1^

w^
LES QUATRAINS

DE
F'IimilKU

KHAYAM
J.-B.
IllUK.M

NICOLAS
\.\

AN

['V.

I.KCATKIN

IIK

KIUXCK KX

l'IÎKSK

'.Elirait de la

Revue de

l'Orient, de l'Algérie et des Colonies.

PARIS BENJAMIN DUPRAT
LIItRAlRE DE t'iNSTITUT, DK LA UIBLIOTHÉOUK IMI>ÉRL\LE Eï DU SÉNAT,
lïKS !«OCIÉTKS
IIE

CALCITTA.

IVT.

SIIA\r.-IIAI

ASlATiqtES lll^ l'ABlS, in'. L0\I>KB8, UE HIAIIKAS, ET DE LA SOriÉTÈ OBIE^ITALE AMÉRICAINE DE NtW-IIAVESi (ÉTArS-UMIS

Riii* ilu

Cloître Salul-Uonuil (rue Foiitanes),

«

h-

g

1863

LES QUATRAI^S

DE

KHAYAM

LES QUATRAINS

DE KHAYAM
Par
J.-B.

NICOLAS

Premier droginan de

la

légation de France en Perse.

e^nnpg^feg'^y»*-

PARIS

BENJAMIN DUPRA.T
LIBRAIRE DE LINSTITUT, DE LA ItlBl.lOTHEQï'E IMPERIALE ET DU SENAT,

i^\'>-

M

DB9 SOCIÉTÉS ASIATlQl'Kï DE l'ARIS. HE LOKDBES, DE MADDAS, CALCVTTAi DE SDANOHAI ET DE LA SOCIÉTÙ OKIENTALE AMÈRICAIKE DE NEW-HAVE!

'.ÉTAT^CIlIft

Rue du

Cloître Sulnt-Renoii (rue FonlnnoH], 7
Près
le

Musée de Cluny.
1

863

QUATRAINS DE KHAYAM

PREFACE.
J'ai

pensé longtemps, durant

mon

séjour en Perse, qu'une

traduction en IVançais des quatrains de Kliayam, poëte qui,

après avoir
kides dans

fait

au

xi'"

siècle les délices

de

la

cour des Seldjou-

le

Khoraçan, continue encore de nos jours à remdes Kadjars à Téhéran,
littéraire.
si

plir si agréablement les loisirs du palais

pouvait avoir quelque intérêt pour l'Europe

Mais

d'un côté,

la dilliculté

de traduire un écrivain

essentiellesi

ment

abstrait

dans ses pensées philosophiques,
ses

étrangeautre

ment mystique dans
épreuves à une
le

expressions figurées; d'un

côté les embarras que j'entrevoyais pour la correction
si

des

grande distance de Paris,

et

par-dessus tout
tel

sentiment de

mon

incapacité pour entreprendre un

ou-

vrage, m'ont toujours

empêché de
fait

le

publier jusqu'à présent.
ai

Arrivé depuis deux mois à Paris, j'y avides de nouveautés en
quels j'aime à
plusieurs

rencontré des amis
les-

de littérature orientale, parmi

citer ici

madame

Blanchecotte, connue par

publications

remplies de
la

passion

et

de poésie.

Après avoir entendu
faire

traduction orale que

j'ai

pu

leur

succinctement de quelques
ils

quatrains

du

poëte

qu

lions occupe,

m'ont si fortement conseillé d'en publier une
ils

traduction complète,
conseils,

ont mis tant de persistance dans leurs
offres

tant

de bienveillance dans leurs

de service,

que

je

me

suis décidé à

me

conformer à leurs désirs en édi-

tant aujourd'hui ce travail.

Je

le

considérerais cependant encore

comme

étant au-dcs-

•)

sus de

mes

forces, sans la coopéralion

de Ilassan-Ali-khan,

ministre plénipotentiaire de Perse près la cour dos Tuileries,
qui a poussé l'obligeance jus([u ù m' aider de sa profonde érudition et

de ses ]>récieu\ conseils.

L'histoire de Kliayani se rattachant ù celle de

deux personi)ays,
ici

nages qui ont joué un grand rôle dans
j'ai

les

annales du

pensé qu'elle présentait assez d'inléiél pour en

fairi'

la narration telle qu'elle

nous a été transmise par

les historiens

persans.

N.

Rhayam
le

',

né dans un village situé prèsdeNéchapour, dans
l'an

Khoraçan, vint compléter ses études, vers dans
le

1042 de
ville.

l'ère clu'étieiine,

célèbre medressèh de cette

Ce

collège avait acquis à cette époque, nous disent les historiens

orientaux, la réputation de produire des sujets d'une rare
érudition,

parmi lesquels surgissaient souvent des liommes
les

d'un talent et d'une habileté remarquables qui

condui-

saient rapidement aux plus hautes dignités de l'empire.

Aboul-Ghassém
disciples de
s'était

-

et

Hassen-Sebbah
les

étaient,

parmi

les

conil

Khayam,

deux camarades avec lesquels
lié,

plus particulièrement

nonobstant
lui

la

divergence de

caractère et d'opinion qui semblait

indiquer un autre choix.

Un

jour
si

Khayam demanda

en manière de plaisanterie à ses
et

amis

une convention passée entre eux
que

basée sur l'abso-

lue nécessité pour celui des trois

la fortune favoriserait,

de venir en aide aux deux autres en

les

comblant de ses bien-

'

Son véritable nom
(jui

était

Omar, mais ayant dû

se conformer à l'usage

établi

en Orient qui veut que chaque poëto se donne un surnom,
indiquait
la

Khayam

a

conservé celui
sis;nifie

prules,-ion de sou père et la sii-iine, car

khayam

c'est l'extrême

en arabe fai-eur de tenlc^. Les Persans disent, non sans raison, que modestie de ce poète qui l'empêcha de prendre un surnom

plus brillant,
le

comme

celui
le

de Ferdooussi, qui

signilie le Céleste;
le

de Sa'adi,

Bienheureux; Enveri,
'

Lumineux; Hafez,

Conservateur, etc.

Ce personnage est plus connu dans

l'histoire

sous

la

Nezani-el-.Moulk jrégulateur de l'em[iire), titre
sélan en

tpii lui

fut

dénomination de donné par Alb-Ar-

même

temps que celui de Sadre-Azam, premier

niiaislre.

— —
3
faits,

leur paraissait une
:

cliosfi

puérile,

-i

Non, non, répondi-

renl-ils

l'idée est exccllenlc et
»

nous l'adoptons avec empresla

sement.

Aussitôt les trois amis se donnèrent

main

et ju-

rèrent, le cas échéant,

d'être fidèles à leurs engagements.
trois jeunes gens.

Ce pacte ne
Ils

fit

que stimuler l'ardeur des

s'appliquèrent à leurs études avec d'autant plus de ferveur

'•ue la fortune

que semblait

leur promettre la tradition

du

col-

lège ne leur paraissait pas invraisemblable.

Rhayam, d'une nature douce
à
la

et

modeste,

était plutôt porté
la

contemplation des choses divines qu'aux jouissances de

vie

mondaine. Ce penchant

et le

genre d'étudié

qu'il choisit

en tirent un poète mystique, un philosophe à la fois sceptique
et

fataliste,

un souphi

',

en un mot,

comme

la

plupart des

'

On m'a

fait

observer que celle secte des soupliis est connue par
la

les

an-

teui'S

européens sous

dénumiiiation de suffite; mais je n'ai pas cru devoir
la

adopter cette

orllioiiraplie, ([ui nie parait tout à fait contraire à

pronon-

ciation persane.

Les souphis, presque aussi anciens que
av.int d'arriver à la

la

doctrine de l'islamisme, passent

suprême

btkititude, qui consiste à entrer

en communica-

tion diri.'Cte avec Dieu, par quatre degrés différents. Ils désignent le

premier

de ces degrés par pardakiilè-tijesmani ou direction du corps, qui indique que
le disciple

doit se

conformer aux

religion lévélée et avoir
térif/
le

lois établies, aux. formes extérieures de la une conduite exemplaire. Le second degré s'appelle

ou sentier, ctiemin, niaz, désir, nécessité, espérance, qui indique que do l'observance des formes extérieures du culte
la

disciple peut se dispenser

dominant, parce qu'ayant acquis par sa dévotion menlale
la

connaissance de

nature divine,

il

quitte

le

culte [iratique, émelé-djesmani, acte du corps,

pour entrer dans
degré
e.st

le

culte spirituel, nmélé-rouliani, acte de l'âme.

Le troisième

appelé érf, sagesse, science, mot dont l'agent du verbe est aréf, qui

connaît, qui sait, sage par excellence. Lesouplii qui atteint ce degré, appelé
aussi /iciour, présence, est considéré

vouent une obéissance aveugle,

le

regardant

comme inspiré, et ses disciples lui comme mourchid, ou docteur
la terre,

dirigeant; car son àine, qui jusque-là habitai!
les célestes plaines

jouit

maintenant dans

de

la

présence de

la

divinité et entre en

communication
Divinité,

directe avec elle. Le quatrième degré est appelé hèguiguet ou vérité, ce qui
indiqui'
et jouit
(À^tto

que

le

souphi qui y est parvenu a opéré sa jonction avec
la

la

dans sa contemplation e.\tatique de

dénomination de

sou()lii

que se

suprême béatitude. sont donnée ces seclateurs signifie,
do
laine.

se-

lon quelques auti-urs orientaux, sage revêtu d'étoffes

Cependant, j'ai

connu, durant

mon

long séjour en Perse, plusieurs grands personnages pro-

fessant la croyance de cette secte, qui, tout en conservant les apparences de


positif

A

poëtes orientaux. Abdiil-Cihasscm, au contrairo, ambitieux et

dans toute l'acception du mot, anxieux d'arriver au
présentait de

pouvoir, s'appliqua principalement à l'élude de l'histoire de

son pays, qui

lui

nombreux exemples d'iiommes
puisait d'ailleurs

célèbres arrivés par leur pi'opre mérite ou par leur courage

personnel aux plus hautes dignités, et où

il

d'excellentes leçons sur toutes les branches d'une bonne administration.
11

devint

un

illustre

homme

d'État.

Quant à

Hassen-Sebbah, aussi ambitieux que son condisciple Abdul-

Ghassem, mais moins habile
plication des

et plus violent

que

lui

dans l'apde de
la

moyens, astucieux
il

et jaloux
les

de

la supériorité

ses camarades,

suivit à

peu près

mêmes

études, mais en
à la ruine

nourrissant

le

projet d'en employer les

fruits

tous ceux qui oseraient s'opposer à son

avancement dans

vrais croyants, se revêtent de belles étoffes de soie ou de cachemire. Je n'ai

guère vu que

les

derviches et

les

individus appartenant aux classes inférieulaine.

res qui soient restés tidèles

au kheryué, ou manteau de
rues ou voyagent dans
les

Parmi eux,

quelques-uns circulent dans
nus,

les

provinces presque

demandant l'aumône au nom de Mahomed aux musulmans, au nom de

Jésus et de Marie aux chrétiens, au

nom de

Mo'ise aux juifs, affichant ainsi

leur indifférence pour toutes les religions.

Cette secte se subdivise en
les

une

foule

innombrable de branches distinctes

unes des autres par

la

dénomination qu'elles se sont donnée ou par cerprincipe absolu de
nécessité de

tains usages qu'elles ont contractés; mais, en général, elles s'accordeni toutes

par l'identité du dogme, qui est basé sur
se laisser diriger par

le

la

un niuurchid, chef

spirituel,

ou docleur dirigeant, qui,
accordent

ayant passé par
ples

les

degrés voulus du souphisme, est considéré par ses disciIls lui

y a de plus saint et do plus sacré. une vénération qui diffère peu d un véritable culte.
tout ce qu'il

comme

Les progrès des souphis ont été considérés par

les

docteurs de l'islamisme
la

comme

l'œuvre de
,

l'infidélité

voulant se substituer à

religion révélée.

Cette conviction

à laquelle venait se joindre le fanatisme

encore vivace des

premiers pontifes mahométans, a considérablement contribué aux sanglantes
per.sécutions dont ces sectateurs furent à diverses époques l'objet de
la

part

de l'autorité persane, qui protégeaiten toute circonstance
et la foi nationale.

le

clergé orthodoxe

Mais aujourd'hui
le

les

souphis jouissent d'une liberté et

d'une tranquillité parfaites, soit que
ti(|iie

clergé orthodoxe ait perdu de son an-

inHuence

,

soit qu'il ait senti l'inefficacité
difficiles à

de ses investigations

à l'égard

d iiommes d'autant plus
tensiblement
la religion

convaincre d'hérésie qu'ils pratiquent oset

mahométane,

que leur culte véritable est

essentiel-

cnicnl mental.

carrière qu'il se serait clioisic. Aussi devint-il célèbre, ainsi

que

le

démontrera
et le

la suite

de ce

récit,

par

les

cruautés qu'il a

commises

sang

qu'il
fois

a versé.
terminées, les trois amis sortirent du
ils

Leurs études une

collège et se séparèrent pour rentrer dans leurs foyers, où
restèrent

un certain temps sans renommée aucune. Cependant
cour d'Alb-Arsélan, deuxième roi de la dynas'

Abdul-Ciliassem parvint bientôt à se faire avantageusement
connaître à
tie
la

seldjoukide

,

par divers écrits en matière d'administrale

tion, et

ne tarda pas à devenir

secrétaire particulier de ce
enfin

monarque, puis sous-secrétaii'ed'Ltat, puis
premier ministre.

sadre-azam,

Alb-Arselan, en mettant cet habile administrateur à la tête

des affaires de son empire,

lui

donna
titre

le titre

de Nezam-el-

Moulk, régulateur de l'empire,
remplace
le

qui chez les Persans
il

nom de

la

personne à laquelle

est conféré.

Les

historiens persans font le plus bel éloge de ce
d'État, et attribuent à
et la prospérité

grand

homme

ses vertus et à sa capacité les succès

du règne d' Alb-Arselan. Il faut admirer le discernement de ce roi qui sut choisir un homme doué de tant
de mérite pour diriger
les affaires

de ses vastes États, qui
le

atteignirent, sous son administration,
gloire.

plus haut degré de

C'est vers cette
c'est

époque

oîi

Nezam-el-Moulk, car désormais

par ce

titre

que nous

le

désignerons, avait atteint l'apogée
lui

de sa puissance, que ses deux amis vinrent
cution
dit-il?

demander

l'exé-

du pacte conclu entre eux. «Que me demandez-vous,

leur

— Je ne

te

demande, répondit Khayam, que
tu accèdes à

la

jouissance

des revenus du village qui m'a vu naître. Je suis derviche etn'ai
pas d'ambition;
le toit paternel,
si

ma demande,

je pourrai, sous

m'occuper paisiblement de
livrer à la

la poésie,

qui ravit

mon âme,
'

et

me

contemplation du Créateur, où se
son

La tribu turque des Seldjoiikides
avec sa tribu dans
les plaines

lire

nom do

Seldjout, chef qui s'éta-

blit

de Boiikliara. CeUc famille renversa, vers
Ghaznavites, après avoir été longtemps

l'an

429 de

l'hégire, la dynastie des

soumise à son autorité.


mon esprit. mande une place à
plaît

6


dit

— Quant
la

?i

moi,

Hassen-Schivih. je de:

cour.

»

Le ministre accorda tout
il

le

jeune
et

poëte retourna dans son village, dont

devint

le

chef,

Hassen-Sebbah
il

fut placé à la cour, où, en astucieux courtisan,
les

ne tarda pas à entrer dans
qu'il

bonnes grâces du monarque.
la

Mais bien

eût acquis, gi-âce à
les

protection efficace de

Negam-el-Moulk,

plus hautes distinctions de l'empire, son

esprit envieux et ardent ne pouvait

s'accommoder de
de son
renverser et

l'i'tat

de

soumission dans lequel
teur.
Il

il

se trouvait vis-à-vis
le

bienfaile

mit bientôt tout en œuvre pour

rem-

placer.

Pour arriver à ce but,

il

commença par

insiimer à
fort

Alb-Arselan que les finances du royaume étaient en
vais état,
le

mau-

ministre négligeant la

rentrée des impôts, et

n'ayant, depuis trois ans, rendu aucun compte sur cet important sujet.
fides, et

Le prince prêta l'oreille à ces insinuations pei^ bientôt Nezam-el-Moulk fut mandé la cour, où
t\

Alb-Arsélan

lui

demanda compte,

en présence de tous les

grands du royaume, convoqués à
à
la

cet elTet,

du retard apporté

rentrée des impôts et au règlement définitif des finan-

ces de l'État.
faisant

Nezam-el-Moulk s'excusa de son mieux, en
promit de

retomber sur certaines circonstances indépendantes
le

de sa volonté

retard dont se plaignait

le roi, et

s'occuper sérieusement de cette question, de manière à pouvoir présenter dans l'espace de six

mois un règlement de
permit au minis-

compte complet. Le prince parut
tre

satisfait et

de se
de
,

retirer.

Mais celui-ci n'était pas encore parvenu au

seuil

la

porte du château, qu' Hassen-Sebbah, s'approchant
fit

du

roi

lui

observer que ce qui prouvait surfont
pareille matière,
c'était

l'in-

capacité

du ministre en

précisément

le délai exorbitant qu'il réclamait

pour mettre
le

les finances

de

l'empire en ordre. Cette observation frappa

prince, qui de-

manda au
de ce

courtisan qui la
s'il

lui

faisait s'il
le

voulait se charger

travail, et

pouvait s'engager à
la

terminer dans un

plus court espace de temps. Sur
l'astucieux Ilassen, qui ne

réponse affirmative de

demandait qu'un délai de qua-

rante jours, ordre fut donne à Nezam-el-Moulk de mettre


immcdiatoment
les
la
t'i

7


et tout le

sa disposition les archives des finances,

moiistolis

(écrivains

du divan),

personnel de

direction des l'onds. Hassen, ravi de se trouver ainsi tout

à coup à la tète de la branche la plus considérable de l'administration,

considérait déji\ la ruine complète de Nczam-elCelui-ci,

Moulk comme très-prochain(\
çut,

de son

côt(''.

s'aper-

mais un peu tard, de
si

l'

imprudence
qu'il

qu'il avait
si

commise

en plaçant dont
il

haut un

homme

devait

bien connaître et

aurait

se défier.

Cependant

il

ne désespéra pas
les projets déjà

de déjouer, en employant ruse contre ruse,
si

avancés de son ambitieux
il

antaj^oiiiste.

Voici l'expédient

dont
lité

se servit
il

:

il

fournit h

un de ses

favoris, sur la fidé-

duquel

savait pouvoir compter, les

moyens pécuniaires
la

destinés à

l'aire

tous les sacrifices pour gagner

confiance

du confident d'Hassen-Sebbah. Ce confident
soigner et de diriger
le

était

chargé de

travail

que son maître avait entrepris,

sur l'ordre de son souverain. Les démarches du favori du ministre obtinrent

un succès complet,
les

et

il

fut bientôt à

même

de fournir à son maître tous
devait profiter lorsque
c'était l'expiration
le

renseignements dont celui-ci
serait venu.

moment
jour

Ce moment,
Hassen

du

délai

de quarante jours, qu'avait defixé, tout était prêt.

mandé Hassen-Sebbah. Au

au
le

semblait triompher, mais Nezam-el-Moulk, ce jour-là

même

volumineux mémoire de son adversaire devait être remis
en audience
officielle,

roi,

donna à son

favori ses dernières

instructions, qui devaient aboutir à la confusion d' Hassen.

Ce
lui

fidèle et adroit serviteur alla trouver le confident, dont, à force

de cadeaux,

il

avait capté toute la confiance, et le pria

de

montrer l'admirable mémoire qne Nezam-el-Moulk avait déclaré ne pouvoir terminer avant six mois, et ([uc son maître,

à

lui,

avait eu l'habileté de taire en cjuarante jours.

Le conil

fident d' Hassen était en ce

moment préoccupé,
son ami
ledit
le

et d'ailleurs,

ne se doutait de rien
feuillets

;

il

livra à

dùfier, liasse de
'.

détachés qui composaient

mémoire

Celui-ci,

Cet usage est encore do nos jours en vigueur en Perse. Toiito

la

compta-

—8—
mettant à profit
et
lui

la distraction
il

du confident, dctaciia
feuillets,

le

défter,
le le

en un

clin d'œil

confondit l'ordre des

comme

avait bien

recommandé son
il

maître. Ensuite, déposant

dèfter sur le tapis,

fit

l'éloge le plus

pompeux de

l'habileté

d'Hasscn-Sebbah

et

de sondigne confident qui avait activement

participé à cet éminent travail. Quelques heures après Alb-

Arselan recevait en grande audience ses ministres et
ciers de l'empire,

les offi-

qui devaient assister à la présentation sose

lennelle
tenait

du mémoire par Hassen-Sebbah. Nezam-cl-Moulk
résultat de son stratagème.

humblement dans un

coin de la salle d'audience, atten-

dant
lan,

le

Sur un signe d'Alb-Arselivret

Hassen déposa aux pieds du monarque un fehrest,
le

au moyen duquel
vince,
les

prince devait appeler, par ordre de pro-

feuillets

contenus dans

le

défter,

qu'Hassen-

Sebbah venait de prendre des mains de son
premier appel Hassen cherche, mais en vain,

confident.
le feuillet

Au
de-

mandé.

Il

devine une trahison,

il

se trouble; et la

rumeur que
roi, irrité

cet incident jirovoque

dans

la salle, la

présence du

de trouver un

tel

désordre dans un mémoire de cette impor-

tance, ajoutent à la confusion d' Hassen, qui se voit bientôt
forcé de se retirer,

après une sévère réprimande de
il

la

part

d'Alb-Arsélan. Nezam-el-Moulk était vengé;
et lui
fit

s'approcha du roi

observer qu'il était

difficile

d'exiger plus de régularité

dansun

travail sérieux fait à la hâte par des

gens incapables.

Après cet échec, Hassen ne reparut plus à
persans nous apprennent
qu'il alla

la cour.

Les historiens
il

voyager en Syrie, où

adopta

les

dogmes de

la secte ismaélite,

dogmes

qu'il résolut

d'importer en Perse, en y ajoutant d'autres dogmes nouveaux
plus conformes aux opinions des souphis
',

alors très-nombreux

bililé

des revenus du royaume se trouve consignée sur des feuilles volantes
reliure, le tout fortement ûcelé avec

entassées les unes sur les autres et contenues entre deux planchettes formant

une espèce de
de coton.
'

une corde de chanvre ou

Les partisans de cette secte, encore très-nombreux aujourd'hui dans presl'Asie
,

que toute
la lettre,

croient que, sans rejeter le Koran, on ne doit pas en suivre
l'esprit. Ils rejettent les

mais bien

formes extérieures de

la religion

—9—
en Perse, dans
la

le

but de s'en faire une arme
11

et

do devenir ainsi

terreur de ses ennemis.

levint en effet en Perse, mais en

se cachant soigneusement, pour se dérober aux recherches de

Nezam-el-Moulk dont
Ispahan, où

il

connaissait

le

ressentiment.

11

se rendit

à sa ville natale de Rhei, après avoir vécu quelque temps à
il

ne forma rien moins que

le

projet de faire trem-

bler sur son trône le souverain lui-même.

A

Rhei,

il

s'entoura
leur en-

de quelques mécontents qui adoptèrent

les

dogmes qu'il
fortifier
il

seignait, et qui étaient prêts à le seconder

dans ses vues.
sur la

H

alla

avec un petit nombre de ses sectateurs se
tagne d'Alamout, près de
la ville

mon-

de Kazbïn, d'où

conmiença
au

à faire dans les pays environnants de fréquentes razzias, au

moyen
cette

desquelles

il

subvenait aux besoins du

moment

et

re-

crutement de sa troupe, qui devint bientôt formidable. C'est vers

époque qu'Alb-Arsélan mourut,
il

laissant à son

fils,

Malekpieux

chah ses vastes États, dont
confier l'administration à

lui

recommanda fortement de
fidèle et

Nezam-el-Moulk, son

ministre. Mais celui-ci ne jouit pas longtemps

de ces nouvelles
la faiblesse

marques de faveur; car Malek-chah ayant eu

de

prêter l'oreille aux calomnieux rapports de ses ennemis,

lui fit

retirer son turban et son encrier, insignes des hautes fonctions
qu'il avait si

noblement remplies. Cette disgrâce, en
fut

facilitant

une vengeance particulière,

cause de

la

mort de ce grand
le

homme. On
pirer
il

le

trouva un matin sous sa tente, dans

camp

royal, assassiné

par un

satellite

d'IIassen-Scbbah. Avant d'ex-

eut

le

temps d'écrire une pièce de vers à l'adresse de
il

Malek-chah, dans laquelle
à qui, disait-il,
il

lui

recommandait

ses

douze

fils,

léguait ses vieux et loyaux services.

ïlassen-Sebbah n'en continuait pas moins ses sanglantes
excursions, ne respectant dans ses rapides victoires ni rang
ni sexe,

égorgeant sans

pitié tout ce qui lui
,

tombait sous

la

main. Malek-chah, effrayé
mettre
fin

dut envoyer

des troupes pour

à ces déprédations qui jetaient le trouble et la con-

du prophète arabe

et veulent

(pion offre au Créateur celte adoration fervente

et secrète qui réside dans l'âme.


fusion

10


les
il

dans toute l'étendue de l'empire. Mais

sectateurs
se
les
vit

'

d'Hassen augmentaient tous
fort

les jours, et bientôt

assez

pour repousser par une vigoureuse attaque

troupes

royales et les i'orcer de battre en retraite. Après ce succès,

Hassen ne mit plus de bornes à ses
telle

exploi';s,

et

aocpiit

une

renommée que

rien ne lui paraissait plus devoir résister

à sa valeur.

La mort de Malek-chah
celle

étant survenue

peu de temps après
profiter,
le

de Nézam-el-Moulk, Hassen se hâta de

pour

étendre sa domination, des revers qu'éprouva

réièbre sul-

tan Sandjar, successeur de Malek-cliah, et des guerres inces-

santes que se faisaient les différentes branches de la maison

des Seidjoukides, guerres qui se prolongèrent jusqu'à la mort

deTougroul

III, environ

quarante à quarante-cinq ans. Sultan
d' tlas-

Sandjar, justement inquiet des progrès d'envahissement
sen, résolut

de détruire entièrement dans ses États une bande
les

de brigands dont

vexations et les meurtres répandaient
Il

la

terreur dans toutes les provinces.
quelle
rivé
vit
il

réunit une

armée avec
;

la-

marcha en personne contre les malfaiteurs mais, arà une certaine distance du mont Alamout, sultan Sandjar
la

un matin, en se réveillant, un poignard enfoncé dans

terre près

du chevet de son

lit,

et
il

dont la lame avait translut

percé un
K
t-ez

billet à

son adresse, où
si

avec

efTroi ces

mots-

:

Sandjar! apprends que
jours, la

je n'avais pas voulu respecte)'
la

main qui a enfoncé ce poignard dans
dans
ton CGeiir\
»

terre,

aurait

pu

aussi bien l'enfoncer

On

dit

que

le

sultan fut tellement atterré à la lecture

de ce

billet,

qui

lui

révé-

'

Les historienspereans élèvent au chiffra de plus de soixante mille
clief

le

nom-

bre des sectateurs de ce

dcbri,gands,

<lu

nom duquel on
la

fait

dériver notre

mot français assassin.
'

JI.

Mdicolm rapporte ce

fait

dans sou Histoire de
riési£;nés

Perse.
la

»

Les sectateurs d'Hassen-Sebbali étaient

sous

dénominalion de

adhérents d'Hassen, ou de fédévi, mol qui signifie un homme prêt à sacrifier sa propre vie sur un simple commandement do son chef spirituel.
luifseni,

Les historiens persans affirment que lorsqu'un envoyé de Malek-eliah vint à Alamout, Hassen-Sebbah commanda à un de ses sectateurs de se poignarder

lui-même, et à un autre de se jeter du haut d'un rocher. Les deux ordres


lait

11


l'esprit

l'immense pouvoir d'Hassen-Sebbah sur

de ses sec'.

tateurs, qu'il

renonça pour cette

fois

à ses projets d'attaque

Mais revenons à Khayam, qui, resté étranger à toutes ces
périodes de guerres, d'intrigues et de révoltes, dont cette
cpo(|ue
l'ut

si

remplie, \ivait tranquille dans son village natal,

se livrant à l'étude de la philosopliie des souphis, entoure de

nombreux amis
et

qui,

comme

lui,

cherchaient dans

le

vin la con-

templation extatique que d'autres croient trouver dans dos cris

des hurlements poussés jusqu'à extinction de voix,

comme les

derviches hurleurs; d'autres dans des mouvements circulaires
qu'ils pratiquent

avec fureur jusqu'à ce qu'ils soient entière-

ment
enfin

pris de vertige,

comme

les

derviches tourneurs; d'autres
qu'ils
s'infligent

dans des tortures atroces
en

eux-mêmes
Les

jusqu'à

perdre connaissance,

chrom'queurs persans racontent que

comme les Khayam
le soir

hindous.

aimait surtout

à s'entretenir et à boire avec ses amis

au

clair

de

la

lune sur la terrasse de sa maison-, assis sur un tapis et entourés de chanteurs avec un échanson qui, la coupe à la main,
la présentait à

tour de rôle aux joyeux convives réunis

^ Nous

furent sur-le-champ exécutés

:

«Allez,

dit-il,

à l'envoyé stupéfait, et faites

savoir à votre maître quel est
'

le

caractère des gens qui

me

servent.

>

Les docteurs

(Je

l'islamisme qui ont décrit les ravages

commis par

celle

secte, qu'ils ont

en grande execraticm, disent que leur influence, s'étindant de
la

sur toute

la surface

Perse, avait porté l'épouvanie dans tous les cœurs.
les populations,

C'était, disent-ils,

un véritable Qéau pour

un

objet de ter-

reur pour

les

souverains les plus puissants, et ce fléau et cette terreur durè-

rent pendant une période d'environ deux siècles.
'

Cet usage existe encore de nos jours en Perse, bien que

les
la

Persans

d'aujourd'hui, plus civilisés que leurs ancêtres, aient substitué
cristal à la

orafo en

cruche en terre

cuitie,

le

verre à pied à

la

coupe de cuivre, et
chant du

qu'ils préfèrent s'asseoir

au bord d'un ruisseau où coule une eau limpide, à
le

l'ombre d'un saule ou au bord d'un bassin, dans un jardin, où
rossignol vient
'
Il

charmer leurs

oreilles.

n'est pas rare

de voir encore à présent en Perse,

même

dans

les

familles aisées,

un seul verre ou une seule coupe pour plusieurs personnes,
el

qui toutes boivent à tonr de rôle
11

en observant

le
le

rang de chacune

d'elles.

en est de

même pour

le

caiian, pipe à eau, que

piche-khedmet présente
le

tour à tour aux convives réunis, en observant également
Lorsqu'il y a erreur, la personne à qui
la

rang de chacun.
la

pipe est offerte s'empresse de


graphique
et iiistoricjue

12


la vie

croyons ne pouvoir mieux terminer cette rapide esquisse bio-

qu'en empruntant h

même

et

aux œuvres de notre poëte deux
ristiques.

citations des plus caracté-

Pendant une de ces soirées dont nous venons de
delles et renverse à terre la cruche

parler,

survient à l'improviste un coup de vent qui éteint les chan-

de

vin, placée

imprudem-

ment sur

le

bord de

la terrasse.

La cruche
:

fut brisée et le

vin répandu. Aussitôt

Khayam,

irrité,

improvisa ce quatrain

impie à l'adresse du Tout-Puissant
«

Tu
la

as brisé

ma

cruche de vin,

mon Dieu

!

tu

m'as

ainsi

fermé

porte de la joie,
qui

mon

Dieu! c'est moi qui bois, et

c'est toi

commets

les

désordres de l'ivresse? oh! puisse

ma

bouche se remplir de

terre! serais-tu ivre,

mon Dieu?
était

'

»

Le

poëte, après avoir prononcé ce sacrilège, jetant les yeux
se serait

sur une glace,

aperçu que son visage
ciel.

noir
il

comme du
«

charbon. C'était une punition du

Alors

fit

cet autre quati-ain

non moins audacieux que
ici-bas (jui n'a point

le

premier

:

Quel

est

riiomme

dis? celui qui n'en aurait pas commis,
dis? si
est

commis de péché, comment aurait-il vécu,
le

parce que je

fais le

mal

tu

me

punis par

mal, quelle
»

donc

la différence

qui existe entre toi et moi, dis?

QUATRAINS DE KHAYAM.
(I)

Un
disait

matin j'entendis venir de notre taverne une voix qui
:

Allons, joyeux buveurs, jeunes fous! levez-vous, et
le

venez remplir encore une coupe de vin avant que

destin

ne vienne remplir
présenter à
la

celle

de notre existence.

personne qu'elle considère

comme

sa supérieure. Cet emprespolitesse,

sement n'est quelquefois qu'une simple forme de
personne qui on est
'

mais alors

la

l'objet, si elle est inférieure

en rang, doit refuser.
les

Oh! puisse

ma

bouche

se

remplir de terre! expression que
le

Persans

emploient souvent pour exprimer

regret d'avoir proféré ou d'être obligé do

proférer un blasphème, ou simplement de dire

un mot irrévérencieux.


O
cœur,
clans runivers

13


de
il

(H)
toi
([iii

entier es

l'objet choisi
!

mon
a

toi f|ui

m'es

])Ius

chère que mes deux yeux
la vie
:

n'y

rien, ù idole!

de plus précieux que
'

eh bien! lu m'es

cent

fois

plus précieuse qu'elle

!

(III;

Oui

t'a

conduite cette nuit vers nous ainsi prise de vin?
le voile

qui donc, enlevant
jusqu'ici?

qui te couvrait, a pu te conduire
le

qui enfin t'amène aussi rapide que
le

vent ve-

nant attiser encore

feu

dans lequel

je brûlais déjà par ton

absence

?

(IV)

Nous n'avons éprouvé que chagrin et malheur dans ce monde qui nous sert un instant d'asile. Hélas! aucun problème de
nous
le

la

création ne nous
le

quittons

cœur

plein

y a été expliqué, et voilà que de regrets (de n'y avoir rien

appris sur ce sujet).
(V)

O

Khadje'

!

rends-nous

licite

un

seul

de nos souhaits, rede Dieu. Certes
de travers; va

tiens ton haleine' et conduis-nous sur la voie

nous marchons

droit, nous', c'est toi qui vois

donc guérir

tes yeux, et laisse-nous en paix.

'

Bien que l'absence do

la

distinction

des genres dans
le

la

langue persane
si

puisse autoriser à émettre des doutes sur
doit être considéré

point de savoir

ce quatrain
le

comme

mystiipu',

il

est

cependant certain que

puëte
njaî-

s'adresse
tresse.
'

ici

à la Divinité, qu'il qualifie de l'épithète d'idole et

non à sa

Le poëte donne un sens complet, dans
par
le

les

deux derniers hémistiches du
et feu, sens qu'en

(|uatrain,

seul

rapprochement des deux mots vent

français on no saurait rendre, ce

me

semble, sans employer une périphrase

comme
'

j'ai

cru devoir

!o faire.

Khadjes, moralistes, prédicateurs musulmans orthodoxes, que les vrais

souphis regardent
» •

En persan

:

comme des hypocrites. dèm dér kéch, retiens ton
la

haleine, pour

:

tais-toi, silencel

C'est-fKlire

dans

bonne voie.


Lève-toi, viens, viens,
et

la --

(VI)

pour

la satisfaction
:

de

mon cœur
vile
la

donne-moi
cruelle
sière

l'explicalion d'un
l'on
'.

problème

apporle-moi

une

de vin avant que

ne fasse des cruches de

pous-

de

mon

propre corps

(VII)

Lorsque
au
lieu

je serai

mort lavez-moi avec

le

jus de la

treille,

de prières chantez sur

ma tombe
me

les

louanges de

la

coupe

et

du

vhi, et si
la

vous désirez

trouver au jour dernier,
la

cherchez-moi sous

poussière du seuil de

taverne.

(VIII)

Puisque personne ne peut

te

répondre du jour de demain,

empresse-toi de réjouir ton cœur plein de tristesse; bois, ô
lune adorable! bois dans une coupe vermeille, car
la

lune

du
)

firmament tournera bien longtemps
sans nous y retrouver-.
(IX)

(

autour de

la terre

Puisse l'amoureux' être toute l'année ivre, fou, absorbé par
Kliayam,
parlant pour
la

'

bii'ii

t\\:e

lui,

emploie

la

première personne du
Cet usa^e est

pluriel,

nous, au lieu de

première personne du
roi

sin,:;iilier,j(;.

assez répandu en Perse.

Le

lui-même, en parlant pour
:

lui,

s'exprime sou-

vent à
petit

la

troisième personne du singulier
le

le

roi veut,

le

roi dit, c'est trop

pour

roi.

Pour éviter toute équivoque
j'ai

et aussi

pour suivre plus exacle

tement

l'esprit
la

du poète,

eraployé dans

la

traduction de ce quatrain

pronom de
'

première personne du singulier. J'agirai de

même

dans

les

qua-

trains subséquents lor.-que le sens l'exigera.

Les astronomes persans, suivant

le

système astronomiiiue de Plolémée,

croient encore que ce sont les astres et les cieux planétaires, qu'ils comptent

au nombre de sept, qui tournent autour de la terre. Voyez noie 1 , quatrain 76. ' Ici le poète entend par amoureux on amant le soupiii épris d'amour pour
à
la

Divinité.
étal,

Il

veut

qu'il soit

constamment absorbé par
au prix
cie

l'ivresse, afin
il

que

dans cet
la

entièrement délaché des intérêts d'ici-bas,

soit tout entier

contemplation céleste,
Il

même

ce que les mojnlains appellent
les

déshonneur.

est

bon de

faire

observer que selon

souphis

le

mal n'existe

pas en principe. Le Créateur, selon eux, est répandu dans toutes ses œuvres,
toutes choses créées sont empreintes du sceau de
la

l'uissancc créatrice, et

par conséquent rien de ce qui émane de cotte puissance ne peut être mauvais,

Dieu étant essentiellement bon.


le vin,

15


la

couvert de désiioniieiir, car lorsque nous avons
le

saine raison,
tandis que

chagrin vient nous

assaillir

de tous côtés,

quand nous sommes
(X)

ivres,

eh bien! arrive que

pourra.

Au nom de Dieu! dans quelle expectative le sage attacherait il son cœur aux trésors illusoires de ce Palais du malheur? Oh
!

que

celui qui

me donne

le

nom

d'ivrogne revienne donc de son

erreur, car

comment

pourrait-il voir là-haut trace

de taverne'?

(XI)

Le Koran, que
n'est

l'on
lu

s'accorde à

nommer

la

parole sublime,

cependant

que de temps en temps
la

et

non d'une matoujours et

nière permanente, tandis qu'au bord de

coupe se trouve
lire

un verset plein de lumière que Ton aime à
partout".

(XII)

Toi qui ne bois pas de
ivrognes, car nous

vin,

ne blâme point pour cela

les

sommes

prêts, nous, à renoncer à Dieu

'

Khayam

ici lait ijui

allusion

aux régions
traiter

célesle.s qu'il habile

eu esprit

et

où un profane,
taverne.
'

ose

le

d'ivrogne, ne saurait trouver trace de

Le rijam ou coupe
la

était et est

encore aujourd'hui, dans certaines localités
il

do

Perse, en cuivre gravé. Souvent
à la louange

du bord, des vers

du vin
à

y a tout autour, un peu au-dessous et des buveurs, vers que Kiiayam

compare

p^ir dérision

aux versets du Koran. un souphi
Téhéran, ceci n'est que l'explication
pensée du poëte, car d'après sa pensée
qa'il

Toutefois,

me

disait

(zahéri) ostensible ou extérieure do la (bateni) intime

ou cachée,

le

Koran, bien

renferme

la

parole divine,

constamment sous les yeux des croyants, tandis que la coupe est sans cesse vue et aimée par tous les humains dans l'univers entier. Au reste la coupe elle-même n'est qu'une ùiiure allégorique, c'est Dieu que veut
n'est pas

dire

le |)oëte, l'ivresse

dont

il

parle n'est pas celle produite par

le

vin,

mais

bien celle de l'amour divin, dont la première n'est que l'image. Dieu, ajoutet-il,

étant répandu dans toutes ses œuvres, on peut l'admirer dans toutes

i-hoses créées.

Or

il

m'est plus agréable de

le

contempler dans une orange,

par exemple, que dans un tubercule, dans une coupe de bon vin que dans

un verre d'eau, dans

le

visage vermeil d'une belle |)ersonne

i|u<^

dans

celui

d'une personne difforme et d'un aspect désagréable.


s'il

16


\iu.

nous ordonne de renoncer au

Tu

te glorifies

de ne

point boire de vin, mais celte gloire sied mal à qui

commet
'.

des actes cent

fois

plus réprchensibles que l'ivrognerie

(XIll)

Bien que

ma

personne

soit belle,
le teint

que

le

parfum qui

s'en

exhale soit agréable, que
celui

de

ma

figure rivalise

avec

de

la tulipe, et
il

que

ma

d'un cyprès,

ne m'a pas été

comme celle démontré pourquoi mon céleste
taille soit

élancée

peintre a daigné m' ébaucher sur cette terre-.

(XIV)
Je veux boire tant et tant de vin que l'odeur en puisse sortir

de terre quand

j'y serai rentré, et

que

les

buveurs à moitié
puissent, par

ivres de la veille qui viendront visiter
l'ellet seul de cette odeur,

ma tombe

tomber ivres-morts.

(XV)

Dans
que

la

région de l'espérance,

attache-toi tous les

cœurs

tu pourras;

dans

celle

de

la

présence

%
'

lie-toi

avec un

ami dévoué,
et

car, sache-le bien,

cent Kaabas

faites

de terre

d'eau ne valent pas un cœur; laisse donc
;\

là la

Kaaba, et

va plutôt

la

recherche d'un cœur

^.

*

Attaque directe contre

les

moullahs, dont

les actes

quelquefois s'accordent

peu avec leur liypocrile extérieur.
'

Les écrivains souphis, dans leur imai^ination exallée, ont
le

fait

du Dieu
la

créateur par sa parole un peintre divin qui,

ghalam (pinceau) à

main,

a peint dans son éternité sur le loouh (tablette de la création), toutes les

créatures des univers.
'

Les souphis doivent passer par ipiatre degrés avant d'arriver à

la

béati-

tude divine, qu'ils appellent hezuiir (présence) ou vesl

(jonction),

le

rideau des mystères sera entièrement levé pour eux, et où leurs âmes seront

réabsorbées dans

le tout, c'est-à-dire

dans l'essence divine, dont

elles n'ont

jamais été séparées.
'

Le nombre cent, en persan,
Le Koran recommande

a le sens d'un

nombre

indélini,

il

signifie

innombrable, incalculable.
'

le

pèlerinage de

la

Mecque,
reste
Il

jiour lequel les soules

plus sont d'une indiliérence complote,

comme du

pour toutes

formes

extérieures et les cérémonies du culte révélé.
vrai croyant ;qui a les

est obligatoire

pour tout
est le

moyens d'entreprendre ce voyage. La kaaba


Le jour où
dans cet
réaliser,

17


main une coupe de vin
et

(XVI)
je prends dans

ma

que, dans la joie de

mon âme, je deviens ivre-mort, alors, état de feu qui me dévore, je vois cent miracles se alors des paroles claires comme l'eau la plus limle

pide semblent venir m' expliquer

mystère de toutes choses.

(XVII)
Puisque
la

durée d'un jour n'est que de deux délais

',

em-

presse-toi de boire

du

vin,

du vin limpide,
tout à

car, sache-le bien,

tu ne retrouveras plus ton existence écoulée et,
sais

puisque tu

que ce monde entraîne
toi aussi, sois

le, et,

jour et nuit ruiné dans

une ruine complète, imitele vin .

(XVIII)

Nous nous

livrons, nous, à la volonté

du Dieu du

vin,

nous

oflrons avec joie notre

âme en
Irouvi.'
la

holocauste aux lèvres souriantes

sanctuaire du lemple où su

célèbic pierre noiro

que chaque pèlemorceaux, qui ont

rin va religieusement liaiser. Elle esl brisée en plusieurs

élo soigneusement recueillis et incrustés dans

une autre pierre entourée d'un

cercle d'argent,
les

d'autres disent d'un cercle d'or. Elle est considérée par

iMahométans
la

comme une
Adam. Nous

pierre précieuse

du

jiaradis, louibéu
la

sur

terre avec

ferons observer

ici

que

du ciel Mecque appartenant
des hérétiques,

à la Turquie, et les Turcs, considérant les Persans
ceux-ci, pour avoir accès dans
sunnites, par
le le

comme

temple, sont forcés de se faire passer pour

moyen d'une
et

restriction nu-ntale (taguié) et de se
rite

conformer

quant aux prières
lo

aux ablutions, au

des Osmanlous, quittes, après
à

pèlerinage, à redevenir chièhs et à

demander pardon
ils

Dieu de cette

hérésie forcée et momentanée. Les docteurs de l'islamisme, disent les souphis, sont dans
(les

une erreur piofonde (juand
:

affirment que

la

Kaaba, œuvre

hommes, est la maison do Dieu cœur des humains, œuvre de Dieu,
qu'on
le

la

maison de Dieu,
le

ajoutent-ils, c'est le

c'est là qu'il faut

chercher, c'est
l'affection

trouve.

11

est

donc plus avantageux de gagner
,

du cœur

d'un samt docteur souphi
d'entreprendre
'

initié
la

dans

les

secrets du Toul-Puissant,

que

lo

voyage de

Mecque.
signilier

Ici

deux délais ou répils ne peuvent

qu'un instant, qu'un moêtre entièrement

ment
-

très-court où se terminera peut-être notre existence éphémère.
le

Etre ruiné par

vin, tournure persane qin

Mgnilio
:

:

plongé dans livresse. En persan khernbat signilie
village,

ruiiu^
la

d'une vdle, d'un
taverne, buveur,

ou tav(>rne

.

Uicrabati

:

ceUù qui fréquente

ivrogne.

2


de ce jus divin'.
nant d'une main
qui déborde

18


la

O
le

spectacle ravissant! notre échanson te-

goulot du flacon, et de l'autre
convier à recevoir

coupe
plus

comme pour nous
!

le

pur de son sang

(XIX)
Oui, c'est nous qui, assis au milieu de ce trésor en ruine',
entourés de vin et de danseurs, avons mis en gage pour nous
(

les

procurer) tout ce que nous possédions : âme, cœur', hardes,

et jusqu'à notre coupe.

Nous sommes

ainsi alïranchis et

de

l'espérance du pardon et de la crainte du châtiment'^; nous

sommes en dehors de

l'aii',

de la terre, du feu

et

de l'eau*.

tXX)

La

distance qui sépare l'impiété de
celle qui

la foi n'est

que d'un

souffle,

sépare

le

doute de

l'incertitude n'est égale-

ment que d'unsouftle; passons donc gaîment cet espace d'un
souffle,

car

noti'c "vie

aussi n'est séparée (de

la

mort) que par

l'espace d'un souffle.

(XXI)
roue du destin
'!

la

destruction vient de ta haine impla-

Ici le

poêle com,nii'e

la

partie du vin qui débonie de
n

la

coupe aux

lèvrt-s

ix)lorpes d'une
.plus

jeune beauté qui sourit
i>ar les
la

son amant, comparaison d'antant
ils

appréciée

Persans que, dans leur lan^itge poétique,

nomment

le vin la fille
*

de

vi^ne ou du raisin, et que lèvre et bord sont synonymes.

Le texte

dit àine

au

lieu

de

jani:,

mais idée du poêle
I :

est, je

pense, aussi

ejiaclement rendue par celle périphrase
le

le

plus pur de son san;;, que par

mot
^

àrae, le sens élanl

le

même.
ici
:

La taverne.
Mettre son ànie et son cœur en i;age signifie

renoncer sans retour
i]ui

à

la vie éternelle telle qu'elle est

décrite dans

le

Koran,

défend expres-

sément l'usage des boissons enivrantes
d'aller

et les jeux

de hasard sous peine

en enfer. Les souphis nient

la

doctrine des récompenses et des peines,
la
la

comme

aussi

incompatible avec

léabsorption de
prédestination.

l'àme dans l'essence divine

qu'avec leur croyance de

C'est-à-dire

:

nous nous trouvons dans des régions au-dessus de

terrestre, et, par conséquent,

la sphère nous ne faisons plus partie des quatre élé-

ments.
'

Le

ciel,

qui touine autour de

la

lerre, et

où sont écrits

les

décrets iné\

i-

tables de notre destinée.


cable,

19
toi


un acte de pn'dilection que tu
siècles, et toi aussi, ô

La tyrannie
de[)uis le

est

pour

commets
terre!
si

commencement des

l'on venait à fouiller

dans ton

sein,

que de trésors

inappréciables n'y trouverait-on pas!

(XXII)

passé
tera

Mon tour d'existence s'est écoulé en quelques jours. Il est comme i)asse le vent du désert. Aussi, tant qu'il me resun
souffle

de

vie,

il

y

a

deux jours desquels

je ne m'in-

quiéterai jamais, c'est le jour qui n'est pas venu et celui qui
est passé.

(XXIII)

Ce rubis précieux
unique
est

vient d'une

mine à

part,

cette

perle

empreinte d'un sceau à part', nos différentes con-

clusions sur cette matière sont erronées, car l'hymne
table

du

véri-

amour^

est

chanté dans un langage à part

(et qui n'est

pas à notre portée).

(XXIV)
Puisque
le

c'est aujourd'hui

mon

tour de jeunesse, j'entends

passer à boire du vin, car

telle est

ma

volonté. N'allez pas
il

médire de ce jus divin à cause de son amertume, car
agréable, et
il

est

n'est

amer que parce

qu'il est

ma

vie\

(XXV)

mon pauvre cœur!
jusqu'au sang par
sois
le

puisque ton sort est d'être meurtri

chagrin, puisque ta nature veut que tu

chaque jour accablé d'un nouveau
!

tourment, alors, ô

âme

dis-moi ce que tu es venue faire dans
le

mon

corps, dis,

puisque tu dois enfin

quitter

un jour?

(XXVI)

Tu ne peux
'

te flatter

aujourd'hui de voir

le

jour de demain;

Fi'^u'-c

allégorique faisant, allusion à

la

Divinité inufaitc, que nous cher-

chons en vain clans notre impei fection.
'
'

Amour

ilivin,

dont

la

source est en dehors

<le

notre nature terrestre.

Sini^uliére lourniire de phrase qu'emploie

là le

poète [lour se plaindre de
,

l'amerliiine de sa vie, la confondant avec le vin auquel elle piéle son âpreté

âpre et amer en persan sont synonjmes.


as le

20


folie

penser inême à ce domain serait pure

de

ta part;

si

tu

cœur

éveillé

ne perds donc pas dans Tinaction cet instant

de

vie (([ui te reste) et

pour

la

durée duquel je ne vois aucune

chance.

(XXVII)
Il
11

ne faut pas sans nécessité

aller frapper à

chaque porte.
on

faut

s'accommoder du bien comme du mal
le

d'ici-bas, car

ne peut jouer que d'après
sente
la

nombre de
le

points que nous préle

surface des dés jetés par

destin sur

damier de ce

petit bol céleste'.

(XXVI II)
Cette cruche

a été

comme moi une

créature aimante et

malheureuse,

elle

a soupiré après une mèche de cheveux de

quelque jeune beauté; cette anse que tu vois attachée à son
col était

un bras amoureusement

jeté

au cou de sa

belle.

(XXIX)
Avant
toi et

moi

il

y a eu bien des crépuscules, bien des

aurores, et ce n'est pas sans raison que
tion a été

imprimé aux cieux. Sois

mouvement de rotadonc attentif quand tu pole

seras ton pied sur cette poussière, car elle a sans doute été
la

prunelle des yeux d'une jeune beauté.

(XXX)
Le temple des idoles
le carillon

et la

Kaaba

sont des lieux d'adoration,

des cloches n'est autre chose qu'un
compare

hymne chanté

'Ici le poète

le ciel,

dont dépendent nos ilestinces, à un vase dcini-

sphériciue renversé sur nos tètes, et qui sert de damier au destin, sur lequel
celui-ci

s'amuse à

tirer notre

horoscope.

Il

est diflicile,

pour ne pas dire imle

possible, de rendre en français, sans périphrase, e\actement tout

charme

de ces noms persans composés de deux substantifs donnant en même temps l'idée do la chose et celle de sa forme ou de sa qualilé. Ainsi, en iiersan, les
dés du destin et

même

dés-destin

signifient le destin

dont l'inconstance est
des sour-

pareille à celle des dés. Bol-ciel signifie le

firmament compare à un vaso

demi-sphérique renversé sur nos
cils
i|u

têtes;

de

même arc-sourcils signifie
taille

anjués, ayant

la

forme d'un arc; pistache-bouche, bouche aussi pelite
élancée

une pistache entr'ouverle; taille-cyprès,

comme un

cyprès

;

figure-lune, un visage dont l'éclal est pareil à celui de cil astre, etc.


à la louange

21


l'église, le

du Tout-Puissant. Le méhrab',
de
à
la divinité.

cha-

pelet, la croix sont en vérité autant

façons différentes

de

rendre

hommage

(XXXI)
Les choses existantes étaient déjà marquées sur
de
la création.

la tablette

Le

pinceau est sans cesse absent

du bien

et

du

mal". Dieu a imprimé au destin ce qui devait y être imprimé;
les efforts

que nous faisons s'en vont donc en pure perle

'.

(XXXII)
Je ne puis indistinct(?mont dire

mon

secret aux bons

comme
la

aux mauvais

',

je ne puis

commenter ma pensée qui
un
lieu

est essen-

tiellement brève. Je vois

dont je ne puis donner

description. Je possède un secret que je ne puis dévoiler.
Chu ire mahométane dans
la

'

les

mosquées;

elle est
'

toujours tournée du côte

de

Mecque.
les relitiions

'Selon lessou|)his, toutes

sont également bonnes ou indiftë,

rontes, car dans toutes ou peut, eu |iiati(|uant l'amour divin

être souphi et
la

alleindre

le

suprême bonheur
le

(]ui

consisie à opérer sa jonction avec

divi-

nité. .lésus-Christ, selon eux, était
(Ui

souphi et avait atteint

le

<piatrième de;;ré

souphisme, ce qui

mettait en communication directe avec Dieu, et pos-

sédait, par conséipient, le
les éi-ii\ ains suu()his,

don de

faire des miracles.

Les chrétiens, ajoutent
ipie.lésus-Christ
le

ne seiaieni pas dans l'hérésie en croyant
s'ils

est

comme
f'.'est

Dieu.
>

Ils

seraient dans l'hérésie

croyaient ipie .lésus est

seul

Dieu,

etie indifférence des souphis

pour toutes

les religions qui a fait

dire aux docteurs de l'islamisme qu'ils n'en avaient aucune.
^

Ici

Khayam semble

adopter

la

croyance do
ipii

la secte

dahri, très-nombreuse
le

encore aujounlhui en Perse, croyance
est iiicréé. et

consiste à admettre que

monde

par conséquent éternel et impérissable. Lesdahris, qui no sont
t'atalisles

(ju'une des

nombreuses branches des souphis, sont essentiellement

et considèrent les efforts

que nous faisons pour améliorer notre sort
liitle,

comme
du

compléteinimt inutiles. La
destin.

disent-ils, est vaine contre les décrets

Le célèbre Anvari parait avoir appartenu à cette branche, à en juger par ce (piatrain que je trouve dans son Divan ou œuvres complètes « Si ce
:

n'est pas le destin qui drrige les choses do ce
ipie

monde, pourquoi
le

les projets

forment

les

hommes

se réalisent-ils contrairement à leurs désirs".' Oui,
les

c'est le destin cpii
le

conduit fatalement

honnnes vers

bien

comme

vers

mal

,

et c'est pourquoi les

mesures que nous prenons frappent toujours à
ils

faux. »
*

Les dogmes des souphis sont enveloppés de mystères, et
qu'ils

ont pour cha-

que degré de béatitude des secrets

ne révèlent pas aux profanes.


La
fausse

22

(XXXIII)
monnaie n'a pas cours chez nous'. Le
balai en a

déblayé entièrement notre joyeuse demeure.

Un

vieillard reve-

nant de

la

taverne

me

dit

:

Bois du vin, ami, car bien des

existences succéderont à la tienne pendant tou long sommeil".

(XXXIV)
En
face des décrets de la Providence rien n'aboutit sans

résignation; avec les

hommes
J'ai

on n'atteint son but qu'à force
fait

de ruse
l'esprit

et d'astuce.

employé en

de ruse tout ce que
aûais le destin a

humain peut inventer de plus

fort,

toujours renversé

mes

projets.

(XXXV)
Si

un étranger te montre de
si

la fidélité,

considère-le

comme

un parent; mais

un parent vient à

te

manquer (en quoi que

comme un malintentionné. Si le poison te guérit, considère-le comme un antidote, et si l'antidote t'est contraire, regarde-le comme un poison.
ce soit), regarde-le

(XXXVI)
Il

n'y a point de
il

cœm* que ton absence
et,

n'ait meurtri jus-

qu'au sang,

n'y a point d'être clairvoyant qui ne soit épris

de

tes

charmes enchanteurs,

bien qu'il n'existe dans ton
il

esprit
soit

aucun souci pour persoime,

n'y a personne qui

ne

préoccupé de toi\

(XXXVII)
Tant que je ne
suis pas ivre,

mon bonheur

est

incomplet.
raison.
Il

Quand
existe

je suis pris

de vin, l'ignorance remplace

ma

un

état intermédiaire entre l'ivresse et la saine raison.

'

l.e

poète entend par fausse monnaie tous ceux qui n'admettent pas ses

Opinion:^.
'

C'est-à-riiin mort.

•Ce quatrain
dans toute

est essentiellement mystique.

dirigés vers le» célestes régions pour rendi e
la gloinî
les

Les regards des humains sont iiommage au Tout-Puissant, qui,
,

d» sa puissance divine

regarde avec
voUuilé

la

même

indiffé-

renre toutes

créatures mises au

monde de pars»


Oh! que je

23


état,

me constitue

avec bonheur l'esclave de cet

car

là est la vie*.

(XXXYIII)
Qui croira jamais que
le

buveur qui a confectionné

la

coupe ^,

puisse penser à la détruire? Toutes ces belles têtes, ces beaux

bras, ces charmantes mains, par quel
et

amour

ont-ils été créés,

par quelle haine sont-ils détruits?

(XXXIX)
C'est
l'effet de,

ton ivresse
il

'

qui te

fait

craindre la mort et

abhorrer

le

néant, car

est évident

que de ce néant germera
([ue

une branche de l'immortalité. Depuis
de moi.

mon âme

est rafui

vivée par le souffle de Jésus, la mort éternelle a

loin

(XL)
Imitons
elle la tulipe
''

qui fleurit au noourouz

"
;

prends

comme

une coupe dans

ta

main,

et si l'occasion se présente, bois,

bois

du vin avec bonheur en compagnie d'une jeune beauté
teint

aux joues colorées du
roue bleue
te

de cette charmante

fleur,

car cette

% comme un coup de
'.

vent, peut tout à coup venir

rea verser

'

Il

paraît bizarre

que Khayam préfère

ici

la

dwni-ivresse après avoir i»-

vité ses condisciples à se livrer à l'ivresse sans réserve
'

aucune.

mot inventé serait-il plus propre à la circonstance, mais le poêle a préféré employer le mot confectionné comme directement opposé ;iu mot destruction, qui se trouve à la fin du quatrain. Cette figure est une alluPeut-être
le

sion à l'inconséquence de
et do leur de^truction
'

la

création des créatures par

la

puissance divine,

subséquente par cette

même
le

puissance.

Ici le

mot
le

ivresse-

ne peut être pris que dans

sens de vertige ou d'igno-

rance que

poète applique aux profanes, qui ne sauraient avoir,
la divinité.

comme

les

souphis, une connaissance exacte de l'essence de
*

Comparaison de

la

coupe appliquée à

la

tulipe,

qui a la forme d'un

calice. Cette figure e^t

employée» avec une prôfiitection marquée par presque

tous les poêles orientaux.
»
• '

Nouvelle année persane

commençant
sort des

à l'équinoxe

du 21 mars.
lu t'y attends

Le

ciel,

dont dépend

le

humains.

C'est-à-dire ta dernière heure peut sonner au

moment où

le

moins.

26

(XLI)
Puisque
désirs,
les clioses

ne doivent pas se passer suivant nos
et

que deviennent nos desseins
à
!

nos efforts? Nous somet

mes constamment
rant de regret
:

nous tourmenter

à nous dire en soupitôt

ah

nous sommes arrivés trop tard, trop
(XLII)

nous devons repartir!

Puisque
rables,

la

roue céleste et

le

destin ne t'ont jamais été favoqu'il

que t'importe de compter sept cieux ou de croire
'

en existe huit ne

? 11

y

a, je le répète,

deux jours desquels

je

me

suis

jamais soucié,

c'est le jour qui n'est

pas venu et

celui qui est passé.

(XLIII)

O Khayam

!

pourquoi tant de deuil pour un péché commis?
h te tourla

Quel soulagement plus ou moins grand trouves-tu

menter ainsi? Celui qui n'a point péché ne jouira pas de
douceur du pardon. C'est pour le péché que dans ce cas, quelle crainte peux-tu avoir ^?
le

pardon existe;

(XLIV)
Personne n'a accès derrière
le

rideau mystérieux des secrets

de Dieu, personne mieux que l'âme ne peut y pénétrer '. Nous n'avons pas d'autre demeure que le sein de la terre.

'

.l'ai

déjà fait observer

que

les ;islrolo!iue»

persans croient

qu'il existe sept

cieux contenant des i)lanéles. Certains docteurs de l'islamisme veulent qu'il

y en

ait huit, et c'est à cette

diversité d'opinion sur

un sujet insi^niliant dont,
le (loëte fait

selon Kiiuyam, l'iiomme sérieux ne devrait pas s'occuper, que
allusion. C'est au septième de ces cieux

que se trouve

le

paradis de

Mahomed,
sont

où coule un ruisseau de vin limpide,
destinées
'

et

les houris, toujours vierges,

a faire le

Ijonheur des \rais croyants.
les

Èpigramme sanglante contre
de
la

uocteurs de l'islamisme,

défenseurs

zélés

doctrine des récompenses et des peines, que les soupliis rejettent
la

comme
^

incompatible avecleur croyance de

prédestination.

On peut

aussi expliquer autrement ces

deux premiers hémistiches du
le

quatrain qui, en persan, présente deux sens; voici

second

:

Personne

n'a

accès derrière

le

rideau mystérieux des secrets de Dieu,

puisqu'il n'est

donné

à l'âme de personne d'y pénétrer.


regret
à deviner
!

25

difficile

car c'est là aussi une énigme non moins
'.

(XLV)
J'ai bien

longtemps cherché dans ce monde d'inconstance
;

qui nous

sert d'asile

j'ai

employé dans mes
!

reclierclies toutes

les {'acuités

dont je suis doué, eh bien
l'éclat

j'ai
le

trouvé que

lu

lune

pâlit

devant

de ton visage, que
-.

cyprès est dillbrme

devant

ta taille élancée

(XLVI)

Dans
mais
le

la

mosquée, dans

le

médressèh, dans
l'enter et

l'église et
le

dans

la

synagogue, on a horreur de
la

on recherche

paradis,

semence de
celui qui

cette inquiétude n'a jamais

germé dans
•'.

cœur de

a pénétré

les secrets

du Tout-Puissant

(XLVII)

Tu
n'est

as parcouru
;

le

monde, eh bien

!

tout ce

que

tu

y as vu
entendu

n'est rien

tout ce

que

tu as dit, tout ce

que

tu as

également

rien.

Tu

es allé d'un bout de l'univers à l'autre,

tout cela n'est rien; tu t'es recueilli

dans un coin de

ta

cham-

bre, tout cela n'est encore rien, rien

\

(XLVIII)

Une
'

nuit je vis en songe un sage qui

me dit «Le sommeil,
:

Li-

loxte
:

(lit
Il

:

«

rei;i-pt! i|iim

rol.tn rniL;nio niissi
l'aiio

no

soit

pus courte,

»

c'i'st-iidire
iiiu'

y a bien des comnii'ntairi's à

sans pouvoir nriiver à

solution.

t> quatrain est ronsidéré ronime du Tout-Puissant.
la

niysti(|uo, et les

compliments
la

ipi'il

ren-

ferme, et qui semblent être plus
à l'adresse
^

tliiines

d'une maîtresse qiiede

Divinité, sont

Allusion à l'excellence de

ductrino du souphisme, qui conduit à

la

réabsorptioii de l'àme dans l'essence divine. à craindre l'enfer.
*

Ceux qui

la

professent n'ont pas

Ce monde, selon

les

souphis, est moins que rien. C'est \m
Il

monde de
splendeur

h'hiiil,

d'imat;inalion, de rêve ou d'illusion.

n'existe

que par

la

du Tout-Puissant, qui ré|)and son esprit sur tout l'univers, semblable en cela
à la lumière ([ui se disperse sur toute la terre lorsque le soleil se lè\e. L'ab-

sence do celte splendeur divine ferait tout rentrer dans
les

le

néant

comme

atomes perceptibles

à

l'ceil

dans

les

rayons du

soleil

rentrent dans l'obsles cieux.

curité et disparaissent dès

que cet astre cesse de

luire

dans


ami, n'a
fait

26


:

épanouir

la

rose du bonlieur pour personne
si

pourquoi comnieltrc un acte
vin plutôt,
cai- lu

semblable à

la

mort? bois du
»

dormiras bien assez sous

terre.

(XLIX)
Si le

cœur humain
la vie,
il

avait une connaissance exacte des se-

crets

de

connaîtrait également à l'article de la

mort

tous les secrets de

Dieu. Si aujourd'hui c{ue tu es avec toi-

même,
sorti

tu ne sais rien,
?

que sauras-tu demain, quand

tu seras

de ce toi-même

Le jour où
curciront
',

les cieux seront

confondus, où les étoiles s'obsidole
I

je t'arrêterai
le

sur ton chemin, û

et,

te

prenant par

pan de
(après

ta

robe, je te demanderai pourquoi tu
l'avoir donnée).

m'as ôté

la vie

me

Pd.'ii.

ImprÎMerii' de

w. REMQtET, GObn ET

clc, nie Garancié

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