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FOUCAULT, Michel (2001). Dits Et Ecrits II (1970-1975)

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Published by: Faika Berat Pehlivan on Nov 15, 2010
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dans la mesure où ils ne peuvent plus trouver un emploi, n'ont aucun moyen de
subsistance, ne peuvent plus reconstituer une famille. Et, à force de passer d'une prison à une
autre, d'un crime à un autre, ils finissent par être vraiment éliminés physiquement.

-Alors, où commence-t-on à réformer les prisons? Car, comme pour la guerre du
Viêt-nam, ceux qui cherchent à réformer les prisons se leurrent peut-être en ayant
l'impression qu'ils éliminent la source du mal par le seul fait qu'ils en font disparaître le
symptôme le plus visible. N'est-il pas illusoire d'espérer une réforme depuis l'intérieur même
des prisons? Les prisons ne sont-elles pas un élément de la structure sociale tel que rien ne
peut réussir qui part de là?

-Le groupe que nous avons constitué en France n'est pas d'abord et principalement
concerné par la réforme des prisons. Je crois même que notre projet est assez radicalement
différent. En France -je sais qu'en Amérique, à cause de l'armée, la situation est un peu
différente -, le système pénal et d'emprisonnement porte d'une façon préférentielle et
insistante sur une certaine frange de la population qui n'est vraiment pas intégrée à la classe
ouvrière, pas contrôlée, dans une certaine mesure, par les grands syndicats. On nous a
souvent dit -les représentants de certaines organisations politiques -que le problème des
prisons n'entrait pas dans le cadre de la lutte prolétarienne. Il y a plusieurs raisons à cela. La
première est que la fraction de la classe ouvrière qui a constamment affaire à la police et à la
justice est, pour une bonne part, constituée de gens qui sont en dehors de l'usine. Que leur
chômage soit volontaire ou involontaire, leur forme d'opposition à la société bourgeoise ne
s'exprime pas au travers de manifestations, de luttes politiquement organisées ou de pressions
professionnelles et économiques comme les grèves. La deuxième raison est que la
bourgeoisie utilise souvent cette catégorie de la population contre les travailleurs: elle en fait,
à l'occasion, une force de travail temporaire, ou même y recrute pour la police. La troisième
raison est que le prolétariat est, en ce qui concerne la morale et la légalité, le vol et le crime,
totalement imprégné de l'idéologie bourgeoise.
Nous sommes donc, à l'heure actuelle, dans une situation où différentes catégories de gens
cherchent à surmonter des conflits et des oppositions que le système capitaliste a établis et
maintenus entre eux; où les luttes qui ont lieu à l'intérieur des usines sont plus liées qu'elles
ne l'étaient dans le passé aux luttes qui prennent place à l'extérieur des usines (concernant le
logement, le problème de la qualité de la vie); où l'on reconnaît que le combat idéologique

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général est une partie intégrante de la lutte politique. Pour toutes ces raisons, l'isolement de
cette fraction de la classe ouvrière, qui, à l'origine, était

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