Théorie des plaques

,
déplacement complémentaire
et plaques stratifiées
Bernard Nayroles
Laboratoire de Mécanique et d’Acoustique, CNRS Marseille
Juin 2009
Introduction
Ce travail fait suite à un article publié en 1999 [3] et que je comptais
compléter par quelques considérations d’analyse fonctionnelle. Un change-
ment d’activité imprévu m’en a empêché, mais ce n’était que partie remise.
C’est aussi bien ainsi : outre les quelques précisions d’analyse fonctionnelle
prévues, d’ailleurs assez banales, ce qui suit est un exposé de synthèse sur les
théories classiques suivi d’un développement plus poussé de la méthode du
déplacement complémentaire. J’avais déjà, dans les années 60, esquissé cette
méthode dans une perspective pédagogique ; le manque de moyens de calcul
formel et même simplement numérique l’avait laissée au rang de curiosité.
Trois aspects de la théorie des plaques
On peut choisir de diviser la théorie des plaques en trois parties :
• une formulation abstraite de la mécanique d’un solide bidimensionnel
nommé plaque, formulation qui, si l’on se limite à la flexion pour fixer les
idées, introduit comme variables duales naturelles la courbure de la surface
déformée et le tenseur de flexion-torsion ;
• la substitution du modèle bidimensionnel précédent au modèle tridi-
mensionnel du solide réel. C’est lors de celle-ci qu’apparaît la notion de dé-
placement complémentaire.
• les applications techniques dérivées de ce modèle tridimensionnel : élé-
ments finis, vibrations, charnières plastiques etc.
Dans la plupart des traités de Résistance des Matériaux on mélange sans
vergogne les deux premières parties, puisque, de toute façon, le texte est
destiné à des ingénieurs injustement réputés plus soucieux de la pratique que
de la démarche scientifique.
Si des préoccupations puristes
1
justifient la première partie, qui ne pré-
sente d’ailleurs aucune difficulté particulière, c’est bien la deuxième qui contient
les choix fondateurs de la théorie.
1. voire esthétiques ou même axiomatiques...
1
Bien que destinée aux applications la troisième partie peut nécessiter des
retours sur la deuxième ; en effet certains choix doivent être remis en ques-
tion lorsque la loi constitutive du matériau est fortement non linéaire (en
plasticité par exemple), ou qu’il faut prendre en compte des sollicitations
électromagnétiques, ou encore lorsqu’on cherche à raccorder les schémas bi-
dimensionnel et tridimensionnel à proximité du bord etc. On doit alors bien
garder à l’esprit les bases posées par les deux premières parties de la théorie
pour éviter les incohérences.
Le déplacement complémentaire
Les hypothèses les plus courantes, comme celle de la rectilignité des nor-
males déformées, sont de type cinématique
2
. Elles substituent au champ de
déplacement réel

U un champ approché

V qui en diffère par le "déplacement
complémentaire" u :

U =

V +u
Les théories usuelles des plaques considèrent ce déplacement complé-
mentaire comme négligeable, quitte à admettre implicitement son existence
comme dans les évaluations classiques des contraintes de cisaillement trans-
verse.
3
Si l’on s’en tient aux strictes hypothèses cinématiques, qui sont en fait des
liaisons artificielles, on sait que les contraintes ainsi calculées ne vérifieront
pas les équations d’équilibre intérieur sans l’addition des efforts de liaison
correspondants. Les traités pédagogiques restent discrets sur ce point mais
de nombreux articles de revue s’en préoccupent. Citons, parmi beaucoup
d’autres, W.T. Koiter [5], W.T. Koiter and J.G. Simmonds [6], P. Lade-
veze [9], [10], [11], M. Levinson [12], S. Nair et E. Reissner [13], E. Reissner
[15],[16],[17],[18],[19],[20], M. Touratier[21], Z. Rychter [22], G. Verchery [23].
Notons que la bibliographie des plaques est gigantesque.
En fait les hypothèses nécessaires à l’existence d’une théorie bidimension-
nelle des plaques sont le principe de Saint-Venant d’une part
4
, et une distance
suffisante du bord, de l’ordre de l’épaisseur. C’est le déplacement principal qui
supporte les notions classiques de la théorie des plaques : moments de flexion-
torsion, effort tranchant etc. tandis que le déplacement complémentaire sera
déterminé en sorte d’engendrer une solution tridimensionnelle acceptable voir
exacte.
2. même si on leur associe l’hypothèse dite des contraintes planes σ
33
= 0 qui est de
type "sthénique".
3. Le chapitre 6 détaillera ces évaluations en les complétant par l’indication du dépla-
cement complémentaire correspondant.
4. éventuellement étendu en fonction du déplacement principal choisi.
2
En appliquant le principe des travaux virtuels aux déplacements virtuels
principaux δ

V puis complémentaires δu on est conduit à écrire deux groupes
d’équations : celles des plaques et celles du déplacement complémentaire. On
étudie l’équivalence éventuelle entre ces deux groupes d’équations d’une part,
et les équations du solide tridimensionnel modélisé par une plaque d’autre
part. On voit que cette équivalence a précisément lieu dans les conditions
pour lesquelles le principe de Saint-Venant est exactement vérifié, ce qui est,
somme toute, passablement rassurant. Ce principe peut d’ailleurs s’exprimer
en termes de la loi des efforts extérieurs qui doit posséder la propriété notée
{
SV
: elle doit être indépendante du déplacement complémentaire et le tra-
vail virtuel des efforts extérieurs doit être nul dans tout déplacement virtuel
complémentaire.
L’équation différentielle du déplacement complémentaire
Si l’on suppose donnés les déplacements généralisés de la plaque le ten-
seur des contraintes

σ et le déplacement complémentaire u sont les inconnues
du système d’équations associé au déplacement complémentaire ; on peut éli-
miner

σ pour obtenir une équation aux dérivées partielles linéaire qui déter-
mine u. Les trois variables d’espace (x
1
, x
2
, z) sont effectivement concernées.
Mais lorsqu’il s’agit d’une plaque stratifiée et que les déplacements générali-
sés sont des polynômes en (x
1
, x
2
) l’équation aux dérivées partielles se réduit
à une équation différentielle ordinaire pour la variable z, linéaire et à coeffi-
cients constants dans chaque couche. L’inconnue est le vecteur des coefficients
c
ijk
(z) des polynômes inconnus
u
i
=
¸
j,k
c
ijk
(z)x
j
y
k
, i = 1, 2, 3
Dans le cas des plaques stratifiées on peut la résoudre formellement.
Ainsi lorsque les déplacements généralisés sont des polynômes en (x
1
, x
2
),
et c’est le cas des éléments finis, la méthode du déplacement complémentaire
fournit la solution tridimensionnelle exacte.
Composition de l’article et base de comparaison
Les six premiers chapitres sont un exposé assez personnel de la théorie
classique des plaques. La notion mathématique de moment d’une mesure y
joue un rôle essentiel, même si, d’ordinaire, on la laisse implicite. Les quelques
précisions d’analyse fonctionnelle devraient répondre aux questions naturelles
des amateurs de mathématiques. Enfin le chapitre 6 donne une présentation
des estimations classiques des contraintes de cisaillement, avec un hommage
3
spécial à la méthode mixte de E. Reissner très originale pour l’époque (1945).
Les deux derniers chapitres décrivent la méthode du déplacement complémen-
taire et ses résultats pour les plaques stratifiées.
Ayant depuis longtemps perdu le goût des exposés théoriques qui ne s’ac-
compagnent pas de résultats numériques comparables à ceux de la littérature,
nous avons choisi pour référence l’excellent traité de J.-L.Batoz et G.Dhatt
[4].
4
Chapitre 1
Différents modèles de plaque
On va comparer les modèles bidimensionnels par lesquels on a coutume
d’approcher le modèle tridimensionnel de référence.
1.1 La plaque comme solide tridimensionnel
1.1.1 Géométrie et coordonnées
L’espace euclidien tridimensionnel est rapporté aux coordonnées carté-
siennes (x
1
, x
2
, z). On note (e
1
, e
2
, e
3
) les vecteurs unitaires des axes.
Dans l’acception étroite du terme on nomme plaque un solide qui, dans
l’état de référence, occupe un volume Ψ du type :
Ψ = Ω ]−h/2, h/2[ (1.1)
où l’épaisseur h est une constante, Ω un domaine ouvert borné du plan
(x
1
, O, x
2
), et de frontière ∂Ω. C’est le cas de la plaque représentée par la
figure 1.1.
Pour étendre le champ d’application pratique de la théorie on étend cette
acception à des solides d’épaisseur variable, symétriques par rapport au plan
(x
1
, O, x
2
) :
Ψ =
¸
(x
1
, x
2
, z) ∈ R
3
/(x
1
, x
2
) ∈ Ω et [z[ ≤ h(x
1
, x
2
)/2
¸
(1.2)
et l’on suppose qu’il existe deux constantes notées h
min
et h
max
, telles que :
0 < h
min
≤ h(x
1
, x
2
) ≤ h
max
(1.3)
Enfin il arrive que tout le volume Ψ ne soit pas occupé par la matière de
la plaque comme c’est le cas, par exemple, d’un carton ondulé.
5
Figure 1.1 – Plaque plane et coordonnées
La frontière ∂Ψ du domaine Ψ est la réunion des faces inférieure ∂
1
Ψ,
supérieure ∂
2
Ψ et latérale ∂
3
Ψ :

1
Ψ =
¸
(x
1
, x
2
, z) ∈ R
3
/(x
1
, x
2
) ∈ Ω et z = −h(x
1
, x
2
)/2
¸
(1.4)

2
Ψ =
¸
(x
1
, x
2
, z) ∈ R
3
/(x
1
, x
2
) ∈ Ω et z = h(x
1
, x
2
)/2
¸
(1.5)

3
Ψ = ¦(x
1
, x
2
) ∈ ∂Ω et [z[ ∈ ]−h/2, h/2[¦ (1.6)
On notera n le vecteur normale extérieure à ∂Ω,

t le vecteur unitaire
tangent choisi en sorte que la base

n,

t, e
3

soit orthonormée directe. On
notera encore s l’abscisse curviligne sur ∂Ω.
1.1.2 Efforts extérieurs ou charges
Les "charges" (ou efforts extérieurs) sur un solide tridimensionnel sont en
général représentées par une densité volumique de force

f exercée dans Ψ et
par une densité surfacique de force

F exercée sur sa frontière. Compte tenu
de la géométrie particulière du solide étudié les charges sont mises sous la
forme :
Φ =

f,

F
1
,

F
2
,

F
3

(1.7)
où les densités surfaciques

F
1
,

F
2
et

F
3
sont exercées respectivement sur les
surfaces ∂
1
Ψ, ∂
2
Ψ et ∂
3
Ψ.
6
1.1.3 Notations
On notera, pour une dimension ν égale à 2 ou 3 :
E
ν
l’espace euclidien de dimension ν,
T
ν
l’espace des tenseurs symétriques du deuxième ordre sur l’espace eu-
clidien E
ν
,
V
ν
l’espace des vecteurs de E
ν
Si

∈ T
3
on note

(2)
la partie plane de ce tenseur, de composantes

(2)
ij
=
ij
pour les valeurs 1 et 2 de i et de j.
De même si ∆ désigne un opérateur différentiel sur E
3
on notera ∆
(2)
l’opérateur de même nom sur E
2
; ainsi pour la divergence div
(2)
u = ∂u
1
/∂x
1
+
∂u
2
/∂x
2
Le symbole "" désigne un produit scalaire de deux vecteurs et, plus géné-
ralement, un simple produit contracté, tandis que le symbole ":" désigne un
double produit contracté de deux tenseurs euclidiens ; ainsi, avec la conven-
tion de sommation des indices répétés :
u v = u
i
v
j
(

T v)
i
= T
ij
v
j
(v

T)
i
= T
ji
v
j
u

T v = u
i
T
ij
v
j

S :

T = S
ij
R
ji
1.1.4 Espaces fonctionnels
Pour décrire la situation mathématique engendrée par la théorie classique
du milieu continu tridimensionnel il est commode d’introduire explicitement
quatre espaces vectoriels réels de champs vectoriels ou tensoriels, notés :
• U est l’espace des champs de déplacements
U :
¯
Ψ →V
3

¯
Ψ désigne l’adhérence de Ψ ; en effet les champs de déplacements doivent
être aussi définis, au moins en un certain sens, sur la frontière ∂Ψ pour
qu’existe la puissance virtuelle des efforts exercés sur celle-ci.
• F est l’espace des efforts extérieurs de la forme (1.7) ;
• E est l’espace des champs de tenseurs de déformation

: Ψ →T
3
• S est l’espace des champs de tenseurs de contrainte

σ : Ψ →T
3
7
L’hypothèse des transformations infinitésimales se traduit par le fait que
l’espace U des champs de déplacements est vectoriel, et coïncide avec l’espace
des champs de vitesses virtuelles.
D’une façon générale on précise le choix de ces quatre espaces par deux
types de conditions :
• les conditions algébriques qui décrivent en général des liaisons auxquelles
le solide est soumis, pour l’instant aucune ;
• les conditions de régularité dont le choix est très dépendant la loi de
comportement.
Pour nous affranchir de celles-ci le plus longtemps possible nous suppose-
rons seulement, au moins dans un premier temps, que ces espaces possèdent
la propriété suivante :
Propriété { pour un espace fonctionnel
Considérons un espace de fonctions (et/ou de distributions) définies sur une
partie bornée de E
ν
; nous dirons qu’il possède la propriété { s’il contient les
restrictions à ce domaine de toutes les fonctions indéfiniment différentiables
sur E
ν
.
1.1.5 Dualités déplacements-efforts
et déformations-contraintes
Bien qu’en toute généralité il s’agisse de distributions, on gardera la no-
tation des intégrales de fonction pour expliciter les formes linéaires associées
à la puissance virtuelle. Ainsi la forme bilinéaire associée à la puissance vir-
tuelle des efforts extérieurs s’écrit-elle :

U, Φ) ∈ U F →'δ

U, Φ`
u
=

Ψ
δ

U

f +
¸


k
Ψ
δ

U

F
k
(1.8)
où, comme on le fera dans presque toute la suite, on note par le même symbole

les intégrales simples ou multiples, le domaine d’intégration donnant toute
l’information nécessaire. De même on omet le symbole de la mesure lorsqu’il
s’agit de celle de Lebesgue (e.g. : dx
1
dx
2
dz pour les intégrales de volume) ou
de son extension usuelle aux distributions.
Enfin nous omettrons la notation de trace, e.g. w
|
∂Ω
, lorsqu’il s’agit de va-
leurs prises sur ∂Ω, en nous réservant de vérifier a posteriori qu’elles existent
effectivement pour le cadre fonctionnel choisi.
Grâce à la propriété { la forme bilinéaire (1.8) place les espaces U et F
en une dualité séparante
1
qu’on note (U, '., .`
u
, F).
1. La dualité est séparante parce que les espaces considérés sont des espaces de distri-
8
De même la forme bilinéaire associée à la puissance virtuelle des contraintes
2
:
(

,

σ) ∈ E S →'

,

σ`

= −

Ψ

:

σ (1.9)
place les espaces E et S en une dualité séparante qu’on note (E , ' , `

, S).
1.1.6 Opérateur de déformation et opérateur d’équi-
libre
L’opérateur de déformation T : U → E est, dans le cas du solide tridi-
mensionnel classique, la partie symétrique du gradient, notée aussi grad
s
:
(T

U)
ij
= grad
s
(

U)
ij
=
1
2

∂U
j
∂x
i
+
∂U
i
∂x
j

(1.10)
avec, bien sûr dans ce contexte : x
3
= z.
S’il existe
3
son transposé est défini par :
T
T
: S →F (1.11)

U ∈ U, ∀

σ ∈ S : 'T

U,

σ`

= '

U, T
T

σ`
u
(1.12)
Cet opérateur transposé est l’"opérateur d’équilibre". En effet le principe
des puissances virtuelles pose qu’un champ de contraintes

σ et une charge Φ
sont en équilibre si :

δu ∈ U : '

δu, Φ`
u
+'Tu,

σ`

= 0 (1.13)
On peut donc écrire l’équation d’équilibre (1.12) sous la forme condensée :
T
T

σ +Φ = 0 (1.14)
En explicitant classiquement l’équation (1.12) à l’aide du théorème flux-
divergence on montre qu’elle équivaut au système bien connu :
div

σ +

f = 0 dans Ψ (1.15)

σ.n −

F
k
= 0 sur ∂
k
Ψ (1.16)
butions mis en dualité avec des espaces qui contiennent toutes les fonctions indéfiniment
différentiables.
2. Le signe - qui précède l’intégrale de l’équation (1.9) correspond à la convention qui
compte positivement les contraintes de traction.
3. i.e. si et seulement si T est continu pour les "topologies compatibles avec la dualité".
9
1.1.7 Noyaux, images et orthogonalité dans la dualité à
quatre espaces
D’une façon plus générale en mécanique des structures on rencontre des
schémas de dualité à quatre espaces U, F, E, S. Leurs éléments sont des
variables "généralisées" (déformations, contraintes etc.). Deux formes bili-
néaires définissent les dualités tandis qu’un opérateur de déformation et son
transposé établissent les communications entre celles-ci, ce que résume l’hy-
pothèse suivante :
Hypothèse 1 Richesse des espaces fonctionnels
Les quatre espaces contiennent toutes les restrictions au compact Ψ des fonc-
tions indéfiniment dérivables (propriété { (cf.1.1.4). Les formes bilinéaires
(1.8) et (1.9) existent. L’opérateur T est défini sur U (par la relation (1.10)
dans le cas particulier du solide tridimensionnel) ; il prend ses valeurs dans
E et est continu pour les topologies compatibles avec les dualités.
Le diagramme suivant exhibe les propriétés de dualité que nous exploiterons
dans la suite.
V ar. Dualités V ar.

U (T
T
(S))
o
= U
s
= ker(T) ⊂ U ' . , . `
u
F ⊃ (U
s
)
o
⊇ (T
T
(S)) Φ
T




T
T

T(U) ⊆ (kerT
T
)
o
⊂ E ' . , . `

S ⊃ (TU)
o
= ker(T
T
)

σ
Figure 1.2 – Dualité à quatre espaces pour le solide tridimensionnel
Les symboles ⊆ et ⊇ signalent que dans, les bonnes situations, l’inclusion
a lieu en tant qu’égalité.
Nous retrouverons le même type de diagramme pour les deux modèles
bidimensionnels ; pour bien mettre en évidence l’analogie des situations nous
garderons les noms des espaces fonctionnels, des opérateurs de déformation
et d’équilibre, à ceci près que ces noms porteront l’indice "R" pour le modèle
de Reissner qui prend en compte le cisaillement transverse, ou l’indice "K"
pour le modèle de Kirchhoff qui est celui de la flexion simple. Pour simplifier
le texte nous donnerons à ces modèles les noms "R" ou "K".
Le noyau U
s
= ker(T) de l’opérateur T est l’espace des déplacements de
corps rigide, de dimension 6 puisque nous n’avons introduit aucune liaison ; en
fait, sauf mention contraire, tout ce qui suit reste valable lorsque des liaisons
réduisent la dimension d
s
, éventuellement à 0. Lorsque d
s
= 6 l’orthogonal
10
(U
s
)
o
est l’espace des charges dont le torseur est nul. Classiquement U
s
est,
comme noyau d’un transposé, l’orthogonal de l’image T
T
(S) dont (U
s
)
o
est
l’adhérence. On a donc :
T
T
(S) ⊆ (U
s
)
o
(1.17)
En termes mécaniques l’inclusion signifie qu’une condition nécessaire pour
qu’une charge Φ soit équilibrée par un champ de contraintes

σ est qu’elle soit
de torseur nul. Si l’inclusion est vérifiée en tant qu’égalité cette condition
devient suffisante.
De même le sous-espace ker(T
T
), espace des champs de contraintes au-
toéquilibrés, est l’orthogonal de l’image T(U) ; on a donc l’inclusion :
T(U) ⊆ (ker(T))
o
(1.18)
Une condition nécessaire pour qu’il existe un champ de déplacement

U
qui engendre un champ de déformations

donné est donc que ce dernier déve-
loppe une puissance nulle dans tout champ de contraintes

σ autoéquilibré
4
.
En élasticité linéaire classique on peut établir l’égalité dans (1.18) en uti-
lisant des résultats d’analyse fonctionnelle (l’application T : (H
1
(Ψ))
3

(L
2
(Ψ))
6
est compacte). En fait J.J. Moreau[27] l’a démontrée dans un cadre
beaucoup plus général, pratiquement indépendant du choix des espaces fonc-
tionnels : il suffit que

soit une distribution sur Ψ, orthogonale à tous les
champs de contraintes réguliers et autoéquilibrés. Le chapitre 3 sera consa-
cré à cette égalité pour le solide tridimensionnel et pour les deux modèles de
plaque bidimensionnels et même, un peu plus généralement, à la compatibi-
lité des déformations (ordinaires ou généralisées).
1.2 Le modèle de Reissner
1.2.1 Déplacements généralisés, cisaillement transverse
et flexion simple
On peut construire une théorie des plaques indépendantes de celle du so-
lide tridimensionnel et dans lesquelles l’être mécanique élémentaire n’est pas
la particule matérielle de coordonnées (x
1
, x
2
, z) mais la "normale matérielle"
de coordonnées (x
1
, x
2
) c’est-à-dire la partie du segment :
A(x
1
, x
2
) = ¦(x
1
, x
2
, z)/[z[ ≤ h(x
1
, x
2
)/2¦
4. Les ingénieurs utilisent souvent l’expression "champ d’autocontraintes" pour dési-
gner les champs de contraintes autoéquilibrés.
11
effectivement occupée par la matière de la plaque ; dans les théories classiques
elle se déplace comme un corps rigide ; on note

k son vecteur unitaire qui
coïncide avec e
3
dans la configuration de référence.
Ce point de vue est proche de celui des frères Cosserat [24]. Une plaque
est donc une famille de segments de droite rigides A(x
1
, x
2
) qui, dans la
configuration de référence, sont parallèles à l’axe des z et centrés sur le plan
(x
1
, O, x
2
). Pour les frères Cosserat une "surface matérielle" est une famille
de trièdres qui dépendent continuement des deux variables d’espace x
1
et
x
2
, tandis que pour nous la rotation de la normale autour de son axe est
indifférente ; ainsi sa position dépend-elle de cinq paramètres seulement :
trois de translation et deux de rotation.
Le déplacement rigide (et infinitésimal) d’une normale est alors défini
par le vecteur déplacement

U
c
de son centre, dont on note ordinairement
5
(v
1
, v
2
, w) les composantes, et par deux angles de rotation qu’il s’avère com-
mode de remplacer par les produits scalaires :
β
1
=

k e
1
; β
2
=

k e
2
(1.19)
Cette convention de signe sur β est opposée à celle choisie dans [3] ;
pour faciliter les comparaisons nous adoptons maintenant celle utilisée par
J.L.Batoz et G.Dhatt dans leur excellent livre [4] ainsi que par E. Reissner
dans ses articles historiques, en particulier : [15], [16], [17], [20].
β
1
et β
2
sont donc nuls dans la configuration de référence. On note que
ω = −β
2
e
1
+ β
1
e
2
est le vecteur rotation qui fait passer de e
3
à

k
3
:

k =
e
3
+ ω ∧ e
3
. Selon le contexte on appellera donc "déplacement généralisé"
tantôt le quintuplet de variables scalaires :
q = (v
1
, v
2
, w, β
1
, β
2
) (1.20)
tantôt le triplet de variables, l’une scalaire, w, les deux autres vectorielles,
v et

β :
q = (v, w,

β) où :

β = β
1
e
1

2
e
2
(1.21)
Le scalaire w est traditionnellement nommé "flèche de la plaque". Lors-
qu’on définit w comme le déplacement vertical du milieu de la normale maté-
rielle soit : w = U
3
(x
1
, x
2
, 0) la surface (x
1
, x
2
, w(x
1
, x
2
)) se nomme "surface
moyenne déformée", terme d’emploi courant. Lorsque nous définirons w par
w(x
1
, x
2
) =
1
h

h/2
−h/2
U
3
(x
1
, x
2
, z)dz nous préférerons parler de "surface défor-
mée moyenne".
On notera U
R
l’espace des champs de déplacements généralisés définis sur
Ω et, au moins au sens de la trace, sur la frontière ∂Ω.
6
5. Nous verrons plus loin que nous choisirons de définir w comme la moyenne de U
3
sur l’épaisseur
6. On ne précise pas encore le choix fonctionnel de U
R
.
12
Le champ v peut être nommé "déplacement plan"
7
,tandis que le couple
(w,

β) constitue le déplacement de flexion. Cette prise en compte, par la va-
riable

β, de l’inclinaison de la normale sur le plan (x
1
, 0, x
2
) conduit à la théo-
rie des plaques fléchies avec "cisaillement transverse", nommée usuellement
"modèle CT" mais que nous nommerons plutôt "modèle R", en hommage
à E. Reissner [15]. Plus simplement, dans la théorie élémentaire des plaques
(modèle K), on suppose l’égalité :
grad
(2)
w +

β = 0 (1.22)
Elle signifie que les normales restent orthogonales à la surface moyenne dé-
formée. Il n’y a plus alors que trois composantes du déplacement généralisé
qui s’écrit q = (v
1
, v
2
, w) ; nous retrouverons cette situation à l’alinéa 1.3.
Dans le modèle R les déplacements généralisés de corps rigide (v, w,

β)
constituent un espace vectoriel notés U
s
R
; ils sont définis par une transla-
tion de composantes (v
0
1
, v
0
2
, w
0
) et par un vecteur rotation de composantes
(−β
0
2
, β
0
1
, θ
0
) avec :
v(x
1
, x
2
) = (v
0
1
−θ
0
x
2
)e
1
+ (v
0
2

0
x
1
)e
2
w(x
1
, x
2
) = w
0
−x
1
β
0
1
−x
2
β
0
2

β(x
1
, x
2
) =

β
0
(1.23)
1.2.2 Efforts extérieurs généralisés
L’espace produit V
2
R V
2
est muni du produit scalaire naturel :

(v, w,

β), (g, p, c)

∈ (V
2
R V
2
) (V
2
R V
2
) −→
'(v, w,

β), (g, p, c)`

= v g +w p +

β c ∈ R
(1.24)
La densité surfacique de travail virtuel d’un effort extérieur exercé dans Ω
est alors définie à l’aide du quintuplet Q

= (g
1
, g
2
, p, c
1
, c
2
) dont les trois pre-
miéres composantes sont des densités surfaciques scalaires de force associées
aux composantes de translation, et les deux dernières des densités surfaciques
scalaires de couple associées aux composantes de rotation. Comme pour le
déplacement on peut aussi considérer le triplet (g, p, c). La densité surfacique
de puissance virtuelle est alors, par définition :
' δq [ Q

`

= δv g +δw p +δ

β c (1.25)
7. ou encore, fréquemment, "déplacement de membrane"
13
De même, sur le contour ∂Ω, on définit une densité linéique de puissance
virtuelle par :
' δq [ Q
∂Ω
`
∂Ω
= δv

G+δw P +δ

β

C (1.26)
où le triplet Q
∂Ω
= (

G, P,

C) est constitué de densités linéiques de force et
de couple
8
.
On nommera "charge", ou "effort extérieur généralisé", le sextuplet :
Q = (Q

, Q
∂Ω
) = (g, p, c,

G, P,

C) (1.27)
On notera F
R
un espace de champs Q; il est mis en dualité avec l’espace
U
R
par la forme bilinéaire :
(q, Q) ∈ U
R
F
R
→'q, Q`
q
=


' q [ Q

`

+

∂Ω
' q [ Q
∂Ω
`
∂Ω
(1.28)
1.2.3 Déformations généralisées
On choisit pour variable de déformation le triplet :
ζ = (

m
,

χ, γ) ∈ T
2
T
2
V
2
(1.29)

m
est la "déformation de membrane",

χ un tenseur de type courbure, γ
le "vecteur de cisaillement transverse".
Opérateur déformation pour le modèle R
On choisira un espace des champs de déformations généralisées
x ∈ Ω →ζ(x) ∈ T
2
T
2
V
2
tel qu’existe l’opérateur de déformation de plaque :
T
R
: U
R
→E
R
(1.30)
défini par le système différentiel :
ζ =

m
= grad
(2)
s
v

χ = grad
(2)
s

β
γ = grad
(2)
w +

β
(1.31)
8. rappelons que nous avons décidé d’omettre la notation de la trace
14
La quantité −

χ est du type tenseur de courbure ; elle ne coïncide pas, en
général, avec le tenseur de courbure de la surface moyenne déformée qui vaut
en effet :
grad
(2)
grad
(2)
w = −

χ +grad
(2)
γ (1.32)
On nomme déformations généralisées de la plaque les trois composantes
du triplet ζ ou, selon le contexte, ζ lui-même. On vérifie immédiatement
que l’espace des déplacements généralisés solidifiants U
s
R
, caractérisé par les
équations (1.23), est bien dans le noyau de T
R
.
Inversement si le champ ζ est nul alors, d’après la relation (1.31) on a

β =
−grad
(2)
w puisque γ est nul ; ensuite, puisque

χ est nul, grad
(2)
grad
(2)
w =

χ est nul ; w est donc une fonction affine de (x
1
, x
2
), de gradient constant

β
0
, comme écrit dans (1.23).Enfin la nullité de

m
entraîne classiquement
que le déplacement plan v est solidifiant, c’est-à-dire de la forme précisée par
(1.23).
Proposition 1
Le noyau de l’opérateur déformation T
R
défini par le système (1.31) est
l’espace des déplacements solidifiants caractérisés par le système (1.23)
1.2.4 Contraintes généralisées
Ainsi qu’on l’a fait pour les efforts généralisés exercés dans Ω, on définit
les contraintes généralisées comme les coefficients de la densité surfacique de
puissance virtuelle des efforts intérieurs.
On introduit la variable Z, nommée "contrainte généralisée" :
Z = (

N,

M,

T) ∈ T
2
T
2
V
2
(1.33)
et l’on pose que la densité surfacique de puissance virtuelle des efforts inté-
rieurs s’écrit :
'δζ [[ Z`

= −(δ

m
:

N +δ

χ :

M +δγ

T) (1.34)
On choisit enfin un espace S
R
de champs de contraintes généralisées tel que
la forme bilinéaire suivante existe :
(ζ, Z) ∈ E
R
S
R
→'ζ, Z`
ζ
=


'ζ [[ Z`

(1.35)
15
Le tenseur

N est celui des contraintes de membrane. Traditionnellement

M et

T sont nommés respectivement "tenseur de flexion-torsion" et "effort
tranchant".
L’équation d’équilibre entre une charge Q et une contrainte généralisée Z
s’écrit en annulant la somme de leurs puissances virtuelles pour des champs
de déplacements généralisés δq et de déformations généralisées δζ "compa-
tibles" entre eux, c’est-à-dire solutions de (1.10) :
∀δq ∈ U
R
: 'δq, Q`
q
+'T
R
δq, Z`
ζ
= 0 (1.36)
ou, de façon équivalente si l’opérateur transposé T
T
R
existe pour le choix
qu’on a fait des espaces fonctionnels :
T
T
R
Z +Q = 0 (1.37)
On peut illustrer la structure algébrique du modèle R par le diagramme
de dualité de la figure 1.3, identique, à l’indice R près, au diagramme de la
figure 1.2 :
(T
T
R
)
o
= U
s
R
= ker(T
R
) ⊂ S
R
' . , . `
q
F
R
⊃ (U
s
R
)
o
⊇ T
T
R
(S
R
)
T
R




T
T
R
T
R
(U
R
) ⊆ (kerT
T
R
)
o
⊂ E
R
' . , . `
ζ
S
R
⊃ (T
R
U
R
)
o
= ker(T
T
R
)
Figure 1.3 – Dualité à quatre espaces pour le modèle R
1.2.5 Équations différentielles de l’équilibre pour le mo-
dèle R
En explicitant l’équation d’équilibre (1.36) à l’aide du théorème flux-
divergence et en utilisant un processus classique d’identification on obtient
facilement (cf. annexe 1.4.1) l’expression de l’opérateur T
T
R
en termes d’équa-
tions différentielles et de conditions à la frontière :
Proposition 2
Les équations différentielles suivantes explicitent l’opérateur T
T
R
:
16
Équations de membrane
dans Ω : div
(2)

N = −g (1.38)
sur ∂Ω :

N n =

G (1.39)
Équations de flexion
dans Ω : div
(2)

T = −p (1.40)
div
(2)

M −

T = −c (1.41)
sur ∂Ω :

T n = P (1.42)

M n =

C (1.43)
On note que les équations de membrane et celles de flexion forment deux
groupes indépendants, qui, toutefois, seront souvent couplés par la loi de
comportement du matériau dans l’écriture du système d’équations complet.
On a donc construit pour la plaque (figure 1.3) le même diagramme de
dualité à quatre espaces que pour le solide tridimensionnel (figure 1.2). On
construira au chapitre 3 le dispositif qui permet de faire communiquer les
deux diagrammes. Auparavant donnons quelques indications sur la théorie
élémentaire de la flexion.
1.3 La théorie élémentaire de la flexion : mo-
dèle K (comme Kirchhoff)
Pour alléger l’exposé ignorons le déplacement de membrane dont le trai-
tement est identique à celui du modèle R. Nous ne nous intéressons qu’aux
composantes de flexion w et

β.
1.3.1 Déplacements et déformations généralisés
La théorie élémentaire, dite de flexion simple, suppose que la normale
reste orthogonale à la surface moyenne déformée, c’est à dire que

β = −grad
(2)
w.
Le déplacement généralisé se réduit donc à la seule composante w et la dé-
formation généralisée au seul tenseur

χ avec pour opérateur de déformation
T
K
= −grad
(2)
grad
(2)
:

χ
ij
= −

2
w
∂x
i
∂x
j
(1.44)
Le noyau de T
K
est l’espace des fonctions affines du couple (x
1
, x
2
). Il est donc
de dimension 3, comme dans le modèle R sans déplacement de membrane.
17
On notera respectivement U
K
et E
K
les espaces fonctionnels choisis pour
les déplacements généralisés w et pour les déformations généralisées

χ, es-
paces choisis en sorte que T
K
soit une application de U
K
dans E
K
.
1.3.2 Contraintes et efforts généralisés
Comme dans le modèle comportant du cisaillement transverse la contrainte
généralisée associée au tenseur de courbure est le tenseur de flexion-torsion

M qui développe la puissance virtuelle exprimée par la forme bilinéaire :

χ,

M`
χ
= −


δ

χ :

M (1.45)
Les efforts extérieurs considérés sont de la forme f = (p, c, P,

C) où :
• p e
3
est une densité surfacique de force (distribution sur Ω),
• c = c
1
e
1
+ c
2
e
2
est une densité surfacique de couple (distribution sur Ω)
qui développe la puissance virtuelle


grad
(2)
δw c,
• P e
3
est une densité linéique de force (distribution sur ∂Ω),


C est une densité linéique de couple (distribution sur ∂Ω) qui développe
la puissance virtuelle

∂Ω
grad
(2)
δw

C.
Ce dernier vecteur, qu’on écrit sous la forme

C = C
n
n+C
t

t, a la dimension
d’une force. La vraie densité de couple est le vecteur

C = C
n
n −C
t

t puisque
le vecteur rotation du trièdre (n,

t,

k) est le vecteur dw/ds n −dw/dn

t.
1.3.3 Dualité pour le modèle K
On notera cette fois F
K
l’espace des efforts f et S
K
celui des contraintes
généralisées

M ; ils sont respectivement mis en dualité avec U
K
et E
K
par les
formes bilinéaires :
(w, f) ∈ U
K
F
K

'w, f`
w
=


(w p +grad
(2)
w c) +

∂Ω
(w p +grad
(2)
w

C)
(1.46)
(

χ,

M) ∈ E
K
S
K
→'

χ,

M`
χ
= −

χ

M (1.47)
Étudions maintenant l’opérateur transposé T
T
k
.
18
1.3.4 Équations différentielles de l’équilibre pour le mo-
dèle K
En utilisant comme précédemment le théorème flux-divergence on obtient
facilement l’expression de l’opérateur T
K
R
en termes d’équations différentielles
et de conditions à la frontière (cf.annexe 1.4.2) :
Proposition 3
Les équations différentielles suivantes explicitent l’opérateur T
T
K
:
dans Ω : div
(2)
div
(2)

M = −p +div
(2)
c (1.48)
sur ∂Ω : n div
(2)

M +
d(

t

M n)
ds
= P −
dC
T
ds
+c n (1.49)
sur ∂Ω : n

M n = −C
N
(1.50)
1.3.5 Remarques sur les conditions aux limites
Dans la théorie de Reissner les conditions d’équilibre sur la frontière sont
trois équations scalaires écrites en (1.39, 1.42, 1.43) ; dans celle de Kirchhoff
elles ne sont que deux : (1.49, 1.50).
Dans ses débuts (Lagrange, Sophie Germain) la théorie des plaques était
du type de Kirchhoff et pouvait se résumer (pour une plaque élastique et
isotrope) à l’équation de Lagrange :
(∆
(2)
)
2
w = p
où ∆
(2)
est le laplacien bidimensionnel. C’est une équation elliptique d’ordre
4 qu’on doit compléter par deux conditions aux limites scalaires, comme dans
la théorie de Kirchhoff. On trouvait paradoxal de ne disposer que de deux
conditions scalaires alors qu’intuitivement le mécanicien aurait aimé écrire
les relations (1.42, 1.43).
En fait, comme l’explique Reissner [20], la condition (1.49) "contracte"
(1.42) et la composante tangentielle de (1.43) ; le système différentiel qui dé-
coule de la théorie de Reissner est d’ordre 6, les trois fonctions inconnues
étant régies par trois équations du second ordre, à savoir, dans le cas homo-
19
gène et isotrope :
E
1 +ν


2
w
∂x
2
1
+

2
w
∂x
2
2
+
∂β
1
∂x
1
+
∂β
2
∂x
2

= −p
Eh
3
12(1 −ν
2
)


2
β
1
∂x
2
1


2
β
2
∂x
1
∂x
2
+
1 −ν
2


2
β
1
∂x
2
2
+

2
β
2
∂x
1
∂x
2


E
1 +ν

∂w
∂x
1

1

= −c
1
Eh
3
12(1 −ν
2
)


2
β
2
∂x
2
2


2
β
1
∂x
1
∂x
2
+
1 −ν
2


2
β
2
∂x
2
1
+

2
β
1
∂x
1
∂x
2


E
1 +ν

∂w
∂x
2

2

= −c
2
1.4 Annexes du chapitre 1
1.4.1 Démonstration des équations différentielles d’équi-
libre pour le modèle R
La puissance virtuelle des efforts intérieurs est a été définie par (1.34) :
'T
R
δq, Z`
ζ
= −

N : grad
(2)
s
δv −

M : grad
(2)
s

β −

T (grad
(2)
δw+δ

β)
On développe successivement les trois termes à l’aide du théorème flux-
divergence :

N : grad
(2)
s
δv =

div
(2)
(

N δv) −(div
(2)

N) δv

=

∂Ω
n

N δv −


(div
(2)

N) δv

M : grad
(2)
s
δ

β =

div
(2)
(

M δ

β) −(div
(2)

M) δ

β

=

∂Ω
n

M δ

β −


div
(2)

M

T (grad
(2)
δw +δ

β) =

div
(2)
(

T δw) −δw div
(2)

T +

T δ

β

=

∂Ω
n

T δw −


(δw div
(2)

T −

T δ

β)δ

β
D’autre part la puissance virtuelle des efforts extérieurs est :


(δv g +δw p +δ

β c) +

∂Ω
δv

G+δwP +δ

β

C
20
La puissance virtuelle totale doit être nulle à l’équilibre quelles que soient les
variations δv, δw, δ

β.
Dans un premier temps on choisit ces dernières à support compact contenu
dans Ω, ce qui conduit aux équations sur l’intérieur de ce domaine.
Ensuite, la contribution de l’intérieur à la puissance virtuelle étant nulle
celle de la frontière doit s’annuler aussi, quelles que soient les variations des
"traces" δv, δw, δ

β. On obtient ainsi les conditions d’équilibre sur ∂Ω.
1.4.2 Démonstration des équations différentielles d’équi-
libre pour le modèle K
En effet la puissance virtuelle des contraintes généralisées est l’intégrale :
W
int
=

M : grad
(2)
grad
(2)
δw
qu’on développe en utilisant les formules classiques :

M : grad
(2)
grad
(2)
w =
div
(2)
(

M grad
(2)
w)−div
(2)
(w div
(2)
(

M)) +w div
(2)
div
(2)

M
et, sur le contour ∂Ω :
grad
(2)
w =
dw
dn
n +
dw
ds

t
ce qui conduit à :
W
int
=

∂Ω

−δw n div
(2)

M +
dδw
ds

t

M n +
dδw
dn
n

M n

+


δw div
(2)
div
(2)

M
La puissance virtuelle des efforts extérieurs est par définition :
W
ext
=

∂Ω
(
dδw
dn
C
N
+
dδw
ds
C
T
+δwP) +


(δw p +grad
(2)
δw c)
qui s’écrit, après intégration par parties :
W
ext
=

∂Ω

dδw
dn
C
N
+
dδw
ds
C
T
+δw(P +c n)

+


δw (p −div
(2)
c)
21
La puissance virtuelle totale est donc :
W
tot
=


δw(div
(2)
div
(2)

M +p −div
(2)
c)+

∂Ω
¸
δw(−n div
(2)

M +P +c n) +
dδw
ds
(

t

M n +C
T
) +
dδw
dn
(n

M n +C
N
)

On doit encore transformer l’expression précédente parce que les quantités
δw et δw/ds ne sont pas indépendantes sur le contour fermé ∂Ω; on peut
toutefois intégrer par parties le deuxième terme de l’intégrale sur celui-ci ; il
vient :
W
tot
=


δw(div
(2)
div
(2)

M +p −div
(2)
c)+

∂Ω
¸
δw

−n div
(2)

M +P +c n −
d
ds
(

t

M n +C
T
)

+
dδw
dn
(n

M n +C
N
)

(1.51)
En annulant W
tot
, forme linéaire du couple de fonctions indépendantes
δw et δw/dn, on obtient le système présenté dans l’alinéa 1.3.4.
22
Chapitre 2
Compatibilité des déformations
Pour le modèle tridimensionnel et pour celui de Reissner nous allons éta-
blir les conditions d’intégrabilité des champs de déformations (ordinaires ou
généralisées), d’une part sous la forme de relations différentielles comme on
les trouve dans les ouvrages classiques, d’autre part sous forme "variation-
nelle" c’est à dire en exprimant la nullité de certaines formes bilinéaires.
Cette dernière voie doit presque tout à l’article fondateur de J.J.Moreau
([27]). Elle permet de couvrir sans difficulté particulière les cas de domaines
multiplement connexes, comme celui de liaisons linéaires auxquelles le solide
est éventuellement assujetti.
2.1 Formulation différentielle de la compatibi-
lité locale
2.1.1 Rappel de résultats pour le solide tridimensionnel
Tous les ouvrages de mécanique des milieux continus s’intéressent à la
"compatibilité" d’un champ de tenseurs de déformation

à valeurs dans T
2
ou
dans T
3
, c’est-à-dire aux conditions d’existence d’un champ de déplacements

U à valeurs dans V
2
ou dans V
3
et tel que :

= grad
s

U (2.1)
Classiquement les conditions citées dans les livres s’expriment à l’aide de
relations différentielles dues à Saint-Venant ; on peut les écrire sous la forme
indicielle (cf. L.Solomon [25], J. Salençon [26]) :

ij,kl
+
kl,ij
=
ik,jl
+
jl,ik
(2.2)
23
Compte tenu des symétries, elles conduisent, en dimension 3, à six rela-
tions indépendantes déduites des deux suivantes par permutation circulaire :
2
12,12

11,22

22,11
= 0 (2.3)

13,23

12,33

33,21
+
32,31
= 0 (2.4)
En dimension 2 ces conditions se réduisent à la seule relation (2.3).
Il s’agit de conditions nécessaires qui deviennent suffisantes lorsque le
domaine est simplement connexe. Lorsqu’il est multiplement connexe on doit
écrire la nullité de certaines intégrales pour assurer l’existence d’un champ

U uniforme [25].
2.1.2 Formulation différentielle de la compatibilité lo-
cale pour le modèle de Reissner
On peut établir les conditions de compatibilité d’un champ de déforma-
tions généralisées sur toute partie simplement connexe de Ω :
Proposition 4 Compatibilité locale des déformations généralisées
Soit ζ = (

m
,

χ, γ) un champ de déformations généralisées défini sur l’ouvert
simplement connexe Ω et deux fois continûment différentiable ; pour qu’il
existe un champ de déplacements généralisés q = (v, w,

β) tel que ζ = T
R
(q),
c’est à dire solution du système :

m
= grad
(2)
s
v (2.5)

χ = grad
(2)
s

β (2.6)
γ = grad
(2)
w +

β (2.7)
il est nécessaire et suffisant que ζ soit solution du système suivant :

m
22,12
+
m
11,22
−2
m
12,12
= 0 (2.8)
γ
1,12
−γ
2,11
+ 2(χ
12,1
−χ
11,2
) = 0 (2.9)
γ
2,12
−γ
1,22
+ 2(χ
12,2
−χ
22,1
) = 0 (2.10)
χ
22,11

11,22
−2χ
12,12
= 0 (2.11)
En effet, d’après ce qui précède, les conditions (2.8) et (2.11) sont néces-
saires et suffisantes pour qu’existent v et

β solutions respectives de (2.5) et
de (2.6). Notons que v et

β ne sont définis qu’à un déplacement rigide près,
par exemple pour

β :

β =

β
1
+

β
0
−θ
0
x
2
e
1

0
x
1
e
2
(2.12)
24


β
1
désigne une solution particulière,

β
0
et θ
0
des constantes arbitraires.
Il reste donc à montrer qu’il existe une fonction w et une détermination
de

β solutions de (2.7) si et seulement si le couple (γ,

χ) est solution du
système (2.9, 2.10, 2.11).
Pour que (2.7) ait lieu il est nécessaire et suffisant que r = rot(−

β +γ)
soit nul
1
:
r = 2θ
0
−β
1
2,1

1
1,2

2,1
−γ
1,2
= 0 (2.13)
Pour que r soit nul il est nécessaire que son gradient soit nul :
−β
1
2,11

1
1,21

2,11
−γ
1,21
= 0 (2.14)
−β
1
2,12

1
1,22

2,12
−γ
1,22
= 0 (2.15)
et, pour la première composante par exemple, on vérifie que :
β
1
2,11
−β
1
1,21
= 2(χ
12,1
−χ
11,2
) (2.16)
en sorte que les relations (2.9) et (2.10) sont équivalentes aux relations (2.14)
et (2.15).
Inversement si ces dernières ont lieu le rotationnel r est une constante
qu’on annule en choisissant :
θ
0
=
1
2

1
2,1
−β
1
1,2

1,2
−γ
2,1
) (2.17)
Finalement, en accord avec (2.12), où θ
0
est maintenant déterminé,

β est
défini à la constante arbitraire

β
0
près tandis que w est définie à la fonction
affine w
0
−β
0
1
x
1
−β
0
1
x
2
près.
Les conditions différentielles de compatibilité locale pour le modèle de
Kircchoff se déduisent des précédentes pour γ = 0.
2.2 Compatibilité globale
2.2.1 Deux théorèmes de J.J.Moreau
Comme au chapitre 1 notons, pour ν = 2 ou 3 :
E
ν
l’espace euclidien de dimension ν,
T
ν
l’espace des tenseurs euclidiens symétriques sur E
ν
,
V
ν
l’espace des vecteurs de E
ν
,
1. Nous utilisons la notation indicielle de la dérivation pour terminer cet alinéa
25
et notons aussi Ψ un ouvert quelconque de E
ν
,
D(Ψ, T
ν
) l’espace des fonctions indéfiniment différentiables à valeurs dans T
ν
et de support compact contenu dans Ψ,
D

(Ψ, T
ν
) l’espace des distributions sur Ψ à valeurs dans T
ν
.
On notera ' , ` la forme bilinéaire qui met en dualité D et D

.
On doit à Jean-Jacques Moreau [?] deux théorèmes qui couvrent la quasi-
totalité des cas usuels
2
. Ω désigne un ouvert de E
ν
avec ν = 2 ou 3 :
Théorème 1 (J.J. Moreau 1979 "théorème 0")
Soit g ∈ D

(Ω, E
ν
) ; pour qu’il existe une distribution f ∈ D

(Ω, R) telle que
g = grad
(ν)
f il est nécessaire et suffisant que 'g, u` = 0 pour tout champ
u ∈ D(Ω, V
ν
) et de divergence nulle.
Théorème 2 (J.J. Moreau 1979 "théorème 1")
Soit

∈ D

(Ω, T
ν
) ; pour qu’il existe un u ∈ D

(Ω, V
ν
) tel que

= grad
s
u il
est nécessaire et suffisant que, pour tout

σ ∈ D(Ω, T
ν
) et de divergence nulle
on ait :
'

,

σ` = 0 (2.18)
Remarque
On note l’absence d’hypothèse sur le connexité de l’ouvert Ω.
Notons que dans l’article en question Moreau nomme "théorème 0" le
théorème 1 ; il lui sert en effet de préliminaire à la démonstration du théo-
rème 2 qu’il nomme "théorème 1".
2.2.2 Compatibilité globale pour le modèle tridimen-
sionnel
Compatibilité globale en l’absence de liaisons
Revenons au schéma de dualité à quatre espaces présenté par la figure
1.2. En vertu de l’hypothèse 1 (§ 1.1.7) l’espace S possède la propriété {
(§ 1.1.4). Le noyau ker(T
T
) contient donc tous les champs

σ ∈ D(Ψ, T
ν
) et
de divergence nulle. D’où l’implication :

∈ (ker(T
T
))
o
⇒∃

U ∈ D

(Ψ, T
ν
) :

= grad
(s)

U (2.19)
. . .mais rien ne dit, pour autant, que

U appartienne à U. En particulier
(2.19) ne définit

U qu’à l’addition près d’un

V ∈ U
s
.
2. c’est-à-dire lorsque les divers champs sont des distributions sur Ω
26
Pour l’assurer l’existence de

U ∈ U nous ferons dans un premier temps
l’hypothèse suivante :
Hypothèse 2
L’espace U contient tous les champs de déplacements

U ∈ D

(Ψ, T
ν
) tels que
grad
s

U ∈ E.
L’hypothèse 1 (§ 1.1.7) supposait que T était une application de U dans
E donc celui-ci suffisamment riche par rapport à celui-là ; inversement l’hypo-
thèse 2 suppose U suffisamment riche par rapport à E. Elle implique en outre
que le sous-espace U
s
contient tous les déplacements d’ensemble possibles,
c’est-à-dire qu’il est bien de dimension 6 en tridimensionnel (ν = 3) ou de
dimension 3 en bidimensionnel (ν = 2). Autrement dit le solide considéré
n’est soumis à aucune liaison. On en déduit immédiatement le
Corollaire 1
Si les hypothèses 1 (§ 1.1.7) et 2 (§ 2.2.2) sont vérifiées alors :
T(U) = ker(T
T
)
o
(2.20)
Compatibilité globale en présence de liaisons linéaires
Nous allons détailler les ingrédients de la figure 2.1.
T
V
= T ◦ J T
T
V
= O◦ T
T
V ' . , . `
v
G = F/V
o
J




O
V ⊂ U ' . , . `
u
F ⊃ V
o
T




T
T
T
V
(V) = T(V) ⊂ T(U) ⊂ E ' . , . `

S ⊃ T(V)
o
⊃ T(U)
o
Figure 2.1 – Liaisons et compatibilité des déformations
Une propriété remarquable de la caractérisation des champs intégrables
par dualité est qu’elle fonctionne encore lorsque le solide est soumis à des
liaisons sans frottement linéaires (ou affines).
27
Notons en effet U l’espace des champs de déplacements du solide libre de
toute liaison et introduisons une liaison sans frottement définie par un sous-
espace vectoriel fermé
3
V du précédent et un point u
o
∈ U. Le déplacement

U est assujetti à rester dans la variété affine u
o
+ V tandis que l’effort de
liaison est a priori quelconque dans l’orthogonal V
o
⊂ F.
On considère alors l’espace quotient G = F/V
o
, l’application canonique
O : F → G et la dualité quotient définie par la forme bilinéaire :
(

V , ψ) ∈ V G −→'

V , ψ`
v
= '

V , ϕ`
u
où ϕ ∈ O
−1
(ψ) (2.21)
On note J l’injection de V dans U, T
V
la restriction de T à V. On a :
J
T
= O ; T
V
= T ◦ J ; T
T
V
= O◦ T
T
(2.22)
En termes de mécanique générale la dualité (U , ', `
u
, F) décrit la si-
tuation où la liaison définie par V est explicite et la dualité (V , ', `
v
, G)
celle où la liaison est implicite. La figure 2.1 résume la situation.
Établissons maintenant un second corollaire du théorème 2 de Moreau :
Corollaire 2
Si U vérifie les hypothèses 1 (§ 1.1.7) et 2 (§ 2.2.2) du corollaire 1 (§ 2.2.2)
et si

∈ E est orthogonal au noyau de l’opérateur d’équilibre ker(T
T
V
) alors
il existe un champ

V ∈ V tel que

= T
T
V
(

V ). En particulier l’image T
V
(V)
est fermée.
En effet on a d’après (2.22) :
ker(T
T
V
) = (T
T
)
−1
(V
o
) (2.23)
et la suite d’assertions équivalentes :

σ ∈ ker(T
T
V
) ⇐⇒

σ ∈ (T
T
)
−1
(V
o
) ⇐⇒ T
T

σ ∈ V
o
⇐⇒ ∀

V ∈ V : 'T

V ,

σ`

= '

V , T
T

σ`
v
= 0 ⇐⇒

σ ∈ T(V)
o
qui aboutit à :
ker(T
T
V
) = T(V)
o
(2.24)
Ensuite si

est orthogonal à ker(T
T
V
) = T(V)
o
il est a fortiori orthogonal
à T(U)
o
et il existe, en vertu du corollaire 1, un champ

V ∈ U avec

= T

V .
3. pour les topologies compatibles avec la dualité
28
Il reste à montrer que

V appartient effectivement à V. En appliquant
T
T
au deux membres de (2.24) puis en utilisant 2.23, on obtient l’égalité
V
o
= T
T
(T(V)
o
), ce qui permet d’écrire :
∀ φ ∈ V
o

σ ∈ T(V)
o
: T
T

σ = φ
⇒'

V , φ`
v
= 0 ⇒

V ∈ (V
o
)
o
= V
puisque V est fermé, ce qui achève la démonstration.
Remarque historique
La première caractérisation duale des champs de déformation compatibles
semble due à Donati (Gurtin cite Donati dans l’ouvrage d’élasticité [28], lui-
même cité par J.J. Moreau [27]), pour des champs

σ ∈ C
2
(Ψ, T
3
) et un
domaine Ψ simplement connexe, en l’absence de liaisons. Une démonstration
simple consiste à utiliser le résultat classique :
div

σ = 0 ⇐⇒ ∃

τ : div

σ = rot rot
T

τ
où l’opérateur rot rot
T
est son propre transposé :
'

, rot rot
T

τ`

= 'rot rot
T

,

τ`

L’orthogonalité de

à tous les champs de contraintes

σ de divergence nulle
conduit donc à rot rot
T
= 0 qui n’est autre que la condition (2.2). Le cas
des solides soumis à des liaisons exprimées sous forme explicite "concrète"
comme par exemple :

V = 0 sur ∂
1
Ψ ⊂ ∂Ψ (2.25)
est assez facile à traiter à partir du théorème de Donati. Le théorème de
Moreau apporte un progrès et un confort certains pour le traitement des
domaines multiplement connexes.
2.2.3 Compatibilité globale pour le modèle de Reissner
Rappelons les équations différentielles d’équilibre (2.37), en l’absence de
charge, pour des champs de contraintes généralisées Z = (

N,

M,

T) indéfini-
ment différentiables et de support compact contenu dans Ω :
div
(2)

N = 0 (2.26)
div
(2)

T = 0 (2.27)
div
(2)

M −

T = 0 (2.28)
Notons J
R
l’ensemble des ces champs Z, évidemment contenu dans ker(T
T
R
).
29
Proposition 5 Compatibilité globale en l’absence de liaisons
Soit ζ = (

m
,

χ,

β) un champ de déformations généralisées ; pour qu’il existe
un champ de déplacements généralisés q = (v, w,

β) tel que ζ = T
R
(q) il est
nécessaire et suffisant que ζ soit orthogonal à J
R
.
De plus, si l’espace U
R
contient tous les champs de déplacements généralisés
qui vérifient :
q = (v, w,

β) ∈ D

(Ω, V
2
) D

(Ω, R) D

(Ω, V
2
) −→D
R
(q) ∈ E
R
alors q appartient à U
R
et l’image T
R
(U
R
) est fermée.
4
En effet la condition est évidemment nécessaire puisque J
R
est contenu
dans T
R
(U
R
)
o
.
Ensuite l’orthogonalité de ζ aux champs de la forme (

N, 0, 0) ∈ J
R
en-
traîne, d’après le théorème 2 de Moreau (§ 2), l’existence de v, solution de
2.5 et défini à un déplacement plan près.
De même l’orthogonalité de ζ aux champs de la forme (0,

M, 0) ∈ J
R
entraîne l’existence d’un champ

β solution de (2.6) et défini à un déplacement
plan près de la forme explicitée par (2.12).
Il reste à établir l’existence d’une fonction w solution de (2.7).
Considérons alors les champs de contraintes généralisées de la forme Z =
(0,

M,

T) ∈ D(Ω, T
2
T
2
V
2
) tels que :
div
(2)

M −

T = 0 (2.29)
div
(2)

T = 0 (2.30)
et exprimons maintenant leur orthogonalité à ζ en utilisant la relation χ =
grad
(2)
s

β ; il vient :
'grad
(2)
s
β,

M` +'γ,

T` = 0 (2.31)
et comme :
'grad
(2)
s
β,

M` = −'

β, div
(2)

M` = 0 (2.32)
on obtient finalement :
'−

β +γ,

T` = 0 (2.33)
pour tous les

T de divergence nulle. Nous sommes donc dans la situation du
théorème 1 (1), ce qui assure l’existence de w solution de (2.7) et achève ainsi
la démonstration.
4. Remarque : une hypothèse équivalente à l’hypothèse 2 (§ 2.2.2) est contenue dans
cet énoncé. Nous n’avons pas jugé utile de lui donner une formulation séparée.
30
Compatibilité en présence de liaisons linéaires.
La démonstration donnée pour le cas du solide tridimensionnel est purement
algébrique ; elle s’applique donc aussi pour le modèle de Reissner et pour
celui de Kirchhoff sur lequel nous allons maintenant donner un résultat de
J.J. Moreau et M. Ros.
2.2.4 Compatibilité globale pour le modèle de Kirchhoff
D’après les équations d’équilibre (1.3.4) les champs de moments auto-
équilibrés et de support compact sont les solutions de div
(2)
div
(2)

M = 0. Ils
sont orthogonaux à tous les champs de courbure de la forme

χ = −grad
(2)
grad
(2)
w.
En effet, par définition de la dérivée d’une distribution, on a :
'w
,ij
, M
ji
` = 'w, M
ij,ji
`
La condition d’intégrabilité globale suivante est analogue aux précédentes
pour les modèles R et 3D :
Proposition 6 (J.J. Moreau et M. Ros) ([29])
Pour qu’un champ

χ appartenant à D

(Ω, T
2
) soit de la forme

χ = −grad
(2)
grad
(2)
w
où w ∈ D

(Ω, R) il est nécessaire et suffisant que '

χ,

M` = 0 pour tout

M ∈ D(Ω, T
2
) tel que div
(2)
div
(2)

M = 0.
31
Chapitre 3
Du tridimensionnel au
bidimensionnel
Dans ce chapitre on suppose que les composantes de la charge Φ =
(

f,

F
1
,

F
2
,

F
3
) sont des fonctions sommables respectivement sur Ψ, ∂
1
Ψ, ∂
2
Ψ,

3
Ψ.
Le passage du tridimensionnel a principalement lieu sur les segments :
(x
1
, x
2
) ∈ Ω −→A(x
1
, x
2
) = ¦(x
1
, x
2
, z)/[z[ ≤ h(x
1
, x
2
)/2¦ (3.1)
par la prise de moments et de relèvements d’ordre 0 et 1, pour toutes les
variables concernées, qu’elles soient géométriques ou sthéniques.
3.1 Moments et relèvements
On note :
Notations 1
• 1 l’intervalle fermé 1 = [−h/2, h/2],
• ´es(1) l’espace des mesures bornées sur 1 à valeurs dans R.
• ∆
k
=
¸
λ z
k
, λ ∈ R
¸
, droite des monômes de degré k,
• I
X
l’application identique sur un ensemble X.
• On pose, pour k naturel et dµ ∈ ´es(1) :
J
k
=

h/2
−h/2
z
2k
dµ(z) (3.2)
32
Définition 1 Moments et relèvements
On appelle moment d’ordre k de la mesure dµ la fonctionnelle linéaire :
dµ ∈ ´es(1) −→´
k
(dµ) =

H
z
k
dµ(z) ∈ R (3.3)
et relèvement d’ordre k la mesure définie par la fonction :
m ∈ R −→{
k
(m) =
m
J
k
z
k
(3.4)
On nommera "moment réduit" d’ordre k le rapport ´
k
/J
k
Notons qu’on identifie la fonction
m
J
k
z
k
à la mesure
m
J
k
z
k
dz suivant l’usage
courant dans la théorie des distributions. Dans ce qui suit dµ est la mesure
de Lebesgue lorsque la plaque est pleine ; pour les plaques creuses on choisit
dµ(z) = dz dans les intervalles occupés par la matière et dµ(z) = 0 dans les
intervalles vides.
Proposition 7
Le relèvement et le moment d’ordre k vérifient les relations :
´
k
{
k
´
k
= ´
k
{
k
´
k
{
k
= {
k
(3.5)
qui font apparaître {
k
et ´
k
comme des applications pseudo-inverses l’une
de l’autre, ce qu’on note classiquement :
{
k
= ´

k
(3.6)
La démonstration est immédiate. Il s’agit d’une définition générale des pseudo-
inverses, telle qu’on peut la trouver dans [1]. Dans notre cas elle correspond
à celle de Moore-Penrose [2]. En effet il résulte des relations (3.5) que ´
k
{
k
et {
k
´
k
sont des projecteurs ; le premier est l’application identique I
R
, donc
un projecteur orthogonal particulier (le supplémentaire orthogonal est réduit
à l’origine) ; le second est un projecteur sur ´es(1) dont le noyau
ker({
k
´
k
) = ¦dµ ∈ ´es(1) /

H
z
k
dµ(z) = 0¦
joue, dans ´es(1), le rôle d’un supplémentaire orthogonal de {
k
(R).
33
Extensions
Un peu plus généralement on peut considérer des mesures à valeurs dans
R
ν
. Par exemple d µ =

Udz pour une fonction

U sommable

U : R →R
ν
. Mo-
ments et relèvements prennent alors leurs valeurs dans R
ν
, et les composantes
sont traitées indépendamment les unes des autres.
Enfin ce qui précède fait implicitement l’hypothèse qu’on s’est placé en un
point (x
1
, x
2
) de Ω ou de sa frontière. La mesure peut évidemment dépendre
de ce point, dont moments et relèvements deviennent alors des fonctions.
Même si l’on peut ne pas les mettre en évidence et se contenter de donner
les formules sans autre commentaire, moments et relèvements jouent un rôle
essentiel dans la correspondance entre modèles tridimensionnel et bidimen-
sionnels.
3.2 Déplacement principal et déplacement com-
plémentaire
Les hypothèses classiques de la théorie des plaques supposent la normale
matérielle indéformable, à une déformation longitudinale
33
près.
1
Dans le
modèle K de la flexion simple (Kirchhoff) le déplacement de la normale la
laisse orthogonale à la déformée du plan moyen. Dans le modèle R (Reissner-
Mindlin), plus général que le précédent, la normale reste indéformable mais
peut s’incliner sur le plan tangent à la "surface moyenne déformée". Nous
remplacerons cette dernière hypothèse par la recherche du segment de droite
qui représente au mieux, au sens des moindres carrés, la position de la nor-
male déformée. Cela conduit à la décomposition du champ de déplacements
tridimensionnel

U en la somme :

U =

V +u (3.7)
où le champ

V laisse les normales rigides : c’est "déplacement principal".
La différence u est le "déplacement complémentaire". Laissant les normales
1. Dans beaucoup d’exposés d’introduction à la théorie des plaques on introduit deux
hypothèses mécaniquement contradictoires : "σ
33
est nulle" et "
33
est nul". Il vaut mieux
dire, par exemple, que σ
33
est nulle et que
33
est négligeable. Cette seconde hypothèse est
alors inutile puisque, d’après la première,
33
n’intervenant pas dans la puissance virtuelle,
sa valeur devient indifférente.
34
rigides le déplacement principal est certainement de la forme
2
:

V (x
1
, x
2
, z) = v
1
(x
1
, x
2
)e
1
+v
2
(x
1
, x
2
)e
2
+w(x
1
, x
2
)e
3
+z β
1
(x
1
, x
2
)e
1
+z β
2
(x
1
, x
2
)e
2
= v(x
1
, x
2
) +w(x
1
, x
2
)e
3
+z

β(x
1
, x
2
)
(3.8)
Pour achever de définir

V on le choisit en sorte qu’il minimise le carré du
champ complémentaire, c’est-à-dire l’intégrale
3
:
[[u[[
2
=

h/2
−h/2
[

U(x
1
, x
2
, z) −

V (x
1
, x
2
, z)[
2
dz
On trouve que la quantité q = (v, w,

β) est une fonction linéaire A de

U :
q = A(

U) avec :

(v
1
, v
2
, w) =
1
h

h/2
−h/2
(U
1
, U
2
, U
3
) dz

1
, β
2
) =
12
h
3

h/2
−h/2
z(U
1
, U
2
) dz
(3.9)
Ainsi donc (v
1
, v
2
, w), "déplacement moyen", est la moyenne (ou moment
réduit d’ordre 0) de (U
1
, U
2
, U
3
) tandis que (β
1
, β
2
), "inclinaison moyenne",
est le moment réduit d’ordre 1 de (U
1
, U
2
). Les formules (3.8) et (3.9) font
apparaître le déplacement principal

V comme la somme des relèvements des
moments d’ordre 0 et 1, ce qui peut se noter :

V = A

(q)
où A

est la pseudo-inverse de A associée aux relèvements des ces moments.
Par construction le champ complémentaire u est solution des équations
suivantes :

h/2
−h/2
u = 0 ;

h/2
−h/2
z u
1
= 0 ;

h/2
−h/2
z u
2
= 0 (3.10)
c’est-à-dire que l’espace des déplacements complémentaire est le noyau :
U
c
= ker(A) (3.11)
On a aussi :
U
p
= A

A(U) ; U
c
= (I
U
−A

A)(U) (3.12)
2. Rappelons que nous restons dans le cadre des petites transformations.
3. Contrairement à notre habitude nous conservons dans ce chapitre la notation de dz,
mesure banale de Lebesgue, dans l’écriture des intégrales.
35
En notant U
p
l’espace des déplacements principaux on constate que U
p
et U
c
sont supplémentaires orthogonaux pour le produit scalaire naturel de
U :
U = U
p
+U
c
; (

V , u) ∈ U
p
U
c

Ψ

V u = 0 (3.13)
En effet l’intégrale

h/2
−h/2

V (x
1
, x
2
, z) u(x
1
, x
2
, z) dz est nulle pour presque
tout (x
1
, x
2
) ∈ Ω.
La quantité q = (v, w,

β) est nommée "déplacement généralisé" du modèle
R. On notera U
R
l’espace de ces déplacements généralisés.
Si l’on adopte le modèle K le couple q = (v, w) ∈ U
K
est le déplacement
généralisé tandis que le déplacement principal

V est encore donné par la
relation (3.8) où

β = −grad
(2)
w, soit :

V = v
1
(x
1
, x
2
)e
1
+v
2
(x
1
, x
2
)e
2
+w(x
1
, x
2
)e
3
−z grad
(2)
w (3.14)
3.3 Efforts tridimensionnels et efforts générali-
sés
On a défini, au paragraphe 1.1.2, l’effort Φ =

f,

F
1
,

F
2
,

F
3

exercé sur
le modèle tridimensionnel ; calculons sa puissance virtuelle dans la vitesse
virtuelle principale δ

V en utilisant les relations (1.8) et (3.8) ; il vient :

V , Φ`
U
=


(δv g +δwp +δ

β c) +

∂Ω
(δv

G+δwP +δ

β

C) (3.15)
où :
g = (F
1
1
+F
2
1
)e
1
+ (F
1
2
+F
2
2
)e
2
+

h/2
−h/2
(f
1
e
1
+f
2
e
2
)
p = F
1
3
+F
2
3
+

h/2
−h/2
f
3
c =
h
2
(F
2
1
−F
1
1
)e
2
+
h
2
(F
1
2
−F
2
2
)e
1
+

h/2
−h/2
z(f
1
e
2
−f
2
e
1
)

G =

h/2
−h/2
(F
3
1
e
1
+F
3
2
e
2
)
P =

h/2
−h/2
F
3
3

C =

h/2
−h/2
z(F
3
1
e
2
−F
3
2
e
1
)

(3.16)
Considérons les quatre systèmes d’efforts :
Φ
12

= (f
1
e
1
+f
2
e
2
, F
1
1
e
1
+F
1
2
e
2
, F
2
1
e
1
+F
2
2
e
2
)
Φ
3

= (f
3
e
3
, F
1
3
e
3
, F
2
3
e
3
)
Φ
12
∂Ω
= F
3
1
e
1
+F
3
2
e
2
Φ
3
∂Ω
= F
3
3
e
3
36
Nous avons déjà défini l’effort généralisé (cf. 1.27) :
Q = (g, p, c,

G, P,

C)
comme variable duale du déplacement généralisé q. On observe que :
g = ´
0

12

)
p = ´
0

3

)
c = ´
1

12

)

G = ´
0

12
∂Ω
)
P = ´
0

3
∂Ω
)

C = ´
1

12
∂Ω
)
Il est intéressant de reprendre la notion de normale matérielle (cf. 1.2.1)dont
la rotation autour d’elle-même est indifférente. Considérons les segments ma-
tériels intérieurs :
(x
1
, x
2
) ∈ Ω −→A(x
1
, x
2
) = ¦(x
1
, x
2
, z)/[z[ ≤ h(x
1
, x
2
)/2¦
Au sens des mesures sur A(x
1
, x
2
)
4
on peut ajouter les efforts décrits par
Φ
12

et par Φ
3

. Ainsi :

12

, Φ
3

) −→ϕ

= f
1
e
1
+f
2
e
2
+f
3
e
3
+(F
1
1
+F
2
1
)e
1
+(F
1
2
+F
2
2
)e
2
+(F
1
3
+F
2
3
)e
3
Les trois premiers termes sont répartis sur l’intérieur et les trois derniers
des mesures concentrées aux extrémités. Alors g + pe
3
en est le moment
d’ordre 0 et c en est le moment d’ordre 1.
Quant aux segments matériels périphériques :
(x
1
, x
2
) ∈ ∂Ω, −→A(x
1
, x
2
) = ¦(x
1
, x
2
, z)/[z[ ≤ h(x
1
, x
2
)/2¦
ils ne sont soumis qu’à la mesure répartie
5
:

12
∂Ω
, Φ
3
∂Ω
) −→ϕ
∂Ω
= F
3
1
e
1
+F
3
2
e
2
+F
3
3
e
3
dont

G+P e
3
et

C sont les moments d’ordres respectifs 0 et 1.
Proposition 8
Les relations (3.16) définissent une application linéaire A
†T
:
Φ ∈ F −→A
†T
(Φ) = (g, p, c,

G, P,

C) ∈ F
R
où :
F
R
= A
†T
(F)
(3.17)
et A
†T
est effectivement la transposée de A

.
4. et dont les valeurs sont des densités surfaciques de force répartie sur Ω.
5. dont la valeur est une densité linéique de force répartie sur ∂Ω.
37
Le calcul du travail virtuel qui fait passer de (3.15) aux relations (3.16)
montre en effet que :
∀q ∈ U
R
∀Φ ∈ F 'A

q, Φ`
u
= 'q, A
†T
Φ`
q
(3.18)
et aussi que :
Proposition 9
La transposée de A est définie par les formules :
O = (g, p, c,

G, P,

C) ∈ F
R
−→A
T
(O) = (

f
r
,

F
1
r
,

F
2
r
,

F
3
r
) ∈ F (3.19)
avec :

f =
g
h
+
12
h
3
c z +
p
h
e
3
;

F
1
r
=

F
2
r
= 0 ;

F
3
r
=

G
h
+
12
h
3

C z +
P
h
e
3
(3.20)
On notera :
F
r
= A
T
(F
R
)
A
T
est le relèvement des efforts généralisés ; elle est aussi la pseudo-inverse
de A
†T
:
A
T
= (A
†T
)

(3.21)
Proposition 10
L’image F
r
= A
T
(F
R
) et le noyau U
c
= ker(A) sont mutuellement polaires
En effet, en utilisant (3.12), on a l’équivalence des cinq assertions sui-
vantes :
∀ u ∈ U
c
: 'u , Φ `
u
= 0


U ∈ U : '

U −A

A

U , Φ `
u
= 0


U ∈ U : '

U , Φ −A
T
A
†T
Φ`
u
= 0
Φ = A
T
A
†T
Φ
Φ ∈ F
r
V ariables Dualités V ariables
U U = U
p
¸
U
c
' , `
u
F ⊃ F
r
= A
T
(F
R
) = U
o
c
Φ
A




A

A
†T




A
T
= A
†T†
q U
R
= A(U) ' , `
q
F
R
= A
†T
Q
Figure 3.1 – Passage 3D-2D pour les déplacements et les charges
Le diagramme de la figure 3.1 résume la situation. Nous le compléterons
(Figure 3.2) en introduisant deux autres couples de variables en dualités : (dé-
formations généralisées - contraintes généralisées) d’une part, (déformations
principales - contraintes tridimensionnelles) d’autre part.
38
3.4 Déformations tridimensionnelles et défor-
mations généralisées
Calculons les "déformations principales"

p
= grad
s

V engendrées par le
champ de déplacements principal

V ; on trouve, écrit sous forme matricielle :

p

=

∂v
1
∂x
1
+z
∂β
1
∂x
1
1
2

∂v
2
∂x
1
+
∂v
1
∂x
2
+z
∂β
2
∂x
1
+z
∂β
1
∂x
2

1
2

∂w
∂x
1

1

sym.
∂v
2
∂x
2
+z
∂β
2
∂x
2
1
2

∂w
∂x
2

2

sym. sym. 0
¸
¸
¸
¸
(3.22)
Rappelons les formules qui définissent l’opérateur de déformation du mo-
dèle R (cf 1.31) :

m
= grad
(2)
s
v ;

χ = grad
(2)
s

β ; γ = grad
(2)
w +

β
Considérons alors l’application
6
:

p
∈ E →ζ = B(

p
) =

m
=
1
h

h/2
−h/2

(2)

χ =
12
h
3

h/2
−h/2
z

(2)
γ =
2
h

h/2
−h/2
(
13
e
1
+
23
e
2
)
¸
¸
¸
¸
(3.23)
Sa pseudo-inverse B

fait passer des déformations généralisées aux déforma-
tions principales puisque (3.22) s’écrit aussi, sous forme matricielle :
[
p
] =
¸
[
m
+zχ] ¦γ¦
< γ > 0

(3.24)
avec la notation courante pour les matrices-blocs : "[ ]" désigne un bloc
rectangulaire, "{ }", une colonne, "< >" une ligne.
On note que :
1. le produit de composition B

◦D
R
◦A est la restriction à U
p
de l’opérateur
de déformation tridimensionnel D = grad
s
, ce qui apparaît clairement sur le
diagramme de la figure 3.2 ;
2. l’opérateur D
R
est le produit de composition D ◦ A

6. Rappelons que

(2)
désigne la partie plane du tenseur

.
39
V ar. Dualités V ar.

U U = U
p
¸
U
c
' , `
u
F ⊃ A
T
(F
R
) = U
o
c
Φ
A




A

A
†T




A
T
= A
†T†
q U
R
= A(U) ' , `
q
F
R
= A
†T
(S
R
) Q
D
R
= D ◦ A





D
T
R
ζ E
R
= D
R
(U
R
) = B(E
p
) ' , `
ζ
S
R
= B
T
(S) Z
B





B B
T




B
†T

E
p
= D(U
p
) = B

(E
R
) ⊂ E ' , `

S

σ
Figure 3.2 – Passage 3D-2D
3.5 Contraintes tridimensionnelles et contraintes
généralisées
Calculons enfin la puissance virtuelle développée par les contraintes dans
un champ de déformations engendré par un champ de vitesses virtuelles prin-
cipal δ

V ; on trouve en utilisant les formules (1.31) et (3.24) :
'grad
s
δ

V ,

σ`
Ψ
= −

δ

m
:

N +δ

χ :

M +δγ

T

(3.25)
avec :

N =

h/2
−h/2

σ
(2)

M =

h/2
−h/2
z

σ
(2)

T =

h/2
−h/2

13
e
1

23
e
2
)

(3.26)
Les contraintes généralisées Z = (

N,

M,

T) apparaissent donc comme
des moments d’ordre 0 et 1 des contraintes tridimensionnelles. L’application
définie par les formules (3.26) apparaît comme la transposée de B

:

σ ∈ S −→B
†T

σ = (

N,

M,

T) (3.27)
40
Chapitre 4
Cadres fonctionnels en élasticité
linéaire
Introduction
On considère un plaque constituée d’un matériau élastique dont la loi de
comportement est de la forme :
(x,

) ∈ T
3

σ ∈ T
3
: σ
ij
= K
ijkl
(x)kl
avec :
K
ijkl
= K
jikl
= K
ijlk
= K
klij

(4.1)
et qui possède la propriété :
∃c
1
> 0 ∃c
2
> c
1
∀ ∈ Ω ∀

∈ T
3
: c
1

ij

ji

ij
K
ijkl

kl
≤ c
2

ij

ji
(4.2)
Sous ces hypothèses banales on sait construire un bon cadre fonctionnel pour
l’étude du solide tridimensionnel :
U = (H
1
(Ψ))
3
; E = (L
2
(Ψ))
6
; F = U

; S = E

(4.3)
L’étude préalable des relations entre traces et moments conduit, pour les
deux modèles bidimensionnels de plaque, à des choix fonctionnels cohérents
avec celui qu’on utilise pour le tridimensionnel.
4.1 Traces et moments
Notation. Soit f : (x
1
, x
2
, z) ∈ R
3
−→ f(x
1
, x
2
, z) ∈ R; pour (x
1
, x
2
)
donné on note f(x
1
, x
2
, .) la fonction z ∈ R −→f(x
1
, x
2
, z) ∈ R.
41
L’application ´
k
, pour s ≥ 1 et p ≥ 1, permet de relier d’une part les
espaces de Sobolev W
s,p
(Ψ) et W
s,p
(Ω) et d’autre part les espaces de traces
W
s−1/p,p
(∂Ψ) et W
s−1/p,p
(∂Ω).
On note évidemment :
´
k
(W
s,p
(Ψ)) = ¦g : Ω →R / ∃ f ∈ W
s,p
(Ψ) : g(x
1
, x
2
) = ´
k
(f)¦ (4.4)
Le théorème de Fubini assure que, pour f ∈ ´
k
(W
s,p
(Ψ)), les fonctions
´
k
(f) et ´
k
(f
|∂Ψ
) sont définies presque partout respectivement sur Ω et
sur ∂Ω. On va maintenant démontrer la
Notations 2
On note : C

(Ψ) l’espace des restrictions à Ψ des fonctions indéfiniment
différentiables sur E
3
.
Proposition 11
Pour s entier et pour s ≥ 1 et p ≥ 1 le moment est une application linéaire
continue pour les topologies de la norme sur les espaces concernés On a de
plus l’égalité :
´
k
(f
|∂Ψ
) = ´
k
(f)
|∂Ψ
(4.5)
c’est-à-dire que le moment de la trace est la trace du moment.
Tout d’abord, en effet, la continuité de f ∈ ´
k
: C

(Ψ) −→C

(Ω) est
triviale.
Ensuite si f ∈ W
s,p
(Ψ) et g = ´
k
(f) on peut appliquer à g et à toutes
ses dérivées jusqu’à l’ordre s la majoration du type :
[[g[[
p
L
p
(Ω)
=

I
z
k
f(x
1
, x
2
, z)dz

p
dx
1
dx
2

I
[z[
k p
[ f(x
1
, x
2
, z)[
p
dz

dx
1
dx
2

h
2

k p
[[f[[
p
L
p
(Ψ)
ce qui conduit, par addition membre à membre de ces inégalités, à :
[[g[[
p
W
s,p
(Ω)

h
2

kp
[[f[[
p
W
s,p
(Ψ)
(4.6)
´
k
est donc une application linéaire continue de W
s,p
(Ψ) dans W
s,p
(Ω).Ainsi
donc ´
k
(W
s,p
(Ψ)) ⊂ W
s,p
(Ω). Inversement d’après (3.5) ´
k
{
k
est l’appli-
cation identique sur W
s,p
(Ω) ; alors :
W
s,p
(Ω) = ´
k
({
k
(W
s,p
(Ω))) ⊂ ´
k
(W
s,p
(Ψ)) (4.7)
42
inclusion inverse de la précédente qui établit la surjectivité de ´
k
.
Pour établir (4.5)rappelons tout d’abord la majoration classique de la
norme de la trace par celle de la fonction :
∃C ∀f ∈ W
s,p
(Ψ) : [[f
|∂Ψ
[[
W
s−1/p,p
(∂Ψ)
≤ C[[f[[
W
s,p
(Ψ)
(4.8)
L’espace φ
i
∈ C

(Ψ) est dense dans W
s,p
(Ψ) ; donc toute fonction f ∈
W
s,p
(Ψ) y est la limite d’une suite de fonctions φ
i
∈ C

(Ψ) et d’après (4.8) :
φ
i
→f =⇒(φ
i
)
|∂Ψ
→f
|∂Ψ
(4.9)
Comme on a l’égalité triviale pour les fonctions régulières :
φ
i
∈ C

(Ψ) =⇒´
k

i
)
|∂
3
Ψ
= (´
k

i
))
|∂Ω
(4.10)
la continuité de ´
k
permet de passer à la limite, ce qui établit (4.5).
4.2 Modèle de Reissner-Mindlin
La proposition 11 4.1 nous conduit aux choix fonctionnels suivants :
Déplacements généralisés
(v, w,

β) ∈ U
R
= H
1
(Ω)
2
H
1
(Ω) H
1
(Ω)
2
(4.11)
Déformation et contraintes généralisées
(

m
,

χ, γ) ∈ E
R
= L
2
(Ω)
4
L
2
(Ω)
4
L
2
(Ω)
2
(

N,

M,

T) ∈ S
R
= L
2
(Ω)
4
L
2
(Ω)
4
L
2
(Ω)
2
(4.12)
Quant à l’espace des efforts extérieurs c’est le dual topologique de U
R
; méca-
niquement il comprend des efforts sur l’intérieur et des efforts sur la frontière
de Ω; il est difficile de l’expliciter mathématiquement. On peut affirmer tou-
tefois que lui appartiennent les charges O = (g, p, c,

G, P,

C) dont les six
composantes sont de carré sommable sur Ω pour les trois premières, sur ∂Ω
pour les trois dernières. Cette remarque concerne la quasi-totalité des cas
pratiques où les efforts extérieurs sont des charges données. Par contre les
efforts de liaisons peuvent évidemment être n’importe quel élément de E

.
Remarque
Les fonctions w ∈ (H
1
(Ω))
2
ne sont pas nécessairement continues ; le modèle
de Reissner n’admet donc pas d’efforts extérieurs représentés par des me-
sures sur Ω, comme par exemple les forces concentrées. Nous en donnerons
un contre-exemple en fin de chapitre
43
4.3 Modèle de Kirchhoff
Le choix fonctionnel dérive du précédent pour grad
(2)
w = −β ∈ H
1
(Ω)
2
:
Déplacements généralisés
(v, w) ∈ U
R
= H
1
(Ω)
2
H
2
(Ω) (4.13)
Déformation et contraintes généralisées
(

m
,

χ) ∈ E
R
= L
2
(Ω)
4
L
2
(Ω)
4
(

N,

M) ∈ S
R
= L
2
(Ω)
4
L
2
(Ω)
4
(4.14)
Cette fois-ci les forces concentrées sont admises par le modèle.
4.4 Effet d’une force concentrée
Jean-Louis Batoz et Gouri Dhatt donnent la solution pour une plaque
circulaire encastrée soumise à une force P concentrée en son centre (cf. [4]
tome 2, page 277).
La plaque, de rayon R, est constituée d’un matériau homogène et isotrope.
On note
D =
E h
3
12(1 −ν
2
)
; D
c
= k
E h
2(1 +ν)
(4.15)
les rigidités à la flexion D et au cisaillement D
c
; E et ν sont les modules
de Young et de Poisson. Le facteur k est le "facteur de correction de l’effort
tranchant" que les théories classiques évaluent à environ
5
6
.
La loi de comportement s’écrit alors pour la plaque de Reissner :
¸
M
11
M
12
M
21
M
22

= D
¸
β
1,1
+ν β
2,2
(1 −ν)(β
1,2

2,1
)/2
(1 −ν)(β
1,2

2,1
)/2 β
2,2
+ν β
1,1

T = D
c
γ
Alors on a la solution pour la flèche :
w =
P R
2
16 πD

1 −ξ
2
+ 2ξ
2
Logξ −
8D
R
2
D
c
Logξ

où r est le rayon polaire et ξ =
r
R
.
Dans le modèle K on a D
c
= ∞et la flèche au centre se réduit à w =
P R
2
16 πD
tandis qu’elle y est infinie dans le modèle R.
44
Chapitre 5
Lois de comportement de plaque
Introduction
Avant la conception de plaques épaisses composites l’estimation de l’effort
tranchant ne présentait pas beaucoup d’intérêt pratique. Au demeurant les
anciens ouvrages de Résistance des Matériaux n’en faisaient aucun cas (cf.
par exemple J.Courbon ([30], Warren C. Young [31]) et ne traitaient que des
plaques minces pour lesquels le modèle de Kirchhoff était satisfaisant dans
la pratique.
L’arrivée des plaques multicouches a rendu indispensable l’estimation des
contraintes de "cisaillement transverse", à savoir σ
13
et σ
23
, qui jouent un rôle
important dans la prévision du délaminage (cf.,par exemple, [32]). E. Reissner
fut l’un des pionniers ([15])de cette prévision en proposant une méthode
originale : la stationnarisation d’une fonctionnelle mixte qui porte son nom.
Nous la présenterons dans le paragraphe 6.4.3.
Enfin notre méthode du "déplacement" donne un résultat exact pour les
conditions de Saint-Venant c’est-à-dire dans les parties non chargées de la
plaque et suffisamment loin du bord. Nous comparerons les résultats obtenus
pér les trois méthodes
5.1 Notations matricielles
Dans une phase d’utilisation pratique des concepts théoriques et dans
la mise en œuvre d’un code d’éléments finis il est commode de représen-
ter les variables vectorielles et tensorielles par des "vecteurs-lignes" < .
>, ou par des "vecteurs-colonnes" ¦.¦.Les raideurs sont alors représentées
par des matrices carrées [ . ]. Ainsi, en adoptant les conventions adoptées
par Batoz et Dhatt on écrit déformations et contraintes sous la forme :
45
< >=<
11
,
22
,
33
, 2
12
, 2
13
, 2
23
>
< σ >=< σ
11
, σ
22
, σ
33
, σ
12
, σ
13
, σ
23
>
On note que les termes non diagonaux des tenseurs symétriques à valeurs
déformation sont multipliés par 2 dans leur représentation en ligne ou en
colonne tandis qu’ils restent inchangés pour les tenseurs à valeurs contrainte.
On a alors trois écritures équivalentes :

:

σ =
ij
σ
ji
=< > ¦σ¦
On aura de même pour les déformations et contraintes généralisées :
¦
m
¦ =

m
11

m
22
2
m
12

; ¦χ¦ =

χ
11
χ
22
2
m
12

; ¦γ¦ =

γ
1
γ
2

¦N¦ =

N
11
N
22
N
12

; ¦M¦ =

M
11
M
22
M
12

; ¦T¦ =

T
1
T
2

La matrice de raideur K telle que ¦σ¦ = [K]¦¦ est symétrique. Elle vaut
pour le matériau tridimensionnel isotrope :
[K] =
E
(1 +ν)(1 −2ν)

1 −ν ν ν 0 0 0
ν 1 −ν ν 0 0 0
ν ν 1 −ν 0 0 0
0 0 0
1−2ν
2
0 0
0 0 0 0
1−2ν
2
0
0 0 0 0 0
1−2ν
2
¸
¸
¸
¸
¸
¸
¸
¸
(5.1)
5.2 Contraintes et cisaillement transverse
Hypothèse 3
La contrainte σ
33
est nulle et la loi de comportement est de la forme suivante :

σ
11
σ
22
σ
12

= [K
(2)
]

11

22
2
12

;

σ
13
σ
23

= [K
c
]

2
12
2
13

(5.2)
c’est-à-dire que les contraintes de cisaillement σ
13
et σ
23
sont indépendantes
des déformations
11
,
22
,
12
. Les raideurs K
(2)
et K
c
sont des fonctions de
(x
1
, x
2
, z).
46
Cette hypothèse
1
est souvent vérifiée par les matériaux utilisés ; par exemple
lorsqu’ils présentent une orthotropie pour une base orthonormée (e
1

, e
2

, e
3
) ;
dans les plaques multicouches (e
1

, e
2

) varie d’une couche à l’autre en tour-
nant autour de e
3
. On se reportera à ( [4], pp.93-101)
2
.
Pour un matériau isotrope cette hypothèse conduit à
σ
33
= 0 ⇐⇒
33
= −
ν
1−ν
(
11
+
22
)

K
(2)

=
E
1−ν
2

1 ν 0
ν 1 0
0 0
1−ν
2
¸
¸
[K
c
] =
E
2(1+ν)
¸
1 0
0 1

(5.3)
5.3 Relations brutes entre déformations et contraintes
généralisées
On néglige déplacement et déformations complémentaires pour établir des
relations "brutes" entre contraintes généralisées et déformations principales.
En utilisant (3.22) et (3.23) on obtient les formules suivantes :

¦N¦
¦M¦
¦T¦

=

[H
m
] [H
mf
] [0]
[H
mf
] [H
m
] [0]
[0] [0] [H
cb
]
¸
¸

¦
m
¦
¦χ¦
¦γ¦

(5.4)
avec :
[H
m
] =

h/2
−h/2

K
(2)

dz
[H
mf
] =

h/2
−h/2
z

K
(2)

dz
[H
f
] =

h/2
−h/2
z
2

K
(2)

dz
[H
cb
] =

h/2
−h/2
[K
c
] dz

(5.5)
La raideur [H
mf
] de couplage entre les effets de membrane et ceux de
flexion s’annule lorsque [K
(2)
] est une fonction paire de z. La matrice [H
cb
]
est la raideur "brute" au cisaillement.
1. souvent nommée "des contraintes planes, contrairement à l’usage traditionnel qui, à
juste titre, réservait cette appellation au cas où σ
13
= σ
23
= σ
33
= 0.
2. Pour faciliter la comparaison avec le livre de Batoz et Dhatt signalons qu’ils notent
respectivment [H] et [H
c
] les matrices que nous avons notées [K
(2)
] et [K
c
].
47
On notera L la raideur de membrane-flexion et R son inverse :
[L] =
¸
[H
m
]

H
mf

H
mf

H
f

; [R] = [L]
−1
;

[
m
]
[χ]

= [R]

[N]
[M]

(5.6)
Dans le cas d’un matériau homogène et isotrope on a :
[H
m
] =
Eh
1−ν
2

1 ν 0
ν 1 0
0 0
1−ν
2
¸
¸
;

H
mf

= [0] ;

H
cb

=
E h
2(1+ν)
¸
1 0
0 1

[H
f
] = D

1 ν 0
ν 1 0
0 0
1−ν
2
¸
¸
avec : D =
E h
3
12(1−ν
2
)
(5.7)
Les formules précédentes, qui négligent les déformations dues au déplace-
ment complémentaire, donnent satisfaction pour les contraintes généralisées
¦N¦ et ¦M¦ ; elles sont presque inacceptables pour l’effort tranchant ¦T¦
qu’elles surestiment. Mais surtout la relation

σ
13
σ
23

= [K
c
]

γ
1
γ
2

est incompatible avec les équations d’équilibre qui annulent σ
13
et σ
23
sur les
faces z = ±h/2.
Inexistence d’une loi de comportement locale pour les plaques de
Reissner
Au sens usuel du terme un loi locale de comportement locale serait une
correspondance, en chaque point x = (x
1
, x
2
) ∈ Ω, entre les déformations gé-
néralisées [
m
](x), [χ](x), ¦γ¦(x) et les contraintes généralisées [N](x), [M](x),
¦T¦(x) correspondance indépendante des équations d’équilibre et, en parti-
culier de l’équation div
(2)
M −T = c.
Effectivement il n’existe pas d’état homogène de déformations générali-
sées qui engendrerait un état homogène de contraintes généralisées, sauf à
introduire la densité de couple c adéquate.
En revanche le modèle de Kirchhoff admet une loi de comportement locale
qui se réduit à

¦N¦
¦M¦

=
¸
[H
m
] [H
mf
]
[H
mf
] [H
m
]

¦
m
¦
¦χ¦

(5.8)
48
Chapitre 6
Estimations classiques de l’effort
tranchant
Dans cette étude on suppose découplées la partie plane des contraintes et
la partie cisaillement tranverse. C’est ce que précise l’hypothèse 4 :
Hypothèse 4
1. On se place dans un domaine Ω
1
] −h/2, h/2[ où ne s’exerce aucun effort
extérieur (conditions dites de Saint-Venant).
2. La partie plane des contraintes, soit

σ
(2)
se réduit à celle associée aux dé-
formations principales par la relation (5.2).
3.La raideur du solide tridimensionnel est stationnaire en (x
1
, x
2
).
4.L’effort de membrane N et l’effort tranchant T sont stationnaires au point
(x
1
, x
2
) considéré.
6.1 Contraintes de cisaillement
La méthode classique consiste à construire le couple < τ >=< σ
13
, σ
23
>
tel que soient vérifiées les équations d’équilibre du milieu tridimensionnel :
σ
ij,j
= 0 pour −h/2 < z < h/2
< τ(−h/2) >=< τ(h/2) >= 0

(6.1)
Notons tout d’abord que les équations précédentes entraînent, par intégration
en z, puis par multiplication par z et intégration en z :
div
(2)
N = 0
div
(2)
M −T = 0

(6.2)
ce qui résulte aussi des équations (3.26).
49
L’équation (6.1) permet d’exprimer ¦τ¦ en fonction de z et de la diver-
gence de [σ
(2)
] et formuler l’énoncé :
Proposition 12
Sous les hypothèses 3 et 4 (5.2, 6) la distribution du cisaillement transverse
est donnée par la formule :
¦τ(z)¦ = −

z
−h/2
div
(2)
¦σ
(2)
¦dz (6.3)
et l’on a effectivement :

h/2
−h/2
¦τ(z)¦ dz = ¦T¦
En effet nous pouvons utiliser les relations (3.24, 5.2, 5.6, 6.2) pour ex-
pliciter la partie plane des contraintes :
¦σ
(2)
¦ = [K
(2)
(z)]¦A
1
¦ +z[K
(2)
(z)]¦A
2
¦
avec :
¦A
1
¦ = [R
11
]¦N¦ + [R
12
]¦M¦
¦A
2
¦ = [R
12
]¦N¦ + [R
22
]¦M¦

(6.4)
Par construction ¦τ(−h/2)¦ est nul ; quant à ¦τ(h/2)¦ il vaut :
¦τ(h/2)¦ = −div
(2)

h/2
−h/2
¦σ
(2)
¦dz = −div
(2)
¦N¦ = 0 (6.5)
en sorte que les conditions d’équilibre sont respectées en ±h/2.
Vérifions maintenant que l’intégrale de τ est bien égale à l’effort tran-
chant.
On a tout d’abord, d’après (6.4) :
div
(2)
(¦A
1
¦) = [R
12
]¦T¦ ; div
(2)
(¦A
2
¦) = [R
22
]¦T¦ (6.6)
donc :
div
(2)
¦σ
(2)
¦ = [K
(2)
(z)][R
12
]¦T¦ +z[K
(2)
(z)][R
22
]¦T¦ (6.7)
Maintenant on écrit les lignes suivantes en permutant l’ordre des intégrations
50
puis en utilisant l’égalité [L] = [R]
−1
:

h/2
−h/2
¦τ(z)¦dz = −

h/2
−h/2

z

−h/2
div
(2)
σ
(2)
dz

dz

h/2
−h/2

z

−h/2

[K
(2)
(z)][R
12
]¦T¦ +z[K
(2)
(z)][R
22
]¦T¦¦

dz

dz

=

h/2
−h/2

h/2
z

[K
(2)
(z)][R
12
]¦T¦ +z[K
(2)
(z)][R
22
]¦T¦¦

dz

dz =

h/2
−h/2
[K
(2)
(z)](
h
2
−z)dz

[R
12
]¦T¦ −

h/2
−h/2
z[K
(2)
(z)](
h
2
−z)dz

[R
12
]¦T¦ =


h
2
[H
m
][R
12
] + [H
mf
][R
12
] −
h
2
[H
mf
][R
22
] + [H
f
][R
22
]

¦T¦ = ¦T¦
6.2 Cas d’une plaque homogène
Lorsque les raideurs de membrane [K
(2)
] et de cisaillement [K
c
] sont in-
dépendantes de z les formules précédentes se simplifient considérablement ;
on aboutit facilement au résultat cherché. On a tout d’abord :
[H
m
] = h[K
2
] ; [H
mf
] = 0 ; [H
f
] =
h
12
[K
2
]
qui, en tenant compte de (6.2), conduit à
div
(2)

(2)
] =
12
h
3
z div
(2)
¦T¦ ; ¦τ¦ =
12
h
3

h
2
8

z
2
2

¦T¦
La densité surfacique d’énergie élastique de cisaillement vaut alors :
W
c
=
1
2

h/2
−h/2
< τ > [K
c
]
−1
¦τ¦dz
=
1
2
144
h
6

h/2
−h/2

h
2
8

z
2
2

dz

< T > [K
c
]
−1
¦T¦
=
1
2
6
5h
< T > [K
c
]
−1
¦T¦
en sorte que la raideur cherchée est :
[H
c
] =
5h
6
[K
c
] =
5h
6
[K
cb
] (6.8)
51
Figure 6.1 – Contrainte σ
13
pour T
1
= 1
6.3 Cas général et exemple de plaque stratifiée
La formule (6.3) permet de traiter par intégration tout les cas de plaques
inhomogènes et en particulier celui d’une plaque stratifiée. C’est la voie suivie
par J.L.Batoz et G.Dhatt ([4]], t. 2, p.243) et que nous suivrons aussi avec,
toutefois, une option un peu différente. Ceci suppose, répétons le, que les
hypothèses 3 et 4 sont vérifiées.
6.3.1 Présentation d’un exemple de référence
Nous prendrons l’exemple d’une plaque stratifiée de trois couches ortho-
tropes d’un même matériau composé de fibres de verre enrobées dans une
résine acrylique. La couche médiane, qui occupe la moitié de l’épaisseur, est
orientée à 90˚par rapport aux deux autres, comme le montre la figure 6.2
Les matrices de raideur sont les suivantes (cf. [4], tome 2, page 247) pour
des fibres orientées selon x
1
(en MPa) :
[K
(2)
] =

25. 0.25 0
0.25 1. 0
0 0 0.5
¸
¸
; [K
c
] =
¸
0.5 0
0 0.2

(6.9)
avec, bien sûr, un échange des composantes 1 et 2 pour le cas des fibres
orientées selon x
2
.
52
Figure 6.2 – Plaque stratifiée de trois couches
6.4 Deux approches voisines
6.4.1 Nécessité de privilégier certaines variables
Pour utiliser la formule (6.3) on doit calculer div
(2)
σ ; à partir de la formule
(5.2) on obtient :
si[z[ ≥ 0.25 div
(2)
σ = z

13.64 M
11,1
+ 12 M
12,2
−0.102 M
22,1
0.102 M
11,2
+ 12 M
12,1
+ 2.99 M
22,2

(6.10)
si[z[ < 0.25 div
(2)
σ = z

0.537 M
11,1
+ 12 M
12,2
+ 0.716 M
22,1
−0.716 M
11,2
+ 12 M
12,1
+ 75.04 M
22,2

(6.11)
puis, en intégrant par rapport à z :
53
τ
1
= (−6.82 M
11,1
−6. M
12,2
+ 0.05 M
22,1
)z
2
(6.12a)
+ 1.70M
11,1
+ 1.5M
12,2
−0.01M
22,1
(6.12b)
τ
2
= (−0.05 M
11,2
−6. M
12,1
−1.50 M
22,2
)z
2
(6.12c)
+ 0.01M
11,2
+ 1.5M
12,1
+ 0.37M
22,2
(6.12d)
τ
1
= (0.27 M
11,1
−6M
12,2
+ 0.36 M
22,1
)z
2
(6.12e)
+ 1.30M
11,1
+ 1.5M
12,2
+ 0.01M
22,1
(6.12f)
τ
2
= (0.37 M
11,2
−6M
12,1
−37.5M
22,2
)z
2
(6.12g)
+ 0.01M
12,2
+ 1.5M
12,1
+ 0.37M
22,2
(6.12h)
Il est de tradition de donner des estimations de la raideur et des contraintes
de cisaillement en fonction de l’effort tranchant. Cependant lors d’un calcul
pratique mené par éléments finis on dispose en général des six dérivées des
composantes de M qui interviennent dans les formules précédentes, ce qui
suffit au dimensionnement. La suite de ce paragraphe est donc passablement
anecdotique, même si elle montre que la distribution des contraintes de ci-
saillement ne dépend pas du seul effort tranchant comme ces estimations
pourraient porter à le croire.
Pour introduire l’effort tranchant dans ces formules il faut bien opérer un
changement de variables qui fait disparaître deux de ces dérivées au profit
de T
1
et de T
2
. Dans leur ouvrage déjà cité ([4]) les auteurs choisissent le
changement de variables :
M
11,1
= (T
1

1
)/2 M
22,2
= (T
2

2
)/2
M
12,2
= (T
1
−λ
1
)/2 M
12,2
= (T
2
−λ
2
)/2
M
11,2
= λ
3
M
22,1
= λ
4
(6.13)
qui présente une élégante symétrie.
On peut aussi choisir, comme nous l’avons fait, de n’éliminer que M
11,1
et M
22,2
:
M
11,1
= T
1
−M
12,2
; M
22,2
= T
2
−M
12,1
(6.14)
et ces choix mènent à deux résultats très différents.
54
6.4.2 L’approche de Batoz et Dhatt (notée "BD")
Le changement de variables (6.13) conduit à l’expression suivante de la
divergence :
si[z[ > 0.25 div
(2)
σ =z

+12.82 T
1
+ 0.819λ
1
−0.1023 λ
4
7.497 T
2
−4.503 λ
2
+ 0.1023 λ
3

(6.15)
si[z[ < 0.25 div
(2)
σ =z

6.269T
1
+ 5.731 λ
1
+ 0.716 λ
4
43.52 T
2
+ 31.52 λ
2
+ 0.716 λ
3

(6.16)
Dans les deux cas ([z[ > 0.25 ou [z[ < 0.25) la divergence ne dépend que de
(T
1
, T
2
) si et seulement si
1
:
0.819λ
1
−0.1023 λ
4
= 0
−4.503 λ
2
+ 0.1023 λ
3
= 0
soit, en faisant le changement de variables inverse :
M
22,1
= 8 (M
11,1
−M
12,2
)
M
11,2
= 44 (M
22,2
−M
12,1
)
(6.17)
Lorsque les conditions (6.17) sont vérifiées l’approche de Batoz et Dhatt
donne un résultat exact vis-à-vis de l’hypothèse 4 (cf. 6) et de son alinéa 2.
Il en résulte la distribution des contraintes de cisaillement transverse (τ
1
=
σ
13
, τ
2
= σ
23
) représentée en traits pointillés par la figure 6.3.
Si ces conditions ne sont pas satisfaites cette approche donne une médiocre
estimation des contraintes de cisaillement transverse, comme on le verra sous
peu.
On calcule la densité superficielle d’énergie élastique de cisaillement :
1
2

h/2
−h/2
< τ > [K
c
]
−1
¦τ¦ dz =
1
2
(5.01 T
2
1
+ 3.24 T
2
2
) (6.18)
d’où l’on déduit la matrice de raideur au cisaillement :
[H
c
] = h
¸
0.2 0
0 0.31

= h
¸
0.57 0
0 0.88
¸
0.35 0
0 0.35

(6.19)
Rappelons que
[H
cb
] =
¸
0.35 0
0 0.35

est la matrice de raideur au cisaillement brut (cf.5.5). Les "coefficients de
correction" sont donc 0.57 et 0.88.
1. la condition est évidemment suffisante ; le calcul de l’énergie de cisaillement montre
qu’elle est également nécessaire pour que cette énergie se réduise à une forme quadratique
en (T
1
, T
2
)
55
6.4.3 Une variante notée "BN" de l’approche Batoz-
Dhatt
On suit la même voie que précédemment avec, cette fois, le changement
de variables (6.14). On obtient pour la divergence :
si[z[ ≥ 0.25 div
(2)
σ = z
¸
−1.268 M
12,2
−0.102 M
22,1
+ 13.64 T
1
0.102 M
11,2
+ 9.006 M
12,1
+ 2.99 T
2

(6.20)
si[z[ < 0.25 div
(2)
σ = z
¸
11.46 M
12,2
+ 0.716 M
22,1
+ 0.537 T
1
−0.716 M
11,2
−63.04 M
12,1
+ 75.04 T
2

(6.21)
Figure 6.3 – Contraintes τ
1
et τ
2
pour T
1
= 1 et T
2
= 1. En pointillé BD,
en trait plein BN.
Cette fois encore la divergence ne dépend que de (T
1
, T
2
) si et seulement
si
2
sont vérifiées les deux relations :
M
22,1
= −16 M
12,2
M
11,2
= −88 M
12,1
(6.22)
qui, différentes des relations (6.17), leur sont analogues. Les profils de contrainte
associés sont représentés en trait plein sur la figure 6.3. Les coefficients cor-
recteurs sont alors 0.60 et 0.72.
2. même remarque que celle faite dans la note de pied de page n˚1
56
On constate que les profils de contrainte sont très différents de ceux four-
nis par l’hypothèse BD. En pratique il est inutile de calculer une matrice
de raideur au cisaillement : les calculs par éléments finis fournissent en tout
point les composantes du tenseur de flexion-torsion et de sont gradient. Il est
donc plus habile d’utiliser les formules (6.12) pour connaître la distribution
des contraintes de cisaillement dans l’épaisseur de la plaque et, en particulier,
aux interfaces.
Sans les moyens numériques d’aujourd’hui cette option était évidemment
hors de portée à l’époque où Reissner a développé sa méthode. Même si
cette dernière est maintenant caduque pour nos applications pratiques elle
reste intéressante sur les plans théorique et historique. À notre connaissance
c’est en effet la première méthode de "point-selle"
3
utilisée en mécanique des
structures et l’utilisation des fonctions selles est encore un des paradigmes
de l’optimisation. Aussi nous a-t-il semblé nécessaire d’honorer Reissner en
exposant sa démarche dans le paragraphe qui suit.
6.5 L’estimation de Reissner
6.5.1 La fonctionnelle de Reissner
Revenons au cas du solide élastique tridimensionnel Ψ de raideur K. La
densité volumique d’énergie élastique exprimée en termes des contraintes est :
W
σ
(

σ) =
1
2

σ K
−1

σ
ce qui permet d’écrire la loi de comportement sous les deux formes équiva-
lentes :

σ = K

⇐⇒

= (grad
σ
W
σ
)(

σ)
On nomme "énergie complémentaire" l’intégrale
c
c
(

σ) = −

Ψ

W
σ
(

σ) +
o

σ

= '

o
,

σ`

Ψ
W
σ
(

σ) (6.23)

o
est un champ de déformations imposées, d’origine thermique par
exemple, ou encore le champ de déformations dû à un champ de déplace-
ments imposés.
3. un point-selle (x
0
, y
0
) est le col d’une fonction f de (x, y), convexe en x, concave en
y : pour y fixé à la valeur y
0
f(x, y
0
) est minimum en x
0
et pour x fixé à la valeur x
0
f(x
0
, y) est maximum en y
0
.
57
On connaît bien le théorème de l’énergie complémentaire : Parmi tous les
champs de contraintes en équilibre avec les efforts extérieurs la solution du
problème d’élasticité maximise l’énergie complémentaire.
La mise en œuvre de ce théorème est rarement commode parce qu’il est
difficile de construire un espace suffisamment riche de champs de contraintes
en équilibre pour que la maximisation apporte un résultat acceptable. Pour
y remédier Reissner [16] ajoute à c
c
un terme bilinéaire qui prend en compte
les équations d’équilibre :
{(

U,

σ) = c
c
(

σ)+ <

U, D
T

σ +Φ >
u
(6.24)
où l’on se rappelle que <

U, Φ >
u
est le travail de la charge Φ dans le dépla-
cement u, tandis que D
T
σ +Φ = 0 est l’équation d’équilibre dans l’intérieur
de Ψ.
Notons que { est concave par rapport à

σ et linéaire (donc convexe) par
rapport à

U.
Équivalence partielle des problèmes du déplacements complémen-
taires pour Kirchhoff et pour Reissner
On a alors le résultat classique suivant :
Théorème 3
Stationnarité de la fonctionnelle de Reissner pour la solution
Le couple (

U,

σ) est solution du problème d’élasticité si et seulement s’il rend
stationnaire la fonctionnelle de Reissner sur le produit cartésien U S
On a en effet :
grad
u
{(

U,

σ) = D
T

σ +Φ
grad
σ
{(

U,

σ) = −grad
σ
(W
σ
)(

σ) +D

U +

o
la seconde relation étant obtenue après transposition du terme bilinéaire. La
stationnarité en

U assure donc l’équilibre tandis que celle en

σ assure que
Du +
o
et

σ sont associés par la loi de comportement élastique.
L’intérêt de { est de permettre l’utilisation d’un espace de champs de
contraintes aussi vaste que désiré ; la solution numérique correspondante réa-
lise alors un compromis entre les équations d’équilibre et celles de compor-
tement. En effet soient deux sous-espaces vectoriels U
1
⊂ U et S
1
⊂ S; si
(

U

,

σ

) rend { stationnaire sur U
1
S
1
alors les gradients de { appar-
tiennent aux sous-espaces orthogonaux U
o
1
et S
o
1
:
grad
u
{(

U

,

σ

) = D
T

σ +Φ ∈ U
o
1
grad
σ
{(

U

,

σ

) = −grad
σ
(W
σ
)(

σ) +D

U

+

o
∈ S
o
1
58
Ainsi D

U

+


ne vérifient-ils qu’approximativement la loi de comportement
et l’équation d’équilibre.
6.5.2 La méthode de Reissner
Méthode générale
Comme on suppose nuls les déplacements et les déformations de mem-
brane les déplacements et déformations principaux (cf.3.22)se réduisent à :

V = z β
1
(x
1
, x
2
)e
1
+z β
2
(x
1
, x
2
)e
2
+w(x
1
, x
2
)e
3
[
p
] =
¸
[χ]
1
2
¦γ¦
1
2
< γ > 0

avec :

χ = grad
s

β

(6.25)
On pratique l’approximation des contraintes planes à partir de :
¦σ
(2)
¦ = z [K
(2)
] ¦κ¦ (6.26)
où κ
1
, κ
2
, κ
3
sont sont des fonctions inconnues de (x
1
, x
2
). La relation de
départ (6.3) des estimations classiques du cisaillement s’écrit maintenant :
−τ
1
= κ
j,1

z
−h/2
z

K
(2)
1,j
(z

)dz


j,2

z
−h/2
z

K
(2)
3,j
(z

)dz

−τ
2
= κ
j,1

z
−h/2
z

K
(2)
3,j
(z

)dz


j,2

z
−h/2
z

K
(2)
2,j
(z

)dz

¸
(6.27)
expressions que Reissner généralise en remplaçant les six dérivées κ
i,j
par six
coefficients λ
k
, fonctions inconnues de (x
1
, x
2
) :
¦τ¦ = −[A]¦λ¦ (6.28)
où [A] est la matrice :
[A] =

z
−h/2
z

[A
0
(z

)]dz

(6.29)
avec :
[A
0
] =
¸
K
(2)
11
K
(2)
12
K
(2)
13
K
(2)
31
K
(2)
32
K
(2)
33
K
(2)
31
K
(2)
32
K
(2)
33
K
(2)
21
K
(2)
22
K
(2)
32
¸
(6.30)
On peut maintenant calculer les coefficients de la fonctionnelle de Reissner
pour ces approximations ; on pose, par définition de [H
f
], M, [A
I
], T, [B] :
[H
f
] =

h/2
−h/2
z
2
[K
(2)
(z)]dz
[A
1
] =

h/2
−h/2
[A(z)]dz
[B] =

h/2
−h/2
[A(z)]
T
[K
c
]
−1
[A(z)]dz
¦M¦ = [H
f
]¦κ¦
¦T¦ = −[A
1
]¦λ¦

(6.31)
59
Le terme 'u, D
T
σ`
u
= 'Du, σ`

s’écrit comme l’intégrale sur Ω de la somme
I
(2)
+I
c
avec :
I
(2)
=

h/2
−h/2
<
(2)
> ¦σ
(2)
¦dz =< grad
s
β > [H
f
]¦κ¦
I
c
=

h/2
−h/2
2 <
13
,
23
> ¦τ¦dz =< grad
(2)
w +β > (−[A
1
])¦λ¦
L’énergie élastique est l’intégrale sur Ω de :
−I
w
=

h/2
−h/2
W
σ
=
1
2

< κ > [H
f
]¦κ¦+ < λ > [B]¦λ¦

Enfin le terme 'u, Φ`
u
est la somme de l’intégrale sur Ω de I
Φ

et de l’intégrale
sur ∂Ω de I
Φ
∂Ω
avec :
I
Φ

=< w, β
1
, β
2
>

p
c
1
c
2

; I
Φ
∂Ω
=< w, β
1
, β
2
>

P
C
1
C
2

La fonctionnelle de Reissner s’écrit donc (pour
o
= 0) :
{(w, β
1
, β
2
, κ, λ) =


(I
(2)
+I
c
+I
w
+I
Φ
) +

∂Ω
I
Φ
∂Ω
(6.32)
On doit maintenant rendre { stationnaire par rapport aux variables
w, β, κ, λ. Comme nous étudions la distribution du cisaillement à l’intérieur
de Ω il nous suffit de considérer les champs w, β, κ, λ de support compact
contenu dans Ω.
On obtient tout d’abord, en remplaçant [H
f
]¦κ¦ par M et [A
1
]¦λ¦ par
T, puis en utilisant le théorème flux-divergence :


I
(2)
=


< β > ¦−div
(2)
M¦dx
1
dx
2


I
c
=

w¦−div
(2)
T¦+ < β > ¦T¦

dx
1
dx
2
La stationnarité en (w,

β) fournit donc les équations d’équilibre classiques :
div
(2)
M −T = −c
div
(2)
T = −p

60
Maintenant la stationnarité en κ entraîne, puisque grad
(2)
s
β = χ :
¦M¦ = [H
f
]¦χ¦
Enfin, puisque grad
(2)
w +β = γ, la stationnarité en λ entraîne :
[B]¦λ¦ = −[A
1
]
T
¦γ¦ (6.33)
Si la matrice [B], de dimensions 6 6 est régulière on déduit de ce qui
précède la solution cherchée :
¦λ¦ = −[B]
−1
[A
1
]
T
¦γ¦
¦τ¦ = [A][B]
−1
[A
1
]
T
¦γ¦
[H
c
] = [A
1
][B]
−1
[A
1
]
T
¦T¦ = [H
c
]¦γ¦

(6.34)
Mais [B] n’est pas nécessairement régulière, et certainement pas si la
raideur [K] est indépendante de z.
Cas où la raideur K est constante
La matrice [A
0
] est constante et l’on a :
[A] =

z
2
2

h
2
8

[A
o
] ; [A
1
] = −
h
3
12
[A
o
] ; [B] =
h
5
120
[A
o
]
T
[K
c
]
−1
[A
o
]
et, comme le noyau de [A
o
] est réduit à 0, il vient le résultat rassurant :
¦T¦ =
5
6
[K
c
]
−1
¦γ¦
Cas où la matrice B n’est pas régulière
Comme la matrice A est de dimensions 2 6 son rang est au plus de 2.
On note qu’un vecteur λ est dans le noyau de B si et seulement s’il est dans
celui de A(z) pour presque tout z : en effet l’intégrande z
2
[A
0
]
T
[K
c
]
−1
[A
0
]
est positif ; alors λ est du même coup dans le noyau de [A
1
], ce qui permet
la résolution de (6.33) dans tous les cas.
Soit en effet [Λ] =< ¦Λ
1
¦, ..., ¦Λ
6
¦ > une base de vecteurs propres or-
thonormés ¦Λ
i
¦ de [B] pour les valeurs caractéristiques ρ
i
; soit [diag(ρ
i
)],la
matrice diagonale des ρ
i
. Cherchons les λ
i
sous la forme :
¦λ¦ = [Λ]
T
[Φ]¦γ¦
61
où [Φ] est une matrice 6 2 inconnue, solution de :
[Λ]
T
[B][Λ][Φ] = −[Λ]
T
[A
1
]
T
soit :
[diag(ρ
i
)][Φ] = −[Λ]
T
[A
1
]
T
ce qui se résout ligne par ligne :
si ρ
i
= 0 < Φ
i
>= −
1
ρ
i
< Λ
i
> [A
i
]
T
si ρ = 0 < Φ
i
>=< 0, 0 >

(6.35)
6.5.3 Application à la plaque stratifiée de référence
On reprend, à la façon de Reissner, l’exemple traité au paragraphe 6.3.1.
On trouve les résultats intermédiaires suivants :
si [z[ > 0.5 [A
0
](z) =
¸
25. 0.25 0 0 0 0.5
0 0 0.5 0.25 1. 0

si [z[ < 0.5 [A
0
](z) =
¸
1. 0.25 0 0 0 0.5
0 0 0.5 0.25 25. 0

[A
1
] =
¸
−1.833 −0.021 0 0 0 −0.042
0 0 −0.42 −0.021 0.333 0

[B] =

16.135 0.191 0 0 0 0.382
0.191 0.002 0 0 0 0.005
0 0 0.005 0.003 0.041 0
0 0 0.003 0.001 0.020 0
0 0 0.041 0.020 0.441 0
0.382 0.005 0 0 0 0.009
¸
¸
¸
¸
¸
¸
¸
¸
Le tableau suivant donne les valeurs caractéristiques et les vecteurs propres
associés ; chaque colonne est formée de la valeur caractéristique suivie des
composantes du vecteur propre associé ;

16.146 0.445 0.002 0.0001 0 0
−1.000 0 0 −0.026 0 0
−0.012 0 0 0.447 0.017 −0.894
0 −0.092 0.890 0 0.447 0.008
0 −0.046 0.445 0 −0.894 −0.017
0 −0.995 −0.103 0 0 0
−0.024 0 0 0.894 −0.008 0.447
¸
¸
¸
¸
¸
¸
¸
¸
¸
¸
62
On obtient finalement le résultat :
[H
c
] =
¸
0.244 0
0 0.322

et les coefficients de correction sont 0.70 et 0.92.
Le tracé des contraintes de cisaillement est assez décevant en ce qui
concerne τ
1
, acceptable en ce qui concerne τ
2
. On présente sur la même figure
les courbes correspondantes obtenues avec les approches du paragraphe 6.3.1.
Il est assez remarquable que les six courbes aient deux points d’intersec-
tion communs !
Figure 6.4 – Contraintes τ
1
et τ
2
pour T
1
= 1 et T
2
= 1.
On constate que les courbes obtenues pour la plaque stratifiée sont relati-
vement voisines. Mais ce sont cependant les écarts entre les estimations du
cisaillement qui laisseront l’ingénieur perplexe pour l’évaluation du danger
de délaminage. En prenant en compte le comportement des déformations et
des déplacements au voisinage du point (x
1
, x
2
) considéré, la méthode du dé-
placement complémentaire nous donnera des informations aussi précises que
désiré.
63
6.6 Calcul du déplacement de cisaillement
L’hypothèse (6) ne suppose pas que les normales restent rectilignes. Pour
en calculer la déflexion il suffit d’intégrer

U
(2)
∂z
= (K
c
)
−1
τ


U
(2)
désigne la partie plane du déplacement total. On peut ensuite en
extraire, à l’aide des formules (3.9) les déplacements principal

V
(2)
et com-
plémentaire u
(2)
correspondants. Notons que

V
(2)
= [H
c
]
−1

T. On obtient les
résultats décrits par la figure 6.5. On les y compare à ceux de la plaque
homogène dont la raideur [K
c
] est la moyenne de celles des couches :
[K
c
] =
¸
0.35 0
0 0.35

Les résultats sont comparables dans la situation BN.
Figure 6.5 – Déplacements tranversaux pour la situation BD et pour la
plaque homogène lorsque T
1
= 1 et T
2
= 1. On représente en bleu les compo-
santes 1, en rouge les composantes 2, en noir les deux composantes confondues
de la plaque homogène. En trait plein les déplacements totaux, en tireté long
les déplacements principaux, en tireté court les déplacements complémen-
taires.
64
Chapitre 7
La théorie du déplacement
complémentaire
7.1 Introduction
But de la méthode
On se propose de compléter les méthodes classiques en affinant la des-
cription du milieu tridimensionnel à partir des déformations principales que
ces dernières permettent de calculer sans se préoccuper du déplacement com-
plémentaire.
C’est en particulier le cas des effets de cisaillement transverse : les théories
classiques présentées au chapitre 6 ne sont satisfaisantes que sous certaines
hypothèses telles que celles notées précédemment BD ou BN et qui concernent
le gradient du moment de flexion-torsion. En revanche la méthode du dépla-
cement complémentaire n’en nécessite aucune dès qu’on connaît un déve-
loppement limité des déformations principales au voisinage du point (x, y)
considéré, ce que fournit bien évidemment le calcul préliminaire par éléments
finis.
Déplacement complémentaire et principe de Saint-Venant
L’hypothèse de rigidité des normales, base des théories classiques, im-
plique l’équivalence de deux systèmes d’efforts exercés sur une normale et de
mêmes éléments de réduction au milieu de celle-ci : c’est précisément l’énoncé
du "principe de Saint-Venant".
Au chapitre 3 on a écrit le déplacement total

U sous la forme d’un somme
d’un "déplacement principal"

V et d’un "déplacement complémentaire" u. Le
principe du travail virtuel fournit l’équation d’équilibre de l’effort extérieur
65
Φ avec le champ de contraintes

σ :
∀ δ

U ∈ U 'δ

U, Φ`
u
+'Dδ

U,

σ`

= 0
évidemment équivalente au système des deux équations :
∀ δ

V ∈ U
p

V , Φ`
u
+'Dδ

V ,

σ`

= 0
∀ δu ∈ U
c
'δu, Φ`
u
+'Dδu,

σ`

= 0
¸
(7.1)
La méthode du déplacement complémentaire adopte ce même principe
de Saint-Venant sans pour autant rigidifier les normales, mais en considérant
seulement, parmi tous les systèmes d’efforts de mêmes éléments de réduction,
celui qu’on obtient par relèvement de ces derniers. Alors, dans la seconde des
équations (7.1), le terme 'δu, Φ`
u
est nul. Associée à la loi de comportement
tridimensionnel, cette équation devient une équation aux dérivées partielles
sur le déplacement complémentaire u (cf.7.9). Puis, si les données sont po-
lynomiales en (x, y), cette équation se ramène à une équation différentielle
ordinaire sur la variable z, pour les coefficients ¦c(z)¦ du polynôme inconnu
u (cf.8.3).
Une théorie du milieu indéfini
On sait que les modèles bidimensionnels de plaque ne donnent satisfac-
tion qu’à l’intérieur du domaine plan Ω, c’est-à-dire à une certaine distance
du bord, distance qui est de l’ordre de l’épaisseur. Aussi la théorie du dépla-
cement complémentaire a-t-elle pour but de modéliser au mieux le compor-
tement de cette région intérieure ; l’équation aux dérivées partielles évoquée
plus haut porte donc sur ce qu’il est coutume d’appeler un "milieu indéfini".
Notons que cette approche de la théorie des plaques est pratiquement op-
timale : comme les autres elle est fondée sur le principe de Saint-Venant et
ne prétend pas à la validité au voisinage des bords. Ces réserves communes
admises elle est exacte.
7.2 Lois d’effort
Commençons par une définition générale :
Définition 2
Soient X l’espace de configuration d’une structure mécanique S et Y l’espace
des efforts exercés sur celle-ci. On appelle "loi d’effort" sur S une correspon-
dance T entre l’espace
˜
X des histoires t →x(t) ∈ X et celui,
˜
Y, des histoires
t →x(t) ∈ Y.
66
D’une façon très générale cette correspondance est une "multi-application"
1
,
c’est-à-dire qu’à l’histoire x ∈
˜
X correspond un ensemble T(x) ⊂
˜
Y. Une re-
présentation symétrique de cette correspondance est son graphe
˜
G =

(x, y) ∈
˜
X
˜
Y : y ∈ T(x)
¸
Les opérateurs de déformation et la loi du comportement élastique sont
indépendants du temps ; aussi nous nous limiterons à des lois d’effort ex-
térieur elles-mêmes indépendantes du temps, c’est-à-dire définies par une
correspondance entre les espaces X et Y eux-mêmes
2
. On rappelle que les
liaisons linéaires sans frottement sont classiquement des lois d’effort définies
par leur graphe X
1
X
o
1
où X
1
est un sous-espace vectoriel de X et X
o
1
son
polaire.
Équivalence entre loi d’effort et loi d’effort généralisé
Considérons maintenant une loi d’effort T définie sur le modèle tridimen-
sionnel de la plaque et reportons nous à la figure 3.1 reproduite ci-dessous
pour le confort du lecteur.
V ar. Dualités V ar.
U U = U
p
¸
U
c
' , `
u
F ⊃ A
T
(F
R
) = U
o
c
Φ
A




A

A
†T




A
T
= A
†T†
q U
R
= A(U) ' , `
q
F
R
= A
†T
Q
Figure 7.1 – Passage 3D-2D pour les déplacements et les charges
Rappelons-nous que U
R
et F
R
sont respectivement les espaces des dépla-
cements généralisés q et des efforts généralisés Q. Le produit de composition
O = A
†T
◦ T ◦ A

: U
R
→F
R
définit une loi d’effort généralisée associée à T ; sont-elles équivalentes ?
Définition 3
Nous dirons que la loi d’effort T et la loi d’effort généralisé O sont équiva-
lentes si :
O = A
†T
◦ T ◦ A

T = A
T
◦ O◦ A
¸
(7.2)
1. On dit aussi "application multivoque".
2. Il s’agit seulement de ne pas alourdir un peu plus les notations, mais les résultats
sont généraux.
67
En d’autres termes O contient toute l’information contenue dans T.
On démontre aisément la
Proposition 13 (et définition de la propriété {
SV
)
Il existe une loi d’effort généralisée équivalente à la loi d’effort T si et seule-
ment si :
∀ U ∈ U : T(U) ⊂ U
o
c
= A
T
(F
R
)
∀ U ∈ U ∀ u ∈ U
c
: T(U +u) = T(U)
¸
(7.3)
Nous dirons alors qu’une telle loi d’effort possède la propriété {
SV
.
3
Cas trivial : notons que si la valeur de la charge Φ est imposée la loi
d’effort correspondante possède la propriété {
SV
.
Pour qu’on puisse travailler dans le cadre d’un modèle de plaque la pro-
position suivante, elle aussi de démonstration immédiate, impose en pratique
d’écrire les conditions aux limites de type géométrique en termes des seuls
déplacements principaux :
Proposition 14
Soit U
o
+ U
1
une variété affine de U; la liaison sans frottement qui lui est
associée est définie par son graphe ci-dessous :
(U, Φ
1
) ∈ (U
o
+U
1
) U
o
1
(7.4)
où Φ
1
désigne l’effort de liaison. Cette loi d’effort possède la propriété {
SV
si et seulement si l’espace vectoriel U
1
contient tous les déplacements com-
plémentaires : U
c
⊂ U
1
.
7.3 Équivalence éventuelle des problèmes d’équi-
libre tridimensionnel et bidimensionnel
On notera les lois constitutives comme des multi-applications :
• σ ∈ /
3
() pour le modèle tridimensionnel,
• Z ∈ /
R
(ζ) pour le modèle bidimensionnel.
Même si la loi de comportement /
3
est une correspondance locale il n’en
est pas nécessairement de même pour la loi associée /
R
. Nous avons d’ailleurs
vu qu’il ne pouvait en être ainsi pour le modèle de Reissner, alors que celui
de Kirchhoff admet la loi locale (5.8).
3. "SV " en hommage à Saint-Venant
68
Ceci précisé posons deux problèmes d’équilibre dont nous allons étudier
l’équivalence lorsque les lois d’effort T et O sont équivalentes et que la loi
constitutive de plaque /
R
est convenablement choisie.
Pour le confort du lecteur nous affichons ci-dessous une réplique de la
figure 3.2.
V ar. Dualités V ar.
U U = U
p
¸
U
c
' , `
u
F ⊃ A
T
(F
R
) = U
o
c
Φ
A




A

A
†T




A
T
= A
†T†
q U
R
= A(U) ' , `
q
F
R
= A
†T
(S
R
) Q
D
R




D
T
R
ζ E
R
= D
R
(U
R
) = B(E
p
) ' , `
ζ
S
R
= B
T
(S) Z
B





B B
T




B
†T

p
E
p
= D(U
p
) = B

(E
R
) ' , `

S

σ
Figure 7.2 – Passage 3D-2D
Le problème d’équilibre du solide tridimensionnel est défini par le sys-
tème
4
:
∀δ

V ∈ U
p

V , Φ`
u
+'grad
s
δ

V ,

σ`

= 0 (7.5a)
Φ ∈ T(

V +u) (7.5b)

= grad
s
(

V +u) +

o
(7.5c)
∀δu ∈ U
c
'δu, Φ`
u
+'grad
s
δu,

σ`

= 0 (7.5d)

σ ∈/
3
(

) (7.5e)
et celui de la plaque de Reissner par le système :
∀ δq ∈ U
R
'δq, Q`
q
+'D
R
δq, Z`
ζ
= 0 (7.6a)
Q ∈ O(q) (7.6b)
ζ = D
R
q (7.6c)
Z ∈ /
R
(ζ) (7.6d)
dont la donnée est la charge généralisée Q et les inconnues q, ζ, et Z.
4. A ce stade peu importe quelles variables sont données ou inconnues.
69
Rappelons que les variables concernées par ces deux systèmes sont liées
par les relations établies au chapitre 2.2.4 :
q = A

V ;

V = A

q (7.7a)
Q = A
†T
Φ; Φ = A
T
Q (7.7b)
grad
s

V = B

ζ ; Z = B
†T

σ (7.7c)
Théorème 4
Soient

o
une déformation imposée et /
R
: E
R
→ S
R
la loi d’effort définie
par :
Z ∈ /
R
(ζ) ⇐⇒ ∃ u ∈ U
c


σ ∈ /
3
(B

ζ +grad
s
u +

o
)
u et

σ vérifiant :

Z = B
†T
σ
∀ δu ∈ U
c
'grad
s
δu,

σ`

= 0
(7.8)
Si la loi d’effort T possède la propriété {
SV
les systèmes 7.5 et 7.6 sont
équivalents.
En effet on a vu que la propriété {
SV
entraîne l’équivalence des lois d’ef-
fort T et O = A
†T
◦ T ◦ A

. Alors les relations (7.7) entraînent l’équivalence
des systèmes {7.5a,7.5b} et {7.6a,7.6b}.
D’autre part, comme Φ ∈ U
o
c
d’après (7.7b), le terme 'δu, Φ`
u
de l’équation
(7.5d) disparaît.
Ensuite, la relation (7.7c) permet d’écrire la relation (7.5c) sous la forme :

= B

ζ +grad
s
u +

o
en sorte que, la loi /
R
étant définie par (7.8), si (

V , Φ, u,

,

σ) est solution
du système (7.5),
alors :
(q = A

V , Q = A
T
Φ, ζ = Bgrad
s

V , Z = B
†T

σ)
est solution du système(7.6).
Inversement soit (q, Q, ζ, u,

σ) une solution du système (7.6), alors :
(

V = A

q, Φ = A
T
Q, u,

= grad
s
(A

q +u) +

o
,

σ)
est solution du système (7.5), ce qui achève la démonstration.
70
7.4 Équation différentielle du déplacement com-
plémentaire
Le problème fondamental est de déterminer la loi d’effort O. Ceci néces-
site de trouver, pour une déformation généralisée ζ donnée, le déplacement
complémentaire u et la contrainte

σ. C’est pourquoi on peut qualifier le sys-
tème suivant de "système résolvant" du problème d’équilibre :
u ∈ U
c
∀ δu ∈ U
c
: 'grad
s
δu,

σ`

= 0

σ ∈ /
3
(B

ζ +grad
s
u +

o
)

(7.9)
L’inconnue est le couple (u,

σ) et les données sont /
3
, ζ et

o
.
Même si la loi tridimensionnelle /
3
est locale la loi de plaque définie par
(7.8) n’a aucune chance de l’être, c’est-à-dire de relier directement les valeurs
ζ(x
1
, x
2
) et Z(x
1
, x
2
). Elle dépend en effet du contour et aussi, comme on l’a
vu à propos de l’effort tranchant, de la géométrie déformée au voisinage
du point considéré. Ce n’est guère surprenant puisqu’un simple changement
de variables a permis de construire un système (7.6) équivalent au système
tridimensionnel (7.5). On ne peut donc en attendre aucune simplification
fondamentale.
Pour remédier à ces deux inconvénients et déduire de (7.9) des résultats
utilisables avec le modèle de plaque on va :
1˚) n’utiliser que des champs-tests δu(x
1
, x
2
, z) nuls dès que (x
1
, x
2
) / ∈ Ω, ce
qui donnera une équation valable à l’intérieur de cet ouvert,
2˚) approcher la géométrie déformée par un développement limité au voisi-
nage du point considéré.
Notations 3
Soient :
• U

le sous-espace de U constitué des champs

U nuls hors d’un cylindre
K R où K est un compact contenu dans Ω;
• U

p
= A(U

) l’espace correspondant des déplacements principaux,
• U

c
= (I
U
− A)(U

) l’espace correspondant des déplacements complémen-
taires.
Proposition 15
Le polaire de l’espace U

est l’espace des efforts de la forme Φ = (0, 0, 0,

F
3
)
71
En effet soit Φ = (

f,

F
1
,

F
2
,

F
3
) ∈ (U

c
)
o
.
L’espace D(Ψ)
3
est contenu dans U

c
en sorte que

f = 0.
Ensuite les champs de la forme

U(x
1
, x
2
, z) =

U
1
(x
1
, x
2
) où :

U
1
∈ D(Ω)
3
appartiennent à U

c
en sorte que

F
1
et

F
2
sont nulles.
Inversement si la charge est de la forme Φ = (0, 0, 0,

F
3
) elle appartient à
(U

c
)
o
puisque les éléments de U

c
sont nuls au voisinage de ∂
3
Ψ.
Proposition 16
Le polaire de l’espace U

c
est l’ensemble des efforts de la forme :
Φ = ¦

f, 0, 0,

F
3
¦
avec :

f = (λ
1

4
z)e
1
+ (λ
2

5
z)e
2

3
e
3
(7.10)
En effet suivons la démarche déjà utilisée pour démontrer la proposition
10 (§ 3.3), à savoir : (U
c
)
o
= A
T
(F
R
).
On a les équivalences :
∀ u ∈ U

c
: 'u , Φ `
u
= 0


U ∈ U

: '

U −A

A

U , Φ `
u
= 0


U ∈ U

: '

U , Φ −A
T
A
†T
Φ`
u
= 0
Φ ∈ A
T
A
†T
Φ + (U

)
o
Φ ∈ F
r
+ (U

)
o
et d’après la proposition 15 (§ 7.4) et les relations (3.20) on a bien (7.10)
avec :
λ
1
=
g
1
h
; λ
4
=
12c
1
h
3
; λ
2
=
g
2
h
; λ
5
=
12c
2
h
3
; λ
3
=
p
h
(7.11)
Le système (7.9) a pour conséquence le système suivant qui est en quelque
sorte sa restriction à l’intérieur de Ω (ou équations en "milieu indéfini") :
u ∈ U
c
∀δu ∈ U

c
: 'grad
s
δu,

σ`

= 0

σ ∈ /
3
(B

ζ +grad
s
u +

o
)

(7.12)
On va maintenant expliciter ce système par le
Théorème 5 Équations du milieu indéfini
Le système (7.12) s’écrit sous la forme :

h/2
−h/2
u dz = 0 ;

h/2
−h/2
u
1
zdz = 0 ;

h/2
−h/2
u
2
zdz = 0
div

σ = (λ
1

4
z)e
1
+ (λ
2

5
z)e
2

3
e
3
σ
13
= σ
13
= 0 pour z = ±h/2

σ ∈ /
3
(B

ζ +grad
s
u +

o
)

(7.13)
72
En effet :
Tout d’abord la condition u ∈ U
c
s’écrit aussi en termes des équations de
liaison qui figurent à la première ligne de (7.13).
Ensuite pour δu ∈ U

c
on a :
'grad
s
δu,

σ`

=

Ψ
grad
s
δu :

σ = −

Ψ
δu divσ−

∂Ψ
1
δu

σe
3
+

∂Ψ
2
δu

σe
3
en sorte que (div

σ,

σ
13
,

σ
23
, 0) appartient à (U

c
)
o
; d’après la proposition 16
7.4), la deuxième équation du système (7.12) équivaut alors aux équations des
deuxième et troisième lignes du système (7.13). Les λ
i
apparaissent comme les
multiplicateurs de Lagrange associés aux cinq équations de liaison scalaires
écrites dans et que les relations (7.11) permettent d’interpréter en termes
d’efforts généralisés.
On a donc un système différentiel du second ordre pour les inconnues u,

σ
et les cinq multiplicateurs de Lagrange λ
i
. Les données sont ζ et

o
.
7.5 La variante de Kirchhoff
Idée générale
Nous avons introduit la notion de déplacement complémentaire à propos
du modèle de Reissner-Mindlin ; cette notion peut en fait concerner beaucoup
d’autres modèles et en particulier celui de Kirchhoff. Deux points essentiels
en fondent la théorie :
1. la décomposition du déplacement total en deux termes, le principal et
le complémentaire,
2. l’orthogonalité des charges à tout déplacement complémentaire.
Considérons alors une plaque modélisée selon Reissner d’une part, selon
Kirchhoff d’autre part, et soumise à des efforts extérieurs admissibles par les
deux modèles. On aimerait que la méthode du déplacement complémentaire
conduise à la même solution dans les deux cas.
Décomposition du déplacement total
Dans le modèle de Kirchhoff le déplacement principal est

V (x
1
, x
2
, z) = v
1
(x
1
, x
2
)e
1
+v
2
(x
1
, x
2
)e
2
+w(x
1
, x
2
)e
3
−z
∂w
∂x
(x
1
, x
2
)e
1
−z
∂w
∂y
(x
1
, x
2
)e
2
= v(x
1
, x
2
) +w(x
1
, x
2
)e
3
−z grad
(2)
w(x
1
, x
2
)
(7.14)
73
De la même façon qu’au chapitre 3 (confer 3.9) le déplacement généralisé
q = (v, w) est une fonction linéaire A
K
(

U) du déplacement total

U :
q = A
K
(

U) avec : (v
1
, v
2
, w) =
1
h

h/2
−h/2
(U
1
, U
2
, U
3
) dz (7.15)
Le déplacement complémentaire u
K
est alors solution des trois équations de
liaison scalaires :
1
h

h/2
−h/2
u
K
j
dz = 0 j = 1, 2, 3 (7.16)
Dans le déplacement principal la normale reste normale à la surface
moyenne ; c’est le déplacement complémentaire qui engendrera la déforma-
tion de cisaillement notée γ : c’est une déformation principale dans le modèle
de Reissner et qui deviendra complémentaire pour celui de Kirchhoff.
Notations 4
Nous noterons
ζ
K
= (

m
,

χ
K
) (7.17)
les déformations généralisées de Kirchhoff. On notera aussi l’application B

K
:
[
p
] = B

K

K
) =
¸
[
m
+zχ
K
] ¦0¦
< 0 > 0

(7.18)
qui correspond à l’application B

du modèle de Reissner.
On notera enfin U

c,K
l’espace des déplacements complémentaires nuls en de-
hors d’un cylindre de base compacte contenue dans Ω, espace analogue à U

c
pour le modèle de Reissner.
En répétant le processus suivi pour Reissner on a d’abord la proposition
analogue à la proposition 16 (7.10) :
Proposition 17
Le polaire de l’espace U

c,K
est l’ensemble des efforts de la forme :
Φ = ¦

f, 0, 0,

F
3
¦
avec :

f = λ
1
e
1

2
e
2

3
e
3
(7.19)
qui conduit au système résolvant suivant, analogue à (7.13) :
74
Équations du milieu indéfini pour le déplacement complémentaire du mo-
dèle de Kirchhoff

h/2
−h/2
u dz = 0
div

σ = λ
1
e
1

2
e
2

3
e
3
σ
13
= σ
13
= 0 pour z = ±h/2

σ ∈ /
3
(B

K
ζ
K
+grad
s
u +

o
)

(7.20)
Considérons une solution (u
K
,

σ
K
, λ
K
1
, λ
K
3
, λ
K
5
) du système (7.20) pour les
données (ζ
K
,

o
). On décompose u
K
en :
u
K
=

β
K
z +u
R
avec :

β
K
=
12
h
3

h/2
−h/2
z u
K
dz (7.21)
et u
R
vérifie les équations de liaisons du système(7.13). On peut maintenant
compléter la déformation généralisée de Kirchhoff ζ
K
= (

m
,

χ
K
) pour lui
associer celle de Reissner :
ζ
R
= (

m
,

χ
R
=

χ
K
+grad
s

β
K
, γ =

β
K
) (7.22)
Alors (u
R
,

σ
K
, λ
K
1
, λ
K
2
, λ
K
1
, λ
K
4
= 0, λ
K
5
= 0) est solution du système (7.13)
pour les données (ζ
R
,

o
).
Inversement soit (u
R
,

σ
R
, λ
R
1
, λ
R
2
, λ
R
3
, λ
R
4
, λ
R
5
) une solution du système (7.13)
pour les données (

o
, ζ
R
= (

m
,

χ
R
=

χ
R
, γ)). Pour qu’elle s’identifie à une
solution du système (7.13) il est nécessaire que λ
R
4
et λ
R
5
soient nuls. Alors
(u
R
+γz,

σ
R
, λ
R
1
, λ
R
2
, λ
R
3
) est solution du système (7.20) pour les données
(

o
, ζ
K
= (

m
,

χ
R
−grad
s
γ)). (7.23)
On peut donc énoncer :
Théorème 6
Équivalence partielle des problèmes du déplacements complémen-
taires pour Kirchhoff et pour Reissner
A toute solution (u
K
,

σ
K
, λ
K
1
, λ
K
2
, λ
K
3
) du problème de déplacement complé-
mentaire de Kirchhoff (cf. 7.20) on peut associer une solution du problème de
déplacement complémentaire de Reissner (cf. 7.13), définie par les relations
(7.21 et 7.22).
Inversement à toute solution du système (7.13) dans laquelle λ
R
4
et λ
R
5
sont
nuls on peut associer une solution du système (7.20) pour les données (7.23).
75
Chapitre 8
Calcul des plaques élastiques
stratifiées
Dans ce chapitre on suppose nulle la déformation imposée

o
. On note :
n le nombre de couches,
(z
1
= −h/2, z
2
, ..., z
k
, ..., z
n+1
= h/2) les cotes des interfaces,
K
(k)
la raideur de la couche k.
8.1 Technique de calcul
8.1.1 Solutions polynomiales dans une couche homo-
gène
Revenons au système (7.13) où l’on remplace la loi générale /
3
par une
loi élastique de raideur K
(k)
constante dans chaque couche. Pour obtenir un
système "générique" on remplace les conditions aux limites en z = ±h/2 par
des conditions plus générales applicables en z = 0 à chacune des couches en
y remplaçant z par z −z
k
et z
0
par z
k
:
Système générique
K div grad
s
u = −Kdiv(B

ζ +
o
)
+(λ
1

4
(z +z
0
))e
1
+ (λ
2

5
(z +z
0
))e
2

3
e
3
(8.1a)

σ = K(grad
s
u +B

ζ) (8.1b)

σ(x, y, 0).e
3
=

σ
0
(x, y)e
3
(8.1c)
u(x, y, 0) = u
0
(x, y) (8.1d)
76
Les inconnues sont u et

σ tandis que les quantités K, λ
i
, u
0
,

σ
0
, ζ
sont données de façon formelle.
C’est évidemment la puissance des outils de calcul formel qui facilite
considérablement cette approche
1
.
Toutes les fonctions en cause sont des fonctions de (x, y, z) où les variables
z d’une part et (x, y) d’autre part jouent des rôles très différents.
Lorsque les données précédentes sont polynomiales de degré d
xy
en (x, y)
l’équation (8.1.a) impose de rechercher une solution u, polynomiale en (x, y)
et de même degré d
xy
. Pour simplifier l’exposé nous écrirons les formules dans
le cas où l’on a choisi le degré d
xy
= 2. Le nombre de monômes pour le degré
d
xy
est :
β
xy
=
(d
xy
+ 1)(d
xy
+ 2)
2
(8.2)
Cherchons la solution u sous la forme :

u
1
u
2
u
3

= [c]

1
x
y
x
2
xy
y
2

avec : [c] =

c
1
c
2
c
3
c
4
c
5
c
6
c
7
c
8
c
9
c
10
c
11
c
12
c
13
c
14
c
15
c
16
c
17
c
18
¸
¸
où la matrice [c], de dimension 3 β
xy
est une fonction inconnue de z. Le
premier membre de (8.1.a) se met alors sous la forme :
K div grad
s
u = [A
2
]
d
2
¦c¦
dt
2
+ [A
1
]
d¦c¦
dt
+ [A
0
] (8.3)
où ¦c¦ la colonne des c
j
et les [A
i
] des matrices carrées (de dimension 1818
pour le degré d
xy
= 2) qui ne dépendent que de K.
On est donc ramené à une équation différentielle du second
ordre pour l’inconnue ¦c¦, équation qui, en outre, est linéaire et à co-
efficients constants.
On trouve que le déterminant Det([A
2
]r
2
+ [A
1
]r + [A
0
]) est de la forme
mr
α
où m est constant et ne dépend que de la raideur K, avec α = 36 dans le
cas du degré 2 en (x, y). Toutes les valeurs caractéristiques sont donc nulles
et les solutions ¦c¦ sont des polynômes de z. Soit d
z
le degré en z de ces
polynômes ; on cherche alors les c
j
sous la forme :
c
j
=
d
z
+1
¸
k=1
q

xy
(j−1)+k)
z
k−1
1. nous utilisons Mathematica
77
et l’on pratique l’identification des polynômes. Ce n’est pas si simple qu’il y
paraît à première vue : on construit plus d’équations que d’inconnues mais en
éliminant les équations dépendantes des précédentes on arrive à un système
de Cramer pour un degré d
z
convenablement choisi. On constate que pour
d
z
< d
xy
+ 3 l’identification ne conduit pas à une solution, tandis que pour
tous les d
z
≥ d
xy
+3 elle conduit à une même solution de degré d
xy
+3 en z.
Une autre difficulté technique est la suivante : pour d
z
= 3 et d
xy
= 2
la résolution du système générique se ramène à l’inversion d’une matrice
formelle M de dimensions 210 210. On peut effectivement l’inverser mais
d’une part M
−1
est très encombrante (de l’ordre de 100 Go !), et d’autre part
sont instanciation rencontre des divisions par 0. Il vaut infiniment mieux
instancier M avant son inversion. La solution purement générique est donc
impraticable. Cependant pour chaque type de couche on peut calculer une
solution "semi-générique" du système (8.1) où la raideur K a été instanciée à
la valeur numérique K
(k)
convenable. Par exemple pour une plaque stratifiée
composée de couches orthotropes identiques à une rotation de π/2 près on
n’aura que deux solutions semi-génériques à calculer.
8.1.2 Équations des plaques stratifiées
En écrivant maintenant les conditions de continuité aux interfaces, les
conditions de liaison sur u et la nullité du vecteur contrainte en z ± h/2 on
écrit le système suivant :
K
(k)
div grad
s
u(k) =
−K
(k)
div(B

ζ +
o
) + (λ
1

4
z)e
1
+ (λ
2

5
z)e
2

3
e
3
(8.4a)

σ
(k)
= K
(k)
(grad
s
u
(k)
+B

ζ) (8.4b)

σ
(k)
(x, y, z
k
).e
3
=

σ
(k−1)
(x, y,z
k
).e
3
(8.4c)
u
(k)
(x, y, z
k
) = u
(k−1)
(x, y,z
k
) (8.4d)

σ
(1)
(x, y, −h/2).e
3
= 0 (8.4e)

σ
(n)
(x, y, h/2).e
3
= 0 (8.4f)
n
¸
k=1

z
k+1
z
k
u
k
dz = 0 ;
n
¸
k=1

z
k+1
z
k
u
k
1
z dz = 0 ;
n
¸
k=1

z
k+1
z
k
u
k
1
z dz = 0 (8.4g)
Dans une première étape les solutions semi-génériques permettent de ré-
soudre les équations (8.4.a à 8.4.e) pour u
(o)
donné ; ensuite on résout les huit
équations scalaires (8.4.f et (8.4.g) pour déterminer trois inconnues scalaires
u
(o)
j
et les cinq inconnues scalaires λ
i
.
78
8.2 Quelques résultats
Nous ne nous sommes intéressés qu’à la plaque de trois couches qui nous
a déjà servi de référence au paragraphe (6.3).
Pour obtenir tous les résultats intéressants sur un plan général il suffit de
résoudre le système (8.4) pour une déformation généralisée ζ polynomiale de
degré 2.
2
Dans l’équation (8.4.a) on peut remplacer l’expression B

ζ par grad
s
(DA

q)
et mener les calculs pour des déplacements généralisés q de degré 3. En tout
état de cause nous présentons les résultats en termes de ces derniers.
La bonne nouvelle est que les résultats classiques sont vérifiés jusqu’au
deuxième degré inclus : plus précisément les valeurs calculées ne diffèrent
des valeurs classiques que par la contribution des termes du troisième de-
gré en (x, y) des déplacements généralisés. Ainsi en est-il des contraintes
σ
11
, σ
22
, σ
12
, σ
33
et du tenseur de flexion-torsion.
Les contraintes de cisaillement σ
13
et σ
23
données par les formules (5.2)
sont évidemment loin de la vérité mais leur calcul à partir des formules (6.3)
ou (6.10) est exact à cette même contribution près des termes de degré 3.
Infirmée est aussi l’hypothèse dite "des sections planes" selon laquelle les
normales resteraient rectilignes. Il suffit de revenir à la figure 6.5 pour se le
rappeler. Toutefois cette hypothèse ne sert qu’à estimer les contraintes de
membrane σ
11
, σ
22
, σ
12
et nous venons de voir que le résultat obtenu est très
correct (toujours au troisième ordre près), ce qui la justifie.
Détaillons un peu ce qu’il en est du gauchissement de la normale. Pour y
voir plus clair nous avons considéré le plus bas degré des monômes de

β qui
sont concernés :

β, inclinaison de la normale sur le plan tangent : degré 0,
grad
s

β, courbure de la déformée : degré 1,
(u
1
, u
2
) composantes du gauchissement de la normale : degré 2,
Ainsi la variation du gauchissement est-elle un infiniment petit (degré 3)
d’ordre supérieur à la courbure (degré 1), ce qui explique le résultat.
Comme l’écrivait Jean Courbon à propos des poutres : "On peut négliger
la variation du gauchissement entre deux sections droites voisines." ce qu’il
nommait "principe de Navier-Bernoulli généralisé" ([30], chp.8, §C). C’est
exactement ce qui se passe dans les plaques où la normale joue le même rôle
que la section droite dans les poutres.
2. Dans une application particulière on pourra évidemment utiliser le développement
limité effectivement disponible.
79
Bibliographie
[1] Wikipedia http ://fr.wikipedia.org/wiki/Pseudo-inverse
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82
Table des matières
1 Différents modèles de plaque 5
1.1 La plaque comme solide tridimensionnel . . . . . . . . . . . . 5
1.1.1 Géométrie et coordonnées . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.1.2 Efforts extérieurs ou charges . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.1.3 Notations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
1.1.4 Espaces fonctionnels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
1.1.5 Dualités déplacements-efforts
et déformations-contraintes . . . . . . . . . . . . . . . 8
1.1.6 Opérateur de déformation et opérateur d’équilibre . . . 9
1.1.7 Noyaux, images et orthogonalité dans la dualité à quatre
espaces . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
1.2 Le modèle de Reissner . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.2.1 Déplacements généralisés, cisaillement transverse et flexion
simple . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.2.2 Efforts extérieurs généralisés . . . . . . . . . . . . . . . 13
1.2.3 Déformations généralisées . . . . . . . . . . . . . . . . 14
1.2.4 Contraintes généralisées . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
1.2.5 Équations différentielles de l’équilibre pour le modèle R 16
1.3 La théorie élémentaire de la flexion : modèle K (comme Kir-
chhoff) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
1.3.1 Déplacements et déformations généralisés . . . . . . . . 17
1.3.2 Contraintes et efforts généralisés . . . . . . . . . . . . . 18
1.3.3 Dualité pour le modèle K . . . . . . . . . . . . . . . . 18
1.3.4 Équations différentielles de l’équilibre pour le modèle K 19
1.3.5 Remarques sur les conditions aux limites . . . . . . . . 19
1.4 Annexes du chapitre 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
1.4.1 Démonstration des équations différentielles d’équilibre
pour le modèle R . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
1.4.2 Démonstration des équations différentielles d’équilibre
pour le modèle K . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
83
2 Compatibilité des déformations 23
2.1 Formulation différentielle de la compatibilité locale . . . . . . 23
2.1.1 Rappel de résultats pour le solide tridimensionnel . . . 23
2.1.2 Formulation différentielle de la compatibilité locale pour
le modèle de Reissner . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
2.2 Compatibilité globale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
2.2.1 Deux théorèmes de J.J.Moreau . . . . . . . . . . . . . 25
2.2.2 Compatibilité globale pour le modèle tridimensionnel . 26
2.2.3 Compatibilité globale pour le modèle de Reissner . . . 29
2.2.4 Compatibilité globale pour le modèle de Kirchhoff . . . 31
3 Du tridimensionnel au bidimensionnel 32
3.1 Moments et relèvements . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
3.2 Déplacement principal et déplacement complémentaire . . . . 34
3.3 Efforts tridimensionnels et efforts généralisés . . . . . . . . . . 36
3.4 Déformations tridimensionnelles et déformations généralisées . 39
3.5 Contraintes tridimensionnelles et contraintes généralisées . . . 40
4 Cadres fonctionnels en élasticité linéaire 41
4.1 Traces et moments . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41
4.2 Modèle de Reissner-Mindlin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 43
4.3 Modèle de Kirchhoff . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
4.4 Effet d’une force concentrée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 44
5 Lois de comportement de plaque 45
5.1 Notations matricielles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45
5.2 Contraintes et cisaillement transverse . . . . . . . . . . . . . . 46
5.3 Relations brutes entre déformations et contraintes généralisées 47
6 Estimations classiques de l’effort tranchant 49
6.1 Contraintes de cisaillement . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 49
6.2 Cas d’une plaque homogène . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
6.3 Cas général et exemple de plaque stratifiée . . . . . . . . . . . 52
6.3.1 Présentation d’un exemple de référence . . . . . . . . . 52
6.4 Deux approches voisines . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 53
6.4.1 Nécessité de privilégier certaines variables . . . . . . . 53
6.4.2 L’approche de Batoz et Dhatt (notée "BD") . . . . . . 55
6.4.3 Une variante notée "BN" de l’approche Batoz-Dhatt . 56
6.5 L’estimation de Reissner . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57
6.5.1 La fonctionnelle de Reissner . . . . . . . . . . . . . . . 57
6.5.2 La méthode de Reissner . . . . . . . . . . . . . . . . . 59
84
6.5.3 Application à la plaque stratifiée de référence . . . . . 62
6.6 Calcul du déplacement de cisaillement . . . . . . . . . . . . . 64
7 La théorie du déplacement complémentaire 65
7.1 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
7.2 Lois d’effort . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
7.3 Équivalence éventuelle des problèmes d’équilibre tridimension-
nel et bidimensionnel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
7.4 Équation différentielle du déplacement complémentaire . . . . 71
7.5 La variante de Kirchhoff . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
8 Calcul des plaques élastiques stratifiées 76
8.1 Technique de calcul . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
8.1.1 Solutions polynomiales dans une couche homogène . . . 76
8.1.2 Équations des plaques stratifiées . . . . . . . . . . . . . 78
8.2 Quelques résultats . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79
85

Introduction
Ce travail fait suite à un article publié en 1999 [3] et que je comptais compléter par quelques considérations d’analyse fonctionnelle. Un changement d’activité imprévu m’en a empêché, mais ce n’était que partie remise. C’est aussi bien ainsi : outre les quelques précisions d’analyse fonctionnelle prévues, d’ailleurs assez banales, ce qui suit est un exposé de synthèse sur les théories classiques suivi d’un développement plus poussé de la méthode du déplacement complémentaire. J’avais déjà, dans les années 60, esquissé cette méthode dans une perspective pédagogique ; le manque de moyens de calcul formel et même simplement numérique l’avait laissée au rang de curiosité. Trois aspects de la théorie des plaques On peut choisir de diviser la théorie des plaques en trois parties : • une formulation abstraite de la mécanique d’un solide bidimensionnel nommé plaque, formulation qui, si l’on se limite à la flexion pour fixer les idées, introduit comme variables duales naturelles la courbure de la surface déformée et le tenseur de flexion-torsion ; • la substitution du modèle bidimensionnel précédent au modèle tridimensionnel du solide réel. C’est lors de celle-ci qu’apparaît la notion de déplacement complémentaire. • les applications techniques dérivées de ce modèle tridimensionnel : éléments finis, vibrations, charnières plastiques etc. Dans la plupart des traités de Résistance des Matériaux on mélange sans vergogne les deux premières parties, puisque, de toute façon, le texte est destiné à des ingénieurs injustement réputés plus soucieux de la pratique que de la démarche scientifique. Si des préoccupations puristes 1 justifient la première partie, qui ne présente d’ailleurs aucune difficulté particulière, c’est bien la deuxième qui contient les choix fondateurs de la théorie.
1. voire esthétiques ou même axiomatiques...

1

Bien que destinée aux applications la troisième partie peut nécessiter des retours sur la deuxième ; en effet certains choix doivent être remis en question lorsque la loi constitutive du matériau est fortement non linéaire (en plasticité par exemple), ou qu’il faut prendre en compte des sollicitations électromagnétiques, ou encore lorsqu’on cherche à raccorder les schémas bidimensionnel et tridimensionnel à proximité du bord etc. On doit alors bien garder à l’esprit les bases posées par les deux premières parties de la théorie pour éviter les incohérences. Le déplacement complémentaire Les hypothèses les plus courantes, comme celle de la rectilignité des normales déformées, sont de type cinématique 2 . Elles substituent au champ de déplacement réel U un champ approché V qui en diffère par le "déplacement complémentaire" u : U =V +u Les théories usuelles des plaques considèrent ce déplacement complémentaire comme négligeable, quitte à admettre implicitement son existence comme dans les évaluations classiques des contraintes de cisaillement transverse. 3 Si l’on s’en tient aux strictes hypothèses cinématiques, qui sont en fait des liaisons artificielles, on sait que les contraintes ainsi calculées ne vérifieront pas les équations d’équilibre intérieur sans l’addition des efforts de liaison correspondants. Les traités pédagogiques restent discrets sur ce point mais de nombreux articles de revue s’en préoccupent. Citons, parmi beaucoup d’autres, W.T. Koiter [5], W.T. Koiter and J.G. Simmonds [6], P. Ladeveze [9], [10], [11], M. Levinson [12], S. Nair et E. Reissner [13], E. Reissner [15],[16],[17],[18],[19],[20], M. Touratier[21], Z. Rychter [22], G. Verchery [23]. Notons que la bibliographie des plaques est gigantesque. En fait les hypothèses nécessaires à l’existence d’une théorie bidimensionnelle des plaques sont le principe de Saint-Venant d’une part 4 , et une distance suffisante du bord, de l’ordre de l’épaisseur. C’est le déplacement principal qui supporte les notions classiques de la théorie des plaques : moments de flexiontorsion, effort tranchant etc. tandis que le déplacement complémentaire sera déterminé en sorte d’engendrer une solution tridimensionnelle acceptable voir exacte.
2. même si on leur associe l’hypothèse dite des contraintes planes σ33 = 0 qui est de type "sthénique". 3. Le chapitre 6 détaillera ces évaluations en les complétant par l’indication du déplacement complémentaire correspondant. 4. éventuellement étendu en fonction du déplacement principal choisi.

2

En appliquant le principe des travaux virtuels aux déplacements virtuels principaux δ V puis complémentaires δu on est conduit à écrire deux groupes d’équations : celles des plaques et celles du déplacement complémentaire. On étudie l’équivalence éventuelle entre ces deux groupes d’équations d’une part, et les équations du solide tridimensionnel modélisé par une plaque d’autre part. On voit que cette équivalence a précisément lieu dans les conditions pour lesquelles le principe de Saint-Venant est exactement vérifié, ce qui est, somme toute, passablement rassurant. Ce principe peut d’ailleurs s’exprimer en termes de la loi des efforts extérieurs qui doit posséder la propriété notée PSV : elle doit être indépendante du déplacement complémentaire et le travail virtuel des efforts extérieurs doit être nul dans tout déplacement virtuel complémentaire. L’équation différentielle du déplacement complémentaire Si l’on suppose donnés les déplacements généralisés de la plaque le tenseur des contraintes σ et le déplacement complémentaire u sont les inconnues du système d’équations associé au déplacement complémentaire ; on peut éliminer σ pour obtenir une équation aux dérivées partielles linéaire qui détermine u. Les trois variables d’espace (x1 , x2 , z) sont effectivement concernées. Mais lorsqu’il s’agit d’une plaque stratifiée et que les déplacements généralisés sont des polynômes en (x1 , x2 ) l’équation aux dérivées partielles se réduit à une équation différentielle ordinaire pour la variable z, linéaire et à coefficients constants dans chaque couche. L’inconnue est le vecteur des coefficients cijk (z) des polynômes inconnus ui =
j,k

cijk (z)xj y k , i = 1, 2, 3

Dans le cas des plaques stratifiées on peut la résoudre formellement. Ainsi lorsque les déplacements généralisés sont des polynômes en (x1 , x2 ), et c’est le cas des éléments finis, la méthode du déplacement complémentaire fournit la solution tridimensionnelle exacte. Composition de l’article et base de comparaison Les six premiers chapitres sont un exposé assez personnel de la théorie classique des plaques. La notion mathématique de moment d’une mesure y joue un rôle essentiel, même si, d’ordinaire, on la laisse implicite. Les quelques précisions d’analyse fonctionnelle devraient répondre aux questions naturelles des amateurs de mathématiques. Enfin le chapitre 6 donne une présentation des estimations classiques des contraintes de cisaillement, avec un hommage 3

Dhatt [4].Batoz et G. nous avons choisi pour référence l’excellent traité de J. Ayant depuis longtemps perdu le goût des exposés théoriques qui ne s’accompagnent pas de résultats numériques comparables à ceux de la littérature.-L. Reissner très originale pour l’époque (1945).spécial à la méthode mixte de E. 4 . Les deux derniers chapitres décrivent la méthode du déplacement complémentaire et ses résultats pour les plaques stratifiées.

x2 ) : Ψ = (x1 . x2 ) ∈ Ω et |z| ≤ h(x1 . x2 ) ≤ hmax (1.1. 1. symétriques par rapport au plan (x1 . par exemple. z) ∈ R3 /(x1 . x2 )/2 (1.1. 5 . O. z). On note (e1 . x2 . Dans l’acception étroite du terme on nomme plaque un solide qui.3) Enfin il arrive que tout le volume Ψ ne soit pas occupé par la matière de la plaque comme c’est le cas. h/2[ (1. Ω un domaine ouvert borné du plan (x1 . et de frontière ∂Ω. x2 ).1 La plaque comme solide tridimensionnel Géométrie et coordonnées L’espace euclidien tridimensionnel est rapporté aux coordonnées cartésiennes (x1 .1 1. dans l’état de référence. O. e2 .2) et l’on suppose qu’il existe deux constantes notées hmin et hmax . e3 ) les vecteurs unitaires des axes. C’est le cas de la plaque représentée par la figure 1. d’un carton ondulé. telles que : 0 < hmin ≤ h(x1 .1) où l’épaisseur h est une constante. occupe un volume Ψ du type : Ψ = Ω × ]−h/2.Chapitre 1 Différents modèles de plaque On va comparer les modèles bidimensionnels par lesquels on a coutume d’approcher le modèle tridimensionnel de référence. Pour étendre le champ d’application pratique de la théorie on étend cette acception à des solides d’épaisseur variable. x2 .

5) (1. 1. x2 ) ∈ Ω et z = −h(x1 . ∂2 Ψ et ∂3 Ψ .4) (1. F 2. z) ∈ R3 /(x1 . F 1. 6 . F 2 et F 3 sont exercées respectivement sur les surfaces ∂1 Ψ . e3 soit orthonormée directe. t le vecteur unitaire tangent choisi en sorte que la base n. Compte tenu de la géométrie particulière du solide étudié les charges sont mises sous la forme : Φ = f . On notera encore s l’abscisse curviligne sur ∂Ω. x2 )/2 ∂2 Ψ = (x1 . x2 . t.Figure 1. x2 ) ∈ ∂Ω et |z| ∈ ]−h/2. x2 )/2 ∂3 Ψ = {(x1 .6) On notera n le vecteur normale extérieure à ∂Ω.1. supérieure ∂2 Ψ et latérale ∂3 Ψ : ∂1 Ψ = (x1 . x2 . h/2[} (1. z) ∈ R3 /(x1 .7) où les densités surfaciques F 1 .2 Efforts extérieurs ou charges Les "charges" (ou efforts extérieurs) sur un solide tridimensionnel sont en général représentées par une densité volumique de force f exercée dans Ψ et par une densité surfacique de force F exercée sur sa frontière.1 – Plaque plane et coordonnées La frontière ∂Ψ du domaine Ψ est la réunion des faces inférieure ∂1 Ψ . x2 ) ∈ Ω et z = h(x1 . F 3 (1.

De même si ∆ désigne un opérateur différentiel sur E 3 on notera ∆(2) l’opérateur de même nom sur E 2 .1. un simple produit contracté.4 Espaces fonctionnels Pour décrire la situation mathématique engendrée par la théorie classique du milieu continu tridimensionnel il est commode d’introduire explicitement quatre espaces vectoriels réels de champs vectoriels ou tensoriels.1. sur la frontière ∂Ψ pour qu’existe la puissance virtuelle des efforts exercés sur celle-ci. plus généralement. notés : • U est l’espace des champs de déplacements ¯ U : Ψ → V3 ¯ où Ψ désigne l’adhérence de Ψ .1. • F est l’espace des efforts extérieurs de la forme (1. en effet les champs de déplacements doivent être aussi définis. de composantes (2) ij = ij pour les valeurs 1 et 2 de i et de j. pour une dimension ν égale à 2 ou 3 : E ν l’espace euclidien de dimension ν. avec la convention de sommation des indices répétés : u · v = ui vj (T · v)i = Tij vj (v · T )i = Tji vj u · T · v = ui Tij vj S : T = Sij Rji 1.7) . Vν l’espace des vecteurs de E ν Si ∈ T3 on note (2) la partie plane de ce tenseur. tandis que le symbole ":" désigne un double produit contracté de deux tenseurs euclidiens . ainsi pour la divergence div (2) u = ∂u1 /∂x1 + ∂u2 /∂x2 Le symbole "·" désigne un produit scalaire de deux vecteurs et. • E est l’espace des champs de tenseurs de déformation : Ψ → T3 • S est l’espace des champs de tenseurs de contrainte σ : Ψ → T3 7 .3 Notations On notera. au moins en un certain sens. ainsi. Tν l’espace des tenseurs symétriques du deuxième ordre sur l’espace euclidien E ν .

g.8) où. lorsqu’il s’agit de valeurs prises sur ∂Ω.5 Dualités déplacements-efforts et déformations-contraintes Bien qu’en toute généralité il s’agisse de distributions. : dx1 dx2 dz pour les intégrales de volume) ou de son extension usuelle aux distributions. D’une façon générale on précise le choix de ces quatre espaces par deux types de conditions : • les conditions algébriques qui décrivent en général des liaisons auxquelles le solide est soumis. et coïncide avec l’espace des champs de vitesses virtuelles.1. Ainsi la forme bilinéaire associée à la puissance virtuelle des efforts extérieurs s’écrit-elle : (δ U . . Φ u = Ψ δU · f + ∂k Ψ δU · F k (1. e. en nous réservant de vérifier a posteriori qu’elles existent effectivement pour le cadre fonctionnel choisi. F). 1. La dualité est séparante parce que les espaces considérés sont des espaces de distri- 8 . le domaine d’intégration donnant toute l’information nécessaire. on gardera la notation des intégrales de fonction pour expliciter les formes linéaires associées à la puissance virtuelle. Pour nous affranchir de celles-ci le plus longtemps possible nous supposerons seulement. comme on le fera dans presque toute la suite. Enfin nous omettrons la notation de trace. u . .. Grâce à la propriété P la forme bilinéaire (1. au moins dans un premier temps. Φ) ∈ U × F → δ U . w|∂Ω . on note par le même symbole les intégrales simples ou multiples. pour l’instant aucune . • les conditions de régularité dont le choix est très dépendant la loi de comportement.L’hypothèse des transformations infinitésimales se traduit par le fait que l’espace U des champs de déplacements est vectoriel. 1.g. que ces espaces possèdent la propriété suivante : Propriété P pour un espace fonctionnel Considérons un espace de fonctions (et/ou de distributions) définies sur une partie bornée de E ν . nous dirons qu’il possède la propriété P s’il contient les restrictions à ce domaine de toutes les fonctions indéfiniment différentiables sur E ν . De même on omet le symbole de la mesure lorsqu’il s’agit de celle de Lebesgue (e.8) place les espaces U et F en une dualité séparante 1 qu’on note (U.

9) .10) avec.σ =− Ψ :σ (1.12) à l’aide du théorème fluxdivergence on montre qu’elle équivaut au système bien connu : div σ + f = 0 σ.De même la forme bilinéaire associée à la puissance virtuelle des contraintes 2 : ( . · . En effet le principe des puissances virtuelles pose qu’un champ de contraintes σ et une charge Φ sont en équilibre si : ∀δu ∈ U : δu. la partie symétrique du gradient. Le signe .6 Opérateur de déformation et opérateur d’équilibre L’opérateur de déformation D : U → E est.9) correspond à la convention qui compte positivement les contraintes de traction.12) Cet opérateur transposé est l’"opérateur d’équilibre". S).16) butions mis en dualité avec des espaces qui contiennent toutes les fonctions indéfiniment différentiables.11) (1. 3. 9 . dans le cas du solide tridimensionnel classique. σ = U .qui précède l’intégrale de l’équation (1. i. bien sûr dans ce contexte : x3 = z. si et seulement si D est continu pour les "topologies compatibles avec la dualité".13) On peut donc écrire l’équation d’équilibre (1. DT σ u (1.15) (1. σ =0 (1. · 1. Φ u + Du. place les espaces E et S en une dualité séparante qu’on note (E .12) sous la forme condensée : DT σ + Φ = 0 (1. notée aussi grads : (DU )ij = grads (U )ij = 1 2 ∂Uj ∂Ui + ∂xi ∂xj (1. σ) ∈ E × S → .1. 2.e.n − F k = 0 dans Ψ sur ∂k Ψ (1. ∀σ ∈ S : DU .14) En explicitant classiquement l’équation (1. S’il existe 3 son transposé est défini par : DT : S → F ∀U ∈ U.

). Le diagramme suivant exhibe les propriétés de dualité que nous exploiterons dans la suite. sauf mention contraire. tout ce qui suit reste valable lorsque des liaisons réduisent la dimension ds .10) dans le cas particulier du solide tridimensionnel) . contraintes etc. Leurs éléments sont des variables "généralisées" (déformations. . il prend ses valeurs dans E et est continu pour les topologies compatibles avec les dualités. 10 Dualités . L’opérateur D est défini sur U (par la relation (1. ce que résume l’hypothèse suivante : Hypothèse 1 Richesse des espaces fonctionnels Les quatre espaces contiennent toutes les restrictions au compact Ψ des fonctions indéfiniment dérivables (propriété P (cf. E.2 – Dualité à quatre espaces pour le solide tridimensionnel Les symboles ⊆ et ⊇ signalent que dans. en fait. ou l’indice "K" pour le modèle de Kirchhoff qui est celui de la flexion simple. Les formes bilinéaires (1. Deux formes bilinéaires définissent les dualités tandis qu’un opérateur de déformation et son transposé établissent les communications entre celles-ci.8) et (1. F ⊃ (Us )o ⊇ (DT (S)) −→ DT S ⊃ (DU)o = ker(DT ) Φ σ Figure 1. V ar. l’inclusion a lieu en tant qu’égalité.9) existent. . Le noyau Us = ker(D) de l’opérateur D est l’espace des déplacements de corps rigide.1.7 Noyaux.. des opérateurs de déformation et d’équilibre. images et orthogonalité dans la dualité à quatre espaces D’une façon plus générale en mécanique des structures on rencontre des schémas de dualité à quatre espaces U.1. les bonnes situations. F.1. pour bien mettre en évidence l’analogie des situations nous garderons les noms des espaces fonctionnels. de dimension 6 puisque nous n’avons introduit aucune liaison .1. u V ar. U (DT (S))o = Us = ker(D) ⊂ U D T o D(U) ⊆ (kerD ) ⊂ E −→ .. éventuellement à 0. Lorsque ds = 6 l’orthogonal . à ceci près que ces noms porteront l’indice "R" pour le modèle de Reissner qui prend en compte le cisaillement transverse. Nous retrouverons le même type de diagramme pour les deux modèles bidimensionnels . Pour simplifier le texte nous donnerons à ces modèles les noms "R" ou "K".4). S.

x2 .2 1. z)/|z| ≤ h(x1 . un peu plus généralement.1 Le modèle de Reissner Déplacements généralisés. Si l’inclusion est vérifiée en tant qu’égalité cette condition devient suffisante. 1. z) mais la "normale matérielle" de coordonnées (x1 . à la compatibilité des déformations (ordinaires ou généralisées). On a donc : DT (S) ⊆ (Us )o (1. x2 ) = {(x1 . Classiquement Us est. x2 ) c’est-à-dire la partie du segment : N (x1 . x2 )/2} 4. l’orthogonal de l’image DT (S) dont (Us )o est l’adhérence.2.17) En termes mécaniques l’inclusion signifie qu’une condition nécessaire pour qu’une charge Φ soit équilibrée par un champ de contraintes σ est qu’elle soit de torseur nul. espace des champs de contraintes autoéquilibrés.18) en utilisant des résultats d’analyse fonctionnelle (l’application D : (H 1 (Ψ ))3 → (L2 (Ψ ))6 est compacte). En fait J. pratiquement indépendant du choix des espaces fonctionnels : il suffit que soit une distribution sur Ψ . De même le sous-espace ker(DT ).(Us )o est l’espace des charges dont le torseur est nul. Moreau[27] l’a démontrée dans un cadre beaucoup plus général. est l’orthogonal de l’image D(U) . Les ingénieurs utilisent souvent l’expression "champ d’autocontraintes" pour désigner les champs de contraintes autoéquilibrés. orthogonale à tous les champs de contraintes réguliers et autoéquilibrés. 11 . x2 . on a donc l’inclusion : D(U) ⊆ (ker(D))o (1. comme noyau d’un transposé. Le chapitre 3 sera consacré à cette égalité pour le solide tridimensionnel et pour les deux modèles de plaque bidimensionnels et même. cisaillement transverse et flexion simple On peut construire une théorie des plaques indépendantes de celle du solide tridimensionnel et dans lesquelles l’être mécanique élémentaire n’est pas la particule matérielle de coordonnées (x1 .18) Une condition nécessaire pour qu’il existe un champ de déplacement U qui engendre un champ de déformations donné est donc que ce dernier développe une puissance nulle dans tout champ de contraintes σ autoéquilibré 4 .J. En élasticité linéaire classique on peut établir l’égalité dans (1.

tandis que pour nous la rotation de la normale autour de son axe est indifférente . x2 . β2 = k · e2 (1.Dhatt dans leur excellent livre [4] ainsi que par E. dont on note ordinairement 5 (v1 . On note que ω = −β2 e1 + β1 e2 est le vecteur rotation qui fait passer de e3 à k3 : k = e3 + ω ∧ e3 . Nous verrons plus loin que nous choisirons de définir w comme la moyenne de U3 sur l’épaisseur 6. [20]. v2 . x2 ) = h −h/2 U3 (x1 . en particulier : [15].Batoz et G.19) Cette convention de signe sur β est opposée à celle choisie dans [3] .effectivement occupée par la matière de la plaque . au moins au sens de la trace. x2 )) se nomme "surface moyenne déformée". dans les théories classiques elle se déplace comme un corps rigide . 12 . dans la configuration de référence. 6 5. w) les composantes. 0) la surface (x1 . v et β : q = (v. Une plaque est donc une famille de segments de droite rigides N (x1 . z)dz nous préférerons parler de "surface déformée moyenne".21) Le scalaire w est traditionnellement nommé "flèche de la plaque". les deux autres vectorielles. x2 ). Selon le contexte on appellera donc "déplacement généralisé" tantôt le quintuplet de variables scalaires : q = (v1 . v2 . w(x1 . on note k son vecteur unitaire qui coïncide avec e3 dans la configuration de référence. Reissner dans ses articles historiques. [16]. x2 ) qui. On notera UR l’espace des champs de déplacements généralisés définis sur Ω et. sur la frontière ∂Ω. Ce point de vue est proche de celui des frères Cosserat [24]. [17]. β2 ) (1. Pour les frères Cosserat une "surface matérielle" est une famille de trièdres qui dépendent continuement des deux variables d’espace x1 et x2 . pour faciliter les comparaisons nous adoptons maintenant celle utilisée par J. terme d’emploi courant. β1 . w. Lorsqu’on définit w comme le déplacement vertical du milieu de la normale matérielle soit : w = U3 (x1 . l’une scalaire. On ne précise pas encore le choix fonctionnel de UR . w.L. w. β1 et β2 sont donc nuls dans la configuration de référence. Le déplacement rigide (et infinitésimal) d’une normale est alors défini par le vecteur déplacement Uc de son centre. ainsi sa position dépend-elle de cinq paramètres seulement : trois de translation et deux de rotation. β) où : β = β1 e1 + β2 e2 (1. x2 . O. sont parallèles à l’axe des z et centrés sur le plan (x1 .20) tantôt le triplet de variables. et par deux angles de rotation qu’il s’avère commode de remplacer par les produits scalaires : β1 = k · e1 . Lorsque nous définirons w par 1 h/2 w(x1 . x2 .

fréquemment. p. x2 ) = w0 − x1 β1 − x2 β2 β(x1 . par définition : δq | QΩ Ω = δv · g + δw p + δ β · c (1. et les deux dernières des densités surfaciques scalaires de couple associées aux composantes de rotation. ils sont définis par une translaR 0 0 tion de composantes (v1 . x2 ) = (v1 − θ0 x2 )e1 + (v2 + θ0 x1 )e2 0 0 w(x1 . par la variable β. v2 . (g.25) 7. c1 . ou encore. β) constitue le déplacement de flexion. dans la théorie élémentaire des plaques (modèle K). c2 ) dont les trois premiéres composantes sont des densités surfaciques scalaires de force associées aux composantes de translation. c) ∈ (V2 × R × V2 ) × (V2 × R × V2 ) −→ (v.Le champ v peut être nommé "déplacement plan" 7 . w.2. nommée usuellement "modèle CT" mais que nous nommerons plutôt "modèle R". nous retrouverons cette situation à l’alinéa 1. w0 ) et par un vecteur rotation de composantes 0 0 (−β2 . v2 .22) Elle signifie que les normales restent orthogonales à la surface moyenne déformée. Cette prise en compte. Comme pour le déplacement on peut aussi considérer le triplet (g. x2 ) conduit à la théorie des plaques fléchies avec "cisaillement transverse".2 Efforts extérieurs généralisés L’espace produit V2 × R × V2 est muni du produit scalaire naturel : (v. de l’inclinaison de la normale sur le plan (x1 . La densité surfacique de puissance virtuelle est alors. c) Ω (1. w.tandis que le couple (w. Dans le modèle R les déplacements généralisés de corps rigide (v. (g.23) 1. Il n’y a plus alors que trois composantes du déplacement généralisé qui s’écrit q = (v1 . θ0 ) avec : 0 0 v(x1 . x2 ) = β 0 (1. 0.3. β).24) =v·g+w p+β·c∈R La densité surfacique de travail virtuel d’un effort extérieur exercé dans Ω est alors définie à l’aide du quintuplet QΩ = (g1 . w) . g2 . β) constituent un espace vectoriel notés Us . p. w. "déplacement de membrane" 13 . Plus simplement. on suppose l’égalité : grad(2) w + β = 0 (1. β1 . β). c). p. Reissner [15]. en hommage à E. p.

χ. γ le "vecteur de cisaillement transverse". G. Q) ∈ UR × FR → q.29) où m est la "déformation de membrane". il est mis en dualité avec l’espace UR par la forme bilinéaire : (q. c. Q q = Ω q | QΩ Ω + ∂Ω q | Q∂Ω ∂Ω (1.De même. sur le contour ∂Ω.27) On notera FR un espace de champs Q . C) est constitué de densités linéiques de force et de couple 8 . χ un tenseur de type courbure.3 Déformations généralisées m On choisit pour variable de déformation le triplet : ζ=( .31) 14 .26) où le triplet Q∂Ω = (G. Opérateur déformation pour le modèle R On choisira un espace des champs de déformations généralisées x ∈ Ω → ζ(x) ∈ T2 × T2 × V2 tel qu’existe l’opérateur de déformation de plaque : DR : UR → ER défini par le système différentiel :  (2) m  = grads v  (2) ζ= χ = grads β   γ = grad(2) w + β 8. le sextuplet : Q = (QΩ .2. ou "effort extérieur généralisé". γ) ∈ T2 × T2 × V2 (1. P.30) (1. P. rappelons que nous avons décidé d’omettre la notation de la trace (1. on définit une densité linéique de puissance virtuelle par : δq | Q∂Ω ∂Ω = δv · G + δw P + δ β · C (1. On nommera "charge". C) (1.28) 1. Q∂Ω ) = (g. p.

On introduit la variable Z. elle ne coïncide pas.34) On choisit enfin un espace SR de champs de contraintes généralisées tel que la forme bilinéaire suivante existe : (ζ. ensuite.23) 1.33) et l’on pose que la densité surfacique de puissance virtuelle des efforts intérieurs s’écrit : δζ || Z Ω = −(δ m : N + δ χ : M + δγ · T ) (1. w est donc une fonction affine de (x1 .35) 15 . est bien dans le noyau de DR . d’après la relation (1.4 Contraintes généralisées Ainsi qu’on l’a fait pour les efforts généralisés exercés dans Ω. T ) ∈ T2 × T2 × V2 (1.23).Enfin la nullité de m entraîne classiquement que le déplacement plan v est solidifiant.23). Inversement si le champ ζ est nul alors.23). ζ lui-même. M.32) On nomme déformations généralisées de la plaque les trois composantes du triplet ζ ou.La quantité −χ est du type tenseur de courbure .31) est l’espace des déplacements solidifiants caractérisés par le système (1.2. de gradient constant −β 0 . Proposition 1 Le noyau de l’opérateur déformation DR défini par le système (1. grad(2) grad(2) w = −χ est nul . On vérifie immédiatement que l’espace des déplacements généralisés solidifiants Us . Z ζ = Ω ζ || Z Ω (1. selon le contexte. x2 ). puisque χ est nul. avec le tenseur de courbure de la surface moyenne déformée qui vaut en effet : grad(2) grad(2) w = −χ + grad(2) γ (1. on définit les contraintes généralisées comme les coefficients de la densité surfacique de puissance virtuelle des efforts intérieurs. Z) ∈ ER × SR → ζ. caractérisé par les R équations (1. comme écrit dans (1.31) on a β = −grad(2) w puisque γ est nul . en général. c’est-à-dire de la forme précisée par (1. nommée "contrainte généralisée" : Z = (N.

à l’indice R près. c’est-à-dire solutions de (1. .4. L’équation d’équilibre entre une charge Q et une contrainte généralisée Z s’écrit en annulant la somme de leurs puissances virtuelles pour des champs de déplacements généralisés δq et de déformations généralisées δζ "compatibles" entre eux.3..Le tenseur N est celui des contraintes de membrane.5 Équations différentielles de l’équilibre pour le modèle R En explicitant l’équation d’équilibre (1.36) à l’aide du théorème fluxdivergence et en utilisant un processus classique d’identification on obtient T facilement (cf. annexe 1. identique. de façon équivalente si l’opérateur transposé DR existe pour le choix qu’on a fait des espaces fonctionnels : T DR Z + Q = 0 (1. Z ζ =0 (1.36) T ou..1) l’expression de l’opérateur DR en termes d’équations différentielles et de conditions à la frontière : Proposition 2 T Les équations différentielles suivantes explicitent l’opérateur DR : 16 . q −→ .37) On peut illustrer la structure algébrique du modèle R par le diagramme de dualité de la figure 1. .3 – Dualité à quatre espaces pour le modèle R 1.2 : T (DR )o = Us = ker(DR ) ⊂ SR R T FR ⊃ (Us )o ⊇ DR (SR ) R . Traditionnellement M et T sont nommés respectivement "tenseur de flexion-torsion" et "effort tranchant". au diagramme de la figure 1.2. Q q + DR δq. ζ −→ DR T DR T DR (UR ) ⊆ (kerDR )o ⊂ ER T SR ⊃ (DR UR )o = ker(DR ) Figure 1.10) : ∀δq ∈ UR : δq.

seront souvent couplés par la loi de comportement du matériau dans l’écriture du système d’équations complet.39) On note que les équations de membrane et celles de flexion forment deux groupes indépendants. x2 ). Auparavant donnons quelques indications sur la théorie élémentaire de la flexion.3) le même diagramme de dualité à quatre espaces que pour le solide tridimensionnel (figure 1. 1. dite de flexion simple.1 Déplacements et déformations généralisés La théorie élémentaire. 1.40) (1.38) (1. suppose que la normale reste orthogonale à la surface moyenne déformée. 17 .44) χij = − ∂xi ∂xj Le noyau de DK est l’espace des fonctions affines du couple (x1 . On construira au chapitre 3 le dispositif qui permet de faire communiquer les deux diagrammes.3.3 La théorie élémentaire de la flexion : modèle K (comme Kirchhoff) Pour alléger l’exposé ignorons le déplacement de membrane dont le traitement est identique à celui du modèle R. qui.41) (1.2). c’est à dire que β = −grad(2) w. Le déplacement généralisé se réduit donc à la seule composante w et la déformation généralisée au seul tenseur χ avec pour opérateur de déformation DK = −grad(2) grad(2) : ∂ 2w (1. Nous ne nous intéressons qu’aux composantes de flexion w et β. comme dans le modèle R sans déplacement de membrane.Équations de membrane dans Ω : sur ∂Ω : Équations de flexion dans Ω : div (2) T = −p div (2) M − T = −c sur ∂Ω : T ·n=P M ·n=C (1. toutefois.42) (1.43) div (2) N = −g N ·n=G (1. Il est donc de dimension 3. On a donc construit pour la plaque (figure 1.

C) où : • p e3 est une densité surfacique de force (distribution sur Ω). f ) ∈ UK × FK → w.46) (1. M ) ∈ EK × SK → χ. 1. • c = c1 e1 + c2 e2 est une densité surfacique de couple (distribution sur Ω) qui développe la puissance virtuelle Ω grad(2) δw · c. ils sont respectivement mis en dualité avec UK et EK par les formes bilinéaires : (w.47) (χ. c.45) Les efforts extérieurs considérés sont de la forme f = (p. M χ·M T Étudions maintenant l’opérateur transposé Dk . Ce dernier vecteur.3.On notera respectivement UK et EK les espaces fonctionnels choisis pour les déplacements généralisés w et pour les déformations généralisées χ. espaces choisis en sorte que DK soit une application de UK dans EK . qu’on écrit sous la forme C = Cn n+Ct t. • P e3 est une densité linéique de force (distribution sur ∂Ω). M χ =− Ω δχ : M (1. f w = Ω (w p + grad(2) w · c) + ∂Ω χ (w p + grad(2) w · C) =− Ω (1. P. k) est le vecteur dw/ds n − dw/dn t.2 Contraintes et efforts généralisés Comme dans le modèle comportant du cisaillement transverse la contrainte généralisée associée au tenseur de courbure est le tenseur de flexion-torsion M qui développe la puissance virtuelle exprimée par la forme bilinéaire : δ χ. • C est une densité linéique de couple (distribution sur ∂Ω) qui développe la puissance virtuelle ∂Ω grad(2) δw · C. La vraie densité de couple est le vecteur C = Cn n − Ct t puisque le vecteur rotation du trièdre (n. a la dimension d’une force. t. 1.3. 18 .3 Dualité pour le modèle K On notera cette fois FK l’espace des efforts f et SK celui des contraintes généralisées M .

Sophie Germain) la théorie des plaques était du type de Kirchhoff et pouvait se résumer (pour une plaque élastique et isotrope) à l’équation de Lagrange : (∆(2) )2 w = p où ∆(2) est le laplacien bidimensionnel.43) .42. comme dans la théorie de Kirchhoff.4. à savoir.50) 1. dans celle de Kirchhoff elles ne sont que deux : (1.48) (1. les trois fonctions inconnues étant régies par trois équations du second ordre.42.43). 1. En fait. comme l’explique Reissner [20].4 Équations différentielles de l’équilibre pour le modèle K En utilisant comme précédemment le théorème flux-divergence on obtient K facilement l’expression de l’opérateur DR en termes d’équations différentielles et de conditions à la frontière (cf.3.39.42) et la composante tangentielle de (1. 1. le système différentiel qui découle de la théorie de Reissner est d’ordre 6. 1.5 Remarques sur les conditions aux limites Dans la théorie de Reissner les conditions d’équilibre sur la frontière sont trois équations scalaires écrites en (1. la condition (1. dans le cas homo- 19 .43) .annexe 1. 1.2) : Proposition 3 T Les équations différentielles suivantes explicitent l’opérateur DK : dans Ω : sur ∂Ω : sur ∂Ω : div (2) div (2) M = −p + div (2) c n · div (2) M + dCT d(t · M · n) =P− +c·n ds ds n · M · n = −CN (1.49) (1. Dans ses débuts (Lagrange.50). C’est une équation elliptique d’ordre 4 qu’on doit compléter par deux conditions aux limites scalaires.49) "contracte" (1.49.1. On trouvait paradoxal de ne disposer que de deux conditions scalaires alors qu’intuitivement le mécanicien aurait aimé écrire les relations (1.3.

4 1. Z ζ =− Ω N : grad(2) δv − s Ω M : grad(2) β − s Ω T · (grad(2) δw + δ β) On développe successivement les trois termes à l’aide du théorème fluxdivergence : N : grad(2) δv = s Ω Ω div (2) (N · δv) − (div (2) N ) · δv n · N · δv − ∂Ω Ω = M : grad(2) δ β = s Ω Ω (div (2) N ) · δv div (2) (M · δ β) − (div (2) M ) · δ β n · M · δβ − ∂Ω Ω = T · (grad(2) δw + δ β) = Ω Ω div (2) M · div (2) (T δw) − δw div (2) T + T · δ β n · T δw − ∂Ω Ω = (δw div (2) T − T · δ β)δ β D’autre part la puissance virtuelle des efforts extérieurs est : (δv · g + δw p + δ β · c) + Ω ∂Ω δv · G + δwP + δ β · C 20 .gène et isotrope : E ∂ 2w + 1 + ν ∂x2 1 ∂ 2 β1 ∂ 2 β2 1−ν +ν + 2 ∂x1 ∂x1 ∂x2 2 ∂ 2 w ∂β1 ∂β2 + + ∂x2 ∂x1 ∂x2 2 ∂ 2 β1 ∂ 2 β2 + ∂x2 ∂x1 ∂x2 2 E ∂w − + β1 1 + ν ∂x1 ∂ 2 β2 ∂ 2 β1 1 − ν ∂ 2 β2 ∂ 2 β1 +ν + + ∂x2 ∂x1 ∂x2 2 ∂x2 ∂x1 ∂x2 2 1 ∂w E + β2 − 1 + ν ∂x2 = −p Eh3 12(1 − ν 2 ) = −c1 Eh3 12(1 − ν 2 ) = −c2 1.1 Annexes du chapitre 1 Démonstration des équations différentielles d’équilibre pour le modèle R La puissance virtuelle des efforts intérieurs est a été définie par (1.4.34) : DR δq.

après intégration par parties : Wext = ∂Ω dδw dδw CN + CT + δw(P + c · n) + dn ds δw (p − div (2) c) Ω 21 . la contribution de l’intérieur à la puissance virtuelle étant nulle celle de la frontière doit s’annuler aussi. quelles que soient les variations des "traces" δv.2 Démonstration des équations différentielles d’équilibre pour le modèle K En effet la puissance virtuelle des contraintes généralisées est l’intégrale : Wint = Ω M : grad(2) grad(2) δw qu’on développe en utilisant les formules classiques : M : grad(2) grad(2) w = div (2) (M · grad(2) w)−div (2) (w div (2) (M )) + w div (2) div (2) M et. Ensuite. δ β.La puissance virtuelle totale doit être nulle à l’équilibre quelles que soient les variations δv. On obtient ainsi les conditions d’équilibre sur ∂Ω. δ β.4. sur le contour ∂Ω : grad(2) w = ce qui conduit à : Wint = ∂Ω dw dw n+ t dn ds −δw n · div (2) M + dδw dδw t·M ·n+ n·M ·n + ds dn δw div (2) div (2) M Ω La puissance virtuelle des efforts extérieurs est par définition : Wext = ∂Ω ( dδw dδw CN + CT + δwP ) + dn ds (δw p + grad(2) δw · c) Ω qui s’écrit. Dans un premier temps on choisit ces dernières à support compact contenu dans Ω. δw. δw. ce qui conduit aux équations sur l’intérieur de ce domaine. 1.

La puissance virtuelle totale est donc : Wtot = Ω δw(div (2) div (2) M + p − div (2) c)+ δw(−n · div (2) M + P + c · n) + dδw dδw (t · M · n + CT ) + (n · M · n + CN ) ds dn ∂Ω On doit encore transformer l’expression précédente parce que les quantités δw et δw/ds ne sont pas indépendantes sur le contour fermé ∂Ω . on peut toutefois intégrer par parties le deuxième terme de l’intégrale sur celui-ci . forme linéaire du couple de fonctions indépendantes δw et δw/dn.51) ∂Ω En annulant Wtot . il vient : Wtot = Ω δw(div (2) div (2) M + p − div (2) c)+ δw −n · div (2) M + P + c · n − dδw d (t · M · n + CT ) + (n · M · n + CN ) ds dn (1.4. on obtient le système présenté dans l’alinéa 1. 22 .3.

1 2. Cette dernière voie doit presque tout à l’article fondateur de J. L.kl + kl.2) 23 .1) Classiquement les conditions citées dans les livres s’expriment à l’aide de relations différentielles dues à Saint-Venant .ij = ik.J.Solomon [25].Chapitre 2 Compatibilité des déformations Pour le modèle tridimensionnel et pour celui de Reissner nous allons établir les conditions d’intégrabilité des champs de déformations (ordinaires ou généralisées). d’une part sous la forme de relations différentielles comme on les trouve dans les ouvrages classiques.ik (2.1 Formulation différentielle de la compatibilité locale Rappel de résultats pour le solide tridimensionnel Tous les ouvrages de mécanique des milieux continus s’intéressent à la "compatibilité" d’un champ de tenseurs de déformation à valeurs dans T2 ou dans T3 . c’est-à-dire aux conditions d’existence d’un champ de déplacements U à valeurs dans V2 ou dans V3 et tel que : = grads U (2.jl + jl. Elle permet de couvrir sans difficulté particulière les cas de domaines multiplement connexes. comme celui de liaisons linéaires auxquelles le solide est éventuellement assujetti. 2.1.Moreau ([27]). J. on peut les écrire sous la forme indicielle (cf. d’autre part sous forme "variationnelle" c’est à dire en exprimant la nullité de certaines formes bilinéaires. Salençon [26]) : ij.

Compte tenu des symétries, elles conduisent, en dimension 3, à six relations indépendantes déduites des deux suivantes par permutation circulaire : 2 13,23 −
12,12

− 12,33 −

11,22

− 33,21 +

22,11 32,31

=0 =0

(2.3) (2.4)

En dimension 2 ces conditions se réduisent à la seule relation (2.3). Il s’agit de conditions nécessaires qui deviennent suffisantes lorsque le domaine est simplement connexe. Lorsqu’il est multiplement connexe on doit écrire la nullité de certaines intégrales pour assurer l’existence d’un champ U uniforme [25].

2.1.2

Formulation différentielle de la compatibilité locale pour le modèle de Reissner

On peut établir les conditions de compatibilité d’un champ de déformations généralisées sur toute partie simplement connexe de Ω : Proposition 4 Compatibilité locale des déformations généralisées Soit ζ = ( m , χ, γ) un champ de déformations généralisées défini sur l’ouvert simplement connexe Ω et deux fois continûment différentiable ; pour qu’il existe un champ de déplacements généralisés q = (v, w, β) tel que ζ = DR (q), c’est à dire solution du système :
m

= grad(2) v s = = grad w + β grad(2) β s (2)

(2.5) (2.6) (2.7)

χ γ

il est nécessaire et suffisant que ζ soit solution du système suivant :
m 22,12

+

m 11,22

−2

m 12,12

=0

(2.8) (2.9) (2.10) (2.11)

γ1,12 − γ2,11 + 2(χ12,1 − χ11,2 ) = 0 γ2,12 − γ1,22 + 2(χ12,2 − χ22,1 ) = 0 χ22,11 + χ11,22 − 2χ12,12 = 0

En effet, d’après ce qui précède, les conditions (2.8) et (2.11) sont nécessaires et suffisantes pour qu’existent v et β solutions respectives de (2.5) et de (2.6). Notons que v et β ne sont définis qu’à un déplacement rigide près, par exemple pour β : β = β 1 + β 0 − θ0 x2 e1 + θ0 x1 e2 24 (2.12)

où β 1 désigne une solution particulière, β 0 et θ0 des constantes arbitraires. Il reste donc à montrer qu’il existe une fonction w et une détermination de β solutions de (2.7) si et seulement si le couple (γ, χ) est solution du système (2.9, 2.10, 2.11). Pour que (2.7) ait lieu il est nécessaire et suffisant que r = rot(−β + γ) soit nul 1 : 1 1 r = 2θ0 − β2,1 + β1,2 + γ2,1 − γ1,2 = 0 (2.13) Pour que r soit nul il est nécessaire que son gradient soit nul :
1 1 −β2,11 + β1,21 + γ2,11 − γ1,21 = 0 1 1 −β2,12 + β1,22 + γ2,12 − γ1,22 = 0

(2.14) (2.15)

et, pour la première composante par exemple, on vérifie que :
1 1 β2,11 − β1,21 = 2(χ12,1 − χ11,2 )

(2.16)

en sorte que les relations (2.9) et (2.10) sont équivalentes aux relations (2.14) et (2.15). Inversement si ces dernières ont lieu le rotationnel r est une constante qu’on annule en choisissant : 1 1 1 θ0 = (β2,1 − β1,2 + γ1,2 − γ2,1 ) 2 (2.17)

Finalement, en accord avec (2.12), où θ0 est maintenant déterminé, β est défini à la constante arbitraire β 0 près tandis que w est définie à la fonction 0 0 affine w0 − β1 x1 − β1 x2 près. Les conditions différentielles de compatibilité locale pour le modèle de Kircchoff se déduisent des précédentes pour γ = 0.

2.2
2.2.1
ν

Compatibilité globale
Deux théorèmes de J.J.Moreau

Comme au chapitre 1 notons, pour ν = 2 ou 3 : E l’espace euclidien de dimension ν, Tν l’espace des tenseurs euclidiens symétriques sur E ν , Vν l’espace des vecteurs de E ν ,
1. Nous utilisons la notation indicielle de la dérivation pour terminer cet alinéa

25

et notons aussi Ψ un ouvert quelconque de E ν , D(Ψ, Tν ) l’espace des fonctions indéfiniment différentiables à valeurs dans Tν et de support compact contenu dans Ψ , D (Ψ, Tν ) l’espace des distributions sur Ψ à valeurs dans Tν . On notera · , · la forme bilinéaire qui met en dualité D et D . On doit à Jean-Jacques Moreau [?] deux théorèmes qui couvrent la quasitotalité des cas usuels 2 . Ω désigne un ouvert de E ν avec ν = 2 ou 3 : Théorème 1 (J.J. Moreau 1979 "théorème 0") Soit g ∈ D (Ω, E ν ) ; pour qu’il existe une distribution f ∈ D (Ω, R) telle que g = grad(ν) f il est nécessaire et suffisant que g, u = 0 pour tout champ u ∈ D(Ω, Vν ) et de divergence nulle. Théorème 2 (J.J. Moreau 1979 "théorème 1") Soit ∈ D (Ω, Tν ) ; pour qu’il existe un u ∈ D (Ω, Vν ) tel que = grads u il est nécessaire et suffisant que, pour tout σ ∈ D(Ω, Tν ) et de divergence nulle on ait : ,σ = 0 (2.18)

Remarque On note l’absence d’hypothèse sur le connexité de l’ouvert Ω. Notons que dans l’article en question Moreau nomme "théorème 0" le théorème 1 ; il lui sert en effet de préliminaire à la démonstration du théorème 2 qu’il nomme "théorème 1".

2.2.2

Compatibilité globale pour le modèle tridimensionnel

Compatibilité globale en l’absence de liaisons Revenons au schéma de dualité à quatre espaces présenté par la figure 1.2. En vertu de l’hypothèse 1 (§ 1.1.7) l’espace S possède la propriété P (§ 1.1.4). Le noyau ker(DT ) contient donc tous les champs σ ∈ D(Ψ, Tν ) et de divergence nulle. D’où l’implication : ∈ (ker(DT ))o ⇒ ∃ U ∈ D (Ψ, Tν ) : = grad(s) U (2.19)

. . .mais rien ne dit, pour autant, que U appartienne à U. En particulier (2.19) ne définit U qu’à l’addition près d’un V ∈ Us .
2. c’est-à-dire lorsque les divers champs sont des distributions sur Ω

26

Pour l’assurer l’existence de U ∈ U nous ferons dans un premier temps l’hypothèse suivante :

Hypothèse 2 L’espace U contient tous les champs de déplacements U ∈ D (Ψ, Tν ) tels que grads U ∈ E. L’hypothèse 1 (§ 1.1.7) supposait que D était une application de U dans E donc celui-ci suffisamment riche par rapport à celui-là ; inversement l’hypothèse 2 suppose U suffisamment riche par rapport à E. Elle implique en outre que le sous-espace Us contient tous les déplacements d’ensemble possibles, c’est-à-dire qu’il est bien de dimension 6 en tridimensionnel (ν = 3) ou de dimension 3 en bidimensionnel (ν = 2). Autrement dit le solide considéré n’est soumis à aucune liaison. On en déduit immédiatement le

Corollaire 1 Si les hypothèses 1 (§ 1.1.7) et 2 (§ 2.2.2) sont vérifiées alors : D(U) = ker(DT )o Compatibilité globale en présence de liaisons linéaires Nous allons détailler les ingrédients de la figure 2.1. DV = D ◦ I V −→ ., . ., .
u T DV = Q ◦ D T G = F/Vo

(2.20)

., .

v

−→ −→ 27

I D

Q DT

V⊂U DV (V) = D(V) ⊂ D(U) ⊂ E −→

F ⊃ Vo S ⊃ D(V)o ⊃ D(U)o

Figure 2.1 – Liaisons et compatibilité des déformations Une propriété remarquable de la caractérisation des champs intégrables par dualité est qu’elle fonctionne encore lorsque le solide est soumis à des liaisons sans frottement linéaires (ou affines).

·.2. un champ V ∈ U avec = DV . 3.1.22) En termes de mécanique générale la dualité (U . · u . · v .1 résume la situation.Notons en effet U l’espace des champs de déplacements du solide libre de toute liaison et introduisons une liaison sans frottement définie par un sousespace vectoriel fermé 3 V du précédent et un point uo ∈ U. DVT = Q ◦ DT (2. en vertu du corollaire 1. DT σ v = 0 ⇐⇒ σ ∈ D(V)o 28 . En effet on a d’après (2. ψ v = V .7) et 2 (§ 2. En particulier l’image DV (V) est fermée.2. DV la restriction de D à V. On a : IT = Q .24) Ensuite si est orthogonal à ker(DVT ) = D(V)o il est a fortiori orthogonal à D(U)o et il existe.23) = V .2) du corollaire 1 (§ 2. Le déplacement U est assujetti à rester dans la variété affine uo + V tandis que l’effort de liaison est a priori quelconque dans l’orthogonal Vo ⊂ F. l’application canonique Q : F → G et la dualité quotient définie par la forme bilinéaire : (V . ψ) ∈ V × G −→ V . pour les topologies compatibles avec la dualité (2.21) On note I l’injection de V dans U. Établissons maintenant un second corollaire du théorème 2 de Moreau : Corollaire 2 Si U vérifie les hypothèses 1 (§ 1.ϕ u où ϕ ∈ Q−1 (ψ) (2. On considère alors l’espace quotient G = F/Vo .22) : ker(DVT ) = (DT )−1 (Vo ) et la suite d’assertions équivalentes : σ ∈ ker(DVT ) ⇐⇒ σ ∈ (DT )−1 (Vo ) ⇐⇒ DT σ ∈ Vo ⇐⇒ ∀ V ∈ V : DV . La figure 2. F) décrit la situation où la liaison définie par V est explicite et la dualité (V . σ qui aboutit à : ker(DVT ) = D(V)o (2. G) celle où la liaison est implicite.2) et si ∈ E est orthogonal au noyau de l’opérateur d’équilibre ker(DVT ) alors il existe un champ V ∈ V tel que = DVT (V ). DV = D ◦ I . ·.

pour des champs σ ∈ C 2 (Ψ. ce qui achève la démonstration. Moreau [27]). rot rotT τ = rot rotT .26) (2. 2.28) T Notons JR l’ensemble des ces champs Z. pour des champs de contraintes généralisées Z = (N. Le cas des solides soumis à des liaisons exprimées sous forme explicite "concrète" comme par exemple : V = 0 sur ∂1 Ψ ⊂ ∂Ψ (2. En appliquant DT au deux membres de (2.J.2. ce qui permet d’écrire : ∀ φ ∈ Vo ∃ σ ∈ D(V)o : DT σ = φ ⇒ V . M. luimême cité par J. 29 . en l’absence de charge. T ) indéfiniment différentiables et de support compact contenu dans Ω : div (2) N = 0 div T = 0 div (2) M − T = 0 (2) (2. Une démonstration simple consiste à utiliser le résultat classique : div σ = 0 ⇐⇒ ∃ τ : div σ = rot rotT τ où l’opérateur rot rotT est son propre transposé : .25) est assez facile à traiter à partir du théorème de Donati.2).37). évidemment contenu dans ker(DR ). T3 ) et un domaine Ψ simplement connexe.3 Compatibilité globale pour le modèle de Reissner Rappelons les équations différentielles d’équilibre (2.24) puis en utilisant 2. τ L’orthogonalité de à tous les champs de contraintes σ de divergence nulle conduit donc à rot rotT = 0 qui n’est autre que la condition (2.Il reste à montrer que V appartient effectivement à V.φ v = 0 ⇒ V ∈ (Vo )o = V puisque V est fermé.27) (2. on obtient l’égalité Vo = DT (D(V)o ). Le théorème de Moreau apporte un progrès et un confort certains pour le traitement des domaines multiplement connexes. en l’absence de liaisons. Remarque historique La première caractérisation duale des champs de déformation compatibles semble due à Donati (Gurtin cite Donati dans l’ouvrage d’élasticité [28].23.

(2. ce qui assure l’existence de w solution de (2. Nous sommes donc dans la situation du théorème 1 (1). T = 0 (2. Considérons alors les champs de contraintes généralisées de la forme Z = (0. w. M = − β. 0) ∈ JR entraîne. d’après le théorème 2 de Moreau (§ 2). β) un champ de déformations généralisées .6) et défini à un déplacement plan près de la forme explicitée par (2. l’existence de v. il vient : grad(2) β. solution de 2. V2 ) −→ DR (q) ∈ ER alors q appartient à UR et l’image DR (UR ) est fermée. β) tel que ζ = DR (q) il est nécessaire et suffisant que ζ soit orthogonal à JR . si l’espace UR contient tous les champs de déplacements généralisés qui vérifient : q = (v. χ. T ) ∈ D(Ω. β) ∈ D (Ω. De même l’orthogonalité de ζ aux champs de la forme (0. Ensuite l’orthogonalité de ζ aux champs de la forme (N . M. De plus.32) 30 . pour qu’il existe un champ de déplacements généralisés q = (v. Nous n’avons pas jugé utile de lui donner une formulation séparée. 4 En effet la condition est évidemment nécessaire puisque JR est contenu dans DR (UR )o . M.2) est contenue dans cet énoncé.12).31) (2.7).29) (2. T = 0 s et comme : grad(2) β. T2 × T2 × V2 ) tels que : div (2) M − T = 0 div T = 0 (2) (2. Il reste à établir l’existence d’une fonction w solution de (2. 0.7) et achève ainsi la démonstration.5 et défini à un déplacement plan près. R) × D (Ω.30) et exprimons maintenant leur orthogonalité à ζ en utilisant la relation χ = (2) grads β .Proposition 5 Compatibilité globale en l’absence de liaisons Soit ζ = ( m . w. div (2) M = 0 s on obtient finalement : −β + γ.2. M + γ.33) pour tous les T de divergence nulle. Remarque : une hypothèse équivalente à l’hypothèse 2 (§ 2. 0) ∈ JR entraîne l’existence d’un champ β solution de (2. V2 ) × D (Ω. 4.

ij . 2. Moreau et M.J. Ros) ([29]) Pour qu’un champ χ appartenant à D (Ω. Mji = w. on a : w.4) les champs de moments autoéquilibrés et de support compact sont les solutions de div (2) div (2) M = 0. (2) (2) = 0 pour tout 31 . elle s’applique donc aussi pour le modèle de Reissner et pour celui de Kirchhoff sur lequel nous allons maintenant donner un résultat de J.ji La condition d’intégrabilité globale suivante est analogue aux précédentes pour les modèles R et 3D : Proposition 6 (J. T2 ) tel que div div M = 0. En effet.2.J. R) il est nécessaire et suffisant que χ. La démonstration donnée pour le cas du solide tridimensionnel est purement algébrique .3. M M ∈ D(Ω.4 Compatibilité globale pour le modèle de Kirchhoff D’après les équations d’équilibre (1.Compatibilité en présence de liaisons linéaires. Mij. T2 ) soit de la forme χ = −grad(2) grad(2) w où w ∈ D (Ω. Ros. par définition de la dérivée d’une distribution. Moreau et M. Ils sont orthogonaux à tous les champs de courbure de la forme χ = −grad(2) grad(2) w.

• ∆k = λ z k . ∂3 Ψ . qu’elles soient géométriques ou sthéniques. λ ∈ R . F3 ) sont des fonctions sommables respectivement sur Ψ .1 Moments et relèvements On note : Notations 1 • H l’intervalle fermé H = [−h/2. • Mes(H) l’espace des mesures bornées sur H à valeurs dans R. droite des monômes de degré k. ∂2 Ψ . x2 )/2} (3. h/2]. x2 ) = {(x1 . 3.1) par la prise de moments et de relèvements d’ordre 0 et 1. F2 . z)/|z| ≤ h(x1 . • On pose. • IX l’application identique sur un ensemble X. ∂1 Ψ . F1 . x2 . x2 ) ∈ Ω −→ N (x1 .Chapitre 3 Du tridimensionnel au bidimensionnel Dans ce chapitre on suppose que les composantes de la charge Φ = (f . Le passage du tridimensionnel a principalement lieu sur les segments : (x1 . pour toutes les variables concernées.2) 32 . pour k naturel et dµ ∈ Mes(H) : h/2 Jk = −h/2 z 2k dµ(z) (3.

Dans ce qui suit dµ est la mesure de Lebesgue lorsque la plaque est pleine . le rôle d’un supplémentaire orthogonal de Rk (R).5) que Mk Rk et Rk Mk sont des projecteurs . ce qu’on note classiquement : Rk = M† k (3. donc un projecteur orthogonal particulier (le supplémentaire orthogonal est réduit à l’origine) . le premier est l’application identique IR . Il s’agit d’une définition générale des pseudoinverses. dans Mes(H). En effet il résulte des relations (3.6) La démonstration est immédiate. Dans notre cas elle correspond à celle de Moore-Penrose [2].4) On nommera "moment réduit" d’ordre k le rapport Mk /Jk m m Notons qu’on identifie la fonction Jk z k à la mesure Jk z k dz suivant l’usage courant dans la théorie des distributions. le second est un projecteur sur Mes(H) dont le noyau ker(Rk Mk ) = {dµ ∈ Mes(H) / H z k dµ(z) = 0} joue.5) qui font apparaître Rk et Mk comme des applications pseudo-inverses l’une de l’autre.3) et relèvement d’ordre k la mesure définie par la fonction : m ∈ R −→ Rk (m) = m k z Jk (3. 33 . telle qu’on peut la trouver dans [1]. Proposition 7 Le relèvement et le moment d’ordre k vérifient les relations : Mk Rk Mk = Mk Rk Mk Rk = Rk (3. pour les plaques creuses on choisit dµ(z) = dz dans les intervalles occupés par la matière et dµ(z) = 0 dans les intervalles vides.Définition 1 Moments et relèvements On appelle moment d’ordre k de la mesure dµ la fonctionnelle linéaire : dµ ∈ Mes(H) −→ Mk (dµ) = H z k dµ(z) ∈ R (3.

Cela conduit à la décomposition du champ de déplacements tridimensionnel U en la somme : U =V +u (3. la position de la normale déformée. par exemple. moments et relèvements jouent un rôle essentiel dans la correspondance entre modèles tridimensionnel et bidimensionnels. Enfin ce qui précède fait implicitement l’hypothèse qu’on s’est placé en un point (x1 . Cette seconde hypothèse est alors inutile puisque. 34 . Par exemple dµ = U dz pour une fonction U sommable U : R → Rν . au sens des moindres carrés. la normale reste indéformable mais peut s’incliner sur le plan tangent à la "surface moyenne déformée". à une déformation longitudinale 33 près. Dans le modèle R (ReissnerMindlin). Dans beaucoup d’exposés d’introduction à la théorie des plaques on introduit deux hypothèses mécaniquement contradictoires : "σ33 est nulle" et " 33 est nul".Extensions Un peu plus généralement on peut considérer des mesures à valeurs dans R . 1 Dans le modèle K de la flexion simple (Kirchhoff) le déplacement de la normale la laisse orthogonale à la déformée du plan moyen. La différence u est le "déplacement complémentaire". Moments et relèvements prennent alors leurs valeurs dans Rν . Nous remplacerons cette dernière hypothèse par la recherche du segment de droite qui représente au mieux. Laissant les normales 1. que σ33 est nulle et que 33 est négligeable. 33 n’intervenant pas dans la puissance virtuelle. x2 ) de Ω ou de sa frontière. d’après la première. dont moments et relèvements deviennent alors des fonctions. La mesure peut évidemment dépendre de ce point. ν Même si l’on peut ne pas les mettre en évidence et se contenter de donner les formules sans autre commentaire.7) où le champ V laisse les normales rigides : c’est "déplacement principal". et les composantes sont traitées indépendamment les unes des autres. Il vaut mieux dire. plus général que le précédent. sa valeur devient indifférente.2 Déplacement principal et déplacement complémentaire Les hypothèses classiques de la théorie des plaques supposent la normale matérielle indéformable. 3.

−h/2 z u2 = 0 (3. x2 )e1 + v2 (x1 .10) c’est-à-dire que l’espace des déplacements complémentaire est le noyau : Uc = ker(A) On a aussi : Up = A† A(U) . est le moment réduit d’ordre 1 de (U1 . (3. β2 ). U2 . dans l’écriture des intégrales. z) = v1 (x1 . x2 ) + w(x1 . Rappelons que nous restons dans le cadre des petites transformations.rigides le déplacement principal est certainement de la forme 2 : V (x1 . x2 ) Pour achever de définir V on le choisit en sorte qu’il minimise le carré du champ complémentaire. ce qui peut se noter : V = A† (q) où A† est la pseudo-inverse de A associée aux relèvements des ces moments. z)|2 dz On trouve que la quantité q = (v. "inclinaison moyenne". x2 )e3 +z β1 (x1 .8) et (3. U2 ).9) font apparaître le déplacement principal V comme la somme des relèvements des moments d’ordre 0 et 1. Contrairement à notre habitude nous conservons dans ce chapitre la notation de dz. −h/2 z u1 = 0 . w) = (β1 . w). x2 )e3 + z β(x1 . x2 )e1 + z β2 (x1 . z) − V (x1 . "déplacement moyen". U3 ) tandis que (β1 . U2 ) dz −h/2 (3. Les formules (3.8) ||u||2 = −h/2 |U (x1 . U3 ) dz −h/2 h/2 z(U1 . w. est la moyenne (ou moment réduit d’ordre 0) de (U1 . x2 . Par construction le champ complémentaire u est solution des équations suivantes : h/2 h/2 h/2 u=0 −h/2 . c’est-à-dire l’intégrale 3 : h/2 (3. U2 . x2 . β) est une fonction linéaire A de U : q = A(U ) avec : (v1 . β2 ) = 1 h 12 h3 h/2 (U1 . x2 . mesure banale de Lebesgue. v2 . v2 . Uc = (IU − A† A)(U) (3. x2 )e2 + w(x1 . x2 )e2 = v(x1 .11) 35 .9) Ainsi donc (v1 .12) 2. 3.

l’effort Φ = f . x2 .15) + f2 e2 ) (3. il vient : δV . u) ∈ Up × Uc → V ·u=0 (3.1. x2 ) ∈ Ω. F 2 .8) et (3. z) dz est nulle pour presque tout (x1 . La quantité q = (v.8) où β = −grad(2) w. x2 )e2 + w(x1 .3 Efforts tridimensionnels et efforts généralisés On a défini. (V .13) Ψ En effet l’intégrale V (x1 . F 1 . Φ où :      h/2 1 2   p = F3 + F3 + −h/2 f3    h/2 h h 1 2 2 1 c = 2 (F1 − F1 )e2 + 2 (F2 − F2 )e1 + −h/2 z(f1 e2 − f2 e1 )  h/2 3 3  G = −h/2 (F1 e1 + F2 e2 )    h/2  3  P = −h/2 F3     h/2 3 3 C = −h/2 z(F1 e2 − F2 e1 ) 2 1 2 1 g = (F1 + F1 )e1 + (F2 + F2 )e2 + h/2 (f e −h/2 1 1 U = Ω (δv · g + δw p + δ β · c) + ∂Ω (δv · G + δw P + δ β · C) (3. F 3 exercé sur le modèle tridimensionnel . F1 e1 + F2 e2 ) 1 2 = (f3 e3 . x2 )e1 + v2 (x1 . w) ∈ UK est le déplacement généralisé tandis que le déplacement principal V est encore donné par la relation (3. Si l’on adopte le modèle K le couple q = (v. x2 )e3 − z grad(2) w (3. calculons sa puissance virtuelle dans la vitesse virtuelle principale δ V en utilisant les relations (1. w. On notera UR l’espace de ces déplacements généralisés. x2 .En notant Up l’espace des déplacements principaux on constate que Up et Uc sont supplémentaires orthogonaux pour le produit scalaire naturel de U: U = Up + Uc .8) . β) est nommée "déplacement généralisé" du modèle R. F3 e3 ) 3 3 = F1 e1 + F2 e2 3 = F3 e3 36 . au paragraphe 1.14) h/2 −h/2 3. F3 e3 .2.16) Considérons les quatre systèmes d’efforts : Φ12 Ω Φ3 Ω 12 Φ∂Ω Φ3 ∂Ω 1 1 2 2 = (f1 e1 + f2 e2 . z) · u(x1 . soit : V = v1 (x1 . F1 e1 + F2 e2 .

(3.1)dont la rotation autour d’elle-même est indifférente. dont la valeur est une densité linéique de force répartie sur ∂Ω. x2 ) ∈ Ω −→ N (x1 . 4. 1. p.16) définissent une application linéaire A†T : Φ ∈ F −→ A†T (Φ) = (g. Ainsi : Ω Ω 1 2 1 2 1 2 (Φ12 . Proposition 8 Les relations (3. x2 ) = {(x1 . Alors g + p e3 en est le moment d’ordre 0 et c en est le moment d’ordre 1. x2 . et dont les valeurs sont des densités surfaciques de force répartie sur Ω. Φ3 ) −→ ϕ∂Ω = F1 e1 + F2 e2 + F3 e3 ∂Ω ∂Ω dont G + P e3 et C sont les moments d’ordres respectifs 0 et 1.17) 37 . Considérons les segments matériels intérieurs : (x1 . z)/|z| ≤ h(x1 . c. On observe que : g = M0 (Φ12 ) Ω p = M0 (Φ3 ) Ω c = M1 (Φ12 ) Ω G = M0 (Φ12 ) ∂Ω P = M0 (Φ3 ) ∂Ω C = M1 (Φ12 ) ∂Ω Il est intéressant de reprendre la notion de normale matérielle (cf. x2 )/2} ils ne sont soumis qu’à la mesure répartie 5 : 3 3 3 (Φ12 . P. 5. x2 ) = {(x1 . x2 ) 4 on peut ajouter les efforts décrits par Φ12 et par Φ3 .27) : Q = (g. c. Φ3 ) −→ ϕΩ = f1 e1 +f2 e2 +f3 e3 +(F1 +F1 )e1 +(F2 +F2 )e2 +(F3 +F3 )e3 Ω Ω Les trois premiers termes sont répartis sur l’intérieur et les trois derniers des mesures concentrées aux extrémités. G. x2 ) ∈ ∂Ω. x2 .Nous avons déjà défini l’effort généralisé (cf. C) ∈ FR où : FR = A†T (F) et A†T est effectivement la transposée de A† . Quant aux segments matériels périphériques : (x1 . p. C) comme variable duale du déplacement généralisé q. P. G. 1. x2 )/2} Au sens des mesures sur N (x1 . z)/|z| ≤ h(x1 .2. −→ N (x1 .

21) Proposition 10 L’image Fr = AT (FR ) et le noyau Uc = ker(A) sont mutuellement polaires En effet. Fr1 = Fr2 = 0 . P.1 – Passage 3D-2D pour les déplacements et les charges Le diagramme de la figure 3.15) aux relations (3. elle est aussi la pseudo-inverse de A†T : AT = (A†T )† (3. p. c. A†T Φ q (3. on a l’équivalence des cinq assertions suivantes : ∀ u ∈ Uc : u .16) montre en effet que : ∀q ∈ UR et aussi que : Proposition 9 La transposée de A est définie par les formules : Q = (g. · ·. Φ u = 0 ∀ U ∈ U : U .20) h h h h h h On notera : Fr = AT (FR ) f= AT est le relèvement des efforts généralisés . 38 . C) ∈ FR −→ AT (Q) = (fr .G.18) (3. Fr3 ) ∈ F avec : g 12 G 12 p P + 3 c z + e3 . Φ − AT A†T Φ u = 0 Φ = AT A†T Φ Φ ∈ Fr V ariables U q U = Up −→ −→ Uc Dualités ·.12).1 résume la situation.2) en introduisant deux autres couples de variables en dualités : (déformations généralisées .contraintes généralisées) d’une part.contraintes tridimensionnelles) d’autre part. Φ u = q. · u ∀Φ ∈ F A† q.19) V ariables F ⊃ Fr = AT (FR ) = Uo c A†T AT = A†T † FR = A†T −→ −→ Φ Q A† A UR = A(U) q Figure 3. Fr3 = + 3 C z + e3 (3.Le calcul du travail virtuel qui fait passer de (3. Fr1 . (déformations principales . Φ u = 0 ∀ U ∈ U : U − A† A U . Nous le compléterons (Figure 3. en utilisant (3. Fr2 .

0 (3. on trouve.22) Rappelons les formules qui définissent l’opérateur de déformation du modèle R (cf 1. "{ }". une colonne. Rappelons que (2) désigne la partie plane du tenseur . 2. l’opérateur DR est le produit de composition D ◦ A† 6.31) : m = grad(2) v s .4 Déformations tridimensionnelles et déformations généralisées Calculons les "déformations principales" p = grads V engendrées par le champ de déplacements principal V .24) avec la notation courante pour les matrices-blocs : "[ ]" désigne un bloc rectangulaire. On note que : 1. 39 .23) e1 + e2 ) Sa pseudo-inverse B † fait passer des déformations généralisées aux déformations principales puisque (3.2 . sym. sous forme matricielle : [ p] = [ + zχ] {γ} <γ> 0 m (3. χ = grad(2) β s . le produit de composition B † ◦ DR ◦ A est la restriction à Up de l’opérateur de déformation tridimensionnel D = grads . ce qui apparaît clairement sur le diagramme de la figure 3. écrit sous forme matricielle :   ∂β ∂β ∂β ∂v ∂v1 1 ∂v 1 ∂w + z ∂x1 2 ∂x2 + ∂x1 + z ∂x2 + z ∂x1 + β1 2 ∂x1 1 1 2 1 2   ∂x1 p   ∂β2 ∂v2 1 ∂w = sym. + z ∂x2 + β2  ∂x2 2 ∂x2 sym. "< >" une ligne.22) s’écrit aussi.3. γ = grad(2) w + β Considérons alors l’application 6 :  p m = 1 h ∈ E → ζ = B( p  )=  χ= γ= 2 h 12 h3 h/2 ( −h/2 13 h/2 −h/2 h/2 z −h/2 (2) (2) 23     (3.

T ) (3.V ar.5 Contraintes tridimensionnelles et contraintes généralisées Calculons enfin la puissance virtuelle développée par les contraintes dans un champ de déformations engendré par un champ de vitesses virtuelles principal δ V .26) (σ13 e1 + σ23 e2 ) Les contraintes généralisées Z = (N. · ·. U q ζ U = Up −→ −→ Uc † Dualités ·. T ) apparaissent donc comme des moments d’ordre 0 et 1 des contraintes tridimensionnelles.2 – Passage 3D-2D 3. σ avec : N= M= T = h/2 −h/2 h/2 σ (2) −h/2 h/2 z σ (2) −h/2 Ψ =− Ω δ m : N + δ χ : M + δγ · T        (3. · ·.31) et (3.27) 40 . · u V ar.25) (3.26) apparaît comme la transposée de B † : σ ∈ S −→ B †T σ = (N. on trouve en utilisant les formules (1.24) : grads δ V . F ⊃ AT (FR ) = Uo c A †T Φ Q Z σ −→ −→ A A UR = A(U) DR = D ◦ A† ER = DR (UR ) = B(Ep ) B B Ep = D(Up ) = B † (ER ) ⊂ E † q A =A FR = A†T (SR ) T DR SR = B T (S) T †T † ζ −→ −→ −→ −→ −→ −→ B T B †T S Figure 3. M. M. · ·. L’application définie par les formules (3.

pour (x1 .1 Traces et moments Notation.2) Sous ces hypothèses banales on sait construire un bon cadre fonctionnel pour l’étude du solide tridimensionnel : U = (H 1 (Ψ ))3 . E = (L2 (Ψ ))6 .1) avec :  Kijkl = Kjikl = Kijlk = Kklij et qui possède la propriété : ∃c1 > 0 ∃c2 > c1 ∀ ∈ Ω ∀ ∈ T3 : c1 ij ji ≤ ij Kijkl kl ≤ c2 ij ji (4. x2 . x2 ) donné on note f (x1 . z) ∈ R . F = U . x2 .Chapitre 4 Cadres fonctionnels en élasticité linéaire Introduction On considère un plaque constituée d’un matériau élastique dont la loi de comportement est de la forme :  (x. 4. x2 . 41 . ) ∈ T3 → σ ∈ T3 : σij = Kijkl (x) kl  (4. pour les deux modèles bidimensionnels de plaque. à des choix fonctionnels cohérents avec celui qu’on utilise pour le tridimensionnel. x2 . S = E (4. z) ∈ R.) la fonction z ∈ R −→ f (x1 . Soit f : (x1 .3) L’étude préalable des relations entre traces et moments conduit. . z) ∈ R3 −→ f (x1 .

p (Ψ ) et g = Mk (f ) on peut appliquer à g et à toutes ses dérivées jusqu’à l’ordre s la majoration du type : p ||g||p p (Ω) L ≤ Ω = Ω I kp z f (x1 .p (Ψ )) = {g : Ω → R / ∃ f ∈ W s.p (Ω) et d’autre part les espaces de traces W s−1/p.5) c’est-à-dire que le moment de la trace est la trace du moment.p (Ω). z)| dz dx1 dx2 ≤ I p k h 2 kp ||f ||p p (Ψ ) L ce qui conduit. x2 ) = Mk (f )} (4.4) Le théorème de Fubini assure que.5) Mk Rk est l’application identique sur W s.p (Ω) .p (Ψ ) W (4.p (Ω). z)dz dx1 dx2 |z| | f (x1 . On note évidemment : Mk (W s.6) Mk est donc une application linéaire continue de W s.p (Ψ )) ⊂ W s.p (Ψ )). On va maintenant démontrer la Notations 2 On note : C ∞ (Ψ ) l’espace des restrictions à Ψ des fonctions indéfiniment différentiables sur E3 . Inversement d’après (3.p (Ψ ) et W s.7) .Ainsi donc Mk (W s.L’application Mk .p (Ω))) ⊂ Mk (W s. Proposition 11 Pour s entier et pour s ≥ 1 et p ≥ 1 le moment est une application linéaire continue pour les topologies de la norme sur les espaces concernés On a de plus l’égalité : Mk (f|∂Ψ ) = Mk (f )|∂Ψ (4. x2 . Tout d’abord.p (Ψ ) : g(x1 .p (Ω) = Mk (Rk (W s. en effet. alors : W s.p (Ω) W ≤ h 2 kp ||f ||p s.p (∂Ψ ) et W s−1/p. par addition membre à membre de ces inégalités. x2 .p (Ψ )) 42 (4. permet de relier d’une part les espaces de Sobolev W s. pour s ≥ 1 et p ≥ 1. la continuité de f ∈ Mk : C ∞ (Ψ ) −→ C ∞ (Ω) est triviale.p (Ψ ) dans W s.p (∂Ω). Ensuite si f ∈ W s. pour f ∈ Mk (W s. à : ||g||p s. les fonctions Mk (f ) et Mk (f|∂Ψ ) sont définies presque partout respectivement sur Ω et sur ∂Ω.

sur ∂Ω pour les trois dernières. Pour établir (4. il est difficile de l’expliciter mathématiquement.12) Quant à l’espace des efforts extérieurs c’est le dual topologique de UR . χ.9) 4.8) : φi → f =⇒ (φi )|∂Ψ → f|∂Ψ Comme on a l’égalité triviale pour les fonctions régulières : φi ∈ C ∞ (Ψ ) =⇒ Mk (φi )|∂3 Ψ = (Mk (φi ))|∂Ω la continuité de Mk permet de passer à la limite. comme par exemple les forces concentrées. Remarque Les fonctions w ∈ (H 1 (Ω))2 ne sont pas nécessairement continues .p (∂Ψ ) ≤ C||f ||W s. c.2 Modèle de Reissner-Mindlin La proposition 11 4. M. T ) ∈ SR = L2 (Ω)4 × L2 (Ω)4 × L2 (Ω)2 (4. mécaniquement il comprend des efforts sur l’intérieur et des efforts sur la frontière de Ω . Par contre les efforts de liaisons peuvent évidemment être n’importe quel élément de E . w.1 nous conduit aux choix fonctionnels suivants : Déplacements généralisés (v.10) (4.8) L’espace φi ∈ C ∞ (Ψ ) est dense dans W s. (4. Nous en donnerons un contre-exemple en fin de chapitre 43 .p (Ψ ) . p.p (Ψ ) : ||f|∂Ψ ||W s−1/p. Cette remarque concerne la quasi-totalité des cas pratiques où les efforts extérieurs sont des charges données.inclusion inverse de la précédente qui établit la surjectivité de Mk . G.5)rappelons tout d’abord la majoration classique de la norme de la trace par celle de la fonction : ∃C ∀f ∈ W s. γ) ∈ ER = L2 (Ω)4 × L2 (Ω)4 × L2 (Ω)2 (N.p (Ψ ) (4.p (Ψ ) y est la limite d’une suite de fonctions φi ∈ C ∞ (Ψ ) et d’après (4.5). On peut affirmer toutefois que lui appartiennent les charges Q = (g. P. donc toute fonction f ∈ W s. le modèle de Reissner n’admet donc pas d’efforts extérieurs représentés par des mesures sur Ω. ce qui établit (4. C) dont les six composantes sont de carré sommable sur Ω pour les trois premières.11) . β) ∈ UR = H 1 (Ω)2 × H 1 (Ω) × H 1 (Ω)2 Déformation et contraintes généralisées ( m (4.

(4.1 T = Dc γ Alors on a la solution pour la flèche : w= P R2 16 πD 1 − ξ 2 + 2ξ 2 Logξ − 8D Logξ R2 Dc P R2 16 πD r où r est le rayon polaire et ξ = R . La plaque.2 (1 − ν)(β1.1 )/2 β2.2 + β2. w) ∈ UR = H 1 (Ω)2 × H 2 (Ω) Déformation et contraintes généralisées ( m (4.15) 2) 12(1 − ν 2(1 + ν) les rigidités à la flexion D et au cisaillement Dc . 44 . page 277). Le facteur k est le "facteur de correction de l’effort 5 tranchant" que les théories classiques évaluent à environ 6 . Dans le modèle K on a Dc = ∞ et la flèche au centre se réduit à w = tandis qu’elle y est infinie dans le modèle R.1 )/2 (1 − ν)(β1. [4] tome 2. χ) ∈ ER = L2 (Ω)4 × L2 (Ω)4 (N. La loi de comportement s’écrit alors pour la plaque de Reissner : M11 M12 M21 M22 =D β1. de rayon R.14) 4.13) . On note Eh E h3 D= .2 + β2.2 + ν β1. Dc = k (4. E et ν sont les modules de Young et de Poisson. est constituée d’un matériau homogène et isotrope.4.4 Effet d’une force concentrée Jean-Louis Batoz et Gouri Dhatt donnent la solution pour une plaque circulaire encastrée soumise à une force P concentrée en son centre (cf.3 Modèle de Kirchhoff Le choix fonctionnel dérive du précédent pour grad(2) w = −β ∈ H 1 (Ω)2 : Déplacements généralisés (v. M ) ∈ SR = L2 (Ω)4 × L2 (Ω)4 Cette fois-ci les forces concentrées sont admises par le modèle.1 + ν β2.

en adoptant les conventions adoptées par Batoz et Dhatt on écrit déformations et contraintes sous la forme : 45 .Courbon ([30]. à savoir σ13 et σ23 . Warren C. Enfin notre méthode du "déplacement" donne un résultat exact pour les conditions de Saint-Venant c’est-à-dire dans les parties non chargées de la plaque et suffisamment loin du bord. L’arrivée des plaques multicouches a rendu indispensable l’estimation des contraintes de "cisaillement transverse".1 Notations matricielles Dans une phase d’utilisation pratique des concepts théoriques et dans la mise en œuvre d’un code d’éléments finis il est commode de représenter les variables vectorielles et tensorielles par des "vecteurs-lignes" < . Au demeurant les anciens ouvrages de Résistance des Matériaux n’en faisaient aucun cas (cf. Nous comparerons les résultats obtenus pér les trois méthodes 5. [32]).4.3. ].Les raideurs sont alors représentées par des matrices carrées [ . ou par des "vecteurs-colonnes" {. E.Chapitre 5 Lois de comportement de plaque Introduction Avant la conception de plaques épaisses composites l’estimation de l’effort tranchant ne présentait pas beaucoup d’intérêt pratique. par exemple J. Nous la présenterons dans le paragraphe 6.par exemple. >.. qui jouent un rôle important dans la prévision du délaminage (cf. Reissner fut l’un des pionniers ([15])de cette prévision en proposant une méthode originale : la stationnarisation d’une fonctionnelle mixte qui porte son nom.}. Ainsi. Young [31]) et ne traitaient que des plaques minces pour lesquels le modèle de Kirchhoff était satisfaisant dans la pratique.

2 Contraintes et cisaillement transverse Hypothèse 3 La contrainte σ33 est nulle et la loi de comportement est de la forme suivante :      11   σ11  σ13 2 12 σ22 = [K (2) ] .2) 22 σ23 2 13     σ12 2 12 c’est-à-dire que les contraintes de cisaillement σ13 et σ23 sont indépendantes des déformations 11 . 22 . 2 12 . z). = [K c ] (5.1) 0 5. {T } = La matrice de raideur K telle que {σ} = [K]{ pour le matériau tridimensionnel isotrope :  1−ν ν ν  ν 1−ν ν   ν E ν 1−ν  [K] =  0 0 0 (1 + ν)(1 − 2ν)   0 0 0 0 0 0 } est symétrique. σ12 . σ13 . {χ} = . σ33 . 22 . σ22 . x2 . On a alors trois écritures équivalentes : :σ= ij σji =< > {σ} On aura de même pour les déformations et contraintes généralisées :  m     11   χ11  γ1 m χ22 { m} = . {γ} = 22 γ2  m   m  2 12 2 12    N11  N22 {N } =   N12    M11  M22 {M } =   M12 T1 T2 .< >=< 11 . Elle vaut 0 0 0 1−2ν 2 0 0 0 0 1−2ν 2 0 0 0 0 0 0 0 1−2ν 2         (5. . σ23 > On note que les termes non diagonaux des tenseurs symétriques à valeurs déformation sont multipliés par 2 dans leur représentation en ligne ou en colonne tandis qu’ils restent inchangés pour les tenseurs à valeurs contrainte. 12 . 2 23 > < σ >=< σ11 . 2 13 . 33 . 46 . Les raideurs K (2) et K c sont des fonctions de (x1 .

Cette hypothèse 1 est souvent vérifiée par les matériaux utilisés . e2 ) varie d’une couche à l’autre en tournant autour de e3 . e3 ) .23) on obtient les formules suivantes :     m  [H m ] [H mf ] [0]  {N }   { }   [H mf ] [H m ]  {M } [0] {χ} = (5. On se reportera à ( [4]. 47 . 1.3 Relations brutes entre déformations et contraintes généralisées On néglige déplacement et déformations complémentaires pour établir des relations "brutes" entre contraintes généralisées et déformations principales.93-101) 2 . Pour faciliter la comparaison avec le livre de Batoz et Dhatt signalons qu’ils notent respectivment [H] et [Hc ] les matrices que nous avons notées [K (2) ] et [K c ]. pp. souvent nommée "des contraintes planes.22) et (3. 2. La matrice [H cb ] est la raideur "brute" au cisaillement. dans les plaques multicouches (e1 . Pour un matériau isotrope cette hypothèse conduit à  ν σ33 = 0 ⇐⇒ 33 = − 1−ν ( 11 + 22 )           1 ν 0    E  (2) = 1−ν 2 ν 1 0  K (5. contrairement à l’usage traditionnel qui. à juste titre. e2 .5) h/2 [H f ] = −h/2 z 2 K (2) dz     h/2 [H cb ] = [K c ] dz  −h/2 La raideur [H mf ] de couplage entre les effets de membrane et ceux de flexion s’annule lorsque [K (2) ] est une fonction paire de z. En utilisant (3. par exemple lorsqu’ils présentent une orthotropie pour une base orthonormée (e1 .4)     cb {T } [0] [0] [H ] {γ} avec :  h/2 [H m ] = −h/2 K (2) dz     h/2 mf (2) [H ] = −h/2 z K dz  (5.3) 0 0 1−ν   2       1 0  E c   [K ] = 2(1+ν) 0 1 5. réservait cette appellation au cas où σ13 = σ23 = σ33 = 0.

{γ}(x) et les contraintes généralisées [N ](x). qui négligent les déformations dues au déplacement complémentaire. [χ](x).8) 48 . H mf = [0] . x2 ) ∈ Ω. [ m] [χ] = [R] [N ] [M ] (5. Effectivement il n’existe pas d’état homogène de déformations généralisées qui engendrerait un état homogène de contraintes généralisées. [M ](x). [R] = [L]−1 . sauf à introduire la densité de couple c adéquate.6) Dans le cas d’un matériau homogène et isotrope on a :   1 ν 0 Eh Eh [H m ] = 1−ν 2  ν 1 0  . En revanche le modèle de Kirchhoff admet une loi de comportement locale qui se réduit à {N } {M } = [H m ] [H mf ] [H mf ] [H m ] { m} {χ} (5. elles sont presque inacceptables pour l’effort tranchant {T } qu’elles surestiment.7) Les formules précédentes. {T }(x) correspondance indépendante des équations d’équilibre et.On notera L la raideur de membrane-flexion et R son inverse : [L] = [H m ] H mf H mf Hf . donnent satisfaction pour les contraintes généralisées {N } et {M } . entre les déformations généralisées [ m ](x). H cb = 2(1+ν) 0 0 1−ν 2  1 ν 0 E h3 [H f ] = D  ν 1 0  avec : D = 12(1−ν 2 ) 0 0 1−ν 2 1 0 0 1 (5. en particulier de l’équation div (2) M − T = c. en chaque point x = (x1 . Mais surtout la relation σ13 σ23 = [K c ] γ1 γ2 est incompatible avec les équations d’équilibre qui annulent σ13 et σ23 sur les faces z = ±h/2. Inexistence d’une loi de comportement locale pour les plaques de Reissner Au sens usuel du terme un loi locale de comportement locale serait une correspondance.

1) Notons tout d’abord que les équations précédentes entraînent. On se place dans un domaine Ω1 ×] − h/2. x2 ).2) .j = 0 pour − h/2 < z < h/2 < τ (−h/2) >=< τ (h/2) >= 0 (6.Chapitre 6 Estimations classiques de l’effort tranchant Dans cette étude on suppose découplées la partie plane des contraintes et la partie cisaillement tranverse. 4. 49 (6.L’effort de membrane N et l’effort tranchant T sont stationnaires au point (x1 .26). h/2[ où ne s’exerce aucun effort extérieur (conditions dites de Saint-Venant). x2 ) considéré. 2.1 Contraintes de cisaillement La méthode classique consiste à construire le couple < τ >=< σ13 . C’est ce que précise l’hypothèse 4 : Hypothèse 4 1. La partie plane des contraintes.2).La raideur du solide tridimensionnel est stationnaire en (x1 . σ23 > tel que soient vérifiées les équations d’équilibre du milieu tridimensionnel : σij. par intégration en z. puis par multiplication par z et intégration en z : div (2) N = 0 div (2) M − T = 0 ce qui résulte aussi des équations (3. soit σ (2) se réduit à celle associée aux déformations principales par la relation (5. 3. 6.

2. On a tout d’abord.24.3) et l’on a effectivement : h/2 {τ (z)} dz −h/2 En effet nous pouvons utiliser les relations (3.L’équation (6. 5.5) en sorte que les conditions d’équilibre sont respectées en ±h/2.4) {A1 } = [R11 ]{N } + [R12 ]{M }    {A2 } = [R12 ]{N } + [R22 ]{M } Par construction {τ (−h/2)} est nul .2. 6) la distribution du cisaillement transverse est donnée par la formule : z {τ (z)} = − −h/2 div (2) {σ (2) }dz = {T } (6.7) Maintenant on écrit les lignes suivantes en permutant l’ordre des intégrations (6.4) : div (2) ({A1 }) = [R12 ]{T } .1) permet d’exprimer {τ } en fonction de z et de la divergence de [σ (2) ] et formuler l’énoncé : Proposition 12 Sous les hypothèses 3 et 4 (5. d’après (6. Vérifions maintenant que l’intégrale de τ est bien égale à l’effort tranchant. 6. 5.6) 50 . div (2) ({A2 }) = [R22 ]{T } donc : div (2) {σ (2) } = [K (2) (z)][R12 ]{T } + z[K (2) (z)][R22 ]{T } (6.2) pour expliciter la partie plane des contraintes :  {σ (2) } = [K (2) (z)]{A1 } + z[K (2) (z)]{A2 }    avec : (6. quant à {τ (h/2)} il vaut : h/2 {τ (h/2)} = −div (2) −h/2 {σ (2) }dz = −div (2) {N } = 0 (6.6.

en tenant compte de (6. [H mf ] = 0 .2).2 Cas d’une plaque homogène Lorsque les raideurs de membrane [K (2) ] et de cisaillement [K c ] sont indépendantes de z les formules précédentes se simplifient considérablement .puis en utilisant l’égalité [L] = [R]−1 : h/2 h/2 z {τ (z)}dz = − −h/2 h/2 z −h/2 −h/2 div (2) σ (2) dz dz dz = dz = [R12 ]{T } = − −h/2 h/2 −h/2 h/2 [K (2) (z)][R12 ]{T } + z[K (2) (z)][R22 ]{T }} dz [K (2) (z)][R12 ]{T } + z[K (2) (z)][R22 ]{T }} dz −h/2 h/2 z − − −h/2 [K (2) h (z)]( − z)dz 2 [R12 ]{T } − h z[K (2) (z)]( − z)dz 2 −h/2 h/2 h h − [H m ][R12 ] + [H mf ][R12 ] − [H mf ][R22 ] + [H f ][R22 ] {T } = {T } 2 2 6. h3 h/2 {τ } = 12 h3 h2 z 2 − 8 2 {T } La densité surfacique d’énergie élastique de cisaillement vaut alors : Wc = = = 1 2 < τ > [K c ]−1 {τ }dz −h/2 h/2 −h/2 1 144 2 h6 h2 z 2 − 8 2 dz < T > [K c ]−1 {T } 1 6 < T > [K c ]−1 {T } 2 5h en sorte que la raideur cherchée est : [H c ] = 5h c 5h cb [K ] = [K ] 6 6 (6. on aboutit facilement au résultat cherché. On a tout d’abord : h [H m ] = h[K 2 ] .8) 51 . conduit à div (2) [σ (2) ] = 12 z div (2) {T } . [H f ] = [K 2 ] 12 qui.

[K c ] = [K (2) ] =  0. tome 2.25 1.Batoz et G.3) permet de traiter par intégration tout les cas de plaques inhomogènes et en particulier celui d’une plaque stratifiée.2 ˚ Les matrices de raideur sont les suivantes (cf. comme le montre la figure 6. bien sûr. qui occupe la moitié de l’épaisseur. page 247) pour des fibres orientées selon x1 (en MPa) :   25. p. toutefois. t. est orientée à 90 par rapport aux deux autres. La couche médiane.9) 0 0.5 0 0  . 52 . un échange des composantes 1 et 2 pour le cas des fibres orientées selon x2 .Dhatt ([4]].1 Présentation d’un exemple de référence Nous prendrons l’exemple d’une plaque stratifiée de trois couches orthotropes d’un même matériau composé de fibres de verre enrobées dans une résine acrylique.1 – Contrainte σ13 pour T1 = 1 6.243) et que nous suivrons aussi avec.3.3 Cas général et exemple de plaque stratifiée La formule (6. 2. Ceci suppose. 0.25 0 0.Figure 6.2 0 0 0.5 avec. [4]. 6. une option un peu différente.L. répétons le. que les hypothèses 3 et 4 sont vérifiées. C’est la voie suivie par J. (6.

2 + 12 M12.2 0.1 + 75.3) on doit calculer div (2) σ .2 − 0.102 M22.2) on obtient : si|z| ≥ 0.11) puis.64 M11. à partir de la formule (5.716 M11.716 M22.102 M11.1 + 12 M12.25 div (2) σ = z si|z| < 0.1 + 12 M12.1 Deux approches voisines Nécessité de privilégier certaines variables Pour utiliser la formule (6. en intégrant par rapport à z : (6.4 6.2 + 12 M12.99 M22.04 M22.537 M11.1 0.4.1 + 2.10) 53 .Figure 6.1 −0.2 + 0.2 (6.2 – Plaque stratifiée de trois couches 6.25 div (2) σ = z 13.

1 + 0. comme nous l’avons fait.1 + 1.01M11.2 .1 et M22.2 + 0.1 τ2 = (0.5M22. M12.1 − 1. On peut aussi choisir.2 − 6. M22.1 + 1.36 M22.2 )z 2 + 0.2 = (T1 − λ1 )/2 M12.05 M11.2 + 0.1 = (T1 + λ1 )/2 M22.12e) (6.05 M22.2 − 0.1 )z 2 + 1. de n’éliminer que M11.37M22.13) qui présente une élégante symétrie.5M12.1 − 37.2 τ1 = (0.2 = (T2 − λ2 )/2 M11.5M12.30M11.2 = λ3 M22.01M22. ce qui suffit au dimensionnement.1 = λ4 (6.12f) (6.1 (6.82 M11.5M12.70M11. Cependant lors d’un calcul pratique mené par éléments finis on dispose en général des six dérivées des composantes de M qui interviennent dans les formules précédentes. 54 .5M12.12h) Il est de tradition de donner des estimations de la raideur et des contraintes de cisaillement en fonction de l’effort tranchant.37M22.1 + 0.37 M11. Dans leur ouvrage déjà cité ([4]) les auteurs choisissent le changement de variables : M11.1 )z 2 + 1.2 + 0. même si elle montre que la distribution des contraintes de cisaillement ne dépend pas du seul effort tranchant comme ces estimations pourraient porter à le croire.2 (6.01M12.50 M22.12g) (6.12c) (6. La suite de ce paragraphe est donc passablement anecdotique.τ1 = (−6. M12.14) et ces choix mènent à deux résultats très différents.1 = T1 − M12.2 )z 2 + 0.27 M11.2 + 1.2 + 1.1 − 6.12a) (6.2 = (T2 + λ2 )/2 M12. Pour introduire l’effort tranchant dans ces formules il faut bien opérer un changement de variables qui fait disparaître deux de ces dérivées au profit de T1 et de T2 .12b) (6.1 − 6M12.2 − 6M12.1 τ2 = (−0.2 = T2 − M12.12d) (6.2 : M11.01M22.

2 = 44 (M22.35 0 0 0.25 ou |z| < 0.731 λ1 + 0.3.01 T1 + 3. 1.15) (6.17) Lorsque les conditions (6.88. On calcule la densité superficielle d’énergie élastique de cisaillement : 1 2 h/2 −h/2 1 2 2 < τ > [K c ]−1 {τ } dz = (5.24 T2 ) 2 0.25) la divergence ne dépend que de (T1 . le calcul de l’énergie de cisaillement montre qu’elle est également nécessaire pour que cette énergie se réduise à une forme quadratique en (T1 .819λ1 − 0.13) conduit à l’expression suivante de la divergence : si|z| > 0. Il en résulte la distribution des contraintes de cisaillement transverse (τ1 = σ13 .2 ) M11.716 λ4 43. T2 ) 55 .88 0.1 = 8 (M11.31 =h (6.497 T2 − 4. en faisant le changement de variables inverse : M22.18) d’où l’on déduit la matrice de raideur au cisaillement : [H c ] = h Rappelons que [H cb ] = 0.35 (6.52 T2 + 31.57 0 0 0.17) sont vérifiées l’approche de Batoz et Dhatt donne un résultat exact vis-à-vis de l’hypothèse 4 (cf.819λ1 − 0.57 et 0.1023 λ3 = 0 soit. la condition est évidemment suffisante .25 div (2) σ =z si|z| < 0.35 0. τ2 = σ23 ) représentée en traits pointillés par la figure 6.2 − M12.1023 λ4 7.1 − M12. Si ces conditions ne sont pas satisfaites cette approche donne une médiocre estimation des contraintes de cisaillement transverse.82 T1 + 0. comme on le verra sous peu.35 0 0 0.2 L’approche de Batoz et Dhatt (notée "BD") Le changement de variables (6.16) Dans les deux cas (|z| > 0. T2 ) si et seulement si 1 : 0.503 λ2 + 0.6.52 λ2 + 0.503 λ2 + 0.5.1 ) (6.269T1 + 5.25 div (2) σ =z +12.1023 λ3 6.19) est la matrice de raideur au cisaillement brut (cf.5).716 λ3 (6. Les "coefficients de correction" sont donc 0.2 0 0 0. 6) et de son alinéa 2.4.1023 λ4 = 0 −4.

21) Figure 6. Cette fois encore la divergence ne dépend que de (T1 .1 + 0.268 M12.1 + 13.2 M11. en trait plein BN.102 M22. même remarque que celle faite dans la note de pied de page n 1 ˚ 56 .22) qui.3. Les coefficients correcteurs sont alors 0.60 et 0.4.72.716 M11.2 − 0.2 + 0.25 div (2) σ = z si|z| < 0.1 + 2.6.006 M12.46 M12.17).14). cette fois.25 div (2) σ = z −1.2 = −88 M12.2 + 9. T2 ) si et seulement si sont vérifiées les deux relations : 2 M22.04 M12.99 T2 11. On obtient pour la divergence : si|z| ≥ 0. leur sont analogues.1 = −16 M12.04 T2 (6.3 Une variante notée "BN" de l’approche BatozDhatt On suit la même voie que précédemment avec.20) (6.3 – Contraintes τ1 et τ2 pour T1 = 1 et T2 = 1.2 − 63.537 T1 −0. En pointillé BD. différentes des relations (6.102 M11. 2. le changement de variables (6.716 M22. Les profils de contrainte associés sont représentés en trait plein sur la figure 6.64 T1 0.1 (6.1 + 75.

d’origine thermique par exemple. convexe en x. concave en y : pour y fixé à la valeur y0 f (x. 3. Aussi nous a-t-il semblé nécessaire d’honorer Reissner en exposant sa démarche dans le paragraphe qui suit. un point-selle (x0 . y0 ) est le col d’une fonction f de (x. 57 . Sans les moyens numériques d’aujourd’hui cette option était évidemment hors de portée à l’époque où Reissner a développé sa méthode.5.12) pour connaître la distribution des contraintes de cisaillement dans l’épaisseur de la plaque et. En pratique il est inutile de calculer une matrice de raideur au cisaillement : les calculs par éléments finis fournissent en tout point les composantes du tenseur de flexion-torsion et de sont gradient.σ − Ψ Wσ (σ) (6.On constate que les profils de contrainte sont très différents de ceux fournis par l’hypothèse BD.1 L’estimation de Reissner La fonctionnelle de Reissner Revenons au cas du solide élastique tridimensionnel Ψ de raideur K. y) est maximum en y0 . ou encore le champ de déformations dû à un champ de déplacements imposés. Même si cette dernière est maintenant caduque pour nos applications pratiques elle reste intéressante sur les plans théorique et historique. y0 ) est minimum en x0 et pour x fixé à la valeur x0 f (x0 . aux interfaces.23) où o est un champ de déformations imposées. y). 6. À notre connaissance c’est en effet la première méthode de "point-selle" 3 utilisée en mécanique des structures et l’utilisation des fonctions selles est encore un des paradigmes de l’optimisation. en particulier. Il est donc plus habile d’utiliser les formules (6.5 6. La densité volumique d’énergie élastique exprimée en termes des contraintes est : 1 Wσ (σ) = σ · K −1 · σ 2 ce qui permet d’écrire la loi de comportement sous les deux formes équivalentes : σ = K · ⇐⇒ = (gradσ Wσ )(σ) On nomme "énergie complémentaire" l’intégrale Ec (σ) = − Ψ Wσ (σ) + o σ = o .

σ ∗ ) = −gradσ (Wσ )(σ) + DU ∗ + 58 o ∈ So 1 . La stationnarité en U assure donc l’équilibre tandis que celle en σ assure que Du + o et σ sont associés par la loi de comportement élastique. tandis que DT σ + Φ = 0 est l’équation d’équilibre dans l’intérieur de Ψ . la solution numérique correspondante réalise alors un compromis entre les équations d’équilibre et celles de comportement. Pour y remédier Reissner [16] ajoute à Ec un terme bilinéaire qui prend en compte les équations d’équilibre : R(U . L’intérêt de R est de permettre l’utilisation d’un espace de champs de contraintes aussi vaste que désiré . σ) = Ec (σ)+ < U . σ) = −gradσ (Wσ )(σ) + DU + o la seconde relation étant obtenue après transposition du terme bilinéaire. Équivalence partielle des problèmes du déplacements complémentaires pour Kirchhoff et pour Reissner On a alors le résultat classique suivant : Théorème 3 Stationnarité de la fonctionnelle de Reissner pour la solution Le couple (U . σ ∗ ) = DT σ + Φ ∈ Uo 1 gradσ R(U ∗ . σ ∗ ) rend R stationnaire sur U1 × S1 alors les gradients de R appartiennent aux sous-espaces orthogonaux Uo et So : 1 1 gradu R(U ∗ . σ) = DT σ + Φ gradσ R(U . Φ >u est le travail de la charge Φ dans le déplacement u. Notons que R est concave par rapport à σ et linéaire (donc convexe) par rapport à U . si (U ∗ . σ) est solution du problème d’élasticité si et seulement s’il rend stationnaire la fonctionnelle de Reissner sur le produit cartésien U × S On a en effet : gradu R(U .On connaît bien le théorème de l’énergie complémentaire : Parmi tous les champs de contraintes en équilibre avec les efforts extérieurs la solution du problème d’élasticité maximise l’énergie complémentaire.24) où l’on se rappelle que < U . En effet soient deux sous-espaces vectoriels U1 ⊂ U et S1 ⊂ S . La mise en œuvre de ce théorème est rarement commode parce qu’il est difficile de construire un espace suffisamment riche de champs de contraintes en équilibre pour que la maximisation apporte un résultat acceptable. DT σ + Φ >u (6.

fonctions inconnues de (x1 . κ2 .22)se réduisent à :  V = z β1 (x1 . [AI ].j par six coefficients λk . x2 ).5.j (z )dz + κj. M.1 −τ2 = κj.j (z )dz + κj.j (z )dz (2) (2) (6.1 z −h/2 z −h/2 z K1.3) des estimations classiques du cisaillement s’écrit maintenant : −τ1 = κj. x2 )e2 + w(x1 .27) expressions que Reissner généralise en remplaçant les six dérivées κi.25) [χ] {γ} 2  avec : χ = grads β [ p] = 1 <γ> 0 2 On pratique l’approximation des contraintes planes à partir de : {σ (2) } = z [K (2) ] {κ} (6.3.31) [B] = −h/2 [A(z)]T [K c ]−1 [A(z)]dz     {M } = [H f ]{κ}    {T } = −[A ]{λ} 1 59 .29) avec : [A0 ] = K11 K12 K13 K31 K32 K33 (2) (2) (2) (2) (2) (2) K31 K32 K33 K21 K22 K32 (2) (6.2 (2) (2) z −h/2 z −h/2 z K3.j (z )dz z K2.28) [A] = −h/2 z [A0 (z )]dz (2) (2) (2) (2) (2) (6.Ainsi DU ∗ + ∗ ne vérifient-ils qu’approximativement la loi de comportement et l’équation d’équilibre. κ3 sont sont des fonctions inconnues de (x1 . T.26) où κ1 . on pose. x2 ) : {τ } = −[A]{λ} où [A] est la matrice : z (6.2 La méthode de Reissner Méthode générale Comme on suppose nuls les déplacements et les déformations de membrane les déplacements et déformations principaux (cf. x2 )e1 + z β2 (x1 . par définition de [H f ]. 6.30) On peut maintenant calculer les coefficients de la fonctionnelle de Reissner pour ces approximations . x2 )e3  1 (6. [B] :  h/2  [H f ] = −h/2 z 2 [K (2) (z)]dz     h/2  [A1 ] = −h/2 [A(z)]dz  h/2 (6. La relation de départ (6.2 z K3.

β2 . β2 >   C2 o La fonctionnelle de Reissner s’écrit donc (pour R(w. κ. Φ I∂Ω    P  C1 =< w. DT σ I (2) + I c avec : h/2 u = Du. β. λ. κ. λ) = Ω = 0) : Φ I∂Ω ∂Ω (I (2) + I c + I w + I Φ ) + (6. β1 . puis en utilisant le théorème flux-divergence : I (2) = Ω Ω < β > {−div (2) M }dx1 dx2 w{−div (2) T }+ < β > {T } dx1 dx2 Ω Ic = Ω La stationnarité en (w. β2 >   c2 .32) On doit maintenant rendre R stationnaire par rapport aux variables w. Φ u est la somme de l’intégrale sur Ω de IΩ et de l’intégrale Φ sur ∂Ω de I∂Ω avec :    p  Φ c1 IΩ =< w. σ s’écrit comme l’intégrale sur Ω de la somme I (2) = −h/2 h/2 < 2< −h/2 (2) > {σ (2) }dz =< grads β > [H f ]{κ} > {τ }dz =< grad(2) w + β > (−[A1 ]){λ} Ic = 13 . en remplaçant [H f ]{κ} par M et [A1 ]{λ} par T . On obtient tout d’abord. κ. β1 . Comme nous étudions la distribution du cisaillement à l’intérieur de Ω il nous suffit de considérer les champs w. λ de support compact contenu dans Ω.Le terme u. β) fournit donc les équations d’équilibre classiques : div (2) M − T = −c div (2) T = −p 60 . 23 L’énergie élastique est l’intégrale sur Ω de : h/2 −I = −h/2 w Wσ = 1 < κ > [H f ]{κ}+ < λ > [B]{λ} 2 Φ Enfin le terme u. β1 . β.

.. Cherchons les λi sous la forme : {λ} = [Λ]T [Φ]{γ} 61 . ce qui permet la résolution de (6. . il vient le résultat rassurant : 5 {T } = [K c ]−1 {γ} 6 Cas où la matrice B n’est pas régulière Comme la matrice A est de dimensions 2 × 6 son rang est au plus de 2. puisque grads β = χ : {M } = [H f ]{χ} Enfin. soit [diag(ρi )].33) dans tous les cas. Cas où la raideur K est constante La matrice [A0 ] est constante et l’on a : [A] = z 2 h2 − 2 8 [Ao ] . [A1 ] = − h5 h3 [Ao ] . On note qu’un vecteur λ est dans le noyau de B si et seulement s’il est dans celui de A(z) pour presque tout z : en effet l’intégrande z 2 [A0 ]T [K c ]−1 [A0 ] est positif . la stationnarité en λ entraîne : [B]{λ} = −[A1 ]T {γ} (6. puisque grad(2) w + β = γ.34) [H c ] = [A1 ][B]−1 [A1 ]T    {T } = [H c ]{γ} Mais [B] n’est pas nécessairement régulière. de dimensions 6 × 6 est régulière on déduit de ce qui précède la solution cherchée :  {λ} = −[B]−1 [A1 ]T {γ}    {τ } = [A][B]−1 [A1 ]T {γ} (6.la matrice diagonale des ρi .33) (2) Si la matrice [B].Maintenant la stationnarité en κ entraîne. et certainement pas si la raideur [K] est indépendante de z. alors λ est du même coup dans le noyau de [A1 ]. comme le noyau de [Ao ] est réduit à 0. Soit en effet [Λ] =< {Λ1 }.. {Λ6 } > une base de vecteurs propres orthonormés {Λi } de [B] pour les valeurs caractéristiques ρi . [B] = [Ao ]T [K c ]−1 [Ao ] 12 120 et.

3. à la façon de Reissner.012 0 0 0.001 0.25 1. On trouve les résultats intermédiaires suivants : si |z| > 0.833 −0.017 −0.024 0 0 0.5 0.42 −0.191 0 0 0 0.042 0 0 −0.382 0.000  0 0 −0.890 0 0.995 −0.333 0  16.017      0 −0. solution de : [Λ]T [B][Λ][Φ] = −[Λ]T [A1 ]T soit : [diag(ρi )][Φ] = −[Λ]T [A1 ]T ce qui se résout ligne par ligne : si ρi = 0 si ρ = 0 1 < Φi >= − ρi < Λi > [Ai ]T < Φi >=< 0.5.092 0. 0 > (6.041 0.382 0. 0 si |z| < 0.445 0.146 0.0001 0 0  −1.25 0 0 0 0.894     0 −0.008 0.445 0 −0.   16. l’exemple traité au paragraphe 6.5 [A0 ](z) = [A1 ] = −1.008     0 −0.020 0.25 0 0 0 0. 0.005 0 0 0.021 0 0 0 −0.005 0.026 0 0    −0.447 62 .135 0.5 0.où [Φ] est une matrice 6 × 2 inconnue.002 0.002 0 0 0 0.003 0. 0 1.046 0.020 0 0 0 0. chaque colonne est formée de la valeur caractéristique suivie des composantes du vecteur propre associé .103 0 0 0 −0.041 0 0 0 0.191 0.021 0.009            [B] =     Le tableau suivant donne les valeurs caractéristiques et les vecteurs propres associés . 0.5 [A0 ](z) = 25.5 0 0 0.894 −0.005 0 0 0 0.447 0.441 0 0.1.447 0.35) 6.3 Application à la plaque stratifiée de référence On reprend.25 25.5 0 0 0.894 −0.003 0.

acceptable en ce qui concerne τ2 . Mais ce sont cependant les écarts entre les estimations du cisaillement qui laisseront l’ingénieur perplexe pour l’évaluation du danger de délaminage.4 – Contraintes τ1 et τ2 pour T1 = 1 et T2 = 1.244 0 0 0. la méthode du déplacement complémentaire nous donnera des informations aussi précises que désiré. Il est assez remarquable que les six courbes aient deux points d’intersection communs ! Figure 6. On constate que les courbes obtenues pour la plaque stratifiée sont relativement voisines.92. x2 ) considéré.1. On présente sur la même figure les courbes correspondantes obtenues avec les approches du paragraphe 6.3. 63 .70 et 0.On obtient finalement le résultat : [H c ] = 0. Le tracé des contraintes de cisaillement est assez décevant en ce qui concerne τ1 .322 et les coefficients de correction sont 0. En prenant en compte le comportement des déformations et des déplacements au voisinage du point (x1 .

en tireté long les déplacements principaux. 64 . On représente en bleu les composantes 1. On les y compare à ceux de la plaque homogène dont la raideur [K c ] est la moyenne de celles des couches : [K c ] = 0. On obtient les résultats décrits par la figure 6.6 Calcul du déplacement de cisaillement L’hypothèse (6) ne suppose pas que les normales restent rectilignes. On peut ensuite en extraire. en tireté court les déplacements complémentaires. En trait plein les déplacements totaux. Figure 6.35 0 0 0. en noir les deux composantes confondues de la plaque homogène. en rouge les composantes 2. à l’aide des formules (3. Notons que V (2) = [H c ]−1 T .6. Pour en calculer la déflexion il suffit d’intégrer ∂ U (2) = (K c )−1 τ ∂z où U (2) désigne la partie plane du déplacement total.9) les déplacements principal V (2) et complémentaire u(2) correspondants.5 – Déplacements tranversaux pour la situation BD et pour la plaque homogène lorsque T1 = 1 et T2 = 1.35 Les résultats sont comparables dans la situation BN.5.

Le principe du travail virtuel fournit l’équation d’équilibre de l’effort extérieur 65 . Déplacement complémentaire et principe de Saint-Venant L’hypothèse de rigidité des normales. Au chapitre 3 on a écrit le déplacement total U sous la forme d’un somme d’un "déplacement principal" V et d’un "déplacement complémentaire" u.Chapitre 7 La théorie du déplacement complémentaire 7. En revanche la méthode du déplacement complémentaire n’en nécessite aucune dès qu’on connaît un développement limité des déformations principales au voisinage du point (x. base des théories classiques. ce que fournit bien évidemment le calcul préliminaire par éléments finis.1 Introduction But de la méthode On se propose de compléter les méthodes classiques en affinant la description du milieu tridimensionnel à partir des déformations principales que ces dernières permettent de calculer sans se préoccuper du déplacement complémentaire. implique l’équivalence de deux systèmes d’efforts exercés sur une normale et de mêmes éléments de réduction au milieu de celle-ci : c’est précisément l’énoncé du "principe de Saint-Venant". y) considéré. C’est en particulier le cas des effets de cisaillement transverse : les théories classiques présentées au chapitre 6 ne sont satisfaisantes que sous certaines hypothèses telles que celles notées précédemment BD ou BN et qui concernent le gradient du moment de flexion-torsion.

Φ avec le champ de contraintes σ : ∀ δU ∈ U δU . y). Φ u + Dδu. pour les coefficients {c(z)} du polynôme inconnu u (cf. Une théorie du milieu indéfini On sait que les modèles bidimensionnels de plaque ne donnent satisfaction qu’à l’intérieur du domaine plan Ω. 66 . si les données sont polynomiales en (x. Aussi la théorie du déplacement complémentaire a-t-elle pour but de modéliser au mieux le comportement de cette région intérieure . dans la seconde des équations (7. celui qu’on obtient par relèvement de ces derniers. On appelle "loi d’effort" sur S une correspon˜ ˜ dance F entre l’espace X des histoires t → x(t) ∈ X et celui. Φ u est nul. cette équation devient une équation aux dérivées partielles sur le déplacement complémentaire u (cf. Associée à la loi de comportement tridimensionnel. mais en considérant seulement. parmi tous les systèmes d’efforts de mêmes éléments de réduction. c’est-à-dire à une certaine distance du bord. σ =0 évidemment équivalente au système des deux équations : ∀ δ V ∈ Up ∀ δu ∈ Uc δ V .9).3). σ = 0 δu. Φ u + Dδ V . Notons que cette approche de la théorie des plaques est pratiquement optimale : comme les autres elle est fondée sur le principe de Saint-Venant et ne prétend pas à la validité au voisinage des bords.8. Alors.1).7. le terme δu. 7. Ces réserves communes admises elle est exacte. Y. σ = 0 (7. distance qui est de l’ordre de l’épaisseur.2 Lois d’effort Commençons par une définition générale : Définition 2 Soient X l’espace de configuration d’une structure mécanique S et Y l’espace des efforts exercés sur celle-ci. Φ u + Dδ U . l’équation aux dérivées partielles évoquée plus haut porte donc sur ce qu’il est coutume d’appeler un "milieu indéfini". des histoires t → x(t) ∈ Y.1) La méthode du déplacement complémentaire adopte ce même principe de Saint-Venant sans pour autant rigidifier les normales. Puis. cette équation se ramène à une équation différentielle ordinaire sur la variable z.

c’est-à-dire définies par une correspondance entre les espaces X et Y eux-mêmes 2 . mais les résultats sont généraux. ˜ ˜ c’est-à-dire qu’à l’histoire x ∈ X correspond un ensemble F(x) ⊂ Y. U q U = Up −→ −→ Uc Dualités ·. · u V ar. 67 . Il s’agit seulement de ne pas alourdir un peu plus les notations.D’une façon très générale cette correspondance est une "multi-application" 1 . Équivalence entre loi d’effort et loi d’effort généralisé Considérons maintenant une loi d’effort F définie sur le modèle tridimensionnel de la plaque et reportons nous à la figure 3.1 – Passage 3D-2D pour les déplacements et les charges Rappelons-nous que UR et FR sont respectivement les espaces des déplacements généralisés q et des efforts généralisés Q. · ·. F ⊃ AT (FR ) = Uo c A†T AT = A†T † FR = A†T −→ −→ Φ Q A† A UR = A(U) q Figure 7.2) F = AT ◦ Q ◦ A 1. 2.1 reproduite ci-dessous pour le confort du lecteur. Une représentation symétrique de cette correspondance est son graphe ˜ ˜ ˜ G = (x. Le produit de composition Q = A†T ◦ F ◦ A† : UR → FR définit une loi d’effort généralisée associée à F . aussi nous nous limiterons à des lois d’effort extérieur elles-mêmes indépendantes du temps. On dit aussi "application multivoque". sont-elles équivalentes ? Définition 3 Nous dirons que la loi d’effort F et la loi d’effort généralisé Q sont équivalentes si : Q = A†T ◦ F ◦ A† (7. V ar. On rappelle que les liaisons linéaires sans frottement sont classiquement des lois d’effort définies par leur graphe X1 × Xo où X1 est un sous-espace vectoriel de X et Xo son 1 1 polaire. y) ∈ X × Y : y ∈ F(x) Les opérateurs de déformation et la loi du comportement élastique sont indépendants du temps .

la liaison sans frottement qui lui est associée est définie par son graphe ci-dessous : (U. elle aussi de démonstration immédiate. Même si la loi de comportement K3 est une correspondance locale il n’en est pas nécessairement de même pour la loi associée KR .En d’autres termes Q contient toute l’information contenue dans F.3 Équivalence éventuelle des problèmes d’équilibre tridimensionnel et bidimensionnel On notera les lois constitutives comme des multi-applications : • σ ∈ K3 ( ) pour le modèle tridimensionnel. 3 Cas trivial : notons que si la valeur de la charge Φ est imposée la loi d’effort correspondante possède la propriété PSV . "SV " en hommage à Saint-Venant 68 . Pour qu’on puisse travailler dans le cadre d’un modèle de plaque la proposition suivante. Nous avons d’ailleurs vu qu’il ne pouvait en être ainsi pour le modèle de Reissner.4) où Φ1 désigne l’effort de liaison. On démontre aisément la Proposition 13 (et définition de la propriété PSV ) Il existe une loi d’effort généralisée équivalente à la loi d’effort F si et seulement si : ∀ U ∈ U : F(U ) ⊂ Uo = AT (FR ) c (7.8). 3. 7. Cette loi d’effort possède la propriété PSV si et seulement si l’espace vectoriel U1 contient tous les déplacements complémentaires : Uc ⊂ U1 . • Z ∈ KR (ζ) pour le modèle bidimensionnel. alors que celui de Kirchhoff admet la loi locale (5.3) ∀ U ∈ U ∀ u ∈ Uc : F(U + u) = F(U ) Nous dirons alors qu’une telle loi d’effort possède la propriété PSV . impose en pratique d’écrire les conditions aux limites de type géométrique en termes des seuls déplacements principaux : Proposition 14 Soit Uo + U1 une variété affine de U . Φ1 ) ∈ (Uo + U1 ) × Uo 1 (7.

· u Φ Q Z σ −→ −→ A A UR = A(U) DR ER = DR (UR ) = B(Ep ) −→ B B† Ep = D(Up ) = B † (ER ) −→ −→ q A =A FR = A†T (SR ) SR = B T (S) −→ T DR T †T † ζ BT Figure 7. σ −→ S −→ o B †T =0 (7.6c) (7.5a) (7. V ar.5d) (7. ζ.Ceci précisé posons deux problèmes d’équilibre dont nous allons étudier l’équivalence lorsque les lois d’effort F et Q sont équivalentes et que la loi constitutive de plaque KR est convenablement choisie. 4. · ·. Φ u + grads δu.5e) σ ∈K3 ( ) et celui de la plaque de Reissner par le système : ∀ δq ∈ UR δq. σ =0 (7. 69 . Q q + DR δq. · ·. F ⊃ AT (FR ) = Uo c A †T ·.6a) (7. et Z.6b) (7. Z Q ∈ Q(q) ζ = DR q Z ∈ KR (ζ) ζ =0 (7. A ce stade peu importe quelles variables sont données ou inconnues.2.5b) (7. U q ζ p Dualités U = Up −→ −→ Uc † V ar.2 – Passage 3D-2D Le problème d’équilibre du solide tridimensionnel est défini par le système 4 : ∀δ V ∈ Up δV . Φ u + grads δ V . · ·. Pour le confort du lecteur nous affichons ci-dessous une réplique de la figure 3.6d) dont la donnée est la charge généralisée Q et les inconnues q.5c) Φ ∈ F(V + u) = grads (V + u) + ∀δu ∈ Uc δu.

7) entraînent l’équivalence des systèmes {7. la relation (7. σ o ) (7. Φ.5a. Alors les relations (7.7. le terme δu.4 : q = A V . D’autre part. alors : (q = AV .6).7a) (7.Rappelons que les variables concernées par ces deux systèmes sont liées par les relations établies au chapitre 2. u.6b}.8) =0 Si la loi d’effort F possède la propriété PSV les systèmes 7. comme Φ ∈ Uo d’après (7.6 sont équivalents. Q = AT Φ. . u.6). 70 .5c) sous la forme : = B † ζ + grads u + o en sorte que.7b) (7.7.5 et 7. En effet on a vu que la propriété PSV entraîne l’équivalence des lois d’effort F et Q = A†T ◦ F ◦ A† . σ) est solution du système (7.5b} et {7. Φ = AT Q. Z = B σ † †T †T T (7. la loi KR étant définie par (7. Z = B †T σ) est solution du système(7. ζ = Bgrads V . ce qui achève la démonstration.7c) Théorème 4 Soient o une déformation imposée et KR : ER → SR la loi d’effort définie par : Z ∈ KR (ζ) ⇐⇒ ∃ u ∈ Uc ∃ σ ∈ K3 (B † ζ + grads u + u et σ vérifiant : Z = B †T σ ∀ δu ∈ Uc grads δu. Inversement soit (q.5). Φ u de l’équation c (7.6a. = grads (A† q + u) + o . σ) une solution du système (7.8). u.7b). Ensuite. Φ = A Q grads V = B ζ .2. si (V . alors : (V = A† q.5d) disparaît.7c) permet d’écrire la relation (7. σ) est solution du système (7. Q. V = A† q Q = A Φ. ζ.5).

Proposition 15 Le polaire de l’espace UΩ est l’espace des efforts de la forme Φ = (0. • UΩ = A(UΩ ) l’espace correspondant des déplacements principaux. c’est-à-dire de relier directement les valeurs ζ(x1 . 2 ) approcher la géométrie déformée par un développement limité au voisi˚ nage du point considéré. F 3 ) 71 . σ) et les données sont K3 . 0. de la géométrie déformée au voisinage du point considéré. Ce n’est guère surprenant puisqu’un simple changement de variables a permis de construire un système (7. Notations 3 Soient : • UΩ le sous-espace de U constitué des champs U nuls hors d’un cylindre K × R où K est un compact contenu dans Ω . Elle dépend en effet du contour et aussi. ce ˚ / qui donnera une équation valable à l’intérieur de cet ouvert. Ceci nécessite de trouver. Même si la loi tridimensionnelle K3 est locale la loi de plaque définie par (7. σ = 0 (7.7. 0. z) nuls dès que (x1 .4 Équation différentielle du déplacement complémentaire Le problème fondamental est de déterminer la loi d’effort Q. x2 .8) n’a aucune chance de l’être. On ne peut donc en attendre aucune simplification fondamentale.5). C’est pourquoi on peut qualifier le système suivant de "système résolvant" du problème d’équilibre :  u ∈ Uc  ∀ δu ∈ Uc : grads δu. x2 ) et Z(x1 . p • UΩ = (IU − A)(UΩ ) l’espace correspondant des déplacements complémenc taires. x2 ).9)  † o σ ∈ K3 (B ζ + grads u + ) L’inconnue est le couple (u. comme on l’a vu à propos de l’effort tranchant. x2 ) ∈ Ω. pour une déformation généralisée ζ donnée. le déplacement complémentaire u et la contrainte σ.6) équivalent au système tridimensionnel (7. Pour remédier à ces deux inconvénients et déduire de (7. ζ et o .9) des résultats utilisables avec le modèle de plaque on va : 1 ) n’utiliser que des champs-tests δu(x1 .

λ3 = (7. 0. à savoir : (Uc )o = AT (FR ). 0. On a les équivalences : ∀ u ∈ UΩ : u . Φ u = 0 c ∀ U ∈ UΩ : U − A† A U . x2 ) où : U1 ∈ D(Ω)3 appartiennent à UΩ en sorte que F1 et F2 sont nulles.20) on a bien (7.9) a pour conséquence le système suivant qui est en quelque sorte sa restriction à l’intérieur de Ω (ou équations en "milieu indéfini") :  u ∈ Uc  ∀δu ∈ UΩ : grads δu.10) avec : g1 12c1 g2 12c2 p λ1 = .4) et les relations (3.10) En effet suivons la démarche déjà utilisée pour démontrer la proposition 10 (§ 3. F3 ) ∈ (UΩ )o . F3 ) elle appartient à (UΩ )o puisque les éléments de UΩ sont nuls au voisinage de ∂3 Ψ .En effet soit Φ = (f .12) c  † σ ∈ K3 (B ζ + grads u + o ) On va maintenant expliciter ce système par le Théorème 5 Équations du milieu indéfini Le système (7. 0. Φ − AT A†T Φ u = 0 Φ ∈ AT A†T Φ + (UΩ )o Φ ∈ Fr + (UΩ )o et d’après la proposition 15 (§ 7. F1 . F2 . Ensuite les champs de la forme U (x1 . λ2 = . c Inversement si la charge est de la forme Φ = (0.11) h h h h h Le système (7. Φ u = 0 ∀ U ∈ UΩ : U . 0. x2 .13) 72 . F 3 } avec : f = (λ1 + λ4 z)e1 + (λ2 + λ5 z)e2 + λ3 e3 (7. c 3 Ω L’espace D(Ψ ) est contenu dans Uc en sorte que f = 0. z) = U1 (x1 .12) s’écrit sous la forme : h/2 −h/2  u2 zdz = 0     div σ = (λ1 + λ4 z)e1 + (λ2 + λ5 z)e2 + λ3 e3  σ13 = σ13 = 0 pour z = ±h/2    † σ ∈ K3 (B ζ + grads u + o ) u dz = 0 . h/2 −h/2 (7. λ5 = 3 . σ = 0 (7. λ4 = 3 . c c Proposition 16 Le polaire de l’espace UΩ est l’ensemble des efforts de la forme : c Φ = {f . h/2 −h/2 u1 zdz = 0 .3).

x2 )e2 + w(x1 . x2 )e1 + v2 (x1 . Deux points essentiels en fondent la théorie : 1. x2 ) + w(x1 . 0) appartient à (UΩ )o . σ et les cinq multiplicateurs de Lagrange λi . Décomposition du déplacement total Dans le modèle de Kirchhoff le déplacement principal est V (x1 .En effet : Tout d’abord la condition u ∈ Uc s’écrit aussi en termes des équations de liaison qui figurent à la première ligne de (7.13). σ23 . σ13 . On aimerait que la méthode du déplacement complémentaire conduise à la même solution dans les deux cas.4). le principal et le complémentaire.5 La variante de Kirchhoff Idée générale Nous avons introduit la notion de déplacement complémentaire à propos du modèle de Reissner-Mindlin . Ensuite pour δu ∈ UΩ on a : c grads δu. z) = v1 (x1 . l’orthogonalité des charges à tout déplacement complémentaire. Les données sont ζ et o . selon Kirchhoff d’autre part.13). et soumise à des efforts extérieurs admissibles par les deux modèles. x2 )e2 −z ∂x ∂y = v(x1 . x2 . x2 ) 73 (7. On a donc un système différentiel du second ordre pour les inconnues u. cette notion peut en fait concerner beaucoup d’autres modèles et en particulier celui de Kirchhoff.14) . la décomposition du déplacement total en deux termes. d’après la proposition 16 c 7.12) équivaut alors aux équations des deuxième et troisième lignes du système (7. Les λi apparaissent comme les multiplicateurs de Lagrange associés aux cinq équations de liaison scalaires écrites dans et que les relations (7. Considérons alors une plaque modélisée selon Reissner d’une part. x2 )e3 ∂w ∂w (x1 . x2 )e1 − z (x1 . 7. la deuxième équation du système (7. x2 )e3 − z grad(2) w(x1 . σ = Ψ grads δu : σ = − Ψ δu·divσ − ∂Ψ1 δu· σ ·e3 + ∂Ψ2 δu· σ ·e3 en sorte que (div σ. 2.11) permettent d’interpréter en termes d’efforts généralisés.

2.18) qui correspond à l’application B † du modèle de Reissner. On notera enfin UΩ l’espace des déplacements complémentaires nuls en dec.K Φ = {f . 3 (7. U2 . χK ) (7. c’est le déplacement complémentaire qui engendrera la déformation de cisaillement notée γ : c’est une déformation principale dans le modèle de Reissner et qui deviendra complémentaire pour celui de Kirchhoff. 0.10) : Proposition 17 Le polaire de l’espace UΩ est l’ensemble des efforts de la forme : c.De la même façon qu’au chapitre 3 (confer 3. w) = 1 h h/2 (U1 .17) † les déformations généralisées de Kirchhoff. F 3 } avec : f = λ1 e1 + λ2 e2 + λ3 e3 qui conduit au système résolvant suivant. U3 ) dz −h/2 (7.16) h −h/2 j Dans le déplacement principal la normale reste normale à la surface moyenne . En répétant le processus suivi pour Reissner on a d’abord la proposition analogue à la proposition 16 (7.19) 74 .9) le déplacement généralisé q = (v. w) est une fonction linéaire AK (U ) du déplacement total U : q = AK (U ) avec : (v1 . On notera aussi l’application BK : † [ p ] = BK (ζK ) = [ m + zχK ] {0} <0> 0 (7.13) : (7. 0. Notations 4 Nous noterons ζK = ( m . espace analogue à UΩ c pour le modèle de Reissner. analogue à (7. v2 .15) Le déplacement complémentaire uK est alors solution des trois équations de liaison scalaires : 1 h/2 K u dz = 0 j = 1.K hors d’un cylindre de base compacte contenue dans Ω.

20) σ13 = σ13 = 0 pour z = ±h/2     † σ ∈ K3 (BK ζK + grads u + o ) Considérons une solution (uK .23). m . λK . λR .21 et 7.13) il est nécessaire que λR et λR soient nuls. o ). On peut maintenant compléter la déformation généralisée de Kirchhoff ζK = ( m .20) pour les données 3 2 1 ( o . 7. λK ) du système (7. λK . χR = χR . Alors 4 5 (uR + γz. o ). λK . λR ) est solution du système (7. définie par les relations (7.13). ζK = ( On peut donc énoncer : Théorème 6 Équivalence partielle des problèmes du déplacements complémentaires pour Kirchhoff et pour Reissner A toute solution (uK . λR . Inversement à toute solution du système (7. σK . λR ) une solution du système (7. λR . χR − grads γ)). λK ) du problème de déplacement complé1 2 3 mentaire de Kirchhoff (cf. σR .20) on peut associer une solution du problème de déplacement complémentaire de Reissner (cf.13) dans laquelle λR et λR sont 4 5 nuls on peut associer une solution du système (7. γ)).13) 5 4 3 2 1 pour les données ( o . σK .13). λK = 0) est solution du système (7. λR . On décompose uK en : uK = βK z + uR avec : βK = 12 h3 h/2 z uK dz −h/2 (7. λK . λK .22).21) et uR vérifie les équations de liaisons du système(7. λK . χR = χK + grads βK . ζR = ( m . λR . (7. 7.22) Alors (uR . γ = βK ) (7.23) 75 . λK = 0. σR . σK .Équations du milieu indéfini pour le déplacement complémentaire du modèle de Kirchhoff  h/2  u dz = 0  −h/2   div σ = λ1 e1 + λ2 e2 + λ3 e3 (7.20) pour les données (7. λR . χK ) pour lui associer celle de Reissner : ζR = ( m .20) pour les 5 3 1 données (ζK .13) 1 2 1 4 5 pour les données (ζR . Pour qu’elle s’identifie à une solution du système (7. λK . Inversement soit (uR .

0). y.13) où l’on remplace la loi générale K3 par une loi élastique de raideur K (k) constante dans chaque couche.1c) (8.1. K (k) la raideur de la couche k. 0) = u0 (x.1a) (8. o .. . On note : 8. zn+1 = h/2) les cotes des interfaces... y)e3 u(x..e3 = σ0 (x. z2 . y) (8.Chapitre 8 Calcul des plaques élastiques stratifiées Dans ce chapitre on suppose nulle la déformation imposée n le nombre de couches. (z1 = −h/2. Pour obtenir un système "générique" on remplace les conditions aux limites en z = ±h/2 par des conditions plus générales applicables en z = 0 à chacune des couches en y remplaçant z par z − zk et z0 par zk : Système générique K div grads u = −Kdiv(B † ζ + o ) +(λ1 + λ4 (z + z0 ))e1 + (λ2 + λ5 (z + z0 ))e2 + λ3 e3 σ = K(grads u + B † ζ) σ(x. . y.1 Technique de calcul Solutions polynomiales dans une couche homogène Revenons au système (7.1d) 76 .1 8.1b) (8... zk .

on cherche alors les cj sous la forme : dz +1 cj = k=1 q(βxy (j−1)+k) z k−1 1.Les inconnues sont u et σ tandis que les quantités K. de dimension 3 × βxy est une fonction inconnue de z. polynomiale en (x. y). σ0 . avec α = 36 dans le cas du degré 2 en (x. Le premier membre de (8. Pour simplifier l’exposé nous écrirons les formules dans le cas où l’on a choisi le degré dxy = 2. On est donc ramené à une équation différentielle du second ordre pour l’inconnue {c}. λi .3) où {c} la colonne des cj et les [Ai ] des matrices carrées (de dimension 18 × 18 pour le degré dxy = 2) qui ne dépendent que de K. z) où les variables z d’une part et (x. Lorsque les données précédentes sont polynomiales de degré dxy en (x. nous utilisons Mathematica 77 . est linéaire et à coefficients constants.a) impose de rechercher une solution u. C’est évidemment la puissance des outils de calcul formel qui facilite considérablement cette approche 1 .2) βxy = 2 Cherchons la solution u sous la forme :    1        x         c1 c2 c3 c4 c5 c6  u1    y u2 = [c] avec : [c] =  c7 c8 c9 c10 c11 c12     x2    u3 c13 c14 c15 c16 c17 c18   xy     2     y où la matrice [c]. y) l’équation (8. Toutes les fonctions en cause sont des fonctions de (x. Soit dz le degré en z de ces polynômes . Toutes les valeurs caractéristiques sont donc nulles et les solutions {c} sont des polynômes de z. Le nombre de monômes pour le degré dxy est : (dxy + 1)(dxy + 2) (8. y. en outre.1.1.a) se met alors sous la forme : K div grads u = [A2 ] d{c} d2 {c} + [A1 ] + [A0 ] dt2 dt (8. équation qui. y) d’autre part jouent des rôles très différents. u0 . On trouve que le déterminant Det([A2 ]r2 + [A1 ]r + [A0 ]) est de la forme mrα où m est constant et ne dépend que de la raideur K. y) et de même degré dxy . ζ sont données de façon formelle.

On constate que pour dz < dxy + 3 l’identification ne conduit pas à une solution.f et (8.e3 = 0 n zk+1 n zk+1 n zk+1 u k dz = 0 .4b) (8. y. y.2 Équations des plaques stratifiées En écrivant maintenant les conditions de continuité aux interfaces.4d) (8.a à 8. zk ).4. −h/2).4f) σ (k) = K (k) (grads u(k) + B † ζ) σ (k) (x. 78 .e3 = 0 σ (n) (x. y. y.4.4e) (8. k=1 zk u1k z dz = 0 (8. y.zk ). ensuite on résout les huit équations scalaires (8. et d’autre part sont instanciation rencontre des divisions par 0.e3 u(k) (x.4.et l’on pratique l’identification des polynômes.zk ) σ (1) (x. Une autre difficulté technique est la suivante : pour dz = 3 et dxy = 2 la résolution du système générique se ramène à l’inversion d’une matrice formelle M de dimensions 210 × 210.1. On peut effectivement l’inverser mais d’une part M −1 est très encombrante (de l’ordre de 100 Go !). Ce n’est pas si simple qu’il y paraît à première vue : on construit plus d’équations que d’inconnues mais en éliminant les équations dépendantes des précédentes on arrive à un système de Cramer pour un degré dz convenablement choisi. h/2).e) pour u(o) donné .4g) Dans une première étape les solutions semi-génériques permettent de résoudre les équations (8.e3 = σ (k−1) (x. k=1 zk k=1 zk u1k z dz = 0 .4c) (8. les conditions de liaison sur u et la nullité du vecteur contrainte en z ± h/2 on écrit le système suivant : K (k) div grads u(k) = −K (k) div(B † ζ + o ) + (λ1 + λ4 z)e1 + (λ2 + λ5 z)e2 + λ3 e3 (8. Il vaut infiniment mieux instancier M avant son inversion. 8. Par exemple pour une plaque stratifiée composée de couches orthotropes identiques à une rotation de π/2 près on n’aura que deux solutions semi-génériques à calculer. La solution purement générique est donc impraticable. tandis que pour tous les dz ≥ dxy + 3 elle conduit à une même solution de degré dxy + 3 en z. zk ) = u(k−1) (x.g) pour déterminer trois inconnues scalaires (o) uj et les cinq inconnues scalaires λi . Cependant pour chaque type de couche on peut calculer une solution "semi-générique" du système (8. y.1) où la raideur K a été instanciée à la valeur numérique K (k) convenable.4a) (8.4.

Détaillons un peu ce qu’il en est du gauchissement de la normale. Ainsi la variation du gauchissement est-elle un infiniment petit (degré 3) d’ordre supérieur à la courbure (degré 1)." ce qu’il nommait "principe de Navier-Bernoulli généralisé" ([30]. ce qui explique le résultat.3). En tout état de cause nous présentons les résultats en termes de ces derniers. σ22 . (u1 . σ33 et du tenseur de flexion-torsion. courbure de la déformée : degré 1. σ12 et nous venons de voir que le résultat obtenu est très correct (toujours au troisième ordre près). La bonne nouvelle est que les résultats classiques sont vérifiés jusqu’au deuxième degré inclus : plus précisément les valeurs calculées ne diffèrent des valeurs classiques que par la contribution des termes du troisième degré en (x.5 pour se le rappeler. Dans une application particulière on pourra évidemment utiliser le développement limité effectivement disponible. σ22 . Les contraintes de cisaillement σ13 et σ23 données par les formules (5. Comme l’écrivait Jean Courbon à propos des poutres : "On peut négliger la variation du gauchissement entre deux sections droites voisines. Il suffit de revenir à la figure 6. Ainsi en est-il des contraintes σ11 . inclinaison de la normale sur le plan tangent : degré 0. grads β. Pour obtenir tous les résultats intéressants sur un plan général il suffit de résoudre le système (8. y) des déplacements généralisés.a) on peut remplacer l’expression B † ζ par grads (DA† q) et mener les calculs pour des déplacements généralisés q de degré 3. §C).2 Quelques résultats Nous ne nous sommes intéressés qu’à la plaque de trois couches qui nous a déjà servi de référence au paragraphe (6. σ12 . u2 ) composantes du gauchissement de la normale : degré 2. Pour y voir plus clair nous avons considéré le plus bas degré des monômes de β qui sont concernés : β. ce qui la justifie. C’est exactement ce qui se passe dans les plaques où la normale joue le même rôle que la section droite dans les poutres.8. Infirmée est aussi l’hypothèse dite "des sections planes" selon laquelle les normales resteraient rectilignes.4) pour une déformation généralisée ζ polynomiale de degré 2.2) sont évidemment loin de la vérité mais leur calcul à partir des formules (6. Toutefois cette hypothèse ne sert qu’à estimer les contraintes de membrane σ11 .3) ou (6. 79 . 2. 2 Dans l’équation (8.8.10) est exact à cette même contribution près des termes de degré 3. chp.4.

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. 21 83 . . . . . . 5 1. . . . . . . . 7 1.1 Démonstration des équations différentielles d’équilibre pour le modèle R . . . . . . . . . .2. 6 1. .1. . . . . . . . .Table des matières 1 Différents modèles de plaque 5 1. .4 Contraintes généralisées . . 8 1. . . . . . . . cisaillement transverse et flexion simple .3. . . . . . . . . . . . . . . . . 20 1. . . . . . . . .3. . .1. .1. . . . . . . . 17 1.2 Efforts extérieurs généralisés . . . . . . .4 Équations différentielles de l’équilibre pour le modèle K 19 1. . . . . . . . . . .5 Équations différentielles de l’équilibre pour le modèle R 16 1. . . . . . . . . .4. . . . 7 1. . . . . . . . 11 1. . . .3 Déformations généralisées . . . . . . . . .2 Efforts extérieurs ou charges . . . . . . 15 1. . . . . . . .1 Déplacements et déformations généralisés .4 Espaces fonctionnels . . . . . . 14 1. .3 Notations . .3. . . . . . 13 1.3. .1 Déplacements généralisés.2. .5 Dualités déplacements-efforts et déformations-contraintes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5 1.1. . . . . . . . . . .3 Dualité pour le modèle K . .7 Noyaux. . . . . . . . . . .5 Remarques sur les conditions aux limites . . . . .1 La plaque comme solide tridimensionnel . . . . . . . .2 Contraintes et efforts généralisés . . . . . . . . . . . . . .1 Géométrie et coordonnées . . .4 Annexes du chapitre 1 .1. . . 18 1. . .6 Opérateur de déformation et opérateur d’équilibre . . . . . . . . . . . . . . . 11 1. . . . . .2 Le modèle de Reissner . . 17 1. . . . . . . . . . . . . . . . .1. . .2. . . . . . . .1. . . . . 18 1. . . . . 10 1. . . .4. . . . . . . . . . . . . . .3 La théorie élémentaire de la flexion : modèle K (comme Kirchhoff) . . . . . 20 1. . . . . . . . 19 1. . . . . . . . . . . .2. . .2. . . . . . .3. . . . . 9 1. . . . . . . . . . . .2 Démonstration des équations différentielles d’équilibre pour le modèle K . . . . . . . . . . . . . . images et orthogonalité dans la dualité à quatre espaces . . . . .

2. . . . . . . . . . 5. . . . . . . . . . . . . . . . . . 23 23 23 24 25 25 26 29 31 32 32 34 36 39 40 41 41 43 44 44 45 45 46 47 49 49 51 52 52 53 53 55 56 57 57 59 . . . . . . . 5 Lois de comportement de plaque 5. . . . .1 Présentation d’un exemple de référence . . 6. . . . . .2 Modèle de Reissner-Mindlin . . .1. . . .2 Compatibilité globale pour le modèle tridimensionnel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .3 Une variante notée "BN" de l’approche Batoz-Dhatt 6. .Moreau . . . . .2 La méthode de Reissner . . . . . . 3 Du 3. . . . 6. . . . .1 La fonctionnelle de Reissner . . . . . . . . . . 6.2 3. . . . . . . . .4. . . . . . . . . 4 Cadres fonctionnels en élasticité linéaire 4. . .1 Contraintes de cisaillement . . . . . . . . . . . . . . 2. . . . .4 3. . 6. . . . . . . . 2. . . . . . . . . . . .J. . . 4. . . . . . . . . . . . .4 Compatibilité globale pour le modèle de Kirchhoff . . 6. . . . . . . .1 3. 6. . . . . . . . . . .1 Traces et moments . . . . . . . . . . . . . .2. .4. . .5. 2. 6. . . . 2. . 84 . . .3 3. . .1 Deux théorèmes de J. . . . .2 Contraintes et cisaillement transverse . .5. . . 2. . . . .2. . . .2 Compatibilité des déformations 2. . . . . . . Déplacement principal et déplacement complémentaire . 4. .1 Formulation différentielle de la compatibilité locale . . . . . . . . . 6. . . . . . . . . . . . .3.2 Formulation différentielle de la compatibilité locale pour le modèle de Reissner . .3 Compatibilité globale pour le modèle de Reissner . .3 Relations brutes entre déformations et contraintes généralisées 6 Estimations classiques de l’effort tranchant 6. . . . . . . . . . . . . . .1 Rappel de résultats pour le solide tridimensionnel . . . . . . . . . . . . . . . . Efforts tridimensionnels et efforts généralisés . . . . 4. . . . . . . . . . . .4. . . . . . . . . . . . . . . . .2 Cas d’une plaque homogène . 5. . . . .2 L’approche de Batoz et Dhatt (notée "BD") . .2. 2. . . .5 tridimensionnel au bidimensionnel Moments et relèvements . . 6.4 Effet d’une force concentrée . . .5 L’estimation de Reissner . . . . . . . . . . . . .1 Notations matricielles .1. . . .2. .3 Cas général et exemple de plaque stratifiée . . Déformations tridimensionnelles et déformations généralisées Contraintes tridimensionnelles et contraintes généralisées . . . . .2 Compatibilité globale . . . . .1 Nécessité de privilégier certaines variables . .4 Deux approches voisines . . . . . .3 Modèle de Kirchhoff . . . .

. . . . . . . . . . . .6 6. . . . . . . . . . . . . . . . .5. . . 62 Calcul du déplacement de cisaillement . . couche homogène . . 66 . . . . . 68 . . . . . . . . . .4 Équation différentielle du déplacement complémentaire . . . . 7. . . . . . .5 La variante de Kirchhoff . . . . . . . . . . . . .2 Équations des plaques stratifiées 8. . . . . . . .1 Solutions polynomiales dans une 8. . . . . .2 Quelques résultats . . . 8. . . . . . . . . . . . .1 Technique de calcul . . . . . . 64 65 . . . . . . . . . . . . . . . 8 Calcul des plaques élastiques stratifiées 8. . . . . . . . . . . . .1 Introduction . . . 7. . . . . . . . . .2 Lois d’effort . . . .3 Équivalence éventuelle des problèmes d’équilibre tridimensionnel et bidimensionnel .3 Application à la plaque stratifiée de référence . . . . .1. . . . 7. .1. . 65 . . 7. . . . . . .6. . . . . . 73 76 76 76 78 79 7 La théorie du déplacement complémentaire 7. . . 85 . . . . . . . . . 71 . . . .

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