou noir.

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∗∗
Réf. 99 L’orbite d ’une planète autour du Soleil possède de nombreuses propriétés captivantes.
Quel est l ’ hodographe de cette orbite ? Quels sont les hodographes des orbites parabo-
Défi 272 s liques et hyperboliques ?

∗∗
Une question élémentaire mais ardue : si tous les corps s’attirent les uns les autres, pour-
quoi toutes les étoiles ne tombent-elles pas ou ne sont-elles pas déjà tombées les unes
Défi 273 s vers les autres ?

∗∗
L’accélération д due à la gravité à une profondeur de 3 000 km est de 10,05 m/s2 , plus
Réf. 115 de 2 % supérieure à celle de la surface de la Terre. Comment est-ce possible ? De même,
sur le plateau tibétain, д est plus élevé que la valeur au niveau de la mer de 9,81 m/s2 ,
bien que le plateau soit plus éloigné du centre de la Terre que ne l ’est le niveau de la mer.
Défi 274 s Comment est-ce possible ?

∗∗
Quand la Lune fait le tour du Soleil, sa trajectoire a-t-elle des segments concaves en direc-
tion du Soleil, comme le montre la partie droite de la Figure 87, ou non, comme indiqué
Défi 275 s sur la gauche ? (Indépendamment de ce problème, les deux trajectoires sur le schéma
masquent le fait que la trajectoire de la Lune ne se situe pas dans le même plan que celui
de la trajectoire de la Terre autour du Soleil.)

∗∗
Vous pouvez démontrer que des objets s’attirent les uns les autres (et qu ’ ils ne sont
pas seulement attirés par la Terre) à l ’aide d ’une simple expérience que n’ importe qui
peut réaliser chez lui, comme décrit sur le site Web http://www.fourmilab.ch/gravitation/
foobar/.
146 6 dynamique due à la gravitation

Terre Lune Terre

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Lune

Soleil

F I G U R E 87 Laquelle de ces deux trajectoires de la Lune est-elle correcte ?

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∗∗
Il est instructif de calculer la vitesse d’échappement sur la Terre, c ’est-à-dire la vitesse
à laquelle un corps doit être lancé pour qu ’ il ne retombe jamais. Elle se révèle être de
11 km/s. Quelle est la vitesse d ’échappement pour le Système solaire ? Par ailleurs, la vi-
tesse d ’échappement de notre Galaxie est de 129 km/s. Que se passerait-il si une planète
ou un système était si lourd que sa vitesse d ’échappement serait plus importante que la
Défi 276 s vitesse de la lumière ?

∗∗
Pour des corps de forme irrégulière, le centre de gravité d ’un corps n’est pas identique au
Défi 277 s centre de masse. Êtes-vous capable de confirmer cela ? (Conseil : trouvez et faites usage
de l ’exemple le plus simple possible.)
∗∗
La gravité peut-elle produire de la répulsion ? Qu ’est-ce qui se passe pour un petit corps
situé à l ’ intérieur d ’une grande masse en forme de C ? Est-il poussé en direction du
Défi 278 pe centre de masse ?

∗∗
Réf. 116 La forme de la Terre n’est pas une sphère. Par conséquent, un fil à plomb n’ indique gé-
Défi 279 pe néralement pas la direction du centre de la Terre. Quel est le plus grand écart en degrés ?

∗∗
Quel est le plus grand astéroïde duquel nous pouvons nous échapper simplement en sau-
Défi 280 s tant ?
∗∗
Si vous observez le ciel chaque jour à 6 heures du matin, la position du Soleil change au
dynamique due à la gravitation 147

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F I G U R E 88 L’analemme au-dessus de Delphes entre janvier et décembre 2002. (© Anthony
Ayiomamitis)

cours de l ’année. Le résultat de la Figure 88 montre le Soleil ainsi photographié sur la


même image. La courbe, appelée analemme, est due à l ’ inclinaison de l ’axe de la Terre,
ainsi qu ’à la forme elliptique de la trajectoire autour du Soleil. La forme de l ’analemme
est également reconstruite dans les cadrans solaires de haute qualité. Les points supérieur
et inférieur (caché) correspondent aux solstices.
∗∗
La constellation (groupement d ’étoiles) dans laquelle le Soleil reste à midi (au centre du
fuseau horaire) un jour donné est supposée être le « signe zodiacal » de ce jour-là. Les as-
trologues affirment qu ’ ils sont au nombre de douze, à savoir Bélier, Taureau, Gémeaux,
Cancer, Lion, Vierge, Balance, Scorpion, Sagittaire, Capricorne, Verseau et Poissons et
que chacun occupe (assez précisément) un douzième d ’une année ou un douzième de
l ’écliptique. N ’ importe quelle vérification à l ’aide d ’un calendrier indique qu ’en ce mo-
ment le Soleil de midi n’est jamais dans le signe zodiacal qui est normalement associé
à ces jours-là. L’association a été décalée d ’environ un mois depuis qu ’elle fut définie,
Page 103 à cause de la précession de l ’axe de la Terre. Une vérification avec une carte de la voûte
céleste montre que les douze constellations n’ont pas la même longueur et que, sur l ’éclip-
tique, il y en a quatorze et non pas douze. Il y a Ophiuchus, la constellation du Serpentaire,
entre le Scorpion et le Sagittaire, et Cetus, la Baleine, entre le Verseau et les Poissons.
En réalité, aucune formulation astronomique concernant les signes du Zodiaque n’est
Réf. 117 correcte. Pour le dire clairement, l ’ astrologie, contrairement à son appellation, n’est pas
relative aux astres. (Dans certaines langues, le terme qui signifie « charlatan » est dérivé
148 6 dynamique due à la gravitation

dm
r

m
R

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


dM
F I G U R E 89 L’annulation de la force gravitationnelle à l’intérieur d’une coquille sphérique de matière.

du mot « astrologue ».)

∗∗
L’accélération gravitationnelle pour une particule située à l ’ intérieur d ’une coquille
Réf. 118 sphérique est nulle. L’annulation de la gravité dans ce cas est indépendante de la forme
de la particule et de sa position, et indépendante de l ’épaisseur de la coquille. Pouvez-

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Défi 281 s vous établir cette affirmation en utilisant la Figure 89 ? Cela est vrai uniquement à cause
de la dépendance en 1/r 2 de la gravité. Pouvez-vous montrer que ce résultat ne s’applique
pas pour des coquilles non sphériques ? Remarquez que l ’annulation de la gravité à l ’ in-
térieur d ’une coquille sphérique ne s’applique généralement pas s’ il y a de la matière
située à l ’extérieur de la coquille. Comment pouvons-nous annihiler les effets de la ma-
Défi 282 s tière extérieure ?

∗∗
Pendant longtemps, on a pensé qu ’ il n’y avait aucune planète supplémentaire au-delà de
Réf. 119 Neptune et Pluton dans notre Système solaire, parce que leur orbite n’ indiquait aucune
perturbation due à un autre corps. Aujourd ’ hui, l ’opinion est différente. Il s’avère qu ’ il
y a seulement huit planètes : Pluton n’est pas une planète, mais le premier objet d ’un
ensemble de petits astres plus éloignés que les planètes, situés dans la ceinture de Kuiper
et le nuage d ’Oort. (Les astronomes ont malgré tout consenti à continuer d ’appeler Plu-
ton « planète » en dépit de cette évidence, pour éviter d ’avoir à en débattre*.) Des objets
sont régulièrement découverts dans la ceinture de Kuiper. En 2003, on a trouvé un ob-
jet, appelé Sedna, qui est presque aussi grand que Pluton mais trois fois plus éloigné du
Réf. 120 soleil**.
∗∗
En astronomie, on découvre périodiquement de nouveaux exemples de corps en mouve-
ment, même au siècle présent. Parfois il s’agit aussi de fausses alertes. Un exemple fut la
prétendue chute de minuscules comètes sur la Terre. Elles étaient censées être constituées

* Le débat a finalement eu lieu en août 2006, lors d ’une assemblée générale à Prague : les 2 500 astronomes
de l ’ Union Astronomique Internationale ont rélégué Pluton au rang de « planète naine ». [N.d.T.]
** On découvre continuellement des nouveaux corps, mais Sedna a joué un rôle particulier dans la prise
de conscience des astronomes de l ’urgence d ’une définition claire d ’une planète. C ’est devenu criant lors-
qu ’on a détecté Éris sur des photographies, en janvier 2005, un astre qui se révèle être plus gros que Pluton.
[N.d.T.]
dynamique due à la gravitation 149

de quelques douzaines de kilogrammes de glace, frappant la Terre toutes les quelques


Réf. 121 secondes. Il est dorénavant établi que cela ne se produit pas. D’un autre côté, il est vrai
que plusieurs tonnes d ’ astéroïdes chutent sur Terre chaque jour, sous la forme de par-
ticules minuscules. Malheureusement, la découverte d ’objets pouvant potentiellement
frapper la Terre n’est pas du tout évidente. Les astronomes aiment à souligner qu ’un as-

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


téroïde aussi massif que celui qui a provoqué l ’extinction des dinosaures pourrait frapper
la Terre sans qu ’aucun astronome ne le remarque à l ’avance, si sa direction est quelque
peu exceptionnelle, comme depuis l ’ hémisphère Sud, où les télescopes installés sont peu
nombreux.

∗∗
La gravitation universelle n’autorise que des orbites elliptiques, paraboliques ou hyper-
boliques. Il est impossible pour un petit objet s’approchant d ’un autre plus gros d ’être
capturé par celui-ci. Pour le moins, c ’est ce que nous en savons jusqu ’à présent. Pour-
tant, tous les livres d ’astronomie racontent des histoires de capture dans notre Système
solaire. Par exemple, plusieurs satellites externes de Saturne ont été capturés. Comment

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Défi 283 s est-ce possible ?
∗∗
Quelle forme un tunnel devrait-il avoir pour qu ’une pierre le traverse en tombant sans
toucher les parois ? (On suppose que la densité est homogène.) Si la Terre ne tournait
pas, le tunnel serait en ligne droite et traverserait son centre, et la pierre tomberait vers
le bas et remonterait sans cesse, dans un mouvement d ’oscillation. Pour une Terre en
rotation, le problème est beaucoup plus épineux. Quelle est cette forme sachant que le
Défi 284 s tunnel commence à l ’équateur ?

∗∗
La Station spatiale internationale fait le tour de la Terre toutes les 90 minutes à une al-
titude d ’environ 380 km. Vous pouvez observer sa position sur le site Web http://www.
heavens-above.com. Par ailleurs, à chaque fois qu ’elle se situe juste au-dessus de l ’ ho-
rizon, la station est le troisième objet le plus lumineux dans le ciel nocturne, devancé
Défi 285 e uniquement par la Lune et Vénus. Jetez-y un coup d ’œil.

∗∗
Est-il vrai que le centre de masse du Système solaire, son barycentre, est constamment
Défi 286 s situé à l ’ intérieur du Soleil ? Même si une étoile ou le Soleil ne se déplace que très peu
lorsque des planètes tournent autour, ce mouvement peut être mesuré avec précision en
Page 26 faisant usage de l ’effet Doppler des ondes lumineuses ou sonores. Jupiter, par exemple,
produit une variation de vitesse de 13 m/s dans le Soleil, la Terre 1 m/s. Les premières
planètes en dehors du Système solaire, aux environs du pulsar PSR1257+12 et de l ’étoile
51 Pegasi, ont été découvertes de cette manière, en 1992 et 1995. Depuis ce temps, plus de
150 planètes ont été découvertes à l ’aide de cette méthode. Jusqu ’à présent, la plus petite
planète découverte a 7 fois la masse de la Terre.
∗∗
Tous les points sur la Terre ne reçoivent pas le même nombre d ’ heures de lumière du
150 6 dynamique due à la gravitation

jour pendant une année. Les effets sont difficiles à identifier, cependant pouvez-vous en
Défi 287 d relever un ?
∗∗
Les phases de la Lune peuvent-elles avoir un effet mesurable sur le corps humain ? Qu ’en

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Défi 288 s est-il des effets dus aux marées lunaires ?

∗∗
Il y a une différence essentielle entre le système héliocentrique et l ’ancienne idée que
toutes les planètes tournaient autour de la Terre. Le système héliocentrique établit que
certaines planètes, telles que Mars et Vénus, peuvent se trouver entre la Terre et le Soleil
à certaines périodes, et derrière le Soleil à d ’autres moments. A contrario, le système géo-
centrique affirme qu ’elles sont toujours situées entre. Pourquoi un différend si important
Défi 289 s ne remit-il pas immédiatement en cause le système géocentrique ?
∗∗

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La reformulation la plus énigmatique de la description du mouvement exprimée par
Réf. 122 ma = ∇U est l ’équation suivante qui paraît presque insensée :

∇v = dv/ds (47)

où s représente la longueur de la trajectoire du mouvement. Elle est appelée formulation


par rayon des équations du mouvement de Newton. Pouvez-vous découvrir des exemples
Défi 290 s de son application ?

∗∗
Vue depuis Neptune, la taille du Soleil est la même que celle de Jupiter vue depuis la Terre
Défi 291 s au moment où elle est le plus proche. Est-ce vrai ?
∗∗
Qu ’est-ce que la gravité ? Ce n’est pas une question triviale. En 1690, Nicolas Fatio de
Réf. 123 Duillier et, en 1747, Georges Louis Lesage suggérèrent une explication pour la dépen-
dance en 1/r 2 . Lesage argumenta que le monde est empli de petites particules – il les
appela des « corpuscules ultramondains » – voltigeant partout de manière aléatoire et
heurtant tous les objets. Des objets ordinaires ne ressentent pas ces coups, puisqu ’ ils
sont continuellement frappés au hasard dans toutes les directions. Mais lorsque deux ob-
jets sont proches l ’un de l ’autre, ils se font de l ’ombre pour la partie du flux qui provient
de la direction de l ’autre corps, avec pour résultat une attraction. Pouvez-vous montrer
Défi 292 pe qu ’une telle attraction possède une dépendance en 1/r 2 ?
Toutefois, la proposition de Lesage pose un certain nombre de difficultés. Cette hypo-
thèse ne fonctionne que si les collisions sont inélastiques. (Pourquoi ?) Cependant, cela
signifierait que tous les corps se réchaufferaient au cours du temps, comme Jean-Marc
Réf. 3 Lévy-Leblond l ’a expliqué.
Il y a deux problèmes supplémentaires avec la suggestion de Lesage. Premièrement,
un corps libre de tout mouvement dans l ’espace devrait être touché par un plus grand
nombre de particules, ou par des particules plus rapides, à l ’avant qu ’à l ’arrière. Par
dynamique due à la gravitation 151

conséquent, le corps devrait être ralenti. Deuxièmement, la gravité devrait dépendre de


la taille, mais d ’une manière étrange. En particulier, trois corps se trouvant le long d ’une
droite ne devraient pas se faire de l ’ombre, puisqu ’une telle ombre n’est pas observée.
Mais ce modèle naïf prédit le contraire.
Malgré toutes les critiques, cette célèbre idée revient régulièrement sur la table en phy-

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


sique depuis son apparition, même si de telles particules n’ont jamais été détectées. Ce
n’est que dans la troisième partie de notre escalade de la montagne que nous résoudrons
cette question.

∗∗
Défi 293 pe Pour quels corps la gravité décroît-elle lorsque vous vous en approchez ?

∗∗
Pouvons-nous mettre un satellite en orbite en utilisant un canon ? La réponse dépend-
Défi 294 pe elle de la direction dans laquelle nous tirons ?

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∗∗
Deux informaticiens partagent leur expérience. « J ’ai balancé mon Pentium III et mon
Pentium IV par la fenêtre. » « Et alors ? » « Le Pentium III était plus rapide. »

∗∗
À quelle fréquence la Terre se lève-t-elle et se couche-t-elle lorsqu ’elle est vue depuis la
Défi 295 s Lune ? La terre montre-t-elle des phases ?

∗∗
Défi 296 pe Quel est le poids de la Lune ? Quelle est sa proportion par rapport au poids des Alpes ?

∗∗
En raison du léger aplatissement de la forme de la Terre, la source du Mississippi est
à peu près 20 km plus proche du centre de la Terre que son embouchure. L’eau coule
Défi 297 s effectivement en courant ascendant. Comment est-ce possible ?
∗∗
Si un astre est constitué de matière de haute densité, la vitesse d ’une planète orbitant
autour de lui peut être plus grande que celle de la lumière. Comment la nature fait-elle
Défi 298 s pour esquiver cette étrange possibilité ?

∗∗
Qu ’adviendra-t-il du Système solaire à l ’avenir ? Cette interrogation est étonnamment
difficile à résoudre. Le principal spécialiste de cette question, le scientifique français des
systèmes planétaires Jacques Laskar, a simulé quelques centaines de millions d ’années
Réf. 124 d ’évolution à l ’aide de calculs numériques réalisés sur des ordinateurs. Il découvrit que
Page 279 les orbites planétaires sont stables, mais qu ’à petite échelle le chaos se manifeste dans
l ’évolution du Système solaire. Les diverses planètes s’ influencent entre elles de manière
subtile mais toujours mal comprise. Les effets qui ont eu lieu par le passé sont toujours
en cours d ’étude, comme la variation d ’énergie de Jupiter, due au fait qu ’ il provoqua
152 6 dynamique due à la gravitation

TA B L E AU 19 Une propriété inexpliquée de la


nature : les distances des planètes et les valeurs
données par la loi de Titius–Bode.
Planète n d i s ta n c e e n UA
prédite mesurée

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Mercure −∞ 0,4 0,4
Vénus 0 0,7 0,7
Terre 1 1,0 1,0
Mars 2 1,6 1,5
Planétoïdes 3 2,8 2,2 à 3,2
Jupiter 4 5,2 5,2
Saturne 5 10,0 9,5
Uranus 6 19,6 19,2
Neptune 7 38,8 30,1
Pluton 8 77,2 39,5

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l ’expulsion de petits astéroïdes du Système solaire, ou comme l ’acquisition d ’énergie
par Neptune. Il reste beaucoup de recherches à faire dans ce domaine.

∗∗
Un des problèmes non résolus sur le Système solaire est l ’explication de la distance des
planètes découverte en 1766 par Johann Daniel Titius (1729–1796) et diffusée par Jo-
hann Elert Bode (1747–1826). Titius découvrit que les distances d des planètes au Soleil
peuvent être approchées par

d = a + 2n b avec a = 0,4 UA , b = 0,3 UA (48)

où les distances sont mesurées en unités astronomiques et n est le numéro de la planète.


L’approximation qui en résulte est comparée aux observations dans le Tableau 19.
De façon intéressante, les trois dernières planètes ainsi que les planétoïdes furent dé-
couverts après la mort de Bode et de Titius. La loi a prédit la distance d ’ Uranus avec
succès, de même que celle des planétoïdes. Malgré ces réussites – et l ’échec pour les
deux dernières planètes – personne n’a encore trouvé de modèle pour la formation des
planètes qui explique la loi de Titius. Les gros satellites de Jupiter et d ’ Uranus sont régu-
lièrement espacés, mais ne s’accordent pas avec la loi de Titius–Bode.
Démontrer ou réfuter cette loi est un des défis qui demeurent en mécanique clas-
Réf. 125 sique. Quelques chercheurs soutiennent que cette loi est une conséquence de l ’ invariance
Réf. 126 d ’échelle, d ’autres affirment que c ’est un hasard ou même une diversion. Cette dernière
interprétation est également suggérée par le comportement contraire à la loi de Titius–
Bode de pratiquement toutes les planètes extrasolaires. Le débat n’est pas clos.
∗∗
Il y a environ 3 000 ans, les Babyloniens avaient mesuré les périodes orbitales des sept
dynamique due à la gravitation 153

TA B L E AU 20 Les périodes
orbitales connues des
Babyloniens.
Astre Période

Saturne 29 a

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Jupiter 12 a
Mars 687 j
Soleil 365 j
Vénus 224 j
Mercure 88 j
Lune 29 j

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F I G U R E 90 Une éclipse solaire (11 août 1999, photographiée depuis la station russe Mir).

corps célestes connus à l ’époque. Ordonnés de la plus longue période à la plus courte, ils
les écrivirent comme dans le Tableau 20.
Les Babyloniens introduisirent également la semaine et la division de la journée en
24 heures. Ils avaient dédié chacune des 168 heures de la semaine à un corps céleste, en
suivant l ’ordre du tableau. Ils avaient également dédié la journée entière au corps céleste
qui correspondait à la première heure de ce jour-là. Le premier jour de la semaine était
Défi 299 e voué à Saturne, la disposition des autres jours de la semaine suivait alors le Tableau 20.
Réf. 127 Cette histoire fut contée par Cassus Dio (v. 160 à v. 230). Vers la fin de l ’Antiquité, la
disposition fut modifiée par l ’ Empire romain. Dans les langues germaniques, incluant
l ’anglais, les noms latins des corps célestes furent remplacés par les dieux germains cor-
respondants. L’ordre samedi, dimanche, lundi, mardi, mercredi, jeudi et vendredi est
donc une conséquence à la fois de relevés astronomiques et de croyances astrologiques
de la part des Anciens.

∗∗
En 1722, le grand mathématicien Leonhard Euler commit une erreur dans ses calculs qui
le conduisit à conclure que, si un tunnel était construit d ’un pôle de la Terre à l ’autre, une
pierre tombant à l ’ intérieur atteindrait le centre de la Terre, se retournerait alors immé-
diatement et rebrousserait chemin. Voltaire tourna en dérision cette conclusion durant
154 6 dynamique due à la gravitation

plusieurs années. Pouvez-vous corriger Euler et montrer que le véritable mouvement est
une oscillation entre les deux pôles, et pouvez-vous évaluer le temps de chute de pôle à
Défi 300 s pôle que cela prendrait (en supposant la densité homogène) ?
Quelle serait la période d ’oscillation pour un tunnel droit de longueur l à partir d ’un
point quelconque de la surface au point opposé sur le globe, n’allant pas de ce fait d ’un

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Défi 301 s pôle à l ’autre ?

∗∗
La Figure 90 montre une photographie de l ’éclipse solaire de 1999 prise par la station
spatiale russe Mir. Elle indique clairement que le point de vue général d ’un phénomène
Défi 302 s peut être complètement différent de celui qui est local. Quelle est la vitesse de l ’ombre ?

∗∗
En 2005, des mesures par satellites ont mis en évidence le fait que l ’eau dans le fleuve
Amazone exerce une pression sur le terrain allant jusqu ’à 75 mm de plus pendant la
Réf. 128 saison où il est en crue que pendant la saison où il est presque vide.

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Chapitre 7

L A M É C A N IQU E C L A S SIQU E ET L A

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


PR É DIC T I BI L I T É DU MOU V E M E N T

Tous les types de mouvement dans lesquels on peut décrire la masse d ’un corps
comme étant sa seule propriété invariable forment ce qui est appelé la mécanique. La dé-
nomination « mécaniciens » est aussi attribuée aux spécialistes qui étudient ce domaine
de la physique. Nous pouvons imaginer la mécanique comme étant la branche athlétique
de la physique* : à la fois en athlétisme et en mécanique les longueurs, les temps et les
masses sont les seules quantités mesurées.

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Plus précisément, notre domaine d ’ investigation actuel est appelé la mécanique clas-
sique, pour la distinguer de la mécanique quantique. La principale différence est qu ’en
physique classique des valeurs arbitrairement petites sont présumées exister, alors que ce
n’est pas le cas en mécanique quantique. L’utilisation de nombres réels pour les quantités
observables est donc primordiale en physique classique.
La mécanique classique est également régulièrement appelée physique galiléenne ou
physique newtonienne. Le fondement de la mécanique classique, la description du mouve-
ment en utilisant uniquement l ’espace et le temps, est appelé la cinématique. Un exemple
en est la description de la chute libre par z(t) = z 0 +v 0 (t−t 0 )− 21 д(t−t 0 )2 . Le reste, partie
majeure de la mécanique classique, est la description du mouvement comme une consé-
quence des interactions entre les corps. Elle est nommée la dynamique. Une illustration
de la dynamique est la formule de l ’attraction universelle.
La distinction entre la cinématique et la dynamique peut aussi être faite en relativité,
en thermodynamique et en électrodynamique. Même si nous n’avons pas encore exploré
ces domaines d ’ investigation, nous savons qu ’ il n’y a pas que la gravitation dans l ’ Uni-
vers. Une observation élémentaire permet de trancher : le frottement. Le frottement ne
peut pas être causé par la gravité, parce qu ’ il n’est pas observé dans les cieux, où le mou-
vement suit uniquement les lois gravitationnelles**. Qui plus est, sur Terre, le frottement
Défi 303 e est indépendant de la gravité, comme vous avez probablement déjà pu l ’expérimenter. Il
doit exister une autre interaction responsable du frottement. Nous allons bientôt l ’étu-
dier. Mais un sujet complémentaire mérite une explication tout de suite.

* Ceci est en contradiction avec la véritable provenance du terme « mécanique », qui signifie « science des
machines ». Il dérive du grec µηκανή, qui signifie « machine » et qui se trouve même être à l ’origine du
mot français « machine » lui-même. Quelquefois, le terme « mécanique » est utilisé pour l ’étude du mouve-
ment des corps solides uniquement, excluant par exemple l ’ hydrodynamique. Cet usage eut la faveur des
physiciens durant le siècle passé.
** Ce n’est pas parfaitement exact : dans les années 1980, le premier cas de frottement gravitationnel fut
Page 154 révélé : l ’émission des ondes gravitationnelles. Nous discuterons de ceci en détail plus tard.
156 7 la mécanique classique et la prédictibilité du mouvement

Devrait-on employer la force ?


L’usage direct de la force est une solution si

“ misérable pour résoudre n’ importe quel


problème, qu ’elle est en général employée
uniquement par les petits enfants et par les
grandes nations.

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Tout le monde doit prendre position sur cette question, même les étudiants en phy-
David Friedman

sique. En fait, plusieurs sortes de forces sont utilisées et observées dans la vie quotidienne.

Nous voulons parler des forces musculaire, gravitationnelle, spirituelle, sexuelle, malé-
fique, supernaturelle, sociale, politique, économique et de nombreuses autres. Les phy-
siciens voient les choses plus simplement. Ils nomment interactions les différents types
de forces observés entre des objets. L’étude minutieuse de toutes ces interactions nous
montrera que, dans la vie courante, elles sont d ’origine électrique.
Pour les physiciens, tout changement est causé par le mouvement. Le mot force prend
alors également une définition plus restrictive. La force (physique) est définie comme

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étant la variation de la quantité de mouvement, c ’est-à-dire comme

F=
dp
. (49)
dt
La force est le changement ou flux de la quantité de mouvement. Si une force agit sur
un corps, la quantité de mouvement circule vers celui-ci. De fait, la quantité de mouve-
ment peut être imaginée comme étant un certain liquide invisible et impalpable. La force
mesure quelle quantité de ce liquide s’écoule depuis un corps vers un autre par unité de
temps.
En utilisant la définition galiléenne de la quantité de mouvement de translation p =
mv, nous pouvons réécrire la définition de la force (pour une masse constante) comme

F = ma , (50)

où F = F(t, x) est la force agissant sur un objet de masse m et où a = a(t, x) = dv/dt =


d2 x/dt 2 est l ’accélération du même objet, c ’est-à-dire sa variation de vitesse*.
Cette expression établit en termes précis que la force est ce qui modifie la vitesse des
masses. La quantité est appelée « force » parce qu ’elle correspond à de nombreux aspects
de la force musculaire, mais pas tous. Par exemple, plus la force est importante, plus une
pierre peut être lancée loin.
Cependant, à chaque fois que la notion de force sera employée, nous devrons nous
souvenir que la force physique est différente de la force ordinaire ou de l ’effort courant.

* Cette équation fut écrite ainsi pour la première fois par le mathématicien et physicien suisse Leonhard
Euler (1707–1783) en 1747, plus de 70 ans après la première loi de Newton et 20 ans après le décès de celui-ci,
et à qui elle est généralement attribuée par erreur. C ’était Euler, et non pas Newton, qui comprit le premier
que cette définition de la force est fonctionnelle dans tous les cas où il y a du mouvement, quelles qu ’en soient
les apparences, qu ’ il s’agisse de particules ponctuelles ou d ’objets étendus, et qu ’ il s’agisse de corps rigides,
Réf. 24 déformables ou fluides. De façon surprenante et contrairement aux affirmations qui sont faites régulièrement,
l ’équation (50) est toujours valide en relativité, comme indiqué à la page 71.
la mécanique classique et la prédictibilité du mouvement 157

TA B L E AU 21 Quelques valeurs mesurées de force.

O b s e r va t i o n Force

Valeur de force mesurée dans un microscope à résonance magnétique 820 zN


Force maximale exercée par des dents 1,6 kN

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Force typique exercée par une massue 2 kN
Force exercée par des quadriceps jusqu ’à 3 kN
Force éprouvée par un excellent adhésif de 1 cm2 jusqu ’à 10 kN
Force nécessaire pour sectionner une bonne corde utilisée pour l ’escalade 30 kN
Force maximale mesurable dans la nature 3,0 ⋅ 1043 N

L’effort est probablement la meilleure approximation du concept de puissance (physique),


généralement notée P, et définie (pour une force constante) comme

dW
P= = F⋅v (51)

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dt
dans laquelle le travail (physique) W est défini comme étant W = F⋅s. Le travail physique
est une forme d ’énergie, comme vous pouvez le vérifier. Remarquez qu ’un homme qui
marche en portant un sac à dos très lourd réalise cet effort avec beaucoup de peine. Donc
Défi 304 s pourquoi se sent-il si fatigué ? Le travail, comme toute forme d ’énergie, doit être pris en
considération quand on cherche à vérifier la conservation de l ’énergie.
Avec la définition du travail donnée ci-dessus, vous pouvez résoudre les énigmes sui-
Défi 305 s vantes. Qu ’arrive-t-il à la consommation électrique d ’un escalier roulant si vous mar-
chez dessus au lieu de rester debout immobile ? Quelle est l ’ incidence de la définition du
Défi 306 d travail sur le salaire des scientifiques ?
Lorsque des étudiants en examen disent que la force agissant sur une pierre lancée est
Réf. 129 moindre au point le plus haut de la trajectoire, on a coutume de répondre qu ’ ils utilisent
un point de vue erroné, à savoir la vision aristotélicienne, dans laquelle la force est propor-
tionnelle à la vitesse. De temps à autre il est même dit qu ’ ils utilisent un concept diffé-
rent de l ’ état de mouvement. La critique accentue alors, avec un air de supériorité, le fait
que cela est faux. C ’est une image typique de la méconnaissance intellectuelle. Chaque
étudiant sait, en faisant du vélo, en jetant une pierre ou en tirant un objet, que l ’augmen-
tation de l ’effort produit une augmentation de la vitesse. Les étudiants ont raison, tous
les théoriciens qui en déduisent que ces étudiants ont une conception erronée de la force
ont tort. En réalité, à la place du concept physique de la force, l ’élève utilise simplement la
version quotidienne, à savoir l ’effort. De ce fait, l ’effort exercé par la gravité sur une pierre
en vol est moindre au point le plus haut de la trajectoire. Bien saisir la différence entre la
force physique et l ’effort quotidien est la principale embûche dans l ’ apprentissage de la
mécanique*.

* Ce palier est si élevé que de nombreux physiciens professionnels ne l ’ont jamais réellement franchi eux-
mêmes. Ceci est confirmé par les innombrables commentaires dans les articles qui proclament que la force
physique est définie d ’après la masse, et, en même temps, que la masse est définie en utilisant la force (la
dernière partie de la phrase étant une erreur fondamentale).
158 7 la mécanique classique et la prédictibilité du mouvement

Régulièrement, le flux de la quantité de mouvement, l ’équation (49), n’est pas reconnu


comme étant la définition de la force. C ’est dû principalement à une observation cou-
rante : il semble y avoir des forces sans aucune accélération associée, ou variation dans
la quantité de mouvement, comme dans une corde sous tension ou dans de l ’eau à haute
pression. Lorsque nous nous appuyons contre un arbre, il n’y a aucun mouvement, bien

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


qu ’une force soit appliquée. Si la force est l ’écoulement de la quantité de mouvement, où
celle-ci va-t-elle ? Elle se répartit dans les minuscules déformations des bras et de l ’arbre.
En fait, quand nous commençons à pousser et donc à déformer, la variation associée de
la quantité de mouvement des molécules, des atomes ou des électrons des deux corps
peut être mise en évidence. Après que la déformation est établie, et en regardant sous un
grossissement encore plus important, nous pouvons effectivement constater qu ’un flux
de quantité de mouvement continu et équivalent se propage dans les deux directions. La
nature de cet écoulement sera élucidée dans la partie sur la théorie quantique.
Puisque la force est le flux net de la quantité de mouvement, elle est nécessaire comme
concept distinct seulement dans la vie quotidienne, où elle est utile dans des situations
où les flux nets de la quantité de mouvement sont inférieurs aux flux totaux. À l ’échelle

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microscopique, la quantité de mouvement seule est suffisante pour la description du mou-
vement. Par exemple, la notion de poids décrit la circulation de la quantité de mouvement
due à la gravité. Ainsi nous n’utiliserons presque jamais le mot « poids » dans la partie
microscopique de notre aventure.
À travers sa définition, le concept de force est clairement distinct de la « masse », de
la « quantité de mouvement », de l ’ « énergie » et de la « puissance ». Mais où les forces
trouvent-elles leur origine ? En d ’autres termes, quels effets dans la nature ont la capa-
cité d ’accélérer des corps en puisant de la quantité de mouvement dans des objets ? Le
Tableau 22 en donne un aperçu.
Chaque exemple de mouvement, de celui qui nous permet de choisir la direction de
notre regard à celui qui transporte un papillon à travers un paysage bucolique, peut être
classé dans l ’une des deux colonnes de gauche du Tableau 22. D’un point de vue phy-
sique, les deux colonnes sont séparées par le critère suivant : dans le premier ensemble,
l ’accélération d ’un corps peut être dirigée dans une direction différente de sa vitesse.
Le second ensemble d ’exemples ne produit que des accélérations qui sont exactement
opposées à la vitesse du corps en mouvement, comme nous pouvons le constater dans
le référentiel d ’un milieu qui freine. Une telle force de résistance est appelée frottement,
force de traînée ou amortissement. Tous les exemples du second ensemble sont des types
Défi 308 e de frottement. Vérifiez-le.
Le frottement peut être si fort que le mouvement d ’un corps tout entier par rapport
à son environnement est rendu impossible. Ce type de frottement, appelé frottement sta-
tique ou frottement d’adhérence, est familier et important : sans lui, faire tourner les roues
des bicyclettes, des trains ou des voitures n’aurait absolument aucun effet. Pas une seule
vis ne resterait serrée. Nous ne pourrions pas plus courir ou marcher dans une forêt,
puisque le terrain serait encore plus glissant que la glace polie. En réalité, non seulement
notre propre mouvement, mais tous les mouvements volontaires des êtres vivants sont
fondés sur le frottement. Le cas est similaire pour les machines qui se déplacent toutes
seules. Sans frottement statique, les hélices des navires, des avions et des hélicoptères ne
seraient d ’aucune utilité et les ailes des avions ne produiraient aucun soulèvement pour
Défi 309 s les garder dans les airs. (Pourquoi ?) En résumé, le frottement statique est requis toutes
la mécanique classique et la prédictibilité du mouvement 159

TA B L E AU 22 Sélection de processus et de dispositifs qui modifient le mouvement des corps.

S i t uat i o n s q u i S i t uat i o n s q u i Moteurs et ac-


peuvent conduire à conduisent uni- tionneurs
u ne ac cé l é r at i o n quement à une dé -
c é l é r at i o n

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


piézoélectricité
quartz sous tension électrique thermoluminescence trépied piézo en marche
gravitation
chute ondes gravitationnelles poulie
collisions
satellite tombant vers une accident de voiture moteur de fusée
planète
extension des montagnes collision de météorites nage des larves
effets magnétiques
aiguille de boussole et aimant freinage électromagnétique pistolet électromagnétique

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magnétostriction pertes des transformateurs moteur linéaire
courant dans un fil et aimant échauffement électrique galvanomètre
effets électriques
peigne frotté près de cheveux frottement entre solides moteur électrostatique
bombes feu muscles, flagelle du spermato-
zoïde
tube de téléviseur microscope électronique moteur brownien
lumière
lévitation par la lumière refroidissement par laser (véritable) moulin solaire
voiles solaires pour satellites pression lumineuse (étoiles) capteur solaire
élasticité
arc et flèche bretelles de pantalons moteur à ultrasons
arbres cambrés qui se redressent oreiller, airbag bimorphes
osmose
sève qui monte dans les arbres conservation par le sel pendule osmotique
électro-osmose projection de rayons X
chaleur & pression
champagne réfrigéré résistance d ’une planche pistons hydrauliques
de surf
bouilloire sables mouvants machine à vapeur
baromètre parachute fusil à air comprimé, voilier
séismes résistance au glissement sismomètre
appel d ’air près d ’un train absorbeurs de chocs turbine à eau
nucléaire
radioactivité s’engouffrer dans le Soleil explosion d ’une supernova
biologie
croissance du bambou trouvez ! Défi 307 pe moteurs moléculaires
160 7 la mécanique classique et la prédictibilité du mouvement

forme idéale, cw = 0,0168

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


avion de ligne classique, cw = 0,03

véhicule de sport classique, cw = 0,44

dauphin, cw = 0,035
F I G U R E 91 Formes et résistance à l’eau et à l’air.

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les fois que nous souhaitons nous déplacer relativement à notre environnement.
Une fois qu ’un objet se déplace à travers son environnement, il est entravé par un
autre type de frottement : le frottement dynamique, qui agit sur des corps en mouvement
relatif. Sans lui, des corps en chute libre rebondiraient toujours à la même hauteur, sans
Réf. 130 jamais parvenir à s’arrêter. Ni les parachutes ni les freins ne fonctionneraient ; pire en-
core, nous n’aurions aucune mémoire, comme nous le verrons plus loin*.
Puisque les exemples de mouvement de la deuxième colonne du Tableau 22 incluent
le frottement, l ’énergie macroscopique n’est pas conservée dans ceux-ci : ces systèmes
sont dissipatifs. Dans la première colonne, l ’énergie macroscopique est constante : ces
systèmes sont conservatifs.
Les deux premières colonnes peuvent également être distinguées l ’une de l ’autre en
utilisant un critère mathématique plus abstrait : sur la gauche se trouvent des accéléra-
tions qui peuvent être dérivées d ’un potentiel, sur la droite, des décélérations qui ne le
peuvent pas. Comme dans le cas de la gravitation, la description de n’ importe quelle
sorte de mouvement est nettement simplifiée par l ’utilisation d ’un potentiel : à chaque
position dans l ’espace, nous n’avons besoin que de l ’unique valeur du potentiel pour
calculer la trajectoire d ’un objet, au lieu des trois nombres de l ’accélération ou de la
force. Qui plus est, la grandeur de la vitesse d ’un objet à n’ importe quel point peut être
calculée directement à partir de la conservation de l ’énergie.
Les processus à l ’origine de la seconde colonne ne peuvent pas être décrits par un
potentiel. Ce sont les cas dans lesquels nous devons nécessairement employer la force
si nous voulons décrire le mouvement d ’un système. Par exemple, la force F due à la

* Une récente étude suggère qu ’ il est possible que dans certains systèmes cristallins, tels des éléments en
tungstène sur du silicium, dans des conditions idéales, un frottement glissant puisse être extrêmement petit
Réf. 131 et puisse même disparaître dans certaines directions du mouvement. Ce phénomène, dénommé superlubri-
fication, est actuellement un sujet de recherches.
la mécanique classique et la prédictibilité du mouvement 161

résistance de l ’air sur un corps est approximativement donnée par

1
F = c w ρAv 2 (52)
2
où A représente l ’aire de sa surface exposée au frottement et v sa vitesse relativement à

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


l ’air, ρ est la masse volumique de l ’air. Le coefficient de traînée c w est un nombre adimen-
sionnel qui dépend de la forme de l ’objet en mouvement. (Quelques exemples en sont
donnés dans la Figure 91.) Vous devez vérifier que la résistance aérodynamique ne peut
Défi 311 pe pas être dérivée d ’un potentiel*.
Le coefficient de traînée c w est mesuré expérimentalement comme étant toujours su-
périeur à 0,0168, qui correspond à un profil aérodynamique optimal. Une voiture aéro-
dynamique a une valeur comprise entre 0,25 et 0,3, mais de nombreux véhicules de sport
partagent avec les camionnettes des valeurs de 0,44 et plus**.
La résistance du vent est également importante pour les hommes, en particulier en
Réf. 133 athlétisme. Il est estimé que des sprinteurs du 100 m consacrent entre 3 % et 6 % de leur
puissance à surmonter la résistance de l ’air. Ceci conduit à des temps de courses t w va-

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Défi 312 pe riables lorsque la vitesse w du vent est impliquée, ils sont associés par la relation

wt w 2
= 1, 03 − 0, 03 (1 − ) ,
t0
(53)
tw 100

dans laquelle l ’estimation la plus prudente de 3 % est utilisée. Un vent contraire d ’une
vitesse de −2 m/s provoque un accroissement du temps de 0,13 s, suffisant pour transfor-
mer un record mondial potentiel en un résultat « seulement » excellent. (À partir de cette
Défi 313 pe formule êtes-vous capable de déterminer la valeur de c w pour des coureurs ? )
De façon analogue, le parachutage fonctionne grâce à la résistance de l ’air. Pouvez-
vous préciser comment la vitesse d ’un corps qui chute varie dans le temps, en supposant
Défi 314 s que le coefficient de traînée et la forme sont constants ?
A contrario, le frottement statique possède des propriétés différentes. Il est propor-
tionnel à la force qui presse les deux corps l ’un contre l ’autre. Pourquoi ? En étudiant le
Réf. 134 phénomène plus en détail, nous trouvons que le frottement d ’adhérence est proportion-
nel à la surface réelle de contact. Cela souligne le fait que mettre deux solides en contact
est presque identique à prendre la Suisse, à la retourner à l ’envers et à la poser contre
l ’Autriche : la surface de contact est beaucoup plus petite que celle estimée macroscopi-

* Une telle affirmation concernant le frottement n’est exacte qu ’en trois dimensions, comme c ’est le cas dans
Défi 310 s la nature. Dans le cas d ’une unique dimension, un potentiel peut toujours être trouvé.
** Calculer les coefficients de traînée à l ’aide d ’ordinateurs, en donnant la forme du corps en question et
les propriétés du fluide, est une des tâches les plus ardues de la science. Le problème n’est toujours pas
complètement résolu.
Le thème des formes aérodynamiques est encore beaucoup plus captivant pour des corps fluides. Ceux-
ci gardent leur forme grâce à la tension superficielle. Par exemple, la tension superficielle laisse les cheveux
d ’une brosse humide ensemble. La tension superficielle détermine également la forme des gouttes de pluie.
Les expériences montrent qu ’elle est sphérique pour des gouttes inférieures à 2 mm de diamètre, et que les
gouttes de pluie plus grosses sont en forme de lentille, avec une partie aplatie vers le bas. Cette forme classique
en larme n’est pas rencontrée dans la nature, quelque chose de vaguement similaire à celle-ci survient lors
Réf. 132 du détachement de la goutte, mais jamais pendant sa chute.
162 7 la mécanique classique et la prédictibilité du mouvement

quement. Le point crucial est que la véritable surface de contact est proportionnelle à la
force normale. L’analyse de ce qui se passe au niveau de la surface de contact est toujours
un sujet actif de recherches, les chercheurs sont en train d ’étudier ces problèmes en utili-
sant des instruments tels que des microscopes à force atomique, des microscopes à force
latérale et des triboscopes. Tous ces efforts trouvent des applications dans les disques

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


durs d ’ordinateurs qui durent plus longtemps, car le frottement entre le disque et la tête
de lecture est une variable essentielle qui détermine la durée de vie.
Toutes les formes de frottement sont accompagnées d ’une augmentation de la tem-
pérature du corps en mouvement. La raison devint évidente suite à la découverte des
atomes. Le frottement n’est pas observé dans des systèmes ne comportant que quelques
particules – par exemple, 2, 3 ou 4. Le frottement apparaît seulement dans les systèmes
ayant un grand nombre de particules, généralement de l ’ordre de plusieurs millions,
voire plus. De tels systèmes sont appelés systèmes dissipatifs. Les changements de tem-
pérature et le frottement lui-même sont tous les deux dus au mouvement d ’un grand
nombre de particules microscopiques les unes contre les autres. Ce mouvement n’est
pas intégré dans la description galiléenne. Lorsque c ’est le cas, le frottement et la perte

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d ’énergie disparaissent, et des potentiels peuvent alors être employés dans tout ceci. Des
accélérations positives – d ’ampleur microscopique – apparaissent alors également, et le
mouvement se révèle être conservé. Ainsi, tout mouvement est conservatif à un ordre de
grandeur microscopique. Par conséquent, à cette échelle, il est possible d ’expliquer tout
mouvement sans le concept de force*. La morale de cette histoire est que nous devrions
utiliser la force uniquement dans une situation : dans le cas du frottement, et seulement
lorsque nous ne voulons pas plonger dans les détails microscopiques**.
Et qu ’avons-nous besoin de ce moteur, quand

“ l ’étude réfléchie de la nature nous prouve que le


mouvement perpétuel est la première de ses
lois ?
Donatien de Sade, Justine ou Les Malheurs de la

États complets – conditions initiales


vertu.

Quid sit futurum cras, fuge quaerere...***

“ Horace, Odi, lib. I, ode 9, v. 13.

* Le premier scientifique qui élimina la force dans la description de la nature fut Heinrich Rudolf Hertz
(n. Hambourg 1857, d. Bonn 1894), le célèbre découvreur des ondes électromagnétiques, dans son manuel

de mécanique, Die Prinzipien der Mechanik, Barth, 1894, republié par Wissenschaftliche Buchgesellschaft,
Darmstadt, 1963. Son idée fut fortement critiquée à l ’époque, et ce n’est qu ’une génération plus tard, lorsque
la mécanique quantique se débarrassa sereinement de ce concept une bonne fois pour toutes, que l ’ idée fut
communément admise. (Nombreux sont ceux qui ont spéculé sur le rôle que Hertz aurait pu jouer dans le
développement de la mécanique quantique et la relativité générale, s’ il n’était pas décédé si jeune.) Dans
son livre, Hertz avait également formulé le principe de la trajectoire la plus courte : les particules suivent des
géodésiques. Cette description est un des piliers même de la relativité générale, comme nous le verrons plus
loin.
** Dans le cas des relations humaines, l ’évaluation devrait être quelque peu précisée, comme le montre
Réf. 135 l ’étude menée par James Gilligan.
*** « De quel futur sera fait demain, ne demandez jamais... » Horace est Quintus Horatius Flaccus (65–
Réf. 56 8 av. J.-C. ), le grand poète romain.
la mécanique classique et la prédictibilité du mouvement 163

Nous décrivons souvent le mouvement d ’un corps en précisant la dépendance par


rapport au temps de sa position, par exemple comme

x(t) = x0 + v0 (t − t 0 ) + 21 a0 (t − t 0 )2 + 61 j0 (t − t 0 )3 + ... . (54)

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Les variables dotées d ’un indice 0, comme la position de départ x0 , la vitesse initiale
v0 , etc., sont appelées conditions initiales. Des conditions initiales sont nécessaires pour
n’ importe quelle description du mouvement. Des systèmes physiques distincts ont des
conditions initiales différentes. Celles-ci spécifient donc le caractère exclusif d ’un sys-
tème donné. Les conditions initiales nous permettent aussi de distinguer la situation
actuelle d ’un système de celle à n’ importe quel instant passé : les conditions initiales
précisent les aspects variables d ’un système. En d ’autres termes, elles résument le passé
d ’un système.
Les conditions initiales sont de cette façon précisément les propriétés que nous avions
Page 25 cherchées pour une description de l ’ état d ’un système. Pour trouver une description

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complète des états, nous avons donc besoin uniquement d ’une description complète des
conditions initiales. Il apparaît que, pour la gravitation comme pour toutes les autres in-
teractions microscopiques, il n’y a pas besoin de l ’accélération initiale a0 , du jerk initial
j0 ou de quantités initiales d ’ordre plus important. Dans la nature, l ’accélération et le
jerk dépendent seulement des propriétés des objets et de leur environnement, elles ne
dépendent pas du passé. Par exemple, l ’expression a = GM/r 2 , donnant l ’accélération
d ’un petit corps à proximité d ’un autre plus grand, ne dépend pas du passé, mais seule-
ment du milieu. La même chose se produit pour les autres interactions fondamentales,
comme nous allons bientôt le découvrir.
Page 65 L’ état complet d ’une masse ponctuelle en mouvement est donc précisé en donnant
sa position et sa quantité de mouvement à chaque instant du temps. Ainsi nous avons
atteint une description complète des propriétés intrinsèques des objets ponctuels, à sa-
voir par leur masse, et de leurs états de mouvement, à savoir par leur quantité de mou-
vement, leur énergie, leur position dans le temps. Pour les objets rigides étendus, nous
avons également besoin de l ’orientation, de la vitesse angulaire et du moment cinétique.
Pouvez-vous préciser les quantités nécessaires dans le cas de corps étendus élastiques ou
Défi 315 pe fluides ?
L’ensemble de tous les états possibles d ’un système est désigné par un nom particu-
lier : il est appelé l ’ espace des phases. Nous utiliserons ce concept à plusieurs reprises.
Comme tout espace, il possède un nombre de dimensions. Pouvez-vous le trouver pour
Défi 316 s un système comportant N particules ponctuelles ?
Cependant, il y a des situations dans la nature où le mouvement d ’un objet dépend de
caractéristiques autres que sa masse, le mouvement peut dépendre de sa couleur (pouvez-
Défi 317 s vous trouver un exemple ?), de sa température et de quelques autres propriétés que nous
découvrirons bientôt. Pouvez-vous donner un exemple d ’une propriété intrinsèque que
Défi 318 s nous avons omise jusqu ’à présent ? Et pour chaque propriété intrinsèque il y a des va-
riables d ’état à découvrir. Ces nouvelles propriétés sont les fondements du champ de l ’ in-
vestigation physique sous-jacente à la mécanique. Nous devons par conséquent conclure
que pour l ’ instant nous ne sommes pas parvenus à une description complète du mouve-
ment.
164 7 la mécanique classique et la prédictibilité du mouvement

Il est intéressant de rappeler un défi plus ancien et de le formuler à nouveau :


Défi 319 s l ’ univers a-t-il des conditions initiales ? Possède-t-il un espace des phases ? Comme
conseil, rappelez-vous que, lorsqu ’une pierre est lancée, les conditions initiales résument
les effets du lanceur, son histoire, la manière dont il est arrivé là, etc. ; en d ’autres termes,
les conditions initiales résument les effets que l ’environnement a eus pendant l ’ histoire

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


d ’un système.
Un optimiste est quelqu ’un qui pense que le

“ futur est incertain.

Les surprises existent-elles ? L’ avenir est-il déjà tou t tracé ?



Die Ereignisse der Zukunft können wir nicht aus

“ den gegenwärtigen erschließen. Der Glaube an


den Kausalnexus ist ein Aberglaube*.
Ludwig Wittgenstein, Tractatus, 5.1361


La liberté c ’est de savoir reconnaître le
nécessaire.

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Friedrich Engels (1820–1895)

Si, après avoir grimpé dans un arbre, nous sautons sur le sol, nous ne pouvons stopper
notre saut au milieu de sa trajectoire. Une fois que le saut est commencé, il est inévitable
et déterminé, comme tous les mouvements passifs. Pourtant, lorsque nous commençons
à bouger un bras, nous pouvons arrêter son mouvement ou transformer une gifle en
une caresse. Le mouvement volontaire ne semble pas être inévitable ou prédéterminé.
Défi 320 e Laquelle de ces deux situations est la plus générale ?
Commençons avec l ’exemple que nous pouvons décrire le plus précisément possible
pour le moment : la chute d ’un corps. Une fois que le potentiel φ agissant sur une parti-
cule est fixé et pris en compte, en utilisant

a(x) = −∇φ = −GMr/r 3 , (55)

et l ’état à un instant donné qui est fourni par les conditions initiales comme

x(t 0 ) = x 0 et v(t 0 ) = v 0 , (56)

nous pouvons alors déterminer le mouvement à l ’avance. La trajectoire complète x(t)


peut être calculée avec ces deux renseignements. En raison de cette faisabilité, une équa-
tion telle que (55) est appelée une équation d’évolution pour le mouvement de l ’objet.
(Remarquez que le mot « évolution » possède une signification différente en physique et
en biologie.) Une équation d ’évolution exprime toujours l ’ idée que l ’on n’observe pas
dans la nature tous les types de changements possibles, mais seulement certaines situa-
tions précises. Toutes les successions possibles et imaginables d ’événements ne sont pas
observées, mais seulement un nombre limité d ’entre elles. En particulier, l ’équation (55)
explicite que, d ’un instant au suivant, les objets modifient leur mouvement par le tru-

* « Nous ne pouvons pas déduire les événements du futur à partir de ceux du présent. La superstition n’est
rien d ’autre que la croyance dans les liens de cause à effet. »
la mécanique classique et la prédictibilité du mouvement 165

chement du potentiel qui agit sur eux. Donc, en fixant une équation d ’évolution et un
état initial, le mouvement tout entier d ’un système est fixé de manière unique. Cette pro-
priété du mouvement est souvent nommée déterminisme. Puisque ce terme est familière-
ment utilisé avec des connotations différentes, distinguons-le prudemment de plusieurs
concepts similaires pour éviter tout malentendu.

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Le mouvement peut être déterministe et en même temps rester imprévisible. Cette
dernière caractéristique peut avoir quatre origines : un nombre énorme de particules im-
pliquées qui rend tout calcul inexploitable, la complexité des équations d ’évolution, des
informations insuffisantes concernant les conditions initiales, et des formes de l ’espace-
temps qui ne sont pas familières. La prévision météorologique est un exemple où les
trois premières conditions sont vérifiées en même temps*. Néanmoins, son mouvement
est toujours déterministe. À proximité des trous noirs, les quatre conditions s’appliquent
toutes ensemble. Pourtant, à proximité des trous noirs, le mouvement est encore déter-
ministe.
Le mouvement peut être à la fois déterministe et aléatoire dans le temps, c ’est-à-dire
avoir des résultats différents à partir d ’expériences identiques. Le mouvement d ’une bille

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de roulette est déterministe, mais est également aléatoire**. Comme nous le verrons plus
tard, les situations de la mécanique quantique tombent dans cette catégorie, de même
que tous les exemples de mouvements irréversibles, comme une goutte d ’encre qui se
répand dans de l ’eau claire. Dans tous ces cas le hasard et la non-reproductibilité ne
sont qu ’apparents, ils disparaissent lorsque nous prenons en compte la description des
états et des conditions initiales au niveau microscopique. En résumé, le déterminisme
n’entre pas en contradiction avec l ’ irréversibilité (macroscopique). Toutefois, à l ’échelle
microscopique, le mouvement déterministe est toujours réversible.
Une dernière notion qui doit être discernée du déterminisme est la non-causalité. La
causalité est l ’exigence qu ’une cause doit précéder son effet. Cela reste superficiel en
physique galiléenne, mais devient primordial en relativité restreinte, dans laquelle la cau-
salité entraîne que la vitesse de la lumière est une limite dans la propagation des effets. En
réalité, il semble impossible d ’avoir un mouvement déterministe (de matière et d ’éner-
gie) qui soit non causal, c ’est-à-dire plus rapide que la lumière. Pouvez-vous confirmer
Défi 321 s cela ? Ce sujet sera plus profondément étudié dans la section sur la relativité restreinte.
Dire que le mouvement est « déterministe » signifie qu ’ il est fixé une fois pour toutes
dans le futur mais également dans le passé. Il est parfois affirmé que des prédictions d ’ob-
servations futures représentent un test décisif pour une description exacte de la nature.
En raison de notre capacité fréquente et impressionnante à influencer l ’avenir, ce n’est
pas forcément un bon test. Toute théorie doit, avant tout, décrire correctement les obser-
vations passées. C ’est notre impuissance à pouvoir modifier le passé qui a pour résultat
notre impossibilité de choisir la bonne description de la nature, qui est si centrale en
physique. En ce sens, l ’expression « situation initiale » est un choix malheureux, parce
qu ’ il nous conduit automatiquement à rechercher la situation initiale de l ’univers et

* Pour des images magnifiques de nuages, consultez le site Web http://www.goes.noaa.gov.


** Les mathématiciens ont développé une large palette de tests pour déterminer si un ensemble de nombres
peut être qualifié d ’ aléatoire. Les résultats de la roulette passent tous ces tests avec succès – uniquement dans
les casinos honnêtes, toutefois. De tels tests vérifient typiquement la distribution identique des nombres, des
paires de nombres, des triplets de nombres, etc. D’autres tests sont le test du chi-deux χ 2 , le(s) test(s) de
Réf. 136 Monte Carlo, et le test du gorille.
166 7 la mécanique classique et la prédictibilité du mouvement

à tenter ainsi de répondre à des questions qui peuvent trouver une réponse sans cette
information. Le principal ingrédient d ’une description déterministe est que tout mou-
vement peut être réduit à une équation d ’évolution plus un état explicite. Cet état peut
aussi bien être initial, intermédiaire ou final. Le mouvement déterministe est défini de
manière unique dans le passé et dans le futur.

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Pour avoir une idée claire du déterminisme, il est utile de rappeler pourquoi la notion
de « temps » s’est immiscée dans notre description du monde. Nous avons introduit le
temps parce que nous observons en premier lieu que nous sommes capables de définir
des successions dans les observations, et, en second lieu, que le changement sans limites
n’existe pas. C ’est à l ’opposé des films, où un individu peut passer une porte pour ressor-
tir sur un autre continent ou dans un autre siècle. Dans la nature, nous n’observons pas
de métamorphoses, comme des individus se transformant en grille-pain ou des chiens en
brosses à dents. Nous introduisons le « temps » uniquement parce que les changements
successifs que nous observons sont extrêmement restreints. Si la nature n’était pas re-
Défi 322 s productible, le temps ne pourrait pas être employé. En résumé, le déterminisme exprime
l ’ idée que des changements successifs ne sont limités à chaque fois qu ’à une unique occur-

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rence possible.
Puisque le déterminisme est relié à l ’usage de la notion du temps, de nouvelles in-
terrogations surgissent dès que le concept temporel est modifié, comme cela se produit
dans la relativité restreinte, en relativité générale et dans la physique théorique des hautes
énergies. Ces questions sont très amusantes.
En résumé, chaque description de la nature qui utilise la notion de temps, telles celle
de la vie quotidienne, celle de la physique classique et celle de la mécanique quantique,
est intrinsèquement et inévitablement déterministe, puisqu ’elle relie des observations
passées et futures, bannissant toute alternative. En bref, l ’usage du temps implique le déter-
minisme, et vice versa. Lorsque nous formulons des conclusions métaphysiques, comme
il est si familier de nos jours en discutant de la théorie quantique, nous ne devrions ja-
Page ?? mais oublier cette relation. Quiconque utilise des horloges mais renie le déterminisme
entretient une double personnalité* !
L’ idée que le mouvement est fixé produit souvent de la crainte, parce que nous avons
été éduqués pour associer le déterminisme avec un manque de liberté. D’un autre côté,
nous faisons l ’expérience de la liberté dans nos actions et nous appelons cela le libre
arbitre. Nous savons qu ’ il est indispensable pour notre créativité et pour notre bonheur.
Par conséquent il semblerait que le déterminisme soit opposé au bonheur.
Mais qu ’est-ce que précisément le libre arbitre ? Beaucoup d ’encre a coulé pour tenter
de trouver une définition précise. Nous pouvons essayer de définir le libre arbitre comme
la liberté dans le choix des conditions initiales. Toutefois, des conditions initiales doivent
elles-mêmes résulter des équations d ’évolution, de telle façon qu ’ il n’y a en réalité pas de
liberté dans leur choix. Nous pouvons tenter de définir le libre arbitre à partir de l ’ idée
de l ’ imprévisibilité, ou à partir de propriétés similaires, comme l ’ incalculabilité. Mais
ces définitions se heurtent au même problème de base : quelle que soit cette définition,
il n’y a aucune voie pour démontrer expérimentalement qu ’une action a été réalisée
librement. Les éventuelles définitions sont inutiles. En résumé, le libre arbitre ne peut
pas être observé. (Les psychologues possèdent également un grand nombre de données

* Cela peut malgré tout faire l ’objet de nombreux divertissements.


la mécanique classique et la prédictibilité du mouvement 167

qui leur sont propres pour appuyer cela, mais c ’est une autre histoire.)
Aucun processus graduel – par opposition à instantané – ne peut être dû au libre ar-
bitre. Les processus graduels sont décrits par le temps et sont déterministes. En ce sens,
la question concernant le libre arbitre en devient une concernant l ’existence de chan-
gements instantanés dans la nature. Ce sera un sujet récurrent dans la suite de notre

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


promenade. La nature a-t-elle le potentiel de surprendre ? Dans notre vie courante, elle
ne l ’a pas. Des modifications subites ne sont pas observées. Bien entendu, nous aurons
toujours à examiner cette question dans d ’autres domaines, dans l ’ infiniment petit et
dans l ’ infiniment grand. En réalité, nous changerons d ’opinion plusieurs fois. L’absence
de surprise dans la vie quotidienne est fondée de manière profonde dans notre corps : la
notion de curiosité est basée sur l ’ idée que toute chose découverte est utile par la suite.
Si la nature nous surprenait constamment, la curiosité n’aurait aucun sens.
Une autre remarque contredit l ’existence des aberrations : au début de notre excur-
sion, nous définissions le temps en faisant usage de la continuité du mouvement, plus
tard nous avions exprimé cela en disant que le temps est une conséquence de la conser-
vation de l ’énergie. La conservation est le contraire de la surprise. D’ailleurs, un défi

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demeure : pouvez-vous montrer que le temps ne serait pas définissable même si les sur-
Défi 323 s prises n’existaient que rarement ?
Succinctement, jusqu ’à présent nous n’avons aucune preuve que les surprises existent
dans la nature. Le temps existe parce que la nature est déterministe. Le libre arbitre ne
peut pas être défini avec la précision requise par la physique. En formulant qu ’ il n’y a
aucun changement instantané, nous formulons implicitement qu ’ il n’existe qu ’une dé-
finition consistante du libre arbitre : c ’est une sensation, en particulier d ’ indépendance
par rapport aux autres, d ’ indépendance par rapport à la peur et d ’acceptation des consé-
Réf. 137 quences de nos actions. Le libre arbitre est une sensation de satisfaction. Cela résout le
paradoxe apparent : le libre arbitre étant une impression, il existe en tant qu ’expérience
humaine, même si tous les objets se déplacent sans aucune possibilité de choisir. Il n’y a
aucune contradiction*.
Réf. 138 Même si l ’action humaine est prédéterminée, elle reste authentique. Alors pourquoi le
déterminisme est-il si effrayant ? C ’est une question que chacun doit se poser à lui-même.
Quelle distinction le déterminisme implique-t-il pour votre vie, pour les actions, les
Défi 325 e choix, les responsabilités et les plaisirs que vous rencontrez** ? Si vous concluez qu ’être
conditionné est différent d ’être libre, vous devez changer votre manière de vivre ! La peur
du déterminisme provient généralement du refus de considérer le monde tel qu ’ il est.
Paradoxalement, c ’est précisément celui qui insiste sur l ’existence du libre arbitre qui
cherche à échapper aux responsabilités.
* Le fait que le libre arbitre soit une sensation peut également être confirmé par une introspection attentive.
L’ idée du libre arbitre survient toujours après qu ’une action a été entamée. C ’est une expérience magnifique
que de s’asseoir dans un environnement paisible, avec l ’ intention de faire, dans un nombre indéterminé de
minutes, un petit geste, comme fermer sa main. Si vous observez attentivement, dans tous ses détails, ce qui
Défi 324 e se passe à l ’ intérieur de vous-même aux alentours du véritable moment de la décision, vous trouvez soit
un mécanisme qui a conduit à la décision, soit une vague impression obscure et diffuse. Vous ne trouvez
jamais de libre arbitre. Une telle expérience est une voie magnifique pour expérimenter avec profondeur les
prodiges de la personnalité. Des expériences de ce genre peuvent également être une des origines possibles
de la spiritualité humaine, puisqu ’elles indiquent la relation que chacun entretient avec le reste de la nature.
** Si les « lois » de la nature sont déterministes, sont-elles en contradiction avec les « lois » morales ou
Défi 326 s éthiques ? Les gens peuvent-ils toujours être tenus pour responsables de leurs actions ?
168 7 la mécanique classique et la prédictibilité du mouvement

Vous avez la capacité de vous surprendre

“ vous-même.
Richard Bandler et John Grinder

Une conclusion étrange sur le mouvement

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique



Darum kann es in der Logik auch nie
Überraschungen geben*.
Ludwig Wittgenstein, Tractatus, 6.1251

La mécanique classique décrit la nature d ’une manière relativement simple. Les objets
sont invariables et sont des entités massives situées dans l ’espace-temps. Les états sont

les propriétés variables des objets, décrites par la position dans l ’espace et l ’ instant dans
le temps, par l ’énergie et la quantité de mouvement, et par leurs équivalents rotationnels.
Le temps est la relation mesurée par une horloge entre des événements. Les horloges sont
des dispositifs en mouvement non perturbé dont la position peut être observée. L’ espace,
et la position, est la relation mesurée par une règle graduée entre des objets. Les règles
graduées sont des appareils dont la forme est subdivisée par quelques marques, figées de

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manière invariante et observable. Le mouvement est la variation de la position dans le
temps (fois la masse), il est déterminé, ne révèle aucune surprise, il est conservé (même
après la mort), et est provoqué par la gravitation et d ’autres interactions.
Même si cette description fonctionne plutôt bien, elle contient une définition en
Défi 327 s boucle. Pouvez-vous l ’ identifier ? Chacun des deux concepts centraux du mouvement
est défini à l ’aide de l ’autre. Les physiciens s’escrimèrent pendant environ 200 ans sur
la mécanique classique sans remarquer ou sans vouloir remarquer ce fait. Même les pen-
seurs qui avaient un intérêt à discréditer la science ne l ’ont pas relevé. Une science exacte
Défi 328 s peut-elle être fondée sur une définition circulaire ? Manifestement, la physique s’en est
plutôt bien sortie jusqu ’à présent. Certains ont même affirmé que cette situation est en
principe inévitable. Malgré ces jugements, défaire cette boucle logique est une des aspi-
rations du reste de notre promenade. Pour l ’accomplir, nous avons besoin d ’accroître
considérablement le niveau de précision de notre description du mouvement.
À chaque fois que la précision est accrue, l ’ imagination est restreinte. Nous décou-
vrirons que de nombreux types de mouvement qui paraissent réalisables ne le sont pas.
Le mouvement est limité. La Nature limite la vitesse, la taille, l ’accélération, la masse,
la force, la puissance et un grand nombre d ’autres quantités. Ne persévérez dans votre
lecture que si vous êtes préparé à troquer la fantaisie pour la précision. Cela ne sera pas
perdu, puisque vous obtiendrez alors quelque chose d ’autre : les rouages de la nature
vous émerveilleront.

Descriptions générales du mouvement


Πλεῖν ἀνάγκε, ζῆν οὐκ ἀνάγκη**.

“ Pompée

* « Par conséquent il ne peut jamais y avoir de surprises dans la logique. »
** « Navigare necesse, vivere non necesse (Naviguer est nécessaire, mais il n’est pas nécessaire de vivre). »
Réf. 139 Gnaeus Pompeius Magnus (106–48 av. J.-C. ), cité par Plutarque (v. 45 à v. 125).
la mécanique classique et la prédictibilité du mouvement 169

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


B

F I G U R E 92 Quelle forme de rampe F I G U R E 93 Le mouvement peut-il être


permet à la pierre noire de glisser le défini de la même manière pour tous les
plus rapidement du point A au point observateurs ?
inférieur B ?

Partout sur la Terre – même en Australie – les gens remarquent que les pierres
tombent « vers le bas ». La promulgation de la « loi » universelle de la gravitation a été
facilitée par cette constatation ancestrale. Pour le découvrir, tout ce qu ’ il y eut à faire
fut de rechercher une description de la gravité qui fût valide au niveau général. La seule

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remarque complémentaire qui doit être faite afin de déduire la formule a = GM/r 2 est
que la gravité varie avec la hauteur.
En résumé, le fait de réfléchir globalement nous aide à rendre notre description du
mouvement plus précise. Comment pouvons-nous décrire le mouvement de la manière
la plus générale possible ? Il apparaît que nous avons six manières d ’aborder cette ques-
tion, chacune d ’elles nous sera utile sur notre chemin vers le sommet de la Montagne
Mouvement. Nous commencerons par une vue d ’ensemble, puis nous explorerons les
détails de chaque approche.
— La première approche globale du mouvement émane du caractère limité de ce que
nous avons appris jusqu ’à présent. Lorsque nous déduisons le mouvement d ’une par-
ticule à partir de son accélération en cours, nous sommes en train d ’utiliser la des-
cription du mouvement la plus locale possible. Par exemple, toutes les fois que nous
utilisons une équation d ’évolution, nous utilisons en fait l ’accélération de la particule
en un lieu et à un instant donnés pour déterminer sa position et son mouvement juste
après cet instant et au voisinage immédiat de cet endroit.
Les équations d ’évolution ont donc un « horizon » imaginaire de rayon zéro.
L’approche opposée est illustrée dans le célèbre problème de la Figure 92. Le défi
est de trouver le trajet qui permet de réaliser le mouvement de glissade le plus rapide
Défi 329 d possible depuis un point élevé jusqu ’à un point distant plus bas. Pour résoudre cela,
nous avons besoin de considérer le mouvement comme un tout, pour tous les instants
et toutes les positions. L’approche globale requise par des interrogations comme celle-
ci nous mènera tout droit à une description du mouvement qui est simple, précise et
séduisante : le dénommé principe de paresse universelle, également connu sous le
nom de principe de moindre action.
— La deuxième approche globale du mouvement émerge lorsque nous comparons les
diverses descriptions du même système fournies par des observateurs distincts. Par
exemple, les observations d ’une personne qui chute d ’une falaise, d ’un passager de
montagnes russes, et d ’un observateur debout sur le plancher des vaches seront gé-
néralement différentes. Les relations entre toutes ces observations nous conduisent à
170 7 la mécanique classique et la prédictibilité du mouvement

roue de corde
vélo
a b b

F C P

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


a b b

F I G U R E 94 Que se F I G U R E 95 Comment dessiner une


passe-t-il lorsqu’une corde ligne droite à l’aide d’un compas ? Fixez
est coupée ? un point F, posez un crayon à la jointure
P et déplacez C avec un compas le long
d’un cercle.

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F I G U R E 96 Une charrette pointant vers le sud.

une description générale, valide pour tout le monde. Cette méthode nous mène à la
théorie de la relativité.
— La troisième approche globale du mouvement consiste à explorer le mouvement des
corps étendus et rigides, plutôt que celui des masses ponctuelles. Le résultat non intui-
tif de l ’expérience de la Figure 94 montre que le jeu en vaut la chandelle.
Pour pouvoir concevoir des machines, il est indispensable de comprendre com-
ment les corps rigides d ’un groupe interagissent. Comme exemple, le mécanisme de
la Figure 95 associe le mouvement des points C et P. Il définit tacitement un cercle de
telle façon que nous ayons toujours la relation rC = 1/rP entre les distances de C et de
Défi 330 pe P à son centre. Pouvez-vous trouver ce cercle ?
Réf. 140 Un autre excellent challenge consiste à inventer une charrette en bois, dotée d ’en-
grenages qui relient une flèche aux roues de telle manière que, quel que soit l ’ itiné-
Défi 331 d raire que la charrette emprunte, la flèche pointe toujours vers le sud (voir la Figure 96).
Comme nous le verrons, la solution à ce problème est utile pour mieux appréhender
la relativité générale.
Un autre exemple intéressant pour le mouvement rigide est le fait que les mouve-
ments humains, tel le déplacement d ’un bras en général, sont constitués d ’un petit
Réf. 141 nombre de mouvements élémentaires. Tous ces exemples sont tirés du domaine capti-
vant de la technique ; malheureusement, nous aurons trop peu de temps pour explorer
ce sujet durant notre excursion.
— La quatrième manière générale d ’aborder le mouvement est l ’étude des corps étendus
non rigides. Par exemple, la mécanique des fluides étudie l ’écoulement des fluides (tels
que le miel, l ’eau ou l ’air) autour de corps solides (tels des cuillères, des bateaux,
des voiles ou des ailes). La mécanique des fluides tente donc d ’expliquer comment
la mécanique classique et la prédictibilité du mouvement 171

? ou ?

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


F I G U R E 97 Comment et où un conduit de cheminée en brique qui chute se brise-t-il ?

F I G U R E 98 Pourquoi les ballons F I G U R E 99

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emplis d’air chaud restent-ils Qu’est-ce qui
gonflés ? Comment pouvez-vous détermine le
mesurer le poids d’un cycliste en nombre de
utilisant uniquement une règle ? pétales d’une
marguerite ?

volent les insectes, les oiseaux et les avions*, pourquoi les voiliers peuvent naviguer
Réf. 142 en s’appuyant sur le vent, ce qui se passe quand un œuf dur est mis en rotation sur
une fine couche d ’eau, ou comment une bouteille pleine de vin peut être vidée de la
Défi 332 s manière la plus rapide possible.
À l ’ instar des fluides, nous pouvons étudier le comportement des solides défor-
mables. Ce domaine de recherche est appelé la mécanique des milieux continus. Elle
traite des déformations et des oscillations des structures étendues. Elle cherche à expli-
quer, par exemple, pourquoi les cloches sont faites selon une forme particulière, com-
Défi 333 s ment de grands corps – comme des conduits de cheminée en chute libre – se brisent
lorsqu ’ ils subissent une contrainte, et comment les chats peuvent se retourner tout
seuls de façon adéquate pendant qu ’ ils chutent. Tout au long de notre voyage, nous
rencontrerons à plusieurs reprises des problèmes concernant ce domaine, qui empiète
même sur la relativité générale et sur le monde des particules élémentaires.
— La cinquième approche globale du mouvement concerne l ’étude du mouvement
d ’un nombre colossal de particules. Celle-ci est dénommée la mécanique statistique.
Les concepts qui nécessitent de décrire les gaz, comme la température et la pression

* Les mécanismes du vol des insectes constituent toujours une discipline de recherches actives. Tradition-
nellement, la mécanique des fluides était focalisée sur les grands systèmes, comme les bateaux, les navires
et les avions. En fait, le plus petit objet conçu par l ’ homme capable de voler de manière contrôlée – disons,
un avion ou un hélicoptère radiocommandé – est beaucoup plus grand et plus lourd que de nombreux êtres
volants que l ’évolution a engendrés. Il s’avère que commander le vol de petits corps nécessite davantage de
connaissances et plus d ’astuce que commander le vol d ’objets plus grands. Vous pouvez en apprendre plus
sur ce sujet à la page ??.
172 7 la mécanique classique et la prédictibilité du mouvement

(voir la Figure 98), constitueront notre première étape vers la compréhension des
trous noirs.
— La sixième approche globale du mouvement concerne tous les points de vue men-
tionnés ci-dessus en même temps. Une telle avancée est primordiale pour comprendre
l ’expérience quotidienne, et la vie elle-même. Pourquoi une fleur possède-t-elle un

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


nombre particulier de pétales ? Comment un embryon se différencie-t-il dans l ’uté-
rus ? Qu ’est-ce qui fait battre nos cœurs ? Comment les crêtes montagneuses et les
silhouettes des nuages émergent-elles ? Comment les astres et les galaxies évoluent-
ils ? Comment les vagues de l ’ océan sont-elles façonnées par le vent ?
Tous ces cas sont des exemples d ’ auto-organisation ; les chercheurs en sciences de
la vie parlent simplement de croissance. Quelle que soit la désignation utilisée pour
ces processus, ils sont caractérisés par l ’apparition spontanée de motifs, de formes
et de cycles. Ces processus constituent un sujet commun de recherche à travers un
grand nombre de disciplines, incluant la biologie, la chimie, la médecine, la géologie
et les sciences de l ’ ingénieur.
Nous allons maintenant donner une courte introduction à ces six approches globales du

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mouvement. Nous allons commencer avec la première, à savoir la description générale
des objets, assimilés à des points, en mouvement. La méthode élégante décrite ci-dessous
fut le résultat de plusieurs siècles d ’efforts collectifs, et constitue le point culminant de la
mécanique. Elle fournit également les bases pour toutes les descriptions supplémentaires
du mouvement que nous rencontrerons plus tard.
Chapitre 8

M E SU R E R L E C HA NG E M E N T AV E C

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


L’AC T ION

Le mouvement peut être décrit par des nombres. Pour une unique particule, les re-
lations entre les coordonnées spatiales et temporelles décrivent le mouvement. La prise
de conscience que des expressions telles que (x(t), y(t), z(t)) peuvent être employées
pour retracer l ’ itinéraire d ’une particule en mouvement fut une étape décisive dans le
progrès de la physique moderne.
Nous pouvons aller encore plus loin. Le mouvement est une forme de changement. Et

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ce changement peut lui-même être utilement décrit par des nombres. En réalité, le chan-
gement peut être quantifié par un nombre unique. Cette découverte constitua l ’étape cru-
ciale suivante. Il fallut aux physiciens près de deux siècles d ’efforts pour dévoiler la ma-
nière de décrire le changement. En conséquence, la quantité qui mesure le changement
possède un nom étrange : elle est appelée action (physique)*. Pour se rappeler le rapport
qui existe entre l ’ « action » et le changement, pensez simplement à un film d ’ Hollywood :
quand il y a beaucoup d ’action, il y a aussi une grande quantité de changements.
Imaginez que nous prenions deux clichés d ’un système à des instants différents. Com-
ment pourriez-vous définir la quantité de changement qui se produit entre les deux ? À
quels moments les choses changent-elles beaucoup, et quand changent-elles seulement
un petit peu ? Primo, un système qui possède beaucoup de mouvement témoigne d ’une
grande quantité de changement. Il paraît donc logique que l ’action d ’un système consti-
tué de sous-systèmes indépendants doive être la somme des actions de ces sous-systèmes.
Secundo, le changement s’accumule souvent – mais pas toujours – au cours du temps ;
dans d ’autres cas, un changement récent peut compenser un changement antérieur. Le
changement peut ainsi augmenter ou diminuer avec le temps.

* Remarquez que cette « action » n’est pas identique à l ’ « action » qui apparaît dans des formulations telles
que « chaque action possède une réaction égale et opposée ». Ce dernier usage, initié par Newton, n’a pas
résisté ; par conséquent ce terme a été réutilisé. Après Newton, le terme « action » fut tout d ’abord utilisé
pour une signification intermédiaire avant d ’être finalement adopté dans son sens moderne employé ici.
Cette dernière signification est la seule qui est utilisée dans ce texte.
Un autre emploi qui a été recyclé est le « principe de moindre action ». Dans les livres anciens, il était em-
ployé dans un contexte différent de celui de ce chapitre. Actuellement, il se réfère à ce qu ’ il est d ’usage d ’ap-
peler le principe de Hamilton dans le monde anglo-saxon, bien qu ’ il soit (principalement) dû à d ’autres per-
sonnalités, particulièrement Leibniz. Les anciennes significations et dénominations sont tombées en désué-
tude et ne sont pas maintenues ici.
Derrière ces mutations terminologiques se cache l ’ histoire longue de deux siècles de tentatives effrénées
pour décrire le mouvement à l ’aide des principes variationnels ou extrémaux : l ’objectif était de perfectionner
et d ’achever le travail initié par Leibniz. Ces principes n’ont aujourd ’ hui qu ’un intérêt historique, parce
Réf. 143 qu ’ ils sont tous des cas particuliers du principe de moindre action décrit ici.
174 8 mesurer le changement avec l ’ action

TA B L E AU 23 Quelques valeurs d’action pour des changements observés ou imaginaires.

Changement Va l e u r a p p r o x i m a t i v e
pour l ’ action

Le plus petit changement mesurable 0,5 ⋅ 10−34 Js

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Exposition d ’une pellicule photographique 1,1 ⋅ 10−34 Js à 10−9 Js
Battement d ’aile d ’une drosophile (mouche) env. 1 pJs
Ouverture d ’une fleur au lever du jour env. 1 nJs
Avoir les joues rouges env. 10 mJs
Verre tenu par rapport à un verre lâché 0,8 Js
Arbre courbé par le vent d ’un côté à l ’autre 500 Js
Faire disparaître un lapin blanc par de la « vraie » magie 100 PJs
Dissimuler un lapin blanc env. 0,1 Js
Changement cérébral maximum en une minute env. 5 Js
Rester en lévitation à 1 m pendant une minute env. 40 kJs
Accident de voiture env. 2 kJs

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Naissance env. 2 kJs
Changement provoqué par une vie humaine env. 1 EJs
Arrêt d ’un véhicule pendant le clignement d ’un œil 20 kJs
Grand tremblement de terre env. 1 PJs
Disparition d ’une voiture pendant le clignement d ’un œil 1 ZJs
Lever du soleil env. 0,1 ZJs
Une source de sursaut gamma avant et après l ’explosion env. 1046 Js
L’univers après qu ’une seconde s’est écoulée indéfini et indéfinissable

Tertio, pour un système dans lequel le mouvement est stocké, transformé ou transféré
d ’un sous-système à un autre, le changement est inférieur à celui d ’un système pour
lequel ce n’est pas le cas.
Les propriétés mentionnées impliquent que la mesure naturelle du changement est
l ’écart moyen entre l ’énergie cinétique et potentielle multiplié par le temps écoulé. Cette
quantité possède toutes les bonnes propriétés : elle est (habituellement) la somme des
quantités correspondantes pour tous les sous-systèmes si ceux-ci sont indépendants, elle
augmente généralement avec le temps (à moins que l ’évolution ne compense quelque
chose qui est survenu auparavant), et elle diminue si le système transforme du mouve-
Défi 334 e ment en énergie potentielle.
Ainsi l ’ action (physique) S, mesurant le changement dans un système, est défini
comme

S = L ⋅ (t f − t i ) = T − U ⋅ (t f − t i ) = (T − U) dt =
tf tf

ti
∫ ti
L dt , (57)

Page 125 où T représente l ’énergie cinétique, U l ’énergie potentielle que nous connaissons déjà,
L est la différence entre eux, et la barre supérieure indique une moyenne temporelle.
le principe de moindre action 175

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


F I G U R E 100 Joseph Lagrange.

La quantité L s’appelle le lagrangien (ou fonction lagrangienne) du système* et décrit


ce qui est ajouté au cours du temps, à chaque fois que les choses changent. Le signe ∫
est un « S » étiré, pour « somme », et est prononcé « intégrale de ». En termes intuitifs il
désigne l ’opération (appelée intégration) d ’adjonction des valeurs d ’une quantité variant

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au cours d ’ intervalles infinitésimaux de temps dt. Les instants initial et final sont notés,
respectivement, en bas et en haut du signe « intégrale ». La Figure 101 clarifie cette idée :
l ’ intégrale représente simplement l ’aire de la zone sombre située sous la courbe L(t).
Défi 335 e Mathématiquement, l ’ intégrale de la courbe L(t) est définie comme suit

f
L(t) dt = lim ∑ L(t m )∆t = L ⋅ (t f − t i ) .
tf
∫ti ∆t→0 m=i
(58)

En d ’autres termes, l ’ intégrale est la limite, lorsque les intervalles de temps deviennent
très petits, de la somme des aires des bandes rectangulaires distinctes qui approchent la
fonction**. Puisque le signe ∑ représente également une somme, et puisqu ’un intervalle
de temps ∆t infinitésimal est noté dt, nous pouvons comprendre la notation utilisée pour
l ’ intégration. L’ intégration est une somme de toutes les tranches. Cette notation fut déve-
loppée par Gottfried Leibniz pour souligner précisément cette remarque. Physiquement
parlant, l ’ intégrale du lagrangien mesure l ’ effet que L accumule au cours du temps. En
fait, l ’action est appelée « effet » dans certaines langues, comme l ’allemand.
En résumé, l ’action est l ’ intégrale du lagrangien sur un intervalle de temps. L’unité
de l ’action, et donc du changement physique, est l ’unité de l ’énergie (le joule, J), multi-
plié par l ’unité du temps (la seconde). Ainsi, le changement est mesuré en Js. Une valeur
importante signifie un grand changement. Le Tableau 23 montre quelques valeurs ap-
proximatives d ’actions.
Pour comprendre plus précisément la définition de l ’action, nous allons commencer
avec le cas le plus simple : un système qui possède une énergie potentielle nulle, telle une

* Celle-ci est baptisée d ’après Giuseppe Lodovico Lagrangia (n. Turin 1736, d. Paris 1813), plus connu sous
le nom de Joseph-Louis Lagrange. Il fut le plus important mathématicien de son époque, commença sa
carrière à Turin, puis travailla pendant 20 ans à Berlin, et finalement pendant 26 ans à Paris. Il travailla entre
autres sur la théorie des nombres et la mécanique analytique, pour laquelle il développa la majeure partie
de l ’arsenal mathématique utilisé de nos jours dans les calculs en mécanique classique et en gravitation
classique. Il appliqua cela avec succès à de nombreux mouvements observés dans le Système solaire.
** Pour plus de détails sur l ’ intégration, voir l ’ Annexe ??.
176 8 mesurer le changement avec l ’ action

L
L(t) = T − U

moyenne L

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


intégrale
∫ L(t)dt

t
∆t t m
ti tf
temps écoulé
F I G U R E 101 Définition de l’effet total comme une accumulation (addition ou intégrale) de petits effets
au cours du temps.

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particule se déplaçant librement. Bien évidemment, une grande énergie cinétique im-
plique qu ’ il y a beaucoup de changement. Si nous observons la particule à deux instants
donnés, plus la distance spatiale entre ces deux points est grande et plus le changement
est important. En outre, le changement observé est plus grand si la particule se déplace
plus rapidement, c ’est-à-dire si son énergie cinétique est plus importante. Tout cela paraît
trivial.
Ensuite, observons une unique particule se déplaçant dans un potentiel. Par exemple,
une pierre qui chute perd de l ’énergie potentielle en échange d ’un gain en énergie ciné-
tique. Plus il y a d ’énergie échangée, plus il y a de changement. Cela explique le signe
moins (la différence) dans la définition de L. Si nous examinons une particule qui est
d ’abord jetée en l ’air puis qui retombe, la courbe de L(t) est d ’abord située en dessous
de l ’axe du temps, et ensuite au-dessus. Nous remarquons que la définition de l ’ inté-
gration nous amène à comptabiliser l ’aire de la surface grise située sous l ’axe du temps
comme étant négative. Le changement peut ainsi être négatif, et peut être, comme prévu,
compensé par un changement ultérieur.
Pour quantifier le changement dans un système constitué de plusieurs parties indé-
pendantes, nous ajoutons simplement toutes les énergies cinétiques et nous défalquons
toutes les énergies potentielles. Cette méthode nous permet de définir des actions pour
des gaz, des liquides et de la matière solide. Même si les constituants interagissent, nous
obtenons toujours un résultat sensé. En bref, l ’action est une quantité additive.
L’action physique mesure donc, à l ’aide d ’un nombre unique, la quantité du change-
ment observé dans un système entre deux instants donnés du temps. L’objet de l ’observa-
tion peut être n’ importe quoi : une explosion, une caresse affective ou un changement de
couleur. Nous découvrirons plus tard que cette idée est également applicable en relativité
et dans la théorie quantique. N ’ importe quel changement se produisant dans n’ importe
quel système de la nature peut être mesuré à l ’aide d ’un seul nombre.
le principe de moindre action 177

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


F I G U R E 102 La tangente au point minimal d’une courbe possède une pente nulle.

Le principe de moindre action


Nous détenons dorénavant une mesure précise du changement, qui, comme nous al-
lons le voir, permet une description simple et puissante du mouvement. Dans la nature,
le changement qui se produit entre deux instants est toujours le plus petit possible. La
nature minimise l ’action*. De tous les mouvements possibles, la nature choisit constam-
ment celui pour lequel le changement est minimal. Examinons-en quelques exemples.
Dans le cas élémentaire d ’une particule libre, lorsque aucun potentiel n’est impliqué,

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le principe de l ’action minimale entraîne que la particule se déplace selon une ligne droite
avec une vitesse constante. Tous les autres chemins conduiraient à des actions plus impor-
Défi 336 e tantes. Pouvez-vous le vérifier ?
Lorsque la gravité entre en jeu, une pierre lancée vole le long d ’une parabole (ou, plus
précisément, le long d ’une ellipse) parce que n’ importe quelle autre trajectoire, disons
une pour laquelle la pierre effectue une boucle en l ’air, devrait nécessiter une action plus
importante. Une nouvelle fois, vous devez certainement avoir envie de le vérifier par ac-
Défi 337 e quit de conscience.
Toutes les observations soutiennent cette constatation simple et élémentaire : les
choses se déplacent toujours de la manière qui engendre la quantité d ’action la plus petite
possible. Cette affirmation s’applique au chemin tout entier et à chacun de ses segments.
Bertrand Russel l ’avait appelée la « loi de la paresse universelle ».
Il est d ’usage d ’exprimer cette notion du changement minimal d ’une manière diffé-
rente. L’action fluctue lorsque la trajectoire varie. La trajectoire réelle est celle dont l ’ac-
tion est la plus petite. Vous vous souviendrez que vous avez appris à l ’école que la dérivée
d ’une fonction s’annule à son minimum : un minimum possède une tangente horizon-
tale. Dans le cas présent, nous ne faisons pas varier une quantité, mais une trajectoire
entière, par conséquent nous ne parlons pas d ’une dérivée ou d ’une pente, mais d ’une
variation. On a coutume de noter δS la variation de l ’action. Le principe de moindre ac-
tion établit donc que :

⊳ La trajectoire réelle entre des points extrémaux donnés vérifie la relation δS = 0. (59)

Les mathématiciens appellent cela un principe variationnel. Remarquez que les points
extrémaux doivent être fixés : nous devons comparer des mouvements ayant les mêmes
états initiaux et finaux.
* En fait, dans certaines situations particulières l ’action est maximale, de telle sorte que la forme la plus
générale du principe est que l ’action est « stationnaire », ou « extrémale », signifiant par là minimale ou
maximale. La condition d ’annulation de la variation, donnée ci-dessous, recouvre les deux cas à la fois.
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Avant de discuter de ce principe plus en détail, nous pouvons vérifier qu ’ il est équi-
8 mesurer le changement avec l ’ action
178
le principe de moindre action 179

valent à l ’équation d ’évolution*. Pour ce faire, nous pouvons mettre en œuvre une procé-

* Pour ceux qui sont intéressés, nous donnons ici quelques commentaires sur l ’équivalence entre les équa-
tions lagrangiennes et d ’évolution. Pour commencer, les lagrangiens ne sont pas définis pour des systèmes
Page 160 non conservatifs, ou dissipatifs. Nous avons vu qu ’ il n’existe pas de potentiel pour chaque mouvement com-
portant du frottement (et plus d ’une seule dimension), par conséquent il n’y a pas d ’action dans ces circons-

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


tances. Une approche possible pour surmonter cette restriction consiste à utiliser une formulation générali-
sée du principe de moindre action. À chaque fois qu ’ il y a absence de potentiel, nous pouvons exprimer la
variation du travail δW entre des trajectoires x i distinctes comme

δW = ∑ m i ẍ i δx i . (60)
i

Le mouvement est alors décrit de la manière suivante :

(δT + δW)dt = 0 δx(ti ) = δx(tf ) = 0 . (61)


tf
⊳ La trajectoire réelle satisfait la relation ∫
ti
sachant que

La quantité qui est intégrée n’a pas de nom, elle représente une notion généralisée du changement. Vous
Défi 338 pe pourriez essayer de vérifier que cela mène bien aux équations d ’évolution appropriées. Ainsi, bien que des
descriptions lagrangiennes adéquates existent uniquement pour des systèmes conservatifs, ce principe peut

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être extrapolé aux systèmes dissipatifs et rester ainsi efficace.
De nombreux physiciens préféreront une autre approche. Ce qu ’un mathématicien nomme une générali-
sation, un physicien l ’appelle un cas particulier : le principe (61) masque le fait que tout frottement résulte du
principe habituel de l ’action minimale, si nous incorporons tous les détails microscopiques. Il n’existe aucun
frottement dans le monde microscopique. Le frottement est une notion macroscopique approximative.
Néanmoins, des points de vue mathématiques supplémentaires sont opportuns. Par exemple, ils nous
imposent des contraintes intéressantes dans l ’utilisation des lagrangiens. Ces limites, qui ne s’appliquent
que si l ’on conçoit le monde de manière purement classique – ce qui n’est pas vrai –, furent découvertes
il y a environ une centaine d ’années. À cette époque les ordinateurs n’étaient pas encore disponibles, et
l ’exploration de nouvelles techniques calculatoires était importante. Nous en donnons un aperçu succinct.
Les coordonnées utilisées en relation avec les lagrangiens ne sont pas nécessairement des coordonnées
cartésiennes. Des coordonnées généralisées sont particulièrement utiles lorsque le mouvement subit des
contraintes. C ’est le cas pour un pendule, dans lequel la masse doit toujours se trouver à la même distance du
point de suspension, ou pour un patineur sur glace, chez qui les patins doivent se déplacer dans la direction
Réf. 144 vers laquelle ils pointent. Des coordonnées généralisées peuvent même être un amalgame de positions et de
quantités de mouvement. Elles peuvent se diviser en plusieurs types génériques.
Des coordonnées généralisées sont dénommées holonomiques–scléronomiques si elles sont liées aux coor-
données cartésiennes de manière fixée, indépendamment du temps : des systèmes physiques décrits par de
telles coordonnées incluent le pendule et une particule dans un potentiel. Des coordonnées sont appelées
holonomiques–rhéonomiques si la dépendance est aussi temporelle. Un exemple d ’un système rhéonomique
pourrait être un pendule dont la longueur varie dans le temps. Les deux termes rhéonomique et sclérono-
Page 260 mique sont dus à Ludwig Boltzmann. Ces deux cas, qui concernent des systèmes qui ne sont décrits que
par leur géométrie, sont regroupés ensemble dans les systèmes holonomiques. L’expression est de Heinrich
Page ?? Hertz.
La situation la plus générale est dénommée anholonomique, ou non holonomique. Les lagrangiens fonc-
tionnent bien uniquement pour des systèmes holonomiques. Malheureusement, la signification du terme
« non holonomique » a été modifiée. Maintenant, ce terme est aussi utilisé pour désigner certains systèmes
rhéonomiques. L’usage moderne qualifie de non holonomique tout système qui prend en compte des vitesses.
Donc, un patineur sur glace ou un disque en rotation est fréquemment qualifié de système non holonomique.
Il faut donc rester très prudent avant de décider de ce que l ’on entend par non holonomique dans chaque
contexte particulier.
Même si l ’usage des lagrangiens, et de l ’action, possède des limitations, ceux-ci ne nous ennuient plus
au niveau microscopique, puisque les systèmes microscopiques sont toujours conservatifs, holonomiques et
scléronomiques. Au niveau fondamental, les équations d ’évolution et les lagrangiens sont en réalité équiva-
lents.
180 8 mesurer le changement avec l ’ action

dure courante, qui est une partie intégrante de ce que l ’on appelle le calcul des variations.
La condition δS = 0 implique que l ’action, c ’est-à-dire l ’aire sous la courbe de la Fi-
gure 101, est minimale. Avec un peu de réflexion, on voit que si le lagrangien est de la
Défi 339 pe forme L(x n , v n ) = T(v n ) − U(x n ), alors

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


d ∂T
( )=−
∂U
(62)
dt ∂v n ∂x n

où n dénombre toutes les coordonnées de toutes les particules*. Pour une unique parti-
Défi 340 e cule, ces équations de Lagrange du mouvement se réduisent à

ma = −∇U . (64)

C ’est l ’équation d ’évolution : elle indique que la force qui agit sur une particule est le gra-
dient de l ’énergie potentielle U. Le principe de moindre action engendre donc l ’équation
Défi 341 s du mouvement. (Pouvez-vous montrer l ’ inverse ?)

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En d ’autres termes, tous les systèmes évoluent d’une manière telle que le changement est
aussi petit que possible. La nature est parcimonieuse. Elle est donc à l ’exact opposé d ’un
thriller hollywoodien, dans lequel l ’action est maximale. La nature s’apparente plus à
une vieille dame circonspecte qui fait le minimum d ’actions.
Le principe de l ’action minimale établit également que la trajectoire réelle est celle
pour laquelle la moyenne du lagrangien sur le chemin tout entier est minimale (voir la
Figure 101). La nature est un Dr DoLittle**. Pouvez-vous le vérifier ? Ce point de vue
Défi 342 pe nous permet de déduire directement les équations de Lagrange (62).
Le principe de moindre action différencie la trajectoire réelle de toutes les autres tra-
jectoires imaginaires. Cette observation a conduit Leibniz*** à sa célèbre interprétation
que le monde réel est le « meilleur des mondes possibles » ****. Nous pourrions écarter
cela comme des spéculations métaphysiques, mais nous devrions rester capables de fasci-

* La forme la plus générale pour un lagrangien L(q n , q̇ n , t), utilisant les coordonnées holonomiques généra-
lisées q n , conduit aux équations de Lagrange de la forme

( )=
d ∂L ∂L
. (63)
dt ∂q̇ n ∂q n

Afin de déduire ces équations, nous avons aussi besoin de la relation δ q̇ = d/dt(δq). Cette relation est
valable uniquement pour les coordonnées holonomiques introduites dans la note de bas de page précédente
et illustre leur importance.
Nous devons aussi souligner que le lagrangien d ’un système en mouvement n’est pas unique, cependant,
l ’étude de la manière selon laquelle les divers lagrangiens d ’un système donné en mouvement sont reliés ne
Réf. 145 constitue pas une partie de notre promenade.
D’ailleurs, les indices q pour la position et p pour la quantité de mouvement furent introduits en physique
par le mathématicien Carl Jacobi (n. Potsdam 1804, d. Berlin 1851).
** C ’est-à-dire qu ’elle en fait le moins possible, tel que Phileas Fogg dans Le Tour du monde en 80 jours, de
Jules Verne : « Phileas Fogg était de ces gens mathématiquement exacts, qui, jamais pressés et toujours prêts,
sont économes de leurs pas et de leurs mouvements » [N.d.T.].
*** « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. » Leibniz [N.d.T.].
**** Cette idée fut ridiculisée par le philosophe français Voltaire (1694–1778) dans ses écrits clairvoyants,
notamment dans le livre perspicace Candide, rédigé en 1759, et toujours largement disponible.
le principe de moindre action 181

nation pour ce problème. Leibniz était vraiment excité à propos du principe de moindre
action parce que c ’était la première fois que des observations réelles étaient distinctes de
toutes les autres possibilités imaginables. Pour la première fois, la quête des raisons pour
lesquelles les choses sont telles qu ’elles sont devenait une partie intégrante de l ’ inves-
tigation physique. Le monde pourrait-il être différent de ce qu ’ il est ? Dans le principe

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Défi 343 s de moindre action, nous avons un indice de réponse négative. (Qu ’en pensez-vous ?) La
réponse finale ne fera surface que dans la dernière partie de notre aventure.
Étant une manière de décrire le mouvement, le lagrangien présente plusieurs avan-
tages par rapport à l ’équation d ’évolution. En premier lieu, le lagrangien est générale-
ment plus concis que l ’écriture des équations d ’évolution correspondantes. Par exemple,
nous n’avons besoin que d ’ un seul lagrangien pour décrire un système unique, bien
qu ’ayant de nombreuses particules. Nous faisons moins d ’erreurs, en particulier des
erreurs de signe, de même que nous apprenons plus rapidement à réaliser les calculs.
Essayez simplement de développer les équations d ’évolution d ’une chaîne de masses re-
liées par des ressorts, comparez alors ce labeur à celui d ’une dérivation en utilisant un
Défi 344 pe lagrangien. (Ce système se comporte comme une chaîne d ’atomes.) Nous rencontrerons

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bientôt un autre exemple : David Hilbert n’eut besoin que de quelques semaines pour
déduire les équations du mouvement de la relativité générale en utilisant un lagrangien,
alors qu ’Albert Einstein avait planché pendant dix ans à les rechercher directement.
De plus, la description à l ’aide d ’un lagrangien est valable avec n’ importe quel en-
semble de coordonnées décrivant l ’objet étudié. Les coordonnées ne doivent pas néces-
sairement être cartésiennes, elles peuvent être choisies comme nous le voulons : cylin-
driques, sphériques, hyperboliques, etc. Ces coordonnées généralisées, telles qu ’on les ap-
pelle, nous permettent de calculer rapidement le comportement de nombreux systèmes
mécaniques qui sont en pratique trop complexes à étudier par le truchement des coor-
données cartésiennes. Par exemple, pour programmer le mouvement des bras d ’un ro-
bot, les angles au niveau des articulations fournissent une description plus claire que les
coordonnées cartésiennes des extrémités des bras. Les angles sont des coordonnées non
cartésiennes. Elles simplifient considérablement les calculs : l ’opération de recherche du
chemin le plus économique pour mouvoir la main d ’un robot d ’un point à un autre peut
être résolue beaucoup plus facilement à l ’aide de variables angulaires.
De manière plus importante, le lagrangien nous permet de déduire rapidement les pro-
priétés essentielles d ’un système, à savoir ses symétries et ses quantités conservées. Nous
Page 196 développerons cette idée fondamentale prochainement, et nous l ’utiliserons régulière-
ment tout au long de notre promenade.
Finalement, la formulation lagrangienne peut être généralisée pour embrasser tous
les types d’ interactions. Puisque les concepts d ’énergie cinétique et potentielle sont géné-
raux, le principe de moindre action peut être utilisé en électricité, en magnétisme et en
optique aussi bien qu ’en mécanique. Le principe de moindre action est primordial en
relativité générale et en théorie quantique, et nous permet d ’associer aisément ces deux
domaines à la mécanique classique.
Au fur et à mesure que le principe de moindre action s’est répandu, les gens l ’ont
Réf. 143 appliqué à un nombre toujours croissant de problèmes. Aujourd ’ hui, des lagrangiens
sont utilisés partout depuis l ’étude des collisions de particules élémentaires jusqu ’à la
programmation du mouvement des robots en intelligence artificielle. Toutefois, nous ne
devons pas oublier que, malgré sa simplicité remarquable et son intérêt, la formulation
182 8 mesurer le changement avec l ’ action

lagrangienne est équivalente aux équations d ’évolution. Elle n’est ni plus générale ni plus
Défi 345 s spécifique. En particulier, elle ne donne pas une explication pour n’ importe quel type de
mouvement, mais simplement une image de celui-ci. En réalité, la recherche d ’une nou-
velle « loi » physique du mouvement se résume simplement à la recherche d ’un nouveau
lagrangien. C ’est logique puisque la description de la nature requiert toujours la descrip-

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


tion du changement. Le changement dans la nature est invariablement représenté par des
actions et des lagrangiens.
Le principe de moindre action formule que l ’action est minimale lorsque les points
extrémaux du mouvement, et en particulier le temps écoulé entre eux, sont figés. Il est
Réf. 146 moins bien connu que le principe réciproque est également valable : si l ’action reste fixe,
Défi 346 pe le temps écoulé est maximum. Pouvez-vous le montrer ?
Bien que le principe de moindre action ne soit pas une explication du mouvement,
d ’une manière ou d ’une autre il en appelle une. Cependant, nous devons nous armer de
patience. Pourquoi la nature obéit au principe de moindre action et comment elle le fait
deviendront limpides lorsque nous examinerons la théorie quantique.
Ne confondez jamais le mouvement avec

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l ’action.
Réf. 147

Pourquoi le mouvement est-il si souvent limité ?


Ernest Hemingway

L’optimiste pense qu ’ il est dans le meilleur des

“ mondes possibles, et le pessimiste est conscient


de cela.
Robert Oppenheimer

En regardant autour de nous sur Terre et dans le ciel, nous observons que la ma-
tière n’est pas uniformément distribuée. La matière est attirée par d ’autre matière : elle
s’amasse en agrégats. Quelques exemples majeurs d ’agrégats sont donnés dans la Fi-
Réf. 148 gure 103 et dans le Tableau 24. Dans le diagramme masse–taille de la Figure 103, les deux
échelles sont logarithmiques. Nous notons la présence de trois lignes droites : une ligne
m ∼ l qui se prolonge vers le haut depuis la masse de Planck* jusqu ’à l ’univers lui-même
via les trous noirs, une ligne m ∼ 1/l qui se prolonge vers le bas depuis la masse de Planck
jusqu ’à l ’agrégat le plus fin possible, et la ligne classique de la matière m ∼ l 3 , qui se pro-
longe vers le haut depuis les atomes, en passant par la Terre et le Soleil. La première de ces
lignes, la limite du trou noir, est interprétée par la relativité générale, les deux dernières,
la limite des agrégats et la ligne classique de la matière, le sont par la théorie quantique**.
Les agrégats qui ne sont pas situés sur la ligne classique de la matière montrent éga-
lement que plus l ’ interaction qui maintient les constituants ensemble est forte, plus les
agrégats sont petits. Mais pourquoi la matière est-elle principalement rencontrée dans
des amas ?
Avant tout, des agrégats de matière se forment à cause de l ’existence d ’ interactions at-
tractives entre les objets. Deuxièmement, ils se forment à cause des frottements : lorsque

Page 303 * La masse de Planck est donnée par mPl = ħc/G = 21,767(16) µg.
** La Figure 103 suggère que des domaines situés au-delà de la physique puissent exister, nous découvrirons
plus tard que ce n’est pas le cas puisque la masse et la taille ne sont pas définies dans ces domaines.
le principe de moindre action 183

univers
masse
[kg]

au-delà de la science : au-delà de la limite de la longueur de Planck


galaxie
1040 trous

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


noirs amas stellaire

ir
no
Soleil

u
tro
du :
ite ce
Terre

au-delà de la science : indéterminé


lim ien
étoile à
1020

la sc
neutrons

de la
à e
el d

e
montagne

nair
-d elà
au u-d

ordi
a

ière
homme
100

mat
masse de Planck

a
cellule

de l

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ligne
noyau ADN
10-20 lourd
uranium
muon hydrogène
proton
électron
lim
ite

Agrégats
à

10-40 neutrino
l’a
gr
ég
at
m

Particules
ic
ro
sc

élémentaires agrégat
op
iq

10-60 le plus léger


ue

imaginable

10-40 10-20 100 1020 taille [m]


F I G U R E 103 Les agrégats dans la nature.

deux constituants se rapprochent, un agrégat peut être créé uniquement si l ’énergie li-
bérée peut se transformer en chaleur. Troisièmement, les agrégats possèdent une taille
finie à cause des effets répulsifs qui empêchent les objets de s’écrouler complètement. De
concert, ces trois facteurs assurent que le mouvement fini est beaucoup plus courant que
le mouvement « libre », sans limite.
Trois types seulement d ’attraction conduisent aux agrégats : la gravité, l ’attraction
entre charges électriques et l ’ interaction nucléaire forte. De façon similaire, trois types
seulement de répulsion sont observés : la rotation, la pression et le principe d ’exclusion
Page ?? de Pauli (que nous rencontrerons plus tard). Des neuf combinaisons possibles d ’attrac-
tion et de répulsion, toutes n’apparaissent pas dans la nature. Pouvez-vous relever les-
Défi 347 s quelles sont absentes à partir de la Figure 103 et du Tableau 24, et pourquoi ?
De façon coordonnée, l ’attraction, le frottement et la répulsion impliquent que le
changement et l ’action sont minimisés quand des objets se rencontrent puis restent
184 8 mesurer le changement avec l ’ action

ensemble. Le principe de moindre action engendre donc la stabilité des agrégats. Par
ailleurs, l ’ histoire de la formation du monde explique également pourquoi tant d ’agré-
Défi 348 pe gats tournent. Pouvez-vous dire pourquoi ?
Mais finalement, pourquoi le frottement existe-t-il ? Pourquoi des interactions attrac-
tives et répulsives existent-elles ? Et pourquoi – comme cela devrait se manifester d ’après

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


ce qui a été dit – la matière ne s’est-elle pas trouvée sous forme d ’agrégats à certaines
époques reculées ? Dans le but de répondre à ces questions, nous devons tout d ’abord
analyser une autre propriété générale du mouvement : la symétrie.

TA B L E AU 24 Quelques agrégats principaux rencontrés dans la nature.

A g r é g at Ta i l l e Nb Composants
(diamètre) obs.

agrégats gravitationnellement liés


matière à travers l ’univers ≈ 100 Ym 1 superamas de galaxies, atomes
d ’ hydrogène et d ’ hélium

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quasar 1012 à 1014 m 20 ⋅ 106 baryons et leptons
superamas de galaxies ≈ 3 Ym 107 amas et groupes de galaxies
amas de galaxies ≈ 60 Zm 25 ⋅ 109 10 à 50 galaxies
groupe de galaxies ou amas ≈ 240 Zm de 50 à plus de 2 000 galaxies
notre groupe local de ga-50 Zm 1 ≈ 40 galaxies
laxies
galaxie ordinaire 0,5 à 2 Zm 3, 5 ⋅ 1012 1010 à 3 ⋅ 1011 étoiles, nuages de
poussière et de gaz, peut-être des
systèmes solaires
notre galaxie 1,0(0,1) Zm 1 1011 étoiles, nuages de poussière et de
gaz, systèmes solaires
nuages interstellaires jusqu ’à 15 Em ≫ 10 5
hydrogène, glace et poussière
système solaire a inconnu > 100 étoile, planètes
notre Système solaire 30 Pm 1 Soleil, planètes (diamètre de l ’orbite
de Pluton : 11,8 Tm), satellites,
planétoïdes, comètes, astéroïdes,
poussière, gaz
nuage d ’Oort 6 à 30 Pm 1 comètes, poussière
ceinture de Kuiper 60 Tm 1 planétoïdes, comètes, poussière
étoile b 10 km à 100 Gm 1022±1 gaz ionisé : protons, neutrons,
électrons, neutrinos, photons
notre étoile 1,39 Gm
planète a (Jupiter, Terre) 143 Mm, 12,8 Mm 9+ ≈ 100 solides, liquides, gaz et, en
particulier, atomes lourds
planétoïdes (Varuna, etc.) 50 à 1 000 km ≈ 10 solides
(est. 109 )
satellites 10 à 1 000 km ≈ 50 solides
étoiles à neutrons 10 km ≈ 1 000 principalement des neutrons
agrégats électromagnétiquement liés c
le principe de moindre action 185

A g r é g at Ta i l l e Nb Composants
(diamètre) obs.

astéroïdes, montagnes d 1 m à 930 km >26 000 (109 estimés) solides, généralement


monolithiques
comètes 10 cm à 50 km > 10 6
glace et poussière

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


planétoïdes, solides, li-1 nm à > 100 km n.a. molécules, atomes
quides, gaz, fromage
animaux, plantes, képhir 5 µm à 1 km 1026±2 organes, cellules
cerveau 0,15 m 1010 neurones et autres types de cellules
cellules : 1031±1 organites, membranes, molécules
la plus petite (Nanoar-≈ 400 nm molécules
chaeum equitans)
amibe 600 µm molécules
la plus grande (nerf de ba- ≈ 30 m molécules
leine, plantes uni-

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cellulaires)
molécules : ≈ 1078±2 atomes
H2 ≈ 50 pm 1072±2 atomes
ADN (humain) 2 m (total par cel-1021 atomes
lule)
atomes, ions 30 pm à 300 pm 1080±2 électrons et noyaux
agrégats liés par l ’ interaction faible c
aucun
agrégats liés par l ’ interaction forte c
noyau > 10−15 m 1079±2 nucléons
nucléon (proton, neutron) ≈ 10−15 m 1080±2 quarks
mésons ≈ 10−15 m n.a. quarks
étoiles à neutrons : voir ci-dessus

a. Ce n’est qu ’en 1994 que fut mise en évidence la première pièce à conviction sur le fait qu ’ il existe des
objets qui tournent autour d ’étoiles autres que notre Soleil. Sur plus de 100 planètes extrasolaires détectées
jusqu ’à présent, la plupart se trouvent autour d ’étoiles de classe F, G et K (les lettres désignent le type spec-
tral de l ’astre. C ’est la classification de Harvard qui attribue un type spectral à une étoile, elle correspond
globalement à une échelle de température [N.d.T.]), y compris des étoiles à neutron. Par exemple, trois
Réf. 149 corps encerclent le pulsar PSR 1257+12, et un anneau de matière entoure l ’étoile β Pictoris. Ces corps appa-
raissent comme étant des astres sombres, des naines brunes ou d ’énormes planètes gazeuses comme Jupiter.
En raison des restrictions dues aux dispositifs d ’observation, aucun des systèmes découverts jusqu ’à pré-
sent ne constitue un système solaire du même type que celui dans lequel nous vivons. En réalité, seul un
petit nombre de planètes similaires à la Terre ont été détectées jusqu ’à maintenant.
b. Le Soleil se situe parmi les 7 % d ’étoiles les plus brillantes. De toutes les étoiles, 80 % sont des naines rouges
de classe M, 8 % sont des naines orange de classe K, et 5 % sont des naines blanches de classe D : elles sont
toutes très pâles. Presque toutes les étoiles visibles dans le ciel nocturne appartiennent aux 7 % brillantes.
Quelques-unes d ’entre elles proviennent de la rare classe O de couleur bleue ou de la classe B bleue–blanche
(comme l ’ Épi, Régulus et Rigel), 0,7 % constituent la classe A blanche et lumineuse (comme Sirius, Véga
et Altaïr), 2 % sont de la classe F jaune–blanche (comme Canopus, Procyon et l ’ Étoile polaire), 3,5 % sont
186 8 mesurer le changement avec l ’ action

de la classe G jaune (comme Alpha du Centaure, Capella ou le Soleil). Les exceptions incluent les quelques
géantes visibles de la classe K, comme Arcturus et Aldébaran, et les rares supergéantes de classe M, comme
Page 228 Bételgeuse et Antarès. Nous en dirons plus sur les étoiles un peu plus loin.
c. Pour plus de détails sur les agrégats microscopiques, voir la table des constituants dans l ’ Annexe ??.
d. On estime qu ’ il y a environ 109 astéroïdes (ou planétoïdes) d ’au moins 1 km de large et environ 1020 qui
Réf. 150 pèsent au moins 100 kg. Par ailleurs, aucun astéroïde situé entre Mercure et le Soleil – les hypothétiques

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Vulcanoïdes – n’a été détecté jusqu ’à présent.

Curiosités et défis amusants sur les lagrangiens


Lorsque Lagrange publia son livre Mécanique analytique, en 1788, celui-ci constitua un
point culminant de l ’ histoire de la mécanique. Il était fier d ’avoir rédigé un exposé sys-
tématique de la mécanique sans un seul dessin. Évidemment l ’ouvrage était difficile à
lire et ne connut pas un réel succès. Cependant, sa méthode se généralisa le temps d ’une
génération.
∗∗

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En partant du principe que l ’action est la quantité élémentaire qui décrit le mouvement,
nous pouvons définir l ’énergie comme étant l ’action par unité de temps, et la quantité de
mouvement comme l ’action par unité de distance. L’ énergie d ’un système décrit donc sa
quantité de changement au cours d ’un certain laps de temps, et la quantité de mouvement
sa quantité de changement sur une certaine distance. Que représentent alors la quantité
Défi 349 s de mouvement angulaire et l ’énergie rotationnelle ?

∗∗
« Dans la nature, la télépathie ou la prière n’ont aucun effet possible, puisque dans la
plupart des cas le changement à l ’ intérieur du cerveau est nettement inférieur au chan-
Défi 350 s gement revendiqué dans le monde extérieur. » Cet argument est-il correct ?

∗∗
En physique galiléenne, le lagrangien est la différence entre l ’énergie cinétique et l ’éner-
gie potentielle. Plus tard, cette définition sera généralisée d ’une façon telle qu ’elle ai-
guisera notre compréhension de cette dichotomie : le lagrangien devient la différence
entre une expression représentant des particules libres et une expression due à leurs in-
teractions. En d ’autres termes, le mouvement d ’une particule est un compromis inin-
terrompu entre ce que la particule ferait si elle était libre et ce que les autres particules
veulent lui faire faire. À cet égard, les particules se comportent beaucoup comme des
êtres humains.

∗∗
Défi 351 pe Expliquez ceci : pourquoi T + U est-il constant, alors que T − U est minimal ?

∗∗
Dans la nature, la somme T +U des énergies cinétique et potentielle est constante pendant
le mouvement (pour des systèmes isolés), tandis que la moyenne de la différence T −U est
minimale. Est-il envisageable d ’en déduire, en combinant ces deux faits, que les systèmes
le principe de moindre action 187

α air

eau

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


β

F I G U R E 104 La réfraction de la lumière est due à l’optimisation du trajet temporel.

Défi 352 pe tendent vers un état d ’énergie potentielle minimale ?


∗∗
Il existe un principe de moindre effort décrivant la croissance des arbres. Lorsqu ’un arbre
– une phanérophyte monopodiale* – croît et produit des feuilles, entre 40 % et 60 % de la
masse dont il est constitué, à savoir de l ’eau et des minéraux, doit être déplacée du sol vers

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le haut**. Par conséquent, un arbre obtient le plus grand nombre possible de branches le
plus haut placées en consommant la plus petite quantité d ’énergie. C ’est la raison pour
laquelle toutes les feuilles ne se situent pas au plus haut sommet d ’un arbre. Pouvez-vous
Défi 353 pe déduire d ’autres conclusions sur les arbres à partir de ce principe ?

∗∗
Un autre principe de minimisation peut être utilisé pour comprendre la conception du
corps des animaux, particulièrement leur taille et les proportions de leurs structures
Réf. 151 internes. Par exemple, la pulsation du cœur et la fréquence de respiration varient en-
semble avec la masse animale m comme m−1/4 , et la puissance dissipée varie comme
m 3/4 . Il s’avère que de tels exposants découlent de trois propriétés des êtres vivants. Pre-
mièrement, ils transportent de l ’énergie et de la matière à travers leur organisme par le
truchement d ’un réseau ramifié de vaisseaux : quelques-uns sont grands et beaucoup
d ’autres sont petits. Deuxièmement, ces vaisseaux possèdent tous la même taille mini-
male. Et troisièmement, ces réseaux sont optimisés afin de minimiser l ’énergie requise
pour le transport. Ensemble, ces relations expliquent de nombreuses autres lois d ’échelle,
elles devraient également expliquer pourquoi l ’échelle de l ’espérance de vie animale est
comme m−1/4 , ou pourquoi la plupart des mammifères ont approximativement le même
nombre de battements de cœur de leur vivant.
Une explication concurrente, utilisant un principe de minimisation différent, stipule
qu ’un quart de la puissance produite dans n’ importe quel réseau est utilisé afin que le
Réf. 152 flux rejoigne la destination par le chemin le plus direct.
∗∗
Le principe de minimisation pour le mouvement de la lumière est encore plus élégant : la
* Phanérophyte : végétal pérenne dont les bourgeons sont situés à plus de 50 cm du sol pendant le repos
végétatif (arbres, arbustes). Monopodial : dont la croissance se fait principalement à partir des bourgeons
terminaux (la plante est peu ramifiée). [N.d.T.]
** Le reste de la masse provient du CO2 de l ’air.
188 8 mesurer le changement avec l ’ action

lumière emprunte toujours le chemin qui nécessite le plus petit temps de trajet. On savait
depuis longtemps que cette idée décrivait exactement comment la lumière change de di-
rection lorsqu ’elle passe de l ’air à l ’eau. Dans l ’eau, la lumière se déplace plus lentement,
le rapport entre la vitesse dans l ’air et celle dans l ’eau est appelé l ’ indice de réfraction
de l ’eau. L’ indice de réfraction, généralement noté n, dépend de la matière traversée. Sa

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


valeur pour l ’eau est d ’environ 1,3. Ce rapport des vitesses, associé au principe du temps
minimal, conduit à la « loi » de la réfraction, qui s’énonce comme une simple relation
Défi 354 s entre les sinus des deux angles. Pouvez-vous la déduire ? (En fait, la définition exacte de
l ’ indice de réfraction est en rapport avec le vide, et non avec l ’air. Mais cette différence
Défi 355 s est négligeable : pouvez-vous imaginer pourquoi ?)
Pour le diamant, l ’ indice de réfraction est de 2,4. Cette valeur élevée représente une ex-
plication possible de l ’éclat des diamants lorsqu ’ ils sont taillés avec 57 faces étincelantes.
Défi 356 s Pouvez-vous imaginer quelques autres raisons ?
∗∗
Pouvez-vous confirmer que chacun de ces principes de minimisation est un cas parti-

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Défi 357 s culier du principe de moindre action ? En réalité, c ’est le cas pour tous les principes de
minimisation connus dans la nature. Chacun d ’entre eux, comme le principe de moindre
action, est un principe de moindre changement.

∗∗
En physique galiléenne, la valeur de l ’action dépend de la vitesse de l ’observateur, mais
non de sa position ou de son orientation. Mais l ’action, lorsqu ’elle est correctement dé-
finie, ne devrait pas dépendre de l ’observateur. Tous les observateurs devraient être d ’ac-
cord sur la valeur du changement observé. Ce n’est qu ’avec la relativité restreinte que
l ’exigence d ’une action qui doit être indépendante de la vitesse de l ’observateur sera
Défi 358 s satisfaite. Comment l ’action relativiste sera-t-elle définie ?
∗∗
Mesurer tout le changement qui se produit dans l ’univers présuppose que l ’univers est
Défi 359 s un système physique. Est-ce vraiment le cas ?
∗∗
Un mouvement pour lequel l ’action est particulièrement bien minimisée dans la nature
Réf. 153 nous est cher : la marche. De vastes efforts de recherche tentent de concevoir des robots
qui reproduisent le fonctionnement et le contrôle de l ’optimisation de l ’énergie dans les
jambes humaines. Pour un exemple, consultez le site Web de Tao Geng sur http://www.
cn.stir.ac.uk/~tgeng/research.html.
Chapitre 9

MOU V E M E N T ET SYM ÉT R I E

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


La seconde manière de décrire globalement le mouvement est de le décrire de telle
sorte que tous les observateurs s’accordent. Un objet situé sous le feu des projecteurs est
qualifié de symétrique s’ il apparaît sous le même aspect lorsqu ’ il est observé depuis dif-
férentes positions. Par exemple, une fleur de myosotis, dont la Figure 105 en donne une
image, est symétrique parce qu ’elle prend une apparence identique dès qu ’on la tourne
sur elle-même de 72 degrés. De nombreuses fleurs d ’arbres fruitiers ont la même symé-

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trie. Nous disons également que, sous un changement de position, la fleur possède une
propriété invariante, à savoir sa forme. Si de telles positions possibles sont nombreuses,
alors nous parlons d ’une haute symétrie, sinon d ’une basse symétrie. Par exemple, un
trèfle à quatre feuilles possède une plus haute symétrique qu ’un à trois feuilles, plus cou-
rant. Des perspectives différentes impliquent des observateurs distincts. En physique, ces
points de vue sont généralement nommés des référentiels (physiques) et sont mathémati-
quement décrits par des systèmes de coordonnées*.
Une haute symétrie signifie que de nombreux observateurs font la même observation.
À première vue, peu d ’objets ou d ’observations symétriques semblent exister dans la
nature. En fait, c ’est une erreur. Au contraire, nous pouvons déduire que la nature tout
entière est symétrique par le simple fait que nous pouvons tous parler de celle-ci, que
Défi 360 s nous en avons tous le même point de vue ! Qui plus est, la symétrie de la nature est
considérablement plus haute que celle d ’une fleur de myosotis. Nous nous apercevrons
que cette haute symétrie est à la base de la célèbre formule E 0 = mc 2 .

Pourquoi pouvons-nous réfléchir et discu ter ?


L’ harmonie dissimulée est beaucoup plus

Réf. 154
“ profonde que celle qui est apparente.
Héraclite d ’ Éphèse, environ 500 av. J.-C.

Pourquoi pouvons-nous comprendre quelqu ’un lorsqu ’ il parle de l ’univers, même



si nous ne sommes pas dans ses chaussons ? Nous le pouvons pour deux raisons : parce
que la plupart des choses ont une apparence similaire sous des angles différents, et parce
que nous avons eu préalablement, pour la plupart, des expériences similaires.
« Similaire » signifie que ce que nous observons et ce que les autres observent concorde
d ’une manière ou d ’une autre. En d ’autres termes, de nombreux aspects des observa-

* Plus précisément, en physique, un référentiel est un système de coordonnées de l ’espace-temps, composé


de trois coordonnées d ’espace et d ’une coordonnée de temps, utilisé pour définir les notions de position,
de vitesse et d ’accélération [N.d.T.].
190 9 mouvement et symétrie

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


F I G U R E 105 Le myosotis (Boraginaceae), aussi dénommé « Ne m’oubliez pas » dans de nombreuses
langues. (© Markku Savela)

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tions ne dépendent pas du point de vue. Par exemple, le nombre de pétales d ’une fleur est
toujours identique pour tous les observateurs. Nous pouvons donc dire que cette quantité
possède la plus haute symétrie possible. Nous verrons ci-dessous que la masse en est un
autre exemple semblable. Les observables qui ont la plus haute symétrie possible sont ap-
pelées des scalaires en physique. D’autres aspects varient d ’un observateur à l ’autre. Par
exemple, la taille apparente fluctue avec la distance de l ’observation. Cependant, la taille
réelle est indépendante des observateurs. En termes généraux, n’ importe quelle forme
d ’ indépendance des points de vue est un modèle de symétrie, et le fait que deux individus
observant la même chose depuis des positions différentes puissent se comprendre l ’un et
l ’autre démontre que la nature est symétrique. Nous allons commencer à analyser les par-
ticularités de cette symétrie dans cette section et nous poursuivrons pendant la plupart
du reste de notre promenade.
Dans le monde qui nous entoure, nous remarquons une autre propriété générale :
non seulement le même phénomène apparaît comme similaire à des observateurs dif-
férents, mais aussi des phénomènes différents apparaissent comme similaires au même
observateur. Par exemple, nous savons que si le feu brûle les doigts dans la cuisine, il
fera de même à l ’extérieur de la maison, et également à d ’autres endroits et à d ’autres
moments. La nature exhibe l ’aptitude à la reproductibilité. La nature ne réserve aucune
surprise. En fait, notre mémoire et notre pensée ne sont possibles que grâce à cette pro-
Défi 361 s priété élémentaire de la nature. (Pouvez-vous le confirmer ?) Comme nous le verrons, la
reproductibilité nous conduit à de fortes restrictions supplémentaires sur la description
de la nature.
Sans l ’ indépendance des points de vue et la reproductibilité, parler aux autres ou à soi-
même serait impossible. Plus important encore, nous découvrirons que l ’ indépendance
des points de vue et la reproductibilité permettent beaucoup plus que de rendre tout
simplement possible le fait de pouvoir discuter : elles fixent également le contenu de ce
que nous pouvons nous dire. En d ’autres termes, nous verrons que notre description de
la nature découle logiquement, de manière pratiquement indépendante, du simple fait
que nous pouvons parler de la nature à nos amis.
mouvement et symétrie 191

Points de vue
La tolérance... est le soupçon que l ’autre

“ pourrait avoir raison.


Kurt Tucholski (1890–1935), écrivain allemand.
La tolérance – une force que nous souhaitons ”

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


principalement aux adversaires politiques.
Wolfram Weidner (né en 1925), journaliste

Lorsque le petit d ’ homme commence à rencontrer d ’autres personnes durant son


enfance, il s’aperçoit rapidement que certaines expériences sont partagées, alors que
allemand.

d ’autres, comme les rêves, ne le sont pas. Apprendre à effectuer cette distinction est une
des aventures de la vie humaine. Dans ces pages, nous nous focalisons sur une partie des
expériences du premier type : les observations physiques. Toutefois, même parmi celles-ci,
des distinctions doivent être effectuées. Dans la vie quotidienne, nous sommes habitués
à reconnaître que les poids, les volumes, les longueurs et les durées sont indépendants
du point de vue de l ’observateur. Nous pouvons parler de ces quantités observées à qui-

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conque, et il n’y a aucun désaccord à propos de leurs valeurs, à partir du moment où
elles ont été correctement mesurées. Pourtant, d ’autres quantités doivent dépendre de
l ’observateur. Imaginez que vous parliez à un ami après qu ’ il a sauté d ’un des arbres qui
jalonnent notre chemin, au moment où il est en train de chuter vers le sol. Il affirmera
que le sol de la forêt se rapproche à grande vitesse, bien que vous-même prétendrez que
ce sol est stationnaire. Manifestement, la différence entre ces affirmations est due à leurs
points de vue discordants. La vitesse d ’un objet (dans cet exemple celle du sol de la forêt
ou celle de votre ami lui-même) est ainsi une propriété moins symétrique que le poids
ou la taille. Tous les observateurs ne s’accordent pas sur sa valeur.
Dans le cas des observations dépendantes du point de vue, la compréhension reste
toujours possible si l ’on se donne un peu de peine : chaque observateur peut s’ imaginer
observer à partir de la position de l ’autre, et vérifier si le résultat imaginé concorde avec
l ’affirmation de l ’autre*. Si cette affirmation ainsi imaginée et la véritable affirmation de
l ’autre observateur coïncident, ces observations sont cohérentes, et les différences dans
les formulations ne sont dues qu ’à des points de vue différents. Sinon, la différence est
fondamentale et ils ne peuvent pas se mettre d ’accord ou se parler. En utilisant cette ap-
proche, vous pouvez même dire si les sentiments, les jugements ou les goûts des hommes
Défi 362 s proviennent de différences fondamentales ou non.
La distinction entre des quantités indépendantes du point de vue (invariantes) et
d ’autres dépendantes du point de vue est une distinction primordiale. Des quantités in-
variantes, telles que la masse ou la forme, décrivent des propriétés intrinsèques, et des
quantités qui dépendent de l ’observateur modélisent l ’ état du système. Par conséquent,
nous devons impérativement répondre aux questions suivantes afin de trouver une des-
cription complète de l ’état d ’un système physique :
— Quels points de vue sont possibles ?

* Les hommes développent à l ’âge d ’environ quatre ans la capacité d ’ imaginer que d ’autres peuvent se
Réf. 155 trouver dans des situations différentes de la leur. Par conséquent, avant cet âge, les hommes sont incapables
de concevoir la relativité restreinte, après ils le peuvent.
192 9 mouvement et symétrie

— Comment les descriptions se transforment-elles d ’un point de vue à un autre ?


— Quelles observables ces symétries admettent-elles ?
— Qu ’est-ce que ces conséquences ont à nous dire à propos du mouvement ?
Jusqu ’à présent, dans la discussion, nous avons étudié des points de vue qui diffèrent se-
lon la position, l ’orientation, le temps et, encore plus important, selon le mouvement. Par

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


rapport à chacun d ’entre eux, des observateurs peuvent se trouver au repos, se déplacer
à vitesse constante ou accélérer. Ces changements « concrets » de points de vue sont ceux
que nous étudierons en premier. Dans ce cas, la nécessité de cohérence des observations
Page 84 faites par des observateurs différents est appelée le principe de relativité. Les symétries
associées à ce type d ’ invariance sont nommées des symétries externes. Elles sont listées
Page 201 dans le Tableau 26.
Une deuxième classe de changements fondamentaux des points de vue concerne les
changements « abstraits ». Des points de vue peuvent différer selon la description mathé-
matique utilisée : de tels changements sont appelés des changements de jauge. Ils seront
introduits pour la première fois dans la section sur l ’électrodynamique. À nouveau, il
est exigé que toutes les formulations soient cohérentes à travers les différentes descrip-

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tions mathématiques. Cette exigence de cohérence est appelée le principe d’ invariance
de jauge. Les symétries associées sont nommées symétries internes.
La troisième classe de changements, dont l ’ importance ne peut pas apparaître immé-
diatement dans la vie de tous les jours, est celle du comportement d ’un système sous
l ’échange de ses parties. L’ invariance associée est appelée symétrie de permutation. C ’est
une symétrie discrète, et nous la rencontrerons dans la seconde partie de notre aventure.
Les trois conditions de cohérence décrites ci-dessus sont appelées « principes » parce
que ces formulations élémentaires sont si profondes qu ’elles déterminent presque com-
plètement les « lois » de la physique, comme nous le verrons bientôt. Un peu plus tard
nous découvrirons que le fait de chercher une description complète de l ’état des objets
produira également une description complète de leurs propriétés intrinsèques. Mais nous
avons eu assez d ’ introduction : allons directement au cœur du sujet.

Symétries et groupes
Puisque nous sommes à la recherche d ’une description exhaustive du mouvement,
nous avons besoin de comprendre et de décrire l ’ensemble complet des symétries de la
nature. On dit qu ’un système est symétrique, ou qu ’ il possède une symétrie, s’ il apparaît
sous une forme identique lorsqu ’ il est observé sous différents angles. Nous disons égale-
ment que ce système possède une invariance par rapport au changement d ’un point de
vue à un autre. Les changements de points de vue sont appelés opérations de symétrie ou
transformations. Une symétrie est donc une transformation ou, plus généralement, un
ensemble de transformations. Toutefois, elle est beaucoup plus que cela : l ’application
consécutive de deux opérations de symétrie est une autre opération de symétrie. Pour
être plus précis, une symétrie est un ensemble G = {a, b, c...} d ’éléments, les transfor-
mations, combiné avec un opérateur binaire ○ appelé concaténation ou multiplication et
prononcé « suivi de » ou « fois », dans lequel les propriétés suivantes sont vérifiées pour
mouvement et symétrie 193

tout élément a, b et c :

associativité, c ’est-à-dire (a ○ b) ○ c = a ○ (b ○ c)
existence d ’un élément neutre e tel que e ○ a = a ○ e = a
existence d ’un élément inverse a −1 tel que a −1 ○ a = a ○ a −1 = e . (65)

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Tout ensemble qui vérifie ces trois propriétés déterminantes, ou axiomes, est appelé un
groupe (mathématique). Historiquement, la notion de groupe fut le premier exemple
d ’une structure mathématique définie d ’une manière totalement abstraite*. Pouvez-
Défi 363 s vous donner un exemple d ’un groupe choisi dans la vie quotidienne ? Comme nous le
verrons, les groupes apparaissent fréquemment en physique et en mathématiques, parce
Réf. 156 que les symétries sont présentes presque partout**. Pouvez-vous donner la liste des opé-
Défi 364 s rations de symétrie qui apparaissent dans les motifs de la Figure 106 ?

R eprésentations

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En observant un système symétrique et composé tel que celui de la Figure 106, nous
Défi 365 e remarquons que chacune de ses parties, par exemple chaque motif rouge, appartient à
un ensemble d ’objets identiques, généralement appelé un multiplet. Considéré dans son
ensemble, le multiplet possède (au moins) les propriétés de symétrie du système tout
entier. Pour certains des motifs colorés de la Figure 106, nous avons besoin de quatre
objets pour constituer un multiplet complet, bien que pour d ’autres deux suffisent, ou
un seulement, comme dans le cas de l ’étoile centrale. En réalité, dans chaque système
symétrique, chaque partie peut être classée selon le type de multiplet auquel elle appar-
tient. Lors de notre ascension de la montagne nous réaliserons la même classification
avec chaque partie de la nature, obtenant ainsi une précision toujours croissante.
Un multiplet est un ensemble de parties qui se transforment les unes dans les autres se-
lon toutes les transformations de symétrie. Les mathématiciens nomment généralement
représentations ces multiplets abstraits. En spécifiant à quel multiplet un composant ap-
partient, nous décrivons de quelle manière ce composant constitue une partie du système
entier. Regardons comment cette classification est réalisée.
En langage mathématique, les transformations de symétrie sont fréquemment décrites
par des matrices. Par exemple, dans le plan, une image symétrique (réflexion) par rapport

* Ce terme est dû à Évariste Galois (1811–1832), cette structuration à Augustin-Louis Cauchy (1789–1857) et
cette définition axiomatique à Arthur Cayley (1821–1895).
** En principe, les groupes mathématiques ne nécessitent pas forcément d ’être définis comme des groupes de
symétrie, mais nous pouvons démontrer que tous les groupes peuvent être considérés comme des groupes de
transformation dans un certain espace mathématique convenablement choisi. Ainsi donc en mathématiques
nous pouvons utiliser les termes « groupe de symétrie » et « groupe » de manière indifférente.
Un groupe est dit abélien si son opération de concaténation est commutative, c ’est-à-dire si a ○ b = b ○ a
pour tout couple d ’éléments a et b. Dans cette condition, la concaténation est parfois appelée addition. Les
rotations forment-elles un groupe abélien ?
Un sous-ensemble G1 ⊂ G d ’un groupe G peut lui-même être un groupe ; nous parlons alors de sous-
groupe et nous disons souvent abusivement que G est plus grand que G1 ou que G est un groupe de plus
haute symétrie que G1 .
194 9 mouvement et symétrie

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Copyright © 1990 Christoph Schiller
F I G U R E 106 Un ornement latino–arabe dans le palais du Gouverneur à Séville. (© Christoph Schiller)

à la première diagonale de ce plan est représentée par la matrice

D(réfl) = ( ) ,
0 1
(66)
1 0

puisque chaque point (x, y) est transformé en (y, x) lorsqu ’ il est multiplié par la ma-
Défi 366 e trice D(réfl). Par conséquent, pour un mathématicien, une représentation d ’un groupe
de symétrie G est une affectation d ’une matrice D(a) à chaque élément a du groupe telle
que la représentation de la concaténation de deux éléments a et b est égale au produit de
la représentation D de chaque élément :

D(a ○ b) = D(a)D(b) . (67)


mouvement et symétrie 195

Par exemple, la matrice de l ’équation (66), ainsi que les matrices associées à toutes les
autres opérations de symétrie possèdent cette propriété*.
Pour chaque groupe de symétrie, la construction et la classification de toutes les repré-
sentations possibles constituent une activité importante. Celle-ci correspond à la classi-
fication de tous les multiplets possibles qu ’un système symétrique peut comporter. De

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cette façon, la compréhension de la classification de tous les multiplets et toutes les par-
ties qui peuvent apparaître dans la Figure 106 nous informera sur la manière d ’arranger
toutes les parties possibles qui peuvent composer un objet ou un exemple de mouve-
ment !
Une représentation D est qualifiée d ’ unitaire si toutes les matrices D(a) sont uni-
taires**. Presque toutes les représentations qui surgissent en physique, à l ’exception seule-
ment d ’une poignée d ’entre elles, sont unitaires : cette propriété est la plus restrictive,
puisqu ’elle précise que les transformations correspondantes sont des applications injec-
tives et qu ’elles sont inversibles, ce qui signifie qu ’un observateur ne verra jamais plus
ou moins de choses qu ’un autre. Évidemment, si un observateur peut discuter avec un
second, le deuxième observateur peut également parler au premier.

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L’ultime propriété importante d ’un multiplet, ou d ’une représentation, concerne sa
structure. Si un multiplet peut être vu comme étant constitué de sous-multiplets, il est
qualifié de réductible, sinon d ’ irréductible. Le même vocabulaire s’applique aux repré-
sentations. Les représentations irréductibles ne peuvent évidemment pas être décompo-
sées. Par exemple, le groupe de symétrie (approximatif) de la Figure 106, communément
appelé D4 , possède huit éléments. Il est associé à la représentation matricielle générale
Défi 367 e exacte, unitaire et irréductible

* Il y a quelques conditions accessoires évidentes, mais importantes, pour une représentation : les matrices
D(a) doivent être inversibles, ou non singulières, et l ’opérateur identité de G doit être associé à la matrice
unité. En langage beaucoup plus concis, nous disons qu ’une représentation est un homomorphisme de G
dans le groupe des matrices inversibles ou non singulières. Une matrice D est inversible si son déterminant
det D n’est pas nul.
En général, si une fonction f d ’un groupe G à un autre groupe G ′ satisfait la relation

f (a ○G b) = f (a) ○G ′ f (b) , (68)

alors elle est appelée homomorphisme. Un homomorphisme f qui est à la fois injectif et surjectif est appelé
un isomorphisme. Si une représentation est également injective, elle est qualifiée de fidèle, exacte ou juste.
De la même façon que pour les groupes, des structures mathématiques plus complexes comme les an-
neaux, les corps et les algèbres associatives peuvent également être représentées par des classes appropriées
de matrices. Une représentation du corps des nombres complexes en est donnée dans l ’ Annexe ??.
** La transposée AT d ’une matrice A est définie élément par élément par (AT )ik = A ki . La conjuguée com-
plexe A∗ d ’une matrice A est définie par (A∗ )ik = (A ik )∗ . La matrice adjointe A† d ’une matrice A est
définie par A† = (AT )∗ . Une matrice est qualifiée de symétrique si AT = A, d ’ orthogonale si AT = A−1 ,
d ’ hermitienne ou auto-adjointe (les deux sont synonymes dans toutes les applications physiques) si A† = A
(les matrices hermitiennes ont des valeurs propres réelles), et unitaires si A† = A−1 . Les matrices unitaires
possèdent des valeurs propres de norme un. La multiplication par une matrice unitaire est une application
injective, puisque l ’évolution temporelle des systèmes physiques est une application d ’un instant vers un
autre, l ’évolution est toujours décrite par une matrice unitaire. Une matrice réelle respecte A∗ = A, une
matrice antisymétrique ou symétrique par rapport à la diagonale est définie par AT = −A, une matrice anti-
hermitienne par A† = −A et une matrice anti-unitaire par A† = −A−1 . Toutes les applications décrites par
ces types particuliers de matrices sont injectives. Une matrice est singulière, c ’est-à-dire non injective, si
det A = 0.
196 9 mouvement et symétrie

TA B L E AU 25 Correspondances entre les symétries d’un ornement, d’une fleur et de la nature tout
entière.
Système Motif Fleur Mouvement
L at i n o – A r a b e
Structure et ensemble de bandes et ensemble de trajectoire du mouvement et

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


composants de motifs pétales, tige observables
Symétrie du symétrie des motifs symétrie de la fleur symétrie du lagrangien
système
Description D4 C5 en relativité galiléenne :
mathématique du position, orientation, instant
groupe de et variations de vitesse
symétrie
Invariants nombre d ’éléments nombre de pétales nombre de coordonnées,
d ’un multiplet grandeur des scalaires,
vecteurs et tenseurs

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Représentations types de multiplets types de multiplets tenseurs, y compris scalaires
des composants d ’éléments de composants et vecteurs
Représentation la singulet partie de symétrie scalaire
plus symétrique circulaire
Représentation quadruplet quintuplet vecteur
fidèle la plus
simple
Représentation la quadruplet quintuplet aucune limite (tenseur de
moins rang infini)
symétrique

( ) n = 0..3, ( ),( ),( ),( ).


cos n π2 − sin n π2 −1 0 1 0 0 1 0 −1
(69)
sin n π2 cos n π2 0 1 0 −1 1 0 −1 0

Cette représentation est un octet. La liste exhaustive de toutes les représentations irréduc-
tibles possibles du groupe D4 est donnée par des singulets, des couples et des quadruplets.
Défi 368 pe Pouvez-vous tous les repérer ? Ces représentations permettent la classification de toutes
les bandes noires et blanches qui apparaissent dans la figure, ainsi que celle des motifs
colorés. Les éléments les plus symétriques sont les singulets, les moins symétriques étant
les membres des quadruplets. Le système complet constitue toujours un singulet.
À l ’aide de ces concepts nous sommes prêts à discuter du mouvement avec une
meilleure précision.

Symétries, mouvement et physique galiléenne


Chaque jour, nous faisons l ’expérience que nous sommes capables de nous parler les
uns aux autres à propos du mouvement. Il doit donc être possible de découvrir une quan-
mouvement et symétrie 197

tité invariante qui le décrit. Nous la connaissons déjà : c ’est l ’ action. Craquer une allu-
mette est un changement. C ’est le même changement qu ’elle soit allumée ici ou là-bas,
dans une direction ou une autre, aujourd ’ hui ou demain. En fait, l ’action (galiléenne)
est une quantité dont la valeur est la même pour chaque observateur au repos, indépen-
damment de son orientation ou de l ’ instant auquel il réalise son observation.

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Dans le cas des motifs arabes de la Figure 106, la symétrie nous permet de déduire la
liste des multiplets ou des représentations qui peuvent constituer ses éléments de base.
Cette méthode doit aussi être possible pour le mouvement. Nous déduisons la classifica-
tion des bandes de l ’ornement arabe en singulets, couples, etc. à partir des divers angles
d ’observation possibles. Pour un système en mouvement, les éléments de base, corres-
pondant aux bandes, sont les observables. Puisque nous considérons que la nature est sy-
métrique sous différents changements de points de vue, nous pouvons cataloguer toutes
les observables. Pour ce faire, nous avons besoin de dresser la liste de toutes les transfor-
mations de points de vue et d ’en déduire l ’ inventaire de toutes leurs représentations.
Notre expérience quotidienne montre que le monde reste inchangé après des change-
ments de position, d ’orientation et d ’ instant de l ’observation. Nous parlons également

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d ’ invariance par translation dans l ’espace, d ’ invariance par rotation et d ’ invariance par
translation du temps. Ces transformations sont différentes de celles du modèle arabe sur
deux points : elles sont continues et elles sont illimitées. Ainsi, leurs représentations seront
généralement continûment variables et sans frontières : elles seront des quantités ou des
grandeurs. En d ’autres termes, des observables seront confectionnées à l ’aide de nombres.
De cette manière nous avons justifié pourquoi des nombres sont nécessaires pour toute
description du mouvement*.
Puisque des observateurs peuvent avoir une orientation différente, la plupart des re-
présentations seront des objets possédant une direction. En bref, la symétrie sous le chan-
gement de position, d ’orientation ou d ’ instant de l ’observation a pour conséquence que
toutes les observables sont soit des « scalaires », soit des « vecteurs » ou plus généralement
des « tenseurs »**.
Un scalaire est une quantité observable qui demeure identique pour tous les observa-
teurs : elle correspond à un singulet. Des exemples en sont la masse ou la charge d ’un
objet, la distance entre deux points, la distance à l ’ horizon, et beaucoup d ’autres. Leurs
valeurs autorisées sont (généralement) continues, illimitées et sans direction. Le potentiel
en un point et la température en un point sont d ’autres exemples de scalaires. La vitesse
n’est évidemment pas un scalaire, pas plus que la coordonnée d ’un point. Pouvez-vous
Défi 370 s trouver d ’autres exemples et contre-exemples ?
L’énergie est une observable énigmatique. C ’est un scalaire si l ’on considère unique-
ment des changements de lieu, d ’orientation et d ’ instant de l ’observation. Mais l ’énergie
n’est plus un scalaire si des changements de vitesse de l ’observateur sont pris en compte.
Personne n’a jamais recherché une généralisation de l ’ énergie telle qu ’elle soit une gran-
deur scalaire également pour les observateurs mobiles. C ’est seulement Albert Einstein
qui l ’a découvert, complètement par hasard. Nous reviendrons sur ce sujet bientôt.

* Contrairement aux vecteurs et aux tenseurs d ’ordre plus élevé, seuls les scalaires peuvent être des quantités
qui ne peuvent prendre qu ’un ensemble discret de valeurs, comme +1 ou −1 seulement. Plus brièvement,
Défi 369 e seuls les scalaires peuvent être des observables discrètes.
** Plus tard, les spineurs seront ajoutés, et compléteront, cette liste.
198 9 mouvement et symétrie

Toute quantité qui possède une grandeur et une direction et qui « reste identique »
par rapport à l ’environnement après un changement de point de vue est un vecteur. Par
exemple, la flèche qui relie deux points fixes situés sur le sol est un vecteur. Sa longueur
est la même pour tous les observateurs, sa direction varie d ’un observateur à l ’autre,
mais pas par rapport à son environnement. D’un autre côté, la flèche qui relie un arbre

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


au lieu où un arc-en-ciel touche la terre n’est pas un vecteur, puisque ce lieu ne reste pas
figé par rapport au milieu environnant lorsque l ’observateur change.
Les mathématiciens disent que les vecteurs sont des entités orientées qui restent inva-
riantes sous des transformations de coordonnées. Les vitesses des objets, les accélérations
et la force exercée par un champ en un point sont des exemples de vecteurs. (Pouvez-
Défi 371 e vous le confirmer ?) La grandeur d ’un vecteur est un scalaire : elle est la même pour tout
observateur. D’ailleurs, un résultat célèbre et déconcertant des expériences réalisées au
dix-neuvième siècle montra que la vitesse de la lumière n’est pas un vecteur pour les
transformations galiléennes. Ce mystère sera résolu un peu plus tard.
Les tenseurs sont des vecteurs généralisés. Comme exemple, prenez le moment d ’ iner-
tie d ’un objet. Il spécifie la dépendance du moment cinétique par rapport à la vitesse

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Page 88 angulaire. Pour tout objet, le fait de doubler la grandeur de la vitesse angulaire permet
de doubler la grandeur du moment cinétique ; pourtant, ces deux vecteurs ne sont pas
Page 113 parallèles l ’un à l ’autre si l ’objet n’est pas une sphère. En général, si les grandeurs de ces
deux vecteurs sont proportionnelles, dans le sens où le fait de doubler la grandeur d ’un
vecteur double la grandeur de l ’autre, mais sans que ces deux vecteurs soient parallèles
l ’un à l ’autre, alors le « facteur » de proportionnalité est un tenseur (du second ordre).
Comme tous les facteurs de proportionnalité, les tenseurs ont une grandeur. En plus, les
tenseurs possèdent une direction et une forme : ils décrivent les correspondances qui
existent entre les vecteurs auxquels ils sont associés. Puisque les vecteurs sont les quanti-
tés les plus simples dotées d ’une grandeur et d ’une direction, alors les tenseurs sont les
quantités les plus simples dotées d ’une grandeur et d ’une direction qui dépend d ’une
seconde direction choisie. Les vecteurs peuvent être visualisés comme des flèches orien-
tées, les tenseurs peuvent l ’être comme des ellipsoïdes orientés*. Pouvez-vous citer un
Défi 373 s autre exemple de tenseurs ?
Retournons à la description du mouvement. Le Tableau 25 indique que, dans des
systèmes physiques, nous devons toujours discerner la symétrie du lagrangien tout en-
tier – correspondant à la symétrie du modèle complet – de la représentation des obser-
vables – correspondant aux multiplets des rubans. Puisque l ’action doit être un scalaire,
et puisque toute observable doit être un tenseur, les lagrangiens contiennent des sommes

* Un tenseur de rang n est le facteur de proportionnalité situé entre un tenseur de rang 1, c ’est-à-dire un
vecteur, et un tenseur de rang (n − 1). Les vecteurs et les scalaires sont des tenseurs respectivement de rang
1 et de rang 0. Les scalaires peuvent être imaginés comme des sphères, les vecteurs comme des flèches et les
tenseurs de rang 2 comme des ellipsoïdes. Les tenseurs de rang plus élevé correspondent à des formes de
plus en plus complexes.
Un vecteur possède la même longueur et la même direction pour tous les observateurs, un tenseur (de
rang 2) possède le même déterminant, la même trace (en algèbre linéaire, la trace d ’une matrice carrée
est définie comme étant la somme de ses éléments diagonaux [N.d.T.]) et la même somme de ses sous-
déterminants diagonaux pour tous les observateurs.
Un vecteur est défini mathématiquement par une liste d ’éléments, un tenseur (de rang 2) est décrit par
une matrice d ’éléments. Le rang ou l ’ ordre d ’un tenseur détermine ainsi le nombre d ’ indices que possède
Défi 372 e l ’observable. Pouvez-vous montrer cela ?
mouvement et symétrie 199

et des produits de tenseurs uniquement dans des combinaisons qui forment des scalaires.
Les lagrangiens renferment donc seulement des produits scalaires ou des généralisations
de ceux-ci. En résumé, les lagrangiens apparaissent toujours sous la forme

L = α a i b i + β c jk d jk + γ e l mn f l mn + ... (70)

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


où les indices affectés aux variables a, b, c, etc. sur lesquelles les additions sont effectuées
sont toujours répétés (ainsi en général, les symboles de sommation sont tout simplement
omis). Les lettres grecques représentent des constantes. Par exemple, l ’action d ’une par-
ticule ponctuelle libre en physique galiléenne était donnée par

S= ∫ L dt = 2 ∫ v
m 2
dt (71)

qui est en réalité de la forme mentionnée plus haut. Nous rencontrerons de nombreux
autres cas pendant notre étude du mouvement*.
Galilée avait déjà compris que le mouvement est également invariant sous des chan-

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Page 84 gements de points de vue ayant des vitesses différentes. Cependant, l ’action que nous
venons de définir ne reflète pas cela. Il fallut quelques années pour lever le voile sur la
généralisation correcte : elle est fournie par la théorie de la relativité restreinte. Avant que
nous l ’étudiions, nous devrons achever le présent sujet.

* Par ailleurs, la liste classique des points de vue d ’observation possibles – à savoir les positions différentes,
les instants d ’observation différents, les orientations différentes, et les vitesses différentes – est-elle également
exhaustive pour l ’action (71) ? De façon surprenante, la réponse est non. Un des premiers qui remarqua cette
Réf. 157 particularité fut Niederer, en 1972. En étudiant la théorie quantique des particules ponctuelles, il s’aperçut
que même l ’action d ’une particule ponctuelle libre galiléenne est invariante sous certaines autres transfor-
mations. Si les deux observateurs utilisent les coordonnées (t, x) et (τ, ξ), l ’action (71) est invariante sous
Défi 374 pe les transformations

Rx + x0 + vt αt + β
ξ= et τ= avec RT R = 1 et αδ − βγ = 1 (72)
γt + δ γt + δ

où R décrit la rotation de l ’orientation d ’un observateur par rapport à celle de l ’autre, v la vitesse relative
entre les deux observateurs, et x0 le vecteur qui pointe entre les deux origines à l ’ instant zéro. Ce groupe
renferme deux cas particuliers importants de transformations :

Le groupe de Galilée, connexe et statique ξ = Rx + x0 + vt et τ=t


x αt + β
Le groupe de transformation SL(2,R) ξ = et τ= . (73)
γt + δ γt + δ

Le deuxième groupe, à trois paramètres, inclut le renversement d ’espace, les dilatations, la translation du
temps et un ensemble de transformations dépendantes du temps tel que ξ = x/t, τ = 1/t appelées expansions.
Les dilatations et les expansions sont rarement citées puisqu ’elles sont des symétries des particules ponc-
tuelles seulement, elles ne s’appliquent pas aux objets et systèmes ordinaires. Elles réapparaîtront plus tard
cependant, sous un jour encore plus important.
200 9 mouvement et symétrie

R eproductibilité, conservation et théorème de Noether


J ’abandonnerai ma masse, ma charge et ma

“ quantité de mouvement à la science.

La reproductibilité des observations, c ’est-à-dire la symétrie sous le changement


Graffiti

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


d ’ instant ou « invariance par translation du temps », est un exemple d ’ indépendance de
point de vue. (Cela n’est pas évident, pouvez-vous trouver ses représentations irréduc-
Défi 375 pe tibles ?) Cette correspondance possède plusieurs conséquences importantes. Nous avons
vu que la symétrie implique l ’ invariance. Il apparaît que pour des symétries continues,
telle la symétrie de translation du temps, cette affirmation peut être exprimée de façon
plus précise : pour toute symétrie continue du lagrangien, il existe une constante conser-
vée associée pour le mouvement, et vice versa. La formulation exacte de cette correspon-
dance est le théorème d ’ Emmy Noether*. Elle découvrit ce résultat en 1915 lorsqu ’elle
vint en aide à Albert Einstein et David Hilbert, qui étaient tous les deux en lutte et en
concurrence dans l ’édification de la relativité générale. Toutefois, ce résultat s’applique
à n’ importe quel type de lagrangien.

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Réf. 158
Noether examina des symétries continues dépendant d ’un paramètre b continu. Une
transformation de point de vue est une symétrie si l ’action S ne dépend pas de la valeur
de b. Par exemple, en modifiant la position comme suit :

x ↦ x+b (74)

on laisse l ’action
S0 = ∫ T(v) − U(x) dt (75)

invariante, puisque S(b) = S 0 . Cette situation implique que

= p = const ;
∂T
(76)
∂v
en résumé, la symétrie sous le changement de position entraîne la conservation de la
quantité de mouvement. L’ inverse est également vrai.
Dans le cas d ’une symétrie sous le décalage de l ’ instant de l ’observation, nous trou-
Défi 376 pe vons
T + U = const ; (77)

ou, dit autrement, l ’ invariance par la translation du temps entraîne que l ’énergie reste
constante. Ici encore, l ’ inverse est aussi correct. Nous disons également que l ’énergie et
la quantité de mouvement sont des générateurs des translations du temps et de l ’espace.
La quantité conservée pour une symétrie continue est parfois appelée la charge de
Noether, parce que le mot charge est utilisé en physique théorique pour désigner des ob-
* Emmy Noether (n. Erlangen 1882, d. Bryn Mayr 1935), mathématicienne allemande. Ce théorème ne consti-
tua qu ’une activité secondaire dans sa carrière qu ’elle voua principalement à la théorie des nombres. Le
théorème s’applique également aux symétries de jauge, où il établit que, pour chaque symétrie de jauge, est
associée une identité pour l ’équation du mouvement et vice versa.
mouvement et symétrie 201

servables étendues conservées. Donc, l ’énergie et la quantité de mouvement sont des


charges de Noether. La « charge électrique », la « charge gravitationnelle » (ou masse) et
la « charge topologique » en sont des exemples courants. Quelle est la charge conservée
Défi 377 s pour l ’ invariance par rotation ?
Nous remarquons que l ’expression « l ’énergie est conservée » a plusieurs significa-

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


tions. Avant tout, elle signifie que l ’énergie d ’une particule libre unique est constante au
cours du temps. Ensuite, elle veut dire que l ’énergie totale de n’ importe quel nombre
de particules indépendantes est constante. Finalement, elle indique que l ’énergie d ’un
système de particules, c ’est-à-dire en incluant leurs interactions, est constante au cours
du temps. Les collisions sont des exemples de ce dernier cas. Le théorème de Noether
rend compte à la fois de toutes ces situations, comme vous pouvez le vérifier en utilisant
Défi 378 e les lagrangiens correspondants.
Mais le théorème de Noether formule également, ou plutôt renouvelle, une vérité
encore plus profonde : si l ’énergie n’était pas conservée, le temps ne pourrait être dé-
fini. La description intégrale de la nature requiert l ’existence de quantités conservées,
comme nous l ’avons remarqué lorsque nous avons introduit les concepts d ’objet, d ’état

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Page 25 et d ’environnement. Par exemple, nous avons alors défini les objets comme des enti-
tés permanentes, entendez comme des entités caractérisées par des quantités conservées.
Nous avons également vu que l ’ introduction du temps est possible uniquement parce
Page 164 que dans la nature il « n’y a pas de surprises ». Le théorème de Noether évoque précisé-
ment à quoi une telle « surprise » devrait ressembler : la non-conservation de l ’énergie.
Quoi qu ’ il en soit, les bonds d ’énergie n’ont jamais été observés – même pas, non plus,
à l ’échelle quantique.
Puisque les symétries sont si importantes pour la description de la nature, le Ta-
bleau 26 fournit un panorama de toutes les symétries de la nature que nous rencontre-
rons. Leurs principales propriétés sont également listées. Excepté pour celles qui sont
marquées comme « approximatives » ou « spéculatives », une preuve expérimentale de
l ’ inexactitude de n’ importe laquelle d ’entre elles constituerait en réalité un véritable
coup de théâtre.

TA B L E AU 26 Les symétries de la relativité et de la théorie quantique avec leurs propriétés, ainsi que la
liste complète des inductions logiques utilisées dans ces deux domaines.
Symétrie Type Es- Grou- Repré- Q ua n - Vi d e / E f f e t
[nb de pa c e pe s e nta - tité m at i è - p r i n c i -
pa r a - d ’ ac- topo- tions conser- re pa l
mè- tion logie pos- vée asymé-
tres] sibles trique

Symétries externes, d ’espace-temps ou géométriques


Translation R × R3 espace, non scalaires, quantité de oui/oui autorise le
d ’espace et de [4 par.] temps compact vecteurs mouvement quotidien
temps et énergie
Rotation SO(3) espace S2 tenseurs quantité de oui/oui communi-
[3 par.] mouvement cation
202 9 mouvement et symétrie

Symétrie Type Es- Grou- Repré- Q ua n - Vi d e / E f f e t


[nb de pa c e pe s e nta - tité m at i è - p r i n c i -
pa r a - d ’ ac- topo- tions conser- re pa l
mè- tion logie pos- vée asymé-
tres] sibles trique

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Impulsion de R3 [3 par.] espace, non scalaires, vitesse du oui/aux relativité
Galilée temps compact vecteurs, centre de vitesses du mouve-
tenseurs masse faibles ment
Lorentz Lie espace- non tenseurs, énergie- oui/oui vitesse de
homogène temps compact spineurs quantité de la lumière
SO(3,1) mouvement constante
[6 par.] T µν
Poincaré Lie non espace- non tenseurs, énergie- oui/oui
ISL(2,C) homogène temps compact spineurs quantité de
[10 par.] mouvement

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T µν
Invariance par R+ [1 par.] espace- rayon n-dimen. aucune oui/non particules
dilatation temps continuum sans masse
Invariance R4 [4 par.] espace- R4 n-dimen. aucune oui/non particules
conforme temps continuum sans masse
spéciale
Invariance [15 par.] espace- compli- tenseurs, aucune oui/non invariance
conforme temps qué spineurs du cône de
sans masse lumière
Symétries dynamiques, dépendantes des interactions : la gravitation
Gravité en 1/r 2 SO(4) espace comme couple de direction oui/oui orbites
[6 par.] des SO(4) vecteurs du périhélie fermées
config.
Invariance par [∞ par.] espace- compli- espace- énergie– oui/non avancée du
difféomor- temps qué temps quantité de périhélie
phisme mouvement
local
Symétries dynamiques, du mouvement classique et de la mécanique quantique

Mouvement par discret espace discret pair, parité T oui/non réversibi-


inversion T des impair lité
(« temps ») phases
ou de
Hilbert
mouvement et symétrie 203

Symétrie Type Es- Grou- Repré- Q ua n - Vi d e / E f f e t


[nb de pa c e pe s e nta - tité m at i è - p r i n c i -
pa r a - d ’ ac- topo- tions conser- re pa l
mè- tion logie pos- vée asymé-
tres] sibles trique

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Parité par discret espace discret pair, parité P oui/non les mondes
inversion P des impair miroirs
(« spatiale ») phases existent
ou de
Hilbert
Conjugaison de globale, espace discret pair, parité C oui/non les antipar-
charge C anti- des impair ticules
linéaire, phases existent
anti-her- ou de
mitienne Hilbert

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CPT discret espace discret pair parité CPT oui/oui rend la
des théorie des
phases champs
ou de possible
Hilbert
Symétries de jauge dynamiques, dépendantes des interactions
Invariance de [∞ par.] espace non im- non charge oui/oui lumière
jauge électroma- de portant important électrique sans masse
gnétique champs
classique
Invariance de Lie U(1) espace cercle S1 champs charge oui/oui photon
jauge électroma- abélien de électrique sans masse
gnétique [1 par.] Hilbert
quantique
Dualité électro- Lie U(1) espace cercle S1 abstrait abstrait oui/non aucun
magnétique abélien de
[1 par.] champs
Jauge faible Lie SU(2) espace comme particules charge non/
non de SU (3) faible approx.
abélien Hilbert
[3 par.]
Jauge de couleur Lie SU(3) espace comme quarks de couleur oui/oui gluons
non de SU (3) couleur sans masse
abélien Hilbert
[8 par.]
Symétrie chirale discret fermions discret gauche, hélicité à peu près fermions
droite « sans
masse » a
204 9 mouvement et symétrie

Symétrie Type Es- Grou- Repré- Q ua n - Vi d e / E f f e t


[nb de pa c e pe s e nta - tité m at i è - p r i n c i -
pa r a - d ’ ac- topo- tions conser- re pa l
mè- tion logie pos- vée asymé-
tres] sibles trique

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Symétries de permutation
Échange de discret espace discret fermions et aucune n.a./oui paradoxe
particule de Fock bosons de Gibbs
etc.
Sélection de symétries spéculative de la nature
GUT E 8 , SO(10) Hilbert à partir particules à partir du oui/non conver-
du groupe de gence de la
groupe Lie constante
de Lie de
couplage

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Supersymétrie globale Hilbert particules, Tmn et N non/non particules
Nb s- spineurs c « sans
particules Q imn masse » a
Parité R discret Hilbert discret +1, -1 parité R oui/oui sfermions,
jauginos
Symétrie de discret son discret vague vague oui/peut- vague
tresse propre être
espace
Dualité discret tous discret le vide vague oui/peut- masses
espace-temps être fixes des
particules
Symétrie discret espace- discret la nature aucune oui/non vague
d ’événement temps

Pour des détails concernant les relations entre la symétrie et l ’ induction logique, voyez la page ??.
L’explication des termes utilisés dans le tableau sera complétée tout au long de notre promenade.
Les nombres réels sont symbolisés par R.
a. Seulement approximativement, « sans masse » signifie que m ≪ m Pl , c ’est-à-dire que m ≪
22 µg.
b. La supersymétrie N = 1, mais pas la supergravité N = 1, est probablement une bonne approxi-
mation pour la nature aux énergies rencontrées.
c. i = 1 .. N.

En résumé, puisque nous pouvons parler de la nature, nous pouvons déduire plusieurs
de ses symétries, en particulier sa symétrie sous les translations de temps et d ’espace. À
partir des symétries naturelles, en utilisant le théorème de Noether, nous pouvons dé-
duire les charges conservées telles que l ’énergie ou les moments cinétique et de transla-
tion. En d ’autres termes, les définitions de masse, d ’espace et de temps, associées à leurs
mouvement et symétrie 205

propriétés de symétrie, sont équivalentes à la conservation de l ’énergie et de la quantité


de mouvement. La conservation et la symétrie sont deux manières d ’exprimer la même
propriété de la nature. Pour le dire simplement, notre aptitude à parler de la nature signi-
fie que l ’énergie et la quantité de mouvement sont conservées.
En général, la manière la plus élégante pour dévoiler les « lois » de la nature consiste à

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


rechercher des symétries naturelles. À plusieurs reprises au cours de l ’ Histoire, chaque
fois que cette relation a été comprise, la physique a réalisé des progrès notables. Par
exemple, Albert Einstein découvrit la théorie de la relativité de cette façon, et Paul Di-
rac donna naissance à l ’électrodynamique quantique. Nous utiliserons la même méthode
tout au long de notre marche, dans sa troisième partie nous découvrirons certaines symé-
tries qui sont encore plus fantastiques que celles de la relativité. Maintenant, cependant,
nous allons continuer par l ’approche suivante de la description globale du mouvement.

Curiosités et défis amusants sur la symétrie du mouvement


Quel est le trajet suivi par quatre tortues partant des quatre angles d ’un carré, si chacune
d ’elles marche continuellement à la même vitesse en direction de sa voisine de gauche

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Défi 379 pe (ou de droite) ?
∗∗
Défi 380 s Quelle est la symétrie d ’une oscillation simple ? Et celle d ’une onde ?

∗∗
Pour quels systèmes le renversement du mouvement est-il une transformation symé-
Défi 381 s trique ?

∗∗
Défi 382 pe Quelle est la symétrie d ’une rotation continue ?
∗∗
Une sphère possède un tenseur pour le moment d ’ inertie qui est diagonal avec trois
nombres égaux. La même chose est vraie pour le cube. Pouvez-vous distinguer les sphères
Défi 383 pe des cubes par leur comportement sous une rotation ?

∗∗
Défi 384 pe Existe-t-il dans la nature un mouvement dont la symétrie est parfaite ?
C h a p i t r e 10

MOU V E M E N T S É L É M E N TA I R E S DE S

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


C OR P S ÉT E N DU S – V I BR AT ION S ET
ON DE S
Nous avons défini l ’action, et donc le changement, comme étant l ’ intégrale du la-
grangien, et le lagrangien comme la différence entre l ’énergie cinétique et l ’énergie po-
tentielle. Une masse m attachée à un ressort représente un des systèmes les plus simples
dans la nature. Son lagrangien est donné par

1
L = mv 2 − kx 2 ,

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(78)
2
où k représente une quantité caractérisant le ressort, dénommée constante du ressort. Ce
lagrangien est dû à Robert Hooke, au dix-septième siècle. Pouvez-vous démontrer son
Défi 385 e résultat ?
Le mouvement qui résulte de ce lagrangien est périodique, comme indiqué sur la Fi-
gure 107. Le lagrangien décrit l ’ oscillation de la longueur du ressort. Ce mouvement est
exactement identique à celui d ’un long pendule. Il est baptisé mouvement harmonique,
parce qu ’un objet vibrant rapidement de cette manière produit un son musical complè-
tement pur – ou harmonique. (L’ instrument de musique qui produit les ondes harmo-
niques les plus pures est la flûte traversière. Cet instrument fournit donc la meilleure
idée du « chant » du mouvement harmonique.) Le graphe d ’une oscillation harmonique
ou linéaire, montrée sur la Figure 107, est appelé une courbe de sinus. Elle peut être vue
comme étant l ’élément fondamental de toute oscillation. Toutes les autres, les oscillations
non harmoniques dans la nature, peuvent être reconstituées à partir des courbes de sinus,
Page 208 comme nous allons le voir bientôt.
Chaque mouvement oscillant transforme continuellement de l ’énergie cinétique en
énergie potentielle et vice versa. C ’est le cas pour les marées, le pendule ou pour tout
récepteur radiophonique. Cependant de nombreuses oscillations s’atténuent également
au cours du temps : elles sont amorties. Des systèmes dotés d ’une grande capacité
d ’ amortissement, tels que les pare-chocs des voitures, sont utilisés pour étouffer les vi-
brations. Des systèmes ayant un amortissement minuscule sont utiles dans la conception
des horloges précises et autonomes sur une longue durée. La quantification la plus simple
du taux d ’amortissement est le nombre d ’oscillations qu ’un système utilise pour réduire
son amplitude à 1/e ≈ 1/2, 718 fois sa valeur initiale. Ce nombre caractéristique est bap-
tisé le facteur Q, d ’après l ’abréviation de « facteur de qualité ». Un facteur Q pauvre est
inférieur ou égal à 1, un de qualité excellente est supérieur ou égal à 100 000. (Pouvez-
Défi 386 pe vous écrire un lagrangien simple pour un oscillateur amorti d ’un facteur Q donné ?)
Dans la nature, les oscillations amorties ne conservent généralement pas une fréquence
vibrations et ondes 207

position

période T

amplitude A

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


phase φ
temps

période T

F I G U R E 107 L’oscillation la plus simple.

TA B L E AU 27 Quelques valeurs de fréquence mécanique relevées dans la nature.

O b s e r va t i o n Fréquence

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Fréquences sonores dans les gaz émis par les trous noirs ≈ 1 fHz
Précision dans les fréquences de vibration mesurées du Soleil jusqu ’à 2 nHz
Fréquences de vibration du Soleil jusqu ’à env. 300 nHz
Fréquences des vibrations qui perturbent la détection des ondes gravita- jusqu ’à 3 µHz
tionnelles
Fréquence de vibration la plus faible sur la Terre Réf. 159 309 µHz
Fréquence de résonance de l ’estomac et des organes internes (donnant 1 à 10 Hz
l ’expérience du « bruit dans le ventre »)
Battement d ’aile d ’une mouche minuscule ≈ 1 000 Hz
Son audible pour les jeunes êtres humains 20 Hz à 20 kHz
Sonar utilisé par les chauves-souris jusqu ’à plus de 100 kHz
Sonar utilisé par les dauphins jusqu ’à 150 kHz
Fréquence sonore utilisée dans l ’ imagerie ultrasonore jusqu ’à 15 MHz
Fréquences (sonores) des phonons mesurées dans des cristaux simples jusqu ’à 20 THz et plus

constante, toutefois, pour le pendule simple, cela reste le cas à un haut degré d ’exacti-
tude. La raison en est que, pour un pendule, la fréquence d ’oscillation ne dépend pas
significativement de l ’amplitude (tant que l ’amplitude de l ’oscillation est inférieure à
20° environ). C ’est la raison pour laquelle les pendules sont utilisés comme oscillateurs
dans les horloges mécaniques.
Bien évidemment, pour une horloge excellente, le comportement des oscillations ne
doit pas seulement dénoter un amortissement faible, mais doit également être indépen-
dant de la température et être insensible à toute autre influence extérieure. L’ introduc-
tion des cristaux de quartz en tant qu ’oscillateurs a constitué un progrès notable du ving-
tième siècle. Techniquement, le quartz est constitué de cristaux de la taille de quelques
grains de sable, qui peuvent être mis en oscillation en appliquant un signal électrique. Le
quartz possède une faible dépendance à la température et un grand facteur Q ; de plus,
comme il consomme peu d ’énergie, des horloges précises peuvent désormais fonction-
208 10 mouvements élémentaires des corps étendus

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Croquis à inclure

position

longueur d’onde λ
bosse ou pic

amplitude A

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espace
longueur d’onde λ
dépression

F I G U R E 108 Décomposition d’une onde, ou d’un signal en général, en ondes harmoniques

ner à l ’aide de petites batteries.


Chaque oscillation harmonique est décrite par trois grandeurs : l ’ amplitude, la pé-
riode (l ’ inverse de la fréquence) et la phase. La phase différencie des oscillations de même
amplitude et de même période : elle définit à quel moment l ’oscillation commence. La
Figure 107 révèle comment une oscillation harmonique est associée à une rotation ima-
ginaire. Par conséquent, la phase est décrite de manière adéquate par un angle compris
entre 0 et 2π.
Tous les systèmes qui oscillent émettent également des ondes. En réalité, les vibrations
apparaissent uniquement dans les systèmes étendus, et les oscillations sont simplement
les mouvements les plus élémentaires des systèmes étendus. Le mouvement général répé-
titif d ’un système étendu est l ’onde.

Les ondes et leur mouvement


Les ondes sont des inhomogénéités en déplacement ou, de manière équivalente, des
vibrations en déplacement. Les ondes se déplacent bien que le milieu environnant soit im-
mobile. Toute onde peut être vue comme étant une superposition d ’ondes harmoniques.
Pouvez-vous décrire la différence dans la forme de l ’onde entre un ton pur harmonique,
Défi 387 e un son musical, un bruit et une explosion ? Chaque effet sonore peut être imaginé comme
étant constitué d ’ondes harmoniques. Celles-ci, également appelées ondes sinusoïdales
ou ondes linéaires, sont les éléments fondamentaux sur lesquels tous les mouvements in-
ternes d ’un corps étendu sont bâtis.
Chaque onde harmonique est caractérisée par une fréquence d ’oscillation, une vitesse
vibrations et ondes 209

TA B L E AU 28 Quelques vitesses d’ondes.

Onde Vi t e s s e

Tsunami environ 200 m/s


Son dans la plupart des gaz 0,3 km/s

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Son dans l ’air à 273 K 331 m/s
Son dans l ’air à 293 K 343 m/s
Son dans l ’ hélium à 293 K 1,1 km/s
Son dans la plupart des liquides 1,1 km/s
Son dans l ’eau à 273 K 1,402 km/s
Son dans l ’eau à 293 K 1,482 km/s
Son dans l ’or 4,5 km/s
Son dans l ’acier 5,790 km/s
Son dans le granit 5,8 km/s
Son dans le verre 5,9 km/s

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Son dans le béryllium 12,8 km/s
Son dans le bore jusqu ’à 15 km/s
Son dans le diamant jusqu ’à 18 km/s
Son dans un fullerène (C60 ) jusqu ’à 26 km/s
Onde plasma dans InGaAs 600 km/s
Lumière dans le vide 2,998 ⋅ 108 m/s

de propagation, une longueur d’onde et une phase, comme on peut le deviner à partir
de la Figure 108. Des ondes de faible amplitude sur l ’eau montrent cela plus clairement.
Dans une onde harmonique, chaque position réalise une oscillation harmonique. La
phase d ’une onde précise la position d ’un point de l ’onde (ou d ’une crête) à un ins-
tant donné. C ’est un angle compris en 0 et 2π. Comment la fréquence et la longueur
Défi 388 e d ’onde sont-elles reliées dans une onde ?
Les ondes surviennent à l ’ intérieur de tous les corps étendus, qu ’ ils soient solides,
liquides, gazeux ou sous forme de plasmas. À l ’ intérieur des corps fluides, les ondes sont
longitudinales, ce qui signifie que le mouvement de l ’onde est dans la même direction que
son oscillation. Le son qui se propage dans l ’air est un exemple d ’onde longitudinale. À
l ’ intérieur des corps solides, les ondes peuvent également être transverses, dans ce cas la
vibration de l ’onde est perpendiculaire à la direction de propagation.
Des ondes apparaissent aussi aux interfaces entre des corps : les interfaces eau–air sont
des cas bien étudiés. Même une interface eau de mer–eau douce, que l ’on appelle eaux
mortes, révèle des ondes : elles peuvent apparaître même si la surface supérieure de l ’eau
est immobile. N ’ importe quel vol dans un avion fournit aussi une opportunité d ’étu-
dier les empilements réguliers de nuages à l ’ interface entre les couches d ’air chaud et
froid dans l ’atmosphère. Les ondes sismiques qui se propagent le long des limites entre
le plancher des océans et l ’eau de mer sont également bien comprises. Les ondes de sur-
face générales ne sont habituellement ni longitudinales ni transverses, mais un mélange
des deux.
210 10 mouvements élémentaires des corps étendus

F I G U R E 109 La formation d’ondes de gravité sur l’eau.

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Concernant les surfaces liquides, nous classifions les ondes en fonction de la force
nécessaire pour restituer une surface plane. Le premier type, les ondes de tension superfi-
cielle, joue un rôle à des échelles allant jusqu ’à quelques centimètres. À des échelles plus
grandes, la gravité prend le dessus et est la principale force de rétablissement, ainsi nous
parlons des ondes de gravité. C ’est sur ce dernier type que nous allons nous concentrer
ici. Les ondes de gravité dans l ’eau, au contraire des ondes de tension superficielle, ne
sont pas sinusoïdales en raison de la manière particulière dont l ’eau se déplace dans une
telle onde. Comme indiqué sur la Figure 109, la surface de l ’eau décrit une courbe engen-
drée par un point situé sur un cercle qui roule, ce qui provoque la forme caractéristique

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et asymétrique de l ’onde avec une courte crête pointue et de longues dépressions peu
profondes. (Tant qu ’ il n’y a pas de vent et que le sol sous l ’eau est horizontal, les ondes
sont également symétriques par une réflexion d ’avant en arrière.)
Pour des ondes de gravité dans l ’eau, comme pour nombre d ’autres ondes, la vitesse
dépend de la longueur d ’onde. En fait, la vitesse c des vagues dépend de la longueur
d ’onde λ et de la profondeur d de l ’eau de la manière suivante :

c=
дλ 2πd
tanh , (79)
2π λ

où д est l ’accélération due à la gravité (et en supposant que l ’amplitude est beaucoup
plus petite que la longueur d ’onde). La formule indique deux régimes limites. Première-
ment, des vagues courtes et profondes apparaissent quand la profondeur de l ’eau est plus
grande √que la moitié de la longueur d ’onde. Pour des vagues profondes, la vitesse de phase
est c ≈ дλ/2π , donc dépendante de la longueur d ’onde, et la vitesse de groupe est en-
viron égale à la moitié de la vitesse de phase. Des vagues moins profondes sont donc plus
lentes. Deuxièmement, des vagues longues et peu profondes apparaissent √ lorsque la pro-
fondeur est inférieure à 5 % de la longueur d ’onde. Dans ce cas, c ≈ дd , il n’y a aucune
dispersion et la vitesse de groupe est à peu près égale à la vitesse de phase. Les vagues peu
profondes les plus impressionnantes sont les tsunamis, ces vagues énormes déclenchées
par des tremblements de terre sous-marins. (Ce mot japonais est composé de tsu, signi-
fiant port, et nami, signifiant onde.) Puisque les tsunamis sont des ondes peu profondes,
ils possèdent une faible dispersion et peuvent ainsi voyager sur de longues distances : ils
peuvent faire plusieurs fois le tour de la Terre. Les temps d ’oscillation caractéristiques
sont compris entre 6 et 60 minutes, donnant des longueurs d ’ondes comprises entre 70
et 700 km et des vitesses au large de 200 à 250 m/s, identiques à celle d ’un avion à réac-
Défi 389 e tion. Leur amplitude au large est fréquemment de l ’ordre de 10 cm ; toutefois, des échelles
d ’amplitudes variant avec la profondeur d comme 1/d 4 et s’élevant jusqu ’à 40 m ont été
mesurées sur la terre ferme. Ce fut l ’ordre de grandeur de l ’énorme tsunami désastreux
vibrations et ondes 211

observé dans l ’océan Indien le 26 décembre 2004.


Des ondes peuvent également se propager dans l ’ espace vide. Les ondes lumineuses
et gravitationnelles en sont deux exemples. L’exploration de l ’électromagnétisme et de
la relativité nous en dira plus sur leurs propriétés.
Toute étude du mouvement doit incorporer celle du mouvement ondulatoire. Nous

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


savons par expérience que les ondes peuvent frapper ou même endommager des cibles,
donc chaque onde transporte de l ’énergie et de la quantité de mouvement, bien que
(en moyenne) aucune matière ne se déplace le long de la direction de propagation de
l ’onde. L’ énergie E d ’une onde est la somme de ses énergies cinétique et potentielle. La
densité d ’énergie cinétique dépend de la variation temporelle du déplacement u en un
point donné : des ondes qui oscillent rapidement transportent une énergie cinétique plus
importante. La densité d ’énergie potentielle dépend du gradient du déplacement, c ’est-
à-dire de sa variation spatiale : des ondes resserrées et étroites emportent une énergie
potentielle plus grande que celles qui sont plus allongées. (Pouvez-vous expliquer pour-
Défi 390 s quoi l ’énergie potentielle ne dépend pas directement du déplacement lui-même ?) Pour
des ondes harmoniques se propageant le long de la direction z, chaque type d ’énergie est

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Réf. 160 proportionnel au carré de la variation de son déplacement respectif :

E∼( ) + v 2 ( )2 .
∂u 2 ∂u
(80)
∂t ∂z
Défi 391 pe Comment la densité d ’énergie est-elle reliée à la fréquence ?
La quantité de mouvement d ’une onde est dirigée le long de sa direction de propaga-
tion. La valeur de la quantité de mouvement dépend à la fois de la variation spatiale et
temporelle du déplacement u. Pour des ondes harmoniques, la densité P de la quantité
de mouvement est proportionnelle au produit de ces deux quantités :

Pz ∼
∂u ∂u
. (81)
∂t ∂z
Lorsque deux trains d ’ondes linéaires se heurtent ou interfèrent, la quantité de mouve-
ment totale est conservée durant toute la collision. Une conséquence importante de la
conservation de la quantité de mouvement est que les ondes qui sont réfléchies par un
obstacle le sont avec un angle de réflexion égal à l ’opposé de l ’angle d ’ incidence par
Défi 392 s rapport à la normale à la surface. Que se passe-t-il pour la phase ?
Les ondes, comme les corps mobiles, transportent de l ’énergie et de la quantité de
mouvement. En termes simples, si vous hurlez contre un mur, le mur est frappé. Ces
collisions, par exemple, peuvent donner naissance à des avalanches sur les pentes monta-
gneuses enneigées. De la même manière, les ondes, comme les corps, peuvent emporter
Défi 393 pe du moment cinétique. (Quel type d ’onde est nécessaire pour que cela soit possible ?) Tou-
tefois, nous pouvons distinguer six propriétés principales qui permettent de distinguer
le mouvement des ondes du mouvement des corps.
— Les ondes peuvent se cumuler ou s’annuler l ’une et l ’autre, elles peuvent donc s’ in-
terpénétrer. Ces effets, dénommés superposition et interférence, sont fortement liés à
la linéarité de la plupart des ondes.
212 10 mouvements élémentaires des corps étendus

Interférence

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Polarisation

Diffraction Réfraction

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Amortissement Dispersion

F I G U R E 110 Les six principales propriétés du mouvement des ondes.

— Les ondes transverses en trois dimensions peuvent osciller dans des directions diffé-
rentes : elles présentent une polarisation.
— Les ondes, comme le son, peuvent traverser les interfaces et se propager d ’un milieu
à un autre. C ’est la diffraction.
— Les ondes changent de direction lorsqu ’elles changent de milieu. C ’est la réfraction.
— Les ondes peuvent avoir une vitesse de propagation dépendante de la fréquence. C ’est
la dispersion.
— Souvent, l ’amplitude d ’une onde décroît avec le temps : les ondes subissent un amor-
tissement.
Dans la vie courante, les corps matériels ne se comportent pas de ces manières-là lors-
qu ’ ils se déplacent. Ces six effets ondulatoires surgissent parce que le mouvement d ’une
onde est associé au mouvement des entités étendues. L’ illustre débat qui fit rage pour
savoir si les électrons ou la lumière sont des ondes ou des particules nous somme de vé-
rifier si ces effets spécifiques aux ondes peuvent être observés ou non. C ’est un sujet de
la théorie quantique. Avant que nous l ’étudiions, pouvez-vous citer un exemple d ’une
observation qui implique qu ’un certain mouvement ne peut certainement pas être une
Défi 394 s onde ?
Après avoir mis en lumière la fréquence f et la vitesse de propagation v, nous voyons
que toutes les ondes sinusoïdales sont caractérisées par la distance λ entre deux crêtes
ondulatoires voisines : cette distance est appelée la longueur d ’onde. Toutes les ondes
vibrations et ondes 213

vérifient la relation primaire


λf = v . (82)

Dans de nombreuses situations, la vitesse v d ’une onde dépend de sa longueur d ’onde.


C ’est le cas pour les vagues. Cette variation de vitesse avec la longueur d ’onde est appe-

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


lée dispersion. Par opposition, la vitesse du son dans l ’air ne dépend pas de la longueur
d ’onde (à un haut niveau d ’exactitude). Le son dans l ’air ne montre pratiquement au-
cune dispersion. En réalité, s’ il y avait de la dispersion pour le son, nous ne pourrions
pas nous entendre parler les uns les autres à de grandes distances.
Dans la vie quotidienne, nous ne percevons pas la lumière comme une onde, parce
que sa longueur d ’onde n’est que d ’un demi-millième de millimètre environ. Pourtant
Page ?? la lumière affiche les six effets caractéristiques du mouvement d ’une onde. Un arc-en-
ciel, par exemple, ne peut être compris entièrement que lorsque les cinq derniers effets
ondulatoires sont pris en considération. La diffraction et l ’ interférence peuvent même
Défi 395 s être observées simplement avec vos doigts. Pouvez-vous dire comment ?
Comme chaque oscillation anharmonique, une onde anharmonique peut être décom-

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posée en ondes sinusoïdales. La Figure 108 en fournit quelques exemples. Si les diverses
ondes sinusoïdales contenues dans une perturbation se propagent différemment, l ’onde
originale se déformera durant le trajet. C ’est la raison pour laquelle un écho ne résonne
pas exactement comme le son original ; pour la même raison, un grondement de ton-
nerre situé tout près se fait entendre différemment d ’un grondement plus lointain.
Tous les systèmes qui oscillent émettent également des ondes. Chaque récepteur radio
ou TV contient des oscillateurs. Par conséquent, n’ importe quel récepteur de ce type
est aussi un (faible) émetteur. En réalité, dans certains pays, les autorités poursuivent
les individus qui écoutent des émissions radiophoniques et qui enfreignent l ’ interdic-
tion d ’écouter les ondes radio émises par ces appareils. De la même façon, à l ’ intérieur
de l ’ oreille humaine, une foule de minuscules structures, les cellules ciliées, oscillent.
Par conséquent, l ’oreille doit également émettre du son. Cette prédiction, faite en 1948
par Tommy Gold, fut confirmée uniquement en 1979 par David Kemp. Ces susnom-
mées émissions otoacoustiques peuvent être détectées par le truchement de délicats mi-
crophones. Elles sont actuellement en cours d ’étude pour élucider le fonctionnement
encore incompris de l ’oreille et pour diagnostiquer diverses maladies auditives sans né-
Réf. 161 cessairement recourir à la chirurgie.
Puisque toute perturbation mobile peut être décomposée en ondes sinusoïdales, le
mot « onde » est utilisé par les physiciens pour désigner toutes ces fluctuations ambu-
lantes, qu ’elles ressemblent ou non à des ondes sinusoïdales. En fait, ces perturbations
n’ont même pas forcément besoin de voyager. Prenez une onde statique : est-elle une
onde ou une oscillation ? Les ondes statiques ne voyagent pas, elles sont des oscilla-
tions. Mais une onde statique peut être vue comme la superposition de deux ondes voya-
geant dans des directions opposées. Puisque toutes les oscillations sont des ondes sta-
Défi 396 pe tiques (pouvez-vous le confirmer ?), nous pouvons dire que toutes les oscillations sont
des formes particulières d ’ondes.
Les perturbations mobiles les plus importantes sont celles qui sont localisées. La Fi-
gure 108 montre un exemple d ’une pulsation ou groupe d ’ondes localisées, ainsi que
sa décomposition en ondes harmoniques. Les groupes d ’ondes sont très utilisés dans la
communication orale et dans les signaux de communication.
214 10 mouvements élémentaires des corps étendus

ondes  
secondaires

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


onde   enveloppe des
primaire ondes secondaires
F I G U R E 111 Propagation d’onde comme une conséquence du principe de Huygens.

Pourquoi pouvons-nous nous parler ? – Le principe de Huygens


Les propriétés de notre environnement ne révèlent souvent toute leur importance que

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lorsque nous posons des questions simples. Pourquoi pouvons-nous utiliser la radio ?
Pourquoi pouvons-nous parler dans des téléphones portables ? Pourquoi pouvons-nous
nous écouter les uns les autres ? Il apparaît qu ’une partie cruciale de la réponse à ces
questions est que l ’espace dans lequel nous vivons possède un nombre impair de dimen-
sions.
Dans les espaces de dimension paire, il est impossible de parler, parce que les paroles
ne s’arrêtent jamais. C ’est un résultat primordial qui est facilement vérifié en lançant une
pierre dans un lac : même après que la pierre a disparu, des vagues sont toujours émises
depuis l ’emplacement où elle a coulé, alors que lorsque nous nous arrêtons de parler, plus
aucune onde n’est émise. Les ondes se comportent ainsi différemment en deux et trois
dimensions.
En trois dimensions, il est possible de dire que la propagation d ’une onde se produit
de la manière suivante : chaque point sur un front d ’onde (lumineux ou sonore) peut
être considéré comme étant la source d ’ondes secondaires, la surface qui est formée par
l ’enveloppe de toutes les ondes secondaires détermine la position future du front d ’onde.
L’ idée est illustrée sur la Figure 111. Elle peut être utilisée pour décrire, sans l ’aide des
mathématiques, la propagation des ondes, leur réflexion, leur réfraction, et, par une gé-
Défi 397 e néralisation due à Augustin Fresnel, leur diffraction. (Essayez !)
Cette idée fut d ’abord proposée par Christiaan Huygens en 1678, d ’où son appellation
de principe de Huygens. Presque deux cents ans plus tard, Gustav Kirchoff montra que ce
principe est une conséquence de l ’équation d ’onde en trois dimensions, et donc, dans le
cas de la lumière, une conséquence des équations du champ de Maxwell.
Mais la description des fronts d ’onde comme enveloppes d ’ondes secondaires pos-
sède une restriction essentielle. Elle n’est pas correcte en deux dimensions (bien que la
Figure 111 soit bidimensionnelle !). En particulier, elle ne s’applique pas aux vagues sur
l ’eau. La propagation des vagues ne peut pas être calculée de cette façon avec exactitude.
(C ’est possible uniquement si la situation est limitée à une onde d ’une seule fréquence.)
Il apparaît que, pour des vagues sur l ’eau, les ondes secondaires ne dépendent pas seule-
ment du front d ’onde des ondes primaires, mais également de leur partie intérieure. La
raison est qu ’en deux dimensions (et tout autre nombre pair) des ondes de fréquences
vibrations et ondes 215

F I G U R E 112 Une vague invraisemblable sur l’eau : le centre n’est jamais plat.

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


différentes possèdent nécessairement des vitesses différentes. Et une pierre chutant dans
l ’eau engendre des ondes ayant plusieurs fréquences. Au contraire, en trois dimensions
(et tout autre nombre impair plus grand), des ondes de fréquences quelconques pos-
sèdent la même vitesse.
Nous pouvons également formuler que le principe de Huygens est cohérent si l ’équa-
tion d ’onde est résolue par une onde circulaire qui ne laisse aucune amplitude derrière
elle. Les mathématiciens traduisent cela en exigeant que la fonction delta développée
δ(c 2 t 2 − r 2 ) vérifie l ’équation d ’onde, c ’est-à-dire que ∂ 2t δ = c 2 ∆δ. La fonction delta est
cette « fonction » étrange qui est nulle partout sauf à l ’origine, où elle prend une valeur

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infinie. Quelques propriétés supplémentaires décrivent de manière précise comment tout
cela se produit*. On montre que la fonction delta est une solution de l ’équation d ’onde
seulement si l ’espace est de dimension impaire et supérieure à trois. En d ’autres termes,
bien qu ’une pulsation ondulatoire sphérique soit possible, une pulsation circulaire ne
l ’est pas : dans une onde en expansion, il n’existe aucune façon de maintenir le centre
immobile (voir la Figure 112). C ’est précisément ce que montre l ’expérience de la pierre.
Vous pouvez tenter de produire une pulsation circulaire (une onde qui ne possède que
quelques crêtes) la prochaine fois que vous serez dans votre bain ou près d ’un lac : vous
n’y parviendrez pas.
En résumé, la raison pour laquelle une pièce devient sombre dès que nous éteignons
la lumière, est que nous vivons dans un espace doté d ’un nombre de dimensions qui est
impair et plus grand que un.

Signaux
Un signal représente le moyen de transport de l ’ information. Chaque signal est un
mouvement d ’énergie. Les signaux peuvent être soit des objets soit des ondes. Une pierre
projetée peut être un signal, comme peut l ’être un sifflement. Les ondes sont une forme
plus commode de communication parce qu ’elles n’exigent pas de transport de matière :
il est plus aisé d ’utiliser l ’électricité dans un fil téléphonique pour transporter une pa-
role que de commander un coursier. En réalité, la plupart des avancées technologiques
modernes peuvent être retracées à partir du moment où il y a eu séparation entre le
transport de matière et celui du signal. Au lieu d ’acheminer un orchestre complet pour
transmettre de la musique, nous pouvons envoyer des signaux radiophoniques. Au lieu
d ’expédier des lettres manuscrites, nous rédigeons des courriels. Au lieu de nous dépla-
cer à la bibliothèque nous surfons sur Internet.
Les plus grands progrès dans la communication sont issus de l ’utilisation des signaux

* La principale propriété est ∫ δxdx = 1. En termes mathématiques concis, la « fonction » delta est une
distribution.
216 10 mouvements élémentaires des corps étendus

pour transporter de grandes quantités d ’énergie. C ’est ce que font les câbles électriques :
ils acheminent de l ’énergie sans transporter de quantité (perceptible) de matière. Nous
n’avons pas nécessairement besoin de connecter nos appareils de cuisine directement à
une centrale électrique : nous pouvons obtenir l ’énergie par le biais de fils de cuivre.
Pour toutes ces raisons, le mot « signal » est fréquemment compris comme ayant uni-

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


quement rapport aux ondes. La voix, le son, les signaux électriques, les signaux radio et
lumineux sont les exemples les plus courants de signaux ondulatoires.
Les signaux sont caractérisés par leur vitesse et leur contenu en information. Il appa-
raît que ces deux grandeurs sont limitées. La limitation de la vitesse est le point d ’orgue
Page 15 de la théorie de la relativité restreinte.
Une limite élémentaire sur le contenu en information peut être formulée lorsque nous
remarquons que le flux d ’ information est donné par la forme précise du signal. La forme
est caractérisée par une fréquence (ou longueur d ’onde) et une position en fonction du
temps (ou espace). Pour chaque signal – et pour chaque onde – il existe une relation
entre l ’ incertitude sur le temps d ’arrivée ∆t et l ’ incertitude sur la fréquence angulaire
∆ω :
∆t ∆ω ⩾ .
1

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(83)
2
Cette relation d ’ indétermination temps–fréquence exprime le fait que, dans un signal,
il est impossible de spécifier à la fois l ’ instant d ’arrivée et la fréquence avec une préci-
sion exacte. Les deux incertitudes sont (à un facteur numérique près) l ’ inverse l ’une
de l ’autre. (Nous disons également que le produit du temps par la bande passante est
toujours supérieur à 1/4π.) Nous sommes confrontés à cette restriction parce que, d ’une
part, nous avons besoin d ’une onde la plus proche possible d ’une onde sinusoïdale pour
déterminer précisément sa fréquence, mais que, d ’autre part, nous avons besoin d ’un
signal le plus étroit possible pour déterminer avec exactitude son temps d ’arrivée. La
contradiction entre ces deux exigences conduit à cette limitation. La relation d ’ indéter-
mination est donc une caractéristique intrinsèque de chaque phénomène ondulatoire.
Vous pourriez vouloir examiner cette relation avec n’ importe quelle onde dans votre
Défi 398 e environnement.
De manière équivalente, il existe une relation entre l ’ incertitude sur la position ∆x et
l ’ incertitude sur le vecteur d ’onde ∆k = 2π/∆λ d ’un signal :

∆x ∆k ⩾
1
. (84)
2
Comme dans la situation précédente, cette relation d ’ indétermination exprime aussi
qu ’ il est impossible de déterminer à la fois la position d ’un signal et sa longueur d ’onde
avec une précision parfaite. Cette relation d ’ indétermination position–vecteur d ’onde
est également une particularité de n’ importe quel phénomène ondulatoire.
Chaque relation d ’ incertitude est le corollaire de l ’existence d ’une minuscule entité.
Dans le cas des ondes, cette entité la plus petite du phénomène est la période (ou le cycle,
comme il est d ’usage de l ’appeler). À chaque fois qu ’ il y a une plus petite unité dans un
phénomène naturel, une relation d ’ incertitude en découle. Nous rencontrerons d ’autres
relations d ’ indétermination à la fois en relativité et dans la théorie quantique. Comme
vibrations et ondes 217

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


Figure bientôt disponible

F I G U R E 113 Signaux électriques mesurés dans un nerf.

nous le découvrirons, elles sont toujours dues à l ’existence d ’entités infimes.


Toutes les fois que des signaux sont émis, leur contenu peut être perdu. Chacune des
six caractéristiques des ondes listées à la page 211 peut conduire à une dégradation de
Défi 399 pe l ’ information contenue. Pouvez-vous en fournir un exemple pour chaque cas ? L’éner-
gie, la quantité de mouvement et toutes les autres propriétés conservées des signaux ne
sont jamais perdues, bien entendu. L’atténuation des signaux est apparentée à la dispari-

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tion du mouvement. Lorsque du mouvement disparaît par le frottement, il nous semble
disparaître, alors qu ’en réalité il est transformé en chaleur. Pareillement, quand un signal
semble disparaître, il est en fait transformé en bruit. Le bruit (physique) est un rassem-
blement de nombreux signaux désordonnés, de la même manière que la chaleur est une
collection de nombreux mouvements désordonnés.
Toute propagation du signal est décrite par une équation d ’onde. Un exemple célèbre
Réf. 162 est l ’équation découverte par Hodgkin et Huxley. C ’est une approximation réaliste du
comportement du potentiel électrique dans les nerfs. En utilisant les connaissances sur
le comportement des ions potassium et sodium, ils élaborèrent une équation compliquée
qui décrit l ’évolution de la tension V dans les nerfs, et ainsi la façon dont les signaux sont
propagés. Cette équation décrit de manière fiable les tensions de pointe caractéristiques
mesurées dans les nerfs, et indiquées sur la Figure 113. Cette figure indique clairement
que ces ondes diffèrent des ondes sinusoïdales : elles ne sont pas harmoniques. L’anhar-
monicité est une conséquence de la non-linéarité. Mais la non-linéarité peut provoquer
des effets encore plus profonds.

Ondes solitaires et solitons


En août 1834, l ’ ingénieur écossais John Scott Russell (1808–1882) consigna une ob-
servation étrange relevée dans un canal fluvial, dans la campagne située aux alentours
d ’ Édimbourg. Lorsqu ’un bateau tiré à travers le canal était subitement arrêté, une onde
bizarre sur l ’eau s’éloignait de celui-ci. Elle était constituée d ’ une seule crête, longue
d ’environ 10 m et haute de 0,5 m, se déplaçant à 4 m/s environ. Il poursuivit cette crête,
montrée dans la reconstitution de la Figure 114, sur plusieurs kilomètres avec son che-
val : la vague disparut seulement très lentement. Russel n’avait pas observé de dispersion,
comme pour les vagues classiques sur l ’eau : la largeur de la crête demeurait constante.
Russel commença alors à produire de telles ondes dans son laboratoire et étudia intensi-
Réf. 163 vement leurs propriétés. Il montra que la vitesse dépendait de l ’amplitude, contrairement
aux ondes harmoniques, linéaires. Il releva également que la profondeur d du canal était
un paramètre déterminant. En fait, la vitesse v, l ’amplitude A et la largeur L de ces ondes
218 10 mouvements élémentaires des corps étendus

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F I G U R E 114 Une onde solitaire sur l’eau suivie par un canot à moteur, reconstituant la découverte de

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Scott Russel. (© Dugald Duncan)

à crête unique sont reliées par



√ 4d 3
v= дd (1 + ) L=
A
et . (85)
2d 3A

Comme ces expressions l ’ indiquent, et comme Russel le notifia, les vagues hautes sont
étroites et rapides, alors que les vagues superficielles sont lentes et larges. La forme des
vagues est fixe durant leur déplacement. Aujourd ’ hui, celles-ci et toutes les autres vagues
stationnaires dotées d ’une seule crête sont appelées des ondes solitaires. Elles surgissent
uniquement lorsque la dispersion et la non-linéarité du système se compensent exacte-
ment l ’une l ’autre. Russel remarqua aussi que les ondes solitaires produites dans des
canaux fluviaux peuvent se traverser sans s’altérer, même quand elles voyagent dans des
directions opposées ; les ondes solitaires qui possèdent cette propriété sont baptisées des
solitons. Les solitons restent stables lorsqu ’ ils se rencontrent, comme indiqué sur la Fi-
gure 115, bien qu ’en général les ondes solitaires ne le soient pas.
Ce n’est que soixante ans plus tard, en 1895, que Korteweg et de Vries s’aperçurent
que des ondes solitaires produites dans des canaux possèdent une forme décrite par

u(x, t) = A sech2 sech x =


x − vt 2
où , (86)
L ex + e−x

(sech(x) représente la fonction sécante hyperbolique [N.d.T.]) et que la relation trouvée


par Russel était due à l ’équation d ’onde

1 3 ∂u d 2 ∂ 3 u
√ + (1 + u) =0.
∂u
+ (87)
дd ∂t 2d ∂x 6 ∂x 3
vibrations et ondes 219

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


F I G U R E 115 Les solitons
restent stables lorsqu’ils se
rencontrent. (© Jarmo
Hietarinta)

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Cette équation pour le développement de u est appelée équation de Korteweg–de Vries en
leur honneur*. L’étonnante stabilité des solutions solitaires est due à l ’effet antagoniste
des deux termes qui distinguent cette équation des équations d ’onde linéaires : pour les
solutions solitaires, le terme non linéaire compense exactement la dispersion induite par
le terme contenant la dérivée troisième.
Durant plusieurs décennies, de telles ondes solitaires ont été vues comme des curio-
sités mathématiques et physiques. Mais près d ’une centaine d ’années plus tard il devint
clair que l ’équation de Korteweg–de Vries est un modèle universel pour les ondes fai-
blement non linéaires dans le régime de faible dispersion, et ainsi d ’ importance primor-
diale. Cette conclusion fut révélée par Kruskal et Zabusky, qui démontrèrent mathéma-
tiquement en 1965 que les solutions (86) demeurent inchangées lors de collisions. Cette
Réf. 164 découverte les poussa à introduire le terme soliton. Ces solutions peuvent en réalité s’ in-
terpénétrer sans changement de vitesse ou de forme : une collision n’occasionne qu ’un
minuscule décalage de position pour chaque pulsation.
Les ondes solitaires jouent un rôle dans de nombreux exemples d ’écoulements fluides.
On les rencontre dans les courants océaniques, et même la grande tache rouge de Jupiter,
qui constitua une structure stable de son observation durant plusieurs siècles, en est un
exemple.
Les ondes solitaires apparaissent également lorsqu ’un son d ’ intensité extrêmement
forte est produit dans des solides. Dans ces situations, elles peuvent conduire à la créa-
Réf. 165 tion de pulsations sonores de quelques nanomètres seulement de longueur. Les pulsa-
tions lumineuses solitaires sont aussi utilisées à l ’ intérieur de certaines fibres optiques
de communication, où elles fournissent une transmission (presque) sans atténuation de
Réf. 163 signal.

* Cette équation peut être simplifiée en faisant un changement de variable pour u : plus précisément, elle
peut être réécrite comme u t +u x x x = 6uu x . Tant que les solutions sont des fonctions sech, celle-ci et d ’autres
versions remaniées de l ’équation sont connues sous le même nom.
220 10 mouvements élémentaires des corps étendus

Vers la fin du vingtième siècle, une deuxième vague d ’ intérêt pour les mathématiques
des solitons a ressurgi, lorsque les théoriciens quantiques s’ intéressèrent à eux. La raison
est simple mais profonde : un soliton est une « chose intermédiaire » située entre une
particule et une onde, il possède à la fois les particularités de ces deux entités. Pour cette
raison, les solitons constituent dorénavant une partie essentielle de toute description des

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


particules élémentaires, comme nous le découvrirons un peu plus loin.

Curiosités et défis amusants sur les ondes et les corps étendus


La société est une vague. La vague se déplace

“ vers l ’avant, mais pas l ’eau dont elle est


constituée.
Ralph Waldo Emerson, Self-Reliance.

Quand la fréquence d ’un son est doublée, nous disons que le son est plus haut d ’une
octave. Deux sons qui diffèrent d ’une octave sont agréables à entendre, lorsqu ’ ils sont
joués ensemble. Deux autres rapports harmonieux de fréquences – ou d ’ « intervalles »,
comme disent les musiciens – sont les quartes et les quintes. Quels sont les rapports

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Défi 400 e correspondants des fréquences ? (Remarque : la réponse fut l ’une des plus anciennes
découvertes en physique, elle est attribuée à Pythagore, autour de 500 av. J.-C.)

∗∗
Un orchestre est en train de jouer de la musique dans une vaste salle. Quelqu ’un écoute
cette musique, à une distance de 30 m. Une autre personne écoute cette même musique
Défi 401 s avec un poste de radio, à une distance de 3 000 km. Qui entend la musique le premier ?
∗∗
Quelle est la période d ’un pendule simple, c ’est-à-dire d ’une masse m attachée à une
Défi 402 pe ficelle sans masse de longueur l ? Quelle est cette période si la ficelle est beaucoup plus
longue que le rayon de la Terre ?

∗∗
Quelle trajectoire est parcourue par un corps se déplaçant sur un plan, mais attaché par
Défi 403 s une ficelle à un point fixe de ce plan ?

∗∗
La sirène d ’alarme est un appareil qui indique comment la rotation et l ’oscillation sont re-
Défi 404 e liées entre elles. Découvrez comment elle fonctionne, et construisez-en une vous-même.

∗∗
La lumière est une onde, comme nous le découvrirons plus tard. Par conséquent, la lu-
mière atteignant la Terre depuis l ’espace est réfractée lorsqu ’elle pénètre dans l ’atmo-
sphère. Pouvez-vous confirmer que, par conséquent, les étoiles apparaissent, dans une
Défi 405 e certaine mesure, plus hautes dans le ciel nocturne qu ’elles ne le sont en réalité ?

∗∗
Quelles sont les plus hautes vagues océaniques ? Cette question n’a été systématiquement
vibrations et ondes 221

air

air eau

jeton

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


F I G U R E 116 Ombres et réfraction.

Réf. 166 étudiée que très récemment, en utilisant des satellites. Le résultat époustouflant montre
que des vagues en mer d ’une hauteur de 25 m et plus sont courantes : il y a quelques
vagues de cette sorte sur les océans à chaque instant donné. Ce résultat confirme les
rares récits des capitaines de navire au long cours et explique de nombreux naufrages
maritimes.
Les surfeurs doivent donc avoir beaucoup de chance pour surfer sur une vague de
30 m. (Le record est situé juste en dessous de cette hauteur.) Mais, probablement, les
vagues les plus impressionnantes sur lesquels surfer sont celles de Pororoca, une série

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d ’ondes de 4 m qui se déplacent de l ’océan vers le fleuve Amazone chaque printemps, à
contre-courant de l ’écoulement du fleuve. Ces vagues peuvent être chevauchées sur une
dizaine de kilomètres.
∗∗
Toutes les ondes sont, éventuellement, amorties. Cet effet est souvent dépendant de la
fréquence. Pouvez-vous fournir une confirmation de cette dépendance dans le cas du
Défi 406 s son dans l ’air ?

∗∗
Lorsque vous faites un trou avec une aiguille dans une feuille de papier noire, le trou peut
Défi 407 e être utilisé comme une lentille grossissante. (Essayez-le.) La diffraction est responsable
de l ’effet de lentille. D’ailleurs la diffraction de la lumière par des trous fut remarquée au
dix-septième siècle par Francesco Grimaldi, qui en déduisit que la lumière est une onde.
Ses observations furent discutées plus tard par Newton, qui les écarta ensuite à tort.
∗∗
Posez une tasse vide près d ’une lampe, de telle façon que le fond de la tasse reste à
l ’ombre. Lorsque vous remplissez la tasse avec de l ’eau, une partie du fond s’éclairera,
à cause de la réfraction de la lumière provenant de la lampe. Le même effet nous per-
met de concevoir des lentilles. Cet effet est aussi à la base des instruments tels que les
Page ?? télescopes.

∗∗
Défi 408 s Les vagues sur l ’eau sont-elles transverses ou longitudinales ?

∗∗
La vitesse des vagues sur l ’eau restreint la vitesse des navires. Un bateau√à la surface
ne peut pas se déplacer (beaucoup) plus rapidement qu ’environ v crit = 0, 16дl , où
222 10 mouvements élémentaires des corps étendus

д = 9,8 m/s2 , l étant sa longueur, et 0,16 un nombre déterminé expérimentalement, ap-


pelé le nombre de Froude critique. Cette relation reste valide pour tous les navires et
animaux, des énormes pétroliers (l = 100 m qui donne v crit = 13 m/s) jusqu ’aux canards
(l = 0,3 m qui donne v crit = 0,7 m/s). La vitesse critique est celle d ’une vague de même
longueur d ’onde que celle du navire. En fait, se déplacer à des vitesses supérieures à la

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


valeur critique est possible, mais nécessite nettement plus d ’énergie. (Une vitesse supé-
rieure est aussi possible si le navire surfe sur une vague.) Ainsi tous les animaux marins
et les navires sont plus rapides lorsqu ’ ils se déplacent sous la surface – où la limite due
aux ondes de surface n’existe pas – que lorsqu ’ ils nagent à la surface. Par exemple, les
canards peuvent nager trois fois plus vite sous l ’eau qu ’à la surface.
Défi 409 s Le record de natation olympique est-il très éloigné de la valeur critique ?

∗∗
La vitesse de groupe des vagues (dans les eaux profondes) est inférieure à la vitesse des
vagues prises individuellement. Par conséquent, lorsqu ’un groupe de crêtes ondulatoires
voyage, à l ’ intérieur du groupe les crêtes se déplacent de l ’arrière vers l ’avant, apparais-

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sant à l ’arrière, voyageant vers l ’avant et s’éteignant au niveau du front avant.
∗∗
Nous pouvons entendre la mer au loin ou une autoroute lointaine beaucoup plus dis-
tinctement à la tombée de la nuit qu ’au lever du jour. C ’est un effet de la réfraction. La
vitesse du son décroît avec la température. Le soir, le sol se rafraîchit plus rapidement que
l ’air situé au-dessus. Par conséquent, le son qui quitte le sol et qui voyage vers le haut est
réfracté vers le bas, autorisant des distances d ’écoute plus longues. Dans la matinée, l ’air
est généralement froid au-dessus et chaud en dessous. Le son est réfracté vers le haut, et
les sons éloignés ne peuvent atteindre un auditeur situé au sol. La réfraction implique
donc que les matinées sont silencieuses, et que nous pouvons entendre des sons plus éloi-
gnés au cours des soirées. Les éléphants tirent profit de ce phénomène sonore durant les
soirées pour communiquer sur des distances de plus de 10 km. (Ils utilisent également
les ondes sonores du sol pour communiquer, mais c ’est une autre histoire.)
∗∗
La réfraction implique également qu ’ il existe un canal sonore dans l ’océan, et dans l ’at-
mosphère. La vitesse du son décroît avec la température, et augmente avec la pression.
À une profondeur océanique de 1 km, ou à une hauteur atmosphérique de 13 à 17 km
(c ’est le point culminant atteint par les cumulonimbus, les nuages les plus élevés ou, de
manière équivalente, c ’est le milieu de la couche d ’ozone), le son atteint sa vitesse mini-
male. En conséquence, le son qui est émis à cette distance et qui essaie de s’en écarter est
canalisé vers celle-ci. Les baleines utilisent cette canalisation sonore pour communiquer
avec leurs congénères grâce à des sons musicaux magnifiques ; nous pouvons trouver
Défi 410 e des enregistrements de ces chants sur Internet. L’armée utilise avec succès des micro-
phones placés au niveau du canal sonore de l ’océan pour localiser les sous–marins, et
des microphones sur des aérostats situés dans le canal atmosphérique pour épier les ex-
Réf. 167 plosions nucléaires. (En réalité, les expériences sonores dirigées par l ’armée restent la
cause principale d ’échouage des baleines, qui sont assourdies et perdent leur orientation.
Des expériences similaires dans l ’air avec des ballons de haute altitude sont fréquemment
vibrations et ondes 223

confondues avec des soucoupes volantes, comme lors de la célèbre affaire Roswell.)
∗∗
Réf. 168 Des animaux beaucoup plus petits communiquent également par les ondes sonores. En
2003, il fut découvert que les harengs communiquent en utilisant des bruits qu ’ ils pro-

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duisent lorsqu ’ ils pètent. Lorsque le gaz s’échappe, il produit un tic-tac dont le spectre de
fréquence atteint jusqu ’à 20 kHz. Nous pouvons même entendre des enregistrements de
ce son sur Internet. Les détails de cette communication, comme les différences entre les
mâles et les femelles, sont toujours en cours d ’étude. Il est possible que ces sons doivent
également être utilisés par des prédateurs pour détecter les harengs saurs, et ils pourraient
même être utilisés par de futurs bateaux de pêche.

∗∗
Sur les mers balayées par les vents, les crêtes blanches des vagues induisent plusieurs
effets importants. Le bruit provient de minuscules bulles d ’eau explosant et implosant.
Le bruit des vagues au large est donc la superposition de nombreuses petites explosions.

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En même temps, les crêtes blanches représentent les lieux où les mers absorbent le gaz
carbonique de l ’atmosphère, et ainsi elles réduisent le réchauffement global de la planète.

∗∗
Pourquoi y a-t-il de nombreux petits trous dans les plafonds des bureaux d ’un grand
Défi 411 s nombre d ’entreprises ?

∗∗
Quelle quantité détermine la longueur d ’onde des vagues émises lorsqu ’une pierre est
Défi 412 pe jetée dans un étang ?

∗∗
Réf. 3 Yakov Perelman cite les quatre problèmes suivants dans son ravissant recueil de pro-
blèmes physiques.
(1) Une pierre tombant dans un lac produit des vagues circulaires. Quelle est la forme
des vagues produites par une pierre chutant dans une rivière, où l ’eau s’écoule dans une
Défi 413 s certaine direction ?
(2) Il est possible de construire une lentille pour le son, de la même manière qu ’ il est
Défi 414 s possible d ’en construire une pour la lumière. À quoi une telle lentille ressemblerait-elle ?
Défi 415 pe (3) Quel est le son que l ’on entend à l ’ intérieur des coquillages ?
(4) La lumière prend environ huit minutes pour voyager du Soleil à la Terre. Quelle
Défi 416 s conséquence cela a-t-il pour un lever du soleil ?

∗∗
Pouvez-vous décrire comment un Rubik’s Cube est conçu ? Et ses généralisations à des
Défi 417 s nombres plus élevés de segments ? Y a-t-il une limite au nombre de segments possibles ?
Ces énigmes sont encore plus tenaces que la quête du réarrangement du cube. Des casse-
tête identiques peuvent être relevés dans l ’étude de nombreux mécanismes, depuis les
robots jusqu ’aux machines textiles.
224 10 mouvements élémentaires des corps étendus

∗∗
Le son produit typiquement une variation de pression de 10−8 bar dans l ’oreille. Com-
Défi 418 pe ment est-elle déterminée ?
L’oreille est en fait un dispositif sensible. Il est maintenant établi que la plupart des cas
de mammifères marins, comme les baleines, dérivant vers le rivage sont dus à des pro-

La Montagne Mouvement – L’Aventure de la Physique


blèmes auditifs : certains dispositifs militaires (soit des signaux sonar soit des explosions)
ont généralement détruit leur oreille de telle façon qu ’ ils deviennent sourds et perdent
l ’orientation.

∗∗
Les infrasons, sons inaudibles situés en dessous de 20 Hz, constituent un récent domaine
de recher