Georges Lapassade

L'ETHNOSOCIOLOGIE
Les sources anglo-saxonnes

La première édition de ce livre et parue à PARIS chez MÉRIDIENS KLINCKSIECK en 1991 dans la collection « Analyse institutionnelle » dirigée par Remi Hess et Antoine Savoye

La présente édition est conforme à la première. Nous n’y avons rajouté qu’une présentation, transformé la table des matières en sommaire, et renvoyé les ouvrages du même auteur (actualisés) en fin de volume.

4° de couverture : On entend par «ethnosociologie» une démarche qui transpose à la sociologie le principe de méthode des ethnologues : l’étude directe – in situ - de la vie sociale. Après avoir rappelé les apports de l’École sociologique de Chicago et de l’interactionnisme symbolique, l’auteur présente les techniques d’observation participante, d’entretien et d’utilisation de « documents personnels », qui caractérisent cette démarche. Il examine ensuite les contributions de la phénoménologie sociale et de l’ethnométhodologie. L’ouvrage s’achève par la présentation de travaux réalisés en ethnographie de l’école et des jeunes qui illustrent cette méthodologie et indiquent la voie à suivre pour une rencontre entre ethnographie et recherche-action. Né en 1924 dans les Pyrénées, Georges Lapassade est professeur de Sciences de l’Éducation à l’Université de Paris VIII. Philosophe, ethnologue, sociologue, il se passionne depuis L’entrée dans la vie (1963) pour l’anthropologie de l’école et de la jeunesse.

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Sommaire
Présentation, par Gabriele Weigand et Remi Hess Introduction Première partie: Ethnosociologie interactionniste I. Aux sources de l’ethnosociologie Anthropologie et travail de terrain Enquêtes sociales et travail social Journalisme et sociologie L'École de Chicago, hier et aujourd'hui L'apport de l'interactionnisme symbolique II. L'observation participante Définition Première phase : «l'entrée» Comment participer ? Rôles et degrés d'implication du chercheur Observation participante et conflits institutionnels Observation déclarée et observation non déclarée Participation/distanciation Observateur participant externe (OPE) et observateur participant interne (OPI) De l'observation participante à la recherche-action III. Conversations, entretiens et documents personnels L'entretien non structuré Une rencontre sociale Le paysan polonais L'utilisation des documents officiels et personnels IV. Analyser De la pratique à la théorie Le processus de la recherche 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000

Deuxième partie : Ethnométhodologie V. L'apport de Schutz et de Garfinkel La phénoménologie sociale de Schutz Garfinkel et l'ethnométhodologie VI. Critique de la sociologie « standard»

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Les techniques de la sociologie « standard» L'analyse déductive et les indicateurs sociaux Les présupposés des enquêtes VII. Deux sociologies Deux traitements du social Sur le métier de sociologue La «culture» et le «paradigme interprétatif» Enquête standard et ethnographie

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Troisième partie: Des ethnographes de l'école à l'ethnosocianalyse VIII. Interactionnisme symbolique et éducation Rappel de quelques notions de base L'école comme situation Les perspectives des maîtres Les perspectives des élèves Ethnographie et pédagogie IX. De l'ethnographie de l'école à la nouvelle rechercheaction Sur l'origine et le sens de l'expression recherche-action Psychosociologie et ethnographie Une conception « critique» de la recherche-action interne La dimension ethnographique de la nouvelle rechercheaction X. De l'ethnométhodologie à l'ethnographie constitutive L'ethnographie constitutive L'héritage de la phénoménologie et de l'ethnométhodologie Un exemple d'ethnographie constitutive XI. De l'ethnographie de l'école à celle du hip hop Le hip hop et ses B. Boys Un renversement méthodique L'observation participante dans les formes stables et dans les mouvements sociaux Observation participante périphérique et observation participante active Les « ritals» de Bienne Conclusion Orientation bibliographique Références bibliographiques Table des matières

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De plus. Lapassade envoya son doctorant aux Etats-Unis pour rapporter des textes… Alors que les universitaires sont souvent repliés sur leur laboratoire. il fait son journal de terrain ! Ces cinq moments du Dasein de G. Mais le journal est là pour 4 . Si nous avons manqué sa compagnie à la fin des années 1958. ethnologue. ce doit être un moment de la vie du praticien. Georges Lapassade tient une place toute particulière. pour affirmer une idée simple : faire de la recherche n’est pas une affaire de spécialiste. plutôt que dans ce contexte du groupe des années 1980. dans les années 1960. de l’analyse interne. ces cinquante dernières années. Lapassade. philosophe. G. mais lui montrer comment on co-naît avec lui. on joue sur les dispositifs. ou pas seulement. en même temps. Lapassade. A côté de G. Nous nous sommes engagés comme disciples de Georges Lapassade dans les années 1970 (R. l’ethnométhodologie. historien. Il est tour à tour psychosociologue. G. une théorisation provisoire. Alain Coulon a prolongé certaines analyses de G. aux sciences de la nature. et de l’intervention pour modifier l’institué. une pédagogie de cette dialectique entre théorie et pratique. etc. le chercheur professionnel ne peut jamais oublier l’horizon de la pratique.Lapassade. Ce livre est unique. G. en 1978). Georges Lapassade croit vraiment que le métier d’enseignant n’est vivable que si. Instituer un élève. Lapassade entraînent des dissociations. surtout ethnographe. A. un étudiant.Présentation L’instituant ordinaire de Georges Lapassade. il a joué un rôle incontournable pour légitimer le droit pour les pédagogues de s’engager dans la recherche et l’expérimentation. celles qui s’opposent. Il anime un séminaire à Paris 8 dans lequel il oblige ses étudiants à travailler sur les sources étrangères . Lapassade fait toujours quatre choses en même temps : de l’ethnographie de terrain. Lapassade découvre l’ethnographie de l’école (courant anglais). à Remi Hess. Il explore l’instituant ordinaire. La découverte de l’ethnographie de l’école Dans les années 1980. il apprend l’anglais et se met à traduire Garfinkel et les autres théoriciens. ethnographe. Gabriele Weigand. Dilthey. ce n’est pas lui inculquer des savoirs. Entre 1958 et 2008. et surtout son vécu des événements de 1968. que l’on va lire dans L’ethnosociologie. ensuite. lui. selon W. Hess en 1971 . nous nous sommes fortement engagés à ses côtés dans son entreprise de développement de l’autogestion pédagogique. Depuis 15 ans. aucun sociologue ne s’est approprié mieux ce courant de la sociologie de l’éducation. il confit les sources allemandes et espagnoles (le courant de Miguel Zabalza présenté dans Le lycée au jour le jour) . sociologue. Et réciproquement. Coulon fit sa thèse avec G. on explore la manière dont les choses s’instituent dans l’ici et maintenant des pratiques sociales. forcément. de la psychosociologie à l’ethnosociologie Dans l’histoire des sciences de l’Esprit. à la périphérie. Ce peut.

Ils parlent abstraitement de l’échec scolaire. Pour comprendre l’apport de G. quand on voit l’état de la sociologie de l’éducation française. a beaucoup vieilli : ces sociologues n’ont pas su s’intéresser à leurs étudiants. Charlot. Ce journal de 1984 nous intéresse tout particulièrement. Cet horizon s’éclaire. que nous allons mettre en ligne. Il observe la mise en place d’une réforme. Il faudra lire. dans un pays neuf. en se tournant résolument sur le terrain. Depuis L’école en banlieue. et à leurs problèmes. et aussi les transductions intellectuelles qu’elles suscitent. comme si les inspecteurs étaient vraiment en position d’ignorance. il le multigraphiait et le distribuait aux acteurs des situations dans lesquelles il était impliqué : une forme d’intervention. Il est totalement inconnu d’un jeune chercheur comme Stéphane Bonnery. G. ceux-ci avaient dit qu’ils pouvaient produire ce type de rapport. Ils ignorent l’ethnographie. a pu parfois se poser la question de savoir si G. Le journal des DEUG. alors qu’elle. sans prise sur le réel. Lourau ou R. Leur seul horizon est la cité scientifique et universitaire française. le groupe Escol. Combien d’étudiants lui doivent leur réussite ! Une pratique à contre-courant de la tradition sociologique française en éducation En France. Hess. Lapassade. la sociologie de l’éducation est autoréférentielle. encore. Vers 1994. qu’il avait fondé. à ce qui aurait dû être leur terrain. dans les situations ethnographiques.accueillir la description des tensions que provoquent ces dissociations. alors que chez G. elle était en position de savoir ! 5 . En même temps. soutenir beaucoup moins de thèses que Bernard Charlot. par contre. à la fois sociologique et psychosociologique ! C’est ce que nous avons appris de l’enseignement de Georges Lapassade. fermée sur elle-même. Lapassade a pu être cité par B. Georges Lapassade n’a que rarement donné à l’édition son journal . à lui tout seul. dans la mesure où il donne à voir les quatre être-au-monde de G. G. il découvre l’ethnométhodologie… Le lecteur pourra s’amuser à voir décrit par l’auteur lui-même les cinq moments de ce rapport au monde ethnographique. en quinze ans de carrière ! Dans un colloque à Berlin. et surtout l’intervention. Contrairement à R. Lapassade avait un horizon historique et anthropologique à sa pratique. Lapassade. La sociologue demandait l’assentiment du public de scientifiques : elle voulait faire rire de cette réplique. en 2005. Lapassade. nous avons entendu une sociologue standard raconter une enquête dans un collège ou un lycée. alors que Bernard Charlot recommençait une carrière au Brésil. Elle rapportait qu’au moment de la restitution de ses trouvailles. On n’a jamais vu un sociologue de l’éducation aider un étudiant à réussir. du fait du fort investissement de l’auteur de L’entrée dans la vie dans l’ici et maintenant. c’est la tension permanente vers la réussite de l’autre qui est structurante. après une journée de terrain. ensemble. il faut percevoir le manque d’ancrage des sociologues de l’éducation dans le réel. en parallèle à cet ouvrage. Ils ignorent tous les courants qui ont pu travailler à une dialectique de la théorie et de la pratique. Cela scierait la branche de l’arbre sur lequel cette discipline s’est installé : l’objet scientifique implique la production de l’échec. Leurs alliés de laboratoire (ils doivent être une bonne douzaine de professeurs et maîtres de conférence habilités) ont fait. Weigand. auprès des inspecteurs qui avaient commandité l’enquête de deux ans.

pour nous. il faut la transformer. tant la sociologie de l’éducation. Lapassade et R. Notre œuvre est de cette nature : d’abord. Un livre récent de Dominique Felder (Sociologues dans l’action. Lourau à Nanterre en 1969 (G. Le scientifique n’a pas beaucoup de garanti concernant la valeur de ses observation. avec deux autres chantiers que nous donnons à lire en parallèle : Psychosociologie de l’éducation : l’itinéraire de Georges Lapassade. une enquête de terrain. en lisant Les héritiers ou La reproduction ! Rééditer l’analyse institutionnelle La réédition de L’ethnosociologie va de pair. qui raconte justement son passage de la psychosociologie à l’ethnosociologie. L’harmattan. mais les auteurs traversent alors une période de désaccords. Ce livre pouvait être perçu comme une provocation dans le monde de la sociologie de l’époque. 2007). Elle raconte la petite histoire de désaccords qu’elle ne comprend pas. Nous nous inscrivons donc dans la tradition lapassadienne qui aura de beaux jours devant elle. Paris. Hess étaient dans le public). et la sociologie de l’éducation standard n’a malheureusement rien produit de concret pour changer les choses. Ce livre montre aussi la place que tiennent dans ce domaine Patrice Ville et Christiane Gillon. quand il se sera converti à cette méthode. dans les faits. pourquoi aider les pauvres en mauvais santé ?. G. nous savons que le praticien. ont pu penser les instituteurs Freinet qui ont déserté le Mouvement. par leur posture d’entrée sur le terrain. qui devait plus tard récupérer cette méthode. Lapassade ayant tendance à aller dans le sens d’une définition de la sociologie par le microsocial. la définit davantage par le macrosocial. même s’il a des complexes vis-à-vis du chercheur universitaire. peut produire de la connaissance ethnographique précieuse. L’éditeur souhaitait rééditer l’ouvrage. les auteurs donnent une place considérable à l’intervention sociologique. où il atteindra un chiffre de vente impressionnant : 30 000 exemplaires. Pire. dans cette session du colloque. notamment en tant que jury de la thèse de R. Nous avons éclatés de rire ! Et la salle aussi ! Pour nous qui avons passé douze ou quinze ans de notre vie dans une classe de lycée. surtout lorsqu’il suit l’état de la discussion scientifique. Lapassade et René Lourau paraît pour la première fois en 1971 : il sera réédité plusieurs fois jusqu’en 1977. et la réédition des Clefs pour la sociologie. et nous nous sommes regardés. pour construire une théorie de l’intervention sociologique. cette sociologie standard a renforcé le déterminisme des professions éducatives : s’il faut être riche et bien portant pour réussir à l’école. La thèse de Dominique Felder est que les Institutionnalistes sont proches. C’est ce que démontre L’ethnosociologie. Pour elle. produit avec René Lourau. et ils ne parviennent pas à s’entendre sur les mises à jour à faire.Nous étions assis l’un à côté de l’autre. disciple d’Henri Lefebvre. chez Seghers. lui était encore hostile : il n’a jamais caché son hostilité à la socianalyse. alors que René Lourau. Les Clefs pour la sociologie de G. tout en gardant à l’esprit l’horizon théorique. René Lourau et Remi Hess. héritée d’Emile Durkheim et Pierre Bourdieu sera incapable de donner ne serait-ce qu’un seul outil pratique pour critiquer les faits : pour connaître la réalité. Les publications ultérieures de ces auteurs font foi de ces tendances. En effet. il y aurait là quelque chose de 6 . montre le rôle joué par Georges Lapassade. toujours. de Michel Crozier ou d’Alain Touraine. vers 1978. dans un temps où Alain Touraine.

Sur le plan de la recherche. ou au moins sa théorisation. comme il l’avait déjà fait dans les années 1950 lorsqu’il était animateur de la cité étudiante d’Antony. Pour qui veut comprendre l’histoire de la sociologie aujourd’hui. enfin professeur de sciences de l'éducation à l'Université de Paris VIII-Vincennes. à la mesure de ses moyens. la phénoménologie… Il participe aux mouvements d’avant-garde des années 1950-60 à SaintGermain des prés. Lapassade opte pour une orientation nettement ethnographique. Georges Lapassade Georges Lapassade est né le 10 mai 1924. sur le terrain éducatif. de l’accordéon. Georges Lapassade fréquente le mouvement des Auberges de jeunesse où il développe ses talents de musicien : il joue de la guitare. Son apport à la psychosociologie aura été d’en montrer la pertinence sur le terrain de la pédagogie. Lewin. son nom est associé à de nombreux domaines. il héberge chez lui de nombreux étudiants sans abri. a décidé de mettre en ligne un certain nombre d’ouvrages introuvables. Avant de présenter ce travail. il faut y aller. Lapassade a été élu professeur à Vincennes. Lapassade. dans les années 1980. En même temps. du piano. Enfant. en aidant les étudiants à mettre en forme leurs travaux de recherche. C’est à Georges Lapassade que l’on doit l’invention de l’autogestion pédagogique. Son premier livre. puis poursuit des études de philosophie. car sur le fond. Rogers. Il faut noter que G. Il s’en explique dans son Itinéraire. à la suite des pionniers que furent Moreno. par une assemblée générale d’étudiants. il a enseigné à Tunis (Tunisie). chante le répertoire de Trenet. a une 7 . ethnologique ou pédagogique. Lapassade et René Lourau. puis il a été maître-assistant de sociologie à Tours à partir de 1966. car cette pratique a des antécédents dans les siècles antérieurs. l’idée que pour connaître la réalité. les deux auteurs des Clefs. tant sur le front philosophique que sociologique. où enseignaient G. à partir de 1971. l’activité universitaire. en 1992. il est intéressant de voir le rôle qu’ont joué dans cette discipline. cette élection étant confirmée par la commission de spécialistes ! Lorsqu’il prend sa retraite. L’UFR 8 de l’Université de Paris 8. on peut le considérer comme l’un des premiers psychosociologues de la seconde génération.l’ordre du narcissisme de la petite différence. Une équipe de chercheurs travaillant dans le laboratoire Experice a voulu répondre à cette demande. est un point plus fort que les débats sur les petites différences de dispositifs. qui lui donnent l’occasion de vivre de l’intérieur l’existentialisme. comme dans la psychosociologie d’ailleurs. Aujourd’hui. il nous semble nécessaire de présenter rapidement la biographie de G. pour un lecteur qui ignorerait son parcours. Il abandonne l’intervention externe pour l’intervention interne. Agrégé de l'Université. Il stimule. L'Entrée dans la vie est une image de l'homme et de la vie. à la demande de nos étudiants à distance. G. il quitte son appartement de l’île Saint-Louis pour s’installer à Saint-Denis dans une maison en face de l’université où il a enseigné plus de vingt ans : à une époque où l’université ne dispose pas encore de cité étudiante. Mariano… Il devient instituteur béarnais. paru en 1963. docteur ès lettres (1962). C'est pourquoi ce livre. Gaby Weigand et sa chaire de Karlsruhe sont entrés dans ce chantier.

c’est une cité à la mode. Après 1968. du Living Theatre…). Le psychosociologique. Ce chantier conduit G. Dès cette époque. Ce pays est conscient de l’apport de G.. Ce livre a aussi une dimension « pédagogique ». G. que personne ne veut assumer alors dans l’université. faisant sortir cette magnifique ville de l’oubli. Aujourd’hui. Cette recherche se poursuit ensuite au Maroc. Il écrit un journal de la réforme des DEUG en 1984. le sociologique et la question de l'implication.importance philosophique certaine. Irère Sokologowski). Lapassade a pris la forme d’une analyse interne qu'il développe à l'Université de Paris VIII. Lapassade à devenir doyen de l’UFR de droit. Lapassade. pour créer de nouvelles formations . Cet engagement pour l’analyse interne le conduira à travailler à l’analyse interne de l’Ecole institutionnaliste qu’il a créé ! Quatrième axe de recherche de G. Il critique les relations bureaucratiques. Ce livre a donc aussi sa place à l'origine du mouvement de la pédagogie institutionnelle. En 1965. les nouveaux courants de la recherche-action anglaise. Francine Demichel. n’ayant pas de bureau. toujours attentifs à ses suggestions. il colle une étiquette « bureau du doyen » sur une armoire à balais : ce qui lui permet de créer L’administration économique et sociale. au Brésil. la question de l'implication. Ce livre reflète l'étrangeté de tout l'itinéraire de G. organisations. Georges Lapassade est le conseiller privilégié des différents présidents (Claude Frioux. Lapassade. qui arrive des Etats-Unis et qui a des origines dans la dernière période de W. Lapassade assura à Tunis avant 1966. C'est un livre qui oppose à la montée du phénomène bureaucratique une alternative : celle du mouvement des groupes. il s'intéresse aux phénomènes de transe et aux rites de possession. En 8 . c'est le domaine de l'intervention pédagogique ou socianalytique dans des groupes. puis à nouveau au Maroc. G. Lapassade s'organisent autour de quatre axes qui constituent des moments de sa « personnalité multiple » : le psychosociologique. c'est l'Université. Lapassade… Au moment où l'institution universitaire tente de l'écarter à cause de ses happenings (il fut exclu de Royaumont. Reich. En même temps qu'il tente son « autobiographie ». cet intérêt le conduit à se pencher sur le « mouvement du potentiel humain ». À partir de 1976. Pour faire connaître ces nouveaux courants. l'autobiographe découvre l'impossibilité de ce projet. il se met à l’étude de l’anglais à 60 ans. L’œuvre sociologique de G. Une des institutions que G. la recherche de G. l'ethnologique. où sa réputation de non-sérieux. Essayons de reprendre ces quatre champs de recherche. La recherche ethnologique prend ses racines dans l'enseignement que G. en Italie du Sud. c'est d'abord une recherche sur les institutions. Lapassade a étudié en profondeur. Lapassade découvre l’ethnométhodologie américaine. l’ethnographie de l’école. Lapassade puisque le Roi du Maroc l’a félicité de son travail pour faire connaître la ville d’Essaouira. A partir de 1984. ses thèses trouvent auprès des jeunes générations – les étudiants en particulier – une audience grandissante. les recherches de G. Lapassade publie Groupes. qui se développent au sein de l'école. et il traduit de nombreux textes qu’il synthétise. Pierre Merlin. A partir de 1973. Parce qu’il vit au milieu des étudiants de l’université. où il a organisé festivals et manifestations durant vingt ans. institutions qui s'inscrit dans le « mouvement des groupes » qui se développe alors en France. d'émeutier et de marginal est un fait acquis (il obtient cependant les palmes académiques le 10 mai 1968).

Georges Lapassade invente une théorie de la dissociation du sujet. puis à Saint-Denis. elle a tapé des manuscrits inédits. Lapassade et René Lourau leur donne plusieurs ouvrages. la bibliothèque universitaire. Bernadette Bellagnech poursuit la tâche entreprise par Véronique Dupont. Or. Véronique Dupont travaille à ce chantier de façon quotidienne. Un groupe se constitue. les réunions de comité de rédaction des irrAIductibles du vendredi après-midi. un groupe d’enseignants se réclamant de l’analyse institutionnelle s’est retrouvé à l’Université de Paris 8. Elle s’associe donc spontanément aux irrAIductibles. tirés du corpus préparé par Véronique Dupont. il a toujours son bureau en sciences de l’éducation à Saint-Denis… Il fréquente le restau-U. Lapassade et R. puis après le départ en retraite de Georges Lapassade et la mort de René Lourau. Lapassade. de Remi Hess. Benyounès Bellagnech crée la revue Les irrAIductibles. Colin et R.fait. Lapassade. G. la question qui hante G. qui rompt avec la perspective pathologique. Entre 2000 et 2002. C’est en effet dans son équipe que le livre a été scanné et mis en forme pour l’édition numérique… Ce groupe a préparé également Une année au lycée. elle lui échappe. pour préparer la réédition de textes. Nous avons ainsi pu publier Analyse institutionnelle et socianalyse (2006). En 1996. Ce groupe a été très productif autour de Georges Lapassade et René Lourau. etc. Ils proposent à Georges Lapassade. avec des textes de G. R. Elle a déjà traduit des textes de G. qui est déjà auteur de la maison Anthropos (Gens de l’ombre). 9 . C’est notre « arpenteur » ! L’Université de Paris 8 lui a rendu hommage dans un colloque qui lui fut consacré en 2002 (ainsi qu’à René Schérer) : à 84 ans. Dès 1988. En 2002. Lourau et bien d’autres en allemand. devenu Master ! L’analyse institutionnelle à Paris 8 Depuis 1973. d’abord à Vincennes. Mais. Il fait l’éloge de la dissociation comme ressource. qui publie de nombreux textes. Lapassade est toujours présent parmi nous. notamment). repris des textes déjà édités. Mais à côté de la préparation des Clefs pour la sociologie. S’il se reconstruit dans l’écriture. sont invités à créer des collections aux éditions Anthropos. C’est elle qui a préparé cet ouvrage (scann et relecture du texte). et la mise en ligne des Clefs. L. Colin et R. les séminaires de l’ancien DESS. avait anticipé sur ce travail. ainsi qu’à René Lourau de les publier. Après 2004. la pratique de tango du jeudi soir. Ce livre sera mis en ligne dans les prochains jours. Hess. son poste de professeur à l’université de Karlsruhe la conduit à préparer de nouveaux manuscrits (L’ethnosociologie. d’une part. d’Itinéraire. Hess. Gabriele Weigand. Nous avons constitué un groupe « archives ». c’est la fragmentation de son identité. Il aurait peut-être désiré posséder une identité unifiée. où il vient écouter les rythmes de musique de bal de son enfance. Lourau (notamment). de L’ethnosociologie s’inscrit dans ce chantier. autour de Patrice Ville et Remi Hess. se pose la question de la réédition d’ouvrages introuvables. G. et d’autre part le travail sur des manuscrits inédits. alors. autour de L. au fur et à mesure de leur écriture. en effet. rapidement. connue à Paris comme spécialiste allemande de la pédagogie institutionnelle.

L’idée de constituer une bibliothèque internet s’est imposée à nous. Remi HESS. Saint-Denis. disponible en ligne. Lapassade. que nous mettrons en ligne également. travaille actuellement à la réédition de La bioénergie. Nous allons également mettre en ligne des journaux de Georges Lapassade. Lapassade. Lapassade montreront la complexité de son approche : Le journal des DEUG (1984). Notre engagement dans l’enseignement en ligne. Véronique Dupont. et Journal de l’année 2000 sont deux textes de style différents. Gabriele WEIGAND. Notre chantier doit encore beaucoup à la demande formulée par Mohamed Daoud. mais qui va paraître prochainement. Lapassade. en 2005. le 25 février 2008. de G. a accéléré le processus. 10 . Lucette Colin et Remi Hess continuent à travailler avec G. l’itinéraire de Georges Lapassade. Celuici est enseignant en Algérie. Lucette Colin. pour mettre à la disposition des étudiants algériens des livres à bas prix. Nous les en remercions aujourd’hui. Parallèlement à L’ethnosociologie. Ces inédits de G.Kareen Illiade. Benyounès et Bernadette Bellagnech. nous nous sommes rendus compte que beaucoup de livres édités en Europe étaient inaccessibles pour les ressortissants de lecteurs de la zone extérieur à l’euro. comme en témoigne le dernier texte d’un recueil de textes intitulé : Psychosociologie de l’éducation. entrée dans le mouvement en 2003. Un étudiant qui vit en Inde a besoin d’un mois pour recevoir un livre commandé en France. Cela nous a motivé à penser d’autres modes de circulation des idées. lors des colloques annuels de la fin juin sur l’analyse institutionnelle. Il a créé la collection « Les grandes figures de la pédagogie ». nous avons donné les Clefs et L’itinéraire de G. Kareen Illiade travaillent avec nous à ce chantier. En parlant avec lui.

Georges LAPASSADE L'ETHNOSOCIOLOGIE Les sources anglo-saxonnes 11 .

il s'agit toujours de groupes limités. Dans les pays anglo-saxons. par contre.ou pas seulement . et non de grandes populations qui relèvent plutôt de « l'autre sociologie»..).). Aujourd'hui. En France. etc.) La vie en groupe peut impliquer certaines propriétés constantes qu'il importera de décrire. «d'abord pour passer la frontière et y être accepté.Introduction Le terme « ethnographie» a été utilisé d'abord par les anthropologues pour désigner le travail de terrain (le « fieldwork ») au cours duquel sont collectés des informations et des matériaux qui serviront ensuite à une élaboration théorique. de « fieldwork ». » Il ne nous dit pas comment sont découpés ces objets. éventuellement : en fait.. une façon de pratiquer la sociologie qui s'oppose à la conception dominante. et qui s'occupent plus rarement des problèmes de méthodologie. l'élaborer. . de manière plus large. parfois. comment et pourquoi ils sont choisis. une classe d'enfants de cinq ans aux premiers jours de scolarisation . ensuite pour apprendre sa culture dont une part importante ne sera pas formulée par eux (. se sont multipliées depuis 1955. Woods donne quelques exemples d'objets traités par l'ethnosociologie : « un groupe de supporters d'une équipe de football. après avoir rappelé les apports essentiels de l'École de Chicago depuis sa fondation jusqu'à nos jours. un processus avec des oscillations. 1'« ethnosociologie ». comment conduire l'enquête. quantitative.. avec l'interactionnisme symbolique. tantôt des recueils de textes concernant les mêmes problèmes (comment négocier l'entrée sur un terrain de recherche. qui feront l'objet du présent ouvrage. des ambiguïtés et incongruences ». Il ajoute ceci : «Chacun de ces groupes (supporters. etc. mais.travail désigné alors par les termes « ethnologie» ou « anthropologie ». Pour ce faire. et surtout aux États-Unis. une bande de skinners.. certains sociologues utilisent ce même terme pour désigner. ce qui est plus ou moins difficile étant donné notre propre distance culturelle par rapport à un groupe étudié. ainsi que de quelques débats autour de la méthodologie ethnographique constitue l'essentiel de ce travail. appelée ici « sociologie standard » (ou encore. non plus . avec ses questionnaires.. et surtout depuis 1960. etc. pour les comprendre. a fait l'objet de publications assez nombreuses qui présentent les résultats des recherches de terrain.» D'où la nécessité d'une présence plus ou moins prolongée dans ce groupe. de «field research ». P. ses échantillonnages. mais aussi un flux. On parle alors d'ethnosociologie. Dans une première partie. L'examen de la technologie des enquêtes. skinners.le travail de terrain au sens strict. les problèmes de méthodologie. il faut traverser leurs frontières et les observer de l'intérieur. administrés à large échelle. Ce sont tantôt des manuels dits de “ sociologie qualitative” . je suivrai le plan suivant. élèves de petite classe) construit ses propres réalités culturelles distinctes . sociologie positiviste. les membres d'un ordre religieux. je décrirai la méthode 12 .

enfin.tenant de l'interactionnisme symbolique.ethnographique. 13 . La seconde partie sera consacrée aux apports de la phénoménologie sociale et de l'ethnométhodologie. Woods .H. c'est-à-dire l'observation participante. Mehan . La troisième partie. l'utilisation des matériaux.P. On terminera par le récit d'une enquête sur la culture hip hop débouchant sur la proposition d'une ethnosocianalyse.issu de l'ethnométhodologie. l'autre . les entretiens. présentera les travaux de deux ethnographes de l'école : l'un .

Première partie Ethnosociologie interactionniste 14 .

Un peu plus tard. 1940). avec des chercheurs qui vont « sur le terrain». des Indiens . B. qui enseignait la sociologie à Chicago depuis 1913. vivant par fonction dans le groupe étudié. les anthropologues évolutionnistes. les administrateurs coloniaux. Mais la recherche anthropologique commence à changer à la fin du siècle dernier. pourra devenir pour le chercheur professionnel un informateur privilégié. dans l'archipel des Trobriands. publié après sa mort. poussant plus loin que Malinowski l'immersion dans la population étudiée. c'est pour désigner quelqu'un qui. écrivait : «Jusqu'ici. d'apprendre leur langue. constitue des corpus. au début de ce siècle. sans 15 . Malinowski va pousser plus loin la méthode ethnographique lors d'un long séjour (1914-1918) en Polynésie. C'est seulement plus tard que. feront de leur propre journal de recherche un élément essentiel de leur travail. il les rencontre. Mais c'est seulement beaucoup plus tard que des ethnologues. 1937 . Ce contact direct avec les indigènes a été la première caractéristique du fieldwork anthropologique. empruntaient aux récits et descriptions des voyageurs. à proximité. Il y souligne la nécessité. qu'il consacre aux Argonautes du Pacifique occidental (1922). Dans son Journal. mais lui-même n'emploie pas ce terme -. C'est ainsi que Boas va s'installer. la science de l'homme. l'anthropologie. cette expression apparaît parfois dans les ouvrages des anthropologues. pour l'ethnologue. Il a décrit sa façon de procéder dans l'introduction de l'ouvrage. Malinowski a décrit ses sentiments à l'égard des gens qu'il étudiait et de ceux qui l'entouraient. de partager au moins certaines de leurs activités quotidiennes. apprend leur langue. des missionnaires et des administrateurs coloniaux le matériel nécessaire à leurs démonstrations. de séjourner longuement dans les sociétés qu'il étudie. par un glissement de sens. s'est consacrée principalement à l'étude des peuples primitifs. Robert Ezra Park. Kluckhohn. «observation participante» va désigner la pratique du chercheur lui-même. et non plus celle de son informateur (Lohman. Dans un article sur «la ville» publié en 1915. si. pour collecter les matériaux indispensables à ses recherches. On désignera plus tard cette méthode en termes d'observation participante . notamment. Mais l'homme civilisé est un objet de recherche tout aussi intéressant. D'ailleurs.I Aux sources de l'ethnosociologie Anthropologie et travail de terrain Au XIXe siècle.

centre important de la sidérurgie. Booth utilisait à la fois des entretiens directs.compter qu'il est plus facile à observer et à étudier. jusqu'en 1929. quant à la méthode. des données statistiques et des observations directes de terrain. ont eu une influence décisive dans la première élaboration du fieldwork sociologique. parmi lesquelles l'une des plus célèbres est celle de Charles Booth. sous la direction de Paul U. qui travaillait avec lui .portant sur les ouvriers de l'industrie se déroula. La sociologie de Chicago va donc tendre à se définir. dès le début de ce siècle. une grande enquête –le Pittsburg Survey . qui concernait «la vie et le travail du peuple londonien» (Life and Labour of the People in London) : dans son élaboration. des croyances.. Le Play et de son école (Kalaora et Savoye. comme une anthropologie des sociétés modernes. célèbre dans le mouvement anglais des réformes sociales . » A Chicago toujours. qui constitue une dimension majeure du fieldwork n'est donc pas. Les méthodes d'observation patiente mises en œuvre par des anthropologues comme Boas et Lowie pour étudier la vie et les manières des Indiens d'Amérique du Nord peuvent s'appliquer de façon encore plus fructueuse à l'étude des coutumes. entre 1907 et 1909. les enquêtes de F.. C'est dans le champ de l'ethnologie . bien avant le séjour de Malinowski aux îles Trobriand. on va considérer le quartier un peu comme l'équivalent d'un village exotique ou d'une réserve d'Indiens . ce qui implique au moins deux dimensions : s'agissant de l'objet étudié. des pratiques sociales et des conceptions générales de la vie qui règnent dans le quartier de Little Italy ou dans le bas quartier du North Side à Chicago .science des sociétés dites traditionnelles ou encore primitives. ou tribales .. on emprunte aux anthropologues la notion fondamentale d'un séjour plus ou moins prolongé auprès de la population étudiée. l'influence des anthropologues. pendant certaines périodes de son travail. Beatrice Potter. à la fin du siècle dernier.. Enquêtes sociales et travail social En Angleterre. à Pittsburgh. dans les quartiers pauvres. nombreux sont les manuels américains de sociologie qualitative qui y font référence.pratiquait elle aussi l'observation directe avec séjours prolongés sur les lieux. Il logeait. les anthropologues et les sociologues enseignaient dans le même département .et qui devait épouser un peu plus tard Sidney Webb. En France. Kellogg (Horne et Savoye 1988). Les enquêteurs des milieux de la pauvreté allaient eux aussi vivre chez les gens qu'ils étudiaient.que la méthode ethnographique du séjour sur le terrain d'enquête a trouvé sa première formulation et ses premières règles fondamentales : vivre longtemps parmi les indigènes. Aux États-Unis. l'effet d'un simple transfert de pratiques anthropologiques dans la sociologie. dont on a vu qu'ils ont commencé à pratiquer le fieldwork à peu près au moment où le département de sociologie de Chicago commençait ses enseignements. Cette enquête a fait l'objet d'une publication en six 16 . 1989) ont constitué une forme importante de sociologie de terrain par la pratique des monographies . plusieurs enquêtes ont été menées. partager le plus possible leurs activités de tous les jours. La règle du séjour prolongé dans la population étudiée. comme on pourrait le croire. apprendre leur langue.

implique donc. liés au développement rapide de la société industrielle au temps du “capitalisme sauvage”. une enquête dont le compte-rendu sera l'un des premiers «classiques» de l'observation participante en sociologie. un jeune étudiant américain. d'une part. les loisirs. Les travailleurs sociaux étaient nombreux parmi les étudiants de Chicago. Dans un texte récent. s'occuper de la santé des habitants. et Deardorff N. le Pittsburg Survey «ouvre la voie aux recherches des sociologues de l'école de Chicago. le département de sociologie. les salaires. les conditions de travail. va devenir progressivement le nouveau leader du courant. 1971: 543). etc. A Chicago. La pratique du travail social a été la voie d'accès à la sociologie pour de nombreux étudiants de Chicago. dans le cadre de la Conférence internationale de service social (Kellogg P.I. travaillaient en contact avec Hull House. Thrasher et Wirth qui vont se faire connaître par les recherches qu'ils entreprendront entre 1920 et 1935. l'école. à l'Université de Chicago faisait sa publicité. Selon Horne et Savoye. Everett Hugues a pu dire à ce propos que «la sociologie fût un mouvement social avant de devenir une matière d'enseignement universitaire» (Hughes. la rupture est accomplie entre le souci d'intervention sociale attaché à Hull House. William Foote Whyte. D'ailleurs. à partir de 1920. le Settlement movement qui a existé d'abord en Angleterre où dès 1884. Les premiers professeurs de sociologie de cette école. et parmi eux Shaw. à l'âge de 50 ans. qui aura une influence directe sur les premiers travaux de l'école sociologique de Chicago. en effet. la criminalité. et notamment en Allemagne où il a suivi les cours de 17 . en 1889. de Robert et Helen Lynd (Middletown) et W. qu'on retrouvera aux USA sous une forme différente. d'ailleurs. non seulement dès l'ouverture.U. mais même durant l'entre-deux guerres. notamment. qui s'était développé surtout en Angleterre. Ce mouvement des enquêtes (Survey movement). sur la préparation aux carrières du travail social (Leclerc 1978). pour recruter des étudiants. Jane Adams crée une résidence en milieu pauvre. que des militants réformateurs vont résider dans des quartiers pauvres. recherches qui marqueront l'histoire de cette sociologie. d'autre part. De plus. Toutefois. Lloyd Warner (Yankee City) ainsi qu'à celles de Kurt Lewin et de ses élèves ». la santé. présentait de nombreuses analogies avec le fieldwork. Il a été professeur de lycée. Au début de ce siècle. sans doute. Hull House. journaliste après avoir été étudiant en philosophie. C'est d'abord. grâce à W. ira s'installer avec une motivation d'abord réformiste dans un quartier pauvre de Boston pour y mener. chez les jeunes italiens de la deuxième génération. intervenir sur le milieu. un demi-siècle après la fondation du premier «settlement » anglais. Ce mouvement. Thomas. allaient s'installer dans des quartiers populaires comme le Toynbee Hall. qui a intégré le département en 1913. une démarche d'action sociale plus qu'une recherche qui aurait pour finalité première la connaissance de la société.volumes concernant le logement. Mais il y a quand même là l'ébauche d'une «observation participante» avec séjour sur le terrain. le Survey movement était en relation avec un mouvement d'intervention sociale. Journalisme et sociologie Robert Ezra Park. comme l'indique son nom. en France et aux États-Unis était le résultat direct des bouleversements sociaux. Mc Kay.R. des étudiants. et l'enseignement de la sociologie. Gordon West (1980) raconte comment la pratique du «travail de rue» qui fût d'abord la sienne en tant que travailleur social. 1928). ainsi que d'une communication à Paris. en 1928. jeunes bourgeois réformateurs.

comme le rapporte Faris. et sédentaire. . Il a été aussi secrétaire en même temps que nègre. et la sociologie empirique d'autre part. avant tout. Pour donner un cadre plus précis à ce débat. de Thrasher sur les bandes (The gang. . de son savoir d'enquêteur : «Souvent. Park découvre et étudie la condition des Noirs dans le sud des États-Unis. comme à d'autres professeurs de Chicago. il faut rappeler qu'il existe plusieurs formes de «journalisme» : . d'une grève de métallurgie. et surtout de ses crises. il se présentait d'ailleurs lui-même comme «un des premiers et modestes muckrakers ». . porte-parole modéré du peuple noir et Directeur d'Institut. Avec Park. plusieurs sont devenus célèbres par leurs recherches. A son service. celui des gens du métier qui sont en permanence dans les salles de rédaction et y travaillent surtout à partir de documents comme les dépêches d'agence . ou d'événements plus lointains . 1923). il accompagnait tel étudiant sur le terrain. Sa pratique du terrain lui vient d'abord. de l'école allemande et du pragmatisme américain. Parmi les plus connus.le « journalisme d'idées» que des sociologues universitaires pratiquent à l'occasion. comme le travail social (bien que la relation entre ces deux pratiques d'une part. tributaire de la subjectivité incontrôlée de l'enquêteur. dit-on. le journalisme d'enquête est devenu une composante importante de la naissance de la première grande école américaine de sociologie empirique. 1927) de Wirth sur le ghetto juif 18 . ou de manière plus durable. leurs mémoires pour le Ph D et leurs publications. de Shaw sur les jeunes délinquants (The jack roller. et plus particulièrement de l'interview. ne soit pas la même). démontrant la façon de recueillir des matériaux empiriques.«le journalisme bureaucratique ". On sollicite régulièrement leurs contributions dans les médias (la presse. Park considérait la sociologie comme une forme particulière et plus élaborée de journalisme de reportage. de son expérience de journaliste reporter. qu'il s'agisse d'une révolte étudiante. 1932). la radio.celui des «rnuckrakers » (râcleurs de fange) .quand la sociologie positiviste et quantitative va installer son hégémonie -. L'École de Chicago hier et aujourd'hui Parmi les étudiants de la décade 1920-1930. une pratique de l'enquête. la télévision) en des occasions où la société souhaite un diagnostic sur son état. mais en y mettant les formes nécessaires. sans rigueur. de Booker T. Cet apport majeur du journalisme social sera par la suite . d'une réforme. Ainsi cet ancien journaliste et philosophe apportait-il des dimensions nouvelles à la formation des étudiants de sociologie de Chicago" (Faris 1967).le journalisme de reportage et d'enquêtes qui suppose une sorte de sociologie pratique.Simmel. 1930). Sa formation à la sociologie est donc double : sa théorie lui vient. Il faisait bénéficier ses étudiants. celle de Cressey sur les salles de danse (The-taxi-dance hall. Ils se posent alors en penseurs de la société moderne. Washington. on cite en général l'étude d'Anderson sur les travailleurs migrants appelés «hobos» (The Hobo. présenté comme un élément plutôt négatif : les nouveaux maîtres de la «sociologie scientifique» décriront la pratique ethnographique en sociologie comme une forme de «journalisme» sans bases scientifiques solides.

Anselme Strauss et quelques autres qui vont dans le même temps théoriser l'observation participante et la mettre au centre du fieldwork. bien sûr . qu'il parlera abondamment de sa méthode. en 1936.(The ghetto. ici. On manque d'ailleurs d'informations précises sur la démarche adoptée par les chercheurs de Chicago entre 1920 et 1935. Mais c'est seulement après la Seconde Guerre mondiale que. une nouvelle étiquette pour se désigner elle-même.non systématique . Dans la première époque. Il n'appartenait pas encore à l'école de Chicago et il n'était pas sociologue au moment où il a commencé sa carrière de fiedlworker en s'installant. Mais c'est seulement plus tard. L'apport de l'interactionnisme symbolique Notre objet d'étude. C'est seulement en 1955. est celui de William Foote Whyte. C'est seulement lorsque cette tradition de Chicago devient minoritaire en sociologie que les nouveaux membres de cette école vont élaborer une orientation sociologique dans laquelle l'observation participante va devenir le dispositif central du travail de terrain ce qui n'était nullement le cas de ceux qui. à ce propos.sous le titre : Street Corner Society .faisaient du terrain à Chicago. 1928). à la fin des années 1930.c'est parce qu'on admet en général que ce courant serait le prolongement unique de l'école sociologique de Chicago qui aurait simplement trouvé. l'un des rares ouvrages de l'école traduit en français. des sociologues vont pratiquer adopter dans leur pratique de terrain une démarche qu'on peut considérer comme ethnographique. parmi lesquels Howard Becker.qualitative. par opposition au positivisme devenu la sociologie dominante. établissant de fait une sorte d'équivalence entre les deux notions. Certains d'entre eux adoptaient probablement une démarche . à ce moment-là. Mais ils l'ont pratiquée longtemps de manière non systématique et surtout sans lui donner un statut particulier. qui prône l'observation in situ. que cette démarche viendra au premier plan de l'ethnosociologie. par contre.et avant. . entre 1920 et 1940 . sous la double influence de l'anthropologie et des enquêtes sociales. à l'occasion d'une nouvelle édition de ce même ouvrage.pas uniquement . A Chicago.Whyte est peu prolixe sur la méthode employée. dont on a vu qu'il conduisait ses militants-chercheurs à séjourner sur le « terrain» de la pauvreté.d'observation participante. Quand il publie pour la première fois. mais ce terme n'appartient pas à la première tradition de Chicago. au mouvement des réformes socials. la sociologie de Chicago dominait la scène sociologique américaine . et fait en quelque sorte le lien entre la première école de Chicago et les nouvelles générations. c'est le fieldwork. Il participait. C'est bien à Chicago qu'a été fondée la tradition ethnosociologique. sa démarche était essentiellement . en 1943 les résultats de ses premières recherches .étiquette 19 . Si nous évoquons maintenant le courant de l'interactionnisme symbolique. C'est à la même époque qu'E. Hughes. Un exemple caractéristique. Ce sont ses élèves. Il le fera donc seulement au moment où on commence à s'intéresser systématiquement à la méthode des enquêtes. dans un quartier d'immigrants italiens de Boston pour y mener une enquête. commande à Buford Junker une enquête-évaluation sur son enseignement à Chicago depuis 1938. qui trouve lui aussi son origine à l'Université de Chicago mais pas au département de sociologie de cette université . donc. une tradition ethnographique va vraiment s'installer comme courant sociologique à la fois minoritaire et alternatif.

qui deviennent ainsi des «situations ».produite très exactement en 1938 par Herbert Blumer qui était. j'organise la situation. et qui retient certains stimuli externes. qui enseigna la philosophie et la psychologie sociale à Chicago jusqu'à sa mort en 1933. Mead. Une autre notion est celle de symbole . Un signe ne devient signifiant que dans la mesure où deux acteurs lui accordent une même signification. notions qui s'opposent. Pour Mead. qui est incorporée à ma relation avec autrui. en tant qu'individu. la signification n'est pas quelque chose qui serait «dans ma tête». formulée d'abord par W. A et B. à une communauté. au contraire.I. en provoquant simplement. et inversement. la résistance ou telle autre qualité (cette capacité d'anticipation est à la base de notre rapport aux «objets »). Commençons par rappeler cette fondation de la nouvelle école par Mead et Blumer. il y a un accord fondamental et premier. nous verrons ensuite comment définir sa relation avec la problématique du fieldwork. dans l'interaction entre deux partenaires. La notion de situation. sur le sens partagé. Je présume que mon partenaire donne aux mots que j'utilise la même signification que moi et cette présomption. mais c'est en fonction de ses besoins et par son action qu'il choisit parmi ces incitations qui viennent de son environnement. En même temps. émerge dans le milieu des interactions sociales. Pour le behaviourisme naissant. De même que dans notre rapport avec le monde physique nous anticipons. de significations attribuées par les membres. La connaissance des situations et des interactions est donc immédiatement sociale : nous savons ensemble que nous participons à un cours. en quelque manière. les symboles et les valeurs qui y sont partagées par les 20 . Thomas. ce qui lui permet de faire agir B comme il le voudrait. à Chicago. il est bien plongé dans un milieu d'où lui viennent des incitations. les prairies deviennent des pâturages. Et cela est constitutif de la notion d'interaction. A anticipe ce que B va faire. va constituer ainsi la base de l'interactionnisme symbolique avec les notions connexes de situations construites. à un meeting ou à un rituel . Le sens est d'emblée intersubjectif et public. le disciple de George Herbert Mead et son successeur à partir de 1933.associée à la notion de signification au sens actif de la production d'un sens. a développé un système dans lequel il soutient que le sujet. A incorpore dans son geste à destination de B la réaction qu'il attend de B. fonde notre univers symbolique commun. l'organisme est lui-même. et cet accord définit et fonde l'appartenance à un groupe. à l'idée d'un milieu qui déterminerait du dehors des comportements. c'est quelque chose de partagé. par exemple. de même. Mead parle de «symboles signifiants» : le geste que je fais déclenche en moi la même réaction que chez mon partenaire et je peux anticiper cette réaction à condition que mon partenaire accorde à la situation que nous vivons ensemble la même signification que moi. Le sens. Le sens des choses est pris dans des interactions. cette société qui le produit n'est elle-même que le produit de ces interactions entre les individus. comme des incitations utiles : pour les troupeaux à la recherche de nourriture. dont Mead est le contemporain. il existe un environnement de stimuli qui déclenchent les réponses de l'organisme individué. matériellement. fondateur. Les organismes «construisent» donc leurs environnements. C'est l'organisme vivant qui donne sens à son milieu de vie. des réponses à des stimulations. on l'a vu. Si je me trouve à l'extérieur de telle communauté et si je veux connaître les significations. la «source» de ses stimuli . En m'engageant dans telle action.

au lieu de saisir le processus d'interprétation tel qu'il se produit dans l'expérience de l'acteur. enquêteur. ibid). la voie royale. et la question de sa formation est très différente de celle des conditions antécédentes considérées comme les "causes" de l'action sociale» (Blumer 1969. à affirmer le contraire (Gans 1985). la tâche. Ils rappellent à ce propos que si Rock (1978) et Shalin (1986) affirment que la théorisation de l'observation participante est directement issue de l'interactionnisme symbolique. Mead et à celui de Blumer. 1984). E. il a demandé à Buford Junker. pour moi. d'évaluer cet enseignement et le résultat de cette évaluation a été publié (Junker 1960). Ces divergences conduisent Adler et Adler (1987: 35. on l'a vu déjà. et en refusant de prendre le rôle de l'acteur. par exemple. Ce changement sera explicité surtout par Blumer : « l'interactionnisme symbolique. La tâche du sociologue sera par conséquent de tenter de «reconstruire» ces interprétations des members. A consulter ce bilan . lui substitue ses propres conjectures» (Blumer. c'est risquer la pire forme du «subjectivisme» : celle dans laquelle l'observateur objectif. Essayer de saisir le processus d'interprétation en restant à l'écart. mais elles n'en sont pas constitutives. a joué un rôle essentiel dans la théorisation du fieldwork. écrit-il. Hughes. Hughes .un ouvrage préfacé par E. note 3) à poser la question plus générale des relations entre la question du fieldwork et les perspectives théoriques de l'interactionnisme symbolique. Ils ne l'ont pas inventée : on a vu qu'elle a émergé à partir de pratiques de fieldwork bien antérieures à l'enseignement de G. cela implique l'examen des interactions qui la constituent à partir des interactions et des interprétations des acteurs. étant donné que l'interprétation est donnée par l'acteur (..on constatera que le rôle du chercheur y est défini en des termes assez différents de l'orientation proposée par Blumer (Chapoulie. sera de tenter de la voir de l'intérieur malgré mon extériorité première. on définira comme «le point de vue de l'école de Chicago» sur le fieldwork.H. p. « Pour comprendre le processus (d'interprétation). comme l'observateur dit « objectif». les thèses qui se dégagent de l'ensemble des travaux publiés par des sociologues se réclamant de cette École. 21 . qu'ils soient par ailleurs rattachés au courant de l'interactionnisme symbolique ou non. c'est justement l'observation participante. le chercheur doit prendre le rôle de l'acteur dont il se propose d'étudier le comportement. selon les interactionnistes. en essayant de «se mettre à leur place ». Quoiqu'il en soit. nombreux sont les étudiants de Hugues. 4). Tous les sociologues de l'école de Chicago n'ont pas donné cette définition de l'observation participante.). Comprendre une action sociale en tant que processus. Mais la pratique de l'observation participante trouve chez Mead un fondement théorique en même temps qu'une orientation qui n'est plus tout à fait la même que ce qu'elle avait été jusque-là. Et pour entrer dans cet univers commun dont il est possible de partager les significations. par contre. affirme que l'action sociale doit être étudiée en termes de comment elle se forme .membres. Il ne nie pas que des causes antécédentes peuvent agir sur la situation considérée .. il l'a enseigné dès son arrivée à Chicago en 1938.

qui fait elle aussi du processus dans sa totalité.II L'observation participante Le travail ethnographique de terrain implique fondamentalement l'observation participante (notion qui désigne les observations prolongées faites sur le terrain en participant à la vie des gens). autobiographies et récits de vie. il était en situation d'observer son milieu de vie et d'activité et de fournir le résultat de ses observations à l'enquêteur professionnel. un long séjour. un chercheur professionnel mais son informateur privilégié parce que. Ensuite par une sorte de déplacement. un aspect essentiel de la recherche. Progressivement. une sortie du terrain. Ce dispositif se met en place dès que commencent les négociations d'accès. en fait. avant d'entamer l'observation proprement dite. il recueillera éventuellement des documents officiels ou personnels. etc. Les observateurs s'immergent personnellement dans la vie des gens. Ils partagent leurs experiences » (Bogdan et Taylor. Au cours de cette période des données sont systématiquement collectées (. comme l'affirment certains manuels.et. Première phase: «l'entrée» 22 . les anthropologues appelaient observateur participant non pas. C'est ce qui fait la différence entre l'observation participante ainsi définie et des techniques plus spécifiques comme les entretiens et l'utilisation des documents personnels. on en est venu à isoler. cette méthode présentée parfois comme une sorte de rite de passage avec une entrée . Pendant le séjour. un dispositif de travail et non une forme particulière d'observation. L'étude des interactions sur le terrain entre les chercheurs et les acteurs devient.qui doit être négociée -..). l'entretien ethnographique (qui ne se conçoit pas. Le terme observation participante désigne donc « une recherche caractérisée par une période d'interactions sociales intenses entre le chercheur et les sujets. qui constitue le cœur de la recherche . le chercheur aura des conversations avec les gens qui pourront prendre la forme d'entretiens ethnographiques. La personne du chercheur est finalement. L'observation participante désigne. avec l'observation participante. produits conjointement par le chercheur et le sujet). enfin. en général.. 1975). de par sa fonction. Définition Au début du XX° siècle. l'outil principal du fieldwork. sans dispositif d'observation participante) et l'analyse de matériaux officiels et personnels (journaux personnels. comme aujourd'hui. l'expression observation participante a désigné la méthode fondée sur un long séjour du chercheur sur les lieux où il effectue une enquête. surtout à partir de 1950. lettres. dans le milieu de ces derniers.

Elle avait d'abord commencé par les méthodes traditionnelles de négociations d'accès au terrain : les lettres d'introduction.Il existe plusieurs manières de négocier l'entrée dans un groupe ou une institution. la qualité de ses entretiens ethnographiques changea complètement : elle entra véritablement dans la recherche déjà engagée. des gants.il faut négocier le droit d'y accéder en tant que chercheur. le chef d'une bande de jeunes. dans ses habits du dimanche : c'était. de s'y faire des relations utiles pour la recherché : certains passent par les gatekeepers qui ont le pouvoir statutaire de faire admettre l'ethnographe dans une institution.et quelle que soit la méthode choisie pour enquêter . de manière imprévisible. lorsqu'on sera entré dans la place. La surveillance dont il était l'objet commença ensuite à se relâcher. Un autre type d'entrée a été décrit pas Hoffman (1980) à propos d'une étude concernant des cadres médicaux québécois. notamment. Des problèmes pratiques vont donc se poser dès le premier contact : comment effectuer la première négociation auprès de l'administration ? Comment lui présenter le projet ? Comment conduire ensuite des négociations plus localisées (avec les professeurs notamment) ? Delamont (1981: 25) a décrit ses changements de tenue dans l'école où elle menait une recherche.. Cette négociation peut se dérouler à plusieurs niveaux : l'école. Les gens se comportaient comme pour certaines occasions spéciales : la visite des inspecteurs. si l'on observe leurs classes) devra être constamment négocié et renégocié. le rapport aux gens (aux enseignants. P. et de lui en ouvrir les portes. William Foote Whyte trouva l'entrée de son terrain – Cornerville : un quartier d'immigration italienne à Boston . les opérations portes ouvertes au public. l'ambiguïté de la notion ethnographique d'entrée ou d'accès au terrain : tantôt cette notion désigne la permission formelle d'accès. dit-il. les rendez-vous pour des entretiens. Voici quelques exemples. Cette école se présenta à lui. de s'introduire dans une situation. les conversations téléphoniques. d'ailleurs. Avec les élèves. Cette circonstance transforma la situation initiale de telle sorte qu'à partir de ce jour.grâce à un travailleur social qui lui présenta Doc. et tantôt le même terme concerne le moment où est acquise la confiance de membres qui acceptent de s'ouvrir réellement à l'enquêteur. Mais elle n'était pas satisfaite par les résultats obtenus jusqu'au jour où. fût introduit dans la place par un gardien de prison. et l'auto-contrôle des 23 . dont il avait fait connaissance au cours d'un stage de formation. l'institution sous son meilleur aspect. les services académiques. elle s'efforça au contraire de montrer qu'elle suivait la mode jeune. d'abord. qui devait l'introduire dans cette bande et dans le quartier tout entier (Whyte 1955). Un chercheur qui voulait effectuer une étude dans une prison québécoise. découvert par hasard au cours d'un entretien avec un dirigeant qui se trouvait être un ami de sa famille. D'autres exemples de négociation d'entrée peuvent être empruntés aux recherches menées en ethnographie de l'école. Woods (1986) a lui aussi décrit cette négociation d'entrée en présentant les différentes phases de ses rapports avec une école. où il mena une enquête ethnographique. la municipalité peut être. De plus. elle fût aidée par ses origines socials : elle appartenait à l'élite de la société et c'était là son atout fondamental. D'où. Avant de travailler dans une école . et ceci tout au long de la recherche.. Elle se présenta au Directeur avec des habits classiques.

aux routines des gens. avec certaines personnes. si 24 . des réunions déterminées et certaines discussions plus localisées. En fait. Le personnel commença à se laisser observer dans ses pratiques à l'intérieur de l'école et à m'accorder des entretiens. Les chercheurs traditionnels restent relativement passifs tout au long du travail de terrain. notamment certaines leçons.enseignants et administrateurs de l'école aussi : « Dans cette seconde phase. Le plus important serait de pouvoir montrer aux enseignants concernés qu'on peut atteindre une amélioration de l'enseignement par cette recherche et. même avec une bonne introduction. les gens agissaient de façon plus naturelle. de tenir sa promesse. Mais il est parfois difficile. C'est seulement dans cette phase que j'eus le sentiment d'être arrivé au cœur de ce qui se passait. au lieu de les prier simplement de se prêter à une recherche au bénéfice de quelqu'un d'autre (un étudiant qui doit préparer un mémoire).. Je ne suis jamais parvenu à la "troisième phase" dans certaines zones. dit P. Comment construire les premières relations du chercheur avec son terrain ? Les chercheurs s'efforceront d'établir avec les gens des relations de confiance. ils peuvent avoir l'impression d'être évalués. mais plus spécialement au cours des premiers jours. d'obtenir une totale collaboration de tous les enseignants. on suppose qu'ils n'ont aucune relation privilégiée avec quiconque sur les lieux. » Dans la troisième phase.. elles n'avançaient pas en un front compact. il y a souvent un ou deux maîtres systématiquement hostiles à toute recherche. préciser dès le début que la recherche qu'on va mener ne concerne pas la personnalité des enseignants. Mais il maintenait une certaine réserve sur une part importante de ses pensées plus intimes. en les considérant si possible comme co-chercheurs. leurs plaisirs et leurs angoisses. ils se présentent comme neutres . Ces appréhensions peuvent conduire à une opposition active à la recherche. il sentit qu'il avait atteint les centres vitaux de l'organisation : « On me permit de participer à certaines réunions secrètes en qualité de témoin de la manière dont étaient prises les décisions essentielles. et non des individus. des « cultures ». Ils s'efforcent de faire partie du décor.» Il est très utile d'avoir des relations privilégiées avec au moins un membre de l'institution. mais dans un autre cas. d'avoir avec eux des relations inoffensives etc. j'ai bénéficié d'une liberté plus grande : j'étais déjà accepté . Mais dans les équipes enseignantes. Mais les réactions des gens peuvent varier . Pour s'assurer la participation des enseignants. mais certains secteurs m'étaient toujours interdits. Les divisions internes et les conflits peuvent constituer aussi un handicap. Ils peuvent craindre que l'intrusion du chercheur perturbe leur classe . qu'on va s'occuper des groupes. Les gens me confièrent leurs espérances et leurs craintes. je me trouvais à tel ou tel de ces stades avec les diverses parties de l'institution . ça alla très vite. à la fin. En principe. Il faut alors. ce n'était pas si simple : à tout moment. on peut tenter de les impliquer dans la recherche. permettant des échanges ouverts d'informations. de s'intégrer au paysage et. Woods.

leur font rencontrer les gens présentables de l'institution. d'être débordé par le flot des informations: «un bon moyen de s'en sortir est de venir. d'ordinaire. et là.quelqu'un a déjà ouvert les portes de l'institution. dans les organisations. Comment participer? «Participer ».. ne sont pas habitués à établir des contacts sociaux non indispensables. les sentiments de gène sont fréquents. Au début. comme les gens du lieu mais sans donner l'impression de les imiter. Dans certaines institutions. pour une heure seulement. autant que possible. Bogdan et Taylor conseillent de prendre garde à cela: il faut disent-ils résister à ces catégorisations.d'où leur embarras lorsqu'il s'agit d'approcher des étrangers.F. des guides font visiter l'établissement aux étrangers et ils leur donnent une vue sélective des choses. Les chercheurs constatent souvent que leurs sujets ne comprennent pas complètement leur objectif.. peut-être moins et d'augmenter ensuite progressivement le temps de présence sur le terrain». . Parfois. d'autres membres peuvent considérer qu'on aurait dû les consulter. les amener à parler pour «vous aider». C'est ainsi racontent Bogdan et Taylor qu'un chercheur fût installé dans un rôle de tuteur d'un jeune détenu en dépit du fait qu'il avait soigneusement expliqué son rôle de chercheur. il est nécessaire d'interagir. il a accepté la rencontre. à quoi on s'intéresse. Afficher l'ignorance. peut rassurer les gens. par exemple. W. Dans les débuts de certaines recherches. Les gens souhaitent en général que le chercheur soit plutôt «naïf» sur les affaires traitées dans l'institution. de leur dire ce qu'on fait là. Bogdan et Taylor recommandent au chercheur de sélectionner lui-même le lieu et le moment de ses observations. ici. Et pourtant. au début. on est habitué à voir venir des «stagiaires» et c'est dans cette catégorie qu'on classera immédiatement les chercheurs. Il faut s'efforcer de vivre. surtout s'il s'agit d'étudiants. Il est donc important de prendre aussitôt contact avec d'autres personnes. Dans les institutions. On tend alors à classer le chercheur dans certaines catégories d'étrangers déjà connus. les écoles et les hôpitaux psychiatriques par exemple. Bogdan et Taylor donnent l'exemple d'une recherche sur un programme de formation où le coordinateur du stage ne souhaitait pas la présence d'un chercheur. enfin. Les gens. Mais on peut discuter ce point de vue: le fait de jouer un rôle de tuteur peut faciliter l'accès à l'institution et l'observation participante. les gens tendent à montrer au visiteur les meilleurs aspects de la situation et à dissimuler ce qui leur paraît moins recommandable. à l'institution. il a parlé pendant sept heures. Il a donc marqué ses distances pendant deux mois. En ethnographie de l'école. le fait que le chercheur soit compétent en matière de méthodes pédagogiques ou d'évaluation n'est pas nécessairement un atout pour commencer une recherche. même s'ils se sont bien expliqués là-dessus. on risque. et de leur demander la permission d'observer. Whyte (1955) 25 . c'est s'intégrer au groupe. par contre. un jour. il ne faut pas accepter d'être mis de force dans un système de relations préétablies. selon Bogdan et Taylor.

Le chercheur doit être perçu comme quelqu'un devant qui on peut exprimer certains sentiments sans risquer une appréciation négative. 26 . dire ce qu'ils ont dans l'esprit. Au début. Il participa également aux réunions des activités du personnel qui impliquaient la violation de certaines règles institutionnelles (boire de la bière. Souvent il finit par bien connaître ce que chacun sait et pense. Le chercheur ne doit pas manifester de compétences. une participation active dans la cour de récréation pourra se révéler très utile . Mais cette participation devra être limitée tant qu'on ne connaît pas bien la situation: il faut prévoir comment le fait de participer à telle activité pourra être perçu par les gens. à parler. on pourra décider de participer à l'enseignement. de boire ensemble.. par ex. Pour avoir de bonnes relations on doit commencer par établir ce qu'il y a de commun entre les gens et vous. à lui exposer leurs difficultés. On n'attendait pas de lui qu'il se comporte comme un jeune du quartier. offrit d'aider les gens qui s'occupaient de la nourriture des enfants. les gens commençèrent à s'ouvrir. on l'appréciait au contraire pour ce qu'il était réellement et l'observation participante ne signifiait nullement l'imitation totale du comportement des jeunes de la rue Norton. ayant constaté que l'établissement était sous-encadré. cela dépendra du terrain. Doc.. même si ça semble absurde. Il fut alors invité pour la première fois à prendre le café avec eux. Mais leur chef. Une autre manière d'établir des relations c'est la participation à certaines activités. Dès qu'il commença à aider un enfant à manger. Elle impliquait sa participation à leurs jeux. sans chercher à corriger. y compris sur les supérieurs. il doit laisser les sujets s'exprimer librement. Dans une école par exemple. Mais il doit se garder d'en dire trop. Bogdan et Taylor rapportent le cas d'une étude faite dans une institution pour enfants mentalement retardés. le courant ne passait pas. On découvrait qu'il était quelqu'un avec qui on pouvait parler librement. à leur vie quotidienne mais pas sa « conversion» totale au mode de vie local.). et par exemple ce que vient de lui révéler dans son bureau le Directeur de l'établissement. qui était son ami. de révéler certaines choses. le dissuada de se comporter ainsi: ça n'était pas dans sa «nature» d'étudiant venu de la moyenne bourgeoisie. Un échange d'informations peut servir à «briser la glace» et quand c'est fait.s'efforçait au début de parler l'argot des jeunes de la bande des Nortons. on peut avancer. Le chercheur ne sera pas accepté aussi longtemps qu'il n'aura pas participé à certaines activités comme le fait de prendre des repas ensemble. Sa compétence était une voie d'accès à cette confrérie. à leurs conversations. Plus les gens pensent qu'on est bien informé sur tel sujet et moins ils seront disposés à dire spontanément leur opinion là-dessus. Ailleurs. Cela renforça la confiance des gens: on pouvait lui faire confiance dès lors qu'il avait participé à ces activités marginales. d'autres types de participation conviendront: un musicien intéressé par une recherche de type ethnomusicologique fût accepté dans une confrérie marocaine à partir de sa capacité à participer aux activités musicales du groupe. jusqu'au jour où le chercheur.

à la demande des élèves. L'un des élèves ayant fumé en classe. très amical. Finalement il se répétait. mais il risquait alors de perdre un contact privilégié avec les élèves.F. M le laissa faire. ce qui était prohibé. Puis il a remplacé. Rôles et degrés d'implication du chercheur Quel rôle le chercheur participant peut-il assumer sur le terrain? Cette question est devenue centrale dans la littérature ethnographique de Chicago. C'était également nécessaire à W. Ils soulignent l'utilité d'avoir sur place un ou deux sujets qui font confiance au chercheur et l'aident à faire accepter sa présence par les autres. Il faut donc conserver envers eux une attitude amicale. ce bénévolat de nos étudiants-chercheurs était critiqué par des enseignants syndicalistes. avec certains agents de l'institution. même les plus hostiles peuvent changer d'attitude. Un problème de même type s'est posé au début de notre enquête dans un lycée professionnel. S'il avait surpris le chercheur à boire de la bière. ce qui posa un autre problème de rapport avec l'ensemble des membres de ce lycée et donc de gestion de l'observation participante. et toujours bénévolement. mais alors il risquait sa place. Puis l'élève alla à la fenêtre appeler un copain qui passait dans la cour. Il y a aussi le danger d'établir des relations privilégiées avec quelqu'un qui est impopulaire. Whyte lorsqu'il cherchait à s'introduire dans les bandes de jeunes de Cornerville. M se sentait pris dans un dilemme: ou bien il laissait l'élève fumer en classe. dès que les ethnographes ont commencé à réfléchir aux fondements de leur pratique. En règle générale.commença par y donner des cours facultatifs d'arabe. tendait lui aussi à accaparer le temps du chercheur qui dût prendre ses distances. Dans une recherche concernant une institution.Mais à procéder ainsi avec certains groupes de l'institution. Un étudiant chercheur . Bogdan et Taylor recommandent de tenir compte des routines des gens. L'un des premiers à 27 . Mais cela implique les risques de n'en avoir qu'une vue sélective. et de ne pas déranger ces routines. les accompagnant à l'ANPE. Cela peut devenir une nécessité absolue en des lieux comme des prisons. on risque de se couper d'autres groupes. ou bien il lui demandait de ne pas fumer. tout en continuant à fumer. Une difficulté semblable s'est présentée lors d'une recherche dans laquelle un membre d'un staff de formation. un responsable tendait à monopoliser le temps du chercheur à chaque visite. d'un ou plusieurs informateurs dont ils dépendent pour obtenir une connaissance profonde de la situation. souvent. le Directeur aurait pu le prier de quitter les lieux. ce qui n'était pas habituel dans cet établissement où les élèves peuvent fumer seulement pendant la récréation. en demandant aux élèves de l'aider. il faut éviter des relations trop étroites et privilégiées avec certaines personnes jusqu'au moment ou l'on aura acquis une connaissance précise des relations dans la situation (Bogdan Taylor 1975). En même temps. contact nécessaire à la poursuite de cette enquête. racontait toujours les mêmes histoires et présentait à chaque fois le même point de vue sur la situation. Il a choisi alors de leur expliquer sa situation d'étudiant-chercheur. ou qui est une figure d'autorité: on risque d'être vu comme un agent de cette personne. Ils considèrent en même temps qu'il ne faut pas se résigner à ce que certains sujets restent hostiles à la recherche. les cours d'arabe par les leçons de français. Les chercheurs ont également besoin.dans une perspective d'observation participante active . prenant des repas avec eux au restaurant universitaire. Dès lors. Il les a aidés en retour. ou l'on aura besoin d'un personnage-clé avant d'obtenir la confiance des autres prisonniers. pourtant bénévole. d'observateur-participant .

Une seconde source de l'implication périphérique tient au fait que le chercheur ne souhaite pas participer à certaines activités du groupe étudié. Sous le titre: Membership roles in field Research (1987). la position de type OPP implique des contacts quotidiens ou semi-quotidiens.catégorisant ainsi des attitudes de l'implication minima à l'implication maxima. Trois types d'implication Adler et Adler (1987) ont repris et modifié la catégorisation de Gold. ou encore par son propre système de valeurs. l'observateur en tant que participant. aux rôles de l'ethnographe dans le fieldwork sociologique dans le contexte de l'étude commencée à Chicago en 1950 par Bufor Junker. précisément. les chercheurs qui choisissent ce rôle . comme cela se produit avec certains groupes déviants. indispensable pour qui veut saisir de l'intérieur les activités des gens. parfois même d'être vu comme un journaliste peut faciliter l'accès à la vie d'un groupe tout en produisant des attentes. En outre. elle était vue comme le chroniqueur du groupe. Ces catégories ont été reprises et développées par Junker (1960). et des orientations plus récentes issues des sociologies dites californiennes : la sociologie existentielle et l'ethnométhodologie..ou cette identité -. . le sexe. En général. le participant en tant qu'observateur et le participant complet. etc. Cette typologie constitue une synthèse entre les travaux sur la question des sociologues de Chicago. vivant chez eux. dans un choix d'ordre épistémologique : certains chercheurs estiment que trop d'implication pourrait bloquer chez eux toute possibilité d'analyse. Dans l'observation participante périphérique (OPP). des obligations diverses. la race. Gold distingue l'observateur complet. Ils participent suffisamment à ce qui se passe. avec implication plus profonde par conséquent. la classe sociale. il ne pouvait partager leurs convictions religieuses. etc. d'une part.. peut être exclue par certaines caractéristiques démographiques du chercheur comme l'âge. notamment.L. 28 . pour être considérés comme des membres sans pour autant être admis au centre des activités. Gold (1958) dans un article qu'il consacra. ils présentent trois types d'implication : la participation périphérique. la participation active et la participation complète. Pour Ruth Horowitz (1983) les limites à l'implication tenaient à son âge. leur vision du monde. la religion. étude à laquelle il participa. Ils n'assument pas de rôle important dans la situation étudiée. participant à leurs compétitions sportives. Le fait d'écrire.traiter la question fût probablement R. considèrent qu'un certain degré d'implication est nécessaire. la participation aux activités centrales. Ce fut le cas pour Peskin (1984) lors de sa recherche concernant un groupe chrétien fondamentaliste dont il partagea plusieurs activités quotidiennes. les membres de ce groupe l'appelaient Lady et plus tard Lady reporter . Sa marginalité incontournable tenait au fait qu'étant lui-même de religion juive. Le caractère périphérique de ce premier type d'implication trouve son origine. à ses habitudes vestimentaires et à sa non participation aux activités sexuelles ou dangereuses du groupe qu'elle étudiait . Ces chercheurs peuvent parfois héberger des membres du groupe étudié chez eux: Adler et Adler. d'abord. de préparer un livre.

Ils le rejetaient. à des dealers à la sortie de prison. le mouvement étudiant de novembre-décembre 1986 prolongé par la préparation des États Généraux de mars 1987. de partager toutes les valeurs. Cependant. en général. qui tous étaient vus comme des ennemis : parmi eux figuraient les psychologues. chez eux. Quelle était ici la source de notre situation périphérique ? Je peux répondre pour ma part que si j'étais probablement le plus engagé des trois membres de notre staff dans l'observation participante. arrêtés pour des affaires de drogue. périphérique. alors qu'il avait installé son secrétariat dans notre université. J'aurais pu sans doute feindre un 29 . s'il avait basculé dans l'autre camp. Un autre exemple encore de participation avec implication marginale était notre enquête avec Patrick Boumard et Rémi Hess sur . ensuite. ni ensuite (en janvier-mars 1987) du mouvement national. Enfin. et les autres. il n'aurait pu étudier l'institution en son ensemble. comme cela arrive fréquemment. d'ailleurs. et cette présence sporadique limitait les attentes du groupe à leur égard. tous les objectifs de ce mouvement . de ce fait. Wieder a transformé l'obstacle en analyseur. notre position y restait marginale . Nous n'avions pas non plus accès aux centres de décision du mouvement étudiant local. Il s'est heurté. nous considéraient même comme des enseignants participant activement à ce mouvement. fournissaient un asile provisoire. les éducateurs. ce qui est une limite courante sur le chemin d'une participation totale à la vie des groupes marginaux. Faisant de nécessité vertu. de conserver une certaine distance . les sociologues. au fait que ces jeunes classaient les gens en deux catégories opposées : ceux qui étaient de leur monde. Ce dernier aurait pu passer dans leur camp. Il en a fait l'un des moyens d'analyse de la production du Convier code (Wieder 1974). comme cela lui fut proposé.lorsqu'ils étudiaient le monde de la drogue. ou plus précisément ils refusaient de lui parler (de manière trop intime) sur la base et par l'effet d'un Code des prisons qui était précisément l'objet de son étude. Mais. la plupart des acteurs de ce mouvement étaient connus. en même temps. Ils s'efforçaient en même temps. et libérés sur parole (en liberté provisoire et sous contrôle). il était lié par un contrat avec l'administration pénitentiaire qui assumait les frais de cette recherche . ils entraient librement dans le groupe et en sortaient à leur gré. Une proximité potentielle trop grande pourrait rendre le chercheur trop disponible pour un éventuel recrutement de la part du groupe. et. très vite.et dans -. enquête dont la publication de notre ouvrage sur L'Université en transe (1987) était l'aboutissement. Laurence Wieder (1974) a tenté de pratiquer l'observation participante dans un centre de transit (Halfway House) hébergeant des jeunes ex-prisonniers. j'étais loin. avec ses gardiens et psychologues. avait un comportement militant qui les faisait mieux accepter par les dirigeants de ce mouvement. par conséquent Wieder lui-même. son objectif central était le retrait du projet de loi sur l'enseignement supérieur (projet Devaquet) dont je faisais une analyse différente de celle proposée par les étudiants et par de nombreux enseignants dont certains. les valeurs de Wieder n'étaient pas celles des ex-prisonniers. l'accès à certaines AG nous était interdit. Wieder a su tirer parti du rejet dont il fut l'objet de la part des résidents de ce centre. comme Lady Horowitz. La participation des chercheurs aux groupes marginaux reste. En dépit du fait que ce travail de recherche était effectué dans notre Université. que.

les valeurs. décide d'enseigner à mi-temps dans l'établissement où il effectue une recherche : ce travail sera le point de départ historique de l'ethnographie anglaise de l'éducation. elle diminue l'ampleur de la perturbation que le chercheur introduit dans la situation naturelle et permet au chercheur d'observer les normes. N’y participaient seulement que les membres de ce service (par crainte. David Hargreaves. Un problème se pose quant à l'observation participante active. dans cette grève. et non plus d'observation participante stricto sensu ? L'observateur participant actif ne risque-t-il pas d'introduire d'autres valeurs dans la situation qu'il étudie ? Dans une école ou dans un lycée.celui de l'observation participante active (OPA) . disait-on. Sur une période prolongée. à ces réunions. 30 . j'éprouvais moi-même un malaise correspondant et je ne parvenais à le surmonter que par la rédaction quotidienne de mon journal de route. où je me rendais sous prétexte de prendre du son pour notre radio locale. ce même statut d'enseignant me séparait des étudiants en grève . pas plus qu'à celles du service d'ordre. ou même de les provoquer. Mais en même temps. tout en maintenant une certaine distance: il a un pied ici et l'autre ailleurs. d'infiltration policière : ces réunions de combat. il pourra présenter de par son mode d'action permissif. par exemple. qui étaient par définition interdites d'accès au public. Ma présence était quelquefois tolérée dans les réunions du Comité de Grève. un modèle pédagogique alternatif. mais j'aurais dû alors renoncer à des valeurs auxquelles je tenais davantage. Dans le deuxième type . mais c'était assez exceptionnel. Comme on savait enfin que ma position. d'intervention de type psychosociologique. qui pouvaient réunir plus de cent étudiants. en évitant de participer à des changements. Ce statut va lui permettre de participer activement aux activités comme un membre.enthousiasme analogue à celui de certains collègues. les conflits du groupe. eux non plus. en réduisant les résistances des membres du groupe . leurs leaders préféraient établir entre eux et l'ensemble des enseignants des relations plus formalisées à travers les syndicats des enseignants. Les étudiants. Hargreaves a souligné les mérites de cette stratégie d'observation participante active : «Elle permet une entrée facile dans l'école. se tenaient toujours à huis clos). ils ne peuvent demeurer cachés ». ce qui serait alors une forme de recherche-action. en particulier dans les établissements d'éducation : comment pratiquer une ethnographie vraiment participante active. Faut-il alors définir la participation active comme une intervention qui ne dirait pas son nom? En 1967. Mon statut d'enseignant à l'université Paris 8 me donnait accès à la plupart des activités locales des étudiants en grève (en particulier à leurs assemblées générales qui étaient en général publiques. non élus pour siéger au Comité. cela créait une sorte de malaise dont j'étais parfaitement conscient . n'étaient d'ailleurs pas admis. ce qui est une forme d'intervention susceptible de changer la situation observée. un sociologue anglais de l'éducation. était avant tout celle d'un observateur.le chercheur s'efforce de jouer un rôle et d'acquérir un statut à l'intérieur du groupe ou de l'institution qu'il étudie. et auxquelles je participais parfois activement).

Le troisième type est celui de «la participation complète» avec. se convertit à leur contact et adopte leur religion (Jules Rosette 1976). à Carlos Castaneda (1972). quand ils violeraient les règles scolaires » (Hargreaves 1967: 193). elle aussi étudiante de Garfinkel qui. dans le temps où j'assumais ce rôle. » Woods décrit les perceptions dont il fut l'objet dans l'institution : « On me voyait comme une agence de secours. j'étais en même temps l'ami de ceux qui tendaient à détruire ces activités. mes relations avec les élèves furent extraordinairement améliorées ». Dans la participation impliquant une conversion. un membre suppléant du personnel. Cette forme d'observation participante active présente cependant certains inconvénients que P. tout simplement. Il fut contraint de renoncer à enseigner : «dès ce moment-là. qui suivit les enseignements de Garfinkel et quitta l'Université après une conversion guidée par le sorcier yaqui Don Juan.un peu ce qui se produisit pour Ruth Horowitz lorsque les jeunes chicanos l'installèrent dans une identité de Lady reporter . Adler et Adler font référence. Cette dernière forme de participation est mise par Adler et Adler au compte de la 31 . accompagner les élèves à l'hôpital et. source d'information sur les activités déviantes). . mais rendait plus difficiles les relations .avec les élèves. les objectifs d'enseignement (si on prend le rôle d'enseignant. un agent secret du directeur (qui supposait que je pourrais fonctionner comme force de l'ordre. dit-il. une subdivision entre la participation complète fondée sur une appartenance préalable à la situation étudiée et la participation complète par conversion. Woods (1986) signale : elle prend beaucoup de temps . enfin. ici. La solution serait peutêtre d'adopter. réprimer toute conduite d'indiscipline dont je pouvais avoir connaissance ? Invité de cette école.participer aux activités sportives.en fonction des objectifs de la recherche . surtout participer à la vie des professeurs dans la salle de classe. ainsi qu'à Benetta Jules Rosette (1976).. un conseiller (aussi bien pour les élèves que pour le personnel enseignant). travaillant sous ses auspices et jouissant de son hospitalité.Le fait d'enseigner à mi-temps contribuait à faciliter les relations amicales avec les enseignants. même à mi-temps) d'une part.si cela pose trop de problèmes . au lieu d'assurer un enseignement . toujours chez Adler et Adler. il vient du dehors. ne devais-je pas.. partie pour étudier les Bapostolo d'Afrique. un atout à utiliser dans les luttes de pouvoir. qui faisait partie tant du groupe des élèves que celui de celui des maîtres. le chercheur met à profit 1'opportunité qui lui est donnée d'enquêter à partir d'un statut déjà acquis dans la situation. » Il y a là une sorte d'allocation d'identités diverses faites au chercheur par ceux qu'il étudie. et d'autre part ceux de la recherche peuvent s'opposer : « En tant qu'enseignant occasionnel. ou para-scolaires. jouer aux échecs. Une certaine complicité s'installa « lorsqu'ils découvrirent que je ne les dénoncerais pas. le chercheur est d'abord extérieur à la situation. arbitrer des matchs. un être humain. à l'intérieur de l'école. Dans la première. un autre rôle actif : par exemple. disponible en cas d'urgence et.

en général. qu'il aura ainsi la chance de passer d'une participation périphérique à une participation active et que. Pourquoi. un groupe de rencontre dans l'institution qu'il étudie ? On peut penser au contraire. l'intensité de la participation du chercheur à la vie du groupe ou de l'institution dépend essentiellement de la situation. Le chercheur. d'abord. En fait. à ce titre. mais elle peut aussi mettre le chercheur dans une situation délicate. et comme il avait déjà animé lui-même de nombreux ateliers de ce type. Rappelant que dans toute institution. à la demande. notamment par sa participation à certaines activités collectives. S'il donne son appui à l'un des camps. Eugène Aubin (1902). considèrent que l'ethnosociologue ne doit pas se mêler aux conflits des institutions qu'ils étudient. 32 . parce qu'ils optent pour une conduite du travail ethnographique de type assez classique. qu'ils y prennent une part active .(les tribus révoltées contre l'impôt) faisait rage.recommandation ethnométhodologique qui demande au chercheur de devenir le phénomène qu'il étudie (becoming the phenomenon) (Mehan et Woods 1975). il s'est immédiatement proposé pour les aider. On attend souvent du chercheur qu'il fasse la preuve de ses sentiments positifs. Loin d'impliquer un renoncement au rôle du chercheur. finalement. c'est dans les moments de crise que les gens parlent le plus librement. Il arrive qu'on demande au chercheur dont on a vérifié la neutralité de jouer les médiateurs. écrit Aubin. que les gens s'ouvrent à vous et vous confient des choses qu'ils ne vous diraient pas en période d'accalmie. il y a des conflits plus ou moins intenses. au Maroc au début du siècle. les chercheurs peuvent se trouver dans des situations difficiles. au premier jour sur son terrain. ils ajoutent que s'ils sont très intenses. Parfois. cela pourra faciliter son entrée. ne peut être l'allié actif de deux camps à la fois. s'il est compétent. mais les gens peuvent tenter de s'en faire des alliés. Observation participante et conflits institutionnels Bogdan et Taylor. entendit dire qu'on désirait expérimenter un groupe de rencontre. ils doivent toujours être pris en compte. il s'est vu contraint de renoncer à son rôle de chercheur ». Une telle participation peut être un pré requis pour établir des relations. En même temps. Toute forme de participation qui irait contre cet objectif doit absolument être évitée. C'est précisément dans ces moments de crise. il répondit que c'était précisément le moment de se rendre à Fès. comme l'avait remarqué. cependant. où se trouvait la résidence du sultan avec son gouvernement. Il ne doit donc pas donner l'impression d'être partie prenante et il lui faut consacrer au contraire le même temps à chacune des parties en présence. Bodgan et Taylor citent « un chercheur qui. de ses capacités et de sa personnalité. l'animation d'un tel groupe pourra au contraire l'améliorer. On n'attend pas d'eux. Ce commentaire de Bogdan et Taylor montre que leur conception de l'observation participante semble s'arrêter au modèle classique de la participation marginale ou périphérique (Adler et Adler 1987). un chercheur devrait-il refuser. d'animer. Dès cet instant. D'ailleurs. Alors qu'on lui conseillait de ne pas aller à Fès parce que dans la région la guerre entre le « bled Maghzen» (les alliés du sultan) et le «bled Siba. Les conflits font partie de la situation observée et. on ne doit pas oublier qu'on est là avant tout pour collecter des données. Cette situation peut enrichir la collecte de données . les gens s'efforcent de le faire participer à leurs activités marginales. il perdra la confiance de l'autre.

Dalton (1959) pour l'observation ethnographique des cadres moyens. par contre. il pratique l'ethnographie dans des institutions. disent-ils. Le choix d'un rôle dépend donc. qui est déjà membre du groupe étudié. pour mener à bien leur enquête. de sa véritable activité) pose de sérieux problèmes d'ordre éthique. On a pu considérer comme un cas d'observation non déclarée ce qui se passe dans des enquêtes menées dans des lieux publics. Mais il arrive parfois qu'il la dissimule : on parle alors de covert researcher. Enfin. Dans la littérature sociologique plus classique. celles de Goffman sur le comportement des gens dans la vie quotidienne. Mais on a pu dire que toute recherche était toujours plus ou moins déguisée : aucun chercheur. Ce rôle peut être aussi bien celui de l'espion (a spy) que celui du membre naïf (a naive mernber). Lorsque. n'avoue directement tous les buts de son enquête. si l'on veut rester un chercheur ? Comment éviter de devenir soi-même un indigène (going native) ? 33 . En outre. certains chercheurs rejettent l'observation cachée parce que. Schwartz et Jacobs (1979) remplacent la notion de covert role (rôle masqué ou non déclaré). du travailleur turc immigré en Allemagne (Tête de Turc) ou. Roy (1949) en milieu industriel. elle rend le terrain impraticable pour d'autres sociologues. de la situation mais aussi de l'éthique personnelle et d'autres circonstances encore. L'observation masquée a été illustrée par des enquêtes pour lesquelles les enquêteurs ont pris le rôle (le masque) des gens sans domicile fixe (La Débine). ils sont en état permanent de tension à l'idée d'avoir à dissimuler jusqu'au bout leur véritable identité de chercheurs. le chercheur annonce la couleur : il révèle aux gens son identité professionnelle (overt researcher). D'autres chercheurs l'acceptent. expression qu'on peut traduire par observateur caché ou clandestin. on peut citer les recherches masquées de D. de réponse pleinement satisfaisante : comment faire à la fois la part de l'implication dans la vie d'un groupe et d'une institution et la part de recul nécessaire. dit-on. Mais beaucoup d'observateurs déguisés ne peuvent contrôler sur le terrain leur anxiété . en partie du moins. de la militante d'un parti qui ignorait sa véritable identité de journaliste (Au Front).Observation déclarée et observation non déclarée En général. On a utilisé à ce propos la notion de stratégie entriste : au sens strict. entre autres. dans l'ouvrage qu'ils consacrent à la sociologie qualitative. par celle de the unknown observer. décline son identité professionnelle. et de M. en effet. l'entrisme signifie que celui qui entre dans une organisation n'indique pas la finalité réelle de son adhésion. La dissimulation du chercheur (de ses objectifs. Participation/distanciation Les typologies de l'observation participante avec ses divers degrés d'implication sont traversées par cette question permanente et qui n'a pas reçu encore. (l'observateur inconnu). à ce jour. de sa profession. le chercheur. Parmi les plus célèbres figurent. avant de faire une recherche participante sur ce même groupe. en général. à Marseille.

d'ailleurs inévitable -. être membre d'une culture ne signifie pas qu'on est ipso facto membre de toutes les sous-cultures de cette culture. En réalité. l'OPI part d'un rôle permanent et statutaire d'acteur et il lui faut. Il lui faut faire alors le chemin inverse de l'OPE : alors que l'observateur participant externe (OPE) a d'abord un rôle défini. en partie. au moins dans un premier temps (qui dure encore). cesse de se poser dans le cas de la participation complète par conversion. On n'insistera jamais assez sur l'ambiguïté de la notion ethnographique du dedans. On peut distinguer deux rôles. statutaire. c'est celui qui est déjà membre effectif d'une communauté. c'est-à-dire du positivisme scientiste. qui suppose l'immersion totale par laquelle on devient membre à part entière. les ethnographes ont dû. De plus. Observateur participant externe (OPE) et observateur participant interne (OPI) L'opposition entre le dedans et le dehors traverse l'ensemble des travaux sur l'observation participante. est un chercheur qui a un statut dans une institution où il exerce une fonction. participer. pour un temps. d'une ethnie. liée au projet de l'interactionnisme symbolique : saisir le point de vue du membre. c'est ainsi qu'en 1958. Placés sur la défensive. Howard Becker parlait de vérification des hypothèses selon le modèle central de la sociologie positiviste. mais elle n'est pas suffisamment systématisée. naturellement. la question reste posée.l'OPE vient du dehors et c'est la condition habituelle du chercheur qui vient pour un temps. qui se présentait comme le seul courant apte à donner des gages crédibles de rigueur scientifique. d'autre part : .l'OPI. souvent à temps partiel.. s'installer dans un rôle d'acteur (de participant). y est constamment invoquée. Mais mis à part ce cas limite.Cette question. d'une part. et c'est le cas pour l'enseignant chercheur. présentés comme tels dans la littérature ethnographique : l'observation participante externe (OPE). car il est en même temps étudiant et repartira au moment d'écrire sa thèse . se placer sur le même terrain de la scientificité et riposter dans les mêmes termes . cette démarche est beaucoup moins décrite et travaillée que la première. . et l'observation participante interne (OPI). La nécessité de conserver une certaine distance . Or. C'est seulement en 1967 que Glaser et Strauss commenceront à fonder réellement l'autonomie d'une ethnographie qui produit ses hypothèses chemin faisant (Glaser et Strauss 1967).. le seul chercheur qui soit réellement dedans. peut être pour donner des gages de sérieux méthodologique. au point de vivre soi-même du dedans les valeurs du groupe. qui ne sont pas en général. accéder au rôle de chercheur. des ethnosociologues sans renoncer à leur première fonction. Il ne faut pas oublier à cet égard que les tenants de la tradition ethnographique ont été confrontés à partir de 1940 aux critiques de l'autre sociologie. avant d'y mener une recherche. 34 . parce que les ouvrages d'ethnographie sont écrits par des sociologues et non par des praticiens qui deviennent. de chercheur et qu'il doit. et elle a sa place dans tous les manuels d'ethnographie. à partir de là. qui puisse voir vraiment les choses de l'intérieur. au contraire. le temps de sa recherche et qui sollicite l'autorisation d'être observateur pendant quelques mois rarement davantage.

Whyte.De l'observation participante à la recherche action Dans l'ouvrage intitulé Fieldwork.. cet auteur a publié une sorte de manifeste : Learning from the field (Whyte 1983). que Whyte participa aux sessions d'été du NTL de Bethel. le même auteur souligne la différence entre l'observation participante traditionnelle. on va s'occuper seulement de fieldwork dans son rapport avec la science sociale. On apprend également. Or. dans le Maine. dans le travail social et en d'autres entreprises concernant les relations humaines. consacré aux méthodes de la recherche qualitative (Deslauriers. organisées par les disciples de Kurt Lewin à partir de 1947 sur la base des célèbres T.c'est-à-dire avec la tâche consistant à observer. Bufor Junker (1960) écrit : « Le fieldwork. et dont il fut le premier grand théoricien et praticien (Whyte 1955). Plus loin. ou les deux ». Le chapitre 10 de cet ouvrage est consacré à la description de trois « types de recherche action appliquée. dans ce même ouvrage. Whyte n'a pas unifié ces deux dimensions de sa pratique sociologique. ouvrage dans lequel l'un des auteurs. la description se fondant sur des situations de recherche action dont l'auteur a été. Andrée Fortin.» Junker. l'animateur principal (il reprend d'ailleurs à ce propos la notion française d'animation sociale. est caractérisé par le fait qu'il n'est pas concerné par la contribution à la connaissance» (c'est-à-dire par la recherche fondamentale visant à produire un pur savoir). Whyte). souvent. on espère avoir une influence sur le cours des choses. dans laquelle la diffusion des résultats de la recherche « est uniquement savante» et la recherche action. Il est intéressant de relever le voisinage de l'observation participante et de la recherche action dans l'ouvrage que W. fondateur de l'observation participante en sociologie. tel qu'il est pratiqué occasionnellement ou de manière routinière dans l'éducation. en particulier dans le milieu concerné. enregistrer et rapporter le comportement des gens dans la situation contemporaine sans l'intention de les changer ou de changer les situations dans lesquelles ils se trouvent.. 1987). affirme que « depuis les années soixante on parle désormais de l'observation participante dans un contexte de recherche action.F. . On trouve une position opposée dans un ouvrage plus récent. Whyte menait son enquête par observation participante chez les jeunes du quartier italien de Boston. Le fieldwork ainsi défini est concerné entièrement par l'avancement de la connaissance dans les sciences sociales. et W. Groups ont constitué un haut lieu de la recherche-action selon l'orientation fondée par Kurt Lewin à peu près dans le temps où W. ces sessions et ces T.F. sépare rigoureusement l'ethnographie et la recherche-action.F. sa visée directe étant au contraire de « changer les gens. où grâce à une diffusion plus populaire. assistant de Lewin. Au terme d'une longue carrière. ou les situations. de sociologie engagée ou de travail social ». Un peu plus loin (page 2) Junker ajoute ceci : « Dans cet ouvrage. classés par ordre d'implication croissante du chercheur ». On constate ce fait en général méconnu : au 35 . Groups (on évitera ici la confusion entre White. on le voit.

qui est devenu un classique de l'ethnosociologie à base d'observation participante. si l'on restreint la notion de recherche-action à l'intervention psychosociologique qui suppose une commande (ce qui n'est pas le cas en ethnographie) et la gestion d'un dispositif visant à provoquer et à faciliter des changements dans l'établissement. Ce rapport entre l'ethnographie participante et la recherche-action constitue un problème peu étudié.comme d'ailleurs tous les pionniers du fieldwork avant Chicago et dans les débuts de l'École de Chicago : ils étaient tous engagés dans des enquêtes sociales (les Social surveys). qui s'est étendue sur un demi-siècle. Ethnographie et recherche-action semblent se rejoindre souvent. La frontière semble parfois difficile à délimiter. sur le fieldwork.cours de sa longue carrière. et Bennet Kemmis. Woods. Mais s'agit-il d'un aspect vraiment différent ? Ce n'est pas si sûr : dans le livre de 1983. spécialiste en ethnographie de l'école. Un ethnographe de l'école qui enseigne à mi-temps dans l'établissement qu'il étudie fait-il de la recherche action ? Oui. en général. comprise dans un sens plus traditionnel. on oublie l'autre aspect de sa carrière : la recherche-action. 36 . qu'à l'observation participante. . Cela reste pourtant un des problèmes fondamentaux du fieldwork aujourd'hui. c'est-à-dire par l'immersion dans le milieu. 1988). Comme son nom est resté attaché surtout à la publication du plus célèbre de ses ouvrages. Street Corner Society. dans les manuels de sociologie qualitative (le recueil québécois de Deslauriers est l'exception qui confirme la règle). Il n'est pas abordé. si l'on considère que sa recherche est surbordonnée à son action d'enseignant dans cette institution . qui pratique la recherche-action en milieu scolaire (Kemmis et Woods. telle qu'il l'a pratiquée au début de sa carrière. non. dans sa préface à l'ouvrage de Buford Junker. parmi les jeunes du coin de la rue. il rappelle qu'il est allé enquêter dans le slum italien de Boston parce qu'il était réformiste. entre 1936 et 1940. dans les recherches engagées : c'est ce qui apparaît par exemple à la lecture de l'ouvrage qu’ont publié conjointement P. il a probablement consacré plus de temps à la recherche-action avec observation participante. comme le rappelle Hughes en 1960.

est un élément constitutif de l'observation participante : le chercheur rencontre des gens et parle avec eux dans la mesure où il participe à leurs activités. etc. 37 . les conversations « peuvent se tenir n'importe où. Dans le travail ethnographique. -Où puis-je obtenir telle information ? -dans quelles conditions ? -auprès de qui ? Ces demandes d'informations prennent en général la forme de conversations banales. ordinaire. on a continuellement besoin d'informations du genre : -A quelle heure telle réunion va-t-elle se tenir ? (s'il n'y a pas d'information écrite disponible sur ce sujet). 1928) décrivait la conversation spontanée. des indications sur ce qui va se passer : un rituel qui se prépare ou dont on lui a dit qu'il va se tenir en un endroit qui reste à définir . Il y a aussi les entretiens organisés par avance. dans une institution notamment. l'échange va maintenant s'effectuer entre deux personnes dont les rôles seront davantage marqués. L'ethnographe rencontre les gens. se mêle à leurs conversations. Ce ne sera plus. jusqu'aux discussions ad hoc à propos d'événements immédiats (une leçon qui vient de s'achever. ils ont un caractère plus formel » (Woods. une initiative récente en matière de politique éducative. parle avec eux. jusqu'aux échanges avec les élèves pendant la récréation ou au réfectoire. Au début d'un travail de recherche. interroge parfois. Le premier manuel de fieldwork (travail de terrain) élaboré et utilisé par les sociologues de Chicago (Palmer. 1986). un échange spontané et dicté par les circonstances . comme pour la conversation. en tout moment et sur une durée importante. tel problème de discipline avec les élèves). L'entretien non structuré L'entretien ethnographique est un dispositif construit à l'intérieur duquel un échange aura lieu. comme une des techniques essentielles de l'approche anthropologique en sociologie. Il est amené à demander à chaque instant des explications sur ce qui est en train de se passer.III Conversations. le départ d'un cortège. demande des éclaircissements après avoir assisté à un événement particulier. entretiens et documents personnels La conversation courante. Et ça va depuis les bavardages en salle des professeurs ou au bistrot du coin.

Selon Bogdan et Taylor (1975) le terme interview. non structuré. alors que l'enquêteur qui procède à l'entretien ethnographique s'appuie exclusivement sur ce que 38 . visant à la compréhension des perspectives des gens interviewés sur leur vie. en réalité. Sidney et Béatrice Webb (1932) écrivent : « Pour l'essentiel de son information. on commence par construire une relation avec les sujets. Par opposition à cet entretien structuré. qui désigne un entretien structuré. l'entretien non structuré est flexible. avant de centrer davantage les questions ». Comme dans l'observation participante. rapportant des expériences et des attitudes qui concernent sa recherche. non standardisé. de préciser un détail à tel point d'un récit. Il doit aider son informateur à parler librement et naturellement de ses expériences. et. Bogdan et Taylor l'appellent entretien en profondeur et le décrivent comme suit : « C'est une rencontre ou une série de rencontres en face à face entre un chercheur et des informateurs. l'idée d'un questionnaire administré à un grand nombre de gens. ce type d'entretien « a beaucoup de points communs avec l'observation participante. des expressions du visage qui reflètent les émotions ressenties sont des moyens importants d'atteindre le second objectif » (Palmer. mais il est contrôlé ». « Quelques commentaires et remarques et quelques questions posées à l'occasion. quand il est placé dans un contexte sociologique. 1928). Telle est la méthode de l'entretien ou conversation avec un objectif (conversation with a purpose). Elle part de l'expérience directe du monde social. alors que les entretiens sont institués dans des situations spécialement arrangées en fonction de l'objectif de recherche. évoque plutôt. puis transcrire l'essentiel de leurs témoignages sur ses fiches. de stimuler la conversation quand les choses traînent : voilà quelques-uns des moyens qui permettront au chercheur de mener à bien la première phase de son travail. Palmer ajoute que le chercheur doit retenir les propos des informateurs. par établir ce qui est important pour les sujets. Selon Bogdan et Taylor toujours. . un sourire.Il y aura celui qui conduit l'entretien et celui qui est invité à y répondre. Mais une première différence entre observation participante et entretien ethnographique est liée à la situation dans laquelle la recherche est placée. Certains gestes. le chercheur doit élaborer une trame à l'intérieur de laquelle il conduit son entretien . 1932 : 132).unique instrument du chercheur en sociologie » (Webb et Webb. Vivien Palmer (1928) présente comme suit la technique de l'entretien dans le premier manuel d'ethnographie sociologique publié à Chicago : «L'entretien non structuré peut sembler ne comporter aucune espèce de structuration mais. les amener à parler. exprimées dans leur propre langage ». l'entretien ethnographique est flexible. un signe de tête. leurs expériences ou leurs situations. le chercheur doit trouver ses propres informateurs (witnesses). afin de retenir le sujet autour du thème principal. L'observation participante se déroule dans des situations dites naturelles.

On se propose d'étudier un nombre relativement élevé de gens dans un temps relativement bref en comparaison avec la durée d'une recherche entièrement fondée sur l'observation participante. Cette situation donne aux enquêtés la possibilité de discuter entre eux devant le chercheur leur définition de la situation. selon la règle d'or de l'observation participante. . lorsqu'il approche de la fin de la recherche. Ici. en leur opposant des opinions qui vont en sens contraire de ce qu'ils pensent.). b) Le deuxième type d'entretien est destiné à la connaissance d'événements et d'activités qui ne sont pas directement observables.on peut formuler des questions sous une forme hypothétique . On va.enfin. De même que pour l'observation. . c) Le troisième type vise à recueillir des descriptions d'une catégorie de situations ou de personnes. Cela peut inciter les gens à se prononcer sur ces interprétations.on peut aussi formuler une position idéale. le chercheur. Les entretiens de groupe ont été utilisés en plusieurs domaines et notamment en ethnographie de l'éducation (Woods 1986). d'obtention du respect pour le projet dans lequel le chercheur est engagé et de confiance en sa 39 . Woods a utilisé les entretiens non structurés. prend la position opposée à celle de l'enquêté . avec la réserve d'une possibilité d'auto-censure due au fait de s'exprimer ainsi en public. un journal à partir duquel on prépare des entretiens qui seront ensuite administrés à ces mêmes sujets. Ils présentent une liste de questions qu'on peut utiliser pour faciliter la parole des enquêtés : .en l'occurrence.. devenir membres de la situation qu'ils étudient : la réussite des entretiens serait à ce prix. . des jeunes freaks -. Pour conduire un entretien. (1964) considèrent que les chercheurs qui pratiquent l'entretien ethnographique doivent. en les mettant en rapport avec des observations faites en préalable dans les classes (Woods 1986). afin de découvrir comment l'enquêté idéalise des personnes et des situations . utilisé et présenté une technique qui consiste à faire tenir pendant une semaine à des sujets. le chercheur s'efforce de saisir des expériences qui ont marqué de façon significative la vie de quelqu'un et la définition de ces expériences par la personne elle-même. On demande aux informateurs de décrire ce qui s'est produit et d'indiquer comment cela a été perçu par d'autres personnes. de la curiosité et du naturel (. il y a ici des problèmes implicites d'accès. Zimmerman et Wieder (1977) ont mis au point. il faut d'abord créer un climat de confiance : « Les principales qualités requises pour conduire des entretiens sont les mêmes que pour d'autres aspects de la recherche : elles tournent toujours autour de la confiance. leurs sentiments autour d'un thème de discussion proposé.il y a les questions où l'enquêteur se fait l'avocat du diable. leurs idées et opinions. On peut décrire et distinguer trois types d'entretiens : a) Le premier vise à élaborer un récit de vie (une autobiographie sociologique).les gens veulent bien lui dire. interviewer vingt enseignants dans le temps qu'on aurait mis à observer une seule classe. P. peut faire état de ses interprétations de la situation. Strauss et al.. par exemple. .

Tout au long du travail de terrain . il existe deux manières de concevoir l'utilisation des questionnaires en ethnographie : ou bien. Une rencontre sociale L'enquête ethnographique peut être décrite comme une rencontre sociale comme on le fait. la fréquence des contacts. de collecter et de réunir les informations diverses. le choix d'un rôle d'observateur marginal périphérique. Si j'étais enseignant. Mais. La plupart des manuels et recueils d'ethnosociologie récemment publiés le prennent en compte. Il se laisse en quelque sorte porter par la situation. L'un de ces présupposés (des questionnaires) est de croire que les faits sociaux peuvent être mesurés. d'une ethnographie. par-dessus tout. peut aider l'interviewé à « produire une redéfinition de son identité et de ses objectifs personnels » (Woods). l'ethnographe s'occupe essentiellement de regarder.un travail qui peut durer des mois ou même des années -. on utilise des mesures objectives et quantifiables comme les échelles d'attitudes. leur durée. tests sociométriques) sont au service d'un travail qualitatif. parfois. d'écouter et de converser avec les gens. 40 . redéfini sa personnalité et découvert en elle une vocation pour la peinture. Cependant. d'ailleurs. au moment de quitter le terrain. par exemple. les expérimentations contrôlées et les tests étalonnés (à partir de calcul statistiques concernant la distribution. La seconde qualité est la curiosité qui nous pousse à connaître les opinions et les perceptions des gens à propos des faits.. à écouter leurs histoires et à découvrir leurs sentiments » (Woods 1986). précisément. à propos d'une recherche concernant des pères de famille bi-sexuels montre comment leur vie fût profondément modifiée à partir d'entretiens institués par cette recherche (Humphrey 1970). à partir d'entretiens qui avaient été le lieu d'une telle redéfinition de soi. cette opposition entre deux épistémologies. en général. dans la tradition interactioniste où l'on considère. leur intention et leurs limites. que le travail de terrain peut faire lui-même l'objet d'une sociologie. Certains ethnographes excluent totalement les questionnaires sous prétexte que leurs présupposés épistémologiques sont diamétralement opposés à ceux de l'ethnographie. Ainsi. Sally. Un entretien. deux méthodologies et. jusqu'à la séparation finale. Woods. je n'aimerais pas avoir la sensation d'être observé par un agent supérieur. ou bien. l'essentiel est d'établir un sentiment de confiance. actif ou immergé dans la situation jusqu'à se convertir à ses valeurs (Adler et Adler 1987) c'est aussi le choix d'un certain type de relations avec les membres : l'observateur périphérique garde fortement ses distances avec la plupart des sujets observés . ces techniques (questionnaires. comme cela se produit en général dans la sociologie quantitative. et encore ! Et c'est d'ailleurs le chercheur qui choisit. et qu'aucune de mes déclarations ne sera utilisée ensuite contre moi. Laud Humphrey. finalement deux sociologies (Dawe 1970) serait en voie de dépassement. ces techniques concernent la recherche d'une information simple. et que si je dis que ceci est strictement confidentiel. ces relations. de la même manière que les faits naturels. Selon Woods. qu'il est facile de mettre en tableaux mettant en œuvre des catégories préalablement élaborées ..capacité de le mener à bien. j'aimerais sentir que je peux parler en toute liberté. au contraire. Dans cette sociologie quantitative. la corrélation et la signification). mon souhait sera respecté. Pat Sikes a décrit à Peter Woods le cas d'une enseignante.mis à part ceux qui sont des informateurs privilégiés. selon P. qui aurait changé sa vie.

comme le faisaient parfois ou le font certains anthropologues). un paquet de lettres personnelles. La description finale de la vie du groupe sera élaborée. Il fait plusieurs voyages en Pologne où il rencontre Znaniecki qui va l'aider dans ses recherches. Les constructions théoriques sont ainsi le résultat des échanges avec les gens. d'étudier l'immigration polonaise. celle de Wladek. même si les objectifs de recherche.comme on le voit aussi bien dans la définition de l'entretien non structuré . Thomas a raconté comment il avait inventé la méthode des documents (on entend ici par documents surtout ceux qui sont personnels (par opposition aux documents officiels. Cet ouvrage marque l'apogée et la fin de la première époque de la sociologie de Chicago. de rencontrer des informateurs (sans s'y limiter. dans une ruelle proche de sa maison à Chicago. à la promotion d'une démarche qui prend appui. de collecte d'information sont maintenus . Il décide. Thomas. W. réparties sur cinq volumes dont la moitié environ contient la reproduction de documents personnels. en particulier des autobiographies. sont elles-mêmes exposées et commentées dans les ouvrages de méthodologie. Ils vont continuer ensemble cette étude et en publier les résultats. Il comporte plus de 2000 pages. on l'a vu. De façon générale. .I. surtout. L'une d'elles. les confirmer. dont il se servait aussi). «Le paysan polonais» En 1912. ou en même temps. jeune polonais immigré. le fruit de multiples rencontres et interactions dont les formes peuvent être catégorisées. La première phase. sur l'exploitation des documents humains (human 41 . W. on vient de le voir. elles doivent émerger au cours du travail. la tâche de l'ethnographe est d'écouter ce que disent les gens à propos de leurs activités quotidiennes. 1983). de la fondation à Chicago de la sociologie qualitative aboutit ainsi. en 1918-1920. presque comme une conversation à bâtons rompus.1'entretien ethnographique . essentiellement.les catégories d'analyse ne sont pas établies. sous le titre : Polish Paesant (le Paysan polonais en Europe et aux USA). Poupart et al. et le rejoindre à Chicago. avec The Polish Peasant. jetées à la poubelle et dont la lecture lui donna l'idée de rechercher de telles lettres et de les utiliser comme matériau sociologique. obtient une subvention pour étudier les problèmes sociaux posés par l'industrialisation rapide de la ville. finalement. les modifier ou les retenir à travers la dynamique de l'investigation (Glaser et Strauss 1967. On n'est pas là pour tester des hypothèses mais au contraire pour en élaborer de nouvelles. à partir de cet ensemble de propos recueillis tout au long de l'enquête de terrain et travaillés ensuite. Il trouva. qui s'achève en 1918-1920. A cela s'ajoutent les lettres échangées entre les Polonais immigrés et leurs familles restées au pays. de la participation à la situation et de l'implication. occupe à elle seule un volume. ainsi que d'autres lettres adressées par des paysans aux journaux polonais. de collecter leur commentaires et comptes rendus.que dans la manière de concevoir la production de concepts à partir du travail de terrain : -l'entretien non structuré n'est pas programmé à l'avance. il élabore son contenu et ses thèses au cours même de son déroulement. Cette collecte est donc. en principe. professeur de la première génération de Chicago. avant de commencer l'enquête .I.

un enregistrement objectif. voire impossible. Parmi ces documents personnels. qui occupe les 300 pages du troisième volume du Paysan Polonais. c'est. L'emploi du temps (horaire). ce dernier dira à ce propos : « Le document peut être considéré comme un fixateur d'expérience . Lacey (1976) déclare que si l'observation participante dans les classes était sa méthode fondamentale. les affichages des cours peuvent faire l'objet d'analyses. les lettres officielles. les manuels scolaires. Je m'en servis en même temps que des résultats de questionnaires. les fiches de travail. Au cours d'une rencontre qui aura lieu plus tard. Dans leur introduction à l'autobiographie de Wladeck. comme on dit plus souvent aujourd'hui. l'utilisation de documents lui fut d'un grand secours : « L'observation et la description des classes me conduisit rapidement à la nécessité d'obtenir des informations plus précises. constituent le type parfait du matériau sociologique ». on l'a vu. à l'initiative de Blumer. les périodiques. les comptes-rendus de réunions. que le chercheur peut consulter et auquel il peut revenir ultérieurement » (Blumer. Les comptes-rendus de réunions peuvent être déformants. les documents confidentiels concernant les élèves. J'utilisai donc des documents produits par l'école pour réunir une plus grande quantité d'informations sur chaque enfant. 1939). Les documents officiels Ce sont les registres. les documents d'examens. On empruntera maintenant quelques exemples à l'ethnosociologie de l'éducation.documents) ou. les emplois du temps (horaires).. des documents personnels : récits de vies. les photographies. mais ils peuvent comporter des dissimulations. Parfois même. c'est en un sens. Mais ils sont utiles pour étudier certaines relations de pouvoir dans les établissements. prenant la place des chercheurs sur les lieux ou dans les temps où il leur est difficile. le récit de la vie qui vient au premier plan. les écoles fréquentées antérieurement.. mais aussi de documents d'origine administrative comme les études de cas sous forme de dossiers établis par les assistantes sociales et les tribunaux (Bertaux. L'utilisation des documents officiels et personnels L'utilisation de matériaux écrits est un complément utile de l'observation. les tableaux. en 1939. » 42 . ils peuvent constituer le corpus de données le plus important pour une recherche. correspondances. 1980). l'affichage. entretiens non structurés. par exemple concernant l'activité professionnelle du père. Cela dépend de qui les rédige. d'être présents en personne. On peut considérer certains documents comme des instruments quasi-observationnels. 1976 . Thomas et Znaniecki écrivent : « c'est en toute sécurité que nous pouvons affirmer que les histoires de vie personnelles aussi complètes que possible.

On a fait des études nombreuses de manuels scolaires. On a étudié aussi les fiches de travail des maîtres et. Measor (1985) a étudié le cas d'adolescentes amoureuses qui écrivaient au dos de leur main j'aime et à l'intérieur le nom du garçon (on pourrait mettre cela en relation avec les traditions de tatouage comportant la même orientation). les films et autres supports visuels. Ils peuvent ainsi se sentir fiers de leurs productions ». on a pu voir l'écart entre les pratiques réelles des enseignants et lès instructions officielles. Les productions personnelles des élèves. les programmes. de dessins et de graffiti (. si on en fait une tâche officielle (un devoir à faire à la maison). Il y a des distances d'années-lumière entre les systématisations théoriques et les données de terrain ». Burgess en 1984) consacré à l'ethnographie de l'éducation déclare que le travail de terrain « implique une confrontation personnelle avec l'inconnu et exige que le praticien se familiarise avec des réalités émergentes confuses. là encore. les livres d'exercices. 1988) décrivent l'implication du chercheur dans son travail. 43 . obscures et contradictoires. sur les statuts selon les sexes ou les préjugés ethniques. Les journaux de recherche (Lourau. BalI dans le même ouvrage collectif (édité par R. les cahiers de brouillon des élèves.. par rapport à toute une gamme de thèmes. sur les échecs et les erreurs.Les documents (officiels) les plus importants dans la vie scolaire sont peut-être ceux qui concernent directement l'enseignement : les livres de textes. il y a des élèves qui répondront mieux s'ils ont le temps d'y penser et de construire leur propos. Il existe une vaste culture souterraine des élèves dont la manifestation écrite prend la forme de notes. par exemple. la documentation relative aux tests et examens.. Y. les fiches d'observation et les protocoles d'entretiens. peuvent fournir des indications très valables sur leurs opinions et attitudes. Ces journaux de route sont utiles pour évaluer les résultats du travail dans la mesure où la recherche est en un sens une recherche sur soi.) dont le volume a été considéré par certains comme un indicateur significatif de patterns de comportements. etc. en y cherchant des indications. sur sa relation avec la propre évolution personnelle du chercheur . Ils peuvent contenir par exemple des détails sur la manière dont la recherche en cours a été conçue initialement . Les documents personnels Ce sont les journaux intimes. Il y a eu des études faites sur des innovations pédagogiques. Les documents personnels des chercheurs Il faut distinguer les notes de terrain. les lettres et les notes personnelles. des problèmes de relations et d'accès que cela pose. On a confronté ces documents à la pratique réelle des enseignants. contenir beaucoup d'informations sur l'expérience vécue « mis à part le temps que prennent les interviews avec beaucoup d'élèves. sur la négociation de l'accès au terrain. surtout lorsqu'elles contiennent un aspect personnel important. comme l'enseignement programmé à partir de la documentation officielle sur ces innovations. Plusieurs ethnographes de l'école ont fait état de leur vécu. Hammersley (1984 : 61) déclare que son travail fut comme le voyage d'un explorateur dont la majeure partie se passe en mer. les graffiti. de lettres.

ils vont nous empêcher de découvrir l'étranger rencontré. Nous devons par exemple engager une conversation . C'est pourquoi ces clichés préliminaires ne doivent être utilisés qu'à seule fin de les abandonner par la suite ». par contre.IV Analyser De la pratique à la théorie Les problèmes épistémologiques liés à l'institution d'un travail de terrain peuvent être comparés à ce qui se passe dans les rencontres de la vie quotidienne : « Lorsque nous rencontrons un étranger.des choses triviales du genre : « quelle est votre profession ? Ah. Nous lui dirons par exemple . 44 . avec qui nous n'avons aucune histoire en commun ? Si nous n'avons aucune connaissance préalable de son point de vue. le contenu de ces premiers propos sera informatif : les premiers propos échangés contiennent déjà un grand nombre d'informations concernant chacun de nous. nous ne savons rien à son propos et lui ne sait rien de nous. ce que nous allons lui dire va lui fournir aussitôt de quoi nous interroger encore en retour. Malgré cela. mais de quoi pouvons-nous parler avec quelqu'un dont nous ne savons encore rien. Que faire dans une telle situation ? Et que fait-on en général ? On met en œuvre des stéréotypes. on continue à les utiliser de manière rigide. nous sommes confrontés à quelqu'un que nous n'avions jamais vu. des clichés concernant le type de personnes auxquelles nous sommes habitués et qui nous entourent : nous faisons des hypothèses sur les gens que nous rencontrons à partir de notre connaissance courante de la culture environnante. il est difficile d'imaginer comment il va interpréter ce que nous pourrons lui dire. vous êtes physicien ? Alors vous devez être intelligent ! ». ennuyeux. ils fournissent utilement des thèmes de conversation permettant de se débrouiller dans une situation difficile. il nous faut faire immédiatement quelque chose. Schwartz et Jacobs continuent dans les termes suivants: « Pour autant que ces clichés et ces stéréotypes sont utilisés seulement pour commencer la rencontre et effectuer les premières approximations. La conversation s'organise par « paires d'énoncés » : nous lui posons des questions et il va pouvoir à son tour nous en poser . » (Schwartz et Jacobs 1979). ou intéressant . si. Souvent. de prévoir ce qui pourra lui paraître offensif. si ce sont des présupposés stéréotypés qui s'installent. de découvrir sa personnalité et sa propre vie.. C'est ce savoir de sens commun qui nous suggère ce qu'il nous faut dire pour entrer en conversation avec quelqu'un. A la différence des salutations d'ouverture.au pire . Mais. dans la suite de cette même rencontre.. des modes de comportements habituels dans cette culture.

est celle de «processus» qui désigne les actions réglées et les interactions des individus qui produisent et maintiennent ce qui se donne comme «structure sociale». on l'a vu déjà. à des catégories descriptives nécessaires à l'examen. 1967). Quand on s'engage dans une enquête (en tant que sociologue professionnel). d'un point de vue interactionniste. soit infirmer. dans la plupart des cas. De ce point de vue. dans des voies incertaines. autour du même sujet. on s'en sert seulement pour servir certains aspects de la situation qui vont soit confirmer. Du point de vue des sociologues positivistes. qu'on va tenter de procéder en sociologie si l'on craint de s'engager. soit aider à dépasser ces prénotions. sanctions… Le processus de la recherche Dans la théorie fondée ou. procèdent à une révision des recherches effectuées antérieurement. ainsi que le développement de théories. même ceux qui pratiquent la sociologie qualitative. normes. Dans leur commentaire. . des problèmes et des hypothèses concernant les gens qu'ils rencontrent. consistant en une série de tours de parole dans un temps délimité. Il convient de parvenir rapidement. Mais. Elles seront utilisées pour être ensuite abandonnées . différences selon les âges. Ces prénotions. Ces concepts et ces hypothèses ont donc déjà été élaborés ailleurs. lorsqu'ils se préparent à effectuer un travail de terrain et lorsqu'ils abordent la situation concrète d'enquête . qui peuvent être décrites en termes de processus. il faut constamment mettre en œuvre certains concepts standards de la sociologie du genre pourcentage par sexes. ils le font avec des concepts. De nombreux sociologues sont en effet fermement convaincus que pour étudier un groupe humain quel qu'il soit. Mais elles ne constituent pas des orientations solides permettant de poursuivre notre recherche. ici. Ce processus se déroule à différents niveaux d'organisation réglée. La notion essentielle. des objectifs et des thèmes 45 . au début. stratification sociale. cela n'est pas possible. à la classification et au traitement des données. rôles. les différents niveaux d'analyse sont en interrelations constantes. Au début d'une recherche. enracinée (Glaser et Strauss. on se trouve plutôt dans la situation d'incertitude qu'on a décrite tout à l'heure à partir d'un exemple pris dans la vie courante : la rencontre avec un étranger. nous donnent la possibilité de faire et de dire des choses dans l'immédiat. comme Blumer le recommande. sans doute. Et c'est bien ainsi. une telle position est une hérésie. la collecte de données. La «théorie fondée» propose quelques procédures utiles pour choisir ces catégories. leur codification et catégorisation. mieux. on mettra en œuvre des concepts sensibilisateurs (sensitizing concepts). en effet. toutes ces opérations tendent à marcher de pair et à se soutenir les unes les autres. Certains d'entre eux.Les mêmes auteurs montrent qu'il y a des analogies entre cette manière commune de procéder dans la vie quotidienne et la méthode qui convient pour fonder. une théorie sociologique.bien que ce ne soit pas ainsi que procèdent tous les chercheurs. au cours d'une recherche. l'analyse des conversations courantes. qui ne sont pas des préjugés. Schwartz et Jacobs utilisent. Il existe une structure générale de la conversation avec des principes.

les théories doivent émerger dans et par le processus de la recherche.) déterminent leurs actions individuelles et. L'exemple qu'on vient de citer contient de nombreuses propriétés du processus social. de là. Ce que l'on recherche n'est pas déjà là. Il s'agit bien d'un changement de paradigme en sociologie : alors que dans la sociologie positiviste. le contexte social et d'autres variables non conversationnelles agissent et créent des conditions pour le déroulement de la conversation. au contraire. S'y ajoute encore le fait que les significations et les interprétations des actions déterminent les propos des partenaires de la conversation ainsi que le déroulement de cette même conversation. procèdent à des identifications réciproques. etc. le projet directeur de la démarche proposée par Glaser et Strauss est de laisser se développer une théorie à partir de ce qui est observé dans des situations courantes. dans la conversation.un peu comme l'entretien non structuré. 46 . La vérité ne peut être que le résultat d'un processus. Il existe encore d'autres niveaux (internes) d'organisation comme les relations entre un commentaire actuel et celui qui va suivre. Elle est ce qui devient. à titre d'hypothèse préformée. l'idée centrale. ici. la distribution et la durée des tours de parole. découvrent qu'ils rencontrent des problèmes. Structuralement parlant. le cours des interactions réglées ».segmentés. Les rôles. . il s'agit de vérifier des théories préalablement énoncées. les phénomènes sont tels qu'une théorie intégrée les concernant émerge comme spontanément. Parfois. par exemple. par opposition au questionnaire fermé. doit être épuisé avant que l'on puisse passer. tel que le conçoivent Glaser et Strauss. au suivant. 2) «les interprétations que les individus produisent des significations (. se fonde sur la dynamique interne d'une conversation dans laquelle l'enchaînement de propos entre l'enquêteur et l'enquêté permet la découverte d'un sens.. etc. Chacun de ces segments est relié au suivant selon certaines règles : un premier thème. des actions et des expériences similaires par l'effet des formes standardisées de la conversation en tant que forme structurée. On y retrouve deux préoccupations de l'interactionnisme symbolique sous la forme de deux axiomes : 1) « les mondes sociaux sont produits et maintenus par des processus temporels réglés d'interactions » . les identités. les gens échangent des salutations. comme cela se passe lorsqu'on construit à priori un questionnaire. des gens qui ont des choses différentes à se dire. Chaque segment a lui-même sa propre organisation interne : au début d'une conversation. Finalement..

Deuxième partie Ethnométhodologie 47 .

chez Garfinkel.Les chapitres qui suivent traitent de la phénoménologie sociale d'Alfred Schutz et de l'ethnométhodologie avec leurs retombées dans la théorie et la pratique sociologiques (critique du positivisme en sociologie. prenant appui sur la démarche phénoménologique de Husserl. La tâche de la phénoménologie. qui en fait un usage constant. stable.. ) 48 . élabore une présociologie dont la sociologie a nécessairement besoin pour fonctionner en tant que science. contribution au développement de la sociologie qualitative). régi par des lois. l'étude critique de la méthodologie chez Cicourel. En examinant ce préjugé.. chez d'autres . l'enquête ethnographique. la description des pratiques d'un transsexuel chez le même auteur. Schutz. à Merleau-Ponty). Mais la sociologie se développe sur l'oubli de cette pré-constitution du monde. de le rendre visible et de l'analyser (ce qui va se faire par différentes voies. puis de l'ethnométhodologie. c'est-à-dire sur la constitution d'un monde social qui va se présenter aux membres de la société comme contraignant pour leurs actions quotidiennes. L'œuvre de Schutz s'organise autour d'une réflexion fondamentale sur le préjugé du monde (une expression empruntée par Garfinkel. comme le braeching. sera de retrouver ce soubassement du social. etc.

un ouvrage passé presqu'inaperçu. y compris les sociologues professionnels. effectuée essentiellement à la lumière de Husserl et de Bergson. et qu'on ne peut plus ignorer. Schutz va décrire le monde social tel qu'il est spontanément rencontré et décrit par ceux qui y vivent.se présente à moi comme un donné objectif. Ses relations amicales. L'œuvre de Schutz occupe une place incontournable. la différence de nos deux situations dans l'espace et dans le temps. Schütz communiqua cet ouvrage à Husserl qui lui proposa de devenir son assistant. ont donné naissance à la légende selon laquelle il aurait été son élève. puis se fixa définitivement à New York. Il est supposé se présenter de la même manière pour autrui que pour moi (si je mets à part les effets de perspective. Il avait alors 40 ans. mais surtout épistolaires. a montré que le monde . etc.). L'objet principal de sa recherche – et qui va aussi constituer le premier programme de l'ethnométhodologie -. écrit à partir d'une lecture critique de Weber. Il avait pourtant produit dès 1932.en général . survenue en 1959 -. Il présente une structure organisée et ordonnée avec laquelle je dois compter. où il était avocat d'affaires. mais on a pu montrer que le point de départ de sa réflexion n'était pas la phénoménologie husserlienne . A partir de cette description phénoménologique de l'attitude naturelle. à Vienne. des nazis. Il préexiste à ma naissance et survit à ma mort. construisent le sens du monde social avec ses propriétés factuelles. Au moment de leur prise de pouvoir en Autriche. dans la sociologie contemporaine. et vite oublié. tels qu'on les enseignait à Vienne lorsqu'il y était étudiant.et donc après sa mort. c'est-à-dire du rapport au monde en général. où il devait s'engager dans une nouvelle carrière. Son histoire est donc vue comme indépendante de ma propre histoire. liés aux différences biographiques entre autrui et moi.v L'apport de Schutz et de Garfinkel La phénoménologie sociale de Schutz C'est. c'est l'étude des méthodes par lesquelles les membres d'une société. en Allemagne. avec Husserl. On était à la veille de la montée au pouvoir. Or non seulement il n'en est rien. Schutz allait partir pour toujours : il passa d'abord un an à Paris. comme constitutive des sciences sociales. fondateur de la méthode phénoménologique. Husserl. si je veux faire aboutir mes projets. Mais Schütz déclina cette offre. par l'intermédiaire de l'ethnométhodologie qu'on en est venu à considérer l'œuvre de Schutz vers la fin des années 1960 . c'était avant tout le droit et la science économique. 49 . Elle a été à l'origine d'un nouveau paradigme en sociologie. essentiellement.

Schutz va décrire les procédures (constitutives du raisonnement de sens commun) par lesquelles les gens produisent la facticité de ce monde. Ceci veut dire que le membre peut connaître. Il n'est pas ordonné selon des règles de la logique formelle parce que. mes maîtres et les maîtres de mes maîtres » (Schutz 1987). p. qui ne va pas de soi pour tout le monde. elle m'a été transmise par mes amis. Le monde social a une constitution objective. contraignant. posent ce monde devant eux comme consistant. la signification des éléments qui le composent est toujours dépendante du contexte d'usage. antérieure à tout jugement scientifique portant sur le monde. C'est donc de là qu'il faut partir pour décrire l'objectivation. Ce stock implique un certain ordre de rangement. La part la plus importante est d'origine sociale (social derived). Les pièces et morceaux de ce stock sont potentiellement équivoques .La factualité du monde en général. et au même titre que lui. Il fait monde au même titre que le monde naturel. par les sociologues qui ne peuvent échapper à cette perception première. Ce stock de connaissances à ma disposition vient de la société : « Une petite partie seulement de ma connaissance trouve son origine dans mon expérience personnelle. par conséquent. indépendant. soumis à des lois). etc. 1970. indépendant de nous. disons qu'il peut le déterminer au moyen d'une investigation. par la sociologie du monde-vie : « Toutes ces thèses que la phénoménologie décrit comme rapport du sujet connaissant et agissant aux objets qui l'entourent. 85). Plus spécifiquement. il s'offre comme structure résistante aux projets du membre. sous le nom de fait social (extérieur à nous. nous sommes tous experts ou novices : «La distribution sociale de la connaissance fait elle-même partie du stock de connaissances à ma disposition. Ils ont au contraire une structure ouverte qui nécessite à chaque instant des décisions raisonnées concernant leur 50 . mes parents. Ce préjugé va se retrouver dans la perception du monde social par tous les membres d'une société et aussi. Les éléments du stock de connaissances sont toujours requis en fonction des nécessités d'une situation donnée. Ce rapport immédiat au monde social implique notamment un certain stock de connaissances qui sont constamment à ma disposition. il sait qu'il peut trouver un expert en la matière » (Leiter 1980). leurs significations changent en tant que les composantes de ce stock peuvent être utilisées dans des contextes différents. valent aussi pour le rapport du monde social. contraignant. les dimensions pertinentes du monde social pour la situation présente sont réellement inventoriées ou potentiellement inventoriées par des procédés ou des recettes. mais cet ordre n'est pas celui du raisonnement scientifique : «Il ne doit pas être vu comme une sorte de magasin ordonné d'informations et de typifications. c'est le résultat d'une attitude naturelle qui pose ce monde comme indépendant de la perception et produit ainsi un pré-jugé du monde (Merleau-Ponty). comme on vient de le voir. de sorte que si quelqu'un est confronté à un problème qu'il ne maîtrise pas. Cette connaissance est socialement distribuée : ce que chacun connaît est différent de ce que connaît l'autre et selon les sujets abordés. Durkheim met à la racine du travail scientifique en sociologie. C'est ce préjugé non interrogé que. les procédés ou les recettes à l'aide desquelles lui-même et les autres gèrent et comprennent telle activité » (Zimmermann & Pollner. Ils ne contiennent pas en eux-mêmes leur mode d'emploi selon les conditions dans lesquelles nous sommes portés à en faire un usage circonstancié.

se fondent sur les objets de pensée construits par la pensée courante de l'homme menant sa vie quotidienne parmi ses semblables. Il a une signification particulière et une structure pertinente pour les êtres humains qui y vivent. il le traite en fait. Mais il faut voir que cela dépend des circonstances : quelqu'un peut utiliser la première maxime à propos de tel couple. » (Schutz 1987 : 10-11). au cours de son enquête. Ainsi les constructions utilisées par le chercheur en sciences sociales sont. une abstraction qui. n'est pas essentiellement un monde sans structure. la seconde à propos d'un autre. Il y a ainsi tout un fond. avant même de commencer mon enquête. le monde social est déjà décrit par ses membres. du travail scientifique : «La connaissance courante de la vie quotidienne est la toile de fond non questionnée. construits par les chercheurs en sciences sociales.. Mais les sociologues professionnels voient là. d'une sociologie profane . pour ainsi dire. Ils considèrent qu'il y a là un mélange plutôt incohérent . Schutz oppose l'attitude naturelle qu'on vient de décrire. des sociologues à l'état pratique ». et l'attitude scientifique. à partir duquel les sciences naturelles doivent abstraire. si je n'avais pas à ma disposition déjà. en exclut toute personne.. faisant usage de sens commun. Son champ d'observation. comme un collègue en sciences sociales qui a luimême déjà mené une enquête et interprété ce monde. est une abstraction idéalisée du monde-vie... les événements et les données ont une structure complètement autre pour le chercheur en sciences sociales. qui y pensent et qui y agissent.). l'éducation.aux yeux du raisonnement scientifique de maximes. mais toujours questionnable.. en passant par Weber et Husserl. l'objet 51 . qui est la réalité sociale..emploi». D'où cette autre idée. un trait négatif de l'attitude naturelle. Avant l'arrivée des sociologues professionnels. notamment des constructions de constructions édifiées par les acteurs sur la scène sociale. écrivait Schutz dès 1932.. que traitent les sciences naturelles. par exemple. Or c'est précisément ce monde-vie. de typologies et autres éléments constitutifs du sens commun : «Ils citent par exemple le fait que quelqu'un. en principe et bien sûr légitimement. en général. une idée de l'école et de l'éducation que j'ai reçue de mes parents. comme l'a montré Husserl.. il souligne l'opposition entre les sciences de la nature et les sciences de l'homme : « Les faits. Ils ont sérié et interprété à l'avance ce monde par de nombreuses constructions. Les objets de pensée. habituellement non remarqué.. le monde social. et cette sociologie commune a sa logique et ses méthodes . comme le remarquent Zimmermann et Pollner. Le concept de Nature. le sociologue interroge un acteur social.celles du sens commun. que j'ai acquise par ma propre expérience lorsque j'étais élève. de mes professeurs..comme diront les ethnométhodologues . Cette sociologie de sens commun est une ressource cachée de la sociologie professionnelle : je ne pourrais pas engager une recherche sur l'école. De plus. Lorsque. sans pour autant se contredire» (Leiter 1980). par exemple.pratiquée par tous les acteurs sociaux : «Nous sommes tous. à l'intérieur de laquelle s'origine l'investigation (. pourra expliquer le mariage tantôt par l'attirance des contraires et par la maxime qui se ressemble s'assemble. des constructions au deuxième degré. fondamentale elle aussi. s'inscrivant dans une tradition importante qui va de Dilthey à Schutz.

si l'on peut dire. Garfinkel va enseigner la sociologie à l'Université d'Ohio jusqu'en mars 1954. Garfinkel et l'ethnométhodologie Historique Garfinkel commence ses études universitaires en 1946 à Harvard. cela ne signifie nullement qu'on devrait remplacer cette dernière par la première et qu'il y aurait équivalence entre sociologie profane et sociologie professionnelle. dans son langage. l'attitude scientifique ne détermine que le système de pertinences qui fonctionne comme schème de sélection et d'interprétation. Après l'obtention du doctorat à Harvard. 52 . il s'initie à la phénoménologie et lit Alfred Schutz dont l'œuvre se trouve être ainsi. qu'il connaît très bien par ailleurs. au lieu d'être intéressé par le monde (c'est sur cet intérêt du monde que reposait la sociologie profane). sous la direction de Talcott Parsons qui a organisé dans cette université un Département de Sciences Sociales.emploi qu'il n'a plus quitté jusqu'à l'âge de la retraite. Dans le même temps.d'investigation des sciences sociales» (ibid : 77-78). attitude que l'on laisse de côté pour le moment afin de la réintroduire par la suite» (ibid : 49). en 1952.homme parmi ses semblables quand il est sur le terrain. ici. sa description suppose un tout autre système de références : c'est en effet à partir de l'opposition entre deux mondes : celui de l'attitude naturelle et celui de l'attitude scientifique que Schutz reconstruit. . A première lecture. d'une logique particulière qui n'est pas la logique de la pensée courante. regroupant les enseignements de la sociologie. qui dispose d'un langage spécifique. s'il part de cette école et de ses écrits. loin du terrain. c'est-à-dire lorsqu'il passera à l'analyse. il prépare sa thèse de doctorat. va s'efforcer de le tenir à distance. centrale pour l'école de Chicago. En fait. date à laquelle il trouve un emploi à l'université californienne de Los Angeles. Mais si. Bien au contraire : le sociologue professionnel. de le contempler comme le veut la démarche scientifique. en tant que membre d'une communauté scientifique qui le contrôle. la problématique interne de l'observateur participant : il est à la fois totalement immergé . en septembre 1988. Entre 1950 et 1952. la sociologie de sens commun est la ressource non questionnée de la sociologie savante. de la fameuse tension. L'observation participante est un des exemples que Schutz va proposer pour montrer cette opposition des deux démarches : « L'observateur participant ou le chercheur sur le terrain noue un contact avec le groupe à étudier. ce passage de Schutz semble la simple traduction. avec celle de Parsons. à l'origine de l'ethnométhodologie. et totalement détaché. entre participation et distanciation (no going native !). dans son propre système de références. comme un homme parmi ses semblables . on l'a vu. de la psychologie sociale et de l'ethnologie. lorsque qu'il va travailler ses matériaux à partir de schèmes de sélection et d'interprétation.

Dans le début des années 1960. A l'UCLA. histoire d'un jeune transexuel qui occupera. spécialiste éminent de l'ethnolinguistique. dans l'ethnométhodologie. ce qui constitue l'un des traits importants et permanents de l'activité ethnométhodologique. sur la proposition de Fred Strodtbeck. Chicago où s'effectuent des recherches importantes ainsi que les préparations des thèses de doctorat bien cotées. un chapitre entier de l'ouvrage fondateur intitulé Studies in ethnomethodology. compte parmi les collègues avec lesquels il est en relation. l'école ethnométhodologique reste limitée au petit groupe de ceux qui travaillent autour de Garfinkel et de Cicourel. en 1967. Sudnow. qui doit beaucoup à la phénoménologie. Delf Hymes. On rencontre autour d'eux des gens comme Schegloff. les délibérations secrètement enregistrées d'un juré de tribunal. la Californie n'est pas. C'est là. d'ailleurs. mais les études qui seront réunies et publiées en 1967 sous ce titre sont déjà reprographiées et circulent sous cette forme. avec l'organisation par Garfinkel. notamment à l'université. Garfinkel consacre encore quelque temps à son travail sur les jurés. Dès 1964. Cette forme de travail objectif est née de l'ostracisme de l'institution sociologique américaine envers les ethnométhodologues qui trouvent meilleur accueil dans certaines revues de linguistique. qui publie un des ouvrages importants de l'ethnométhodologie dès 1964 sous le titre : Méthode et Mesure en Sociologie. Des étudiants de plus en plus nombreux passent leur doctorat sous les directions des deux leaders et trouvent des emplois. Ses recherches bénéficient alors de subventions de l'Institut National de recherches sur les maladies mentales (NIMH). qui en est l'organisateur. Le lent développement de l'ethnométhodologie au début des années 1960 doit être compris à la lumière de l'état de l'institution sociologique universitaire dans ces années-là : cette institution reste dominée en 1950 et jusque dans les années 1960 par les centres de Harvard. Garfinkel n'a pas encore publié ses Studies in Ethnomethodology. Installé à l'UCLA (Université de Californie à Los Angeles) en septembre 1954. dira-t-il plus tard. 53 . Colombia. d'un séminaire de maîtrise en collaboration avec Aaron Cicourel. Speier. et Los Angeles où ils suivent les enseignements de Garfinkel. un réseau de communications et de travail est en place autour de Garfinkel et de Cicourel. Ces étudiants avancés font la navette entre Berkeley où enseignent alors Cicourel et Goffman. de manière encore informelle. à ce momentlà. C'est en cette occasion. des racines de la rationalité dans les pratiques courantes de la vie et dans les enquêtes profanes.Ce passage d'Ohio à la Californie lui a donné le temps d'analyser. par la suite. L'activité de formation et de recrutement du courant ethnométhodologique naissant commence dès 1955. C'est à ce moment-là également que le programme de l'ethnométhodologie s'installe : c'est l'exploration. C'est dans ce contexte que s'effectuera la célèbre recherche sur le cas Agnès. Turner qui deviendront célèbres. Dans ce contexte concurrentiel des universités américaines. bien placée pour attirer des étudiants-chercheurs. d'où est issu le terme « ethnométhodologie » : l'étude (logie) des ethnométhodes. qu'il aurait produit la notion des ethnométhodes.

qui s'associe à Schegloff. au sens banal et courant du terme. La réalité sociale est construite ou produite. A la fin des années 1960. déjà signalé. . présentes dans celles de la sociologie professionnelle. b) en ce qui concerne la sociologie professionnelle. Irvine devient ainsi un troisième pôle de développement du courant ethnométhodologique. par une réflexion épistémologique sur les méthodes de la sociologie savante. Comme l'écrit Patrick Pharo : « Le fait même de s'intéresser à ce qui.Entre 1967 et 1971. La maîtrise. puis en Argentine. Ces deux auteurs ne sont pas des ethnométhodologues. Leur titre est parfois repris dans le contexte de l'ethnométhodologie.ils montrent également. c'est-à-dire encore les 54 . c'est-à-dire l'usage des méthodes pour rendre rationnelles et rapportables. de la sociologie standard. Zimmermann enseigne à l'Université Irvine. Elles ont une toute autre finalité. que développe l'ethnométhodologie ne constituent pas une critique. où Sudnow le rejoint en 1968. selon lequel nous sommes tous. avec la participation d'étudiants. Toutefois. Leur but n'est ni d'améliorer les technologies de l'enquête. l'ethnométhodologie va donc développer et amplifier ce thème essentiel de Schutz. les affaires ordinaires de la vie sociale.ils montrent que les procédures de la sociologie profane de sens commun. sont l'impensé de cette sociologie . ni d'apporter des techniques qui pourraient s'ajouter aux procédures courantes du travail de terrain. des sociologues à l'état pratique . dans la vie ordinaire. qui s'inscrit dans le projet central de l'ethnométhodologie : il s'agit de mettre à jour les procédures qui gouvernent la construction sociale de la réalité. pour reprendre le titre d'un ouvrage de Berger et de Luckmann (1966). le courant ethnométhodologique se heurte de plus en plus à l'hostilité générale de l'institution sociologique qui se sent attaquée dans ses bases épistémologiques. Les analyses de la sociologie savante. puis Craig Mac Andrew en 1970. Garfinkel remplace construction par production. Un autre groupe se forme à l'Université Columbia autour de Peter McHugh. Il anime également des recherches dans des écoles de Santa Barbara. les ethnométhodologues développent leur analyse à deux niveaux : . par Cicourel et d'autres. notamment) tend alors à mettre fin à la rumeur selon laquelle « les ethnométhodologues ne seraient rien d'autre que des sociologues qui auraient raté leurs examens en méthodologie sociologique ». qu'elles soient quantitatives ou qualitatives. de certaines méthodes quantitatives (l'informatique. que ces méthodes aboutissent à une distorsion fondamentale de la réalité qu'elles étudient. toujours en Californie. ressemble le plus à ce qui se pratique dans le domaine de la sociologie. et plus spécialement de la méthodologie sociologique. l'École connaît un certain développement. mais des représentants de la phénoménologie sociale issue de Schutz. Cicourel encourage ses étudiants à effectuer des recherches ethnométhodologiques pour le doctorat à partir de leurs activités sociales. dans notre vie quotidienne. par des procédures qui sont à la fois le fait et de la sociologie profane et de la sociologie professionnelle : a) en ce qui concerne la sociologie profane.

Mais il est à peu près le seul. ce courant ne semble pas se maintenir comme figure autonome de l'ethnométhodologie : en fait. d'un manuel d'étude des conversations. La même année voit paraître un ouvrage de David Sudnow sur la mort à l'hôpital. comme le remarquent Adler et Adler (1987) il n'y aura plus de recherches proprement ethnographiques faites par des ethnométhodologues à partir de 1980. et sa polémique avec la sociologie établie. C'est un mouvement universitaire de recherche et d'enseignement avec sa vie institutionnelle interne. celle de Hugh Mehan sur les processus scolaires et celle de Marshall Shumsky (1971) sur les groupes de rencontre californiens. Mais ils sont relativement anciens. à qui nous consacrerons un chapitre entier. avec sa participation aux congrès de sociologie. cette identité résidant dans leur commun caractère d'accomplissements pratiques. Tout se passe comme si. par le seul fait de proclamer l'identité formelle des raisonnements sociologiques classiques émanant des profanes et des professionnels. ses séminaires. La production des thèses. l'ethnométhodologie commençait par scier la branche sur laquelle la sociologie est assise » (Pharo 1984 : 145). Son principal représentant est Hugh Mehan. à titre d'exemple. Mais là encore. Bientôt. l'ethnométhodologie se développe. L'année suivante. Cicourel publie une étude concernant les tribunaux pour enfants et adolescents. dans les approches ethnographiques de l'éducation. on peut citer. à représenter ce 55 . l'ethnométhodologie sort de son ghetto originel. en 1971. ses clans universitaires. De même pour l'analyse de conversation. Schegloff. Reste enfin l'ethnographie de l'école. comme le montre la publication (1991) en France. dans le champ de la sociologie et de ses problèmes fondamentaux (l'ordre social. dont il était alors l'un des animateurs. et on constate aujourd'hui que cette orientation a été absorbée par la sociologie de la connaissance et de la science (Ogien). l'ethnométhodologie n'aura constitué qu'un moment transitoire fécondant des recherches qui trouvent maintenant ailleurs leur développement. ses publications semi-confidentielles (ronéotypées). Pourtant. déjà. Garfinkel publie en 1967 ses Studies in Ethnomethodology. Parmi les thèses soutenues. des recueils de morceaux choisis. suffit à introduire un doute sur la spécificité de la posture sociologique classique. la sainte famille ethnométhodologique restait rassemblée avec ses rencontres. l'ethnométhodologie va déborder les frontières de la Californie où. Cependant. Ici encore. Quelques travaux effectués sous la direction de Garfinkel dans des laboratoires font sans doute exception. jusque-là. Avec la deuxième génération. qui ont trouvé une prolongation importante dans l'œuvre d'ethnométhodologues comme E. de manuels et autres ouvrages de diffusion élargie installe le courant dans la sociologie universitaire. entre 1970 et 1980.processus interprétatifs de la vie ordinaire. ce sont les linguistes qui ont été finalement les bénéficiaires de ces recherches. Un courant important en la matière était en germe dans les travaux d'Ho Sacks. dans les nouvelles recherches sur le langage. la théorie de l'enquête) et la plupart des ethnométhodologues ont reçu une formation sociologique traditionnelle. dès le début. ses alliances et ses conflits intérieurs. partiellement dans l'ethnologie. aujourd'hui.

pour un sociologue américain. Ce qui restait à l'état de programme chez Schutz pouvait maintenant être étudié sur le terrain.du jury -. le sens commun ne doit pas être considéré comme une version inférieure. mais sans le dire. C'est un autre mode de connaissance : il a sa cohérence interne. prendre des décisions censées. mais ça n'intéressait pas Garfinkel qui. des grilles pour l'observation des groupes. sa pertinence. qui a travaillé avec Parsons. on peut en faire un nouvel objet de recherche en sociologie. proposait des outils pour la recherche. des leaders du groupe . La première possibilité à portée de la main. Garfinkel raconte que peu de temps après. 56 . il aurait simplement trouvé là une nouvelle illustration de ce qu'on connaissait déjà par de nombreux travaux : on aurait identifié. la notion des ethnométhodes lui était venue par analogie. par exemple. se prononcer sur la culpabilité ou l'innocence de quelqu'un. grâce à ces transcriptions intégrales de bandes enregistrées au cours des délibérations d'un jury. Il accepta la proposition d'un ami enseignant en sciences juridiques : travailler à l'analyse de bandes enregistrées au cours des délibérations d'un jury de tribunal (Garfinkel. que Garfinkel découvre un nouveau champ de recherche.il y fait constamment référence . il suit la leçon de Schutz. Garfinkel dit que s'il avait travaillé avec ces instruments de Bales pour analyser les transcriptions des bandes enregistrées. après avoir décrit son intérêt pour ces procédures de sens commun que les jurés mettent en œuvre dans leurs délibérations. en Californie. de s'en méfier. On a l'impression. sur des circonstances atténuantes ou pas. comme l'indique Garfinkel. s'intéressa au raisonnement pratique des jurés au cours de leurs délibérations. on demande à Garfinkel de dire comment il a formé ce terme : ethnométhodologie.il vise lui aussi à s'en dissocier (comme l'a fait Cicourel avec sa sociologie cognitive) pour développer son propre courant de l'ethnographie constitutive. c'était la sociologie des petits groupes et plus précisément. Pour Schutz et pour Garfinkel. des types d'influence . en lisant ce récit. et donner finalement un avis aux juges après avoir assisté aux débats de la cour. arrivé au chapitre de l'ethnoscience. le certain et ce qui est seulement probable. s'il reste marqué par sa formation en ethnométhodologie. Garfinkel va donner un nom à ces procédures que les jurés ont apprises dans la vie courante et non dans les facultés de droit : ce sont des ethnométhodes.courant et. Notions fondamentales Les ethnométhodes Au cours d'un colloque de sociologie qui se tient en 1968 à Purdue. atrophiée. Il montre que le sens commun n'est pas une catégorie résiduelle comme le pensent souvent les sociologues lorsqu'ils recommandent. Cet auteur. Dans la seconde partie de sa réponse. avec Durkheim. . celle de Bales. dans la ligne de Schutz. En fait. il feuilletait des ouvrages d'ethnologie et que. des formes de communications. de la connaissance scientifique. 1984). dans cette période. On pouvait voir comment ça fonctionne. comment on peut pratiquement séparer le vrai et le faux.

On voit maintenant comment le terme est formé et ce qu'il désigne exactement : non pas. Dans ethnoscience. par exemple. nous mettons en œuvre des modes de compréhension réciproque et des techniques de communication souvent allusives. comme fut à la mode vers 1945 1'existentialisme. ainsi que la présupposition que chacun peut entrer en communication avec les autres. «ethno » désigne le fait que la connaissance en question est en principe partagée par l'ensemble des membres du groupe considéré. d'ailleurs. ne sont pas savantes mais au contraire profanes (même si. Ruptures de routines. on pouvait les étiqueter. on l'a vu. . peuvent contribuer à interroger le social et à réaliser le programme de l'ethnométhodologie : révéler et analyser un impensé de notre société dont. et par eux seulement. déjà là mais non remarqué. Ce terme. un terme se proposait à Garfinkel comme spontanément : ces procédures mises en œuvre par les jurés. notamment. On mettait les ethnométhodes en œuvre dans la vie quotidienne continuellement. une méthodologie pour l'ethnologie mais bien au contraire l'étude (logie) des ethnométhodes. mais sans y prêter attention. la sociologie savante les met en œuvre et ne veut pas le savoir). n'est plus employé . toutes les méthodes. par un mauvais découpage du terme. comme l'a montré Schutz. de ces ethnométhodes.Les ethnologues appellent ethnoscience l'ensemble de certains savoirs de sens commun. qui jusqu'ici n'avait pas retenu l'attention des sociologues et qui n'intéressait pas davantage les gens dans la vie courante. par une sorte de libre association. ethnométhodologie est le terme qui a été retenu. les présenter comme des ethnométhodes. une manière neuve de présenter le programme de recherches phénoménologiques de Schutz avec la possibilité de passer à l'étude empirique. Les ethnométhodes constituaient un objet social nouveau.en opposant ce terme à la notion de méthodes (savantes) qu'on trouve dans les manuels classiques de sociologie. font partie les routines qui fondent la vie sociale. ou dans d'autres branches du savoir scientifique. . comme une méthodologie. à l'opposé de l'attitude naturelle. dérangement Les ethnométhodologues ne proposent pas une nouvelle méthode pour la sociologie : ce serait. ou de psychologie. L'ethnométhodologie devenait ainsi la science de ces procédures. finalement. et on peut aussi le montrer. que l'on peut observer dans les sociétés traditionnelles. Il est à la mode vers 1968 dans les campus californiens. Dans ces interactions. C'était.des ethnométhodes qui. dispositif de visibilité. analyseur. la clarté et la raison sont des qualités appréciées dans les communications entre 57 . terme formé à partir d'un mot oublié : existential. qu'on peut se comprendre à demi-mot.et c'est bien ce qui se passe effectivement dans les interactions de tous les jours. en effet. De là. elles. L'attitude naturelle contribue à rendre invisibles ces routines qui fondent et maintiennent nos échanges : la sensation généralisée et routinisée d'être dans un monde connu en commun avec les autres. constitue une ethnomédecine. Il faut y insister peut être encore : l'ethnométhodologie est l'étude méthodique savante . La médecine des guérisseurs. par un mauvais découpage du terme. au fond. Si. faire un contresens que de la comprendre. par contre. L'ethnométhodologie ne mène donc pas ses recherches sur les ethnométhodes en utilisant une méthode particulière . comme on le dit encore parfois. Mais l'attitude scientifique est un luxe que la société s'offre seulement en certaines occasions et qui ne convient pas à la vie de tous les jours. procédant par des raccourcis qui sont loin de fonctionner comme on le fait quand on adopte une attitude scientifique qui est.

chercheurs, l'imprécision non seulement est quelque chose de normal mais bien plus, elle est une sorte de règle fondamentale mais invisible de la vie quotidienne. Voici, pour illustrer ce qui précède, un exemple emprunté aux Studies in Ethnomethodology ; il s'agit d'un exercice effectué par une étudiante, Esther qui a raconté ensuite à Garfinkel ce qui s'est passé : «Esther : - Sam, mon mari, m'a déclaré qu'il était fatigué. Je lui ai dit : - En quel sens ? Physiquement ? Mentalement ? Ou es-tu tout simplement énervé ? Sam : - Je ne sais pas, je crois que c'est surtout physique... Esther: - Tu veux dire que tes os ou tes muscles te font mal ? Sam: - Je crois que c'est ça. Mais ne sois pas si technique ! Cet exemple montre qu'on ne peut pas introduire dans la vie quotidienne l'attitude scientifique. C'est une illustration de la méthode du braeching : ces ruptures de routines, que Garfinke1 utilise avec les étudiants, sont, dit-il, des démonstrations. Ces dispositifs de visibilité, sont, pour parler maintenant le langage de l'analyse institutionnelle, des analyseurs construits. Ils instituent un dérangement des routines visant à les rendre visible.

Indexicalité et réflexivité Garfinkel emprunte le terme d’indexicalité à Bar Hillel (1954), qui l'utilisait dans un sens linguistique restreint, à propos de quelques expressions indexicales appelées également deictiques : il s'agit de termes comme ici, maintenant, ceci, cela, qui n'ont de signification que par référence à un contexte. Si, par exemple, je dis : ici, il fait froid, seuls les gens présents, ici, avec moi, peuvent comprendre que je parle de ce lieu où nous sommes ensemble en ce moment : notre salle de cours, qui n'est pas chauffée. Pour des gens qui ne sont pas ici, je dois préciser : « ici, c'est la salle de cours C 022 de l'Université de Paris VIII à Saint-Denis », alors que pour ceux qui ont froid avec moi, le déictique ici était suffisant par une référence implicite au contexte, - la salle de cours. L'indexicalité généralisée, si elle est prise de manière radicale, si on l'applique à toute situation constituée en objet d'analyse, conduit à un localisme radical en sociologie et limite toute pratique d'enquête à l'attitude monographique et ethnographique. Ceci à des conséquences immédiates et fondamentales pour le fieldwork : la prise en compte de l'indexicalité radicalise la vocation microsociologique de l'ethnosociologie. De plus, si je veux saisir la signification des mots du langage commun propre à un groupe social, l'acquisition de la langue par une méthode rationnelle ne saurait être suffisante : je me heurterai toujours au problème de l'indexicalité, à moins de devenir membre de la communauté que je veux étudier. Et pour ce faire, je devrai, contrairement aux recommandations des sociologues de 58

Chicago (No doing native !), m'immerger totalement dans le groupe, devenir moi-même membre, être tout aussi à l'aise dans le langage naturel du groupe que si j'étais né parmi eux. Ceci conduit à l'observation participante complète (Adler et Adler, 1987). Lorsque je prends ma place dans la file qui se constitue en attendant l'autobus, je contribue activement à la constitution de cette file. Je fais respecter son ordre : « faites la file comme tout le monde ! » En même temps, réflexivement, je suis tenu de rester à ma place par l’ordre même que je contribue à constituer. Par mon arrivée et par mon installation dans la file, à la fois je participe activement à son institution et je suis institué par elle. Il n'y a pas un moment dans le temps où je serais instituant de cet ordre, et un autre où je serais institué par cet ordre que j'institue en tant que j'y participe puisque sans moi et sans ces autres moi qui attendent l'autobus, il n'y aurait pas de file d'attente. L'instituant et l'institué ne sont dissociés ici que par une description après coup ; ils ne le sont pas dans l'activité réflexive, ici et maintenant. La psychologie de la forme (la gestalt-théorie) illustre aussi, sans employer le terme, la notion de réflexivité. Selon la gestalt-théorie, tout élément d'une structure et la structure comme totalité se déterminent, se produisent réciproquement. La couleur que je vois sur la couverture de ce livre posé sur cette table est déterminée localement par son contexte de lumière et de colorations et c'est la dimension indexicale de l'activité réflexive ; en même temps, la même couleur contribue à produire son contexte de coloration et de lumière. L'ensemble des objets posés sur la table constituent, par leur totalité, le contexte sur lequel chacun d'eux se détache et est regardé : le fond n'est rien d'autre que l'ensemble des éléments et ces éléments, à leur tour, ne sont perçus que sur ce fond qu'ils constituent tous ensemble. De plus, cette perception n'est pas passive ; elle implique une activité perceptive. Mon regard sur les choses les organise, les constitue par un découpage, par une vue sur le monde qui est mienne et qui en même temps s'impose à moi, comme l'exprime ce passage célèbre de Paul Valery méditant dans le cimetière de Sète : «Tout entouré de mon regard marin ... » L'indexicalité et la réflexivité sont indissociables. La réflexivité est, comme l'indexicalité, constitutive du langage et des descriptions du monde que je produis : si je décris une situation, je contribue à la constitution de la situation que je suis en train de décrire. Le reporter qui décrit l'événement en cours contribue à la production de cet événement. Dans la pratique ethnographique, l'observateur participant contribue à produire par ses descriptions et son action la situation qu'il décrit (Schwartz et Jacobs 1979: 53-54).

La méthode documentaire d'interprétation Pour étudier le fonctionnement de la méthode documentaire d'interprétation dans la vie quotidienne, Garfinkel va construire un dispositif expérimental pour lequel dix étudiants de premier cycle d'université vont servir de cobayes. On leur dit que le département de psychiatrie a engagé une recherche sur les méthodes de la psychothérapie en tant qu'elles sont «un moyen de conseiller des personnes sur leurs problèmes personnels». En réalité, les sujets de l'expérience vont rencontrer un collaborateur de Garfinkel et non un psychothérapeute. Dans un premier temps, chaque sujet doit « exposer le contexte de quelques problèmes sérieux pour lesquels il souhaite être conseillé ». On leur dit qu'il sera répondu aux questions posées seulement par « oui» 59

ou par « non ». Le (faux) conseiller qui se tient, invisible, dans une pièce voisine enverra ses réponses au moyen d'un système émetteur-récepteur que le sujet débranchera lorsqu'il enregistrera ses commentaires au conseil reçu. Le premier étudiant raconte qu'étant juif, il sort depuis environ deux mois avec une fille nonjuive. Or son père, dit-il, n'est pas vraiment opposé à cette liaison, mais pas vraiment content non plus ; sa mère pense qu'il peut continuer à fréquenter son amie aussi longtemps que le père ne s'y opposera pas explicitement. L'étudiant veut savoir si dans ces conditions il doit persister et c'est la question qu'il pose au «conseiller» : - ma réponse est non, réplique le « conseiller ». Cette réponse a été tirée au hasard, avant l'expérience, comme toutes les réponses qui vont suivre. Mais l'étudiant ne le sait pas ; il la prend pour le conseil d'un vrai psychothérapeute. Dans son commentaire, il déclare que cette réponse est intéressante, qu'elle émane d'une personne non impliquée qui, de ce fait, peut mieux juger ; elle a dû, dit-il, sentir les risques de crise entre le père et le fils, et ce malgré l'attitude actuelle du père (je résume ici ce que le sujet a enregistré en tant que commentaire après la réponse « non »). Il demande ensuite au «conseiller» s'il doit avoir avec son père une nouvelle discussion. La réponse est « oui », Commentaire du sujet : « En effet, je sens que c'est raisonnable mais je ne sais pas vraiment quoi dire... » Puis il formule sa troisième question : « Si mon père me dit que je peux continuer de sortir avec elle, mais si en même temps, il donne l'impression qu'il est contre, dois-je continuer à sortir avec cette fille ? - Oui, répond l'expérimentateur. Commentaire du sujet : -Ah bon! Je suis vraiment surpris par cette réponse. J'attendais une réponse négative. Ceci s'explique peut-être parce que vous ne connaissez pas mon père et ses réactions... Et ainsi de suite. Garfinkel présente ensuite d'autres entretiens effectués dans les mêmes conditions expérimentales. Puis il commente les résultats. On constate «qu'aucun des sujets n'a eu de difficultés à aller jusqu'au bout de la série des dix questions, ni à résumer et évaluer les conseils comme on lui demandait de le faire après chaque réponse. Les réponses étaient perçues par le sujet comme des réponses aux questions. Il «faisait l'hypothèse... que les réponses étaient des conseils ». Puis : -Il n'y avait pas de questions pré-programmées ; la question qui suivait était motivée par les possibilités rétrospectives prospectives de la situation présente qui étaient modifiées par chaque échange. Le sujet faisait l'hypothèse que si la réponse n'était pas évidente pour lui, son sens pouvait être déterminé par une recherche active consistant en partie à poser une autre question afin d'établir ce que le conseiller avait à l'esprit... «La nouvelle question apparaissait comme le résultat de 60

Les réponses du «conseiller» étaient inductrices. Dans le cas de réponses contradictoires. de nouvelles questions : -Les sujets commençaient quelquefois par ce qui avait été donné en réponse. contrairement aux institutionnalistes français. Les ethnométhodologues.. montre comment la réflexivité est bien. 1975). parle de travail d'institution pour décrire l'activité instituante fondatrice de toute vie en société (Castoriadis. les sujets désiraient attendre les réponses suivantes. beaucoup d'efforts étaient déployés par le sujet pour retrouver l'intention possible de manière à éliminer les contradictions et incohérences ou toute forme de non sincérité éventuelle chez le conseiller. avec l'indexicalité. à la racine des procédures par lesquelles nous interprétons continuellement le monde social en fonction de nos besoins. Si le sujet avait demandé : « devrais-je aller à l'école pour étudier ? et que l'expérimentateur répondait « non» le sujet commentait ainsi : . Cette étude de la méthode documentaire d'interprétation. admis par chacun concernant des aspects normatifs de la famille.réflexions sur le cours passé de la conversation ». Ces éléments étaient supposés faire partie d'un « corps de connaissances de sens commun. limitée à la pratique de la sociologie savante chez Mannheim. du travail. Ces éléments normatifs du système social « vus de l'intérieur. prouvaient l'appartenance du sujet aux collectivités auxquelles il faisait référence ». seulement les institutions que le sujet considérait connues du conseiller comme de lui-même.. dans un article dont la première version paraît en 1965. On peut cependant considérer qu'ils décrivent eux-aussi cette dimension 61 . » Garfinkel résume le tout par une phrase qui constitue une excellente formulation de la réflexivité telle qu'il a pu l'étudier dans son laboratoire : -Chacun élaborait des évidences tout en étant en même temps élaboré par elles. on l'a vu. « Lorsque les réponses étaient insatisfaisantes.. Le travail d'institution Cornélius Castoriadis... les sujets se référaient aux différentes structures sociales. de la maison... La réponse identique. ou non. Pour apprécier le conseil.. décider de son caractère raisonnable. le sujet attribuait au conseiller ce qu'il avait mis dans sa question. de sa légitimité. En outre. afin de décider du sens des réponses précédentes. Mais « lorsque l'éventualité d'être dupé éveillait les soupçons chez les sujets. mais pas à n'importe laquelle. et plus précisément encore « des structures sociales normalement évaluées ». n'utilisent pas cette expression. la réponse du conseiller documentait le pattern de la tromperie au lieu du pattern du conseil».Il dit que je ne devrais pas aller à l'école pour étudier.. Les réponses incongrues étaient résolues en attribuant de la connaissance et de l'intention au conseiller. généralisée à l'ensemble du raisonnement sociologique pratique par Garfinkel.. offrait une réponse à une question complexe qui en termes de stricte logique propositionnelle n'autorisait ni un simple oui. ou incomplètes..

Le docteur Robert Stoller. ne comprend pas cette féminité presque parfaite dont Agnès affirme qu'elle est naturelle. Gender Identity. de psychologues et d'autres spécialistes en la matière. Elle est secrétaire dans une Agence à Los Angeles. qu'on doit lui enlever pour mettre à la place un vagin..si l'on met à part quelques exceptions qui confirment la règle . Agnès sera observée. dans ce cadre. une illustration de ce qu'est l'attitude naturelle. lorsque en 1957. Agnès est un jeune homme qui a décidé de changer de sexe au moyen d'une intervention chirurgicale. de la vie en société. Agnès et les médecins. un fait de nature : «du point de vue d'un membre adulte de notre société.essentielle. Certains insignes sont regardés par les gens normaux comme étant essentiels dans leurs fonctions identificatrices alors que d'autres qualités. ça n'est pas. dans cet établissement. en matière de sexualité : un ensemble d'allant-desoi. elle se présente à la polyclinique de l'Université où Garfinkel enseigne. très féminine. Pour la population normale. lui.se présente comme une évidence. interrogée et surveillée . Et on va finalement l'opérer. Les sensations appropriées. relations entre membres sont traités comme passagers. et circonstantiels. C'est dit-elle comme une verrue qu'il faut faire disparaître . ainsi que les 62 . L'attitude naturelle et le monde sexuel. bien que généralement oubliée. bien faite. . mène à ce moment-là. Il va se comporter avec elle. Garfinkel commence donc par décrire. sans lui donner de nom... Pour Stoller et ses collègues médecins. un système de routines qui produisent et maintiennent au jour le jour l'ordre social dans le domaine des identités sexuelles en tant qu'elles constituent des faits sociaux institués. dès les premières pages du texte de Garfinkel.. ça n'a jamais été pour elle un organe sexuel effectif. mâles et femelles. la possession d'un pénis pour un homme et celle d'un vagin pour une femme sont les insignes fondamentaux. traduit en 1978 en français sous le titre: L'identité sexuelle dont le chapitre II raconte l'histoire d'Agnès. comme le veut l'attitude naturelle. le milieu des individus normalement sexués» est peuplé de personnes des deux sexes. à la manière de Schutz. Et voici. L'équipe de Stoller a des doutes et malgré les apparences. Agnès Agnès est une jeune fille de dix-huit ans. On ne va pas intervenir aussitôt. il aura avec Agnès un certain nombre de conversations. Garfinkel fait partie du staff de Stoller et. ce monde quotidien dans lequel la division des êtres humains en deux sexes. Le membre adulte s'inclut lui-même dans cet environnement et se considère comme en faisant partie d'une manière ou d'une autre. considérée seulement du point de vue de son identitié sexuelle. L'observation d'Agnès va durer plusieurs mois et donnera lieu à ce travail interdisciplinaire auquel Garfinkel va prendre part au côté de gynécologues. accidentels. ami de Garfinkel. Elle vient demander aux médecins de mettre fin à une anomalie dont elle est affligée : une verge. actes. psychanalyste. semble prendre Agnès au mot. problème assez nouveau dans le champ médical de l'époque : il lui consacrera en 1968 un ouvrage. Garfinkel. on va d'abord procéder à une longue enquête. au terme desquelles il va reconstituer en partie l'histoire de sa vie. on va fouiller son sac en cachette pour voir si elle ne prend pas des hormones. une recherche sur les transexuels.

comme une femme de plein droit. dans le milieu où vit Agnès en dissimulant à tout le monde . et elle déteste tout particulièrement les homosexuels parce qu'ils le transgressent. Elle garde même ses distances par rapport aux transexuels qui fréquentent la même clinique. Elle décrit Bob comme un jeune homme parfait qui. qu'il faudra aussi réparer. on ne lui a pas transmis les règles de conduite qui. Mais il la reconnaît en tant que femme et le montre par ses gestes quotidiens lorsqu'il est en présence d'Agnès dans la vie de tous les jours : il ouvre pour elle la porte de sa voiture et s'assure que les coussins sont confortables avant de se mettre lui-même au volant . Ce fut une erreur administrative. Pour les gens normaux. Se comportant en galant homme. Parfois. Garfinkel semble se laisser guider en général par le discours d'Agnès avec parfois. dans notre société. Sa demande à elle. le sens de ce qui est droit et correct. Or il semble que dans les années 1950. puisqu'elle est depuis toujours de sexe féminin. accepte provisoirement son anomalie . mais il attend avec impatience l'opération qui doit parachever la féminité de sa fiancée. qu'il aurait dû laisser ce point dans l'ombre et accepter. Elle est une sorte de propagandiste acharnée de cet ordre.. Agnès en tant que femme. comme il le fait en général. parce qu'elle était affligée d'un sexe d'homme. Agnès est fâchée. et Bob. Cette norme véhicule avec elle. constituent la définition sociale du sexe : elle n'a pas appris. dit-elle. Cela n'est pas affaire de conviction. comme un constituant de sa signification intrinsèque.. parce qu'ils veulent eux aussi changer de sexe. aux États-Unis.. à faire la cuisine. A quelle nature pourrait-elle d'ailleurs renvoyer ? Apprendre les rôles féminins. lorsqu'il l'amène déjeuner au restaurant universitaire. une société normale est donc composée de membres qui sont de l'un ou de l'autre sexe. La reconnaissance d'un individu comme mâle ou comme femme est automatiquement faite par les membres normaux.. Garfinkel admet ce discours. les obligations des membres. Leurs conversations sont souples. il porte le sac d'Agnès. Pour le membre adulte. Contrairement à ce qui se passe avec les petites filles. a été élevée comme un garçon. établi par erreur à sa naissance sur la foi de certaines apparences. Elle est née femme malgré son état civil. le fait qu'elle refuse de présenter à l'équipe de Stoller sa mère.. tout est distribué en fonction de la possession d'un pénis pour les uns et d'un vagin pour les autres. s'inscrit tout naturellement dans cette division de la société entre mâles et femmes.sauf aux médecins et à Garfinkel -. le fait de ne pas connaître du tout l'art culinaire soit plutôt étrange : il pourrait produire de la suspicion. il constate qu'Agnès est très contente d'être reconnue par lui. son fiancé. par exemple. Ils conspirent donc ensemble à produire et maintenir en permanence l'ordre sexuel du monde à travers ses manifestations. il se peut même qu'il ait des doutes quelquefois. comme on peut le voir à la manière dont il reconstruit la vie d'Agnès à partir de ses récits et de ses souvenirs pleins de trous. etc. Agnès : une femme avec un sexe d'homme. par amour pour elle. Agnès. la présence d'objets sexués dans un environnement donné à la caractéristique d'être un fait naturel. Il semble même avouer qu'il a gaffé. mettre en doute cette image de jeune fille accomplie qu'Agnès 63 ..activités. quelques demandes de précisions qui ne sont pas toujours bien accueillies. cependant. n'est pas à proprement parler de changer de sexe. Il y a donc des trous dans le récit de sa vie : mais que peut signifier ici cette notion de vérité ? L'histoire d'une vie est toujours une reconstitution. et alors il s'excuse. tous les nondits sur l'enfance d'Agnès. son anomalie sexuelle.

comme un fait social donné. Garfinkel -. qui est d'origine étrangère. il contribue lui aussi au maintien de cet ordre social réglé. nous construisons continuellement la distinction sociale des hommes et des femmes. Ce faisant. Elle est obligée d'observer continuellement ce que font ses copines. tout comme la marchandise chez Marx. Il dévoile ce processus de réification qui fonde l'attitude naturelle de l'homme dans le monde. qui constitue l'introduction aux Studies et à l'ensemble du mouvement ethnométhodologique : « Prenant le contrepied de l'enseignement de Durkheim. lorsqu'il porte son sac. avec des attributs bien visibles et bien distincts. on proposera . avec l'aide indispensable d'Agnès. dans des circonstances pratiques. aurait dit Sartre. Agnès ne lui dit pas qu'elle ne sait pas cuisiner du tout. rend l'invisible visible. tout court. Elle devient ainsi. Ce préjugé du monde.affiche dans le monde. ne constituent pas un ciel des normes déjà là et qui se reproduirait simplement par la socialisation des enfants. bref. selon lequel le principe fondamental de la sociologie est la réalité objective des faits sociaux. son analyseur. Ce n'est pas seulement son propre travail . cache à ses membres ce travail. En même temps. car la société. sa production sociale et son maintien. elle apprend à se servir des fourneaux. il n'y a pas de règle au repos. D'où le renversement – « le slogan de mon enseignement ». des épices. Agnès rend visible ce travail d'institution. l'ethnographe de la féminité américaine dans les années 1950. qu'elle désire apprendre sa façon exotique de faire la cuisine. localisées. Les règles sociales qui régissent les identités sexuelles. or elle a besoin d'être vue partout. dans le regard des autres. comme une jeune fille accomplie. en tant que composantes sociales d'un ordre donné. Mais comment apprendre à faire la cuisine sans avouer qu'elle n'a pas déjà appris à cuisiner dans son enfance comme toutes les petites filles de son âge ? Une occasion se présente : la mère de son fiancé. Cette édition continuelle de signes qui manifestent l'ordre social est nécessaire à son maintien. Elle a besoin de voir sa féminité. ce qui pourrait éveiller quelques soupçons . pour les membres qui font de la sociologie. 1984). c'est le travail de nous tous dans la vie quotidienne. Une règle sociale n'existe que si l'on en fait usage dans la vie de tous les jours où elle sert à régler nos relations quotidiennes. c'est l'oubli de son institution. comme nous tous. Elle dit donc à la mère de Bob. Garfinkel en tant qu'analyste. Agnès. disait un jour. Et ainsi de suite. Lorsque Garfinkel prépare l'installation d'Agnès dans sa voiture. oublie ce travail permanent. écrit Garfinkel. Par un travail incessant. naturel et éternel (Quéré. flirtent avec les garçons. Comment l'écrit Wittgenstein.que. ce travail est occulté par la société et l'ordre social apparaît comme un ordre naturel. Ces règles n'existent que dans la mesure où elles sont continuellement reprises et re-produites. Elle aide Garfinkel à analyser cette exhibition (account) de la féminité. le phénomène 64 . et par tous. par nécessité. Il n'y a pas de règle au repos.comme postulat et comme orientation de recherche . par les membres de la société. La réification. comment elles s'habillent. de sorte que sa féminité se présente idéalement. elle apprend à faire la cuisine. mais non remarqué. produites à nouveau.

Il va le montrer en jouant avec Cicourel qui l'interroge.. Shumsky montre que le groupe de rencontre . avec qui Shumsky prépare sa thèse. avec des séances hebdomadaires. il dit à Cicourel : -Je suis psychanalytiquement endoctriné. Cicourel : . On dispose d'un enregistrement vidéo de la séance à ses débuts. tout comme le T. sous la direction de Cicourel effectue une étude ethnométhodologique consacrée à une session de groupe de rencontre dont il est l'animateur. mais dans une pièce voisine de celle où a lieu le groupe de rencontre. à la gestalt-thérapie. qui consiste à exprimer ses problèmes devant l'ensemble du groupe thérapeutique. Jay : . Il connaît parfaitement les ficelles de cette technique. On lui propose donc ensuite de s'exprimer librement. ou encore instituer . La seule suggestion proposée au départ est fournie par la projection du film vidéo. spontanément. et en mettant à jour l'impensé de la situation. etc.c'est-à-dire produire. dans la conduite de ce groupe. le siège chaud. Marshall Shumsky qui prépare son Ph. Jay est un habitué de ce groupe de rencontre qui s'est déroulé sur une longue période. Au début de l'entretien. un travail fondateur. comme va le montrer un autre passage du même ouvrage de Shumsky. mais non remarqué. Nous allons faire un détour par cet ouvrage trop peu connu : il va nous introduire à la problématique fondamentale de l'entretien.. ni pour le groupe.Oui (. utilisent pour cela des procédés ingénieux. dans leur existence quotidienne. » De l'institution d'un groupe de rencontre à celle d'un entretien En 1972. Après être passés par la technique dite du hot-seat.l'encounter group californien associé à la bioénergie. et plus particulièrement du moment pendant lequel le sujet interviewé est passé sur le hot-seat. ni pour lui-même. il nous montre l'impensé de toute situation thérapeutique ou pédagogique. plus d'un an. Et c'est probablement parce qu'il est mal à l'aise .une certaine situation. assied-toi. Il est donc capable de jouer avec les stratégies qui font partie de l'arsenal habituel du psychosociologue praticien. et plus généralement de toute situation dans laquelle des êtres humains se rencontrent et doivent définir ensemble . D (doctorat). certains participants sont invités à s'entretenir sur ce qui vient de se passer avec Cicourel. que Shumsky découvre cette dimension instituante et la décrit avec beaucoup de pertinence.fondamental est la réalité objective des faits sociaux en tant qu'accomplissement continu des activités concertées des membres qui. considérés comme allant de soi. sur ce qu'il vient de vivre. . Ce faisant. ce qui est implicite et jamais interrogé dans ce type de relations. Group qui l'a précédé. L'entretien se tient sur les lieux de l'expérience.suppose toujours. Et c'est bien ce qui se passe dans l'entretien.Avez-vous du feu ? Cicourel: .) 65 . ce travail est la hantise de l'animateur du groupe mais il ne l'explicite jamais. d'institution active et permanente du groupe par lui-même .il nous le dit lui-même -.Oui.

c'est ce retournement de la situation. 66 . Des ensembles localisés de pratiques instituantes (ELPI) Ce travail sous-jacent à l'activité nommée leçon.Que voulez-vous savoir ? Il pose sa question après avoir souligné de manière un peu ironique (« avez-vous du feu ?») l'effort que fait l'enquêteur pour le mettre à l'aise. On voit que dès le début l'enquêteur essaie de créer. mais il ne le voient pas et cela ne les intéresse pas. . Des ensembles localisés de pratiques instituantes sont constamment sous-jacents aux échanges et aux actions. et d'autre part maintenir le cadre institué de cet entretien. l'expression également de ses sentiments -. Avec la phénoménologie sociale. alors qu'il est déjà parfaitement à l'aise. le programme de recherches esquissé (inauguré ?) par Rousseau se trouve enfin reconnu. Rousseau avait déjà. On n'est pas ici. pour faciliter l'expression du sujet -. C'est une situation où quelqu'un mène une recherche. Jay connaît ces trucs . avec bien sûr l'arrière-pensée qu'ainsi l'autre va parler spontanément -. qu'ils communiquent. Jay qui « connaît la chanson» s'amuse à dé-construire la situation en la retournant : c'est lui qui pose à l'enquêteur la première question : . il le montre en renversant la situation. Alors qu'il devrait répondre à des questions. Les trucs habituels de psychosociologue pour mettre à l'aise. qu'ils entrent dans des interactions diverses. il en pose. mais qui n'est jamais décrit en ces termes. désigné cette région méconnue de la vie sociale en termes de contrat social.de la même manière que l'animateur du groupe de rencontre doit construire et maintenir en permanence cette situation spécifique qu'on appelle groupe de rencontre. au sens actif du terme. il n'était saisissable que par ses effets. dans le contexte philosophique de son époque. on ne pouvait pas dire grand-chose. comme le recommandent les manuels. Mais de ce fondement. puis l'ethnométhodologie. Les gens. un climat de détente (« asseyez-vous »). groupe thérapeutique ou entretien non structuré est. dans une rencontre sociale courante. ou que l'enseignant doit construire avec ses élèves et maintenir en permanence une situation pédagogique contrôlée d'apprentissage et de transmission de savoir. en même temps qu'ils agissent.Jay : . Mais l'important n'est pas le contenu de ce qu'il dit. et des méthodes d'investigations adéquates sont mises en place pour le réaliser. Il montrait que ce contrat était la condition de toutes les décisions qu'il appelait politiques pour indiquer qu'elles organisent la vie en société. en effet. sont ironiquement soulignés. ils doivent constamment assembler le social. doivent produire et entretenir les conditions de possibilité de tels échanges . Celui qui conduit l'entretien doit à la fois veiller à l'émergence d'un matériau utilisable dans le cadre de la recherche -les commentaires du sujet. un travail d'institution. selon les règles de l'art et. Il faut donc construire et maintenir l'entretien défini comme situation d'un certain type.Mais que voulez-vous donc savoir ? Vous êtes ici en train de m'observer. Il fait apparaître un travail nécessaire à la conduite de tout entretien.

ce n'est pas pour remédier à leurs éventuelles défaillances. par exemple. collecter des données sur le terrain. consulter des documents. On retiendra de ces ouvrages quelques passages essentiels. soit une population. en effet.c'est pour en dégager les présupposés. soit administrer des questionnaires. des ethnométhodologues s'occupent. pour eux. On ne peut pas déduire du discours ethnométhodologique. 1984). il faut se donner un objet de recherche et des méthodes appropriées pour l'aborder. un ouvrage. qu'elles soient profanes ou professionnelles constituent une manière de produire un fait social (Conein. Ensuite va commencer la collecte des données. On choisit d'abord soit un terrain. Si elle s'intéresse aux méthodes de la sociologie. un mémoire de recherche. et non pour l'améliorer. Les techniques de la sociologie «standard» Pour engager une recherche concrète. Mehan et Wood. une manière de faire du travail de terrain . méthodologie appelée aussi quantitative. de l'observation participante . traiter les réponses obtenues. procéder à des entretiens plus ou moins structurés.VI Critique de la sociologie «standard» Chez les ethnométhodologues (par exemple : Cicourel. comme le fait Garfinkel dans certains chapitres des Studies. si un ethnométhodologue parle du travail de terrain. 1983 . Schwartz et Jacobs. À cet effet.comme le fait par exemple Cicourel dans son livre de 1964 sur La méthode et la mesure . Ce travail passe par un certain nombre de phases. 1975 . La dernière phase de la recherche sera celle de l'analyse et de la rédaction. c'est dans le cadre d'un projet plus radical : il s'agit en effet. ramasser un matériau à partir duquel on pourra procéder à des analyses et rédiger un rapport. plutôt que comme une illustration du projet ethnométhodologique proprement dit. de montrer comment les enquêtes. de la technologie des enquêtes. en sociologie. on va soit observer des situations. on trouve une critique (au sens d'un examen des fondements) de la sociologie dite positiviste ou standard. 1964 . 1979). Lorsque. solliciter peut être des récits de vie. Il faut rappeler enfin que l'ethnométhodologie ne propose pas de nouvelle méthode pour faire de la sociologie. tandis que l'expression sociologie standard vise plutôt une certaine méthodologie des enquêtes. On doit cependant considérer ces critiques de la sociologie positiviste et standard comme des retombées de l'ethnométhodologie. 67 . La notion de sociologie positiviste désigne ici une théorie de la sociologie et de son objet qui est la vie des hommes en société. etc. recueillir des documents officiels ou personnels. Benson et Hughes.

Enfin. que ces structures. entretiens ethnographiques. Construction d'un échantillon et administration d'un questionnaire Pour mener une enquête correspondant aux normes de la méthode quantitative. Traitement des «données» Les « données» issues des rencontres entre enquêteurs et enquêtés ne sont pas des matériaux bruts. l'outil mathématique et statistique est mis à nouveau à contribution pour le traitement des réponses.au statut de « données sociologiques ». de valeurs qui dans le système social étaient jusque-là invisibles. Ces tableaux sont en général à double entrée : on indique dans un ordre vertical certains facteurs caractéristiques de la population (âge. On administre ensuite aux membres de l'échantillon un questionnaire qui est lui-même l'aboutissement de procédures complexes avec des questions dont les réponses sont fixées (on peut répondre par oui ou par non à chaque question. sous la plume du sociologue. sur lesquels porte l'enquête.) qui constituent ce qu'on appelle les variables indépendantes. ou enquête standard. Ces réponses obtenues vont faire l'objet d'un traitement passant lui-même par un certain nombre de phases au terme desquelles on verra apparaître. Ces matériaux ont été travaillés. mais présents. les systèmes de relations sociales. On admet que les membres de cet échantillon représentent l'ensemble de la population qui intéresse les enquêteurs. On le voit. de normes. On suppose. normes. on commence en général par établir un échantillon statistique (aléatoire) de la population étudiée. des croyances. des actions passées ou présentes. les déclarations fournies . constitue une variable indépendante). constituent les variables dépendantes. la mesure) caractérise la première (échantillonnage) et la dernière phase (traitement des réponses) du processus. traités pour passer du matériau initial . récits de vie). avec ses principales caractéristiques démographiques. Les résultats vont être ensuite présentés sous forme de tableaux. on l'a dit déjà. qui est la traduction du positivisme dans la recherche empirique. par questionnaires et traitement statistique). Il constitue comme un modèle réduit de la population totale. L'autre dimension du tableau est consacrée aux variables dépendantes (la réussite ou l'échec scolaire. alors que l'origine géographique des élèves par exemple. On se limitera ici à l'enquête quantitative.les réponses obtenues. de chiffres et de pourcentages. etc. pour les deux grandes orientations de la recherche empirique en sociologie : l’orientation quantitative (l'enquête par échantillonnage. mais cachée des propos recueillis au cours des entretiens. sexe etc. la quantification (le nombre. Pour le sociologue.Ce schéma très général vaut. il existe une société 68 . ou bien il est possible d'indiquer un choix sur un ensemble limité de possibilités). en principe. l’orientation qualitative (l'enquête par observation participante. a) Les déclarations recueillies au cours de cette phase de la recherche peuvent concerner un très grand nombre de sujets ou objets de recherche : des attitudes. valeurs constituent la source véritable. des opinions.

On attend de lui. que les choix contraints par les questions fermées (répondre oui ou non. Le sociologue positiviste n'a pas oublié la recommandation de Durkheim : méfiez-vous du sens commun ! Durkheim et ses élèves en concluaient qu'il ne fallait pas enquêter. etc. Mais rares sont les enquêteurs de ce type qui s'intéressent aux attitudes individuelles pour elles-mêmes . Ils sont d'une certaine manière des collègues (Zimmermann et Polner 1970). qu'elles sont explicites et sans équivoque . et qu'il ne les trouvera pas intimidantes .ce qui suppose aussi qu'il existe une relation positive entre les paroles et les actes. voici ce que je crois au sujet de ce qui est indiqué dans cette question . qui fait l'objet de l'enquête. ce que l'enquêté pense à propos des diverses situations (par exemple des élections) et ce qu'il compte faire au moment du choix. mais des observateurs. que celui qui répond comprendra ces questions dans le sens voulu par l'enquêteur. que l'enquêteur parviendra à manifester sa neutralité en l'affaire (montrant qu'il n'a pas lui-même de préférence par rapport aux éventualités proposées dans le questionnaire). font état de perceptions formées et déjà modelées par leurs expériences sociales. qu'il soit en mesure de contrôler les risques de biais et de garantir la validité des données recueillies. il considère qu'il dispose d'instruments plus fidèles et plus valides qu'au début de ce siècle. Une rencontre sociale L'enquête est l'occasion d'une rencontre sociale. et pré-codées en vue d'un traitement statistique et informatique ne vont pas exclure d'éventuelles réponses plus valides qu'il aurait pu faire s'il n'avait pas eu cette contrainte qui ferme la question . mais non visible. au moyen d'une série de questions qui ont été testées par avance et travaillées selon des techniques souvent assez sophistiquées. enfin. en tant qu'acteurs sociaux. et non. que ces questions ne vont pas susciter chez le sujet des réponses dont le vrai motif serait que c'est ainsi qu'il convient de répondre . Mais ce traitement des matériaux suppose que les enquêtés. Il lui faut donc s'assurer que les propos de l'enquêté ont valeur de vérité. profanes certes. les réponses obtenues ainsi par les enquêteurs peuvent être partielles et partiales. un invisible derrière le visible qui se donne à voir et à entendre dans la vie de tous les jours. ont pour but de faire surgir. . Cependant. Cette interaction interfère avec la démarche dite scientifique du chercheur. . finalement. la plupart d'entre eux considèrent simplement que ces attitudes indiquent le comportement futur du groupe d'appartenance de l'enquêté. tout de même. déformées par des idéologies. ou choisir une réponse préfixée si c'est à choix multiple).vraie. Bien plus : tout ce travail admet implicitement que les enquêtés sont déjà des analystes de leur société. Le sociologue standard est aujourd'hui. ou les questionnaires. que c'est la réponse qu'on attend de moi. Mais on oublie en général d'y aborder la dimension interactive des rencontres initiales. moins absolu . Les entretiens structurés. de manière à ne pas biaiser la réponse qu'il va recevoir et invalider ainsi les données de cette population. qu'ils expriment de manière précise ses points de vue sur 69 . b) Le chercheur suppose que les questions contenues dans son questionnaire sont adéquates à l'élucidation des problèmes qu'il se pose .tout en utilisant les enquêtes des autres. Il existe d'ailleurs une importante littérature concernant ces problèmes de technologie des enquêtes.

toujours selon les manuels d'enquête. il fait partie du raisonnement sociologique pratique. on annonce des définitions opérationnelles de concepts théoriques. prend en considération de manière implicite. Il lui reste à appliquer ces règles générales de l'enquête aux circonstances particulières. sinon d'une manière abstraite et hors contexte. sur les effets de l'âge de l'enquêteur. Au départ. sur sa valeur de vérité. qu'au contraire l'anonymat est rigoureusement garanti. Mais les tableaux de résultats établis en fin d'enquête ne rendent pas compte de tout le travail accompli pour aboutir à ces résultats. les interactions sociales enveloppées dans la rencontre. en général. Le corpus de règles à suivre. qu'il peut se confier à l'enquêteur. ses attitudes.la réalité qui l'entoure. L'analyse déductive et les indicateurs sociaux La sociologie quantitative est fondée sur un modèle d'analyse déductive . Par exemple. éviter d'apparaître comme menaçant ou encore de donner l'impression qu'on souhaite entendre plutôt telle ou telle réponse. On a fait des recherches. ses explications sont énoncées en termes de causalité. 70 . l'enquêteur doit évaluer constamment les effets de cette rencontre sur le matériel recueilli. pour éviter les ambiguïtés (les ouvrages sur l'enquête sont abondants sur ce point). Comme le remarque Cicourel (1964). il lui faut mettre en œuvre tout un ensemble de procédures. « l'enquêteur qui conduit un entretien ne peut faire l'économie des interprétations de sens commun. Pour ce faire. Il faudra également. pour tenter de le rendre plus performant. Une relation de cause à effet y est posée en principe explicatif. Pour y parvenir. les questions posées ne doivent surtout pas être ambiguës. dans la rencontre. par exemple. De nombreuses recherches visant précisément à perfectionner l'interview en tiennent compte. à les tester au cours d'une pré-enquête. qui l'a muni de toutes les procédures et théories concernant la passation du questionnaire. Il existe toute une démarche destinée à mettre au point les questions. Les règles de sens commun. confirmé ou rejeté en fonction des résultats de l'enquête ainsi effectuée. son statut social. qu'il n'y aura pas ensuite d'indiscrétion.. ses convictions. l'enquêteur suivra un ensemble de règles dont la finalité est précisément de garantir que l'éventualité de biais liés à cette situation de rencontre a été maîtrisée. son origine raciale.cela fait en quelque sorte partie des recettes que l'enquêteur doit connaître -. C'est ce que Garfinkel appelle ad hocing . On procède ensuite à des observations dont les résultats sont confrontés à ceux qui ont été prédits à partir des hypothèses de départ. Le point de départ théorique est alors modifié. Ce travail d'interprétation n'est d'ailleurs pas expliqué dans les manuels qui présentent les règles de l'entretien. une hypothèse à tester annoncée au début d'une enquête est dérivée d'une théorisation préalable. pour réussir un entretien. Souvent l'enquêteur a reçu une formation. même sur des détails intimes qu'il ne confierait à personne d'autre sans que cela puisse avoir des conséquences par la suite. sont les conditions incontournables pour obtenir l'information désirée ».. . sur les réponses des enquêtés en fonction de leurs propres caractéristiques démographiques. Enfin. On recommande à l'enquêteur d'instituer une situation dans laquelle l'enquêté aura l'impression qu'il peut s'exprimer en toute liberté.

Toutefois. ici la notion de la morale. pour édifier le savoir sociologique savant sur la société. Les présupposés des enquêtes Premier exemple: une enquête d'opinion Benson et Hughes (1983 : 77-78). En effet. L'enquêté était invité à choisir entre deux possibilités en matière de politique économique : soit réduire les 71 . habituellement liés à des niveaux de moralité plus ou moins élevés…» (Trow. mais plutôt des indications de processus. on peut donc désigner la transformation de matériaux bruts. recueillis sur le terrain par entretiens. Le sociologue est contraint de raisonner en termes d'indicateurs. C'est pourquoi ils ont adopté finalement une stratégie tout à fait étrangère à la démarche des sciences naturelles. Par la notion sociologique des indicateurs. ne peuvent être directement observées. en données sociologiques. présentent et commentent les conditions dans lesquelles fût effectuée une enquête d'opinion concernant certains choix électoraux (Butler et Stokes 1969). Mais même si l'on retient cet axiome de base selon lequel les discours des enquêtés indiquent quelque chose de vrai quant aux processus sociaux sous-jacents. ne sont pas directement observables. parce que son but final est l'explication causale des faits sociaux et non le contenu expérentiel des situations. Un propos de Trow est une bonne illustration de cette démarche : « La morale ne peut pas être directement mesurée. on ne dit pas clairement comment on peut établir que tel propos est vraiment indicatif dans telle situation particulière qui fait l'objet de la recherche engagée. Trow écrit ensuite : « Un indicateur empirique est un signe observable qu'il existe quelques caractéristiques non observables d'un individu ou d'un groupe. à condition de les traiter. les sociologues savent bien que les relations qu'ils construisent. Le terme morale désigne ici la cause hypothétique de tel comportement. qui leur servait au départ de modèle. de valeurs. on mesure directement les phénomènes dont on s'occupe. Cette sociologie voit en effet dans les propos des enquêtés non pas des propositions directement utilisables. en se limitant à l'administration d'une question fermée figurant dans un questionnaire. 1963) Trow admet ainsi que les concepts utilisés par la sociologie. de normes que l'on peut incorporer. même si cela n'est pas manifeste de manière non équivoque dans la vie des gens qui sont supposés agir en fonction de cette morale. les sociologues pour introduire la rigueur de la mesure dans leurs déductions doivent passer par la prise en compte de ce qu'ils appellent des indicateurs. alors que dans les sciences de la nature. Le fait de se rapporter à des indicateurs empiriques en sociologie est l'équivalent de l'observation de la fumée comme l'indicateur ou le signe naturel de la probable présence du feu » (ibid). écrit Trow : mais sa présence et ses effets peuvent être indiqués par des événements directement observables. dans des constructions scientifiques. à l'état brut.

Il devra en même temps éviter les pressions sur l'enquêté qui pourraient l'amener. soit accroître les dépenses des services sociaux . en faisant préciser le choix. et que tous ont donné des réponses dont la signification est équivalente : pour que le sociologue puisse additionner les réponses obtenues et établir ainsi que « X pour cent de Y personnes sont favorables à l'accroissement des dépenses sociales ». l’'idéologue. etc.et cela risque de 72 . et l'on pourra ainsi construire. en économisant dans d'autres secteurs de l'activité gouvernementale comme la défense. toujours avec Benson et Hughes. Interrogeons maintenant. Comment peut-on alors affirmer que la réponse à la question posée a le même sens pour tous les sujets interrogés ? Comment. il pouvait aussi répondre je ne sais pas ou. les données recueillies consistent visiblement en une déclaration de l'enquêté apparemment sans équivoque : on doit pouvoir administrer ce type de questionnaire à un large échantillon de la population . La question sera : comment ces sociologues peuvent-ils parvenir à ces conclusions générales à partir de ces questions posées à des individus ? Quels sont les postulats implicites de cette recherche ? a) On suppose d'abord que l'enquêté a bien saisi le sens de la question qui lui était posée. explorer la réponse initiale en demandant des précisions. Si l'enquêté. comme le niveau d'instruction. La sociologie quantitative implique en général l'adjonction de questions supplémentaires. En utilisant ces techniques complémentaires. etc. dans le questionnaire. à partir des résultats de cette enquête. Mais on suppose que l'enquêté n'a pas répondu au hasard.. une typologie politique en distinguant le militant typique. dit-on. a répondu de manière incertaine quant au choix proposé (et préfixé) entre les dépenses sociales d'une part et l'accroissement des impôts d'autre part. il faut aussi cette présupposition. On pourra même utiliser des échelles d'attitudes et mettre ensuite les réponses obtenues en relation avec l'idéologie des enquêtés ou le degré d'apathie politique. l'enquêteur pourra demander des précisions. d'épreuves statistiques. par exemple. à faire un choix fondé sur d'autres motivations : il a voulu. etc. etc. le chercheur pourra contrôler. la lecture des journaux. par exemple. ne pas passer pour un ignorant aux yeux de l'enquêteur.impôts. et faire figurer ces résultats dans une étude socio-politique. réduire les impôts ou augmenter les dépenses sociales. Dans cet exemple. on supposera que chaque enquêté a compris de la même manière la même question. le choix était bien délimité et le sujet devait choisir entre deux possibilités seulement . le parti pour lequel ils déclarent voter. d'échelles d'attitudes. que X pour cent des partisans du parti travailliste sont favorables à l'accroissement des dépenses sociales. la profession. . de quelle manière (dans quelle proportion) on pourrait accroître ou réduire les dépenses sociales. par exemple. d'autre part. la procédure d'enquête qu'on vient de décrire. pour dissimuler son ignorance en la matière. Dans l'exemple cité. Mais on n'indique pas. b) Lorsqu'on va compter les réponses des sujets. on pourra ensuite mettre en rapport les réponses obtenues avec certaines caractéristiques sociales des enquêtés (variables indépendantes). connaître jusqu'où l'enquêté accepterait de voir monter les dépenses sociales ? Le sociologue n'ignore pas systématiquement les problèmes qu'on vient de soulever. cocher la case indiquant : sans opinion. On montrera alors.

nous allons poser des questions sur le travail du chef de famille. une autre tâche attend notre enquêteur : il devra trier. parmi les réponses recueillies. à l'aide du questionnaire. et le nombre effectif actuel.. Cicourel voulait mettre à l'épreuve les méthodes standard de la sociologie quantitative par un travail de terrain. celles qu'il considère comme valides et rejeter celles qui n'entrent pas dans le sujet traité. Deuxième exemple: une enquête socio-démographique On a construit de très nombreuses théories socio-démographiques à propos des facteurs censés influencer le taux de natalité et. qui nous intéresse directement. sera élevé le nombre d'enfants ». la durée de l'emploi qu'il occupe. Cela fait. est la variable dépendante. Les réponses aux questionnaires seront transformées en chiffres qu'on inscrira sur un tableau croisé. de la famille. mais seulement dans la mesure ou elle est supposée exercer une action causale sur la variable dépendante. et moins.peser sur l'expression réelle et sincère d'une opinion. qui est le phénomène de la natalité. Pour l'aider dans cette tâche. la taille de familles. on va poser des questions concernant les enfants. on ne dira pas qu'on a établi. ou souhaitée. On a dégagé des propositions telles que : « dans une période de déclin de la population. Ces réponses fourniront des indicateurs de la réalité que nous cherchons à connaître. Il lui faudra décider quelles réponses sont consistantes ou au contraire inconsistantes. Ensuite. la position économique (réelle) du père et les attitudes à l'égard de la dimension idéale. Cette tabulation permettra de procéder à une analyse du rapport entre la variable dépendante (le nombre d'enfants désirés) et la variable indépendante (le statut socio-économique des familles enquêtées). . Ce qui précède peut être le résumé d'une enquête que Cicourel mena en Argentine sur la fécondité des familles et le planning familial (Cicourel 1974a). on va procéder à la mise en tableaux des résultats. Mais on considèrera que les réponses obtenues sont des indicateurs des choses.. probablement. à la faveur d'une enquête par questionnaire. On va tenter de vérifier ces hypothèses par des enquêtes visant à mettre en évidence les facteurs socio-économiques à l'œuvre en tant que déterminants. d'autres éléments obtenus à partir d'un ensemble de questions visant à obtenir des réponses non équivoques. Pour préciser le niveau socio-économique par exemple. On va demander le nombre d'enfants désirés. Cette proposition se transforme en : « Plus bas est le statut économique d'une famille et plus élevé sera le taux de fécondité ». pour tenter de nous faire une idée précise de l'attitude adoptée par telle famille de l'échantillon considéré. La taille de la famille. Lorsque les questionnaires. La CSP du père (catégorie socioprofessionnelle susceptible d'indiquer un niveau économique) est une variable indépendante : elle nous intéresse non pas directement. par conséquent. plus élevé est le niveau de vie de la famille. auront été remplis. 73 . le montant du salaire. Puis.administrés à une population en fonction de l'échantillonnage préalable -. il dispose de techniques permettant de tester la consistance des réponses. A la connaissance de la CSP du père viendront s'ajouter. comme la fumée indique la présence du feu.

Comme l'écrivent Mehan et Wood : « Toutes les sciences. produisent des abstractions à partir de ce qu'elles étudient. Mais cela ne se voit pas dans les tableaux issus de l'enquête où la stabilité qu'on peut lire dans les chiffres est ainsi en contradiction avec l'instabilité familiale effective de la population étudiée. banales. il faut d'abord transformer la réponse de l'enquêté à la question qui lui est posée en un chiffre. on ne retrouve plus les activités concrètes à partir desquelles tableaux et théories ont été édifiés » (Mehan et Wood. avec la sociologie. Mais cette enquête par questionnaire passait à côté de la réalité : elle ignorait les éléments de vie quotidienne qui influencent réellement les décisions concernant le nombre d'enfants désirés dans les familles. On le voit. Or. On pouvait lire également que la majorité des sujets rencontrés par les enquêteurs se déclaraient catholiques. nécessairement. les relations sexuelles et les mariages. le contrôle des naissances devrait bien fonctionner. et davantage encore dans les théories élaborées à partir de ces tableaux. Le problème. il est admis en sociologie que la stabilité des familles a une influence sur le nombre d'enfants et sur le contrôle des naissances. mais il ne sait rien de ce qui se passe réellement dans la vie sexuelle des gens. De là. et les gens ne voulaient pas enfreindre la loi religieuse. qui oublie en chemin l'interaction entre enquêteur et enquêté. on pouvait conclure à la lecture des tableaux reproduits par Cicourel. est lié au fait que sa manière d'abstraire déforme systématiquement ce que le sens commun nous dit de la vie quotidienne des gens. le démographe ne se donne pas la peine d'observer les habitudes de vie et d'hygiène qui peuvent avoir une influence 74 . étaient divorcés. comme lieu de naissance des villes de plus de 100 000 habitants : on avait donc affaire à un échantillon essentiellement urbain. 33 de veufs). De plus. L'enquêteur classique n'est pas intéressé par cette rencontre et pas davantage par les réalités concrètes. C'est l'opération de codage. Pour parvenir à ces tableaux. et que peu d'entre eux. puis. pour divorcer. de là. Mais les gens moins fortunés ne pouvaient assumer les frais du voyage et des formalités administratives et judiciaires requises. selon leurs déclarations. nécessaire au recueil des réponses. séparés ou remariés. il n'existait pas en Argentine de législation du divorce. le divorce n'était pas reconnu par l'église catholique. et 1. la tabulation sociologique des données recueillies par l'administration d'un questionnaire ne rend pas davantage compte des réalités complexes de la vie quotidienne que les scores obtenus par la passation d'une batterie de tests ne donnent une description précise et fine des capacités intellectuelles de l'enfant. en Argentine. Dans les tableaux croisés de la sociologie. quotidiennes qui sont à la source des faits sociaux comptabilisables.Sur l'un des tableaux croisés que Cicourel reproduit. Les gens des classes moyennes et supérieures. L'analyse proposée ici ne doit pas cependant être lue comme un rejet d'abstraction. sont en général stables (à 95 % environ selon ce tableau. allaient en Uruguay ou au Mexique. traditionnellement. à des élaborations théoriques. Au moment où cette enquête a été effectuée. on pouvait lire que 90 % des hommes interrogés et 83 % des femmes avaient désigné. contre 4 % de couples séparés. 1975). ceci : étant donné que les mariages. Ils restaient donc mariés officiellement et s'engageaient en même temps dans des relations extra-maritales. De même. Le chercheur dont Cicourel cite les statistiques comptabilise les naissances en Argentine.

de la vie quotidienne. on utilisa des tests de lecture. Au lieu de procéder à l'observation directe. figurent dans un ouvrage collectif (Cicourel et alii 1974b). les sociologues ont accès de manière plus économique et plus sûre à des données que par l'observation directe. Il y a là un processus d'aliénation du quotidien. Un tel type de recherche n'est jamais concerné directement par la question plus générale du rapport entre ce qui est dit au cours de l'interview et les événements qui se produisent dans le monde. Après une passation de tels tests dans deux classes d'écoles 75 . qui devaient aboutir notamment à des thèses produites par la seconde génération d'ethnométhologues dans les années 1970. dans l'argument selon lequel en utilisant des réponses à des questionnaires et en quantifiant les résultats. » La méthode quantitative avait trouvé sa première justification majeure à Chicago même. À quoi il a été répliqué que même si l'enquêté dit le vrai. une traduction de cette vie à travers les catégories d'un certain langage.est finalement remplacé par un ensemble abstrait de forces et de vecteurs. Les résultats résumés de ces recherches. le fait de savoir si les enquêtés disent la vérité quand on les interroge. le sociologue standard demande simplement aux gens de parler à propos de ces choses.il y a toujours la distance entre les mots et les choses. en dirigeant l'entretien. Puis il traite ces descriptions ainsi recueillies comme des indicateurs de ces activités elles-mêmes. avec Stouffer (1930) notamment. ce dire ne rend pas présents pour autant les faits eux-mêmes. en utilisant des catégories précodées. La réalité qu'on est censé avoir dévoilée par la recherche est finalement le produit de la méthode d'investigation elle-même ». L'enquêteur. Les chercheurs qui procèdent ainsi ne sont pas davantage intéressés à décrire comment l'interview en tant que tel se développe.directe sur les taux de mortalité. terrain en 1969-1970 des recherches de Cicourel et de son équipe. . un prélèvement. une coupe pratiquée dans le mouvement ininterrompu de la vie. Dans les écoles élémentaires de Santa Barbara. in situ. d'intelligence et de langage pour évaluer les progrès scolaires des enfants. mais c'est au prix d'un éloignement de ce que vivent réellement les gens : «Le monde quotidien. Les tests et les questionnaires Un exemple simple et paradigmatique de ce type de distorsion se trouve dans certaines recherches conduites par les ethnométhodologues en milieu scolaire. On ne pose pas ici la question concernant la fiabilité des réponses fournies. Ce prélèvement opéré par les enquêteurs a été planifié par avance afin que tout ce qui se produira pendant l'enquête puisse ensuite être traduit selon des catégories pré-codées. une réification de la vie. ne donnent jamais à voir directement des comportements: « Ce sont des gloses à leur propos. en présentant des croyances et attitudes complexes sous la forme d'échelles standardisées facilite sans doute la mise en œuvre visée d'une analyse causale des processus sociaux . écrivent Howard Schwartz et Jerry Jacobs (1979) . Il s'agit plutôt de souligner le fait que ces déclarations. même si elles sont sincères.

Cette distorsion occulte la réalité. . de dire pourquoi. on présentait aux enfants le tableau d'un château avec sa tour. Interrogés après l'exercice. un être inachevé. L'enfant était invité à choisir une lettre correspondant au terme désignant ce que l'on voyait sur ce dessin. Dumbo est bien connu des enfants qui ont pu le voir voler à la télévision. Lorsque Mehan a demandé à ces enfants d'expliquer leur choix. ils ont répondu à H. Lorsqu'un enfant met en relation le terme vole avec un éléphant. l'aptitude de l'enfant est développée. .premier exemple -. Robert Mac Kay. ils ont répondu que cet éléphant était Dumbo. ou qu'il retient la lettre D. l'éléphant volait. Ces tests sont construits sur une hypothèse de base : on suppose que la connaissance concrète de l'enfant ne peut s'organiser que selon les normes et les procédures de la construction adulte de la réalité. et plus. Hugues Mehan et David Roth ont analysé les perceptions des enfants testés et leur manière de comprendre les tests auxquels ils avaient été soumis. sur la partie gauche. son pont-levis et ses fortifications. le terme voler était suivi du dessin d'un éléphant. et d'autre part le monde du travail sont des réalités rigoureusement séparées ». Mais les exemples que l'on vient de citer montrent les erreurs qu'on peut commettre à vouloir établir ainsi une équivalence entre les réponses à ces tests et les aptitudes des enfants. en fait. Ainsi . Or plusieurs enfants testés avaient établi une relation entre l'éléphant et le mot vole comme ils l'avaient fait pour le dessin de l'oiseau. Raisonnant ainsi. plusieurs enfants ont choisi la lettre D. de même. Ces tests se présentaient sous la forme d'une série de petits dessins précédés. d'une flèche contenant un mot censé décrire l'une des images qui suivait.« une réalité dans laquelle le monde du jeu. correspondait le mieux au mot fléché. Or au lieu d'entourer la lettre c (château-fort). de la télévision d'une part. les méthodes des 76 . cet adulte considère l'enfant testé comme un adulte incomplet. Les tests ne parviennent pas à saisir «les voies subtiles par lesquelles les enfants font usage du langage et des concepts à l'intérieur de leur propre monde ». initiale de Disneyland (au lieu de choisir la lettre C.primaires californiennes. tend à mesurer un type de compétence adulte. à leur avis. d'un oiseau et d'un chien. dit-on. Mais cette conclusion d'incapacité ou d'immaturité méconnaît la maturité de l'enfant dans sa perception de sa réalité quotidienne. correspondant à château-fort) l'examinateur adulte en conclut que cet enfant n'est pas apte à effectuer un certain travail d'abstraction. Le test impose à l'enfant la logique de l'adulte . Le test.qui est la compétence de l'enfant. Mehan et Woods (1975) montrent que la recherche en sciences sociales met en œuvre des techniques semblables à celles qui sont impliquées dans la méthode des tests. Dans un autre test. Les réponses à ces tests sont étalonnées et les autorités scolaires se servent de ces résultats pour prendre des décisions concernant la carrière des enfants dans les écoles. de la fantaisie. parmi les images proposées. Un ensemble de résultats corrects est supposé confirmer les capacités et compétences de tel enfant : plus le score réalisé est élevé. l'éléphant de Walt Disney qui vole. Mehan que l'édifice vu sur le dessin était celui du Disneyland. Le fait de voir ainsi l'enfant comme un adulte plus ou moins compétent constitue une distorsion de la réalité enfantine. L'enfant devait désigner laquelle. Reprenant et résumant cette étude.

sciences sociales sont fondées sur la supposition implicite que les gens font usage dans leur vie courante, de la rationalité scientifique. Les testeurs adultes traitent les enfants comme des versions plus ou moins compétentes des adultes ; les sociologues traitent les autres réalités comme des versions plus ou moins adéquates de la réalité vue par la science.

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VII Deux sociologies

L'opposition des deux paradigmes, l'un normatif, l'autre interprétatif, dans la sociologie a été décrite pour la première fois en 1970 dans un ouvrage collectif intitulé : Understanding Everyday Life, ouvrage rédigé à la fois par des interactionnistes et des ethnométhodologues. Cette dichotomie des deux paradigmes a été souvent reprise dans des ouvrages d'inspiration ethnométhodologique comme celui que Laurence Wieder consacra à l'étude du code des prisonniers dans une maison de transit (Wieder 1974). Il consacra le premier chapitre de cet ouvrage à cette opposition. J'emprunterai à Allessandro dal Lago (1987) une autre manière de présenter cette opposition qu'il développe dans sa Présentation du manuel de Sociologie qualitative de Howard Schwartz et Jerry Jacobs (1979), dans sa traduction italienne.

Les deux « tendances» « On pourrait dire, en simplifiant, que la théorie sociologique se partage en deux tendances fondamentales, l'une normative, à laquelle appartiennent Durkheim, Parsons, les écoles marxistes et même un Habermas, et une autre tendance, interprétative dans laquelle peuvent rentrer Weber, Simmel, des théoriciens indépendants comme Goffman et les courants de la sociologie qualitative (...). Avec tous ses défauts, cette opposition souligne une distinction fondamentale qui sépare les théoriciens de la société : il y a ceux qui considèrent la société comme une réalité objective et déterminante et ceux qui, par contre, font de cette société un problème ouvert et insoluble. » La sociologie normative pense que l'individu est un produit de la société (ou de toute façon qu'il dépend de ses règles, systèmes de valeurs et de vérité) tandis que la sociologie interprétative considère que les formes sociales sont l'émanation des individus, que les normes sociales sont problématiques et que les systèmes de vérité sont discutables. Cette opposition est traversée par un questionnement concernant le niveau de l'analyse sociologique : - la sociologie normative agit sur le plan des fonctions collectives, des grands ensembles sociaux, les macro-déterminismes. Elle n'ignore pas l'interaction, mais elle la subordonne aux mécanismes sociaux dans leur ensemble ; - la sociologie interprétative travaille au contraire au niveau élémentaire de l'interaction sociale dans la vie quotidienne ; elle n'ignore certes pas le niveau des normes et de l'ordre macro-social, mais elle cherche à en vérifier l'existence et le sens sur le plan de la perception qu'en ont les acteurs dans la vie quotidienne. 78

L'exemple de la déviance et de son traitement Pour illustrer ce conflit théorique on peut prendre comme exemple le problème de la déviance : «Selon Durkheim, la répression des délits est une manifestation de la conscience collective, c'està-dire de l'ensemble des valeurs sacrées de chaque société. Dans un certain sens, la fonction de la conscience collective est la même dans une société primitive qui rejette et banit les déviants et dans une société développée et différenciée qui les met en prison : le but de la loi pénale n'est pas de corriger le criminel ou d'en limiter le danger social mais au contraire de reconfirmer les valeurs sociales (...) ». On trouve la même orientation dans l'école structuro-fonctionnaliste selon laquelle les mécanismes de contrôle ont pour fonction de corriger les défaillances de la socialisation primaire et secondaire pour renforcer le système de valeurs dominantes. La même démarche se retrouve encore dans la labeling theory la théorie de l'étiquetage social où on définit comme comportement déviant celui qui est étiqueté comme tel, quel qu'en soit le motif, par la société et les institutions. Si on examine maintenant le fonctionnement empirique ou, mieux, quotidien, de la production de la déviance, on rencontre des difficultés insurmontables. Les recherches empiriques montrent que dans la vie de tous les jours, les acteurs ont une très faible conscience des valeurs et des règles que le mécanisme répression-crime-répression devrait sanctionner. Ce fait-là ne vaut pas seulement pour l'homme de la rue, ce qui est évident, mais aussi pour les spécialistes qui doivent faire fonctionner la machine juridique. Sudnow (1965), par exemple, a décrit le système américain de la bargaining-justice dans laquelle un prévenu, pendant la phase d'instruction, peut obtenir une peine minimale s'il se déclare coupable d'un délit moins grave que celui dont on l'accuse. Le mécanisme dans son ensemble se fonde sur la présomption tacite, mais consolidée, de culpabilité. Les avocats d'office auront toujours tendance à convaincre les prévenus de se déclarer coupables pour faire fonctionner ce système. Cet exemple peut paraître confirmer la thèse de Durkheim. En réalité, c'est précisément le contraire. D'abord, ce sont des considérations pratiques qui poussent les acteurs impliqués à se conformer à certaines procédures : le ministère public va obtenir de toute façon une condamnation, le prévenu s'en sortira avec une peine plus légère, et l'avocat d'office pourra bâcler ce cas. Ensuite, ces pratiques ne suivent pas du tout les valeurs, les règles ou les codes officiels (les textes sacrés) mais d'autres règles, pratiques, en utilisant le code officiel d'une manière fondamentalement présomptive. En d'autres termes : «il semble que l'application d'un système de règles soit possible au moyen d'une altération créatrice et pragmatique des règles. Le glissement de l'application d'un système de valeurs, ou de normes, à son application à toutes fins pratiques pourra paraître marginal : en réalité, il détruit entièrement la rhétorique des valeurs partagées sur laquelle, en définitive, tend à se fonder la sociologie. En généralisant cet exemple, on dira que la vie quotidienne n'apparaît pas 79

qui régissent la manipulation des normes. Derrière ces discussions sur la méthodologie. des groupes.pour les ethnosociologues. par contre. de sorte que les comptes-rendus ressemblent davantage à ce qu'on lit dans les quotidiens. sans doute. les normes (dont les gens ont presque toujours une conscience indirecte. consacré à la profession médicale. on pourrait. sur la définition même et la nature de sa pratique : c'est ainsi qu'en ce qui concerne l'exercice de la médecine. par contre. ceci. 80 . à chaque instant. une structure. sur la technologie des enquêtes.les tenants de l'approche quantitative considèrent que la vie des hommes en société est déterminée en quelque sorte dans leur dos . Ici la quantification des données est assez exceptionnelle. cit.la sociologie qui. plus ou moins créativement ou librement. . le patient ne participe pratiquement pas aux décisions qui sont prises à son sujet. Il constitue par contre l'objet de la sociologie qualitative ».pour les sociologues dits positivistes. présomptive. est ignoré par la sociologie conventionnelle. l'important est de décrire des activités quotidiennes. . par exemple. et s'efforce de traduire le tout en un langage savant. il y a deux conceptions radicalement opposées de la vie des hommes en société : . la quantification occupe une place importante.. contextuelle). ces circonstances sont reprises et reconstruites constamment dans les interactions de la vie de tous les jours. des sociétés entières.un peu à la manière des astrologues pour qui des constellations d'astres déterminent nos activités quotidiennes d'en haut . op. Cette manipulation des normes suit. parmi ces signes. la sociologie a pour tâche primordiale de s'instituer comme une science exhibant immédiatement les signes de scientificité . mais qui ne fonctionnent pas comme une sorte de fatalité. . certaines règles et elle dispose de procédures. ce traitement des résultats de la recherche.la sociologie qui transforme des observations qualitatives en chiffres . gèrent leur vie quotidienne dans des circonstances qui ont. mais comme le lieu dans lequel les acteurs manipulent. avec Dave (1971) séparer « deux sociologies» : . Sur le métier de sociologue Dans un ouvrage d'orientation interactioniste. confuse. Eliot Freidson (1970) caractérise les professions en général. (Dal Lago. elle compte et mesure ces choses qui sont les activités et les propos des individus. s'efforce de rapporter les observations essentiellement dans le langage naturel.les tenants de l'ethnosociologie considèrent au contraire que les hommes font leur histoire. Mais ce monde des règles quotidiennes. Ces pratiques. à toutes fins pratiques.) Deux traitements du social À partir de ce qui précède. de présenter les actions et réactions de l'acteur social dans le contexte de sa vie quotidienne. toujours..comme le champ d'application ou d'exécution d'une conscience sociale (collective ou organique). Nous contribuons activement à la production de notre destin. impliquent deux manières de définir l'activité sociologique : . et qui concernent pourtant le traitement de ses troubles. par l'existence d'un groupe de spécialistes qui exerce un contrôle autonome. évidemment. Le sociologue accompagne son discours de preuves quantifiées sous forme de tableaux statistiques notamment .

Toute action qui irait à l'encontre de cette démarche sera considérée comme une nuisance. doit être décrit. ils l'oublient). ils savent mieux que nous à quoi ça ressemble et qu'elle est la meilleure manière de le décrire. Dans leur manuel de sociologie qualitative. ayant reconstitué cette culture par le travail de terrain. tout comme pour le médecin. pour eux. Schwartz et Jacobs (1979) montrent comment à la question : «Que se passe-t -il ici ?». c'est ce que les acteurs disent être en train de se passer ». Il existe un certain nombre de formules savantes pour désigner et identifier ces nuisances : on parle de réponses biaisées. c'est ce que nous. ils vont s'efforcer de montrer que les membres. lorsqu'ils interrogent les gens. ils chercheront à connaître ce que les acteurs eux-mêmes connaissent.cherchent à décrire la culture (le système de normes. à comprendre ce qu'ils comprennent. ou leur mode de vie. à voir ce qu'ils voient. à s'approprier leur vocabulaire.les chercheurs de terrain pratiquant l'observation participante .les non-sociologues au sens professionnel du terme sont compétents en ce qui concerne la description de leur monde. d'erreurs à considérer comme des non réponses. «est anti-démocratique et élitiste ». comme l'indique et le résume la formule . sur la définition de la situation. les sociologues anti-positivistes vont procéder autrement. du monde tel qu'il est vécu et d'abord décrit par les profanes (ils supposent. ajoutent ces deux auteurs. Ce quartier était découpé en secteurs ethniques et les rues étaient 81 . 1'Adams area. leur façon de regarder. La «culture» et le «paradigme interprétatif» Selon Benson et Hughes (1983: 84-85) les fieldworkers . En effet. l'existence d'une sociologie profane. de Willian Isaac Thomas. savantes. Il s'agit d'accéder aux significations accordées par les membres aux événements sociaux. s'attribuent la tâche de produire des descriptions autorisées. de modèles de comportements).Les sociologues positivistes. par conséquent. «ce qui se passe ici. leur manière d'établir ce qui. qui ont été socialisés à cette culture vont l'utiliser pour interpréter les événements de leur vie quotidienne. est important et ce qui ne l'est pas.toujours reprise par les sociologues antipositivistes -. consiste à penser au contraire que. de valeurs. c'est la réalité définie du dedans par les acteurs sociaux eux-mêmes. bien sûr. variables qui interfèrent. Nos deux auteurs vont illustrer cela par l'étude que Suttles (1968) consacra à un quartier pauvre de Chicago. du groupe étudié puis. à presser sur des boutons pour fournir aux sociologues des données qu'ils pourront traiter selon des méthodes qu'ils considèrent comme adéquates. Leur tâche consiste simplement à se soumettre à des calculs. toujours selon Schwartz et Jacobs. mais ensuite. en tant que groupe professionnel. la réponse de la sociologie standard est : «ce qui se passe ici. L'autre position. Les tenants de cette position sont portés à considérer que les profanes . les profanes n'ont pas à prendre part aux décisions concernant la manière dont leur état. sociologues décidons de dire à propos de ce qui se passe ». C'est ainsi qu'ils le vivent et. Au lieu de chercher à découvrir dans le monde social des choses qui seraient ignorées de ceux qui vivent dans ce monde. etc. Cette position positiviste. eux aussi. pour le sociologue positiviste. On va considérer que la seule réalité sociale. Au lieu de choisir ce qu'il faut observer et décrire à partir de leurs propres intérêts scientifiques. à répondre à des questions.

un ensemble de moyens intériorisés pour donner un sens aux actions des gens et à l'environnement et par exemple. Les immeubles. à partir d'une observation participante prolongée. alors que les adultes pouvaient librement circuler dans la zone pour vaquer à leurs affaires. Suttles se donnait les moyens de reconstruire l'ordre culturel normatif. l'effet de cette écologie ethnique. Enquête standard et ethnographie L'enquête standard et l'ethnographie ont en commun le fait de partir de la réalité sociale pour tenter de dégager. et offrait à ses habitants comme à Suttles lui-même des manières de voir. commentent Benson et Hughes. Mais. issu de la traduction des prisons. Même ceux qu'il avait d'abord interprétés comme autres lui paraissaient par la suite. dans l'étude citée. sa posture ethnographique. membre d'une bande ennemie qui menaçait d'envahir le territoire.considérées soit comme la propriété d'un groupe ethnique. On pourrait établir ici une analogie entre cette manière de pratiquer l'ethnographie et celle que met en œuvre Laurence Wieder dans la première partie de l'étude qu'il a consacrée à un établissement de transit pour les délinquants en liberté provisoire (Wieder 1974). un fonctionnement 82 . tout adolescent venu d'ailleurs était suspecté de vouloir troubler l'ordre local (to cause trouble). Par sa présence de chercheur sur ce terrain. il commence par reconstituer. Dans cet ouvrage. des événements et des actions qui se passaient là. Et. soit comme des zones neutres séparant deux secteurs. il constituait aussi. à partir de rencontres entre chercheurs et acteurs sociaux. pour indiquer qu'un étranger était susceptible d'être un fauteur de troubles potentiel. Ce modèle d'analyse. le système de normes. censé constituer un code implicite gouvernant la vie de l'établissement. pour les membres. un tel modèle culturel «n'est pas seulement une construction du sociologue . son observation participante. L'ordre normatif ethnique n'était pas simplement un ensemble de règles objectives (externes. .montre comment le sociologue et aussi les membres construisent cet ordre qui paraissait d'abord imposé par la tradition. accorde une importance considérable aux manières de faire par lesquelles les gens voient leur milieu de vie et construisent leur existence quotidienne. faite par Sutles. Mais dans la seconde partie du même ouvrage. en effet. en accord avec la tradition ethnographique. Ce qui se passait dans la rue Taylor pouvait illustrer ce modèle général. le système de règles intériorisées et respectées par les gens dans ce secteur. il est assumé par chacun et utilisé par les acteurs sociaux pour voir ce qu'eux-mêmes et les autres sont en train de faire dans la rue ». Cette rue constituait une sorte de ligne de démarcation entre des bandes rivales de Mexicains. après avoir reconstitué cet ordre culturel. de décrire et d'expliquer les conduites des gens et les événements. les parcs et les lieux commerciaux faisaient eux aussi partie de ce découpage ethnique de l'espace urbain. tous habitants de ce secteur. contraignantes selon une vision durkheimienne des faits sociaux) . Wieder effectuant un renversement méthodique une réduction ethnométhodologique. Ce découpage ethnique du territoire a servi de base à l'analyse. L'ordre culturel organisé sur des bases ethniques constituait pour les habitants de ce quartier des normes de conduite contraignantes.

pouvoir se mettre à la place de l'autre. Il y a là une volonté de ne pas travailler en contre-dépendance par rapport à la sociologie dominante mais d'accéder à une indépendance. Cette volonté de paraître respectables et sérieux au prix de concessions importantes aux yeux des sociologues qui revendiquaient le monopole de la scientificité marque les débuts de la renaissance. Pour produire des descriptions de la vie sociale à partir du point de vue des acteurs. ou répliques. bien sûr. fondée sur l'implication de l'ethnographe. ce sont là des qualités qu'il est difficile de standardiser. Du point de vue des enquêteurs utilisant les questionnaires. Par contre. en réalité. ils ont avancé. ou de la réhabilitation. l'administration des questionnaires. soucieux de légitimité et de respectabilité scientifique. qui ne peuvent aisément devenir des routines de travail. que les comptes-rendus et les analyses de Suttles sont à la fois scientifiques et fidèles au point de vue. de faire reconnaître qu'il existe. par exemple. selon le dogme épistémologique de l'autre sociologie et les vérifier sur le terrain. du courant ethnographique en sociologie et se trouve. Or. pour revenir à l'exemple précédent. 83 .de la société. est particulièrement bien développé dans l'ouvrage maintenant classique et déjà cité que Glaser et Strauss ont consacré en 1967 à l'épistémologie de l'approche ethnographique en sociologie. Ces règles ne sont pas les mêmes. par l'enquête ethnographique travailler à partir d'hypothèses pré-construites. on l'a vu. L'enquêteur qui administre des questionnaires s'efforce d'établir une relation avec ses enquêtés qu'il encourage à lui fournir les données dont il a besoin. lui. la pratique des entretiens structurés permettrait de garantir l'objectivité du chercheur alors que l'observation participante. en fait. Comment pourrait-on garantir. qu'il ne s'agit plus de vérifier des hypothèses sur le terrain mais de les produire. deux manières d'enquêter. mais il doit aussi commencer par rencontrer les gens. et dans le commentaire qu'en donne Cicourel (1964) : il s'agissait alors de montrer qu'on pouvait aussi. ne permettrait pas de mettre entre parenthèses sa personnalité et de produire des données utiles à la science. est rarement aussi systématique dans sa démarche et ses rencontres . b) L'autre type de réponse. être capable d'empathie. l'observation participante ne pourrait pas fournir des données objectives selon les exigences de la science. Opérant un déplacement radical. Mais il y a des différences importantes. L'observateur participant. ont été produites par les tenants de la démarche ethnographique : a) Certains d'entre eux. dans un article de Becker (1958) sur les problèmes de la preuve en ethnographie. deux sociologies. il faut mettre en œuvre des aptitudes et attitudes différentes. ont répliqué que leur démarche ne manquait pas. que c'est un portrait fidèle de leur vie ? Un autre observateur participant étudiant ce quartier y verrait-il la même chose ? Deux types de réponses. aux valeurs et à la vision du monde des gens qui vivent dans le quartier d’Adams. de règles de bonne conduite sociologique. probablement plus récent et qui tient à l'assurance grandissante du renouveau ethnographique. que celles qui sont mises en œuvre dans l'enquête par questionnaire et dans l'entretien structuré mais elles ont aussi leur rigueur.

Troisième partie Des ethnographes de l’école à l’ethnosocianalyse 84 .

D. des processus scolaires. L'interactionnisme symbolique s'interroge sur la façon dont le monde social est construit par les gens. Cette attribution de significations à des objets à travers des symboles est un processus continu. L'action n'est pas une simple conséquence d'attributs psychologiques comme les tendances. Blumer. écrit-il. à la fin des années 1960. 1979) ». lui permet d'attribuer des significations aux objets. s'inscrit dans un cadre conceptuel général qui est celui de l'interactionnisme symbolique de Mead. la sociologie anglaise de l'éducation n'étudiait que des corrélations entre les inputs (entrées) et les outputs (sorties du système). La boîte noire de l'éducation (la vie de l'école) était négligée. et la façon dont lui-même pourrait agir. (Woods.. pèse les pour et les contre. les interactionnistes centrent leurs réflexions sur le monde des significations subjectives et sur les symboles par lesquels ces significations sont produites et représentées (. en construisant pour soi des indications sur la réaction probable de 1'autre. L'individu construit. Ils étaient au point de départ d'un mouvement de recherches important dont Peter Woods. Les êtres humains agissent sur les choses. elle résulte d'un processus continu d'attribution de sens qui se produit toujours sous forme de flux et qui est sujet à changement. 3. Ce processus prend place dans un contexte social. Hargreaves et Lacey. Il construit la façon dont les autres veulent ou peuvent agir dans telle circonstance.. Il met 85 . qui enseigne alors à l'Open University de Londres. d'influencer la définition de la situation par les autres. cette interprétation. de jouer un rôle. et sur les symboles qu'ils utilisent pour les représenter. furent considérés comme les Christophe Colomb du changement.H. elle n'est pas simplement déterminée par des facteurs sociaux externes comme les structures ou les rôles sociaux. le spécifie comme humain. L'homme habite deux mondes différents : le monde naturel dans lequel il est un organisme avec des tendances et des instincts et où le monde externe existe indépendamment de lui . Il le fait en se mettant à la place de l'autre. en fonction du sens qu'ils leur attribuent. 2. est l'un des représentants essentiels : « Mon approche. Il pourra essayer de diriger les impressions que les autres ont de lui.). et social. pour avoir. introduit la perspective interactionniste dans la sociologie de l'éducation. comme le langage. L'interactionnisme symbolique repose sur trois postulats : 1. et le monde social. Par conséquent. où l'existence de symboles.). assemble. sur leur effort continuel pour donner sens au monde.. Goffman et Becker. modifie. les attitudes ou la personnalité.. pour assigner des significations aux événements et les interpréter.VIII Interactionnisme symbolique et education Dans les années 1950 et 1960. Cette attribution de sens. et négocie (. Chaque individu aligne son action sur celle des autres. les premiers.

font signe à chacun de nous et nous contribuons en même temps à leur production. peut soit servir de refuge (j'y grimpe si je suis poursuivi et menacé). d'autres. Woods s'intéresse aux règles qui gouvernent ces processus. et sur les différents contextes qui influencent la formation et l'action de ces perspectives. produisent des réactions instinctives : ce sont les signes naturels. véhiculant une routine qui tire son sens du simple fait d'avoir été utilisée depuis des années. d'évaluer. certains. Ces significations. qui parfois prennent un accent guerrier et d'autres fois celui du compagnonnage idyllique. et non pas en fonction d'une stimulation physique affectant leurs organes gestes. de ressource avec ses fruits si j'ai faim. selon les circonstances. » Rappel de quelques notions de base Dans l'introduction de l'ouvrage consacré à la présentation de la perspective interactionniste. Ces cadres perspectifs sont liés à l'action. Ainsi. Il faut les distinguer des symboles significatifs (George Herbert Mead 1932). d'adaptations et d'accommodations. mais les objets de ce monde ont des significations particulières selon les moments. Les gens apprennent une grande quantité de symboles à l'occasion des interactions. À travers tous ces échanges. Un arbre. de négocier. et apparaît comme un mélange de stratégies. à la fois en termes de cause et de sens. Un symbole est «un stimulus qui a un sens et une valeur. Beaucoup. d'agir et de changer. L'école a beaucoup de scènes. Ce qui met l'identité en valeur apporte la plus grande récompense. Ceci est vrai à la fois pour les élèves et pour les enseignants. non pas tant les règles officielles de l'institution que les règles informelles et implicites qui sont appliquées dans la pratique et qui sont issues de négociations complexes : «Quand l'occasion s'en présente. les perspectives de l'élève peuvent être interprétées. L'action est ainsi imprégnée du sens qui lui est assigné par les participants. etc. parmi les significations partagées et stabilisées. les cadres à travers lesquels nous donnons sens (we make sense of) au monde. plutôt que sur les suppositions des sociologues au sujet de ces événements.l'accent sur les constructions subjectives des événements par les élèves et les maîtres eux-mêmes. et place au premier rang le processus d'assignation de sens et de définition de la situation. plus sporadiques. l'individu construit et protège jalousement son identité. appris pour des gens qui y réagissent en fonction de ce sens et de sa valeur. et selon les différents maîtres. les élèves et les maîtres sont continuellement en train d'ajuster. La façon dont les élèves voient l'école diffère selon leur environnement culturel. Quoi qu'ils fassent dans l'école. Woods (1983) commence par rappeler quelques-uns des axiomes fondamentaux de ce courant. d'estimer. étant porteurs d'une nouveauté inspirée. Les gens sont les producteurs de leurs propres actions et significations. qui constituent un univers de symboles. j'explore les frontières de la tolérance et les facteurs qui favorisent l'apparition du conflit ou diminuent les chances de le résoudre. D'où l'insistance sur les perspectives. Mais elle diffère aussi en fonction de facteurs liés à l'institution et au curriculum. de lieu ombragé pour me reposer. Ces symboles sont également nécessaires à l'interaction entre les gens. selon la nature de leur origine et de leur objectif. Ils vivent dans un environnement matériel . C'est pour cela qu'il s'engage ainsi. ce qui la menace apporte le plus grand souci. qui peut éventuellement dépendre des différences de classe. 86 . avec des rôles et des scénarios divers. traditionnels.

qui désigne les marchandages entre les deux parties. des éléments contraignants : certains contextes physiques envoient des messages puissants en tant que producteurs aux usagers. la notion de culture. L'autrui généralisé est une autre notion centrale de l'interactionnisme symbolique élaborée par George Herbert Mead : une société n'est possible que si chacun peut y adopter le point de vue commun. des thèmes à traiter.ou réflexive. Les rôles des acteurs sont. L'enfant. comment ils s'y adaptent et comment se produisent parfois des divergences (disjonctures) entre les définitions de la situation (aspect subjectif) et les traits objectifs de ces situations ». on l'a vu. car certaines contraintes objectives déterminent les situations du dehors. La notion de définition de la situation signifie que ce sont les acteurs eux-mêmes qui définissent la situation dans laquelle ils se trouvent. On a parlé de prendre le rôle de l'autre.Le soi (self) comprend deux aspects : le je subjectif. il existe une relation circulaire . En réalité ils sont construits en relation avec le sens qu'ils donnent aux situations. comment elles ont pu servir. Le travail par petits groupes décentralisés et la participation des élèves est un contre-exemple. Signalons notamment : la notion de contexte (associée à celle de situation). Il y a. qui est la part du soi que les autres perçoivent. en principe. la notion de stratégie des maîtres et des élèves. C'est ainsi que l'école traditionnelle a pu fonctionner à la fois comme symbole et comme instrument de renforcement d'un contrôle centralisé des interactions (par les enseignants). à mener des études ethnographiques dans des établissements scolaires. tout en maintenant les 87 . Certaines notions sont plus particulièrement indispensables à la conduite des recherches interactionnistes. en tant que notions programmatiques. la notion de perspective. c'est-à-dire. qui désigne les interactions dans la relation pédagogique. le point de vue des maîtres et des élèves sur la situation. qui désigne les représentations. initiateur de l'action qu'il construit et perçoit.entre les individus et la société. qui désigne les attitudes et les valeurs des maîtres et des élèves. la notion de carrière . ou encore dialectique . prescrits par la société. Ce processus dynamique s'oppose à la notion d'un rôle défini de façon statique par le système social. la notion de négociation. dans la situation. Le jeu est l'un des mécanismes essentiels de cette socialisation. Enfin. Exemple: un enseignant peut faire une leçon active sur le terrain. un rôle que l'individu subirait. et le moi. ici aux enseignants et aux élèves. dans la leçon. au début du développement. n'est que sa pure subjectivité . Mais les gens ont toujours des possibilités d'improvisation à l'intérieur même des contraintes de la situation. dans la classe.des maîtres et des élèves toujours qui désigne leur cheminement dans le système scolaire. On va voir maintenant comment certaines de ces notions permettent de dégager des pistes de recherche. L'école comme situation Définir la situation c'est la produire : «Il s'agit de voir comment les gens produisent les situations. puis il apprend progressivement à se mettre à la place de l'autre. à voir les choses du point de vue de l'autre. Il y a constamment interprétation par les acteurs de la réalité vécue. et par conséquent la construisent.

b) installez-vous. Birksted a étudié un groupe de jeunes pour qui l'école était une interruption dans le déroulement d'activités plus importantes pour eux : se rencontrer. fumer. Un effet analyseur se produit par exemple lorsqu'un maître enfreint l'accord tacite maître/élèves structurant la situation (avec ses règles implicites). les perspectives des maîtres sur la déviance des élèves. P. que des élèves persuadent leur maître que tel exercice n'a pas de sens pour eux et négocient un changement. Woods compare certains débordements de la part du maître à celui d'un gynécologue qui. l'économie familiale est une matière d'enseignement obéissant au contraire davantage à des règles structurantes extra-programme. se laisserait aller à des actes indécents au lieu de maintenir la définition de la situation comme situation désexualisée. Conceptions traditionnelles des maîtres concernant leurs élèves 88 . Ces règles sont parfois révélées par quelque déviance qui déborde les limites de la tolérance du maître. au cours d'un examen. etc. leur passé scolaire peut influer sur leurs attitudes dans une nouvelle situation. mais cela ne signifie pas pour autant que les élèves acceptent la définition magistrale de la situation. inversement. et. les typifications et catégorisations des élèves par les maîtres . Ils considéraient l'examen d'un point de vue purement utilitariste. Pour les élèves. c'est la capacité d'influencer les autres selon ses propres intentions. Ils définissaient l'école comme une salle d'attente. Dans la leçon. Ce que quelqu'un produit en tant que situation est sous l'influence à la fois de ses expériences antérieures et des circonstances matérielles. Les programmes différent quant à leurs règles internes : les mathématiques. jouer aux cartes. Un ensemble de signaux du maître indiquent qu'on change de phase. Mais elles se combinent avec des préférences individuelles. en relation avec leur futur métier. Dans l'ensemble. e) la fin de la leçon. Il y a des règles généralement acceptées. La leçon est ainsi structurée par des règles. et. Il peut se faire que le maître persuade ses élèves sans difficulté d'accepter ses leçons. dans les interactions.règles qui structurent cet événement que constitue une leçon. enfin. Le pouvoir. sont plus systématiques. et des tolérances valables à l'intérieur de la salle de classe. l'école était vue par eux comme un rien. il y a des phases. Pouvoir et savoir sont du côté du maître . Ils ont une autre définition de la situation (de la classe). même si elles sont non écrites. par exemple. Les perspectives des maîtres La recherche sur les perspectives des maîtres a concerné trois domaines au moins : leurs conceptions traditionnelles des élèves . d) la clarification. Ceci rencontre la conception de l'analyseur élaborée par l'école de l'analyse institutionnelle qui parle des analyseurs déviants. Hargreaves en décrit cinq: a) l'entrée. c) la leçon proprement dite.

Les circonstances contraignent les maîtres à agir dans la pratique contre leurs propres convictions idéologiques. la discipline. L'enseignement. universelle ou personnelle.c'est celui de l'école traditionnelle – et le paradigme qu'il appelle phénoménologique.une phase de spéculation. Ils conduisent à des réalités totalement différentes pour les maîtres et pour les élèves : . Avec ces dimensions. Hammersley (1977) propose une typologie plus détaillée. et l'enfant comme ayant des capacités illimitées. Typifications Hargreaves et al. L'élève qui a des capacités limitées doit être motivé pour apprendre. avec dimensions suivantes : la définition du rôle des maîtres . le même auteur construit une autre typologie avec quatre types d'enseignement : .l'enseignement programmé. au contraire. Ils dégagent trois étapes dans le processus de catégorisation des élèves par les maîtres : . La tâche du maître est alors de découvrir les cadres de référence des élèves. sur la base d'entretiens avec des enseignants. concluent que ces derniers produisent des typifications très élaborées concernant leurs élèves qui prennent place dans une sociologie de sens commun concernant la vie de la classe.L'étude des conceptions traditionnelles que les maîtres ont des élèves regroupe des questions telles que : comment les maîtres définissent-ils leurs tâches ? Comment voient-ils les élèves ? Comment voient-ils les bons et les mauvais élèves ? Comment distinguent-il bons et les mauvais travaux ? Comment enseignent-ils ? etc. la connaissance comme une construction.le paradigme phénoménologique.le non-interventionnisme radical. On a relevé des dissonances entre la doctrine progressiste de l'école centrée sur l'enfant et la réalité de ce qui se passe dans la salle de classe.l'enseignement progressif.l'enseignement basé sur la discipline (le paradigme psychométrique d'Esland) .le paradigme psychométrique tient le savoir pour objectif. du savoir et du monde. la conceptualisation de la connaissance. c'est-à-dire comment les élèves interprètent et apprennent. (1975). Le progressisme (pédagogique) devient parfois une rhétorique visant à justifier les inégalités avec leur reproduction par le système scolaire. qui ne concorde pas avec un rôle enseignant spécifique et qui voit l'étude comme une production (et non une reproduction) : c'est le style des enseignants l'école active (free school). la discipline et les examens . Il est à découvrir. . . qui tend à aider l'apprentissage spontané . Les notions qu'il met alors en œuvre concernent l'apparence. Mais les maîtres ne sont jamais totalement dans un paradigme ou dans l'autre : ces paradigmes sont des idéal-types. ici est centré sur l'élève. Ces deux paradigmes impliquent des conceptions différentes des élèves. Ces convictions conduisent à mettre l'accent sur le contrôle. . considère l'étude comme un processus. . Esland (1971) décrit deux paradigmes : le paradigme qu'il appelle psychométrique . impliquant un autoritarisme des maîtres mais à base de méthode (et non de corpus de connaissance) . au cours de laquelle le maître s'efforce de diagnostiquer le caractère de ses élèves. la conceptualisation de l'action des élèves . celui de l'école nouvelle. la 89 .

etc. des allant-de-soi».conformité aux rôles académiques (études) et les relations avec leurs camarades de classe. à deux idéal-types. le maître commence à construire ses caractérisations des élèves en prenant compte des événements et des interactions.Le «déviance insulative teacher ». Cette vue conduit ces maîtres à des actions provocatrices. à nouveau. qu'ils ne demandent qu'à travailler. À partir de là. les dossiers et les rapports émanant d'écoles. telles que des ultimatums. C'est une vue hyper-optimiste. Elle affirme que les élèves peuvent être coopératifs. ainsi que les conversations en salle des professeurs sur ces mêmes élèves . que les comportements et les interactions se répètent. On va voir qu'ils s'en occupent aussi. Ils considèrent plutôt qu'elles peuvent être le produit de certaines circonstances particulières. Il y fait entrer certains éléments connus de lui concernant le contexte de vie de ces mêmes élèves.une phase d'élaboration : au fur et à mesure que les éléments de leur connaissance sur les élèves s'accumulent.une phase finale : le maître va stabiliser ses catégories (ses typifications concernant ses élèves. Grace (1978) a étudié le développement de deux idéologies des maîtres d'écoles urbaines au XIX· siècle avec leurs bases politiques. . Les idéologies des maîtres concernent la profession dans son ensemble ou certains segments seulement. que les élèves ont fréquentées antérieurement. etc. aux trois niveaux de l'idéologie. par exemple les maîtres par rapport aux parents ou aux élèves. leur étiquetage). .Le «deviance provocative teacher » : les élèves sont considérés par certains maîtres comme l'incarnation de l'anti-autorité. des punitions inconsidérées. notion qui désigne un autre rapport maîtres/élèves avec la croyance (chez les maîtres) que tous les élèves sont fondamentalement bons. On ne peut donc pas leur faire confiance. et que par conséquent leur déviance est produite par certaines conditions que le maître doit pouvoir changer. On a affaire ici. La «culture» des maîtres On peut définir la culture des enseignants. Hargreaves et al. . la confiance en eux. du pouvoir et de la gestion du rôle. le processus de typification en cours tend vers une élaboration comportant des vérifications de la part des maîtres. Mais les interactionnistes ne peuvent assumer que de telles croyances reflètent nécessairement des attitudes sous-jacentes. Mais peu de maîtres correspondent effectivement à l'un de ces deux types. Ces deux idéologies étaient l'idéologie missionnaire (certains maîtres se donnaient pour mission de civiliser les masses dans la société industrielle anglaise 90 . Cela induit chez ces maîtres le respect des élèves. (1975) distinguent : . Perspectives des maîtres sur la déviance des élèves Les recherches les plus nombreuses concernent les points de vue des maîtres sur la déviance des élèves. Ils sont vus comme délibérément rebelles. On a accusé les interactionnistes d'ignorer les points 1 et 2. a) On utilise le terme idéologie pour désigner «le système de croyances et de valeurs adoptées par un groupe ou une société en rapport avec certains intérêts et qui sont prises comme des évidences.

au fait d'avoir à affronter des jeunes récalcitrants. Ces deux idéologies s'opposaient parfois. c) Par rôle d'enseignant on désigne «le modèle de comportement que les autres attendent de la part des maîtres ». on valorisera au contraire la salle des professeurs avec ses ressources d'aide en cas de difficulté . Cela concerne en particulier les nouvelles recrues. les autres (en salle des profs) peuvent le rassurer en lui offrant les récits de leurs difficultés à eux aussi. et parfois elles étaient complémentaires. Dans les salles des maîtres. Ce point peut être illustré par la division des enseignants d'anglais entre les tenants de la grammaire et ceux de la littérature anglaise. Cette gestion du rôle (role management) est la tâche à laquelle l'enseignant doit faire face tout au long de sa carrière.naissante) et 1'idéologie professionnelle (concernant la respectabilité des maîtres et leur avancement). 1961). des postes supérieurs dans la hiérarchie. Les jeunes enseignants vivent un choc culturel quand ils commencent à enseigner. on va ridiculiser les débutants. pour le pouvoir. Ginsburg et al (1980) ont étudié les relations idéologiques entre l'orientation professionnaliste des enseignants et le syndicalisme. car pour les anciens tous ont eu ces problèmes : «Si un collègue admet qu'il a des problèmes. Dans cette construction d'une identité professionnelle on peut être aidé par la culture latente (Becker et al. et à s'efforcer d'entrer dans leur rôle. Il y a aussi le prestige (hiérarchisé et différentiel) des matières enseignées. avec de meilleures perspectives de carrières. La géographie. Nos expériences individuelles antérieures forment pour nous tous une culture latente : « La préparation au métier d'enseignant ne commence pas dans les collèges. 91 . mais à l'école maternelle. etc. est passée d'un statut inférieur à celui d'une discipline académique. Le nouvel enseignant doit donc apprendre la culture du monde des enseignants. une énorme influence s'exerce sur les individus pour qu'ils se conforment au point de vue collectif. et par-dessus tout pour les ressources matérielles et les perspectives de carrières concernant chaque enseignant en particulier et chaque catégorie d'enseignants. des hauts salaires. L'intérêt pour le contrôle institutionnel. Plus élevé est le statut d'une matière. ou encore l'idéalisme des élèves-maîtres et leurs convictions . L'enseignant doit apprendre à se comporter comme un enseignant . par exemple. On va dénigrer les enseignements de l'université en matière de formation des maîtres. Il y a une lutte pour le statut. Cela est dû à la nature de leur travail. et plus les ressources qui lui sont allouées sont importantes. b) La recherche du pouvoir est un autre trait commun de la culture magistrale. Une autre fonction de la salle des professeurs est le contrôle. peut l'emporter sur les convictions pédagogiques. c'est-à-dire le renforcement des normes. Les élèves qui arrivent au collège savent déjà ce que signifie enseigner ». On trouve de grandes oppositions à l'intérieur d'une même discipline avec des luttes pour le contrôle intellectuel de la matière d'enseignement considérée. Il y a des stratégies à l'égard des suppléants débutants pour renforcer leur conformité aux normes de la salle des professeurs. C'est un rituel de solidarité» (Hammersley 1975). grâce aux efforts de l'Association anglaise des Professeurs de Géographie. il doit adapter ses aspirations personnelles et son idiosyncrasie (sa personnalité particulière) à un rôle socialement structuré (défini). avec une base universitaire. Le fait que les débutants rencontrent des difficultés n'est pas surprenant.

Sur quel critère était fondée cette appréciation ? Parce qu'il est humain. les anti. deux groupes. Les pro avaient les bons maîtres. qui induit finalement deux sous cultures chez les élèves . résolvaient leurs problèmes en rejetant le rôle d'élève et en le remplaçant par une culture de jeunes. Ces points de vue sur l'école sont un produit de l'école elle-même. En fait.Les perspectives des élèves Comment les élèves voient-ils les maîtres et l'école ? Beaucoup de comportements des élèves peuvent paraître insensés. disaient les élèves.que dans l'ensemble les élèves disaient aimer cette école. et la souplesse institutionnelle concernant les règles de la vie scolaire. . à vous faire travailler. P. l'influence de la classe sociale sur la culture des élèves.certains sont contre les agressions physiques. etc. ils obéissent à des règles claires et à des principes clairs.certains ont une attitude anti-scolaire (abandon des valeurs scolaires) . tandis que les anti étaient privés de statut scolaire. à la normalisation progressive de cette école. des attitudes de supériorité.d'autres sont des anti-scolaires actifs (taux d'absentéisme élevé). Woods rapporte qu'au cours d'une de ses enquêtes (1979) il a observé une opposition générale. l'influence de l'identité sexuelle. Leurs commentaires défavorables concernaient (et condamnaient) la routine et certaines restrictions spécifiques. On voit apparaître chez certains élèves une dissociation progressive avec les valeurs officielles de l'école. « ils interprètent leur rôle trop littéralement ». il y avait un renforcement continuel de l'adhésion à l'école. le rôle des intérêts personnels.avec étonnement . . Les commentaires des élèves à propos des enseignants pouvaient être mis en relation avec le degré d'institutionnalisation qui entraînait des relations dépersonnalisées. autonome et indépendante. etc. Mais il y avait des différences parmi les élèves à cet égard. par contre. etc). On leur attribuait les mauvais maîtres. être perçue par les élèves comme un lieu inhumain.c'est-à92 . . Mais quel est le critère de ce jugement ? Pourquoi dit-on : Il est humain. . Lacey (1970) a travaillé. Hargreaves (1967) a observé quatre courants : . elle-même. sur les deux sous-cultures de Hargreaves : parmi les pro. Les plus importants parmi ces principes retenus par les élèves pour juger leurs maîtres sont que le maître doit être humain. associés à ces deux sous-cultures. Les commentaires favorables des élèves en faveur du statu quo concernaient certaines contraintes usuelles (sur les jeux. comme disent les élèves. Certains maîtres sont ressentis comme inhumains. l'une pro-scolaire. apte à enseigner. à propos de tel maître ? La culture des élèves et la notion des «sous-cultures» (subcultures) On a étudié le degré auquel certaines cultures d'élèves sont aidées par l'organisation de l'école. à ses valeurs . Dans l'école qu'il a étudiée.certains élèves sont en faveur de la scolarité . chez les élèves de l'école étudiée. On remarquait . etc. Il faut donc pousser plus loin l'analyse des déclarations telles que : j'aime cette école ou j'aime tel maître. Ils accordaient la priorité au comportement collectif . faisaient l'objet de traitements différents. l'autre anti-scolaire. L'école peut. lui aussi. Ou bien encore. les mauvaises salles de classes.

Le même modèle (les pro-scolaires contre les anti) se retrouve dans une étude de Ball (1981). auxquelles les élèves appartiennent. Ceux du groupe pro-scolaire étaient davantage présents aux activités péri-scolaires de l'école et à son club. et ils utilisaient le critère problème de l'emploi . la contre-culture anti-scolaire serait le résultat de l'échec de l'école elle-même. soit du macro (démarche positiviste) soit du micro (démarche ethnographique). Dans l'étude de Ball. et de la culture adolescente en général. eux. par un surinvestissement de la culture adolescente.dire aux valeurs de leur groupe. des enseignants différents avec des styles divers. Ball et Woods ont mis cela en relation avec l'origine sociale des élèves. 93 . on part des observations faites dans une école pour aboutir à la CSP du père. Ils semblent procéder comme l'autre sociologie. Mais ils le font à partir d'une étude ethnographique localisée. au respect de ces valeurs. décrochaient plus facilement de l'école. l'absentéisme était très élevé dans le groupe des anti-scolaires. en réponse aux deux attitudes des élèves (pro et anti). Ils reconnaissent l'influence. les examens. Les conformistes (élèves pro-école) acceptaient les contrôles. en prenant comme indicateurs la profession du père. manifestaient un rejet plus catégorique de l'institution scolaire en général : ils étaient peut-être en rupture radicale avec l'ensemble des valeurs scolaires en général. Peter Woods a identifié deux groupes similaires sur son terrain de Lowfields. chez les filles. On ne se limite pas à l'analyse statistique des variables . Elle se manifeste par l'interruption des leçons. dans l'élaboration des deux cultures des valeurs des classes sociales. ceux de la contreculture rejetaient les contrôles. les maîtres construiraient des stéréotypes opposant les deux groupes. Ball note qu'il y avait une forte proportion d'élèves issus des classes moyennes dans le groupe pro-scolaire. etc. On a dit qu'ils avaient sur-valorisé l'influence de normes culturelles au lieu de raisonner en termes de définitions de situations et de constructions individuelles de la situation. Selon Ball. L'opposition tient au fait de partir dans l'enquête. Ball voit dans l'absentéisme un indicateur de l'attitude anti-scolaire. par contre. Dans la sous-culture proscolaire. P. Les choix des copains ainsi que les attitudes envers l'école étaient liés à l'origine sociale des élèves . etc. ». Il était chez eux deux fois plus important que dans l'autre groupe. en général ces élèves issus des classes moyennes réussissaient mieux que les élèves de la classe ouvrière qui. Selon Ball. C'est une déviance active et une contre-culture. L'opposition entre les deux sociologies de l'école (quantitative et qualitative) n'est pas dans le degré d'importance accordé au macrosocial ou au microsocial. on a expérimenté des programmes différents. les sentiments anti-école et antienseignants et. D'autres jeunes. Hargreaves et Lacey considèrent tous deux que leur identification de deux sous-cultures opposées chez les élèves est très simplificatrice. on observait un individualisme et une compétition entre élèves. Woods cite la pop-music et les petits amis. par contre. Dans cette école. «Mais j'ai identifié deux grandes orientations (…). la désobéissance. Leurs analyses ont été critiquées dans le courant interactionniste anglais de l'école.

on retrouve la théorie de la déviance de Cohen (1955). D'autres recherches ont montré que dans les écoles mixtes où les maîtres sont des hommes. les filles sont pour eux des objets sexuels. les groupes informels. 94 . Parmi les traits distinctifs de la contre-culture des élèves. avec un processus de polarisation et différenciation. encourageait certaines vues masculines sur la féminité.Ceci conduit à définir la « sous-culture » (ou « contre-culture») des élèves comme une réaction à la culture officielle de l'école. par la société à penser au mariage. petite amie) importantes pour l'allocation de statut dans la culture adolescente. ils ont des attitudes de supériorité à l'égard des femmes . de l'informel. dit-on. en réponse à la situation scolaire. les garçons tendent à occuper les premières places alors que les filles sont inhibées. Ball (1981) a montré qu'à l'adolescence se développent des interactions entre les sexes (petit ami. mais en fonction de l'irrélévance de l'école pour les jeunes déviants. toujours avec P. On a mis cela en relation avec l'appartenance de classe. les effets de la différenciation sexuelle sur les matières étudiées. On a montré que le rejet de l'école doit s'interpréter. La division des sexes se retrouve à propos des matières enseignées : la physique/chimie est pour les garçons. les interactions en général. Paul Willis (1977) montre que la sexualité sociale n'agit pas comme une influence extérieure. mais on ignore celles des filles envers les garçons. Différenciation sexuelle et attitudes des élèves Considérons maintenant. Mais cette contre-culture des adolescents par rapport à l'école n'est pas seulement une négation de l'ordre institué : elle représente une forme de vie. Les garçons de classes populaires sont très sexistes. À l'entrée de l'école secondaire. le rejet du conformisme. la violence. De plus. la solidarité interne au groupe. les jeux). L'équipe enseignante masculine dans une certaine école ethnographiée. Mais n'y aurait-il pas un artefact dans les recherches concernant les élèves (filles) lié au sexe (mâle) des chercheurs ? On connaît bien en ethnographie l'attitude des garçons envers les filles. les jeux. Woods. elles ont un attachement particulier à la pop-culture avec l'obsession des pop-stars. non pas comme une simple réaction à l'école (en tant qu'institution). qui a sa spécificité et sa légitimité. Le nombre de conquêtes (féminines) joue un rôle chez eux dans la hiérarchie des statuts. l'arrivée de la puberté et le développement des différences sexuelles vont modifier les comportements : à la puberté correspond une ségrégation complète et totale des sexes (dans les leçons. on trouve l'opposition à l'autorité. concernant la sub-culture délinquante. Elle est re-créée. un haut degré de sexisme et de racisme. Les filles sont encouragées. produite. transformée. En posant cela.

à propos de l'éducation. dans les recherches. L'enseignant trouvera dans les recherches ethnographiques concernant son métier des informations qui lui permettront de l'améliorer. etc. le sens qui se trouve derrière tel comportement apparemment incohérent d'un élève. qui commença sa carrière par l'enseignement. Ce savoir pédagogique. des ressources. ». 1986).Mais les individus ne sont pas esclaves des modèles sociaux. de la liberté en situation qui constitue une dimension essentielle de l'interactionnisme symbolique. Il faut toujours. Tous les garçons des classes populaires ne sont pas anti-école. de l'environnement matériel. et toutes les filles ne sont pas amoureuses des popstars et ne sont pas guidées par le projet de la maternité. ressemble davantage à l'architecture qu'à la médecine. à leur compétence de communication (linguistique)" » (ibid. savoir faire la part et des traits personnels des acteurs. . le sexe. Peter Woods. présente plusieurs caractères : il est synthétique puisqu'il réunit des éléments séparés. Ils font des choix. Mais « tout cela tient davantage de l'art. les enseignants. cette conception. Les enseignants pourraient ainsi améliorer leurs stratégies s'ils prenaient connaissance des nombreuses ethnographies de la relation maître-élève . de sorte qu'ethnographes et enseignants se trouvent être alliés de fait sur un même terrain » (Woods. laquelle inclut tout ce qui est autour : les questions relatives à la finalité de l'enseignement (philosophie) aux modalités d'apprentissage des élèves (psychologie). Toutefois. ils trouveraient dans ces études une aide pour un meilleur diagnostic des conduites inadaptées de certains de leurs élèves. que de la science. rappelle constamment que l'ethnologie présente pour les enseignants un intérêt pratique : « les ethnographes veulent comprendre pourquoi des choses aussi insignifiantes pour un observateur extérieur que la mise en place d'un distributeur de boissons peuvent devenir importantes pour le maître : car telle est la matière de sa vie quotidienne. l'orientation stratégique . d'une part importante de l'activité de l'enseignant . Elle traite donc de problèmes qui sont les siens.. etc. de type existentialiste. 95 . Il découvrira notamment que l'ethnographie de l'école étudie (entre autres). ont déjà à leur disposition un savoir pédagogique : c'est « un savoir en matière d'éducation que possèdent les enseignants et non les chercheurs. Nous retrouvons ici. Ethnographie et pédagogie S'il se présente d'abord. à leur vie sociale et à celle de l'école (sociologie). et celle des facteurs sociaux : la classe sociale.. et avant tout.par exemple des disciplines distinctes déjà indiquées dans une totalité interconnectée . comme un chercheur en ethnographie de l'école.par opposition à pédagogique -. il implique un savoir de la situation.). avant de prendre connaissance des travaux en ethnographie de l'école. Il informe et constitue l'action pratique d'enseigner. dont l'enseignant est l'unique détenteur. les propriétés fonctionnelles de la culture de l'élève . L'enseignant se trouve placé au centre de cette constellation de facteurs. des élèves et de leurs objectifs.

P. Elles contiennent de nombreux exemples de conflits.le fait par exemple de catégoriser un élève comme un peu fou. peut apparaître comme une forme très souhaitable de recherche. dans les années 1960. Les maîtres s'en sortent en général par un compromis stratégique (Sikes. Ces observations faites du dedans (par un enseignant en poste) portaient aussi sur les ressemblances entre cultures fondamentalement opposées. Cependant. paresseux. et si cela a des effets négatifs sur l'éducation. Les enseignants doivent «suspendre le doute» pour agir. incomplet. Messor et Woods 1985). pour explorer la motivation et l'apprentissage de leurs élèves ». si cette endo-ethnographie interne. un esprit d'aventure. d'ailleurs. éliminer le doute et l'incertitude. il faut aussi souligner certaines difficultés : « Entreprendre une recherche. de chocs et de différences culturelles qui faisaient obstacle à son enseignement et à l'apprentissage des élèves. «suspend le doute» alors que la disposition à la recherche suppose au contraire le doute méthodique. il est aussi dans l'acquisition à toutes fins pratiques. encore une fois. et par des stratégies de survie qui leur permettent de tenir le coup. par exemple. de l'intervention ethnographique lorsqu'elle vient du dehors : le fait de parler librement. le nombre d'enfants récalcitrants pèsent sur la situation et on ne peut y échapper. de la méthode ethnographique elle-même : les enseignants pourront alors. enseigner suppose au contraire prendre des décisions. . au bénéfice des enseignants toujours. les bénéfices secondaires des entretiens ethnographiques. qui a perdu son calme. peut être source de rigidité par rapport à ce qu'exigerait l'esprit de recherche. parfois. le désir d'apprendre du nouveau. on vient de le voir. Mais l'intérêt n'est pas seulement dans le contenu des descriptions ethnographiques. » Alfred Schutz a montré. Woods cite quelques-unes des recherches ethnographiques qu'il a effectuées alors qu'il était enseignant. ce qui. pour accomplir leur tâche d'enseignants ». et ils doivent aussi garder la foi en ce qu'ils font. par exemple. À cela s'ajoutent certaines potentialités thérapeutiques. Cette remarque rejoint les observations faites par des ethnographes sur d'autres terrains à propos des effets thérapeutiques. Elle a au contraire. Ils « sont en effet soumis à diverses obligations et pressions : le programme . Elles impliquaient l'analyse d'événements critiques : dans toutes les écoles en effet se produisent des crises qui modifient l'ordre habituel. Il y a des points de vue opposés concernant qui peut être tenu pour responsable d'une crise. c'est-à-dire pratiquée du dedans par les enseignants eux-mêmes. ou immature.dominé par la préparation à l'examen -. la relation numérique maître/élève. l'homme au travail.la reconnaissance que ce que je sais est imparfait. ce qui va sera repris de manière plus systématique par la nouvelle recherche-action interne : nous y reviendrons. qui sont.L'ethnographie de l'école ne présente donc pas qu'un intérêt théorique. 96 . « utiliser les techniques ethnographiques pour évaluer leur travail. lui aussi. à des chercheurs peut être un secours pour certains. Ils doivent résoudre ces immenses problèmes de contrôle et d'organisation avant même de commencer à enseigner. que dans l'attitude naturelle. Elle n'est pas seulement une démarche dont les résultats viendraient s'ajouter à l'ensemble des acquis de la sociologie. sur les procédures d'étiquetage des élèves. le moral bas. cette utilité de l'ethnographie pour les enseignants pourrait être généralisée ensuite à l'ensemble de la société. . cela suppose une curiosité. Or d'autre part. un intérêt directement pratique et.

qui s'efforce. va procéder autrement : elle va proposer que les maîtres s'engagent à partir de leur action dans une auto-ethnographie qui serait à la fois source de connaissance et de changement. P. la compréhension de la prétendue inadéquation psychique aurait été profondément modifiée ».Pour souligner l'intérêt de l'approche ethnographique en éducation. de par ses applications dans la formation des maîtres. notamment) ». Wax et Wax (1971) citent un cas dans lequel des sociologues partirent de l'hypothèse que le détachement progressif par rapport à l'école chez les enfants amérindiens aux USA serait le « résultat d'une inadéquation psychique relative à l'éducation ». cette posture maintient une séparation entre les théoriciens et les praticiens. « si ces recherches avaient impliqué une ethnographie élémentaire et s'étaient attachées à voir comment les Indiens perçoivent leur situation dans la communauté et le rôle des écoles et si on avait observé ensuite les interactions en classe. un intérêt pratique. de mobiliser à des fins pratiques les acquis de l'ethnographie. nous devons au contraire commencer par demander : Que se passe-t-il ici (dans cette classe) ? Comment les individus se traitent-ils mutuellement ? Nous devrons ensuite intégrer dans nos interprétations les explications fournies par les membres (les élèves et les maîtres. Elle a bien. Toutefois. 97 . il n'empêche qu'ils retournent toujours à leur passé d'élèves. comme Lortie (1973) ont avancé que la plus grande partie de ce que les enseignants mettent dans leur vision de leur capacité provient des perceptions et expériences qu'ils avaient de leurs enseignants lorsqu'ils étaient eux-mêmes étudiants. Cette marque serait imperméable à toute formation postérieure. Le prochain chapitre est consacré à décrire cette intégration d'une ethnographie interactionniste à ces nouvelles pratiques. notamment. cette fois. par conséquent. les deux dimensions. Les enseignants peuvent bien affirmer qu'ensuite ils ont changé. La nouvelle recherche action. sans séparer. Mais. disent-ils. Woods ajoute que «nous ne devons pas seulement supposer que les enseignants enseignent et que les élèves apprennent. elle aussi. Certains chercheurs. L'ethnographie peut aider à le montrer.

Kemmis. Cette première origine de la notion indique déjà ce qui fait l'essentiel de sa signification classique : dans cette perspective. Il décrivit les phases d'une recherche-action : sa planification. la mise en application d'une première étape du plan d'intervention avec observation des effets et. une rencontre s'est effectuée entre les nouveaux courants ethnographiques et la c nouvelle recherche action ». À la fin de sa vie. Woods. et un praticien de la recherche action. à Bethel (État du Maine). récemment. Collier. Sur l'origine et le sens de l'expression « recherche action » L'ethnologie au service de l'action : Collier On attribue parfois l'invention du terme recherche action à un anthropologue. observation et théorisation. ce mouvement cumulatif formant une spirale de développement des relations entre pratique. des séminaires d'été visant à la formation d'intervenants sociaux praticiens d'une recherche-action engagée dans le traitement des conflits sociaux. C'est au cours de ces séminaires qu'il découvrit par hasard le 98 . et ainsi de suite. J. enfin. spécialiste en science sociales. Pour en mesurer l'originalité. la recherche action est avant tout l'œuvre d'un expert. P. ou encore des préjugés raciaux). L'ouvrage qu'ont publié récemment ensemble un ethnographe. la planification d'une nouvelle étape d'action à partir des résultats obtenus dans la précédente. qui vient du dehors dans une situation donnée et se propose de la faire évoluer à partir d'un diagnostic concernant cette situation.IX De l'ethnographie de l'école à la nouvelle recherche action Sur le terrain de l'école. Lewin et la recherche-action en extériorité Les premières interventions illustrant la recherche-action lewinienne concernaient le changement des attitudes et des comportements dans un certain nombre de secteurs de l'activité sociale (et par exemple le changement des habitudes alimentaires. est l'une des illustrations les plus fortes de cette convergence. L'apport de Kurt Lewin qui fit la fortune de cette expression et contribua à construire une définition désormais classique de la recherche-action allait dans le même sens de l'expertise sociale. il convient cependant de remonter à des formes plus traditionnelles de recherche action. Lewin organisa pendant l'été 1946. qui proposa que les découvertes de type ethnologique faites aux USA sur les Indiens des réserves soient utilisées au bénéfice d'une politique favorable à ces derniers (Collier 1945).

Group. ou T. l'ethnographie classique suppose au contraire la non intervention du chercheur. de cette négociation. les règles supposées de la vie des groupes. parce que son rôle n'est pas de transmettre des connaissances au groupe réuni autour de lui. Ainsi. Mais il y a aussi des convergences : . avec Garfinkel et surtout Shumsky (1971) y voir plutôt des exemples d'ethnographies profanes. Et l'analyse. elle aussi permanente. Psychosociologie et ethnographie Consultation et ethnographie La psychosociologie d'intervention et l'ethnographie paraissent s'opposer : l'intervention psychosociologique ou la consultation de même nom répond à une commande passée souvent dans une situation de crise . mais simplement d'aider ce groupe. s'il est non directif par principe. cette analyse permanente de l'acte initial et fondateur constitue un ressort essentiel du savoir. Mais l'important. on le voit. Ce qui est spécifique de l'intervention psychosociologique. dans les deux cas.de même. l'animateur-formateur se présentant comme un professionnel de la dynamique de groupe appliquée. puisque le psychosociologue est demandé alors que l'ethnographe est demandeur d'entrée. il existe dans les deux cas une pratique d'analyse. ce sont des remarques de sens commun. Il peut y avoir commande d'expertise en gestion. plutôt des descriptions que des interprétations. Le T.la commande d'intervention n'est pas spécifique de l'intervention psychosociologique. au début d'une enquête ethnographique : cette négociation. elle s'oppose par là à la recherche-action. Ces descriptions sont supposées savantes. soit de la commande. en comptabilité. à découvrir. en principe) autour d'un moniteur dit non directif. jusqu'à la fin de l'enquête. etc. En fait. restera nécessaire et toujours retravaillée. premier acte d'un fieldwork. sera l'une des sources essentielles de la connaissance ethnograpique. recherche faite 99 . Les deux sont apparemment opposées. par des remarques concernant son fonctionnement. pour la négociation d'accès au terrain. c'est le fait que cette commande fait l'objet d'une analyse qui va se prolonger jusqu'au bout de l'intervention . et on pourrait. ou clinique. C'est en tant que spécialiste de cette démarche qu'il assura à partir de 1927 la direction d'une rechercheaction concernant un projet de réforme : Humanities Curriculum Project (HCP). . Les membres du groupe sont d'ailleurs invités à produire des ethnographies de même type.dispositif du training group. soit de la négociation d'entrée. Stenhouse a lui aussi pratiqué la psychosociologie de consultation et d'intervention. Lawrence Stenhouse : de la consultation à la recherche action interne L. Les interventions du moniteur visent à être. à partir de sa propre expérience de groupe réuni ici et maintenant. c'est le fait que. Group est une situation de formation qui rassemble un certain nombre de participants (pas plus de 15.

en effet. dans laquelle il développa notamment la notion de l'enseignant chercheur (the teacher as researcher).dans le cadre du Centre de recherches appliquées à l'Éducation de l'Université East Anglia. fondée par Kurt Lewin ils élaborent leur conception propre. An Introduction to Curriculum Research (1975). Mais cette idée de participation des acteurs sociaux n'a plus exactement le sens qu'elle avait chez les psychosociologues lewiniens. A partir de cette définition .un psychosociologue consultant . Mais Stenhouse était aussi un enseignant spécialisé dans l'innovation (le Teaching project). positiviste. d'une analyse externe fait par un expert . est pour le moins atténuée. Il était l'homme d'une transition. qui devait devenir le slogan de la nouvelle recherche-action à l'école.à une analyse interne. ou critique. À peu près dans le même temps. notamment. si elle n'est pas abolie tout à fait. l'évolution de Stenhouse l'a rapproché des courants ethnographiques. 100 . qui prend le nom de recherche-action émancipatrice. aujourd'hui. Elle prend acte en effet du déclin d'une première définition. en particulier les courants anglais. Avec lui. au profit de l'idée du self monitoring teacher. déjà au cœur de son dispositif. Il avait travaillé en relation avec l'Institut Tavistock pour les relations humaines qui était à Londres le correspondant du Centre de recherches en dynamique de groupe. Lewin avait collaboré avec les psychosociologues du Tavistock. l'intervention de l'expert. et de sa renaissance. à l'occasion de la fondation de leur revue intitulée Journal of Social Issues. Tout n'est pas nouveau cependant dans cette théorie de la nouvelle recherche-action. fondé d'abord par Lewin au MIT. C'est pourquoi il réalisa dans le domaine de l'école ce passage. il faut y insister. qui nous intéresse ici. On peut cependant être tenté de voir là une simple variante de l'orientation lewinienne : la participation des acteurs sociaux au changement était. ils ont associé les enseignants concernés à l'institution des changements souhaités dans le cadre du Ford Teaching Project au Centre de recherches appliquées à l'éducation de Cambridge (ou Elliot commence à enseigner en 1976). selon sa formule-clé. à l'Université de Michigan. dans le contexte des institutions scolaires. Il a contribué à la rencontre de la psychosociologie et de l'ethnographie qui est l'un des points forts des recherches anglaises autour de l'école. du processus éducatif. John Elliot et de Clem Adelman ont contribué à la mise en place du nouveau dispositif de recherche-action . faite par les membres.qui ne convient pas à la recherche-action première manière. Une conception «critique» de la recherche-action interne Carr et Kemmis (1983) définissent la recherche-action (RA) en général comme « une forme de recherche effectuée par des praticiens à partir de leur propre pratique ». En outre. Il publia une introduction à la recherche concernant le curriculum. et transporté après sa mort. de cette pratique. en 1947.

dans la démarche de Carr et Kemmis : l'orientation participationniste (selon Lewin. menées sous la bannière des sciences de l'éducation. qui toutes ont mis l'accent sur la nécessaire prise en compte des perspectives des acteurs sociaux et qui ont ainsi mis le praticien au centre du processus de recherche. etc. Une critique de la recherche-action lewinienne Le travail de Lewin impliquait trois traits qu'on va retrouver. ce qu'il faut replacer dans le contexte d'un retour en force de l'interactionnisme symbolique en sociologie. g) et il y aurait enfin une prise de conscience de plus en plus développée. on l'a rappelé déjà. dans un contexte où la notion d'évaluation des résultats obtenus par les enseignants prend de plus en plus d'importance) . face aussi à l'échec d'autres formes de recherche.I. de l'intérêt de la recherche-action. la démarche ethnographique. disent-ils.sont d'un intérêt crucial pour la recherche.ou. opposé au raisonnement technique ou instrumental . leur définition de la situation . c) s'y est ajouté un intérêt accru pour les problèmes pratiques associés à la notion de curriculum et de là pour le raisonnement pratique. b) les praticiens de l'enseignement sont de plus en plus conscients de l'inutilité d'un certain nombre de recherches. «galvanisé et politisé les praticiens» par l'exigence que les enseignants rendent des comptes (accounts). sous sa forme classique. Car « en quoi cela peut-il nous aider à résoudre nos problèmes ? » demanderont les enseignants devenus objets de ces ethnographies non associées à de la recherche-action) .Les raisons d'une «renaissance» Carr et Kemmis énumèrent les raisons de cette renaissance de la recherche-action : a) on voit se développer chez les enseignants. f) d'où la solidarité croissante du milieu enseignant. face aux critiques publiques de l'école développées dans un contexte de mutation de l'institution éducative. la méthode des cas. pour résoudre les problèmes qui se posent effectivement dans le champ éducatif (on pourrait ajouter ici que même l'ethnographie de l'école. 101 . les amenant à une critique des conditions de travail dans lesquelles ils conduisent leur pratique (il s'agirait donc de nouvelles conditions créées par les politiques qui demandaient aux enseignants de « rendre des comptes» à la société et au pouvoir de tutelle. et plus particulièrement en sociologie de l'éducation (Peter Woods 1983) . il est souhaitable que les gens participent à la préparation des décisions concernant le changement social) . associées à l'augmentation de la scolarité. qui ont parfois bouleversé l'institution scolaire et les conditions d'enseignement sans qu'on y soit préparé . une demande concernant un rôle de chercheur qui s'éloigne du modèle psychosociologique d'un consultant venu de l'extérieur . On pourrait certainement ajouter ici l'importance prise par les minorités culturelles issues des différentes vagues d'immigration. mais avec un nouveau statut. comme disent les héritiers de W. n'échappe pas à cette critique. qui reste marquée par la posture traditionnelle du sociologue observateur. en milieu enseignant toujours. dans un contexte de crise de l'institution éducative. disent-ils. ou démocratique. d) il y a eu l'émergence des méthodes de la nouvelle vague concernant les recherches en matière d'éducation et plus particulièrement les orientations qualitatives comme l'évaluation illuminative. On a posé en principe que les interprétations des acteurs . e) Carr et Kemmis citent the accountability movement qui a. Thomas et de la première école de Chicago.

Groups. sur les lieux de leur activité . « devrait satisfaire toute science de l'éducation adéquate et cohérente» : a) elle doit rejeter les notions positivistes de rationalité. d'objectivité et de vérité . comme base d'une intervention psychosociologique dans les établissements). relativement. mais à celui d'une démocratisation de la recherche. ces orientations qui. au service d'un changement social bien planifié. avec Lewin. d'une recherche-action interne effectuée par les praticiens eux-mêmes. c'est-à-dire que la question de sa vérité sera tranchée par sa relation à la pratique. cependant. comme ceux de la topologie psychologique. en tant que telle avec possibilité. Ils proposent et formulent d'abord cinq exigences (requirements) fondamentales auxquelles. sur fond d'un idéal politique de gouvernement s'opposant aux modèles autoritaires. Pour eux.on va renoncer au vocabulaire lewinien concernant les finalités et les méthodes de la science sociale avec ses concepts d'inspiration mathématique. de type expérimentaliste. d) elle doit s'efforcer d'identifier ce qui. notamment. c) elle doit procurer les moyens de distinguer les idées et interprétations qui sont systématiquement déformées par l'idéologie de celles qui ne le sont pas. elle doit être fondée sur la reconnaissance explicite qu'elle est pratique. sur la décision de groupe. qu'on se situe. . disent-ils. dans l'ordre social existant.l'orientation démocratique qui mettait l'accent. de ce retournement épistémologique. bloque le changement rationnel et doit être capable de proposer des interprétations théoriques des situations (theoretical accounts) qui permettent aux enseignants (et autres participants du processus éducatif) de prendre conscience de ce qui peut aider à surmonter ces blocages . 102 . avec Carr et Kemmis toujours. Carr et Kemmis vont changer. Cinq exigences On va maintenant s'occuper. en tant que technique de changement social (pour le faciliter et le rendre durable) est comprise autrement et désigne maintenant un principe d'action sociale : ce n'est plus au niveau d'une technique de (petit) groupe comme dispositif fondamental d'intervention (les fameux T. b) elle doit employer les catégories interprétatives des enseignants et des autres participants du processus éducatif .- - l'orientation démocratique (Lewin a surtout valorisé la démocratie des petits groupes. sa recherche de lois de la vie sociale. c'est-àdire à la montée et à l'installation du totalitarisme en Europe) . par une démarche dite expérimentale. par exemple. le tout définissant un idéal positiviste en matière de science sociale s'accompagnant de vues déterministes et technicistes. sont un point de départ pour une nouvelle définition : . e) enfin. montrer comment la distorsion de ses propres idées peut être surmontée . la nouvelle orientation est d'abord marquée par un tournant décisif dans les sciences de l'éducation. l'orientation qu'on pourrait appeler «scientiste» en désignant par ce dernier terme la conviction selon laquelle on peut mettre une science sociale rigoureuse.

où les objets sont supposés indépendants des chercheurs qui les étudient). Car. par analogie avec des démarches telles que celles conduites en des domaines comme l'agriculture. La connaissance ainsi acquise est constamment en relation dialectique avec la pratique étudiée dans l'action . L'action pratique suppose toujours un risque. as the study of praxis. 103 . ou de type idéologique. désigne une action informée et impliquée. Praxis désigne une action associée à une stratégie.La praxis. concernant d'éventuelles distorsions dues aux effets des idéologies. mais c'est un faux problème. en situation et dont l'auteur est impliqué. En effet : a) cette manière d'argumenter supposerait qu'il existerait un contexte dans lequel serait descriptible et analysable une praxis de manière objective c'est-à-dire déconnectée des valeurs et des intérêts des observateurs supposés (qu'une observation objective serait alors possible). Et c'est pourquoi le sens des praxis ne peut être établi que dans leur contexte pratique. C'est. La recherche-action. la connaissance est un processus coopératif ou collectif de reconstruction interne à un groupe de chercheurs praticiens : « Le point crucial est que seul le praticien peut avoir accès aux perspectives qui informent une action particulière en tant que praxis. un problème semble se poser ici. interpretive research. la recherche-action et l'implication Les pratiques qui se proposent comme objets pour une recherche-action ne sont pas produites par des chercheurs en tant que phénomènes (comme on fait dans les sciences naturelles. ni en tant que procédures (treatments). qui est pour eux la référence théorique fondamentale. informe et transforme cette théorie dans une relation dialectique. disent-ils. La dialectique de l'action et de sa compréhension est un processus. personnel et unique. C'est là une illusion produite par la représentation d'une science sociale objective . en tant que science de la praxis. Ils utilisent ici la notion de praxis. en réponse à un problème posé concrètement. «seul le praticien a accès aux implications et aux théories pratiques qui informent la (sa) praxis. Habermas. c'est une action qui est informée par une théorie pratique et qui. dans une situation historiquement définie et localisée. et pas davantage comme les expressions des intentions et perspectives des praticiens (comme on pourrait le faire dans une recherche interprétative. sera donc une recherche interne à la pratique singulière du praticien» (action research. » Mais si seuls les praticiens peuvent avoir accès au sens de leur pratique. de reconstruction rationnelle. en référence à la notion marxienne telle qu'elle est élaborée notamment par J. une praxis qu'il faut comprendre dans son contexte historique. Et comme le remarque un théoricien en la matière. La notion de pratique. « les problèmes pratiques sont des problèmes dont on ne trouvera la solution qu'en faisant quelque chose». must thus be research into one's own practice). ce sont donc des problèmes dont la solution est elle-même pratique. comme si on devait seulement s'occuper du point de vue des praticiens et de leur définition de la situation). seul le praticien peut étudier la (sa) praxis. telle que l'entendent Carr et Kemmis. et par conséquent la praxis peut être étudiée seulement par l'acteur social lui-même. en retour.

qui est lui-même de l'ordre de la praxis. «à la fin d'un certain nombre de cycles de rechercheaction. ils ont pu par la suite . et ils furent capables en même temps de rendre compte des améliorations qu'ils 104 . au cours de l'apprentissage. c'est le langage. On reprochera à la recherche-action d'être victime de la distorsion idéologique. À travers cette recherche-action. dans cette démarche. Ils utilisaient la méthode lewinienne de la spirale. Langage spontané et langage élaboré. Henry. changer à la fois leur manière de poser les questions en classe et leur conception même du rôle pédagogique des questions posées. des coutumes et de la systématisation bureaucratique. avec J. cela n'est jamais accompli effectivement. trad. d'accéder à plus d'autonomie. 1983). Ainsi. Au cours de cette recherche-action rapportée par J. on en venait ensuite à planifier un changement et on observait les effets du changement qu'ils avaient eux-mêmes planifié. la dialectique de reconstruction des significations de l'action est toujours un processus de relative émancipation à l'égard des diktats des habitudes. dans Language in classrooms. et notamment des allant de soi (des habitudes. utilisaient d'abord la technique pédagogique du questionnement pour conserver le contrôle de la classe (pour ne pas risquer d'être débordés par leurs élèves). en tant que praticiens-chercheurs. Une communication sans distorsions est purement de l'ordre de l'idéal .b) cette façon de construire le problème méconnait le fait que l'autoréflexion critique entreprise par les praticiens a pour but de découvrir des distorsions de l'interprétation et de l'action précédemment non reconnues. Bref. ils ont commencé à obtenir des différences nettes par rapport à leurs anciennes pratiques pédagogiques. les maîtres apprirent à changer leur façon routinière de poser des questions en classe et à encourager les élèves à poser leurs questions. James Henry a animé une recherche-action visant à explorer le problème et les effets d'un enseignement à travers l'analyse serrée de transcriptions d'enregistrements effectués au cours de leçons. Les maîtres qui travaillaient. comme le rappellent nos auteurs. Mais. passant du contrôle de la situation (et pas seulement des connaissances) à la possibilité offerte aux élèves d'être actifs. collaboraient activement à leur propre apprentissage. de là. Il montre. Au lieu de leur donner cette occasion. il n'existe pas de vérité objective qui échapperait aux intérêts des groupes et des membres. Armand Colin.et ce fut le bénéfice de cette recherche-action. que si les enseignants. Quelques exemples de recherches actions Carr et Kemmis citent quelques exemples de recherches-actions. fr. comme il a été dit déjà. les pratiques magistrales visaient essentiellement à maintenir leur contrôle sur la classe (Stubbs.à enseigner et à conserver le contrôle de la situation pédagogique). en résumé. des enseignants découvraient comment leur manière d'enseigner en posant des questions aux élèves aboutissait en fait à refuser à ces élèves l'occasion de poser leurs propres questions et de développer vis-à-vis du maître. passant par des observations initiales concernant leurs propres pratiques . Henry. montre que le discours du maître vise à la fois . une véritable autonomie. Le but de la recherche-action telle qu'ils la définissent serait de développer chez les praticiens une sorte de distance critique par rapport aux allants de soi qui gouvernent habituellement les pratiques. des coutumes) et que le medium de ces distorsions.pour moitié . À Deakin.

ou de la fréquence de certains événements de la vie de la classe). La dimension ethnographique de la nouvelle recherche-action Parmi les techniques couramment utilisées dans la recherche-action contemporaine. qui prenait la forme d'une consultation. Un autre exemple concerne un groupe de maîtres qui ont travaillé avec Kemmis. Il est évident que ces techniques se rapprochent de ce qui se fait en ethnographie plus que des analyses corrélationnelles. etc. qui fut remplacée par l'évaluation descriptive. etc. de coercition. est une initiative qui part des praticiens eux-mêmes. on trouve des procédures qui sont également fondamentales en ethnographie. en vue de sa propre émancipation par rapport aux habitudes irrationnelles. Cette recherche-action critique ou émancipatrice telle que le présentent Carr et Kemmis. qu'elle ne vient pas d'eux.des techniques d'analyse des données recueillies (analyses de contenu. Et s'il se trouve que des gens venus de l'extérieur (outsiders. Dans ce cas. s'analysant et se formant eux-mêmes 105 .la tenue d'un journal (de la recherche) centré sur des aspects spécifiques des pratiques des enseignants chercheurs . Pour ce faire. on n'a pas besoin d'experts étrangers à la communauté en recherche. ils partageront simplement la responsabilité collective de l'action engagée avec l'ensemble du groupe concerné.l'enregistrement au magnétophone des interactions dans les classes et les réunions . Et s'ils sont là. ils ont auto-analysé leurs stratégies pédagogiques habituelles.des entretiens avec les élèves après les leçons. il est bien entendu qu'ils n'ont pas l'initiative de cette recherche. ». avec le but de parvenir à l'auto-évaluation. ce qui créa des conditions pour un meilleur apprentissage. . On a vu se former des équipes de maîtres pour des classes normales ou spéciales et pour l'introduction du soutien dans des classes normales. . réfléchi sur des procédures comme la lecture silencieuse ou le travail en équipes.avaient obtenues». et notamment : . qu'ils sont simplement des participants au processus déclenché et géré par les praticiens eux-mêmes. en vue d'améliorer certaines méthodes d'apprentissage de la lecture. des méthodes expérimentales caractéristiques de l'autre sociologie. dans le texte) vont aussi y participer. bureaucratiques. recherche qui doit être elle-même comprise comme une praxis. parce qu'il existe un courant qui les porte à s'autoorganiser en vue de mener une recherche sur leur propre pratique (d'enseignants). participant au travail du groupe. Il y a eu prise de conscience des tendances à l'étiquetage (labelling) des élèves et du fait que certaines stratégies pédagogiques freinaient l'apprentissage de la lecture. etc. et mettait en œuvre des techniques regroupées sous le label de la dynamique de groupe . présenté par Carr et Kemmis. À la recherche-action traditionnelle. avec expert. On explora les effets de l'évaluation compétitive et numérique. Un troisième exemple de recherche-action.s'oppose ainsi la recherche action émancipatrice (emancipatory action research) : le terme émancipatrice s'impose ici «dans la mesure où le groupe de praticiens se responsabilise. concerne une expérience menée avec des maîtres qui furent conduits à négocier des règles de la classe avec leurs élèves. .

trois points essentiels : a) «on présuppose que les chercheurs praticiens perçoivent. Il faut au contraire se défaire de ce modèle de l'expert et des savants qui viennent de l'extérieur si l'on veut commencer à théoriser l'action des savants de l'intérieur. d'abord définie comme pure observation. de chercher à construire un modèle de l'analyse interne (ou de l'intervention interne) à partir de celui de la consultation. mais comme une démarche naissante du cœur même de la pratique éducative pour tenter de la définir et de la modifier. considérées non plus comme la simple application d'autres sciences au champ éducatif. selon Carr et Kemmis toujours. et plus généralement des sciences de l'éducation. On voit émerger alors. suivie au début des années 1980 d'une renaissance qu'il faut situer dans un contexte de réformes de l'enseignement : c'est là en effet le terreau de la NRA . et la recherche-action dans l'école. contrairement à nos premières présentations de 1'analyse interne en 1980. mais ils le disent un peu autrement. Il existe ainsi. C'est cela qui est au fond du discours de Carr et Kemmis. à terme. Et c'est pourquoi il ne saurait être question. Il connaît ensuite une phase de déclin. et donc idéologique ». lui. On a vu que l'on peut historiquement dater les grandes phases de ce mouvement : il naît et se développe d'abord de la fin des années 1940 jusqu'à la fin des années 1950 aux USA avec un décalage pour l'Europe. entre l'ethnographie de l'école. c) on présuppose enfin qu'ils comprennent la recherche elle-même comme une activité sociale et politique. b) on présuppose également que ces chercheurs perçoivent spontanément la nature sociale et les conséquences de la réforme en cours . diraient les ethnométhodologues . sa fille.dans et par ce travail. au colloque «chercheurs et praticiens». de l'expertise qui se trouve. 106 . la possibilité de parvenir à leur fusion. à la base de l'intervention psychosociologique et de la socianalyse.comme on peut le constater à la lecture des rapports concernant la recherche-action au cours de cette période. une relation étroite dans laquelle chacune tend à remodeler l'autre avec.le processus éducatif comme un objet possible de recherche .profane. par une sorte d'ethnographie spontanée . Cette nouvelle recherche-action effectuée par les acteurs du processus scolaire devrait conduire à une re-définition et de l'ethnographie de l'école (qui est déjà une démarche spontanée des enseignants dans leurs classes).

. qui enseignait dans les années 1990 encore. dans les écoles de Santa Barbara en 1968-1969. dont les résultats sont. Voici quelques passages qui indiquent le projet et l'orientation de l'ethnographie constitutive. L'ethnographie constitutive S'il se situe dans la tradition ethnométhodologique. à l'Université de Californie à San Diego. Cicourel. avec un travail de terrain mené en équipe dans une école maternelle. Mehan la définit par une double critique : celle des corrélationistes.pour le dire dans un autre langage . Un résumé de cette thèse a paru dans l'ouvrage collectif édité par Cicourel sous le titre : Langage Use and School Performance (1974). a bien montré cette perspective à propos de l'école. plutôt anecdotiques. par exemple. Woods. comme le manifeste d'une ethnographie constitutive et appliquée à l'école. à partir de 1978.au lieu de s'en tenir à l'institué (l'ordre social stabilisé). De l'ethnométhodologie. Cette dernière formule est suivie de références bibliographiques à Garfinkel et Cicourel. et 107 .article qui apparaît un peu. Il s'agit de décrire «les activités sociales structurantes qui créent les faits sociaux objectifs et contraignants du monde de l'éducation ». Mehan retient donc l'idée centrale. et celle de l'ethnographie traditionnelle de l'école (les recherches de terrain conventionnelles). va plutôt parler en termes d'ethnographie constitutive. Cette dernière notion apparaît de manière particulièrement accentuée dans un article de 1978 : Structuring School Structure. Il a préparé sa thèse (Ph D) sous la direction de A. a fait partie de la seconde génération de l'ethnométhodologie. et ne parviennent pas à un dépassement théorique de ce qui se découvre sur le terrain.x De l'ethnométhodologie à l'ethnographie constitutive Hugh Mehan. propose des thèmes de recherches qui sont déjà présents dans les ouvrages interactionnistes sur l'école comme ceux de Peter Woods et de toute l'école anglaise. il faut remonter à l'instituant qui le produit (les accomplissements sociaux). Mehan. dans l'œuvre de Mehan. dit-il. Et plus loin : «les études constitutives mettent en œuvre le principe interactionnel selon lequel les structures sociales sont des accomplissements sociaux ». en 1978 toujours. elle ne se limite pas à la technique des enquêtes). P. Pour mieux souligner la spécificité de son orientation. qui était déjà au cœur de l'interactionnisme symbolique selon laquelle . c'est-à-dire des sociologues qui appliquent les méthodes traditionnelles des enquêtes et du calcul des corrélations statistiques (mais sa critique englobe également les théories de la reproduction. Mehan.

pour le problème dit de la socialisation abordé. Woods où elle désigne. dans l'étude sur la compétence de l'élève (The competent Student. C'est là un monde qui est différent du monde des adultes et les élèves «doivent apprendre les règles de cette communauté scolaire tout autant que celles de la famille et de la communauté locale». en systématisant la recherche du rapport entre comportements structurants (instituants) et formes scolaires structurées (instituées au jour le jour) . Les besoins de l'économie en matière de formation. C'est le cas. Mehan définit la socialisation autrement : c'est.. Il reprend aussi l'image de la boîte noire. 56 à fin). Ainsi. du travail collectif.. diton. Les élèves vont à l'école. avec des rituels complexes concernant les relations personnelles. Dans d'autres ouvrages et articles. Mais la classe peut aussi être considérée comme socialisante dans un autre sens. soit technique. et les exigences des travailleurs soumettent la classe à des pressions extérieures. le fait que les sociologues de l'éducation ont tendance à négliger l'étude de «ce qui se passe dans la classe» . On la trouve chez Lacey et chez P. eux aussi classiques. très courante en ethnographie de l'école.. transmettre aux nouvelles générations des valeurs culturelles universelles. la dépendance et l'agression. de manière un peu polémique. On va insister sur le sevrage. écrire. «comme les autres communautés. Il va proposer de considérer la classe comme une petite communauté. Il y a plusieurs façons de décrire cette transmission. on va décrire le développement de la personnalité à travers l'histoire d'une vie. . il faut se donner une vue sur l'école qui n'est pas immédiate. 1980). par exemple. que Mehan fait passer dans l'étude microsociale de l'école l'idée fondamentale de l'ethnométhodologie.. les examens (testing) (p. tout un code moral basé sur ces rituels. «le processus par lequel les gens deviennent des membres compétents de leur communauté ».une expression. et d'autres aspects de l'éducation des enfants.la boîte noire . Certes. soit littéraire. il faut y insister. par exemple. Elles sont vues comme «l'endroit où les gens se rencontrent dans le but de donner et recevoir l'instruction» (Waller 1932). la communauté de la classe est influencée par son organisation bureaucratique et par la société plus large dont elle est une partie. pour apprendre à lire. des jeux. Bien plus. dit-on.relation. les séances de «counselling» (p. Dans la classe.. dit-il. Et lorsqu'on parle de socialisation dans et par l'école. déjà présente au cœur de l'interactionnisme symbolique. elle aussi. mais pour ce faire. l'apprentissage de la propreté. compter. les événements de la salle de classe. proclament des opinions concernant ce que leurs enfants devraient apprendre et sur le 108 . En effet. c'est pour montrer que «les élèves sont instruits dans les classes d'Amérique pour travailler indépendamment. 49-56). on va. des traditions. accomplir le plus haut niveau de succès possible »..notamment la carrière des élèves. les parents ayant été à l'école euxmêmes. par exemple. les classes sont souvent décrites en termes de tâches scolaires. C'est par la manière de les traiter. La socialisation ainsi définie peut être observée dans les écoles. que Mehan va définir et illustrer. le contrôle du sexe. La notion de socialisation désigne le processus par lequel «la culture est transmise d'une génération à l'autre ». si on adopte une perspective psychanalytique sur la socialisation. mais auquel il veut apporter une réponse originale.pour ne prendre en compte que les input (ce qu'on fait entrer dans le système scolaire en tant que variables sociales) et les output (ce que l'on trouve à la sortie). Mehan aborde un certain nombre de thèmes.

une compétence de sens commun. nous comprenons immédiatement les autres (dans notre propre culture. dans une certaine mesure. L'existence de telles forces environnantes montre que l'école est. Ce travail. à chaque instant. On y trouvera également des références à la phénoménologie sociale d'Alfred Schutz. Il met en œuvre. par contre. Dans l'article de 1980. dépendante de la société ». The Reality of Ethnomethodology. Mais le problème sera de mettre à jour «les correspondances entre cette organisation de la société et l'organisation de la classe ». avec H. d) La réciprocité des perspectives. c) On trouve chez Schutz des descriptions des interactions sociales qui semblent se situer dans le prolongement de l'interactionnisme de Mead. L'héritage de la phénoménologie et de l'ethnométhodologie En 1975. c'est la présomption que chacun de nous aurait la même expérience si nous échangions nos places. C'est l'information de base indispensable. mais il a retenu de sa formation phénoménologique antérieure une autre manière de décrire la vie quotidienne. au niveau des activités sociales de la vie quotidienne. fondamentale.comment le leur apprendre. Schutz rappelle que ce monde est au contraire. En bref : a) L'expression savoir social désigne ce que tout le monde sait. Les ouvrages qui vont suivre seront en général consacrés à l'école . et nous sommes compris par eux de la même façon. Mehan résume encore une fois l'apport de la phénoménologie sociale. au sens de Schutz. nous y sommes liés les uns aux autres par le travail. que les gens doivent posséder et utiliser afin de pouvoir fonctionner socialement. e) L'acteur social emploie des procédures interprétatives pour traiter la situation qu'il doit affronter à tel moment de son existence et gérer ses interactions avec le monde social. la même perspective sur le monde. à l'information de nos actions. Il connaît les textes fondateurs de l'interactionnisme symbolique. en l'appliquant à la vie de la classe : « Un certain nombre de chercheurs ont commencé à poser la question suivante : qu'est-ce que les enseignants et les élèves (spécialement ces derniers) ont besoin de savoir afin d'opérer efficacement dans les contextes de la classe ? Apprendre que certaines façons de parler et d'agir 109 . n'exige pas la maîtrise d'une science particulière. mais procédant autrement. constitue pour chacun de nous un cadre de référence nécessaire. Mehan publiait. C'est ainsi qu'il montre que le monde-vie n'est pas un monde privé dans lequel je serais enfermé. mais on y trouvera souvent la référence à cet ouvrage de 1975. Mehan reprend la notion schutzienne du savoir social disponible. mais il les décrit avec des concepts qui ne sont pas ceux de Mead et de Blumer. Wood (qu'on ne doit pas confondre avec Peter Woods !). Cette notion décrit une dimension essentielle de nos interactions avec nos semblables. qui sont des savoirs socialement accumulés. Ce stock de routines. dont on a dit déjà l'importance pour la fondation de l'ethnométhodologie. Mead. sur le monde social dans lequel il vit. d'emblée.H. b) L'attitude naturelle. en tout cas). si nous avions la même biographie. Retrouvant un thème central de G. intersubjectif : nous y vivons parmi les autres. qui est constant dans la vie courante. implique la mise en œuvre de routines accumulées au cours d'expériences antérieures avec le monde.

Il s'agit ici. ils sont construits par les gens présents. Carolyne et Léola vont au placard à vêtements. apprendre quand. Pour participer effectivement à la classe. occupe toute la matinée. Après ce moment du choix. Elle demande aux élèves de terminer leur travail et de se rassembler sur la moquette. puisqu'elle prend appui sur l'enregistrement audio-oral et audiovisuel d'un moment prélevé dans la vie d'une classe. en même temps. en combinaisons variables des participants et du public. Là... À la fin du moment du choix. non pas d'observation participante mais. utilisable pour une participation effective à la communautéclasse. au contraire. l'annonce en est faite à ce moment-là. les cuisines. Leola : 110 . Leola ! (Leola quitte le cercle). Les contextes ne sont pas équivalents aux entourages physiques des établissements tels que les classes. Description de la « séance de la moquette» Dans cette classe. l'enseignante prend le tableau contenant la liste des tâches de la classe et des élèves prévus pour chaque tâche . les élèves doivent stocker un savoir social. l'enseignante propose aux élèves de se distribuer les tâches. non plus par sa manière de reprendre et de retravailler un certain nombre de concepts.. de lire des histoires en espagnol et en anglais... On montrera ainsi. Ils doivent aussi apprendre qu'il y a des façons interactionnellement appropriées pour maîtriser leur savoir scolaire. mais ils doivent aussi savoir comment montrer ce qu'ils savent. Quelques-unes pour Leola. Au bout d'un certain temps. il y a rotation. et d'écouter les prévisions quant au travail de la journée. Les élèves doivent montrer ce qu'ils savent. on va illustrer ce travail d'institution par un exemple. Elle dit alors : . Les gens en interaction servent d'environnements les uns pour les autres. En farfouillant dans son sac. et les églises . la démarche ethnographique à l'œuvre.. d'autres démarrent avec l'enseignante.J'ai quelques graines salées dans mon sac. Ils doivent aussi être capables de fournir ces informations sous une forme appropriée. Carolyne y trouve quelques graines de tournesol. où. ou de structuration sociale qui suppose un travail d'institution.sont appropriées dans certaines occasions et pas dans d'autres. La participation compétente dans les contextes de la classe nécessite de savoir dans quel contexte l'on est. la première heure de la journée est le moment du choix : les élèves sont libres de choisir une des activités scolaires. Pendant que l'enseignante est en train d'appeler les élèves à former le cercle. Puis les élèves sont divisés en petits groupes de lecture et de calcul. mais en revenant à son concept central de constitution. Ce travail en groupe. » Un exemple d'ethnographie constitutive On va maintenant illustrer l'ethnographie constitutive. et avec qui certaines sortes de comportement peuvent se présenter.. d'une observation non participante armée. mais au lieu d'en faire la théorie.. En cas de changement dans les procédures de la classe. avec la récréation. Quelques groupes commencent à travailler seuls. l'enseignante et les élèves se rassemblent sur une moquette (d'où l'expression : groupe de la moquette). elle le pose sur un chevalet. sont quelques-uns des constituants essentiels du stock de savoir social. J'ai quelques graines salées pour toi dans mon sac. installées par l'enseignant dans les groupes d'apprentissage.

indique que Carolyne a un objectif à atteindre : elle veut que Leola joue avec elle. Denise a apporté à l'école quelque argent qu'elle a reçu pour son anniversaire. Cette suggestion l'emporte sur celle de Carolyne qui insistait pour que seules.-Moi ? Carolyne : . si tu joues avec moi. en donne quelques-unes à Leola. Pendant ce temps. À un moment donné. Comme la distribution des graines. Elle énonce des tâches : s'occuper de la bibliothèque de la classe. qui utilise l'appropriation et la redistribution de richesses. puis elle les redistribue de telle sorte qu'elle en garde trois et que Denise et Leola en ont une chacune. je joue avec toi. cette activité indique que ces élèves ont des objectifs qui coexistent avec ceux des enseignants. Pendant cet échange entre l'élève et l'enseignante. Leola et elle. elle découvre que de l'argent circule dans le groupe de filles. travaillent ensemble. l'enseignante revient au rituel approprié à la situation : la distribution des tâches de la classe. se déroule pendant que l'enseignante organise le cercle. Pendant que Leannie court accomplir cette tâche indiquée par l'enseignante. Leola : . une variation intéressante dans la procédure d'attribution des tâches. Cette fois.Où va cet argent ? Denise répond : 111 . Denise suggère que Carolyne. Leannie a choisi la tâche consistant à s'occuper du calendrier et de la date du jour. l'enseignante assigne une tâche à Edward et à Leannie. Après avoir demandé à Carolyne d'aider Wallace à ranger leurs affaires. mais c'est une activité indépendante.Si tu joues avec moi. Elle demande ensuite à Ysidro de choisir sa tâche. du calendrier à changer tous les jours. Ici apparaît. prendre soin du matériel.. Voilà un exemple qui montre comment l'enseignante utilise l'élève pour l'accomplissement d'un de ses propres objectifs. Pendant que l'enseignante demande à Denise d'indiquer la date.. L'enseignante demande à Leannie de quitter le cercle et de le faire. Leola et Carolyne s'assoient ensemble à côté de Denise et Regina. celle-ci demande aux élèves de dire la date du jour. Leola et elle (mais pas Felicia) forment une coalition pour essayer d'obtenir une tâche. Denise. Elle interroge Denise : . qui trouve place pendant que Leola et Carolyne se rendent du placard à vêtements au coin moquette. Cet échange. Elle donne des pièces à Carolyne qui. Carolyne. à son tour. Carolyne et Leola engagent une conversation.Je joue. dans un échange avec Leannie. Les élèves vont s'asseoir sur la moquette face à l'enseignante. Cette construction d'une cohésion sociale. Pendant que l'enseignante s'occupe d'organiser le cercle. Leola et Denise se sont engagées de leur côté dans une conversation. mais comme c'est le premier jour de classe d'un nouveau mois la page du calendrier doit être tournée. si tu joues avec moi. Quelqu'un annonce que c'est l'anniversaire de Denise. Carolyne a les cinq pièces de Denise . cela concerne une stratégie pour obtenir les meilleures tâches dans la classe.

Leola essaye d'appliquer la nouvelle règle instaurée par l'enseignante. l'enseignante parcourt des yeux le groupe à la recherche d'autres demandeurs de tâches. Ce moment de contrôle social passé. de fait. d'autres élèves essayent d'obtenir des tâches. Ce faisant.Martha. les élèves ont été rassemblés sur la moquette. d'accord ? Denise.C'est mon anniversaire. Pendant que Denise lit la liste des travaux de la classe. Elle dit qu'elle et Leola désirent travailler à la bibliothèque de la classe. puis se retourne de nouveau vers les élèves... D'abord.O. est encouragée par l'enseignante. certaines activités lancées par des élèves sont incorporées dans l'espace de conversation ouvert par les hésitations de Denise quant à son choix. et boutonne bien ta poche pour que cela ne sorte plus. sorti de son sac. L'enseignante évite cette avance. regarde derrière elle le tableau où se trouve la liste des tâches de la classe. on constate que pour la première fois des élèves font d'euxmêmes une entrée afin d'obtenir une tâche. Et Carolyne de répéter : Dans sa poche. L'enseignante les rappelle à l'ordre en rappelant la règle du tour de parole dans la classe : ne pas parler quand c'est le tour de quelqu'un d'autre. L'enseignante. Lorsque Martha a choisi une tâche. lente à faire son choix. tu peux choisir la prochaine.Denise. Pendant ce temps..K.Tu prends la librairie avec moi. Commentaires Les analyses qui précèdent montrent quelques-unes des procédures que les enseignants et les élèves utilisent pour parvenir à des objectifs en coordination les uns avec les autres. Carolyne est appelée. Carolyne et Leola continuent à faire des plans pour obtenir une tâche. des tâches de la classe pour la semaine.. et étend la nouvelle règle de l'anniversaire à Martha : . Leola recommande son amie Denise en répétant son nom.Dans ma poche. elle va formuler (instituer.). choisit Denise comme la prochaine à faire son choix. dans l'interaction avec Denise) une nouvelle loi de la classe : . dit-elle (voilà la nouvelle règle). annoncer des nouvelles procédures (concernant le repas et la récréation). l'enseignante surprend Denise avec l'argent de son anniversaire. et finalement accepte cette innovation (. Elle lève la main et dit (en rigolant) : . car ce sera ton anniversaire vendredi prochain. Ce jour-là. L'enseignante marque alors un temps de pause. Encore une fois. donner la liste des travaux scolaires prévus pour 112 . Ensuite. parmi les élèves. En examinant les bandes antérieures et les notes de terrain aussi attentivement que possible. range-le. L'enseignante renforce cette suggestion : . quelle tâche veux-tu ? Les élèves dont c'est l'anniversaire doivent choisir. Carolyne souffle à Leola : . pour un certain nombre de raisons : procéder à la distribution.

Il est en effet évident que les élèves doivent apprendre à maîtriser un certain nombre de disciplines enseignées à l'école et les recherches concernant les aptitudes que les élèves mettent en œuvre pour répondre à cette exigence (apprendre à lire. Ces items ont été souvent perturbés par le perpétuel souci de maintenir l'ordre dans le groupe. à écrire.lire. apprentissages) de l'école.tout en maintenant en même temps ses relations avec ses amies. Au moment de la séance (de la moquette). Cette stratégie a permis à Carolyne de montrer un certain intérêt pour l'objectif visé par l'enseignante -la distribution des tâches . . d'une compétence interactionnelle nécessaire pour être en mesure de participer de façon satisfaisante à la vie sociale 113 . l'enseignante engage les élèves dans une direction d'activité à laquelle les élèves s'adaptent. Elle a réussi à changer la procédure utilisée par l'enseignante pour la distribution des tâches de la classe. L'enseignante a utilisé des procédures spécifiques pour parvenir à ses objectifs. les élèves s'occupent aussi de leurs propres affaires. Elle a décrit en détail les nouvelles règles de la classe et répondu à des questions à leurs sujets. des tâches à accomplir dans la matinée). Mehan a décrit un autre aspect de la vie de la classe : il a étudié une dimension sociale ou interactionnelle qui accompagne et en fait encadre les aspects mieux étudiés (transmission des connaissances. avec parfois la participation (involontaire) de l'enseignante. Mais au même moment. Elle est parvenue à réaliser d'autres objectifs pendant que. en invoquant les règles de la classe établies auparavant. par les élèves.) sont nombreuses. en employant une procédure d'allocation de tour de parole. simultanément. L'analyse des cassettes vidéo montre que Carolyne avait elle aussi des objectifs à réaliser: la construction et le maintien d'une cohésion sociale parmi ses amies d'une part et d'autre part la contribution au programme de l'enseignante (la distribution. La maîtrise de ce cadre des apprentissages scolaires implique en effet la mise en œuvre. etc. Elle a assemblé son groupe en soudoyant certaines de ses amies et en en excluant d'autres qui tentaient d'obtenir la tâche qu'elle désirait pour ellemême au sein de la classe. Elle a demandé aux élèves de se proposer pour les tâches de la classe qu'ils souhaitaient accomplir. Conclusions : compétence pour l'apprentissage et compétence interactionnelle Dans la conclusion de cette étude. Elle a convaincu Leola de faire équipe pour tenter d'obtenir une tâche. Carolyne a opéré de façon très méthodique pour parvenir à ses propres objectifs dont certains étaient indépendants de ceux de l'enseignante.est une dimension bien connue de la vie scolaire. elle contribuait à ceux de l'enseignante. L'enseignante a maintenu cet ordre en instaurant le tour de prise de parole des élèves. Mehan rappelle que la dimension d'apprentissage des connaissances . écrire. On le voit : de multiples activités se développent simultanément dans la classe. parmi les élèves. etc.la matinée. Elle a travaillé à maintenir la loyauté du groupe qui s'est formé autour d'elle sur la moquette en partageant de la nourriture et de l'argent. Mais dans ce travail.

On ne dit pas aux élèves comment se débrouiller avec des règles prescrivant des comportements différents pour une même situation (par exemple : ne pas courir. que les enseignants et les élèves contribuent coopérativement à l'institution de la classe comme fait social spécifique. 114 . Garfinkel appelle ad hocing cette capacité de faire fonctionner de manière ad hoc des règles générales. comme on le fait ici. mais aussi : quittez la pièce rapidement en cas d'incendie). tout autant qu'ils doivent apprendre les capitales des États et les noms des couleurs. La liste des règles de la classe que l'enseignant met par écrit dans le bulletin administratif de l'élève sont en général des déclarations de bienséances (par exemple.l'aspect interprétatif de la compétence à l'interaction dans la classe concerne les différentes règles de la classe. Bien que rarement formulées en ces termes. les erreurs des élèves apparaîtront sous un nouveau jour. mais ne l'est plus sur la moquette où se réunit le cercle). L'ad hocing. Enfin. On retrouve ici. Les moyens appropriés pour atteindre les objectifs scolaires ne sont pas communiqués aux parents sous formes de notes. Cette conception reconnaît que les élèves sont des participants actifs à la production des environnements dans lesquels ils agissent . ce travail sur la compétence à l'interaction montre.l'aspect communicatif de la compétence interactionnelle dans la classe implique certaines façons de se comporter (y compris de parler) qui sont appropriées en certaines occasions et pas en d'autres. des objectifs qu'ils veulent atteindre. le thème que Mehan avait déjà abordé dans sa thèse de doctorat et repris dans l'ouvrage collectif publié sous la direction de Cicourel. dans la classe. Les enseignants engagent les élèves dans des interactions et vice-versa. elles font partie d'un arrière-fond implicite du savoir social . Ils doivent être capables de trouver ces applications des règles aux circonstances. Ils assemblent ensemble les événements de la classe tels que les leçons et les cercles (de la moquette).autre thème constant de l'ethnométhodologie . surtout en tant qu'elles sont rendues accessibles/disponibles aux élèves. respecter la propriété des autres). Les règles et régulations de la communauté-classe ont une qualité particulière. . Cette compétence présente à la fois un aspect communicatif et un aspect interprétatif : .de la classe. est un des traits constitutif de la sociologie profane ou de sens commun). si l'on prend en compte. Les règles de la classe possèdent donc une dimension tacite. ne pas courir en classe. avec d'autres recherches. s'ils veulent réussir aux yeux de leurs enseignants et de tous ceux qui sont en position d'évaluer leurs performances. Ces énoncés des règles ont un caractère de généralité tel qu'ils ne contiennent pas les recettes permettant d'appliquer ces règles générales à des situations particulières (par exemple : courir est un comportement acceptable dans la cour de récréation. le fait que les élèves ont eux aussi. on le voit. Les critères utilisés pour évaluer le comportement des élèves sont rarement exprimés par des mots. il est nécessaire de déterminer le rôle que le comportement en question joue dans la perception que l'élève a de la situation. Cet aspect se manifeste par la capacité de produire un discours ordonné et cohérent ou celle d'établir des liens cohérents avec les acteurs de la situation scolaire .que les élèves doivent apprendre. ils n'y répondent pas passivement. De plus. Au lieu d'affirmer que ces erreurs proviennent d'un manque de compétence. qui fait partie des ethnométhodes.

que la plupart des études existantes semblent se limiter elles-mêmes principalement aux effets d'une personne A sur une personne B. Elles se centrent uniquement sur l'influence qu'un membre initié d'une société exerce sur un membre non initié.vers les membres non-initiés : les enfants. Ces formulations unidirectionnelles concernant les processus de socialisation ignorent le fait réflexif. qui est de ne s'intéresser qu'aux influences de l'enfant sur l'adulte. Les participants à une interaction s'influencent les uns les autres en même temps (et cette contemporanéité est caractéristique. On retrouve une telle unidirectionnalité (un mouvement qui part uniquement de l'adulte. elles ne voient pas dans l'organisation du comportement un système de causalité réciproque.Cette perspective interactionnelle sur la compétence des élèves dans la classe conduit encore à revoir les théories de la socialisation antérieures. En disant que les parents socialisent l'enfant ou que les enseignants transmettent la culture aux élèves. mais elles maintiennent une orientation unidirectionnelle. de la réflexivité sociale). quant au fait que les enfants sont influencés par les adultes. L'observation courante tout autant que l'histoire des recherches sur la socialisation ne laissent aucun doute. Elles ne portent pas une attention égale à la contribution du participant non-initié au processus de la socialisation. certains chercheurs ont décrit l'influence des enfants sur les adultes. dans ses conclusions. Cette orientation unidirectionnelle est également dominante dans les théories structuro-fonctionnalistes de la socialisation qui définissent le processus de socialisation comme ce à travers quoi les gens apprennent ce qui est bon ou mauvais en fonction de l'ordre social. lui. En d'autres termes : Mehan montre. L'enseignant enseigne l'enfant en même temps que l'enfant enseigne l'enseignant. Les enfants structurent et modifient leur environnement (y compris les adultes qui en font partie) tout autant 115 . que les participants à une interaction s'influencent mutuellement l'un l'autre. la contribution de l'enfant à l'interaction enfant-adulte. précisément. théories qui définissent la socialisation comme le transvasement d'un savoir culturel d'un réservoir qui en est plein (les adultes) vers un réceptacle qui. Ces recherches renversent la description traditionnelle des enfants et adultes. le monde et l'adulte sont en constante interaction : les enfants et les adultes travaillent ensemble à la production d'environnements constitutifs pour les uns comme pour les autres. pendant que le second le ferait à un autre. Cependant. dans le langage de Garfinkel. toutes ces théories unidirectionnelles disent que le flux de l'interaction va exclusivement des membres initiés de la société . sans perdre en compte le fait que B influence à son tour les actes de A et qu'ils sont tous les deux largement influencés l'un et l'autre par le contexte dans lequel leurs actions prennent place. serait vide (les enfants). Cette attention unidirectionnelle est prévalente dans les théories concernant la transmission culturelle dans la socialisation. en direction de l'enfant) dans les théories néo-béhavioristes de la socialisation : elles disent que « la fonction de l'éducation est de transformer le matériel humain brut d'une société en de bons membres travailleurs ». L'enfant. Un participant à l'interaction n'influence pas l'autre à un moment. En fait. Celles-ci tendent à être unidirectionnelles. Elles ne sont pas fondées sur une conception interactionniste .les adultes . bien sûr. elles passent de l'attitude consistant à ne se centrer que sur l'influence de l'adulte sur l'enfant à l'autre extrême. Cette mutuelle influence apparaît simultanément et non de façon autonome.

non par une démarche d'observation participante. peut féconder des recherches en ethnographie de l'école. Entre l'interactionnisme symbolique et l'ethnographie constitutive issue. une propriété fondamentale du social. jointe à la phénoménologie sociale de Schutz dont elle est issue pour une bonne part. Et cette description constitue l'une des meilleures illustrations de la réflexivité qui constitue. de l'ethnométhodologie. L'exemple de l'école. pour les phénoménologues. vidéo) en même temps que non participante. 116 . De l'ethnographie interactionniste (Woods) à l'ethnographie constitutive (Mehan) On voit par là comment l'ethnométhodologie.qu'ils sont structurés et modifiés par celui-ci. mais au contraire par une observation armée (magnétophone. On voit du même coup en quoi cette ethnographie constitutive diffère de formes plus classiques de l'ethnographie comme celle que nous avons rencontrée dans l'œuvre de Peter Woods. dans l'analyse de conversation) que la participation active à la vie d'un groupe social. avec les deux manières de l'aborder en ethnographie : celle de Peter Woods et celle de Hugh Mehan montre qu'il y a là deux orientations à la fois complémentaires et irréductibles l'une à l'autre même si toutes deux se réclament également de l'ethnographie. en partie du moins. Or cette démarche semble plus fréquente dans les travaux de terrain inspirés par l'ethnométhodologie (et aussi. On notera également que la description de Mehan et son analyse de la constitution du social dans la classe prennent appui sur un matériau qui a été recueilli. bien sûr. il y a donc des différences marquées.

regroupant le rap. notamment. ne sont pas les consommateurs passifs de la mode et de l'industrie culturelle .avec un marché musical du rap. aujourd'hui. portugaise. expression qui désignait au moment où ces recherches ont été menées et ces ouvrages publiés. Boys . à titre de contribution. la culture juvénile dominante. leurs fanzines (The Zulu's Letter et Get Busy. les Skins. insignes et autres objets associés à leur style .. les Mods. qu'il s'agisse du rap ou du graphisme. il commence à s'installer en 1983 dans la deuxième génération issue de l'immigration africaine. assister et participer à des concerts. Ces déplacements ne concernent pas seulement les B.comme. Cette culture est fortement implantée. maghrébine. en les confondant trop souvent avec les jeunes artistes du hip hop. pour le hip hop français). Je présente ici. Boys entre autres. aujourd'hui. Il faut cependant actualiser cette référence aux sous-cultures juvéniles.. leurs discothèques et autres lieux de rencontres. ils sont caractéristiques d'une partie importante de la jeunesse des Cités. Un renversement méthodique 117 . mon enquête ethnographique en cours sur la culture hip hop. dans le rap français. En dépit du fait que leur mouvement est très médiatisé . Incredibles Zulu's B. ce mouvement tend en même temps. Boys Le hip hop est né aux USA dans les ghettos et les minorités culturelles (les Noirs. une commercialisation des vêtements. pour la France).ont leur look particulier (le look « zoulou »). les danses qui s'y rattachent et le graphisme à la bombe (tags et grafs). leurs associations (IZB. à déterritorialiser ses membres . S'il a des racines fortes dans les banlieues. etc. les Teddy Boys. leurs boutiques (Ticaret. Le hip hop et ses B. et parmi les jeunes Antillais qui sont particulièrement actifs. Boys du hip hop . En France. Les B. ils contribuent continûment à la production de leur culture junvénile. etc.ces jeunes.XI De l'ethnographie de l'école à celle du hip hop Plusieurs travaux anglais d'ethnographie de l'école mettent en lumière l'attachement particulier de certains élèves à la popculture. tout comme leurs prédécesseurs des groupes spectaculaires. les latinoaméricains) dans les années 1970. les Heavy Metal et autres bandes spectaculaires ou de style (Hebdige 1979) . en d'autres temps. chez les jeunes nés dans l'immigration. à Paris). et notamment des bandes dont on parle beaucoup aujourd'hui dans les médias.qui sont très souvent en déplacement dans la capitale pour tagger.

comme j'avais rencontré en 1966 les rites de transe et de possession. concernant la méthode d'enquête. ces premières initiatives me donnaient une entrée dans le mouvement. être mobile comme le sont les membres du mouvement (c'est en effet le terme qu'ils emploient eux-mêmes). Cela se passait en mai 1989. à Harvard (Whyte 1955). 1976 . au moins à titre provisoire. Mais lorsqu'on se propose de transposer cette forme d'observation participante à l'étude d'un mouvement social. un établissement. L'étude des cultures adolescentes par les ethnographes anglais de l'école. Dès que j'ai pris ma décision concernant mon nouveau terrain ethnographique. mon nouvel objet. si j'avais opté pour une démarche ethnographique plus classique. Miles. Et. au contraire. j'ai opté pour l'étude de cette culture adolescente. j'en ai pris une autre. Boys au LP. le 30 juin. La méthodologie de l'observation participante a été élaborée essentiellement à partir de travaux concernant des formes sociales stables : un village. un premier cadre théorique pour ma nouvelle enquête. avec concours de fresques. le travail déjà entrepris dans ce LP où j'avais trouvé. 1986) -. il faut. issus de la diaspora nègre . contribuèrent à construire l'image d'une observation participante idéale dont la première condition serait de passer une longue période sur un même site et au milieu d'une même population en prenant part à ses activités quotidiennes pour l'observer. je mettais en route un processus dont j'étais loin de mesurer les conséquences ultérieures. J'aurais eu du mal à l'obtenir. Lapassade. à l'université où j'enseigne. et par les sociologues de l'École socio-historique des Cultural Studies de l'Université de Birmingham (Hall. j'allais être rapidement conduit à changer l'idée que je m'étais faite de l'enquête ethnographique par observation participante à partir. un peu par hasard. j'ai inversé cette démarche et j'ai invité les B.après l'avoir tenté déjà pour le mouvement étudiant et lycéen de 1986 (Boumard. avec l'aide d'un collectif étudiant. À la fin de l'année consacrée à observer ce LP. comme je tente de le faire en ce moment sur le terrain sans territoire du hip hop . notamment. à Saint-Denis. Elle prolongeait. Whyte dans des bandes de jeunes italiens de la deuxième génération. Ce faisant.Mon enquête ethnographique sur le hip hop a commencé en 1989 au Lycée professionnel (LP) Jules Marey.F. où je pratiquais l'ethnographie de l'école. à partir de mon enseignement à l'université de Tunis. pouvait me fournir. d'une part. une salle de classe.définition correspondant à la démarche courante (le chercheur se rend chez ceux qu'il se propose d'étudier. Au lieu de m'arrêter à une définition naturaliste du terrain . j'organisais à l'université un premier festival de rap. La recherche par observation participante dans un mouvement ne peut 118 . séjourne longtemps parmi eux après avoir négocié l'entrée sur ce site). de la lecture des manuels dont je me suis servi pour élaborer certains chapitres du présent ouvrage et de mes recherches antérieures sur le terrain des confréries maraboutiques et des rites de possession (Lapassade 1982).les stambali -. d'autre part. Le long séjour que Malinowski effectua entre 1914 et 1918 aux îles Trobriand (Malinowski 1963). il ne s'agit plus de séjourner sur un site stable et d'y faire son trou . en un sens. comme j'ai pu le vérifier plus tard. Deux mois plus tard. celui de W. plus spécialement auprès des jeunes des cités voisines. pour des enregistrements de rap et pour la production de grafs. Hess. L'observation participante dans les formes sociales stables et dans les mouvements sociaux En commençant à enquêter ainsi sur le hip hop. 1991). surtout.

Avec le hip hop. avec la nouvelle vague du hip hop la situation était profondément modifiée et les old tirners . En fait les entrées étaient multiples et fluctuantes et je n'avais que l'embarras du choix. Mais on savait à qui s'adresser pour se faire admettre sur le site.n'exerçaient plus aucun contrôle sur la nouvelle génération. par exemple. Et si j'ai travaillé ensuite à la publication du premier ouvrage français sur le rap (Lapassade et Rousse1ot. je reste en un sens dans les limites d'une observation participante périphérique. sans me soucier d'obtenir des autorisations de ce côté là. pour le représenter en France. Le monde du hip hop y est particulièrement sensible. je croyais que je devais m'assurer la bienveillance de la reine des zulus nommée. J'étais en effet convaincu . par le livre qu'il va publier. Pour y entrer.et même dans . lui donnera accès à une certaine gloire. Pour pouvoir effectuer. il est bon d'apparaître comme quelqu'un qui peut être utile aux gens qu'il se propose d'observer. Nous avons constaté ensuite qu'il fallait aussi négocier ce droit d'enquêter avec les professeurs comme avec les élèves et que cette négociation durait jusqu'au terme de l'enquête.les anciens du mouvement .et ce fut là un des premiers résultats de mon travail de terrain . Boys. valorisera le groupe. Observation participante périphérique et observation participante active Cet accès au mouvement a toutefois des limites. en 1988-89. c'est assez différent. Assez souvent. Pour parler comme Adler et Adler (1987). d'ailleurs. soit parce qu'ils avaient des fonctions de direction ou d'animation dans des maisons de jeunes et ailleurs ont facilité mes premiers contacts avec le hip hop.le hip hop. Comme je l'ai indiqué dans un chapitre antérieur. c'était avant tout dans l'intention de me donner dans ce milieu un statut autre que celui du sociologue voyeur. C'est ainsi que. une enquête ethnographique au LP Jules Marey il m'avait suffi. par Africa Bambaataa.être conduite comme on le ferait pour une forme sociale plus ou moins stabilisée. fondateur de l'Universelle Nation Zulu en 1975. Il n'existe pas quelque part un pouvoir central auprès duquel on pourrait demander l'autorisation préalable d'enquêter. Mes étudiants . le problème dit de l'entrée.soit parce qu'ils étaient eux-mêmes des B. cette notion désigne un type de relation marginale de 119 . 1990).que la Nation zulu française contrôlait la culture hip hop ou.mais ça n'a pas duré très longtemps . J'ai découvert ensuite . Boys. du moins dans un premier temps. Au début de mon enquête. Mon statut d'universitaire aura été certainement un atout essentiel pour accéder à ce terrain. Je pouvais donc travailler sur . du moins. à New York. qu'elle en était une composante essentielle et incontournable.que si cette Nation zulu avait effectivement joué un rôle non négligeable dans le développement du premier hip hop français (entre 1983 et 1986). de négocier l'autorisation d'enquêter dans ce LP avec le proviseur et un conseiller d'éducation que je connaissais depuis plusieurs années. dans la mesure où un nombre important de ses membres est obsédé par la réussite dans les métiers de l'art et du spectacle. l'ethnographe est perçu comme l'écrivain potentiel qui. ou de l'accès au terrain va se poser différemment lorsqu'il s'agit d'enquêter dans une école et lorsqu'on s'engage dans une observation participante chez les B.

1975). etc. J'organise avec eux des festivals de rap. Les « ritals» de Bienne En juillet 1991.dans un rôle. avec un groupe de jeunes lycéens rappers -les FTV . Je mets également en œuvre. des débats associés à des spectacles. qui est la conséquence soit d'un choix personnel. et c'est à ce niveau là que je peux les rencontrer en leur offrant par exemple. Il m'est arrivé assez souvent d'intervenir dans la vie de ce groupe. Je devais intervenir sur le hip hop au cours d'une émission de radio. soit du fait que le chercheur se trouve limité. Boy. à l'observation participante active . lorsque je la rencontrai à Paris en juin 1991. j'utilise souvent. pour rester dans la typologisation proposée par Adler et Adler. par son âge. je sors de l'observation participante périphérique et je passe. Boys. pendant la presque totalité de l'année universitaire 1990-91. Le contact des B. d'éducateur. sa participation comme membre.telle qu'elle a été élaborée par les institutionnalistes. et je ne serai donc jamais un membre à part entière du hip hop. son statut social ou son propre système de valeurs. mais je ne me contente pas de mettre ainsi des équipements à la disposition des rappeurs. comme j'ai pu le faire à plusieurs reprises. mais j'ai retenu sur ce point la leçon des groupes de rencontre californiens où l'implication de l'animateur dans la vie du groupe. pour préparer leurs maquettes musicales. proposait de décrire ce que je fais. Ce faisant. constamment. suivie d'un débat public consacré notamment au problème des tags qui envahissent les murs de la ville en ce moment. est plus grande (Lapassade. acceptant de m'impliquer. des dispositifs de visibilité .l'ethnographe à son terrain. plus que ne l'aurait fait un intervenant psychosociologue classique .tous les jours. c'est d'ailleurs ainsi que Patricia Adler. pour parler comme les ethnométhodologues. J'ai consacré le samedi à m'entretenir avec plusieurs groupes de jeunes de l'endroit et j'ai pu constater que la culture hip hop y était pratiquée surtout par des enfants de l'immigration 120 . Je donnerai un dernier exemple de ma pratique pour indiquer comment je puis être amené par les situations à mélanger les techniques d'observation et d'intervention. dans mes rapports de terrain avec les B. d'animateur. comme je l'ai dit déjà. Boys avec les adultes se fait essentiellement au niveau des institutions dont ils ont besoin pour s'exprimer. des techniques acquises au cours de ma formation à la psychosociologie des groupes. ou même de manager bénévole . dans sa participation. analysant avec eux tel conflit en cours. d'utiliser. par exemple.installés dans des locaux de notre université. Mais je n'allais pas à Bienne pour un pèlerinage rousseauiste. En outre. et aussi quelques tournées. je suis invité à participer à deux journées de manifestations hip hop à Bienne -. une ville pour laquelle j'avais déjà un intérêt particulier dû au fait que Jean-Jacques Rousseau y a vécu des expériences d'extase qu'il décrit dans ses Rêveries du promeneur solitaire. à peu près comme on le ferait au cours d'une intervention psychosociologique. J'ai travaillé avec eux . assez mal défini. Je participe à des manifestations diverses : des expositions. pour tenter de faire carrière. J'ai passé depuis longtemps l'âge d'être un B. l'ancienne station de radio FMR de l'Université Paris VIII. la technique des analyseurs naturels ou construits ou.

Nous sommes entrés à partir de ce moment-là dans une phase plus active de préparation de cette performance. certaines bases techniques que j'ai pu acquérir dans la fréquentation de ce mouvement m'ont été fort utiles pour effectuer cette intervention. non pas comme des matériaux pour une ethnographie . Les autres B. consistant à dire des textes rimés et rythmés. l'envers d'un disque de reggae comportant un rythme avec une base instrumentale dont on peut se servir pour soutenir un toast. ce terme étant l'équivalent jamaïcain du rap). Je suis parti de leur goût pour le raggamufin. et se considérant comme des Espagnols.ce que je ne fais d'ailleurs jamais . Là encore. dans la mesure où je pourrais le faire en si peu de temps. Boys de Bienne préféraient le rap. Et j'ai commencé alors à écouter leurs propos. encore peu développée. que je devais présenter le lendemain pour s'y manifester eux-mêmes. Ces jeunes avaient une certaine pratique. j'ai pu constater que cette forme musicale semblait présenter une affinité particulière avec les cultures de la Méditerranée. et que ce travail était de nature à les aider dans leur vie quotidienne. à comprendre sa place dans le hip hop local.pour parler comme Lourau . ils paraissaient assez isolés et quelque peu marginalisés dans ce mouvement. avec des répétitions et aussi la recherche des dubs (on appelle dub. Constatant cela. j'ai considéré qu'il pouvait être utile d'aider ce groupe à se structurer. Je leur ai donc proposé d'utiliser le cadre d'un exposé sur le hip hop. Ces ritals de Bienne me donnaient l'impression d'occuper une place très particulière dans le hip hop local . des Italiens ou des Grecs . une technique poético-musicale jamaïcaine. et alors même qu'il n'était pas dans ma mission officielle d'agir en ce sens. et notamment dans cette Italie du sud qui reste leur véritable patrie.et non comme des Suisses. Ils ont accepté aussitôt ma proposition. j'ai décidé de les aider. à la renforcer. Mes rencontres avec des groupes de raggamufin dans le sud de la France (le Massilia Sound System) et dans le sud italien (les Salento Passe) m'avait conduit à élaborer cette hypothèse que la rencontre avec les ritals de Bienne venait confirmer avec éclat. parfois improvisés. d'avancer. sur les rythmes du reggae.selon le pays d'origine des parents . Analysant ce que j'entendais. 121 . du raggamufin. C'est au contraire . elle avait au contraire son équivalent ailleurs.visiblement mal intégrés à la société d'accueil. C'était important pour eux dans la mesure.mais plutôt comme une demande sociale d'aide. C'est ainsi que ma propre sensibilité occitane et ma préférence pour le reggae et le raggamufin m'ont immédiatement rapproché de ces jeunes italiens. en Jamaïque. Au cours de mes voyages dans le milieu du hip hop. ou non. J'ai donc commencé par leur parler de ce raggamufin méditerranéen. ni l'intervention organisationnelle qui est déterminante. Je suis cependant convaincu qu'en de telles circonstances.l'arrière-fond libidinal de la relation qui permet. Le dernier groupe avec lequel j'ai pu avoir un long entretien était celui des jeunes italiens (appelés «ritals» par les autres groupes). Ils ont pu alors me parler très librement de leur situation en Suisse : le fait que j'étais moi-même un étranger de passage facilitait cet entretien. à la faire mieux reconnaître. où ils pouvaient voir que leur pratique musicale n'était pas quelque chose de marginal . ce n'est pas la dimension idéologique.

Ils ont vécu cela comme un événement important pour leur communauté et ils l'ont exprimé clairement. mais en travaillant à la structuration du groupe. Cette rencontre constituait pour ces jeunes un encouragement assez exceptionnel. comme je le crois. leur premier souci était d'expliquer l'épidémie de tags dans cette ville à une population qui commence à donner des signes d'hostilité manifeste à ce propos. J'ai même cru trouver dans ma trop brève rencontre avec ce groupe de jeunes italiens de l'immigration dont certains sont des taggers une confirmation de l'hypothèse que j'ai formulé ailleurs déjà : le tag. En m'invitant. En facilitant. dans la ville. Ma trop brève enquête ethnographique et psychosociologique pouvait ainsi déboucher sur un projet d'action socio-culturelle que j'ai proposé aux travailleurs sociaux du Centre qui m'avait invité. il convenait d'améliorer cette insertion à partir de la culture hip hop dont le tag était la forme la plus virulente d'expression. avec celle de l'ethnicité et de la transculturalité. en essayant d'aller plus avant dans l'exploration de ses motifs. en faisant référence à leurs débuts dans le métier (utilisation des dubs. 122 . ils ont pu surmonter ces hésitations. non pas simplement en mettant des moyens techniques à leur disposition. des enfants de l'immigration). par une action socio-culturelle adéquate. et à l'égard des jeunes de cette culture (qui sont. Et cela donne une dimension très particulière aux révoltes adolescentes dans leur rapport avec l'entrée dans la vie (Lapassade. au cours de ma conférence. au cours de leurs vacances d'été en Italie. montrait déjà l'originalité du courant qui s'y développait avec beaucoup d'innovations). un dub et se présenter pour la première fois en public. La dynamique de l'adolescence y a sans doute sa part. Ils ont donné à mes nouveaux amis de Bienne quelques conseils. En aidant les jeunes ritals dans l'expression de leur ethnoculture. et nous les avons rencontrés aussitôt. à Bienne. mais elle est étroitement intriquée. serait une sorte d'ethnosymptôme. chez les enfants de l'immigration. l'après-midi de ce même jour. des toasters plus avancés dans le raggamufin. etc. etc. l'ethnosymptôme d'une insertion difficile. Mais il fallait aller audelà et prendre le problème à sa racine : si les tags constituaient. on facilitait une insertion sociale qui respecte les différences au lieu de vouloir tout niveler. qui jouent un rôle essentiel dans le hip hop.). 1963). J'ai recommandé aux travailleurs sociaux qui m'avaient fait venir à Bienne d'aider ce groupe à avancer dans son projet musical. j'y insiste.Le dimanche matin. afin de se perfectionner auprès d'eux. S'ils avaient un peu hésité jusque-là. le passage du tag au graf (et l'exposition des œuvres de jeunes graffeurs. J'ai pu leur fournir quelques adresses utiles leur permettant de rencontrer. Je connais certains membres de ce groupe. l'un de ces jeunes m'a fait part de son désir de rencontrer le rapper italien du groupe I AM qui était passé la veille en concert. on commençait à résoudre les problèmes qui se posaient dans la ville. trouver en très peu de temps.

Conclusion
On a vu dans le présent ouvrage comment la méthode ethnosociologique a trouvé sa première formulation systématique, à partir des années 1950, dans la tradition de Chicago. Les ethnosociologues qui participaient de cette tradition se sont efforcés de théoriser et de pratiquer une voie moyenne entre la participation et la distanciation, mettant en garde les chercheurs contre les dangers d'une conversion aux valeurs des groupes, qu'ils se proposaient d'étudier. Une autre mise en garde concernait l'interventionnisme éventuel des ethnosociologues. Buford Junker formule bien cette mise en garde lorsqu'il pose que l'ethnographe ne doit pas confondre sa démarche avec celle des travailleurs sociaux et autres praticiens (Junker 1960). Les sociologues de Chicago, à partir des années 1920, ont voulu oublier le temps où, dans leur département, la sociologie n'était pas encore séparée des pratiques sociales engagées. Ces recommandations forment, avec la première théorisation du travail ethnographique, un ensemble cohérent dont nous avons développé, dans la première partie de cet ouvrage, les axes essentiels. Nous avons essayé de montrer ensuite comment certains courants plus récents, et notamment la phénoménologie sociale et l'ethnométhodologie ont introduit de nouvelles perspectives qui ont conduit à transgresser les normes fondatrices de la tradition de Chicago. C'est ainsi par exemple que certains anthropologues influencés par l'ethnométhodologie - Carlos Castaneda en est sans doute l'exemple le plus célèbre - renonçant, sur le terrain de leurs recherches, à la distanciation et à la célèbre maxime : No doing native ! sont devenus, au terme d'un processus de conversion, membres à part entière de la forme sociale qu'ils avaient choisi d'étudier. Par ailleurs, certains intervenants sociaux, s'éloignant eux aussi des préceptes de l'ethnosociologie classique, tels qu'ils sont formulés par Buford Junker, ne séparent plus ethnographie et rechercheaction. Dans la dernière partie du présent ouvrage, j'ai indiqué certaines convergences entre l'ethnographie de l'école et les nouveaux courants de recherche-action en terrain scolaire. J'ai pris ensuite l'exemple de mes propres recherches en ethnosociologie du hip hop pour illustrer la même convergence, en essayant de montrer par un exemple comment j'ai été conduit à me placer à la fois dans la perspective ethnographique et dans celle de l'intervention psychosociologique. Je propose de désigner par le terme ethnosocianalyse, en reprenant ici la signification que le terme socianalyse a pris dans notre courant d'analyse institutionnelle, cette démarche qui tente d'intégrer l'ethnographie dans une démarche d'intervention sociale. C'est loin d'être une innovation : quand - pour prendre encore un autre exemple - on parle de street ethnography, on désigne par ces termes une enquête de terrain faite pour tenter de résoudre des problèmes sociaux urgents. L'enquête doit déboucher ensuite sur un plan d'intervention visant

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à changer la situation considérée, à traiter le problème qui est à l'origine de la demande faite à des ethnographes d'enquêter sur la question. Toutefois, l'apport de la psychosociologie est en général moins évident que celui de l'ethnographie. Cela tient sans doute à la séparation, dans le contexte américain - et aussi français, et européen - des deux démarches, que je m'efforce, avec d'autres, de tenir ensemble. Mais c'est seulement à partir d'autres expériences menées dans cette perspective qu'on pourra mieux définir un jour les principes d'une ethnosocianalyse intégrant des courants restés jusqu'ici trop souvent séparés.

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Orientation bibliographique

Plusieurs ouvrages ont marqué l'histoire de l'ethnographie ; on va en indiquer un certain nombre qui constituent les lectures indispensables en la matière. Ces indications seront suivies de l'ensemble des références bibliographiques indiquées tout au long de l'ouvrage.

Whyte et l'appendice de Street Corner Society (1955) Les premières publications concernant l'ethnographie sociologique sont antérieures à 1960. C'est le cas, notamment, de l'appendice méthodologique de W.F. Whyte pour la réédition, en 1955, de son célèbre ouvrage consacré à un quartier italien de Harvard, ouvrage intitulé Street Corner Society. Dans ce récit, Whyte raconte ses difficultés d'accès à son terrain d'étude, ses relations avec les gens ; il décrit également sa méthode, qui est l'observation participante intensive : il vivait chez l'habitant, il partageait plusieurs activités des bandes de jeunes du coin de la rue. Il appelle sa démarche méthode anthropologique.

1955: un numéro spécial de l'American Journal of Sociology (A.J.S.) En 1955, l'A.J.S. publie, dans son numéro 60, un ensemble d'articles sur les problèmes rencontrés par les chercheurs au cours de la négociation d'accès au terrain, de la conduite des entretiens et autres formes de collecte des données, les formes d'appartenance du chercheur aux groupes étudiés et les rôles divers qu'il peut y jouer, les degrés de l'implication, de l'entrisme ethnographique (observation déclarée ou observation cachée, clandestine), la diffusion des résultats de l'enquête. On a remarqué à ce propos (Poupart et alii, 1983 : 75) que «les articles spécialisés, comme l'ensemble de la littérature d'ailleurs, ont pour caractéristique commune de parler de la collecte plutôt que de l'analyse des données qualitatives ».

1960 le recueil d'Adam et Preiss Ces articles peuvent être ensuite regroupés dans des recueils. Le premier du genre fut probablement celui qu'Adams et Preiss ont publié dès 1960 sous le titre : Human organisation research : Field relations and techniques. On retrouve souvent les mêmes problèmes et la même organisation temporelle de l'exposé, qui suit le déroulement de l'enquête, dans les manuels récents de fieldwork qui s'organisent eux aussi, en général, autour du dispositif de l'observation participante en tant qu'expérience vécue par le chercheur.

Melville Dalton : Men who manage (1959) En 1959, Melville Dalton publie lui aussi un Appendice méthodologique à son étude des cadres

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d'entreprise. Everett Hughes vient enseigner à Chicago. 1975: Bogdan et Taylor: Introduction to qualitative research methods Un manuel de sociologie qualitative publié en 1975.puis de l'usage des documents officiels et personnels et. et il en confie l'exécution à Buford Junker. ainsi que d'autres fieldworkers expérimentés. paradoxalement. rencontrer des étudiants et anciens étudiants de Hughes. L'originalité de la seconde partie. Le travail aboutit d'abord à un document à usage interne intitulé «Cases on Field Work » (1952) : c'est la première version de l'ouvrage publié en 1960 par B. En 1950. par contre. plusieurs enquêtes dont les résultats sont restés inédits donneront lieu. une toute autre définition de la sociologie qualitative avec d'autres techniques 126 . tient au fait que les auteurs de ce manuel de sociologie qualitative sont des ethnométhodologues de formation. l'intérêt pour la démarche de recherche se substituant à celui qu'auraient pu susciter leurs résultats substantiels» (Chapoulie 1984: 592. avec l'accord de ses collègues. pour ce faire. utilisation des documents personnels.l'ensemble portant le titre général d'observation participante . Junker. avec l'aide de Raymond Gold. une tournure de type autobiographique devient presque plus importante que la recherche effectuée. Le même auteur ajoute : «après 1970. Ils vont. C'est pourquoi ils présentent ici. de plus en plus souvent. suivi de monographies d'illustration. de l'exploitation des données. enfin. «contribua à établir comme genre ces comptes rendus du déroulement des recherches ». écrit Chapoulie. La réflexion sur les problèmes de terrain. il veut faire un bilan de cet enseignement. en cours de fieldwork. puisque son auteur était lui-même un cadre au moment de l'étude. la méthode devenant elle-même un objet sociologique. Cette publication. à des publications décrivant leurs conditions de réalisation. qu'il transforme. Ce «paradoxe» indique bien l'évolution des travaux qui se multiplient autour de l'approche ethnographique à ce moment-là. du fieldwork proprement dit . sur une réflexion plus générale et plus radicale concernant l'enquête à la fois profane et professionnelle (Conein 1984). Men who manage. 1979: Schwartz et Jacobs: Qualitative Sociology Le Traité de sociologie qualitative de Schwartz et Jacobs comprend deux parties d'importance égale contenant chacune un exposé des méthodes. qui vont prendre. La première partie est à peu près semblable à ce que nous avons trouvé dans les ouvrages précédents dans la mesure où on présente les méthodes ethnographiques développées dans la tradition interactionniste : observation participante. par Bogdan et Taylor aborde successivement. note 32). des constructions de catégories d'analyse. et réédité en 1985. Il est chargé d'un cours de sociologie générale. qui va effectuer «un travail de terrain sur le travail de terrain» selon l'expression de Hughes (fieldwork on fieldwork). 1960 : Buford Junker : Field Work : An Introduction to the Social Sciences En 1938. une étude menée de l'intérieur. dans les années 1960. problèmes d'enregistrements. Cette démarche va atteindre en quelque sorte un point culminant avec l'ethnométhodologie : cette école va se fonder. de la rédaction et de la publication. les problèmes du pré-fieldwork.

sous le titre général de La sociologie formale. comparable à certaines analyses de staff d'intervention ou d'animation de stages (il s'agit de l'article intitulé: «Fieldworkers mistakes at work ». d'implication. signé de Jack Hass et William Shaffir). ou d'une thérapie). la fin de la recherche. 127 . Stebbins et Turcowetz : Fieldwork experience Les contributions réunies dans ce recueil concernent successivement l'arrivée sur le terrain (Getting In). les rôles de chercheurs et l'acquisition des informations (le sous-titre reprend ici une formule courante en littérature du fieldwork : Learning the Ropes). l'installation dans la recherche. de Cicourel. 1980 : Shaffir. on trouve par exemple une excellente analyse de relation interne d'un staff de recherche ethnographique. parfois. La simple présentation du plan d'un tel ouvrage. l'entretien des relations avec les gens au cours de la recherche (maintaining Relations) et. dans la dernière partie. de déontologie. d'achèvement d'une expérience (comme on pose ailleurs des problèmes de fin d'une analyse.inspirées des travaux de Garfinkel. mais aussi de Goffman et de Simmel. les chercheurs et praticiens analysent des problèmes de contre-transfert. qui suit la démarche d'une enquête dans son déroulement sur le terrain (sans ouvrir ensuite le débat sur l'analyse et l'exploitation des données) indique déjà un trait essentiel de ce type de réflexions : on y trouve une élaboration de problèmes relationnels vécus par le chercheur au cours de son travail qui n'est pas sans évoquer la psychologie clinique d'intervention ou. Dans cet ouvrage. Lorsqu'il faut quitter le terrain d'enquête et vivre une séparation.

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