L’ISLAM TEL QUE JE L’AI CONNU : RELIGION DE LA CLÉMENCE ET DE LA PAIX

NASRI SALHAB

Publications de l’Organisation islamique pour l’Education, les Sciences et la Culture -ISESCO- 1424H/2003

Photocomposition et montage : ISESCO Dépôt légal : 1386/2001 ISBN : 9981-26-287-0 Impression : Imprimerie Beni Isnassen Salé - Royaume du Maroc

Table des matières
Préface ……………………………………………………………… Introduction …………………………………………………………… 7 9

Quelques données utiles aux non-musulmans ……………………… 11 Chapitre I - Dieu le Clément, le Miséricordieux …………………… 15 Chapitre II - Les Juifs de la Péninsule - les Chrétiens ……………… 25 Chapitre III - Le Coran, Livre du Chrétien et du Musulman ………… 29 Chapitre IV - Entre les deux religions … des différences …………… 39 Chapitre V - La place du Chrétien dans l’Islam ……………………… 47 Chapitre VI - Sourate “Al Bourouj” - Zou Nou’ass ………………… 51 Chapitre VII - L’égalité ……………………………………………… 57 Chapitre VIII - Les mœurs - la patience et le pardon ………………… 63 Chapitre IX - Religion de la conviction, non de la contrainte ……… 67 Chapitre X - L’être est fait de corps et d’esprit ……………………… 73 Chapitre XI - La polygamie ………………………………………… 79 Chapitre XII - Le mariage et le divorce dans l’Islam ………………… 83 Chapitre XIII - L’Islam est une école de charité …………………… 87 Chapitre XIV - La guerre …………………………………………… 95 Chapitre XV - La guerre sainte - Al Jihad …………………………… 107 Chapitre XVI - Le Tribut …………………………………………… 119 Chapitre XVII - Al Amane (La sécurité - protection) ………………… 125 Chapitre XVIII - La femme en Islam ……………………………… 129 Chapitre XIX - Le Voile ……………………………………………… 137 Chapitre XX - Le Vol ………………………………………………… 143 Chapitre XXI - Le Paradis en Islam ………………………………… 153 Chapitre XXII - L’Islam, soutien du Christianisme ………………… 161

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Préface
Depuis sa création, l’Organisation islamique pour l’Education, les Sciences et la Culture -ISESCO- œuvre, par les moyens relevant de sa compétence, à mettre en valeur la conception islamique des différentes questions humaines. C’est ainsi qu’elle a abordé les questions d’actualité dans une perspective islamique, à la fois scientifique et objective, tout en respectant les impératifs de rigueur et d’exhaustivité. Cette méthodologie apporte un éclairage sur l’authentique image de l’Islam, et réfute les fausses assertions avancées par des chercheurs tendancieux, ou qui méconnaissent les nobles principes de l’Islam. Dans ce cadre, l’ISESCO a publié une série d’études visant à rectifier les erreurs concernant le Coran, la foi islamique et la vie du Prophète commises par l’Encyclopédie islamique de la maison d’Edition Brill, Leiden, Pays-Bas. Le présent ouvrage “L’Islam tel que je l’ai connu : Religion de la clémence et de la paix” constitue un nouveau genre dans la série des publications de l’ISESCO, en ce sens qu’il reflète le point de vue d’un chercheur et penseur chrétien arabe du Liban. Ancien ambassadeur de son pays auprès du Vatican, Dr. Nasri Salhab a étudié l’Islam sur toutes les coutures pour expliquer ses vérités intrinsèques et son équité. Au début de son ouvrage, l’auteur a traité de l’inimitabilité du Coran notamment la Basmala, considérant que le Coran est une révélation divine et un livre sacré pour les musulmans. Il a, de plus, mis en exergue la place qu’occupe la femme dans l’Islam. Par ailleurs, l’ouvrage traite de la question du jugement et du châtiment, du droit du corps et de l’esprit dans l’Islam, du régime de la Jizia (impôt dû par les non-musulmans vivant en terre d’Islam, aux autorités musulmanes) et de l’Amane, du principe du bon voisinage et d’autres sujets, ainsi que les questions où le point de vue de l’Islam est compatible avec les valeurs humaines universelles. Consciente de l’importance du dialogue entre les civilisations, les cultures et les religions, l’ISESCO a publié cet ouvrage pour affirmer le rôle civilisationnel que les musulmans ont joué à travers l’histoire en matière de promotion de la civilisation universelle, et leur contribution effective

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aux domaines scientifiques par la traduction, la documentation et l’invention. Autant d’éléments que l’auteur s’est attelé à faire ressortir de la manière la plus plausible qui soit. L’ISESCO rend hommage à l’auteur pour l’étude objective de la civilisation islamique qu’il a menée. Elle le remercie également pour son honnêteté intellectuelle et sa vision lucide des préceptes du Coran, qu’il a d’ailleurs illustrés dans une langue claire et par une argumentation cohérente. Que Dieu nous assiste pour le bien-être de la Oummah islamique.

Dr Abdulaziz Othman Altwaijri Directeur général de l’Organisation islamique pour l’Education, les Sciences et la Culture (ISESCO)

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Introduction
J’ai vu l'Islam, et je l’ai aimé. Mais, avant de le voir, j’en avais entendu parler. Ce que j’ai vu est le contraire de ce que j’avais entendu. Ce fut alors que je saisis le sens du dicton qui dit : “Entre la vérité et le mensonge il y a quatre doigts. La vérité est de dire : ‘j’ai vu’. Le mensonge est de dire : ‘J’ai entendu’”. Aussi ai-je compris combien l’Occident a médit de l’Islam : Sa beauté devint laideur; sa pureté, impureté; son courage, terrorisme; sa foi, mécréance; sa miséricorde, injustice. Ses vertus devinrent des vices, et sa Révélation, un blasphème. Pendant de nombreux siècles l’Islam fut la cible des médisances et des calomnies. Toutefois, au fil des ans, la situation évolua. Elle n’est plus de nos jours ce qu’elle fut autrefois. Car lentement, petit à petit, l’Islam se dévoilait, dans sa réalité, à l’Occident, plus particulièrement en France où les Musulmans atteignent trois millions, et où leurs penseurs et leurs oulémas ont contribué, dans une large mesure, à sa “réhabilitation”. Toutefois le courant extrémiste qui apparut dans cetains pays arabes et musulmans porta l’Occident à s’interroger sur une religion, à l’origine révélée par Dieu comme une source de miséricorde et de paix, et qui fut, depuis son apparition, un exemple de tolérance et de bienveillance, mais qui, à travers le courant extrémiste susvisé, est perçue par l’Occident, comme une religion de fanatisme et de terrorisme. Dans son essence et dans son fond, dans ses origines et ses fondements, l’Islam est la religion de la miséricorde et de la paix, la religion de la compassion et de la tolérance, la religion de la science et de la lumière, non point la religion de la violence, ni celle du fanatisme et de l’ignorance. Mon objectif, dans le présent ouvrage, est de contribuer à projeter un rayon de lumière sur la réalité de cette religion que j’ai aimée et que j’aime. Je compte sur Dieu, source de toute Lumière, pour y réussir.
Nasri Salhab

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Quelques données utiles aux non-Musulmans
Ansars (Partisans) : Les premiers Musulmans de Médine (Yathreb) qui ont soutenu le Prophète. Calife (ou Khalife, ou Khalifah) : Successeur du Prophète, puis chef suprême politique et religieux de la Nation islamique. Chari’a : Législation islamique dont les principales sources sont le Coran et le Hadith (voir infra) ou Sunna. Croyants (ou “Ceux qui ont cru”, ou “O vous qui croyez” …) : Musulmans. Dans ce sens, nous avons reproduit ce mot avec un M majuscule. Descendre : Le correspondant, chez les Chrétiens, du verbe Révéler. Ainsi, le Coran fut descendu par Dieu à Mohammad. Différence essentielle : Mohammad n’a fait que recevoir la Parole de Dieu. Et, telle qu’il l’a reçue, il l’a communiquée, sans rien y ajouter, et sans rien en retrancher. La révélation islamique diffère essentiellement de celle des Chrétiens où l’auteur, inspiré, écrit (comme co-auteur) ce qui lui est révélé par Dieu. Le Coran fut descendu en langue arabe. Emigrés (Al Mouhajiroun) : Les premiers Musulmans qui, à l’aube de la Révélation, du vivant du Prophète, ont émigré de la Mecque à Yathreb, ou Médine, fuyant la persécution des Mouchrikines (voir infra). Hadith : Propos que le Prophète a tenus, et attitudes qu’il a prises dans diverses circonstances et qui, après le Coran, constituent la source principale de la Foi et de la Chari’a islamiques. Synonyme : Sunna. Ibn Abdoullah : Fils de Abdillah; surnom du Prophète dont le père s’appelait Abdoullah. Ka’aba : Edifice (cubique); Maison de Dieu, construite à la Mecque, plus ancienne que celle de Salomon à Jérusalem, et dédiée à Dieu l’Unique. Transformée (vers l’an 605) en un panthéon de 360 idoles qui, dans leur totalité, furent détruites par Mohammad en personne, qui a rendu l’Edifice au culte de Dieu l’Unique, à travers l’Islam.

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Mouchrikines : (littéralement associateurs). Ceux qui, notamment à la Mecque, adoraient Dieu l’Unique en lui associant d’autres “divinités” (idoles) au nombre de 360 (voir supra). Mouazzin : Fonctionnaire chargé d’appeler du haut du minaret aux cinq prières quotidiennes de l’Islam. Rachidines : Surnom des quatre premiers successeurs du Prophète : Abou Bakr Al-Siddiq, Omar Ibn Al-Khattab, Othman Ibn Affan, et Ali Ibn Abi Taleb. Sourate : Chapitre du Coran composé de 114 sourates dont chacune a un titre. Les sourates sont divisées en versets. Ulémas : Ou Oulamas. Docteurs de la loi musulmane, juristes et théologiens.

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Traduction des versets coraniques
Pour diverses raisons, aussi essentielles l’une que l’autre, le Coran est, pratiquement, intraduisible. Il faudrait, pour cela, recourir aux périphrases, aux métaphores … qui risquent de nous éloigner de la concision qui caractérise son style tout particulier et unique. A la différence des Livres de l’Ancien et du Nouveau Testament, qui sont des Livres écrits par leurs auteurs sous l’inspiration, c’est-à-dire “révélés”, le Coran est l’œuvre exclusive de Dieu qui, dans Son Livre, s’est révélé être un auteur inimitable. Le mortel que je suis ne peut, donc, qu’essayer de rendre le sens des versets coraniques intelligibles. C’est ce que j’ai essayé de faire, dans la traduction de mon ouvrage où, pour rendre aux versets coraniques leur sens voulu par Dieu, je me suis référé, entre autres, aux traductions de Mohammad Hamidoullah(1), d’Edouard Montet(2) et de Kasimirski(3). J’ose espérer que le lecteur ne me tiendra pas rigueur de mon “imperfection” d’être humain. Dieu seul, béni soit son nom, est infaillible et parfait.

L’auteur-traducteur N.S.

(1) Club Français du Livre, 1966 (Préface de Louis Massignon). (2) Editions Payot et Rivage, 1998. (3) Editions Rombaldi, 1973.

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Chapitre I “Dieu le Clément, le Miséricordieux”
Dès les premiers instants, mon attention fut attirée par le fait que toutes les sourates du Coran débutaient par les mêmes quatre mots(1) qui, de ce fait, devinrent partie intégrante de l’Islam, participant de son essence et constituant, aussi, son Titre et la Porte qui mène à lui : “Au nom de Dieu le Clément, le Miséricordieux”.(2) Dans leur fond et leur forme, dans leur esprit et leur lettre, ces quatre mots sont, sans conteste, parmi les plus beaux que l’oreille humaine ait entendus. Celui qui parle et agit “au nom de Dieu le Clément, le Miséricordieux” ne peut dire et faire que des paroles et des actes pétris de miséricorde, laquelle est la plus grande vertu dont l’âme humaine puisse se parer. Et si Dieu, dans le Christianisme est Amour, comme l’a résumé un Jésuite célèbre, dans l’Islam Il est Miséricorde. Le Musulman “authentique” ne peut pas ne pas être miséricordieux. “Heureux les Miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde”, a dit le Christ, Fils de Marie. De son côté, le Prophète arabe Mohammad a dit : “Faites miséricorde (ayez pitié) à ceux qui sont sur terre, Celui qui est au ciel vous fera miséricorde”. Avec le Christ et Mohammad je dis : “Heureux tout Musulman qui se comporte selon les préceptes du Livre de Dieu ! Heureux les Musulmans -cléments et miséricordieux- qui marchent sur les pas de leur Prophète, et se conduisent selon les commandements de Dieu, leur Créateur ! Cette miséricorde, qui constitue le Titre de l’Islam, comme nous l’avons dit, est directement suivie de l’humanisme et de l’universalisme de cette religion qui est la religion de l’homme, dans le sens absolu du terme, en
(1) Sauf la sourate Le Repentir, la 9ème dans l’énumération coranique. (2) En arabe, ces mots sont au nombre de quatre : Bism Illah Arrahmane Arrahime.

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tout lieu et en tout temps, non point la religion des Arabes et des Musulmans, exclusivement : “O, les gens ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle et avons fait de vous des peuples et des tribus, pour que vous vous “entreconnaissiez”. Le plus noble des vôtres, auprès de Dieu, c’est le plus pieux”, [Les Cloisons : 13]. O, les gens, tous les gens, ceux d’hier, d’aujourd’hui et de demain, Arabes fussiez-vous ou non Arabes, Musulmans ou non Musulmans, la piété est votre chemin vers Dieu, qui vous a créés, et qui est le Dieu des mondes. L’humanisme et l’universalisme de l’Islam sont ses deux bras ouverts pour accueillir tout être humain, et font que tout être humain se dirige vers lui, étant persuadé qu’il y trouvera une nourriture pour son âme et une échelle spirituelle qui l’élèvera à Dieu le Miséricordieux, ainsi qu’au Paradis que Dieu, dans Sa toute Puissance, a préparé pour y accueillir les gens de piété et de bien. Dans ce contexte, le verset suivant prend sa place et devient plus intelligible : “Cela ne dépend ni de vos souhaits, ni de ceux des Gens du Livre. Quiconque fait un mal en sera puni et ne trouvera, hors de Dieu, ni ami ni secours”, [Les Femmes : 123]. Assurément, ce n’est point selon vos souhaits, O Musulmans, ni selon vos souhaits, O Chrétiens, que les choses se passeront. Si le Musulman fait le mal il en sera puni; si le Chrétien fait le mal il en sera puni. L’Islam est loin, trop loin du racisme, du fanatisme ethnique, et de l’apartheid dans la foi. L’Islam est la religion de l’humain, de l’universel. Le Coran contient de nombreux versets déclarant que Dieu -béni soit son nom- a envoyé Mohammad au genre humain, non point aux Arabes exclusivement. Nous en citons ci-dessous quelques uns : “Et nous ne t’avons envoyé que comme annonciateur et avertisseur pour tous les gens”, [Saba : 28]. “Béni soit Celui qui a fait descendre le Discernement (le Coran) sur son esclave (Mohammad) afin qu’il soit un avertisseur pour les mondes”, [Le Discernement : 1]. “Dis : O tous les gens, je suis le Messager de Dieu à vous tous”, [Les Limbes : 158].

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Pour cette raison, l’homme, indépendamment de son appartenance ethnique et raciale, indépendamment de sa couleur, noire ou blanche, fut-il du Nord ou du Sud, de l’Orient ou de l’Occident, se sent concerné par l’Islam et par ce qu’il contient, comme vertus et valeurs spirituelles et morales, éducatives et sociales, destinées à l’humanité entière, dans toutes ses étapes, depuis qu’elle existe jusqu’à sa disparition dans l’Eternité. Aussi Dieu a-t-il tenu à faire comprendre aux Musulmans que les Lieux Saints, notamment la Mecque (magnifiée) avec sa Kaaba (honorante) sont, non point une fin de périple, un objectif final, mais un point de départ, et qu’ils sont un lieu de rencontre temporel pour les pélerins qui y affluent des lointains horizons afin de se connaître mutuellement, d’être bénis et d’élever leurs prières à Dieu, le Miséricordieux, sollicitant son pardon et sa bénédiction, puis retourner à leurs pays respectifs, les âmes et les cœurs purifiés et lavés des souillures dont ils se sont entachés au fil des ans. La prière du Musulman est agréée par Dieu, même si, en priant, il n’a point le visage tourné vers la Mecque; car ce qui importe à Dieu ce sont les directions des cœurs et des consciences, non point la direction des visages et des yeux : “A Dieu l’Orient et l’Occident. Où que vous vous dirigiez, là est le visage de Dieu”, [La Vache : 115]. De même : “ n’est pas charité(1) Ce que de tourner vos visages vers l’Orient ou l’Occident(2).Mais c’est charité que de croire en Dieu et au Jour dernier, aux anges, au Livre et aux prophètes, de donner de son argent, pour l’amour de Dieu, aux proches, aux orphelins, aux pauvres, à l’enfant de la route et aux mendiants, et pour délier les jougs; et d’établir l’Office et d’acquitter la dîme; et ceux qui honorent leurs engagements lorsqu’ils se sont engagés …", [La Vache : 177].

(1) Ou piété. (2) Le Coran contient plus d’un verset qui recommande aux Musulmans, lorsqu’ils prient, de diriger leurs visages vers la Mosquée Sacrée (Al Masjid Al Haram). A titre d’exemples, les versets 144, 148 et 149 de la sourate “La Vache”. Une telle mesure est, sans doute, pleine de sagesse car elle implique que les Musulmans, où qu’ils se trouvent, dirigent, lors de leur prière, leurs yeux et leurs consciences, ainsi que leur cœurs, vers un même et unique lieu. Mais la prière est agréée quel que soit l’orientation de celui qui prie : “L’Orient et l’Occident sont à Dieu …".

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Ces deux versets - et il y en a d’autres dans le même sens - ont élevé l’Islam au zénith de l’humain et de l’universel; ils l'ont libéré de tout lien, en résumant la religion de Dieu, laquelle, de ce fait, devint la religion de l’être humain, dans son absolu. Comme on le sait, la prière est l’un des cinq piliers de l’Islam. Dieu l’a prescrite dans plusieurs versets dont nous citerons ci-dessous quelques-uns : - “… Et prie, la prière est, pour les Croyants, une obligation prescrite en temps déterminés”, [Les Femmes : 103]. - “Prie; la prière est un obstacle à la turpitude et à ce qui est interdit”, [L’Araignée : 45]. - “O, les Croyants ! Cherchez secours dans la patience et la prière ”, [La Vache : 153]. De même, indirectement : - “Qu’est ce qui vous a conduit à l’enfer ?” Ils dirent : “Nous ne fûmes pas parmi ceux qui prient”, [Al Mouddathir, l’Habillé : 42-43]. - “L’homme fut créé avide; si le malheur le touche, il est abattu; et si le bien le touche, il le refuse; sauf ceux qui prient”, [Les Degrés(1) : 19-22]. Dieu ne veut point de prière du bout des lèvres, comme un acte de routine ne venant point du fond du cœur. Il la veut une présence en Lui, ainsi qu’une libération de l’âme de tout lien qui l’attache à ce monde, afin que le croyant, en prière, puisse vivre tout mot qu’il prononce et soit en mesure d’en sonder le sens et la finalité : “Malheur à ceux qui prient sans être tout entièrement à leur prière”, [Al Ma’oun : 4-5]. Dans la sourate “Al Fatiha” (l’Ouverture) - obligatoire au début de toute prière - resplendissent l’humanisme et l’universalisme de l’Islam, dans leur sens le plus sublime, notamment dans les mots “Dieu des mondes”, lesquels portent le Musulman à sentir et à se persuader que, à travers son Dieu, le Dieu des Mondes, il fait partie de la famille humaine, la famille unique, une, dans laquelle sont fondues toutes les ethnies, voire toutes les nationalités, absolument.
(1) Ou les Escaliers.

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Obervons que la sourate Al Fatiha, qui ne contient que sept versets, a répété les attributs “Le Clément, le Miséricordieux” deux fois afin de rappeler aux Croyants que Dieu, titulaire dans le Coran, de 99 attributs, a choisi ces deux derniers - Clément et Miséricordieux - les préférant à tous les autres. Pour cette raison - et nous y avons déjà fait allusion - nous constatons que toutes(1) les sourates du Coran commencent invariablement par “Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux”, c’est-à-dire par la clémence et la miséricorde. Il serait utile de préciser que ces “basmala” (l’invocation du nom de Dieu) font partie intégrante de la sourate Al Fatiha, dont elles constituent le premier verset; alors que, dans les autres sourates - au nombre de 113(2) elles constituent les titres immuables, sans pour autant être recensées dans ces versets. Cela signifie que la Miséricorde, avec tout ce qu’elle connote et implique d’humain et d’universel, est l’attribut majeur d’Allah, le Dieu des Univers. L’universalisme de l’Islam le porte à regarder avec considération et respect tous les prophètes et messagers que Dieu avait choisis antérieurement à l’Islam et à Mohammad afin de guider l’humanité dans le droit chemin : - “Dites : nous croyons en Dieu et à ce qui fut descendu à nous, et en ce qui fut descendu à Abraham et Ismaël et Isaac et Jacob et les Tribus, et en ce qui fut donné à Moïse et Jésus et les prophètes de la part de leur Seigneur : nous ne faisons point de différence entre eux. Et à Lui (Dieu) nous sommes soumis”, [La Vache : 136]. - De même : “O les Croyants ! Croyez en Dieu et en son messager, et au Livre qui fut graduellement descendu sur son messager, et au Livre qui, auparavant, fut descendu en bloc. Celui qui ne croit pas en Dieu et en ses anges et en ses livres et au Jour Dernier, il s’égare trop loin”, [Les Femmes : 136].
(1) Sauf la sourate Le Repentir (ou le “Désaveu”), la IXème dans le classement (voir supra, début du présent chapitre) : Note du traducteur. (2) Moins la Sourate N° 9, “Le Repentir”.

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- De même aussi : “Ceux qui mécroient en Dieu et en Ses messagers, et qui veulent faire différence entre Dieu et Ses messagers, et qui disent : “Nous croyons aux uns et mécroyons aux autres”, et qui veulent prendre une voie moyenne entre les uns et les autres, ceux-là sont vraiment les mécréants; et Nous avons préparé pour les mécréants un supplice avilissant”, [Les Femmes : 150-151]. Ces versets, et leurs semblables dans le même contexte, furent, sans consteste, parmi les causes qui me déterminèrent, dans ma pensée, mon esprit et ma foi, à trouver dans l’Islam un havre de paix et deux bras ouverts pour accueillir, non seulement les Croyants, mais aussi tous les hommes, sans restriction ni distinction, et les inciter à aller toujours de l’avant dans le chemin qui, en fin de périple, conduit à la Grande Connaissance. Abraham, Isaac, Jacob et les tribus - les tribus, dans l’acception juive du terme, sont les fils de Jacob et chefs des douze tribus d’Israël - et Moïse, pour rester dans le contexte de l’Ancien Testament, sont, dans la foi et la doctrine musulmane, des prophètes et des messagers respectables et respectés que Dieu a choisis, inspirés et guidés. Aux yeux de l’Islam, ils ne sont ni juifs - comme se plaisent à déclarer les historiens - ni arabes; ils ne sauraient être circonscrits dans une race, une nation ou une couleur; ils appartiennent à l’humanité dont ils sont les prophètes et les messagers; l'universalité de leur mission les fait appartenir à la Conscience universelle, hier, aujourd’hui et demain, sur la vaste terre de Dieu. Dieu ordonne à ceux qui ont cru, c’est-à-dire aux musulmans, de croire aux Livres précédemment “descendus” (révélés), c’est-à-dire la Bible et l’Evangile, comme ils croient au Livre descendu sur Son Messager, c’est-à-dire le Coran. Pour Dieu, les prophètes sont égaux, étant donné que leur message, dans son essence et son origine, provient de la même Source : de Dieu l’Unique. Concernant la Bible et l’Evangile, les paroles de Dieu sont claires : - “Il a peu à peu fait descendre sur toi le Livre, avec vérité, comme confirmateur de ce qui était avant lui. Et il a fait descendre en bloc la Thora et l’Evangile, auparavant, comme guidée pour les gens. Et Il a fait descendre le Discernement”, [Famile d’Imrane : 3-4].

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- De même : “Et Nous avons envoyé sur leurs traces Jésus, fils de Marie, comme confirmateur de ce qu’il a entre les mains de la Thora. Et Nous lui avons donné l’Evangile, contenant guidée et lumière, comme confirmateur de ce qu’il a entre les mains de la Thora, comme guidée et exhortation pour les pieux”, [La Table servie : 46]. Cela signifie, entre autres, que l’Islam vénère le Judaïsme et le Christianisme, les considérant comme deux religions “descendues”, (Révélées de la part de Dieu), comme il vénère les prophètes qui, dans le contexte de la religion juive et chrétienne, ont œuvré pour faire triompher la parole de Dieu, et pour répandre la Vérité et le Bien dans le monde. Il est à noter que l’Islam ne ferme pas sa porte à un chrétien désireux d’y entrer afin d’en recueillir profit et connaissances. Bien plus : d’une manière générale, et sous réserve de quelques exceptions, auxquelles nous reviendrons, le chrétien, en lisant le Coran, ressent qu’il est l’un des croyants, lié à ceux-ci par des liens d’amitié sûre émanant de ce que Dieu a révélé sur le Christ, Marie, les Chrétiens et les moines. A titre d’exemple : “Et ne disputez avec les gens du Livre que de la meilleure manière, sauf avec ceux d’entre eux qui font l’injustice, et dites : Nous croyons en ce qui a été descendu à nous, et en ce qui a été descendu à vous; notre Dieu et votre Dieu est le même, et c’est à Lui que nous nous soumettons”, [L’Araignée : 46]. Bien que les termes “gens du Livre” désignent, généralement les chrétiens et les juifs, il est à noter, cependant, que l’esprit qui prévaut dans les versets coraniques, ainsi que le climat émotionnel qui y règne, nous autorisent à penser que lesdits termes se rapportent aux chrétiens sans les juifs, lorsque le verset exprime l’affection et la considération motivées par la miséricorde qui se dégage généralement du chritianisme et du Christ, ainsi que par la nature des relations qui prévalurent entre les chrétiens de la presqu’île arabique et le Prophète personnellement. Ces relations, en effet, se caractérisèrent par une affection et une estime réciproques, contrairement à ce qu’elles furent entre les juifs de la presqu’île et les musulmans, en général, et entre eux et le Prophète, en particulier.

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Ceci apparaît clairement dans le verset suivant : “Tu trouveras que les juifs et les associateurs sont les ennemis les plus virulents des Croyants; et tu trouveras que ceux qui disent qu’ils sont chrétiens sont les amis les plus affectueux des Croyants; c’est que, parmi eux, se trouvent des saints et des moines, et ne s’enflent point d’orgueil”, [La Table servie : 82]. Dans ce verset, Dieu cherche manifestement à faire la distinction entre les juifs et les chrétiens, alors que ceux-ci et ceux-là sont “les gens du Livre”. De même, nous saisissons le sens du verset suivant de la sourate “Les femmes” : “Les gens du Livre te demandent de leur faire descendre du ciel un Livre. Ils demandèrent à Moïse quelque chose de plus grand que cela, lui disant : “Fais-nous voir Dieu à découvert”; la foudre les frappa pour prix de leur tyrannie …, (153). Il est clair qu’il s’agit ici des juifs qui demandèrent à Moïse - qui apparut sur la scène de l’Histoire plusieurs siècles avant le christianisme - de leur montrer Dieu manifestement. De même aussi : “O les Croyants. Ne prenez pas pour amis les mécréants et ceux des gens du Livre qui vinrent avant vous et qui prirent votre religion en dérision et pour amusement. Et craignez Dieu si vous êtes Croyants”, [La Table servie : 57]. De même aussi : “Les mécréants des enfants d’Israël furent maudits par Moïse et Jésus, fils de Marie, en châtiment de leur désobéissance et de leurs attaques”, [La Table servie : 78]. Ainsi, il apparait que le Christ, fils de Marie, a maudit les juifs, à cause de leur rébellion et de leur iniquité, comme il advint dans le passé lointain à David (Vers Xè siècle avant J.C.) de les maudire pour les mêmes motifs. Il est à remarquer que Dieu, dans le Coran, a réservé aux juifs mécréants une souffrance terrible … et les maudit pour avoir tué les prophètes sans raison, et pour avoir proféré de graves calomnies contre Marie, et pour avoir prétendu avoir tué le Christ, fils de Marie, Messager de Dieu … que Dieu a élevé à Lui, comme il est dit en détails dans les versets 152 à 161 de la sourate “Les femmes”. Toutefois, Dieu a un regard différent envers les juifs imbus de science et de savoir, qui croient en ce qu’Il a révélé à Mohammad et en ce qui fut

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révélé avant lui, et qui pratiquent la prière, payent la dîme et croient en Dieu et au Jour dernier, ceux-là “Dieu leur décernera une grande récompense”. Il n’y a, donc, dans l’Islam aucune ségrégation raciale, ni la moindre préférence d’une nation à une autre, ni le moindre jugement préconçu à l'encontre d’aucun peuple : ceci est en contradiction avec son humanisme et son universalisme. L’Islam juge les gens, particuliers, groupes et nations, sur la base de leurs actions : “Quiconque fait un bien du poids d’un atome, le verra (en sera récompensé); et quiconque fait un mal du poids d’un atome le verra (en sera puni)", [La Secousse : 7-8]. Telle est son attitude vis à vis des juifs : sévères châtiments pour les mécréants d’entre eux, et grande récompense pour leurs savants, leurs croyants en ce que Dieu a révélé, et ceux qui pratiquent la prière et payent la dîme.

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Chapitre II Les Juifs de la Peninsule … Les Chrétiens
D’une manière générale, les Juifs de la Péninsule arabique prirent à l’encontre du Prophète une attitude pleine d’hostilité. Parmi les tribus juives qui se rallièrent aux Mouchrikines(1) et combattirent les Croyants à Ohod(2) se distinguent les Bani Nadir qui tentèrent, après Ohod, d’assassiner le Prophète à Yathreb(3), en jetant sur lui une grosse pierre du haut d’un mur auprès duquel il se reposait. La réponse du Prophète à cette criminelle tentative fut une sommation qu’il adressa aux Bani Nadir de quitter la ville (Yathreb). Face à leur refus, il les cerna empêchant tout secours de leur parvenir. Au bout de six jours, ils se soumirent. Il ne leur fit aucun mal et leur permit de partir avec tout ce que leurs chameaux pouvaient porter de leurs biens. Ils quittèrent Yathreb et partirent, la plupart, pour Khaïbar, et une minorité pour Damas. A Khaïbar ils reprirent leurs complots, se joignant, avec Bani Qouraïza - une autre tribu juive - à l’armée des Mouchrikines, forte de dix mille combattants commandés par Abi Soufiane qui vint mettre le siège devant Yathreb pendant vingt jours au bout desquels il se vit contraint de se retirer à cause d’un large fossé que le Prophète avait, au préalable, fait creuser tout autour de la ville, et d’une pluie torrentielle, accompagnée d’orages et de tonnerres, qui finit par décourager les assaillants et entraîner leur déroute. Après la “journée” (bataille) du “Fossé”(4), le Prophète attaqua Bani Qouraïza et les cerna durant vingt cinq jours. Ils finirent par se rendre.

(1) Les associateurs, car ils adoraient Dieu et lui associaient des idoles. (2) Seconde bataille (en 625) que le Prophète mena contre les Mouchrikines, et qu’il perdit. (Note du traducteur). (3) Ou Médine (al Madina all Mounawwara); seconde (après la Mecque) en importance parmi les Lieux Saints musulmans. Le Prophète y mourut et y fut enterré. (Note du traducteur). (4) Al Khandaq.

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… Lorsque l’alliance entre les juifs et les mouchrikines se solda par un échec, ils formèrent une nouvelle alliance entre eux, à cent pour cent juive groupant leurs tribus non éloignées de Yathreb, et dont les Bani Nadir, installés à Khaïbar, constituaient l’épine dorsale. En apprenant qu’ils s’apprêtaient à attaquer Yathreb, le Prophète les devançant, alla à leur rencontre, à la tête de l’armée des Croyants. Telle fut l’expédition (ghazwat) de Khaïbar qui eut lieu en 629, au cours de laquelle Dieu accorda la victoire à ceux qui combattaient pour sa gloire. … Quant aux Chrétiens, leur attitude vis à vis du Prophète fut empreinte d’affection et de considération. Des témoins oculaires ont rapporté que le Prophète déploya sa cape par terre afin que les membres d'une délégation de chrétiens qui sont venus le voir à Yathreb s’asseoient dessus, voulant par ce geste leur témoigner son affection et son estime. De même les chroniqueurs racontent que le chef des Chrétiens d’Ayala (ou ‘Aqaba) alla, en ces temps-là, à la rencontre des musulmans leur exprimer son amitié et sa sympathie, et que le Prophète écrivit aux Chrétiens des lettres d’Amane (sauvegarde et garantie), et les traita avec beaucoup d’égards et de bienveillance. (Hitti, “Histoire détaillée des Arabes”, 1949, T.I., 164). De même, il nous paraît authentique, et solidement étayé, le Hadith qui dit : “Quiconque porte préjudice à un chrétien je serai son adversaire le Jour du Jugement dernier”. Lorsque la pression des mouchrikines et de leurs alliés se fit de plus en plus forte, mettant les croyants à rude épreuve, un certain nombre de ces derniers, parmi lesquels se trouvait Jaafar bin Abi Taleb, émigrèrent en Ethiopie, suivant, en cela, les conseils du Prophète qui, en cette occasion, leur dit qu’ils y trouveront un roi juste qui ne fait de tort à personne. Dans sa lettre au Najachi (le roi de rois abyssins), portée par Omar bin Oumayya al Damri, le Prophète écrit, entre autres : “… Et je témoigne qu’Issa, fils de Marie, est l’Esprit de Dieu et Son Verbe déposé en Marie, la vierge, la bonne, la chaste, qui fut enceinte d’Issa que Dieu créa de son Esprit et insuffla, comme il créa Adam et l’insuffla …".

(1) Propos du Prophète.

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De même, en réponse à une question posée par le Najachi, Jaafar bin Abi Taleb dit : “Nous disons du Christ ce que notre Prophète nous a enseigné : il est le Serviteur de Dieu, Son Prophète, Son Esprit et Son Verbe déposé en Marie la vierge, la chaste”. Le Najachi dit : “Par Dieu, Jésus fils de Marie, est exactement tel que vous le décrivez”. Al Tabari raconte que le Prophète fit part aux musulmans du décès du Najachi en des termes émouvants. De même, Ibn Hicham rapporte des paroles de Aïcha(1) desquelles il ressort qu’une lumière continua à jaillir du tombeau du Najachi pendant une période assez longue qui suivit sa mort.

(1) Troisième épouse du Prophète. (Fille d’Abou Bakr, 3ème Calife Rachidine) : Note du traducteur.

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Chapitre III Le Coran, Livre du Chrétien et du Musulman
Cette attitude empreinte d’amitié, de considération et de louange prise par l’Islam -Coran et Sunna- à l’égard des chrétiens fut, elle aussi, parmi les causes qui me portèrent à me rapprocher, en pensée, esprit et foi, de l’Islam et de m’y introduire le plus loin possible, et d’étancher ma soif en buvant de son eau limpide et douce. L’Islam, en tout cas, ne se confine pas dans des généralités; ainsi il consacre au Christ, à Marie et aux moines d’éloquents versets, en disant d’eux de belles paroles, élevant Marie, tout particulièrement, à un niveau qu’aucune autre femme dans l’Histoire n’a jamais atteint. Pour les Chrétiens, le Christ est l’alpha et l’omega. Pour cette raison, les Chrétiens se sont appelés de son nom, afin d’illustrer cette relation très solide, voire organique, qui les relie, dès l’origine, au Christ personnellement. Contrairement aux Musulmans qui, à raison, refusent de s’appeler Mahométans, les Chrétiens considèrent que leur appellation constitue une condition essentielle de leur appartenance religieuse et doctrinale. Partant de là, le Chrétien est positivement sensible à tout écrit louant le Christ et qui dit de lui de belles paroles. Dans ce contexte, tout particulièrement, et dans d’autres en général, le Coran devient, non point le Livre des Musulmans exclusivement, mais aussi le Livre des Chrétiens. Ainsi, à travers ma connaissance du Coran, en général, et de ce qu’il contient de versets relatifs aux Chrétiens, au Christ, à Marie et aux moines, particulièrement, j’ai commencé à réaliser que je possède une quote-part dans le Livre de Dieu : Il ne m’est point étranger, et je ne suis pas étranger à lui. Il est “mon livre”, comme il est le Livre du Musulman. A travers ma quotepart - et elle est importante - je le considère adressé, dès l’origine, à tout être humain croyant en Dieu et au Jour Dernier. A cet égard, il est important

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de remarquer que l’Islam respecte le dogme chrétien - et il est essentiel qui se résume en ce que le Christ n’a point de père selon la chair. Partant de là, l’Islam respecte, d’une manière indirecte mais claire, le dogme chrétien de “l’Immaculée Conception”, inhérent à Marie, mère du Christ, paix sur eux. Ainsi le Christ, nommé Issa dans le Coran, et quelquefois Messie (Al Masih), est invariablement et constamment désigné par les mots “Fils de Marie”; non point parce qu’il est de père inconnu - Dieu est Omniscient, si le Christ avait un père Il l’aurait désigné par son nom dans le Coran mais parce que, en vérité, il n’a point de père selon la chair. Cela signifie que Marie, contrairement à toutes les femmes des mondes, n’a point été enceinte du fait d’un homme - “aucun homme ne l’a touchée”-, mais du fait d’une intervention divine, à travers l’Esprit Saint, comme nous allons ci-dessous l’expliquer. Les versets dans lesquels le Christ est appelé “Fils de Marie” sont nombreux. Nous en citerons quelques uns : “Et Nous avons envoyé sur leurs traces Jésus, Fils de Marie …", [La Table servie : 46]. “… et de leur parole : Nous avons tué le Christ, Fils de Marie, le Messager de Dieu …", [Les Femmes : 157]. “O Marie ! Dieu t’annonce un Verbe de Lui qui s’appelle le Christ, Fils de Marie …", [Al Imrâne : 45]. “Les mécréants des enfants d’Israël furent maudits par Moïse et Jésus, fils de Marie …", [La Table servie : 78]. La Naissance du Christ (la Nativité) dans le Coran, de par son essence originelle et sa relation directe avec Dieu, est la même que dans l’Evangile. Elle est liée à Marie que Dieu a choisie pour cet événement exceptionnel. Pour ces motifs, nous constatons que le Coran insiste, maintes et maintes fois, sur la pureté de Marie qui, en vérité, est une perle unique dans le Livre de Dieu. Ecoutons ce que Dieu nous dit : “Et lorsque les anges dirent : O Marie ! Dieu t’a élue, et purifiée. Il t’a élue au dessus des femmes des mondes”, [Al Imrâne : 42].

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De ce verset, nous apprenons que Dieu - béni soit son nom - a élu, ou choisi, Marie et l’a purifiée. Puis, après l’avoir purifiée, Il l’a élue - et ce n’est point ici une répétition de forme, mais une confirmation spirituelle - “au dessus des femmes des mondes”. La répétition du mot “élue” - une fois, seule, et une autre fois “au dessus des femmes des mondes” - nous permet d’affirmer que le sens, la première fois, est tout autre que celui de la seconde. Dieu, l’Omniscient, l’Omnipotent, l’Infaillible, ne se répète pas vainement. Il ne parle point pour ne rien dire, si une telle expression est permise. Le mot “élue” - le premier - signifie que Dieu a choisi Marie avant la Création, antérieurement au péché originel consécutif à la désobéissance d’Adam et d’Eve qui furent chassés du Paradis pour avoir enfreint les ordres du Créateur. Ainsi, le péché originel n’a point touché Marie, car Dieu l’a purifiée dès l’origine, avant la Création, comme nous venons de le dire. Pourquoi, donc, Dieu a purifié Marie dès l’origine ? La réponse est claire : Pour qu’Il l’élise, par la suite, au dessus des femmes des mondes. Et pourquoi Dieu l’a-t-il élue au dessus des femmes des mondes ? La réponse, ici, est claire aussi : parce qu’Il l’a destinée à être un jour la mère du Christ. Dans le Coran, Marie est la “fille d’Imrâne”; sa mère est la “femme d’Imrâne”. Dieu, dans Son Livre, a consacré une sourate à la “Famille d’Imrâne”, qui porte son nom. De cette famille - celle d’Imrâne - Dieu dit : “Dieu a élu Adam et Noé et la famille d’Abraham et la famille d’Imrâne au dessus des mondes, et tant que descendance les unes des autres; Dieu écoute et sait”, [Al Imrâne : 33-34]. Ainsi Marie, dans son origine, revient à Adam, à travers Imrâne, Abraham et Noé, lesquels, tous, - depuis Adam jusqu’à Imrâne - ont été élus par Dieu, les uns descendants des autres. A Dieu, l’épouse d’Imrâne, mère de Marie, s’adresse, en disant : “Seigneur! Je t’ai voué ce qu’il y a dans mon ventre, libre de tout lien. Accepte, donc, de moi, Toi, Celui qui entend, qui sait … Et je l’ai nommée Marie, et je

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l’ai placée, avec sa descendance, sous Ta protection contre le diable maudit. Son Seigneur l’accueillit, donc, du meilleur accueil, et la fit croître de la belle croissance”, [Al Imrâne : 35-37]. Les commentateurs et les exégètes ont émis une opinion que nous pourrions résumer comme suit : “Tout nouveau-né est touché par Satan - d’où ses pleurs lorsqu’il arrive dans ce monde - à l’exception de Marie et de son fils. Ce qui signifie que Satan cherche à séduire et à égarer tout nouveau-né afin qu’il en soit impressionné, sauf Marie et son fils que Dieu a préservés par la grâce de son secours”. “Marie a parlé, alors qu’elle n’était qu’un bébé, comme le Christ, paix sur lui. Elle n’a sucé aucun sein; sa nourriture lui descendait du Ciel”. … Au fil du temps, Marie croissait et grandissait. Lorsqu’elle atteignit l’âge du mariage, les anges lui annoncèrent une nouvelle extraordinaire, unique dans son genre depuis que la terre est habitée par les hommes - depuis Adam - qui allait faire d’elle et de son fils deux créatures différentes de toutes les autres : “Et les anges dirent : “O Marie ! Voilà que Dieu t’annonce un Verbe de sa part, dont le nom est le Messie, Jésus, fils de Marie, illustre dans ce monde et dans l’au-delà, et du nombre des rapprochés; dans le berceau, et dans l’âge adulte, il parlera aux gens; et il fera parti des gens de bien. Elle dit : “Mon Seigneur ! D’où me viendra-t-il un enfant, quand aucun homme ne m’a touchée ?” - “C’est ainsi”, lui dit-Il. Dieu crée ce qu’Il veut. Quand Il décide d’une chose Il lui dit : “Sois”; et elle est”, [Al Imrâne : 43-47]. Dans d’autres versets éloquents, l’Annonciation atteint le summum de la spiritualité : “Et mentionne dans le Livre Marie quand elle s’éloigna des siens vers un lieu situé à l’Orient; elle mit entre elle et eux un voile. Nous lui envoyâmes Notre Esprit; il prit pour elle la forme d’un être humain normal(1). Elle dit : “Je cherche en Dieu un refuge contre toi, si tu es pieux”. Il dit : “Je suis le messager de ton Seigneur pour te faire don d’un enfant pur”. Elle dit : “D’où me vient-il un enfant alors qu’aucun homme ne m’a touchée, et que je ne suis point une prostituée”! Il dit : Ainsi ton Seigneur

(1) Bien fait.

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a dit : “cela est aisé pour Moi; et Nous en ferons un signe pour les gens et une miséricorde de Notre part”. et il en fut ainsi. Elle en devint enceinte, et se retira avec lui en un endroit éloigné. Les douleurs lui vinrent auprès du tronc du dattier; elle dit : “Que ne suis-je morte avant cela ! et que ne suis-je oubliée à jamais !”. Quelqu’un (l’enfant conçu, Jésus)(2) au dessous d’elle l’appela et lui dit : “Ne t’afflige pas. Ton Seigneur a fait couler une source au-dessous de toi. Secoue, donc, le tronc du dattier, il fera tomber sur toi des dattes mûres bonnes à cueillir. Puis mange et bois et sois tranquille. Si ensuite tu vois un quelconque être humain, alors dis : “J’ai voué un jeûne au Miséricordieux, je ne parlerai aujourd’hui à personne”. Puis elle prit le bébé et partit chez les siens. Ils (lui) dirent : “O Marie ! Tu as commis une chose condamnable. O sœur d’Aaron ! Ton père n’était pas un homme de mal; et ta mère ne fut pas une prostituée”. Elle fit alors un signe vers lui (le bébé); ils dirent : “Comment parlerons-nous à un bébé au berceau ?” Il (le bébé) dit : “Je suis l’esclave (ou l’adorateur) de Dieu. Il m’a apporté le Livre et fait de moi un prophète; et un homme béni, où que je sois; et m’a recommandé la prière et la dîme tant que je vivrai; et d’être charitable avec ma mère; et n’a pas fait de moi un oppresseur malheureux. Et paix sur moi le Jour où je naquis, et le jour où je mourrai et le jour où je serai ressuscité à la vie”, [Marie : 16-33]. De ces versets, et de ceux qui les ont précédés, il est affirmé qu’aucun homme n’a touché Marie et que, nonobstant cela, elle a conçu et enfanté son fils, le Christ, Issa, paix et prière sur lui. Elle a conçu de Dieu, et son fils fut, ainsi, le “Verbe de Dieu”. Tel est, dans son essence, le dogme chrétien relativement à Marie personnellement. Dans ce domaine, le Coran va plus loin : le surréalisme que l’Occident n’a connu qu’au XXème siècle se manifeste dans les paroles divines suivantes : “Et celle qui préserva son vagin; Nous insufflâmes en elle Notre Esprit et Nous en fîmes, avec son fils, un signe pour les mondes”, [Les Prophètes : 91]. Le chrétien qui lit, attentivement, de telles paroles émanant de Dieu, le Tout Puissant, pourra-t-il se considérer étranger au monde de l’Islam et des

(2) Ou le nouveau-né (difficile de trancher - tout, dans cet événement extraordinaire, baigne dans le merveilleux).

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Musulmans ? Le Coran ne serait-il pas, du moins en ce qui concerne Marie, son Livre, au même titre que l’Evangile ? Et que lit le Chrétien dans l’Evangile concernant ce fait précisément ? Ecoutons Luc nous parler de l’Annonciation faite à Marie : “Le sixième mois l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée du nom de Nazareth à une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David; et le nom de la vierge était Marie. Il entra chez elle et dit : “Salut toi qui es comblée de faveur; le Seigneur est avec toi; “à cette parole elle fut toute troublée et elle se demandait ce que signifiait cette salutation. Et l’ange lui dit : “Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu concevras et enfanteras un fils, que tu appelleras du nom de Jésus. Il sera grand et on l’appellera Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père. Il règnera sur la maison de Jacob éternellement, et son règne n’aura pas de fin”. Mais Marie dit à l’ange : “Comment cela sera-t-il puisque je ne connais pas d’homme ?” Et, répondant, l’ange lui dit : “L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre … Car rien n’est impossible à Dieu”, [I : 26-35]. - “Comment cela sera-t-il possible puisque je ne connais pas d’homme”, dit l’Evangile. - “D’où me vient-il un enfant, alors qu’aucun homme ne m’a touchée ?”, dit le Coran. - “L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre”, dit l’Evangile. - “Nous lui envoyâmes Notre Esprit … Nous insufflâmes en elle de Notre Esprit”, dit le Coran. - “Car rien n’est impossible à Dieu”, dit l’Evangile. - “Ainsi ton Seigneur a dit : C’est aisé pour moi”, dit le Coran. … Mon attachement à l’Islam devient de plus en plus fort quand je constate qu’il a pour Marie une telle vénération, alors que certaines communautés chrétiennes ne font preuve à son égard d’aucun respect ni d’aucune considé-

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ration, et ne s’interdisent pas d’en minimiser la valeur et, quelquefois, de lui décocher des flèches empoisonnées. Aussi serait-il utile de noter que le Coran condamne les Juifs et va jusqu’à les traiter de mécréants pour avoir proféré à l’encontre de Marie des paroles calomnieuses, (Les Femmes : 156). En plus de ce qui précède relativement à la pureté de Marie et à son élection par Dieu qui l’a prédestinée à être, avec son fils, un signe pour les mondes, nous trouvons dans le Coran des versets qui nous renseignent que Dieu s’est occupé d’elle, alors qu’elle n’avait que quelques mois. Il lui a assuré sa nourriture et l’a portée à se rendre compte qu’elle est élue et destinée à s’acquitter d’une mission exceptionnelle. Ainsi, dans le Coran, nous l’entendons, âgée de quelques mois, parler et tenir des propos dont seules les personnes adultes et sages sont capables : “Son Seigneur l’accueillit du meilleur accueil, et la fit croître de la plus belle croissance. Et il la confia à Zacharie. Chaque fois que Zacharie entrait près d’elle au Sanctuaire, il trouvait chez elle de la nourriture. Il dit : “O Marie ! Comment as-tu eu cela ?” Elle dit : “C’est de la part de Dieu. Dieu donne à qui Il veut sans compter”. (Famille d’Imrâne : 37). Il est beau et sublime que Dieu charge Zacharie, ou tout autre humain, de veiller sur Marie. Mais il est plus beau et plus sublime encore que Marie, n’ayant que quelques mois, dise des paroles qui sont l’apanage des sages de ce monde : “Dieu donne à qui Il veut sans compter”. Ainsi la toute petite Marie ne parle point seulement, ne dit pas des mots enfantins, mais parle avec sagesse, et réalise l’intervention de Dieu dans sa conception, sa naissance et son destin … Elle réalise, depuis qu’elle était bébé - et ceci ne fut donné à aucun être humain, hormis elle et son fils - que Dieu donne et reprend, élève et abaisse, accorde la vie et condamne à la mort. Après Marie, voici le Christ-enfant, encore dans son berceau, qui parle comme les grandes personnes : “Je suis l’esclave de Dieu. Il m’a apporté le Livre et fait de moi un prophète, et un homme béni où que je sois; et m’a recommandé la prière et la dîme tant que je vivrai; et d’être charitable avec ma mère; et n’a pas fait de moi un oppresseur malheureux. Et paix sur moi le jour où je naquis, et le jour où je mourrai, et le jour où je serai ressuscité à la vie”, [Marie : 30-33] (versets déjà reproduits)”.

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Ainsi par la volonté de Dieu - dont la puissance d’action est sans limites Jésus apprend, dès sa venue au monde, que Dieu lui a apporté le Livre, et fait de lui un prophète et un homme béni où qu’il soit … Dans sa vénération du Christ, l'Islam va plus loin : il lui reconnaît le pouvoir de faire des miracles, précisant que Dieu l’a investi de ce pouvoir : “Et messager aux enfants d’Israël, je vous ai apporté un signe de votre Seigneur : pour vous je pétris de glaise une figure d’oiseau, je souffle dedans et le voilà un oiseau, avec la permission de Dieu; et je guéris l’aveugle et le lépreux et ressuscite les morts avec la permisison de Dieu … En cela, il y a un signe pour vous, si vous êtes croyants”, [Al Imrâne : 49]. … Le chrétien qui lit les versets coraniques - révélation de Dieu - relatifs aux chrétiens, au Christ et à Marie, devrait procéder à une auto-critique, à un examen de conscience, afin de se rendre compte si ses attitudes vis-à-vis de l’Islam, à travers les siècles, sont équitables et conformes à la vérité coranique qui se manifeste dans ces versets ou si, au contraire, elles sont tendancieuses et contraires à cette vérité. L’Islam se distingue par son respect de tous les prophètes, sans exception, depuis Abraham jusqu’au Christ, qui sont apparus avant Mohammad, les considérant, tous, comme des prophètes de l’humanité, et les Messagers ou Envoyés d’Allah, le Tout Puissant, le Miséricordieux, le Dieu des mondes. Comme nous l’avons déjà signalé, le Christ occupe une place spéciale dans cette chaîne bénie, la chaîne des prophètes et des Messagers divins dont l’Islam vénère et respecte indistinctement tous les maillons. p p p Plus particulièrement, l’Islam vénère une catégorie déterminée de Chrétiens; il en dit les plus belles paroles, et leur prodigue des grandes louanges : "Parmi les Gens du Livre se trouve une communauté ferme (dans sa foi), qui récite la nuit, en se prosternant, les versets de Dieu. Ils croient en Dieu et au Jour Dernier, et ordonnent ce qui est convenable, et interdisent ce qui déplait à Dieu, et s’empressent à faire le bien; ceux-là font partie des justes. Et tout le bien qu’ils feront, ils en seront récompensés. Et Dieu connaît les pieux”. [Al Imrâne : 113-115].

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Dans ces versets qui, sans conteste, font partie des plus magnifiques passages coraniques relatifs aux Chrétiens, nous trouvons la description d’une classe d’entre eux qui se vouèrent, corps et âmes au renoncement et aux sacrifices; ils quittèrent le monde et vécurent une vie de pauvreté et d’isolement, supportant les malheurs avec abnégation et patience, se soumettant à la volonté de Dieu, renonçant au monde afin de gagner l’au-delà. Telle fut la classe des moines qui, dans les premiers siècles chrétiens, connurent leur âge d’or. Ils resplendirent, en ces temps-là, d’une lumière spirituelle étincelante, à nulle autre pareille. A l’un de ces moines - qui s’appelait Maron - remonte, dans son origine, la communauté maronite, l’une des communautés dont se compose la famille libanaise. Le chrétien, en général, et le maronite, en particulier, sont sensibles à tout ce qui se rapporte au monde monastique et monacal. La prolifération des monastères au Liban n’est qu’une preuve de ce lien intime, voire organique, qui relie et rattache le maronite à son origine et à ses racines. Pour ces motifs, les versets que nous avons reproduits plus haut apparaissent au Maronite comme une partie de son patrimoine lequel, dans son essence, appartient à sa mémoire collective et relève de son histoire.

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Chapitre VI Entre les deux religions … des différences
Notre respect de la vérité nous dicte de dire qu’entre les deux religions chrétienne et musulmane il y a des différences qui, de prime abord, paraissent essentielles, alors que, dans leur réalité, elles ne le sont pas. Ci-dessous, nous en résumons les plus importantes : - L’Islam est la religion de l’unicité absolue : “Il n’y a de Dieu qu’Allah (que Dieu)". Ici point de place pour une Sainte Trinité, comme dans le christianisme. - Dans l’Islam : le Christ est un prophète qui n’a point de père selon la chair, conçu par Marie, de l’Esprit Saint. Né et créé. Il est le Verbe de Dieu. - Dans le christianisme, le Christ est la seconde personne de la Sainte Trinité. C’est un dieu en qui les deux natures humaine et divine se sont unies. Il est consubstantiel au Père. Né et incréé. Dans l’Islam, point de mystère de Rédemption : “Quiconque fait un bien du poids d’un atome le verra. Et quiconque fait du mal du poids d’un atome le verra”, [La Secousse : 7-8]. - Dans le christianisme, le Christ fut crucifié pour sauver le genre humain. Rien de cela dans l’Islam. Le Christ ne fut point crucifié(1), et n’est pas mort pour sauver l’humanité. - D’une manière générale, point d’intercession dans l’Islam. Point de saints, ni de lieux de prière et de pélerinage élevés à leur intention. Le Musulman s’adresse à Dieu directement, sans intermédiaire. Alors que la Chrétienté

(1) Le Coran considère que le Christ est bien au-dessus d’un tel châtiment dégradant et infâmant réservé aux criminels de basse extraction; et que les Juifs résolurent de tuer le Christ et de le crucifier, mais ne réussirent pas dans leur perfide besogne : “…Et leur dire : “Nous avons tué le Christ, fils de Marie, Messager de Dieu”. Ils ne l’ont ni tué ni crucifié; mais ce ne fut qu’un leurre”, [Les Femmes : 157].

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est un monde de saints auxquels s’adressent les intermédiaires, les fidèles afin qu’ils intercèdent en leur faveur auprès de Dieu. … Nonobstant ce qui prècède les versets coraniques illustrant la tolérance de l’Islam sont nombreux et magnifiques. Il en est de même du comportement du Prophète et des Califes Al Rachidines. Vis-à-vis des chrétiens particulièrement, nous avons dans la sourate Al Bourouj (les Constellations) - dont il sera question en détails au Chapitre VI - pour ne citer qu’elle, une preuve que Dieu, le Tout Puissant, considère les chrétiens comme des croyants; Il maudit les Juifs, “ceux d’al oukhdoud”, à cause des injustices et des oppressions qu’ils ont fait subir aux chrétiens de Najrane, les jetant dans un large fossé et les y brûlant vifs. … Si l’Islam ne reconnaît pas la déicité du Christ, ce n’est nullement dans l’intention de dénigrer le fils de Marie, mais pour magnifier Dieu, l’Unique, que nul ne peut être comparé à Lui, ni l’égaler. Il est inconcevable que l’Islam refuse la déicité de Mohammad, et qu’il reconnaisse celle du Christ. Ainsi Dieu, dans son Livre, ordonne à Mohammad de lever, dans ce contexte précis, toute ambiguité, et de trancher la question d’une manière nette, claire et précise : “Dis : Je suis un homme comme vous …" Aux yeux de l’Islam, le Christ - comme nous l’avons déjà signalé - est un prophète émérite, conçu par Marie de l’Esprit de Dieu; il n’a point de père selon la chair; il a parlé, encore nouveau-né, et a accompli des miracles. Dans le Coran, il est invariablement et constamment appelé Issa, fils de Marie, la femme que Dieu a purifiée et élue au-dessus des femmes des mondes. Ces exceptions prises en considération, il serait possible de dire que l’Islam considère l’Evangile, au même titre que le Coran, révélé par Dieu : “Il a peu à peu fait descendre sur toi le Livre, avec vérité, comme confirmateur de ce qui était avant lui. Et Il a fait descendre en bloc la Thora et l’Evangile”. Nous avons déjà cité ces deux versets. Toutefois, nous nous mentirons à nous-mêmes, et nous induirons le lecteur en erreur, si nous ne signalions pas que le Coran attribue aux chrétiens d’avoir oublié une partie de ce que Dieu a révélé, c’est-à-dire une partie de l’Evangile : “Et de ceux qui dirent : Nous sommes chrétiens, nous avons pris l’engagement; mais ils oublièrent une partie de ce qui leur fut rappelé; Nous avons, donc, suscité entre eux l’inimitié et la haine …", [Table Servie : 14].

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En fait, les quatre Evangiles - connus sous l’appellation d’Evangiles canoniques - qui, par ordre chronologique, sont ceux de Mathieu, de Marc, de Luc et de Jean, dont l’Eglise a reconnu l’authenticité, sont, selon le dogme chrétien, des livres révélés, c’est-à-dire que les quatre évangélistes susmentionnés les ont écrits sous l’inspiration. En plus de ces quatre évangiles, il y en a un certain nombre appelés apocryphes dont l’Eglise ne reconnaît pas l’authenticité. L’Islam considère qu’il y a un seul et unique Evangile révélé (descendu) par Dieu au Christ, Issa fils de Marie, son Messager et son Prophète, et qui ne correspond pas rigoureusement aux évangiles qui parurent après lui. A cet Evangile - l’unique, révélé au Christ - fait allusion le verset suivant : “Et sur leurs traces Nous avons envoyé Jésus, fils de Marie, comme confirmateur de ce qu’il détient de la Thora; et Nous lui avons donné l’Evangile, comme guidée et lumière”, [Table Servie : 46]. De même, aussi, les versets 3 et 4 de la sourate Al Imrâne, que nous venons de reproduire. Du point de vue de l’Islam, l’Evangile, l’unique, révélé au Christ, ne contient pas ce que contiennent les quatre Evangiles canoniques, relativement à la déité du Christ, et à sa qualité de Fils de Dieu : “Sont des mécréants ceux qui dirent : Dieu est le Christ, fils de Marie”, [Table Servie : 72]. De même : “… et ne dites pas Trois, cessez, c’est mieux pour vous; Dieu est UN et Unique. Loué soit-Il, Il ne peut avoir d’enfant”, [Les Femmes : 171]. De même aussi : “Et quand Dieu dit : O ! Issa, fils de Marie ! Est-ce toi qui as dit aux gens : Prenez-moi, ainsi que ma mère, pour deux dieux en dehors de Dieu ? Il répondit : Loué sois-tu ! Il ne m’est point possible de dire ce dont je n’ai pas droit”, [Table Servie : 116]. p p p Ce qui précède n’est qu’un coup d’oeil rapide basé sur les textes, qui nous permet de nous faire une idée générale sur l’attitude de l’Islam vis-à-vis de la religion chrétienne, ainsi que des chrétiens, des moines, du Christ lui-même et de Marie, sa mère.

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Il y a, donc, entre les deux religions chrétienne et musulmane des différences qui, cependant, ne sont pas aussi fondamentales qu’on le pense au premier abord. C’est que le Christianisme et l’Islam considèrent que le Christ est le Verbe de Dieu : “Quand les anges dirent : O Marie ! Dieu t’annonce un Verbe de Lui, qui s’appelle Issa, fils de Marie …", [Famille d’Imrâne : 45]. De même : “Le Christ, Issa fils de Marie est le messager de Dieu et Son Verbe qu’Il déposa en Marie, et un Esprit de Lui; Croyez, donc, en Dieu et en Ses messagers”, [Les Femmes : 171]. Quant à l’Evangile de Jean, qui est “l’Evangile de l’Esprit”, il débute comme suit : “Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu”. Bien entendu, nous ne prétendons pas, ici, procéder à une analyse théologique, laquelle, en tout cas, se situe bien au dessus de nos capacités professionnelles en un tel domaine. Toutefois, dans notre désir de rapprochement des idées, des cœurs et des consciences, nous nous permettons de dire ce qui suit : Dans l’Islam, Dieu a révélé (descendu) Sa Parole à un homme. Dans le Christianisme, Dieu a fait d’un homme Sa Parole (ou Son Verbe). Ce qui signifie que le Christ est, par rapport aux Chrétiens, ce qu’est le Coran par rapport aux Musulmans. Le Christ, au même titre que le Coran, est donc la Parole (le Verbe) de Dieu. C’est un Livre Vivant, Parlant. Et quand nous disons qu’il est le Fils de Dieu, cela signifie qu’il est Son Verbe. Car le Verbe, ou la Parole, est de la même substance que celui qui le (ou la) prononce. Quant à la Trinité, elle ne mène pas à “l’Association”, car dans le dogme chrétien Dieu est Un en trois personnes : “Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, le Dieu Unique, Amen”. Telle est “l’Ouverture” de la prière du Chrétien oriental. Elle diffère de celle qu’utilise les Occidentaux : “Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, Amen”.

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Comment trois peuvent-ils être Un, ou dans Un ? Voici, à l’adresse du lecteur quelque peu incrédule, un essai de réponse : Le soleil, le rayon et la lumière sont trois. Mais, dans leur essence, ou substance, ils sont Un. Est-il possible à quiconque de dissocier soleil et rayon ? d’isoler celui-ci de celui-là ? Est-il possible d’avoir recours à des ciseaux, de couper un rayon et de le déposer dans une bouteille ? Le rayon ne peut s’isoler du soleil parce qu’il fait partie intégrante du soleil : lui et le soleil sont deux en un. Et quand disparaît le rayon, il ne reste plus de lumière, parce que la lumière fait partie intégrante du rayon; elle et le rayon sont un, à tel point qu’il devient impossible de dire où finit le rayon et où commence la lumière. Ainsi, il est clair que le soleil, le rayon et la lumière sont trois; mais, dans leur essence et dans leur réalité, ils sont un. Le Chritianisme déclare que le Christ est consubstantiel à Dieu, qu’il est de la même substance que Dieu. Ceci est tout à fait naturel, car le rayon est de la même substance que le soleil; mais il n’est pas le soleil, et n’est pas égal au soleil, en dimensions et en ordre de grandeur, ni en capacité de rayonnement et de source de vie. Le Christianisme n’a jamais déclaré que le Christ est le Créateur du ciel et de la terre; mais le Christianisme croit en un seul Dieu, Père Tout Puissant, Créateur du Ciel et de la Terre … et en un seul Seigneur, Jésus-Christ … Quant à la doctrine chrétienne qui dit que le Christ est enfanté et non créé (ou incréé), elle s’explique par le fait que le Christ est le “Verbe de Dieu” et l’”Esprit de Dieu”. Ainsi, lorsque Dieu décida d’exprimer à l’humanité son Amour et son Pardon, Il envoya sur terre Son Verbe et Son Esprit en lui donnant la forme d’un être humain, comme Il le fera, six siècles plus tard, en faisant “descendre” sur cette même terre, le Coran, Son Livre, Sa Parole, (Son Verbe) lequel, depuis l’éternité, se trouve dans le Livre-Mère, auprès de Dieu, le Vénéré, le Sage, et dans un “tableau conservé”. Le Coran étant la Parole (le Verbe) de Dieu, descendu (ou révélé) à Mohammad, il en résulte, ipso facto, que le Coran est éternel - sans commencement ni fin -, comme Dieu Lui-même. Car la Parole est de la même susbtance (ou essence) de Celui duquel elle émane.

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Le Chrétien - et cela est important - n’adore que Dieu(1) qui est Un en trois. Sans Dieu le Christ n’a pas d’existence, ni le Saint-Esprit. En définitive, il nous faut reconnaître, avec courage et sincérité, que les dogmes du Christianisme et ses mystères dépassent les limites de l’entendement humain, lequel, assez souvent, s’est heurté à ces dogmes et mystères, s’égarant dans leur dédale obscur. C’est ce qui explique que toutes les hérésies - qui, dans leur fondement, ne sont que des combats théologiques et intellectuels engagés par la pensée chrétienne contre ces dogmes et ces mystères - sont apparus à partir du IVè siècle, c.à.d. à partir de la reconnaissance, par l’Empire Romain, du Christianisme, comme une religion parmi d’autres. L’arianisme, le nestorianisme et le monophysisme - les plus importantes et les plus dangereuses hérésies de l’histoire du Christianisme - qui s’attaquèrent à la personne du Christ, dans son essence divine en laquelle s’unissent les deux natures, prouvent que le mystère de l’Incarnation fut, durant les IVe, Ve, et VIe siècles, comme un marteau de fer qui, sans cesse, tapait fort sur les cerveaux chrétiens, et finit par les déstabiliser. Quoiqu’il en soit, il n’est pas impératif et obligatoire que ces deux religions soient identiques et qu’elles s’accordent en tous points, dans la lettre et l’esprit, pour qu’elles puissent coexister et s’entraider. La splendeur du monde réside dans sa diversité. Ce monde est créé par Dieu. “Est si ton Dieu l’avait voulu, Il aurait fait des gens une seule nation”. Mais les deux religions chrétienne et musulmane appellent à l’adoration de Dieu. Elles ordonnent de faire le bien, et de s’abstenir de faire le mal, et croient, toutes deux, au Jugement Dernier. Dieu est Un dans le Christianisme et dans l’Islam. Mais les chemins qui mènent à Lui son nombreux. La mosquée, comme l’Eglise, est un lieu d’adoration, de prière et de recueillement.

(1) Point de place pour le Christ dans une religion qui ne croit pas en un Seul Dieu Tout Puissant, Créateur des Cieux et de la terre …

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Que le musulman vive son Islam; et que le chrétien vive son Christianisme. Dans un tel cas le monde deviendra un avant-goût du Ciel, et le Liban deviendra le Paradis de Dieu sur terre. Les malheurs du Liban viennent de ce que le chrétien ne se comporte pas selon les recommandations et les enseignements du Christ; et de ce que le musulman ne se comporte pas selon les enseignements du Coran et les recommandations du Prophète. D’une manière générale, le musulman ignore l’Islam. Il en est de même du chrétien : il ignore le Christianisme. De même, le musulman ignore le Christianisme; et le chrétien ignore l’Islam. Nous sommes, tous les victimes de l’ignorance. Et “l’ignorance- comme dit le poète - détruit la maison puissante et noble”. Et c’est pour cette raison que nous avons détruit le Liban.

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Chapitre V La place du Chrétien dans l’Islam
Quelle place occupe le Chrétien dans l’Islam ? A l’adresse du lecteur voici quelques éléments de réponse : - Le verset 72 de la sourate “La Table servie”, que nous venons de reproduire dit : “Ils sont mécréants ceux qui disent que Dieu est le Christ, fils de Marie”. Une catégorie de chrétiens - considérés par l’Eglise comme hérétiques déclarèrent, autrefois, (au Vè siècle) que “Dieu était le Christ”, reniant, à travers ce dire, la nature humaine dans la personne du Christ, et refusant que “l’Esprit de Dieu et le Verbe de Dieu” soient incarnés dans un être humain. Il est à remarquer que Dieu, dans le verset 72 sus-visé, ne cite pas les chrétiens par leur nom, mais : “ceux qui dirent …". Un tel texte coranique désigne spécifiquement et particulièrement une catégorie déterminée, et n’a point de portée générale englobant les chrétiens dans leur totalité et leur ensemble. Le Dieu des Chrétiens et des Musulmans est le même : Créateur des Cieux et de la terre, de l’univers visible et invisible … Ceux qui disent que le Messie (ou le Christ) est Dieu sont, pour le christianisme, des hérétiques, et pour l’Islam des mécréants. Ils sont rejetés aussi bien par l’Islam que par le Christianisme, égalitairement. Dans le verset 73 de la même sourate, nous lisons ce qui suit : “Ils sont mécréants ceux qui dirent que Dieu est le Troisième de trois …". Faisons remarquer que les Chrétiens disent que Dieu est la première personne de la Sainte Trinité, et non point la “Troisième des Trois”. La secte chrétienne qui dit que Dieu est le “Troisième de Trois” est, du point de vue de l’orthodoxie chétienne, considérée comme hérétique, c’est-à-dire mécréante. Quant au “Troisième des Trois”, c’est l’Esprit Saint (ou le Saint Esprit) que le Coran cite de nombreuses fois : “Et à Jésus, fils de Marie, Nous avons

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donné des preuves, et Nous l’avons aidé de l’Esprit Saint …", [La Vache : 87]. De même : “Et quand Il dit : O Jésus, fils de Marie, rappelle-toi mon bienfait sur toi et sur ta mère, quand je t’ai soutenu de l’Esprit Saint …" [Table servie : 110]. Nous trouvons dans le Coran de nombreux versets qui considèrent les chrétiens comme des croyants, au même titre que les musulmans. Ce qui prouve que l’Islam ne les considère pas, globalement et absolument, comme des mécréants : A titre d’exemples : 1- “Les Croyants (les Musulmans), les Juifs, les Chrétiens et les Sabéens, quiconque croit en Dieu et au Jour Dernier et fait le bien, trouvera sa récompense chez Dieu; nul crainte pour lui, et ne sera point affligé”, [La Vache : 62]. Ce verset se dispense de commentaire. Les Chrétiens sont des croyants. 2- “Parmi les gens du Livre se trouve une communauté ferme (dans sa foi) qui, la nuit, en se prosternant, récite les versets de Dieu. Ils croient en Dieu et au Jour Dernier …" Nous avons déjà reproduit ces deux versets - qui se passent aussi de commentaires - dans notre allusion aux moines. 3- Dans les us et coutumes des Arabes, la nourriture commune est un gage d’amitié et d’association dans la vie : “Aujourd’hui vous sont permises les succulentes choses. La nourriture des Gens du Livre vous est permise, et votre nourriture leur est permise”, [Table servie : 5]. Il est inconcevable que la nourriture des mécréants soit licite pour les Croyants, et que la nourriture de ceux-ci soit licite pour ceux-là. 4- Le Coran autorise un Musulman à épouser une chrétienne : “Vous sont permises (en mariage licite) les vertueuses musulmanes et les vertueuses chrétiennes (des gens du Livre) …", [Table servie : 5]. Alors que nous observons que le mariage avec les “associatrices” - tant qu’elles n’ont pas embrassé l’Islam - est interdit : “Et n’épousez les associatrices que lorsqu’elles deviennent Croyantes”, [La Vache : 221].

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Si la Chrétienne était associatrice, le Coran lui aurait imposé ce qu’il impose à l’associatrice : qu’elle devienne Croyante, c’est-à-dire qu’elle embrasse l’Islam afin que son mariage avec un Musulman soit autorisé. 5- Alors que le Coran, dans le verset 57 de la sourate “la Table servie”, interdit aux musulmans de prendre les Juifs et les mécréants pour amis, nous observons que, dans un autre verset (78) de la même sourate, il fait indirectement mais clairement - l’éloge du Christ, fils de Marie, qui les a maudits : - “O Vous qui croyez (les Musulmans)! Ne prenez pas pour amis ceux qui - parmi les gens du Livre - ont pris en raillerie et jeu votre religion, ni les mécréants …", [57]. - Puis : “Furent maudits par David et le Christ, fils de Marie, ceux qui, parmi les Fils d’Israël (les Juifs) ont mécru; et cela à cause de leur rebellion et de leur malveillance”, [78]. Le sens qui prévaut dans ces deux versets est clair, net et précis : Les Juifs et les mécréants, d’un côté; les Croyants (les Musulmans) et les Chrétiens, de l’autre : - “Tu trouveras que les Juifs et les associateurs sont les ennemis les plus virulents des Croyants; et tu trouveras que ceux qui disent qu’ils sont Chrétiens sont les amis les plus affectueux des Croyants; c’est que, parmi eux, se trouvent des saints et des moines, et ne s’enflent point d’orgueil”, [La Table servie : 82]. Il est clair, ici aussi, comme dans les deux versets reproduits ci-dessus, que le sens, ou l’esprit, qui prévaut dans ce verset 82 est évident; les chrétiens sont des croyants. - Nous avons dans la Sourate [Al Bourouj] (les Constellations) - dont il sera question au chapitre suivant - la meilleure preuve que, pour le Coran, les chrétiens sont des croyants.

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Chapitre VI Sourate Al Bourouj(1) - Zou Nou’ass
“Tués, les gens de l’Oukhdoud (fossé). Le feu en combustion. Alors qu’ils s’en occupent. Et sont témoins de ce qu’ils font subir aux croyants. A qui ils ne reprochaient que d’avoir cru en Dieu, le Puissant, le Vénéré …". Cette sourate, Al Bourouj, fut descendue, particulièrement à l’adresse des Chrétiens de Najrane, et généralement à l’adresse des Croyants exposés aux supplices et à la mort, à cause de leur attachement à leur foi, et leur persévérance dans leur religion, notamment les premiers Musulmans qui endurèrent les supplices, les avanies et la mort à la Mecque, par le fait des “associateurs”. Zou Nou’ass, roi de Hymyar, était juif. De son temps - VIè siècle chrétien le Christianisme se répandit à Najrane et y acquit une grande envergure. Ce qui contraria le roi et mit le comble à sa colère, et à son fanatisme. Il réunit une armée composée des Hymyarites et des tribus du Yémen, et partit à leur tête à Najrane. Là il réunit les Chrétiens et les somma de choisir : Mourir, massacrés, ou embrasser la religion judaïque. Ils choisirent de persévérer dans leur foi chrétienne, préférant la mort au reniement, par la force et la contrainte, de leur foi et de celle de leurs ancêtres. La réaction du roi juif fut terrible. Il ordonna à ses soldats de creuser un long et large fossé (oukhdoud)(2) dans lequel ils précipitèrent des milliers de ces chrétiens, puis y mirent le feu. Ils en tuèrent d’autres milliers par l’épée et les charcutèrent de pire manière. Le total des victimes atteignit près de vingt mille.

(1) Mecquite. 22 versets. (2) Une version dit que “Oukhdoud” est le nom d’un endroit situé sur la frontière du Yémen et de l’Arabie Saoudite. Ceci n’empêche pas que Zou Nou’ass y ait fait creuser un fossé … (l’auteurtraducteur).

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Ces chrétiens qui choisirent et subirent la mort, martyrs de leur foi, Dieu, dans Son Livre, leur destina la sourate Al Bourouj, louant et magnifiant leur comportement et leur martyre, et les supplices qu’ils endurèrent pour la sauvegarde de leur foi. En même temps, et dans la même sourate, Dieu maudit ceux qui les ont persécutés et suppliciés afin de les contraindre à renier leur religion. L’unique “crime” attribué à ces persécutés fut leur foi en Dieu, le Puissant, le Vénéré, qui, dans les versets suivants de la même sourate, avertit leurs persécuteurs - qui leur infligèrent les supplices et la mort - que l’Enfer sera le terme de leur existence; il les brûlera de ses feux, comme châtiment de leur fanatisme et de leur tyrannie. Quant aux croyants, persécutés, tués et brûlés par ces tyrans fanatiques, ils seront récompensés : leur séjour dernier sera le Paradis, “jardins où couleront les fleuves rafraîchissants”. … Cette sourate - Al Bourouj - nous intéresse pour deux raisons : 1- Parce qu’elle constitue une nette condamnation de toute contrainte en religion, et une sentence sans appel prononcée par l’Islam contre tous les oppresseurs fanatiques qui ont recours à la force brutale afin de contraindre les Croyants à renier leur foi. 2- Parce qu’elle vante les mérites des chrétiens, et loue leur fermeté et leur attachement à leur foi face aux tyrans persécuteurs qui ont eu recours aux moyens de contrainte et à la torture afin de répandre la foi et la religion. S’il n’y avait dans le Coran - dans le contexte qui nous intéresse - que cette sourate (Al Bourouj), elle aurait suffi, à elle seule, à prouver, d’une manière catégorique, que l’Islam condamne, sans possibilité de recours, la contrainte en religion, et loue la persévérance des Croyants et leur attachement à leur foi, et leur refus d’obéir à la force brutale, en avertissant les persécuteurs fanatiques que l’Enfer les brûlera de ses feux, et en promettant aux persécutés de les récompenser au Paradis et ses fleuves … Il est tout à fait naturel que, dans ce cas précis, l’Islam adopte une telle attitude. Car la persécution brutale a accompagné, dès ses débuts, la mission religieuse du Prophète. En furent victimes les premiers musulmans, tels que Bilal ibn Rabah, ainsi que Ammar ben Yaser et de nombreux autres.

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Bilal - qui, par la suite, devint le premier “mou’azzin” de l’Islam, et qui compte parmi les êtres les plus chers au cœur du Prophète - était, à l’origine, l'esclave d’Oumayya ben Khalf, l’un des mouchrikines. Celui-ci fut très contrarié en apprenant que son propre esclave embrassa l’Islam, reconnaissant, par le fait même, la mission divine de Mohammad. Il recourut aux supplices : Il étendait Bilal sur le dos, dans le désert de la Mecque, à midi, alors que le soleil est au zénith et brûlait tel un feu d’Enfer; puis il faisait placer sur la poitrine du pauvre escalve une grosse pierre qui faillit l’étouffer, en lui disant : “Tu resteras dans cette position jusqu’à ce que tu meures, ou que tu renies Mohammad et tu reviennes à l’adoration d’Al Lath et d’Al Ouzza”. Bilal, exposé ainsi à la douleur, aux brûlures du soleil, à la soif et à la faim, lui répondait : “Ouhoud, … Ouhoud …", affirmant ainsi l’Unicité de Dieu, le Tout Puissant, l’Omnipotent. De leur côté, Ammar ben Yasser, son père, ainsi que sa mère furent victimes de la persécution des Bani Makhzoum qui leur infligèrent sévices et durs châtiments. Ils persistèrent dans leur foi. La mère en mourut. La caravane des Croyants qui souffrirent les supplices, les avanies et les privations de la part des mouchirikines était longue. Ces Croyants avaient un pressant besoin d’un soutien moral qui les aide et les encourage à persévérer dans leur foi. De leur côté, et simultanément, les mouchrikines devront être sommés et menacés d’un châtiment dans l’au-delà afin que, dans le monde d’ici-bas, ils cessent leurs abus et leur tyrannie. Cette double initiative vint de Dieu qui veille sur la destinée de ses créatures : aux opprimés Il dispense Sa miséricorde, et aux oppresseurs, la menace de son châtiment. A l’adresse de ceux-ci et de ceux-là il révéla (descendit) la sourate Al Bourouj qui relate la persécution des chrétiens de Najrane par Zi-Nou’ass, le roi juif de Hymyar, promettant le Paradis aux Croyants, et menaçant du feu de l’Enfer le roi tyran et fanatique : - “Ceux qui poussèrent les Croyants et les Croyantes à la sédition et ne sont point repentis, à eux le châtiment de la Géhenne et du feu brûlant” (ceci par rapport à Zi-Nou’ass et aux mouchrikines après , lui).

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- “Ceux qui ont cru et fait œuvres pies, à eux les jardins où coulent les fleuves. Tel est le grand triomphe” (ceci par rapport aux chrétiens de Najrane et, après eux, à Ammar ben Yasser, sa mère et son père, à Bilal et les premiers Croyants). Et dans sa détermination à récompenser et à punir : “La violence de ton Seigneur est forte(1). C’est Lui qui crée et qui recidive. Il est le Pardonneur, l’Affectueux. Au trône majestueux. Faiseur de ce qu’Il veut”. p p p La sourate “Al Bourouj” a une portée humaniste et universaliste qui dépasse les Chrétiens de Najrane et les Musulmans de la Mecque, pour embrasser l’homme, en tous lieux en tous temps, indépendamment de sa religion, de son origine et de sa couleur. Elle prend pour point de départ un fait déterminé afin d’ériger un principe général conforme à l’esprit de l’Islam : “Point de contrainte en religion”. Tout homme, dans l’acception absolue du terme, a le droit de vivre sa foi en toute liberté, et de pratiquer les rites de sa religion dans un climat de sérénité et de quiétude. La grandeur de l’Islam, dans ce contexte précis, est qu’il garantit au Musulman et au non Musulman sa liberté de croyance et de culte, laissant à l’homme (ou à la femme) toute liberté d’embrasser l’Islam, s’il se sent convaincu par ses préceptes et ses commandements, et les trouve conformes à sa propre conviction, et répondant à ses aspirations et à ses espérances. La foi est une conviction intime : elle prend sa source dans la conscience de l’homme, dans son for intérieur, et rayonne à l’extérieur. Si elle est imposée par la force, de l’extérieur de l’homme à son intérieur, c’est-à-dire à sa conscience et à son cœur, elle est refusée par Dieu, exactement comme fut refusée l’initiative de Zou-Nou’ass à Najrane, et des mouchrikines à la Mecque.

(1) La vengeance divine est terrible.

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L’Islam cherche à se répandre et à convaincre le plus grand nombre d’êtres humains à embrasser ses préceptes et ses lois que Dieu a répandus dans le Coran, en ordonnant au Prophète de les diffuser le plus largement possible. Mais, en même temps, l’Islam refuse d’être imposé par la contrainte ou par d’autres moyens similaires, ou par toute tentative susceptible d’altérer et d’annihiler la volonté de l’homme et sa conviction. L’Islam, dans son Coran et la Sunna de son Prophète, est une collection de joyaux rares, attirants, étincelants. Il suffit à son détenteur de l’exposer aux gens afin qu’ils la contemplent dans son rayonnement et sa rutilance, et de leur expliquer, dans la simplicité, sa nature, son essence et ce qu’elle représente comme valeurs et dimensions, ainsi que le bonheur et la félicité qu’elle procure à celui qui la détient et se pare d’elle. Les joyaux qui ont atteint un si haut niveau vont tous seuls - si une telle expression est permise - vers les gens; ils n’ont pas besoin d’être imposés. L’Islam a seulement besoin d’être porté à la connaissance des gens. Cette obligation incombe à tout Musulman responsable. C’est que Dieu - béni soit Son nom - a tenu, dès l’origine, à informer Mohammad, prière et salut sur lui, qu’il est envoyé à tous les peuples et à toutes les nations, et non point seulement à Qoraïche, aux Mecquites, à la Presqu’île arabique et aux Arabes. Les versets, dans ce sens, sont nombreux, disséminés dans de nombreuses sourates du Coran. Nous en citerons ci-dessous quelques-un : - “Et Nous ne t’avons envoyé que comme Porteur de bonne nouvelle et Apôtre pour tous les gens”, [Saba : 28]. - “Béni soit Celui qui descendit le Discernement (le Coran)sur Son escalave, afin qu’il soit Apôtre (Avertisseur) pour les mondes”, [Le Discernement : 1]. - “Dis : O les gens ! Je suis l’Envoyé de Dieu à vous tous”, [Les Limbes : 158].

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Ces versets - que nous avons déjà reproduits dans un précédent chapitre de notre ouvrage, et dans d’autres, dans le même contexte - engagent tout Musulman, surtout s’il est en charge des questions de la foi, à répandre l’Islam sur tous les gens. Depuis le début de la Révélation jusqu’au dernier jour de sa vie, Mohammad a cherché à exécuter les ordres de Dieu : “O Prophète! Fais parvenir ce qui a été descendu sur toi de ton Seigneur”. Ainsi son rayonnement a dépassé les limites de la Presqu’île à travers les ambassadeurs qu’il dépêcha, munis de ses lettres, aux rois de Perse, de Byzance et d’Abyssinie, ainsi qu’aux gouverneurs de l’Egypte, de Bahraïn, du pays de Yamama et des Ghassanides, les exhortant à embrasser l’Islam. Tel ne fut pas le comportement des tous les prophètes et Envoyés qui l’ont précédé. Un retour à l’Evangile nous permet de constater que le Christ, prière et paix sur lui, a réduit sa propre mission aux “enfants d’Israël”, c’est-à-dire aux Juifs qui, de son temps, étaient concentrés en Judée et, en moindre proportion, en Galilée, en Samarie et en Idumée. Toutes ces régions formèrent, par la suite, la Palestine. Dans l’Evangile de Matthieu, nous lisons ce qui suit : “Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël”, [XV : 24]. Il est clair, sur la base de ces propos, que le Christ lui-même a réduit sa mission aux Juifs. Quant aux Douze - les Apôtres, “al Hawariyyines - la situation est différente, ” car le Christ leur recommanda de répandre ses enseignements sur toutes les nations : “Allez donc; de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai recommandé”, [Matthieu, XXVIII, 18-19]. De même : “Allez, donc, dans le monde entier, proclamer l'Evangile à toute la création”, [Marc : XVI : 15].

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Chapitre VII L’égalité
Parmi les beautés de l’Islam et ses merveilles figure le fait d’avoir -bien avant les révolutions qui prirent leur point de départ en 1789 - posé la pierre fondamentale de l’Egalité, faisant d’elle l’un des principes de la foi elle-même, et considérant qu’elle est un don de Dieu le Tout-Puissant. Dès le début de sa mission, le Prophète a tenu à faire comprendre aux Croyants que “les hommes sont égaux telles les dents d’un peigne”; et que l’Arabe ne jouit d’aucun privilège aux dépens du non arabe, sauf par sa piété. Quant aux Bani Hachem - l’élite de Qoraïche, lesquels sont l’élite des Arabes - il leur dit, un jour : “O Bani Hachem! Vous vous glorifiez de vos origines, alors que les autres se glorifient de leurs actions”. Alors que l’apartheid est encore en vigueur dans certaines régions d’Amérique et d’Afrique, nous observons que le Prophète - depuis le VIIè siècle, - a fait de Bilal, l’esclave abyssin noir, le premier mou’azzine de l’Islam, déclarant qu’il est parmi les Croyants les plus chers à son cœur. Du reste, le Prophète, devançant, des centaines d’années, l’humanité “civilisée”, a dit ces paroles sublimes : “Le fils d’une blanche n'a aucun pouvoir sur le fils d’une noire, que dans les limites du droit et de la justice”. Dans ce contexte précis de l’égalité, signalons que les E.U.A., nonobstant la statue de “la liberté éclairant le monde”, a persévéré, non seulement en fait, mais en droit aussi, dans la ségrégation raciale jusqu’au XXè siècle, et dans l’esclavage jusqu’au XIXe. Du reste, la “guerre de sécession” entre le Nord et le Sud, qui dura de 1860 à 1865, et qui se solda par la victoire des Nordistes “non-esclavagistes”, ou “abolitionnistes”, sur les sudistes “esclavagistes”, n’aboutit guère à l’abolition de l’apartheid, ni au Sud ni au Nord. Et lorsqu’en 1850 parut “la Case de l’oncle Tom”, livre par lequel son auteur, Harriet Beecher Stow (1811-1896) prenait une attitude notoire et catégorique contre l’esclavage, il produisit un choc semblable à un cataclysme social et fit dire au président Lincoln : “C’est une petite femme qui déclenche une grande guerre”.

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Quant à ce que l’on a appelé la révolution américaine contre la Grande Bretagne - la puissance colonialiste - et la guerre que menèrent les treize Etats, de 1775 à 1783, contre ladite Puissance, ses causes furent, à l’origine, d’ordre économique sans aucune relation avec une volonté d’indépendence politique. Cette “révolution” prit fin par la victoire des Etats sus-visés qui profitèrent des secours extérieurs dont le plus important fut, sans nul doute, celui de la France, au niveau de l’Etat, aussi bien que des particuliers. Il suffit de se référer à l’article Ier, alinéas 2 et 3, et à l’article 4, alinéa 2 de la constitution américaine promulguée en 1787, pour constater, clairement, que l’esclavage était légal et autorisé. Le 13ème amendement de cette constitution - adopté le 31/1/1865, à la suite de la Guerre de Sécession déjà évoquée - décida l’interdiction de l’esclavage dans tous les Etats américains. L’esclavage est aboli légalement, mais dans les faits la ségrégation raciale resta en vigueur, notamment au Sud où les Blancs recouraient à des procédés qui répugnent à l’homme issu des révolutions de 1789, de 1840 et des autres. Qu’il nous suffise, dans ce domaine, de nous remémorer les événements de Los Angeles survenus en 1992, avec la dimension qu’ils ont atteinte, et les abus qui les ont accompagnés, afin de nous faire une idée de ce que l’âme américaine emmagasine comme instincts et penchants vers la cruauté. La conscience internationale n’a, sans doute, pas oublié l’événement qui a engendré tant de mal et de honte et que les stations de télévision du monde entier ont reproduit : quatre policiers blancs vidant leur haine raciale, à travers leurs gourdes, sur un homme noir étendu par terre, le sang coulant de sa tête et de son visage, et cherchant, de ses deux mains, à se protéger contre leur furie. Ces quatre policiers furent déférés devant la justice. Les jurés, tous blancs (!), ne trouvèrent pas mieux que de les acquitter tous les quatre, bien que le film, si éloquent, fût projeté devant eux lors de l’audience, et qu’ils y aient vu la flagrante vérité (1).

(1) La question fut rejugée, par la suite, avec des jurés blancs et noirs. Trois des policiers furent condamnés à des peines de prison; le quatrième fut acquitté.

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Cet acquittement - qui n’avait d’autre mobile que la haine raciale - mit Los Angeles à feu et à sang, et faillit embraser toute l’Amérique. Il prouve, en tout état de cause, qu’une grande proportion du peuple américain est toujours raciste, nonobstant les belles paroles, les devises et les statues … Un tel racisme, ainsi que d’autres, on n’en trouve pas trace dans l’Islam; on y trouve tout à fait son contraire, ou son antidote, depuis le Prophète, en passant par les Rachidines, ses successeurs directs, jusqu’à nos jours. Du reste, depuis ses premiers pas à la Mecque, l’Islam fut le principal appui des pauvres et des faibles face aux puissants et riches seigneurs de Qoraïche. Ainsi, dès son éclosion, il se présente comme la religion de l’égalité entre les hommes, défenseur du droit et de la liberté, élevant les humbles, sans pour autant abaisser les puissants, sauf dans les limites permises par Dieu. Et lorsque le Prophète prononça ses paroles célèbres : “Les gens sont égaux comme les dents d’un peigne”, ainsi que : “Le fils d’une blanche n’a aucun pouvoir sur le fils d’une noire que dans la justice et l’équité” - deux hadiths que nous avons déjà reproduits - il a, à travers elles, annoncé une révolution, dans le plein sens du terme, contre les conditions sociales qui prévalaient, en ces temps-là, dans la presqu’île, notamment à la Mecque où Qoraïche trônait superbement, détenant tous les leviers du pouvoir, et regardant, du haut de son pinacle, toutes les autres tribus avec mépris et orgueil. Le Prophète était doté d’un réel et grand courage, d’une inébranlable foi en sa mission, pour oser dire ce qu’il a dit, et faire de Bilal, l’esclave noir abyssin, l’égal d’Abou Soufiane, leader de Qoraïche, sans autre mérite de l’un ou de l’autre que celui de la piété. Onze siècles avant la Révolution française, l’Islam annonça entre les hommes cette égalité dont s’énorgueillissent les “Révolutionnaires” qui ne cessent d’en chanter les mérites et les louanges, oubliant, ou feignant d’oublier que la Révolution, la vraie, l’originelle, ce fut l’Islam qui l’alluma, l’érigeant sur des bases éternelles et immortelles qui puisent leurs sources dans les principes du Ciel et de la Terre simultanément. Quant aux Américains - ceux de la “révolution” et de la constitution de 1787 ils ne s’embarassèrent guère de l’égalité; ils l’ignorèrent complètement, allant jusqu’à consacrer les différences raciales et sociales dans des textes constitutionnels.

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Les faits qui prouvent et illustrent le respect par l’Islam de ce principe - celui de l’égalité - sont nombreux. Qu’il nous suffise de citer le fait suivant riche d’enseignements : Lorsque Omar Ibn al Khattab, le second Khalife Rachidine, vint à Jérusalem afin de recevoir les clés de la Ville Sainte des mains du patriarche Sophrone, à la demande de celui-ci, il marchait, lui, le successeur du Prophète et l’Emir des Croyants, alors que son serviteur “trônait” sur le dos de la chamelle. Voyant cela, Abou Oubaïda Ibn al Jarrah (l’un des illustres chefs des armées musulmanes), fit tout, mais sans réussir, afin de convaincre le Khalife de monter lui-même la chamelle et de laisser son serviteur l’accompagner à pied; de cette manière les habitants de la Ville Sainte ne verraient pas le grand Khalife, commandant en chef des armées, dans une position d’infériorité par rapport à son serviteur. C’est que, depuis leur départ de la Mecque, le Khalife avait décidé de se partager l’usage de l’unique chamelle avec son serviteur : chacun des deux la monterait durant une étape - la même pour les deux - au cours de laquelle l’autre l’accompagnait à pied. Le hasard voulut que, dans la dernière étape celle qui devait aboutir aux portes de la Ville Sainte - le serviteur fût sur le dos de la chamelle; et, par la volonté d’Omar, il y resta. Ainsi, les habitants de Jérusalem, du haut des murs de la ville, furent les témoins d’un spectacle unique, qu’ils n’avaient jamais vu et qu’ils ne verront, sans doute, jamais tout au long de leur vie : Ils virent Omar, le Khalife, successeur du Prophète et commandant en chef des armées musulmanes, marchant devant la chamelle, la guidant par ses rênes, alors que son serviteur était tout bonnement assis sur son dos ! Du reste, c’est Omar lui-même qui dit ces sublimes paroles qui résonnèrent aux oreilles du monde, 1100 ans avant la Révolution française : “Depuis quand asservez-vous les gens, alors que leurs mères les enfantèrent libres ?”. Il advint, en effet, que l’un des fils de Amr ibn al ‘Ass(1) frappa un enfant copte. Celui-ci le menaça de porter plainte contre lui auprès du Calife, Emir des Croyants. Le fils d’Amr lui répliqua : “Ta plainte contre moi n’aura aucun effet, je suis le fils des nobles”.

(1) Le conquérant de l’Egypte. (Note du traducteur)

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Les jours passèrent. Omar et Ibn al ‘Ass, accompagné de son fils, se trouvaient en pélerinage, à la Mecque. L’enfant copte vint à leur rencontre et dit à Omar : “O Emir des Croyants, celui-ci m’a frappé injustement, se faisant fort d’être “le fils des nobles”. Omar regarda Amr et lui dit : “Depuis quand asservez-vous les gens, alors que leurs mères les enfantèrent libres ?”. Puis il donna son bâton à l’enfant copte et lui dit : “Frappe le fils des nobles, avec, comme il t’a frappé”. Quant à Ali(1), grâce de Dieu sur lui, des chroniqueurs rapportent qu’un Juif l’accusa auprès du même Calife. Lorsqu’ils se présentèrent devant celui-ci, il dit à Ali : “Lève-toi, Abou al Hassane, et assied-toi face à ton rival”. Ali s’exécuta, sans pouvoir cacher son irritation. Après la fin du procès, Omar lui dit : “Cela t’a-t-il contrarié, O Ali, de te tenir face à ton accusateur ?” Ali lui répondit : “Non. Mais cela m’a gêné que tu aies, toi-même, marqué ta préférence pour moi, en m’appelant par mon surnom d’Abou al Hassane”. Par ces mots, Ali a voulu dire que le fait d’être appelé par son surnom constitue une sorte d’intimité qui lui accorde une préférence sur son rival. Ces faits et d’autres semblables - dont le mérite revient à la source - furent, restent et resteront, avec l’aide de Dieu, parmi les causes qui me firent aimer l’Islam et lui ouvrir mon cœur et ma conscience.

(1) Ali ben Abi Taleb, dernier Calife Rachidine. Cousin du Prophète, et son gendre (époux de Fatima, fille du Prophète). Son fils aîné s’appelant Hassan. (Note du traducteur).

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Chapitre VIII Les mœurs - la patience et le pardon
L’Islam est une école de mœurs. Ses enseignements qui se manifestent dans le Livre de Dieu et la Sunna de son Prophète, en font une prairie de vertus. Dans le Coran, Dieu a loué toutes les vertus et les a recommandées aux Croyants. Deux d’entre elles m’intéressent tout particulièrement : la patience et le pardon; car, dans le Coran elles atteignent un sommet qu’elles n’ont atteint dans aucun autre Livre. Dans ce monde plein de malheurs et semé d’obstacles, l’homme ne possède pas la force de résister et d’aller de l’avant, s’il ne trouve, en Dieu, son Créateur, aide et secours. Et Dieu, l’Omniscient, sait que le monde “ne fait sourire une bouche que pour faire pleurer des yeux”. Pour ces motifs, Il dota les Croyants d’une arme efficace avec laquelle ils pourront repousser les agressions du destin et l’injustice des tyrans. Ainsi, ils ne perdent point l’espérance, ni la détermination, mais résistent, solides tels une montagne face aux tempêtes et aux ouragans. Cette arme c’est la patience. En elle, le Croyant trouve consolation et remède. Dans le Livre de Dieu, la patience est citée plus de soixante-dix fois, bien plus que toute autre vertu. Le seul fait de lire les versets qui recommandent la patience apaise l’angoisse de l’opprimé et installe la quiétude dans son esprit. Car, à travers cette lecture, il sent qu’il est, désormais, sous la protection de Dieu, proche de Lui, le Tout-Puissant contre lequel ne pourront rien les Portes de l’Enfer : - “Les patients seront récompensés sans compter”, [Les Groupes (al Zoumars) : 10]. - “Nous récompenserons les patients de la meilleure récompense”, [Les Abeilles : 96].

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- “La récompense de leur patience sera le paradis et la soie”, [L’homme, 12]. - “Soyez patients, Dieu est avec les patients”, [Les Butins : 46]. - “Si vous êtes patients et pieux, ce serait une ferme résolution”, [Al Imrâne : 186]. - “Si vous punissez, que votre punition soit pareille à celle qu’on vous a fait subir. Mais si vous patientez, ce serait mieux pour vous”, (pour les patients) [Les Abeilles : 126]. - “Et annonce (la bonne nouvelle) aux Croyants qui - si un malheur les frappe - disent : Nous sommes à Dieu et c’est à Lui que nous revenons”, [La Vache : 155-156]. Ce ne sont là qu’une goutte dans une mer. Dans ce même contexte, il serait instructif de nous référer à la sourate Al Assr (Le temps, ou le pré-crépuscule), l’une des plus petites du Coran, par le nombre de ses versets, mais parmi les plus grandes par son vaste horizon et sa grande portée, car, selon une certaine opinion, elle résumerait, toute seule, l’Islam. Pour la gouverne du lecteur, voici cette sourate : “Par le Temps! L’homme est en perdition. Sauf ceux qui ont cru et font œuvres pies, et se sont recommandés réciproquement la justice et la patience”, (3 versets). Et parce que cette sourate contient la patience, avec la foi, la justice et le bien, on rapporte que l’imam Al Chafi’i a dit : “Si les hommes (et les femmes) se comportent selon cette sourate, ils n’auraient plus besoin d’autre chose pour leur salut”, voulant, par là, dire qu’elle résume en elle tout l’Islam, dans sa lettre et dans son esprit, et affirmant l’importance de la patience dans la genèse de la foi. Nous devrions, ici, faire remarquer que, dans l’acception coranique du terme, la patience est un des éléments constitutifs de la foi. Une telle opinion pourrait paraître excessive. Mais, dans sa réalité et sa vérité, elle apparaît en conformité avec le climat spirituel et doctrinal qui prévaut dans tous les versets relatifs à la patience, qui se distinguent par leur diversité formelle, et leur stricte concordance fondamentale.

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Cela signifie que le Musulman, qui ne s’arme pas de patience, et ne croit pas qu’elle est un moyen de salut et d’accès au paradis, serait, dans une certaine proportion et d’une certaine manière, identifié au Musulman qui ne pratique pas la prière, considérant qu’elle n’est d’aucune utilité. La patience est partie intégrante de l’Islam et indissociable de lui. Ceux qui se sont recommandés la patience, comme ceux qui se sont recommandés la justice et le bien, ne sont pas perdants - ne sont pas “en perdition” - mais gagneront le paradis et rencontreront leur Seigneur-Dieu. Dieu n’a pas recommandé la patience, en laissant aux Croyants la liberté de leur choix : ils s’arment de patience, s’ils le veulent, ou d’impatience, s’ils le veulent. C’est ce qui différencie l’Islam des autres religions révélées. Il est la consolation et le remède et le chemin au ciel. … Au même titre que la patience, Dieu recommande le pardon, avec cette différence qui se résume en ce que la patience est impérative, et que le pardon est laissé au libre choix du Croyant. A titre d’exemple : “Un mal est puni par un mal similaire. Mais quiconque pardonne et fait du bien, sa récompense incombe à Dieu, il n’aime pas les injustes”, [Al Choura (La Consultation) : 4]. Ainsi, Dieu n’impose pas le pardon, mais le laisse à l’appréciation du Croyant. Car si le pardon était obligatoire, le pardonneur n’aurait plus de mérite, ne disposant pas de liberté de décider et de choisir.

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Chapitre IX Religion de la conviction, non de la contrainte
Ce que j’ai aimé aussi dans l’Islam c’est d’être la religion de la conviction, et non de la contrainte. Il ne veut pas de croyants du bout des lèvres, mais du profond des cœurs. Il les veut les yeux ouverts à la lumière, de leur pleine volonté, faisant librement leur choix. Il les veut convaincus en leur âme et conscience, et non menés dans l’obscurité. Il ne veut pas les voir embrasser la religion de Dieu, de peur d’être châtiés, punis ou tués : - “Si ton Dieu l’avait voulu, tous les habitants de la terre, sans exception, auraient cru. Est-ce à toi de contraindre les gens à devenir Croyants (Musulmans) ?” [Jonas : 99]. Dans l’Islam, la contrainte est presque un péché, parce qu’elle va à l’encontre de l’esprit de cette religion qui porte, en son essence, les éléments de son éternité. Il n’a pas besoin d’une épée brandie, ni d’aucun autre moyen de violence matérielle ou morale. - “Appelle dans le chemin de ton Seigneur par la sagesse et le bon sermon”, [Les Abeilles : 125]. - Encore un ordre de Dieu à Mohammad, dans le même sens. De tels ordres, et leurs semblables, trouvent leur fondement dans un principe essentiel unique; ils émanent d’une source essentielle unique, illustrée par quatre mots (1) qui ont rendu l’Islam célèbre dans l’Histoire : “Point de contrainte en religion”, [La Vache : 256]. A cette source s’abreuvèrent les premiers Croyants, Emigrés et Partisans, ayant accompagné le Prophète et partagé sa vie; ils l’entendirent et le virent gérer les problèmes de la Communauté avec cet esprit de tolérance et de compréhension qui le distingua.

(1) Dans le texte arabe, ces mots sont au nombre de quatre : “La ikraha fi dine”.

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A cette source s’abreuve, tout particulièrement, le second des Rachidines, al Farouq, Omar ibn al Khattab. A Jérusalem-Al Qods, et dans l’église du Saint Sépulcre, se souvenant des paroles de Dieu et de la Sunna de Son Prophète, il s’interdit de prier dans ladite église, si chère aux cœurs des Chrétiens, afin de la leur conserver, empêchant, ainsi, qu’elle soit, par la suite, transformée en mosquée. C’est en cette occasion qu’il accorda aux habitants de Jérusalem-Al Qods la mémorable charte qui porte son nom -la Charte omarienne- qui, dans l’histoire des religions, est, sans conteste, une perle unique. Omar puisait son comportement dans le Livre de Dieu et la Sunna de Son Prophète; il se conformait à l’esprit de l’Islam. Il ne cherchait, en aucune manière, à conclure un “marché politique”, à l’instar de ce que font habituellement les conquérants ou les envahisseurs, dans pareilles circonstances. La “Charte omarienne” ne fut guère une mesure opportuniste et intéressée prise dans l’intention de se rallier les Chrétiens de Jérusalem et de les éloigner intellectuellement, socialement et religieusement de Byzance, comme l’ont prétendu la plupart des historiens occidentaux. En Syrie et en Egypte, le peuple, dans sa très grande majorité, était chrétien(1) monophysite en rupture dogmatique avec Byzance qui, de ce fait, l’a persécuté de la pire manière, lui infligeant diverses avanies et contraintes. Elle fit main basse sur les églises, en détruisit un certain nombre, bannissant évêques et prêtres, jetant d’autres en prison. Elle imposa, ainsi, un régime de terreur, et instaura un climat de peur dans les rangs des Syriens et des Egyptiens qui avaient embrassé la doctrine - ou “l’hérésie” - de l’unique nature dans le Christ, c’est-à-dire le monophysisme. C’est pour ces raisons que les Jacobites (monophysistes syriens) déclarèrent : “le Dieu des vengeances nous a envoyé les Arabes pour nous libérer des Romains”.(2) Plus d’un historien chrétien affirme que les Jacobites de Syrie et les Coptes d’Egypte se sentirent en sécurité avec les Musulmans, y trouvant même des alliés et des libérateurs.

(1) Avec une infime minorité de Juifs. (2) Nasri Salhab, “Sur les pas de Mahomet”, Dar al Kitab al Lubnani, 1971, p. 216.

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La Charte omarienne ne fut pas unique, ni la première en date des mesures de tolérance prises par l’Islam au lendemain des conquêtes. Avant Omar, Khaled ibn al Walid donna aux Chrétiens de Damas(1), de Homs (Emèse) et de Hama, des chartes leur garantissant ce que la Charte omarienne garantit aux Chrétiens de Jérusalem-Al Qods. Dans ce contexte, Khalid fut un précurseur. L’attitude islamique est une, car sa source est une : la religion que Dieu a “descendue” (révélée) au fils d’Abdillah, comme guidée et miséricorde aux mondes. Du reste, les événements se comparent avec leurs semblables dans le temps et dans l’espace. En 614, dans les guerres contre Byzance, les armées perses commandées par Chosroès II, remportèrent des victoires qui leur ouvrirent le chemin de Jérusalem-Al Qods; elles y entrèrent, y commirent destructions et vols, laissant l’église du Saint Sépulcre en ruines après en avoir volé les trésors et les reliques, entre autres la vraie Croix(2). Puis elles envahirent Damas et terrorisèrent ses habitants qui se virent, ainsi, exposés à la mort et à la captivité. Plus tard, en 628, Héraclius, l’empereur byzantin, réussit à effacer les séquelles de cette défaite en infligeant, à son tour, une défaite aux armées persanes, et reprit la Croix. Jusqu’à ce jour la Chrétienté orientale commémore cet événement sous l’appellation de “Fête de la Croix”. Dans une telle conjoncture, il nous incombe de comparer le comportement des Perses avec celui des Musulmans, vingt ans après. Ainsi, il nous sera donné de rendre justice à l’Islam et de réaliser l’ampleur de sa tolérance et de sa magnanimité. Si, en Juillet 1099, les Croisés s’étaient rappelé le comportement d’Omar (en 638) dans l’église du Saint Sépulcre - pour ne citer que ce fait - ils se seraient certainement abstenus de se souiller les mains et les consciences, ainsi que la renommée du christianisme en entier, en envahissant la mosquée Al Aqsa et y massacrant des centaines de musulmans, hommes, femmes et enfants qui s’y étaient réfugiés pour échapper à la mort, alors qu’ils étaient sans armes, ne disposant, comme moyens de défense, que des exemplaires du Coran où le nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux, était cité des centaines de fois.

(1) Jérusalem se livra aux Musulmans en 638; Damas, en 635. (2) Philippe Hitti, “ ”, Dar al Qyama, 1959, Tome II.

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… Cette tolérance de l’Islam s’illustra, dans ses aspects les plus resplendissants, en Andalousie qui, à l’origine, lors de la conquête musulmane, était habitée de Chrétiens. Des centaines d’années après cette conquête - alors que les Arabes Musulmans les gouvernaient - les Andalous étaient restés à majorité chrétienne, avec une minorité juive. Ce qui prouve que les gouvernants musulmans avaient laissé à leurs administrés la liberté de croyance et de foi. Will Durant écrit ce qui suit : “Jamais l’Andalousie ne fut gouvernée avec tant de douceur, de justice et de sagesse que par ses conquérants arabes … Ils se comparent favorablement aux empereurs grecs de leur temps; ils furent certainement en amélioration sur le régime visigothique despotique qui les avait précédés. Leur administration des affaires publiques fut la meilleure du monde occidental de cette époque. Les lois étaient rationelles et humaines et étaient mises en œuvre par un pouvoir judiciaire bien organisé. Dans la plupart des cas, les peuples conquis, dans leurs affaires intérieures, étaient gouvernés par leurs propres lois et leurs propres fonctionnaires … D’autre part, les autorités maures accordèrent la liberté du culte à toutes les religions non musulmanes” (Histoire de la civilisation), Paris 1966, Tome X, pp. 501, 502, 505). Comme nous venons de le dire, les événements se comparent et se jugent à travers leurs semblables dans le temps et l’espace : En 1492, Grenade, le dernier Etat musulman d’Andalousie disparut, et avec lui prit fin le gouvernement de l’Andalousie par les Arabo-Musulmans, après environ 800 ans au cours desquels Cordoue, Tolède et Grenade - pour ne citer qu’elles - scintillèrent de l’une des plus grandes civilisations que le monde ait jamais connues. Au lendemain de la chute de Grenade, Isabelle, la “Très Catholique” reine de Castille, épouse du “Très Catholique” roi d’Aragon, promulgua son terrible et tristement célèbre édit qui ordonnait aux Musulmans, et aux Juifs d’Andalousie, - c’est-à-dire aux non Chrétiens - de choisir l’une des trois options suivantes : 1- Embrasser la religion chrétienne 2- Quitter l’Andalousie 3- La prison ou la mort

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A partir de cet “Edit”, commencèrent les malheurs des Juifs et des Musulmans d’Andalousie, auxquels le fanatisme espagnol aveugle proposa trois verres dont le plus doux est d’un goût amer humainement insupportable. Sans nul doute, les Juifs de ces temps-là firent, en leur âme et conscience, une comparaison entre la tolérance arabe musulmane et le fanatisme chrétien espagnol, et réalisèrent l’énorme distance qui les sépare. … Et si, au fil des siècles, certains gouvernants musulmans prirent à l’encontre des Gens du Livre, chrétiens et juifs, des mesures discriminatoires et contraignantes, c’est parce que, sans le savoir, ils se sont comportés contrairement à l’esprit de l’Islam, enfreignant ses traditions tolérantes, et ignorant, ou feignant d’ignorer les Commandements de Dieu - ce qu’Il a permis et ce qu’Il a interdit - ainsi que la Sunna du Prophète et la conduite de ses successeurs directs, les Califes al Rachidines.

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Chapitre X L’être humain est fait de corps et d’esprit
Ce que j’apprécie beaucoup dans l’Islam et m’attire à lui c’est l’équilibre qu’il préconise entre l’esprit et la matière, ou entre l’âme et le corps : entre ce dont l’âme a besoin en sa qualité d’émanation de Dieu auquel, en fin de périple, elle reviendra, et entre ce dont le corps, de son côté, a besoin. L'homme est fait de corps et d’âme, de matière et d’esprit, deux éléments interdépendants, qui se complètent et s’aident mutuellement, dans un équilibre indispensable à son épanouissement. Si l'un des deux l’emporte sur l’autre, l’équilibre, dans l’être humain, est rompu. Dieu, qui créa les mondes, tous les êtres et toutes les choses, a créé pour l’âme un corps qu’elle habite pour un temps. Il n’est point permis à l’homme de mépriser son corps et de le négliger, car le contenant doit être digne du contenu. Pour cette raison, nous constatons que la plupart des églises possèdent les plus beaux calices faits en or massif et sertis de pierres précieuses, ou en vermeil émaillé de couleurs, afin de s’en servir dans ce que les Chrétiens appellent le “Sacrifice divin”. De même, nous constatons que l’art musulman resplendit et atteint le summum de la beauté et de la créativité dans les mosquées, chefs-d’œuvre d’architecture, de gravure, de calligraphie, de dessins abstraits, de marbre, de mosaïques, baignant, tous, dans l’or et l’argent, et sertis de pierres précieuses, car ces mosquées sont des lieux où on invoque le nom de Dieu, et on lui adresse les louanges et les prières, et vers Lui se dirigent les regards et les consciences. Et parce que la mosquée est la maison de Dieu, rien n’a été épargné pour que la résidence soit digne du Résident. Telle fut, avant l’Islam et après lui, la conception de la chrétienté qui, dans ce contexte, nous légua des églises et des cathédrales qui représentent des

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chefs-d’œuvre uniques dans les domaines de l’architecture et des arts mineurs qui lui sont associés, et auxquels nous avons fait allusion ci-dessus, car l’église, comme la mosquée, est la maison de Dieu. Le corps est la maison de l’âme; il doit en être digne. Dieu, cependant, dans Son Livre, a tenu à faire comprendre aux Croyants que l’au-delà est préférable à notre monde. Celui-ci disparaîtra un jour, alors que l’autre - le Royaume de Dieu - est voué à l’immortalité. Et si l’équilibre entre les besoins du corps et ceux de l’âme est indispensable à la stabilité de l’homme et à son épanouissement, l’âme toutefois, dans son essence, est plus digne du corps et supérieure à lui. Le corps fait partie des créatures de Dieu, alors que l’âme fait partie intégrante du Créateur; elle participe de son essence; elle émane de Lui, et à Lui elle revient, après la dissolution du corps. L’objectif fondamental et ultime que le Croyant aspire à atteindre c’est l’au-delà, à travers une vie qu’il aurait vécu ici-bas, dans la modération et dont il aurait joui décemment. Se priver des beautés du monde et de ses merveilles n’est guère une condition pour gagner l’au-delà. Meurtrir son corps n'est pas une condition à l’épanouissement de l’âme : - “Et recherche, en ce que Dieu t’a apporté, la Demeure dernière, et n’oublie pas ton lot dans le monde, et fais le bien, comme Dieu a été bienfaisant envers toi”, [Le Récit : 77]. - “L’au-delà est meilleur pour toi que la vie d’ici-bas”, [Le précrépuscule (Al Doha) : 4]. Et si “l’argent et les enfants sont l’ornement de la vie ici-bas”, il y en a, cependant, de plus digne et de plus noble : “Les justes actions durables sont plus rétribuées par Dieu, et l’objet de plus d’espérance”, [La Grotte : 46]. De même : “Et cette vie ici-bas n’est qu’amusement et jeu; et la Dernière demeure dispense la vie, s’ils le savaient”, [L’araignée : 64]. De même aussi : “Et il fut dit à ceux qui pratiquèrent la piété : “Qu’est-ce que votre Seigneur a fait descendre ?” Ils dirent : “Le bien pour ceux qui ont fait le bien dans cette vie”. Et l’au-delà est meilleur; et qu’elle est agréable la demeure des pieux!”, [Les Abeilles : 30].

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De même encore et encore : “Et la miséricorde de Ton Seigneur est meilleure que tout ce qu’ils amassent”, [L’Ornement : 32]. A travers ces versets et d’autres nous constatons qu’il y a un rappel permanent des Croyants que l’au-delà est, pour eux, meilleur que ce monde, et qu’on peut atteindre l’autre monde (l’au-delà) par la pratique du bien et de l’aumône, et par l’aide que l’on accorde à ceux qui en ont besoin; en un mot, par la bonne action : “Que celui qui espère rencontrer son Seigneur-Dieu fasse une bonne action”, [La Grotte : 110]. L’Islam est la religion du réalisme et du possible : il impose à l’être humain ce que sa nature peut endurer, dans des limites que Dieu a fixées depuis la Création. Dieu - qui sait tout - connaît les possibilités de l’homme et sa capacité d’endurance. A partir de là, Il juge l’homme, lui faisant assumer la responsabilité de ses actes. Il serait utile, ici, de faire une rapide comparaison entre les obligations que l’Islam et le Christianisme, chacun de son côté, imposent au croyant. Le Christ, paix et prière sur lui, a édicté des principes et des enseignements moraux tellement rigoureux et idéalistes que le Croyant, humainement incapable de mettre en pratique, se voit plier sous leur poids. De ces enseignements nous choisissons quelques-uns qui prouvent la véracité de ce que nous venons de dire : - “Aimez vos ennemis. Bénissez ceux qui vous maudissent. Priez pour ceux qui vous persécutent”, [Matt., V : 44]. - “Quelqu’un te donne-t-il un coup sur la joue droite, tends-lui encore l’autre”, [ibid : 39]. - “Tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà, dans son cœur, commis l’adultère”, [Ibid : 28]. - “A qui veut te citer en justice et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau”, [Ibid : 40]. - “Quelqu’un te requiert-il pour un mille, fais-en deux avec lui”, [Ibid : 41].

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Les Chrétiens sont actuellement plus d’un milliard. Nous ne pensons pas que, parmi eux, se trouverait un seul qui, frappé sur la joue droite, tendrait l’autre joue à celui qui l’aurait frappé, afin qu’il en reçoive encore une gifle! Quant à l’amour des ennemis et à la bénédiction des “maudisseurs”, et à la prière pour les persécuteurs, ce sont là des enseignements sublimes et admirables mais dont la teneur idéaliste dépasse les limites de la capacité humaine. L’amour des amis n’est pas sûr et garanti. Que serait-il de celui des ennemis! Ce que nous avons vu, et que nous voyons sur les deux scènes internationale et arabe, ainsi que les événements qui se sont succédés, à l’échelle internationale, depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, nous portent à dire que l’histoire des peuples et des nations - spécialement en Europe d’avant la seconde guerre mondiale - n’est en réalité que l’histoire de leurs guerres. En effet, jusqu’à 1940, les guerres en Europe chrétienne, plus particulièrement entre la France et l’Allemagne, ou entre l’Espagne et la France, ou entre l’Autriche et l’Italie, ou entre la Russie et la Pologne, n’ont pas cessé … Nul ne se hasarderait à dire que les guerres sont l’expression de l’amour et du pardon. Dans ce contexte prennent place les “guerres de religion” qui enflammèrent l’Europe durant des siècles. En France même, qu’il nous suffise de rappeler le massacre de la Saint Barthélémy - redevable de son appellation à l’un des douze apôtres du Christ, car il eut lieu le jour de sa fête - ce jour noir au cours duquel les Chrétiens catholiques se ruèrent sur les Chrétiens protestants et en tuèrent, à Paris en une seule nuit, près de trois mille, pendant que les cloches de Saint-Germain sonnaient le glas qui rappelait les lamentations des mères meurtries par la perte de leurs enfants massacrés. Quant aux guerres menées ou bénies par les papes, au fil des ans, contre les Ottomans musulmans, elles n’ont guère besoin d’être citées nommément, parce que notoires.

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Si le pape, tête de l’Eglise et son pasteur, n’a pu aimer ses ennemis, comment la masse des chrétiens, gens communs et ordinaires, le pourraient-ils ? Ces enseignements, magnifiques dans leur idéalisme, restèrent, dès leur annonce, de “l’encre sur du papier”, une encre rouge, assez souvent teintée du sang de ces “ennemis, maudisseurs et persécuteurs”. De l’amour, passons à un autre sujet : à l’adultère. Le Christ, paix sur lui, dit - nous l’avons déjà rapporté - que “tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà dans son cœur commis l’adultère”. Ainsi, nous constatons que l’homme, qui regarde une femme et la désire, est assimilé à un homme qui, effectivement, a commis l’adultère. De là, il nous est possible d’évaluer le nombre des adultères. … Ces exemples donnent au lecteur une idée des enseignements du Christ, qui dépassent l’endurance des hommes et leur capacité de s’y conformer : la nature humaine a des limites que Dieu connaît. Pour ces motifs, il impose à l’homme - dans la religion islamique - un poids que ce dernier serait humainement capable de porter. D’un autre côté, nous constatons que l’Islam permet au Croyant de favoriser son corps, en mangeant les bonnes choses accordées par Dieu, et en n’oubliant pas sa part dans ce monde, à condition de ne pas exagérer et de rester dans les limites du raisonnable, faisant preuve de modération, afin que ses actes n’enfreignent pas les règles des bonnes mœurs et de la morale publique. - “O les Croyants! N’interdisez pas les bonnes choses que Dieu a rendues licites pour vous; et ne soyez pas malveillants; Dieu n’aime pas les oppresseurs. Et mangez de ce que Dieu vous a procurés de licite et de bon; et craignez Dieu en qui vous croyez”, [Table servie : 87-88].

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Chapitre XI La polygamie
J’ai maintes fois entendu et lu des critiques, quelquefois franches et directes, d’autres fois, feutrées et tacites, émanant de milieux Chrétiens occidentaux non dénués de science et de connaissance. Ces critiques se résument en ce que la religion islamique, prêchée et répandue après le judaïsme et le christianisme, c’est-à-dire en des temps relativement modernes, autorise la polygamie qui , comme on le sait, permet légalement à l’homme d’épouser plus d’une femme à la fois, jusqu’à quatre. L'Islam est, donc, dans ce contexte, “régressif et rétrograde” et ramène l’homme aux sociétés et aux temps primaires. C’est, pour moi, l’occasion d’attirer l’attention sur le verset coranique qui autorise la polygamie jusqu’à quatre : le verset 3 de la sourate “les Femmes”. Ce verset est toujours cité, amputé de sa première phrase. Cettte amputation le rend mal compris par les Croyants qui, induits, ainsi, en erreur, lui donnent un sens différent de son sens réel et véritable. Voici ce verset dans son intégralité : “Et si vous craignez de ne pas être équitables envers les orphelins, épousez des femmes, autant que cela vous est agréable, deux, trois et quatre. Mais si vous craignez de ne pas les traiter égalitairement, alors n’en épousez qu’une, ou ce que vous possédez (comme esclaves); cela vous impose moins de charges familiales”. De ce texte, il ressort clairement que la polygamie (quadrilitère) a un but défini par Dieu : assurer l’équité et l’aide aux orphelins que Dieu, dans plus d’un verset du Coran, a privilégiés de sa miséricorde et de sa bienveillance, exhortant les Croyants à les traiter avec mansuétude, bonté et générosité. Il serait d’un grand intérêt de souligner que le verset susmentionné fut “descendu” (révélé) au lendemain de la bataille d’Ohod au cours de laquelle, comme nous le savons, tombèrent de nombreux Croyants, martyrs de leur foi, qui laissèrent des veuves et des orphelins, dont la plupart étaient sans ressources.

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Pour cette raison, Dieu a permis aux Croyants aisés désireux de faire du bien et de pratiquer la justice et l’équité - au cas où ils redouteraient de ne pas être justes et équitables - d’épouser les veuves, mères des enfants orphelins, afin d’empêcher que ces derniers ne soient réduits à la mendicité et ne point s’exposer aux avanies et à la déchéance qui l’accompagnent. De là, il ressort clairement que la polygamie, à son origine, est un acte d’abnégation et de sacrifice, et non point un désir charnel et une course aux plaisirs et à l’assouvissement de l’instinct animal de l’homme. Tel est le verset, dans son esprit et dans sa lettre. Comme tous les versets du Coran, il est constitué de phrases et de mots interdépendants, soudés les uns aux autres, et qu’il n’est point permis de dissocier ni de fractionner ni, surtout, de s’éloigner - dans sa mise en application - des causes originelles de sa révélation. Observons, aussi, que Dieu, dans ce même verset, a prévu une autre condition, en disant : “Mais si vous craignez de ne pas les traiter égalitairement, alors n’en épousez qu’une”. Ainsi, s’il apparaît à l’homme - qui connaît ses propres possibilités mieux que quiconque - qu’il lui est impossible d’instaurer l’équité et la stricte égalité entre ses épouses, il est de son devoir de s’abstenir (de la polygamie) et de n’épouser qu’une seule femme. Du moment que le but fondamental de la polygamie est l’équité, ce but s’annule de lui-même si cette équité n’est pas assurée. Il nous semble, sur la base du texte du verset en question, que la polygamie dans l’Islam, est une exception imposée, à l’origine, par des circonstances exceptionnelles inhérentes aux séquelles de la bataille d’Ohod, comme nous l’avons déjà signalé. La règle, donc, est l’unicité des épouses et non leur multiplicité, la monogamie et non la polygamie. … Les auteurs musulmans, dans leur quasi totalité, pensent que “l’Islam a prôné le principe de la pluralité (des épouses) parce qu’il tend vers un but d’une portée profonde dans la réforme sociale : aux hommes qui s’avèrent incapables d’assouvir leurs appétits sexuels, il a permis la pluralité, non seulement pour leur assurer un échappatoire, mais aussi pour défendre les femmes contre un mal extrêmement grave.

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“Dans les sociétés occidentales chrétiennes, où la pluralité (des épouses) est interdite, de tels hommes prennent des maîtresses privées de tous les droits matrimoniaux. “Le tort subi par la femme, du fait de cet engagement coutumier, n’a point de limites. Le but de l’Islam est d’empêcher la femme de tomber dans un état de pauvreté qui la prive de toutes les garanties sociales et l’entraîne vers la déchéance. Il veut que la femme soit traitée, dans tous les cas de figure, comme une épouse légale jouissant des droits légitimes. Laquelle de ces deux situations est plus utile à la femme, et plus garante de sa dignité ? Qu’elle devienne la seconde épouse d’un homme duquel elle peut, éventuellement, réclamer sa pension alimentaire et celle de ses enfants et - au cas où il mourrait avant elle - d’en hériter, ainsi que ses enfants qu’elle eut de lui ? Ou bien de faire partie des personnes banalisées privées de tout droit, ne pouvant, juridiquement et légalement, rien réclamer de son amant, ni en hériter, ainsi que les enfants qu’elle eut de lui, et d’être ainsi, réduite à un état de misère qui fait d’elle un fardeau social ?”(1) Avec toute notre estime pour l’auteur qui a écrit ces lignes, ainsi que pour sa science, nous nous devons de signaler que le verset 3 de la sourate “Les Femmes” ne contient, ni expressément, ni tacitement, ni de près ni de loin, des considérations de ce genre. L’auteur les a formulées, non point pour expliquer les causes pour lesquelles la polygamie fut autorisée, mais pour la motiver et en faire apparaître les bienfaits et les côtés positifs. Du reste, par la suite, l’auteur, prenant en compte l’esprit du verset en question, déclare : “De là, il ressort clairement, et sans abus d’interprétation, que le texte coranique rétrécit, à l’extrême, le cercle d’autorisation de la pluralité, parce qu’il fait de la simple peur de l’injustice, une cause d’interdiction de la pluralité, et une obligation de se limiter à une seule épouse”, (Ibid, p. 375). … L’Islam n’autorise la pluralité qu’exceptionnellement, et dans le but de pratiquer le bien et de faire des œuvres pies.

(1) Afif Tabbara, “L’esprit de la religion islamique” (en arabe), 1977, pp. 272-273.

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Chapitre XII Le mariage et le divorce dans l’Islam
Au VIIe siècle apr. J.C. l’Islam comprit ce que l’Occident mit des centaines d’années à comprendre : il décida que le mariage est un engagement et un pacte entre les deux époux, c’est-à-dire un contrat comme tous les autres, conclu entre l’homme et la femme, par lequel ils expriment leur accord mutuel, sans cérémonie religieuse, ni la présence des religieux. Ce contrat est conclu auprès d’un “ma’azoun” - personnage laïc agréé - en présence de deux témoins, à l’instar de ce qui se passe de nos jours, en Occident chrétien, avec des nuances et des détails qui n’entament pas l’essentiel. En France, par exemple, le mariage civil est conclu auprès du maire, ou de l’un de ses adjoints, en présence de deux témoins, sur la base d’un contrat agréé par les futurs époux et signé par chacun d’eux, ainsi que par les deux témoins, et portant le sceau et la signature de l’Officier civil sus-mentionné (maire ou adjoint). Cet acte - le mariage civil - est le seul officiellement et légalement reconnu, et le seul qui, du fait de cette reconnaissance, produit des effets légaux. Toutefois, dans l’Islam, il puise dans la religion - Coran et Sunna - ses règles et sa légalité, alors que le mariage civil, en Occident, les puise dans le droit positif en vigueur dans chaque pays, et qui émane des autorités législatives compétences. … A l’origine, en Occident chrétien, le mariage était religieux; il avait lieu auprès d’hommes d’Eglise (prêtre ou évêque), et par ses offices; car le mariage était - et reste, dans l’acception des autorités religieuses - un Sacrement, dans le sens dogmatique du terme. Au Liban, chez les communautés chrétiennes, le mariage reste ce qu’il fut dès l’origine : un Sacrement, qui ne peut être dévolu que par un Religieux, homme d’Eglise. Telle fut la situation en Europe pendant des siècles.

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Parmi les effets du mariage religieux, plus particulièrement chez les communautés catholiques et certaines composantes de l’Eglise protestante, notons qu’il est indissoluble; il ne prend fin que par la mort de l’un des deux époux; car le divorce est interdit : “Ce que Dieu a uni, l’homme ne peut le séparer”. Qu’il nous suffise de rappeler que l’Angleterre se sépara de l’Eglise Romaine et que, en 1534, elle constitua sa propre Eglise, l’Eglise anglicane, à cause du refus du pape Clément VII (1523-1534) de prononcer le divorce du roi Henri VIII de son épouse espagnole, Catherine d’Aragon qu’il voulait répudier afin d’épouser l’Irlandaise Anne Boleyn. Cependant, le temps, dans son évolution inéluctable, détermina l’Europe à passer d’une législation à une autre et, ainsi, à autoriser le divorce qui, à l’origine, était strictement interdit, dans le droit canon catholique et qui, par la suite, devint, dans la législation civile, une affaire banale et routinière, étant données les conditions faciles imposées au conjoint demandant le divorce, ou aux deux, simultanément. Si la Chari’a (législation) islamique autorise l’époux à divorcer de sa femme, cette même Chari’a a, en même temps, et en contrepartie, garanti à l’épouse des droits matériels l’aidant à se défendre contre les méfaits du temps et les injustices du destin. L’Islam impose à l’époux de donner à l’épouse ce que le Coran appelle “sadouka” que nous traduisons par dot, ou indemnité, ou quelque chose de similaire : “Et donnez aux épouses leur salaire légitime; si elles en abandonnent une part pour vous, utilisez-le, alors, pour manger et boire dans la quiétude et la satisfaction”, [Les Femmes : 4]. Cette indemnité est la propriété exclusive de l’épouse, il est interdit à l’époux ou au responsable des intérêts de l’épouse, d’en user ou d’en profiter sans l’autorisation personnelle de l’épouse. Quoiqu'il en soit, l’Islam - qui autorise le divorce - n’y encourage guère. Bien au contraire, comme l’a dit le Prophète, “Parmi les choses licites le divorce est en tête de celles que Dieu déteste”. Du reste, le Prophète, dans plus d’un “Hadith”, recommande aux époux de traiter leurs épouses avec tendresse et bonté. Il en est de même du Coran

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qui, dans de nombreux versets, engage les Croyants, dans leurs relations avec leurs épouses, à faire preuve de magnanimité, de générosité et de courtoisie. - “Comportez-vous convenablement avec elles”, [Les Femmes : 19]. De même : “Conservez-les (les épouses) selon les convenances, ou répudiezles selon les convenances”, [La Vache : 231]. De même aussi : “Que celui qui est aisé, dépense aisément (sur les épouses); et celui à qui il fut donné avec mesure, dépense de ce que Dieu lui a donné; Dieu n’impose à l’homme que dans les limites de ses moyens”, [Le Divorce : 7]. En fait, et contrairement à ce que semblent penser les Occidentaux, le divorce en Islam n’est pas laissé à l’arbitraire de l’époux pour en disposer comme bon lui semble. Dans son esprit, l’Islam n’autorise pas l’époux à se comporter, avec son épouse, tel un seigneur avec son esclave. Le Coran, dans le verset 35 de la sourate “Les Femmes”, instaure dans un cas déterminé, une parfaite égalité entre l’homme et la femme. En Islam, le divorce devient permis, et peut-être même fatal et inéluctable, lorsque les relations entre les deux époux atteignent un tel degré d’inimitié et de discorde, qui rendent la vie commune insupportable et impossible et, ainsi, font du mariage un enfer alors que Dieu, à l’origine, en a voulu faire un paradis de bonheur. Si les époux, dans leurs relations réciproques, atteignent un tel état - que le Coran appelle “Chiqaq” (implosion) - le divorce, nonobstant cela, n’est permis qu’après des tentatives sérieuses tendant à faire arrêter cette implosion : - “Si vous craignez une implosion entre eux (les deux époux), mandatez un arbitre de sa famille (à lui), et un arbitre de sa famille (à elle); S’ils veulent (les époux) la réconciliation, Dieu les réconciliera; Dieu sait et comprend”, [Les Femmes : 35]. Ainsi, nous constatons, comme nous l’avons déjà signalé, que dans ce cas déterminé, le Coran traite l’homme et la femme sur le même pied d’égalité,

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et que, si les deux arbitres réussissent à rapprocher les deux époux, l’un de l’autre, et que ces deux derniers désirent l’entente, Dieu les réconcliera. Ce que Dieu peut, l’homme en est incapable. Et si l’Islam confère à l’homme uniquement le droit de décider du divorce, il a, d’un autre côté, autorisé la femme à s’adresser au juge et à lui demander de prononcer ce divorce, dans des conditions et des circonstances déterminées que nous ne pouvons ici citer et détailler sans dépasser les limites imposées à notre ouvrage. Concernant le droit du mari, Dieu lui interdit de l’exercer avec précipitation, et lui conseille patience et retenue : - “Comportez-vous convenablement avec elles. Si vous avez de l’aversion pour elles, il se peut que vous ayez de l’aversion pour une chose où Dieu met beaucoup de bien”, [Les Femmes : 19]. De même, Dieu ordonne au mari, avant de décider le divorce, de faire appel à des témoins justes : - “Prenez à témoins des gens justes de votre part, et établissez le témoignage pour Dieu”, [Le Divorce : 2]. La présence de deux témoins justes pourrait porter le mari à revenir sur sa décision ou, au pis aller, à se donner plus de temps et, ainsi, à traiter la question avec calme et sérénité. Pour terminer, disons que l’Islam autorise le divorce par consentement mutuel des deux époux : si tous deux désirent le divorce, ils seront exaucés. A ce résultat, que l’Islam a préconisé au VIIe siècle, est arrivé l’Occident (en Europe et en Amérique) après plus de 1.200 ans au cours desquels il parcourut un long chemin semé d’obstacles … Ainsi, nous constatons que, dans ce dernier contexte aussi, l’Islam fut le précurseur.

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Chapitre XIII L’Islam est une école de charité
Ce qui m’a, aussi, fait aimer l’Islam c’est le fait d’être une école de charité qui encourage au bien, dans son sens universaliste et humaniste, et qui ordonne, entre autres, de pratiquer la charité aux multiples faces et aux objectifs divers, et fait de cette vertu la merveille des merveilles. La charité, dans le sens large du terme, c’est la bonne action. Toutefois, à travers la coutume et l’entendement des hommes, elle acquit le sens strict de l’aumône, c’est-à-dire l’obole que l’homme donne aux pauvres, aux démunis, aux déshérités, afin d’alléger leurs souffrances et le poids de leur pauvreté. Dans son essence et sa finalité, la charité c’est l’allègement, par le donneur, de la souffrance du pauvre, de ses avanies et de sa misère. C’est, aussi, l’expression, de la part de l’homme, de sa solidarité humaine envers l’homme, son frère qui, de ce fait, ne se sent plus seul au monde, et qu’il y compte des frères qui partagent sa peine et sa joie. La charité fait du musulman, qui se comporte selon les commandements de sa religion, l’associé de tout miséreux dans ce monde. Le plus grand Bienfaiteur c’est Dieu. Vers Lui - béni soit son nom - se dirigent les cœurs et les consciences, toutes les fois que la misère et la souffrance s’abattent sur les gens, et que l’injustice et la tyrannie s’acharnent sur eux. Dieu a ordonné la charité non seulement dans l’intérêt de celui qui reçoit, mais aussi dans celui du bienfaiteur, de celui qui donne : - “Et sois charitable (bienfaisant) comme Dieu a été charitable avec toi”, [Le Récit : 77]. - “Si vous faites le bien (la charité) c’est envers vous-même que vous la faites. Et si vous faites le mal, c’est envers vous-même aussi”, [Le Voyage nocturne : 7].

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- “Dieu ordonne la justice et la charité et l’aide aux parents, et il interdit la turpitude, le péché et l’injustice”, [Les Abeilles : 90]. Signalons que le Coran fait de la charité la plus grande des vertus dont peut s’orner l’âme humaine : “Et qui, en religion, est meilleur que celui qui se soumet à Dieu et fait la charité”, [Les Femmes : 125]. Le Musulman bienfaiteur (charitable) est placé au plus haut degré de l’échelle qui rapproche de Dieu et de la porte du Ciel. Le verset qui suit confirme le précédent : “Et celui qui se soumet à Dieu et fait la charité détient l’anse la plus solide”, [Louqmane : 22]. L’anse la plus solide - “al ourwat al wouçqa” - c’est celle qui lie fortement le Créateur à la créature qui jouit, ainsi, de Sa miséricorde et de Sa bénédiction. Afin d’encourager les Croyants à faire la charité, Dieu dit : “Celui qui fera la charité en sera récompensé au décuple”, [Les Bestiaux : 160]. Il va - beni soit son nom - plus loin et dit : “Quiconque fait la charité recevra mieux qu’elle, et ils seront garantis contre toute crainte”, [Les Fourmis : 89]. Dix fois le montant de leur bienfait sur terre, et quiétude et récompense au Ciel, telle est la récompense des bienfaiteurs. Quel est, après cette promesse venant de Dieu Lui-même, le Musulman qui ne se sent pas porté à pratiquer la charité ? A cela s’ajoute que le Coran, en magnifiant les bienfaiteurs et en énumérant leurs qualités, en fait l’élite des gens justes et pieux : - “Les pieux sont parmi les jardins et les sources, prenant ce que leur donne leur Seigneur; ils étaient, auparavant, des bienfaiteurs; ils dormaient peu la nuit; et à chaque aube ils demandaient pardon; et dans leurs biens le mendiant et le déshétité avaient un droit”, [Les Eparpilleuses : 15-19]. Comme nous l’avons déjà dit au début du présent chapitre, la charité a une portée bien plus large et plus profonde que celle qu’on lui attribue dans la pratique quotidienne.

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Ainsi, à titre d’exemple, la lutte dans le sentier de Dieu est une charité : - “Et ceux qui ont lutté pour Nous (c’est Dieu qui parle) Nous les guiderons dans Notre sentier, et Dieu est avec les bienfaiteurs”, [L’Araignée : 69]. Ainsi, celui qui lutte pour la gloire de Dieu et le triomphe de la Foi, pour répandre le bien, la justice, le droit et la miséricorde, est recencé parmi les bienfaiteurs et reçoit de Dieu ce qu’Il a promis à ces derniers dans ce monde et dans l’au-delà. Telle est aussi la condition de ceux qui marchent dans le chemin tracé par le Prophète de Dieu et son Messager. Ce sont des bienfaiteurs : - “Et celui qui a apporté la vérité (càd. Mohammad), et y a cru (càd. les Musulmans qui l’ont suivi), ceux-là sont les pieux. Ils ont de leur Seigneur ce qu'ils désirent; telle est la récompense des bienfaiteurs”, [Les Groupes : 33-34]. Le pardon aussi est charité : - “Et pardonnes-leur, Dieu aime les bienfaiteurs [Table servie : 13]. ”, Il en est de même de la patience : - “Et sois patient; Dieu n’omet pas la récompense des bienfaiteurs ”, [Houd : 115]. Cette répétition de la bénédiction de Dieu pour les bienfaiteurs - “Ils ont de leur Seigneur ce qu’ils désirent”, “Dieu n’omet pas la récompense des bienfaiteurs” - est, sans nul doute, le mobile fondamental qui encourage les Croyants à pratiquer la charité, étant convaincus que, en échange d’elle, ils obtiendront la bénédiction de Dieu, c’est-à-dire la plus grande récompense rêvée par les Croyants. La bénédiction - ou l’agrément - de Dieu, comme il ressort clairement des versets, englobe le monde d’ici-bas, et l’au-delà. Car Dieu, béni soit son nom! est le Seigneur des mondes, Détenteur du Jour du Jugement, et vers Lui le retour. Le Coran a choisi des catégories de gens qui, mieux et plus que les autres, méritent la charité, et les recommande particulièrement aux Croyants.

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Les parents - père et mère - viennent en premier. Ils sont le tronc, et leurs enfants, des branches qui s’alimentent de ce tronc et en sucent la sève, puis croissent et grandissent, donnant des feuilles et des fruits, puisant leur force du tronc enfoui sous terre, y enfonçant ses racines profondes. Sans le tronc, point de branches; et sans les sacrifices des parents, les enfants ne pourront pas croître et grandir : les parents sont la source, la cuirasse et la lumière. Dieu dit dans Son Livre : “Et ton Seigneur a décidé de n’adorer que Lui, et de bien traiter les parents (père et mère); si l’un d’eux, ou les deux, atteignent la vieillesse, chez toi, ne leur dis pas le moindre mot blessant, et ne les réprimande pas, et dis-leur des mots affectueux et généreux; et baisse, pour eux, l’aile de la miséricorde, et dis : O mon Dieu, sois miséricordieux avec eux, comme ils m’ont élevé, depuis ma tendre enfance”, [Voyage nocturne : 23-24]. Ainsi, nous constatons que la charité faite aux parents - c’est-à-dire le fait de les traiter avec amour et déférence - vient juste après l’adoration de Dieu, et peut-être même vient-elle en même temps que cette adoration. Nous ne pensons pas que, dans le monde actuel, se trouve un Etat ou une nation qui, dans le domaine de “l’honoration” des parents, ait préconisé plus beau et plus sublime que ce que l’Islam a préconisé depuis plus de 1.300 ans. Dans les Dix Commandements révélés par Dieu à Moïse, paix sur lui!, sur le Mont Sinaï, se trouve un - le 4ème ou le 5ème dans l’ordre énumératif - qui dit textuellement : “Honore ton père et ta mère, afin que tu aies une longue vie sur la terre que te donne le Seigneur, ton Dieu”, [L’Exode, XX, 13]. Relevons la brièveté de ce commandement, c’est-à-dire le fait d’être vide de toute explication et de tout commentaire; et remarquons qu’il parle “d’honorer” les parents et non point de les traiter charitablement et généreusement. Le Coran a humanisé “l’honoration”, en en faisant un acte de charité et d’amour prenant sa source dans le cœur et la conscience simultanément, ainsi que de la foi du Croyant assoiffé de miséricorde divine et inquiet sur son sort, après sa mort. La récompense dans la Bible se limite à ce monde d’ici-bas : la longue vie sur terre …

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Dans le Coran, cette récompense est octroyée sur terre et dans le Ciel; la bénédiction de Dieu y occupe une large place. Quant aux détails - que l’on observe dans le Coran, et qui sont absents de la Bible - qu’il nous suffise de signaler ce qui suit : - Il est interdit au Musulman un mot dont pourrait émaner le moindre relent de plainte. Même le mot “ouf” - qui se situe au bas de l’échelle des plaintes lui est interdit, comme lui est interdit, naturellement, de heurter ses parents par la moindre parole; bien au contraire, Dieu lui ordonne de leur dire des mots généreux et affectueux. Quant au summum de la beauté et de l’humanisme, on le trouve dans les mots suivants : “… et baisse, pour eux, l’aile de la miséricorde et dis : O mon Dieu! Sois miséricordieux avec eux, comme ils m’ont élevé depuis ma tendre enfance”. Tout commentaire de ces mots, si éloquent soit-il, leur fera perdre la beauté qui les auréole, ainsi que le scintillement qui en jaillit. L’avilissement, en Islam n’est permis, ou toléré, que pour un fils envers ses parents, parce que, dans un tel cas, il atteint le paroxysme de la miséricorde. A mesure qu’un enfant s’avilit et s’humilie, par miséricorde pour ses parents, à mesure qu’il s’élève dans l’échelle de la fierté et de la grandeur. … Dans la caravane des personnes auxquelles Dieu a ordonné de faire la charité viennent - après les parents - les parents, dans le sens large du terme, “les orphelins, les miséreux, le voisin-apparenté, et le voisin-étranger, le proche-compagnon, l’enfant de la route, et tout ce que possèdent (comme esclaves) les Croyants”, [Les Femmes : 39] Dans cette caravane arrêtons-nous chez les orphelins, les miséreux, “l’enfant de la route”, et les esclaves.

Les orphelins
En Islam - Coran et Sunna - les orphelins occupent une place privilégiée. Faire le bien à un orphelin, le prendre en affection et le traiter avec miséricorde, ce sont là des obligations qui font presque partie des piliers de l’Islam.

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C’est que l’Islam, dans son esprit et sa lettre, est la religion de la miséricorde émanant de Dieu, le Miséricordieux. L’orphelin c’est l’enfant qui a perdu son père, et dont la mère, devenue responsable de lui, assume l’éducation et assure la subsistance. Si la mère ne dispose pas des moyens matériels susceptibles de l’aider à s’acquitter de ses obligations envers ses enfants orphelins; et si, dans les domaines éducatif et social, elle n’est pas capable d’assumer de telles responsabilités, la charité envers ses enfants devient du devoir des Musulmans. La charité, ici, ne se limite pas au secours matériel; elle le dépasse pour englober la bonne action - ou l’œuvre pie - dans tous les domaines, afin que le poids de la douleur des orphelins devienne de moins en moins lourd; ainsi ils trouvent leur consolation dans la tendresse que leur manifestent les Croyants et dans le secours que ces derniers leur fournissent dans les domaines matériel, moral, social et autres. Cela évite aux orphelins de s’éloigner du droit chemin et de patauger dans la boue de l’ignorance, et de se noyer dans les marécages des vices. Ainsi, ils ne seront pas, pour la société, un poids mort, ni des éléments de tumulte, de corruption et d’atteinte à l’ordre public. Les versets qui ordonnent de faire le bien aux orphelins sont nombreux. Nous en citerons, ci-dessous, quelques-uns : - “Et donnez aux orphelins leurs biens, et ne remplacez pas le bon par le mauvais, et n’ajoutez point leurs biens à vos biens”, [Les Femmes : 2]. - “Ceux qui volent (mangent) injustement les biens des orphelins, ne font que manger du feu dans leurs ventres, et seront brûlés par le feu de l’enfer”, [Les Femmes : 10]. - “Ne vous a-t-il pas trouvé orphelin et vous a abrité … Quant à l’orphelin, jamais tu n’opprimeras …", [Les Soleil levé : 6 et 9].

Lesmiséreuxetlespassants ("enfant de la route”)
Quant aux miséreux, victimes de l’injustice du destin et de la cruauté des hommes, ils méritent, comme les orphelins, la commisération des Croyants et leur aide.

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Leur faire l’aumône est un devoir qui prend sa source dans la substance de l’Islam et dans son esprit, au même titre que le passant et l’esclave. Le passant c’est l’étranger en voyage, qui retourne dans son pays, ou qui en vient vers un autre pays et qui, en chemin, a perdu tout son argent avant d’atteindre son but. Cet étranger, appelé “enfant, ou fils de la route”, parce que la route est devenue son refuge et sa patrie - est assimilé aux parents, lorsqu’il perd son argent. Son secours par les Croyants devient une obligation dictée par la religion elle-même. Lorsque “l’enfant de la route” trouve, auprès des gens, affection et secours, il s’abstiendra, pour avoir l’argent dont il a besoin, de tout acte interdit par Dieu, comme le vol, l’escroquerie ou l’atteinte aux propriétés des gens, ou à leur vie. Bien au contraire, il remerciera ses bienfaiteurs et poursuivra “sa route” en louant Dieu et ses créatures. Quant à l’esclave, le meilleur bien qu’on puisse lui faire c’est de l’affranchir, c’est-à-dire de lui rendre sa liberté. Dans le contexte de l’esclavage, la bonne action est à multiples degrés qui, cependant, tournent autour d’un même axe : Bien traiter l’esclave et respecter son “humanité” - sa qualité d’être humain - de laquelle il est redevable à Dieu seul, le Miséricordieux, et non à quiconque d’autre, si haut placé et si puissant soit-il. Si le Coran ne contient pas de textes prohibant expressément l’esclavage, les dispositions dont il est jalonné, relatives aux esclaves et à l’obligation de les traiter convenablement et dignement, de les prendre en affection et de les affranchir, nous autorisent à affirmer que, dans l’Islam, il n’y pas de seigneur et de manant, mais des Croyants, frères entre eux et égaux, “le plus proche d’entre eux de Dieu est le plus pieux”. Quant au Prophète, le seul mot d’esclave le faisait souffrir. Pour cette raison, ses comportements, ainsi que ses paroles - ses faits et gestes - tendaient nettement vers l’affranchissement et la libération : “Celui qui frappe son esclave peut se faire pardonner en l’affranchissant”. “Craignez Dieu dans ce que vous possédez. Donnez-leur de votre nourriture, habillez-les de ce

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que vous vous habillez, et ne les grevez pas de travaux dont ils seraient incapables … Ne faites pas souffrir les créatures de Dieu. C’est Dieu qui vous en a rendus maîtres. Et s’Il l’eût voulu, ils eussent été, eux-mêmes, vos propres maîtres”. Ce sont là des mots qui ploient sous le poids de la miséricorde, et qui sont empreints d’une forte dose de sagesse : “Et s’Il l’eût voulu, ils eussent été, eux-mêmes, vos propres maîtres”. Un jour, un Croyant vint trouver le Prophète et lui dit : “O Messager de Dieu! indique-moi une œuvre qui me rapproche de Dieu et qui m’éloigne de l’Enfer”. Le Prophète lui répondit : “Libère le souffle (de la vie) et affranchis le cou”. Un tel Hadith souffre-t-il de commentaire ? Quant aux versets qui conseillent de bien traiter l’esclave et de l’affranchir, ils sont nombreux. Citons-en quelques-uns : - “Dieu ne vous tiendra pas rigueur de la futilité de vos engagements (serments), mais il vous tiendra responsables de vos serments contractés délibérément. L’expiation en sera de nourrir dix pauvres de ce dont vous nourrissez habituellement vos parents, ou de les habiller ou de libérer un esclave”, [Plateau servi : 89]. - “Quiconque tue un Croyant par erreur devra (comme châtiment) affranchir un esclave croyant, et payer à ses parents le prix du sang”, [Les Femmes : 92]. … Oussama bnou (ben) Zaïd était l’esclave du Prophète. Décelant en lui des qualités et des capacités de commandement, il en fit le commandant de l’une des armées musulmanes dans les rangs de laquelle se trouvaient Abou Bakr et Omar (futurs Califes) en simples soldats, sous les ordres d’Oussama! Tel est l’Islam, dans son esprit.

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Chapitre XIV La Guerre
Jadis et naguère, et même de nos jours, mais la plupart du temps, indirectement, l’Islam fut la cible de ses ennemis déclarés et non déclarés. Leurs attaques étaient centrées sur une seule et unique idée qui se résume en ce que l’Islam est la religion de la violence et de la contrainte, et que sa propagation par le fil de l’épée est du devoir du Musulman. Dans leur campagne de dénigrement, ils se fondèrent sur certains versets du Coran, ainsi que sur des événements qui accompagnèrent et suivirent les débuts de l’Islam. Ainsi, ils contraignirent les textes en leur imposant des sens qu’ils ne revêtaient pas à l’origine, ne se privant pas d’interpoler les événements et de les commenter au gré de leur fantaisie, laissant la vérité dans le noir, et projetant la lumière sur le faux. De nos jours émergèrent du monde de l’Islam des courants et des mouvements religieux que les Occidentaux appellent fondamentalisme et intégrisme, ou quelque chose de similaire. Nul doute que les courants sus-visés se sont distingués, dans leurs faits et gestes, ainsi que dans leurs idéologies, par l’extrémisme et la violence étrangers à l’Islam traditionnel que les Croyants ont hérité du Prophète, de ses Compagnons et des Califes Rachidines, ainsi que des oulémas et des juristes de la Chari’a à travers les siècles. Les ennemis de l’Islam - qui appartiennent à diverses religions - ne se privèrent pas d’exploiter ce fait - celui de l’extrémisme - en organisant une campagne de dénigrement contre l’Islam, à travers leur campagne contre les actes de “terrorisme” entrepris par les milices et les formations se réclamant du “fondamentalisme”. Cette campagne contre le “terrorisme-fondamentalisme” poursuit un objectif clair et précis qui n’échappe pas aux gens avisés : dénigrer l’Islam et le présenter comme la religion de l’extrémisme et du fanatisme, ainsi, et surtout, que du “terrorisme”.

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Nous ne cherchons pas ici à défendre le “fondamentalisme” ou l’extrémisme, ni à les critiquer, mais à défendre la vérité et le droit. De l’aveu même de la communauté internationale, représentée par les Nations Unies, Israël occupe, par la force des armes, des territoires du Liban, de la Syrie et de la Palestine. Le “terrorisme” des fondamentalistes n’est, dans la plupart des cas, qu’une réaction contre l’injustice. Le contexte moyen-oriental n’a pas besoin d’être expliqué. Le peuple palestinien est un peuple vagabond et errant. Le Golan est occupé. Une partie du Sud Liban et de la Békaa est occupée. Nonobstant tout ce qui précède, nous considérons de notre devoir envers la vérité de dire ce qui suit : Les religions révélées successivement sont trois : le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam. La Bible - qui, à l’origine, est le Livre des Juifs - est descendue (révélée) par Dieu, au même titre que l’Evangile et le Coran. Les guerres menées par les Juifs, ou les Hébreux, à la suite de leur sortie d’Egypte et leur marche sur le pays de Canaan, c’est-à-dire la Palestine, sont détaillées dans certains Livres de la Bible, tels ceux de l’Exode, des Nombres, du Deutéronome … A l’instar de l’Evangile et du Coran, la Bible est très largement répandue. En plusieurs langues et en des millions d’exemplaires, elle se trouve entre les mains des gens, juifs et chrétiens, comme entre les mains des non-juifs et des non-chrétiens. En nous référant aux Livres susmentionnés (Exode, Nombres, Deutéronome), nous découvrons des faits et des événements qui intriguèrent les historiens et les chercheurs qui, de ce fait, posent, à leur sujet, plus d’un point d’interrogation et d’exclamation.

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Ce qui augmente leur embarras, et multiplie ces points d’interrogation et d’exclamation, c’est le fait de constater que Yahwé, dieu des Juifs, et, par la suite, Dieu des mondes, conduit lui-même ces Juifs aux combats collectifs, comme nous allons, sitôt, constater. Voici, pour la gouverne des lecteurs, quelques exemples choisis textuellement dans la Bible(1) : “L’Eternel dit à Josué : Vois je livre entre tes mains Jéricho et son roi, ses vaillants soldats … Le peuple (hébreu) monta dans la ville (Jéricho). Ils s’emparèrent de la ville et ils dévouèrent par interdit, au fil de l’épée, tout ce qui était dans la ville, hommes et femmes, enfants et vieillards, jusqu’aux bœufs, aux brebis et aux ânes. Ils brûlèrent la ville et tout ce qui s’y trouvait. Ce fut, alors, que Josué jura, en disant : Maudit soit devant l’Eternel l’homme qui se lèvera pour rebâtir cette ville de Jéricho! L’Eternel fut avec Josué”, [Josué, VI, 2-27]. De même : “L’Eternel dit à Josué. Prends avec toi tous les gens de guerre, lève-toi, monte contre Aï. Je livre entre tes mains le roi d’Aï et son peuple, sa ville et son roi. Quand vous aurez pris la ville, vous y mettrez le feu; vous agirez comme l’Eternel l'a dit. Israël les battit sans leur laisser un survivant, ni un fuyard. Il y eut au total douze mille personnes tuées ce jour-là, hommes et femmes, tous gens d’Aï. Josué brûla Aï et en fit à jamais un monceau de ruines, qui subsiste encore aujourd’hui”, [Josué, VIII]. … Ce fut, exactement ce qui advint - massacres collectifs et incendies sur l’ordre exprès du Dieu d’Israël, et avec son secours - à de nombreuses aures villes : “Ils firent ainsi et lui amenèrent les cinq rois, qu’ils avaient fait sortir de la caverne, le roi de Jérusalem, le roi d’Hébron, le roi de Jarmuth, le roi de Lakis, le roi d’Eglon. Josué dit aux chefs des gens de guerre : Approchez et mettez vos pieds sur les cous

(1) “La Sainte Bible”, Louis Segond, Alliance biblique française, Paris, 1961.

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de ces rois. Ne craignez point et ne vous effrayez point; c’est ainsi que l’Eternel traitera tous vos ennemis contre lesquels vous combattez. Après cela, Josué les frappa et les fit mourir; il les pendit à cinq arbres. Josué prit Makkéda le même jour et la frappa du tranchant de l’épée. Il n’en laissa échapper aucun. Puis, il passa à Libna et l’attaqua. L’Eternel la livra aussi entre les mains d’Israël et la frappa du tranchant de l’épée, elle et tous ceux qui s’y trouvaient. Puis Josué passa à Lakish. L’Eternel la livra entre les mains d’Israël et la frappa du tranchant de l’épée, et tous ceux qui s’y trouvaient”, [Josué, X]. Ainsi, aussi, se comporta Josué avec les villes de Guézer, Eglon, Hébron et Débir … : “Josué battit tout le pays, la montagne, le midi, la plaine et les coteaux, et il en battit tous les rois; il ne laissa échapper personne, et il dévoya, par interdit, tout ce qui respirait, comme l’avait ordonné l’Eternel, le Dieu d’Israël. Josué prit aussi toutes les villes de ces rois, et tous leurs rois, et il les frappa du tranchant de l’épée; parce que l’Eternel, Dieu d’Israël, combattait pour Israël”, [Josué, X]. - “Dieu dit à Moïse : Ne le(1) crains point; car je le livre entre tes mains, lui et tout son peuple, et son pays … Et ils le battirent, lui et ses fils et tout son peuple, sans en laisser échapper un seul; et ils s’emparèrent de son pays”, [Nombres, XXI, 34-35]. - “Ils (les Hébreux) s’avancèrent contre Madian, selon l’ordre de l’Eternel à Moïse, et ils tuèrent tous les mâles. Ils firent prisonnières les femmes des Madianites et leurs petits enfants, et ils pillèrent tout leur bétail et toutes leurs richesses. Ils incendièrent toutes les villes qu'ils habitaient …", [Nombres, XXXI]. - “Maintenant, tuez tout mâle parmi les petits enfants, et tuez toute femme qui a connu un homme en couchant avec lui”, [Nombres, XXXI].

(1) Le roi de Basan.

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- “Parle aux enfants d’Israël et dis-leur : Lorsque vous aurez passé le Jourdain et que vous serez entrés dans le pays de Canaan (Palestine), vous chasserez devant vous tous les habitants du pays. Vous prendrez possession du pays et vous vous y établirez; car je vous ai donné le pays pour qu’il soit votre propriété”, [Nombres, XXXIII]. - “L’Eternel, notre Dieu, nous livra Sihon, roi de Hesbon, et nous le battîmes, lui et ses fils, et tout son peuple. Nous prîmes toutes ses villes et nous les dévoyâmes par interdit, hommes, femmes et enfants, sans en laisser échapper un seul”, [Deutéronome, II]. - “L’Eternel, notre Dieu, livra encore entre nos mains Og, roi de Basan, avec tout son peuple; nous le battîmes sans laisser échapper aucun de ses gens. Nous prîmes toutes ces villes, et il n’y en eut pas une qui ne tombât en notre pouvoir : soixante villes. Nous les dévoyâmes par interdit comme nous l’avions fait à Sihon, roi de Hesbon; nous dévouâmes toutes les villes par interdit, hommes, femmes et petits enfants”, [Deutéronome, III]. … Ces passages que nous venons de reproduire textuellement prouvent, jusqu’à plus ample informé, que les Hébreux venant d’Egypte se sont livrés, non seulement aux meurtres collectifs, aux incendies et aux destructions, mais qu’ils ont anéanti des peuples, complètement et totalement. A travers ces passages, nous nous sommes rendus compte que les villes que les Hébreux ont envahies, détruites, incendiées et entièrement effacées de la surface du globe, sont nombreuses et citées nommément; entre autres : Jéricho, Jérusalem, Hébron et Ajloun, lesquelles sont notoirement connues de nos jours, car elles portent, aujourd’hui comme naguère, les mêmes noms et sont, dans leur totalité, situées en Palestine … Les années passent, et les siècles … Nous voici en 638 : l’armée musulmane, comme nous l’avons déjà rapporté (chap. IX, p. 68), arrive devant JérusalemAl Qods et y met le siège. La Ville Sainte, peuplée en très grande partie, de Chrétiens, ouvre ses Portes à Omar Ibn al Khattab, en témoignage de sa confiance en sa justice. Omar y entre et reçoit les clés de la Ville Sainte des mains de Sophrone, son patriarche, qui l’accompagne dans une tournée dans ses quartiers. Alors qu’ils se trouvaient dans l’Eglise du Saint Sépulcre,

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l'heure de la prière, chez les Musulmans, arriva. Omar quitta l’Eglise et alla prier au dehors, à une certaine distance d’elle, afin, dit-il, “que les Musulmans, après lui, ne viennent et disent : “Ici pria Omar”, et n’y construisent une mosquée sur son emplacement”. En cette même occasion, le même Omar octroya aux Chrétiens de Jérusalem une Charte aux termes de laquelle il leur garantit la sauvegarde de leurs églises, de leurs croix, des insignes de leur foi, et leur droit d’exercer leur culte et de dire leurs prières en toute liberté …, alors que les Hébreux, avant lui, quand ils prirent Jérusalem et les autres villes - comme nous le savons déjà - se gardèrent de faire alliance avec ses habitants … mais renversèrent leurs autels, brisèrent leurs idoles, et abattirent leurs forêts … Ils les tuèrent et il n’en resta personne … Il est notoire, et nous l’avons déjà dit, que les Hébreux vinrent d’Egypte et s’abattirent, telles des bêtes féroces, sur des nations et des peuples qui ne les combattirent pas, ne leur causèrent aucun préjudice, ne les chassèrent point de leurs pays, et ne leur déclarèrent pas la guerre … mais dont le grand crime fut qu’ils (ces peuples et ces nations) vivaient sans avoir agressé personne, sur ces terres depuis des centaines d’années … Et voici que Yahwé, le Dieu des Juifs, comme l’affirment les textes bibliques ci-haut reproduits, donne le pays (à son peuple) pour qu’il soit sa propriété, et lui ordonne de la détruire, avec tous ses habitants … Si nous comparons ces textes bibliques avec les textes coraniques, dans le même contexte, celui des guerres, il nous apparaîtra clairement que, parmi les religions révélées et non révélées, l'Islam est, sans nul doute, la religion la plus tolérante, la plus miséricordieuse et la plus encline à la paix. En voici quelques exemples : - “Ceux qui ne vous ont pas combattu en religion, et ne vous ont pas chassé de vos demeures, Dieu ne vous interdit pas de leur faire du bien et d’être justes avec eux, Dieu aime les justes”, [L’Examinée : 8]. - De même : “S’ils vous laissent tranquilles et ne vous combattent pas et vous offrent la paix, Dieu ne vous ouvre pas voie contre eux”, [Les Femmes : 90].

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- De même aussi : “O les Croyants! Entrez tous dans la paix”, [La Vache : 208]. - Encore et encore : “Et s’ils inclinent à la paix, incline, toi-même, vers elle”, [Le Butin (les dépouilles) : 61]. Il est de notre devoir envers la vérité de signaler que l’Islam ne recommande la guerre qu’en extrême urgence : afin de se défendre contre les attaques, et de défendre la religion et les Croyants. Toutes les guerres menées par le Prophète étaient, dans leur réalité, défensives. Même les “offensives”, d’entre elles, étaient défensives. Durant des années, le Prophète, en exécution des ordres de Dieu, prêcha la nouvelle religion sans recourir aux combats, malgré que Qoraïche à la Mecque, et les Juifs à Yathreb, aient persécuté les premiers Croyants et leur aient porté de graves préjudices, et qu’ils aient, par tous les moyens, essayé d’étouffer la nouvelle religion dans son berceau. Maintes fois les Croyants venaient voir le Prophète et lui exprimer leurs plaintes, leurs doléances, et leur désir de combattre leurs ennemis afin de mettre fin à leurs abus et à leurs injustices. Mais le Prophète leur répondait invariablement : “Patientez, Dieu ne m’a pas donné l’ordre de combattre”. Du reste, l’Hégire - l’émigration du Prophète de la Mecque à Médine (Yathreb) - ne fut, de sa part, qu’une initiative dont le but était de se sauver lui-même et de sauver la nouvelle religion des griffes de ses ennemis perfides et tyranniques. Et lorsque la violence des Mouchrikines et des Juifs contre les Croyants devint insoutenable, Dieu les autorisa à combattre : “L’autorisation (de combattre) a été donnée à ceux qui sont combattus, parce qu’il leur a été fait du tort, et Dieu est capable de les aider - ceux qui furent expulsés de leurs foyers injustement, seulement pour avoir dit : Dieu est notre Seigneur …", [Le Pélerinage : 39-40]. Lorsque les Croyants furent victorieux, ils ne tuèrent pas, ils n’incendièrent pas, ils ne détruisirent pas, ils ne démolirent pas les autels, comme firent les Hébreux. Bien au contraire, ils répandirent le bien :

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“Dieu viendra au secours de ceux qui, si Nous les établissons dans le pays, seront assidus à la prière, pratiquent l’aumône, ordonnent ce qui est bien et interdisent ce qui est mal; et c’est à Dieu qu’appartient l’avenir …", [Le Pélerinage : 41]. L’ordre de Dieu au Prophète est clair : le combat est un devoir pour repousser l’oppression : “Et combattez, dans le sentier de Dieu, ceux qui vous combattent, et ne prenez pas l’initiative du combat; Dieu n’aime pas les agresseurs; et tuez-les (les agresseurs) où que vous les rencontriez, et chassez-les d’où ils vous ont chassés … Mais s’ils cessent (le combat), Dieu est indulgent et miséricordieux”, [La Vache : 190-192]. Rien, dans le Coran, qui ressemble, de près ou de loin aux textes bibliques que nous avons reproduits, et par lesquels le Dieu des Juifs déclare qu’il leur a livré des villes, des nations et des peuples afin de les occuper, de les incendier et de les anéantir, et de poser leurs pieds sur les têtes de leurs rois. Bien au contraire, nous entendons des paroles imprégnées de pardon et de miséricorde, telles les suivantes : “Dieu est indulgent et miséricordieux” [La Vache]; “qui ordonnent le bien et interdisent le mal”, [Le Pélerinage]; “autorisation de combattre est accordée à ceux qui furent traités injustement”, [Le Pélerinage]; “N’agressez pas, Dieu n’aime pas les agresseurs”, [La Vache]. A l’armée qui se préparait à combattre lors de la “journée” de Moqta, le Prophète donne les conseils suivants : “Ne tuez point de femmes, ni d’enfants, ni de vieillards; ne brûlez point de palmiers, n’arrachez point d’arbres, ne détruisez point de maisons”; alors que nous lisons dans les textes bibliques ce que nous avons déjà rapportés : “Et ils brûlèrent la ville et tout ce qui s’y trouvait … Ils la frappèrent du tranchant de l'épée, avec tous ceux qui s’y trouvaient … Douze mille, hommes et femmes … Il n’en laissa échapper personne, et dévoua, par interdit, tout ce qui respirait, comme l’avait ordonné l’Eternel, Dieu d’Israël … Et vous couperez leurs forêts … et toutes leurs villes brûlez-les … Et maintenant tuez tout mâle parmi les petits enfants, et tuez toute femme qui a connu un homme en couchant avec lui … Et nous avons dévoué, par interdit, toute ville, ses hommes, ses femmes, ses petits enfants; nous n’en laissons échapper personne”.

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Alors que, pour les Musulmans, Dieu s’incarne dans la miséricorde et le pardon, nous le voyons se présenter aux Juifs comme le Dieu de la vengeance et du massacre : “Si j’aiguise l’éclair de mon épée, et si ma main saisit la justice, je me vengerai de mes adversaires et je punirai ceux qui me haïssent; mon épée dévorera leur chair; et j’enivrerai mes flèches du sang des blessés et des captifs, et des têtes des chefs de l’ennemi”, [Deutéronome, XXXII]. Parmi les recommandations du Prophète aux commandants de ses armées, nous relevons : “Combattez au nom de Dieu dans le sentier de Dieu; combattez ceux qui ne croient pas en Dieu; ne commettez pas d’abus, ni de perfidie, et ne châtiez pas, ne tuez pas un nouveau-né”. Si les ennemis commettent à l’encontre des Musulmans des actes excessifs et abusifs, ceux-ci seraient en droit de leur rendre la pareille, s’ils le peuvent. Mais l’Islam préfère et privilégie la patience à la vengeance : “Et si vous punissez, punissez comme vous avez été punis vous-mêmes : mais si vous êtes patients (si vous endurez), cela est meilleur pour les patients. Sois patient; et ta patience n’est qu’en Dieu”, [Les Abeilles : 126-127]. Ces deux versets furent révélés (descendus) après la journée d’Ohod, au cours de laquelle les Associateurs (al mouchrikines) châtièrent abusivement (le corps de) Hamza bin Abdel Mouttaleb, oncle du Prophète, et d’autres Croyants; le Prophète en fut très contrarié et très peiné; il résolut de se venger des mouchrikines et de les traiter comme ils traitèrent son oncle et les Croyants. Dieu, toutefois, lui recommanda la patience, laquelle, dans la religion islamique, est préférable à la vengeance. Parmi les recommandations d’Abou Bakr (Ier Calife Rachidi), la chronique nous a conservé les suivantes : “Ne commettez point de trahison, ni d’excès et d’abus, ni de perfidie, ni de châtiments abusifs et excessifs; ne tuez point de petits enfants, ni de vieillards, ni de femmes; ne coupez point de palmiers, et n’en brûlez point, ni d’arbres fruitiers; n’égorgez point de mouton, ni de vache ni de chameau, sauf pour en manger”. Quant aux prisonniers - les prisonniers de guerre - Dieu recommande de les traiter avec mansuétude, à l’égal des orphelins et des pauvres : “Et qui donnent de la nourriture, par amour pour Lui (Dieu), aux pauvres, à l’orphelin et au prisonnier; (en disant) : Nous vous nourrissons pour plaire à Dieu; nous ne désirons de vous ni récompense ni remerciement”, [L’homme : 8-9].

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Des questions indispensables
Les passages bibliques - Josué, Nombres, Deutéronome - que nous avons reproduits, expriment-ils une réalité matérielle ? Parlent-ils d’événements qui se sont réellement passés ? Ou bien ont-ils un sens symbolique et figuré qui exprime des états d’âme, et reflète un cas de conscience ? Nous nous posons ces questions parce qu’il nous est difficile - voire impossible de croire que le peuple juif - avec l'aide de son Dieu et de son Créateur, le Dieu Unique, Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob - ait pu commettre de telles tueries, et anéantir des peuples et les effacer complètement de la surface du globe, avec tout ce qu’ils possédaient. C’est que - si nous exceptons ce qui est advenu aux peuples cananéen et autres, au lendemain de la sortie des Hébreux d’Egypte, comme cela est rapporté en détails dans les passages bibliques sus-mentionnés - les guerres des Juifs, en général, furent défensives, et ne furent qu’exceptionnellement offensives. Dans ce contexte, il serait utile de signaler que la loi de Moïse - œil pour œil, dent pour dent … - est, dans son essence et sa réalité, une loi défensive et non offensive qui recommande à l’agressé de répondre à l’agresseur par une égale agression; elle ne recommande pas aux Juifs d’attaquer, et d’agresser les autres. Quant aux Dix Commandements, qui furent révélés à Moïse sur le Mont Sinaï, comme cela est traditionnellement connu, et qui sont considérés comme les pierres fondamentales de la Loi hébraïque, ils interdisent catégoriquement de tuer : “Tu ne tueras point”. Du moment que Dieu, dans ses Commandements, a catégoriquement interdit au peuple juif de tuer, comment, dans ce cas, expliquer ces tueries collectives commises par les Hébreux avec l’aide de Dieu lui-même, contre ces peuples qu'ils anéantirent complètement ? Si nous explorons l’Histoire, dans le passé et de nos jours, nous n’y trouverions point que les Juifs se sont distingués par cet esprit ravageur et destructif. Les Juifs d’aujourd’hui et de naguère ne se différencient, généralement pas, de leurs contemporains. Ils menèrent des guerres, en gagnèrent certaines, en perdirent d’autres; ils se comportèrent, avec les peuples qu’ils ont vaincus, comme se comportèrent avec eux les peuples qui les ont vaincus, à leur tour.

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Le souci de la vérité et le respect du droit nous dictent de dire que les Assyriens et les Babyloniens, pour ne citer qu’eux, infligèrent aux Juifs vaincus un traitement qui se distingue par la brutalité, l’injustice et la barbarie : ils en tuèrent des milliers, capturèrent des milliers et bannirent des milliers - notamment à Babylone - après avoir pris Jérusalem et l’avoir complètement détruite. Les rédacteurs des Livres bibliques - dont nous avons cité des passages les auraient-ils voulu, à l’origine, des symboles abstraits représentés et présentés par des faits et des données matérielles concrètes afin de les rendre intelligibles au lecteur . Ces rédacteurs - qui, naturellement, sont juifs - ont-ils voulu, par là, affirmer que le peuple juif s’acquitte d’une mission unicitaire et unitaire catégorique et tranchante, ne souffrant pas de discussion et n’admettant aucune forme de paganisme; et, à partir de là, ils anéantirent totalement ces peuples païens, afin qu’il ne reste ni païen, ni idole, et que, seul Dieu l’Unique règne éternellement ? En d’autres termes, les Hébreux, par ces guerres, ont-ils voulu anéantir le paganisme à travers l’anéantissement de ces peuples qui le pratiquaient ? Ce génocide fut-il symbolique et figuré ? ou bien effectif et réel . Question dont nous laissons la réponse aux spécialistes versés dans de tels domaines.

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Chapitre XV La guerre sainte (al jihad)
“Al Jihad”, ou guerre sainte, c’est le combat dans le sentier de Dieu,c’est-àdire la défense de la religion de Dieu et ce qu’elle représente comme valeurs, spécialement la justice entre les hommes. La défense de la justice implique la répression de l’injustice et l’oppression. La guerre sainte n’a pas pour objectif d’imposer l’Islam par la force et la contrainte, mais de défendre l’Islam et les Musulmans contre l’injustice et l’oppression : - “Et combattez dans le sentier de Dieu ceux qui vous combattent, et n’agressez point; Dieu n’aime pas les agresseurs” - verset que nous avons déjà reproduit. De là, nous constatons que le combat dans le sentier de Dieu n'est guère une attaque, ou une agression, mais un moyen de repousser cette attaque, ou cette agression; ce combat n’est point offensif, mais défensif. L’Islam autorise la guerre, voire il l’ordonne : “Combattez dans le sentier de Dieu, et sachez que Dieu entend tout, et sait tout”, [La Vache : 244]. De même “Combattez pour Dieu avec force et conviction”, [Le Pélerinage : 78]. Ce jihad - cette guerre sainte - a un seul et unique but : exhausser la parole de Dieu, c’est-à-dire secourir le droit et repousser l’injustice. Les versets qui appellent au combat dans le sentier de Dieu et pour l’au-delà, sans le moindre objectif terrestre, sont nombreux. Nous en citerons quelques-uns : - “Que ceux qui combattent dans le sentier de Dieu vendent la vie de ce monde (d’ici-bas) pour l’au-delà; et si celui qui combat dans le sentier de Dieu est tué, ou est victorieux, Nous lui accorderons une magnifique récompense”, [Les Femmes : 74].

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D’un autre côté, l’Islam interdit le combat pour aider l’injustice et la tyrannie : - “Les Croyants combattent dans le sentier de Dieu, et ceux qui mécroient combattent dans le sentier du Taghout (Démon, fausse divinité, tyran). Combattez (donc) les suppots de Satan; les ruses de Satan sont faibles”, [Les Femmes : 76]. Le Taghout, littéralement cité ci-haut, représente la tyrannie. La tyrannie (toughyane) c’est le dépassement des limites, dans le mal, la corruption et l’injustice. Nous avons déjà dit que le Prophète a envoyé aux rois, princes et gouverneurs, des lettres les exhortant à embrasser l’Islam, considérant que, ce faisant, il exécute l’ordre de Dieu qui lui a ordonné de répandre et communiquer ce qui lui a été descendu (révélé). Il choisit les méthodes pacifiques.

Laguerredanslachrétienté
Les experts en religion et les commentateurs sont unanimes à dire que la religion chrétienne n’autorise pas la guerre, mais l’interdit catégoriquement. Ils se basent, en cela, sur certains propos du Christ, ainsi que sur ses recommandations aux Apôtres et aux disciples et aux foules. En fait, le christianisme n’a interdit ni permis la guerre; il n’en parle point, ni dans un sens ni dans l’autre. Il est de commune renommée que le Fils de Marie fut l’apôtre de la charité, de la bonté et du pardon. De ses paroles, répandues et connues, dans le contexte qui nous intéresse, nous citerons ce qui suit, afin d’éclairer le lecteur. (La plupart de ces propos christologiques ont été reproduits dans des chapitres précédents de notre présent ouvrage) : - S’adressant à Pierre, Prince des Apôtres, il lui dit : “Remets ton glaive à sa place, car tous ceux qui prennent le glaive périront par le glaive”, [Mat. XXVI]. - De même : S’adressant, cette fois, aux Apôtres et aux disciples :

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“Moi je vous dis de ne pas tenir tête au méchant. Au contraire, quelqu’un te donne-t-il un coup sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. A qui veut te citer en justice et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau”. - De même aussi : “Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent”, “et bénissez ceux qui vous maudissent”, [Ibid : V]. Dans ces propos, nous observons que le Christ a traité les relations des hommes entre eux, en tant qu’individus composant une société d’humains, chacun d’eux étant responsable de ce qui le concerne personnellement, et non point en ce qui concerne la société, dans son ensemble, ou le peuple, ou la nation à laquelle appartient chacun de ces individus. L’individu frappé sur sa joue droite est personnellement atteint par un tel acte. Il lui appartient de répondre au mal par le mal, ou de pardonner à celui qui l’a offensé : de même, il lui appartient d’aller plus loin dans son pardon, du moment que la question le concerne personnellement, et n’a aucun rapport avec sa foi et sa religion et ses dogmes, qui, tous, appartiennent à sa nation et non point à lui-même exclusivement. Telle est, aussi, la situation de l’individu par rapport à sa tunique et à son manteau. De tels objets et d’autres du même genre n’ont aucune relation avec la religion, la foi et les dogmes. Quant à Pierre et à son épée, il est nécessaire que le lecteur sache que le Christ était décidé, de sa propre initiative et de son propre gré, à se livrer à ceux qui étaient venus pour l’arrêter; et que toute résistance - indépendamment de son ampleur et de son origine - aboutirait à l’inverse de ce qu’il avait, lui-même, résolu de faire La preuve de la véracité de ce que nous avançons, nous la trouvons dans les propos du Christ lui-même : “Comment, donc, s’accompliraient les Ecritures selon lesquelles il doit en advenir ainsi ?” c’est-à-dire selon lesquelles il doit être arrêté et conduit au Tribunal et à la mort. Le Christ, en tout cas, eut d’autres attitudes différentes, dans leur essence, de l’attitude ci-haut mentionnée, toutes les fois que la question concernait la foi, les mœurs et les valeurs spirituelles qui embrassent et régissent la société dans son ensemble.

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Au lecteur quelques exemples : La veille de Pâques (La Pâque Juive), le Christ entre au Temple, à Jérusalem Al-Qods. Il fut consterné par ce qu’il entendit et vit : des cris, des marchandages et des discussions entre les pélerins, d’une part, et, d’autre part, les agents de change, les commerçants et les vendeurs, entourés de vaches, de moutons, de pigeons et de tables sur lesquelles étaient étalées les diverses monnaies. Entre ceux qui voulaient vendre aux plus hauts prix, et ceux qui voulaient acheter aux plus bas, les discussions allaient crescendo, à tel point que le Temple avait l’allure et l’aspect d’un bazar, un “souk” à la criée, où la vente, l’achat et les transactions allaient bon train. Face à ce spectacle, aussi honteux que scandaleux, la colère du Fils de Marie explosa. “Se faisant un fouet avec des cordes, il les chassa tous du Temple, ainsi que les brebis et les bœufs, envoya promener la monnaie des changeurs et renversa leurs tables. Et à ceux qui vendaient les colombes, il dit : Enlevez ça d’ici; cessez de faire de la Maison de mon Père, une maison de commerce”, [Jean, II, 11-16]. - Le Christ observa que les Scribes et les Pharisiens allaient trop loin dans le chemin de l’hypocrisie et du mensonge : “Ils disent et ne font pas. Ils lient de pesants fardeaux et les mettent sur les épaules des gens, alors qu’eux-mêmes se refusent à les remuer du doigt” … Il ne leur pardonna point leur persistance à égarer le peuple et à porter atteinte à l’esprit de la religion et aux traditions reçues en héritage, et à déformer les vérités, les valeurs et les mœurs. Il en fut très contrarié et s’abattit sur ces hypocrites par des invectives et des malédictions que le temps nous a conservées et dont ne jaillit aucun rayon de pardon, de mansuétude et de paix, mais qui exhalent l’odeur de la colère, de la vengeance et des menaces des pires châtiments : “Malheur à vous scribes et Pharisiens hypocrites, qui fermez le Royaume des Cieux devant les hommes; vous-mêmes n’y entrez pas, et ceux qui voudraient y entrer, vous les empêchez d’entrer!”(1)

(1) Il serait utile de signaler ici les paroles de Dieu (dans le Coran) adressées aux enfants d’Israël (Bani Isra’il) : “N’habillez pas la vérité avec la fausseté, et ne cachez pas la vérité, quand vous la connaissez … Ordonnerez-vous aux hommes d’être pieux et vous oublierez-vous vousmêmes ? Vous lisez le Livre; ne le comprenez-vous pas ?”, [La Vache : 42-44].

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“Malheur à vous, qui courez mers et continents pour gagner ne fut-ce qu’un prosélyte et, quand il l’est devenu, vous en faites un fils de géhenne deux fois plus que vous!” “Malheur à vous, qui acquittez la dîme de la menthe, du fenouil et du cumin, et vous avez laissé de côté les points les plus graves de la Loi : la justice, la miséricorde et la bonne foi! Guides aveugles qui filtrez le moucheron et avalez le chameau!” “Malheur à vous qui purifiez l’extérieur de la coupe et du plat, alors que l’intérieur est plein de rapines et d’intempérance!” “Malheur à vous qui ressemblez à des sépulcres blanchis : au dehors ils paraissent beaux, mais au dedans ils sont pleins d’ossements de morts et d’impuretés!” “Serpents, engeance de vipères, comment pourriez-vous vous soustraire au châtiment de la géhenne ?” … En fait, le Christ a déclaré une guerre sans merci aux scribes et aux Pharisiens, et à leurs homologues, les menteurs et les hypocrites. Que l’arme utilisée dans cette guerre fût l’épée, comme celle de Pierre, ou des paroles dures et tranchantes, telles les malédictions ci-dessus reproduites, ce qui est important ce ne sont pas les moyens mais les intentions et les objectifs, ainsi que l’esprit qui s’est manifesté dans ces moyens qui constituent l’expression criante de la colère du Fils de Marie contre ceux-là qui portèrent atteinte à la religion, à la foi et aux valeurs de justice, de vérité et de bien … - Dans une autre occasion, s’adressant aux Apôtres et aux foules, le Christ dit : “Je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais que déjà il fût allumé! … Pensez-vous que je sois apparu pour établir la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais la division”.(1) La vie du Christ, comme celle de Mohammad, après lui, - paix et prière de Dieu sur eux - fut une lutte dans le sentier de Dieu, c’est-à-dire une guerre contre le mal, sous ses divers aspects, comme le mensonge, l’hypocrisie, la tyrannie, l’exploitation des faibles, des déshérités et des pauvres, ainsi que la négation de la foi et des valeurs qu’elle personnifie, les abus des orgueilleux outranciers, dont le souci permanent est d’asséner au droit, à la justice et à la vérité des coups meurtriers.
(1) Luc, XII, 49-51.

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Et si, comme nous l’avons dit, le Christ recommande le pardon, l’Islam, de son côté, dans le Coran et la Sunna, en fait de même, encourageant les Croyants, dans maints versets et Hadiths, à le pratiquer; ce que, du reste, nous avons déjà rapporté. … Les guerres - les guerres de la foi, ou “les guerres de religion”, comme les historiens les appellent - que mena le christianisme offensivement, furent nombreuses, tout au long de l’Histoire. Dès leurs premiers pas, les Croisades (guerres de la Croix) furent offensives, en ce sens que la première d’entre elles (1095-1099) s’ébranla de l’Europe à la suite de l’appel du pape Urbain II, depuis la ville de Clermont, en 1095. La défense des Lieux Saints de Palestine, et dont le plus illustre fut le Saint Sépulcre situé à Jérusalem-al Qods, était l’objectif principal de ces “guerres offensives”. L’Islam, depuis son apparition, jusqu’à nos jours, n’a point entrepris des guerres aussi importantes, dans leurs dimensions, leur genre, leur envergure et leurs prolongements dans le temps. Et si les Croisades furent dirigées contre l’Islam, ou contre les responsables musulmans - Fatimites, Seldjoukistes, et Ayyoubites … - qui gouvernèrent successivement ces régions, d’autres guerres religieuses furent menées par des Chrétiens contre des Chrétiens, et dont les plus célèbres furent les guerres françaises qui eurent lieu au cours du XVIe siècle (1562-1598) entre les Catholiques et les Protestants, connues par les “guerres de religion” et qui atteignirent, un degré de violence défiant toute imagination : “… Jamais, au cours de toute son histoire, cette nation (la France), qui, volontiers, se tient pour sage et modérée, ne donna pareil exemple de violence déchaînée et de férocité inhumaine. Assassinats, achèvement des blessés, massacres des populations après la prise des villes, de part et d’autre … Là où le Huguenot est maître, il détruit toutes les images, démolit les sépulcres et les tombeaux, pille tous les biens sacrés. En contrepartie, le Catholique tue, meurtrit, noie tous ceux qu’il connaît de cette secte, à tel point que les rivières en regorgent”. (Daniel-Rops, “L’histoire de l’Eglise”, T. VI, pp. 161-162). Et si l’Evangile ne contient pas de texte autorisant la guerre ou l’interdisant, l’Eglise, de son côté, ne prit aucune décision interdisant les guerres; bien au contraire, nous la voyons, assez souvent, encourager les guerres et, dans

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certains cas, présider à leur organisation, patronnant les Accords (ou Ententes, ou Ligues) conclus dans l’intention de les déclencher contre l’Islam et les Musulmans, ou, certaines fois, contre des Etats chrétiens. Le Pape Jules II (1503-1515) présida la Ligue de Cambrai contre Venise, en 1508, puis la Sainte Ligue contre le France (1511-1512). Quant à Pie V (1566-1572), il bénit et patronna la guerre contre l’Empire Ottoman, qui prit fin avec la bataille navale de Lépante le 7 octobre 1571, où la flotte alliée remporta une victoire décisive sur la flotte ottomane. Une pléiade d’historiens affirment qu’à la suite du décès de Pie V, le Sultan ottoman décrèta trois jours de réjouissances! Ainsi, le combat dans le sentier de Dieu n’est pas l’apanage de l’Islam; de son côté, la Chrétienté, l’a, assez souvent, pratiqué, aussi bien contre les Musulmans que contre les Chrétiens eux-mêmes. Et si la Chrétienté engagea les Croisades contre l’Islam, ou contre les gouvernants musulmans, il y a, au moins, deux guerres qu’elle engagea contre des Chrétiens, avec une violence rare dans les annales de l'Histoire. La première de ces guerres eut lieu en 1204, lorsque les Croisés prirent d’assaut Byzance, la capitale de l’Empire d’Orient, et y commirent destructions et rapines; ils pénétrèrent dans Sainte-Sophie, l’une des plus illustres églises de la Chrétienté en ces temps-là, et peut-être même, la plus illustre absolument, la saccagèrent, la profanèrent, déstruisirent ses autels, ses icônes, ses crucifix et ses reliques, et volèrent ses trésors inestimables, y commettant l’abomination avec les filles de joie, tuant, enlevant et déportant, tout ceci parce que les Croisés, du point de vue de la foi et des dogmes, appartenaient à l'Eglise romaine et latine, et que, de leur côté, l’empereur de Byzance, ainsi que le patriarche, les évêques, le clergé et le peuple se réclamaient de l’Eglise grecque orthodoxe “séparée” de Rome. La deuxième “Croisade” fut celle menée, en 1209, par la chrétienté occidentale sur l’ordre du pape Innocent III (1198-1216) contre une secte chrétienne - les Cathares, ou Albigeois - que l’Eglise de Rome considérait comme hérétiques. Partant de là, elle décida de les anéantir. Il fut fait selon sa volonté.

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Si, dans ce domaine précis, celui de la guerre sainte, ou “al jihad”, nous procédions à un parallèle entre le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam, nous constaterions que l’Islam, dans la réalité, dans les faits et dans les textes, est plus modéré, plus tolérant et plus miséricordieux que les deux autres religions. Qu’il nous suffise ici de rappeler l’opinion d’un illustre et célèbre historien chrétien, que nous avons déjà reproduite dans un précédent chapitre de notre présent ouvrage, et à laquelle nous prions le lecteur d’y revenir. (Chap. IX, p. 70). Si nous scrutions attentivement les événements de l’Andalousie, nous y découvrirons, dans son éclat, la vérité suivante, reconnue par tous les historiens, quelle que soit leur nationalité, leur religion et leur confession : Quand l’Andalousie était gouvernée par les Arabes Musulmans, un climat de tolérance, de liberté et de justice y régnait, qui en fit le paradis de Dieu sur la terre de Dieu. Au lendemain de l’effondrement définitif de l’autorité musulmane, à la suite de la chute de Grenade en 1492, la situation se renversa de pied en cap : le fanatisme aveugle s’abattit sur la population. Le Christianisme - à l’origine, religion de la charité, de la miséricorde et de l’amour des ennemis - joua le rôle le plus abominable de toute son histoire. Si dans ces circonstances déterminées, l’Islam a autorisé la guerre, ou l’a recommandée, ou ordonnée, ce ne fut point dans l’intention de contraindre les peuples vaincus à embrasser la religion islamique, ni d’empêcher ces peuples de pratiquer leur religion et leur foi. Nous en avons pour preuve ce qu’écrit Philippe Hitti dans son “Histoire détaillée des Arabes” (Edition de 1949, T. II, p. 96) : “La plupart des peuples de Syrie, d’Irak et de Perse n’ont adopté la religion islamique qu’à partir des IIe et IIIème siècles de l’Hégire. Le nombre des Musulmans en Syrie, lors du premier siècle qui suivit la conquête, ne dépassait probablement pas deux cent mille sur un total évalué à trois millions et demi d’habitants”. D’un autre côté, comment pourrait-on accuser les Musulmans d’avoir voulu imposer l’Islam par l’épée, quand nous nous rappelons qu'Omar ibn Al Khattab, après que Jérusalem-al Qods lui ouvrit ses portes, accorda à ses

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habitants chrétiens une Charte leur garantissant la sauvegarde de leurs églises, et leurs libertés de culte et de prière … et quand nous nous rappelons que Khaled ibn al Walid fit la même chose avec les habitants des villes syriennes qu’il conquit, et quand nous nous rappelons l’accord que conclut Amr ibn al ‘Ass, à la suite de la conquête de l’Egypte, avec le patriarche d’Alexandrie Benjamin, qui stipulait que les propriétés de l’Eglise copte confisquées par les Byzantins lui seront rendues et que, de son côté, le patriarche s’engagea à soutenir, lui-même, ainsi que sa communauté, l’autorité des Musulmans. (Daniel-Rops, op. cité, III, 284). En fait, une grande partie des peuples syrien et égyptien, notamment les Jacobites de Syrie, trouvèrent dans les conquérants arabes des sauveteurs (ou sauveurs) qui les libérèrent de la tyrannie byzantine. C’est ce que, à titre d’exemple, déclare Bar Hébraüs, leur porte-parole : “Le Dieu de la Vengeance nous a envoyé les Arabes pour nous sauver des Romains”, (propos que nous avons déjà rapportés au Chapitre IX, page 68). Nous devrions, toutefois, reconnaître que certains gouvernants musulmans, tout au long des siècles, se distinguèrent par un fanatisme en contradiction avec l’esprit de l’Islam et des commandements du Coran, ainsi que des recommandations du Prophète et de ses successeurs directs, Al Rachidines. Ces gouvernants, ceux de la dynastie abasside, et le fatimite Al Hakem bi Amr Illah, se comportèrent contrairement à l’esprit de l’Islam et à la Sunna du Prophète, exactement comme ce fut le cas de quelques rois et princes chrétiens qui oublièrent, ou feignirent même d’oublier les recommandations du Christ qui, maintes et maintes fois, prêcha la charité, le pardon et la miséricorde, recommandant aux Apôtres et aux foules d’aimer leurs ennemis, de bénir leurs “maudisseurs” et de prier pour leurs persécuteurs. Il est difficile, voire impossible, de trouver dans l’histoire des Musulmans, un événement qui donne les frissons comme celui qui eut lieu lors de la première Croisade, dans la Mosquée Lointaine (Al Masjid Al Aqssa) au lendemain de la prise de Jérusalem-al Qods, en 1099, et que nous avons évoqué dans un précédent chapitre (Chap. IX). Les historiens et les chroniqueurs chrétiens eux-mêmes n’ont pu retenir leur indignation et leur condamnation de ce carnage que commirent, au nom

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de la Croix, voire au nom du Christ, ces Croisés déchaînés, à l’intérieur d’un lieu de prière et de culte dans lequel se réfugièrent les Musulmans, vieillards, femmes et enfants, et combattants sans armes. Les Croisés, brandissant leurs épées et leurs poignards, s’abattirent sur ces pauvres réfugiés, les égorgèrent et les anéantirent jusqu’au dernier. Il n’en resta pas âme qui vive. Les chroniqueurs chrétiens, témoins occulaires, affirment que le sang couvrit la grande salle de la Mosquée, arrivant jusqu’aux chevilles! Et quand nous nous rappelons que la mosquée Lointaine n’est pas éloignée de l’église du Saint Spulcre, où le Calife Omar ibn al Khattab refusa de prier afin que les Musulmans, après lui, ne la transforment en Mosquée, nous constaterons la grande différence entre les deux comportements musulman et chrétien. D’un autre côté, cependant, quand nous nous rappelons ce que commirent les Croisés, en 1204, dans l’église de Sainte-Sophie de Byzance - et nous avons déjà évoqué ce terrible événement - force pour nous sera de constater que le fanatisme chrétien, en ce temps-là, ne fut pas exclusivement dirigé contre l’Islam et les Musulmans, mais aussi contre les Chrétiens eux-mêmes lorsque leurs thèses, dans le domaine dogmatique et doctrinal, se trouvent être en contradiction avec celles de leurs adversaires. Telle, exactement, sera notre réaction quand nous nous rappelons la guerre qu’engagea l’Eglise (romaine) contre les Chrétiens-Cathares dans le Sud de la France, et que nous avons déjà évoquée. De nombreuses guerres eurent lieu aussi entre les Musulmans, ainsi que des événements douleureux dont nous citerons, à titre d’exemples, les guerres entre l’Imam Ali et Mouawiyah, ainsi qu’entre le quatrième Calife (Ali) et les Khawarejs; de même Karbala, la page rouge dans le Livre noir. Citons, aussi, avec peine et affliction, les guerres de Tal’at et d’Al Zoubair, ainsi que l’invasion de la Mecque, de la “Mosquée Sacrée” et de la Kaaba, dont la sainteté fut profanée et souillée par des Musulmans agresseurs. L’histoire de l’Europe chrétienne, pendant de nombreux siècles, ne fut que l’histoire de ses guerres qui opposèrent des Chrétiens de toutes tendances et de toutes confessions.

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Le monde musulman, dans le dernier quart du XXe siècle connut des secousses et des séismes. Tout cela - qui eut lieu dans les deux mondes chrétien et musulman - est rejeté et désapprouvé aussi bien par la religion chrétienne que par la religion musulmane. Toutefois, l’équité et le respect de la vérité et du droit nous dictent de condamner et de réprouver ce que des plumes chrétiennes et sionistes attribuent, de bonne ou de mauvaise foi, à l’Islam, déclarant qu’il est la religion de la violence, de l’épée et de la contrainte, et qu’il a cherché et cherche toujours à s’imposer au monde par la force des armes. Nous réprouvons cela et nous le condamnons, parce qu’il est contraire à la vérité, laquelle, d’une manière générale, est le contraire de ce que déclarent et ont déclaré les plumes sus-visées. Dans son esprit et son essence, l’Islam est la religion de la miséricorde et du pardon. Comme tel, il se manifeste et s’exprime tous les jours dans les termes par lesquels le Musulman salue les gens à quelque religion qu’ils appartiennent, en disant : “La paix soit sur vous”; ou, répondant à leur salut, il leur dit : “Et sur vous, la paix, la miséricorde de Dieu et ses bénédictions”.

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Chapitre XVI Le Tribut
Quant au tribut - al jizya - qui souleva et continue de soulever de nombreux commentaires entachés, la plupart du temps, d’ignorance et de bonne foi, et, quelque fois, de mauvaise foi et de calomnie, il est de notre devoir d’en dire un mot. Conformément aux recommandations de leur religion interdisant la contrainte, les Musulmans laissaient aux habitants des pays conquis la liberté de conserver leur foi, en payant un tribut en contrepartie duquel ils les protégeaient contre toute attaque d’où qu’elle provienne, et leur garantissaient le libre exercice de leur culte. Cependant - disent certains - ce tribut n’est-il pas un moyen de coercision qui détermine le Chrétien à embrasser l’Islam afin de ne pas le payer ? A cette question la réponse est simple et facile : Il est impensable qu’Omar ibn al Khattab et Khaled ibn al Walid, par exemple, aient eu l’intention d’utiliser le tribut comme moyen de contraindre les Chrétiens de Jérusalem et de Damas à embrasser l’Islam et, qu’en même temps, ils leur accordent des chartes garantissant la sauvegarde de leur vie, de leurs biens, de leurs croix, de leurs églises, et de lier cette Charte à la promesse de Dieu, ainsi qu’à la caution du Prophète, de ses successeurs et des Croyants. Il nous suffit, ici, de reproduire ce qu’écrit Philippe Hitti, dans son ouvrage - Histoire de la Syrie, du Liban et de la Palestine, T. II, p. 3 - dont nous avons cité plusieurs passages au chapitre IX de notre présent ouvrage : “Après une guerre de six ans au cours desquels il subit certains revers, Héraclius, en l’an 628, réussit à récupérer la Syrie et la ville d’Al Raha, qui était tombée entre les mains des Perses. Chosroés II l’avait dévastée (600-614) et y avait accumulé les ruines et la désolation, après l’avoir entièrement saccagée. Il avait envahi Damas et soumis sa population à la terreur, tuant et pillant. A Jérusalem, il avait totalement détruit l’église du

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Saint Sépulcre et s’était emparé de tous les trésors et de tous les chefs-d’œuvre qu’elle contenait, y compris le bois de la vraie Croix.” Là apparaît évident - du point de vue de la tolérance religieuse - la différence énorme entre les conquérants musulmans et entre les autres, dans la même période, c’est-à-dire dans la première moitié du VIIe siècle. Omar Ibn al Khattab s’est abstenu de prier dans l’église du Saint Sépulcre, afin que les Musulmans, après sa mort, ne la transforment en mosquée; il accorda aux Chrétiens de Jérusalem une Charte leur garantissant la sauvegarde de leurs églises et de leurs croix; alors que, de son côté, Chorsoès II laissa cette même église en ruines, après avoir volé ce qu’elle contenait. Les Chrétiens jouissent, donc, de la protection de l’Etat musulman qui la leur dispense en échange d’un tribut qu’ils payent et qui remplace la dîme (al zakate) que payent les Musulmans. Ils sont appelés “zimmiyines” ou gens de la zimma (Ahl az-zimma), parce que la garantie, ou la sauvegarde, qui leur est accordée est fondée, comme nous l’avons dit plus haut, sur la caution morale (ou conscience) du Prophète et des Califes. A l’instar de la dîme, le tribut est une taxe personnelle. Signalons qu’elle n’est pas perçue des pauvres ou des personnes sans revenu; de même qu’elle ne grève pas les femmes et les enfants, ni les aveugles sans métier, ni les chômeurs, ni les handicapés en difficulté, ni les moines des monastères, à moins qu’ils soient aisés. Quant au montant du tribut, il est hors de douze qu’il fut inférieur à ce que payaient les Chrétiens comme impôts aux autorités byzantines, avant la conquête musulmane. Du reste, ce tribut n’était légalement et légitimement dû qu’en échange de la protection effective et réelle que les responsables musulmans assuraient aux Chrétiens résidants sur les territoires gérés par lesdits responsables. Point de tribut sans protection. Dans son ouvrage “al Kharaje”, Abou Youssouf écrit qu’Abou Oubaïda (l’un des chefs militaires musulmans), après avoir conclu la paix avec les Damascènes et perçut d’eux le tribut et les taxes foncières, apprit que les

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Byzantins s’apprêtaient à attaquer. Se trouvant dans l’impossibilité de porter secours aux Damascènes, et aux habitants des autres villes avec lesquelles il conclut la paix, il en fut très contrarié et écrivit à ses Walis dans les villes susvisées, leur ordonnant de restituer aux Chrétiens ce qu’ils avaient déjà payé au titre de tribut et de taxes foncières, et de leur dire : “Ayant appris qu’on s’apprêtait à nous attaquer sur plusieurs fronts, avec des forces supérieures; et comme vous nous avez payés à condition de vous défendre contre toute attaque; et comme nous nous trouvons dans l’impossibilité de le faire, nous vous rendons ce que nous avons perçu de vous; en vous assurant de rester fidèles au pacte conclu entre nous, si Dieu nous accorde victoire sur eux”. Quand les Walis leur dirent cela, et leur restituèrent ce qu’ils avaient perçu d’eux, les Chrétiens leur dirent : “Que Dieu vous ramène chez nous et vous accorde victoire sur eux”, (A. Tabbarah, op. cité, p. 406). L’histoire des Musulmans prouve que leur législation autorise le non-Musulman à attaquer en justice le plus noble et le plus éminent d’entre eux et d’en obtenir dédommagement. Dans ce contexte précis, nous avons déjà rapporté, au chapitre consacré à l’égalité, deux événements : l’un entre Ali et un Juif; l’autre entre un Copte et le fils d’Amr ibn al ‘Ass; et que le Calife Ibn al Khattab eut à juger ces deux cas. (chap. VII, p. 60). De l’aveu de la grande majorité des historiens occidentaux (chrétiens), l’Islam, tout au long de l’Histoire, fut la plus tolérante des religions. Les faits qui le prouvent sont légions. Nous en citerons quelques-uns : - “Jamais l’Andalousie ne fut gouvernée avec tant de douceur, de justice et de sagesse que par ses conquérants arabes … Les lois étaient rationnelles et humaines … Dans la plupart des cas, les peuples conquis, dans leurs affaires intérieures, étaient gouvernés par leurs propres lois et leurs propres fonctionnaires … Les autorités maures accordèrent la liberté de culte à toutes les religions non musulmanes” (Passages déjà reproduits au chapitre IX, p. 70. Nous les reproduisons ici, de nouveau, étant donné leur utilité et leur opportunité instructives).

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- “Saladin persécuta les “hérétiques” musulmans. Mais il traita les Juifs et les Chrétiens avec une bonté et une tolérance qui suscitèrent l’admiration des historiens byzantins” (op. cité, p. 322). - Concernant Baïbars, en personne, (1263-1277), un historien chrétien contemporain le décrit comme suit : “En temps de paix, il était sobre, chaste, juste pour son peuple, miséricordieux pour ses sujets chrétiens” (op. cité, 323). A cet Islam authentique, noble de race, qui prend sa source dans la Sunna du Prophète, et dans les faits et gestes de ses successeurs “al Rachidines”, et qui resplendit et rayonne du Livre de Dieu, le Clément, le Miséricordieux, nous souhaitons revenir, tous, Musulmans et Chrétiens, et de ses eaux il nous est agréable de nous désaltérer. Ces anciens Musulmans, ces Califes Rachidines, notamment Omar et Ali, ont bu directement de la Source; ils enrichirent l’humanité de gestes qui resteront, éternellement, le symbole de la tolérance, de la magnanimité et de la générosité. Quant aux anciens oulémas, ils n’ont guère méconnu les droits des “Zimmis” (gens du Livre : Chrétiens et Juifs); ils préconisent - telle une obligation de les traiter avec bonté et douceur, et de repousser toute agression contre eux. Ainsi, Al Chihab al Qarafi - l’un des éminents juristes de l’Islam - dans son célèbre ouvrage “al fourouq”, écrit : “Le pacte avec les “Zimmis” leur attribue des droits sur nous; car ils sont dans notre voisinage, et sous notre protection, et sous la caution et garantie de Dieu et de Son Messager, et de l’Islam”. De son côté, l’imam Ibn Hazm, dans son “maratib al ijmah”, dit : “Si des guerriers viennent dans notre pays dans l’intention d’attaquer et de porter préjudice aux Zimmis, il est de notre devoir d’aller les combattre et de mourir plutôt que de les livrer et de faillir à nos obligations” (Tabbara, 287). … Si les gouvernants musulmans, notamment les Rachidines et les premiers Omayyades, réservèrent aux Chrétiens un traitement de faveur, et firent preuve d’affection et de mansuétude à leur égard, ces derniers leur rendirent la pareille et les servirent avec fidélité. Il nous suffit, dans ce contexte, de citer les faits suivants :

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1- Dans l’armée qu’envoya Yazid, fils de Mouawiya (680-683) contre Ibn al Zoubaïr, un grand nombre des Bani Taghleb - qui étaient chrétiens s’y enrolèrent de leur plein gré, et partirent au combat, avec enthousiasme, portant la croix et arborant l’étendard de Saint Serge. ("Les cavaliers d’Allah”, J. et J. Tharaud, Plon, 1953). 2- En 696, Abdel Malek (685-705) envoya contre le port de Carthage une flotte guerrière dont les commandants et les marins étaient des Chrétiens de Syrie. (Ibid. 111) … A travers les comportements du Prophète, de ses Compagnons et des Califes Rachidines, ainsi qu’à travers les textes, surtout dans leur esprit, il nous est possible de dire que, d’une manière générale, l’Islam n’eut pas, à l’encontre des Chrétiens, une attitude d’inimitié, et ne les priva pas des droits reconnus aux Musulmans eux-mêmes. Toutefois, des Califes et des rois - dont les plus célèbres furent Omar ben Abdel Aziz, Haroun al Rachid et le sultan fatimite d’Egypte, Al Hakim bi-amr-illah - imposèrent aux Chrétiens des liens et des servitudes qui portèrent atteinte à leurs libertés et à leurs droits. En réalité, la situation des Chrétiens - bonne ou mauvaise - dépendait des différents gouvernants musulmans. A ce qui précède ajoutons que le tribut n’est pas une invention musulmane; il est aussi ancien que la Bible, et peut-être même davantage : “Quand tu t’approcheras d’une ville - [ces paroles sont adressées à Moïse, paix sur lui] - pour l’attaquer, tu lui offriras la paix. Si elle accepte la paix et t’ouvre ses portes, tout le peuple qui s’y trouve te sera tributaire et asservi”, [Deutéronome, XX, 10-12]. Mais la différence entre les deux tributs est grande. Ici tribut avec contrainte en religion, voire plus que contrainte : obéissance et asservissement : “Te sera tributaire et asservi”. Cela signifie que le peuple vaincu, auquel le tribut est imposé, perd sa liberté et devient l’esclave de Moïse … Omar imposa le tribut aux Chrétiens de Jérusalem; mais, en échange de ce tribut, il les protégea et leur garantit leurs libertés et l’exercice de leurs cultes. … S’adressant à eux, dans son discours, il leur dit : “O Habitants d’Ilya(1), vous avez les mêmes droits que nous, et les mêmes obligations”.
(1) Aelia Capitolina fut le nom de Jérusalem, en ces temps-là. Les Romains lui donnèrent ce nom à la suite de la révolte de Bar Kochba qui se termina dans un bain de sang en 135.

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De tels propos, aucun vainqueur ne les adressa à un vaincu, tout au long de l’Histoire. Ces Chrétiens jouirent de la Charte omarienne; ils se sentirent rassurés sur leur sort, et confiants en leur avenir, quant à leur existence même et à leur foi. Eux-mêmes et le Calife étaient liés par la “promesse et la caution de Dieu et de Son Messager”. Quant aux Hébreux, leur comportement était à l’opposé de celui des Musulmans : “Lorsque l’Eternel, ton Dieu, t’aura fait entrer dans le pays dont tu vas prendre possession, et qu’il chassera devant toi beaucoup de nations . Lorsque l’Eternel, ton Dieu, te les aura livrées et tu les auras battues, tu les dévoueras par interdit; tu ne traiteras point d’alliance avec elles, et tu ne leur feras point grâce … Vous renverserez leurs autels; vous briserez leurs statues; vous abatterez leurs idoles”, [Deutéronome, VII]. De même : “Voici, je chasserai devant toi les Amoréens, les Cananéens, les Hittites, les Parthes, les Hourites et les Jébuséens. Garde-toi de faire alliance avec les habitants des pays où tu dois entrer … Au contraire, vous renverserez leurs autels, vous briserez leurs statues et vous abatterez leurs idoles …", [Exode, XXXIV]. Alors qu’Al Farouq (Omar ibn al Khattab), s’adressant aux habitants de Jérusalem, leur dit qu'ils ont les mêmes droits et les mêmes obligations que les Musulmans, nous entendons le Dieu des Hébreux dire à son peuple; “Tu dévoreras tous les peuples que l’Eternel, ton Dieu, va te livrer; tu ne jetteras pas sur eux un regard de pitié”, (Deutéronome, VII]. De même : “Tu domineras sur beaucoup de nations, et elles ne domineront pas sur toi”, [Deutéronome, XV].

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Chapitre XVII Al Amâne (la sécurité-protection)
Ce mot “al amâne est typiquement musulman, et très certainement d’origine ”, arabe, c’est-à-dire préislamique. Il serait utile, dans le contexte qui nous préoccupe, celui de la guerre, d’en dire un mot. “Al Amâne” connut un grand rayonnement dans les sociétés musulmanes, comme dans les sociétés chrétiennes qui cohabitaient avec l’Islam, ou qui, durant certaines périodes de leur histoire, se sont trouvées gouvernées par lui. Dans divers récits d’origine arabe ou islamique, nous entendons un homme s’adresser à un roi musulman et lui dire : “Donnez-moi l’amâne, sire”. Quand le roi lui répondait par ces trois mots : “Vous avez l’amâne”, cela signifiait que l’homme en question est garanti de ne plus être inquiété dans sa vie, sa liberté et ses biens. Ni le roi ni aucune autre personne dépendant du roi ne lui portera le moindre préjudice. L’origine de l’amâne nous la trouvons dans le verset coranique suivant : “Si l'un des “mouchrikines” (associateurs) te demande asile, accorde-le lui afin (ou jusqu’à ce) qu’il entende la parole de Dieu, pui fais-le parvenir à son lieu de sécurité”, [Le Repentir : 6]. Comme il apparaît clairement, Dieu s’adresse au Prophète en personne. Ce qu’Il lui dit est sans la moindre équivoque : Si l’un des mouchrikines a recours au Prophète, lui demandant de le défendre et de lui garantir sa sécurité (ou son immunité), le Prophète se doit de l’aider et de le secourir, c’est-à-dire d’empêcher qu’on lui porte préjudice, ou qu’on attente à sa vie ou à ses biens. Par la même occasion, le Prophète se doit de lui faire entendre la Parole de Dieu, de lui expliquer la nouvelle religion et d’éclairer sa conscience par la lumière de la Vérité. Si ce mouchrik (cet associateur) est édifié et marche dans le droit chemin (celui de l’Islam), ce serait très bien; mais s’il n’est point convaincu, il est du devoir du Prophète de l’aider à atteindre le lieu où il se sentirait en sécurité.

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Ces gens qui sollicitent le secours des Croyants deviennent, de ce fait, sous la protection de l’Islam. Les Musulmans seront dans l’obligation de les protéger, de leur garantir leur sécurité, tant qu'ils se trouvent sur la “Terre de l’Islam”. … Les années passent. L’amâne s’inscrit dans les traditions de l’Islam qui ouvre sa porte à deux battants afin qu’y pénètrent les chercheurs d’asile, (ou les solliciteurs de protection). De cette manière, les Musulmans auront l’occasion de leur prêcher la nouvelle religion, dans le calme et la sérénité, loin de toute contrainte, selon l’esprit de l’Islam exprimé par les paroles divines suivantes adressées à Mohammad lui-même : “Appelle dans la voie (ou le sentier) de Ton Seigneur-Dieu par la sagesse et les bons sermons”. Avec le temps, chaque Musulman acquit le droit d’accorder son secours et son “amâne à celui qui les sollicite. Sa propre parole, son propre engagement ” devenait obligatoire pour les Musulmans, car “la caution(le pacte, la protection) des Musulmans est une, et s’en acquitte le plus humble d’entre eux”, comme dit le Prophète. En Islam, la promesse, ou l’engagement, revêt un caractère sacro-saint, abondamment loué par les Occidentaux qui ne cachaient pas leur admiration et leur considération pour cette valeur rare parmi les hommes, surtout dans la société chrétienne errant dans l’obscurantisme du Moyen-Age. L’amâne est une promesse, un engagement. Dieu ordonne aux Musulmans de s’en acquitter et de l’accomplir : “Et remplissez vos engagements; l’engagement est une responsabilité (dont on devra se rendre compte),” [Voyage Nocturne : 36]. Le Musulman ne serait pas un homme de vérité s’il ne remplissait pas l’engagement pris : “… et ceux qui remplissent leurs engagements… ceux-là sont les héritiers, qui hériteront du Paradis …", [Les Croyants : 8-9]. Plus que cela : Ceux qui ne respectent pas leurs engagements sont assimilés aux méchants et aux infidèles (renégats) : - “Les pires des bêtes, aux yeux de Dieu, sont ceux qui … lorsque tu as conclu un pacte avec eux, rompent chaque fois leurs engagements, et ne craignent pas Dieu”, [Les Butins : 55-56].

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Le respect de l’engagement, de la parole donnée, atteint, en Islam, une sainteté qui le hisse au dessus de la solidarité musulmane elle-même. Bien que le Coran considère les Musulmans - quels que fussent leurs nationalités et leurs pays - comme une seule nation, et qu’une attaque contre une partie de cette nation est assimilée à une attaque contre la nation entière, il considère, d’un autre côté, que le respect de la parole donnée passe avant le devoir de solidarité et de secours. - “Ceux qui croient (les Musulmans) et n’ont pas émigré (de la Mecque à Médine) n’auront aucune part à cette parenté, jusqu’au jour où ils émigreront. Et s'ils implorent votre aide (secours) pour cause de religion, venez à leur secours, à moins qu’il ne s’agisse d’un peuple entre lequel et vous il existe un pacte”, [Les butins : 72]. … Après les versets précédemment cités à titre d’exemples, les accusations portées contre l’Islam - par lesquelles leurs auteurs cherchent à le présenter comme la religion de la contrainte et de la coercition et, à partir de là, présenter les Musulmans comme des gens qui ont imposé la religion d’Allah par l’épée - tombent d’elles-mêmes. Si l’historien passe des années entières à scruter l’histoire des Musulmans, il n’y trouvera pas des crimes contre l’humanité semblables à ceux que commirent les Espagnols du temps de Christophe Colomb, de Cortès, de Pizarro et des autres dans les pays d’Amérique qu’ils découvrirent, conquirent et exploitèrent et dont ils transportèrent en Espagne les trésors et les richesses, après s’être abattus, avec leurs canons et leurs armes à feu sur les peuples de ces régions armés de javelots et d’armes blanches primaires, en en tuant des dizaines de milliers, et capturant des milliers, et avilissant et humiliant d’autres milliers, les traitant comme des animaux auxquels ils reniaient la qualité d’êtres humains dotés d’une âme immortelle. … Si de nombreux historiens et chercheurs se sont dépensés à calomnier l'Islam et à le présenter sous un faux visage qui n’est pas le sien, d’autres historiens, faisant partie de l’élite occidentale intellectuelle, lui ont rendu justice, en en disant les plus belles paroles. Concernant ces derniers, nous renvoyons aimablement le lecteur à notre ouvrage “Sur les pas de Mohammad”, (pp. 413-465).

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Chapitre XVIII La femme en Islam
De nombreux écrivains occidentaux critiquèrent l’attitude de l’Islam par rapport à la femme et à son rôle dans la société, ainsi qu’aux droits qui lui sont reconnus, en comparaison avec les droits de l’homme, et avec ceux d’autres femmes appartenant à d’autres sociétés ne professant pas l’Islam pour religion. Quelle est, en réalité, l’attitude de l’Islam par rapport à la femme ? Nous référant aux textes coraniques, nous constatons : - Que la femme, comme l’homme, est, dans l’au-delà, récompensée pour le bien qu’elle fait dans ce monde : “Et quiconque - homme ou femme fait de bonnes œuvres, et qui est croyant, entrera au Paradis et ne sera pas lésé d’un brin de paille”, [Les Femmes : 124]. De même aussi - et la répétition systématique des deux genres masculin et féminin n’est pas dénuée d’intérêt : “Les soumis et les soumises, les Musulmans et les Musulmanes, les pieux et les pieuses, les loyaux et les loyales, les patients et les patientes, les humbles des deux sexes, ceux et celles qui pratiquent l’aumône, les chastes, hommes et femmes, les invocateurs et les invocatrices du nom de Dieu, Dieu leur a réservé pardon et magnifique récompense”, [Les Coalisés : 35]. - A l’égal de l’homme, la femme jouit du droit d’”engagement” (promesse, ou obligation d’allégeance envers le Prophète). Celui-ci, en effet, prit pour ligne de conduite de demander aux hommes, ainsi qu’aux femmes, de lui promettre obéissance et respect des dispositions de la Chari’a(Loi islamique) : “O Prophète! Si les Croyantes venaient à toi, s’engageant à ne rien associer à Dieu, à ne pas voler, à ne pas commettre d’adultère, à ne pas tuer leurs enfants … accepte leur engagement et implore pour elles le pardon de Dieu; Dieu est pardonneur et miséricordieux”, [L’Examinée, ou l’Epreuve : 12]. - A l’égal de l’homme, la femme participe aux activités sociales et y joue le rôle qui lui est imparti : “Les Croyants et les Croyantes sont les amis

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les uns des autres; ils ordonnent de faire le bien, et interdisent de faire le mal; ils pratiquent la prière, payent la dîme, et obéissent à Dieu et à son Prophète; Dieu leur fera miséricorde”, [Le Repentir : 71]. Ainsi, la femme et l’homme s’entraident, à parts égales, dans l’accomplissement de tout ce qui est bénéfique à eux, ainsi qu'à la société. La femme, comme l’homme, a le droit d’interdire le mal et d’ordonner le bien, c’est-à-dire qu’elle a le droit de traiter des problèmes des gens, de les guider, afin qu’ils marchent dans le droit chemin et qu’ils fassent des œuvres pies. Dans la société, elle ne fait pas figure de membre insignifiant et rejeté, vivant en marge de cette société. A l’instar de l’homme, elle descend dans l’arène. Il est de commune renommée que certaines tribus arabes de la période préislamique recouraient, pour plus d’un motif, à l’enterrement des filles nouvellement nées; comme si les filles n’avaient pas droit à la vie, à l’égal des garçons! L’Islam interdit cette pratique criminelle. “Et si on annonce à l’un d’eux la naissance d’une fille, son visage devient sombre et noir, comprimant sa colère. Il se tient loin des gens à cause de la mauvaise nouvelle qu’il a reçue. Doit-il la garder avec la honte, ou bien l’ensevelir ? Ah combien détestables sont leurs jugements!”, [Les Abeilles : 58-59]. Quelquefois, la pauvreté était en tête des causes de cette pratique de l’enterrement des filles “nouveau-nées”, les parents se trouvant dans l'impossibilité de subvenir aux besoins de leurs enfants au cas où ils seraient nombreux. L’Islam est venu rappeler à ces parents pauvres que Dieu était là pour y subvenir : - “Et ne tuez pas vos enfants par crainte de la pauvreté. Nous pourvoirons (à leurs besoins), avec vous. Les tuer est une grande faute”, [Le Voyage Nocturne : 31]. - Avant l’Islam, les femmes arabes étaient exclues de tout héritage. L’Islam est venu réparer cette injustice, en fixant à la femme - épouse, mère, sœur et fille - sa quote-part : - “Aux hommes une part de ce qu’ont laissé les père et mère et les proches; et aux femmes une part de ce qu’ont laissé les père et mère et les proches; que cela soit peu ou beaucoup, une part déterminée”, [Les Femmes : 7].

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- Les Arabes héritaient les femmes (les recevaient en héritage) avec répugnance; ainsi l’ayant droit héritait la femme (veuve) de cujus comme il héritait de ses biens; elle devenait sa propriété dont il usait à son gré, comme il usait de ce qu’il a hérité et de ce qui lui appartenait : il l’épousait, s’il le voulait; il la mariait, s’il le voulait, retenant pour lui sa “dot”; et s’il le voulait, il lui interdisait tout mariage, pensant, ainsi, qu’elle se libérerait en échange d’une somme d’argent qu’elle lui payerait, ou qu’elle mourrait, et, ainsi, il hériterait d’elle. Tout cela fut interdit par l’Islam : “O les Croyants! il ne vous est pas permis licitement d’hériter de (vos) femmes contre leur gré; ne les empêchez pas de se remarier afin de vous emparer d’une partie de ce que vous leur avez donné”, [Les Femmes : 19]. - Certains Arabes héritaient (recevaient en héritage) les épouses de leurs pères, comme un objet parmi d’autres laissés par le défunt; elles devenaient, ainsi, leurs épouses. L’Islam interdit cela catégoriquement : “Et n’épousez pas les femmes que vos pères ont eues pour épouses - excepté ce qui est déjà accompli - c’est une abomination détestable et un acte condamnable, et une mauvaise conduite”, [Les Femmes : 22]. - Le Coran considère l’homme et la femme sur un même pied d’égalité; ils sont égaux devant Dieu qui instaura, entre eux, l’affection et la miséricorde, et créa, pour les Croyants, des époux(1) choisis parmi eux, afin qu’ils y trouvent paix et miséricorde : “Et l’un de ses Signes est d’avoir créé pour vous, de vous-mêmes, des époux(1), afin que vous trouviez confiance et quiétude auprès d’eux; et Il a établi entre vous affection et miséricorde; en cela il y a des Signes pour les gens bien pensants”, [Les Byzantins : 21]. En Islam se noue entre les deux époux une relation qui prend sa source, non point dans des intérêts matériels terre à terre, ni dans des appétits sexuels et corporels, - lesquels, tous, sont voués à disparaître avec le temps - mais une relation, d’affection et de miséricorde qui, au fil du temps, devient de plus en plus forte, comme tout ce qui est précieux et cher.

(1) Maris et femmes - Note du traducteur.

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La grandeur de cette affection et de cette miséricorde réside dans le fait qu’elles sont un don de Dieu, le Miséricordieux, le Clément. C’est Lui béni soit son nom - qui instaure entre eux affection et miséricorde, et non les simples mortels. Et c’est Dieu, loué soit-il, qui créa pour l’homme une épouse de lui-même, c’est-à-dire de la même nature et de la même essence que lui, afin d’y trouver un refuge de paix morale, et de quiétude intellectuelle et sentimentale. Elle est, par rapport à son mari, un havre de sécurité dans lequel il jette l’ancre de son propre être, afin de le soustraire au tumulte des vagues, et à la colère des ouragans et des orages. Dans le verset 187 de la sourate “La Vache”, Dieu fait des deux époux deux égaux, à travers des termes admirables dans leur simplicité et leur force évocatrice profonde : “Elles sont pour vous un vêtement, et vous êtes pour elles un vêtement”. L’habit (le vêtement) couvre le corps et le met à l’abri des souillures; il lui confère beauté et splendeur, et le protège contre toute attaque, ou toute agression, de quelque nature qu’elle soit. Le sens du mot “vêtement”, dans ce verset, est large et profond : c’est aussi une cuirasse sur laquelle se casseront les flèches du destin et de l’homme. Il est de commune renommée, dans les sociétés des humains, que l’homme est la cuirasse protectrice de la femme, ainsi que son “vêtement” et son défenseur … Mais, dans ce contexte et d’autres, l’Islam met la femme au même niveau que l’homme. Dans l’Islam, le principe c’est l’égalité entre les époux, en droits et en obligations, avec une prééminence pour l’homme en sa qualité de chef de famille; ce qui est naturel. - “Et elles(les épouses) ont des droits équivalents à leurs obligations, et les hommes ont le pas sur elles (littéralement : et aux hommes sur elles un degré)", [La Vache : 228]. Il est clair que la femme jouit des mêmes droits que l’homme, et qu’elle est soumise aux mêmes obligations; l’homme ne peut imposer à sa femme ce qu’il ne s’impose pas à lui-même.

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Quant au degré (ou échelon), il est dévolu à l’homme en sa qualité de chef de famille, comme il est coutume de l’appeler, étant donné qu’il est responsable, par son argent et son travail, de l’entretien de sa famille. C’est lui qui en assume les dépenses; il est tout à fait naturel qu’en échange de cela, il lui soit reconnu le droit de contrôle : “Les hommes sont supérieurs aux femmes par le fait qu’Allah en a élevé plusieurs au-dessus des autres; et par le fait qu’ils dépensent de leur argent”, [Les Femmes : 34]. - Physiologiquement, la femme est autrement constituée que l’homme; elle conçoit, porte son enfant dans son sein; elle enfante et elle allaite. Ce sont là des particularités et des spécialités naturelles inhérentes à ladite constitution, et qui prennent une bonne partie de son temps, sans parler des perturbations physiologiques auxquelles elle est confrontée et soumise, pendant quelques jours, tous les mois, jusqu’à un âge relativement avancé. Du point de vue de l’Islam, l’homme n’est pas, mentalement, intellectuellement, corporellement, supérieur à la femme. Toutefois, la réalité sociale, dans le monde entier, et tout au long de l’Histoire, depuis ses origines intelligibles, démontre qu’il y a des missions, ou des charges assumées par l’homme exclusivement (sans la femme), avec, bien entendu des exceptions qui n’altèrent point la force probante du principe. Si nous observons les pays les plus évolués du monde, comme l’Europe et l’Amérique du Nord, par exemple, où les hommes et les femmes sont à égalité numérique, nous constaterons ce qui suit : 1- Les Assemblées nationales et les Sénats comptent une majorité d’hommes dépassant quelquefois 90% de la totalité de leurs membres respectifs. Dans l’avant dernière Assemblée Nationale française élue en avril 1993, on dénombrait 35 femmes sur un total de 577 députés, c’est-à-dire 7% environ. 2- Les effectifs de l’armée française, depuis le sommet de la pyramide jusqu’à sa base, sont composés dans la même proportion, au delà de 95% d’hommes. 3- Il en est de même des Forces de la Sécurité intérieure : police, gendarmerie, pompiers … 4- De même aussi dans la magistrature(1) et les administrations publiques.
(1) En juin 1993, le président Clinton proposa la nomination d’une femme comme membre de la Haute Cour de Justice; les milieux politiques et de l’information parlèrent de cela comme d’un événement extraordinaire : Ce fut la première femme à occuper un tel poste, durant toute l’histoire des E.U.A.

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5- La proportion des femmes est grande - elle dépasse celle des hommes dans les besognes relativement faciles, qui ne requièrent pas des efforts physiques importants, comme les vendeuses des magasins de toutes catégories, les secrétaires des sociétés et des entreprises, les employées de banques, les dactylos et similaires, les standardistes … Ceci constitue un aveu indirect de la part de ces pays “évolués”, de l’inégalité de l’homme et de la femme dans plusieurs domaines, comme ceux que nous avons ci-haut énumérés, à titre d’exemples, et non restrictivement. L’Islam, Coran et Sunna, recommande de bien traiter la femme : “Et vivez en bons rapports avec elles”, [Les Femmes : 19]. De même : “Gardez-les (vos épouses) convenablement, ou répudiez-les convenablement”, [La Vache : 231]. L’Islam impose à l’époux d’entretenir, avec largesse, son épouse et ses enfants, “sans parcimonie, mais sans outrance” : “Que celui qui est dans l’aisance dépense selon son aisance; et que celui qui n’a que le strict nécessaire, dépense de ce que Dieu lui a donné; Dieu n’impose à l’homme que dans les limites de ce qu’Il lui a donné”, [Le Divorce : 7]. Un verset du Coran autorise l’époux - dans des cas exceptionnels - à frapper son épouse : “Et celles dont vous craignez l’infidélité, sermonnez-les et abandonnez-les dans les chambres à coucher, et frappez-les; si elles vous obéissent, ne cherchez plus à les maltraiter”, [Les Femmes : 34]. Ce verset - comme on devait s’y attendre - suscita plus d’une question; voire plus d’une critique. Il a même déterminé certaine presse à mener une campagne de calomnie contre l’Islam, et à le présenter comme la religion du régressisme. Tout en faisant remarquer que de nombreux pays évolués ont, assez longtemps, autorisé une telle pratique, puis l’ont interdite pour être en conformité avec l’évolution sociale imposée par sa propre logique, il est de notre devoir d’attirer l’attention sur ce qui suit : - Le verset en question commence par conseiller le “sermon” : Sermonnez-les, c’est-à-dire que l’homme, qui craint l’inconduite (l’infidélité) et son épouse, se doit de commencer par la sermonner afin de la convaincre, par la parole

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édifiante, de marcher dans le droit chemin. Après le sermon vient l’abandon de l’épouse, toute seule, dans la chambre conjugale; ce qui, pour la femme, constitue une peine d’un impact violent, car elle atteint une arme des plus incisives que possède la femme : l’arme de la séduction, de l’excitation et de la tentation piégeante. L’abandon dans le lit nuptial n’est point seulement une peine à caractère sexuel qui prive la femme d’une jouissance physique; elle est plutôt une peine psychologique et morale qui atteint la femme dans sa féminité, son orgueil et son capital-prestige. Après cette peine - qui, sans conteste, est la plus sévère des peines que puisse encourir une femme encore jeune et possédant ses atouts séducteurs - vient la peine de la “frappe”. La femme, insensible aux sermons et à l’abandon, fait, sans nul doute, partie des “poids lourds” que l’homme ne peut, sans faillir, porter et supporter; il ne lui reste, dans pareil cas, que de recourir à une mesure dissuasive : ou bien il frappe son épouse, espérant que cela sauvera son mariage - car frapper est moins pire que divorcer - ou, alors, recourir au divorce. Faisons observer au lecteur que l’Islam n’autorise pas la “frappe” comme si elle était une mesure légale. Le Prophète a critiqué et détesté une telle mesure; il ne l’a, d’ailleurs, jamais pratiquée avec ses épouses. Il a fait comprendre aux Croyants qu’elle était, comme le divorce, la mesure légale la plus détestée de Dieu. Aussi a-t-il dit : “Les meilleurs d’entre vous ne frapperont pas … N’avez-vous pas honte de frapper vos épouses comme si vous frappiez vos esclaves! Vous les frappez le matin et vous couchez avec elles le soir!” … A l’orée de 1993, un organisme approprié publia les résultats d’une étude générale effectuée en France, et qui nécessita un temps assez long, afin de déterminer, approximativement, le nombre de femmes frappées par leurs époux, une fois ou plus, durant une année. Il s’avèra que leur nombre dépassait deux millions. Les responsables de l’organisme en question sont persuadés que ce nombre est au-dessous de la réalité, et qu’il friserait très vraisemblablement les trois millions, étant donné que de nombreuses femmes frappées refusent de le reconnaître, de honte, ou par pudeur.

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Les législations en vigeur en France, en Europe et aux Amériques ne permettent pas à l’homme de frapper sa femme; ni celle-ci de frapper son époux. Mais les lois naturelles diffèrent des lois votées par les humains, car les premières prennent en considération la nature humaine et sa complexité. Il serait dans l’intérêt de la femme et pour son bien de savoir que la loi, dans ses cas exceptionnels, autorise son époux à la frapper. Car, ainsi, elle s’abstiendra de se mal conduire, et évitera tout comportement que l’homme ne pourrait supporter; et cela de peur que l’époux n’use de son droit de la frapper, alors qu’elle ne disposerait, contre lui, d’aucun recours judiciaire. Il en est autrement si la femme sait que la loi interdit à son époux de la frapper et que, s’il le fait, il s’expose à une condamnation pénale. S’il la frappe, elle le poursuivra devant la juridiction compétente afin d’obtenir sa condamnation. On pourrait rétorquer, a contrario, que l’interdiction de frapper porterait l’époux à penser et à repenser la chose avant de passer à l’action, de peur d’être poursuivi et condamné. Cela est vrai virtuellement. Mais, dans la réalité, il n’a pas empêché que trois millions d’épouses françaises aient subi cet affront au cours d’une seule année, malgré que la loi française l’interdit. Cette arme, entre les mains de l’homme, constitue le plus souvent, dans la Chari’a islamique, un moyen de dissuasion, et non de répression. Et là, dans l’autorisation de “frappe”, nous décelons la sagesse divine, telle qu’elle se manifeste dans le verset sus-mentionné. En Grande Bretagne, jusqu’à ce jour, une seule et unique femme occupa le poste de premier ministre : Madame Thatcher. Il en est de même en France, le pays de l’”égalité”, depuis 1789 : une fois, Madame Cresson. Face à cela, dans les pays musulmans : une fois au Pakistan, et une fois en Turquie.

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Chapitre XIX Le Voile
Comme ils se sont comportés à l’égard de la “frappe”, en la condamnant et calomniant, ainsi fut le comportement des ultras en Occident vis-à-vis du voile, déclarant qu’il constitue une preuve, entre autres, de l’esprit rétrograde de l’Islam. En fait, entre l’Orient et l’Occident, dans le contexte moral, il y a une différence et un différent. L’Eglise elle-même, avec tous les moyens dont elle dispose, a cherché et cherche toujours à freiner la course de ses adeptes aux cupidités et aux vices, voire à la licence dont le danger augmente terriblement avec la prolifération de la télévision et sa très grande disponibilité. Il y a des films qualifiés d’érotiques, et d’autres, pornographiques. La projection de tels films aux télespectateurs, adultes fussent-ils ou mineurs, ouverts ou complexés, constitue, dans l’entendement oriental, un coup presque mortel asséné à l'humanité de l’homme et à sa moralité, ainsi qu’à son respect de lui-même et des autres, et à sa conviction d’être au-dessus du niveau de l’animal. Dans certains milieux occidentaux, il ne reste plus trace de ce qui s’appelle bonnes mœurs et valeurs sociales, ni le moindre respect des vertus préchées par toutes les religions, révélées ou non révélées. Une course, voire une compétition, est engagée vers les vices et les turpitudes. Il suffit à une quelconque personne d’apparaître les cheveux hirsutes, la barbe non rasée, sans cravate, portant une chemise au col sali par le temps, et un cou en mauvais termes avec l’eau et le savon, les habits non repassés, les chaussures non cirées, fumant cigarette après cigarette évoluant entre deux lèvres malodorantes cachant des dents couvertes d’une nicotine jaune noire; il lui suffit de fredonner une chanson dont les paroles et la musique ne répondent à aucun barème connu, et de marcher, en se dandinant, secoué par l’alcool à brûler; il lui suffit cela, voire un petit peu de cela, pour qu’on lui colle l’étiquette “Grand Artiste”, ou même “Grand Génie”, Unique dans son genre.

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Il n’est point étonnant qu’un Occident de cette trempe trouve dans le voile un signe de régression et une preuve de réaction. Une jeune fille étendue sur une plage grouillante de badauds, les seins nus, le corps couvert d’une feuille de vigne, comment peut-elle avoir pour le voile la moindre attirance, la moindre sympathie ?! Dans de telles conditions, le voile est un soufflet asséné à sa joue, voire la colère de la décence contre l’indécence. Hâtons-nous de dire que le voile recommandé par le Coran est tout autre que le “tchador” qu’une multitude de gens ont eu l’occasion de voir à travers les divers moyens d’information visuels et écrits, et que des milieux déterminés, sournoisement guidés par le sionisme international, ont pris pour prétexte, avec d’autres mesures imposées dans ce même contexte par des Etats musulmans, afin d’attaquer l’Islam et de le dénigrer. L’Islam recommande le voile dans le verset suivant : - “Et dis aux Croyantes de baisser leurs regards, et de préserver leur chasteté, et de ne laisser voir de leurs ornements que ceux qui sont extérieurement visibles, et de couvrir de leurs voiles leurs seins …", [La Lumière : 31]. De ce verset arrêtons-nous aux propos divins suivants : “et de ne laisser voir de leurs ornements que ceux qui sont extérieurement visibles”. Afin de résumer et de simplifier, nous dirons que l’Islam n’ordonne pas à la femme de cacher, ou de couvrir, son visage et ses mains. Concernant ses cheveux, point d’unanimité préconisant de les couvrir. Les laisser découverts n’est pas un péché. Il est absolument interdit que la femme musulmane découvre son corps, à l’exception de ce qui est ci-dessus cité, devant les étrangers, parce que le simple fait de regarder des parties de son corps est un premier pas vers l’adultère et la débauche. Dieu, dans son omniscience, sait que l’être humain, homme fût-il ou femme, est une créature faible, parce que l’appétit sexuel est un instinct naturel, pour ne pas dire animal, en lui, et qu’ils ne sont pas nombreux ceux qui résistent à la tentation.

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Il n’est point sage, de même qu’il n’est point dans l’intérêt de la société, ni de sa stabilité, moralement et humainement, que les femmes aient recours, directement ou indirectement, à la séduction des hommes, à leur excitation et à leur tentation. L’épouse est l’apanage légitime de son mari, exclusivement. Quant à la femme non mariée, elle n’est, légitimement, l’apanage de personne. Ces principes, pourtant élémentaires, il ne semble pas que, d’une manière générale, l’Occident y attache la moindre importance. La société occidentale, sauf exception, s’est désagrégée. Les maîtresses sont presque du même nombre que les épouses. De son côté, le mariage libre, ou la cohabitation, est sur le point de devenir la règle. Quant aux relations sexuelles contre-nature, telles les relations entre hommes, nombreux sont les pays occidentaux qui les ont légalisées, posant, ainsi, sur les fronts des homosexuels, des couronnes de lauriers dont ces derniers se glorifient et se vantent, sillonant les rues dans des manifestations, réclamant leurs droits! En résumé, nous pouvons dire, sans être taxés d’exagération, que l’Islam - dans son souci de préserver les bonnes mœurs, son zèle à protéger les “honneurs féminins” qui sont sacrés, et son application à ce que la société humaine se maintienne à un niveau minimum de respect de soi-même et de l’”humanité” de l’homme, et de se soumettre aux Commandements de Dieu dans ses Livres révélés - est une école de morale dont nous souhaitons la multiplication de ses élèves, de ses étudiants et de tous ceux qui se comportent selon ses enseignements. Dans son esprit - et l’esprit est plus important que la lettre - l’Islam est une cuirasse contre laquelle se brisent les assauts des débauchés et des dévergondés licencieux. La protection des mœurs est impossible sans des mesures capables de limiter le potentiel séducteur de la femme … Si la femme s’exhibe nue devant les hommes, quel profit la société peut-elle en tirer ? Quel profit pourrait-elle, elle-même, en tirer ? L’unique profit c’est le réveil des appétits sexuels chez les hommes, voire le réveil des instincts bestiaux chez eux. C’est ici que commencent les problèmes qui, en définitive, portent atteinte à la dignité de la femme et à celle de son mari, ainsi qu’à la solidarité du mariage et la stabilité de la société.

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Si la nudité de la femme est une preuve de civilisation, d’évolution et de progression, ou une preuve de libération, comme il plaît aux Occidentaux de déclarer, l’Islam, quant à lui, voit la civilisation, l’évolution, la progression et la libération dans la reconnaissance à la femme de droits familiaux, sociaux et politiques, qu’elle exercerait dans les limites de la pudeur et de la politesse, dans le respect d’elle-même, de son mari et de la société dans laquelle elle évolue, et dans le fait de ne point se jeter sur les hommes, et dans la résistance à ses appétits sexuels. L’Islam ne reconnaît pas l’excès, l’extrémisme, la violence, le fanatisme, le régressisme et l’obscurantisme. Il en est aussi éloigné que la terre l’est du ciel. L’Islam ne connaît pas le terrorisme. Il en est à l’antipode. Mais l’Islam se défend, afin de repousser les attaques des oppresseurs, irrespectueux des droits de l’homme et des peuples, sur la terre de Palestine, du Golan et du Sud-Liban. Sans la tyrannie d’Israël et son despotisme, sans l’injustice du sionisme et son oppression, sans son irrespect de la légalité internationale, il n’y aurait point eu de “terroristes” attaquant Israël, ni rien de semblable. Mais le sionisme international est très fort dans le domaine de l’information. Aux Etats-Unis et dans certains pays d’Europe, il a la mainmise sur la plupart des moyens d’information, audiovisuels, parlés et écrits. Pour cette raison, le célèbre dicton s’y applique qui dit : “Le scélérat criard mange l’argent du commerçant paisible”, étant donné que le sionisme international a renversé la situation de pied en cap, faisant du bourreau la victime, et de la victime, le bourreau. Dans un tel contexte, le sionisme international déclenche attaques après attaques, directement ou indirectement, sur l’Islam et sur ce qui, au nom de l’Islam, se passe dans certains pays arabes et musulmans. L’Islam a un allié naturel dans le christianisme conservateur représenté par l’Eglise romaine et les autres Eglises qui rejettent tout compromis relatif aux sacrements et aux principes essentiels qu’elles considèrent intouchables et “immodifiables”.

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J’ai été ambassadeur de mon pays près du Saint-Siège, ou Etat du Vatican. Toutes les fois que les ambassadeurs devaient assister à une réunion, une rencontre ou une réception en présence du Pape, ou des cardinaux, ou des évêques ou des hommes de religion, nos épouses devaient obligatoirement porter des robes noires longues, et couvrir leurs têtes de mantilles noires, et ne laisser apparaître, de leurs corps, que les visages et les mains. Durant les trois années que j’ai passées là-bas, je n’ai jamais vu une femme, ne fut-ce qu’une fois, découvrir sa tête, ou une quelconque partie de son corps, à l’exception de son visage et de ses mains. Dans ce contexte, l’Islam et le Vatican - ou ce qui serait plus juste, l’Eglise - se rencontrent : La femme ne découvre que son visage et ses mains. Ni maquillage, ni parements, mais austérité, pudeur et respect de soi-même et d’autrui. Tout ce que la société chrétienne a, par la suite, fait au nom de l’évolution et du progressisme est en contradiction avec l’esprit de la religion chrétienne elle-même, ainsi qu’avec les recommandations de l’Eglise qui, au fil du temps, s’est vue incapable d’imposer sa volonté émanant des principes de la religion. Dans ce domaine et dans d’autres, nombreux, le Christianisme et l’Islam se trouvent sur la même longueur d’onde. Tous deux cherchent à protéger les bonnes mœurs et la moralité de la société; tous deux visent à freiner la propension des croyants vers la débauche et l’impudisme. L’Islam, en tout cas, est la religion du réalisme. Il sait que l’être humain, de par sa constitution physiologique et naturelle, mâle fût-il ou femelle, est faible et incapable, dans certains cas, de résister au mal. Pour cette raison, le Prophète, dans un de ses Hadiths, fait aux Croyants la recommandation suivante : “Si vous êtes accablés par la turpitude, faites cela en secret, loin des yeux des gens”. Pour ces motifs, la femme doit se voiler - se cacher - ainsi que l’homme, et ne point aller loin dans le chemin de la turpitude …

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Quant au “fondamentalisme”, tel que nous le voyons, et tel que nous en entendons parler, et tel qu’il est pratiqué par certains pays arabes et musulmans, ou par des courants et des partis, l’Islam ne s’y reconnaît pas. C’est que l’Islam est miséricorde, paix, patience, pardon, ouverture, évolution et progression, avec la préservation de l’humanité de l’homme, de ses mœurs et des valeurs et vertus sans lesquelles la société deviendrait une jungle et un marché de débauche.

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Chapitre XX Le Vol
“Et le voleur et la voleuse coupez-leur la main, en représailles de ce qu’ils ont gagné (illicitement)", [Table servie : 38]. Tel est le verset qui détermina, et ne cesse de déterminer, certaines plumes à accuser l’Islam d’être “la religion de l’ère primaire représentée par la pierre”, lui attribuant, à cette occasion, l’incapacité d’évoluer et d’accompagner la société des humains dans “l’humanisation” de sa législation. Certains critiques ne s’empêchent pas, dans ce contexte, de qualifier l'Islam de religion de la barbarie. Nous nous devons - au début de notre commentaire - de dire, en clair, que la “coupe de la main” ne peut être décidée sans que soient réalisées certaines conditions fondamentales que nous citons ci-après : - Que le voleur soit adulte et sain d’esprit. - Que le voleur s’empare du bien d’autrui dans lequel il ne possède aucune part. - Que le voleur vole l’objet du délit d’un endroit où cet objet était conservé. - Que le vol ne soit pas motivé par un besoin pressant, telle la faim contraignante. … Pendant de nombreux siècles, l’Occident condamnait une catégorie de criminels aux peines les plus atroces, réellement barbares. De ces peines, citons celle connue par le “supplice de la roue”, qui consistait à briser les os du condamné, encore vivant, de lui trancher les membres, pendant qu’il hurlait de douleur; et ne rendait le dernier soupir qu’après être devenu un amas de chair mélangée à ses os, et baignant dans le sang! Citons aussi la peine qui consistait à brûler vif le condamné : on le juchait sur un bûcher, en lui liant mains et pieds sur une colonne; puis on mettait le

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feu au bûcher dont les flammes se mettaient à lui manger le corps puis le visage, alors qu’il fondait en une graisse informe … Tel fut le sort de Jeanne d’Arc en France, de Savonarole à Florence, et de Bruno en Italie. … La peine de mort est toujours en vigueur dans de nombreux pays européens et américains. Les instituts de sondage affirment que le peuple français, par exemple, au cas où un référendum sur ce point précis était organisé, voterait, dans sa majorité, en faveur de la restauration de la peine de mort. Tel aussi sera le cas d’autres pays occidentaux. Quant aux tribunaux d’inquisition, notamment en France, en Espagne et en Italie, naguère composés de religieux exclusivement, et dont les mesures, les initiatives et les jugements étaient inspirés de la religion, ils n’ont jamais été égalés dans le domaine de la torture, de l’injustice, de l’obscurantisme et du fanatisme : on brûlait les gens encore en vie; on leur coupait les membres, on leur broyait les os. Ils n’avaient d’autres armes que leurs cris de douleur! Avant de parler, particulièrement, de la peine de “coupe” de la main, passons en revue, successivement, l’attitude de principe de l’Islam relativement aux délits et aux peines. Lorsque le Coran fut révélé (descendu) au cours du VIIe siècle, le monde, d’une manière générale, dans le contexte pénal - délits et peines - différait de ce qu’il est de nos jours. Si nous nous référons au droit romain - qui fut à la base de la plupart des législations des pays les plus évolués - nous constatons qu’il pratiquait l’apartheid, divisant le peuple en deux catégories : les patriciens, d’une part, et les plébéiens, de l’autre. Ceci en plus de la classe des esclaves qui ne jouissaient d’aucun droit. En droit civil, les patriciens avaient des droits non reconnus aux plébéiens. En droit pénal, il n’y avait point d’égalité entre eux. A titre d’exemple : si un patricien viole une vierge, la peine qu’il encourt est la confiscation de la moitié de sa fortune. Si un plébéien commettait le même crime, il était fouetté et banni. Il en était de même, en cas de meurtre ou d’assassinat. La peine différait selon qu’il s’agissait d’un patricien, d’un plébéien ou d’un esclave. Pour

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le patricien, c’était le bannissement; pour le plébéien, on lui tranchait la tête; pour l’esclave, la crucifixion ou la pendaison. Telle était la situation en France avant la révolution de 1789 qui, comme on le sait, prit pour devises les trois illustres mots : liberté, égalité, fraternité. Le mot “égalité” indique clairement ici que l’ancienne législation - antérieure à la Révolution - adoptait et pratiquait l’apartheid qui est le contraire de l’égalité. L’Assemblée nationale, aux prérogatives restreintes, était composée de trois classes dont chacune constituait, à elle seule, un parlement : la noblesse, le clergé, le tiers état. Quant ces trois classes se réunissaient, elles étaient appelées “Parlement général”. Les membres de ces trois parlements n’étaient pas élus au suffrage universel, le droit de vote étant l’apanage d’une partie de la population. L’égalité reconnue et instaurée par l’Islam au VIIIe siècle, ne le fut, par les pays les plus “évolués” qu’à la fin du XVIIIe siècle, à partir de la Révolution française susmentionnée qui s’étendit sur d’autres peuples et d’autres nations. Lorsque l’Islam apparut et que le Prophète commença à s’acquitter de la mission à lui dévolue par Dieu, les Arabes de la Presqu’île vivaient leur siècle d’ignorance “al Jahiliyya” : au cas où un meurtre était commis, et que la victime appartenait à une tribu forte, qu’il en était le chef ou un membre influent, cette tribu, conformément aux us et coutumes du temps, s’abstenait de tuer le tueur, s’il appartenait à la classe des manants; à sa place, elle tuait un membre de la tribu égal, en notoriété, à sa propre victime; ou bien elle tuait le tueur et quiconque il lui plaisait de tuer, avec lui, afin d’étancher sa soif de vengeance et de se faire payer sa dette. Ainsi, les innocents payaient de leurs vies le prix de l’injustice et de l’inégalité; et les véritables criminels échappaient, quelquefois, sinon la plupart du temps, à toute peine. Il est clair que de telles mesures étaient en contradiction avec les principes de justice et d’équité. Dans sa législation relative au meurtre, l’Islam stipule ce qui suit : “O les Croyants! La loi du Tallion vous est prescrite pour le meurtre : l’homme libre pour l’homme libre, l’esclave pour l’esclave, la femme pour la femme.

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Quant à celui qui est pardonné de la part de son frère, on doit user à son égard de bon traitement, et lui allouer une aide, ceci est un allègement de la part de votre Seigneur et un effet de Sa miséricorde. Celui qui, après celà, transgresse, il lui sera réservé un châtiment douleureux. Vous avez, dans le châtiment, une vie O vous qui comprenez le fond des choses, peutêtre finirez-vous par craindre Dieu”, [La Vache : 178-179]. L’Islam laisse aux parents de la victime toute latitude de pardonner à l’assassin, s’ils le désirent. Dans ce cas, ce dernier est redevable de l’indemnité qu’il devra payer aux parents de la victime. Et l’affaire s’arrête là. Ainsi, nous constatons que l’Islam n’avive pas dans le cœur du parent de la victime le sentiment de haine; et ne nourrit pas en lui le désir de vengeance, mais l’encourage, ne fut-ce qu’indirectement, au pardon. Le plus sublime, dans les deux versets ci-dessus reproduits, c’est que le “pardonneur” y est appelé “frère”, en référence à la fraternité humaine qui l’a déterminé à pardonner au tueur qui, à l’origine, est son frère, car tous deux - tueur et parent de la victime - appartiennent à la grande famille humaine. Quant aux termes “ceci est un allègement de votre Seigneur et un effet de Sa Miséricorde”, ils montrent et démontrent que l’Islam est miséricorde avant d’être vengeance. Le pardon est un “allègement” pour le tueur qui échappe à la peine et se contente de payer l’indemnité. Il est aussi miséricorde pour le parent qui pardonne, car le feu de la vengeance et de la haine s’est éteint dans son cœur; il se sent, ainsi, submergé par la grande béatitude que Dieu réserve à ses pieux adorateurs. La législation islamique est, parmi les législations, la seule qui, après avoir adopté le principe, ou la Loi du Tallion, recommande à celui qui a subi un dommage, de pardonner à son agresseur. “La sanction d’un mal est un mal égal”, [La Consultation : 40]. Tel est le principe général. Mais ce principe n’est point absolument obligatoire; bien au contraire, Dieu lui préfère le pardon : “Celui qui pardonne et agit bien trouvera sa récompense auprès de Dieu”, [Ib. 40]. En Islam, le but recherché à travers le châtiment, ou la peine, n’est pas de punir le criminel, mais plutôt de le dissuader et de le décourager en l’avertissant que, s’il commet un crime, il sera puni. Ainsi, la punition est dissuasive : “Vous avez, dans le châtiment, une vie, O vous qui comprenez le fond des choses; peut-être finiriez-vous par craindre Dieu”.

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La punition - le châtiment - est “vie” parce que celui qui sait que, s’il tue, il sera tué, s’abstiendra de tuer. Ainsi, le tueur en puissance préservera sa propre “vie” - car, n’ayant pas tué, il ne subira pas de châtiment - et celui qui devait être tué sera, à son tour sauvé de la mort et, ainsi, restera en “vie”. … Revenons, à présent, au vol et à la “coupe” de la main du voleur. “Couper la main” est, sans nul doute, une peine sévère. Du moins, elle apparaît ainsi de prime abord. Mais la plupart des peines, sinon toutes, sont sévères si nous prenons en compte que le monde dit civilisé et évolué tend continuellement à “humaniser” les peines et à alléger de plus en plus leur impact sur les condamnés. D’une manière générale, les travaux forcés sont abolis; la peine de mort s’achemine vers sa disparition. Il ne reste que l'emprisonnement où les “novateurshumaniseurs” s’évertuent à faire de la prison un lieu de divertissement et de détente pour les prisonniers; partant du fait que le prisonnier qui a assassiné des enfants après les avoir torturés et porté atteinte à leur chasteté; qui a enlevé puis tué des otages; qui a attaqué des banques et des organismes similaires, tuant leurs employés et volant leur argent, utilisant les fusils mitrailleurs et les explosifs, mérite la compassion de la société représentée par les gouvernants, et aura le droit de vivre en prison, entouré d’égards, et dorloté! Ce penchant à traiter les condamnés-prisonniers commes s’ils étaient euxmêmes les victimes et non les bourreaux, et cette course compétitive à leur accorder les circonstances atténuantes qui, assez souvent, aboutissent à une peine allégée qui ne s’accorde guère avec le crime commis, aboutit, avec le temps, à une sorte de relâchement général qui a encouragé les criminels à aller, avec insouciance, plus loin dans leurs entreprises criminelles, sachant, au préalable, que les autorités, toutes appellations confondues, compatissent avec l’assassin et non avec les parents de la personne assassinée, avec le voleur et non avec le volé, et avec le bourreau et non avec la victime. C’est ce qui explique la prolifération des vols de tous genres dans la plupart des pays dotés de régimes dits libéraux-démocratiques. Les statistiques ont démontré que la Côte d’Azur, dans le Sud de la France, - à titre indicatif et non restrictif - est devenue le théâtre quasi-ouvert au vol : vol des voitures devant les résidences; vol de l’argent et des objets d’art,

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des bijoux, des tableaux à l’intérieur des maisons, voire des églises, avec escalade et effraction, malgré toutes les mesures prises par les propriétaires afin de préserver ce qu’ils possèdent. Cet excès de liberté - excès de liberté dans le vol - et cette propension à le commettre et à s’y aventurer le plus loin, sans la moindre retenue, est due, en grande partie, au fait que les voleurs et leurs complices échappent, la plupart du temps, aux poursuites, à cause de l’incapacité des autorités à les découvrir ou, au cas où ils sont repérés et identifiés, à cause des peines “humanisées” qu’on leur inflige et qui prennent en considération les circonstances dans lesquelles se trouvent les voleurs plutôt que celles dans lesquelles se trouvent les victimes dont les demeures ont été volées et les propriétés, attaquées, et l’argent qu’ils ont passé leur vie à amasser, a disparu! De telles sociétés, marchant dans un chemin qui, fatalement, aboutira en fin de périple, à “l’arrestation de la dépouille mortelle et à la fuite de l’assassin”, ils n’est pas étonnant qu’elles élèvent la voix pour condamner la peine de la “coupe de la main” du voleur, la vilipender, et remuer contre elle ciel et terre, attribuant à l’Islam “régressisme” et “arriérisme”, voire même primitisme et barbarie, sans se rendre compte que, par de telles attaques, elle exauce les vœux des ennemis de l’Islam, qui n’ont pas besoin d’être nommés - car ils sont connus - et de creuser leurs tombes de leurs propres mains, à travers l’encouragement qu’elles prodiguent indirectement aux criminels, plus particulièrement aux voleurs. Notre devoir envers la vérité nous dicte d’envisager cette question - la coupe de la main du voleur - avec calme et sérénité, afin que nous puissions, libérés de toute passion, émettre un avis objectif la concernant. Rappelons que l’application de cette peine est liée à des conditions que nous avons énumérées au début du présent chapitre. Indépendamment de ce qui précède, l’expérience a prouvé que la peine d’emprisonnement - stipulée par les lois en vigueur dans le monde - n’a pas abouti au moindre résultat dissuasif. Les vols, hélas! sont en recrudescence, en quantité et en qualité. Ce que l’on appelle “les grands vols”, telles, par exemple, l’attaque des fourgons transportant des fonds publics et privés, et l’attaque des banques, se répètent

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sur une grande échelle, selon des procédés évolués qui donnent du fil à retordre aux autorités responsables de la sauvegarde des biens et des propriétés des contribuables. Dans de telles conditions, la société devra choisir entre deux attitudes : L’attitude “humanisée” prônée par les champions des civilisations “progressolibéralo-démocratiques”, comme ils se plaisent à se nommer, et qui consiste à condamner les voleurs à une peine d’emprisonnement, et qui a fait faillite et prouvé son incapacité à endiguer ce fléau social. - L’attitude ferme et rigoureuse qui consiste à couper la main du voleur, selon les conditions déjà énumérées. A titre d’exemple, disons que l’Arabie Saoudite - qui pratique la Chari’a islamique - a réussi à extirper ce fléau depuis ses racines, et cela à travers des jugements peu nombreux mais qui se sont avérés suffisants à dissuader les criminels. Si nous faisons un parallèle entre ce que fut la situation, dans ce contexte précis - celui des vols perpétrés en Arabie Saoudite avant l’application de la Chari’a islamique, et entre ce qu’elle est devenue après l’application de ladite Chari’a - nous constaterons que la différence est très grande. Ce pays s’est radicalement transformé : d’une quasi-jungle il devint un quasi-paradis sur terre. Ainsi le Royaume aura payé, pour prix de cette sécurité sans pareille, quelques mains, celles des voleurs-criminels qui, arbitrairement et abusivement, s’étant approprié les biens d’autrui, ont été sévèrement mais justement punis. Ils cessèrent leurs rapines, devenant un exemple pour une société entière de dix millions d’êtres humains ayant pris pour guides, le Coran, le Prophète et ses pieux compagnons. Il est de commune renommée que les Etats Unis d’Amérique détiennent de haute main - et en sont toujours détendeurs - la médaille d’or dans le domaine des vols. Dans certains quartiers de New York et de Chicago, par exemple, les gens n’osent s’aventurer la nuit; car, s’ils le font, ils n’en reviendront que les pieds devant. Et s’ils en retournent, vivants, c’est les poches vides, et les blessures, ainsi que les hématomes, au visage.

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Les mains des criminels qui empestent ces quartiers et qui y pratiquent, tel un métier, le vol, les agressions et le brigandage, comme s’ils faisaient une promenade, sont des mains sales, souillées et criminelles, qui constituent une honte pour l’humanité. Ce ne sont point les mains de Picasso, de Dali, de Miro et de peintres illustres; ni celles de Abdel Wahhab, des Rahabinas, d’Oum Kalthoum et de Fayrouz et des autres grands compositeurs et musiciens, ni celles de l’abbé Pierre et de sœur Thérésa, et des missionnaires de la Croix Rouge, et du Croissant Rouge. Si les autorités américaines sacrifiaient le dixième de ces mains criminelles qui infestent les quartiers de ses grandes villes, elles sauveraient une société toute entière, voire un pays tout entier habité par plus de deux cents millions d’êtres humains désireux de vivre dans la paix et la sécurité, leurs biens préservés, et leurs propriétés à l’abri de toute attaque. Les législations positives que le monde a adoptées afin de punir les criminels et de mettre fin aux vols ont fait piteusement faillite. D’un autre côté, l’application de la Chari’a islamique qui, selon des conditions déterminées, stipule la “coupe de la main du voleur”, a obtenu les meilleurs résultats en Arabie Saoudite où la justice suit son cours, selon un critère qui allie la miséricorde au devoir de responsabilité de la sécurité des gens, de leurs biens et de leurs droits … Si l’on se réfère à l'Evangile, on constate que le Christ, paix et prière sur lui, dit un jour aux Apôtres et aux foules : “Et si ta main droite te scandalise, coupe-la et jette-la loin de toi; car il est préférable pour toi que périsse un seul de tes membres et que ton corps tout entier ne s’en aille pas dans la géhenne”, [Matt., V, 30]. N’est-il pas dans l’intérêt de la Société que certaines mains - les mains du scandale et du mal - en soient coupées, plutôt que d’aller, toute entière, à la perdition ? Ces propos émanant de l’Apôtre de la charité et du pardon nous portent à réfléchir et à méditer ce verset révélé par Dieu relativement à la “coupe de la main du voleur”. Si nous nous référons à l’esprit de l’Islam, nous découvrirons que la peine de la “coupe de la main” est, dans sa réalité, “allègement de Dieu et miséricorde”, surtout quand nous nous rappelons que le verset 179 de la sourate “La Vache”, que nous avons déjà reproduit, émet la réflexion suivante : “Vous avez dans le châtiment une vie”.

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Cela signifie que la “coupe de la main du voleur” aboutira, en fait, à mettre un terme aux vols, ou à les rendre extrêmement rares; seule une infime minorité de gens continueront à voler, alors que la très grande majorité s’abstiendront de commettre un tel acte odieux, et vivront en paix et en sécurité, à l’ombre et sous la protection de la Chari’a islamique émanant de Dieu, non des simples mortels qui se comportent au gré de leurs propres intérêts qui, la plupart du temps, sont en contradiction avec l’ordre public et l’intérêt général.

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Chapitre XXI Le Paradis en Islam
On a trop écrit et dit - dans le contexte du dénigrement de l’Islam - sur les “houris”(1), les éphèbes éternellement jeunes, le lait, le miel, et les “délices du corps”, ainsi que sur tout ce qui a trait au paradis des sens et de la matière, autant de choses étrangères à la béatitude spirituelle qui, dans la religion chrétienne, est le symbole du Ciel. En fait, le Paradis, ou “jardin d’Eden” - al Janna - en Islam, est tout le contraire de ce que l’on a répandu et continué de répandre. Revenons au Coran et passons successivement en revue ce qu’il dit à ce propos, précisément : - “Entrez au Paradis, vous et vos épouses, et réjouissez-vous. Des plats d’or et des coupes leur seront présentés à la ronde, qui contiennent ce que désirent les âmes et ce qui fait les délices des yeux; et vous restez là éternellement. Et ce Paradis qui vous a été donné en héritage, en récompense de vos (bonnes) actions, vous y trouverez beaucoup de fruits dont vous mangerez”, [L’Ornement : 70-73]. - De même : “Exemple du Paradis qui a été promis aux pieux : Des fleuves d’une eau non fétide, et des fleuves d’un lait dont la saveur n’a point changé, et des fleuves de vin, délices des buveurs, et des fleuves de miel limpide; et ils y ont de tous les fruits, et pardon de leur Seigneur”, [Mohammad : 15]. - De même aussi : “Ceux-là ont pour eux les Jardins d’Eden sous lesquels coulent les fleuves; ils s’y pareront de bracelets d’or, et revêtiront des habits verts en soie fine et en brocart; ils y reposeront sur des trônes; belle récompense, et belle commodité!”, [La Caverne : 31].

(1) “L’idéal féminin du Paradis; être sans péché, perfection de beauté physique et morale”, ("Le Coran”, Edward Montet, Payot 1998, T. II, p. 304).

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Faisons remarquer, de prime abord, que, contrairement à ce que l’on répand, le Coran ne cite pas les femmes de petite vertu, ni les prostituées, ni aucune créature humaine féminine chez lesquelles les hommes, depuis la nuit des temps jusqu’à nos jours, ont pris l’habitude de rechercher une source susceptible d’étancher leur soif corporelle, et leurs appétits sexuels. Comme on l’a constaté, le Coran cite les épouses et les compagnes légitimes (azwajoukoums - vos épouses), avec, ici, une remarque qui s’avère nécessaire : les épouses visées ne sont pas celles qui, sur terre, vivaient avec leurs maris, mais des épouses nouvelles et jeunes : “Nous les avons créées, et Nous les avons faites vierges, de même âge (ou de même charme), et de race arabe”, [L’Evènement : 35-37]. Quant aux “houris” et aux éphèbes (éternellement jeunes), voici ce qu’il en est dit : “Dans les jardins des délices (le Paradis) se trouveront de nombreux anciens (premiers) et un petit nombre des autres (derniers ou nouveaux) sur des lits (ou trônes) ornés de pierreries, accoudés dessus, les uns face aux autres, et parmi eux circuleront des éphèbes (éternellement jeunes) leur offrant des coupes, des aiguières et un verre d’eau de source dont ils ne seront point séparés, et qui ne seront point taris; et des fruits qu’ils choisiront, et de la viande d’oiseaux qu’ils désireront, et des “houris” aux grands yeux, pareilles aux perles bien serties, tout cela en récompense des œuvres pies qu’ils accomplissaient”, [L’Evènement : 12-34]. - De même : “Les pieux auront pour récompense des jardins, des vignes, et des vierges aux seins arrondis, de même âge (qu’eux) et des coupes remplies”, [La Nouvelle : 31-34]. Ce paradis sensuel indique-t-il, peut-il indiquer une réalité palpable et perceptible par les sens, tels la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût et le toucher ? L’âme, après la mort, et après s’être libérée du corps, et retournée à son Créateur et être entrée dans Son Paradis, peut-elle goûter et ressentir des choses matérielles qui, dans leur essence, constituent une nourriture physiologique, corporelle, voire terrestre, consubstantielle au corps ?

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Il n’est point difficile de répondre à cette question. L’âme, dans son essence, est une. Elle est la même dans toutes les religions. Elle est une émanation de Dieu. De Lui, elle puise son éternité. Sa nature est celle de Dieu, telle une goutte d’eau par rapport à la source. La béatitude de l’âme est spirituelle, parce que l’âme est esprit. Toutefois, Dieu, le Puissant, le Sage, a eu recours à l’image et la métaphore, en citant des choses tant convoitées par les habitants de la presqu’île arabique et d’autres : Tels l’eau limpide et pure, l’air revigorant, les fleuves bordés d’arbres et de verdure, le lait frais, le miel filtré, les coupes, les aiguières et les plats en or, les oiseaux, les perles, les éphèbes et les “houris”, tout en spécifiant, en tout cas, que ces derniers sont un plaisir des yeux, et pas davantage. Toutefois, on ne devrait perdre de vue que tout cela n’avait qu’un seul et unique but : déterminer les Croyants à marcher dans le droit chemin, à faire le bien, à accomplir les œuvres pies, à s’éloigner du mal, à interdire tout ce qui déplait à Dieu, afin de gagner, en récompense, le Ciel, le Paradis où l’âme connaîtra une grande béatitude spirituelle qui rappelle ce que le corps ressent lorsqu’il lui est donné de boire l’eau pure et fraîche, le lait doux; de manger du miel filtré, et des fruits exquis; de s’adosser sur des coussins du meilleur tissu, portant des habits verts tissés dans la soie fine et le brocart; de porter des bracelets d’or, et d’être servi par des éphèbes à l’éternelle jeunesse, et des “houris” … autant de choses convoitées par les humains, en tous temps et en tous lieux. Si la religion chrétienne, par exemple, a représenté l’enfer en un feu incondescent, éternel, consumant et brûlant, elle ne voulait point, en cela, dire que l’être humain, après sa mort, allait, à travers son corps, souffrir et se tordre de douleur physique, en punition des crimes et des péchés qu’il a commis, et du mal qu’il a fait. Le corps, comme cela est connu, se réduit, après la mort, en poussière; il n’en subsiste que les os oubliés dans l'obscurité du tombeau; tel est son ultime destin, qu’il soit le corps d’un Chrétien, d’un Musulman, d’un Juif, d’un Hindou ou d’un Bouddhiste, sans la moindre différence entre celui-ci et celui-là. Le Christianisme a cherché, et cherche à dire que l’âme, après s’être libérée du corps, souffrira spirituellement et moralement; elle ressentira les douleurs que l’homme, encore vivant, ressent à la suite d’un malheur qu’il aurait

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subi : un feu intérieur lui brûle le cœur et la conscience; il criera de douleur, bien que celle-ci ne soit pas une douleur corporelle et physique, mais psychologique et morale. La Géhenne de l’Islam, comme celle du Christianisme, est un feu qui brûle l’âme, comme la brûle la douleur morale et physique, et comme le remords brûle la conscience, et comme les malheurs brûlent le cœur. Ce sont, tous, des feux spirituels, psychologiques, moraux, sentimentaux et affectifs … Quoiqu’il en soit, l’Islam affirme et réitère des fois et des fois que la Grande Récompense c’est la rencontre de Dieu, et que le Paradis, dont nous venons de citer quelques aspects, n’est, dans sa réalité, qu’un miroir qui, à travers les détails, réfléchit le Tout Indivisible : le retour de l’âme à Dieu, c’est-à-dire le retour de la goutte à la source, du détail à l’ensemble, de la partie au Tout : - “Et Dieu appelle au Séjour de la Paix (au Paradis), et guide qui Il veut dans le droit chemin; à ceux qui ont fait le bien, et encore davantage; ni la poussière qui souille, ni la honte ne couvriront leurs visages; ce sont eux qui demeureront au Paradis éternellement”, [Jonas, : 25-26]. Dans ce verset, le mot “davantage” indique “la contemplation du visage de Dieu”. Quant au verset 72 de la sourate “Le Repentir”, il est plus expressif et plus révélateur : - “Dieu a promis aux Croyants et aux Croyantes des jardins sous lesquels coulent des rivières; ils y demeureront éternellement; ils auront d’excellentes places aux jardins d’Eden; mais la satisfaction (l’agrément) de Dieu est plus grand que tout. Telle est la grande victoire”. Ainsi, il apparaît clairement que la satisfaction de Dieu, c’est-à-dire le fait que Dieu soit satisfait de nous, de nos comportements et de notre conduite, et nous comble de Sa Miséricorde et de Son Pardon, est plus grand et plus important que tous ces paradis et jardins et de tout ce qu’ils contiennent. C’est Lui, donc, que devront satisfaire les Croyants. La bonne action, l’œuvre pie, à laquelle l’Islam exhorte continuellement, a une récompense supérieure à toute autre absolument : la rencontre de Dieu :

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- “Quiconque aspire à rencontrer son Seigneur-Dieu, qu’il fasse le bien …", [La Grotte : 110]. De même : - “Dieu est le patron de ceux qui ont cru; Il les fait sortir des ténèbres à la lumière …", (La Vache : 257]. - “O les Croyants! Invoquez souvent le nom de Dieu, et chantez ses louanges matin et soir; c’est Lui - et Ses Anges - qui vous bénissent et prient sur vous afin de vous faire sortir des ténèbres à la lumière; et c’est Lui, le Miséricordieux pour les Croyants”, [Les Coalisés : 41-43]. - “Nous laissons ceux qui n’espèrent pas Nous rencontrer, s’aveugler dans leur rébellion”, [Jonas : 11]. - “Ceux qui n’aspirent pas à Notre rencontre, et se sont contentés de la vie d’ici-bas, et s’en sont réjouis, et qui ignorent Nos signes, ceux-là finiront dans le feu en échange de ce qu’ils ont gagné”, [Jonas : 7-8]. - “Et il en est qui disent : O Notre Seigneur! Donne-nous des biens dans ce monde et des biens dans l’autre, et préserve-nous du châtiment du feu; ceux-là auront la part qu’ils ont méritée; Dieu est rapide dans le réglement des comptes”, [La Vache : 201-202]. - “Et craignez Dieu et sachez que par Lui vous serez jugés [Ib. 203]. ”, … Dans son essence et son fondement, l’Islam est, avant tout, la religion de l’au-delà où l’âme du Croyant rencontre le visage de son Dieu et sera, pour l’éternité, dans son Paradis spirituel. Pour cette raison, l’Islam sublime “les œuvres justes et bonnes, les valeurs célestes et les spiritualités”, et minimise les “matérialités” et les biens temporels, voire même il les interdit la plupart du temps : - “Des gens que ni commerce, ni trafic, ne distraient de l’invocation du nom de Dieu, ni de l’observance de la prière et de l’acquittement de la dîme …", [La Lumière : 37]. De ce verset, il ressort, indirectement mais clairement, que l’Islam n’encourage guère “l’amassement” des fortunes, mais l’évocation du nom de Dieu, la prière et la dîme, qui sont plus importants et plus sublimes.

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Quant à la corruption sur terre, voici ce qui est dit à son sujet : - “Parmi les générations qui vous ont précédés, il y eut quelques personnes qui combattaient et interdisaient la corruption sur terre; ce sont celles que Nous avons sauvées, mais ceux qui pratiquaient l’injustice et jouissaient exagérément et abusivement de leurs richesses, suivirent leurs méfaits; ce sont des criminels”, [Houd : 116]. Il est clair que Dieu traite de criminels ceux qui jouissent exagérément de leurs richesses. - De même : “Et lorsque Nous avons voulu détruire une cité, Nous avons ordonné à ses habitants exagérément riches : ils y commirent des actes impis et immoraux; alors la sentence contre elle fut prononcée; et Nous la détruisimes complètement”, [Le Voyage Nocturne : 16]. Ainsi, l’impiété (l’immoralité, la vie licencieuse …) et la richesse exagérée sont synonymes (sœurs jumelles). La richesse, donc, ou l’exagération dans la richesse, entraîne à la perdition - la perdition de l’âme - et suscite la colère de Dieu; alors que la miséricorde de Dieu est la sublime richesse : “Et la miséricorde de ton Dieu est meilleure que tout ce qu’ils amassent”, [L’Ornement : 32]. La richesse peut éloigner de Dieu : “Ce n’est point par vos richesses, ni par vos enfants que vous serez proches de Nous, (Sera proche de Nous) celui qui croit et fera le bien; ceux-là auront pour récompense le double de ce qu’ils auraient entrepris, et seront en sécurité au Paradis”, [Saba : 37]. Ainsi, la foi et la bonne action sont préférables (chez Dieu) à l’argent et aux enfants. Celui qui espère de Dieu une récompense, qu’il fasse le bien et s’éloigne du mal, et ne perde pas son temps à amasser des fortunes; car les fortunes peuvent ne pas rapprocher de Dieu, et ne réservent pas à leurs possesseurs une place au Paradis. Tandis que les Croyants qui font œuvre pie sont en sécurité au Paradis. Voici, dans le même contexte, certains versets plus clairs et plus décisifs : - “L’amour des désirs, tels que les femmes, les enfants, les trésors entassés d’or et d’argent, les chevaux superbes, les troupeaux, les campagnes, tout cela paraît beau aux hommes; mais ce ne sont là que des jouissances temporaires de ce monde; mais la plus belle retraite est auprès de Dieu”, [Al Imrâne : 14].

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Cela signifie, sans ambage, que “les trésors d’or et d’argent” ne sont que des biens de ce monde voué, un jour, à une disparition fatale; ils n’ouvrent pas à leurs détenteurs les portes du Paradis. La fortune inusable, éternelle, c’est la miséricorde de Dieu, c’est le retour à Lui, c’est l’éternité dans Son Eternité. De même : “Dis : Vous annoncerais-je meilleur que cela ? A ceux qui ont craint leur Dieu seront dévolus des jardins sous lesquels coulent des rivières; ils y demeureront éternellement; de même que des femmes purifiées, et la satisfaction de Dieu. Dieu connaît bien ses adorateurs”, [Al Imrâne : 15]. La piété - la crainte de Dieu - est meilleure que tout cela : que l’or, l’argent, les chevaux … elle est plus précieuse que les biens de ce monde. Celui qui espère et désire le Paradis pour ultime repos se doit de ne point amasser l’or, l’argent, les chevaux … mais d’être pieux, de craindre Dieu, de faire le bien, d’accomplir les œuvres pies, de prier, de payer la dîme, de ne point repousser un mendiant, de ne point maltraiter un orphelin, mais de toujours louer son Seigneur, et parler de Ses Grâces et de Ses bienfaits. Pour cette raison, Dieu rappelle aux Croyants que tout dans ce monde disparaîtra et qu’à leur Dieu ils retourneront : “A ton Seigneur est le retour”, [La Sangsue : 8]. - “Et à ceux qui ont craint (Dieu)on demanda : “Que fit descendre votre Seigneur ?” Ils répondirent : “le bien à ceux qui, dans ce monde, ont fait une bonne action”. Mais la demeure de l’au-delà est meilleure; Combien est agréable la demeure des pieux!”, [Les Abeilles : 30]. De sa première page à la dernière, le Coran appelle continuellement les Croyants à la piété, au bien, à tel point qu’il nous est permis de dire que les “œuvres pies”, le bien, est la condition fondamentale d’obtenir la miséricorde de Dieu et de gagner Son Paradis. Que le lecteur médite : - “Ceux qui ont cru et fait œuvres pies. Nous ne négligerons jamais la récompense de quiconque fait le bien”, [La Grotte : 30]. - “Et adorez votre Seigneur, et faites le bien. Vous aurez tout espoir de réussir”, [Le Pélerinage : 77].

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- “Quant à ceux qui ont cru et fait œuvres pies, ils seront heureux dans un parc (Paradis)", [Les Byzantins : 15]. - “Ceux qui ont cru et fait œuvres pies auront les jardins du Paradis”, [Louqmane : 8]. - “Et quant à ceux qui ont cru et fait œuvres pies, ils auront les jardins du Paradis (Refuge)", [Le Prosternement : 19]. - “Quant à ceux qui ont cru et fait œuvres pies, Dieu les fera entrer dans Sa Miséricorde”, [L’Agenouillée : 30]. - “Et qui croit en Dieu et fait le bien, Dieu le fera entrer dans des jardins sous lesquels coulent des rivières”, [Le Divorce : 11]. Les versets ci-dessus reproduits sont un bouquet qui exhale le parfum du bien. Le Coran contient de nombreux bouquets pareils à ceux-ci. L’Islam est la religion de la piété et du bien; de la richesse spirituelle et non matérielle : - “Il en est de ceux qui dépensent leur argent, et font largesse de leurs biens dans le sentier de Dieu, comme d’un grain qui a produit sept épis, et dans chaque épis cent grains; et Dieu donne le double à qui Il veut …", [La Vache : 261]. Il est difficile, et peut-être même impossible de trouver dans une religion, révélée ou non, une telle fixation sur la piété, les œuvres pies, le mépris des biens de ce monde, comme l’ont exprimé les versets que nous venons de reproduire, et qui ne sont qu’une goutte dans une mer. Une religion comme celle-ci, ayant atteint une telle dimension spirituelle, il est inconcevable de la considérer comme la religion des “houris”, des éphèbes, du lait et du miel, lesquels, tous, sont, comme nous l’avons déjà dit, des métaphores et des images figurées.

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Chapitre XXII L’Islam, soutien du Christianisme
Un lot de présomptions et d’indices laissent supposer que la société humaine, dans le domaine moral, s’achemine vers la décadence, voire vers la dissolution. A ce propos, nous limiterons notre réflexion aux relations sexuelles contraires à la nature humaine, telle que Dieu l’a conçue et créée. Dans les pays chrétiens, ou à majorité chrétienne, tels la Grande Bretagne, la France, les pays scandinaves et les E.U.A., entre autres, nous constatons un penchant, ou une déviation évidente, voire impertinente, vers les relations sexuelles entre hommes, que nous appelerons, par convenance, “anomalie sexuelle”; et nous appelerons ceux qui la pratiquent des “anormaux”. Autrefois, les hommes atteints de ce fléau - ou “anomalie” - se cachaient, évitant d’être reconnus et de devenir la cible des critiques et l'objet du mépris des autres, les normaux. Au fil du temps, l’opinion de la société occidentale et son attitude vis-à-vis de ce fléau-anomalie ne cessaient d’évoluer pour aboutir, en fin de périple, à un renversement total de la situation en faveur des “anormaux” : Ceux qui en sont atteints relèvent la tête et s’en glorifient. Ils sont partout reçus avec égard et respect, devenant, ainsi, les “préférés” et les “protégés” de ladite société. Ceci les enhardit; ils devenaient de plus en plus nombreux et s’organisaient en ligues et clubs; au besoin, ils se déployaient en manifestations, remplissant les rues, réclamant des droits et des privilèges qu’ils considéraient légaux et légitimes. Autrefois, dans les pays ci-dessus énumérés, l’anomalie sexuelle était considérée comme un délit infamant puni par la loi; celui qui perpétrait “l’acte anormal” était pousuivi et condamné. De nos jours, “l’anomalie”, chez ces vénérables “anormaux” est devenue pain quotidien : ils agissent, subissent, et s’entre-desservent “anormalement” sans le moindre souci ni le moindre risque d’être inquiétés. Bien au contraire, ils s’en vantent, criant leur joie, sauf lorsque le sida s’abat sur eux et les porte à méditer sur leur sort et sur celui de la société des humains.

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Contre cette décadence morale et cette déchéance humaine, l’Eglise prit une attitude ferme; elle les condamna catégoriquement sans la moindre ambiguïté, et chercha, par tous les moyens dont elle dispose, à y mettre fin ou, au moins, à en limiter la prolifération. Toutefois, l’Eglise, depuis quelques siècles, a beaucoup perdu de son aura d’antan; elle ne dispose plus des moyens qui lui permirent, naguère, d’imposer sa volonté et d’infliger des châtiments à ses adeptes qui déviaient du droit chemin et suivaient celui des vices et des turpitudes qui menacent la foi dans ses fondements. Dans le passé, l’Eglise détenait une arme terrible : quand la nécessité se faisait sentir, le pape - et le détenteur du pouvoir spirituel - fulminaient l’excommunication sur tout Chrétien (catholique) ayant dévié du chemin de la foi. Les excommunications produisaient des effets extrêmement graves; elles plaçaient l’excommunié hors de l’Eglise et de la communauté des fidèles, avec tout ce que cela entraînait comme conséquences terribles : A l’agonie, il ne recevait pas l’extrême onction; ses péchés n’étaient pas pardonnés. Et s’il meurt, c’est dans le péché; il ne reçoit pas des funérailles religieuses pour le salut de son âme. Encore en vie, et à partir de la bulle d’excommunicatin, il devenait comme un étranger dans la société où il vivait et évoluait. S’il appartenait à la noblesse féodale, ses privilèges et des droits sur ses sujets tombaient ipso facto. L’excommunication était une mort avant la lettre. Depuis des siècles, cette arme terrible n’a plus le moindre impact, ni les moindres conséquences sur les Chrétiens. Dans le carquois de l’Eglise, il ne subsiste, actuellement, que les sermons, l’orientation et l’instruction spirituelles. Celui qui contrevient à ses commandements est recensé parmi les pécheurs; mais, en définitive, il sera absous et lavé de tous ses péchés, s’il fait acte de contrition sincère et réelle. Quant aux gouvernements dans les pays sus-visés, ils sont allés trop loin dans le chemin du relâchement, à tel point qu’ils sont presque devenus les complices de leurs administrés dans leurs turpitudes : “l’anomalie sexuelle” est non seulement tolérée, mais elle est permise et autorisée, en fait, pour ne pas dire en droit, à tel point qu’il nous serait permis de dire, sans

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exagération ni abus, que certains gouvernements encouragent cette “anomalie”, d’une manière indirecte, et contribuent, ainsi, sans le savoir et vouloir, à la déchéance de l’homme et à sa chute au plus bas niveau jamais atteint par lui : le “pataugement” dans la boue des saletés morales, de la pourriture corporelle, couvertes par toutes les catégories des virus et des microbes. … Le dimanche 26 avril 1993, des milliers d’“anormaux” américains s’attroupèrent autour de la Maison Blanche à Washington et se mirent à crier, demandant au Président Clinton de se joindre à eux dans une marchemanifestation qu’ils avaient prévue et organisée dans les rues de la capitale afin de réclamer des droits qu’ils considéraient avoir sur l’Etat et la société simultanément. Le lendemain, les journaux et les divers moyens d’information publièrent et émirent des séquences de leur manifestation qui donnent la chair de poule : un homme enlaçait et cajolait un autre homme, l’embrassant sur la bouche ou sur sa nuque, comme s’ils étaient homme et femme, et non deux hommes! Comme le Président américain était absent de la Maison Blanche, il se rattrappa en leur adressant un message de sympathie et de solidarité diffusé par haut-parleurs! Est-il imaginable qu’une telle manifestation puisse avoir lieu dans un pays musulman ? Est-il imaginable que la société islamique puisse tomber aussi bas ? Nous ne prétendons pas que le Musulman est blindé contre cette abomination. Nous disons, cependant, que le climat moral, l’environnement religieux et les traditions humaines dans la société islamique n’encouragent pas une telle “déviation”, mais lui font barrage, empêchant sa prolifération et limitant, d’une façon catégorique, tout désir “anormal” susceptible de se manifester dans les rangs des Croyants. Les législations en vigueur dans les pays musulmans - que ce soit la chari’a islamique elle-même, ou les lois s’inspirant d’elle - font obstacle à cette déchéance sociale et humaine et constituent un solide moyen de dissuasion pour ceux dont l’imagination serait hantée par de tels rêves.

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La différence entre le Chritianisme et l’Islam, dans ce contexte, réside dans le fait que le Christianisme ne dispose plus contre ce fléau que de l’arme de la parole : les sermons, orientations et instructions spirituelles; alors que l’Islam demeure, avec l’aide de Dieu, nanti de moyens de dissuasion et de poursuites judiciaires. L’anomalie sexuelle, tout comme l’adultère, est appelée “turpitude” par l’Islam. Cette turpitude s’est répandue dans la tribu de Loth. Le verset suivant y fait une allusion claire : “Et Loth, quand il dit à son peuple : Vous commettez une turpitude que personne au monde n’a commise avant vous”, [L’Araignée : 28]. Concernant la peine (ou le châtiment) : “Nous ferons descendre sur les habitants de ce village une colère du ciel à cause de leur vie licencieuse”, [Ib. 34]. Comme nous l’avons déjà dit, les “anormaux sexuels” pratiquent, entre eux, réciproquement, l'acte “anormal”. Aux yeux de l’Islam, ces gens commettent la turpitude (l’abomination). Sur eux Dieu a fait descendre la “colère du ciel”. Dans la chari’a islamique, selon certains oulémas, la peine de “l’anomalie sexuelle” est la même que celle de l’adultère. Dans tous les cas, la peine obligatoire - est décidée par le juge dans l’intérêt de la société qui devra rester libérée de ces turpitudes et abominations. … Ce relâchement, ce pourrissement moral dans les sociétés occidentales chrétiennes, nous les constatons dans un autre domaine : celui du mariage. Les évaluations crédibles et précises ont prouvé que le pourcentage de ceux et celles qui se détournent du mariage, lui préférant l’union libre - la cohabitation - est en perpétuelle augmentation. Ainsi, la cohabitation qui, naguère, était légalement interdite, et socialement rejetée, est devenue, de nos jours, légale et légitime, produisant, comme le mariage, des effets légaux. Depuis quelque temps, il semble que certains pays scandinaves(1), ainsi que la Grande Bretagne, aient voté des lois autorisant les hommes à cohabiter entre eux et à se comporter comme mari et femme!

(1) Il est établi que le Danemark et la province du Québec, au Canada, autorisent légalement les hommes à vivre ensemble, comme maris et femmes. (!)

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Une telle cohabitation est condamnée par la religion chrétienne. Cependant, à cause de la situation de l’Eglise, dont on a déjà parlé, cette dernière se trouve dans l’impossibilité de prendre contre elle la moindre mesure prohibitive. L’Islam, comme le Christianisme, condamne une telle cohabitation. Mais, à l’inverse du Christianisme, il dispose des moyens susceptibles de l’interdire et d’infliger des peines dissuasives aux personnes qui se permettent de la pratiquer. Les sociétés européenne et américaine, qui représentent l’Occident, dans le sens large du terme, - à majorité chrétienne - s’acheminent, à pas lents mais sûrs, vers une désagrégation morale entière. Sans l’Eglise et son clergé, de tout niveau, disséminés dans ces sociétés, la situation aurait été pire. S’il est vrai que, depuis quelques siècles, l’Occident chrétien est à l’avantgarde de la civilisation du monde, et paraît, certainement, plus évolué et plus en avant dans les domaines scientifiques, que la société musulmane, la situation est à l’inverse dans le domaine moral. Les sociétés orientales, à majorité musulmane, n’ont point connu, et ne connaîtront jamais “l’anomalie sexuelle” qui secoue la société occidentale chrétienne, et qui est étalée sur les toits et sur les places publiques, et réclame à haute voix ses droits légitimes … Cette compréhension, voire cette tolérance dont font preuve les gouvernements occidentaux à l’égard des “anormaux sexuels” qui ont traîné la dignité humaine dans la boue, seront, un jour, la cause principale de l’effondrement terrible des sociétés chrétiennes. A ce moment là, l’Islam apparaîtra comme l’unique recours religieux, social et pédagogique susceptible de sauver ce qui subsiste des bonnes mœurs, et d’aider l’Eglise, si elle le désire, à s’acquitter des devoirs qui - s’ils étaient assumés dès l’origine - auraient empêché la société chrétienne de sombrer dans ce lugubre précipice vers lequel elle s’achemine fatalement.

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