La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains Nina FAUCHEUX

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains

Mémoire d’IUP Aménagement et Développement du Territoire

Sous la direction de Marie-Christine COUIC

Juin 2008

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains

NOTICE ANALYTIQUE

Observations du jury A : Très bon mémoire B : Bon mémoire mais avec des faiblesses sur quelques aspects C : Mémoire acceptable présentant un intérêt particulier sur certains aspects
Précisions éventuelles sur les faiblesses et les forces du mémoire :

Signature

FILIERE

ANNEE UNIVERSITAIRE :

IUP

MASTER

2007-2008

AUTEUR

FAUCHEUX

NINA

TITRE

La participation des habitants dans le cadre de projets urbains

UNIVERSITE JOSEPH FOURIER

Nom et prénom du directeur de mémoire

Stage sous convention : organisme et lieu

Nom et prénom du maître de stage

Institut de géographie alpine

COUIC MarieChristine

Ville de Montréal Montréal, Canada

GIASSON Geneviève SAVARD Jacques

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains
MOTS CLES Participation, projet urbain, habitants, concertation PERIODE DE L'ETUDE Date : juin-décembre 2007

TERRAIN D'ETUDE Montréal, CANADA OU D'APPLICATION Berlin, ALLEMAGNE Grenoble, FRANCE EMPRISE GEOGRAPHIQUE DE L'ETUDE latitude/longitude ex. N.S.E.O. RESUME : La

participation est aujourd’hui un des forts enjeux présents dans notre société. Prônée par tous, elle prend diverses formes selon la volonté politique, la motivation des citoyens et les enjeux urbains. Mobiliser les habitants pour recueillir leur avis apparaît pour certain comme un moyen de réduire les contentieux, pour d’autre une manière d’enrichir le projet urbain et d’obtenir une meilleure adhésion. Dans tous les cas, la participation est bien présente et pose de nombreuses questions sur son jeu d’acteur et sa portée. Trois exemples de participation citoyenne, axés sur des balades urbaines et des ateliers de discussion, nous permettrons de voir les apports et les limites de cette démarche. Nous verrons quelle place occupe le citoyen dans le processus de décision, comment et dans quelle mesure celui-ci peut-il devenir un coproducteur de son milieu de vie.

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains

Avant propos
Tout part d’une expérience, à plus de 6000 kilomètres de la France, à Montréal, dans un quartier sensible de l’est de la ville. D’une rencontre avec ses habitants, d’une balade urbaine et d’une question : qu’est-ce ce qu’un projet réussi ? Question fondamentale puisque « réussir » un projet est l’objectif premier de tout élu ou professionnel de l’aménagement. Mais quels sont ces critères de réussite ? Qu’est-ce qui fait qu’un projet est réussi ? A cette question les acteurs interrogés répondent de manière très différente : « C’est quand la municipalité lance un projet et qu’elle demande la participation du citoyen à son élaboration ». Un habitant « C’est l’esthétique, la propreté, un espace « clean ». Un élu « C’est un espace fréquenté, vivant, que la population s’est approprié. » Un directeur de maison de quartier. « C’est un endroit où on se sent bien, où on se balade en sécurité » Une habitante « C’est un lieu que tout d’abord on remarque, on regarde d’un autre œil. Un projet qui propose différentes fonctions, qui vit, qui bouge. » Un chargé de projet … Tout part d’une envie d’exprimer la richesse de cette rencontre avec les habitants et d’expliquer comment et pourquoi ceux-ci peuvent concourir à la réussite d’un projet.

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains

Remerciements

Je voudrai remercier en premier lieu mes maîtres de stage, Geneviève Giasson et Jacques Savard, conseillers en développement social à la Ville de Montréal, pour leur accueil, leur gentillesse, leur encadrement, leurs bons conseils et leur soutien. Marie-Christine Couic d’avoir accepté d’être ma directrice de mémoire. Merci de m’avoir éclairé, par téléphone durant mon stage, pour la réalisation des parcours commentés et tout au long de la rédaction de ce mémoire. A Hassen Bouzeghoub, directeur du Plateau à Mistral, pour avoir répondu à mes questions et m’avoir présenté le « nouveau » quartier Mistral. Merci à Gérald, habitant du quartier Mistral et membre du Conseil Consultatif du Secteur 3, pour son temps et sa « parole habitante » ! Un grand merci aux habitants du quartier Saint Michel à Montréal qui ont participé aux parcours commentés, car ils ont été la base et le fil conducteur de ce mémoire.

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains

Sommaire Avant propos __________________________________________________________________ 4
Remerciements ______________________________________________________________________________ 5 Sommaire ___________________________________________________________________________________ 6 Introduction _________________________________________________________________________________ 7

CHAPITRE 1 volet théorique :___________________________________________________ 10 PARTIE 1 : éléments de contexte pour comprendre les enjeux du sujet __________________ 10
A. Une montée progressive de l’intérêt pour la participation ________________________________________ 10 B. Les dispositifs de participation, le point sur la législation française ________________________________ 14 C. Qu’entendons-nous par participation ?_______________________________________________________ 16

PARTIE 2 : La participation, un sujet à la mode ____________________________________ 26
A. Pourquoi un engouement pour la participation ? _______________________________________________ 26 B Quels acteurs pour une réelle participation ?___________________________________________________ 30 C. Quelle place pour la participation dans le débat politique actuel ? _________________________________ 34

CHAPITRE 2, volet pratique : Etudes de cas et de terrain _____________________________ 37
A. Le quartier Saint Michel à Montréal, Québec (étude de terrain) ___________________________________ 37 B. Le projet Mistral à Grenoble (étude de cas) ___________________________________________________ 49 C. La Helmhotlzplatz de Berlin, Allemagne (étude de cas) _________________________________________ 59

CHAPITRE 3, volet analytique : les apports et limites de la participation habitante ________ 68
A. Les apports, les plus values de la parole habitante ______________________________________________ 68 B. Les limites : ___________________________________________________________________________ 71 C. Bases et recommandations en matière de participation __________________________________________ 78 Conclusion _________________________________________________________________________________ 81 Bibliographie typologique _____________________________________________________________________ 83 Liste des figures _____________________________________________________________________________ 84 Liste des annexes ____________________________________________________________________________ 84 Table des matières ___________________________________________________________________________ 85

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains

Introduction

Depuis des siècles, le principe de démocratie repose sur la participation du citoyen dans la décision et la gestion des affaires de la cité. Au cœur de l’Agora, les grecs participaient activement à la vie sociale et politique tout comme les romains au sein de leur forum. Lieux de vie et d’expression de tous, ces espaces publics sont l’essence même de la participation du citoyen par leurs fonctions sociales (place du marché, siège des orateurs) et politiques (droit de vote et droit d’être élu, assemblées du peuple, procès). Bien que les formes de la participation aient évoluées, celle-ci demeure aujourd’hui un enjeu fort de nos sociétés et même un élément majeur dans la prise de décision. La société civile est de plus en plus demandeuse de participation et réclame un partage du pouvoir surtout au niveau local. Mais pourquoi ce nouvel engouement pour la participation ? Serait-ce, pour les décideurs, un besoin de se rassurer ou bien la conviction que la parole du profane peut être pertinente ? Et si oui, jusqu’à quel point l’avis des citoyens peut-il, est-il pris en compte ? Et de quel citoyen parle-t-on ? Doit-on inclure l’ensemble de la population ou seulement certaines catégories (personnes les plus engagées) ? Comment toucher les plus démunis ? Les habitants peuvent-ils devenir des co-constructeurs de leur espace de vie ? Quelle est, quelle doit être leur place dans le processus d’élaboration d’un projet ? Au-delà du discours, comment et pourquoi, où et quand se croisent la volonté politique des élus, la technicité des services publics locaux et la citoyenneté des habitants ? Le besoin se fait ressentir de considérer cette demande car même si la parole du citoyen n’est pas experte elle est enrichissante. D’autre part elle permet de légitimer l’action des politiques. Mais la participation est une notion floue, considérée et employée très différemment selon les acteurs qui l’utilisent. Sa définition et ses degrés varient selon les pratiques. La participation est tour à tour convaincue et impliquée ou bien façade et masque de tristes réalités.

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains Comment savoir jusqu’où l’implication des citoyens et la matière qu’amènera leur parole seront portées ? Comment pousser ces apports, cette plus-value pour faire émerger de réels projets concertés. Où on est-on aujourd’hui dans les pratiques de participation ? Est-on capable d’écouter les habitants ? Répond-t-on à leurs attentes ? Les pouvoirs publics sont-ils prêts à passer d’une démocratie représentative à une démocratie participative, en d’autres termes à partager leur pouvoir afin de passer du « faire pour » au faire « avec » ? Notre problématique pose cette question : la participation est-elle aujourd’hui une phase expérimentale dans la coproduction de projets ou bien peut on parler d’un élément incontournable dans l’élaboration de ces projets ? Et si l’on considère qu’ « expérimenter » c’est innover et évaluer sa pratique peut on concevoir aujourd’hui la participation des habitants comme une expérimentation ? Pour tenter de répondre à ces questions, notre étude développera trois parties complémentaires. Une première présentera des éléments de contexte pour une bonne compréhension du sujet et de ses enjeux. Elle fera le point sur le cheminement de la participation dans les esprits, les textes et actions officielles, ce qui constituera notre volet théorique. Un second volet, pratique, décrira trois études de cas dans trois pays différents pour présenter des pratiques participatives innovantes et porteuses. Ces exemples seront l’occasion de montrer que la réalité du terrain n’est pas toujours le reflet exact de la théorie, des limites s’imposant souvent dans la mise en place des dispositifs participatifs. De cette présentation découlera une troisième partie plus analytique qui nous permettra de dégager les apports et limites de la participation habitante et tenter de répondre à notre questionnement.

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains

Méthode
Pour problématiser et organiser la réflexion autour du thème de la participation, nous avons choisi de présenter une étude de terrain réalisée dans le cadre de 5 mois auprès du Service du Développement Social de la Ville de Montréal. A partir de cette expérience vécue, nous avons choisi deux autres territoires dont les caractéristiques et enjeux paraissaient proches : des quartiers rencontrant des difficultés sociales et économiques et une structure urbaine dégradée. En revanche, et l’intérêt vient de ce fait, même si la démarche et la volonté d’associer les habitants est commune, les méthodes pratiquées sont différentes. Ces trois expériences ayant été menées dans trois pays différents (Canada, Allemagne et France), les approches diffèrent selon l’identité culturelle et la culture participative. Ces études de cas nous ont permis de cerner les plus-values de la participation des habitants mais aussi les limites de ce processus. Grâce à cette comparaison nous avons pu établir une liste de bases et de recommandations en matière de participation qui viendra enrichir et matérialiser la réflexion.

Champ de l’étude et mots clé
Dans l’optique de réaliser un document clair et lisible par tous, et avant de rentrer dans le vif du sujet, voici un glossaire des mots clé du mémoire : Urbanisme : notre domaine d’application Participation citoyenne : notre objet d’étude, l’outil analysé Projet urbain : la finalité de notre objet d’étude Aide à la décision : lien entre notre domaine d’application et notre objet d’étude : la participation citoyenne apporte des clés dans le champ de l’urbanisme et notamment dans la conception de projets urbains. Quartiers en difficultés : notre terrain d’étude type Habitants : les acteurs centraux de l’objet d’étude

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CHAPITRE 1 volet théorique :
PARTIE 1 : éléments de contexte pour comprendre les enjeux du sujet A. Une montée progressive de l’intérêt pour la participation
1.1 La naissance des problèmes urbains, stimulateur de participation

Née dans les années 60, la participation est issue d’une logique revendicative des groupes sociaux désirant trouver leur place au sein de l’espace urbain, en d’autres termes, partager le pouvoir avec les forces politiques locales. Les citoyens revendiquent de plus en plus un besoin de proximité et d’écoute. En effet à cette époque, l’action politique est menée à partir de certitudes centrales sans tenir compte des réalités locales. On se base sur les seules compétences des professionnels du milieu (sociologues, architectes…) pour mettre en place des politiques sociales visant à lutter contre l’exclusion de certaines catégories de population. Le champ de l’urbanisme est à cette époque très récent puisqu’il a été initié dans les années 50 avec le besoin de planification et de reconstruction de l’après guerre. Les démarches sont alors très sectorielles, isolant chaque problème : le logement, la paupérisation, l’éducation… On agit sans corréler ces problématiques, ce qui conduit à un échec en termes d’intégration des populations les plus défavorisées. Face à ce constat, et dans une optique de globalisation, les politiques cherchent de nouvelles méthodes pour prendre en compte globalement et territorialement les problèmes au lieu de les traiter séparément. 1.2 Le cheminement de la participation citoyenne dans les textes et les actions officielles.

Entre les années 60 et 80, la participation passe progressivement d’une forme de consultation (c'est-à-dire la prise en compte de l’avis des habitants fonctionnant comme groupes de pression) à l’implication conçue comme une recherche de moyens pour associer directement les individus ou des groupes d’action.

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains La participation prend donc réellement son essor dans les années 70 lorsque les premiers dysfonctionnements apparaissent dans les grands ensembles. Afin d’y améliorer les conditions et le cadre de vie, de nombreux textes commencent à émerger. Le groupe de réflexion " Habitat et vie sociale " (HVS), que l'on considère aujourd'hui comme le prélude des politiques de développement social urbain, est créé en juin 1973. Il rassemble, à l'instigation de Robert Lion, directeur de la construction, des hauts fonctionnaires du ministère de l'Equipement, de l'action sociale et du secteur de la Jeunesse. Cette structure, constituée pour l'amélioration des relations sociales dans les grands ensembles, n'est transformée que plus tard, par l'arrêté du 3 mars 1977, en une instance interministérielle. Ce groupe dresse un sombre constat : pauvreté et atomisation de la vie quotidienne, faiblesse des structures sociales locales, ségrégation interne entre les groupes les plus pauvres et les couches moyennes qui épargnent pour pouvoir quitter le quartier, ghettoïsation des jeunes. La circulaire Habitat et Vie Sociale (HVS) de 1977 préconise une approche globale passant par la rénovation de l’habitat le plus dégradé, le développement d’une vie sociale communautaire, l’animation et la participation des habitants. En 1973, la commission Guichard sous le titre « Vivre ensemble » propose de rendre l’initiative locale aux communes, les départements et régions assumant ce qui ne peut être fait à la base. La commune se verrait attribuer, entre autres, la compétence de l’aménagement, de l’urbanisme et des transports. La commune choisit ses priorités sans avoir à en référer à personne et gère son budget grâce à la nouvelle dotation d’équipement. Dans une volonté de proximité, elle donne la priorité à l’information et à la consultation de la population. Décentralisation et participation apparaissent alors comme des mouvements conjoints. D’une part la décentralisation permet le développement de la participation et en retour, la participation apparaît comme un moyen d’affirmer le pouvoir local.

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains 1.3 La politique de la ville, moteur de la participation

« Repeindre les murs, réfléchir à la ville de demain n’a aucun sens si nous ne savons pas avant tout redonner de l’espérance à ceux qui vivent dans nos quartiers » Claude Bartolone, ministre délégué à la Ville

Les années 80 marquent un tournant dans l’histoire de la participation. Contrairement à ce qui se passait dans les années 60-70, la participation devient de moins en moins revendicative. Les « forces vives » (c'est-à-dire les groupements, associations et syndicats) tendent à disparaître des grands ensembles avec le départ des classes moyennes. Les populations les plus démunies qui restent sur place se battent elles avec leurs difficultés socio-économiques. Elles se replient sur elles-mêmes, leurs priorités étant de gérer leurs propres problèmes. Il faut revenir à l'événement inaugural que constituent les incidents violents survenus, dans le quartier des Minguettes (banlieue lyonnaise) en 1981 pour retracer la genèse d'un nouveau raisonnement en matière d'action sociale et urbaine propre à la politique de la ville telle qu'on la définit aujourd'hui. La prise de conscience du malaise des banlieues, révélées par les jeunes des cités se livrant à des rodéos de voitures volées et s'opposant aux forces de l'ordre de façon violente, semble favoriser l'émergence de nouvelles formes d'intervention de l'État dans l'espace urbain. A l'occasion de ces incidents, l'ensemble du pays "découvre" l'existence de ces cités à l'abandon tandis que la puissance publique prend conscience de l’échec de ses services (école, formation, culture, logement…) inadaptées à l'insertion des jeunes en banlieues. Le changement de majorité intervenu en mai 1981, conjugué au constat d'échec et au sentiment d'urgence, a favorisé la mise en place d'une politique innovante laissant une large place à l'expérimentation. Les pouvoirs publics prennent alors le relais, dans un souci d’associer les individus, pour responsabiliser cette population, la pousser à l’initiative et permettre la création

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains d’un dispositif participatif. La participation des habitants devient alors un élément important dans la définition et la mise en œuvre des projets. La politique de la Ville, institutionnalisée depuis 1981, est un moteur de la participation. Son objectif est de rétablir une situation économique et sociale viable dans les quartiers et mieux les insérer au reste de la ville. Malgré les problèmes qui tendent à s’accroître, la politique de la Ville ne lâche pas sa mission « visant à replacer les habitants au cœur des préoccupations locales, à porter des projets issus de leurs attentes et à renforcer ainsi la citoyenneté ».

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B. Les dispositifs de participation, le point sur la législation française
Développer la participation des habitants à la vie communale est un objectif sans cesses rappelé par le législateur, particulièrement depuis la loi du 2 mars 1982 qui a lancé la vague de la décentralisation. De nombreux textes sont venus instaurer ou officialiser de nouvelles formes de participation des habitants, telles la loi ATR1 en 1992 qui a mis en place la consultation communale, la LOADT2 en 1995, la loi relative à la démocratie de proximité en 2002, ou plus simplement améliorer les formes déjà existantes (loi SRU en 2000). La participation des citoyens à la gestion des services publics locaux constitue donc l’une des nouvelles exigences de la République. Mais ces textes seuls, conjugués à l’unique participation, tous les six ans, au choix de ceux qui administrent localement, paraît insuffisante pour développer de manière vraiment satisfaisante la participation des habitants. Des dispositions visant à approfondir la démocratie locale dans les communes de plus de trois mille cinq cents habitants ont été introduites. Reposant sur l’information, fonctionnant par la concertation, la démocratie de proximité porte sur plusieurs domaines. 1.1 La concertation des citoyens en matière d’urbanisme

La référence à la notion de concertation dans le droit de l’urbanisme est ancienne, mais c’est avec loi sur la décentralisation que la concertation préalable est devenue, pour les collectivités, une véritable obligation législative. Aux termes du Code de l’urbanisme, le conseil municipal délibère sur les objectifs poursuivis et sur les modalités d’une concertation associant, pendant la durée de l’élaboration du projet, les habitants, les associations locales avant : - toute modification ou révision du plan local d’urbanisme - toute création, à son initiative, d’une zone d’aménagement concerté.

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Loi relative à l’Administration Territoriale de la République. Loi d’Orientation sur l’Aménagement et le Développement du Territoire

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La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains Une enquête publique doit être menée pour recueillir l’avis de la population. Le conseil municipal doit ensuite publier par voie de presse les résultats de l’enquête et en informer les habitants. Dans le cadre de grands projets d’aménagement ou d’équipement, la Commission nationale du débat public, créée en 1995 et érigée en autorité administrative indépendante en 2002, a pour mission de veiller à la participation et à l’information du public, des projets ayant un fort impact sur l’environnement sont en cours. Elle est notamment chargée d’organiser un débat public sur l’opportunité, les objectifs et les caractéristiques des grandes opérations d’aménagement d’intérêt national de l’État ou des collectivités territoriales. 1.2 L’approfondissement de la démocratie de proximité

Promulguée le 27 février 2002, et faisant suite aux propositions de la commission Mauroy pour l’avenir de la décentralisation, la loi relative à la démocratie de proximité prévoit notamment : • La création de conseils de quartiers dans les communes de 20 000 habitants et plus (obligatoire au-delà de 80 000 habitants). Institués par le conseil municipal, ils comprennent des élus municipaux, ainsi que des associations d’habitants. Ils doivent jouer un rôle consultatif auprès du maire, principalement dans le domaine de la politique de la ville. La formule retenue confère aux conseils un rôle de proposition et les associe aux décisions dans un esprit de concertation.

La "démocratisation" des mandats locaux : la consultation et la concertation ne requièrent peut-être pas des procédures nouvelles mais un esprit nouveau, qui ouvre la porte au dialogue et à l’échange avec des citoyens. Ces dispositifs, complétés par tous ceux que les collectivités territoriales jugent localement utiles (conseils de quartiers, médiateurs…), permettent d’établir une véritable concertation sur le contenu des services publics locaux, si les élus ont le souci périodiquement d’écouter la demande et le point de vue des citoyens.

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C. Qu’entendons-nous par participation ?
1. Définitions

1.1 La participation, une notion floue et évolutive

La participation citoyenne couvre de nombreux domaines d’application (scientifique, social, environnemental, économique…), des échelles variables (du local au communautaire) et une définition évolutive. L’objet de la participation est d’une part la connaissance des désirs et besoins de la population, d’autre part, l’information de cette population. Employée par de nombreux acteurs, la participation reste une notion floue et peut recouvrir différents sens selon les personnes qui l’emploient. Elle constitue pourtant un enjeu fort qui permettrait d’aller d’une démocratie représentative vers une démocratie participative. La démocratie participative est un modèle politique alternatif. Il recouvre des concepts permettant d'accroître l'implication et la participation des citoyens dans le débat public et la prise de décisions politiques qui s'en suit. Par rapport à la démocratie représentative, la démocratie participative est un système mixte dans lequel le peuple délègue son pouvoir (des représentants sont donc chargés de proposer et voter des lois), tout en le conservant (le peuple se saisit lui-même directement de certaines questions qui le concerne directement). Les fondements de la démocratie participative sont la concertation dynamique, qui se traduit par des débats libres, traitant tant les décisions à une échelle locale que celles ayant un impact national. Cette concertation fonctionne sur la base d'une triangulation comprenant les élus, les experts, les citoyens. La présence d'un tiers (animateur, modérateur) est nécessaire à la bonne conduite de ces débats.

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains Un système organisé comprenant des dispositifs d'actions et des débats collectifs, offre à tous les participants la possibilité de s'exprimer "à égalité de parole et de dignité", de proposer des actions et de les mettre en œuvre collectivement. La démocratie participative se caractérise par un fonctionnement du bas vers le haut et prône l’expression la plus large possible des citoyens qui sont sollicités pour apporter différents points de vue aux délibérations et prises de décision. Sa base est locale, elle permet d’exercer une citoyenneté active, elle facilite la recherche de consensus lors de prises de décisions. Ce processus permet de développer une vision à long terme dans le cadre d’un projet de société. Les projets reflètent donc la volonté citoyenne, plutôt que l’agenda électoraliste politique. Dans le cadre de son colloque « Ensemble refaire la ville », Hubert Dubedout affirme que « c’est sur la base du diagnostic des collectivités locales que doivent être élaborés les projets d’action ». Ce précurseur et défenseur des initiatives citoyennes préconise de dépasser la mise en œuvre de programmes préconstitués pour élaborer de véritables projets concertés. La concertation et le partage du pouvoir sont pour lui le remède aux maux urbains. Pour Serge Gontcharoff3, la participation est un « engagement volontaire vers une co-décision et donc vers un partage du pouvoir accepté par l’autorité qui en a pris l’initiative ». Pour Taoufik Souami4, la participation porte sur « un ensemble de notions et de modes renvoyant à l’influence directe des habitants sur les décisions et les actions urbaines ». En d’autres termes, la notion de participation est liée au sentiment des habitants d’être citoyens c'est-à-dire d’exercer leurs droits et devoirs mais aussi de se sentir concernés par le monde qui les entoure et d’en être acteur. Concrètement cet engagement passe par le jugement de projets locaux existants, par l’élaboration de projets propres ainsi que la gestion du cadre de vie.

Serge GONTCHAROFF Une nouvelle politique de la ville. Analyse critique de la Loi du 1er août 2003, Paris : ADELS, 2005. 542 p. Tarik SOUAMI, Les cahiers du DSU. « De la participation des habitants au débat public » n°26 mars 2000 47 p
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La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains La participation n’est donc possible que par la rencontre d’un mouvement descendant, constitué par les élus qui soumettent au débat leur projet, et d’un mouvement ascendant constitué par les habitants demandeurs de participation. Sans mobilisation des habitants, l’offre de participation reste une coquille vide. Sans reconnaissance du pouvoir local, l’implication de la population faiblit rapidement. Ce système d’offre et de demande implique que les élus soient prêts à « jouer le jeu » jusqu’au bout même si les habitants s’avèrent opposés au projet, mais aussi que ces habitants soient en mesure de définir et de mettre en avant une problématique d’intérêt collectif pour négocier avec la municipalité. La participation se situe au carrefour des initiatives citoyennes et de la volonté des élus. 1.2 Notre définition

Il s’agit de recadrer nos propos en définissant d’une part le degré de participation et d’autre part le type de participation citoyenne que nous développerons au fil de ce mémoire. En effet, il faut bien faire la différence entre la consultation qui est une phase de communication avec le public sur un projet arrêté et défini et la concertation qui est une période de débat sur les besoins et les principales caractéristiques d’un projet. Le degré de participation n’est donc pas le même car la consultation procède plus de l’information tandis que la concertation implique plus directement les citoyens et peut tenir compte de leur avis dans le cas où elle est organisée suffisamment en amont du projet. Il s’agit là d’une sorte de « coproduction » du projet. Pour ce qui est du type de participation, nous avons à faire à deux formes assez distinctes dans la manière d’aborder le processus. La participation « continue » pratiquées de manière permanente dans les instances telles que les comités de citoyens, les conseils consultatifs de quartier… et la participation ponctuelle, où les citoyens sont mobilisés dans le cadre d’un projet. Le champ de la participation étant vaste, allant du débat public aux ateliers de discussion locaux, nous nous attacherons dans ce mémoire à parler de la participation des habitants dans le cadre de projet urbain. Le champ de notre étude sera la participation ponctuelle d’habitants volontaires cherchant à enrichir un projet urbain lancé par une collectivité par l’apport d’éléments

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains vécus et sensibles. Nous n’aborderons pas toutes les formes de participation possibles mais en développerons quelques unes dans la présentation de nos études cas. 2. Les différents degrés de la participation

La participation recouvre diverses dimensions. Pour certains, il s’agit d’une simple information alors que pour d’autres, elle implique un réel partage du pouvoir. Une étude Nord Américaine5 distingue trois degrés préalables à la participation : l’information, la consultation et la concertation. Ces trois degrés constituent les trois étapes de l’intervention des citoyens en fonction de la place que leur confèrent les pouvoirs publics. 2.1 L’information : C’est la condition nécessaire, la base du processus participatif. En effet, un minimum d’informations doit être transmis sans quoi aucune communication ne peut être organisée. Il en va de la réciprocité de la compréhension de chacun : les habitants ne peuvent ni connaître ni comprendre les actions menées sur leur quartier tout comme les élus ne peuvent deviner les attentes de la population. On rencontre donc deux types d’information : l’information ascendante allant des habitants vers les élus locaux souvent via une instance de médiation (association, structure locale…). Cette information permet de recueillir les attentes explicites ou latentes de la population. Elle constitue ainsi une méthode d’aide à la décision qui prend en compte ce que souhaitent les habitants et permet de ne pas imposer des solutions dont ceux-ci ne voudraient absolument pas. L’information descendante venant des pouvoirs publics en direction des habitants consiste elle à rendre lisibles les politiques publiques afin que les projets concernant le quartier soient mieux compris et appropriés par les habitants. Cette information présente généralement les finalités du projet, les publics concernés, les contraintes techniques, les délais et éventuelles limites que celui-ci peu présenter.

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Revue territoires octobre 1999

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains Dans un but de transparence et pour réunir toutes les conditions d’une bonne communication, cette information doit être « publique, compréhensible, réciproque, préalable, significative et stimulante 6» Elle doit aussi être effective pour tous les projets concernant l’intérêt général des citoyens et transmise dès qu’une action est envisagée et avant que les décisions ne soient prises. Cette information doit être exprimée dans un langage simple et compréhensible par tous et se faire à tous les stades du projet (pas seulement au début ou à la fin). L’information est souvent transmise par voie d’affichage, diffusion de tracts, distribution de journaux municipaux ou bien lors de réunions publiques. Le reproche qui peut être fait à ce mode de communication est qu’il cherche avant tout à faire adhérer le citoyen au projet sans volonté d’adapter le projet aux besoins ou désirs des usagers ou habitants. 2.2 La consultation

Le second degré de la participation est la consultation. Légalement obligatoire dans certains cas, notamment les grands projets d’infrastructures (contournement autoroutier, aéroport…), elle est organisée par les pouvoirs locaux et revêt différentes formes, souvent combinées : enquête publique, études d’impacts, réunions de quartiers. Il s’agit ici de recueillir l’avis, les suggestions et les critiques des habitants sur un sujet précis après que ceux-ci en aient été informés. La consultation est en quelque sorte une phase de communication avec le public, sur un projet arrêté et défini, qui doit servir à éclairer la décision des élus. Elle peut toutefois être réalisée dans le souci de « conjurer des conflictualités et de l’hostilité des habitants »7 plutôt qu’une réelle prise en compte de leur avis. En effet, la consultation se fait souvent sur des projets très avancés ce qui réduit considérablement la marge de manœuvre des habitants. Ce sont dans tous les cas les élus qui tranchent en dernier recours et qui appliquent les choix qu’ils jugent les plus pertinents sans obligatoirement tenir compte de l’avis de la population. Cependant, il est nécessaire de nuancer ces théories puisque les collectivités n’ont pas toujours la possibilité d’associer les

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Roger Beaunez

Jacques DONZELOT et Philippe ESTEBE, l’Etat animateur, essai sur la politique de la ville, Paris, éditions Esprit 1994, p 238

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La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains habitants en amont. Cela peut être le cas pour des projets à réaliser en urgence (une école à construire pour accueillir des élèves à la rentrée suivante), pour de problèmes de financement ou de sécurité… Dans ce cas, la consultation même en cours où à la fin de projet est la seule possibilité pour associer la population. Organisée par les pouvoirs publics locaux, la qualité de la consultation varie, les décideurs étant libres de diffuser l’information qu’ils désirent. Ils peuvent choisir de dissimuler certains éléments afin que leur choix soit retenu et approuvé par les habitants. L’objectif de cette démarche réside donc plus dans une volonté de non contestation que dans celle d’une réelle implication de la population. Mais la consultation ne peut être apparentée qu’à une manipulation de la population quand les élus annoncent, sans démagogie, qu’ils ne sollicitent qu’un avis. 2.3 La concertation

La concertation est une phase de débat sur les besoins et les principales caractéristiques d’un projet. Troisième degré de la participation, elle est censée donner une plus grande place et permettre une plus grande marge de manœuvre aux habitants. La loi du 18 juillet 1985 et l’article L300-2 du code de l’urbanisme instaurent et rendent obligatoire cette concertation en cas de modification « substantielle du cadre de vie ou de l’activité économique de la commune ». La concertation a pour but de faire émerger les besoins réels des habitants qu’elle associe au projet. Ce principe est renforcé par la loi d’orientation sur la Ville du 13 juillet 1991 qui préconise l’idée d’un « droit à la ville pour tous » et qui contraint le maire à organiser une concertation préalable à la prise de décision du conseil municipal en cas de modification des conditions de vie des habitants dans un quartier. Du point de vue sociologique, la concertation se rapproche du modèle selon lequel l’administration doit, pour agir, disposer de moyens d’observation sur la société qui lui permettent d’apprécier les implications notamment sociales de ces décisions. Le système politico administratif a donc besoin de ces « antennes » avec la société pour expliquer sa stratégie, la faire accepter et s’informer des réactions de la société à son

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains égard. La concertation s’oppose ainsi à un système de décision unilatéral, elle se veut être une association des personnes concernées à l’ensemble du processus décisionnel. La concertation consiste, en théorie, à un certain partage du pouvoir entre les élus et les habitants. Les pouvoirs locaux leur reconnaissent alors une certaine qualité d’expertise pour les questions qui les concernent. Ainsi, les habitants peuvent, par le biais de la concertation, négocier une inflexion du projet initial grâce aux propositions qu’ils auront formulées. Toutefois la qualité de la concertation, tout comme celle de la consultation, est fortement dépendante de la pertinence de l’information fournie par les élus d’une part et du niveau de prise en compte des remarques formulées dans la décision finale. La concertation permet surtout une meilleure connaissance des attentes des habitants, mais leurs propositions ne sont pas pour autant obligatoirement prises en considération. Autre point, la concertation revêt des formes assez libres ; les groupes qui y participent proviennent d’instances pérennes ou ponctuelles, sectorielles ou territoriales du type comités ou conseils de quartier. Ces instances de concertation n’ont parfois pas d’existence formelle et peuvent être révocables à tout moment et n’est pas forcément le signe d’une participation collective. La concertation peut se faire sur des objets différents. Les habitants peuvent être appelés à participer à l’élaboration du programme c'est-àdire les exigences en termes de coût, d’échéancier et de surface des équipements à réaliser avant d’en produire le dessin et d’opérer les choix techniques (projet). Nous avons choisis de présenter deux courts exemples qui illustrent ce type de participation. Le pôle la chaufferie dans le quartier Teisseire est né d’une demande d’équipement de la Ville basée sur deux objectifs : un équipement culturel pour la population du quartier mais également ouvert sur le reste de la ville et un espace dédié aux jeunes. La concertation a eu lieu autour du programme et les habitants ont pu donner leur avis sur les fonctions du bâtiment, sa surface, son niveau d’équipement… C’est

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains ensuite un architecte qui, à partir de ce programme, a élaboré le projet qui n’a pas été produit en concertation. Pour atténuer la pénurie de logements sur son territoire, la Ville de Montréal a lancé en février 2002 le plan d’action « Solidarité 5000 logements » avec pour objectif d’accroître considérablement la livraison de logements sociaux. Une des spécificités de ce plan d’action est la concertation autour de chacun des projets. En effet, les logements ont été conçus par les futurs habitants. Encadrés par un économiste et un architecte, les familles ont pu imaginer elles-mêmes la configuration de leur logement en fonction des possibilités techniques et financières. 2.4 La coproduction

Quatrième degré de la participation, la coproduction. Il s’agit là de partir d’un partenariat entre les élus locaux et les habitants, où les deux groupes jouent un rôle à part entière. On part d’une feuille blanche et on définit ensemble les priorités d’action, on élabore conjointement un programme, on dessine ensemble un projet. La coproduction est le degré maximum de la concertation puisqu’il implique les habitants au même titre que les pouvoirs locaux. On leur reconnaît une capacité d’expertise et une connaissance du terrain qui peut éclairer la vision des professionnels et aider à l’élaboration du projet. Devant l’enjeu d’une telle démarche, il est important d’établir dès le départ des règles du jeu: repérer les décisions-clés et secondaires, organiser l'équipe de projet, déterminer des modalités de concertation (ateliers publics, visites exploratoires, tables rondes...). Il s’agit aussi de définir les marges de manœuvre du chef de projet dans la prise de décision.

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains 3. Les différents aspects de la participation

La complexité de la notion de participation ne se limite pas à ces différents degrés ; il existe aussi différents aspects. 3.1 Participation à l’action ou à la décision ?

Le Conseil Consultatif de Secteur est une instance participative et indépendante mise en place par le Conseil Municipal, dans le cadre de la loi sur la démocratie de proximité. Elle est composée de citoyens habitant dans un secteur de la Ville, intéressés par la vie publique locale. Ses membres se tiennent informés des projets de la municipalité, se font communiquer les documents nécessaires au débat et invitent les citoyens concernés par ces projets à participer à ces discussions. Ils sont à l’écoute des préoccupations des habitants du secteur et cherchent à renforcer les liens entre les habitants, les militants associatifs et les élus municipaux. Un Conseil Consultatif de Secteur permet aux membres de mieux connaître les projets développés par la Ville, en y intégrant les observations des habitants. Il permet également de faire connaître aux élus les initiatives des habitants ainsi que leurs propositions de projets. Les propositions, les avis et les critiques formulés au cours de ces débats sont votés en assemblées plénières et transmise en conseil municipal afin qu’elles soient prises en compte par les élus.

La première distinction que nous pouvons opérer se situe entre l’action et la décision. En effet, on parle d’une participation des habitants lorsque ceux-ci assistent aux réunions et « aident » à la prise de décision. Or l’action constitue une autre forme de participation. Ainsi la réalisation d’initiatives d’habitants pour embellir leur espace de vie, organiser des fêtes de quartier etc. relève tout autant d’une volonté de s’investir et de participer à la vie de son quartier. 3.2 Participation active ou passive ? La seconde nuance à apporter concerne le niveau d’implication des habitants dans cette participation. Pouvons-nous réellement parler de participation lorsque les citoyens se contentent de recevoir l’information ou faut-il réserver ce terme à ceux qui font l’effort de se déplacer, de rechercher l’information, d’assister aux réunions ? En effet, on distingue les habitants impliqués dans des processus de concertation continu (conseil

consultatif de secteur, comité de citoyens…) qui lors d’un projet urbain ponctuel sont plus impliqués que l’ensemble de la population car ils connaissent mieux les enjeux et les processus décisionnels.

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains 3.3 Les trois aspects de l’offre de participation

Il est également nécessaire d’apporter une nuance dans l’offre de participation avec trois aspects à prendre en compte. • La participation possible dans le cas des aménagements de proximité. Elle concerne des aspects pour lesquels les habitants peuvent s’exprimer librement avec l’assurance que leur avis sera pris en compte et respecté.

La participation offerte (qu’on peut rattacher à la notion de concertation) qui concerne la sollicitation des habitants avant la prise de décision des élus.

La participation requise qui touche aux grands projets qui pour des raisons techniques et financières impératives ne peuvent être discutés (délais, restriction budgétaire…). Ils sont alors présentés pour simple information aux habitants et relèvent plutôt de la consultation.

Cette nuance est à apporter et à expliquer aux habitants avant le début du processus dans un souci de transparence et afin d’éviter les conflits ultérieurs. La concertation est encore un processus expérimental qui se construit au fur et à mesure des expériences. Il est difficile de se saisir de l’ensemble des notions de ce champ que chacun se réapproprie et fait évoluer.

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains

PARTIE 2 : La participation, un sujet à la mode A. Pourquoi un engouement pour la participation ?
Quels enjeux se cachent derrière cette notion, derrière ce besoin d’implication des habitants ? Nous sommes aujourd’hui face à un besoin et une demande de coproduire, de faire la ville avec le citoyen pour concevoir une cité qui fonctionne. Dans une société de plus en plus urbaine, un des enjeux est aujourd’hui l’obligation de refaire la ville sur la ville pour limiter l’étalement urbain et les problèmes qui y sont liés. Cela implique une transformation de l’existant, des opérations de renouvellement parfois de taille, de nouveaux usages et pratiques qui affectent le quotidien de l’habitant. L’objectif du décideur et de ses techniciens est de mettre en place des projets qui répondent aux besoins de sa population et satisfassent le plus grand nombre. Pour les plus convaincus d’entre eux, la participation des citoyens est un moyen de rendre plus pertinents les projets en associant les habitants au processus de décision. Pour les autres, elle apparaît comme un moyen de légitimer l’action et de réduire les contentieux à l’encontre de ces projets. 1. Pourquoi une participation ?

1.1 Vers une légitimation de la décision ?

Lors de réunions d’information, une présentation des projets est donnée dans le but d’une meilleure compréhension par les habitants. Ces échanges doivent être l’occasion de lever les malentendus entre acteurs, d’écarter les ambiguïtés et d’expliciter les raisons pour lesquelles certaines volontés des habitants sont prises ou non en compte. La participation a alors pour enjeu l’appropriation des projets et des réalisations par les habitants la diminution voire la suppression du fossé existant entre élus et population. Elle peut, de ce fait, apaiser les tensions et favoriser la paix sociale. La concertation qui donne le sentiment d’avoir effectivement écouté et pris en compte l’avis des habitants a la vertu de légitimer les décisions.

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains 1.2 Vers une responsabilisation des habitants ?

« Le renforcement de la démocratie de proximité est plus que jamais à l’ordre du jour mais celle-ci n’a de sens que si on donne à chacun les moyens d’être reconnu comme acteur de la cité » Claude Bartolone, ministre délégué à la Ville

Le fait de réaliser des projets en accord avec la population la responsabilise. Lorsqu’un projet leur est imposé, les habitants ont moins de scrupules à dégrader ou laisser se dégrader les nouveaux aménagements alors que lorsqu’ils ont été décidés en concertation, ceux-ci semblent plus respectés. Cela est peut être lié au fait que les habitants ne sont plus considérés seulement comme des usagers mais comme des acteurs c'est-à-dire qu’ils ont une place à jouer dans le développement de leur quartier. De plus, si la population est chargée de la gestion de ses réalisations, elle fournira un effort supplémentaire pour les conserver en état. L’enjeu est ici de pérenniser l’action et les aménagements réalisés mais aussi de lutter contre la montée du phénomène NIMBY8. En effet, associer les citoyens permet de dépasser l’intérêt personnel et d’accepter certaines concessions dans un but d’intérêt collectif. 1.3 Vers une lutte contre l’exclusion ?

Dans les grands ensembles, une partie de la population subit de grandes difficultés socio-économiques ou connaît des obstacles liés à des problèmes d’expression et se trouve laissée pour compte. Ne votant pas pour diverses raisons (pas de droit de vote, manque d’intérêt pour la vie politique locale par exemple), ces habitants s’expriment rarement. La participation doit donc « redonner la parole à ces personnes qui en sont dépossédées, repliées sur elles-mêmes, afin qu’elles s’intéressent et aient un poids sur les décisions concernant leur vie quotidienne »9 La participation doit permettre un

8

De l’anglais « Not In My Back Yard” qui signifie “pas dans ma cours” “pas devant chez moi” DELARUE Jean-Marie, Banlieue en difficulté : la Relégation, Paris, Syros Alternatives, 1991, 224 p

9

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains développement social individuel permettant à l’individu de se sentir reconnu par la prise en compte de ses opinions et un développement social collectif permettant la croissance de liens sociaux entre les habitants. La mise en place d’un projet mobilisateur doit être l’occasion d’intégrer ces populations au fonctionnement du quartier. 1.4 Vers une dynamique sociale ?

La mise en place de la participation repose sur la capacité de la population à se regrouper et à formuler ou discuter des projets. Cela n’est donc possible qu’au travers d’un dialogue qui s’instaure entre les habitants et avec les institutions. Or le constat est qu’aujourd’hui, dans les grands ensembles notamment mais pas seulement, les habitants ont tendance à se replier sur la sphère privée et connaissent à peine leurs voisins. La participation semble donc être un moyen de réinstaurer des liens de proximité et de favoriser une dynamique sociale. Cela passe d’une part par la rencontre et la discussion des habitants entre eux et d’autre part par la « renaissance » des liens entre les différentes catégories de population vivant dans le quartier : jeunes et personnes âgées, personnes d’origine française et étrangère… Il s’agit en fait de rétablir la communication en mettant en place des lieux de rencontres, d’échanges et de conception de projets communs. De ce processus doit émerger le développement endogène du quartier, un projet engendré et réalisé en appelant un autre et ainsi de suite. Il est nécessaire de préciser ici que les projets présentés ne doivent pas forcément être des initiatives de grande ampleur au départ. Il suffit d’un petit projet conduit du début à la fin, de la conception à la gestion en passant par la réalisation, pour que la dynamique sociale naisse.

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains 1.5 Vers un enrichissement de la démocratie représentative ? Pour Emmanuel Dupont10, sociologue à la DIV11, « la participation est un moyen de renforcer la démocratie locale ». Dans le système de démocratie représentative, le citoyen se trouve consulté seulement au moment des élections ; le reste du temps il se trouve en retrait du débat public. Les représentants ne connaissent alors pas réellement ses attentes et ses besoins. Le citoyen risque peu à peu de se sentir moins concerné par la vie politique locale. La participation permet d’échapper à ce risque, du moins de le limiter dans la mesure où le citoyen se sent interpellé, impliqué par ce qui concerne son quotidien. Tout le monde a quelque chose à gagner dans un processus participatif : - Les élus ne sont en rien dépossédés de leurs prérogatives, la décision finale leur appartenant. Ils renforcent aussi les liens avec les citoyens avec qui un réel partenariat peut s’instaurer, leurs décisions correspondant plus aux attentes des habitants. - Les habitants, quant à eux, se sentent pris en compte et concernés par les projets menés sur leur quartier. Ils acquièrent une certaine expérience et commencent à comprendre les enjeux qui dépassent leur intérêt personnel.

DUPONT Emmanuel in la gazette des communes, des départements et des régions, dossier « le contrat de ville : comment mieux associer les habitants ? n°45-1575, novembre 2000, p 18-23.
11

10

Délégation Interministérielle à la Ville

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains

B Quels acteurs pour une réelle participation ?
La participation, pour répondre aux différents objectifs et pour atteindre les enjeux qu’elle s’est fixée, met en relation un certain nombre d’acteurs. Il apparaît nécessaire de décrypter la logique des différents protagonistes (institutions, associations, individus…) avant la mise en œuvre de la participation afin d’éviter les malentendus par la suite. Limités à trois dans les modélisations, nous nous apercevrons qu’ils peuvent être plus nombreux. 1. Du modèle du « triangle élastique »…

1.1 Trois groupes d’acteurs Selon la FNAU12, l’élaboration et la mise en place d’un projet urbain mettent en relation trois groupes d’acteurs. • les élus : ils sont porteurs de l’intérêt général, garant du projet et doivent répondre aux attentes de la population. Ce sont eux qui prennent les décisions.

les techniciens : ils sont chargés de concevoir des projets en fonction des orientations données par les élus, d’aider les habitants à parler à parler de leur volonté et doivent en expliquer les différentes solutions possibles retenues par le projet. Leur rôle est également de transmettre leurs idées aux élus en leur faisant comprendre un maximum de choses concernant la problématique des projets.

les habitants : ils sont au cœur du quartier et de la dynamique sociale par leur statut d’usager des immeubles, des quartiers et de la ville d’où leur nécessaire implication dans la production de projets.

12

Fédération Nationale des Agences d’Urbanisme

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains 1.2 Le modèle du triangle élastique

Les élus

Les techniciens
Figure 1 : le modèle du triangle élastique

Les habitants

Ces 3 groupes forment le modèle du triangle élastique13 qui sert souvent de mode opératoire pour les urbanistes opérationnels. Ce modèle provient de lois physiques. Le triangle met chacun des sommets en tension double vers chacun des autres sommets : toute modification des forces en tension entre deux des sommets modifient les rapports avec le troisième sommet et le triangle se déforme. La figure du triangle équilatéral suppose un équilibre des formes et des masses mais est instable. Le modèle qui favorise la forme de participation la plus citoyenne, c'est-à-dire avec une forme la démocratique et autonome est donc celle du triangle équilatéral. Toutefois, il est rare que ce modèle soit atteint. Il est continuellement en mouvement selon les situations, les lieux et selon un rapprochement plus ou moins fort des techniciens avec les élus ou les habitants. Très répandu, ce modèle n’est pas toujours applicable car chaque groupe peut se diviser en sous-groupes. Prenons l’exemple du groupe des habitants. Celui-ci se divise entre les individus isolés et les individus regroupés (association par exemple).

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Modèle développé par Audrey CUVERAUX, étudiante en IUP Aménagement et Développement du Territoire, 2002

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains A côté de ces groupes organisés existent ceux plus informels et plus difficilement identifiables comme les groupes de jeunes. Il est également divisé entre les nonparticipants (absents aux réunions de concertation ou aux permanences) c'est-à-dire ceux qui ne s’intéressent pas au projet ou qui le font de manière occasionnelle, et les participants, personnes motivées, souvent habitants du quartier depuis un certain nombre d’années. Réunir tous les habitants dans un même groupe peut occulter leurs différences alors qu’il est essentiel de les prendre en compte lors de la mise en place d’un processus participatif. Le groupe des techniciens se voit lui aussi divisé en plusieurs sous-groupes ayant chacun un rôle dépendant de leur responsabilité, vision personnelle, expérience professionnelle et leur position vis-à-vis du quartier. Nous pouvons par exemple distinguer les chefs de projets, qui sont les seuls acteurs du DSU à toujours être en contact avec les habitants, des autres techniciens territoriaux qui sont plus éloignés du terrain. Ce modèle n’est également que peu applicable car tous les partenaires et acteurs agissant sur le quartier ne sont pas représentés. 2. … à l’implication d’autres acteurs

A côté des trois acteurs centraux, une autre catégorie d’acteurs très importante intervient. Les travailleurs sociaux, font le lien entre les habitants et la municipalité, ils sont chargés de recueillir et de transmettre les attentes et besoins de la population aux élus locaux. Ils remplissent donc une fonction de médiateur et d’accompagnateur pour plus d’autonomie et d’autogestion des projets des habitants. Ils ont également pour rôle d’informer les habitants sur les projets en cours. Leur position est délicate : les techniciens les considèrent au même niveau que les habitants, c'est-à-dire comme des demandeurs et la population ne les perçoit pas comme des personnes du quartier puisqu’ils n’y vivent pas. Les associations constituent un autre groupe d’acteurs. Elles connaissent les rouages institutionnels propres à la discussion avec les élus. Connaissant souvent les dossiers et les projets proposés pour le quartier, elles sont chargées de véhiculer l’information en direction de la population concernée par les opérations d’urbanisme.

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains Toutefois, les mouvements associatifs ne sont pas représentatifs de toute la population dont une partie reste à l’écart ne voulant pas s’impliquer et développant une logique individualiste qui tend à primer. Les urbanistes consultants chargés par les municipalités de proposer des projets ont également un rôle à jouer. Eux aussi peuvent être qualifiés de médiateurs dans la mesure où la seule dépendance qui les lie à la municipalité est un lien économique, contrairement aux techniciens municipaux qui ont souvent une marge de manœuvre plus limitée. Ils entretiennent souvent des relations informelles avec les habitants et favorisent une réelle participation puisqu’ils permettent la mise en relation de tous les acteurs. Leur rôle se rapproche de celui d’animateur comme l’est le chef de projet DSU. Ils sont également là pour éviter les retours en arrière grâce à une gestion quotidienne des projets. Nous constatons donc qu’il n’existe pas seulement trois mais ou mois six groupes intervenant dans la mise en œuvre d’un projet urbain et qu’il est bien souvent nécessaire de tous les prendre en compte si une participation effective et efficace est désirée.

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains

C. Quelle place pour la participation dans le débat politique actuel ?
1. La remise en cause de la légitimité

Mais cela n’est pas sans poser le problème de la légitimité de la participation citoyenne. En effet, la participation des « profanes » est parfois prise comme une remise en question du rôle de l’élu, du décideur, et de la notion de représentativité, essence même de la démocratie. Une démocratie basée sur le pouvoir des citoyens qui expriment leur volonté par le vote pour élire des représentants. Un gouvernement « du peuple par le peuple et pour le peuple.14 » Notre système politique qui se fonde sur la délégation de pouvoir aux élus est souvent appréhendé comme une structure hiérarchisée, où les décisions sont prises dans de « hautes » sphères, trop souvent déconnectées du terrain ou influencées par de puissants lobbies… Cet idéal démocratique reste avant tout un processus qui permet soit d’élire un gouvernement, soit un exécutif ou un comité de pilotage, qui prend toutes les décisions, et déçoit trop souvent. Il apparaît une grande désillusion quant aux potentiels de ce système démocratique pour une collégialité dans la prise de décision. Aujourd’hui, on ne peut démentir une certaine crise de la démocratie (taux d’abstention en hausse, repli individuel de plus en plus marqué). Cette crise de la démocratie met en danger les fondements de la république et donc les capacités pour la société « à vivre ensemble ». La participation directe du citoyen se limite souvent à des formes consultatives (consultations publiques, sondages, comités de quartier…) ou de contre-pouvoir (grève, manifestation, lobby). La démocratie participative propose une responsabilisation et un retour direct du pouvoir entre les mains du peuple, système qui prétend lutter contre l’apathie politique ambiante.

14

Citation de Périclès, reprise par Abraham Lincoln

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains Dans notre champ d’application, il parait donc important d’agir et de rechercher, lors de la mise en œuvre des projets de territoire, ce que l’on pourrait appeler le consensus. Pourtant, le consensus qui édulcore les projets peut aussi les affadir. Il peut donc être intéressant d’en expliquer ses partis pris et essayer de convaincre de leur bien fondé, ou encore de permettre aux habitants de s’approprier ces projets pour en être fiers et dès lors les défendre puis ensuite les préserver. La participation est un enjeu important dans de débat politique : les partis de gauche comme de droite disent accorder une place notable aux processus participatifs. L’enjeu est double : d’une part, il s’agit de rassurer les citoyens en montrant une volonté d’être proche d’eux, d’autre part, de mettre en avant une appartenance à un quartier, une ville, un territoire. Pourtant les décideurs argumentent parfois le risque démagogique qu'il y aurait à remplacer la responsabilité publique par l'opinion de personnes dépourvues de mandat électif. En réalité, ce qui peut déranger c'est que si l’opinion des habitants se construit et se fait entendre, il devient difficile d’évincer ses propositions sans s'en expliquer. Par leur regard averti les habitants produisent souvent des conclusions évidentes de bon sens mais en rupture impertinente avec l'existant. Il faudrait donc que le pouvoir justifie ses choix, en démontrant leur adéquation avec l'intérêt commun. L’idée que le citoyen doive participer, être entendu et peser dans les choix soulève bien sur des critiques, des interrogations et des limites… Et si certains politiques prétendent que le citoyen ne peut pas être expert sur les questions complexes, il faut cependant admettre qu’ils ne peuvent agir sans tenir compte de leurs préoccupations.

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains 2. L’habitant : problème ou ressource ?

La participation ne doit pas être un dispositif supplémentaire mais complémentaire. Elle ne doit pas être perçue comme un affaiblissement ou une remise en cause de la démocratie représentative. Les élus locaux doivent être les moteurs de cette évolution et de l’amélioration de la démocratie locale puisqu’ils sont libres de développer la participation des habitants en dépassant les modalités définies dans les textes et en mettant en œuvre leurs propres outils. Dans cette démocratie de proximité, l’Etat ne peut se substituer aux acteurs locaux pour leur dire ce qu’ils doivent faire, comment, et dans quelles conditions. L’initiative locale, l’adaptation au territoire, l’engagement des élus sont des éléments déterminants dans la réussite d’une évolution de la participation. Pour améliorer l’image des quartiers, pour faciliter la vie sociale dans la ville et amener concrètement les habitants vers une expression de leur citoyenneté, il faut rendre possible l’accès au début. Cette volonté, portée par les élus locaux, dépend fortement de leur vision de la participation citoyenne. Cette participation peut être considérée comme un risque, un enjeu, source de conflit et de tension dans le cadre d’un projet ou bien comme une ressource, grâce aux différents apports qu’elle suggère. Dans tous les cas, la participation redistribue les cartes du jeu des acteurs dans l’élaboration du projet. Afin d’avoir une vision plus précise de ce qu’est concrètement la participation ou du moins dans quelle mesure et sous quelle forme elle est appliquée, nous nous appuierons sur trois exemples concrets : le cas du quartier Saint Michel à Montréal (Canada), le cas de la Helmholtzplatz à Berlin (Allemagne) et celui du quartier Mistral à Grenoble (France).

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains

CHAPITRE 2, volet pratique : Etudes de cas et de terrain

Pour favoriser la participation citoyenne, il faut parfois trouver d’autres formes d’expression, plus ludiques, qui permettent de toucher un public plus large, du moins différent de celui qui a l’habitude de prendre part aux débats. On parle ici des populations socialement et économiquement défavorisées qui ont souvent d’autres priorités que la participation, des personnes étrangères ou analphabètes qui rencontrent des problèmes de communication et qui n’osent pas s’exprimer en grand groupe lors de réunion… Voici donc quelques outils et méthodes mis en place pour recueillir le plus justement possible, l’avis des habitants d’un quartier concerné par un projet urbain.

A. Le quartier Saint Michel à Montréal, Québec (étude de terrain)
1. Contexte

1.1 Le contexte politique québécois

Le système politique du Québec est composé de trois éléments : • Le gouvernement fédéral

Le Québec est une des provinces de la fédération canadienne. Cette fédération compte neuf autres provinces et trois territoires nordiques. Le Parlement du Canada comprend la Chambre des communes et le Sénat. Les députés fédéraux siègent à la Chambre des communes. Ils sont élus au suffrage universel pour un mandat de cinq ans. Le Québec y est représenté par 75 députés. Les membres du Sénat sont nommés par le premier ministre du Canada, sur recommandation des provinces, 23 sénateurs proviennent du Québec. Ces institutions légifèrent sur les questions communes aux membres de la fédération (défense nationale, contrôle des frontières, monnaie, etc.), à l’exception des champs

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains de compétence exclusifs aux provinces. En matière d’immigration, il y a un partage des pouvoirs entre le gouvernement fédéral et les provinces. • Le gouvernement provincial

Le Québec a son propre gouvernement qui applique les lois votées par l’Assemblée nationale (cette assemblée est composée de 125 députés). Les domaines sous son égide sont : l’éducation, la santé, la justice, les ressources naturelles et les affaires municipales. Le Parlement québécois, créé en 1791, est un des plus anciens du monde. Il se compose du lieutenant gouverneur et de l’Assemblée nationale. À l’instar de la reine qu’il représente, le lieutenant gouverneur « règne mais ne gouverne pas ». L’Assemblée nationale du Québec se renouvelle lors d’élections générales tous les quatre ans. • Les conseils municipaux.

Les municipalités ont également le pouvoir d’adopter des règlements dans leurs domaines de compétence, entre autres en ce qui concerne l’aménagement du territoire. Les conseils municipaux, dirigés par un maire élu, sont choisis par la population lors d’élections au suffrage universel. Au Québec, la démocratie participative apparaît comme une réelle alternative à la démocratie représentative. En s’attardant sur les défis à venir, les québécois cherchent un nouveau système de gouvernance et une évolution de la relation entre l’état et les citoyens pour s’affranchir d’une vision paternaliste qui encadre, dirige, réfléchit et propose des choix préétablis et donc limités. Leurs problématiques sont le départ des baby-boomers, la pénurie de main d’œuvre, l’explosion de la dette du Québec, le taux de suicide, la baisse de la natalité, les coûts du système de santé, les ressources naturelles comme l’eau, la forêt ou les mines, les réformes de l’éducation, l’individualisme croissant, l’entrée du privé dans toutes les sphères de la société… La société québécoise dispose d’un immense potentiel pour l’application de ce nouveau type de gouvernance. Sa culture progressiste et sociale-démocrate

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains bouillonne de groupes populaires, de syndicats et d’associations dont les membres sont imprégnés d’une soif de justice sociale. Ces gens veulent aussi une meilleure répartition de la richesse et du pouvoir, en plus d’être pétris d’une notion d’écologie et de développement durable. Citons quelques exemples à différents niveaux. Le concept de budget participatif pourrait être facilement adaptable aux réalités québécoises. Porto Alegre est une ville de la même taille que Montréal. Déjà, un parti municipal (Projet Montréal) se base sur une réforme de la démocratie municipale par le pouvoir citoyen. De même, le nouveau parti provincial Québec Solidaire a déjà intégré ce type de démocratie dans ses statuts et l’applique lors de ses réunions. Il s’agit donc aux citoyens d’assumer leurs responsabilités et de sortir d’une inertie dans laquelle ils ont pu parfois s’installer pour commencer à réfléchir et à infléchir les inégalités qui ne font que s’accroître. 1.2 Portrait du quartier Saint Michel

Situé au centre nord de l’Ile de Montréal, le quartier Saint Michel est un des quartiers les plus densément peuplés et défavorisés de la ville. On constate un fort taux de chômage, d’immigration, de déscolarisation, de délinquance et de pauvreté. Quartier familial, Saint-Michel se démarque par une importante présence de familles avec enfants (notamment des familles nombreuses ou monoparentales) et une population relativement jeune. La population de Saint-Michel est essentiellement locataire et consacre une bonne partie de son revenu au loyer. C’est dans ce quartier que l’on retrouve le plus grand nombre de logements sociaux de l’arrondissement. Majoritairement francophone, ce quartier est aussi un des plus multiethniques de Montréal avec 42% de sa population née hors Canada (28% pour l’ensemble de la ville). Les communautés italienne et haïtienne sont les plus représentées.

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains Le taux de scolarisation est très bas ainsi que les niveaux de revenu. 40% des ménages vit en dessous du seuil de faibles revenus15 contre 29% pour l’aire métropolitaine de Montréal. 1.3 Histoire du quartier Saint Michel

Saint Michel se développe économiquement et démographiquement grâce au secteur manufacturier et à l’exploitation des carrières Miron et Francon. De nombreux ouvriers d’origine ethnique diverses (italienne notamment) s’établissent dans la ville. Les maisons se construisent à un rythme très rapide, des services publics sont créés pour répondre aux besoins de ces personnes (hôpital, école…). Mais dès les années soixante, les habitants commencent à ressentir les effets d’un développement désordonné. Le voisinage entre les résidences et les carrières, la construction d’une autoroute métropolitaine au sud du quartier rendent la vie de plus en plus pénible. En 1968, les citoyens se prononcent par voire référendaire l’annexion de la Ville de Saint Michel à la Ville de Montréal. Les carrières cessent progressivement leur activité et le quartier Saint Michel voit s’accroître le nombre d’entreprises manufacturières, d’entrepôts et d’atelier de fabrication/réparation sur son territoire. Dans les années 80, la situation de l’emploi commence à être difficile pour plusieurs familles du quartier et on passe d’une population active à une population ayant de plus en plus recours à l’aide sociale. Saint Michel devient peu à peu un terrain d’accueil pour les communautés étrangères (haïtienne, cambodgienne, laotienne et latino-américaine). Plusieurs organismes communautaires et associations sont crées afin de répondre aux besoins de cette population fragilisée. Le mouvement communautaire joue un rôle déterminant. Au fil des années, ces différents organismes partenaires se rassemblent dans divers lieux d’informations et de concertation (maison de la famille notamment) dans le but d’améliorer des conditions sociales, économiques et environnementales du quartier.

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Équivalent du RMI français

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains
Le mouvement des « Villes et villages en santé » et ses Tables de concertation. L’objectif de ce mouvement est de réunir les forces vives d'une communauté, les amener à travailler ensemble, consulter les citoyens et les amener à prioriser leurs besoins. Montréal dispose d’un important réseau de « Tables de Concertation » qui œuvrent en lien avec les services centraux de la Ville. Ces Tables ont un champ d’action et une portée sociale très large et efficace. Chaque quartier dispose d’une Table qui conduit des projets visant à répondre aux besoins des populations mais aussi à les ancrer au sein de leur communauté. Selon les secteurs et la structure sociale de la population, une Table va mettre en place des programmes de lutte contre la pauvreté, des opérations en faveur de l’environnement, des activités tournées vers les personnes en marge (3ème âge, jeunes, handicapés…). L’objectif des Tables est d’encourager les initiatives des communautés, de faire la promotion de la solidarité, de la concertation et du développement communautaire, social et économique, dans une perspective de justice sociale.

Les années 90 amènent un nouveau souffle pour le quartier Saint Michel avec la création du mouvement de concertation intersectoriel. Issu du mouvement des Villes et villages en santé la table de concertation « Vivre Saint Michel en Santé » amène une prise de conscience de la nécessité d’agir et de réunir les efforts du milieu communautaire, du réseau institutionnel, des élus municipaux, provinciaux et fédéraux et du milieu économique. Suite à sa création, une série de recommandations et de priorités d’action ont été adoptées en vue d’améliorer la qualité de vie de la population du quartier grâce à un grand rassemblement d’acteurs du milieu et de citoyens. Cette nouvelle prise en charge a suscité la formation de comités de travail (transports, sécurité, environnement, espaces verts, famille, développement économique…) et la naissance de projets concertés. Depuis ce jour, le mouvement Vivre Saint Michel en santé poursuit son rôle de rassembleur et de moteur pour faire face au changement socio-économique qui est au cœur des préoccupations des citoyens.

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains 2. Le projet

2.1 Le projet de revitalisation de la rue Jarry

Depuis 2003, le quartier Saint Michel est inscrit dans un processus de revitalisation urbaine conduit par la Table de Concertation du quartier. Dans ce contexte, une vision globale s’est développée autour de la revitalisation de la rue Jarry. Principal axe est-ouest du quartier, cette artère représente un potentiel et un enjeu majeur pour le développement économique et social du quartier. Actuellement, c’est un espace très peu agréable à pratiquer en tant que piéton car elle accueille une voie de camionnage, qui engendre bruit, pollution et insécurité, et ne dispose pas de trottoirs convenables pour déambuler. La rue est triste, bétonnée, sans verdure. C’est un lieu de trafic routier mais pas véritablement un lieu d’arrêt et encore moins de flânerie. Quelques bars et commerces tentent de survivre mais la faible attractivité de la rue ne permet pas de drainer une foule importante.

Figure 2 : l’état actuel de la rue Jarry

La majorité des commerçants interrogés avouent avoir du mal à faire tourner leur commerce. Leur clientèle se renouvelle peu, ce sont des habitants et travailleurs du quartier qui fréquentent les commerces et restaurants de la rue Jarry, il n’y a que très peu de personnes extérieures malgré que la rue soit un important lieu de passage.

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains A la question « pensez-vous qu’un projet d’aménagement et une nouvelle image de la rue donnerait à votre commerce un nouvel attrait » les commerçants répondent un oui unanime. Ceux-ci souhaitent profiter du projet pour apporter des modifications à leur commerce : agrandissement, rénovation, façade, terrasse… La plupart des propriétaires sont prêts à faire d’importants investissements pour améliorer l’aspect de leur commerce s’ils sont appuyés par le Chantier de revitalisation. La planification détaillée de la rue Jarry commandée par l’arrondissement a été confiée au groupe Cardinal Hardy (cabinet d’architecture, paysage et design urbain) afin de qualifier cette « artère fondatrice ». Une stratégie de développement a été proposée, reposant sur une analyse du milieu et un diagnostic du positionnement économique, et des propositions d’aménagement ont été établies. La requalification de la rue Jarry comprend donc une diversification des activités, une densification de l’habitat, une consolidation des secteurs d’emploi ainsi qu’un soutien à la vitalité commerciale. Déjà imaginé dans ces grandes lignes, le projet de revitalisation de la rue Jarry a vu ses objectifs alimentés par la création d’un comité de citoyen (le groupe OSER Jarry) qui travaille depuis 4 ans sur une vision d’avenir à partir d’études menées par l’arrondissement et de discussions entre tous les partenaires. La vision de ce quartier dans 10 ans est celle d’un « milieu de vie convivial et sécuritaire répondant aux besoins des résidents, des travailleurs et des familles du quartier ». Pour parvenir à ces objectifs, 7 grandes orientations ont été lancées pour définir le projet : • • • • • Inscrire la rue dans un environnement de qualité. Transformer l’image de la rue. Créer un pôle civique et culturel. Marquer l’identité de la Cité des Arts du Cirque. Augmenter et diversifier l’offre de logements pour répondre aux besoins des résidents actuels et potentiels du quartier. • Adapter l’offre commerciale aux besoins des milieux.

Déjà un premier degré de collaboration a été instauré entre citoyens et techniciens. Mais la question de la représentativité s’est assez vite posée. Dans quelle mesure ce

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains comité est-il représentatif de l’ensemble de la population ? Comment a-t-on désigné ses représentants ? Comment toucher et faire participer les populations les plus démunies ? Face à l’enjeu d’une démocratie participative plus ouverte et pour répondre à ces questions, la Table de Concertation Vivre Saint Michel en Santé et le service du Développement Social de la Ville de Montréal ont travaillé en collaboration pour mettre en place un outil de participation citoyenne novateur : le parcours commenté. 2.2 Le dispositif participatif retenu : le parcours commenté Cette méthode a été mise au point par Jean-Paul Thibaud, chercheur au CRESSON16, et est employée dans plusieurs projets urbains en France. La posture est un travail en groupe et en réseau avec une réflexion sur le processus de projet et ses acteurs. L’objectif est de prendre en compte plusieurs dimensions complémentaires constituant le site :

La forme urbaine et construite : (technique) La forme perçue (sensible) La forme vécue (social)

Figure 3 : schéma de compréhension de la posture

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Centre de recherche sur l'espace sonore et l'environnement urbain, Grenoble

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains D’une manière pratique, il s’agit d’organiser un itinéraire pour dire/lire l’espace vécu, perçu, imaginé, représenté. L’objectif est de susciter une expression spontanée des représentations, des perceptions et des usages des citoyens sur la rue et de favoriser l’expression collective sur cet espace. Parcourir permet de se représenter le territoire et le projet mais surtout de débattre et de construire un futur en dégageant les potentiels du site. Parcourir permet aux citoyens de « dire » les lieux, de décrire leurs pratiques, leurs usages, les manques, les futures activités possibles ou encore les liens à faire avec les autres quartiers. Le but est d’apporter des éléments sensibles et vécus permettant d’enrichir les objectifs d’aménagement et le projet. Le déroulement des parcours commentés suit un principe quasi identique pour tous les groupes. Dans un premier temps, le groupe suit un itinéraire ponctué de lieux d’arrêt préalablement définis pour discuter du futur projet d’aménagement (lieux à enjeux). Les participants sont invités à décrire les lieux, exprimer leur vécu, leur perception de l’espace et des photos sont prises pour illustrer leurs propos. Chaque participant s’exprime librement sur le mode de la conversation. Après environ 1h de cheminement, le groupe se rassemble pour dresser une liste de points marquants du parcours et ainsi établir des thèmes prioritaires (propreté urbaine, sécurité piétonne, aménagement urbain…) ainsi que des lieux à enjeux. Le parcours commenté était jusque là un outil peu connu des travailleurs sociaux ou des professionnels de l’urbanisme. Des « marches exploratoires » étaient mises en place pour remédier notamment aux problèmes d’insécurité rencontrés par les femmes (passages sous terrain, ruelles peu éclairées…) mais à ma connaissance, le dispositif n’avait pas été utilisé en matière de concertation dans le cadre d’un projet urbain à Montréal. Il s’agissait donc de mobiliser les travailleurs, habitants et acteurs de la rue Jarry autour de leurs usages, de leurs attentes et des évolutions possibles. Le partenariat VSMS et Développement Social a conçu et animé 2 parcours commentés collectifs et des entretiens (citoyens, travailleurs, commerçants, acteurs du milieu) entre septembre et novembre 2007.

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains Pour réaliser les parcours, un appel à participation est lancé auprès des différents acteurs de la rue pour obtenir une liste de résidents, travailleurs et commerçants. Ces participants volontaires ont permis de monter 2 groupes homogènes d’une dizaine de personnes : un groupe d’habitants et un groupe de travailleurs. Le choix de faire des groupes homogènes était volontaire et a permis à chacun de s’exprimer sans gène et d’échanger autour d’intérêts et d’enjeux communs. Par exemple, la propreté urbaine pour les habitants et l’implantation de nouveaux commerces pour les travailleurs. En ce qui concerne les commerçants, plus durs à rejoindre, la participation s’est faite par le biais de questionnaires et d’entretiens individuels qui ont permis de recueillir leurs commentaires et d’échanger autour du projet et de leurs attentes. Suite à ces parcours, la parole habitante a été analysée et retranscrite sous la forme de fiches thématiques (disponibles en annexes) puis présentée lors d’une restitution finale devant les habitants, la table de concertation et les responsable du service urbanisme de l’arrondissement. Cette présentation aux différents décideurs et techniciens a non seulement valorisé la participation et le travail des habitants mais elle leur a aussi redonné confiance dans la possibilité de changer les choses. 3. Retour sur expérience

Souvent délaissés, connaissant des conditions de vie peu agréables, ces habitants ne croient plus aux nombreuses promesses qu’on leur a successivement faites. L’enfouissement des fils électriques est en suspend depuis 1989 alors que les résidents ont déjà payé pour cette nouvelle installation, la réfection des trottoirs pour pouvoir circuler de manière sécurisé sur la rue, l’implantation d’abribus pour se protéger des intempéries… Des demandes peu exigeantes qu’il parait impensable de ne pas exécuter. Hors dans ce quartier très défavorisé on part de loin et les attentes des habitants sont donc très basiques. Plus de propreté, plus de sécurité, en d’autres termes une rue de « confort » plus qu’une rue de « standing ». Et là, les perspectives du futur projet d’aménagement (à ce jour non diffusé auprès de la population) ne correspondent pas forcément pas aux

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains attentes de celle-ci. Un projet de réhabilitation complète, neuf et verdoyant sur le papier mais qui occultent certains usages et pratiques. En effet, il prévoit la destruction d’un bâtiment considéré par les habitants comme un élément patrimonial fort, l’école où ils ont appris à lire, à écrire, à compter ainsi que leurs enfants… Le projet propose la création d’un square, idée aberrante pour les habitants puisqu’un immense complexe environnemental (un parc de … hectares) mitoyen de la rue, est en cours d’aménagement. Ils disent préférer à cet endroit un petit groupement de commerces de proximité… Enfin, un rétrécissement de la chaussée est préconisé pour réduire les nuisances du trafic. Mais paradoxalement, les habitants interrogés se montrent très défavorables à un rétrécissement de la rue en termes de circulation. Jarry étant déjà congestionnée aux heures de pointes, une réduction du nombre de voies accentuerait le problème et provoquerait un engorgement de l’autoroute métropolitaine et des rues secondaires, très résidentielles.

Paroles de citoyens : « Ici on marche en voiture 8 mois par année parce que pour les piétons on a que 4 mois pour profiter du temps. » « Le Québec c’est grand, pour se déplacer d’une place à l’autre c’est loin et puis on est tout le temps pressé. » « L’Amérique c’est ça, c’est vite vite, fais tes affaires et repars. »

Malgré des propositions parfois très pertinentes, les participants (habitants, travailleurs, commerçants) ont sur Jarry une vision d’avenir très floue. Ces personnes n’ont pas encore une idée précise de la future vocation de la rue, en tous cas ils ne croient pas à une transformation radicale en artère commerciale modernisée et ultra dynamique. Leur point fort est qu’ils sont très réalistes sur ce qui va se passer sur Jarry dans les dix prochaines années, car ils sont un peu lassés des promesses d’amélioration. Ils préfèrent voir se réaliser des actions simples à court terme qui améliorent leur quotidien plutôt qu’un gros projet qui n’aboutira que dans une quinzaine d’années. Pour les décideurs, cela pose évidement de nombreuses questions quant aux priorités d’action mais cela est aussi plutôt rassurant car les

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains citoyens attendent beaucoup moins que ce que leur propose le futur projet de revitalisation. Cette expérience de mobilisation autour de la rue Jarry a permis d’échanger avec des personnes qui ont des choses à dire, qui proposent et transmettent leurs idées de manière très constructive. Ces habitants, commerçants, travailleurs connaissent la rue, savent ce qui peut fonctionner ou non, ce qui peut améliorer, transformer, changer Jarry. Le travail effectué a permis de rapprocher les citoyens du projet, de leur montrer que les choses pouvaient évoluer et qu’ils pouvaient participer à cette évolution. Cette démarche plutôt originale a sans doute réconcilié les citoyens avec la participation, certes moins formelle mais tout aussi efficace car elle a favorisé une expression spontanée. Le travail des parcours commentés constitue donc une nouvelle étape dans ce processus de construction d’un quartier plus agréable à vivre, où chacun peut s’exprimer et prendre sa place pour former une communauté plus forte et qui se prend en main. Les parcours ont permis de parler des préoccupations et problèmes actuels mais de penser la rue de demain et même si le travail est long, les idées et la motivation sont là pour laisser au prochaines générations un quartier riche d’une longue histoire mais libérer de ces plus grosses contraintes d’image, de pauvreté, de lacunes en terme d’équipements, de commerces et de services…

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B. Le projet Mistral à Grenoble (étude de cas)
1. Le contexte

1.1 Histoire : De la cité jardin à aujourd’hui…

1.1.1 La cité jardin du Rondeau La cité du Rondeau a été conçue sur le modèle des cités-jardins au bord du Drac, sous la municipalité Paul Mistral dont elle prendra le nom après sa mort en 1932. Paul Mistral fait du logement social l’une des priorités du mandat : la construction débute en 1925, 4 ans après la conception du projet. Le modèle de la cité Mistral suit sur les principes développés en Angleterre, Autriche et Allemagne par Ebenezer Howard et Camillo Sitte. Le plan d’ensemble de la cité représente une trame radioconcentrique de rues et de boulevards convergeant vers la place de la Solidarité située au centre. On compte 200 logements répartis en 12 groupes d’immeubles de 1 à 16 logements. Boulevards, bâtiments et végétation abondante caractérisent la cité qui est en quelque sorte une « ville satellite » puisque Grenoble se limite à l’époque aux remparts du futur boulevard Foch. En 1926, 1032 personnes vivent dans cette cité-jardin. Les origines géographiques des habitants sont diverses : quartiers populaires de Grenoble, communes proches (telles que St Martin le Vinoux, Fontaine), des régions de l’Oisans et du Trièves. Parmi les origines ethniques, on trouve de nombreuses familles issues de l’immigration italienne. On compte 284 ouvriers et 108 employés sur l’ensemble de la population active (406 personnes au total). Malgré le manque de confort dans les maisons (notamment le chauffage) et l’éloignement de la ville, les habitants tiennent beaucoup à leur maison, à leurs grandes pièces ensoleillées, leur jardin et cave individuelles. Pour eux c’est un privilège d’habiter cette cité qui représente « la campagne à la ville ». L’activité socioculturelle est assurée par « l’Amicale » qui propose des animations (spectacle, chorale, théâtre, manèges) et des activités sportives (football et rugby) qui atteignent un haut niveau professionnel au cours des années 30.

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains La situation change radicalement en 1959 lorsque la municipalité prend la décision de démolir la cité pour en construire une nouvelle afin de répondre à la demande grandissante de logement. La rénovation des maisons existante s’avérant trop coûteuse, la cité est démolie malgré la mobilisation de nombreux habitants et 904 nouveaux logements sont construits entre 1960 et 1970. 1.1.2 L’actuelle cité Mistral Située au sud ouest de Grenoble, la cité Paul Mistral, classée en ZUS, présente une forme rectangulaire s’étendant sur une superficie de 9 hectares. Au nord du quartier on retrouve des friches industrielles, à l’est, le lycée technique Vaucanson et d’autres équipements scolaires, au sud le grand parc Bachelard (dont il est séparé par une bretelle d’autoroute. Enfin, à l’ouest, se quartier se heurte à l’autoroute A 480 qui sépare le quartier des berges du Drac. Un mur antibruit cache le quartier aux yeux des automobilistes qui emprunte l’autoroute. La cité est donc un espace très enclavé, renfermé sur lui-même d’un point de vue morphologique. Mal desservi (une seule ligne de bus), le quartier est marqué par une absence totale de hiérarchisation entre les espaces publics et résidentiels ; les seuls espaces clos sont les cours d’école. Le système de voirie interne, peu lisible, ignore les équipements publics situés au cœur du quartier. La place de la Solidarité toujours au centre du quartier est le seul vestige de la cité du Rondeau, les autres espaces publics sont peu entretenus et peu fréquentés, on ne note pas d’espaces attractifs mise à part la place centrale. Le cadre bâti repose sur des immeubles HLM construits sous forme de tours et d’imposantes barres qui masquent la vue sur le massif du Vercors et renforce l’effet d’enclavement. Malgré une réhabilitation partielle des immeubles (façades, halls d’entrée…) le bâti est fortement dégradé.

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains 1.2 Portrait du quartier 1.2.1 Données démographiques17 Quatre grandes tendances caractérisent le quartier Mistral : - Une population en baisse depuis 1975 avec un taux de variation annuel de 1.71%.

Figure 4 : taux de variation annuel de la population du quartier Mistral

- Une population nettement plus jeune que sur l’ensemble de la ville (35% de moins de 20 ans contre 20% pour Grenoble). Néanmoins, comme dans le reste de l’hexagone, la tendance générale est à la baisse des moins de 20 ans et à la hausse des plus de 60 ans. - De grands ménages avec une majorité de familles de 4 personnes ou plus. - Le quartier Mistral compte au sein de sa population une part élevée de personnes de nationalité étrangère (¼ de la population totale). En termes d’habitat, le quartier compte aujourd’hui 904 logements regroupant 2 799 habitants. On constate une forte concentration de logements sociaux, comprenant des logements de grandes tailles de type T5, corrélés avec la taille des ménages.

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Données INSEE issue du Marché de définition quartier Mistral

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains Le taux de rotation des familles est plus faible que dans le reste de la ville : les ménages présents restent sur place et on enregistre peu de nouveaux arrivants. 1.2.2 Une population fragile La situation socio-économique des habitants du quartier Mistral est marquée par d’importants problèmes de chômage et de faible revenu. On compte 50% d’ouvrier parmi la population active et on constate une hausse du pourcentage d’emplois précaires. 40% de la population de 15 ans et plus n’a pas de diplôme et le taux de formation général est très nettement inférieur à la moyenne grenobloise. Cependant, le pourcentage de diplômés de niveau supérieur à bac+2 est en augmentation. Le taux de chômage est le plus élevé de Grenoble et la population bénéficie fortement de l’aide sociale. 2. Le projet

2.1 Le programme de renouvellement urbain

Face à ces problèmes, la municipalité Destot a lancé depuis 2004 un grand projet de rénovation urbaine. L’objectif est de réorganiser le territoire pour en faire un ensemble cohérent et permettre à ce secteur de s'ouvrir sur Grenoble. Les enjeux sont multiples : - Adapter les formes d'habitat aux modes de vie actuels et favoriser une plus grande mixité sociale. - Offrir un cadre de vie plus agréable et plus sûr. - Contribuer à travers de nouveaux équipements publics à l’attractivité du secteur. - Améliorer l’offre de transports en commun. - Aménager des services et des commerces de proximité de qualité au cœur des quartiers… - Préparer l’arrivée de futures activités économiques.

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains

1 La place centrale 2 Le Plateau 3 Nouveau collège des Eaux Claires 4/5/6 Construction de logements

7 Aménagement du secteur Rhin et Danube 8 Rénovation de l’école Anatole France 9 Démolition des barres Strauss 10/11 Achèvement des aménagements et travaux

Nouvelle centralité entre les quartier Mistral et Eaux Claires

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Figure 5 : le programme de renouvellement urbain du quartier Mistral

Le projet Mistral, Eaux-Claires, Rondeau–Libération vise à résoudre des déséquilibres sociaux et urbains qui pénalisent la qualité de vie des habitants, et empêchent l'ensemble de ce secteur de s'ouvrir résolument sur Grenoble. Le programme adopté sur ce secteur prévoit : - Une opération de construction démolition sur les 12 prochaines années (500 logements démolis, 500 logements neufs) pour une plus grande diversité des types et des formes d'habitat au bénéfice de la mixité urbaine et sociale.

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains - La création d’un pôle de centralité au Nord du quartier, avec la création de la place « Mistral – Rondeau – Eaux Claires » qui devra lier le quartier au reste du secteur par l’implantation d’équipements publics fédérateurs (collège et équipement « sport, jeunesse, culture »). Le Plateau, maison pour tous du quartier Mistral, autrefois localisée sur la place de la Solidarité au cœur de la Cité fait aujourd’hui le lien entre les trois quartiers. - Le développement d’activités économiques au Sud du quartier, à partir de 2009, sur les terrains libérés par les démolitions. - La requalification d’espaces publics structurants ainsi qu’une intervention forte sur les principales voiries pour leur donner un véritable aspect d’artère de ville. - Le développement de l'offre de transports publics favorisant les déplacements vers et hors le quartier.

2.2 Les dispositifs participatifs retenus

Au départ, un groupe d’une vingtaine d’habitants a été associé au marché de définition pour participer à l’élaboration du diagnostic, à la définition des enjeux, à la présentation des grandes orientations du projet. Ce groupe a ensuite eu, au même titre que les élus, l’opportunité de choisir entre les projets présentés par les trois équipes d’urbanistes. Aucun des deux groupes ne savaient ce que l’autre allait choisir. Le pari était risqué puisque les groupes pouvaient choisir des projets différents ce qui aurait entraîné des tensions entre les habitants et la municipalité. Les choix ont coïncidés sur le projet de l’agence AUC dirigée par l’architecte urbaniste Djamel Klouche. Au-delà de la concertation préalable décrite par le Code de l’Urbanisme, la Ville de Grenoble s’est assuré les services d’une agence spécialisée dans la communication et la concertation. Les premières esquisses du projet ont été présentées en novembre 2002 et ont été suivis de visites commentées, débats publics, réflexions autour de son évolution. L’objectif était de permettre aux habitants, y compris les plus coupés des lieux de débat, de comprendre le projet et de s’y impliquer en renforçant leur sentiment d’appropriation du projet urbain.

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains Ce projet urbain a ainsi fait l'objet d'une exposition des 3 maquettes de concours, d'une visite guidée par les élus, d'un débat et de réunions publiques, de nombreuses rencontres avec le Conseil Consultatif de Secteur et le comité de citoyen… Une charte sur le relogement a aussi été mise en place car un tel projet nécessite un accompagnement très fort des familles appelées à changer de logement. Des accompagnements individuels sont mis en place pour soutenir les habitants et en particulier les personnes âgées. Mais le temps fort de la concertation a été la mise en place des parcours ateliers par le Collectif BazarUrbain, à la demande de la Ville de Grenoble, dans le cadre du projet « une place pour trois quartiers ». L’objectif visé était de recueillir les expériences sensibles et la parole habitante sur les usages d’une future place à l’intersection des quartiers Mistral – Rondeau – Eaux Claires. Les parcours ateliers ont permis une énonciation et un débat autour de cette expérience accompagné par une production d’une juxtaposition de paroles, d’images et de dessins. Les parcours se sont déroulés comme suit : Une première demi-journée est consacrée à parcourir et décrire les lieux, les usages, les manques, les attentes pour faire découvrir leur quartier et énoncer les futurs usages possibles de la place, ses matériaux, sa configuration… Chaque participant est également invité à prendre des photos. Un dessinateur accompagne chaque groupe et esquisse des dessins inspirés des paroles échangées à propos d’éléments sociaux (types d’usages, d’échanges souhaités…), techniques (aménagements, matériaux…) ou sensibles (matériaux, verdure, arbres…). Ses dessins alimentent la discussion et la production commune. Après le parcours, le groupe se réunit dans une salle du quartier pour visionner les photos prises pendant le parcours. Elles sont débattues et un choix collectif d’une quinzaine de photos, les plus intéressantes au regard de l’expérience vécue, est amorcé.

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains La semaine suivante, en soirée, un deuxième temps est organisé. Il commence par la projection des photos sélectionnées. Une nouvelle discussion permet de savoir si ce premier choix est bien représentatif des questions abordées pendant le parcours et l’atelier. Le choix des photos est finalisé lors de cette seconde séance. Hors atelier, les paroles, images et dessins du groupe sont mises en page par un graphiste. Une réunion publique d’information regroupant les futurs usagers, les prestataires de services de la place, les élus, les techniciens, les habitants des quartiers et les Grenoblois à été initiée pour rencontrer le collectif BazarUrbain et la maîtrise d’œuvre de la future place. L’objectif était de comprendre la démarche de BazarUrbain et de présenter le travail initié avec les premiers groupes de participants. Au total, sept groupes ont été créés : - femmes en cours d’alphabétisation - professionnels du quartier - habitants des quartiers périphériques (deux groupes) - jeunes adultes de Mistral - élèves du lycée Louise Michel - élèves du collège Ampère Quelques mois plus tard, une restitution est faite au Comité de pilotage et discussion est engagée avec l’équipe conceptrice pour les informer de l’avancement de la concertation et lui présenter la matière issue des parcours ateliers afin qu’il se positionne lors de la prochaine restitution publique. Une restitution finale conçue sous forme d’exposition et de débat public présente les images, les paroles et les dessins issus des parcours ateliers.

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains 3. Retour sur expérience

Le projet Mistral a été accompagné d’un important processus d’aide à la compréhension du projet pour permettre aux habitants de s’impliquer et de donner leur avis sur leur futur cadre de vie. Ils apprécient une certaine transparence quant aux objectifs du projet et notamment en termes de relogement. C’est là un point fort du projet. La mise en place des parcours ateliers a permis à la population de mettre en débat l’avenir de leur milieu de vie, en leur montrant qu’ils pouvaient apporter des éléments et participer à l’évolution du projet. Malgré une mobilisation difficile au départ, surtout pour les groupes de jeunes, la méthode des parcours a obtenue une bonne adhésion et compréhension de la part des participants. « C’est une méthode adaptée, ludique, moins formaliste qu’une réunion publique et qui met donc les gens à l’aise » confie Hassen Bouzeghoub, directeur du Plateau18. « Après les parcours, un pot est organisé, la convivialité est là, on discute. En revanche, la restitution finale en présence des élus est à retravailler car il y a moins de dynamisme, la communication est moins bonne, c’est un peu les élus face et non avec les habitants, c’est dommage ». L’aménagement de la place « Eaux Claires Rondeau Mistral » découle de ces parcours ateliers. A partir de la parole habitante, de l’histoire et de la toponymie des lieux, (Mistral associé au vent, Eaux Claires à l’eau) l’artiste Jan Kopp et les architectes Djamel Klouche et Robert Helmholtz ont imaginé la nouvelle centralité du quartier. Cette place très « design », de nature changeante, constitue une plateforme à des usages potentiels. Les bassins d’eau et ainsi l’ensemble du lieu se transforment et se déterminent selon les saisons, les facteurs utiles ou esthétiques, les envies des habitants. Le dessin imprimé au sol rappelant une carte astrale, un hémisphère en inox, un passage à gué, des îles vertes, l’apparition et la disparition de l’eau telle des marées, donnent une identité plastique à la place et offre un espace ludique à la population.

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Le « Plateau » est la Maison pour Tous du quartier Mistral

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains Cette place fut au départ une surprise, un décalage entre les attentes et les résultats. Les habitants attendaient une place conviviale, avec des jeux pour enfants (toboggans, tourniquet…), ils sont aujourd’hui face à une véritable œuvre d’art19 qu’ils perçoivent comme abstraite, « futuriste » et peu intimiste. La place Mistral – Eaux Claires n’est pas encore LA place du quartier, comme l’était la place de la Solidarité. Mais comme pour tout projet, il faut un temps d’appropriation. Déjà, le Plateau, délocalisé pour servir d’élément de liaison, se présente comme un lieu fédérateur entre les quartiers. « Au début les habitants des Eaux Claires ne venaient pas, il y avait une certaine réticence vis-à-vis de la population du quartier Mistral. Aujourd’hui toutes les activités proposées affichent complet et les habitants se mélangent sans aucun problème » affirme Hassen Bouzeghoub.

Figure 7 : la place aujourd’hui Figure6 : le projet de la place Mistral – Eaux Claires

La réussite de ce projet tient donc plus à l’attractivité de l’équipement qu’à l’aménagement de la place, cependant, l’idée de décentraliser celui-ci a véritablement impulsé un renouveau du secteur.

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Labélisée par le Ministère de la Culture dans le cadre de l’opération « Grenoble ville-objet culturel »)

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains

C. La Helmhotlzplatz de Berlin, Allemagne (étude de cas)
1. Le contexte

1.1 Le contexte politique allemand.

L’Allemagne est un état fédéral qui compte 16 länder (états) possédant chacun une constitution, un gouvernement, un parlement, une cour de justice et une ambassade à Berlin. Les grands principes du fédéralisme allemand reposent sur le partage des compétences entre le Bund (la fédération) et les Länder (les pays), la subsidiarité, l’auto administration des communes et l’animation réciproque entre les instances supérieurs et inférieures. Le partage des compétences :

La loi fédérale d’aménagement du territoire du 8 avril 1965 a clairement distribué les tâches en matière de planification et de projets urbains. Elle a, de plus, mis en place l’une des spécificités fortes de l’Allemagne, en terme de planification, qui est la mise en œuvre tacite du principe de subsidiarité en fonction de la taille des communes. Le Bund édicte des prescriptions cadres en matière d’aménagement du territoire, mais ne dispose pas d’organes déconcentrés sur son territoire Les Lands ont pour mission d’élaborer les plans et les programmes d’aménagement de leur territoire (landesplanning), ces derniers s’imposant aux communes. La subsidiarité : Le principe de subsidiarité réside dans le fait d’accorder à chaque échelle hiérarchique (Individu, famille, voisinage, quartier, ville ou village, Land, Fédération, Union Européenne, Nations Unies) une certaine autonomie et une autodétermination. Il en résulte que le niveau décisionnel immédiatement supérieur ne doit régler que les affaires que le niveau précédent ne peut organiser aussi efficacement.

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains L’autonomie de gestion des communes: Les communes règlent sous leur entière responsabilité (tout en respectant les lois) toutes les affaires de la communauté locale (notamment le plan de zonage) mais aussi le soutien à la jeunesse, l’aide sociale, la construction, l’urbanisme. La surveillance communale du Länder est en règle générale restreinte au contrôle de la conformité aux lois. Mais de cette autonomie découle une lourde contrainte financière. En effet, si les communes se trouvent privées de ressources, elles sont condamnées à péricliter. Le principe d’ « animation réciproque » : Il s’agit de donner une homogénéité au système fédéral. Les activités du Bund, des Länder et des communes doivent s’accorder les unes avec les autres en termes de contenu et de besoins. En effet, les programmes, projets des instances inférieures doit respecter les règles des instances supérieures et les instances supérieures doivent tenir compte et répondre aux besoins des instances inférieures. Cette animation réciproque se traduit par exemple au niveau des Länder par des plateformes d’échanges telles que l’ARGEBAU20 qui réunit tous les ministères de la construction et du développement urbain des 16 Länder. 1.2 Le contexte berlinois

Réunifiée depuis onze ans, Berlin est une ville de contrastes : pôle économique moderne aux façades de verre, urbanisme soviétique qui côtoie désormais une architecture vitrine du libéralisme, des milliers de mètres carrés de parcs et d'espaces verts, de vastes friches industrielles, de vieux quartiers le long desquels filent des kilomètres de cités, vestiges d'un urbanisme sauvage façon années 60-70. Cette capitale affiche un foisonnement d'initiatives en tous genres, culturelles et artistiques en particulier. Cette ville en devenir se bat pour sortir de ses contradictions, gommer les traces d'un passé tout en n'échappant pas à sa mémoire. Aujourd'hui, c'est aussi avec ses habitants qu'elle prétend vouloir se reconstruire. A

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ARGEBAU : Groupe de travail chargé de l’urbanisme, de la construction et de l’habitat

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains Berlin, leur participation est inscrite depuis près de vingt ans dans les principes directeurs de la rénovation urbaine. Dans les années 1970, Berlin est encore très marqué par les dommages de la guerre et par la dégradation du bâti. Pour remédier à ces problèmes, on utilise la démolition des bâtiments vétustes et la construction de nouveaux logements, appelé « renouvellement urbain ». Mais la destruction de logements a engendré un écroulement des structures sociales existantes et une perte de liens socioculturels, massivement critiqué par les habitants. Après une redéfinition des objectifs urbanistiques et une concertation étroite avec les habitants est née la « rénovation urbaine douce ». L’objectif était d’allier rénovation des vieux quartiers tout en mettant en place une politique de modernisation de ces logements. C’est dans ce contexte qu’ont peu à peu été créés les instruments politiques, administratifs et juridiques nécessaires afin d’institutionnaliser la participation des habitants dans ces zones de rénovations urbaines. Parmi eux, un plan social21et une agence de conseil pour les locataires, comité de quartier, comité consultatif à la rénovation urbaine. La mise en place d’une cellule de coordination et de pilotage a permis de faire le lien entre les différents groupements d’intérêt : propriétaires, habitants, mairie, Land de Berlin, responsables politiques, associations, économie locale. Cette prestation a été réalisée par un bureau d’études privé. Le développement urbain relève de la compétence des länder. En choisissant la rénovation urbaine douce, le land de Berlin s’est clairement positionné en faveur d’une politique de mixité sociale. Le problème des ségrégations socio spatiales ne cessant de s’accroître dans les villes, le Bund et les länder lancent en 1999 le programme « Ville sociale »

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Plan social pour les locataires prévu par l’article 180 du Code de la Construction

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains 1.3 Management de quartier dans le cadre du programme « ville sociale »

Mise en place en 1999 pour une durée de 3 ans renouvelables, le programme « Ville sociale » a pour objectif de lutter contre l’exclusion socio spatiale et renforcer la cohésion sociale. Il vise des territoires géographiquement définis par un besoin particulier de développement et mise sur l’entraide locale (volontariat, économie locale, auto assistance) pour prévenir une dégradation sociale trop importante et pour inverser durablement la spirale descendante de l’exclusion. Il est financé à hauteur de 1/3 par le Bund, 1/3 par le Lander et 1/3 par la commune. Cette démarche de renouvellement urbain concerne 17 quartiers en difficulté à Berlin. Deux champs d’action composent ce programme. D’une part, les champs d’action stratégiques (ou méthodes) tels que la que la « mobilisation des ressources, l’évaluation et la surveillance statistique, mais surtout le plan d’action intégré, le management de quartier et l’implication/participation des différents acteurs dont les habitants. » D’autre part, les champs d’action concrets (ou thématiques) recensé dans le tableau ci-dessous : Amélioration de l’image des quartiers La cohésion de voisinage L’amélioration de l’habitat L’emploi Le marché du logement La qualification Les activités culturelles de quartier L’infrastructure sociale L’école Les espaces publics et de proximité La promotion de la santé L’environnement et les transports Cette nouvelle philosophie de travail repose sur un dialogue intensif entre la politique, l’administration et la société civile dont les habitants. Pour gérer les affaires locales, le programme propose de créer des systèmes innovants d’organisation et de construire des nouvelles formes de démocratie, la participation citoyenne faisait donc

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains partie intégrante de ces propos. Les projets ne sont pas impulsés par le haut mais par les habitants qui doivent développer des perspectives en créant des projets dont ils porteront ensuite la responsabilité. La politique de « management des quartiers » faisant s'entremêler culture, urbanisme et social, prend appui sur leurs projets pour redynamiser la vie locale. Dans les quartiers de l'est comme Prenzlauer Berg, portés par de nouveaux arrivants, les habitants ont spontanément pris leur milieu de vie en main. Se saisissant de la moindre friche pour développer un projet culturel, d'un centre commercial vacant pour faire venir des artistes ou d'une chapelle peu fréquentée pour y donner un spectacle. Mais toujours avec un projet social derrière la tête, en combattants engagés dans une reconstruction dont ils refusent d'être les sacrifiés… Le réaménagement de la Helmholtzplatz dans le quartier Prenzlauer Berg, à l’est de Berlin, illustre bien ce dynamisme et cette volonté de faire de la participation un élément constitutif de la rénovation urbaine. 2. Présentation du terrain

2.1 Portrait du quartier Prenzlauer Berg

Situé au cœur de l’ancien Berlin Est, Prenzlauer Berg est un des quartiers de l'arrondissement de Pankow. Lors de la séparation de la ville, il formait un ancien district et était situé dans le secteur est. En 2001, celui-ci a été regroupé avec ceux de Pankow et Weißensee. La densité de population est la plus élevée de Berlin avec 12.316 hab./km², pour un total de 134 861 habitants. C’est un quartier particulièrement jeune avec plus du quart de la population entre 15 et 30 ans. La trame viaire de Prenzlauer Berg est formée par plusieurs grandes avenues radiales convergeant vers Alexanderplatz (Schönhauser Allee, Prenzlauer Allee, Greifswalder Straße et Landsberger Allee), et par deux rocades (Danziger Straße et Bornholmer Straße et ses prolongements), assurant un excellent maillage. Ces grands axes sont tous parcourus par des lignes de tramway en site propre qui bénéficient d'une vitesse commerciale élevée. Il est donc très aisé de se déplacer dans et vers Prenzlauer

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains Berg, que ce soit en transports publics, en voiture ou en vélo, toutes les avenues étant dotées de pistes cyclables. 2.2 Histoire du quartier

Le développement de Prenzlauer Berg remonte à la deuxième moitié du XIXe siècle sur les plans de l'urbaniste James Hobrecht, et de son Hobrecht Plan, le pendant berlinois d'Haussmann. Prenzlauer Berg est un quartier populaire dans lequel furent construites à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle des casernes locatives. Il s’agit de longues enfilades de cours et d’arrière-cours, actuellement en voie de rénovation, qui servaient à abriter sinon entasser dans un espace restreint une population prolétaire de plus en plus nombreuse. Depuis la réunification, beaucoup d'immeubles ont été rénovés, attirant des catégories sociales plus aisées (allemands de l'ouest et étrangers). Contrairement à la majorité des autres arrondissements, celui de Prenzlauer Berg n’a pas été très touché par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Quelques façades portent encore des traces de balles, mais l’essentiel de l’urbanisme d’avant-guerre a été préservé. Ce quartier ouvrier autrefois désœuvré, s’est progressivement muté en quartier branché rempli d’étudiants et d’artistes, de cafés et de brasseries. De nombreux espaces verts jalonnent le quartier, comme le square de Helmotzplatz qui est le lieu de rendez-vous habituel des habitants du quartier. Les Allemands s’y rejoignent pour jouer au ping-pong ou faire un barbecue entre amis. Les parents discutent sur les bancs en surveillant leurs enfants qui se jouent dans le grand bac à sable. Un peu plus loin, les adolescents jouent au ping-pong ou au basket, lorsqu’ils ne préfèrent pas se prélasser sur les étendues d’herbe. Mais la Helmholtzplatz n’a pas toujours été aussi paisible. Jusqu’en 2001, elle n’était qu’un terrain laissé à l’abandon, occupé par les dealers et des personnes alcooliques. Un projet d’aménagement était prévu depuis la réunification, mais il n’a jamais pu voir le jour en raison de son coût excessif et de l’incompréhension des riverains face à un concept trop « design ». Excédés par des années d’immobilisme, des habitants ont pris les choses en main.

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains 3. Le projet

3.1 Le réaménagement de la Helmholtzplatz

Candidate aux Jeux Olympiques de 2000 ? Berlin comptait à cette époque un certain nombre de projets de réaménagement. Celui de la Helmholtzplatz, au cœur du quartier de Prenzlauer Berg, en faisait partie. Un projet "design", reporté d'année en année faute de budget, et qui finalement ne vit jamais le jour. La place était abandonnée, aucun investissement réalisé depuis des années, racontent les habitants qui étaient prêts à rénover eux-mêmes cet espace et qui ont commencé par organiser des séances de nettoyage. La Helmholtzplatz était un « point chaud » du quartier socialement parlant où l’on trouvait de nombreux groupes d’alcooliques et un trafic de drogue important. C’est la raison pour laquelle ce quartier a bénéficié à titre préventif du programme Ville Sociale. Dans cette zone marquée par une certaine mixité sociale, l’objectif était de maintenir sur place la couche moyenne pour que les habitants ne quittent le quartier, sans oublier toutefois les populations les plus démunies ni les groupes marginaux. Cette couche moyenne a nettement impulsé les démarches participatives. En effet, bien qu’ils soient satisfaits de leur logements (et, partiellement, de l’infrastructure), les habitants de la Helmholtzplatz voyaient leur quartier se dégrader et devenir de plus en plus insécurisant. Craignant des répercussions négatives sur leurs conditions de vie, ces habitants ont pris leur milieu de vie en main. Ils obtinrent le droit de transformer le bâtiment des toilettes publiques, un lieu très mal fréquenté, en maison de voisinage, ce qu'ils firent en partie eux-mêmes et bénévolement. « Ce lieu permet aux gens de se retrouver ; nous y organisons des réunions, des expositions sur les artistes du quartier… " explique Sonya Kemnitz, sa principale initiatrice. Pour son fonctionnement, la maison de voisinage reçoit le soutien financier du Management de quartier, assuré ici par STERN22 qui a souhaité encourager ce projet émanant directement des habitants. En effet, ces derniers ont convaincus le Management de quartier que le projet de place

STERN est une société d'aménagement privée, en charge de la réhabilitation de plusieurs quartiers à Berlin, et qui prône la participation des habitants au processus de rénovation

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La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains initial n'était pas adapté au quartier. Résultat, le STERN a fini par organiser une opération de concertation auprès de la population, en vue de rénover complètement la place. La paysagiste Pia von Zadow, rompue à l'exercice de l'urbanisme participatif, fut choisie : " J'ai tout de suite lié les problèmes sociaux au projet architectural, explique-t-elle. Nous avons démarré la concertation dès que le budget (3 millions de DM) a été bouclé ". 3.2 Le dispositif de participation retenu

Dans le cadre d’une journée de projets, tous les usagers de la place, y compris le groupe d’alcooliques, ont définis de nouvelles stratégies pour la Helmholtzplatz. Audelà de l’aménagement paysager, une sorte de slogan a qualifié le projet : « la Helmholtzplatz, une place pour tous ». Le but visé était la reconquête de cet espace par les différents groupes d’habitants. C'est le principe du workshop qui fut adopté pour le projet de la Helmholtzplatz. Réunis en groupes de travail de 80 personnes, les participants devaient émettre leurs vœux pour la place. Le travail s’est fait par thème et par groupe avec un chacun un porte-parole, un modérateur extérieur animait les débats. Chacun a transmis ses idées sur des bouts de papiers (pour effacer la réserve induite par la prise de parole) qui ont ensuite été notés sur un tableau. Pour exposer l’évolution des idées et l’avancement du projet, toute la chronologie du travail effectué a été affichée dans la rue au fil des mois, une manière très pédagogique de montrer le travail des habitants impliqués et d’en attirer d’autres. Cette opération a rendue très fiers les participants car ils ont pris conscience qu’ils pouvaient inverser la tendance et faire partie intégrante de cette transformation. Le processus de concertation a intégré des nombreux acteurs autour de la place : les habitants, associations, agence d'urbanisme, mairie, service des espaces verts ainsi qu’une représentante d'une trentaine de jeunes alcooliques habitués à se retrouver sur la place, avec leurs chiens. Une catégorie de population marginale dont les habitants souhaitaient être débarrassés au plus vite. Pourtant chacun a peu à peu trouvé sa place et une cohabitation sereine, a été instituée faute de mieux, et le groupe d’alcooliques a accepté de d’abandonner son quartier général au milieu de la place. Pour résoudre ce conflit d’intérêt à long terme, un groupe de travail (AG Helmholtzplatz) a été créé pour réunir les divers usagers de

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains la place et travailler sur l’évolution de sa fréquentation. Heinz Lochner, urbaniste et responsable du Management de quartier confie que la cohabitation pacifique a été très difficile à instaurer mais que parallèlement à ce processus, un centre d’accueil pour personnes alcooliques a été ouvert dans les environs de la place. L’objectif a donc été de prendre en compte les demandes de chacun. Et le nouvel aménagement le traduit : un jardin et une aire de jeux pour les familles avec enfants, des bancs pour les personnes âgées, un espace pour la crèche, un terrain de foot pour les jeunes, des pelouses… ". Démarrés en septembre 1999, les travaux se sont achevés en février 2001, la paysagiste Pia von Zadow estime avoir conçu un projet entièrement participatif : " Toute question a toujours obtenu une réponse. Ne pouvant donner satisfaction à tous, l'essentiel est d'être transparent et pédagogue. Expliquer, le cas échéant, pourquoi les choses ne sont pas possibles, c'est aussi cela la concertation ! ".

Figure 7 : la Helmholtzplatz est devenue un espace de loisirs pour les enfants et les familles du quartier

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains

CHAPITRE 3, volet analytique : les apports et limites de la participation habitante

Décrire, parler, échanger, proposer et s’exprimer pour faire bouger les choses, voilà l’enjeu de la participation citoyenne. Donner son avis pour voir s’améliorer son quotidien, son « décor », parler de ce qui va, ce qui ne va pas, ce qu’on voudrait changer… Le changement passe par la compréhension du vécu de chacun et des problèmes rencontrés au quotidien, il faut parfois sentir et voir le détail pour solutionner un problème et changer l’image d’un territoire. Qui est le plus à même de déceler ce détail? C’est celui ou celle qui fréquente chaque jour le quartier, la rue, qui y demeure, qui y travaille, qui y fait ses courses… Donner la parole aux habitants d’un territoire c’est permettre de mieux le comprendre, de mieux le définir, de mieux le visualiser. L’objectif de la participation citoyenne est une mise en commun de savoir-faire, vision et idées de chacun des acteurs.

A. Les apports, les plus values de la parole habitante
Au-delà de la simple idée de faire « passer la pilule » en associant d’une manière superficielle les habitants, on constate que les plus values de la parole habitante sont nombreuses et pertinentes. Pour analyser ces apports, nous proposerons de les classer selon leurs bénéfices démocratiques et techniques. 1. Les plus-values démocratiques

La participation des habitants permet de favoriser l’engagement et l’initiative personnels, de faire sortir le citoyen de sa bulle et de son intérêt propre pour tendre vers des objectifs communs qui répondront aussi à ses attentes. L’implication procède donc à la gestion des conflits et à l’équilibre entre les différents intérêts. Ces intérêts s’organisent de manière collective pour produire de l’intérêt général. Dans le cadre d’un projet urbain, faire participer les habitants permet une meilleure compréhension, réception et acceptation de celui-ci. Quelles seront les différentes

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains phases d’action, quel est l’objectif final, pourquoi traiter cet espace et comment le faire, sur quels critères, quelles sont les personnes compétentes, les personnes ressources… ? La critique est donc moindre vis-à-vis des élus puisque les habitants comprennent mieux le jeu d’acteurs du projet : qui fait quoi ? Pour qui ? Pourquoi ? Comment ? De ce fait, les relations entre l’administration et le citoyen s’en trouvent améliorées. Le fait d’impliquer les habitants permet, comme nous l’avons déjà dit, de les responsabiliser. La participation produit de la tolérance et constitue un facteur de citoyenneté. Si des efforts sont faits en termes d’apparence (réfection des façades, embellissement des espaces publics…) des efforts seront sans nul doute faits pour le conserver (on observe moins de graffitis sur des murs repeints…) Elle permet aussi de créer des liens et une attache au quartier, de renforcer l’appartenance à un territoire. Associer les habitants à l’ensemble des acteurs, montre une volonté de mobiliser tous les potentiels locaux pour redynamiser le quartier de manière durable. 2. Les plus-values techniques

Pour les professionnels (architectes, urbanistes, maîtres d’œuvre) la parole habitante est un moyen de mieux comprendre un espace et ses enjeux et cela d’une manière accélérée. En effet, le regard sur un territoire n’est pas le même selon qu’il soit familier ou totalement inconnu et ce sont les habitants qui peuvent révéler le détail aux yeux des techniciens. La vision du territoire est donc plus juste, plus précise et ce de façon plus rapide que si l’on devait en découvrir nous même les coins et recoins. On peut être expert et se faire une idée précise des problématiques d’un territoire mais un voile se lève lorsqu’on le parcourt avec un « œil habitant » à ses côtés. Des disfonctionnements s’expliquent, des pratiques se révèlent, le fil d’une longue histoire entre homme et béton apparaît. Si l’on demande aux habitants de représenter leur quartier de manière imagée, leur schémas, croquis, dessins feront apparaître des éléments à priori anodins pour l’expert mais fondamentaux pour eux. Un espace mal éclairé, un jardin fleuri, une cabine téléphonique, un terrain de foot, un bar, un mur infranchissable, une façade

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains typique, un passage secret… Autant d’objets qui fonctionnent, qui font peur ou simplement partie de la vie et du territoire. Des éléments qu’ils souhaiteraient peut être conserver, rénover ou bien disparaître selon les pratiques et l’histoire qu’ils ont avec eux. Ainsi sur la rue Jarry, à Montréal, la façade de l’ancienne école Bernardin est considérée par les habitants comme un élément patrimonial. C’est un souvenir nostalgique pour ceux qui y ont appris à lire puis y ont emmené leurs enfants… De leur côté, ignorant cette dimension sentimentale, les urbanistes du projet prévoient de démolir ce bâtiment… Les habitants peuvent être force de proposition et fournir des idées innovantes qui ne viendraient peut être pas à l’esprit des techniciens et ce justement parce qu’ils perçoivent leur quartier, leur rue, leur place d’une manière différente et plus pragmatique. La parole habitante permet une hiérarchisation des priorités des citoyens ce qui est un bonus pour les professionnels dans la conception du projet. Ainsi, on verra si l’apparence urbaine du quartier l’emporte sur la sécurité, si les services sont plus importants que l’habitat, les déplacements que la propreté urbaine… Et cela bien sur selon le milieu social, urbain et économique du territoire concerné ainsi que les infrastructures dont il est déjà doté et l’efficacité de leur fonctionnement. 3. Les parcours urbains approche sensible et technique

L’objectif de la démarche est de permettre une expérience sensible, une énonciation et un débat autour du projet. Les commentaires recueillis auprès des citoyens peuvent apporter de nouveaux éléments au projet, lui donner de nouvelles orientations en fonction des besoins et attentes de la population. La parole habitante est un donc un moyen pour les professionnels de répondre de manière très adaptée aux besoins du quartier. Les exemples présentés dans notre seconde partie ont révélé que la participation pouvait revêtir des formes relativement ludiques (marches urbaines, atelier de discussion). Ces approches pragmatiques et vivantes se révèlent la plupart du temps

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains très enrichissantes car les gens sont plus productifs dans la rue que dans une salle de réunion. Mais attention, il faut bien se garder dans cet exercice de vouloir faire le projet à la place des urbanistes, ce travail est là pour l'alimenter et non s'y substituer. Il est d'ailleurs intéressant de demander aux responsables du projet de réagir lors de la séance de présentation (en leur laissant étudier les résultats avant). Généralement cette présentation engendre un débat, des commentaires et incite d’autres personnes à participer aux parcours.

B. Les limites :
1. Limites liées aux acteurs de la participation

1.1 Les élus véritablement prêts pour une réelle participation ?

Malgré les propos tenus dans leurs discours allant vers plus de participation, les réalisations concrètes de réelle participation au sens de partage du pouvoir sont peu nombreuses. En effet, la participation que les élus entendent mettre en place consiste plus en un recueil des réactions des habitants plutôt qu’en une véritable contre-propositions. Certains élus ou bailleurs sociaux voient dans la participation une perte de temps dans la mesure où il est nécessaire d’expliquer les aménagements proposés à des habitants non formés qui ne connaissent pas le langage technique nécessaire. Les participants aux réunions n’étant pas toujours les mêmes, la ré-explication du projet à chaque séance est également considérée comme une perte de temps. De plus, les habitants utilisent souvent ces réunions pour parler de petits aménagements qui leur tiennent à cœur et qui, pour les élus, n’ont pas forcément leur place dans ces réunions. Faire participer les habitants est parfois perçu comme une manière de remettre en cause la notion de représentativité des décideurs ou l’expertise des techniciens. Or le fait de faire participer les habitants doit être un PLUS, un enrichissement du futur projet et non une remise en question du rôle des élus, urbanistes… On note souvent de leur part une certaine frilosité, une peur de la concertation qui pourrait faire ressortir une inadéquation du projet avec les attentes de la population. Mais ce sont attente de

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains justement ces confrontations de points de vue et opinions qui favorisent une marche vers le consensus. Allier expertise et vision concrète du terrain est un pas vers un projet réussi, un projet qui « fonctionne ». La mise en place d’une réelle participation est donc fonction du point de vue des élus. Si ceux-ci pensent que la participation répond à une conception moderne du management local, alors elle sera un processus servant uniquement à améliorer la gestion des services publics. En revanche, si les élus y voient un « renouveau sincère de la démocratie et des valeurs républicaines et entendent faire de la politique de manière différente afin de réconcilier les citoyens avec leurs élus et la politique »23 alors une participation effective pourra se mettre en place. 1.2 Les habitants réellement intéressés par la participation ?

On parle beaucoup de la volonté politique dans la mise en place de dispositif participatif mais il est indispensable de parler d’une volonté des habitants à participer. En effet, les habitants préoccupés par des problèmes d’ordre socioéconomiques se placent uniquement en attente d’une réponse à leurs questions et d’une résolution de leurs problèmes par les institutions. Ils se révèlent assez passifs et se contentent de recevoir l’information et ce pour différentes raisons : parmi elles, la démotivation, la méfiance vis-à-vis de l’importance que l’on peut accorder à leur opinion, le manque d’intérêt. Les causes de cette non participation sont multiples, parmi elles on recense bien sûr les difficultés socio-économiques mais aussi le brouillage des repères, l’affaiblissement des lieux traditionnels de structuration et d’intégration sociale (famille, école, religion). La participation et la citoyenneté s’éduquent. Et puisqu’il s’agit d’éducation, les inégalités apparaissent immédiatement, comme dans tout apprentissage. « Les couches moyennes ascendantes » socio culturellement et économiquement évoluées sont celles qui entrent le plus volontiers dans le mouvement participatif au point parfois de les monopoliser à leur profit.

CRAPS et CURAPP, « la démocratie locale : représentation, participation et espace public »PUF, Avril 1999, 424 p

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La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains Au contraire, les couches les plus populaires socialement, culturellement et économiquement démunies, les personnes étrangères ou issues de l’immigration, les jeunes, les exclus ne répondent que marginalement aux propositions de participation et sont moins capables de faire preuve d’initiatives citoyennes face aux pouvoirs locaux. Cela peut se comprendre dans la mesure où la participation est une représentation symbolique de la société. Ceux qui participent sont donc ceux qui se sentent intégrés à la société. Or certains s’en sentent exclus et ne voient aucun intérêt à participer d’où le nombre décroissant de participants aux réunions publiques. On se retrouve aussi face à un problème de temporalité : dans les quartiers en zone sensible, les populations défavorisées doivent gérer les problèmes du quotidien, répondre à leurs besoins basiques (se nourrir, payer le loyer, se vêtir…) Ils vivent dans l’immédiateté et ont d’une part du mal à se projeter, d’autre part à s’impliquer à fond. En effet, la plupart des projets urbains (comme les grandes opérations de rénovation urbaine) se font sur le long terme, entre dix et quinze ans. Or les habitants souhaitent voir tout de suite le changement, ils se projettent uniquement dans le cours terme. De plus, la plupart d’entre eux vivent dans le quartier depuis de nombreuses années et sont donc impatients de voir ce que le projet peur leur apporter. Lassés des promesses d’amélioration, et face à des conditions de vie précaires, cette population est souvent difficile à mobiliser. Ils se sentent délaissés depuis trop longtemps et l’amertume est généralement plus forte que l’envie de saisir l’opportunité de participer et de faire bouger les choses. Eléments de réponse avec des expériences dans des quartiers sensibles. Aide du DSU pour rejoindre les populations et un réseau d’acteurs de terrain. Comment se passe la concertation dans des quartiers plus aisés ? Quel type de population (pro à la retraite ou reconvertis ? ex de la dalle de Philippeville) 1.3 Un manque de communication entre les acteurs

Le manque de communication ou plutôt de compréhension entre les acteurs, notamment entre élus et habitants est une importante limite à la participation. Les

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains projets proposés le sont souvent dans un langage technique peu appropriable par les habitants d’où une nécessaire organisation de formation. Il est en effet indispensable que chacun soit en mesure de s’exprimer et de comprendre les enjeux des projets présentés. Pour réduire l’incompréhension entre le citoyen et les actions engagées par le pouvoir local et pour rétablir le dialogue, la création d’une culture commune entre les différents acteurs de la participation parait indispensable. Cette formation peut passer par des rencontres, des débats, des visites communes. En dernier recours ce sont les élus qui décident alors quelle place pour la parole habitante ?

2. Les limites liées aux modalités de participation

2.1 La question de la représentativité des participants

La participation de quel citoyen ? Doit-on inclure l’ensemble de la population ou certaines catégories (personnes engagées) ? Face à un certain désengagement de la population et à l’impossibilité de faire participer la totalité des habitants aux réunions de concertation, les pouvoirs locaux prennent en considération les groupes les plus structurés et les plus motivés. Il s’agit fréquemment du mouvement associatif. Or depuis quelques années déjà, ce mouvement est en crise du fait de la fuite des classes moyennes qui le structurait et des difficultés croissantes rencontrées dans les quartiers d’habitat social. Ces associations n’ont plus aujourd’hui un caractère représentatif. Elles réunissent souvent des groupes de personnes « homogènes » c'est-à-dire ayant des intérêts similaires, laissant en marge certaines franges de la population et notamment les jeunes, affublés de tous les maux, les nouveaux arrivants, les femmes seules, les personnes d’origine étrangère… Il est donc difficile de rencontrer un groupe servant d’interlocuteur et représentatif de l’ensemble population d’un quartier. Il parait donc important de trouver de nouveaux dispositifs prenant en compte la totalité de la population en favorisant au maximum

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains les relations de proximité (lieux de rencontres, fêtes de quartier, activités de culture et de loisirs…)

Le monde associatif : lobby ou relais ? Autre point à soulever, le fait que ces associations puissent faire naître une certaine méfiance de la part des habitants et des élus. En effet, la structuration de ces mouvements apparaît parfois aux yeux des pouvoirs locaux comme une forme de contre-pouvoir face aux propositions qu’ils tentent de faire passer, voire de concurrence lors des élections municipales. De leur côté les habitants peuvent voir dans les associations une influence du pouvoir municipal qui contrôlent celles-ci par le biais de subventions, de prêt de matériels ou de locaux. 2.2 La question de la temporalité

2.2.1 La question du moment de la participation La notion de « temps » n’est pas la même pour les habitants et les institutions. Les habitants attendent parfois des mois avant d’obtenir une réponse à leurs questions et sont amenés à penser que les promesses à long termes ne sont que rarement tenues. C’est pour cette raison qu’il est nécessaire d’articuler le temps court, quasi quotidien et celui, plus long (des années) par la réalisation de petites opérations dans des délais pouvant aller de six mois à un an pour montrer aux habitants que la situation évolue. Il s’agit certes d’une stratégie mais c’est aussi une condition sine qua none pour crédibiliser les acteurs intervenant. En effet, si les habitants qui se sont mobilisés ne constatent pas d’évolution dans les projets entrepris, ils tendent à se démobiliser et ne pas accorder leur confiance aux élus. Les décideurs et techniciens se trouvent également confrontés au problème du « quand faire intervenir la participation ? » Il leur est souvent reprocher de placer la participation trop en aval des décisions, une fois que les grandes orientations ont

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains déjà été prises ne laissant aux habitants que la possibilité d’intervenir à la marge. Or, faire intervenir la participation trop tôt pose aussi problème face à la nécessité d’effectuer des expertises techniques et d’éliminer les projets non réalisables. Le bon moment pour associer les habitants serait donc celui se situant après l’écartement des projets non envisageables, une fois les grandes orientations définies mais avant que les premières finalités n’aient été décidées. 2.2.2 Des dispositifs limités dans le temps Les dispositifs de participation mis en œuvre ne durent souvent que le temps de la réalisation du projet urbain. Une fois celui-ci achevé, ils tendent à disparaître ne laissant pas toujours la possibilité aux habitants de participer à la gestion des aménagements et leur ôtant un lieu de dialogue avec les élus. Or la participation se construit de manière progressive et cumulative à partir des ressources humaines de terrain, d’un petit nombre d’aménagement choisis en fonction du caractère prioritaire et des attentes des habitants. Il est donc nécessaire qu’un lieu d’échange et de travail existe de manière continue, sans présence institutionnelle obligatoire afin d’éviter une capitalisation de la parole. Mais il est aussi utile que des rencontres régulières puissent se dérouler entre les habitants et les institutions et pas uniquement lorsque celles-ci le décident. C’est le cas lorsqu’il y a présence sur le quartier d’un Conseil Consultatif de Secteur ou d’une union de quartier qui sert de relais permanent entre les habitants et les pouvoirs locaux. 3. Les limites liées à la technicité des projets

Au-delà du jeu entre les acteurs, la participation pose la question de la place de la parole citoyenne. Quelle place pour la parole habitante aujourd’hui? Quelle place souhaitable pour demain ? L’habitant se voit aujourd’hui proposer par les élus locaux, une place plus ou moins grande dans le processus de décision, selon la volonté politique, l’ampleur du projet et ses marges de manœuvre en matière de participation. La place du citoyen est encore timide mais les municipalités intéressées par cette question ouvrent les portes à la participation…

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains Cependant, un habitant n’est ni architecte, ni urbaniste, il n’est pas expert en projet urbain. Même si une volonté de partager le pouvoir entre élus et citoyens émerge, la parole habitante ne peut se substituer pas au travail des professionnels. Cette parole doit tenter d’apporter un autre regard et de nouveaux éléments dans le cadre d’un projet d’aménagement mais l’habitant ne peut pas lui-même (ou même un groupe organisé) monter un projet urbain car il n’en a pas tout simplement pas les compétences. Les habitants interrogés le reconnaissent eux-mêmes : « il faut être réaliste, un projet urbain est un projet complexe, délicat, on ne peut pas le construire mais on peut lancer des pistes, des idées et des solutions ». Ils attendent en revanche que le « support de base », c'est-à-dire les grandes lignes du projet, soit évolutif.

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains

C. Bases et recommandations en matière de participation
Grâce à nos recherches, lectures, rencontres et analyse d’études de cas, nous sommes en capacité de dresser une liste de bases et de recommandations en matière de participation. Tout d’abord, soulignons qu’il n’y a pas de boite à outil idéale, il faut mobiliser l’imaginaire des citadins et permettre une expression la plus large possible. 1. Sur le plan de la communication :

Quelques recommandations sont néanmoins a appliquer pour une participation réussie : • Décrypter la logique des différents protagonistes (institutions, associations, individus) et investir sur des interlocuteurs-clés. • Pouvoir se baser sur une organisation politique adaptée (conseil de quartier, table de concertation…) qui soit une instance relais. • Organiser le dialogue par des expositions, permanences, étude des usages et mesurer quels sont les points forts de chaque modalité de dialogue. • Mettre en place un dispositif technique spécifique (atelier de travail, site Internet, locaux pour permanences…) et des outils adéquats : diagnostics, réunions, expositions…

Il est important d’élaborer un processus d’information de la population pour niveler les inégalités entre les différentes couches sociales. La participation doit toucher toutes les catégories de population concernées par le futur projet. Il s’agit alors de rechercher des méthodes « ludiques » telles que le parcours commentés, pour impliquer les personnes les plus démunies, toucher les populations analphabètes ou ne parlant pas la langue nationale. Un souci pédagogique doit accompagner l’action : plans, maquettes, communication…

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains De leur côté, les techniciens doivent faire un effort pour adopter un discours accessible, dépassant le jargon professionnel. Ils doivent également choisir des outils adaptés au message qu’ils souhaitent faire passer : plan, photos aériennes, images virtuelles, préfiguration… Autre point primordial : la transparence. Un des rôles de l’élu, accompagné des travailleurs sociaux, est de clarifier dès le départ le degré de participation. Est-ce que l’on consulte ? Concerte ? Coproduit ? Même si la participation ne s’élève pas au-delà d’un simple recueil d’avis, un positionnement clair sera perçu comme une honnêteté de la part des décideurs et sera moins critiqué par les habitants. Même si l’on ne peut satisfaire tout le monde, l’essentiel est d’être pédagogue et clair. De plus, la parole habitante ne se substitue en aucun cas au travail des urbanistes donc attention de ne pas faire miroiter des éléments irréalisables ! Il s’agit également, et c’est là un point essentiel, de créer un relais au sein des habitants en constituant un réseau d’acteurs disponibles et formés pour relayer l’information auprès du reste de la population et donc instituer un partenariat entre élus locaux et structures locales. C’est le cas au Québec avec les agents de mobilisation citoyenne qui sont engagés par les tables de concertation pour mobiliser les citoyens et impulser des mouvements participatifs. En France, les unions de quartier et les comités de citoyens joue ce rôle d’intermédiaire et d’instance de mobilisation. Enfin, la participation doit s’inscrire dans un processus continu et être mise en place bien en amont du projet, pour ne pas développer un sentiment d’exclusion de la population. Pour que ceux-ci se sentent impliqués, il faut faire vivre la concertation à chaque étape du projet : définition du cadre et formalisation du projet, réalisation, phase d'évaluation. 2. Sur le plan technique

Il s’agit tout d’abord de ne pas vouloir « en mettre plein la vue » avec un projet esthétique mais peu fonctionnel qui ne réponde pas aux attentes des habitants. L’écart est parfois grand entre les avis issus de la participation et le résultat final.

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains La population attend souvent des projets plus simples, très fonctionnels car ils ne se reconnaissent pas dans un projet trop « design ». Dans une optique d’ouverture, il ne faut pas se focaliser sur les seules attentes des habitants ; il est souhaitable de penser aussi aux futurs usagers potentiels : les personnes qui travaillent dans le quartier mais qui n’y vivent pas, les collégiens, lycéens… On peut alors travailler sur la mobilité, sur le caractère esthétique des équipements et espaces publics autour du quartier pour créer une continuité et des liaisons avec l’extérieur.

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains

Conclusion
« La participation des habitants dans les projets urbains ou opérations de renouvellement urbain est devenue un critère incontournable de réussite » Hélène Bernard Construire un projet avec les habitants et à partir de leurs préoccupations est sans aucun doute un pas vers la réussite, du moins vers un espace qui fonctionne et qui répond aux besoins de tous. L’objectif d’améliorer la qualité de vie passe sûrement par une meilleure connaissance des problèmes et des attentes de la population. La conciliation des intérêts de tous et la satisfaction des habitants est certes difficile, complexe voire impossible mais faire l’impasse ou négliger la parole de ceux qui vivront le projet jour après jour est impensable. Lorsqu’il s’agit d’agir sur la qualité de vie de toute une population, l’objectif n’est pas de réussir une prouesse architecturale ou de mettre en place un concept qui ne sera pas compris ou accepté mais bien de mettre l’urbanisme au service des résidents et de donner une dimension plus sociale et participative au projet. Au fil de notre document, nous avons pu voir la place grandissante de la participation citoyenne dans le cadre de projet urbain. Cette volonté devenue besoin de rester proche des préoccupations des populations trouve sa source dans la parole et l’initiative habitante. Démagogie politique plus que conviction pour les élus ? Réelle motivation pour les travailleurs sociaux ? Toujours est-il qu’on tend peu à peu vers une ville plus sociale, plus proche de ses citoyens et plus soucieuse de leur cadre de vie. Pour Hélène Bernard, architecte libérale travaillant à Berlin, « La participation des habitants dans les projets urbains ou opérations de renouvellement urbain est devenue un critère incontournable de réussite ». En effet, les apports de la participation citoyenne, nous l’avons vu, sont nombreux et pertinents dans la l’élaboration de projet urbain. Mais force est de constater que la place des habitants dans les processus de concertation n’est pas toujours et partout à la hauteur des attentes. Malgré les moyens mis en place, les habitants se sentent encore trop souvent mis à l’écart des décisions prises. Ils dénoncent des projets déjà bouclés, plus soumis à la consultation qu’à la concertation. Des projets trop avancés, des

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains démarches participatives inachevées, une matière bien présente mais pas toujours perçue comme un moyen d’aide à la décision finale. Différents degrés, différentes approches selon les cultures, les politiques mais une même volonté de faire émerger un nouveau système plus démocratique, où chacun pourrait apporter sa pierre à l’édifice pour le rendre à son goût et au goût de tous. La participation est encore aujourd’hui une phase expérimentale dans l’élaboration d’un projet puisqu’elle prend diverses formes et évolue constamment, selon le pouvoir politique, la culture, les acteurs… Les textes en vigueur sont faibles quant à l’obligation de faire participer la population, ce sont avant tout les initiatives locales qui créent et font « décoller » le mouvement participatif. Pourtant cette participation doit devenir un élément incontournable dans le processus de projet car nous l’avons démontré tout au long de notre réflexion, la participation citoyenne est un pas indéniable vers de la réussite d’un projet, du moins du point de vue de son acceptation par les habitants. Mais il serait peu raisonnable de dire que cette réussite ne réside que dans la présence de la population. En effet, le phénomène de concertation est un moyen d’alimenter le projet, de l’enrichir, de le doter de nouveaux éléments apportés par cette parole habitante. Mais l’habitant n’est pas un professionnel et même si son rôle dans l’élaboration de projet doit s’affirmer, cette démarche doit être encadrée pour que chacun prenne sa place dans le processus de décision et de conception, selon sa qualité. L’habitant ne doit pas remplacer l’urbaniste mais plutôt lui faire découvrir un d’autres aspects de son milieu de vie, lui amener de nouvelles pistes d’idées, réflexion pour que celui mette son expertise au service des populations. L’enjeu est donc de donner du sens à la participation et de fixer pour chaque projet des objectifs précis : faire de la concertation un outil d'aide à la décision, prendre en compte les usagers de manière optimale, construire du consensus, faciliter l'appropriation du projet par les habitants.

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains

Bibliographie typologique
Revues • « La participation du public après la loi du 27 février 2002 », Etudes foncières n°97, mai-juin 2002 • « L’aménagement en attente d’une démocratie de participation », Etudes foncières n°101, janvier-février 2003 • « De la participation des habitants au débat public », Les cahiers du DSU, n°26 mars 2000 • « Formes légales et initiatives locales de participation », Les cahiers du DSU, n°35 septembre 2002 • • « La démocratie s’enferme dans la crise », Territoires, n°462, novembre 2005 « Politique de participation et participation au politique, les habitants dans la décision locale », Territoires n°400, septembre-octobre 1999 • « Le contrat de ville : comment mieux associer les habitants ? » Emmanuel DUPONT, la gazette des communes, des départements et des régions, n°45-1575, novembre 2000 Ouvrages • « l’Etat animateur, essai sur la politique de la ville », Jacques DONZELOT et Philippe ESTEBE, Paris, éditions Esprit 1994, 238 p. • « Banlieue en difficulté : la Relégation », Jean-Marie DELARUE Paris, Syros Alternatives, 1991, p 224 p. • « Marché de définition Mistral, Présentation du quartier : éléments statistiques », Service Prospective urbaine, Service logement, Service DSU de la Ville de Grenoble, document de l’AURG, février 2002 • « Faire la ville autrement, de la démocratie locale et la parole des habitants », Patrick NORYNERG, édition Y. Michel, 2001, 152 p. • « Quand les habitants gèrent vraiment leur ville ; le budget participatif : l’exemple de Porto Alegre, Brésil » Tarso GENRO et Ubiratan DE SOUZA, Paris, Fondation pour le progrès de l’homme, 1998, 103 p. • « Une nouvelle politique de la ville, Analyse critique de la Loi du 1er août 2003 », Serge GONTCHAROFF, Paris : ADELS, 2005. 542 p. • « La démocratie locale : représentation, participation et espace public » CRAPS et CURAPP, PUF, Avril 1999, 424 p. • « Demain la ville », Jean-Pierre SUEUR, Paris, La Documentation Française, tome 1, 1998, 230 p.

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains Liste des figures

Figure 1 : le modèle du triangle élastique : Nina Faucheux Figure 2 : l’état actuel de la rue Jarry, source : Nina Faucheux Figure 3 : schéma de compréhension de la posture, source BazarUrbain Figure 4 : taux de variation annuel de la population du quartier Mistral, source Etude de définition quartier Mistral Figure 5 : la place aujourd’hui, source jankopp.free.fr Figure 6 : le projet de la place Mistral – Eaux Claires, source : jankopp.free.fr Figure 7 : la Helmholtzplatz, source : photo d’Anne-Catherine Michel

Liste des annexes

Annexe 1 : Plan de travail pour la période septembre/novembre 2007. Annexe 2 : Grille d’analyse du parcours citoyen. Annexe 3 : Compte rendu parcours citoyen du 24 septembre 2007. Annexe 4 : Grille d’analyse du parcours travailleurs. Annexe 5 : Compte rendu du parcours travailleurs du 02 octobre 2007. Annexe 6 : Questionnaire à l’attention du

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains Table des matières

Avant propos __________________________________________________________________ 4
Remerciements ______________________________________________________________________________ 5 Sommaire ___________________________________________________________________________________ 6 Introduction _________________________________________________________________________________ 7 Méthode ____________________________________________________________________________________ 9 Champ de l’étude et mots clé____________________________________________________________________ 9

CHAPITRE 1 volet théorique :___________________________________________________ 10 PARTIE 1 : éléments de contexte pour comprendre les enjeux du sujet __________________ 10
A. Une montée progressive de l’intérêt pour la participation ________________________________________ 10 1.1 La naissance des problèmes urbains, stimulateur de participation _________________________________ 10 1.2 Le cheminement de la participation citoyenne dans les textes et les actions officielles. ________________ 10 1.3 La politique de la ville, moteur de la participation _____________________________________________ 12 B. Les dispositifs de participation, le point sur la législation française ________________________________ 14 1.1 La concertation des citoyens en matière d’urbanisme___________________________________________ 14 1.2 L’approfondissement de la démocratie de proximité ___________________________________________ 15 C. Qu’entendons-nous par participation ?_______________________________________________________ 16 1. Définitions _______________________________________________________________________________ 16 1.1 La participation, une notion floue et évolutive ________________________________________________ 16 1.2 Notre définition ________________________________________________________________________ 18 2. Les différents degrés de la participation ________________________________________________________ 19 2.2 La consultation ________________________________________________________________________ 20 2.3 La concertation ________________________________________________________________________ 21 2.4 La coproduction________________________________________________________________________ 23 3. Les différents aspects de la participation________________________________________________________ 24 3.1 Participation à l’action ou à la décision ? ____________________________________________________ 24 3.2 Participation active ou passive ? ___________________________________________________________ 24

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains
3.3 Les trois aspects de l’offre de participation___________________________________________________ 25

PARTIE 2 : La participation, un sujet à la mode ____________________________________ 26
A. Pourquoi un engouement pour la participation ? _______________________________________________ 26 1. Pourquoi une participation ? _________________________________________________________________ 26 1.1 Vers une légitimation de la décision ?_______________________________________________________ 26 1.2 Vers une responsabilisation des habitants ? __________________________________________________ 27 1.3 Vers une lutte contre l’exclusion ? _________________________________________________________ 27 1.4 Vers une dynamique sociale ? _____________________________________________________________ 28 1.5 Vers un enrichissement de la démocratie représentative ? _______________________________________ 29 B Quels acteurs pour une réelle participation ?___________________________________________________ 30 1. Du modèle du « triangle élastique »… _________________________________________________________ 30 1.1 Trois groupes d’acteurs __________________________________________________________________ 30 1.2 Le modèle du triangle élastique____________________________________________________________ 31 2. … à l’implication d’autres acteurs_____________________________________________________________ 32 C. Quelle place pour la participation dans le débat politique actuel ? _________________________________ 34 1. La remise en cause de la légitimité ____________________________________________________________ 34 2. L’habitant : problème ou ressource ?___________________________________________________________ 36

CHAPITRE 2, volet pratique : Etudes de cas et de terrain _____________________________ 37
A. Le quartier Saint Michel à Montréal, Québec (étude de terrain) ___________________________________ 37 1. Contexte _________________________________________________________________________________ 37 1.1 Le contexte politique québécois ___________________________________________________________ 37 1.2 Portrait du quartier Saint Michel ___________________________________________________________ 39 1.3 Histoire du quartier Saint Michel __________________________________________________________ 40 2. Le projet_________________________________________________________________________________ 42 2.1 Le projet de revitalisation de la rue Jarry ____________________________________________________ 42 2.2 Le dispositif participatif retenu : le parcours commenté _________________________________________ 44 3. Retour sur expérience ______________________________________________________________________ 46

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains
B. Le projet Mistral à Grenoble (étude de cas) ___________________________________________________ 49 1. Le contexte_______________________________________________________________________________ 49 1.1 Histoire : De la cité jardin à aujourd’hui… ___________________________________________________ 49 1.1.1 La cité jardin du Rondeau ______________________________________________________________ 49 1.1.2 L’actuelle cité Mistral _________________________________________________________________ 50 1.2 Portrait du quartier _____________________________________________________________________ 51 1.2.1 Données démographiques ______________________________________________________________ 51 1.2.2 Une population fragile_________________________________________________________________ 52 2. Le projet_________________________________________________________________________________ 52 2.1 Le programme de renouvellement urbain ____________________________________________________ 52 2.2 Les dispositifs participatifs retenus _________________________________________________________ 54 3. Retour sur expérience ______________________________________________________________________ 57 C. La Helmhotlzplatz de Berlin, Allemagne (étude de cas) _________________________________________ 59 1. Le contexte_______________________________________________________________________________ 59 1.1 Le contexte politique allemand. ___________________________________________________________ 59 1.2 Le contexte berlinois ____________________________________________________________________ 60 1.3 Management de quartier dans le cadre du programme « ville sociale » _____________________________ 62 2. Présentation du terrain ______________________________________________________________________ 63 2.1 Portrait du quartier Prenzlauer Berg ________________________________________________________ 63 2.2 Histoire du quartier _____________________________________________________________________ 64 3. Le projet_________________________________________________________________________________ 65 3.1 Le réaménagement de la Helmholtzplatz ____________________________________________________ 65 3.2 Le dispositif de participation retenu ________________________________________________________ 66

CHAPITRE 3, volet analytique : les apports et limites de la participation habitante ________ 68
A. Les apports, les plus values de la parole habitante ______________________________________________ 68 1. Les plus-values démocratiques _______________________________________________________________ 68 2. Les plus-values techniques __________________________________________________________________ 69

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains
3. Les parcours urbains approche sensible et technique ______________________________________________ 70 B. Les limites : ___________________________________________________________________________ 71 1. Limites liées aux acteurs de la participation _____________________________________________________ 71 1.1 Les élus véritablement prêts pour une réelle participation ? ______________________________________ 71 1.2 Les habitants réellement intéressés par la participation ? ________________________________________ 72 1.3 Un manque de communication entre les acteurs _______________________________________________ 73 2. Les limites liées aux modalités de participation __________________________________________________ 74 2.1 La question de la représentativité des participants _____________________________________________ 74 2.2 La question de la temporalité _____________________________________________________________ 75 2.2.1 La question du moment de la participation _________________________________________________ 75 2.2.2 Des dispositifs limités dans le temps ______________________________________________________ 76 3. Les limites liées à la technicité des projets ______________________________________________________ 76 C. Bases et recommandations en matière de participation __________________________________________ 78 1. Sur le plan de la communication : _____________________________________________________________ 78 2. Sur le plan technique _______________________________________________________________________ 79 Conclusion _________________________________________________________________________________ 81 Bibliographie typologique _____________________________________________________________________ 83 Liste des figures _____________________________________________________________________________ 84 Liste des annexes ____________________________________________________________________________ 84 Table des matières ___________________________________________________________________________ 85

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains
Plan de travail pour la période septembre/novembre 2007.

Temps imparti Volet 1 Début septembre jusque mioctobre

Tâches/activités Organisation et réalisation du parcours Construction du parcours Définir un itinéraire intéressant au vu de l'objet de l'étude. Un lieu de départ, un trajet et un lieu d'arrivée sont à déterminer. Une fois le parcours défini, il faudra le tester entre nous pour voir s’il correspond à nos priorités, s’il n’est pas trop long ou trop court… Appel à participation Prendre contacts avec les résidents, commerçants, organismes potentiellement intéressés. Cela se fera par téléphone ou par le dépôt d’une note explicative dans les boîtes aux lettres. Réalisation des parcours Définir une date, une heure, un lieu de rendez-vous pour effectuer les parcours. Former des groupes homogènes (résidents, commerçants, organismes, entreprises…). Recueillir les données (prise de notes, magnétophone, photos…). Rassembler les participants après le parcours pour lister les points importants.

Volet 2 Analyse des données Sur toute la Mettre au propre les notes, écouter et retranscrire les période des enregistrements pour chaque groupe, visualiser les photos. parcours jusque fin octobre Analyser les informations recueillies à travers des thèmes (logement, voirie, équipement…), des mots-clés (trottoirs, espace public, verdure, mobilier urbain…), des idées générales, des commentaires redondants. Ces informations seront qualitatives et pourront être présentées sous forme de fiches thématiques. Volet 3 Mi-octobre jusque fin novembre Présentation et compte rendu de la démarche Rassembler toute les informations, les mettre en forme et les retraduire dans des documents illustrés qui seront distribués à ceux qui ont participé et bien sûr aux élus et aux urbanistes qui travaillent sur les projets de revitalisation. Organiser un événement pour une présentation des résultats en grand groupe (exposition, film, débat…).

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La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains Compte rendu parcours citoyen du 24 septembre

Les participants : 9 citoyens (résidant sur la rue Jarry) Renée Claude Bergeron (agente de mobilisation citoyenne) Thibault Temmerman… (stagiaire au journal de Saint Michel ») Fereshteh Amarsy (stagiaire développement international)

Durée du parcours : 1h15 + 1 h de débat/lunch Premiers constats : Les citoyens présents sont des personnes habituées des consultations et paraissent un peu désabusés car la plupart de leurs revendications restent sans réponses depuis des années. Il y a donc un questionnement sur les apports de cette démarche. Mais ce sont des personnes mobilisées, qui connaissent bien la rue et qui voient ce qui peut fonctionner ou non en terme de projet. Ils se sont beaucoup exprimés et ont beaucoup échangé tout au long du parcours. Les commentaires, les demandes : L’enfouissement des fils qui causent des problèmes de sécurité, d’esthétisme, de place sur la chaussée etc.… « Si les fils sont enfouis, 75% du travail est fait ». La propreté urbaine. En effet, il a une quasi absence de poubelles sur l’ensemble de la rue et beaucoup de canettes, papiers sont jetés par terre. L’emplacement du « garage » Jarry Auto entre la 9ème et la 2ème. Les citoyens voudraient que le règlement municipal soit appliqué car la présence de cette activité est illégale. Le besoin de réguler la circulation en synchronisant les lumières pour éviter l’effet arrêt, redémarrage, arrêt… qui génère du bruit et de la pollution ainsi que des limitations de vitesse sur les rues résidentielles secondaires. La volonté de conserver la façade de l’école St Bernardin qui est un objet patrimonial pour les citoyens. La plantation d’arbre en bordure des trottoirs pour « verdir » la rue. Des idées pour l’implantation de nouveaux commerces : boulangerie, boucherie, nettoyeur, cordonnier (service de proximité). Le plus bel endroit sur le parcours : le centre CLSD et son aménagement vert. Le pire endroit sur le parcours : Jarry Auto

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains Compte rendu parcours travailleurs du 02 octobre 2007
Les participants : 10 travailleurs : (5 employés du Cirque du Soleil, 3 employés de la Tohu, 2 employés du CLSC) Durée du parcours : 1h + 1 h de débat/lunch Premiers constats : Les travailleurs ont une attitude beaucoup plus « posée » que les citoyens et moins revendicatrice. Si l’on compare les positions des 2 groupes, on constate que l’amélioration du milieu de travail parait moins importante que celle du milieu de vie. Les commentaires des travailleurs portent avant tout sur l’aspect pratique et fonctionnel de la rue qu’ils désirent voir comme un espace de consommation. L’aménagement et l’embellissement de la rue sont aussi des points importants dans leur discours. Les commentaires, les demandes : L’implantation de nouveaux commerces et services pour magasiner durant la pause dîner : de nouveaux restaurants (mais pas de snacks), épicerie, magasins d’habillement, librairie… La disparition (du moins la diminution) des magasins à rabais pour revitaliser la rue et redynamiser l’économie locale en attirant une nouvelle clientèle (et notamment celle des travailleurs). La sécurité des piétons et des cyclistes. Limiter la vitesse à 40km/h sur la rue, faire respecter les priorités des cycles et piétons en aménageant les intersections, accroître la surveillance policière. L’enfouissement des fils, avant tout pour l’esthétique de la rue. La propreté urbaine. Davantage de poubelles tout au long de la rue Jarry. La végétalisation de la rue par la plantation d’arbres et de fleurs. La réfection des trottoirs pour circuler plus facilement sur Jarry. La volonté, comme les citoyens, de conserver la façade de l’école St Bernardin. Le plus bel endroit sur le parcours : l’école Saint Bernardin. Le pire endroit sur le parcours : le secteur des entrepôts. Les travailleurs souhaitent voir changer l’image de la rue. Ils veulent que Jarry devienne un milieu de vie dynamique, un espace multifonctionnel avec des commerces, des services, de l’habitat, des loisirs… Selon eux, la revitalisation doit trouver sa source dans l’économie et donc dans l’implantation de commerces et services qui satisferont les besoins des personnes internes mais aussi externes au quartier. La venue d’un géant comme le Cirque du Soleil et la création de la Cité des Arts du Cirque constituent une immense plus-value pour le quartier Saint Michel. Il est donc important d’insérer au mieux leurs activités, de répondre autant que possible aux besoins et de faire le lien avec le reste de la communauté micheloise dans une optique de revitalisation globale.

La participation des habitants à l’élaboration des projets urbains Questionnaire à l’intention des commerçants de la rue Jarry Est

Dans le cadre du chantier de revitalisation de la rue Jarry, un travail de concertation est mené avec les citoyens pour permettre à chacun d’exprimer ses attentes, besoins, idées… L’accent est mis sur la participation des commerçants de la rue en vue d’améliorer leurs conditions de travail, l’aspect et l’accès à leur commerce dans le futur projet urbain.

Ce questionnaire permettra de prendre en compte l’avis des commerçants de la rue Jarry et de mieux cibler les besoins et attentes.

Nom et type du commerce (restaurant, dépanneur, pharmacie…)

Nom du gérant ou du responsable

Quelques questions sur votre commerce…

Quel le type de clientèle fréquente votre commerce? (travailleurs, résidents du quartier, personnes extérieures?) Les clients sont-ils plutôt des habitués ou des gens nouveaux chaque jour? Quelles améliorations souhaiteriez-vous apporter à votre commerce (agrandissement, rénovation, déplacement…) Comment qualifierez-vous votre affaire? (très rentable, rentable, peu rentable, difficile à faire marcher…) ? Qu’attendez-vous du projet de revitalisation de la rue Jarry en terme d’aménagement (trottoirs, enfouissement des fils électriques, abribus, embellissement…)? Pensez-vous qu’un projet d’aménagement et une nouvelle image de la rue donnerait à votre commerce un nouvel attrait (pour les populations internes mais aussi externes au quartier)? Comment voyez-vous votre commerce et son environnement après le projet (façade, terrasse, accès…)? Autres commentaires…

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