Le Flagrant Délit

Décembre 2010 Vol. 4 No 3
MENTOR 2010/2011
STIKEMAN ELLIOTT S.E.N.C.R.L, s.r.l.
CHEZ NOUS, VOUS
VOUS DÉMARQUEREZ.
Stéphanie Morin
smori056@uottawa.ca
Le vendredi 12 novembre 2010, le
Canada a finalement donné son
appui à la déclaration des Nations
unies sur les droits des peuples au-
tochtones. Cette résolution fût
adoptée, après plus de vingt ans
de négociation, par l’assemblée
générale en septembre 2007, dans
le but d'établir un cadre universel
des normes minimales qui de-
vraient être accordées aux peuples
autochtones.
C’est donc un peu plus de trois ans
plus tard que notre gouvernement
décide d’y donner son appui. Si au-
jourd’hui dans les journaux on
parle de la déclaration comme un
instrument qui ne fait qu’énoncer
une série de principes quant à
l’égalité, elle se voulait à sa créa-
tion un instrument utile aux Autoch-
tones. Pour des pays comme le
Canada, l’Australie, les États-Unis
et la Nouvelle-Zélande, la déclara-
tion allait trop loin. Le communiqué
de presse de l’assemblée générale
de l’époque montrait bien l’inten-
tion derrière cette déclaration :
« Le texte déclare que les peuples
autochtones ont le droit d’être au-
tonomes et de s’administrer eux-
mêmes pour tout ce qui touche à
leurs affaires intérieures et locales,
ainsi que de disposer des moyens
de financer leurs activités auto-
nomes. Ces peuples ont le droit de
renforcer et de maintenir leurs ins-
titutions politiques, juridiques, éco-
nomiques, sociales et distinctes,
tout en conservant le droit, si tel est
le choix, de participer pleinement à
la vie politique, économique et cul-
turelle de l’État ».
C’est le texte clair de la déclaration
qui avait déplu, on s’en souvient,
au Canada en 2007. En effet, qu’il
s’agisse de l’article 26 sur le droit
aux terres occupées traditionnelle-
ment ou l’article 19 qui requiert l’ac-
cord des peuples autochtones
avant d’entreprendre des actions
ou de prendre des décisions qui
peuvent les concerner, ceci allait
trop loin et imposait des obligations
impossibles pour notre pays.
Se pose aujourd’hui la question de
savoir ce qui a bien pu changer
pour faire pencher le gouverne-
ment du Canada. Dans le peu d’in-
formation diffusé aux médias à la
suite de la nouvelle, c’est l’ambas-
sadeur canadien à l’ONU, John
McNee, qui a pris la parole afin
d’affirmer que le Canada est
convaincu qu’il est possible d’inter-
préter les principes de la déclara-
tion en conformité avec le droit
constitutionnel canadien. John
Duncan, le ministre des Affaires in-
diennes et du Nord canadien, s’est
quant à lui contenté de commenter
qu’il s’agit d’une étape essentielle
dans la réconciliation entre le gou-
vernement et les peuples autoch-
tones.
Une telle déclaration de droit inter-
national n’est pas juridiquement
contraignante pour le Canada.
C’est la source de beaucoup de cri-
tique de la part des médias et ju-
ristes notamment. Est-ce trop peu,
trop tard? Notre doyen, Sébastien
Grammond, croit qu’il est vrai que
cette décision vient tardivement, et
sans grand enthousiasme de la
part du gouvernement. Il s’agit plu-
tôt d’une action atypique de la part
d’un gouvernement conservateur
où l’on préfère généralement inter-
venir sur des questions indivi-
duelles et familiales plutôt que sur
des revendications aussi vastes.
Ce qui laisse croire que pressions,
influences et lobbying ont eu lieu à
l’ONU les derniers mois. On ne de-
vrait pas pour autant considérer la
déclaration comme une coquille
vide, nous avise M. Grammond. Le
droit international peut avoir une
portée intéressante puisqu’elle ins-
crit ces droits dans notre lignée de
principes juridiques canadiens. Ils
peuvent, en principe, servir d’ap-
puis aux revendications, tel qu’il
s’était produit dans l’affaire Mitchel
en 2001. Toutefois, c’est une por-
tée limitée qui semble être réser-
vée à cette déclaration, surtout que
le Canada a déjà émis des ré-
serves sur la signification des arti-
cles qui s’y trouve. Le rapporteur
spécial des Nations unies sur la
question autochtone, James
Anaya, s’est aussi inquiété de la
faible mise en œuvre de ce texte
alors qu’à l’heure actuelle, les vio-
lations des droits des peuples au-
tochtones sont « systématiques et
généralisées ». À titre d’exemple,
dans le rapport de l’ONU de janvier
2010, on notait que 70 % des étu-
diants autochtones vivants sur une
réserve ne termineraient pas leurs
études secondaires.
La hache sur le point d’être enterrée?
Suite en page 4
FlagrantDécembre2010_Flagrant Décembre 2010 10-12-18 19:09 Page1
Le Flagrant délit Décembre 2010 Page 2
LES GRANDS AVOCATS
DU MONDE SONT AVANT
TOUT DE GRANDS
CITOYENS DU MONDE.
À notre cabinet, vous travaillerez avec des avocats ayant conclu des transactions de
plusieurs milliards de dollars, d’autres ayant représenté des premiers ministres et
d’autres encore ayant plaidé devant la Cour suprême des causes qui ont fait
jurisprudence. Qu’ils courent des marathons, vivent de grandes aventures ou se
dévouent pour des causes humanitaires, vous verrez que les membres de notre
équipe comptent plusieurs êtres d’exception. Chaque année, dans le cadre de nos
programmes d’emplois d’été et de stages, nous cherchons à identifier des étudiants
qui, tout comme nous, conjuguent leur coup de cœur pour le droit à un profond désir
de se surpasser.
Nous ne sommes pas seulement à la recherche d’avocats exceptionnels, mais
surtout d’êtres d’exception.
Pour consulter les fiches biographiques de nos avocats et voir si BLG répond à vos
aspirations, visitez le site blg.com/etudiants.
Calgary | Montréal | Ottawa
Toronto | Vancouver | Région de Waterloo
Avocats | Agents de brevets et de marques de commerce
Borden Ladner Gervais S.E.N.C.R.L., S.R.L.
est une société à responsabilité limitée de l’Ontario.
blg.com
FlagrantDécembre2010_Flagrant Décembre 2010 10-12-18 19:09 Page2
Le Flagrant délit Décembre 2010 Page 3
Nouvelles
Omar pris en cage
Cristina Rogov
crogo040@uottawa.ca
Coupable. Dans une salle bondée
où régnait une tension palpable,
devant juge, avocats, victimes,
journalistes et représentants d’or-
ganisations non gouvernemen-
tales, Omar Khadr s’est reconnu
coupable de crimes de guerre
commis il y a huit ans. Impassible,
la tête baissée et la voix faible, le
Canadien âgé de 24 ans, vêtu d’un
complet-cravate, a acquiescé,
sous serment, à toutes les ques-
tions du juge.
Voici comment le journal La Presse
a décrit l’audience.
Capturé en Afghanistan à l’âge de
15 ans, Omar Khadr est détenu à
Guantanamo, Cuba, depuis 2002.
Le 25 octobre 2010, Omar Khadr
plaide coupable aux cinq accusa-
tions portées contre lui lors d’une
entente entre ses avocats et le
gouvernement américain. Donc,
Omar Khadr renonce à son procès
en plaidant coupable, le tout en
échange d’une sentence plus lé-
gère.
Les accusations pour lesquelles il
a plaidé coupable étaient meurtre
en violation des lois de guerre, ten-
tative de meurtre en violation de
lois de guerre, d’aide matérielle au
terrorisme, de complot et d’espion-
nage. Omar Khadr reconnait avoir
lancé une grenade le 27 juillet
2002 en vue de tuer le sergent
américain Christopher Speer.
Aussi, Khadr avoue que dans le
mois précédent l’attaque, il a trans-
formé des mines antipersonnelles
en dispositifs explosifs improvisés,
créant des bombes qui ont fait des
ravages en Afghanistan. Finale-
ment, il avoue avoir installé cer-
taines de ces bombes afin de tuer
des soldats américains.
Le colonel Patrick Parish, le juge
militaire au procès d’Omar Khadr,
a procédé avec un interrogatoire
quant à compréhension de l’impact
de ce plaidoyer. Le juge fut satis-
fait, et le plaidoyer de Khadr fut
considéré légitime.
L’accord constitue qu’il devra pas-
ser huit années en prison aux
États-Unis, mais qu’il pourra de-
mander un transfert après un an.
Le gouvernement américain s’est
engagé à faciliter le processus de
transfert de Khadr, afin que ce der-
nier puisse purger les dernières
sept années d’emprisonnement
dans son pays natal. Si tout
avance comme prévu, Khadr aura
32 ans quand il sortira de prison au
Canada.
Alors que les procureurs de la cou-
ronne américaine se contentent de
la condamnation tant attendue
d’Omar Khadr, les organismes de
défense des droits parlent «  d’un
triste jour pour la primauté du
droit ». Daphne Eviatar de l’orga-
nisme Human Rights First déclare :
« Je pense que c’est peut-être le
meilleur dénouement qu’Omar
Khadr pouvait espérer dans les cir-
constances, étant donné que le
juge avait accepté en preuve des
aveux faits sous la contrainte, qui
n’auraient jamais été admissibles
ailleurs ». En fait, le procureur de
Khadr, Dennis Edney, a déclaré
que Omar Khadr avait le choix de
faire part d’un procès illégal ou de
rentrer à la maison. Le choix lui a
semblé clair, dit Edney.
Il faut également ajouter que plu-
sieurs entités internationales se
questionnent sur l’impartialité du
processus auquel fait face Khadr,
et la raison réelle pour laquelle il
plaide coupable. Il y a-t-il un vrai
plaidoyer, se questionnent les or-
ganismes de défense des droits.
Le capitaine Murphy déclare que le
processus des commissions mili-
taires était légitime, malgré sa
contestation à la fois par les tribu-
naux américains et par la commu-
nauté juridique internationale.
Pour sa part, Ottawa ne s’est tou-
jours pas engagé dans son rôle de
rapatriement de son citoyen. Mal-
gré le manque d’assurance de ra-
patriement, des notes
diplomatiques du gouvernement
canadien et américain donnent un
grand espoir quant à cette ques-
tion. Le procureur de Khadr, Den-
nis Edney, affirme que le langage
utilisé par le Canada est suffisam-
ment satisfaisant, et qu’il a fait son
possible pour augmenter les
chances de Khadr au rapatriement.
L’avocat de Khadr, Dennis Edney,
n’a pas mentionné s’il allait
s’adresser aux tribunaux cana-
diens pour faire réduire la peine de
son client lors de son arrivée au
pays, mais les lois canadiennes
prévoient plusieurs recours judi-
ciaires dans des situations sembla-
bles.
Après une multitude d’années d’at-
tente, l’espoir de Khadr de se faire
rapatrier semble finalement plus
réel. Lors de sa captivité, Khadr a
subi des traitements inhumains,
s’est fait violés ses droits fonda-
mentaux, s’est fait dire depuis l’âge
de 15 ans qu’il est un terroriste, et
tout ceci pour arriver à cinq accu-
sations auxquelles Khadr plaide
coupable. Tout ce qu’il a subi a-t-il
valu la peine? L’essence même du
procès auquel il a fait face à Guan-
tanamo est en question. Quelle
sera la réaction de Khadr lorsqu’il
sera finalement rapatrié au Ca-
nada, et que fera notre pays pour
l’aider à s’intégrer dans une société
comme la nôtre à l’âge de 32 ans?
Sanctions coup-de-poing (suite)
Jo-Annie Charbonneau
jchar151@uottawa.ca
Récemment, la sentence d’un
jeune garçon de 15 ans qui a tué
sa mère à Ste-Julie est tombée.
Quatre ans de mise sous garde
suivis et trois ans de surveillance
dans la communauté. Il s’agit de la
peine maximale prévue par la Loi
sur le système de justice pénale
pour adolescents. Quand est-il des
autres sanctions judiciaires qui
peuvent être imposées? Quel est
le processus judiciaire dans ce
type de cause?
En premier lieu, il est important de
noter que les infractions qui néces-
sitent l’intervention des tribunaux
sont portées devant la Chambre de
la jeunesse. La professeure Rachel
Grondin souligne qu’« un jeune ne
peut se retrouver devant les
mêmes tribunaux qu’un adulte ». Il
est cependant soumis aux mêmes
lois qu’un adulte. Dans le cas où on
décide de l’accuser d’un acte crimi-
nel, l’adolescent pourra se voir or-
donner de fournir ses empreintes
digitales et sa photographie. Dès le
début des procédures, l’adolescent
a droit à l’assistance d’un avocat.
À la suite de l’arrestation du jeune,
le processus judiciaire s’en-
clenche. Le jeune pourra être dé-
tenu seulement avec l’autorisation
du directeur provincial. Dans tous
les cas, la comparution doit avoir
lieu dans les 24 heures suivant l’ar-
restation. S’ensuit l’enquête sur la
remise en liberté, si le jeune avait
été détenu avant sa comparution.
Pour ce qui est des peines, elles
doivent être proportionnelles au
délit et à l’implication du jeune
dans l’infraction. Comme pour les
mesures extrajudiciaires, plusieurs
facteurs sont pris en compte afin
d’établir la peine la plus juste et la
plus adaptée à la situation de l’ado-
lescent. La peine imposée ne peut
être plus sévère que celle qui pour-
rait être imposée à un adulte. Tou-
tefois, une peine applicable aux
adultes peut être demandée par le
substitut du procureur général. Ce
dernier aura le fardeau de prouver
que c’est la meilleure option dans
le cas où il l’exige. Ce fardeau a été
établi dans l’arrêt R. c. D.B., où l’on
a ajouté qu’il n’existe pas de pré-
somption qu’une peine pour
adultes serait attachée à un crime
désigné. La peine d’emprisonne-
ment de plus de deux ans est celle
assimilable aux adultes. Outre
cette peine, le juge peut imposer
une infime variété de peines, telles
que l’absolution inconditionnelle ou
aux conditions ordonnées,
l’amende, la probation, le travail
bénévole ou encore le placement
et la surveillance. Le suivi du res-
pect des peines est assuré par un
délégué à la jeunesse.
En l’espèce, si on applique la théo-
rie aux faits présentés en début
d’article, le jeune s’est vu imposer
une peine applicable aux adultes.
Les facteurs qui ont été pris en
compte sont la gravité du crime, le
manque total de remords, etc.
C’est donc dire que les sanctions
judiciaires s’imposent plus lorsque
le crime est grave, sinon les me-
sures extrajudiciaires seront préfé-
rées.
Il faut donc conclure qu’un adoles-
cent qui commet une infraction est
susceptible de sanctions extrajudi-
ciaires ou judiciaires. La loi fédé-
rale prévoit des sanctions qui
permettent à l’adolescent de se ré-
habiliter. Il s’agit, en fait, de son but
premier. Mme Grondin explique
que : « le système ne veut pas cri-
minaliser le jeune et lui faire ap-
prendre le crime en l’envoyant en
prison. On veut le responsabiliser
et le réintégrer à la société. »
FlagrantDécembre2010_Flagrant Décembre 2010 10-12-18 19:09 Page3
Le Flagrant délit Décembre 2010 Page 4
Vie autochtone
Cette critique de la situation du Ca-
nada par rapport aux peuples au-
tochtones n’est pas la première et
loin d’être la dernière. En octobre
dernier, le MacLean’s dans son an-
nuel « crime ranking » s’est penché
sur la situation du nord du Canada
dans son article intitulé Canada’ s
shame. C’est que le Nunavut et le
Yukon ont obtenu respectivement
la première et deuxième place du
palmarès des provinces au taux
d’homicide le plus élevé. Le titre de
l’article est venu de Scott Clark,
professeur au département de cri-
minologie de l’université de Ryer-
son à Toronto, ayant travaillé
pendant plus de 30 ans dans le
nord du Canada au département
du ministère de la Justice. Selon
lui, on ne peut pas dire que le Ca-
nada est un pays équitable où il fait
bon vivre lorsqu’on voit la situation
dans ces provinces. Mais le pro-
blème n’est pas seulement la jus-
tice et son fonctionnement dans le
nord du Canada; le manque de
ressource, l’isolement et la pau-
vreté sont tous des facteurs plus
importants les uns que les autres.
Alors que le Canada appuie une
déclaration qui devrait avoir pour
rôle de montrer la volonté du Ca-
nada à offrir des services égali-
taires aux autochtones du Canada,
le gouvernement du Nunavut, en
collaboration avec la GRC, a an-
noncé, en début du mois, son pro-
gramme de prévention du suicide.
Attendu depuis 18 mois mainte-
nant, ce programme demandera
beaucoup d’énergie et potentielle-
ment beaucoup d’argent de la part
des gouvernements. Avec de telles
initiatives, ainsi qu’avec la partici-
pation du Canada aux mouve-
ments internationaux, il est
possible de croire en une amélio-
ration de la qualité de vie dans le
nord du Canada, ainsi que sur les
réserves. Comme le disait l’édito-
rial du Globe and Mail, « The sui-
cide prevention strategy took 18
months to develop and it will go a
long way to removing the stigma
associated with this problem. The
youth of Nunavut cannot wait 18
more months for the government to
act. Only through immediate go-
vernment action can the subpopu-
lation that suffers from high rates of
mental distress become healthy
again ».
En attendant les nouvelles sur les
revendications et actions entre-
prises sous la déclaration, il nous
est permis de qualifier ces actes de
réconciliation et les initiatives de
travail commun de « bonnes nou-
velles » pour le Canada.
Suite de la Une
Jugements mi-sucrés: deux décisions nuancées de la
Cour suprême sur l’obligation de consultation
Stéphanie Morin
smori056@uottawa.ca
En novembre dernier, la Cour su-
prême a déposé coup sur coup
deux décisions apportant des
éclaircissements sur le devoir qu’a
la Couronne de consulter les Au-
tochtones. Dans les deux cas, les
Premières nations en cause ont
été déboutées. Pourtant, globale-
ment, il peut être dit que les Au-
tochtones en sortent gagnants,
puisque la Cour suprême a inter-
prété généreusement l’obligation
de consultation et d’accommoda-
tion (OCA).
C’est en 2004, avec les arrêts
Haida et Taku River , que cette
obligation, découlant directement
du rôle de fiduciaire de la Cou-
ronne et de son devoir d’agir en
tout temps avec honneur
lorsqu’elle traite avec les Pre-
mières nations, a été réellement
définie. Ainsi, dès qu’une atteinte
est susceptible d’être portée à un
droit ancestral, reconnu ou reven-
diqué, le gouvernement doit
consulter les Autochtones. D’ac-
commoder, il n’est que très peu
question et seulement pour préci-
ser que ce deuxième volet à l’obli-
gation de la Couronne ne
s’applique qu’en de rares occa-
sions. La question de l’accommo-
dement sous toutes ses formes
risque donc d’être la bête noire des
tribunaux pour encore un moment.
Haida et Taku River marquent le
début plutôt que la fin d’une longue
aventure juridique : celle de la dé-
finition de l’OCA. Arrêts après ar-
rêts, les tribunaux lèvent le voile
sur ce concept, seulement pour
s’apercevoir de sa complexité in-
croyable. Dernières en liste dans
cette épopée sont les affaires Rio
Tinto Alcan inc. c. Carrier Sekani
Tribal Council et Little Salmon/Car-
macks First Nation c. Government
of Yukon et al.
Dans le premier arrêt, l’objet du li-
tige est un contrat de vente d’élec-
tricité provenant d’un barrage dont
le gouvernement de la Colombie-
Britannique a autorisé la construc-
tion en 1950 sur les terres des
Nechako. Autres temps, autres
mœurs (ou pas tant que ça), ces
derniers n’avaient pas été consul-
tés. Or, le contrat a été ré approuvé
par la province en 2007. Les Ne-
chako plaident qu’ils auraient alors
dû être consultés. Comme ce
contrat ne porte pas directement
atteinte à leurs droits ancestraux,
cet argument a été rejeté. Cepen-
dant, la Cour suprême a unanime-
ment reconnu que dans un tel cas
il s’agit plutôt « de négocier une in-
demnisation ». La porte est donc
maintenant ouverte à des recours
en dommage-intérêts lorsque
l’OCA n’a pas été respectée et que
l’atteinte est irrémédiable.
Dans Little Salmon, la question en
litige est la suivante : l’OCA s’ap-
plique-t-elle aux relations entre le
Yukon et la Première nation Little
Salmon/Carmacks même s’ils ont
signé un accord sur les revendica-
tions territoriales en 1997 ? Selon
le territoire, le processus de
consultation prévu au traité a éteint
l’OCA. La Première nation plaide
quant à elle que l’OCA existe tou-
jours et n’a pas été respectée. Pas
de jaloux, la Cour suprême leur a
donné tort à tous les deux : la Cou-
ronne ne peut pas écarter son
OCA dans un traité (et vlan Yukon
!), mais en l’espèce ce devoir a été
rempli (et vlan Little Salmon !). Que
ceux qui s’inquiètent de la sécurité
juridique des traités se rassurent,
car la Cour s’empresse d’ajouter
que l’OCA s’applique uniquement
aux cas où le traité est autrement
silencieux sur la question de la
consultation.
Ces arrêts apportent des éclaircis-
sements bienvenus sur la nature
de l’OCA. Néanmoins, ils soulèvent
également de nouvelles interroga-
tions, tant juridique – la nature du
recours en dommage-intérêts –
que politique – l’impact de Little
Salmon sur les négociations en
cours entre le gouvernement et les
Premières nations.
FlagrantDécembre2010_Flagrant Décembre 2010 10-12-18 19:09 Page4
Le Flagrant délit Décembre 2010 Page 5
Arts et culture
Les belles histoires des pays d’en droit
Nikola Todorovic
ntodo008@uottawa.ca
Séraphin détestait au plus haut
point Alexis, surtout lorsque ce der-
nier le défiait devant les parois-
siens de Ste-Adèle. M. le Maire se
devait d’avoir toujours raison, spé-
cialement lorsque ses affaires
étaient mises au grand jour. Alexis
prétendait que Séraphin ne pouvait
recevoir en guise de paiement de
sa dette de l’argent qui avait été
gagné aux cartes illicitement par
Bidou. Séraphin avait toujours son
Code civil dans sa poche de man-
teau pour régler ses affaires cou-
rantes. L’article 2930 permet au
perdant d’un jeu de cartes illicite de
ne pas remettre la somme d’ar-
gent. Néanmoins, le perdant avait
remis la somme à Bidou et ce der-
nier avait consenti de la remettre
par la suite à Séraphin. Séraphin
étant un tiers dans cette affaire,
rien ne pouvait lui être opposé.
Une fois de plus, Séraphin avait
gagné sa bataille contre Alexis.
L’avare avait pleinement le droit de
recevoir en paiement l’argent de
Bidou, même si les billets avaient
été gagnés illicitement aux cartes.
Après avoir réglé cette affaire, Sé-
raphin sortit de l’auberge et prit la
direction du rang croche qui menait
à sa maison.
Arrivé chez lui, Séraphin monta
comme à l’habitude dans le haut
côté pour cacher les billets du do-
minion que Bidou lui avait remis.
La chambre du haut côté servait de
dépôt pour les objets de valeurs
que Séraphin avait reçu en gage
ou en guise de paiement. Ses
biens les plus importants étaient
bien sûr ces trois sacs d’avoines
dans lesquels il avait l’habitude de
cacher ses pièces d’or. L’avari-
cieux aimait caresser ses pièces
d’or avait d’aller ce coucher. Pour
lui, cette activité quotidienne était
une jouissance qui concordait bien
avec son péché d’avarice et d’am-
bigüe luxure.
Le lendemain, Séraphin se leva
comme à l’habitude avant le chant
du coq. Il sortit de sa demeure pour
atteler sa vielle cendrée, une pou-
liche qui avait plus de 10 ans.
L’avare la ménageait avec soins ce
qui lui donnait une durée de vie su-
périeure à la moyenne. Les Pays
d’en Droit étaient déjà recouverts
de plusieurs pieds de neige et un
vent du nord se faisait sentir. L’hi-
ver était arrivé et le temps des
fêtes approchait à grands pas. Sé-
raphin détestait les temps des
fêtes. Pour lui, cette période entrai-
nait la paresse chez les habitants
qui mangeaient trop et prenaient
toujours un coup.
Aujourd’hui, il avait une affaire ur-
gente à régler dans la paroisse de
Ste-Agathe. Il s’agissait de saisir le
vieux Joseph Maltour, alias père
Zim, un colon de la paroisse. Séra-
phin lui avait prêté une somme
d’argent non négligeable pour
payer la dot et les frais du mariage
de sa fille unique Artémise avec
Alexis. L’avare avait fait signer au
débiteur une hypothèque univer-
selle sur ses biens meubles. La
créance maintenant exigible, Séra-
phin voulait faire saisir les
quelques biens qui lui restaient.
Séraphin avait fait plusieurs milles
dans des chemins d’enfer avant
d’apercevoir le clocher de Ste-
Agathe. La cloche sonnait l’angé-
lus qui annonçait l’heure du midi
pour les paroissiens et la prière de
mi-journée. Pour le père Zim, l’an-
gélus d’aujourd’hui annonçait la vi-
site de son créancier. Séraphin
n’avait pas besoin d’annoncer le
but de sa visite, le vieil homme sa-
vait de quoi il s’agissait. Il dit à Sé-
raphin qu’il n’avait pas l’argent pour
payer sa créance. Séraphin vit les
quelques meubles misérables qui
garnissaient la demeure. Rien
dans la maison n’avait assez de
valeur pour s’adonner à une saisie
profitable aux yeux de l’avare. Sé-
raphin avait toutefois aperçu, avant
de rentrer dans la maison, une im-
portante corde de bois d’érable ar-
genté. Séraphin savait que ce bois
de chauffage pouvait prendre le tri-
ple de sa valeur, s’il était vendu à
Montréal, surtout avec le froid qui
courait ces temps-ci. L’impitoyable
créancier demanda au père Zim de
lui remettre la corde dans les trois
jours. Ce dernier s’opposa. Il pen-
sait que la corde de bois n’était pas
saisissable même avec une hypo-
thèque universelle sur les biens
meubles. Père Zim perdra-t-il son
bois de chauffage pour l’hiver?
Nouvelle Numéro 3
Je voudrais vous préciser qu'en
droit substantif, le recours de Séra-
phin pour récupérer les 300 $ se-
rait fondé à la fois sur la
subrogation (art. 1651 c.c.Q.) dans
la créance de Baby contre Bidou
(puisque Bidou n'avait pas payé
Baby malgré qu'il ait reçu 600 $ de
Séraphin pour la vente de sa terre)
et aussi sur la garantie légale du
droit de propriété imposée au ven-
deur (art. 1723 C.c.Q.).
Et vous aviez raison de dire dans
votre dernière chronique que l'hy-
pothèque de Baby sur l'ancienne
terre de Bidou s'était éteinte. En
effet, en payant Baby à la place de
Bidou, Séraphin a été subrogé
dans les droits de celle-ci, mais
pas dans l'hypothèque, puisqu'il
avait acheté précédemment l'im-
meuble hypothéqué. Étant devenu
propriétaire de l'immeuble et en
payant ensuite Baby, il ne pouvait
donc pas cumuler cette qualité
avec celle de créancier hypothé-
caire. L'hypothèque s'était donc
éteinte pour cause de confusion
(art. 1686 C.c.Q.). En cons
quence, aucun recours hypothé-
caire possible. Séraphin n'est donc
qu'un créancier chirographaire,
quoique redoutable !!!
Donc recours subrogatoire oui,
mais pour forcer le paiement de la
créance (art.
2646 et 1651 C.c.Q.).
Charles Belleau
Professeur titulaire
Faculté de droit,
Section de droit civil
Le prof Belleau répond
Photo facebook
FlagrantDécembre2010_Flagrant Décembre 2010 10-12-18 19:09 Page5
Le Flagrant délit Décembre 2010
Page 6
Vie campus
Le Flagrant Délit
Journal étudiant de la Faculté de droit
Section de droit civil
Rédacteur en chef
Philippe Cordisco
Rédacteurs en chef adjoints
Philippe B. Coderre
Gabrielle Fortier-Cofsky
Le Flagrant délit est toujours à la recherche de jour-
nalistes, anglophones et francophones, afin d’offrir
aux étudiants et au personnel de la Section un journal
de qualité.
Soyez informés de notre prochaine rencontre en nous
suivant sur Facebook.
flagrant@uottawa.ca
L’aide aux temps du choléra
Philippe Cordisco
pcord080@uottawa.ca
Alors qu’Haïti est aux prises avec
le choléra et les révoltes populaires
contre l’ONU, le Bâtonnier de Port-
au-Prince profitait de sa tournée
des universités québécoises pour
décrire l’ingérence de l’occident. La
conférence organisée par Avocats
sans frontières (ASF) invitait Me
Gervais Charles à faire une allocu-
tion sur « l’état et les défis de la re-
construction du système de justice
haïtien. »
Me Charles a surtout profité de la
tribune pour faire des commen-
taires politiques et nationalistes en
clamant que le peuple n’est pas
consulté dans la prise des déci-
sions. « Les institutions démocra-
tiques sont faibles et continuent
d’être affaiblies par un manque de
leadership et par la main-mise de
l’étranger  », a-t-il déclaré devant
l’auditoire bondé. À son avis, la re-
construction s’avère hasardeuse si
on ne prend pas en considération
les préoccupations de la popula-
tion. Il soutient aussi que le peuple
est déçu de ses élus et qu’il « n’at-
tend plus les excuses du président
René Préval » pour sa gestion de
la reconstruction.
Défendant la tradition juridique
basée sur le modèle français, Me
Charles déplore que « les bailleurs
de fonds se livrent une lutte d’in-
fluence au détriment de la popula-
tion » et que « la Commission inté-
rimaire pour la reconstruction
d’Haïti ne se préoccupe ni de la
transparence, ni des lois haï-
tiennes. » Le Bâtonnier a soutenu
que le défi de l’état de droit repose
sur le libre jeu des institutions dé-
mocratiques sans trop s’avancer
sur des solutions. En entrevue au
Flagrant, Me Charles propose
« des espaces de dialogues avec
la société civile  » et une plus
grande implication des acteurs du
milieu puisque l’important […]  ce
n’est pas ce que Bill Clinton
pense.»
Bon nombre d’auditeurs ont été
surpris par le caractère critique du
discours et du peu de solutions
pratiques apportées par le Bâton-
nier. La présidente d’Avocats sans
frontières, Alex-Sandra Thibault a
reçu des commentaires en ce
sens. Certains étudiants se ques-
tionnaient sur les modalités d’ac-
cession au poste de Bâtonnier de
Port-au-Prince et ont vu en Me
Charles un homme politique avant
tout. Certains auditeurs auraient
voulu savoir comment les barreaux
québécois peuvent aider concrète-
ment leurs homologues haïtiens
plutôt que de recevoir une leçon
d’histoire coloniale. Une source
anonyme soutient que les Bar-
reaux québécois souhaitent raffer-
mir les liens en aidant à la
formation juridique des Haïtiens et
en instaurant un meilleur système
de publication des lois. On rapporte
à cette source que certains avo-
cats haïtiens plaident de mémoire
faute de posséder une copie du
Code civil.
Le discours a aussi reçu son lot
d’éloges. La présidente du Club
des étudiants haïtiens de l’univer-
sité d’Ottawa, Jaël Destin, soutient
que la présentation était objective.
«  J’ai beaucoup adoré, car il n’a
rien caché. Il a bien présenté les
enjeux qui vont au-delà de la pro-
blématique de l’aide alimentaire.
Il n’est pas venu pour taper sur les
doigts de l’aide internationale, mais
la commission intérimaire n’aide
pas à la reconstruction des infra-
structures sociales », soutient-elle.
L’ancien président de l’AEEDCO,
Bruno Gélinas-Faucher, croit que
la prise en charge du buffet par la
Section de Droit civil a crédibilisé
l’événement.
Me Charles semblait satisfait de sa
conférence, soulignant que c’est à
Ottawa qu’il a reçu le meilleur ac-
cueil. Entre le bruit de la caisse en-
registreuse du marchand de café
et le passage des étudiants pres-
sés, l’Atrium a permis au détenteur
d’une maîtrise en droit public de
l’université d’Ottawa de retrouver
« une jeunesse idéaliste et enthou-
siaste ». Il a expliqué son retour à
Haïti avec le sentiment de pouvoir
influencer le développement du
pays. Le Bâtonnier a surtout redé-
couvert un « État lamentable gan-
grené par la corruption qui s’étend
dans tous les organismes  ». Il
continuera de décrier la confronta-
tion que les institutions haïtiennes
doivent mener pour continuer
d’exister au milieu de toutes les Or-
ganisations non gouvernementales
étrangères. ASF est sur place de-
puis 2006. L’organisme forme et
assiste les avocats haïtiens.
P
h
o
t
o

D
a
v
i
d

L
e
c
o
u
r
s
P
h
o
t
o

D
a
v
i
d

L
e
c
o
u
r
s
FlagrantDécembre2010_Flagrant Décembre 2010 10-12-18 19:09 Page6
Le Flagrant délit Décembre 2010 Page 7
Vie campus
Les futurs juristes raflent les honneurs à la
Coupe René-Lévesque
Catherine Blanchard
cblan016@uottawa.ca
Cinq étudiants de la Section de
Droit civil reçoivent des mentions
spéciales lors du tournoi de débats
à l’ESG-UQAM
Les 19 et 20 novembre dernier,
l’École des sciences de la gestion
de l’UQAM se faisait hôte de la
deuxième édition de la Coupe
René-Lévesque, deuxième tournoi
de l’année universitaire au calen-
drier des tournois francophones de
la Société universitaire canadienne
pour le débat intercollégial
(SUCDI). Pour l’occasion, 15 mem-
bres de la Société étudiante des
débats français de l’Université
d’Ottawa (SEDFUO) se sont dépla-
cés à Montréal pour participer au
tournoi, en tant que débatteur ou
juge. Six étudiants de la Faculté de
droit faisaient partie de la déléga-
tion ottavienne.
Les tournois de la SUCDI présen-
tent des débats de style parlemen-
taire canadien. Chaque débat voit
s’affronter deux équipes, une incar-
nant le gouvernement et présen-
tant la motion débattue, l’autre
incarnant l’opposition. À la suite de
chaque ronde, un score individuel
est attribué à chacun des débat-
teurs. L’équipe gagnante de la
ronde est celle dont le pointage
combiné des deux membres est le
plus élevé. Il existe deux catégo-
ries de débatteurs, selon leur ni-
veau d’expérience. Un débatteur
est novice s’il en est à sa première
ou deuxième participation à un
tournoi; il est senior s’il en est à sa
troisième participation ou plus.
Après les cinq rondes prélimi-
naires, la Coupe René-Lévesque
tenait deux rondes finales. La pre-
mière était destinée aux équipes
novices et la seconde, aux équipes
seniors. Les équipes composées
d’un senior et d’un novice pou-
vaient prendre part à la finale de
leur choix.
En finale senior, le tandem com-
posé de Francis Legault-Mayrand,
président de la SEDFUO, et Cathe-
rine Blanchard, tous deux étudiants
de troisième année en Droit civil,
est sorti vainqueur après avoir
campé le rôle de l’opposition face
à la légalisation de la polygamie,
motion présentée par une équipe
de l’ESG-UQAM. « C’était vraiment
motivant de compétitionner contre
d’autres écoles. Après avoir dé-
battu sur la légalisation de la poly-
gamie, je constate que la Cour Su-
prême n’aura pas une tâche facile
lorsqu’elle devra trancher dans ce
débat moral et culturel », a affirmé
le champion à la suite de la finale.
Legault-Mayrand et Blanchard se
sont également illustrés au classe-
ment individuel, le premier rempor-
tant la première place chez les
seniors et la seconde, la première
place chez les novices.
Quant à elle, la finale novice a cou-
ronné championne l’équipe formée
de Bruno Gélinas-Faucher et Jean-
François Landry, respectivement
étudiants de troisième et première
année en Droit civil. À la suite de la
présentation de leur motion histo-
rique, replaçant la salle en octobre
1970, ils proposaient la non-appli-
cation de la Loi sur les mesures de
guerre. « En 2010, il est nécessaire
de se questionner sur la pertinence
de cette législation archaïque et
désuète qui, de surcroit, accorde
des pouvoirs importants, voire abu-
sifs, à l’exécutif en cas de mise en
œuvre », explique Landry. « Ce
tournoi a permis de bien représen-
ter la Faculté de droit et de confir-
mer la position de l’Université
d’Ottawa à titre de chef des joutes
oratoires », ajoute-t-il.
Son Co champion Gélinas-Faucher
abonde dans le même sens. « Au
début, c’était intimidant d’affronter
les meilleures équipes des autres
écoles, notamment celles du HEC
et de l’ESG-UQAM. Mais finale-
ment, on a réussi à tirer notre épin-
gle du jeu. J’ai appris que j’adorais
le débat et c’est quelque chose qui
m’apporte beaucoup dans ma for-
mation générale, notamment pour
la plaidoirie », conclut-il.
Soulignons également l’excellente
performance de Philippe Laro-
chelle, étudiant de deuxième
année en Droit civil, qui, en plus de
se rendre en finale novice en solo,
s’est mérité la deuxième place au
classement individuel novice. En
effet, Larochelle a participé au tour-
noi en tant qu’Iron Man, remplis-
sant à chaque ronde le rôle des
deux coéquipiers.
La Coupe René-Lévesque suivait
la tenue de la Coupe Pierre-Elliott-
Trudeau. Organisée par la SED-
FUO les 22 et 23 octobre dernier,
la Coupe a accueilli près de 70 par-
ticipants dans l’enceinte du pavillon
Fauteux. En effet, 40 débatteurs et
plus de 20 juges, provenant de
l’Université Laval, de l’Université
de Sherbrooke, de l’Université de
Montréal, de l’ESG-UQAM, de
l’École Polytechnique, de McGill,
de l’UQO et de l’Université d’Ot-
tawa, ont participé à la quatrième
édition de la coupe ottavienne.
Ce premier tournoi de l’année uni-
versitaire, conçu pour initier les no-
vices à l’art du débat et pour
dégourdir les réflexes des plus ex-
périmentés, présentait cinq rondes
de débats, de même que deux
rondes de discours publics. Dans
ces rondes, l’orateur se présente
seul à l’avant et doit discourir sur
un sujet imposé pendant deux mi-
nutes. À l’issu du tournoi, Gélinas-
Faucher avait été nommé meilleur
débatteur novice.
Une délégation de la SEDFUO par-
ticipera, en février, au prochain
tournoi francophone de la SUCDI
qui se tiendra à l’Université de
Montréal. Des débatteurs et des
juges ottaviens seront également
présents au Championnat national
qui se déroulera à l’École Polytech-
nique en mars 2011. « Nous
sommes toujours ouverts à ac-
cueillir de nouveaux membres afin
de développer le potentiel de la dé-
légation de l’Université d’Ottawa »,
affirme le président de la SEDFUO.
Jean-François Landry, Bruno Gélinas-Faucher, Catherine Blanchard et Francis Legault-Mayrand
P
h
o
t
o

C
a
t
h
e
r
i
n
e

B
l
a
n
c
h
a
r
d
FlagrantDécembre2010_Flagrant Décembre 2010 10-12-18 19:09 Page7
Décembre 2010 Le Flagrant délit Page 8











































À
Four short years ago,
PUBLI-REPORTAGE











































Four short years ago,
PUBLI-REPORTAGE











































I too sat in the lecture halls in Fauteux preparing to embark on my career Four short years ago,











































I too sat in the lecture halls in Fauteux preparing to embark on my career











































I too sat in the lecture halls in Fauteux preparing to embark on my career
STIKEMAN ELLIOTT










































. reer r.
STIKEMAN ELLIOTT LLP
, s.r.l. S.E.N.C.R.L. STIKEMAN ELLIOTT
www.stikeman.com











































n u r i o µ µ o ` LL`
o r u e s o µ x e
i l í o m a e i u
a e i r n o ^ n i
g i l r n a i l l i i L
r c e l e i I s A
e ` u s c n a L s e l
moment-là, ce À











































a n u s n a u i e l l i a v a i r e u e r i n
n u n a s e l h v e n í o y r e i i a v a
u n a e l µ µ A g i B e l r n i g n i v i
u e u n o c e s n e e L e v a l u n a l a
s r a l r s i e v o r e c h í o u n a s r l g
e k i r S r a r n e µ s e m i r y m n o
u s n a u s e e l o v n e r n o s e s e l o c e
que penser de loin j’étais moment-là,











































a r i o s e s e u q u a e i u L e i r u a
s e i r i n u r i o µ µ o g n i n i a e l v e n
g m a I . e m i r e m a s e l r r a u
o k i o YYo v e Þ s ` n a m e k i r S o r
n e v AAv k i a P n o e m u n u o i i u s
o i r a u u a i g e c n i s r r o i l l L n a m
m o c s i e i s s o u e u n o l l i L i u o r n u
rêves grands plus mes des l’un que











































a . k i o YYo v e Þ a . s e i u n o L a
.
e µ x e e l L a u l a v r s o m g n i n i a g
u íu s i l 1 . ii. a e y - e n o i o í e c h íh o
o c a v o n m a I . e e s u o YYo . e u
e c h í o y m í o r u o k o o l I . n o
e r n i s n o i r c a s n a i r e u . s e x e l µ m
quatre Les . réaliserr. se allait rêves











































a u o o r n o i o 11o
m a I s a e c n e i i e
g n o l - e í i l a s l l h l u
i e y v a l e r a i o µ i o
e l r r a v o u n i v
s u o µ e s h e u e u r e s e l a n o i r a n i e
que depuis années dernières quatre











































. s r n a l u o r s
quitté j’ai que











































u
During the
i v o i µ e n o
s s e l u i a g e R
donnée aux étudiants dès leur deuxième été au cabinet suivant la
n’est Calgary











































y
During the
m o n o r u a í o l e v e l l g i l a s e
v n i e c h í o n a m e k i r S e l r í o
donnée aux étudiants dès leur deuxième été au cabinet suivant la
avocats. aux réservée pas n’est











































c u n a s e r a u n a m x e l µ m o c . yy.
a l r v o n k I . k i o v u o y l c i l v
donnée aux étudiants dès leur deuxième été au cabinet suivant la
une vivre de chance Cette avocats.











































! y r i l a i g e l l o c
s r n a r s n o c y n a m e i a e i e l r r a
. Course aux stages donnée aux étudiants dès leur deuxième été au cabinet suivant la
inoubliable expérience une











































l c a e r a l r u n a
également est






















































































r u a l o s l a I
m m u s a s A
g n i r a l
Durin
u m i r s l











































o m n e v i g s a v I
e l µ m o c I n e l W
a l u n a s r n e u u r s
o r y r i n u r i o µ µ o
n i u n e µ s í o r h e n e L u e u u a e l r
l I . n a m e k i r S r a r n e u u r s i e m
n o i i v n e k i o v y l
ng the
u

l n e i i ííi

u u

í n a g
Course aux Stages g
u











































e n u e c a íí I . yy. r i l i L i s n o µ s e i e i o
h e l r u e n i o i I . e g a r s y m u e r e
. m i h e l r n i l r i v s i e y v
. s e l h í o y r e i i a v a n o k i o v
u o g n i k i o v i e m m u s e n o g n
i g n i k i o v í o r h e n e L e l r u a
r a r a l r r s u i u n u o í I . r n e m n
a i o í g n i l c i a e s s a v I . Course aux Stages











































o i r a l e i r l i u L I . s e g n e l l a l c v e
n e m r i a µ e u e r a i o µ i o c s ` m i h
e v e u u n a s r n e i l c l r i v r e e m
i o YYo v e Þ n i e c h íh o i u o í o r u
i o µ i o c s ` m i h e l r í o l c a e n
! r r o i l l L n a m e k i r S
o i µ o r u e r a c i u e u m i h v a l a











































s a . u n a s r n e i l c l r i v s µ i l s n o
n i e i o m r o g y l n o s g n i l 1 . r n
i v s µ i l s n o i r a l e i g n o i r s µ o l
u a l I . e m i r s i l r g n i i u D . k i
a µ e u x a r u n a n o i r a g i r i l . e r a
í o r a l r e c n e l l e c x e l a n o i s s e í o











































r l u s e i a s
. g n i r s e i e r n
i e l r o l r i
e l r
. s r n e m r i a
a u e i e í ííí






















































































L y m g n i l s u µ
u o i g e s i e v i u a
o i µ a n o l r o L
a s o r s s e l u e e Þ
r n i n o u e s u c o í
i a e y u i i l r y m
m e s ` m i h e l r í o
g











































g n i µ o l e v e u u n a s e i i a u n u o L
u n a s y e n i o r r a r n a i l l i i L í o µ u
e v e l l a n o s i e µ u n a l a n o i s s e í
m e k i r S r a e c n e i i e µ x e y m . yy. a
. s n o i r c a s n a i r l a n o i r a n i e
u e n i u r e i I . e r a i c o s s a n a s a
v I . k i o v m a e r n o s i s a l µ m
. yy. µ











































u n a s µ i l s u n e i i íi r n a r i o µ m i
l i l v s r n e i l c u e r a c i r s i l µ o s u
n u r i o µ µ o n a u a l e v a l I . l e
s u o u n e m e i r a n e e L s a l n a m
h í o k i o YYo v e Þ s ` m i h e l r o r
e i y m n e l r g n e i r s o r e l L a s a
. g











































. s µ i l s n o i r a l e i
v n e r n e i e íe íí i u o r g n i r µ a u a e l
e l h o i µ l g i l n o k i o v o r y r i n
m u e v o l l a s a l l c i l v . e n o s
y m e i e l v . ii. a e y e n o i o íío e c h
v a l i e l r o l r i v s µ i l s n o i r a l e
. µ











































. s r n e m n o i i v
l r i v s e s a c e
v o i g o r e m
e c i r c a i µ
i e r ír A . s i e y v











































cabinet dans le but d’apprendre à connaître les autres étudiant(e)s, stagiaires et avocat(e)es.
l a s r a u n a m
de cours Au
n a e m e i s i o i r
C’est











































cabinet dans le but d’apprendre à connaître les autres étudiant(e)s, stagiaires et avocat(e)es.
s s e i e r n i r e s r n a l u m i r s s i o íío a l
l’opportunité eu j’ai été, premier ce de
e u r i o i u e u e r l u c a I a l a e e n n
i a ` i e u q 2006 en











































cabinet dans le but d’apprendre à connaître les autres étudiant(e)s, stagiaires et avocat(e)es.
e i c e i µ µ a r u o r i u s i a ` | . s r n a s
avec travailler de l’opportunité
e C . a v a r r O ` u e r i s i e v i n U ` l e
S z e l c e i e i i i a c a m s i i µ e i r n e











































cabinet dans le but d’apprendre à connaître les autres étudiant(e)s, stagiaires et avocat(e)es.
g i o s e r i v i r c a s e s u e i L m o n s e l
de et litige de groupe le avec
a y o i c n i e c n e i i e µ x e e n u r u ííu e
o l a s i a r e ` | . r r o i l l L n a m e k i r S











































e l i a µ s e e s i n a g
des recevoir de
! e l L a
e u e r n a i u u r e s i






















































































m e n g i e s n e i
notamment
u l a e i r n o ^
Aujourd’hui,
e c n e i i e µ x e
m s i a l u o v e |
a L . r e n i L a c
u s i u o c u A
cabinet dans le but d’apprendre à connaître les autres étudiant(e)s, stagiaires et avocat(e)es.











































n e v u o s i a ` | s l e n n o s i e µ s r n e
employés les visant questions les notamment
i µ a ^ . r r o i l l L n a m e k i r S e u
deuxième de avocate une suis je Aujourd’hui,
n o íío e l e i u n e i µ m o c x u e i m r e
i aa n n o c e i i a íí r e i e s s a µ i u s e m
L a c u u e c n a h n o c e u e u q i a m
l u e i a ` i . e r e u n o c e s n o m e u
cabinet dans le but d’apprendre à connaître les autres étudiant(e)s, stagiaires et avocat(e)es.











































o L a l l o c e u e r i n u r i o µ µ o ` l r n
le dans soulevées employés
µ s a s e l s u o r e l c u o r e u q i r a i
du sein au année deuxième
e i r n e r n o c n u ` u r n e m e n n o i r c n
m e m - i o m e u i u e l l i e m e l e i r i
g i s s a e r r e c r n a i ííi ííí o ` m n e r e n i L
l a e i u n i o i e m e u e c n a l c a l
cabinet dans le but d’apprendre à connaître les autres étudiant(e)s, stagiaires et avocat(e)es.











































g i e v n e ` u s i e i s s o u s e u a i e i o
commerciales d’opérations contexte
i o l µ m e ` l e u r i o i u u u s r c e µ
du travail et emploi groupe du
. x u e
i i o v a ` u e s u e i u e l s i u s e | . e m
o u r n e m e l a i e r r i l a ` m n o i r a n g
r n e i l c n u . C B I C e u q n a B a l
cabinet dans le but d’apprendre à connaître les autres étudiant(e)s, stagiaires et avocat(e)es.











































e l a n o i r a n i e r n i i u e v a s a e i u g
protection la que ainsi commerciales
. l i a v a i r u u r e
de bureau du
e r r e c e i v i v u µ
! s e l i a s e u e n n o
u u r n a r i o µ m i











































e m i u q e c
des protection










































e r n a l l i e u c c a
L n a m e k i r S
l’esprit d’équipe qui règne au sein de mon groupe.
m i o n e r i aai l µ
m e n g i e s n e i










































e u e s u e i c u o s r e e s u e i e n e g . e
u r n e m e l u e s s a µ r s e ` n r r o i l l L
l’esprit d’équipe qui règne au sein de mon groupe.
n u e i o r ô c e i . s u l µ e D . r n e m e m
n e v u o s i a | . s l e n n o s i e µ s r n e










































s ) e ( r a c o v a s e s e u e r i s s u e i a l
e i µ . e i u g i e v n e ` u r e n i L a c n u
l’esprit d’équipe qui règne au sein de mon groupe.
e n u e i . e l L a u i m i o íío e µ i u q e e n
o L a l l o c e u e r i n u r i o µ µ o l r n










































i u e l r n e m e m e i r x e s i u s e | . s
e l s n a u e r c e µ s e i r e x u e i g i r s e
e i µ µ a ` i r n o u e u q i m a n y u r e e
g i e v n e u s i e i s s o u s e u a i e i o










































! x i o l c n o m e u e s u e
i s s u a r s e ` c . ii. e i r n e e u n o m e
n e e i c e i µ µ a ` | . µ u o c u a e L s u n e
e l a n o i r a n i e r n i i u e v a s a e i u g











































e l l i m a í e n u
r n e m e m i o n
e m i u q e c .
FlagrantDécembre2010_Flagrant Décembre 2010 10-12-18 19:09 Page8
Décembre 2010 Le Flagrant délit
Page 9
Charlotte Chicoine-Wilson
cchic041@uottawa.ca
Ces derniers jours, je me suis sur-
prise à regarder de plus en plus
souvent à la fenêtre, délaissant
mes devoirs législatifs pour des rê-
veries aux odeurs de pain d’épices.
Il faut dire que le paysage enneigé
et tout enguirlandé de lumières se
prête davantage à l’esprit des fêtes
qu’à celui des lois. À observer les
passants pressés, les bras chargés
de paquets, une nostalgie douce-
amère m’emplit le cœur.
Je crains de vous effrayer en vous
révélant l’ampleur de ma solitude –
et surtout, je ne veux pas de votre
pitié! –, mais je dois bien admettre
que cela fait plus d’un Noël que je
célèbre en solo. Je ne sais pas si
vous avez idée de la quantité de
restants de dinde… j’en ai jusqu’à
Pâques à manger de la volaille.
Enfin, motivée par ce souffle de
nostalgie, je me suis mise en tête
d’écrire au Père Noël. J’espère
seulement que ses lutins n’écarte-
ront pas ma carte à cause de mon
âge. Quoique j’imagine que je
pourrais toujours invoquer l’article
15 de la Charte s’ils osaient le
faire. Le Père Noël fait certaine-
ment partie du gouvernement.
Je repousse bien vite l’idée de faire
une liste. Je vais plutôt m’appliquer
afin de rédiger une belle lettre, bien
tournée et surtout bien argumen-
tée, afin de demander ce que je dé-
sire par-dessus tout : une grande
conférence universelle des Légis-
lateurs. Je sais, ça s’emballe mal,
ça risque de poser des problèmes
de transport et ça se glisse bien dif-
ficilement dans le « petit soulier »
de la chanson. Pourtant, je suis
certaine qu’avec un peu d’imagina-
tion… Et puis je promets de ne pas
me montrer difficile.
Naturellement, mon rêve serait de
voir s’organiser une Convention in-
ternationale des Codificateurs où
nous nous réunirions régulière-
ment pour échanger les dernières
nouvelles, nos succès, nos échecs
et puis en profiter pour faire le plein
de potinage pendant qu’on est là.
Cependant, si cela s’avérait trop
compliqué, je me contenterais d’un
Forum interaméricain des Auteurs
de Lois et Règlements. À défaut
d’autre chose, je me satisferais
même d’une Rencontre bilatérale
des Rédacteurs législatifs cana-
diens et états-uniens. Parce que je
dois avouer que s’il y a un Législa-
teur que je veux par-dessus tout
rencontrer, c’est celui du Texas. Il
représente pour moi un des plus
grands mystères de la nature hu-
maine. Comment un être qui pos-
sédait un tel sens de l’humour
étant jeune peut-il s’être trans-
formé en un vieillard obtus et réac-
tionnaire?
Alors que dans ses folles années il
a rédigé des lois telles que celle in-
terdisant de tirer un bison à partir
du deuxième étage d’un immeuble
, aujourd’hui, il s’accroche à celle
qui permet la peine de mort comme
si c’était le fleuron de la justice plu-
tôt qu’une mesure aussi cruelle
que désuète. À mon sens, la loi est
là pour protéger tous les êtres hu-
mains, pas pour donner à certains
le droit d’en tuer d’autres sous le
couvert de la légalité. Les Législa-
teurs tirent bien des ficelles, mais
ne devraient jamais se laisser aller
à se prendre pour Dieu.
Je suis bien placée pour savoir à
quel point le pouvoir peut être gri-
sant. Mais il n’en reste pas moins
que ce pouvoir vient avec des res-
ponsabilités. L’une d’elles, et non
la moindre, est de conserver son
sens de l’humour.
Arts et culture
Sous le sapin
Le flagrant éclipse
George Balabanian
gbala021@uottawa.ca
Le nom latin reliquiae (préfixe re- et
la racine liqu-, laisser, abandonner)
voulait dire « les restes (d’un mar-
tyr, d’habitude)  ». Le terme dési-
gnait aussi bien les survivants d’un
combat que les reliefs d’un repas,
ou les ossements d’un mort. Le
latin ecclésiastique désignait, par
ce terme, soit le corps ou le frag-
ment du corps d’un saint, soit
un objet lui ayant appartenu ou
ayant servi à son martyre (je
n’ai pas écrit martyr sans e
cette fois-ci – ce sont deux
mots différents!) En français, le
mot est devenu reliques, utilisé
presque exclusivement au plu-
riel.
Un certain nombre de verbes
latins formés sur cette racine pré-
sentaient au présent un infixe n,
d’où la base li[n]qu-. Le composé
delinquere signifiait «  laisser tout
seul, manquer à  ». Il s’employait
surtout au sens de « marquer mo-
ralement à son devoir, commettre
une faute  ». Le français juridique
du Moyen-âge emprunta le verbe
sous la forme délinquer. Le verbe
a disparu; subsiste son participe
délinquant. Delictum, participe de
delinquere, signifiait «  manque-
ment, faute ». Le français juridique
emprunta le terme: un délit est une
infraction à la loi, notamment en
responsabilité civile, et est dit dé-
lictueux tout ce qui revêt ou mani-
feste le caractère de l’illégalité,
d’un délit ou constitue un délit. Le
délit est aussi le nom de notre fan-
tastique journal.
Il semble que les mots latins liquor
et liquidus, origines de liqueur et li-
quide, doivent être rattachés à
cette racine liquere « être fluide ».
Le liquide est en effet ce qui a ten-
dance à s’écouler, à nous aban-
donner en quelque sorte.
Plus bizarrement, c’est que la ra-
cine indo-européenne *likw (duquel
la liqu- latin est issue) nous a fourni
le nom éclipse. En grec, kw est de-
venu p, et la racine a fourni le nom
eklipsis, « action d’abandonner, de
faire défaut ». Une éclipse est un
phénomène au cours duquel la
lune ou le soleil font mine de nous
abandonner. De cette même racine
le grec avait paraleipein, « laisser
de côté, omettre », d’où le mot rare
paralipse, qui est une figure de rhé-
torique dans laquelle l’orateur ou
l’écrivain évoque un sujet en niant
qu’il devrait être invoqué. En tant
que tel, il peut être considéré
comme un parent rhétorique de
l’ironie.
Les folies du Législateur: Chronique d’humour surréaliste
FlagrantDécembre2010_Flagrant Décembre 2010 10-12-18 19:09 Page9
Décembre 2010 Le Flagrant délit Page 10
Québec et Afghanistan, même combat
Chronique corruption
Philippe Coderre
pbour083@uottawa.ca
Quand le despotisme est dans les
lois, la liberté se trouve dans les
moeurs et vice versa - Honoré de
Balzac
Richard est un entrepreneur mont-
réalais qui vient d’hériter d’une
grande somme d’argent. Il décide
d’investir dans une compagnie de
construction de travaux publics, au
grand plaisir de sa conjointe de fait
qui décèle dans cette initiative une
occasion en or de parfaire les fins
de mois et d’entraver les désagré-
ments conjugaux.
À la suite d’un premier contrat pour
le moins fructueux sur l’hôtel de
ville de Montréal, Richard reçoit sur
son chantier la visite insoupçonnée
d’un grand magnat italien. Ce der-
nier lui réclame une taxe, peu com-
mune, qui sert à préserver son
droit d’œuvrer sur le territoire mont-
réalais. Devant l’incapacité à payer
de son homologue, l’homme d’af-
faires sicilien finit par lui envoyer un
ultimatum plus ou moins sympa-
thique qui lui somme de plier ba-
gage le plus tôt possible s’il ne veut
pas servir de lit arlequin aux misé-
reux poissons du fleuve St-Lau-
rent.
N’aimant pas la bisbille et se ca-
mouflant sous un tissu de fierté, Ri-
chard décide donc de se recycler
en banlieue de Montréal, à Laval
plus précisément, où parait-il, la
compétition est beaucoup moins
relevée. Il n’avait toutefois pas été
mis aux faits qu’il fallait rénover à
bas prix la résidence familiale du
maire de la ville pour être en me-
sure d’amener du pain à sa table.
Devant la faiblesse de ses relations
avec la mairie et les politiciens pro-
vinciaux, ses succès sont de plus
en plus mitigés, ses dettes s’accu-
mulent et l’esquisse de ses nom-
breux projets s’envole aussi
rapidement qu’une pétition deman-
dant la démission d’un premier mi-
nistre. Si seulement on avait pu lui
offrir 10 000$ en liquide à lui aussi.
Lésé de toutes ces magouilles, Ri-
chard décide d’aller pratiquer son
métier dans le Nord du Québec,
loin du rythme de vie trépident de
la grande ville, plus près de l’au-
thenticité morale des villageois.
Fort d’un charisme sans précédent
et d’une ténacité inusuelle, sa com-
pagnie réussit à s’implanter pen-
dant quelques années dans la
région de Sept-Îles au point de lui
préparer le terrain vers le toit du
succès et l’apothéose du bonheur.
Comme le malheur n’est jamais
bien loin, l’entrepreneur remarque
au fil du temps que ses employés
démissionnent à un rythme ana-
logue à l’effondrement du marché
immobilier américain. Après une
enquête qu’il mène lui-même sur
ce fléau qui ne peut lui être imputé,
il constate que le syndicat des tra-
vailleurs locaux, très puissant au
Québec, exerce une pression
constante sur ses employés, sac-
cageant au passage chantiers et
matériaux.
Le conflit prend une ampleur dé-
concertante si bien que Richard
craint pour sa vie et celle de sa fa-
mille. Son exode forcé de Sept-Îles
entraîne du même coup la faillite
de sa compagnie et la condamna-
tion de sa vie personnelle. Fidèle à
ses principes, sa conjointe fait ses
valises puisqu’elle ne peut suppor-
ter l’instabilité engendrée par les
insuccès de son homme.
Preuves bancaires dans une main
et copie d’un jugement qui permet
aux femmes de ne plus être des «
vaches qui ne servent qu’à faire
des veaux » dans l’autre, l’ex-
conjointe réclame des obligations
alimentaires pour pallier le fait
qu’elle n’a jamais travaillé durant la
relation. Discriminée, elle ne sou-
haite rien de moins que de mainte-
nir le niveau de vie que son
minable de conjoint n’a pu perpé-
tuer.
Richard sombre dès lors dans une
épave de détresse. Il est encore
pris dans les câbles d’une douleur
associée au départ d’une femme
avec qui il a passé les dix dernières
années de sa vie que le passage
du postillon lui rappelle qu’il doit
compléter le plus rapidement pos-
sible sa déclaration fiscale. Faisant
partie de la classe moyenne, il
compte parmi les victimes du rétré-
cissement budgétaire gouverne-
mental qui vise essentiellement à
augmenter les impôts pour combler
une dette laissée par des travaux
publics plus dispendieux que ja-
mais, le résultat d’une taxe peu
commune réclamée par des
grands magnats italiens.
Découragé, l’entrepreneur dépose
une plainte à la Sûreté du Québec
pour dénoncer la corruption qui
sévit dans l’industrie de la
construction. À la suite d’une en-
quête qui poirote depuis deux ans,
l’impatience le mène à l’inévitable
coup d’éclat : il utilise les médias
pour réclamer une enquête pu-
blique, accusant au passage le
gouvernement de fermer les yeux
devant le fléau afin d’en retirer les
plus grands bénéfices. Il écorche
même le premier ministre, le blâ-
mant d’être le parrain de toutes ces
manigances. Ce dernier, brave
homme, ne peut accepter pareille
offense et poursuit en diffamation
le malhonnête citoyen qui aurait eu
intérêt à consulter la série Omerta
avant d’activer les muscles de sa
mâchoire. Le procès se déroulera
devant un juge nommé par le gou-
vernement actuel, bon ami d’un
grand financier du parti.
Rien ne va plus pour Richard. Il dé-
cide donc d’aller manifester au
sommet du G20 à Toronto afin
d’extérioriser sa déception envers
le capitalisme sauvage qui trans-
forme les honnêtes citoyens en «
vaches qui ne servent qu’à donner
du lait », laissant les plus rapaces
d’entre eux collecter les dividendes
de la traite. Quelques jeunes anar-
chistes sont toutefois moins paci-
fiques que lui dans la façon d’étaler
leur propos. Leur débordement en-
traîne l’emprisonnement massif
des manifestants puisque les poli-
ciers ont obtenu l’appui du gouver-
nement ontarien pour brimer la
liberté d’expression au nom de la
sécurité publique.
En taule, on dépouille Richard de
ses vêtements. C’est sous une
pluie de « fucking frogs » et de «
go home frenchie » qu’il se fait
même fouiller de façon plutôt dou-
teuse par un policier manifeste-
ment incertain de son orientation
sexuelle, tout juste après s’être fait
tatouer l’empreinte d’une matraque
sur l’arcade sourcilière droite.
L’ex-homme d’affaires, devant tant
d’injustices, dépose une plainte
pour atteinte à l’intégrité physique
et à la liberté d’expression. Lors de
la commission d’enquête, un dé-
puté fédéral, pourtant membre du
comité permanent de la justice et
des droits de la personne, lui re-
proche l’illégitimité de sa démarche
et stipule que les revendicateurs
présents n’étaient que des écerve-
lés qui souhaitent « faire chuter le
gouvernement, mettre fin au capi-
talisme et s’accaparer de la Une
des nouvelles ».
Pris dans ce labyrinthe procédural
qui ne débouche sur aucune porte
de sortie, Richard accepte son
triste sort et abdique son combat.
Quelques mois plus tard, alors qu’il
entre dans son HLM, Richard re-
marque sur son répondeur la pré-
sence d’une pluie de messages
manqués dont la plupart provien-
nent du combiné de sa mère. Affo-
lée, elle lui annonce que son frère
Pierre, de dix ans son cadet, a été
abattu lors de sa mission en Afgha-
nistan. C’est un enfant-soldat,
bambin d’un terroriste fanatique et
futur maître dans l’art de répandre
la bonne nouvelle d’Al-Qaida, qui
serait à l’origine du tragique inci-
dent. La capture du jeune homme
ne fut qu’une formalité, si bien que
l’État canadien s’est empressé
d’assurer à la famille de Richard
que l’enfant serait détenu dans une
prison obscure et méconnue où il
devra payer pour son crime, soit
celui d’avoir tué un soldat ennemi
en pleine guerre.
Le service funèbre de Pierre est
fort émotif. Même le premier minis-
tre canadien est présent puisque le
défunt occupait un poste très élevé
dans la hiérarchie martiale. Pre-
nant le micro, le plus haut placé du
pays, dans un discours éminem-
ment patriotique, lance avec
conviction : merci de nous avoir ho-
noré Pierre et d’avoir contribué à
l’exportation de la démocratie ca-
nadienne dans un pays comme
l’Afghanistan, où la vie politique est
entachée par l’entrave des libertés
et la corruption.
Quand la liberté est dans les lois,
le despotisme se trouve dans les
moeurs…
FlagrantDécembre2010_Flagrant Décembre 2010 10-12-18 19:09 Page10
Décembre 2010 Le Flagrant délit Page 11
Sports
fait partie
du programme
Aux études supérieures
en droit,
Des créneaux d'avenir
s0RÏVENTIONETRÒGLEMENTDESDIFFÏRENDS
s$ROITETPOLITIQUESDELASANTÏ
s)NTERNATIONALISATIONDUDROIT
s0RATIQUEDUDROITENCONTEXTECHINOIS
s#RIMINALITÏFINANCIÒRE
s%NVIRONNEMENT
s-ÏDIATIONINTERCULTURELLE
s4RANSFERTTECHNOLOGIQUE
Approfondir un sujet
qui me passionne.
Profiter d’un encadrement
personnalisé.
Et refaire le monde durant
les fins de semaine.
USher br ooke. ca/ dr oi t
19 programmes à Sherbrooke et à Longueuil
Bourses de recherche généreuses
Jo-Annie Charbonneau
jchar151@uottawa.ca
Depuis les dernières années, la
Ligue nationale de hockey (LNH)
est prise avec un fléau majeur de
violence. De nombreux joueurs ont
dû s’absenter à cause des commo-
tions cérébrales et des répercus-
sions à long terme sur certains
d’entre eux. Du nombre, on peut
noter plusieurs têtes d’affiche, tels
que Jonathan Toews, Patrice Ber-
geron, Marc Savard, et dernière-
ment David Perron. Forcés d’agir,
les directeurs généraux de la LNH
se sont réunis cet automne pour
mettre en place un nouveau règle-
ment qui entrera en vigueur durant
la saison en cours.
C’est le règlement 48 des Règle-
ments officiels de la LNH qui aura
pour mission de réduire le pro-
blème persistant que sont les
coups à la tête. Le paragraphe un
interdit ce type de coup. Il se lit
comme suit : « A lateral or blind
side hit to an opponent where the
head is targeted and/or the princi-
pal point of contact is not permitted
». Donc, les coups qui ont pour but
principal de blesser un adversaire
à la tête, alors que le joueur ne voit
pas son adversaire arriver ou qu’il
arrive sur son côté ne seront plut
tolérés.
Contrairement aux autres types de
mises en échec, les coups à la tête
ne peuvent faire l’objet de pénalités
mineures, soit les deux minutes
habituelles hors de la glace. Par
contre, une pénalité majeure doit
être donnée. La première pénalité
majeure consiste généralement en
un « 5 minutes ». Dans le cas du
règlement 48, la pénalité majeure
sera automatiquement accompa-
gnée d’une inconduite de partie.
Cela implique la suspension pour
le reste de la partie du joueur. Une
sanction monétaire de 200 $ l’ac-
compagne et l’équipe doit débour-
ser des frais de 1000 $. De plus, à
partir du moment où un joueur re-
çoit deux inconduites de parties, il
sera suspendu pour la partie sui-
vante. Il ne faut pas oublier que le
Commissaire de la LNH peut impo-
ser une sanction plus sévère s’il le
juge approprié.
Reste à voir si ce règlement fera
son effet. Les sanctions anté-
rieures qui ont été imposées aux
assaillants n’ont pas été suffisam-
ment sévères pour remédier à la si-
tuation. Les coups à la tête étaient
encore un problème en début de
cette saison 2010-2011. Il en tient
aux arbitres d’imposer les pénalités
lorsque nécessaire, sans toutefois
qu’elles ne deviennent abusives.
Néanmoins, est-ce le meilleur
moyen de prévenir les coups à la
tête? Il est possible qu’il y ait un
effet à court terme, mais à long
terme, est-ce qu’une inconduite de
partie est suffisante pour une com-
motion cérébrale? Probablement
pas. Ou encore est-ce que cela
vaut la peine de perdre un joueur
comme Sidney Crosby pour une
mise en échec, ou vaut-il mieux
mettre l’accent sur le jeu, le talent
et la finesse?
Enfin, si on décide d’appliquer
strictement ce règlement, est-ce
que la ligue doit adopter une atti-
tude différente dépendamment du
joueur, comme il l’a été vu anté-
rieurement, ou doit-elle sévir, peu
importe le nom derrière le chan-
dail? Pour l’instant, on se retrouve
avec un nouveau règlement qui
doit être appliqué afin de restrein-
dre la multiplication des blessures
chez les joueurs.
Sauver la tête de l’emploi
L’arme
La victime
FlagrantDécembre2010_Flagrant Décembre 2010 10-12-18 19:09 Page11
www.stikeman.com
STIKEMAN ELLIOTT S.E.N.C.R.L., s.r.l. AVOCATS
CHEZ NOUS, VOUS
VOUS DÉMARQUEREZ
FlagrantDécembre2010_Flagrant Décembre 2010 10-12-18 19:09 Page12