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Translation of Charles Zarka's Essay on Foucault and the Non-Juridical Concept of Power

Translation of Charles Zarka's Essay on Foucault and the Non-Juridical Concept of Power

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Published by Cynthia R. Nielsen
This is my very, very rough translation of Charles Zarka's essay, Foucault et le concept non juridique du pouvoir. Corrections are quite welcome.
This is my very, very rough translation of Charles Zarka's essay, Foucault et le concept non juridique du pouvoir. Corrections are quite welcome.

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Yves Charles Zarka Article on Foucault (in French

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French Foucault et le concept non juridique du pouvoir L’analyse que je compte mener du concept de pouvoir chez Foucault ne portera pas sur l’ensemble de son œuvre, ni même sur la totalité des textes où il est question du pouvoir, mais sur un moment précis et, à mon sens, fondamental, parce qu'il constitue un tournant à partir duquel se mettront en place, d’abord, l’analyse du biopouvoir, puis celle de la gouvernementalité. Les textes qui me retiendront datent de 1976: il s’agit du cours prononce au Collège de France « II faut défendre la société »1 et du premier volume de l’histoire de la sexualité, La volonté de savoir.2 Dans le cours de 1976, Foucault met en place trois registres de discours: 1 / l'histoire, 2 / la philosophie, 3 / la prise de partie, ce que l’on peut caractériser comme une certaine forme de militantisme. Ces trois registres de discours convergent vers une nouvelle façon d'entendre et d'écrire l'histoire. En quoi consiste cette nouvelle façon d'entendre et d'écrire l'histoire? Elle repose sur l'établissement d'un nouveau rapport à l'historiographie. L'historiographie n'est pas, pour Foucault, une discipline neutre. Elle est travaillée par des effets de pouvoir.
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English “Foucault and the Non-Juridical Conception of Power” The analysis that I intend [compte] to carry out [mener] of the concept of power in Foucault will not be concerned with [ne portera pas sur] the whole [l’ensemble] of his work, nor even with the totality of texts which are about power, but with a precise moment, and in my view, fundamental, because it constitutes a turning point [un tournant] from [à partir] which to introduce [se mettront en place- lit. « to set in place »], first [d’abord] the analysis of biopower, then [] that of governmentality. The texts dating from 1976 are my focus [me retiendront]: they are from the course delivered at the Collège de France « Society Must Be Defended »3 and from the first volume of the history of sexuality, The History of Sexuality: The Desire to Know.4 In the 1976 course, Foucault introduces [met en place] three registers of discourse: 1) history, 2) philosophy, 3) taking sides [la prise de partie], that which we may characterize as a certain form of militantism. These three registers of discourse converge towards a new way of understanding and writing history. In what consists this new way of understanding and writing history? It rests on the establishment of a new relation to historiography. Historiography is not, for Foucault, a neutral discipline. It is wrought [travaillée] by the effects of power.

Michel Foucault, « Il faut défendre la société ». Cours de Collège de France 1976, publié par Mauro Bertani et Allessandro Fontana, Gallimard/Seuil, coll. « Hautes Études », 1997 (désormais cité comme :Cours de 76). 2 Michel Foucault, La volunté de savoir, Paris, Gallimard, 1976. 3 Michel Foucault, « Society Must be Defended ». 4 Michel Foucault, History of Sexuality. New York : Vintage, 1990. [N.b. The English title does not correspond to the French].

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Elle est le lieu privilégié où se développent des procès de légitimation implicites. L'histoire comme enquête intellectuelle ayant pour tâche la connaissance du passé est, en vérité, bien autre chose que cela: le lieu d'une autolégitimation de la domination politique. L'histoire est toujours l'histoire du pouvoir au double sens où le pouvoir est à la fois son sujet et son objet. Elle ne se contente donc pas de retracer le devenir du pouvoir, mais elle est elle-même un événement de pouvoir: un discours du pouvoir sur lui-même. Une façon pour le vainqueur d'achever sa victoire par le récit qui la justifie.

It is the privileged place [lieu] where the process of implicit legitimation develops/expands. History as an intellectual inquiry [enquête] with the task of understanding the past, is, in truth, much more that that: it’s the place of selflegitimation of political domination. History is always the history of power in a double sense in which power is simultaneously its subject and its object. It [history] no longer contents itself to retrace the evolution of power, but it is itself an event of power: a discourse of power on/upon [sur] itself. A way for the victor [le vainqueur] to achieve his victory by the story [le récit] that justifies it. Face à cette historiographie comme histoire Faced with [face à] this historiography as a du pouvoir des maîtres, histoire officielle history of the power of the masters, an qui ne dit pas son nom, Foucault entend official history that does not speak its name mettre en place une autre historiographie [qui ne dit pas son nom= hidden], Foucault qui vise précisément à révéler les ressorts intends to introduce another historiography, de l’histoire du pouvoir, à ruiner le prestige which aims [vise] specifically to reveal the des vainqueurs en se situant dans l’autre drives/motivations [ressorts] of the history camp, le camp des vaincus, pour écrire of power, to ruin the prestige of the victors l’histoire des vaincus en tant que tel, c'est- by situating [en se situant] the other camp, à-dire en tant qu'assujettis. the camp of the conquered [vaincus], to write the history of the conquered qua [en tant que] such, that is, qua the subjugated. L’écriture de l’histoire devient dès lors le The writing of history becomes [devient] lieu d'un possible renversement: celui des from that moment [dès lors] the place of a vérités admises : des positions acquises, possible reversal: that of acknowledged des dominations qui cherchent à se [admises] truths: established [acquises] pérenniser. positions, dominations seeking to perpetuate to themselves. L’art d’écrire chez Foucault est donc une For Foucault, the art of writing is, tentative de libérer les discours assujettis, therefore, an attempt to liberate the les discours des vaincus, les discours des discourse of the subjugated, the discourse révoltes où perdure la tradition d'une autre of the conquered, the discourse of revolts légitimité qui revendique ses droits et [révoltes] which continues a tradition born cherche à les faire prévaloir. from a different legitimacy which claims [revendique] its rights and seeks to make them prevail [prévaloir]. L’historiographie du Cours de 76 est donc The historiography of the 1976 Course is,

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une tentative de renversement d’histoire officielle, de l’histoire du pouvoir. Il convient cependant de remarquer que cette pratique de l’historiographie, qui consiste à mettre au premier plan les enjeux stratégico-politiques de toute historiographie, même, et surtout, de celle qui se voudrait la plus neutre, est liée à une position philosophique qui entend rechercher, dans ou en deçà de l’histoire, les valeurs qui la fondent, c’est-à-dire les figures de la vérité qu’elle cache.

therefore, an attempt at a reversal of the official history, the history of power. It is advisable [il convient de], nevertheless [cependant], to point out [de remarquer] that this practice of historiography, which is [consiste] to place in the foreground [premier plan] the stratégico-political stakes of any historiography, even, and especially [et surtout], of those who would desire the most neutral kind, is bound/connected [liée] to a philosophical position that wants [entend] to investigate, in or on this side [en deçà] of history, the values that justify [fondent] it, that is, the figures of the truth that it hides. Cette liaison entre historiographie et This link [liaison] between historiography philosophie était déjà enveloppée dans le and philosophy was already enveloped concept d’archéologie, concept qui met en in/contained within the concept of relation une réflexion sur les strates archaeology, a concept which connects historiques et une généalogie des valeurs. [met en relation] a reflection upon the historical strata/layers and a genealogy of values. Ici se révèle, j’y reviendrai, l'héritage Here is manifest [ici se révèle], and I shall nietzschéen de Foucault, au sens où la come back to this, Foucault’s Nietzschean généalogie consiste toujours en un retour heritage in the sense in which the au conflit de forces, à la lutte impitoyable genealogy consists always in a return to a qui se traduit ultimement par la domination conflict of forces, to a relentless struggle et le règne de certaines valeurs. that translates ultimately into the domination and reign of certain values. Or, l’aspect généalogique de la démarche Now [or], the genealogical aspect of de Foucault, qui s'inscrit dans les traces de Foucault’s approach [la démarche], which Nietzsche, et même d’un Nietzsche relu par follows in the footsteps [s'inscrit dans les Deleuze5, permet de comprendre pourquoi traces] of Nietzsche, and even of a sa pratique historico-philosophique ou Nietzsche re-read through Deleuze, allows philosophico-historique, comme on voudra, us to understand why [pourquoi] its est aussi une prise de position, mieux, une historico-political, or (if you prefer [comme prise de partie dans une relation de pouvoir, on voudra]) its philosophico-historical c’est-à-dire une façon de choisir son camp. practice, is also a matter of taking a stand [une prise de position]—better still: it is a matter of taking sides[une prise de partie] in a power relation, that is, a way of choosing one’s camp/or which camp one is in. La difficulté interne du type de textes que
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The internal difficulty with the kind of texts

Gilles Deleuze, Nietzsche et la philosophie, Paris, PUF, 1970.

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produit Foucault, ainsi que la très grande séduction qu'il induit, tient à la fois à la connexion et à la tension qu'il y a entre ces trois registres de discours: historique, philosophique et militant. Mon objet sera ici de montrer comment l'historiographie de Foucault est liée à la constitution d'un concept non juridique du pouvoir qui permet à la fois de rompre avec l'histoire du pouvoir, au sens de l'histoire que le pouvoir raconte sur lui-même, et d'entendre autrement les enjeux stratégicopolitiques à l’œuvre dans le procès historique lui-même, c'est- à-dire dans la réalité historique. A cet effet, j'examinerai trois points: 1. - Les enjeux du Cours de 76: le renversement de l'histoire du pouvoir. 2. - Le concept non juridique du pouvoir: « la guerre des races ». 3 . - Le passage du concept non juridique du pouvoir à celui de biopouvoir et à celui de gouvernementalité. Je conclurai par l’examen d’une question: peut-on arrêter la guerre? C'est en effet dans la réponse à cette question que s’attestent les conséquences ultimes de l’opposition entre le concept juridique et le concept non juridique du pouvoir. 1. - LE RENVERSEMENT DE L'HISTOIRE DU POUVOIR Le point nodal du Cours de 76 tient au rapport entre histoire et pouvoir. Une double opération s'y trouve engagée: la première est historicopolitique, la seconde, épistémologique. Lorsque Foucault parle de la liaison entre « rapport de force et relation de vérité », il ne parle pas seulement d'une pratique historiographique qu’il appelle historico-politique et qu'il oppose au discours juridique de l’histoire du pouvoir, mais aussi et surtout de son propre discours. Ce discours

which Foucault produces, and the great seduction that he induces, is both [à la fois] in the connection and in the tension which exists between three registers of discourse: historical, philosophical and militant. My goal here will be to show how Foucault’s historiography is linked to the establishment/constitution of a nonjuridical concept of power that allows him at the same time to break [rompre] with the history of power, in the sense of the history that power narrates [raconte] about itself, and to understand differently/otherwise [autrement] the stratégico-political stakes [enjeux] at work in the historical process itself, that is, in the reality of history. To this effect, I examine three points: 1. The stakes of the 1976 Course: the reversal of the history of power. 2. The non-juridical concept of power: “the war of races” 3. The movement from a non-juridical concept of power to that of biopower and then to that of governmentality. I conclude by examining a question: Can one stop [arrêter] war? It is in effect in response to this question that the ultimate consequences of the opposition between the juridical concept and the non-juridical concept of power are confirmed/proven [s’attestent]]. 1. THE REVERSAL OF THE HISTORY OF POWER The focal point of the 1976 Course is on the relation between history and power. A double operation is set forth [s'y trouve engagée ?] : the first is historico-political, the second, epistemological. When Foucault speaks of the connection between “a relation of force and a relation of truth”, he speaks not only of a historiographical practice which he calls historico-political and which he opposes to the juridical discourse of the history of power, but also and especially of its proper/own discourse. This discourse is

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a pour ressort la substitution du couple de concepts domination/assujettissement au couple, plus traditionnel, souveraineté/obéissance. Mais cette substitution a pour corrélat épistémologique une remise en cause des savoirs dominants, en tout cas publics, voire même officiels, sur le pouvoir. C’est ce, que Foucault appelle le désassujettissement des savoirs assujettis. ***L’opération proprement épistémologique consiste donc à réintégrer dans le champ historiographique des textes et des récits de luttes, de combats ou de révoltes que l’histoire du pouvoir avait rendus muets ou soumis à l’oubli. Je le disais tout à l’heure, l’écriture de l’histoire, n'est pas pour Foucault un art neutre dont le principe serait la recherche (désespérée) d’une objectivité (introuvable), elle est en revanche, qu’on le reconnaisse ou non, commandée par une prise de position, une prise de partie. On pourrait ainsi reporter sur la démarche de Foucault lui-même ce qu'il dit du discours historico-politique tenu par les assujettis, en l’occurrence les Niveleurs pendant la révolution anglaise: C'est l’appartenance à un camp - la position décentrée - qui va permettre déchiffrer la vérité, de dénoncer les illusions et les erreurs par lesquelles on vous fait croire -les adversaires vous font croire -que l'on est dans un monde ordonné et pacifié. « Plus je me décentre, plus je vois la vérité; plus j'accentue le rapport de force, plus je me bats, plus

driven by [a pour ressort] substituting the conceptual pair: domination/subjugation for the more traditional pair, sovereignty/ obedience. But this substitution has for its epistemological correlate a reconsideration/reevaluation [une remise en cause] of the dominant/hegemonic knowledges—in any case—public and even official—upon [sur] power. This is what Foucault calls the de-subjugation/desubjectification of subjugated/subjected knowledges. [?] The properly epistemological work is [consiste], therefore, to reintegrate into the historiographical field of the texts and the narratives of struggles, the battles or revolts/uprisings that the history of power has rendered mute or has subjected to oblivion. As I said [disais] earlier [tout à l’heure] , the writing of history, is not for Foucault a neutral art whose principle is [serait] a (hopeless/desperate) search for an (unobtainable) objectivity; it is, conversely [en revanche], whether one recognizes it or not, to take a stand, to take sides. One could also carry over [reporter sur?] to Foucault’s reasoning itself what he says about the historico-political discourse held [tenu] by the subjugated, in this case [en l’occurrence] the Levellers during [pendant] the English Revolution: It is belonging to a camp/side—the de-centered [décentrée] position— which will permit us to decipher [déchiffrer] the truth, to denounce the illusions and the errors by which they make you to believe [on vous fait croire ?]—your adversaries make you to believe that we live in an ordered [ordonné] and peaceful world. “The more I decenter myself, the more I see the truth; the more I accentuate the relation of force, the more it shapes [bats]

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effectivement la vérité va se déployer devant moi, et dans cette perspective du combat, de la survie ou de la victoire. » Et inversement, si le rapport de force délivre la vérité, la vérité à son tour va jouer, et elle n'est finalement cherchée que dans la mesure où elle pourra effectivement devenir une arme dans le rapport de force. Ou la vérité donne la force, ou la vérité déséquilibre: accentue la dissymétrie et fait pencher finalement la victoire d'un côté plutôt que de l’autre : la vérité est un plus de force, tout comme elle ne se déploie qu’à partir d’un rapport de force.6 On voit ici clairement à quel point la double opération historico-politique et épistémologique situe Foucault dans le prolongement de Nietzsche. Foucault ne renierait sans doute pas cette filiation d'autant moins du reste qu'il fait lui-même référence à Nietzsche au début du Cours de 76, au moment de mettre en place sa définition du pouvoir comme fondamentalement travaillé par un rapport d'affrontement belliqueux: Vous voyez donc qu'à partir du
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me, the more effectively does the truth display itself to me, even [et] for the purpose of [dans cette perspective] combat, for survival or for victory.” And inversely, if a relation of force delivers the truth, the truth in turn [vérité à son tour] will come into play [va jouer ?], and it is ultimately [finalement] sought [cherchée] to the extent that [que dans la mesure où] it may become in fact [effectivement] a weapon in the relation of force. Either the truth strengthens [donne la force], or the truth imbalances: it accentuates the dissymmetry and ultimately tips the victory to one side [d'un côté] rather than [plutôt que] the other: the truth is an additional [un plus] force, it is not deployed/manifested/unfolded unless it comes from [à partir de?] a relation of force.7 Here one sees clearly to what extent [à quel point] the double operation/mechanism, that is, the historico-political and epistemological operation/mechanism-situates Foucault as a continuation of Nietzsche. Foucault, certainly [sans doute] did not deny this affiliation/relationship even less [d'autant moins], besides [du reste], he himself makes reference to Nietzsche at the start of [au début] the 1976, when [au moment] he introduced [mettre en place] the definition of power as fundamentally wrought [travaillé] through a relation of bellicose/warlike confrontation: You can see, therefore, from the

Michel Foucault, “Il faut défendre la société », Cours de Collège de France de 1976, op. cit., p. 45-46. [See p. 53 of the English translation]. 7 Michel Foucault. Society Must Be Defended, p. 53. “It is the fact of being on one side—the decentered position—that makes it possible to interpret the truth, to denounce the illusions and errors that are being used—by your adversaries—to make you believe we are living in a world in which order and peace have been restored. ‘The more I decenter myself, the better I can see the truth; the more I accentuate the relationship of force, and the harder I fight, the more effectively I can deploy the truth ahead of me and use it to fight, survive, and win.’ And conversely, if the relationship of force sets truth free, the truth in its turn will come into play—and will, ultimately, be sought—only insofar as it can indeed become a weapon within the relationship of force. Either the truth makes you stronger, or the truth shifts the balance, accentuates the dissymmetries, and finally gives the victory to one side rather than the other. Truth is an additional force, and it can be deployed only on the basis of a relationship of force” (p. 53).

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moment où l’on essaie de se dégager des schémas économistes pour analyser le pouvoir, on se trouve immédiatement face à deux hypothèses massives : d’une part, le mécanisme de pouvoir, ce serait la répression—hypothèse, si vous voulez, que j’appellerai commodément l’hypothèse de Reich—et, deuxièmement, le fond du rapport de pouvoir, c’est l’affrontement belliqueux des forces —hypothèse que j’appellerai, là encore par commodité, hypothèse de Nietzsche.8

Dans les lignes qui suivent, Foucault montre comment les deux hypothèses ne sont pas inconciliables et met en place les termes d'un rapprochement qui donne la primauté à l’hypothèse nietzschéenne: Ces deux hypothèses ne sont pas inconciliables, au contraire ; elles paraissent même s’enchaîner avec assez de vraisemblance : la répression, après tout, n’est-elle pas la conséquence politique de la guerre, un peu comme l’oppression, dans la théorie classique du droit politique, était l’abus de la souveraineté dans l’ordre juridique ?10

moment when one attempts to [essaie de] break free from/disengage [se dégager] economic patterns in order to analyze power, one confronts/faces immediately two massive hypotheses/assumptions: on the one hand, the mechanism of power, which is repression—the hypothesis, if you will [si vous voulez], that I shall call [appellerai], conveniently, the hypothesis of the Reich—and, secondly, the core/base [fond] of the relation of power, it is the warlike confrontation [affrontement] of forces—the hypothesis that I shall call, again from convenience, the hypothesis of Nietzsche.9 In the following lines/passage, Foucault shows how the two hypotheses are not incompatible [inconciliables] and introduces the terms of reconciliation which gives primacy [primauté] to the Nietzschean hypothesis: These two hypotheses are not incompatible, on the contrary; they appear [paraissent] even to form a sequence [enchaîner] rather plausibly [vraisemblance] : punishment, after all [après tout], is not the political consequence of war, much like [un peu comme] oppression was, in the classical theory of political rights, and the abuse of sovereignty in the juridical order?11 One sees, therefore, in what was presented by Foucault as a Nietzschean hypothesis is much more than a useful/convenient

On voit donc en quoi ce qui était présenté par Foucault comme l’hypothèse de Nietzsche est bien plus qu'une hypothèse
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Ibid., p. 17. Ibid., p. 17. 10 Ibid. 11 Ibid.

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commode: une véritable prise de position philosophique qui commande l'ensemble de la réécriture de l'histoire du pouvoir esquissée dans le Cours de 76, laquelle est, d'une certaine manière, l'autre face de l'histoire de la folie.

hypothesis: a true philosophical stand [prise de position] that commands an overall [commande l'ensemble] re-writing the of the history of power sketched [esquissée] in the 1976 Course, which is, in a certain sense [d'une certaine manière], the other face of the history of madness. Pour comprendre cette réécriture de In order to understand this re-writing of the l’histoire du pouvoir, il convient history of power, it is helfpul henceforth désormais d’en examiner le point central: la [désormais] to examine a central point: the mise en place d'un concept non juridique establishment/introduction of the nondu pouvoir et, corrélativement, la critique juridical conception of power, and de l'auteur qui, selon Foucault, a élaboré le correlatively, the critique of the author, modèle le plus complet et le plus explicite who, according to Foucault, has elaborated du concept juridique du pouvoir politique, the most complete and the most explicit à savoir Hobbes. model of the juridical conception of political power, namely [à savoir] Hobbes. 2. - LE CONCEPT NON JURIDIQUE DU 2. THE NON-JURIDICAL CONCEPTION OF POWER POUVOIR Ce qui peut donner le plus aisément accès What might provide the easiest access to au concept non juridique du pouvoir c'est the non-juridical conception of power is the l’inversion que Foucault fait subir à la inversion to which Foucault subjected [fait fameuse thèse de Clausewitz selon subir] the famous thesis of Clausewitz, laquelle: la guerre est la politique continuée according to which: war is a continuation par d'autres moyens. of politics by other means. Inversant cette proposition, Foucault Inverting this proposition, Foucault formule la thèse provocante formulates the provocative thesis according selon laquelle c'est la politique qui est la to which politics is a continuation of war guerre continuée par d'autres moyens : by other means: Et, à ce moment-là, on retournerait And, at that point [à ce moment-là], la proposition de Clausewitz et on we would reverse [retournerait] dirait que la politique, c'est la Clausewitz’s proposition and would guerre continuée par d'autres say that politics is a continuation of moyens. Ce qui voudrait dire trois war by other means. That would choses. mean [voudrait dire] three things. D’abord ceci: que les rapports de First this [d’abord ceci]: that the pouvoir, tels qu'ils fonctionnent relations of power, as they function dans une société comme la nôtre, in society like ours [la nôtre], are ont essentiellement pour point essentially to serve as a link [point d’ancrage un certain rapport de d’ancrage] for a certain relation of force, établi à un moment donné, force/power relation, established at historiquement pécisable, dans la a given moment, historically guerre et par la guerre. accurate results [pécisable ?], in a war and by a war. Et, s’il est vrai que le pouvoir And, if it is true that political power politique arrête la guerre, fait régner interrupts [arrête] war, keeps or

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ou tente de faire régner une paix dans la société civile, ce n’est pas du tout manifesté dans la bataille finale de la guerre. Le pouvoir politique, dans cette hypothèse, aurait pour rôle de réinscrire perpétuellement ce rapport de force, par une sorte de guerre silencieuse, et de le réinscrire dans les institutions, dans les inégalités économiques, dans le langage, jusque dans les corps des uns et des autres […] Le retournement de cette proposition [celle de Clausewitz] voudrait dire autre chose aussi: à savoir que, à l'intérieur de cette "paix civile" les luttes politiques, les affrontements à propos du pouvoir, avec le pouvoir, pour le pouvoir, les modifications des rapports de force— accentuations d'un côté, renversements, etc.—tout cela, dans un système politique, ne devrait être interprété que comme les continuations de la guerre. Et serait à déchiffrer comme des épisodes, des fragmentations, des déplacements de la guerre ellemême. On n’écrirait jamais que l’histoire de cette même guerre, même lorsqu’on écrirait l’histoire de la paix et de ses institutions. Le retournement de l’aphorisme de Clausewitz voudrait dire encore une troisième chose : la décision finale ne peut venir que de la guerre, c’est-à-dire d’une épreuve de force où les armes, finalement, devront être juges. La fin du politique, ce serait la dernière bataille, c’est-à-dire que la dernière bataille suspendrait enfin,

attempts [tente] to keep peace [fait régner…une paix] in civil society, it is in no way [pas du tout] manifested in the final battle of war. Political power, in this hypothesis, has as its role to re-inscribe perpetually this relation of force/power relation, through a kind of silent [silencieuse] war, and of re-inscribing in institutions, in economic inequalities, in language, even in the bodies of each other […] The reversal of this proposition [that of Clausewitz] would mean [dire] something else [autre chose] as well: namely/that is [à savoir que], inside/within [à l'intérieur de] this “civil peace”, these political struggles, the confrontations about/relating to [à propos] power, with power, for power, the modifications of relations of force —emphases from one side, reversals, etc.—all this, in a political system, must be interpreted as the continuation of war. And they are [serait] interpreted [déchiffrer] as episodes, fragmentations, displacements of the war itself. We always write [ne…jamais = double negative] the history of the same war, even when we write the history of peace and of its institutions. The reversal of Clauswitz’s aphorism would mean yet [encore] a third thing: the final decision can only come from war, that is, from a test of strength [épreuve de force] in which [où] the weapons, at last, will be [devront être] the judges. The end of politics, would be [serait] the last battle, that is, the last battle would suspend at last

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et enfin seulement, l’exercice du pouvoir comme guerre continuée.12 J’ai tenu à citer ce long texte parce qu’il contient les éléments constitutifs du concept non juridique du pouvoir. Ce concept consiste à penser le pouvoir en fonction de la guerre: les rapports de pouvoir sont des rapports de force, c’est- à-dire d’affrontements belliqueux. De là suivent trois conséquences. . 1.—Cette guerre constitutive du pouvoir ne cesse pas avec le pouvoir politique. Celui-ci a sans doute pour fonction de faire régner la paix, mais cette paix, loin de suspendre la guerre, la reconduit sous la forme d'une guerre silencieuse, réinscrite dans les inégalités économiques, sociales, dans les institutions, voire dans les manières de parler.

[enfin]—and at last only—the exercise of power continuous/ongoing war.13 I wanted [j’ai tenu] cite this long passage because it contains the constitutive elements of a non-juridical concept of power. This concept consists in thinking power as contingent upon [en fonction de ?] war: power relations are relations of force, that is, warlike confrontations.

From there [de là] follow three consequences: ***1.—This war constitutive of power does not cease [ne cesse pas] with political power. This has, undoubtedly, as its function to make peace reign, but this peace, far from suspending war, renews [reconduit] it in the form of a silent war, reinscribed/reinstated in economic inequalities, social issues, in institutions, or even [voire] in ways of speaking/figures of speech [manières de parler]. 2.— Le luttes politiques à l’intérieur de la « 2.—The political struggles within [à paix civile», dans tout système politique, l’intérieur] the “civil peace” in every seraient à réinterpréter et à déchiffrer political system, would be [seraient] to recomme des épisodes ou des déplacements interpret and to decipher as episodes or d’une guerre plus primitive, d’une guerre displacements [déplacements] of more qui se poursuit. L’histoire de la paix ne primitive war, a war that continues serait en vérité que l’histoire de la [poursuit]. The history of peace would be, poursuite de la guerre. [serait] in truth, the history of the pursuit/continuation of war. 3.—L’issue finale ne peut venir que d’une 3.—The final outcome can only [ne…que] bataille finale. On trouve ici ce qu’il faut come from a final battle. One finds here [on bien appeler le mythe d’une dernière trouve ici] what we must the call the myth bataille qui suspendrait l’exercice du of a last battle which would suspend the pouvoir comme guerre continuée. exercise of power as a continuation of war [lit. “war continued”]. C’est au travers de cette position que l’on It is through [au travers] this position that perçoit à quel point le texte de Foucault we perceive to what extent [à quel point] porte la marque d’une époque où beaucoup Foucault’s text bears [porte] the mark of an
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Ibid., p. 16-17. Ibid., pp. 15-16 [English translation]. [The English translation for this sentence reads, “It means that the last battle would put an end to politics, or in other words, that the last battle would at last—and I mean ‘at last’—suspend the exercise of power as continuous warfare” (p. 16).

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d’intellectuels (pas tous heureusement) croyaient - ou faisaient semblant de croire dur comme fer à la lutte finale et à l’avènement du grand soir du grand jour. On voit donc que le renversement de la formule de Clausewitz n’a rien de rhétorique, elle met en place un nouveau concept de pouvoir pensé en fonction de la guerre. Ce concept implique la remise en cause des catégories juridico-politiques sous lesquelles est traditionnellement, voire officiellement, fondée l’histoire du pouvoir. Il faut donc mettre en place le cadre d'une nouvelle interprétation de l’histoire selon le rapport entre deux systèmes: a / une organisation juridique de droit public qui est un effet de surface ou d'apparence; b / un quadrillage serré de coercitions disciplinaires qui fait la teneur réelle du pouvoir comme reconduction de la guerre sous d'autres formes. Sur la remise en cause de la lecture juridico-politique de l’histoire du pouvoir, la thèse principale de Foucault est la suivante: La théorie juridico-politique de la souveraineté – cette théorie dont il faut se déprendre si on veut analyser le pouvoir – date du Moyen Age ; elle date de la réactivation du droit romain ; elle s’est constituée autour du problème de la monarchie et du monarque. Et je crois que, historiquement, cette théorie de la souveraineté – qui est le grand piège dans lequel on risque de sombrer quand on veut analyser le pouvoir – a joué quatre rôles.14

era when many intellectuals (not all thankfully) believed –or pretended [faisaient semblant] to believe—to be absolutely convinced [dur comme fer] of the final struggle and of the advent of the big night of the day. We see, therefore, that the reversal of Clausewitz’s formula is not rhetoric; it introduces a new concept of power thought on the basis of war. This concept involves a reconsideration [la remise en cause] of the juridico-political categories upon [sous] which the history of power has traditionally, or even [voire] officially, been founded. We must, therefore, implement/set in place/introduce the framework of a new interpretation of history according to the relation between two systems: a) a juridical organization of public law that is a surface effect or appearance; b) a tight grid [un quadrillage serré] of disciplinary coercions that make the real/actual content of power as a renewal of war under other forms. Concerning [sur] his reconsideration [] of the juridico-political reading [lecture] of the history of power, Foucault’s principle theses are the following: The juridico-political theory of sovereignty—this theory from which we must break free/detach ourselves [se déprendre] if we want to analyze power—dates from the Middle Ages; it dates from the reactivation of Roman law; it was formed [s’est constituée] around [autour] the issue of the monarchy and the monarch. And I believe that, historically, this theory of sovereignty—which is the grand trap into which we risk falling [de sombrer] when we want to analyze power—played four roles.

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Ibid., p. 31.

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La lecture juridico-politique du pouvoir en termes de souveraineté est donc clairement définie comme un piège, comme le piège tendu par le pouvoir lui-même. Le discours juridico-politique est le discours que le pouvoir tient sur lui-même. Le droit, en Occident, est en effet constitutivement lié avec le pouvoir en place. Le droit en Occident est un droit de commande royale. Tout le monde connaît, bien sûr, le rôle fameux, célèbre, répété, ressassé des juristes dans l’organisation du pouvoir royal. Il ne faut pas oublier que la réactivation du droit romain, vers le milieu du Moyen Age, qui a été le grand phénomène autour, et à partir duquel s’est reconstitué l’édifice juridique dissocié après la chute de l’Empire romain, a été l’un des instruments techniques constitutifs du pouvoir monarchique, autoritaire, administratif et, finalement, absolu. Formation donc, de l’édifice juridique autour du personnage royal, à la demande et au profit du pouvoir royal.15

On comprend donc en quel sens le discours juridique est constitutif du pouvoir en place : Le personnage central, dans tout l’édifice juridique occidental, c’est le roi. C’est du roi qu’il est question, c’est du roi, de ses droits, de son pouvoir, des limites éventuelles de son pouvoir, c’est de cela qu’il est question dans le
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The juridico-political reading [lecture] of power in terms of sovereignty is thus clearly defined as a trap [piège], as a trap set [tendu] by power itself. The juridico-political discourse is the discourse that power takes upon itself. The law [droit], in the West, is indeed [en effect] constitutively bound up [lié … en place] with power. Law in the West is law from royal command. Everyone [tout le monde] knows, of course--the famous role, celebrated, repeated, rehashed [ressassé]—of jurists in the organization of royal power. We must not forget that the reactivation of Roman law, around the midpoint of the Middle Ages, which had been the great phenomenon thereabouts [autor], and from which [à partir duquel] the reconstructed juridical edifice was dissociated [dissocié] after [après] the fall [la chute] of the Roman Empire, had been one of the technical instruments constitutive of monarchical power, authority, administration, and finally absolutely. Forming/shaping [formation], therefore, the juridical edifice around the royal personal, at the request [à la demande] and for the profit/benefit of royal power.16 One understands, therefore, in what sense the juridical discourse is constitutive of power in position [en place?]: The central figure in the entire Western juridical/legal edifice is the king. It is discussion of the king [c’est du roi il est question], of his rights, of his power, of the eventual limits of his power, it is discussion of this [c’est de cela qu’il est

Ibid., p,. 23. Ibid., p. 23.

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question] in the general system, in the general organization, in any case, of the Western juridical system.18 C’est du reste la raison pour laquelle la It is, moreover [du reste], the reason why théorie de la souveraineté a [pour laquelle] the theory of sovereignty persisté à la fois comme idéologie et persists simultaneously as ideology and as comme principe organisateur des the organizing principle the of great grands codes juridiques. Le ressort de cela juridical/legal codes. The resilience/drive tient à ce que, comme on l’a vu, of this depends upon [], as one sees it, the le droit est d'abord le droit du roi. law is today the law of the king. Concernant la mise en place d’une nouvelle Concerning the establishment of a new interprétation du pouvoir par Foucault luiinterpretation of power by Foucault même, on peut dire qu'elle s'est constituée himself, we can say that was sur la base du concept non juridique du constituted/formed on the basis of the nonpouvoir comme analyse des mécanismes juridical conception of power as an analysis polymorphes par lesquels la discipline est of the polymorphous mechanisms by which inscrite dans les groupes, les individus, discipline is inscribed in groups, les corps des uns et des autres. individuals, and our bodies [lit. the bodies of one another]. Autrement dit, en deçà du discours ***In other words, below the juridical juridique et des institutions, le pouvoir tient discourse and institutions, power derives sa réalité de mécanismes qui poursuivent la [tient] its reality from mechanisms that guerre, c’est- à-dire reconduisent les continue war, that is extends [reconduisent] rapports de force sous des formes the relations of force in the form of relationnelles, sociales, carcérales, pénales interpersonal, social, carceral, penal multiples. manifolds. Or, pour mesurer la portée du concept non Now, to measure the range/extent of the juridique du pouvoir et percer l’effet non-juridical conception of power and to d’inversion qu'il est censé assumer, il break the effect of the inversion that it is importe maintenant de souligner le rapport supposed to assume, it is important now to de Foucault à celui qui est son adversaire emphasize the relationship of Foucault to privilégié sur ce terrain, à savoir Hobbes. his privileged adversary on the ground, namely, Hobbes. Celui-ci est, pour Foucault, qui lui consacre presque deux leçons de son Cours de 76, l’adversaire par excellence, parce qu’il est celui qui met en place le piège: le concept juridique du pouvoir. La référence à Hobbes n’a donc rien d’accidentel comme souhaiteraient nous le faire accroire certains commentateurs
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système général, dans l’organisation générale, en tout cas, du système juridique occidental.17

That is, for Foucault, who himself dedicated nearly [presque] two lessons from his 1976 Course, “The Opponent par excellence [l’adversaire par excellence]” because it is that which introduces the trap : the juridical concept of power. The reference to Hobbes is not, therefore, anything accidental as certain established [patentés] commentators/critics of Foucault

Ibid. Ibid.

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patentés de Foucault. Hobbes représente, pour Foucault, l’autre camp, le camp du pouvoir et de la domination. Il importe donc d'examiner le renversement auquel il entend soumettre les thèses de l’auteur du Léviathan. Les positions de Foucault sur Hobbes peuvent se ramener à deux éléments. Mais avant de les envisager, je tiens à souligner que Foucault a lu de près le Léviathan, presque tout ce qu'il en dit est intéressant et vrai, à ceci près cependant qu’i1 en tire es conséquences exactement inverses pour son propre compte. Quel sont les deux éléments de sa lecture de Hobbes ? 1.--La pensée de Hobbes concentre, selon Foucault, de manière remarquablement claire les trois principes de la théorie de la souveraineté: le sujet, l’unité du pouvoir et la loi. Autrement dit, la théorie de la souveraineté, c’est le cycle du sujet au sujet, le cycle du pouvoir et des pouvoirs, le cycle de la légitimité et, de la loi [ . .. ]. La théorie de la souveraineté présuppose le sujet ; elle vise à fonder l’unité essentielle du pouvoir et elle se déploie toujours dans l’élément préalable de la loi. Triple primitivité donc : celle du sujet à assujettir, celle de l’unité du pouvoir à fonder, et celle de la légitimité à respecter. Sujet, unité du pouvoir et loi : voilà, je crois, les éléments entre lesquels joue la théorie de la souveraineté qui à la fois se les donne et cherche à les fonder.19

have hoped to mislead us into believing. Hobbes, represents, for Foucault, the other camp of power and domination. It is important, therefore, to examine the reversal by which he intends to put down [soumettre] the author of the Leviathan’s theses. Foucault’s points [positins] concerning Hobbes can be reduced to [se ramener] two elements. But before [avant] you consider [envisager] this, I want to stress [souligner] that Foucault has read [a lu] the Leviathan closely [de près], nearly all that he says [dit] is interesting and true in it, except [à ceci près ?], however [cependant], he draws [tire] consequences exactly opposite [inverses] to his own account. What are the two elements of his reading of Hobbes? 1.—Hobbes’ thought concentrates, according to Foucault, in a remarkably clear way, the three principles of the theory of sovereignty: the subject, the unity of power, and the law. In other words, the theory of sovereignty is the cycle of the subject in the subject, the cycle of power and powers, the cycle of legitimacy and the law […] The theory of sovereignty presupposes the subject; it aims to establish [vise à fonder] the essential unity of power; and it is always deployed within the apriority [préalable] the law. Hence, the following threefold primitiveness [primitivité]: that of subject to be subjugated, that of the unity of power to be founded, and that of legitimacy to be respected/upheld. Subject, unity of power, and law: these, I think, are the elements in which [entre lesquels] the theory of sovereignty plays out, a theory that puts forth

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Ibid., p. 38.

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[donne] these elements [les] and at the same time looks for [cherche] a way to found them [les].20 2.—Hobbes est, selon Foucault, tout à fait 2.—Hobbes is, according to Foucault, quite autre chose que ce que l’on pense [tout à fait] another thing than what one ordinairement, à savoir un penseur de la thinks ordinarily, namely, [à savoir] a guerre. On croit en effet généralement que, thinker [penseur] of the war. It is believed en raison de son concept d’état de guerre, [on croit] in effect generally that, because Hobbes pense la politique en fonction de la [en raison] of his concept of the state of guerre. Or, il n’en est rien, au contraire, war, Hobbes thinks the political based on selon Foucault - qui a parfaitement raison [en function de] war. Now, he’s not like sur ce point - Hobbes, est par excellence le this at all [il n’en est rien]; on the contrary, penseur de la paix. according to Foucault—who is absolutely correct [parfaitement raison] on this point —Hobbes, is a thinker par excellence of peace. Pour montrer que la guerre n’a qu’une To show that war does not have a second, fonction seconde, voire rhétorique, chez or even, rhetorical function, in [chez] Hobbes, Foucault souligne deux points Hobbes, Foucault highlights two philologiquement exacts. Premièrement, la philologically accurate [exacts] points. mise sur le même plan des trois modes First, having built upon [la mise sur] the d’acquisition de la souveraineté same plan of three modes of acquisition of (l’institution, l’acquisition et sovereignty (the institution, the acquisition, l’engendrement), ce qui ne peut se faire que and the generation), that which cannot be parce que l’établissement de la done [ne peut se faire que] because the souveraineté suppose toujours un contrat establishment of sovereignty always (explicite ou tacite). assumes a contract (explicit or implicit). Deuxièmement, la guerre de tous contre Second, the war of all against all signifies tous signifie en vérité, que le politique in truth/in reality, that the political has n’est pas fondé sur la guerre: la politique ne never founded itself upon war; the political s’instaure qu’avec la suspension de la not only establishes/imposes [instaure] that guerre, qu’avec l’arrêt de la guerre. Hobbes with a suspension of war, but also with a est donc un penseur pour lequel on peut ceasing of war. Hobbes is, thus, a thinker arrêter la guerre, un penseur pour lequel for which one can stop warfare, a thinker c’est précisément la tâche du pouvoir for which it is precisely the task of political politique de mettre fin à l’état de guerre. power to put an end to war. La guerre hobbesienne n’est donc pas une Hobbesian war is, thus, not a real war when guerre réelle où il y aurait des vainqueurs there would be [aurait] real conquerors and réels et des vaincus réels, mais une guerre those conquered, but a theoretical war, a théorique, une guerre de philosophe. En war of the philosopher. In addition [en outre, la fin de cette guerre n’est nullement outre], the end of this war is not at all la victoire ou la conquête des uns pare les [nullement] the victory or the conquest of autres. the few staving off [pare] the others. Au contraire, cette guerre ne peut avoir [Fri] On the contrary, this war can not have d’issue, de sorte qu’il est impossible de an outlet/way out [issue], so that [de sorte]
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Ibid., p. 38.

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fonder sur elle, c'est-à-dire sur le rapport de force, la domination politique, et qu’il faut au fondement de cette domination autre chose, à savoir un acte juridique: la convention sociale. Mais Foucault va plus loin que cela, il montre que le discours de Hobbes avait en réalité pour fonction de recouvrir le bruit d’une autre guerre, une guerre bien réelle cette fois, une guerre perpétuelle historique.

is impossible build upon [de fonder sur] it, that is, upon the relation of force, political domination, and what must in the establishment of some other [autre chose] domination, namely a juridical/legal act: social convention. But Foucault goes further [plus loin] than that, he shows that the discourse of Hobbes was in reality to serve the purpose of covering [de recouvrir] the noise/sound/murmur/rumor [le bruit] of another war, a very real war this time, a perpetual, historical war. La pensée de cette guerre qui fait des The thought of this war that makes the conquérants et des soumis, des vainqueurs conquerors [conquérants] and the subjected et des vaincus, ce sont, à l’époque de la [soumis], the victors and the defeated, they révolution anglaise (1640-1660), d’une are [ce sont], in the epoch of the English part, certains juristes de la Common Law et, Revolution (1640-1660), on the one hand, d’autre part et surtout, les Niveleurs qui en certain jurists/lawyers of the Common Law, donnent le récit et en tracent les épisodes. and, on the other hand and more importantly [surtout], the Levelers who give the story [le récit] the and trace the episodes. Pour ces derniers, il y a une guerre For the latter, there is a historical war of the historique des Saxons contre les Normands, Saxons against the Normans, who cannot qui ne se réduit nullement à une dimension be reduced to a legendary dimension. légendaire. Ainsi pour Lilburne, les lois ont Therefore, for Lilburne, the laws have been été faites par les conquérants et n’ont made by the conquerors [conquérant] and d’autre fonction que d’assurer la have no other function than to assure the perpétuation du joug normand, du Norman perpetuation of Norman yoke [joug], the yoke. Norman yoke. Les lois sont des pièges : ce ne sont The laws are traps: they do not at pas du tout des limites du pouvoir, all constitute [pas du tout] limits on mais ce sont des instruments du power, but are the instruments of pouvoir ; non pas des moyens de power; they are not the means for faire régner la justice, mais des making justice reign, but the means moyens de faire servir les intérêts. to further/serve interests. The laws are traps: they do not at all (constitute) limits on power, but are instruments of power; they are not the means for making justice reign, but the means of serving interests. Par conséquent, l’objectif premier Consequently, the premier objective de la révolution doit être la of the revolution must be the suppression de toutes les lois suppression of all the post-Norman postnormandes, dans la mesure où, [postnormandes ?] laws to the

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de manière directe ou indirecte, elles assurent le Norman yoke, le joug normand.21 Or, c’est précisément cette guerre-là, cette guerre réelle dont la révolution anglaise est un épisode, que Hobbes cherche à masquer, à faire oublier, à annuler : Au fond tout se passe comme si Hobbes, loin d’être le théoricien des rapports entre la guerre et le pouvoir politique, avait voulu éliminer la guerre comme réalité historique, comme s’il avait voulu l’éliminer de la genèse de la souveraineté.22 Le concept non juridique du pouvoir permet ainsi de faire revivre une réalité masquée sous le discours juridico-politique du pouvoir. 3.—DE LA GUERRE DES RACES AU BIOPOUVOIR ET À LA GOUVERNEMENTALITÉ Le concept non juridique du pouvoir mis en place par Foucault dans le Cours de 76 est lié à l’invention du concept de biopouvoir La volonté de savoir. Le point le plus important pour nous se trouve développé dans le dernier chapitre intitulé : « Droit de mort et pouvoir sur la vie ». Or, ce qui est formidablement intéressant, c’est que Foucault fait ici aussi référence à Hobbes, plus spécifiquement a la contradiction que ce dernier fait jouer entre la fin et les moyens de la souveraineté. Si la finalité de la souveraineté est de toute évidence le maintien de la vie, son moyen fondamental n’est autre que le droit de faire mourir. La souveraineté apparaît ainsi
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extent that, directly or indirectly, they assure the Norman yoke, the Norman yoke [le joug normand ?— what’s the difference ?]. Now, it is precisely this war, this real war of which English revolution is an episode, which Hobbes seeks to mask, to make us forget [à faire oublier], to annul: Basically, [au fond] everything looks as if Hobbes, far from being a theoretician of relations between war and political power, had wished to eliminate war as an historical reality, as if [comme si] he had wanted to eliminate the birth/origins of sovereignty.23 The non-juridical conception of power allows, thus, to revive a masked/hidden reality under the juridico-political discourse of power. 3. OF THE WAR OF RACES IN BIOPOWER AND GOVERNMENTALITY The non-juridical conception of power introduced/established by Foucault in the 1976 Course is connected with the invention of the notion of biopower in The History of Sexuality. The most important point for us is developed in the last chapter entitled: “The Right to Die and the Power over Life.” Now, what is tremendously interesting is that here Foucault also refers to Hobbes, more specifically to the opposition that the latter [que ce dernier ?] puts in [dernier fait jouer] play between the ends and the means of sovereignty. If the finality of sovereignty is quite obviously [de toute evidence] the maintenance of life, its fundamental means is no other than the right to put to death/to kill [de faire mourir]. Sovereignty, thus [ainsi], appears

Ibid., p. 93. Ibid., p. 83. 23 Ibid., p. 83.

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essentiellement comme un pouvoir de vie et de mort, un pouvoir de maintenir la vie dans la mesure même où il peut la prendre. Le souverain fait jouer son droit sur la vie en faisant jouer son pouvoir de la supprimer. Cette forme classique du biopouvoir était liée à une théorie de la prise sur les choses et les corps.24 Or, cette forme va se déplacer. Le biopouvoir perdra en effet, selon Foucault, sa liaison avec une théorie du pouvoir comme droit de prise pour prendre une nouvelle forme, liée à la gestion de la vie: mise en pratique de ce qui l'assure, la maintient et la développe. Le prélèvement tend à n’en plus être la forme majeure [du biopouvoir], mais une pièce seulement parmi d'autres qui ont des fonctions d’incitation, de renforcement, de contrôle, de surveillance, de majoration et d’organisation des forces qu'il soumet.26 Le pouvoir de mort devient désormais complémentaire d'un pouvoir de gérer, multiplier, contrôler et réguler la vie. C’est dire que le pouvoir devient gestionnaire de la vie, des corps, des groupes, et des populations. Le biopouvoir dans la mesure où il met en rapport les modalités d’une gestion de la vie et d’une production de la mort peut donner lieu à une relecture de la totalité de l’histoire politique occidentale.
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essentially as a power of/over life and death, a power to sustain life in whatever measure/ insofar as [dans la mesure même où] it may take. The sovereign must put into play his right over life by putting into play his power to eliminate it. This classical/standard form of biopower was connected to a theory of taking [la prise] over things and bodies.25 Now, this form will move [va se déplacer ?]. In fact [en effet], according to Foucault, biopower will lose [perda] its connection to the theory of power as the right-ofpossession [de prise], and take [prendre] on a new form, one tied to the management of life: a putting [mise] into practice of that which secures life, maintains it, and develops it. The specimen/sampling [prélèvement?] tends to to be the major form [of biopower], but only one piece among many that have [ont] the functions of prompting/inciting, of reinforcement, of monitoring [contrôle], of surveillance, of increase [majoration] and organization of the forces that it subdues.27 The power over death becomes, from this point on, a supplement/complementary of a power to manage [gérer], to multiply, to control and regulate life. That is, power becomes the administrator [gestionnaire] of life, of the body, of groups, and of populations. Biopower insofar as [dans la mesure où] it relates [met en rapport] the details [les modalités] of a management of life and of a production of death can lead to [donner lieu à] a re-reading [relecture] of the entirety of

Cf. Grotius, De jure praedae, édité par H.G. Hamaker, La Haye, Martinus Nijhoff. Cf. Grotius, De jure praedae, edited by H.G. Hamaker, La Haye, Martinus Nijhoff. 26 M. Foucault, La vononte de savoir, Paris, Gallimard, 1976, p. 179. 27 M. Foucault, The History of Sexuality, Vol. 1, Paris, Gallimard, 1976, p. 179.

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Western political history. Dans le développement de son œuvre, In the development of his work [], Foucault Foucault n’ira dans ce sens que par la mise in the sense that by introducing/establishing en place d’un autre concept, celui de another concept, that of governmentality gouvernementalité (d’art de gouverner) qui, (the art of governing) which, always on the toujours sur la base du concept non non-juridical concept of power, permits juridique du pouvoir, permet d’analyser les analysis of modes of organization, of modes d’organisation, de gestion, de management, of control, of putting into contrôle, de mise en pratique et de practice and of regulation which produces a régulation qui produisent la société dans sa society its reality, in réalité, en deçà des discours juridicoinstitutionnels sur la souveraineté, l’État, la nation et autres concepts généraux qui masquent la réalité plutôt qu'ils ne permettent de la comprendre. CONCLUSION [Thurs] CONCLUSION Pour tirer les ultimes conséquences du To draw the ultimate consequences of a concept non juridique du pouvoir chez non-juridical concept of power in Foucault, Foucault, il importe cependant de revenir à it is important, nevertheless [cependant], to son opposition avec Hobbes. return to his opposition to Hobbes. Je crois qu’il s’agit là d’une opposition I believe that it is a fundamental opposition fondamentale encore pour nous still [encore] for us today. On can pose the aujourd’hui. On peut lui donner la forme question [interrogation] in the following de 1’interrogation suivante : doit-on way: Should we err [pencher] on the side pencher du côté du concept non juridique of a non-juridical concept of power or on du pouvoir ou du côté du concept the side of a juridical concept of power? juridique? J’ai essayé de montrer que le concept non I have attempted to show that the nonjuridique, pensé à partir de la guerre, juridical concept of power, thought rendait impossible une pensée de l’arrêt de beginning from [à partir de] war, has la guerre. rendered impossible a thought of ceasing [l’arrêt] from war. Des formes concrètes de l’organisation Certain concrete forms of the institutional institutionnelle et économique de 1’État and economic organization of the State apparaissent alors comme des appear [apparaissent] then [alors] as reconductions sous diverses formes d’une extensions [reconductions] of various guerre qui se poursuit indéfiniment et qui, forms of war which continue indefinitely sauf à sombrer dans le mythe d’une victoire and which, except to sink into [à sombrer] finale (celle du prolétariat ?), ne finira in the myth of a final victory (this from the jamais. proletariat?), will never end. Or, le concept juridique de pouvoir a Now, the juridical conception of power has précisément la fonction inverse de nous precisely the inverse function to allow us permettre de penser et de croire que la think and to believe that war can cease, that guerre peut s’arrêter, que la paix civile est civil peace is something other than a silent autre chose qu’une guerre silencieuse et and continued war. continuée.

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Cela ne veut pas dire, bien entendu, qu’il n’y a pas de conflits, mais justement l’ordre juridique est ce qui permet d’apporter un règlement28 aux conflits sans qu'il y ait renaissance de la guerre.

Je crois que c’est sur ce terrain que se joue l’essentiel, on sera dans l’un ou l’autre camp selon que 1’on pensera que l’on peut ou qu'on ne peut pas arrêter la guerre. Un dernier mot. Foucault semble admettre comme une évidence que la doctrine juridique du pouvoir comporte comme l'une de ses pièces essentielles la détention par le souverain du droit de vie et de mon sur les Sujets. Or, sur ce point capital, je me séparerai de son analyse, car en vérité l’un des aspects les plus intéressants et les plus importants de la pensée politique de Hobbes est que celui-ci, très clairement et très consciemment, interdit toute possibilité de fonder en droit, non seulement la mise à mort du sujet, mais même l’exercice du droit de punir.29 Autrement dit, tout acte de violence commis par l'État, même quand cet acte est nécessaire pour sa survie, ne peut être juridiquement justifié, c'est-à-dire légitimé. La violence est toujours un retour à l’achaïque, un retour du prépolitique quelquefois au sein même de l’ordre juridique. Malgré Foucault, je persiste à penser que le concept juridique de pouvoir est moins un piège qu’un recours, et que la
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This does not mean [cela ne veut pas dire], of course [bien entendu], that there are no conflicts, but simply that the juridical order/legal system permits one to bring a sense of [d’apporter] regulation to those conflicts [un règlement aux conflits] without having to resort to war again [sans qu'il y ait renaissance de la guerre= more lit. « without having a renewal of war »]. I believe that it is upon this terrain/ground that what is most important [l’essentiel] is played out/ at stake[se joue]: one will be in one or the other camp depending upon [selon que] whether one thinks one can or cannot stop the war. A last word. Foucault seems to admit as evidence that the juridical/legal teaching of power behaves like one of its essential pieces, the detention by the sovereign right of life and upon [sur] my subjects. Now, on this crucial point, I separate myself from his analysis because in truth one of the most interesting and most important aspects of Hobbes’ political thought is that which, very clearly and very concisely, prohibits [interdit] every possibility to found by right/law/to legitimate legally, not only the putting to death of the subject, but even the exercise of the right to punish.30 In other words, every act of violence committed by the State, even when this act is necessary for its survival, cannot be legally justified, that is, legitimized. Violence is always a return to the archaic, a return to the prepolitical, sometimes even within [au sein] the juridical/legal order. In spite of Foucault, I continue to think that the juridical concept of power is less a snare/trap than a

“La règlement” means, roughly, “a bringing into line” or applying a rule to something. 29 Cf. Yves Charles Zarka, Hobbes et la pensee politique moderne, Paris, PUF, 1995, p. 228-250. 30 Cf. Yves Charles Zarka, Hobbes and Modern Political Thought, Paris, PUF, 1995, p. 228-250.

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civilisation occidentale n’a d’autre origine et d’autre issue qu’en lui.

recourse/stopgap/makeshift, and that Western civilization has no other beginning/source/birth/root and outcome/solution/alternative than in it.

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