Revue des Études Augustiniennes, 37 (1991), 339-368

Chronica Tertullianea et Cyprianea 1990
Cette chronique continue et complète la Chronica Tertullianea parue dans la Revue des Études Augustiniennes depuis 1976 (productions de 1975). Elle a changé de nom et de domaine depuis 1986, et embrasse désormais toute la littérature latine chrétienne jusqu'à la mort de Cyprien. Les renvois se font toujours de la même façon : on a gardé l'abréviation Chron. Tert., qui est suivie de l'année recensée et du numéro du compte rendu. Cette année encore, nous avons bénéficié de l'aide d'amis fidèles. Mlle Juliette Ernst, M. Pierre-Paul Corsetti et M. Louis Brix nous ont fourni de précieuses indications bibliographiques. M. Philippe Noble et le P. Joseph Wolinski ont bien voulu recenser des travaux écrits en néerlandais et en polonais. A tous, nous exprimons notre très vive gratitude. René BRAUN — Simone DELÉANi — François DoLBEAU Jean-Claude FREDOUiLLE — Pierre P T T E G V ETMN D i

BIBLIOGRAPHIE
1. MATTEI (Paul), Bibliographie sélectivepour les Agrégations de Lettres et de GrammaireTertullien, «De cultufeminarum», «Depatientia» — L'information littéraire, 42, 1990, p. 3637. Abondante bibliographie raisonnée à l'usage des candidats et plus encore, sans doute, de leurs professeurs. P. P.

ÉDITIONS
2. TERTULLIEN, Contre Marcion. Tome I (livre I). Introduction, texte critique, traduction et notes par René BRAUN, Paris : Éditions du Cerf, 1990, 315 p. (Sources chrétiennes, 365). Depuis le début de ce siècle, le Contre Marcion, qui représente à lui seul un cinquième de l'œuvre conservée de Tertullien, a suscité d'importants travaux en Allemagne : l'édition d'E. Kroymann (CSEL 47 ; 1906) et l'étude d'A. Bill sur le livre I (TU 38, 2 ; 1911) ; en Suisse : la thèse d'E. Bosshardt (1921) sur l'originalité et la probité de cette réfutation du marcionisme ; aux Pays-Bas : la thèse de G. Quispel sur les sources du traité (1943) et le commentaire des

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livres I et II par E. P. Meijering (1977) ; en Italie : l'édition (1971) et la traduction (1974) dues à C. Moreschini ; en Angleterre enfin, avec le texte édité et traduit par E. Evans (1972). Curieusement les savants français, qui ont tant fait pour l'étude de notre auteur, brillaient par leur absence, si Ton excepte R. Braun qui avait trouvé dans ce traité une des sources essentielles de son Deus Chrisîianorum (1962 ; 19772). Tous se réjouiront que ce maître de nos études ait décidé de donner une nouvelle édition de l'Anti-Marcion, qui s'annonce comme fondamentale. Le premier volume comprend plusieurs étages, comme une fusée. Une partie de l'introduction concerne toute l'œuvre, celle qui traite de sa genèse, puis de sa transmission (ce second chapitre est dû à C. Moreschini, qui doit procurer l'édition des livres IV et V). Ensuite R. B. présente les deux premiers livres, étroitement liés puisque le premier s'en prend au Dieu supérieur qui d'après Marcion se serait révélé en Jésus-Christ, et montre qu'il n'a pas existé, tandis que le second réhabilite le Dieu de l'Ancien Testament, ce Créateur qui loin d'être un démiurge subalterne est en fait le Dieu unique. Viennent ensuite le texte critique et la traduction, avec trois niveaux de commentaires : les notes en bas de page sont en effet complétées, en fin de volume, par 55 notes critiques qui justifient l'établissement du texte ou sa traduction, ainsi que par 21 notes complémentaires où R. B. traite, avec l'ampleur voulue, de problèmes aussi divers que la description du Pont dans le prologue de l'œuvre (I, 1, 4) ou l'interprétation naturaliste des dieux païens en I, 13, 4-5. Cette souplesse d'organisation permet une réussite typographique, la correspondance presque parfaite entre le texte latin et la traduction française. L'introduction, qui va droit à l'essentiel (par ex. pour la présentation d'ensemble de Marcion et de sa doctrine, on est simplement renvoyé à l'édition de Cam par J.-P. Mahé, SC 216, p. 69-93), témoigne d'une rare maîtrise. Les trois éditions du traité, dont l'amélioration progressive avait frappé Jérôme (in Abd., prol. ; CCL 76, p. 350, 1. 57-58) sont présentées avec clarté : d'abord un premier essai, «opus quasi properatum», en 203-204 ; puis une rédaction plus ample, «plenior compositio», sans doute en deux livres, dont un faux frère donna une édition pirate vers 205-206 (le terme amittere, utilisé en I, 1, 1 et III, 1, 1, serait-il l'équivalent 'en creux' de edere ?) ; enfin une refonte complète qui a dû s'étaler de 207-208 jusqu'à 211 ou 212. Le texte actuel du traité conserve des traces de rédactions antérieures, comme l'avait brillamment démontré J.-C1. Fredouille pour un développement consacré au mariage (I, 29, 2-5 ; cf. RÉAug, 13, 1967, p. 1-13). R. B. établit la probabilité d'autres remaniements, en particulier au livre II. Tout ce qui est dit de l'organisation des deux livres, - de leur démarche purement rationnelle, basée sur l'alliance d'<<idees communes» et d'«argumentationsjustes» préparant «la foi à entendre l'appel des Écritures» (I, 16, 2), - de leurs sources, - de leur orchestration polémique et rhétorique, est à la fois concis et précis : c'est un exposé à lire et à relire. Les pages un peu rapides consacrées à la langue (p. 74-75) seront utilement complétées grâce aux index qui embrasseront la matière des trois premiers livres. L'étude minutieuse de toutes les indications par lesquelles Tertullien souligne son raisonnement permet de dégager un plan très exact, qui facilite beaucoup la lecture du traité. La présentation de la tradition manuscrite reprend les résultats des études de C. Moreschini, sans apporter de nouveautés. La lecture de la collation du Codex Diuionensis faite par Claude de Saumaise dans les marges de son exemplaire de travail (une édition de Pamèle-Dujon ; Paris, B. N., Réserve C. 300) nous a confirmé, si besoin était, que D est une copie de M, qui s'en distingue par des fautes propres (I, 1, 3 de caelo quoque M : quoque de caelo D ; I, 5, 5 : uanitatem M : -tati D) et parfois par des restitutions heureuses (I, 1, 2 frequentia emendationis ; mais n'y a-t-il pas déjà dans M un hyphen qui corrige la mauvaise coupure ?). On regrettera quelques imprécisions : p. 22, le monastère de Gorze est situé en Lorraine près de Metz ; Beatus Rhenanus n'a pas vu lui-même le codex Gorziensis, mais a pu disposer d'une collation grâce à l'entremise du juriste Claude

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Chansonnette (cf. R3, f. a*2r°) ; p. 28 : l'édition de Pamèle est parue non en 1579, mais en 1583/84 ; sous «Francesco Iunius», on reconnaîtra le théologien réformé François Dujon. L'éditeur donne sa préférence au manuscrit de Montpellier (M ; Xle siècle) plutôt qu'à l'autre branche (ß) descendant d'un Hirsaugiensis perdu que l'on peut reconstituer à partir de deux manuscrits du XVe siècle (FX = y) et de l'édition princeps due à Rhenanus (R1). On comprend qu'il ne signale pas une variante propre à F ou kX contre l'ensemble des autres témoins, - ou même propre soit à FX soit à R1 (toujours contre l'ensemble des autres témoins): en ce cas, la leçon de l'archétype est garantie par l'accord de MR contre FX, ou de MFX contre R1. En revanche, il est plus gênant que, si la tradition se partage en deux branches, la leçon non retenue soit entièrement passée sous silence (ainsi I, 16, 2 sucidis M : siccis yR1) ; en cas de doute, on fera bien de se reporter à l'édition Moreschini dont l'apparat est plus complet. Cette remarque de principe n'entache d'ailleurs pas du tout la qualité du texte établi par R. B. avec beaucoup de discernement. Pour les passages vraiment délicats, il cite et discute les interprétations proposées par les différents traducteurs (sauf H. Kellner, dont il adopte pourtant une conjecture en I, 18, 3). Tous les éléments du dossier étant réunis, une parfaite connaissance de la pensée et de la langue de Tertullien lui permet de dégager la bonne solution, qui est parfois une conjecture nouvelle, comme en I, 3, 2 ipsa deus ; I, 4, 2 non homo (nous rédigerions ainsi l'apparat : «non homo scripsi : nostro My nostra R non ita Vrs») ; I, 11, 3 Creatoris ; I, 28, 4 sanctam qua, etc. (certaines corrections avaient déjà été présentées dans RSLR 21, 1985, p. 4955 ; cf. Chron. Tert. 1985, n° 13). On est presque gêné de signaler deux fautes d'impression 1, 1, 3 erwbescunt ; I, 24, 7 at nunc ; il y en a un peu plus dans les textes français, en particulier un 'Hyppolyte' qui paraît p. 102, n. 1 et p. 110, n. 1) - et une étrange interversion : I, 25, 4 (p. 224,1. 26) autem Mß : enim Br ; I, 25, 6 (p. 224,1. 39) enim MXR1 (om. F) : autem Br. Parfois on a des doutes sur la ponctuation retenue : en I, 29, 4 «incestam, sacrilegam» ne correspond pas à la traduction ; en I, 18, 1 «processerit, age, iam in notitiam» méconnaît la prédilection de Tertullien pour age iam (ou age nunc) relevée par G. Thörnell, Studia Tertullianea, IV, Uppsala, 1926, p. 86-87 ; en I, 7, 7, le morcèlement en trois phrases «Duo enim sunt. Quod pertineat proprie ad numeri retractatum. Quanquam etc. » donne à la tournure quodpertineat ad..., fréquente chez Tertullien (cf. Fug 12, 1 ; Mon 4, 2 ; 7, 6 ; Virg 6, 3 ; lei 2, 1 ; 10, 1), une autonomie qu'elle n'a jamais ailleurs. Nous garderions la ponctuation traditionnelle avant Kroymann («sunt, quod») et comprendrions : «En effet ils (ces dieux) ne sont pas deux, pour en terminer précisément avec l'examen de leur nombre». Pour rendre la logique d'un texte aussi dense, R. B. a dû quelquefois être moins concis que son modèle ; ainsi, en I, 22, 1 relaxata praescriptionum defensione devient «en relâchant l'argument défensifdes objections de principe préalables». On ne se plaindra pas d'être guidé pas à pas par un guide aussi prévenant et compétent. Quelques mots cependant ne paraissent pas rendus avec la précision habituelle du traducteur : I, 2, 3 purae ; 9, 7 ipsorum quoque ; 11, 7 deum eî illum ; 17, 2 potuerit ; 26, 2 et nunc. En I, 1, 3 «Pontus qui Euxinus», R. B. fait de qui un indéfini (= quis), mais dans tous les exemples qu'il cite p. 250, qui précède le substantif au lieu de le suivre. En I, 27, 5 aliud est si pourrait se traduire par «à moins bien sûr que» ; cf. G. Thörnell, Studia Tertullianea, I, Uppsala, 1918, p. 65-66. Les notes constituent un véritable commentaire : vocabulaire, notions philosophiques, raisonnements, sources, realia, tout ce qui peut faire difficulté est éclairé par des remarques judicieuses et parfaitement au courant des problèmes et de la bibliographie. Voici, en témoignage de gratitude, quelques notes de lecture. I, 1, 4 laciniatur (p. 251) : en Iud 9, 6, la leçon originale du Paterniacensis (f. 94r0) est bien laciniare ; le second / a été gratté, et Rhenanus a rajouté un n, d'où la forme lancinare, reprise dans l'édition princeps. - I, 2, 1 «tamquam duas Symplegadas naufragii sui» : Jérôme s'inspire-t-il de ce passage en adu. Iouin. 1, 36 (PL 23, 260A) «quasi inter duos scopulos et quasdam necessitatis et pudicitiae ou^RX^ya5ac>> et in Is. 4, prol. (CCL 73, p. 128, 1. 7-8) «quasi inter duas maris Pontici

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oufjLRX^Y<*$ac>> ? Marc I ne semble avoir eu aucune influence ; en tout cas, R. B. n'en signale ni imitation ni citation. - 1 , 11, 7 «tertium cessat» : cette façon d'exprimer une exclusion logique réapparaît au moins chez Pélage, trin.,fragm. 1 (PLS 1, 1546) : «ut euidentius loquar omne, quod essentialiter est, aut deus est aut quod a deo factum est ; tertium cessat». - 1 , 13, 5 «una tetraonis pinnula» : fallait-il préciser qu'il ne s'agit pas ici du grand tétras des Alpes, mais du petit coq de bruyère, ou tétras lyre (cf. J. André, Les noms d'oiseaux en latin, Paris, 1967, p. 152) ? - I, 16, 4 «(Creatorem) condidisse quemadmodum et uitam et mortem, et mala et pacem» : il y a sans doute un écho de Deut. 32, 39, évoqué quelques lignes plus haut (cf. Marc II, 14, 1 : «mortificans sed et uiuificans»). - I, 20, 4 «per Esaiam : Vetera transierunt, inquit, ecce noua quae ego nunc facio» : comme en Marc IV, 1, 6, Tertullien fond // Cor. 5, 17 et Is. 43, 18-19 , voir nos Recherches sur les citations d'Isaïe chez Tertullien [cf. Chron. Tert. 1987, n° 19], p. 30-31. - 1 , 29, 8 «O dee haeretice» : le vocatifdee n'est pas tout à fait inusité ; cf. TLL, t. V 1, c. 885,1. 73-75. — Signalons pour terminer que, le tome II étant déjà paru, on a bon espoir de voir s'achever dans des délais raisonnables l'édition monumentale entreprise par R. Braun. P. P. 3. TERTULLIANO, Scorpiace, a cura di Giovanna AzzALi BERNARDELLi, Firenze : Nardini, 1990, 338 p. (Biblioteca patristica, 14). Préparée par d'importantes études (cf. Chron. Tert. 1980, n° 17 ; 1987, n° 35, et ici même les n os 17 et 32), cette édition était attendue avec impatience. Lorsqu'on a mentionné la thèse présentée par P. Vinceneux en 1899 à la Faculté de théologie catholique de Lyon, «Les adversaires du martyre. Étude sur le Scorpiaque de Tertullien» (64 p. multigraphiées), une étude rapide d'E. Buonaiuti (1927) et un article retentissant de T. D. Barnes (1969), on a fait à peu près le tour de la bibliographie consacrée depuis un siècle au Scorpiace. Le beau travail de G. A. B. va rendre plus aisément accessible cet antidote contre le venin des hérétiques, Valentiniens en particulier, qui niaient l'utilité et la nécessité du martyre. La publication des textes gnostiques découverts à Nag Hammadi, auxquels l'A. fait naturellement référence, permet de mieux comprendre, de l'intérieur, une doctrine que l'on ne connaissait que par des extraits et des réfutations. Une analyse très intéressante (p. 22-24 et 264-265) de l'exégèse de Matth. 10, 32-33 proposée par Héracléon (= Clément d'Alexandrie, Strom. 4, 9, 71-72) et de sa critique par Tertullien (Scorp 9, 8-11) montre tout le profit qu'on peut espérer de telles confrontations. On a beaucoup discuté de la date du traité, en fonction de la présence ou de l'absence de thèmes proprement montanistes : d'après G. A. B., ce serait une œuvre 'cryptomontaniste' datée de 212 (elle défend cette thèse dans un article de VHommage à René Braun, qui sera recensé dans la Chron. Tert. de l'an prochain). Le plan dégagé aux p. 33-37 nous semble mieux 'coller' au traité que celui proposé par Barnes (JThS N. S. 20, 1969, p. 109-110). Toutefois il aurait sans doute été possible de souligner davantage, soit en introduction soit dans les notes, les articulations et les renvois qui scandent le déroulement du Scorpiace. Ainsi à «qui legeris, biberis. Nec amarumpotio...» (fin de l'exorde, en 1, 12) répond la conclusion «nisi si qui non hanc nostram ex ñdepraebiberit uel etiam superbiberitpotionem» (15, 7). L'image de l'attaque par les scorpions (1, 5-10) est reprise en 5, 1 («Occursum est huic plagae. In alium ictum consideremus») et 7, 1 («incutiat adhuc scorpio»). La formule qui introduit l'enseignement des apôtres (12, 1 «an et aliter quam sentiunt scribunt, fallaciae magistri non ueritatis») trouve un écho dans celle qui précède le rappel de leurs épreuves (15, 1 «ita uero sit ut recedant a litteris suis sensus. Quae tamen passos apostolos scimus, manifesta doctrina est»). Le lecteur rudis aimerait être guidé par une signalisation plus claire, peut-être par des sommaires de chapitres comme dans les éditions de J. H. Waszink, ou par des intertitres et des notes d'orientation comme dans le Contre Marcion de R. Braun (dans le même esprit, mais à un tout

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autre niveau, on regrettera l'absence de ces titres courants qui rendent si maniables les volumes de la collection «Sources chrétiennes»). L'édition, comme celle de Reifferscheid (CSEL 20, 1890), se fonde sur YAgobardinus (A ; IXe siècle) et sur l'édition princeps (Paris, 1545 ; B). G. A. B. a publié ailleurs les résultats de sa nouvelle collation de A, qui marque un progrès appréciable (voir infra n° 17). Il est étrange que, dans son édition, elle ait gardé presque à l'identique les résultats de son prédécesseur. Elle signale bien en 15, 3 la nouvelle lecture commentariis eriperit (qu'elle corrige avec raison en eripuerii), mais beaucoup d'autres découvertes sont passées sous silence : par ex. en 12, 5 timoris reputat au lieu de timore[m puniat] aurait sûrement mérité un commentaire. On comprend que G. A. B. ait décidé d'omettre les variantes orthographiques de B, mais d'autres (auxquelles elle fait parfois référence dans ses notes) auraient dû figurer dans l'apparat, ainsi 1, 11 «degustata ... martyria» (AB ; c'est d'ailleurs le texte traduit, justifié dans les notes) ; 2, 1 «martyrii» (sans doute le bon texte : martyri, que donne A, est sans autre exemple, au moins chez Tertullien) ; 2, 3 «adglutinaberis» ; 3, 4 «pollutis» ; 6, 8 «nihil carius» ; 8, 7 «Danielem» (Danielum, de A, est possible ; cf. in Danielo, bien attesté en Iud 8, 2 et 16) ; 10, 4 «Ariadnen» ; 10, 7 «uestras» (A offre la bonne leçon uestri, qu'il faut rapporter non pas à portas, mais kprincipes [= Ps. 24, 7 oi äpxovT£c ùp-wv]) ; 12, 1 «Petro lacobo Iohanni» (ordre de Matth. 17, 1) ; 13, 10 «institit» (leçon préférée à instat de A dans Problemi e proposte... [voir Chron. Tert. 1980, n0 17], p. 36). A la différence du texte lui-même, d'une parfaite correction (seules bavures, minimes : la forme «presides» en 9, 4 et la virgule en 12, 8 «in nomine, dei»), l'apparat comporte quelques fautes d'impression (lire en 6, 6 praescribes B ; 13, 3 perfic/t B) ou d'étourderie (5, 6 exedi Van der Vliet : ajouter 'extendi AB1 ; 10, 11 quos A : quas AB ne peut être exact). Un accident typographique a remplacé les citations bibliques de la p. 151 par celles de la p. 157, mais elles figurent bien dans l'index. Il n'y a pas d'apparat de testimonia. Les indications, fort utiles, données dans les notes, mériteraient d'être complétées. Ainsi une utilisation de 5, 5-6 et 9 par Lucifer de Cagliari, Moriend. 13 avait été signalée par G. F. Diercks (CCL 8, p. 295,1. 4050), et déjà par J. Van der Vliet, Studia Ecclesiastica, I, Leyde, 1891, p. 45-46. Un rapprochement entre 1, 1 et Isidore, Orig. 12, 4, 3 «quorum (i. e. serpentes) tot uenena quot genera, tot pernicies quot species, tot dolores quot colores habentur» est dû à M. Klussmann, Excerpta Tertullianea in Isidori Hispalensis Etymologiis, Hamburg, 1892, p. 25. On ajoutera une imitation de 6, 1 «euulsum enim hominem de diaboli gula per fidem iam et inculcatorem eius uoluit efficere per uirtutem» dans le sermon pseudo-augustinien 226, 2 (PL 39, 2163 = 57, 716A) «uoluisti enim hominem non tantum de diaboli potestate eruere per fidem sed inculcatorem eius interficere per uirtutem». L'intelligence du texte est facilitée par une bonne traduction et par un commentaire perpétuel qui occupe presque la moitié du volume (p. 169-308). On trouvera côte à côte dans ces notes, qui évoquent par moments celles d'un Pamèle, des remarques élémentaires - par ex. sur le sens de ethnici (p. 179) - , des rapprochements très bien venus, ainsi à propos des pierres tachées par le sang de Zacharie (p. 253), et des exposés érudits et instructifs, comme celui sur les scorpions chez Nicandre et Pline l'Ancien (p. 170-171). Parfois on aimerait que le commentaire soit mieux ciblé : le point en 7, 6 est de savoir si l'on offrait ou non, au IIle siècle, des sacrifices humains à Jupiter Latiaris ; cf. J. Beaujeu ad Min. FeL, Oct., 30, 4. G. A. B. a soigneusement dépouillé un certain nombre d'ouvrages très recommandables, comme ceux de Teeuwen, Braun, Fredouille, O' Malley, etc., et elle les cite régulièrement, même s'ils n'apportent pas toujours un éclairage nouveau sur les passages de Scorp auxquels ils font référence. Il y avait d'autres sources à exploiter, par ex. pour 1, 2 «aliquid et magia circumligat», Barnes, art. cité, p. 109, n. 2 ; pour 3, 3 «sapiens ignis», V. Bulhart, SEJG, 13, 1962, p. 61-62 ; pour 9, 3 «apostolici seminis frutices», Moingt, Théologie trinitaire, t. 4, p. 98-99 ; pour la citation de Dan. 3, 17-18 en 8, 6, O. Munnich, Studien zur Septuaginta -

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Robert Hanhart zu Ehren, Göttingen, 1990, p. 216, n. 183. — Compléments et critiques de détail ne doivent pas masquer l'importance du travail de pionnier accompli par G. A. B. Lorsqu'il sera repris dans la collection «Sources chrétiennes», nous disposerons de l'édition défmiûveduScorpiace. P. P.

TRADUCTION
4. Le martyre dans l'Antiquité chrétienne. Textes de Tertullien, Cyprien, Origène. Paris : Éditions Migne, 1990, 152 p. (Pères dans la foi, 4 e série, 38). La collection «Pères dans la foi» a déjà consacré son vol. 12 aux «Premiers martyrs de l'Église» et son vol. 13 aux «Martyrs des grandes persécutions». Le présent volume - intitulé sur la couverture «Le martyre dans l'Église ancienne» - ouvre une nouvelle série («Les classiques de la vie spirituelle») ; il nous propose de lire - toujours en traduction selon les principes de la collection - des textes émanant de trois grands docteurs du IIle siècle, destinés à encourager et soutenir dans leur foi des chrétiens persécutés et en attente du martyre. Il s'agit de YAd martyras de Tertullien (trad, de F. Papillon), de YExhortation au martyre d'Origène (trad. de S. Bouquet), et de divers écrits de Cyprien : Epist. 6 (trad, de N. Siarri), 10 (trad, de P. Gauriat), 76 (trad, de F. Frémont-Vergobbi) et Ad Fortunatum (trad, de B. Landry). Tous ces textes relèvent de la littérature parénétique, mais leur originalité vient d'être engagés dans un contexte historique particulier d'une grande intensité humaine ; ils manifestent aussi une commune réflexion théologique sur l'épreuve suprême comme couronnement de l'engagement baptismal. L'introduction est due au Père Hamman qui a assuré aussi la présentation des documents, la révision des traductions et l'annotation. Sont soulignées avec clarté, p. 10-19, les données principales et les lignes de force de cette théologie du martyre, nourrie d'une méditation de la Bible et de l'enseignement du Christ. L'ingénieuse réunion de ces écrits, variations sur des thèmes identiques, permettra au lecteur de mieux saisir les traits distinctifs de ces trois personnalités, Tertullien avec sa véhémence rhétorique, Origène avec l'enthousiasme de sa foi portée aux spéculations mystiques, et qui ne recule pas devant les répétitions, Cyprien avec l'ardeur de sa charité et son souci pastoral d'être efficace et toujours fidèle à la Parole (YAd Fortunatum n'est guère qu'un recueil de testimonia bibliques). Pour ce qui est de Tertullien, on regrettera que la traduction ne se soit pas suffisamment souciée de faire apparaître le caractère vigoureux, nerveux, passionné de son style : elle amortit les antithèses (ainsi, en 2, 5, pour «la renonciation à la prison dans la prison»), elle élimine les reprises anaphoriques (celle de mundus en 2, 2-3). Elle s'éloigne trop du texte, ajoutant des gloses (en 1, 3 inde devient «pour vous faire sortir de ce lieu de tristesse») ou, à l'inverse, omettant des termes expressifs (en 1, 4 congressi ; en 1, 5 uilibus et effumigatus ; en 3, 5 segregantur). Plus grave, en 3, 1, p. 27 «aucun soldat ne va à la guerre au milieu de délices» devient «aucun soldat n'a de plaisir à entrer en campagne». En 3, 5, p. 28 (en haut), la phrase, défigurée sans doute par une haplographie, fait dire au texte que les athlètes du «siècle» essuient toutes ces peines pour nous (les chrétiens) ! Un accident matériel du même ordre explique aussi la présence d'une phrase inintelligible pour le texte d'Origène, § 2, p. 36 (début du 2 e alinéa). Pour Mart 1, 5, p. 24, il aurait fallu admettre, avec Bulhart et Sciuto, la correction taediis (voir nos arguments àznsREAug 24, 1978, p. 239-240). Certes l'objectifd'édification spirituelle est le seul de la collection qui s'adresse à un public non spécialisé, et les minuties de l'érudition lui sont étrangères. Reste que l'on pourra regretter des insuffisances dans l'information. Ainsi p. 9 (et p. 22), plus de prudence aurait dû être de mise quant à la participation de Tertullien à la rédaction de la Passio Perpetuae ; p. 10, on rectifiera une affirmation, l'Africain n'ayantjamais parlé des sept frères martyrs de Macch. II, 7 ; p. 29, n. 25, il ne s'agit pas du général Asdrubal vaincu par les Romains en 209, mais du chef des Carthaginois lors de la troisième guerre

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punique (cf. E. Païs-J. Bayet, Histoire romaine, coll. Glotz, I, Paris, 1940, p. 695). Ces quelques remarques ne visent pas à diminuer l'intérêt d'un ouvrage porteur de beaux textes qui répondront aux interrogations permanentes de la foi. R. B. 5. Mariage et virginité dans l'Église ancienne. Textes de Tertullien, Grégoire de Nysse, Ambroise de Milan, Paris : Éditions Migne, 1990, 168 p. (Pères dans la foi, 4 e série, 39). Ce volume, qui comporte une introduction, un guide thématique, un index biblique et une bibliographie, contient, en traduction quatre textes : Deux lettres aux vierges, du Ps.-Clément (IIle s.), A safemme, de Tertullien, Vie de Macrine, de Grégoire de Nysse et De l'instruction d'une vierge, d'Ambroise. La traduction du traité de Tertullien, due à F. Quéré-Jaulmes et revue par A. Hamman, est faite non d'après l'édition récente de C. Munier (SC 273 : cf. Chron. Tert. 1980, n° 1), mais d'après le texte de Kroymann. Indiscutablement, cette traduction est aisée et parfaitement lisible. Elle contribuera certainement à mieux faire connaître un auteur et une pensée réputés difficiles. Mais les latinistes et les spécialistes devront la confronter soigneusement avec le texte latin. J.-C. F. 6. HAMMAN (Adalbert Gautier), La prière dans l'Église ancienne, Berne : P. Lang, 1989, XLV-234 p. (Traditio Christiana; 7). Outre plusieurs études sur le sujet, A. G. H. a déjà publié trois recueils de prières chrétiennes anciennes. A la différence du précédent (Prières des premiers chrétiens, nouvelle édition, 1981), celui-ci comporte une introduction, une bibliographie 'sélective', et surtout l'original grec ou latin (quelques textes en copte ou en syriaque translittéré) ; en revanche, le choix est sensiblement plus restreint (144 prières au lieu de 262). Tertullien est représenté par Orat 1, 1-2 et 28, 1-4 (p. 42-47), Cyprien parDe Dom. orat. 35 (p. 66-69) : si celui-ci est assez exactement traduit, on a plutôt affaire à une adaptation des deux passages á'Orat (cf. déjà nos remarques Chron. Tert. 1982, n0 4). J.-C. F.

PRÉSENTATIONS D'ENSEMBLE
7. DlHLE (Albrecht), Die griechische und lateinische Literatur der Kaiserzeit. Von Augustus bis Iustinian, München : C. H. Beck, 1989, 651 p. Il faut assurément une capacité de synthèse et une érudition peu communes pour être en mesure d'embrasser dans un regard unique, et unitaire, l'ensemble de la littérature latine et grecque d'Auguste à Justinien. Chaque auteur retrouve ainsi sa place dans l'histoire, l'histoire politique et religieuse, celle des idées, celle de la littérature, et reçoit un éclairage multiple, toutes les cloisons habituelles (domaine grec/domaine latin, littérature païenne^ittérature chrétienne, etc.) étant abattues. Pour s'en tenir à la période couverte par la présente chronique, Tertullien et Minucius Felix occupent les pages 359-368, Cyprien est traité pages 392-398. Les divers aspects de leur œuvre sont envisagés en termes justes et précis. Naturellement, en parcourant un ouvrage de cette ampleur, les spécialistes pourront sur tel ou tel point avoir un avis un peu différent de celui qui est exposé. Il m'a semblé par exemple qu'A. D. soulignait trop l'argumentation 'juridique' de Praes. On regrettera aussi que les études de R. Braun et de S. Deléani ne soient pas citées dans la bibliographie. Celle-ci a toutefois le mérite d'être véritablement internationale.

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Ce livre est celui d'un grand savant et d'un grand humaniste. On souhaite vivement qu'il puisse être traduit prochainement en français. Il bénéficierait d'une plus large diffusion, qu'il mérite largement. J.-C. F. 8. MUNIER (Charles), Tertullien — Dictionnaire de Spiritualité, t. XV, 1, 1990, c. 271-295. Cette notice est un tour de force réussi. C. M. a su, de la pensée morale de Tertullien, donner une présentation détaillée et précise - les multiples références en font foi. Il a maîtrisé, clarifié, une documentation étendue qui n'a rien laissé de côté de tous les travaux même les plus récents. Tout en faisant entendre la voix des détracteurs, il a su, avec justesse et mesure, défendre l'Africain contre les reproches auxquels l'a exposé son attitude rigoriste : il l'a replacé dans son moment (courant encratite, facteur apocalyptique), il a souligné les durcissements entraînés par l'adhésion au montanisme. Après le rappel des données biographiques, bien maigres, et l'analyse de l'œuvre, l'exposé est distribué en sept chapitres : l'événement baptismal, l'œuvre de sanctification, la règle de la moralité, les motivations morales, le combat du chrétien, les deux cités, de la patience chrétienne au martyre. Sont ainsi éclairés tous les aspects, tous les thèmes de cette doctrine morale et spirituelle, en un échelonnement continu qui va de la regénération baptismale à l'épreuve suprême. Sont soulignés à la fois l'enracinement dans la tradition chrétienne comme les influences philosophiques. Un chapitre, très riche aussi, sur le Nachleben de cette pensée et de copieuses bibliographies terminent cette belle synthèse, appelée à rendre de grands services pour une initiation à la place que Tertullien occupe dans le développement spirituel de l'Église. — Trois petites remarques : c. 271, la visite à Rome n'est nullement assurée, comme l'a montré T. D. Barnes, Tertullian, p. 243-245 (l'ouvrage, signalé c. 293, est à citer dans sa deuxième édition, de 1985, à cause de son Postscript) ; c. 273,leDe extasi a comportéfinalementsept livres ; c. 274, la genèse de Marc est inexactement résumée ; c'est seulement ce qu'on appelle la seconde édition qui a paru contre le gré de l'auteur, et sans doute vers 205-206. R. B. 9. MEULENBERG (Leo F. J.), Cyprianus. De ene bron en de vele strome, Kampen : J. H. Kok, 1987, 102 p. Professeur d'histoire de l'Église à l'Institut supérieur (catholique) de théologie et de pastorat de Heerlen (Limbourg néerlandais), Leo Meulenberg a donné avec ce Cyprianus un petit ouvrage non dénué d'intérêt, mais dont les intentions demeurent un peu vagues. Si l'on en croit le sous-titre et la préface, l'A., qui s'adresse «à tous ceux que l'Église touche de près», a voulu illustrer par un exemple du passé - l'épiscopat de Cyprien de Carthage, 249-258 - une thèse applicable à l'Église d'aujourd'hui, et que l'on pourrait résumer ainsi : courants «moderniste» et «conservateur» ont également droit de cité en son sein. «Nous espérons montrer par ce récit», écrit-il à la fin de son avant-propos, «que l'Église des premiers jours ne craignait pas la discussion ouverte». L'évocation historique qui suit ne semble pas, toutefois, correspondre exactement à ce projet. Après avoir esquissé l'organisation de l'Église primitive, plus spécialement en Afrique, l'A. introduit son héros et passe dès lors en revue les principaux événements de l'épiscopat de Cyprien :lapersécution de Dèce (250) et le problème de la réintégration des lapsi dans l'Église, au sujet duquel Cyprien, plus ouvert, s'oppose à l'intransigeance de Novatien ; la peste à Carthage ; enfin la question du second baptême imposé par certains évêques aux anciens partisans de Novatien qui veulent revenir dans le sein de l'Église. Sur cette question, Cyprien, favorable au second baptême, ne craint pas d'affronter l'évêque de Rome, Étienne, avec qui la rupture est bien près d'être consommée, lorsque les deux protagonistes disparaissent coup sur coup : Cyprien meurt en martyr lors de la persécution de Valérien.

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On ne saurait reprocher à l'A. de ne pas approfondir l'aspect théologique des positions de Cyprien, notamment de sa conception du baptême. Il a choisi en effet de s'intéresser plutôt au fonctionnement de l'institution ecclésiastique. Mais même de ce point de vue, sa présentation certes parfaitement documentée - des conflits qui traversent l'Église du temps se ramène souvent à un collage de citations ou à ce qui semble être une paraphrase des sources, en particulier de la Correspondance de Cyprien. Il faut attendre le dernier chapitre pour trouver une amorce de discussion. — Leo Meulenberg n'a pas cherché à faire œuvre scientifique : il s'adresse à un large public. Mais celui-ci eût été plus touché, sans doute, par une réflexion plus personnelle. Philippe NOBLE

ÉTUDE D'UNE ŒUVRE
1 0 . MATTEI (Paul), Laplace du «De monogamia» dans l'évolution théologique etspirituelle de Tertullien — Studia Patristica, vol. XVIII, 3, Kalamazoo : Cistercian Publications ; Leuven : PeetersPress, 1989, p. 319-328. Par cette conférence de sept. 1983, P. M. annonçait son édition de Mon, parue depuis aux SC (cf. Chron. Tert. 1988, n° 1), et notamment toute une partie de son introduction (p. 82101). Contre des jugements trop sévères et inexacts (Mon : collection d'exempla, assortis de raisonnements sophistiques), il fait valoir la cohérence du discours, l'importance de YHeilsgeschichte qui éclaire la pensée de Tertullien et régit toute l'argumentation. La nouitas christiana est essentielle à ses yeux ; l'idée qu'il s'en fait retentit sur sa perception du temps présent (Mon 7, 9) et sur ce qu'il dit des traces de conscientia, de memoria de ce temps présent que les ressuscites garderont en Dieu (Mon 10). Plusieurs autres motifs dogmatiques sont mis en relief : obéissance à la volonté divine, unicité du matrimonium fondée sur l'unicité de Dieu, christocentrisme qui témoigne d'une imprégnation spirituelle accrue et se marque par le poids du thème de Yimitatio Christi jusque dans la péroraison). Bien volontiers on accueillera une telle réévaluation du rigorisme de l'Africain, dont on a trop souvent souligné les aspects négatifs et mutilateurs, sans le montrer assez comme affirmation de valeurs positives. R. B. 1 1 . MATTEI (Paul), Nature, histoire et morale dans le «De cultufeminarum» VitaLatina, n° 120, décembre 1990, p. 21-30. de Tertullien —

Dans cet article touffu, écrit au fil de la plume, bien ardu pour le public d'étudiants auquel il s'adresse, P. M. dégage quelques composantes de la morale de Tertullien dans CuIt. Composante stoïcienne : Tertullien prône le respect de la nature. Composantes chrétiennes : la femme doit renoncer au diable - qui a défiguré la nature originelle - et revenir à l'état antérieur à la faute d'Eve ; elle doit anticiper l'état à venir et être aux yeux des païens, par son comportement, un signe du Royaume. De ces principes divers découlent des «directives apparemment peu conciliables» (p. 26) : tout en exhortant au renoncement le plus rigoureux, Tertullien fait des concessions au monde - dans lequel il faut vivre et témoigner-, et à la beauté - bonne puisque créée. Il résout partiellement la contradiction en recourant à l'opposition rhétorique entre «la thèse, absolue, et l'hypothèse, plus réaliste» (CuIt II, 10, 4-6), ou encore en distinguant du chrétien ordinaire celui qui s'est «dévoué sans partage à son Maître» (p. 27). Mais cette «contradiction» attribuée parP. M. à Tertullien n'est-elle pas tout simplement celle de l'Évangile, qui appelle à la «perfection» tous les hommes vivant en ce monde contingent et pécheur, contradiction développée dans le «paradoxe» paulinien «utuntur hoc mundo tamquam non utantur» (/ Cor. 7, 31) ? Or, le livre II contient un commentaire de cette phrase (CuIt II, 9, 6), et il est dominé par le thème de la «perfection» sur lequel il s'ouvre (ch. 1-3), renvoyant à Matth. 5, 48 ; 5, 17 (CuIt II, 2, 4 : «dominus ampliando legem» ; à notre avis, ampliare legem,

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équivalent de adimplere legem, exprime beaucoup plus que l'idée d'une «rigueur accrue» ou d'un «renchérissement sur la loi mosaïque» [p. 26]) ; 5, 27-28 . S. D. 12. ALCAIN (José Antonio), Las normas de Io cristiano en el «De praescriptione» de Tertulliano — Compostellanum, 35, 1990, p. 93-105. Se proposant de cerner les critères utilisés par Tertullien pour distinguer entre orthodoxie et hérésie, l'auteur se livre d'abord à une 'lecture sélective' de Praes, qu'il est conduit, pratiquement, à résumer. Dans un second temps, il procède à une 'relecture systématique', c'est-à-dire à l'analyse de quelques passages bien connus, sans rien apporter qui ne soit connu. J.-C. F. 13. CONTRERAS (E.), Tertuliano : «Adversus Praxean». Un tratado antimonarquiano — Studium Ovetense, 16, 1988, p. 209-224. Une analyse détaillée, chapitre par chapitre, avec relevé des textes scripturaires (p. 210215), précède une série d'éclaircissements sur la doctrine combattue, sur les points saillants de la réfutation, sur les aspects philosophiques et théologiques de la pensée. Sans appareil érudit, l'A. - un bénédictin d'Argentine dont la documentation provient d'articles de dictionnaires et d'ouvrages généraux - donne néanmoins une bonne présentation d'ensemble et une appréciation juste des problèmes que la thèse adverse posait à Tertullien (celui du nombre en Dieu, celui de l'union en Christ de l'humanité et de la divinité) et des solutions qu'il y a apportées (notamment par sa conception d'un Père tota substantia et des deriuationes que sont le FiIs et l'Esprit-Saint). Est souligné aussi ce qu'il y a encore d'imparfait dans cette réflexion marquée d'un certain subordinatianisme, mais ouvrant les voies à la théologie postérieure. Pour un public qui dispose des éditions d'Evans, en 1948, et de G. Scarpat, en 1985 (cf. Chron. Tert. 1985, n° 2) et qui, d'autre part, est familiarisé avec cette œuvre difficile par plusieurs travaux (en particulier ceux de J. Moingt) l'utilité d'un tel article est moins évidente. R. B. 14. HORBURY (W.), The Purpose ofPseudo-Cyprian, Adversus ludaeos —Studia Patristica, vol. XVIII, 3 (cf. n° 10), p. 291-317. Après un exposé sur l'état de la recherche concernant le traité pseudo-cyprianique Aduersus ludaeos, W. H. montre la cohérence et la clarté du propos de l'auteur, en procédant à une analyse interne du traité, en comparant son plan avec le plan - tout à fait identique - du premier livre des Testimonia ad Quirinum, et en réfutant d'une façon qui nous a paru intéressante la thèse de Van Damme et, plus particulièrement, son interprétation de la fin du traité (PseudoCyprian Aduersus ludaeos, gegen die Judenchristen : die älteste lateinische Predigt, FreiburgSchweiz, 1969, Paradosis, 22). Il s'agit bien d'un Aduersus ludaeos : l'intelligence spirituelle, à laquelle dans son introduction l'Anonyme invite ses coreligionnaires, consiste à reconnaître qu'en punition de sa faute, Israël a été dépouillé de ses droits au profit de l'Église des Nations (ch. 2-7), mais que lesjuifs peuvent obtenir le pardon s'ils demandent le baptême à l'Église (ch. 8-10). Ces deux affirmations sont familières aux premiers écrivains latins chrétiens, notamment à Tertullien et Cyprien. W. H. pense que le traité, écrit entre la fin du Ile siècle et le milieu du IIle, reflète une préoccupation de l'Église de cette période, en Afrique comme en Italie : devant le prosélytisme et l'expansion juives, il paraît urgent d'inculquer aux fidèles rinterprétationchrétiennedel'histoiredTsraèl. S. D. 15. MATTEI (Paul), Tradition et notions connexes danslaquerelle baptismale. Le cas du Ps.Cyprien «De rebaptismate» — La Tradizione : forme e modi. XVIII incontro di studiosi

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dell'antichità cristiana (Roma 7-9 maggio 1989), Roma : Institutum Patristicum «Augustinianum», 1990, p. 325-339 (Studia Ephemeridis «Augustinianum», 31). Cette étude, préliminaire à une édition du De rebaptismate, porte sur «la forme de l'argumentation» dans ce traité paradoxalement attribué à Cyprien. L'Anonyme invoque la tradition (traditio) et son ancienneté (uetustas), la coutume (consuetudo), objet d'un consentement général, et l'observance (observatio) nécessaire à la disciplina, pour condamner la thèse anabaptiste, qu'il présente comme une nouveauté imaginée par un orgueilleux indiscipliné. Bien que, selon lui, «la coutume, même seule (= sans fondement scripturaire), auprès d'hommes qui ont la crainte de Dieu et l'humilité, doive tenir un rang privilégié» (rebapt. fin ; interprétation et traduction de P. M.), il veut en donner la ratio, autrement dit lajustification par l'Écriture ; et c'est l'objet de son traité. Tertullien avait déjà aménagé en ce sens le couple traditionnel traditiolratio. Pourtant, c'est plutôt à Cyprien que l'Anonyme semble se référer, mais pour s'opposer à lui, quand il construit son argumentation autour de ce schème ; son traité apparaît plus précisément comme une réplique aux Lettres 74 et 75. Contre Cyprien qui, pour relativiser la traditio, l'oppose àlaratio ou à la ueritas scripturaire (epist. 74, 10,2-3), il cherche précisément dans la Bible la ratio de la traditio du baptême unique ; il relève en quelque sorte le défi jeté par Cyprien à Étienne de trouver dans la Bible des arguments favorables à cette traditio. On voit tout l'intérêt de cette étude ingénieuse, notamment pour la datation du traité. D'une façon pertinente, P. M. se propose de corroborer les résultats obtenus en confrontant les emprunts scripturaires et leur interprétation, dans le De rebaptismate d'une part, et le dossier cyprianique sur la question du baptême de l'autre, sans oublier les Sententiae (pour lesquelles le terrain est bien préparé par l'étude de M. Marin : voir ci-dessous, n° 34). S. D. 16. HEXTER (Ralph), The Metamorphosis ofSodom : The Ps.-Cyprian 'De Sodoma' as an Ovidian Episode — Traditio, 44, 1988,.p. 1-35. Le De Sodoma (CPL 1425), qu'on attribuaitjadis à Cyprien ou Tertullien, aurait été écrit, selon l'opinion commune, au début du Ve siècle. R. H. en prépare une nouvelle édition critique et livre ici un premier bilan de ses recherches sur la date, la structure et la réception du poème. Les vers 120-126, consacrés à la transformation de la femme de Lot en statue de sel, supposent un état de la légende qui apparaît seulement vers 530 dans les récits de pèlerinage, ce qui incite R. H. à repousser la rédaction du De Sodoma jusqu'au second quart du Vle siècle. Une confrontation minutieuse avec les Métamorphoses d'Ovide (et notamment l'épisode de Phaéton, en II 209-303) permet de mieux saisir l'originalité du texte par rapport aux autres épopées chrétiennes. Pour le poète anonyme, les fables païennes sont un reflet mensonger des récits bibliques : cela ne l'empêche pas de structurer son ouvrage à la façon d'Ovide, en multipliant les digressions étiologiques et pseudo-scientifiques. L'analyse des trois recueils carolingiens qui renferment le De Sodoma fournit, en finale, un éclairage intéressant sur la réception du poème. Celui-ci est copié tantôt dans un contexte d'auteurs scolaires, païens ou chrétiens (ainsi dans Leyde, Voss. lat. Q. 86), tantôt au milieu d'une collection exégétique de commentaires sur la Genèse (Laon 273 et 279). L'auteur destinait-il son poème à un usage didactique, afin de faciliter la compréhension au sens littéral du chapitre 19 de la Genèse ? Le monde intellectuel s'est beaucoup modifié entre le Vle (si l'on accepte la datation de R. H.) et le IXe siècle : je me demande s'il est possible d'inférer les intentions d'un poète antique à partir d'éléments tirés de corpus carolingiens. F. D.

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TEXTE, LANGUE, STYLE
17. AzZALl BERNARDELLI (Giovanna), Quaesîiones Tertullianeae criticae, Mantova : Edizioni Galli, 1990, 165 p. En dépit d'un titre qui reprend celui de la thèse d'Emil Kroymann (1893), G. A. B. ne nous offre pas ici des discussions sur l'établissement du texte de Tertullien, mais une série d'études, précises et précieuses, qui accompagnent son édition du Scorpiace (cf. n° 3). 1. Sources des leçons de Fulvio Orsini.- En 1959, nous étions tombé, à la Bibliothèque de la Sorbonne, sur un exemplaire de la seconde édition des Apologeîical and Practical Treatises de Tertullien (1854), traduits par ce Rév. Charles Dogson dont les lecteurs de la «Bibliothèque de la Pléiade» peuvent admirer la photographie dans l'album consacré à son fils (Album Lewis Carroll, Paris, 1990, p. 39). Ce livre contient la publication d'<<emendationes in Tertullianum» tirées d'une Geleniana conservée à la Bibliothèque Vaticane (cote : R. I. II. 805), d'après lesquelles nous avions écrit un article sur «Le Tertullien de Fulvio Orsini», Eranos, 59, 1962, p. 116-135. Nous y avions noté p. 130 : «nos corrections ont dû être transcrites d'une source qui reste à déterminer». Le grand mérite de G. A. B. est de l'avoir découverte dans une édition parisienne de 1545, elle aussi conservée au Vatican (cote : R. I. II. 908), provenant du cardinal Sirleto (t 1585) et annotée par plusieurs mains dont celle, semble-t-il, du cardinal Marcello Cervini , pape sous le nom de Marcel II (t 1548). Son étude donne de nombreux détails, souvent inédits, sur le milieu intellectuel romain à la fin du pontificat de Grégoire XIII (15721585). Nous y reviendrons dans notre thèse, car il reste encore beaucoup de points à clarifier. Ainsi il a bien existé un «codex Fulvii Vrsini» (cf. p. 47-48), mais de YApologétique seulement, «scritto assai antico, di malissima lettura e con molti errori» comme l'écrivait Latino Latini à Gianvincenzo Pinelli : nous l'avons retrouvé, ainsi qu'une nouvelle collation faite par l'humaniste de Viterbe. 2. Relecture des marges de YAgobardinus- On sait que la première moitié de ce manuscrit vénérable (Paris, B. N., latin 1622 ; IXe siècle) a beaucoup souffert du temps, de l'humidité et des restaurations. G. A. B. indique en parallèle les lectures de Reifferscheid et celles, plus complètes, qu'elle a pu faire sous les rayons ultra-violets. Elle distingue clairement, ce qui est fondamental, les lettres illisibles et celles disparues par suite d'une perte de parchemin. Dans le second cas, la lacune doit être à peu près d'égale longueur au recto et au verso ; d'où notre surprise quand l'A. suppose la disparition de 13 lettres au f. 57r0,1. 22, et de 6 seulement à la même ligne du verso : n'aurait-elle pas compté les lettres d'après le texte de l'édition princeps, le seul autre témoin dont nous disposions ? La glose du f. 63r0,1. 19-22 «inest I nega I tio (?) xpi I utique», qui a pris la place du texte de Tertullien, s'explique par un décalque de la marge du f. 64r°, où elle était parfaitement à sa place en face de Scorp 10, 9 «si in caelestibus confitendum et hic negandum est». Le même phénomène vient d'être signalé par A. Schneider pour les f. 72-73 dans un article de YHommage à René Braun, qui sera recensé dans la prochaine Chron. Tert. 3. Sur la méthode des premiers éditeurs du Scorpiace-Étude minutieuse des fautes de l'édition princeps, parfois grossières (par ex. 10, 2 : ipse demiurgus A : ipsi eadem iurgiis B) ; des 21 variantes notées dans ses marges (Bmg), et des corrections - en tout 101 - apportées par Gelen au texte de B. Pour G. A. B., l'édition princeps, faite à la va vite, offre une image «substantiellement authentique et digne de foi» (p. 131) de sa source manuscrite disparue. On notera que la multiplication des abréviations à la fin du f. 274v° (M2v°) n'est pas en soi un indice de hâte, mais seulement de mauvais calibrage de la copie remise à l'imprimeur ; cf. l'étude recensée en Chron. Tert. 1981, n0 10. 4. Vter codex potior ? - Examen comparé de A et de B sur les passages corrompus et les lacunes ; les lectiones difficiliores ; les citations bibliques (synthèse de recherches déjà

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analysées en Chron. Tert. 1980, n° 17). Les deux sources sont indispensables : A offre souvent le meilleur texte, mais B est plus complet et, surtout, garde mieux les termes d'une traduction primitive de la Bible qui aurait été retouchée dans un ancêtre de A d'après le texte africain attesté à partir de Cyprien et d'après la Vulgate. Toutefois, dans la citation d'Ejt. 20, 23 (Scorp 2, 2 ; discutée p. 158-160), la leçon de A «uobis» (LXX : ù^iv ctúroíç), d'ailleurs gardée par G. A. B. dans son édition, paraît préférable à celle de B «inibi», qui s'explique plus facilement par une mélecture de l'abréviation ub. (= uobis) que par une hypothétique révision sur l'hébreu d'ailleurs obscur - du texte grec cité par Tertullien. P. P. 18. PETITMENGIN (Pierre), John Leland, Beatus Rhenanus et le Tertullien de Malmesbury — Studia Patristica, vol. XVIII, 2 (cf. n° 10), p. 53-60. Le mystérieux codex Masburensis que le continuateur de l'édition de Tertullien après Rhenanus chez Froben, Sigismond Gelen, a utilisé en 1550 - et dont on avait pu établir déjà qu'il ne contenait que le corpus Corbeiense - sort de son obscurité grâce aux recherches patientes et heureuses de P. P., grâce aussi à son excellente connaissance du milieu humaniste. L'existence de contacts étroits entre Bâle et l'Angleterre rendait vraisemblable que ce codex eût bien été envoyé, comme Gelen en faisait état, ex ultima Britannia par l'antiquaire John Leland. C'est chose prouvée maintenant : P. P. a découvert à la Bibliothèque humaniste de Sélestat une lettre de ce personnage à Rhenanus, du 13 juin 1539, concernant l'envoi à l'humaniste Damião a Góis d'un ms très complet de Tertullien, provenant de l'abbaye de Malmesbury où il pouvait avoir été apporté d'Italie par un collectionneur. D'autre part, de ce codex anglais, Rhenanus a fait une collation détaillée, pour trois traités qu'il avait déjà publiés (Res, Praes, Mon), dans son exemplaire personnel de sa troisième édition, que conserve la même bibliothèque. Gelen a donc bien eu accès soit à ce ms soit à sa copie. Cette collation de Rhenanus (Ma) permet de mesurer les libertés, assez grandes, que Gelen a prises avec sa source. Comparée à celle que J. de Pamèle (édition de 1583/4) avait faite d'un codex de John Clement (objet d'une précédente publication de P. P.), elle montre que ces deux mss pourraient bien n'en faire qu'un. Elle révèle, pour notre grande surprise, que l'édition parisienne de 1545 (Gagny-Mesnart) a utilisé pour Praes etRes un témoin du corpus Corbeiense. Enfin l'intérêt des variantes de Ma est montré par un choix de cinq exemples : Praes 3, 8 ; 40, 5 ; Res 30, 2 ; 45, 5 ; Mon 6, 4. Le dernier permet même de résoudre une difficulté du texte, et l'on regrettera que P. Mattéi (SC 343, p. 154) n'ait pas adopté purement et simplement cette solution, au lieu de risquer une conjecture personnelle. C'est dire avec quelle impatience on attend la suite de la publication promise par la note 28. R. B. 19. BuCHHElT (Vinzenz), Unglaube und Schuld (Tert. apoL 40, 10) — Würzburger JahrbücherfürdieAltertumswissenschaft, 15, 1989,p. 203-208. Ce passage d'Apol qui, selon V. B. n'a que très insuffisamment retenu l'attention, mérite qu'on s'y intéresse, car s'y trouvent réunies quatre idées importantes : souvenir paulinien sur la connaissance naturelle de Dieu (Rom. 1, 18 sq. et parallèles) ; importance du péché d'idolâtrie ; ses conséquences : toutes les autres fautes en découlent, Vinnocentia étant le propre des seuls chrétiens ; la colère divine, thème non seulement vétéro-testamentaire, mais aussi néotestamentaireetpaléochrétien. J.-C. F. 20. NAUTIN (Pierre), Tertullien «De exhortatione castitatis» 7, 3 — Orpheus. Rivista di umanità classica e cristiana, N. S. 11, 1990, p. 112-116. Examen d'un passage dont le texte n'est pas sûr. Principaux points litigieux : faut-il rattacher sanctificatus (attesté par toute la tradition) à la première ou à la seconde proposition ?

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faut-il lire adeo (mss du corpus de Cluny) ou a deo (A) ? Avec des arguments tirés de l'analyse du contexte (institution de l'ordre sacerdotal par l'autorité de l'Église et «l'honneur de siéger avec le clergé» ; influence de Lév. 21, 1-15), P. N. défend la lecture : «... honor per ordinis consessum. Sanctificatus a deo...». - Mais la traduction de honor per ordinis consessum surprend : elle néglige la valeur de la préposition per et fausse celle du génitif subjectif ordinis. La toute récente édition de H. V. Friedrich (Stuttgart, 1990) suit celle de Moreschini pour rattacher sanctificatus à honor ; mais elle s'en sépare pour lire a deo, compris comme complément de ce participe passé, selon la suggestion de Dekkers (CCL 2, p. 1025). R. B. 21. MUNIER (Charles), Observations sur Tertullien, «Depudicitia» VI, 15 — Sacris Erudiri, 30, 1987-1988, p. 225-229. Examen d'un locus nondum sanatus de Pud par son prochain éditeur aux SC Là où le CCL 2, p. 1291 imprime libidinis uirus et f lactae sortes non habentes idoneae (conformément à l'édition princeps et au témoignage récent de O), C. M. propose de corriger idoneae en id onear - ce qui est paléographiquement peu coûteux et permet de conserver le reste du texte transmis et déjà amélioré par Hartel (lacteae) et d'Alès (sordes). On lira alors : «libidinis uirus et lacteae sordes, non habentes id onear quod nec ipsae adhuc aquae lauerant », à traduire : «le poison de la volupté et ses souillures laiteuses qui n'avaient pas (pour les enlever) \aplante des ânes, que les eaux elles-mêmes, à leur tour, n'avaient pas encore lavée». Ce mot, attesté chez Pline l'ancien seulement, désigne l'épilobe, plante à vertus médicinales. Ici, en rapport avec la symbolique du baptême et de l'eucharistie, éclairé par tout le contexte de Pud 6, 14-16, il viserait la chair du Christ qui, plongée dans le Jourdain, a communiqué à toutes les eaux la vertu purificatrice. - Quoique bizarres à première vue, la conjecture et l'interprétation dont elle est assortie feront date dans Yemendatio du passage. R. B. 22. RAISiOLA (Pirjo), Periphrastic use ofhabere in Tertullian —Latin vulgaire - latin tardif. II. Actes du II ème Colloque international sur le latin vulgaire et tardif (Bologne, 29 août - 2 septembre), édités par Gualtiero CALBOLi, Tübingen : Niemeyer, 1990, p. 209-217. Six périphrases constituées avec habere se rencontrent chez Tertullien : habere + c. o. d. abstrait ; habere + dat. prédicatif ; habere + constr. prép. ; habere + adj. préd./adv. ; habere + p. p. p. ; habere + inf. C'est à ce dernier syntagme que l'auteur s'intéresse de préférence. Il lui reconnaît cinq valeurs ou fonctions : 1) = habere au sens possessif, 2) = posse> 3) = deberey 4) = futur, 5) = futur dans le passé. Si ces trois premiers emplois sont attestés dans la langue antérieure, les emplois 4) et 5) apparaissent, semble-t-il, chez Tertullien. P. R. en relève 66 occurrences. Si l'on se reporte à l'art, habere du TLL, on observe que leur nombre y est sensiblement moindre (50). La différence s'explique sans doute par le fait que la distinction entre habere + inf. = debere et/ou futur est parfois subjective. On notera que dans cette fonction temporelle (futur et futur dans le passé) d'une part l'infinitif est majoritairement au passif et placé avant habere, d'autre part le futur dans le passé est plus souvent représenté. J.-C. F. 23. MALSBARY (Gerald), Candidatus, -us in Tertullian and Sulpicius Severus (Beiträge aus der Thesaurus-Arbeit XXV)-Museum Helveticum, 47, 1990, p. 222-225. En Bapt 10, 5 : <<agebatur...baptismus paenitentiae quasi candidatus remissionis», i1 faut sans doute voir la première attestation du substantif de la quatrième déclinaison. L'A. croit déceler une réminiscence de ce passage dans la Vita Martini 2, 8 «agebat quendam bonis operibus baptismi candidatum». J.-C. F.

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2 4 . CALOGIURI (Roberto), // sangue tra metafora e storia : osservazioni sul lessico di Tertulliano — Sangue e antropologia nella teologia. Atti della VI settimana, Roma, 23-28 novembre 1987, a cura di Francesco VATTiONl, t. III, Roma : Edizioni Pia Unione Preziosissimo Sangue, 1989, p. 1351-1383 (Collana «Sangue e antropologia», 6, III). De longues considérations logico-linguistiques ouvrent l'exposé (p. 1351-1357) : la métaphore repose sur la ressemblance entre deux termes appartenant à deux champs sémantiques plus ou moins distants et elle est, de ce fait, le seul moyen du langage humain pour exprimer l'indicible, donc le divin. L'A. retrace ensuite l'itinéraire sémantique du sang dans la tradition gréco-latine (p. 1358-1371) : s'appuyant d'une part sur la mythologie, la religion, la poésie, d'autre part sur la pensée scientifique, l'enquête aboutit à établir une stricte affinité et consonance entre sang, vin, sperme et pneuma. Passant enfin à Tertullien, l'A. cherche à définir l'innovation métaphorique du sang dans cette œuvre (p. 1371-1383). En Cam 19, 3, sous la dépendance de la théorie aristotélicienne, Tertullien a exclu de la «chair du Christ» une origine ex semine uiri, et a été ainsi conduit à se servir de la métaphore induere carnem pour l'incarnation. Les rapports entre eau et sang sont analysés notamment à propos du double baptême (le martyre devenant le baptême du sang). Ceux du vin et du sang sont établis à partir de l'eucharistie et de la symbolique biblique qui s'y réfère. - La démarche et les conclusions de cette étude auraient été plus claires si les emplois métaphoriques avaient été distingués de ceux qui ne le sont pas. Parlant du sang du Christ ou de celui des martyrs, Tertullien n'use pas de métaphores, mais désigne des réalités par le mot propre. R. B.

25. GRAMAGLIA (Pier Angelo), Visceratio : semantica eucaristica in Tertulliano ? — Sangue e antropologia nella teologia (cf. n° 24), p. 1385-1417. Étude minutieuse de tous les mots signifiants employés par Tertullien en Marc III, 7, 7, passage où il interprète comme des figures du Christ les deux boucs de Lev. 16, 7 et ss. en s'inspirant de Justin, Dial., 40, 4-5, et de Barnabé, 7 (cf. P. Prigent, L'épître de Barnabé IXVI et ses sources, Paris, 1961, p. 99-110). Il y a là, comme toujours avec P. A. G., de quoi s'instruire et de quoi s'étonner (par ex., pourquoi consputatus est-il présenté comme un hapax ? cf. TLL, IV, c. 503, 1. 42-47). Le terme uisceratio évoque les distributions de viandes caractéristiques de l'évergétisme municipal. L'image était si hardie (et si teintée de paganisme ?) que Tertullien s'efforce de l'adoucir : «qua ... sacerdotes templi spiritales ... dominicae gratiae quasi uisceratione quadam fruerentur». P. P. 2 6 . ORBAN (Arpad Péter), «Gerecht» und «Gerechtigkeit» bei Cyprian von Karthago — ArchivfürBegriffsgeschichte, 32, 1989,p. 103-120. L'auteur présente, cite et traduit un bon nombre de passages dans lesquels Cyprien emploie iustitia (iustus). Il les groupe en deux catégories. Dans la première, la signification est plus spécifiquement théologique et sotériologique, innocentia ctfides sont associés à iustitia, justes et injustes sont opposés dans le contexte des persécutions et dans une perspective eschatologique. Dans la seconde, la signification est morale et iustitia est associé à misericordia, misericordiae opera, eleemosyna. Cette étude serait purement descriptive si elle ne signalait quelques rapprochements avec les Écritures. Mais le recours au seul texte de la Vulgate affaiblit l'intérêt de ces rapprochements. Il est même source d'erreurs, par ex. n. 18, p. 108 : A. P. O. explique par une contamination de deux versets (VuIg. Prou. 3, 6 et 16, 9) la citation sur laquelle s'achève zel 17 («Cor uiri cogitet iusta, ut a Deo dirigantur gressus eius»), alors qu'il s'agit d'une traduction de LXX Prou. 15, 29b (citation correctement identifiée par M. Simonetti, CCL 3A, p. 85). S. D.

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27. CABALLERO DOMÍNGUEZ (Juan Luis), Rasgos estilísticos en la carta a los Tibaritas — Helmantica, 41, 1990, p. 241-245. Dans l'exhortation au martyre adressée par Cyprien à la communauté de Thibaris (Lettre 58), l'auteur relève 1) les métaphores militaires, comme appartenant à la spiritualité chrétienne - 2) lesfiguresrhétoriques, comme provenant de la formation païenne de l'évêque. S. D.

SOURCES, INFLUENCES
2 8 . HuBNER (Reinhard M.), Die antignostische Glaubensregel des Noët von Smyrna (Hippolyt, «Refutatio» IX, 10, 9-12 undX, 27, 1-2) bei Ignatius, Irenaeus undTertullian — Münchener Theologische Zeitschrift, 40, 1989, p. 279-311. Pour reconstituer la doctrine du champion de la 'monarchie', Noèt, sont prises en compte les quatre notices de la Refutatio, à l'exclusion du Contra Noetum qui est tenu, du moins sous la forme où il nous est parvenu, pour un produit de la fin du IVe siècle. L'A. entend montrer que, dans les deux plus longues notices, Hippolyte a utilisé, sans le déformer, un document littéraire conservé et amplifié dans la secte : ce document, marqué du style de la rhétorique asianique, serait une homélie pascale qu'Épigone, diacre de Noët, aurait apportée à Rome. Des rapprochements avec \zDepascha de Méliton (§ 96, § 104, etc.) fondent l'hypothèse. Dans la première partie de Ref. LX, 10, 9-10, où reviennent des antithèses entre des prédicats négatifs de la divinité (invisible, insaisissable, etc.) et les conditions de l'incarnation, l'A. voit un raccourci d'une regulafidei dont des échos seraient conservés chez Ignace {Eph. 7, 2 ; Polyc. 3, 2), et surtout chez Tertullien (Praes 13, 1-4 ; Ap 17, 1-3 ; Cam 5, 7) et chezfrénée{Haer. III, 16, 6 ; IV, 20, 5). Cette règle de foi aurait eu un caractère polémique, étant dirigée contre les gnostiques et leur conception du divin. - Certes les rapprochements proposés sont intéressants ; mais il paraît excessifd'en conclure (cf. p. 309) que Tertullien etfrénéeont utilisé et élaboré sciemment un texte 'monarchien' dont ils avaient eu connaissance à Rome. La réalité d'un séjour romain du Carthaginois n'est guère admise aujourd'hui. R. B. 29. HECK (Eberhard), Vestrum est - poeta noster. Von der Geringschätzung Vergils zu seiner Aneignung in derfrilhchristlichen Apologetik — Museum Helveticum, 47, 1990, p. 102-120. Analyse précise, nuancée et documentée de ce que fut l'attitude des premiers écrivains chrétiens latins à l'égard de Virgile, attitude dans laquelle entraient méfiance ou défiance et attirance, mais cette composante-ci fut très tôt et très vite dominante. De ce point de vue, Juvencus illustre et consacre une 'annexion' déjà réalisée dans les esprits. J.-C. F. 30. AHLBORN (Elke), Naturvorgänge als Auferstehungsgleichnis bei Seneca, Tertullian und Minucius Felix — Wiener Studien. Zeitschrift für klassische Philologie und Patristik, 103, 1990,p. 123-137. Pour expliquer le dogme de la Résurrection, les Pères ont souvent recouru à un raisonnement analogique : le renouvellement de la nature. L'auteur dresse ici une série de parallèles textuels convaincants entre Sén., Luc, 36, 10-11 ; Tert., Apol 4, 8 ; Res 12-13, et Min. Felix 34, 10-11. Il en ressort que si ce dernier s'inspire des deux passages de Tertullien, il s'est aussi reporté directement au texte de Sénèque. E. A. a donc le mérite d'exploiter des rapprochements signalés depuis longtemps (cf. Geffcken, Apologeten, p. 244 ; Waltzing, Comm. Apol., p. 310 ; Pellegrino, éd. Oct. p. 249), comme on aurait pu le rappeler. Cette étude, qui éclaire bien la méthode de travail de Min. Fel., est donc à verser au dossier «Seneca saepe noster». J.-C. F.

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3 1 . STAROWIEYSKI (Marek), Remarques sur les sources de quelques apophtegmes des Pères du Désert — Studia Patristica, vol. XVIII, 2 (cf. n0 10), p. 293-298. Étudiant le texte de certains agrapha dans les apophtegmes, l'A. constate deux curieux rapprochements entre les citations de Tertullien et celles de la collection alphabétique (Resch2, n° 144 : Orat 26, 1 et Apollo, 3 ; n° 90 : Bapt 20, 2 et Antoine, 5). Ces coïncidences sont intéressantes, mais on hésitera à les expliquer par les traductions grecques d'œuvres de Tertullien. P. P.

EXÉGÈSE, TEXTE BIBLIQUE
32. AzZALI BERNARDELLI (Giovanna), «Quomodo et scriptum est» (Scorp 11, 5). Nota su ermeneutica e tradizione apostolica in Tertulliano montanista — Augustinianum, 30, 1990, p. 221-257. Étude de trois passages de la période montaniste : Scor 9, 1-5 (= Matth. 5, 10-12 et 10, 1622 : enseignement du Christ sur la persécution et le martyre) ; Fug 6, 1 (= Matth. 10, 23 : autorisation donnée aux apôtres de fuir la persécution) ; Pud 21, 9-10 (= Matth. 16, 18-19 : pouvoir remis à Pierre de lier et délier les péchés). L'objet est de montrer avec quelle cohérence et même quelle 'inexorable logique' Tertullien a manié des règles, apprises du droit et de la rhétorique, qui depuis ses premiers écrits (Iud 2-4, Praes 8, 16 et 9, 12), ont présidé sans changement à son exégèse des textes bibliques : détermination de la uoluntas legis par l'exacte définition du sens littéral ; discussion du texte en s'attachant à la personne du destinataire, au moment, au lieu, au but, à la circonstance spécifique, vérification par la conformité de la lecture avec l'ensemble de l'Écriture. Au passage sont relevés comme intervenant pour soutenir les interprétations d'autres concepts d'originejuridique : mutabilité et progression de la loi dans le temps, critère de l'extension par analogie, distinction entrepraeceptum etpermissum, ius et potestas, exemplarité conservée par la loi lors même qu'elle ne s'applique plus (ainsi est expliquée, p. 238, la curieuse concession faite en Fug 11, 3 aux pasteurs qui fuiraient pour accompagner leur troupeau). Ces principes ne sont pas des expédients dialectiques, mais tiennent à la culture de Tertullien et à s&forma mentis. Hs s'associent étroitement à des présupposés (dont certains viennent du stoïcisme) : ainsi l'affirmation que, voulue par Dieu, la persécution ne doit pas être fuie ; ainsi la conviction que l'Église doit exprimer dans l'histoire sa tension vers la perfection eschatologique. Le paradoxe de Tertullien est d'avoir été implacablement conduit par ses principes herméneutiques et ses méthodes d'exégèse à voir dans lemontanismela¿//5C¿p/mflconformealatraditionapostolique. R. B. 3 3 . BAARDA (Tjitze), De korte tekst van het Onze Vader in Lucas 11 : 2-4 : een Marcionitische corruptie ? —Nederlands Theologisch Tijdschrift, 44, 1990 , p. 273-287. Un grand nombre de manuscrits récents et le 'textus receptus' qui en découle offrent en Lc. 11, 2-4, un texte long du Notre Père, qui est comparable à celui de Matth. 6, 10-13. Les éditions critiques et les traductions en usage aujourd'hui (par ex. la TOB) présentent toutes un texte court, qui pour certains serait le fruit de l'activité adultératrice de Marcion. Contre cette thèse, soutenue en dernier lieu par J. van Bruggen et C. B. Amphoux, T. B. (qui annonce p. 277, n. 18, une étude sur le Notre Père chez Tertullien) démontre de façon convaincante que Marcion et Tertullien sont en fait les premiers témoins de cette version courte. Lorsqu'il la cite en Marc IV, 26, 3-5, Tertullien n'a pas la moindre réserve contre la forme du texte : il veutjuste montrer que la prière s'adresse bien au dieu créateur. Rien ne prouve non plus que les suppressions correspondent à des options de la théologie marcionite : ainsi la prière commence

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par «Père», et non pas «Notre Père», alors que Marcion lisait en / Cor. 1, 3 «a deo patre nostro» (Marc V, 5, 2) ; le plus simple est de supposer que «Père» était la leçon de son exemplaire. P. P. 34. MARIN (Marcello), Le sentenîiae LXXXVII episcoporum. In margine al problema del rapportofra Sacra Scrittura e Concili — Invigilata lucernis. Rivista dell'Istituto di Latino, Università di Bari, 11, 1989, p. 329-359. L'étude que présente M. M. répond en tous points aux vœux que nous formulions ici même, il y a trois ans (Chron. Tert. 1987, n° 25). Partant de l'édition critique des Sententiae due à H. v. Soden, et non de l'édition de Hartel - très insuffisante, et pourtant presque toujours seule à être utilisée -, il établit la liste la plus complète possible des citations et dépendances scripturaires contenues dans les interventions des évêques réunis à Carthage pour se prononcer sur le baptême des hérétiques. Par la confrontation minutieuse de ces interventions entre elles, et avec le dossier cyprianique relatif à l'hérésie, il nous en fait découvrir, lorsqu'il y a lieu, l'originalité : quelques évêques africains font preuve d'une culture biblique (citations absentes de l'œuvre de Cyprien ; associations inédites de versets) et d'un talent exégétique (dans l'interprétation et l'exploitation de leurs emprunts au texte sacré) qui démentent en partie les jugements sévères et un peu hâtifs portésjusqu'ici à leur sujet. Le travail de M. M. permet aussi de mieux mesurer l'influence et l'autorité du primat de Carthage sur ses collègues africains. Pour l'essentiel, les dépendances bibliques des Sententiae et leurs groupements figurent chez Cyprien. D'analyses approfondies et fines, il ressort qu'une argumentation analogue à la sienne se retrouve dans les diverses sententiae, même sous une présentation différente. Avec une acuité remarquable, et sans jamais se départir de la rigueur nécessaire, M. M. nous fait voir, sous-jacent aux formules utilisées par les participants, un fondement biblique qui est explicite chez Cyprien. Il découvre même la présence implicite des versets conjoints Matth. 12, 30 + / Ioh. 2, 18-19, à la fois dans plusieurs passages de l'œuvre de Cyprien - qui les cite par ailleurs -, dans l'intervention de celui-ci au Concile et dans celles de plusieurs de ses collègues (démonstration exemplaire p. 344-346). Son étude prouve bien, même si elle ne le dit pas, que pour l'épiscopat africain, les écrits de Cyprien sur l'Église et les hérésies ont une autorité presque aussi grande que la Bible. S. D. 35. MARIN (Marcello), Citazioni biblicheeparabibliche nelDe aleatoribuspseudociprianeo — Annali di storia dell'esegesi, 5, 1988, p. 169-184. La préparation d'une édition du De aleatoribus par M. M. nous vaut déjà deux études fructueuses et sûres, une étude sur la tradition manuscrite du traité et de l'ensemble du «corpus» cyprianique (voir Chron. Tert. 1983, n° 12), et la présente étude sur les dépendances bibliques et parabibliques de l'auteur anonyme. Comme dans le travail analogue portant sur les Sententiae (voir ci-dessus, n° 34), la méthode est minutieuse, la démarche prudente et les conclusions bien intéressantes. Accessoirement, on appréciera ce que l'analyse apporte à l'établissement du texte ou à son étude littéraire (p. 179-180). Mais le résultat essentiel concerne la date de l'ouvrage. Reprenant et développant une démonstration de Harnack, Daniélou avait adopté une datation très haute. Ses arguments sont fortement ébranlés : M. M. prouve que le succès du Pasteur et des Similitudes d'Hermas, ou de la Didachè, a duré si longtemps que la présence, dans le De aleatoribus, de trois emprunts à ces œuvres ne permet pas de conclure à son antériorité par rapport au Canon de Muratori ; d'autre part, il éclaire les citations non identifiées de l'opuscule d'une façon telle qu'il rend caduque leur explication par le recours supposé à des apocryphes juifs utilisés au Ile siècle. Enfin et surtout, les rapprochements que M. M. opère entre Cyprien et l'auteur du De aleatoribus (mêmes citations, mêmes regroupements, même traitement) permettent de penser que l'œuvre a été écrite au milieu du IIle siècle par un évêque africain dans

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la dépendance de celui de Carthage. M. M. compte vérifier son hypothèse en analysant la langue du traité et en recherchant pourquoi il a été introduit dans le «corpus» cyprianique. S. D. 36. SELLEW (Philip), Five Days of Creation ? The Origin of an Unusual Exegesis (Ps.Cyprian, De centesima 26) —Zeitschrift für die neutestamentliche Wissenschaft, 81, 1990, p. 277-283. L'homélie De centesima, sexagésima, tricésima (CPL 67) donne une interprétation symbolique des récompenses de la parabole du semeur. P. S., qui en prépare une nouvelle édition, avec traduction anglaise et commentaire, la tient pour africaine et serait enclin à la dater de la première moitié du IIle siècle. Au cours de son argumentation, le prédicateur évoque une création du monde en cinq jours, qui aurait été suivie, le sixième jour, par le repos du créateur. Comment expliquer une telle lecture de la Genèse ? Plusieurs solutions ont déjà été avancées. Selon P. S., il faut exclure catégoriquement l'hypothèse d'une corruption textuelle, avancée jadis par le premier éditeur, R. Reitzenstein. Une déformation volontaire du récit biblique, liée à une cosmogonie ésotérique, serait plausible, mais reste invérifiable. En fait, l'anonyme recherche dans les Écritures les nombres 3, 6 et 10, qui, multipliés par les 10 commandements, fournissent les récompenses du cent, du soixante et du trente pour un. Une lecture hâtive de versets sortis de leur contexte (Gen. 1, 31-2, 1), liée au désir d'attribuer une valeur spéciale au sixième jour, pourrait suffire à rendre compte de cette étonnante exégèse. F. D.

ANTIQUITÉ ET CHRISTIANISME
37. STEINER (Heinrich), Das Verhältnis Tertullians zur antiken Paideia, St Ottilien : Eos Verlag, 1989, 285 p. (Studien zur Theologie und Geschichte, 3). Ce livre est la 'Dissertation' que l'auteur a soutenue en 1987 devant la Faculté de théologie catholique de l'Université de Munich. Son appréciation des rapports que Tertullien a entretenus avec la culture de son temps est largement positive. L'extension que H. S. donne au concept de paideia lui permet d'englober l'attitude de Tertullien envers l'État. Dans l'ensemble l'auteur est assez proche des positions que nous avons défendues ici et là. Son chap. V consacré à Tertullien et la philosophie' reprend, du reste, dans ses grandes lignes le plan du chapitre correspondant de notre thèse. J.-C. F. 38. LEPELLEY (Claude), Ubique respublica. Tertullien, témoin méconnu de l'essor des cités africaines à l'époque sévérienne — L'Afrique dans l'Occident romain.lersiècle av. J.-C. -IVe siècle ap. J.-C. Actes du colloque organisé par l'École française de Rome sous le patronage de l'Institut national d'archéologie et d'art de Tunis (Rome, 3-5 décembre 1987), Rome : École française de Rome, 1990, p. 403-421 (Collection de l'École française de Rome, 134). On savait que l'œuvre de Tertullien reflétait l'essor, en Afrique, de la civilisation contemporaine (et des communautés chrétiennes). Historien des cités de l'Afrique romaine, C. L. s'est efforcé de préciser encorelafiabilitéde son témoignage. D'où cette étude fervente, fort sympathique par la confirmation globale qu'elle nous apporte. Quelques notes de lecture : p. 404, n. 4 : la chronologie des ouvrages de Tertullien proposée par T. D. Barnes en 1971 n'est, pas tant s'en faut, la plus sûre ; l'auteur, du reste, dans la seconde édition de son livre (1985), a loyalement procédé à une large révision de ses datations antérieures (cf. Chron. Tert. 1985, n° 8). - P. 406, le commentaire sur les dii decuriones (les dieux vénérés dans une cité) est très exagéré : ce trait satirique, comme d'autres métaphores empruntées aux institutions, n'autorise sans doute pas à parler de «l'impact considérable que pouvait avoir sur les esprits» le rapide développement du système municipal dans l'Afrique des Sévères. - P. 410, 420 : c'est De

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idololatria qui est probablement le titre exact du traité (cf. J. H. Waszink - J. C. M. van Winden, comm. ad loc.). - P. 412, à propos à'Apol 46, 13 («les chrétiens n'ambitionnent même pas l'édilité»), C. L., se référant à une étude récente de F. Jacques, considère que la formule de Tertullien s'explique par le fait que l'édilité, en Afrique, était souvent gérée avant la questure, et était donc «la fonction subalterne par excellence». C'est possible, mais la démonstration aurait gagné à être plus étayée. De toute manière, quand on brocarde une fonction, ce n'est pas nécessairement la plus basse - ou la plus élevée - de la hiérarchie, mais souvent celle qui revêt une signification symbolique : ainsi, Perse et Juvénal ironisent sur cette même dignité - l'édilité - fièrement revendiquée par les citoyens dans leurs modestes cités (cf. Waltzing, comm. ad loc., p. 292, où il faut corriger la référence à Perse : I, 130). - P. 414, si l'on tient absolument au singulier, il faut écrire «ce reale» (et non «ce realium»). - P. 414, n. 31, suvApol 13, 5 : «sic Capitolium, sic olitorium forum petitur». La traduction de Waltzing est certainement maladroite, mais celle que propose C. L. («on soumissionne ... pour un Capitole ou pour un marché aux légumes») est une glose ; d'ailleurs Waltzing avait parfaitement compris le sens de la phrase, qu'il explique en termes fort proches de ceux de C. L. (Comm. p. 99) ; et l'on peut se demander si l'article indéfini convient bien. - P. 416, n. 38, en An 30, 3 on doit lire (avec la tradition et avec Waszink) : saxapanguntur litt. «(même) les rochers sont plantés (d'arbres)» ; cf. Waszink, Comm. p. 374. - P. 417, n. 39 : nous avions déjà suggéré naguère que les lois Manciana et Hadriana de rudibus agris fournissaient sans doute le contexte politique et économique des déclarations àApol 42, 3. - P. 418, n. 43 : la croyance au progrès n'est pas «fort rare chez les Anciens» (cf. les études de L. Edelstein, J. de Romilly, A. Novara, et d'autres...). J.-C. F. 39. ORABONA (Luciano), Etica «penitenziale» di Cipriano e aspetti politico-sociali del cristianesimo nel III secolo — Vetera Christianorum, 27, 1990, p. 273-302. Cet article constitue le second volet d'une étude sur la pénitence dans le christianisme ancien ; au moment de sa rédaction, la partie concernant Tertullien était sous presse. L. O. présente quelques aperçus de la question, pour Cyprien, mais sa documentation est lacunaire (les ouvrages de V. Saxer ne sont même pas mentionnés) et généralement antérieure à 1970 (parmi les instruments bibliographiques signalés p. 275, n. 8, ne figure pas la Chron. Tert.). Il veut surtout montrer que l'éthique pénitentielle de Cyprien ne peut se comprendre en dehors d'un large contexte historique, politique, social et religieux, qu'il évoque longuement. Il insiste également sur la place accordée, dans cette éthique, à la conversion du cœur. S. D.

ACTES DES MARTYRS
4 0 . SARDELLA (Teresa), Strutture temporali e modelli du cultura : rapporti tra antitradizionalismo storico e modello martiriale nella 'Passio Perpetuae et Felicitatis' — Augustinianum, 30, 1990, p. 259-278. Titre trop abstrait et peu explicite. L'étude porte non sur la Passio proprement dite, mais sur les seuls passages du prologue et de l'épilogue, où sont confrontés «uetera exempla» et «noua documenta». Le rédacteur anonyme est, selon T. S., isolé de deux manières. Il se trouve d'abord en conflit avec l'institution ecclésiale, pour qui les récits bibliques se situaient sur un autre plan que les passions contemporaines et qui hésitait à admettre la lecture liturgique des Actes des martyrs. Ensuite, alors que la société antique, dans son ensemble, se méfiait de la nouitas et révérait Yantiquitas, il privilégie, du fait de la révélation progressive de l'Esprit, les confessions de foi et les visions les plus récentes («antitradizionalismo storico»).

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L'analyse est intéressante, mais sûrement imprudente. Il existait, dans le monde romain, beaucoup de partisans de la nouveauté : la formule «Quanto iuniores, tanto perspicaciores», qui servit au moyen âge à exalter la modernité, n'est-elle pas tirée de Priscien ? D'autre part, nous ignorons totalement quelle était, dans la liturgie, avant le concile d'Hippone de 393, la place accordée aux Passions des martyrs ; vu la richesse de l'hagiographie africaine, est-il licite d'écrire, en s'appuyant sur quelques phrases d'un prologue : «Sullo sfondo di tale polemica, si delinea un atteggiamento, presumibilmente ufficiale e dominante, che ... tende ad ostacolare, prima ancora che la lettura pubblica delle testimonianze sui nuovi martiri, la loro stessa produzione e circolazione (p. 264)» ? Une préface amène généralement un auteuràjustifier le choix de son sujet et à se défendre d'avance contre les critiques de ses confrères. Le rédacteur de la Passio Perpetuae est-il aussi polémique, aussi hétérodoxe qu'on le prétend ? S'oppose-til, comme le veut T. S., au passéisme de la hiérarchie ecclésiastique ? Ni les hagiographes postérieurs (voir notamment l'épilogue des Actes de Lucius et Montanus) ni Augustin ne paraissent avoir discerné, dans sa topique, les intentions qu'on y découvre aujourd'hui. Aux p. 260-261, deux articles de R. Braun et A. A. R. Bastiaensen (cf. Chron. Tert. 1979, n° 6 et 1988, n° 31) auraient mérité d'être cités. F. D. 41. ASPEGREN (Kerstin), The Male Woman : a Feminine Ideal in the Early Church, edited by René KiEFFER, Uppsala : Acta Universitatis Upsaliensis ; Stockholm : Almqvist & Wiksell International, 1990, 189 p. (Uppsala Women's Studies : A. Women in Religion, 4). Ouvrage publié de façon posthume. Le plan initial prévoyait onze sections, dont sept seulement étaient rédigées à la mort de l'auteur en octobre 1987. Le manuscrit, laissé inachevé, a été mis en forme par un groupe de parents et amis et complété par Ragnar Holte, qui expose en appendice les conceptions de Méthode d'Olympe et de Clément d'Alexandrie. Les cinq premiers chapitres expliquent les origines sociales et philosophiques - de Platon à Philon - des représentations que les premières générations chrétiennes se faisaient des femmes. Le sixième est consacré à Thècle. Le septième, intitulé : «The female must become male - A motive in apocryphal texts», renferme d'assez longs développements sur la figure de Perpétue, comparée à celles de Thècle et de Xanthippe (l'héroïne des Acîa Xanîhippae et Polyxenae, BHG 1877). La lecture de K. A. est intelligente, mais ne renouvelle pas l'interprétation de la Passion. Noter au passage que Félicité n'est pas l'esclave de Perpétue ni Saturus son frère charnel. De cet ouvrage, on retiendra surtout l'exposé initial sur les fondements antiques des conceptions chrétiennes, qui fait totalement défaut dans l'ouvrage parallèle de Clementina Mazzucco, «Efui fatta maschio» : la donna nel cristianesimo primitivo (cf. Chron. Tert. 1989, n° 35). F. D. 42. BAUMEISTER (Theofrid), Der heilige Bischof, Überlegungen zur «Vita Cypriani» — Studia Patristica, vol. XVIII, 3 (cf. n° 10), p. 275-282. A la différence du culte des martyrs et des moines, celui des évêques ne semble pas avoir beaucoup intéressé les hagiographes. Pourtant, dès l'époque des persécutions, les martyrs font l'objet d'une plus grande vénération lorsqu'ils sont évêques (Polycarpe). La Vita Cypriani exalte le «premier évêque d'Afrique à subir le martyre» ; son rédacteur prend soin de souligner la spécificité de son sujet par rapport aux Passions ordinaires, notamment à la Passio Perpetuae ; c'est la sainte vie de l'évêque qui constitue son martyre, «martyre spirituel» ; le martyre sanglant en est le couronnement. T. B. suit l'histoire du culte de l'évêque en Orient et en Occident. C'est au milieu du IVe siècle que l'évêque, comme le moine, commence à être considéré comme un martyr et à en partager le culte après la mort. Il conviendrait d'ajouter que le rédacteur de la Vita Cypriani s'est sans doute inspiré de la spiritualité de son héros, puisque Cyprien lui-même interprète la vie chrétienne comme un martyre spirituel. S. D.

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43. ORBE (Antonio), En torno al modalismo de Marción — Gregorianum, 71, 1990, p. 4365. C'est une idée généralement admise, depuis Harnack, que Marcion présente une christologie modaliste et n'établit dans son Dieu, entre le Père et le FiIs, qu'une distinction nominale. A. O. dénonce 'l'échafaudage fragile' sur leguel le savant allemand a construit cette vue. A défaut de notices précises, il réunit, à travers VEvangile et YApostolicon de l'hérétique, un certain nombre de passages éclairant les rapports du Dieu bon et de son FiIs. C'est le cas notamment des textes qui font état de Tenvoi' du Christ FiIs par Dieu et de ceux qui, comme // Cor. 4, 4, CoL 1, 15 et 19, donnent le Christ pour 'l'image du Dieu invisible', c'est-à-dire une personne en qui le Dieu infini acquiert un visage (apóoomov) accessible aux hommes et destiné à leur apporter la connaissance de l'Inconnu. La discussion d'un autre texte (Ph. 2, 6-7), avec l'analyse de Veffigies Dei, conduit à établir que le FiIs, avant sa première parousie, est composé de la substance humaine et de sa qualité congénitale. Également Rom. 8, 3 et GaI. 4,4 font voir que sont deux le Père qui envoie et le FiIs qui est envoyé. En face de toutes ces indications convergentes, les arguments d'Harnack ne tiennent pas : la lecture marcionite de GaI. 1, 1 ne doit pas orienter vers l'idée d'une auto-résurrection du Christ ; et le témoignage, prétendu essentiel, de Tertullien (Marc 1,19, 1 : les marcionites disent que leur dieu s'est révélé 'par luimême' en Jésus-Christ) ne doit pas être interprété dans un sens modaliste ; carper semeîipsum s'oppose à per conditionem et signifie que le Dieu inconnu s'est révélé per substantiam propriam (et non par la Création) en Jésus-Christ : en soi-même inaccessible, il se fait accessible dans le Christ, qui est son image et sa face. Marcion aurait donc admis la réalité de la gennesis divine, quoique rien n'indique comment et quand le Dieu bon a engendré son FiIs. Cet important article, accompagné d'un bon résumé en français, apporte un éclairage neuf. Mais il faut reconnaître que bien des incertitudes demeurent quant à la christologie de Marcion. Comment être sûr de son interprétation de ces textes de l'Écriture, par des sources provenant de ses seuls adversaires. Il nous semble aussi que le témoignage d'Origène-Jérôme (p. 57-58) est un peu trop facilement écarté. R. B. 44. DAL COVOLO (Enrico), Riferimenti mariologici in Tertulliano. Lo status quaestionis — La mariologia nella catechesi dei Padri (etàprenicena), Roma : LAS, 1989, p. 121-132. La théologie mariale de Tertullien a été jugée «particulièrement faible» (d'Alès), et on la tient en général pour un appendice de sa christologie (Cantalamessa, Moingt). En tout cas, elle n'a pas fait l'objet de beaucoup de travaux. L'intérêt du présent article est de procurer une revue analytique et critique des quelques études consacrées à la question dans ces trente dernières années. L'A. procède par recensement systématique des différents thèmes auxquels se rattachent les références mariologiques de l'Africain : maternité de Marie, virginité antepartum et parallèle antitypique avec Ève, virginité inpartu, virgimtépostpartum, rapport à l'Église (et de nouveau parallèle avec Ève), exégèse vétérotestamentaire (Ps. 86, 5 et Ps. 71, 6). Plusieurs de ces travaux - ceux de P. Branchesi, G. Bernardi, M. Pasculli, M. Martinello - sont des dissertations romaines pratiquement inconnues en France ; celui de I. Calabuig est même manuscrit. Tous ont en commun de proposer une approche plus nuancée de la pensée de Tertullien que H. Koch (Virgo Eva. Virgo Maria, Berlin et Leipzig, 1937) a peut-être trop figée quand il a fait de celui-ci, il est vrai sur la foi de certains textes (celui de Virg 6, 3 est particulièrement net), un négateur de la virginité in partu ctpostpartum. L'A. a donc raison de conclure en appelant à la prudence face à des affirmations trop catégoriques, et en invitant à un réexamen approfondi, sans présupposé, de toutes ces références qui devraient être envisagées

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non seulement dans le contexte, mais dans le cadre global de toute l'œuvre, la personnalité de Tertullienétant«complexeetquelquefoiscontradictoire». R. B. 45. SuSKA (Joanna), Rodzina ijejfunkcje w ujeciu Tertuliana [La famille et ses fonctions selon la conception de Tertullien] — Collectanea theologica (Varsovie), 60, 1990, p. 156-157. Résumé par l'auteur de son mémoire de licence, rédigé sous la direction de E. Stanula. Tertullien, après avoir quitté l'Église, rejette le mariage et la procréation. La terre est actuellement suffisamment peuplée, et la fin du monde est imminente. Le chrétien doit se tenir prêt pour le retour du Seigneur et rester à distance du monde et de la matière. Autre argument : le sacerdoce universel des fidèles, qui implique le célibat. J. WOLDS[SKI 46. BOBERTZ (Charles Arnold), Cyprian ofCarthage aspatron : A Social Historical Study of the role ofBishop in the Ancient Christian Community ofNorth Africa. Diss. Yale University,
1988. 293 p. [cf. Dissertation Abstracts International, vol. 50, n° 11, May 1990, p. 3625A ; Order Number DA9009438]

L'auteur se propose d'appliquer à la communauté chrétienne de Carthage, sous l'épiscopat de saint Cyprien, un modèle d'analyse sociologique moderne concernant le rapport «patron» / «clients». Après avoir rappelé l'importance de plus en plus grande des relations de clientèle dans le monde romain antique, il entreprend de lire, à l'aide d'une telle grille, les documents que nous possédons sur Cyprien et son Église, depuis son élévation à l'épiscopat jusqu'au concile de 251. Selon C. A. B., l'application du modèle du 'patronat' permet de comprendre certains faits et d'en éclairer d'autres d'un jour nouveau. L'élévation rapide de Cyprien à l'épiscopat est celle d'un patronus influent et riche qui s'est acquis une clientèle par sa générosité. L'évêque patronus contrôle, gère et répartit les ressources matérielles et spirituelles de sa communauté : le De opere et la correspondance nous laissent entrevoir que les fidèles n'exercent pas directement la charité, mais font leurs offrandes dans le cadre de la liturgie, et que les sommes amassées sont redistribuées au clergé et aux pauvres ; de même, la gloire des confesseurs et des martyrs n'existe que si elle glorifie l'évêque et, partant, sa communauté («esse martyr non potest qui in ecclesia non est») ; leur pouvoir de pardon n'est valide que s'il est mis à la disposition de l'évêque. La controverse pénitentielle est trop mince pour expliquer le schisme de Félicissimus : il s'agit en fait de la rivalité de deux partis. L'opposition se renforce en détournant à son profit une partie des nécessiteux, au grand scandale de Cyprien (epist. 41, 1) et en acceptant dans sa communion les lapsi impatients et les confesseurs rebelles. En réponse, du lieu de son exil, Cyprien renforce son clergé décimé et sa communauté financièrement et moralement affaiblie, en imposant l'aumône pour pénitence aux bons lapsi, en secourant les pauvres demeurés loyaux et les confesseurs restés fidèles, en leur trouvant du travail, et en désignant de nouveaux clercs selon une procédure exceptionnelle. La structure de la communauté chrétienne enfin est celle du modèle social envisagé par l'auteur : la hiérarchie 'verticale' (évêque, prêtres, diacres, laïcs) se double d'une relation 'horizontale' (échange continu entre l'évêque et son peuple, dont le rôle est considérable). Cette thèse s'inscrit dans la foulée de travaux récents qui ont le mérite d'avoir découvert, dans les Lettres et les traités, notamment YAd Donatum, ou encore dans la Vita Cypriani, d'authentiques témoignages historiques, et d'avoir donné chair à une œuvre qui avait trop longtemps été lue comme une œuvre atemporelle de spiritualité et de doctrine. Elle contribue à montrer comment l'institution ecclésiastique s'est développée à l'instar de l'institution sociale. Mais, en vertu du parti pris de l'auteur, elle constitue un systèmeclos : comment ne pas retrouver à l'issue de la lecture le modèle qui a été utilisé pour le déchiffrement ? Elle réduit tout à ce modèle, au risque de gauchir la pensée de Cyprien et de déformer la réalité. La controverse

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pénitentielle est minimisée. La disciplina perd sa dimension morale et spirituelle : suivre la discipline et écouter la parole de Dieu, c'est montrer de la déférence pour l'évêque patronus et lui confier le contrôle des ressources matérielles et spirituelles de la communauté ; les vertus évangéliques de douceur et de paix ne désignent plus que l'obéissance à l'évêque. Autre gauchissement très net : le rôle de l'apostasie dans l'affaiblissement du clergé et de la communauté est occulté ; seule compte la déloyauté ou la fidélité à l'égard de Cyprien, et C. A. B. en vient parfois à comprendre les mots lapsi et stantes dans cette dernière perspective. L'interprétation de la première partie de la Vita Cypriani (p. 93 et sqq.) nous paraît également faussée par la thèse adoptée : C. A. B. veut y trouver la preuve que Cyprien a été porté d'emblée à l'épiscopat alors qu'il était encore néophyte. Il pense que le biographe consacre cette partie de son œuvre àjustifier une élection contraire à l'enseignement de Paul (/ Tim. 3) et à la tradition. Mais cette interprétation ne tient compte ni de la composition d'ensemble, qui distingue des étapes dans la vie de Cyprien avant l'épiscopat, ni du contexte immédiat de l'allusion à / Tim. 3, 6 (baptême de l'eunuque par Philippe : Vita 3, 1) ; cette allusion semble bien s'appliquer au baptême de Cyprien, et non à sa désignation épiscopale (voir commentaire ad loc. de A. A. R. Bastiaensen dans son édition, Vite dei Santi, 3, 1975). S. D. 47. BOBERTZ (Charles Arnold), The Historical Context ofCyprians «De unitate» — The Journal ofTheological Studies, N. S., 41, 1990, p. 107-111. L'auteur reprend le débat, épineux et probablement insoluble, sur la finalité du De unitate. Il veut montrer que ce traité ne s'adresse qu'à la communauté de Carthage {carissimifratres) et ne vise en aucune manière Novatien, mais seulement le parti, opposé à l'évêque, de Félicissimus et Novat. Son argumentation n'est pas plus convaincante que celle de ses prédécesseurs. Elle repose tout d'abord sur des rapprochements entre l'opuscule (notamment son ch. 10), et des lettres relatives au schisme carthaginois (notamment epist. 45, 1). Or, en opérant d'autres rapprochements, G. W. Clarke (The Letters ofSt. Cyprian ofCarthage, vol. 2, 1984, ACW 44, p. 302) montre que le ch. 10 convient précisément à décrire la querelle entre les partisans de Corneille et ceux de Novatien, avant le schisme. De notre côté, tout en respectant la fourchette chronologique actuellement admise pour la composition du traité, nous avons montré naguère l'étroite parenté entre le De unitate et la Lettre 55, postérieure au traité et au schisme (Gentiles viae. Cyprien, Lettre 55, 17, 2, dans RÉAug 23, 1977, p. 233, n. 58). La prudence de Clarke, qui refuse de conclure, est donc de rigueur. En second lieu, C. A. B. est guidé par le présupposé étroitement historique et sociologique qu'il expose dans sa thèse (voir ci-dessus, n° 46) : patronus de l'Église de Carthage, Cyprien a pour unique but de renforcer son autorité et de souder sa communauté autour de lui. Mais à vouloir faire des traités de Cyprien des œuvres de pure circonstance, «excluant le souci de toute audience extérieure» (p. 109), on risque de passer à côté de leur signification. Même si le De unitate s'adresse d'abord aux fidèles de Carthage, il vise sûrement, au-delà des carissimifratres de cette communauté, ceux du monde entier, et ce n'est pas seulement pour information que Cyprien l'envoie à Rome, mais pour faire connaître sa doctrine ecclésiologique. Celle-ci vaut pour l"Eglise universelle comme pour les Églises locales, à commencer bien entendu par celle de Carthage. C'est en raison de sa portée générale que nous continuons à penser, à la suite de M. Bévenot, mais sans pouvoir autrement le démontrer, qu'il a fallu le schisme de Novatien pour porter à son achèvement une réflexion provoquée déjà par la querelle romaine antérieure au schisme et l'opposition des prêtres factieux de Carthage. S. D. 48. MONTGOMERY (Hugo), Subordination or collegiality ? : St. Cyprian and the Roman See — Greek and Latin Studies in Memory of Cajus Fabricius, ed. by Sven-Tage TEODORSSON,

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Göteborg : Acta Universitatis Gothoburgensis, 1990, p. 41-54 (Studia Graeca et Latina Gothoburgensia, 54). La collégialité est au centre de l'ecclésiologie de Cyprien et elle commande sa conduite, tant en Afrique que dans ses relations avec les divers évêques qui se sont succédé à Rome pendant son épiscopat. H. M. rappelle l'histoire de ces relations et rapproche de Yamiciîia politique la collégialité telle que la conçoit et la pratique Cyprien. La version du ch. 4 du De unitaîe dite «Textus Receptus» (sans mention du siège de Pierre), si elle n'est pas la seule version authentique, a donc bien dû être rédigée, comme l'a soutenu M. Bévenot, pour remplacer la version dite «Primatus Textus», au moment où Etienne affirmait, contre la collégialité, la primauté de Rome fondée sur la chaire de Pierre. S. D. 49. STRAW (Carole E.), Cyprian and Mt 5 : 45 : the Evolution of Christian Patronage — Studia Patristica, vol. XVIII, 3 (cf. n° 10), 1989, p. 329-339. L'auteur adopte une perspective un peu différente de celle de Bobertz (voir ci-dessus, n° 46 et 47), bien qu'elle s'inspire de la même analyse sociologique. Selon elle, Cyprien condamne le modèle antique du patronat comme destructeur de la société. Au patron avide d'argent, d'honneur et de pouvoir, méprisant le pauvre et vendant sajustice, tel qu'il le dépeint dans YAd Donatum, il substitue un patron inspiré par l'absolue perfection d'un Dieu dont la générosité surabonde - il en a fait personnellement l'expérience par son baptême - et qui ne fait acception de personne, dispensant gratuitement soleil et pluie aux justes et aux injustes (Matth. 5, 45). Chaque chrétien doit être ce patron nouveau, dans une société nouvelle, unie par la charité et structurée selon une 'hiérarchie de générosité'. Désigné par Dieu, l'évêque est au sommet ; il est le 'centre de redistribution' des richesses matérielles et spirituelles de sa communauté, avec laquelle il s'identifie. & D. 5 0 . MORESCHINI (Claudio), Aspetti della dottrina del martirio in Tertulliano — Compostellanum, 35, 1990, p. 353-368. Revue des conceptions martyrologiques de Tertullien, de Mart à Fug. Elle aboutit à nuancer la critique de H. von Campenhausen qui leur a reproché d'être exclusivement légalistes. Une telle critique s'appuie sur Scor, dont il faut prendre en compte qu'elle est une œuvre polémique, dirigée contre des gnostiques contempteurs du Dieu de l'A. T. A la suite du Père Orbe, C. M. restitue le climat de la controverse qui oppose l'Africain aux Valentiniens et à leur idéologie incompatible avec une 'confession ici-bas'. L'exégèse de Matth. 10, 32-33 est éclairée par la comparaison avec celle d'Héracléon, conservée par Clément, Strom. 4, 9, 71 s. (sur cette question, voir maintenant l'édition de G. Azzali Bernardelli, signalée supra n° 3, aux p. 21-26 et 264-265). Sans doute le légalisme de Tertullien est-il indéniable, mais sa conception du martyre n'est pas plus étroite que celle des apologètes grecs du Ile siècle. Ce que C. M., en revanche, est porté à admettre, c'est l'absence d'une dimension ecclésiale dans la doctrine martyrologique de Tertullien. - Sur ce dernier point, toutefois, voir les observations de G. Azzali Bernardelli dans Ecclesiae sanguis (cf. Chron. Tert. 1987, n° 35), p. 1127-1155. R. B. 51. TuRCAN (Marie), Êtrefemme selon Tertullien — Vita Latina, 119, septembre 1990, p. 15-21. Étude menée avec brio et pertinence sur un sujet qui fait couler beaucoup d'encre. M. T. montre bien que, en dépit des apparences, Tertullien conçoit pour la femme, et lui propose, l'idéal le plus élevé qui soit, même si c'est aux dépens de sa féminité : la sainteté. J.-C. F.

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52. DEVOTI (Domenico), All'origine dell'onirologia cristiana (con particolare riferimento a Tert., de an. 45-49)-Augustinianum, 29, 1989, p. 31-53. Après avoir rappelé l'importance des songes dans la mentalité antique et dans l'Ecriture, D. D. analyse le développement que leur consacre Tertullien dans An 45-49, «la première réflexion systématique chrétienne» (p. 41) surle sujet. Quelques indécisions surl'extase s'expliqueraient par le fait que Tertullien n'est pas encore véritablement montaniste au moment où il écrit ce traité. J.-C. F. 53. ANSELMETTO (Claudio), Rivelazioneprivata e tradizione nell'epistolario di Cipriano — Augustinianum, 30, 1990, p. 279-312. Pendant longtemps on a considéré avec suspicion les songes et visions rapportés par saint Cyprien dans sa correspondance : les uns (Harnack) ont dénoncé le machiavélisme de l'évêque, recourant à ce moyen pourjustifier son exil ou renforcer son autorité (réfutation minutieuse p. 282-290) ; les autres (d'Alès) ont essayé de minimiser ou d'excuser le mysticisme de Cyprien. Il faut attendre le milieu de notre siècle pour trouver des études abordant les révélations privées dans une tout autre perspective ; parmi les travaux qu'il mentionne, C. A. accorde une place privilégiée au livre de M. Dulaey, Le rêve dans la vie et la pensée de saint Augustin (Paris, 1973), et s'en inspire. Ce bilan critique est suivi de quelques observations pertinentes. S'appuyant sur le travail de Devoti analysé ci-dessus (n° 52), C. A. montre que la pratique de Cyprien s'enracine dans la tradition ecclésiale africaine, attestée aussi par Tertullien et les Passions africaines, et demeurée vivace malgré la lutte contre le montanisme. Les révélations personnelles dont bénéficie Cyprien sont toujours subordonnées à la Révélation et habitées par la Parole (Cyprien use des mêmes termes pour présenter les préceptes divins et les avertissements reçus en songe) ; elles n'y ajoutent rien, mais permettent de savoir que les textes scripturaires s'appliquent aux circonstances présentes. Elles peuvent être accordées à tous ceux qui demeurent dans l'Église, mais elles jouent un grand rôle dans l'exercice de la fonction épiscopale, notamment pour l'enseignement pastoral : elles confèrent un caractère dramatique et prophétique à cet enseignement. S. D. 54. NTEDIKA KONDE, La théologie du ministère dans les lettres 1 et 3 delacorrespondance de saint Cyprien — Revue africaine de Théologie, 12, 1988 [23-24, avril-octobre], p. 79-98. Pour aider les chrétiens d'aujourd'hui à réfléchir sur les ministères, l'auteur donne - sans vraiment les discuter ni discuter les études qui leur ont été consacrées -, les informations contenues dans les lettres 1 et 3 de Cyprien sur la fonction presbytérale et la hiérarchie cléricale. S. D.

HÉRÉSIES
55. HOFFMANN (R. Joseph), Women in the Marcionite Churches ofthe Second Century : An Enquiry into the Provenance ofRomans 16 — Studia Patristica, vol. XVIII, 3 (cf. n° 10), 1989,p. 161-171. Quand il stigmatisait le rôle des femmes dans la liturgie et l'enseignement des communautés hérétiques (Praes 41, 5 ; Virg 9, 1 ; Marc V, 8, 11-12), Tertullien avait en vue non des conventicules gnostiques, mais les églises marcionites. Il représentait le point d'aboutissement d'une tendance antiféministe ignorée du paulinisme ancien, mais qui avait commencé à s'affirmer avec l'auteur des Epîtres Pastorales (cf. / Tim. 2, 11-15). Mais une fois passé au

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montanisme, i1 est revenu sur son attitude d'hostilité à cause de la place tenue par Prisca et Maximilla dans la Nouvelle Prophétie (Prax 1, 5). Les églises marcionites avaient maintenu la structure accueillante aux femmes du paulinisme primitif ; celui-ci s'exprime en / Cor. 11, 5 (tandis que / Cor. 14, 34 serait une interpolation antimarcionite) et en Rom. 16 qu'on doit même considérer comme venant de Marcion, avec sa longue liste de femmes ministres et sa doxologie finale sur le «mystère enveloppé de silence» (toutefois le v. 26 est une interpolation orthodoxe). - Pour ne rien dire, ceci n'étant pas de notre ressort, de toutes les vues professées sur le corpus paulinien (paulinisme ancien opposé au pseudo-paulinisme réactionnaire des Pastorales), on fera observer qu'on aurait pu mieux saisir le comportement de Tertullien en distinguant la participation des femmes à la liturgie et la réception par elles des dons de l'Esprit, seule en cause en Prax 1, 5 (comme en An 9, 4 non cité). D'autre part, l'Africain est déjà montaniste quand il parle avec sévérité, en Marc V, 8, 11-12, des femmes marcionites. On ne saurait donc affirmer qu'il 'se convertit' à la pratique de l'église marcionite (p. 165). Sûrement il ne percevait pas la restitutio Christianismi de Montan comme pareille à celle qui, aux yeux de R. J. H., caractérise le marcionisme. R. B. 56. MAY (Gerhard), Marcion in contemporary views : results and open questions — The SecondCentury, 6, 1988,p. 129-151. Partant d'un constat déjà formulé à propos du récent livre de R. J. Hoffmann (cf. Chron. Tert. 1987, n° 32), G. M. réexamine l'ouvrage classique - et non remplacé - d'Harnack pour lui apporter les corrections et mises au point nécessitées par les progrès de la recherche. Par une démarche prudente, modèle de méthode, il aboutit à dessiner un portrait renouvelé de l'hérétique : gnostique ouvert à la philosophie et dont le biblisme, comme l'œuvre philologique, est subordonné à des présupposés dogmatiques. - Ce qu'on retiendra ici, c'est que, de ce réexamen, le témoignage de Tertullien sort renforcé. C'est lui qui reflète, face à YAdu. omnes haereses, Épiphane, Philastrius, la tradition la meilleure concernant la vie et l'activité de Marcion (p. 134-137). Comparée aux autres images de la doctrine marcionite qu'ont laissées Justin, Irénée, Clément, Éphrem (p. 137-143), celle qu'on tire de l'Africain, focalisée sur la séparation radicale de la Loi et de l'Évangile, paraît la plus approchante, même si G. M. la dit influencée par la tournure d'esprit du polémiste (p. 140-141). Il nous semble en tout cas notable que G. M. ait vu dans ce goût pour les ruptures la caractéristique de la pensée de Marcion qui, faite d'un «mouvement en alternatives et contrastes radicaux», assure son originalité dans la théologie du Ile siècle, où la tendance générale était vers l'unité, l'harmonie, lacontinuite(p. 147). R. B. 57. HOFFMANN (R. Joseph), How then know this troublous teacher ? Further reflections on Marcion and his church —The Second Century, 6, 1988, p. 173-191. Son ouvrage sur Marcion ayant subi les feux croisés de la critique (cf. Chron. Tert. 1987, n° 31-32-33), R. J. H. revient ici sur son travail. Après avoir souligné (p. 180) qu'il s'agit d'un 'essai', ne visant pas à atteindre des conclusions fermes, il n'en maintient pas moins, dans les 'propositions' qui suivent (p. 182-188), l'essentiel de ses vues révolutionnaires sur celui qui aurait été, non un gnostique, mais un paulinien radicaliste, et aurait joué un rôle décisif dans l'histoiredesÉglisesd'Asiemineure. R. B.

LITURGIE
58. CROUZEL (Henri), Le baptême selon les Pères anténicéens — Compostellanum, 35, 1990,p. 181-205.

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Synthèse claire, détaillée, références (textuelles plus que bibliographiques) à l'appui, mais assez peu problématique de nos connaissances sur le baptême avant Nicée. H. C. centre son exposé sur quatre points : 1) Les effets du baptême : rémission des péchés ; naissance à une vie nouvelle. 2) Les différents baptêmes : baptême donné par Jean le Baptiste ; baptême de Jésus par Jean ; baptême donné et reçu par les disciples de Jésus ; baptême d'Esprit (confirmation) ; baptême de sang (martyre) ; baptême de feu (Purgatoire). 3) Liturgie et symbolismes du baptême. 4) Questions diverses : baptême des petits enfants, des hérétiques, pour les morts (c'est-à-dire, semble-t-il, réception du baptême pour assurer le salut d'un défunt non baptisé). On pourrait sans doute discuter quelques affirmations : la description de l'Eucharistie dans Justin, IIApol. montre qu'il est difficile de parler, sans nuances, de la 'discipline de l'arcane', puisque l'apologiste s'adresse aux païens (p. 183) - Peut-on dire que Tertullien a une 'doctrine' du Purgatoire (p. 194) ? - Le problème de la validité du baptême des hérétiques est trop rapidement traité, sans même que soit cité le nom de Novatien (p. 202-203) - On regrette aussi que l'auteur ait volontairement exclu de cette présentation ce que nous savons par les textes de Nag Hammadi du baptême en milieu gnostique. J.-C. F.

SURVIE
59. TlBlLETTI (Carlo), Tertulliano, Lerino e la teologia provenzale — Augustinianum, 30, 1990, p. 45-61. Monastère de doctes, Lérins a accordé une considération particulière à Tertullien. Le Trecensis remonterait à ce milieu. Vincent s'est inspiré de Praes pour écrire son Commonitorium où il élabore une doctrine de la tradition ecclésiastique et de la succession apostolique. Mais ce que, à travers les témoignages de Cassien et de Faustus de Riez, C. T. veut surtout retrouver, c'est le climat théologique de ce foyer 'semi-pélagien' : la doctrine de l'Africain du bonum naturale qui est celui de l'âme naturaliter christiana - obscurci, mais non détruit par le péché (cf. p. 51-53 qui citent et analysent Apol 17, 5 et An 52, 2 et 41, 1-3) - y a servi à contrebalancer les excès perçus de la théologie augustinienne de la grâce. TeI est l'objet de Faustus dans son De gratia. D'autre part, cette même conception de l'âme, que C. T. explique chez Tertullien par des contacts avec la pensée asiate (p. 53), est présente chez des Orientaux comme Grégoire de Nysse et Jean Chrysostome qui ont influencé également les Lériniens. - Signalons que C. T. vient de consacrer à ces derniers un opuscule (Pagine monasticheprovenzali. Il monachesimo nella Gallia del quinto secolo, Roma : Boria, 1990, 195 p.) : une introduction détaillée sur leur anthropologie et leur conception de la grâce analyse les influences qu'ils ont subies (pour Tertullien p.17-20) ; suit, en traduction, un choix de textes de Cassien, Valérien et Faustus. R. B. 60. MATHESON (Peter), Thomas Müntzer's Marginal Comments on Tertullian — The Journal ofTheological Studies, N. S., 41, 1990, p. 76-90. Le réformateur «révolutionnaire» Thomas Miintzer, exécuté le 14 mai 1525 pour la part qu'il avait prise à la guerre des paysans, suscite de nos jours un vif intérêt, comme suffirait à le prouver le compte rendu de quatre ouvrages récents dans le Times Literary Supplement du 14 septembre 1990 (p. 983). L'un d'eux est la traduction anglaise des œuvres de Miintzer par l'auteur de cet article, qui utilise un document fort intéressant. On a en effet la chance d'avoir conservé l'édition princeps de Tertullien annotée par le réformateur (Dresde, Sächsische Landesbibliothek, Mscr. App. 747). Elle avait déjà été étudiée (cf. Chron. Tert. 1977, n° 34), et elle vient d'être abondamment exploitée dans le recueil Der Theologe Thomas Miintzer. Untersuchungen zu seiner Entwicklung und Lehre, hrsg. von S. Bräuer und H. Junghans,

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Berlin, 1989, qui a même choisi pour illustrer sa jacquette la reproduction de deux de ses pages. Le travail qui s'impose, ce serait d'établir une édition critique de ces notes marginales. P. M. en est conscient, mais il ne nous donne ici qu'une dissertation sur la théologie de Miintzer à partir de ces annotations. Il en publie une bonne part, mais sans citer les textes de Tertullien ou de Beatus Rhenanus qui les ont provoquées. Les références sont peu précises, au mieux l'œuvre de Tertullien et la page de l'édition princeps, jamais les références habituelles aujourd'hui. On reconnaît toutefois des expressions (p. 83, n. 78 «lucifuge scripturarum» = Res 47, 17) ou des citations (p. 88, n. 126 «stulta elegit deus ut confundat sapientes» = / Cor 1, 27 [Carn 4, 5]) empruntées littéralement à notre auteur. De même, si Miintzer note au début d'Herm «philosophi sunt patriarchae hereticorum», c'est qu'il a pris l'expression un peu plus loin en Herm 8, 3, où Rhenanus imprime en capitales ET HAERETICORUM PATRIARCHAE PHDJ3SOPHI (une étude de l'emploi des capitales dans l'édition princeps aurait permis de mieux comprendre celui qu'en fait Miintzer). On peut se demander si de telles citations témoignent d'une pensée originale et construite : la synthèse habilement présentée par P. M. aurait gagné à reposer sur un travail philologique. On est de plus surpris par certaines formes ou lectures, comme p. 76, n. 3 «suscitabuntar» ; p. 77, n. 5 «scatet mendis Tertulliam» ; p. 79, n. 29 «Romana ecclesia omnia bona scismata fecit» ; p. 82, n. 61 «Versus Hermogenem» ; p. 89,1. 33 «loquunt». P. P. 61. DASSMANN (Ernst), «Tam Ambrosius quam Cyprianus» (c. IuL imp. 4, 112). Augustins Helfer im pelagianischen Streit — Oecumenica et Patristica. Festschrift W. Schneemelcher, hrsg. von D. PAPANDREAOU, W. A. BiENERT, R. ScHAEFERDiEK, Stuttgart - Chambésy - Genf : Metropolie der Schweiz, 1989, p. 259-268. L'A. distingue trois utilisations d'Ambroise et de Cyprien par Augustin dans sa controverse contre Julien d'Éclane : 1) Augustin montre en eux les représentants privilégiés d'une Église unanime à condamner les pélagiens, en dépit de la prétention de ces derniers à se réclamer d'eux ; 2) dans son argumentation, il retient de ces deux auteurs seulement quelques passages qu'il juge caractéristiques et qu'il cite souvent ; 3) en se recommandant de Cyprien - antérieur au manichéisme - et d'Ambroise - hostile à cette hérésie -, il convainc Julien de mensonge lorsqu'ill'accused'êtremanichéen. S. D. 62. PETRUCCIONE (John), Prudentius' Portrait ofSt. Cyprian : An IdealizedBiography — Revue des Études Augustiniennes, 36, 1990, p. 225-241. Fine analyse de l'Hymne 13 du Péristéphanon, soutenue par une bonne connaissance de l'art de Prudence. Loin d'introduire maladroitement dans son hymne des éléments biographiques relatifs à Cyprien d'Antioche, le poète a probablement utilisé une biographie de Cyprien de Carthage qui comportait déjà ces éléments (peut-être une traduction latine de ÏOratio 24 de Grégoire de Nazianze). Mais surtout, il a voulu présenter l'évêque martyr comme un nouveau Paul, choisi par Dieu, en Occident, pour enseigner semblablement toutes les Nations. La cohérence de ce portrait idéalisé vient de rapprochements souvent subtils, bien à la manière de Prudence, entre Paul et Cyprien. Aux excès du jeune Paul dans la pratique du judaïsme répondent les excès du jeune Cyprien dans la pratique du paganisme (J. P. montre fort bien que l'immoralité et la magie du Cyprien de Prudence, avant sa conversion, sont celles qu'évoquent les élégiaques romains). La même soudaineté marque les deux conversions. Pour parfaire la ressemblance avec Paul, Prudence met Cyprien en prison et lui prête le même désir d'être rapidement délivré des liens du corps et de voir ses fidèles l'imiter. Ce faisant, Prudence incarne poétiquement une tradition déjà attestée chez Grégoire de Nazianze et Augustin. De même qu'Augustin {serm. 312, 2) cite, pour étayer l'analogie entre les deux saints, un passage

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d'inspiration paulinienne de YAd Donatum, de même Prudence utilise, dans le même but, la lettre 76 de Cyprien, également dépendante de Paul. S. D.

RÉIMPRESSIONS
63. PERLER (Othmar), Sapientia et caritas. Gesammelte Aufsätze zum 90. Geburtstag, hrsg. von Dirk VAN DAMME und Otto WERMELiNGER, Freiburg Schweiz : Universitätsverlag, 1990, XIV-632 p. (Paradosis. Beiträge zur Geschichte der altchristlichen Literatur und Theologie, 29). La première section de ces opera minora est consacrée à Cyprien et contient la reproduction anastatique de quatre articles bien connus de Mgr Perler, qui fut de 1932 à 1971 professeur de patristique et d'archéologie chrétienne à l'Université de Fribourg : ils datent de 1936 et 1954, et concernent tous le De catholicae ecclesiae unitate. Les autres sections portent sur Ignace d'Antioche, Augustin, Méliton de Sardes et l'archéologie chrétienne. Une bibliographie de l'auteur et des index très détaillés ajoutent encore à l'utilité de ce beau volume. P. P. 64. MARTIN (Jochen), QuiNT (Barbara), éd., Christentum und antike Gesellschaft, Darmstadt : Wissenschaftliche Buchgesellschaft, 1990, VI-479 p. (Wege der Forschung, 649) On trouvera dans ce recueil, aux p. 318-357, la réimpression d'un article de Georg ScHÖLLGEN, Die Teilnahme der Christen am städtischen Leben in vorkonstantinischer Zeit. Tertullians Zeugnis für Karthago, tiré deRömische Quartalschrift, 77, 1982, p. 1-29 (cf. Chron. Tert. 1982, n° 31), mais les autres mémoires reproduits ont, eux aussi, très souvent recours à Tertullien, comme suffit à le montrer l'index s. v. (p. 479). P. P.

NOUVELLES
65. La Chron. Tert. 91 recensera, entre autres, l'édition de Marc II par R. BRAUN (SC 368) ; celle de Cast par H.-V. VEiT (Stuttgart : Teubner, 1990 ; Beiträge zur Altertumskunde, 2) ; la traduction italienne de Res due à C. MiCAELLi (Roma : Città Nuova, 1990) ; l'édition commentée, avec traduction allemande, du Carmen adversus Marcionitas due à Karla PoLLMANN (Göttingen : Vandenhoeck und Ruprecht ; Hypomnemata, 96) ; les articles rassemblés dans 1' Hommage à René Braun, tome 2, Autour de Tertullien (Nice : Publications de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Nice, n° 56, 1990 [paru en 1991]).

Revue des Études Augustiniennes, 38 (1992), 355-388

Chronica Tertullianea et Cyprianea 1991
Cette chronique continue et complète la Chronica Tertullianea parue dans la Revue des Études Augustiniennes depuis 1976 (productions de 1975). Elle a changé de nom et de domaine depuis 1986, et embrasse désormais toute la littérature latine chrétienne jusqu'à la mort de Cyprien. Les renvois se font toujours de la même façon : on a gardé l'abréviation Chron. Tert., qui est suivie de l'année recensée et du numéro du compte rendu. Cette année encore, nous avons bénéficié de l'aide d'amis fidèles. M. Pierre-Paul Corsetti et Mmes Carlotta Dionisotti et Karla Pollmann nous ont fourni de précieuses indications bibliographiques et la photocopie d'articles inaccessibles en France. Nous leur exprimons notre très vive gratitude.
René BRAUN — Simone DELÉANI — François DOLBEAU Jean-Claude FREDOUILLE — Pierre PETTTMENGIN

BIBLIOGRAPHIE
1. SANDERS (Gabriel), V A N UYTFANGHE (Marc), Bibliographie signalétique du latin des Chrétiens, Turnhout : Brepols, 1989, XII-188 p. (Corpus Christianorum, Lingua Patrum, 1). Sur le modèle de L'Année philologique, la présente bibliographie se divise en deux sections : Auteurs et textes (p. 3-131) et Généralités (p. 133-181), la seconde étant elle-même partagée en trois sous-sections : Langue, style, vocabulaire (p. 135-173), Littérature, culture, civilisation (p. 174-180) et Dictionnaires, glossaires, lexiques spécialisés (p. 181). Il y a un index des vocables latins, mais pas des auteurs modernes. On n'a pas tenu compte des éditions, malgré la part importante que certaines consacrent à des études de langue et de style (que l'on pense aux éditions de Tertullien dues aux savants hollandais), ou à des index du vocabulaire. Les dépouillements sont en principe exhaustifs jusqu'en 1985, puis plus aléatoires (l'avantpropos est daté de Noël 1988). Cette bibliographie rendra des services, mais pas tous ceux qu'on serait en droit d'attendre d'un livre paraissant sous le patronage prestigieux du Corpus Christianorum. Nous ferons des remarques de trois ordres, centrées sur Tertullien. 1. Les notices sont trop sommaires. Elles n'indiquent ni l'éditeur commercial, ce qui est dommage en tout cas pour les livres encore disponibles, ni la collection où est parue une

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monographie. Bien souvent les réimpressions ne sont pas signalées - l'article de Karl Holl, Tertullian als Schriftsteller (1897), sera pour certains plus accessible dans ses Gesammelte Schriften, t. 3, Der Westen, Tübingen, Mohr, 1928, p. 1-12 - ni les rééditions revues et augmentées : on doit bien sûr consulter le Deus Christianorum de René Braun dans sa nouvelle édition (Paris, Études Augustiniennes, 1977), passée de 644 à 738 pages. 2. Il n'y a pas de «valeur ajoutée» par de petits commentaires qui faciliteraient l'orientation du lecteur : p. ex. les auteurs auraient pu indiquer que l'article d'Henri Goelzer sur Le style de Tertullien, paru dans le Journal des Savants de 1907, est en fait un compte rendu du livre de Heinrich Hoppe, Syntax und Stil des Tertullian, paru quarre ans plus tôt. Bien plus, certaines notices semblent faites de seconde main ; sinon comment expliquer l'attribution (p. 150) de l'article d'André Labhardt sur Curiositas à la revue Missionalia Hispánica, alors qu'il est en fait paru dans le Museum Helveticum... 3. Les lacunes sont trop nombreuses. En ce qui concerne le seul Tertullien, pourquoi ne pas avoir signalé les études discutées en Chron. Tert. 1979, n os 4 et 5 ; 1980, n° 15 ; 1981, n° 4 ; 1983, nos 6_g e t io ; 1984, n os 8-9 ; 1985, n os 9 et 11, etc. ? Mme S. Deléani nous fait remarquer une omission de taille, la Concordance des traités de Cyprien (cf. Chron. Tert. 1986, n° 8). Il serait facile d'allonger cette liste. Au total donc un instrument de travail utile, mais qui aurait besoin d'une sérieuse révision. P. P.

ÉDITIONS
2. TERTULLIEN, Contre Marción. Tome II (livre II). Texte critique, traduction et notes par René BRAUN, Paris : Éditions du Cerf, 1991, 234 p. (Sources chrétiennes, 368). Le premier tome de l'édition monumentale de R. B. (cf. Chron. Tert. 1990, n° 2) contenait l'introduction aux livres I et II. On ne trouvera donc ici que le texte critique et la traduction annotée du livre II, ainsi que, en fin de volume, soixante notes critiques qui justifient l'établissement ou la traduction d'un texte souvent difficile, et neuf notes complémentaires qui sont autant de petites monographies consacrées à des problèmes de fond. Le texte est établi avec un grand soin, et une ingéniosité dont témoignent plusieurs conjectures brillantes (p. ex. 1,2 uel quia ; 3, 5 aeternitate ; malitiam ; 20, 3 tune uasa ista). La correction est presque parfaite ; on rétablira juste en 4,4 finxit hominem ; en 6, 7 pensaretur ei ; en 26, 1 non sciw/t. L'apparat, très clair, élimine certaines variantes propres à la tradition imprimée, comme 2,4 condicet : contradicet RBGel ; on les trouvera dans l'édition Moreschini. Quelques inexactitudes semblent malgré tout s'y être glissées. En 19,4 (44) non n'est pas omis par les éditeurs ; on rédigera donc ainsi l'unité critique : et MyR1 : unum ex ipsis R2R3. La leçon de Pamèle est en 10, 3 (36) Cherub posui te et en 17,1(1) ita. La lecture de l'exemplaire annoté par Saumaise (Paris, B. N., Rés. C. 300) confirme le peu d'intérêt que présente le Diuionensis pour le texte de ce traité. On y découvre en revanche que l'érudit bourguignon avait devancé Engelbrecht et Kroymann en proposant en 19,4 (44) «fonasse custodibit». S'il fallait suggérer quelques retouches au texte établi par R. B., elles porteraient surtout sur la ponctuation. Certaines modifications, minimes, faciliteraient la compréhension (en 5, 6 mettre une virgule après spondentis et supprimer celle avant signatus ; en 9, 2 mettre une virgule avant ut aurulam).- En 4, 6, la récapitulation finale «Agnosce igitur bonitatem dei nostri interim uel hucusque ex operibus bonis (cf. 1. 8-19), ex benedictionibus bonis (19-21), ex indulgentiis (27-37), ex prouidentiis (37-40), ex legibus (40-48) et praemonitionibus bonis et benignis (48-55)» invite à marquer une coupure plus nette à la ligne 37 : «... ecclesiam. Eadem

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bonitas etc.».- En 14, 1, la ponctuation «ecce, enim inquiunt, ipse se etc.» surprend, même si enim, à l'intérieur d'une citation, peut porter en fait sur le verbe qui l'introduit (Or 2, 5 : «ego enim, inquit, et Pater unum swnus» ; cf. TLL V2, c. 575,1. 16-25) ; ecce enim est en effet une tournure fréquente chez Tertullien ; cf. G. Thörnell, Studia Tertullianea, 4, Uppsala, 1926, p. 85.- En 20, 4, nous comprenons (avec Evans) «suum populum in tempore expeditionis angusto aliquo solatio tacitae compensationis expunxit». L'adjectif angustum (appliqué à beneficium chez Sénèque, Ben. 2, 28, 4) caractérise bien la maigre compensation de Juifs negantes compensation satis esse etc.; pour le rythme, cf. Apol 1,1: «uel occulta uia tacitarum litterarum».- En 26,1, nous lirions plutôt (toujours avec Evans) «Quod enim seit hoc deierans, uere non peierauit» ; cf. Cuit II, 11, 3 : «et tune uere non blasphemabunt nationes». Le texte établi repose sur une parfaite connaissance du vocabulaire et de la syntaxe de Tertullien, dont témoignent aussi des notes invariablement instructives. On relèvera en particulier le soin avec lequel R. B. signale hapax et néologismes ; peut-être valait-il aussi la peine de mettre en valeur arbitratrix (12, 3) et libellulus ( 1 , 1 ; terme de fausse modestie qui apparaît également en Nat I, 20, 14).- Lecteur assidu et avisé du TLL, l'éditeur n'hésite pas à le corriger à l'occasion, ainsi p. 200 où il rejette la conjecture inutile lateribus en défendant la leçon des manuscrits lateris (20, 2). Sans doute n'approuve-t-il pas davantage (il ne la cite même pas) la conjecture robustiores pour arbustiores en 29, 4 (TLL X2, c. 516,1. 56, s. u. praecuro). En revanche l'article inuestigabilis (TLL VII2, c. 166,1. 40ss) aurait dû le conduire aux deux études d'A. Labhardt, Inuestigabilis = ανεξιχνίαστο?, dans Hommages à Max Niedermann, Bruxelles, 1956, p. 199-205 et O. Hiltbrunner, Der Schluss von Tertulliano Schrift gegen Hermogenes, dans Vigiliae Christianae, 10, 1956, p. 215-228, qui démontrent que la traduction de Rom. 11, 33 άνεξιχνίαστον αί οδοί α-υτο-υ a été inuesûgabiles (avec in privatif) uiae eius ; en 2, 4, on n'acceptera donc pas les conjectures de Pamèle <in>inuestigabiles uiae eius et <in>inuestigabilia iudicia eius (Tertullien emploie le même mot pour rendre ανεξερεύνητα) ; de même en Marc V, 14,9. Les travaux des philologues Scandinaves ne sont pas très souvent cités. Ils auraient permis d'apporter des références pour des phénomènes relevés généralement, ainsi l'absence de démonstratif avant le relatif (p. 187 ; cf. E. Löfstedt, Kritische Bemerkungen zu Tertullians Apologeticum, Lund, 1918, p. 70, n. 1) ou l'asyndète A et Β, C (p. 185 ; cf. E. Löfstedt, Zur Sprache Tertullians, Lund, 1920, p. 29-31 ; G. Säflund, De pallio und die stilistische Entwicklung Tertullians, Lund, 1955, p. 80-81). Le texte transmis en 16,7 «patientiam propter non respicientes», défendu par R. Β. p. 195, l'était déjà par G. Thörnell, Studia Tertullianea, 2, Uppsala, 1921, p. 56, qui attirait l'attention sur l'expression dei respectus (Marc II, 19, 1 ; cf. Pat 14, 3). En deux autres passages, R. B. s'oppose, apparemmment sans le savoir, au même Thörnell (op. cit., p. 51-55) qui gardait le texte transmis en 7,4 «... acceperat. Ipse legi reus fuisset, cui obsequi noluisset, non ut legislator ipse fraudem legi suae faceret» (en faisant remarquer que la tournure non ut sert fréquemment à exclure une hypothèse fausse) et en 15, 3 «hoc itaque omnis prouidentia Dei censuit, quod iam audierat» (omnis = merus, absolutus). Le travail sur les citations et allusions bibliques mérite les plus grands éloges (on citera en exemple l'analyse de la citation de Ps. 117,9 faite p. 122, n. 1). Il ne reste que quelques détails à glaner.- 4, 5 «intellectus et scientiae capax» : l'alliance de mots vient d'/s. 40, 14 cité plus haut en 2, 4 uiam intellectus et scientiae (le grec a seulement όδον σ-υνέσεωζ) ; cf. Herrn 17, 1 ; 18, 1 : intellegentiae et scientiae- 8, 1 «flammam ignis» renvoie à Hébr. 1, 7 (τπ)ρο< φλόγα) plutôt qu'à Ps. 103, 4 (ττ-υρ φλέγον ; cf. Marc III, 9, 7 : ignem flagrantem).- 14, 1 «mortificans sed et uiuificans, humilians sed et sublimans» : la même séquence se trouve en I Sam. 2, 6-7.- 15, 3 «sanguis illius super capita nostra et filiorum nostrorum» : traduction (propre à Tertullien ?) de εφ' ήμας καΐ επι τα τέκνα ημών (Matth. 27, 25) ; version plus littérale en lud 8, 18 : cf. G. Säflund, op. cit., p. 139-140- 17, 2 «mauult misericordiam quam sacrificium» : si la source de cette formule fréquente (cf. 13, 5 ; IV, 10, 4, etc.) est bien Os. 6, 6 ελεο< θέλω καΐ co θΐ)σίαν, il convient de rappeler que ce verset est cité en

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Matth. 9, 13 et 12, 7.- 24, 3 «abundantissimi misericordiae et miserationis super agnoscentes ... delieta sua» : la iuncîura est biblique, comme le montre Marc V, 11, 1 «qui misericors et miserator et misericordiae plurimus dictus est» (cf. Joël 2,13 ; Ρ s. 102, 8). La traduction, excellente, apporte une aide constante au lecteur. On signalera quelques vétilles. Les mots arbitrii (5,7), eorundem (20, 2), destinans (24, 6) ne sont pas expressément traduits. Porro, introduisant la mineure d'un raisonnement syllogistique, pourrait être rendu par «or» en 9, 3 et 11, 4 comme il Test en 24, 1. En 26, 1, le terme «saugrenu» comporte une connotation que n'a pas uane (uane deierare : jurer en l'air, sans objet). Deux remarques plus importantes. Obsequium legis (5, 1) ne peut guère signifier «la désobéissance à la loi». En 10, 3 la traduction d'£z. 28, 12 «tu es resignaculum similitudinis» et son explication «qui scilicet integritatem imaginis et similitudinis resignaueris» posent problème. R. B. comprend (avec l'hébreu, le grec et la Vulgate) «tu es le sceau», «tu as scellé», mais pour Tertullien resignare a le sens de «ouvrir en rompant les sceaux» (cf. Apol 6,4 ob resignatos cellae uinariae lóculos ; Marc I, 28, 3 signât igitur hominem numquam apud se resignatwn). Jérôme avait déjà noté la difficulté, en faisant peut-être référence à notre texte (ce serait alors la seule allusion connue à Marc II dans la période patristique) : «in Latinis codicibus pro signáculo resignaculum legitur dum κακοζήλως uerbum e uerbo exprimens, qui interpretatus est iuxta Septuaginta translationem άττ ο σφράγισμα, resignaculum posuit - , unde quidem sic intelligunt, quod signaculum Dei etfiguramquae uelut in cera mollissima expressa sit, rex Tyri resignauerit atque perdiderit, ut pro signáculo fecerit resignaculum, nequáquam habens imaginem et similitudinem Dei...» (In Ez. 9, 28,11/19 ; CCL, 75, p. 391, 206-214) Il faudrait enfin faire l'éloge des notes historiques et théologiques, qui se lisent avec un intérêt soutenu, mais il vaut mieux conclure : dans l'ensemble comme dans le détail, on est comblé par ce travail et l'on attend avec impatience l'édition du livre III. P. P. 3. TERTULLIAN, De exhortatione castitatis : Ermahnung zur Keuschheit. Hrsg. und übers, von Hans-Veit FRIEDRICH, Stuttgart : Teubner, 1990, VIII-99 p. (Beiträge zur Altertumskunde, 2). Se voulant critique, cette édition ne comporte pas d'introduction historique et littéraire, ni de commentaire (on trouvera, ici ou là, quelques notes discontinues, dont la pertinence n'est pas toujours évidente). Le stemma proposé comporte des erreurs : sur la situation de R1 et R3 d'une part, de FVLX d'autre part. Entre l'édition récente de C. Moreschini, SC 319 (cf. Chron. Tert. 1985, n° 1) et celle-ci, nous avons relevé 70 loci dissimilitudinis : 1,4 Mor. p. 70, 19 monogamia Fried, p. 26, 19 -iae 1,5 70,21 postea 26,22 posthac 2, 1 70,3 sublatas 28,3 abl2,2 72, 14 producat 28, 13 -cit 2,3 72, 16 enim 30, 15 etiam 72, 19 tarnen nobis 30, 19 iam <in> nobis est uoluntas est uoluntas 72,21 30,21 de agnitionis arbore de arb. agn. dei 2,4 72,23 domini 30,23 <praesertim> q. quod 2,5 74,31 uoluntatis 32,32 -tati 74,32 ei de <de> dei deo 32,34 2,6 74,33 domino 74,35 putas 32,36 puta <bi> s 2,7 74,40 quod in te est, 32,42 an uelis, quia in

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74,41 3, 1 3,3 3,4 3,6 3,8 3,9 4,2 5, 1 5,2 76,2 76, 11 76, 16 78,34 80,47 82,55 82,8 86,2 86,3 88, 12 88, 12 an uelis subigat qualiter in manifesto sint perspiciendum est placita sibi ostendens possunt alio facit neque in2 in primordio posteritatis alioquin iam in unam camem. Tunc erunt 32,43 34,5 36, 15 36,20 40,39 42,52 42,60 46,8 50,2 50,3 52, 11 52, 12 te est, ut uelis subiungat qualiter <sint> in manifestis intus inspiciendum sibi placita -dendo -sint [ab alio] facit <alio> neque ab initio -tati alioquin quoniam in unam camem <sed plures, unae non erunt nuptiae ; nam duo in unam carnem> tunc erunt <cum> pluribus futuri alicuius propagasiluerit dentem in humanas -gannir quos excipit sanctificatus a deo de sua fide iustificabuntur -gantur bonum. Et idem uülitatem t primam quis...quis -sequatur quasi speciem stupri t affine Interim ipse inquis constant pro<bro> quo et stuprum -tiam reuocmaritos incontinentiae Renuntiemus tandem

'

6, 1 6,2 6,3 7,2

88,2 88,4 90, 17 90,20 90,22 90,24 92, 12 92, 14 92, 19 92,21 92,23 94,36 94,2 96,7 96, 10 96, 13 96, 14 98,2 98,9 98, 11 100,24 100,25

7,3 7,4 7,6 8, 1 8,2

9, 1 9,2 9,4

pluribus alicuius futuri prorogationis silua erat et dentem humanas alleguntur cum quibus non liceat excipit. sanctificatus. Adeo fide sua iustificantur alleguntur bonum est. Idem salutem primam qui...qui obsequeretur quam species stupri affine Ipse inquit constant quod

54, 1 54,4 56, 16 56,20 56,22 56,23 58, 11 58, 13 60, 19 60,23 60,24 62,37 64, 1 64,7 64, 12 64, 14 64, 15 66,2 66,8 68, 11 70,25 70,26

9,5 10, 1

100,32 102, 38 102, 42 102, 1

indulgentia prouocandis maritos et incontinentes Renuntiemus

70,33 72,39 72,42 74,1

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10,2 104, 16

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quotidie necessaria postquam est quia et enim concordat rubor et inter cetera bonae mentis comminuendas non et nos de tua conscientia 76, 15 76, 16

Si quotidie necessaria est 104, 17 quae 76, 17 sit 104, 23 78,24 quia 10,4 106, 32 80,32 10,5 enim t concordat 82,3 iste rubor 106, 1 11, 1 82,12 et inter cetera t 106, 10 11,2 fronte ne mentis 84,5 communicandas 108,5 12, 1 108,9 84,9 nonne et nos 88,33 110,33 12,5 de tua t conscientia 88,36 110,36 ilio tempore in ilio tempore 112,5 13, 1 92,4 honoratur oneratur 94, 16 114, 16 13,2 ApoUinis apud ApoUinis apud Delphos et Mineruae et Delphos <et DiaDianae quibusdam locis nae> apud Ephesum et Mineruae quibusdam locis 114, 17 continentes uiros 94, 18 continentiae uiros 116,32 13,3 quanto maius 96,31 quia maius 116,34 ob quod emori malis 96,33 id t quod amori malis 98,36 116,36 13,4 -erunt restituere On constate que H. V. F. est beaucoup plus critique que C. Moreschini à l'égard de la tradition. D'autre part, dans un tiers des cas environ, les divergences entre les deux éditeurs reflètent des divergences dans l'appréciation de la langue et du style de Tertullien. Enfin, sur le passage difficile de 7, 3, cf. Chron. Terî. 1991, n° 20. J.-C. F. 4. Das «Carmen aduersus Marcionitas». Einleitung, Text, Übersetzung und Kommentar von Κ ARLA POLLMANN, Göttingen : Vandenhoeck und Ruprecht, 1991, [VIII-] 222 p. (Hypomnemata, 96). Ce poème (= CM) de 1302 hexamètres, en cinq livres qui n'ont qu'une ressemblance extérieure avec ceux de Marc, a été édité pour la première fois en 1564 par G. Fabricius, sous le titre Q. Septimii Florenîis Tertulliani presbyteri Carthaginiensis aduersus Marcionem, d'après un ms. disparu depuis. A partir de l'édition de J. de Pamèle (1583/4), il a pris place parmi les œuvres de Tertullien. Mais Rigault, en 1634, prononça un verdict d'inauthenticité qui fut définitif et le fit passer parmi les spuria. Réputé dès lors d'auteur incertain ou inconnu, il continua de susciter l'intérêt des philologues. En 1954, il fut édité par R. Willems dans le CC (t. II, p. 1419-1454). Dans le travail solide et bien documenté que K. P. lui consacre - et qui a été présenté comme thèse à l'Université de Bochum -, l'éditrice prend position sur les divers problèmes qu'il soulève. Comme titre, elle admet aduersus Marcionitas pour des raisons pratiques (accord avec plusieurs indications du poème). Une bonne partie de la copieuse introduction vise à élucider le problème de la date : CM a été diversement situé, du IIIe au VIe siècle ! Par l'étude des particularités métriques, prosodiques et stylistiques, K. P. est amenée à se prononcer pour la première moitié du Ve. Elle fait un pas de plus en décelant une influence d'Augustin sur CM 3, 1 s. et en voyant dans le Contra aduersarium legis etprophetarum, écrit par le même Augustin en 421,l'indice que la lutte contre le marcionisme pouvait avoir retrouvé alors quelque actualité. Avec prudence, elle propose comme date 420/450. C'est la même prudence qui lui fait refuser les localisations géographiques qu'on a envisagées jusqu'à elle

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(Afrique, Rome, Sud de la Gaule), comme aussi l'identification de l'auteur avec le Vicîorinus episcopus auquel Isidore de Seville (Vir. ill. 8) attribue un opusculwn en vers, «fort bref», écrit aduersus Marcionistas (sic !). Selon elle, l'auteur du CM est le représentant d'une poésie tardive, à préoccupations doctrinales et antihérétiques, qui a puisé largement dans la tradition (Irénée, Tertullien, Victorin de Pettau, Augustin), et qui écrivait, non sans recherche, pour le seul public des chrétiens cultivés. Pour l'établissement du texte, K. P. revient plusieurs fois au témoignage de Fabricius dont elle juge qu'on a exagéré la liberté à l'égard de son modèle. Elle nous paraît avoir raison en général : ainsi en 1, 27 et 72, en 2,156 (où l'ajout d'une parenthèse est bienvenu), en 4, 135. Mais en 4, 82 le rétablissement de libro. . . locuîus nous semble moins heureux que la correction libros. .. locutos des éditions précédentes : ni Deux. 32, 2 ni Eph. 5, 26, invoqués p. 179, n'apportent une justification suffisante pour comprendre libro au sens de «Schriftwort» et le texte est d'intelligence plus aisée s'il s'agit bien de l'aspersion des livres dont il est question aux vers 69/70. Si les corrections personnelles de l'éditrice toujours parfaitement admissibles, sont peu nombreuses (en 2, 22/21 pour une interversion des vers, en 5, 31 et 223), la lecture du texte a été, par elle, grandement améliorée, grâce à une ponctuation plus judicieuse. L'apparat scripturaire aussi est beaucoup plus riche que dans l'édition de Willems. Le latin de CM, diffìcile parce que trop concis, est bien explicité dans la traduction en regard. Le lecteur, qui serisqueraà découvrir ce texte un peu particulier, trouvera aussi une aide dans l'excellente analyse du contenu (p. 38-42), comme dans le commentaire suivi des p. 134-195. Que K. P. soit remerciée du soin attentif qu'elle a mis à éclairer tous les aspects de CM, et d'en avoir rendu la présentation plus accessible (numérotation continue des vers pour chaque livre). L'auteur du CM a évidemment subi l'influence de Tertullien : les concordances avec Marc sont relevées p. 46-47 et p. 49. On pourrait en trouver d'autres : en 1, 73, il paraît bien que l'enseignement de Marcion sur les deux Teres' s'inspire de Marc III, 15, 1; en 1, 115, que le rappel de Matth. 15, 14 provient de Marc III, 7, 1. Terminons par quelques observations de détail : en 1,3, nefas ne serait-il pas à comprendre comme l'expression exclamative habituelle au style épique, et à mettre entre parenthèses (comme en 1, 31 et 144) ? En 1, 16, impuniti n'est-il pas un lapsus pour impulit qu'on lit dans l'édition de J. de Pamèle comme dans celle de Willems (rien dans l'apparat) ? En 4, 18, la justification d'omnis, donnée p. 176, par rapprochement avec Marc II, 15, 3 n'est guère valable : Tertullien n'a pas prudenîia, mais prouidenîia, et omnis a paru suspect à plusieurs critiques (voir notre édition p. 192). En 5, 37, il faut lire succurrere. R. B. 5. RUGGIERO (Fabio), Atti dei martiri Scilitani. Introduzione, testo, traduzione, testimonianze e commento, Roma, 1991, 101 p. (Atti della Accademia Nazionale dei Lincei. Classe di scienze morali, storiche e filologiche. Memorie, Serie IX, voi. 1, fase. 2, p. 39-139). Première monographie entièrement consacrée aux Actes des Scillitains (BHL 7527). Le sous-titre détaille les grandes parties de l'ouvrage, qui renferme en outre une bibliographie et deux index. Pour la traduction grecque (p. 77-79), F. R. reproduit le texte qu'avait donné Robinson en 1891 ; l'original latin, en revanche, a été revu sur quatre mss et les éditions antérieures (p. 71-74). Le commentaire ne propose guère d'hypothèses nouvelles, mais dresse un bilan utile des questions débattues, en exploitant avec bon sens la littérature secondaire. L'A. ne revient pas sur le problème du nombre des martyrs, qu'il avait eu l'occasion de clore par un «non liquet» dans un travail précédent (cf. Chron. Tert. 1988, n° 30). La présentation et le classement des mss ne sont pas sans maladresses. Certaines cotes sont à rectifier : A = London, British Library, Add. 11880 ; Β = Wien, ÖNB, 377 (renvoi exact à la p. 70, mais on lit 337, p. 56) ; U = Paris, B. N., lat. 5306. La façon dont trois remaniements latins dérivent du texte primitif n'est ni clairement expliquée ni, à plus forte raison, démontrée. Pour le troisième (= Z), F. R. se contente de renvoyer à Baronius, un éditeur coutumier

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d'interpolations savantes, alors qu'il était aisé de collationner Roma, Bibl. Vallicelliana, t. X, f. 125v-126v, XIIe-XIIIe s. ; cette recension, bien qu'elle soit à l'évidence réécrite, est pourtant assez ancienne, puisqu'elle était déjà connue de Bède (cf. H. Quentin, Les martyrologes historiques du moyen âge, Paris, 1908, p. 89-90). Les principes de l'édition latine sont également discutables. Le texte de Robinson, qui fait aujourd'hui référence, est essentiellement fondé sur le témoignage de A (du IXe s.), que le savant anglais venait de découvrir. F. R. se montre, à l'égard de A, encore plus conservateur que son prédécesseur : choix sans doute erroné, qui revient à entériner les moindres lapsus d'un copiste carolingien. L'apparat critique est encombré de variantes factices (praebemus/prebemus, deum/Deum), mais ne mentionne qu'une fois Ζ (antérieur à Bède !) et deux fois le grec. Or on ne peut, semble-t-il, améliorer l'édition Robinson, qu'en tenant compte soit de la tradition indirecte, soit de l'accord entre le grec et les témoins autres que A. C'est ainsi qu'au § 8, la leçon de A : «huius dementiae», est isolée face à celle des mss BCDF : «furoris huius et dementiae», confirmée par le témoignage du grec (cf. Chron. Tert. 1988, n° 3) et d'au moins deux des trois remaniements latins. Soutenir, dans un cas comme celui-là, l'inerrance de A (alors que B, par exemple, a mieux préservé la date consulaire initiale), est une position indéfendable. Dans l'Afrique antique, les Actes des Scillitains étaient lus à la messe, le jour de leur fête. C'est pourquoi Augustin les évoque à plusieurs reprises dans sa prédication. F. R., qui reproduit ces divers passages, s'est embrouillé dans son système de références : p. 70 et 72, comprendre S. 37 au lieu de S. Lambot 37 ; p. 82 et 105, S. Lambot 9 (ou 299F) au lieu de S. 7 (Vil) de martyribus ; p. 123, supprimer l'équivalence établie entre S. Lambot 37 et S. 7 de martyribus. Le S. Lambot 9 pose du reste un problème délicat : Augustin y cite trois fois, comme venant d'être entendue, l'expression «uanitatis persuasio», alors qu'on lit «mala persuasio» dans tous les mss latins des Actes. F. R. estime que la citation augustinienne n'est pas textuelle et que le prédicateur a lui-même introduit la notion de uanitas, qui lui est chère (p. 105). Les citations des anciens sont, il est vrai, souvent approximatives, mais il est de règle de les tenir pour correctes en ce qui concerne le ou les mots qui les ont suscitées : or l'argumentation du S. Lambot 9 tourne précisément autour de cette «uanitatis persuasio». Comment Augustin aurait-il pu déformer une expression que l'assistance venait d'entendre ? Le texte des Actes, proclamé ce jour-là, incluait forcément le génitif uanitatis. On notera d'ailleurs que le grec (ετησφαλής πιθανότης) suppose aussi un modèle ne donnant pas «mala persuasio». Cela implique que les mss latins subsistants ne représentent pas toutes les formes de texte qui circulaient dans l'Antiquité. La leçon «uanitatis persuasio» est authentiquement de la fin du IVe ou du début du Ve s. ; il serait pourtant arbitraire de l'introduire de force dans une recension des Actes, qui émerge pour la première fois dans des légendiers du IXe. F. D.

TRADUCTIONS
6. TERTULLIANO, La prescrizione contro gli eretici. Dottrina, traduzione e appendice critica di Carlo TffiiLEin, Roma : Boria, 1991, 136 p. Dans cette collection destinée à un large public - déjà riche de plusieurs traités de Tertullien (cf. Chron. Tert. 1985, n° 5 et Chron. Tert. 1988, n° 4) et où il a lui-même traduit récemment les «pages» principales des «maîtres provençaux» (cf. Chron. Tert. 1990, n° 59) - C. T. donne aujourd'hui, en une présentation sobre et dense, la traduction de Praes. Aucune note, mais une substantielle introduction de 72 pages portant sur la 'doctrine'. L'œuvre est replacée dans l'ambiance religieuse du IIe siècle : combat de l'Église contre la gnose chrétienne (valentinisme, marcionisme), enjeux spirituels de ce combat. L'argumentation, ensuite, est

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analysée avec soin: les deux prescriptions du ch. 21, la réponse aux objections hérétiques des ch. 22 à 34. C. T. souligne combien, dès YAp, ont été solidaires et complémentaires Tune de l'autre les deux méthodes de réfutation de l'hérésie qui devaient être mises en œuvre par l'auteur tout au long de son activité doctrinale : la méthode 'générale', par l'argument abrégé de prescription, la méthode 'spéciale', par examen des doctrines adverses et des interprétations de l'Écriture. Il défend Tertullien d'avoir douté de la valeur et de l'efficacité de la première. Il montre les fins pratiques et, contre Stirnimann, l'intérêt théologique d'une preuve fondée sur l'apostolicité et la ratio îemporis, dont d'ailleurs l'ébauche se trouvait chez Irénée. Toutes ces analyses, qui nous paraissent justes, s'appuient essentiellement sur D. Michaélidès (Foi, Écritures et Tradition, Paris, 1969) ; mais on regrettera de ne trouver ni utilisé ni même cité le précieux chapitre sur praescriptio de la thèse de J.-C. Fredouille (1972). Une synopsis (p. 6371) résume le traité chapitre après chapitre. La traduction elle-même se fonde sur le texte de l'édition de F. Refoulé, qu'un appendice critique (p. 75-81) améliore par cinq corrections allant dans le sens de la cohérence terminologique ou de l'archaïsme du style ou de sa concision : 1, 1 (pronuntiabantur au lieu deprae- ) ; 4, 5 (lacessientes au lieu de lacessentes) ; 12,2 (qui seruus au lieu de quis s.) ; 15, 4 (haec au lieu de hae) ; 40, 2 (suppression de sunt ajouté sans raison valable). Devant ces minuties critiques, généralement justifiées, et qui témoignent d'une louable exigence, et après l'appréciation favorable dont les mss florentins Ν et F sont l'objet à la p. 80, on est en droit de se demander pourquoi C. T. ne s'est pas interrogé sur la forme exacte du titre. On sait que des variantes de recentiores attestent pour celui-ci un pluriel de praescriptionibus qui s'accorde parfaitement avec le contenu de l'œuvre : J.-C. Fredouille l'a défendu avec vigueur dans son livre rappelé ci-dessus. Rectifions aussi, pour finir, deux petites erreurs : p. 44, Marc V, 10, 1 n'anticipe pas le 'futur' Res, mais s'y réfère comme à un opusculum déjà publié, donc antérieur : p. 79 il faut lire a diabolo scilicet. R. B. 7. TERTULLIANO, La resurrezione dei morti. Traduzione, introduzione e note a cura di Claudio MICAELLI, Roma : Città nuova, 1990, 217 p. (Collana di testi patristici, 87). Le De resurrectione mortuorum a eu l'honneur de nombreuses traductions en notre siècle : en anglais par A. Souter (1922) et par E. Evans (1960), en français par M. Moreau (cf. Chron. Tert. 1980, n° 5), en italien par C. Moreschini (1974) et maintenant par C. M., qui a entrepris à cette occasion des recherches critiques sur le texte du traité (cf. Chron. Tert. 1989, n° 13). Le temps nous a manqué pour faire l'analyse approfondie que mérite sûrement ce nouveau travail de C. M. Il semble en tout cas remplir parfaitement la mission que s'est assignée la «Collana di testi patristici». Son introduction, à la fois claire et ferme (nous pensons notamment à la discussion du plan de l'œuvre), et sa traduction qui paraît d'une grande aisance donnent au public italien un accès aisé à l'un des traités majeurs du Carthaginois. On pourrait peut-être regretter l'absence de titres et de sous-titres, comme on en trouve dans la collection «Sources Chrétiennes», et l'importance donnée par la typographie à une division en chapitres qui ne date que de l'édition Pamèle (1583/84). P. P. 8. CARROLL (Scott T.), An early Church sermon against gambling (CPL 60) — The Second Century, 8, 1991, p. 83-95. C'était une bonne idée que de vouloir attirer l'attention sur le petit sermon De aleatoribus que les manuscrits attribuent à Cyprien. Il a fait l'objet d'un vif débat, il y a une centaine d'années, lorsque Harnack proposait d'y voir la plus ancienne œuvre conservée de la littérature chrétienne (TU 5, 1 ; 1888), alors que d'autres le plaçaient après Cyprien, car de très nombreux raprochements ne leur semblaient pouvoir s'expliquer que par des emprunts faits aux œuvres de l'évêque de Carthage. Plus récemment, dans Les origines du christianisme latin, Paris, 1978, p. 87-91, J. Daniélou s'est rallié à la position de Harnack en insistant sur le rigorisme du traité, peu concevable dans la seconde moitié du IIIe siècle, et sur la culture «archaïque» dont

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témoignent ses citations de la Bible, du Pasteur d'Hermas, d'un remaniement de la Didachè et de divers apocryphes juifs ou chrétiens. S. C. s'est contenté d'évoquer brièvement ces problèmes, et de donner une traduction anglaise du sermon. Malheureusement il ne dit pas quel texte il traduit, et comme on ne dispose pas encore d'une édition définitive, fondée sur la recensio de tous les témoins (M. Marin devrait la donner bientôt ; cf. Chron. Terî. 1983, n° 12), on éprouve vite un sentiment d'insécurité. Pourquoi ad nequiîiam (1,1) n'est-il pas traduit ? Pourquoi choisir en 2, 3 la leçon pro pecoribus domino alors que la source (Hermas, Sim. IX, 31, 5 : τψ δεσπότη το-υ πονμνίο-υ) milite clairement pour domino pecoris ? Extollentia (5, 3) signifie «orgueil» et non «wrath» ; in oráculo (5, 5) doit sans doute désigner le lieu de prière ; cf. TLL IX2, c. 871,1. 54-57, qui note tout de même «nisi de oratione». On ne comprend pas comment en 9,1 le texte standard (adopté en tout cas par Hartel, Harnack et Miodónski) deorbati diaboli caligine inuicem sibi manus inferunt peut aboutir à «the calamity is of the devil, in turn by him the hand sacrifices». On pourrait multiplier de telles remarques. Bref, si l'intention était bonne, la réalisation laisse à désirer. P. P. 9. BAUMEISTER (Theofried), Genèse et évolution de la théologie du martyre dans l'Église ancienne. Version française par Robert TOLCK, Berne, Berlin, etc. : Lang, 1991, XL-202 p. (Traditio Christiana, 8). [paraît, en même temps, en édition originale allemande : Genese und Entfaltung der altkirchlichen Theologie des Martyriums] Une soixantaine d'extraits (texte original et traduction), du Livre de Daniel à Sulpice Sévère, ont été choisis pour faire apparaître l'enracinement judaïque de la théologie chrétienne du martyre, et plus particulièrement l'influence de Maccabées II et IV. Notre domaine est représenté par Tert. Mart 1, 1 - 4, 4 et Fug 9, 4 ; Pass. Perp. 1, 1-6 et 4, 1-10 ; Min. Fel. Oct 36, 8 - 37, 6 ; Cypr. Fort 1-5. Les notes sont précises et heureusement topiques. J.-C. F.

PRÉSENTATIONS D'ENSEMBLE
10. BOSIO (Guido), DAL COVOLO (Enrico), MARITANO (Mario), Introduzione ai Padri della Chiesa. Secoli II e III, Torino : Società Editrice Internazionale, 1991, XLII-435 p. (Strumenti della «Corona Patrum», 2). [en partie neuf, en partie révision de G. Bosio, Introduzione ai Padri, 1.1, Torino : SEI, 19632 ; Minucius Felix, p. 65-79, par Igino GREGORIO (presentazione e bibliografia) et G. Bosio (traduzione e note) ; Tertullien, p. 80-176, par G. AZZALI BERNARDELLI ; Cyprien, p. 177-218, par Gaetano LETTIERI ; Novatien, p. 219-233, par I. GREGO ; longue bibliographie sur gnosticisme et hérésies] Cet ouvrage d'Introduction aux Pères grecs et latins des IIe et IIIe siècles s'apparente, par la conception de l'ensemble, à beaucoup de nos manuels de littérature «en usage dans les classes», en ce sens qu'il comprend une présentation de chaque auteur et de son œuvre, illustrée d'extraits (en traduction italienne). Mais, particulièrement par son appareil bibliographique, il s'adresse à un public d'étudiants avertis et fait penser par exemple, de ce point de vue, aux Tertullien de J. Tunnel ou de F. Ramorino. L'ouvrage s'ouvre par une très bonne bibliographie systématique sur le gnosticisme, l'hérésiologie et les différentes sectes hérétiques de ces deux siècles. Les Pères retenus sont Irénée, Hippolyte, Minucius Felix, Tertullien, Cyprien, Novatien, Clément d'Alexandrie, Origene. On ne nous dit pas explicitement les raisons d'un choix qui écarte Justin, Athénagore ou Théophile : sans doute parce qu'ils ne sont pas considérés comme «les premiers maîtres de la pensée chrétienne» (p. 1).

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Minucius (p. 65-79) est placé chronologiquement avant Tertullien, apparemment sans grande conviction (cf. p. 68 et ici même n° 12). Celui-ci (p. 80-176) a droit à un volume presque aussi important qu'Origene. La chronologie reproduit celle de R. Braun. L'œuvre est divisée en traités apologétiques, polémiques et théologiques, disciplinaires et parénétiques. On trouvera, dans l'ordre, des extraits plus ou moins longs d'Apol, Test, Scap, Praes, Carn, Res, Marc, Prax, Mart, Spec, Orat, Bapt, Paen, Vx, Pat, Cor, Scorp, Pud, Pal (en romain, les ouvrages dont la structure est indiquée). — P. 174, on omet de signaler que, depuis 1985, la présente Chronica a étendu son champ chronologique et fait appel à deux nouveaux collaborateurs ; l'édition-trad. de Cast (SC 319) n'est pas due à Ch. Munier ; p. 175, l'édition de Cor par J. Fontaine n'est pas publiée dans la CUF. De Cyprien (p. 177-218), sont donnés des extraits d'Vnit et Laps (les Lettres auraient sans doute mérité d'être représentées dans cette anthologie). P. 193, 1, le corpus de la Correspondance cyprianique comprend actuellement 82 lettres ; p. 218, 10, lire : A. Demetriano. De Novatien (p. 219-233), sont proposées plusieurs pages de Trin, précédées d'une présentation de son contenu. Trois index complètent ce manuel : citations bibliques, personnages historiques et écrivains antiques, auteurs médiévaux et modernes. Au total, ce livre nous a paru bien fait, sobre, allant à l'essentiel. J.-C. F.

11. HADOT (Jean), La formation du dogme chrétien des origines à la fin du IVe siècle, Charleroi : Centre universitaire, 1990 (Cahiers de la FOReL, 3). Les Cahiers 2 et 3 de la Faculté Ouverte Religions et Laïcité (FOReL) de Charleroi constituent une initiation à l'histoire doctrinale des premiers siècles chrétiens. J. H. sait faire entrer le lecteur, quelle que soit sa formation, dans le foisonnement des systèmes ; il insiste, non sans parti pris, sur le fait que la théologie chrétienne dite 'orthodoxe' s'est constituée tardivement, parmi ces systèmes. La part accordée aux œuvres de langue latine nous paraît un peu mince. Seul Tertullien a droit à un bref chapitre, «Tertullien disciple de Montan et premier théologien latin», sans référence bibliographique, dégageant bien son rôle dans la constitution et la formulation d'une théologie d'expression latine (p. 69-77). Trois observations : 1) l'attribution à Tertullien de la Passio Perpetuae (p. 72) n'est plus acceptée aujourd'hui : R. Braun l'a rejetée avec des arguments solides ; 2) des travaux récents ont permis de relativiser la part du juridisme dans la pensée de Tertullien ; 3) celui-ci n'a pas attendu d'être disciple de Montan pour élaborer sa théologie, comme le laisserait entendre le titre du chapitre. S.D. 12. TlBILETTI (Carlo), // problema della priorità Tertulliano-Minucio Felice — Autour de Tertullien. Hommage à René Braun, t. 2. Textes réunis par Jean GRANAROLO avec la collaboration de Michèle BIRAUD, Nice : Association des Publications de la Faculté des Lettres de Nice, 1991, p. 23-34 (Publications de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Nice, n° 56, 1990). Rouvrant le dossier de l'antériorité de Tertullien sur Minucius, l'auteur y verse une nouvelle pièce : l'argument du "témoignage de l'âme", cher au premier, reprend l'idée philosophique ancienne de consensus omnium, mais de façon originale, en déplaçant l'accent. Mais si, entre Apol 17 et Oct 18, l'analogie est patente, la formulation de Tertullien est irréductible à celle de Minucius. Ce dernier la lui emprunte, sans lui conserver l'intuition novatrice de son prédécesseur. J.-C. F.

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13. FREDOUILLE (Jean-Claude), Sur la genèse et la composition du «De cultufeminarum» de Tertullien —Vita Latina, 121, mars 1991, p. 37-42. J.-C. F. revient sur la question, souvent débattue, de l'unité de Cuit. En 1966, René Braun (Studia patristica 7, 1966, p. 133-142) formulait l'hypothèse que Tert. avait remployé un sermon pour en faire le second livre d'un traité plus vaste, qui en corrigeait les insuffisances. J.-C. F. montre d'une part qu'une disposition en chiasme structure fermement l'ensemble du traité et en souligne l'unité. D'autre part, il apporte un argument de poids à la thèse de l'autonomie initiale du livre IL II prouve en effet comment ce livre s'organise, de manière cohérente, en deux parties annoncées dès l'exorde (II, 1, 2) : 1) définition de la pudicitia Christiana et énoncé de préceptes théoriques, à partir d'un petit dossier scripturaire (II, 1-4) ; 2) applications pratiques (II, 5-10). Ce type de composition bipartite, fondé sur l'opposition habituelle entre les principes théoriques et les recommandations pratiques, n'est pas sans exemple dans la tradition parénétique païenne. S. D. 14. SANCHEZ MANZANO (Asunción), Forme et contenu du «De patientia» de Tertullien — Vita Latina, 122, juin 1991, p. 32-38. L'auteur veut montrer l'importance qu'accorde Tertullien au numerus de ses phrases et de ses périodes dans Pat et, pour ce faire, commente chapitre après chapitre le choix des clausules. Ce commentaire, à la fois bien formel et insuffisamment technique, est de toute manière desservi par sa présentation discursive. J.-C. F. 15. AzZALI BERNARDELLI (Giovanna), De quaestionibus confessionum alibi docebimus (Tertulliano, Cor. 1, 5) — Autour de Tertullien. Hommage à René Braun, t. 2 (cf. n° 12), p. 51-84. L'auteur développe ici le point de vue qu'il s'était contenté de suggérer dans son édition de Scorp (cf. Chron. Tert. 1990, n° 3). Une analyse approfondie de dix passages voisins par les thèmes dans Cor, Fug et Scorp conduit G. A. B. à considérer la formule de Cor 1, 5 comme une annonce véritable et à proposer la séquence chronologique Cor-Scorp-Fug. L'A. rejoint ainsi, en s'appuyant sur d'autres bases, ce que nous avions suggéré en étudiant l'approfondissement progressif par Tertullien de sa conception de la patience. J.-C. F. 16. Rizzi (Marco), «Iustitia» e «Veritas» : Γ «exordium» degli scritti apologetici di Giustino, Atenagora, Tertulliano — Aevum, 65, 1991, p. 125-149. L'auteur, qui s'était déjà intéressé au prologue de YOctavius (cf. n° 17), étend sa recherche à une étude comparée des exordia de la Première apologie de Justin, de la Legano d'Athénagore et de VApologeticum de Tertullien, trois ouvrages au demeurant différents par leur conception et les circonstances de leur composition. Mais les trois prologues ont en commun de s'adresser à leurs interlocuteurs comme à des «juges», d'évoquer la situation faite au nomen Christianum et d'annoncer le plan. La caractéristique principale de Tertullien est d'y souligner et développer le couple lexlueritas et l'antithèse vérité/erreur, alors qu'Athénagore et Justin ménagent entre ces concepts un espace à la iustitia - valeur absolue (Justin) ou réalité institutionnelle (Athénagore). Opposition bipolaire chez le Latin, tripolaire chez les Grecs : la conséquence - ou le présupposé - est que pour le premier, Vautre est considéré comme refus du christianisme, pour le deuxième et le troisième comme réceptacle potentiel de la Veritas Christiana. Encore ne faudrait-il pas,

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croyons-nous, figer l'«option théologique» de Tertullien, qui rendrait contradictoires ses appels à la conversion : tout au plus est-elle un moment dialectique de sa démarche. — P. 143 n. 103 : M. R. a, sans doute, feuilleté trop rapidement notre thèse. J.-C. F. 17. RlZZI (Marco), Amicitia e Veritas. Il prologo dell' «Octavius» di Minucio Felice—Aevum Antiquum, 3, 1990, p. 245-268. Si le prologue de ΓOctavius doit beaucoup au Laelius de Cicerón, la place et le rôle dévolus à l'amitié ne sont pas identiques dans les deux dialogues. Chez Cicerón, la célébration de l'amitié tire sa force de Yauctoritas que lui confère le prestige des interlocuteurs ; chez Minucius, Y amicitia est essentiellement placée sous le signe de la Veritas. L'amitié chrétienne est fondée sur la vérité, fondatrice elle-même de la foi. J.-C. F. 18. SzARMACH (Marian), «Ad Donatwn» des heiligen Cyprian als rhetorischer Ρrotreptik — Eos, 11, 1989, p. 289-297. L'auteur, à qui l'on doit une traduction récente, en polonais, de YOctavius de Minucius Felix, relève ici les lieux communs et procédés rhétoriques apparentant Y Ad Donatwn au genre protreptique. S. D. 19. WlSCHMEYER (W.), «Cyprianus episcopus». Der 2. Teil der «Acta Cypriani» — Eulogia. Mélanges offerts à Antoon A. R. Bastiaensen à l'occasion de son soixante-cinquième
anniversaire, publiés par G. J. M. BARTELINK, A. HILHORST, C. H. KNEEPKENS, Steenbrugge :

St. Pietersabdij ; The Hague : Nijhoff International, 1991, p. 407-419 (Instrumenta Patristica, 24). Dans le récit de la seconde arrestation de Cyprien (Acta Cypriani 2-4), W. W. voit un texte à usage liturgique, composé dès la mort de l'évêque. L'explication qu'il en donne met en relief les thèmes du triomphe, de l'intervention divine et de la mort du persécuteur. Par ironie du sort, l'excellente édition annotée des Actes de Cyprien publiée par A. A. R. Bastiaensen (Atti e Passioni dei martiri, Milano, 1987, 19902) est parue trop tard pour que W. W. pût l'utiliser lorsqu'il préparait cet article en l'honneur précisément de A. A. R. Bastiaensen. Elle l'aurait conduit à des améliorations et des ajustements, concernant notamment la reconstitution de la sentence prononcée contre Cyprien, le commentaire de papatem, celui de «in re tarn iusta nulla est consultano» (il existe une variante «in re tarn iniusta nulla est consultano» à laquelle Bastiaensen donne la préférence), l'interprétation de inter Venerea et Salutarla (supposer une ellipse de uia fait violence à la langue). S. D. 20. BERTOLINI (Marco), / «mirabilia» di Sodoma («Carmen de Sodoma» 121-167) — Studi classici e orientali, 39, 1989, p. 185-202. Le De Sodoma et le De Iona, qui ont circulé sous les noms de Tertullien et Cyprien (CPL 1425-1426), seraient l'œuvre d'un même poète, dont la date s'échelonne, selon les auteurs, du milieu du IIIe au second quart du VIe siècle. M. B., qui en prépare une édition commentée, livre ici le premier résultat de ses recherches : un relevé détaillé des sources antiques traitant des merveilles de Sodome et de la Mer Morte (statue de sel, fruits cendreux, exploitation du bitume et propriétés des eaux). Contrairement à R. Hexter (s'appuyant à peu près sur le même corpus : cf. Chron. Tert. 1990, n° 16), il n'en tire aucune conclusion sur la datation du poème. L'enquête aurait apporté plus de nouveautés, si elle avait été prolongée jusqu'au moyen âge, notamment chez Bède, Pierre Comestor et Gervais de Tilbury. F. D.

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21. MORISI (Luca), Sul «Carmen de Sodoma» — Vichiana, 3a s., 2, 1991, p. 173-185. Lecture critique du poème, ainsi que de l'anicle précédent. Le De Sodoma appartient à un genre hybride, épique et biblique, dont on ignore encore quels étaient exactement le propos et les destinataires. L'A. anonyme n'est pas un simple collectionneur de mirabilia : il a retravaillé ses sources, de façon à faire de Sodome un monde stérile où tout ordre naturel est renversé. L. M. - qui préfère, contrairement à M. B., l'édition de Hartel (CSEL 3, 3) à celle de Peiper (CSEL 23) - commente en détail les vers 21-23 (vice des Sodomites), 44-48 (discours de Loth), 107-120 (épisode de Phaéthon, sans renvoyer à l'étude d'Hexter), 139-144 (absence de vie dans la Mer Morte, selon un ordre des créatures inverses de celui de la Genèse : noter la conjecture personnelle au v. 144 : crispa concha). F. D. 22. TRAINA (Alfonso), La figlia del vento («Carm. de Iona», 29) —Rivista di filologia e di istruzione classica, 118, 1990, p. 200-202. Restituer aux v. 28-29 «nubes /... de semine consita uenti» (au lieu de conscia). Des parallèles tirés de Virgile et Isidore montrent qu'un poète antique, peu soucieux d'exactitude météorologique, pouvait qualifier une nuée de «fille du vent». F. D.

TEXTE, LANGUE, STYLE
23. GARCÍA DE LA FUENTE (Olegario). Introducción al latín bíblico y cristiano, Madrid : Ediciones Clasicas, 1990, 482 p. 24. ID., Antologia del latín bíblico y cristiano, Malaga : Ediciones Edinford, 1990,448 p. Ces deux ouvrages, solidaires et complémentaires, fourniront aux patristiciens un instrument de travail bien fait et commode. L'Introduction comporte trois parties : le latin chrétien (p. 9-80), le latin biblique (p. 81-144), les auteurs chrétiens (p. 145-399). La description du latin chrétien est tributaire des distinctions de l'École de Nimègue, mais l'auteur s'efforce de distinguer plus nettement latin chrétien et latin biblique (comprendre, naturellement, le latin des traductions de la Bible : Vêtus Latina d'une part, Vulgate d'aure part). La troisième partie, la plus importante, passe en revue une vingtaine d'auteurs, de la traduction latine de l'Épître de Clément aux Corinthiens et du Pasteur d'Hermas jusqu'à Isidore de Seville, selon une présentation stéréotypée en trois chapitres : résumé biographique, enumeration des œuvres, langue et style, ce dernier étant nettement plus développé et reproduisant, lorsque cela se révèle possible, les distinctions linguistiques de la première partie. VAnthologie respecte la perspective adoptée dans ΓIntroduction, en accordant une large place aux extraits de la Vêtus Latina (p. 24-44) et de la Vulgate (p. 45-98). Le choix des textes patristiques, empruntés à une quarantaine d'auteurs, est diversifié et judicieux. (On notera, non sans quelque inquiétude, que dans ces deux ouvrages aussi - cf. n° 10 - est préférée la séquence Minucius-Tertullien). J.-C. F. 25. FRANCHINA (Duilio), «Coniectura uerum quaeritur» —Helikon. Rivista di tradizione e cultura classica dell'Università diMessina, 29-30,1989-1990 [paru en 1991], p. 435-482. A la suggestion d'Antonio Mazzarino, D. F. a entrepris de recueillir toutes les conjectures publiées dans les «theses» qui accompagnaient les dissertations allemandes ou néerlandaises. Son corpus se limite pour l'instant aux exemplaires conservés dans deux riches collections romaines, celles de la Biblioteca Corsiniana et de l'Institut archéologique allemand. Il publie ici, comme un premier résultat, les conjectures portant sur des auteurs latins qui n'ont jamais été

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reprises dans des apparats critiques. Dix concernent Tertullien (surtout Spect), six Minucius Felix, et une seule Cyprien. Elles paraissent souvent d'une audace un peu démodée. P. P. 26. PETITMENGIN (Pierre), Errata Tertullianea — Autour de Tertullien. Hommage à René Braun, t. 2 (cf. n° 12), p. 35-46. Relevé de plus de 200 erreurs matérielles (typographiques ou editoriales) dans CCL 1-2 et d'autres éditions de Tertullien, en particulier SC (mais Bapt et Cuit n'ont pas été passés au peigne fin). La facilité avec laquelle les fautes sont reproduites à l'identique d'une édition à une autre laisse songeur... Les lecteurs de Tertullien devront avoir en main cet erratum extrêmement minutieux, que l'on serait prêt à croire complet, si l'exhaustivité en ce domaine n'était asymptotique ! (En Cast 4, 1 [3] SC 319, 82, et si n'est sans doute qu'un problème de choix graphique). J.-C. F. 27. GR AMAGLI A (Pier Angelo), compte rendu de TERTULLIANO, Scorpiace, a cura di Giovanna AZZALI BERNARDELU — Rivista di storia e letteratura religiosa, 27,1991, p. 535-552. Dans cette nouvelle recension fleuve, P. A. G. discute plus de 70 passages de l'édition de Scorp due à G. Azzali Bernardelli (cf. Chron. Tert. 1990, n° 3), souvent pour la critiquer, parfois aussi pour l'approuver. Il y a là, comme toujours, beaucoup de matériaux, surtout lexicologiques, et quelques naïvetés (p. 536 : est-ce Tertullien ou ses manuscrits qui varient sur les graphies ungolunguor ? - p. 548 «tutti i codici» surprend pour un texte conservé dans un seul témoin manuscrit). Toutefois l'apport principal est la discussion de nombreuses citations bibliques où l'éditrice a choisi le texte de l'édition princeps (Β), parce que plus conforme au grec de la Septante ou du Nouveau Testament (cf.déjà son article recensé en Chron. Tert. 1980, n° 17). P. A. G. défend les leçons de YAgobardinus en les justifiant par l'usage de Tertullien dans d'autres citations bibliques et par leur présence dans la Bible africaine du IIIe siècle (c'està-dire chez Cyprien). Ce dernier argument ne sera pas probant pour G. Azzali Bernardelli, car justement elle explique le texte de A par une révision sur cette version postérieure à Tertullien (même raisonnement chez Petzer, infra, n° 48). Ajoutons que si A représente le texte original, il faut expliquer pourquoi et dans quel milieu on l'a révisé sur le grec. P. P. 28. MUNIER (Charles), Remarques sur le texte du «De pudicitia» de Tertullien — Autour de Tertullien. Hommage à René Braun, t. 2 (cf. n° 12), p. 85-90. Editeur de Pud pour la collection «Sources chrétiennes», C. M. a eu le souci de consulter l'édition qu'en avait préparée le regretté Gosta Claesson, et qu'il avait soutenue comme «licenciatsavhandling» à l'Université d'Upsal. Dans l'esprit du philologue suédois, disciple exigeant de Gösta Thòrnell, Y Index Tertullianeus n'était qu'un travail préparatoire à cette grande œuvre, qu'il ne s'est jamais résolu à publier. C. M. donne les divergences entre l'édition Dekkers (CCL 2, 1954) et celle de Claesson, dont il note même les repentirs manuscrits sur sa copie dactylographiée (C1, C2, C3). On aurait tort de ne pas tenir le plus grand compte des conjectures et des choix d'un aussi bon connaisseur de Tertullien, à qui (fautil le rappeler ?) on doit la découverte du seul manuscrit actuellement connu du De pudicitia, YOttobonianus latinus 25. P. P. 29. RORDORF (Willy), Tertullien et les Actes de Paul (à propos de bapt. 17,5) — Autour de Tertullien. Hommage à René Braun, t. 2 (cf. n° 12), p. 151-160. Défense et illustration du texte de Bapt 17, 5 établi par J. W. Ph. Borleffs (CCL 1, 1954, p. 291-292) d'après le Trecensis 523. W. R. reproduit les justifications données par l'éditeur (Vigiliae Christianae, 2, 1948, p. 152-153), et réfute les interprétations et les choix proposés

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par E. Evans (édition, 1964), Β. Luiselli (édition, 1968) et surtout S. L. Davies (cf. Chron. Tert. 1987, n° 24).- Il nous semble difficile d'évacuer comme une glose (antique ?) les mots exemplum Theclae, et nous irions plutôt dans le sens d'Evans ; le sujet de sciant se tire facilement de mulierum. P. P. 30. NAUTIN (Pierre), Tertullien, De spectaculis 26, 4 — Autour de Tertullien. Hommage à René Braun, t. 2 (cf. n° 12), p. 47-49. Lire : quot (quo APC edd quod AacO) utique et alia documenta accesserunt (cesserunt AO edd). La première conjecture apparaît dans l'édition annotée par Fulvio Orsini (Bibliothèque Vaticane, R. I. IL, p. 701) et dans sa source (ibid., R. I. IL, f. 270r°), comme Mme AnneMarie Turcan-Verkerk a la gentillesse de me le confirmer, la seconde dans les Castigationes et notae de François Dujon (1597, p. 100). P. N. a établi un texte convaincant en réinventant ces deux conjectures oubliées, qui n'avaient jamais été réunies. P. P. 31. SCHNEIDER (André), Note sur la tradition manuscrite de Tert. Test. 4, 1 —Autour de Tertullien. Hommage à René Braun, t. 2 (cf. n° 12), p. 91-95. Dans cette étude très bien menée, A. S. résout une énigme sur laquelle avait buté C. Tibiletti, le dernier éditeur de Test. Dans le seul manuscrit qui conserve ce traité, YAgobardinus, les fins de lignes sont très abîmées par l'humidité. En 4, 1, ce qu'on peut déchiffrer du texte de A, à la lumière ultra-violette, ne correspond pas du tout à celui de l'édition princeps (Β), adopté par tous les éditeurs, à l'exception de Tibiletti en 1959. Il s'agit en fait d'un transfert de lettres originellement écrites sur le f. 72r° (où elles sont parfaitement à leur place, en 2, 2-3) et maintenant lisibles au f. 73r°.- L'attention une fois éveillée par la découverte d'A. S., on se rend compte que ce phénomène et assez fréquent : voir aux f. 63r°/64r° (cf. Chron. Tert. 1990, n° 17) ; 20v°/21v° ; 52v°/53v° ; 96v°/97v°. Il ne s'agit pas d'une simple décharge d'encre, qui entraînerait la présence de lettres «imprimées» à l'envers sur la page faisant face (comme au f. 11 lv°), mais d'un véritable décalque, particulièrement net dans le cas de textes rubriques. P. P. 32. TIBILETTI (Carlo), Problemi di interpretazione negli autori cristiani — La traduzione dei classici greci e latini in Italia oggi. Atti del Convegno nazionale (Macerata, 20/22 aprile 1989), a cura di P. JANNI, J. MAZZINI, Macerata, 1991, p. 139-152. Cette contribution à un congrès portant sur les problèmes que pose la traduction des classiques obéit surtout à des fins pratiques : voulant mettre en évidence la nécessité, pour les traducteurs, de connaître les usages linguistiques de la latinité chrétienne, les particularités sémantiques des mots, l'ambiance culturelle des écrits, C. T. relève un certain nombre d'expressions du latin des évangiles, de la liturgie, des Pères (humilitas, gratias agere, usurpare, etc.), dont la traduction habituelle en italien prête à des malentendus. Plusieurs exemples concernent spécialement Tertullien : l'emploi de dissipare (= dilaniare) en Ap 37, 2; celui de importunitas et importunus (Exh 12, 5 et Vx I, 5, 2) qui sont à comprendre d'après ά κ α ι ρ ί α (= 'temps non opportun') ; abstraits à valeur de concrets (matrimonia = uxores, etc.) ; valeur emphatique de aliquis devant un nom de personne, usage bien reconnu par Hoppe, et dont on trouverait le parallèle dans l'emploi de quidam chez Augustin, Conf. 3, 4,7 (= 'un...', 'le célèbre...'). C. T. revient aussi, p. 147-151, sur l'attitude de Tertullien à l'égard de la philosophie, qu'il défend à juste titre d'être un antirationalisme. R. B. 33. DUJARIER (Michel), U Église-Fraternité. 1. Les origines de l'expression «adelphotèsfraternitas» aux trois premiers siècles du christianisme, Paris : Éditions du Cerf, 1991.

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Cet opuscule est la première partie d'un ouvrage qui doit aboutir à une réflexion théologique sur TÉglise conçue comme Fraternité. Un chapitre est consacré aux auteurs latins du IIIe siècle (p. 63-104). Malgré l'absence inexpliquée de Novatien, l'enquête se veut exhaustive : par tous les moyens possibles, l'auteur a relevé toutes les occurrences de fraternitas. Il confirme ainsi par des données chiffrées ce qu'avaient déjà observé notamment Ch. Mohrmann et H. Pétré, et le situe dans une perspective historique plus fine : apparu à la fin du I er siècle ap. J.-C. seulement, le substantif fraternitas est utilisé parcimonieusement par les auteurs païens, et jamais avec la valeur collective de 'groupe de frères' ; le nombre des emplois ne cesse de croître chez les auteurs chrétiens (15 chez Tertullien ; 59 chez Cyprien), le plus souvent avec l'acception spécifique de 'lien qui unit les chrétiens'. Il devient de plus en plus courant, dans une seconde acception, pour désigner l'Église, locale ou universelle, comme communauté de frères (8 emplois sur 15 chez Tertullien ; 55 sur 59 chez Cyprien). Il n'est pas toujours facile de distinguer ces deux acceptions propres à l'usage chrétien, mais pour les besoins de sa thèse, M. D. privilégie souvent une interprétation dégageant la deuxième. Certes la tendance qu'il indique est réelle :fraternitas tend à désigner le groupe aussi bien que l'amour fraternel qui l'unit. Mais elle nous paraît relever autant de l'évolution sémantique attendue d'un dérivé en -tas que de considérations théologiques. Pour mieux cerner ces dernières, il faudrait renoncer à étudier fraternitas indépendamment de jrater et éviter de confondre mot et notion ; il y aurait intérêt aussi à comparer les emplois $ ecclesia et de fraternitas (fraternitas n'est certainement pas le simple synonyme d'ecclesia, comme l'affirme l'auteur). S. D. 34. UGLIONE (Renato), Innovazioni morfologiche, semantiche, lessicali di matrice fonica in Tertulliano — Civiltà classica e cristiana, 12, 1991, p. 143-172. S'inspirant des vues d'A. Traina selon qui «le son crée la forme», R. U. s'attache à un aspect de la langue de Tertullien qui, déjà reconnu par Hoppe, S. u. S. (trad. ital. p. 217), n'avait pas donné lieu encore à une étude systématique : il s'agit de l'influence des structures phonétiques des contextes. Bien des traits novateurs de cette langue s'expliquent par la recherche des allitérations, des homéotéleutes, plus généralement des jeux sur les sons, et par les lois des parallélismes et de la concinnitas. Les 'métaplasmes' (innovations morphologiques) sont étudiés d'abord (p. 145-158) : ainsi la forme irrégulière interiendo s'expliquera par le parallélisme avec moriendo dans un tetracolon (Pud 7, 14) ; increpauerat en Pud 14, 2, alors que l'auteur n'utilise ailleurs que le parfait increpui, a été conditionné par la présence, juste avant, de pronuntiauerat et de damnauerat. Même conditionnement phonique dans le cas des verbes déponents pris au sens passif (cauillari, fungi) ou à la forme active (odorare, famulare), et également pour les formes novatrices des degrés de comparaison. Viennent ensuite (p. 158163) les innovations de sens : ainsi deliberare, dans l'acception exceptionnelle et neuve de liberare, en Marc II, 19, 4 et IV, 21, 11, procède de la suggestion phonique de de (de morte, decern). Le même type d'explication s'applique aussi aux néologismes, mais R. U se limite ici à des exemples d'une seule œuvre, Mon (p. 163-167) : il cite, en 7, 3, subparare, forgé après suboles, et, en 16, 2, excultor en couple avec educator ; de même l'influence de la figure étymologique rendra compte de la création de fratricidium (4, 3), de restruere (9, 2), de concarnatio (9,7). Des considérations de critique textuelle terminent l'exposé (p. 167-172). R. U. plaide pour l'édition de Gelen dont certaines variantes sont recommandées par les structures phoniques : pipiantes (Mon 16, 8), propheten (Mon 8, 1), subando (Pud 22,12), dedamnauerit (Pud 15, 3). Quoique non exhaustif par la volonté même de son auteur, cet article méritera de retenir l'intérêt grâce à la netteté de la démonstration et la richesse des exemples. Parmi ceux-ci toutefois, on serait tenté de retrancher quelques-uns, qui n'ont pas force probante : ainsi p. 154, on admettra difficilement qu'extremissimus, d'A/? 19, 4, ait été attiré par uetustissimus, lu trois lignes avant et dans une autre phrase ; p. 158, on doutera que seniores d'An 25, 7 fasse

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jeu avec Scythias qui se rencontre quatre lignes plus haut et après interposition de toute une phrase ; p. 159, il n'est pas sûr, malgré Hoppe (o. c. p. 219), que lancinare ait été sémantiquement remodelé d'après lanx ('plat') en Marc III, 13, 3 (nous y reviendrons prochainement dans notre édition) ; p. 159-160,l'interprétation de deliberatimi (= liberatimi) en Val 29, 2 n'est non plus nullement certaine : J.-C. Fredouille (SC 280, p. 139) nous paraît avoir raison de traduire, contre Hoppe, par «jugé digne de quelque espérance». R. B. 35. MUNIER (Charles), «Ianua» chez Tertullien — Revue des sciences religieuses, 65, 1991, p. 197-211. Examen des 22 occurrences du mot, classées en trois catégories : sens propre, emplois conditionnés par des citations bibliques, sens figuré (mais p. 206, l'occurrence de Pud 1, 7 pour les «portes des lieux de plaisir» nous paraît relever du sens propre). L'enquête a pour objet de mieux cerner la valeur à donner à la célèbre et 'cruelle' métaphore de Cuit 1,1,2 {ianua diaboli). Après avoir constaté la large prédominance du sens figuré (en rapport avec la naissance, le pardon, le salut, le royaune de Dieu), C. M. réinsère la formule incriminée dans cet ensemble. Il en déduit que l'interprétation ne doit pas dépendre du seul contexte immédiat, mais de toute la théologie de Tertullien : ainsi faudra-t-il corriger l'apostrophe à Ève par l'évocation de Marie (Carn 17, 2-5). Un post-scriptum cherche à dépister les «lieux secrets où se refugie l'imaginaire de l'auteur» (porte protectrice contre tous les dangers, mais aussi porte ouverte pour le partage). R. B. 36. ROCA MELIÁ (Ismael), Significado clásico y cristiano de «pax» en Tertuliano — Homenatge a José Esteve Forriol, a cura de Ismael ROCA y Jorge L. S ANCHIS LLOPIS, Valencia : Facultad de filología, 1990, p. 141-150. Jugeant trop théologique, philologiquement déficiente et incomplète dans son matériel l'étude d'A. Papes (cf. Chron. Tert. 1980, n°15), l'A. examine les 86 passages où Tertullien emploie pax. Ce travail solide et soigneux les cite et traduit tous, en les rangeant sous quatre significations fondamentales : 1) sens classique de «paix civile, tranquillité» ; 2) sens chrétien vétérotestamentaire de «bien-être général comme don de Yahvé» (hébreu saloni) ; 3) sens chrétien néotestamentaire de «salut et réconciliation avec Dieu à travers le Christ» ; 4) sens ecclésiastique de «réconciliation avec l'Église». Les rubriques 2 et 3 comportent essentiellement des passages en rapport - citations ou allusions - avec des textes bibliques dont sont données les références précises. Pour le quatrième sens, le plus riche d'exemples, sont distinguées trois acceptions : a) «réconciliation avec les frères et avec la communauté ecclésiale», d'où, par extension, «baiser de paix» ; b) «tranquillité d'esprit par la réconciliation avec Dieu, paix intérieure» ; c) «réconciliation avec l'Église, ordre, tranquillité, concorde en l'Église» (en fait, cette troisième acception nous paraît mériter à peine d'être distinguée de la première). La conclusion souligne la richesse des nuances dans l'usage du vocable. Tertullien, d'autre part, aurait mis l'accent sur une valorisation de la paix comme quelque chose d'essentiel et d'intérieur pour les chrétiens. P. 143, l'emploi de cum bona pace de Virg 17, 5 (= «avec bienveillance») aurait dû être rattaché à l'expression classique pace tua, qui n'est qu'une extension lointaine du sens propre ; Tertullien joue à l'associer à l'expression chrétienne pax et gratia. P. 146, pour A/i 51, 6, il semble bien que pax présente le sens très particulier de «prière» (cf. WASZINK, Über die Seele, p. 165 et p. 290, n. 366). R. B. 37. SCHNEIDER (André), «O testimonium animae naturaliter christianae» (Tertullien, Apol. 17, 6) —Museum Helveticum, 48, 1991, p. 320-328. Non sans quelque myopie philologique et rationalisante, on a voulu parfois opposer Apol 17, 6 (O testimonium...) et 18, 4 (fiunt, non nascuntur Christiani). Avec raison l'auteur,

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semble-t-il, ne partage pas cette façon de voir, mais on aurait souhaité mieux saisir l'apport positif de son analyse stylistique de la formule exclamative. J.-C. F. 38. KYTZLER (Bernhard), NAJOCK (Dietmar), Concordanîia in Minuci Felicis Octavium curantibus B. K. et D. N., adiuvante Adam NOWOSAD, Hildesheim ; Zürich ; New York : OlmsWeidmann, 1991, [XII-] 423 p. (Alpha - Omega. Reihe A : Lexika, Indizes, Konkordanzen zur klassischen Philologie, 72). Cette concordance complète de VOctavius repose sur l'édition Teubner (Leipzig, 1982), due à B. Kytzler lui-même. Elle tient compte de la plupart des variantes signalées dans l'apparat critique (mais pas de toutes : rien n'indique que solistimum, en 26, 2, est un conjecture pour sollemnisimwn de P). Les mots sont présentés dans l'ordre : noms propres, vocabulaire latin, mots athétisés, mots grecs. Les lemmes sont parfois numérotés : cum (1) pour la préposition, cum (2) pour la conjonction ; mais pourquoi uicatim (1) ? On aurait parfois pu séparer adjectifs et substantifs, ainsi dans le cas de diues ou de uniuersus. Le génitif pluriel diuum est à chercher non sous diuus, mais sous deus. Le programme informatique ne permettait pas de regrouper des expressions comme ante ... quam ou de présenter comme une unité des formes verbales du type faîus est (36, 2). L'ampleur des contextes représente le principal avantage sur le Lexicon Minucianum de J. P. Waltzing (Liège, 1909), mais le savant belge avait plus de liberté pour préciser un antécédent un peu éloigné, ainsi en 7, 3 : «qui (se. Castores) anheli etc.», ou pour révéler une source : les citations de Virgile ne sont pas identifiées comme telles dans la concordance moderne. C'est néanmoins un bel instrument de travail, dont on saluera la réussite typographique et le soin du détail. Elle s'accompagne des habituelles tables de fréquence du vocabulaire. P. P. 39. MlR (Iosephus M.), Adnotationes grammaticae in librum Sancii Cypriani martyris «De dominica oratione» —Latinitas, 38, 1990, p. 209-217. Observations en latin, à l'intention d'apprentis latinistes, sur le vocabulaire et la syntaxe du premier chapitre du De dominica oratione. S. D.

SOURCES, INFLUENCES
40. PERRIN (Michel), Un exemple de l'utilisation de la médecine chez les penseurs chrétiens : Tertullien et Γ embryologie — Médecine antique. Cinq études réunies par Paul DEM ONT, Amiens : Faculté des Lettres, 1991, p. 91-110. L'intérêt de Tertullien pour les questions médicales est bien connu, et l'auteur aurait pu citer l'article que consacrait déjà P. de Labriolle, au début du siècle, à cet aspect de sa curiosité. Après d'autres (par exemple M. Spanneut, dont la thèse méritait une mention). M. P. centre son étude sur Art 25 qu'il traduit et commente à la lumière des travaux récents sur la médecine antique. Cette analyse lui permet de dégager deux conclusions très générales : le choix de certaines thèses médicales ou philosophiques en fonction de critères bibliques ; la 'parenté' de la médecine et de la philosophie, et de ces deux disciplines avec la notion de teleologie et de Providence. J.-C. F. 41. FREDOUILLE (Jean-Claude), «Seneca saepe nos ter» — Présence de Sénèque. Ouvrage édité par R. CHEVALLIER et R. POIGNAULT, Paris : J. Touzot, 1991, p. 127-141 (Collection Caesarodunum XXIV bis).

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Sous ce titre tiré d'une fameuse formule (An 20, 1), J.-C. F. esquisse un large panorama sur la réception de Sénèque par les lettrés chrétiens d'Occident, du IIe au VIe siècle, avant d'élargir son regard jusqu'à l'horizon du Moyen-Age. Il rappelle d'abord la bibliographie, en distinguant les monographies qui s'appuient sur les mentions et citations du philosophe, et d'autre part les études ponctuelles qui portent sur des rapprochements de mots et d'idées. Lactance lui sert ensuite de point de départ : c'est l'auteur chrétien qui a le plus souvent cité Sénèque, qui éprouve pour lui le plus de sympathie, tout en le critiquant à l'occasion. Une remontée vers la période des affrontements polémiques permet de juger d'autant plus remarquable l'attitude d'accueil de Tertullien dans la convergence anthropologique a*An 20, 1. Sont données comme autres exemples d'influence sénéquienne, la senîentia de Praes 7,11 (cf. Chron. Tert. 1980, n°12) et l'analyse de la patientia vertu chrétienne. Si, après Lactance, on trouve plus de discrétion, la connaissance que les lettrés chrétiens en ont ne demeure pas moins grande : Jérôme et Augustin le prouvent. Le philosophe reste, avec Cicerón et Virgile, l'un des auteurs fondamentaux de la culture. A l'aube du Moyen-Age, Martin de Braga (mort en 580) utilise à équivalence Sénèque et Jean Cassien dans sa technique du centón et de l'épitomé. En fait, la question des rapports entre Sénèque et les écrivains chrétiens n'est qu'un aspect de la rencontre entre la culture antique et le christianisme. J.-C. F. souligne l'importance des études de détails (rapprochements de mots et d'idées) dont la convergence rendra possibles de plus vastes synthèses. Riche d'aperçus et de suggestions, cet article revient aussi sur le problème du «christianisme» de Sénèque et de la correspondance avec l'apôtre Paul, apocryphe, mais réputée authentique par Jérôme et Augustin. R. B. 42. HARDWICK (Michael E.), Josephus as an historical source in patristic literature through Eusebius, Atlanta, Georgia : Scholars Press, 1989, XII-137 p. (Brown Judaic studies, 128). La survie de Flavius Josephe dans la littérature chrétienne a déjà fait l'objet d'importants travaux de H. Schreckenberg. M. H. a pensé qu'il valait pourtant la peine de reprendre la partie la plus ancienne, celle qui va de Théophile d'Antioche jusqu'à Eusèbe de Cesaree et Lactance. Malheureusement, les chapitres consacrés à Minucius Félix et à Tertullien sont décevants. Ils abondent en développements sans rapports directs avec le sujet (plans de VOctavius et à'Apol ; relations entre les deux œuvres ; sources de VOctavius). Les deux passages où apparaît le nom de Josephe (Oct. 33, 4 ; Apol 19, 6) sont bien sûr commentés, mais dans le premier cas il manque la référence à un article ingénieux de G. Quispel, qui aurait élargi le débat : A Jewish Source of Minucius Felix, dans Vigiliae Christianae, 3, 1949, p. 113-122, et dans le second, M. H. n'a pas analysé la façon dont Tertullien avait bâti sa bibliographie : trois fois trois auteurs de chronographies, auxquels s'oppose le seul Josephe. Les sources de Tertullien avaient bien été analysées par R. Heinze, Tertullians Apologeticum, Leipzig, 1910, p. 382, n. 3. Un article d'A. Vitale, inconnu lui aussi de M. H., La storia della versione dei Settanta e l'antichità della Bibbia nell'Apologetico di Tertulliano, dans Le Musée Belge, 26, 1922, p. 63-72, avait signalé deux emprunts ponctuels : l'évocation de la Lettre d'Aristée (Apol 18, 5 et 7) est faite d'après Ant. lud. 12, 11-16, 56, 101, et l'antériorité de Moïse par rapport à Danaus (Apol 19, 3) est donnée avec une précision - 393 ans - qui doit venir de C. Ap. 1, 103. P. P.

TEXTE BIBLIQUE, EXÉGÈSE
43. TlLLE Y (Maureen A.), The use of Scripture in Christian North Africa : an Examination of Donatisi Hermeneutics, Diss. Duke University (Ph. D.), 1989, 409 p. Pour déterminer quel usage les donatistes ont fait des Écritures, l'auteur étudie leurs Actes et Passions, leurs écrits de controverse, les œuvres de Tyconius, ainsi que les documents

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transmis sur eux par Optât de Milève et Augustin. Parmi les traits de Γ herméneutique donatiste qu'elle dégage, un bon nombre caractérise déjà la pratique de Tertullien et de Cyprien, à laquelle elle consacre, dans les deux premiers chapitres de son livre, un exposé clair, mais sans grande originalité : elle relève, chez les deux auteurs, l'attachement au sens littéral, la conception d'une Bible une et inspirée, avec ses applications (explication d'un passage par un autre ; exégèse typologique), le recours à la regula fidei, l'exploitation des Écritures pour expliquer les situations actuelles et édicter des règles de conduite face à ces situations. En ce qui concerne le caractère inspiré de la Bible, elle durcit un peu trop les différences de conception entre Tertullien et Cyprien, sans tenir suffisamment compte des situations et des genres littéraires ; en particulier, il nous paraît excessif d'attribuer au seul Cyprien l'idée que l'Esprit Saint intervient directement dans des visions et des songes pour donner la clé des Écritures. S.D. 44. HAMMAN (Adalbert G.), La typologie biblique et sa formulation chez Tertullien — Eulogia. Mélanges offerts à Antoon A. R. Bastiaensen (cf. n° 19), p. 137-146. Concernant la typologie biblique de Tertullien - dont il indique in fine (p. 145) qu'elle est aussi théologie - l'A. procède à une enquête limitée aux substantifs rendant la notion de figure prophétique : typus, figura, sacramentum, allegoria, prophetia, et - composés avec prae- praedicatio, praestructio (ce dernier dans son emploi de Bapt 9, 1). — P. 141, il est dit que σκιά (umbra) de Col. 2, 17 a peu inspiré les premiers écrivains chrétiens. En fait Tertullien, dans ce contexte, s'est servi de umbra comme de obumbrare : voir J. E. L. Van der Geest, Le Christ et l'Ancien Testament chez Tertullien, Nimègue, 1972, p. 146 s. et p. 201 s., comme l'ensemble du chapitre d'où ressortent la variété et la plasticité du vocabulaire de l'Africain sur une notion capitale pour l'interprétation qu'il se faisait et qu'il défendait contre Marcion du rapport entre l'ancienne et la nouvelle alliance. R. B. 45. AZZALI BERNARDELLI (Giovanna), Concezioni antropologiche nell'esegesi tertullianea dei passi vetero-testamentari con la parola dâm — Atti della VII Settimana «Sangue e antropologia nella teologia medievale», Roma, 27 novembre - 2 dicembre 1989, Roma : Unione Preziosissimo sangue, 1991, p. 825-851. Dans le prolongement de nombreuses études (cf. Chron. Ten. 1989, n° 22), G. A. B. examine, à travers les citations et allusions de Tertullien, 28 versets de l'A. T. où il est question de «sang». Elle montre la diversité de son exégèse qui dépend essentiellement des contextes et de leurs objectifs. En sept de ces passages seulement, l'attention de l'Africain s'est portée sur le sang. Les principaux sont Gen. 4, 10-11 (sang d'Abel) et Gen. 9, 4-5 (mis en rapport avec l'interdit apostolique d'Act. 15, 20). Il y révèle une sensibilité sémitique par sa conviction de la sacralité du sang qui, même animal, appanient à Dieu seul. Ce sentiment profond explique qu'il ait défendu, en Pud, l'irrémissibilité de l'homicide, interprété le martyre comme restitution du sang à Dieu (Fug 12, 10) et référé à la résurrection Yexquisitio sanguinis de Gen. 9, 5 (Res 28, 2-4). Dans leur majeure partie, ces versets sur le sang sont mis en relation avec le Christ et les réalités chrétiennes, devenant des symboles de la passion ou de l'eucharistie ; notamment Gen. 49, l i b («sang de la grappe») que Tertullien associe à Is. 63, 1-3, et Ex. 4, 25-26, où il superpose une signification christologique et sotériologique (en Jésus-Christ, la chair de l'homme s'est unie à l'Esprit, devenu son époux par le sang de sa passion). Intéressante et précise, cette étude contient de nombreuses indications sur la forme même du texte de Γ A. T. que suit l'auteur, forme plusieurs fois différente de la LXX. — Mais, p. 849, il nous paraît douteux que Marc I, 14, 3 - allusion aux rites sacramentels communs à l'Église et aux marcionites - soit à rapprocher d'£z. 16,9. R. B.

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46. SERRA ZANETTI (Paolo), Avulsi sumus in eis (Ezech. 37, 11 ap. Tertull. res. 29,12) — Tradizione dell'antico nelle letterature e nelle arti d'Occidente. Studi in memoria di Maria Bellincioni Scarpai, Roma : Bulzoni, 1990, p. 30-34 (Università di Parma, Facoltà di Lettere e Filosofia, La civiltà delle scritture, 10). On sait que la vision d'Ézéchiel (Ez. 37, 1-14) est citée par Tertullien en Res 29 dans une forme qui ne correspond pas à la Septante, mais suppose une autre traduction de l'hébreu (cf. E. Evans, Tertulliano Treatise on the Resurrection, London, 1961, p. 261-262). Ainsi dans le tricolon de Res 29, 12 «exaruerunt ossa nostra et periit spes nostra, auulsi sumus in eis», le troisième membre s'explique non par δναπεφωνήκαμεν (LXX ; d'où les traductions vieilles latines expirauimus, interiuimus), mais sans doute par άπετμήθημεν εν αντοίς (les deux derniers mots sont attestés pour Aquila, le premier restitué d'après sa traduction de l'hébreu gazar en Is. 53, 8 et Ps. 87, 6). P. S. Z. pense que le εν, qui n'a pas de correspondant en hébreu, doit résulter d'une dittographie, la traduction ayant porté originellement άπετμήθημεν αντόχς ; chez Tertullien, in eis renvoie à ossa, le mot clef de ce passage d'Ézéchiel : «nos os se sont desséchés et notre espérance a péri : nous avons été arrachés, en eux». L'expression marquerait à la fois «un état désolant d'inclusion» et «un détachement déchirant» (p. 33). — On notera que Micaelli (supra, n° 7) comprend comme Evans : «nous avons été faits eunuques au milieu d'eux», en donnant à auelli un sens que le mot ne semble pas avoir chez Tertullien en tout cas. P. P. 47. WILLIAMS (David Salter), On Tertulliano Text of Luke —The Second Century, 8, 1991, p. 193-199. Pour Tertullien, l'Évangile de Marcion est celui de Luc, mais mutilé (cf. Marc IV, 2, 4 : «ex his commentatoribus quos habemus Lucam uidetur Marcion elegisse quern caederet»). Il lui arrive aussi de condamner Marcion pour avoir supprimé des passages qui ne se trouvent pas chez Luc, mais chez Matthieu ou Marc. C'est le cas en Marc II, 17, 1 (cf. Marc IV, 17, 6 : suppression de Matth. 5, 45b). Pour R. Braun (supra, n° 2, p. 98, n. 3 et 108, n. 5), l'explication est que Tertullien compare le texte de Marcion à Yeuangelium ueritatis, c'est-à-dire à «la forme entière de l'évangile tétramorphe dont se sert l'Église». D. W. va plus loin : se basant sur la fusion de Matth. 5, 45 et de Le 6, 35-36 qu'on rencontre déjà chez Justin (Dial. 96, 3 ; Apol. 15, 13 ; cf. A. J. Bellinzoni, The Sayings of Jesus in the Writings of Justin Martyr, Leiden, 1987, p. 10-11), il suppose que le texte de Luc dont disposait Tertullien présentait la même harmonisation, et que son absence dans celui qu'utilisait Marcion lui apparaissait donc comme le résultat d'une mutilation. S'agit-il d'un phénomène isolé, ou au contraire d'une tendance qu'il conviendrait de mettre en lumière ? P. P. 48. PETZER (Jacobus H.), Tertulliano Text of Acts — The Second Century, 8, 1991, p. 201215. Préparant une histoire du texte latin des Actes des apôtres à partir de l'étude exhaustive de tous les témoins des chapitres 1 à 6 (manuscrits bibliques aussi bien que citations chez les Pères), J. P. présente ici le plus ancien témoin de ce texte. Sa base de travail est malheureusement fort étroite, car elle se limite à cinq citations explicites : 2, 22 en Carn 15,1 et Pud 21, 11 ; 2, 36 en Prax 28, 4 ; 3, 19-21 en Res. 23, 12 et 4, 27 en Prax 28, 2). Ses conclusions, fort intéressantes, sont donc nécessairement hypothétiques, même si elles sont corroborées par ce que nous ont appris les beaux travaux de B. Fischer, H. J. Frede et W. Thiele sur d'autres livres de la Bible. Même s'il cite souvent d'après le grec, Tertullien doit connaître une traduction latine des Actes. Cette version est à l'origine de toute la tradition latine. Elle a été presque entièrement éliminée par le premier textus receptus, la révision africaine du IIIe siècle, mais elle a tout de même été utilisée en Italie par les réviseurs à l'origine du «texte D».

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De là, certaines leçons de la version originale sont passées dans la révision définitive, celle qui a donné la Vulgate. P. P. 49. ROMEO PALLAS (José María), La Biblia Cyprianea. Una muestra de su reconstrucción — Actes del IXè simposi de la Seccia catalana de la S. E. E. C, St. Feliu de Guixols, 13-16 d'abril de 1988, L. FERRERES, éd. II. Treballs en honor de Virgilio Bejarano, Barcelona : Publicacions de la Universität de Barcelona, 1991, p. 787-789 (Aurea Saecula, 2). L'entreprise du Professeur Virgilio Bejarano et de son collaborateur, auteur de cet article, est ambitieuse : reconstruire la Bible de Cyprien. On peut s'interroger sur sa validité : existe-t-il vraiment une Bible de Cyprien, sous la forme d'un corpus scripturaire au texte invariable ? Un échantillon du texte reconstruit nous est donné ici (Nombres 24, 7-9), et l'on peut voir sur quels points il diffère et de la Vulgate et du texte établi par Dom Weber, le dernier éditeur des Testimonia de Cyprien (CCL 3). Mais rien n'est dit de la méthode qui a conduit à ce résultat, si ce n'est qu'elle se démarque de celle de Hartel (CSEL) et de Dom Weber. Ceux-ci sont accusés indistinctement, sans que soit reconnue la supériorité du travail du second sur celui du premier, de recourir aux mêmes critères pour éditer le texte de la Bible de Cyprien et le texte de Cyprien lui-même. S. D. 50. SERRA ZANETTI (Paolo), Osservazioni su Proverbi 19,17a in Cipriano — Presiedere alla carità. Studi in onore di S. E. Mons. Gilberto Baroni vescovo di Reggio Emilia-Guastalla nel 75° compleanno, a cura di Enrico MAZZA et Daniele GIANOTTI, Genova : Marietti, 1988, p. 95101. Dans l'œuvre de Cyprien, l'auteur ne relève pas moins de sept allusions, plus ou moins nettes, au verset «qui pauperem miseretur Deum foenerat» (Prov. 19, 17a ; cité sous cette forme dans les Testimonia, III, 1). Associé à des paroles évangéliques qui l'éclairent (c'est le cas de l'expression «mittere in dona Dei» utilisée par le Christ, en Luc 21, 3-4, à propos de l'offrande liturgique : eleem. 15, 1. 306), ou en élargissent la portée (Matth. 6, 19-21, sur les trésors célestes ; 25, 31-46, sur l'identité du Christ et du pauvre), ce verset est au cœur de la réflexion de Cyprien sur le bon usage desrichesseset l'action charitable, notamment dans le De opere et eleemosynis. S. D. 51. CACITTI (Remo), «Ad Caelestes Thesauros». L'esegesi dellapericope del «giovane ricco» nella parenesi di Cipriano di Cartagine—Aevum, 65, 1991, p. 151-169. Cet anicle constitue la première partie d'une étude consacrée à l'usage que fait Cyprien de la péricope évangélique du jeune homme riche. C'est le texte scripturaire retenu par l'évêque pour la fin de la péricope qui retient ici l'attention de l'auteur. Il s'agit d'une ancienne version latine de Luc (18, 29-30) - signalons que pour le reste de la péricope Cyprien utilise le texte de Matthieu (notamment 19, 17b-21) - . Or cette version latine de Luc, attestée de Cyprien à Augustin, présente une curieuse variante par rapport au texte grec - auquel revient la Vulgate -, et au texte de Matthieu : au disciple qui aura tout abandonné pour le suivre Jésus promet le septuple en ce temps («septies» ; VVLG. : «multo plura» ; Matth. : «centuplum»), et la vie éternelle dans le siècle à venir. On a fait peu de cas jusqu'ici de cette variante, et pourtant R. C. montre, avec beaucoup d'érudition, qu'elle repose sur un fondement théologique précis. Il l'inscrit dans une tradition qui pourrait bien remonter au Diatessaron de Tatien et serait passée en Afrique par l'intermédiaire d'Irénée : au chiffre cent, interprété comme le signe de la récompense réservée aux martyrs, cette tradition millénariste associe le chiffre sept, qui symbolise le repos du septième jour, lui-même figure du repos du septième millénium, celui du Règne du Christ, encore temporel, auquel sont associés les martyrs ; elle établit ainsi une concordance entre Gen. 2, 2-3 (repos de Dieu le septième jour), Apoc. 20,1-4 (le millénium du

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règne du Christ et de ses martyrs), Luc 8, 8 (la semence qui rapporte le centuple) et Luc 18, 30. Nous admettons volontiers, avec R. G, que Cyprien est resté fidèle à cette tradition, dont on constate la présence dans son œuvre, notamment dans l'exégèse du martyre des sept Maccabées {Ad Fortunatum, 11), mais nous pensons qu'il la transpose au plan spirituel, pour exprimer une eschatologie qui n'a plus rien de temporel. S. D.

ANTIQUITÉ ET CHRISTIANISME
52. PlLHOFER (Peter), Presbyteron kreitton. Der Altersbeweis der jüdischen und christlichen Apologeten und seine Vorgeschichte, Tübingen : J. G B. Mohr (Paul Siebeck) : Tübingen, 1990, XVIII-339 p. (Wissenschaftlichen Untersuchungen zum Neuen Testament, 2. Reihe, 39). On sait que les écrivains grecs, judéo-héllénistiques et latins ont été souvent convaincus de la supériorité de l'ancien sur le nouveau. P. P. fait l'historique de ce thème, d'Hécatée de Milet, en passant par Philon et Josephe, jusqu'à Tertullien et Minucius Felix, auxquels sont consacrées les pages 274 à 284. De ce point de vue, Minucius lui paraît plus proche de la Prédication de Pierre et d'Aristide que Tertullien, dans la mesure où Cecilius insiste, dans YOctavius, sur la «nouveauté» de la religion chrétienne. C'est négliger la présentation dialectique de ce thème, chez Tertullien (et d'autres écrivains chrétiens). J.-C. F. 53. BlRLEY (A. R.), Caecilius Capella : Persecutor of Christians, Defender of Byzantium — Greek, Roman and Byzantine Studies, 32, 1991, p. 81-98. Dans YAd Scapulam 3, 4-5, Tertullien évoque la figure de trois magistrats persécuteurs, et punis par la Providence : Vigellius Saturninus, le proconsul d'Afrique des Acta Scillitanorum (juillet 180), L. Claudius Hieronymianus, gouverneur de Cappadoce sans doute entre 202 et 212, et Caecilius Capella, dont A. R. B. éclaire ici la carrière. 1. Une meilleure interprétation du terme στρατηγό^ dans une inscription de Cilicie (AE 1972, 658) montre qu'il était gouverneur de cette province, et donc sénateur. 2. Dans ces conditions, il a pu être proconsul d'Afrique (sous Commode) et on lira en S cap 3, 6, avec un rameau de la tradition : «cum Adrumeticum Mauilum idem Caecilius ad bestias damnasset» (idem Caecilius ND : om. FX), en dépit de l'étude erudite d'E. Heck, ΜΗ ΘΕΟΜΑΧΕΙΝ, Bern, 1987, p. 120-124 (cf. Chron. Tert. 1987, n° 27). A. B. suggère aussi, avec prudence, de rattacher à Caecilius Capella deux inscriptions mutilées, ILAfr 265 et CIL III, 254. 3. Un récit du siège de Byzance par les partisans de Septime-Sévère (193-195) permet de comprendre l'exécution de Capella, sans doute chef des assiégés, et l'exclamation qu'il a dû pousser avant sa mise à mort : Christiani gaudete ! - On signalera pour finir une remarque (p. 81, n. 1) concernant Scapula. Les historiens pensent désormais qu'il s'identifie à G Iulius (Scapula) Lepidus Tertullus, cos. suff. entre 195 et 197. Or celui-ci, appartenant à la tribu Arnensis, était sans doute originaire de Carthage, ce qui donne plus de relief à certains passages de Scap, notamment l'interpellation de 5, 2. P. P. 54. MONTGOMERY (Hugo), Old Wine in new Bottles ? Some Views of the Economy of the Early Church — Symbolae Osloenses, 66, 1991, p. 187-201. Aucun texte ne permet de supposer l'existence d'une économie spécifiquement chrétienne à l'intérieur de l'Empire romain. Des auteurs divers, parmi lesquels Tertullien et Cyprien, laissent entrevoir que les chrétiens n'ont rejeté ni la propriété, même si elle est parfois contestée, ni la monnaie, en dépit du message religieux païen qu'elle véhiculait, ni le travail servile. Vis-à-vis

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de l'économie, ils ont adopté la même attitude qu'avec le concept de l'honneur : ils en ont conservé les formes traditionnelles, mais en leur donnant une nouvelle structure. S.D.

ACTES DES MARTYRS
55. TESTARD (Maurice), La Passion des saintes Perpétue et Félicité. Témoignages sur le monde antique et le christianisme — Bulletin de Γ Association Guillaume Budé, 1991, p. 5675. Conférence donnée à l'Université de Mulhouse, devant une section de «Jeunes Budé». Nul n'était plus qualifié que l'auteur de Chrétiens latins des premiers siècles (cf. Chron. Tert. 1982, n° 5) pour s'adresser à un tel public. Sans appareil érudit (mais une longue note introductive fournit l'essentiel de la bibliographie récente), M. T. se sert de la Passio comme d'un exemple pour démontrer que «la littérature latine chrétienne est étroitement imbriquée dans tout ce qui fait la civilisation antique». Après avoir rappelé les circonstances historiques, la genèse et la structure complexe de l'œuvre, son utilisation dans la liturgie, après donc les problèmes philologiques, il passe en revue les diverses disciplines «classiques» (archéologie, institutions, histoire littéraire, médecine, droit, etc.) sous l'angle desquelles l'étude de la Passio présente de l'intérêt. Habilement utilisé, ce cadre lui permet de retrouver, chaque fois, la vie qui y est enclose, l'univers - antique et chrétien - dont elle nous conserve l'image (Carthage, les jeux, le milieu des prisons, etc.). Les dernières pages insistent plus spécialement sur le christianisme. M. T. défend, ajuste titre croyons-nous, l'interprétation eucharistique et eschatologique de certains éléments des visions de Perpétue. Il montre aussi, par plusieurs détails, le «sens de l'intimité avec Dieu» qui caractérise ces chrétiens. La justesse des vues, l'acuité des analyses, l'inventaire assez complet des intérêts que présente la Passio pour un public cultivé font de cet article une excellente introduction à la lecture de cet «admirable texte». — P. 66-67, à propos de la thématique de la chute décente, signalons notre étude «Honeste cadere». Un topos d'hagiographie antique (Bulletin du Centre de Romanistique et de latinité tardive, Université de Nice, Mars 1983, p. 1-12). R. B. 56. HALPORN (James W.), Literary History and Generic Expectations in the «Passio» and «Acta Perpetuae» — Vigiliae christianae, 45,1991, p. 223-241. A côté de la Passio Perpetuae et Felicitatis (BHL 6633), il existe deux recensions d'Acta (A et Β = BHL 6634 et 6635), que Van Beek, en 1936, avait publiées en regard l'une de l'autre, mais qui, depuis, n'ont guère retenu l'attention de la critique. Ces textes brefs, très répandus au moyen âge, ont souffert, à l'époque moderne, d'être comparés à la Passio. Il est vrai que leur qualité littéraire est inférieure et que leur datation initiale, sous Valerien et Gallien, est erronée. Pourtant, comme le montre J.W.H., il est abusif d'établir un lien implicite entre valeur littéraire et historicité. Les Acta ne sont pas de simples abrégés tardifs, qu'on pourrait écarter sans dommage, mais des textes appartenant à un autre genre et visant un public distinct. Ils mettent l'accent sur la communauté des martyrs, non sur tel ou tel protagoniste. Leur langue se rapproche du niveau de style qu'atteste la prédication d'Augustin. Les réflexions de J.W.H. sont pertinentes : si la Passio Perpetuae était perdue, ces Acta, qui respectent le formulaire judiciaire, seraient sans doute aussi prisés que ceux des Scillitains. Il serait donc urgent d'éclaircir les relations qu'ils entretiennent entre eux et avec BHL 6633. Contrairement à ce qui est dit p. 238, n. 14, le plus ancien témoin de la recension A, n'est pas du XIIe, mais du début du IXe siècle. F. D.

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57. CALECA (Claudine), Perpétue, Félicité et leurs compagnons, martyrs de Carthage en l'an 203, Marseille : l'auteur, 1990, 61 p. Plaquette sympathique, qu'on peut se procurer auprès de la Fraternité Sainte-Perpétue, 4 rue du Presbytère, 18100-Vierzon. Résumé de la Passio Perpetuae, suivi d'une évocation des fouilles du Père Delattre, et illustré par des photos de la somptueuse cérémonie qui se déroula, le 8 mars 1959, dans l'amphithéâtre de Carthage. Les deux derniers chapitres traitent de l'histoire du culte de Perpétue et Félicité à Nîmes, Beaulieu-sur-Dordogne et Vierzon. F. D. 58. FRANZ (Marie-Louise von), La passion de sainte Perpétue : un destin de femme entre deux images de Dieu : essai d'interprétation psychologique ; (suivi de) Expériences archétypiques à l'approche de la mort. Traduit de l'allemand par Jacqueline BLUMER et Bernard STEIB, Paris : J. Renard, 1991, 183 p. (La Fontaine de Pierre). Traduction française de deux essais, dus à une célèbre psychothérapeute, autrefois disciple et collaboratrice de C. G. Jung. L'étude consacrée à Perpétue fut publiée pour la première fois en 1951 et rééditée à Zurich en 1982. Grâce à l'abondance et à la pertinence des parallèles invoqués, à la cohérence de la théorie sous-jacente, l'interprétation proposée des quatre visions de la martyre reste pleine d'intérêt. L'élément le plus original en est que les figures masculines (Saturus qui précède l'héroïne sur l'échelle ; Dinocratès, le jeune frère défunt ; le diacre Pomponius, le père et le maître d'armes) représentent Y animus de Perpétue au sens jungien. Peut-être aurait-on pu suggérer au public francophone de prolonger sa lecture, en signalant quelques travaux postérieurs : par exemple M. Meslin, Vases sacrés et boissons d'éternité dans les visions des martyrs africains, dans Epektasis. Mélanges patristiques offerts au Cardinal Jean Daniélou, Paris, 1972, p. 139-153 ; J. Amat, Songes et visions. L'au-delà dans la littérature latine tardive, Paris, 1985 ; C. Mertens, Les premiers martyrs et leurs rêves, dans Revue d'histoire ecclésiastique, t. 81, 1986, p. 5-46 (cf. Chron. Tert. 1986, n° 28). La traduction d'anguem par «peur» (au lieu de «serpent») rend incohérente la note 31 de la page 61. Les noms anciens de lieux et de personnes n'ont pas toujours été rendus correctement en français. A la page 159, substituer P. Monceaux à M. Monceau. F. D. 59. TlLLEY (Maureen Α.), Scripture as an element of social control. Two martyr stories of Christian North Africa —Harvard Theological Review, 83, 1991, p. 383-398. M. A. T. développe ici une idée déjà présente dans sa thèse (voir ci-dessus, n° 43) : l'un des principes exégétiques de l'Église d'Afrique est que l'Écriture s'applique au présent et qu'elle permet de l'interpréter et de le vivre ; la manière dont les écrivains utilisent la Bible nous renseigne donc sur la situation sociale des communautés ; c'est particulièrement vrai des récits de martyrs, destinés à l'édification, au sens plein, de ces dernières. Deux exemples sont donnés ici, qui révèlent deux situations différentes : la Passio Montani etLucii et les Actes des martyrs d'Abitinae. Le premier texte nous fait entrer dans une communauté déchirée des suites de la persécution de Dèce, se résignant mal à la réintégration des lapsi. Il exalte moins le courage des victimes qu'il n'interprète, à la lumière des Écritures, leur combat comme participation à la lutte de Dieu et de Satan, leurs faiblesses comme nécessaires à la gloire de Dieu, leur humilité comme imitation du Christ, leur union comme modèle pour l'Église. Le second montre une communauté qui se veut pure, séparée des autres dans l'attente de la fin des temps. S. D.

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60. H AMMAN (Adalbert G.), L'homme, image de Dieu chez Tertullien — Autour de Tertullien. Hommage à René Braun, t. 2 (cf. n° 12), p. 97-110. Vaste tour d'horizon théologique qui résume en peu de pages le dossier analysé par ΓΑ. dans L'homme, image de dieu. Essai d'une anthropologie chrétienne dans l'Eglise des cinq premiers siècles, Paris, 1987, p. 77-102. Partant de Gen. 1, 26 «faciamus hominem ad imaginem et similitudinem nostrani» (cité p. ex. en Marc II, 4, 4), A. H. constate, par une étude qui se fonde largement sur Deus Christianorum, que Tertullien oppose la création (opus) et la créature humaine (imago Dei, imago), à laquelle est réservé le verbe fingere (ττλάττειν) par opposition à faceré, condere, etc. (ποιεΐν). Mais peut-on vraiment dire que «fingere signifie étymologiquement toucher doucement, caresser, arranger, disposer avec art» (p. 101), et non «modeler dans l'argile», comme l'indique plus prosaïquement le DELL d'Ernout et Meillet ? - L'image et la ressemblance avec Dieu sont en général considérées comme une réalité globale, le libre arbitre (Marc Π, 5, 5-6 ; 6, 2). Il arrive aussi que Tertullien les sépare (Bapt 5, 7 ; Cast 1, 3). Il ne s'agirait pas alors de l'opposition de la nature et de la grâce, mais de celle entre deux temps dans l'économie du salut : l'homme, image et ressemblance de Dieu, perd la ressemblance par le péché, mais la recouvre par la venue du Christ, et par le baptême. P. P. 61. SINISCALCO (Paolo), «Anima sine materia stabili». Per la storia dell'interpretazione di alcuni passi di Tertulliano (Apol. 48,4 ; Test. 4,1) —Autour de Tertullien. Hommage à René Braun, t. 2 (cf. n° 12), p. 111-128. On a souvent opposé, en proposant diverses explications, Apol 48, 4 et Test 4,1 à An 58, 1 sq. et Res 17, 1 sq. Tertullien affirmerait, là, que l'âme sans le corps est impassible ; ici, que l'âme étant corporelle est passible par elle-même. En réalité, entre les deux séries de textes, il n'y a qu'une différence d'accent : l'âme n'est pleinement et parfaitement passible qu'unie à la chair. La démonstration de P. S. est convaincante et élégante : elle rejoint d'ailleurs, comme il se plaît à le faire observer, les remarques que faisait déjà N. Le Nourry à la fin du XVIIIe siècle. J.-C. F. 62. MATTEI (Paul), Le schisme de Tertullien : essai de mise au point biographique et ecclésiologique—Autour de Tertullien. Hommage à René Braun, t. 2 (cf. n° 12), p. 129-149. Le lecteur qui aura réussi à circuler dans le dédale du dossier présenté par P. M. dégagera l'analyse suivante. Avant 212-213,rienne donne l'impression d'une rupture. Après cette date, malgré une séparation dans la pratique liturgique et l'interprétation de la disciplina - élargie, il est vrai, à une partie du domaine doctrinal (cf. R. Braun, Deus christianorum, p. 424-425) -, Tertullien n'a pas commis de schisme au sens que Cyprien donnera du terme : il ne s'est pas rallié à un évêque dissident, mais a conservé un sentiment très vif de l'unité de l'Église, de la fraternité de tous ses membres, montanistes ou psychiques. Cette attitude est commandée par la conception qu'il a toujours eue de l'Église et qui met l'accent sur sa dimension spirituelle : l'institution episcopale y occupe un rang subordonné, ayant pour unique charge de maintenir l'ordre et pour unique fonction de manifester l'Église dans le présent et l'histoire. C'est probablement la déception personnelle de Tertullien devant l'incompréhension totale des psychiques qui explique les excès polémiques de ses dernières œuvres et sa retraite silencieuse. Ces vues sont assez proches de celles de R. Braun - dans son étude sur «Tertullien et le montanisme», parue en 1985, à laquelle se réfère P. M. -, malgré une différence de vocabulaire : plutôt que de schisme P. M. préfère parler de séparation, d'éloignement, de retraite.

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Cette préférence traduit en fait une tendance à confondre le point de vue subjectif (Tertullien n'a jamais eu le sentiment de rompre avec l'Église, mais au contraire celui d'être rejeté par les psychiques) et la réalité du schisme. S. D. 63. GUERRA (Anthony J.), Polemical Christianity : Tertullian's Search for Certitude — The Second Century, 8, 1991, p. 109-123. Cet article repose sur deux idées principales. D'une part, l'auteur s'appuie, ajuste titre, sur la constatation que Tertullien a élaboré sa théologie essentiellement contre quatre catégories d'adversaires : les païens, les juifs, les hérétiques et les catholiques (il vaudrait mieux dire : les psychiques). D'où le titre de cette étude : un christianisme de combat, pour reprendre allusivement un titre déjà ancien de R. Braun (ΒAGB, 1965) que A. G. ne semble pas connaître. D'autre part, l'auteur estime que, pour échapper à l'alternative dans laquelle on enferme Tertullien (est-il fidéiste ou recourt-il aux arguments rationnels et philosophiques ?), il est préférable de recenser les idées sur lesquelles il se fonde pour défendre sa foi. Selon A. G., ces arguments sont au nombre de cinq : l'Écriture, la raison, une morale exigeante, le témoignage de l'Esprit, la tradition. C'est cette 'grille' (heuristic device) qu'il applique à la quadruple polémique de Tertullien, en relevant que les cinq arguments sont inégalement utilisés, en fonction des destinataires. Cette approche de Tertullien lui paraît plus appropriée que la distinction habituelle entre ouvrages prémontanistes et montanistes. Plusieurs des idées avancées par A. G. sont certainement justes, mais elles sont loin d'être toutes également nouvelles et sont trop rapidement développées.- P. 110, n. 3, la monographie de J. Klein a été reproduite en 1975, mais l'édition originale date de 1940, cf. Chron. Tert. 1975, n° 10 ; p. 113, n. 12, celle de T. D. Barnes doit être citée dans son édition de 1985, cf. Chron. Tert. 1985, n° 8). J.-C. F. 64. VAN DER LOF (L.J.), The Plebs of the Psychici. Are the Psychici of De Monogamia Fellow-Catholics ofTertullian — Eulogia. Mélanges offerts à Antoon A. R. Bastiaensen (cf. n° 19), p. 353-363. Que Tertullien se soit finalement séparé de l'Église catholique et même des Montanistes, on le sait par le témoignage d'Augustin (Haer. 86 : «sua conuenticula propagami»). D'après l'A., cette rupture n'est pas consommée à l'époque de Mon (daté de 214 ou 215 par son dernier éditeur, P. Mattei), même si le traité lui-même ne permet aucune conclusion décisive. Les psychici et les spiritales appartiennent à la même Église, mélangés comme le sont l'avoine et le froment (Prax 1,7; mais le texte ne semble pas dire cela : ce ne sont pas les «psychiques», mais les disciples de Praxéas qui seront rassemblés pour brûler du feu éternel). L'A. rejoint en somme la position de D. Powell, Tertullianists and Cataphrygians, dans Vigiliae Christianae, 29, 1975, p. 33-54, mais sans tenir compte des objections de R. Braun (Chron. Tert. 1975, n° 16). P. P. 65. ST-ARNAUD (Guy-Robert), De la «lettre» à persona : prolégomènes à une structure — Revue des sciences religieuses, 64, 1990, p. 283-305. Il s'agit de «mettre en rapport l'étymologie du terme persona et son introduction en théologie par Tertullien» en rendant évidente «une structure d'homographie réciproque directement liée à une conceptualisation de la Lettre en psychanalyse» (p. 283). De cet article, tout nourri de phraséologie lacanienne, seules les premières étapes sont aisées à suivre. L'A. vise les positions de R. Cantalamessa (Concilium 123, 1977, p. 69-70), selon qui l'élaboration de persona en théologie trinitaire s'est faite par le sens d'interlocuteur (exégèse prosopographique), puis par celui d'individu (langage courant), indépendamment de toute

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connotation étymologique. Pour ΓΑ. au contraire, il y a communauté entre l'étymologie de persona et son entrée en théologie. Reprenant les vues de M. Nédoncelle (cf. Deus Christ, p. 208) sur Forigine étrusque, et après un détour par l'atellane, il souligne que le Phersu de la tombe des Augures est soit le nom de l'individu masqué représenté, soit la désignation du masque «à condition qu'il dénomme l'être supérieur dont il est l'exécutant et dont il porte le masque» (p. 300). Il en conclut que Phersu est un nom propre, et que le nom propre «marque une conjonction particulière à l'écriture et au concept de Lettre en psychanalyse» (ibid.). Notre imperméabilité au discours lacanien ne nous ayant pas permis de saisir les pages suivantes (300-304), nous nous arrêterons aux deux pages finales, un peu moins hermétiques : ΓΑ. met l'accent sur le passage d'un nom propre à un nom commun dans l'étymologie de persona. Il promet de revenir ultérieurement là-dessus pour démontrer que Tertullien, quand il introduisait persona dans la théologie trinitaire, accordait une grande importance au «sens grammatical» et s'inspirait par là de l'étymologie. Mais les latins avaient-ils conscience des commencements étrusques du terme ? Les premières pages (284-294) sur Tertullien et 'personne' présentent des analyses, généralement justes, des textes de Prax, et qui s'appuient essentiellement sur le travail de J. Moingt, en ignorant le reste de la bibliographie, ancienne comme récente (pour cette dernière, voir Chron. Tert. 1989, n° 42, qui renvoie à des titres antérieurs). R. B. 66. MATTEI (Paul), Patience servile et patience filiale. Notes sur la morale théorique de Tertullien, spécialement dans le «De patientia» — Vita Latina, 122, juin 1991, p. 21-31. Les composantes philosophiques de la patientia telle que l'a conçue Tertullien, ont été bien éclairées par les travaux de J.-C. Fredouille. Ici P. M. s'intéresse aux schemes proprement chrétiens qui ont aussi joué un rôle. La patience en effet est une relation entre le chrétien et son Dieu, et cette relation s'exprime en des thèmes reçus de l'Écriture. Sont étudiées, dans leur application au chrétien, les images de seruus Dei et d&fìlius Dei. La première étude (seruitus) manifeste la distance entre le Créateur et sa créature, et le devoir pour celle-ci de se modeler sur lui en une imitano qui reste en quelque sorte extérieure. La seconde (filialité) fait apparaître que la dignité aufilius contrebalance l'abjection du seruus, la patience rendant participant à la nature divine. Mais, à la différence de Cyprien (De bono pat. 3 et 5), Tertullien n'a pas su établir une synthèse entre ces deux aspects au moyen d'une réflexion sur l'homme imago Dei où s'expriment en même temps son origine et sa destination. Toutes ces fines analyses s'appuient sur des rapprochements avec d'autres textes de l'auteur et sur des comparaisons avec les œuvres similaires de Cyprien et d'Augustin. La dernière partie porte sur les lacunes et insuffisances de Pat : rôle subordonné de l'amour, absence de dynamisme de la patience qui est ainsi, trop rarement, attente et espérance. Après une justification bienvenue de certains détails souvent mal interprétés ( la uoluptas patientiae de 3,9 et le rire divin devant les malheurs de Job en 14, 5), P. M. avance une hypothèse pour expliquer, dans le domaine de la morale théorique, les déficiences de Pat, qui ne viendraient pas uniquement de la formation stoïcienne de son auteur : ce dernier aurait conçu la patience moins comme une vertu au sens propre que comme une attitude existentielle d'accueil, «forme» préalable des vertus, ou encore comme un «admirable échange» entre Dieu qui, dans le Christ, prend l'initiative et l'homme qui, porté par la grâce, répond. Souhaitons que P. M. puisse revenir, «plus à loisir», et en un développement plus linéaire, moins chargé d'incidentes et de parenthèses, sur cette ingénieuse hypothèse qui valoriserait la composante chrétienne de la réflexion morale de Tertullien. R. B. 67. RAMBAUX (Claude), Le jugement de Tertullien sur les femmes — Vita Latina, 122, juin 1991, p. 1-20. Dans la droite ligne de sa thèse (Tertullien face aux morales des trois premiers siècles, Paris : Les Belles Lettres, 1979), C. R. dénonce comme contraire au christianisme et à sa loi d'amour le jugement porté par Tertullien sur les femmes. Selon lui, Tertullien est misogyne et

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sa misogynie est sans précédent : il garde des Écritures les seuls textes hostiles aux femmes ; à l'égard de celles-ci, il est plus sévère et exigeant que les chrétiens, les hérétiques et les juifs de son temps ; il va même à contre-courant d'une évolution 'féministe' de la société païenne contemporaine. Cette condamnation n'est pas exempte de partialité. C. R. accumule les références, mais sans tenir compte des contextes. Il concède au passage que Tertullien reconnaît à la femme la même vocation spirituelle qu'à l'homme, mais circonscrit volontairement le débat au plan temporel. Pour apprécier la divergence des points de vue sur Τ antiféminisme ' de Tertullien, on pourra se reporter à trois études récentes, d'Émilien Lamirande, Marie Turcan, Elizabeth Carnelley (voir Chron. Terî. 1987, n° 41 ; 1990, n° 51 ; 1991, ci-dessous, n° 68). S.D. 68. CARNELLEY (Elizabeth), Tertullien and feminism — Theology (London), 92, 1989, p. 31-35. L'auteur se range aux côtés de ceux qui refusent de voir en Tertullien un misogyne. Sûr de l'imminence du Royaume, Tertullien veut préparer les siens à la vie 'angélique' et libérer la femme des contraintes temporelles qui pèsent plus particulièrement sur elle, pour lui permettre, dès ici-bas, de vivre la vie de l'Esprit, conformément au charisme de prophétie qui est le sien. S.D. 69. KAUFMAN (Peter Iver), Tertullian on Heresy, History and the Reappropriation of Revelation —Church History [Chicago], 60, 1991, p. 167-179. Si nous avons bien compris le raisonnement contourné et l'expression embarrassée de P. I. K., la confiance que Tertullien manifestait dans le développement du christianisme ne tenait pas au dynamisme qu'il attendait du montanisme pour lui apporter un nouveau souffle, mais à l'existence et à la persistance des hérésies. «Il faut qu'il y ait des hérésies» a dit l'Apôtre (/ Cor. 11, 19) : celles-ci sont la condition nécessaire du progrès de la foi. Tertullien combat donc les hérétiques, leur exégèse, leur interprétation philosophique du christianisme, mais il n'a pas en vue leur conversion. J.-C. F. 70. CAVALLOTTO (Stefano), // magistero episcopale di Cipriano di Cartagine. Aspetti metodologici —Divus Thomas, 91, 1988, p. 375-407 ; 92, 1989, p. 33-73. Cette étude a un objectif nettement circonscrit : rechercher les fondements de la réflexion théologique de Cyprien, autrement dit sa méthodologie. L'auteur s'appuie sur les Lettres, dont il fait une lecture attentive et peu encombrée d'érudition. Qu'il intervienne en tant que pasteur sur des questions de discipline, les schismes et les hérésies, ou l'organisation de l'Église, Cyprien, même lorsqu'il invoque aussi les décisions conciliaires, se réfère fondamentalement à la seule Ecriture, qu'il applique à la situation présente. Le dossier baptismal et la Lettre 63 sur le sacrifice eucharistique montrent à l'évidence que pour lui, à la différence d'Etienne, ni la pratique de telle ou telle communauté - pas même celle de l'Eglise d'Afrique -, ni la pratique générale de l'Église n'est un critère suffisant de vérité. C'est que, pour lui, il n'y a pas d'autre sagesse que celle de Dieu, manifestée dans l'Ancien Testament comme dans le Nouveau. La traditio est avant tout, à ses yeux, la simple transmission des préceptes divins livrés une fois pour toutes par les auteurs inspirés de l'Ancien Testament, le Christ et les apôtres (semel traditum), et l'intervention de Dieu dans les visions et les songes a pour but, non pas d'apporter de nouvelles révélations, mais de faire retrouver la vérité, lorsque l'erreur l'a fait perdre. Cyprien utilise les testimonia scripturaires, non comme des arguments, mais comme des modèles typologiques de la réalité présente de l'Église. Il en résulte que celle-ci détient en fait une autorité. Préfigurée par l'Écriture et ayant reçu la traditio diuina consignée dans l'Écriture,

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elle se doit de l'enseigner, de la transmettre, de distinguer la vérité de Terreur, notamment par la voie du magistère episcopal. Mais l'articulation entre la traditio diuina ou apostolica et la traditio ecclesiastica, qui enseigne et donc interprète la traditio divina, n'est pas clairement définie par Cyprien. La bibliographie de cette étude est très lacunaire et date beaucoup : on ne peut plus aujourd'hui donner un tableau chronologique des Lettres de Cyprien (voir n. 34) sans tenucompte des travaux de L. Duquenne et de G. W. Clarke ; depuis le livre de Van den Eynde (1933), utilisé par S. G, d'autres écrits ont paru sur la traditio dans l'Église ancienne (R. P. G Hanson, Tradition in the Early Church, London, 1962 ; voir aussi Chron. Tert. 1977, n° 30 ; 7979, n° 35). S. D.

HERESIES
71. DAVIDS (Adelbert), Hermogenes on Matter. A note on the first chapters of Tertullian's Treatise against Hermogenes — Eulogia. Mélanges offerts à Antoon A.R. Bastiaensen (cf. n° 19), p. 29-32. Deux notes de critique textuelle. En Herrn 3, 1, «Fuisse itaque materiam semper [cum : Kroymann] deo domino» : plutôt qu'un datif (Waszink), A. D. y verrait un ablatif absolu. En Herrn 4, 1, faut-il lire avec Kroymann : «quod earn (sc. materiam) deo comparet (se. Hermogenes)» ou avec Waszink : «quod earn deus sibi comparet» ? et, d'autre part, comment analyser comparare (com-paro ou compar-o) ? Contre Waszink, A. D. préfère la leçon de Kroymann et comprend compar-o. J.-C. F. 72. ORBE (Antonio), Marcionitica — Augustinianum, 31, 1991, p. 195-244. Notre information sur le marcionisme est insuffisante et lacunaire. Cette doctrine toutefois, si pauvre qu'elle soit dogmatiquement, ne paraît pas avoir été incohérente. C'est au nom de son développement logique à partir de quelques principes de base (le premier étant que la sarx n'est pas susceptible de salut) que A. O. cherche, sinon à combler des vides ou remplir des zones d'ombre, du moins à suggérer certains cheminements pour en retrouver les perspectives. Il s'appuie sur le corpus scripturaire de l'hérétique tel qu'il ressort du témoignage de Tertullien en particulier, et il met en œuvre une méthode originale, qui consiste à ne pas isoler Marcion des schemes théologiques habituels au IIe siècle tant dans l'Église que chez les autres gnostiques, notamment valentiniens. Trois secteurs sont retenus : 1) Le dieu bon et son monde (p. 206-215) : Marcion aurait, d'après Col. 1, 19, conçu un «plérôme» - région d'êtres divins - qui se confondrait peut-être avec la «création invisible», «monde ou ciel invisible», inconnaissable, du dieu bon (cf. Marc I, 15,1-2). A l'intérieur de ce monde, le Christ (Fils) occuperait une place prééminente, étant le primogenitus (Col. 1, 17), l'image et le visage du dieu invisible et inconnaissable (// Cor. 4, 4 ; Col. 1, 15) : il serait la personne en qui le dieu infini acquiert une forme accessible à l'homme et pouvant donner une connaissance finie de l'infini. Ces vues rejoignent celles, exprimées ailleurs, qui ont amené A. O. à rejeter toute interprétation modaliste de la christologie de Marcion (cf. Chron. Tert. 1990, n° 43). 2) L'Esprit saint ou prolégomènes à la pneumatologie (p. 216-232) : De l'esprit du Créateur et de ses anges, esprit capable de faillir, Marcion distingue expressément l'Esprit saint de l'évangile et du dieu bon, dont la prière enseignée par le Sauveur demande la venue en nous (Le 11, 1-4; cf. Marc IV, 26).

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3) Points de sotériologie (p. 232-242) : A propos de / Cor. 15, 45 et 47, l'accent est mis sur la diversité de nature entre Adam (terrestre et charnel) et le Seigneur (céleste, non charnel). Pour Marcion, toute résurrection s'entend, non de la chair, mais du corps céleste ; ce sont les âmes, corps psychiques, qui deviennent immortelles en communion avec l'Esprit du Christ. Venant d'un spécialiste réputé des théologies hérétiques du IIe siècle, ces tentatives de clarification sont séduisantes. Malheureusement il reste bien du flou, bien des incertitudes autour de la pensée théorique de Marcion et de son exégèse. R. B.

SURVIE
73. DuVAL (Yves-Marie), Sur un prétendu fragment d'un traité perdu de Tertullien chez Jérôme (Ep. 85, 5). Les enfants de chrétiens «candidati fidei» — Autour de Tertullien. Hommage à René Braun, t. 2 (cf. n° 12), p. 161-176. A Paulin de Noie qui lui demande comment pourront être «saints» les enfants de baptisés (cf. / Cor. 7, 14), alors qu'ils ne pourront être sauvés sans le don de la grâce, Jérôme répond en citant Tertullien «in libris de monogamia ... adserens sanctos dici fidelium filios quod quasi candidati sint fidei et nullis idololatriae sordibus polluantur» (epist. 85,5 ; date : 399). La question, absente de Mon, est traitée en An 39, 1-4, mais sans qu'apparaisse l'expression caractéristique candidatifidei.On en a conclu à l'existence d'un traité de Tertullien aujourd'hui disparu. Y.-M. D. trouve cette hypothèse inutile. Il montre qu'en 393, dans le Contre Jovinien, Jérôme a utilisé non seulement Cast et Mon, mais aussi Vx II (ce qu'on n'avait pas encore noté) : dans un couple païen où l'un des conjoints se convertit, l'autre devient «Dei candidatus» (Vx II, 7, 2) ou «candidatus fidei» (Adu. Iou. I, 10). Frappante, l'expression revient en 399 ou 400 dans la lettre à Laeta pour désigner ... un grand père (epist. 107, 1 : «candidatus est fidei quem filiorum et nepotum turba circumdat»). Alors pourquoi pas les enfants ? Vx II rentre bien dans le titre global libri de monogamia ; c'est à lui qu'a dû penser Jérôme, même si le traité s'occupe du mariage plutôt que du fruit du mariage. P. P. 74. ADKIN (Neil), Tertulliano «De ieiunio» and Jerome's «Libellus de virginitate servanda» (epist. 22) — Wiener Studien. Zeitschrift für klassische Philologie und Patristik, 104, 1991, p. 149-160. Jérôme a utilisé le De ieiunio dans Y epist. 22 (à Eustochium ; écrite à Rome au printemps 384), comme le prouvent le remploi de citations bibliques et plusieurs parallèles textuels (citation de lei 1,2 «prior uenter et statim cetera» ; échos de 2, 8 «in pulmonum et intestinorum meorum inanitate» ; 3, 2 «facilius uentri quam deo cessit» ou 5, 2 «pronior uentri quam deo» ; 3, 3 «ultro cibum ... pro ueneno deputarem» ; 9, 8 «aquis sobrius et cibis ebrius»). On modifiera donc sur ce point (d'autres suivront !) la chronologie que nous avions tentée des lectures de Tertullien par Jérôme (cf. Chron. Tert. 1988, n° 55).- L'analyse microscopique que N. A. fait des procédés de Jérôme, et accessoirement de Tertullien, est fort intéressante. Elle paraît toutefois un peu trop sûre d'elle-même. Kroymann p. ex. avait-il vraiment tort de dire qu'en lei 1, 2 cetera est l'équivalent de pudenda ? C'est en tout cas l'interprétation de Jérôme lui-même dans Vin Titum (1, 7 ; PL 26, 576A), où il imite à nouveau ce passage : «Specta uentrem et genitalia, pro qualitate membrorum ordo uitiorum» (ce parallèle, datable de 386/7, n'est pas relevé par Ν. Α.). D'autre part, il est difficile de réduire les emprunts de Jérôme à une série de formules clinquantes (comme on en trouve, il est vrai, beaucoup dans ces «bréviaires d'ascétisme» que sont les epist. 14 et 22). Dans d'autres œuvres, l'utilisation est beaucoup plus extensive, plus profonde aussi, ainsi que l'ont montré les beaux travaux d'Y.-M. Duval. P. P.

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75. CANTÓ LORCA (Josefa), Una fuente de Isidoro de Sevilla (Eym. 18) - Stephanion. Homenaje a María C. Giner, Salamanca : Ediciones Universidad de Salamanca, 1988, p. 167176 (Acta Salmanticensia. Estudios filológicos, 200). Devant éditer dans la collection «Auteurs latins du Moyen Age» le livre XVIII des Etymologies d'Isidore de Seville, De bello et ludis, J. C. L. a tenté de présenter une synthèse sur l'usage qu'Isidore fait du De spectaculis de Tertullien. Ses remarques sur la «Zitierweise» de Tévêque de Seville paraissent sinon très originales, du moins judicieuses. En revanche sa propre «Quellenforschung» laisse à désirer. Elle n'a pu en effet consulter la monographie, centenaire mais toujours excellente, de M. Klussmann, Excerpta Tertullianea in Isidori Hispalensis Etymologiis, Hamburg, 1892 (programme de la «Gelehrtenschule des Johanneums»). Le savant allemand avait fait la même recherche, mais en partant de Tertullien, dont il voulait améliorer le texte (rappelons qu'il avait publié une édition de Spect en 1877). La comparaison n'est pas très favorable à J. C. L. Si elle ajoute au répertoire de Klussmann un écho de Spect 9, 5 en Etym. 18, 41, 1-2 (albos hiemi... russeos currere Marti sacrauerunt), elle n'a pas noté les parallèles Spect 9, 5 / Etym. 18, 33, 2 (Aurigae autem duobus coloribus sunt, quibus speciem idololatriae uestiunt. Nam prasinus Terrae, uenetus Coelo et Mari a paganis dicatus est) et Spect 14, 3-15,1 / Etym. 18, 16, 1 (spectacula ut opinor generaliter nominantur uoluptates quae non per semetipsa inquinant sed per illa quae illic geruntur). D'après la note 7 (p. 168), il lui aurait aussi échappé les rapprochements entre Apol 25,14 /Etym. 18, 2, 1 (omne regnum saeculi huius bellis quaeritur, uictoriis propagatur) et Scorp 1,2/ Etym. 18, 8, 3 (uirus quo figit infundit). Le chantier reste donc ouvert. P. P. 76. COSTANTINI (Marie-Louise), Tertullien, Nietzsche : deux sombres précurseurs—Autour de Tertullien. Hommage à René Braun, t. 2 (cf. n° 12), p. 223-246. Cette méditation passionnée part de la vision grandiose qui clôt le De spectaculis et des pages de la Généalogie de la Morale où, pour stigmatiser le christianisme, Nietzsche fait référence à ce texte de Tertullien qu'il n'a pas compris. Prophète inspiré, continuateur de ΓApocalypse, Tert. exprime en réalité son attente, dans la foi, du Royaume céleste, et trouve dans l'imaginaire du feu un moyen de représenter le Mal, en face duquel se dresse le Christ indicible. Chez Nietzsche, même soif d'absolu, même condamnation pathétique à l'incompréhension et à l'enfermement. S. D.

RÉIMPRESSIONS
77. BlSBEE (Gary Α.), Pre-Decian Acts of Martyrs and «Commentarli», Philadelphia : Fortress Press, 1988, XV-187 p. (Harvard Dissertations in Religion, 22). Cette thèse de qualité, soutenue en 1986, analyse une centaine de procès-verbaux sur papyrus, selon une grille qui est ensuite appliquée aux plus anciens Actes des martyrs (dont ceux des Scillitains). Après avoir été diffusée à partir d'un microfilm (cf. Chron. Tert. 1987, n° 29), elle est désormais disponible sous forme de livre. F. D. 78. MUNIER (Charles), Autorité episcopale et sollicitude pastorale. Ile-Vle siècles, Aldershot : Variorum, 1991, XIII-305 p. (Collected Studies Series : CS 341). Voici consacré, par ce recueil d'articles, le rayonnement de C. M., dont les divers travaux, nés d'obligations universitaires, s'inspirent d'une même réflexion continue sur l'Église ancienne, ses problèmes d'autorité, ses comportements dans le monde. Le titre choisi répond

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bien à «deux thèmes essentiels et complémentaires de l'ecclésiologie», comme il le dit lui-même dans son Avant-Propos, avant de procurer un fil conducteur de lecture. Sont reproduits, sous forme anastatique, vingt-deux articles qui ont paru, de 1978 à 1990, dans diverses revues. Ces études sont regroupées au long d'une ligne qui va d'Ignace d'Antioche et des apologistes du IIe siècle à Augustin et Césaire d'Arles. Bien entendu, Tertullien se taille la part du lion : il est présent par sept titres - touchant à la tradition, Fhérésiologie, l'argument de prescription ; tous du reste ont déjà été recensés ici-même en leur temps. Le lecteur appréciera la commodité de les trouver maintenant réunis, comme il appréciera aussi celle que lui offrent plusieurs indices rajoutés au volume (textes scripturaires, judaïques, patristiques, conciliaires, profanes, juridiques ; noms de personnes et de lieux). Saluons avec joie la publication de ce recueil au moment où C. M. vient de prendre sa retraite : une retraite promise, souhaitons-le lui, à la poursuite active de sa production ! R. B. 79. DANIÉLOU (Jean), Les origines du christianisme latin, Paris : Desclée ; Le Cerf, 1991, 391 p. (Histoire des doctrines chrétiennes avant Nicée, 3). Reproduction, sans mise à jour d'aucune sorte, de l'édition originelle (1978 ; voir Chron. Tert. 1978, n° 25). S. D. 80. HAMMAN (Adalbert-G.), Études patristiques. Méthodologie - liturgie - histoire théologie, Paris : Beauchesne, 1991, 474 p. (Théologie historique, 85). Aucune des 33 études reproduites dans ce recueil ne concerne spécifiquement Tertullien ou Cyprien, mais les excellentes tables dressées par Jean-Paul Bouhot permettent de voir qu'ils sont néanmoins très présents. On est heureux d'avoir maintenant à portée de la main les articles qu'a publiés, depuis plus de 40 ans, l'éminent connaisseur de l'Antiquité chrétienne qu'est le P. Hamman. P. P.

NOUVELLES
8 1 . La Chron. Tert. 92 recensera entre autres l'édition de Cor par F. RUGGIERO (Milano : Mondadori), la réédition de YOctavius par B. KYTZLER (Leipzig : Teubner) et le recueil des articles de R. BRAUN consacrés à Tertullien (Paris : Études Augustiniennes).

Revue des Études Augustiniennes, 39 (1993), 441-464

Chronica Tertullianea et Cyprianea 1992
Cette chronique continue et complète la Chronica Tertullianea parue dans la Revue des Études Augustiniennes depuis 1976 (productions de 1975). Elle a changé de nom et de domaine depuis 1986, et embrasse désormais toute la littérature latine chrétienne jusqu'à la mort de Cyprien. Les renvois se font toujours de la même façon : on a gardé l'abréviation Chron. Tert., qui est suivie de l'année recensée et du numéro du compte rendu. Cette année encore, nous avons bénéficié de l'aide d'amis fidèles. M. Pierre-Paul Corsetti et Mme Brigitte Basdevant nous ont fourni de précieuses indications biblio-graphiques et la photocopie d'articles peu accessibles en France. Nous leur exprimons notre très vive gratitude.
René BRAUN — Simone DELÉANI — François DOLBEAU Jean-Claude FREDOUILLE — Pierre PETTTMENGIN

EDITIONS
1. TERTULLIANO, De corona. Introduzione, testo, traduzione e note a cura di Fabio RUGGIERO, Milano : A. Mondadori, 1992, LIV-184 p. (Classici greci e latini). Établie sur frais nouveaux, cette édition s'écarte de celle de J. Fontaine (Paris, 1966) à laquelle l'auteur rend hommage, sur une cinquantaine de points, quelques-uns mineurs, d'autres plus importants : Éd. J. Fontaine Éd. F. Ruggiero I, 1 milites laureati adibant. ...adibant. Quidam... Adhibetur quidam... 1,2 singuli...infrendere cominus. ...cominus. Murmur... Continuo murmur... I, 3 damit deruit I, 5 in pace leones et in proelio ceruos et seel. IV, 1 scripturarum nullam (i.e. legem) leges scripturam nullam leges IV, 6 et edicere dicere V, 2 ministrantia administrantia

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VII, 4 VII, 5 VII, 6 VII, 8 IX, 4 X, 1 X, 3 XI, 1 XII, 2 XIII, 1 XIII, 3 XIII, 6 XIII, 7 XIV, 4 XV, 1 XV, 2

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Vulcani opus ac post Liberi munus Delphico dracone euoluas peninent in Dei rebus in communione uacant solum Christum pluris faciens sed et pace cum Neptuno inita imaginum pro numero capita Domini nostri putasti sacras et fúnebres erant in cruce inattaminatam adora opus secl. Delphine dracone uoluas peninere et in Dei rebus in communionem uacat solo Christo pluris non faciens sed et paci cum Neptuno initae imaginum iam numero capita Domini Dei nostri non putasti et sacras et fúnebres erunt cruci intaminatam odora

F. R. justifie (p. 116-129) les choix qu'il a faits, souvent en privilégiant les leçons de VAgobardinus. Il nous prie de signaler dans son édition une coquille typographique : à «pertinere.» (p. 26,1. 61), on substituera «pertinere*.», en insérant une indication de lacune. Le commentaire est, dans l'ensemble, de caractère plus historique et moins littéraire que celui de J. Fontaine, mais n'indique pas de référence bibliographique. Sur l'endroit où l'épisode est censé avoir eu lieu (F. R. opte pour Carthage), cf. ci-dessous l'hypothèse de Y. Le Bohec, n° 25. Sobrement écrite et bien présentée, cette édition est pourvue d'une ample bibliographie, de plusieurs index et d'une anthologie de quarante-deux textes, du Nouveau Testament à Augustin, sur les chrétiens, la guerre et la paix. J.-C. F. 2. M. Minuci Felicis Octavius, ed. Bernhard KYTZLER, éd. corr., Stutgardiae, Lipsiae : Teubner, 1992, XIV-41 p. (Bibliotheca scriptorum Graecorum et Latinorum Teubneriana). Réimpression de l'édition de 1981 augmentée d'un addendum bibliographique qui aurait pu être plus important : manque par exemple l'étude du regretté P. G. van der Nat (1977). L'apparat critique très complet permet utilement de se faire une idée précise des difficultés rencontrées par les philologues. P. 42, on trouvera la liste de conjectures de K. Müller (cf. infra, n° 13). J.-C. F. 3. MODESTO (Christine), Studien zur Cena Cypriani und zu deren Rezeption, Tübingen : G. Narr, 1992, XI-305 p. (Classica Monacensia. Münchener Studien zur klassischen Philologie, 3). La Cena Cypriani (CPL 1430) est une parodie biblique en prose, décrivant les services d'un festin bouffon, auquel sont conviés des personnages de l'Ancien et du Nouveau Testament. Il s'agit d'une œuvre antique, fondée sur une traduction préhiéronymienne et attribuée dans les manuscrits à saint Cyprien. La Cena Cypriani (= CC) connut un certain

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succès au Moyen Âge, puisqu'il en subsiste plus de 60 copies s'échelonnant du IX au XVIe siècle. Elle fut de plus adaptée à plusieurs reprises, d'abord en prose par Raban Maur (ca 855856 = CH), puis en vers par Jean diacre de Rome (ca 876-877 = CI), le moine Azelin de Reims (ca 1047-1054 = CA) et un clerc anonyme du XIIe siècle (ms. Arras 557 = CAr). CA avait été publié par Du Méril en 1847, CH par Hagen en 1883, CC et CI en dernier lieu par Strecker en 1896 ; CAr restait inédit. De cet ensemble, C. M. propose la première édition complète, accompagnée de traductions allemandes et de copieux commentaires. Elle a collationné tous les mss repérés de CH, CA et CAr, et l'un des deux rameaux de CC. En revanche, le texte de CI est emprunté tel quel à Strecker. Dans son annotation, ΓΑ. tient aussi compte d'un commentaire de CC, composé au XIIe s. par Hervé de Bourgdieu, mais sans en publier le texte intégral. Selon l'A., CC est une sorte de centón, qui emprunte certains de ses éléments aux genres du Banquet et de la Ménippée, et transpose dans le monde biblique les bouffonneries mythologiques des païens (représentées notamment par le Iudiciwn coci et pistons de Vespa). C'est une fantaisie carnavalesque, dont la visée n'est ni blasphématoire ni mnémotechnique, et dont le caractère énigmatique et les possibilités d'interprétation allégorique expliquent le succès médiéval. CI, conçu pour une récitation publique, est l'adaptation la plus fidèle de CC. Les autres remaniements ont un caractère didactique plus marqué. Dans l'antiquité, le texte chrétien le plus proche est un sermon de l'évêque Zenon de Vérone, mettant en scène, à l'intention de nouveaux baptisés, une procession de personnages bibliques, qui sont chacun pourvus d'un attribut : cela suggère de dater la Cena Cypriani du dernier tiers du IVe s. et de la localiser plutôt en Italie du Nord. Le sujet était magnifique et difficile. La dissertation de C. M. est très honorable, mais aurait sans doute gagné à être retravaillée avant de paraître sous forme de livre. Strecker avait signalé, sans les classer, douze manuscrits de CC (cf. MGH, Poetae latini, t. 4/2, p. 867) : il est dommage que sur ce point l'A. n'ait pas tenté de prolonger l'enquête. L'absence d'index (pour les noms propres et les citations scripturaires) ne facilite pas la comparaison des textes. D'après les sondages effectués, les apparats bibliques et l'édition princeps de CAr sont à utiliser avec prudence. Voici, dans l'ordre de l'ouvrage, quelques notes de lecture. (CC) «Faenum ... discubuerunt turbae» (p. 14, 6-8) : cf. Matth. 14, 19.- «Saxatilem Hieremias» et «lapidatur Hieremias» (p. 24, 3 et 32, 14) évoquent simplement la lapidation du prophète relatée dans les Vitae prophetarum, comme l'avaient correctement noté plusieurs érudits antérieurs. Les solutions défendues par l'A. sont intenables, et ses renvois bibliques erronés (p. 93 et 98). La plus ancienne traduction latine des Vitae prophetarum ne remontant guère au-delà de 400, ce détail fournit à la critique un nouveau terminus post quem- P. 31, 12, substituer dans la traduction Achan à Isaac- À propos du catalogue de poissons (p. 90-96), il aurait été commode de renvoyer à E. de Saint-Denis, Le vocabulaire des animaux marins en latin classique, Paris, 1947 (voir par exemple la notice de la p. 32 sur le dentex). (CH) Outre les martyres d'Isaïe et de Jérémie, déjà mentionnés par CC, Raban Maur (p. 154) évoque la fin de beaucoup d'autres prophètes : «[H]anani in neruum missus» repose sur// Chr. 16, 7 et 10 ; «Ezechiel [et non Ezechias] interfectus, Amos per tympora transfixus, Micheas precipitatus, Abdo strangulatus, Zacharias lapidibus oppressus» sont empruntés à Isidore de Seville, De ortu et obitu patrum, ch. 39, 43, 46, 55 et 57 (éd. C. Chaparro Gómez, Paris, 1985, dans une recension contaminée avec un opuscule traduit du grec et publié dans Revue d'Histoire des Textes, t. 16, 1986, p. 131-136).- P. 156, 15 : «Zacharias pretium attulit» évoque non le père de Jean-Baptiste (Le 1, 10), mais le prophète des «triginta argénteos» (Zach. 11, 13), cité par Matth. 27, 9 sous le nom de Jérémie. (CI) Ce chapitre sur Jean diacre est le moins réussi de l'ouvrage et n'exploite pas toute la bibliographie : l'article majeur de Lapôtre a été réimprimé à Turin en 1978 ; les positions actuelles de G. Arnaldi sont exposées dans Natale 875. Politica, ecclesiologia, cultura del papato altomedievale, Roma, 1990, p. 107-114 ; voir aussi G. Vinay, Alto medio evo latino.

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Conversazioni e no, Napoli, 1978, p. 337-350. Une enquête en cours montre d'ailleurs qu'il était possible d'améliorer l'édition Strecker (cf. C. M. Monti, Per la «Cena» di Giovanni Immonide, dans Medioevo e latinità in memoria di Ezio Franceschini, Milano, 1993, p. 277302). (CA) P. 226, strophe 36, 4 : \\τζραΜ<ο> coccíneo, pour rétablir un octosyllabe.- P. 228, str. 38, 1 : lire de même Moab<i>tidis ; str. 45, 1 =111 Rois 1, 33 et 38. (CAr) P. 250-251, str. 33, 3 : Latitudo est ici un nom propre (Gen. 26, 22) ; l'expression «latitudinis aquam» ne peut donc être traduite par Wasserfülle.- P. 251, str. 35 : substituer en note Gen. 30, 15-16 à Gen. 29, 17-18 et 23.- P. 253, str. 38, 2 = Gen. 43, 34 ; en 39, 2, Gesson n'est pas le fils de Moïse, mais le nom du pays où fut célébrée la première Pâque (cf. Ex. 8, 22 ; 9, 26, etc.) ; la strophe 42 renvoie à Nombr. 10, 2 (et non à Ex.).- P. 254, str. 47, 1-2 : «Fratres vasa bellantia...» = Gen. 49, 5-6 (on s'attendrait à lire fragmina au lieu de gramina) ; le vers suivant fait référence à Gen. 49, 3-4.- P. 257, str. 60, 1 = Éz. 4, 1 ; str. 60, 3-4 = Amos 7, 7-8 ; str. 61, 2 = /// Rois 18, 4 et 13.- P. 258, str. 65, 4 : rectifier Eachior en EtAchior (et aussi Eministrantes en Et ministrantes en 87, 4) ; str. 70, 2 = Job 2, 3.- P. 260, str. 81, 4 : rétablir «Iobab» pour éliminer la syllabe superflue.- P. 262, str. 84, 1-2 : «Fugit Soba, fugit Roob, Maacha fugit et Istob» = // Sam. 10, 6 + 8 + 13 (inquiétant est le commentaire de la p. 282 : «Ein Stellenverweis bei 'Istob' ist nicht möglich, weil keine biblische Person dieses oder ähnlichen Namens belegt ist», car il révèle que ΓΑ. n'a pas songé à chercher sous [H]istob, pas plus qu'ailleurs sous [H]anani) ; str. 85, 1 = IV Rois 9, 24.- P. 264, str. 93, 3 : Issachar, qui est qualifié en Gen. 49, 14 d'«asinus fortis», mange des chardons, non des artichauts ; str. 96, 2 : «Manue» doit recevoir une majuscule et ne pas être traduit par «Handvoll» ; il s'agit du père de Samson, cité au vers précédent.- P. 266, str. 100, 1-2 = Tob. 2, 20-21 ; str. 104, 2 : Dures est à rectifier en diues.- P. 274, str. 141, 1 : «ut reflorentinum Agar» est à corriger en «utre florentinum A.» (l'outre est celle de Gen. 21, 14 ; cette retouche supprime le seul enjambement du poème entre deux strophes) ; str. 142, 3 : «Semmetim pneum situla» doit de même être lu «Sem metimpneum s.» (le vers suivant concerne Cham ; le vin de Méthymne, dans l'île de Lesbos, était célèbre [Virgile, Georg. 2, 90] et reparaît plus bas en 144, 4).- P. 276, str. 145, 2 : «Ruth tinolium [cum] patina» est fautif ; y supprimer la préposition est inutile, car l'octosyllabe est correct, si on lit «tmolium» d'après Georg. 2, 98 ; str. 150, 2 = Le 1, 15 (7, 33).- Dans une édition princeps de 640 octosyllabes, en quatrains rimes ou assonances, on se serait attendu à quelques remarques stylistiques. Un rapprochement du type Bosor/Nabugodonosor (str. 137) ne s'explique pas par un renvoi précis à la bible, mais par une recherche de sonorité. F. D.

TRADUCTIONS
4. GHARIB (Georges), TOMOLO (Ermanno M.), GAMBERO (Luigi), Di NOLA (Gerardo), éd., Testi Mariani del primo millennio, voi. 3, Padri e altri autori latini. Direzione e coordinamento di Luigi GAMBERO, Roma : Città Nuova, 1990, 1018 p. Dans cette volumineuse anthologie de textes patristiques et médiévaux traitant de la Vierge Marie, les p. 49 à 84 sont consacrées à Tertullien, Novatien et Cyprien. Les deux derniers auteurs n'ont fourni qu'un extrait chacun (Nov., Trin. 24 ; Cypr., Test. II, 9) ; en revanche Tertullien, dont la théologie mariale est toujours l'objet de discussions et de recherches (cf. Chron. Tert. 1990, n° 44) est très présent. On trouvera ici les références, parfois corrigées, de tous les passages cités : Marc II, 4, 4-5 ; III, 11, 2-9 ; 13, 3-5 ; 17, 3-4 ; 20, 5-9 ; IV, 1, 6-8 ; 10, 6-9 et 15-16 ; 19, 6-13 ; 26, 13 ; 36, 9 et 12 ; V, 1, 6 ; 5, 9 ; 8, 4 ; 9, 8 ; 14, 1-4 ; 17, 15 ; 19, 7-8 ; Carn 1,4 - 2,1 ; 4, 1-6 ; 5, 5-6 ; 7, 1-13 ; 16, 5 ; 17, 1-6 ; 18, 1-3 ; 19,4 - 23 ; Prax

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1, 1 ; 2, 1 ; 26, 2 ; 27, 1-5 ; Apol 21, 7-9 ; 14 (doublon du suivant) ; 11-14 ; Prae 13, 1-4 ; 22, 2-5 ; 36, 4-5 ; Val 27,1 ; Virg 1,4 (Bulh.) ; 6 - 7,1 (Bulh.). Certains extraits sont difficilement utilisables, parce qu'isolés de leur contexte. On s'étonnera que l'A. n'ait pas jugé bon de traduire le passage-clé de Mon 8, 2 : «Christum quidem uirgo enixa est, semel nuptura post partum etc.» P. P.

PRÉSENTATIONS D'ENSEMBLE
5. CLARKE (Graeme W.), Cyprian — The Anchor Bible Dictionary, vol. 1, Α-C, New York, London, etc. : Doubleday, 1992, p. 1226-1228. Les contraintes editoriales du dictionnaire expliquent le caractère succinct de la bibliographie et l'absence d'argumentation, notamment pour la chronologie des œuvres. Il fallait aller à l'essentiel et concentrer l'information. Il fallait aussi privilégier une perspective : connaissant les travaux antérieurs de G. W. C, dans le domaine de la prosopographie, et son excellent commentaire des Lettres de Cyprien (voir Chron. Tert. 1986, n° 4 ; 7959, n° 3), on ne sera pas surpris qu'il insiste sur les données biographiques et historiques. L'appartenance de Cyprien à l'élite sociale et intellectuelle, telle qu'elle apparaît dans la Vita Cypriani, les Acta proconsularia et la correspondance, tous documents dignes de foi, est une donnée fondamentale, sans laquelle on ne saurait expliquer son élection episcopale, l'opposition durable de son clergé, ses rapports avec sàplebs, ses qualités d'administrateur, de prédicateur et d'écrivain, et même son idéal de vie ascétique et ses aspirations spirituelles. G. W. C. ne réduit cependant pas Cyprien à sa seule qualité de patronus, comme on se plaît à le faire aujourd'hui (voir notamment Chron. Tert. 1990, n° 46), mais il insiste également sur la réalité et la profondeur de sa conversion. Nous sommes en désaccord avec l'auteur sur un point (p. 1227) : Cyprien ne se contente pas de citer la Bible, il la paraphrase aussi, annonçant la citation qu'il va faire et la prolongeant ; son style est marqué par la lectio divina, mais allusions et réminiscences sont loin d'avoir été inventoriées de façon exhaustive. S. D.

ÉTUDE D'UNE ŒUVRE
6. ELLIEN (Geneviève), V«Ad Donatum» de Cyprien de Carthage et le thème de la curiosité — Au miroir de la culture antique. Mélanges offerts au Président René Marache, Rennes : Presses universitaires de Rennes, 1992, p. 135-182. L'auteur a voulu montrer à la fois ce que Cyprien doit à sa culture (thèmes du «spectacle panoramique de monde», de la curiosité forçant les portes pour voir les turpitudes) et ce qui fait l'originalité de sa création littéraire. À la curiosité mauvaise il n'oppose pas, comme on s'y attendrait, la bonne curiosité, tournée vers la connaissance de la nature, mais plutôt le thème christianisé de la «tranquillité de l'âme». En écrivant de façon un peu énigmatique «anima id esse incipit quod esse se credit», «hoc sis tantum quod esse coepisti», il prend ses distances vis-à-vis de Tertullien («anima naturaliter Christiana») et trace la voie de l'intériorité mystique. Il n'est pas toujours aisé de retrouver les fils conducteurs dans cette étude touffue, foisonnante de rapprochements - dont certains ne s'imposaient pas - avec les auteurs antiques grecs et latins, la Bible et Tertullien. S. D.

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7. BOBERTZ (Charles), An Analysis of Vita Cypriani 3, 6-10 and the Attribution of Ad Quirinum to Cyprian of Carthage — Vigiliae Christianae, 46,1992, p. 112-128. L'hypothèse d'Harnack - l'éloge de Job dans Vita Cypriani 3, 6-10, serait la retractatio d'un sermon prononcé par Cyprien - est vaine : en fait, le rédacteur de la Vita a paraphrasé trois extraits du livre de Job qu'il a empruntés aux Testimonia ad Quirinum (3, 14 ; 3, 6 ; 3, 1). C'est ce qu'avait déjà observé A. A. R. Bastiaensen, dans son édition commentée (Milano : Mondadori, 1975 = Vite dei Santi, t. 3, p. 13, apparat, et p. 255), mais sans pousser aussi loin la démonstration. Que Pontius ait utilisé les Testimonia, alors qu'il ne les fait pas figurer dans sa fameuse 'liste' des traités de Cyprien (Vita 7), rend suspecte aux yeux de C. B. leur attribution à celui-ci. Cet argument nous paraît d'autant moins décisif que jusqu'à présent aucune interprétation satisfaisante n'a été donnée de cette liste. Les deux autres arguments de C. B. (pour plusieurs versets scripturaires, le texte des écrits authentiques se sépare de celui des Testimonia ; dans le domaine de la pénitence Cyprien a élaboré une doctrine toute différente) ne nous convainquent pas davantage, car ils reposent implicitement sur l'idée contestable que, s'il avait composé le recueil, Cyprien en aurait toujours respecté scrupuleusement l'esprit et la lettre. À notre avis, le dossier bien difficile de l'authenticité des Testimonia est loin d'être clos, pas plus que ne l'est à ce jour, contrairement à ce qu'affirme C. B. (p. 124, n. 17), celui de l'authenticité du Quod idola. S. D.

TEXTE, LANGUE,

STYLE

8. QUELLET (Henri), Concordance verbale du De exhortatione castitatis de Tertullien, Hildesheim, Zürich, New York : Olms-Weidmann, 1992, [IV-] 236 p. (Alpha - Omega. Reihe A : Lexika, Indizes, Konkordanzen zur klassischen Philologie, 131). Cette nouvelle concordance due à la science et à l'industrie d'H. Q. suit le modèle établi dans celles de Cor, Cuit et Pat (cf. Chron. Tert. 1975, n° 3 ; 1986, n° 7 ; 1988, n° 7), à deux différences près : pour la première fois, l'activité inlassable du compilateur a été dynamisée par l'emploi d'un ordinateur, pour lequel un programme avait été mis au point par un collègue mathématicien et informaticien, M. Michel-Yves Bachmann (d'où un gain de temps important) ; pour la première fois aussi, il n'a pas été tenu compte des variantes attestées dans les manuscrits, qui sont pourtant particulièrement nombreuses dans le cas de ce traité où deux traditions s'opposent (cf. Chron. Tert. 1985, n° 1). Même si les choix de l'édition retenue comme base de la concordance, celle de C. Moreschini (Sources Chrétiennes, t. 319, 1985), paraissent s'imposer, il aurait valu la peine de signaler les variantes que d'autres éditeurs avaient préférées (ainsi en 13, 1 oneratur codices : honoratur Oehler Moreschini). À une époque où les concordances électroniques comme la CETEDOC Library of Christian Latin Texts et bientôt la Patrologia Latina Database donnent un accès rapide à la totalité des écrits de Tertullien, une œuvre artisanale et limitée ne se justifie plus que par la «valeur ajoutée» que procure le travail d'un latiniste aussi compétent que l'est H. Q. : distinction des homophones, analyse morphologique, organisation raisonnée des lemmes complexes (an, et, etc.), listes de fréquence. On regrettera que le contexte uniformément limité à une ligne ne permette pas toujours de saisir les nuances de sens ni même de repérer les constructions (par ex. on ne voit pas qu'en 5,1, le complément de patrocinatur est introduit par ad). P. P.

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9. BRAUN (René), Sur le vocabulaire de Véternité et du temps chez Tertullien—De Tertullien aux Mozarabes. Mélanges offerts à Jacques Fontaine, Paris : Institut d'Études Augustiniennes, 1992, t. I, Antiquité tardive et christianisme ancien (IIIe-VIe siècles), p. 291-298 (Études Augustiniennes, Série Antiquité, 132). Extrêment précise et fouillée, cette étude porte essentiellement sur quatre vocables. Aeternus (-itas) a été affecté presque exclusivement à l'expression de l'éternité, elle-même conçue comme la substantia de Dieu. Aeuum et saeculum relèvent de la terminologie du temps, création de Dieu, mais ont servi parfois à l'expression de l'éternité dans des contextes qui révèlent l'influence du langage biblique (mais saeculum ne désigne jamais, sous la plume de Tertullien, Yaiôn futur). Enfin aetas, spécialisé dans la désignation de la durée vécue. En Marc II, 3, 5, il convient probablement de lire interminabili aeternitate (et non aetate) ; c'est cette leçon, justifiée par son enquête, que R. B. a adoptée dans son édition de ce livre (cf. Chron. Tert. 1991, n° 2). J.-C. F. 10. FREDOUILLE (Jean-Claude), Langue philosophique et théologie d'expression latine (IIeIIIesiècle) — La langue latine, langue de la philosophie. Actes du colloque organisé par l'École française de Rome avec le concours de l'Université de Rome «La Sapienza» (Rome, 17-19 mai 1990), Rome : École française de Rome, 1992, p. 187-199 (Collection de l'École française de Rome, 161). Cette étude met l'accent sur la continuité entre la langue philosophique de Rome, dont on a exagéré Vegestas, et le langage théologique qui s'est constitué à partir de Tertullien - continuité masquée dans les travaux linguistiques de l'École de Nimègue qui, portant sur le domaine du donné révélé et des premières institutions disciplinaires et ecclésiales, peuvent laisser l'impression d'un latin des chrétiens toujours à la remorque du grec, du moins dans sa phase initiale. J.-C. F. procède par échantillonnages significatifs et retient trois textes de Tertullien (Ap 17, 2 ; An 22, 2 ; Prax 2,4) pour en analyser avec soin le vocabulaire, en amont et en aval, comme les divers procédés d'expression. Qu'il s'agisse de la transcendance divine (incomprehensibilis, inaestimabilis), de la description des qualités de l'âme (le terme effigiatus, pour marquer que l'âme possède une forme modelée sur celle du corps, viendrait de la théorie lucrétienne de Γeffigies), du mystère trinitaire envisagé sous le double principe d'unité et d'individuation (mise en opposition, par voie de binômes, de status Isubstantialpotestas et de gradusi formalspecies), le Carthaginois est tributaire du latin philosophique ou du latin courant, lors même qu'il formule des conceptions s'appuyant sur d'autres bases, et dans une perspective nouvelle : il crée, avec ces matériaux, un «langage théologique autonome, largement indépendant des modes de pensée et d'expression du monde grec», et qui «conservera, à travers les siècles, sa spécificité et son originalité». R. B. 11. CLASSEN (Carl Joachim), Der Stil Tertullians. Beobachtungen zum «Apologeticum» — Voces, 3, 1992, p. 93-107. Les néologismes lexicaux á'Apol (et Nat) sont dans leur très large majorité de formation latine. Certains expriment des notions propres au christianisme (resurrectio), parfois directement intelligibles aux païens (illuminator) ; d'autres sont techniques (pronubus) ; d'autres, enfin, ont été forgés par souci de clarté ou de style (exorbitare). On aurait sans doute souhaité plus de netteté dans la présentation et la classification des faits, comme dans l'énoncé des motivations néologiques. Quelques pourcentages auraient été aussi bienvenus. Mais on adhérera à la conclusion qui se dégage de cet article : la langue de Tertullien, en dehors de termes spécifiquement chrétiens, n'est pas un 'latin chrétien' ; la volonté polémique de l'auteur, mais surtout son désir de clarté et son talent littéraire font de lui

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un maître de verbe. Sans doute Apol et Nat favorisent-ils, plus que d'autres traités, cette conclusion : mais, au prix de quelques nuances et corrections, elle serait extensible à l'ensemble de l'œuvre de Tertullien. Celui-ci utilise ou crée un vocabulaire 'théologique' (au sens large de l'adjectif), mais parle et écrit (comme tous les écrivains chrétiens) la langue commune. Question annexe : que devient, dans un cas comme celui de Tertullien, la distinction canonique entre 'langue' et 'style' ? J.-C. F. 12. FREDOUILLE (Jean-Claude), U apologétique chrétienne : naissance d'un genre littéraire — Revue des Études Augustiniennes, 38, 1992, p. 219-234. Les historiens modernes de la littérature antique désignent par apologétique le genre littéraire que constituent les apologies d'époque patristique, œuvres écrites en réponse aux accusations lancées contre chrétiens et christianisme. Se tenant «à mi-chemin entre les considérations théoriques et les analyses de textes», J.-C. F. dans cette «lecture» donnée en août 1992 au Onzième congrès patristique d'Oxford, met finement en lumière l'«anonymat générique» dans lequel est née et s'est développée l'apologétique. Le rattachement aux deux discours pauliniens de Lystres et d'Athènes {Act. 14, 15-18 et 17, 22-31) n'a de valeur que pour une partie de la thématique mise en œuvre ensuite dans ces écrits. Leurs auteurs ne possédaient ni paradigmes littéraires ni lex generis. Certes ils trouvaient un point de départ dans le discours judiciaire appelé απολογία, lequel comportait une partie négative de réfutation, accompagnée d'un élément positif accessoire (démonstration du probabile ex uita) : d'où un plan avec ces deux types de développements qu'on rencontre dans les premières apologies. Mais la variabilité dans le choix des destinataires (véritables ou fictifs) comme des formes littéraires, conditionnée par les circonstances historiques, fait apparaître le caractère polymorphe, plastique et éminemment adaptable de ce «genre innommé». Au début du IVe siècle, les réflexions théoriques parallèles de Lactance et d'Eusèbe visent à définir un projet d'apologétique élargie destiné à éliminer l'inadéquation, le caractère réducteur du terme d'apologie et à donner tout son poids à la présentation d'ensemble de la doctrine. Leurs efforts seront méconnus par Jérôme à la fin du même siècle : il range tous ces écrits parmi les libri contra (ou aduersus) gentes et y voit un sous-groupe de la littérature polémique. Ajuste titre est soulignée (p. 223) la souplesse de l'attitude critique des anciens qui avaient déjà perçu qu'un texte est «un objet sémiotique complexe», susceptible d'être assigné à des rubriques diverses. R. B. 1 3 . MÜLLER (Konrad), Rythmische Bemerkungen zu Minucius Felix — Museum Helveticum, 49, 1992, p. 57-73. La prose métrique de YOctauius a été déjà plusieurs fois étudiée (Bornecque, Di Capua ; cf. éd. Beaujeu, p. LXXIV). Dans ce nouvel examen, K. M. ne se limite pas aux clausules des fins de phrases, il prend en compte aussi celles des kola intérieurs : ainsi la phrase initiale de l'échantillon proposé p. 58 {Oct. 23, 1) ne comporte pas moins de dix clausules. Les résultats d'ensemble, qui portent sur 712 clausules (550 chez Bornecque), sont présentés dans deux tableaux (p. 64-65), le second permettant la comparaison avec quatre œuvres cicéroniennes et quatre œuvres amétriques. Il en ressort que la pratique de Minucius Felix s'inspire étroitement du classicisme : le crétique + trochée (O), le dicrétique (C), le ditrochée (T) représentent plus des deux tiers (69,4 %) de toutes les clausules ; et en incluant les formes à résolution de ces mêmes clausules, on parvient à un pourcentage de 92,7 %. Plus forte que chez Cicerón est la tendance à privilégier 0,C,T et leurs dérivés. Quant à la clausule héroïque, elle est strictement écartée des fins de phrases. D'autre part le rythme repose de façon exclusive sur la quantité, même si quelques clausules, en nombre négligeable, sont susceptibles d'une lecture soit accentuelle soit quantitative. Les dernières pages (66-73) tirent les conséquences qui devraient

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s'imposer des précédentes considérations pour l'établissement du texte : pour 23 passages sont proposés divers aménagements (corrections du texte transmis, changements dans Tordre des mots ou dans la ponctuation), qui assureraient une meilleure cohérence avec la pratique rythmique restituée. R. B. 14. FREDOUILLE (Jean-Claude), Niveau de langue et niveau de style : note sur l'alternance A. c. I.lquod dans Cyprien, Ad Demetrianum—De Tertullien aux Mozarabes. Mélanges offerts à Jacques Fontaine (cf. n° 9), 1.1, p. 517-523. L'usage de Cyprien dans VAd Demetrianum, opuscule soigné et élégant, contredit la thèse selon laquelle la complétive introduite par quod serait un 'vulgarisme' caractéristique du 'latin chrétien' : elle alterne avec la proposition infinitive, dans la dépendance des mêmes verbes, et cette alternance est commandée par le souci de la uariatio sermonis. En fait cette construction, d'abord rejetée comme 'vulgaire' par les lettrés, a dû entrer dans la langue littéraire dès la fin du I er siècle. En examinant les quelques dénombrements qui ont été faits, on peut constater aussi qu'elle est présente chez les auteurs païens tardifs, comme chez les chrétiens, et que sa fréquence, comparée à celle de la proposition infinitive, varie beaucoup d'un écrivain à l'autre et même d'une œuvre à l'autre. En l'état actuel de la recherche, cette étude ne pouvait déboucher sur des conclusions définitives. Elle n'en est pas moins exemplaire. Elle montre avant tout que l'on ne pourra progresser dans la connaissance de la langue des écrivains chrétiens qu'en cessant de l'isoler artificiellement du reste de la latinité et en se débarrassant de certains présupposés. Elle donne une leçon de méthode : multiplier les dénombrements ; replacer les faits de langue dans le contexte de l'œuvre ; tenir compte des genres littéraires et des niveaux de style. S. D. 15. LöFSTEDT (Bengt), The «Veronensis deperditus» with Cyprian — Aevum, 66, 1992, p. 147-148. L'A. signale un nouveau témoin de l'intérêt porté au Codex Veronensis de Cyprien, une édition de Paul Manuce (Rome, 1563) conservée à la «University Research Library of the University of California, Los Angeles» (cote : Ζ 233 a 4 C 993), où ont été transcrites - on ne sait ni par qui ni à quelle date - des collations faites par Latino Latini. Β. L. les fait remonter à l'exemplaire de travail de Latini conservé à la Bibliothèque capitulaire de Viterbe (que nous avions baptisé «Latini 2» dans Revue des Études Latines, 46, 1968, p. 339 ; cf. le stemma de la p. 349), et publie à partir d'elles quelques leçons de V qui n'avaient pas encore trouvé le chemin de nos apparats critiques.- Le témoignage du document primaire devrait être pleinement exploité dans l'édition des Lettres qu'achève M. G. F. Diercks. P. P.

TEXTE BIBLIQUE, EXÉGÈSE
16. ELLIOT (J. K.), The Translations of the New Testament into Latin : The Old Latin and the Vulgate — Aufstieg und Niedergang der römischen Welt (ANRW), Teil II : Principat, Band 26 (1. Teilband), Religion (Vorkonstantinisches Christentum : Neues Testament), Berlin, New York : W. de Gruyter, 1992, p. 198-245. Ce Bericht pondéreux, comme les aime la série ANRW, se décompose en deux parties, «The Old Latin» et «The Vulgate», bâties suivant le même plan : un étal des questions (circonstances et nature de la traduction), une liste des manuscrits les plus importants, une bibliographie sélective mais déjà copieuse et un appendice sur l'Ancien Testament. À la

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différence de l'article magistral de P.-M. Bogaert (cf. Chron. Ten. 1988, n° 15), qui n'est d'ailleurs pas cité, il s'agit d'un travail de seconde main, qui se fonde largement sur l'ouvrage de B. M. Metzger, The Early Versions of the New Testament, Oxford, 1977. L'A., spécialiste du Nouveau Testament grec, semble connaître les apparats critiques plus que les manuscrits eux-mêmes, dont il ne juge même pas utile d'indiquer les cotes. Il n'est pas très à son aise dans la patristique latine : Jérôme est présenté p. 221 comme le «collègue» de Grégoire de Naziance et de Didyme l'Aveugle ; Grégoire de Tours devient «Geoffrey of Tours» (p. 240). Les bibliographies peuvent rendre service, bien qu'elles soient arrêtées, sauf exception, aux productions de 1987. P. P. 17. MORESCHINI (Claudio), Note sui fondamenti dell'esegesi di Tertulliano —De Tertullien aux Mozarabes. Mélanges offerts à Jacques Fontaine (cf. n° 9), 1.1, p. 111-118. L'inspiration divine de l'Écriture est une certitude pour Tertullien qui met aussi en relief l'accord des deux Testaments. Après l'adhésion à la Nouvelle Prophétie, son canon biblique inclut les oracles montanistes. Le problème du texte dans lequel il a lu et cité la Bible a donné lieu, depuis le siècle dernier, à de nombreuses discussions qui sont rappelées (Rönsch, Zahn, Harnack, etc.). C. M. aboutit à une conclusion qu'on admettra aisément (existence de versions latines de la Bible dont Tertullien a usé là où elles étaient disponibles, existence d'une version latine marcionite de Luc et de Paul), mais aurait dû peut-être souligner qu'à ses yeux seul le texte grec avait caractère normatif (cf. Mon 11, 11). Les dernières pages sont consacrées à l'interprétation : le critère absolu en est la traditio et surtout la regula fidei, ce qui exclut hérétiques aussi bien que juifs de l'intelligence de l'Écriture. R. B. 18. AZZALI BERNARDELLI (Giovanna), La componente dotta nell'esegesi tertullianea di Gen 2, 7 —Annali di storia dell'esegesi, 9, 1992, p. 387-396. Le récit biblique sur la 'plasmation' de l'homme revient 81 fois chez Tertullien (citations ou allusions ou réminiscences), en une constante fidélité textuelle et une acceptation littéraliste de l'énoncé. À la différence de Philon et des Alexandrins, l'Africain n'a pas opposé Gen. 1, 26 à Gen. 2, 7 : en Herrn 26, 1-2, il établit entre ces deux versets un rapport d'étroite connexion, selon un critère d'origine rhétorique : l'un donne renonciation thématique ipraefari, nominare), l'autre le développement et l'élucidation (prosequi, describere). Les impératifs de la controverse antignostique expliquent que Tertullien s'en soit tenu à la lettre dans sa lecture de Gen. 2,7 et qu'il ait même accentué les aspects concrets de l'anthropomorphisme biblique. Une analyse précise des principaux passages mettant en œuvre cette exégèse (Res 6, 1-8 ; 7, 3-4 ; 45, 2-3 ; An 9, 7 ; Marc II, 4, 4) réussit à montrer qu'on ne saurait taxer le théologien de crédulité et d'absence d'esprit critique : il a approfondi les divers aspects de la demutatio par laquelle le limon devient chair et le figmentum homme, et cela en faisant appel à des considérations extérieures prises à la culture du temps et en vérifiant, par elles, la validité du récit biblique : ainsi l'expérience de la création artistique (Phidias), le principe stoïcien de la κράσις S\f δλο-ϋ, le principe aristotélicien de l'antériorité de la forme sur la matière. Première tentative d'exégèse 'concordiste', dont l'évolution postérieure devait sans doute condamner les résultats.- À souligner l'étude, p. 391-392, de Res 6, 1-5 qui dégage très heureusement l'émotion religieuse où baigne cette page sur le mystère de la 'plasmation' divine. R. B. 19. MlNNERATH (Roland), L'exégèse de Mt 16,18-19 chez Tertullien—Revue d'Histoire et de Philosophie Religieuses, 71, 1992, p. 61-72. La parole de Jésus à Pierre sur le 'pouvoir des clefs' a retenu plusieurs fois l'attention de Tertullien. L'examen, dans leurs différents contextes, de ces passages (Praes 22,4 ; Marc IV, 13, 5-6 ; Scorp 10, 8 ; Mon 8, 4 ; Pud 21, 9 sq.) permet à R. M. de dégager l"étonnante

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constance' de l'interprétation. Celle-ci consiste à souligner que ce pouvoir, reçu personnellement par Pierre, est transmis par lui à l'Église qui a, en Pierre, son origine et sa fondation. Mais cette Église, quand, passé au montanisme, Tertullien polémique contre l'auteur du rescrit d'indulgence en question dans Pud, il la comprend comme celle des spirituels : alors «il la spiritualise dans la personne de Pierre pour la légitimer montaniste!» (p. 70), sans que rien ait changé à son schéma de pensée concernant la relation fondamentale de Pierre à Yomnis ecclesia. D'autre part, cette conception refléterait exactement celle de Calliste que R. M. propose d'identifier à l'auteur du rescrit, alors que la critique, dans ces dernières décennies, voyait plutôt en lui Agrippinus de Carthage. Sur ce problème mainte fois débattu, jamais tranché, il présente plusieurs arguments sérieux en faveur de l'identification à Calliste, rejoignant la position prise par H. Kraft (cf. Chron. Tert. 1986, n° 35). À propos d'un autre locus uexatus, celui de Pud 21, 9, est repoussée de façon convaincante la conjecture prouinciam de G. Poupon (cf. Chron. Tert. 1986, n° 10) et défendue la leçon traditionnelle : omnem ecclesiam Petri propinquam, traduite «l'Église entière issue de Pierre» (p. 69). Concernant Mon 8, 4, étudié p. 63-64, c'est à juste titre, me semble-t-il, qu'est rejetée la correction collocatura, admise par les derniers éditeurs (Bulhart, Mattei), et proposé le retour à la leçon des mss collocaîurus qui, rapportée à Dominus, présente l'avantage de faire clairement allusion à Matîh. 16, 18. R. B. 20. D E SIMONE (Russell J.), Again the Kenosis of Phil. 2, 6-11 : Novation, Trin. 22 — Augustinianum, 32, 1992, p. 91-104. Le passage de Paul sur la «kénose» est utilisé par Novatien dans une démonstration de la divinité du Christ, contre des hérétiques le prétendant homo tantummodo (Trin. 22, 127). Un travail précédent de l'A. (The Treatise ofNovatian..., Rome, 1970, p. 112-133) avait adopté les vues de F. Prat (Théologie de Saint Paul, 1.1, p. 538), selon qui le théologien romain aurait professé ici une doctrine «franchement hérétique», en comprenant Phil. 2,6 ainsi : le Christ n'a pas regardé sa divinité [d'ordre inférieur] comme une occasion ou un motif ou un moyen de s'arroger à tort l'égalité avec son Père. Revenant sur ce chapitre de Trin. à la lumière du contexte et de l'exégèse patristique habituelle (notamment Irénée, Haer. ΠΙ, 19, 3 ; Origene, Princ. II, 6, 1, etc.), l'A. admet maintenant, avec les derniers éditeurs (H. Weyer, V. Loi), une autre interprétation, parfaitement orthodoxe : le Christ, qui procède du Père, n'a jamais voulu s'arroger injustement la propriété qui est celle de la première Personne divine, la Paternité (cf. Trin. 31, 184 et 187). La «kénose» se réalise en trois étapes : 1) renoncement à la gloire du Verbe (auctoritas Verbi) ; 2) assumption de la fragilité humaine ; 3) humiliation et acceptation des souffrances. Elle implique un simple «repos» de la puissance du Verbe. Il ne faut pas chercher dans Novatien trace de la conception néoplatonicienne d'un dieu inférieur ni du subordinatianisme grossier des ariens ; on ne saurait non plus faire de lui le lointain précurseur des théories «kénotiques» modernes, évoquées dans la fin de l'article, qui prétendent que le Verbe abandonne part ou totalité de sa divinité en devenant homme. R. B.

ANTIQUITÉ ET CHRISTIANISME
21. UNRUH (Franz), Das Bild des Imperium Romanum im Spiegel der Literatur an der Wende vom 2. zum 3. Jh. n. Chr., Diss. Tübingen (Gesellschaftswissenschaftliche Fakultät), 1989, [VI-] 200 p. Dans un corpus d'œuvres que l'on peut reconstituer ainsi : Dion Cassius, Hérodien, Philostrate, Irénée, Hippolyte, Oracles sibyllins, Tertullien, Minucius Felix, ΓΑ. voit se

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réfléchir une image de Rome en cinq tableaux : l'extension géographique de l'Empire, sa dimension temporelle, la fonction et le rayonnement de l'idée de Rome, le rôle civilisateur de l'Empire, les chrétiens et l'Empire. En réalité, on a essentiellement affaire à un choix de textes (parmi lesquels Tertullien et Minucius Felix occupent une place importante) commentés sans originalité. La bibliographie ignore pratiquement les études topiques de langue française. J.-C. F. 22. AHONDOPKE (Antoine Z.), La vision de Rome chez Tertullien, Lille : Université de Lille III, Atelier National de Reproduction des Thèses, s. d., XI-496-11 p. (Thèse de doctorat, Université de Franche-Comté, Besançon, année universitaire 1991-1992). Il ne manque pas d'études sur Tertullien et l'Empire romain : livres comme ceux de Ch. Guignebert (1901) et de R. Klein (1968), articles comme ceux de J.-M. Hormis (1958), R. F. Evans (cf. Chron. Tert. 1976, n° 13), J.-Cl. Fredouille (cf. Chron. Ten. 1984, n° 13) ou celui de R. Braun (infra, n° 23) que l'auteur n'a pu connaître. C'est une voie originale qu'a choisie A. A. en essayant de cerner la position de Tertullien à partir d'une analyse de son vocabulaire politique. Sa thèse scrute trois ensembles terminologiques centrés le premier sur la vie politique et ses mouvements, le second sur le complexe 'administrationAoi/justice', le dernier enfin sur l'Empire et l'idée de Rome (dans cette troisième partie, l'A. rassemble aussi tout ce que Tertullien a dit sur les empereurs romains, d'Auguste à Caracalla). La méthode suivie s'inspire des modèles qu'offrent les livres classiques de J. Hellegouarc'h (Le vocabulaire latin des relations et des partis politiques sous la République) et R. Braun (Deus Christianorum). Il est un peu dommage que l'A. se soit limité strictement à Tertullien, et n'ait pas, par exemple, tiré partie du riche matériau de comparaison qu'offrent les inscriptions contemporaines. Un recours au grec aurait été souhaitable, en tout cas lorsque Tertullien cite en fait un texte biblique, ainsi Rom. 13, 1 en Idol 15, 8 (p. 133, n. 7), Jn 21, 18 en Scorp 15, 3 (p. 303, n. 33) ou Phil. 3, 20 en Cor 13, 4 (p. 443, n. 113). Cela dit, certaines études, comme celle consacrée à antistes (p. 143-147), sont fort bien tournées et constituent d'appréciables contributions à ce Lexicon Tertullianeum qu'il faudra bien un jour mettre en chantier. Sur le fond, dans le débat qui oppose disons Cl. Rambaux et J.-Cl. Fredouille, A. A. opte résolument pour le second (qu'il avait d'ailleurs choisi comme directeur de sa thèse). À ses yeux, Tertullien est à la fois chrétien et citoyen romain ; il accepte l'Empire, voulu par Dieu, comme une évidence ; les empereurs sont bons (sauf exceptions regrettables) ; les persécutions sont dues aux magistrats, ou plus exactement à certains des leurs, qui déshonorent une justice souvent exemplaire ; la civilisation s'épanouit, en particulier en Afrique, et les Chrétiens, qui améliorent la cité par leurs vertus, coopèrent à la prospérité d'un Empire dont la chute sera en même temps la fin du monde. L'A., qui va jusqu'à écrire : «Rien ne laisse donc croire qu'il [Tertullien] attend avec impatience la Parousie» (p. 411, n. 92), n'aurait-il pas un peu oublié que le chrétien est peregrinus huius mundi, ciuis ciuitatis supernae Hierusalem (Cor 13,4) et que lorsqu'il prie ueniat regnum tuum, c'est pour hâter la réalisation de son espérance, la consummatio saeculi (Or 5, 1) ? On regrettera qu'A. A. n'ait pas discuté avec l'ampleur qu'ils méritaient les textes qui ne cadrent apparemment pas avec sa vision d'un Tertullien 'romanophile', bref qu'il ait insisté sur l'héritage de Romains 13 en sous-estimant celui d'Apocalypse 17. On reste cependant impressionné par le tableau du citoyen chrétien, «aimant sans mensonge sa patrie», qu'a su dresser ce livre consacré par un Africain à son lointain compatriote de Carthage. Et si l'on connaît les difficultés de tous ordres qu'il a dû surmonter pour mener à bien sa recherche, on comprendra que cette thèse était pour lui bien plus qu'un simple travail universitaire, et on lui pardonnera un certain nombre de fautes vénielles qu'on n'a pas signalées ici, mais qu'il faudrait faire disparaître si une diffusion plus traditionnelle était envisagée. P. P.

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23. BRAUN (René), Christianisme et pouvoir impérial d'après Tertullien — Aspects de l'œuvre de Tertullien, Toulouse : A.R.T.E.L.A. [Association de la Région Toulousaine pour l'Enseignement des Langues Anciennes], 1990, p. 1-13. Dans cette conférence, heureusement reprise dans ses Approches de Tertullien (cf. infra, n° 46), R. B. fait avec sa maîtrise habituelle le point sur une quaestio uexata. À juste titre, il part de la tension, déjà présente dans le Nouveau Testament, entre deux tendances : la soumission aux autorités établies et le rejet de ce monde, symbolisé par Babylone. Comme J.-Cl. Fredouille, dont il avait ici même approuvé les positions (cf. Chron. Tert. 1984, n° 18), R. B. pense que Tertullien est fondamentalement favorable à l'Empire romain et partisan de ce qu'il appelle la religio atque pietas Christiana in imperatorem (Apol 33, 1), même s'il n'est évidemment pas question pour lui de vénérer l'empereur comme un dieu ou de pactiser avec une religion impériale entachée d'idolâtrie. Peut-être aurait-il convenu de souligner la réalité menaçante, aux yeux de Tertullien, du contre-pouvoir démoniaque, que le Christ a vaincu par sa mort, mais que Dieu tolère jusqu'au Jugement afin de mieux tester la foi du chrétien. Celui-ci ne peut sans trahir son engagement baptismal franchir la ligne de démarcation entre le bien et le mal que Tertullien s'ingénie à tracer à travers la société romaine, au risque de réduire considérablement la portée de son 'loyalisme d'intention' (P. Monceaux). P. P. 24. PouiLLY (Christine), Tertullien et les persécuteurs — Connaissance des Pères de l'Église, 47, septembre 1992, p. 17-19. Présentation nuancée et juste, en général, du jugement de Tertullien à l'égard des persécuteurs. Mais l'auteur ne tient pas compte de l'évolution de sa doctrine concernant la conduite que les chrétiens devaient avoir en période de persécution ; et l'on ne peut guère dire, en rigueur de terme, qu'il existait une 'loi' autorisant les persécutions à son époque. J.-C. F. 25. LE BOHEC (Yann), Tertullien, De corona, / : Carthage ou Lámbese ? — Revue des Etudes Augustiniennes, 38, 1992, p. 6-18. Dans cette recherche qu'il avait déjà esquissée ailleurs (voir notamment son livre La Troisième Légion Auguste, Paris, 1989, p. 571-572), Y. L. cherche à préciser la date et le lieu de l'incident qui a conduit Tertullien à écrire le De corona. Sur le premier point, il revient à la date traditionnelle de 211, comme du reste T. D. Barnes lui-même semble s'y résoudre dans l'édition révisée de son Tertullian, Oxford, 1985, p. 320 (tout en sapant les bases du raisonnement chronologique habituellement suivi : il fait remarquer qu'à la fin de son règne Septime-Sévère a pu très bien, comme en 195-198, accorder des donatiua aux soldats en dehors des liberalitâtes attestées en 205, 208 et 211, qui s'adressent en premier lieu à la population de Rome). Quant au lieu, les actes de procédure mentionnés en Cor 1, 2, (miles) tribuno defertur ... reus adpraefectos, ne peuvent, selon l'A., que renvoyer à Rome, et plus précisément au camp des prétoriens. En effet, on trouve bien des tribuns à Carthage comme à Lámbese, les deux sites auxquels on pense d'habitude, mais, comme le soldat chrétien est condamné à mort (Cor 1, 3 donatiuum Christi in carcere expectat), il n'a pu l'être que par une autorité disposant du ius gladii : à Carthage, ce serait le proconsul d'Afrique, et à Lámbese le légat commandant la IIIe Légion Auguste. Les praefecti ne peuvent être que les préfets du prétoire, comme on l'avait déjà soutenu depuis A. von Domaszewski, Die Religion des römischen Heeres, Trier, 1895, p. 95 (pour qui l'incident est inventé). Alors que ses prédécesseurs se refusaient à cette conclusion en arguant de l'atmosphère «africaine» de l'œuvre - voir encore F. Ruggiero [supra, n° 1], p. 61, n. 4 : «tutte le tracce ravvisabili nell'opera portano all'Africa» -, Y. L. inverse le raisonnement : «on ne pourra plus admettre sans autre forme de procès que tout ce qui intéresse la vie quotidienne [dans les écrits des Pères africains] concerne nécessairement l'Afrique» (p. 18).— Il est dommage que l'A. n'ait pas

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connu l'article très documenté de R. Freudenberger, Der Anlass zu Tertullians Schrift De corona militis, dans Historia, 19, 1970, p. 579-592, qui traite du même sujet et propose une solution différente (c'est le dossier qui est transmis à Rome ; l'accusé, un speculator chassé ignominieusement de l'armée, attend la sentence dans le career castrensis de Carthage). P. P. 26. KOTULA (Tadeusz), Saint Cyprien et les barbares africains (epist. 62) — Cristianismo y aceulturación en tiempos del Imperio Romano = Antigüedad y Cristianismo. Monografías históricas sobre la antigüedad tardía (Murcia), 7,1990, p. 137-142. La Lettre 62 de Cyprien pose à l'historien diverses questions auxquelles il ne peut encore répondre que par des hypothèses : date du raid barbare ; origine des assaillants ; nombre de captifs. Se fondant sur le «tarif de Zarai», selon lequel un esclave valait 2 000 sesterces, T. K. avance le nombre de 50 prisonniers et en conclut un peu hâtivement que seuls les notables avaient dû être rachetés avec la somme de 100 000 sesterces collectée par Cyprien. Pour une mise au point plus précise et détaillée sur ces questions, on se reportera au commentaire de G. W. Clarke, dont T. K. n'a pas eu connaissance (The Letters of St Cyprian, t. 3, 1986, p. 277286). S. D. 27. TEJA (Ramón), La carta 67 de S. Cipriano a las comunidades cristianas de León-Astorga y Mérida. Algunos problemas y soluciones— Cristianismo y aceulturación en tiempos del Imperio Romano (cf. n° 26), p. 115-124. La lettre de Cyprien aux communautés de León-Astorga et de Mérida est un document de tout premier ordre sur les débuts du christianisme en Espagne, mais malgré les efforts des historiens, plusieurs points restent obscurs. L'auteur se propose d'en élucider deux. Il apporte deux nouveaux arguments en faveur de la thèse selon laquelle Martial était l'évêque apostat de León-Astorga et Basilide celui de Mérida, et non l'inverse. L'un est de caractère stylistique : l'ordre dans lequel Cyprien présente respectivement les communautés et leurs évêques (León-Astorga / Mérida ; Basilide / Martial) ne signifie pas nécessairement qu'il faille rapprocher Basilide d'Astorga et Martial de Mérida ; il signalerait plutôt l'ancienneté de León-Astorga par rapport à Mérida et de Basilide par rapport à Martial. À l'appui de cette interprétation, R. T. ne donne malheureusement aucun exemple. L'argument nous paraît néanmoins acceptable, mais pour une autre raison : la reprise en chiasme est un procédé fréquent chez les écrivains latins, et Cyprien y recourt ailleurs. R. T. se fonde d'autre part sur les travaux récents d'A. Tranoy (1981) : cet historien affirme, contre l'opinion d'A. Alföldy, que la région des Asturies et de la Galice, séparée sous Caracalla de la Tarraconnaise et bien attestée comme province sous Dioclétien, n'a cessé durant tout le IIIe siècle d'être autonome et administrée par un procurateur ducénaire. Le procurateur ducénaire devant lequel l'évêque Martial a abjuré (Epist. 67, 6, 2) pourrait donc bien être ce magistrat dont le siège était vraisemblablement Astorga. Si l'inexactitude de cette thèse était démontrée, il faudrait revenir à l'opinion prudente de G. W. Clarke (The Letters of St Cyprian, vol. 4, 1988, p. 146, et Ρrosopographical Notes—Latomus, 30, 1971, p. 1142 sq.) : le procurateur ducénaire pourrait être un délégué soit du gouverneur de la Tarraconnaise, à laquelle appartient Astorga, soit du gouverneur de la Lusitanie, à laquelle appartient Mérida ; Martial pourrait avoir été évêque d'Astorga aussi bien que de Mérida. Dans le diocèse associé León-Astorga (adresse a1 Epist. 67 : «Felici presbytero et plebibus consistentibus ad Legionem et Asturicae»), sans exemple par ailleurs dans l'Occident du IIIe siècle, R. T. propose de voir une communauté ayant son siège episcopal dans la ciuitas d'Astorga (emploi constant du locatif dans ce cas) et qui aurait intégré un groupe de chrétiens vivant dans les campements militaires de León (la construction avec ad n'est jamais employée

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par Cyprien pour un siège episcopal). Aux yeux de R. T., Tordre de l'énoncé «ad Legionem et Asturicae» prouve l'antériorité de l'implantation du christianisme à León. S. D.

ACTES DES MARTYRS
28. ARONEN (Jaakko), «Pythia Carthaginis» o immagini cristiane nella visione di Perpetua ?— L'Africa romana. Atti del VI convegno di studio. Sassari, 16-18 dicembre 1988, Sassari, 1989, t. 2, p. 643-648. Louis Robert avait montré naguère, avec une grande érudition (cf. Chron. Tert. 1982, n° 32), que la dernière vision de Perpétue, celle du combat avec l'Égyptien, s'inspirait d'un concours athlétique, le pancrace, présenté aux Carthaginois lors de récents jeux Pythiques. J. Α., après avoir rappelé que les visions appartiennent au genre apocalyptique, s'inscrit en faux contre cette interprétation «purement historique». En Mart 3, 3-4 (de 197-198), Tertullien exploite une imagerie agonistique semblable à celle de Perpétue et depuis longtemps entrée dans la tradition chrétienne. Le personnage du diable-égyptien s'explique à partir de la Bible et non de réalités contemporaines. Quant au Christ-laniste, il joue le rôle d'arbitre et ne peut être identifié, comme le voulait Robert, avec le président des jeux ; sa présence révèle que la visionnaire, une toute jeune femme, mélange des éléments empruntés à plusieurs disciplines sportives. L'A. a sûrement raison de souligner, après Dölger, la signification allégorique et le substrat biblique du combat contre l'Égyptien, mais en quoi cela est-il incompatible avec la thèse de Robert, qui révèle à partir de quels matériaux fonctionnait l'imaginaire de Perpétue ? Notons que la difficulté chronologique soulevée à la p. 646 n'existe pas chez Robert, pour qui l'institution de jeux Pythiques à Carthage n'est liée en rien à la venue sur place de l'empereur durant l'été 203. F. D. 29. HABERMEHL (Peter), Perpetua und der Ägypter oder Bilder des Bösen im frühen afrikanischen Christentum. Ein Versuch zur Passio sanctarum Perpetuae et Felicitatis, Berlin : Akademie-Verlag, 1992, [IX]-280 p. (Texte und Untersuchungen zur Geschichte der altchristlichen Literatur, 140). Ce livre, qui reprend une dissertation de l'Université libre de Berlin, est centré sur les aspects littéraires de la Passion. À moins de cultiver le paradoxe, il était difficile d'être novateur sur un tel sujet. À l'égard des problèmes de fond, P. H. se conforme en général à l'opinion commune : le texte latin est l'original ; le rédacteur n'est pas Tertullien, et son caractère hétérodoxe est peu marqué ; le journal de Perpétue est authentique, et c'est lui qui explique pour l'essentiel la fascination que la Passion exerce sur les modernes. Cependant, par une approche systématique et une exploitation ingénieuse de la littérature secondaire, l'A. réussit à renouveler en partie le commentaire de l'ouvrage. Pour faciliter la tâche de son lecteur, il reproduit d'abord le texte latin (d'après Van Beek, rectifié ici et là grâce aux éditions de Franchi de' Cavalieri et Bastiaensen), en l'accompagnant d'une traduction allemande. Un premier chapitre, fort concis, esquisse le cadre géographique et historique. Les douze suivants abordent, sous un angle littéraire, les différents épisodes de la Passion. Six excursus disséminés dans l'ouvrage permettent, sans casser le rythme de l'exposé, d'approfondir certains points (par exemple les valeurs attachées dans l'Antiquité à ce qui est noir, ou encore le rôle d'un personnage secondaire comme le sous-officier Pudens). L'A. s'attarde plus longuement, comme son titre le révèle, sur la quatrième vision de Perpétue (§ 10), qu'avaient déjà analysée, entre autres, F. J. Dölger et L. Robert. Cette vision, qui relate le combat et la victoire de la martyre contre l'Égyptien, mêle intimement, comme les

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précédentes, les éléments païens et chrétiens. Par sa noirceur, l'Égyptien représente le mal et le Malin : le rêve de Perpétue, qui est ici rapproché d'un passage des Actes apocryphes de Pierre, inaugure, en quelque sorte, la carrière du démon couleur de nuit dans la société chrétienne. Ce sont les visions qui expliquent, au premier chef, la mise du texte par écrit. En les divulguant, Perpétue et Saturus cherchent à réconforter leurs compagnons de captivité ; le rédacteur, quant à lui, travaille dans une perspective liturgique et entend s'adresser à la communauté entière des chrétiens de Carthage. La Passion illustre la signification profonde du martyre et démontre que même les plus jeunes et les plus faibles d'entre les fidèles ont la force de mourir pour leur foi. La bibliographie est à peu près exhaustive, mais il est dommage qu'elle n'ait pas été répanie en sections thématiques. Dans l'excursus 4 («Der Schwarze»), on se serait attendu à voir cités les deux premiers tomes de l'ouvrage publié sous la direction de L. Bugner : L'image du Noir dans l'art occidental, Fribourg, 1976 et 1979 (et spécialement la contribution de J.-M. Courtes, Traitement patristique de la thématique «éthiopienne», t. 2/1, p. 9-31). Il est au moins douteux que les trois sermons «In natali martyrum Perpetuae et Felicitatis» aient reçu ce titre d'Augustin lui-même (p. 237, n. 17). L'absence d'index (notamment pour les noms d'auteurs modernes) est regrettable ; j'ai en vain cherché à quoi renvoyait l'abréviation Wiesen (1970) de la p. 148. F.D. 30. CULDAUT (Francine), Les visions de l'Au-delà dans la Passion de Perpétue et Félicité — Connaissance des Pères de l'Église, 47, septembre 1992, p. 11-16. Traduction française, entrecoupée de commentaires, des visions de l'au-delà relatées par Perpétue (§ 4 et 7-8) et Saturus (§ 11-12). L'exposé, qui vise un public assez large, est clair et bien documenté. L'A. cherche à montrer que ces visions «supposent une appréhension dynamique du réel» (manifestée par les trois sous-titres de l'article : «ascension, intercession, réalisation»), et que les martyrs les entendent comme des «réponses de Dieu à leur prière», dévoilant le sens de leurs épreuves. Les récits de Perpétue sont ici interprétés selon une clef sacramentelle (le lait caillé qu'offre le bon pasteur renvoyant implicitement à l'eucharistie, et la piscine de Dinocrate au baptême). On notera que la traduction du § 3, 8 est inexacte : les captifs n'ont pas été autorisés à «sortir quelques heures de la prison» (p. 13 et n. 62), mais seulement à quitter momentanément leur cachot pour un endroit moins insalubre. F. D.

DOCTRINE
31. HlLL (Charles E.), «Regnum caelorum». Patterns of Future Hope in Early Christianity, Oxford : Clarendon Press, 1992, XVII-236 p. (Oxford Early Christianity Studies). C. E. H. passe en revue, auteur par auteur - et en tenant compte du Nouveau Testament et de quelques sources juives -, les croyances eschatologiques chrétiennes des trois premiers siècles. Son information est vaste et abondante, mais date souvent un peu. Chez les chrétiens non hétérodoxes, il observe dès le début deux grandes catégories de pensée, deux manières divergentes d'interpréter le texte bien connu a'Apoc. 20 : se rattachant plus ou moins étroitement au courant millénariste, les uns ont foi en un «regnum caelorum terrestre», temporaire, précédant le Jugement dernier ; pour les autres, les âmes des justes montent au ciel immédiatement après la mort. En fait, tous croient en l'existence d'un état intermédiaire pour les âmes des défunts, souterrain ou terrestre selon les uns, céleste selon les autres, mais sans lequel il ne pourrait y avoir résurrection des corps.

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La doctrine de Tertullien est analysée à partir d'An 55 et du commentaire qu'en a donné Waszink (p. 24-28). C. H. attribue à l'influence d'Irénée, plus qu'à celle du montanisme, l'adoption par Tertullien d'une eschatologie millénariste : à l'exception des martyrs qui sont d'emblée admis au ciel, les âmes des justes attendent sous terre le retour du Christ. Pour Commodien, qu'il situe au milieu du IIIe siècle, C. H. se rallie à l'opinion des érudits qui font de lui un millénariste. Il ne trouve dans l'œuvre de Novatien qu'un bref passage sur la question, reflétant apparemment la pensée de Tertullien (Trin. 1, 1). Il s'attarde un peu plus longuement sur Cyprien, et avec pertinence (p. 143-153 et 196-201). Les traces de millénarisme qu'on a pu observer dans son œuvre (cf. Chron. Tert. 1991, n° 51) relèvent de l'usage linguistique de l'époque, et l'annonce de l'imminence du Royaume traduit seulement l'intensité de son espérance eschatologique. En fait, nombreux sont les passages de son œuvre qui disent sans ambiguïté que, pour lui, la mort ouvre directement le Royaume céleste non seulement aux martyrs, mais à tous les justes. La croyance en un 'état intermédiaire' céleste semble implicite : Cyprien laisse entendre que parvenus au Ciel, les saints y demeurent dans l'attente du Jugement, priant pour le salut des vivants ; les martyrs notamment ne seront pas vengés avant ce Jour. La fin de Y Ad Fortunatum montre bien comment Cyprien interprète le verset Apoc. 20, 4, cité au ch. 13 : le règne avec le Christ, promis aux martyrs, leur est donné, dès leur mort, dans le Ciel (ch. 14). Nous ajouterions volontiers à cette démonstration une preuve supplémentaire : la citation du verset n'est pas intégrale et ne comporte pas la mention des «mille ans». C. H. fait découler de cette visée eschatologique la théologie du martyre commune à Cyprien, à ses opposants carthaginois et à ses correspondants romains : appelés à régner avec le Christ dès leur mort, les martyrs peuvent délier les péchés et notamment absoudre les apostats. Cyprien dénonce seulement l'abus de ce privilège par certains confesseurs et l'exploitation de l'affaire par ses adversaires. S. D.

3 2 . SABBATOS (Chrusostomos), H triadologike orologia îou Ippolutou Pomes kai to theologiko periechomeno autes [La terminologie trinitaire d'Hippolyte de Rome et son contenu théologique]— Theologia, 61, 1990, p. 698-712. L'histoire des divergences entre les terminologies trinitaires d'Orient et d'Occident a été souvent faite : en Orient on a préféré le couple ousie/hypostase, en Occident le couple substanîialpersona. On sait aussi toutes les ambiguïtés liées à ces termes du fait des hérésies modalistes, comme le sabellianisme. Après un rappel du rôle joué par Tertullien dans cette formulation, l'A. entend souligner l'importance qu'a eue Hippolyte, Romain d'expression grecque, dans le rapprochement des deux terminologies. De nombreux passages de YElenchos comme du Contra Noetwn sont cités pour montrer l'utilisation faite aeprosôpon pour désigner les personnes divines. En revanche, Hippolyte évite hypostase dans cet emploi, afin de n'être pas taxé de trithéisme. Selon l'A. (p. 703), la phrase de Tertullien, una substantia, tres personae, constitue la base de la réflexion du Romain. Cette affirmation suppose résolu dans un certain sens le délicat problème du rapport chronologique entre ces deux théologiens. La solution inverse a été défendue naguère par M. Simonetti (cf. Chron. Tert. 1978, n° 16). On devra rectifier souvent le latin cité, ainsi que les références. La périphrase substantiua res est plusieurs fois corrompue en substantia res.— Mes remerciements vont à Renée Richer, Professeur de grec moderne à l'Université de Nice, dont l'aide obligeante m'a facilité l'approche linguistique de cet article. R. B.

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3 3 . SINISCALCO (Paolo), Argomentazioni escatologiche e pubblico in alcune opere di Tertulliano —De Tertullien aux Mozarabes. Mélanges offerts à Jacques Fontaine (cf. n° 9), t. I, p. 393-402. Contre une communis opinio encore admise (antirationalisme de Tertullien), P. S. montre que, tout au long de son activité doctrinale, l'Africain n'a pas opposé, mais au contraire associé nature et révélation dans le dessein de Dieu sur le monde (cf. Res 12, 7-8). La démonstration s'appuie sur l'analyse des argument eschatologiques (résurrection, jugement, rétributions finales) mis en œuvre dans différents traités destinés soit aux Juifs (lud), soit aux fidèles (Mart), soit aux païens (Ap, Test), soit aux hérétiques (Res). Selon les publics concernés, ces arguments relèvent de quatre sphères : Écriture sainte et regula fidei, exempla proposés par la nature, témoignage de l'âme, rationalité (avec des procédés souvent inspirés de l'arsenal rhétorique). Cette étude diachronique, menée avec précision, fait bien voir aussi comment toute la réflexion de Tertullien sur le thème considéré trouve son point d'aboutissement en Res. R. B. 34. TlBlLETTI (Carlo), Note in margine a idolatria eresia e filosofìa in Tertulliano — Augustinianum, 32, 1992, p. 77-89. Ayant conçu le christianisme comme un diuinum negotium (Ap 46, 2), et ignorant toute vision laïque et terrestre de la vie, Tertullien établit des liens étroits entre persécution, idolâtrie, hérésie et philosophie. Plusieurs passages d'Id, de Scorp, d'An permettent à C. T. de le montrer. Mais il s'attache plus particulièrement à en trouver la preuve dans les chap. 46-49 d'A/? où sont comparés chrétiens et païens : écrivant un ouvrage destiné aux praesides de la province, Tertullien présente déjà, dans ce développement, comme un sommaire de ses futurs traités antignostiques ; et, parlant des philosophes, il pense en fait aux hérétiques.— Ces chapitres, dit C. T. (p. 129), donnent l'impression d'un appendice, d'un ajout. On observera cependant que le thème de σ-υνκρισις entre christianisme et paganisme, qui y est mis en œuvre, appartenait à la tradition apologétique, comme l'a bien vu J. Lortz (cf. nos Approches de Tertullien, p. 129). R. B. 35. LEISCHING (Peter), Veritas und ratio als Geltungsgrund des Rechts. Die consuetudoLehre des Apologeten Τertullían — Studia in honorem Alphonsi M. Stickler, Roma : Libreria Ateneo Salesiano, 1992, p. 241-268 (Studia et textus historiae iuris canonici, 7). Reprises par Cyprien et par certains évêques au Concile de Carthage en 256, transmises aussi par des emprunts d'Isidore de Seville, les idées de Tertullien sur la valeur de la coutume sont entrées dans le Décret de Gratien et par là dans la tradition canonique. Le propos de P. L. est de démonter le raisonnement de Tertullien et d'en identifier si possible les sources. Le système de pensée du Carthaginois se laisse ainsi reconstituer, à partir des textes-clés de Virg (ch. 1, 3 et 16) et Cor (ch. 2-4) : «L'ultime justification de la loi et de la coutume est la ratio. Une coutume qui ne repose pas sur l'autorité de la ueritas ou de la ratio n'a pas de valeur contraignante, elle est même hérétique. L'origine du droit coutumier remonte donc à l'activité de Dieu comme législateur, dans la tradition apostolique fondée par le Christ. L'autorité de cette tradition tient à la capacité que le Paraclet donne aux Apôtres d'interpréter la loi divine conformément à la vérité. La lex fidei et la lex ueritatis (rationis) sont identiques. Il est donc exclu qu'une pratique juridique introduite par le Paraclet puisse jamais aller contre la ratio. L'action du Paraclet peut aussi faire naître dans l'Église une nouvelle législation qu'on ne peut faire remonter ni aux Apôtres ni à une autre source. La ratio qui tient à la rationalité du législateur divin est le fondement de la lex et de la traditio» (p. 253 ; P. L. parle du caractère «divino-rationnel» de la tradition, en écho à F. De Pauw, La justification des traditions non écrites chez Tertullien, dans Ephemerides Theologicae Lovanienses, 19, 1942, p. 43).— D'après Cicerón, influencé par la pensée stoïcienne, chaque homme possède par nature la recta

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ratio, qui lui permet de reconnaître la vérité, et qui est la source du droit, écrit ou non écrit : une consuetudo, reposant sur la ratio et consacrée par Y usus, gagne la légitimité du mos maiorum. Tertullien a dû trouver là un modèle de cette ratio non scripta qui joue chez lui un si grand rôle.— L'A., sans doute juriste de formation, aurait rendu son article encore plus intéressant s'il avait mieux exploité la bibliographie consacrée en propre à Tertulllien ; cf. R. Braun, Deus Christianorum, 2 e éd., Paris, 1977, p. 426-429 et 712-713 ; Chron. Tert. 1977, n° 25 ; 7979, n° 35, etc. P. P. 36. RAMBAUX (Claude), Tertullien et la valeur de la continence — Aspects de l'œuvre de Tertullien (cf. n° 23), p. 26-38. Conférence prononcée en juillet 1989, à Carcassonne, pendant l'une des Rencontres Nationales de Patristique organisées par l'Université de Toulouse-Le Mirail à l'intention d'un public divers, mais unanimement désireux de faire la connaissance des Pères de l'Église. C. R. reprend avec insistance, pour la vulgariser, une thèse qui lui est chère (voir Chron. Tert. 1979, n° 29 et 1991, n° 67) : Tertullien accorde à la continence une préférence quasi exclusive, ce qui est contraire aux Écritures et n'a de précédent ni dans le christianisme ni dans le judaïsme de l'époque, ni même dans la philosophie païenne ; il s'agit d'un choix personnel, qui a pesé lourd sur la morale catholique romaine. S.D. 37. HAMMAN (Adalbert-G.), Ascèse et virginité à Carthage au IIIe siècle — Memoriam sanctorum venerantes. Miscellanea in onore di Monsignor Victor Saxer, Città del Vaticano : Pontificio Istituto di Archeologia Cristiana, 1992, p. 503-514 (Studi di Antichità Cristiana, 48). Tertullien et Cyprien témoignent de la haute estime en laquelle sont tenues ascèse et virginité, au IIIe siècle, dans la communauté chrétienne carthaginoise, mais ne permettent pas de conclure à l'existence d'un 'ordre' des vierges - à la différence des veuves - ; la question du 'voile des vierges' reste énigmatique ; avec Cyprien, on peut voir l'autorité ecclésiastique intervenir dans la vie des ascètes. Telles sont les observations qu'A. G. H. tire d'une lecture rapide des deux auteurs, non exempte de préjugés et d'inexactitudes.— À propos du De habitu uirginum, on ne peut dire que Cyprien imite Tertullien «jusqu'au mimétisme et à la servilité» (p. 510).— Outre qu'elle prête à sourire, l'affirmation suivante est fausse : «curieusement en commentant le texte-clef de Matthieu 19, 12, Tertullien parle constamment au masculin» (p. 505 ; il s'agit du verset distinguant les eunuques de naissance, les eunuques par contrainte et les eunuques par choix). Développant ce texte, Tertullien s'adresse en fait à tous les chrétiens dans Mon 3,1 (le masculin est alors de mise, selon sa fonction première de genre épicène), ou même aux seules femmes dans Pat 13, 5 et Virg 10, 1.— Il est injuste de parler «d'une certaine pénurie» lexicale, pour l'ascèse, chez Tertullien et Cyprien, sous prétexte qu'on ne trouve pas chez eux - ou très peu et généralement dans les citations scripturaires - des mots grecs comme asceta, eunuchus, monachus, anachoreta. En effet, certains de ces mots ont été empruntés plus tard, avec les réalités qu'ils exprimaient. Aux autres ont été sciemment préférés des mots latins. A. G. H. mentionne lui-même uirgo, continentia et integritas ; il aurait pu ajouter castuslcastitas, pudicuslpudicitia, et bien d'autres.— Rappelons enfin que si actuellement encore nous sommes démunis quand nous entreprenons une recherche sur le vocabulaire des lettres de Cyprien, nous disposons en revanche, pour les traités, d'une excellente Concordance (voir Chron. Tert. 1986, n° 8). S. D. 38. GRAMAGLIA (Pier Angelo), Cipriano e il primato romano — Rivista di Storia e Letteratura Religiosa, 28, 1992, p. 185-213. Du chapitre 4 du De unitale ecclesiae catholicae nous sont parvenues deux versions qui toutes deux présentent l'édification de l'Église par le Christ sur le seul Pierre comme la

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manifestation visible de son unité : le Primatus Textus (PT)y qui reconnaît explicitement une cathedra Petri et un primatus Petri, et le Textus Receptus (TR) qui ne fait aucune mention d'un quelconque primat de Pierre. Ses travaux sur la tradition manuscrite de Cyprien ont conduit M. Bévenot à se ranger aux côtés de ceux qui, depuis le début du siècle, soutenaient Γ authenticité du PT, contre ceux qui voyaient en ce texte un faux provenant d'interpolations utiles à la papauté : selon M. Bévenot, PT serait la rédaction originelle ; TR serait un remaniement, opéré par Cyprien lui-même, lors de la controverse sur le baptême des hérétiques qui l'opposa si vivement à l'évêque de Rome Etienne. Ces conclusions sont aujourd'hui généralement admises, même si quelques-uns, surtout dans les milieux protestants, pensent que la difficulté demeure et ne peut être résolue (cf. Chron. Tert. 1989, n° 59). P. A. G. revient à la thèse adverse, ranimant ainsi une querelle vieille de quatre siècles : PT serait un faux remontant au pape Pelage II (fin du VIe siècle), et ayant subi au cours du Moyen Age diverses manipulations selon la pratique, alors courante dans la chancellerie pontificale, de la falsification des documents. Malgré sa véhémence, il ne parvient pas à nous convaincre. Il ne réfute aucun des arguments, pourtant solides, présentés par Chapman, Van den Eynde et Bévenot (voir l'introduction de Bévenot à son édition a'Unit., dans CCL 3, 1972). En revanche, il avance les arguments suivants : 1) le PT n'est pas cité avant Pelage IL- 2) les manuscrits antérieurs à Pelage II ne livrent que le TR- 3) les expressions spécifiques du PT ne se trouvent pas dans l'œuvre de Cyprien. Aucun des trois ne résiste à l'examen. De l'absence de témoins indirects du PT avant Pelage II, on ne peut vraiment conclure à son inexistence ; on ne peut même pas tirer un parti privilégié de la pratique d'Augustin, car si ce dernier ne cite pas PT, il ne cite pas davantage TR, se contentant de commenter et paraphraser Unit. 4. Le second argument suppose que le faux pontifical était connu dans tous les monastères, voire même que les copistes avaient reçu l'ordre de le substituer au TR, seul transmis par les manuscrits antérieurs, ou de contaminer les deux versions - hypothèse hautement invraisemblable. Pour le seul Unit., P. A. G. va jusqu'à considérer comme des modifications intentionnelles, marquées par «l'idéologie philopapale», soixante leçons du manuscrit Τ et cent trente leçons du manuscrit M. Enfin, que l'on ne trouve nulle part dans l'œuvre de Cyprien «unam cathedram constituere», «cathedra una monstratur», «pastores sunt omnes», mais seulement dans PT, ne prouve rien : de fait, Cyprien utilise le groupe «cathedra una» et a donc fort bien pu en faire le complément d'objet de verbes aussi banals que constituere et monstrare ; il emploie fréquemment/j&ytor pour désigner l'évêque et a donc pu écrire, à propos des évêques, «pastores sunt omnes». Par primatus Petri, Cyprien entend, on le sait, l'unique autorité donnée à Pierre, d'où dérive le pouvoir de chaque évêque : Pelage II et sa chancellerie n'avaient pas besoin de forger l'expression, il leur suffisait de lui donner l'acception juridique qui est devenue la sienne. Il est inexact de dire que l'expression unitas Petri est interpolée : même si elle ne se rencontre pas ailleurs chez Cyprien, elle se comprend aisément, dans le contexte à'Unit. 4, comme signifiant «l'unité fondée sur Pierre» ; elle a simplement été réinterprétée plus tard, dans un contexte historique différent. S. D. 39. MATTEI (Paul), Vanthropologie de Novatien. Affinités, perspectives et limites — Revue des Études Augustiniennes, 38, 1992, p. 235-259. Cette étude fouillée, minutieuse, aux notes surabondantes, vise à présenter une synthèse de la pensée anthropologique de Novatien. Conscient des difficultés (le théologien ne traite pas du sujet ex professo et ses écrits moraux ont tendance à majorer l'énergie de l'âme), P. M. choisit pour angle d'attaque la notion d"image de Dieu' et le matériel biblique qui la supporte. Sa méthode consiste à détecter sources et parentés pour chercher à découvrir l'originalité de Novatien. Plusieurs grands thèmes sont retenus pour mener l'enquête : l'âme et l'Esprit, l'homme 'à l'image' et le Christ 'Image', l'état primitif d'Adam, la loi. L'investigation fait apparaître que cette anthropologie est 'assez timide', donne une impression de banalité, et n'est

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pas exempte même de lacunes et de contradictions. Elle combine les influences d'Irénée et de Tertullien, quoique la seconde soit nettement prédominante (surtout la dette envers Marc II) ; mais Novatien est moins attentif que le Carthaginois au 'paradoxe de Υαχών présent'. Les vues de H. J. Vogt (Coetus sanctorum, Bonn, 1968, ch. Α-C) sont, à l'occasion, rectifiées ou nuancées : ainsi il ne faudrait pas soupçonner chez le Romain une dépréciation des merita Christi dans la Rédemption. Au total, cette réflexion anthropologique se caractérise par un éclatement en deux plans : ce qui revient à la puissance prévenante et englobante de Dieu, ce qui doit être la réponse de l'homme. Ainsi Novatien est-il amené à penser que «l'homme aujourd'hui est d'autant plus fort contre le péché que dans le Christ il fait davantage sienne la grandeur incomparable du don que Dieu accorde - et ne cesse d'accorder - dans ce même Christ» (p. 255). Un pas de plus permet à P. M. de trouver dans cette considération la clef véritable pour expliquer le schisme de 251, Novatien ayant dû sentir comme scandaleux tout fléchissement de l'homme, et en particulier l'apostasie. R. B.

HÉRÉSIES
40. BRAUN (René), Tertullien devant les hérésies gnostiques. Foi et raison — Aspects de l'œuvre de Tertullien (cf. n° 23), p. 14-25. Cette conférence, qui reprend et adapte un article publié il y a une vingtaine d'années (commodément accessible désormais dans R. Braun, Approches de Tertullien, p. 21-41 : cf. infra, n° 46), est une mise au point claire et approfondie, qu'on voudrait croire définitive, sur un sujet qui ne cesse pas d'alimenter la bibliographie de notre auteur. R. B. analyse successivement : comment la dénonciation, par Tertullien, de la philosophie s'explique par le fait qu'il y voyait la source principale des hérésies ; comment, ensuite, loin de professer Γ antirationalisme qu'on lui prête, Tertullien a vu dans la philosophie un préliminaire rationnel au service de la vérité chrétienne ; comment, enfin, la philosophie a fourni, à sa spéculation théologique, un outillage mental. (Peut-être cette dernière partie aurait-elle mérité d'être plus longuement développée). J.-C. F. 41. DEAKLE (David Wayne), The Fathers against Marcionism : a Study of the Methods and Motives in the Developing Patristic Anti-Marcionite Polemic, Diss. Saint Louis University, 1991, X-271 p. Cette dissertation de facture un peu scolaire, où abondent les redites (par ex. p. 3, p. 189, p. 213), se propose de montrer le caractère multiforme de la polémique contre le marcionisme dans l'Église ancienne et de l'expliquer moins par les divergences doctrinales à l'intérieur de cette hérésie que par les préoccupations propres aux polémistes ou les circonstances historiques, théologiques, politiques de leurs combats. Elle se développe en trois parties. La première n'a qu'un rôle introductif, elle reconstitue ce qu'on sait de Marcion et de sa secte ; elle s'appuie principalement sur les travaux d'Harnack, se montre réservée à l'égard des hypothèses de R. J. Hoffmann (cf. Chron. Tert. 1987, n° 31), souligne l'importance de la mise au point de G. May (cf. Chron. Tert. 1990, n° 56). Sur le problème du rapport au gnosticisme, Γ A. s'en tient à ce que l'on admet généralement : Marcion n'a pas été un gnostique au sens technique du terme, mais certains de ses disciples immédiats (Apelles) ou lointains (en milieu syrien) ont accommodé ses croyances à des spéculations gnosticisantes. La seconde partie, la plus longue (p. 51-187), suit le développement de la polémique antimarcionite des origines jusqu'au concile de Chalcédoine (451), limite arbitrairement fixée. Elle donne une image des diverses réactions suscitées dans l'Église par Marcion, depuis les allusions (simplement possibles) des Pères apostoliques jusqu'à Théodoret de Cyr.

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Sont évoqués tous les grands docteurs qui ont combattu le marcionisme : Irénée, Tertullien, Hippolyte, Clément, Origene, etc. L'A. n'a pas voulu être exhaustif, mais faire choix d'exemples représentatifs. L'apex de cette «réponse» de l'Église se situe autour de 200, le signal de son déclin est donné par la légalisation du christianisme sous Constantin et la proscription du marcionisme. Au IVe siècle, cette polémique (chez Épiphane et Augustin) n'a plus qu'un intérêt historique. C'est seulement en Orient, notamment en Syrie et Mésopotamie (Éphrem, Eznik), qu'elle a encore aspect d'actualité. La troisième partie vise à dégager une vue systématique de la pluralité des méthodes et techniques mises en œuvre et à l'expliquer par la variété des motifs (politiques, philosophiques, théologiques) qui ont conditionné les interventions des Pères. On s'étonnera de voir placer sur le même plan, au titre des 'méthodes', l'identification de Marcion au diable, la successio haereticorwn, iespraescriptiones, l'usage de la logique, celui de l'Écriture, le recours aux traités, etc. Il aurait fallu distinguer plus soigneusement ce qui appartient à la catégorie des arguments ou des thèmes ou des topoi, ce qui relève des formes de présentation et d'exposition, ce qui ressortit aux sujets et matières discutés (théologie, exégèse, morale). Quant aux motivations, il est évident qu'a été prédominante la volonté de corriger l'hétérodoxie marcionite, dans sa théologie et les Écritures qu'elle mettait à son service. Ce large survol d'un matériel déjà rassemblé par Harnack n'aboutit pas à des conclusions neuves, faute d'approfondissement de chaque polémique en particulier. On regrettera que celle de Tertullien, dont l'importance certes est plusieurs fois soulignée, n'ait pas été l'objet d'une étude plus attentive. L'A. n'a pris en considération ni Carn ni Res ; son analyse de Marc paraît être de seconde main (d'après Robert Sider, cf. p. 79). Ce qui en est dit p. 211 («very popular work, having been plagiarized by a literary 'thief and having gone through three recensions») repose sur une interprétation erronée du récit de Marc I, 1, 1 et contredit l'histoire posthume de cet ouvrage qui, ignoré d'Eusèbe, n'a pratiquement pas été cité non plus en Occident.- Quelques remarques au fil de la lecture : p. 44, à propos du marcionite lépreux qui serait le premier marcionite mentionné, il faut évidemment admettre l'interprétation qu'Harnack a donnée de Marc IV, 9 (et non 19), 3 sur ce 'frère' inconnu dédicataire des Antithèses- P. 89-90, la critique faite à Marc V, 21 d'être une conclusion trop abrupte en discordance avec le prologue de I, 1, ne paraît pas justifiée : Tertullien ne se contente pas de «presser son lecteur d'examiner avec attention l'œuvre entière» ; en une phrase étudiée, il se justifie de s'être répété (redundantia) et d'avoir paru manquer de confiance en lui-même (diffidentia, cf. I, 1, 7).- P. 104 sq. : à propos de Clément, il aurait fallu utiliser l'étude d'A. Le Boulluec, La notion d'hérésie dans la littérature grecque. IIe-IIIe siècles, Paris, 1985, t. 2, p. 290 sq. - P. 149 : la caractérisation de Marcion comme 'aspic' par Épiphane n'a rien d'original ; cf. Marc III, 8, 1 (aspis a uipera); et, dans le même sens, on corrigera p. 217 l'affirmation que, de Tertullien à Épiphane, le thème de la bestialité diabolique prêtée à Marcion marque un progrès. L'Africain n'a pas traité l'hérésiarque de 'castor' et de 'guêpe' seulement : il a parlé de lui comme d'un Antéchrist (Marc I, 22, 1).- P. 164 : on peut regretter que le Contra aduersarium legis et prophetarwn, qui vise un hérétique sinon marcionite, du moins proche du marcionisme, n'ait été l'objet que d'une courte note. L'étude plus attentive de cette polémique particulière d'Augustin aurait peut-être conduit à nuancer certaines conclusions. R. B. 42. MARKSCHIES (Christoph), Valentinus Gnosticus ? Untersuchungen zur valentinianischen Gnosis, mit einem Kommentar zu den Fragmenten Valentins, Tübingen : J. C. B. Mohr (Paul Siebeck), 1992, XII-516 p. (Wissenschaftliche Untersuchungen zum Neuen Testament, 65). Au terme d'un commentaire rigoureux des fragments de Valentin et d'une analyse méthodique des sources hérésiologiques et de plusieurs traités de Nag Hammadi, C. M. hésite à répondre affirmativement à la question qu'il a choisie pour titre de son ouvrage. En tout cas,

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Γ auteur fait œuvre de novateur dans les études sur le gnosticisme en accordant une place importante au témoignage de Tertullien, en paniculier dans Praes et Val. J.-C. F.

SURVIE
43. DoiGNON (Jean), Hilaire de Poitiers commentateur de Prov. 8,26-30 — Letture cristiane dei Libri Sapienzali. XX Incontro di studiosi della antichità cristiana, 9-11 maggio 1991, Roma : Institutum Patristicum «Augustinianum», 1992, p. 201-207 (Studia ephemeridis «Augustinianum», 37). De ces versets (en fait Prou. 8, 22-30), mis à profit par les thèses ariennes qui y ont vu la preuve d'une disparité entre le Père éternel et le Fils créé, Hilaire donne une exégèse orthodoxe dans les ch. 36-43 du livre XII de son De trinitate. À la suite de Tertullien, Herrn 18, 2-3, il distingue lafundatio ante saecula et la creatio in initium uiarum suarum. Marquant l'antériorité du Fils par rapport à «l'infini du temps», il utilise une idée stoïcienne qui exprime l'éternité. Il reprend encore à Tertullien, Prax 6,1-2, le schéma d'une distinction entre une préparation dans l'ordre de la pensée, qui est propre au Père, et un travail de compositio, de réalisation par l'action, qui est rapporté au Fils comme un ministerium. R. B. 44. ADKIN (Neil), Jerome as centoist : Epist. 22, 39, 7 — Rivista di Storia e Letteratura Religiosa, 28, 1992, p. 461-471. À la liste toujours ouverte des emprunts de Jérôme à Cyprien, l'auteur ajoute un nouvel exemple. Affirmant avec véhémence que dans le camp des hérétiques la virginité est diabolique, Jérôme écrit : «sub ouium pellibus lupos tegunt. Christum mentitur antichristus et turpitudinem uitae falso nominis honore conuestiunt» (Epist. 22, 38, 7 ; Cypr. Unit. 3, également à propos des hérétiques : «adserentes [...] antichristum sub uocabulo Christi, ut dum uerisimilia mentiuntur, ueritatem subtilitate frustrentur»). N. A. fonde son hypothèse d'un emprunt sur l'opposition Christus I Antichristus dont il n'a pas trouvé d'exemple en dehors de Cyprien et Jérôme. Pourtant le nom Christus et l'antonyme formé sur ce nom s'opposent déjà fortement, comme on pouvait s'y attendre, dans un verset néo-testamentaire qui dénonce le mensonge de YAntéchrist prétendant que Jésus n'est pas le Christ (I Jn 2,22), et chez Tertullien (Marc III, 8, 1 ; Ieiun 8, 5 ; etc.). Le propos de N. A. est avant tout de montrer, à partir du passage cité, que Jérôme ne privilégie aucune source, pas même Cyprien, et compose à la manière des auteurs de centons, prenant son bien où il le trouve : mais faut-il vraiment renvoyer à Lactance pour expliquer «sub pellibus ouium lupos tegunt» (Cyprien adaptait déjà librement Matth. 7, 15, quoiqu'en des termes différents) et à ΓAmbrosiaster (turpiter uiuere) pour expliquer turpitudinem uitae ? En fait, il n'était pas besoin de recourir à cet exemple discutable pour montrer que Jérôme fusionne des emprunts à des auteurs divers et les transforme en un texte qui est sien : c'est un fait assuré. Mais on ne peut qualifier de centón une élaboration qui est création littéraire. Par ailleurs, ce procédé n'empêche nullement Jérôme, quoi qu'en dise Ν. Α., d'utiliser Cyprien comme caution et de saluer un prédécesseur qu'il révérait à l'égal des auteurs sacrés, comme nous avons naguère essayé de le montrer (Jérôme entre V Occident et VOrient, éd. par Y.-M. Duval, Paris, 1988, p. 61-82). S. D.

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45. TAISNE (Anne-Marie), Saint Cyprien et saint Jérôme, chantres du Paradis—Bulletin de l'Association Guillaume Budé, mars 1992,1, p. 47-51. Présentation de deux textes chrétiens évoquant le Paradis (Cyprien, Lettre 37, 2, 1-2 et Jérôme, Lettre 14, 10). L'auteur signale la double ascendance, païenne et biblique, des thèmes traités (lumière, fleurs, eau vive). S. D.

RÉIMPRESSIONS
46. BRAUN (René), Approches de Tertullien. Vingt-six études sur l'auteur et l'œuvre (19551990), Paris : Institut d'Études Augustiniennes, 1992, VI-345 p. (Études Augustiniennes, Série Antiquité, 134). En acceptant de regrouper en un seul recueil ses 26 études sur Tertullien, jusqu'ici dispersées dans des périodiques et des ouvrages collectifs, R. B. a rendu un grand service à tous ceux qui s'intéressent non seulement à Tertullien, mais au christianisme ancien et, plus généralement, à l'histoire de la pensée, de la culture et de la langue latines tardives. Elles ont été soigneusement revues : les passages à corriger ou compléter sont signalés par un astérisque renvoyant à une liste de seize addenda et corrigenda. Des index (biblique, de Tertullien, des noms propres anciens, des auteurs modernes, des mots latins et grecs et des notions) facilitent le passage d'un article du recueil à l'autre et l'exploitation de ses richesses. À l'exception de deux inédits, les travaux parus depuis 1975 ont fait l'objet d'un compte rendu ici-même (Chron. Tert. 1978, n° 10 ; 7979, n° 6 et 14 ; 1980, n° 28 ; 1981, n° 11 ; 1982, n° 6 et 14 ; 1983, n° 6 ; 1985, n° 13, 35 et 45 ; 7957, n° 12 ; 7959, n° 45 ; 7992, n° 23). Le premier des inédits, «Bible et latin des chrétiens», emprunte ses exemples principalement à Tertullien, pour montrer l'influence de la Bible sur la langue latine, notamment dans le domaine du vocabulaire (néologismes lexicaux et renouvellement sémantique). Grâce au second, «État des travaux sur la langue de Tertullien (1960-1975)», le chercheur dispose aujourd'hui - s'il complète son information dans la Chronica Tertullianea, parue pour la première fois en 1975 -, d'une présentation complète et minutieuse des recherches publiées depuis 1960 sur la langue de Tertullien, et de leurs résultats. S. D.

NOUVELLES
47. Richard Seagraves a soutenu en 1992, devant la Katholisch-theologische Fakultät der Universität Freiburg une dissertation intitulée : «Pascentes cum disciplina. A lexical study of the clergy in the Cyprianic correspondance» (indication dans Theologische Revue, t. 89, 1993, l , p . 80). 48. La Chron. Tert. 1993 recensera, entre autres, les éditions de Mon par R. UGLIONE (Corona Patrum, 15), de Pud par Ch. MUNIER et C. MICAELLI (Sources chrétiennes, 394-395) et des Versus de Sodoma par L. MORISI, la thèse d'A. ADOLF, Die Theologie der Einheit der Kirche bei Cyprian et le nouveau recueil d'articles de W. RORDORF, Lex orandi, lex credendi.

Revue des Études Augustiniennes, 40 (1994), 473-499

Chronica Tertullianea et Cyprianea 1993
Cette chronique continue et complète la Chronica Tertullianea parue dans la Revue des Études Augustiniennes depuis 1976 (productions de 1975). Elle a changé de nom et de domaine depuis 1986, et embrasse désormais toute la littérature latine chrétienne jusqu'à la mort de Cyprien. Les renvois se font toujours de la même façon : on a gardé l'abréviation Chron. Tert., qui est suivie de l'année recensée et du numéro du compte rendu. Cette année encore, nous avons bénéficié de l'aide d'amis fidèles. MM. Pierre-Paul Corsetti et Pierre Dufraigne nous ont fourni de précieuses indications bibliographiques. Mme Sekiko Petitmengin nous a permis l'accès à l'article publié en japonais. Nous leur exprimons notre très vive gratitude.
René BRAUN — Simone DELÉANI — François DOLBEAU Jean-Claude FREDOUILLE — Pierre PETITMENGIN

ÉDITIONS
1. TERTULLIEN, La pudicité. Introduction, commentaire et index par Claudio MICAELLI, texte critique et traduction par Charles MUNIER, Paris : Éditions du Cerf, 1993, 2 vol., 467 p. (Sources chrétiennes, 394-395). En 1906, P. de Labriolle avait donné dans la collection Hemmer-Lejay une édition bilingue des deux traités que Tertullien a consacrés à la pénitence et à la rémission des péchés. Ce petit livre a rendu de grands services, mais il a forcément vieilli, d'autant que les études se sont multipliées sur les problèmes pénitentiels. On est heureux de disposer maintenant d'un dossier parfaitement à jour, dans la collection «Sources chrétiennes», grâce à l'inlassable activité de C. Munier. Seul éditeur de Paen (SC 316 ; cf. Chron. Tert. 1984, n° 1), il a cette fois-ci partagé la tâche avec C. Micaelli, dont les contributions rédigées en italien ont été très bien traduites par Pierre Dessalces (c'est à peine si l'on croit, çà et là, deviner une tournure italienne, comme p. 427 «une possible interprétation laxiste»). Il s'agit d'un travail important, qui fera date et qui

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mériterait une recension très fouillée. Pris par le temps, nous avons dû nous limiter à l'examen de quelques innovations editoriales. 1. C. Munier avait donné en 20 pages une analyse très détaillée de Paen, descendant au niveau du paragraphe, voire de la phrase. Le parti de C. Micaelli est différent. Dans son introduction, il étudie suivant le modèle fourni par R. D. Sider (Ancient Rhetoric and the Art of Τer tullían, Oxford, 1971) les neuf sections, ou plutôt mouvements, entre lesquels il divise le traité. Le commentaire est, lui, morcelé en unités beaucoup plus petites, précédées chacune d'un encadré, composé dans un corps plus petit, où est donnée la structure du raisonnement. C'est à la fois moderne — on pense aux sommaires que Brecht avait conçus pour être placardés ou projetés pendant certaines de ses pièces de théâtre — et ancien, car le recours quasi perpétuel à l'auteur («précise T.», «affirme T.», etc.) fait penser aux capitula destinés à expliciter le contenu d'œuvres antiques («hic ostendit», «hic ubi exponit», etc.). Pour notre part, nous regrettons qu'il n'y ait pas quelque part un bref schéma, traditionnel, qui puisse servir de table d'orientation au lecteur aux prises avec une pensée complexe. 2. En règle générale, les citations des auteurs antiques ne sont données qu'en traduction (à l'exception, semble-t-il, de celles des juristes, où le texte original précède d'habitude la traduction). Cela donne un texte très lisible, mais peu utilisable à des fins de recherche, à moins d'avoir sous la main une bonne bibliothèque. Sans doute, il arrive que des mots latins ou grecs soient cités après leur traduction, mais cela suffit-il au public savant (et souvent non francophone) que visent en principe des ouvrages subventionnés par le CNRS ? Il y a là un problème de fond. 3. Le commentaire de C. Micaelli, bien écrit, sans excès de style télégraphique, est très agréable à lire. Il est en même temps fort instructif. Nous avons par ex. été sensible à l'intérêt qu'il porte au texte biblique de Tertullien, ou à l'influence exercée soit par le traité lui-même soit par la problématique qui le sous-tend : C. M. apporte du neuf, avec élégance. Cela dit, on est parfois surpris. Il suffit d'un coup d'œil à Y Index de Claesson pour voir que Tertullien n'utilise pas delinquentia «37 fois dont 5 dans des citations bibliques» (p. 302) : cette précision inexacte vient d'une mauvaise utilisation de la thèse de F. A. Demmel, Die Neubildungen auf -antia etc., p. 122. Et comment affirmer p. 432 qu'il n'y a qu'un exemple d'idoneus suivi d'un gérondif au génitif, alors que Hoppe, Syntax, p. 22 (auquel il est renvoyé) en signale deux autres ? Espérons qu'il s'agit là d'inexactitudes isolées. 4. Le texte du traité a été composé à partir d'un fichier électronique fourni par le CETEDOC, et qui reproduit le texte de l'édition Dekkers parue dans le CCL, t. 2. Il y a là deux risques d'erreur : a. l'édition de référence comporte malheureusement quelques inexactitudes (voir un échantillon dans notre article Errata Tertullianea [cf. Chron. Tert. 1991, n° 26], p. 41 et 45) ; b. une nouvelle saisie peut entraîner des erreurs supplémentaires. Naturellement le CETEDOC soumet ses données à des contrôles rigoureux et permanents, et l'éditeur lui-même a relu (et modifié à l'occasion) le texte de base. Contacté par le Secrétariat de Sources chrétiennes, nous avions pourtant jugé préférable de collationner le texte de C. Munier avec l'édition princeps (Β), ce qui a permis d'éliminer quelques fautes d'impression comme 2,6 adflictionem (erreur du CCL seul, pour adflictationem). Mais il ne faudrait pas chanter victoire trop vite : en 3, 5 de notae suae exemplo, l'adjectif possessif, présent encore dans le CCL, a disparu corps et bien dans SC... Il aurait fallu faire le même travail pour les autres éditions anciennes, au lieu de se fier à l'apparat de Dekkers : un long travail, peu gratifiant, mais qui aurait évité quelques désordres (en 2, 1 si doit être ajouté non pas avant et auctoritas, mais avant et paenitentia, comme le montre d'ailleurs la traduction) et quelques fausses attributions (en 14, 19 remplacer scripsi par «Hartel, Patr. Stud. 4, p. 30»). Une fois l'exactitude des données assurée, il faut bien sûr se demander si elles conservent vraiment le texte de Tertullien, ce qui n'est pas toujours le cas : ainsi nous abandonnerions volontiers le texte de Β en 18, 4 (lire habes au lieu

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de habet) ou 19, 8 (préférer le subjonctif pro nuntiant), mais ceci est une autre histoire qui nous entraînerait trop loin. P. P. 2. TERTULLIANO, Le uniche nozze. Edizione critica con introduzione, traduzione note e indici a cura di Renato UGLIONE, Torino : Società Editrice Internazionale, 1993, 349 p. (Corona Patrum, 15). Annoncée par une série d'articles dès la fin des années 70, l'édition de R. U. était attendue avec impatience. Devancée par l'important volume de P. Mattei dans la collection «Sources chrétiennes» ainsi que par la traduction commentée de P. A. Gramaglia (cf. Chron. Tert. 1988, nos l et 4 ; voir aussi, pour le premier ouvrage, la recension de R. U. lui-même dans RSLR, 29, 1993, p. 243-248), elle n'en garde pas moins une grande valeur, d'abord pour le public cultivé italien qui dispose désormais d'une édition très élaborée et d'une élégance très «classique», mais aussi pour les patristiciens de métier, qui auront toujours intérêt à consulter l'œuvre d'un collègue aussi compétent. L'introduction se limite à l'essentiel. L'A. traite d'abord du mariage chez Tertullien, de la valeur d'une institution voulue par Dieu et de la dévalorisation que lui fait subir l'approche imminente des fins dernières (son rôle s'achève dans cette histoire du salut que vient clore la révélation du Paraclet). Il présente ensuite la structure rhétorique du traité, suivie d'une analyse chapitre par chapitre (les divisions fixées par Jacques de Pamèle à la fin du XVIe siècle continuent de rythmer notre compréhension du texte !). Enfin quelques indications sont données sur les manuscrits et les éditions : aucun effort n'est fait pour tenter une reconstitution du codex Diuionensis, dont on a conservé pourtant diverses collations (cf. SC 280, p. 49 ; Chron. Tert. 1990, n° 2, p. 340) ; l'édition partielle de Rigault, en 1628, ne comprend que des traités contenus dans YAgobardinus, qui venait d'être donné à la Bibliothèque du Roi : Mon n'y figure donc pas. Le texte, d'une grande correction typographique (seule remarque : en 6, 2 ne faut-il pas préférer et si à etsi ?), se sépare une cinquantaine de fois de celui de Mattei. Ce dernier s'était déjà en partie libéré de l'engouement pour les leçons du manuscrit Ν qui caractérisait l'édition de V. Bulhart (CSEL 76). R. U. poursuit ce retour aux sources de la tradition imprimée, c'està-dire au texte de YHirsaugiensis perdu tel qu'on le reconstitue à partir de l'accord de l'édition princeps R et des manuscrits FX : voir par ex. 7, 9 et nos hoc ; 8, 7 regnum ; 10, 6 tam ; 11, 10 définit ; 11, 11 ethnicis, etc. Il arrive même que la leçon de Ν soit passée sous silence, ainsi en 9, 3 taie : taliter Ν Mattei ; 9, 5 hoc : hoc et Ν Mattei. En général, on approuvera les choix de R. U., ainsi lorsqu'il rétablit en 5, 4 la ponctuation «fuit, secundum initium quod», ou lorsqu'il suit le texte du Masburensis comme en 4,1 demonstratura ou en 6, 2 seorsus (sum) est et (cf. Chron. Tert. 1988, n° 1, p. 316 ; 7990, n° 18 ; notre étude de ce témoin perdu devrait, enfin, arriver à son terme). Il est dommage que R. U. n'ait pas eu connaissance du compte rendu de l'édition Mattei par M. Winterbottom, JThS, N.S. 40, 1989, p. 614-615 : il y aurait trouvé une jolie conjecture en 5, 1 monitum pour monimentum proposé par /?3 (mais le mot n'est pas attesté par ailleurs chez Tertullien) et une explication de 17, 5 afine. Le commentaire, très ample (plus de 210 pages), reprend la tradition des éditions variorum. R. U. cite largement les bons auteurs en latin, en grec, en italien, en français et aussi, mais moins souvent, en anglais et en allemand (d'où quelques fautes d'impression, à vrai dire rarissimes, comme p. 260 camouf/lés ou p. 270 KOCK). Il fournit un grand nombre de petites synthèses, bien tournées, avec la bibliographie essentielle, sur des faits de langue, sur les principaux termes du vocabulaire chrétien, sur des personnes, sur des mouvements d'idées. Des index copieux donnent accès à ce trésor, un accès à vrai dire un peu malaisé, car ils renvoient aux chapitres et aux paragraphes, lesquels ne sont pas repris dans des titres courants en haut des pages du commentaire. Cela dit, il arrive à R. U. de se tromper (ainsi p. 321 : excultor n'est pas un hapax ; p. 151 : Thòrnell, Studia Tert. 2, p. 48 étudie l'emploi non de

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plane, mais de plane, si) ou de ne pas commenter ce qui suscite la curiosité du lecteur, qui doit alors commencer une chasse parfois hasardeuse. Mattei sera d'une aide précieuse si l'on s'intéresse par ex. au symbolisme de la colombe (8, 7) ou aux principes herméneutiques de Tertullien (11, 13), mais lorsqu'on voudrait en savoir plus sur le rapport que Tertullien établit entre la présence du Christ aux seules noces de Cana et l'unicité du mariage chrétien, les commentateurs ne nous aident pas vraiment. Deux remarques pour finir : on appréciera les schémas par lesquels R. U. démonte parfois le raisonnement de Tertullien (ainsi p. 272 et 303); on regrettera que les quelques indications données sur la survie du traité n'aient pas été signalées par les index ou, mieux, regroupées dans un apparatus fontium. P. P. 3. MORISI (Luca), Versus de Sodoma. Introduzione, testo critico, traduzione e commento, Bologna : Patron, 1993, 157 p. (Edizioni e saggi universitari di filologia classica, 52). Depuis quelques années, ce poème biblique, que les manuscrits attribuent tantôt à Tertullien, tantôt à Cyprien (CPL 1425), intéresse divers chercheurs (cf. Chron. Tert. 1990, n° 16 ; 1991, n° 20-21 ; infra, n° 13). Ses 166 hexamètres comportent, il est vrai, beaucoup d'obscurités, si bien qu'une nouvelle édition (après celles d'Hartel en 1871 et de Peiper en 1891) était souhaitable. L'A., en introduction, fait le point sur les recherches récentes, les éditions antérieures et la tradition manuscrite (cinq témoins des IXe-XIIIe s., répartis en deux familles dont les chefs de file sont Paris, B. N., lat. 2772 [= P] et Leiden, Voss. lat. Q 86 [= V]). Il vise, pour l'établissement de son propre texte, à tirer le meilleur parti des leçons transmises, en éliminant les corrections les plus hardies de ses prédécesseurs. L'apparat se veut exhaustif en ce qui concerne les variantes manuscrites, mais ne permet pas de reconstituer le texte adopté par Hartel ou Peiper (là où ceux-ci n'ont pas risqué de conjecture). Le commentaire, de type linéaire, justifie les choix critiques et la traduction adoptée, explicite les procédés littéraires que le poème met en œuvre, mentionne enfin les sources bibliques ou les parallèles patristiques et profanes. Le résultat est utile, mais un peu terne. L. M. reste vague sur la datation de l'ouvrage (p. 21 : «credo, e spero dimostrato, che in virtù di alcuni espliciti riferimenti a Prudenzio e ad Agostino ... una datazione più alta della prima metà del V sec. sia improponibile») et il évite de formuler des hypothèses sur les intentions profondes du poète. L'A. est sévère à l'égard de Peiper (p. 39), en oubliant qu'il doit à ce dernier au moins trois corrections palmaires (19 : Antaei, 58 : liras, 136 : tacta), ce qui, après tout, n'est pas si mal sur un total de 166 vers. Face à un texte aussi obscur, des conjectures même erronées, si elles soulignent une difficulté, font plus avancer la recherche qu'une attitude trop conservatrice. Cela dit, les choix de L. M. semblent en général pertinents. Au v. 18, la leçon rejetée de V : subdere serait moins banale que fundere. En 44, je comprends mal ce qui oblige à modifier le texte de P, à condition de ponctuer ainsi : «.. .luxu. Quo genitura uocant, quo, semina frustra ?». En 99, le verbe exoritur est emprunté à Gn 19, 23, d'après la Vêtus Latina, non selon la Vulgate qui est citée à la p. 119. En 116, l'addition de haud, à la suite de Peiper, est-elle vraiment nécessaire ? La présence en 115 de l'adverbe maie suffit, à mon sens (c'était déjà l'opinion d'Hartel), à donner à la phrase une coloration négative ; la leçon ad de V (qui donne prétexte à la conjecture) est une anticipation du complément qui suit : ad murmura. En 127 enfin, ne convient-il pas de placer la virgule avant et non après Sodomum ? L. M. tient pour acquis, selon l'opinion courante, que le De Sodoma est du même auteur que le De Iona (CPL 1426). Dans Ρ et V, les deux poèmes se lisent de fait à la suite l'un de l'autre, et le vers initial du second évoque directement l'argument du premier. Il s'agit donc des deux volets d'un diptyque, que l'A. a eu tort de disjoindre : là est sans doute la critique majeure qui peut être formulée à l'égard de son travail. Ce diptyque est introduit, dans P, par un titre global : De excidio Sodomae etNiniue, qui évoque à l'esprit le De excidio urbis d'Augustin. La rubrique de P, même si l'auteur n'en est pas responsable, pourrait d'ailleurs révéler quelque

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All

chose sur le dessein central du poète. Toute cité terrestre est confrontée à deux destinées possibles : périr avec Sodome, se repentir comme Ninive. F. D.

TRADUCTIONS
4. TERTULLIEN, Le baptême, [Vanves] : AIM [Aide Inter-monastères] ; [Dourgne] : SODEC [Société d'En Calcat], 1993,40 p. (Témoins du Christ, 33 ; Textes de l'Église ancienne). Les extraits du traité sur la prière publiés dans la même collection (cf. Chron. Tert. 1987, n° 5) en sont à leur troisième édition : c'est dire le besoin auquel répondait cette traduction en français fondamental, disposée «per cola et commata» et destinée à la lecture et à la méditation dans les monastères. Ce nouveau petit volume suit le même modèle. Le texte est cette fois-ci presque intégral, avec juste quelques omissions aux chapitres 3, 8-10, 15 et 17-19. La traduction, due à une moniale de Jouarre, se base sur l'édition parue dans «Sources Chrétiennes» (t. 35, 1952) ; elle a été révisée par l'excellent connaisseur de Tertullien qu'est Jean-Pierre Mahé. P. P. 5. CYPRIAN OF CARTHAGE, Born to New Life. Edited by Oliver DAVIES. Translations by Tim WITHEROW, with an introduction by Cyprian SMITH, London-Dublin-Edinburgh : New City, 1991, 141 p. (Spirituality of the Fathers). Dans le domaine de la vulgarisation patristique, les éditions New City manifestent une grande activité en tous pays, depuis quelques années. En France, on leur doit le périodique Connaissance des Pères de l'Église ; aux États-Unis a été lancée une édition des œuvres de saint Augustin traduites en anglais «pour le XXle siècle» ; en Espagne, une collection «Biblioteca de patrística» (voir ci-dessous, n° 6) ; en Angleterre, une collection «Spirituality of the Fathers», dont nous présentons ici l'un des numéros. Dans l'Introduction, C. Smith montre l'intérêt de Cyprien pour nos contemporains ; O. Davies donne ensuite quelques indications très sommaires sur l'homme et l'œuvre. Le choix des textes publiés (Donat., patient., eleem., mortal:, Lettre 37 aux confesseurs en prison et extraits de la Lettre 63 sur l'eucharistie) convient au propos de l'éditeur. La lecture rapide en est facilitée par l'absence de toute annotation, l'usage d'un anglais moderne et simple et l'introduction de nombreux gros sous-titres. S. D. 6. CIPRIANO, La unidad de la Iglesia. Introducción y notas de Carmelo FAILLA. Traducción del latín de Joaquín Pascual TORRÓ, Madrid : Ciudad Nueva, 1991,143 p. (Biblioteca de patrística, 12). Sous ce titre sont présentés, en langue espagnole, Y Ad Donatum, le De unitate ecclesiae et le De dominica oratione. La lecture est facilitée par la présence de sous-titres, d'une introduction qui va à l'essentiel et d'une annotation légère. Cependant l'information date : aucun travail postérieur à 1970 n'est pris en considération. Le texte latin choisi par le traducteur est celui de Hartel (l'édition récente du CCSL n'est même pas mentionnée dans la bibliographie). S. D.

PRÉSENTATIONS

D'ENSEMBLE

7. D A L Y (Cahal B.), Tertullian the Puritan and his Influence. An Essay in Historical Theology, Dublin : Four Courts Press, 1993, VIII-221 p.

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Monumentimi aere perennius ..., ce livre est la thèse soutenue par l'auteur devant la Faculté de Théologie de l'Université Pontificale de Maynooth en 1945. Elle n'est pas «actualisée» : C. B. D. estime, en effet, que les études publiées depuis près d'un demi-siècle n'ajoutent ni n'ôtent rien à la valeur et à la solidité de son ouvrage. De fait, les plus récentes mentionnées dans la Bibliographie datent de 1942, et le texte de Tertullien utilisé est celui d'Oehler (1853). L'auteur a lu attentivement Tertullien, Cyprien, Novatien. En l'absence d'une introduction et d'une conclusion qui indiqueraient la ligne directrice de la thèse, le lecteur doit parcourir une prose facile certes, mais quelque peu répétitive, et qui ne lui apprend rien de bien nouveau : sur le puritanisme de Tertullien (c'est-à-dire son attitude à l'égard du péché et des pécheurs), sur l'unité de l'Église africaine (Tertullien, Agrippinus, les montanistes, Cyprien, les novatianistes et plus tard les donatistes) concernant la non-validité du baptême des hérétiques, sur l'influence de Tertullien sensible chez Novatien. En appendice, d'utiles tableaux sur la démarche pénitentielle selon Tertullien et Cyprien. J.-C. F. 8. KYTZLER (Bernhard), Minucius Felix — Theologische Realenzyklopädie, t. 23, BerlinNew York : W. De Gruyter, 1994, p. 1-3. Présentation précise, juste, informée de YOcîauius et de l'auteur par son récent éditeur (cf. Chron. Tert. 1992, n° 2), mais manque toujours dans la Bibliographie l'étude de P. G. van der Nat (1977). J.-C. F. 9. TRISOGLIO (Francesco), Cipriano uomo vescovo scrittore attraverso al suo epistolario — Civiltà Classica e Cristiana, 14, 1993, p. 345-387. F. T. éprouve sympathie et admiration pour Cyprien, dont il a dû lire et relire l'œuvre. Pour les Lettres, ici étudiées, il se réfère à la seule édition Bayard (1925) et semble ignorer le travail, pourtant fondamental, de G. W. Clarke (cf. Chron. Tert. 1987, n° 4 et 1989, n° 3). Avec enthousiasme, successivement il souligne l'originalité de la correspondance de Cyprien dans la littérature épistolaire des Latins, originalité due à la personne de l'écrivain et au rôle des citations scripturaires ; dégage les «idées maîtresses» (prééminence de l'Église et des notions qui lui sont associées - discipline, vérité, unité, collégialité, tradition apostolique ; transcendance des valeurs chrétiennes et d'une morale vécue comme témoignage de foi et union au Christ jusqu'au martyre) ; montre la noblesse de l'évêque, conscient de la responsabilité et de la dignité de sa fonction, la noblesse de l'homme et du chrétien, la noblesse de l'écriture, reflet des réalités supérieures qu'elle évoque. S. D.

ÉTUDE D'UNE ŒUVRE
10. BAMMEL (Caroline), Die erste lateinische Rede gegen die Christen — Zeitschrift für Kirchengeschichte, 104, 1993, p. 295-311. Ce premier discours contre les chrétiens est naturellement celui de Fronton, entrevu grâce à la référence donnée par le païen Cécilius en Oct 9, 6 (cf. infra, n° 22). D'où l'on induit que Nat I reproduit également quelques-unes des accusations du célèbre orateur. C. B. reprend, avec prudence, l'hypothèse selon laquelle Fronton aurait utilisé, dans son propre discours devant le Sénat, celui de Caton (De coniuratione) au moment de l'affaire des Bacchanales (186), et suppose que le discours de Fronton comme / Apol de Justin se situent dans un contexte comparable. J.-C. F.

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1 1 . ECKERT (Günter), Orator christianus. Untersuchungen zur Argumentationskunst in Tertullians Apologeticum, Stuttgart : F. Steiner, 1993, 278 p. (Palingenesia, 46). Issu d'une dissertation présentée devant l'Université de la Sarre, cet ouvrage, qui étudie l'influence de la rhétorique sur la conception et la composition d'Apol, comporte trois parties, correspondant aux trois ensembles que, au prix de quelques variantes, on y distingue généralement : chap. 1-3 (p. 31-86), chap. 4-45 (p. 87-177), chap. 46-50 (p. 178-260), c'està-dire le prooemium, Yargumentatio et Yepilogus. Chaque fois, G. E. commence par résumer l'enseignement des rhéteurs sur chacune de ces trois parties du discours et s'attache à montrer la fidélité de Tertullien à cet enseignement, non sans quelque systématisation : G. E. est ainsi conduit à assimiler purement et simplement Apol à un discours judiciaire, ce qui est certainement excessif. Si l'article que R. Braun consacra, il y a trente ans, à 1"architecture' a'Apol (repris dans Approches de Tertullien, cf. Chron. Tert. 1992, n° 46) est bien cité dans la Bibliographie, il n'a guère été, apparemment, utilisé : cette étude aurait permis cependant d'analyser plus subtilement la structure et la conception a'Apol. Il reste que cette dissertation sera indispensable pour toute lecture approfondie du chef-d'œuvre littéraire de Tertullien. J.-C. F. 12. Rizzi (Marco), Ideologia e retorica negli 'exordia' apologetici. Il problema dell' 'altro' (IIIII secolo), Milano : Vita e Pensiero, 1993, XXX-232 p. (Studia Patristica Mediolanensia, 18). Dans cet ouvrage, préparé par des publication antérieures (cf. Chron. Tert. 1991, n° Ιο­ ί 7), M. R. étend son enquête, dans le même esprit, aux autres apologistes des Ile e t lile siècles. Il s'intéresse donc aux prooemia des apologies parce qu'ils lui paraissent particulièrement significatifs des rapports entretenus par un auteur et son lecteur potentiel (l'autre) et caractérisés, en l'espèce, par une altérité radicale, du fait de l'opposition existant entre l'auteur chrétien et le lecteur païen. Le prooemium est précisément destiné à établir un "pont communicationnel" entre les deux. De ce point de vue, M. R. est conduit à distinguer quatre types d'apologies. D'abord celles qui s'adressent à un ou plusieurs personnages officiels : Apologies de Justin, Supplique d'Athénagore, Apologeticum de Tertullien. S'agissant de ce dernier, M. R. souligne l'importance des thèmes relatifs à la justice et à la vérité ainsi qu'au nomen Christianum. Un deuxième groupe réunit Y Ad Autolycum de Théophile, YEpître à Diognète et Y Ad Demetrianum de Cyprien, trois textes adressés à un individu en particulier, personnellement identifié, mais représentatif de son milieu. Le ton est alors plus direct. Le troisième ensemble est constitué par Y Ad Graecos de Tatien, la Cohortatio ad Graecos et Y Oratio ad Graecos du Ps.-Justin, Y Ad nationes de Tertullien et YAduersus nationes d'Arnobe : leur public est alors élargi à l'ensemble des païens, c'est un auditoire universel. M. R. souligne le caractère abrupt des exordia dans Y Ad nationes et YAduersus nationes et l'importance prise par le thème de l'ignorance des païens. Le quatrième chapitre est consacré au seul Octauius, qui constitue parmi les apologies de cette époque un cas particulier, atypique, puisque nous avons affaire à un dialogue placé sous le signe de l'amitié. Le couple thématique dominant devient celui de l'amitié et de la vérité. Dans le dernier chapitre sont réunis le Protreptique de Clément d'Alexandrie et le Contre Celse d'Origène, dans lesquels M. R. voit une transformation de l'apologétique : avec le premier, la rhétorique est devenue chrétienne ; avec le second, l'apologie est autre chose que ce qu'elle était précédemment. A juste titre, l'auteur souligne la difficulté que l'on rencontre lorsque l'on veut proposer une définition littéraire univoque et comprehensive de la première apologétique chrétienne ; mais

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nous ne le suivons plus quand il affirme que l'apologétique ne constitue pas une "catégorie littéraire" (p. 215) ou qu'il est tenté, paradoxalement, d'en exclure le Contre Celse, sous prétexte que l'autre n'y trouve plus de place. La perspective sous laquelle M. R. aborde l'apologétique est intéressante, mais un peu étroite pour permettre des conclusions génériques. J.-C. F. 13. BERTOLINI (Marco), Incendio fetonteo e incendio sodomitano : un'interpretazione del mito di Fetonte in Carmen de Sodoma 107-114 — Politica, cultura e religione nell'Impero romano (secoli IV-Vi) tra Oriente e Occidente. Atti del Secondo Convegno dell'Associazione di Studi Tardoantichi, a cura di Fabrizio CONCA, Isabella GUALANDRI, Giuseppe LOZZA, Napoli : M. D'Amia, 1993, p. 187-199 (Collectanea, 7). L'auteur du De Sodoma (CPL 1425), après avoir relaté la pluie de feu, prend soin d'ajouter que cet événement véridique est à l'origine de la légende mensongère de Phaéton. M. B. revient sur ce passage, déjà commenté par Ralph Hexter (cf. Chron. Tert. 1990, n° 16), et plus récemment par Luca Morisi, dont l'étude (cf. Chron. Tert. 1991, n° 21) n'est pas ici mentionnée. Il passe ainsi en revue les interprétarions antiques du mythe de Phaéton (Timée de Platon, De mundo pseudo-aristotélicien, Dion Chrysostome, etc.). La même relation entre Bible et mythologie est attestée chez Orose, qui fait dériver la légende païenne d'une sécheresse consécutive aux fléaux d'Egypte ; mais Celse est le seul, avec le De Sodoma, à rapprocher l'histoire de Phaéton du cataclysme de la Genèse, en supposant probablement un rapport inverse entre les deux récits. F. D.

TEXTE, LANGUE,

STYLE

14. GRAM AGLI A (Pier Angelo), compte rendu de Autour de Tertullien. Hommage à René Braun, t. 2, Nice, 1991 (cf. Chron. Tert. 1991, n° 12) — Rivista di Storia e Letteratura Religiosa, 29, 1993, p. 420-435. Les pages 423-426 de ce compte rendu sont consacrées à une discussion très serrée des modifications que le regretté Gòsta Claesson avait proposées au texte du De pudicitia (cf. Chron. Tert. 1991, n° 22). Ce dernier ne trouve grâce que 10 fois (sur 34) aux yeux de son recenseur : 1, 1 morabatur ; 2, 9 inquit [ut] quid (/ Cor. 5, 12) ; 2, 10 dimittatur tibi. Adeo ; 11, 1 confert ; 14, 17 quo modo ; 18, 8 decipit (/ Cor. 5, 6 ; cf. R. Braun, SC 365, p. 253) ; 19, 6 sed fidem moechia ; 19, 10 Statim dictum est ; 20, 2 non habemus <non> (/ Cor. 9, 6) ; 20, 9 tactus [leprae] fuisset (Lév 14, 40). Il est intéressant de constater que Ch. Munier, qui avait sauvé de l'oubli ce travail du savant suédois, se montre encore plus prudent : dans son édition {supra, n° 1), il ne le suit qu'en 1, 3 et en 19, 10.— Comme on pouvait s'y attendre, les suggestions de Claesson ont déclenché chez P. A. G. une crise de libido disserendi, aux résultats variables mais jamais négligeables. On rendra son vrai nom à Ioannes Clemens : il s'agit de John Clement, l'ami de Thomas More. P. P. 15. VINE (Brent), CILI2(4) 2867.3 Jaiva — dotta, 69, 1991, p. 235-242. Dans une inscription de Calabre datable du IIIe siècle av. J.-C, l'A. propose de corriger la lecture ]aiua en [I]ana. Ce nom «rustique» de Diane (cf. Vairon, res rust. 1, 37, 3) apparaît en Nat 2, 15, 3, un passage inspiré de Vairon (voir B. Cardauns, M. Terentius Varrò, Antiquitates rerum diuinarum, Wiesbaden, 1976, p. 84-85 et 218 [cf. Chron. Tert. 1977, n° 13]). Dans ses

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éditions (1929, 1954), Borleffs établit le texte suivant d'après YAgobardinus (f. 34 r°, 1. 1516), témoin unique et fort endommagé : I Vt cetera transuolem, etiam locorum urbis ue<l> loca déos <arbitramini> arc<uum Ianum> I patrem (et diua Arquis e<s>t lana), et montium septe<m> Monti<n>um.
urbis uel : urbisue A II arbitramini add. Borleffs II arcuum Ianum Godefroy : arc<...[8?]...> A II est Oehler : & A II lana Godefroy : lana A II scptcm Montinum Saumaise : septemontium A

L'A. propose de modifier profondément le texte: Vt cetera transuolem, etiam locorum urbis uel loca déos arbitramini, Ianiculia ianum patrem (est et «Trivia», arquitenensb Iana)c et montium septem Montinum
*ou : Portae Ianualis II bou : arques II cou : patrem (et Triuia arques est lana) Il cou encore : patrem et triuii arquitem [ou arquitenentem] Ianam

Ces suggestions hardies ne convainquent pas, même si la conjecture arques est séduisante (ce serait un hapax, mais le pluriel arquites est attesté dans les glossaires). On aurait aimé que soient mieux distinguées les deux étapes du raisonnement critique : d'abord la reconstitution du texte qu'avait dû porter Λ, dont les marges sont aujourd'hui très difficiles à déchiffrer - à ce propos on notera qu'en dépit de B. V. (p. 240, n. 24), Cardauns a raison d'imprimer non ¿zr[cuum] mais ¿zrc[uum] : c'est en effet la lecture, révisée, de la seconde édition de Borleffs - et ensuite seulement, après cette phase quasi papyrologique, la correction éventuelle du texte transmis. L'idée que Tertullien ait pu s'inspirer d'Arnobe (p. 240 : «Arnobius ... on whom Tertullian may have been drawing») befremdet, comme on dit outre-Rhin. P. P. 16. VASSILEIOU (Alain), Les éponges des rétiaires. Mythe et réalité — Dialogues d'histoire ancienne, 18, 2, 1992, p. 137-162. Les «éponges des rétiaires» dont parle Tertullien en Spect 25, 4 (poterit et de misericordia moueri defixus in morsus ursorum et spongias retiariorum ?) ont fait couler beaucoup d'encre depuis les Aduersaria de Turnèbe (1580) jusqu'à un article mémorable de Louis Robert (Hellenica, 3, 1946, p. 151-162 ; complété dans CRAI, 1982, p. 236-237 et 243 [cf. Chron. Tert. 1982, n° 32]). Constatant l'invraisemblance de toutes les solutions proposées, A. V., qui dénonce plaisamment le mythe des Éponges, propose de corriger spongias en punctas. Le terme, attesté chez Végèce (1, 12) pour désigner la frappe d'estoc (par opposition à caesa, la frappe de taille), dépeint ici la mise à mort par le rétiaire, la pénétration de l'épée dans le corps sur laquelle se fixent les regards des spectateurs (cf. Passio Perp., 21, 3 : «ut gladio penetranti in eorum corpore oculos suos comités homicidii adiungerent»).- Spongias est le texte transmis, donné par YAgobardinus (f. 103 r° ; A. V., en bon disciple de Fontenelle, aurait pu consulter l'original), par l'édition princeps Β et sans doute par le codex Ioannis démentis (= C), puisque Pamèle ne signale pas de variante. A-t-on le droit de corriger le texte de notre archétype ? Assurément, s'il est fautif, comme cela semble bien le cas ici. Le mécanisme de la faute est en tout cas facile à imaginer. En onciale, les confusions entre IT, OU et CG sont banales (voir par ex. L. D. Reynolds, The Medieval Tradition of Seneca's Letters, Oxford, 1965, p. 58 et 60) ; on peut donc passer aisément de PUNCTAS à la vox nihili PONG LAS, qu'un copiste lettré aura corrigé en SPONGIAS. Il faut lui reconnaître un certain talent, si l'on considère la fortune de sa conjecture. P. P. 17. SEAGRAVES (Richard), Pascentes cum disciplina. A Lexical Study of the Clergy in the Cyprianic Correspondence, Fribourg Suisse : Éditions Universitaires, 1993, XII-338 p. (Paradosis. Études de littérature et de théologie anciennes, 37). On peut distinguer deux parties dans cet ouvrage. La première est consacrée au clergé tel qu'il apparaît dans la correspondance de Cyprien. Après avoir relevé, en guise de

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«Prolegomena», des termes se rapportant au clergé et aux fonctions ecclésiastiques en général, l'auteur s'intéresse successivement à l'évêque (ch. 1), au prêtre et au diacre (ch. 2), au bas clergé (sous-diacre, lecteur, exorciste, acolyte, fossoyeur : ch. 3). Pour chaque catégorie de clercs, il indique les termes employés, en retrace brièvement l'histoire, en précise le sens chez Cyprien, examine ensuite la procédure d'ordination ou de nomination, puis le rôle et la condition, puis les qualités requises - ce qui ne va pas sans redites (les qualités des diacres énumérées par saint Paul en / Tim. 3, qui sont les qualités chrétiennes de foi, d'humilité et de douceur, de loyauté, de pureté, se retrouvent inévitablement dans les trois chapitres). Comme le montre cette brève analyse, la première partie du livre ne répond guère aux promesses du soustitre : l'étude lexicale y est réduite au minimum (simples relevés de vocabulaire) ; la priorité est en réalité accordée aux institutions, au point même que trois pages sont consacrées aufossor, malgré l'absence de ce terme et de son réfèrent dans l'œuvre de Cyprien (p. 174-176). Lorsque plusieurs mots désignent la même réalité, on attendrait d'une étude lexicale qu'elle dégage les différences d'emploi ; on souhaiterait, p. ex., qu'une telle étude infirme ou confirme l'existence de la différence que certains chercheurs ont cru percevoir - et que signale R. S. comme en passant - entre sacerdos (l'évêque dans ses fonctions liturgiques) et episcopus (l'évêque dans ses fonctions administratives). Au mieux, R. S. indique les contextes dans lesquels est utilisé tel mot plutôt que tel autre, mais sans en rien déduire (p. ex. pour conpresbyter, p. 86 sq.). Mis à part le chapitre 6, qui décrit le comportement de Cyprien dans sa charge episcopale, la seconde partie du livre répond mieux que la première au projet de son auteur. Y sont étudiés en effet un certains nombre de mots, retenus en raison du nombre de leurs occurrences, ou de l'importance des notions qu'ils véhiculent dans la conception que Cyprien se fait du rôle de l'évêque : disciplina, diligentia, iustitia, auctoritas, poîestas. Grâce à une concordance qu'il a eu le mérite de préparer pour sa recherche, R. S. a pu établir des relevés exhaustifs et il prend soin de présenter chaque emploi dans son contexte. Cependant la classification qu'il propose des divers emplois ne nous a paru ni convaincante ni utile. Pour disciplina, p. ex., il reprend tout d'abord, sans la critiquer ni l'adapter, un schéma qui avait été proposé pour Tertullien par V. Morel {'Disciplina! : le mot et l'idée représentée par lui dans les œuvres de Tertullien—Revue d'Histoire Ecclésiastique, 40, 1944-45, p. 5-46), distinguant 'action d'enseigner' et 'contenu d'enseignement', puis à l'intérieur de ce dernier groupe, 'doctrine chrétienne dans sa globalité' d'une part, et de l'autre 'doctrine chrétienne sans la regula fidei', c'est-à-dire les traditions et les pratiques sans la doctrine contenue dans les Évangiles. Dans une seconde section («Moral Training»), recouvrant à la fois les règles et le comportement, il multiplie les subdivisions, sans donner d'autre explication que la citation des passages concernés. Il apparaît très nettement que cette classification dépend avant tout de l'interprétation du contexte - il s'agit d"effets de sens' plus que de significations à proprement parler - et que tel passage pourrait être aussi bien être situé sous une autre rubrique que celle qui lui est attribuée. Les naïvetés sont nombreuses. Ainsi, R. S. s'étonne que le mot exorcismus ne se trouve pas chez Cyprien, alors qu'il figure dans l'œuvre de Tertullien (p. 156) ; mais il ne se demande pas si cette absence est fortuite ou voulue. Il semble attribuer la fréquence du mot presbyter à l'attachement que Cyprien portait à son clergé (p. 85). Il présente compresbyter comme une variante significative de conpresbyter (p. 86). On pense aujourd'hui que le groupe episcoporum et sacerdotum désigne les seuls évêques dans «nec hoc in episcoporum tantum et sacerdotum, sed et in diaconorum ordinationibus obseruasse apostólos animaduertimus» (CYPR., episî. 67, 4, 3 ; état de la question dans le commentaire de G. W. Clarke, ACW 47, p. 148). La présence de l'antithèse non tantum ... sed et, renforcée par l'insertion de tantum au milieu du premier membre, apparaît à R. S. comme un argument susceptible de confirmer cette interprétation (Excursus A, p. 80-82). Il ne se rend pas compte que l'existence d'une opposition forte entre deux membres de phrases n'empêche nullement que le premier soit constitué d'une coordination d'éléments différents. L'ordinateur lui permet de montrer que la construction est chère à Cyprien, mais il ne se méfie pas assez de son instrument : les cinq constructions relevées

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contiennent bien les trois mots non, tantum et sed, mais deux d'entre elles seulement sont des antithèses ! R. S. a fait un important travail préalable de dépouillements et de documentation, mais sans aller vraiment au-delà. Très scolaire, son livre pourra être consulté comme un répertoire commode, avec des tableaux, des index facilitant la consultation, avec quelques mises au point utiles sur les questions controversées. S. D. 18. MONTI (Carla Maria), Per la 'Cena' di Giovanni Immonide — Medioevo e Latinità in memoria di Ezio Franceschini, Milano : Vita e Pensiero, 1993, p. 277-302 (Bibliotheca erudita. Studi e documenti di storia efilologia,7). L'ouvrage de Jean diacre, achevé en 876, est un remaniement en vers de la Cena Cypriani (CPL 1430). Il fut édité en 1914 par Karl Strecker (MGH, Poetae Latini medii aevi, t. IV/2), dont le texte vient d'être reproduit par Christine Modesto avec une traduction allemande (cf. Chron. Tert. 1992, n° 3). Strecker s'est appuyé sur dix manuscrits, dont un seul renferme la totalité du poème (Ivrée, Bibl. cap. 24, IXe-Xe s.= J). C. M. M. montre que son édition peut être améliorée, grâce à deux autres copies complètes : Londres, British Library, Harley 2773, début Xlle s. (= G) ; Turin, Biblioteca Reale, Varia 140, milieu Xle s. (= T2). G confirme deux conjectures de Strecker, là où le reste de la tradition est fautif : il remonte donc très haut dans le stemma d'ensemble. T2, qui est apparenté à J et provient d'Ivrée, est le premier manuscrit à fournir en rubrique le nom de l'auteur Ymonides, jusqu'ici restitué par la critique interne. En finale, C. M. M. republie la dédicace au pape Jean VIII d'après G, J et T2, alors que Strecker disposait seulement du témoignage de J. F. D.

TEXTE

BIBLIQUE,

EXÉGÈSE

19. CACITTI (Remo), «Ad caelestes thesauros». L'esegesi dellapericope del «giovane ricco» nella parenesi di Cipriano di Cartagine — Aevum, 67, 1993, p. 129-171. R. C. a consacré une étude approfondie et erudite, d'une soixantaine de pages, à l'emploi de la pericope du jeune homme riche (Matth. 19, 16-22 et Luc 18, 18-30) dans l'œuvre de Cyprien. Nous avons rendu compte, il y a deux ans, de la première partie de cette étude, concernant le texte scripturaire retenu par l'évêque (cf. Chron. Tert. 1991, n° 51). La seconde partie, ici présentée, expose l'interprétation que celui-ci en a donnée et l'usage qu'il en a fait. A vrai dire, on chercherait en vain, dans ses traités et ses lettres, un commentaire exégétique de la péricope, mais on en trouve des citations partielles et des allusions si fréquentes qu'elle semble avoir été la source vive de sa théologie et de sa spiritualité. C'est pourquoi l'étude de R. C. déborde largement le cadre de la péricope. Par une fine analyse de textes fondamentaux (notamment Fort, praef. 5, titulus 6 ; testim. 3, titulus 11 ; domin. orat. 20 ; laps. 11 ; eleem. 1 ; mortal. 26), l'auteur montre quelle place eminente occupe, dans la spiritualité de Cyprien, le renoncement à tous les saecularia, renoncement symbolisé par la vente des biens que Jésus conseille au jeune homme riche. Cette rupture absolue exprime la radicalité de la conversion et de l'engagement baptismal. Si la pauvreté est, au plan de l'éthique, un aspect de l'ascèse individuelle, elle est théologiquement le signe permanent, durant toute la vie du baptisé, de son renoncement à Satan et de son adhésion au Christ. Elle entre dans l'économie du salut : préférée à la richesse par le Christ rédempteur, elle constitue pour le converti un statut nouveau, seul approprié à l'épanouissement de l'homme nouveau qu'il est devenu et à son cheminement vers les caelestia. L'œuvre charitable {da pauperibus) est une manifestation concrète de ce dépouillement total ; elle est le lieu où convergent foi et observation des commandements ;

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pratiquée en Église, elle donne à la pauvreté une dimension ecclésiale. Ayant placé son trésor dans le ciel, le croyant obtiendra un intérêt du septuple : il trouvera une nouvelle patrie, de nouveaux parents, et retrouvera aussi ses anciens biens, sauvés de la corruption démoniaque et restaurés par la passion du Seigneur et celle de ses imitateurs. R. C. dégage les diverses perspectives dans lesquelles peut être abordée la pensée de Cyprien, à partir de la péricope du jeune homme riche : éthique, spiritualité, sotériologie, eschatologie. Au passage, il étudie les thèmes fondamentaux de cette pensée (le martyre, forme suprême du dépouillement, le contemptus saeculariwn, la sequela et Y imitano Christi), ou bien encore en appelle au témoignage de Pontius, qu'il réhabilite avec bonheur (p. 139-141). Le diacre de Cyprien a fort bien compris la leçon de son maître et l'illustre par l'exemple même de celui-ci. S'il rapporte que le nouveau converti a vendu tous ses biens, ce n'est pas par souci du détail historique, mais pour montrer la radicalité de la conversion au Christ. R. C. en veut pour preuves l'abondance et le caractère des réminiscences scripturaires dans le passage, notamment l'allusion à l'invitation adressée par Jésus au jeune homme riche (VCy 2, 7), l'exemple de Job, et l'organisation même en un texte cohérent, porteur de la même leçon, des testimonia du Livre de Job empruntés par Pontius à Y Ad Quirinum de Cyprien (VCy 3). Nous ne partageons pas toutes les Osservazioni finali e prospettive que l'auteur regroupe à la fin de son importante contribution à la connaissance de la pensée de Cyprien. Plusieurs d'entre elles durcissent en effet les données de l'analyse nuancée et juste qui constitue le corps de l'article. Il ne nous semble pas possible en effet de parler, à propos de Cyprien, d'une pensée millénariste, radicalisant le message de Jésus, et d'une fuite hors du monde, en réaction à la décadence de celui-ci et à la violence de l'État. Certes, l'épiscopat de Cyprien a été marqué par des luttes, des difficultés et des malheurs incessants, mais il faut faire la part des lieux communs littéraires, philosophiques et théologiques, lorsque l'évêque évoque la décadence du monde et les signes de l'approche de la fin des temps ou emploie des images et des expressions millénaristes. Lui-même a connu l'exil, mais n'a cessé d'aspirer au retour et a accompli avec une constance admirable ses tâches administratives et financières. Sa conversion a été radicale, mais il a continué à vivre dans le siècle, sans renoncer à l'aisance et aux honneurs d'un haut dignitaire. Comme R. C. le dit lui-même ailleurs dans son article, il a connu la situation paradoxale du chrétien - si bien décrite par saint Paul -, vivant dans le monde sans être du monde. S. D. 20. FELBER (Anneliese), Ecclesia ex gentibus congregata. Die Deutung der Rahabepisode (Jos 2) in der Patristik, Graz : Universität, 1992, 10*-197 p. (Dissertationen der KarlFranzens-Universität, 85). Grâce à ses index, cette étude peut être utilisée comme un répertoire des emplois exégétiques de l'épisode de Rahab. Minutieusement replacés dans leur contexte, ceux-ci sont présentés auteur par auteur et œuvre par œuvre. Les diverses interprétations sont énumérées dans une brève conclusion. Un chapitre est consacré à Cyprien (p. 79-101) : rapide présentation, claire et nuancée, de son ecclésiologie (essentiellement d'après U. Wickert et M. Bévenot) ; analyse des deux œuvres qui font appel à Jos. 2, 18 et 19 (unit. eccl. 8 et epist. 69, 4). De même que l'arche de Noé, la maison de Rahab est la figure de l'Église : seuls ceux qui y demeureront rassemblés seront sauvés. Comme l'y invite le texte scripturaire utilisé par lui, proche de la Septante («omnis qui exierit ostium domus tuae foras reus sibi erit»; VULG. : «sanguis ipsius erit in caput eius»), Cyprien insiste sur la responsabilité de ceux qui abandonnent l'Église en toute connaissance de cause. A. F. voit là un indice, parmi d'autres, que Cyprien vise les seuls schismatiques - et ne songe pas aux païens -, lorsqu'il exclut du salut ceux qui sont hors de l'Église. La conclusion générale de l'ouvrage laisse entendre que l'interprétation de Cyprien lui est propre, mais la question n'est pas explicitement abordée. S. D.

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2 1 . KERESZTES (Paul), Imperial Rome and the Christians — Lanham-New York-London : University Press of America, 1989, 2 vol. I. From Herod the Great to about 200 AD. - VII-216 p. II. From the Severi to Constantine the Great - XIII-385 p. Bien qu'ils ne concernent pas directement les auteurs analysés dans la Chronica, ces deux volumes fournissent des aperçus utiles sur le contexte historique et l'attitude des empereurs à l'égard du christianisme. La seconde partie de chacun des deux volumes est constituée de textes et documents divers. J.-C. F. 2 2 . KüNEWEG (Uwe), Das 'Umstürzen des Leuchters' (Justin, I apol. 26, 7) - eine versteckte jüdische Polemik — Studia Patristica. Vol. XXVI. Papers presented at the Eleventh International Conference on Patristic Studies held in Oxford 1991 : Liturgica, Second Century, Alexandria before Nicaea, Athanasius and the Arian Controversy, Leuven : Peeters Press, 1993, p. 151-155. L'accusation portée contre les chrétiens de "renverser les lampes" au cours de leurs réunions pour se livrer, dans l'obscurité, à toutes sortes de pratiques condamnables (cf. Tert., Nat I, 7, 23 sq ; Apol 8, 7 ; Min. Fel., Oct 9, 6) viendrait, selon Min. Felix, de Fronton (cf. supra n° 10). Pour U. K., cette accusation a pu être empruntée à la polémique juive antichrétienne (cf. Justin, Dial. 10 ; Origene, Contre Celse, 6, 27), mais détournée, par les païens, de son sens originel : les Juifs auraient donné à ce grief (l'extinction des lumières), un sens symbolique : l'abandon du judaïsme, qu'expliquerait leur attachement à la menor ah (chandelier). J.-C. F. 23. SCHWARTE (Karl-Heinz), Die Christengesetze Valerians — Religion und Gesellschaft in der römischen Kaiserzeit. Kolloquium zu Ehren von Friedrich Vittinghoff, hrsg. von Werner ECK, Köln-Wien : Böhlau, 1989, p. 103-163. Cette étude s'efforce de reconstituer, après tant d'autres, le contenu des deux édits de Valerien contre les chrétiens et surtout de discerner les intentions du législateur. Selon K. H. S., les mesures de 257 et 258 rompent résolument avec la politique religieuse des empereurs précédents, et contrairement à l'opinion de la plupart des historiens, celles de 258 marquent un changement d'attitude par rapport à celles de 257. D'une étude attentive des Acta Cypriani et de la Lettre de Denys d'Alexandrie à Germanus conservée par Eusèbe (hist. eccl. 7, 11, 1-11), il conclut qu'en 257 seuls étaient visés les responsables des communautés (et non tous les chrétiens, comme on l'affirme généralement) : en paralysant l'activité des évêques - exilés s'ils ne respectaient pas le culte officiel -, des prêtres et des diacres - menacés de la peine capitale s'ils organisaient des réunions ou pénétraient dans les cimetières -, l'empereur espérait paralyser la vie de l'Église. L'échec de ces mesures a entraîné la publication d'un second édit, visant cette fois tous les chrétiens en raison de leur foi - et non plus pour refus du culte païen -, et renouant sur ce point avec le rescrit de Trajan. En effet, outre les responsables religieux, les notables sont désignés dans l'édit (Lettre 80 de Cyprien, 1, 2), ce qui suppose, selon K. H. S., la désignation implicite des chrétiens de basse condition, même s'ils ne sont pas recherchés systématiquement. L'auteur examine soigneusement les témoins dont nous disposons et revient sur plusieurs questions controversées. Notons qu'il propose de retenir, pour Acta Cypriani, 1, au lieu du texte habituellement adopté par les éditeurs («eos qui non romanam religionem colunt debere Romanas caerimonias recognoscere» ; voir Chron. Tert. 1989, n° 33), la leçon de quelques manuscrits anciens : «eos qui romanam religionem colunt debere Romanas caerimonias

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recognoscere». Cette leçon aurait l'avantage de mieux faire saisir l'intention du premier édit : au lieu de dissocier croyance religieuse et culte, comme le laisse entendre l'autre leçon, Valerien exigerait une participation au culte comme preuve d'adhésion à la religion de l'Empire. S. D. 24. BUCHHEIT (Vinzenz), Bildung im Dienst der Wahrheit (Min. Fei. Oct. 14) — Symbolae Osloenses, 68, 1993, p. 116-128. Selon V. B., Minucius Felix n'est pas exactement le témoin que l'on prétend de la rencontre entre le christianisme et la culture antique, et pour le montrer il s'appuie sur le chap. 14 d'Ocí dans lequel l'auteur met en garde contre les séductions de l'éloquence. Mais ce chapitre ne représente qu'un moment de la pensée de Minucius Felix et ne se comprend que si on le rapproche d'autres passages du dialogue (cf. Mélanges J. Collari, Paris, 1978, p. 371). J.-C. F. 25. BURNS (J. Patout), Social Context in the Controversy between Cyprian and Stephen— Studia Patristica. Vol. XXIV. Papers presented at the Eleventh International Conference on Patristic Studies held in Oxford 1991 : Histórica, Theologica et Philosophica, Gnostica, Leuven : Peeters Press, 1993, p. 38-44. Cette communication, présentée en 1991 au Xle Congrès International de Patristique d'Oxford, est développée dans l'article ci-dessous. 26. BURNS (J. Patout), On Rebaptism : Social Organization in the Third Century Church — Journal of Early Christian Studies, 1, 1993, p. 367-403. Approche sociologique (école de Mary Douglas) de la controverse qui opposa Etienne et Cyprien : les communautés chrétiennes de Rome et de Carthage peuvent être étudiées comme des 'groupes séparés' (séparés, en l'occurrence, du paganisme satanique), dans lesquels les individus sont intégrés ou réintégrés par des rites de purification et de 'passage', baptême et pénitence, et en dehors desquels ils ne peuvent être sauvés. J. P. B. procède à une lecture minutieuse de l'œuvre de Cyprien dans cette perspective, et aboutit à une analyse dont nous donnons ici les grandes lignes. Pour comprendre la querelle, il faut remonter à la persécution de Dèce, qui a suscité des réactions et une situation différentes dans les deux Églises. La communauté de Carthage a été profondément déstabilisée. Tout d'abord, Γ édit n'exigeant pas l'abjuration, la plupart des sacrificati n'avaient pas conscience d'avoir apostasie, mais seulement d'avoir manifesté leur attachement à l'Empire ; l'identité du groupe, reposant sur la séparation vis-à-vis du paganisme, s'en trouvait compromise. Excommuniés provisoirement par Cyprien, ils avaient en grand nombre obtenu la paix de la part des confesseurs : ainsi se trouvait introduit dans la communauté un recours nouveau, différent du rituel ordinaire de la réconciliation conférée par l'évêque. Cyprien était affronté à deux partis, celui des laxistes et celui de Novatien et des rigoristes. Dès son retour d'exil, il entreprit donc de redéfinir et de reconstruire sa communauté, admettant parmi les pénitents, en vue de leur réconciliation, les apostats repentis et excluant les rebelles considérés comme schismatiques. Le groupe retrouvait ainsi son identité, mais en se séparant davantage encore. Rejetés à l'extérieur avec les païens, les schismatiques étaient soumis au même rituel de passage qu'eux, s'ils voulaient entrer dans la communauté véritable ; il leur fallait donc recevoir le baptême pour la seconde fois. L'Église de Rome, elle, n'a pas souffert pareillement de la persécution de Dèce : elle n'a pas connu de crise d'identité, car il ne s'est formé aucun parti laxiste en son sein, et l'opposition de Novatien n'a pas altéré la conscience qu'elle avait de sa sainteté. Elle n'a pas eu à se redéfinir en rejetant ses opposants ; ses frontières sont demeurées les mêmes, entre le monde païen et ceux qui croient au Christ et

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sont baptisés en son nom. C'est pourquoi Etienne est resté fidèle à la tradition apostolique du baptême unique. Cette étude se lit avec intérêt. Mais l'auteur tire de la correspondance de Cyprien, nous semble-t-il, des conclusions un peu rapides concernant la situation, bien mal connue, de l'Église de Rome à la même époque. Et peut-on vraiment appliquer aux communautés chrétiennes du IIIe siècle, dont les membres appartiennent à la société païenne et vivent, en dehors du culte, au cœur de cette société, les lois sociologiques qui régissent les 'groupes séparés', tribus ou sociétés secrètes ? Peut-on réduire leur liturgie et leur doctrine à de simples 'rites de passage' et à des règles destinées à maintenir leur identité et sauvegarder leurs marques? S. D.

ACTES DES MARTYRS
27. SHAW (Brent D.), The Passion of Perpetua.—Past & Present, 139, May 1993, p. 3-45. Article ambitieux et important, hélas vicié par diverses erreurs dans les traductions anglaises des originaux latins. B. S. commente, en historien de la vie privée, le récit des derniers jours et du supplice de Perpétue. Comme le titre l'indique d'emblée, cette jeune femme, de rang élevé et d'une culture inhabituelle chez les personnes de son sexe, est au cœur de l'analyse. L'A., refusant les grilles de lecture théologique et psychanalytique, cherche à éclairer sa situation familiale et conjugale, sa place dans une société privilégiant les hommes d'âge mûr, les connotations sexuelles de son exécution publique. Il souligne la singularité de l'expérience de la martyre, la simplicité de son récit autobiographique, enseveli sous les interprétations successives de lecteurs masculins, depuis le rédacteur de la Passion (BHL 6633) jusqu'aux savants modernes, en passant par le remanieur des Actes (BHL 6634-6636) et par des prédicateurs comme Augustin et Quodvultdeus. Le rédacteur de la Passion, tout en respectant la teneur du journal de Perpétue, insère ce dernier dans un cadre théorique, qui incite à en faire une lecture théologique. Le remanieur des Actes, qui abrège la Passion à des fins liturgiques, supprime le journal, et plus généralement tout ce qui pouvait choquer dans l'attitude de Perpétue vis-à-vis de son père, de son époux ou de son enfant. Augustin et Quodvultdeus, avec des talents divers, commentent la résistance de la martyre en termes de virilité. Et l'A. conclut, de façon evocatrice, mais sûrement excessive : «Given the irreducible feminine duritia of Perpetua's record, their reactions seem as logical and natural as antibodies surrounding a foreign vital infection». Des sous-titres auraient été les bienvenus pour faciliter la lecture d'un article aussi dense. B. S., à côté de réflexions pertinentes, formule aussi des hypothèses gratuites ou même fausses. Je range dans la première catégorie la remarque de la p. 25 («absence of any mention of Felicitas by Perpetua»), dans la seconde les doutes exprimés au sujet de l'authenticité de la vision de Saturus (p. 32) ou les spéculations de la p. 8 («Perpetua and Felicitas were not readily susceptible to credible accusations of adultery. Were the authorities and the crowd attempting to shame the two women with the imputation of a different sort of sexuality ?»). Les traductions anglaises des S. 280-282 d'Augustin et des deux textes restitués à Quodvultdeus sont si fautives qu'elles rendent partiellement caduc le commentaire qui en est donné ; on contrôlera, à titre d'exemple, le latin sous-jacent aux phrases : «the Devil who had defeated man through woman should not be able to escape these ambushes» (p. 39) ; «Perpetua and Felicitas were able to tread on the head of the snake, because Eve had not been admitted into the core of their hearts» (p. 43) ; «she spurned her new body, her new strength» (p. 44). De même l'explication fournie p. 24-25 sur l'absence du mari de Perpétue repose, à mon avis, sur un contre-sens. La jeune femme en effet écrit ceci (§ 5, 6) : «Ego dolebam casum patris mei, quod solus de

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passione mea gauisurus non esset de toto genere meo». On a généralement déduit de ce passage (en donnant à l'action de «gaudere de passione» un sens positif) que les autres membres de la famille étaient chrétiens et qu'ils se réjouissaient de la couronne de martyre destinée à la jeune femme. B. S. en tire une conclusion inverse : «Only her father out of all of the relatives on his side of the family sympathized with her plight. It seems most probable, then, that her own husband was frankly hostile to her decision to become a Christian». Les modernes, certes, peuvent se tromper, mais l'interprétation devenue traditionnelle est déjà attestée dans un sermon antique que je publierai dans les Analecta Bollandiana en 1995 : «Doluit enim Perpetua patrem suum, quod solus in suo genere inuentus est, qui non meruit de eius passione gaudere». Voici pour terminer quelques compléments d'information. Il est surprenant que ΓΑ. n'ait pas exploité l'édition commentée, qu'a récemment donnée de la Passio Perpeîuae A. A. R. Bastiaensen (cf. Chron. Terî. 1987, n° 3).- Perpétue et Félicité sont les figures majeures d'un groupe de martyrs des deux sexes : ce fait intriguait déjà les prédicateurs antiques et a conduit B. S. à recenser les récits des Ile et lile s. dont les héroïnes étaient des femmes. À ses relevés, on ajoutera la Passion de Guddène, exécutée à Carthage le 27 juin 203, c'est-à-dire moins de quatre mois après Perpétue (cf. H. Quentin, Les martyrologes historiques du moyen âge, Paris, 1908, p. 174). Le fait que cette pièce soit égarée depuis le IXe s. n'enlève rien à son intérêt dans une discussion de ce type.- Parmi les interprètes et lecteurs masculins du journal de Perpétue, un hagiographe de la seconde moitié du Xle s., Goscelin de Saint-Bertin, aurait mérité une petite place : sous le titre d'exemplum, il résume en effet les visions et l'histoire de la jeune martyre, dans un ouvrage adressé à une moniale d'Angers (cf. C. H. Talbot, The 'Liber confortatorius' of Goscelin of Saint Bertin, dans Studia Anselmiana, 37, 1955, p. 50-51). F. D.

DOCTRINE
28. VlCIANO (Albert), La sotériologie de Tertullien insérée dans la tradition théologique de l'Asie Mineure — Cristianesimo latino e cultura greca sino al sec. IV. XXI Incontro di studiosi della antichità cristiana, 7-9 maggio 1992, Roma : Institutum Patristicum «Augustinianum», 1993, p. 117-126 (Studia ephemeridis «Augustinianum», 42). En réponse à des recenseurs de son travail doctoral (cf. Chron. Tert. 1986, n° 31 ; également Chron. Tert. 1989, n° 48), A. V. souligne d'abord les aspects de cette sotériologie qui font de Tertullien le continuateur de la tradition asiate (Irénée, Méliton), sans pouvoir se réduire simplement au fond commun de la prédication chrétienne : 1) incarnation du Verbe en tant que fondement de l'œuvre salvifique (la notion de salus carnis est le pivot de cette sotériologie d'où est exclue toute perspective juridiciste, la rédemption étant libération, acquisition ou mieux réunification de l'humanité avec Dieu) ; 2) passio de Jésus ; 3) croix de Jésus (Tertullien insiste sur la volonté du Fils dans l'exécution du dessein salvifique du Père, et sur son caractère de médiateur des deux natures). Mais cette doctrine ne reprend pas identiquement celle d'Irénée ; elle présente des traits neufs, comme la rénovation de l'homme in melius (et non in pristinum), et l'accent mis sur la liberté de l'homme pour lutter, grâce à la force de l'Esprit, contre péché et démon et atteindre ainsi le salut moyennant ses mérites. Par là, Tertullien a adapté à la mentalité latine la théologie qu'il recevait de la tradition grecque : fait qui mérite considération dans l'actuel dialogue œcuménique avec les orthodoxes. R. B.

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29. HÉBERT (Geneviève), Tertullien : une philosophie de l'histoire — Penser la foi. Recherches en théologie aujourd'hui. Mélanges offerts à Joseph Moingt, Paris : Éditions du Cerf ; Assas Éditions, 1993, p. 413-423. Un des apports les plus originaux de Tertullien à l'histoire de la pensée est qu'il a esquissé une conception du sens de l'histoire fondée sur le progrès et les exigences de la raison. La démonstration qu'en fait G. H. est largement tributaire - elle le reconnaît elle-même - du chapitre «Vetera et noua» de la thèse de J.-C. Fredouille. Après des réflexions sur le temps chez les philosophes païens (notamment stoïciens) et chez les chrétiens, elle analyse l'argumentation de Tertullien, dans ses ouvrages apologétiques, sur l'antiquité et la nouveauté du christianisme, sa conception de la loi qui se fonde sur la raison {Ap 4, 13 ; Cor 4, 5), sa vision de l'histoire du salut qui donne son intelligibilité à l'histoire contemporaine {Ap 20, 5) et ses vues sur le passage de la loi primordiale à la loi mosaïque (lud 2, 4). Une telle philosophie du progrès le prédisposait à accueillir et défendre le montanisme. R. B. 30. GESSEL (W. M.), Der Temar. Glaubensregel, Tradition und Sukzession nach De praescriptione haereticorum Tertullians — Sendung und Dienst im bischöflichen Amt. Festschrift für Bischof Josef Stimple, St. Ottilien, 1991, p. 139-154. Règle de foi, tradition, succession apostolique, constituent une triade indissociable qui, pour Tertullien, est au centre de la Révélation. Cette conviction est nettement formulée dans les deux 'prescriptions' de Ρ raes 21. W. M. G. a raison de ne pas prendre celles-ci dans leur sens proprement juridique et de ne pas voir dans ce traité un ouvrage de théologie fondamentale. J.-C. F. 31. HOSAKA (Takaya), Terutyurianusu no shizen shingakuteki sekaizô : dai 1-bu : tai ikyô ronsô [= Das naturtheologische Weltbild Tertullians. Erster Teil : in der Polemik gegen die Heiden] — Seikei daigaku ippan kenkyü = Bulletin ofSeikei University, 26, 1993, p. 39-57 Dans cet article très documenté, qui abonde en citations latines (le plus souvent correctes) et en références bibliographiques, l'A. se propose de montrer l'importance de l'idée de nature dans la théologie de Tertullien, où la révélation ne jouerait qu'un rôle «secondaire» (p. 34). Il insiste d'abord sur les contradictions des païens, quand une peruersitas inspirée par Satan vient offusquer la connaissance naturelle qui permet à l'homme de distinguer le bien et le mal ; des exemples sont pris à Apol (ainsi 2, 7-8 : procédure illogique contre les chrétiens) et à Spect (ainsi 21, 2-3 : comportement schizophrénique des spectateurs). Un autre développement est consacré au testimonium ueritatis de l'âme, qui est naturellement bonne mais ne conserve intégralement ce caractère que chez les chrétiens. Enfin l'A. explique le «fiunt non nascuntur Christiani» a1 Apol 18, 4 : «Devenir chrétien, c'est dire que l'on décide de vivre suivant l'âme naturelle qu'on possède de naissance» (p. 45). P. P. 32. TlBILETTl (Carlo), Nota sul presunto modernismo di Tertulliano (De testimonio animae) — Ricerche patristiche in onore di Dom Basil Studer = Augustinianum, 33,1993, p. 449-466. Les "modernistes" italiens condamnés par l'encyclique Pascendi de Pie X (1907) se sont réclamés de Test pour légitimer leur conception de l'immanence du divin dans l'homme et en déduire la nécessité de rejeter tout dogme révélé. Mais en fait, leur immanence vitale, négatrice de la transcendance, dépourvue de contenu précis, et issue d'un obscur sentiment inconscient, tourne le dos à la pensée de Tertullien. C. T. s'appuie sur Marc I, 10, 1-4, sur plusieurs passages de Test et sur An 41 pour le montrer : l'âme, image de Dieu et connaturelle à lui, douée de capacité divinatrice et cognitive, fournit du divin une connaissance immédiate qui est de caractère essentiellement intellectuel (les verbes utilisés sont nosse, comperire, cognoscere,

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intellegere, sapere). D'autre part, ce témoignage s'associe à la preuve cosmologique pour constituer la voie d'une connaissance naturelle qui est appelée elle-même à se compléter dans la connaissance surnaturelle (les praedicationes de Dieu). R. B. 33. MATTEI (Paul), Du divorce, de Tertullien, et de quelques autres sujets... Perspectives nouvelles et idées reçues — Revue des Études Augustiniennes, 39, 1993, p. 23-35. A propos du recueil d'articles de C. Munier (cf. Chron. Tert. 1991, n° 78) sont présentées deux séries d'observations : 1. Question du divorce (cf. Chron. Tert. 1986, n° 33) : en s'appuyant sur Pat 12, 5, Vx II, 1, 1 et Mon 10, 7, P. M. insinue que, dans la Carthage de Tertullien, la permission du remariage des divorcés ne se limitait pas aux hommes et aux cas de rupture pour adultère ; il conclut à la coexistence de plusieurs attitudes dans les communautés jusqu'à l'établissement d'une plus stricte discipline au IVe siècle.- 2. Interprétation globale de Tertullien : a) concernant la morale, P. M. s'associe aux critiques dont a été l'objet la thèse de C. Rambaux (cf. Chron. Tert. 1979, n° 29) et il se fonde sur Pat 16, 5 et Cor 14, 4 pour marquer l'importance de l'échange : l'action morale comme don en retour, commandé par une grâce dont l'initiative revient à Dieu et au Christ (cf. Chron.Tert. 1991, n° 66) ; b) concernant l'ecclésiologie, il souligne la cohérence de Tertullien dans sa conception d'une Église comme "substance divine". R. B. 34. MATTEI (Paul), Deux notes sur mariage (divorce) et virginité dans Novatien — Rivista di Storia e Letteratura Religiosa, 29, 1993, p. 357-365. Poursuivant ses recherches sur Novatien (cf. Chron. Tert. 1992, n° 39), P. M. porte successivement son attention sur deux textes : 1) De bono pudicitiae 5-6 montre que, concernant le problème du mariage et du divorce, le Romain occupe une position doctrinale médiane entre Tertullien et les synodes occidentaux du début du IVe siècle ; 2) De trinitate 29, 26 (à propos de la triade "apôtres, martyrs, vierges") : le rapprochement avec d'autres textes fait ressortir ce qui rapproche Novatien de Cyprien (l'ascèse peut se substituer au martyre) et ce qui l'en sépare (discrétion du thème de la sequela Christi). R. B. 3 5 . CRAMER (Peter), Baptism and Change in the Early Middle Ages, c. 200 - c. 1150, Cambridge : Cambridge University Press, 1993, XX-356 p. (Cambridge studies in medieval life and thought, Fourth series, 20). Confronté aux difficultés qu'avaient les théologiens des Xle et Xlle s. à s'entendre sur la nature des sacrements, l'A. a voulu comprendre, en prenant l'exemple du baptême, quelle avait été la genèse des diverses opinions médiévales. Six chapitres, conçus chacun comme un essai cohérent, mènent le lecteur d'Hippolyte de Rome à Abélard. Le second est consacré à Tertullien, à Ambroise et à la Passion de Perpétue et Félicité, dont le rédacteur pourrait bien, selon P. C , avoir été Tertullien. Le commentaire des textes retenus (Bapt 2-4, visions de Perpétue) n'est pas de type érudit ; il cherche plutôt à transcrire en mots des impressions personnelles de lecture. Chez Tertullien, l'Esprit flottant sur les eaux de Genèse 1,2, représente la figure majeure du baptême. Ce qui ressort de l'expérience de Perpétue est que le rite baptismal est à la fois «a preparation for and a pre-enactment of death». On est surpris de constater que la bibliographie finale n'inclut pas l'ouvrage fondamental de V. Saxer, Les rites de l'initiation chrétienne du lie au Vie siècle. Esquisse historique et signification d'après les principaux témoins, Spoleto, 1988 (dont le ch. VIII [p. 121-138] traite précisément de Tertullien et de la Passion de Perpétue). F. D.

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36. TRETTEL (Giulio). // calice eucaristico nell'epistola LXIII di san Cipriano — Sangue e antropologia nel Medioevo. Atti della VII settimana, Roma, 25-30 novembre 1991, Roma : Centro Studi Sanguis Christi, 1993,1.1, p. 417-439 (Collana «Sangue e antropologia», 8). Présentation de la Lettre 63 de Cyprien à l'intention d'un public non averti. L'auteur insiste sur deux arguments invoqués par Cyprien pour justifier l'emploi du vin, et non de l'eau, dans le sacrifice eucharistique : le respect de la tradition du Seigneur ; la préfiguration du sang du Christ dans l'Ancien Testament. S.D. 37. ADOLPH (Anneliese). Die Theologie der Einheit der Kirche bei Cyprian, Frankfurt am Main-Berlin-Bern, etc. : Peter Lang, 1993, 263 p. (Europäische Hochschulschriften, Reihe 23, Theologie, Bd. 460) [Diss. Tübingen, 1991]. Cet exposé réparti sur seize sections, elles-mêmes subdivisées en plusieurs points, séduira le théologien par son caractère systématique : en une suite de propositions visant à l'exhaustivité et n'excluant pas les reprises, A. A. présente la théologie de l'unité de l'Église que lui a permis de reconstruire un examen préalable, très scrupuleux, des textes de Cyprien et que l'ont aidée à préciser et à formuler les analyses de ses prédécesseurs. Elle était fort bien préparée à ce travail, tant par sa formation que par une longue pratique de la théologie au service de l'Église évangélique, puis de l'Église catholique. Le concept d'unité est central dans la pensée de Cyprien, il assure la cohérence de son ecclésiologie et même de toute sa théologie. Une est l'Église, locale ou universelle, un le peuple de Dieu, pourtant géographiquement divisé, une la fonction episcopale, malgré le nombre des évêques, et cette unité interdit la présence de deux évêques pour la même communauté. L'unité fait du «corpus coepiscoporum» un organisme vivant, entièrement solidaire de l'Église une et indivisible, et incarnant en quelque sorte l'unité de l'Église et de la fonction ecclésiale. Il en va de même pour l'union du troupeau et de son pasteur : toute séparation entre eux est séparation de l'Église. Leur union est communion des croyants au Christ ; en effet, par son ordination dans l'Église, l'évêque agit comme le représentant du Christ. Son ordination dans l'Église l'introduit dans la succession apostolique et le rend seul responsable de son peuple devant Dieu ; elle lui confère l'Esprit Saint et, à ce titre, en fait l'unique dispensateur des sacrements. Son appartenance à l'Église rend valides les sacrements qu'il distribue car, à travers lui, c'est l'Église qui confère ces sacrements. De l'unité naît la sainteté de l'Église, lieu exclusif du salut et de la vérité. Si l'unité de l'Église a une telle efficience aux yeux de Cyprien, c'est qu'elle est établie par Dieu, fondée sur le Christ ; elle n'est ni morale ni philosophique, mais sacramentelle ; elle tire son origine de l'unité trinitaire, réalité invisible dont elle est le signe visible (sacramentum unitatis). On aurait aimé trouver dans ce livre une présentation et une discussion des principales interprétations, souvent divergentes, qui, au cours des siècles, ont été données de l'ecclésiologie de Cyprien. Mais la démarche d'A. A. ne s'y prêtait pas : la théologienne a cherché plutôt, chez ses prédécesseurs, des approches et des jugements sur lesquels appuyer sa propre reconstruction. En revanche, sur des points particuliers, son livre fournit d'utiles mises au point. Nous en retiendrons quatre. 1) Une section est consacrée au rapport entre l'unité de l'Église et l'unité de la fonction episcopale (eh. Ili) : contre les théologiens qui font de la seconde tantôt la conséquence, tantôt la condition de la première, A. A. se rallie à l'opinion de ceux qui voient indistinctement dans l'une le signe et l'expression de l'autre.- 2) H. Janssen, Kultur und Sprache. Zur Geschichte der alten Kirche im Spiegel der Sprachentwicklung von Tertullian bis Cyprian, Nijmegen, 1938, p. 123 sq., discerne, chez Cyprien (epist. 73, 4-5 et testim. 3, 86), une différence de sens entre schismatici et haeretici. Textes de Cyprien à l'appui, A. A. montre que cette différence n'existe pas : étant en dehors de l'Église comme les seconds, les premiers sont également en dehors de la vraie foi (p. 180 sq.). On pourrait toutefois objecter

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que, si cette assertion est théologiquement exacte, elle ne Test pas linguistiquement. Cyprien emploie schismaticus seul dans des contextes qui insistent sur la séparation ; il coordonne aussi souvent les deux termes, manifestant par là qu'il a conscience d'une différence.- 3) Selon l'auteur (ch. XIV), on ne peut tirer directement de l'enseignement de Cyprien, comme certains l'ont fait, une théologie de l'Église-Corps du Christ et, par là-même, «sacrement» d'unité. C'est l'unité de l'Église, et non l'Église, qui est «sacrement», signe visible de l'unité trinitaire. Certes, l'eucharistie incorpore les croyants au Christ et confirme ainsi leur union et l'unité de l'Église. Mais celle-ci a été établie originellement par Dieu.- 4) Deux sections (ch. IV et V) sont consacrées à la fonction de Pierre, à l'Église de Rome, aux notions d'ecclesia principalis, matrix et radix, primatus. Tout en restant nuancée, la position d'A. A. est plutôt 'romaine'. Selon elle, dans la pensée de Cyprien, Pierre est plus qu'un symbole ou une unité numérique : il est le fondement de l'Église, il a été voulu par le Christ pour porter sacramentellement l'unité. L'Église de Rome est dite principalis (episî. 59, 14), non parce qu'elle est la première en date (Koch), ni parce qu'elle jouit d'un véritable primat, ni parce qu'elle est YUrkirche partout identique (Wickert), mais parce qu'elle est et demeure le signe, le point de départ et la source de l'unité de l'Église (interprétation analogue dans le commentaire ad loc. de G. W. Clarke, The Letters of St Cyprian, vol. 3, 1986, p. 257 ; il est surprenant qu'A. Α., pourtant assez bien documentée par ailleurs, n'ait pas eu recours à cet ouvrage indispensable). Il y a bien, pour Cyprien, un primat de l'Église et de l'évêque de Rome, non pas au sens moderne du terme, mais en ce sens que l'évêque de Rome, successeur de Pierre, est comme lui le témoin, le signe véridique et le garant de l'unité, et que le siège episcopal romain est «l'actualisation sacramentelle de l'origine de l'unité». La voie était ainsi ouverte, souligne l'auteur, à l'élaboration ultérieure du concept de primat romain. S. D. 38. MARGERIE (Bertrand de), Saint Cyprien donnait-il l'Eucharistie aux divorcés remariés ?—Recherches de Théologie ancienne et médiévale, 60, 1993, p. 273-275. La réponse est négative : si l'évêque de Carthage accorde la paix aux adultères (epist. 55, 20, 2), c'est après une longue pénitence et à la condition qu'il n'y ait pas récidive ; le cas des adultères ne diffère pas de celui des «diacres fomicateurs» (epist. 4, 4,1-3) ou des apostats. S. D. 39. NOBILI (Augusta), La catechesi cristologica di S. Cipriano — «Humanitas» classica e «sapientia» cristiana. Scritti offerti a Roberto Iacoangeli, a cura di Sergio FELICI, Roma : LAS, 1992, p. 99-109. En s'appuyant principalement sur le livre II de YAd Quirinum, A. N. énumère les principaux traits de la christologie de Cyprien : préexistence et divinité du Christ ; naissance virginale et humanité ; mystère pascal. Évêque et pasteur, Cyprien développe surtout ce dernier aspect, incitant ses fidèles à imiter le Christ, à en partager la Passion afin de participer à sa Résurrection. S. D. 40. CUVA (Armando), «Publica est nobis et communis oratio» (S. Cyprianus, De dominica oratione, c. 8) — Salesianum, 55, 1993, p. 485-498. Cette interprétation, propre à Cyprien, de l'emploi du «nous» dans le Pater noster s'inscrit dans sa conception de la prière (cf. unit. eccl. 12 ; epist. 11, 7) et dans son ecclésiologie : universelle et communautaire, faite par tous et pour tous (tel est le sens de publica et de communis), la Prière du Seigneur est «non seulement l'expression et la manifestation de l'unité de l'Église, mais aussi l'instrument de sa réalisation». On saura gré à A. C. d'avoir mis ainsi l'accent sur l'explication cyprianique de notre dans Notre Père - dans leurs études sur les

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commentaires anciens du Pater, ni Κ. Β. Schnurr ni M. B. von Stritsky ne s'y étaient intéressés (voir Chron. Terî. 1986, n° 14 et 1989, n° 20) -, et d'avoir signalé quatre utilisations de cette exégèse en plus de celles qui figurent dans l'édition Réveillaud du traité de Cyprien (Paris : PUF, 1964, p. 169, n. 2). S. D. 41. MATTEI (Paul), 'Extra ecclesiam nulla salus' et puissance du nom de Jésus. Tensions et fractures dans la théologie du De rebaptismate — Studia Patristica. Vol. XXIV. Papers presented at the Eleventh International Conference on Patristic Studies held in Oxford 1991 : Histórica, Theologica et Philosophica, Gnostica, Leuven : Peeters Press, 1993, p. 300-305. Dans cette communication, P. M. complète une étude parue en 1990 (voir Chron. Tert. 1990, n° 15). Plus rhéteur et polémiste que théologien, l'auteur du De rebaptismate ne semble pas s'apercevoir que sa pensée est «tendue entre deux pôles». D'une part en effet, il fonde son refus de l'anabaptisme sur la uirtus du nom de Jésus invoqué au baptême, de l'autre il affirme que le salut est impossible sans la collation de l'Esprit par l'imposition des mains, et que l'Esprit ne peut être communiqué en dehors de l'Église. Il adhère donc en réalité à la même ecclésiologie que Cyprien et, de ce fait, vide de son efficacité salvifique la uirtus nominis Iesu au nom de laquelle pourtant il combat Cyprien. S. D.

HÉRÉSIES
42. ORBE (Antonio), Hacia la doctrina marcionítica de la redención — Gregorianum, 74, 1993, p. 45-74. Poursuivant le réexamen du marcionisme à partir de l'exégèse des textes bibliques (cf. Chron. Tert. 1991, n° 72), A. O. explicite la doctrine de la rédemption. Celle-ci est liée à la mort sur la croix : le Christ de Marcion a souffert en un corps passible et mortel, mais non de chair, pour racheter les (seules) âmes des hommes de la captivité de la loi (= du Créateur). Il le fait par l'effusion de son sang (= le sang de son corps céleste). L'hérétique n'a pas eu beaucoup à modifier dans la lettre des énoncés scripturaires. Rares sont les cas où, comme pour Col. 1, 22 (cf. Tert., Marc V, 19, 6), il a dû supprimer carnis à côté de in corpore. Pour lui la sarx est exclue de la rédemption et le mot "corps" désigne soit le corps psychique de l'homme, soit le corps ecclésial du Christ. C'est à ce corps ecclésial que les croyants sont incorporés par la rédemption. Les Pères ont moins combattu les idées de Marcion sur cette question que ses prémisses anthropologiques et surtout christologiques qui lui permettaient de donner aux termes une application totalement différente. R. B. 43. MARKSCHIES (Christoph), Das Problem des historischen Valentin : neue Forschungen zu Valentinus Gnosticus — Studia Patristica. Vol. XXIV (cf. n° 25), p. 382-389. La position de C. M. est nette : pour connaître la doctrine de Valentin, nous ne disposons que de ses fragments. Les autres textes, ceux des hérésiologues comme ceux de Nag Hammadi, ne reflètent pas fidèlement sa pensée, qui se situe entre Philon et Clément d'Alexandrie. Pour soutenir cette thèse, C. M. s'appuie volontiers sur les passages de Val dans lesquels Tertullien insiste sur l'évolution du valentinianisme. Celle-ci, certes, est incontestable, mais sa prise en considération n'exclut pas pour autant qu'il y ait bien eu une dualité d'enseignements (affirmée par le même Tertullien et d'autres hérésiologues), ésotérique et exotérique. J.-C. F.

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44. MAY (Gerhard), Marcione nel suo tempo — Cristianesimo nella storia, 14, 1993, p. 205220. Revenant sur Marcion avec la même prudente méthode (cf. Chron. Tert. 1987, n° 32 et surtout Chron. Tert. 1990, n° 56), G. M. part d'Irénée, Haer. I, 27, 2-3 pour souligner tout ce qui rattache l'hérétique au gnosticisme (spéculation sur les êtres célestes, critique de l'A. T.). Mais il marque ce qu'a eu d'unique la césure radicale établie par lui entre le dieu supérieur et celui de la Bible. Marcion s'est écarté aussi des gnostiques en recourant, pour légitimer sa doctrine, à une reconstruction historico-philologique ; son idée que l'Église s'était éloignée de l'évangile originel est un des éléments les plus marquants de sa pensée. Son paulinisme repose en fait sur des présupposés dogmatiques : retrouver sa doctrine des deux dieux. S'il fut le créateur de la notion de canon néotestamentaire, il apparaît toutefois, étant donné la fluidité du texte du N. T. à l'époque, que son entreprise de révision a été moins audacieuse que ne l'ont prétendu ses adversaires catholiques. Il a, en tout cas, rendu manifeste dans l'Église une crise latente et qui était inévitable à mesure que devenait plus lointaine l'origine judaïque. R. B. 45. HlLL (Charles E.), The marriage of Montanism and Millennialism— Studia Patristica. Vol. XXVI (cf. n° 22), 1993, p. 140-145. Malgré l'accord presque général des savants, il n'est pas assuré que les représentants du montanisme originel aient partagé la croyance millénariste : leur eschatologie se limitait à attendre comme imminente la parousie, avec descente de la Jérusalem céleste à Pepuza. C'est seulement avec Tertullien (Marc III, 24, 3-6) qu'on pourrait observer une connexion entre millénarisme et montanisme. La conception du Carthaginois qui situe la résurrection des justes dans la Jérusalem céleste descendue ici-bas, s'écarte en tout cas de celle d'Irénée (Haer. 5, 34, 1-2) qui admet un royaume millénaire dans une Jérusalem réédifiée sur le modèle de la cité céleste et ensuite, après ce millenium et après le Jugement, la descente de la Jérusalem du ciel. Il est probable que Tertullien s'écartait aussi des montanistes d'Asie mineure. Il aurait, par cette conception, fusionné le millénarisme irénéen et l'attente montaniste (non millénariste) de la descente de la cité céleste. R. B. 46. JENSEN (Anne), Prisca - Maximilla - Montanus : who was the founder of Montanism ? — Studia Patristica. Vol. XXVI (cf. n° 22), 1993, p. 147-150. La désignation de "montanisme" est tardive (Ve siècle). Les témoins anciens de ce mouvement charismatique qui s'était opposé à la structure "monoépiscopale" de l'Église, le désignent comme "nouvelle prophétie" ou "hérésie phrygienne". Dans le trio initiateur, il semble bien que le don de prophétie ait appartenu aux deux femmes, tandis que Montan n'aurait été que l'organisateur, l'administrateur de la structure ecclésiale. Ne sont cités à date ancienne que les logia des deux prophetesses (cf. Tert., Exh 10, 5 : «sanctam prophetidem Priscam»).Mais le texte d'Eusèbe (Hist. eccl. V, 14) qui est versé à l'appui de la démonstration ("Paraclet" aurait le sens littéral de "supporter", "avocat") n'est pas susceptible d'une telle interprétation : il oppose bien le Paraclet Montan aux deux femmes qui sont ses prophetesses. R. B.

SURVIE 47. ADKIN (Neil), Tertullian in Jerome (epist. 22,37,1 f) — Symbolae Osloenses, 68, 1993, p. 129-143.

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Poursuivant sa microanalyse stylistique et critique de Vepisi. 22 de Jérôme (cf. Chron. Tert. 1992, n° 74 ; 1993, η ° 44 ; infra, n° 48 ; et aussi Grazer Beiträge, 15, 1988, p. 177-186 ; Latomus, 51, 1992, p. 408-421 ; Philologus, 136, 1992, p. 234-255 ; RFIC, 120, 1992, p. 185-203 ; RBPhH, 71, 1993, p. 96-100 ; RhM, 136, 1993, p. 187-195 ; Orpheus, N. S. 15, 1994, p. 154-156), N. A. identifie deux nouveaux emprunts de Jérôme à Tertullien : d'abord une série de réminiscences, assez lâches, du De oraîione 25, 5-6, puis l'habile condensation d'un passage du De corona : 3, 4 : ad omnem progressum atque promo- episî 22, 37, 2 : ad omnem actum, ad omnem tum, ad omnem aditum et exitum, incessum manus pingat crucem quacumque nos conuersatio exercet frontem signáculo terimus (le passage de Jérôme avait déjà été cité par La Cerda dans son édition de Tertullien, t. 1,1624, p. 659). A son habitude, l'A. se plaît à démonter le travail de marqueterie qui lui semble caractéristique de Jérôme, et à dénoncer les incohérences auxquelles l'entraînerait l'emprunt de formulations clinquantes.- Notes de lecture. P. 131 : s'il est vraisemblable qu'en écrivant «quanquam apostolus semper orare nos iubeat» Jérôme pense à / Thess. 5, 17, la formule de Tertullien «omni in tempore et loco» (Or 24 ; cf. 3, 2 ; lei 10, 3) paraît plutôt se référer à Eph. 6, 8 + / Tim. 2, 8.- P. 132, n. 12 : le sommeil comme prière des saints («Sanctis etiam ipse somnus oratio sit») est une formule bien frappée de Jérôme, et un thème connu (cf. DS, 10, c. 1037-38), mais Augustin n'y fait pas allusion en serm. 80, 7 ; il y vise ceux qui s'endorment en priant (cf. serm. 362, 29 : «in ipsis uocibus dormitabit»). P. P. 4 8 . ADKIN (Neil), 'Istae sunt quae soient dicere'. Three Roman Vignettes in Jerome's «Libellus de virginitate servanda» (Epist. 22) — Museum Helveticum, 49, 1992, p. 131-140. Dans cette analyse de trois brefs discours que Jérôme met dans la bouche de virgines ennemies de son ascétisme, N. A. relève une série d'emprunts conjoints, et pas toujours cohérents, à la Bible, aux Pères de l'Église et aux classiques : la passion du style l'aurait cette fois encore emporté sur la logique. On notera juste ici les parallèles avec Tertullien, parfois ténus mais toujours intéressants ; nous avons ajouté entre soufflets des contextes qui nous paraissaient significatifs. Carn 3,2 sed satis erat illi (sc. Christo), § 13,3 sufficit mihi conscientia mea inquis, conscientia sua Carn 4,2 <quod pannis dirigitur... quod> § 39,2 <cruentus egeritur, inuoluitur pannis> blanditiis deride tur blanditiis deridetur Carn 20,3 (Dauid) per quem se cecinit ipse § 12,2 (Salomon) per quem se cecinit ipsa Christus sapientia Cult 2,9,6 non, inquitis, utemur nostris ? Res § 29,5 rebus tuis utere et uiue dum uiuis 3,3 uiue dum uiuis Vx 1,5,2 <onera ... quae> parricidiis expu- § 13,2 necdum nati filii parricidae gnantur Vx 1,8,4 <per uinolentiam> quiduis mali § 29,5 <uinosae atque lasciuae> quiduis mali insinuant insinuant Vx 1,8,5 deus enim illis, ut ait apostolus, § 29,4 nulla illis nisi uentris cura est et quae uenter est, ita et quae uentri propinqua uentri próxima Vir g 14,6 non enim confitebuntur nisi § 13,1 quas nisi timor uteri et infantum ipsorum infantium suorum uagitibus proditae prodiderit uagitus

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Beatus Rhenanus notait dès 1539 (édition, p. 602) la postérité hiéronymienne de Vx 1, 8,4-5 et La Cerda dès 1624 (édition, 1.1, p. 749) celle de Virg 14, 6. L'influence de Virg 14 avait été signalée par H. Koch, cité par F. J. Dölger, Antike und Christentum, 4, 1934, p. 282. Dans l'esprit de Ν. Α., on pourrait monter en épingle l'emploi du verbe ruere pour dépeindre la chute des vierges en Virg 14, 3 comme en epist. 22, 13, 1. P. P. 49. ADKIN (Neil), Tertulliano De idololatria and Jerome — Ricerche patristiche in onore di Dom Basil Studer = Augustinianum, 33, 1993, p. 11-30. On avait déjà signalé que Jérôme s'inspire du De idololatria dans les lettres à Héliodore (epist. 14, 10 ; cf. Idol 12, 4), à Eustochium (epist. 22, 11,1; cf. Idol 5, 1) et à Marcella (38, 5, 1 ; cf. Idol 12, 3). Ν. A. montre que le passage où Tertullien a évoqué la vocation des apôtres, Jacques et Jean d'une part, Matthieu de l'autres (Idol 12, 3) a vraisemblablement influencé Jérôme en epist. 14, 6, 1 et 22, 21, 8-9 ; ce dernier développement incorpore aussi un souvenir de Idol 12, 2 («crucem tuam tollas» et une imitation de Mart 3, 1 «nemo miles cum uxore ad bellum cum deliciis uenit» qui devient «nemo enim miles cum uxore pergit ad proelium» — d'où Ps.- Hier., epist. ad Oceanum, 5 (PL 30, 290A) : «nemo miles cum uxore pergit ad bellum» (rapprochement signalé par H. Koch, Cyprianische Untersuchungen, Bonn, 1926, p. 468, n. 2). Les exhortations à ne se soucier ni du vivre ni du vêtir (aussi en Idol 12, 2) ont dû inspirer epist. 22, 31, 3, où la tournure «puella sum delicata» vient peut-être de Spect 28, 3 «delicatus es Christianus» et la formule «tua, quae sunt aliena» de Pat 7, 5 «quod nostrum esse uidetur alienum est».- N. A. a omis de signaler un autre emprunt dans la lettre à Héliodore (epist. 14, 5, 2 ; cf. Idol 1, 5), signalé jadis par le regretté P. G. van der Nat (éd. Idol, Leiden, 1960, p. 45 ; d'où J. C. M. van Winden, Vigiliae Christianae, 36, 1982, p. 113). On lui en propose ici un autre, toujours antérieur au départ de Jérôme pour l'Orient, tiré d'une lettre à Damase : Idol 6,3 Negas te quod facis colere ? Sed illi non negant, quibus hanc saginatiorem et auratiorem et maiorem hostiam caedis, salutemtuam epist. 21,12 Talis est daemonum multitudo, quae per idola manu facta cruore pecudum et uictimis pascitur, et nouissime saginatiore quadam hostia, ipsius hominis morte, saturatur

50. DULAEY (Martine), Victorin de Poetovio premier exégète latin, Paris : Institut d'Études Augustiniennes, 1993, 2 vol., 373 et 266 p. (Collection des Études Augustiniennes, Série Antiquité 139-140). On trouvera t. 1 p. 300-307 et t. 2 p. 149-153 analyses et références d'emprunts ou d'allusions à des écrivains et des œuvres relevant de la Chronica : Tertullien, Apol, Prax, lei, lud et An ; Minucius Felix ; Cyprien, Quir, Fort, De bono pat. ; Novatien ; Fragment de Muratori ; Ps.-Cyprien, lud, De montibus et De pascha computus. J.-C. F. 51. PICASSO (G.), Motivi ecclesiologici nella «Collectio canonum» del cardinale Deusdedit. I testi di san Cipriano — Medioevo e Latinità in memoria di Ezio Franceschini (cf. n° 18), p. 403-418. Depuis le travail de pionnier de Charles Munier, Les sources patristiques du droit de VÉglise du VIIIe au XIIe siècle, Mulhouse, 1957, on sait que les textes de Cyprien tiennent une place modeste dans les collections canoniques, sauf dans celle du cardinal Deusdedit, un partisan de Grégoire VII mort tout à la fin du XIe siècle. Les citations de l'évêque de Carthage y forment trois blocs (livre I, 262-281 ; II, 120-132 ; IV, 197-210). L'A. les identifie - sauf deux (II, 130-131) introduites par Idem in concilio suo et qui ne sont pas cyprianiques - et indique

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leur diffusion dans les autres collections, jusqu'au Décret de Gratien. Elles proviennent des lettres, du De unitate ecclesiae catholicae et du De lapsis, ainsi que de deux apocryphes, le De XII abusiuis saeculi (IV, 197) et le De aleatoribus (IV, 203). Le travail était pratiquement fait dans l'édition de V. Wolf van Glanvell (Paderborn, 1905). Ce qu'ajoute ΓΑ., c'est une réflexion sur l'ecclésiologie de Deusdedit qui, tout en affirmant le primat de l'Église romaine, omnium ecclesiarum mater, insiste beaucoup à la suite de Cyprien sur l'unité de l'episcopat : «episcopatus unus episcoporum multorum concordi numerositate diffusus» (II, 265 = epist. 55, 24).- On est surpris de ne pas voir utilisé l'ouvrage classique de M. Bévenot, St. Cyprian's De unitate Chap. 4 in the Light of the Manuscripts, Rome, 1938, où il est souvent question de Deusdedit aux p. LXVI-LXXV : «The Canonists and De unitate, Chap. 4». P. P. 52. L A HAYE (Régis de), Saint Cyprien, patron de Moissac — Bulletin de la Société archéologique de Tarn-et-Garonne, 117,1992, p. 137-159 (6 fig.). Histoire du culte de Cyprien à Moissac, depuis sa translation, en 1122, jusqu'à l'époque moderne. Grâce à des documents d'archives, on sait quand furent fabriquées les diverses châsses du martyr, et dans quelles chapelles celles-ci furent tour à tour offertes à la vénération des fidèles. Les reliques provenaient, d'après la tradition locale, du village de Saint-Cyprien dans le Lot, mais certains bons esprits, à commencer par l'évêque de Cahors, Alain de Solminihac, doutaient, dès le XVIIe s., de leur authenticité. F. D. 53. FREDOUILLE (Jean-Claude), Tertullien en Allemagne et en France de 1870 à 1930 — Patristique et Antiquité tardive en Allemagne et en France de 1870 à 1930. Influences et échanges. Actes du Colloque franco-allemand de Chantilly (25-27 octobre 1991), Paris : Institut d'Études Augustiniennes, 1993, p. 93-101 (Collection des Études Augustiniennes. Série Moyen Age - Temps Modernes, 27). Les larges sondages pratiqués par J.-C. F. dans la production des tertullianistes alllemands et français lui ont permis de déterminer trois phases dans la «Tertullianforschung» : 1. celle de l'éclosion (1870-1889), très largement dominée par l'érudition allemande, pour la quantité comme pour la qualité : qu'on songe par ex. aux travaux exemplaires de M. Klussmann - 2. l'âge des grandes synthèses (1890-1905), marqué par les sommes toujours consultées de Ch. Guignebert (1901), P. Monceaux (1901), H. Hoppe (1903) et A. d'Alès (les trois dernières ont fait l'objet récemment soit de réimpression, soit de traduction) - 3. enfin le temps des grandes monographies (1906-1930), parmi lesquelles se détachent celles de P. de Labriolle (1913) et de J. Lortz (1927-28). L'originalité française tient peut-être à l'accent mis sur les études proprement littéraires, où se sont illustrés un Monceaux et un Labriolle (1920).— Cette étude suggestive aurait gagné en ampleur si Γ A. avait pu étendre son enquête à des pays limitrophes, comme la Belgique où les travaux de J.-P. Waltzing brisent le monopole germanique en matière de critique textuelle, et la Suède où les deux frères ennemis G. Thörnell et E. Löfstedt font fleurir les études sur la langue de Tertullien ; c'est grâce au second que les Beiträge de Hoppe purent être publiés à Lund en 1932 : dans l'Allemagne en pleine crise économique, ils n'avaient pas trouvé d'éditeur. P. P.

RÉIMPRESSIONS
54. RORDORF (Willy), Lex orandi, lex credendi. Articles réunis à l'occasion de son 60* anniversaire, Fribourg Suisse : Éditions Universitaires, 1993, XVI-515 p. (Paradosis, 36).

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Sous ce beau titre, et par les soins de collègues du Groupe Suisse d'Études patristiques, sont rassemblées trente études - anastatiquement reproduites - qui ont jalonné, de 1962 à 1993, la féconde recherche de W. R. Parues dans des périodiques ou des ouvrages collectifs en marge de ses livres et de ses éditions, ces études - la plupart en allemand, mais quelques-unes en français et anglais - sont réparties entre trois rubriques : 1) Liturgie ; 2) Théologie (doctrine, éthique, exégèse) ; 3) Apocryphes. Actes de Paul. Ce groupement correspond assez bien à l'évolution suivie par l'historien - internationalement reconnu - du "dimanche" qui s'est, ensuite, beaucoup intéressé aux problèmes théologiques de la "tradition", avant de porter son attention maintenant à la littérature apocryphe. La rigueur scientifique a valu aux travaux de W. R. leur réputation ; mais on ne saurait passer sous silence la ferveur œcuménique qui est, chez lui, la marque du pasteur. C'est elle qui s'exprime notamment dans l'étude XVII, parue en 1990 («Le problème de la tradition dans la discussion œcuménique des dernières décennies»).— Dans sa reconsidération du matériel patristique, W. R. ne pouvait manquer de rencontrer - directement ou indirectement - Tertullien. D'où plusieurs études qui touchent à celui-ci. L'important article de Vigiliae Chrisîianae 23, 1969, p. 105-141 sur son attitude à l'égard de la militia est reproduit p. 263 s. Son témoignage sur l'exégèse de l'échelle de Jacob est évoqué dans l'étude XXII qui souligne l'intérêt de Marc III, 24, 9 pour reconstituer une interprétation christologique du passage (voir notre édition p. 305-306). On sait que Bapt 17, 5 nous a laissé de précieuses indications sur les Actes de Paul : l'étude XXIX (de 1990) défend le texte de Borleffs fondé sur le Trecensis 523 et revalorise, contre diverses hypothèses, le témoignage du Carthaginois sur ce point précis. Les études les plus récentes concernent les apocryphes : XXVI (de Studia Patristica 25, 1993, p. 142-158), sous le titre significatif de «Terra incognita», est une large introduction aux problèmes de cette littérature ; et XXV («Hérésie et orthodoxie selon la correspondance apocryphe entre les Corinthiens et l'apôtre Paul», de 1993 aussi) est un réexamen approfondi qui aboutit à des conclusions nettes : cette correspondance remonte à la première moitié du IIe siècle, elle a une origine distincte des Actes de Paul, l'enseignement visé serait celui de Saturnin. Le recueil se clôt (p. 497-510) sur la bibliographie complète du récipiendaire. R. B. 56. HARNACK (A. von), Marcion, the Gospel of the alien God, transi, by J. E. STEELY and L. D. BIERMA, Durham, NC : Labyrinth, 1990, X-182 p. La publication, en 1984, du livre de R. J. Hoffmann (cf. Chron. Tert. 1987, n° 31), par ses outrances et ses positions intenables, a ramené l'attention sur Marcion et, du même coup, sur l'ouvrage classique que lui avait consacré A. H. (2e éd. Leipzig 1924 ; réimpr. Darmstadt 1960). Ce produit de toute une vie de recherches a fait prévaloir, pendant de longues années, l'image d'un Marcion bibliste s'inspirant de Paul pour restaurer une pure religion de rédemption et d'amour. Même si, depuis, d'importants correctifs n'ont cessé d'être apportés à ce profil d'un hérétique dont on reconnaît aujourd'hui les attaches au gnosticisme et à la philosophie contemporaine (cf. Chron. Tert. 1987, n° 32, et ici même n° 44), il faut se féliciter de voir paraître une traduction anglaise de ce livre. Certes on peut regretter les allégements pratiqués par l'éditeur : ont été omis, à cause de leur technicité, les treize appendices (400 pages !) qui mettent à la disposition du lecteur, dans l'édition allemande, tout le précieux matériel minutieusement collecté par A. H. à partir de sources dispersées, souvent peu accessibles. Du moins les notes, elles, sont reproduites en fin de volume. Même sous cette forme simplifiée, réduite aux dix chapitres dans lesquels A. H. a suivi Marcion, du point de départ de son hérésie jusqu'à l'organisation de son église et à l'histoire postérieure de celle-ci, cette traduction pourra rendre des services. La partie philologique et historique du travail (notamment tout ce qui concerne le culte et la morale du marcionisme) n'est guère périmée ; et d'autre part, l'interprétation harnackienne de Marcion, pour n'être plus admise telle quelle de nos jours, n'en appartient pas moins à l'histoire de notre siècle. R. B.

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57. MEULENBERG (L.), Cipriano : A única fonte e os muitos rios — Atualizaçâo (Belo Horizonte), 21, 1992, p. 23-52 ; 133-151 ; 207-228. Traduction portugaise de l'étude recensée en Chron. Tert. 1990, n° 9. P. P.

NOUVELLES
58. Pendant l'année universitaire 1992-1993, Hans-Werner Thönnes a soutenu devant la Katholisch-theologische Fakultät der Ruhr-Universität Bochum une thèse intitulée : Caelestia recogita et terrena despides. Altkirchliche Apologetik am Beispiel Tertullians im Vergleich mit modernen Entwürfen (parue à Berne, chez P. Lang, en 1994). 59. La Chron. Tert. 94 recensera entre autres, outre la thèse de H. W. Thönnes, l'édition de Marc III par R. BRAUN (SC 399) ; E. OSBORN, The Emergence of Christian Theology ; Α. ZiLLENBiLLER, Die Einheit der katholischen Kirche : Calvins Cyprianrezeption in seinen ekklesiologischen Schriften, et de nombreux articles dont nous regrettons d'avoir eu connaissance trop tard pour en rendre compte cette année.

Revue des Études Augustiniennes, 41 (1995), 325-355

Chronica Tertullianea et Cyprianea 1994
Cette chronique continue et complète la Chronica Tertullianea parue dans la Revue des Études Augustiniennes depuis 1976 (productions de 1975). Elle a changé de nom et de domaine depuis 1986, et embrasse désormais toute la littérature latine chrétienne jusqu'à la mort de Cyprien. Les renvois se font toujours de la même façon : on a gardé l'abréviation Chron. Tert., qui est suivie de l'année recensée et du numéro du compte rendu. Cette année encore, nous avons bénéficié de l'aide d'amis fidèles. Nous remercions en particulier MM. Pierre-Paul Corsetti et Pierre Dufraigne, qui nous ont fourni de précieuses indications bibliographiques, et M. Jean-Pierre Rothschild, qui nous a permis l'accès aux travaux de B. Hall. Avec cette livraison, la Chronica boucle un cycle de vingt ans. L'Institut d'Études Augustiniennes envisage de publier une réimpression de l'ensemble de nos bulletins. Le volume sera muni des index nécessaires, et d'un supplément où nous efforcerons de rendre compte de tous les ouvrages et articles que nous avons pu omettre. Ces recensions ne seront pas reprises dans la prochaine livraison de ce bulletin, qui ne traitera que des publications de 1995. Nous remercions d'avance les lecteurs qui voudraient bien nous signaler les lacunes qu'ils ont pu repérer : nemo proficiens erubescit.
René BRAUN — Frédéric CHAPOT — Simone DELÉANI François DOLBEAU — Jean-Claude FREDOUILLE — Pierre PETTTMENGIN

ÉDITIONS
1. TERTULLIEN, Adversus Marcionem, Liber III, éd. René BRAUN, Paris : Éditions du Cerf, 1994, 363 p. (Sources Chrétiennes, 399). On a déjà dit tout le bien qu'il fallait penser des deux premiers tomes de YAduersus Marcionem que la collection "Sources Chrétiennes" s'honore de publier (cf. Chron. Tert. 1990,

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n° 2, et 1991, n° 2). Le troisième les surclasse encore, à la fois par l'importance des problèmes qu'il soulève et par la maîtrise avec laquelle R. B. les traite, en théologien et en philologue. L'introduction est remarquable par sa densité et sa clarté. On appréciera en paniculier l'analyse du livre, reprise dans un plan d'ensemble et, dans le corps de la traduction, par des intertitres et des manchettes qui permettent de suivre pas à pas les raisonnements, parfois bien subtils, de Tertullien. L'édition comporte la matière d'un commentaire perpétuel, qui se partage entre de nombreuses notes en bas de page et un important appendice en fin de volume : 102 notes critiques discutent les difficultés du texte ou de la traduction (il n'y en avait que 60 pour le livre II, d'une taille comparable) et 18 notes complémentaires, qui sont de véritables petites dissertations, abordent des points de vocabulaire, de doctrine ou d'exégèse. Un index fait de main d'ouvrier permet un accès facile aux richesses des trois volumes publiés. La recensio du texte avait été faite par Kroymann, au moins dans ses grandes lignes ; on disposait de bonnes traductions en anglais et en italien ; la lecture de Marc restait pourtant un exercice difficile. Avec l'édition de R. B., on est entré dans une ère nouvelle. L'essentiel de Marc III est consacré à la réfutation de la christologie marcionite, à partir d'un grand débat sur les Écritures, dont le point principal porte sur l'annonce prophétique du Christ dans l'Ancien Testament : était-ce bien, comme l'affirme la Grande Église, le Christ du Créateur qui était annoncé par Isaïe et dans les Psaumes ? La position de Marcion est comparable à celle des Juifs, pour qui le Messie n'est pas encore venu, et Tertullien remploie contre lui des arguments qu'il avait utilisés contre eux dans l'esquisse que constitue YAduersus Iudaeos (sur les rapports de ces deux œuvres, R. B. se rallie à la thèse, communément admise aujourd'hui, de G. Säflund et H. Tränkle). La comparaison des textes aurait été sans doute plus aisée si les emprunts avaient été indiqués non pas en tête de chapitre, mais page par page. On aurait ainsi perçu tout de suite des divergences que R. B. signale souvent, mais pas toujours ; on comparera par ex. son traitement des ajouts de Marc en 14, 6 (34-38) et 14, 7 (47-50). Le texte repose toujours sur le témoignage de deux manuscrits, l'un conservé, le Montepessulanus (=M), et l'autre perdu, le Hirsaugiensis, que l'on reconstitue à partir de deux copies (FX) et de l'édition princeps de Beatus Rhenanus (R1). De M, il a existé deux copies, celle de Gorze dont Rhenanus a obtenu une collation pour sa troisième édition (d'où la fréquence des variantes attestées par MR3), et celle de Dijon, dont subsistent différentes collations. Les notes de Saumaise dans son exemplaire de travail (B. N., Réserve, C. 300) montrent cette fois encore que D n'a d'originalité que dans quelques fautes propres et que le savant éditeur du De pallio est un critique avisé : par ses conjectures, il devance Rigault (2, 1 [8] defendi) et R. B. lui-même (8, 1 [5] aborsiuos). Les indications de l'apparat sont très claires, parfois même un peu trop précises lorsqu'elles s'efforcent de reproduire typographiquement les abréviations des manuscrits, un exercice périlleux et rarement utile. Nous avons relevé très peu d'inexactitudes : en 3, 1 (5), la coupure «exauctorauit. Siquidem» apparaît déjà dans R1 ; en 6, 1 (1), on lit en F non pas «est», mais «est constat» ; il aurait fallu noter en 13, 1 (1) «et Pam : om. Θ», et en 6, 3 (19) «fuerat Oehler : fuerit Θ». La préférence donnée par deux fois à la leçon de X contre le reste des témoins - 4, 2 (15) superinduceret X [M*° ??] ; 13, 4 (24) uobis X (=Is. 7, 14) - veut dire que son copiste a su corriger le texte fautif de l'archétype de la tradition. Le second cas est sûr, le premier beaucoup moins. Kroymann, qui fut le premier à utiliser M de façon systématique, avait profondément modifié le îextus receptas des anciennes éditions. Ses innombrables conjectures ont eu le mérite de faire sentir bien des difficultés, et parfois de les résoudre : R. B. en conserve près de 25. Il en a lui-même proposé 17. Cinq concernent la ponctuation, toujours si délicate chez Tertullien : 13, 6 (36-37) ; 13, 8 (56) ; 17, 3 (19) ; 17, 5 (45) ; 18, 4 (29-30). Les autres modifient le texte transmis : 1, 2 (19) <ut> decretum est [ut] ; 4, 2 (7) Christus ; 5, 3 (30) nec ; 7, 7 (62) <tantum> (cf. lud 14, 10) ; 8,1 (5) aborsiuos ; 13,4 (21) inquis ; 17, 3 (18) adnuntiaws ; 19, 5 (34) <quam eius> (cf. lud 10, 14) ; 19, 6 (38) significare meum creatorem ; 19, 7 (45) depu-

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tanda/n ; 24, 11 (87) [uolant uelut] ... hi qui ; 24, 13 (108) sperandam didici. On ajoutera une conjecture non retenue, bien que tentante, oneras pour honoras en 11,5 (26), et des remarques suggestives sur les textes parallèles de lud (cf. p. 87, n. 5 ; 88, n. 1 ; 126, n. 1). La correction du texte latin est bonne, malgré quelques erreurs : 3, 1 (6) multo : multos θ ; 7, 6 (47) delineatur : deliniatur θ ; 17, 2 (13) supra : citra θ ; 19, 7 (43) Christo : Christo eius θ ; 24, 12 (101) qui et : et non habet θ. Les quelques fautes d'impression dans l'introduction et les notes ne sont pas gênantes, même si l'on regrette que le futur collaborateur de R. B., Claudio Moreschini, ait son nom estropié p. 45 et 238. Le fait que l'édition de Pamèle soit toujours datée de 1579 (p. 52) montre que ce fantôme bibliographique a la vie dure - la correction apportée au 1.1 (p. 361) n'a pas réussi à l'extirper ! Le soin que R. B. met à décrire la langue de Tertullien est toujours exemplaire, et on lui pardonnera volontiers quelques redites, notamment entre les indications de l'apparat et celles des notes critiques (cf. 8, 1 [5] et p. 231 ; 18, 3 [19] et p. 250). Les analyses de R. B. se fondent toujours sur le dépouillement systématique du TLL et de Y Index Tertullianeus, ce qui leur donne une grande sûreté, sauf bien sûr si Claesson s'était basé sur une édition aujourd'hui dépassée : ainsi l'expression conserere gradum (2, 1 [1] ; cf. p. 58, n. 1) apparaît deux fois dans le texte de lud établi par Tränkle (2, 1 ; 7,1). R. B. sait mieux que quiconque qu'il ne faut pas se fier aveuglément aux choix des éditeurs : il démontre par ex. p. 259 que qui au sens de quare, dont Claesson relève 11 occurrences, n'appartient en fait pas à l'usage de Tertullien. Il faudrait citer des dizaines de petites études parfaitement ciselées, comme celles sur obtusiolobtunsio (p. 224-225), sur exinde quod/quo (p. 236-237), sur le sens de lancinare (p. 286-288), etc. On proposera, en hommage, trois modestes suggestions. En 1, 2 (15), est-il raisonnable de lire seorsus avec M (seule occurrence chez Tertullien) et non seorsum avec β (plus de 20 occurrences) ? En 3, 3 (23) et 20, 10 (77), l'omission de esse après posse est un phénomène courant ; cf. Waszink, éd. An., p. 263. Sur l'emploi du génitif "indépendant", on verra Thörnell, Studia Tertullianea, II, 1920, p. 57-58, qui ponctue ainsi 20, 7 (46-48) : «Nam quia uiro deputare non poterai uirginis [=quod uirginis erat], eum uentrem patri deputauit». Quelques remarques en passant sur la traduction, remarquablement lisible et fidèle. R. B. a plusieurs fois fractionné de longues périodes «par souci d'allégement» (p. 228). Il me semble qu'en 2, 4 (22-24), la coupure en deux phrases ne respecte pas le mouvement du texte. En 19, 9 (56-59), la traduction retrouve la ponctuation traditionnelle et paraît reposer sur le texte rejeté «ostensa est enim» (sur tout le passage, voir Thörnell, Studia Tertullianea, I, 1918, p. 76-77). En 6, 8 (71-72), R. B. traduit le texte de Kroymann (cité dans DeusChristianorum, p. 190) portio certe, qua et non le sien portio, certe qua. En 16, 3-4 (22-23), la répétition de certe, sûrement voulue (cf. lud 9, 21-22), est rendue par deux tours différents, ce qui traduit une certaine gêne ; faut-il, comme R3, mettre le premier dans une phrase interrogative, à laquelle répondrait «'certe', inquis» ? Autres suggestions : 1,1 (7) adeo doit avoir ici la la valeur d'ideo (cf. Hoppe, Beiträge, p. 115) ; 6, 5 (31) abscondam "ferai disparaître" (Is. 29, 14 κρύψω ; Marc IV, 25, 4 celabo) ; 10, 5 (Infìngendo "en la façonnant" ; 12, 2 (13) "nom commun" ne rend pas bien sensus ... communis (cf. Evans : "common <to ail nations>") ; 13, 2 (9) scilicet uagitu est ironique : «c'est bien sûr par son vagissement...». L'apparat biblique est d'une abondance et d'une qualité exceptionnelles. Les citations isolées sont souvent commentées en bas de page, et les notes complémentaires "décortiquent", avec beaucoup de pénétration, les dossiers scripturaires les plus fournis, comme celui sur les deux avènements du Christ (p. 276-280 ; on notera p. 279, à propos du bouc émissaire, une coïncidence ave la Mishnah, qui ne peut guère s'expliquer que par une tradition judéochrétienne, non attestée par ailleurs) ou ceux sur les figures et les prophéties de la croix (p. 294-297). Les ouvrages de G. Quispel et P. Prigent avaient déjà apporté beaucoup de matériel, mais R. B. sait les compléter et les corriger et, en suivant méthodiquement les démonstrations de Tertullien, il est à même d'en faire ressortir l'originalité et la vigueur.

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Devant tant de richesses, on est presque gêné de présenter quelques remarques de détail. Tout d'abord, une question technique : serait-il possible, lorsqu'une citation revient plusieurs fois dans le même chapitre, de répéter non pas la lettre en exposant qui sert d'appel de note, mais la référence elle-même ? Ainsi en 8,7, on comprendrait tout de suite que le passage n'est qu'une longue adaptation de / Cor 15, assez fidèle malgré le changement de personne (cf. la traduction littérale donnée en Res 48, 3-5).- Certains versets de l'Ancien Testament sont cités dans le Nouveau. Si la source de Tertullien se laisse déterminer sans ambiguïté, il vaudrait la peine de la préciser : ainsi, en 17, 5, c'est le texte de Matth. 8, 17 qui est reproduit, et non celui d'/s. 53, 4.- Quelques citations "classiques" chez les Pères n'ont pas de correspondant exact en hébreu ou en grec : si R. B. commente bien (p. 296) l'addition a Ugno que comporte la citation du Ps. 95, 10 en 19,1, il aurait pu aussi souligner l'omission de a deo en Deut. 21, 23 (maledictus [a deo] omnis qui pependerit in ligno, cité en 18, 1), sur laquelle on peut toujours voir la note de G. Archambault à Justin, Dial. 96,1.- Enfin on a peut-être lieu de s'étonner du nombre anormalement élevé de références fausses qui apparaissent dans Marc ΠΙ : 1. Joël pour Amos (6, 6 ; cf. p. 226) ; 2.1 au lieu de II Règnes (20, 8 ; cf. p. 255) ; 3. Ps. 57 pour 67 (22, 6 ; cf. p. 260) ; 4. Michée pour Malachie (22, 6 ; cf. p. 261) ; 5. Ps. 57 pour 58 (23, 4 ; cf. p. 263) ; 6. peut-être Amos pour Isaïe (24, 11 ; cf. p. 212, n. 3). R. B. s'est efforcé de séparer les erreurs de Tertullien, qu'il respecte (nos 1, 2, 6), des accidents de la transmission, qu'il corrige (nos 3 à 5). On peut se demander si dans le cas n° 5 il n'y aurait pas un vestige de l'ancienne numérotation des Psaumes dans la Bible africaine, qui est inférieure d'une unité à celle des Septante (cf. C. H. Turner, Journal of Theological Studies, 6, 1905, p. 264-268). Il vaudrait sans doute la peine d'examiner toutes les références aux Psaumes que donne Tertullien, comme on l'a fait pour Cyprien. On pourrait faire quelques additions minimes au commentaire (par ex. rapprocher 18,7 d'Idol 5, 3-4), mais le vrai problème qui attend maintenant R. B., traducteur et annotateur des livres IV et V (C. Moreschini se chargeant de l'établissement du texte), sera non plus d'ajouter, mais de supprimer. Le livre IV à lui seul est plus volumineux que les trois premiers réunis. Il faudra donc trouver une présentation plus ramassée, mais qui ne prive pas le lecteur de cette alliance de la réflexion et de l'érudition qui fait le prix de cette grande entreprise. P. P. 2. Sancii Cypriani episcopi episîularium ad fidem codicum summa cura selectorum necnon adhibitis editionibus prioribus praecipuis edidit G. F. DIERCKS, Turnholti : Brepols, 1994, VIII-310 p. (Corpus Christianorum, Series Latina, III Β - Sancti Cypriani opera, Pars 111,1). Wilhelm von Hartel (1839-1907), futur ministre des cultes et de l'instruction publique de la monarchie austro-hongroise, n'avait pas 30 ans en 1868, lorsqu'il publia son édition des Opera omnia de Cyprien (CSEL 3, t. 1-2), la première après la révolution dans les méthodes de la critique textuelle qu'on place d'ordinaire sous le patronage de Karl Lachmann. On en a, bien souvent, relevé les faiblesses, mais il faut tout de suite ajouter qu'aujourd'hui encore elle n'est pas totalement remplacée, et que certaines des éditions partielles qui lui ont succédé n'ont pas réalisé des progrès substantiels. Celle que nous donne maintenant G. D., après des années ou plutôt des décennies de travaux préparatoires, devrait au contraire satisfaire les plus exigeants. On ne pourra la juger pleinement que lorsqu'auront paru la fin de la correspondance (lettres 58 à 81) et surtout le tome consacré à l'introduction, à la description des manuscrits et à l'exposé des principes de critique retenus par l'éditeur, mais on se rend compte dès maintenant qu'il s'agit d'une œuvre monumentale, établie sur la première recensio complète de la vaste tradition cyprianique. Pour avoir une idée de l'apport de cette nouvelle édition, nous l'avons soumise à deux tests, qui opposent l'un Hartel à G. D. et l'autre G. D. à lui-même. Dans Yepist. 48, de Cyprien au pape Corneille, le texte du CCL diffère en 12 endroits de celui du CS EL. Sept fois, G. D. est revenu au texte traditionnel, celui de Baluze (1726) puis de la Patrologie latine, en

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rejetant une intervention arbitraire (1. 45 ut secl. Hart) et des tournures moins bien attestées et/ou moins conformes à l'usage de l'auteur (7 ad [ante diáconos] Hart ; 43 ab om. Hart, etc.). Quatre fois, G. D. rejette le texte reçu par ses prédécesseurs, d'où des nouveautés qui peuvent être intéressantes (27 Mauretanias duas Di : Mauretaniam Bal Hart ; 29 placuit : placuit ut ; 32 sicuti : sicut ; 36 profecisse : processisse). Dans le cas d'une tripartition (17 in praesentiam Di : in praesentia Hart in praesenti Bal), la leçon retenue s'impose face à une conjecture gratuite et à une variante qui ne remonte qu'à un seul témoin antique (garanti par l'accord Pk). Enfin, on signalera que quatre fois G. D. approuve les choix de Hartel contre la vulgate imprimée (notamment à la 1. 46 protectio au lieu de dignatio). Le bilan est donc honorable, mais pas spectaculaire. Le contraire aurait surpris : le texte de Cyprien, dont on connaît depuis longtemps des témoins de base, est bien établi au moins dans ses grandes lignes. Ce qui est en revanche exceptionnel, c'est la qualité de l'apparat critique, positif ou négatif suivant les cas, mais toujours d'une parfaite clarté, que sert une typographie aérée et impeccable (on lira seulement 1. 37 sic au lieu de sit). S'inspirant d'une pratique de l'édition "Budé" (1925), G. D. indique dans un apparat spécial les témoins sur lesquels se fonde son texte, mais alors que le chanoine Bayard se contentait de reprendre les manuscrits utilisés par Hartel, dont il reproduisait ensuite de rares leçons, les choix faits par G. D. offrent un aperçu raisonné sur la transmission du texte. On le voit en comparant son édition des lettres 30, 31 et 36 à celle qu'il en avait donnée en 1972 dans les Opera Novatiani (CCL 4). Le texte lui-même n'a subi que quelques retouches, en général justifiées : epist. 30, 2, 2, (32) quia rattaché à la citation de Rom. 1, 8 ; 31, 6, 4 (134) importunis cibis Di2 : -nus cibus Di 1 ; 7,1 (144) satisfacientibus : satisfactionibus ; 8,2 (162) aduersus : aduersum ; 36, 4, 2 (92) in domino : semper. En revanche, on s'étonne de la faute adque pour atque en 30, 3, 2 (60) - le texte de Hartel, qui la contient, a-t-il servi de "copie" ? et on peut n'être pas convaincu par le maintien de la variante et exoptauit en 31, 1,3 (24). La grande nouveauté, c'est l'apparat. Alors que celui de 1972, renforcé par une copieuse appendix critica, était si riche que seul l'éditeur lui-même pouvait en tirer quelque profit, G. D. a choisi maintenant de présenter non plus la totalité de la tradition manuscrite, mais seulement le témoignage des chefs de file qu'il avait identifiés en appliquant les méthodes stemmatiques traditionnelles, par un labeur qui force l'admiration. Si chaque lettre (ou groupe de lettres) a fait l'objet d'une enquête aussi étendue et aussi précise, on ne peut que s'incliner devant le tour de force de G. D. Il ne faudrait d'ailleurs pas croire que dans le cas de ces trois lettres, l'éditeur s'est contenté d'élaguer un matériau surabondant (en supprimant parfois, à contre-cœur sans doute, des informations intéressantes pour l'histoire du texte de Cyprien). Il apparaît notamment que sa reconstitution de V (le Veronensis perdu) a fait des progrès importants, comme on en constate aussi dans les apparats des citations bibliques et des testimonia. On attend donc avec impatience, et avec une grande reconnaissance, les deux tomes qui termineront cette édition destinée à faire date. P. P. 3. PSEUDO CIPRIANO, / due monti Sinai e Sion. De duobus montibus, a cura di Clara BURINI, Fiesole : Nardini, 1994, 330 p. (Biblioteca Patristica, 25) ; EAD., Per una nuova edizione dello ps. ciprianeo De duobus montibus—Paideia cristiana. Studi in onore di Mario Naldini, Roma : Gruppo Editoriale Internazionale, 1994, p. 47-72. Première édition critique du De duobus montibus (CPL 61 = Mont.) depuis celle de Hartel en 1871. Le texte latin, relativement court, et sa traduction italienne occupent les p. 144-185 ; le volume renferme en outre une copieuse introduction, un commentaire linéaire, assez prolixe, et un index complet du vocabulaire. L'édition est fondée sur la collation de six manuscrits (s'échelonnant de la fin du VIIIe au XIIe s.), choisis d'après les enquêtes antérieures sur les corpus cyprianiques (de Von Soden, Bévenot, Diercks, etc.). Les p. 123-126 recensent les passages où le texte retenu diffère de celui de Hartel (ajouter iuxta tractus en 9.6). En général,

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C. B. est plus conservatrice que son prédécesseur dans le respect des vulgarismes, dont on se demande souvent s'ils reflètent Γ usage de l'auteur antique ou la phonétique mérovingienne. Pour la datation du texte (un sujet controversé), elle souligne la faiblesse des arguments en faveur d'une époque antérieure à Tertullien et adopte une solution basse, en continuité avec les suggestions de Romero-Pose et Simonetti : «tra la seconda metà del ΠΙ sec. e la prima metà del IV». Sauf quelques paragraphes d'introduction et de conclusion, l'article des Mélanges Naldini donne une première version (p. 49-71) des p. 127-138, puis 111-126 du volume de la Biblioteca Patristica.— Ce travail est consciencieux et rendra des services, mais il aurait sans doute gagné à être concentré et revu de plus près par les savants directeurs de la collection. Le t. 4 de la Patrologie latine de Migne remonte à 1844, et non à 1891 (qui est seulement l'année d'une réimpression très fautive) : on voit donc mal comment une note de la Patrologie pourrait confirmer un jugement de Hartel (p. 187). Les développements sur l'auteur et la date de Mont. n'emportent pas l'adhésion : il se peut que Daniélou se soit trompé en suggérant un judéochrétien de la fin du Ile s ., mais la présente réfutation de Daniélou laisse intacte l'argumentation de Harnack en faveur de la première moitié du IIR D'autre part, en quoi Γ «inattendibilità degli argomenti addotti dal Daniélou (p. 25)» renforce-t-elle une datation basse ? en quoi les parallèles supposés avec la théologie donatiste (figée sur des positions archaïques) obligent-ils à descendre Mont, jusqu'à la première moitié du IV« siècle ? Après tout, C. B. a choisi de suivre en partie Daniélou, en adoptant en 9.6 la version psalmique iwcîa tractus, qui révèle l'influence de l'Épître de Barnabe. Le début du texte est ponctué ainsi : «Probatio capitulorum : quae in scripturis deificis continentur quae in vetere testamento figuraliter scripta sunt per novo testamento spiritaliter intellegenda sunt, quae per Christo in ventate adimpleta sunt». Cela est proprement inintelligible et non conforme à la ponctuation des manuscrits que j'ai consultés. Il faut revenir, à mon sens, à l'opinion de G. Mercati, qui voyait dans les premiers mots une didascalie (cf. p. 187). Voici comment il convient alors de présenter le texte : «De duobus montibus (= titre). Probatio capitulorum quae in scripturis deificis continentur (se. de duobus montibus = soustitre). Quae in vetere testamento... (= vrai incipit, constitué d'une phrase équilibrée)». Le soustitre introduit une partie se terminant au § 11 par les mots : «Ecce probavimus per omnium scripturarum deificarum fidem duo montes Sina in terra et Sion in caelo duorum testamentorum portare figuram...», qui font écho ou ont donné naissance à la rubrique initiale. Le développement suivant (§ 12) commence d'ailleurs par une expression voisine : «Aliam probationers, veritatis scripturis positam...». Cette observation amène à nuancer ce que dit l'A. de la structure (p. 53-54) et du genre de l'ouvrage (p. 17-18, n. 28). Mont, est constitué en fait de deux démonstrations exégétiques (probationes) : au cas où l'on tiendrait à lui conserver, avec C. B., le qualificatif d'homélie, ce terme serait alors à entendre au sens - non technique de conférence d'exégèse, sans relation avec des lectures liturgiques. L'établissement de certains passages est surprenant : en 9.2 («accepit tabulam et titulum et scripsit tribus Unguis»), il ne serait pas très audacieux de conjecturer exscripsit pour et scripsit ; si en 8.1, l'archétype de Mont, a substitué videbunt à vivebunt, est-il raisonnable de conserver en 3.3 et 7.2 des leçons aberrantes, qui sont elles aussi explicables par un lapsus minime : «partem incredulam viventem per fidem (credulam Hartel)», «temptaverunt dominum in loco aquoso (inaquoso Hartel)» ? Produire une édition critique ne consiste pas à se distinguer d'un prédécesseur à chaque fois que cela semble possible. F. D. 4. BENOÎT (André), MUNIER (Charles), Le baptême dans l'Église ancienne (Ier-IIIe siècles), Berne ; Berlin ; Francfort-sur-le-Main, etc., 1994, XCV-276 p. (Traditio Christiana. Thèmes et documents patristiques, 9). A. B. et C. M. ont rassemblé dans cet ouvrage les principaux textes prénicéens relatifs au baptême, depuis la Doctrine des douze Apôtres jusqu'au Concile de Nicée, en y intégrant les

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textes gnostiques et même juifs. Les textes latins et grecs sont présentés dans leur langue originale et accompagnés d'une traduction ; les textes hébraïques et coptes sont retenus en traductions anglaise et française. L'introduction évoque à grands traits l'évolution de la liturgie et de la théologie du baptême, des origines à Nicée, puis est complétée par une abondante bibliographie, bien au fait des recherches récentes. Les extraits, numérotés et classés par ordre chronologique et par auteur, sont accompagnés de courtes notes bibliographiques. Tertullien et Cyprien, avec respectivement 37 et 27 textes (soit 32 et 26 pages) constituent, avec Origene, les plus gros dossiers du recueil. Malheureusement cet ouvrage commode est déparé par de nombreuses fautes. Outre les innombrables coquilles (ex. : p. XLII, dernière ligne, lire "en dehors" ; p. 119,1. 5 lire "dans l'armée" ; p. 123,1. 7 lire "Dieu", puis, 1. 11, "venimeuses" ; p. 139, note 2 de l'extrait 108, supprimer le "dans"; p. 142, 1. 4, lire "Fredouille"), l'absence de cohérence dans certaines abréviations (ex. : Y Évangile de Marc abrégé Marc, p. XIII, puis Mark. p. XIV, n. 9; Ioh. p. XIV, n. 10, et Jean p. XVI), les erreurs dans les renvois aux notes (ex. : p. LVIII, le renvoi 3 ne correspond à aucune note ; p. 133 déplacer le numéro de l'extrait vers le haut), et les interférences entre l'édition allemande et l'édition française (ex. : p. 129, Tertullian), on s'étonne de l'absence de Cyprien dans Yindex des citations patristiques. Ces erreurs sont encore plus déplorables lorsqu'elles affectent le texte même des extraits. Pour nous en tenir à Tertullien, nous relevons : - en Mart 3,3, oubli de hoc après quodcumque - en Bapî 2,1, lire aliquando - en Β apt 3, 2, lire informes - en Bapt 8,2, les auteurs s'écartent de l'édition de Borleffs qu'ils disent suivre - en Bapt 15, 2, oubli des crochets droits autour de sed (qui n'est pas traduit) ; le texte sane quae, que donnent les manuscrits et que retiennent les éditeurs, est remplacé, sans doute par erreur, par sane quid - en Marc 1,28, 3, Braun a déplacé le changement de paragraphe après semel factum est; - en Res 8, 3, lire abluitur, à la place du barbarisme abluitura. L'absence de note pour préciser le contexte de tel passage est parfois gênante : ainsi il ne serait pas inutile de mentionner clairement que le ipse de l'extrait 88 (= Praes 40, 3) désigne Satan. Le classement par auteur, pour commode qu'il soit, n'est toutefois pas le plus adéquat dans le cas des témoignages qu'apportent les Pères sur des pratiques hérétiques. Ainsi en est-il pour les extraits 112 et 113 empruntés à Marc et à Val. Il eût alors été utile, pour que tels extraits ne passent pas inaperçus et puissent être recoupés avec d'autres testimonia, d'en indiquer les références dans Yindex analytique sous un lemme "marcionisme" ou "valentinisme". Ces imperfections matérielles rendent parfois irritante la lecture d'un ouvrage par ailleurs riche et utile. F. C.

TRADUCTIONS
5. PONTIUS, Vie de Cyprien. PAULIN, Vie d'Ambroise. POSSIDIUS, Vie d'Augustin. Introduction par Jean-Pierre MAZIÈRES, traduction et notes par Nadine PLAZANET-SIARRI, JeanPierre MAZIÈRES, Paris : Migne, 1994, 197 p. (Les Pères dans la foi, 56). Conforme au but de la collection, ce volume donne au public francophone un accès facile aux trois Vies, sans surcharge d'érudition. Mais faute d'une information préalable suffisante et d'un effort réel d'interprétation, les auteurs n'en livrent qu'un reflet pâle, flou et inexact. G.

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Madec a rendu compte de la traduction de la Vie d'Augustin (RÉAug, 40, 1994, p. 520). La Vie de Cyprien n'est pas mieux traitée. On se félicitera qu'elle soit accompagnée, en appendice, d'une traduction des Acta Cypriani. Mais on s'étonnera que J.-P. M. la présente comme une simple biographie, décrivant «la conversion après une jeunesse orageuse» (dans l'opuscule de Pontius, rien n'est dit de cette jeunesse) et «l'œuvre littéraire» (dès la première phrase, Pontius prend la précaution d'affirmer qu'il ne parlera pas des écrits de l'évêque, suffisamment éloquents par eux-mêmes, mais seulement de ses opera et merita ; la "liste" du chapitre 7 ne mentionne aucun titre et a pour but d'évoquer l'action pastorale de l'évêque à travers ses écrits). La traduction de N. P.-S. est approximative. Au seul chapitre 2, «Inter fidei suae prima rudimenta nihil aliud credidit Deo dignum, quam si continentiam tueretur» est rendu par «pour s'éveiller à la foi, il estima que rien n'était digne de Dieu, si l'on n'observait pas la continence» ; festinado est traduit par "enthousiasme" et uelocitas par "précocité", alors que Pontius cherche à montrer que son héros brûle les étapes et anticipe le Royaume dès sa conversion. Relevons encore : "pécheurs" pour lapsi (7, 5), "nous déduisons (des Écritures)" pour accipimus (13, 4), "dévotion à la foi" pour deuotiofidei(15,4), "sentence pleine de sens" pour la sententia spiritalis inspirée au juge par l'Esprit (17, 1). A la fin du ch. 9, Pontius cite les paroles de son évêque, et non celle du Seigneur comme le laisse entendre la traduction de N. P.-S. Malheureusement, ces inexactitudes faussent parfois le sens général. Les longues phrases de la préface sont si morcelées dans la version française qu'on ne peut plus y saisir les intentions du biographe. La traduction de sacerdos par "prêtre", lorsque ce mot est coordonné à martyr - trois fois au moins -, empêche de comprendre l'intention première de Pontius : célébrer le premier "évêque" d'Afrique à subir le martyre. Ne pas tenir compte de la relation ceteros ... quidam (5, 5) entraîne un contresens qu'aggrave encore une annotation confuse (n. 18, p. 28) : au moment de l'élection de Cyprien à l'épiscopat, tous (ceteros) sont joyeux, mais certains (quidam) font opposition ; il ne s'agit pas à cet endroit des conflits ultérieurs. La méconnaissance du tour asyndétique et antithétique introduit par uiderit rend incompréhensibles la fin du chapitre 6 et une partie du chapitre 11 (11,3). Pontius présente les agréments de l'exil à Curubis comme réels, et non comme possibles (ch. 12). On comprend mal pourquoi, devant un texte difficile, les auteurs n'ont pas cherché à tirer profit des éditions commentées, et munies d'une traduction italienne satisfaisante, de Pellegrino et Bastiaensen. S. D.

PRÉSENTATIONS D'ENSEMBLE
6. DlDIER (Béatrice), éd., Dictionnaire universel des littératures, Paris : Presses Universitaires de France, 1994, 3 vol., CXXVIII-4396 p. Cet imposant dictionnaire réserve une place honorable à la littérature latine chrétienne concernée par notre Chronica. Nous y rencontrons une série d'articles, souvent brefs mais riches, sur les principales personnalités littéraires de cette époque, qui font l'objet d'un rapide portrait moral et dont l'œuvre est présentée à grands traits : il s'agit de Tertullien et Minucius Felix (J.-Cl. Fredouille), Cyprien et Novatien (S. Déléani) et Commodien (J.-M. Poinsotte). Ces notices monographiques, enrichies d'une bibliographie, sont complétées par des articles consacrés à la poésie didactique chrétienne, qui évoque notamment à son tour Commodien, aux hymnes liturgiques chrétiennes (J.-L. Charlet), ainsi qu'à la Vêtus Latina (G. Nauroy). Dans ce dernier cas, la complexité de l'histoire des vieilles latines rendait difficile une présentation succincte, et l'auteur a dû en rester à une information très générale et, du même coup, peu

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éclairante ; l'utilisation des travaux de P.-M. Bogaert et la citation dans la bibliographie de son article de la Revue théologique de Louvain : «La Bible latine des origines au Moyen-Age. Aperçu historique, état des questions» (cf. Chron. Tert. 1988, n° 15), eussent peut-être permis de répondre mieux aux attentes du lecteur. F. C.

ÉTUDE D'UNE ŒUVRE
7. KESSLER (Andreas), Tertullian und das Vergnügen in «De spectaculis» — Freiburger Zeitschrift für Philosophie undTheologie, 41, 1994, p. 313-353. Étude de uoluptas chez Tertullien, plus particulièrement dans Spec où se rencontrent 34 des 61 occurrences du mot dans toute l'œuvre. Il comporte une valeur neutre comme il ressort de la proposition hic uoluptas ubi est uotum (Spec 28, 5), ce qui est en accord avec le stoïcisme. Le moraliste conçoit donc la possibilité d'un plaisir positif. Après avoir examiné les uoluptates mauvaises liées au paganisme, A. K. étudie - et c'est la partie la plus intéressante de ce mémoire de licence - le programme des uoluptates a Deo contributae sur lequel s'achève Spec (eh. 28-30) : il montre qu'il n'est pas à considérer comme pure rhétorique, mais correspond bien aux conceptions et aspirations de Tertullien sur la vie chrétienne (Deo uiuere). A propos de la uoluptas donnée par la vision du Jugement dernier, l'Africain n'est pas lavé du soupçon de sadisme et de "Schadenfreude". R. B. 8. MENGHI (Martino), Tertulliano e il «De spectaculis» — Lexis. Poetica, retorica e communicazione nella tradizione classica, 9-10,1992, p. 189-209. L'importance du «spectacle» comme moyen privilégié de dialogue entre les sujets et le pouvoir sous l'Empire sert de point de départ à M. M. - auteur d'une traduction récente de An (cf. Chron. Tert. 1989, n° 1) - pour souligner plusieurs aspects peu étudiés de Spec, et d'abord ceux qui concernent la portée sociale et politique des jeux. Il le fait en un parcours qui n'est pas exempt de parenthèses dont certaines sont peu utiles : ainsi p. 202-203, sur l'espace scénique à Rome (les passages allégués de Spec visent en effet non le théâtre, mais le cirque et le stade). De fines analyses sont présentées sur les dispositions psychologiques des spectateurs, comme p. 199-202 le rapprochement avec le spectacle du naufrage chez Lucrèce (II, 1-4), et la contradiction entre l'attitude de la vie courante et le comportement dans les jeux. L'observation la plus intéressante, qui revient dans toute la fin de l'étude et s'appuie sur les derniers chapitres, a trait au thème du regard, du rapport visuel qui s'instaure par le chemin des yeux - porte de l'âme - entre le spectateur et l'objet de son spectacle. Dieu apparaît comme le seul vrai spectateur (Spec 20, 3) et c'est aux seuls spectacles voulus par lui que doivent se limiter les chrétiens. R. B. 9. HERRERA (Rosa M.), Temor en interés en el «Liber ad Scapulam» de Tertuliano — Helmantica, 43, 1992, p. 391-398. Analyse de la notion de crainte qui, associée à celle d'intérêt, serait au centre de l'exhortation adressée à Scapula pour qu'il arrête la persécution. Sans prolongement vers les autres œuvres, sans tentative pour replacer l'écrit dans la tradition du genre apologétique l'étude d'E. Heck (cf. Chron. Tert. 1987, n° 27) n'est pas citée -, ce travail (de débutante ?) se clôt sur des remarques sémantiques (à propos à'expauescere et pertimesceré) et stylistiques. R. B.

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10. POIRIER (Michel), Dans l'atelier d'un évêque écrivain. Enquête sur la manière dont Cyprien de Carthage conduit sa pensée, compose et rédige son ouvrage, dans le «De opere et eleemosynis» —Revue des Études Latines, 71, 1993, p. 239-250. Dans cette Enquête minutieuse sur le De opere et eleemosynis, l'A. étudie comment Cyprien associe les références à l'Écriture et le travail de rhétorique. Ainsi l'utilisation du dossier de Testimonia ad Quirinum, manifeste dans les chapitres 4-8 et 9-10, n'a pas empêché la composition littéraire : dans le premier cas, le déplacement de la citation de Tobie évoquant la délivrance de la mort par l'aumône et l'ajout a*Actes 9, 40, qui rapporte la résurrection de la charitable Tabitha, créent une habile transition entre l'Ancien Testament et le Nouveau ; dans le second cas, on relève la reprise symétrique, dans un développement moins scripturaire et plus autonome (chap. 11-14), des deux réponses des chapitres 9-10. Cyprien sait également tirer un parti à la fois littéraire et doctrinal de la polysémie des mots munus et opus. Enfin la "microlecture" de la période du chap. 1,1. 6-9 montre comment la connaissance de la Bible fonde et nourrit, sans la brider, l'élaboration stylistique de l'auteur. C'est une belle démonstration de l'unité de la forme et du fond chez un grand écrivain ! F. C. 11. TORNATORA (Alberto), Diabolus eloquens, l'archetipo letterario di un «nuovo» locus a fictione (Cipriano, De opere et eleemosynis cap. 22)— Studi e Materiali di Storia delle Religioni, 59 (N. S. 17), 1993, p. 21-34. Conformément aux préceptes de la rhétorique antique (Quintil. 5, 10, 96), Cyprien introduit un locus a fictione dans l'argumentation de son De opere : devant le Christ Juge, le diable joue le rôle de l'accusateur et prononce une rogatio en règle (ch. 22 ; le terme de rogatio est-il bien approprié ?). La figure du diabolus eloquens, qui aura un grand succès littéraire, trouverait ici son origine, plutôt que dans la Bible, où les interventions de Satan sont rares et brèves, la parole étant réservée à Dieu. Sur la polysémie de munus (p. 27), il convient de renvoyer à M. Poirier, Charité individuelle et action sociale. Réflexion sur l'emploi du mot munus dans le De opere et eleemosynis de saint Cyprien — Studia Patristica, 12 (= TU, 115), 1975, p. 254-260. S. D. 12. RlCKLIN (Thomas), Imaginibus vero quasi litteris rerum recordatio continetur. Versuch einer Situierung der Cena Cypriani — Peregrina curiositas. Eine Reise durch den orbis antiquus. Zu Ehren von Dirk Van Damme, hrsg. von Andreas KESSLER, Thomas RICKLIN, Gregor WURST, Göttingen : Vandenhoeck & Ruprecht, 1994, p. 215-238 (Novum Testamentum et orbis antiquus, 27). La Cena Cypriani (CPL 1430) est une œuvre énigmatique. Son dernier éditeur, Christine Modesto, proposait de la localiser en Italie du Nord vers la fin du IVe s. et l'interprétait comme une sorte de centón carnavalesque, sans portée blasphématoire ou didactique (cf. Chron. Tert. 1992, n° 3). T. R. essaie de préciser les intentions de l'auteur et les genres littéraires dont ce dernier s'inspirait. La Cena Cypriani serait effectivement une sorte de centón, mais avec une très claire visée mnémotechnique, reconnue par Raban Maur, l'un de ses adaptateurs médiévaux. La tradition antique de YArs memoriae, illustrée notamment dans Y Ad Herennium, incluait une composante grotesque dont l'auteur anonyme a su tirer parti. Le parallèle, depuis longtemps reconnu avec un sermon de Zenon de Vérone, n'oblige pas à situer et à dater l'ouvrage comme l'a fait Modesto. Un ecclésiastique, éduqué de façon traditionnelle, aurait pu concevoir la Cena Cypriani à n'importe quel moment entre le début du IIIe et la fin du Ve siècle. La phrase latine du titre (cf. p. 224, n. 43) est empruntée à Martianus Capella, De nuptiis Philologiae V, 338. F. D.

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13. QUELLET (Henri), Concordance verbale de /'Ad uxorem de Tertullien, Hildesheim : Olms-Weidmann, 1994, [IV-] 262 p. (Alpha-Omega, Reihe A : Lexika, Indizes, Konkordanzen zur klassischen Philologie, 152). On a déjà dit plusieurs fois les mérites et les limites des concordances lemmatisées que le fin latiniste qu'est H. Q. dresse, au fil des ans, pour les œuvres de Tertullien. Après Cor (1975), Cuit (1986), Pat (1988) et Cast (1992), c'est maintenant Vx qui fait l'objet de sa diligente compilation. On se félicitera que la liste des variantes, présente dans les trois premières livraisons, ait été rétablie dans celle-ci, comme on le souhaitait en Chron. Tert. 1992, n° 8 (mais l'outil de travail serait encore plus utile si les vocables non retenus dans le texte de référence figuraient aussi, d'une façon ou d'une autre, à leur place dans la concordance). L'A. a fondé ses dépouillements sur une édition (SC 273) qui n'est pas d'une sûreté totale. Il a corrigé un certain nombre de fautes ; un coup d'œil à nos Errata Tertullianea (cf. Chron. Tert. 1992, n° 26) lui aurait permis de rétablir arbitrum en II, 5, 4 (au lieu a'arbitrium) ainsi que le possessif suam omis après libertatem en II, 8, 2. P. P. 14. RUGGIERO (Fabio), Tertullianea I. De corona : note di critica testuale — Quaderni Urbinati di Cultura Classica, N. S. 46 (75), 1994, p. 109-126. Dans ces 29 notes critiques, d'ampleur très diverse (de deux lignes à cinq pages), F. R. examine les passages où son édition de Cor (cf. Chron. Tert. 1992, n° 1) diffère de celle de Jacques Fontaine, parue en 1966 dans la collection "Érasme". On éprouve une impression de déjà vu, car à l'exception d'une seule, consacrée à Cor 7, 6 (variante illilillic), elles figuraient déjà, sous une forme plus ramassée et parfois plus frappante, dans la «Nota di critica testuale» qui occupe les pages 116-129 de son édition. Beaucoup des choix ici défendus viennent d'être examinés par R. Braun dans une recension détaillée de l'édition (Gnomon, 67, 1995, p. 561563), à laquelle nous renvoyons. On se bornera ici à deux remarques. En étudiant le début du traité, F. R. a très bien montré qu'il y a deux recensions cohérentes, celle de VAgobardinus (A) et celle du corpus dit de Cluny (FNXR = Θ), et qu'on ne peut choisir indifférement des leçons dans l'une puis dans l'autre, voire dans les deux en même temps (comme Kroymann qui lit en 1,1 adibant [A] adhibetur [Θ]). En revanche il aurait dû indiquer plus nettement que l'accord de A et de tout ou partie de θ garantit le texte de l'archétype de notre tradition, lequel peut être bon (10, 3 uacat ; 13,7 erunt) ou contestable (1,5 musitant AN ; 1, 5 et in proelio AFN ; 3,3 ebdomadem AFN). Dans les cas où la tradition se partage entre A et Θ, F. R. a tendance à préférer la leçon de A, mais sans exclusive ; ainsi il choisit avec θ en 7,6 illic ; en 13,2 domini dei nostri, et en 15,1 inattaminatam. P. P. 15. COSTANTINI (Marie-Louise), Le terme de caro dans le De carne Christi de Tertullien. Essai d interpétation structuraliste et intersubjective — Nomina rerum. Hommage à Jacqueline Manessy-Guitton, Nice, 1994, p. 133-150 (L.A.M.A. Centre de recherches comparatives sur les langues de la Méditerranée ancienne, 13). Après des considérations générales sur la complémentarité défendue et revendiquée des méthodes structuraliste et intersubjective, est proposé un essai original de critique littéraire les associant toutes deux et appliquée au domaine de l'antiquité. Familière avec les théories et les terminologies des linguistes, M.-L. C. traite Cam comme «texte» et indépendamment du plan des idées, sans que toutefois celui-ci soit entièrement délaissé. Elle voit dans cette œuvre un cantique de la chair, une litanie sans cesse modulée où la texture phonique crée un "courant sous-jacent de signification" (R. Jakobson). De caro, mot-clé de l'œuvre, centre vers lequel

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convergent tous les rayons du texte, elle s'attache à reconstituer le réseau sémantique qu'il forme avec ses «diverses et inséparables collocations» (homo, natiuitas, resurrectio, etc.) jusqu'à la page finale de Cam où «caro cède désormais la place au nom du Christ en lequel il trouve sa résolution finale et l'accomplissement prophétique de sa destinée».— P. 138 : la qualification de "maître de saint Augustin" est-elle justifiée pour Tertullien ? R. B.

SOURCES, INFLUENCES
16. WEIDMANN (Clemens), Unentdeckte Dichterimitationen in Tertullians Ad Nationes — Wiener Studien. Zeitschrift für klassische Philologie und Patristik, 107/108, 1994/95, p. 467481 (= ΣΦΑΙΡΟΣ, Hans Schwabl zum 70. Geburtstag gewidmet). L'A. propose deux corrections au texte fort corrompu de Y Ad Nationes I. En Nat I, 7, 28, il propose de remplacer le texte si nihil tale probetur, peu compréhensible, par la conjecture si nihil tale proditur. Cette clausule iambique, habituellement évitée en prose, serait un emprunt délibéré au mètre du drame antique, que Tertullien évoque quelques lignes plus haut (Nat 1,7, 27) dans l'allusion aux tragédies Thy este et Œdipe ; l'A. trouve un argument supplémentaire dans lafinde la phrase, où grande nescio quid aestimari oportet pourrait être une réminiscence des tragédies de Sénèque Œdipe 925 et Thyeste 267-270. Cette conjecture nous paraît bienvenue, dans la mesure où elle lève une difficulté, tout en s'adaptant bien à la suite du texte : Nat I, 7, 33 viendra répondre explicitement à la question posée ici : une personne tout nouvellement convertie au christianisme serait-elle prête, même en échange de la vie éternelle, à ne pas trahir les monstruosités imputées aux chrétiens ? Une autre réminiscence poétique permettrait de résoudre la double crux de Nat 1,10, 37 : il s'agirait d'un souvenir de Y Iliade 21,196, vers auquel Quintilien faisait lui-même allusion dans un passage dont il est admis que Tertullien s'inspire ici, Inst. 10, 1, 46, lorsqu'il explique qu'il faut commencer l'histoire de la littérature par Homère. C. W. propose donc la conjecture : ab ipso exordia<rfonte> uestro, eius (oupoetis ?) 'unde omnia <flumina> etomne aequor' cui... Le eius, sorti de la proposition dont il dépend, reprendrait le mot litteratura, à moins qu'il ne faille le remplacer par le datif poetis. Cette dernière correction nous paraît un peu hasardeuse, et eius, comme le reconnaît Γ A. lui-même, reste problématique. Cependant l'identification de l'allusion homérique est éclairante, et la conjecture séduisante. F. C.

TEXTE BIBLIQUE,

EXÉGÈSE

17. V A N DER LOF (L. J.), Tertullian and Augustine on Titus 3, 10-11 — Augustinus, 38, 1993, p. 517-525 (=Charisteria augustiniana Iosepho Oroz Reta dicata, curantibus P. MERINO
et J. M. TORREALLA, 1.1, Theologica).

L'apôtre Paul indique à Tite la façon de se conduire face aux arguties d'un "hérétique" (seule attestation du mot dans le Nouveau Testament) : «Mais les recherches vaines, les généalogies, les disputes, les controverses relatives à la Loi, évite-les : elles sont inutiles et vaines. Celui qui est hérétique, écarte-le après un premier et un second avertissement...» (3, 910, cité d'après la TOB). Tertullien se réfère à ce texte en plusieurs passages de Prae (6,1 et 3 ; 7, 7 ; 12, 1 ; 14, 6, et surtout 16, 1-2). Comme de nombreux Pères latins (cf. Vêtus Latina, 25, 11, p. 935-936), il lit un texte où la possibilité d'un nouvel échange est exclue (16, 1 : post unam correptionem). Cela ne l'empêche pas de se lancer, après avoir asséné l'argument de

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prescription, dans des réfutations détaillées de ceux qui faussaient le message révélé et transmis par la tradition. A la différence d'Augustin, beaucoup plus humain, Tertullien n'a aucune sympathie pour l'hérétique, même s'il est hasardeux de déduire de Scorp 2, 1 qu'il préconise le recours à la force pour mieux le convaincre de son erreur (voir le commentaire de G. Azzali ad locum). P. P. 18. Lo CICERO (Carla), La persedizione come punizione divina in Cipriano : motivi biblici e classici—Res Publica Litterarum, 15, 1992, p. 91-97. L'auteur étudie deux passages dans lesquels Cyprien présente la persécution comme une punition juste et une épreuve salutaire voulues par Dieu (laps. 5-7 ; episî. 11, 1). Tradition païenne, notamment historiographique (mais n'y a-t-il pas plutôt là des "lieux" devenus "communs" ?), et tradition scripturaire convergent dans le traitement des motifs qui viennent se greffer sur ce thème : relâchement de la discipline au cours d'une longue période de paix ; pédagogie divine fondée à la fois sur la clémence et la sévérité ; interdépendance des vices, auaritia, luxuria, superbia, discordia, les derniers tirant leur origine du premier. Dans le De lapsis, C. L. C. a repéré quelques réminiscences classiques et scripturaires non encore signalées (n. 4, et passim). S. D.

ANTIQUITÉ ET CHRISTIANISME
19. RlVES (James Boykin), Religion and authority in the territory of Roman Carthage from Augustus to Constantine, Ann Arbor : University Microfilms International, 1994, IX-280 p. [Dissertation Stanford University, 1990] L'A. analyse le relâchement, dans l'Afrique impériale, du lien qui unissait très étroitement, sous la République, la religion et l'autorité socio-politique, et donc le déclin de la religion officielle. À côté de celle-ci se développent, en toute indépendance par rapport au pouvoir impérial, les pratiques magiques et surtout le christianisme, que l'A. étudie dans son dernier chapitre. La nouvelle religion, détachée de l'autorité politique, a constitué une structure interne disposant de ses propres instances détentrices de l'autorité, ce que le paganisme n'avait jamais connu. J. B. R. explique cette spécificité à la fois par des raisons conjoncturelles et par le contenu même de la foi chrétienne. D'une part le double danger de l'idolâtrie et des persécutions contraignit les chrétiens à s'exclure du pouvoir et de la société et à créer, en s'inspirant des règles de la société païenne, une structure propre dont ils dépendaient et dans laquelle ils plaçaient l'autorité - ce qui permettait d'ailleurs aux membres des classes élevées de la société de retrouver, à l'intérieur de l'Église, le rôle qu'elles exerçaient jusqu'alors dans le monde païen. D'autre part, en faisant dépendre le destin ultime de l'homme, c'est-à-dire le bonheur éternel ou la damnation, du contenu de la foi de chacun et de sa conduite morale, le christianisme rendait nécessaires l'unité de pensée dans l'Église et l'existence d'une autorité reconnue qui déterminât ce qu'il fallait croire et faire. Cette nécessité intrinsèque à la foi nouvelle fut encore renforcée par les controverses avec les gnostiques et les montanistes. Ainsi s'expliquerait l'apparition, à la fin du II* et au III« s., d'une structure ecclésiastique rigide à la tête de laquelle figure l'évêque, devenu l'ultime arbitre terrestre du destin éternel des chrétiens. L'A. étudie ensuite le témoignage que Tertullien et Cyprien nous livrent d'une telle évolution. Le premier insiste surtout sur la regulafîdei transmise par la tradition apostolique, et ne réserve pas l'autorité spirituelle à la hiérarchie ecclésiastique, dont le rôle est, à ses yeux, essentiellement administratif. En revanche Cyprien, du fait sans doute de sa personnalité et surtout des circonstances de son épiscopat, confie à l'évêque à la fois l'autorité administrative et

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l'autorité spirituelle ; ainsi la pénitence ne relève-t-elle plus d'une relation entre l'individu et Dieu, mais elle est régie et déterminée par les chefs de l'Église. Avec Cyprien, l'évêque - l'élu de Dieu - assume sa charge à la façon d'un gouverneur de province. Cette étude ambitieuse traite d'une question importante de l'histoire de l'Église et du christianisme, et en propose une solution intéressante et stimulante, qui peut également aider à comprendre le tournant constantinien. Nous ferions toutefois deux réserves. D'abord l'isolement des chrétiens et leur rupture avec le reste de la société ne doivent pas être exagérés, et l'A. aurait pu souligner davantage que, la question religieuse exceptée, les chrétiens se reconnaissaient membres à part entière de la société impériale. Ensuite les différences qu'il relève entre Tertullien et Cyprien peuvent aussi s'expliquer par leur différence de statut, seul le second étant évêque ; de même les silences de Tertullien sur l'organisation ecclésiale doivent être interprétés avec prudence : ainsi, à propos de la discipline pénitentielle, l'absence de documents suffisamment explicites sur le rôle de la hiérarchie ecclésiastique n'est-elle pas forcément l'indice d'une absence d'intervention des évêques. F. C. [N. B. Une version révisée de ce travail est parue en 1995 à Oxford, Clarendon Press (XVII334 p.)] 20. STRUBEL (Karl), Das Imperium Romanum im «3. Jahrhundert» : Modell einer historischen Krise ? Zur Frage mentaler Strukturen breiterer Bevölkerungsschichten in der Zeit von Marc Aurei bis zum Ausgang des 3. Jh. n. Chr., Stuttgart : Steiner, 1993, 408 p. (Historia. Einzelschriften, 75) La thèse d'habilitation qui est à l'origine de ce livre, soutenue à Heidelberg en 1989 sous le titre Mundus ecce mutât et labitur, a été réduite pour la publication, ce qui explique sans doute qu'il n'y ait pas de bibliographie générale, rassemblant les innombrables études indiquées dans les notes, et que le titre des articles mentionnés ne soit jamais donné. Nous avons affaire cependant à une véritable somme sur l'histoire des mentalités au IIIe siècle. K. S. s'interroge sur la validité de la notion de "crise", souvent utilisée depuis Gibbon pour caractériser cette période de l'Empire romain : de Marc Aurèle à la fin du III« siècle peut-on percevoir, dans les diverses couches sociales des populations de l'Empire, le sentiment d'une crise générale ? Il se méfie d'emblée des présupposés, notamment de l'idée moderne de développement et de crise, que l'on ne peut appliquer sans précaution à l'Antiquité. À la suite de R. MacMullen et A. Chastagnol, il insiste sur la nécessité de tenir compte des différences locales. Pour mener son enquête, il examine de très nombreux documents (références regroupées dans le copieux index des pages 389-408) : inscriptions, papyrus et monnaies, témoignages des auteurs chrétiens et païens contemporains ou postérieurs, littérature rabbinique, textes apocalyptiques en langue grecque et en langue copte. Il les replace minutieusement dans leur contexte historique et idéologique, de façon à interpréter avec le moindre risque d'erreur la manière dont les événements ont été perçus par les hommes de l'époque. Il analyse les textes avec finesse et prudence, tenant compte du genre littéraire et de l'intention des auteurs. Sa conclusion générale est qu'on ne peut parler globalement ni d'un "âge d'anxiété" (E. R. Dodds), ni de "la crise mondiale du IIIe siècle" (A. Alfòldi), ni de "la crise de l'Empire romain" (G. Alföldy). Un chapitre est consacré à Tertullien (p. 88-106). S'appuyant sur une lecture attentive de l'auteur et sur des études récentes, notamment celle de J.-C. Fredouille, Tertullien et l'Empire (cf. Chron. Tert. 1984, n° 18), K.S. voit dans l'œuvre de Tertullien, jusque dans la période montaniste, un témoignage d'optimisme temporel et de loyalisme : le monde ne s'achèvera pas tant que l'Empire subsistera, et celui-ci permet aux chrétiens d'attendre la Parousie dans la paix et le respect de la disciplina. Tertullien ne détecte jamais dans les événements vécus les signes précurseurs de la fin des temps, mais seulement les signes de la colère de Dieu, conséquence de la uera religio neglecta (Scap 3). Lorsqu'il affirme l'imminence du Jugement, c'est

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conformément à la tradition apostolique et ecclésiale, et dans un but parénétique (argumentation du De cultiï). Il est significatif que les exigences rigoristes du De fuga ne soient pas fondées sur l'annonce de l'imminence du Jugement et que la phrase «nunc per Paracletum componitur in maturitatem» appartienne à l'une des dernières œuvres (uirg 1). Le chapitre consacré à Cyprien (p. 145-184), plus détaillé encore, aboutit à des conclusions sensiblement analogues. K. S. se montre très réservé à l'égard des affirmations de G. Alföldy, son directeur de thèse (cf. Chron. Tert. 1989, n° 74) : non seulement il ne perçoit pas, comme celui-ci, une évolution de la pensée de Cyprien au cours de la persécution de Dèce, évolution manifestant une conscience de plus en plus grande de la crise, mais il lui paraît difficile de parler de crise et de conscience de la crise à partir de l'œuvre de l'évêque. Certes, la communauté carthaginoise a connu la persécution et l'épidémie de peste. Mais il n'y a pas lieu de parler d'insécurité générale en Afrique, sous prétexte que la Lettre 62 fait état d'une incursion barbare, ni de considérer comme des faits actuels toutes les calamités énumérées par Cyprien, notamment dans YAd Demetrianum. En réalité, les malheurs vraiment vécus ne sont jamais présentés par Cyprien comme des signes de l'imminence de la fin des temps : la persécution est décrite comme une punition et une épreuve, et les maux dont Démétrien rend responsables les chrétiens comme la conséquence de l'incrédulité des païens ; le De opere exhorte les chrétiens à réparer par leur générosité les ravages de la peste, et le De mortalitate ne fait aucune allusion à un cataclysme final, mais cherche à consoler les chrétiens en deuil et leur enseigne la bonne mort. Si le terme d'antéchrist est appliqué aux hérétiques, c'est que les chrétiens vivent dans la dernière période de l'histoire, inaugurée par le Christ et dont on ignore le terme, marquée par une intensification des attaques de Satan, dont les hérétiques sont les auxiliaires - mais cela n'a rien à voir avec l'Empire. À la différence des malheurs réels, les calamités convenues de la tradition prophétique et apocalyptique - présentées par cette tradition comme des signes eschatologiques -, sont retenues par Cyprien comme des arguments de foi fondés sur l'Écriture et comme des moyens rhétoriques, pour encourager au mépris du monde et à la conversion. Dans Y Ad Demetrianum, à des fins apologétiques et protreptiques, Cyprien conjugue deux visions décadentes du monde, l'eschatologie païenne représentant le monde à l'image d'un organisme vieillissant, et l'eschatologie chrétienne apocalyptique, mais le traité ne témoigne ni d'une crise ni de la conscience d'une crise (p. 171-184). La documentation de K. S. est si riche qu'on a scrupule à signaler l'absence de quelques publications importantes en langue française : les travaux de R. Braun, notamment ceux qui concernent la chronologie des traités de Tertullien ; le livre de L. Duquenne sur la chronologie des lettres de Cyprien ; les Actes du Colloque International du CNRS sur Le temps chrétien de lafinde Γ Antiquité au Moyen Age, Paris, 1984. S. D. 21. SELINGER (Reinhard), Die Religionspolitik des Kaisers Decius. Anatomie einer Christenverfolgung, Frankfurt am Main ; Berlin ; Bern, etc. : P. Lang, 1994, 229 p. (Europäische Hochschulschriften : Reihe 3, Geschichte und ihre Hilfswissenschaften, Bd. 617) [Diss. Wien, 1993]. L'ouvrage est bien une "anatomie" de la persécution de Dèce, qui est minutieusement présentée, étape par étape, région par région. Sont examinées en détail les questions suivantes (p. 77-140) : la date de la promulgation de l'édit et les dates de son application ; l'organisation des commissions et leur fonctionnement (convocation de la population concernée ; enregistrement ; délivrance des certificats de sacrifices ; poursuite et traitement des récalcitrants) ; l'identité des personnes concernées par la célébration religieuse ; la durée et les modalités de cette célébration. R. S. insiste ajuste titre sur les différences locales que nous permettent de percevoir les documents littéraires ou épigraphiques et les papyrus. Il montre bien également quel effort ont dû fournir les bureaux pour exécuter les prescriptions de l'édit, et

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compare les moyens mis en œuvre avec ceux qu'exigeaient les recensements de population (p. 112-119). La démarche et l'interprétation de R. S. rejoignent celles des historiens actuels. Il manifeste la même circonspection qu'eux vis-à-vis des sources chrétiennes : la haine de Dèce contre Philippe, qui aurait été favorable aux chrétiens, est une légende due à Eusèbe ; Dèce n'était pas l'Antéchrist que nous présente Cyprien. Son édit n'était pas dirigé contre les chrétiens, mais s'inscrivait dans la continuité de la politique religieuse des empereurs. Il devait être proche des rescrits ordonnant une supplicano pour célébrer le dies imperii, jour commémoratif de la proclamation par ses troupes de l'empereur au pouvoir ou de sa reconnaissance par le Sénat. R. S. insiste beaucoup sur ce point, établit un tableau comparatif des cérémonies décrétées par tous les prédécesseurs de Dèce pour leur dies imperii (p. 45-49) et donne en annexe de son étude le texte d'une trentaine de documents officiels relatifs à cette célébration. Si les évêques ont été menacés, ce n'est vraisemblablement pas en vertu d'une disposition particulière de l'édit, comme les chrétiens le laissent entendre - Dèce était plutôt préoccupé d'affermir l'État et son pouvoir -, mais en raison d'une notoriété qui les exposait à l'animosité des populations et des autorités locales (p. 141-177). Les communautés ont été plus éprouvées par les divisions consécutives à la persécution que par la persécution elle-même. Pour dater de décembre 250 la lettre que Cyprien adresse aux confesseurs romains, et de décembre 249 leur emprisonnement, et donc le début de la persécution à Rome, R. S. avance des arguments qui nous ont paru peu probants (p. 84 et n. 257). De la lettre de Cyprien il ressort nettement que ces confesseurs entament leur deuxième année d'incarcération. Nous savons d'autre part que leur arrestation est postérieure à \& passio de l'évêque Fabien (Chron. 354, MGH, AA, 9, p. 75). Fabien étant mort le 20 janvier 250, on est conduit à dater la lettre de la fin janvier 251 (L. Duquenne). R. S. voit un obstacle à cette datation dans la phrase de Cyprien «Eant nunc magistratus et cónsules siue procónsules, annuae dignitatis insignibus et duodecim fascibus glorientur. Ecce dignitas caelestis in uobis honoris annui claritate signata est...» (epist. 37, 2, 1). Mais le subjonctif n'indique pas forcément, comme le voudrait R. S., que l'entrée en charge des magistrats en janvier soit postérieure à la lettre, il souligne simplement une antithèse («les magistrats peuvent bien entrer en charge et se glorifier, mais vous ...»). Cyprien peut donc bien avoir écrit cette phrase fin janvier, et il n'y a pas lieu d'avancer à décembre le moment de l'incarcération des confesseurs romains et, pour cela, de donner à passio, dans la mention du Chronographe relative à Fabien, le sens inusité de "confession", comme le suggère R. S. Cette étude utile et assez bien documentée est gâchée par la présentation défectueuse des nombreuses citations latines qu'elle contient, imprimées de surcroît en caractères gras. Tantôt de fâcheuses "coquilles" rendent méconnaissables cas, accords, modalités verbales, tantôt le texte reproduit est si curieusement délimité qu'il devient inintelligible. S. D 22. PERETTO (Elio), La sfida aperta. Le strade della Violenza e della nonviolenza dalla Bibbia a Lattanzio, Roma : Boria, 1993, 348 p. Dans cette étude consacrée aux rapports de la violence et de la non-violence, conçue comme un refus actif de la violence et une recherche de réconciliation, le dernier chapitre traite des «premiers maîtres de la pensée chrétienne de langue latine» et accorde une place prépondérante à Tertullien (p. 250-292), à côté de Minucius Felix, Cyprien (p. 292-305), Novatien, Arnobe et Lactance. La question à laquelle sont soumis ces auteurs - et à laquelle nous sommes peut-être plus sensibles que ne l'étaient les penseurs de l'Antiquité - revient essentiellement, dans le cas de Tertullien, à étudier, une nouvelle fois, son attitude à l'égard de l'institution militaire. L'analyse des thèmes ou de l'argumentation d'un choix de traités, présentés, à quelques détails près, dans l'ordre chronologique, conduit l'auteur à souligner le raidissement progressif de la

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position du Carthaginois, qui trouve sa formulation la plus radicale dans Cor. Ainsi, sans refuser les métaphores militaires ni s'opposer à l'Empire lui-même, Tertullien invite à fuir le service militaire, pour la raison qu'il est aux antipodes de l'amour de Dieu et de son prochain, et que les serviteurs de l'amour et de la paix ne peuvent être au service d'une institution violente. On le voit, cette analyse, qui s'intègre dans un ouvrage plus général, n'offre pas de vues nouvelles sur Tertullien. Elle insiste peut-être abusivement sur son caractère "antimilitariste" et "pacifiste" (p. 289), et gagnerait sans doute en justesse si elle considérait plus attentivement ses préoccupations profondes. Par exemple à propos de Cor, l'article de J.-C. Fredouille sur l'argumentation (cf. Chron. Tert. 1984, n° 15) a notamment montré que Tertullien est somme toute moins intéressé par la question morale du port d'une arme, que par le danger idolâtrique, ce qui conduirait à nuancer l'analyse de Peretto.— À propos de Cyprien, l'auteur montre son attachement à la paix et à l'unité qui doivent s'exprimer dans la charité. Cela se manifeste, par exemple, dans son action réconciliatrice dans la communauté chrétienne entre les confessores et les lapsi, mais la paix peut aussi avoir une valeur théologique et spirituelle et désigner la sérénité intérieure due à la communion avec Dieu et le salut de l'âme. C'est donc un portrait sans surprise, mais juste, qui nous est proposé de l'évêque de Carthage. La lecture de ces monographies successives présente de l'intérêt, mais on souhaiterait que l'ouvrage fût tendu par une problématique plus forte et plus nette qui lui donnât une plus grande unité et mît mieux en évidence les clivages entre les personnalités et les époques. F. C. 23. HALL (Bruce W.), The Samaritans in the writings of Justin Martyr and Tertullian — Proceedings of the First International Congress of the "Société d'études Samaritaines", Tel Aviv, April 11-13, 1988, Tel-Aviv University, Chaim Rosenberg School for Jewish Studies, 1991, p. 115-122. B. H. avait préparé, sous la direction de A. D. Crown, une thèse intitulée Samaritan Religion from John Hyrcanus to Baba Rabba. A critical examination of the relevant material in contemporary Christian literature, the writings ofJosephus, and the Mishnah, Sydney, 1987. II publie ici, en les systématisant, ses observations sur deux des plus anciens auteurs chrétiens qui parlent de «res Samaritanae». Le bilan est décevant. Tertullien ne connaît des Samaritains que ce qu'en dit la Bible (alors que ses écrits révèlent parfois un contact direct ou indirect avec le judaïsme de son temps ; cf. Chron. Tert; 1977, n° 23). Quant à Justin, lui-même natif de Flavia Neapolis en Samarie, s'il parle plusieurs fois des habitants de cette contrée, il ne semble pas être au courant des croyances propres aux Samaritains. En effet, alors que ceux-ci ne reconnaissent que le Pentateuque, il affirme en / Apol. 53 qu'ils ont, tout comme les Juifs, reçu (et mal appliqué) le message des Prophètes. P. P. 24. RlVES (James B.), Tertullian on Child Sacrifice — Museum Helveticum, 51, 1994, p. 54-63. Nouvel examen du fameux passage ά'Αρ 9, 2-3 sur la suppression des sacrifices d'enfants en Afrique. Sans reprendre les problèmes habituels et qui, à ses yeux, «ne sont peut-être pas susceptibles d'une solution» (celui du proconsulatus Tiberii, celui de la militia patris ou patriae), ΓΑ. veut mettre en garde contre l'interprétation que Tertullien suggère - et qui serait communément admise - d'un arrêt de ces sacrifices par l'effet d'une action politique et militaire de Rome. En fait, la documentation archéologique apporte la preuve que ces pratiques, en dehors de Carthage du moins, étaient déjà en déclin au IIe siècle avant Jésus-Christ ; l'annexion de l'Afrique à l'Empire a probablement hâté cette disparition, mais plus par suite d'une pression sociale et politique indirecte que d'une exclusion autoritaire appuyée par une action armée (p. 61). Dans ces conditions, la mise en croix des prêtres de Saturne évoquée par le texte ne doit

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pas être rapportée à une campagne d'ensemble : elle ne peut être qu'un événement isolé, appartenant à un passé récent - et Tertullien la rappellerait pour donner faussement l'impression qu'elle a déterminé la fin des sacrifices d'enfants en Afrique. Dans ce développement où il pratique la rétorsion du grief de sacramentum infanticida, il y aurait eu de sa part «manipulation rhétorique» et adaptation d'un catalogue d'exemples de sacrifices humains - qui se retrouvent ailleurs chez lui et chez d'autres - dans l'intention de montrer que de tels comportements, reprochés aux chrétiens, font partie du paganisme contemporain.— Sans faire beaucoup avancer 1'elucidation du passage, cette tentative, qui comporte bien des hypothèses, montre en tout cas combien il est délicat de vouloir traiter comme sources historiques des textes littéraires engagés dans des perspectives démonstratives et rhétoriques. R. B. 25. BRAUN (René), La femme d'Hasdrubal : un exemplum historique de Tertullien à Orose — Nomina rerum. Hommage à Jacqueline Manessy-Guitton (cf. n° 15), p. 87-95. La conduite héroïque de la femme (anonyme) d'Hasdrubal, qui au siège de Carthage en 146 av. J.-C. se jeta dans les flammes avec ses deux enfants pour mieux stigmatiser la lâcheté de son époux, est un exemple de vertu païenne qu'utilisent Tertullien (Nat 1, 18, 3 ; 2, 9, 13 ; Mart 4, 5), Jérôme (in Eph. III, 5, v. 25 ; adu. Iouin. I, 43 ; epist. 123, 7) et Orose (Hist. 4, 23, 4). Le dossier était connu, mais alors qu'on insistait surtout sur le courage que suppose un tel suicide par le feu (est-ce à un tel exemple que fait allusion saint Paul en / Cor. 13, 3 ? cf. F. J. Dölger, Antike und Christentum, 1, 1929, p. 262), R. B. a le mérite de resituer les textes dans une tradition historiographique et d'analyser le sens que Y exemplum prend chez chaque auteur. La filiation spirituelle avec Didon est particulièrement présente chez les deux Africains. Tertullien dépasse la simple opposition entre héroïsme féminin et faiblesse masculine pour souligner l'élan patriotique et la fierté d'une femme et d'un mère. Et pour Jérôme, apôtre de la castitas, la courageuse Carthaginoise devient une de ces veuves «quae mortuis uel occisis uiris superuiuere noluerunt ne cogerentur secundos nosse concubitus» (adu. Iouin. 1,43). P. P. 26. UGENTI (Valerio), Tertulliano, Giuliano e l'inzegnamento delle lettere classiche— Rudiae. Ricerche sul mondo classico, 5, 1993, p. 153-159. Les deux textes utilisés dans cette étude, Idol 10, 4-7 et Julien, epist. 61C, sont bien connus, et cités par ex. par H.-I. Marrou, Histoire de l'éducation dans l'Antiquité, Paris, 19656, p. 461-464. Le mérite de V. U. est de montrer qu'un chrétien et un païen convaincus ont recouru, à quelque 150 ans de distance, à des argumentations analogues. L'enseignement de la littérature classique par un professeur païen est, aux yeux du premier, une trahison, un «catéchisme des idoles », et à ceux du second, un manque total de loyauté, une attitude de boutiquier sans scrupule. Les deux sont d'accord pour accorder à l'élève chrétien l'accès aux saecularia studia : une nécessité pour Tertullien, qui envisage des contre-poisons ; pour Julien, c'est la bonne voie, qu'il ne faut surtout pas fermer aux enfants. Malgré la différence des contextes, la conclusion est la même : «il est permis aux chrétiens d'étudier, mais non d'enseigner les classiques» (p. 159). P. P. 27. URINE (Ali), Cérès, les Cereres et les sacerdotes magnae en Afrique : quelques témoignages épigraphiques et littéraires—L'Afrique, la Gaule, la Religion à l'époque romaine. Mélanges à la mémoire de Marcel Le Glay, Bruxelles : Latomus, 1994, p. 174-181, 2 pi. (Collection Latomus, 226). A. D. retient le témoignage de Tertullien pour confirmer l'information qu'apportent, sur l'appellation sacerdotes magnae, certaines inscriptions africaines, selon lesquelles il s'agirait des prêtresses de Cérès. En effet plusieurs passages (Ux I, 6, 4 ; Cast 13, 2 ; Mon 17, 3)

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soulignent la chasteté et l'âge avancé des femmes consacrées à Cérès, deux traits caractéristiques de ces sacerdotes magnae d'après les témoignages épigraphiques. Cela confirme l'image d'un Tertullien qui connaît bien sa terre natale et dont les informations sont généralement fiables. On peut regretter parfois l'imprécision d'un article qui nous prive du texte latin des citations de Tertullien, empruntées même, dans certains cas, à la traduction ancienne de Genoude et dépourvues de l'indication du numéro de paragraphe. F. C. 28. TuRCAN (Robert), La "Physica Ratio" des "Lions" mithriaques . Tert., Marci, 13,5 — «Foi - Raison - Verbe». Mélanges in honorem Julien Ries, Luxembourg : Centre Universitaire de Luxembourg, Département des Lettres, Séminaire d'Etudes Anciennes, 1994, p. 239-250 (Numéro spécial du Courrier de l'Éducation Nationale). Après avoir souligné la variété des traductions qui ont été données de sicut aridae et ardentis naturae sacramenta leones Mithrae philosophantur, R. T. propose avec justifications historiques et linguistiques une interprétation originale : Tertullien aurait en vue ici les rites initiatiques (sacramenta) des Mithriastes, rites consistant en une épreuve du fer ardent (évoqué par aridae et ardentis naturae) et parallèles au "sacrement de l'eau" qu'est le baptême (Bapt 1,1). D'autre part, les "Lions" de Mithra joueraient le rôle de sujet dans la proposition qu'il faudrait comprendre ainsi : «tout comme les Lions de Mithra expliquent allégoriquement leurs sacrements de la nature aride et brûlante». Ce rôle d'instructeurs ou de catéchistes assigné aux Lions serait confirmé par une inscription du Mithraeum de S. Prisca.— Outre le caractère hypothétique de ce rôle, la principale difficulté de la nouvelle interprétation, c'est qu'elle ne tient pas compte de certaines indications du contexte. La proposition litigieuse prend place à la fin d'une longue phrase qui a multiplié les parallélismes en les soulignant d'homéotéleutes : Tertullien y vise les théoriciens ou exégètes du paganisme (uulgaris superstition ; après l'explication "naturaliste" des dieux traditionnels (figurans Iouem... Iunonem... Vestam... Camenas... Magnam Matrem...), il passe aux dieux des religions orientales, avec les deux exemples d'Osiris et de Mithra ; il utilise dans ces deux cas un verbe au pluriel, dont le sujet est à tirer de uulgaris superstitio. Il est clair que le sujet at philosophantur reste le même que celui de argumentantur. Ces deux termes associent "dialectique" et "philosophie" pour indiquer des explications rationnelles venues du "siècle", comme sont associés, en Res 5, 1, rhetoricari et philosophari. D'autre part, la notion de symbole qui domine tout le développement depuis figurans suggère de prendre sacramenta dans ce sens. On comprendra donc que ce sont les tenants de ce système d'explication qui allégorisent philosophiquement les Lions de Mithra et voient en eux les symboles du feu. Du verbe rare qu'est philosophari, il n'y aura pas lieu de s'étonner que Tertullien l'emploie avec un attribut du complément d'objet ou avec une proposition infinitive où esse est sous-entendu. La construction & argumentan aussi, dans la proposition symétrique, est inhabituelle. R. B. 29. BESKOW (Per), Tertullian on Mithras — Studies in Mithraism. Papers associated with the Mithraic Panel organized on the occasion of the XVIthCongress of the International Association for the History of Religions, Rome 1990, Roma : L'Erma di Bretschneider, 1994, p. 51-60 (Storia delle religioni, 9). S'interrogeant sur la valeur des informations de Tertullien à propos du mithriacisme, P. B. procède en particulier à l'analyse des deux principaux témoignages que sont Cor 15, 3-4 et Praes 40, 1-5. Il montre que la terminologie utilisée par Tertullien est délibérément empruntée au christianisme, afin de présenter les pratiques religieuses païennes comme des contrefaçons diaboliques des mystères chrétiens. Si l'on doit par exemple admettre, de la lecture du second texte (difficile et suscitant depuis longtemps l'interrogation des spécialistes du mithriacisme), l'existence dans les mystères d'un rite du bain et du signe, et reconnaître dans la cérémonie de

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la couronne celle décrite dans Cor 15, P. B. explique que le terme oblado ne désigne toutefois pas un rite de communion : il a plutôt été choisi pour évoquer ce que Tertullien croit être une imitation païenne de la cérémonie chrétienne. De même on ne peut déduire avec certitude de l'expression imaginem resurrectionis inducit (Praes 40, 4) l'existence d'une cérémonie mithriaque de résurrection, mais elle atteste en revanche que Tertullien voyait dans la naissance de Mithra d'un roc une contrefaçon du thème chrétien de la résurrection. Cette étude a donc le mérite d'inviter à une saine prudence dans la lecture des témoignages de Tertullien, qui nous apprennent autant sur le Carthaginois lui-même et ses préoccupations, que sur le mithriacisme. Les mêmes conclusions sont tirées de Cor 15, 3-4 où sacramentum, sans être un terme technique des mystères, désignerait le serment du néophyte mithriaque afin de mieux suggérer le rapprochement avec le rite baptismal chrétien, qui porte souvent ce nom chez Tertullien. L'analyse est cependant ici moins pertinente, dans la mesure où, dans le passage, le mot signifie avant tout le serment militaire, même si une discrète allusion au baptême n'est pas impossible. On peut regretter d'autre part que P. B. n'ait pas adapté la traduction de Cor 15, 3-4 qu'il emprunte à un volume de la collection The Fathers of the Church pour la faire correspondre au texte qu'il reprend de l'édition de J. Fontaine, assez sensiblement différente de celle de Kroymann. Dans le même passage il faut en outre lire temptatus et non temptus, écrit par erreur. F. C.

ACTES DES MARTYRS
30. SAXER (Victor), Afrique latine — Hagiographies. Histoire internationale de la littérature hagiographique latine et vernaculaire en Occident des origines à 1550, 1, Turnhout : Brepols, 1994, p. 25-95 (Corpus Christianorum). Vue panoramique sur l'ensemble de l'hagiographie africaine, bien documentée, même si l'A. a oublié, par mégarde, d'évoquer la Passio S. Victoris (BHL 8565). Les premiers chapitres sont consacrés respectivement aux Actes des martyrs Scillitains (p. 29-33), à la Passion de Perpétue (p. 33-35), aux «Documents sur le martyre de Cyprien» (p. 35-43), aux Passions de Marien et Jacques et de Lucius et Montan (p. 43-49).— L'étude la plus complète sur les listes des Scillitains est celle de Fabio Ruggiero, // problema del numero dei martiri Scilitani (cf. Chron. Tert. 1988, n° 30), qui n'a pas été reproduite dans l'édition que le même auteur (cité par V. S. sous le nom fautif de Ruggieri) a donnée en 1991. La bibliographie sur la Passion de Perpétue est ici réduite au minimum : le développement des études sur les femmes a pourtant fait sortir cette œuvre du cercle étroit des spécialistes et suscité des commentaires qui ne sont pas tous répétitifs (cf. Chron. Tert. 1989, n° 35 et 37 ; 1992, n° 29 ; 1993, n° 27, etc.). Si l'on confond le proconsul défunt de la Passio Ludi et Montani (6, 1) avec le juge de Cyprien, Galerius Maximus (cf. p. 38 et 48), on doit admettre que ce dernier mourut non de la maladie qui l'avait contraint au repos (Acta Cypriani, 2, 3), mais de mort violente, à la suite d'une émeute (Passio Ludi, 2, 1). Les pages les plus originales - anticipant une étude parue dans Orbis romanus christianusque... Travaux sur l'Antiquité Tardive rassemblés autour des recherches de NoëlDuval, Paris : De Boccard, 1995, p. 237-251 - sont consacrées à la Vie de Cyprien par Pontius, dont V. S. défend, de façon énergique et probante, l'authenticité. F. D. 31. KESSLER (Andreas), Der Angriff auf die Augen Perpetuas. Versuch einer Deutung von Passio Perpetuae 3,3 — Peregrina curiositas. Eine Reise durch den orbis antiquus. Zu Ehren von Dirk Van Damme (cf. n° 12), p. 191-201.

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L'A. s'attache à expliquer un détail du texte (§ 3, 3). Pourquoi le père de Perpétue, rendu furieux par la profession de foi de sa fille («Me dicere non possum nisi quod sum, Christiana»), a-t-il tenté de lui arracher les yeux («Mittit se in me, ut oculos mihi erueret») ? D'après la science antique (De physiognomonici, Pline), les yeux étaient la partie du corps la plus précieuse, révélatrice des sentiments ou même résidence de l'âme ; ils occupaient aussi une grande place dans le langage affectif (Plaute, Térence) et la poésie amoureuse (Catulle, Martial). En manifestant son attachement au Christ, Perpétue a défié son père, comme elle devait ensuite, par la force de son regard, faire baisser les yeux de la foule (§ 18, 2 : «vigore oculorum deiciens omnium conspectum»). Celui-ci répond à une telle provocation, en s'attaquant à ce qui, pour lui, manifeste la trahison de safilleet l'attachement pernicieux à un rival, le Christ. F.D. 32. MCKECHNIE (Paul), St. Perpetua and Roman Education in A. D. 200— L'Antiquité classique, 63, 1994, p. 279-291. Que signifient les mots «liberaliter instituía» que le rédacteur de la Passion emploie, en 2, 1, à propos de Perpétue ? L'A. cherche à répondre à cette question, en s'appuyant à la fois sur la Passio et sur l'ensemble des sources latines relatives à l'instruction des jeunes filles. Perpétue, qui est âgée d'environ 22 ans, se montre capable d'argumenter comme de rédiger un texte en prose rythmique : elle avait donc, au minimum, suivi jusqu'au bout l'enseignement d'un grammaticus, soit à la maison, soit dans une école ouverte aux deux sexes. D'après les témoignages connus, un tel niveau n'avait rien d'exceptionnel et n'est pas à interpréter, en l'occurrence, comme un indice d'excentricité paternelle. La jeune femme possédait en outre une culture biblique plus vaste que ne l'ont dit certains modernes.— Malgré les spéculations ingénieuses de l'A., je vois mal comment on pourrait préciser la durée de la catéchèse de Perpétue ou l'âge que celle-ci avait lors de son mariage. La plus récente édition commentée du texte n'est pas celle de J. W. Halporn, Bryn Mawr, 1984, mais celle d'A. A. R. Bastiaensen (cf. Chron. Ten. 1987, n° 3). F. D. 33. PERKINS (Judith B.), The «Passion of Perpetua» : a Narrative of Empowerment— Latomus, 53, 1994, p. 837-847. Analyse détaillée du journal et du martyre de Perpétue. Dans ses rêves, la jeune femme se voit capable de monter jusqu'au ciel, d'ôter la souffrance de son frère, de vaincre au combat un athlète masculin. Cela lui donne confiance en son pouvoir et lui permet d'affronter victorieusement l'autorité de son père comme celle de l'État. L'imagerie de la dernière vision (changement de sexe, piétinement du visage de l'Égyptien) manifeste cette subversion fondamentale. La Passion de Perpétue renverse, comme celle des martyrs de Lyon, les structures hiérarchiques de la société antique. Ce n'est pas un hasard si les personnages qui devraient en principe être les plus faibles (femmes, esclaves, vieillard) y sont au centre du discours.— L'exposé est bien conduit, mais l'A. insiste trop sur la résistance à une «gender-based hierarchy» : Perpétue ne lutte pas, en tant que femme, contre des pouvoirs masculins, mais contre les exigences des païens, avec la force et la liberté de qui a revêtu l'homme nouveau. Les citations latines sont affectées d'un nombre inquiétant de coquilles. F. D. 34. MILLER (Patricia Cox), Dreams in Late Antiquity. Studies in the Imagination of a Culture, Princeton : Princeton University Press, 1994, XII-273 p. Ouvrage ambitieux, qui cherche à renouveler la compréhension des textes antiques en exploitant des grilles de lecture contemporaines. Le rêve y est conçu, sur un mode actif, comme une relecture de la vie, une sorte de kaléidoscope où des fragments d'expérience personnelle

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sont recomposés en figuration nouvelle de la personnalité (p. 128). La première partie, thématique, traite des théories, des interprétations et de la valeur curative des rêves ; la seconde commente les visions et songes d'Hermas, Perpétue, Aelius Aristide, Jérôme, enfin des deux Grégoires (de Nazianze et de Nysse). Le chapitre consacré à Perpétue (p. 148-183) offre d'abord un excellent état de la question : les diverses interprétations des rêves de la jeune femme y sont rappelées et classées en fonction de l'importance qu'elles accordent aux éléments bibliques. L'A. propose ensuite sa propre analyse, à partir d'outils conceptuels empruntés à deux féministes, Julia Kristeva et Luce Irigaray (langage carnavalesque, masculinité sous-jacente au langage). Ces clés de lecture sont assurément originales, mais la question est de savoir si, dans une société différente de la nôtre, elles ouvrent la porte ou faussent la serrure. Dans la première vision, P. C. M. insiste sur la connexion établie par l'échelle entre le pasteur et le serpent phallique («beneath the paternal position lurks a phallic figure of destruction» ; il sera plus loin question du «sinister shepherd»). Si Dinocrate - le jeune frère mort du cancer à sept ans - est séparé de Perpétue par un abîme, c'est que «the male is so cancerous that no approach by the female is possible». La victoire finale sur l'Égyptien manifeste que «when the female is in the ascendant, elevated above the foul figure of repressive structures, that foul figure succumbs to the liberating rebellion of what it had marginalized». En conclusion, ce qui meurt, dans le rêve, est «the master narrative of theological doctrine that so devalued female identity».— Afin de ne pas trahir une pensée cohérente et vigoureuse, mais étrangère à mon sexe, j'ai préféré multiplier les citations textuelles. Si l'on accepte le postulat initial (le conflit homme-femme des sociétés postmodernes existait déjà dans l'Afrique du III^ siècle), l'exposé est intelligent et brillant. Dans la mesure où des faits majeurs nous échappent (comme la personnalité du mari de Perpétue, que la Passion n'évoque jamais), j'avoue ma préférence pour une approche du texte plus modeste et d'un féminisme moins provocant. F. D. 35. DELÉANI (Simone), La «Vita Cypriani» — Connaissance des Pères de l'Église, 56, Décembre 1994, p. 9-13. Loin d'être l'œuvre d'un "esprit stérile" et d'un "écrivain médiocre", la VCy révèle chez son auteur, le diacre Pontius, une certaine culture classique et biblique, une bonne connaissance des règles de composition et d'élocution. Mais c'est surtout la cohérence du dessein et la validité du témoignage que S. D. défend et éclaire par une analyse fouillée, en tout point convaincante. Elle souligne la nouveauté du projet par rapport à la Passio Perpetuae qui est la référence affichée : l'objet de la VCy est de proclamer, dans leur valeur exemplaire, "les œuvres et les mérites" de l'évêque martyr, considérés comme sa passion, le martyre proprement dit n'étant que le couronnement accordé par Dieu en récompense. Ainsi s'explique que le récit soit construit, avec des raccourcis saisissants, autour de trois pôles (élection episcopale, proscription de 250, martyre) qui sont les trois degrés de gloire d'un acheminement vers le sommet de la grâce. Mais la VCy ne s'est pas voulue "histoire", "séquence chronologique" comme le fait bien voir une comparaison avec les Acta proconsularia à propos de la mort de l'évêque (étude parue dans La narrativa cristiana antica, Rome, 1995, p. 465477). Si elle emprunte certains procédés au genre biographique, elle n'est pas une biographie : des faits sont omis, la durée est occultée, tout ce qui ne contribue pas à manifester la sainteté du personnage est écarté. En revanche, l'interprétation véhiculée par le commentaire l'emporte sur la narration. Un tel projet s'enracine d'ailleurs dans la spiritualité martyriale de Cyprien luimême (une vie consacrée à Dieu comme substitut du martyre). R. B.

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36. SESBOUÉ (Bernard), WOLINSKI (Joseph), Le Dieu du Salut, Paris : Desclée, 1994 (Histoire des Dogmes, l). Dans le premier volume de cette nouvelle Histoire des Dogmes qui veut «synthétiser les résultats les meilleurs des découvertes acquises» depuis Tixeront (p. 10), le chapitre De l'économie à la "Théologie" (IIIe s.) est dû à J. W. ; les pages 186-203 qu'il consacre à «économie et théologie trinitaire chez Tertullien» s'appuient essentiellement sur les travaux de J. Moingt. Sont cités et commentés avec précision les principaux textes de Prax qui traitent de l'unité de substance, de la démonstration du nombre en Dieu, de la naissance du Fils à l'extérieur, de sa génération à l'intérieur (comme Sagesse), de l'origine éternelle du Fils et de l'Esprit. Contre la thèse de Harnack qui voyait là une «trinité économique» destinée à revenir à son unité originelle, J. W. fait valoir justement que «les économies ne réalisent pas la distinction des personnes, mais la manifestent» (p. 198). On appréciera aussi sa conclusion, toute en nuances, sur l'apport de Tertullien à la formulation du dogme, sur son rôle par rapport aux grands conciles du IVe siècle qu'il anticipe sans toutefois donner à "substance" et "personne" leur plein sens théologique.— Mais p. 191 (dernière ligne) et p. 192 (titre), à propos du vocabulaire de la particularité, il conviendra d'écarter "espèce" et d'adopter "aspect" pour traduire species, comme le fait d'ailleurs très bien la suite de l'argumentation. R. B. 37. GONZALEZ (Justo L.), Christian Thought revisited. Three types of theology, Nashville : Abingdon, 1989, 185 p. Présenté comme l'appendice d'un vaste ouvrage en trois volumes du même auteur History of Christian Thought paru en 1970-1975 (2e éd. 1987) - cet essai soutient la thèse qu'il existe trois types de théologie : A. une théologie fondamentaliste (ou légaliste) illustrée par Tertullien ; B. une théologie libérale (d'inspiration philosophique) incarnée en Origene ; C. une théologie pastorale (centrée sur l'histoire du salut), dont Irénée est le plus eminent représentant. À ce troisième type vont les sympathies de l'A. qui le juge le mieux adapté aux problèmes et inquiétudes de notre temps. La première moitié du livre tente de justifier par des analyses cette typologie dont est reconnu d'ailleurs le caractère «nécessairement schématique» (p. 32). Sont évoqués, chapitre après chapitre : 1) Dieu, la création, le péché originel ; 2) le salut ; 3) l'usage de l'Écriture. Chaque fois, des résumés synoptiques visent à faire apparaître les différences essentielles entre ces trois types de pensée théologique. Certes, ce n'est qu'au prix de durcissements et de jugements approximatifs que Tertullien peut être montré comme un théologien dont la perspective de base se résumerait dans le mot Loi (p. 32), dont le Dieu serait essentiellement «juge et législateur» (p. 39). Reprenant des vues de Harnack aujourd'hui dépassées, l'A. affirme l'origine juridique de sa formulation trinitaire (p. 38), et sans connaître les travaux de G. Hallonsten (cf. Chron. Tert. 1984, n° 25), il lui attribue la paternité de la doctrine classique de la satisfaction. Concernant l'utilisation de l'Écriture, on ne manquera pas de trouver floues ou même inconsistantes les distinctions posées entre "code moral", "prophétie" (pour le type A), "allégorie" (pour B), "typologie", "prophétie" (pour C). Sans être inintéressant en soi, ce genre d'exercice ne peut guère faire avancer la connaissance de la pensée patristique. R. B. 38. KlNZIG (Wolfram), Novitas Christiana. Die Idee des Fortschritts in der alten Kirche bis Eusebius, Göttingen : Vandenhoeck und Ruprecht, 1994, 702 p. (Forschungen zur Kirchenund Dogmengeschichte, 58).

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Les historiens s'accordent à penser que, si la notion de progrès ne fut pas complètement inconnue de l'Antiquité classique, elle s'est développée à l'époque chrétienne, et W. K. a entrepris de tracer l'histoire de cet essor, des origines chrétiennes jusqu'au tournant constantinien. Laissant de côté la notion de progrès individuel et spirituel, il montre comment le concept de nouveauté, appliqué à l'histoire collective de l'humanité entraînée vers un mieux, s'est forgé dans les controverses des chrétiens avec les païens, les juifs et les hérétiques. Dès le milieu du IIe siècle on voit s'ébaucher la conception d'une histoire du salut, dans laquelle le christianisme, religion nouvelle, constitue une étape décisive. Par la suite, les penseurs de la fin du IIe s. et du lile s. - Irénée, Tertullien, Clément, Origene et Arnobe - approfondissent cette interprétation de l'histoire comme une avancée salvifique pour l'humanité, et ils la complètent par une double réflexion sur le progrès de la civilisation et sur la place qu'occupent, dans cette histoire divine, l'Empire romain et le pouvoir temporel. La perspective de ces penseurs reste cependant essentiellement rétrospective. Lactance et Eusèbe viendront couronner cette réflexion préparatoire au tournant constantinien, chacun à sa manière, le premier en s'appuyant davantage sur la tradition, le second de façon plus théologique en intégrant pleinement Constantin dans le plan salvifique de Dieu. En considérant, dans la perspective des concepts de nouveauté et de progrès, les thèmes que la littérature préconstantinienne a développés, cette étude très riche parvient à les mettre en relation et à dégager, à partir d'eux, l'unité de la pensée chrétienne de cette époque. L'A. ne cède pourtant à aucun systématisme et sait reconnaître que d'autres voies étaient possibles, comme celle qu'a empruntée Hippolyte en adoptant une perspective non pas "progressiste", mais "apocalyptique". À propos de Tertullien, l'A. montre, après d'autres, qu'à côté de passages sur l'éternité ou l'ancienneté de la vérité, lud met en valeur la nouveauté du christianisme et le progrès de la Loi, qui, nécessité par la rupture avec la loi adamique qu'a causée la chute, aboutit finalement au christianisme. Avec le montanisme, l'idée de progrès prend chez Tertullien une valeur ecclésiologique, dans la mesure où le progrès réalisé avec les chrétiens par rapport à la Loi mosaïque est poursuivi à l'intérieur de l'Église avec l'évolution de la disciplina sous l'influence du Paraclet. Appliquée exclusivement au peuple de Dieu, l'idée de progrès n'a donc pas chez Tertullien de valeur universelle. Quant aux passages sur le progrès de la civilisation, particulièrement Pal 2, 6-7, W. K. les juge, de façon d'ailleurs discutable, seulement ironiques et peu susceptibles de nous informer sur la position exacte de Tertullien à l'égard de la civilisation de son temps. F. C. 39. THÖNNES (Hans Werner), Caelestia recogita et terrena despides : altkirchliche Apologetik am Beispiel Tertullians im Vergleich mit modernen Entwürfen, Frankfurt am Main ; Bern, etc. : P. Lang, 1994, XX-256 p. (Europäische Hochschulschriften. Reihe 23, Theologie, Bd 505). Cette étude, qui emprunte son titre à Ux I, 4, 8 - il n'eût pas été inutile de l'indiquer au lecteur -, est consacrée à la façon dont Tertullien conçoit la supériorité du christianisme sur la religion païenne, et consiste essentiellement en un recensement organisé des principaux arguments apologétiques. Il s'agit en particulier de montrer comment ueritas Christiana et disciplina s'impliquent mutuellement et fondent l'argumentation apologétique. L'A. cite abondamment Tertullien, ce qui fait regretter l'absence de tout index. Un rapide dernier chapitre tente de mettre en relation la démarche du Carthaginois avec celle qui est à l'œuvre dans quelques ouvrages récents de théologie fondamentale. F. C. 40. HOFFMAN (Daniel Lee), The status of woman and gnosticism in Irenaeus and Tertullian, Ann Arbor : University Microfilms international, 1994, IX-313 p. [Diss. Miami Iniversity 1992]

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Cette Dissertation pour le doctorat de philosophie se propose d'examiner et de réfuter la thèse développée principalement par Elaine Pagels : d'après ses travaux les groupes gnostiques auraient accordé dans leurs communautés un statut élevé aux femmes, en relation avec le rôle majeur que jouent les images féminines dans les textes cosmologiques et théologiques gnostiques ; en réaction, l'église orthodoxe se serait plu à dénigrer la femme et l'aurait cantonnée à une place subalterne. D. L. H. a construit son argumentation en trois temps. Il montre d'abord que les textes gnostiques témoignent à l'unanimité d'un regard négatif sur les femmes. En revanche la lecture des écrivains chrétiens du lie siècle, particulièrement d'Irénée, atteste le rôle relativement important dévolu aux femmes dans les communautés orthodoxes ; il semble en outre qu'aucun texte de l'évêque de Lyon ne confirme l'idée d'une prépondérance féminine chez les gnostiques. Enfin l'analyse des œuvres de Tertullien, que E. Pagels avait elle-même fortement sollicitées, aboutit au même résultat. Cette dernière partie, qui réexamine notamment certains passages traditionnellement utilisés par les tenants d'un Tertullien misogyne, conteste une telle image : pour Tertullien le statut ontologique de la femme n'est pas inférieur à celui de l'homme ; l'affirmation de Cult I, 1 doit être replacée dans son contexte et mise en parallèle avec les autres passages où Adam est présenté comme le responsable de la chute ; Tertullien accorde à la femme un rôle important tant dans le mariage que dans l'Église ; enfin son ralliement au montanisme suppose son acceptation de la place prépondérante qu'occupaient les femmes dans ce mouvement, à commencer par les deux prophetesses Prisca et Maximilla. Quant aux témoignage de Tertullien sur les groupes gnostiques, ni Praes 41, 5 ni Β apt 17, 4-5 ne permettent de conclure que les femmes occupaient une fonction officielle dans les églises hérétiques, ni que les hommes et les femmes y aient été égaux. Sur bien des points l'analyse prudente de l'A. emporte l'adhésion, et l'idée générale qu'il défend nous paraît vraie : l'intransigeance de l'Église sur le rôle des femmes n'est pas aussi appuyée qu'on l'a dit et, de toute façon, il ne s'agit pas d'une réaction dirigée contre l'organisation des groupes hérétiques. À propos de Tertullien il recourt, à juste titre mais de façon peut-être trop exclusive, à l'étude de F. F. Church (cf. Chron. Tert. 1976, n° 26), et l'on peut regretter que sa documentation ne dépasse pas, pour l'essentiel, les ouvrages en langue anglaise. L'interprétation qu'il propose de la place de la femme chez Tertullien s'accorde, dans l'ensemble, avec les études récentes sur cette question rebattue, mais D. L. H. tend à exagérer, pour les besoins de sa cause, le rôle que Tertullien accorde aux femmes à l'intérieur de l'Église et à insister abusivement sur le texte de Marc V, 8, 11. D'autre part certains travaux récents sur la femme dans l'Église ancienne eussent permis parfois d'assurer davantage l'analyse, en particulier de mieux relativiser l'attitude de l'Église en l'ancrant dans une tradition ancienne issue de la société et de la philosophie païennes (cf. Chron. Tert. 1989, n° 35 ; 1990, n° 41). Enfin, pour terminer par une remarque de détail, dans Praes 41, 5 l'impudence exprimée par V&djecûf procaces ne consiste pas dans l'absence de voile ou la tenue indécente des femmes hérétiques (p. 248), mais plutôt dans l'audace même d'enseigner, de discuter et d'exorciser. F. C. 41. TlBILETTI (Carlo), Postilla sul tema dell'anima cristiana per natura (Tertulliano, Apol. 17, 6) — Augustinianum, 34, 1994, p. 447-454. Revenant sur le thème cental de Test (cf. Chron. Tert. 1993, n° 32) pour en souligner une fois encore l'originalité, C. T. trace un rigoureux parallèle entre la preuve cosmologique de l'existence de Dieu par le consensus omnium (philosophique, déduite de l'expérience externe, expression d'une opinion des masses) et la preuve par le témoignage de l'âme (théologique, directe et immédiate, expérience interne d'une âme isolée). Les deux ne sont pas homogènes et la seconde a valeur prééminente : avec sa physionomie et sa caractéristique propres, elle n'est pas la reprise ou la retouche d'une autre forme d'argumentation. R. B.

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42. URÍBARRI BILBAO (Gabino), Monarquía. Apuntes sobre el estado de la cuestión — Estudios eclesiásticos, 69, 1994, p. 343-366. Prolégomènes d'un travail doctoral (Madrid, 1994) en cours de publication. On sait que, après son emploi par Aristote et Philon, la "monarchie" comme désignation du monothéisme a servi aux apologètes, puis aux théologiens chrétiens des IIe et 111° siècles, qui ont eu pour tâche de la concilier avec l'affirmation trinitaire en l'articulant sur la notion d'"économie'\ C'est dans ce débat que s'inscrit Prax. Après un rappel des travaux trinitaires récents (Rahner, Moltmann, Pannenberg) et un tableau des hérésies adoptianistes et modalistes, l'A. passe en revue toutes les études qui ont été consacrées au concept de monarchie dans cette controverse. Curieusement, les contributions françaises (la nôtre, celle de J. Moingt) sont ignorées. Le terme de monarchiani ayant été plaisamment forgé par Tertullien en Prax 10, 1 (cf. Deus Christ., p. 72, n. 2), il n'y aura pas à s'étonner que cette désignation ne se rencontre pas pour un groupe d'hérétiques dans l'ancienne Église (p. 352, p. 355, p. 363). L'article se termine par une Propositio énonçant les objectifs de l'investigation. L'A. se propose notamment de montrer le caractère trinitaire de monarchia, telle que l'ont entendue apologètes et théologiens à l'exception de Praxéas, et d'établir aussi que Tertullien la comprend à partir de sa racine métaphysique comme μία αρχή malgré la présence d'éléments politiques dans la justification de son point de vue. Avant même de lire la démonstration, nous souscrivons à de telles conclusions. R. B. 43. URÍBARRI BILBAO (Gabino), Las teofanias veterotestamentarias en Justino, «Dial.» 129 y Tertuliano, «Prax.» 11-13 Un caso de continuidad en la argumentación exegética antimonarquiana—Miscelánea Comillas, 52, 1994, p. 305-319. Les trois citations de Gen. 3, 22, Gen. 19, 24 et Prov. 8, 22 sont sélectionnées par Justin (Dial. 129) pour constituer des preuves dans sa polémique contre une variante, sans doute d'origine juive, de ce qui deviendra le "monarchianisme" : ces textes illustrent la différence entre générant et généré, et la pluralité dans la divinité. Avec la même interprétation, ils reparaissent en Prax quand il s'agit pour Tertullien d'établir l'altérité du Père et du Fils (11,3; 12, 1-2; 13, 4). Certes, ils s'y trouvent dispersés parmi d'autres textes, repris aussi au Dial, ou inaugurés dans cette controverse. Mais on sera sensible à l'argument que constitue l'accord entre Dial. 129, 2 (refus d'une lecture "tropologique") et Prax 13, 4 (non accipienda quemadmodum scripta sunt). D'autre part ailleurs, quand ces textes sont cités par Tertullien ou par Irénée, ils ne sont jamais l'objet d'une exégèse aussi nettement "antiprémonarchienne". L'A. est donc fondé à voir prouvé par là qu'il a existé une continuité exégétique en ce sens dans le traitement des théophanies ; fondé aussi à repousser la thèse récemment soutenue (R. M. Hübner) d'un monarchianisme qui aurait été la foi normale de l'Église aux IIe et IIIe siècles. Que pour établir les dossiers de Prax Tertullien'ait pas utilisé Dial, ne surprendra nullement. R. B. 44. CLÉMENT (Marcel), Tertullien : aristotélicien malgré lui ?—Homme Nouveau, n° 1022, du 20 février 1994. Malgré sa tendance à surévaluer la formation juridique de Tertullien, à sous-estimer inversement sa connaissance de la philosophie, et aussi à négliger toute la tradition ecclésiastique dont il est tributaire, cet article de journal, dû à l'auteur d'une Histoire de Γ intelligence, fournit une assez bonne présentation de l'apport théologique de l'Africain qui a su, en employant de façon adéquate les notions de substance et de personne, préparer les formulations définitives de la foi. R. B. 45. CALOGIURI (Roberto), La veste il sole il raggio : metaforica dell'incarnazione e modelli di unità sostanziale in Tertulliano — Sangue e antropologia nel Medioevo. Atti della VII

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settimana, Roma, 25-30 novembre 1991, Roma : Centro Studi Sanguis Christi, 1993,1.1, p. 367-394 (Collana «Sangue e antropologia», 8). De ce long article où R. G. se propose de montrer comment Tertulien a défendu la novitas chrétienne face à de possibles parallèles païens (destin d'Héraclès ; culte de Mithra, etc.), on retiendra surtout l'analyse des métaphores par lequelles le Carthaginois évoque l'incarnation du Christ, cette novitas monstruosa {Marc III, 13, 4) sans précédent dans la mythologie païenne : la chair comme vêtement dont se revêt le Christ (induere cameni) ^ qui lui-même sera le vêtement des fidèles dans le baptême (deum induere) - le Fils comme rayon issu du soleil (Apol 21, 11-12) - la source qui ne souffre pas d'une pollution de l'eau qui en est jaillie (Prax 29, 6).— On est surpris que l'A. n'ait pas tiré partie des développements consacrés à ce sujet par R. Braun, Deus Christianorum2, en particulier p. 310-317 et 708 (avec la bibliographie) ou par T. P. O'Malley, Tertullian and the Bible. Language - Imagery - Exegesis, Nijmegen, 1967, p. 94-98. P. P. 46. CALOGIURI (Roberto). «Figura sanguinis» : interpretazione figurale e attitudine metaforica in Tertulliano — Sangue e antropologia nel Medioevo (cf. n° 45), 1.1, p. 395-416. Marcion se proposait de séparer l'Ancien et le Nouveau Testament. Tertullien maintient avec force la continuité de la Bible, en montrant le rapport typologique entre la Loi et l'Évangile, rendu sensible grâce à des métaphores auxquelles Marcion est aveugle (Marc IV, 40, 3 : il "ne comprend pas" [non intellegens] la figura corporis Christi que comporte la prophétie de Jérémie 11, 19). Même risque d'incompréhension pour la Pâque, où s'affirme la similitudo entre le sang de l'agneau et celui du Christ (Marc V, 7, 3). A ce propos, remarques sur le concept de similitudo d'après Marc V, 14, 3 et 18, 9 : Tertullien semble avoir «anticipé les règles d'une correcte interprétation métaphorique élaborées par la sémantique la plus récente» (p. 412). Les aenigmata évoquées en Marc III, 5, 3 doivent être comprises à la fois comme des signes et comme des métaphores. P. P. 47. SEAGRAVES (Richard), Cyprian on Continence and Chastity—Peregrina Curiositas. Eine Reise durch den orbis antiquus. Zu Ehren von Dirk Van Damme (cf. n° 12), p. 203-213. On attendrait une étude lexicale : R. S. rassemble en effet les passages de Cyprien contenant les mots continentia, castitas, uirginitas. En fait, il limite sa recherche à l'observation suivante : chez Cyprien, la "notion" de continence s'applique aux hommes comme aux femmes, aux vierges et aux veuves, et même aux couples mariés (epist. 55, 20, 2) ; étroitement associée à celle de patience, elle concerne la vie chrétienne tout entière. S. D.

HÉRÉSIES
48. FREND (W. H. C), Montanismus — Theologische Realenzyklopädie, 24, 1994, p. 271279. Synthèse dense, précise et prudente des connaissances actuelles sur ce mouvement : sources et origine, développement jusque vers 230, passage en Afrique du Nord avec Tertullien et, après lui, avec le donatisme, survie en Phrygie (avec le problème des inscriptions de Tembrios), évolution tardive, et pour finir, état des questions. Le grand historien de l'Église ancienne reprend, pour l'essentiel, la substance de son rapport de 1983 : cf. Chron. Tert. 1984, n° 32 ; également Chron. Tert. 1988, n° 38. R. B.

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49. DRIVER (Charles Berry), The historical and theological features of resurgent Montanism and their effect upon American Christianity, Ann Arbor : University Microfilms International, 1994, [VII-] 182 p. [Diss. Mid-America Baptist Theological Seminary 1990] L'objet principal de cette dissertation est de montrer les tendances montanistes - dans un sens large - des différents mouvements qui coexistent dans la chrétienté américaine. Seuls les deux premiers chapitres (p. 4-40) intéressent la présente chronique. On y trouve décrit à larges traits et de seconde main le mouvement qui a pris naissance en Phrygie et dont les caractéristiques sont la pratique de l'inspiration directe, l'ascétisme, l'attente du royaume millénaire, le rôle ecclésiastique des femmes. Sur l'adhésion de Tertullien à la Nouvelle Prophétie, l'A. suit les vues de G. L. Bray (cf. Chron. Tert. 1979, n° 30). R. B. 50. ALEXANDER (James S.), Novatian/Novatianer — Theologische Realenzyklopädie, 24, 1994, p. 678-682. État actuel - détaillé et prudent - des questions suivantes : le schisme de Novatien et le développement ultérieur du novatianisme dans diverses régions de l'Empire ; l'attribution et la datation des œuvres. J. S. A. ne s'attarde ni sur le contenu de celles-ci, ni sur la pensée de l'auteur. Lire auctoris et non auctorius, p. 682,1. 3. La Correspondance de Cyprien a été publiée par L. Bayard en 1925 : la date de 1961-1962 est celle de la seconde édition (p. 682,1. 6). Ne sont mentionnées dans la bibliographie, ni l'édition commentée du De Trinitate, avec traduction en italien, due à V. Loi («Corona Patrum», 1975), ni l'étude de P. Mattei, L'anthropologie de Novatien. Affinités, perspectives et limites — Revue des Études Augustiniennes, 38, 1992, p. 236-259 (voir Chron. Tert. 1992, n° 39). S. D.

SURVIE
51. MlCAELLI (Claudio), Tertulliano nel quarto secolo : Vittorino di Pettau e Vittricio di Rouen —Studi classici e orientali, 43, 1993 [paru en 1995], p. 251-262. Avec son rare talent de "sourcier", C. M. continue de démasquer les auteurs antiques qui se sont inspirés, sans le dire, du premier Père de l'Église latin (cf. Chron. Tert. 1985, n° 56 et 1989, n° 13 et 70). Sa première partie est à vrai dire quelque peu décevante, car l'emprunt manifeste que Victorin de Poetovio fait à ΓApologétique (17, 1) avait été signalé il y a 30 ans par J. Mehlmann, «Tertulliani Apologeticum a Victorio Petavionensi citatum», dans Sacris Erudiri, 15, 1964, p. 413-419, et le sujet vient d'être traité avec une tout autre ampleur dans la thèse de Martine Dulaey (cf. Chron. Tert. 1993, n° 50). En revanche, en démontrant que pour décrire la foi des ascètes et des martyrs Victrice de Rouen s'est inspiré de res (8, 4-5, à rapprocher de laud, sancì. 12), C. M. révèle le premier emploi en Gaule d'une œuvre du Carthaginois. En prime, si l'on peut dire, il signale p. 256 un nouvel emprunt de Grégoire d'Elvire à Tertullien (Apol 2, 8 - tract. 7, 9), non signalé dans l'édition Bulhart (CCL 69).P. P. 52. REBENICH (Stefan), Insania circi. Eine Tertullianreminiszenz bei Hieronymus und Augustin — Latomus, 53, 1994, p. 155-158. Tertullien condamne les spectacles de son temps pour leur origine idolâtrique, mais aussi pour l'immoralité propre à chacun des genres : «nihil enim nobis dictu, uisu, auditu cum insania circi, cum impudicitia theatri, cum atrocitate arenae, cum xysti uanitate» (Apol 38,4). Cette présentation quadripartite sous-tend un partie de Spect (ch. 16 à 19) et reparaît dans des formules bien frappées en Spect 20, 5 et Pud 7, 15. Elle sera imitée ou copiée avec plus ou

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moins de pertinence par Salvien, Gub. 6, 60 (cf. J.-P. Waltzing, «Tertullien et Salvien», Le Musée Belge, 19-24, 1920, p. 43) et par Isidore de Seville, Orig. 18, 59 (cf. M. Klussmann, Excerpta Tertullianea in Isidori Hispalensis Etymologiis, Hamburgi, 1892, p. 31-32). C'est en particulier le quatrième spectacle, le stade, qui leur a posé problème. Il est significatif que Tertullien lui-même le laisse parfois de côté pour se concentrer sur les trois autres, dont l'immoralité était plus immédiatement compréhensible (Mart 2, 7 ; Marc I, 27, 5). C'est cette triade qu'on retrouve chez Jérôme (ep. 43, 3 ; in Is. 7, 17, 12/14 ; vita Hilar. 2) et chez Augustin (sermo 198, sur lequel on verra maintenant Recherches Augustiniennes, 26, 1992, 90-141). La formule insania circi (et variantes) qui apparaît plusieurs fois chez ce dernier est sans doute un lointain écho de Tertullien ; en revanche la simple mention (sans jugement moral) du groupe "cirque, théâtre, amphithéâtre" ne permet guère de supposer une filiation. P. P. 53. ClPRIANI (Nello), L'ispirazione tertullianea nel «De libero arbitrio» —// mistero del male e la libertà possibile : lettura dei Dialoghi di Agostino. Atti del V seminario del Centro di Studi Agostiniani di Perugia, Roma : Institutum Patristicum Augustinianum, 1994, p. 165-178 (Studia Ephemeridis Augustinianum, 45). L'unité et la composition du De libero arbitrio peuvent s'expliquer par la lecture qu'Augustin a faite de l'œuvre de Tertullien, particulièrement de Marc. Ainsi la distinction, qui ouvre et fonde le traité, entre le mal que nous faisons, fruit du libre arbitre de notre volonté, et le mal que nous subissons et qui relève du juste châtiment de Dieu, trouve-t-elle sa source dans Marc II, 12-14. La division en trois livres, loin d'être un remaniement postérieur, appartient au projet même de l'ouvrage et provient des trois idées développées dans Marc II, 5-9 : le mal est une œuvre humaine et non divine (Livre I); la liberté humaine n'est incompatible ni avec la bonté de Dieu (Livre II) ni avec la prescience et la toute-puissance de Dieu (Livre III). À l'intérieur de ce schéma, N. C. repère encore l'influence de Tertullien dans la doctrine du péché originel, telle qu'elle est évoquée dans Marc II, 8-11 et An 40, 1 et 41, 3-4. Enfin la méthode du Credo ut intelligas, exposée dans le traité augustinien, est elle-même déjà suggérée dans Marc IV, 27, 9. F. C. 54. KAMPTNER (Margit), Die "Metamorphose" des hi. Cyprian bei Prudentius (Peristephanon, 13) — Wiener Studien. Zeitschrift für klassische Philologie und Patristik, 107/108, 1994/95, p. 533-540 (= ΣΦΑΙΡΟΣ, Hans Schwabl zum 70. Geburtstag gewidmet). L'utilisation d'Ovide par Prudence a été bien plus étendue qu'on ne l'a dit jusqu'ici. M. K. en apporte la preuve à propos de l'hymne 13 sur saint Cyprien, qui met en œuvre les techniques poétiques de la contamination et du contraste. Par une étude fouillée des v. 28-31 (transformation physique et morale du héros dépouillant sa jeunesse pécheresse pour passer au Christ), elle montre la présence de souvenirs précis non seulement de Metam. 15, 253-257 (sur le thème général de la métamorphose), mais aussi des poésies erotiques (A. A. 3, 74 et 77, Am. 3, 4, 43 et 14, 15-16) : ce qui servait à des thèmes frivoles et légers, Prudence le retourne pour dire le sérieux de l'engagement chrétien. Ces considérations permettent aussi de justifier le choix de la leçon seuerum au lieu de seueram pour le v. 29. R. B.

RÉIMPRESSIONS
55. TERTULLIANO, Apologetico, a cura di A. Resta Barile, Milano : Arnoldo Mondadori, 1994, XXIX-227 p. (Classici greci e latini).

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Réimpression d'une édition recensée dans Chron. Terî. 1981, n° 1. Son prix (14000 lires, soit moins de 50 FF) la met hors compétition. P. P. 56. FRANZ (Marie-Louise von), Passio Perpetuae. // destino di una donna tra due immagini di Dio : sogni e visioni di una martire cristiana [traduzione di José F. PADOVA dall'originale tedesco], Como : Red edizioni, 1994, 112 p. (Immagini del profondo, 62). Traduction italienne d'un essai publié par une disciple de C. G. Jung à Zurich en 1951 (et réimprimé en 1982). En préface (p. 7-13), une spécialiste de neuropsychiatrie, Ida Regina Zoccoli Francesini, introduit les lecteurs à l'univers de Perpétue. Excepté des renvois systématiques à l'édition italienne des œuvres de Jung, aucun effort de mise à jour n'a été tenté : il aurait pourtant été facile de signaler l'excellent commentaire d'A. A. R. Bastiaensen, paru naguère chez Mondadori (cf. Chron. Tert. 1987, n° 3). Notons que Félicité n'est pas «una schiava negra ... che il proprio figlio porterà con se al supplizio, ancora dentro il suo seno» (p. 7). De ce même essai, il existait déjà une version française (cf. Chron. Tert. 1991, n° 58). F. D. 57. S AXER (Victor), Pères saints et culte chrétien dans l'Église des premiers siècles, Aldershot, Hampshire : Variorum, 1994, XII-298 p. (Collected Studies Series, 448). Réimpression de quinze articles, parus entre 1959 et 1985. En avant-propos, l'A. évoque à quelles occasions ces diverses études ont été rédigées. Plusieurs concernent Tertullien, Cyprien ou les Actes des martyrs d'Afrique, mais aucune n'a fait ici l'objet d'une recension, parce que les unes sont antérieures à 1975 (début de la Chron. Tertullianea) et les autres à 1985 (début de la Chron. Cyprianea). En voici les titres, selon la numérotation du volume : IV. 'Figura corporis et sanguinis Domini' : une formule eucharistique des premiers siècles chez Tertullien, Hippolyte et Ambroise (1971) - V. L'eucharistie chez Tertullien (1971) - VI. La date de la Lettre 1 (66) de Cyprien au clergé et au peuple de Furni (1977) - Vili. La professione di fede del martire negli Atti autentici dei primi tre secoli (1982) - XII. Die Ursprünge des Märtyrerkultes in Afrika (1984) - XIII. Zweck und Ursprung der hagiographischen Literatur in Nordafrika (1984) - XIV. Reflets de la culture des évêques africains dans l'œuvre de saint Cyprien : problèmes et certitudes (1984). Des astérisques, ajoutés dans les marges, incitent les lecteurs à se reporter aux addenda et corrigenda. Sept index (manuscrits, auteurs païens, citations bibliques, auteurs chrétiens, auteurs modernes, noms de personnes et de lieux) facilitent beaucoup la consultation. En complément aux articles IV-V, il aurait été utile de renvoyer à l'étude de Pier Angelo Gramaglia, // linguaggio eucaristico in Tertulliano (cf. Chron. Tert. 1984, n° 8). F. D.

NECROLOGIE
58. Le 4 février 1995 mourait brutalement, à l'âge de 82 ans, Carlo Tibiletti - un des meilleurs spécialistes de Tertullien. Né à Turin le 7 mai 1913, il fut très tôt attiré par la spiritualité salésienne et ordonné prêtre en juin 1940. Tout en enseignant dans divers établissements, il fréquenta l'Université des Lettres Classiques de Turin où il fut l'élève du futur cardinal M. Pellegrino : cette circonstance l'orienta de façon décisive vers l'approfondissement critique et spirituel de la pensée chrétienne antique. Son édition commentée du De testimonio animae en 1959 (rééditée avec compléments en 1984) a inauguré une activité scientifique mise au service principalement des aspects philosophiques et moraux des écrits patristiques - et qui a toujours été de haut niveau. Sa belle étude Verginità e matrimonio in antichi scrittori cristiani, parue dix ans après, traitait cette délicate question en

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l'insérant dans la perspective de l'histoire du salut : elle devait avoir rapidement l'honneur d'une seconde édition (cf. Chron. Tert. 1983, n° 24). Mais c'est Tertullien qui est resté l'auteur de prédilection de Carlo Tibiletti. Il ne s'est pas contenté d'éclairer de multiples façons son message sur le "témoignage de l'âme" dont il a marqué l'originalité par rapport à la philosophie, dont il a détecté les prolongements chez les Lériniens, chez Pelage. Il a renouvelé notre connaissance d'autres ouvrages de l'Africain, comme le De praescriptionibus haereticorum (cf. Chron. Tert. 1991, n° 6). Bien des problèmes précis - littéraires, historiques, textuels - ont bénéficié de son érudition, de son infatigable labeur. De ce labeur fait foi l'importante bibliographie de la Raccolta di Studi que ses collègues et amis lui ont offerte lors de sa retraite (cf. Chron. Tert. 1989, n° 72) - et les lecteurs de notre Chronica le connaissent bien, puisque de 1975 à 1993, nos volumes ont recensé vingt-trois titres à son nom ! Professeur à l'Université de Macerata de 1975 à 1983, Carlo Tibiletti avait misfinà son activité enseignante en 1988, mais sans ralentir son travail intellectuel qui s'est poursuivi jusqu'à sa mort en contributions diverses : périodiques, ouvrages collectifs, dictionnaires, etc. J'avais eu le plaisir de faire sa connaissance en 1981, pendant un colloque de l'Augustinianum. Depuis, nous entretenions une correspondance régulière. Lecteur assidu de nos chroniques, il m'écrivait encore, au début de janvier, pour me dire son impatience de recevoir notre dernière livraison. C'était un homme doux, discret, d'une grande modestie, d'une extrême affabilité : il était particulièrement attentif à couvrir, par sa réserve, la richesse de son monde intérieur. Heureusement, de cetterichesse,il a su faire profiter sa production scientifique. René BRAUN

Revue des Études Augustiniennes, 42 (1996), 295-320

Chronica Tertullianea et Cyprianea 1995
Cette chronique continue et complète la Chronica Tertullianea parue dans la Revue des Études Augustiniennes depuis 1976 (productions de 1975). Elle a changé de nom et de domaine depuis 1986, et embrasse désormais toute la littérature latine chrétienne jusqu'à la mort de Cyprien. Elle ne traite que des publications datées de 1995. En effet, les omissions que nous avons pu relever seront réparées dans un volume récapitulatif, à paraître dans le courant de 1997, qui regroupera les vingt premières livraisons (1975-1994), d'importants compléments et suppléments, ainsi que les index nécessaires. Les références se font désormais sous la forme : CTC 92, 3 ; les renvois au volume se présentent ainsi : CTC compi, (compléments aux chroniques publiées) ou CTC suppl. (suppléments pour les années 1975-1984) ; on précise suppl. SC (Cyprien), SH (textes hagiographiques), SM (Minucius Felix), SN (Novatien). Cette année encore, nous avons bénéficié de l'aide d'amis fidèles. Nous remercions en particulier MM. Pierre-Paul Corsetti et Pierre Dufraigne, ainsi que la 'Zweigstelle' de L'Année philologique à Heidelberg.
René BRAUN — Frédéric CHAPOT — Simone DELÉANI François DOLBEAU — Jean-Claude FREDOUILLE — Pierre PETTTMENGIN

ÉDITIONS
1. NARDI (Carlo), // millenarismo. Testi dei secoli /-//, Fiesole : Nardini, 1995, 274 p. (Biblioteca patristica, 27). La collection dirigée par Mario Naldini et Manlio Simonetti propose un nouveau dossier thématique sur un point important de la théologie paléochrétienne, cette fois-ci le millénarisme. Suivant un modèle éprouvé (cf. CTC 88, 6), il comprend une introduction nourrie et un choix de textes grecs et latins, munis d'une présentation, d'une traduction italienne et de notes. Le dossier va du Nouveau Testament à Tertullien. Une place de choix y est réservée à l'Apocalypse et à Irénée, représentant par excellence du millénarisme asiate ; les sources traitant de l'eschatologie montaniste, si importante pour Tertullien, sont malheureusement peu

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nombreuses. Les adversaires du millénarisme, qui ont triomphé au IIIe siècle grâce aux progrès de l'exégèse allégorique, et les derniers tenants de la doctrine (Lactance, Victorin de Poetovio, Commodien) sont simplement évoqués dans l'introduction. Compte tenu de l'intérêt que les savants portent aux thèses millénaristes, et de l'espoir qu'elles font naître périodiquement dans des cercles plus larges, on est heureux d'avoir sous la main cette riche anthologie des textes originaux. Les passages de Tertullien (Spect 30, 1-2 ; Res 25, 1-3 ; An 35, 3 ; 37, 4 ; 58, 8 ; Marc III, 24, 1-9, 11-13 ; Mon 10, 4) sont cités d'après les meilleures éditions, mais sans apparat critique. On regrettera qu'il y ait vraiment trop de fautes d'impression aux p. 234 et 236 : lire en Marc ΙΠ, 24, 7 multitudinem ; Iacob f ilium suum ; en 9, supprimer et (innixum), etc. Les remarques de critique textuelle que fait E. Evans sur Res 25, 2 (dans son édition, Londres, 1960, p. 254) auraient mérité d'être citées ; sa présentation synoptique des emprunts faits à l'Apocaplypse est plus parlante que la combinaison un peu compliquée offerte par C. N. : citations en italiques ; appels de note dans la traduction ; références dans les notes. P. P.

INSTRUMENTS DE TRAVAIL
2. FREDE (Hermann Josef), Vêtus Latina. Kirchenschriftsteller. Verzeichnis und Sigel. Repertorium scriptorum ecclesiasticorum latinorum saeculo nono antiquiorum siglis adpositis quae in editione Bibliorum Sacrorum iuxta veterem latinam versionem adhibentur. 4. aktualisierte Auflage, Freiburg : Herder, 1995,1049 p. (Vetus Latina, VI). 3. DEKKERS (Eligius), Clavis Patrum Latinorum qua in Corpus Christianorum edendum óptimas quasque scriptorum recensiones a Tertulliano ad Bedam commode recludit E. D. Editio tertia aucta et emendata, Steenbrugis : in abbatia Sancii Petri ; [Turnholti :] Brepols, 1995, XXXI-934 p. (Corpus Christianorum. Series Latina). Il y aurait quelque ridicule à présenter longuement deux instruments de travail irremplaçables, que les patristiciens utilisent depuis des dizaines d'années : la première édition du Verzeichnis (=KV), due à Dom Bonifatius Fischer, date en effet de 1949 ; celle de la Clavis (=CPL), publiée déjà par Dom Dekkers, l'a suivie de deux ans. Ils constituent le socle bibliographique sur lequel se sont élevées deux grandes entreprises de notre siècle : la Vetus Latina de Beuron et le Corpus Christianorum, Series latina, de Steenbrugge. Il suffira de rappeler ici que ces deux répertoires, qui ont pour objet d'inventorier tous les textes patristiques latins et d'en indiquer les éditions de référence, sont en fait complémentaires et unis par un jeu subtil de concordances. Le KV embrasse aussi un domaine absent de la CPL, celui des traductions latines d'œuvres grecques, que recense la Clavis Patrum Graecorum de M. Geerard ; il a un lien fort avec le Thesaurus Linguae Latinae, dont il indique systématiquement les abréviations. La CPL permet l'accès à des éditions dépassées mais combien utiles, comme la Patrologia Latina, et à une foule d'encyclopédies et de répertoires. Ses indications bibliographiques, très à jour, présentent de façon concise les principales études sur les textes et leur transmission : les lecteurs de la CTC y trouveront, comme nous, de précieuses indications sur les quelque 80 œuvres qu'elle est amenée à * surveiller'. Basé sur une connaissance inégalée des anciennes versions de la Bible et de leurs citations par les Pères, le KV donne parfois des indications originales sur des problèmes d'authenticité, de datation ou de sources : on verra par ex. la notice consacrée à YAduersus Iudaeos de Tertullien (p. 766). La CPL en tient compte, mais garde sa liberté de jugement, comme le montre la discussion du De singularitate clericorum (n° 62). Les deux éminents bibliographes s'accordent en général sur le choix des éditions à citer, une divergence, comme dans le cas du De virginibus velandis ou de la Cena Cypriani, doit inviter à la réflexion. P. P.

CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA PRÉSENTATIONS D'ENSEMBLE

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4. MORESCHINI (Claudio), NORELLI (Enrico), Storia della letteratura cristiana antica greca e latina, T. l,Da Paolo all'età costantiniana, Brescia : Morcelliana, 1995,619 p. Le titre de ce fort volume en suggère aussitôt le double mérite : les auteurs ne considèrent pas les deux littératures chrétiennes, grecque et latine, comme deux traditions parallèles indépendantes ; ils font remonter l'origine de cette littérature au Nouveau Testament, sans omettre du reste les textes apocryphes. Les patristiciens apprécieront cette présentation et cette conception qui évitent la dichotomie entre monde grec et monde latin, mais qui a cependant l'inconvénient d'ignorer le contexte culturel et littéraire païen. Les écrivains relevant plus directement de la Chronique (Tertullien, Minucius Felix, Cyprien, Commodien, Novatien) occupent une centaine de pages (p. 451-550). Sobrement écrites, celles-ci nous ont paru, dans l'ensemble, justes et informées.— Ajouter à la bibliographie : p. 467, G. Sanders et M. Van Uytfanghe, Bibliographie signalétique du latin des chrétiens, Turnhout, 1989 ; O. García de la Fuente, Introducción al latín bíblico y Cristiano, Madrid, 1990 ; p. 480, G. Eckert, Orator Christianus. Untersuchungen zur Argumentationkunst in Tertullians Apologeticum, Stuttgart, 1993. Le Dictionnaire de Spiritualité commencé en 1937 (p. 14 et 19) est désormais achevé ; p. 15, la REAug et les ReeAug méritaient sans doute d'être signalées parmi les revues de patristique. J.-C. F. 5. AZZALI BERNARDELLI (Giovanna), Gli Africani : Tertulliano, Cipriano, Arnobio, Lattanzio — Storia della Teologia, T. 1, Dalle origini a Bernardo di Chiaravalle, a cura di Enrico dal Covolo, Bologna : Centro Editoriale Dehoniano ; Roma : Edizioni Dehoniane, 1995, p.121146. Dans le premier tome de cette ambitieuse histoire de la foi chrétienne et de l'inteUigence de cette foi, qui va du Nouveau Testament à Karl Rahner, Tertullien apparaît souvent (comme on le constate grâce à un index fort bien fait), notamment pour sa réfutation des hérétiques (cf. Giuseppe Visona, Gli scritti antieretici : la teologia tra ortodossia ed eresia, p. 63-79, en particulier p. 66-71) et pour sa christologie (cf. Manlio Simonetti, La cristologia prenicena, p. 147-179, en particulier p. 164-166). Toutefois il revenait à G. A. B. de présenter l'homme et les grandes options de sa théologie, construite autour des combats qu'il livre contre les païens et surtout contre les hérétiques, et formulée dans une langue qu'il a largement contribué à former. L'A. examine successivement sa doctrine et sa terminologie trinitaires, sa christologie, qui met en valeur la nature humaine du Christ, et son ecclésiologie. Le thème de l'unité de l'Église, présent chez Tertullien, sera fondamental pour un pasteur comme Cyprien, confronté aux problèmes posés par la pénitence des lapsi et le rebaptême des hérétiques. G. A. B. lui consacre des pages éclairantes où elle cite abondamment des textes fameux (Unit 5-6 ; Don 14). Si grand que soit à d'autres points de vue l'intérêt de leurs œuvres, les deux «intellectuels» qui ont suivi ont peu apporté à l'élaboration de la théologie chrétienne. P. P. 6. FREDOUILLE (Jean-Claude), L'apologétique chrétienne antique : métamorphoses d'un genre polymorphe — Revue des Études Augustiniennes, 41, 1995, p. 201-216. Dans cette conférence présentée au dixième congrès de la FIEC (août 1994), J.-C. F. revient, pour les élargir et les approfondir, sur les vues qu'il avait développées précédemment (cf. CTC 92, 12) à propos du genre littéraire de l'apologétique chrétienne. C'est par une erreur de perspective que les historiens de cette littérature situent l'âge d'or du genre au IIe siècle. En fait les plus grandes apologies sont postérieures (Préparation évangélique, Institutions divines, Thérapeutique des maladies helléniques, Cité de Dieu). Conduisant ses analyses sans disjoindre

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littérature grecque et littérature latine, il démontre d'abord que jusqu'à la paix de l'Église, l'apologétique a été un discours de substitution empruntant sa mise en œuvre à des cadres institutionnels ou à des genres existants selon la personnalité des auteurs et les contingences locales. C'est ainsi que ΓApologeticum (ou Apologetici^) de Tertullien paraît bien avoir été conçu par son auteur comme une «lettre ouverte» Ad praesides et parallèle à ce que sera quelques années plus tard YAd Scapulam. En choisissant pour titre Octauius, Minucius, lui, a voulu intégrer solidement à la lignée du dialogue antique son ouvrage qui n'en est pas moins, par le fond, un échantillon de l'apologétique. La seconde partie est essentiellement consacrée aux transformations du genre à l'époque constantinienne et postconstantinienne, quand le rapport de force entre christianisme et paganisme change, puis s'inverse. Cette seconde apologétique n'emprunte plus aux mêmes genres littéraires et se diversifie en spécifications subgénériques. Ce que Jérôme appelait les libri contra gentes relève de la littérature polémique : ils sont souvent dirigés contre tel ou tel intellectuel païen et/ou son œuvre antichrétienne. Ce fut le cas des «contre-discours» suscités par le Contre les Galiléens de l'empereur Julien. De défensive, l'apologétique se fait alors accusatrice - et on l'observe notamment quand elle s'associe à d'autres genres comme la poésie (avec Prudence) et l'histoire (avec Orose). Pleine d'observations fines et d'idées neuves, comme de rapprochements significatifs avec des faits littéraires situés en amont ou en aval, cette «pérégrination» à travers un secteur de la littérature chrétienne qui reste spécifique - malgré tous les liens formels le rattachant au patrimoine classique - se termine par une réflexion sur les quatre œuvres tenues chez les modernes pour des réussites insurpassées du genre : quelle qu'ait été l'originalité de leur propos et de leur ambition, elles n'en ont pas moins été conçues par leurs auteurs respectifs comme structurellement liées à l'ancienne apologétique et relevant des écrits contra gentes selon la classification de Jérôme. R. B.

ÉTUDE D'UNE ŒUVRE
7. URIBARRI BILBAO (Gabino), Arquitectura retórica del Adversus Praxean di Tertulliano — Estudios Eclesiásticos, 70, 1995, p. 449-487. On sait combien les traités de Tertullien sont imprégnés de rhétorique, et la confrontation de ses œuvres, même les plus théologiques, avec les règles recueillies dans les manuels de rhétorique permet de mieux en dégager la composition et, du même coup, de mieux en comprendre l'intention profonde. C'est une telle analyse que G. U. B. applique à Prax. Reconnaissant dans ce traité un ouvrage polémique, il souligne le rôle essentiel et central qu'y joue l'exégèse scripturaire. Celle-ci occupe en effet le cœur du traité (chap. 11-26) et a pour tâche de révéler si, dans la Bible, l'unicité de Dieu implique, par delà la pluralité des noms Père et Fils, une identité. Pour cela Tertullien emprunte à la rhétorique la division des status legales et cherche successivement à montrer l'absence d'ambiguïté des textes qui évoquent la distinction Père-Fils (11-16) et à réfuter l'interprétation que les hérétiques donnent de certains textes suggérant, à première vue, l'identification Père-Fils (17-26, scriptum et uoluntas). Cela acquis, l'A. remonte du centre à la périphérie pour montrer que les chapitres précédents et suivants préparent ou prolongent la démonstration scripturaire. Ainsi les chapitres 3-10, 6 ont valeur de réfutation préparatoire (praesumptiones) en levant les principaux obstacles à la bonne intelligence de l'Écriture : définition des mots monarchia, filius (an sit ? quid sit ? quomodo sit ?) et alius. Quant aux chapitres 27-30, ils consolident la réfutation en s'attaquant à un avatar de la thèse patripassienne, le "filiopatrisme" - dont nous avouons toutefois avoir mal compris la spécificité. La démarche de l'A. est donc légitime et féconde. Cependant, le danger d'enfermer l'œuvre dans un cadre trop rigide ne nous semble pas complètement évité lors de la discussion

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sur la place du chap. 17 (p. 469-470), destinée, de façon un peu artificielle, à déterminer si celui-ci appartient à la confirmation ou à la réfutation. À nos yeux, il s'agit d'un chapitre de transition entre l'étude des textes qui parlent clairement de la distinction Père-Fils et l'analyse de ceux qui, à cause de leur ambiguïté trop grande, étaient utilisés par les patripassiens : encadrée par les phrases conclusives de la fin du chap. 16 et introductives du chap. 18, l'évocation de textes montrant que le Fils agit et parle au nom du Père permet de justifier l'application au Fils des dénominations du Père et fonde donc la bonne intelligence de passages comme Apoc. 1, 8, qui affirment l'unité de Dieu et appartiennent au corpus patripassianorum. Il y a là un glissement qui, sans rupture, conduit le lecteur de la confirmation à la réfutation. F. C. 8. CECCON (Maurizio), Note sulla cronologia del De opere et eleemosynis di Cipriano di Cartagine — Quaderni del Dipartimento difilologia,linguistica e tradizione classica (Università degli studi di Torino), Bologna : Patron, 1995, p. 135-157. Dater l'opuscule de Cyprien sur l'aumône n'est pas chose aisée, en raison de l'absence de toute allusion au contexte historique, et les diverses hypothèses qui ont été jusqu'ici proposées dépendent avant tout de l'interprétation du texte, comme le souligne ajuste titre M. C. Rien ne laisse entendre que le traité ait été composé à l'occasion de la peste (252-253), selon l'opinion courante, et encore moins qu'il s'agisse du sermon évoqué par Pontius (VCypr 9). Le traité préconise une charité ad domésticos fidei (OpEl 24, citant Gai. 6, 10), le second une charité universelle, non ad solos domésticos fidei (le biographe reprend sciemment la même expression, mais négativement). Pour situer OpEl en 250, Watson sollicite fortement le texte et interprète l'œuvre parénétique comme une œuvre polémique, comme une réponse de l'évêque en exil à ses adversaires, qui l'accusaient d'envoyer de l'argent aux chrétiens éprouvés par la persécution pour les rallier à son parti (Epist 41). Rebenack, pour qui le traité est antérieur à la persécution, n'a pas vu que les œuvres postérieures condamnaient tout autant l'attachement aux richesses, ni que la spiritualité de l'aumône était associée, dans le traité, à celle du martyre. L'hypothèse personnelle de M. C, situant le De opere dans la mouvance immédiate du De lapsis et du De untiate, est intéressante. Dans les trois traités en effet s'exprime, souvent en des termes analogues, l'idéal d'une communauté unie, à l'image de la première communauté de Jérusalem, à l'intérieur de laquelle serait pratiquée radicalement la charité entre frères, cette caritas in ecclesia qui, pour M. C , est le sujet même du De opere. On pourrait ajouter, en se référant à l'article de C. Burini (voir CTC compi. 37), que Cyprien évoque la première communauté de Jérusalem seulement dans les trois traités et dans la Lettre 11, contemporaine de la persécution. On reste néanmoins gêné par le fait que, dans le De opere, à la différence des deux autres traités et de la lettre, rien ne transparaît ni de la récente persécution, ni de ses conséquences immédiates, aucun rapport n'est établi entre la persécution et l'abandon par les chrétiens de l'idéal apostolique. Du De lapsis et du De untiate nous savons, par leur auteur, qu'ils ont été lus tous deux au concile du printemps 251 et envoyés ensemble à Rome, mais sans que leur soit jamais associé le De opere. Aux parallèles établis par M. C. entre OpEl et Laps ou Vnit, on pourrait en opposer d'autres, notamment avec YAd Demetrianum, rédigé probablement en 253. La prudence voudrait qu'une date trop précise ne soit pas attribuée à un ouvrage dont l'enseignement se veut dégagé de toute actualité brûlante. S. D. 9. SINISCALCO (Paolo), La lettera 63 di Cipriano suW eucarestia. Osservazioni sulla cronologia, sulla simbologia e sui contenuti — Storia e interpretazione degli antichi testi eucaristici, Genova : Università di Genova, Facoltà di lettere, D.AR.FI.CL.ET, 1995, p. 69-82 (Pubblicazioni del D.AR.FI.CL.ET, Nuova serie, 159). On a beaucoup écrit sur la Lettre 63 de Cyprien. Nous trouvons ici quelques mises au point claires et justes sur des aspects essentiels de l'œuvre. P. S. souligne l'originalité de l'exégèse

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typologique, découvrant à travers toute l'Écriture des «figures» de la Passion, η rappelle le lien qu'établit Cyprien entre le mystère du sacrifice du Seigneur (sacrifica dominici sacramentum) et l'eucharistie - mémorial de la Passion du Seigneur et offrande de son corps et de son sang par le sacerdos, son véritable suppléant. Il insiste sur la mise en lumière du rapport entre l'eucharistie et l'unité de l'Église, «figurée» par le mélange des grains de blé dans le pain et celui du vin et de l'eau dans le calice (Epist 63,13,4). Trois points retiennent plus particulièrement son attention.— 1) Pour Cyprien, l'usage (déjà signalé par Justin) du mélange de l'eau et du vin, indispensable pour parvenir à la sobria ebrietas, semble tellement aller de soi qu'il le dit attesté par Matthieu et Paul dans leurs récits de la Cène, bien que cette précision ne s'y trouve pas. En fait, la question ne devait pas se poser, l'usage antique étant de consommer le vin coupé d'eau (Der Kleine Pauly, article Wein), et le vin versé dans le calice étant prêt à la consommation.— 2) La Lettre 63 donne une définition très claire de la traditio dominica : il s'agit des actes, leçons et préceptes du Seigneur manifestation de Dieu et de son plan salvifique -, transmis par les apôtres et proposés à l'imitation des croyants.— 3) Le respect de la traditio dominica est un thème majeur de la lettre, comme il l'est du De unitate ecclesiae. Une même préoccupation semble animer l'évêque de Carthage dans les deux écrits : fustiger ceux qui méprisent la tradition (Vnit 19) et contestent l'autorité de l'Église et de son responsable. Il y aurait là, selon P. S., un indice possible de datation : la Lettre 63 serait contemporaine du traité sur l'unité de l'Église. Bien que les préoccupations de Cyprien aient changé par la suite, comme le souligne P. S., force est pourtant de constater que le respect de la tradition demeure son souci constant : ce souci s'exprime fortement dans la Lettre 1A, sur le baptême des hérétiques. Cyprien reproche aux partisans du baptême unique, comme aux aquariens de la Lettre 63, d'établir leur propre tradition, une tradition toute humaine, au mépris de la tradition du Seigneur, transmise par les apôtres ; il encourage les premiers, autant que les seconds, à «revenir à l'origine de la tradition divine» (Epist 63, 1, 1 ; 74,10, 2). Dans ces conditions, ne convient-il pas de renoncer à dater la Lettre 63 (voir l'état de la question proposé par G. W. Clarke dans The Letters of St. Cyprian, 3 [= ACW 46], 1986, p. 287-288) ? S. D. 10. SAXER (Victor), La Vita Cypriani de Pontius, «première biographie chrétienne» — Orbis romanus christianusque. Travaux sur l'Antiquité tardive rassemblés autour des recherches de NoëlDuval, Paris : De Boccard, 1995, p. 237-251. V. S. nous livre les réflexions que lui a suggérées une relecture de VCypr. — 1) VCypr utilise PPerp pour soutenir une thèse : celle de la prééminence de l'évêque martyr sur les martyrs carthaginois qui l'ont précédé. Il n'y a guère d'emprunts littéraux (opinion à tempérer en se référant à l'étude d'Aronen, CTC suppl. SH 41), mais une parenté d'idée certaine : la grâce surabondant en ces temps nouveaux, le nouveau martyr l'emporte sur les anciens justes et même sur les premiers martyrs.— 2) Il est clair que le biographe disposait des procès-verbaux des deux interrogatoires, consignés dans ACypr. Qu'il escamote la question du magistrat sur la qualité episcopale du prévenu - procédure conforme au second édit de Valerien - peut s'expliquer par l'évidence de la chose aux yeux du biographe et de ses lecteurs (pour une autre explication, voir ci-dessous, n° 38).— 3) VCypr utilise aussi des éléments contenus dans les ch. 2 et 5 des ACypr, ce qui oblige à se demander si ces chapitres ne sont pas aussi anciens que les procès-verbaux eux-mêmes (la question serait à reprendre en se référant à l'éd. Bastiaensen, 1987, que V. S. ne semble pas connaître).— 4) Bien qu'il doive l'essentiel des informations qu'il nous communique à PPerp, ACypr et aux œuvres de Cyprien, on ne peut pas refuser au biographe la qualité de témoin oculaire : les éléments qu'il est seul à rapporter sont «psychologiquement et historiquement vraisemblables». Nous ajouterions volontiers une dernière observation : Pontius élabore en une œuvre réellement originale, beaucoup plus qu'on ne l'a dit, les éléments vus ou empruntés (voir CTC 94, 35). S. D.

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11. FATICA (Luigi), «Ad Quirinum» di Cipriano : possibile lettura in chiave di teologia narrativa—La narrativa cristiana antica. Codici narrativi, strutture jormali, schemi retorici, ΧΧΙΠ Incontro di studiosi dell'Antichità cristiana, Roma, 5-7 maggio 1994, Roma : Institutum Patristicum Augustinianum, 1995, p. 479-489 (Studia Ephemeridis Augustinianum, 50). On peut lire Ad Quirinum I et II dans la perspective ouverte par la «théologie narrative», en ce sens que Cyprien ne substitue pas sa propre réflexion au texte sacré, proposé comme se suffisant à lui-même, et qu'il présente une histoire du salut : au livre I, histoire de l'infidélité du peuple juif ; au livre II, «histoire christique», qui va de l'éternité divine à l'accomplissement eschatologique en passant par l'Incarnation et le temps de l'Eglise. Deux observations : 1) Cyprien désigne ses extraits bibliques non par testimonia (p. 481), mais par capitula ; 2) rien ne permet de supposer que l'actuelle division en trois livres soit postérieure à Cyprien (p. 482). S.D.

TEXTE, LANGUE, STYLE
12. VAN WINDEN (J. C. M.), The adverbial use of cum maxime in Tertullian — Vigiliae Christianae, 49, 1995, p. 209-214. Étude méthodique des 35 emplois qu'on relève chez Tertullien de cette locution adverbiale qui a souvent déconcerté et divisé les traducteurs (sont cités et utilisés principalement les britanniques). Partant de l'analyse du TLL VIII, c. 74,1. 32s., mais sans tenir compte du troisième sens (= potissimum) indiqué 1. 74 s., l'A. distingue deux significations dont l'une se réfère à une notion de gradation («plus que tout», «pour la plus grande part»), l'autre étant temporelle («précisément»). Du premier sens relèvent 9 exemples (dont deux ou trois cas douteux), du second 26 qui sont répartis entre le présent («en ce moment précis»), le passé rapproché («tout récemment»), le futur («très bientôt»). Tous les passages où apparaissent ces emplois sont replacés dans leur contexte et analysés ; éventuellement sont indiquées les divergences des traducteurs et rectifiées certaines interprétations. La conclusion est que cet emploi adverbial correspond soit à maxime seul, soit à nunc maxime ou tune maxime . — Si l'on peut être d'accord d'une façon générale avec cette description, il reste que certains détails appellent la contestation : ainsi, pour l'emploi avec le futur («très bientôt»), est donné p. 214 un seul exemple et très douteux, celui de Marc ΙΠ, 4,1 où nous continuons à penser, comme nous l'avons fait dans notre traduction de SC 399 (p. 67), qu'il faut comprendre «que surtout il devait confondre». De la même façon, pour Mon 17,2 (où P. Mattei traduit par «surtout» dans son édition de SC 343, p. 204), toute hésitation entre ce sens et un sens temporel («tout récemment», p. 210) nous paraît exclue au profit du premier. Enfin, pour Pud 6, 3, la signification de potissimum (= «de préférence») proposée par le TLL à la 1. 79 peut paraître plus valable que celle de «il y ajuste un moment» adoptée ici p. 213. S'il est exact que la valeur temporelle (en rapport au présent ou au passé) est prédominante, il faudra admettre que les cas où conviennent les sens de «surtout» et de «de préférence» restent encore bien nombreux. R.B. 13. GRAMAGLIA (Pier Angelo), Note sul "De pudicitia" di Tertulliano — Rivista di Storia e Letteratura Religiosa, 31, 1995, p. 235-258. Le De pudicitia avait déjà donné à P. A. G. l'occasion de déployer son érudition bien connue (cf. CTC 93,14). L'examen de l'édition commentée due à CL Micaelli et Ch. Munier (cf. CTC 93,1) lui permet de revenir sur le texte de ce traité difficile. Une quinzaine de remarques (aux p. 255-258) traitent, judicieusement d'ailleurs, de problèmes philologiques en général mineurs, mais l'essentiel de l'article porte sur deux questions théologiques qui ont des répercussions

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importantes sur l'interprétation du texte, et parfois même sur son établissement. L'A. pense que les commentateurs, et en dernier lieu Cl. Micaelli (dont il reconnaît du reste les mérites), ont péché par anachronisme. 1. La distinction entre peccata remissibilia et irrémissibilla ne serait pas une invention de Tertullien montaniste, comme on le répète depuis B. Poschmann (Paenitentia secunda, 1940), mais la pratique de l'Église, ainsi que le montre Apol 39, 4, où sont distinguées les simples castigationes et la censura diuina qui entraîne une excommunication définitive. Le De paenitentia n'accorde pas la rémission de tous les péchés ; en fait, il ne s'adresse qu'aux pécheurs véniels, ceux qui ne sont pas exclus de l'Église. Ce renversement de perspective a diverses conséquences : par ex., les Églises «qui ne rendent la paix ni à l'idolâtrie ni à l'homicide» (Pud 12, 11) ne doivent pas être considérées comme montanistes ; ce sont tout simplement les communautés chrétiennes d'Afrique (dont certaines garderont la même sévérité en matière d'adultère jusque loin dans le IIIe siècle ; cf. Cyprien, Epist. 55, 21). 2. Le pardon des péchés s'obtient par la prière qu'adressent à Dieu les pénitents, les communautés et, parfois, les martyrs, - non par un pouvoir d'absolution réservé à la hiérarchie episcopale. Ainsi l'«édit d'indulgence» de Pud 1, 6 n'est en aucun cas une formule sacramentelle d'absolution, comme il en apparaîtra seulement au XIIIe siècle (on notera qu'A. D. Nock, A Feature of Roman Religion [1939], repris dans ses Essays on Religion and the Ancient World, Oxford, 1972,1.1, p. 491-2, se contentait de souligner la tradition d'autorité caractéristique de la religion romaine). La question de l'épiscopat amène Γ A. à commenter longuement la formule ad omnem ecclesiam Petri propinquam {Pud 21, 9), qui lui paraît «s'insérer très bien dans la pensée et le style de Tertullien au point de vue linguistique, ecclésiologique et textuel» (p. 250). Les différentes corrections proposées, dont celle de G. Poupon (Petri prouinciam ; cf. CTC 86, 10), font l'objet d'un examen critique. On croit utile de signaler pour finir les principaux termes dont P. A. G. a, suivant son habitude, analysé les usages chez Tertullien : castigano (p. 236) ; censura (236sq) ; deriuare (251sq) ; digredì (242) ; exorare (243) ; impingere (257) ; numerus (255) ; in persona + génitif (252) ; primants (248) ; propinquus (245sq) ; prouincia (253sq) ; relegare (237sq). P. P. 14. RANKIN (David), Tertulliano Use of the Word Potestas — The Journal of Religious History, 19, 1995, p. 1-9. Basé sur l'étude des 267 occurrences de potestas que recense YIndex Tertullianeus, ce travail examine d'abord la présence chez Tertullien des divers sens du mot distingués par Y Oxford Latin Dictionary, puis il se concentre sur les quelque 120 passages où Tertullien parle de la potestas divine. C'est un attribut essentiel de Dieu, et si un certain pouvoir appartient aux démons, à l'Empereur et à quelques êtres spirituels (mais pas aux évêques en tant que tels : cf. Pud 21, 17), c'est par permission et délégation de Dieu lui-même (cf. Fug 2, 6 ; Apol 30, 3 ; Pud 21, 2-3).— Pouvait-on étudier la notion de puissance divine sans s'intéresser aux autres mots qui la traduisent, comme potentia, uis ou uirtus ? En tout cas, l'A. aurait eu intérêt à regarder Varticle potestas du TLL, t. X, 2, c. 300-321, ainsi que celui de J. Moingt, Théologie trinitaire de Tertullien, t. 4, p. 155-157. Les summae potestates d'An 46, 8 ne se réfèrent pas à Auguste seul, comme il est dit p. 6, mais à tous les souverains, de Cyrus à Auguste, qui sont évoqués aux § 4-7. P. P. 15. UGLIONE (Renato), Gli hapax tertullianei di matrice fonica — Bollettino di Studi Latini, 25, 1995, p. 529-541. Poursuivant ses recherches linguistiques sur les innovations d'origine phonique de Tertullien (cf. CTC 91,4), R. U. dresse ici, de façon systématique et complète, le bilan des hapax qui

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entrent dans cette catégorie. Sur un total de 352 - chiffre établi d'après Hoppe et contrôlé grâce au TLL, au Forcellini et à Y Index de Claesson - 159 sont rapportés à une motivation phonique comme cause soit déterminante, soit accessoire. L'étude, riche en observations stylistiques sur les passages plus spécialement commentés, procède en distinguant les diverses «figures de son» responsables de ces néologismes. Le facteur principal a été Fhoméotéleute, qu'elle ait joué seule ou combinée avec l'allitération. Vient ensuite cette dernière, s'exerçant sans intervention de la précédente. Enfin, les jeux phoniques de l'étymologie et ceux de la paronomase sont allégués pour expliquer une série, moins nombreuse, d'autres cas.— Concernant un des derniers hapax cités p. 541 (adauctor en Test 2, 4), on remarquera que la paronomase avec dator est des plus approximatives et que d'ailleurs le texte est loin d'être sûr. R. B. 16. KOOREMAN (Marion), The expression of obligation and necessity in the works of Tertullian : the use of habere + infinitive, -urus esse, and the gerundive — Latin vulgaire, latin tardif IV. Actes du 4 e colloque international sur le latin vulgaire et tardif. Caen, 2-5 septembre 1994, édités par Louis Callebat, Hildesheim : Olms-Weidmann, 1995, p. 383-394. Le corpus utilisé dans cette étude est VAduersus Marcionem pour l'adjectif en -nd-, et l'œuvre entière de Tertullien pour habeo + infinitif et -urus sum ; l'expression du futur est laissée de côté. Sont adoptées les distinctions de modalité suivantes, proposées par des linguistes modernes : «deontic» (l'obligation/nécessité vient d'une autorité humaine, notamment de lois ou de règles) ; «neutral» (elle vient de circonstances extérieures) ; «inherent» (elle vient d'une propriété inhérente au sujet). Il apparaît que les trois périphrases verbales ne sont pas interchangeables : l'adjectif en -nd- relève le plus souvent de la première catégorie, jamais de la troisième ; les deux autres périphrases essentiellement de la seconde. Pour la première modalité («deontic»), l'obligation exprimée par l'adjectif en -nd- vient presque toujours de l'écrivain, parfois de la Bible ; avec habere, elle vient toujours de la Bible. Pour la seconde («neutral»), elle vient de la destinée lorsqu'elle est exprimée par -urus sum, elle est presque toujours logique lorsqu'elle est exprimée par l'adjectif verbal. Sur le plan de l'«illocutoire» enfin, les trois paraphrases sont le plus souvent de simples assertions ; seul l'adjectif en -nd- peut avoir une force incitative ou directive. Une erreur manifeste d'impression rend difficile la compréhension de cette dernière partie de l'étude (les tableaux 4 et 5, p. 392, ne peuvent s'appliquer à la même fonction). Les classifications de M. K. ont l'avantage de montrer que Tertullien n'emploie pas indifféremment les trois périphrases, mais comme toutes les classifications préétablies, elles laissent échapper des nuances, orientent l'interprétation et contraignent à des choix qui se révèlent en fin de compte subjectifs. M. K. elle-même en a bien conscience, lorsqu'elle fait part au lecteur de ses hésitations à propos de la Bible : bien que ce livre inspiré ne puisse être considéré comme une autorité humaine, elle a dû se résoudre à la ranger parmi les «sources déontiques» de l'obligation (p. 388). Et peut-on séparer totalement l'expression du futur et celle de l'obligation/nécessité ? S.D. 17. UGENTI (Valerio), Le clausule metriche nel De idololatria di Tertulliano — Studi in onore di Arnaldo dAddano, voi. 2, Lecce, 1995, p. 385-408. 18. UGENTI (Valerio), Norme prosodiche delle clausule metriche nel De idololatria di Tertulliano — Augustinianum, 35, 1995, p. 241-258 (Studi sul cristianesimo antico e moderno in onore di Maria Grazia Mara, I. Temi di esegesi. Questioni di letteratura cristiana antica). Dans ces deux articles (dont le premier nous est resté inaccessible), V. U. paraît avoir exactement suivi le modèle donné par J. H. Waszink, The technique of the clausula in Tertullian's De anima, in Vigiliae Christianae, 4,1950, p. 212-245. H partage en deux groupes les 493 périodes en lesquelles il a divisé le De idololatria, 313 où les clausules sont certaines

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(objet du premier article) et 180 qui font difficulté, soit parce qu'elles appartiennent à des citations de l'Ecriture, soit parce que la phrase est trop brève (moins de huit syllabes), soit parce qu'il se pose des problèmes de prosodie. Ce sont eux qui sont passés méthodiquement en revue dans le second article : voyelle brève devant une muta cum liquida ; - devant le groupe qu- ; hiatus ou elisión ; -ii et -Us en fin de mot ; -o en fin de mot ; désinence -erimus et -eritis ; le verbe prehendo et ses composés ; nihil ; autres termes susceptibles de plusieurs scansions. Enfin, Γ A. reconnaît une structure métrique dans trois phrases brèves. Le résultat final, qui porte maintenant sur 455 périodes, est le suivant : crétique + trochée : 28,4% (39,5% avec les formes à résolution) ; dicrétique 11,9% (14,5%) ; ditrochée : 20,7% (28, 6%) ; trochée + crétique : 4, 8% (9, 7%) ; dactyle + trochée : 1,3%; autres clausules : 6, 4%. On rapprochera ces chiffres de ceux auxquels K. Müller arrive pour Minucius Felix (cf. CTC 92,13) ; on est encore loin de la pratique d'Arnobe : les clausules utilisées par les deux auteurs sont essentiellement métriques.— Dans son étude des ambiguïtés prosodiques, l'A. en est réduit à expliquer Tertullien par lui-même, c'est-à-dire à choisir la solution qui paraît le mieux cadrer avec les résultats sûrs obtenus par ailleurs. On lui accordera volontiers que l'abrègement de la syllabe -la- dans idololatria (15 occurrences) entraînerait un renforcement invraisemblable de la clausule héroïque, et qu'il faut scander ainsi la fin du mot -u—u (clausule crético-trochaïque, la plus fréquente). En revanche, est-il assuré, par exemple, que nihil doive être lu dans un cas comme une syllabe (21,5 seis nihil esse, pour avoir un dispondée) et dans l'autre comme deux (23, 2 sed nihil dixi, pour avoir une crético-trochaïque) ? La réponse viendra sans doute du répertoire de toutes les clausules de Tertullien qu'a entrepris le Département de philologie classique et médiévale de l'Université de Lecce, un grand travail auquel on souhaite un prompt achèvement. P. P. 19. AMAT (Jacqueline), Le latin de la Passion de Perpétue et de Félicité — Latin vulgaire, latin tardif IV (cf. n° 16), p. 445-454. «Le latin», ou plutôt «les latins» comme il est rappelé en introduction, puisqu'il faut distinguer au moins quatre styles différents, correspondant respectivement à la Préface (à laquelle il faut joindre le § 2 et l'épilogue), à la relation de Perpétue (§ 3-10), à celle de Saturus (§ 11-13), enfin au récit de la Passion proprement dite (§ 14 à 21, 10). Au contraire, le style de la passion grecque est uniforme, ce qui condamne d'avance les efforts de qui voudrait y trouver la recension primitive. L'A. de cette communication vient d'achever une nouvelle édition du texte latin de PPerp, destinée à la collection Sources chrétiennes. Elle tente ici d'expliciter, en matière de langue et de style, les traits spécifiques de chacun des «scripteurs». Les styles les plus proches sont ceux des deux martyrs : néanmoins la relation de Perpétue est plus imagée, celle de Saturus moins familière et plus ecclésiale. Le rédacteur de la Passion «unit à une certaine élégance profane des réminiscences bibliques» et pourrait bien être, comme l'avait jadis suggéré R. Braun, le diacre Pomponius mentionné aux § 3, 6 et 10. L'auteur de la Préface - qui n'est pas Tertullien - use d'un style enchevêtré et composite, de beaucoup le plus complexe, qui associe aux traditions scripturaires un vocabulaire et une syntaxe influencés par Cicerón. Quatre styles donc, mais peut-être seulement trois auteurs, car J. A. laisse en finale une question ouverte : «L'auteur (de la Préface) est-il le même que celui qui complète le récit des martyrs ?». En d'autres termes, faut-il supposer un seul rédacteur avec deux niveaux de style ou deux rédacteurs distincts : le premier, un écrivain professionnel chargé d'encadrer le texte ; le second, un témoin oculaire du martyre que rien n'interdirait alors d'identifier à Pomponius ? — On est embarrassé pour juger ce travail, sans avoir vu l'édition actuellement sous presse. La grille d'analyse est scolaire et manque cruellement de technicité : il est fâcheux par exemple que le mot «Exorde» désigne, par suite d'un lapsus réitéré, l'épilogue de la Passion (§ 21, 11). Les renvois à la bibliographie antérieure sont limités à l'extrême : la phrase «de caseo quod mulgebat» (§ 4, 9) est ainsi

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qualifiée de «raccourci de style», sans référence à l'explication - beaucoup plus sophistiquée d'Elena Zocca, dans Studi e Materiali di Storia delle Religioni, 50,1984, p. 147-154. Mais il se peut que ces imperfections soient liées au genre de la communication. Les conclusions en revanche, qui coïncident du reste souvent avec l'opinion dominante (sur le rapport entre latin et grec, les différences de style, le rejet de l'attribution à Tertullien), paraissent recevables. F. D. 20. Β ARTALUCCI (Aldo), A proposito di una particolare nomenclatura in un testo agiografico antico—Bollettino di studi latini, 25,1995, p. 542-549. Commentaire des noms de vêtements (lacernobyrrus, dalmatica, linea) et de pièces de tissu {linteamina, manualia, laciniae manuales), mentionnés en ACypr 4, 1-2 Bastiaensen (5, 2-5 Musurillo). L'A. met en doute l'existence du composé lacernobyrrus : selon lui, la leçon originale était «se byrrum exspoliauit», et le mot lacerno/lacerna des manuscrits n'est qu'une glose explicative, insérée dans le texte. Le byrrus, un vêtement sans manches, d'ordinaire à capuchon, était peu coûteux et pouvait sembler inadéquat pour un évêque, d'où l'intrusion postérieure de lacerna, désignant un vêtement de plus grand prix. F. D.

SOURCES, INFLUENCES
21. GÄRTNER (Hans Armin), Die Rolle und die Bewertung der skeptischen Methode im Dialog Octavius des Minucius Felix — Panchaia. Festschrift für Klaus Thraede, Münster Westfalen : Aschendorff, 1995, p. 141-147 (Jahrbuch für Antike und Christentum. Ergänzungsband, 22). L'Octauius de Minucius Felix doit avoir pour modèle le De natura deorum de Cicerón et oppose, comme lui, à un philosophe sceptique - en la personne de Caecilius (12, 7-13) -, un penseur dogmatique, le chrétien Octavius. Mais l'issue est différente, puisque Minucius Felix nous invite à une réfutation du scepticisme et met en scène la défaite et la conversion de Caecilius. Celui-ci dépend d'ailleurs moins de la tendance sceptique de l'Académie, incarnée par Arcésilas et Camèade, dont il se réclame, que du pyrrhonisme, surtout préoccupé de préserver la tranquillité de l'âme. Cette influence pyrrhonienne se manifeste notamment par son refus de remettre en cause l'affirmation de l'existence de Dieu, et par le soin qu'il a de la reconnaître comme nécessaire {Oct. 17, 2 ; cf. Sextus Empiricus, Pyrrh. hyp. 3, 2). La réfutation du scepticisme proposée par Minucius (14, 3-6), inspirée partiellement du Phédon 88 c 1 - 91 c 5, est destinée à préparer l'exposé dogmatique du chrétien Octavius. Il s'agit d'une part de montrer que l'argumentation pro et contra conduit non pas à s'approcher de la vérité, mais plutôt à s'en désintéresser en suspendant son jugement. D'autre part, Minucius retourne l'accusation de naïveté portée contre les chrétiens, dans la mesure où 1'εποχή revient à avouer sa crédulité et son incapacité de choisir entre deux argumentations contradictoires. F. C.

TEXTE BIBLIQUE, EXÉGÈSE
2 2 . SCHMID (Ulrich), Marcion und sein Apostólos. Rekonstruktion und historische Einordnung der Marcionitischen Paulusbriefausgabe, Berlin ; New York : W. De Gruyter, 1995, 381 p. (Arbeiten zur neutestamentlichen Textforschung, 25).

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Cet important ouvrage, issu d'une thèse soutenue en 1994 à l'université de Munster, prend place dans le mouvement de réaction, qui s'est amorcé il y a une dizaine d'années, contre la reconstruction des Écritures marcionites par Harnack (cf. CTC compi. 32). Spécialement consacré à Yapostolikon, il remet en cause, avec plus de force et de précision que la dissertation de J. Clabeaux (cf. CTC 84, 14), le travail du savant allemand estimé trop peu critique dans la réception des sources et exagérément porté à admettre des interventions tendancieuses de l'hérétique sur le texte. Quatre parties principales, liées et étagées avec une grande rigueur, conduisent à la présentation en annexe (p. 313-344) du texte marcionite de l'apôtre - qui occupait une soixantaine de pages chez Harnack ! Après une première partie de caractère méthodologique qui retrace l'histoire de la recherche, la seconde partie, - la plus longue (plus de 200 pages !) - consiste en un réexamen systématique et minutieux des sources qui sont de provenance exclusivement ecclésiastique : Tertullien, Épiphane, Adamantius, et à titre accessoire Origene. Les deux dernières parties sont dévolues respectivement à une appréciation du matériel retenu et à une mise en relation avec l'histoire du corpus paulinien. De ces analyses qui s'appuient sur une solide documentation concernant la tradition primitive du texte néotestamentaire, ressort l'idée d'un Marcion beaucoup moins hardi qu'on l'a prétendu dans sa «mutilation» des Écritures. L'essentiel de ses interventions se limiterait au retranchement de quelques passages ayant trait aux thèmes d'Abraham père des croyants, des promesses d'Israël référées à l'Église, de la médiation du Christ dans la Création, peut-être aussi à la suppression de la sarx Christi (Eph. 2, 14 ; Col. 1, 22). La plus grande partie de ce qu'on a réputé être des altérations de texte théologiquement tendancieuses se laisserait expliquer par les habitudes de citation des sources : d'autres ont été trouvées par Marcion dans le texte qu'il a utilisé ; d'autres enfin proviennent de fautes mécaniques de transmission. L'étude du contenu et de l'ordonnance du recueil marcionite (10 lettres et Rom. amputé de ses deux derniers chapitres) aboutit à reconnaître que Marcion n'a fait que suivre une forme prémarcionite d'édition autorisée des épîtres qui se présentait déjà ainsi, et qui se caractérisait par sa pointe antijudaïque et par le profil combatif qu'elle offrait de l'apôtre, celui d'un représentant exclusif du paganochristianisme. Finalement, le «phénomène Marcion» est mis en rapport avec le développement de l'œuvre missionnaire de Paul, qui a survécu à ce dernier et, au fil des décennies, avec l'émergence de nouvelles communautés, aurait connu des tensions et des conflits : l'Église marcionite serait le produit de l'accentuation d'une tendance extrémiste (p. 304-308). Par ces vues neuves qui comportent, U. S. le reconnaît lui-même, une part d'hypothèse, l'ouvrage suscitera des débats. En ce qui concerne plus particulièrement Tertullien, principal témoin de cet apostolikon dans son Marc V, plus de 10 pages lui sont consacrées pour passer au crible toutes ses citations en les comparant à celles de ses autres traités, en déterminant ses habitudes de citateur, en présentant des tableaux comparatifs de son vocabulaire de traduction. Il y a là une mine d'analyses que tout travail sur Marc V ne devra plus ignorer. Un long excursus (p. 40-59) porte sur la question qui avait jadis opposé Harnack à Zahn, celle de l'existence d'une traduction latine de ce Paul marcionite que l'Africain aurait eue sous les yeux. Contre les vues de Harnack, qu'avaient confirmées d'autres travaux (von Soden, Zimmerman), et au terme d'un examen approfondi, U. S. se prononce en faveur de l'utilisation exclusive d'un texte grec. Mais, malgré l'aspect systématique de la démonstration, nous continuons à penser que, dans Γ efflorescence des traductions latines des livres saints aux IIe et IIIe siècles, il est peu vraisemblable que les textes marcionites à Carthage aient été lus et pratiqués uniquement en grec. Un des principaux arguments de Harnack, tiré de Marc V, 4, 8 («duae ostensiones sicut inuenimus interpretatum») est écarté par U. S. qui veut voir mentionnée ici une glose marginale (apo-/ epi-/ endeixeis) du texte grec (p. 125-126 et p. 317). Mais aucune justification d'une telle sorte de glose n'est fournie, et il ne semble pas non plus qu'il y ait eu d'autres cas de gloses marginales. Nous ne sommes donc pas convaincu que Tertullien ait recouru exclusivement à un original grec du texte marcionite. Il faut remarquer aussi que les thèses de

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U. S. emporteraient davantage l'adhésion si elles s'appuyaient sur l'ensemble des Écritures marcionites, Évangile compris. Enfin, cet ouvrage laisse en suspens beaucoup d'autres questions épineuses, comme notamment celle des rapports de Tertullien avec une versio latina ou des versiones latinae de l'Écriture ou des parties de l'Ecriture utilisée(s) dans la communauté chrétienne de son temps. R. B. 23. JAY (Pierre), Jesaja — Reallexikon fur Antike und Christentum, Lief. 132/33-134 (= Bd XIV), 1995, c. 764-821. La partie «chrétienne» de cet article (e. 787-821) montre le rôle exceptionnel joué par Isaïe, prophète messianique par excellence, aussi bien dans le Nouveau Testament que chez les Pères. P. J. examine successivement les écrits des premiers siècles, de Clément de Rome à Cyprien, puis les commentaires patristiques, enfin l'exégèse de certains passages-clés. Les citations faites par Tertullien (étudiées aux c. 802-803) donnent à celui-ci le moyen de montrer que le Christ a réalisé les prophéties d'Isaïe - argument essentiel contre les Juifs et contre Marcion - et qu'Israël a démérité et s'est laissé aveugler. Les mêmes thèmes sont orchestrés dans les Testimonia de Cyprien (c. 803-805) qui, au livre III, utilise aussi Isaïe pour illustrer divers aspects de la vie chrétienne : responsabilité, culte en vérité et souci de la justice. Sa connaissance parfaite du dossier permet à P. J. de signaler l'apparition d'exégèses originales (comme celle d'Is. 29, 18 en Quir I, 4) ; elle fait tout l'intérêt des coupes exégétiques qu'il propose pour des textes fameux comme l'annonce du Précurseur (Is. 40, 3-5), les quatre chants du Serviteur ou l'onction du Messie (Is. 61, 1-3 ; on notera qu'en Marc IV, 14, 13 la citation est entremêlée de béatitudes). P. P. 24. VAN DER LOF (L. J.), Abraham's Bosom in the Writings of Irenaeus, Tertullian and Augustine — Augustinian Studies, 26, 1995, p. 109-123. Poursuivant son étude de l'interprétation qu'ont donnée les Pères de la figure d'Abraham (cf. CTC 94, 17), l'A. analyse l'exégèse qu'Irénée (Adu. Haereses Π, 24, 4 ; 34, 1 ; III, 14, 3), Tertullien (An 7, 3-4 ; 9, 8 ; 55, 2-4 ; Marc IV, 34, 11 ; Idol 13,4) et Augustin (notamment De Genesi ad litt. 33, 63-65 ; EpistA64, 3, 8 ; 187, 2, 6) ont proposée de l'expression «sein d'Abraham» dans la parabole du riche et de Lazare (Luc 16, 19-31). Ils l'interprètent généralement, en relation avec Apoc. 6, 9-10, comme un lieu souterrain, où les chrétiens attendent, après leur mort, le Jugement Dernier. Tertullien, en particulier, distingue entre la prison réservée aux païens et le sein d'Abraham, séjour temporaire où les chrétiens jouissent de la félicité. C'est là que se trouvaient les patriarches et les prophètes, et le Christ les a rejoints pour les faire participer à son être. L'A. suggère de voir dans cette image d'un séjour provisoire réservé aux chrétiens le point de départ de l'idée de Purgatoire : en face du «sein d'Abraham», le lieu où est enfermé le riche, temporaire également et distinct de la Géhenne éternelle, peut préfigurer le Purgatoire, dont Augustin semble avoir déjà conçu l'idée. F. C. 25. MATTEI (Paul), Recherches sur la Bible à Rome vers le milieu du IIIe siècle : Novatien et la Vêtus Latina — Revue Bénédictine, 105, 1995, p. 255-279. Le texte biblique de Novatien a stimulé la sagacité des patristiciens, depuis A. d'Alès qui y trouvait la première attestation d'une traduction «vieille romaine» jusqu'à E. Lupieri pour qui les citations de l'Ancien Testament proviennent de testimonia traduits du grec. Après avoir clairement présenté les différentes thèses en présence, P. M. analyse avec soin l'Ancien Testament de Novatien (c'est-à-dire, essentiellement, les citations de Gen., Ps. et Is. qu'on rencontre dans le De trinitate) - pour les Évangiles, une étude de V. Loi (Augustinianum, 14, 1974, p. 201-221) avait montré que leur texte est 'européen' ; il en va sans doute de même pour

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les épîtres pauliniennes (cf. p. 278, η. 35), mais le travail reste à faire. Les conclusions auxquelles arrive Γ A. sont les suivantes : - 1. Novatien fait incontestablement usage de testi­ monia, mais s'il leur emprunte la structure de certaines citations, celles-ci ont un «matériel verbal» provenant d'une traduction de la Bible. - 2. Ce texte biblique est différent de celui utilisé par Cyprien, et sans doute issu d'une révision 'européenne' (ou en tout cas 'non africaine') de ce dernier.- 3. On ne saurait rien dire sur le modèle grec de cette révision (les leçons aberrantes s'expliquant par la tradition testimoniale). L'ensemble paraît convaincant. Même si on a parfois du mal à suivre le raisonnement de l'A. (les renvois du type «voir infra» ne facilitent pas la tâche du lecteur), on apprécie les analyses philologiques de détail, notamment celles qui portent sur des problèmes de critique textuelle (p. 263-265) ou sur les citations de l'Ancien Testament qui sont aussi transmises par le Nouveau (p. 269-270 ; ajouter Is. 61,1/Lc 4, 18 cité en Trin 29, 13). Peut-être le témoignage de Tertullien, énigmatique il est vrai, aurait-il pu être invoqué plus souvent, ainsi p. 275 (n° 17) : Is. 53, 5 apparaît en Marc IV, 21, 12 sous la forme «ut liuore eius sanaremur» ; p. 277 (n° 28) à propos d'Iy. 53, 7 : la variante «coram tondente se» est attestée en lud 9, 28 et 13, 21 (Θ) ; la formulation de Trin 28, 9 «ad iugulationem adductus est» est déjà dans Res 20, 5 (iugulationem θ : uictimam Gel ex Masb). P. P.

ANTIQUITÉ ET CHRISTIANISME
26. DUVAL (Yvette), Lámbese chrétienne : La gloire et l'oubli. De la Numidie romaine à l'Ifrîqiya, Paris : Institut d'Études Augustiniennes, 1995, 215 p. (Collection des Études Augustiniennes, Série Antiquité, 144). L'étude publiée en 1984 par le même auteur sur la densité des évêchés dans l'Afrique du IIIe siècle (voir CTC suppl. SC 54) trouve ici un complément et une illustration. Pour nous en tenir à la période romaine, il nous est montré que, contrairement à des thèses encore parfois soutenues aujourd'hui, la Troisième Légion Auguste cantonnée à Lámbese ne devait guère compter de chrétiens en son sein et que les martyrs condamnés à Lámbese venaient d'ailleurs (l'exception de Mammarius et de ses compagnons n'est même pas assurée, car la valeur historique de leurs Acta est suspecte). Il y a eu cependant un évêché important à Lámbese, dont on peut supposer qu'il fut créé lorsque la ville devint la capitale de la Numidie - érigée en province au début du IIIe siècle -, et dont les seuls évêques connus, Privatus et Januarius, apparaissent, au milieu du même siècle, comme les chefs de l'Église numide. Mais rien ne transparaît plus ensuite d'une quelconque activité de la communauté lambésitaine ; la disparition du siège episcopal est attestée en 411. C'est que «Lámbese n'a jamais dû être le centre d'une grande communauté chrétienne, vaste et vivante» et que l'implantation d'un évêché a dû y être décidée par le primat d'Afrique, au début du IIIe siècle, pour des raisons d'opportunité. Lámbese a sombré dans l'oubli, et les sources des époques vandale et arabe ne mentionnent même pas son nom. Parmi les documents utilisés pour le IIIe siècle, plusieurs entrent dans le domaine de la Chronica. Pour l'interprétation de Cor 1, Y. D. suit Y. Le Bohec (voir CTC 92, 25) : l'incident n'a pas eu lieu à Lámbese. De la. Lettre 39 de Cyprien, on ne peut déduire non plus que les oncles de Célérinus aient subi le martyre en Afrique, encore moins à Lámbese. Si l'on analyse minutieusement la Passio Mariani et Iacobi (11), on ne peut mettre en doute que les martyrs, venus d'une localité éloignée de Numidie, aient souffert à Lámbese, mais le texte ne dit rien des chrétiens de la ville. De la confrontation des Lettres 62, 70, 76 de Cyprien et des Sententiae naît une appréciation fine et convaincante du rôle de l'évêque de Lámbese, au milieu du IIIe siècle, et de ses relations avec celui de Carthage. Januarius - et il en était sûrement de même pour Privatus avant sa destitution - apparaît comme un coordinateur et un médiateur en

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Numidie. Il est le porte-parole de huit évêques numides sollicitant une aide financière des chrétiens de Carthage, pour le rachat des chrétiens de leurs communautés enlevés par les Barbares. Au nom de dix-huit évêques numides et en son nom, il demande à Cyprien son avis sur la question du baptême des hérétiques, et c'est à lui que Cyprien adresse d'abord sa réponse. Mais en même temps, ces deux démarches montrent l'autorité de l'évêque de Carthage en Numidie. La place de Januarius dans les Sententiae et son absence de la correspondance entre Cyprien et les confesseurs numides condamnés aux mines semblent prouver aussi qu'il n'exerce pas en Numidie un primat absolu, alors que Cyprien cherche à maintenir le sien en Numidie comme en Afrique. L'interprétation que donne Y. D. a'Epist 59, 10, 1 se fonde sur des arguments nouveaux qui s'ajoutent à ceux qui sont habituellement avancés pour prouver qu'il n'y a pas eu de concile à Lámbese et que le texte de Cyprien a été mal compris. En revanche nous ne saisissons pas bien pourquoi, à moins d'une erreur de sa part, Cyprien aurait appliqué improprement le mot colonia à la ville de Lámbese (p. 27-28). S. D. 27. DOUMAS (François-Régis), Les attitudes de Tertullien devant la philosophie et les philosophes. Étude chronologique, Lyon : Institut catholique, Faculté de Théologie, 1995, 293 f. dactyl. (Thèse pour le doctorat en théologie). Fr.-R. D. reprend la question des rapports de Tertullien avec la philosophie et dégage les différentes attitudes qu'il a adoptées au cours de sa carrière littéraire. Après une première période de méfiance et de pani pris critique, qui culmine avec le De praescriptionibus, Tertullien serait progressivement revenu à une attitude plus conciliante et plus comprehensive, très manifeste à partir du De anima. Sur ce point l'évolution vers le montanisme n'aurait entraîné aucune crispation particulière, mais correspondrait au contraire chez Tertullien à une période d'ouverture. Cette étude, animée d'une ardente bienveillance pour Tertullien, n'est cependant pas exempte de faiblesses. Le choix de s'en tenir aux seules références explicites de Tertullien à la philosophie et aux philosophes limite gravement les résultats de l'enquête, dans un domaine où les affirmations explicites comptent moins que la muette utilisation de la culture antique. En outre l'ouvrage, qui ne manque pas d'ambition, poursuit d'autres buts, en particulier il cherche à retracer l'évolution intellectuelle de Tertullien et, pour cela, revient sur la question très difficile de la chronologie de ses œuvres. Mais une telle entreprise présente le risque d'adapter la chronologie à l'idée que l'on s'est faite de l'évolution de l'auteur. Or les arguments utilisés pour déplacer dans le temps certaines œuvres (Bapu Orau Paen et Pat dateraient d'avant 197 ; Prax serait la dernière œuvre de Tertullien) ne se fondent jamais sur des faits philologiques, mais dépendent généralement d'interprétations ou d'indices assez fragiles. Nous retiendrons surtout de cette étude courageuse et généreuse son absence de préjugés et son regard assez neuf sur la période montaniste de notre auteur. F. C. 28. GROUT-GERLETTI (Dominique), Les animaux malades en Afrique au IIIe siècle en Afrique — Homme et animal dans l'Antiquité romaine. Actes du Colloque de Nantes 1991, Tours : Centre de Recherches A. Piganiol, 1995, p. 173-204 (Caesarodunum, n° hors série). Poursuivant sa tentative de diagnostic, à travers l'œuvre de Cyprien, de l'état sanitaire et médical au IIIe s. (cf. CTC compi. 44), D. G.-G. cherche à définir la situation du bétail pendant cette période de crise. Pour cela, elle commente essentiellement De habitu virginwn 17,15-18, où le choix d'un topos biblique révélerait «malgré tout l'adéquation avec la réalité » (p. 189). Un tel principe expose au risque de l'extrapolation arbitraire, écueil auquel malheureusement l'analyse n'échappe guère. F. C.

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29. LETTA (Cesare), ILAfr, 265 e il proconsolato d'Africa di C. Cingio Severo — Latomus, 54, 1995, p. 864-874. Une étude approfondie de l'inscription ILAfr, 265 (fragments d'une dédicace à Commode trouvée à Thuburbo Maius) permet à C. L. d'apporter deux précisions sur Cingius Severus, un des proconsuls d'Afrique favorables aux chrétiens que Tertullien évoque en Scap 4, 3 : son prénom était Caius, et son proconsulat a dû se dérouler en 190-191, avant celui de Vespronius Candidus (191-192). La liste donnée par Tertullien est donc dans l'ordre chronologique. P. P. 30. BÖS (Günther), Curiositas. Die Rezeption eines antiken Begriffs durch christliche Autoren bis Thomas von Aquin, Paderborn : F. Schöningh, 1995, 242 p. (Veröffentlichungen des Grabmann-Institutes zur Erforschung der mittelalterlichen Theologie und Philosophie, 39). Cette étude consacrée au concept de curiositas en retrace l'histoire depuis ses origines — chez Cicerón, Sénèque et Apulée — jusqu'à Thomas d'Aquin, en s'arrêtant notamment sur Tertullien (p. 85-90) et Augustin (p. 91-129). Elle s'efforce de dégager à la fois les éléments de continuité et les points de divergence dans la façon dont les auteurs ont conçu cette notion. Ainsi l'ambiguïté de la curiosité, considérée tantôt comme un trait de frivolité se manifestant dans le goût pour les divertissements, tantôt comme une aspiration légitime à découvrir la vérité, n'apparaît pas seulement avec les auteurs chrétiens, mais était déjà bien présente chez un païen comme Apulée. De même l'idée de subordonner la curiosité à son utilité, en particulier pour défendre et renforcer la foi, n'est pas une invention de Tertullien. En revanche celui-ci lie, de façon nouvelle, la curiosité à l'inquiétude, à la scrupulositas, qui peut être un puissant stimulant à la conversion, mais risque aussi de conduire à l'hérésie. Concernant Tertullien, cet ouvrage apporte peu, et G. B. reconnaît lui-même être largement tributaire du chapitre que J.-C. Fredouille a consacré à la question dans son Tertullien et la conversion de la culture antique, Paris, 1972, p. 411-442. F. C. 3 1 . SCHMIDT (Victor), «Revelare» und «Curiositas» bei Apuleius und Tertullian — Groningen Colloquia on the Novel, 6, 1995, p. 127-135. La valeur religieuse de reuelare, désignant la manifestation du divin qui se révèle à l'homme ou lui communique une connaissance, n'est pas une invention chrétienne et n'apparaît pas seulement avec Tertullien, mais semble déjà présente chez Apulée, Met. 3,15. Elle est toutefois ici employée par la servante Photis, dont les révélations sur les pratiques magiques de sa maîtresse constituent une perversion de l'authentique révélation de la déesse Isis, telle qu'elle apparaît dans le dernier livre. Poursuivant l'analyse par une étude sur la relation entre reuelare et curiositas chez ces deux auteurs, V. S. croit pouvoir reconnaître une communauté de concepts et de vocabulaire entre Apulée et les chrétiens du IIe s. En effet à la reuelatio, qui offre le repos, s'oppose la curiosité, connotée péjorativement chez les deux auteurs et liée à la magie et à l'inquiétude. La relation qu'établit même Tertullien entre curiosité et hérésie n'est pas inconnue d'Apulée : la curiosité de Lucius le conduit à la transformation opérée par Photis, qui n'est qu'une contrefaçon de la véritable métamorphose, que propose Isis et qui conduit adportum quietis (Met. 11, 15). L'analyse de V. S. est délicate et séduisante, même si les indices sur lesquels elle repose restent très ténus et si elle efface un peu trop l'ambiguïté de la notion de curiositas (cf. ci-dessus la recension de l'ouvrage de G. Bös). F. C. 32. ZOCCA (Elena), La «senectus mundi». Significato, fonti e fortuna di un tema ciprianeo — Augustinianum, 35, 1995, p. 641-677 (Studi sul cristianesimo antico e moderno in onore di Maria Grazia Mara, Π. Studi agostiniani. Π cristianesimo nei secoli).

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Partant du premier texte latin chrétien qui développe le thème païen de la senectus mundi (Dem 3-4), ΓΑ. en recherche d'abord les sources et les composantes. Cyprien cite textuellement une phrase de Salluste (Iug 2, 3), déjà présente chez Minucius Felix. Il ne fait pas appel au schéma historiographique des âges du monde, utilisé par Cicerón, Sénèque, Ammien Marcellin, mais plutôt à la vision lucrétienne d'un univers où l'homme est soumis, comme la nature entière, à la dégénérescence. Cette vision est également présente dans YAsclepius (24-25), dont on peut légitimement se demander s'il n'a pas inspiré Cyprien directement, et autant que Lucrèce. Si l'authenticité cyprianique du Quod idola était prouvée, cette hypothèse serait renforcée, puisqu'en Quodld 6 il est fait allusion à Hermès Trismégiste et à Asci 8. Après ce tour d'horizon, E. Z. explore la littérature chrétienne d'Afrique jusqu'à Augustin. Elle n'a pas trouvé le thème de la vieillesse du monde chez Tertullien, bien qu'il évoque souvent les signes de la fin des temps. En revanche, elle relève et commente les occurrences suivantes : Oct 11, 1-3 ; Ps-Cypr, Laud 13 ; Arnobe, Adv Nat I, 2, 3 ; Lactance, Inst VII, 14-16 ; Epit 66, 6 ; Augustin, Serm 81, 8-9. Plus que par l'influence probable du passage de Y Ad Demetrianum sur les auteurs, elle se montre intéressée par les diverses manières dont ils traitent le thème et par l'évolution qu'elle croit discerner dans ce traitement. Selon elle en effet, et contrairement à ce qu'on dit d'ordinaire, Cyprien n'a pas christianisé le motif de la senectus mundi. Dans Dem 3-5, il n'y a pas rencontre, mais juxtaposition de deux interprétations inconciliables des calamités présentes : l'explication païenne par le vieillissement du monde et la lecture chrétienne apocalyptique des signes eschatologiques. La fusion des deux serait attestée pour la première fois dans le De laude martyrii (27 : «exclamât Iohannes et dicit : 'Iam quidem securis ad radicem arboris posita est', monstrans scilicet et ostendens ultimam esse rerum omnium senectutem»). Chez Augustin, le thème des âges du monde et celui de la senectus mundi se rejoignent et sont parfaitement christianisés : les temps chrétiens, inaugurés par l'Incarnation, coïncident avec le dernier âge et la décrépitude du monde. L'évolution ainsi retracée ne nous paraît pas correspondre à la réalité. Si, dans Y Ad Demetrianum, Cyprien a développé successivement, et en les distinguant fortement (début du § 5), les deux représentations, païenne et apocalyptique, c'est qu'il lui fallait dépasser l'explication physique des calamités présentes, bien connue de tous, pour retourner contre Démétrien l'accusation portée par lui contre les chrétiens : dans leur signification eschatologique, les calamités présentes manifestent la colère de Dieu envers les idolâtres et les persécuteurs. Pour dire que Cyprien ne fait pas sien le thème de la senectus mundi, on ne peut tirer argument non plus, nous semble-t-il, du fait que dans le reste de l'œuvre, et notamment en Mort 24-25, les catastrophes actuelles sont toujours envisagées dans une perspective eschatologique. Les deux interprétations ne sont pas sur le même plan et l'une n'interdit pas l'autre. Loin de prouver que, pour Cyprien, la ruine du monde n'a pas pour cause sa vieillesse, mais l'approche de sa fin (p. 650), la phrase «Mundus ecce nutat et labitur et ruinam sui non iam senectute rerum sed fine testatur» (Mort 25) laisse au contraire transparaître le scheme païen des âges du monde, si l'on tient compte de iam : dans une étape antérieure, par son vieillissement, la nature manifestait déjà l'approche de la fin ; maintenant c'est par sa mort qu'elle prouve cette fin. L'association des deux thèmes, le thème païen de la senectus mundi et le thème chrétien de la fin des temps, est bien présente déjà chez Cyprien. S. D. 33. SÁNCHEZ SALOR (Eustaquio), Los orígenes del cristianismo en Hispania. Los casos de Mérida y León-Astorga— Estudios de religión y mito en Grecia y Roma. X Jornadas de filología clásica de Castilla y León, ed. J. M. Nieto Ibánez, Universidad de León, Secretariado de publicaciones, 1995, p. 165-181. Après avoir évoqué les légendes sur les origines du christianisme en Espagne, l'auteur tire de la lettre de Cyprien aux fidèles de León-Astorga et de Mérida (Epist 67) quelques indices sur

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ce qu'il devait être au IIIe siècle, indices que confirment à l'occasion les Actes du Concile d'Elvire. Que deux évêques apostats aient pu contester leur déposition montre que les apostats étaient certainement nombreux et influents. Plus généralement, on peut dire que le christianisme était déjà bien implanté en Espagne, dans des communautés organisées et hiérarchisées, en relation avec Rome et Carthage. S. D.

ACTES DES MARTYRS
3 4 . BUTTERWECK (Christel), «Martyriumssucht» in der Alten Kirche ? Studien zur Darstellung und Deutung frühchristlicher Martyrien, Tübingen : J. C. B. Mohr, 1995, X-288 p. (Beiträge zur historischen Theologie, 87). L'argument central de cette thèse est que le désir du martyre occupe une place quasi nulle dans l'histoire des persécutions, qu'il a parfois été grossi par les contemporains dans une perspective polémique ou apologétique, qu'il est enfin devenu une sorte de «fable convenue» à date tardive, notamment à partir de Bède. Cet argument vient d'être apprécié et critiqué par W. Rordorf, dans RÉAug, t. 42, 1996, p. 164-165. Signalons seulement ici que, parmi les sources exploitées, figurent plusieurs ouvrages apologétiques et polémiques de Tertullien (p. 46-62), ainsi que son Ad martyras (p. 159-164) ; de Cyprien, sont commentés Y Ad Fortunatum, VEpistula 58 ad Thibaritanos et diverses lettres à des confesseurs (p. 177-187) ; plus rapide en revanche est le traitement des Actes et Passions d'Afrique qui sont du ressort de cette chronique (ACypr, PMar, PMon, PPerp : p. 195-197). Pour la thèse de l'auteur, l'attitude des Montanistes et des Donatistes était un sujet délicat (p. 111-122 et 123-140) : il n'est pas sûr que C. B., sur ce point, parvienne à convaincre tous ses lecteurs. F. D. 35. HEFFERNAN (Thomas J.), Philology and authorship in the Passio Sanctarum Perpetuae et Felicitatis— Traditio, 50, 1995, p. 315-325. Essai regroupant deux discussions philologiques, dont la seconde présente une importance réelle pour l'interprétation globale de PPerp.— 1) En 8, 3, le vase qui apaise la soif de Dinocrate est deux fois appeléfiala(du grec φιάλη) ; la graphie avec/initial au lieu deph n'est pas attestée, semble-t-il, antérieurement et surprend chez une jeune femme cultivée qui connaissait le grec ; elle pourrait cependant être originale et s'expliquer par unefidélitévoulue à l'égard d'une version africaine de l'Apocalypse (où le terme se lit à de multiples reprises).— 2) On estime en général que le récit de Perpétue (§ 3-10) est une sorte de journal de prison que la jeune femme rédigea au milieu des vicissitudes de son incarcération. Mais la fréquence des notations du type «post paucos dies», «crastina die», «alio die», qui assurent la cohésion temporelle entre les événements, viole l'un des principes fondamentaux de la rédaction d'un journal. D'autre part, les verbes sont presque tous au passé, et les rares exemples de présent sont en fait des présents historiques, ce qui jette aussi un doute sérieux sur le moment où le texte fut écrit sous sa forme actuelle. Ces remarques ne doivent pas inciter à récuser le caractère autobiographique du récit ; elles suggèrent plutôt que le rédacteur de la Passion, même s'il disposait de notes prises par la martyre (Jhypomnematà) ou encore d'une relation orale, a effectué un travail de réécriture nettement plus grand qu'on ne le croit habituellement. Sur le rôle qu'il faut attribuer à Perpétue dans la confection de PPerp, l'A. partage ainsi le doute déjà manifesté par Augustin : «Nec illa sic scripsit uel quicumque illud scripsit» (De natura et origine animae, I 10, 12, cité p. 316, n. 7).— La première argumentation est fragile : vu l'usage fluctuant des graphies ph et/dans les manuscrits, il n'est pas exclu que les éditeurs modernes aient partout imprimé phiala chez les auteurs classiques et conservé fiala dans un texte considéré

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comme un monument en sermo uulgaris. Restituer la graphie employée par Perpétue d'après des témoins qui remontent, dans le meilleur des cas, à la fin du IXe s. est pour le moins imprudent. La seconde discussion soulève un problème majeur. Je me demande pourtant si elle n'est pas fondée sur une analogie spécieuse avec les journaux intimes, rédigés par tranches quotidiennes, qui se sont multipliés depuis le XIXe siècle. Le scepticisme d'Augustin est indéniable, mais il ne faut pas oublier qu'il fut exprimé dans un contexte polémique. Pourquoi les chapitres 3 à 10 n'auraient-ils pas été écrits d'un seul jet par Perpétue dans les jours qui précédèrent immédiatement son exécution ? Π était alors habituel que les condamnés à mort soient traités avec un peu plus d'humanité, comme le montre d'ailleurs le § 16 de PPerp : «Iussit (tribunus) illos humanius haben, ut fratribus eius et ceteris facultas fuerit intrœundi et refrigerandi cum eis». Une telle solution n'offrirait aucune prise à l'argumentation exposée plus haut et permettrait de continuer à interpréter, au sens littéral, la formule introductive du rédacteur (§ 2, 3) : «Haec ordinem totum martyrii sui iam hinc ipsa narrauit, sicut conscriptwn manu sua et suo sensu reliquit». F. D. 36. PETRAGLIO (Renzo), Passio Perpetuae et Felicitatis. Stile narrativo e sfondo biblico—La narrativa cristiana antica. Codici narrativi, strutture formali, schemi retorici (cf. n° 11), p. 185192. Analyse de deux passages : le premier entretien de Perpétue avec son père, qui se retire, vaincu, après avoir tenté de lui arracher les yeux (§ 3, 1-3) ; le changement de sexe, qui intervient dans la dernière vision de la martyre (§ 10, 7 : «Et facta sum masculus»). Dans le premier cas, l'A. essaie de dégager Γ arrière-plan biblique des expressions oculos eruere et uexare qui servent à exprimer respectivement dans l'Ancien Testament la violence des païens contre Israël et dans le Nouveau la possession diabolique : chez son père, Perpétue parvient à s'expliquer le passage brutal de l'amour à la violence en y retrouvant l'action du démon. Le changement de sexe a de nombreux précédents dans la mythologie païenne : le songe de Perpétue, qui suppose une culture imprégnée de métamorphoses, est en même temps transgression et refus de cette culture ; l'abandon de la féminité et le silence au sujet de l'époux sont éclairés par un rapprochement avec le texte d'Esther 14, 24-27 (LXX) ou 13-18 (Vulgate).— À propos a'oculos eruere, il est dommage que l'A. n'ait pu tirer parti du dossier réuni par Andreas Kessler en 1994 (cf. CTC 94, 31). F. D. 37. SCHLEGEL (Birgit), Vibia Perpetua — Katechetische Blätter. Zeitschrift für Religionsunterricht, Gemeindekatechese, kirchliche Jugendarbeit, 120,1995, p. 190-193. Présentation vivante des événements relatés dans la Passio Perpetuae ; esquisse d'un portrait de Perpétue, à qui est comparée en finale Sophie Scholl, exécutée par les Nazis à l'âge de 21 ans. F. D. 38. DELÉANI (Simone), Le récit de la mort de Cyprien dans la Vita Cypriani : structure et signification— La narrativa cristiana antica. Codici narrativi, strutture formali, schemi retorici (cf. n° 11), p. 465-477. Dans le prolongement d'un travail précédent (cf. CTC 94, 35), S. D. étudie l'organisation du récit de la mort de Cyprien qui occupe la deuxième partie de VCypr : elle le fait au moyen d'une comparaison précise etfineavec le récit parallèle des Acta Proconsularia, et en recourant aux analyses de la narratologie actuelle (qui distingue chronologie et «configuration»). S'il y a, entre les deux documents, identité de trame événementielle aniculée en trois épisodes (attente de Cyprien, journée de l'arrestation, journée de l'exécution), VCypr révèle la volonté d'écrire autre chose qu'un compte rendu historique ; elle élabore un texte conduisant le lecteur à une

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compréhension globale toute différente. C'est ce que font apparaître d'une part la modification des ultima uerba qui, en VCypr, portent sur la confession du nom - véritable sommet du récit et d'autre part l'insistance sur les vertus du saint, tous les détails et jusqu'à l'organisation des phrases visant à les mettre en évidence. Après les ultima uerba, le personnage de l'évêque martyr s'efface du récit pour céder la première place d'abord à la foule des fidèles associés à la passion et à la gloire de son pasteur, ensuite et surtout à Dieu qui devient le véritable protagoniste. Par sa réflexion sur l'événement et son souci de la communiquer au lecteur, VCypr est bien une œuvre de théologien : son auteur reprend et diffuse l'enseignement de Cyprien sur le martyre comme couronnement d'une vie sainte. R. B.

DOCTRINE
39. RANKIN (David), Tertullian and the Church, Cambridge : Cambridge University Press, 1995, XVIII-229 p. Tertullien n'a pas écrit un traité De ecclesia, mais on trouve dans son œuvre beaucoup d'indications sur ce qu'est l'Église, et ce qu'elle devrait être ou ne pas être. L'A., dont on connaît les travaux préparatoires (cf. CTC 85,27 ; 89,41 et 52 ; supra n° 14), les a regroupées sous deux thèmes : la doctrine ecclésiologique de Tertullien, saisie en particulier au travers de ses images de l'Église, la doctrine (et d'abord la terminologie) des ordres et des ministères. Les traités les plus exploités sont pour le premier thème Apol, Prae et Pud, pour le second Bapt et Cast (avec des références à toute l'œuvre, auquelles renvoie un index locorum). Le fait que certains écrits datent de la période catholique et d'autres de la période montaniste est significatif: pour D. R., la position du Carthaginois est restée fondamentalement la même - «nihil noui Parade tus inducit» (Mon 3, 9) - même si l'accent se déplace des problèmes de doctrine vers ceux de discipline, même si une place prépondérante est désormée réservée à l'Esprit et à ses prophètes. Tertullien ne met pas en question l'apostoliche des évêques, qu'ils soient ou non spiritales (pour reprendre l'expression de lei 16, 3) ; ses attaques «au vitriol» (une expression qu'affectionne D. R.) portent non pas sur l'institution, mais sur des personnes qui ne remplissent pas leurs devoirs. De même, il ne mettrait jamais en question la séparation entre les laïcs et la hiérarchie (essentiellement tripartite, évêques, prêtres et diacres) : «sa variété de laïcisme consistait surtout à imposer aux laïcs les obligations, par ex. la monogamie, qui étaient prescrites au clergé» (p. 190). Il y a du vrai dans cette interprétation de Cast 7,2-4 (p. 129-130; argument repris p. 201-203 dans une 'Note méthodologique', qui surprend un peu, en tout cas par sa place à la fin du livre), mais ce laïc - d'après D. R. lui-même (p. 39) - semble s'être réservé un rôle de docteur bien à lui, et n'avoir pas, dès ses débuts, nourri un respect exagéré de la hiérarchie, comme en témoigne cette remarque frondeuse de Bapt 17,2 : «nisi si episcopi iam aut presbyteri aut diaconi uocabantur discentes domini». La monographie de D. R. n'est pas toujours facile à suivre, même si elle ne manque pas de formules frappantes, comme p. 144 : «A less than holy church is, for Tertullian, not logically possible», et de remarques suggestives, souvent placées en note (ainsi p. 41, n. 1, un parallèle entre les montanistes et les charismatiques d'aujourd'hui). Elle témoigne d'une lecture étendue des œuvres de Tertullien et des premiers écrivains chrétiens. Quelques absences surprennent cependant : An 43, 10, sur le thème de l'Église-mère (p. 78ss), Bapt 16 sur le baptême de sang du martyre (p. 183) ; la Tradition apostolique d'Hippolyte, facilement accessible dans l'édition de B. Botte (1963), aurait pu fournir davantage de parallèles, par ex. sur le statut des veuves dans la communauté. Il arrive à l'A. de citer les textes eux-mêmes, en latin et en traduction anglaise, mais il se contente souvent d'une paraphrase ou d'un commentaire plus ou moins éclairant : à lire l'exposé fait aux p. 149-150 d'après Pud 21, 17, le lecteur ne se doutera pas de

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la force de l'opposition ecclesia Spiritus ... ecclesia numerus episcoporum, à moins qu'il ne se soit reporté à une édition. Le thème abordé avait déjà suscité de nombreuses études. On est gêné de constater que la bibliographie comporte de graves lacunes, les unes reconnues (p. 17, n. 35 ; 80, n. 27), les autres silencieuses, comme : H. Janssen, Kultur und Sprache..., 1938 ; E. Dekkers, Tertulliano en de geschiedenis der liturgie, 1947 (qui aurait renvoyé à de nombreuses études antérieures) ; H. Rahner, Symbole der Kirche. Die Ekklesiologie der Väter, 1964, - pour ne rien dire de la CTC ou des volumes de Tertullien publiés dans la collection «Sources chrétiennes». Le livre de H. J. Vogt, Coetus sanctorum. Der Kirchenbegriff des Novatian und die Geschichte seiner Sonderkirche, 1968, aurait permis d'utiles comparaisons («the African Novatian» de la p. 83 surprend). Enfin et surtout, on se demande parfois si l'A. a bien compris le latin de Tertullien. Passons sur les fautes d'impression, dont la répétition inquiète tout de même (lire officii en Vir g 9, 1 [p. 142 et 175] ; consessum en Cast 7, 3 [p. 153 et 203]) et sur les problèmes de critique textuelle soit ignorés - en Idol 24, 4 les derniers éditeurs reviennent au texte transmis archetypum, au lieu de arcae typum (p. 66) ; soit simplifiés - en Fug 11,1, actores n'est qu'une conjecture due à J. J. Thierry dans son édition de 1941 (p. 151) ; soit présentés inexactement : il est faux de dire (trois fois : p. 136, 177 et 179) qu'en Cast 13, 4 la variante quae (OR) est mieux attestée que quantae (A edd. a Rigaltio). Autre inexactitude : en Praes 43, 5, promotio (Bmg Gel : promissio reliqui) n'est pas un mot Virtuellement inventé' par Tertullien (p. 188) ; on le rencontre au moins dans une inscription de l'époque de Caracalla (CIL III, 14.416). Mais ce qui crée un sentiment de malaise, c'est le nombre des traductions contestables. De Res 16, 4 «itaque animae solius iudicium praesidere», il est difficile de tirer le concept «to offer judgement» (p. 155) ; on comprendra avec M. Moreau : «c'est le jugement de l'âme seule qui s'impose». En Apol 21, 11, uirtus praesit ne veut pas dire «power is over all» (p. 158), mais «est à la disposition» (=praesto esse ; cf. TLL X 2, c. 956,1. 34 et déjà Waltzing ad locum). Π ne faut pas chercher en Mon 11,1 «a uiduis quarum sectam in te recusasti», la première et seule fois où Tertullien désigne l'institution des veuves (p. 177) ; ici secta veut simplement dire 'conduite' (Mattei), 'way of life' (Le Saint). Pour conclure sur un accident qui nous semble symbolique, on regrettera qu'un développement fort intéressant, où D. R. montre que dans les écrits tardifs le pronom personnel nos désigne tantôt les montanistes tantôt les chrétiens en général, soit déparé par un contre-sens sur Pud 5, 12 (p. 32) : la phrase «etiam apud Christianos non est moechia sine nobis» fait partie de la prosopopèe de l'idolâtrie et de l'homicide, qui parlent d'eux-mêmes à la première personne du pluriel ; il n'y a là aucune allusion aux montanistes. P. P. 40. KlRKPATRICK (L. S.), Baptism, Scripture and the Problem of the Christian Sinner in Tertulliano «De paenitentia» and «De pudicitia» —Irish Biblical Studies, 17,1995, p. 75-85. L'A. montre l'évolution de la doctrine pénitentielle de Tertullien entre le De paenitentia, qui défend la pratique de l'exomologèse et reconnaît comme rémissibles par l'Église tous les péchés commis après le baptême, et le rigorisme du De pudicitia : l'idolâtrie, l'adultère et l'homicide sont péchés mortels, et l'Église n'a pas pouvoir sur terre de les remettre. Ces deux positions contradictoires s'appuient l'une et l'autre sur l'Écriture, interprétée de façon plus ou moins restrictive. Ainsi, d'après l'ouvrage de la période montaniste, les clés du Royaume de Matthieu 16, 19 ont été remises seulement à Pierre, et non pas à l'Église tout entière (Pud 21, 9-10) ; dans / Cor 5, 1-5, l'esprit qui échappe à Satan n'est pas celui du fornicateur, mais celui de l'Église qui doit rester à l'écart de toute souillure (Pud 13,24-25). Cette évolution se manifeste parfois dans l'exégèse d'un même passage : ainsi l'interprétation de Luc 15, compris dans Paen

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8 comme la volonté divine de remettre tous les péchés après le baptême, est restreinte, en Pud 7, 3, à la rémission des péchés au moment de la conversion des païens. C'est un témoignage de la place centrale de l'Écriture dans l'argumentation de Tertullien et du pragmatisme de celui-ci. F.C. 4 1 . DlHLE (Albrecht), Tertullians Lehre vom zweifachen Willen Gottes — Panchaia. Festschrift für Klaus Thraede (voir n° 21), p. 61-65. Dans la philosophie antique, le monde est réglé par la raison et la volonté de Dieu, dont toutes les actions servent à consolider et confirmer cet ordre rationnel. L'homme ne peut donc souhaiter le changement du cours des choses, qui ne serait qu'une détérioration, et a pour devoir moral de se rapprocher le plus possible du modèle divin, en conformant son action à la raison. Le christianisme hérita de cette perspective, mais dut la concilier avec la double image de Dieu comme celui qui fait respecter l'ordre et châtie les transgressions, mais aussi comme celui qui fait preuve de compréhension et d'indulgence, et finalement pardonne. Certains auteurs, comme Athénagore, Supplique, 24, 3, restèrent fidèles à la conception traditionnelle, en distinguant l'ordre universel, réglé par Dieu, et la détérioration qu'y apporte la faiblesse des anges et des hommes. Mais A. D. nous montre, dans une fine analyse, qu'avec Tertullien on rencontre un effort remarquable pour tirer les conséquences de cette nouvelle image de Dieu, en s'appuyant sur la psychologie de son époque. En effet, lors des polémiques sur la question du mariage, Tertullien distingue en Dieu deux volontés (Mon 3 ; Cast 3, 6) : la première, uoluntas pura, s'exprime dans les commandements divins, auxquels il faut se soumettre sous peine de punition ; la seconde, uoluntas quasi inulta, qui semble contredire l'ordre divin parfait, est faite de compréhension et d'indulgence - le mariage est toléré - et permettra la rémission des péchés et le salut des pécheurs. Cette dualité de la volonté ne compromet pas la rationnalité de l'action divine, qui peut s'exprimer, aux yeux de Tertullien, même dans la colère de Dieu (Marc I, 26 ; An 16, 5). Cette distinction trouve sa correspondance chez l'homme dans le domaine éthique. Là encore Tertullien n'abandonne pas complètement le cadre de pensée philosophique et continue à identifier la sagesse et la justice de l'action humaine au savoir. Mais la nouveauté réside dans la distinction de deux savoirs humains, l'un qui vient du libre usage de l'intellect et l'autre qui est fondé sur la foi (Praes 7, 13 ; 14, 5 ; Mon 2, 3). Ainsi Tertullien réinterprète-t-il l'éthique traditionnelle, en mettant en avant l'idée de révélation divine et en assimilant le savoir à la foi. F. C. 4 2 . OSBORNE (Eric), The conflict of Opposites in the Theology of Tertullian — Augustinianum, 35, 1995, p. 623-639 (Studi sul cristianesimo antico e moderno in onore di Maria Grazia Mara, II. Studi agostiniani. Il cristianesimo nei secoli). Le conflit des opposés, ou plutôt la conciliation de ceux-ci en une harmonie supérieure assurée par la raison, occupe une place centrale chez Tertullien. Par là le théologien qu'on a, à tort, tenu pour non philosophe, alors qu'il déploie une large connaissance de la pensée grecque, procéderait directement d'Heraclite et des stoïciens. L'introduction de l'étude, où sont rapportés de nombreux témoignages, souligne l'importance de l'idée et les divers aspects qu'elle revêt dans la philosophie antique. Mais, curieusement, on ne trouve pas cité Empedocle à qui l'Africain paraît bien attribuer la paternité de la conception (An 8,1). Passant à Tertullien, l'A. suit l'illustration du thème dans trois domaines : 1) la christologie, avec la victoire du Christ sur la mort par l'humiliation de la croix, et avec la conjonction in una persona des deux natures distinctes (Esprit et Chair) ; 2) la doctrine de Dieu, où la polémique avec Marcion et avec Praxéas met en œuvre la conciliation d'opposés (Justice/Bonté en Dieu selon Marc II, 29 ; «monarchie»/«économie» dans la Trinité) ; 3) l'apologétique où le même thème sert pour expliquer la persécution comme déstabilisatrice d'un monde fait d'oppositions raisonnablement

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modulées, et pour prouver la Résurrection qui équilibre la Création.— Sur cette concordia oppositorum, ou, selon la formule horatienne, cette concordia discors, qui a joué le rôle d'un véritable topos chez les Anciens, on verra aussi notre édition de Marc I (SC, n° 365), p. 301 s. R. B.

SURVIE
43. HECK (Eberhard), Pseudo-Cyprian, «Quod idola dii non sint» und Laktanz, «Epitome divinarum institutionwn» —Panchaia. Festschriftfür Klaus Thraede (voir n° 21), p. 148-155. En mettant en doute, pour la première fois, en 1891, l'authenticité de Quodld, Goetz inaugurait une controverse dont sont rappelées ici les principales étapes. Fort de son expérience récente - il vient d'éditer Y Epitomé de Lactance, en 1994, dans la collection Teubner -, E. H. reprend la thèse de Diller (1935), développée par Axelson (1941) et combattue par Simonetti (1950) : Quodld serait une compilation de peu postérieure à Lactance et empruntant aux Institutions divines et à ΓEpitomé autant qu'à Tertullien et Minucius Felix. Quitte à subir, comme M. Simonetti, les sarcasmes de l'auteur, je ne suis vraiment convaincue ni par les six rapprochements présentés, ni par le reste de l'argumentation. Faute de pouvoir ici reprendre en détail chacun des points exposés, je me contenterai de quelques observations. Alors que le compilateur reproduit textuellement des passages entiers de Tertullien et surtout de Minucius Felix, il faut supposer, pour prouver le recours à Lactance, «ein Gemisch aus verschiedenen Laktanzstellen», un art de contaminer les sources, inattendu chez un écrivain dont est dénoncée dans le même temps la médiocrité. Ainsi, «qui mediator duorum hominem induit quem perducat ad patrem» (§11) serait un emprunt à Epit. 39, 7 («suscepit carnem ut inter deum et hominem médius factus hominem ad eum magisterio suo superata morte perduceret») et à Inst. 4,25, 8 (mediator) - passage sans relation avec Epit. 39, 7. Pourquoi l'auteur de Quodld n'aurait-il pas pu tout aussi bien emprunter mediator à Tertullien, auquel il a emprunté la phrase qui précède immédiatement la phrase incriminée ? À plusieurs reprises en effet, le mot mediator est appliqué au Christ par Tertullien, en parfaite conformité avec les anciennes versions latines des épîtres pauliniennes (R. Braun, Deus christianorum...). La note sur Hermès Trismégiste (§ 6), qui n'a de précédent ni chez Tertullien ni chez Minucius, supposerait un recours simultané à Inst. 2, 14, 9 - où Lactance prête au Trismégiste une autre pensée que le compilateur - et à Inst. 1,8, 1 - où le compilateur serait allé chercher, pour l'attribuer au Trismégiste, une définition platonicienne de Dieu. D'une manière plus générale, il nous paraît dangereux de supposer qu'un écrivain soit obligé de recourir à un modèle pour utiliser des mots courants et exprimer des faits ou des idées banals. On trouve couramment, chez les auteurs chrétiens, l'expression «hominem ad Deum patrem perducere» (p. ex. Cypr. Mort 8), ou «induere hominem». Un modèle est-il nécessaire pour employer praedicare au lieu de dicere (§ 6) ? ou pour énoncer des attributs de Dieu, divulgués par la liturgie, la catéchèse, l'homilétique ? La légende de Leucothée et Melicene devait être suffisamment connue pour que le compilateur, si inculte qu'on le suppose, n'ait pas besoin de lire Lactance pour l'évoquer (§ 2 ; Inst. 1,21, 23). Il le fait du reste avec une autre idée directrice que Lactance, ce qui pourrait expliquer qu'il ait pris sciemment le nom de la divinité pour Leucothée et celui de l'homme pour Melicene. Qu'il n'y ait aucune mention de l'opuscule avant Jérôme ne nous paraît pas non plus un argument suffisant pour repousser après Lactance la date de sa composition, ni même pour refuser la paternité de Cyprien. Il a pu être mis sur le même plan que Y Ad Quirinum, autre recueil d'excerpta, et par là même être exclu, comme lui, des listes des ouvrages de Cyprien. Le

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fait que Lactance reproche à Cyprien de n'avoir pas utilisé la culture profane dans Y Ad Demetrianum ne prouve pas non plus, à notre avis, qu'il ne connaissait pas Quodld. Son but était simplement de montrer ce qu'un apologète ne doit pas faire. Dans une perspective analogue, Jérôme (Epist. 70, 3, 1 et 5, 2) distingue les deux œuvres, en les mentionnant dans deux développements différents, l'une comme étant, selon le jugement de Lactance, l'exemple de ce qu'il ne faut pas faire lorsqu'on veut défendre le christianisme devant les païens, l'autre comme étant au contraire l'exemple de ce qu'il faut faire. Malgré l'ingéniosité de la démonstration d'E. H., à partir des parallèles relevés par Diller et Axelson, le dossier nous semble loin d'être clos, ce qui ne veut pas dire que nous nous rallions à la thèse de l'authenticité cyprianique. À lire E. H., on croirait qu'aucun autre choix, notamment celui de l'incertitude, n'est possible à celui qui n'admet pas d'emblée l'hypothèse d'une compilation de Lactance. Or, si M. Simonetti n'a pas édité l'opuscule dans le volume des traités de Cyprien publié dans le CCL, ce n'est pas nécessairement parce qu'il renie son article de 1950, et si R. Braun trouve que la question n'est pas définitivement résolue, ce n'est pas forcément parce qu'il croit en la paternité de Cyprien. Tant que l'œuvre n'aura pas fait l'objet d'une analyse d'ensemble (notamment à partir de l'agencement des emprunts et d'un examen des sutures), permettant d'en comprendre l'intention, d'en déterminer le genre littéraire, il nous paraît prématuré de conclure. S.D. 44. VOGUÉ (Adalbert de), «Hic aut quaeritur uita aut amitîiîur». Une citation inaperçue de Cyprien chez Jérôme et Rufin — Cassiodorus. Rivista di studi sulla tarda antichità, 1, 1995, p. 231-233. L'auteur avait déjà repéré dans dans le Chrysostome latin et chez le Maître (voir CTC suppl. SC 166) un souvenir de Cyprien, Dem 15 : «Hic uita aut amittitur aut tene tur». À ces réminiscences, il en ajoute ici une autre, trouvée chez Jérôme (Epist. 84, 6, 3 : «Hic aut quaeritur uita aut amittitur», avec une reprise critique de Rufin, Apol. c. Hier. 1, 39). S. D. 45. ADKIN (Neil), Cyprian's De habitu uirginum and Jerome's Libellus de uirginitate seruanda (Epist. 22) — Classica et Mediaevalia, 46, 1995, p. 237-254. Poursuivant l'étude des dépendances de Jérôme dans la lettre à Eustochium (voir CTC 93, 47), N. A. semble vouloir épuiser, ici, toutes les ressources du De habitu uirginum de Cyprien. Aux réminiscences déjà détectées par ses prédécesseurs, il en ajoute une bonne douzaine, dont certaines paraissent bien ténues et d'autres peu assurées (il nous est montré que Jérôme a fort bien pu trouver l'idée ou l'expression ailleurs, ou encore qu'il a contaminé plusieurs sources). Cependant, l'analyse de l'une d'entre elles retiendra notre attention, en raison de son intérêt tant pour l'intelligence du texte de Cyprien que pour celle du texte de Jérôme : CYPR, Hab 22 : 'Multiplicabo, inquit mulieri HIER, Epist 22, 18: 'in doloribus et Deus, tristitias tuas et gemitus tuos, et in anxietatibus paries, mulier' : lex ista non mea tristitia paries filios, et conuersio tua ad uirum est ; 'et ad uirum conuersio tua' : sit tuum et ipse tui dominabitur.' Vos ab hac conuersio illius ad maritum, quae uirum non sententia liberae estis, uos mulierum tristitias habet Christum ; et ad extremum 'morte et gemitus non timetis, nullus uobis de partu morieris' finis est coniugii : meum circa filios metus est : nec maritus dominus, propositum sine sexu est. dominus uester et caput Christus est ad instar La ponctuation est celle que propose ΝΛ. et uicem masculi, sors uobis et condicio communis est. Dans son commentaire de Gen 3, 16, Cyprien recourt à / Cor 11, 3 («omnis uiri caput Christus est : caput autem mulieris uir»), mais pour la démonstration suivante : 1) la vierge est libérée de la domination de l'homme (l'homme, qui est la tête de la femme, n'est pas la tête de la

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vierge), 2) le Christ est la tête de la vierge comme il Test de l'homme, et donc 3) partageant la condition de l'homme, la vierge échappe à la contrainte due au sexe (masculus est même emprunté à Gai 3, 28, verset sur Γ abolition des sexes). Avec finesse, N. A. montre que Jérôme met en dialogue le commentaire de Cyprien, dont il reprend les trois points : la vierge est libre de la sentence originelle («lex ista non mea est» signifie : «cette loi ne me concerne pas», et non «ce n'est pas moi qui ai établi cette loi», selon une traduction courante) ; la vierge n'est pas soumise à l'homme ; la virginité échappe à la loi du sexe. S.D. 46. DOLBEAU (François), Un sermon inédit d'origine africaine pour la fête des saintes Perpétue et Félicité—Analecta Bollandiana, 113,1995, p. 89-106. Le corpus des textes antiques consacrés à Perpétue et Félicité s'enrichit, avec la publication de cet inédit, d'une pièce importante qui avait été utilisée par Bède dans son martyrologe. Il s'agit d'un sermon prêché, très vraisemblablement à Carthage, lors du natalis des deux saintes (donc, sans doute, un 7 mars). Les trois manuscrits qui nous l'ont conservé l'attribuent à Augustin, et de fait certains thèmes, comme celui de la perpetua felicitas des martyres, se retrouvent dans les sermons authentiques (s. 280-282). Toutefois un assez grand nombre de maladresses, qu'on ne saurait expliquer par des fautes de transmission, rendent peu probable une attribution 'directe' à l'évêque d'Hippone. F. D. note une parenté certaine avec un tractatus attribué à Quodvultdeus (CPL 415) : le 'Sitz im Leben' des deux pièces doit être Carthage, première moitié du Ve siècle. L'édition, très soignée, tire le meilleur parti d'une tradition manuscrite restreinte, récente (XIe-XVIe s.), et bifide. Nous aurions préféré tristia en 2, 17 et ponctué autrement 2, 6-11 : «Quid loquar — deseruit ? Futura reuelando — temperando, ubique se — ostendit (sic NW). Quae praemia — ministrami ?» On notera en 1, 18 l'expression fragilis sexus, chère à Jérôme (Epist. 53, 13, etc. ; et aussi fragilitas sexus), alors qu'Augustin et Quodvultdeus parlent d'infìrmior sexus (tour utilisé ici en 1, 11 ; une fois chez Jérôme, Epist. 1,4). P. Ρ . 47. L'Europe des humanistes (XIVe-XVIIe siècles). Répertoire établi par J.-F. Maillard, J. Kecskeméti et M. Portalier, Paris : CNRS Éditions ; Turnhout : Brepols, 1995, 543 p. (Documents, études et répertoires publiés par l'Institut de Recherche et d'Histoire des Textes). Répertoire alphabétique de 2350 humanistes (morts après 1325 et nés avant 1600), qui ont transmis - par leurs éditions, commentaires ou traductions - des œuvres d'auteurs antiques ou médiévaux (antérieurs à 1500). À chaque humaniste est consacrée une notice en deux parties : la première fournit des indications biographiques sommaires et renvoie à des articles de dictionnaire ou à des études spéciales ; la seconde énumère les auteurs et ouvrages anonymes transmis, qui sont répartis en quatre alinéas correspondant aux sections suivantes : Antiquité païenne, Bible, époque des Pères, VIIe-XVe siècles. En finale, un index des auteurs et anonymes regroupe, entrée par entrée, tous les humanistes mentionnés dans le répertoire : c'est ainsi que les noms de Cyprianus Carthaginiensis, Minucius Felix, Novatianus, Tertullianus y sont associés respectivement à ceux de 26,7,1 et 32 éditeurs, traducteurs ou commentateurs. L'ampleur du domaine concerné ne permettait aux rédacteurs ni de descendre au niveau des œuvres particulières (sauf un certain nombre d'anonymes), ni d'isoler les attributions fautives : par exemple, sous la mention Cyprianus, on trouvera réunis, de façon indissociable, les travaux érudits sur les textes authentiques comme sur les traités pseudépigraphes ; de même, les œuvres majeures de Novatien (De trinitate, De cibis iudaicis) furent publiées sous le nom de Tertullien dès 1545, trente-huit ans avant que Jacques de Pamèle (seul «transmetteur» cité) ne les restitue à leur véritable auteur. Les patristiciens devront aussi penser à chercher leur bien sous des entrées collectives comme Acta Sanctorum, Liturgica, Patres Ecclesiae, Vitae Sanctorum. Il était, à l'évidence, impossible d'être exhaustif. Le présent répertoire, malgré ses imperfections,

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est sûrement destiné à rendre de grands services, notamment en signalant des traducteurs ou commentateurs méconnus. Certaines absences restent néanmoins surprenantes : pour m'en tenir ici au domaine couvert par cette chronique, je note que l'édition princeps des Actes de Cyprien se lit dans le Sanctuariwn de Boninus Mombritius (non cité) ; celle des Passions de Montanus et Lucius et de Marien et Jacques est due à Laurentius Surius (non cité) ; la Passion de Perpétue et Félicité fut imprimée d'après les papiers de Lucas Holstenius (cité, sans allusion à PPerp) ; enfin, les Actes des Scillitains parurent d'abord dans les Annales ecclesiastici de Baronius (non cité), mais la découverte de leur recension primitive est due à Jean Mabillon (exclu, parce que né après 1600). Il est vrai que l'hagiographie est constituée d'une multitude de textes brefs qu'il était malaisé de récupérer sans étude spéciale, mais Mombritius, Surius et Baronius, en tant que «transmetteurs» de Viîae Sanctorum, méritaient mieux que l'oubli. F. D.

NOUVELLES
48. Véronique Coin a soutenu en 1995 à l'Université de Paris-Sorbonne un mémoire de DEA sur Le mysticisme de Cyprien de Carthage et son expression. 49. La CTC 96 recensera le second tome de YEpistularium de Cyprien, dû à G. F. Diercks ; la Petite vie de Tertullien de Charles Munier et son article de synthèse paru dans Catholicisme ; Montanism, Gender, Authority and the New Prophecy de Christine Trevett, et de nombreux articles parus notamment dans Nomen latinum. Mélanges offerts à André Schneider.

Revue des Études Augustiniennes, 43 (1997), 349-375

Chronica Tertullianea et Cyprianea 1996
Cette chronique continue et complète la Chronica Tertullianea parue dans la Revue des Études Augustiniennes depuis 1976 (productions de 1975). Elle a changé de nom et de domaine depuis 1986, et embrasse désormais toute la littérature latine chrétienne jusqu'à la mort de Cyprien. Elle ne traite que des publications datées de 1996 et, le cas échéant, de 1995. En effet, les omissions que nous avons relevées pour les années antérieures ont été autant que possible réparées dans le volume récapitulatif Chronica Tertullianea et Cyprianea 1975-1994. Bibliographie critique de la première littérature latine chrétienne. La mise au point de ce volume, qui doit paraître aux Études Augustiniennes dans le premier semestre de 1998, a quelque peu pesé sur la rédaction de la présente Chronique. Le retard devrait être comblé l'an prochain. Les références se font désormais sous la forme : CTC 92, 3 ; les renvois aux notices bibliographiques qui sont propres au volume se présentent ainsi : CTC, C (compléments aux chroniques publiées) ou CTC, S (suppléments pour les années 1975-1984) : on précise alors SC (Cyprien), SH (textes hagiographiques), SM (Minucius Félix), SN (Novatien). Cette année encore, nous avons bénéficié de l'aide d'amis fidèles. Nous remercions en particulier MM. Pierre-Paul Corsetti et Pierre Dufraigne, ainsi que la "Zweigstelle" de L'Année philologique à Heidelberg. L'un des fondateurs de cette Chronique, M. René Braun, a préféré consacrer toutes ses forces à l'achèvement de sa grande édition de YAduersus Marcionem ; ses collaborateurs respectent sa décision, mais espèrent qu'il voudra et pourra bientôt reprendre la place qu'il a occupée avec tant de compétence et d'autorité.
Frédéric CHAPOT — Simone DELÉANI — François DOLBEAU Jean-Claude FREDOUILLE — Pierre PETITMENGIN

ÉDITIONS
1. CYPRIANUS, Epistularium (epist. 58-81 ; appendix), ed. G. F. DIERCKS, Turnholti : Brepols, 1996, p. 317-672 (Corpus Christianorum, Series Latina, UIC). En rendant compte du premier tome de cette édition (CTC 94, 2), nous avons dit tout le bien qu'il fallait penser du travail monumental de G. Diercks, qui a le premier réalisé la recensio

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des lettres de Cyprien. Le présent volume contient la fin de la correspondance authentique, quatre textes apocryphes déjà regroupés par Hartel - lettre de Donat (cf. CPL 30) ; lettre de Corneille {CPL 63) ; lettre à laplebs de Carthage (faux donatiste ; CPL 722) ; lettre à Turasius (CPL 64) - enfin la lettre à Silvanus (CPL 51) : G. D. doute de son authenticité, à la différence de G. W. Clarke, qui en fait YEpist 82, et du Handbuch der lateinischen Literatur der Antike, t. 4, 1997, p. 553. Le temps nous manque pour écrire la recension détaillée que mérite cette grande édition ; elle sera de toute façon plus à sa place après la publication de l'Introduction à laquelle G. D. fait plus d'une fois référence. On se contentera de signaler le soin particulier avec lequel a été rédigé l'apparat des testimonia, auxquels vient s'ajouter en quelque sorte la traduction grecque de YEpist 70 (minime remarque sur la p. 525 : il ne semble pas évident qu'Anselme de Havelberg [PL 188, 1213A] imite précisément Epist 72, 2, 1). P. P. 2. Passion de Perpétue et Félicité suivi (sic) des Actes. Introduction, texte critique, traduction, commentaire et index par Jacqueline AMAT, Paris : Éd. du Cerf, 1996, 318 p. (Sources Chrétiennes, 417). Livre bien conçu, auquel Robert Godding a déjà consacré un long compte rendu dans Analecta Bollandiana, 115, 1997, p. 194-196. On y trouvera l'ensemble des textes hagiographiques relatifs à Perpétue et Félicité. Les Passions latine (BHL 6633) et grecque (BHG 1482) sont imprimées avec leurs apparats critiques l'une au-dessus de l'autre sur les pages paires, chacune en regard de sa traduction française donnée sur les pages impaires. En annexe, les deux types d'Actes latins (BHL 6634-5 et 6636) sont aussi reproduits face à leur traduction française, mais cette fois à la suite l'un de l'autre. Il est regrettable que l'excellente mise en pages retenue pour les Passions n'ait pas été adoptée pour les Actes : la confrontation de ceux-ci en aurait été facilitée. Passions et Actes sont l'objet de deux introductions séparées (respectivement aux p. 19-94 et 265-276), qui font le point sur les manuscrits et la transmission des textes, les questions de langue, d'auteur et de datation. Mais seules les Passions sont commentées de façon détaillée aux p. 187-262. Trois index - des citations bibliques, des noms propres et du vocabulaire latin (ce dernier hélas trop sélectif) - complètent le volume. Sur les questions disputées, les positions que défend J. A. en introduction (priorité de la Passion latine, rédaction de celle-ci à plusieurs mains, authenticité des visions de Perpétue et de Saturus, non intervention de Tertullien) sont bien argumentées. D'autres suggestions ont un caractère plus spéculatif, mais dépendent toujours d'une lecture intelligente du texte. Le silence observé par Perpétue à l'égard de son mari tiendrait au fait que celui-ci «s'est retiré de la famille. La conversion de sa femme, et même d'une partie de sa belle-famille, a pu le pousser à fuir une situation dangereuse» (p. 31). De même, le second frère de Perpétue (évoqué au § 2, 2) aurait «déjà dépassé le stade de catéchumène. Il pourrait s'agir alors de Saturus, qui veille sur Perpétue tout au long de la Passion» (p. 32). Sur la date du martyre (7 mars), il est surprenant de ne pas voir invoquée la Depositio martyrum de 354. L'attitude prêtée à Hilarianus (p. 21 et 24), qui «ne semble pas vraiment désireux de condamner les prisonniers et tout particulièrement Perpétue», est inconciliable avec l'opinion de James Rives, résumée infra sous le n° 38. Dans un exposé généralement clair, deux phrases m'ont laissé perplexe : - (p. 44) «c'est dans ce cadre (un jardin à la romaine) que Saturus transpose le différend terrestre qui l'a opposé à son prêtre et à son évêque» : le texte latin ne suggère-t-il pas plutôt un différend entre le prêtre et l'évêque, placé sous l'arbitrage de Saturus ? - (p. 48) «Dinocrate est arraché par sa sœur au séjour des impies, sans pour autant avoir accès au paradis des martyrs, dont il reste séparé par un abîme» : si l'abîme est le diastema du § 7, 6, le texte du § 8, qui n'en parle pas, est surinterprété. Le commentaire éclaire pas à pas les principales difficultés de la Passion, dans ses deux rédactions, latine et grecque. Il offrira, à peu de chose près, les mêmes services que celui d'A. A. R. Bastiaensen (cf. CTC 87, 3). Comme il repose sur une bibliographie close en 1991, il

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rend mal compte du développement récent des travaux touchant PPerp, en partie liée à l'explosion des «Études sur les Femmes» : cf. CTC 90, 41 [Aspegren] ; 92, 29 [Habermehl] ; 93, 27 [Shaw] ; 94, 31-34 [Kessler, McKechnie, Miller, Perkins], etc. Il est inexact d'écrire à propos de neruus au § 8, 1 (p. 218) : «Le mot n'est pas compris par le traducteur grec, qui se contente de le calquer (νέρβω)» ; comme l'a prouvé P. Franchi de' Cavalieri qui en cite d'autres exemples {Studi e Testi 221, p. 53, η. 4), le terme νέρβος fait partie des latinismes qui sont entrés dans la langue grecque par le biais du jargon administratif. Au sujet des magistrats mentionnés, on relève quelques lacunes bibliographiques : depuis 1971, les historiens s'accordent à identifier le proconsul défunt du § 6, 3 avec un certain Minucius Opimianus (cf. L. Petersen, Prosopographia imperii romani saec. I. IL III, Pars V, Berolini, 1970-1987, p. 295, M 622), ce qui manifeste, au moins sur ce point précis, la supériorité du grec (όπιανού) sur les variantes latines (Timiniani, Timiani, Teminiani) ; de même, la carrière du procurateur Hilarianus (§ 6, 3-5 ; 18, 8) a été brillamment reconstituée par A. R. Birley, Persecutors and Martyrs in Tertulliano Africa, dans Institute of Archaeology Bulletin (London), 29, 1992, p. 37-68, spec. p. 46, 48-49, 60-61 (voir aussi maintenant le n° 38, déjà cité plus haut). L'édition proprement dite est la partie la moins réussie du volume. J. A. dépend très largement, comme elle le reconnaît à la p. 91, des matériaux réunis par C. Van Beek, Passio sanctarum Perpetuae et Felicitatis, Noviomagi, 1936 ; et l'on ne sait pas toujours si son travail est de première ou de seconde main. Caduque est ainsi la notice du Codex Oxoniensis Fell 4, qui proviendrait de Salzbourg (p. 86) : depuis 1985, ce légendier a été restitué à son légitime propriétaire, le chapitre de Salisbury ; il avait jadis été prêté à Oxford pour servir à des travaux érudits et n'avait pas été rendu à la mort de John Fell (éditeur en 1680 de PPerp) ; on en trouvera une description exhaustive sous la cote Salisbury Cathedral 221, chez Ν. R. Ker, A. J. Piper, Medieval Manuscripts in British Libraries, t. 4, Oxford, 1992, p. 257-259. La confusion Salzbourg/Salisbury remonte à une équivoque sur l'adjectif Sarisburiensis, déjà élucidée par Van Beek, p. 23*-25*. De même, parmi les manuscrits perdus, un Codex Laureshamensis est cité sous cette forme (p. 88) : «... du monastère Saint-Nazaire de Laurissa. Il est mentionné dans des catalogues du XIXe siècle» ; il convient évidemment de substituer 'ixe' à 'XIXe' et 'Lorsch' à 'Laurissa', car il est ici question de l'inventaire carolingien de Lorsch, l'un des plus fameux documents bibliographiques du moyen âge. Il serait utile qu'en France les spécialistes de latin classique soient initiés à l'histoire des bibliothèques et des scriptoria médiévaux, pour éviter ce genre de bévue. Une lecture attentive des textes et de leurs apparats n'est pas de nature à dissiper les inquiétudes. En ce qui concerne les Actes, le classement des manuscrits que proposait Van Beek et ses choix de leçons ont été respectés à quelques détails près. Pour les deux Passions, grecque et latine, la situation est moins claire. Van Beek estimait que les deux versions remontaient l'une et l'autre à l'auteur ; il s'appuyait sur un stemma trifide (p. 56*), où le grec (= H) remontait directement à l'archétype, de même que les deux rameaux latins (1 [ici A] = Casinensis 204 MM, Xle s. ; 2-3-4-5 [ici DEBC] = codices reliqui). J. A. estime - et cela à juste titre - que le grec est traduit du latin ; d'autre part, elle modifie radicalement le stemma, qui devient bifide (H étant désormais abaissé au niveau des mss latins BCDE) ; enfin, elle adopte la règle de ne jamais «amender le latin à l'aide du texte grec». Cela revient à ruiner les fondements mêmes de l'édition de 1936. Or le nouveau texte latin «ne s'écarte de celui de C. Van Beek que sur quelques points» (p. 91). Il ne peut donc s'agir que d'une recension hybride, fidèle à Van Beek là où le texte ne pose pas de gros problèmes, mais retouchée, en cas d'incertitude plus forte, selon un autre stemma. Influencée par son prédécesseur, J. Amat admet ainsi dans son texte beaucoup de leçons que son classement bipartite (A / BCDEH) devrait condamner : (§ 4, 3) uerruta est une conjecture reposant sur le témoignage conjoint de E (uerruti) et H (οβελίσκων), alors que le terme manque dans ABCD ; (§ 5, 6) casum D (διαθέσεως Η) : casus E, causam A, canos BC ; (§ 6, 2) supplica D (έπίθυσον H) : supplicans ABC, supplico E ; etc.

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Le problème majeur est de fixer dans le stemma la position de H (le seul témoin grec connu, datable des Xe-Xle s.), problème lié, mais seulement en partie, à la discussion sur la langue de la Passion originale. Si l'on accorde la priorité au grec ou si, comme Van Beek, on situe le grec au même niveau que le latin, il va de soi que l'importance de H est capitale. Mais qu'en est-il, si l'on reconnaît la primauté du latin ? Est-on forcé de dévaluer le rôle de H, comme le fait J. Α., dans un stemma où le seul Casinensis (A) pèse autant - et souvent plus - que l'accord BCDE + H ? À mon sens, H reproduit bien une traduction, mais datant d'une époque antérieure à la séparation des deux rameaux A et BCDE. C'est ce que suggèrent la leçon όπιανοϋ, commentée plus haut, et diverses autres variantes : par exemple διάστημα au § 7, 6 {diastema Holstenius [par conjecture, avant la découverte du grec], diadema A, idianîem B, diantem C, spatium DE). Il faut donc revenir, avec Van Beek, à un stemma tripartite (A / BCDE / H). En cas d'opposition entre les rameaux latins, le témoignage de H, quand il est disponible, fournit un critère décisif pour établir le texte primitif. En d'autres termes, les accords AH contre BCDE et BCDEH contre A ont des chances de représenter l'original, comme dans les exemples suivants : (§3, 1) uerbis BCDE (λογοίς H) : om. A (var. supprimée chez J. A.) (§ 13, 5) sinite A (έάσατε H) : quiescite BCDE (§ 17, 1) irridentes BCDE (καταγελώντες H) : imitantes A (var. supprimée chez J. A.) (§21,2) eiecto A (cf. εβλήθη H) : obiectus BCD def. E Ce critère, s'il devait être suivi, amènerait à corriger Van Beek dans une quinzaine de passages (facilement reparables grâce au tableau que fournit ce dernier aux p. 51*-53*). Les retouches à introduire chez J. Amat, qui a «pris le parti de rester le plus possible fidèle aux leçons de A» (p. 91), seraient sans doute plus nombreuses : (§ 5, 6) gauisus BCDE(H) : -sums A ; futuros BCDE(H) : constituios A ; (§ 9, 1) uirtutem dei BCDE(H) : uirtutem A ; (§ 12, 5) introiuimus cum admiratione et BCDE(H) : introeuntes cum admiratione A ; etc. À dire le vrai, les apparats sélectifs, comme ceux d'Amat ou de Bastiaensen, sont dangereux, car ils éliminent la plupart des lapsus individuels (et masquent donc beaucoup d'erreurs de A). Après relecture de l'apparat complet de Van Beek, mon impression est qu'on a exagéré la valeur du Casinensis (dont l'unique privilège est de préserver certains vulgarismes, rectifiés partout ailleurs). Mais la suppression des vulgarismes est un phénomène sans portée stemmatique, qui peut se produire dans les manuscrits latins de façon indépendante, et à l'égard duquel le témoignage du grec est indisponible : il est donc erroné d'accorder à A pour ce motif autant de poids qu'à BCDEH. L'établissement du texte de PPerp reste problématique, et il serait urgent de mettre en chantier une véritable editio maior, analogue à celle de Van Beek. Certains passages sont corrompus d'une façon plus grave que la lecture du présent volume ne donne à croire. En guise de conclusion, je citerai deux accidents qui auraient mérité un long commentaire philologique : (§ 16, 2) la solution suggérée par Franchi de' Cavalieri en 1896, reléguée en apparat par Van Beek et passée ensuite sous silence, est de beaucoup la meilleure ; elle suppose que le grec, plus complet, révèle l'existence d'une lacune dans l'ensemble des témoins latins, lacune restée telle quelle dans A, mais plus ou moins masquée dans BCDE. On rétablira donc idéalement le texte suivant : «Cum a(utem) <πλείους ήμέραι διεγίνοντο εν τη φυλακή αυτών οντων>, tribuno castigatius eo tractanti quia (...) Perpetua respondit». (§ 19, 6) la phrase incompréhensible que transmettent BC (et que tous les éditeurs depuis Ruinart ont condamnée) n'a nullement le caractère d'une glose. Dans un cas comme celui-là, un argument de type stemmatique ne peut être invoqué, car l'attitude normale d'un copiste ou d'un traducteur, face à un texte dépourvu de sens, est de donner un coup de ciseaux. Ce qui est prodigieux, c'est que ce fragment corrompu ait été préservé dans certains de nos manuscrits. En voici le texte d'après l'apparat de Van Beek : (un ours refuse de sortir de sa cage) «Pudens miles de industria efferatorum adfirmasset portas putris carnibus magis ne mitteretur efficit.» (Ainsi, continue le récit, Saturus est ramené indemne pour la seconde fois). La phrase

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additionnelle, qui pourrait fort bien remonter à l'original, décrit la façon dont le soldat Pudens (cité plus loin en 21, 1 et 4) s'y est pris pour maintenir en cage la bête sauvage que Saturus redoutait le plus ; au lieu d'être enfouie dans un apparat, elle devrait plutôt être soumise à l'expertise de critiques textuels, parce qu'elle a grand besoin d'être corrigée. F. D. 3 . NOVACIANO, La Trinidad. Introducción, edición crítica, traducción, comentarios e índices de Carmelo GRANADO, Madrid : Editorial Ciudad Nueva, 1996, 316 p. (Fuentes Patrísticas, 8). La jeune collection «Fuentes Patrísticas» publie ici son premier traité de langue latine avec cette nouvelle édition du De îriniîaîe de Novatien. Une rapide introduction présente Novatien, ses œuvres, la datation (entre 240 et 250) et le contenu du Trin., la tradition indirecte et les éditions antérieures. La principale nouveauté de celle-ci réside, selon l'affirmation même de C. G., dans l'utilisation de la collation, découverte par P. Petitmengin (CTC, SN 17), du «codex Ioannis Clementis Angli» (= C) conservée dans une Geleniana de Tertullien (1566) et utilisée par Pamèle dans son édition de 1583. Pourtant, sur la quarantaine de variantes propres à C incluses dans l'apparat, C. G. n'en retient qu'une douzaine. À titre de comparaison, dans le seul chapitre 31, Paul Mattei (cf. infra, n° 4) en reprend, avec raison à notre avis, sept de plus. Mais nos réserves concernent plutôt la rédaction de l'apparat critique, que l'auteur a allégé des choix des éditeurs modernes (et encore ne s'agit-il que de Weyer, Diercks et Loi) en les reléguant dans un tableau de l'introduction (p. 35-39). Cette présentation «éclatée», qui condamne parfois l'apparat au silence, dans des cas pourtant où les éditeurs proposent des textes assez divergents (cf. XVIII, 107, p. 182, 1. 23 ; XX, 118, p. 194, 1. 6 ; XXII, 127, p. 204, 1. 3, etc.), n'est évidemment pas satisfaisante. D'autre part, lorsque tel choix fait l'objet d'une note justificative sous la traduction espagnole, l'unité critique disparaît curieusement de l'apparat (cf. XVI, 90, p. 160 et n. 224 ; XXVIII, 156, p. 240,1. 6 uocabitur et n. 343). L'utilisation des parenthèses pour signaler les ajouts, au lieu des traditionnels crochets obliques (cf. p. 144,1. 22), ne facilite pas la lecture, et on regrettera également que le choix de suivre la numérotation continue imaginée par Weyer et adoptée par Loi ait dispensé l'éditeur d'indiquer entre parenthèses la classique numérotation par chapitres de Diercks. Ces partis pris discutables n'enlèvent pas le sérieux du travail philologique. Voici quelques remarques sur le texte : en XIII, 71, p. 144, 1. 22-23, l'heureuse conjecture cum per ipsum facta sint omnia, aut deum tantum dicas s'adapte bien au contexte et au style de Novatien et s'explique facilement par un saut du même au même ; en XXI, 125, p. 202,1. 1, amictus est moins économique que la leçon amictum retenue par les éditeurs précédents, qui peuvent s'autoriser de la fréquence des changements de genre et de déclinaison en latin tardif (O. Garcia de la Fuente, Latín bíblico y Latín cristiano, Madrid, 1994, p. 291-293) ; en XXIX, 164, p. 246, 1. 13 nous ne sommes pas vraiment convaincu par la correction de Qui non est in euangelio nouus, sed nec noue datus en Qui non est in euangelio nouus, sed noue datus («donné d'une nouvelle manière») ; pour la difficile dernière phrase du traité, C. G. propose une nouvelle emendation, moins économique que celle de Loi (retenue par Mattei), mais assez bienvenue : unum et solum et uerum Deum Patrem suum manere et in ilio quod etiam subditus est breuiter approbauit. La traduction nous paraît fidèle, et les notes, qui témoignent d'une bonne information, abordent les différents aspects d'un commentaire et fournissent de nombreux parallèles. F. C.

4 . MATTEI (Paul), Novatien, De Trinitate 31. Texte et traduction. Commentaire philologique et doctrinal — Memorie dell 'Accademia delle Scienze di Torino. Classe di scienze morali, storiche e filologiche, 20, 1996, p. 159-257. Préparant l'édition du De trinitate de Novatien pour la collection «Sources Chrétiennes», P. M. nous livre, en avant-goût, le texte, la traduction et le commentaire complet du dernier

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chapitre, consacré aux relations du Père et du Fils. L'édition tire le meilleur parti de la découverte de P. Petitmengin (cf. supra, n° 3) et amène l'éditeur à s'écarter des choix de Diercks (CCL 4, 1972) et de Loi (Torino, 1975) respectivement en 18 et 15 endroits. Le texte est accompagné d'apparats scripturaire et critique (signalons un lapsus dans l'apparat : 1. 97-98, Gel Pam ont manente in ilio...), et de notes philologiques. La traduction est précise et juste dans l'ensemble, malgré quelques inexactitudes : § 15,1. 60, traduire : «bien que sa naissance prouve qu'il est son Fils» ; § 16,1. 64-65, «Et voilà pourquoi il n'a pas fait non plus qu'il y eût deux origines» rend mal Et ideo duos faceré non potuit, quia nec duas origines fecit ; 1. 69, merito n'est pas traduit ; §21,1. 91, principium ipsius quoque filli sui est rendu faiblement par «le principe du Fils lui-même». Le copieux commentaire doctrinal, parfois un peu sinueux, permet d'assurer notre connaissance du vocabulaire de Novatien (imago, persona, forma, substantia), de situer le schismatique par rapport à ses prédécesseurs (Justin, Irénée, Tertullien, Hippolyte) et son contemporain Origene, et surtout de faire le point sur son prétendu subordinatianisme : celui-ci est non pas ontologique, mais seulement économique ; le Fils tient tout du Père, et son être participe de celui du Père. Mais il reste que si Novatien évoque la génération du Fils, il ne s'étend pas sur l'état immanent du Verbe en Dieu, et son expression distingue mal l'antériorité logique de la succession temporelle. Quant à l'allusion à / Cor. 15, 25-28, elle ne doit pas s'entendre dans une perspective eschatologique - même si on peut l'extrapoler avec vraisemblance -, mais concerne la soumission éternelle du Fils qui rend tout au Père. La publication séparée de l'édition critique et commentée d'un seul chapitre, même essentiel, d'un traité est inhabituelle, et il faut espérer que le volume de Sources Chrétiennes ne sera pas amputé de toute cette matière et n'abusera pas de la technique du renvoi. F. C. 5. SlMONETTI (Manlio), PRINZIVALLI (Emanuela), Letteratura cristiana antica. Antologia di testi. I. Dalle origini al terzo secolo, Casale Monferrato : Edizioni Piemme, 1996, 1042 p. (Giubileo 2000). Le premier tome de cette vaste anthologie, qui vise à faire découvrir à un public de non spécialistes les principaux auteurs, grecs et latins, de l'Antiquité chrétienne, réserve plus de deux cents pages au domaine couvert par la CTC M. S. a rédigé l'introduction générale, les guides de lecture et les notes (rapides) accompagnant les traductions, E. P. les introductions biobibliographiques à chacun des auteurs. Le volume est muni de trois index (citations bibliques, noms propres, matières) et d'une précieuse chronologie synoptique empruntée au Dizionario Patristico e di Antichità cristiane de A. Di Berardino (1988). Ni les textes, donnés sans apparat, ni les traductions n'ont fait l'objet d'un travail original : les auteurs se sont contentés de reproduire de bonnes éditions et traductions. La longueur des extraits, assez rare dans une anthologie, permet un contact réel avec les œuvres antiques. Textes reproduits : AScil (traduction de G. Chiarini, 1987) ; MIN, Oct 1-7, 28-32, 38-40 (F. Solinas, 1992) ; TERT, Apol 1-4, 21, 24 (A. Resta Barrile, 1992) ; Praes 16-21 ; Marc I, 20-21 ; II, 11-12 (C. Moreschini, 1974) ; Orat 1-8 (P. A. Gramaglia, 1984) ; PPerp 2-3, 6, 1013, 15 (G. Chiarini, 1987) ; CYPR, Don 1-5 ; Laps 8-11, 35-36 ; Unit 5-10 ; BonPat 19-21 ; OpEl 11-15 (S. Colombo, 1935) ; Dem 3-4 (E. Gallicet, 1976) ; Epist 58 (G. Toso, 1980) ; NOV, Trin 8-10 [40-55] (V. Loi, 1975). P. P.

CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 1996 TRADUCTIONS

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6. CYPRIEN DE CARTHAGE, Le Notre Père. Texte intégral, traduction par une moniale de Wisques et une moniale de Dourgne, Dourgne : Abbaye d'En Calcai, 1996, 48 p. (Témoins du Christ, 45 [Textes de l'Église ancienne]). Avec ce numéro, la collection «Témoins du Christ» propose à la méditation des moines le traité de Cyprien sur la prière du Seigneur. Le texte est presque intégral : ont été omis les passages contre les juifs, aux ch. 10, 13 et 14. La traduction part du texte du CCL 3A et de l'interprétation de M. Réveillaud (1964). Elle se démarque parfois avec bonheur de la traduction de ce dernier : ainsi, en DomOrat 4,1. 1, orantibus est rendu par «quand nous prions», et non plus par «chez les hommes de prière». Mais le parti, adopté pour toute la collection, d'utiliser un vocabulaire simple et contemporain («employé des impôts» pour publicarías) et de recourir systématiquement à la parataxe (voir CTC 87, 5 ; 93, 4) reste discutable. S. D. 7. // diavolo e i suoi angeli. Testi e tradizioni (secoli I-III). A cura di Adele MONACI CASTAGNO, Firenze : Nardini, 1996, 503 p. (Biblioteca patristica, 28). Dans une introduction assez copieuse, l'éditrice montre comment se précise et se développe, au cours des trois premiers siècles, une demonologie chrétienne : assimilation du diable et de ses anges aux divinités païennes ; leur rôle dans la persécution et les hérésies ; possessions et exorcismes. Elle développe plus particulièrement la pensée de Clément d'Alexandrie et d'Origène, l'un refusant l'idée d'une origine diabolique de la philosophie et l'autre essayant de résoudre la contradiction entre le libre choix de l'homme et l'emprise du démon sur les individus. Parmi les textes invoqués, les apocryphes occupent une place importante. L'anthologie propose des extraits de ces textes dans leur version grecque ou latine, accompagnés d'une brève introduction, d'une traduction en italien et d'une annotation correctement informée. P. 297-^52, on trouvera : les passages attendus des visions de Perpétue ; pour Tertullien, Apol 12, 1-12 ; Spect 13, 1-5 ; 36-37 ; Paen 7, 7-10 ; Idol 14, 115, 6 ; Praes 40, 1-7 ; pour Cyprien, Laps 24-25 ; Vnit 3 ; Epist 69, 15-16 ; 75 (Firmilien), 10. S. D.

8. Donatisi Martyr Stories. The Church in Conflict in Roman North Africa. Translated with Notes and Introduction by Maureen A. TILLEY, Liverpool : Liverpool University Press, 1996, XXXVI-101 p. (Translated Texts for Historians, 24). Recueil (en version anglaise) de sept Passions africaines qui ont été transmises ou rédigées par les donatistes. L'idée était excellente ; la réalisation est médiocre, parce que plusieurs pièces sont traduites sur des éditions partielles ou devenues récemment caduques : il faut lire désormais les Passions d'Isaac et Maximianus {BHL 4473) et de Marculus (BHL 5271), dans Analecta Bollandiana, 113, 1995, p. 65-88, et le Sermo de Passione Donati et Aduocati {BHL 2303b), dans Memoriam sanctorum venerantes. Miscellanea in onore di Monsignor Victor Saxer, Vaticano, 1992, p. 256-267 ; pour les martyrs d'Abitina {BHL 7492), l'édition de Pio Franchi de' Cavalieri (de 1935) n'est pas «based primarily on the Catholic version» et surclasse le texte qui est ici emprunté à la Patrologie latine ; enfin, la Passion retenue de Félix de Thibiuca {BHL 2893s) est une reconstitution savante, qui n'existe pas dans les manuscrits. Seul, le premier texte de la série concerne la période que couvre cette chronique : il s'agit des Actes de Cyprien, dans la recension donatiste {BHL 2039c) du manuscrit de Würzburg (MP. Th. F. 33, f. 38-39v, ixe s.). Une courte introduction recense les divergences entre les Actes catholiques et le texte schismatique : une présentation synoptique en deux colonnes aurait sans doute été plus parlante. F. D.

356 PRÉSENTATIONS

CHRONICA TERTULLIANEA ET CYPRIANEA 1996 D'ENSEMBLE

9. MARIANELLI (Denis), L'Afrique aux origines de la littérature latine chrétienne (IIIe siècle) — Histoire chrétienne de la littérature. L'Esprit des lettres de l'Antiquité à nos jours, sous la direction de Jean Duchesne, Paris : Flammarion, 1996, p. 89-103. Évocation rapide des premiers auteurs chrétiens d'Afrique : Tertullien, Minucius Félix, Cyprien, Arnobe et Lactance (bien que ce dernier fasse éclater le cadre chronologique). La présentation, qui vise à dégager les traits majeurs de chaque écrivain, est illustrée par de longs extraits en français (retraduits par D. M.). Voici ceux qui intéressent directement cette chronique : Tertullien, Apol 2, 1-5 et Praes 7, 2-9 ; Minucius Félix, Oct 24, 5-8 ; Cyprien, Pat 19. Un paragraphe seulement est consacré aux Actes et Passions des martyrs, ce qui reflète mal l'intérêt porté actuellement à la Passion de Perpétue ou à la Vie de Cyprien par Pontius, deux textes fondateurs de l'hagiographie de langue latine. F. D.

10. MUNIER (Charles), Tertullien — Catholicisme. Hier, aujourd'hui, demain, 14, 1996, c. 931-936. Cette présentation de Tertullien, «apologiste et théologien», évoque successivement sa vie, ses écrits et sa doctrine. Cette dernière partie, se plaçant dans la perspective de l'encyclopédie qui accueille cette notice, cherche essentiellement à souligner la modernité de Tertullien et ce qu'il peut apporter aux chrétiens d'aujourd'hui. Ch. M. montre ainsi que son attitude à l'égard du monde romain s'explique par sa volonté de donner toute sa signification au baptême et que son système apologétique repose sur l'idée de liberté religieuse, telle qu'elle apparaîtra dans la Déclaration du concile Vatican II. De même sa lutte contre les hérésies et l'argument de «prescription» se fondent sur le respect de la tradition apostolique, vivante et continue. Enfin le chanoine Munier termine en évoquant, sur un ton plus personnel, la noblesse de la doctrine matrimoniale du Carthaginois. Une bibliographie à la fois générale et centrée sur les aspects développés complète cette notice. F. C.

1 1 . MUNIER (Charles), Petite vie de Tertullien , Paris : Desclée de Brouwer, 1996, 137 p. La collection «Petite vie de...», destinée à présenter à un large public de grandes figures de la spiritualité chrétienne, a abordé le domaine des Pères avec des ouvrages consacrés à Augustin (B. Sesé), Grégoire le Grand (P. Riche) et Jérôme (P. Maraval). Avec ce volume sur Tertullien, le chanoine Munier se propose moins de rédiger une impossible biographie que de faire connaître, par les différents aspects de sa carrière littéraire, «un personnage de l'Antiquité chrétienne vraiment hors du commun». L'A. étudie successivement l'apologiste, le polémiste, le didascale, le moraliste et le montaniste, ce qui lui permet de passer en revue toute l'œuvre du Carthaginois. Malgré un plan un peu schématique, mais sans doute difficilement evitable, le lecteur peut aisément percevoir la complexité de cette personnalité et la richesse de sa pensée. F. C.

ÉTUDE D'UNE ŒUVRE
12. URÍBARRI BILBAO (Gabino), Tertuliano, Ρ rax. 1-2. Una lectura con apoyo en la retórica clásica — Estudios Eclesiásticos, 71, 1996, p. 361-396. Après une étude de l'architecture d'ensemble de Prax (cf. CTC 95, 7), G. U. B. propose ici une analyse détaillée de la structure des deux premiers chapitres du traité. Il y retrouve

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l'application des catégories de la rhétorique classique : exordium (1, 1-3), qui dévoile les origines diaboliques de l'hérésie ; narrano (1, 4-7) présentant Praxéas et le développement de l'hérésie ; parîitio (2, 1-2) consacrée à la règle de foi ; propositio (2, 3-4) exposant ce que l'auteur veut réfuter et démontrer. F. C. 1 3 . SCOURFIELD (J. H. D.), The De mortalitate of Cyprian : Consolation and Context — Vigiliae Christianae, 50, 1996, p. 12-41. Depuis Favez, le De mortalitate est considéré comme la première "consolation" latine chrétienne. Son rigorisme affectif et des parallèles formels avec Sénèque expliquent qu'on ait cru pouvoir parler à son propos de stoïcisme chrétien et faire l'hypothèse d'une première forme de "consolation chrétienne", sans concession pour les larmes, à laquelle s'opposerait une forme inaugurée par Ambroise, plus tardive, où douleur et compassion trouvent leur place. En fait, cette hypothèse ne tient pas, selon J. S., car si l'on exclut la Lettre à Turasius, dont la date est trop incertaine (aux diverses hypothèses rapportées, il convient d'ajouter celle d'H. Savon, Recherches Augustiniennes, 14, 1974, p. 153-190, situant cette lettre dans la seconde moitié du Ve siècle ou au début du VIe), la première catégorie est représentée par le seul Mort. Or, ce n'est pas à proprement parler une "consolation". En effet, si l'on prend soin de lire attentivement le traité et de le replacer dans son contexte historique (épidémie, séquelles de la toute récente persécution de Dèce, menace permanente d'une reprise de la persécution, difficultés internes à la communauté de Carthage), on se rend compte que Cyprien ne cherche pas du tout à consoler ses fidèles, mais à les affermir dans une conduite véritablement chrétienne, qui cimente leur unité, dictée par la crainte de compromettre leur salut éternel et dominée par la joie de pouvoir être eux-mêmes et de voir les leurs, par la mort, arrachés au monde et introduits dans le Royaume. Des paroles de consolation iraient à l'encontre de ce dessein. À propos de Mort, on devrait plutôt parler d'«anticonsolatio». Si les auditeurs de Cyprien sont consolés, c'est indirectement. Il n'y a pas lieu non plus d'évoquer un climat de "stoïcisme chrétien" pour comprendre le traité : l'inspiration de Cyprien est scripturaire, et plus précisément paulinienne (voir les dossiers Quir III, 17 et 58), même s'il utilise quelques lieux communs du paganisme. On apprécierait mieux cette interprétation, nous semble-t-il, si son auteur l'avait accompagnée d'une définition de ce qu'est à ses yeux la "consolation" et s'il l'avait confrontée à l'étude d'H. Savon, publiée dans Revue des Études Latines, 58, 1980, p. 370-402. S. D. 1 4 . MONTGOMERY (Hugo), Pontius' Vita S. Cypriani and the Making of a Saint — Symbolae Osloenses, 71, 1996, p. 195-215. Dans le débat qui, au début du siècle, opposa Harnack à Reitzenstein et qui est rappelé ici, H. M. se range résolument du côté du premier, en développant quelques aspects de VCypr qui révèlent le caractère biographique de l'opuscule. À la manière des auteurs des Actes des apôtres et des Actes apocryphes, Pontius s'insère dans la tradition historiographique païenne : il veut sauver de l'oubli les actes, les paroles de son héros (p. 203 : H. M. parle de VCypr 3, 7-9, comme d'un sermon de Cyprien ; or, il s'agit là d'une hypothèse sans fondement), sa personnalité même (cf. Plutarque pour Alexandre et Platon pour Socrate). Comme tout panégyrique, VCypr observe les règles de la rhétorique : amplification ; recours à la métaphore - notamment militaire - , à la comparaison - notamment biblique - , à la sententia, au locus afictione (11,7 ; 7, 3) ; grandissement du personnage. Pour défendre la mémoire de Cyprien contre ses accusateurs, Pontius utilise un type d'argument décrit par Cicerón (Topica 24 et 77), celui des diuina testimonia. Cette biographie d'un évêque martyr n'est pas sans lien avec les biographies de philosophes.

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Cette analyse a le mérite de souligner la dette de Pontius à l'égard de la rhétorique et du genre littéraire antique de la biographie. Le statut de l'opuscule nous paraît cependant beaucoup plus complexe (voir CTC 94, 35 ; 95, 10 et 38). S. D. 15. PAVLOVSKIS-PETIT (Zoja), Storm and stress : the natural and the unnatural in De Sodoma and De Iona — Classica et Mediaevalia, 47, 1996, p. 281-302. L'auteur du diptyque constitué par le De Sodoma et le De lona (CPL 1425-1426) est un poète de qualité, qui exprime, avec un foisonnement d'images, à la fois sa fascination et sa répulsion pour les déviations sexuelles (inceste, homosexualité). Z. P.-P. manifeste un enthousiasme sympathique et communicatif. Ses analyses portent surtout sur le De Sodoma, où affleureraient quelques échos de Lucrèce. Elles seraient encore plus convaincantes, si elles avaient tenu compte de la bibliographie récente. L'histoire de Phaéthon et les mirabilia de la Mer Morte ont déjà fait l'objet de commentaires détaillés et souvent très érudits : cf. CTC 90, 16 (Hexter) ; 91, 20 et 93, 13 (Bertolini) ; 91, 21 (Morisi) ; et l'on dispose depuis 1993 d'une nouvelle édition du De Sodoma : cf. CTC 93, 3 (Morisi). On souhaite que Z. P.-P. puisse, dans un prochain article, confronter ses idées à celles de ses prédécesseurs. F. D.

TEXTE, LANGUE,

STYLE

16. H A M B L E N N E (Pierre), Sur une médication drastique administrée au texte de Tertullien (Pud. 6, 15 éd. SCh) — Recherches de Théologie Ancienne et Médiévale, 63, 1996, p. 220226. Ch. Munier édite (SC 394 ; cf. CTC 93, 1) : Inhaerebat usquequaque libidinis uirus et f lacteae sordes, non habentes, id onear quod nec ipsae adhuc aquae lauerant, qu'il traduit : «Partout, s'attachaient à elle (i.e. la chair avant le Christ) le poison de la volupté et les souillures laiteuses, faute de posséder 'la plante des ânes' (i.e. l'épilobe, symbole ici du Christ), que les eaux non plus n'avaient encore lavée». P. H. propose de lire : Inhaerebat (subaud. carni) usquequaquam libidinis uirus et leti sortes, non cohibentes id, donee ipsam adhuc aquae lauarent, et traduit : «Étaient accrochés en elle le poison de la concupiscence et les déterminations funestes qui n'en arrêtaient pas les effets, jusqu'à ce que les eaux (du baptême du Christ) l'en nettoient désormais». On voit que ce passage n'a pas fini d'aiguiser l'ingéniosité des éditeurs. J.-C. F. 17. U G E N T I (Valerio), Annotazioni al De idololatria di Tertulliano — Rudiae. Ricerche sul mondo classico, 8, 1996, p. 105-110. Présentation nouvelle de deux passages controversés. En 6,3-7,1, retour à la ponctuation traditionnelle «sed illi non negant, quibus hanc saginatiorem et auratiorem et maiorem hostiam caedis, salutem tuam. Tota die ad hanc partem zelus fidei perorabit...», contre le CS EL et l'édition Waszink-Van Winden, qui coupent «salutem tuam tota die. Ad hanc partem...». V. U., qui a étudié spécialement les clausules du traité (CTC 95, 18), pense avec P. G. Van der Nat (édition, Leiden, 1960, p. 91) que le problème est tranché par la présence du dicrétique cae/dis salutem tuam. À cela s'ajoute le fait que dans le codex Agobardinus (f. 109r°) une nouvelle phrase commence avec Tota die. Mais a-t-on vraiment étudié la ponctuation du ou plutôt des scribes de A ? En 9, 3-4, le raisonnement prêté aux astrologues irait de «Sed magi [et astrologi] ab oriente uenerunt» jusqu'à «Hoc nomine Christum, opinor, sibi obligauerunt». L'incise ironique

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opinor, placée au milieu de l'argument d'un adversaire (cf. Apol 8, 5 : «Alii nos, opinor, natura, Cynopenae aut Sciapodes»), nous semble au contraire montrer que Tertullien a repris la parole.— On saisit l'occasion pour signaler un article de Leo Koep qui semble ignoré des tertullianistes : «Astrologia usque ad evangelium concessa (zu Tertullian, De idololatria 9)», dans Mullus. Festschrift Theodor Klauser, Münster Westfalen, 1964, p. 199-208. P. P. 1 8 . M A T T E I (Paul), compte rendu de Q. S. F. Tertulliani De monogamia. Le uniche nozze, a cura di Renato Uglione (1993) — Gnomon, 68, 1996, p. 603-608. L'édition de Mon par R. Uglione (CTC 93, 2) a déjà fait l'objet de nombreux comptes rendus (voir CTC, C 21-22, et infra, n° 39). Celui-ci est particulièrement instructif parce que dû à l'éditeur du traité dans la collection «Sources chrétiennes» (CTC 88, 1). On appréciera la qualité du débat et la liste des divergences entre les deux éditions, qu'accompagne une retractatio (p. 606-607). Le signataire de ces lignes plaide coupable pour le retard mis à publier la collation du codex Masburensis par Beatus Rhenanus. P. P. 19. VENIER (Matteo), Giovanni Battista Egnazio editore. III. L'Apologeticum di Tertulliano — Res Publica Litterarum. Studies in the Classical Tradition, 18, 1995, p. 141-155. Deux articles de M. V., publiés dans la même revue, ont déjà présenté l'humaniste Giovanni Battista Cipelli, dit Egnazio (1478-1553), comme éditeur de Suétone et du De officiis de Cicerón (16, 1993, p. 175-183 et 17, 1994, p. 183-193). Son étude de l'édition d'Apol parue en avril 1515 «in aedibus Aldi et Andreae soceri» (sigle : Egn.) se fonde sur l'examen de toutes les éditions qui l'ont précédée et de plusieurs des "cinquecentine" postérieures, de Rx (1521) à La Barre (1580). En outre M. V. a consulté un grand nombre de manuscrits humanistiques conservés en Italie et en Angleterre. C'est dire combien les bases de sa recherche semblent solides. Il démontre que le texte de 1515 a pour "Vorlage" la seconde édition parue chez I. Tacuinus (Venise, 1509), qu'Egnazio a corrigée à l'aide de conjectures plus ou moins réussies, sans recourir à des manuscrits. Ceux que Hoppe mettait en relation avec Egn. (CSEL, t. 69, p. XXX) sont proches de l'édition princeps, source de la tradition imprimée, et donc a'Egn. Ils ne présentent pas de ressemblances significatives avec lui, sauf évidemment τ (Volterra, Bibl. Guarnacci 5404), qui en découle (intéressantes remarques sur son "éditeur", Francesco Zeffi [1491-1546] ; le manuscrit est redaté des années 1520/1530 «se non oltre» : pourquoi ne pas avoir utilisé le témoignage des filigranes ?). Constatant que les apparats des éditions les plus récentes comportent un grand nombre d'approximations ou d'inexactitudes, M. V. leur apporte quatre pages de corrections (p. 148151), montrant ainsi la voie à un futur éditeur d'Apol. Il importe en effet de déterminer précisément l'origine des leçons qui ont conflué dans l'édition parisienne de 1580 ; en effet, si Modius ne les a pas corrigées dans sa collation du Fuldensis, elles permettent, selon certains, de restituer le texte de F «ex silentio Modii», mais il faut de toute façon les évaluer.— Notes de détail : p. 149, imbre (5, 6) est déjà dans l'édition parisienne de 1545 ; p. 150 : la collation du Gorziensis fournie à Rhenanus par Claude Chansonnette comportait bien l'addition nume rum en 2, 4, comme en fait foi l'édition de 1528 où elle est reportée (Sélestat, Bibl. humanistique, Κ 1040) ; p. 153, n. 33 : se ... inuoluit apparaît avec Gelen (1550). P. P. 2 0 . C H A P O T (Frédéric), La préverbation Augustiniennes, 29, 1996, p. 75-89. en prae chez Tertullien — Recherches

Si, dans l'usage, préverbe et verbe simple sont souvent pris l'un pour l'autre, il n'en va pas de même chez Tertullien, comme le montre cette enquête minutieuse et rigoureuse sur les composés en prae- de l'auteur africain. Plus significatives que la comparaison chiffrée avec

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Cyprien (la proportion de 66 occurrences contre 180 correspond à peu près à l'étendue respective des corpus considérés) sont, chez Tertullien, l'abondance des créations en prae-, leur mise en valeur dans la phrase et surtout la prépondérance du préverbe dans le sens conféré au composé. Tertullien préfère largement la valeur temporelle («antériorité d'un procès qui précède et annonce comme nécessaire l'étape suivante») à la valeur spatiale originelle («à l'avant, en continuité»). Il en tire le meilleur parti, dans deux domaines plus particulièrement. Tout d'abord, il recourt à praescriptio-praescribere (141 occurrences), praestructiopraestruere, et à quelques autres composés en prae-, pour définir la méthode qui lui est familière dans sa polémique contre les hérésies. Cette méthode consiste à leur opposer une réfutation préalable, destinée à être suivie d'une réfutation mieux argumentée ; le préverbe prae- souligne alors à la fois l'antériorité de la première réfutation et la continuité des deux. Pour illustrer cet emploi, F. C. choisit quelques textes particulièrement intéressants, qu'il prend soin d'interpréter et de traduire (Marc I, 22, 1 ; III, 5, 1 ; Res 18, 1 ; Herrn 16, 1 ; etc.). Une seconde série d'emplois se rapporte à la prophétie et, plus particulièrement, au rapport entre les deux Testaments : le préverbe indique à la fois l'antériorité de l'Ancien et l'unité des deux. Sur les treize verbes relevés, plusieurs sont des néologismes lexicaux. Tertullien donne un sens nouveau hpraedicare, en substituant à la valeur locale du préfixe, jusque-là seule usitée ("dire devant tous"), sa valeur temporelle ("prophétiser"). Il s'efforce aussi de faire coexister, dans le même texte, les deux acceptions, de façon à suggérer que l'annonce prophétique et l'enseignement actuel du Christ ou des apôtres ne font qu'un (p. ex. Marc III, 22, 4 ; Praes 44, 8). Dans la controverse avec Marcion ou les juifs abondent les composés en prae-, pour montrer que l'Ancien Testament préfigure le Nouveau (création de praeostendere). Avec sa valeur d'antériorité et de continuité, le préfixe prae- permet encore à Tertullien, face aux hérétiques et aux païens, de mettre en lumière l'antériorité de la vérité, ainsi que le lien nécessaire, voulu par la Providence, qui, selon lui, unit l'erreur à la vérité. Cette étude bien conduite, claire, nuancée et précise tout à la fois, apporte une nouvelle preuve de l'originalité de Tertullien et de sa créativité dans le domaine linguistique. Comme Apulée, Tertullien illustre les efforts de la seconde sophistique pour créer de nouveaux vocables et surtout enrichir le sémantisme des mots existants, notamment en dégageant les valeurs abolies par l'usage, voire les valeurs potentielles, des préverbes entrant dans leur composition. S. D. 2 1 . GARCÍA JURADO (Francisco), La revolución indumentaria de la antigüedad tardía. Su reflejo en la lengua latina — Revue des Études Augustiniennes, 42, 1996, p. 97-109. Cherchant dans la langue et la littérature latines des témoignages de la révolution du costume dans l'Antiquité tardive, F. G. J. met en lumière la pauvreté des affirmations explicites : celles de Tertullien dans Pal concernent un choix personnel plus qu'historique ; les autres (principalement Jérôme, Epist. 64, 10-11) s'attachent moins à souligner l'évolution vestimentaire, qu'à poser le problème de la dénomination (hésitations entre tunica linea et camisia, ou entre feminalia et bracae usque ad genua). C'est en fait la langue elle-même qui nous fournit des témoignages, certes discrets, mais néanmoins déterminants. Les glissements de sens des verbes amicire et induere, ainsi que les emplois de supra attestent le passage d'un système vestimentaire à un autre : à la double opposition entre le vêtement dont on s'enveloppe (amicire ; toga, pallium) et celui que l'on revêt (induere), et, à l'intérieur de cette deuxième catégorie, entre l'habit de dessus (indusium) et celui de dessous (subucula), se substitue un système plus simple distinguant la uestis superior et la uestis inferior. F. C.

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22. DELÉANI (Simone), La syntaxe des titres dans les recueils scripturaires de saint Cyprien — Recherches Augustiniennes, 29, 1996, p. 91-112. La présente recherche développe un point évoqué dans un article plus général, «Les titres des traités de saint Cyprien : forme et fonction», paru dans les actes du Colloque de Chantilly, Titres et articulations du texte dans les œuvres antiques (Paris, 1997, p. 397-425 et spécialement 423-424 ; il en sera rendu compte dans la prochaine CTC). Elle porte sur les tituli (ou intertitres) qui introduisent les capitula (ou extraits) composant les florilèges bibliques Ad Quirinum I-III et Ad Fortunatum. Ces tituli paraissent en fait deux fois : en tête de chaque capitulum et regroupés en tête de chaque œuvre, sous forme de sommaires indépendants pour Quir I-III et à l'intérieur de la préface de Fort. Sans tenir compte de cette duplication, le corpus étudié se monte à 187 titres, soit 54 pour Quir I-II (qui forment une unité), 120 pour Quir III et 13 pour Fort. Si l'on raisonne sur les pages du CCL, la longueur moyenne d'un capitulum est de 1,2 p. pour Quir I-II, 0,83 pour Quir III et 2,23 pour Fort. Cette différence de poids et aussi le fait que les sommaires de Fort sont en réalité des extraits d'une préface au texte continu auraient peut-être mérité un examen préliminaire (voir notre remarque dans les actes cités, p. 498, n. 46). Les quatre types syntaxiques utilisés par Cyprien - groupe nominal à l'ablatif précédé de de (3,63%), proposition interrogative indirecte (2,07%), complétive introduite par quod (64,25%) et proposition infinitive (30,05%) - s'inscrivent dans la tradition antique, telle qu'on la rencontre par exemple dans les sommaires d'Aulu-Gelle (sur lesquels on aurait pu citer L. Holford-Strevens, Aulus Gellius, London, 1988, p. 22-23). Le grand mérite de S. D. est d'avoir proposé une explication à l'alternance entre les complétives en quod et les propositions infinitives. Dans les premières, l'agent est explicitement indiqué, et le sujet suit souvent immédiatement la conjonction («Quod Christus idem sit et sermo») ; dans les secondes, il n'apparaît pas, que le verbe soit impersonnel («Insistendum esse...») ou dépourvu de complément («Iracundiam uincendam esse...»). Le second tour se prête bien à la formulation de préceptes ou d'aphorismes ; le premier, qui met en valeur le sujet grammatical, permet d'affirmer sans ambiguïté des vérités doctrinales. Le fait que Quir I-II privilégie la subordonnée en quod et Quir III l'infinitive s'explique par la différence des sujets traités, et non par une pluralité d'auteurs, comme l'avaient supposé certains critiques. Cyprien joue de même sur la gamme des temps : en règle générale, il emploie le présent et le parfait du subjonctif («Quod idola dii non sint»), mais se sert de l'imparfait et du plus-que-parfait quand il est fait implicitement référence à une prophétie antérieure («Quod lex noua dari haberet»). Cette défense et illustration d'un genre mineur et méconnu mérite d'être lue par tous ceux qui s'intéressent aux textes pourvus de tels tituli, qu'ils soient antiques ou médiévaux. À titre de curiosité, on signalera que le type mixte «De antichristo quod in homine ueniat» (attesté une fois) se retrouvera dans la France du XVIIe siècle : ainsi la troisième Méditation de Descartes s'intitule «De Dieu ; qu'il existe». P. P.

SOURCES, INFLUENCES
23. LA VECCHIA (Salvatore), Note su alcuni testimoni cristiani del Fedone — Studi classici e orientali, 45, 1995, p. 127-141. L'A. examine p. 127-129 la traduction très fidèle de Phédon 65a-b que Tertullien donne en A« 18, 1 (non exploitée par les éditeurs de Platon). Trois variantes, déjà signalées par Waszink ad locum, permettent d'atteindre un état du texte différent de celui que nous lisons aujourd'hui. Νeque audiamus certum neque uideamus suppose l'omission accidentelle de (ακριβές)

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ουδέν. In quaestionem doit traduire έπϊ την ζήτησιν : un tel emploi de l'accusatif, au lieu du datif attesté par les autres témoins, méritait au moins d'être signalé. Enfin d'après an non etiam (Waszink an non ? an etiam A an non ? an non etiam B) poetae haec nobis semper obmussant, on peut défendre la conjecture <ού> τα γε τοιαύτα. Ρ. P. 24. SZARMACH (M.), Die Anspielungen auf die heidnische Literatur in 'De bono patientiae' des Hl. Cyprian - Worte, Bilder, Töne. Studien zur Antike und Antikerezeption ... Bernhard Kytzler zu ehren, Würzburg : Königshausen & Neumann, 1996, p. 197-200. Dans BonPat, Cyprien aurait utilisé le traité de Plutarque, De sera numinis uindicta (BonPat 4, SC 291,1. 88-90 et 20,1. 445-448 ; De sera 551C et 550E). Ces rapprochements ne sont pas assez précis pour être convaincants ; la ressemblance vient plutôt de l'utilisation, par les deux auteurs, de lieux communs philosophiques. S. D.

TEXTE BIBLIQUE, EXÉGÈSE
25. SPEIGL (Jakob), Tertullian als Exeget — Stimuli. Exegese und ihre Hermeneutik in Antike und Christentum. Festschrift für Ernst Dassmann, Münster Westfalen : Aschendorffsche Verlagsbuchhandlung, 1996, p. 161-176 (Jahrbuch für Antike und Christentum, Ergänzungsband, 23). Dans un beau et riche volume offert à Ernst Dassmann, J. S. propose une intéressante synthèse consacrée à Tertullien comme exégète. S'appuyant sur les études de Braun, Fredouille, Karpp, O'Malley ou Waszink, il s'efforce d'ordonner et de coordonner les différentes facettes de la relation de Tertullien à la Bible. Quatre aspects servent de canevas : sa culture biblique, son travail sur la Bible, les règles herméneutiques et la Bible dans sa théologie. L'A. souligne la double culture, biblique et rhétorico-juridique, de Tertullien et montre, rapidement, ce que son herméneutique doit à ses deux sources. Mais nous avons surtout été sensible à la tentative d'analyse de la fonction de la Bible dans son œuvre, et particulièrement à la recherche de ce qui, au-delà des variations exégétiques du Carthaginois et de son évolution vers le montanisme, fait l'unité et la permanence de son approche. En effet, malgré la diversité de ses œuvres (apologétiques, antihérétiques, disciplinaires) et son évolution spirituelle et intellectuelle, il continue à recourir fidèlement à la Bible, qui reste l'autorité suprême, au risque de proposer des interprétations divergentes. À cet égard deux explications complémentaires sont données. D'une part, dans la distinction fides-disciplina, la règle de foi trouve sa source dans l'Ancien et le Nouveau Testaments, et, une fois définie, sert à son tour de référence absolue et immuable à l'exégèse ; quant à la disciplina, elle trouve dans l'Écriture même le fondement de son évolution dans le temps, en particulier Jn 16, 12-13, / Cor. 7, 29 et Eccl. 3, 17. D'autre part Tertullien ne conçoit pas la lecture de l'Écriture comme indépendante de celui qui définit la Loi, et elle a donc pu évoluer de Moïse au Christ, et du Christ au Paraclet. Sans être nouvelles, les considérations de J. S. ont le mérite de mettre en lumière la réflexion et le regard, en quelque sorte diachronique, de Tertullien sur la Bible. F. C. 26. BRAUN (René), Les avatars de Romains 11, 33 chez Tertullien — Hommage au Doyen Weiss, Nice : Université de Nice Sophia-Antipolis, 1996, p. 210-1 à 210-9 (Publications de la Faculté des Lettres, Arts et Sciences humaines de Nice, N. S. 27). En Rom. 11, 33-35, Paul loue «la profondeur de la richesse et de la science de Dieu» (σοφίας και γνώσεως θεού), puis cite en les abrégeant les versets 1s. 40, 13-14. Dans les

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neuf passages où Tertullien utilise ce «complexe», il cite soit Isaïe, soit Paul, soit les deux, comme l'avait bien relevé J. H. Waszink, trad. Herrn (Ancient Christian Writers, 24 ; 1956), p. 130, η. 143. L'édition d'Isaïe dans la Vêtus Latina (p. 926-928) fait ressortir l'originalité de Tertullien qui complète intelle gentiae <et scientiae> d'après Rom. 11, 33 et ajoute «quis tradidit et retribuetur ei» d'après 11, 35 {Herrn 17, 1 ; cf. Marc V, 14, 10 ; l'adjonction se trouve aussi dans des témoins grecs). R. B. montre que les citations de Rom. 11, 33 n'ont pas à être artificiellement harmonisées : l'accent porte sur des aspects différents du texte et la traduction même s'en ressent. En particulier, il est légitime d'admettre la coexistence de <in>inuentibilia iudicia eius et <in>inuestigabiles uiae eius (conjectures de Pamèle en Herrn 45, 3 ; le raisonnement exige ces néologismes) et de inuestigabilia iudicia ... inuestigabiles uiae {Marc II, 2, 4 ; cf. V, 14, 9), formes à sens négatif attestées dans les vieilles latines (cf. les études citées en CTC 9 1 , 2). P. P.

2 7 . HlLHORST (Anthony), Tertullian on the Acts of Paul — The Apocryphal Acts of Paul and Thecla, Kampen : Kok Pharos, 1996, p. 150-163 (Studies on the Apocryphal Acts of the Apostles, 2). Tentative d'élucidation de Tert., Bapt 17, 5, qui a fait naguère l'objet d'un article important de W. Rordorf, reproduit dans Liturgie, foi et vie des premiers chrétiens (cf. CTC 86, 44). D'une démarche si prudente qu'elle risque d'égarer le lecteur, on retiendra les conclusions suivantes : 1) A. H. propose de conserver le texte de Gelen (1550) : quod si quae {= aliquae mulleres) perperam scripta legunt, exemplum Teclae ad licentiam mulierum docendi tingendique defendunt sciant..., où legunt est une conjecture. 2) Les Actes de Paul ont été écrits entre 140 et 200. 3) Ils ne nous sont pas parvenus dans leur état originel, la fin en particulier ayant dû être abrégée. J.-C. F.

2 8 . TuREK (Waldemar), L'influsso di Paolo su Tertulliano nell'evoluzione del concetto di speranza — Atti del IV Simposio di Tarso su S. Paolo apostolo, Roma : Pontificio Ateneo Antoniano, Istituto francescano di spiritualità, 1996, p. 169-186 (Turchia : la Chiesa e la sua storia, 10). Chez Tertullien, l'espérance {spes) eschatologique des chrétiens, distincte de l'espérance terrestre des juifs, présente trois composantes, peut-être héritées de Paul : l'attente de la Parousie {exspectatio), la confiance {fiducia) et la patience active ou persévérance en vue du Jugement {patientia). Il trouve chez Paul (principalement / Cor. 15 ; II Cor. 5) le fondement de son argumentation biblique pour définir l'espérance chrétienne. D'autre part l'évolution, signalée depuis longtemps, de la notion de patientia, qui, entre Pat et Scorp 13, s'éloigne de la philosophie pour devenir plus spécifiquement chrétienne, a dû se faire sous l'influence paulinienne. F. C. 2 9 . TUREK (Waldemar), La prima lettera di Giovanni negli scritti di Tertulliano — Atti del VI Simposio di Efeso su S. Giovanni apostolo, Roma : Pontificio Ateneo Antoniano, Istituto francescano di spiritualità, 1996, p. 199-213 (Turchia : la Chiesa e la sua storia, 11). Tertullien cite ou évoque une soixantaine de fois / Jn, principalement dans ses ouvrages montanistes (surtout Prax et Pud). La lettre est invoquée essentiellement dans trois argumentations : pour défendre et démontrer l'existence de la Trinité {I Jn 1, 1 ; 2, 22 ; 4, 15 ; 5, 12) ; pour exposer l'espérance des chrétiens fondée sur la foi en la résurrection de la chair {I Jn 3, 1-5) ; pour établir, dans la doctrine pénitentielle, la distinction entre péchés rémissibles et péchés irrémissibles {I Jn 5, 16). — P. 202, n. 14, W. T. semble ignorer les travaux de Moingt sur Prax. F. C.

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ANTIQUITÉ ET CHRISTIANISME
3 0 . DECRET (François), Le christianisme en Afrique du Nord ancienne, Paris : Éditions du Seuil, 1996, 297 p. Dépourvue d'appareil scientifique, mais bien documentée et complétée par une chronologie, une bibliographie (qui aurait pu, p. 281, signaler la CTC et le Bulletin augustinien) et un index, cette synthèse se lit avec agrément, et donne une idée précise et juste de la vie des communautés chrétiennes, de la fin du IIe siècle au début du XIe siècle.— Quelques notes de lecture : p. 23, l"'évêque" (?) Commodien ; p. 39, on a mis en doute que le lieu de l'incident relaté au début du De corona fût Lámbese ou Carthage (cf. CTC 92, 25) ; p. 54, Tertullien distingue clairement regula fidei et disciplina fidei ; p. 74, Cyprien établit une distinction entre "confesseur" et "martyr" ; p. 77, F. D. reprend la traduction bien maladroite de Bayard (p. 105) pour Cypr., Epist, 43, 1, 2 ; p. 93, la Correspondance de Cyprien comporte désormais 82 lettres ; p. 123 sq., plutôt que de "culte des morts", il vaut mieux sans doute parler de "rites funéraires" ; p. 124, il ne semble pas qu'il ait existé des cimetières réservés aux chrétiens dès l'époque de Tertullien (cf. infra, n° 34). J.-C. F.

3 1 . I N G L E B E R T (Hervé), Les Romains chrétiens face à l'histoire de Rome. Histoire, christianisme et romanités en Occident dans l'Antiquité tardive (IIIe-Ve siècles), Paris : Institut d'Études Augustiniennes, 1996, 744 p. (Collection des Études Augustiniennes, Série Antiquité, 145). Cette importante thèse, qui embrasse un domaine immense, se propose de faire «comprendre l'évolution des mentalités des élites chrétiennes par la manière dont elles ont réinterprété le passé romain pour expliquer ou justifier le présent» (p. 11). Au terme de son enquête, l'auteur note que, à la fin du Ve siècle, subsistent trois significations de l'histoire romaine : «un héritage culturel, le latin correct, nécessaire pour lire la Vulgate» (sic) ; l'héritage eusébien ; un troisième héritage, anti-eusébien, affirmant l'existence d'une nouvelle Rome ecclésiastique (p. 690). Dans cette vaste entreprise, inévitablement et sélectivement tributaire des nombreux travaux existants et qui est écrite avec une grande assurance, Tertullien et Minucius Félix occupent les pages 79 à 116. H. I. leur refuse d'ailleurs la qualité d'historiens (ce que, de fait, ni l'un ni l'autre n'ont prétendu être) et voit en eux les représentants d'une histoire "rhétorique" fondée essentiellement sur le recours aux exempla. À vrai dire, ces deux écrivains n'entraient pas véritablement dans la perspective de l'auteur qui aurait pu se limiter à un exposé plus rapide, d'autant que les données qu'il utilise sont par ailleurs connues. Certaines remarques pourront surprendre. Ainsi p. 97, n. 97, on voit mal en quoi écrire, comme le fait Tertullien, que «les fléaux du siècle sont un avertissement pour les chrétiens, un châtiment pour les païens» est «un argument parfaitement rhétorique» (cf. encore p. 116 : «L'Octavius est une œuvre ... où l'histoire n'a qu'une fonction rhétorique» ou p. 421 sq., à propos d'Augustin : «L'histoire rhétorique de Rome»). Il n'est pas sûr non plus que la conception que Tertullien a de l'histoire soit «confuse, voire contradictoire», et lui reprocher, entre autres critiques, de ne pas «faire la démonstration erudite» de l'antériorité de Moïse sur Homère en se contentant de reprendre cette thèse, n'est pas très sérieux (p. 101). P. 101, n. 115, la référence à Nat est inexacte (il faut lire II, 9, 6) et le latin maltraité, mais surtout l'interprétation d'H. I. est erronée : cette division bipartie des dieux romains s'inscrit bien dans le cadre de la théologie tripartie de Varron, sans la contredire. Il y aurait encore, dans le cours de ce gros ouvrage, beaucoup de minuties sur lesquelles discuter, des jugements péremptoires à corriger ou à nuancer. Mais, tel qu'il se présente, il constitue une contribution importante et courageuse à notre connaissance des "historiens" chrétiens de l'Antiquité. J.-C. F.

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3 2 . PoiNSOTTE (Jean-Michel), Le témoignage de Tertullien sur les sacrifices d'enfants ci Carthage (Apol. 9, 2-6) est-il crédible ? — Lalies. Actes des sessions de linguistique et de littérature, 16 (Carthage, 21 août-2 septembre 1995), Paris : Presses de l'École normale supérieure, 1996, p. 29-33. Dans ce bref article qui n'a pas pu tenir compte de celui de J. B. Rives (CTC 1994, 24), J.M. P. se contente de souligner que le développement de Tertullien sur la suppression des sacrifices d'enfants doit faire allusion à des faits bien connus du public carthaginois : l'apologiste ne pouvait courir le risque d'être pris «en flagrant délit d'affabulation». P. P.

3 3 . RlCOUX (Odile), Des chrétiens accusés d'onolâtrie à Carthage — Lalies. Actes des sessions de linguistique et de littérature, 16 (Carthage, 21 août-2 septembre 1995), Paris : Presses de l'École normale supérieure, 1996, p. 53-73. Tertullien repousse avec la même indignation les accusations de meurtre rituel et d'onolâtrie qu'on portait contre les chrétiens de Carthage. Si O. R. lui donne raison sur le premier point, elle pense qu'on aurait tort de traiter comme une fable, ou une simple calomnie, la présence d'un culte de l'âne chez les juifs (Apion aurait raison contre Josephe) et chez les chrétiens. Malheureusement elle ne connaît pas l'article très documenté d'Elias Bickerman («Ritualmord und Eselskult. Ein Beitrag zur Geschichte antiker Publizistik» [1927], repris dans ses Studies in Jewish and Christian History, t. 2, Leiden, 1980, p. 225-255), suivant lequel il s'agit bien d'une calomnie inventée par le «bureau de propagande» d'Antiochus Épiphane : il aurait fallu réfuter cette thèse, et de toute façon tenir compte de l'ensemble du dossier tel qu'il a été commodément rassemblé par I. Opelt (article Esel, dans Reallexikon für Antike und Christentum, 6, 1966, c. 564-595). L'excellente édition commentée de Nat I par A. Schneider (Neuchâtel, 1968) lui aurait permis de compléter son dossier sur onocoetes (Œhler notait déjà : «mirificarum hallucinationum ista inscriptio genetrix facta est») et surtout lui aurait fait sentir que pour Tertullien il n'y a pas un, mais deux motifs d'accusation : d'une part le culte d'une tête d'âne (Nat I, 11, 1 ; Apol 16, 1), dans la tradition anti-judaïque, et de l'autre celui de Γ onocoetes (Nat I, 14 ; Apol 16, 12), être hybride à oreilles d'âne et au pied de corne, qui est une innovation toute récente (proxime) de la polémique antichrétienne. — L'article aurait mérité une relecture attentive, comme le montre cet échantillon de "doutes" : p. 54, n. 4 : Tertullien aurait eu du mal à lire la traduction latine du Contre Apion si elle a bien été faite à l'initiative de Cassiodore (cf. Inst. I, 17, 1) ; n. 5 : «quod enim aliud genus seminarium est infamiae nostrae», la bonne traduction est chez Schneider, p. 99 ; p. 55 : l'idée que la toge serait un vêtement distinctif des chrétiens surprend (sur le rapport toga/pallium, voir J.-Cl. Fredouille, Tertullien et la conversion de la culture antique, Paris, 1972, p. 448-452). P. P.

3 4 . REBILLARD (Éric), Les areae carthaginoises (Tertullien, Ad Scapulam, 3, 1) : cimetières communautaires ou enclos funéraires de chrétiens ? - Mélanges de l'École française de Rome. Antiquité, 108, 1996, p. 175-189. On a parfois déduit de Scap 3, 1 que le mot area aurait désigné, chez les chrétiens d'Afrique spécifiquement, des cimetières appartenant à la communauté ecclésiale. Cette interprétation, qui ne peut s'appuyer sur aucune réalité archéologique, n'est en fait autorisée par aucun document : aussi bien le texte de Tertullien que les témoignages africains, épigraphiques (CIL VIII, 9585) et toponymiques (ACypr, 4, 3 ; Sententiae episcoporum, 16. 30. 31 ; Gesta apud Zenophilum, 16), conduisent à reconnaître à area une valeur purement toponymique (terrain, enclos) et non pas institutionnelle. On doit seulement retenir du texte de Tertullien que «les familles chrétiennes, comme leurs voisins païens, ont possédé des enclos funéraires dans les nécropoles africaines» (p. 189). F. C.

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3 5 . NOVAS CASTRO (Maria del Mar), La persecución según Cipriano de Carîago — Lengua e Historia. Homenaje al Profesor Dr. D. Antonio Yelo Templado al cumplir 65 años, Murcia : Universidad de Murcia, 1995, p. 181-204 (Antigüedad y cristianismo : Monografías históricas sobre la antigüedad tardía, 12 ; Scripta Fulgentina : Revista de ciencias humanas y eclesiásticas, año V,n° 9-10). Cet article tient du cours plus que de l'étude erudite. La bibliographie est à peu près inexistante. Les textes de Cyprien sont cités en traduction espagnole. L'auteur présente quelques aspects majeurs de la pensée de Cyprien sur le martyre, les questions disciplinaires - pénitence notamment - , le rôle du clergé. Cette pensée s'est forgée à chaud, dans le contexte de la persécution. S. D.

ACTES DES MARTYRS
3 6 . V A R A L D A (Paolo), A proposito di un 'interpretazione psicanalitica della Passio Perpetuae — Ricerche teologiche, 6, 1995, p. 89-91. L'essai de M. L. von Franz, Die Passio Perpetuae. Versuch einer psychologischen Deutung, fut originellement publié en annexe de C. G. Jung, Aion. Untersuchungen zur Symbolgeschichte (Zurich, 1951) : méritait-il d'être traduit en italien de façon indépendante (Como, 1994 : cf. CTC 94, 56) ? Telle est la question soulevée par Γ A. qui montre comment l'inter­ prétation psychanalytique force parfois le sens du texte (notamment celui de diastema en 7, 6).— P. V. semble ignorer l'existence d'une réimpression allemande (Zurich, 1982) et d'une traduction française (Paris, 1991), dissociée elle aussi de l'ouvrage de Jung (cf. CTC 91, 58). Notons en passant que G. Lanata {infra, n° 37, p. 90) considère l'essai de M. L. von Fr. comme un «testo epocale e veramente archetipico per tutte le successive ricerche di tipo psicanalitico». F. D.

3 7 . LANATA (Giuliana), Sogni di donne nel primo cristianesimo — Donne sante, sante donne. Esperienza religiosa e storia di genere, Torino : Rosenberg & Sellier, 1996, p. 61-98 (Società italiana delle Storiche). Le pluriel «donne» (du titre de l'article) renvoie à Perpétue et à une prophétesse du montanisme, Priscilla. Toutefois, l'essentiel de l'étude consiste en une relecture du Journal de Perpétue, seul texte de l'Antiquité chrétienne où une femme parle en son propre nom, sans filtre masculin. L'A. cherche à dégager comment la martyre vit concrètement le rapport fémininmasculin, en accordant une place privilégiée aux deux visions du pasteur (§ 4) et du combat avec l'Égyptien (§ 10). L'étude est riche sur le plan de la bibliographie (arrêtée en mars 1993) et abonde en notations fines : Perpétue relate des expériences de type individuel et non communautaire (p. 66) ; l'affirmation de son individualité ne diminue pas son affection envers sa famille (p. 67) ; Dieu, le Christ, les grandes vérités de la foi sont rarement nommés dans le journal, qui témoigne pourtant d'une intimité profonde avec la divinité (p. 74) ; la première vision reflète un transfert des rôles, en attribuant des traits maternels au Pasteur et en transformant la jeune mère en fillette (p. 77) ; en se revêtant du Christ pour affronter l'Égyptien, Perpétue reconquiert une sorte d'androgynie originelle, qui ne l'empêche pas de continuer à parler d'elle-même au féminin (p. 83). En somme, la jeune femme ne cherche pas à oublier sa condition de femme, comme on l'a souvent dit, pour devenir quelque chose d'autre, mais elle se choisit un autre Père, pour lequel elle est prête à donner sa vie.

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Le bon pasteur du § 4 est grandis et, ainsi que le souligne G. L. (p. 76), chenu à la manière du Dieu de l'Apocalypse ou du propre père de Perpétue ; le rédacteur des Actes A {BHL 6634) le qualifie carrément de senex, terme supprimé, il est vrai, dans les Actes Β {BHL 6636). Sous l'influence de l'iconographie, le sermon pseudo-augustinien 394 pour la fête de Perpétue et Félicité - de même que PMon 8, 4 (citée par G. L. à la n. 63) - est revenu à une conception plus habituelle : «Sedebat, inquit, pastor iuuenis et senex, uiridis aetate, canus capite, qui non nouit senectutem» {PL 39, col. 1715). F. D. 3 8 . RlVES (James), The Piety of a Persecutor — Journal of Early Christian Studies, 4, 1996, p. 1-25. En 203, le juge de Perpétue et ses compagnons fut le procurateur Hilarianus, qui remplaçait le proconsul défunt, Minucius Opimianus. Selon les pratiques administratives de l'époque, il devait occuper à Carthage le poste le plus élevé de rang équestre, c'est-à-dire qu'il était sans doute procurator IV publicorum Africae, avec un salaire de ducénaire. Plusieurs documents épigraphiques permettent de reconstituer sa carrière avec une certaine vraisemblance. Entre 189 et 192, en tant que procurator Hispaniae Citerions per Asturiam et Gallaeciam, il avait dédié, dans la ville d'Asturica, deux autels à la triade Jupiter-Junon-Minerve et aux dieux et déesses «quos ius fasque est precari in pantheo» (cf. AE 1968, 227-228). Ces dédicaces livrent son nom complet et sa filiation : P. Aelius P. f. Hilarianus, et sont à rapprocher de deux inscriptions grecques d'Aphrodisias {CIG 2792-3), qui mentionnent un consularis de ce nom, son fils, P. Aelius Apollonianus, et son petit-fils, lui aussi appelé P. Aelius Hilarianus. D'après J. R., le juge de Perpétue serait le consularis d'Aphrodisias : il appartiendrait ainsi à une famille provinciale d'Asie mineure, ayant reçu la citoyenneté romaine sous l'empereur Hadrien (P. Aelius Hadrianus). Les dédicaces d'Asturica révèlent d'autre part que la piété d'Hilarianus était ultraconservatrice, qu'il rejetait le syncrétisme et toute ouverture vers des divinités non officielles (p. 12-16, excellent commentaire des termes pantheum/pantheus). Cela pourrait expliquer son attitude particulièrement sévère à l'égard des accusés de 203 et le fait qu'il ait condamné une honestior comme Perpétue à être livrée aux bêtes de l'amphithéâtre. Cette belle étude appelle plusieurs remarques. 1. La façon dont est reconstituée la carrière d'Hilarianus emporte l'adhésion et recoupe exactement ce qu'avait proposé A. R. Birley, Persecutors and Martyrs in Tertulliano Africa, dans Institute of Archaeology Bulletin, 29, 1992, p. 46 et 48-49 (non cité). Les inscriptions exploitées par Birley et Rives sont à compléter désormais par une documentation numismatique : le fils d'Hilarianus, P. Aelius Apollonianus, a rempli des fonctions de magistrat à Aphrodisias, car son nom figure sur le monnayage de cette ville {SEG 42, 1992, 990 bis). 2. Au sujet de l'intérim assuré après la mort d'un proconsul, l'enquête aurait pu être prolongée en deux directions. D'abord, l'hagiographie africaine en fournit un second exemple : le juge des martyrs carthaginois Lucius et Montanus est aussi un «procurator, qui defuncti proconsulis partes administrabat» {PMon 6, 1). Or le texte critique que j ' a i publié dans RÉAug, 29, 1983, p. 67-82, montre désormais qu'il s'agissait d'un ducenarius {ibid. 20, 3) ; mon commentaire ad locum (p. 79, n. 54) est erroné, comme l'a bien vu Xavier Dupuis, dans Ecole Pratique des Hautes Etudes. Section des sciences religieuses. Annuaire, t. 102, 1993-1994, p. 253 ; et le passage renforce indiscutablement l'hypothèse de Rives. Ensuite, on pourrait tenter d'évaluer la durée de l'intérim d'Hilarianus, grâce à une notice martyrologique concernant Guddène : «V Kl. lui. Apud Carthaginem natale sanctae Guddenes : quae, Plutiano et Zeta consulibus, iussu Rufini proconsulis, quater diuersis temporibus equulei extensione uexata et ungularum horrenda laceratione cruciata, carceris etiam squalore diutissime afflicta, nouissime gladio caesa est» (éd. H. Quentin, Les martyrologes historiques du moyen âge, Paris, 1908, p. 174). À dire vrai, ce résumé d'une Passion perdue est difficile à interpréter : comme les consuls mentionnés sont ceux de 203, la sainte fut décapitée le 27 juin de cette année-là. Si

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Rufinus est une autre façon de nommer Minucius Opimianus (ce qui est plausible, en raison de sa généalogie), le proconsul est seulement à l'origine des poursuites engagées contre Guddène, et le texte ne livre aucune information nouvelle sur Hilarianus. Mais si Rufinus est le successeur de Minucius Opimianus et celui qui fait décapiter la martyre, on est forcé d'admettre qu'un proconsul était arrivé à Carthage dès la réouverture du trafic maritime, et qu'Hilarianus ne disposait plus en juin du ius gladii. 3. Hilarianus aurait-il pu se contenter d'expédier les affaires courantes ? S'est-il montré spécialement sévère à l'égard de Perpétue et de ses compagnons ? Je serais enclin à l'admettre avec J. R., mais à condition de ne pas forcer le trait. La notice de Guddène révèle que Rufinus ne se comportait pas très différemment et n'hésitait pas à faire torturer une femme. Dans le cas de Perpétue, la condamnation aux bêtes pourrait avoir été provoquée par une raison de calendrier, l'imminence de l'anniversaire de Géta. Il existait d'ailleurs un supplice encore plus redoutable, celui du bûcher qui était couramment pratiqué à l'époque (cf. PPerp 11,9; PMon 3, 1-3). Les Actes de Gallonius, qui sont datés du règne de Dioclétien et que vient d'exhumer Paolo Chiesa, montrent que la peine du feu était réservée aux meneurs et à qui s'était rendu coupable de lèse-majesté (cf. Analecta Bollandiana, 114, 1996, p. 267, § 38 et p. 268, § 54). F. D.

DOCTRINE
39. DAL COVOLO (Enrico), Donna e matrimonio in Tertulliano : A proposito di un 'edizione recente — Ricerche teologiche, 6, 1995, p. 319-331. Texte d'une conférence donnée, un peu à bâtons rompus, pour la sortie de l'édition du De monogamia par R. Uglione (CTC 93, 2). On y trouve un rapide historique de la collection «Corona Patrum», qui a recueilli l'édition ; de la bibliographie ; un éloge de la traduction proposée par R. Uglione (citation d'un extrait des ch. 15 et 16) ; un hommage à Carlo Tibiletti et à ses travaux sur le mariage et la femme chez Tertullien ; un rappel de la position ambiguë de celui-ci sur le mariage, et un refus de le considérer comme un "misogyne". — L'auteur nous dit qu'il a entre les mains un exemplaire du livre de R. Uglione, annoté par C. Tibiletti : une publication de ces notes ne serait-elle pas intéressante ? Et serait-elle possible ? S.D. 40. BRENT (Allen), Hippolytus and the Roman Church in the Third Century. Communities in Tension before the Emergence of a Monarch-Bishop, Leiden ; New York : E. J. Brill, 1995, XII-611 p. (Supplements to Vigiliae Christianae, 31). Cet ouvrage, consacré à l'œuvre attribuée à Hippolyte et à la situation de l'Église romaine à la fin du IIe s. et au début du IIIe s., a pour point de départ une analyse précise de la fameuse statue d'Hippolyte, découverte au XVIe s. par P. Ligorio. S'appuyant sur les travaux de E. A. Judge et P. Lampe, l'A. voit dans l'Église romaine de cette époque une communauté, non pas unie et conduite par un seul homme, mais fractionnée en écoles distinctes, disposant chacune de son propre Maître. L'image anachronique d'une église dirigée par un évêque unique serait en fait la transposition abusive de la situation de l'Église à l'époque cyprianique. Relisant alors le corpus hippolytain dans cette perspective, A. B. peut à la fois l'interpréter comme l'expression d'une école particulière et y déceler les tensions qui existaient entre les différentes congrégations, à une époque critique où l'Église romaine s'acheminait, bon gré mal gré, vers l'unité episcopale. La statue ne serait plus alors le monument personnel d'un individu, mais le symbole d'une école qui se retrouvait dans le nom d'Hippolyte ; celui-ci perdrait sa valeur personnelle, pour prendre, comme celui de Clément, une valeur collective. Le corpus lui-même n'est plus l'œuvre d'un ou de deux auteurs, mais la production d'une communauté, qu'on peut

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rapprocher du corpus johannique. Cette reconstruction savante à propos d'une période mal connue et évoquée par des documents difficiles à interpréter, a le mérite de la cohérence. La démonstration exigerait une analyse attentive. Nous ne proposerons ici qu'une remarque. A. B. prend comme témoignage de l'habitude ancienne d'écrire des ouvrages en les signant non pas de son nom personnel, mais du nom du Maître de l'école, les textes du Ps.-Justin Martyr, du Ps.-Clément, du Ps.-Tertullien, du Ps.-Cyprien (p. 299). Il faudrait sans doute faire là un tri, en distinguant les œuvres «authentiquement apocryphes» de celles qui ont ultérieurement été attribuées à tel ou tel auteur par la tradition manuscrite. C'est sans doute le cas de YAduersus omnes haereses du Ps.-Tertullien. Nous nous attarderons davantage sur le dernier chapitre, consacré aux rapports de la communauté hippolytaine et de l'Église de Carthage, particulièrement avec le témoignage de Tertullien. Deux questions sont considérées : d'une part l'édit évoqué dans Pud 1, 6-8, mis en relation avec YElenchos, IX, 12, 20-26, d'autre part l'identification de Praxéas. Tout en reconnaissant le caractère ironique de l'expression edictum ... peremptorium - un tel édit serait de toute façon anachronique dans l'Église de cette époque -, A. B. admet qu'il puisse s'agir de la répercussion africaine d'un événement romain et reconnaît, comme le faisait déjà Labriolle, Calliste dans l'auteur de la décision : celle-ci ne devait concerner à l'origine que sa propre école, mais avait créé des remous dans l'ensemble de l'Église romaine, dans la mesure où l'indulgence de Calliste lui faisait admettre dans sa congrégation des fidèles excommuniés par l'école hippolytaine, ce qui revenait à ébranler l'autorité de l'auteur de YElenchos sur sa propre communauté. Les expressions pontifex maximus et episcopus episcoporum feraient allusion encore à Calliste et à sa prétention à l'emporter sur les autres communautés. L'analyse est vraisemblable, pour autant qu'on accepte la description de l'Église romaine qui précède. Nous sommes en revanche moins convaincu par l'identification de Praxéas à Calliste - identification proposée autrefois par H. Hagemann, Die römische Kirche und Dogma in den ersten drei Jahrhunderten, Freiburg i. B. 1864, que nous n'avons pas vu cité. Ingénieuse, la reconstruction d'A. B. ne répond pas vraiment à la question essentielle qui se pose pour reconnaître un pseudonyme : quelle raison T. avait-il de recourir à ce subterfuge, alors que sa carrière antérieure montre qu'il n'hésita jamais à attaquer directement les autorités politiques ou ecclésiastiques ? Évoquant le problème en quelques lignes (p. 528), l'A. semble vouloir l'expliquer, assez faiblement à nos yeux, par le caractère antimontaniste des adversaires de Calliste. Une fois admise l'existence d'un adversaire commun aux trois traités, Elenchos, Contra Noetum et Prax, A. B. étudie les relations qui les unissent et pense pouvoir établir la dépendance de Prax par rapport à YElenchos, puis celle du Contra Noetum par rapport au traité de Tertullien, le Contra Noetum trahissant une volonté de rapprochement par rapport au monarchianisme de Calliste et donc une nouvelle étape dans la voix vers l'unité de l'Église romaine. Cet ouvrage, riche et admirablement cohérent, n'est pas dénué d'audace, et il faudra se pencher avec attention sur les démonstrations qu'il propose, avant d'adopter cette vision renouvelée de l'Église du début du IIIe s. et des débats théologiques qui l'agitaient. F. C. 4 1 . OHLIG (Karl Heinz), Christologie, I. Des origines à VAntiquité tardive, Paris : Éd. du Cerf, 1996, 289 p. Ce volume, complété par un second embrassant la période qui va du Moyen Age à l'époque contemporaine, est la traduction, due à Bernard Lauret et Georges-Matthieu de Durand, d'un ouvrage paru en Autriche en 1989 : Christologie, I. Von den Anfängen bis zur Spätantike. II. Vom Mittelalter bis zur Gegenwart. Cette vaste anthologie de textes traduits retrace l'histoire de la christologie depuis les textes bibliques jusqu'à Jean Damascène, et devrait constituer un outil

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commode et fiable pour les étudiants en théologie. Parmi les ouvrages relevant de notre chronique ont été retenus les passages suivants : Tertullien, Prax 27, 3-12. 14 ; Cam 5, 1-6 (extraits) ; Pud 19, 10-26 (extraits) ; Cyprien, Epist 58, 6, 2-3 ; Laps 17 ; Novatien, Trin IX, 46 ; X, 53. 54 ; XI, 56. 59 ; XIII, 68 ; XV, 83 ; XVI, 92 ; XVII, 95. 98. 99 ; XVIII, 103. 104 ; XXIII, 134 ; XXX, 178 ; XXXI, 182-189 (extraits). Les traductions françaises sont reprises de publications antérieures (SC, CUF, etc.) ou sont l'œuvre de G.-M. de Durand. L'introduction est brève, et on aurait apprécié pour chaque texte un accompagnement bibliographique plus riche. — Quelques remarques de détail : - texte 66 : la référence et la numérotation des chapitres sont omises ; 27, \\,filius est rejeté dans CCL ; coniunctum n'est pas traduit ; - texte 71 : la Correspondance de Cyprien dans la CUF ne contient que deux volumes ; - texte 72 : il faudrait préciser la référence (Laps 17) ; - texte 74 : Novatien, Trin XI, 56, defendentibus n'est pas traduit ; XXIII, 134, l'image contenue dans confibulare pourrait être mieux rendue ; - texte 75 : XXI, 184 in Pâtre doit être traduit «dans le Père». F. C. 42. KUNZ (Claudia Edith), Schweigen und Geist. Biblische und patristische Studien zu einer Spiritualität des Schweigens, Freiburg : Herder, 1996, 832 p. (pour les auteurs de la CTC, p. 269-279). Le but de cette étude, nourrie de nombreuses lectures et d'une réflexion approfondie, est de montrer qu'il existe une spiritualité du silence dans le christianisme des trois premiers siècles et de préciser à la fois la dépendance et l'originalité de cette spiritualité par rapport aux philosophies et aux religions anciennes. Indicible et inaccessible à la raison, Dieu est néanmoins perçu par les chrétiens, expérimentalement en quelque sorte, dans le silence (en comprenant ainsi le verbe sentire, C. E. K. fausse quelque peu le sens du verbe), à travers sa création et l'histoire du salut, et le silence débouche sur une doxologie (Nov., Trin VIII, 1 [40]). Le Dieu intérieur de Minucius Félix n'est pas la raison divine de l'homme, mais la présence du Dieu transcendant et personnel qui illumine l'âme (Oct 32). Déjà attestée dans les Apocryphes et les Actes des martyrs, la pratique de la prière silencieuse est recommandée par Tertullien, qui établit une relation entre le silence en Dieu même (Prax 5, 4) et le silence de la prière, et par Cyprien (DomOrat). S. D. 43. LOMBINO (Vincenzo), // Dio unico negli scritti di Tertulliano — Dizionario di spiritualità biblico-patristica. I grandi temi della S. Scriptura per la «lectio divina». 14. Dio nei Padri della Chiesa, Roma : Boria, 1996, p. 155-181. Cet exposé s'appuie principalement sur l'argumentation que développe Tertullien dans Herrn, Marc et Prax, pour aboutir à l'idée d'un Dieu unique, bon, juste et trine, sur laquelle il fonde son ecclésiologie. La présentation est rapide, mais ferme et juste dans l'ensemble. Peutêtre eût-on mieux saisi la complexité et la profondeur de la pensée de Tertullien, si une place avait été réservée à d'autres notions, comme celles de liberté ou de toute-puissance de Dieu. On regrette également certaines affirmations maladroites ou incomplètes : l'expression «un dithéiste comme Hermogène» peut prêter à confusion, dans la mesure où, nonobstant la conclusion et l'accusation de Tertullien, Hermogène ne concevait certainement pas la matière comme une deuxième divinité ; il eût été utile de signaler que l'évocation de la Sagesse en Herrn 18 est complétée, deux chapitres plus loin, par son assimilation au Verbe (Herrn 20, 4). Enfin comment l'A. peut-il s'étonner - et même regretter, semble-t-il - que la réflexion de Tertullien se soit développée dans un cadre polémique, alors que c'est sans doute une des raisons de la vigueur et des avancées de sa pensée ? F. C.

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4 4 . SCHULZ-FLÜGEL (Eva), Tertullian und das "zweite Geschlecht"— Augustiniennes, 42, 1996, p. 3-19.

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Revue des Études

L'A. a été une des premières, dans son édition de Virg (cf. CTC 77, 2), à relativiser la misogynie de Tertullien et à montrer ce qu'elle devait à son époque. Elle revient sur ce point de vue, aujourd'hui largement partagé par les historiens, pour confirmer ce que l'attitude de Tertullien emprunte à la tradition romaine (rapprochements avec Apulée), mais aussi à l'anthropologie juive et chrétienne (cf. Paul et Clément d'Alexandrie). Le regard que le Carthaginois porte sur la femme chrétienne est même plutôt plus ouvert que celui de ses contemporains, en soulignant les qualités morales et religieuses de ses sœurs chrétiennes, qui leur assurent le même destin qu'aux hommes. Cette appréciation, qui fait de la femme un être responsable dans le domaine privé, ne va pourtant pas jusqu'à permettre qu'elle exerce une fonction officielle dans l'Église. F. C. 4 5 . CANAL (José M a ), María, nueva Eva en Justino, Ireneo, Tertuliano y Agustín — Ephemerides Mariologicae, 46, 1996, p. 41-60. Rappel de quelques passages où Justin, Irénée, Tertullien et Augustin mettent en relation Eve et Marie. À la notion d'aemula operano introduite par Justin, Irénée ajoute celle de recapitulatio ; il établit une équation entre le couple Adam-Christ et le couple Ève-Marie. La même doctrine se retrouve chez Tertullien. L'idée dominante chez Augustin est celle de la réparation, par Marie, de la faute commise par Ève. Pour Tertullien, J. M. C. retient deux textes : Cam 13, 3-6 ; Marc II, 4, 5. Pour ce dernier («Non est enim, inquit, bonum solum esse hominem [Gen 2, 18]. Sciebat i 1 li sexum Mariae et deinceps ecclesiae profuturum»), il discute l'interprétation de R. Braun (SC 368, p. 39 : «C'est qu'il savait que le sexe de Marie et ensuite de l'Église ferait son bien»). Il préfère voir dans ecclesiae un datif coordonné à //// : «C'est qu'il savait que le sexe de Marie ferait son bien, puis celui de l'Église». S. D.

4 6 . URÍBARRI BILBAO (Gabino), El argumento de prescripción en el Adversus Praxean de Tertuliano — Estudios Eclesiásticos, 71, 1996, p. 215-228. Après avoir souligné l'origine rhétorique et juridique de la notion de praescriptio, G. U. B. en distingue trois acceptions chez Tertullien : à côté d'emplois communs au sens d'«ordonner, établir» (Prax 3, 2 ; 20, 3 ; 21, 1), praescriber e-praescriptio peut avoir une valeur technique, à l'intérieur de laquelle on doit séparer la praescriptio faible, correspondant à un simple compendium logique (Prax 11,4), de la praescriptio forte, identifiée à la praescriptio nouitatis (Prax 2, 2-3 ; 20, 1-3). Très tenté de revenir aux catégories juridiques pour expliquer ces emplois, G. U. B. la met en relation, dans Prax 2, avec celle de praeiudicium - et non pas, comme le dit l'A., avec praeiudicatio, qui n'existe pas à cette époque. On peut toutefois se demander si Tertullien n'est pas plus attaché à la commune préverbation enprae- de ces mots, qu'à leur origine juridique. F. C.

4 7 . URÍBARRI BILBAO (Gabino), Monarquía y Trinidad. El concepto teológico «monarchia» en la controversia «monarquiana», Madrid : Universidad Pontificia Comillas, 1996, XXV588 p. Cet ouvrage, consacré au concept de «monarchie» divine, en retrace l'histoire depuis ses origines - chez Aristote, Philon et les Apologistes grecs - j u s q u ' à la crise monarchienne, telle qu'elle apparaît chez Tertullien (p. 141-227) et Hippolyte, puis, dans une moindre mesure, chez Origene, Novatien (p. 375-441) et Athanase. G. U. B. montre ainsi que, dès les Apologistes, la notion de monarchie, destinée à exprimer le monothéisme, renferme une valeur trinitaire, que Praxéas est le seul à nier. En particulier cette notion, qui n'occupe qu'une place secondaire dans

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la théologie patripassienne développée par Noët, Sabellius et leurs disciples, serait dépourvue chez eux de tout caractère antitrinitaire. Partie d'une analyse terminologique, l'étude s'élargit ensuite pour reconstituer en quelque sorte l'historique de la controverse monarchienne, en distinguant deux périodes : l'apogée de la crise, dans les années 200-235, et le déclin jusque vers 260. Le patripassianisme, centré sur l'exégèse de Jn 10, 30 et 14, 9-11, y apparaît comme un mouvement judaïsant, soucieux de maintenir le monothéisme hérité de la tradition juive. F. C. 4 8 . CORSATO (Celestino), Alcune "sfide della storia" nel cristianesimo delle origini : Giustino, Cipriano, Gregorio Magno — Studia patavina, Al, 1995, p. 231-251 (Teologia e filosofia nella storia. Studi in onore di Luigi Sartori). Sûrs que l'action de Dieu se manifeste dans l'histoire, les Pères, représentés ici par Justin, Cyprien et Grégoire le Grand, ont observé les événements contemporains avec un regard prophétique et interprété les "signes des temps". Cyprien {Dem et Mort) fait une lecture positive des malheurs de son épiscopat, persécution, peste, incursions barbares : ils sont voulus par Dieu pour éprouver la foi des siens, les inciter à manifester leur charité par des actes et à l'étendre même aux païens ; ils sont l'annonce de la fin des temps, qu'il faut attendre dans l'espérance et l'édification d'une humanité nouvelle (p. 235-242). S. D. 49. TORNATORA (Alberto), Angelus increpans : la mens religiosa secondo Cipriano — L'etica cristiana nei secoli III e IV : eredità e confronti. XXIV Incontro di studiosi dell'antichità cristiana, Roma, 4-6 maggio 1995, Roma : Institutum patristicum Augustinianum, 1996, p. 235-247 (Studia Ephemeridis Augustinianum, 53). L'une des préoccupations pastorales de Cyprien, dans le De mortalitate, est de définir la mens religiosa, ou encore le desiderium qui doit inspirer la conduite morale de tout chrétien : ils sont acceptation joyeuse de la volonté de Dieu, à l'imitation du Christ, et aspiration ardente à quitter ce monde pour le Royaume. Un contre-exemple est fourni en la personne d'un évêque qui, atteint par la peste, prie pour obtenir un délai ; un personnage divin (un ange ? le Christ lui-même ?) lui apparaît dans une vision, pour le blâmer (Mort 19). S.D.

HÉRÉSIES 5 0 . TREVETT (Christine), Montanism. Gender, Authority and the New Prophecy, Cambridge : Cambridge University Press, 1996, XIV-299 p. Cette monographie retrace l'histoire du montanisme, en évoquant ses origines asiatiques, son développement dans les principaux foyers que furent l'Asie Mineure, Rome et l'Afrique, et son enseignement. Elle aborde également longuement la question - qui a vivement intéressé les historiens ces dernières décennies - de la place des femmes dans le mouvement, avant de terminer par le destin de la secte. Sur tous ces points, l'A. dresse un bon état de la question et propose parfois des solutions ou des perspectives nouvelles et stimulantes. Il nous a semblé que ses positions étaient unies par la volonté de relativiser l'indépendance et l'originalité du montanisme par rapport à l'Église catholique. Rappelant à plusieurs reprises la pauvreté de nos sources et les nombreuses interrogations qui pèsent sur la Nouvelle Prophétie, Chr. T. est surtout sensible à ce qui liait, à l'origine du moins, catholiques et montanistes, dont les divergences relevaient avant tout d'une question de degré. Ainsi faudrait-il relativiser considérablement la ferveur eschatologique qu'on croyait y trouver : en particulier l'annonce de

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la descente de Jérusalem à Pépuza serait à dater assez tardivement et sans doute à imputer non pas à Priscilla, mais plutôt à Quintila qui appartiendrait à une époque plus récente et à une autre région. Dès lors, si les montanistes respectent l'orthodoxie dogmatique et si leurs innovations restent assez limitées, comment expliquer le dur conflit qui les opposa aux catholiques ? Selon Γ Α., la réponse serait à trouver dans la notion de prophétie et dans la prétention des montanistes à posséder l'Esprit, qui mettait inévitablement en cause l'autorité du clergé, sans qu'il y eût à l'origine chez eux une quelconque volonté de révolte contre la hiérarchie catholique. On le voit, cette analyse aboutit à mettre l'accent sur l'évolution du montanisme entre ce qu'il était au départ - un mouvement prophétique parmi d'autres - et ce qu'il est devenu sous l'influence de certaines personnalités (notamment Tertullien) et suite à la réaction de l'Église. Nous serions tenté de rapprocher, mutatis mutandis, cette analyse de celle que Markschies (CTC 92, 42 ; 93, 43) propose de Valentin et du valentinisme, et d'y voir le souci des historiens actuels de faire la part des différences entre la doctrine des fondateurs des hérésies et ce qu'en firent leurs successeurs. Le caractère essentiel du témoignage de Tertullien est reconnu, même s'il doit être utilisé avec les plus grandes précautions. Son adhésion au montanisme est incontestable (contre Bray, CTC 79, 30), mais elle ne signifia pas séparation d'avec l'Église : souscrivant à la thèse de Powel (CTC 75, 16), l'A. refuse d'admettre l'idée d'un schisme ou l'existence de deux institutions différentes, mais préfère concevoir le groupe montaniste comme une ecclesiola in ecclesia. À propos du rôle des femmes dans la secte, Chr. T. ne partage pas l'interprétation de Jensen (cf. notamment CTC 93, 46) qui accorde à Priscilla et Maximilla un rôle prophétique prépondérant, mais considère les trois fondateurs sur un pied d'égalité. Quant au rôle ministériel des femmes dans l'église montaniste, il ne s'explique pas par une manifestation d'anticléricalisme, ni par le statut de confesseur de certaines femmes, mais par l'idée que l'Esprit destiné à guider l'instauration d'un ordre chrétien nouveau se répand aussi bien chez les femmes que chez les hommes : il n'y a donc dans ce nouveau statut des femmes aucune révolution des mentalités, mais la simple conséquence de la foi au Paraclet. Ce travail bien documenté, qui allie une grande prudence à quelques idées nouvelles, ne manquera pas de stimuler et d'enrichir le débat sur la Nouvelle Prophétie. F. C.

5 1 . QuiSPEL (Gilles), Valentinus and the Gnostikoi — Vigiliae Christianae, 50, 1996, p. 1-4. S'élevant contre la thèse de Markschies (CTC 92, 42), selon laquelle Valentin, à la différence de ses disciples, n'aurait pas connu les Gnostikoi présentés par Irénée, Haer., I, 29, et serait en fait un théologien chrétien plus ou moins orthodoxe comme Clément d'Alexandrie et Origene, G. Q. verse deux nouvelles pièces au dossier. Le premier texte, Irénée, Haer., I, 30, 15, qui doit être lu, avec les manuscrits : «a quibus uelut Lernaea hydra, multiplex capitibus fera [de] Valentini schola generata est», recourt à l'image de la semence et de la génération pour expliquer que Valentin, imprégné des opinions des Gnostikoi, a donné naissance à cette hydre aux mille têtes que constitue l'inextricable réseau de ses disciples. Or G. Q. retrouve la même image et la même affirmation chez Tert., Val 4, 2, qu'il pense devoir lire, avec Kroymann et Marastoni, ainsi : cuiusdam ueteris opinionis semen nactus colubro suo uiam delineauit. Le serpent, comme l'hydre chez Irénée, désignerait les élèves de Valentin, qui aurait été lui-même «fécondé» (semen) par la Gnose mythologique des Gnostikoi (quaedam uetus opinio). F. C.

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5 2 . AzZALI BERNARDELLI (Giovanna), Fede, preghiera e annuncio ne/Z'Apologeticum di Tertulliano — Liturgia e evangelizzazione nell'epoca dei Padri e nella Chiesa del Vaticano II, Studi in onore di Enzo Lodi, a cura di Ermenegildo MANICARDI e Fabio RUGGIERO, Bologna, ed. Dehoniane, s. d. (1996 ?), p. 87-131. L'auteur procède d'abord à un inventaire, dans Apol, des termes et locutions appartenant à deux champs sémantiques distincts : celui de la "foi" et celui de la "prière personnelle et liturgique". L'utilité de cette recherche ne nous a pas paru évidente, car la présente étude part, en réalité, plutôt du texte que des mots. Après avoir relevé les acceptions païennes et chrétiennes de fides et de ses dérivés, de credere, G. A. B. montre qu'à l'intention de son public païen, l'apologète s'appuie sur des valeurs et des arguments reconnus de tous pour définir la foi authentique et prouver la véracité des Écritures et de la doctrine chrétienne : lien avec la vérité, la piété et la justice ; part de l'intelligence dans la démarche de foi ; antiquité des livres bibliques ; rôle de la tradition, etc. Elle dresse aussi une liste des mots de la prière et une liste des réminiscences liturgiques repérées par E. Dekkers, avant d'observer que Tertullien fait de la prière une description capable à la fois de prouver que les chrétiens ne forment pas une factio illicita et d'inciter à la conversion : prière socialement utile, libératrice des forces mauvaises, exprimant la vie spirituelle, liée à l'innocence de la conduite. Dans la troisième partie de son article, G. A. B. s'interroge sur les silences de Tertullien dans Apol (aucune citation scripturaire, rien sur le Notre Père, le baptême, l'eucharistie, le mystère de la Croix), alors qu'est exposé le contenu de la regula f idei. Observant qu'Irénée avait fait le même choix dans sa Démonstration évangélique, elle décèle chez les deux auteurs une pratique catéchétique analogue, probablement d'origine orientale. Elle en conclut que, dans Apol, Tertullien s'adresse aux païens comme à des catéchumènes auxquels on remet le Symbole, sans pouvoir encore leur communiquer la Prière du Seigneur ni les initier aux sacrements, et que la catéchèse et la liturgie catéchuménale ont alimenté l'œuvre pour ce qui relève, en elle, de Γέπίδειξις. S. D.

5 3 . B A V A U D (Georges), Le laïc peut-il célébrer l'Eucharistie ? (Tertullien : De exhortatione castitatis VII, 5) — Revue des Études Augustiniennes, 42, 1996, p. 213-222. En cas de nécessité, un laïc peut non seulement baptiser, mais encore célébrer l'Eucharistie ; toutefois si, dans ces conditions, le ius tinguendi est habituellement reconnu au laïc, Tertullien est le seul à faire état du ius offerendi. Il ne semble pas, pour autant, qu'il faille donner une autre interprétation d'offerre. La démarche, originale et convaincante, de G. B. passe, outre l'analyse précise du contexte, par le témoignage de Bapt 17-18, le rapprochement de Jn 3 et 6, 53 et Fulgence, Ep. 12, 11, 24 (PL 65, 390-391) commentant Augustin, Senno 272 (PL 38, 1246-1248). J.-C. F.

SURVIE
5 4 . LABROUSSE (Mireille), Le baptême des hérétiques d'après Cyprien, Optât et Augustin : influences et divergences — Revue des Etudes Augustiniennes, 42, 1996, p. 223-242. Le personnage central de l'étude est Optât de Milève, dont M. L. vient d'éditer le Traité contre les donatistes dans «Sources chrétiennes» (1995-1996, n os 412 et 413). Comment expliquer le silence d'Augustin sur cette œuvre - à laquelle il doit pourtant, comme il nous l'est

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montré, les éléments essentiels de sa doctrine des sacrements - , si ce n'est à cause de l'échec d'Optat ? En effet, loin de rallier les donatistes en ne rompant pas totalement avec la théologie baptismale de Cyprien, Optât leur avait fourni une bonne raison de continuer à revendiquer l'autorité de l'évêque martyr. Non moins surprenant est le silence d'Optat sur le dossier baptismal de Cyprien. C'est à cette question - qui entre dans le cadre de la CTC - que M. L. consacre la première partie de son article (p. 225-231). Optât cite deux fois le nom de Cyprien, mais seulement pour prouver la légitimité de l'Église catholique d'Afrique, et vanter son souci de la paix et de l'unité, éloge largement orchestré par Augustin. Sur la doctrine sacramentelle, tout en concédant qu'un second baptême est nécessaire pour les hérétiques, il se sépare nettement de Cyprien, car il affirme la validité du baptême des schismatiques et surtout il fonde la validité du baptême, non plus sur l'appartenance à l'Église du ministre qui le confère, mais sur l'invocation de la Trinité. Pourtant à aucun moment il ne fait part de son désaccord : il a l'habileté de ne pas mettre en cause l'autorité du grand évêque et martyr vénéré. Tout en utilisant le même dossier scripturaire que Cyprien, il préfère l'attribuer à l'adversaire, notamment en réfutant les arguments que ce dernier en tire. Il reporte ainsi le débat de Cyprien sur les donatistes. S. D.

5 5 . BRUNHÖLZL (Franz), Tertullian im Mittelalter — Lexikon des Mittelalters, Band VIII, 3. Lieferung, 1996, e. 559-560. L'index de notre volume récapitulatif CTC 1975-1994 permettra de mettre à jour ce bref article, qui se fonde essentiellement sur la préface du CCL, t. 1 (1954) et sur l'article, très utile en son temps, de P. Lehmann, Tertullian im Mittelalter (1959, repris et augmenté dans Erforschung des Mittelalters, t. 5, Stuttgart, 1962, p. 184-199). P. P.

RÉIMPRESSIONS
56. WlNTERFELD (Paul von), Zu Minucius Felix — Von Horaz bis Hrotsvith von Gandersheim. Gesammelte Schriften, Hildesheim-Zürich : Weidmann, 1996, p. 46-48 (Spolia Berolinensia. Berliner Beiträge zur Mediävistik, 6). Réimpression d'un article paru dans Philologus, 63, 1904, p. 315-317 ; critique de l'édition d'H. Boenig (Leipzig, Teubner, 1903), qui ne tenait pas compte des clausules. P. P.

NOUVELLES
5 7 . Lors de la session lyonnaise du colloque sur Pacien de Barcelone (novembre 1996), J.-Cl. Fredouille a fait une conférence «Du De paenitentia de Tertullien au De paenitentiae institutione de Pacien» et P. Mattei une autre sur «La figure de Novatien dans les Lettres à Sempronius». Les Actes seront publiés en 1998. 5 8 . La CTC 97 recensera l'édition du De uirginibus uelandis due à E. Schulz-Flügel et P. JMattei (SC, n° 424), la partie consacrée à nos auteurs dans le tome IV du Handbuch der lateinischen Literatur der Antike, le dossier de F. Chapot sur L'hérésie d'Hermogène, ainsi que de nombreux articles parus notamment dans Nomen latinum. Mélanges offerts à André Schneider.

Revue des Études Augustiniennes, 44 (1998), 307-339

Chronica Tertullianea et Cyprianea 1997
Cette chronique continue et complète la Chronica Tertullianea parue dans la Revue des Études Augustiniennes depuis 1976 (productions de 1975). Elle a changé de nom et de domaine depuis 1986, et embrasse désormais toute la littérature latine chrétienne jusqu'à la mort de Cyprien. La présente livraison ne traite en principe que des publications datées de 1997 et, le cas échéant, de 1995 et 1996. En effet, les omissions que nous avons relevées pour les années antérieures ont été autant que possible réparées dans le volume récapitulatif Chronica Tertullianea et Cyprianea 1975-1994. Bibliographie critique de la première littérature latine chrétienne, qui paraîtra finalement au début de 1999. Hélas, nous découvrons encore des lacunes, parfois peu excusables ; «les travaux bibliographiques n'ayant pas de fin», pour parler comme Pierre Larousse, on a cru utile d'ouvrir en fin de bulletin une rubrique Addenda nouissima ad CTC 75-94. Les références se font désormais sous la forme : CTC 92, 3 ; les renvois aux notices bibliographiques qui sont propres au volume se présentent ainsi : CTC 75-94, C (compléments aux chroniques publiées) ou CTC 75-94, S (suppléments pour les années 1975-1984) : on précise alors SC (Cyprien), SH (textes hagiographiques), SM (Minucius Félix), SN (Novatien). Cette année encore, nous avons bénéficié de l'aide d'amis fidèles. Nous remercions en particulier MM. Pierre-Paul Corsetti et Pierre Dufraigne, ainsi que la "Zweigstelle" de L'Année philologique à Heidelberg.
Frédéric CHAPOT — Simone DELÉANI — François DOLBEAU Jean-Claude FREDOUILLE — Pierre PETTTMENGIN

BIBLIOGRAPHIE
1. KELLER (Adalbert), Translations patristicae Graecae et Latinae : Bibliographie der Übersetzungen altchristlicher Quellen. Teil 1, A - H, Stuttgart : A. Hiersemann, 1997, XXXII454 p. Ce volume d'une typographie raffinée et très aérée - on est loin de l'entreprise artisanale du fr. Jacques Marcotte (CTC 84, 1) - se veut un complément aux répertoires de Dom E. Dekkers

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et M. Geerard. Il se propose en effet de recenser les traductions modernes des Pères de l'Église (latins jusqu'à Isidore de Seville, grecs jusqu'à Jean Damascène) dans les principales langues européennes : allemand, anglais, français, italien, espagnol (et catalan). Les traductions d'opera dubia ou spuria ne sont pas relevées, de même que celles parues dans des anthologies. L'A. signale aussi les éditions de texte récentes, mais sans donner les numéros des CPG et CPL, ce qui aurait été pourtant fort pratique ; il indique l'édition parfois même pour un texte dont il ne connaît pas de traduction, ce qui surprend (est-ce pour inviter le lecteur à se mettre au travail ?). Cette bibliographie se veut sélective, mais en l'absence de toute annotation critique on se demandera parfois sur quels critères l'A. s'est fondé. La date de publication a dû en constituer un, puisqu'à part celles publiées dans des séries comme la première Bibliothek der Kirchenväter ou les Ante-Nicene Fathers, les traductions antérieures au XXe siècle brillent par leur absence. Il n'était pourtant pas sans intérêt de savoir que les œuvres complètes de saint Augustin ont été traduites deux fois en français au XIXe siècle. En ce qui concerne Cyprien, le seul auteur de la CTC recensé dans ce tome, on notera plusieurs traductions espagnoles qui nous avaient échappé (elles seront signalées l'an prochain dans notre rubrique «Addenda ad CTC 75-94»). En revanche, il aurait peut-être valu la peine de répertorier les traductions recensées en CTC 75-94, SC 5, 5a et 7. P. P.

ÉDITIONS
2. TERTULLIEN, Le voile des vierges (De uirginibus uelandis), Introduction et commentaire par Eva SCHULZ-FLÜGEL, adaptés par Paul MATTEI ; texte critique par E. S.-F. ; traduction par P. M., Paris : Les Éditions du Cerf, 1997, 288 p. (Sources Chrétiennes, 424). Cet ouvrage est l'heureux fruit d'une collaboration franco-allemande. En effet, E. S.-F. avait publié en 1977 une nouvelle édition de Virg, accompagnée d'une introduction, d'une traduction allemande et d'un commentaire {CTC 77, 2) : c'est ce travail, corrigé par l'A., puis revu, traduit et adapté par un autre "tertullianiste", P. M., que les Sources Chrétiennes nous proposent. L'introduction expose clairement le but premier de l'ouvrage, qui a parfois été mal compris : il s'agit de défendre le devoir pour toutes les vierges - et pas seulement les femmes mariées - de porter le voile au cours de la liturgie. Une comparaison de Virg avec Orat 20-22 fait ressortir à la fois la continuité et le durcissement de la position de Tertullien sur ce sujet, que l'A. replace dans l'histoire de l'ascèse féminine des origines à Augustin. Un des intérêts majeurs du traité réside dans la réflexion qu'y développe Tertullien sur la notion de ueritas en relation avec celle de consuetudo (coutume) : l'A. propose une intéressante analyse de ces notions (p. 47-61), si importantes dans l'évolution de Tertullien vers le montanisme ; elle souligne en particulier le lien fécond qui unit chez lui vérité et origine. Le texte latin a été corrigé sur certains points par rapport à l'édition de 1977 et nous a paru s'écarter au total une trentaine de fois de l'édition de V. Bulhart (CSEL 76, Wien 1957). Dans vingt et un de ces cas il s'agit de réhabiliter prudemment la leçon de Ν : chap. 1, 1. 33. 54 ; 3,1. 12 ; 4,1. 49 ; 5,1. 13. 15. 30 ; 12, 1. 16 ; 13, 1. 2. 4 ; 14, 1. 16 (bis) ; 14, 1. 21-23. 26. 30. 44 ; 17, 1. 2. 16. 34. 36. 45. L'éditeur a pu utiliser les leçons du codex Diuionensis (D) transmises par les humanistes, mais la collation de Théodore de Bèze sur l'édition de Mesnart (1545), mentionnée dans l'introduction (p. 107), n'apparaît pas dans le conspectus siglorum : est-ce parce qu'elle fait défaut pour Virg ? L'apparat critique, alternativement positif et négatif, est clair, mais on regrettera qu'à partir du chapitre 4 un décalage dans la linéation marginale du texte en rende la lecture délicate. La traduction, faite en français directement sur le texte latin, réussit le tour de force d'être à la fois précise et élégante. Le commentaire, dont l'utilisation est facilitée par la présence d'un riche index, est sobre et instructif. Cependant le lecteur exigeant voudrait parfois

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en savoir un peu plus. Ainsi, à propos du chap. 4, il n'eût pas été inutile de commenter la méthode exégétique de Tertullien et l'interprétation qu'il donne du silence de l'Écriture (à distinguer notamment de Cast 4, 2 ; Mon 4, 4) ; 4, 6-8 pouvait être rapproché de Herrn 31,25 ; en 5, 3, le lecteur pouvait être renvoyé pour subtilitas à C. Munier (CTC 89, 8) ; en 10, 1, on aimerait connaître la destinée du néologisme honoriger. Mais ce ne sont là que les regrets minimes d'un lecteur rendu insatiable par la qualité même de cet ouvrage. F. C. 3. TERTULLIANO, De spectaculis. Ad martyras, a cura di Martino MENGHI, Milano : Α. Mondadori, 1995, XXIV-131 p. (Oscar classici greci e latini, 92). La collection de poche «Oscar classici greci e latini» a déjà publié plus de quatre-vingt-dix titres, offrant chaque fois une introduction, le texte original et une traduction plus ou moins annotée. L'Antiquité chrétienne n'y est représentée que par Minucius Felix et Tertullien. Ce troisième volume consacré à notre auteur choisit une voie médiane entre la reproduction d'un ouvrage déjà paru (cas d'Apol ; CTC 94, 55) et la publication d'un travail original (ainsi pour Cor ; CTC 92, 1). Il se recommande par une traduction nouvelle due à M. Menghi, dont on avait déjà apprécié la version du De anima (CTC 89, 1). Le texte en revanche est emprunté, sans apparat, aux éditions d'E. Dekkers (Mart = CSEL 1) et de M. Turcan (Spect = SC 332). La réimpression est déparée par quelques fautes, qui heureusement ne gênent pas la lecture ; on corrigera en Mart 3, 4 et (athletae) ; Spect 1, 1 recognoscite ; 2, 5 et 21, 4 de longircquo ; 6, 3 inst/tutionis ; 15, 7 quid (faute de SC) ; 17, 5 cur quae ; 25, 3 w/dere ; 27, 3 momento quo. En revanche on peut se demander si la présentation typographique qui fait débuter chaque chapitre sur une nouvelle page ne donne pas trop d'importance à une division bien postérieure à l'auteur. Quoi qu'il en soit, à relire le texte de Spect, on est à nouveau frappé par la préférence systématique que l'éditrice avait donnée aux leçons de l'édition princeps face à celles de YAgobardinus. P. P. 4. TERTULLIANO, Esortazione alla castità. A cura di Rossella FRIGERIO. Testo latino a fronte, Milano : La Vita Felice, 1995, 79 p. (Saturnalia, 4). Ce petit volume (17x12 cm), imprimé avec élégance sur du papier vergé, au prix fort raisonnable de 12000 lires, fait preuve aussi d'ambitions philologiques, puisque son texte de base, celui de C. Moreschini (SC 319 ; CTC 85, 1), est plus d'une fois corrigé, parfois même sans qu'aucune note ne l'indique (ainsi en 2, 2 où la conjecture sibi a été éliminée). On se demande avec curiosité (et un peu d'envie) à quel public il peut bien être destiné. P. P.

TRADUCTIONS
5. TERTULLIANO, El Apologético. Intr. trad, y notas de Julio ANDIÓN MARÁN, Madrid: Ciudad Nueva, 1997, 252 p. (Biblioteca de patrística, 38). Il convient de saluer l'entrée de Tertullien dans cette jeune et dynamique «Bibliothèque patristique» qui, jusqu'à présent, a surtout publié des traductions de Pères grecs. Mais la présentation de l'auteur et de l'œuvre est, à tous égards, extrêmement sommaire. La bibliographie est pratiquement inexistante, et l'on souhaiterait connaître les raisons qui ont conduit J. A. M. à opérer la sélection des éditions anciennes qu'il présente. En revanche, les notes, relativement abondantes, donnent des références aux œuvres antiques ; mais elles seraient plus commodément utilisables, si elles étaient suivies, au moins dans les cas les plus intéressants, du texte référencé. Bref, J. A. M. a certainement fait une œuvre pie en proposant cette traduction à

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un large public, mais n'a sans doute pas suffisamment réfléchi aux exigences de ce genre de publication. J.-C. F. 6. CIPRIANO DI CARTAGINE, La Chiesa. Sui cristiani caduti nella persecuzione. L'unità della Chiesa cattolica. Lettere scelte. A cura di Ezio GALLICET, Milano : Paoline, 1997, 453 p. (Letture cristiane del primo millennio, 26). Sous le titre fictif et thématique La Chiesa, est présentée une traduction italienne d'œuvres de Cyprien, réunies en trois groupes : lettres antérieures au printemps 251 (3, 14-16, 20, 27, 33-35, 40-41, 43) ; Laps et Vnit ; lettres postérieures (44-46, 51-52, 54-57, 59, 66, 68-69, 71-73). Le livre est destiné à un public désireux de trouver, dans la lecture de ces textes, des idées et une spiritualité valables pour aujourd'hui. L'introduction lui en facilite l'accès : présentation de l'Afrique chrétienne au IIIe s. ; portrait d'un auteur dont la popularité a traversé les âges, jusque dans la légende, et dont le style équilibré et serein laisse éclater souvent l'émotion ; grandes lignes d'une ecclésiologie qui se comprend dans le contexte de la crise institutionnelle et morale dont souffrait déjà la communauté carthaginoise au moment de l'élection de Cyprien, et que vint aggraver la persécution. Autant que nous puissions en juger, la traduction est claire et aisée, mais parfois au prix de simplifications. Ainsi, l'adresse «Cyprianus presbyteris et diaconibus Romae consistentibus fratribus» des lettres 20 et 27 est rendue, sans plus, par «Ai presbiteri e ai diaconi di Roma» ; malgré l'importance du terme, disciplina est omis dans «per rendervi conto dell'estrema serietà del nostro comportamento», pour «quibus uobis actus nostri et disciplinae et diligentiae ratio redderetur» (Epist 20, 1,1). Inversement, le texte est parfois paraphrasé plus que traduit, sans doute pour une meilleure compréhension de la part de lecteurs peu avertis. La traduction est munie d'une annotation assez abondante, où l'on reconnaît à la fois l'érudition d'E. G. - éditeur de Demetr (CTC 75-94, SC 3) et auteur de plusieurs études sur Cyprien (CTC 75-94, SC 75-77 et CTC 88, 41) - et son désir d'instruire les lecteurs novices. Le novice se satisfera des datations proposées (E. G. retient celles de Duquenne, Gülzow ou Clarke), mais l'étudiant avancé ne saura pas toujours sur quelles hypothèses elles sont fondées, ni à quel point elles sont fragiles. Il regrettera que le texte latin, nécessairement invoqué, surtout dans les observations sur le style, n'accompagne pas la traduction, et que les index scripturaire et onomastique, très complets, soient suivis d'un index analytique bien maigre, excluant la plupart des mots latins expliqués dans les notes. S. D. 7. Laici e laicità nei primi secoli della Chiesa. A cura di Enrico DAL COVOLO, Ferdinando BERGAMELLI, Elena ZOCCA, Maria Grazia BIANCO. Postfazione di Paolo SINISCALCO, Milano : Paoline, 1995, 443 p. (Letture cristiane del primo millennio, 21). Par son objet (la place et le statut des laïcs dans l'Église), cette anthologie n'est pas dissociable de la suivante (n° 8), dont elle présente sinon les mêmes mérites d'exposition et de clarté, du moins les mêmes qualités scientifiques. En particulier, sous le titre «Témoignages anténicéens sur le 'laïcat' dans l'Église», on trouvera (p. 163-230), précédés d'une introduction et accompagnés de commentaires, des textes de Tertullien, Minucius Felix, Cyprien. J.-C. F. 8. / ministeri nella chiesa antica : testi patristici dei primi tre secoli. A cura di Enrico CATTANEO, Milano : Paoline, 1997, 828 p. (Letture cristiane del primo millennio, 25). Cet ouvrage constitue une remarquable mise au point sur le problème difficile du ministère ecclésiastique aux trois premiers siècles : particulièrement bien informée et prudente, elle est sans doute actuellement le meilleur guide auquel peuvent se référer les lecteurs de la littérature paléochrétienne. Le volume est biparti. Une longue introduction (p. 19-215), après un résumé

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des débats contemporains sur la notion même de ministère, analyse avec une grande précision le vocabulaire qui, si souvent, embarrasse le lecteur et le commentateur. La seconde partie est une anthologie de 250 textes, des Épîtres pauliniennes aux pseudépigraphes et apocryphes. Chaque texte, donné en traduction, mais avec la référence de l'édition utilisée, est éclairé de notes abondantes et précises, comme est précédé d'une introduction chacun des auteurs d'où sont extraits les textes présentés. Plusieurs index facilitent la consultation de cet instrumentum. Le domaine de notre CTC est illustré par des passages de Tertullien, de la Passio Perpetuae, de Cyprien, de Commodien, des correspondants romains de Cyprien (p. 473-593 = textes nos 120-164). Bornons-nous à signaler à propos de Tertullien, Cast 7, 3, où E. C. voit une crux interpretum (p. 487), que celui-ci rejette l'interprétation de P. Nautin (cf. CTC 90, 20) et reprend la traduction de SC 319, p. 93. J.-C. F. 9. Visages de la vie de VÉglise aux premiers siècles. De Clément de Rome à Romanos le Melode, [Dourgnes] : SODEC - [Vanves] : AIM - Paris : Bayard Éditions - Centurion, 1995, 390 p. (L'Église des Pères, 1). La collection «L'Église des Pères» se propose de regrouper, autour de thèmes importants, les traductions de textes patristiques qui paraissent, depuis une douzaine d'années, dans la collection «Témoins du Christ» (près de cinquante fascicules à ce jour). Dans le présent volume, sont ainsi reprises les traductions partielles de Bapt (p. 119-142 ; voir CTC 93, 4) et d'Vnit (p. 87-113 ; voir CTC 75-94, C 6), parues toutes deux en 1993. S. D. 10. La prière des Pères : de Tertullien à Jacques de Saroug, présentation de sœur MarieMadeleine BRAQUET et sœur Edith NEYRAND, [Dourgnes] : SODEC - [Vanves] : AIM - Paris : Bayard Éditions - Centurion, 1997, 229 p. (L'Église des Pères, 3). Ce volume regroupe des textes sur la prière (Tertullien, Origene, Cyprien, Jean Cassien, Jacques de Saroug), très brièvement introduits et livrés dans une traduction française volontairement simple. Pour Tertullien (p. 11-30) et Cyprien (p. 95-126), sont reprises des traductions iïOrat et DomOrat, dont il a été rendu compte respectivement en CTC 87, 5 et 96, 6. S.D.

PRÉSENTATIONS

D'ENSEMBLE

11. Die Literatur des Umbruchs. Von der römischen zur christlichen Literatur, 117-284 η. Chr., Hrsg. von Klaus S ALLMANN, München : Beck, 1997, XXXII-651 p. (Handbuch der lateinischen Literatur der Antike, 4). Compte tenu de l'importance de cet ouvrage fondamental, on a préféré partager ce compte rendu en trois parties, chacune confiée à un recenseur différent. § 472 : Märtyrerakten und Passionen - Die erste christliche Biographie lateinischer Sprache Cette section (p. 419-435) rassemble l'ensemble de l'hagiographie latine, antérieure à la persécution de Dioclétien. La majorité des textes y est d'origine africaine et relève de cette Chronique. Après une introduction générale sur les Actes et Passions de martyrs (472.1), sont traités successivement les Actes des Scillitains (472.2), la Passion et les Actes de Perpétue et Félicité (472.3), les Actes de Cyprien (472.4), la Passion de Marien et Jacques (472.5), celle de Montan et Luc (472.6) et enfin, après trois autres pièces (l'une espagnole, les deux autres mal localisées), la Vie de Cyprien par Pontius (472.10). Ces quelques pages, dues à A. Wlosok (1-9) et P. L. Schmidt (10), s'imposeront vite comme la première référence à consulter en

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matière d'hagiographie africaine. Les auteurs ont effectué un tri soigneux dans la littérature secondaire, écarté les références inutiles, indiqué nettement leurs préférences parmi les éditions, en accordant rarement le premier rang à la plus récente. Parmi les traductions en langues modernes, celles qui appartiennent à des anthologies sont recensées en introduction ; les autres sont évoquées sous les textes correspondants, mais sans faire l'objet ni d'une entrée spéciale ni d'une évaluation, de sorte que l'utilisateur reste démuni à leur sujet. Espérons que les lecteurs anglo-saxons sauront lire entre les lignes et cesseront de renvoyer systématiquement à la médiocre anthologie d'H. Musurillo (Oxford, 1972), qui n'est vraiment fiable ni pour ses textes latins ni pour ses traductions anglaises. Face à une sélection effectuée de manière aussi réfléchie, on hésite à proposer telle ou telle addition. Les remarques suivantes, fondées sur mon expérience personnelle, n'ont de ce fait qu'une valeur subjective. Sous ACypr, auraient pu être signalées l'édition d'Á. Fábrega Grau, Pasionario Hispánico, t. 2, Madrid-Barcelona, 1955, p. 336-338 (qui a le mérite d'isoler la recension hispanique), et la liste de 105 mss fournie par G. Philippart, Les légendiers latins et autres manuscrits hagiographiques, Turnhout, 1977, p. 13-16. Sous PPerp, je suis surpris que, dans les discussions relatives au(x) rédacteur(s) du prologue et du martyre proprement dit, nulle allusion n'ait été faite au diacre Pomponius, qui intervient comme personnage dans le récit : cette candidature, récemment suggérée à plusieurs reprises (notamment par R. Braun et J. Amat), fut proposée dès 1677 dans la lettre d'un juriste de Bourges, Jean de Broë, au Cardinal Francesco Barberini (un exemplaire en est conservé dans Paris, BNF, lat. 11769, f. 305-308). La notice du De viris illustrious de Jérôme permet de restituer la Vita Cypriani au diacre Pontius : pourquoi ne pas la suivre aussi dans sa mention d'un titre double, Vita et Passio, qui reflète mieux la structure du texte et est conforme aux usages antiques (cf. CTC 86, 27) ? Les Testimonia cités sous AScil et PPerp ne représentent qu'une fraction des témoignages disponibles. En ce qui concerne PPerp, lire «Aug. serm. 280-282» (non 280-281) et ajouter des renvois aux sermons non authentiques 394-394a et à un texte de Quodvultdeus (CPL 415). La basilique des Scillitains est mentionnée, entre autres, chez Victor de Vite, Historia persecutions Africanae prouinciae 1, 3, 9 : «Basilicam maiorem, ubi corpora sanctarum martyrum Perpetuae atque Felicitatis sepulta sunt, Celerinae uel Scilitanorum et alias quas non destruxerunt, suae religioni licentia tyrannica mancipauerunt». Cette phrase a souvent été exploitée pour établir une équivalence entre la basilica Celerinae et celle des Scillitains. L'hypothèse est plausible, mais uel pourrait aussi marquer une simple coordination. Si l'on se fie aux rubriques des sermons d'Augustin, il semblerait que l'équivalence soit plutôt à établir entre le martyrium des Scillitains et la basilica Nouarum, un lieu de culte d'époque préconstantinienne : en effet, lorsqu'Augustin prêche un jour quelconque de l'année près du tombeau de ces martyrs, les sténographes appellent l'édifice basilica sanctorum martyrum Scillitanorum (serm. 155 = T.6) ; mais quand l'évêque prêche in die natali sanctorum martyrum Scillitanorum, les rubricateurs, pour éviter une répétition, paraissent alors désigner la basilique par son appellation toponymique de Basilica Nouarum (serm. 299DEF = T.2-4) ; car ce n'est sûrement pas un hasard si les trois sermons authentiques d'Augustin pour la fête des Scillitains ont tous été prononcés dans cet édifice antérieur à la paix de l'Église. Les commentaires des auteurs, forcément rapides, sont toujours pertinents et vont d'ordinaire à l'essentiel. Une erreur s'est glissée dans la notice d'ACypr, p. 427 : «Die Cyprianhss. (...) bieten als Passio Cyprians nur eine Teilfassung, die Teile 2 und 3, also nicht den Todesbericht» ; en réalité, l'exécution de l'évêque de Carthage (§ 4) est aussi transmise par les recueils d'œuvre cyprianique, comme il est facile de le vérifier chez Bastiaensen (ce qui manque est uniquement l'interrogatoire du 30 août 257 = § 1). Signalons aux lecteurs de CTC que l'hagiographie africaine est insérée dans un chapitre plus vaste intitulé «Gebrauchstexte». Celui-ci comporte également des sections très développées sur les traductions préhiéronymiennes de la Bible (noter spécialement 467.4 : Markion , 468 : Vêtus Latina), et l'ensemble des apocryphes bibliques (de l'Ancien comme du Nouveau Testament), y compris des textes tardifs qu'on ne s'attendrait pas à trouver dans un manuel en

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principe réservé aux années 117-284 (Virtutes Heliae et Helisaei, Vitae Prophetarum, Irische Pseudo-Apokryphen ?, Epistola de Christo de die sancto dominico, etc.). F. D. §474: Tertullian (p. 438-511) Après son édition mémorable de YAdversus ludaeos (1964), H. T. a toujours continué de s'intéresser à Tertullien, comme en témoigent les comptes rendus très fouillés qu'il a donnés régulièrement à Gnomon. Il était donc tout désigné pour reprendre le flambeau de G. Krüger, responsable de la partie patristique dans la précédente édition du Handbuch (Tertullien occupait les § 659-704 de la Geschichte der römischen Literatur, t. 3, 1922, p. 272-333). La barre était haute, car son prédécesseur avait fort bien travaillé (notamment sa collection de testimonia était presque complète), mais H. T. l'a franchie avec maestria : sa contribution se recommande par la clarté du plan, par la maîtrise du domaine, par un esprit critique qui n'hésite pas à trancher et à présenter des solutions originales et enfin, last but not least, par une mise en page et une typographie très agréables pour ceux qui devront consulter fréquemment cet instrument de travail désormais incontournable. La qualité essentielle d'un manuel de référence, c'est la fiabilité, et on peut se fier à H. T. La correction du texte est parfaite (on notera juste p. 440 "langwage" dans un texte français ; p. 507, lire D'AMICO) ; les indications données sont vérifiées avec soin, ce qui n'est pas toujours le cas même dans le HLLA (on y apprend ainsi p. 124 que Tertullien s'est converti à Rome en 193 et qu'il est revenu en Afrique en 195 !) ; les précieux états des questions donnent au lecteur les éléments du dossier, à partir desquels il pourra parfois tirer des conclusions différentes de celles de l'A. (par ex. sur les titres des œuvres de Tertullien, auxquels H. T. prête une attention particulière). Les problèmes théologiques, évidemment fondamentaux, ne font pas l'objet d'un traitement systématique comme dans un manuel de patrologie, mais l'A. est bien au courant des questions et des recherches et présente avec sobriété ce qui est nécessaire pour comprendre les textes de Tertullien. C'est bien sûr l'homme de lettres, sa culture et son sens du style et de la formule que H. T. a voulu avant tout évoquer. Les remarques qu'il fait sur la genèse des œuvres, sur les brouillons et les réécritures, retiendront particulièrement l'attention. Mais naturellement un travail de cette importance suscite des réflexions, que nous avons regroupées sous quatre rubriques. 1. Bibliographie. Elle est superbement maîtrisée, et très utilement sélective. Pour la période couverte par la CTC, rien d'important ne manque, sauf peut-être l'article novateur de G. DidiHuberman (sous-estimé en CTC 87, 9), mais le style télégraphique des références ne facilite pas le repérage et l'évaluation d'un article. Au niveau très elitiste où s'est placé l'A., quelques travaux ne s'imposaient peut-être pas, comme p. 440 le recueil de Heine (CTC 89, 67) ou p. 505 l'étude de Nastasi (CTC 75-94, C, 20) ; en revanche d'autres productions italiennes auraient dû être signalées, comme la Raccolta di studi de C. Tibiletti (CTC 89, 72). Même remarque pour la bibliographie antérieure ; H. T. élague avec discernement les indications données par G. Krüger (auquel on pourra toujours se reporter : on trouvera parfois chez lui des précisions utiles, ainsi sur la double publication de la thèse d'E. Kroymann, partielle en 1893 et complète en 1894) et sélectionne le meilleur de la production qui a suivi. Un regret, c'est que ne soit pas mentionné (sauf erreur !) l'article de Hugo Koch dans RE (1934). On pouvait noter que l'édition de Pal par S. Costanza (1968) comporte un index complet, et il aurait fallu signaler que la "CETEDOC Library of Christian Latin Texts" (où figure le Tertullien du CCSL) a changé la vie des chercheurs. 2. Notices d'œuvres. Les résumés que H. T. offre des 31 œuvres conservées de Tertullien sont plus incisifs et plus instructifs que ceux de Krüger : les enjeux y sont mieux exposés, les argumentations mieux dégagées (avec des références précises aux chapitres et aux paragraphes, et indication des textes bibliques qui font l'objet des débats) ; si nécessaire, des problèmes

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textuels sont débattus ou, en tout cas, évoqués (ainsi p. 449, n. 22 ; 450, n. 24 ; 451, n. 32, etc.). Cela dit, il n'était pas question d'arriver, dans cette vaste synthèse, à des analyses aussi fines que celle proposée pour Idol par S. Buttazzo (infra n° 17). A l'occasion bien sûr on pourrait discuter, par ex. sur l'importance prêtée à des écrits perdus contre les Juifs, qui expliqueraient les connaissances que Tertullien semble avoir sur le judaïsme contemporain (p. 45455). La description des 14 œuvres perdues est plus claire que celle de Krüger, et fait d'autant mieux ressortir l'étendue de nos ignorances.— Les datations, que H. T. établit toujours avec une grande attention, auraient gagné à être regroupées dans un tableau récapitulatif (cf. p. 54344 pour Cyprien). 3. Influence. H. T. distingue trois phases dans le "Fortleben" antique de Tertullien. Vient d'abord une exploitation discrète par quelques grands auteurs comme Minucius Felix ou Cyprien, et par des figures moins marquantes comme Pacien de Barcelone ou Phébade d'Agen - on pourrait ajouter Victorin de Petau (CTC 93, 50) ou Chromace d'Aquilée (cf. Y.-M. Duval, dans Aquileia e VAfrica, Udine, 1974, p. 199-203). Jérôme est ensuite le lecteur par excellence de Tertullien. Avec les réactions négatives d'Augustin commence un déclin inéluctable, malgré le vif intérêt porté à notre auteur par Isidore de Seville qui l'exploite fréquemment, et pas seulement dans les Etymologies (voir les travaux de C. M. Lawson sur le De ecclesiasticis officiis indiqués dans CPL 1207). Le Moyen Age est sans doute moins ignorant de Tertullien qu'on ne le dit. Il serait étonnant que Y Apologétique, si souvent copiée, n'ait exercé aucune influence : la piste brillamment ouverte par C. Micaelli (CTC 89, 70) mérite d'être suivie. Et surtout, comme le remarquait Harnack, il faut se demander si les théologiens carolingiens, qui disposaient d'importants manuscrits de Tertullien, n'ont pas utilisé des œuvres peut-être perdues aujourd'hui. Le fait qu'un compilateur de choc, comme le diacre Florus de Lyon, ait annoté YAgobardinus (cf. C. Charlier, dans Mélanges E. Podechard, Lyon, 1945, p. 83) devrait faire naître quelques espoirs. Quant à l'influence de Tertullien dans l'Italie du XVe siècle, elle est toute à redécouvrir (Pamèle, éd. des Opera omnia, 1583, p. 48 avait cité une lettre où Politien indique les œuvres qu'il a lues : Y Apologétique et les traités du corpus dit de Cluny [sauf Carri], largement diffusé à partir de Florence). A l'époque moderne, Tertulien a connu son heure de gloire dans la France de Louis XIII, quand les beaux esprits admiraient et copiaient son style, quand on réfutait ses paradoxes (CTC 75-94, C 83), quand le cardinal de Richelieu s'inspirait de Prae pour composer son «Traité qui contient la méthode la plus facile et la plus assurée pour convertir ceux qui se sont séparés de l'Église» (cf. R.-F. Refoulé dans SC, 46, 1957, p. 70-72). Nous espérons revenir un jour sur cette période.— Ce qui est dit p. 509 des Indices librorum prohibitorum devrait être contrôlé et précisé à l'aide de la grande édition de J.-M. de Bujanda (Sherbrooke, 1985-1996). 4. Tradition manuscrite et imprimée. Vu le rôle que sont appelées à jouer les pages excellentes où H. T. esquisse l'histoire de la tradition (p. 444 : Nat ; 448-49 : Apol ; 509-510 : reste de l'œuvre), on a jugé utile d'apporter ici quelques suggestions ou précisions, qui n'affectent en rien le tableau d'ensemble : - il nous semble dommage qu'on n'ait pas indiqué, pour chaque traité, sa base manuscrite et la date de l'édition princeps ; cela demandait peu de place et aurait évité au lecteur une gymnastique délicate (H. T. a lui-même oublié Mon dans la liste des œuvres transmises uniquement par le corpus dit de Cluny) ; - les manuscrits de la Biblioteca Nazionale Centrale de Florence portent les cotes Conventi Soppressi I.VI.9 (N) et 10 (X), la lettre I désignant le fonds de San Marco ; - le catalogue de Cluny est maintenant daté du XIe siècle, d'après les recherches de V. von Büren (p. ex. Scriptorium, 46, 1992, p. 256-67) ;

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- l'Ottobonianus lat. 25 a appartenu à la reine Christine de Suède (n° 1479 du catalogue de Montfaucon ; cf. Studi e Testi, 238, 1964, p. 84) ; il ne date pas du XIVe siècle, mais a été copié en France au XIIIe siècle, comme M. François Avril veut bien me le confirmer ; - le "codex Masburensis" de Gelen et le "codex Iohannis Clementis" de Pamèle ne sont, très vraisemblablement, qu'un seul et même manuscrit provenant de Malmesbury (voir notre étude, à paraître) ; - l'édition de 1545 des Opera omnia (p. 511, η. 183) a été imprimée par Charlotte Guillard, une remarquable femme d'affaires (cf. B. Beech, Renaissance Quarterly, 36, 1983, p. 345-367), et partagée entre elle-même, Jean de Roigny, Hugues et les héritiers d'Aymon de la Porte. Le nom de son éditeur "scientifique" reste à trouver. Un grand personnage comme Jean de Gagny ne devait pas s'occuper de tels détails (sur son rôle comme découvreur de textes inédits, voir A. Jammes, «Un bibliophile à découvrir, Jean de Gagny», dans Bulletin du Bibliophile, 1996, p. 40-42) ; le poème acrostiche dû à Martin Mesnart est une simple pièce de circonstance, comme celui composé pour les Tractatus varii de P. Rebuffi (cf. Bibliographie lyonnaise, t. 9, p. 466), et ne prouve rien sur son éventuelle participation à l'édition ; - compte tenu de l'importance historique de la Patrologie latine, il valait la peine d'indiquer que les tomes consacrés à Tertullien (1-2, 1844) sont un ultime avatar de l'édition Rigault, améliorée par le futur cardinal Pitra ; sur les débuts difficiles de la PL, on verra L. Soltner, REAug, 21, 1975, p. 317-343. P. P. § 475 : Minucius Felix ; 476 : Novatian ; 477 + 479-481: Pseudo-Cyprian ; 478 : Cyprian Il n'est pas facile de prendre en défaut les auteurs des chapitres concernant Minucius Felix, Novatien, Cyprien et les écrits pseudo-cyprianiques. L'information bibliographique qu'ils fournissent est impressionnante par son étendue - chronologique et thématique -, sa précision et son actualité. Certes, elle n'est pas exhaustive, mais elle ne prétend nullement l'être, et les éditions ou études laissées de côté méritent en général l'oubli. Elle présente, en revanche, des travaux qui n'avaient guère été signalés jusqu'à présent (notons pour mémoire, p. 530, Lit. 1, 1. 4, une traduction allemande de Pasch absente de CTC). Un avantage notable est encore la mention de pages intéressantes pour la connaissance des auteurs et des œuvres étudiés, découvertes à l'intérieur d'ouvrages dont le sujet n'est pas en relation directe avec ces auteurs et ces œuvres. Quelques imperfections peuvent être relevées. L'indication du bref compte rendu de J.C. Fredouille (et non «Fredouille»), dans CTC 88, 54, en annexe à celle d'un article de McGuckin (Lit. 19, p. 556), ne s'impose guère, dans la mesure où la même pratique n'est observée ailleurs que pour des recensions longues d'ouvrages importants. Une certaine préférence est parfois accordée à l'érudition allemande : ainsi, pour YOctauius, aucune des traductions italiennes n'est proposée, mais plusieurs traductions allemandes (Lit. 1, p. 512). On s'étonnera que CTC soit signalé pour le seul Cyprien, alors que, depuis 1985, cette chronique concerne aussi Minucius, Novatien et les écrits pseudo-cyprianiques. On est gêné par la présentation des informations bibliographiques : les normes strictes et complexes qui ont été adoptées pour l'ensemble du Handbuch font que ces informations sont réparties sous de nombreuses rubriques, ce qui entraîne des répétitions ou une multiplicité de renvois. L'extrême concision, voire l'abréviation des données, confine parfois à l'erreur : «Komm. : M. Pellegrino, Turin 1947. 21955» (Minucius Felix, Lit. 1, p. 512) ne permet de savoir ni qu'il s'agit en fait d'une édition (texte revu sur le Parisinus Lat. 1661), doublée d'une traduction en italien et accompagnée d'une abondante annotation, ni que l'édition définitive de M. Pellegrino a été publiée seule, en 1950, dans la collection du «Corpus scriptorum Latinorum Paravianum». Mais ces imperfections, compréhensibles dans un ouvrage d'une telle richesse et d'une telle complexité, n'en altèrent nullement la qualité.

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Aussi précieux que les informations bibliographiques sont les états des questions. Pour Minucius, traité par E. Heck : ses noms, son origine, sa profession, la datation de VOctauius, l'identification des personnages, le genre littéraire, l'interprétation de l'ensemble et de divers passages, la langue, la survie. On notera une mise au point, propre à E. H., sur l'expression "cryptochristianisme" utilisée par J. Fontaine à propos de Minucius : celui-ci ne cachant point sa religion, il convient de parler plutôt de terme à double entente, pouvant être compris des chrétiens avec une acception différente de celle perçue par les païens. Par sa longueur et son contenu, le chapitre consacré à Novatien marque l'importance de ce penseur chrétien, relégué au second plan jusqu'à une époque récente, en raison du discrédit qui pesait sur lui (voir CTC 94, 50, sur les lacunes de la notice consacrée à Novatien dans Theologische Realenzyclopädie). Il a été rédigé par H. Gülzow, l'auteur d'une étude sur les relations entre l'Église de Rome et celle de Carthage au temps de Cyprien {CTC 75-94, SC 87a). Il insiste sur le rôle de Novatien dans l'évolution de la langue et de la pensée théologiques, ainsi que de la liturgie. Il comporte un état des questions suivantes : authenticité (sont retenus comme authentiques Trin, Epist 30, 31, 36, Cib, Spect, BonPud) ; langue et sources ; tradition et postérité ; emploi réitéré de l'expression christianus fide lis dans Spect. La même rigueur minutieuse s'observe pour les écrits pseudo-cyprianiques traités dans le volume. À l'exception de Quodld, ils sont présentés par le regretté J. Doignon. Les débats sur la datation et les attributions possibles, les études sur le texte scripturaire cité, les parentés et la survie sont indiqués avec la plus grande précision. Toutefois, on peut regretter qu'il n'y ait pas eu, s'agissant de ces œuvres parvenues sous le nom de Cyprien, abandon du principe de classement chronologique, adopté pour l'ensemble du Handbuch. Pour la commodité du lecteur, d'abord. En effet, selon la date admise comme faisant autorité, celui-ci doit passer d'une section du volume à l'autre (avant Cyprien : Pasch et Mont ; contemporains de Cyprien : Laud, Nou, Rebapt ; après Cyprien : Adlud, Vig, Quodld), du volume 4 au volume 5, ou encore attendre la parution du volume suivant. Pour s'y retrouver, il doit s'aviser que le § 477.1 (p. 529), dû à P. L. Schmidt, constitue une petite introduction à l'ensemble des «Pseudo-cyprianische Traktate» et que, dans la bibliographie en petits caractères de cette introduction, figurent, entre parenthèses, après chacun des numéros indiqués de la Clavis de Machielsen, des renvois aux chapitres qui traiteront de chacune de ces œuvres. Pour des raisons scientifiques aussi. La question de la date des spuria est loin d'être définitivement close, et c'est en quelque sorte figer le débat que les situer à des moments précis de l'histoire de la littérature latine. Bien que les auteurs des chapitres que nous examinons attribuent, unanimement et sans réserve, Quodld à un anonyme du second ou troisième quart du IVe siècle, dépendant de Lactance (E. Heck, p. 513 et 518 ; P. L. Schmidt, p. 538 ; A. Wlosok, p. 583-4), l'exposé d'A. Wlosok sur l'opuscule a été maintenu dans le présent volume, sans doute parce que les conclusions d'E. Heck (voir notre analyse et nos réserves, CTC 95, 43) n'étaient pas encore définitives lors de la préparation du volume 5 du Handbuch. Le chapitre réservé à Cyprien vaut par l'ampleur de l'information bibliographique, le nombre des mises à jour parfaitement documentées. P.-L. Schmidt conduit l'utilisateur, avec aisance et clarté, à travers l'histoire difficile de la tradition manuscrite et de la recherche dans ce domaine ; il insiste ajuste titre sur la nécessité, pour l'éditeur, de ne pas étudier la transmission des lettres sans celle des traités - et donc de ne pas séparer les travaux de M. Bévenot de ceux de H. von Soden -, et sur l'intérêt de travaux comme ceux de P. Petitmengin, déterminant de petites familles sûres de manuscrits. H. Gülzow édite un tableau synoptique, permettant de comparer l'ordre des lettres proposé respectivement par Pamèle, Pearson et Hartel, Ritschl, Nelke, von Soden, Harnack, Duquenne, Sage, lui-même et Clarke (p. 543-544). L'analyse qu'il propose de la Correspondance montre l'intérêt historique de celle-ci, dégage les enjeux. La présentation des traités est assurée par le même spécialiste, à l'exception de Don et Dem, regroupés sous le titre «Apologetische Schriften» par A. Wlosok.

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La section D. («Bedeutung») nous a paru bien courte pour un écrivain de l'importance de Cyprien ; sa «Literatur» aborde seulement les questions de langue et de vocabulaire, des rapports avec l'Écriture, avec les auteurs classiques et chrétiens. Les principales questions, il est vrai, sont abordées au fil de la présentation de l'œuvre, mais quelques synthèses sur l'ecclésiologie, la spiritualité, les genres littéraires, etc., auraient été bienvenues. Elles auraient eu aussi l'avantage d'éviter une trop grande dispersion de la bibliographie. Pour nous contenter de deux exemples, les études sur le martyre et la militia Christi auraient été à meilleure place dans la section D. qu'en relation avec un groupe de lettres (Lit. 10). De même, pour notre étude Croissance et progrès spirituel du baptême au Royaume selon saint Cyprien (CTC 75-94, SC 47), qui figure dans la bibliographie relative aux lettres sur le baptême des hérétiques, peut-être en raison de la présence du mot baptême dans son titre (Lit. 11). Il nous a semblé aussi que les auteurs manquent parfois de prudence quand ils prennent position. Ils tranchent un peu vite, nous l'avons dit, sur la datation des écrits pseudocyprianiques. Pour les écrits de Cyprien, leur certitude de départ est que Pontius avait déjà en main un recueil des traités de Cyprien lorsqu'il écrivit VCypr. (p. 535 sq.), et que le chapitre 7 de sa biographie contient, désignés non par leur titre mais par une paraphrase, une liste des traités dont l'ordre est celui du recueil. À partir de ce postulat, il est aisé de déterminer une chronologie relative des œuvres, puis une datation plus précise, en faisant intervenir d'autres critères. Mais il serait préférable, nous semble-t-il, de faire de ce postulat une simple hypothèse de travail. S. D. 1 2 . OSBORN (Eric), Was Tertullian a Philosopher ? — Studia Patristica, 31, 1997, p. 322334. Ε. Ο. fait porter sa réflexion sur quatre points. Il rappelle d'abord ce qu'il nomme «the puzzle», c'est-à-dire l'antinomie, sous la plume de Tertullien, entre son rejet théorique de la philosophie et l'utilisation qu'il fait, en particulier, du stoïcisme ; puis il analyse le «paradoxe» de Carn 5 (cf. infra, n° 62) ; il montre ensuite comment le recours aux concepts philosophiques explique sa conception de la loi et de la nature, des relations trinitaires, des deux natures du Christ. Posant enfin la question: «Qu'est-ce que la philosophie ?», E. O. répond qu'elle n'est pas nécessairement la construction d'un système, mais un effort pour résoudre un certain nombre de problèmes, ce qui est le cas de Tertullien, et il conclut sur une longue citation de R. Braun, Deus Christianorum, p. 561. Le principal mérite de cette étude est de reprendre, sous un éclairage et en termes contemporains, un problème encore souvent débattu. On observera toutefois que les traités théologiques de Tertullien constituent bien, en définitive (comme cela a souvent été relevé), un système cohérent, et l'on regrettera sans doute qu'E. O. n'ait pas mentionné la thèse de J. Moingt, La théologie trinitaire de Tertullien. J.-C. F.

1 3 . OSBORN (Eric), Tertullian as a Philosopher and a Roman — Die Weltlichkeit des Glaubens in der Alten Kirche. Festschrift für Ulrich Wickert zum siebzigsten Geburtstag, Berlin : W. de Gruyter, 1997, p. 231-248 (Beihefte zur Zeitschrift für die neutestamentliche Wissenschaft und die Kunde der älteren Kirche, 85). Dans la première partie de cet article («Tertullien philosophe»), l'auteur reprend l'essentiel des études mentionnées supra n° 12 et infra n° 42. Dans la seconde («Tertullien romain»), en s'appuyant, entre autres travaux, sur la thèse d'A. Z. Ahondopke (CTC 92, 22), il souligne comment, selon Tertullien, la Rome païenne s'inscrit dans une histoire du salut. Dans l'un et l'autre cas, on rappelle que Tertullien dépasse l'opposition qui, au départ, paraît insurmontable. J.-C. F.

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14. RANKIN (David L), Was Tertullian a Jurist ? — Studia Patristica, 31, 1997, p. 335-342. Rassurons d'emblée le lecteur : la réponse de D. I. R. est négative. Après avoir passé en revue la plupart des commentateurs de l'œuvre de Tertullien ayant eu l'occasion de donner leur avis sur cette question qui, avec deux ou trois autres, continue d'encombrer la «littérature secondaire» de notre auteur, D. I. R. donne quelques exemples de termes {abolitio, delictum, indulgentia, potestas, praescriptio, ratio, restituere, [-tutio]) qui, tout en faisant partie du vocabulaire du droit, ne sont pas employés dans leur acception juridique sous la plume de Tertullien. Souhaitons que sa conclusion (Tertullien avait une solide formation de rhéteur, peutêtre même fut-il avocat, mais il n'était pas un juriste professionnel) mette un terme définitif à cette problématique récurrente. D. I. R. aurait pu aussi s'appuyer sur les études, curieusement omises, de J. Gaudemet (cf. CTC 78, 17) et surtout de R. Braun. J.-C. F. 15. MARKSCHIES (Christoph), Cyprian — Der neue Pauly, 3, 1997, col. 253-255. La brève notice qui, sous la rubrique Cyprian, concerne l'évêque de Carthage, est intitulée C. Thascius Caecili(an)us Le choix de ce titre nous semble malencontreux. En effet, sans parler du fait que l'abréviation C, pour Cyprianus, risque d'être prise pour celle du prénom Caius, l'utilisateur est poussé à croire que l'on connaît l'ordre officiel des noms de Cyprien - ce qui n'est pas exact - et que l'on hésite entre deux formes pour le troisième. En fait, s'il y a hésitation, c'est seulement à propos du prêtre qui initia Cyprien au christianisme : comme le signale C. M., Jérôme affirme que Cyprien a pris de son parrain le nom de Caecilius {De uir. ill., 67), alors que les manuscrits les plus anciens de VCypr (4, 1) appellent ce prêtre Caecilianus. Quoi qu'il en soit, le nom de Caecilius Cyprianus est attesté par le texte de l'édit de proscription, tel que le transcrit la victime elle-même (Epist 66, 4, 1), et cette attestation paraît suffisante. La notice contient quelques informations sur la vie et l'œuvre de Cyprien, sa théologie et sa survie. L'accent est mis sur la conception qu'il se fait de l'Église, de l'épiscopat et de son propre rôle. La bibliographie, fort brève elle aussi, est commandée par ce choix. Mais, plutôt qu'à l'ouvrage inachevé et tendancieux de Saumagne {CTC 75-94, SC 143), il aurait été utile de renvoyer le lecteur à CTC et au commentaire de la Correspondance procuré par G. Clarke {CTC 75-94, SC 10 ; CTC 86, 4 et 89, 3). S. D.

ÉTUDE D'UNE ŒUVRE
16. CALEF (Susan Α.), Rhetorical Strategies in Tertulliano «De cultu feminarum», Th. Philos., Univ. of Notre Dame (Ind.), 1996, Ann Arbor, Mich. : UMI, 1996, III-309 p. Tertullien a abordé à plusieurs reprises la question du vêtement du chrétien, que ce soit à propos de l'homme {Cor ; Idol, 18 ; Pal) ou, plus souvent encore, à propos de la femme {Apol, 6 ; Orat 20-22 ; Cuit ; Virg). Dans une thèse pour le doctorat de philosophie, S. A. C. s'interroge sur les raisons d'un intérêt «si passionné» pour le problème vestimentaire. Elle a choisi de centrer son étude sur le De cultu feminarum, dont l'analyse des thèmes et de l'argumentation doit lui permettre de dégager la stratégie rhétorique à l'œuvre dans l'ouvrage et donc l'intention profonde de l'auteur. Auparavant, elle commence par considérer rapidement les principaux textes de la littérature païenne qui abordent le sujet, tant en grec (Hésiode, Xénophon, textes néopythagoriciens, Plutarque) qu'en latin (Lucrèce, Horace, Properce, Ovide, Tite-Live, les deux Sénèque, Juvénal, Pline l'Ancien), ce qui lui permet de mesurer combien le Carthaginois est tributaire de cet héritage païen : on y trouve une thématique

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commune, en particulier la même suspicion envers le luxe et la même opposition entre celui-ci et la nature. A propos de la genèse et de la composition du De cultu, tout en acceptant globalement l'interprétation de R. Braun (Studia patristica VII, TU 92, 1966, p. 133-142), elle s'étonne que T. ait si peu retravaillé son texte lorsqu'il compléta Cuit II par Cult I ; elle retient donc surtout pour son étude que les deux livres n'ont pas été écrits au départ pour former un ouvrage complet et qu'ils peuvent donc faire l'objet de deux études rhétoriques distinctes (ce qui occupe les chapitres 5 et 6). Le Livre I est reconnu comme apparenté à la diatribe et au discours épidictique, tandis que le Livre II est plutôt un sermon et ressortit davantage au genre délibératif. S. A. C. aboutit finalement à la conclusion que Tertullien voit dans la question vestimentaire l'occasion de définir et de signaler au monde et aux chrétiens eux-mêmes l'identité chrétienne. En effet, au moyen d'une stratégie de "diabolisation", il présente le monde et ses tentations comme un Autre menaçant et d'autant plus dangereux que, par le luxe et la coquetterie, il peut pénétrer jusque dans les rangs chrétiens. Mais, en même temps, cet effort pour se définir par rapport aux païens ne se fait pas sans reprendre certaines des valeurs (fides, disciplina, sanctitas, grauitas, pudicitia) que le monde romain avait déjà mises à l'honneur. Toutes les analyses de cet ouvrage ne sont pas neuves, et en mettant en lumière ce qu'on pourrait appeler une dialectique du Même et de l'Autre, qui dépasse l'opposition rhétorique du Bien et du Mal, S. A. C. s'inscrit dans le mouvement de réinterprétation de l'œuvre du Carthaginois depuis quelques décennies. Mais elle a tenté de le faire avec une terminologie (empruntée notamment aux sciences du langage) et une approche renouvelées. La principale faiblesse de l'ouvrage réside dans le peu d'attention porté au texte latin lui-même. Celui-ci est cité à partir de l'édition d'E. Kroymann (CSEL 70, 1942, repris dans CCSL 1) : l'A. connaît certes celle de M. Turcan (SC 173, Paris, 1971), mais ignore celle, plus récente, de S. Isetta (CTC 86, 3). De toute façon - et c'est le plus grave -, le texte de Tertullien n'est pour l'essentiel cité qu'en traduction (à l'exception de quelques mots-clés), procédé tout de même très dommageable, particulièrement dans le cas d'une analyse de rhétorique. F. C. 17. BUTTAZZO (Stefania), Analisi della struttura compositiva del De idololatria di Tertulliano — Rudiae. Ricerche sul mondo classico, 1, 1995, p. 81-102. P. G. Van der Nat avait tracé d'une main sûre, en 1960, un plan de Idol qui a été repris à peu de chose près par Waszink et Van Winden dans leur édition (1987) : une division tripartite - introduction (1-2), corps du traité (3-23), conclusion (24) - et des subdivisions marquant la poursuite de Yidololatriae latitudo, d'abord dans les métiers - artisans (3-8), professions libérales (9-10), commerçants (11) -, puis dans Yuniuersa series humanae superstitionis : fêtes et offices (13-19), langage (20-22), un cas entre action et parole (23) [oserons-nous rappeler que le plan de la seconde partie se retrouve à peu près en Pud 7, 15 ? cf. REAug, 19, 1973, p. 181]. S. B. accepte ce plan, mais entend aller plus loin en démontant l'argumentation sur laquelle se fonde chaque développement. Elle dégage un schéma de base (p. 101) : introduction, tantôt d'une rhétorique élaborée, tantôt simple transition ; exposé des preuves ; objection(s) des adversaires et réfutation(s) ; une conclusion, parfois rhétorique, peut terminer le mouvement. Dans l'ensemble, on sera d'accord avec les analyses de S. B., qui par exemple explique fort bien p. 92 la triple réfutation de la nécessitas exhibitionis (5, 1 ; 8, 2 ; 12). Il nous semble pourtant qu'une meilleure prise en compte des termes employés par Tertullien aurait parfois permis de serrer davantage sa pensée. Ainsi le chapitre 4 s'explique au mieux comme la réponse à une objection (sous-entendue) des artifices idolorum : «la Bible interdit d'adorer les idoles, pas de les fabriquer». D'où l'affirmation initiale : idolum tam fieri quam coli deus prohibet, avec justification par la lex diuina (4, 1) et la uox spiritus sancii (4, 2-5), expressions reprises dans le récapitulatif de 6, 1. De même, le mouvement de 17, 3 à 18, 9 nous semble pouvoir se reconstituer ainsi : admettons que le titulaire d'une dignitas ou d'une potestas puisse se garder

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de tout acte idolâtrique (17, 3) - ce qui est en fait impossible, mais admis théoriquement pour la bonne marche de la démonstration (cf. Cor 11, 7) - les seuls attributs du pouvoir, suggestus et apparatus honoris (18, 1 ; suggestus reparaît en 18, 4 et 7), sont tout comme les couronnes entachés d'idolâtrie, partie intégrante de la pompa diaboli, et donc une raison suffisante pour refuser la charge. Une transition un peu lâche (Vel hoc te commonefaciat) permet d'attirer l'attention sur les autorités comme source des persécutions, et sur la réponse ultime qu'est le martyre.— Une question pour finir. La sentence qui résume tout le chapitre 1 «ita fit ut omnia in idololatria [§ 1-4] et in omnibus idololatria [§ 5] deprehendatur» ne serait-elle pas mieux à sa place à la fin du § 5 plutôt qu'à son début ? En effet la phrase qui la suit dans le texte transmis (Sed et alias...) ne s'oppose pas à elle, mais bien au développement des § 1-4. P. P. 18. BOBERTZ (Charles Α.), Patronal Letters of Commendation : Cyprian's Epistulae 38-40 — Studia Patristica, 31, 1997, p. 252-259. Des rapprochements précis avec des lettres de Pline, et surtout de Fronton, permettent à l'auteur de rattacher au genre littéraire de la "lettre de recommandation" les pièces 38, 39 et 40 de la Correspondance de Cyprien. Dans les unes comme dans les autres, l'éloge de la personne recommandée s'appuie à la fois sur le témoignage d'autrui et l'expérience personnelle, prend en compte le statut social de l'intéressé et de ses ascendants (dans les lettres de Cyprien, il s'agit du statut de confesseur), met l'accent sur certaines qualités, notamment l'alliance de la retenue (uerecundia, pudor) et du courage ou de la gloire. L'honneur dont est ou sera revêtu le protégé rejaillit sur le protecteur et sur la collectivité. C. A. B. exploite ces observations pertinentes pour renforcer son interprétation du christianisme africain au IIIe s. (voir notamment CTC 90, 46). Selon lui, les relations dans l'Église ancienne sont bien celles de la clientèle, puisque la pratique de la "lettre de recommandation" suppose toujours, dans l'Empire romain, une relation entre un patron et un client. Cyprien aurait écrit les trois lettres pour "introduire" Célérinus, Aurélius et Numidicus auprès de la communauté chrétienne de Carthage et les y établir comme ses clients, fortifiant ainsi sa position à Carthage à la veille de son retour. Mais n'est-ce pas pousser un peu loin l'esprit de système que de rapprocher des trois clients recommandés par Fronton aux décurions de Cirta pour que ces derniers en fassent leurs patrons à Rome (Ad amicos, 2, 11, Haines 1, p. 292294) les trois confesseurs recommandés par Cyprien à tout le peuple chrétien (l'emploi, exceptionnel, de plebi uniuersae dans l'adresse des trois lettres, s'expliquerait, non point par l'usage électoral de l'Église [voir Clarke, comm. ad loc], mais par la volonté de Cyprien de rétablir, avec sa communauté, la relation patron-client détériorée par les événements), pour que celui-ci en fasse ses patrons dans le ciel ? Et l'alliance de mots mites et humiles (Epist. 40, 3) ne renvoie-t-elle pas autant au Christ (Matth 11, 29), modèle des confesseurs, qu'au client modèle dans la société païenne ? S.D.

TEXTE, LANGUE,

STYLE

19. Thesaurus sancii Cypriani. Series A - Formae (Enumeratio formarum ; Index formarum a tergo ordinatarum ; Index formarum singulorum operum ; Index formarum secundum orthographiae normam collatarum ; Tabulae frequentiarum ; Concordantia formarum), curante CETEDOC, Turnhout : Brepols, 1997, XXIV-197 p. ; 18 microfiches (Corpus Christianorum, Thesaurus Patrum Latinorum). Ce douzième tome du Thesaurus Patrum Latinorum élaboré par l'Université catholique de Louvain-la-Neuve se présente suivant un modèle éprouvé : d'abord une introduction en

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français, due à Paul Tombeur, puis la liste des formes (normalisées) apparaissant dans le Thesaurus Cypriani, suivie de diverses annexes ; enfin la concordance de ces mêmes formes, avec le contexte d'une ligne de "listing" d'ordinateur. Rappelons qu'il ne s'agit pas d'une concordance lemmatisée : on trouvera par ex. sous la vedette lapsus aussi bien le participe passé de labor que le substantif lapsus, -us. Tout le corpus de Cyprien est pris en compte, y compris le Quod idola, les Senîentiae et les lettres adressées à Cyprien (sauf les Epist 30, 31 et 36, qui feront partie d'une autre publication consacrée à Novatien). Le deux versions de Unit 4 - 5 distinguées par le P. Bévenot, "Primacy Text" et "Textus receptus", ont été indexées, mais hélas pas les autres variantes qu'il jugeait caractéristiques de la première édition du traité (celle comportant le "Primacy Text"), à moins qu'il ne les ait adoptées dans son texte définitif ; cf. The Tradition of Manuscripts, Oxford, 1961, p. 140-141. De même, il aurait été bon de tenir compte des variantes qui apparaissent entre le texte des capitula en tête de Quir et les intertitres en tête des chapitres (par ex. idcirco/ideo en III, 53). Ces reproches sont minimes, et n'entament pas l'utilité d'un très pratique instrument de travail. En revanche, on regrettera vivement qu'à la différence de la concordance caennaise des traités (CTC 86, 8), celle de Louvain ne signale pas les mots appartenant aux citations bibliques, si fréquentes chez Cyprien et si caractéristiques d'un type de Vêtus Latina. P. P. 20. BRAUN (René), Tertullien et le renouvellement du latin — Les Pères de l'Église au XXe siècle. Histoire - Littérature - Théologie. «L'aventure des Sources chrétiennes», Paris : Éditions du Cerf, 1997, p. 265-274 (Patrimoines - Christianisme). R. Braun propose ici un bilan clair et suggestif du rôle qu'a joué Tertullien dans le renouvellement de la langue latine. Prenant en considération uniquement son vocabulaire, l'A. retient trois aspects. Tertullien se présente d'abord comme l'utilisateur du latin des chrétiens et des textes bibliques. A ce titre, il est un témoin du vocabulaire de la communauté chrétienne, luimême issu de la Septante et du Nouveau Testament grec ; son originalité a surtout consisté à développer et implanter ce vocabulaire, notamment au moyen de la dérivation : par exemple de blasphemia, il tire blasphematio et blasphemabilis ; à partir defigulus (potier), il créefigulareet figulatio. L'utilisation de la LXX et le souci d'une traduction littérale l'ont également conduit à certaines innovations, par exemple praesperare ou nullificamen. On lui doit aussi, en second lieu, d'avoir mis au point, à partir du latin philosophique et du latin courant, un lexique théologique ferme et cohérent (par ex. uniolunitas ; persona), dont la postérité, tout en abandonnant certaines créations trop personnelles ou audacieuses (salutificator, incorporabais, «appelé à s'incarner», nascibilis), a retenu néanmoins une large part. Enfin, le goût de ce styliste pour l'expressivité a aussi contribué à certaines créations verbales : la recherche de brièveté ou de parallélismes, la tendance au sarcasme ont favorisé l'apparition de néologismes destinés à une carrière plus ou moins longue. Mais sa volonté de rajeunissement de la langue lui fait encore admettre dans la langue écrite des formulations populaires ou préromanes (laciniare, pour lancinare ; acror, pour acor ; euentare) - ce que R. Braun appelle «le modernisme de l'expression». F. C. 2 1 . QUELLET (Henri), Les dérivé en -tudo chez Tertullien — Nomen latinum. Mélanges de langue, de littérature et de civilisation latines offerts au professeur André Schneider à l'occasion de son départ à la retraite, Neuchâtel, 1997, p. 205-207 (Université de Neuchâtel. Recueil de travaux publiés par la Faculté des lettres, fascicule 44). On connaît, principalement depuis les travaux de R. Braun, le rôle qu'a joué la dérivation dans l'invention verbale de Tertullien. Dans une courte note, H. Q. propose une étude statistique des dérivés en -tudo, qui s'inscrit en fait dans le prolongement d'une étude antérieure, publiée dans les Mélanges A. Labhardt : «Les dérivés latins en -tudo. Étude lexicogra-

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phique et statistique», Museum Helveticum, 48, 1991, p. 281-295. L'analyse des dérivés de cette sorte attestés chez Tertullien et de leur nombre d'occurrences conduit H. Q. à plusieurs constats. Tertullien n'a pas fait un usage particulièrement abondant des dérivés en -tudo, à peine plus d'un tiers de ceux attestés chez l'ensemble des auteurs de son époque, soit 23 sur 60. Parmi ces vingt-trois mots, seuls huit présentent un nombre d'occurrences élevé (20 et plus) : consuetude?, magnitudo, multitudo, plenitudo, similitudo, solitudo, sollicitudo, ualetudo. La quasi-totalité des dérivés en -tudo utilisés par Tertullien sont des mots déjà anciens dans la langue. Seuls asp(e)ritudo, inualetudo et rectitudo, qu'il emploie très peu, sont des mots apparus tardivement, au I er ou IIe s. Il n'en a créé aucun, à l'exception peut-être de rectitudo. Ces résultats concordent avec ceux auxquels H. Q. était parvenu dans son enquête sur l'ensemble de la latinité : la productivité du suffixe -tudo est considérable jusqu'à la fin de l'époque cicéronienne, et la quasi-totalité des dérivés importants dans la langue par la fréquence de leur emploi a été créée pendant cette période-là. La productivité du suffixe s'effondre ensuite, pour connaître toutefois un regain de faveur à partir du Ve s., mais la majorité de ces créations tardives n'ont connu qu'une existence insignifiante. On ne relève donc pas sur ce point de spécificité de la langue chrétienne. Le cas de rectitudo est intéressant, dans la mesure où ce mot, peut-être créé par Tertullien, est le dernier dérivé de création tardive attesté plus de cent fois dans la latinité. L'étude statistique mériterait alors d'être relayée par une analyse du contexte d'apparition et d'emploi de ce mot. Signalons seulement que Tertullien ne l'utilise qu'une fois, en Marc V, 3, 10, pour traduire l'expression εις ευθείαν d'Is 40, 4. Il s'agit donc d'une formation tout à fait classique, qui s'intègre bien dans la série des mots concernant l'espace : altitudo, latitudo, longitudo. Il acquit par la suite une valeur morale. - P. 206, n° 9 lire habitudo (au lieu de latitudo). F. C. 22. CHAPOT (Frédéric), Remarques sur la préverbation en prae chez Tertullien — Studia patristica, 31, 1997, p. 274-280. Une version développée de cette conférence a été publiée dans les Recherches Augustiniennes, 29, 1996, p. 75-89 (cf. CTC 96, 20). 23. POLTERA (Orlando), Triptyque pagano-chrétien — Nomen latinum. Mélanges... André Schneider (voir n° 21), p. 191-198. L'A. veut offrir au récipiendaire trois parerga philologiques, qui concernent successivement : Tertullien, An 39, 2 ; Ammien, 25, 4, 22 et Orose, Hist., I, 15, 3-8. A propos du passage de T., il s'interroge sur l'expression Fata Scribunda : il y reconnaît, comme d'autres avant lui, un neutre pluriel ; quant à l'adjectif verbal Scribunda, il n'aurait pas, comme on l'a dit, une valeur active, empruntée à Varron, mais T. procéderait ici à un raccourci d'expression, dans lequel Fata Scribunda aduocantur serait mis pour tria Fata aduocantur ob fata scribunda. On peut toutefois se demander si souligner ainsi l'originalité de Tertullien ne revient pas à méconnaître l'empreinte des indigitamenta sur le passage. F. C. 24. POUPON (Gérard), Encore une fois : Tertullien, De baptismo 17, 5 — Nomen latinum. Mélanges ... André Schneider (voir n° 21), p. 199-203. Le passage où Tertullien évoque les Actes de Paul a été étudié récemment par W. Rordorf {CTC 91, 29 = 93, 54), qui suit le texte du Trecensis repris par Borleffs (CCSL, t. 1), et A. Hilhorst (CTC 96, 27), qui préfère celui de l'édition Gelen. G. P. propose un texte composite : Quodsi quae Acta quae Pauli perperam scripta sunt <legunt> exemplum Theclae ad licentiam mulierum docendi tinguendique defendunt, sciant etc.

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acta Τ : om.B I quae Pauli Poupon : Pauli quae Τ Pauli Β I sunt legunt Poupon : sunt TB legunt Gel I exemplum Τ Bmg Gel : scriptum Β L'idée de juxtaposer le texte de TB sunt et sa correction par Gelen legunt est ingénieuse, mais l'imbrication de deux relatives qui en résulte («si celles qui [quae] lisent les Actes qui [quae] sont faussement intitulés de Paul») surprend quelque peu : on aimerait des parallèles. Les remarques sur la suite du texte (notamment sur un emploi peut-être technique de perperam, sur scriptura au sens d'Écriture sainte et sur titulus = inscription) nous ont semblé intéressantes. P. P. 2 5 . TlSSOT (Yves), Per duarum syllabarum eversionem (Tertullien, De monogamia 11, 11) — Nomen latinum. Mélanges ... André Schneider (voir n° 21), p. 219-229. Ce passage, crux philologorum, a suscité de nombreuses tentatives d'explication, neuf sauf erreur, auxquelles Y. T. ajoute une dixième, qui se fonde sur les deux traductions que Tertullien donne en Mon 11, 11 de / Cor. 7, 39b : si autem dormierit (κοιμηθή) uir eius (cf. 11, 10) et si cuius maritus mortuus fuerit ( ά π ο θ α ν ή ; cf. 11,3). Cete dernière version serait, pour Tertullien, le texte authentique, n'autorisant le remariage qu'après la mort d'un mari païen (et non l'assoupissement d'un chrétien, dans l'attente de la résurrection).— Nous avons du mal à suivre l'A. lorsqu'il affirme : «de mortuus fuerit à dormierit, il y a bien perte de deux syllabes per duarum syllabarum euersionem...». Tertullien a voulu sans doute comparer deux variantes grecques, ou à la rigueur une expression latine à un texte grec, mais sûrement pas deux expressions latines ; de plus, Yeuersio de deux syllabes peut difficilement consister dans le remplacement d'un mot par un autre, plus court il est vrai, mais tout différent. P. P.

2 6 . FREDOUILLE (Jean-Claude), Hésitations titrologiques et interprétation des œuvres — Titres et articulations du texte dans les œuvres antiques. Actes du Colloque International de Chantilly, 13-15 décembre 1995, Paris : Institut d'Études Augustiniennes, 1997, p. 385-396 (Collection des Études Augustiniennes, Série Antiquité, 152). Nomen, omen : le titre d'une œuvre influe sur son interprétation ; et réciproquement, l'interprétation agit parfois sur le titre, ainsi lorsqu'il y a hésitation dans la tradition manuscrite (a) ou même absence de titre attestée par elle (b). J.-C. F. le montre par l'étude de deux cas exemplaires, empruntés l'un à Tertullien (a) et l'autre à Commodien (b). Si le manuscrit unique des Instructiones porte bien ce titre en tête de l'œuvre, il n'en va pas de même pour l'autre poème de Commodien, conservé lui aussi dans un seul témoin, où le texte débute ex abrupto. Quatre titres ont été proposés pour combler ce vide. J. -C. F. n'a pas de mal à montrer les faiblesses de ces conjectures, et suggère la «désignation minimale» de Carmen. En revanche dans le cas de Prae, témoins et variantes ne manquent pas. Reprenant un examen esquissé jadis dans sa thèse (Tertullien et la conversion de la culture antique, Paris, 1972, spécialement p. 228-230), J.-Cl. F. montre que seul le pluriel correspond à la pensée de Tertullien, et que dans son usage linguistique le génitif après praescriptio ne peut désigner que le fondement de l'argument auquel il recourt, comme dans praescriptio nouitatis ou originis (contra A. Friis-Jensen dans TLL, X 2, c. 833, 62, mais sans parallèle). Le titre original devait donc être De praescriptionibus aduersus haereticos (R3) ou aduersus haereses omnes (explicit du traité dans Rl et R2).— Cette proposition ne convaincra sans doute pas tout le monde ; cf. déjà H. Tränkle dans HLLA (supra n° 11), p. 460. On se bornera à faire remarquer que dans le corpus de Corbie, le titre du traité était De praescriptionibus haereticorum. P. P.

2 7 . D E L É A N I (Simone), Quelques observations sur la syntaxe des titres dans les florilèges scripturaires de saint Cyprien — Studia Patristica, 31, 1997, p. 281-286.

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Une version développée de cette conférence a été publiée dans les Recherches Augustiniennes, 29, 1996, p. 91-112 (cf. CTC 96, 22). 28. DELÉANI (Simone), Les titres des traités de saint Cyprien — Titres et articulations du texte dans les œuvres antiques (voir n° 26), p. 397-425. Le sujet pouvait paraître un peu mince (on n'a conservé après tout que douze traités de Cyprien), mais S. D. a su en révéler toute la richesse. Un point fort de son étude est l'analyse des connotations que portent les titres en De... : double sens de mortalitas, à la fois "épidémie" et "condition mortelle" ; écho et distance dans les titres inspirés de Tertullien ; binômes l'un à saveur scripturaire {de opere et eleemosynis), l'autre d'inspiration profane (claire pour liuor, plus subtile à déceler dans le cas de zelus : le texte africain de la Bible rendait ζήλος par aemulatio, mais Cyprien privilégie un terme plus recherché). Deux des titres-dédicaces en Ad... introduisent desflorilègesbibliques : extraits (capitula) pourvus d'intertitres (tituli), eux-mêmes regroupés en tête de l'œuvre (Fort) ou de chaque livre (Quir I-III). S. D. montre très bien comment Cyprien a procédé à la façon des compilateurs antiques, comme un Pline l'Ancien ou un Aulu-Gelle : son travail, original, n'est pas la simple mise à jour d'un recueil de testimonia bibliques. A ce propos, S. D. se demande quand les Ad Quirinum libri III ont pris le titre de Testimonia (sous l'influence d'Augustin ? cf. p. 423, n. 113). La critique, textuelle pourrait-on dire, des titres, de leurs variantes et de leur survie, est un des charmes de cette étude. On retiendra en particulier ce qui est dit sur le De habitu uirginum (p. 408, n. 51 et 414, n. 76). Un regret tout de même, c'est que S. D. n'ait pas abordé, même brièvement, le cas des titres donnés aux Epist dans les manuscrits : quand ont-ils été composés ? dans quelles intentions ? — Notes de détail. P. 400 et 417 : la conclusion de la préface de Fort est tout à fait différente des tables qu'on rencontre ailleurs ; il n'est pas sûr que la numérotation soit originale (cf. dans ce volume notre article Capitula païens et chrétiens, p. 498, n. 6) et il n'est pas inconcevable que la rédaction de ce texte continu ait précédé celle des tituli.- P. 406, n. 37 et 408, n. 49 : la table de ΓAgobardinus (reproduite par ex. dans Histoire des bibliothèques françaises, t. 1, Paris, 1989, p. 421) donne sans ambiguïté les titres De oratione et De cultu feminarurn.- P. 420, n. 104 : les textes cités n. 88 ne me semblent pas indiquer qu'une table des matières générale dispense de lire les chapitres identifiés grâce à elle. P. P.

ANTIQUITÉ ET CHRISTIANISME
29. DOUMAS (François-Régis), L'évolution de Tertullien dans son attitude vis-à-vis de la philosophie — Théophilyon. Revue des Facultés de Théologie et de Philosophie de l'Université Catholique de Lyon , 2, 1997, p. 121-147 et 497-521. Cet article reprend, en l'abrégeant, une thèse soutenue en juin 1995 (cf. CTC 95, 27). 30. BRENNECKE (Hanns Christof), Anfidelis ad militiam converti possit' ? [Tertullian, de idolatria 19, 1]. Früchristliches Bekenntnis und Militärdienst im Widerspruch ? — Die Weltlichkeit des Glaubens in der Alten Kirche (voir n° 13), p. 45-100. Plus de quatre-vingt ans après la publication de Milita Christi (1905), l'ouvrage toujours si utile d'A. Harnack, un théologien protestant allemand revient sur le problème «Église préconstantinienne et service militaire». Le pacifisme intégral que des auteurs comme Cadoux, Bainton et le regretté Jean-Michel Hornus (CTC 80, 25) croyaient déceler dans les premiers

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temps du christianisme lui paraît une reconstruction idéologique, qui ne peut donc servir de norme pour aujourd'hui (p. 98). L'"Abfalltheorie" que postulent ces auteurs ne correspond pas à la réalité : il n'y a pas eu à l'origine une opposition totale entre la foi et le service armé ; les chrétiens n'ont eu aucun mal à militare dans l'Empire chrétien parce qu'ils servaient déjà dans les armées des Empereurs païens. Les soldats qui apparaissent dans le Nouveau Testament ne sont pas sommés d'abandonner leur métier, et l'existence de militaires chrétiens est bien attestée au IIe et surtout au IIIe siècle : ils ne se posent de problèmes de conscience que s'ils doivent commettre des actes idolâtriques ; en ce cas, ils n'hésitent pas à subir le martyre plutôt que trahir leur engagement baptismal. Naturellement, face à cette majorité tranquille, quelques voix isolées ont soutenu qu'il existait une incompatibilité entre la foi chrétienne et le métier des armes (la tradition se maintiendra, même après la conversion de l'Empire). Tertullien est le premier à poser le problème théologique, et aussi le premier à adopter une attitude intransigeante. Acceptant d'abord sans réserve la présence des chrétiens dans les camps (Apol 37, 4 ; 42, 3), il refuse ensuite toute participation au service armé (Idol 19), mais finit par admettre qu'un soldat converti peut continuer à exercer sa profession s'il évite toute forme d'idolâtrie (Cor 11). Son rigorisme reparaîtra dans les Acta Maximiliani et dans la Tradition apostolique, un document d'usage délicat et qui ne saurait représenter les usages romains au IIIe siècle (p. 95).— Cette vaste étude, qui fera réfléchir, comporte beaucoup d'intéressantes analyses de détail. En ce qui concerne Tertullien, Waszink et Van Winden me semblent avoir raison de souligner que la position soutenue en Cor n'est pas si différente de celle a'Idol : les réserves développées en Cor 11, 1-5 sont telles qu'elles interdisent pratiquement le métier des armes, mais Tertullien ne tire pas cette conclusion évidente, pour que le traité puisse continuer (11,7: «ne, si omni ope expulero militiam, frustra iam de corona militari prouocauerim» ; même "prescription" non poussée à bout en Idol 17, 3 - 18, 1). De Cor 1, 1 «adhibetur quidam illic magis Dei miles, ceteris constantior fratribus», on peut conclure que l'unité comportait d'autres soldats chrétiens, mais pas forcément «zu einem größeren Teil» (p. 66). P. P. 3 1 . TURCAN (Marie), La prière des animaux chez Tertullien — La lettre de Pallas, 5, 1997, p. 18 (= Note 11) L'hymne final d'Orat qui évoque notamment la prière des animaux (29, 4) n'a jusqu'alors guère inspiré les commentateurs. Or, comme le montre M. T., ce texte ne relève pas d'une pure improvisation poétique, mais s'appuie sur l'Écriture et s'avère solidement structuré. En effet plusieurs passages bibliques appellent à la prière de louange l'ensemble de la création, des anges aux êtres inanimés, notamment Ps 103/102, 20-22 ; 148, 2-10 ; mais nous retiendrons surtout Rom 8, 19s., que Tertullien connaît bien (cf. Herrn 11,3; Cor. 6, 2), et l'hymne des trois hébreux dans la fournaise (Dan. 3, 57. 80-81), qu'il évoque lui-même en Orat 15, 2. A cette inspiration biblique principale ont pu se superposer des souvenirs de mirabilia offrant des cas d'animaux en prière, tels qu'on peut les trouver chez Plutarque (De solertia animalium, XVII, 2), Pline (H. N., VIII, 3) et Martial (Spect., 17). D'autre part les postures des animaux en prière décrites dans la péroraison a'Orat - agenouillement des animaux domestiques et sauvages, ailes des oiseaux étendues en croix comme des mains - correspondent exactement aux deux attitudes de la prière que Tertullien a précédemment présentées comme principales (Orat. 23, 1. 3 ; 14 ; 17, 1). F. C. 32. BURNS (John Patout), The Role of Social Structures in Cyprian's Response to the Decían Persecution — Studia Patristica, 31, 1997, p. 260-267. Pour expliquer l'organisation sociale des Églises du IIIe siècle, J. P. B. avait déjà recouru à la méthode de la sociologue Mary Douglas (voir CTC 93, 26), qu'il avait appliquée au dossier

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baptismal de la Correspondance de Cyprien. C'est le dossier de la persécution de Dèce qui est soumis ici à un examen analogue. À Carthage, deux solutions ont été adoptées pour reconstituer la communauté chrétienne, mise à mal par la persécution. Celle des laxistes conduisait à la perte de l'identité religieuse du groupe, puisqu'elle intégrait dans celui-ci les apostats qui persistaient dans leur refus de se séparer de la société impériale, ôtait au peuple chrétien le contrôle de l'appartenance à la communauté et le transformait en une clientèle dépendant de la largesse de patrons célestes et terrestres (martyrs et confesseurs délivrant des billets de réconciliation). Celle de Cyprien, au contraire, renforce le caractère clos et séparé de la communauté : 1) l'évêque dénonce la responsabilité collective dans la persécution - 2) il propose une distinction nette entre les chrétiens du dedans et ceux du dehors - 3) il affirme le droit de la communauté à examiner chaque cas et à décider de l'exclusion définitive ou de la réconciliation - 4) il finit par admettre à la pénitence tous les lapsi, ce qui les soustrait à l'amnistie des confesseurs et permet l'afflux des aumônes vers l'Église - 5) le rituel très élaboré de réconciliation renforce, chez tous, fidèles et pénitents, la conscience de leur engagement chrétien et de leur solidarité. Bref, Cyprien est parvenu à restaurer dans son statut de groupe volontairement séparé, bien hiérarchisé, uni dans le respect de son code moral, une communauté que fragilisait sa dépendance économique vis-àvis de l'Empire païen et qu'avait dévastée la persécution. Cette analyse conduit J. P. B. à donner d'Epist 57, 1, 1, une interprétation très restrictive, et qui sollicite le texte. Cyprien rapporte une première décision synodale à l'égard des apostats : en cas de danger de mort, la paix serait accordée à ceux qui auraient fait pleinement pénitence. Il fonde cette décision sur la loi du Seigneur «ut ligata in terris et in caelis ligata essent, solui autem possent illic quae hic prius in ecclesia soluerentur» (cf. Matth 18, 18). Donnant à posse son sens plein et faisant comme s'il y avait nihil aliud nisi devant la relative, J. P. B. comprend que les décisions de la communauté et de son évêque sont effectives : le Christ jugera ceux et seulement ceux que l'évêque aura rassemblés dans sa communauté par la baptême et la réconciliation. Pour une position plus nuancée et plus respectueuse, nous semblet-il, de la pensée et de la langue de Cyprien, voir M. Bévenot, The Sacrament of Penance and St. Cyprian's De lapsis, dans Theological Studies, 16, 1955, p. 175- 213, notamment p. 207213. S. D. 33. PEACHIN (Michael), PREUSS (Gerhard), CIL VI 3836 (= 31747). Die Karriere des Aspasius Paternus ? — Zeitschrift für Papyrologie und Epigraphik, 116, 1997, p. 176-192. Aspasius Paternus est le proconsul qui jugea Cyprien en août 257 et l'exila à Curubis. Sa carrière antérieure était jusqu'ici mal connue. Les auteurs proposent de la reconstituer à l'aide d'une inscription mutilée de la catacombe de Callixte. Celle-ci évoque le cursus honorum d'un sénateur qui vivait dans le second tiers du IIIe s. et avait commencé sa carrière comme ab epistulis graecis, avant de devenir, entre autres, gouverneur de Coelé Syrie, iudex vice Caesaris, proconsul et préfet de la Ville. Parmi les candidats possibles, celui qui répond le mieux aux conditions requises est Paternus, si l'on admet que le proconsul d'Afrique de 257258, le préfet de la Ville de 264-266 et le consul ordinaire de 268 représentent (ce qui est probable) une seule et même personne. En effet, Paternus était sans doute apparenté au sophiste Aspasius de Ravenne, qui aurait été, lui aussi, ab epistulis graecis, durant le premier tiers du ffle s.— Article hautement spéculatif, mais ingénieux et argumenté. Pour la beauté de la démonstration, on aimerait qu'une trouvaille épigraphique vienne confirmer la reconstruction des auteurs. Une part du raisonnement repose sur l'extrême rareté du nom Aspasius (p. 190, n. 92) ; mais qu'en était-il exactement ? Un «Aspasius presbyter doctor», est mentionné en PPerp 13, 1, de sorte que ce nom existait en dehors et loin de Ravenne. F. D.

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3 4 . MONTGOMERY (Hugo), The Man with the Net and the Sorrowful Youth : Pictures and Visions in St Cyprian — Vitra terminum vagari. Scritti in onore di Carl Nylander, Roma : Quasar, 1997, p. 221-225. Les contributions offertes au savant archéologue et historien de l'art Cari Nylander ont été réunies en un très beau livre, dont il faut vanter le format, offrant l'espace nécessaire aux grandes reproductions, le papier glacé, la qualité de l'impression et de l'illustration. Elles concernent les productions artistiques de l'Antiquité classique. Celle d'H. M. s'intéresse plus précisément à l'influence qu'ont pu exercer ces productions sur un écrivain chrétien comme Cyprien. Dans une lettre (11,4, 1), ce dernier décrit une vision prémonitoire dont il a bénéficié avant la persécution et qui permet de comprendre celle-ci comme un châtiment de Dieu. Il s'agit d'un tableau statique, représentant un père de famille assis, ayant à sa droite un homme jeune, le visage triste et tendu, le menton dans la main, et à sa gauche un personnage debout, tendant un filet de façon menaçante, comme pour capturer la foule debout alentour. H. M. souligne qu'il n'y a aucune action, comme dans une peinture ou une sculpture. Le tableau pourrait donc, selon lui, correspondre à une œuvre d'art vue (on a rapproché l'homme triste de représentations figurées funéraires), ou encore, comme sans doute dans les Images de Philostrate le Jeune, imiter l'œuvre d'art. Quoi qu'il en soit, on peut parler d'ekphrasis. H. M. rappelle que le procédé, conseillé par Quintilien (6, 2, 29), a pour vertus la perspicuitas et Yeuidentia et, en créant l'émotion, renforce la persuasion. Uekphrasis peut traiter de visions et de rêves comme de sujets réels. H. M. renvoie au manuel d'Artémidore de Daldis sur les songes, dans lequel précisément l'auteur donne des exemples de songes, avec vision d'une statue de divinité, et explique la vision d'un filet comme un mauvais présage.— L'article de H. M. incite à une approche nouvelle, plus littéraire, des relations de songes ou de visions chez les auteurs chrétiens. S. D.

3 5 · FlTSCHEN (Klaus), Geschichte und Zeitgeschichte im Werk Cyprians von Karthago — Studia Patristica, 31, 1997, p. 296-301. Malgré l'absence, dans l'œuvre de Cyprien, d'une théologie explicite de l'histoire, K. F. essaie d'en reconstituer les grands traits. En fait, la pensée de Cyprien est anhistorique. L'histoire contemporaine n'est pour lui qu'une étape de l'histoire du salut. Le chrétien vit dans le mépris du monde et l'attente du Jugement - bien qu'il soit inséré dans le monde et y agisse selon la volonté de Dieu. Le texte le plus net est Y Ad Fortunatum : Cyprien n'y présente pas la persécution dans sa réalité concrète, mais l'insère dans le plan du salut et l'explique par ses préfigurations scripturaires et par la loi de la souffrance du juste en proie aux attaques toujours renouvelées du démon. S. D.

3 6 . MONTGOMERY (Hugo), Pontius' Vita S. Cypriani and the ancient biographical tradition — Studies of Greek and Roman Literature, Essays edited by Jerzy STYKA, Krakow : Ksiegarnia Akademicka, 1996, p. 109-117 (Classica Cracoviensia, 2). Version abrégée d'une étude dont il a déjà été rendu compte (CTC 96, 14).

ACTES

DES

MARTYRS

3 7 . W Y P U S T E K (Andrzej), Magic, Montanism, Perpetua, and the Severan Persecution — Vigiliae Christianae, 51, 1997, p. 276-297.

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Avant Dèce, les persécutions avaient un caractère local et résultaient du zèle de certains gouverneurs ou d'émeutes contre les chrétiens. Avec une érudition notable (notamment en papyrologie), ΓΑ. entend montrer qu'à l'époque des Sévères deux facteurs se sont conjugués pour soulever une vague de persécutions d'une ampleur inhabituelle. Le premier est l'hostilité croissante, à la fois populaire et officielle, contre la magie et les prédictions ; le second est l'activité des montanistes, qui donnaient du christianisme une image de superstitio visionnaire, susceptible d'exacerber l'hostilité aussi bien de la foule que des autorités politiques. Vues de l'extérieur, les pratiques montanistes (transes extatiques, prophéties sur la fin des temps, jeûnes, abstinence sexuelle) se rapprochaient de celles des sorciers, magiciens ou astrologues, et pouvaient facilement troubler l'ordre public. La Passion de Perpétue est à commenter sur cette toile de fond. L'A. postule que non seulement le rédacteur anonyme, mais aussi Perpétue et ses compagnons sont montanistes ou proches de la secte : «the Montanist redactor» (p. 278), «Montanists called themselves πνευματικοί to emphasise the importance and intensity of their spiritual gifts. This was also, it seems, the spiritual environment of Perpetua's group» (p. 277), «Passio Perpetuae, strongly influenced by Montanism» (p. 281). Les remarques faites à propos de PPerp soulignent à quel point les actes, paroles et visions des martyrs pouvaient, aux yeux d'un observateur païen, ressembler à de la sorcellerie. Perpétue, à qui on a demandé de prédire l'avenir (4, 1), intercède à distance pour son frère défunt (7-8). Saturus donne à un soldat un anneau trempé dans son propre sang (21, 5), comme un objet magique ayant hérité d'une partie de ses pouvoirs. Les condamnés menacent publiquement leur juge du châtiment divin (18, 8), ce qui, pour la foule, en faisait des jeteurs de sort. D'ailleurs, le père de Perpétue se comporte à l'égard de sa fille, comme s'il la tenait pour envoûtée (3, 3) ; le soldat Pudens est convaincu du 'grand pouvoir' des prisonniers (9, 1), dont le tribun redoute l'évasion «incantationibus aliquibus magicis» (16, 2).— Lecture discontinue, mais assez originale, d'une œuvre pourtant écrasée sous l'accumulation des gloses modernes. La vertu du sang des suppliciés est bien établie par les papyrus magiques (cf. p. 282 et n. 49-50) ; il est donc tentant, pour éclairer le geste de Saturus, de se rallier aux positions de F. J. Dölger, L. Robert et A. Wypustek (en rejetant l'explication réductrice d'A. Bastiaensen, Atti e Passioni dei martiri, Vicenza, 1987, p. 450). Mais l'hypothèse initiale (lien des martyrs avec le montanisme), qui sous-tend l'interprétation générale, demanderait à être vérifiée. Nulle part, le clergé de Carthage ne manifeste la moindre réserve à l'égard du groupe de chrétiens emprisonnés. En 203, une conception charismatique de la vie chrétienne n'est pas forcément montaniste, et il est anachronique de faire remonter jusqu'à cette date les durcissements provoqués ensuite dans la grande Église par les excès de la nouvelle prophétie ou le zèle des hérésiologues. P. 294, n. 70, on aimerait savoir ce qui justifie la date (milieu du III« s.) et la localisation (en Afrique) de la Passion de Lucianus et Marcianus (BHL 5015), deux ex-magiciens qui avaient tenté de séduire en vain une jeune fille. F. D. 38. SALISBURY (Joyce E.), Perpetua's Passion : The Death and Memory of a Young Roman Woman, New York-London : Routledge, 1997, [IX]-228 p. Ce livre, soigneusement illustré, peut être défini comme un commentaire littéral et historique de PPerp. La figure de Perpétue, ainsi que cela apparaît dès le sous-titre, y éclipse celle des autres personnages : ce sont ses liens familiaux, ses références culturelles et religieuses, ses pensées et ses rêves que l'A. a cherché à restituer de façon vivante pour un public cultivé, mais pas nécessairement connaisseur des réalités antiques. Les deux premiers chapitres (intitulés «Rome» et «Carthage») donnent une esquisse du contexte socio-culturel dans lequel évoluait, vers 200, une jeune femme de la bonne société : l'attachement au foyer et à la famille, l'importance du culte impérial, l'inquiétude religieuse étaient des traits communs à l'ensemble du monde romain ; Carthage, alors au comble de la prospérité, procurait tous les spectacles et raffinements des grandes villes et possédait en propre, du fait de son substrat

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punique, une tradition de suicide sacrificiel et d'offrandes humaines consacrées dans la liesse populaire à la divinité ; les milieux lettrés et hellénophones, comme celui de Perpétue, y appréciaient grandement les romans qui mettaient en scène de jeunes héroïnes, indépendantes de caractère et capables de mourir pour des principes. Les trois chapitres suivants («Christian Community», «Prison», «The Arena») livrent un commentaire continu de PPerp, en respectant d'habitude l'ordre de l'ouvrage : la traduction anglaise d'H. Musurillo (The Acts of the Christian Martyrs, Oxford, 1972) y est découpée en petites unités textuelles, imprimées en italiques, dont la signification est aussitôt dégagée ; dans l'explication des rêves de Perpétue et de Saturus, l'A. s'attache à dessein aux interprétations données par les intéressés eux-mêmes, sans ignorer naturellement les autres grilles possibles de lecture. Le sixième et dernier chapitre («Aftermath») brosse à grands traits le destin immédiat de la dynastie sévérienne et de ses fonctionnaires, le futur plus lointain de la communauté chrétienne de Carthage et la célébration posthume des martyrs (notamment à travers la rédaction des Actes et la prédication d'Augustin ou de Quodvultdeus). L'A. évite d'ordinaire la simple paraphrase et exploite avec adresse les données archéologiques, les sources antiques traduites en anglais et la littérature secondaire (principalement en cette langue). L'ouvrage est réussi sur le plan technique, mais les limites d'une telle approche sont vite atteintes. Les textes latins et grecs ne sont pas cités de première main, mais toujours en anglais et souvent parce qu'ils ont été signalés chez un auteur antérieur : parmi les «Primary sources» recensées aux p. 209-212, la seule qui ne soit pas traduite est l'édition de R. Braun, Opera Quodvultdeo Carthaginiensi episcopo tributa, ce qui fait que cet auteur est appelé constamment Quodvultdeo au datif. En ce qui concerne les Passions, s'en tenir à l'anthologie de Musurillo est dangereux, car la qualité des textes y est parfois médiocre : c'est ainsi que le commentaire de la p. 86 (à hauteur de la n. 5) est sans objet, si l'on se reporte à la dernière édition de la Passio Montani et Lucii (dans RÉAug, 29, 1983, p. 55 et 72). Comme la traduction anglaise de PPerp est éclatée de la p. 70 à la p. 148, il aurait été utile de la reproduire aussi en annexe, afin d'en permettre une lecture continue.— Le désir, en soi louable, de restituer la culture de Perpétue oblige l'A. à beaucoup d'approximations : p. 100, «She [Perpetua] probably knew of Artemidorus's ideas» (l'auteur de YOnirocriticon) ; p. 102, «The Carthaginian community was also familiar with the visionary work written in the mid-second century called the Apocalypse of St. Peter» (préservée seulement en éthiopien et par quelques fragments grecs) ; p. 109, «She [Perpetua] certainly had read Apuleius's Golden Ass» ; p. 110, «Her dream may have drawn on Heliodorus's romance Ethiopian, in which the protagonist's last test was to fight in the arena against a gigantic Ethiopian» (mais ce texte peut-il être antérieur à 203 ?). Notons enfin que Jacques de Voragine n'était pas franciscain (p. 91) et que Pionius fut martyrisé à Smyrne, non à Carthage, et sûrement pas à trois moments différents (cf. p. 85 : «at the end of the third century», p. 160 : «in 250», p. 166 : «in 259»). F. D. 39. MORIARTY (Rachel), The Claims of the Past : Attitudes to Antiquity in the Introduction to Passio Perpetuae — Studia Patristica, 31, 1997, p. 307-313. Analyse serrée du prologue et de l'épilogue de PPerp (§ 1 et 21, 11), qui ne constituent pas un simple encadrement rhétorique. Le rédacteur anonyme polémique contre des adversaires, qui récusent, au nom d'un attachement aux veterafidei exempla et d'une praesumpta venerano antiquitatis, la valeur des nova documenta. Sa position ne surprend pas en Afrique et implique une foi de type 'apocalyptique et prophétique', proche de celle du milieu où Tertullien était actif. Mais qui étaient les adversaires ? Il se peut que l'attachement aux valeurs anciennes, courant dans la société païenne, ait été défendu, à l'intérieur de la communauté chrétienne, par des convertis de fraîche date, qui désapprouvaient la lecture liturgique des Actes de martyrs. D'où l'insistance du rédacteur sur lectio (1, 1 ; 1,5), legere (21, 11) et repraesentatio (1,1). F. D.

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40. ROUSSELLE (Aline), Image et texte : aller et retour — Santità, culti, agiografia. Temi e prospettive, Roma : Viella, 1997, p. 107-127. Dans une communication plus large sur la relation entre image et document narratif, ΓΑ. propose, en guise d'illustration, une analyse des rêves de Perpétue (p. 114-119). Elle souligne notamment deux détails qui n'ont guère retenu l'attention. En PPerp 7, 1, le fait que le nom Dinocrates vienne spontanément sur les lèvres de la jeune femme pourrait, chez une hellénophone, s'expliquer par son sens étymologique de «maître de la terreur». En 10, 8, les mala aurea que porte le laniste ne seraient pas des pommes, mais des coings, c'est-à-dire des fruits odorants et amers, dans lesquels, selon Plutarque, devaient mordre les jeunes mariées avant de pénétrer dans la chambre nuptiale ; l'image des coings, ainsi liés à la sexualité, «pouvait se greffer sur la crainte du poteau {malus) auquel Perpétue imaginait qu'on allait l'attacher pour la présenter aux bêtes comme on le voit sur la mosaïque de Zliten» (p. 119). F. D. 41. STEINHAUSER (Kenneth Β.), Augustine's Reading of the Passio sanctarum Perpetuae et Felicitatis — Studia Patristica, 33, 1997, p. 244-249. Étude fondée sur la thèse, déjà soutenue par nombre d'auteurs (dont T. D. Barnes), que PPerp est un document montaniste. Comment se fait-il alors qu'Augustin s'en soit servi sans faire allusion à son origine hétérodoxe ? À une telle objection, l'A. croit pouvoir répondre ainsi : Augustin était conscient de cette réalité et abordait PPerp, selon le contexte, de façon différente. Dans un cadre liturgique, il reconnaissait la sainteté du groupe des martyrs et ne pouvait élever aucune objection contre la lecture traditionnelle de leur Passion. En contexte polémique, c'est-à-dire dans le De natura et origine animae dirigé contre le montaniste Vincentius Victor, il n'était plus en mesure d'écarter entièrement le témoignage de PPerp comme hérétique, mais il cherchait à en relativiser l'autorité et rejetait les positions doctrinales qu'en déduisait son adversaire.— Le De natura et origine animae est rangé traditionnellement parmi les ouvrages antipélagiens d'Augustin. K. B. S., à la suite d'Albert de Veer, a raison d'affirmer que ce classement, commode d'un point de vue chronologique, est peu justifié sur le plan doctrinal. Mais Victor était-il vraiment montaniste (ou tertullianiste) ? Sa théologie semble plutôt teintée d'archaïsme, ce qui est compatible avec le fait qu'avant de revenir à la grande église, il avait appartenu, comme disent les sources (cf. A. Mandouze, Prosopographie de VAfrique chrétienne, Paris, 1982, p. 1173-1174), à une fraction schismatique de la communauté donatiste, à savoir les rogatistes. La démonstration de K. B. S. repose en partie sur des arguments spécieux : Victor doit être considéré comme tertullianiste, notamment parce qu'il invoque PPerp, ce qui ne peut convaincre que les lecteurs déjà persuadés du caractère montaniste de cette Passion ; d'autre part, si Augustin tait le caractère hétérodoxe de PPerp, c'est par tactique et respect de la tradition liturgique : pour un historien sans préjugés, il est risqué d'interpréter les silences. F. D.

DOCTRINE
42. OSBORN (Eric), Tertullian, First Theologian of the West, Cambridge : Cambridge University Presss, 1997, 300 p. Cette étude d'ensemble de la pensée et de l'œuvre de Tertullien expose et analyse ses positions sur les principaux sujets théologiques que les circonstances l'ont amené à traiter. L'A. peut ainsi considérer successivement la relation des chrétiens avec l'Empire, le débat avec Marcion, les questions trinitaire et christologique, la réflexion sur la prière chrétienne et la Bible, l'anthropologie et l'ecclésiologie, les controverses avec Hermogène et les valentiniens,

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l'eschatologie et la morale. Si les raisons qui ont amené l'historien à adopter cet ordre des matières n'apparaissent pas toujours clairement, certains chapitres proposent des rapprochements féconds : ainsi dans le chapitre 8 la réflexion anthropologique sur le mal est mise en relation avec la conception de l'Église ; de même le chapitre 9, en envisageant à la suite Herrn et Val, met en évidence la différence de méthode selon l'adversaire. Mais on est surtout sensible dans cet ouvrage à l'effort de l'A. pour mettre en lumière les principes et les notions qui jouent un rôle déterminant dans la réflexion de T., à commencer par celle de simplicité, dont l'analyse ouvre cette étude. On retrouve d'ailleurs dans cette recherche de l'unité d'une pensée une préoccupation constante d'E. O., notamment perceptible dans son ouvrage The Emergence of Christian Theology, Cambridge, 1993 (CTC 75-94, C 71). Récusant le prétendu antirationalisme de T. (cf. également supra, n° 12), il voit en lui un "stoïcien héraclitéen", comme en témoignent non seulement son réalisme matérialiste et sa confiance dans une connaissance naturelle de Dieu, mais surtout son attention pour ce qui change et évolue, ainsi que pour les oppositions : T. est sensible à la présence de celles-ci dans le monde, dans l'homme, dans le raisonnement (paradoxe) et même en Dieu, et à leur résolution dans la simplicité de la vérité chrétienne (cf. déjà l'art, recensé dans CTC 95, 42). Par l'originalité de cette approche, par la diversité de ses centres d'intérêt, mais aussi par la cohérence de sa pensée, ordonnée autour de l'affirmation de la perfection de l'économie divine dans le Christ crucifié, Tertullien se présente comme un novateur puissant (p. 255 more than Augustine...) et actuel. F. C.

4 3 . OSBORN (E. F.), Tertullian's ethics of paradox. Natural law and Apocalypse - Love and Fear - World affirmation and denial — L'etica cristiana nei secoli III e IV : eredità e confronti. XXIV incontro di studiosi dell'antichità cristiana, Roma, 4-6 maggio 1995, Roma : Institutum patristicum Augustinianum, 1996, p. 171-179. E. F. O. relève dans l'éthique de Tertullien trois paradoxes dans la mesure où elle unit le respect de la loi naturelle et la visée apocalyptique ou eschatique, l'amour et la crainte, l'acceptation du monde et son rejet. L'auteur entend le mot paradoxe au sens stoïcien du terme (harmonie des contraires) ; peut-être vaudrait-il mieux parler de «tensions». Mais il montre comment sur ces trois plans, Tertullien concilie les deux termes «contradictoires» et résout les antinomies dans la référence à l'Économie divine et la doctrine de la récapitulation. J.-C. F.

4 4 . TUREK (Waldemar), La speranza in Tertulliano, Roma : LAS, 1997, 136 p. (Biblioteca di Scienze Religiose, 126). Conçu pour combler une lacune - rares sont encore les études sur l'espérance dans les premiers siècles chrétiens - , et préfacé par P. Siniscalco, ce petit livre s'articule en quatre chapitres. Le premier fait le point sur les recherches antérieures et définit à grands traits le concept d'espérance chez les païens, dans les Écritures et chez les premiers chrétiens. Le second, le plus intéressant, même s'il n'est pas neuf, insiste sur le concept de resurrectio carnis chez Tertullien et le lien entre l'espérance et ce point de doctrine essentiel. Il rappelle la place de caro dans l'anthropologie de l'auteur chrétien, l'insistance avec laquelle celui-ci affirme, contre les docètes, la réalité de la chair, donc de l'humanité du Christ, la manière dont il situe la résurrection de la chair à la fin des temps, comme le second pôle de la Création. Le troisième chapitre reprend la distinction proposée par B. Studer (Reallexikon für Antike und Christentum, art. Hoffnung) entre espérance passive et espérance active. La première est attente du salut et de la résurrection personnels (p. 75 : Τ a affiné la notion de "personne") et a pour composantes exspectatio, fiducia et patientia. La seconde, inséparable de la crainte du châtiment éternel, détermine tout le comportement. Destiné à montrer, comme le souligne P. Siniscalco dans la Préface, que l'espérance, chez Tertullien, est moins une vertu qu'une modalité investissant

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chaque aspect de la vie chrétienne, le dernier chapitre met à nouveau l'accent sur le lien entre l'espérance, la foi et le comportement, donc la discipline (spes,fideset disciplina). L'exposé est illustré de très nombreux extraits de Tertullien, pris notamment dans Res, avec leur traduction en italien. L'interprétation s'appuie sur les travaux des plus éminents spécialistes (R. Braun, J.-C. Fredouille, P. Siniscalco, Β. Studer). W. T. part toujours d'une étude de termes ou d'expressions qui lui paraissent fondamentaux pour son propos et lui permettent de montrer comment Tertullien a su se démarquer des emplois païens (resurrectio, resurrectio carnis, resurrectio mortuorum, restitutio, redintegrano, reformatio, resuscitatio dans le second chapitre). Mais le lecteur se sent plutôt submergé par l'abondance des "fiches de vocabulaire", non dépourvues d'utilité sans doute, mais dont certaines interrompent le développement plus qu'elles ne le servent, entraînent des redites, éloignent du sujet (sur refrigerium, p. 83-85, ou même sur l'emploi de disciplina chez les auteurs païens, p. 112-113). S.D. 45. MORESCHINI (Claudio), Tertulliano e la salvezza della carne — Liturgia e incarnazione, a cura di Aldo Natale TERRIN, Padova : Edizioni Messaggero, Abbazia di Santa Giustina, 1997, p. 93-111 (Caro Salutis Cardo - contributi 14). C'est contre Platon et surtout contre les gnostiques que Tertullien a élaboré, dans le sillage d'Irénée, sa doctrine du salut de la chair. Pour le montrer, C. M. analyse Marc I, 24, 3-5, puis examine chacun des trois «titres de noblesse» de la chair qu'il y a découverts : 1) La chair est patiente : c'est elle qui souffre dans l'ascèse comme dans le martyre ; elle est l'instrument pour obtenir la sainteté. 2) Elle est la servante de l'âme (ministra, fámula) et mérite donc de partager avec elle le salut. Tertullien concilie les valeurs de l'ascèse et la dignité de la chair en distinguant la réalité physique de la chair, qui n'est pas mauvaise, et les œuvres de la chair, mauvaises en raison du péché et non de la chair par elle-même. 3) Le Christ a pris chair. Sa chair n'est pas une apparence, ce qui rendrait vaine la Passion. Loin d'être une enveloppe, elle constitue, dans le Christ, une unité indissoluble avec la réalité divine. C. M. insiste sur l'importance de la notion de "corporéité" dans la doctrine de Tertullien et sur le fait que sa méfiance à l'égard du mariage et de la sexualité, dans les œuvres sur le mariage, vient de son souci de défendre la dignité de la chair, mais selon les voies du montanisme. En Marc I, 28, 4, il suit le texte de Kroyman - autant que la traduction italienne autorise à le dire -, bien qu'il bouleverse l'ordre des manuscrits (voir la note critique de R. Braun dans son édition, SC, 365, p. 279). S. D. 46. ROSSIN (Elena), «Caro salutis cardo». Una promessa di salvezza a partire della «carne» di Tertulliano — Liturgia e incarnazione (voir n° 45), p. 113-164. Dans le recueil d'articles intitulé Liturgia e incarnazione, après C. Moreschini (voir n° 45), E. R. expose à son tour l'anthropologie de Tertullien. Les mêmes thèmes sont abordés : la chair instrument de l'âme ; l'union intime des deux éléments et leur solidarité dans le péché ; la vocation de la chair au salut, dès ici-bas, par l'ascèse et l'imitation du Christ ; la résurrection de la chair ; l'Incarnation qui fait de la chair le "pont idéal" entre la première et la seconde création, et la force de l'espérance chrétienne (voir aussi le livre de W. Turek, présenté cidessus, n° 44). L'approche est légèrement différente. Dans une première partie, E. R. s'attache à montrer l'ascendance scripturaire de la doctrine de Tertullien (p. 113-120). Dans la seconde, beaucoup plus longue (p. 120-158), elle se propose de partir d'une analyse linguistique et sémantique, menée dans Marc, Carn et Res. Dans cette perspective, elle insiste sur la polyvalence du mot caro et reprend les observations de R. Braun, p. ex. sur carneus, sur in carne esse-carnaliter uiuere {Deus christianorum, p. 300-304). Mais, en fait, l'étude de la langue fait place, dans cet article, à un simple exposé des idées, illustré d'abondants extraits de l'auteur latin en traduction italienne. S. D.

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47. HOFFMANN (Daniel L.), The Status of women and gnosticism in Irenaeus and Tertullian, Lewiston, Ν. Υ. : Edwin Mellen, 1995, X-239 p. (Studies in Women and Religion, 36). Edition d'une thèse jusqu'alors diffusée par UMI (cf. CTC 94, 40). 48. ΟΤΤΕΝ (Willemien), Christ's Birth of a Virgin who Became a Wife : Flesh and Speech in Tertullian's De carne Christi — Vigiliae Christianae, 51, 1997, p. 247-260. Dans le contexte des débats théologiques contemporains, ΓΑ. veut proposer une lecture de Cam qui échappe au reproche de «logocentrisme», souvent formulé par le «criticisme postmoderne». Il s'agit alors d'éviter une analyse trop exclusivement rhétorique du traité, en montrant que c'est bien la chair du Christ, dans sa réalité concrète, qui est au cœur de l'ouvrage. L'examen des chapitres 2-5, où l'on voit la stultitia chrétienne apparaître non pas seulement avec la résurrection du Christ, mais dès l'Incarnation du Verbe, et surtout 17-23, qui expliquent que la naissance du Christ incarné transforma Marie de vierge en femme, révèle que chez T. ce n'est pas le fonctionnement naturel du corps qui est suspendu par la venue du Verbe, mais plutôt le Verbe divin qui se soumet de lui-même au fonctionnement ordinaire de la constitution humaine. F. C. 49. NORELLI (Enrico), Marcion, Tertullien et le lépreux — Nomen latinum. Mélanges ... André Schneider (voir n° 21), p. 171-180. La guérison du lépreux racontée en Luc 5, 12-16 a dû faire l'objet d'une des Antithèses qui accompagnaient Y instrumentum de Marcion (Luc révisé et 10 lettres pauliniennes). En tout cas, en Marc IV, 9, 3-15, Tertullien discute trois moments de l'exégèse marcionite : 1. Si Jésus a touché le lépreux, ce qu'interdit la Loi, c'est pour montrer sa puissance (§ 5 : ex ostentatione uirtutis), qui se révèle supérieure à celle de la Loi. Tertullien fait, lui, une lecture allégorique de l'événement : il s'agit d'un exemple montrant l'interdiction de tout contact avec un homme souillé par le péché, et démontrant que la Loi a une signification spirituelle par-delà son application matérielle.— 2. En II Rois, 5, 9-18, le prophète du Créateur, Elisée, n'a pu guérir qu'un lépreux syrien, Naaman, avec l'eau du Jourdain, alors que le Christ, plus puissant (§ 8 : potentior) a soigné un Israélite par la seule force de sa parole ; pour Tertullien, il s'agit d'une figure de la purification des gentils par le Christ.— 3. Pourquoi Jésus enjoint-il à l'ancien lépreux de se présenter au prêtre, avec l'offrande prescrite par la Loi ? Selon Marcion, en répétant un précepte bien connu (dont le respect conditionne le retour à une vie normale), il le fait sien, et par là-même "court-circuite" la Loi. Pour Tertullien, l'identité de préceptes prouve que Jésus approuve la Loi, or «Jésus est bon ; Jésus approuve la Loi ; donc il confirme que la Loi est bonne» (p. 178).— De cet article intéressant et subtil, ressort entre autres le fait que dans ce passage Marcion n'avait (semble-t-il) apporté aucune modification au texte de l'Évangile : le travail essentiel a consisté à retrouver «la logique interne de sa position». Quelle que soit l'importance des recherches textuelles, c'est là le moyen de faire progresser notre connaissance de Marcion. P. P. 50. VANDERJAGT (A. J.), Sensual evidence in Tertullian and Lactantius — Studia patristica, 31, 1997, p. 363-368. Dans cette communication, trop brève pour être vraiment convaincante, A. J. V. s'emploie à montrer que, pour Tertullien et Lactance, le témoignage des sens (par exemple, dans la contemplation de la création) est moins incertain que la spéculation philosophique. J.-C. F.

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5 1 . MERDINGER (J. E.), Rome and the African Church in the Time of Augustine, New Haven and London : Yale University Press, 1997, XVI-287 p. Les chapitres consacrés à Tertullien (p. 28-35 : «Tertullien et la discipline ecclésiastique») et à Cyprien (p. 36-49 : «Cyprien», «Cyprien et le concept d'origo») appartiennent à la première partie de l'ouvrage, dans laquelle J. E. M. se propose, en analysant les écrits de ces deux auteurs, de retracer les liens qui unissent l'Église d'Afrique à Rome. Le développement sur Tertullien est fondé essentiellement sur Ρ rae s et Pud ; l'auteur conclut sur cette «claire évidence» : la conception que Tertullien se faisait de l'autorité ecclésiastique a radicalement changé (p. 34). En ce qui concerne Cyprien, J. E. M. se rallie à la thèse selon laquelle, pour l'évêque de Carthage, le primat de Pierre et de l'Église de Rome assure l'unité de l'Église, mais n'implique pas une supériorité de prérogatives. J.-C. F. 52. HAMILTON (Α.), Cyprian and Church Unity — Pacifica, 8, 1995, p. 9-21. Pour refaire son unité, l'Église d'aujourd'hui, notamment en Australie, a intérêt à consulter l'ecclésiologie de Cyprien. Celui-ci, en effet, ne conçoit pas l'unité de l'Église, unité sacramentelle, en dehors de la fidélité à l'Évangile et de l'imitation du Christ. L'unité actuelle pourrait se construire dans une fidélité commune au projet ecclésial d'evangelisation. S. D. 53. OSCULATI (Roberto, La teologia cristiana nel suo sviluppo storico. I. Primo millennio, Cinisello Balsamo : Edizioni San Paolo, 1996, 333 p. L'A. se propose de présenter l'histoire des idées chrétiennes avec une méthode et dans un langage qui puissent être compris par ceux qui ont été formés selon «les canons de la culture littéraire, philosophique, artistique et historique» et n'ont bien souvent qu'une «idée assez vague et superficielle» de la théologie chrétienne (p. 8). Dans un parcours dont il revendique le caractère personnel, il regroupe les penseurs par chapitres : le chap. 8 étudie Basilide, Valentin, Marcion et Montan ; le chap. 9 la littérature néotestamentaire apocryphe, le judéo-christianisme et les Actes des martyrs (on pourrait discuter la cohérence de ce regroupement). Tertullien, Hippolyte, Novatien et Cyprien, qui occupent le chap. 11 (p. 171-186), ont été réunis pour leur origine occidentale et leur appartenance à une même époque, mais aussi, semble-t-il, pour l'influence du stoïcisme qu'ils ont tous reçue. De Tertullien, l'A. retient les traits suivants : la place importante qu'il a réservée au monde matériel et corporel dans tous les domaines de sa réflexion théologique ; son rigorisme moral, qui le conduit à proposer un idéal trop élevé pour la masse des fidèles et, finalement, sous l'influence du montanisme, à former sa propre communauté ; sa réflexion théologique sur la Trinité et l'Incarnation. Pour Novatien, la présence du divin dans le monde, dans l'Histoire et dans la vie du Christ culmine dans l'expérience vivante de la communauté des fidèles et les met en communion avec le Père : cette vision globale du système de l'univers sera, selon R. O., un des héritages majeurs du christianisme occidental. Il souligne enfin l'activité pastorale de Cyprien, dont le rigorisme moral s'adresse aussi bien à la communauté tout entière qu'à chacun de ses membres. F. C.

HÉRÉSIES 54. MARKSCHIES (Christoph), Nochmals : Valentinus und die Gnostikoi : Beobachtungen zu Irenaeus, Haer I, 30, 15 und Tertullian, Val. 4,2 — Vigiliae Christianae, 51, 1997, p. 179187.

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Dans un article récent (CTC 96, 51), G. Quispel contestait les résultats de l'enquête de C. Markschies (CTC 92, 42), selon lesquels le caractère gnostique du valentinisme ne serait né qu'après Valentin et que celui-ci serait resté un théologien chrétien. G. Q. en appelait aux témoignages d'Irénée, Adu. Haereses, I, 30, 15, et de Tertullien, Val 4, 2. C. M. se propose de lui répondre, mais rappelle en préliminaire leur différence d'approche : à la différence de G. Q., il n'accorde guère de crédit au témoignage des hérésiologues et préfère s'appuyer sur les fragments de Valentin. Il accepte toutefois de reprendre l'analyse des deux passages, sans cacher son scepticisme sur la valeur de telles analyses de l'exposé hérésiologique. A propos du texte d'Irénée, il souligne que l'image de la semence (a quibus) et de la matrice (de Valentini scola) qu'y relève G. Q. ne repose que sur l'emploi de generare ; or le Lexique comparé de B. Reynders révèle que ce mot peut traduire des verbes grecs très divers. Quant au rapprochement avec Val 4, 2, il reste très incertain : en particulier dans l'expression quaedam uetus opinio, l'adjectif uetus rend peu probable une allusion aux théories gnostiques, trop récentes ; en outre le contexte du passage ne permettrait guère au lecteur de Tertullien de saisir l'allusion. F. C.

5 5 . C H A P O T (Frédéric), L'hérésie d'Hermogène. Fragments et commentaires — Recherches Augustiniennes, 30, 1997, p. 3-111. La thèse que F. C. a soutenue en novembre 1994 à l'Université de Paris-IV, «La création du monde et la matière. Hermogène et les controverses aux IIe et IIIe siècles», comportait, outre l'édition de VAduersus Hermogenem, qui va paraître dans la collection Sources Chrétiennes, une importante première partie sur «L'hérésie d'Hermogène». C'est elle qui, retravaillée et restructurée, fournit la matière du présent mémoire. Après une introduction sur la personnalité, mal connue, d'Hermogène, et un résumé fort clair de sa doctrine, F. C. regroupe 71 textes qu'on peut attribuer à l'hérétique ou mettre en relation avec lui (59 de Tertullien, 4 d'Hippolyte, 1 de Clément d'Alexandrie, 1 d'Origène, les autres d'auteurs postérieurs). Les textes sont donnés dans leur langue originale, mais sans apparat, et sont suivis d'une traduction française, le plus souvent due à F. C. lui-même. Ils sont regroupés sous quatre thèmes (1. La création du monde et l'essence de la matière. 2. Le mal. 3. L'âme humaine. 4. La christologie), qui vont aussi structurer le commentaire philosophique, extrêmement fouillé, qui constitue l'essentiel de ce mémoire (p. 33-92). En conclusion, replaçant Hermogène dans la pensée de son temps, F. C. le définit comme un chrétien platonicien, qui s'oppose à la doctrine de la création ex nihilo avec les arguments du moyen-platonisme, mais aussi un chrétien sensible aux aspirations du gnosticisme, «l'homme d'une époque de transition et de spéculation». P. P.

5 6 . PÉPIN (Jean), A propos du platonicien Hermogène. Deux notes de lecture de VAdversus Hermogenem de Tertullien — Studies in Plato and the Platonic Tradition. Essays presented to John Whittaker, Aldershot : Ashgate, 1997, p. 191-200. J. Pépin nous offre une de ces études fines et minutieuses dont il est coutumier et qui allient avec bonheur, à propos d'un fait de langue, l'analyse philologique et la science philosophique. Deux expressions de T. sont étudiées successivement : materia coaequalis deo (8, 3 ; 9, 1) et terra rudis (23-29 passim). Pour la première, la question se pose en ces termes : l'adjectif coaequalis désigne-t-il seulement, selon le point de vue d'Hermogène, la commune perpétuité de Dieu et de la matière, ou, d'après l'amplification critique de T., l'égalité de substance ? La première occurrence (8, 3) est assez claire : T. décrit les vues de son adversaire et donne à coaequalis le sens de «contemporain, du même âge». En revanche, dans le chapitre suivant, l'interprétation est plus délicate. J. P. montre que l'adjectif garde le même sens, à condition de rapprocher ce passage du débat du chapitre 3 : T. y expliquait que si Dieu n'est devenu Seigneur qu'avec la création, il se devait de toute façon d'être antérieur aux choses dont il était destiné à être le Seigneur (3, 4). Cet axiome acquis, on saisit la dimension critique de la

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remarque de T. en 9, 1, sans modifier le sens de coaequalis : la phrase «Dieu n'a pas pu être Seigneur d'une substance du même âge que lui» vise à disqualifier la matière comme objet justificatif de la Seigneurie de Dieu et de ce fait à ébranler la position d'Hermogène. La deuxième expression concerne la traduction de Gen 1, 2a dans laquelle le texte de T. substitue rudis au traditionnel incomposita utilisé dans ses autres ouvrages. Il est alors possible que ce soit là la version utilisée par Hermogène. En effet, l'adjectif rudis était couramment appliqué à une terre délaissée en jachère et encore inculte, et pouvait constituer une traduction valable au mot αργός qu'emploie Symmaque dans sa Bible grecque.Si l'on se rappelle qu'Apulée, Plat. I, 5, 191, fait un emploi philosophique du même adjectif rudis pour qualifier la matière préexistante, on comprend qu'Hermogène ait retenu une traduction propice aux rapprochements qu'il souhaitait établir. F. C.

LITURGIE
57. KlRKLAND (Α.), Liturgical time in Tertullian —Acta Patristica et Byzantina, 6, 1995, p. 69-85. La question du temps liturgique chez Tertullien a déjà fait l'objet de nombreuses études, qui se sont efforcées de clarifier des allusions et une terminologie parfois peu claires pour nous. A. K. considère qu'un article de Dom P. Salmon (paru en 1963 dans les Mélanges offerts à Christine Mohrmann) règle le problème de la prière des heures, et il consacre donc son article aux célébrations hebdomadaires (stationes du mercredi et du vendredi ; jeûne du vendredi [?] ; fête du dimanche) et annuelles (jeûne de la pascha et exultation des cinquante jours de la pentecoste). Le sujet avait été longuement traité par Dom E. Dekkers, Tertullianus en de geschiedenis der liturgie, Brüssel-Amsterdam, 1947, p. 126-156 (que l'A. ne semble pas connaître).— Il est difficile d'admettre en lei 14, 2 («cur stationibus quartam et sextam sabbati dicamus et ieiuniis parasceuen ?») la synonymie entre sexta sabbati et parasceue, qui ferait du vendredi un jour à la fois de statio et déjeune (on notera que le TLL, t. X, 1, p. 314, 71 et 315, 22, rapporte cette occurrence de parasceue à la semaine pascale). La ponctuation proposée p. 72 pour lei 13, 1, «ecce enim conuenio uos et praeter, pascha ieiunantes etc.») ne convainc pas. P. P.

SURVIE
58. ADKIN (Neil), Tertullian and Jerome again — Symbolae Osloenses, 72, 1997, p. 155163. De ce long article consacré à deux brèves remarques, on retiendra surtout que N. A. reconnaît implicitement avoir omis de signaler, dans son étude «Tertullian's De idololatria and Jerome» (CTC 93, 49), un parallèle incontestable. Ses remarques sur l'emploi de ruere et de rhetoricari (p. 156, n. 4) sont intéressantes, et méritent l'examen. L'idée qu'on préfère parfois ne pas étaler tout ce qu'on sait (ou suppose savoir) ne semble pas effleurer l'A. (cf. p. 155, n. 3). Nous avions relevé une autre réminiscence, portant justement sur la phrase qu'il commente : Idol 6, 3 : negas te quod facis colere (sc. HIER., In 1er. 1, 31 (CSEL, 59, 29, 15) : idolum) idololatriae polluta es sordibus, et impudenter negas te coluisse idolum Bahalim et lui laissons le soin de la commenter, développer ou réfuter, mais de grâce brièvement. P. P.

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5 9 . A D K I N (Neil), Some Alleged Echoes of Cyprian in Jerome— 1997, p. 151-170. Wiener Studien,

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110,

Dans Présence de Cyprien dans les œuvres de Jérôme sur la virginité — Jérôme entre l'Occident et l'Orient. Actes du Colloque de Chantilly (septembre 1986), Paris, 1988 (voir CTC 88, 56), nous avions relevé un certain nombre de passages de Jérôme dans lesquels la présence de Cyprien nous semblait possible. N. A. s'efforce ici de montrer, sur vingt pages, qu'aucun de ces rapprochements n'est valable. Ce faisant, il donne une excellente leçon de prudence à tous ceux qui se consacrent à la recherche des influences. Mais on aimerait que, dans ses propres travaux sur Jérôme, il tire lui-même un meilleur parti de cette leçon. S. D. 6 0 . L A B H A R D T (André), Dialectique et Christiana simplicitas. Tertullien et saint Augustin — Nomen latinum ... André Schneider (voir n° 21), p. 161-170. Selon A. L., l'opposition entre «dialectique» et «simplicité chrétienne» chère à Tertullien sera levée par Augustin, qui distinguera l'usage légitime et l'abus de la dialectique. Mais n'étaitce pas déjà, ne fût-ce qu'implicitement, le cas de Tertullien ? L'auteur doit présenter prochainement une étude plus fouillée sur le sujet, qui lui donnera sans doute l'occasion de proposer une analyse plus précise et plus nuancée. J.-C. F. 6 1 . ADKIN (Neil), The Use of Scripture in the Pseudo-Cyprianic Giornale italiano di filologia, 47, 1995, p. 219-248. «De duplici martyrio» —

Le De duplici martyrio fut édité pour la première fois par Érasme, en 1530, avec les Opera omnia de Cyprien. Plusieurs anachronismes le firent considérer, dès 1544, comme pseudépigraphe et sans doute érasmien, mais c'est seulement en 1895 que Friedrich Lezius prouva avec rigueur qu'il s'agissait bien d'un texte fabriqué par l'humaniste de Rotterdam. Face aux réticences des spécialistes d'Érasme, Silvana Seidel Menchi revint à la charge en 1978 et confirma la démonstration de Lezius (Un'opera misconosciuta di Erasmo ? Il trattato pseudociprianico 'De duplici martyrio', dans Rivista storica italiana, 90, 1978, p. 709-743). Le combat est maintenant gagné : l'attribution à Érasme est fournie par les répertoires patristiques (cf. CPL, 67° ; CPPMII 3232), et l'ouvrage figure désormais au programme des Opera omnia Desidera Erasmi Rote rodami et des Collected Works of Erasmus (éditées respectivement à Amsterdam et Toronto). Ν. Α., pour qui le De duplici martyrio est «to a considerable degree no more than a cento of scriptural allusion and citation», enfonce à nouveau le clou, à partir d'une étude systématique du matériel biblique. Son travail comporte deux aspects : la rectification des références proposées par ses prédécesseurs (renvois à des passages vétéro-testamentaires connus en fait à travers le Nouveau Testament, confusions entre synoptiques, identifications discutables ou erronées des allusions, etc.) ; la confrontation, au fur et à mesure, avec les citations bibliques et explications d'Érasme, surtout dans ses Paraphrases in Novum Testamentum.— Le plan adopté ne facilite pas la tâche du lecteur : a. critique des renvois scripturaires de l'édition la plus accessible (Hartel, 1871) ; b. citations et allusions omises par Hartel, mais fournies par Latinius (Rome, 1563), Castrucci (Florence, 1567), Pamelius (Anvers, 1568), Lezius (1895) ; c. nouvelles références proposées par l'auteur. Tout ce matériel ne sera vraiment accessible que lorsqu'il sera disposé dans l'ordre du texte et sous la forme codée d'un apparat scripturaire. Au sujet du rôle d'Érasme, l'étude s'achève sur une note triomphale : «the enquiry has also provided decisive evidence to show that this work is by Erasmus». En critique d'attribution, une preuve forte vaut mieux que cent parallèles discutables : j'avoue ne pas voir aussi nettement que l'A. en quoi la plupart des minuties ici discutées renforcent les arguments contraignants que Lezius et Seidel Menchi avaient déjà tirés des œuvres exégétiques d'Érasme. F. D.

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62. BÜHLER (Pierre), Credo quia absurdum. La réception du «paradoxe de Tertullien» chez Kierkegaard — Nomen latinum. Mélanges ... André Schneider (voir n° 21), p. 453-461. Après avoir rappelé le contexte de la formulation exacte de Tertullien en Carn 5,4 («credibile est quia ineptum est... certum est quia impossibile») et les échos que l'on en décèle chez Luther, P. B. analyse la place que tient le «paradoxe» sous son expression médiévale forcée (credo quia absurdum) dans la pensée de Kierkegaard, lecteur de Tertullien. Pour le philosophe danois, ce paradoxe ressortit à une démarche propre à l'humour (et non à l'ironie), qui met en relation l'homme et Dieu, en faisant apparaître la distance infinie qui les sépare (p. 458). La foi est foi «par la force de l'absurde» ; c'est elle, par exemple, qui fait accéder Abraham, acceptant le sacrifice de son fils, à un rapport absolu à l'absolu. Pour autant, «le renvoi à l'absurde comme moment constitutif de la foi n'implique pas pour cette dernière de basculer dans l'irrationalité» (p. 460).— Peut-être l'analyse de P. B. aurait-elle gagné à montrer la distance (abolie naguère par Jankélévitch) entre le quia absurdum et un quamuis absurdum. J.-C. F.

RÉIMPRESSIONS
63. BAUER (Johannes B.), Studien zu Bibeltext und Väterexegese, hrsg. von Anneliese FELBER, Stuttgart : Katholisches Bibelwerk, 1997, 288 p. (Stuttgarter biblische Aufsatzbände, 23). Dans ce troisième volume d'œuvres mineures de J. B. Bauer (après les Scholia Biblica et Patristica de 1972 et les Opuscula Latina de 1979), on trouvera la réimpression d'un article déjà recensé dans cette revue : «Was las Tertullian 1 Kor 7, 39 ?» (CTC 86, 19) et d'un autre qui aurait mérité de l'être : «Vidisti fratrem, vidisti dominum tuum (Agraphon 144 Resch und 126 Resch)», Zeitschrift für Kirchengeschichte, 100, 1989, p. 71-76 [le rapprochement entre cette citation à'Orat 26, 1 (=Agr. 144) et la littérature monastique grecque avait déjà été fait par M. Starowieyski (CTC 90, 41) ; J. B. se demande si le chaînon manquant ne serait pas le περί φιλοξενίας, perdu, de Méliton de Sardes]. On y fera d'autres découvertes ; l'index permet en effet de retrouver des pages pénétrantes où J. B. a parlé incidemment de Tertullien, par exemple à propos du sens de speculator (p. 261-262) ou d'un parallèle entre le Carthaginois et le Libellus du Pseudo-Hilaire (CPL 470) sur la question du voile des vierges (p. 87-88). P. P. 64. FRANZ (Marie-Louise von), Passio Perpetuae. // destino di una donna tra due immagini di Dio : sogni e visioni di una martire cristiana [prefazione di Ida Regina ZOCCOLI FRANCESINI ; traduzione di José F. PADOVA], Milano : TEA, 1997, H i p . (TEAdue, 577). Réimpression du livre recensé dans CTC 94, 56. 65. POUDERON (Bernard), D'Athènes à Alexandrie. Études sur Athénagore et les origines de la philosophie chrétienne, Louvain-Paris : Éd. Peeters ; Québec : Les Presses de l'Université Laval, 1997, XXII-415 p. P. 197-228 : «Athénagore et Tertullien sur la résurrection» (= REAug, 35, 1989, p. 209230 : CTC 89, 47).

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66. BEIKIRCHER (Hugo), Patristische Kleinigkeiten — Philologia sacra. Biblische und patristische Studien für Hermann J. Frede und Walter Thiele zu ihrem siebzigsten Geburtstag, Freiburg : Herder, 1993, Bd II, p. 613-621 (Aus der Geschichte der lateinischen Bibel, 24/2). La première de ces "bagatelles" concerne Scorp 13, 12 «sicubi ab idololatria diuellit, quid ei magis quam martyria praeuellit». Le sens de praeuellere (arracher par devant) ne cadre pas avec le contexte ; il y a corruption (par écho de diuellit ?). Un verbe comme praestruit donnerait du sens à la phrase ; cf. Bapt 20, 1 : «temptationibus munimenta praestruimus». P. P. 67. JEHASSE (Jean), Religion et politique : le Tertullien de Nicolas Rigault (1628-1648) — Les Pères de l'Église au XVIIe siècle. Actes du colloque de Lyon (2-5 octobre 1991), publiés par Emmanuel BURY et Bernard MEUNIER, Paris : I. R. H. T. ; Éditions du Cerf, 1993, p. 227235. Après avoir présenté Nicolas Rigault (1577-1653), grande figure de la République des Lettres et important personnage du monde politique (il finira sa vie comme intendant de Toul), J. J. explique son intérêt pour un Père de l'Église qui constituait la «plateforme commune d'une conciliation espérée, attendue, entre catholiques et protestants, sous la bannière des Politiques gallicans». Rigault tire de Tertullien une triple leçon : méfiance devant toute forme de dogmatisme ; réalisme en théologie ; unité de l'Église, mais sans primauté au siège de Rome.— Il est dommage que l'A. n'ait pas du tout étudié l'œuvre philologique, si importante, de Rigault (on notera que l'édition de 1628 ne concerne que neuf traités, édités d'après YAgobardinus récemment arrivé à la Bibliothèque du Roi, dont Rigault était alors le garde). À propos de la laideur du Christ, un thème abordé rapidement ici, on verra maintenant l'étude de J. Le Brun {CTC 75-94, C 83). P. P.

NOUVELLES
68. Le 15 décembre 1998 est mort à Steenbrugge Dom Eligius Dekkers, qui a tant mérité des Pères, et en particulier de Tertullien. 69. M. Lester Pearse, qui se présente comme «un amateur intéressé par la tradition du texte de Tertullien», a ouvert un site internet, «The Tertullian Home Page» (adresse : http://www. chieftainsys.demon.co.uk/tertullian), qu'il tient à jour régulièrement. On y trouve pour le moment les pages suivantes : Never heard of him ? — His Life - various versions — His Writings and comments on them — Lists of Manuscripts — Manuscripts [y compris mss perdus] — Editions — Montanists and Tertullianists — Other [Works condemned, Decretum Gelasianum, Theology, Links, Bibliography and articles, Who read Tertullian in antiquity ? etc.] — Wit and Wisdom [A selection of quotations] — Feedback ["Please contribute constructive comments"] Nous souhaitons bonne chance à cette initiative originale.

Revue des Études Augustiniennes, 45 (1999), 391-423

Chronica Tertullianea et Cyprianea 1998
Cette chronique continue et complète la Chronica Tertullianea parue dans la Revue des Études Augustiniennes depuis 1976 (productions de 1975). Elle a changé de nom et de domaine depuis 1986, et embrasse désormais toute la littérature latine chrétienne jusqu'à la mort de Cyprien. La présente livraison, consacrée en principe aux publications datées de 1998, apporte aussi des compléments aux Chroniques antérieures, et cela sous deux formes : 1. publications datées de 1975 à 1994, et qui auraient donc dû figurer dans notre volume récapitulatif Chronica Tertullianea et Cyprianea 1975-1994. Bibliographie critique de la première littérature latine chrétienne (publié par l'Institut d'Études Augustiniennes au début de 1999) : elles sont brièvement recensées, en fin de bulletin, sous une rubrique Addenda nouissima ad CTC 75-94. 2. publications datées de 1995 à 1997 : elles figurent à leur place normale dans le classement méthodique de ce bulletin. Les références se font désormais sous la forme : CTC 92, 3 ; les renvois aux notices bibliographiques qui sont propres au volume récapitulatif se présentent ainsi : CTC 75-94, C (compléments aux chroniques publiées) ou CTC 75-94, S (suppléments pour les années 19751984) : on précise alors SC (Cyprien), SH (textes hagiographiques), SM (Minucius Felix), SN (Novatien). Cette année encore, nous avons bénéficié de l'aide d'amis fidèles. Nous remercions en particulier M. René Braun et M. l'Abbé Joseph Wolinski, qui ont bien voulu recenser des articles qu'ils étaient mieux à même de juger que nous, et MM. Pierre-Paul Corsetti et Pierre Dufraigne, qui nous ont fourni de précieuses indications bibliographiques.
Frédéric CHAPOT — Simone DELÉANI — François DOLBEAU Jean-Claude FREDOUILLE — Pierre PETITMENGIN

BIBLIOGRAPHIE
1. FRENSCHKOWSKI (Marco), Tertullian, Quintus Septimius Florens — Biographischbibliographisches Kirchenlexicon, 11, 1996, c. 695-720. La vie, les idées et les œuvres de Tertullien sont évoquées rapidement (c. 695-700) ; l'essentiel de l'article (c. 700-720) consiste en une imposante bibliographie, consacrée d'abord aux éditions et traductions (dans l'ordre alphabétique des traités, le premier Ad mul. n'étant

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autre que Vx), puis aux études (en ordre chronologique, de 1864 à 1994). Certaines affirmations risquent de surprendre : ainsi l'identité entre le juriste et le Père de l'Église est jugée possible (d'après une suggestion de D. Liebs dans ANRWII, 15, 1976, p. 294, n. 37a, reprise dans HLLA, § 417.2) ; les différentes traditions textuelles remonteraient à un (seul ?) corpus, rassemblé peut-être par Vincent de Lérins. La bibliographie se veut sinon exhaustive, du moins fort complète, et nous avons de fait noté l'une ou l'autre référence qui aurait dû figurer dans la CTC. Elle nous laisse toutefois une impression mitigée. On pardonnera les fautes d'impression, par exemple dans les noms propres (Murnier ; Sauter ; Refoule ; Guignebeert ; R/mbaux ; Siniscalci ; Biraus, etc.), les doublets (Säflund apparaît c. 705 et 709 ; Wölfl, c. 709 et 719) et les indications erronées (P. A. Gramaglia n'a publié que des traductions italiennes, pas d'éditions de texte ; l'édition Diercks d'Orat et Virg est parue «Ultraiecti/Antverpiae», et non à Londres ; la thèse complémentaire d'H. Pétré, L'exemplum chez Tertullien, a été imprimée à Dijon, mais soutenue devant l'Université de Paris, etc.). Ce qui nous gêne davantage, c'est l'absence de choix critique, le manque presque total d'«aides au lecteur», et la nécessité de devoir tout lire (ou relire) pour tomber, peut-être, sur le titre susceptible de vous intéresser. Le «dictionnaire ecclésiastique bio-bibliographique» semblant peu connu des patristiciens, au moins français, il vaut la peine de signaler les compilations du même style, sinon de la même ampleur, consacrées à Cyprien (t. 1, 1975 [?], c. 1178-1183, par le fondateur du dictionnaire, Friedrich Wilhelm Βautz), Minucius Felix (t. 5, 1993, c. 1564-1567, par M. F.), Montanus (t. 6, 1993, c. 77-81, par M. F.) et Novatien {ibid., c. 1047-1049, par Ralf-Thomas Klein). La consultation de ce grand répertoire devient vraiment payante lorsqu'on sort des eaux sûres de L Année philologique et de la Bibliographia Patristica, p. ex. pour s'intéresser aux théologiens modernes qui ont travaillé sur les Pères. P. P. 2. CHAPOT (Frédéric), En parcourantL·Chronica Tertullianea... — Connaissance des Pères de l'Église, 71, septembre 1998, p. 2-6. Ce numéro de CPE, consacré à Tertullien, s'ouvre sur un bilan clair et précis des études qui lui sont consacrées et de leur orientation, tel que permet de l'établir la Chronica Tertullianea, née en 1975, et devenue la Chronica Tertullianea et Cyprianea dix ans plus tard. Quelques grandes tendances sont dégagées : image moins simplificatrice, plus nuancée, de l'auteur et de son œuvre ; plus juste appréciation de sa culture et de ses schemes de pensée ; révision de sa prétendue misogynie ; connaissance beaucoup plus précise de sa langue et de son vocabulaire ; intérêt accru porté à ses traductions de la Bible. Il conviendrait aussi de souligner l'essor des éditions, traductions et commentaires de ses traités. Ce bilan serait à comparer avec la production des décennies antérieures (cf. par ex. CTC 93, 53). J.-C. F. 3. CHAPOT (Frédéric), Les grandes orientations des travaux sur /Octavius de Minucius Felix. Remarques sur trente ans de bibliographie — Vita Latina, 150, juin 1998, p. 18-28. Depuis l'édition de J. Beaujeu (CUF, 19641), l'Octavius a fait l'objet d'une centaine d'études. Sans toutefois viser à l'exhaustivité, F. C. en analyse les principaux apports sous trois rubriques : le texte, la datation, la culture antique. Il souligne l'intérêt porté par la critique en particulier à ce dernier aspect, pour tenter de comprendre la complexité d'un ouvrage «témoin du conflit intérieur que connaissaient les nouveaux convertis». J.-C. F. 4. KADEL (Andrew), Matrology. A Bibliography of Writings by Christian Women from the first to the fifteenth Centuries, New York, 1995, 191 p. ; index. Ce guide, conçu pour des étudiants américains, cherche à faciliter l'accès aux ouvrages qui, depuis les origines du christianisme jusqu'à la fin du xve s., ont eu ou pu avoir des femmes

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pour auteur. L'accent est mis sur les traductions en anglais et sur les éditions des textes originaux ; les références aux versions en d'autres langues et à la littérature secondaire sont plus clairsemées. La notice consacrée à PPerp (p. 39-42) comporte 25 titres, dont aucun n'est en français. Elle omet la meilleure édition commentée de la Passion (par A. A. R. Bastiaensen en 1987 : cf. CTC 87, 3), mais révèle aux lecteurs européens à quel point les anthologies de textes féminins (recensées p. 28-29) se sont multipliées ou tre-Atlantique. F. D.

ÉDITIONS
5. TERTULLIEN, Apologétique, édit, et trad. Jean-Pierre WALTZING, notes et préf. PierreEmmanuel DAUZAT, Paris : Les Belles Lettres, 1998, XXXII-234 p. (Classiques en poche, 34). Suivant un modèle qui a fait ses preuves en Italie, la Société d'édition Les Belles Lettres a commencé de publier en 1996 une collection bilingue de classiques en "paperback" (textes grecs ou latins, avec traductions françaises), qui compte déjà une quarantaine de titres. Les textes sont empruntés à la Collection des Universités de France, et reproduits tels quels, sans apparat. Les traductions, toujours recomposées, font parfois l'objet d'une révision. Introduction et notes sont propres à la nouvelle édition. Les prix très raisonnables devraient faire échec à la tentation du "photocopillage".— On se réjouira que les étudiants puissent disposer aisément du texte établi par Waltzing en 1929, «le plus adéquat» selon un juge aussi exigeant que H. Tränkle (HLLA, t. 4, p. 449), même si on n'a pas profité de l'occasion pour corriger ses fautes d'impression et si la qualité de la reproduction laisse à désirer. La traduction, d'un français assez classique, contraste avec une introduction fort brillante et parfois un peu familière (p. XIX : «des badauds ... reluquèrent les martyrs»), qui dévoile aux néophytes l'œuvre de Tertullien, les richesses de sa personnalité et les ressorts de ce «Génie du christianisme avant l'heure» qu'est l'Apologétique. L'A. a lu attentivement les principales monographies consacrées au Carthaginois. Les jugements sur Tertullien empruntés à des auteurs aussi divers que Vincent de Lérins, Montaigne et Huysmans devraient enchanter les élèves de rhétorique supérieure, qui apprécieront aussi une annotation factuelle, dont l'essentiel provient du commentaire du même Waltzing (cf. CTC 85, 59). De petites erreurs - p. ex., p. XVII, Paul de Concordia devient le sténographe de Cyprien ; p. 228, n. 315 : Sénèque est semper noster (et non saepé) - laissent supposer que ces pages écrites con amore ont dû l'être aussi avec une certaine rapidité. P. P. 6. ZEHNACKER (Hubert), FREDOUILLE (Jean-Claude), Anthologie de la littérature latine, Paris : Presses Universitaires de France, 1998, XII-483 p. (Collection Premier Cycle). Complément naturel de la Littérature latine publiée par les même auteurs (CTC 75-94, C i l ; cf. infra n° 87), cette anthologie présente, en suivant l'ordre du précédent ouvrage, un choix de textes soit fort célèbres (on ne s'étonnera pas que certains aient déjà figuré dans le manuel de Jean Bayet), soit à découvrir. Les textes sont donnés d'après des éditions de référence, mais sans apparat critique, et traduits par les rédacteurs, en notre cas J.-Cl. Fredouille. Il arrive aussi qu'on se soit limité à l'original, ou à la traduction, ce qui donne à l'ensemble plus de souplesse. Les étudiants pourront découvrir grâce à cette anthologie suggestive et qui comble une lacune de l'édition française : AScil (en entier) ; PPerp 10 ; TERT, Apol 2, 1-9 ; 17 ; Test 1,5-7; Herrn 1, 2-3 ; Marc I, 1,4-6 ; Prax 1, 4-5 ; Cuit II, 13, 7 ; Pat 15, 4-6 ; Spect 30 ; Scap 2, 1-3 ; MIN, Oct 1-4 ; CYPR, Don 6-7 ; Mort 8-10 ; Dem 1-2 ; Epist 81 (en entier) ; NOV, Trin 1, 1-5. Les traductions se lisent bien. L'annotation est précise (p. 346, n. 1, on corrigera Libifmensis), mais réduite à un minimum. En Spect 30, les italiques signalant les lettres non lisibles dans YAgobardinus risquent de surprendre. P. P.

394 TRADUCTIONS

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7. TERTULLIANO, Polemica con i giudei. Introduzione, traduzione e note a cura di Immacolata AULISA, Roma : Città Nuova, 1998, 170 p. (Collana di testi patristici, 140). Publié dans une collection dirigée par A. Quacquarelli et destinée à un large public, ce petit volume a le mérite de ne pas céder à la facilité et propose une présentation sérieuse et exigeante de lud. Une longue introduction (60 p.) évoque successivement les relations entre les juifs et les chrétiens au début de l'ère chrétienne, les traditions païenne et chrétienne de la littérature antijuive et la finalité de ces ouvrages, avant de présenter le traité de Tertullien (contenu, authenticité, datation, situation historique, exégèse). L'A. sollicite une bibliographie relativement abondante et récente, et n'hésite pas à énumérer les différentes positions des historiens sur certains points largement débattus : si de telles revues sont en elles-mêmes louables, elles peuvent ici parfois égarer un lecteur peu familiarisé avec cette littérature. Deux index, des noms et des choses remarquables, et des passages bibliques, rares dans ce type de publication, complètent heureusement l'ouvrage. La traduction, réalisée à partir de l'édition de H. Tränkle, est en revanche décevante, par manque d'exactitude : on regrettera en particulier qu'elle néglige trop facilement de rendre la richesse de la langue de T., au risque d'en affadir le style, voire d'en trahir le sens (par ex. 2, 1 : conditor et plasmator sont rendus l'un et l'autre par "creatore" ; dedisse et attribuisse, par "dare" ; 2, 2 praecepit et uoluit, par "voile" ; 2, 3 "si manifestarono" nous semble appauvrir le latin pullulauerunt ; 2, 4 "delitto" traduit mal homicidium). F. C. 8. TERTULLIANO, Alla consorte. L'unicità delle nozze. Traduzioni, introduzioni e note a cura di Lorenzo DATTRINO, Roma : Città Nuova, 1996, 170 p. (Collana di testi patristici, 128). Le public italien disposait déjà d'une traduction récente de Vx (P. A. Gramaglia ; CTC 88, 4) et de trois de Mon (C. Moreschini, dans les Opere scelte di Tertulliano, Torino, 1974 ; Gramaglia, op. cit. ; R. Uglione, CTC 93, 2). Ce nouveau volume est pourvu d'une ampie introduction où les illustri studiosi français ont une place d'honneur (R. Braun, J.-Cl. Fredouille, C. Rambaux, etc.). L'A. s'efforce de retracer l'évolution psychologique, doctrinale et littéraire de Tertullien, notamment en citant de larges passages d'autres œuvres, en premier lieu Cast (Marc III, 24, 4-6 apparaît même deux fois, p. 24 et 35). Il aurait été sans doute utile d'offrir un plan de chaque traité ; en effet les sommaires des chapitres et les intertitres des paragraphes reflètent des divisions modernes, souvent artificielles, voire erronées (comme celle entre VJC I, 5, 1 et 2). La traduction, assez diffuse, nous a semblé parfois altérer le sens (p. ex. Vx I, 3 , efelicem — extiterit : omis ; I, 8, 5 ex abundanti : «con molta larghezza» ; II, 2, 2 non dicit : uxorem ducit infidelem : «non intende suggerire di prendersi una moglie non credente»). La bibliographie et les index permettent au lecteur intéressé de poursuivre l'étude du sujet.— Le problème que posait Mon 6, 4 (cf. p. 40, n. 80) a été résolu par le témoignage du Masburensis ; cf. CTC 90, 18. P. P. 9. RÉAU (Liette), L'Ad martyras de Tertullien — Connaissance des Pères de l'Église, 71, septembre 1998, p. 7-16 ; EAD., Ad martyras. Aux proclamateurs de la foi — Ibidem, p. 1721. Il ne s'agit pas de deux articles distincts, mais d'une introduction (p. 7-16) à la traduction de l' Ad martyras (p. 17-21). Écrite avec une grande ferveur, mais sans référence aucune à des études sur Tertullien et sur le martyre, l'introduction nous a paru parfois un peu imprécise ou manquer de pertinence. La traduction, sans indication de l'édition suivie et dépourvue de toute note et de tout apparat scripturaire, se lit agréablement, avec ici ou là un souci de renouvellement sans doute inégalement heureux : "bien-aimés" (benedica) ; "proclamateurs" ou "proclamateurs

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de la foi" (martyres) ; «Dame Église» (domina ecclesia) ; «Évidemment, je suis bien présomptueux de m'adresser à vous» (Nec tantus ego sum, ut uos alloquar) ; «des moins que rien» (superuacuï) ; «un lieu de garde à vue» (custodiarium) ; «sous les drapeaux du Dieu vivant» (ad militiam Dei uiui) ; «à travers pénibilités» (labore) ; «(les troupes) partent en manœuvres avec leur barda» (in armis deambulando) ; «sans broncher» (aequo animo) ; «un époux adoré» (uirum dilectissimum) ; «un tant soit peu de renommée terrestre» (tantum terrenae gloriae) ; "pacotille" (falso). Sont translittérés, sans autre explication : "xystarche" (xystarches) et "épistate" (epistates). J.-C. F. 10. CIPRIANO DE CARTAGO, Cartas, Introducción, traducción y notas de M.a Luisa García SANCHIDRIÁN, Madrid : Ed. Gredos, 1998, 443 p. (Biblioteca clásica Gredos, 255). Avec ce petit volume, facile à manier, le public de langue espagnole sera heureux de disposer à nouveau de toute la Correspondance de Cyprien : la traduction de J. Campos («Biblioteca de Autores Cristianos», 1964) n'était plus en librairie depuis quelques années. L'introduction présente brièvement le christianisme dans l'Empire des origines à Dioclétien, la biographie de Cyprien et ses sources, l'œuvre, les manuscrits et les éditions. L'information semble souvent de seconde main, et le propos est apologétique. Certaines affirmations surprennent : peut-on continuer à voir, aujourd'hui, dans l' édit de Dèce, le début d'une bataille ouverte et générale contre le christianisme (p. 12-14), ou parler d'une condamnation à la mort par la faim pour les confesseurs en prison (p. 22) ? Les évêques d'Afrique ne sont pas des subordonnés que Cyprien consulte avec une douce humilité (p. 19). L'auteur n'a sans doute pu consulter les études publiées depuis 1980 : aucune n'est citée dans la bibliographie. Son texte de référence est celui de l'édition Bayard, alors que le premier volume de l'édition Diercks est paru en 1994, le second en 1996 (CCL 3B et 3C ; voir CTC 94, 2 et 96, 1). À lui seul, le commentaire de Clarke (voir CTC 75-94, SC 10 ; 86, 4 ; 89, 3) lui aurait permis, si elle en avait eu connaissance, de prendre en compte les acquis récents de la recherche. Un petit résumé précède chaque lettre. Les notes élucident quelques termes désignant des réalités chrétiennes et donnent la référence des citations scripturaires, parfois des réminiscences. Autant que nous puissions en juger, la traduction nous a paru claire, serrant le texte latin de plus près que celle de Bayard, s'efforçant d'épouser le rythme de la phrase. Mais il faut bien convenir que la lecture des lettres de Cyprien demeure atemporelle, lorsqu'elles ne sont pas interprétées et minutieusement replacées dans leur contexte historique et religieux. S. D. 1 1 . CYPRIEN, AUGUSTIN, CÉSAIRE D'ARLES, Partage avec le pauvre, Introduction, traduction, annotations, guide thématique d'A.-G. HAMMAN, Paris : Migne, 1998, 178 p. (Les Pères dans la foi, 72). Dans cet ouvrage destiné à «réveiller la conscience des chrétiens», sont heureusement réunis, en traduction française, le traité de Cyprien De opere et eleemosynis (pourquoi porte-t-il ici, et jusque dans les références bibliographiques, le titre De opere et eleemosyna ?), les deux premiers chapitres de son Ad Quirinum III, des sermons d'Augustin et un sermon de Césaire d'Arles sur la pauvreté et le partage. L'originalité du traité apparaît bien à l'intérieur de cet ensemble. Elle est soulignée ajuste titre dans les quelques pages d'introduction : l'exhortation à la générosité se fonde sur une théologie de l'aumône, et non sur la pitié ou sur des considérations morales et sociologiques. En prenant pour exemple le premier chapitre, A.-G. H. montre bien un autre aspect intéressant de l'œuvre : l'imprégnation biblique de son écriture. La traduction déçoit. Elle hache en phrases courtes les longues phrases rythmées de l'évêque et préfère la parataxe à la subordination, sans doute pour faciliter la tâche du lecteur, mais au prix d'une trahison constante. Des mots et des membres de phrase sont partout omis (p. ex., au ch. 9 : patrimonio tuo larga operazione finito n'est pas traduit ; au eh. 10 : pro te disparaît, et

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du même coup le jeu avec pro patrimonio). D'autres sont rendus avec inexactitude : p. ex., au ch. 1, «renouvellement» ne convient pas pour exprimer la «libération», le «rachat» de l'homme qui redemptus est ; au ch. 2, le contexte et d'autres emplois du mot chez Cyprien indiquent clairement que, dans (delicta priora) Christi sanguine et sanctificatione purgantur, sanctificatio désigne la «sanctification du baptême», ce que ne permet pas de comprendre la traduction par «les péchés antérieurs, lavés et sanctifiés par le sang du Christ» (voir aussi ch. 25) ; au ch. 3, la citation de Luc 11,40, est déformée ; au ch. 9, intrepidus est rendu par «intrépide». Traduire Nec haberet quid fragilitatis humanae inflrmitas... faceret... nisi pietas diuina... aperìret (ch. 1 ) par «il n'était plus question d'invoquer la fragilité humaine..., mais la miséricorde de Dieu ouvrait...» contrevient doublement au sens en ne respectant ni le système conditionnel ni le sens de habere quid («la faiblesse humaine n'aurait su quoi faire si la bonté de Dieu n'avait ouvert...»). Les citations scripturaires de Quir III, 1 et 3 ne sont guère mieux traitées. Malgré la difficulté d'interprétation a'Is 58, 3, on ne peut traduire in diebus ieiunii inueniuntur uoluntates uestrae par «les jours déjeune vos volontés s'affirment» (on comprend plutôt : «aux jours de jeûne on découvre vos intentions [mauvaises]», car le prophète dénonce ensuite les exactions et les rixes de ces jours-là), ni faire comme si, dans Vt quid mihi ieiunatis, mihi pouvait être l'équivalent de non. Deux observations encore : 1) Contrairement à ce qui est affirmé p. 54, le titre Testimoniorum libri ne figure pas dans les manuscrits anciens de Quir. - 2) P. 170, la référence S. Déléani (lire «Deléani») et F. Dolbeau, «Cyprianea» — Revue des Études Augustiniennes, 32, 1986, p. 255-283, est fantaisiste ; en fait, ces pages sont occupées par le bulletin, pour 1985, de la Chronica Tertullianea et Cyprianea, à laquelle on aurait pu renvoyer le lecteur. S.D. 12. Premiers martyrs d'Afrique. Extraits. Traduction d'une moniale de Wisques, révisée par le P. Dominique HERMANT, Dourgne : SODEC ; [Vanves :] A.I.M, 1995, 71 p. (Témoins du Christ, 39). Traduction dans l'esprit de la collection (cf. CTC 87, 5 ; 93, 4 ; 97, 6), c'est-à-dire destinée à la lecture à haute voix dans les monastères, de AScil, PPerp, Tertullien, Mart, Cyprien, Epist 58 et 76, ACypr, PMar. Il s'agit par moments plus d'une adaptation que d'une traduction. Ainsi, en AScil les verbes au passé simple sont rendus par des présents, et les détails trop enracinés dans la vie antique sont purement et simplement éliminés (§ 1, Praesente bis et Condiano consulibus : «Les deux consuls sont alors Praesens et Condianus» ; 16, de tabella recitauit : «lut son jugement», etc.) ; cela dit, le mouvement et les tournures sont parfois très bien restitués.— L'ouvrage a paru en traduction anglaise sous le titre Seeds of Life. Early Christian Martyrs. First African Martyrs. The Martyrs of Lyons and Vienne, Leominster : Gracewing Fowler Wright Books, 1998, 113 p. (traductions de Sr M. Dominique et M. J. Fairgreave Kerane, revues sur les textes originaux par Dom Timothy Hockey). La partie lyonnaise (Eusèbe de Cesaree, Hist. eccl. 5, 1-3) avait aussi été publiée dans la collection Témoins du Christ (n° 36, 1994). P. P. 1 3 . The Martyrdom of Perpetua, with an introduction and commentary by Sara MAITLAND, Evesham : Arthur James, 1996, 64 p. ; sans index (Visionary Women). Traduction anglaise, empruntée à W. H. Shewring (1931), de PPerp et des sermons d'Augustin 280-282 et 394, prêches pour la fête de Perpétue. L'introduction et le commentaire sont l'œuvre d'une militante féministe chrétienne, qui confesse être obsédée par PPerp. Les sermons sont destinés à illustrer, en ce qui concerne l'attention prêtée aux femmes et à leur ministère, la différence entre la communauté persécutée de 203 et l'Église établie des ive-ve siècles. La conclusion est optimiste : «Christianity can accommodate and incorporate the

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dissident voices of women ; it can come to terms with women's sexual activity and theological and ministerial competence» (p. 47).— Deux jeunes mères mentionnées dans le Canon Romain, Perpétue et Félicité, sont ici invoquées comme «Matron Saints of Christian Feminism» : témoignage du renouvellement permanent de la lecture des chefs-d'œuvre. L'A., de façon intime et sympathique, est touchée par Perpétue ; son traitement d'Augustin (malgré quelques nuances introduites p. 45-46) est plus brutal : «Augustine ... read the Passion so differently from how I would choose to do so that I am forced to question my sanity or his capacity to hear another human being, particularly a female one... In the fourth sermon, he makes a number of factual errors that suggest he was not fully aware when Perpetua was recounting dreams rather than realities» (p. 37 et 45). Augustin n'était sûrement pas féministe, au sens actuel du terme, et pouvait donc difficilement faire de PPerp la même lecture que S. M. Rassurons toutefois l'A. sur la capacité qu'avait Augustin de pénétrer la pensée d'autrui : le sermon 394, qui est ici le plus critiqué, est unanimement rejeté comme pseudépigraphe (voir en dernier lieu E. Zocca, Sulla non-autenticità del Senn. 394 attribuito ad Agostino, dans Studi e materiali di storia delle religioni, 49, 1983, p. 361-367) ; quant aux sermons 280-282, ils sont à considérer au mieux comme un exercice rhétorique imposé par le retour d'un anniversaire (Augustin a sans doute prêché plus de vingt fois sur ce thème : cf. Analecta Bollandiana, 113, 1995, p. 89-106, spec, p. 98), et leur brièveté me porterait à douter de l'intégrité des recensions qui nous sont parvenues : il y a de meilleurs observatoires pour juger de l'herméneutique d'Augustin. F. D.

PRÉSENTATIONS

D'ENSEMBLE

14. Dictionnaire critique de théologie, publié sous la direction de Jean-Yves LACOSTE, Paris : Presses Universitaires de France, 1998, XXXII-1298 p. Plusieurs notices de ce dictionnaire intéressent notre chronique : les articles sur Tertullien (René Braun, 1124-1126) et Cyprien de Carthage (Jean-Marie Salamito, 298-299) peuvent être complétés par les notices sur les Apologistes (Nicole Zeegers-Vander Vorst, 74-76), le docétisme, la gnose, le marcionisme (R. Braun, 339, 695-696), le millénarisme (Dominique Cerbelaud), le modalisme, le subordinatianisme (Henri Crouzel), le montanisme et le novatianisme (Françoise Vinel, 815). La Vêtus Latina est évoquée brièvement à propos des traductions anciennes de la Bible (Stephen Pisano). Le texte est chaque fois enrichi d'une brève bibliographie, récapitulant les sources et la littérature secondaire. À propos du novatianisme, on peut se demander si la mention du De trinitate dans la bibliographie n'est pas de nature à induire en erreur, dans la mesure où ce traité ne présente aucune trace du schisme et fut sans doute écrit avant lui (années 240). F. C. 15· Lexikon der christlichen antiken Literatur, hrsg. von Siegmar DÖPP und Wilhelm GEERLINGS, unter Mitarbeit von Peter BRUNS, Georg RÖWEKAMP und Matthias SKEB, FreiburgBasel-Wien : Herder, 1998 (éd. corrigée, 1999). Les articles Cyprian von Karthago (A. Hoffmann, p. 142-147), Minucius Felix (B. Windau, p. 441-442), Novatian (C. Schmidt, p. 455-456), Pontius, Diakon (Β. Breilmann, p. 513), Tertullian (E. Schulz-Flügel, p. 582-587) présentent les auteurs selon un plan convenu : 1) la vie ; 2) l'œuvre ; 3) quelques aspects essentiels ; 4) la bibliographie. L'utilisateur y trouvera les éléments biographiques connus, accompagnés de la référence des testimonia, ainsi qu'une analyse rapide des œuvres authentiques et de brèves indications sur les œuvres perdues et douteuses. Les œuvres analysées sont classées chronologiquement, malgré la difficulté d'un tel classement. Pour Cyprien, l'ordre suivi est reconstitué à partir de la «liste de Pontius» (VCyprl); pour Tertullien, l'ordre chronologique est intelligemment associé à un ordre thématique, mais il est dommage que les contraintes editoriales privent de justification quelques-

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unes des dates avancées (197-201 pour Cult, alors que M. Turcan, SC 173, p. 30, propose 202 et que R. Braun, Deus christianorum, 19772, p. 570, fait état de datations s'échelonnant entre 197 et 212 ; 208 pour De corona, daté ordinairement de 211). La troisième partie est trop brève pour être vraiment significative et ne prend guère en compte la dimension littéraire des écrits. Les bibliographies nous ont paru inégales. Celles de Cyprien et de Tertullien sont abondantes et à jour, même si elles omettent une ou deux publications importantes (dans la bibliographie de Cyprien pourraient figurer d'autres travaux en langue française ; dans celle de Tertullien, l'édition italienne de Hoppe - voir CTC 85, 9 - et, sous sa rubrique «Bibliographie», la CTC). Mais celle de Novatien ignore l'édition Diercks (CCL 4, 1972) et les études récentes sur l'auteur. Les textes hagiographiques qui relèvent de la CTC font l'objet des notices 6, 8, 12, 13, 14 de l'article Märtyrerakten (H. R. Seliger, p. 411-419), à l'exception des APerp. Utile et commode, ce dictionnaire vient d'être réédité (1999) sans autre modification, en ce qui concerne les articles cités, que des corrections typographiques ; une troisième édition, revue et corrigée, est en préparation. On aimerait que puissent être indiquées, dans les bibliographies, les dates de toutes les éditions. Il faut, p. 144, col. 1, faire passer à la ligne le «4.» ; p. 441, mettre en italique, dans la bibliographie, «M. von Albrecht» ; p. 582, col. 2, 1. 7, écrire «spricht», et non «spicht» ; p. 586, 2e col., 1. 20, ajouter «211-226» après «1987». S. D. 16. CLARKE (Graeme W.), Two Mid-Third Century Bishops : Cyprian of Carnage and Dionysius of Alexandria. Congruences and Divergences — Ancient History in a Modern University, Vol. 2, Early Christianity, Late Antiquity and Beyond, Macquarie University : Ancient History Documentary Research Centre ; Grand Rapids : W. B. Eerdmans, 1998, p. 317-328. Portrait brillant et contrasté de deux grands évêques qui, récemment élus, ont choisi de se retirer lorsque fut promulgué l' édit de Dèce, pour échapper au danger auquel les exposait leur notoriété même. Tous deux ont justifié leur conduite, mais Cyprien dans un exposé, minutieux et digne, de ses actions durant l'exil (Epist 20), Denys dans un récit vivant et habile (Eusèbe, HistEccl, 6, 40). L'un se comporte comme un patronus, maintenant sa communauté, contre les opposants, dans le respect rigoureux des règles religieuses et morales et s'imposant par son éloquence, nourrie de la lectio diuina. L'autre est un intellectuel alexandrin, ouvert aux débats philosophiques et théologiques, discutant avec les hérétiques et retenant ce qu'il peut y avoir de valable dans leur pensée plutôt que de les excommunier. L'un traite les affaires religieuses à la manière romaine, en réunissant régulièrement des conciles qui légifèrent. Dans un contexte social, politique et religieux différent, l'autre décide seul, mais il correspond activement avec les évêques d'autres provinces. L'un va au martyre, en froid avec Rome, dans une Église d'Afrique repliée sur sa pureté, qui annonce l'Église donatiste. L'autre meurt en plein débat sur les questions trinitaires qui vont être la préoccupation particulière de l'Église d'Orient. Le propos de G. C. - un tantinet injuste pour Cyprien, dont il passe sous silence le souci constant de l'unité et de la "catholicité" - est illustré par des textes bien choisis. S. D. 1 7 . HECK (Eberhard), Minucius Felix — Lexikon für Theologie und Kirche. 3. Auflage, Band 7, Freiburg : Herder, 1998, col. 275-276. 18. VOGT (Hermann Josef), Novatian, Novatianismus — Ibidem, c. 938-939. Présentations brèves, mais denses, dues à d'éminents spécialistes. Elles ne prétendent naturellement pas remplacer les notices du HLLA {CTC 97, 11), où d'ailleurs E. H. avait déjà eu en charge Minucius Felix. H. J. Vogt signale un complément à la liste des témoins du novatianisme qu'il avait donnée dans Coetus Sanctorum. Novatian und die Geschichte seiner Sonderkirche, Bonn, 1968, p. 267-290 : Consultationes Zacchei et Apollonii, 17-18 (SC 402, 1994, p. 128-147). P. P.

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1 9 . TORRANCE (Iain), They Speak to Us across the Centuries. 2. Cyprian — The Expository Times, 108, 12, September 1997, p. 356-359. 2 0 . OSBORN (Eric), They Speak to Us across the Centuries, 8. Tertullian — The Expository Times, 109, 12, September 1998, p. 357-360. Depuis 1997, sous la rubrique They Speak to Us across the Centuries, le périodique The Expository Times publie une série d'articles présentant chacun un auteur chrétien ancien. Des spécialistes s'efforcent de mettre en valeur, dans la pensée de l'auteur ancien, ce qui peut intéresser l'homme d'aujourd'hui. E. O. reprend, en dix points, les idées maîtresses de ses diverses études sur Tertullien (voir notamment CTC 95, 42 ; 97, 12, 13, 42) : «Athens and Jerusalem» ; «Vision and change» ; «Credible because inept» ; «Strife of oppositions» ; «Creation and providence» ; «Trinity» ; «Prayer and conflict» ; «Sin and a sordid church» ; «Beginning and end» ; «Vision, reason and morals». Même si l'antagonisme, ou la conciliation, d'Athènes et de Jérusalem n'a plus de sens pour l'homme d'aujourd'hui, ce dernier a toujours un choix de vie à faire. S'il ne peut plus guère admettre ce que dit T. de la Création et de la Providence, il sera sensible à son évocation des relations trinitaires, à sa façon de concilier prière et action, à son sens aigu de la contingence, du conflit des contraires et, plus particulièrement, de la présence du mal et du bien en tout être et en toute action, individuelle ou collective, à l'importance qu'il attache à la personne humaine dans sa totalité. La théologie de T. soutient la comparaison avec d'autres théologies plus modernes : elle fait appel à la raison ; elle s'ordonne autour de la Croix, mystère du salut, depuis la création jusqu'à la restauration finale. Dans l'ecclésiologie de Cyprien, I. T. dégage deux conceptions différentes et mal corrélées : l'une s'exprime dans l'image close de l'arche, l'autre fait de Yunanimitas le fondement de l'unité. On retrouve la première dans l'ecclésiologie donatiste et, aujourd'hui encore, chez des penseurs pour qui les chrétiens sont, ici bas, des «résidents étrangers» et trouvent leur identité dans leur appartenance à une Église séparée du monde (Stanley Hauerwas, Resident Aliens, Abingdon Press, 1989). La seconde est une invitation permanente à réfléchir sur la nature de cette appartenance. C'est Augustin qu'il convient plutôt de suivre, car il a su corriger ce qu'il y avait de défectueux dans le modèle de l'arche : en définissant la sainteté de l'Église par celle de Jésus-Christ, et non par celle de ses membres, il a ouvert l'Église sur la transcendance ; sans porter atteinte au «jardin clos», il en a «déplacé la clôture du périmètre au centre». Signalons en passant qu'il est question des sacrificati, et non des thurificati, en Laps 15. S. D. 2 1 . OSBORN (Eric), The Subtlety of Tertullian — Vigiliae Christianae, 52, 1998, p. 361-370. Selon E. O., Tertullien ne passerait pas pour un esprit subtil. Il semblait qu'on lui reprochait au contraire un excès de subtilité. Mais peu importe : E. O. veut réhabiliter sur ce point notre auteur. Après avoit rappelé sa dette à l'égard du stoïcisme et le fondement rationnel de ses paradoxes, il choisit une douzaine d'exemples empruntés à des sujets aussi divers que «Tertullien et les Juifs», «Défense de la Bible», «Recours à la satire», «Résurrection de la chair», «Athènes et Jérusalem», «Credo quia ineptum», «Adultère et excommunication», etc., en s'efforçant, chaque fois, en quelques lignes, de faire comprendre toute la subtilité de certains arguments qui avait pu échapper aux lecteurs de Tertullien. Pour diverses raisons, le succès est inégal. J.-C. F.

2 2 . M A T T E I (Paul), Le témoignage dEuloge, patriarche d Alexandrie, sur Novatien (d'après Photius, BibL, codd. 182, 208, 280) — Curiosité historique et intérêts philologiques. Hommage à Serge Lancel, Grenoble : Université Stendhal-Grenoble 3, UFR de Lettres classiques et modernes, 1998, p. 151-166 (Recherches et travaux, 54).

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Cherchant à établir «une fiche prosopographique» de Novatien, l' A. s'intéresse au témoignage du patriarche d'Alexandrie Euloge (580-607), tel qu'on peut le saisir dans la Bibliothèque de Photius, qui consacre trois codices à son traité contre les Novatiens (182, 208, 280). Cet ouvrage devait comprendre cinq livres, auxquels s'ajoutait sans doute un appendice destiné à rectifier les informations transmises sur Novatien par un ouvrage d'hagiographie romanesque (dit Athlésis de Novatien). Selon P. M., si les informations transmises par Euloge ne présentent guère d'intérêt, l'anonyme hagiographique offre des renseignements plus riches : il atteste le goût de Novatien pour l'érémitisme, et confirme son martyre, qui eut peut-être lieu à la suite du premier édit de Valerien (entre août 257 et août 258). P. M. parvient aussi à déterminer l'esprit dans lequell'Athlésis fut rédigée : en présentant Novatien comme évêque légitime et martyr, elle recueille une tradition qui cherchait à l'opposer à la figure de Cyprien. F. C.

ÉTUDE D'UNE ŒUVRE
23. BABIÑSKI (Marian), Motywy inwencyjne w pierwszej ksiedze Ad nationes Tertuliana — Roczniki Humanistyczne. Filologia Klasyczna (Lublin), TomXLIV, zeszyt 3, 1996 [= Non in sermone sed in virtute. Ksiega Pamiqtkowa ku czci Ksiedsa Profesora Henryka Wójtowicza], p. 153-167 [résumé anglais, p. 166-167 : «The Inventive Motifs in the first book of Tertullian's Ad nationes»]. L'argumentation άΆροΙ se retrouve, sous une forme plus simple, dans une œuvre antérieure de Tertullien, l' Ad nationes. Il y présente dès le début l'argument principal, qui sera réexposé en conclusion : l'argument d'ignorance. Les païens se déconsidèrent en attaquant les chrétiens parce qu'ils les accusent sans les connaître. Ils le font avec haine, autre forme d'ignorance. Ils les condamnent à cause du nom qu'ils portent : ignorance encore. Chacune des objections examinées est présentée comme une variante de l'objection principale. En les réfutant tour à tour, T. obtient un tissu serré de contre-arguments qu'il présente comme les formes évolutives du même argument. Elles se renforcent les unes les autres et permettent de faire passer les différents procédés de la rhétorique, même ceux au premier abord qui ne nous semblent pas évidents. J. WOLINSKI 24. DELÉANI (Simone), Minucius Felix, Octavius, 32 — Vita Latina, 150, juin 1998, p. 44-53. Le chapitre 32 d'Oct répond à trois objections extraites du réquisitoire de Cécilius (10, 2-5) et expose la conception épurée de Dieu qu'ont les chrétiens et le culte intérieur et spirituel qu'ils lui rendent. S. D. propose une explication précise de ce texte, détaillée pour les paragraphes 1-3 et plus générale pour la fin du chapitre (4-9). Attentive aussi bien aux idées exposées et à leur origine, qu'à la façon dont Minucius Felix les exprime, elle découvre en lui non pas seulement un habile écrivain, influencé par la seconde sophistique, mais aussi un chrétien soucieux de rassurer les païens cultivés, sans rien renier de la doctrine chrétienne. À cet égard, on est sensible à la subtilité des analyses montrant comment Minucius Felix sait utiliser des termes à double entente (32, 3 innocentia ; iustitia ; qui hominem periculo subripit pourrait même être une allusion au Christ), transposer à Dieu une image appliquée au soleil par Lucrèce (32, 6. 8-9 ; cf. De rerum natura, V, 281 - et non pas 231), ainsi qu'adapter et corriger discrètement des données philosophiques qu'il reprend : ainsi le voit-on orienter l'idée d'immanence divine, d'origine stoïcienne, plutôt dans le sens d'une transcendance (32, 1. 4. 6. 9). F. C.

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25. ADKIN (Neil), Erasmus' Paraphrases in Novum Testamentum and the Pseudo-Cyprianic De duplici martyrio — Res publica litterarum. Studies in the Classical Tradition, 20, 1997, p. 177-188. Le De duplici martyrio (= Dupl) est une production d'Érasme : la démonstration, effectuée dès 1895 par F. Lezius, confirmée par S. Seidel Menchi en 1978 et par N. A. en 1995 (cf. CTC 97, 61), est ici enrichie d'une comparaison entre la langue de Dupl et celle d'un commentaire biblique d'Érasme, les Paraphrases in Novum Testamentum. Grâce à l'emploi systématique de CDRoms (Cetedoc Library of Christian Latin Texts, Packard Humanities Institute #5.3), l'Α. isole les nombreuses particularités communes aux deux textes, souvent au voisinage des mêmes citations bibliques : expressions favorites d'Érasme (dont N.A. est conscient qu'elles pourraient à la rigueur avoir été plagiées par un contemporain), coïncidences lexicales à propos de termes moins typés, tournures grammaticales analogues. La liste des parallèles est impressionnante, d'où la conclusion : «Scholarship must accordingly cease to designate this work as 'Pseudo-Cyprianic'. It belongs to the corpus of genuine works of Erasmus». La seconde proposition est sûrement correcte, mais la première est-elle fondée ? C'est Érasme lui-même qui a placé Dupl sous le patronage de Cyprien, tout en y laissant à dessein des anachronismes. Le nom de l'évêque-martyr, en tant que paratexte, est à jamais lié au traité, qui est, au sens plein du terme, 'pseudo-cyprianique'. La critique moderne doit donc publier Dupl parmi les Opera omnia d'Érasme, mais sans gommer le pseudonyme sous lequel l'humaniste a choisi de se cacher. F. D.

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STYLE

2 6 . CADOPPI (Ilaria), Sul lessico giuridico ^//'Apologeticum di Tertulliano — Acme, 49, 1996, p. 153-165. Reprenant la question ancienne des relations de Tertullien avec le droit, l'A. conteste le jugement de ceux qui dénoncent ses confusions dans l'emploi des termes et des notions juridiques (cf. R. Martini, CTC 76, 15) et attribuent sa connaissance du droit principalement à sa formation d'orateur. À partir de l'analyse de plusieurs passages a1 Apol, I. C. décèle la familiarité de Tertullien avec le droit, moins dans la fidélité à des formulations précises que dans la «rhétoricisation» de la langue juridique à laquelle il procède : à ses yeux, elle se manifeste en particulier dans l'aisance avec laquelle il confère une valeur juridique à des termes du langage courant et littéraire (Apol 10, 4 influas ire ; 35, 6 conuenire), ou propose une représentation juridique d'une situation qui ne l'est pas (Apol 11, 12-13 ; 13, 5-6 ; 39, 4). Pour l' Α., ce serait l'indice d'une connaissance approfondie de la science juridique et d'une créativité qui conviendraient mieux à un jurisconsulte qu'à un avocat. Malgré des analyses de détail intéressantes, une telle conclusion, qui n'est pas dépourvue de contradiction, est difficilement acceptable. La bibliographie de l'Α., qui ne mentionne aucune étude postérieure à celle de Martini, n'est pas à jour : il eût au moins fallu mentionner l'étude de J. Gaudemet (CTC 78, 17). F. C. 27. ROUSSELET (Jean), Tertullien joue de h distance. Le jeu des personnes verbales dans le De cultu feminarum — Revue des Etudes Augustiniennes, 44, 1998, p. 3-11. Par une étude minutieuse du jeu des personnes verbales dans Cuit, J. R. met en lumière la variété des situations dénonciation présentes dans l'ouvrage et donc des relations que Tertullien noue lui-même, dans son discours, avec les femmes chrétiennes et l'humanité tout entière. Maniant habilement l'alternance des personnes verbales, qui tantôt l'éloigné, tantôt le rapproche de ses allocutaires (première personne du singulier ou du pluriel, deuxième personne du singulier ou du pluriel, troisième personne du singulier), Tertullien se présente tour à tour

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comme le frère affectueux et compatissant, le maître sévèrement critique et l'auteur sarcastique et polémique. C'est une manifestation de l'éloquence sincère et «presque vertigineuse» du Carthaginois, qui finalement culmine dans quelques passages particulièrement enchevêtrés (II, 11, 3-12, 1 ou 12, 3-13, 2). J. R. y retrouve la technique et la passion d'un Sénèque, «le sentiment à la fois d'une urgence et d'une responsabilité grave d'enseignement» d'un saint Paul, et en découvre l'écho chez François Mauriac, dans plusieurs pages de Souffrances et bonheur du chrétien. F. C. 2 8 . UGENTI (Valerio), Le desinenze -erimus/-eritis e il genitivo pronominale -ius nelle clausole metriche tertullianee — Rudiae, 9, 1997, p. 269-277. La thèse de départ est la suivante : à l'époque de Tertullien, le poète et le prosateur n'ont plus la liberté de considérer tantôt comme brefs, tantôt comme longs, la syllabe ri dans -erimus ou -eritis (parfait du subjonctif/ futur antérieur) et Vi de la désinence pronominale -ius ; en effet, si la variation que cette liberté entraîne dans la place de l'accent, pour une même forme, était tolérée avec un accent tonique, elle n'est plus supportable à partir du moment où l'accent est devenu un accent d'intensité (Ier / IIe siècles). Pour déterminer le choix de Tertullien, / bref ou i long (pour le génitif pronominal, la possibilité d'une prononciation yus, en une seule syllabe, n'est pas envisagée), V. U. examine les clausules dans lesquelles entre une forme verbale en -erimus / -eritis ou un pronom en -ius (il limite son corpus aux traités précédant Marc dans l'édition du CCL). De cette étude qui utilise, me semble-t-il, la description des clausules proposée par De Groot et observée par Hagendahl, V. U. conclut à la longueur de l'ι, conclusion qui rejoint celle de Hagendahl pour Minucius Felix et Arnobe. Dans les neuf clausules présentant la forme verbale (celle-ci occupe toujours la dernière place) et les vingt et une avec istius, illius, ipsius, solius, totius, alterius (tantôt à la dernière, tantôt à l' avantdernière place), c'est toujours la syllabe longue, -ri- ou -/-, qui assure la meilleure clausule, la plus usuelle ou la plus familière à l'auteur (dispondée ; ditrochée ; dicrétique ; tribraque [ou dactyle ou crétique] + trochée), alors que la brève produit généralement des formes amétriques ou des clausules rares. Un autre argument pourrait être encore invoqué en faveur de la longue : dans tous les cas envisagés, la longueur de Yi, et donc la longueur de la syllabe qui le contient, permet la coïncidence de l'accent de mot et de l'ictus du pied. Tout en respectant la métrique classique, Tertullien a certainement fait cette «concession au système rythmique», comme l'écrit J. Molager pour Cyprien (voir CTC 75-94, SC 119). Des études portant sur des corpus plus étendus et comparant des pratiques diverses (V. U. s'en tient actuellement à celle de Tertullien : voir CTC 95, 17-18) permettraient d'avancer sur un terrain plus solide. S. D. 29. GRASSO (Cristina), Erratum Tertullianeum in CChL 1 : Ad martyras 4, 5 — Rudiae, 9, 1997, p. 137-140. [complément à la liste d'errata recensée enCTC91, 26 ; on lira exussit au lieu de excussit] 30. MlLHAU (Marc), Notulae Minucianae, I-IÏ — Vita Latina, 148, 1997, p. 38-44 ; 149, 1998, p. 75-81. VOctavius était au programme de l'agrégation des lettres classiques en France, en 1997. À l'oral, les candidats risquaient d'être surpris par les divergences entre leur édition de travail (le "Budé" de J. Beaujeu) et celle de la Bibliotheca Teubneriana (par B. Kytzler ; CTC 92, 2), utilisée par le jury. À leur intention, M. M. a dressé une liste commentée des quelque 70 désaccords, en prenant soin d'expliquer les choix de l'éditeur allemand, et de traduire

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éventuellement son texte. Ce tour d'horizon lucide rendra incontestablement service, et pas seulement aux agrégatifs. P. P. 3 1 . AUMONT (Jacques), Les clausules de Minucius Felix — Vita Latina, 150, juin 1998, p. 54-92. Le dialogue de YOctavius compte 629 clausules terminales de phrase, qui sont ici comparées à un corpus de 2111 clausules cicéroniennes, extraites de l' Orator, du De amicitia et du De senectute. Les dernières pages s'intéressent aussi, par sondages, aux clausules intérieures, afin de vérifier si celles-ci sont choisies selon une «progression hiérarchique», des moins aux plus recherchées. La méthode adoptée est celle que J. A. a déjà mise en œuvre pour d'autres auteurs (cf. Métrique et stylistique des clausules dans la prose latine, de Cicerón à Pline le Jeune et de César à Florus, Paris, 1996, auquel renvoie une quarantaine de notes). De cette étude, extrêmement fouillée et illustrée de nombreux tableaux, il ressort que Minucius Felix adopte en substance les règles de la métrique cicéronienne, mais les rend plus rigoureuses et perd ainsi la souplesse et les subtilités de son modèle. F. D. 32. GROUT-GERLETTI (Dominique), Le vocabulaire de la contagion chez Vévêque Cyprien de Carthage (249-258) : de l'idée à l'utilisation — Maladie et maladies dans les textes latins antiques et médiévaux. Actes du Ve Colloque international «Textes médicaux latins» (Bruxelles, 4-6 septembre 1995), édités par Cari Deroux, Bruxelles : Latomus. Revue d'Études Latines, 1998, p. 228-246 (Collection Latomus, 242). Le principal apport de cette étude est le relevé, dans les traités de Cyprien, des mots qui «disent la contagion, la transmission du mal», soit 39 termes, de cancer à uirus, classés par ordre alphabétique, avec "localisation" (i.e. la référence), "fréquence" (i.e. le nombre d'occurrences), et indication du sens (propre ou figuré). Comme souvent en pareil cas, on pourra regretter telle ou telle absence {plaga, deficere) et, surtout, discuter telle ou telle interprétation (par ex. celle de contingere en Quir III, 32, 17 [= / Cor. 7, 1] ou celle $ infestano en Dem 12, 237 et 20, 391). Les considérations qui précèdent ce relevé doivent être parfois accueillies avec prudence : p. 229, contrairement à ce qui est dit, on tend à admettre aujourd'hui que Trébonien Galle n'a pas décrété de persécution ; p. 230, n. 5, le thème du Christ-médecin n'a pas été «inauguré par Tertullien», mais est déjà présent dans le Nouveau Testament, dans le prolongement de l'enseignement vétéro-testamentaire ; p. 231, parler de la «ruse de Cyprien» est, à tout le moins, inapproprié ; p. 231 sq., les réflexions sur demonologie, épidémie, contagion, semblent confuses ; p. 233, si l'on retient l'hypothèse (aujourd'hui très minoritaire) de l'antériorité de Minucius Felix sur Tertullien, il convient de s'en expliquer. J.-C. F.

SOURCES, INFLUENCES
3 3 . FREDOUILLE (Jean-Claude), Tertullien dans l'histoire de l'apologétique — Les Apologistes chrétiens et la culture grecque [colloque tenu à l'Institut catholique de Paris les 2 et 3 septembre 1996], sous la direction de Bernard Pouderon et Joseph Doré, Paris : Beauchesne, 1998, p. 271-281 (Théologie historique, 105). Poursuivant sa réflexion approfondie sur le genre apologétique, J.-C. F. prend ici pour point de départ les jugements de Lactance, Eusèbe et Jérôme sur l'œuvre apologétique de Tertullien. Si Lactance et Eusèbe la rattachent principalement au discours judiciaire de la défense, reposant sur la négation et la réfutation des arguments de l'accusation, Jérôme, qui écrit un siècle plus tard, dans un contexte évidemment différent, est surtout sensible au rôle d'accusateur de l'apologiste. En fait, les deux points de vue sont indissociables dans l'apologétique et peuvent

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«apparaître comme une lex generis» (p. 276). Quant au triptyque de Tertullien - Nat, Apol, S cap -, il atteste assez bien la diversité d'un genre qui sait se mouler dans des formes différentes : traité, lettre ouverte, plaidoyer judiciaire. Comme en témoigne le titre que lui a affecté la tradition, l'Apologeticum se présente comme l'œuvre emblématique non pas de toute l'apologétique, mais seulement de la première, celle qui s'est développée avant la paix de l'Église : à partir de cette date, l'apologétique cesse d'être un discours de substitution, pour devenir ouvertement accusatrice et constituer de véritables sommes doctrinales. F. C. 34. DUNN (Geoffrey D.), Tertullian and Rebekah : a Re-reading of an "Anti-Jewish" Argument in Early Christian Literature — Vigiliae Christianae, 52, 1998, p. 119-145. Dans lud 1, 5-7, Tertullien interprète la promesse de Gen 25, 23 de façon typologique : le fils aîné, Ésaii, représente les juifs, tandis que le cadet, Jacob, préfigure les chrétiens. L'idée est évoquée également, mais seulement en passant, sans explication, dans Pud 8,8. Pour apprécier l'originalité de cette exégèse, G. D. D. en recherche des traces dans la littérature antérieure. La tradition juive voit plutôt en Ésaii une représentation des Édomites, et en Jacob celle du peuple juif. Saint Paul, Rom 9, 10-13, doit suivre encore cette tradition, si l'on en juge du moins à partir des développements des chapitres 9 et 11 principalement. Par la suite, l'épisode est commenté seulement par l'auteur de VÉpître de Barnabe (13, 2), Justin et Irénée. Attirant l'attention sur le fait que VÉpître ignore la distinction juifs/chrétiens, mais connaît seulement celle entre "eux" et "nous", et refusant de voir des traits de polémique antijuive dans l'œuvre, G. D. D. situe la rédaction de VÉpître à un moment où les termes de "juif et de "disciple de Jésus" n'étaient pas encore exclusifs : le "nous", identifiable à Jacob, désignerait alors tous les disciples du Christ, qu'ils fussent juifs ou non. Chez Justin, Dialogue, 134, 5, c'est surtout l'identification de Jésus à Jacob qui domine. Quant au développement d'Irénée, Adu. Haer.,W, 21, 2, il combine de façon originale des éléments empruntés à ces traditions antérieures. G. D. D. montre alors que Tertullien s'écarte clairement de Paul, se montre plus explicite que VÉpître de Barnabe - dont il ne dépend pas directement - et emprunte surtout à Irénée. Mais il est le premier à placer la prophétie de Rébecca au cœur de son traité Adu. ludaeos. Cette analyse fine et précise lui permet de conclure que la littérature adu. Iudaeos de l'Antiquité, loin d'être aussi répétitive qu'on l'a dit, connaît des variations significatives selon les auteurs et leur contexte historique et polémique. F. C. 35. BAKHOUCHE (Béatrice), Octavius Academicus ? — Vita Latina, 150, juin 1998, p. 38-43. Pour l'A., Minucius Felix est moins tributaire de la tradition latine (Cicerón, Sénèque), comme le souligne J. Beaujeu (Paris, 1964, CUF), que de la tradition platonicienne, telle qu'elle se présente notamment dans les manuels doxographiques. Elle en voit des indices dans le rapprochement à'Oct 14, 4-7 avec Phédon, 88-90, dans l'origine doxographique et scolaire du catalogue des philosophes (19, 3-18, qu'elle ne croit pas imité de Cicerón), dans la place réservée à Platon (19,4), et dans certains rapprochements possibles avec l'œuvre d'Apulée (16, 12 et De deo Socratis, 9, 140 s. ; 18, 5 et Apologie, 64, 5 ; 18, 8 et Apologie, 64, 7 ; 19, 14 et De deo S., 3, 124 ; De Platone, 5, 190). L'idée est tout à fait acceptable, mais on doit reconnaître que J. Beaujeu ne méconnaît pas les dettes diverses de Minucius (cf. p. XXXVXXXVIII). Ces phénomènes d'influence et de tradition sont souvent complexes et nullement exclusifs les uns des autres, et dans Oct on ne doit pas non plus négliger l'héritage de ses prédécesseurs grecs. L'A. relativise l'influence qu'a pu jouer sur la structure du dialogue le passage d'Aulu-Gelle mettant en scène le sceptique Favorinus (Nuits Attiques, XVIII, 1), notamment pour la raison qu'on ne saurait «imaginer que l'apologiste ait emprunté une technique de discussion à ceux-là mêmes qu'il veut convaincre d'erreur» (p. 39) : outre que l'emprunt pouvait justement être une manifestation de bonne volonté envers la culture

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philosophique de l'adversaire, la méthode du dialogue in utramque partem était assez généralement utilisée dans l'Antiquité et trouvait sa source dans la controuersia des écoles de rhétorique (cf. G. W. CLARKE, The Literary Setting of the Octavius of Minucius Felix, dans Journal of Religious History, 3, 1965, p. 195-211, spec. p. 204-205), et elle ne doit pas être attribuée à une école philosophique particulière. F. C. 3 6 . BUCHHEIT (Vinzenz), Vergil als Zeuge der natürlichen Gotteserkenntnis bei Minucius Felix und Laktanz — Rheinisches Museum, 139, 1996, p. 254-259. Voulant réagir contre l'opinion de ceux pour qui Minucius Felix et Lactance hausseraient les vers de Virgile au rang de texte sacré (D. S. Wiesen, Virgil, Minucius Felix and the Bible, dans Hermes, 99, 1971, p. 70-91) ou du moins s'approprieraient le poète païen (E. Heck, cf. CTC 90, 29), V. B. cherche à mieux cerner l'attitude des deux auteurs chrétiens à l'égard de Virgile. Si Minucius Felix sait utiliser les citations du poète pour séduire les païens et, dans une démarche protreptique, les conduire vers la vérité, il sait aussi se montrer réservé envers les poètes (23, 1-2) et souligner que les païens n'avaient pas pleinement accès à la vérité (cf. déjà CTC 85, 51). De même Lactance, en affirmant Nostrorum primus Maro non longe afuit a ueritate (Inst., I, 5, 11), exprime une restriction notable (afuit), et l'emploi de nostri ne doit pas nous abuser. F. C.

TEXTE BIBLIQUE, EXÉGÈSE
3 7 . VAN DER LOF (L. Johan), Uso que de la tipología bíblica hace Tertuliano, en consideración a la historia de la Iglesia —Augustinus, 43 (n° 168-169), 1998, p. 133-144. Si Irénée a usé de la typologie biblique pour souligner l'harmonie entre l'Ancien Testament et le Nouveau, Augustin a aussi appliqué cette méthode pour manifester la présence dans la Bible de la préfiguration de l'Église de son temps. V. D. L. pense découvrir le même procédé chez Tertullien et tente de le montrer à partir d'une sélection de quatorze textes (présentés dans l'ordre suivant) : Bapt 8, 4 ; Paen 10, 6 ; Vx I, 2, 2-3 ; Marc II, 4, 4 ; III, 5, 4 ; V, 4, 8 ; III, 7, 3 ; 23, 2 ; IV, 20, 4 ; Cast 5, 3 ; 7, 1-3 ; Idol 24, 4 ; Mon 5, 7 ; 7, 6-9. F. C.

ANTIQUITÉ ET CHRISTIANISME
3 8 . MOZZILLO (Luigi), Dio e Stato nel "Tribunale" di Tertulliano. Filosofìa, religione e politica in una rilettura antropologica dell'Apologetico. Editoriale di Giorgio Jossa, Napoli : Luciano Editore, 1997, 108 p. (Filosofia e religione, 3). L'auteur, qui serait tenté de faire sien un mot célèbre en disant : «Tertullien, c'est moi !» (p. 7), définit, dans le sous-titre de son étude, son ambition, qui prend le contre-pied de la thèse de Jung expliquant l'adhésion du Carthaginois au christianisme par son renoncement à la raison. Après quelques notes sur la biographie de Tertullien (p. 29-38) et sa conversion, qui aurait été favorisée par la démarche rationnelle et intériorisante du stoïcisme (p. 41-53), L. M. se livre à une analyse des chapitres X à XLII à'Apol, d'où il ressort que l'originalité profonde de Tertullien, au-delà de la littéralité de son plaidoyer, est de convoquer devant un tribunal, pour qu'ils puissent s'affronter, d'une part le Dieu des chrétiens et les dieux romains, d'autre part l'État romain et la communauté chrétienne. De ce débat émergent quelques idées comme celles de la liberté de conscience, du rapprochement entre une conception stoïcienne d'une cité sans limites spatiales et une conception chrétienne d'une cité sans limites temporelles, ou même de

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l'idéal politique d'un anarchisme pacifiste chrétien... Nous sommes souvent cité, mais, il nous faut l'avouer, sans bien comprendre les raisons de cet honneur. J.-C. F. 39. SERNICOLA (Stefania), Seneca e Tertulliano contro la cosmetica, Firenze : Libri Athenaeum, 1996, 77 p. (Collezione Oxenford). Cette plaquette un peu touffue ne correspond que partiellement à son titre et à l'intention avouée de l'auteur (p. 9) : montrer l'influence du De beneficiis de Sénèque sur le De cultu feminarum, puisque cela ne fait l'objet que de quelques pages (rapprochements, connus et nouveaux, entre les deux œuvres, p. 37-42 ; divergences de motivations de l'un et l'autre auteur, p. 42-45). Les chapitres qui précèdent rappellent divers problèmes posés par Cuit ; ceux qui suivent récapitulent et expliquent les termes relatifs à l'habillement, à la toilette et aux cosmétiques dans le monde romain. J.-C. F. 40. KOKKINOS (Nikos), The Relative Chronology of the Nativity in Tertullian — Chronos, kairos, Christos, II, 1998, p. 119-131. A cause de l'obscurité des textes qui fournissent des indices sur la naissance de Jésus, à cause aussi de la difficulté qu'on a pour en concilier les données, les historiens continuent - malgré le non liquet définitif prononcé par Syme - à débattre du problème de sa date. L'un d'eux, N. K., a récemment présenté et défendu une théorie qui fait naître Jésus en -12 (pour mourir en +36). C'est dans le cadre de cette problématique qu'il examine une pièce du dossier que quelques-uns ont peut-être eu tort de récuser trop vite comme dénuée de toute valeur. Il s'agit d'un passage de Marc IV (19, 10) où Tertullien fait état des «census (...) actos sub Augusto tunc in Iudaea per Sentium Saturninum» qui, selon lui, assuraient aux témoins de la scène racontée par Le 8, 19-21 la possibilité de se renseigner sur le lignage {genus) de Jésus. Négligeant le pluriel après l'avoir pourtant signalé, N. K. met ce recensement en rapport avec celui que Le 2, 2, en précisant qu'il fut le premier, attribue à Quirinius, gouverneur de la Syrie, recensement qui serait à dater de +6/7. Mais T. aurait mal compris ce texte de Luc, il l'aurait lu comme signifiant que Jésus était né au temps d'un census romain prenant place avant celui de Quirinius ; il aurait alors cherché à mettre un nom sur l'auteur de ce recensement, et il aurait été amené à en créditer Sentius Saturninus : Flavius Josephe l'aurait aidé dans cette voie, ainsi que les informations qu'il pouvait avoir lui-même sur ce personnage (consul en -19, gouverneur de Syrie par la suite) qu'il cite ailleurs en liaison avec l'histoire de la Carthage romaine {Pal 1,2). Si bien que, malgré sa mauvaise traduction de Luc, T. aurait pleinement raison en rattachant la naissance de Jésus aux activités administratives de Saturninus qui aurait gouverné la Syrie entre -12 et - 8. La dernière partie de l'étude, prolongée d'un appendice, est consacrée à montrer la vraisemblance d'un census hérodien organisé par l'action de Saturninus (dont les compétences et la rigueur financières ont été retenues par l'histoire ; cf. Velleius Paterculus 2, 92, 2) et qui aurait eu lieu dans la dernière partie de l'année -12. Certes l'hypothèse d'une lecture erronée de Le 2, 2 nous paraît gratuite, compliquée et suspecte ; mais nous admettrions volontiers nous aussi que le témoignage de Tertullien mérite la confiance, eu égard à sa précision et à son isolement : l'Africain, qui s'écarte ici de la tradition inaugurée par Justin (cf. IApol. 34, 2 ; Dial. 78, 4 : mention du cens de Quirinius) a pu avoir connaissance de census organisés par Saturninus en Judée sous Hérode, et même les avoir qualifiés d'«augustéens», ce roi étant un vrai vassal d'Auguste. Mais cependant pour une juste appréciation du passage en cause, et en vue d'en déduire une datation, il eût fallu tenir compte du fait qu'il ne concerne pas proprement la natiuitas de Jésus ; il a trait au problème de l'existence et de l'identité de sa mère et de ses frères (ses origines familiales ou, comme il est dit, son genus). A ce titre, il méritait d'être rapproché avec précision (plus que ne le fait N. K. dans la note 16, p. 124) d'un autre passage du même Marc IV (36, 8) où, à propos de

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l' aveugle-né de Jéricho, un renvoi aux «recensements augustéens» qualifiés de «récents» concerne aussi une enquête sur les origines familiales de Jésus (de genere). Dans un autre contexte - celui de la naissance de Jésus -, T. évoque ailleurs (Marc IV, 7, 7) ce témoin le plus digne de foi de la natiuitas, conservé dans les archives romaines, qu'est le census Augusti. Enfin, il conviendrait de ne pas oublier que la preuve des «recensements romains» a dû entrer de bonne heure dans l'arsenal des arguments contre le docétisme gnostique. R. BRAUN 41. SASSI (Maria Grazia), Spongiae reîiariorum (Tert., Specî. 25, 4) — Studi latini in ricordo di Rita Cappelletto, Urbino : Quattro Venti, 1996, p. 93-100 (Ludus Philologiae, 7). Dans son ouvrage // Linguaggio gladiatorio, Bologna, 1992, p. 174-176, M. G. Mosci Sassi examinait les différentes explications proposées pour l'expression spongiae reîiariorum, attestée uniquement par Tertullien, et n'en trouvait aucune satisfaisante. Elle pense aujourd'hui que le mot spongiae n'est pas un terme technique de la langue des jeux, mais désigne par métonymie les poumons des rétiaires, déchirés par les ours : par defixus in morsus ursorum et spongias retiariorum, Tertullien exprimerait le comble de l'horreur.— L'explication ne s'impose pas : est-ce que vraiment les ours s'en prenaient à la cage thoracique des condamnés, pour pouvoir ensuite se repaître de leurs poumons, comme les chats italiens de polmoncino ? De toute façon, M. G. S. aurait dû discuter l'intéressante conjecture d'A. Vassileiou, punctas (CTC 93, 16), qu'elle ne semble pas connaître. P. P. 42. TAISNE (Anne-Marie), Le culte isiaque dans l'Octavius de Minucius Felix — Vita Latina, 150, juin 1998, p. 29-37. Les quelques allusions rapides à la religion isiaque mises dans la bouche d'Octavius ne sauraient justifier le titre de cette étude ; d'autre part, le rejet de la zoolatrie, considérée comme caractéristique de la religion égyptienne, est un thème satirique et polémique beaucoup plus répandu dans la littérature païenne qu'il ne le paraît ici. À côté de l'ouvrage classique de F. Cumont, Les religions orientales dans le paganisme romain, Paris, 19294 (réimpr. anast. 1963), citer maintenant le livre de R. Turcan, Les cultes orientaux dans le monde romain, Paris, 1989. J.-C. F. 43. TUREK (Wladimir), L'uomo di fronte al dolore : 'La providenza * di Seneca e 'L'epidemia ' di Cipriano — Cultura e promozione umana. Fondamenti e itinerari. Convegno internazionale di studi, Oasi "Maria Santissima" di Troina, 29 ottobre - Io novembre 1995, a cura di Enrico dal Covolo - Isidoro Giannetto, Troina : Oasi editrice, 1996, p. 71-82. On retrouve dans le De mortalitate de Cyprien des expressions, des images, des concepts et même des thèmes du De prouidentia de Sénèque. Mais si la souffrance est bien présentée par les deux auteurs comme une épreuve, voulue par la Providence pour les bons comme pour les méchants (pour les chrétiens comme pour les païens), afin d'exercer la vertu et le courage des premiers, la perspective est radicalement différente : Cyprien se réfère à l'Écriture et propose d'accepter l'épreuve dans la foi au Christ et l'espérance de la vie éternelle. S. D. 44. GRIMM (Veronika E.), From Feasting to Fasting, the evolution of a sin. Attitudes to food in late antiquity, London - New York : Routledge, 1996, 294 p. Cette étude se propose de dégager l'attitude des premiers auteurs chrétiens à l'égard de la nourriture. Si le judaïsme connaissait depuis longtemps la pratique du jeûne, auquel il reconnaît une forte valeur expiatoire, les textes du Nouveau Testament affranchissent les chrétiens des habitudes juives et insistent plutôt sur le rôle social du repas. Dans la Didachè ou le Pasteur d'Hermas le jeûne n'est encore là que pour accompagner la prière et représente seulement une

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façon de s'humilier devant Dieu ; Clément d'Alexandrie et Origene insistent davantage, sous l'influence du discours philosophique, sur la pratique de la tempérance. Selon V. E. G., l'exhortation au jeûne n'apparaîtrait vraiment qu'à la fin du IIe s. et au début du ine s., sans doute en liaison avec les persécutions et la théologie martyriale : le jeûne serait une sorte de substitut du martyre, pour ceux qui ne l'auraient pas connu, et une façon de témoigner du Christ. Il s'intègre alors rapidement aux pratiques pénitentielles et devient un acte authentiquement chrétien malgré son origine juive. Par la suite le jeûne fut aussi une manière d'éprouver les nouveaux convertis, toujours plus nombreux après la paix de l'Église et parfois attirés par des raisons moins spirituelles que matérielles. Dans cette évolution, Tertullien joua évidemment un rôle important, en rédigeant notamment, pendant sa période montaniste, le premier traité chrétien — et le plus développé — sur le jeûne. Avant de suivre l'argumentation de lei, V. E. G. passe en revue quelques textes antérieurs qui soulignaient déjà l'importance du jeûne (Apol 6 ; 9, 9-12 ; 16 ; 39 ; 40 ; 53 ; Spect 13 ; 30 ; Pat 13, 2-3 ; Paen 9). L'ouvrage nous a déçu. D'abord le sous-titre est quelque peu trompeur, en laissant croire qu'il s'agit d'une étude anthropologique qui envisagerait l'ensemble de la société de l'Antiquité tardive. En fait l'analyse considère principalement un choix d'ouvrages et d'auteurs chrétiens : les Épîtres de Paul et les Actes des Apôtres, Clément d'Alexandrie, Tertullien, Origene, Eusèbe, Jérôme et Augustin. Les littératures judéo-chrétienne et hétérodoxe sont à peu près ignorées : à peine rencontre-t-on quelques lignes dispersées sur l'ébionisme et la Didachè. Ces lacunes empêchent de saisir le phénomène dans sa complexité, et privent de fondement solide l'argumentation de l'A., pour qui la pratique du jeûne est étroitement attachée au judaïsme. Dans le cas du montanisme, on s'étonne que l'A. ne cherche pas à le comprendre en recourant à d'autres sources que la seule œuvre de Tertullien. À ses yeux, celui-ci serait largement tributaire de l'influence de la communauté juive de Carthage, et V. E. G. propose des rapprochements avec la Mishnah. La documentation sur le judaïsme africain est assez pauvre et délicate à analyser, mais l'A. aurait pu trouver des éléments en faveur de sa thèse dans les travaux de Cl. Aziza (CTC 77, 23), W. H. C. Frend {CTC 78, 28) ou G. Quispel (CTC 82, 35), qu'elle semble tous ignorer. Il nous semble d'autre part que l'influence montaniste pourrait suffire à expliquer le rigorisme de T. en matière de jeûne, sans chercher à en faire le représentant d'un groupe de chrétiens rigoristes qui pratiquaient certains cultes juifs (p. 137 : «Tertullian belonged to a rigorist Christian group that practised some Jewish pieties»). [Du même auteur signalons l'article récent : On the dietary habits of the Roman empire as seen by outsiders, Jews and Christians, dans Classics Ireland, 6, 1999, p. 43-61 (p. 55-60 sur Apol)]. F. C. 45· SCHÖLLGEN (Georg), Die Anfänge der Professionalisierung des Klerus und das kirchliche Amt in der syrischen Didaskalie, Münster Westfalen : Aschendorff, 1998, VIII-227 (Jahrbuch für Antike und Christentum, Ergänzungsband, 26), p. 56-68 pour Tertullien et Cyprien. 4 6 . SCHÖLLGEN (Georg), Sportulae. Zur Frühgeschichte des Unterhaltsanspruchs der Kleriker —Zeitschrift für Kirchengeschichte, 101 (Vierte Folge, 39), 1990, p. 1-19. Dans la première partie de son livre, G. S. guette à travers les quelques témoignages littéraires, brefs et flous, qui nous sont parvenus, le moment où le clergé a acquis le droit à une rémunération lui assurant les moyens de vivre, et montre la mutation corrélative du service des clercs en une profession organisée, avec son cursus hiérarchisé. Tertullien n'autorise pas à dire qu'à son époque il était versé une solde aux membres du clergé {lei 17,4, fait plutôt allusion à des parts d'honneur attribuées, lors des agapes, aux clercs qui les président), sauf peut-être pour les évêques {lei 13, 3) ; et si des fabricants d'idoles entrent dans le clergé sans abandonner leur métier {Idol 1, 1, 3), c'est qu'ils n'ont pas d'autre moyen de subsistance. En revanche, la Lettre 1 de Cyprien témoigne sans ambiguïté d'un droit

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du clergé à être entretenu et de l'obligation de s'abstenir de toute activité séculière découlant de ce droit, selon des dispositions conciliaires valables pour l'Afrique. De l'analyse et de la confrontation des quelques phrases de la Correspondance de Cyprien relatives au sujet {Epist 1, 1, 2, CCL 3A, 1. 31 ; 34, 4, 2, 1. 54 ; 39, 5, 2, 1. 92 ; 65, 3, 1), G. S. tire les observations suivantes : 1) à l'époque de Cyprien, tout le clergé est rémunéré, au moins en Afrique (la lettre de Corneille à Fabius d'Antioche, rapportée par Eusèbe, HistEccl 6, 43, 11, permet d'étendre l'affirmation à Rome et donc, sans doute, à d'autres grandes communautés) - 2) la rémunération varie selon le rang occupé, comme dans l'administration civile (on retiendra le rapprochement entre Epist 39, 5, 2 - Cyprien fait donner aux nouveaux lecteurs, Aurelius et Celerinus, les mêmes «sportules» qu'aux prêtres, en attendant qu'ils aient l'âge d'accéder à la prêtrise que leur mérite leur confession - et Digeste, 50, 2, 6, 1 - aux décurions de moins de vingt-cinq ans sont accordées les «sportules» des décurions, en attendant qu'ils soient en âge d'exercer leur fonction) - 3) les avantages sont de deux sortes : une allocation mensuelle {diuisio mensurna) prise sur la caisse de la communauté ; des «sportules» - 4) ils sont suffisants pour que des clercs apostats refusent d'abandonner leur place. À s'en tenir au témoignage de Cyprien, on peut dire qu'au milieu du ine siècle le clergé est fonctionnarisé. L'article de G. S., dont les principaux apports sont repris dans le livre, propose une explication convaincante de la «sportule» du clergé, à laquelle Cyprien fait allusion à deux reprises {Epist 1, 1,2: «in honore sportulantium fratrum» ; 39, 5, 2 : «ut et sportulis idem cum presbyteris honorentur»). Sa pratique se comprend à la lumière d'usages païens attestés par des textes littéraires (ainsi, Pline le Jeune, 10, 116, 1) et surtout épigraphiques : lors des banquets offerts à leurs concitoyens par de riches particuliers, ou donnés par les associations à l'occasion de certaines fêtes, étaient distribuées des sportulae, portions de vivres ou sommes d'argent ; ces dons avaient un caractère honorifique. Sans constituer à proprement parler un salaire, ils marquaient la reconnaissance de l'association à l'égard de ses responsables et étaient proportionnels au rang de ces derniers. La Didascalie syriaque donne des informations qui permettent de penser que le droit du clergé à être ainsi «honoré» a dû se développer dans le cadre des agapes et que les cadeaux sont devenus, dans la première moitié du IIIe siècle, des prestations en argent obligatoires, même lorsque le clerc était absent, et hiérarchisées. Que l'emploi de sportula pour désigner cette forme de rémunération du clergé ne soit pas attesté avant Cyprien, s'explique, selon G. S., par le caractère récent de la pratique. La disparition rapide de celle-ci expliquerait la disparition définitive de l'emploi. En fait, à notre connaissance, l'emploi est attesté une fois encore, en Vulg., / Reg. 9, 7 : «et sportulam non habemus ut demus homini Dei». S'écartant résolument de l'interprétation des Septante, Jérôme recourt à sportula pour traduire un hapax hébreu signifiant probablement «quelque chose de présentable» («nous n'avons rien de présentable à donner à l'homme de Dieu»). Dans le contexte (rémunération de l'homme de Dieu que veut consulter Saul), le choix du mot sportula était pertinent ; mais le mot était-il encore en usage avec cette acception ou était-il perçu par Jérôme comme un archaïsme dont l'étrangeté pouvait rendre compte de l'étrangeté du terme hébreu ? S. D. 4 7 . FISCHER (Joseph Anton), LUMPE (Adolf), Die Synoden von den Anfängen bis zum Vorabend des Nicaenums, Paderborn : F. Schöningh, 1997, XXVIII-531 p. (Konziliengeschichte, Reihe A : Darstellungen). Cet important volume a pu voir le jour grâce à A. L., qui a mené à son terme le projet de J. A. F. (t 1989). La bibliographie a été mise à jour, mais de façon très inégale (la dernière publication de G. W. Clarke à être mentionnée date de 1973 !). Des index ont été ajoutés, pour les notions et les noms propres, mais ils sont trop sélectifs, et le chercheur regrettera vivement qu'il n'y ait pas d'index pour les mots importants et surtout pour les textes cités. Les travaux

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préalables de J. A. F. ont été repris et répartis en chapitres à l'intérieur des trois grandes sections de l'ouvrage (une section par siècle). Les lacunes ont été comblées par A. L., lui-même auteur de sept chapitres. Les pages intéressant la CTC sont toutes de la plume de J. A. F. : le chapitre sur les synodes anti-montanistes des IIe et me siècles (p. 23-59) et les chapitres sur les conciles africains attestés dans l'œuvre de Cyprien (p. 151-323). À quelques corrections de détail près (harmonisation typographique ; introduction de renvois internes ; addition de quelques sous-titres et de deux ou trois notes), ils sont la reproduction exacte d'articles antérieurs. L'article sur les synodes anti-montanistes a paru en 1974, dans Annuarium Historiae Conciliorum, 6, p. 241-273, les autres entre 1975 et 1984 (voir CTC 75-94, SC 64-72). Ni leur référence, ni même leur date de publication ne sont mentionnées nulle part ; le lecteur non averti risque donc de ne pas s'apercevoir que l'information date un peu, et le risque est d'autant plus grand que W. Brandmüller, dans son avant-propos (p. VII), annonce une mise à jour. La reproduction pure et simple des articles de Fischer présente un autre inconvénient : elle est source de redites. La reprise d'une explication, d'un développement, qui avait sa raison d'être d'un article à l'autre, est difficile à supporter à l'intérieur du même ouvrage. Ainsi, les notes 72, p. 241, et 20, p. 231, apportent les mêmes informations sur sacerdos ; l'exposé intitulé «le synode sous Agrippinus de Carthage vers 220» (p. 50-52) fait double emploi avec une partie de l'exposé intitulé «le concile sous Agrippinus de Carthage vers 220», p. 153-157. À ces réserves près, la "somme" ainsi réalisée rendra de grands services. Le travail très documenté et minutieux de J. A. F. sur les conciles africains demeure irremplaçable. Mais le chercheur devra recourir simultanément à des études publiées ultérieurement. P. Petitmengin {CTC 76, 6) se montre réservé sur l'interprétation que, dans son article de 1974 (p. 44 du présent volume), J. A. F. donne de Tertullien, Pud 10, 12, interprétation reprise par A. L. dans un article de 1975. Les observations d'Yvette Duval sur la Lettre 1 de Cyprien {Densité..., p. 500-501 ; voir CTC 75-94, SC 54) font perdre toute crédibilité à l'hypothèse d'un concile de Carthage au printemps de 257 (ch. 11, p. 308). En revanche, son interprétation a'Epist 59, 10, 1 (voir CTC 95, 26) confirme l'opinion, partagée par J. A. F. (p. 163), selon laquelle le concile condamnant Privat de Lámbese ne s'est pas tenu à Lámbese. À propos des témoignages sur les conciles contenus dans la Correspondance de Cyprien, notons encore que le commentaire de G. W. Clarke fournit un état des questions plus récent. S. D.

ACTES

DES

MARTYRS

4 8 . AMAT (Jacqueline), Les persécutions contre les chrétiens et l'hostilité populaire, dans la première moitié du m* siècle en Afrique — Euphrosyne, 26, 1998, p. 293-300. En Afrique, l'attitude de la foule à l'égard des chrétiens a nettement évolué durant la période considérée. D'après PPerp, les magistrats, enclins à l'indulgence, sont obligés parfois de céder aux pressions populaires ; à l'incompréhension haineuse des païens, les condamnés répondent par le mépris ou l'injure ; le public présent à l'amphithéâtre manifeste bruyamment son hostilité et exige que les martyrs soient égorgés sous ses yeux. Un demi-siècle plus tard, en 258-259, l'atmosphère est différente : dans PMarti PMont, les autorités se conforment strictement aux édits impériaux, sans subir de pressions extérieures ; les exécutions perdent leur caractère de spectacle ; la foule se montre plus curieuse qu'hostile et intervient même en faveur d'un des accusés.— Cette relecture attentive de trois passions africaines paraît globalement juste ; elle amène cependant à forcer un peu le sens des textes, car il est normal qu'une foule venue se distraire à l'amphithéâtre n'ait pas les mêmes réactions que le public des tribunaux ou les spectateurs d'exécutions par le glaive. L'auteur du reste cède parfois à la tentation de surinterpréter : rien dans PPerp ne permet d'écrire : «craignant sans doute d'être arrêté à son

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tour, le mari de Perpétue semble avoir disparu», ou encore : «la foule déclenche la persécution par des dénonciations arbitraires» ; dans le résumé de PMonî, la phrase «une intervention extérieure leur procure la communion et deux coupes de lait» mêle fâcheusement un événement réel (la visite de clercs portant l'eucharistie) et un récit de vision (les coupes de lait). F. D. 4 9 . SULLIVAN (Lisa M.), «I responded, 7 will not...'» : Christianity as Catalyst for Resistance in the Passio Perpetuae et Felicitatis — Semeia, 79, 1997, p. 63-74 (= Rhetorics of Resistance. A Colloquy on Early Christianity as Rhetorical Formation). Analyse de PPerp en tant que littérature de résistance. Chez une jeune femme instruite, appartenant à la haute société d'Afrique du Nord, le refus religieux d'accepter les règles de la religion établie entraîne d'autres combats : politique contre l'administration romaine, social contre la domination masculine, familial contre l'autorité paternelle. Le fait que Perpétue se voie transformée en homme, avant de combattre contre l'Égyptien (10, 7), illustre l'appropriation de l'imagerie des dominants par un membre du groupe soumis.— Appliquer à un texte ancien une grille de lecture moderne (surtout si l'on mentionne peu, comme ici, la bibliographie antérieure) fait courir en permanence un risque d'anachronisme ; est-il licite d'écrire qu'au temps de Perpétue, «North African national identity was attacked by the Roman order» (p. 72) ? F. D. 5 0 . B u e (Philippe), Martyre et ritualité dans VAntiquité tardive. Horizons de l'écriture médiévale des rituels — Annales. Histoire, Sciences sociales, 52, 1997, p. 63-92. Réflexions d'un médiéviste sur quelques Passions antiques, dont PPerp, dans une section intitulée : «Le martyre comme détournement imaginaire d'un rituel appartenant à la culture politique dominante». Pour les païens, le martyre n'est rien d'autre qu'une exécution légale ; la stratégie chrétienne consiste à s'approprier et à subvertir les significations reçues : des fragments de procès-verbal légitimant la décision d'un juge deviennent ainsi des instruments de propagande. «Les martyrs (ou leurs hagiographes) mettent en scène leur pro