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Le festival
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, par Maurice Raphaël

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La vie d'une putain n'est pas plus poétique que celle d'une star, Les visites des bordels sont aussi déprimantes, et' plus fatigantes, que cel~es des musées. Ce n'est pas dans l~urs sujets qu'il faut chercher l'intérêt des h::res que Maurice Raphaël a écrits, très vite, entre 1946 et 1948: les bas-fonds ~euvent être aussi conventionnels que les etag~s nobles,. les échecs aussi sots que les ~ucce~.Ce qui confère quelque importance ~ un livre c'est une certaine manière d'utiliser les ~ots, de les. choisir, de les associer, de faire nmer des situations, afin de rendre compte da,ns le langage idoine de ce qui ne pourrart pas être. dit sous une autre fOfln~, Mais nous vivons toujours empri~onnes dans la forteresse classique: la tangue n()b~eest !'ex~ression n::>,turepede-hl classe d?mmante et de la conscience pure" elles pretendent toutes deux à l'universa-" 1 lité. Hors du français écrit, correct, qui 1 ne se r~spire pas 111:.3.i:; se regarde, c'est le domaine de la vulgarité, oui n'est pas. nommable n'existe pas. Hors de la i noblesse et du clergé il n'y a qu'un troisterne etat sans nom; hors de Paris et des

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~:s~~~ii~~l~rf'dJ~~n~~~:l~~1:,~r~~0i~d~~ murailles autour de sa langue, l'enseigne aux élu~, la cultive, la protège, et frappe de nullité tout ce qui lui échappe. Incapable .de s'~ssimiler la langue -parlée, le françaIs, devient langue morte; il se fait réserve linguistique. Eri ce maintien autoritaire et irrationnel de. la bonne langue se s~rvit u~ c.orps politique: la noblesse parislenn~ J~dlS, la bourgeoisie contemporaine se définissent par des exclusions : refus des p~0.vincialismes (ça fait paysan), des Vl!lgantes (ou de toute ~omination orgamque), des 'tours syntaxiques réellement e.mploy~s. 9ue faire ~vec une tell~ langue sl~on ae 1introspection, de la dissection d'idées. Cela a commencé avec le cogito et le refus par la Princesse de Clèves de parler le langage du corps. L'absurdité du monde traduite en beau Ianzaze est 0 rationalisée, enveloppée, réduite 0 à l'étai d'i~ée. Ce n'est plus une expérience, un enlisement. On peut en discuter. On est
sauvé.

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Le scandale réside là : dire ce eue l'on vit mais que l'on tait. Four parler du sexe, du '

bonheur intestinal, des fonctions digestives, on se trouve devant un double vocabulaire: neutre, correct, compassé, stérilisé, quasimen~ abstrait, n'exprimant plus que- des :el~t~ons, et le langage du discours savouré mteneurement, mais frappé d'interdication Or ces deux vocabulaires désignent les m~~es, ~arties; ce n'est donc pas pour ce qu il désigne que l'un est condamné mais pour l'aspect sous lequel l'action' est considér~e. : dans un cas 'vécu, dans l'autre neutralisée, blanchie comme l'on dit d'un syphilitique, Ce changement de langage" cette sortie hors du' château des bons usages, engage donc quelque chose de plus important q~'une mode. ~e « savoir vivre» est le gardien ,ce ce qu on pourrait appeler l'hégémome de la tête. La pensée ne met pas en doute, mais œuvre orgueilleusement à établir des systèmes qui puissent maintenir ~. distanc,e, effacer tout ce qui leur est m~~mpat1ble : « Qu'est-ce qu'on a bien pu menter. pour qu'o::: nous colle un cerveau, u?e ration de matière grise. A quoi ça sert, c'est du superflu, du luxe pour gens du monde, de la haute fantaisie. Si on pensait pas, on s'apercevrait peut-être pas qu'on est tout con» (Ainsi soit-il, p. 35). Le malheur de l'homme est d'être dénaturé par son langage; « On a pas de philosophie, pas de système, lorsqu'on est fleur, on est pas métaphysique pour Un sou, On la p(:(,~" c'est tout» (Ainsi soit-il D. 491 Si 1~~ 9uatre récits de Mauric~' Raph~êl ent;~= tiennent une multitude de rapports ils ne permettent jamais de reconstituer un~ imace pr?bable~ ~i~on véridique, d'une pseud~-. scene primitive, traumatisante et justifica- ' triee. L'idée même d'organisation et de hiérarchie, avec prédominance de la tète, vo.c,a~ulai:e, principal et subordonné, propnete pnvee et champ communaux se trouve mise en cause. A latradition~elle organisation vertic,ale du monde, Maurice Raphael oppose l'etalement de l'universelle maladie humaine: « Nous crèverons tous en éclat~nt comme des bourgeons au printemps. On degue~lera un peu <le pus jaune, un filet de sang violet et ce sera fini. Et' d'autres viendront à leur tour qui fleuriront sur ce cul bouffé d'~cné sénile et qui dégorgeront, eux aUSSIoute une vacherie malsaine. t Ça ne guérira jam~is » (Le festival, II). La tuberculose est le SIgne de cette universelle ~ontan:ünation, La forme temporelle de 1 h?mme est celle de la caverne pulmonarre, une enveloppe de tissu ronzée détr:ui~e de l'intérieur. Et bien sür, Pho~me est a la recherche de quelque réconfort qu'il
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trouve dam la dignité de son lanaaae dans l' le J,eu quu mene, dans les changements qu'il 0pe~~sous l~ de révolution (pas facile 1 d ut!l~s.erpolitiquement Maurice Raphaël : ' sa critique est trop radicale : que les uns succèdent aux autres la mystification 1 ~meure : «C'est à la grande solidarité que l'o~, se heurte. Cette solidarité de l'écorché ~ 1 ecorcheur ... » (Le festival, X). C'est touJours le même labyrinthe; tout est semblable à tou~ les niveaux, on croit voyager et on p:omene son décor, «On passe sa' vie à CIrculer dans les traboules. On finit même p~r ne plus se rappeler où on est entré et ou on veut sortir» (Le festival. XII). Le' na~ateur de Le festival, épopée citadine qui devient un carnaval aussi grinçant que celui du baron Ensor, était bien parti à/la recherche de quelgue chose au cours de cette nuit d~ navigauon, de ~es d.ouze chapitres d er!'ance. « On se fait toujours des idées. ~pres on se rend compte que c'était du vent rien gue. Alors mieux vaut ne pas en parle; et faire comme si on n'y avait jamais cru (L.e festival, XII). Si quelqu'un se met à faire le con.on le.rappelle très vite à l'ordre. Car ce qui est mdécentdans son cas et ~riminel, c'~st qu.'il attent~ àIadignité de 1 ~0ffi!11e.S il tuaitquelqu un ce serait un fait ,dIvers. Ça ne mettrait pas en cause le systeme. Au contraire, celui qui avoue sa congénitale connerie et refuse de la déguiser démantèle le théâtre, déchire la toile d~ fond, dévoile les trucs, étale les accessoires ~l n'a pas été bien dressé. Il ne joue pas l~ Jeu. S, on le laisse parler ainsi. c'en est fini d~), o~eil. Or; e.st pri~ « d~nsle plus grand s piege a cons qu mt pu imaginer un fou dangereux » (Ainsi sait-il, p. 83), mais on ne pçl~t pas se mettre hers jeu, on finit par y crOl~e.Et c'~st le plus décevant. Si bien que la Vl~ en VIent a être un pur maquillage (:,OUClS, travail, espoir, possessions, décOl.:ations, œuvres et hauts faits) qui nie complèi.;;ment l'existence, prégnante, pesante indiv,~.v que, revere cette langue grasse, immé(';::. ' dlat~, d un seul tenant, d'une humidité continue, matière molle coulant comme un ~ux:s.ansfin. Il ne s'agit pas ici d'une révolte md.l:l~uelle, d'u~e ,l?ro~e.s~ationanarchique, ~~ ci un retour a 1indivision, au primordial, a 1 etalement. Le langage officiel est celui de la séparation; mais il en est un autre qui prouve qu'on n'est pas en dehors de tout ça, de la merde, de la connerie, mais .bien dedans. Les pensées désespérées n'ont pas leur place dans notre société. Or celles de Iv~auri~eRaI;'haël sont « du plus b'eau noir », Rien a q~Ol s'accrocher ni à l'espoir de t~mp~ meilleurs, ni à la jouissance, Il n'y a nen a attendre; c'est foutu à tout jamais. Quelle race que l'humaine! Sa futilité n'a d'égale que sa prétention. Tout ce qu'elle a. construit en pensée est frappé de dérision, C'est ce que. dit-sans joie Maurice Raphaël. D'ici très longtemps il ~e figurera pas dans les anthologies : il empêcherait t~ut le système des partages entre humaTlls~es, absurdistes, vers-libristes, nationalistes et patriarches de fonctionner.
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Jean Roudaut

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