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GEJ7 C94

De la peine de mort

1. Agricola dit alors : « Seigneur et Maître, j'inscris profondément dans mon cœur les
paroles très véridiques et sacrées que Tu viens de prononcer, et je m'y conformerai moi-même
chaque fois que je le pourrai : pourtant, J'ai encore une question : faut-il supprimer la peine de
mort absolument dans tous les cas ? »
2. Je dis : « Je sais bien, ami, pourquoi tu Me demandes cela ! Tu as appris par l'un de
Mes disciples qu'il y a un an, au bord de la mer de Galilée près de Césarée de Philippe, J'ai
Moi-même exercé une sorte de loi martiale contre des sbires foncièrement mauvais qui Me
poursuivaient, et c'est là la raison de ta question.
3. Et Je te le dis, si tu savais comme Moi reconnaître qu'un criminel est déjà, en tant
qu'homme incarné, un diable accompli, tu pourrais lui appliquer sur-le-champ la peine de
mort, et Moïse pouvait reconnaître cela par Mon esprit : mais puisque, contrairement à Moïse
et à moi, tu n'en es pas capable, ne sois jamais trop pressé d'appliquer cette peine.
4. Il est vrai que J'ai de toute éternité le droit de tuer selon la chair tout le genre
humain, et Je suis donc en permanence l'exécuteur des hautes œuvres pour toutes les créatures
matérielles de l'infini éternel : mais ce que Je tue selon la matière, Je le fais revivre
éternellement selon l'esprit.
5. Si tu pouvais faire cela, tu pourrais aussi tuer chaque fois que tu le voudrais et le
pourrais en temps utile : mais puisque ce n'est pas le cas, tu ne dois pas tuer, sauf par nécessité
absolue, par exemple dans une guerre défensive ou une guerre punitive ordonnée par Dieu
contre des peuples mauvais et inamendables et aussi en cas de légitime défense contre un
méchant voleur ou un bandit de grand chemin. Dans tous les autres cas, tant que tu n'auras pas
en toi toute Ma lumière, tu ne dois ni tuer, ni faire mettre à mort. - As-tu bien compris ? »
6. Agricola : « Je Te rends grâce, ô Seigneur et Maître. Car tout est de nouveau
parfaitement clair, et. en tant que juge, je m'y tiendrai aussi fidèlement que possible :
cependant, en la matière, je ne puis rien dicter à l'empereur lui-même - même si, en tête à tête,
il lui arrive parfois d'accepter un bon conseil. »
7. Je dis : « Tu peux essayer, mais cela ne donnera pas grand-chose. Car, à Rome, vous
avez certes beaucoup de bonnes lois, mais aussi une foule de coutumes fort méchantes, auprès
desquelles il sera bien difficile que quoi que ce soit de bon et de vrai prenne jamais
pleinement racine.
8. Je te le dis, malgré tous les maux qui viendront sur elle, Rome est et restera Babel,
la grande prostituée, même s'il s'y trouvera aussi un grand nombre d'adeptes zélés de Ma
doctrine.
9. Certes, vous punissez de mort le vol et le meurtre, ainsi que bien d'autres crimes :
mais, lors de vos grands festins, des gladiateurs doivent combattre à mort pour votre plus
grand plaisir, et le vainqueur est récompensé. Vois-tu, cela est préjudiciable et ne contribue
pas au salut d'un peuple ! De même, il y a chez vous toutes sortes de combats de bêtes
sauvages, où, bien souvent, des hommes doivent périr d'une manière cruelle, et pourtant. Vous
y prenez grand plaisir ! Cela aussi est un très grand mal qui ne peut guère vous attirer la
bénédiction divine : or tu peux M’en croire, aucun État ni aucun peuple ne saurait exister
durablement sans elle.
10. Si tu veux et peux apporter ta contribution, fais donc en sorte que ces grands maux
disparaissent de votre cité et de votre empire, et du moins, n'y prenez pas part, vous qui y
voyez clair à présent, et encore moins ces enfants que tu vas emmener à Rome avec toi. Ainsi,
tu jouiras toujours et en tout lieu de Ma bénédiction.
11. Je ne vous ai donné que deux commandements à observer fidèlement, les deux
commandements d'amour : mais pour les observer, il ne faut pas se divertir de ces combats
sauvages.
12. Car il n'y a guère d'amour dans le cœur d'un homme qui peut voir avec indifférence
périr un autre homme ou même un animal : car sil y avait en Lui un véritable amour vivant, il
y aurait aussi une vraie compassion et une vraie miséricorde. Comment un homme peut-il
aimer son prochain, s'il prend plaisir à voir mourir d'autres hommes dans la souffrance ?
Aussi, loin de vous tout ce qui est indigne d'un homme de bien !
13. Quand tu vois pleurer ton prochain, ne ris pas, car c'est lui laisser entendre que sa
souffrance t’est indifférente, donc également lui-même, qui est pourtant ton frère.
14. Et si ton frère est joyeux et se réjouit de son bonheur, sois content pour lui de la
brève joie que lui donne ce petit bonheur terrestre. Au lieu d'en être chagriné réjouis-toi avec
lui, et ton cœur n'en deviendra que meilleur.
15. Si tu vois un affamé quand tu es toi-même rassasié, n'imagine pas que cet affamé
puisse se trouver aussi bien que toi avec ton ventre plein, mais représente-toi sa grande faim et
nourris-le, et ton cœur en éprouvera une satisfaction qui te semblera bien plus agréable que
ton venue plein : car la plénitude du cœur rend l'homme bien plus heureux qu'un ventre bien
rempli.
16. Si tu as sur toi une bourse remplie d’or et d'argent et que tu en possèdes bien
davantage chez toi, si un pauvre vient à toi, te salue et veut te parler, ne détourne pas la tête et
ne lui fais pas sentir que tu es riche et lui pauvre, mais sois plein d'amitié et réjouis-toi si tu
peux le tirer de quelque embarras. Ce faisant, tu te sentiras bientôt le cœur joyeux, et le
pauvre restera ton ami et n'oubliera jamais ta bonté.
17. Le véritable amour du prochain consiste à faire pour son prochain tout ce qu'on
voudrait raisonnablement qu'il fit pour soi-même.
18. Lorsqu'un enfant pauvre te demande quelque chose, ne le repousse pas, mais bénis-
le et fortifie son cœur, et un jour, dans le ciel de Mes anges, tu seras toi aussi fortifié. Car tu
dois dire avec Moi : laissez venir à moi les petits enfants et ne les en empêchez pas, car le
royaume des cieux leur appartient ! En vérité, Je vous le dis à tous : si, dans vos cœurs, vous
ne devenez pas comme les enfants, vous n'entrerez pas dans Mon royaume ! Car, Je vous le
dis, le royaume des cieux est à eux avant tout.
19. Je sais aussi qu'il existe chez vous une coutume cruelle selon laquelle des enfants
des pauvres sont torturés en secret, jusqu'à ce qu'il se mette à couler de leur bouche une bile
empoisonnée avec laquelle vos méchants prêtres et magiciens préparent un poison violent. Et
cela, ami, existe encore aujourd'hui à Rome ! En un lieu où l'on peut commettre en toute
tranquillité de telles atrocités, l'enfer est encore fort actif, et Ma grâce ne s'y trouvera guère. Il
y a bien longtemps que des juges sages et justes auraient dû réprimer avec la plus grande
détermination un désordre aussi criant : pourtant, rien n'a encore été fait, ou pas grand-chose,
pour y remédier.
20. Je vous le dis : Je regarderai avec colère quiconque commettrait de tels méfaits
envers les animaux : car eux aussi sont Mes créatures douées de vie et de sensibilité, et un
homme de bon sens ne doit pas les traiter cruellement. Mais l'enfant le plus pauvre est
infiniment au-dessus de tous les animaux de la terre, et quiconque commet de tels actes envers
lui est un diable et un maudit !
21. Je pourrais encore énumérer une quantité de coutumes romaines tout aussi cruelles,
que vous n'êtes pas sans connaître et qui, chez vous, sont secrètement tolérées moyennant
paiement d'un certain tribut : mais vous devez vous attacher à faire disparaître ces mauvais
usages impies. Si vous en avez la volonté déterminée. Mon aide en vous fera jamais défaut.
Mais auparavant, il vous faudra le vouloir très sérieusement par vous-mêmes : car sur cette
terre, comme Je vous l'ai déjà suffisamment expliqué. Ma volonté passe toujours après celle
des hommes, sauf lors d'un jugement, lui-même toujours précédé de nombreux
avertissements. Pour cela, il vous faudra beaucoup combattre, mais une bonne cause vaut la
peine qu'on combatte pour elle. – As-tu bien compris toutes Mes paroles ? »
22. Agricola : « Oui, Seigneur et Maître, j'ai bien compris ; à Rome, hélas, la situation
est encore bien, pour l'essentiel, telle que Tu viens de la décrire : pourtant, il y a fort
longtemps que les hommes de bien comme nous désapprouvent au plus haut point ces
pratiques, et nous les avons secrètement défendues aux prêtres, surtout en ce qui concerne la
préparation secrète du poison. Malgré tout, cela arrive encore, et nous ne pouvons pas faire
grand-chose contre notre prêtrise, qui a le vulgaire pour elle et peut facilement, si elle le veut.
le soulever contre l'empereur et contre nous.
23. Quant aux courses de taureaux et autres combats d'animaux, il est plus aisé de les
supprimer, et l'état de gladiateur, qui était très courant chez les anciens Romains, l'est déjà
bien moins aujourd'hui, parce que, bien sûr, peu d'hommes veulent encore se prêter à de tels
combats. Cela arrive encore parfois lors de certains grands festins, mais davantage pour la
forme qu'avec la vraie cruauté d'autrefois. Seuls subsistent les combats d'animaux, spectacle
favori des Romains : mais, là aussi, nous mettrons tout en œuvre pour qu'au moins ils
deviennent déjà plus rares, et qu'on les remplace par d'autres spectacles favorisant des mœurs
plus raffinées.
24. Il est certain que ces vieux maux et ces mauvais usages ne sont pas un nœud
gordien que l'on puisse trancher d'un seul coup, et, pour nettoyer ces vraies écuries d'Augias,
il faudrait la force d'un Hercule. Mais, même si les Romains ne sont plus des Hercules ni des
Alexandres, nous parviendrons bien, avec le temps, à quelque résultat. Quant à la
détermination et à la volonté, nous n'en manquons pas.
25. Les autres Romains donnèrent la même assurance, et Je leur dis : « C'est bien ainsi
: et chaque fois que vous serez ensemble en Mon nom, Je serai avec vous en esprit et vous
aiderai en tout ce que vous ferez de bon et de juste. Et ce que Je vous dis est vrai pour
toujours : car en vérité, Je vous le dis le ciel et la terre peuvent disparaître, mais Mes paroles
ne manqueront jamais de s'accomplir ! Aussi, œuvrez toujours en Mon nom, et Je vous
viendrai toujours en aide et vous donnerai la vie éternelle. »
26. Comme J'avais dit cela, ils Me rendirent grâce pour cette promesse consolatrice
puis, levant leur coupe, ils burent tous au bien futur de tous les hommes et de leurs enfants.