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Préface à “Jesus était César”

Préface à “Jesus était César”

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Dr Fotis Kavoukopoulos
a obtenu son doctorat de linguistique à la Sorbonne en 1988 avec une thèse sur la syntaxe homérique. Il a enseigné la linguistique aux Universités de Crète et de Thessalie (1989-2002). Il travaille à l’Institut Pédagogique d’Athènes (Ministère d'Éducation). Il est l’auteur d’articles et de livres sur le grec moderne et ancien.
http://www.carotta.de
Dr Fotis Kavoukopoulos
a obtenu son doctorat de linguistique à la Sorbonne en 1988 avec une thèse sur la syntaxe homérique. Il a enseigné la linguistique aux Universités de Crète et de Thessalie (1989-2002). Il travaille à l’Institut Pédagogique d’Athènes (Ministère d'Éducation). Il est l’auteur d’articles et de livres sur le grec moderne et ancien.
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Préface à “Jesus était César” La lecture du livre de Francesco Carotta m'a fasciné comme l'aurait fait un roman qui conduit

pas à pas l'esprit du lecteur vers la solution d'une obscure intrigue. J'ai ressenti cet acheminement comme un souffle libérateur et hilarant qui balayait progressivement préjudices et idées reçues. Mais si cette poussée vers mon illumination réussissait, par delà même la contribution des présupposés méthodologiques de l'auteur concernant la philologie, la psychologie sociale, l'ethnologie et la connection de l'histoire politique avec la théologie, c'était parce que celui-ci avait eu l'audace d'attaquer les mots mêmes des évangiles pour jalonner leur envers: non pas simplement leur histoire mais surtout la dynamique irrésistible de leur dislocation. Non pas que Saussure ne m'avait pas préparé, en théorie, à ce choc: ce linguiste, qui avait beaucoup travaillé sur les anagrammes et qui avait bien préconisé ce qui peut arriver à une tradition lors de sa transmission, écrit dans une de ses notes: «Imaginer qu'une légende commence par un sens, a eu depuis sa première origine le sens qu'elle a, ou plutôt imaginer qu'elle n'a pas pu avoir un sens absolument quelconque, est une opération qui me dépasse». C'est le contraire de ce que les savants ont fait des textes issus des traditions orales, en superposant à la logique et économie des productions orales leur vision identitaire de l'édition des textes écrits. C'est le cas de la tradition orale homérique, où les variations, toutes naturelles dans chaque récitation orale de chaque aède, sont ramenées à un seul texte invariable, supposé authentique. C'est le cas aussi, d'après l'hypothèse de travail du livre, d'un texte hellénistique provenant dãune certaine tradition manuscrite, comme l'évangile de Marc, dont l'origine latine ne pourrait pas concorder avec la conception dãun texte transmis une fois pour toutes par la divinité. En fait, philologie et théologie trouvent ici leurs limites et leur point de départ communs: la vérité du sens, qu'il soit de l'ordre de la mythologie ou de la révélation réligieuse, ne peut être garantie que dans l'univers clos d'une écriture surveillée. Scripta manent ... La présentation de M. Carotta a l'avantage de reconnaître l'importance majeure des dislocations et glissements d'une forme à l'autre et d'un sens à l'autre lors de la transmission d'un texte ancien, oral ou écrit. La faille entrouverte par les défaillances techniques des moyens de transmission orale ont permis par exemple aux cours princières de l'Ionie du huitième siècle av. J.C. de s'approprier l'antique poésie orale mycénienne pour en faire ces poèmes homériques qui glorifient les ancêtres des princes et même la colonisation de l'Ionie; les défaillances dans la transmission des textes manuscrits auraient permis à certains groupes dominants à l'Orient au temps de l'Imperium Romanum de faire du culte de César une religion judaïsante et hellénisante. Or, M. Carotta démontre que ce processus ne peut avoir lieu que sur un fond de jeu de mots, de lapsus et de malentendus mélangés. C'est le même processus qui crée les argots de groupes sociaux particuliers, mais aussi nos propres idiolectes et qui, plus largement, fait évoluer les langues au cours du temps. De ce point de vue, l'étymologie (qui signifie l'«origine véritable») n'est que la recherche des fautes, conscientes ou inconscientes, des locuteurs qui ont altéré en premier lieu la forme et/ou le sens des mots. On peut se demander à partir de ce livre s'il ne serait pas plus intéressant, au lieu d'aller à rebours, vers une origine quelconque des mots, d'illustrer les processus de leurs déformation et refonte opérés par les locuteurs encore et encore dans le temps qui court. Et en tout état de cause, le livre de M. Carotta, s'il se présente comme une recherche des «vrais» évangiles, il produit à nos yeux une série de jeux de mots et malentendus géniteurs d'un texte autre, d'un texte d'une origine quelconque

(par rapport à l'output). Ce dernier est issu, bien entendu, dãune «fausse» conviction, qui, en démolissant ses appuis philologiques, annule son essence théologique; or, on constate, d'après les reconstitutions de l'auteur, que même là (et surtout là?) où comme chez Marc il peut s'agir du passage d'une langue à une autre et non seulement d'une époque à l'autre, les voies empruntées par les auteurs et copistes restent celles de l'évolution de tout parler; que la vie de la langue orale se faufile entre les mots du texte pour leur fournir un sens et une interrogation tous neufs à poser aux exégètes. Fotis Kavoukopoulos

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