P. 1
GreimasDS2

GreimasDS2

4.0

|Views: 502|Likes:
Published by Nico Bencherki

More info:

Published by: Nico Bencherki on Jan 11, 2011
Copyright:Attribution Non-commercial

Availability:

Read on Scribd mobile: iPhone, iPad and Android.
download as PDF, TXT or read online from Scribd
See more
See less

08/15/2013

pdf

text

original

DU MÊME AUTEUR

Sémantique structurale
Larousse
1966
Dictionnaire
de l'ancien français
Larousse
1968
Du sens
Seuil
1970
Maupassant, la sémiot!que du texte
exercices pratiques
Seuil
1976
Sémiotique
et sciences sociales
Seuil
1976
(avec E. Landowski). .
Introduction à l'analyse du discours en sCIences socIales
Hachette
1979
(avec J. Courtès)
Sémiotique
Dictionnaire raisonné de la théorie du langage
Hachette
1979
ALGIRDAS JULIEN GREIMAS
- -
QU SENS
II
ESSAIS
SÉMIOTIQUES
ÉDITIONS DU SEUIL
27. rue Jacob. Paris VI'
13

G9-tf5
/983
ISBN 2-02-006550-9 (ÉDITION COMPLÈTE)
ISBN 2-02-006549-5
© EDITIONS DU SEUIL, SEPTEMBRE 1983
La loi du 11 mars 1957 interdit les copies ou reproducions. de'.tinée'. à
une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction Intégrale
ou partielle raite par quelque procédé que ce soit, '.80'. .le
de l'auteur ou de ses ayants cause, est ct constttUe une con r -
raçon '.anctionnée par les articles 425 et '.ulvant'. du Code pénal.
Introduction
tABLES.
lité et changement: il y a peut-être quelque paradoxe, pour un
heur, à affirmer vouloir rester fidèle à soi, alors que le projet
ntifique, aujourd'hui, est le seul espace où la notion de progrès a
r du sens, que le renouvellement s'y inscrit comme le propre de
t ffort théorique. Quel sens peut-on donner à ce désir de
nence si la sémiotique qu'on avait rêvée, loin de se satisfaire de la
ntemplation de ses propres concepts, devait mettre, à tout
nt et à tout prix, la main à la pâte et se montrer efficace en
nt sur le " réel» : l'objet à construire déterminait alors, dans une
m sure, la visée du sujet. Bien plus. L'exercice constant de
It qu'on s'était imposé ne manquait pas de relativiser les résultats
nu t d'ébranler les certitudes à peine acquises: la voie étroite
pparaissait alors comme un parcours sinueux, tant l'épistémé
nt , les points de vue philosophiques et idéologiques changeants
.rrlvillent à déplacer les lieux de ses interrogations et à transformer le
t d formulations les mieux assurées.
n' t pas sans hésitations que nous venons d'inscrire le chiffre II
l' ntitulé de ce volume: il suggère la discrétion des nombres, la
r radicale entre deux « états de choses ». Il convient donc de lire
oralement, mais visuellement et ordinalement cette précision
, censée afficher non pas le creux, mais plutôt le trop-plein entre
rmes polaires que sépare une quinzaine d'années d'aventures
tique . Alors seulement, les textes qui sont réunis ici deviennent
Ins d'errances d'une histoire vraie, mais en même temps des
rmettant, avec un peu de chance, de reconstituer une histoire
l , Car le survol que nous tentons dans les quelques pages qui
t n s'inspire pas d'une démarche génétique retraçant tous les
."".em nls du chercheur, mais d'une approche générative visant à
7
DU SENS, II
retrouver, en partant d'un aval vers un amont, le fil le
sujet d'une pratique sémiotique qui dépasse les eTforts particuliers.
C'est à ce prix, peut-être, que l'on peut espérer reconstItuer, ou du
moins donner du sens à sa propre fidélité.
UNE SYNTAXE AUTONOME.
Il semble possible, à l'heure actuelle, de reconstituer brièvement, en
leur donnant une forme quasi linéaire finalisée après coup, les
principaux progrès qui ont pu être faits à partir de la description,
élaborée par V. Propp, du conte merveilleux russe considéré comme un
modèle analogique, susceptible d'interprétations multiples. Le point de
départ en est l'effort consistant à donner à une
d'événements une formulation plus rigoureuse qUI lUI accorderait le
statut de schéma narratif. Ainsi, en conférant aux « fonctions" de
. Propp la forme d'énoncés simples où « fonction était interprétée, à la
manière d'un Reichenbach, comme une relation entre actants, on
voyait apparaître le schéma comme une suite d'énoncés narratifs
faisant ressortir, le long de son déroulement, des et, des
régularités et permettant, du même cour, la, dune
« grammaire", entendue comme un d et de
justification de ces régularités. Celles-cI, d'ailleurs, sont vite
comme des projections, sur le développement syntagmatique du
discours, des catégories paradigmatiques mises à plat:. une. telle
armature, pour employer le mot de Lévi-Strauss, tout
une certaine orientation dynamique au discours, le disciplinait et le
clôturait en même temps.
Un pas de plus était fait en redéfinissant l'événement le
distinguer de l'action: alors que l'action ne dépend du sUJet. en
s'intéressant à organiser son faire, l'événement, lUI, ne peut etre
compris que comme la description de ce faire a,ctant e.xtérieur à
l'action identifié d'abord au narrateur, mais enge ensUIte, vu la
de ces tâches, en un actant observateur indépendant,
accompagnant le discours tout le long de son rendant
compte de l'installation et des de de
l'inversion du savoir des acteurs sur les actIons passees et a vemr, en
aspectualisant les différents faire pour les transformer finalement en
procès pourvus d'historicité. .
La reconnaissance de ce déroulement du discours a eu pour effet de
8
INTRODUCTION
r le faire du sujet de l'emprise de l'observateur. Une nouvelle
rprétation du faire comme acte et de l'action comme programme
ir a ainsi été rendue possible: le sujet, grâce à ce nouveau statut
fonction, devient un sujet syntaxique quelconque. permettant
lyser, par en dessous, les agissements de n'importe quel actant du
t, ujet ou adjuvant, destinateur mandateur ou judicateur. Une
y Il syntaxe s'affirme ainsi, indépendante de tout lien avec telle ou
quence du schéma narratif d'inspiration proppienne, capable de
prclpollcr le calcul des programmes narratifs simples ou complexes, les
base régissant en amont les PN d'usage qui leur sont
donnés.
r lIèlement, le schéma proppien subit bientôt une autre rééva-
n. onsidéré dans les années soixante - et jusqu'à maintenant par
n mbre de narratologues - comme le modèle du récit par
11 nce, il apparut vite qu'il n'était en réalité qu'un enchevêtrement
t de deux récits, mettant face à face deux sujets déroulant,
n sa manière, deux parcours distincts et opposés, les distinc-
du héros et du traître ne relevant que de la coloration
11 tricè du narrateur. Dès lors, la syntaxe sémio-narrative a pu
h r de la description de Propp le principe même de la confron-
d deux sujets en l'interprétant comme une structure binaire
nt ire, fondée sur la relation tantôt contractuelle, tantôt polé-
disons: polémico-contractuelle - de deux sujets dont les
ur ont condamnés à se croiser.
.1'1". MODALE.
ircularité des déplacements de l'objet de valeur (de la princesse,
mple) dans le schéma proppien qui, quittant l'espace d'origine,
nt après avoir changé plusieurs fois de main et d'espace, a
, presque naturellement, à tenter une définition topologique du
u point de vue syntaxique, cependant, une telle circulation
pour qu'elle puisse donner lieu à une interprétation générale et
Iye de la narrativité, demandait un réexamen des relations entre
ts et les sujets.
définition du sujet qui ne soit ni ontologique ni psychologique
nécessairement le problème de 1'« existence sémiotique»:
mément au postulat théorique de la prééminence de la relation
termes, on pouvait dire que la relation à elle seule suffisait à
9
INTRODUCTION
UX DISPOSITIFS SÉMIOTIQUES.
11
nant aux calculs de compétence modale, inégale, de deux sujets
un o.bjet.. de valeur qui, inégalement apprécié, comporte ses
."'"=8 attnbutlons modales. De quantitatif, le changement devient
tif: alors que, en lisant Propp, on n'avait affaire qu'à des êtres et
ts fortement iconisés situés sur la dimension pragmatique du
l maintenant de compétitions et d'interactions cognitives
uJets compétents briguent des objets modalisés,
que la dimension événementielle, référentielle de leurs agisse-
, n'est tout au plus qu'un prétexte à des joutes autrement plus
t ntes.
puissance du modèle analogique qu'est le schéma proppien ne
'''ItUIIIC pas pour autant. Si la théorie de la communication d'origine
...",,,,.ïque s'applique sans difficulté aux différentes dimensions
t ires de la société, à l'échange des biens, mais aussi des services
mple, on ne voit pas ce qui pourrait l'empêcher de prendre en
1 communication intersubjective préoccupée de la circulation
ts de savoir que sont les messages, à condition de remplacer les
ft S neutres de l'émission et de la réception par des sujets
t nts, mais inégalement modalisés - ce qui expliquerait, en
• 1 s malentendus et les échecs de la communication entre
"mnl1es - mais aussi par des sujets motivés, directement engagés dans
. sus de la communication et exerçant, d'un côté, le faire
."Ullllf et, de l'autre, le faire interprétatif.
onfrontation polémico-contractuelle que nous considérons
l'une des structures de base organisatrice du schéma narratif se
transposée ici et installée au cœur même de l'intersubjectivité
1 emble.pouvoir rendre compte du caractère fiduciaire, inquiet,
ft nt, mais en même temps rusé et dominateur, de la communi-
n. Le fait que le destinateur du récit proppien se manifeste aux
bouts de son déroulement, chargeant d'abord le sujet d'une
n et contrôlant sa compétence lors de l'épreuve qualifiante et
raissant ensuite pour évaluer et reconnaître ses hauts faits
qu'il se trouve départagé en mandateur et judicateur pour
ux deux pôles de la structure de la communication, ne change
l'affaire: la communication est un jeu de substitution des rôles
'" ' nonclateur assume, un mstant plus tard, celui de l'énoncia-
DU SENS, II
10
définir les deux termes-aboutissants de sujet et d'objet l'un par rapport
à l'autre, que le sujet n'existait que parce qu'il était en rapport
avec l'objet et que, par conséquent, le premier investissement séman-
tique dont était pourvu le sujet n'était autre que la valeur située dans
l'objet en jonction avec lui. Ceci admis, la circulation des objets
paraissait alors comme une suite de conjonctions et de disjonctions de
l'objet avec des sujets successifs ou, ce qui revient au même, comme
une communication entre les sujets, les sujets en jonction avec les
objets étant définis existentiellement comme des sujets d'état.
Une telle définition du sujet était pourtant insuffisante, elle restait
statique et axiologique. Un opérateur syntaxique, rendant compte de
cette circulation - ou de cette communication -, était nécessaire: le
sujet de faire. complémentaire du sujet d'état - manifestés indiffé-
remment par deux acteurs distincts ou réunis en un seul acteur - ,
s'imposait ainsi dans la plénitude de ses fonctions. Une axiologie,
d'autre part, ne pouvait être efficace que si elle s'incarnait dans les
sujets anthropomorphes d'une syntaxe narrative de surface. Leur
présence cependant ne faisait pas de doute. Il suffisait pour cela de
s'interroger naïvement: qu'est-ce qui fait courir ces sujets après les
objets? c'est que les valeurs investies dans les objets sont « désirables»;
qu'est-ce qui fait que certains sujets sont plus désireux, plus capables
d'obtenir des objets de valeur que d'autres? c'est qu'ils sont plus
« compétents» que d'autres. Ces formulations triviales, qui révèlent
l'existence d'une couche de modalisations surdéterminant aussi bien les
sujets que les objets, signalent également un phénomène sémiotique
remarquable: la charge modale, qui, en principe, est censée se projeter,
en le modulant, sur le prédicat (en produisant ainsi les modalités
aléthiques, par exemple), est susceptible d'être distribuée diversement
à l'intérieur de l'énoncé qu'elle affecte, se portant tantôt sur le sujet de
faire - et constituant alors sa compétence modale - , tantôt sur l'objet
et rendant compte, du fait que l'objet définit le sujet d'état, de
l'existence modale du sujet.
Trois séries de modalisations - en distribuant la masse modale en
quatre modalités de vouloir et de devoir, de pouvoir et de savoir-
peuvent ainsi être envisagées: les modalisations de l'énoncé (par la
médiation du prédicat, constitutif de l'énoncé), les modalisations du
sujet de faire et enfin les modalisations de l'objet (se répercutant sur le
sujet d'état). On peut imaginer les conséquences qui découlent de
l'intégration, dans la syntaxe sémiotique à peine libérée de la gangue
des « fonctions» proppiennes, de tels dispositifs modaux: alors que
naguère on ne parlait que de la circulation des objets, on peut procéder
DU SENS, II
taire, l'instance de l'énonciation syncrétisant les deux compétences.
On voit alors que le faire du sujet proprement dit se trouve englobé
par deux suites d'opérations modélisables, chacune mettant en jeu
deux sujets syntaxiques dont le premier rendra compte du comporte-
ment du destinateur et le second, du destinataire-sujet, le jeu
syntaxique lui-même consistant, dans le premier cas, à «compéten-
tialiser » le sujet et, dans le second, à «sanctionner» son faire par des
jugements épistémiques. En réservant la place centrale à une sémio-
tique de l'action - qui peut être de nature cognitive, et consister en
séries d'actes de langage, ou de nature pragmatique, décrite sous forme
d'enchaînements d'actes somatico-gestuels - , deux dispositifs sémio-
tiques autonomes - une sémiotique de la manipulation et une sémio-
tique de la sanction - se dégagent, libérés des contraintes du schéma
narratif, mais aussi des restrictions de la communication verbale
proprement dite.
Ces nouveaux objets sémiotiques, dont l'élaboration est loin d'être
achevée, sont en fait des organisations modales, indifférentes aux
contenus investis et manipulés, susceptibles d'être utilisées comme des
modèles de prévisibilité pour l'analyse des textes verbaux et non
verbaux, mais aussi pour celle des «comportements» et des «situa-
tions» pour peu qu'on puisse y déceler quelque ordre ou régularité,
sollicitant de ce fait leur prise en considération en tant que séquences
signifiantes.
Le succès, un peu inattendu, qu'ont eu les schémas de Propp en
France s'explique en partie, il nous semble, par le fait que le conte russe
traitait en réalité, sous des habillages figuratifs variés, un seul
problème obsédant, celui du sens de la vie d'un homme solidement
inscrit dans la société - ce qui correspondait à des préoccupations
actuelles des différents courants littéraires, prêts à s'accommoder
d'une sémiologie naissante. Ce schéma, qui se réduisait d'abord aux
trois époqués de la vie -la qualification, la réalisation et la reconnais-
sance - , s'est raffiné ensuite, ne serait-ce que par l'enrichissement du
sujet à l'aide d'une combinatoire de modalités qui le constituaient et le
typologisaient (J.-C. Coquet). Son statut d'armature idéologique d'un
projet de vie s'est maintenu néanmoins, le sujet pouvant être considéré
tantôt dans ses contraintes initiales, son organisation modale faisant
penser alors à un dispositif génétique, tantôt dans son parcours de vie,
ramifié mais prévisible. De nouvelles analyses de textes littéraires ne
pel!vent qu'enrichir la problématique de la construction du sujet.
A la sémiotique du sujet se consacrant à la formulation de ses
parcours possibles et à leur schématisation typologique doit corres-
12
INTRODUCTION
dre une sémiotique de l'objet. Les problèmes de l'appropriation et
1 construction des objets semblent, à première vue, se situer à deux
ux distincts, celui de la perception et celui de la transformation du
de. S'il n'est plus besoin d'insister sur le rôle primordial du sujet
1 lors de la perception, va au-devant des objets pour construire à sa
le monde naturel, la problématique peut néanmoins être inversée
firmant le « déjà là » des figures du monde qui non seulement, de
leur être, seraient provocatrices, «saillantes» et «prégnantes»
n,la de René Thom), mais qui, en poussant plus loin,
l 'peralent actIvement à la construction du sujet lui-même (Lévi-
. e retour de pendule, pour redoutable qu'il soit, permettrait
tre à la sémiotique de dépasser, une fois de plus, les limites
Il 'est imposées, ne serait-ce que, par exemple, pour s'interroger
1 possibilités d'une esthétique sinon objective, du moins objec-
du monde, le faire-être des objets, fait naturel-
nt partie des préoccupations de la sémiotique. Les soucis premiers
, mme: la nourriture, le vêtement, le logis ont peuplé le monde
1 de matériaux manipulés et d'objets construits. Si leur cons-
n obéir au modèle relativement simple de la projection,
uJet, d'une valeur modalisée, à laquelle il s'agit par la suite de
rune enveloppe-objet à l'aide de programmes de faire plus ou
mplexes, les recherches visant à expliciter et à codifier les
t on «primitives» par lesquelles s'exerce l'emprise du sujet sur
tur semblent, au contraire, à peine entamées: la façon dont il
ul le éléments cosmogoniques de base: l'eau et le feu, l'air et la
, n les faisant agir les uns sur les autres ou sur les objets à
ulr (la cuisson par le feu, le pourrissement par l'eau, etc., pour
1 r que la contribution essentielle de Lévi-Strauss), les
ur élémentaires de liquéfaction et de solidification de
ti n et de mixage, permettent d'imaginer une véritable «;lchi-
1 nature », susceptible de servir de niveau profond à une
u figurative dont le besoin se fait sentir lors de la lecture des
••lIn poétiques tout aussi bien que scientifiques.
Iy du discours en sciences expérimentales dont s'occupe avec
t n rançoise Bastide, tout en mettant progressivement à jour
r tions élémentaires, élargit en même temps les possibilités
n de la syntaxe «objectale », en faisant apparaître d'autres
tur 1 ou déjà construits remplissant dans les programmes plus
."'I.XI:1I des rôles d'actants opérateurs ou médiateurs: les expéri-
n se présentent alors comme des événements narrés et
13
DU SENS. II
dévoilent ainsi leur véritable statut d'opérations cognitives aboutissant
à la construction d'objets de savoir inédits de nature conceptuelle.
On voit ainsi que, grâce à l'autonomie de la syntaxe difficile,ment
acquise la pratique sémiotique se trouve elle-même transformee de
fond en'comble. Se consacrant d'abord timidement à l'élaboration et à
la formulation rigoureuse d'un petit nombre de
elle en arrive à se construire petit à petit de nouveaux dispoSitifs et de
nouveaux objets idéels qui se substituent progressivement, dans la
stratégie de la recherche, à des explorations des sémiotiques
par les canaux de transmission de leurs signifiants de par des domames
culturels qu'elles articulent.
SÉMIOTIQUES MODALES.
Ces dispositifs sémiotiques la p.articulari!é. se
comme des enchaînements syntaxiques visant la defmltIon - et 1mter-
définition - des principaux actants sémiotiques: sujet et objet, desti-
nateur et destinataire, justifiant ainsi après coup, de manière formelle,
la structure actantie/le molaire qui a servi de point de départ à la
construction de la sémiotique narrative. Comme il fallait s'y attendre,
ils font un usage considérable des modalités et de leurs arrangements,
en laissant le soin de leurs définitions paradigmatiques et de leurs
enchaînements syntagmatiques aux sémiotiques modales particulières.
La première de ces sémiotiques, ne serait-ce que parce paraît
la moins contestable à cause de l'existence, parallèle, de la logique du
même nom est la sémiotique déontique, qui a cherché, dès le début, à
préciser sa : ne considérant les valeurs de modal.e
que comme des dénominations sous-tendant leurs defmltlons syntaxI-
ques (l'interdiction se définissant ainsi, par exemple, comme un
/devoir ne pas faire/), elle situe ses opérations à l!n niveau p}us profond
que la logique; ne se satisfaisant pas. de operatIOns de
substitution elle cherche à élaborer des sUItes syntaxiques comportant
des « de sens ", compte tenu du fait que le discours
garde « en mémoire" les acquis modaux de son amont.
Cependant, l'ho.mogénéité d'une telle sémiotique, pour qu:on
cherche à l'appliquer à un discours est souvent
Ainsi le discours juridique - déontique, s'Il en est - portait, dans
choisi au hasard pour l'anal!,se, «
ruption volontaire de la grossesse" : ce titre, a la sUIte d une sene de
14
INTRODUCTION
MllnlJlul li n persuasives, non seulement substituait, à un / devoir ne
/, un /ne pas devoir ne pas faire/, mais il manifestait, par des
u'il 'agirait de préciser, un /vouloir faire/individualisé. Si une
.""Iotlon qui se mettrait à réglementer les « actes volontaires" de
•••nl p raît quelque peu suspecte, elle signale toutefois l'absence
miotique volitive dont l'analyse en question a également
mi tique s'est longtemps interdit de toucher à tout ce qui
pr ou de loin, du domaine de la psychologie. Ce parti pris,
....M1mcnt ju tifié à ses débuts, alors qu'il fallait poser d'abord les
finis comme de simples « agissants », nettoyés de la gangue
."'Illro d déterminations psychologisantes accumulée autour des
,. et des « tempéraments ", ne s'impose plus aujourd'hui:
ir , l'absence d'instruments d'analyse, lorsqu'il s'agit d'abor-
ntlments et des passions « de papier ", rencontrés dans les
••un, pparaît déjà comme une limitation méthodologique arbi-
, ln i, 1 s exigences internes du développement de la sémiotique,
Il il convient d'ajouter le refus persistant de la psychanalyse
un méta-psychologie souhaitée par Freud lui-même, nous
entreprendre l'examen systématique des théories des
.""lMI. pr entes comme leur partie intégrante dans tous les grands
philosophie classiques. On a pu constater alors que toutes
jusqu'à Nietzsche et Freud, avaient un trait commun:
nt du choix et de la hiérarchie des valeurs «passion-
u' Ile articulaient, elles étaient toutes de caractère taxino-
1 présentaient comme des classifications lexématiques plus
r u ies.
ti n fut grande de donner à ces passions-lexèmes - et du
leurs expansions discursives - des définitions syntaxiques
",rl,601. On s'est aperçu d'abord que, contrairement aux postula-
Il It s des théories classiques, il était bien rare de rencontrer
n «solitaires ", qu'elles n'étaient presque jamais le fait du
1 t que leur description syntaxique réclamait toujours la mise
'une structure actantielle. On a constaté, ensuite, que
tion sémiotique de ces passions se faisait presque exclusi-
t rmes de modalités: l'affectivité qui se dégageait à la
1 xtes verbaux ou somatiques pouvait alors être considérée
n iffet de sens produit par des structures pathémiques de
modal, et ceci d'autant plus que la frontière entre ce qui était
mme pathémique et ce qui ne l'était pas n'était pas
irement établi, que l'attitude des sociétés sur la question
15
DU SENS, II
changeait dans l'espace et dans le temps (si l'avarice, par exemple, s'est
maintenue comme passion jusqu'à nos jours, son contraire, la généro-
sité, passion par excellence aux XVIe et XVIIe siècles, perdu sa charge
affective). Le relativisme culturel incontestable confirme ce que nous
venons de dire à propos des effets de sens: sur le fond général de
dispositifs modaux plus ou moins complexes - « .ou
« états» -, chaque société trace les contenus de sa configuratIOn
pathémique particulière qui, interprétée comme une grille
sociale connotative, a pour tâche, entre autres, de faCIliter la
communication intersubjective et sociale.
L'interprétation des passions à l'aide de la syntaxe modale
ainsi un outillage méthodologique permettant une analyse plus raffmee
des discours; elle offre, de plus, de nouvelles possibilités à la sémiotique
générale: ainsi, par exemple, selon laquelle la, du
contenu des discours musicaux serait de nature pathemlque et
susceptible de ce fait d'être décrite comme une syntagmatique des
dispositifs modaux d'un langage semi-symbolique semble on ne peut
plus prometteuse. Mais l'essentiel de cette épistémol.ogique
réside dans l'exploitation éventuelle d'analyses de discours paSSIOnnels
en vue de la construction que, faute d'un meilleur terme, nous
continuons à appeler sémiotique volitive.
En poursuivant cet aperçu, on arrive tout naturellement à prendre en
compte une masse modale susceptible d'être articulée en une sémio-
tique du pouvoir (du pouvoir-faire et du pouvoir-être). Ce vaste
domaine est heureusement déjà déblayé par Michel Foucault dont les
analyses riches et pertinentes sont souvent du fait des
motivations idéologiques du philosophe et de ses diSCiples.
La perplexité est peut-être le mot qui convient le mieux décrire
l'attitude de celui qui se trouve placé, comme malgré lUi, devant la
problématique du savoir, tant les quelques certitudes dont il disposait
paraissent aujourd'hui ébranlées. N'était-ce pas .la
mots qu'on oserait parler d'un changement radical d eplsteme qUi
serait en train de s'accomplir sans qu'on en soit pleinement conscient et
qui serait la substitution du concept fondamental de.
d'efficacité. Loin d'être d'origine seulement technologique, 1efflcaclte,
considérée non pas tant comme réussite, mais plutôt comme une
démarche qui permet d'obtenir des résultats en tenant compte de
l'ensemble des pré-conditions explicitées, bénéficie certainement la
dominance, à notre époque, du faire sur l'être. Dans le
sémiotique, elle est déjà présen!e. dans le,
d'empirisme de Hjelmslev et, de mamere plus expliCite, dans 1eXigence
16
INTRODUCTION
tive de la grammaire générative où elle sanctionne la démarche
1 de la pratique scientifique.
r1iquée à nos préoccupations actuelles, l'efficacité prend le nom,
nuu avons emprunté à Lacan, de communication assumée. En
, i la communication n'est pas un simple transfert du savoir, mais
ntreprise de persuasion et d'interprétation située à l'intérieur
tructure polémico-contractuelle, elle se fonde sur la relation
ire dominée par les instances plus explicites du faire-croire et du
, où la confiance dans les hommes et dans leur dire compte
."II,cment plus que les phrases « bien faites» ou leur vérité conçue
une référence extérieure.
1 sémiotique communicationnelle ainsi comprise, la vérité et
1urs se situent à l'intérieur du discours où elles représentent l'un
mps d'articulation modale, celui du savoir. Mais alors le
••lIn logique, mais aussi le discours « monstratif» de la science-
davantage par le savoir-être et l'autre par le savoir-faire - ,
.",,,nt, dans le cadre de la discursivité globale, un espace que leur
l'cxigence première de l'efficacité de la communication. Une
Iqu modale du savoir, logico-monstrative, remplirait alors la
...km dc fournir du matériel modal approprié aux discours de la
.Melllon, dc la même manière que la sémiotique volitive le fait, par
••pIe, ux discours de la séduction, ou la sémiotique du pouvoir, aux
••lIn d la domination et de la provocation.
t unc constatation banale que de dire que les différentes
••tlques modales, dont les emplacements, sinon les contours nets,
.....nt d' tre esquissés et dont les degrés d'élaboration sont. inégaux,
Il nt pas à l'état pur dans des discours manifestés et que
odalités et/ou leurs suites canoniques s'y rencontrent et s'y
nt. Ces sémiotiques sont en réalité des constructions n'ayant
tence virtuelle et relèvent de l'univers du discours, situées
nt cn amont de l'instance de l'énonciation: le discours y
me dans un réservoir pour se constituer des modèles
_ ..tlcaux complexes et pour vaquer ensuite à des occupations
nt nous avons essayé de distinguer quelques-unes en parlant
tif sémiotiques particuliers.
xion théorique, pour peu qu'elle. soit féconde, comporte
i nt de dépasser presque toujours les concepts qu'elle se
1 tcrmes qu'elle choisit pour les désigner. Dans le domaine
, le meilleur exemple en est peut-être le concept de
: n'ayant l'ambition au départ que de s'occuper de la seule
di cours narratifs, elle a cherché, naturellement, à se
17
VALEURS CULTURELLES.
19
Ufi problème de sémiotique
rrative : les objets de valeur *
Olt d'abord dan.s la revue Langages. 31, 1973.
, Epopée. Pans, Galhmard 1968, p. 541-542.
1. STATUT SÉMIOTIQUE DE LA VALEUR
mme corpus de référence l'univers des contes merveilleux
une sorte de garantie quant à l'universalité des formes
• que l'.on Reut r Il en est ainsi, par exemple,
__, tlll...IC partlcuhere d acteurs f1guratifs traditionnellement connus
magi9ues : une fois mis à la disposition
u de l anti-heros, lis les a1dent de différentes manières et se
même parfois à eux dans la quête des valeurs. Allant
• m is non nécessairement - par trois, ces objets se présentent
pl , en ordre dispersé, comme '
t une bourse qui se remplit d'elle-même
t un couvre-chef qui transporte au loin,
t une corne ou un sifflet qui fournit des soldats.
après avoir étudié plus particulièrement le type
l slfication d:Aarne-Thompson l, arrive à la conclusion que
n , comme li les appelle, se soumettent aisément à la
Ion selon le schéma déjà éprouvé de la tripartition fonction-
l' dwlogie i.ndo-européenne. Les objets magiques ne seraient,
t perspective, que des formes dégradées et figuratives des
1 ph.ères de la divine ou, ce qui revient au
ttnbuts de la compétence humaine, instaurant,
t rendant poss1ble, sur le mode de l'imaginaire, le faire de
DU SENS, Il
construire une syntaxe narrative. On s'est aperçu alors que celle-ci
pouvait être utilisée et rendait compte sortes
de discours: tout discours est donc« narratif ». La narrativlte se trouve
dès lors vidée de son contenu conceptuel.
Il se passe, mutatis mutandis. à peu près la chose le
concept instrumental de dimension des d1scours, qUi per-
mettait, à l'origine, de distinguer les descnptiOns des hommes prenant
part aux événements et relevant ?e la dimensi.on et les
descriptions portant sur leur saVOlr et ses mampulations. Cependant,
assez vite les choses se sont compliquées. On s'est aperçu, par exemple,
qu'il existait, entre le sujet-héros son faire, ,un creux qu'il
convenait de combler par ce qu on a appele sa competence modale.
Celle-ci même si elle faisait ressortir souvent la modalité du savoir
faire, comporter aussi toutes les autres modalisations. On
voyait bien que ces modalités n'avaient rien de «pragmatique» et que
la définition du sujet - mais on peut en dire autant des autres actants
sémiotiques - devenait une affaire «cognitive ». Il est vite apparu que
la syntaxe narrative de surface était, dans son ensemble, interprétable
en termes de syntaxe modale qui, à son tour, recouvrait toute la
dimension cognitive: ce qui restait à la dimension pragmatique pouvait
probablement être versé au bénéfice de la composante sémantique de
la grammaire. Quand, à la suite de l'interprétation des passions à l'aide
de structures modales, toute l'affectivité s'est vue intégrée dans la
dimension cognitive et que, finalement, la fiducie s'est substituée à la
connaissance comme support de toute communication, en réduisant le
cognitif proprement dit au statut. l'une des la
discursivité, il n'est resté du «cogmtif », dans la d1mensiOn cogmt1ve,
que le nom, un méta-terme recouvrant une organi.sation
tout autrement articulée. Tout se passe comme Sl, certams concepts
instrumentaux ayant épuisé leur valeur heuristique, un nouveau projet,
la construction d'une syntaxe sémiotique modale, capable de créer ses
propres problématiques et de définir des objets sémiotiques
était déjà prêt, après une dizaine d'années d'efforts collectifs, a en
prendre la relève. , . .
Qu'il s'agisse d'une crise de croissance ou d'un retournement dec1s1f,
un nouveau visage de la sémiotique se dessine peu à peu.
J T ET VALEUR.
21
554 d'Aarne-Thompson, étudié par D. Paulme, in Alliés animaux.
LES OBJETS DE VALEUR
U les objets. magiques soient remplacés dans ce rôle de fournis-
par des secourables 1 ne change rien à cet inventaire
simple et stable des valeurs désirables. Ce n'est que
n Ion du .corpus des de plus en plus complexes
fmet.trait de dresser 1mventalre, sinon exhaustif, du moins J
des valeurs élémentaires - amour, santé, beauté, fécon-

par l.es Indo-Européens sous la protection des divinités de
1 me fonctlon.
t parle d'objets de manque ou de désir tels par exemple
rrlture ou l'?r, en se aux seuls folkloriques, on
_"Ince à notIOns d'objet et de valeur: la forme
t y 1objet cautlOnnç sa réalité et la valeur s'y identifie avec
t d Ire. Les choses, à ce niveau, ne sont en fait pas
1 • ,un,. exemple, se porte acquéreur,
tf societe d aUJourd .hUl, d une voiture automobile, ce n'est
.n"ltrc tellement la vOiture en tant qu'objet qu'il veut acqué-
1 d un m01en de. déplacement ràpide, substitut
.lIIa.nll'l du tapis d ce qu'il achète souvent, c'est
n r de social ou un sentiment de puissance plus
L objet vise n est .alors qu'un prétexte, qu'un lieu d'investis.]
. s valeurs, un ailleurs qui médiatise le rapport du sujet à X
bl ainsi posé ne relève pas de la seule psychologie, il
u 1 le, leXicographe soucieux de fournir une définition
ux de son dictionnaire,,il constitue un préalable à
mantlque en rendant toute description exhaustive aléatoire
1
nt, par que la définition du lexème automobile qui
t xhaustlve devrait comprendre:
n uleme?t une configurative, décomposant
s parties constltutives et le recomposant comme une
composante taxique, rendant compte par ses traits
20
DU SENS, Il
Sans entrer pour l'instant dans l'examen détaillé des différentes
prestations fournies par les objets magiques, sans s'interroger non plus
sur la légitimité du dépassement de l'aire indo-européenne et de la
généralisation des résultats acquis pour l'ensemble des faits narratifs,
on peut noter, comme relevant d'une évidence naïve, une première
distinction qui permet de diviser ces objets en deux classes selon qu'ils
fournissent des biens ou des services. Si l'on entend par services les
vertus des objets qui dispensent le héros de la possession des qualités
dont il aurait besoin pour accomplir ses hauts faits - le don de
déplacement immédiat et illimité que fournit le tapis volant, le don
d'invisibilité et d'omniscience que l'on acquiert en se coiffant d'un
couvre-chef particulier ou le pouvoir de mater ses ennemis en donnant
des instructions à un bâton magique -, on peut aisément considérer les
(
objets appartenant à cette classe comme des ad' uvants modaux dont les
sphères de compétence correspondent aux deux premières fonctions de
la souveraineté.
Les objets magiques qui fournissent des biens apparaissent à leur
tour, et peut-être plus nettement encore, comme des représentants
« dégradés» de la troisième fonction dumézilienne, comme des
médiateurs entre un destinateur mythique et l'homme auquel les biens
sont destinés: l'objet magique - une calebasse, par exemple - n'est pas
un bien en soi, mais un fournisseur de biens, c'est en se remplissant
seulement qu'il offre de la nourriture abondante.
Il est inutile et impossible de procéder à la classification des objets
magiques fournisseurs de biens: une telle classification relève de
l'analyse sémantique dont les résultats apparaîtraient sous la forme
d'une typologie présentant un certain nombre de constantes corres-
pondant aux besoins élémentaires de l'homme, et autant de variables
rendant compte des relativités socioculturelles. Au niveau de la
littérature ethnique, on peut ainsi distinguer, d'une part, des biens
consommables (= nourritures abondantes) et de l'autre, des biens
thésaurisables (= richesses, or). D'autres oppositions apparaissent à la
suite d'examens plus attentifs, telle la répartition des adjuvants selon
les modes de production:
fruits de la cueillette vs fruits de l'agriculture \
ou selon l'outillage employé lors de la production:
un couteau aux chasseurs vs une houe aux agriculteurs 2.
1. C. Calame-Gr\aule, citée par Denise Paulme, Alliés animaux. p. 102.
2. D. Paulme, « Echanges successifs " in Alliés animaux. op. cil.. p. 137.
DU SENS, II
différentiels de son statut d'objet parmi les autres objets manufac-
.'
(c) mais aussi sa composante fonctIOnnelle tant pratlque que
mythique (prestige, etc.). ."
Le lexème qui est un objet IIngUlstlque un
ensemble de virtualités, ensemble dont l'orgamsatlOn mtern,e --:- s en
existe une - n'est point évidente, virtualités dont, les realisatlOns
éventuelles ne se trouvent précisées .que a parcours
syntaxiques s'établissant lors de la mamfestatlOn discurSive. .
Le mise en.évidence de ce caractère indéfinissable du ne falt
que rejoindre nos préoccupations nous mterro-
geant sur les conditions de l'appantton de la slgmflcatlOn, nous avons
été amené à postuler: , . .
(a) que tout objet n'est connaissable que par ses determmatlons et
lIi\ non en soi; ..' d '
\.::J (b) que ses déterminations ne etre e,es
comme des différences se profilant sur 1objet, ce caractere dlfferenttel
leur conférant le statut de valeur linguistique; ., .
(c) que l'objet, tout en restant inconnaissable en tant ,qu.e tel, etalt
néanmoins présupposé, comme une sorte de support, par 1eXlstence des
valeurs. ., l' b' t
En utilisant une métaphore logique, on dire que 0 jet
comparable au concept dont on ne peut mampuler que la compre-
hension, étant entendu que celle-ci n'est constituée que de
\
différentielles. L'objet apparaît ainsi un de
;f comme un lieu de réunion occurrenttelle de determmatlons-
valeurs. • 1 . t
Parler d'objets en soi n'a donc pas de sens, et me.me. e traltemen
taxinomique d'une classe d'objets - telle cette orgamsatlon du
des sièges popularisé par B. Pottier - n'opère ql;l'avec des
sémiques, c'est-à-dire avec les seules valeurs:, 11 t?ujours une
/ldistance entre le paquet de sèmes
K représentation dufauteui/ et le lexeme termmalfauteull. Seul
7
1a.mlse
en scène syntaxique peut rendre compte de la rencontre de 1objet et
des valeurs qui s'y trouvent investies. En pour
qu'elle est, c'est-à-dire la m.als
aussi la seule manière d'imagmer la salSle du sens et la mampulatlOn
1. Sémantique structurale. Paris, Larousse, 1966, chap. 111, « La structure élémen-
taire de la signification-.
22
LES OBJETS DE VALEUR
nifications, on peut comprendre que l'objet est un concept
ique, un terme-aboutissant de notre relation au monde, mais
me temps un des termes de l'énoncé élémentaire qui est un
1 re sémiotique représentant, sous la forme d'un spectacle,
r lation au monde. Cependant, la saisie du sens, on l'a vu, ne
tre sur son chemin que des valeurs déterminant l'objet, et non
t lui-même: dès lors, le lexème qui se dresse en trompe l'œil à
indiquée pour l'objet n'est lisible qu'en certaines de ses
t dans le déroulement syntagmatique que la syntaxe rejoint la
tique: l'objet syntaxique qui n'est que le projet du sujet ne peut
'onnu que par une ou plusieurs valeurs sémantiques qui le
.lnl'IDll nt. La reconnaissance d'une valeur permet donc de présup-
l'objet en tant que lieu syntaxique de sa manifestation.
MlNlftcj tion produisant un énoncé fait surgir une valeur manifestant
rminant un objet, et ceci indépendamment du mode de
lion de la valeur elle-même.
T VALEUR.
u' présent, nous n'avons utilisé le terme de valeur que dans son
.lIIltien linguistique comme un terme arbitrairement dénommé
nt une structure sémantique indicible et qui ne peut être
u négativement, comme un champ d'exclusion par rapport à
1n' t pas et fixé toutefois en un lieu syntaxique nommé objet.
• une telle définition de la valeur qui la rend opérationnelle en
u n'est pas très éloignée de son interprétation axiologique, ne
qu parce que, fixée en ce lieu-dit dénommé objet et présente
nifester, la valeur se trouve en relation avec le suj.et. En
n 1 mesure où l'énoncé élémentaire peut se définir comme
ri ntée engendrant ses deux termes-aboutissants - le sujet et
,1 valeur qui s'investit dans l'objet visé sémantise en quelque
n é tout entier et devient du coup la valeur du sujet qui la
n visant l'objet, et le sujet se trouve déterminé dans son
mantique par sa relation à la valeur. Il suffira donc, dans
ultérieure, de doter le sujet d'un vouloir-être pour que la
ujet. au sens sémiotique, se change en valeur pour le sujet.
i logique de ce terme.
1 me pratique se trouve ainsi provisoirement résolu: dans
23
DU SENS, Il
sujet objet
par un énoncé linguistique du
25
LES OBJETS DE VALEUR
dans « Éléments de grammaire narrative» in Du Sens Parl's E' d
,1 70. ' .,.
) Jean est riche
) Jean a une grande fortune
n reconnaîtra les deux premiers niveaux identiques à ceux de
pie (l), tandis que:
od de manifestation: acteur: objet non figuratif grande fortune.
tr isième mode de manifestation apparaît enfin avec les énoncés
tiques du type:
r facilement !a de la valeur richesse qui,
.....me on 1a plus haut, presuppose necessairement celle de l'objet
....xlque, mais dont le mode de manifestation attributif fait
à r.ep.rises l,cherché à rendre compte de cette
m mfestatlOn d un même fait narratif par l'oppo-
aVOir ses parasynonymes) vs être utilisés pour
1 meme fonction logique de conjonction constitutive des
'ét.at : tout en les considérant comme réalisant une seule et
r n tian, nous avons cherché à y voir une source de différen-
,P rme!tant de les valeurs objectives (produites à
n nces, avec subjectives (produites par des
vec etre), dlstmctlOn qUI nous autoriserait à parler de
t r/sation et de l'intériorisation des valeurs. Sans être fausse
Il se. situe encore trop près des langages
t han (la dlstnbutlOn des rôles d'avoir et d'être peut être
t d'une langue à l'autre; d'autres moyens de manifestation
U , les possessifs, par exemple, peuvent troubler la dichoto-
tulée; tout en. ne pas compte de ce qui est
t propre a toute mamfestatlon discursive, indépendamment de
t ,Ile langue naturelle utilisée: la forme actorielle de la
tl n d'actants.
t, si dans les (l) et (2) aux deux actants - sujet
correspondaient chaque fois deux acteurs manifestés -
Niveau syntaxique : actant: objet
Niveau sémantique : valeur: sème richesse
Mode de manifestation : acteur: objet figuratif pot plein d'écus
24
Mais la figurativité n'est qu'un des modes de la manifestation
parmi d'autres et la possession des richesses peut être rendue dans
L'analyse d'un tel « fait» sémiotique permet d'interpréter le statut de
l'objet à trois niveaux différents:
(1) Jean possède un pot plein d'écus d'or
1.4. VALEURS OBJECTIVES ET VALEURS SUBJECTIVES.
Ces quelques précisions apportées au statut de la valeur - qui ne
devient lisible qu'une fois inscrite dans la structure syntaxique -
doivent être complétées par un rapide examen des rapports que l'on
peut concevoir entre la syntaxe sémiotique et ses différentes manifes-
tations dans les langues naturelles.
Revenons à la recherche d'un point de départ, à la source habituelle
de notre inspiration qu'est le folklore. On a vu que la quête et
l'acquisition des richesses y sont un des thèmes favoris et quasi
universels. Les richesses peuvent être présentes dans les récits de
différentes manières et d'abord sous la forme figurative, comme, par
exemple:
car seul le réseau syntaxique sous-jacent est susceptible de sélectionner
les lexèmes pour en extraire les valeurs, eIl' transformant en même
temps la manifestation logomachique en une organisation discursive du
sens.
un univers sémantique quelconque, rempli d'innombrables objets
potentiels que sont les lexèmes, seuls compteront et seront pris en
considération les lexèmes, qui pourront être inscrits sur l'axe syntaxi-
que

DU SENS, Il
Jean et «pot rempli d'écus» / «grande fortune.» -, de
l'exemple (3) les deux mêmes actants se mamfe,stent ,a l,
d'un seul acteur Jean. Autrement dit, un seul enonce semIotIque
du type
peut être postulé comme subsumant var.iété de
tations linguistiques d'une même relatiOn de conJonctl.on entre le sUjet
et l'objet, quitte à prévoir typologIe
la manifestation et, à sa suite, des regles d engendrement d enonces
correspondant à des niveaux grammaticaux plus
1 iLa reconnaissance du principe de
J des actants sémiotiques et des acteurs discursifs (qUi ne dOivent pas, a
leur tour, être confondus avec les actants et
de la distance qui sépare les uns des autres amsll de
la syntaxe narrative et l'instaure comme une mstance orgamsat.nce et
régulatrice de la manifestation discursive. Dans le cas qUi nous
préoccupe en ce moment, le syncrétisme des si peut
appeler ainsi, du point de vue de la structure act?nelle.. la de
deux ou plusieurs actants un seul pourraIt etre
1 interprété dans le cadre general de la reflexlVlte. .
Ainsi, en parlant toujours du même Jean, on peut due non seulement
qu'il est riche, mais aussi que
(4) Jean se torture tout le temps
L'analyse superficielle de cet énoncé nous qu'à
l'intérieur d'un acteur dénommé Jean et conSIdere comme un heu ou se
1
produisent des !ean. en qualité ?'actant
sujet torture le meme Jean pns comme 1actant objet. On VOlt que le
statut de ce que l'on appelle l'énoncé réfléchi par
l'inscription d'un énoncé syntaxique quelconque dans le heu-dIt acteur
syncrétique, et peu importe qu'il s'agisse énoncé de faire cas
de torture) ou d'un énoncé d'état (où la nchesse peut devemr une
qualification taxique et axiologique régissant un type de comporte-
ments prévisibles).
S'il en est ainsi, on voit que c'est le type des
entre la structure actancielle et la structure actonelle qUi determme,
comme des cas limites, tantôt l'organisation réflexive des univers
26
LES OBJETS DE VALEUR
viduels, tantôt l'organisation transitive des univers culturels, et
, ne même syntaxe est susceptible de rendre compte et de la
tivisation psycho-sémiotique «< la vie intérieure ») et de la
tivisation socio-sémiotique (mythologies et idéologies), la forme
narrativité la plus fréquente étant toutefois une forme mixte, à la
p ycho- et socio-sémiotique (correspondant à l'ensemble des
ues inter-individuelles).
2. LE STATUT NARRATIF DES VALEURS
NARRATIVISATION DES VALEURS.
'il s'agisse de nous-mêmes qui, immergés dans l'univers séman-
1 nous trouvons entourés d'une infinité d'objets sémiotiques
tibles de se révéler comme des valeurs ou qu'il s'agisse de nos
r que nous peuplons, suivant la procédure de débrayage
1 l, de sujets en possession ou en quête de valeurs - le schéma
que élémentaire guide le sujet et sélectionne, dans un cas
_",mlo dans l'autre, les valeurs en position d'objet, appelant ainsi, par
1tion sous-tendue, les sujets et les objets quelconques à une
" sémiotique. Seule, en effet, l'inscription de la valeur dans
d'état dont la fonction établit la relation jonctive entre le sujet
t nous permet de considérer ce sujet et cet objet comme
uement existants l'un pour l'autre. Une telle assertion, loin
une envolée métaphysique, poursuit, au contraire, un but
ment pratique: a) en définissant l'existence sémiotique comme
1tion structureJle, elle exclut de nos considérations la problé-
ontologique du sujet et de l'objet; h) en formulant cette
omme constitutive d'un énoncé canonique d'état, elle fournit
formel et les critères de reconnaissance des faits sémiotiques
t pour toute analyse.
tut sémiotique des valeurs étant ainsi précisé, on peut
la narrativisation comme leur mise en place syntagmatique,
une organisation discursive qui manipule les éléments consti-
l'énoncé canonique
t en opérant des substitutions de sujets,
t n substituant les objets-valeurs les uns aux autres,
27
RIGINE ET DESTINATION DES VALEURS.
Virt = F trans [SI ---t O. (S U0)]
29
ne considérer, par conséquent, que des transformations portant sur
fonctions constitutives d'énoncés d'état, la narrativité, dan a l
me simplifiée à l'extrême, apparaît comme un enchaînement
t gmatique de virtualisations et de réalisations. Sans oublier le
ctère arbitraire des dénominations que nous venons de mettre en
, il faut tenir compte du fait qu'elles recouvrent des formes
xiques définies: ceci nous permet d'utiliser une terminologie
parence métaphorique, de parler du sujet qui, pour être réalisé,
d'abord être instauré comme sujet virtuel) en possession de
urs dont la réalisation annulera leur statut de valeurs virtuelles,
., sans que notre discours cesse de satisfaire aux conditions de
tificité.
r it de considérer le récit comme une chaîne de virtualisations et
i ations de valeurs ne manque pas de poser le problème de leur
et de leur destination: d'où viennent-elles au moment où
urgissent pour la première fois comme valeurs virtuelles pour
r la suite conjointes avec les sujets? où disparaissent-elles
lOuci de écartons ici toute problématique du sujet en
nt plus tard son instauratIOn comme un voulant-être en relation avec l'objet
comme étant-voulu.
LES OBJETS DE VALEUR
lation entre les deux actants: autrement, la perte de toute relation
ntre sujets et objets aboutirait à l'abolition de l'existence sémiotique
t renverrait les objets au chaos sémantique originel. La dénégation
intient donc le sujet et l'objet dans leur statut d'étants sémiotiques,
ut en leur conférant un mode d'existence différent de l'état
njonctif. Nous dirons que la disjonction ne fait que virtualiser la
lation entre le sujet et l'objet, en la maintenant comme une possibilité
conjonction.
Il nous est permis dès lors de désigner du nom de virtualisation la
nsformation qui opère Ja disjonction entre le sujet et l'objet et de
idérer comme valeur virtuelle une valeur quelconque investie dans
bjet disjoint du sujet:
28
F transformation (SI ---t O.)
DU SENS, Il
(c) soit en à des de
Notre réflexion etant la quete des formes elementaires de la
narrativité, il faut nouS envisager d'abord les cas les plus simples:
aussi considérant le sujet et l'objet de l'énoncé d'état comme des
constantes, n'examinerons-nous en premier lieu que des transforma-
tions de la fonction constitutive de l'énoncé.
Or, on peut définir cette fonction comme une jonction en. tant
que catégorie sémique, s'articule
conjonction et disjonction, donnant amsl lieu a deux types d enonces
d'état:
Real = F trans [SI ---t 0) (S nO)]
On pourra ensuite appeler valeur la va!eur dans
l'objet au moment (= dans la position syntaxique) ou celUi-cI se trouve
en conjonction avec le sujet. .
Or les relations de conjonction et de disjonction étant contradic-
toire; toute transformation portant sur un état de conjonction ne peut
que produire une disjonction entre le et l'objet. disjonction
étant la dénégation de la conjonction n est pas 1abolitIOn de tout
étant entendu que le passage d'un énoncé à l'autre ne peut se faire que
par la sommation d'un méta-sujet opérateur, dont le statut formel ne
s'explicite que dans le cadre d'un énoncé de faire de type:
Énoncés conjonctifs = S n0
Énoncés disjonctifs = S U 0
où S est le sujet opérant la transformation et 0 1 est l'énoncé d'état
) .
auquel aboutit la transformatIOn. , . . . .,
Ceci une fois posé, on comprendra notre defmItlOn provIsOIre de la
[
narrativité qui consiste en une ou plusieurs les
résultats sont des jonctions, c'est-à-di.re soit des conjonctions, SOIt des
disjonctions des sujets d'avec les objets. .'
En appliquant ces définitions à la valeu.rs,
appellerons réalisation la transformatIOn qUi etablit la conjonctIOn
entre le sujet et l'objet:
DU SENS. II
lorsqu'elles sont irrémédiablement disjointes des sujets qui les
possédaient?
Trouver et perdre apparaissent, à première vue, comme des
extrêmes de conjonction et de disjonction gratuites. Trouver un objet,
c'est l'appréhender comme valeur venant de nulle part et la
relation première entre lui et le sujet. Perdre par
destruction ou oubli, ce n'est pas seulement se dIsJoIndre de lUI, c
abolir toute relation avec lui, en détruisant en même temps le sUjet
dans son statut d'étant sémiotique.
Et pourtant, lorsqu'on cherche des exemples pouvant illustrer ces
extrêmes de surgissements et de disparitions de valeurs, on se a
des ambiguïtés embarrassantes. Maître Hauchecorne t.rouve un
bout de ficelle dans le célèbre récit de Maupassant. Mals la socIete ne
manque pas de le mettre aussitôt en accusation: selon sa à elle,
en effet, trouver présuppose tout p'erdre qUI un
sujet de disjonction autre, ce qUI reVIent a mer la
A

l'apparition ex nihilo des valeurs. Le lecteur, de son cote, lUi qU! Salt
qu'il s'agit bien d'une ficelle «sans valeur », ne s'empec!ter
d'invoquer «la fatalité» qui l'a posée sur le chemIn de MaItre
Hauchecorne, en postulant ainsi, sous la forme d'un destinateur
figuratif, l'existence d'un sujet antérieur au!re. La.
fournit une nourriture abondante à la famIlle afncaIne naguere
affamée se casse-t-elle d'elle-même et se trouve-t-elle définitivement
perdue? la perte s'explique par ,la, d'u? .interdit et
apparaît comme une disjonction operee par un sUjet. se
posant en gardien de la loi. Tout se SI, a l Inteneur d un
univers axiologique donné, les valeurs cIrculaIent en vase clos et que les
apparences de trouver et de perdre recouvraient en réalité. les
conjonctions et les disjonctions absolues par lesquelles cet Univers
immanent communique avec un univers transcendant. source et
dépositaire des valeurs hors circuit.
En rencontrant, lors de son analyse des aventures de Pinocchio. le
problème du trésor caché. P. Fabbri en a proposé 1 une interprétation
sociologique: la société agricole toscane, comme toute
les sociétés autarciques, conçoit les richesses comme d!spomb}es en
quantité limitée, de telle sorte qu'à une sur
elle-même correspond un univers de valeurs clos. La clfcul.atlOn de
richesses s'y fait en circuit fermé, les parcours
valeurs s'établissent de manière qu a chaque acqulSltlOn effectuec
1. Il s'agit d'un exposé fait dans le cadre de notre séminaire.
30
LES OBJETS DE VALEUR
un membre de la société corresponde nécessairement une perte
un autre. membre. Le mythe de la quête du trésor caché
Ult, des valeurs qui ne relèvent plus de cet univers
t ceCI a un double point de vue:
J ux le résultat du travail s'opposent les
.....es trouvees, condamnables et désirables à la fois:
pport aux valeurs posItIves, ces richesses apparaissent comme des
:v leurs ou valeurs négatives relevant d'un anti-univers axiologi-
1 1 preuve en est que ces valeurs, une fois réalisées au cas où
nes règles comportement n'auraient pas été lors de
de posseSSIOn, sont susceptibles de se transformer en ce qu'elles
lIement, crot.tin de cheval, par exemple, ou en écorce de
u (folklore lItuamen);
e trésor est souvent gardé et parfois donné sous certaines
Ions un être n'appartenant pas à la société dont
le sUJ.et de la gardIen ou donateur, ce personnage joue le
médiateur entre 1univers de valeurs transcendantes et l'univer
."lne.nt auquel de nouvelles valeurs sont versées pour être mises en
1bon.
bref au niveau de la littérature ethnique, nous
t de divers cas de manipulation des valeurs:
1 premIe; le plus simple, concerne la circulation des valeurs
ntes (ou eqUIvalentes) entre sujets égaux dans un univers isotope
mé;
l,second cas pose le problème de l'entrée et de la sortie de ces
Immanentes à l'univers donné, présupposant l'existence d'un
de valeurs qui englobe et clôture le premier de
rte que sUje.ts possesseurs des valeurs immanentes paraissent
des destInataIres par rapport aux destinateurs-sujets relevant
lvers transcendant·
ces cas qui mettent en question la qualité et le
des engages dans la manipulation des valeurs s'oppose
de la transformation des valeurs elles-mêmes
Ire du mode d'organisation des valeurs en
de déterminer les relations existant entre les
poSitives et les valeurs négatives et de prévoir leur narrativi-
us forme. posées et de valeurs inversées.
de sener les dlfflcultes, nous allons examiner d'abord le premier
cas.
31
33
jonction
(catégorie)
disjonction
A
SI 0
_ltlalteUX ?e la catégorie sémique de jonction constituent
ment des fonctions constitutives de deux énoncés
catégone elle-même, désignée comme jonction a araît
une méta-fonction les deux énoncés.
t 0, commun aux deux enoncés, nous autorise, d'autre part, à
en collaboration avec F. Rastier, in Du
LES OBJETS DE VALEUR
ui s: par une relation de présupposition réciproque' si
ISJ010t e , alors S2 est conjoint avec 0, de telle sorte que
da,ns le de l'un des énoncés aura des répercussions
VISIbles et neces.salres sur le statut de l'énoncé solidaire. Si, à la suite
SI se conjoignait avec 0, S2 s'en trouverait
ten La terme que nous pour dénommer la
upposltIon entre les deux énoncés, est paradigmatique-
nt relatIo? entre deux relations connues: la conjonction et la
on définit la contrariété entre deux
es . e semIque 1 (contrariété qui, dans le cas des
comme c'est le cas ici -, s'identifie avec la
. ?UI n est conséquent qu'un cas particulier de la
SI Ion se SOUVIent .que nous avons défini l'énoncé élémen-
par et une qui projette actants comme ses
_1Ile.. en fonction, on voit que la solidarité
son obmme une fonction s'établissant entre
(c entre fonctions considérées comme termes
,la Hjelmslev). On peut dès lors utiliser le nom
, on. catégorie dont les termes sémiques sont
onctIon et définir la fonction dont l'établis-
:pour resultat 1appantIon concomitante de deux énoncés
32
1. Actes du Colloque international de Palerme sur Structures et genres de la
litt/rature ethnique.
3.1. L'ÉNONCÉ DE JONCTION COMPLEXE.
3. LA COMMUNICATION À UN SEUL OBJET
Essayons, par conséquent, de nous représenter et d'analyser les
seules relations qui existent entre les sujets et les objets dans le cadre
d'un univers axiologique fermé où les valeurs, acceptées par tous et
jamais déniées, circulent de manière uniforme en passant d'un sujet à
l'autre, en prenant pour modèle la société toscane invoquée par
P. Fabbri à propos de Pinocchio où l'univers axiologique comparable
dans lequel s'inscrit le jeu méditerranéen Mors tua, vita mea, analysé
par A. Cirese 1. La narrativisation d'un tel univers, obligée qu'elle est
de donner la forme d'enchaînement syntagmatique au jeu des
conjonctions et des disjonctions de valeurs, ne manquera pas de mettre
en place, pour chaque opération, deux sujets orientés vers un seul objet,
--'l en manifestant ainsi une des formes peut-être les plus primitives du
récit, telles qu'elles sont décrites, par exemple, par Heda Jason, où
deux personnages, à tour de rôle fripon et dupe, s'approprient
successivement un objet de valeur qui peut passer ainsi de l'un à
l'autre, indéfiniment.
On se trouve ainsi en présence de deux sujets simultanément
présents et également intéressés par un seul et même objet. Une telle
situation peut être considérée comme typique d'une narrativité
élémentaire, car elle satisfait à l'hypothèse que nous avons formulée
précédemment et selon laquelle il n'existe pas de valeurs trouvées ou
perdues absolument: dans la mesure où les destinateurs, source
transcendante des valeurs, ne sont pas explicités dans le récit, le sujet
SI' en disjonction avec l'objet, ne peut être considéré comme sujet
virtuel que si cet objet est déjà en conjonction avec le sujet S2;
autrement dit, le sujet n'attribue quelque valeur à un objet que si
celui-ci appartient déjà à autrui.
Un état narratif de ce type peut être décrit, on le voit, à l'aide de
deux énoncés d'état:
35
• TRANSFERTS D'OBJETS ET COMMUNICATION ENTRE SUJETS.
la. du déroulement syntagmatique des états
tifs ne dOIt pas faire oublier l'existence d'un faire transformateur
ure le passage .l'autre et, surtout, celle du sujet de ce
prü?ucteur des enonces d etat. Ce troisième sujet est on l'a vu
·t xlque par rapport aux sujet.s des énoncés d'état, lui permet
compte. de la du récit, c'est-à-dire de son
en faisant provisoirement abstraction
de 1enonclatlOn et de son sujet qui, dans son rôle de
ur en du discours, dispose à sa guise de différents
de SO? et en ne considérant que le sujet transfor-
r délegue et, msta}lé le discours narratif, pouvons-nous
r. à chaque enonce de Jonction un énoncé de faire qui le produit
lIt.
vue, .deux possibilités s'offrent alors à nous:
U bien le sUjet que nous désignons comme S
. fie avec SI' sUjet Virtuel, en disjonction avec l'objet

bien S] s'identifie avec S2' sujet réalisé, en conjonction avec
valeur;
LES OBJETS DE VALEUR
Une aussi simple 9-ue celle que nous examinons en ce
moment fait on le VOit, l'existence, non pas d'un seul
mais de programmes narratifs dont la solidarité est
par la concomitance des fonctions, en relation contradictoire
les deux sujets, promoteurs chacun d'une chaîne
tlql;le et corrélée. L'existence de deux programmes
rratifs compte de la possibilité de manifester discur-
Iv ment, c est-a-due de raconter ou d'entendre le meAme "t
P
I"t t . l' ., reci , en
I.CI. an SOit un SOit 1autre des deux programmes, tout en gardant
phclte le concomitant, mais inversé.
Une quoique encore trop restreinte par son J
mp d peut servir néanmoins de point de départ pour
structurale de ce qu'on appelle parfois la perspective
1ql;lll. SOIt, sur l'objet unique (ou sur une série de
Isotopes et syntagmatiquement distribuées) le
il amsl double nature syntagmatique et paradigm'ati-
1 Jouant simultanement sur les deux types de discontinuités.
34
jonction l - '"
paradigmatique (SI U0) (SI n0)
(SznO) (SzUO)
Enoncé de jonction= (SI U 0 n S2)
jonction syntagmatique
Cette nouvelle définition de jonction nous oblige à introduire
certaines précisions supplémentaires. On se souviendra que nous avons
utilisé la dénomination de jonction, dans un premier temps, pour
désigner d'un nom commun les deux types de fonctions constitutives
des énoncés d'état. C'était considérer les deux relations du point de vue
typologique, comme système:, de
réalisation dans le proces discursif: la categone semique de Jonction
subsume, en effet, ses deux termes contradictoires de conjonction et de
disjonction. L'énoncé de jonction que nous veno.ns de
représente au contraire, un état narratifcomplexe qUI met en Jeu, a un
moment déroulement discursif, deux sujets en présence d'un objet
de valeur.
Nous onc de désigner du nom de jonction paradigma-
tique la logiquement nécessaire .de énoncés de
conjonction et de disjonction, affectant deux sUjets dlstmcts. Cepen-
dant, la narrativité pouvant être considérée comme un enchaînement
d'états narratifs, un énoncé de conjonction présupposant un énoncé de
disjonction concernant un seul et même sujet, et inversement, on peut
réserver le nom de jonction syntagmatique à une suite de deux énoncés
jonctifs (conjonction et ou ayant le
sujet et liés par une relation de presupposition simple. Le fonctlOn-
nement d'un récit simple paraît ainsi caractérisé par un double
enchaînement:
3.2. JONCTIONS SYNTAGMATIQUES ET JONCTIONS
PARADIGMATIQUES.
DU SENS, Il
en modifier légèrement la notation en donnant à· cette sorte de
méta-énoncé la forme d'un énoncé complexe à trois actants:
(2) si
S3 trans = S2 réel,
alors
si
S3trans-S '1 - 1 ree,
lors
F trans [(S3 = SI) (SI U0)]
1 nsformation dite virtualisation réfléch' . J
f, elle pourra etre appelée renonciation (à le plan
1
S, trans = S2 virtuel
lors
F trans [(S3 =S) (SI U0)]
n formation apparaît comm . ..
re appelée, sur le plan transitive et
, eposseSSlOn (de l'objet).
37
F trans [(S3 = SI) (SI nO)]
r nsformation peut dans CA' 1
1 plan figuratif, elle appe etre appeleeréalisation réfléchie;
t). aral ra comme une appro ria!' n (de V
F trans [(S3 =S2) (SI nO)]
transformation est dans ce cas - /' . J
(1 uratif, elle consistera en une tr?ns!tive; sur le 1
deux transformations sont des t 1obJet).
nt lieu à deux modes _ réf!' h' conjonctives
" ec 1 et transItIf - de réalisation du
LES OBJETS DE VALEUR
(h) chacun de ces deux sujets A , .
n formation, soit un sujet virtuel à la
t réel (en conjonction avec 0) en ISJonctIon avec 0), soit un
tre types de transformation eAtre d' ,
Iscernes:
(1) si
S3 trans = SI virtuel
alors '
36
Remarque: L'identification peut être considérée comme une forme de
syncrétisme caractérisée par la présence de deux actants dans un seul
acteur.
3.4. LES TRANSfORMATIONS NARRATIVES.
Examinons maintenant les deux cas de syncrétisme du sujet de faire
avec les sujets d'état que nouS avons déjà distingués. Étant donné
que
(a) le sujet de transformation peut s'identifier soit avec le sujet S,.
soit avec le sujet S2' .et que
Une représentation topologique de la narrativité rendant compte de
transferts d'objets n'est pas contradictoire, on le voit, avec son
interprétation comme organisation syntagmatique d'actes de commu-
nication.
Remarque: On voit que la communication verbale n'est, dans cette
perspective, qu'un cas d'espèce de la communication par tous les moyens et
peut être décomposée en unfaire-savoir, c'est-à-dire en un faire produisant
le transfert d'un objet de savoir.
DU SENS, II
Dans un cas comme dans l'autre, la transformation qui va s'opérer
aura pour résultat l'inversion de la fonction de l'énoncé d'état
concerné: parallèlement, le sujet virtuel sera conjoint avec son objet, et
le sujet réel, disjoint, deviendra virtuel. Dans un cas comme dans
l'autre, et à ne considérer que l'objet, on constatera qu'il s'agit là d'une
opération de transfert de valeurs. Et au contraire, si l'on considère, non
pas l'objet, mais les sujets concernés dans la transformation et que l'on
observe que l'un des sujets concernés, du fait qu'il est en même temps
sujet du faire, affecte d'une certaine manière un autre sujet, on est en
droit de désigner une telle procédure comme un acte de communica-
tion, en employant ce terme de communication dans un sens très large
lui permettant de recouvrir la totalité des relations entre sujets
humains (ou « humanisés », c'est-à-dire considérés comme s'ils étaient
humains dans des situations données). Du même coup, la valeur, dans
la mesure où elle est investie dans un objet de communication, reçoit, à
côté des définitions linguistique et axiologique déjà proposées, le statut
de valeur d'échange. Vu sous cet angle, le discours narratif apparaît
comme une mise en représentation d'une suite d'actes de communi-
cation.
Ces quatre types de transformations .un. seul
sujet (S, ou SJ en relation avec un seul objet 0 et, par-
tie de son programme narratif, constituer sa syntagmatique elemen-
taire.
DU SENS, II
Les deux dernières transformations sont dis-
jonctives donnant lieu à deux types - reflechl et transitif - de
virtualisation du sujet.
39
acquisition privation
épreuve appropriation dépossession
don attribution renonciation
OON RÉCIPROQUE.
4. LA COMMUNICATION À DEUX OBJETS
appropriation et dépossession
attribution et renonciation
i l'on désigne du nom d'épreuve la transformation donnant lieu à
ppropriation et à une dépossession concomitantes, et du nom de
celle qui produit solidairement une attribution et une renonciation
btient les del,lx principales figures par lesquelles se manifeste, à
ce, la communication des valeurs. Un tableau fort simple peut
trer ces relations paradigmatiques simples du récit:
1 r uve et. le paraître, selon l'un ou l'autre pro-
narratif envisage, tantot comme deux modes de réalisation du
ntôt comme deux modes de sa virtualisation.
LES OBJETS DE VALEUR
3.4.2. Le point de vue paradigmatique.
donné que la narrativisation, dans le cas que nous étudions, )
onslste dans le déroulement concomitant et solidaire de deux
programmes narratifs impliquant deux sujets à la fois, on voit qu'à
haque acquisition caractérisant l'un des sujets correspondra, dans le
rogram!?e parallèle, une privation affectant l'autre sujet, de telle
rte qu Il y aura concomitance entre
Iidarité de la renonciation et de l'attribution que l'on vient de
1 r souffre cependant d'une exception d'importance sur laquelle
urons à nous interroger: il s'agit du statut particulier du
t ur, susceptible, dans des cas à déterminer, d'effectuer des
lions sans pour autant renoncer aux valeurs qu'il continue à
",*Selr. transitive
(dépossession)
transitive
(attribution)
réfléchie
(renonciation)
réfléchie
(appropriation)
transformation disjonctive =
virtualisation (privation)
transformation conjonctive =
réalisation (acquisition)
TRANSfORMATIONS
38
3.4.1. Le point de vue syntagmatique.
On voit de ce qui précède qu'il existe, pour un seul sujet, deux modes
_ réfléchi et transitif - de réalisation auxquels correspondent, sur le
plan figuratif, deux modes d'acquisition des, d.e
l'appropriation. quand le sujet cherche à les acquenr par
l'attribution. quand ils lui sont par autre P.aral.le-
lement, il existe deux modes - réfléchi et transItif - de
auxquels correspondent, sur le plan m?des
de valeurs: la renonciation. quand c est le sUjet qUl se separe
des valeurs, et la dépossession. quand il en est pnve par un autre .
sujet. . . . 1
Il ne sera peut-être pas inutile de cette en pace
terminologique en la présentant, de mamere redondante, sous la forme
d'un schéma:
41
(0, nS, u02) ".,. (0, US. n 02)
. ,transformation, qui est produite par le sujet du
Identifle avec S2' est solidaire de la première et caractérisée
n voit l:énoncé complexe ainsi construit est - tout comme
ncé de jonction analysé plus haut· (S n0 US) 1 'd t·
ul éno' 1 d .• 2 - are uc lon en
.nce comp exe e deux énoncés élémentaires .réduction
u à tantôt de deux objets faisant
t e e".onces, de deux sujets rencontrés séparément
rr t, le sUjet etant. deflOl par sa relation d'objet et par elle seule
n de deux ?bjets O. et O
2
nous oblige à postuler dans 'un
, r temps, l'.exlstence d'un sujet distinct pour chacun des objets'
t que l'identification des deux sujets du fait d '
li me,actonel permet .la réduction de deux énoncés
nonce ':ecl n.ous permet par conséquent de distinguer
rtes d de à structure comparable: des énoncés r -À
! urs de sUjets et dAes enoncés joncteurs d'objets. .-l
hange alors etre, décrit comme une double transformation
ux. énonces joncteurs d objets, transformation opérée de manière
par sujets faire à la fois. Si ia première
rmation, effectuee par le sUjet du faire identifié avec S peut
rc connrne "
LES OBJETS DE VALEUR
ence de deux objets de O. et O
2
: l'objet auquel un des sujets
n nce (0,) u!1 objet (0
2
) que le même sujet convoite et qu'il
verra attnbue, mversement, lorsqu'il s'agit du second su'et
cun des ?eux sUjets pris séparément est par conséquent,
enlt au de la transformation, à la fois sujet réel et
ue , conjomt par à l'un des objets et disjoint par rap ort à
utre. La appelée figurativement échange serapdans
uchPerspective, nouvelle réalisation et une nouvelle
acun des sUjets.
outefois le fait que chacun des sUj'ets S et S est e 1 t·
b' t 0 0'· • 2 n re a lon avec
o Je s • et ? a la fOlS nous oblige à considérer séparément les
narratifs des deux sujets et à. formuler d'abord l'ét t
rratif resu.mant la situation de chacun d'eux sous la forme d' a
ncé à trOis actants: . un
La mise en place de la structure de l'échange exige, contrairement
aux situations que nous avons examinées jusqu'à maintenant, la
Une suite syntagmatique composée de deux renonciations impli-
quant deux attributions réciproques d'un même objet, ou, en d'autres
termes, de deux transformations dont la seconde annule les effets de la
première et rétablit l'équilibre antérieur, peut être désignée comme un
don réciproque. Quelle que soit sa signification narrative, elle ne
constitue, sur le plan formel, que le cadre général de la communication
bi-polaire, sans pour autant pouvoir être identifiée avec la structure de
l'échange.
La virtualisation du sujet, lorsqu'elle se manifeste sous la forme de
dépossession correspondant au «manque» proppien, comporte un
aspect positif: elle constitue une des conditions nécessaires de la
promotion du sujet virtuel en sujet du vouloir. La renonciation, au
contraire, étant une virtualisation générale, ne conduit pas le sujet vers
une augmentation de ses potentialités. Les deux «situations de
manque », tout en étant comparables, ne sont pas identiques, parce que
les positions syntagmatiques des sujets dans la narration ne le sont pas:
dans le premier cas, le faire peut suivre la virtualisation du sujet, dans
le second, il la précède.
C'est dans ce dernier contexte qu'apparaît, comme une réponse
attendue, une unité narrative souvent appelée contre-don: elle peut
être formulée en termes identiques à ceux du don, à cette différence
près que le sujet opérateur du contre-don sera en syncrétisme avec le
sujet du programme narratif opposé. L'objet des deux opérations de
transfert restant le même (comme c'est le cas, par exemple, de la fille
du roi que le héros renvoie à son père pour la recevoir ensuite en
mariage), le contre-don se présente comme le rétablissement du statu
quo ante: à la suite de la renonciation de SI' la transformation d'état
40
4.2. L'ÉCHANGE VIRTUEL.
se trouve annulée par le faire transformateur de S2 :
DU SENS, II
_. J
43
1. r. notamment ('étude que Denise Paulme a consacrée aux« Échanges successifs .,
. 116.
.
LES OBJETS DE VALEUR
P r exemple, que l'échange n'est définitivement réalisé (c'est-à-dire l
ns arrière-pensées de récupération des valeurs auxquelles on a
r noncé) que si
0
1
~ O
2
)
u, autrement dit, que si 0
1
et O
2
sont considérés comme des j X-
currences substituables de la classe d'objets O.
On voit que, dans ce' cas, la structure de l'échange réalisé rejoint, J
utes proportions gardées, celle du don réciproque, à ceci près que les
~ e t s inscrits dans les énoncés rendant compte du don et du contre-don *-
nt considérés comme identiques, alors qu'ils ne sont considérés que
mme équivalents dans les énoncés constitutifs de l'échange.
outefois l'établissement de l'équivalence entre les valeurs
, hange présuppose un savoir préalable relatif à la .. valeur,. des
V 1 urs et l'échange équilibré repose de ce fait sur une confi nce
'r ue, autrement dit, sur un contrat fiducimLe, implicite ou
licite, entre les participants à l'échange. Il en résulte que si
l' h nge, considéré comme une des formes de la communication des
1urs, possède bien une structure définie, son interprétation dépend
ntiellement de la forme du contrat qui le précède et l'encadre,
m qui admet toutes les manipulations de la catégorie de l'être et du
roftre.
n ne sera pas étonné alors de voir que les récits folkloriques simples
exploitent presque exclusivement la structure de l'échange 1
r i sent construits sur l'ignorance ou la naïveté, vraies ou simulées,
l'un des sujets (ou de chacun des deux sujets par intermittence et
justification psychologique) et que les enchaînements syntagma-
réalisés se présentent comme des crescendo ou des decrescendo
v leurs allant de la possession de l'aiguille à l'acquisition du bœuf,
nversement. Introduit comme une séquence narrative semi-
nome dans un récit plus large, l'échange ainsi déséquilibré par les
lités du contrat selon le savoir qu'il sous-entend apparaît souvent,
xemple, comme une duperie où seul le sujet décepteur se réalise en ...
njoignant avec l'objet de valeur, n'offrant au sujet dupé qu'une
-valeur: un tel échange ne se distingue guère, dans ses conséquen-
qui seules sont prises en considération lors de l'établissement du
ma narratif des transferts -, de l'appropriation résultant de
4.3. L'ÉCHANGE RÉALISÉ.
F trans [SI -+ (°
1
U SI n 02)] :l: F trans [S2 -+ (°
1
nS2 U02)]
étant entendu que, dans la première transformation, le S trans = SI' et
que, dans la seconde, le S t.rans =S2'
Tout se passe ici comme si, à la suite de ces deux transformations
concomitantes et solidaires, les deux sujets concernés se retrouvaient
de nouveau à.la fois réalisés et virtuels, c'est-à-dire comme si, ayant
chacun acquis un objet d'échange, ils restaient néanmoins .. attirés ,.
par l'objet auquel ils viennent de renoncer. Nous préférons dire que,
dans ce cas, l'échange en tant que tel n'est pas complètement réalisé.
qu'il est sujet à des rebondissements, et le désigner du nom d'échange
virtuel.
par la simple inversion des fonctions de conjonction et de dis-
jonction:
L'échange en tant qu'unité de communication des valeurs peut alors
être défini comme
DU SENS, II
42
L'échange ne peut donc être considéré comme réalisé que si la
relation de disjonction qui relie chacun des sujets à l'objet renoncé
cesse d'être une virtualité de réalisation, autrement dit, que si, toute
relation annulée, la yaleur relevant de SI cesse d'être une valeur pour S2
et inversement. La formule de l'échange réalisé devrait donc s'écrire
comme
Cette formule ne peut être considérée comme correcte qu'à
condition de pouvoir rendre compte de l'annulation ou, du moins, de la
suspension des relations virtuelles attachant les sujets aux valeurs
abandonnées.
L'interprétation que nous voulons proposer consiste à faire admettre
une équivalence possible entre les valeurs réalisées et les valeurs
virtualisées et, du même coup, leur substituabilité. On pourrait dire,
DU SENS, II
l'épreuve, et la formulation des transformations opérées serait appelée
à utiliser, pour rendre compte de la non-réciprocité, le concept de
suspension de la transformation qui n'est effectuée que sur le mode du
paraître par le sujet décepteur. Un jeu stylistique de conversions qui
consiste dans la manifestation de certaines unités narratives de surface
à la place d'autres unités, requises par la syntaxe narrative, s'institue
ainsi, et seule l'inscription de l'échange dans un contexte syntagma-
tique plus vaste permet de désambiguïser la narration.
5. LA COMMUNICATION PARTICIPATIVE
En essayant de rendre compte des transferts des objets et des
communications des sujets dans un univers axiologique réduit à sa plus
simple expression, dans un univers des valeurs déjà existantes et
reconnues comme telles, nous avons été obligé de le fermer à l'aide de
garde-fous qui sont les destinateurs, garants de la circulation des
valeurs en vase clos et médiateurs entre cet univers immanent et
l'univers transcendant dont ils manifestent la présence sous la forme
d'actants d'une syntaxe d'inspiration anthropomorphe. Nous avons
déjà vu à quel point la pensée mythique - et probablement notre
imaginaire de façon très générale - répugnait à reconnaître le statut ex
nihilo aux valeurs ambiantes, préférant lui substituer un ailleurs
axiologique et postulant la possibilité d'une certaine communication
entre ces deux univers. Il s'agit donc de donner ici une représentation,
au moins sommaire, de ce type particulier de communication. Étant
donné que les destinateurs, en leur qualité de possesseurs de valeurs
transcendantes, peuvent être considérés comme des sujets à la fois
réels et transcendants. il est possible d'imaginer leur communication
avec les destinataires opérant pour leur propre compte dans l'univers
immanent, en qualité par conséquent de sujets immanents et virtuels,
du moins dans leur premier état originel. C'est en tant que sujets qu'ils
peuvent être mis en communication et que leur statut peut être décrit
sous la forme d'énoncés canoniques.
La difficulté de décrire cette transsubstantiation des valeurs
transcendantes en valeurs immanentes en utilisant la structure de la
communication vient, en premier lieu, du fait que la définition même
de la communication, entendue comme une transformation opérant
solidairement la disjonction de l'objet avec un des sujets et sa
44
LES OBJETS DE VALEUR
conjonction avec le second sujet, ne s'applique pas toujours aux
relations entre le destinateur et le destinataire. L'existence d'une
relation de présupposition unilatérale entre le destinateur-terme
présupposé et le destinataire-terme présupposant rend la communica-
tion entre eux asymétrique: ainsi, le statut paradigmatique du
destinateur par rapport au destinataire se définit par la relation
tandis que celui du destinataire par rapport au
destmateur se caractérise par la relation hYP0!lymique, cette asymétrie
ne pouvant que s'accentuer lors de la syntagmatisation des deux
actants, considérés comme sujets intéressés par un seul objet. Pour ne
prendre que le cas du destinateur qui, en tant que sujet transformateur,
opère un don adressé au destinataire: si la transformation a pour
onséquence l'attribution d'une valeur au destinataire, cette attribu-
tion n'est pas pour autant solidaire, comme il aurait fallu s'y attendre,
e la renonciation de la part du destinateur. Autrement dit, la
transformation, au lieu de s'opérer, comme prévu:
(Dr n 0 U Dre) = (Dr U 0 n Dre)
boutit, au contraire, à :
(Dr n 0 U Dre) = (Dr nOn Dre)
L'objet de valeur, tout en étant attribué au destinataire, reste en
njonction avec le destinateur.
Les exemples pouvant illustrer ce phénomène insolite sont nom-
r ux. Ainsi, lors de la communication verbale, le savoir du destina-
t ur, une fois transféré au destinataire, est« partagé» avec lui sans que
1 destinateur s'en trouve privé. La reine d'Angleterre a beau déléguer,
n un, tous ses pouvoirs aux corps constitués, elle n'en reste pas moins
1 ouveraine toute-puissante: une belle fiction, dira-t-on, sans laquelle
urtant le concept de souveraineté ne peut pas être fondé.
es transferts de ce genre ne se limitent pas aux modalités seules: la
ultiplication du pain dans les Évangiles ne s'explique que par le
inépuisable des possessions du destinateur; les divinités
uamennes appelées kaukai ne fournissent pas directement des
hesses à ceux dont elles prennent soin, elles ne font que rendre
biens inépuisables et leur consommation n'en diminue pas la
ntité.
n présence de telles conceptions universellement répandues, le
45
LES OBJETS DE VALEUR
rniers étant les garants de l'existence sémiotique des sujets en
nction avec les objets investis de valeurs. La syntaxe événementielle
ue nous nous efforçons de construire est, qu'on le veuille ou non,
'inspiration anthropomorphe, projection qu'elle est des relations
ndamentales de l'homme au monde, ou, peut-être, inversement, peu
porte.
A la recherche des situations simples et des structures syntaxiques (
1 mentaires, nous avons pris comme point de départ une configuration
yntaxique simple représentant deux sujets intéressés par un seul et \
me objet de valeur: son examen nous a permis de reconnaître (
u Iques états narratifs simples susceptibles d'être formalisés eni
noncés de jonction, syntagmatiques et paradigmatiques, de montrer,
u i, que chaque sujet est en mesure de dérouler son propre
r ramme narratif. Complétant une interprétation topologique du
It elon laquelle les déplacements des objets suffisaient à eux seuls à
ndre compte de son organisation, les sujets n'étant que les lieux de
ur transferts, nous avons cherché à montrer que la communication
ujets, régis par des opérateurs de transformation, constituait elle
u i une dimension explicative satisfaisante, permettant l'établis e-
nt d'une première typologie des transformations élémentaires
nifestées, à un niveau plus superficiel, comme des actes de
munication.
partir de cette typologie, l'exploration a pu être poussée dans deux
tions différentes: vers la représentation syntaxique de la structure
l' hange, d'une part, qui nécessite l'introduction, à côté de deux
l , de deux objets de valeur distincts: l'équivalence des valeurs
v li dans ces objets, et que nous avons été amené à postuler, a
apparaître l'existence présupposée d'un contrat fiduciaire
ri ur, arrêtant là notre investigation; vers l'interrogation sur le
tut particulier de la communication entre destinateur et destina-
, d' utre part, caractérisée, assez curieusement, par une attribu-
l'objet sans renoncement concomitant: les conséquences à tirer
l' nregistrement de cette forme de communication participative ne
V i nt pas non plus être développées en cet endroit à défaut de
r il conceptuel non encore mis en place. La dernière forme
tlv simple rendant compte de la transformation des valeurs
t v en valeurs négatives, ou inversement, ne pouvait même pas
qui sée: son examen nous aurait obligé de postuler l'existence
nli- ujet et d'un anti-destinateur, existence qui intuitivement
t vidente, mais dont l'établissement - dans le cadre d'un projet
v udrait scientifique ne serait-ce que par la cohérence interne
47
6. RAPPEL
46
DU SENS, Il
sémanticien n'a pas à s'interroger sur la réalité des pouvoirs de la reine
ni sur l'efficacité des kaukai. il doit se contenter d'en proposer une
description appropriée. Nous dirons donc qu'il s'agit là d'un type
spécifique de la communication, en proposant de la désigner comme
une co,!,municationp.wtici/li!ÛJ'e. et ceci en nous référant aux relations
struCturales particulières entre le destinateur et le destinataire que
nous interprétons dans le cadre général de la formule pars pro
tota.
Quoi qu'il en soit, il. est difficile, à ce stade de la mise en place des
tructures élémentaires de la narrativité, d'aller plus loin dans
'l'examen de la communication participative sans engager à fond notre
conception de la structure actantielle, sans avoir décrit, surtout, la
structure de la communication verbale et, de façon plus générale, celle
de la transmission et de la manipulation sémiotique du savoir qui
constitue à elle seule un niveau autonome de la narrativité : aussi le peu
que nous en avons dit devrait être considéré comme un aide-mémoire,
comme une boîte noire dont l'emplacement est prévu mais dont le
contenu reste à explorer.
Ce chapitre est destiné à présenter, tout d'abord, les valeurs
culturelles - peu importe qu'elles participent des univers sémantiques
sociaux ou qu'elles soient intégrées dans des univers individuels - en les
distinguant des valeurs modales. qui, bien que de nature sémantique,
sont exploitées en vue de la construction de la grammaire. Les
possibilités de définitions linguistique, axiologique et sociologique de la
valeur ont été explorées dans le seul but de montrer leur caractère
complémentaire et non contradictoire, condition de la pertinence du
projet sémiotique. L'univers des valeurs, sémantique au sens strict du
terme, a pu ainsi être encadré par des structures syntaxiques
élémentaires qui assurent leur saisie et rendent compte de leur
narrativisation.
La narr&ité, considérée comme l'irruption du discontinu dans la
1
permanence discursive d'une vie, d'une histoire, d'un individu, d'une
culture, la désarticule en états discrets entre lesquels elle situe des
transformations: ceci permet de la décrire, dans un premier temps,
sous la forme d'énoncés de faire affectant les énoncés d'état, ces
~
At A
2
Al (
'\V
al
un actant(A
t
) pouvait être manifesté dans le discours par 1
u acteurs (al: a
2
, al)' l'inverse était également possible, un seul
(al) pouvant être le syncrétisme de plusieurs actants (AI' A
2
,
Les actants, les acteurs
et les figures *
1. STRUCTURES NARRATIVES
49
r6interprétation linguistique des dramatis personae que nous
proposée à partir de }a description proppienne du conte
lIleux russe a cherché à etablir, en premier lieu, une distinction
les actants relevant d'une syntaxe narrative et les acteurs
nnaissables dans les discours particuliers où ils se trouvent
~ t6s. Cette distinction que nous continuons à considérer comme
nente - ne serait-ee que parce qu'elle a permis de séparer
t ment les deux niveaux autonomes où peut se situer la réflexion sur
rr tivité - n'a pas manqué de soulever dès le début de nombreuses
ult6s montrant par là même la complexité de la problématique
live. On s'est aperçu, par exemple, que la relation entre acteur et
",. loin d'être un simple rapport d'inclusion d'une occurrence dans
1 e. 6tait double:
1.1. A ANTS ET ACTEURS.
lUte a ~ t ~ publié dans le recueil Sémiotique narrative et textue//e. Paris,
....... 1973, C. Chabrol et J.-C. Coquet, éd.
DU SENS. II
qui exige l'interdéfinition de tous les concepts utilisés - ne va pas de
soi.
n est évident que l'examen des investissements axiologiques et de
leur narrativisation ne constitue qu'un chapitre relativement peu
important de la sémiotique narrative: les valeurs culturelles, si elles
occupent une place de choix dans les récits mythiques et surtout
folkloriques, ont tendance à se réduire à peu de chose dans la littérature
dite moderne, par exemple. L'organisation narrative des valeurs n'en
constitue pas moins le fondement de la narrativité, car son « efface-
ment» n'est pas moins significatif que sa présence.
*
vs sujet négatif (ou anti-sujet)
VS objet négatif
vs négatif (ou ant!-destinateur)
VS destinateur négatif (ou antt-destinataire)

• Inaunotlcndu le.s termes de positif et de négatif sont de pures
n et n Imphquent aucun jugement de valeur, la confusion
51
,-
SI><S2
S2 St
r df et ,qui .distingue, en tout cas, la deixis positive
a elXlS negatlve (S2 + SI)' Il en résulte au moins un
.'tllll,ment do la actantielle où chaque actant peut être
un dos deux deIXls donnant lieu aux distinctions suivantes:
LES ACTANTS, LES ACTEURS ET LES FIGURES
Il quo soit l'interprétation que l'on donnera à ces struct
1,llta:lliquo : (a) sur le p!an social, la relation de l'homme au
Jl'CMlull..nt dos va!eurs-obJets et les mettant en circulation dans le cadre
l'IllNlllmteructuro,d é.change, ou sur le plan individuel, la relation de
1objet de. son. et l'inscription de celui-ci dans les
r e a lOter-humaine, les disjonctions 0 érées
d h6:as suffisamment pour
ases d une articulation de l'imaginaire. Verba-
••ue)n. do » antérieures au faire linguistique ou
t ,n do 1 humam organisant un monde sensé -, eu
"I_te , Olt lOIS' se comme des positions formelles
n e articulation du sens.
, rjonctions paradigmatiques.
ft pt do postulat implicite à tout notre raisonne-
uppose 1eXistence d'un réseau relationnel de type paradig-
us-e.ntendu aux actants tels qu'ils paraissent dans les
n rratIfs.. se passe, en effet, comme si le su'et -
.MI .•lnatlur ou de la narration -, lorsqu'il se met en état d
IIr'IU'CltUlre hre .narratifs, disposait au préalable d'un;
9Ul. la signification en ensembles
nt Jo carre semiotique
F

d"
estlnateur 0 'Jet estlnatalre
F
Î\
sujet objet
Si l'on considère le récit comme un énoncé global, produit et
communiqué par un sujet narrateur, cet énoncé global peut être
décomposé en une suite d'énoncés narratifs (= les «fonctions» de
Propp) concaténés. En attribuant au verbe-prédicat de l'énoncé le
statut defonction (au sens logique de relation formelle), on peut définir
l'énoncé comme une relation entre les actants qui le constituent. Deux
sortes d'énoncés narratifs peuvent se rencontrer:
ou, dans la notation empruntée à la logique :
F (S --+ 0) F (Dt --+ 0 --+ D2)
50
1.2.1. Disjonctions syntagmatiques.
1.2. STRUCTURE ACTANTIELLE.
DU SENS, Il
Des recherches ultérieures ont permis de voir un peu plus clair dans
l'organisation actantielle des «personnages du récit », d'envisager
même la possibilité d'une grammaire narrative indépendante des
manifestations discursives. L'organisation actorielle, au contraire, n'a
été que très peu concernée par ces recherches: c'est une défaillance qui
s'explique aisément par l'absence d'une théorie cohérente du discours.'
Profitant du fait que les recherches narratives semblent, en un
certain sens, marquer le pas, nous avons pensé qu'il ne serait pas inutile
de procéder à une mise au point à la fois terminologique et didactique,
et ceci dans un double but: pour inventorier ce qui, dans ce doma,ine,
peut mettre l'accent sur le nombre toujours croissant - du fait,
notamment, du déplacement progressif du centre d'intérêt de la
littérature orale à la littérature écrite - des problèmes qu'il est urgent
de résoudre, des directions qu'il est souhaitable d'emprunter.
(
La structure actantielle apparaît de plus en plus comme étant
ft susceptible de rendre compte de l'organisation de l'imaginaire humain,
projection tout aussi bien d'univers collectifs qu'individuels.
DU SENS, Il
ne tarde pas néanmoins à s'installer rapidement dans.certains cas., 1.1
est ainsi, par exemple, dans la littérat.ure
très souvent par une moralisation duahste nglde ou 1
positif vs négatif se trouve invest}e de bon ;'S .mauvals,
donnant lieu à des couples de heros et de traltre, d adjuvant et
d'opposant, etc. ., . .
Un tel investissement moralisant n'est cependant n} m
suffisamment général: on le voit facilement remplace un Inves-
tissement esthétisant, par exemple, ou distribué non pas sImplement
sur les deux deixis opposées, mais sur des termes nom?reux du
carré sémiotique, quand les « cessent. d
« bons» ou « mauvais ». AusSI suffIra-t-Il de malntemr pnnclpe
même de disjonction paradigmatique des actants en
dichotomisation par leur conformité ou delXls
considérées, quitte à envisager l.a posslblhte de
telle classe de récits par des investissements valOrisants specIfI-
ques.
Remarque: Dans cette la des
actants peut être généralisée, applicable meme a des reclts mllllmfal;lx a un
1 actant· dans la mesure où celui-ci rencontre, dans son alre,.u
n
cet obstacle sera comme la représentatIOn
métonymique de de la delxls non conforme au champ
d'activité de l'actant mamfeste.
1.3. RÔLES ACTANTIELS.
A côté des disjonctions qui. rendent c?mpte la
dramatisation de la narration et des dISjonctions syntaxiques qUI, en
tant que projections du faire humain virtuel, de la
représentation de son déroulement, d'autres en.trent en jeu
pour diversifier la structure actantielle. aux
disjonctions que nous venons d'invoquer. et qUI 1espace
imaginaire en autant de lieux distincts qUI, l?rs ?e projectIOn ou de
leur saisie, se maintiennent en un certain eqUlhbre,. de nouvelles
catégories surdéterminent les actants dans leur progressIOn syntagma-
tique.
52
LES ACTANTS, LES ACTEURS ET LES FIGURES
1. .1, Compétences et performances.
concept de performance que nous avons proposé d'introduire
la terminologie narrative pour le substituer aux notions trop
U d'" épreuve », de « test », de « tâche difficile» que le héros est
accomplir et afin de donner une définition simple du sujet (ou de
l' ntl-sujet) dans son' statut de sujet de faire - ce faire étant réduit à
ulte canonique d'énoncés narratifs -, en appelle naturellement à
lui d compétence. '
ur le plan narratif, nous proposons de définir la compétence comme
uloir et/ou pouvoir et/ou savoir-faire du sujet que présuppose son
rformancie1. Il est en effet devenu presque banal de dire que,
t ut système sémiotique, l'exercice de la « parole» présuppose
t nce d'une «langue» que la performance du sujet signifiant
po e sa compétence de signifier. Si tout énoncé manife té
nt nd, chez le sujet de l'énonciation, la faculté de former le
enclnC45s, celle-ci reste toutefois, de façon générale, implicite. La
ti n, au contraire, dans la mesure même où elle est la projection,
n ire, des situations «réelles », se fait fort d'expliciter ces
"''''.PJ)()Sés en manifestant successivement et les compétences et les
..ltIll)rm nces du sujet. Elle fait même plus. Si, par exemple, la
t nce du sujet parlant peut être conçue comme le syncrétisme
lités du vouloir + pouvoir + savoir-dire, la narration, tout en
MI.nlrclt nt ces diverses compétences comme des compétences d'un
miotique, peut les disjoindre en même temps, soit en attribuant
odalités du' savoir-faire ou du pouvoir-faire â des actants
nt , soit en faisant acquérir ces différentes modalités séparé-
t uccessivement par un seul actant au cours d'un même
.. ...,.... mme narratif.
t cela que nous voulions en venir : si le sujet compétent est
nt du sujet performant, ils ne constituent pas pour autant deux
lfférents, ils ne sont que deux instances d'un seul et même
Ion la logique motivante (post hoc, ergo propter hoc), le sujet
rd acquérir une certaine compétence pour devenir perfor-
; Ion la logique des présuppositions, le faire performateur du
plique au préalable une compétence du faire.
....',INDU. dirons donc que l'actant sujet peut assumer, dans le
me narratif donné, un certain nombre de rôles actantiels. Ces
nt définis à la fois par la position de l'actant dans l'enchaÎne-
1 ique de la narration (sa définition syntaxique) et par son
53
DU SENS, II
investissement modal (sa définition morphologique), rendant ainsi
possible la réglementation grammaticale de la narrativité..
Upe terminologie des rôles actantiels devrait pouvoir être constituée,
permettant de distinguer nettement les actants eux-mêmes des rôles
actantiels qu'ils sont appelés à assumer dans le déroulement du récit.
Ainsi, on pourrait distinguer le sujet virtuel du sujet du vouloir (ou
sujet instauré); celui-ci, du héros selon le pouvoir (Ogre, Roland) ou du
héros selon le savoir (le Petit Poucet, Renard), etc.
1.3.2. Véridiction.
La stratégie des rôles actantiels qui sont acquis ou échangés tout le
long du récit ne se limite pas aux jeux de compétences et performances.
On ne doit pas oublier, en effet, que, par exemple, rien que dans le
cadre du conte populaire, la compétence du sujet (= sa qualification)
ne peut être acquise qu'à l'aide d'une performance simulée. Or, en
disant qu'elle est simulée, on s06s-entend qu'elle est pour
paraître vraie, mais qu'elle ne l'est pas «en réalité ».
Le problème de la véridiction dépasse ainsi largement le cadre de la
structure actantielle. Il s'agit pour le moment de montrer, en
introduisant dans le cadre que nous nous sommes tracé la catégorie de
l'être et du paraître, comment celle-ci, tout en compliquant davantage
le jeu narratif, augmente considérablement le nombre de rôles
actantiels. En proposant l'interprétation sémiotique de la catégorie de
vrai vs faux selon les articulations du carré
VRAI
être paraître
, SECREt 1 ><.1MENSONGB
non paraltre non etre
FAUX
nous cherchons non seulement à libérer cette catégorie modale de ses
rapports avec le référent non sémiotique, mais aussi et surtout à
suggérer que la véridiction constitue une isotopie narrative indépen-
dante, susceptible de poser son propre niveau référentiel et d'en
typologiser les écarts et les déviations, instituant ainsi «la vérité
intrinsèque du récit ».
54
LES ACTANTS, LES ACTEURS ET LES FIGURES
a surdétermination des actants selon cette catégorie de l'être et du
paraitre rend compte de cet extraordinaire « jeu de masques» fait
, ffrontements des héros cachés, méconnus ou reconnus et des traîtres
vestis, démasqués et punis, qui constitue un des axes essentiels de
l' m ginaire narratif. Cependant, ce que l'on retiendra pour l'instant de
ut ceci, c:est de nouvelles diversifications de program-
: et pO,ur ne s'en tenir qu'à l'exemple du conte
- le sUjet Instaure (doté de la modalité du vouloir) éclate
on l'a vu, un sujet et un anti-sujet, susceptibles
un d des competences selon le pouvoir ou le savoir (ou les
u uccessIvement), offrant de cette manière au moins quatre (ou
t) rôles actantiels et autorisant déjà une typologie des sujets
tents (héros ou traîtres) qui permet, à son tour, de déterminer
rcours narratifs différents; la surdétermination de ces divers
t compétents par des modalités de vrai vs faux et de secret vs
onge multiplie d'autant le nombre de rôles actantiels, diversifie le
ur syntaxIques qu'empruntent les sujets, mais aussi - et ceci est
rt nt - permet de calculer, grâce à des additions soustractions et
t rminations des modalités qui définissent les 'rôles, des trans-
tions narratives qui se produisent dans le cadre d'un programme

tr ment dit, l'introduction, à partir des structures actantielles
nt ires, du concept de rôle actantiel permet d'envisager avec
d' surance la possibilité de la construction d'une syntaxe
tlv ,
RUCTURE ACTORIELLE.
r re présente dans le discours narratif, la structure actantielle a
la médiation de la typologie des rôles actantiels qui, définis à
prieurs charges modales et leurs positions syntagmatiques
Iv , peuvent seuls recouvrir et dynamiser la totalité du
••lIra e n'est s'engager un nouveau processus
t la mamfestatIon dIscurSIve de la narrativité, processus
.....tlluant à une superposition de deux structures, actantielle et
Il , et donnant lieu à des emboîtements d'actants en acteurs.
os chercher à préciser au préalable le statut structural
t en se fiant uniquement à sa conception naïve comme celle
nnage » qui reste d'une certaine manière permanent tout le
55
DU SENS, II
long d'un discours narratif, on peut espérer du concept
de rôle actantiel peut apporter quelque lumlere la simple consta-
tation de la non-adéquation entre actants et acteurs (selon laquelle un
actant peut être manifesté par plusieurs ,un
acteur peut représenter plusieurs actants a la fOlS) sil. on s en
satisfaisait ne serait qu'un constat d'échec pour une theone qUi se veut
explicative'. Quelques exemples permettront de situer plus aisément le
problème de cette inadéquation. .' .
(a) L'examen de l'actant objet nous .a de. dlstmguer par
ailleurs deux sortes d'objets: ceux qUi sont mvestis de «valeurs
objectives» et ceux qui co.mportent des « su?jectives ».
l'imperfection terminologique flagrante, repose sur
un critère structural celui de leur mode d attnbutlOn qUi se fait, dans
le premier cas, selon i'avoir et, le second, selon l' A ce preI?ier
critère, on doit cependa11t en ajouter un autre, celUi d.e
tation actorielle dans le discours: tandis que les objets mvestis de
«valeurs objectives» sont présents dans le discours sous la forme
d'acteurs individualisés et indépendants (nourriture ou enfants dans le
Petit Poucet), les objets à valeur subjective sont ma.nifestés des
acteurs qui sont conjointement et en même temps :t objets
Petit Poucet est, en tant qu'acteur, en même temps sUjet-heros et objet
de consommation pour l'Ogre, fournisseur, à la fin, pour toute sa
famille). Ainsi, les rôles actantiels peuvent être distribués de manière
conjointe ou disjointe parmi les acteurs.
Remarque: De :,aleurs peuvent être doublées. ou
triplées dans un meme reclt (nournture et enfants) et .se trouver etre
représentées par des sous-acteurs séparés, entretenant d'ailleu.rs entre
des relations d'interdépendance syntaxique (l'absence de nournture motive
la perte d'enfants).
(h) Les rôles actantiels qui définissent la
peuvent être manifestés. par le même acteu:
r
que le
soit par des acteurs ,dlSjOmts. Dans ce, cas, 1 I?dm-
dualisé sera dénomme, dans son statut d auxlhant, et SUivant qu 11
conforme à la deixis positive ou négative, tantôt adjuvant. tantot
opposant. . ..,
G
(c) Le destinataire peut être son destmateur (amsl, le
cornélien qui" se doit »). L'acteur, umque, sera alors charge de
subsumer les deux rôles actantiels.
! (d) Le sujet et l'anti-sujet peuvent être réunis ensemble et mener, au
sein d'un seul acteur, «une lutte intérieure» à mort (Faust).
,
56
LES ACTANTS, LES ACTEURS ET LES FIGURES
, s exemples semblent suffisamment significatifs pour
u n dire que tout. tout rôle actantiel est susceptible de
un dlSjo.mt et autonome et qu'inversement, toutes]
1 dlSjOnctlOns au de la structure actantielle peuvent
r ,en un certam sens, neutrahsees par des investissements conjoints
n des. acteurs de plus en plus complexes. En polarisant ces
n lalations, on. peut théoriquement deux types extrêmes de
uclures actofl.elles (a) actorielle peut
V Ir une expanSlOn maXimale caractensee par la présence d'un acteur
ndant pour chaque actant ou rôle actantiel (le masque, par
p.le, est un .acteur ayant la modalité du paraître pour rôle
ntIel); nous dirons que la structure actorielle est, dans ce cas
livée; (h) la distribution actorielle peut avoir une
imale et se réduire à un seul acteur ayant en charge tous les actants
1 actantiels nécessaires (donnant lieu à une dramatisation
1 ure absolue); la structure actorielle sera dite, dans ce cas,
"."IDllrclivée.
lr les deux extrêmes se situent les distributions actorielle à
et subjectivante qui représentent, on s'en doute,
J flle. des A supposer que l'inventaire des programmes
llf étabh et de passage groupés
r de 1épreuve quahfIante, problemes de reconnaissance autour
l' preuve glorifiante, etc.) et que le. rôles.
Il pour chaque parcours narratif SOlt falt, la dlstnbution
Il de ces rôles pourrait être utilisée comme un critère
1 ique en vue de l'élaboration d'une théorie générale des
2. STRUCTURES DISCURSIVES
MM NT RECONNAÎTRE LES ACTEURS.
n articulations élémentaires _de l'imaginaire, en
J 1 les premieres structures - paradigmatiques et syntagmati-
est arrivé, petit à petit, en empruntant la
ucllve, a se representer le discours narratif comme étant
1 d'un réseau relativement dense de rôles actantiels manifes-
57
DU SENS, II
tés, de manière tantôt disjointe, tantôt conjointe, par des ac.teurs qui,
eux, peuvent déjà être considérés comme des discours. Il
... est impossible de nier l'importance de modeles actan!lels. Pour des
raisons théoriques, d'abord: ils constituent une, de. rendre
compte des instances et des pa.rcours du ge?eratI!s du
Mais pour des raisons pragmatiques, aussI: Ils dOIvent etre consideres
\ comme des modèles de prévisibilité, comme des hypothèses présentées
sous forme d'articulations logiques qui, une fois projetées sur des
textes, peuvent en augmenter la lisibilité.
Il n'empêche que, se trouvant devant un texte nu, le chercheur est
gêné de ne pas disposer de procédures objectives lui permettant
d'opérer des choix nécessaires et de les. du
discours (dans notre cas, les acteurs) narratIvement pertinents. L ecart
entre ce qu'il croit savoir sur le mode d'existence des structures
narratives et les techniques de lecture qu'il a en sa possession est
trop considérable: l'impuissance relati.ve de tex.tuelle
prétend opérer en faire son narratif
implicite est ici tout aussI slgmflcatIve que les le
constructivisme déductif à rejoindre la manifestation discurSive.
Aussi, abandonnant provisoirement la démarche déductive située
dans le cadre de la narrativité, essaierons-nous de reprendre le
problème à partir des considérations générales sur la manifestation
linguistique.
2.2. FIGURES ET CONFIGURATIONS,
La faiblesse des résultats de l'analyse textuelle, lorsqu'elle cherche à
établir les procédures de reconn.aissance des du
d'innombrables actants syntaxiques de ses enonces et a defInIr du
même coup les acteurs dans leur et. leu!'s vie?t
du fait, nous semble-t-il, qu'elle situe ses investigatIOns au mveau tres
superficiel de la syntaxe des <?r, nous
que rien de bon ne peut se faIre en lIngUIstique tant on
pas ce niveau, tant qu'on ne se met pas à explorer, apres
les deux plans du signifiant et du signifié, les unités à la fOlS plus petites
et plus profondes de chacun des plans pris séparément, dénommées
flgw:d· . .
L'analyse narrative dont nous nous occupons se Justement tout
entière sur le plan du signifié et les formes narratIve's ne sont que des
58
LES ACTANTS, LES ACTEURS ET LES FIGURES
ni ations particulières de la forme sémiotique du contenu dont la
ri de la narration essaie de rendre compte. La théorie du discours
nt n invoque de toutes parts l'urgente nécessité aura- donc-pour
h d'explorer les formes discursives et les différents modes de leur
ul tion avant de passer à la théorie linguistique stricto sensu. A J
ur actuelle, c'est cette médiation théorique entre les formes
tives et les formes linguistiques de dimènsions phrastiques qui
t tre la plus difficile à établir.
V nons donc, pour commencer, à des problèmes proprement
ntl ue ,En effet, si le concept d'actant est de nature syntaxique,
ac r à première vue du moins, ne pas relever de la
IYIIlt.,tC, mais de la séman' e; un acteu ne fonctionne comme actant
u'il est pns en charge soit par la syntàxe narrative, soit par la
IyrltallC Par rapport à ses emplois syntaxiques, il se trouve
ituation comparable à celle d'Ulllexème nominal qui se plie à
1 manipulations de la syntaxe. '
men sémantique d'un lexème (du lexème tête. par exemple,
1 d ns Sémantique structurale) nous le montre doté d'un noyau
V ment stable, d'une figure nucléaire à partir de laquelle se
1 nt virtualités, certain.s parcours sémémiques per-
mise en contexte, c'est-à-dire sa réalisation partielle dans le
Le lexème est, par conséquent, une organisation sémiq
II qui, à de rares exceptions près (lorsqu'il est mono-sémémi-
,n' t jamais réalisé tel quel dans le discours manifesté. Tout
"GOlllr., du moment qu'il pose sa propre isotopie sémantique, n'est
ploitation très partielle des virtualités considérables que lui
thésaurus lexématiql,le; s'il poursuit son chemin, c'est en le
p de figures du monde qu'il a rejetées, mais qui
".-.&nlllint à vivre leur existence virtuelle, prêtes à ressusciter au
Cfort de mémorisation.
herches portant sur l'exploration des « champs lexicaux» ont
n évidence cette charge potentielle des figures lexématiques :
lcnt décri!es dans le cadre du dictionnaire (comme le lexème
1 par Patrick Charaudeau) ou extraites d'un texte homogène
1 cœur dans l'œuvre de Jean Eudes, étudié par Clément
, n constate immédiatement que ces figures ne sont pas des
rmés sur eux-mêmes, mais qu'elles prolongent à tout instant
urs sémémLques en rencontrant et en accrochant d'autres
parentées, en constituant comme des constellations figura-
t leur propre organisation. Ainsi, pour prendre un exemple
1 figure de soleil organise autour d'elle un champ figu-
59
DU SENS, Il
ratif comportant rayons. lumière. chaleur, air. transparence. opaci(é.
nuages. etc. , " .
Une telle constatation nous amene a dire que, SI les figures
Î\ lexématiques se manifestent, en principe, dans le des
/ elles transcendent facilement ce cadre et dressent un reseau figuratif
, relationnel s'étalant sur des séquences entières et y constituant des
configurations discursives. , A
La théorie du discours, dans la mesure ou elle ne veut pas etre u,n
appendice de la linguistique ne ?evrait
l'importance de ce phénomène: les configuratIOns Il s ag.it ne s?nt
autre chose que des figures du discours (au sens hJelmslevlen de ce
terme); distinctes à la fois des formes .narratives. et des,
phrastiques, elles fondent de cI( fait, du moms en partie, 1!!...§.p-ecIflcite
du discours comme forme d'organisation du sens.
. La reconnaissance et l'attribution d'un statut structural spécifique
aux configurations discursives permet dès maintenant, de
sous une même rubrique un certain nombre de problematiques qUi
pouvaient paraître, à première vue, .
On sait, par exemple, que l'analyse narrative des contes.
laisse en suspens le problème des motifs. séquences mobiles, substl-
tuables les unes aux autres dans les mêmes fonctions narratives,
susceptibles, aussi, d'assumer des fonctions se présenter
comme des variantes autonomes ou comme des reclts mdependants. La
)
'J distinction de deux niveaux d'organisation sémiotique - narratif et
, figuratif - permet de lever, théoriquement, cette en
expliquant, entre autres, la permanence structurelle des reclts et les
migrations intertextuelles des moti(s.. . . .
Une meilleure connaissance des configuratIOns discursives permet
aussi de situer avec plus de précision le projet scientifique sur lequel
repose l'œuvre de Georges Dumézil. Le tour de force opéré par ce
grammairien comparatiste est l'élaboration '!'ythologie c?mpa-
rée: il consiste essentiellement dans la transpositIOn des procedures
méthodologiques du plan du signifiant. à celui du signifié, dans
l'élargissement, aussi, des dimensions des unités considérées, C-e qui fait
qu'à l'étude comparative des phonèmes pris dans des de
morphèmes réalisés,. se trouve substituée celle des
discursives à l'intérieur des discours mythologiques. Le nIveau discur-
sif des recherches peut ainsi être situé dans le cadre de l'économie
générale de la sémiologie. .
Dans un domaine différent, celui de la recherche thématique.
nombre de travaux allant de Gaston Bachelard à Jean-Pierre Richard
60
L S ACTANTS, LES ACTEURS ET LES FIGURES
1.. THÉMATIQUES.
• nnaissance de deux niveaux - narratif et discursif - auto-
t mboîtés rend bien compte de la démarche ambiguë du
1 narration, invité à poursuivre simultanément les deux
.roo,m yntagmatiques qui lui sont imposés: d'une part, le pro-
M'mime n rratif déterminé par la distribution des rôles actantiels et,
,1 entier privilégié établi par la configuration discursive
fi ur , à peine posée, propose un enchaînement figuratif
contraignant.
u types de parcours cependant, tout en étant et
.lWltbl d'Une certainè manière, sont de nature différente. Le
t un programme délibérément choisi dans le cadre d'une

n rrative; le second relève d'un dictionnaire discursif. d'un
f il de configurations constituées à partir d'univers collectifs
viduels fermés. En effet, de même qu'un dictionnaire
t une liste de figures lexématiques comportant chacune
• 1 n de ses possibilités sémémiques de contextualisation en
i, de même il est loisible de concevoir un dictiônnaire
-.._... --mme un stock de" thèmes» et de"" motifs» constitué par et ,
des participants d'un univers sémantique (et où l'origi-
l'Dnlllt rait dans le tracé de parcours neo oglques, possibles mais

ut pas oublier que les configurations ne sont autre chose
61
DU SENS, II
que des « formes du propres au djscO\lrs : la
discursive de la narratlVlte n'est donc, dans cette perspective, que
l'intégration, dans les objets narratifs p.ar la
narrative, de sa composante sémantique presentee, il est vrai, dans sa
forme syntagmatique et déjà élaborée comme forme, et non co.mme
substance, du contenu. La conjonction des deux instances - narrative et
discursive - a donc pour effet l'investissement des contenus dans les
formes grammaticales canoniques de la narration et permet la
délivrance des messages narratifs sensés.
Le apparaisse comme la forme du
contenu se manifestant à aide de configura Ions e caractere
syntagmatique ne iïïàiique pas de poser de organi-
sation structurale. Quelques exemples, disparates a premlere vue,
permettront peut-être d'entrevo!r, sinon la solution, du moins les
directions de recherches à entreprendre.
C'est le concept de configuration qui. .de
compte de la manière, par exemple, dont une Isotopie cuhnalfe umque
se maintient dans le mythe bororo de l'origine du feu dont .nou.s avons
cherché par ailleurs à analyser l'organisation syntagmatique, 'et ceci
malgré les variations isotopiques ,chaque :. une
seule configuration s'étale tout le long du discours mythique, mais en
s'articulant - et en découpant du même coup des séquences figuratives
_ tantôt sur les 'acteurs-consommateurs de la nourriture, tantôt sur
l'objet de consommation lui-même, tantôt, enfin, les .du
cuit et du cru (jeu et eau). On y voit la configuratIOn discurSive
s'organiser selon le schéma canonique de (?èstinateur
objet destinataire), chaque terme de ce schema etant
de produire un parcours figuratif autono.me. Cette. contnb?tlO.n des
1
configurations à l'organisation syntagmatique des .dlscours
partie un des chapitres de ce qu'on appelle parfOis la macrostylzstl-
. .
Mais c'est une autre propriété structurale de ces configuratIOns -la
polysémie des figures qui les constituent - qui permet de
en se référant à d'autres textes, comment, par exemple, le chOiX dune
figure pluri-sémémique, proposant virtuellement plusieurs
figuratifs, pçut donner lieu, à que les termes.
émergeant lors de la ne sOient pas contradictOires, a
l'organisation pluri-isotope du:discours;, ,.. .
Dans d'autres cas, au 'contralre, une legere hesItatlOn dans le chOiX
de telle ou telle figure la chargeant d'un rôle déterminé peut provoquer
l'apparition de parcours figuratifs distincts, mais parallèles. La
62
LES ACTANTS, LES ACTEURS ET LES FIGURES
ti n de ces parcours figuratifs introduit ainsi la problématique
riantes: que la figure chargée de représenter le sacré soit celle du
, du sacristain ou du le déroulement figuratif de toute la
n'en trouve affecté, lês modes d'action, les lieux où celle-ci
ituer, conformes chaque fois à la figure initialement choisie,
t différents, dans les mêmes proportions, les uns des autres. En
nt les deux phénomènes, on peut dire que, dans le cas de la
• une figure unique à l'origine donne lieu à des dévelop-
t d ignification superposés dans un seul discours; dans le cas l
':.etenue et disciplinée
r ence Imphclte d un umque, n empeche pas la poursuite
i nification comparable, sinon identique, dans plusieurs dis-
m nifestés.
rt nce de ce dernier exemple réside, on le voit, surtout dans
t n, ous des figurations différentes, d'un rôle thématique
Br le problème qui se pose dans le cadre de la théorie de la
v t et, plus particulièrement, de sa composante actantielle, est
v Ir i les configurations discursives peuvent être soumises à
1 truc ura e e SI, en cas e reponse oSltlve U1 sem e se
"'toltier, Ue ana yse peu egager es e ements nominaux discrets
d'être con rontes et ajustes terme a terme avec es ro es
r, la éduction e entue e escon Iguratlons à âes rô es
pourrait 'ustement rendre le serviêë-sou ai é. - ---:
1 xemples dispersés au hasar ces rê'frexiôns - œil, cœur,
u. acristain - tout se passe comme si les figures nominales
.1 parce que dotées d'un sème « universel» qui permet de les \)
• r r mme objets par opposition aux procès) étaient porteuses '
lité qui laissent 'prévoir non seulement leurs réalisations
......'nlqu phrastiques, mais aussi les faisceaux possibles de leurs !
IIlNtlOllli ri uratifs, d'éventuels objets figuratifs qu'elles visent si elles
v nt placées en position de sujets, ou d'éventuels sujets qui
....IIU 1 manipuler comme objets. La projection de leurs virtualités
topie discursive quelconque, tout en permettant leur
.IUINtltl n diffuse tout le long du discours (ou d'une tranche du
••an), 1 ur impOse une certaine discipline en n'autorisant la

que de certains parcours figuratifs à l'exclusion d'autres,
. outes proportions gardées, la confi uration. discursive]
, dans le cadre discours, au comme le
re pono au sememe ans e caore de l'énoncé..
t tion est ec alrante, mais non suffisante: la configuration
n son sein toutes les figures - nominales, verbales, mais
63
DU SENS, Il
aussi circonstancielles, tels l'espace et le temps - qu'elle est
susceptible d'associer; le rôle thématique n'est, lui, qu'une figure
nominale. Si l'on peut prétendre qu'il subsume, dans un certain sens et
dans des limites que lui prescrit l'isotopie du discours, toutes les figures
non nominales de sa configuration, c'est en vertu d'une autre de ses
/
prOPriétés structurales, En plus du thème, c'est aussi un rôle et, sur le
plan linguistique, on peut lui trouver un équivalent structural dans le
nom d'agent qui est à la fois un nom (; une figure nominale) et un
agent (; un rôle para·syntaxique). Le lexème pêcheur, par exemple,
est une construction de surface très condensée: il désigne celui qui
possède une compétence limitée à un certain faire susceptible
d'expansion qui, lorsqu'il est explicité, peut recouvrir une longue
séquence discursive; mais il maintient, en même temps, à ce niveau du
moins, son caractère sémantique; il peut occuper, dans les deux
grammaires, linguistique et narrative, des positions actantielles
diverses.
- Un rôle thématique se définit dès lors 'par une double réduction: la
première est la réOuction de la cOtifiguration discursive à un seul
parcours figuratif réalisé ou réalisable dans le discours; la seconae est
la réduction de ce parcours à un compétent qui le subsume
virtuellement. Toutefigure rencontrée dans le discours, lorsque, dans
des conditions qu'il s'agit de préciser, elle se trouve investie d'un rôle
thématique, peut être analysée est décrite, pour les besoins de la cause,
soil comme une configuration d'ensemble, soit comme un parcours
figuratif enfermé dans l'univers discursif.
La figure du pêcheur se manifestant dans le discours sous la forme
d'un rôle thématique (nous pensons notamment à Deux Amis de
Maupassant) nous parait un bon exemple permettant peut-être de
franchir la limite qui sépare, à première vue. les figures du diction-
naire, établies par l'usage et théoriquement codifiables, des figures en
voie de constitution que sont, par exemple, les personnages de roman.
Le pêcheur porte en lui, évidemment, toutes les possibilités de son
faire, toulce que l'on peut attendre de lui en fait de comportement; sa
mise en isotopie discursive en fait un rôle thématique utilisable par le
récit. Le per onnage de roman, à supposer qu'il soit introduit, par
exemple, par l'attribution d'un nom propre qui lui est conféré, se
construit progressivement par des notations figuratives consécutives et
diffuses le long du texte, et ne déploie sa figure complète qu'à la
dernière page, grâce à la mémorisation opérée par le lecteur. A cette
mémorisation, phénomène d'ordre psychologique, peut être substituée
la description analytique du texte (; sa lecture au sens du faire
64
LES ACTA TS, LES ACTEURS ET LES FIGURES
, ''''''''4ue) qui doit permettre de dégager les configurations discur.
,\1 dont il est constitué et à les réduire aux rôles thématiques dont
il '" 'horgé, 1\ n'empêche que, en se plaçant du point de vue de la
l'Iodu ·tl Il du texte, on est obligé d'inverser les procédures et
il " nrder la priorité logique aux rôles thématiques qui se saisissent
.1. Iogures et les développent en parcours figuratifs, comportant
lllll'Ia 'Hernent taules les configurations virtuelles du discours mani-
,. Il
1kirs, il est aisé de faire un dernier pas ct de dire que la sélection
,l, ,,,les thématiques, dont la priorité logique sur les configurations
Il III d'être reconnue, ne peut se faire qu'à l'aide des terminaux
III quels aboutit la mise en place des structures narratives, c'est-à-dire
.1. "IfS actanaels. C'est la prise en charge des rôles thématiques par J
Il, ,ùl's actantiels ui"'Cô'riStitue l'instance médiatrice aménageant le
l' 1 W' des structures narratives aux structures discursiVes.
l'. marque: Il est évident que l'introduction du concept de rôle thématique
"' IIMnque pas de de nouvelles. diffi.cultés co.nsidérables. chaque
ill 'pltne la psychologie, Ja psychOSOCiologie, la SOCiologie - offrant son
l'IIIprC répertoire de .distinction que nous .avons proposée par
ul!l'urs entre la - forme semiotique. et la « forme sCientifique. pourrait )
i Irt' utilisée ici pour distinguer les deux types de« fôles., Les travaux de
« l.wdc Bremond méritent, dans ce sens, toute notre attention.
3. RÉCAPITULATIO S
1 l , 'Illur que nous à la démarche déductive permet 1
Il. pl' IS f, ne serait-ce qu a tItre prOVlsoue, notre conception de la
Il ill IllVlsatÎ n du discours. La grammaire narrative génère des objets f
111111111 (=des -récits»). conçus comme des parcours narratifs
Il' 'lien vue de la manifestation. Ceux-ci sont définis par une {
1, '"lIlItlon particulière de rôles actantiels d és de modalités et 1
J. Il p3.r leurs dans le cadre u programme \
1I111lld 1 obJet. narratif, en possession de sa structure grammaticale, 1
111111\1(' IllveSti, grâce à sa manifestation-aans le dIscours, de son (/
"1110 1111 ,pécifique. L'investissement sémantique se fait par la sélec- , 1
1."lt 111)t,'I'CC par les rôles actantiels, des rôles thématiques qui, pour il
• d", kurs virtualités, exploitent le plan lexématique du langage et •
65
DU SENS, Il
[se manifestent sous la forme de figures qui se prolongent en
1configurations discursives.
Le discours, considéré au niveau de sa surface, apparaît ainsi comme
l
un syntagmati9';fe parsemé de figures polysémiques,
chargées de virtualités multipes, réunies souvent en conflguratlOns
discursives continues ou diffuses. Certaines seulement de ces figures,
susceptibles de tenir des rôles actantiels, se trouvent érigées en rôles
thématiques: elles prennent alors le nom d'qçleur..t Un acteur est ainsi
le lieu de rencontre et de conjonction des structures narratives et des
structures de la composante grammaticale et de la
,... composante sémantique, parce qu'il est chargtà la fois d'au moins un
rôle actantiel et d'au moins un rôle thématique qui précisent sa
compétence et les limites de son faire ou de son Il est en même
temps le lieu d'investissement de ces T?les, mais aussi de leur
transformation, puisque le faire sémiotique, opérant dans le cadre des
objets narratifs, consiste essentiellement dans le jeu d'acquisitions et de
déperditions, de substitutions et d'échanges de valeurs, modales ou
idéologiques. La structure actorielle apparaît dès lors comme une
'\ \ structure topologique: tout en relevant à la fois des structures
t narratives et des structures discursives, elle n'est que le lieu de leur
manifestation, n'appartenant en propre ni à l'une-ni à
Pour une théorie des modalités *
1. LES STRUCTURES MODALES SIMPLES
l'ACTE.
';, l'on prend pour point de départ la définition provisoire de la
ollld.lhsation selon laquelle celle-ci serait «une modification du
1111 III "al, par le sujet., on peut considérer que l'acte..- - et, plus
l'ilIa 1I1lèrement, l'acte de langage -. à condition que l'instance du
'ilt 1 rn dalisateur soit suffisamment déterminée, est le lieu du
III 1'I"i\Crnent des modalités.
111111 acte relève d'une réalité dépourvue de manifestation Iinguis-
1111"1 Ainsi, l'acte de langage n'est manifesté que dans et par ses
P IIll,tlS, en tant qu'ênoncé. alors que l'ênonciation qui le produit ne
l'" (le que le statut de présupposition logique. L'acte en général ne
1I1,IIlt 1.1 r rmulation linguistique que de deux manières différentes: ou
1111/1 hllsqu'il est décrit, de façon approximative et variable, dans le
t Hill' du discours-énoncé, ou bien quand il est objet d'une reconstruc-
Il'"1 Inf'lco-sémantique utilisant les présupposés tirés de l'analyse de
11 11H11 'C, dans le cadre d'un méta-langage sémiotique. Dans un cas
1 11111 Il Il' dans "autre, la seule manière correcte d'en parler consiste à en
d'I,HWI une représentation sémantique canonique.
1.1 d "finition naïve - et la moins compromettante - de l'acte le
Ill! '.l"lIte comme t( ce qui fait Elle permet d'y reconnaître
Inllili dinlcment une structure hypotaxique de deux : '
faire vs être
t , Il"xle parut d'abord dans Langages, 43, 1976.
67
DU SENS, Il
1.2. LES ÉNONCÉS ÉLÉMENTAIRES.
La construction du simulacre linguistique de l'acte exige dès à
présent une définition préalable du prédicat. laquelle. à son tour, ne
peut que renvoyer à telle ou telle conception de la structure de l'énoncé
élémentaire: choix définitif. parce qu'il décide de la forme que
prendra la théroie linguistique dans son ensemble.
Nous postulons que le prédicat représente le noyau, c'est-à-dire la
relation constitutive de l'énoncé. relation dont les termes-aboutissants
sont des actants. Abstraction faite du sémantisme qui se trouve investi
dans le prédicat et qui peut être« évacué. pour être traité séparément,
le prédicat est susceptible d'être identifié avec la fonction logique et
l'énoncé, de recevoir la forme canonique de :
F(A
"
A,.... )
Nous postulons aussi que la fonclion peut être investie d'un
minimum sémantique, permettant d'établir la distinction entre deux
fonctions-prédicats: faire et être. et de poser ainsi deux formes
possibles d'énoncés élémentaires: énoncés de faire et énoncés d'état.
Afin de donner une représentation plus abstraite de ces deux
énoncés. on peut désigner le prédicat faire comme la fonction nommée
Itransformationl et le prédicat êlre comme la fonction Ijonctionj.
Remarque: Toutefois, les termes faire et être pourront être employés dans
la mesure où ils n'entrainent pas de polysémies fâcheuses.
1.2.1. La transformation.
La transformation peut être considérée, du point de vue paradig-
matique. comme une catégorie sémantique (même si son investisse-
ment minimal la fait paraître comme un universel du langage) et
projetée sur le carré dit sémiotique:
SI S2
/assertion/ /négatior/
/négarion/"><-/assertion/
8
2
SI
où /négalion/ = /assertigJ.J/
68
POUR UNE THÉORIE DES MODALITÉS
1 1 \ (-CI donne Heu à la définition interne de la contradiction .- s et s sont
1 lI11tllldicloi,res,.si S2 - SI et S) - 51; la contradiction apparaît
1111 (,IS particulIer de la contrariété.
f)u poinl de vue syntaxique. c'est-à-dire du point de vue des
opn.llions qui. effectuées sur le carré, se constituent en suites:
/négariOiI/i- /asserlion/
Aillsi l'exemple français de:
SI, 51
OUI><non
SI
S1 S,
Illtllllr' bicn n'cst y'ne :;imple assert.ion, mais un lexème
1 Il Il H memOIre» et qUI présuppose un énoncé de négation qui lui
1 1 Il III neur.
l ,. li tour nous venons d'effectuer a un double but. Il s'agit de
III .lIt. or, la. sur carré, des catégories binaires (des
1 1I1llnldi tOlres). Il s agit aUSSI de marquer une différence de traite-
tilt III la logique (qui est de nature phrastique et n'opère que par
IIh lilutlons) !ém.iotique discursive (dont les énoncés possèdent,
d, une SIgnIfIcatIOn positionnelle).
1 ) III jonction.
1 .1 jonc/ion. prise comme axe sémantique, se développe à son tour en
dl gOlIC de:
/conjonction/ /disjonction/
/
d" . /><---
IS)onCllOn fconjonction/
JO, '''''l'qlle: Ici aussi, la; de l'objet de valeur sur le parcours
par exemple, entre
, ,11'11 1 r1se 1objet qu on n a jamais possédé, et
lliq lit"! on a renoncé.
69
POUR UNE THÉORIE DES MODALITÉS
1 1 Ils MODALISATIONS TRANSLATIVES.
71
. "
e ~
1/'\ modalités véridictoires.
l, d 'lïnitions de la performance et de la compétence ont pu être
,ltll lI11l" en exploitant deux organisations modales:
~ . " , · ~ ....f
faire modalisant être
être modalisant faire
Il 1 IIl11\cé modal d'état ayant pour sujet S, est susceptible de
llldll 1 tout autre énoncé d'état produit et présenté par le sujet
Iln 'il perçoit qu'il reste encore deux autres combinaisons possi-
d,
être modalisant être
faire modalisant faire
/\,.marqut: Ainsi, tout prédicat Qui régit un autre prédicat devient, de par
.1 PÙ\ltlon syntaxique, un prédicat modal. Celui-ci, tout en gardant son
lilul énonclf canonique (formateur soit d'un énoncé de faire, soit d'un
.111111 '6 d'état), peut alors recevoir, malgré l'identité des lexicalisations dans
1.. I.lngues naturelles, de nouvelles surdéterminations sémantiques.
1 1.1111 d nné que toute modification d'un prédicat par un autre
l'II dl\';11 est définie comme sa modalisation, la performance tout
10111111 • la compétence doivent être considérées comme des structures
"".,llIit"
1 Il Id ,chéma présuppose, lorsqu'il s'agit d'actes de langage.
1. 1 Il lU • de deux instances d'ênonciateur et d'énonciataire. ce
11 tructures modales qu'on se propose d'examiner exigent la
1'" "1\ " de deux instances modalisantes distinctes, le sujet modali-
d, "' li 'vanl être nécessairement différent du sujet dont le prédicat
1 1l1t1tI.1I1,é: on peut dire qu'on a affaire ici à des modalisations
, dU\I,,//\'l'.f
70
soil S, nO,
soil S, U0,
tandis que la transformation (assertion ou négation) rend compte de ce
qui se passe lors du passage d'un état à l'autre. Constitutive d'énoncés
de faire, la transformation aura pour objet sy.ntaxique non plus une
valeur quelconque, mais un énoncé d'état. Toute transformation
produit donc une jonction, et tout énoncé de faire régit un énoncé
d'état. La représentation canonique d'une telle organisation sera
alors :
~ indique la transformation
n indique la jonction. . .
Cette organisation hypotaxique de deux énoncés élémentalles (qUi
correspond, dans la langue naturelle, à l'expression faire-être) peut être
dénommée per ormanCf.
La performance n'épuise pas encore, on le voit, la définition naïve de
l'acte, car l'acte n'est pas un « faire-être,., mais· ce qui fait être., le
« ce qui ... » constituant d'une certaine manière «l'être du faire» et
pouvant être formulé comme un nouvel énoncé d'état, hiérarchique-
ment supérieur, qui rend compte de l'existence virtuelle, logiquement
présupposée, de l'instance produisant le faire. Cet. être du faire., sur
lequel nous aurons à revenir, peut dés lors être dénommé compétence.
et l'acte lui-même défini comme une structure hypotaxique réunissant
la compétence et la performance, la performance présupposant la
compétence, mais non inversement.
S, ~ 0, (s, nO,)
DU SENS. Il
1.3. PERFORMANCE ET COMPÉTENCE.

On peut dire que la jonction est la relation qui détermine l'. état. du
sujet par rapport à un objet de valeur quelconque, les déterminations
seules, et non une. essence. du sujet, permettant de connaître quelque
chose à propos du sujet et, notamment, de le considérer comme
• existant •. En considérant la jonction, pour simplifier les choses,
comme une catégorie binaire, on dira que le sujet peut être décrit à
l'aide de deux énoncés d'état différents :
111111,
POUR UNE THÉORIE DES MODALITÉS
faire ne pas faire
ne pas faire faire
73
faire faire
faire ne pas faire X Il Il3
1""1 noncé modal ayant pour prédicat faire et pour sujet S, est
" •• l'I,ble de modifier tout autre énoncé de faire dont le sujet est
(.) ,1 désigne en même temps le terme positif du schéma de
l "",n.lnence (noté généralement par le symbole el.
1 • l't sur le carré de cette modalisation dufaire par lefaire
1" III 1rc présentée comme:
l' 1es modalités factitives.
(1) La catégorie Ivrail vs Ifauxl se trouve située à l'intérieur du
d'''UlUfS, cl le jugement véridictoire fail ainsi l'économie de tout
Il 'ncnt extérieur.
(·1) Le lexème être se trouve employé dans la langue naturelle avec
III lIIoins trois acceptions différentes; nous avons cherché à le
III ••. lInbiguïser en lui substituant des dénominations appropriées:
(u) Il correspond à jonction. relation constitutive de l'énoncé
,re t.ll,
(h) " est utilisé pour désigner la catégorie modale de la véridic-
l',,,· lelle présentation - qui utilise les lexèmes de la langue
Il Il Il 1c-ll " a ses avantages et ses inconvénients. Elle paraît suggestive
1", ''1,,',1 s'agit d'explorer un domaine peu habituel; elle ne considère
'''''1' '''1\ les prédicats modal et descriptif que comme des catégories
IHulIIn, ce qui plus tard peut gêner la description des parcours
01,., ""of des modalisations (cf. 1.2. 1.). Comme il ne s'agit pour l'heure
'llll III !)()ser l'existence d'un lieu autonome de la modalisation, et non
" • Il dllllller la représentation canonique définitive, nous considérons
'III 11111 Iclle démarche est justifiée. De même, nous pensons que des
l, ""IIIln,ttlons plus ou moins motivées des positions modales (telles
l'II 1'.11 exemple, • mandater,. et «empêcher.. pour l'axe des
11111. IIln) sont à ce stade prématurées.
l, IIludnlilés, traditionnellement appelées factitives. se présentent
1 l'" ltllrrc vue comme des sortes d'impératifs rapportés, bien qu'elles
lêlre/ Iparailrel
Iparailrel X.lêlrel
La catégorie s'articule en deux sché"lfLS:
le schéma Ip _ pl est appelé manifestation
le schéma le _ ël est appelé immanence
72
Elle comporte deux axe .
l'axe des contraires est appelé virité
l'axe des subcontraires est appelé
On y trouve deu deixis
la deixis posilive le + pl est secret
la deixis négative lë + pl esl appelee mensonge
Un certain nombre de remarques s'imposent à propos de cette
présentation de la modalité de l'être. • . .
(1) Il est entendu que les termes employés sont des denomma.tlons
sémiotiques, sans aucun rapport avec les concepts ontologIques
desquels ils peuvent être rapprochés. • •
(2) Les termes de manifestation .vs immanence a
Hjelmslev, mais ils êt!e. utIlement. compares aux categones
superficiel vs profond en hngulsttque, manifestevs latent en psycha-
nalyse, phénoménal vs nouménal en phIlosophIe, etc. Les langues
naturelles modalisent, d'autre part, séparément le plan de
talion et celui de l'immanence (<< il est nécessaire., 11
possible., etc.). L'efficacité de cette distinction nous paraIt certame
lors de l'analyse des discours narratifs.
DU SENS. Il
dernier étant censé être le sujet modalisateur qui sane.tionne l'énoncé
produit par l'énonciateur. Cette distinction, nécessaire
théorique, parce qu'elle permet de le mode generatlOn
des modalités, peut s'effacer lorsque Ion ne. consIdere que le
fonctionnement pratique du discours: l'acteur « est par
intermittence l'actant énonciateur et l'actant enonclatalre de ses
propres énoncés.
Le prédicat modal peut être traité comme une catégorie et
décomposé en :
Jairt eroirt (persuader) '"
faire faire un costume
faire savoir
=:::
POUR UNE THÉORIE DES MODALITÉS
comp/leMe
! cognitive de S1
75
It"'/ormanu
•"xnlt,ve de S1 !
de SI de SI
U,.",arque: Il est évident que la compétence cognitive légitimant le
. .IV Ir-vrai,. admet, à son tour, une performance particulière (un faire
""t'rpr/tali/) aboutissant à l'acte cognitif qu'cst le jugement. C'est un
l'lIlbll me à traiter séparément.
.. PH" ntalion de J'enchaînement des activités humaines. l'énoncé
1111)41." factitif se présente comme un « faire-être., comme
llllr ,u·rformance cognitive du sujet SI: comme tel, cet énoncé est
Il,11111 lIernent apte à se développer en programme cognitif en
, 1'.1J1l(1 n (ainsi, • faire croire .. s'articule comme un programme de
,."". persuasif). Mais, en même temps, l'objet visé par celte
l" dormance cognitive est la virtualisation de la compétence pragma-
Il,/lIt· Implicitement reconnue, du sujet SI'
1... Mm côté, la modalisation véridicloire peut être interprétée
'''llIllle une compétence cognitive de SI statuant sur la performance
/'",X'"u/ique de SI'
1 t premier examen suggère la possibilité d'une représentation
\ des quatre structures modales:
acre pragmatique
t)n vful que l'acte d'un sujet quelconque se trouve comme enveloppé \
JI 111.1.111 modalisantes d'un deuxième sujet situé sur la dimension
"I·'''',vt Les deux structures modales enveloppantes sont, du point de
III Ilt .... lque, présupposantes et non présupposées: la performance
l, ,,,,or avoir lieu, présuppose la compétence de S" la compétence
d. '" I",',,,ppose à son tour l'existence de la performance de S" L'acte
l, "1 tout cn se suffisant à lui-même, peut s'inscrire, sous certaines
, • 'Iullllllli , dans le parcours cognitif translatif.
4 .n Il"lIurquera à cet endroit combien J'organisation syntagmatique
1. 1" le ressemble à celle du discours narratif ou, plutôt, au
1'" ,.. ,.1I1I1l1 narratif canonique: celui-ci, articulé en deux composantes,
1• • "llllle'l'n e et la performance, se réfère généralement à J'instance
.111 .1, 'llillut ur, chargé de mandater d'abord le sujet et de le
,", 11111111 r ensuite.
faire pour que SI fasse un costume
faire de manière que SI apprenne quelque
chose
faire de sorte que SI porte un jugement de
certitude à propos de quelque chose.
On voit que le champ d'exercice de la modalisation factitive, qu'il est
difficile de cerner à ce stade d:exa.men, tot.alement en
partie les concepts de commUniCatIOn, de representatlOn, de délega-
tion, Un examen plus approfondi ferait .apparaître probablement
celte catégorie modale comme un des pouvant rendre
compte de nombre de pratiques signifiantes humames.
DU SENS. Il
À la caractéristique commune des modalisations factitive et véri-
dictoire qui est leur translativité. il faut en ajouter une autre: elles ne
se situent plus sur le plan pragmatique. cadre lequel nous avons
cherché à inscrire l'acte, mais sur le plan cognitif qutIe clrconscnL
Ainsi, la modalisation factitive se présente un c?gnluf qUI
cherche à provoquer le faire somaUque; de meme, la vendlctlon est une
opération cognitive qui s'exerce comme un savOIr sur les objets (du
monde).

A partir de ce fond commun, on ne manquera pas de reconnaltre
qui les distingue sur le plan alors que la modahte
véridictoire modifie le prédicat qu elle reglt apres coup et en
aval _ l'énoncé soumis à la modalisation étant censé déjà produit-, la
modalité factitive s'exerce en amont et fonctionne comme une de
stimulant, susceptible de susciter la mise en marche de la competence
d'un sujet autre.
Du point de vue de la position syntagmatique qu'il occupe dans la
74
1.5. ENCHAiNEMENT DES STRUCTURES MODALES SIMPLES.
ne soient pas nécessairement. comme ces derniers, en syncrétisme avec
la modalité du jpouvoirj.
.'. .
Elles sont à rapprocher et à distinguer de la relatIOn qUI
s'établit entre le sujet et l'objet des énoncés de faire et defmlt le
prédicat descriptif; la relation/aetitive. elle, s'étab}lt entre sUjet et
un objet qui est déjà un énoncé de. : elle apparalt de ce faIt comme
la relation entre deux sUjets hlerarchlquement dlstmcts, S" sUjet
modal, et S" sujet du faire. Ainsi,
1 (AT GORISATION ET DÉNOMINATION.
POUR UNE THÉORIE DES MODALITÉS
ne pas devoir faire
interdiction
devoir ne pas faire
facu/tativité
77
x
x
devoir-faire
prescription
permissivité
Ill' pa. devoir ne pas faire
1 Il 'onsidérant chacune des modalités de l'inventaire comme une
Itlllllt de modification de 1'« être du il est possible de les
1 t Il une à une, et de les projeter sur le carré, en binarisant le
"" d"'IIt modal et le prédicat faire (cf. 1.4,2.):
1 (.llégoric modale ainsi obtenue est susceptible d'être dénommée
li .4 \ tcrmes comme:
fvouloir/
jdevoirj
jpouvOIrj
jsavoirj
( r' modalités sont susceptibles de moduler l'état potentiel appelé
, lIl1pclcnce et de régir ainsi les énoncés de faire et les énoncés d'état en
!lIl1tldÎunt d'une certaine manière leurs prédicats.
1 "1Ilvcnlaire proposé est provisoire dans deux sens différents:
Il t!tord, parce qu'il n'est pas organisé en taxinomie; ensuite, parce ]
1111'11 Il'cst pas fermé. Ainsi, alors que le sémioticien aura tendance
1 1111 'rprêter spontanément le devoir comme le vouloir du desti-
u.llrllr, pour le logicien le vouloir peut apparaitre comme un
.11 VOl! auto-destiné. La conclusion qu'on peut en tirer à l'heure
" 1" '11 est la possibilité d'établir, à la suite d'une analyse à la
101 1'\ Inique et syntaxique, un système modal inter-défini et auto-
1I11i'4unt.
76
2.2, INVENTAIRE PROVISOIRE.
La mise en place du dispositif syntagmatique des modalités que nous
venons de proposer est censée aider à installer des lieux de rénexion et à
tracer des configurations des champs épistémiques à partir desquels
une théorie des modalités pourrait être conçue et construite. On voit,
par exemple, qu'une théorie de la performance. englobant à la fois le
faire factitif et le faire transitif, pourrait se développer en deux
composantes: une théorie de la manipulation et une théorie de
l'action. On souhaiterait aussi qu'une théorie parallèle, celle de la
compétence, en intégrant autant que possible les recherches conver-
gentes des logiciens et des sémioticiens, puisse enfin voir le JOur.
En effet, qu'il s'agisse de l'. être du faire., de la compétence
pragmatique du sujet se disposant à agir, ou de l'. être de l'être., de la
compétence cognitive qui l'habilite à porter des jugements sur des
objets-énoncés sur le monde, 1'« être» ou l'... état)t dont nous parlons
dans les deux cas se présente à nous intuitivement comme une instance
poteneielle où se situe l'ensemble des préalables du faire et de l'être,
Cette instance, d'autre part, apparaît, pour employer le terme de
G, Guillaume, comme le lieu de • tension. s'établissant entre le point
zéro et le point où se réalise le faire ou l'être, état tendu, susceptible de
recevoir de ce fait, comme autant de jalons, des articulations plus fines
sous la forme de surdéterminations modales.
2.1. LA COMPÉTENCE ET SES SURDÉTERMINATIONS.
2. LES SURMODALISATIONS
Un inventaire provisoire de ces surmodalisations de la compé-
tence, nullement restrictif - car il ne repose que sur l'expérience
limitée de l'analyse des discours narratifs et sur des descriptions
de quelques langues européennes (allemand, anglais, français) -,
peut actuellement être proposé. 11 comporte une liste de quatre
modalités:
2.4. LES MODALISATIONS DU SUJET ET DE L'OBJET.
ou
mfX:f
mf mf
l'H IlIlr. des formes de:
()II reconnaîtra aisément dans le dispositif ainsi obtenu celui des
mod,,/ités a/éthiques.
l " comparaion des modalités déontiques et aléthiques est sugges-
liVr alors que leurs dénominations tendent à les séparer et à les faire
11I1l'Hdércr comme des modalisations distinctes, leurs définitions
,YIII ... iques les rapprochent: les prédicats modaux étant dans les deux
, Il" ,dentiqul.':s, seule la nature des énoncés modalisés (énoncés de faire
HII rlloncés d'état) les distingue.
Aussi, dans la mesure où la sémiotique chercq.e à se doter d'une 1
L1lI:lllon1ic ct d'une typologie des modalités. doit-elle éviter des t
,1. llwninations trop hâtives qui, sémantiquement motivées, risquent \
01 ,.,,,- entachées d'un relativisme culturel difficile à déceler, et se \
1 Hllhol11er, à ce stade, des définitions modales dont la catégorisation, (
1lllllsUHl un symbolisme très simple: (
79
m = énoncé modal
f = énoncé de faire
e J = énoncé d'état
POUR UNE THÉORIE DES MODALITÉS
1
1 Il lIlVcstissant successivement dans l'énoncé modal les quatre
1'1 l du lits modaux retenus -le vouloir, le devoir, le pouvoir et le savoir-
1111 nhllcndra ainsi huit catégories modales articulant l'instance de la
. 1lIl1pt'tcnce ct permettant de prévoir autant (le logiques possibles: à
,.", ,l't,,,e logique déontique qui repose sur le dispositif modal issu du
d. VOII faire/, une logique volitive ou boulestique. par. exemple,
" III Ilke autour du Jvouloir-faire/, est aisément prévisible, et ainsi de
1111,
l, thSllDction entre les modalisations du faire et celles de l'être doit \
1l1.lllllllllnS être maintenue. On dira que, dans le premier cas, la
lt"lllull"lIli n porte sur le prédicat considéré dans sa relation avec le 1
Il,, l ,'1, dans le second cas, dans sa relation avec l'objet: deux sortes de
1"""1'''·' logiques subjectives, décrivant et réglementant les moda-'
Il 1 I l t l l l ~ des sujets, et logiques objectives. traitant des modes d'exis- J
il lit' ih"... objels-énoncés - peuvent être distinguées. 1
impossibilité
devoir ne pas être
ne pas devoir être
contingence
78
nécessité
devoir-être X
ne pas devoir ne pas être
possibilité
En employant la même procédure, il est possible d'opérer la
catégorisation de la structure modale de /devoir-être/, en dotant en
même temps les positions taxiques obtenues de dénominations corres-
pondantes:
DU SENS, Il
La procédure de dénomination permet de retrouver, à quelques
légères modifications près, le dispositif des modalités déontiques
utilisé dans certaines logiques modales.
Du point de vue linguistique, toute dénomination est arbitraire, bien
qu'elle puisse être plus ou moins motivée sémantiquement au moment
de sa lexicalisation. Pour devenir opératoire sur le plan méta-
linguistique qu'elle contribue à fonder, elle doit comporter une
définition structurale qui l'intègre dans l'ensemble cohérent des
concepts de même niveau.
Or. dans notre cas, la procédure de dénomination consiste dans ce
qu'on peut appeler la nominalisatioD. c'est-à-dire dans la conversion
d'une formulation verbale en une formulation nominale qui transforme
le prédicat modal en une valeur modale. Bien plus: ce qui est converti
et nominalisé, c'est ce que nous avons déjà appelé une structure modale
qui est une organisation hypotaxique d'un énoncé modal et d'un
énoncé descriptif, et non le prédicat modal seul, de sorte que,
par exemple:
jprescriplionj '" jdevoir-fairej
Les valeurs modales, utilisées en logique, doivent, par conséquent,
être considérées, du point de vue sémiotique, comme des dénomina-
tions dotées de définitions syntaxiques que sont les structures modales
correspondantes.
DU SENS, Il
2.4.1. L'approche syntagmatique.
La procédure de la catégorisation que nous avons essayé de
promouvoir permet d'entrevoir la possibilité d'une taxinomie modale.
Celle...,i toutefois, ne pourra être érigée que dans la mesure où un
réseau d'interdéfinitions recouvrant l'ensemble des catégories modales
et articulant leurs noyaux sémiques sera progressivement dressé.
Malgré quelques tentatives intéressantes - mais qui ne que
sur l'intuition -, ce n'est pas le cas à l'heure actuelle. AUSSI, SI l'on peut
concevoir la distribution des espaces modaux à partir desquels les
+{logiques modales particulières peuvent être construites, il est difficile
l d'imaginer leur emboîtement les unes dans les autres.
Dès lors, on peut tenter une approche différente, en s'interrogeant,
dans la perspective proprement sémiotique, s'il n'est pas
d'imaginer et de préciser les conditions dans lesquelles les modahtes
envisagées seraient susceptibles de constituer des suites syntagmati·
ques ordonnées ou, à leur défaut, des parcours syntaxiques prévisibles.
Ceci permettrait de répondre, du moins à questions
naïves du genre: quel parcours adopte·t-<>n pour arnver, a partIr de
l'instance génératrice ab quo, du point zéro, jusqu'à J'instance ad
quem, jusqu'à la réalisation de l'acte, jusqu'à la performance?
Comment, d'autre part, aboutit-<>n, à partir de simples énoncés d'état,
c'est·à-dire à partir des déterminations quelconques attnbuables à des
sujets quelconques, à un savoir assuré et assumé sur le monde et sur les
discours relatant le monde?
(1 est évident que des réponses satisfaisantes à de telles questions
sont impossibles à l'heure actuelle. La quête du savoir commence
tant presque toujours à partir des questions naïves. Poser la « compe-
tence • comme un bloc, comme un concept non analysable, est utile dans
un premier temps, mais insoutenable à la,longue. Traiter les
modales comme un répertoire des modeles est bon; ma.s POUVOIT
les considérer, du point de vue sémiotique, comme des jalons marquant
des étapes successives d'un discours de la vérité serait encore mieux.
2.4.2. Organisation de la compétence pragmatique.
A ne considérer que la compétence pragmatique, et à la considérer
comme une instance potentielle présupposée par l'acte, on peut
proposer de l'articuler en niveaux d'existence:
80
POUR UNE THÉORIE DES MODALITÉS
fil) chaque niveau étant caractérisé par un mode d'existence
1 Il,,O/Il/ue particulier, et
rhl l', niveaux entretenant entre eux la relation de présupposition
"" III 'c à partir de la performance (qui présuppose la compé.
"lU t")
()II ubticndra ainsi:
COMPÉTENCE PERFORMA CE
modalités
madalills
modalilés
vif/uaUsantes
aClUalisantes riaUsantes
devoir-faire pouvoir-faire
faire-être
vouloir-faire
savoir-faire
l 'Iu"se d'une organisation syntagmatique des modalités que nous
" 'Uh ne peut avoir qu'un statut opératoire. Elle est suggérée, en \
.. ,. I",r une longue tradition philosophique, elle s'appuie surtout sur
Il ance des schémas canoniques de la narration où ies deux 1
'" , '''' l' celle de l'instauration du sujet (marquée par l'apparition i
l ,,,... I.,hlés effiCientes de jdevOlr.rallej etjou de jvouloir·fairej et 1
Il, ,h 1.\ qualification du sujet (les modalités de jpouvoir.fairej
, "' <1. jsavoir·fairej déterminant les modes d'action ultérieure) _ {
1111 II' n ltcmcnt distinguées.
l "'lrI"", rail curieux, une telle organisation syntagmatique que l'on
,"dl III l'onsidércr comme canonique, si elle parait justifiée in
, 'f,lt 10, comme le simulacre du passage à l'acte, ne correspond pas à 1
Il'' ,r passe au niveau de la manifestation et, notamment, dans les 1
l, "'" (Iécrivant l'acquisition de la compétence déclenchant des
dlt! lIl,fllecs : le sujet peut, par exemple, être doté du pouvoir-faire 1
Il 1'11111 Ilutant posséder le vouloir-faire qui aurait dû le précéder. Il
"" 11 <l'une difficulté que la catalyse, l'explicitation des présuppo- 1
III 1""Ilt pas résoudre à elle seule: tout se passe comme si les \
1111 Illon, successives qui constituent la compétence pragmatique
"1 t lit" provenaient pas d'une seule instance originale, mais de
• 1 III (dc plusieurs destinateurs. dirait-on en termes de grammaire
",II l l 'lnlerprétation qui propose de distinguer des modalités
Il '1"'" (le vouloir·faire et le savoir·faire) en les opposant aux
"/11,. 1'\ Irillsèques (le devoir·faire et le pouvoir-faire), pour
81
82
DU SENS, Il
3.1. MODALISATIONS ALÉTHIQUES.
}

nicessité
(0)
}
contingence
(S)
possibilité
(0)
devoir ne pas être } impossibilité
(S)
pouvoir ne pas être contingence
(0)
devoir ne pas être } impossibilité
(S)
ne pas pouvoir être impossibiliti
(0)
devoir ne pas être
X
ne pas pouvo;,
ne pas être
ne pas devoir être
pouvoir-être
ne pas devoir
Ile pas être
pouvoir ne pas être
83
"f,{I(ltf {
,"
l'
Il Il
( 1) ( ùmpl6menlarités (Homologation 1).
,,,', "\l/ff {

,.... ,'''II/Ii pouvoir-être X
(Il)
{ ne pas devoir
ne pas être ne pas devoir être } contingence
(S)
,..'., ".111 ne pas pouvoir -------
1
0
) ne pas être ne pas pouvoir être impossibilité
(0)
CONFRONTATION DE ET DE /POUVOIR-eTRE/
, {'''''Ililfibilitis.
111 ( IIflrormités (Homo!ogatjon 2).
1'01• •• ,Iti { devoir-être
(',)
h, "I/Il ne pas pouvoir X
r( i) ne pas être
; ., ,;f·(/ltl { ne pas devoir
l'.) ne pas être ne pas devoir être } contingence
(S)
•HM/fil pouvoir-être
(II) pouvoir ne pas être contingence
(0)
POUR UNE THÉORIE DES MODALITÉS
l' 1 ( (Homologation 3).
" . •• 11" {deVOir-être
l'.)
.,' "",1I1t ne pas pouvoir être
Il I}
/1 'u, .'",/m/lbl/ills.
3 : superposition avec inversion des schémas de la deuxième
modalite.
Homologation 4 : superposition avec inversion des deixis.
(4)
(3)
Pour commencer - et parce que le couplage choisi nous paraît
intéressant du point de vue méthodologique - on peut chercher à
mettre en parallèle deux catégories modales objectives, celles dont les
structures modales (correspondant au terme s, du carré) ont été
d'abord reconnues comme /devoir-être/ et /pouvoir-êtrej.
L'opération peut être conçue comme une série d'homologations.
Elles sont au nombre de quatre:
Le tableau qui suit représente les résultats des homologations; il sera
suivi de quelques notes explicatives et interprétatives.
(1) Homologation 1: superposition simple de deux catégories modales
articulées en carrés.
(2) Homologation 2 : superposition de deux catégories avec inversion des axes
de la deuxième modalité.
3. LES CONFRONTATIONS MODALES
intéressante qu'elle soit, ne semble pas encore apporter de solution
définitive '.
Aussi pensons-nous qu'il est opportun de procéder pour l'instant - en
quête d'une méthode appropriée - à des confrontations des structures
modales en cherchant à les homologuer par paires afin de dégager, si
possible, des critères de leur compatibilité.
( 1. Voir "article de M. Rengstorf, • Pour une quatrième modalité narrative,.,
1") Langages. 43, 1976, p. 71.
DU SENS, II
84
11) 1,1 confrontation des deux catégories modales produit,lors de la
I, Il Il Ill" homologation, un cas particulier de conformité qui aboutit, si
1 ," Illlcnt à leursdénominationsintuitives,à leur identification, Deux
",' '1
11
'Ltli nS ,?nt ici possibles. Du point de vue paradigmatique, le
.II .111 ·trc/, den?mmé nécessité. se présente comme égal du contra-
Il "",,' du contral;e de jpouvoir-êtrej qui est jne pas pouvoir ne pas
III l'I que ('on a egalement dénommé nécessité. Dans ce cas, les deux
""'111"\ modales, le jdevoir-êtrej et le jpouvoir-êtrej, doivent être
'II lIh H-C. omme contradictoires, et ce constat se présente comme le
l, !.1l1 ik taxinomique de notre inventaire provisoire des
,,,,,01 ,1Ile Du de. vue syntagmatique, cependant, on peut se
1 "' Illlll-r M, les denomtnatlOns .un peu hâtives ne cachent pas de
!Ill Il Ill: 's à un autre nIveau, si les deu.x «nécessités _, par
'''l'l<-, nc sc dlSttnguent pas de la même manière dont on oppcse le
ol, l, IIlIlOI,me dans les esprits _au« déterminisme dans les chose, _ou
1. Ilu!,.l ures construites. aux« structures immanentes _, Si tel itait le \
,l'"" pouvait distinguer la nécessitéproverant du sujet (cohérence 1
"..1,1 ., et méta-langage) de .Ia nécessité provenant de l'objet
l, t 1 1111,; rcfcrent), la confrontatIon de ces deux catégories modales
1 .1111 III 'trc inscrite, dans le programme modal de la compétence
1'1 IllllHtllC, comme un segment dans lequel on situerait la problé-
III t111111' dc J'adéquation (en tant que définition possible de la
Ill)
, Il 11 modèle de confrontations, obtenu à l'aide d'homologations
Il I\l:', n utilisable pour tester d'autres compatibilités
1 lU des structures modales susceptibles d'être
Il "II d.t", un meme programme de modalisation aussi bien du sujet
jI' d, l'obJct.
85
POUR UNE THÉORIE DES MODALITÉS
,1. Il It,'rmes confrontés sont en position taxique de contrariété. Dans un
,l '1Il1lme dans l'autre, l'incompatibilité correspond à l'impossibilité
dl Il ur Insertion dans le même programme modal et transforme la
,"IIOIlWtion en affrontement.
U"",arqllt!: Une difficulté apparaît au niveau de J'axe des subcontraires
.11 II.I troisième soulevant, une fois de plus, la question de
1\lIlr SI les subcontralres peuvent se définir toujours par la relation de
Ulllfl.tnété.
possibilité
(0)
nieessi'i
(0)
contingence
(S)
impossibiliti
(S)
ne pas devo;'. être }
ne pas pouvoir
ne pas être
devoir. pas êlre }
pouvolr-elre
x
(2) Contradictions (Homologation 4).
Meellili
(S)
contingence pouvoir ne pas être
(0)
s,(de) = s,(pe)
quitte à nous interroger ensuite sur ce fait
.
(2) Les quatre homologations permettent d obtemr la confrontation
de seize termes taxiques couplés dont huit sont compatibles et les
autres huit, incompatibles. Sont compatibles les couplages dont les
termes appartiennent à la même deixis et incompatibles les termes
relevant de deixis différentes.
On distingue par ailleurs deux types de compatibilité: lacomplé-
mentarité et la conformité. La complémentarité caracténse
termes occupant la même position taxique et peut être tnterpretee
comme la possibilité de leur inscription dans le même programme
modal (marquant soit la progression, soit la régression dans le procês de
modalisation). La conformité est le résultat de la rencontre de deux
termes différents de la même deixis et marque leur concomItance dans
la même position syntagmatique du programme modal.
L'incompatibilité des structures modales est de sortes. On
parlera de conrrariété lorsqu'il s'agit .de la confrontation de deux
termes en position taxique de contradiction, et de conrrad/Cl/on lorsque
(1) A côté des définitions syntaxiques des structures modales (que
nous avons exprimées en langue naturelle, mais dont on trouvera la
formulation en 2.4.), nous avons jugé bon d'ajouter leurs dénomina-
tians. étant arbitraires, il nous a paru suggestif - puisque
l'intuition y invitait - d'utiliser les mêmes dénominations pour les deux
catégories modales, de telle sorte que, par exemple:
pou/hi/ill {ne pas devoir
(S) ne pas être
impossibilitl ne pas pouvoir être
(0)
CONfRONTATION DE IDEVOIR-FAIREI ET DE IVOULOIR-FAIREI
devoir ne pas faire}
vouloir·faire

ne pas devoir faire}
ne pas vouloir
ne pas faire
X
::v;:: faire}
ne pas faIre
ne pas deVOir faire}
voulou·faire
x
vouloir ne pas faire
ne pas vouloir faire
{

vouloir ne pas faire
{
ne pas devoir
ne pas faire
{
ne pas devoir
ne pas faire
( 1) (·ontrariétés.
{
devoir-faire
Ih/llUnre passive ne pas vouloir faire
.,/'''1111,. passive
II) ( Olllradictions.
,,f, .((",ce aclive
1,'4 mtuf/lie: Il est évident que le refus doit également être considéré
1"111111 une forme de contrat: il n'arrête pas le déroulement du pro--
Il 'II
Il 'mompatibililis.
( '1 1 .1 combinatoire simple que nous avons obtenue comporte huit
l'" d'acceptation et huit autres de refus.
87
POUR UNE THÉORIE DES MODALITÉS
l '1111 "rprétation de ce tableau suggère un certain nombre de
nlll"luCS :
(1) 1 's couplages effectués semblent représenter un ensemble de
l""UltJl/.f modales du sujet pragmatique au moment où il remplit les
• "lldd UHiS nécessaires à la conclusion du contrat, au moment donc où
1••t, 'jl1lwtcur a déjà transmis, à l'aide de la modalisationjactitive. le
l ""H IIU déontique de son message. Le sujet, doté de deux modalités
,II .li 11\ 1 'S, se trouve dans une position qui peut donner lieu soit à
l ", 1 ''l'/Il/iofJ (cn cas de compatibilité modale), soit au refus (en. cas
d hn olllpnlibilité) du contrat, l'acceptation et le refus assertion
.1 ni v,llllon) relevant de la performance cognitive qu'est la déci-
devoir ne pas faire }
vouloir ne pas faire
ne pas devoir faire }
ne pas vouloir faire
x
devoir ne pas faire l
X
ne pas voulo;r faire f
ne pas devoir faire }
vouloir ne pas faire
86
{
ne pas devoir
ne pas faire
vouloir-faire
{
devoir-faire
ne pas vouloir
ne pas faire
{
ne pas devoir
ne pas faire
ne pas vouloir
ne pas faire
{
devoir-faire
vouloir-faire
DU SENS, Il
llO/onU active
volont' passive
obiissanu passive
(2) Conformités.
(I) Complémentarités.
obiissance aclive
3.2. MODALISATIONS DÉONTIQUES ET BOULESTIQUES.
Armé de cette- procédure d'homologations, nous pouvons revenir
mainten'ant à ·Ia compétence pragmatique pour tenter une nouvelle
confrontation des modalités virtualisantes de jdevoir-fairej et de
jvouloir-fairej.
/. Compatibililis.
89
devOir ne pas faire}
X
ne pas savoir faIre
ne pas devoir faire}
savoIr ne pas faire
devoir ne pas faite}
X
savoir ne pas faire
ne pas devoir faire}
ne pas savoir faire
ne pas savoir
ne pas faire
devoir-faire
l
ne pas devoir
ne pas faire
ne pas savoir
ne pas faire
{
devoir-faire
savoir-faire
l
ne pas devoir
ne pas faire
savoir-faire
1 SV TÈMES DES RÈGLES ET APTITUDES DES SUJETS.
CONFRONTATION DE /DEVOIR.FAIRE/ ET DE /SAVOIR.FAIRE/
f """m,lb/Ulis.
POUR UNE THÉORIE DES MODALITÉS
fi) ompl6mentarités.
j 'Itll'Irrlll
'In dernier exemple est censé proposer un modèle de représentation
il .. loncLionnement des codes sociaux, c'est-à-dire des systèmes de
"tdc'-: plus ou moins contraignantes, implicites ou explicitées, coo-
l, IInt S avec des dispositifs comparables correspondant aux différentes
,,", nllltions de la compétence des sujets auxquels ils s'appliquent. Il
'pnll ici de la confrontation des modalités de jdevoir-fairej et de
.vo" faire j, mais la juxtaposition de la première avec le jpouvoir-
1 IlH) serait peut-être tout autant suggestive.
volonté active
obéissance passive
_________________ aboulie active
--------------- résistance passive
résistance active
aboulie passive
obéissance active
88
gramme de la modalisation du sujet, mais l'infléchit dans une nouvelle
direction.
DU SENS, Il
(3) On voit qu'une telle typologie,des somm,és de c?nfronter
leurs devoirs et leurs voulOIrs releve a la fOlS cl une seml.Dtlque
déontique et d'une sémiotique bou/estique, mais qu'elle peut en même
temps aider à éclaircir certains aspects de la typ%gte des cultures et,
plus précisément. la description des «attitudes» de l'individu par
rapport à la société. On voit, par exemple, que le contexte culture!
européen valorise. comme« créateurs ., les rôles actantlels de« volonte
active)t et de « résistance active)t.
(4) Les confrontations modales ne préjugent en rien du déroulement
syntagmatique des modalisations ni de leur ordonnancement en
suites. Ainsi, suivant la priorité syntagmatique accordée à l'une ou
à l'autre des structures modales, deux types de contrat peuvent
être prévus :
contrat injonctif= _
contrat permissif= /vouIOlr-faue/ _ /devotr-fatre/
Remarque: A noter toutefois que le contrat est il n'est
pas présupposé par l'établissement de la modahsauon volitive.
volonté passive
et du sujet refusant:
Malgré le caractère très approximatif des - et en ne
dénommant cette fois-ci que des axes des modalites couplees -, on peut
se faire une idée de la distribution des rôles actantiels du sujet
consentant:
(
j.
j
DU SENS, II
II. Incompatibilités.
(1) Contrariétés.
{ devoir·faire
devoir ne pas faire
t
ne pas savoir faire
X
ne pas savoir
ne pas faire
ne pas devoir
ne pas faire
ne pas devoiT faire
}
savoir ne pas faire
savoir-faire
(2) Contradictions.
{
devoir-faire
devoiT ne pas faire
}
savoir ne pas faire
X
savoir-faire

ne pas devoir
ne pas faire
ne pas devoiT faire
nc pas savoir faire
ne pas savoir
ne pas faire
Remarques:
(l) La confrontation de ces deux types de modalités permet de donner la
représentation de l'application des codes sociaux de caractère normatif tels
que:
- règles de grammaire,
- règles de jurisprudence.
_ règles coutumières (codes de la politesse, du savoir-vivre), etc.,
aux sujets dotés de jsavoir-fairej. c'est-à-dire d'une sorte d'. intelligence
syntagmatique,. q\!i peut être typologisée comme un dispositif d'aptitudes
et d'inaptitudes. Etant donné la diversité d'isotopies sémantiques sur
lesquelles de telles applications peuvent être effectuées, il serait peu
prudent à ce stade d'essayer de trouver, pour chaque couplage, une
dénomination appropriée (les «excès de zèle» selon le code de la politesse
correspondront, par exemple, aux «hypercorrections» en grammaire).
(2) La confrontation peut être conçue de deux manières différentes: au
niveau de la compétence, elle détermine les modes d'actions éventuelles et
peut donner lieu à l'établissement d'une typologie de rôles sociaux; saisie à
la suite des performances accomplies, elle sert à constituer une grille à
l'intérieur de laquelle pourra s'exercer la sanction (examens, rituels
d'initiation; qualification et reconnaissance des sujets; etc.) qui est une
fonne de véndiction portant sur la compétence des sujets. .
90
4. POUR CONCLURE
1.. hesoin, ressenti ?epuis longtemps,. d'introduire et d'expliciter la
! modale dIscursive à venir est à l'origine
d. i t texte et des qUI Sy sont inscrites. Ce qui n'était, au
.1. Il,: 1t, que le de Signaler l'existence d'un lieu d'interrogations
',: il ,," ,champ en friche a donné lieu à quelques dévelop-
1 rn lits plus pousses, a certames formulatIOns provisoires sans que
1lnllli 'nse d'interventions modales - on pensera do premier
h. Il modaltsations épistémiques - soit pour autant exploré.
De la modalisation de l'être *
1 \ INOMIES ET AXIOLOGIES.
111111 ,émantisme (f( notion)lo, «champ ..... concept., «lieu ». «ter-
t Il '"1 • 'le.) est susceptible d'être articulé, lorsqu'il est saisi comme
Il Il' 111.111 n el posé comme un axe sémantique, en une catégorie
,1I10lf(If/IiC. représentable à l'aide du carré sémiotique. \
1 III l .Il 's rie sémantique peut être axiologisée par la projection, sur
l, 1 !Ill' qui l'articule, de la catégorie thymique dont les termes
'"'' ""., sont dénommés jeuphoriej vs jdysphoriej. Il s'agit d'une
il. l!tll!' « primitive lt, dite aussi proprio-ceptive, à l'aide de laquelle
.u 1 Illlfhc à rormuler, très sommairement, la manière dont tout être
t 1111 l'l'. ril dans un milieu, «se sent» lui-même et réagit à son
Il 1IIIlIII'nlcot, un être vivant étant considéré comme «un système
1 ll/l.\ lions ct de répulsions,.. La catégorie thymique peut être ainsi
1"lIl1l\luHllCC, dans une certaine mesure, avec le terme /animé/ de la
Il. l'Ill a' /a1l;mé/ vs /inanimé/ généralement admise en l i n g u i s ~
Il'PII
1 1 1 111(.' l la catégorie dont il est la représentation taxinomique
1 tl1l ,dms dits axiologisés, et les termes qui les constituent - reconnus
1 Itlll Itll finis - peuvent être appelés valeurs axiologiques (et non plus
tlll 1111 lIt descriptives - ou linguistiques - au sens saussurien de
dl III ) ·t auront, à ce niveau abstrait, le statut de valeurs
"",, /1,.\ On dira donc que l'application du «thymique. sur le 1*
d, 111pllf. transforme les taxinomies en axiologies.
/., 1IIIIUI'1t' Des homonymies regrettables se sont introduites, par inad-
1 Illm 1. dans la désignation des termes définissant différents modes
1 1.11 1l1.C sémiotique: /virtualité/-/actualité/-/réalitéj. D'un côté, pour
t. ,Il IMfut en prépublication dans le Bulletin du Groupe de recherches
lt .. ,.tll tUIU li (EHESS·CNRS).
93
DU SENS, Il
distinguer les différents niveaux de profondeur des .rtruclures sémiotiques
en général. on dit que les structures profondes structures
sémio-narrativcs. actualisées. ct les structures De
"autre, pour désigner les différentes phases de la modahsat.on du d.
faire (de l'acquisition. de sa compéte.nce on dlYISe les !l'odahtes
virluaUSanles (vouIOlr- el deVOir-faire), actualuantes (p?uvOir. et
) faire) et rtalisantes (faire-être). Les situations de confUSion sont toutefOIS
relativement rares.
2. PROBLÈMES DE CONVERSION.
On rappellera que, du nom de conversion, on désigne l'ensembledes
procédures qui rendent compte du passage <'" de la
d'une unité sémiotique située au ",veau profond en une umte de I.a
structure de surface, ceUe nouvelle unité étant considérée à la fOIs
comme homo-lOpique et comme hétéro-morphe par rapport à l'an-
cienne c'est-à-dire comme encadrant le même contenu topique et
comportant davantage d'articulations signifiantes, syntaxiques
et/ou proprement sémantiques.
La conversion des valeurs axiologisées dont nous nous occupons en ce
moment consiste:
(a) dans le ",.,"tien de leur statut de valeurs ax!ologiques, et
(b) dans leur actualisation qui s'effectue par la pnse en charge des
valeurs par les sujets ou, ce qui revient au même, par l'établissement de
la relation d'un certain type entre les valeurs et les sUJets.
Du fait que, au niveau profond, la valeur ax!ologique définie:
comme comportant deux éléments - un terme semique surdetermme
par un terme tbymique -, deux aspects de ceUe procédure de
conversion sont à envisager séparément.
(a) Les valeurs considérées, du Roint ?e comme
des termes sémiques susceptibles d etre selectionnees a lmténeur du
carré sont dites converties lorsqu'elles se trouvent investies dans des
entités syntaxiques appelées objets, définis par la relation de
qu'ils entretiennent avec les slljels. Les valeurs sont alors representees
comme inscrites dans les énoncés d'état.
(b) La conversion des valeurs aspect thymique
pose un problème nouveau, de caractere tres general.
94
DE LA MODALISATIO DE
1 l'A E THYMIQUE ET ESPACE MODAL.
Il,,· lelle conversion nécessite la postulation d'une hypothèse
,., 1I1l t ll' qu'on peut formuler comme suit: l'espace signifiant qui, au
/li" <III des slruclures profondes, est articulé à l'aide de la catégorie
,Jo ",Ique est à considérer comme homo-topique et comme hélêra-
1/I"f"'u' par rapport à la totalité des articulations modales régissant.
III "" ('Oll des siructures sémiotiques de surface. les relations entre les
./. l, el les objets. Autrement dit - "car il convient que ce postulat
". " III logique soit explicité -, l'espace thymique qui, au niveau des
'HulUle!) abstraites, est censé représenter les manifestations élémen-
11111 de ('être vivant en relation avec son environnement (cf. janimé/),
1."IIH 'tl correspondance, au niveau plus superficiel, anthropomorphe,
dll P lIl,;()urs génératif, dans l'espace modal qui, tout en recouvrant le
Il'' 1111 lieu topique, se présente comme une excroissance et une sur-
"',, "I.'I.on du premier <et peut être rapproché du terme /humainf).
f )tl du a donc que la conversion des valeurs - à côté de la prise en
1I11.'l d'un terme sémique, sélectionné à l'intérieur du carré sémio-
"'l''' \ l ,nscrit dans l'objet en tant que valeur - comporte également la
l" 11<111 d'un terme thymique, appelé à s'investir dans la relalion qui
" l, III,N à l'objet. La relation entre le sujet et l'objet, qui définit le
III 1 III tant qu'existant sémiotiquement, se trouve ainsi dotée d'un
1111'111 de sens ., et J'être du sujet se trouve modalisé d'une manière
Ilh 1111 re.
1 1 1Ilud.llisation se présente alors comme le résultat d'une série de
," ,,'"ulations signifiantes de la masse thymique amorphe: cons-
1111111 .l'.lbord en catégorie thymique au niveau profond, elle se
Idllli III le une fois de plus en catégories modales au niveau anthro-
1 InlHt ph' Les configurations modales, obtenues ainsi par catégorisa-
I "' III 'cssives, doivent être considérées comme universelles et
., ,""f,'\ a la fois. Elles sont construites parce que - malgré les
ni ll\' , Intuitives, toujours contestables, et le analyses inductives de
1'1 " ".,llisations dans les langues naturelles, jamais convaincantes-
ul l, llltères syntaxiques de la grammaire sémio-narrative peuvent
fltl. 1 Il III discrimination et leur interdéfinition.
'" '. , . Il'esl que dans la perspective hypothéthico-déductive que
1 Il l" ,,1 .111 . qu'à la catégorie thymique correspondent, au niveau plus
"l" 1 lu wl, quatre catégories modales, et qu'un terme thymique, tel
lil' '"l''ume/. par exemple, peut être converti, en tenant compte
95
97
DE LA MODALISATION DE
N,.marqut: Il est évident que ces distinctions ne sont pas faites uniquement
l'nUI raciliter la formulation métalinguistique des modalités et qu'elles
t .111 ,pondent tout aussi bien à l'appréhension intuitive de phénomènes
qu'à l'expérience tirée de la pratique des textes. Le sujet de faire se
1
'1," tlHc comme un agent, comme un élément actif, cumulant en lui toutes
. pmentialités du faire; le sujet d'état, au contraire, apparaît comme un
l
'Illf
ll
" Il recueille, passif, toutes les excitations du monde, inscrites dans
. ubJets qui l'environnent.
DEVOIR-ÊTRE
---------.
'oriqru s'miOliqllr
• nkusain • • indisfMrtSab/r •
limiOliqlle
• fNescripliott •
1.•1'1 141'
11I,,"j''''' •
llf1V IR-fAIRE
1 1lIull·é Ainsi. tclle modalisation peut être dite comme portant tantôt
III 1.1 relation-fonction elle-même. tantôt sur le sujet ou sur l'objet.
C III d,ra, par conséquent, que les modalisations du faire sont à
lull 1preter comme des modifications du statut du sujet de faire et que
1. IIIC1dalités qui l'affectent constituent sa compétence modale. De la
1111 Illf manière, les modalisations de l'être seront considérées comme
d. '""dilïcations du statut de l'objet de valeur; les modalités affectant
1.. hl' 1 (ou plutôt la valeur qui s'y trouve investie) seront dites
"II 1"Ullves de l'ex;stellce modale du sujet d'état.
Il, lor,. il est possible de mettre en lumière la différence qui sépare
l, ",fotique modale des logiques modales: tandis que la sémiotique
.11 "h ( déterminer et à formuler la compétence modale des sujets
'1. l '" r) et l'existence modale des objets de valeur (définissant les
''1.
1
d' tut), la logique, considérant les modalisations comme portant
III '\l'Cillent sur les propositions (c'est-à-dire sur les relations qui les
II Illllrl1l), ne s'intéresse à elles que dans la mesure où elles modifient
l' Iii/m,lof propositionnelles. Un exemple permettra de voir les
'Il • llufnees qu'on peut tirer de ce double traitement:
l,,, 'I,,'cn logique aléthiquc, c'est la relation entre le sujet et l'objet
1 Il IdlllOI le prédicat) qui est définie comme • nécessaire., en
,,,.',' "1" . le /devoir-être/ est interprété comme portant sur l'objet de
.1. lit l t Ir \pécifiant comme. indispensable. pour le sujet d'état. De
", 1111 f' Il 10 ique déontique, l'. obligation. peut être interprétée
'011111 1.1 , entre deux sujets (ou deux instances actantielles),
II '. 'pli lu .. prescription. sémiotique est un /devoir-faire/« ressenti.
1 Il Il IIjrl Cl fait partie de sa compétence modale, tandis que le
Remarque: On voii que les sont 3,otérieures
syntaxiques que sont censés les pour • If, Il.faut
d'abord. pouvoir faire If; les opérations d et de
posent le vouloir el le pouvoir d'asserter ou ,de !lIer; de me.me l.obJet e
valeur est .. voulu. indépendamment des operations de conjonction et de
disjonction, ct antérieurement à elles.
D'un autre côté, l'observation de la manière dont s'investissent et s.c
distribuent les charges sémantiques à l'intérieur des énoncés canOni-
ques (par exemple: • la couturière travaille. 0, la jeune femme coud 0,
• elle fait de la couture 0, etc.) permet au semlOUClen qUI construIt son
méta-langage de formuler celle. charge sémantique °supplémeMaire
comme relevant de l'un ou de l'autre des éléments constitutifs de
Remarque: On ne s'étonnera de au niveau des structu.res
anthropomorphes (structures de surface),
tions taxinomiques servant de pomt de depart aux construct.lOns syntaxI-
ques : c'est là que doive:nt être. définies non les entre les
sujets et les objets. matS aussI les structures actantlelles (l
prOlO3ctants en actants, négactants, etc.), parler des
modales permenant d'établir la typologie des sUjets el des objets.
Étant donné:
(a) que les relations, du point de vue structural, sont considérées
comme premières par rapport aux termes ,qUI n:: sont leurs
aboutissants, reconnaissables comme des POlOtS d IOtersectlon avec
d'autres relations, . .
(b) que les relations, du point de vue syntaxique, sont constitutives
des énoncés élémentaires (énoncés de faire et énoncés d'état), .
(c) que les modalisations de ces portent sur les relat.ons
constitutives des énoncés (appelées fonctIOns), .
il convient de distinguer d'abord, d'après la nature de la relatIon
qu'elles modifient, deux sortes de modalisations.et, du même coup,
deux classes de modalités: les modalités de faire reglssantles relatlOlls
ill/ell/iollllelles et les modalités d'état, les relariolls existell/ielles.
96
4. COMPETE CE MODALE ET EXISTENCE MODALE.
D SENS. II
de la position syntagmatique de la structure à l'intérieur .de
laquelle il sera investi, en quatre termes modaux d,stlOcts : /vouIOlr/.
/devoir/. /pouvoir/ et /savoir/.
DE LA MODALISATION DE L'ÉTRE
indispe'!Sa.,ble irréalisable
devoir etre X devoir ne pas être
. réalisable fortuit
ne pas deVOir ne pas être ne pas devoir être
1 Itlll'iU lation des structures modales qui ainsi a'c
1 _l' 1. 1 0 d . , gr eaux
1 III' •. 1 1 enommatJves, pour imparfaite qu'elle soit, n'en permet
1 tI rc.lrouver, dans ses grandes lignes, le même dispositif de
1 11111 rrclallOns .que nous avons rencontré lors de l'examen de
III .1 d. tlHlIl\ du faire: s
.d ""',1, les modalités de Ivouloir;1 et Idevoir-être/, dites vi,tUQ-
99
nuisible
vouloir ne pas être
non désirable
ne pas vouloir être
'Iuc/abl.
pouvoir ne pas être
impossible
ne pas pouvoîr être
illusoire
savoir ne pas être
?
ne pas savoir être
dbi,abl.
vouJoir--être
non nuisible X
ne pas vouloir ne pas être
possibl.
pouvoir être
inéluctable X
Il pas pouvoir ne pas être
véritable
savoir être
ne pas savoir ne pas X
N. ",orques sur la dinomination:
Il 1il modalisation portant sur l'objet de valeur on a" , .
.1", fl.lturellement, interpréter le Ivouloir--êtrej' pour amsl
IlIhWI Malheureusement, le français ne se te »de
't. : le Idevoir--êtrej
( B Jectl s otes de suffixes 'bl d f'" .'
'lllll,llrr le . objets «modalisés» en à
1 blen.con.venir au:x. opérations terminologiques. • n au
f 1/ chOISies doivent être différentes de celles utilî:iées
98
5. STRUcruRES MODALES ET LEURS DÉ OMINATIONS.
DU SENS, Il
Alors que les modalités de faire ont déjà été soumises auparavant à
un examen plus attentif (voir le chapitre précédent), les modalisations
des énoncés d'état y ont été un peu négligées, leur traitement étant
partiellement confondu avec celui pratiqué en logique qui ne s'inté-
resse qu'aux énoncés débrayés. «objectivés]t, Le besoin de distinguer
les problèmes relatifs aux modalités, situés au niveau narratif, de ceux
de débrayage, propres au niveau discursif, mais aussi "apparition d'une
nouvelle problématique, celle des passions, nous ont obligé à remettre
en question certaines formulations trop raides, à préciser davantage.
aussi. les frontières entre disciplines voisines. Les interrogations sur la
possibilité de la description des « passions. semblent pousser actuel-
lement les recherches sémiotiques vers la constitution d'une sorte de
psych<rsémiotique. alors qu'on voit mal les logiciens s'y aventurer dc
leur plein gré.
Il est aisé de prendre les quatre modalités susceptibles de modifier
les énoncés d'état et de constituer, en le projetant sur le carré
sémiotique, les quatre catégories modales pouvant servir de réseau
taxinomique à une syntaxe modale. C'est leur dénomination pourtant
qui, bien qu'arbitraire par définition, fait difficulté. Les dénominations
comportent, qu'on le veuille ou non, une part d'interprétation: bien
« motivées., elles en facilitent l'usage en langues naturelles, usage
auquel aucun méta-langage ne peut échapper. La fabrication termi-
nologique solitaire à laquelle s'adonnent certains chercheurs n'est que
rarement efficace: aussi, tout en nous permettant de suggérer, à titre
indicatif, certaines dénominations pos ibles, nous aimerions mieux, si
le besoin s'en faisait sentir, en confier la tâche à un te comité
terminologique. susceptible d'apprécier leur emploi dans la pratique
d'analyses textuelles.
destinateur, source de cette. prescription ., est, de son côté. carac-
térisé par un Ifairel factitif.
On voit que les deux approches, pour différentes qu'elles soient, sont
tout aussi légitimes: nettement distinctes tant qu'il s'agit d'énoncés
d'état, elles risquent d'être confonducs lors du traitement modal des
énoncés de faire, bien que la démarche sémiotique y paraisse, à
première vue. comme plus « sophistiquée ».
DU SENS. Il
IisalIIes. paraissent plus «subjectives •• plus proches du sujet, en
comparaison avec les modalités de lpouvoir-I et Isavoir-être/, dites
aClualisantes, plus «objectives ., qui déterminent davantage le statut
de l'objet de valeur;
(b) de même, la distinction entre les modalités endogènes (/vouloir1
et lpouvoir/) et exogènes (/devoirl et Isavoir/), proposée d'abord par
M. Rengstorf
'
pour les modalisations du faire, semble opératoire ici.
dans la mesure où elle oppose les désirs de l'homme à ses besoins, les
possibilités de leur réalisation aux résistances propres des objets.
6. VALEURS MODALlSÉES.
On voit, à la suite de ce réexamen, que ce que nous avons pris
l'habitude d'appeler valeur en partant d'objels de valeur est en réalité
une structure modale:
v = me (s)
OÙ «s .. désigne une grandeur sémique quelconque, sélectionnée lors de
la conversion, el «me» une structure modale dont le premier terme
« m .. désigne une des modalités sélectionnées, et «e., la relation
existentielle modifiée par la modalisation.
Remarque: Il conviendrait peut-être de distinguer, dans l'écriture. un .. v ..
minuscule, servant de symbole à la valeur axiologique, d'un V majuscule,
désignant la valeur déjà modalisée.
Une telle valeur modalisée. une fois inscrite dans l'objet, lui-même
actant de l'énoncé d'état, se trouve alors soumise aux opérations de
jonction (conjonction et disjonction) effectuées pal le sujet de faire
(situé en syncrétisme à l'intérieur d'un même acteur, ou représenté
par un acteur autonome et distinct). Ainsi, par exemple, un objet de
valeur Idésirablel peut être soit conjoint, soit disjoint, du sujet d'étal.
On peut dire, dans ce sens, qu'un sujet (d'état) possède une existence
modale susceptible d'être à tout instant perturbée, soumise aux
transformations opérées soit par lui-même en tant qu'acteur (sujet de
faire), soit par d'autres acteurs (sujets de faire) de la mème mise en
scène.
1. • Pour une quatrième modalité narrative -, art. cité.
100
DE LA MODALISATION DE L'ÉTRE
(ON LUStO S PROVISOIRES.
\ <e slade de notre étude, il est lrop tôt pour chercher à tirer toutes
l ",,,séquences de la mise au point à laquelle nous venons de procéder
" (1,lblissant une sorte d'équilibre entre les modalisations du faire et
l, "lUdalisations de l'êlre, entre la compétence modale et l'exislence
"".l.lle Les quelques remarques qu'on peut y ajouter ne sont par
III "4Uent destinées qu'à montrer l'importance des enjeux qui se
li 'Il\'cnl ainsi manifestés.
Ille fait que les modalisalions de l'être peuvent porler sur des
1 IIHteurs sémiques quelconques (s) peut signifier deux choses: soit
'Illt 1.' est une variable de la structure modale prise
'"1Ille InVafJant , SOit que celte structure modale est à considérer
'lIl1l1C une disposition permanente indépendamment de tout investis-
1111· nt émantique. Ainsi, par exemple, le lexème amour désignerait
1• lIel de sens d'un dispositif modal en tant que tel, alors que avorice
"t1llltlrter3lt, de plus, l'investissement sémantique • argent. (sans
l' "In d'autres restrictions qui la spécifient).
('} 1e fait que la grandeur sémique investie semble être dotée par
, IItl.·. «naturellement. ou • socialement., d'une connotation thy·
""I"e propre n'empêche pas sa modalisation de se révéler positive ou
" 'Il Ive IOSI, par exemple, le terme sémique Iviel peut être modalisé
'111111' Itlésirablel ou Illon-désirablel, mais il peut en être de même de
"II IHltraire /mortf. Le même phénomène s'observe dans le traitement
,l, Il <,'lcgorie Ina/urel vs leul/urel ou dans la valorisation actualisante
d 1 1 lalogie figurative élémentaire I!eu-eall-air-Ierrel (cf. à ce sujet \
n,'IIl· Alaupassalll). On VOit blcn que la structure modale du sujet ){
d .. " récatégorise les systèmes de valeurs qu'elle prend à sa .,..
hIlJ'(,' 1
(1) 1e fait de parler de valeurs investies comme de grandeurs
Ipll iltHlqUCS permet de recouvrir d'une même étiquette et les valeurs
lh 1 l1Jlllves (valeurs sémantiques stricto sensu) et les valeurs modales.
Il, 1 t vluent que les modalisalions de l'être peuvent porter sur ces deux
1••r ue valeurs, que les valeurs modales telles que le Isavoirl ou le
'III olr/. par exemple, peuvent être surmodalisées à leur tour comme
1. n.,hles;' lindispensablesl. Ipossiblesl ou Ivérilablesj.
On voil d'ailleurs qu'une vaieul quelconque, investie dans
llhlll pcut êlre modalement surdéteminée, soit simultanément, soit
Il Ivcment, par plusieurs modalités à la fois. Ce que nous avons dil
101
DU SENS. Il
des confrontations modales à propos des modalisations du faire
s'applique également ici: dans le premier cas, celui de la concomi-
tance, il s'agit du calcul des compatibilités modales (un objet de valeur
peut être considéré par le sujet comme /désirable/ ct /impossible/ à la
fois); dans le second cas, celui de leur succession, c'est l'histoire
modale du sujet - ou du moins les stéréotypes syntagmatiques modaux
qu'elle contient - qu'il s'agit de décrire (en n'oubliant pas toutefois que
l'h;'toire se situe déjà sur le plan discursif).
,.) La dernière remarque porte sur l'observation, somme toute
quotidienne. qu'un sujet peut se trouver en relation modale non pas
avec un seul objet de valeur, mais avec plusieurs objets à la fois, que son
existence modale donnc lieu à des connits de valeurs, à des interre>-
galions cognitives el fiduciaires sur la valeur comparative des valeurs
d'inégale valeur et subit des tensions d'inégale importance, il est
possible de parler de sujets neutres, d'états indifférents, de compétence
nulle. On dira plutôt que les sujets d'état sont par définition des sujets
inquiets et les sujets de faire, des sI/jets velléitaires. Dês lors, pour peu
qu'on veuille parler du sens dans ce tumulte modal, d'établir des
enchaînements sensés d'actions et de passions d'un sujet, on est obligé
de se poser le problème d'isotopies modales dominantes et de leur
discursivisation.
Le contrat de véridiction *
Pour Paul Ri I/r
11 VRAISEMBLABLE ET LE VÉRIDIQUE.
1e vraisemblable semble pouvoir se définir à première vue comme
1111 , 'férence évaluante que le discours projette hors de lui-même ct
pli \0 l\C réalité ou, plutôt, une certaine conception de la
1 dl le L utilIsatIOn de ce terme se situe par conséquent dans un
IlIll te social. par une certaine attitude à l'égard du
1.11 ',I!'C ct de sa relauon avec la réalité extra-linguistique. C'est dire
pli le concept de vraisemblance est nécessairement soumis à un
11.'"' relativisme culturel, qu'il correspond, géographiqucment el
III ,." à Idle ou telle aire culturelle qu'il est possible de
llllllhtnre. ScmlotIquement, Il relève du phénomène bien connu de la
III de des discours qui s'effectue grâce à des
Il Il ,11I',-'110ns claSSIficatOires dont les« théories des genres _, variables
Il nm lulture à l'autre, d'une époque à l'autre, offrent le meilleur
lUpie.
Itll'Il plus : un même contexte culturel non seulement admet
l, 1 Irncc des discours non vraisemblables - cela est normal et
1"" «II' lc la logique naturelle implicitc - et des discours qui ne sont ni
1 Il llll.hlables. ni - des discours scientifiques. par
IlIlpl • mais conSidere que le Jugement sur le caractère vraisem-
d IId." du discours ne peut être convenablement formulé que par la
1•., adultes ,et présuppose dc cc fail un certain degré de
1. • I.. pp 'rnent de 1intelligence. n effet, Ics psychologues nous disent
pl' Il enfants, jusqu'à un certain âge, en regardant la télévision
1111\l'nt pas à distinguer les personnages qui existent« réellement:
Ill' IInaginaires, les .acti.ons et les histoires «réelles _ des pures
.. , .. « n champ particulier de recherches se dégage: il s'agit de
j 1 .11 a paru dans Man and World. 13/3-4, 1980.
103
DU SENS. Il
voir comment se fait, à partir de ces confusions, l'acquisition
progressive de la « réalité., c'est-à-dire de la vision conforme au « sens
commun _. Ainsi, le concept de vraisemblance n'est pas seulement le
produit culturel d'une certaine société, son élaboration un long
apprentissage donnant accès à une« réalité» du monde, fondee sur une
certaine rationalité adulte.
Dans un contexte culturel donné, le critère de vraisemblance ne
s'applique, d'autre part, qu'à une certaine classe de discours dont les
frontières sont assez difficiles à tracer. Ainsi,
(a) ce critère n'est pas applicable aux discours absrraits (discours
philosophiques, économiques, etc.), mais aux seuls d,scours figura-
rifs;
.'(j 'd' (b) il ne s'applique pas non plus aux discours normatifs un Iques,
f
esthétiques, etc.), mais aux seuls discours descriptifs; . _ .
(c) son application ne se limite pas aux seuls d,scours hl/erOlres
(considérés comme œuvres de fiction), mais à tout discours narratif
1
(0 quelle histoire invraisemblable!" entend-on souvent dans la conver-
sation quotidienne).
• .
Le vraisemblable qui, à première vue, semble complementarre de
l'idée de « fiction» ne relève donc pas de la théorie littéraire, mais
d'une typologie générale des discours, et apparaît comme. unenotion se
référant à une 0 philosophie du langage" Imphclte h,stonquement
ancrée.
C'est en tenant compte de ces limitations que les analyses de
G. Genette, parties, à l'origine, des considérations sur la 0 quere".,: du
Cid ", paraissent pertinentes: il ,:st normal que ce SOIt le slecle
qui établisse la relation entre le d,scours racontant des
d'événements et le monde du sens commun, naturel et social, cense
posséder une rationalité sous-jacente.
Un effort de dépaysement est nécessaire pour replacer le problème
dans un cadre plus large. Il suffit, en quittant l'attitude. par trop
européocentriste, de jeter un regard sur les productIOns
africaines pour s'apercevoir que, dans bon nombre de les
discours ethno-littéraîres, au lieu d'être évalués cn fonctIon du
vraisemblable le sont en fonction de leur véracité, que les récits oraux
y sont classés: par exemple, en 41 histoires vraies» et « histoires pour
rire.. les histoires vraies étant, évidemment, des mythes et des
légendes, tandis que les histoires pour rire ne que de simples
événements quotidiens. Le vraisemblable europeen correspond, on le
voit, au risible africain, et dieu sait qui a raison dans cette querelle qUI
est plus qu'une querelle de mots.
104
LE CONTRAT DE VÉRIDICfION
1 Il changeant de contexte culturel, on est amené à changer
'/,.11 'ment de problématique: alors que la notion de vraisemblance est
Illlllllcmentliée à la conception du discours en tant que représentation
.1 lutre chose, le fait qu'un discours puisse être qualifié de 41 vrai .. en
1 IIlt llue tel ne manque pas de poser la question de son statut propre et
,II, 'ondilions de la production et de la con ommation des discours
1 Il'
, Ine fois le lieu de la rénexion sur la véridiction installé à l'intérieur
dn lui·même, des interrogations naïves peuvent surgir pour le
l "plcr: dans quelles conditions disons-nous la vérité? Comment
nit III ns-nous? Comment faisons-nous pour cacher les secrets? A cette
"ll' de questions que l'on pose au producteu,.-ou discours, corres-
l"lluJcnl d'autres questions concernant leur récepteur: dans quelles
1 acceptons-nous comme vrais les discours des autres?
( .ulImenl y déchiffrons-nous les mensonges el les impostures? Quand
It .",umons-nous comme porteurs de vérités profondes, en pressentant
1. choses qui se cachent derrière les choses"? Le problème du
, 11\ 'mblable s'intègre dès lors, lui aussi, à cette interrogation sur la
. , lite des discours: comment procède l'énonciatPllt-pOur que son
Ih "turs paraisse vrai? Selon quels critères et quels procédés juge-t-on
" ,11\ ours des autres comme vraisemblables?
1c premier enseignement à tirer de cette approche naïve: le discours
• " . heu fragile où s'inscrivent et se lisent la vérité et la fausseté. le
III I\\on c el le S$c.reL; ces modes de la... véridic.t.lon résultent de la
Il. 1111.) • contribution de l'énonciateur et de l'énonciataire, ses différen-
1 1""lli os ne se fixent que sous la forme d'un équilibre plus ou moins
1., III' provenant d'un accord implicite entre les deux actants de la
IIIH lurc de la communication. C'est celle entente tacite qui est
d.. 1)'I1·C du nom de contrai de véridiclion.
Il (ONTRAT SOCIAL.
1" [",,,ant des interrogations sur les discours individuels aux
0111 IIknHions sur les discours sociaux, on ne peut s'empêcher
,II ''''l"cr le problème des variations d'évaluation des textes soulevé
l'" , 1olrnan : que certains textes, reçus comme religieux (c'est-à-
.In. olllmc vrais) au Moyen Age, soicnt lus comme littéraires
1> , .1 "ilre comme des produits de fiction) quelques siècles plus tard
1 l''''IU'' dit-on, par des variations historiques des contextes socie>-
105
DU SENS, Il
culturels dans lesquels ils se trouvent successivement inscrits. Une telle
interprétation suppose qu'un texte, pris en soi, est un invariant
susceptible de lectures multiples dues aux changements extratextuels
situés dans J'instance de J'ênonciataire. Certaines expériences récentes
- eelle, notamment, effeetuée à Bordeaux sous la direction de Robert
i Esearpit - montrent pourtant que le nombre d'isotopies de lecture d'un
seul et même texte est limité: une fable de La Fontaine, jouée par une
troupe d'acteurs selon cinq interprétations différentes, n'est aceeptée
par un public dûment éehantillonné que dans trois de ses versions, les
autres étant jugées « illisibles» (J'interprétation inscrite dans J'univers
breehtien, par exemple, étant recevable, celle qui relève de l'univers
sartrien ne l'étant pas).
Cette résistance du texte à certaines variations idéologiques
<>f
r
)contextuelles et non à d'autres ne s'explique que si l'on accepte que le
texte lui-même possède ses propres marques d'isotopies de lecture (et,
dans le cas qui nous préoecupe, ses marques de véridiction) qui en
limitent les possibilités. En d'autres termes, ln erpre a Ion e otman
doit être intégrée dans la théorie des langages de connotation
hjelmslevienne et le sémioticien, au lieu d'évacuer le problème qui
l'embarrasse en s'en déchargeant sur J'historien, doit s'efforcer d'en
rendre compte lui-même.
Cependant, dire, comme certains le font, que les textes littéraires se
définissent par le fail qu'ils comportent la connotation« littérarité» ne
semble pas beaucoup avancer sa solution, et le concept de connotation
apparaît souvent comme une étiquette commode, attachée à un
fourre-tout rempli de questions gênantes. On oublie trop souvent
qu'une connotation n'est pas un simple effet de sens secondaire, mais
qu'elle possède sa structure de signe et s'intègre de ce fait dans un
« langage» connotatif: les marques de vêridiction inscrites dans le
discours énoncé sont à considérer comme constituant le «signifiant
connotatif _ dont l'articulation globale - et non les éléments singuliers
\
reconnaissables un à un - rend compte du • signifié connotatif -. Le
\! langage de connotation est une méta-sémiotique oblique: déviante par
;\ rapport à la sémiotique qu'elle connote, son organisation ne repose pas
moins sur les mêmes postulats de base.
Nous sommes ainsi amenés peu à peu à opérer une inversion de la
problématique en situant notre interrogation dans le cadre de la
sémiotique des cultures. On connaît la suggestion de Lotman selon
laquelle les cultures se définiraient essentiellement, à un certain niveau
de généralité, par l'attitude qu'elles adoptent à l'égard de leurs propres
signes, interprétation qu'on retrouve ensuite, dans la formulation du
106
LE CONTRAT DE VERIDICTIO
1I111 'cpt d'épistémé, chez M. Foucault. Ainsi, la culture médiévale
'llll'lidérerait les signes comme des métonymes d'une totalité spiri-
lodlc, la culture «rationaliste li> du XVIIIe siècle, comme des copies
'"11 formes du monde nalurel, alors que l'Islam classique, par exemple,
\ Il admettant qu'un mot puisse signifier une chose et son contraire,
Ifnurait compte, de cette manière, de j'unicité de la source divine de
lotit )cns. Or si, en suivant Hjelmslev, on considère le signe comme le
""alI31 de la sémiosis conjoignant les deux plans de l'expression et du
\ OIl1enu et ceci indépendamment de leurs dimensions syntagmatiques,
1111 \loit que les discours dont nous nous occupons ne sont que des signes
• IIlIlplexes et que les. attitudes - que les cultures adoptent par rapport
1 . 's signes sont leurs interprétations méta-sémiotiques connotatives,
1 IIlVersion de la problématique consistera donc à dire que ce ne sont
('.. des discours - religieux ou littéraires - qui se définissent par leurs
1 1111 textes culturels, mais qu'au contraire, ce sont les contextes culturels
(. "1 il-dire des cultures) qui se définissent par des interprétations
llllillotatives des discours.
( 'ci étant, une typologie structurale des. attitudes - épistémiques
1111, mieux, des interprétations connotatives des signes-discours devrait \
1 1Il' possible; elle permettrait de rendre compte, selon les besoins, ct
,h varialions spatio-temporelles des contextes culturels et des dislri-
h l l t l O l l ~ taxinomiques des discours à l'intérieur d'une culture donnée.
l,Ir lelle typologie n'exisle malheureusement pas encore. Nous ne
l',,"vons que suggérer quelques exemples, illustrant les différents
Ilhltl's d'existence des discours vrais,
(II) Le premier exemple qui vient à l'esprit a trait au langage
l'''' Iique, caractérisé par l'usage particulier qu'il fait de son plan du
IJ'IlIklllL. Sans parler des formes extrêmes, condensées, du fait
IUll llque et notamment de la« fusion lt du signifiant et du signifié qui
, ,"hl' les définir, il suffira d'évoquer le phénomène de distorsion
, llimll'que que l'on rencontre dans des contextes culturels très éloignés.
, , '1tll frappe à l'audition de la ballade roumaine, par exemple, c'est la
,u!' '1 po)ilion, à l'accentuation normale, d'un schéma rythmique
, ,on,1 qui déforme et distord la prosodie de la langue naturelle. Or le
1111 Ille phénomène se rencontre, selon le témoignage de Germaine
Illlll',lcn, dans la prononciation des textes sacrés dogon. On se trouve
l, aI .. vanlle dédoublement du signifiant destiné à signaler, tout comme
1.. , li' la procession des masques africains proférant des cris inhumains
Il dll humains, la présence d'une voix seconde, autre, qui transcende la
11.11111' lJlIotidienne et assume le discours de la vérité.
l '",ploitation de la matérialité du signifiant pour signaler la vérité
107
DU SENS, Il
du signifié serait ainsi un des modes de la connotation vêridicloire.
(b) La procédure diamétralement opposée et semblable pourtant
dans sa visée se retrouve dans l'utilisation des possibilités manœu-
vrières du signifié. L'exemple fort simple en est fourni par le
fonctionnement du langage juridique étudié naguère par une petite
équipc de chercheurs. Nous avons été frappé, d'abord, par la manièrc
subreptice avec laquelle ce discours réussit à constituer un référent
interne plus ou moins implicite qui le fail paraître comme un discours
statuant sur les choses. par la manière, aussi, qui lui permet, en
utilisant le présent atemporel, de parler des choses qui doivent être
comme des choses qui sont.
Cette réification du signifié - phénomène qui dépasse largement le
cadre du discours juridique - est un autre mode par lequel le discours
affiche son dire-vrai.
(c) À côté des possibilités offertes par le signifiant et le signifié pris
séparément, il reste l'immense champ de manœuvre situé au niveau des
signes eux-mêmes et de l'interprétation méta·sémiotique de la nature
des signes. Pour avoir un exemple actuel de ce phénomène, il suffit de
considérer, en les grossissant peut-être un peu, les deux attitudes à
l'égard du langage, caractéristiques des contextes culturels des deux
côtés de l'Atlantique et qui constituent, plus que les différences du
faire scientifique proprement dit, une des principales difficultés de la
communication sur le plan des théories sémiotiques. Alors qu'en
Europe et plus particulièrement en France le langage est communé-
ment considéré comme un écran mensonger destiné à cacher une
réalité el une vérité qui lui sont sous-jacentes, comme une manifes-
tation de qui laisse transparaître les significations latentes plus
profondes, aux Etats-Unis, au contraire, le discours est censé coller aux
choses et les exprimer de manière innocente, Au langage, prétexte à de
multiples connotations, s'oppose le langage qui est pure dénotation, et
la quête du sens profond des uns s'identifie avec la reconnaissance des
01( anomalies)t effectuée par les autres.
3. LA CRISE DE LA VÉRIDICTION.
Une typologie des discours basée sur les modes de la véridiction est
[
possible tant que les marques en sont solidement inscrites et garanties
par le contrat social, propre aux cultures homogènes, Il n'en est plus de
même lorsque, avec "avènement des sociétés industrielles, l'organisa-
108
LE CONTRAT DE VÉRIDICTlON
111111 ;\ la fois taxinomique et axiologique de l'univers des discours éclate
1 Il un éventail de discours sociaux apparemment hétérogènes, régis
• il" 'un par sa propre rhétorique. L'histoire de la Tour de Babel se
" p'te : la multiplicité des discours qui s'entre-pénètrent et s'enche-
1 lient, dotés chacun de sa propre véridiction, porteurs de connotations
Il'llorisantes ou méprisantes, ne peut engendrer qu'une situation
,1 "liénation par le langage qui débouche, dans le meilleur des cas, sur
ère de l'incroyance.
1c, avatars de la sémiotique, discipline jeune et pourtant déjà \
d, .... Ibusée, présentent et renètent, sous la forme d'un raccourci, les
t tlllli adictions de notre le est le lieu de \
,1 propre véridiction et s'apercevoirs...presque cn même temps, que le l
,h. ours est le lieu d'un'paraître mensonger ne constituent pas pour elle
""\" position de départ particulièrement confortable. Elle s'en tire'
hlllt 'fois en pensant pouvoir construire un méta-langage qui lui servira
t1'''''trument de démythification des discours sociaux et de démysti-
1" ,.I,on de la parole dominatrice: son action a paru, pendant quelque
lucide, et sa lucidité, libératrice. C'est alors qu'apparut une
nU I,t\émiotique critique qui, sous prétexte que le discours sémiotique
, d. comme les autres discours, un discours idéologique, lui a dénié sa
Illl1pétence véridictoire. Une telle sémiotique critique est cependant
, Ill' même une sémiotique en crise: n'accordant aucune foi au discours
,1. l'autre, on ne voit pas par quel moyen elle pourrait asserter la
" ",clté de ses propres paroles.
1 d boucle est ainsi bouclée: non seulement il n'existe pas de discours\
',II', mais il ne peut y avoir de discours capable de statuer sur la
1"' 'cté des discours prétendument vrais. Les dés sont pipés: puisqu'il
" y " pas de langage de la vérité, il ne peut y avoir de langage de la (
1" 1IIIIl ; il n'y a plus de discours littéraire, puisque tout est littérature; il 1
"Y ,1 plus, pour reprendre l'excellente formule africaine, que des 1
dl'; 'Ours pour rlre)t.
{ln arrive ainsi à mieux comprendre l' 01( état des choses)t qui
"" 'térise notre contexte culturel d'aujourd'hui: Je sujet de l'énon-
1 Illllllll n'est plus censé chercher à produire un discours vrai, mais un
+il\rours qui produise l'effet de sens ft vérité., et le type de commu-
lin .111 nsur lequel repose la cohésion sociale ressemble étrangement à
1., \1 r li ture d'un genre ethno-liuêraire particulier, communément
qlpd '« conte de fripons)t. C'est un récit à deux personnages, le fripon
, , 1" dupe, à rôles interchangeables: dans un premier épisode, le fripon
1Il 1111 P. son ami, dans le second, il se laisse tromper, et ainsi de suite, le
1 lIul' n'ayant aucune raison de s'arrêter. Un même acteur, rusé
109
D SENS, Il
lorsqu'il s'agit de tromper autrui, apparaît crédule et désarmé en face
du discours de l'autre: raccourci de la condition de l'homme, trompeur
et lrompé à la fois.
4. LA MANIPULATION DISCURSIVE.
Si la vérité n'est qu'un effet de sens, on voil que sa production
consiste dans J'exercice d'un faîTe particulier, d'un!aire-paraitre-vrai,
c'est-à-dire dans la construction d'un disçoual!mltJa fonclion n'est pas
le dire-vrai, mais le paraître-vrai. Ce paraître ne vise plus, comme dans
le cas de la vraisemblance, l'adéquation avec le référent, mais
l'adhésion de la part du destinataire auquel il s'adresse, et cherche à
être lu comme vrai par celui-ei. L'adhésion du destinataire, de son côté,
ne peut être acquise que si elle correspond à son attente: c'est dire que
la construction du simulacre de vérité est fortement conditionnée, non
pas directement par l'univers axiologique du destinataire, mais par la
représentation que s'en fait le destinateur, maître d'œuvre de toute
cette manipulation, responsable du succès ou de "échec de son
discours.
Le discours de la vérité ne fonclionne donc plus à l'ancienne manière
où la parole .. donnée., le serment « prêté» suffisait à le garantir. Deux
types de manipulation discursive se sont substitués à cette innocence
adamique, deux fôrmes discursiVes rivales et qui visent pourtant le
même but: l'adhésion du destinataire, seule susceptible de sanclionner
le contrat de la véridiction.
Le premier type de manipulation qui relève de ce qu'on peut appeler
le cannouflage-subjectivant se trouve assez bien illustré par le discours
lacanien qui, de J'aveu même de l'auteur, doit être construit de telle
manière que, pour accepté comme fi: vrai ., il paraisse comme .. secret ».
Le discou" qui.. n'est là pour .suggérer l'existence d'un plan
à déchiJIœL. avatar moderne du • discours en paraboles.
de Jésus, est une des fonnes. de la communication véridictoire
assumée..
À celle communication hermético-herméneutique s'oppose le. dis-
1Cours scientifique. - ou prétendument lei qui relève, lui, du
1camounag.e objec.tivant: pour être accepté comme il cherche à
paraître comme n'étant pas le discours du sujet.t,. mais comme le pur
énoncé des relations nécessaires entre les choses, en effaçant. autant
que possible, toutes les marques de l'énonciation. Un énoncé tel que la
110
LE CO TRAT DE VÉRIDICTION
fi'" (t.fl ronde présuppose bien, nous le savons, que je dis que.... je sais
,/"1' . Je suis sûr que... la lerre est ronde: il n'empêche que tout c.c
llppurl énonciatif qui situe l'énoncé dans le cadr.e d'une
1 IlIOn occurrencielle se trouve occulté pour ne laisser paraltrc, a la
Ilfll 'ur, que le non-personnel il est 'Vrai que.... censé le modaliser en
111111' objectivité. . .
S, "on peut parler en celle occasion de camounages et
fl"I'" llvant, c'est que, dans le premier cas. le sujet 1
Ill, ·he comme un je (alors que nouS savons que le je Installe dans le
III ,-ours n'est pas vraiment le je énonciateur), garant de la vérité, alors
Il"l la communication de celle-ci exige de lui la construction d'une
Il.,.ehine à produire l'effet du vrai.; c'est aussi parce que, dans le
1 \ ond cas, le sujet de l'énonciation est soit éliminé par des construc-
Il. In\ Impersonnelles, soit socialisé par l'installation des. on et .des
l

1•. 111\ le premier cas, nous sommes en présence d'un sUjet affiche
I.IUX • et d'un savoir occulté mais .. vrai»; dans le second cas, le savOir
r 1 .,ffiché comme .. vrai» et le sujet occulté comme .. faux »·1Deux
l'II cdures différentes, même contradictoires, mais des procedures
IlIlIt de même, destinées à produire du véridique. .
On omprend dès lors pourquoi, dans l'épistémologie de nos Jours,
\ 1111 ·cpt de vérité se trouve substitué, de plus en plus souvent, celOl
d ,·IIICl/cité.
11\ VÉRITÉ ET LA CERTITUDE.
", cn parlant de la véridiction, nous employons le terme de contrat, \
" ,,'c,t pas dans je ne sais quel sens métaphonque, mais parce. que la
1 ollll11unication de la vérité repose sur la structure d'échange qUl.lul est \
"" Icndue. En effet, l'échange le plus élémentaire de deux objets de
d, ur une aiguille contre une charretée de foin, exe",'ple -
l''' IIppose la connaissance de la valeur des valeurs la
t IIllllaÎssance de la valeur» n'étant rien d'autre que Je saVOir-vrai sur
" '·Jlcurs-()bjets. Dès lors, le marchandage qui précède, recouvre et
lilluhll nne l'opération gestuelle de l'échange se présente un
1,," 'ognitif réciproque, c'est-à-dire comme persuasif ayant
• Il 1.1 o, de lui unfaire interprélati!tout aussI eXigeant, et
t 1 deux discours cognitifs cependant qui manipulent de mamere
dll ln °llte à l'aide d'un savoir-faire approprié, le savoir sur les valeurs
III tln.. que les préliminaires de l'échange qui ne se fait, lui, qu'à
III
DU SENS, Il
la suite de la conclusion du contraI. Or ce contrat, bien qu'il s'appuie
sur les résultats du faire cognitif, n'est pas lui-même de nature
cognitive, mais fiduciaire. Tout comme la circulation de la monnaie
dans nos macro-sociélés, comme la circulation de la « parole. dans les
• clubs de discours» psychanalytiques, la vérité est objet de commu-
nication et nécessite la sanction fiduciaire.
Dans l'ère de la manipulation où nous vivons, l'écart entre la vérité et
la certitude, entre le savoir et le croire, est particulièrement visible.
L'effort critique qui a cherché, avec plus ou moins de succès, à
démanteler et à mettre au jour les procédures qui permettent la
construction d'un dire-vrai en taxant d'idéologiques les fondements du
discours scientifique a eu pour corollaire l'épanouisement des discours
utopiques basés sur le croire à l'état quasiment pur. La société
d'incroyance se laisse submerger par des vagues de crédulité, se laisse
prendre par des discours politiques, didactiques, publicitaires, et le
savoir acquis sur les pièges du savoir est un antidote absolument
inefficace. Le cri de douleur • credo quia absurdum. qui nous
parvient du fond du Moyen Age s'applique bien à ces jeux de fripons et
de dupes, de sur-eonscience et d'inconscience, à ceci près que la
douleur en est absente.
Ce discours -le nôtre -, qui prend parfois des allures moralisatrices,
\ ne vise en réalité qu'à établir nettement la distinction entre les deux
1composantes autonomes et les deux niveaux superposés du contrat de
( véridiclion : le savoir et le croire, la vérité et la certitude, le savoir-vrai
(et le croire-certain et qu'à montrer la prééminence des jugements
épistémiques sur les jugements aléthiques. Toutefois, la certitude,
sanction suprême à laquelle doit se soumettre le discours véridique, est
un concept relatif et graduable, et la foi, une chose fragile. De récentes
enquêtes effectuées parmi les étudiants d'une université indienne,
relatives à la croyance au caractère sacré de la vache, ne distribuent
pas seulement leurs résultats selon les classes de sexe ou d'origine
sociale, mais cherchent à les chiffrer en pourcentages de crédulité: tel
étudiant croit à 25 %que la vache est sacrée, telle étudiante pousse sa
foi jusqu'à 30 %. Ces résultats - dont le caractère chiffré nous fait un
peu sourire - ne diffèrent guère de nos observations personnelles sur la
croyance des Percherons à l'efficacité des. toucheux » : il faut bien
constater que les gens n'y croient pas, tout en y croyant.
Comment interpréter ce phénomène du croire ambigu qui se
'présente comme la coïncidence des contraires, comme le terme
'complexe réunissant la certitude et l'improbabilité, sinon par le fait
',qu'il relève de deux contextes idéologiques incompatibles et, finale-
112
LE CONTRAT DE VÉRIDICTION
Illcnl, .?C .deux coexistantes? En proposant une telle 1
'"lcrpretat!on, nous ne faisons que renvoyer la problématique
dll crOIre a la theone du langage selon laquelle les épistémés que (
/t'Couvrent les être définies et analysées des t
de conno!atl.on. MalS, en le faisant, nous exerçons, ne
1 pas, un faIre Interprétatif, constructeur de méla-Iangage, un '
1.lIre qUI maOlfeste ostentatolrement le savoir sur le croire. Tout se t
c?mme. si ,la vérité et la certitude, dotées chacune d'un 1
ll,llut s.en:lOtlque représentaient deux formes irréductibles
d,' sérnlosrs dont la coeXistence est difficile et inéluctable.
Le savoir et le croire
un seul univers cognitif
1. INTRODUCTION
1 l'S préoccupations de la sémiotique cherchant à rendre pleinement
1 1I111f11C de la modalisation des discours ne datent pas d'hier. L'im-
1''''I.lnce des modalités ne lui a pas échappé non plus, à tel point que
Il l'0I1S1ruction d'une grammaire sémio-narrative était depuis long-
" 11111\ conçue comme l'élaboration d'une grammaire modale. Mais
• , ,1 le concept de compétence modale - suivi de celui d'existence
11Illd.lIe qui a vraiment ouvert la voie à l'exploitation des modalités
d, l'ovoir-fairel et de Isavoir-êtrel qui nous intéressent en ce
Ol\lIn'nt.
e ,'pendant, l'approfondissement des problèmes relatifs à la dimen-
11111 cognitive des discours a eu pour corollaire l'apparition de ce qu'on
'l'l'l'Ile, peut-être improprement, la modalité du Icroire;' En effet, il
1 III (ilfficile, pour un sémioticien, de soutenir que la communication
Il ,llIll qu'un simple transfert du Isavoir/: la familiarité qu'il
lllll'tenait avec les sujets« en papier », ceux qu'il rencontrait dans les
Il ln., le forçait à affirmer que les sujets en situation de communi-
1 tlHll1 n'étaient pas neutres, mais dotés, au contraire, d'une compé-
1. ", r III dole variable. Dès lors, le qui présidait à la
t lunication devenait un faire persuasif ayant, à l'autre bout de la
1 1I11lll', un faire interprétatif correspondant et opposé. Le changement
d. l'ri ",pcclivc ainsi obtenu se résumait en ceci que persuader, s'il reste
nI 111<: cn par,tie un jaire-savoir, est surtout, et en premier lieu, un
f,l" ,. (t'oire. A partir de là, tout progrès de la réflexion sur les
1 de la connaissance ne faisait qu'élargir le domaine de la
1 "''f,IIH.:C
(1" ,,<,,, operçu, par exemple, que je pense que, qui sert de support
IIi dl"l ours intérieur du sujet lorsqu'on veut l'extérioriser, n'est pas un
Il .11" mais un «je crois ». Lorsqu'on voit que ils disent que, qui est
115
1 Il lIot.lnt :
,ujet de la manipulation
,ujet de la sanction
lit pl lit considérer que
11- 'ègmenl (a) représente le faire persuasif de S
" "gmenl (b), le faire interprétatif de S conduisant à l'act
l'l.hllllljue,
2'
e
" ,cgment (c), l'énoncé-objet (la «proposition.) soumis par S
, '
1
l " Il'mellant à plus tard l'examen des procédures de persuasion de
1 .. 1 '1'11 accompagnent la lransmision de l'énoncé-objet (c), nous
117
l ,1 déjà on peut chercher à saisir la
1 .u p enomene« crOIre» a l'mterieur de la communication
IIIh La chose à faire dans ce cas, disions-nous
1III e subst.ltuer aux Instances «neutres» de l'émetteur et d'
" "1 pteur !es heux du faire persuasif et du faire
1111 pro.ccdures cogOltlves qui s'achèvent, dans le remier cas
l '"'' et, dans second: par l'acte de croire,
exphcatif peut être réduit, au niveau profond
l ,1 • u angage, a un petit nombre d'opérations simples mais il
1:: III Ir, a,u OIveau des expansions ucs
1 111I ,homologuer le faire persuasif à la manipulation et le
;1111 a la sanction narratives ct d'imaginer ces parcours bien
1'111111 c.s. comme des algorithmes cognitifs.
'
l'nur 1',llustrer, de suivie, notre réncxion, il est opportun de se
1',' \" t un exemple, priS dans une langue nalurelle, le français en
,. En cho!slssant, parmi les parasynonymcs de la ersua-
'''''1 le, verbe, convalllcre, nous pouvons immédiatement che:'cher à
Il 1111er la deflOitlon qu'cn donncnt les diclionnaires courants:
1"1 • Amener quelqu'un Il
lM
1/ à reconnaître la véritéll
Ild'une proposition
(ou d'un fail), •
DU SE S, 1\
la principale source du savoir communiqué, signifie seulement le
manque de certitude et de confiance, que notre savoir sur le monde
repose en premier lieu sur les «on--dit ., on peut se demander si, quand
on veut parler de la dimension cognitive des discours et des modalités
qui l'articulent, il ne s'agit pas essentiellement de la dimension et des
modalités de nos croyances dont le savoir dit scientifique ne serait
qu'une parenthèse ou peut-être même qu'un effet de sens se constituant
dans des conditions à déterminer,
Si l'on a tendance ainsi, par une sorte de dépit, à ne faire qu'un du
savoir el du croire en considérant la distinction catégorique généra-
lement pratiquée comme une fausse dichotomie, on doit reconnaître
néanmoins que, dans les langues naturelles, ces deux termes non
seulement se chevauchent souvent sans sc confondre, mais arrivent à
s'opposer carrément. Lorsqu'on dit:« ous savons tous que nous
mourrons, mais nous ne le croyons pas·, ou qu'on répète, comme
Unamuno a été l'un des derniers à le faire, le ft credo quia absurdum 1*
médiéval, on nous oblige à constater non seulement que le savoir
installé ne parvient pas à expulser le croire, mais que le croire repose
parfois, et se consolide même, sur la négation du savoir, Tout se passe
comme si le croire et le savoir étaient justifiables d'une structure
élastique qui, au moment de l'extrême tension, produisait, en se
polarisant, une opposition catégorique, mais qui, en se relâchant, allait
jusqu'à confondre les deux termes,
Ces «anomalies. sont gênantes, On se met alors à regretter les
temps anciens où les choses étaient plus claires: Georges Dumézil a
obligeamment attiré notre attention sur le latin credere qui couvrait en
même temps les champs de signification, aujourd'hui séparés, de
croyance et de confiance, où la confiance entre les hommes, établie ct
maintenue, fondait la confiance dans leur dire sur les choses el,
finalement, dans les choses elles-mêmes,
Ce retour incongru aux sources antiques nouS enseigne cepen-
dant au moins une chose, à savoir que, pour fonder nos certi-
tudes, il convient, avant de chercher l'adéquattion des mots aux
choses, de faire un détour par la communication confiante entre
les hommes,
116
, 1
2, LES PROCÈS COG (TIFS
Il, SAVOIR PRÉCÈDE LE CROIRE,
118
Ces définitions assez triviales nous inspirent un certain nombre de
remarques que nous essaierons de cataloguer.
o SE S, 1\
chercherons à expliciter davantage le segment (b), • reconnaître la
vérité., que nous considérons comme un raccourci des procédures
d'interprétation. Un nouveau retour aux dictionnaires nous offre deux
nouvelles définitions de reconnailre (la vérilé) :
, 1 4 L'acle épistémique esl le contrôle de l'adéqllation.
u niveau discursif, enfin, les programmes d'interprétation pren-
d'Ilntla forme de procès aspectualisés : l'acte épistémique, catégorique
.UI le plan sémio-narratif, sera saisi comme ponctuel sur le plan
d" 'ur if: l'observateur pourra le lire soit comme inchoatif se
1" "longeant en un état duratif (= élal de croyance, et non plus aCle),
lut comme terminatif(d'une croyance - ou d'un doute - ancienne et
,h 1'" sée).
SI le faire interprétatif ayant à faire face aux procédures de
1'4 1\uasion fort variées (argumentation, démonstration, entre autres)
Il \ uuvre un champ d'exercice très vaste, il n'en reste pas moins qu'on
1" ut le réduire, dans ses uJtimes retranchements, à une opération de
Il \ .,nnaissance (de la vérité). Or, la re-connaissance, contrairement à la
t !I"naissance, est une opération de comparaison de ce qui lui est
P'OI é» (= la proposition logique, au sens de« proposition» en tant
'1"" uggestion et offre) et de ce qu'il sait/croire déjà. La reconnais-
III en tant que comparaison comporte nécessairement une identi-
/If '11;0", dans l'énoncé offert, de la totalité ou des bribes de «vérité ...
1I11'on possède déjà.
" l'acle épistémique est une identification, il met à contribution
Illlllvers de savoir/croire du sujet judicateur. La reconnaissance de la
vcr lté., qui, jusqu'à Einstein inclusivement, était définie par son JI X
1Ii/,'quation à la « réalité ... référentielle, l'est maintenant par J'adéqua-
III1It notre propre univers cognitif.
119
1 1 J L'interprétation est reconnaissance et identification.
LE SAVOIR ET LE CROIRE
On voit bien que la « reconnaissance» est tout d'abord le contrôle de
, .ultquation du nouveau et de J'inconnu à J'ancien et au connu, et que
Il vnllé ou la fausseté de la proposition soumise au jugement n'en est
'1"" ,'effet secondaire. Les résultats de ce contrôle peuvent être positifs
1111 IU"Rotifs, J'adéquation peut être reconnue ou rejetée.
l '.Itle épistémique peut dès lors être représenté sous sa double face
"lltUHe une affirmation ou un refus, ce qui autorise à son tour sa mise
III h.· larré :
après avoir nié ou
/1 après avoir douté. ,.
IImalgré les réticences. ,.
- • Accepter
- • Admettre pour vrai
2.1.2. L'acle épislémiqlle esl sllsceplible d'être converli en faire
interprélatif el en procès discursif
Les transformations dont nouS parlons se trouvent situées au niveau
de la syntaxe profonde: ainsi, dans notre exemple, le passage de nié à
admis peut être localisé comme une opération sur le épis,témique
(quelles que soient les dénominations de ces termes poslllonnes), Cela
suffit pour envisager la possibilité de la «narrativisatlon ... de telles
transformations, pour appliquer à leur cas le principe général de la
conversion des structures en passant d'un niveau à J'autre: ainsi, une
opération cognitive de type logico-sémantique pourra se présenter, au
niveau de la syntaxe de sllrface, comme une SUIte de programmes
narratifs hiérarchisés. Car, il ne faut pas l'oublier, c'est à ce niveau
anthropomorphe que se situe le faire interprétatif du sujet qu'on
cherche à convaincre.
2.1.1. L'acte épistémiqlle est IIne transformation.
La deuxième série des définitions met en évidence le fait que l'acte
épistémique, situé sur la dimension cognitive ,du est b!en une
transformation, c'est-à-dire le passage categorique d un • etat de
croyance,. à un autre:
- de ce qui est nié à ce qui est admis.
- de ce dont on dOllte à ce qu'on acceple, etc.
Ceci veut dire tout simplement qu'à la suite de la transformation le
stol III épistémiqlle de l'énoncé soumis au jugement de 5, ne sera plus le
même pour lui.
120
2.1.5. L'acte épistémique est une opération jonctive.
exclusion
refuser
(disjonction)
incertitude
douter
(non-conjonction)
LE SAVOIR ET LE CROIRE
certitude
affirmer
(conjonction)
probabilité
admettre
(non-disjonction)
, 16. L'acte épistémique produit des modalités épistémiques.
121
Jusqu'à présent, nous n'avons parlé que des modalisalions épisté-
Iluques en les identifiant aux actes épistémiques et en les définissant
HHnme des opérations jonctives. Ainsi, nous les pensons comme des
101 mes dynamiques, relevant de l'ordre du .. faire - et non de l' .. être -.
Il n'empêche qu'on peut aisément les « substantiver «- et la logique s'y
1 lllcnd très bien - en les représentant non plus comme des modalisa-
"lins, mais comme des modalités qui indiquent le stalut modal des
, "uncés considérés à la suite de t'acte modalisant. Ceci revient à dire
'1" . l'acte épistémique produit une «charge modale« qui a pour effet
d( III colorer» modalement l'énoncé soumis au jugement.
On peut, par conséquent. ajouter une nouvelle série de dénomina-
lions aux termes du carré épistémique déjà installé. Trois sortes de
.It-Ilominations renvoyant chaque fois à leurs définitions comme
modalités, comme modalisations ou comme opérations jonctives
l't'llvent ainsi être homologuées: .
1 1 7 Le sujet opérateur est un sujet compétent.
l'opération qui s'effectue sur la dimension cognitive du discours est
il, l',,,drc du faire et présuppose, comme condition préalable de tout
1 ' . 1 ' . · \ . I ~ · à l'acte, une certaine compétence modale du sujet. L'examen
l'Ill" 1Iltcntif de celle-ci dépasserait les limites de la réflexion que nous
1101"" MlIllTneS imposées. Disons seulement qu'il est probable que cette
'''tlql('lcncc est constituée de deux modalités, l'une virtualisante et
l ",",' " tualisante, du jvouloir-fairej et du jpollvoir-fairej.
refuser
(disjonction)
douter
refuser
----
--
->-,,"
........ --
............ ---
.,.1>" -...... douter
(non-conjonction)
DU SENS, Il
affirmer
admettre X
affirmer
(conjonction)
admettre
(non-disjonction)
,
Remarque: Alors que l'axe jaffirmerj vs jrefuserj. une fois binarisé,
devient la catégorie fondamentale de la logique: lassertionl vs Inégationl
(avec la restriction selon laquelle S2 = SI' et SI = 52)' les parcours
syntaxiques élémentaires - avec les passages médiateurs obligés: du refus
à l'affirmation par l'admission et de l'affirmation au refus par le doute -
rendent compte du fonctionnement sémiotique du discours.
Ainsi, on peut jdouterj plus ou moins, jadmettrej plus ou moins,
mais on ne peut pas jaffirmerj ou jrefuserj plus oU,moins.
Remarque: Nous utilisons le carré suggéré par Claude Zilberberg, en
remplaçant toutefois unc des dénominations, te croire .., par .. admettre .. , et
ceci pour éviter les dangers de la polysémie.
Du moment qu'on considère J'acte épistémique comme une opéra-
tion, c'est-à-dire comme un faire cognitif te pur lt, on peut interpréter les
opérations visant à identifier l'énoncé soumis à l'appréciation épisté-
mique avec tel ou tel fragment de l'univers cognitif du sujet judicateur
comme ayant pour résultat soit la conjonction (en cas de réussite), soit
la disjonction (en cas d'échec) des deux objets considérés.
Toutefois les modalisations épistémiques étant graduelles et non
catégoriques (comme c'est le cas, par exemple, des modalisations
aléthiques), jaffirmerj et jrefuserj ne peuvent être considérés que
comme acs polarisations extrêmes des opérations jonctives, réussies
(= conjonctions) ou échouées (= disjonctions). Aussi, le carré sur
lequel on peut les projeter aura comme particularité de présenter les
schémas SI vs S, et 52 vs S2 non comme des contradictions. mais comme
des graduations :
DU SENS. Il
Dès lors, on peuL imaginer qu'au niveau discursif un tel sujet
opérateur, lié par itération à l'exercice préférentiel de l'une ou J'autre
des modalités épistémiques, puisse se transformer, dans un contexte
culturel donné, en un rôle pathémique stéréotypé: ainsi, à l'exercice
récurrent des jugements de certitude correspondrait, en tenant compte,
bien sûr des déterminations complémentaires, un ., crédule» ou un
• fanatiq'ue ", alors que l'habitude de douter donnerait lieu au rôle de
« sceptique -, etc.
2.2. LE CROIRE PRÉCÈDE LE SAVOIR.
2.2.1. La proposition.
Pour parler de l'acte épistémique, nous avons choisi délibérément de
situer le lieu d'exercice du sujet épistémique à l'extrême hmlte du
parcours de l'interprétation, en l'identifiant en même temps avec. le
destinateur judicateur du schéma narratif global. Un tel ChOIX, b,en
sûr, n'cst que tactique. il permet pourtant, à la
ainsi obtenue, une saisie plus « pure» du considere cl, par
là même, la construction du simulacre de son fonctionnement, pouvant
éventuellement servir de modèle du jugement épistémique. Ce modèle
sera, à son tOUT. intégré à la syntaxe sémicrnarrative,
schémas idéologiques et susceptible de rendre compte des opcratlons
cognitives, quelle que soit Icur position sur le parcours du sUJet.
Dès lors, il n'est peut-être pas inutilc dc rappeler que toute
communication humaine, toute tractation, même si elle n'est pas
verbale, repose sur un minimum de confiance mutuelle, qu'clic en.gage
Ics protagonistes dans ce quc nous avons appelé le contrat f,duclalre.
Que ce contrat soit antérieur à toute communication ou qu'il
dès la première prise de contact importc peu: cela r;ssemble un peua
l'histoire de la poule et de l'œuf. Pratiquement, 1analyste a beSOIn
d'une situation-limite et d'un geste épistémique ouvrant la communi-
cation.
Qu'il s'agisse d'un je pense sûr de lui ou d'un je sais hésitant, qu'ils
soient proférés à haute voix ou seulement implicites, l'enclenchement
qu'ils provoquent peut être dit propositionde contrat. Les deux sens. dc
proposition - énoncé (qui engage l'énonc.ateur) ct .'"vlta-
tion (à faire un bout de chemin ensemble) - ne sont pas Inconclhables :
alors que le premier engage sUr\outl'énonciateur, le second s'adresse à
122
LE SAVOIR ET LE CROIRE
1c,'nonciataire, les deux définitions mettant en évidence la relation
laluciuire qui « personnalise» la communication bi-polaire.
LA manipulation selon le savoir.
"est dire, en d'autres termes, que toute proposition formulée par
l "Ilonciateur repose sur une base épistémique allant de l'affirmatIOn
"' d ute et de la réfutation à "admission (des dizaines de verbes tels
'Ille prétendre. présumer. supposer. soupçonner, admettre,
'" etc., l'attestent). Cet acte épistémique, pourtant, qUi sert de
prdude à la communication, n'est pas une simple affirmation de soi,
111.11\ une avancée, une sollicitation de consensus, d'un contrat,
lU quelles l'énonciataire donnera suite par. une ou un
lt 1li')" Entre ces deux instances et ces deux prases de poSition se trouve
1111 'nagé un espace cognitif de la persuasion et de l'interprétation qui
\ 1I1 sur le plan des structures sémio-narratives, aux vastes
111.1 hineries de la manipulation et de la sanction.
nus avons pris notre temps, il n'y a guère, pour rénéchir
1'".blCmes de la manipulation. Deux formes principales de celle-c"
,klllllssables par la modalité qui s'y trouvc privilégiée, ont retenu notre
ltll'nlion: la manipulation selon le vouloir qui se mamfeste, par
emple, par la tentation ou la séduction, et la manipulation selon le
l'olH'oir, reconnaissable dans la menace ou la provocation. Dans les
Ih Il cas, il s'agit d'opérations factitives qui consistent à faire
""'"Llges de simulacres, susceptibles, grâce au faire interprétatif
,"lluencé" de recueillir l'adhésion du sujet manipulé: il s'agit, en
lllllmc, de procédures rendant compte des effets de sens de « faire-
l 1\lIlC» et de «croire ». •
Iles lors, on peut sc demander si j'espace cognitif ainsi reconnu ne peut
. trl ,t)llsidéré comme le lieu d'exercice d'un autre type de mampulatlon,
Il 1111 -. manipulation selollle savoir où la factivité s'épanouirait les
IlUIlle:'! variées des argumentations dites logiques et des démonstrations
,l Il"lltd Iques pour s'offrir, en fin decompte,au sujet épistémique, comme
llilt pn)position de raison, aléthiqueou véridictoire.« On peut convaincre
II par ses propres raisons, mais on ne les persuade que par les
1. '" <Joubert) : les procédurcs convoquées par l'énonciateur pour
t ol\\'IIlIlCfe >>l'énoncialaire pécifieraient alors ce mode de maOlpu-
1,111111 ,don le savoir, en le distinguant des autres formes de persuasion
'I"' ,II'" feraient directement (ou: plus directement) appel aux
, Il 1111' de l'énonciataire.
123
DU SE S, Il
Tout se passe donc comme si l'opération «con-vaincre)f, en
l re-sémantisant un peu ce C," série, de
situées sur le plan cognitif. Visant la victOire, mais une victOire
1 complète, acceptée et partagée par le « vaincu» qui se transformerait,
( de ce fait, en «convaincu., Il s'agirait, en somme, d'une épreuve
cognitive susceptible d'être organisée en un ensemble de programmes,
cherchant à apporter des « preuves» ct à les soumettre à l'instance
( épistémique judicatrice.
\
Si tel est le cas, le« discours savant» ne serait qu'un type particulier
du faire persuasif développant, entre deux instances épistémiques, un
savoir-faire syntagmatique d'ordre. logique •.
3. LES SYSTÈMES COG ITIFS
3.1. LES NIVERS DU SAVOIR ET DU CROIRE.
Reconnaissant, à J'occasion de l'analyse d'un conte de Maupassant,
les difficultés considérables que rencontre l'interprétation du discours
figuratif alors qu'elle n'arrive pas à se satisfaire des données séman-
tiques contenues dans le discours manifesté lui-même, nous avons été
amené à proposer une procédure complémentaire de lecture, consistant
à confronter le message reçu avec l'univers référentiel du savoir du
destinataire. Qu'on appelle cette procédure lecture, décodage ou
déchiffrement, peu importe: il s'agit toujours du même phénomène
d'intégration de l'inconnu dans le connu, de l'authentification du
premier par le second. .
Cet univers du savoir est désigné par certains, un peu raptdement,
comme une encyclopédie: en effet, une telle désignation, même en la
prenant pour une définition, ne nous apprend rien sur le mode
d'organisation de cet univers, l'encyclopédie se justement
par l'absence de tout ordre intrinsèque. On peut en dire autant des
«données d'expérience» venant au secours du lecteur: c'est là un autre
aveu d'impuissance qui consiste à se débarrasser d'une problématique
gênante en la renvoyant à des disciplines voisines que seule notre
ignorance permet de considérer comme plus compétentes.
La confrontation, indispensable lors de l'interprétation sémantique,
ne l'est pas moins lorsqu'il s'agit de reconnaÎtre la validité de,
124
LE SAVOtR ET LE CROIRE
,elotiolls, paradigmatiques ou syntagmatiques, qu'entretiennent entre
'Iles les unités moléculaires ou molaires du discours: c'est en tant que
l'olidotion de ces relations que se définit l'activité épistémique des
ujets, surtout lorsqu'on la conçoit, métaphoriquement, comme une
adhésion intime et totale ». Cela revient à dire que c'est en tant que
dépositaire de formes d'organisation. valables. que l'univers cognitif
Intéresse et engage l'instance épistémique intégrée dans le processus de
la communication.
e concept d'univers, cependant, pour être de quelque utilité, doit
d'abord être relativisé par deux fois: en reconnaissant l'existence
d'univers collectifs, caractérisés par différents types de • mentalités.,
de .. systèmes de pensée» ou de 'Ill croyances -; en distinguant éven-
tuellement des univers individuels, considérés comme ces mêmes
univers, mais assumés par des individus et ayant subi de ce fait des
déformations _ plus ou moins cohérentes.
es distinctions ne nous renseignent pourtant pas sur la schizie
fondamentale qui semble caractériser la civilisalion européenne - et ce
depuis les premières oppositions médiévales entre le profane et le
locré - et qui se développe progressivement en une séparation défini-
tive entre le savoir et le croire, bien plus, entre deux univers du savoir
1'/ du croire inconciliables, confirmés par des dichotomies pr;lliquées à
l'intérieur du contexte culturel opposant la raison et la foi.
On a vu à quel point ces élaboralions culturelles secondaires (situées au
IlIveau superficiel de la catégorisationselon Sapir-Whorf) résistent peu à
l'e amen un peu attentif des procèsdecommunication intersubjecliveoù
la pan de la fiducie, même dans des programmalions cognitives
/lgoureuses, paraît dominante. Et pourtant, en tant que phénomène
,"traculturel, la schizieexistebel et bien: sur le plancollecttf, quOI de plus
,uggcstif que l'apparition, au XIX
C
siècle, à côté du scientisme, de la
poésie symbolique, qui est une forme particulière du discours sacré, ou,
,ur le plan individuel, comment ne pas prendre au sérieux le témoignage
.l'un ancien slalinien, parlant de son. dédoublement. :. Désormais, il y
ui un moi qui savait et un autre qui croyait. Le courant était coupé entre
eux. Même leurs mémoires ne communiquaient pas. (J. Cathala, Sans
//l'I/r IIi fusil, p.347). De même, la théorie des mondes possibles \
Il'aurait-elle pas pris une autre forme, si ellc ne reposait sur l'admission a
prior" d'un « monde réel» positiviste?
Dc, oppositions aussi tranchées soulèvent une dernière queslion :
, I\le-t-il des domaines sémantiques privilégiés qui seraient - exclusi-
\t'ment ou en partie seulement - recouverts par des réseaux fiduciaires
dt croyances, alors que d'autres domaines seraient réservés aux
125
DU SE S. Il
sciences? A première vue, le croire semble s'exercer, du moins dans
J'univers occidental. sur un territoire correspondant grosso modo à la
religion, la philosophie et la poésie, et s'occupant essentiellement des
« fins premières el dernières de l'homme _. Cependant, si l'on revient à
l'exemple de l'émergence du symbolisme, on s'aperçoit que celui-ci
s'est développé justement au moment où la science prétendait donner
des réponses aux problèmes métaphysiques, c'est-à-dire au moment
où les deux domaines du savoir el du croire se chevauchaient
et s'entrecroisaient. Il en est de même de la sociologie marxiste
stalinienne dont le champ d'exercice et les réponses fournies corres-
pondaient précisément aux problèmes pratiques et «réels. que se
posaient l'individu et la société. Autrement dit, ce n'est pas telle ou
telle substance du contenu qui détermine la relation cognitive que le
sujet entretient avec ellc, mais, au contraire, la forme du contenu: seul,
l'examen des formes d'organisation de l'univers cognitif peut nous
renseigner sur la part qu'y prend le savoir et le croire.
Aussi, en nous référant aux systèmes de croyances tout aussi bien
qu'aux systèmes de connaissances, ainsi qu'aux procès qu'ils engen-
drent ou qu'ils sanclionnent, parlerons-nous, en accord en cela avec
Jean-Pierre Vernant (Divinatian et Rationalité), de types distincts de
rationalité plutôt que de la raison excluant la foi.
3.2. LA RATtO ALTIÉ PARADIGMATtQUE.
Notre hypothèse consiste donc à prétendre que la sanction - ou la
présomption épistémique s'il s'agit de l'instance productrice de
l'énoncé - doit être interprétée comme une adhésion de l'énoncé
proposé à la parcelle formellement correspondante de l'univers cognitif
et que c'est à l'intérieur de ce lieu formel qu'elle choisira la variante
« fiduciaire. ou «logique. de sa structure. Une telle affirmation a
besoin d'être explicitée et illustrée. ous nous y emploierons, en
commençant par ce qui est fondamental, c'est-à-dire par la structure
élémentaire de la signification.
3.2.1. Le binarisme et les termes complexes.
Sans se laisser entraîner dans la querelle ontologique, à savoir si les
structures binaires ou bien ternaires sont plus «vraies - et plus
126
LE SAVOIR ET LE CROtRE
fondamentales " sans se prononcer sur l'opportunité ou l'efficacité de
leur usage, on est obligé d'admettre l'existence d'une oppo ition entre
d'une part, le binarisme logique et, de l'autre, la « structure du mixte ~
de la philosophie présocratique, présente jusqu'à nos jours comme la
coexIStence des contraIres. dans les élUdes mythologiques. Voilà un
lieu formel unique, susceptible d'articulations distinctes.
Il convient de convoquer ici - (X>ur donner aux mêmes articulations
une dimension diachronique -le témoignage de Vigo Brondal, lin-
guiste d'une époque qui croyait encore au progrès de l'esprit humain
qui affirmait, en s'appuyant sur des recherches nombreuses, que l e ~
l"ngues naturelles propres aux sociétés qui se trouvent à la pointe du
progrès tendent vers le binarisme de leurs catégories grammati·
cales.
ous avons essayé, quant à nous, de répondre à cette double
c'<igence en pro(X>sant, sous la forme du «carré sémiotique _. une
Interprétation de la structure élémentaire de la signification qui, tout
en conservant le principe binaire, admettait la génération des termes
neutres et complexes: la structure élémentaire ainsi conçue est
usceptible d'accueillir les énoncés du discours scientifique, mais aussi
des dISCOUrs religieux ou poétiques.
\.2.2. Le catégorique et le graduel.
La différence de statut structural entre, d'une part, les modalités ,
,"eth'ques (nécessité, possibilité, par exemple) et, de l'autre, les
lIlodalités épistémiques (certitude. probabilité) ne peut qu'inquiéter le '
\ '1Illot,c,en : les unes paraissent articulées par des oppositions fran-
'hes, catégoriques, leurs expressions linguistiques diverses se révélant
,tlégorisables, alors que les autres, au contraire, sont graduelles et
!,raduables.
ette différence qui semble accentuer la dichotomie du savoir et du
Wlre n'est pas propre aux seules modalités, c'est-à-dire aux seules
'1".'lités des énoncés et de leurs actants. Elle se retrouve dans les
1 . 1 , , ~ u e s naturelles, à côté des quantificateurs logiques, sous la forme de
\IUantÎtatifs indéfinis - (peu. beaucoup, etc.), ct s'introduit, au niveau
.1, \ubcontraires (cerrains, quelques-uns), dans les carrés logiques. On
l'''ut en élargir l'inventaire en y ajoutant les tem reis (tôt, tard) et les
'1'.• t"IUX (près, loin) : les axes principaux de la pr uction discursive se
lilluvent ainsi réunis. On peut parler à leur propos, en insistant sur le
,••Il- du sujet, de l'appréciation ou de l'évaluation, ou bien, en tenant
127
DU SENS, Il
compte de la nature de l'objet évalué, de la tensivité de l'énoncé
produit. Nous avons cherché à en rendre compte par la double
procédure du débrayage objectivant et de l'embrayage subjectivant,
tout en étant conscient que la problématique relevait, en dernière
instance, des options fondamentales sur le caractère continu ou
discontinu de l'objet connaissable.
3.2.3. Le mesurable et l'appraximatif.
C'est sous le signe de la tensivité - mais non plus de la gradualité-
qu'il convient de chercher à interpréter un type particulier de la
production de la signification que C. Lévi-Strauss considère comme
caractéristique de la rationalité mythique: il s'agit de la préférence
que le discours mythique manifeste pour la catégorisation, c'est-à-dire
pour la mise en oppositions significatives, selon le mode de l'excès et de
l'insuffisance (presque, trap). Une telle forme de pensée ne s'oppose
pas seulement aux catégorisations abruptes de la logique binaire:
chaque excès ou insuffisance renvoie à l'un ou l'autre des termes de la
catégorie binaire, considérés comme limite ou norme qu'on présuppose
sans expliciter. Rien d'étonnant dès lors à ce que la catégorie ainsi
présupposée devienne la mesure de toute chose et que; passant du
quantitatif au qualitatif, elle serve de support à l'idéologie - et à la
morale - de la mesure qu'on rencontre, par exemple, dans toutes les
mythologies indo-européennes: J'évaluation du bon sens,. cartésien,
la transformation parallèle du rationnel en « raisonnable,. en sont des
illustrations dans notre contexte culturel tout proche, montrant les
confusions et les séparations successives de ces deux formes de
rationalité.
3.3. LA RATIONALITÉ SYNTAGMATIQUE.
L'intérêt que nous venons de manifester aux structures élémentaires
vient du fait qu'elles constituent les lieux topiques de la saisie de la
signification: l'acte épistémique en tant qu'identification y retrouve, le
cas échéant, telle ou telle articulation différentielle lui permettant
d'« ajouter foi,. aux nouveaux énoncés recueillis. Cependant, il ne
faudrait pas perdre de vue que c'est à l'intérieur de ces structures,
qu'on peut appeler constitutionnelles, que s'effectuent et sont saisies
128
LE SAVOIR ET LE CROIRE
Ir> opérations fondamentales susceptibles de servir de base à une
1ypologie des relations syntaxiques. Aussi convient-il de signaler, sinon
d' 'xaminer, quelques cas particulièrement frappants - car la problé-
,,,"tique soulevée dépasse largement le cadre de nos rénexions-
d'articulations de syntaxe discursive pour se faire une idée sur la façon
dont elles sont reconnues et interprétées par l'instance épistémique.
1 1.1. La pensée causale.
1c premier de ces cas est constitué par une forme fréquente
d'intelligence syntagmatique,. plus connue sous le nom de raisonne-
IIll'nt causal: il permet de s'interroger sur le rôle qu'un tel raisonne-
III 'nt joue dans la reconnaissance et l'évaluation du dire-vrai discursif.
lurs que la logique s'est beaucoup préoccupée, à la manière qui est la
.Il'nne, des relations interpropositionnclles, la plupart des sémioticiens,
IIlvant en cela l'exemple de V. Propp, ont érigé la temporalité en
P' 111 ipe organisateur de la narrativité, en interprétant la consécution
,,,"s. fonctions. (= des actions ou des événements décrits), d'après le
111111cux« post hoc, ergo propter hoc,., comme un enchaînement causal..
Il n'y aurait pas de mal en cela, si la causalité n'était pas de ce fait
1.1Insidérée comme un donné du raisonnement logique, susceptible
1l1rl11C de fonder, selon certains, la description linéaire de l'histoire,
lllors que seul le statut fiduciaire peut être reconnu à cette relation, et
n' i d'autant plus qu'on a l'impression que de tellcs relations causales
0111 particulièrement fréquentes, qu'elles caractérisent aussi bien la
pensée mythique (.les dieux se fâchent; l'homme en souffre.) que la
''''lIsée pratique (.les nuages approchent; il. pleuvra .), qu'elles
aussi bien les rituels sacrés que profanes.
('c n'est que si l'on interroge les relations constitutives d'une chaîne
dl'" 'ursive. non plus en allant de l'amont vers l'aval, mais, au contraire,
t Il 1cmontant l'enchaînement causal « naturel ,., que l'on note le fait, à
Illl"1l1ièrc vue insolite, que certaines seulement parmi les séquences
dl'" 'ursives voient leurs relations interphrastiques comme dédoublées:
il qlll sc lit« causalité» de gauche à droite, peut se lire en même temps
1" '\l.pposition logique. de droite à gauche, alors que la plupart des
III haînements syntagmatiques ne possèdent pas un tel soubassement
IIllpll 'ile de nature logique.
l11\i, identiques au niveau de la surface, on ,peut distinguer deuxl
l' r Il 11<1\ types de rationalité syntagmatique: une pensée technicienne de
l ,'1.\ l "re algorithmique, dont les articulations sont fondées sur une
129
DU SENS, II
nécessité modale objective (= sur un /ne pas pouvoir ne pas être/), et
une pensée pratique, de caractêre stéréotypique. ;t s'appuyant, par
conséquent, sur la co-occurrencc, en conhgulte temporelle,.
comportements - ou des éno?cés les décrivant - dont la successl;lte
sera considérée comme prévi Ible et, de ce faIt, vraIsemblable ou meme
nécessaire (<< subjectivement", sur le mode du /devoir-être/l. .
Cette nouvelle distinction - qui semble catégorique - entre le savoir
et le croire reste cependant fragile, les programmations algoritbmiques
de la rationalité technicienne risquant à tout moment d'être submer-
gées par l'omniprésence de la pensée pratique quotidienne qui
guide par toutes nos habitudes d'« hommes ", nous forçant a
interpréter la vie de tous les en termes de et de
stéréotypes pathémiques ou cognitifs. Cette normaltte qu on retrouve,
qu'on le veuille ou non, dans presque tous les Jugements IOd,vlduels el
collectifs, rejoint d'ailleurs le sens de la mesure sur laquelle reposent,
on l'a vu, les écarts de la pensée mythique.
3.3.2. La pensée parallèle.
Un bref retour aux sources latines - nous pensons au double sens de
credere - nous a permis de saisir la proximité sémantique
naturelle qui existe entre la confiance dans les homme et la conflancc
dans leurs paroles. Le savoir vrai el certain n'étant en qU,lune
question de confiancc, un autre rapproc?ement leXIcal, celUI du
couplet confiance/confidence, est tout aussI suggestIf: se
comme si l'une des garanties, et non des mOlOdres, de 1efflcaclte du
discours confiant résidait dans son caractère confidentiel, comme SI la
véracité du discours gagnait à faire passer ses contenus sous-entendus
et voilés.
Il s'agit là d'un phénomène beaucoup plus étendu que la simpic
technique de la propagation des rumeurs ou des calommes: les
domaines privilégiés de la manifcstation du fIdUCIaire, tels que la
religion, la poésie, la philosophie, placent leurs dIscours sous le s!glc du
secret; bien plus, les substituts modernes de, la parole sacree.-Ies
chuchotements scandés de longs silences des theraples psycho-soclales,
les sermons incertains des curés de campagne en quête d'un nouveau
discours de la foi - insinuent à tout instant qu'il faut «chercher les
choses qui se cachent derrière les choses ". .
Cependant, on peut se demander si la du, caractere
bi-isotope du discours, le paraitre voilant et suggerant en meme temps
130
LE SAVOIR ET LE CROIRE
un éventuel être, n'est pas généralisable; si, par exemple, notre souci
actuel de l'implicite. de l'impliqué, du présupposé, ne peut être
considéré comme un phénomènc de même nature, bien qu'ayant des
Mticulations différentes. On pcut aller plus loin et se dire que, dans
cette perspective, la science peut être interprétée, dans son ensemble,
mme un effort de transpercer le paraître du sens Commun pour
atteindre son être-vrai, comme la victoire de l'immanence sur la
manifestation.
Or, le paraître du monde naturel, tout comme le paraitre de nos
discours, est le plus souvent d'ordre figuratif. Les figures du monde ont
IIne double fonction: en tant que le paraitre de sa «réalité., elles
nous scrvenl de référent, intra- ou extra-discursif; en tant que figures
.lu langagc, clles sont là pour dire autre chose qu'elles-mêmes. C'est
l'He seconde dimension figurative qui nous intéresse: le discours
'
l
f'Ur3tif, une fois déréférentialisé, se trouve disponible et apte à se
I.lJu:cr à la quête des significations autres, anagogiques, l'exercice du
/llH',Ill figuratif parvenant à créer, dans des conditions qui restent à
lkh" nllner, un nouveau « référent» qu'est le niveau thématique.
l',,"rtant, ce n'est pas tellement l'articulation syntagmatique du
dl lOtlP.. figuratif qui mérite notre attention - celle-ci reste« causale.,
1
11
1'''11
1
' ou fiduciaire selon les cas - mais plutôt son aptitude à projeter
lllit duuble référence, la première en profondeur et créatrice d'une
, 0'''1"' thématique plus abstraite, et la scconde, en latéralité.
,h vcloPllant une nouvelle isotopie figurative parallèle. Il suffit de
I"''''r, Moïse de Vigny, premicr poème. mythique" de la littérature
i""lçaise: si la misèrc et la grandeur de Moïse peut y produire une
l" lurc parallèle des mêmes misère et grandeur du Poète, c'est grâce à
l, 1I1cdiaiion d'un lerlium comparalionis, constitué par le niveau
Ihnn;Hique Commun que l'auteur signale d'ailleurs en insistant sur la
I,,"ssance» ct la «solitude. du héros.
( ,,;t cctte capacité d'extrapolation, permettant de doter le discours
1'.1I.dlèle implicite d'une articulation syntagmatique originale, que l'on
l" III 'onsidérer comme une forme de rationalité discursive au moins
III \1 importante que l'. intelligence syntagmatique. organisatrice
01', Il 'hainements transphrastiques. fi n'empêche que la sanction
• l''''cnllque d'un tel discours parallèle fasse problème.
l'évocation du fonctionnement discursif de "allégorie et de la
/"/f"I>ole peut déjà donner quelques indications. A titre d'exemple,
l" l'nons la parabole bien connue du Fils prodigue. Sur un fond narratif
l 'hcmatique de manque et de liquidation du manque se superposent,
131

DU SENS, Il
on s'en souvient, une série d'isotopies figuratives. racontant la perte
d'une pièce d'argent. d'un agneau, d'un fils, etc. Cependant, à y
regarder de près, la superposition d'isotopies n'est qu'apparente: tout
en se chevauchant, elles articulent, en la privilégiant, telle ou telle
séquence du récit d'ensemble sous-jacent; bien plus, chacune des
paraboles change presque imperceptiblement de thématique sous-
tendue de sorte que, partant d'effets de sens dysphoriques ou
euphoriques liés à la perte d'argent, on en arrive à la fin à la théologie
chrétienne du repentir et du salut. Il y a là un progrès discursif
indiscutable, un mode de 0( raisonnement figuratif» qUi repose, en
grande partie, sur la non-homologation terme à terme des actants ou
des fonctions des différentes isotopies. De ce point de vue, le discours
parabolique se distingue du discours allégorique, caractérisé par la
correspondance - ressemblance ou même identité - entre les éléments
discrets des isotopies parallèles.
On voit ainsi que le discours parabolique contient en germe la
problématique des modèles figuratifs du raisonnement, modèles de
nature essentiellement suggestive et allusive, dont la projection par
l'énonciateur organise et détermine en partie le déroulement du
discours. Un tel modèle est évidemment fiduciaire et relève de l'ordre
du jdevoir-étrej subjectif: nous avons déjà eu l'occasion de souligner
l'importance du modèle < jeu d'échecs» dans l'élaboration de la théorie
du langage, utilisé à tour de rôle par Saussure, Husserl, Wittgenstein ct
Hjelmslev. Et pourtant, un même modèle figuratif a donné lieu à
quatre discours tbéoriques différents.
Par rapport à ce raisonnement figuratif dont l'utilisation et la
validité dépassent, on Je voit, les domaines privilégiés où s'exerce
habituellement la fiducie, et qui révèle, de manière quelque peu
inattendue, le rôle du croire dans les discours novateurs, le raisonne-
ment analogique, considéré comme étant de nature logique à l'origine,
s'est appauvri à l'usage pour ne désigner actuellement que le
raisonnement par ressemblance, proche d'allégorie, mais aussi la
pensée pratique fondée sur la vraisemblance. Le concept d'homalo-
gation, qui s'cst substitué à l'ancienne analogie, introduit la proportion
mathématique dans l'appréciation des rapports entre isotopies présu-
mées parallèles. Contrairement aux modèles figuratifs de caractère
prospectif et hypothétique, les formulations homologiques relèvent
plutôt de la lecture interprétative des discours et de leur contrôle. Ce
qui cependant oppose le plus nettement la pensée dite parabolique, de
nature fiduciaire, à la pensée homologisante, logique, c'est d'abord la
présence - ou la construction - d'éléments discrets et de catégories
132
LE SAVOtR ET LE CROIRE
franches, présupposés par l'homologation, la discrétion dont ne tient
pas compte le discours parabolique, mais aussi, on l'a vu en examinant
les dispositifs paradigmatiques, la pensée mythique.
4. POUR CONCLURE
En essayant de comprendre et de reconstituer les procédures
conduisant à l'acte épistémique, nous avons été amené à postuler
l' "xistcnce d'un univers cognitif de référence qui seul permet d'évaluer
't d'asserter l'adéquamm-de l'énoncé nouvellement offert à des formes
.. "ll1iotiques déjà assumées. Cet univers n'est pas une quelconque
"Il'yclopédie remplie d'images du monde, mais un réseau de relations
"'1l1ioliques formelles parmi lesquelles le su'et ép"istémique sélectionne
h" quivalences dont il a besoin pour accueillir le
avons essayé de montrer que ces lieux formels étaient suscep-
Ilbl"s d'articulations distinctes dans lesquelles on pouvait reconnaître
l" ra,t du fiduciaire et du logique. Le croire et le savoir relèvent ainsi
d'un seul et même univers cognitif.
Description et narrativité
à propos de la Ficelle
de Guy de Maupassant *
LA FICELLE
À Harry Ali•.
Sur toutes les routes autour de Goderville, les paysans et leurs
femmes s'cn venaient vers le bourg, car c'était jour de marché.
1cs mâles allaient, à pas tranquilles, tout le corps en avant à
<haque mouvement de leurs longues jambes torses, déformées
par les rudes travaux, par la pesée sur la charrue qui fail en
meme temps monter l'épaule gauche et dévier la taille, par le
1,lUehage des blés qui fait écarler les genoux pour prendre un
''1,lomb solide, par loutes les besognes lentes el pénibles de la
Leur blouse bleue, empesée, brillante, comme vernie,
IIrnée au col et aux poignets d'un petit dessin de fil blanc, gonnée
lut ur de leur torse osseux, semblait un ballon prêt à s'envoler,
Il'uu sortaient une tête, deux bras et deux pieds.
1cs uns tiraient au bout d'une corde une vache, un veau. Et
kurs femmes, derrière l'animal, lui fouettaient les reins d'une
1" ,\lIche encore garnie de feuilles, pour hâter sa marche. Elles
l''''l,licnt au bras de larges paniers d'où sortaient des têtes de
1'1I111 ts parrci, des têtes de canards par-là. Et elles marchaient
d'lin pas plus court et plus vif que leurs hommes, la taille sèche,
d,ulle cl drapée dans un petit châle élriqué, épinglé sur leur
l'lllirine plate, la tête enveloppée d'un linge blanc collé sur les
t IH;veux cl surmontée d'un bonnet.
PUI\ un char à bancs passait, au trot saccadé d'un bidet,
,nouant étrangement deux hommes assis côte à côte et une
• 'clte analyse a été publiée d'abord dans la Revue canadienne de
11nl!IUII,que 1/1, 1973.
135
o SENS, Il
o 0 femme dans le fond du véhicule, dont elle tenait le bord pour
atténuer les durs cahots.
Sur la place de Goderville, c'était une foule, une cohue
d'humains et de bêtes mélangés. Les cornes des bœufs, les hauts
chapeaux à longs poils des paysans riches et les coifres des
paysannes émergeaient à la surrace de l'assemblée. Et les voix
criardes, aiguës, glapissantes. formaient une clameur contInue et
sauvage que dominait parrois un grand éclat poussé par la
robuste poitrine d'un campagnard en gaieté, ou le long meugle-
ment d'une vache attachée au mur d'une maison.
Tout cela sentait l'étable, le lait et le rumier, le roin et la sueur,
dégageait cette saveur aigre, arrreuse, humaine et bestiale,
particulière aux gens des champs.
Maitre Hauchecorne, de Bréauté, venait d'arriver à Goder-
ville, et il se dirigeait vers la place, quand il aperçut par terre un
petit bout de ficelle. Mailre Hauchecorne, économe en. vrai
ormand, pensa que tout était bon à ramasser qUi servir;
il se baissa péniblement, car il sourrrait de rhumatISmes. 11 prtt
par terre le morceau de corde mince, et il se disposait à le
avec soin. quand il remarqua, sur le SCUll de sa maltre
Malandain le bourrelier, qui le regardait. Ils avalent eu des
arraires au sujet d'un licol, autrefois, et ils étaient
restés ràchés étant rancuniers tous deux. Maitre Hauchecorne
fut pris sorte de honte d'être vu ainsi, par son ennemi,
cherchant dans la crotte un bout de ficelle. Il cacha brusquement
sa trouvaille sous sa blouse, puis dans la poche de sa culotte; puis
il fit semblant de chercher encore par terre quelque chose qu'il ne
trouvait point, et il s'en alla vers le marché, la téte en avant,
courbé en deux par ses douleurs.
Il se perdit aussitôt dans la foule criarde et lente, agitée par les
interminables marchandages. Les paysans tâtaient les vaches,
s'en allaient, revenaient, perplexes, toujours dans la crainte
d'être mis dedans, n'osant jamais se décider, épiant l'œil du
vendeur, cherchant sans fin à découvrir la ruse de l'homme et le
dUaut de la bête.
Les femmes, ayant posé à leurs pieds leurs grands paniers, en
avaient tiré leurs volailles qui gisaient par terre, liées par les
pattes l'œil effaré, la crête écarlate.
Ell;s écoutaient les propositions, maintenaient leurs prix, l'air
sec, le visage impassible, ou bien tout à coup, se décidant au
rabais proposé, criaient au client qui s'éloignait lentement:
136
DESCRIPTIO ET ARRATIVITÉ
1 rJ C'est dit, mail' Anthime. J'vous l'donne.
Puis peu à peu, la place se dépeupla et, l'angélus sonnant midi,
ceux qui demeuraient trop loin se répandirent dans les auber-
ges.
Chez Jourdain, la grande salle était pleine de mangeurs,
comme la vaste cour était pleine de véhicules de toute race,
charrettes, cabriolets, chars à bancs, tilburys, carrioles innom-
mables, jaunes de crotte, déformées, rapiécées, levant au ciel,
comme deux bras, leurs brancards, ou bien le nez par terre et le
derrière en l'air.
Tout contre les dineurs attablés, l'immense cheminée, pleine
de namme claire, jetait une chaleur vive dans le dos de la rangée
de droite. Trois broches tournaient, chargées de poulets, de
pigeons et de gigots; et une délectable odeur de viande rôtie et de
JUs ruisselant sur la peau rissolée s'envolait de l'âtre, allumait les
gaictés, mouillait les bouches.
Toute l'aristocratie de la charrue mangeait là, chez mait'
J urdain, aubergiste et maquignon, un malin qui avait des écus.
Les plats passaient, se vidaient comme les brocs de cidre
J,lune. Chacun racontait ses afraires, ses achats et ses ventes. On
prenait des nouvelles des récoltes. Le temps était bon pour les
verts, mais un peu mucre pour les blés.
Tout à coup le tambour roula, dans la cour, devant la maison.
l'out le monde aussitôt fut debout, sauf quelques indirrérents, et
011 courut à la porte, aux renêtres, la bouche encore pleine et la
rviette à la main.
près qu'il eut terminé son roulement, le crieur public lança
d'une voix saccadée, scandant ses phrases à contretemps:
Il est rait assavoir aux habitants de Goderville, et en général
il t utes -les personnes présentes au marché, qu'il a été perdu ce
matin, sur la route de Beuzeville, entre - neuf heures et dix
hcures, un portefeuille en cuir noir contenant cinq cents francs et
de papiers d'arfaires. On est prié de le rapporter - à la mairie,
Incontinent, ou chez maître Fortuné Houlbrèque, de Manneville.
Il y aura vingt francs de récompense.
Puis l'homme s'en alla. On entendit encore une fois au loin les
b,lltements sourds de l'instrument et la voix affaiblie du
neUf.
Alors on se mit à parler de cet événement, en énumérant les
'hances qu'avait maitre Houlbrèque de retrouver ou de ne pas
r 'trOll ver son portefeuille.
137
DU SENS, Il
ODEt le repas s'acheva.
On finissait le café, quand le brigadier de gendarmerie parut
sur le seuil.
Il demanda:
- Maître Hauchecorne, de Bréauté, est-il ici?
. Maître Hauchecorne, assis à l'autre bout de la table, répon-
dIt:
- Me v'là.
Et le brigadier reprit:
- Maître Hauchecorne, voulez-vous avoir la complaisance de
m'accompagner à la mairie? M. le maire voudrait vous par-
Ier.
Le paysan, surpris, inquiet, avala d'un coup son petit verre, se
leva et, plus courbé encore que le matin, car les premiers pas
après chaque repos étaient particulièrement difficiles, il se mil en
route en répétant:
- Me v'là, me v'là.
Et il suivit le brigadier.
Le maire l'attendait, assis dans un fauteuil. C'était le notaire
de l'endroit, homme gros, grave, à phrases pompeuses.
- Maître Hauchecornc, dit-il, on vous a vu ce matin ramasser,
sur la route de Beuzeville, le portefeuille perdu de maître
Houlbrèque, de Manneville.
Le campagnard, interdit, regardait le maire, apeuré déjà par
ce soupçon qlll pesait sur lui, sans qu'il comprît pourquoi.
Mé, mé, j'ai ramassé çu portafeuille?
Oui, vous-même.
Parole d'honneur,je n'en ai seulement point eu connaissance.
On vous a vu.
On m'a vu, mé? Qui ça qui m'a vu?
- M. Malandain, le bourrelier.
Alors le vieux se rappela, comprit et, rougissant de colère:
- Ah! i m'a vu, çu manant! 1 m'a vu ramasser et'e ficelle-là,
tenez, m'sieu le Maire.
Et, fouillant au fond de sa poche, il en retira le petit bout de
corde.
Mais le maire, incrédule, remuait la tête:
- Vous ne me ferez pas accroire, maître Hauchecorne, que
M. Malandain, qui est un homme digne de foi, a pris ce fil pour
un portefeuille?
138
DESCRIPTION ET NARRATIVITÉ
11JJ Le paysan, furieux, leva la main, cracha de côté pour attester
son honneur, répétant:
- C'est pourtant la vérité du bon Dieu, la sainte vérité, m'sieu
le Maire, Là, sur mon âme et mon salut, je l'répète.
Le maire reprit:
- Après avoir ramassé l'objet, vous avez même encore cherché
longtemps dans la boue si quelque pièce de monnaie ne s'en était
pas échappée.
Le bonhomme suffoquait d'indignation et de peur.
- Si on peut dire!. .. si on peut dire!. .. des menteries comme ça
pour dénaturer un honnête homme! Si on peut dire ' ...
Il eut beau protester, on ne le crut pas.
Il fut confronté avec M. Malandain, qui répéta et soutint son
"ffirmation. Ils s'injurièrent une heure durant. On fouilla, sur sa
demande, maître Hauchecorne. On ne trouva rien sur lui.
Enfin le maire, fort perplexe, le renvoya, en le prévenant qu'il
nllait aviser le parquet et demander des ordres.
La nouvelle s'était répandue. A sa sortie de la mairie, le vieux
fut entouré, interrogé avec une curiosité sérieuse et goguenarde,
mais où n'entrait aucune indignation. Et il se mit à raconter
l'histoire de la ficelle. On ne le crut pas. On riait.
Il allait, arrêté par tous, arrêtant ses connaissances, recom-
mençant sans fin son récit et ses protestations, montrant ses
poches retournées, pour prouver qu'il n'avait rien.
On lui disait:
- Vieux malin, va!
El il se fâchait, s'exaspérant, enfiévré, désolé de n'être pas cru,
ne sachant que faire, et contant toujours son histoire.
La nuit vint. Il fallait partir. Il se mit en route avec trois voisins
qui il montra la place où il avait ramassé le bout de corde; et
ul le long du chemin il parla de son aventure.
Le soir, il fit une tournée dans le village de Bréauté, afin de la
dire à tout le monde. Il ne rencontra que des incrédules,
Il en fut malade toute la nuit.
Le lendemain, vers une heure de l'après-midi, Marius Pau-
melle, valet de ferme de maître Breton, cultivateur à Ymauville,
rendait le portefeuille et son contenu à maître Houlbrèque, de
Mnnneville.
et homme prétendait avoir en effet trouvé l'objet sur la
IUtlte; mais, ne sachant pas lire, il l'avait rapporté à la maison et
donné à son patron.
139
DU ENS. Il
DOLa nouvelle se répandit aux environs. MaÎlre Hauchecorne en
fut informé. Il se mit aussitôt en tournée et commença à narrer
son histoire complétée du dénouement. Il triomphait.
- C'qui m'faisait deuil, disait-il, c'est point tant la chose,
mais c'est la menterie. Y a rien qui vous nuit
comme d'être en réprobation pour une menterie.
Tout)e jour il parlait de son aventure, illa contait sur les routes
aux gens qui passaient, au cabaret aux gens qui buvaient, à la
sortie de l'église le dimanche suivant. 1\ arrêtait des inconnus
pour la leur dire. Maintenant il était tranquille, et pourtant
quelque chose le gênait sans qu'il sût au juste ce que c'était. On
avait l'air de plaisanter en l'écoutant. On ne paraissait pas
convaincu. Il lui semblait sentir des propos derrière son dos.
Le mardi de l'autre semaine, il se rendit au marché de
Goderville, uniquement poussé par le besoin de conter son
cas.
Malandain, debout sur sa porte, se mit à rire en le voyant
passer. Pourquoi?
1\ aborda un fermier de Criquetot, qui ne le laissa pas achever
el, lui jetant une tape dans le creux de son ventre lui cria par la
figure: • Gros malin, va!. Puis lui tourna les talons.
Maître Hauchecorne demeura interdit et de plus en plus
inquiet. Pourquoi l'avait-on appelé. gros malin»?
Quand il fut assis à table, dans l'auberge de Jourdain, il se
remit à expliquer l'affaire.
Un maquignon de Montivilliers lui cria:
- Allons, allons, vieille pratique, je la connais, ta ficelle!
Hauchecorne balbutia:
- Puisqu'on l'a retrouvé çu portafeuille?
Mais l'autre reprit:
- Tais-té, mon pé, y en a un qui trouve et y en a un qui ['porte.
Ni vu ni connu, je t'embrouille!
Le paysan resta suffoqué. Il comprenait enfin. On l'accusait
d'avoir fait reporter le portefeuille par un compère, par un
complice.
Il voulut protester. Toute la table se mit à rire.
Il ne put achever son dîner et s'en alla, au milieu des
moqueries.
1\ rentra chez lui, honteux et indigné, étranglé par la colère,
par la confusion, d'autant plus atterré qu'il était capable, avec sa
finauderie de ormand, de faire ce dont on l'accusait, et même
140
DESCRIPTION ET ARRATIVITÉ
J de s'en vanter comme d'un bon tour. Son innocence lui
apparaissait confusément comme impossible à prouver, sa malice
élant connue. Et il se sentait frappé au cœur par l'injustice du
soupçon.
Alors il recommença à conter l'aventure, en allongeant chaque
jour son récit, ajoutant chaque fois des raisons nouvelles, des
protestations plus énergiques, des erments plus solennels qu'il
Imaginait, qu'il préparait dans ses heures de solitude, l'esprit
uniquement occupé de l'histoire de la ficelle. On le croyait
d'autant moins que sa défense était plus compliquée et son
argumentation plus subtile.
_ Ça, c'cst des raisons d'mcnteux, disait-on derrière son
dos.
Il le sentail, se rongeait les sangs, s'épuisait en efforts
Inutiles.
Il dépérissait à vue d'œil.
Les plaisanls maintenant lui faisaient conter la Ficelle pour
,,'amuser, comme on fait conter sa bataille au soldat qui a fait
campagne. Son esprit, atteint à fond, s'affaiblissait.
Vers la fin de décembre, il s'alita.
Il mourut dans les premiers jours de janvier et, dans le délire
de l'agonie. il attestait son innocence, répétant.
_ Une 'tite ficelle... une 'tite ficelle... t'nez, la voilà, m'si eu le
Maire.
o
1. SITUATION DE LA DESCRIPTION
DANS LE DISCOURS NARRATIF
i\ vanl de procéder à l'analyse interne des unités textuelles reconnues
1I11l1me • descri tives» il..!llWWuLd'aboJ:Ci.clJJ li
l' on... cmblc du texte narratif, à les distinguer, aussi, des autres unités
Ih IIT\ives en utilisant des critères de reconnaissance aussi objectifs
'I"e po"ible : il est en effet souhaitable qu'une pratique de segmen-
I..tlun formelle remplace progressivement la compréhension intuitive
.1" t'xte et de ses articulations. Pour ce faire, il nous paraît opportun de
nOn\ l)crvir de la connaissance des structures narratives de textes
"lIlerents et comparables, en les considérant comme des modèles de
1" 'vlsibilité du déroulement narratif.
141
DU SENS, Il
1.1 LA SEGMENTATION SELON LES CRITÈRES SPATIO-TEMPORELS.
La totalité de l'histoire contenue dans la Ficelle semble avoir été)
distri?uée par au moment de sa temporalisation sur deux
mardIs successIfs, les schémas narratifs des deux journées paraissant à
la fOlS comme syntagmatiquement récurrents et paradigmatiquement •
opposables l'un à l'autre.
A celle segmentation temporelle fait suite un découpage à la fois
te,mporel et spatial des deux journées. En étroite corrélation avec les
deplacements acteurs de la narration, chacune des unités tempo-
relles -la Journee - se soumet à une partition spatiale donnant lieu à la
topologie narrative suivante:
espaee hétljro-Iopique
,__- __--_
l '
: espace topique :
l '

1 l ,1
: : espace utopique 1 :
1 : : : 1
--'- -.....- -......-.. -.:.- -.:..-...
chez soi sur la route en ville sur /0 route chez sa; épi/ogue
La spatialisation du récit fait apparaître, elle aussi, les caractères à 1
fois syntagmatique,s et paradi&.matiques de s.on organis,ation: sy&
1espace dans lequel s IOstalle le reclt est CIrculaire et symetrique:
de «chez soi "... à «chez soi •
on voit que celle symétrie n'est faite que pour souligner les transfor-
mations des contenus inscrits dans les coordonnées spatio-tempo-
relies:
début fin
premier mardi santé ... maladie
suond mardi santé ... mort morale
et physique
142
DESCRIPTION ET NARRATIVITÉ
r ulefois, le cadre spatio-temporel ainsi établi n'est pas seulement
"" cadre formel, il est aussi le lieu des déplacements et des faits el
, ·,tes des protagonistes de la narration: de ce fait, les relations entre
il, lieux et les acteurs, entre les toponymes et les anthroponymes, ainsi
'lue leurs variations, sont narrativement significatives.
première vue, la segmentation du récit telle que nous l'avons
"btenue correspond, dans ses grandes lignes, à l'articulation canonique
Ik très nombreux objets narratifs, faisant penser, entre autres, aux
le ultats de l'analyse proppienne des contes merveilleux russes. Les
dil férences significatives n'en apparaissent pas moins immédiatement:
.,ntrairement au récit proppien où le héros se trouve d'abord en
1 onjonction avec la société et se déplace ensuite vers les espaces
<lltta.rcs et ennemis pour y accomplir ses hauts faits, le héros de
Maupassant est un héros solitaire qui se déplace pour se mellre en
""'Jonction avec celle-ci: l'espace utopique qui est, par définition, le
licu de disjonction et d'affrontement solitaire se présente ici comme le
licu de conjonction et de confrontation sociale.
ntérieurement donc à toute analyse du contenu, on peut dire que
lU) la structure narrative se présente comme le connit entre deux
protagonistes: l'Individu et la Société (ce qui paraît évident), et que (b)
k. segments du texte traditionnellement désignés comme des· des-
+.:riptions» sont, du point de vue narratif, chargés d'une fonction précise
'lUI est celle de metlre en place et defaire agir l'actant collectif nommé
""',été (ce qui reste encore à démontrer). ,J
EGME TATION SELON LE SAVOIR.
Fn parlant du principe que toute redondance sémantique est
Ipnificative dans un texte clos - contrairement aux textes ouverts où
dl' n'est que. bruit «- et qu'elle est d'autant plus significative qu'elle
. lrouve manifestée en termes identiques ou comparables dans la
I""guc naturelle, on peut relever comme marque formelle la phrase
1cprise par deux fois (p. 139-140) :
1a nouvelle s'étant répandue,
1. nouvelle se répandit (aux environs);
,,''''que qui se trouve confirmée du fait de la présence, deux lignes plus
l,un, d'une autre phrase redondante:
143
145
q descr. 1 sq. évén. 1 sq. descr. 2 sq. évén. 2 sq. dialoguées)

sg.3 sg.4
.ftgm. descr. 1 stgm. descr.2 segm. deser. 3 segm. descr. 4
(sur la route) (sur la place (sur la place (à l'auberge)
du marché) du marché)
ur toutes les • Sur la place « Les paysans « Chez Jourdain...•
roules... » de Goderville... tâtaient...• (p. 6)
(p. 4) (p. 5) (p. 6)
g 1 sg.2
DESCRIPTION ET NARRATIVITÉ
descriptions •. «récits» et «dialogues»: 0Il sail que les Unilé0.
1
)
descriptives y sont caractérisées par l'usage de l'imparfait et délimitées V-
par des passés simples qui les encadrent.
Dès lors, sur la toile de fond que constitue le discours. objectif. _
parce que basé sur son savoir absolu - du narrateur disant l'être et le
des acteurs qu'il met en place, on peut utiliser, en les recoupant, à
la fois les critères de découpage spati<Hemporel et les marques
rammaticales pour obtenir la partition suivante:
siquence descriptive J séquence descriptive 2
(1) Entre les séquences descriptives 1 et 2 s'intercale une séquence
Ivinementielle qui arrête le flot des imparfaits descriptifs et les
ncadre par deux passés simples (. il aperçut. et • il se perdit.).
(2) La séquence descriptive 2 se trouve à son tour délimitée par un
passé simple (. le tambour roula. qui annonce la deuxième séquence
t'I'inementielle suivie de plusieurs unités dialoguées. Toute la première
parlie allant jusqu'à l'introduction de la problématique du savoir
différencié se présente dès lors comme:
( ) On voit ainsi qu'à la modulation syntagmatique du discours en
quences descriptives et événementielles correspond, grosso modo.
l'opposition des contenus se référant tantôt à l'actant collectif, tantôt à
l'actant individuel (maître Haucbecorne).
il se mil à raconter l'histoire de la ficelle
1.3. SEGME TATIO SELON LES CRITÈRES GRAMMATICAUX.
OU SE S. Il
Aux deux critères de segmentation déjà utilisés, on peut en ajouter
aisément un troisième qui nous est fourni par l'auteur grâce à la stricte
observance des règles classiques de la prose du XIX' siècle dotant de
marques temporelles particulières les unités textuelles distinguées en
144
i la • nouvelle. qui se répand peut être considêrée comme la
diffusion du savoir social et l' • histoire de la ficelle. comme celle du
savoir individuel. on peut dire que les marques que nous venons
introduire instituent une frontière à J'intérieur du récit qui, à partir
de là, se présente comme le récit de l'affrontement de deux savoirs et
de deux savoir-faire. le héros-individu cherchant à persuader l'opinion
publique, l'anti-héros-société lui opposant sa propre interprétation des
faits. On voit d'ailleurs bien qu'à ce savoir différencié qui se trouve
insi introduit - tel acteur sachant telle chose et tel autre chose -
s'oppose, dans la première partie du récit, le savoir absolu du sujet de
la narration qui, prenant le lecteur pour complice, parle des gens et des
choses comme s'il était omniprésent et omniscient. Il en résulte que
celle première partie du récit - qui comporte les séquences. descrip-
tives» dont nous nous occupons - est destinée à représenter, par
rapport au savoir individuel ou social qui est l' • objet. de la deuxième
partie, l'être et le faire des protagonistes. Une nouvelle segmentation
du récit apparaît ainsi selon la proportion:
(il) commença à narrer son histoire complétée du dénouement.
partie) (2' partie)
..P1,iJ(ètre et faire sociaux '" savoir social
l et faire individuels savoir individuel
('
Selon notre modèle de prévisibilité, les séquences dites descriptives
uront donc pour fonction d'introduire dans le récit l'actant collectif
ociété et de le présenter selon son être et selon sonfaire. Ce qui reste,
evidemment, à vérifier.
2. A ALYSE SÉMA T1Q E DES SÉQUE CES
DESCRIPTIVES
La segmentation du texte ainsi opérée, si elle permet, dans une
certaine mesure, de prévoir la fonction générale de la« description., ne
nous renseigne pas sur les contenus qui sont investis et distribués en
plusieurs segments. ous s?mme.s obligé ?ans cette
nouvelle phase, à l'analyse semantique des Unites descnptlves recon-
nues.
2.1. LE SEGMENT DESCRIPTIF 1 : L'ACTANT VOLONTAIRE.
(1) Le premier segment descriptif représente « les paysans et leurs
femmes. se déplaçant « sur toutes les routes autour de GodervIlle •.
(
Or, le-déplacemelll. on '''- sait, dans le cadre
narratif comme la manIfestation figurative du desIr, autrement dit,
comme ia forme narrative de la modalité du vouloir dont se trouve doté
le sUJet. Dans la mesure où le déplacement a un objet, on peut le définir
comme une quête .. l'explication donnée par Maupassant -« car c'était
jour de marché. - indique justement le sens de la quête, qui est la
recherche de la communication économique et sociale.
(2) Le segment est lui-même divisé tYpographiquement en trois
aragraphes qui - compte non tenu de certames « translllOns styhSli-
ques. _ correspondent à la présentation de trois types d'acteurs dans
leurs rôles de sujets:
deS-hommes ..
- des femmes;
- des gens en voiture. .. _.., .,
La partition du segment deSCriptif parait le1, a premlere v'!c,
asymétrique, car elle met en jeu successivement deux catégones
classificatoires distinctes. On peut dire que les hommes et les femmes,
divisés selon la catégorie du sexe, constituent, par addition, toute la
société. Cependant, en tant que gens à pied. hommes et femmes
s'opposent aux gens à voitures selon une catégorie différente" celle qUi
met en jeu Ics considérations de richesse, de preslige, c'est-a-dIre, en
somme, de hiérarchie selon un certain type de pouvoir. On verra
146
DESCRIPTIO ET
d'ailleurs, .un peu plus loin, les restrictions à apporter quant au rôle de
la d.stmctlon en sexes dans la description de la société.
Qu'il nous soit permis d'anticiper tant soit peu pour dire que ce
classement, selon le sexe et seloll le pouvoir, est non
mamtenu le long de la description, mais qu'il peut même être considéré
comme le de la description: on voit ainsi que le
egments descnplifs qUi sUivent (sg. 3 et sg.4) sont des expansions
proportionnelles du premier segment ..
1 1
-,p_ie_d-..:.(h::.o::.:m:.:::.m::.:e=.s-=e::.t-=f=.em:::::m.::e:::s )
.rg : sur a roule: -
gens en voiture
sg. 3 .. au marché (gens à pied)
---+ en ville:
sg. 4 .. à l'auberge (gens à voitures)
ur le plan de l'expansion discursive, l'organisation d'un premier
egment descriptif sert ainsi à produire deux nouveaux segments
d scnplifs. Le niveau d'organisation discursif se distingue dès lors du
narratives attribuées aux segments
descnplifs amsl generes n obeIssent pas aux mêmes principes d'orga-
nisation.
(3) La population en déplacement n'est présentée ni comme une
ollection d'individus ni comme une société globale, mais plutôt
mme une colleclion de classes stéréotypées, classes d'hommes et de
1 mmes. <:":' classes d'individus rangés en séries ordinales apparais-
ent avec eVldence lorsqu'on les oppose à la société présentée, dans le
comme. une foule _, c une cohue., une. assemblée.,
. est-à-dore comme une totalité indifférenciée.
Dès lors, le passage du segment 1 au segment 2 apparaît comme la
des ordinales d'individus stéréotypés en une
léle totale non mdlVlduee. Toute se passe comme si une collection de
vol parti:ulières vers un espace commun pour y
nSlituer un etre colleclif doté d'un vouloir général ..
5g. 1: sur les rouUs 5g. 2 : sur la place du marchi
---t -"--,..,....,---'---=':''::''::'"'::''::''''::''::'''
Individus + vouloirs particuliers sociétés + vouloir général
(4) Nous n:avons pris en considération jusqu'à présent, parmi les
li leurs en deplacement sur les routes, que les êtres humains: en
147
DU SENS, II
réalité, les séries ordinales stéréotypées] décrites par Maupassant, se
présentent comme des suites syntagmatiques concaténées rendant
compte d'une hiérarchLc implicite: t" .....,..t-:.-1'"
hommes +-- vaches +-- volailles +-- femmes
(On voit que la distinction en sexes est largement dominée par une
hiérarchie des êtres établie en fonction de leur utilité économique.)
Si l'on tient compte du fait qu'à cette disposition syntagmatique des
humains et des animaux sur les routes correspond, slu la place du
g
uarChé' un arrangement paradigmatique, • une foule, une cohue
et bêtes mélangés " que l'on peut interpréter comme Ja
constitutIOn d un terme complex.e :
(humanité/ + /animalité/
on reconnaîtra facilement dans cette description, faite par touches
successives, des hommes et des vaches, des femmes et des poulets et
des canards, l'intention à peine voilée d'identifier métaphoriquement
les humains avec les animaux. La figure du paysan comparée à «un
ballon» d'où sortent « une tête, deux bras el deux pieds» n'est autre
que la figure nucléaire de la vache qui le suit: on peut en dire autant de
la description de la femme centrée sur sa tête surmontée d'un bonnet,
en parallélisme étroit avec J'insistance mise à décrire Jes têtes des
pouJets et des canards. .'_
Ainsi, en établissant, sur le plan de la syntaxe narrative, la modallte
(
du vouloir constitutive de l'actant-sujet collectif qu'est la société, la
description explicite en même temps, grâce à une présentation
analytique, les composantes de l'être social, c'est-à-dire.'on contenu
sémantique investi, qui paraîtra, sur la place du marche, comme un
mélange d'humanité et d'animalité.
2.2. LE SEGMENT DESCRIPTIF 2 : L'ACTEUR FIGURATIF.
(1) L'analyse sémantique ne peut se faire que par la recherche deS)
similitudes et des oppositions: aussi ce deuxième segment descnptlf,
148
DESCRIPTION ET NARRATIVITÉ
délimité au préalable, selon le critère spatial, par la présence de la foule
sur la place du marché, a déjà été caractérisé, en le comparant au
premier segment:
- syntaxiquement, comme constitutif de l'actant collectif;
- sénlantiquement, comme définissant la société par le
complexe /humanité/ + /animalitéf.
(2) Ce deuxième segment, tout comme le premier d'ailleurs,
apparaît comme la description de la société telle qu'elle est connue et
imaginairement perçue par le sujet de la narration. Mais, tandis qae le)
premier segment relève uniquement de la perception visuelle du
narrateur, e seco d est sQumis a a âiYëfiification d'ordres sensoriels
lui sert de d'organisation interne.La description s'érablit
31n51 comme fondee successIvement sur les perceptions
visuelle,
auditive,
olfactive,
trois ordres qui, étalés syntagmaliquement, produisent, sur le plan
paradigmatique, l'effet de totalisation sensorielle, c'est-à-dire de
l'aperception globale de la société, telle qu'elle est saisissable par tous
les sens, figurativement. Aussi, la raison d'être supplémentaire de ce
segment descriptif nous paraît être la présentation de la société en tant
qu'acteur figuratif, la figure pluri-sensorielle recouvrant ses attribu-
tions syntaxiques et sémantiques déjà reconnues.
2.3. LE SEGMENT DESCRIPTIF 3 : LE FAIRE SOCIAL.
(1) Le segment que nous venons d'examiner brièvement est suivi,
dans le texte de Maupassant, d'unt>séquence événementielle relatant le ()
faire particulier de maître Hauehecorne (qui trouve une ficelle et fait V-
semblant de n'avoir rien trouvé). Tout comme les autres paysans, il es
arrivé seul en ville et, ayant acccompli ce déplacement volontaire, «se
perdit aussitôt dans la foule •. Cet acteur, à qui le narrateur préParv
une destinée de sujet individuel. se conjoint donc avec la société en voie
dc constitution et ne se distingue guère de l'être social dans lequel il • se {/'"
perd " conjonction qui sera maintenue jusqu'à la fin de la séquenc
descriptive: maître Hauchecorne assume par conséquent toutes les
attributions que l'auteur confère successivement à la société paysanne
dans son ensemble.
149
DU SENS, II
150
DESCRIPTION ET NARRATIVITÉ
la forme d' «inlerminables marchandages" où J'attitude de J'ache-
définie en termes de perplexité, d'indécision, de «crainte d'être
mIS dedans " est au service d'une seule idée qui est de «découvrir la
r"se de l'homme et le défaut de la bête '. Autrement dit la
est conçue de telle manière que le
envoye le par définition, un mensonge modalisé par
un la recept.on du message par le destinataire doit
conSIster des lors dans un faire interprétatif visant à lire comme
mensonger toui ce qui paraît vrai.
,. Le rôl.e l'on peut attribuer au segment descriptif 3 dans
1econom.e generale de la,narration se précise dès lors: la paysannerie
de. conSlituee en un actant collectif doté d'un vouloir-
raare, est ICI mise en situation pour exercer son raire social qui est
double: le faire économique, qu'on pourrait considérer comme
dén(Ha!lf et qui devrait être fondamental, est pourtant largement
domIne par un falle second, connotatif, qui est à la base des relations
SOCiales qui à tromper et à ne pas se laisser tromper dans un
monde o,u la ve.nte n est que le masque du mensonge. On voit qu'une
telle. presentallon du falle social - auquel maître Hauchecorne
en l'acceptant - est narrativement nécessaire:
1IndiVIdu qUI voudra montrer sa vérité toute nue sous la forme d'un
bout de ficelle sera confronté avec la société qui ne pourra y voir que le
mensonge.
Le qui reste à analyser présente une forte'
stylistIque: achevant la partie descriptive du texte, il offre
il 1écnvaIn, selon les conventions du XIX' siècle, l'occasion de
manIrester son _ art. en exécutant un morceau de bravoure. Intéressé
en tout premier l!eu fonctions narcatives du segment, nous ne
chercherons pas a en .epulser toutes les virtualités sémantiques, nous
contentant d en exttalle seulement les éléments qui nous paraissent
narratlvement pertinents.
(1) Nous avons déjà noté que sg. 4 s'opposait au sg. 3 en ce qu'il
les gens à voitures réunis dans la meilleure auberge les
dIStInguant des gens à pied qu'on a vus surla place du marché. Ceci de
nouveau, n'est vrai que du point de vue de J'organisation sémantique
Interne du texte: selon la vérité extérieure, «référentielle., maître
2.4. LE SEGMENT DESCRIPTtF 4 : LA SA CTION SOCIALE.
151
l'être social
le faire social
,g.2
,g.3
Une telle distribution d'activité selon les classes de sexe n'est pas
pertinente, on le voit bien, sur le plan • référentiel»; une autre
pertinence, intérieure à l'organisation sémantique du discours, doit être
recherchée pour en rendre compte.
(4) En regardant les choses d'un peu plus près, qu'à
l'agirarion des hommes, le narrateur oppose l'impassibilité des
femmes, que cette agitation des acheteurs n'aboutit à aucun achat,
tandis que les femmes, silencieuses et impassibles, ptocèdent à des
opérations économiques. TOUl sc passe, à première vue, comme s'il
s'agissait de la valorisation antiphrastique des femmes, situées au plus
bas degté de l'échelle des êtres et accomplissant cependant des
fonctions économiques fondamentales, tandis que les hommes passent
leur temps à des verbiages dépourvus de signification économique.
Mais il y a plus. En dépassant l'opposition des sexes, on peut voir dans,
l'activité débordante du marché, objet du vouloir collectif, deux formes
du faire social: un faire fondamemal d'ordre économique, recouvert
tout entier d'un faire second dans lequel se résume la communicatio
sociale.
(5) En effet, l'essentiel de la communication sociale se présente sous
faire masculin achat faire verbal (marchandage)
""---
faire féminin vente faire somatique (échange)
(3) La catégorie du sexe, déjà exploitée dans sg. l, est reprise ici
pour départager l'activité décrite en deux types distincts du faire: les
hommes s'y trouvent chargés de l'achat et les femmes de la vente, les
hommes se consacrent aux marchandages el les femmes opèrent
l'échange, le faire masculin est un faire en grande partie verbal tandis
que le faire féminin est un faire quasi somatique d'ordre économi-
que:
(2) La séquence événementielle se trouve intercalée entre deux
segments descriptifs que le découpage spatial ne permettrait pas de
distinguer puisqu'ils sont tous les deux consacrés à la présentation de la
place du marché: cette séquence possède donc une fonction de
démarcation et oppose les deux segments descriptifs comme:
DU SENS, Il
Hauchecorne, venu à pied, n'aurait pas dû se trouver à l'auberge.
D'un autre côté, une « logique" de succession de segments précise
les attributions de la classe des gens à voitures: seuls se trouvent à
l'auberge ceux qui peuvent être eonsidérés comme des bénéficiaires du
faire social antérieurement décrit, c'est-à-dire ceux qui ont obtenu des
gains économiques grâce à leur savoir-faire social. qui consiste, on l'a
vu, à déjouer toutes les ruses et à interpréter correctement le mensonge
universel caché sous les apparences de la vérité. Il s'agit là des gens
sortis vainqueurs des épreuves sociales.
(2) Les formes narratives canoniques prévoient qu'à la suite du faire
réussi, le sujet vainqueur cherche à se faire reconnaître comme tel,
qu'il cherche, selon le jargon narratif couramment employé, sa
• glorification ", qui ne peut lui être accordée que par un destinateur
auquel il adresse les fruits de sa quête. C'est ainsi du moins que se
détermine a priori, selon le modèle de prévisibilité, la fonction
narrative du segment que nous étudions. Les données descriptives
correspondent-elles aux prévisions?
(3) Un coup d'œil superficiel jeté sur le segment permet d'y
distinguer, d'abord, deux premiers paragraphes symétriquement dis-
posés qui mettent en opposition complémentaire la description des
voitures et celle des dîneurs. La complémentarité des deux descriptions
est d'ailleurs marquée par Maupassant de manière explicite:
la grande salle était pleine de mangeurs,
comme
la vaste cour était pleine de véhicules...
La comparaison autorisant la superposition - et l'équivalence - des
deux descriptions (procédé que nous avons déjà observé en reconnais-
sant l'identité des figures humaines et animales sur les routes), et les
chevaux étant curieusement absents de celle-ci, les véhicules vides se
trouvent en relation métaphorique avec les mangeurs attablés. C'est
par le biais de cette métaphorisation indirecte que le problème du
destinateur est posé et résolu par Maupassant qui décrit ces voitures
<II humanisées,. comme «levant au ciel, comme deux bras, leurs
brancards, ou bien Je nez par terre, et le derrière en J'air ».
Deux attitudes du sujet collectif par rapport à un destinateur
imaginaire se trouvent ainsi dégagées: la relation du destinataire-sujet
collectif et du destinateur étant articulée selon la catégorie bas vs haut
« ciellf, <li aiT» :
152
DESCRIPTION ET ARRATIVITÉ
(a) ou bien le destinataire-sujet lend les bras vides vers le ciel,
n'ayant aucun message à adresser au destinateur;
(b) ou bien le destinataire-sujel, tournant le dos au destinateur el • le
nez par lerre ., ignore complètement celui-ci.
Dans un cas comme dans l'autrc, que l'on méconnaisse la destination
du faire ou que l'on n'arrive pas à le transformer en valeur susceptible
d'être adressée au destinateur, leJair.e socialdécril. précédemment est
présenté, on le voit, comme dépourvu de sens.
(4) En l'absence du destinateur, nous assisterons donc à une scène
d'autodestination: les valeurs économiques acquises àla suite du faire
social sont destinées à la consommation, et la réunion à l'auberge se
présenle alors sous la forme d'un repas sacrificiel dérisoire dont le eul
but estl'auto-destruction des valeurs péniblement acquises. La société
des consommateurs. on le voit, ne date pas d'aujourd'hui.
(5) L'absurdité du vouloir et du faire de cette société se trouve alors
manifestée sur le mode de la dérision antiphrastique qui sert de
principe à la construction du segment de criptif entier. li en est ainsi de
la représentation du Jeu, source de la vie, qui répand la lumière et la
chaleur mais ne rencontre que les dos qui lui sont tournés, tandis
qu' .c une délectable odeur» de nourriture lui est substituée dans sa
fonction vivifiante. Il en est de même de la fameuse petite phrase de
Maupassant, sommet de l'art de la prose du XIX' siècle, dans laquelle
e toule J'aristocratie de la charrue. se trouve figurativement résumée
en la personne de l'aubergiste, grand prêtre officiant auprès du feu
refusé, défini comme « un malin qui avait des écus ". c'est-à-dire à la
fois par son faire et par son être.
3. SEGMENTATION TEXTUELLE
ET ORGANISATION DU TEXTE
elle analyse sommaire - parce qu'elle ne visait que la mise en
évidence d'un seul aspect du texte pris en considération - soulève un
certain nombre de problèmes qui peuvent intéresser le sémioticien
narrativiste.
(1) Les distinctions classiques selon lesquelles on reconnaît les
unités textuelles tclles que «descriptions., «récits _, «dialogues.,
etc.. tout en restant pertinentes au niveau de la manifestation
153
o SE S,II
1discursive de surface, cessent de l'être lorsque l'analyse cherche à
\ rendre compte de l'organisation profonde du texte considéré comme un
tout de signification. Ainsi, dans 'la mesure où l'on considère que la
\ narrativité, prise au sens très général de ce terme, est un des principes
1 d'articulation des textes au niveau profond, la forme discursive
a,ssignée aux segments textuels se double d'une fonction narrative
( seconde.
(2) L'analyse à laquelle nous avons procédé montre particulière-
ment que la partie urement descriptive du texte de Maupassant, que
l'on oppas genera ement à la partie comportant la narration propre-
ment dite, est en fait organisée suivant les règles canoniques de la
narralivité ct représente, dans son déroulement syntagmatique, une
structure narrative aisément reconnaissable. La description a beau être
décomposable en «tableaux" et obéir à une sorte de • logique "
spatio-temporelle de la représentation (selon laquelle l'œil du narrateur
explorerait successivement tel ou tel espace), la raison d'être de celle
figuration apparait aussitôt: pour organiser la mise en scène du drame
qu'il se prépare à raconter, le narrateur a besoin de confronter un sujet
individuel doté de sa propre vérité à un autre sujet, collectif celui-là,
suffisamment 41 réel» pour porter en lui non seulement le savoir sur les
êtres et les événements, mais aussi les modes d'interprétation de la
vérité.
[
On voit dès lors que la séquence discursive dénommée« description ")
est en fait un micro-récit comportant l'histoire complète de la société:
l'instauration du sujet collectif, volontaire et figurativisé, la démons-
tration de son faire social, la sanction sociale, enfin, de ce faire
victorieux (consistant finalement dans l'auto-destruction des valeurs
acquises). C'est ce micro-récit qui s'intègre ensuite, en tant que
programme narratif hypotaxique, dans le macro-récit qui constitue le
topique de la Ficelle: l'affrontement tragique de deux savoirs, vrais
10US les deux, et pourtant mis en contradiction.
(3) La portée de celle analyse n'en reste pas moins limitée. Si le
principe selon lequel la segmentation textuelle de surface ne rend pas
suffisamment compte de l'organisation profonde du texte, qui, elle,
relève d'une grammaire narrative implicite, nous paraît solidement
établi, l'exemple examiné n'est pas pour autant généralisable: d'autres
textes comportcnt d'autres séquences descriptives dotées de fonctions
narratives différentes.
(4) Le problème de la construction des actants collectifs est, au
\ contraire, capital pour la sémiotique générale, intéressée non seule-
\ ment aux productions lilléraires, mais aussi aux textes historiques et
154
DESCRIPTION ET ARRATtVITÉ
sociologiques: 1 ~ ' 5 elasses sociales, les institutions juridiques, les 1
orgaOlsmes pohllques, les groupements économiques sont des êtres
sociaux, c'est-à-dire des actants collectifs dont les modes d'existence et 1
de fonctionnement peuvent être soumis aux mêmes procédures 1
d'analyse.
157
• e te:tte a paru, en I?républication, dans Documents de Recherche du Groupe de
re<:herches sémio-linguisttques (EH ESS-CNRS), 1979.
La soupe au pistou
ou la construction d'un objet de valeur *
La soupe au pistou est le plus beau neuron de la
cuisine provençale. C'est le coup d'archet vainqueur
qui vous laisse interdit d'admiration gourmande.
C'est un plat digne des dieux. Un plat, oui, beaucoup
plus qu'une soupe.
Longtemps j'ai cru que la soupe au pistou était
d'origine génoise, que les Provençaux en l'annexant
l'avaient simplement beaucoup améliorée. Mais mon
ami Fernand Pouillon m'a expliqué que la soupe au
pistou était le plat national iranien! Peu importe,
d'ailleurs: du moment que tout le monde l'apprécie
en Provence, naturalisons-la provençale.
Bien entendu, il n'existe pas une seule et unique
recette de soupe au pistou adoptée, une fois pour
toutes, par les Provençaux. On peut même en citer
une bonne douzaine. Je les ai toutes essayées. Celle
que je préfère, et de beaucoup, c'est celle que j'ai
l'audace d'appeler • ma soupe au pistou •. À ma
grande confusion, je dois avouer que ce n'cst pas moi
qui en ai inventé la recette. Je la tiens d'une amie
provençale chez laquelle j'ai mangé pour la première
fois une soupe au pistou prodigieuse, celle-là même
dont je vais vous donner la recelle.
Mais auparavant, je dois insister sur un point:
celle recette n'est valable que pour huit personnes,je
veux dire que les proportions ont été établies pour
huit personnes, et pas plus.
H. Phllippon
LA CUÎSiM
prow"fal,
R Larronl, 1966
Pour 8 personnes:
6 litres d'eau
1 kilo de harÎCOts
frais à écosser
l SO 8 de haricots
grainés
6 pommes de terre
6 carottes
4 poireaux
4 tomates
6 courgettes
bnuw:hcs de saUle
) J'lC'It.nécs de basilic
6 gousses d'a.1
100 • de parmesan
non ripé
6 cuillcrtts l
..>upc d'huile d'olive
SOUPE
AU PISTOU
159
1. 1 recette de bien que formulée, à la surface, à l'aide
d III/perotifs.. ne peut etre considérée comme une prescription, régie
il:" un jdevOir-fa"ej sous-tendu à l'ensemble du texte. Elle se présente
d abord comme une proposition de contrat de type: «Si vous exécutez
'urrcctement. J'ensemble des indications données, alors vous obtiendrez
1.1 soupe au PiStoU. « Il s'agil donc au départ d'une structure actanticlie
"'etlant en présence deux sujets - le destinateur et le destinataire-
ILlies tous les deux sur la dimension cognitive: le destinateur
110nnalcment chargé de ":loda,liscr destinataire, ne se soucie guère
transmettre un ni un jdevoir-fairej, se contenlant de
1IllVeslir de la modahte du jsavoir-faire/. De ce point de vue, la recette
de CUISine ne se distingue pas, exemple, de la loi sur l'interruption
",lu!I/Qlre de grossesse (précedemment analysée dans le cadre du
emlnalre) qUI, malgré son statut apparent de loi. se présente comme
un parcours savamment programmé d'actes à accomplir, élaboré à
000000
DU SENS. Il
Le mieux serait d'utiliser une marmite en terre de
Valauris. Mais, à la rigueur, n'importe quelle mar-
mite peut faire l'affaire.
Vous versez donc dans la marmite provençale
6 litres d'eau que vous salez et poivrez tout de
suite.
Écossez un kilo de haricots frais, et faites-les cuire
à part dans une casserole d'eau bouillante. Épluchez
ensuite six pommes de terre de grosseur moyenne, el
coupez-les en petits dés.
Puis, pelez et épépinez quatre tomates.
Lavez à l'eau courante 350 grammes de haricots
verts grainés, et coupez-les en petits morceaux après
leur avoir enlevé les fils.
Grattez encore six carottes de grosseur moyenne,
et coupez-les en dés.
Prenez enfin quatre poireaux dont vous ne devez
utiliser que le blanc: lavez-les, et coupez-les en
rondelles.
Lorsque l'eau bout dans votre marmite, précipi-
tez-y les haricots en grains qui ont commencé à cuire
à part.
Ajoutez tomates, pommes de terre, ainsi que six
courgettes que vous aurez auparavant pelées el
coupées en dés.
Ajoutez enfin deux branchettes de sauge.
Lorsque le tout recommence à bouillir, baissez le
feu, et laissez cuire à feu modéré pendant deux
heures.
Une demi-heure avant de servir, ajoutez les
poireaux et les haricots verts grainés, ainsi que du
gros vermicelle (ou de minuscules coudes).
Pendant que la soupe cuisail, vous aurez eu
amplement le temps de confectionner le piSlOU
proprement dit. Car, j'allais oublier de vous le
préciser: la soupe au pistou est une soupe aux
légumes à laquelle on ajoute. au dernier moment,
une sorte de pommade odorante - le pistou - qui lui
donne mieux que de l'esprit: du génie. Dans un
mortier en marbre ou en bois d'olivier, vous pilez
deux ou trois poignées de feuilles de basilic (autant
158
000000
LA SOUPE AU PISTOU
que possible du basilic d'Italie à grosses feuilles)
avec SIX grosses gousses d'ail de Provence (car il est
beaucoup plus doux que l'ail récolté dans le reste de
la France), et 300 grammes de parmesan que vous
avez au préalable coupé en fines lamelles (le seul fait
de le râper change le goût de votre soupe).
Vous obtenez, avec beaucoup de peine et de
une pommade que vous arrosez, pendant la
preparation, avec cinq ou six cuillerées d'huile
d'olive.
Enlin, votre soupe est prête, vous la retirez
du feu, mats. avant d'y ajouter le pistou, il convient
d'attendre qu'elle ne bouille plus du tout. Pour cela
il est recommandé de délayer le pistou dans
mortier avec une ou deux louches de soupe. Puis
vous versez le toul dans la marmite en tournant
vivement. Cette opération empêchera l'huile du
de brousser. Versez enfin votre soupe dans la
souplere, et servez.
o
1. LA RECETIE DE CUISI E
DU SENS, 1\
l'intention des femmes désireuses d'interrompre leur grossesse, sans
pour autant communiquer un quelconque jdevoir-j ou jvouloir-fairej.
Dans un cas comme dans l'autre, les modalisations apparentes,
manifestées à la surface discursive, ne correspondent pas au statut
modal du texte révélé par l'analyse,
1.2. C'est l'acceptation de ce contrat implicite qui déclenche le Jaire
culinaire et permet de situer le passage du cognitif au pragmatique, de
la compétence à la performance. Le jsavoir-fairej, considéré comme
une des composantes de la compétence du sUjet et qUI reste
sous-entendu et présupposé dans les comportements quotidiens des
hommes, se trouve ici non seulement explicité, mais, par une sorte de
déviation qui le détourne de sa finalité qui est le passage à
malIIfesté sous forme d'un discours particulier. La recette de CUISine
peut, par conséquent, être considérée comme une sous-classe de
discours qui, tout comme des partitions musicales ou des plans
d'architecte, se présentent en tant que manifestations de compétence
actualisée, antérieurement à sa réalisation.
1.3 Bien que le texte de la recette comporte de nombreux éléments du
faire persuasif, celui-ci ne pas la ra:son de l'accep-
tation du contrat. L'acceptatIOn, en tant qu assomptIOn du jsavolt-
faire j, s'intègre dans un P (programme narratif) déjà élaboré, suscité
soit par un jvouloir-fairej - invitation adressée aux amIS, par exem-
ple -, soit par un jdevoir-faire! - besoin de no.urnr sa Le
destinataire de la recette de CUISine est, par consequent, deJa un sUjet
modalisé (S,) en possession d'un programme à réaliser. Le faire
persuasif ne joue qu'un rôle secondaire, au moment du choIx de telle ou
telle recette; bien plus, il se situe à un autre du
programme de l'auteur soucieux de faire vendre son livre de CUISine.
Aussi, dans l'analyse qui suivra, n'en tiendrons-nous pas compte..
Le PN en question - que nous appellerons PN de base - consiste
dans l'attribution, par SI' de l'objet de valeur 0, « la soupe au PIStOU "
au sujet d'état 8
2
, .. les convives» :
PN de base = S, ----t (S, nO: soupe).
C'est dans le cadre constitué par ce P de base que s'inscriront les
autres P ,considérés comme des PN d'usage ou d'auxiliation.
160
2. L'OBJET ET LA VALEUR
2.1. Pour que S, puisse transmettre l'objet de valeur « soupe", il faut
qu'il le possède d'abord. Or la possession ne peut être assurée qu'à
l'aide d'un PN de don (effectué par le destinateur), d'un PN d'échange
(commande chez un traiteur) ou, finalement, d'un PN de production.
("'esl à ce dernier cas que correspond la réalisation de la recette de
cuisine.
.2. Un programme de production consiste dans la construction d'un
objet de valeur, c'est-à-dire d'un objet dans lequel soit investie une
valeur dont la conjonction avec S, soit susceptible d'augmenter son
'Ire. Cette valeur peut correspondre, dans notre cas, soit à la
alisfaclion d'un besoin. SOil à la procuration d'un plaisir. Les recettes
de cuisine n'étant pas, de façon générale, rédigées à l'intention des gens
qui meurent de faim, on peut admettre que la valeur investje consistera
dan une sensation gustative euphorique. Les convives 'étant invités à
prouver un plaisir esthétique d'ordre gustatif, la valeur à produire
devra faire partie du code gustatif culturel implicite.
n telle valeur, relativement abstraite, est investie dans un objet
figuratif complexe dénommé., soupe au pistou» dont la construction
<ige l'exécution d'un ensemble de programmes somatiques et ges-
tuels. Le P de construction, tout en étant un PN d'usage inséré dans
le P de base, aura donc la forme d'unparcollrs d'ordre figuratif Dès
1"", la comparaison se présente d'elle-même: alors que le conte
m rveilleux proppien - et les extrapolations auxquelles il a donné lieu-
IIpparaît comme pouvant servir de modèle de PN de construction de
III)CIS, une enlreprise parallèle devrait être promue pour élaborer les
modèles de PN de construction d'objets. ,
'l'est en situant le P de construclion au niveau figuratif des
d"t.: )UfS qu'on s'explique l'importance de son articulation temporel/e.
1., cui son des éléments destinés à constituer la soupe est un procès
""ratlf, comportant, de plus, un aspect tensif qui le dirige vers
ri hèvement: la construction de l'objet se présente en termes de
tructuration aspectuelle. Ce qui, sur le plan logique, est interprété
la transformation d'un état en un autre état (de la., non·soupe»
161
DU SENS. Il
en «soupe.) est formulé ICI en termes de devenir: les différents
ingrédients «deviennent. une soupe.
L'introduction de la temporalité, qui a pour effet de convertir les
programmes en procès, permet de saisir sur le vif un des aspects
définitoires de la programmation, qui consiste:
(a) dans l'élaboration d'une suite d'implicalions entre énoncés et
programmes narratifs, logiquement nécessaires à la réalisation du P
de base, et
(b) dans la conversion de celle suite d'implications en une série
temporelle de procès.
3. LE DISPOSITIF STRATÉGIQUE
La lecture superficielle du programme culinaire permet déjà de
reconnaître, au niveau pragmatique (non réalisé) de celui-ci, l'exis-
tence de deux PN parallèles el indépendants dont la conjonction, à la
fin du parcours, constitue le P de construction global. Deux objets
partiels sont construits à l'aide des programmes:
_P 1 = confection de la «soupe aux légumes., et
- P 1 = confection du «pistou proprement dit.,
pour constituer ensuitc, par les procédures de «mélange. et de
"fusion., un objet de valeur unique: la « soupe au pistou -.
L'examen de chacun de ces programmes permet, à son tour, d'y
distinguer:
_un PN principal (qui commence, pour PN" par. versez 6 litres
d'eau...• ;
_ une série de PN adjoints (lels que: «épluchez 6 pommes de
terre...•, « pelez et épépinez 4 tomates...•, etc.).
3. J. LA SOUPE AUX LÉG MES.
3.1.1. Le P ,principal est reconnaissable:
(a) par l'attribution qui lui est faite d'un espace autonome: la
« marmite. qui peut être considérée comme un espace utopique. lieu
des principales transformations du Icrul en Icuit/. A la « marmite.,
espace propre du P l' s'oppose le « mortier., l'espace autonome du
162
LA SOUPE AU PISTOU
P 2 (le statut du troisième récipient. la « casserole ., sera examiné plus
tard);
l'adjonct}on à cet espace d'un actant sujet, « eau " qui sera
mstltue comme operateur des transformations: c'est l'eau, en effet, qui
fait cUire. les légumes:
(c) par la «dénaturalisation. de l'eau. L'instruction: «salez et
poivrez loul de suile., marque bien le passage de l'eau de l'état de
Inaturel à l'état de Inon-nature/;
. (d)yar l'apparition implicite du sujet « feu. qui remplit une double
lonctlon.: en menant l'cau à l'état d'ébullition, illa qualifie en tant que
UJC1, faire cuire les légumes); en agissant directement
lIr 1eau-obJet, Il la transforme en objet consommable (la « bouillie.
est déjà une soupe).
1.1.2. On voit que les qlli s'accomplissent dans l'espace
rapprochent le faire cultnalre apparemment rationalisé du
modele mythIque de la du cru en cuit, en anthropo-
morphlsant, notamment, les elements de la nature et en les instaurant
comme sujets opérateurs.
n voit, d'a.utre part, que si le réalisateur humain du programme
l:ulinalre comn:c un mai.tre d'œuvre, il délègue rapidement
cs pouvOirs a d autres sUjets de faire (le feu fail bouillir l'eau' l'eau
jail cuir.e les .en ainsi des slr_ucrures de
101/01/ ou les sUjets delegues, etroltement surveIlles (par l'allribution,
du temps de cuisson propre à chaque légume, c'est-à-dire
par 1etabltssement de la correspondance entre les procès duratifs de
<lIlsson et les transformations logiques du Icrul en Icuit/), semblent
.lglt par mandat impératif.
11.3. Quant aux PN adjoints. qui, pour le PN" sont au nombrc de
lIeuf Cl qUI sont formulés, à l'intérieur de la recette, comme celui-ci, par
'xcmple:
• prenez quatre poireaux (n'utilisez que le blanc)
• lavez·les »
• coupez·les en rondelles»
Iln que leur raison d'être réside dans la transformation d'objets crus
en seuls ces objets «semi,ulturalisés,. étant par
1.1 . ulle mtegres dans le P principal, soumis à la cuisson et à
163
DU SENS. Il
164
la transformation en objets cuits. Les deux opérations sont ainsi
distinctes:
165
12. LE PI TOU.
LA SOUPE AU PISTOU
indépendant, du fait qu'il possède son propre espace utopique (la
asserole -), ses propres sujets délégués manipulateurs (le feu et
l' 'au), et
-.adjoint: parce que l'objet mi-eonstruit par ce programme (les
h3r1cots qUI ont à cuire à part) se trouve intégré. en même
1 que les autres objets non crus, dans le PN principal.
première vue, c'est le temps de cuisson, plus long que pour les
légumes, qui détermine à lui seul J'autonomisation de ce P
"dJoin!. Il est évident, de ce point de vue, que la recette de cuisine est
lI1ul rédigée: l'eau de la casserole doit être déjà bouillante au moment
<lU commence l'exécution du P principal. Cependant, la structure
1 rn:.elle ce P ne se distingue en rien des P indépendants, il
\Sede meme en propre un P adjoint. écosssez les haricots frais_.
( c qUI semble se produire ici, c'est une déviation du PN visant à
ublenir un objel de valeur propre, • les haricots cuits _ et son
Inlégration dans un dispositif fonclionnel plus vaste et autre ': confec-
llunner une soupe aux légumes. Une telle satellisalion du P
ne que nous rappeler les procédures d'intégration des
• moufs ., susceptibles de fonctionner comme des récits autonomes
Ics structures narratives plus vastes. '
J. 1., e P 2 visant du pistou proprement dit possède,
maigre son apparente sImplicIte, une indépendance réelle qui lui est
sa da.os l'espace utopique propre, le • mortier »,
III"" aussI par la reallsallon complèle de son objet de valeur le
t'"tou - qui n'est conjoint et mélangé avec la soupe aux légu:Oes
'lU'nu moment où • elle ne [bout] plus du tout_.
Son autonomie lui vient, d'autre part, de l'originalité des techniques
,:",·S en place. en vue de la confection de l'objet: alors que, dans le
l "la marmite est, au commencement, remplie d'eau c'est-à-dire
"'un liquide qu'il s'agit de solidifier, l'exécution du P '2 consiste à
1" 'ndre en charge les produits solides pour les liquéfier. La réalisation
d' deux P aboutit à peu près au même point et la fusion des deux
"bjels produit l'objet complexe liquide el solide qu'est la soupe au
l'ISlou.
leuitl
12
Inon crul
lerul
Inon euitl
_• lorsque l'eau bout dans votre marmite, précipitez-y les haricots en
grains qui ont commencé à cuire à part.
est à la fois:
3.1.5. Parmi les PN adjoints, il y en a un qui se distingue des autres par
son caractère semi-autonome. En effet, ce programme:
_• écossez un kilo de haricots frais, et faites-les cuire à part dans une
casserole d'eau bouillante»
la première pouvant être effectuée à l'aide des PN adjoints, alors que la
seconde, opération de synthèse, s'accomplit dans le cadre du PN
]
principal. C'est tout naturellement que les PN adjoints font penser,
dans les cas de la construction des sujets, aux performances de qua-
lification, et les PN principaux, aux performances décisives des sujets.
3.1.4. On notera aussi que la réalisation des P adjoints, attribuée par
notre texte au maître d'œuvre lui-même et exigeant, de ce fait, une
programmation temporelle des tâches, peut tout aussi bien être confiée
à des sujets délégués (humains ou automates). Pourtant, l'ordre de
succession des PN adjoints, malgré l'apparence d'une consécution
textuelle exigée par leur énumération, ne se trouve pas précisé ici : il ne
deviendrait obligatoire que s'il était fondé sur une suite d'implications
logiques. Il est à supposer que les programmes de construction d'objets
plus complexes que le nôtre comporteraient des ordonnancements
d'exécutions de tâche prévus à l'avance.
Une telle organisation de suppléances, reconnaissable sur les axes
programmatiques parallèles dont les résultats, sous forme d'objets
semi-finis, se trouvent progressivement intégrés dans le PN principal,
rend compte finalement de la constitution et du fonctionnement de ce
que nous avons désigné par ailleurs comme sujet collectif syntagma-
tique (en citant à ce propos les usines Renault). Il reste à voir,
évidemment, dans quelles conditions un schéma de programmation,
dès lors que son exécution devient itérative, est susceptible d'engendrer
une institution (une entreprise).
LA SOUPE A PISTO
3.3. LA PROGRAMMATION.
PN
f
... pistou ...
(mortier)
• 6cœsez.
ébullition
grand feu
feu modén!:
(2h)
PN, • SOr.Jpt aux lipmu .
. (marmite)
mue Sl4r ••••••••.•.•.••••..••.••••••••.•.• __ . •
le fell
ï" '1" PN" PN
u
PN" PN
u
PN
u
PN"
JO mn 1
,.,.,rDI, _ _.. _ .
dll/ew
PN" 4 haricots frais ...
(casserole)
167
lumière. Il s'agirait, en somme, d'inventorier un nombre limité de
procès technologiques élémentaires dont la combinatoire recouvrirait
l'ensemble des faire producteurs d'objets culturels.
IbulJiliOll
, 1
rl-Lblll/i'iOtt ....
Nous sommes maintenant en mesure de proposer la représentation
de l'ensemble des procédures de construction de la soupe au pistou sous
la forme d'un schéma de programmation:
;::lIlIi';';'" I=======d
~ PN commun (w tourner.)

3.2.3. Tout en entrevoyant les grandes lignes qui permettent de saisir
ee type particulier du faire culinaire - procédures qui vont de la
décomposition des objets partiels, se servent de leur liquéfaction
progressive et en arrivent à la recomposition d'un objet complexe
nouveau (la _ pommade _) -, il nous est impossible d'imaginer, en
l'état actuel, le modèle qui rendrait compte de la construction de ce
genre d'objets culturels. Une meilleure connaissance de l'œuvre
théorique des alchimistes pourrait y apporter probablement quelque
DU SE S, Il
3.2.2. Le P 1 principal se présente également très différent de celui
du PN, : alors que dans le premier cas le faire culinaire de base était
d'emblée délégué au feu et à l'eau en les instituant comme sujets
manipulateurs, l'opération culinaire, réclamant la présence d'un sujet
humain, est ici double: elle consiste
- dans la trituration (_ pilez -) des objets solides;
- dans leur arrosage itératif avec de l'huile d'olive (liquide).
Quant aux ingrédients qui constituent, au départ, le contenu du
mortier, on peut, du point de vue de leurs qualifications à entrer dans la
composition de l'objet culturel à construire, les grouper en deux
classes:
(a) l'huile d'olive et le parmesan (auxquels il faut ajouter le
vermitelle du PN,) sont déjà des objets culturels à part entière,
possesseurs d'une histoire et d'un PN de construction complets. Le PN
adjoint auquel se trouve soumis le parmesan (- coupé en fines
lamelles _ et non _ râpé _) est donc une opération redondante du point
de vue de sa • culturalisation »;
(b) le basilic et l'ail (auxquels il faut ajouter - deux branchettes de
sauge _ du PN,) ne manquent pas de poser problème. La première
impression qui se dégage de la lecture de la recette est que leur statut
_ naturel _ et, de ee fait, non qualifié se trouve camouné par une
rhétorique textuelle:
__ trois poignées de feuilles de basilic (autant que possible du basilic
d'Italie à grosses feuilles)-;
__ six grosses gousses d'ail de Provence (car il est beaueoup plus
doux que l'ail récolté dans le reste de la France)-.
Tout se passe cependant comme si tout produit provenant d'un
ailleurs, et impliquant de ce fait des opérations de transport, se trouvait
déjà valorisé, susceptible d'être considéré comme un objet non naturel:
constatation qui dépasse, on le voit, la reconnaissance des embellis-
sements rhétoriques et qui renvoie à la question. autrement importante,
du statut culturel des épices.
166
4. QUELQUES ENSEIGNEMENTS
Au terme de cel examen assez superficiel d'un texte inhabituel, il
convient d'cs ayer d'en lirer, ne serait-ce que pour justifier son choix,
quelques enseignements de caractère plus général.
4.1. DUS avons réussi, il nous semble, à situer les textes dits recettes
de cuisine à l'intérieur d'une classe de discours plus vaste, celle de
discours programmateurs qui peuvent être considérés comme des
manifestation discursives de l'une des composantes de la compétence
modale du sujet, celle du jsavoir-fairej, manifestations déviantes du
fait qu'elles interrompent le parcours narratif du sujet antérieurement
à son passage à l'acte performateur et scindent ainsi le sujet en deux
actants: un destinateur-programmateur et un destinataire-réalisateur,
en instituant le premier dans le rôle du narrateur.
4.2. Si l'on considère J'acte comme justiciable de la structure modale
du jfaire-êtrej, on voit que le faire en question est susceptible
d'appeler à l'existence soit des sujets, soit des objets. La sémiotique
f
nartative, particulièrement sensible à la construction du sujet, a
jusqu'à présent complètement délaissé la problématique de la cons-
truction de l'objet. Le texte examiné se présente justement comme le
projet de construction d'un objet particulier, la soupe au pistou.
Inversement, l'objet, considéré comme le résultat d'une activité
productrice, est susceptible de recevoir une définition générative qui en
rend compte par son mode de construction. Le projet sémiotique, on le
voit, doit prendre en charge l'élaboration des modèles d'ordre génératif
(et non génétique) en se rapprochant, de ce fait, de la recherche dite
opérationnelle dont le caractère· appliqué. et la visée principale-
l'optimisation des procédures de génération - ne doivent pas lui
échapper.
4.3. La manifestation discursive de la structure modale du jsavoir-
faire j, que l'on saisit essentiellement comme une procédure de
programmation, nous renseigne quelque peu sur le fonctionnement de
celte. intelligence syntagmatique. qui reste le plus souvent implicite
et présupposée par l'acte. On remarque en particulier que la
programmation globale s'effectue à partir du point terminal du
168
LA SOUPE AU PISTOU
imaginé et consiste, en partant du but fixé, dans la quête et
1élaboratIon des moyens pour y parvenir, c'est-à-dire en temontant le
et non en se laissant dériver avec lui. Ce n'est que dans une
deuxleme que s'opêre la temporalisation des programmes
narratIfs et l'etabhssement de l'ordre de leur succession. Voici un
argument de poids, s'il en est encore besoin, contre certaines théories
narratives qui fondent J'articulation de la narrativité SUT la succession
temporelle.
4.4. Le caractère logique de la programmation explique, à son tour la
place particulière qu'occupe la construction d'objets dans le PN 'de (
base.: ce. qui est essentiel pour l'homme, c'est la quête et la
valeurs (leur appropriation, leur attribution, etc.); les
objets ne 1Interessent - et leur construction ne mérite d'être entrepri-
se que dans la mesure où ils constituent des lieux d'investissements
d,CS valeurs. Aussi le niveau logic<rsémantique où se reconnaissent et
les doit-il être considéré comme plus profond que
c1ul, fIguratIf, ou se construisent etjoù s'échangent les objets.
4 5. Le schéma de programmation, tel que nous venons de le présentet
en 3.3., malgré sa simplicité - ou à cause d'elle - peut être considété \
,un échantillon permeltant de se ,fa!re une idée de ce \
'lu est lorgamsatiOn senuotlque narratl've en general. Un discours
narratif, quelle que soit sa complexité, est du point de vue de \
l'cnon iateur, un objet construit et, de celui de'l'énonciataire un objet 1
... u eptible de recevoir une définition générative. ' t
Des accidents dans les sciences
dites humaines *
analyse d'un texte de Georges Dumézil
o 0 En observant la disposition de ce livre, les lecteurs auront le
sentiment qu'il a été écrit pour répondre à la question suivante:
«Qu'est devenu, dans la pensée religieuse de Zoroastre, le
système indo-européen des trois fonctions cosmiques et sociales,
avec les dieux correspondants?» C'est bien en effet le problème
qui est ici présenté, mais il s'est substitué en cours de recherche à
un tout autre énoncé.
À maintes reprises, nous avions rappelé qu'autour du couple
des grands dieux souverains (Mitra et Varuna dans l'Inde,
üdhinn et Tyr en Scandinavie, etc.), il existe dans les diverses
mythologies indo-européennes ce qu'on peut appeler des dieux
souverains mineurs, c'est-à-dire des dieux moins importants dont
le domaine reste situé dans la première fonction, dans la
souveraineté magico-politique : ce sont, par exemple, Aryaman,
Bhaga et les autres Aditya dans l'Inde, Heimdallr, Bragi et
quelques autres en Scandinavie. Nous nous sommes proposé
d'étudier ces souverains mineurs en commençant par l'Inde, où le
groupe des sept Aditya est nettement caractérisé. Nous avons dû
naturellement examiner aussi, dans l'Iran, le groupe des six
Amosha Sponta, des six « Archanges» qui sont immédiatement
subordonnés à Ahura Mazdâh, dieu unique du zoroastrisme pur,
et qui sont généralement considérés, depuis Darmesteter, comme
les correspondants zoroastriens des Aditya védiques. Après
MM. B. Geiger et H. Lommel, nous avons essayé de préciser
entre les uns et les autres des rapports qui nous semblaient à
nous-même plus que probables (v. Mitra-Varuna, p. 130 et suiv.).
Mais cet effort n'a pas abouti. Des difficultés insurmon-
• Ce texte parut dans Introduction à "analyse du discours en sciences
sociales. Paris. Hachette, 1979.
171
DU SENS, Il
o 0 tables s'y sont opposées, Si les deux premiers Archanges (Vohu
Manah et Asha Vahishta) et à la rigueur le troisième (Khshathra
Vairya) se situent dans un domaine qui peut être en effet celui
des Aditya, il n'en est pas de même pour les trois derniers
Armaiti, Haurvatât et les arguments de M,
Geiger, très forts tant qu'il s'agit d'Asha, faiblissent avec
Khshathra et deviennent franchement sophistiques avec Armaiti.
C'est alors que la possibilité d'une autre solution nous est
apparue. De récentes études ont fait mieux connaître la religion
indo-iranienne et la religion indo-européenne, M, Benveniste et
nous.même avons montré que ces religions étaient dominées,
encadrées par le système des trois fonctions (souveraineté, force
guerrière, fécondité) et de leurs subdivisions; et ce système se
trouve patronné, chez les princes arya de Mitani au XIV' siècle
avant notre ère comme dans plusieurs mythes et rituels védiques,
par une série hiérarchisée de cinq ou six dieux dont naturelle-
ment les deux premiers seuls, les dieux des deux moitiés de la
souveraineté, appartiennent, dans l'Inde, au groupe des Aditya,
Ces dieux sont: d'abord Mitra et Varuna, puis Indra, puis les
deux jumeaux âsatya, Or un certain nombre de traits immé-
diatement constatables et qui ne demandent aucune préparation
pour être interprétés rapprochent la liste hiérarchisée des
anciens dieux fonctionnels et la liste hiérarchisée des
et engagent à voir dans les seconds, à certains égards, les
héritiers des premiers, De là l'hypothèse de travail formulée au
chapitre Il et les vérifications des trois chapitres suivants, Le
problème d'où nous étions partis s'est évanoui, mais, de ses
débris, se dégagent les éléments d'un autre problème, plus réel:
accident fréquent dans les sciences dites humaines,
C'est également par accident que cette recherche, poursuivie
somme les précédentes dans un cours de l'École des Hautes
Etudes, vient à cette heure",
(G, Dumézil, Naissance d'Archanges, Gallimard,)
o
172
1. INTRODUCTION
1.1. JUSTIFICATIONS,
,Les progrès rapides de nos connaissances de l'organisation des
d,scours figuratifs (folklore, mythologie, littérature) ont suscité des
espoliS quant à la possihilité de la classification et de la réglementation
des formes narratives donnant lieu à une grammaire ou à une logique
narralives, Deux sortes de difficultés ont surgi en cours de route On
s'est aperçu, d'abord, de la complexité des discours narratifs' dits
littéraires et du rôle qui y est tenu par la dimension cognitive qui s'y
hypertrophie et va jusqu'à se substituer, dans de nombreux textes
« modernes ., à la dimension événementielle. On a reconnu ensuite
l'impossibilité de construire une grammaire discursive
rende compte des discours nonfiguratifs - ou paraissant tels - que sont
!cnus dans. le vaste domaine des« humanités., sans qu'elle
311 a connaltre des discours que nous-même tenons en sciences de
l'homme,
Da,ns dernier domaine, il était impossible de ne pas penser en
premier heu à Georges Dumézil dont l'apport à nos recherches fut
décisif et dont le discours, sou,"l'apparente simplicité qui tient autant à
la modestie qu'à la conviction quant au rôle du savant dans le procès de
1" recherche, recèle en réalité des procédures à la fois rigoureuses et
complexes où toutes les ruses de l'intelligence sont mises à contribu-
lion.
Dans l'ensemble de son œuvre, il fallait choisir un texte représen-
tullf, et nous sommes reconnaissant à l'auteur d'avoir bien voulu nous
celui dont la confection lui a donné le plus de satisfaction,
l'ncore fallalHI opter ensuite entre deux formes d'approche possibles,
enlre l'analyse de l'ensemble du texte qui, tout en dégageant peut-être
un certain nombre de caractéristiques générales. resterait nécessaire-
ment superficielle, et la micro-analyse d'une tranche textuelle où
certains mécanismes mis en évidence, quelques fails assurés, risquaient
de se perdre dans le labyrinthe des détails,
173
DU SENS, Il
1.2. LE STATUT SÉMIOTIQ E DE LA PRÉFACE.
otre choix s'est fixé finalement sur la préface de cet ouvrage
méthodologiquement capital qu'est Naissance d'Archanges" préface
donl le caractère exceptionnel, hors texte, se trouve soulIgne du fatt
qu'clle est dotée, séparément et pléonastiqucment, de la signature de
l'auteur.
ous ne nous sommes pas leurré sur le piège que contenait ce choix.
La préface ne fait pas partie du corps du livre. Sur l'axe temporel,
est une postface et fait suite à la fois au d,scours de la recherche et a
son exécution écrite. Son statut est celui d'une rénexion méta-
discursive sur le discours déjà produit. Aussi une première segmen-
talion du discours constitué par l'ouvrage disjoindrait-elle la préface du
reste du texte en même temps que son titre ou ses différents sous-titres,
en posant ainsi la question des relations que ces différents segments
textuels entretiennent entre eux.
Ce méta-discours est censé révéler ce que l'auteur lui-même pense de
son discours, de sa finalité et de son organisation. Encore peuHln se
demander ce que vaut aujuste celle. élaboration secondaire -tant par
rapport au discours qu'elle veut rénéchir que par rapport.à la .' vérité
textuelle _que l'auteur inscrit sans le chercher dans son meta-(lIscours.
On ne peut que s'étonner, par exemple, devant l'écart qui existe entre
la pauvreté théorique des né<;grammair}ens du ,et
complexité rigoureuse de leur demarche methodologtque qu, se deplote
comme à leur insu.
S'il est intéressant de voir comment l'auteur conçoit le procès de la
production du discours de la recherche, il ne l'est pas moins de suivre
pas à pas la façon dont il raconte son déroulement. s'aperçoit que Ics
intentions affichées s'y trouvent comme submergees par des nots de
procédures discursives qui relèvent d'un faire et d'une écriture dits
scientifiques qui les dépassent parce qu'elles sont de nature soclOlectale
et/ou parce que l'auteur les utilise au nom d'une certaine éthique de la
recherche.
Tout en visant à expliciter la conception personnelle de la recherche
- et de la découverte scientifique qui en constitue la raison d'être -,
nous sommes par conséquent en droit d'espérer retrouver, lors de
l'examen du discours-préface, certaines régularités caractéristiques de
tout discours à vocation scientifique.
174
DES ACCIDENTS DA S LES SCIE CES DITES HUMAI ES
1.3. ORGA ISATION TEXTUELLE.
La préface, en tant que texte écrit et imprimé, se trouve découpée en
IX paragraphes qu'il est aisé de grouper en deux parties symétriques.
'clle dichotomie se justifie par la récurrence du lexème accident,
conlenu dans la phrase qui termine le troisième paragraphe :
•... accident fréquent dans les sciences dites humaines -, et réappa-
raissant dès le commencement du paragraphe suivant: • C'est égale-
menl par accident que celle recherche... vient à celle heure. -
i l'on admet - comme nous essaierons de le montrer - que accident
"t le mot clef du texte et que également souligne une certaine
cquivalence enlre les deux parties de la préface, on voit que celle-ci est
consacrée au récit de deux accidents. le premier étant un accident dans
la recherche et le second, dans la vie du chercheur.
Ainsi l'organisation du texte, considéré à sa surface, se présente
comme une articulation simple de 6 =2 x 3, c'est-à-dire comme une
projection syntagmatique des structures binaire et ternaire, chères à
l'auteur.
L'objet de notre propos - l'examen du discours de la recherche -
" us oblige à limiter l'analyse à la première partie de la préface, dont
"OU reproduirons ici progressivement le texle distribué en para-
r"ph"" :
En observant la disposition de ce livre, les lecteurs auront le sentiment qu'il
a été écrit pour répondre à la question suivante: • Qu'est devenu, dans la
pensée religieuse de Zoroastre, le système indo-européen des tro.is fonctions
cosmiques el sociales, avec les dieux correspondants? C'est bIen en effet
le problème qui est ici présenté. mais il s'est substitué en cours de recherche
à un tout autre énoncé.
175
2. DISCOURS DU SAVOIR
ET DISCOURS DE LA RECHERCHE
2.1. DISCOURS S'ACf ALISANT ET DISCO RS RÉALISÉ.
Dès le premier paragraphe, une opposition, marquée par son
articulation en deux phrases de structure différente, apparaît:
(a) entre deux phases de la production du discours, celle du discours
réalisé sous la forme écrite d'un « livre» et présenté comme un objet
4( observable., et celle, antérieure, où le discours est saisi comme un
procès, comme un «cours de recherche., et se trouve en état
d'actualisation;
(b) entre deux formes discursives, la première le présentant comme
un objet du savoir offert aux « lecteurs. institués comme sujet de la
phrase, et la seconde qui, effaçant par la construction passive le sujet
du faire scientifique, cherche à donner l'image du discours en train de
se faire lui-même.
Cette conception, en apparence innocente, du discours donné
d'abord comme le procès de production et ensuite comme objet produit
se trouve supportée par un jeu de constructions syntaxiques et
sémantiques beaucoup plus subtil.
2.2. LE DISCOURS RÉALISÉ ET LA COMPÉTENCE DU NARRATAIRE.
L'énonciateur, en installant dans son discours un actant de com-
munication « les lecteurs» que l'on peut désigner comme narrataire .,
procède à une délégation de la parole qui lui permet d'exposer une
certaine conception de la recherche sans pour autant la prendre
directement à son compte. L'actant narrataire ainsi institué n'est pas
une simple figure de rhétorique, il est doté, au contraire, par
l'énonciateur d'un certain nombre de compétences:
J_ En reprenant à notre compte ce terme de norTaloire. proposé par G. Genette, nous
suggérons de compléter la terminologie de l'énonciation en introduisant un couple
d'actants présupposés ct implicites: lnonciateur vs inonciatairt. et en les distinguant
ainsi des mêmes actants: narraleur vs narrala;re. installés et manifestés dans le discours
par la procédure de dibrayage aClam;el.
176
DES ACCIDENTS DANS LES SCIENCES DITES HUMAINES
. (a) de la compétence attribuable à tout énonciataire qui lui permet
li exercer:
- un faire informatif (les lecteurs «observent. la disposition du
livre),
- un faire interprétatif (ils sont susceptibles d'avoir « le sentiment
que...•);
(b) de la compétence narrative. c'est-à-dire d'un savoir et d'un
'"voir-faire à syntagmatique des discours, qui
,ert de a son faire interpretatIf et qui se manifeste comme:
-. une. competence narrative générale (permettant, à partir de la
• diSpOSItIon '. du livre, de :econnaître la finalité qui l'organise),
- competence « sCientifique» spécifique (postulant que les livres
eCrits comme des «réponses. à des. questions .);
(c) de la compétence lillguistique stricto sensu le rendant capable de
formuler des questions et, chose plus remarquable encore de formuler
la ne pose pas lui-même, mais qui est suppo;ée être posée
par 1 lors d'un discours intérieur qu'il s'adresse.
n rnCC3ntSme fort complexe sc trouve ainsi monté à l'intérieur du
ulscours, ayant pour effet de sens la création d'une distance entre le
,uJet de l'énonciation et son énoncé, et attachant, du même coup le
dl>cours réalisé à l'instance de la lecture. '
2 J. lE DISCOURS DE LA RECHERCHE ET L'ABSE CE DU S JET.
1 Le passage d'une phrase à l'autre (<< C'est bien en effet le
problème...•) laisse entendre que le propos du livre, c'est-à-dire J'objet
U· la recherche, reste inchangé quel que soit le lieu d'où on le
·onsidère. Toutefois, un léger décalage lexical suggère une apprécia-
tion différente de la forme de la recherche:
(0) ainsi, alors dans la première phrase, le but de l'ouvrage était
conçu comme la reponse à une question, le livre apparaît, dans la
'C nde phrase,' comme la présentation d'un problème: une. question
,1 (laquelle) :epondre. se trouve remplacée par une «question à
r ·,oudre. de « problème. selon le Petit Robert);
(b) de meme, tand,s que le terme de disposition. utilisé d'abord
pouvait s'agir de n'importe quel ouvrage,
qu Il .SOIl ordonne selon les règles de la rhétorique. le problème se
U'fllllt comme «question à résoudre qui prête à discussion dans une
If/ellce. (Petit Robert); ,
177
ABSTRAITE • correspondance. _ FIGURATIVE
2.4. LA QUESTION.
DES ACCIDENTS DANS LES SCIENCES DITES HUMAtNES
ceptions différentes de celle-ci. Ces deux types de • contenus' sc
lrouvent, de plus, investis dans deux formes discursives différentes:
paradoxalement, le premier discours, .. personnalisé., est un
d,scours sans problèmes, alors que le second, discours à problèmes, se
donne comme un énoncé dépersonnalisé.
.Ies dieux.
-
FORMULATION:

• devenir/
• la pensée religieuse de Zoroastre.
179
t. Dans la mesure où, par hypothèse, le discours en sciences humaines
est censé obéir aux règles d'organisation narrative, il doit épouser la
forme de la quête d'un objet de valeur. Cet objet étant à son tour un
certain savoir qu'on cherche à acquérir, le discours scientifique se
présente comme une aventure cognitive. L'objet-savoir étant la visée du
discours, il est évident que l'état initial d'où part la quête est un état de
n.on-sa;oir: le récit se défin'Ît alors comme la transforma]
tlon d un Jnon-savolrJ en un JsavoirJ.
2. Le savoir en tant que modalité régit nécessairement un objet du
s3voir, situé lui. sur un palier discursif hiérarchiquement inférieur.'
Dans le cas que nous examinons. la structure bi-polaire question vs 1
riponse qui est utilisée n'est que la formulation anthropomorphique de 1
1 structure narrative sous-jacente au récit: la question qu'est censé se
poser le sujet du discours est un aveu implicite ou simulé de son
ignorance, la réponse étant là pour la combler, en offrant, en tant que 1
r sultat de la quête, le savoir acquis. La question contient de ce fait, :
modalisé par l'ignorance, l'objet du savoir, le topique du discours. (
Ile porte dans sa formulation de surface, sur le prédicat devenir qui
.1 fonction de relier deux états historiques déterminés et qui est, du
JlOlOl de vue narratif, l'objet du savoir visé par la quête:
1101 /
Ital • le système des
trois fonctions.
tlal 2
1101 iranien:
(c) bien plus: tandis que disposition fait surgir immédiatement son
terme complémentaire invention et renvoie ainsi à une conception
classique linéaire de la découverte, le problème qui apparaît est le
résultat d'une substitution. prenant la place non d'un autre problème,
mais d'un autre .. énoncé» non problématique, et suggère une tout
autre conception de la recherche.
Ainsi, à la conception du discours, genre littéraire classique, prêtée à
l'actant • lecteurs " se trouve opposée celle du discours scientifique
problématique.
DU SE S. Il
2. Ce petit examen lexical auquel nous venons de procéder n'est pas un
jeu du sémanticien habitué à solliciter le sens des mots: les termes
considérés sont en fait des méta-termes traitant de l'organisation
formelle des discours, même si ce n'est que de façon allusive et
incomplète, et constituent autant de références à des micro-univers
idéologiques dont on peut préciser les contours. Les oppositions plus ou
moins implicites qu'ils relèvent se trouvent consolidées et éclairées par
la mise en place d'appareils grammaticaux distincts.
Contrairement à ce qui se passe dans la première phrase où une
certaine conception du discours est assumée par le narrataire délégué,
aucun sujet à traits anthropomorphes n'est présent pour supporter le
discours scientifique. L'expulsion d'un tel sujet se fait, il est facile de le
noter, en deux temps:
(a) d'abord, par la construction passive de la première proposition:
• le problème... est ici présenté (par... )" qui permet, bien que sa
position soit tout indiquée, l'effacement du narrateur;
(b) ensuite, par la construction rénéchie de la seconde proposition:
.. le problème s'est substitué à...•, où • problème It occupe en même
temps les positions du sujet et de l'objet, ne laissant plus de place aux
marques de l'énonciation.
S'il s'agit ici, tout comme dans la première phrase, de la procédure
de débrayage actantie!, les résultats auxquels elle aboutit sont
différents. L'énoncé produit se trouve, dans le premier cas, attaché et
soumis à l'interprétation, simulée, de l'énonciataire. alors que, dans le
second cas il est détaché, autant que faire se peut, de l'instance de
l'énonciation pour apparaître comme le discours de la non-personne,
n'appartenant à personne, c'est-à-dire comme le discours objectif dont
le sujet serait la science se faisant elle-même.
Ce premier paragraphe est donc susceptible d'une double Iccture:
syntagmatiquement, il déroule les deux phases de la réalisation du
discours de la recherche; paradigmatiquement, il oppose deux con-
178
DU SENS. II
3. La préface étant un méta-discours produit après le texte. pratique-
ment au même moment où l'ouvrage est doté de titre et de sous-titre, il
est intéressant de comparer la question posée dans la préface avec les
formulations des titres.
Assez curieusement, le titre - Naissance d'Archanges - et le
sous-titre - Essai sur la formation de la théologie zoroastrienne - ne
mentionnent que le second état, l'état iranien de la religion, en le
présentant sous deux formes,
- abstraite: « la théologie zoroastrienne" et
- figurative: «les Archanges",
qui correspondent à la double articulation de l'état 1 dans la question
de la préface, et que l'on peut mellre en parallèle:
FORMULATION ABSTRAITE FIGURATIVE
élal 1 le système des trois fonctions les dieux
état 2 la théologie zoroastrienne les Archanges
4. Après avoir noté que le sujet phrastique de devenir est l'état 1 et
celui des deux autres prédicats, l'état 2. les différentes lexicalisations
de la fonction reliant les deux états peuvent à leur tour être
représentées comme suit:
étal J : •..•.• ·•·••·•·· ••. , .
1 ., formation -1«naissance»
élal 2: ---*'----77'--,--...,.-:-:--:--,--:1---.,-;---:-..,,---;---
(de la théologie) (des Archanges)
Si l'on considère que la fonction qui constitue J'objet du savoir visé
par le programme scientifique peut être interprétée, dans un autre
langage, comme. processus historique., on remarquera que celui-ci ne
se trouve évoqué que partiellement, tantôt comme un procès aspec-
tualisé en amont. tantôt en aval. A ceci il faut ajouter le fait, curieux,
que les lexèmes désignant le processus en question sont des verbes ou
des nominalisations des verbes intransitifs.: devenir., .: naître., sc
180
DES ACCIDE TS DANS LES SCIENCES DITES HUMAINES
former., alors qu'ils sont censés traduire la transition d'un état à
l'autre el que, dotés de sèmes duratifs. la durée qu'ils expriment ne fait
que surdéterminer d'autres aspects - inchoatif et terminatif - du
procès. Tout se passe donc comme si le processus de transformation.
objet de savoir visé, se trouvait en grande partie évacué de ses
Investissements sémantiques au profit de deux états historiques
nellement et dont l'opposition est confirmée par le rappro-
chcment des questIOns de la préface el des réponses que fournissent par
anticipation les titres de l'ouvrage.
Le problème de la saisie, de la représentation et de la définition des
trallsformations diachroniques est ainsi implicitement posé.
3. LE RÉCIT DE L'ÉCHEC
A.. maintes avions rappelé qu'autour du couple des grands
dlcux souverams (Mura et Varuna dans l'Inde Odhinn et Tyr en
etc.), il existe les divc':Scs indo-europtenrJes
ce 9u peut appeler des dieux souverainS mmeurs, c'est-à-dire des die'JX
mOins Importants dont le domaine reste situé dans la première foncti'Jn
dans la souveraineté '!'agico-po!itique : c.e sont, par exemple, Aryaman:
Shaga et Adltya dans 1Inde, Helmdallr, Bragi et quelques
en ScandinaVie, ous nous sommes proposé d'étudier ces souverains
mineurs en par où le groupe des sept Adit)a est
caractensc.. ous avons du naturellem,:nt examiner aUSSI, dans
11 .Ie groupe des SIX des sÎ.< • Archanges» qltÎ sont
sU,bordonnés à Ahura Mazdaâh, dieu unique du rocoas-
InSOle pur, et qUI sont considérés, depuis Darmesteter,
comme les. correspondants zoroaslnens des Aditya védiques. Après
MM. B. Geiger et H. Lommel, nous avons essayé de préciser entre les uns
ct les autres rapports qui nous semblaient à nous-même plus que
(v. p. 130 et suiv,). Mais cet effort n'a pas abouti.
Des difficultés Insurmontables s'y opposées. Si les deux premiers
rchanges Mana.h et Atha Vahuhta) et à la rigueur le troisième
(Khsha.thra .Valrya), se situent dans un domaine qui peut être en effet celui
d Adatra, Il n'en est pas de même pour les trois derniers Armaiti,
et tes arguments de M. Geiger, très forts tant qu'il
agit d Asha, faiblIssent avec Khsha/hra et deviennent franchement
'ioOphistiques avec Armaiti.
181
DU SENS, Il
3.1. ORGANISATION DISCURSIVE ET NARRATIVE.
1. La substitution qui remplace un « énoncé virtuel par le « problè-
me., propos du livre, cataphoriquement annoncée dès le premier
paragraphe, justifie l'expansion discursive qui recouvre toute la
première partie de la préface: le deuxième paragraphe est l'expansion
du terme« énoncé )J, le troisième, ceBe du terme« problème )10. Du point
de vue narratif, la substitution correspond au schéma syntagmatique
bien connu, constitué par la duplication des épreuves, où la réussite
finale se trouve valorisée par l'échec de la première tentative: deux
récits - le récit de l'échec el le récit de la victoire - servent ainsi de
soubassement aux développements discursifs du texte examiné.
2. Le récit de j'échec s'articule aisément en deux segments: la quête
accomplie par le sujet est racontée par un «nous» - manifestation
syncrétique du narrateur et du sujet du faire - qui tient un discours au
temps passé; la défaite, marquée par l'apparition de j'anti-sujet. est
directement prise en charge par "énonciateur, produisant un discours
objectif, donné au temps présent qui apparaît comme un présent
atemporel de la vérité.
3.2. LE RÉCtT DU SUJET.
1. L'isotopie de surface de ce récit est assurée tout autant par
l'itération du sujet phrastique nous que par une succession de prédicats
lexicalisant, avec quelques variations sémantiques, les activités cogni-
tives de ce sujet:
« .. _ nous avions rappelé que...•
« Nous nous sommes proposé d'étudier... •,
« Nous avons dû... examiner... • ,
« ... nous avons essayé de préciser... • ,
Cette succession d'énoncés dont les caractéristiques se trouvent
précisées constitue un niveau discursif autonome que l'on peut désigner
comme discours cognitif
182
DES ACCIDENTS DANS LES SCIENCES DITES HUMAINES
2. Ce discours à la première personne - le nous étant, à quelque
connotation près, le substitut de je - comporte, subordonnés à chacun
de ses prédicats cognitifs, aulant d'énoncés d'objets dont l'enchaîne-
ment constitue un niveau discursif hypotaxique par rapport au
premier. Caractérisé comme discours traitant des objets du savoir, il se
présente en même temps, quant à sa forme syntaxique, comme un
discours objectif (ou se faisant passer pour tel) du fait de sa
dépersonnalisalion actanliel1e et de sa prédication maintenue dans le
présent atemporel.
3. Ce discours objectif se réfère constamment à d'autres discours
censés le supporter et qui, absents du texte qui s'actualise, n'y sont
représentés que par allusions et renvois supposés connus et vérifiables.
ne série d'anaphoriques tels que:
«depuis Darmesteter.., JO
«Après MM. B. Geiger el·H. Lommel, ...
«(v. Mitra-Varuna, pp. 130 et suiv.) JO
il faut ajouter le • rappel. initial qui n'est qu'une auto-
référence. constituent un troisième niveau discursif que l'on peut
désigner comme discours référentiel.
Au lieu d'être un déroulement syntagmatique linéaire, le discours
que nous examinons apparaît comme une construction à plusieurs
niveaux dont chacun possède ses caractéristiques formelles et assume
li n rôle particulier,
.2.1. Le discours cognitif
On notera que ce discours est composé, à son tour, de deux paliers. le
palier.iuJQi.eur se présentant comme une suite de lexicalisations des
différentes formes d'activité cognitive:
« étudier • « examiner • « préciser des rapports.
.• Iors que le palier supérieur est fait de modalisations des prédicats
cognitifs, leur enchaînement constituant le programme narratif qui
org3nise l'ensemble des discours.
Mis à part l'énoncé .. Nous avions rappelé., qui représente, en
l:lnl qu'autoréférence au discours antérieur, la situation à partir de
183
DU SENS, Il
laquelle le récit va se déclencher <,el dont k plus-que-parfait s'oppose
aux passés composés du reste du reclt), le dIsposItIf modal correspond
au schéma prévisible de l'acquisition de la compétence par le sUjet du
faire cognitif. Rappelons-le briève?,ent : , , ,
(a) • nous nous sommes .• repres.ent: le syncretIsme du
destinateur et du sUjet du falle qUI s Instaure lUI-meme comme sUjet du
vouloir-faire.. . ,
(b). nous avons dû naturellement.... est la manifestatIon, sous forme
de prescription, de la modalité du devoir-faire et de la reconnalssa,nce
d'un nouveau destinateur auquel le sUjet accepte de se soumettre, ce
destinateur c'est la méta-logique qui exige l'inclusion des Archanges
dans la des. souverains mineurs .. indo-européens; le lexème
• naturellement .. qui y réfère comme à la c nature des choses ..
manifeste cette prescription logique;
(c) • nous avons essayé... « manifeste le pouvoir-f.aire du
sujet, cette modalité étant nécessaire pour passer a la
c'est-à-dire à la conjonction du sujet avec l'objet de valeur vIse; or cet
objet, tel qu'il a été précisé par la. à laquelle répond, le lIvre,
est le savoir sur la relation-fonction eXIstant entre deux etats de
religion; la tentative du sujet cognitif ici aussi, à • préciser les
rapports « entre les représentants des deux etats... .
Le programme narratif, conçu comme la modaiisahon du sUJet, est
mené jusqu'à l'épreuve décisive.
3.2.2. Le discours objectif
1. Subordonné au faire cognitif, le discours dit objectif décrit les
objets du savoir et les manipulations successives qu'ils subissent. Il est
facile de reconnaître trois sortes de manipulatIons auxquelles Ils sont
soumis: .
(a) Lefaire taxinomique consiste grosso modoà consolider les objets
du savoir par les opérations d'inclUSIOn. AIOSI, les
mineurs. sont placés « autour. du couple des deux les
deux sous-ensembles sont inclus dans l'ensemble. premlere fonction.;
d'un autre côté, les« souverains mineurs. font partie des« mythologies
indo-européennes •. Nous y reviendrons. .
(b) Le faire programmatique établit l'ordre .?es
opérations cognitives: les souverains mlOeurs «et.udles »
d'abord, le groupe d'Archanges iraniens est « examine· ensUIte.
184
DES ACCIDE TS DANS LES SCIE CES DITES HUMAI ES
(c) Le faire comparatif prend en charge les objets du savoir partiel,
reconnus grâce au faire programmatique, et vise à fi préciser des
ra pports" entre eux.
e sont là différents types de manipulations cognitives - dont la
liste n'est évidem(llcnt pas exhaustive - quj caractérisent le faire du
,ujet s'exerçant dans le cadre du discours cognitif. Les objets discursifs
qui sont ainsi manipulés se trouvent présents sous la forme d'énoncés
d·état. En voici quelques échantillons:
« ... il existe ... des dieux souverains mineurs... Ce sont...•
« ••• le groupe des sept Aditya est nettement caractérisé »
« des six .. Archanges .. qui sont... subordonnés... et qui sont généralement
considérés comme... »
« ... des rapports qui nous semblaient... plus que probables... »
'il n'existe pas de doute quant à leur statut d'énollcés d'état qui les
distingue des énoncés defaire cognitif qui les régissent, on remarquera
)an!) peine que Ja relation prédicative d'existence qui les constitue se
trouve chaque fois modalisée d'une certaine manière par des expres-
1 ns telles que « nettement caractérisé ., « généralement considérés .,
• .emblaient., • probables. qui la surdéterminent en indiquant le
degré de nécessité ou de certitude qui lui est attribué.
Lc discours objectif, tout comme le discours cognitif précédemment
e aminé, comporte donc deux paliers discursifs distincts: un palier
modal y régit la prédication d'existence constitutive du palier
d,-.feriptif ous aurons à revenir plus tard sur la nature de celte
nouvelle modalisation, qui n'est plus une modalisation dufaire. mais de
l'dre.
\..3. Le discours référentiel.
1 I.e discours référentiel n'est convoqué ici que comme un discours
d'autorité, qui sera d'ailleurs contesté par la suite; aussi ne nous est-il
p,,, possible d'examiner pour l'instant son organisation formelle. Tout
Ill! plus peut-on mettre en évidence un certain nombre de modes de
nJftvocatiofJ du discours référentiel, en considérant notamment les
r référentielles comme des structures tropiques servant de
Ollnecteurs. Deux procédures: la référence et l'autoréférefJce doivent
1r distinguées.
185
DU SENS. Il
Dans le cas de référence (a) le nom d'auteur sert d'anaphorique à
son discours et (b) ce nom est considéré comme inaugurant la série
des discours (. depuis Darmesteter., • après MM. H. Geiger et
H. Lommel.) qui le sanctionne et le dépersonnalise, en en faisant un
discours référentiel unique.
L'autoréférence, au contraire, rétablit la continuité entre discours
partiels d'un même auteur et les réunit en un seul discours personnalisé
et cohérent, en le faisant paraître comme patronné par un projet global
unique (cf. le second sous-tiTre du livre:. Jupiter, Mars, Quirinus .).
Elle va jusqu'à produire un nouveau syncrétisme où l'acteur « nous.,
remplissant déjà les rôles de narraTeur et de sujet cognitif. incarne, de
plus, le sujet du discours référentiel.
Dans un cas comme dans l'autre, la référentialisation se reconnaît
comme le phénomène d'anaphore sémantique: le discours référentiel
• rappelé., forme en expansion. mais absent. est représenté, dans le
discours en train de se faire, par sa forme condensée et présente. En
fait, dans le segment que nous examinons, le discours référentiel,
actualisé sous sa forme condensée, s'identifie avec le discours
objectif.
2. On comprend maintenant pourquoi l'auteur a pris soin de dénom-
mer, d'entrée de jeu, cette forme du discours de la recherche du terme
vague d' ... énoncé ., terme qui ne prenait quelque consistance que par
son opposition au discours-. problème •. En effet, la recherche, telle
qu'elle est conçue ici, consiste dans la convocation sélectionnée d'un
certain nombre de discours référentiels dont les formulations conden-
sées se trouvent disposées selon un certain ordre dû à ce que nous avons
appelé le faire programmatique et qui constitue la seule nouveauté de
ce discours. Il s'agit bien là d'un discours classique ct besogneux,
résumé dans la formule question vs réponse et dont l'auteur sc
débarrasse à l'avance en en attribuant la paternité au narratairc
imaginaire.
).). LE RÉCIT DE L'ANTI-SUJET.
).). I. Surface discursive et dispositif narraTif
1. L'apparition, au milieu du texte examiné, du disjonctif.,. mais»
produit, dans le déroulement du récit, un effet de ru ture, et ccci
186
DES ACCIDENTS DANS LES SCIENCES DITES HUMAINES
d'autant plus que ce signal logique se trouve accompagné d'un
changement de la forme discursive, le niveau cognitif disparaissant, du
moins en apparence, au profit du discours objectif.
c changement de forme n'est pourtant qu'un phénomène de
surface: significatif en soi, du fait qu'il occulte la manifestation directe
de la narrativité dont le lieu privilégié, on l'a vu, est le discours cognitif,
il ne la supprime pas pour autant. Ainsi,
(a) l' « effort" qui « n'a pas abouti,. n'est qu'une récurrence
sémantique, substantivée, du verbe essayer et représente le faire
cognitif chercbant à passer à la réalisation; de même
(b) des. difficultés. qui. s'opposent. signalent l'apparition de
l'opposant ou, mieux, de l'anti-sujet, introduit dans le texte par des
procédés semi-figuratifs: le verbe s'opposer personnifie les • diffi-
culiés., l'adjectif insurmontable convoque une figure anthro-
pomorphe.
2. La seule irrégularité que l'on peut observer est la permutation
syntagmatique des deux énoncés narratifs: l'échec de l'épreuve (. n'a
pas abouti.) précède, et ne suft pas, l'apparition de l'anti-sujet cl la
mise en évidence de la structure polémique du récit. Outre que la
non-pertinence du déroulement linéaire du iexte pour la reconnais-
sance du schéma narratif sous-jacent n'est plus à démontrer, la raison,
discursive, de ce fait est très simple:. difficultés. est un catapborique
qui annonce la suite du discours et qu'il faut, de ce fait, rapprocher de
son expansion.
). La dépersonnalisation du discours n'arrive pas à dissimuler le fait
que l'adjectif insurmontable ne sc réfère à • difficultés. que comme à
l'actani objet. le sujet de ce procès irréalisable, • que l'on ne peut
surmonter. n'étant autre que le sujet du discours cognitif déjà
manifesté par une série de nous. La modalité du jpouvoirj que contient
cc lexème s'inscrit donc dans la suite de modalisations marquant
l'acquisition progressive, par le sujet cognitif, de sa compétence: le
jpouvoir-fairej qui présidait aux. essais. et aux. efforts. du sujet se
révèle incomplet et illusoire face à l'anti-sujet; remplacé par le Ine pas
pouvoir-fairej, il rend compte de la non-réalisation du programme
""rratif dont le schéma modal se présente comme:
Ilvouioiri ~ Idevoirl ~ lpouvoirf] ~ [lne pas pouvoirl ~ Ifairell
187
DES ACCIDENTS DANS LES SCIENCES DITES HUMAINES
189
2. Les modalités, exprimées en langue naturelle, peuvenl être inter-
prétées comme suit:
'" /possibilité/
'" /possibilité faible/
'" /impossibilité/
impossibilité
devoir ne pas être
ne pas devoir être
contingence
nicessiti
devoir-<tre
ne pas devoir ne pas être X
possibilité
(a) les deux premiers Archanges, • peut être.
(b) le troisième, • à la rigueur.
(c) les trois derniers, • il n'en est pas de même.
Remarque: La modalisation par fpossibiliti faiblef apparaît comme un
tltment de relativisation des rapports catégoriques. Il s'agit là d'une
tendance générale qu'on rencontrera à plusieurs reprises.
. Le discours objectif, tel qu'il est déroulé en cet endroit, se présente
donc comme une construction en deux paliers:
(a) le palier descriptif, fait d'une suite d'énoncés d'état, représente
les résultats du faire cognitif;
(b) le palier modal, qui surdétermine le premier, est le lieu de la
manifestation des modalités a/éthiques qui régissent les prédicats
d'existence des énoncés descriptifs.
e sont ces modalités et notamment la dernière d'entre elles,
l'Impossibilité (qui n'est que la dénomination logique d'un Idevoir ne
pas être/), qui «s'opposent. au faire du sujet cognitif et le disqua-
lifient comme Ine pouvant pas fairef.
On voit que 'la première et la troisième de ces modalisations
correspondent aux positions aisément reconnaissables du carré a/éthi-
que:
de « solidité. que la relation d'existence qui le constitue est censée
comporter.
3.3.3. La moda/isation du discours objectif
3.3.2. L'échec du faire cognitif
188
En passanl du palier modal au palier cognitif stricto sensu. on notera
que l'échec, dû à un Ine pas pouvoirl, porte sur un Ifairel et que
celui-ci visait à « préciser des rapports -, c'est-à-dire à rendre compte
du type de relalions enlre les Aditya indiens elles Archanges iraniens:
l'échec narratif signifie par conséquenl, sur le plan cognitif, l'échec du
faire comparatif
Or le faire comparalif présuppose l'inscription des objets à comparer
dans un cadre taxinomique qui seul peut permettre la reconnaissancc
d'un terlium comparalionis. d'un axe commun aux deux objets. La
logique utilisée en l'occurrence est la logique d'inclusion, et le terme
clef de ses opérations est la «situation _. Ainsi,
(a) les représentations figuratives que sont les Adilya et les
Archanges sont «situées. dans un «domaine. qui leur est propre;
(b) les « domaines ., lieux de leur situation, sont à leur tour« situés.
dans des «fonctions. el, dans le cas qui nous intéresse, dans la
première fonction.
Il suffit dès lors de s'assurer que le « domaine. des Archanges esl
identique à celui des Aditya pour élablir leur appartenance commune à
la première fonction. On voit que le faire cognitif dontl'u1time visée est
la comparaison comporle au préalable et nécessairement un sous-
programme defaire taxinomique, cherchant à« situer • les Archanges,
pris un à un, dans le «domaine,. qu'ils partageaient en commun avec
les Aditya, et que l'échec de cel effort classificatoire entraîne la
non-conjonction du sujct cognitif avec l'objet de valeur visé.
DU SENS, II
J. L'échec lui-même ne se présente pas de manière abrupte, mais
progressivement. Une série d'opérations cognitives permet de rendre
comple de celle dégradation:
(a) Les Archanges, répartis en trois sous-ensembles - opération qui
relève du faire programmatique auquel nous avons déjà fail allu-
sion -, sont «situés,. dans un seul et même «domaine - - opé-
ration d'inclusion qui donne lieu à la production de trois énoncés
d'état.
(b) Chaque énoncé d'étal se trouve ensuite modalisé selon le degré

DU SENS, Il
3.3.4. La modalisation du discours référentiel.
1. Le segment textuel relatif à l'exposé des. difficultés. comprend
deux phrases, dont la première, que nous venons d'analyser, relève du
discours dit objectif, et la seconde, du discours référentiel. Ce dernier,
qui n'exploite plus que le discours-occurrence de Geiger, se trouve
découpé en séquences anaphoriquement désignées comme • argu-
ments., de telle sorte qu'à chaque séquence-argument du discours
référentiel correspond un énoncé d'état du discours objectif.
Le terme d'argument choisi pour dénommer les séquences référen-
tielles est, on s'en doute, motivé et indique qu'il s'agit là d'un faire
persuasif (La question qui reste ouverte est de savoir si le faire
persuasif scientifique possède des traits spécifiques qui le distinguent
des discours de la persuasion en général.) Celui-ei se trouve découpé en
sous-programmes narratifs appelés. arguments. dont les résultats,
rapportés et intégrés dans le discours objectif, y forment des énoncés
d'état. La référence qui va d'un niveau discursif à l'autre peut dès lors
être définie comme une relation structurale s'établissant entre le procès
et l'état, entre le programme narratif et ses résultats.
2. On aura remarqué sans peine que les séquences-arguments (dans
notre cas précis: des sous-programmes visant àopérer l'inclusion de tel
ou tel dans le« domaine lt unique) sont soumises, une à une, à
une sorte d'évaluation modalisante dont les résultats sont présentés
comme la t< force. des arguments. Ainsi, en choisissant un représentant
pour chacun des trois sous-ensembles d'Archanges précédemmenl
établis, on dira des arguments relatifs
- au deuxième Archange, qu'ils sont", très forts »;
- au troisième Archange, qu'ils « faiblissent .;
- au quatrième Archange, qu'ils. deviennent franchement sophis-
tiques •.
De même que les énoncés descriptifs du discours objectif corres-
pondent aux «arguments. du discours référentiel, les modalisations
aléthiques reposent sur la • force. de ces arguments.
3.3.5. L'économie /larrative du récit de l'échec.
1. Une question, capitale, se pose, à savoir: qui est l'autorité habilitée
pour l'estimation des arguments, et où se situe le sujet de cette nouvelle
190
DES ACCIDENTS DANS LES SCIENCES DITES HUMAINES
ll1?dalisation: À première vue, la « force» des arguments relève du
persuasIf ct, par conséquent, du sujet du discours référentiel. Il
n;cn est nen car, .tandis que le sujet te Geiger lt, en
dcveJoppant son faire persuasif, croit avoir réussi ses épreuves
quclqu'un d'autre prend en considération ses sous-programmes et leur;
résultats. examme et évalue tantôt comme des succès (<< très
forts .): tantot comme des echecs (. franchement sophistiques .). Ce
quelqu un prend donc en charge le discours référentiel et exerce sur lui
,on faire. interprétatif dont les résultats constituent une nouvelle
du dIscours considéré. On voit que ce quelqu'un ne
l'ami-sujet qui, par ses jugements modaux, dresse « des
dlfflcultes rnsurmontables. qui condamnent le sujet à l'échec.
Tout permet de mieux comprendre l'économie générale de
1 narrative du discours analysé: il existe un sujet qui,
présent dans le text.e sous de. nous., exerce son faire cognitif
cn faisant. appel. a. une sene d adjuvants que sont les fragments
de d,fferents dIscours référentiels; mais, en face de lui,
o.pparalt un dont le faire interprétatif, portant sur les
urg..uments du a convoqués à titre d'opposants.
le progres narraltf du sUjet et voue son faire à l'échec. Le
discours de la recherche, lorsqu'il s'organise comme le récit de l'échec
sa COmme un combat que se livrent, i.
1 de «auteur., le sujet et l'anti-sujet, deux
rroJcctlons objectivees de 1Instance de l'énonciation.
On .compren? alors le retentissement que cette mise en scène
pr?du..'t sur l'organisation discursive de surface: le discours
co :nlllf, affIche comme tel et personnalisé, est le lieu de la manifes-
1.1l10n du chercheu\ malchanceux, tandis que le discours objectif qui le
"Ult, en occultant 1anti-suJet, fait apparaître la t< science. comme la
"cule gagnante de l'épreuve.
11.6, Les modalités épistémiques.
1 La reconnaissance du sujet modalisateur n'épuise pas la question
'lue pose la nature des modalités apparaissant à la surface du discours
des estimations de la « force des arguments lt.
on I.'a, vu, des formulées à la suite du faire
IIl1erpretatlfqul s exerce sur le discours convoqué à cet effet: le lieu de
lellr pr ductlOn correspond donc à l'instance de /'énonciataire et non
191
DU SENS, Il
de l'énonciateur. Elles instituent une distance fidu,cia"!'e entre les
par01es de l'autre et l'adhésion qu'il, convient de leur temolgner et elles
apparaissent de ce fait comme de notre savOIr sur le
monde. Désignées comme modailles eplstem'ques. elles pourraient
être distribuées sur le carré comme
certitude
improbabilité
probobililé X
incertitude
Les lexicalisations « très forts. et « franchement sophistiques.»
s'identifieraient avec les positions fprobablef et fimprobablef, tandiS
que l'expression « faiblissent» se situerait sur l'axe qUI les rehe.
2, Toutefois, la mise sur le carré de ces modalités peut donner une
impression trompeuse quant à leur statut catégOrique.
aux modalités aléthiques où "opposition fpossiblef vs flmposslblef sc
présente comme un couple de contradictoires: oppoSItions des
termes épistémiques ne sont que les polarisations. .du
permellant la manifestation d'un grand nombre,de posItions
diaires. Le lexème « croire ., par exemple, peut a seul
selon les contextes, toutes les positions entre fcertltude/ et /lOcerl'-
tudef.
"
'
On voit immédiatement les consequences que ce. caracterc
relatif des modalisations épistémiques peut avolt sur la ngueur. du
discours dit scientifique, Car, si les modalités qUI le
régissent sont fondées, comme tout semble nousle faite sur dcs
modalisations épistémiques statuant sur le dIscours referenllel, le
passage des jugements relatifs aux constats catégonques ne va pas dc
soi. La fpossibilité faiblef qu'on a vu apparaître dans le discours
objectif porte témoignage des difficultés que rencontre le discours en
sciences humaines.
3.3.7. Le paraitre et l'itre.
La confusion entre les modalités épistémiques et al éthiques est
visible dans la première partie de notre récit o.ù de,s
discursives référentielles étaient convoquées en fonction d adJuvance.
Des expressions telles que .. nettement caractérisés» ou .. généralement
192
DES ACCIDENlS DANS LES SCIENCES DITES HUMAtNES
c nsidérés» relèvent-elles de la modalisation épistémique ou aléthi-
que? e seraient-elles pas plutôt des syncrétismes dus à la difficulté de
d,stinguer les deux niveaux discursifs, du fait que le sujet du discours
gnitif est en même temps celui, en partie, du discours référen-
t.el?
Il n'en est plus de même de la troisième modalisation où le« plus que
probables» se présente directement comme un jugement épistémique.
Toutefois, fait gênant, cette fprobabi/jté fortef se trouve située sur
l'isotopie du paraitre (<< nous semblaient plus que probables »), Tout se
passe donc comme si la fonction principale de la modalisation
pistémique - qui fonde la niodalisation aléthique du discours objectif,
ette dernière déterminant, à son tour, le statut modal du sujet cognitif
consistait à aménager le passage, à supprimer la distance entre
l'isotopie phinoménale du paraitre et l'isotopie nouménale de l'être
(au sens sémiotique et non métaphysique de ces termes), Ainsi,
l'articulation fondamentale - telle qu'on peut la retrouver au niveau
des structures profondes du récit de la découverte que nous analysons -
sc présente, à partir de l'isotopie du paraitre qui se trouve posée
Initialement, comme la négation du paraÎtre (correspondant, à la
urface, au récit de l'échec), faisant surgir, dans la seconde partie
narrant la victoire, le terme occulté de l'être:
/étre/
fparaitre/

Remarque .' L'opüation (1) est recouverte par le récit de l'échec,
(2) correspond au r6cit de la victoire.
Au risque d'anticiper sur l'analyse qui suivra, il nous faut invoquer,
pour confirmer l'interprétation proposée, la dernière phrase, conclu-
'v ,du paragraphe suivant qui, reprenant le thème de la substitution,
t wt\late que .. le problème d'où nous étions partis s'est évanoui.,
, dant sa place à « un autre problème, plus riel », deux lexicalisations
'lue l'on peut identifier avec la négation du paraître et l'assertion de
l'Ire,
le discours de la découverte se donne donc, presque au sens
1 mologique du terme, comme la révélation des réalités qui se cachent
HuS les apparences.
193
4. LE RÉCIT DE LA VICTOIRE
C'est alors que la d'une no.us 3l?parue. De
récentes études ont fall mlcux connaltTe la rehglon mdo-Ir301enne et 1;,
religion indo-européenne. M. Benveniste et nous-même avons montré que
ces religions étaient dominées, par le système des .lr!li.s fonction.\
(souveraineté, force guerrière, ct de leurs cc
système se trouve patronné, chez.les pnnces arya M1l3
1
01. au xlVCslecle
avant notre ère comme dans plUSieurs mythes et nluels vediques. par
série hiérarchisée de cinq ou SIX dieux dont naturellement les deux premier,
seuls, les dieux des deux moitiés de .la souverain,clé. appa!tiennent, dan\
l'Inde, au groupe des Aditya. Ces d.JCUX sont: d Mura et Varutr'....
puis Indra, puis les deux jumeaux Nasatya. Or un certam nO!flbre trait,
Immédiatement constatables et qui ne demandent aucune preparation pour
être interprétés rapprochent la liste hiirarchisie des anciens \
fonctionnels et la liste hiérarchisée desAm';)ha et engagent a vOIr
dans les seconds à certains égards, les héritiers des premiers. De h\
l'hypothèse de formulée au .H et les tr<!1\
chapitres suivants. Le problème d'ou nous etloos partis s est evanOUl, mais.
de ses débris, se dégagent les éléments d'un autre problème, plus réel
3ccident fréquent dans les sciences dites humaines.
C'est igalement par accident cette recherche, comme le,
précédentes dans un cours de 1Ecole des Hautes Etudes, Vient à celle
heure..
4.1. L'ACQUISITION DE LA COMPETENCE.
1. Le nouveau paragraphe débute par une phrase dont la structur·
syntaxique est assez insolite: elle est formulée comme relevant du
discours objectif, mais comporte en même temps un nous qui prolonge
le discours cognitif antérieur, en conférant au narrateur la position du
sujet passif. L. restitution de la forme active exigerait une lexic.Ii
sation différente où « apparaître lt serait remplacé par « apercevoir-.
Le choix fait par l'énonciateur est donc significatif: il attribue au nou.,
le rôle de récepteur passif à qui une «apparition. est imposée.
Dans la permanence du discours cognitif, nous sommes obligé dc
reconnaître, du fait de cette apparition brusque (<< c'est alors que... _est
une tournure emphatique), une rupture du récit ou, mieux, l'irruption
d'un événement qui permet son redéploiement. Bien plus: l'apparition.
194
DES ACCIDENTS DANS LES SCIENCES DiTES HUMAINES
définie comme la fi manifestation d'un être invisible qui se montre tout
d·un coup sous une forme visible. (Petit Robert), comporte, dans sa
syntaxique sous-jacente, l'exigence d'un sujet apparaissant
implicite, différent de celui manifesté par nous.
Une telle interprétation du phénomène d'opparition se trouve
confirmée d'ailleurs par l'insistance avec laquelle "auteur y revient
dans la seconde partie de sa préface où, se référant au même « alors lt
narratif, il parle de la« surprise... (qu'il) nous réservait •. Or la suprise.
«émotion provoquée par quelque chose d'inattendu. (Petit Robert).
aractérise de la même manière le sujet récepteur, subissant la
• provocation - d'un sujet émetteur autre.
2 «La possibilité d'une autre solution. occupe la position du sujet
phrastique. Or, si l'on tient compte que la transformation passive n'esl
que l'inversion des rôles du sujet et de l'objet, on admettra facilement
que le segment phrastique donné comme sujet n'est, sémantiquement,
que l'objet «vision lt que reçoit le sujet «nous -, tandis que le sujet
émetteur qui est à l'origine de cette vision, restant implicite, repré-
"ote, sur le plan narratif, l'instance actantielle du destinateur X.
1- xaminons de plus près le contenu de cette « apparition -. D'entrée
d- Jeu, on s'en souvient, le discours de la recherche était présenté
tomme un problème. C'est son terme complémentaire, celui de
wlution. qui apparaît maintenant, permettant de représenter le
pr gramme de recherche comme situé sur l'axe
problème ---+ solution
1.1 solution pouvant ètre interprétée à la fois comme le procès qui
p rmet de résoudre le problème el comme sOlltermefillal, l'acquisition
Il l'objet du savoir visé.
La « possibilité de solution. qui apparaît ainsi se présente, par
'()Oséquent, comme le programme narratif virtuel. Ce programme -
Ill! plutôt le sujet auquel ce programme sera attribué - est, de plus,
I//odalisé: le lexème possibilité. qui normalement relèverait du carré
.IIethique s'il régissait un énoncé d'état, est ici l'expression de la
".od.lisation énonciative parce qu'elle porte sur le faire, ei non sur
l' -tre, et doit être interprétée comme l'attribution d'un /pouvoir-
l.ure/.
e qui apparaît au sujet nous. c'est finalement le contenu à la fois
195
DU SENS. Il
modal et programmatique du faire scientifique: constituti.f de la
compétence du sujet co!niti! du en posllton.
récepteur le montre prêt a accueIllir competence, et s,a .p'asslVlle
est là pour nous signaler qu'il n'cst pour rlcn dans son que
l'opérateur du transfert est un dit. quc la competence
est un don du destinateur X, remIS, de manlere brusque et mattendue,
au destinataire-sujet. Ce sujct. naguère disqualifié /ne pouvant
faire/, se trouve ainsi de nouveau doté de la modahte du /pouvOlr-
faire/, et l'actualisation du nouvcau programme peut commencer.
4.2. LA MANIPULATION DIALECTIQUE.
1. Grâce à l'analyse minutieuse du paragraphe précédent, nous nous
Irouvons mieux armé pour comprendre le foncltonne!"ent complexe du
discours scientifique et reconnaître ses ruses. Ainsi,.l est facIle de VOir
dans le lexème 0 études _, occupant la position du sUjet dans la nouvelle
phrase, la représentation condensée, sous sa forme nommale, du fOIre
cognitif dont les verbalisations lt ,-:-+ «exa.mmcr lt :-+
o préciser. étaient étalées le long du rcclt 0 Etudes •. n est
pas seulement la forme condensée signalant l'eXIstence du niveau
cognitif du discours, c'est aussI une cataphore annonçant sa productIon
ultérieure en expansion. . . . .
La fonction de ce discours cognitif se trouve préclsee par le predIcat
« faire mieux connaÎlre lt, Il s'agit d'un faire qui consiste à augmenter.
quantitativement ou qualitativement, le savoir (<< mieux conna!tre lt)
mais aussi à «faire connaître lt, c'est-à-dire à prod.uire saVOIT
fins de sa communication à un actant qui se trouve pose
et qui n'est autre que l'énonciataire.. La même structure. dc
la communication est d'ailleurs reprise dans la phrase sUlvante.ou deux
acteurs (0 M. Benveniste et nous-même -) assument .la tache de
o montrer _ quelque chose à quelqu'un. Le d,scours cognitif. comportc,
comme on pouvait s'y attendre, une double foncllon: Il est a.la fOIS un
faire et un faire-savoir. un p!ocès cumulatif de. ,:t de
transmission, utilisant les procedures de construction d objets semio-
tiques et de faire persuasif.
2. On comprend alors mieux le mécanisme de la
dialectique qui rend compte des changements. succeSSIfs du statut
formel du discours scientifique. En tant que faire cognitIf, Il cst un
196
DES ACCIDENTS DANS LES SCIENCES DITES HUMAINES
procès créateur du savoir; en tant que faire-savoir, il se présente
omme une opération de transfert du savoir considéré comme objet
c nsolidé, parce que résultat du faire cognitif et se donnant comme
discours objectif; en tant qu'objet acquis par l'énonciataire éventuel, il
changc de statut pour apparaÎtrc comme le discours référentiel qui, une
fOlS déchiffré et évalué, pourra servir de support à un nouveau discours
cognitif. Autrement dit. un même discours, possédant - abstraction
fllile de différentes modalisations qui sont autant de systèmes de
régulation et de médiation entre diverses instances - une organisation
narrative et rhétorique à peu près constante, est susceptible de changer
de statut formel et d'acquérir chaque fois une signification localisée
différente, relative à sa position dans le cadre du discours global.
La manipulation qui consiste à se saisir du discours cognitif pour le
transformer en discours référentiel susceptible d'engendrer un nou-
veau discours cognitif est un des éléments constitutifs de la définition
du progrès scientifique.
ans chercher à tout prix une symétrie, on doit tout de même
préci er que le discours cognitif se situe dans la perspectivc de
"t!flonciQreur. alors que le discours référentiel relève de l'énonciataire
qui le prend en charge, un seul acteur pouvant assumer - et assumant
prcsquc toujours -les deux positions actantielles, tant il est vrai que le
proccssus de la communication - dont le discours global est à maints
le simulacre - consiste dans l'échange continuel des deux rôles.
"'" rapport à ces deux instances mobiles, le discours-objet, déperson.
Il,d,S ct objectivé. est plus qu'une occultation frauduleuse du faire
p rsuasif et du faire interprétatif qui le fondent et le supportent: lieu
ct'un avoir incertain. il est en même temps projet du savoir vrai.
'1 LES PERfORMA CES COGNITIVES.
1 1 Vile nouvelle taxinomie.
l'échec de la première quête étant dû aux insuffisances taxino-
nnques, il est naturel que l'entreprise repartc par la mise en place d'une
llulivelle organisation taxinomique des objets sémiotiques.
1 c départ consiste dans la présentation de l'acquis des 0 récentes
Indes - que l'on effectue par la référentialisation des recherches
197
1 f d' ne mise en parallèle du
2. La démarche abstraite l'univers
concept de systèm,e :e série hiérarchisée, censée
sémantlque examlOe e
fi ratif uplé de dIeux.
duire les mlêmes de deux
ToutefOIs, e p";'"a e Ism
é
l' é 1" se. _ comme le terme. patron·
1 perpos
es de • raIt re Ig.eu
,
p ans su .'
l' 1 laisserait entendre -, c est une
ner· qui leXIcalise leur re at.lon e 'd" comme des dénomina.
.
1 t' des dIeux cons. eres
véntable homo ogadélofin 't' et qui institue le plan tions et de leurs lOI Ions
, . ifi .
comme le plan du signifiant doté du slgm le.
DU SENS, Il
Elle e à la fois et l'objet du qui l'univers
à et l'interprétation qu Il convIent de lUI
otftNmONS
1. En même temps que celte précision du statut sémiotique des objets
d'analyse s'opère un enrichissement du modèle interprétatif. En
p,,;sant du concept de système à celui de série hiérarchisée, on
s'aperçoit que, si le premier se présente comme une organisation
IJ'flématique projetant la structure ternaire sur le champ sémantique
donné, le second est à définir comme une organisaIion hiérarchique.
'cst-à-dire comme une mise en ordre ascendant (ou descendant) selon
1 ritère de supériorité (de pouvoir? de situation?). Or "homologation
d s dénominations des dieux et de leurs définitions fonctionnelles
Illontre bien que l'ordre hiérarchique, valable pour les dieux, ne J'est
p.l" moins pour les fonctions. Le «système des trois fonctions .. est, par
lun)équent, doublement articulé et se présente comme une structure
Ir' hiérarchisée.
DES ACCIDE TS DANS LES SCIENCES DITES HUMAI ES
haque nom de dieu se trouve ainsi attaché à une « fonction ., et la
nouvelle désignation de • dieux fonctionnels. ne fait que confirmer
leur statut de signes. Le progrès taxinomique, en comparaison avec la
première tentative, est remarquable; d'une logique d'inclusion qui
"situait» chaque dieu dans un «domaine .. sans s'interroger sur la
nature sémiotique de l'un ni de l'autre, on passe maintenant à une
logique qualitative où les figures divines, considérées comme des
ignifiants, sont susceptibles d'être comparées dans leurs signifiés et
Identifiées par les Iraits sémantiques - terme qui apparaît au bon
mOment - qui les définissent.
199
chez les princes arya de Mitani • et
• dans plusieurs mythes et rituels védiques •.
12 Du conceptuel au textuel.
première vue, le déroulement discursif de ce paragraphe semble
"" spondre à la démarche déductive. Le faire taxinomique qui s'y
• crce prend d'abord pour objet l'ensemble des religions indo-
".opéennes pour ne considérer ensuite que leurs manifestations
1'.11 I.culières, telles qu'on les trouve:
i\ regarder de plus près, on s'aperçoit qu'il s'agit là non d'une
,. IIICtlOn conceptuelle, mais d'un changement d'attitude par rapport
." objets considérés, du passage de J'univers sémantique (. reli.
-). posé comme concept non analysé, au corpus. se présentant, du
otNoMINAnONS
.. série hiérarchique"
dts dieux

les jumeaux
Nâdatya
modèle illltrpritatif
'" système des trois (onctions ..
(c et leun subdivisions,-)
Mitra Varuna
(Mitra et Indra
Vanna)
f---
relation
'" système .. _ '" patronné par ..
dts jonctiOlU

s"bdivlsiOft'
1- moitié 2" moitié
(contractuelle) (malique)
198
.. domination,.
'" encadrement ..
l
e reli.ion ..
(Benvemste)
'" religion indo-europûnne ..
(nous-même)
univers s'mantique
'" ces religions .. :
antérieures.
sémantique
donner:
DU SENS, Il
point de vue philologique, comme, une » • ma,tlifesle: et, du point
de vue historique. comme un « fait» atteste. conditions qU.1
de le considérer comme le référetll doté d'une certa,"e matena-
lité,
Remarque: Ce passage du concep'l au s'appuie sur une
tradition implicite du faire scientifique humames, • ..
qui est à concevoir comme le disco.urs réftrentrel global dont la presence
est présupposée dans toutes les sCiences.
2. Ce changement de niveau référentiel qui abandonne la
tion conceptuelle au profit de l'analyse du corpus se trouve souhgne par
l'apparition de l'expression» liste hiérarchisée.• signalant que le
lui-même n'est pas à considérer comme une SImple collection d objets
linguistiques, mais comme un texte dOlé
Le principe hiérarchique, articulation du trOIs sc
trouve maintenant interprété comme une propriete du texte
la disposition ordinale des noms de. dieux. dans les, textes etant lue
comme signifiant leur orgamsatlOn hlerarchlque. Peu Importe de. saVOIr
si une telle lecture est légitime, l'intérêt de la démarche est ailleurs,
dans le désir, notamment, de valider les modèles, structures cons:
truites, à l'aide des structures du référent possédant une
dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle se sur des prace?ures
d'une nature différente. La démarche qUI vIse a clrconscnre 1objel
d'analyse emprunte ainsi la voie suivante:
lunivers sémantique/--+ Icorpusl --+ IleXlel
4.3.3. Le faire comparalif
1. L'installation du référent linguistique permet de mieux comprendre
lcfaire comparatif, dernière étape du faire .cognitif dans le programme
scientifique que nouS examinons. Il conSiste, en premier heu, da.",
l'adaptation, à un objet nouveau, des de. la
comparée que l'on peut présenter, de mamere approxImative, sous 1.1
forme d'un petit nombre de règles opératoires:
(a) établissement de deux corpus, présumés comparables;. .
(b) détermination des unités à comparer et de leur d,stnbutlOlI
syntagmatique dans le texte;.
. ..
(c) constitution de deux ,"ventalles exhausufs et fermes,
200
DES ACCIDENTS DANS LES SCIE CES DITES H MAINES
(d) établissement, sur le plan du signifiant, des corrélations entre les
IInités mises en parallèle.
Il s'agit là d'un comparatisme phonétique qui permet, par exemple,
une fois la segmentation du texte et la reconnaissance des unités-
m rphèmes accomplies, l'établissement d'un réseau de corrélations
ph nétiques constantes entre deux langues indo-européennes. Ce
fcseau de corrélations, garant de leur 41 parenté génétique ., permet à
on tour de fonder une morphologie comparée.
Remarque : Cet ensemble de procédures comparatives doit être de
nouveau considéré comme le discours scientifique antérieur, référentialisé
ct implicité dans le discours actuel que nous examinons.
l'ar rapport au premier discours cognitif dont la vertu heuristique
n'avait consisté que dans la sélection et la distribution judicieuses des
tranches de discours référentiels antérieurs, le progrès est remar-
quable : il réside dans la transposition analogique des modèles du faire
cognitif et se situe au niveau du renouvellement de la compétence
narrative.
Remarque: II reste entendu cependant qu'il ne s'agit pas ici d'une étude
psychologique et historique de la personnalité scientifique de Georges
Dumézil, mais du discours-préface et de sa • vérité» narrative et
textuelle.
1e succès de ce faire comparatif n'e t pourtant pas le but
<lircctement visé par le programme narratif: celui-ci se propose de
li 'terminer la relation entre les» dieux fonctionnels. (étal 1) et les
\rchanges iraniens (état 2). Par rapport à ce programme principal, il
Il' s'agit, dans cette première approche qui compare et identifie les
<Ii 'ux védiques et les dieux de Mitani. que d'un sous-programme
d'lisage ou de médiation permettant d'obtenir un outil-adjuvant en vue
de la réalisation du programme global (le bâton que le singe va
hercher pour abattre la banane suspendue hors de son atteinte). Or
l'objectif atteint par ce sous-programme n'est pas l'augmentation du
,lvoir portant sur l'objet d'élUde (en corrélant une série de dieux de
plu" ceux de Milani, aux séries de dieux fonctionnels déjà connus),
m.lI l'acquisition de l'outil méthodologique, permettant d'aborder la
li 'rnière phase du programme. Tout comme, en linguistique comparée,
l'ewblissement des corrélations phonétiques n'est pertinent que s'il se
Ilue dans le contexte plus large, celui des morphèmes, déterminé au
préalable, la comparaison des figures divines considérées dans leurs
201
DES ACCIDENTS DANS LES SCIENCES DITES HUMAINES
(b) Dans les deux cas, le sujet cognitif récepteur s'identifie. du point
de vue discursif. avec l'énonciataire: on doit s'attendre par conséquent
que le faire constatif qu'il est appelé à exercer porte sur le dis-
urs de l'autre, c'est-à-dire sur le discours référentiel convoqué à cet
effet.
Or - et c'est ici qu'apparaît la première déviation par rapport au
dl cours. normal» -l'objet de constat n'est pas le discours référentiel,
mais le référent linguistique lui-même, présent sous la forme de deux
• listes» qui se trouvent. rapprochées ». Ce qui était donné d'abord
mme la possibilité d'une solution devient maintenant, après inté-
gration du niveau cognitif, le constat, c'est-à-dire la saisie, sous forme
de traits communs. de la relation de ressemblance entre deux
listes.
(c) Le faire informatif que l'on voit ici à l'œuvre est, par définition,
" n modalisé, il est normalement suivi du faire interprltatif qui
'assure de la signification et de la solidité du constat. Dans le cas que
nous examinons, l'instance de l'interprétation est bien prévue. mais les
deux faire successifs s'effectuent dans des conditions qui cherchent à
fupprimer toute distance discursive entre le sujet connaissant et
l'objet à connaître. Ainsi,
- l'information est reçue sans mldiation (les trails sont « immédia-
tement constatables»l,
- l'interprétation se fait sans préparation (<< ils ne demandent aucune
prfparation pour être interprétés -), c'est·â-dire sans l'exercice d'un
Iflvolr-faire préalable.
11 suffit de rapprocher ces conditions de la définition courante de
l' vldence qui est le « caractère de ce qui s'impose à l'esprit avec une
lelle force qu'il n'est besoin d'aucune autre preuve pour en connaître la
vérité, la réalité» (Petit Robert), pour reconnaître qu'il s'agit, dans
notre cas, d'une forme particuliè're de modalisation épistlmique qui
orrespond, sur le carré que nous avons suggéré précédemment, à la
IlOsition de jcertitudej. Mais alors que la certitude est la sanction du
luire interprétatif s'exerçant sur le discours référentiel convoqué,
l' vidence est le constat d'adéquation entre le référent et le discours qui
le dit.
DU SENS. Il
signifiants ne peut se faire que si leurs signifiés sont déjà interdéfinis
dans le cadre d'un système d'oppositions. fonctionnelles ».
3. On comprend dès lors en quoi consiste. la possibilité d'une autre
solution », c'est-à-dire la découverte scientifique proprement dite. Au
niveau du faire cognitif. elle se manifeste comme une mutation
méthodologique marquée par le passage du comparatisme phonétique
au comparatisme sémantique. Les dieux étant des signes dotés de
signifiés et ceux-ci pouvant être analysés en traits. l'identification des
traits communs aux. listes hiérarchisées. permet d'établir le réseau
de corrélations sémantiques non seulement entre les deux séries. mais
également entre les deux systèmes considérés. Peu importe alors que
les noms des dieux, situés sur le plan du signifiant. ne puissent pas
toujours être corrélés phonétiquement entre eux - ils peuvent subir des
avatars sémantiques (les épithètes remplaçant les noms. par exemple)
ou phonétiques (du fait des convergences de tendances phonologiques
contradictoires) -les. rapprochements» entre séries sont établis et les
• rapports» entre systèmes restent assurés. L'objet visé par la quête est
entrevu, et la victoire du héros est proche.
4.4. LA DÉCOUVERTE COMME ÉVIDE CE.
1. La mutation - terme que nous employons pour marquer cette
rupture méthodologique - se trouve inscrite dans le contexte discursif
global dont il faut chercher à démonter le mécanisme.
(a) Celui-ci se présente d'abord comme l'explication du faire cognitif
et son intégration dans le schéma narratif de la découverte. introduit.
au début du paragraphe. comme l'apparition de • la possibilité d'une
autre solution ». La compétence du sujet cognitif (. la possibilité »).
transmise comme un don, est ici réaffirmée: «les traits... cons/ata-
bles »sont des traits que l'on peut constater. définition sous-jacente qui
met en évidence le jpouvoir-fairej du sujet. agissant sur l'objet
• trails ». Une différence et un progrès à noter toutefois: alors que.
dans le premier cas. le sujet cognitif était situé en position de récepteur
passif il exerce ici, grâce à la compétence déjà acquise. un faire
récepteur actifl.
1. ous avons par ailleurs proposé des distinctions caractérisant le faire cognitif non
motia/isi. appelé f Q i r ~ infCNMolif:
202
faire in!OI'm4tlf
1
imissif
l
ac/if (cr. icouter)
Ticeptif
passif (cr. entendre)
203
DU SENS, Il
Cette adéquation que l'on cherche à dire explique l'inversion de la
forme discursive par laquelle on essaie de la rendre; tout se passe
comme si le texte référentiel, placé en position de sujet, énonçait de
lui-même sa propre vérité, en rendant le chercheur non coupable de la
découverte.
2. La modalisation épistémique sanctionne la saisie de la relation enlre
les deux te listes hiérarchisées» et le faire comparatif s'achève ainsi par
l'établissement d'identités partielles entre les objets sémiotiques qui y
sont inscrits. Il s'agit là de la mise en évidence d'un comparatisme
sémantique de caractêre général, d'une procédure permettant de
corréler deux - ou plusieurs - syntagmatiques quelconques, soumises
au préalable à un faire taxinomique qui établit les lieux et les critères
de leur comparabilité. L'essentiel de l' «apparition _, c'est-à-dire de la
découverte, est là. Et pourtant celle-ci ne correspond pas entièrement
au but affiché du discours de la recherche qui est la détermination du
« processus historique» situé entre les deux états religieux, représentés
par les listes parallèles.
Aussi une nouvelle interprétation de l'objet du savoir acquis, une
sorte d'élaboration secondaire portant sur les résultats certains est-elle
proposée sans tarder. Les « traits _, sujet phrastique du faire compa-
ratif, «engagent à voir - dans les Archanges les héritiers des dieux
fonctionnels, en invitant ainsi le sujet cognitif à exercer son regard,
c'est-à-dire à interpréter la corrélation structurale et achronique cntre
deux textes et deux séries d'objets discursifs comme une relation
diachronique entre deux états et deux sortes de figures divines qui les
représentent.
Il n'y a pas lieu d'ouvrir ici l'interrogation sur le statut sémiotique
des textes attestés, sur le fait que les textes présents dans le hic et nunc
sont considérés comme projetant leurs signifiés dans le passé et fondanl
ainsi la « réalité historique _. C'est pourtant bien ce saut de la réalité
textuelle à la réalité historique que le sujet cognitif est «engagé - à
accomplir. On verra de quelles précautions est entourée l'interprétation
de ce passage, à quelles restrictions elle donne lieu.
(a) La relation diachronique est lexicalisée, à plusieurs reprises, en
termes d'hérédité. Or, que l'on prenne ce terme dans son sens génétique
comme la «transmission des caractères d'un être vivant à ses
descendants _ ou qu'on considère l'héritier, du point de vue juridique,
comme celui qui «reçoit les biens en héritage _, le dénominateur
commun de ces deux définitions est le concept de transfert des
propriétés identifiées d'un individu à l'autre, d'un état discret à un
204
DES ACCIDENTS DANS LES SCIENCES DITES HUMAINES
autre. En passant du comparatisme textuel au comparatisme histori-
que, l'identification des traits est interprétée comme leur transfert, ce
qui ne va pas de soi. Ce transfert n'est cependant que partiel (les
Archanges ne sont héritiers des dieux fonctionnels qu' «à certains
égards -), il s'accomplit sur un fond de différences, de rupture entre
états qu'implique la notion même de transfert.
(b) Contrairement à l'évidence qui sanctionne le comparatisme
émantique en tant que démarche cognitive, la modalisation du
comparatisme historique ne semble pas être de nature épistémique ;
alors que le jugement épistémique est la conséquence du faire
interprétatif (ou de sa suspension, en cas d'évidence) et s'effectue à sa
suite, 1'« engagement à voir., en tant qu'incitation à l'exercer, se situe
avant le faire interprétatif. Il apparaît ainsi comme l'ouverture d'un
nouveau programme visant à rendre le sujet cognitif compétent à
exercer l'interprétation des données acquises lors du programme
précédent (reconnaissance des traits sémantiques communs); et,
même compris de cette manière, 1'« engagement» ne parait pas relever
de la modalisation déontique en tant que /devoir-faire/, mais se
présente bien plutôt comme un /vouloir-faire/, transmis par le
destinateur-texte au destinataire-sujet interprétant.
4.5. DISCOURS DE LA DÉCOUVERTE
'" r DISCOURS DE LA RECHERCHE.
L'organisation discursive de surface, telle qu'elle s'affiche dans le
troisième paragraphe, se veut la manifestation d'un raisonnement de
fnrme déductive. Le paragraphe est en effet articulé en trois
propositions;
« De récentes études... -
« Or. .. -
« De là...•
dont les deux premières se présentent comme des prémisses suivies
d'une troisième qui sert de conclusion.
On a vu que, du point de vue narratif, son organisation est tout autre.
Les deux premières phrases sont le lieu de la manifestation d'un
pr gramme narratif de la découverte, programme complexe, composé
d'un sous-programme d'usage (première phrase), détour qui permet la
, alisation du programme principal (deuxième phrase). Quant à la
205
DU SENS, Il
troisième phrase, elle sert à inscrire le passage du discours de la
découverte à sa manifestation sous la forme écrite. Si, à propos de cette
exécution graphique, on peut parler de conclusion, ce n'est pas dans le
sens logique du terme, mais dans celui, plus général, d' • arrangement
final d'une affaire ».
La troisième phrase évoque un discours entièrement différent du
précédent, un discours écrit dont elle annonce l'organisation en cinq
chapitres. Si j'on garde, pour le premier, le nom de discours de la
découverte, en réservant, pour le second, celui de discours de la
recherche stricto sensu, le parallélisme entre les deux peut-être
représenté comme dans le tableau ci·contre.
Celle mise en parallèle inspire un certain nombre de remarques.
1. Les deux discours, tout en possédant un tronc commun, développent
chacun des séquences qui leur sont propres. C'est ainsi que le discours
de la découverte fait précéder le récit du PN réussi d'une séquence
relatant l'échec d'un PN antérieur. Ce discours se déroule selon les
règles d'organisation narrative bien connues qui permettent, tout en
utilisant l'inversion des figures discursives que sont les épreuves, la
construction du récit conçu comme la quête de valeurs effectuée par le
sujet individuel.
2. La préface étant un méta-discours qui raconte l'histoire de nos deux
discours, on voit mieux le rôle particulier qui se trouve assigné à la
troisième phrase de ce paragraphe: elle fait état de la • formulation «
de l'hypothèse de travail exposée dans le discours écrit. La • formu-
lation« est cependant plus qu'un simple changement de la forme
d'expression, plus que l'indice du passage du discours intérieur au
discours écrit. La solution du problème, saisie comme une évidence
dans le premier discours, est présentée, lorsqu'elle est. formulée «dans
le second, comme une « hypothèse de travail", c'est-à-dire comme un
modèle d'interprétation dont la valeur épistémique n'est plus celle de
certitude, mais de probabilité. Fait curieux, dont le mécanisme reste
assez obscur, même si sa finalité apparaît clairement. En passant du
discours de la découverte, d'ordre individuel, au discours de la
recherche, de caractère social, la modalisation du modèle interprétatir
subit une transformation: considéré comme évident sur le plan
personnel, le modèle ne peut ètre intégré que comme probable dans le
discours de la science où il doit être soumis à des procédures de
vérification,
206
'"
Q.
~
"

'"
c
.:=
: ~
'C
Q.
U Q.
oC
Z
Q.
N
~
Cl.
1!
.!"! 1--
..
-
1!
~
u
'" ~
.. Q.
'"
.::
~
1'->
1!
' ~
:l
oC
'"
Q.
Z
e
Cl. -
...
u
"
-<:
oC
~
Q.
1!
'-
..
~
1!
'"
Q.
:E
N
,
> ?
0:
• 0
~ . -
<
~ ; : ;
:I: c
U
~
~
:: ?
.2
li
0:
...2 ...
"'- S <
~ U
:I:
c
,t
u ~
~
-
?
0:
t! .2
< ~ g
:I:
U ~
u .
=
.r; ::::
oC
'"
0:
- ~
< 8,1!
:I:
>o-
U oC
U
"
~
.-0
."
-<:
!
- 'ë -;;-
-<:
0: : . : : : ~
<
'" .-
:I:
-'"
U
,ec
DU SENS, Il
3. Le discours de la recherche qui sc développe alors se présente
comme le discours social, c'est-à-dire comme le discours conduit par
un sujel colleclif, non seulement parce qu'il hypothétise la découverte
individuelle, mais aussi parce qu'il comporte une modalisation diffé-
rente de la compétence de cc nouveau sujet; alors que la découverte
relevait d'un faire interprétatif ne demandant « aucune préparation !t,
les «vérifications », au contraire, présupposent par là même une
« préparation », c'est-à-dire un savoir-faire scientifique. Ce savoir-
faire, de son côté, n'est pas propre à un individu; le discours parlé dont
il est fait mention dans la deuxième partie de la préface (et dont nous
ne pouvons nous occuper ie\), qui s'accomplit, dans le ead;e
séminaire de recherche de l'Ecole des Hautes Etudes, est presente
comme ayant pour sujet un nous pluriel «qui n'est nullement
rhétorique» et où le savoir-faire du« petit auditoire lt s'exerce en même
temps que celui du conférencier.
4. Le discours de la recherche, articulé en /hypothèse ---> vérifica-
tion/, ne fait que doubler, dans un certain sens, le discours de la
découverte: les résultats de ce dernier, acquis comme évidents. sont
remis en question, hypothétisés, afin que, à la suite d'un nouveau
programme cognitif, ils soient vérifiés et reconnus de nouveau comme
cerlains. Quant à la procédure de la vérification elle-même, définie
comme examen de .la valeur de quelque chose (c'est-à-dire, dans notre
cas, du modèle interprétatif) par une confrontation avec les faits.
(Pelil Roberl), elle se décompose aisément en démarches du falfe
cognitif déjà reconnues précédemment; convocation des segments
référentiels, leur modalisation épistémique et, finalement, transforma-
tion des jugements épistémiques en jugements aléthiques instaurant le
discours objectif.
5. Un dernier point reste obscur dans celte procédure de conversion
d'un discours dans un autre, dans cette construction du discours de la
recherche: le tronc commun aux deux discours ne comporte pas
seulement la tranche discursive qui, à la suite de la re-modalisation, se
transforme en énoncé de l'hypothèse de travail, mais aussi la séquence
préliminaire qui, recouvrant tout le premier chapitre du
le programme d'usage du discours de la découverte. Que VIennent faire
les dieux des princes de Mitani dans la • naissance d'Archanges.?
peut-on s'interroger naïvement.
208
DES ACCIDENTS DANS LES SCIENCES DITES HUMAINES
En effet, si la comparaison réussie des dieux védiques et mitaniens
peut être identifiée comme l'épreuve qualifiante dans le cadre du récit
de la découverte, sa transposition ne paraît pas s'imposer lors de la
e nstruction du discours de la recherche, l'hypothèse de travail étant
formulée à partir du seul constat de la comparabilité des traits
sémantiques. Dès lors, on peut se demander - la reproduction de
l'ensemble du parcours de la découverte ayant semblé nécessaire - si la
découverte elle-même est aussi immédiate et aussi évidente qu'on veut
flOUS le faire croire, si elle n'est pas conditionnée, au contraire, par le
hoix préalable du lieu de la problématique et la mise en place d'un
certain type de savoir-faire. La découverte scientifique, bien qu'elle se
présente sur le vif comme une apparition et un constat d'évidence,
béirait alors à sa propre logique et devrait être interprétée, à la
manière des processus génétiques, comme un programme cohérent
dont la finalité n'apparaît qu'a posteriori.
4.6. RÉFLEXION ÉPISTÉMOLOGIQUE.
1. La phrase qui achève la première partie de la préface constitue à la
fois la reprise de la problématique de la substitution, énoncée dans le
paragraphe introductif, et l'anaphore des séquences discursives repré-
, niées par les paragraphes 2 et 3 ; elle est le lieu topique du discours de
la préface. Résumant et subsumant le récit d'une quêle occurrencielle,
elle le généralise sous la forme d'un aphorisme;
" accident fréquent dans les sciences dites humaines»
1ccci par un procédé simple qui consiste à poser que ce qui est valable
pour le discours intitulé. Naissance d'Archanges. l'est pour l'ensem-
ble des sciences humaines, que l'accident singulier qui caractérise le
d de ce discours est un accident fréquent dans les
S Icnces.
Une telle généralisation n'a plus rien de strictement scientifique, elle
1clève plutôt d'une rénexion épistémologique sur les voies de la
connaissance et les limites de l'effort humain.
Ainsi, nous l'avons déjà signalé, le terme d'évanouissement vient ici
1 propos pour compléter celui d'apparilion désignant la découverte;
209
DU SENS. 1\
les progrès des sciences humaines, considérés sous l'aspect phénomé-
nal, sont réglés, dirait-on, sur le mode fantomatique, selon le rythme
d'évanouissements et d'apparitions.
L'effort du savant tend néanmoins à dépasser ce plan phénoménal et
cherche à atteindre le niveau de la réalité plus profonde (<< ... un autre
problème, plus réel.) : on a vu que le progrès narratif, lors de la quête
du savoir marquée par la .. substitution., pouvait être interprété
comme la dénégation du /paraître/ et l'assertion de l' /être/.
Et pourtant cette nouvelle « réalité " résultat de la découverte, n'est
pas absolue; le problème élucidé n'est pas" réel., il est .. plus réel". que
le premier: puisque le premier problème, .. généralement considéré ,li>
• depuis Darmesteter» comme réel, .. s'est évanoui lt, rien ne garantit
que le même sort n'attende la nouvelle solution. Un doute fondamental
est sous-tendu à tout progrès.
3. Le relativisme de la catégorie du /paraÎtre/ et de l' /être/,
lorsqu'elle est projetée sur le parcours des sciences humaines considéré
comme une syntagmatique, explique son caractère accidenté:
(a) Ainsi, le parcours d'une science humaine est constamment
marqué par des accidents. c'est-à-dire des ruptures événementielles qui
l'articulent en discontinuités.
(b) Ces ruptures sont des accidents. ce qui veut dire aussi qu'elles
sont contingentes.
La discontinuité. créatrice du sens, et la non-nécessité, forme
objectivée de la liberté, caractérisent donc ce discours social.
(c) Mais ces accidents fréquents ne sont finalement que ,des
accidents. c'est-à-dire des événements de surface qUI 01 aJoutent» a cc
qui est essentiel « sans en altérer la nature lt. Les sont
modes de production du savoir, ils ne remettent en questIOn nt le saVOir
ni l'intelligible qu'il vise.
C'est par l'énoncé du lieu où il la situe - «les sciences dites
humaines lt _ que l'énonciateur achève sa rénexion sur les avatars de la
connaissance. Dénomination ambiguë dont il refuse de prendre à son
compte l'épithète «humain lt, laissant ainsi flotter le d?ute sur cc
qu'elle qualifie au juste: l'objet trop complexe ou le SUjet par trop
fragile de cette quête du savoir.
210
5. EN GUISE DE CONCLUSION
Les de la micro-analyse à laquelle nous avons procédé nous
.dans la où ils peuvent être repris, à titre
d hypotheses generahsables a 1ensemble des discours en sciences
humaines, et constituer, après vérification, un certain nombre de
repères stables permettant une meilleure compréhension des procé-
dures mIses en œuvre lors de la production et de la manipulation du
sn vOir sCientifique.
, Le discou;s en sciences humaines, loin d'être linéaire, apparaît
comme deroulant sur plUSieurs niveaux à la fois qui, tout en étant
d'une autonomie formelle, s'interpénè-
trent, succedent, s.Interpretent et s'appuient les uns sur les autres
aranltssant de ce faIt la solidité et la progression - toutes relative;
. - de la démarche à vocation scientifique. Les
que avons reconnus - le discours cognitif le
objecltfet le dIscours référentiel - comportent chacun 'un
modal qUI lUI est propre, permettant ainsi d'esquisser une
pl emlere typologIe des modalités dont le rôle dans le déroulement
,Ils ,ur51f est capital: les modalisations du procès de l'énonciation se
,IISltnguent nettement de celles des énoncés qui en enregistrent les
" slIllats; les modahsations épistémiques, rattachées à l'instance de
1 Il J?Or.tent sur le discours déjà constitué, le sanctionnent et,
n le referenltahsant, permettent le redéploiement de nouveaux
pr grammes de recherche.
L'examen du texte de Georges Dumézil a permis de nous faire une
Idée quant aux rapports complexes qu'entretient le discours de la
1 'cherche, qUI tend à t.out prix - ruse et vocation en même temps - à se
liure passer pour un dIscours objectif et sociolectal dont le sujet serait
lin à la fois collectif et quelconque et où le chercheur-locuteur ne
eralt que l'acteur délégué, avec le discours de la découverte
Il essalremen.t mais inscrit, nous avons pu l'entrevoir:
dons un algonthme sous-jacent qui le régit en sous-main. Relations
entre le social qui n'arrive pas à cacher ses
•• llaches a 1enonclateur smguher qui le produit et le discours individuel
11111 se laISse gUIder par une finalité qui le dépasse.
.1ndépendamment de ces am.biguïtés fondamentales, on voit se
Il ager un certam type de praltque scientifique faite de continuités
211
DU SENS, Il
dans la recherche et de ruptures produites par de la
découverte: l'événement que constitue chacune de
trouve absorbé par son intégration dans le discours soc..1et ceCI, on 1a
vu, par la reformulation en des de la
remodalisation qui a pour consequence de dedoubler, par des proce-
dures de validation, les programmes déjà actualisés. ,. .
S'il est dans la nature du discours humain, quel q.u Il SOit, de
dépendre, en définitive, du sujet qui le produit dans le hIC
et nunc en le subjectivant et le relatiVisant, on vOlt cependant de
précautions, de quelles procédures le discours a
vocation scientifique dans sa quête du savoir vraI.
Le défi *
Rodrigue. aS-lu du cœur?
i i'on admet qu'à la distinction tout empirique entre l'action de
l'homme sur les choses et son action sur les autres hommes correspond,
sur le plan sémiotique, la distinction qui repose sur la mise en place
tantôt de la catégorie de la transitivité (le faire-être), tantôt de celle de
lajactilivité (le faire-faire), on est en droit d'extraire de tout discours à
analyser des segments manifestant, de manières fort variées, les
éléments de factitivité, et de chercher à construire, en les explicitant
pleinement, le(s) modèles(s) de la manipulation susceptibles(s) d'uti-
lisation généralisée.
1. CADRE CO CEPTUEL
Le faire factitif constitue ainsi un des éléments définitoires de la
manipulation, à condition toutefois qu'il s'agisse d'un faire cognitif et
n n pragmatique: la « contrainte par corps ", tout en étant une action
de l'homme sur l'homme, ne relêve pas, à première vue, de la
manipulation. Elle y ressemble pourtant: le défi, que nous avons choisi
d'examiner de près en le considérant comme une des figures carac-
téristiques de la manipulation, se définit en effet, spontanément et
intuitivement, comme une «contrainte morale If.
Cette définition intuitive ne se trouve cependant pas confirmée par
les dictionnaires, pour lesquels le défi est une «déclaration provoca-
trice par laquelle on signifie à quelqu'un qu'on le tient pour incapable
de faire une chose. (Petit Robert). Le dictionnaire, on le voit, tient le
défi pour un énoncé simple, sans considération de la nature modale des
e: texte parut, en prépublication. dans le Bulletin du groupe: de: recherches
ml linguistiques (EHES5-C RS), 1982.
213
deixis de la dissuasion
DU SENS, Il
deux sujets mis ainsi face à face ni du lien spécifique qu'une telle
déclaration établit entre eux, en un mot, sans prendre en compte
l'aspect • faire. de ce • dire.. Seule l'explication du caractère
• provocateur. de la déclaration nous permet de comprendre que le
défi est d'abord l'acte. d'inciter quelqu'un à faire quelque chose., où
le prédicat inciter - avec les parasynonymes figuratifs pousser.
amener, conduire, entraîner. que l'on retrouve sans peine - apparaît
comme la lexicalisation, à la surface du discours, de la factitivité.
Dès lors, cette incitation semble pouvoir s'inscrire dans le cadre
général du contrat et y correspondre, plus précisément, au premier
volet de celui-<:i, à la proposition de contrat que l'on peut formuler de la
manière suivante:
S, 5, n 0, [0, (0,)]

0, : objet cognitif (le savoir transmis);
0, : S, n v (le vouloir du sujet manipulateur que l'on communique au
sujet manipulé);
0, : Réal. (P de S,) (l'objet du vouloir étant la réalisation, par S"
du programme élaboré et transmis par S,).
Un tel message est, on le voit bien, de nature purement informative:
le fait de prendre connaissance du vouloir de S, n'oblige en rien S,. La
proposition de contrat constitue ainsi un préalable cognitif neutre,
autorisant, à son tour, à concevoir le sujet récepteur du message comme
modalement souverain, libre d'accepter ou de refuser cette proposi-
tion.
C'est dans ce cadre contractuel que pourra s'installer et se jouer la
manipulation.
2. LE FAIRE PERSUASIF
Entre les deux instances contractuelles - la proposition et l'accep-
tation - se situe le lieu problématique fait de tensions intersubjectives
et d'affrontements implicites: c'est là que s'effectuent le faire
persuasif et le faire interprétatif des deux sujets, donnant lieu,
éventuellement, à un contrat tantôt voulu, tantôt imposé.
214
LE DÉFI
Dans le cas de la provocation par défi qui nous intéresse en ce
moment, message persuasif du sujet manipulateur qui accompagne
la proposItion de contrat consiste à signifier au sujet qu'on se prépare à
son manque de compétence: le sujet S, est ainsi invité à
un certain programme (PN) et en même temps averti de son
(du. ne pas pouvoir faire.) pour l'effectuer.
L éno.no;:e persuasIf qui, en tant qu'objet de savoir, est transmis par S,
conjointement avec l'énoncé contractuel, peut être formulé comme
SUIt:
S, S, n 0, [0, (0,)]

0, : jugement épistémique (la certitude de S)·
0,: objet de savoir (le savoir de S ). ' ,
0, : S, n pf (S, est dépourvu de
Re.marqut.: Si la de l'énoncé persuasif est
éVidente. 11 ne pas oubhcr que les modalités épistémiqucs sont
&!"3.duables : le manIpulateur peut se dire .. certain -, mais il peut tout aussi
bien .. prétendre -. ou .. laisser entendre -. L'exemple de Corneille cité en
exergue montre bien qu'une simple interrogation signifiant le doute suffit
le mécanisme manipulatoire. La foree du jugement
ne se présente pas, par conséquent, comme un facteur décisif
de 1efficaCité de la persuasion.
Nous déjà eu l'occasion d'esquisser par ailleurs' une première
artIculation de la persuasion:
deixis de la persuasion
persuader d'accepter X persuader de refuser
dissuader de refuser dissuader d'accepter
On voit que le défi se présente comme un cas particulier de
persuasion antiphrastique : l'énoncé persuasif est affiché comme une
persu.asion d.e refuser avec l'intention cachée de le voir lu, à la suite du
'"terpretatlf du sujet manipulé, comme une dissuasion de refuser.
Il S agIt en sorte, dans son cas, de • plaider le faux pour obtenir
le vraI' : la negatlon de sa compétence est destinée à provoquer un
ftlQupassant. La slmiotique du lute. Paris. &1. du Seuil. 1976, p. 199.
215
D SENS. II
216
3.2. LES OBJETS DU CHOIX.
Le sujet défié se trouve donc devant un dilemme que les diction-
naires définissent comme une te alternative entre propositions contra-
dictoires entre lesquelles le sujet est mis en demeure de choisir-.
L'alternative, dans notre cas, se constitue entre, d'une part, l'énoncé
produit par le sujet manipulateur S, et que l'on peut formuler
comme:
S, n jïr
et, de l'autre, son contradictoire, que le sujet manipulé se construit
lui-même, c'est-à-dire:
LE DÉFI
1. Op. cil .. p. 201.
2. Cr. supra. • Pour une théorie des modalités -, p. 67 sq.
217
devant la sommation de l'officier prussien: la contrainte consiste. dans
ces cas, dans l'impossibilité de se ménager une position de neutralité,
cn se retirant en quelque sorte du processus de la communication.
'est à ce type de communication qu'appartient le défi que nous
'xaminons el, peut-être, toute sorte de provocation. Mis en face d
l'affirmation de son incompétence, le sujet défié ne peut éluder la./
réponse, car son silence serait immanquablement interprété comme un
avcu. Autrement dit, il se trouve devant un choixJorcé: il peut choisir,./
mais il ne peut pas ne pas choisir '.
i l'on considère que le choix est une décision. et que celle·ci est un
acte cognitif, on voit que celle obligation de choisir peut être
Interprétée comme faisant partie de la compétence modale du sujet
défié, et qu'elle consiste dans sa modalisation selon le jpouvoir-fairej,
Huée sur la dimension cognitive où il occupe, plus précisément, 1a
position de jne pas pouvoir ne pas déciderj, homologable avec le
jdevoir déciderj'.
Récapitulons. Devant le double message envoyé par le sujet
manipulateur-la notification de son vouloir portant sur un programme
narratif précis et de l'incompétence du sujet manipulé à le réaliser -, le
récepteur ne peut accepter ou refuser le contrat proposé avant de se
prononcer sur le «défi - proprement dit. Or, nous postulons qu'il se
trouve dans l'impossibilité de ne pas se prononcer: encore faudra-
HI essayer de démonter le mécanisme ayant déclenché une telle
contrainte.
3. LE FAIRE 1 TERPRÉTATIF
E COMMU ICATION CO TRAIGNANTE.
3.1.
• sursaut salutaire» du sujet qui. justement de ce fait. se transforme en
sujet manipulé.
ous avons maintes fois remarqué que le schéma narratif constitue
une référence commode pour situer et, éventuellement, interpréter
telle ou telle séquence narrative qu'on se propose d'analyser. Dans
notre cas, on voit que le comportement du sujet manipulateur, tel qu'il
se résume dans les deux énoncés de proposition et de persuasion.
correspond aux deux interventions fondamentales du destinateur, le
mandement et la sanction cognitive qu'est la reconnaissance. Le défi se
présente à nous comme une sorte de raccourci du schéma narratif, à
ceci près que la reconnaissance y est anticipée et inversée, c'est-à-dire
qu'elle porte, en tant que sanction, sur la compétence el non sur la
performance du sujet, et qu'elle est injustement et impérieu ement
négative.
Celle anticipation de la sanction fait que l'on peut considérer le sujet
manipulateur comme un acteur syncrétique subsumant les deux
actants: le destinateur mandateur et le destinateur judicateur. Le
caractère inversé de son jugement pose, de son côté, la question
délicate du statut véridictoire de ce destinateur, pour qui le mensonge
constitue un des éléments essentiels de sa stratégie.
La réaction du sujet ayant reçu le message persuasif consiste dans la
mise en place des procédures interprétatives. Ce faire interprétatif se
trouve toutefois inscrit dans une forme particulière de communication
qu'on peut appeler communication contraignante: en effet. dans
certaines circonstances qu'il conviendrait de préciser, le destinataire à
qui un certain type de message est adressé se trouve contraint de
répondre, de donner suite, au message reçu.
Les exemples de telles situations sont abondants. C'est d'abord le
problème général et naguère fort discuté de l'apolitisme et du
non-engagement: il est admis que tout refus de s'engager est déjà un
engagement négatif. C'est aussi le eas exemplaire du silence de Jésus
devant les tribunaux, du silence des «deux amis - de Maupassant
DU SENS, Il
Un dilemme pourrait alors s'écrire comme:
5, n Pdéc. (5, n pf vs 5, n pf)
, Une telle .est cependant incorrecte, car, à y regarder
cl "un pres, s aperçOit que les entités recouvertes par la
denommatlon symbohque S, ne sonI pas identiques: les S, dotés de
IpouvOlr-fatrel ou de Ine pas pouvoir fairel sont en quelque sorte des
de valeur entre est censé s'exercer le choix du sujeI
defle, q,ue le S, devant le dilemme est en réalité un sujet de
faIre, dote d une cogmtlve parllculière, celle de Ine pas
P?UVOIf ne pas declderf. Il convient par conséquent de distinguer,
d ,une part, le,s sUjets de communication (S, et S,) se faisant face et
un contrat et, de l'autre, les sujets de représentation
(qu on pourrait noter, par exemple, comme S') qui se trouvent situés
dans l'espace cognitif de S, et dont le premier (S', n pf) vient d'être
reçu sous d'un énoncé produit par S" tandis que le second (S', n
pf) est produit par S, comme le contradictoire du premier.
On VOIt que l'espace cognitif que nous découvrons en celle occasion
est d'actants q.ui ne sont que des représentations plus ou moins
des sUjets de communication. Cet espace peut-il être
comme une sorte de discours intérieur ou comme son
simulacre hypothético-Iogique reconstruit? Constitue-t-il, en partie, ce
que les autres dlSclphnes appellent parfois la « dimension imaginaire
autonome ... ? Car ce simulacre fait sans aucun doute penser à 1'« image
>, . expression créée et utilisée en dehors du champ
semIOtique. SI le rapprochement est suggestif, il nous renseigne,
comme Il se dOIt, davantage sur les différences que sur les ressem-
b!ances : ainsi, l'image de marque semble se situer plutôt sur l'axe de la
seduction sur celui de la provocation; elle est créée aussi pour un
usage tranSItif, alors que le simulacre qui nous préoccupe l'est plutôt ad
usum mternum du sujet qui cherche à s'y reconnaître.
faveur de la ressemblance, on peut dire que la
descnptlOn du simulé par la forme de sa compétence modale ne se
s,"tlSfalt pas toujours de anthropomorphe abstraite:
1« ImaginatIOn> aidant, limage de ce sUjet reçoit souvent de nouvelles
dé,terminations sémantiques, acquiert un habillage figuratif, se dote
de parcours narratifs où d'éventuelles sanctions, positives ou
negatlves, se trouvent prévues.
218
LE DÉFI
3.3. L'AXIOLOGIE ENGLOBANTE.
Il serait pourtant excessif de dire que le choix de la « bonne image>
(celle du sujet doté de la compétence positive) dépend uniquement du
sujet défié, de son désir de se reconnaître en elle: ce choix est
également soumis au «regard d'autrui. et doit être conforme à la
projection supposée des valeurs du manipulateur. Peu importe qu'i!
s'agisse là d'une structure intersubjective simple, de la présence d'un
actant observateur ou d'un destinateur judicateur, accepté, du moins
implicitement, par les deux parties: le bon fonctionnement du défi v
sous-entend une complicité objective entre le manipulateur et le-.l
manipulé. Autrement dit, si S" sujet défié et taxé d'impuissance,"
cherche à établir la conformité entre son être (sa compétence modale) v
ct la représentation projetée, il ne peut le faire que dans le cadrev
axiologique préalablement posé par S, et admis par S,. Il estV
impensable qu'un chevalier puisse défier un vilain, et inversement. De
même, si tel auteur lance aux Français le Défi américain, il admet
ilnplicitement lui-même et exige de ses lecteurs qu'ils reconnaissent le
système de valeurs américain: sans cela, le défi n'aurait aucun
sens.
L'exemple de Jésus peut servir de contre-cas. Si la gine dont parlent
les Évangiles est une provocation et un défi, il n'y a apparemment que
deux réponses possibles: ou bien agir en la rendant (et en affirmant
ainsi son pouvoir-faire) ou bien ne rien faire (et accepter du même coup
le constat de son impuissance). Or, Jésus conseille une solution
déviante: présenter la joue gauche. Il s'agit là non seulement d'un refus
de «jouer le jeu >, mais en même temps de la proposition d'un autre
code de l'honneur.
Car on voit bien qu'il faut parler, dans tous ces cas, d'un code
axiologique commun et, s'agissant de la problématique du pouvoir, du
code de l'honneur: ce qui obligeait autrefois un gentilhomme à
accepter le duel, ce qui oblige aujourd'hui un gangster gros gagnant à
accepter la prolongation d'une partie de poker jusqu'à la perte du
dernier sou, c'est le sens de l'honneur, mot dont justement les
dictionnaires n'arrivent pas à cerner le sens.
Aussi peut-on proposer, à titre provisoire, une des articulations
éventuelles de ce code de l'honneur, telle qu'elle peut être obtenue par
la mise sur le carré de la modalité du Ipouvoir-faire/, étant entendu
219
DU SENS, Il
code de l'obéissance code de /a soumission code de la liberté
220
(S', () pf) vs (S', () pf)
deviennent, pour le sujet défié S" des objets de valeur: d'objets de
,avoir, ils passent à l'état d'objets de vouloir ou de devoir.
1.5. L'IDE TIFICATION.
221
LE DÉFI
Alors, seulement, les valeurs se trouvent actualisées et les simula-
rcs

ous voilà donc en présence d'un S, modalisé et inscrit dans
l'univers de valeurs où il pourra effectuer l'opération cognitive qu'est le
choix entre deux valeurs et pour laquelle il est doté, on s'en souvient,
d'une compétence négative, celle de Ine pas pouvoir ne pas choisir;' Il
choisira donc la valeur positive contenue dans l'image qu'il a de
lui-même comme lpouvant-faire/, excluant du même coup la valeu)
négative incarnée dans l'image de son impuissance.
n est ainsi arrivé à la phase de la construction du simulacre où le
,uJet qui se joue ce spectacle se trouve dans la position de « celui qui
sail ce qu'il veut _, Or, «ce qu'il veut» en réalité. ce n'est pas être""
« puissant ., mais se reconnaître el être reconnu comme tel. Autrement
d,t, le problème qui se pose dès lors se situe au niveau de la sanction
. gnilive et présuppose l'existence d'un destinateur commun aux deux
ujets 1 et S" destinateur dont la sanction correspondra à la
reconnaissance, par S" de S, comme (S', () pf) et à l'identification, par
une sorte d'aut<>-reconnaissance, de S, avec son image de (S', () pf). Ce
destinateur, bien entendu, n'est que l'incarnation, au niveau de la
rammaire anthropomorphe, de l'univers de valeurs - et plus préci-
sément du code de l'honneur - dont nous avons déjà reconnu
l'existence.
Dès lors on voit que, pour obtenir la reconnaissance du destinateur,
le sujet ne peut faire autrement que de prouver sa compétence dei
lpouvoir-faire/, en l'éprouvant par le Ifairel proprement dit. La
réalisation du P proposé par S, devient alors, pour S" le moyen de
parvenir à un but tout différent: autrement dit, le même segment
narratif comportant les mêmes articulations fait panie en même temps
de deux P : le P de manipulation de S, et le P d'honneur de /
,. e PN n'est en réalité qu'un PN d'usage pour S,. Considéré en soi, il
lui est indifférent dans le meilleur des cas, répulsif ou mortel à la limite
.!pf pi' indépendance
. ..code de l'humilité
: pf pf: ImpUissance
......--.,.. .
code de /0 souveraineté
liberté
obéissance
code de la fierté
La lecture d'un tel modèle offre la possibilité de reconnaître, dans
chaque axe, schéma ou deixis, un sous-<:ode d'honneur susceptible de se
développer en système axiologique autonome. Il convient aussi de
noter en passant le statut particulier que possèdent les sous-<:odes de
l'humilité (Jésus) et de la fierté (Vigny: « L'honneur c'est la poésie du
devoir.) développés à partir de la structure dynamique des deixis, ils se
distinguent par leur caractère déviant.
3.4. LA VALORISATION.
Le modèle axiologique proposé se présente comme un ensemble
organisé de codes de référence à l'intérieur duquel les sujets de
communication sélectionnent et puisent les valeurs susceptibles de
Jfonder leur complicité « malgré eux -. Ces valeurs, toutefois. ne sont
que virtuelles: ce sont des valeurs selon le savoir et, de ce fait,
inefficaces. Pour être actualisées. elles doivent être « converties - en
passant d'un palier génératif à l'autre et satisfaire, on le sait, à deux
conditions essentielles:
(a) elles doivent être narrativisées, c'est-à-dire inscrites dans la
relation syntaxique constitutive du sujet et de l'objet en changeant
ainsi leur statut paradigmatique en syntagmatique;
(b) elles doivent être investies dans les énoncés narratifs de telle sorte
qu'elles affectent en même temps et le sujet et l'objet, en transformant
le premier en un sujet voulant (ou devant) et le second, en un objet
voulu (ou dû, c'est-à-dire indispensable dans l'ordre des «be-
soins .).
que les termes ainsi distribués seront considérés comme des valeurs

DU SENS, Il
(par exemple, la descente, pour le chevalier, dans la cage aux lions pour
chercher le gant que la dame y a laissé tomber exprès). Aussi ne
peut-on dire que la compétence modale du sujet soit, dans ce cas,
déterminée par le /vouloir-faire/ : comme pour tout PN d'usage, le
sujet ne passe à son exécution que mû par un /devoir-vouloir-faire/. On
voit que, dans 'J2.ill' cas, à l'obligation déontique de faire, s'ajoute une
nécessité de. sauver son honneur., que le /devoir-faire/ subjectivanl
s'accompagne d'un /ne pas pouvoir ne pas faire/.
C'est ainsi, par une sorte d'inversion, que la performance. en la
précédant, arrive à prouver, peut-être même à constituer, la campé·
tence.
4. VERS LE DISCOURS
J Le paradoxe veut que le programme que S, est amené à réaliser pour
Jsauver son honneur SOil celui-là même qui lui a été suggéré par SI : Sa
réalisation permet alors d'inférer, du moins en surface, que le contrat
J lui-même, tel qu'il était proposé par S" fut accepté, puisque Je.
obligations qui en découlaient on; été accomplies. Or i n'en est rien, cl
il ne s'agit en réalité que d'une illusion contractuelle comme on Cil
rencontre souvent dans la vie de tous les jours à l'occasion de
différentes formes de manipulation.
Car il s'agit. dans ce genre de situation, sous les apparences d'un
contrat contraignant librement consenti - la contrainte acceptée
n'étant, on l'a vu, que le prix de la liberté -, de la solution provisoire
d'un état pOlémique.\ Le défi est un affrontement senti comme un
affrony
Une nouvelle problématique s'ouvre ainsi devant le sémioticien: clic
vient de la nécessité de décrire les structures de la manipulation, une
fois modalisées au niveau sémio-narratif,« en situation ., inscrites
le cadre de leur fonctionnement «historique'" dans le
discours. Contrairement à ce que l'on pense, et malgré l'usure du
vocabulaire relatif à l'honneur, ce concept est plus vivant que jamai,
J
dans nos sociétés modernes. Sans parler des grandes
soucieuses de ne pas «perdre la face., en laissant de côté
grand-messes sportives hebdomadaires où se joue l'honneur national,
ce concept non dénommé, implicite et/ou soigneusement camouné,
atteint de nos jours une diversification et un raffinement tels qu'il fa'i
222
LE DÉFI
.,pparaître comme frustes les héros cornéliens et plus encore les pairs
de Charlemagne.
'est l'analyse du discours qui doit permettre de rendre compte de
ces richesses: c'est le discours, en effet, qui, en introduisant les
alégories de l'intensité et de l'aspectualité, permet de graduer la./
peT uasion antiphrastique - car la moindre mise en doute de sa ... /
c mpétence affecte le sujet défié -, mais aussi d'articuler aspectuel-v
Icment les structures imaginaires qui préparent la réponse du sujet
manipulé, réponse dont les effets de sens, en fonction, entre autres, du
danger encouru, de la difficulté de la tâche ou de l'humiliation subie,
s nt multiples et divers. Le défi, mettant en jeu des organisations
modales relativement sophistiquées, comporte, pour corollaires, des
perturbations pathémiques non moins importantes, qui sollicitent, à
leur tour, de nouvelles investigations de la sémiotique des passions.
De la colère
étude de sémantique lexicale *
1. INTRODUCTION
1. HOIX MÉTHODOLOGIQUE.
I.e choix des dimensions lexématiques pour aborder l'examen de la
'olère est un choix d'opportunité. Il est notoire que les lexèmes sc
lU ;scnlent souvent comme des condensations recouvrant, pour peu
\lU' n les explicite, des structures discursives et narratives fort
rOll1plcxes. L'existence, à J'intérieur de l'énoncé-discours, des expan-
Ions qui reproduisent les mêmes structures de manière plus ou moins
1.11 e cl diffuse ne doit pas nous gêner, bien au contraire: puisqu'il ne
','gil ue d'une différence de dimensions, et non de nature, les
ri plions lexématiques peuvent constituer, de façon économique,
li 'S modèles de prévisibilité pour des analyses discursives ultérieures.
"cs descriptions se situent toutefois, on le voit bien, à l'intérieur de
1'.lIre culturelle française. Les voies et moyens pour dépasser ce cadre
l'n énéralisant les modèles obtenus constituent une problématique à
PU1'l.
onlrairement à l'approche taxinomique et classificatoire adoptée
1
"" la plupart des philosophes dëSSiècles classiques élaborant leur
Il' rie des passions, notre démarche sera franchement synlagmatique
même, souvent, syntaxique. Cependant, alors que l'examen d'une
ole simple )10, telle l'avarice, par exemple, reconnue comme une
tl ·s te passions d'objet., a permis de postuler, pour en rendre compte,
1111 modèle phrastique, avec une passion .. comme la colère
titi 0 affaire à une séquence discursive constituée d'une imbrication
e texte parut, en prépublication, dans Documents de recherche du Groupe de
rn.1I rches sémio-linguistiques (EHESS·CNRS), t981.
225
DU SENS, Il
\ d'états et de faire qu'il s'agit de décomposer, pour y reconnaître de,
unités syntagmatiques autonomes, et de recomposer en une config"
ration passionnelle que l'on pourra considérer comme sa définition
C'est l'établissement d'une telle configuration de la colère (françaisel
que vise cette étude.
1.2. APPROXtMATtO S LEXICOGRAPHIQUES.
Si l'on prend la définition de la colère telle que la donnent le,
dictionnaires - par commodité, nous nous servirons constamment du
Petit Robert:
.. violent mécontentement accompagné d'agressivité ..
on voit qu'on peut choisir comme point central de la séquence
présumée .. colère» le lexème mécontentement: c'est sans aucun doute
un état passionnel défini à son tour comme .. sentiment pénible".
Ce lexème central permet alors d'examiner séparément:
- ce qui est situé en aval et l'accompagne: l'agressivité;
. ce qui se trouve en amOfll et le précède : la frustration, car Ir
mécontentement est - recourons une fois de plus au dictionnaire - .. If
sentiment pénible d'être frustré dans ses espérances. ses droits".
Dans une première approximation, on peut dire que la colère '"
présente comme une séquence comportant une succession de:
• frustration .. ~ « mécontentement .. ~ «agressivité ..
Faisons un pas de plus. Si le sujet (qui va se mettre en colère) se scnl
frustré «dans ses espérances, ses droits., c'est que cet état de
frustration suit - ou mieux, présuppose logiquement - un état de
non-frustration qui lui est antérieur et dans lequel le sujet est, au
contraire, doté d'espérances et de droits.
Ainsi, antérieurement à la frustration, nous retrouvons en amont un
« état originel., un état ab quo de la passion que nous examinons. 1e
problème de son état terminal, on le verra, se posera en termes bien
différents.
226
2. ATTE TE
l'état originel à partir duquel semble s'enclencher l'histoire pas-
ItlllllCllc de la colère n'est pas un état neutre, c'est l'état d'un sujet
Illrt ment modalisé.
•nsi, si l'on regarde les définitions du verbe frustrer, on y trouve
.k" choses:
(11), frustrer veut dire« priver quelqu'un d'un bien, d'un avantage.,
dISJOIndre ou le maintenir en disjonction avec un objet de
1 II/tur;
(h) mais la définition continue: (priver d'un bien ou d'un avan-
t If' )
• qu'il était en droit de recevoir.,
• ur lequel il croyait pouvoir compter., ce qui indique non plus
1111' relation du sujet avec un objet de valeur, mais une relation quasi
j fmlractuelle - qui se trouve de ce fait rompue - avec un autre
Hllt't
P()ur ne pas avoir à analyser dès maintenant les «droits. et les
·,pérances. du sujet frustré, ayons recours à un procédé lexicogra-
"llIque. en prenant en considération ce qui est donné par le dictionnaire
,"llllle un synonyme de frustrer: «décevoir •. Or, décevoir s'y trouve
.1 lina comme« ne pas répondre à (une attente)., ce qui nous donne
1111' d finition suffisamment générale pour comprendre et les «droits ..
• 1 l', • espérances. du sujet frustré-déçu et nous fournit un mot de la
I.wrue commune - attente - remplaçant avantageusement le terme un
Il'U prétentieux de frustration.
I)es lors, en utilisant l'acquis des définitions examinées, on peut
til\lInguer - aux fins d'une exploration plus attentive - deux sortes
d'.lItenle:
l'attellte simple, mettant le sujet en relation avec un objet de
Videur;
l'artentefiduciaire, supposant, de plus, des relations modales avec
un Jutre sujet.
, 1 ATTE TE SIMPLE.
1- n mettant provisoirement entre parenthèses la relation fiduciaire
IIl1cr-,ubjective, on peut dire que, dans le cas de simple attente, il
227
D SENS, Il
/vouloir-être·conjoÎnt /
/vouloir-conjoindre/
vs Idétentel
vs • salisfaction _ (7)
Itensionl
• aUenle _
au niveau discursif:
229
S, vouloir [S, ----? (S, n Ov)J
DE LA COLÈRE
ArrE TE FIDUCIAIRE,
1111
S, est le sujet d'état et
", est le sujet de faire,
l 'cnjeu, on le vOil, n'est pas négligeable: il s'agit, parallèlement au
".Ireours du sujet de faire, fait d'acquisitions de compétences et
.1"le omplissements de performances, de rendre compte d'un parcours
\Imparable du sujet d'état qui se prêsente comme une succession
.1' • états d'âme - comportant des hauts et des bas,
1a passion d'attente peut, de son côté, être formulée comme
Remarque: Précisons, bien que cela aille de soi, que le sujel de faire peUl
Il êlre inscrit dans le même acteur que le sujet d'élal, soit constiluer un
llClcur indépendant.
II st temps de revenir maintenant en arrière afin de reprendre
l''',lmen de l'état du sujet antérieur à la frustration: on a vu, en effet,
\111 elui-ci était caractérisé, selon les dictionnaires que nous avons
1 li rclié à interpréter três sommairement, par une double relation que
Ir ,ujet d'état entretenait, d'une part, avec l'objet de valeur et, de
I".lUtre. avec le sujet de faire. ous nous sommes contenté de dire que
\CliC dernière relation était intersubjective et modale: essayons de
mer quelque peu ce problême.
"n effet, l'attente du sujet n'est pas un simple souhait, elle s'inscrit
"if la toile de fond antérieure qu'est la confia1Jce,' le sujet d'état. pense
I ~ H I V ir compter lt sur le sujet de faire pour la réalisation de ., ses
1"1' rances - et/ou de • ses droits -, Si le caractère contractuel de la
,t'i,lli n qui fonde les. droits _est évident. la nature obligataire du fait
"'",,,érer, c'est-à-dire. considérer (ce qu'on désire) comme devant se
f, ult er., apparaît également dès qu'on gratte un peu sa surface
228
vs /conjonclion/
vs Iréalisél
Idisjonctionl
laetualisél
- au niveau sémio-narratif:
Ainsi, on voit déjà apparaître les deux premiêres positions des sUJet,
d'êtat, caraclérisés rapidement par des oppositions situées
Remarque: A côlé d'un /vouloir--être-conjoinl/. on peut facilemt'nl
aménager une position parallèle du /devoir--êlre-conjoinl/, susceptible
d'êlre lexicalisée comme., falalilé -.
ce qui le distingue, par exemple, du sujet. avare - définissable pt"
un
s'agit, en premier lieu, d'une modalisation du sujet que l'on peUl
caractériser comme un
compétence modale qui s'inscrit telle quelle dans le programme
narratif (PN) de faire. Ainsi, à côté des passions d'agir, représentée.
par l'avarice, on rencontre ici une passion d'être agi. c'est-à-dire Iii
passion au sens ancien, étymologique de ce mot.
On peut se demander si la distinction agir vs être agi n'est P:I\
susceptible d'être homologuée avec celle, établie depuis longtemps, de
sujet de faire vs sujet d'état. Arrêtons-nous un instant pour les sai\1I
dans leur fonctionnement. Lorsqu'on parle du sujet defaire modali'ot,
compétent pour passer à l'action, on dit qu'un tel sujet est actualisé A
la suite de la performance, son faire ayant abouti, on parlera du SU)'"
réalisé. Cependant, ce sujet réalisé est le sujet d'état, conjoint avec Mill
objet, et non le sujet de faire, Mais alors, on a le droit de se demande.
dans quel. étal- se trouve le sujet d'état au moment de l'actualisatloll
du sujet de raire, c'csl-à--<iire au moment où il n'est pas encore Cil
conjonction avec l'objet de valeur, mais où il • veut. cette conjonctitut.
non pas en tant que sujet de faire, mais en tant que sujet d'él,.l.
désireux que la conjonction soit faite par le sujet de faire. Autremenl
dit, le sujet d'état est d'abord actualisé - doté modalement d'un
/vouloir-être--conjoint/ - pour être ensuite réalisé - conjoint avr\
"objet de valeur, conjonction qui garantit son existence sémiotique
DU SENS, Il
lexématique. Disons-le carrément; dans un cas comme dans l'aulre.
nous sommes amené à enregistrer la présence d'une modalité déonll
que, d'un jdevoir-fairej attribué au sujet de faire, .
Seulement, on ne peut parler ici d'un véritable contrat de conf,ance
ou d'un pseudo-<:ontrat. On pourrait peut-être le considérer également
comme un contraI imaginaire. car. lors de sa conclusion - ou plutôl dt
sa reconnaissance -, le sujet de faire ne se trouve aucunement engagl.
sa modalisation déontique étant le produit de l' « imagination «du sUjet
d'état.
ous avons affaire ici à une nouvelle dimension de
sémiotique qui n'a jusqu'à présent que peu attiré l'attention de.
analystes; il s'agit en fait de la des simulacres" de cc
objets imaginaires que le sUjet projette hors de lUI et qUI, bIen que
n'ayant aucun fondement intersubjectif. déterminent néanmoins. de
manière efficace, le comportement intersubjectif en tant que tel. Qu',1
s'agisse de la confiance en autrui ou de la en soi (lorsque le
sujet d'état et le sujet de faire sont en syncrétIsme), nous avons affaire A
une relation fiduciaire qui s'établit entre le sujet et le simulacre qU'II
construit, et non à une relation intersubjectivc.
Remarque.' La conliance peut être plus ou .. -,.elle èln'
soit .. spontanée -, soit reposer sur des expériences iteratives: ,c. est lco
problème. distinct, de la construction du simulacre, et non de son utIlisation
mtersubjective.
En dénommant croire - à titre provisoire, bien sûr - cette relallOn
fiduciaire entre le sujet et le simulacre qu'il s'est construit, mais qu',1
identifie avec le «véritable» sujet de faire, on peut tenter unt
formulation de l'allentefiduciaire qui n'cst pas seulement un jvoulo"
être-conjoint j, c'est-à-dire;
S, vouloir [S, (SI nOv))
mais en même temps la foi dans l'obligation conjonctive du sujet de
faire;
SI croire [S, devoir (S, nOv))
230
DE LA COLÈRE
1 RÉALISATIO .
1 1 otis/action.
t 'ctal passionnel de S, - dénommé altente - se trouve perturbé par
1IIl1avention de S, ; ce sujet de faire, dont le tatut passionnel relève
,IIIIIC problématique distincte (celle de la générosité et de la nuisance;
d,l., tromperie et de la véridiction; etc.), cxerce dans le cadre de son
" une activité d'attribution (et de non-attribution) qui, à son tour,
1111,1 pour effel la réalisation ou la non-réalisation du sujet d'étal.
1li lexicalisation de ce faire et de cet état en français conduit à une
'1'1'",ente confusion qu'il est aisé de désambiguïser. En effct, les
1. cilles:
\lJlisfaction: «action de contenter (un besoin, un désir).,
nmlrnltmenl: « action de salisfaire les besoins.,
1111111 les définitions sont gentiment circulaires. dénotent le faire à l'état
Jlur .,ans autre modalisation, de S2> Cependant, un autre semèmc se
Ih sous cette même couverture lexématique: il désigne non plus
1.H (Ion de S1 mais son résultat, qui intéresse SI :
'Utu/action .. « plaisir qui risulte de l'accomplisstmenl de ce qu'on attend,
li ire, ou simplement d'une chose souhaitable If.
u résultat du faire qui est la conjonction du sujet avec son objel de
vllkur, s'ajoute donc un certain «plaisir" nommé satisfaction: à
1'1111 "llc que désignait une jtensionj caractérisant un jvouloir-êtrej
Il . 'ède maintenant la réalisation de ce «être., une jdétentej que
nommerons jsatisfactionj, tout en n'oubliant pas, évidemment,
'I"' la satisfaction n'est qu'un des aboutissements possibles de
l'Illente,
'l . Patience.
1 n se rappelant que les « passions. dont nous nous occupons en ce
IIlomCnt sont des passions du sujet d'état, c'est-à-dire du patient. de
Il'Iu, dont la réalisation ou la non-réalisation dépendent d'un sujet de
231
DU SENS. II
faire ou agent, il est convenable de s'arrêter un instant pour examiner lu
nOlion de patience. ne serail-ce que parce qu'elle appartient à la même
famille étymologique et conceptuelle que passion.
La patience, dit-on, est la • disposition d'esprit de celui qui ,,"I
attendre sans perdre son calme l' : elle est intimement liée à l'attenle,
elle la caractérise du commencement à la fin; on peut dire qu'ell
remplissant l'espace entre le sujet d'état actualisé et le sujet réalisé (UII
non réalisé), elle est coextensive de l'attente. Mais, par rapport à MIR
antonyme impatience, elle apparaît tout de suite comme autre chU\G
que l'attente, comme une • disposition d'esprit de celui qui .'WU
attendre. et qui s'oppose à celui qui ne le sait pas. Cependant, • savlllr
attendre _est une manifestation lexématique de surface et la modalM
qu'elle recouvre n'est pas un jsavoir-fairej (qui consisterait. pa.
exemple, à compter les moutons en attendant le sommeil), mais un
jpouvoir-êtrej.
La • disposition d'esprit - dans laquelle nous reconnaissons III
présence de la modalité du jpouvoir-êtrej est, par rapport à l'attenle.
une disposition autonome; alors que l'attente est une passion pour ain'I
dire accidentelle, dépendant du PN dans lequel le sujet se trouve
impliqué, la patience, qui vise la permanence de l'être en général,
trouve son application en se saisissant de l'attente, tout comme ellt
pourrait chercher à persévérer, sous un autre nom, en prennni
possession de l'état durable de satisfaction. Il s'agit là d'un phénomène
de surmodalisation du vouloir par le pouvoir, d'un jpouvoir-voul""
êtreJ.
Il n'empêche que se pose la question de la patience du patient: à qurl
moment peut'"Ün dire que le patient commence à .. s'impatienter ", qU'II
se trouve· à bout de patience _, au bout de sa patience?
Le problême ainsi posé est celui de l'introduction du discontinu dan.
la durée, de la segmentation, en tranches, de la vie passionnelle qUI
nous paraît, dans sa quotidienneté, comme un ondoiement des tension.
et des détentes, des malaises et des aises. Deux cas - l'un ordinai«,
l'autre exceptionnel - susceptibles de rendre compte de ceUe intrusion
nous viennent à l'esprit:
- celui où le sujet patient se trouve en syncrétisme avec le sujel
cognitif instruit du déroulement du PN du sujet de faire et dr
l'éventuel échéancier de ce programme;
- celui où la tension - qui caractérise l'attente patiente -, surdétcr
minée par la catégorie de l'intensité, devient excessive. bien plu,.
intolérable et provoque le savoir sur la non-réalisation du PN du sujet
de faire.
232
DE LA COLÈRE
l);lllS les deux situations. c'estle savoir- antécédent dans le premier
1 l , dans le second - qui produit la rupture du flux
l' '.... 1 nnel.
, \), Insatisfacrion et déception.
1e malaise qui se produit à la suite de cette rupture. de ce choc
",,>cIal entre le jvouloir-être-conjointj toujours présent et le jsavoir-
Ill" p.ls-être-conjoint/ qui se superpose à lui. nous l'appellerons. en
l III)lsissant parmi les nombreux parasynonymes tels que .. contrariété»
"" • déplaisir - - et par symétrie avec la jsatisfactionj escomptée - ,
"",,tisfactionj. Que l'insatisfaction soit l'effet de sens provoqué par
1 dl' incompatibilité modale ou qu'el1e soulève un 0( mouvement
",,,,,onnel - plus raffiné, c'est à des analyses plus fouillées. portant sur
" , séquences discursives en expansion qu'il revient de le préciser: il
IHllI' suffira pour l'instant d'en indiquer l'emplacement dans )'écono-
1111' générale des événements passionnels.
Un point reste toutefois à noter, relatif au rôle de l'intensité: on
1 l'Impression qu'il y a souvent un rapport direct entre l'intensité
dl l'attente: .. souhait., .. vœu •. 0( espoir., .. aspiration., .. désir •.
nvic ., etc., et la gradation correspondante de l'insatisfaction. due à
.1 non-réalisation.
l'insatisfaction apparue à la suite de la non-attribution de l'objet
Il valeur s'ajoute parfois une autre sorte de malaise. provoqué par le
rtement du sujet de faire, interprété comme non conforme à
l',lllente. Ce comportement qui, aux yeux du sujet d'attente fiduciaire,
,'',,' modalisé par un jdevoir-fairej n'a pas lieu, el le croire du sujet
Il' ;'tUl se révèle d'un seul coup injustifié. La déception qui en résulte est
"n crise de confiance d'un double point de vue. non seulement parce
llue le sujet 2 a déçu la confiance qu'on avait mise en lui, mais aussi - et
il lit-être surtout- parce que le sujet 1 peut s'accuser de la confiance
11101 placée.
es deux formes de dysphorie, réunies ensemble, sont provoquées
par la .. frustration» et constituent. selon les dictionnaires. ce .. vif
mé ontentement- qui conduit à l'explosion de la colère.
2))
3. MÉCONTENTEMENT
3.1. LE PIVOT PASSIONNEL.
En abordant l'examen de la colère à l'aide des définitions fournie.
par les dictionnaires, nous avons reconnu, dans une première approd
mation, trois segments:
« frustration. --+ « mécontentement» ---+ « agressivité li>
dont la succession est censée constituer le syntagme passionnel
« colère., Le mécontentement - position à laquelle nous venonl
d'arriver - se présente ainsi comme un pivot passionnel qui, en
subsumant et en assumant les structures en amont permet 1.
développement des structures en aval.
Expliquons-nous. L'insatisfaction. telle que nous l'avons définie
apparaît comme l'aspect terminatif d'un PN mis en discours:
résulte, nous l'avons vu, de la non-conjonction du sujet avec l'objet d.
valeur. Mais cet état terminatif se situe tout à côté, au risque de III
confondre avec lui, d'un état inchoatif qui, discursivement, correspond
à l'état de disjonction sur le plan' narratif. Autrement dit,
cdonJonctlon t'jonctIOn
non- ISJonchon non-conjonction
la non-conjonction côtoie la disjonction comme, sur le plan discursif, 1.
terminativité peut, dans certains cas, être lue comme ct
comme, sur le plan passionnel, l'insatisfaction est susceptible de ..
transformer en sentiment de manque.
Remarque: Ces deux « sentiments lt ne devraient pas être confondus: on
l'insatisfaction sans suite, s'atténuant petit à petit en
reslgnahon.
Ce sentiment de manque a ceci de particulier qu'il peut donner iieu,
sous certaines conditions, à J'élaboration d'un PN de la liquidation du
manque. en justifiant ainsi pleinement le rôle de pivot que nous venon.
234
DE LA COLÈRE
d',ltlribuer au segment <1( Une precIsion s'impose
'.)lltefais: la distinction que nous avons établie entre deux attentes -
et fiduciaire - et entre deux mécontentements - insatisfaction et
li ception - doit être maintenue jusqu'au bout, permettant de traiter
le manque objectal (manque d'objet de valeur) et le
fllIlI/quefiduciaire (ou» crise de confiance .). Ce double manque fait
t\ -ho à la situation initiale du récit proppien: au premier manque
(.• ppelé comme tel et résultant du vol de l'objet de valeur) s'en ajoute
'"' second, de nature fiduciaire (c'est la »trahison. des enfants
1rJ nsgressant l'interdit).
\.2. UN CHAMP ÉLARGI.
Pour voir plus clair en situant le lexème colère dans le champ
-manlique approximatif mais plus vaste, il suffit de suspendre,
,'csl-à-dire de laisser de côté, lors de la comparaison de différentes
li 'finitions, la surdétermination du «mécontentement lt par l'aspect
dliratif (durée longue vs brève): on obtienl alors des» parasyno-
Il mes lt tels que:
amertume: «sentiment durable de tristesse, mêlée de rancœur, lié à une
humiliation, une déception, une injustice du sort lt;
rancœur: « amertume que l'on garde après une désillusion, une injustice,
etc. lt.
Voilà bien des exemples d'une colère» suspendue., d'une insatis-
action et même d'une déception durables qui, cependant, ne se
u veloppent pas en un sentiment de manque ayant des suites
programmatiques.
Remarque: On notera en passant le caractère physiologique, gustatif
- l'arrière-goût amer et rance - du noyau sémique de ces dénomina-
tions.
Par contre, un manque et même une ébauche de programme narratif
e retrouvent dans d'autres définitions »parasynonymiques. telles
que:
ressentiment: « le fait de se souvenir avec animosité des maux, des torts
qu'on a subis lt;
rancune:« souvenir tenace qu'on garde d'une offense, d'un préjudice, avec
de l'hostilité et un désir de vengeance lt.
235
DU SENS, Il
On voit qu'avec cet élargissement du champ sémantique, loin de
nous éloigner de la définition de la colère, nous nous en approchons au
contraire: l'animosité, l'hostilité qui accompagnent ce mécontenle'
ment durable (que l'on définit comme un • souvenir _ présent) ont le
même air de famille que l' • agressivité _qui entre dans la définition de
la colère. Il est à noter, d'ailleurs, que rancune, dans la Chanson d.
Roland, signifie simplement. colère contenue-.
L'air de famille que nous avons reconnu dans cet accompagnemenl
de mécontentement pourrait être désigné comme malveillance, • sen·
timent persistant - par lequel le dictionnaire définit l'animosité. En
effet, tout se passe comme si, à la suite de l'attente déçue, la
bienveillance qui caractérisait les relations intersubjectives confia nie.
cédait sa place à la malveillance qui régira les nouvelles relation.,
comme si les relations contractuelles avaient été remplacées par de.
relations polémiques. Car l'animosité, continue le dictionnaire, est un
• sentiment persistant de malveillance qui porte à nuire à quelqu'un.
nous rejoignons ainsi, une fois de plus, J'organisation passionnelle de
l'intersubjectivité où, à côté de la générosité, on rencontre la
nocivité.
Ce qui semble être en jeu dans cette opposition de
vs malveillance
c'est l'articulation - positive et négative - du jvouloir.fairej du sujel
dans sa relation intersubjective. Cependant, loin d'être une opératioll
de la logique volitive où elle se présenterait comme une simple
inversion de signes, la malveillance s'interprète, dans le cas que nous
examinons, comme un jvouloir-fairej originel, surgissant à partir d'un
état - et non d'un faire - passionnel et complétant ainsi l'inventaire,
que nous avons déjà commencé à constituer, des conditions requise, A
l'apparition du sujet defaire. On a bien vu comment la déception élan
susceptible d'engendrer le sentiment de manque fiduciaire; on vo,l
maintenant comment, à partir de ce sentiment de manque, sc
développe un vouloir-faire, modalité qui entre dans la composition de
la compétence du sujet de faire.
Il faut cependant souligner qu'une telle description n'a pas la
prétention de rendre compte d'une quelconque causalité: elle n'esl
qu'un effort d'invcntorisation d'unités sémicrnarratives considérée.
comme un préalable à ce • miracle» qu'est l'émergence du sujet de
faire.
236
DE LA COLÈRE
1 \ L'AUTRE.
ar le vouloir-faire que nous venons de reconnaître ne relève pas
t Il re de la compétence modale du sujet: sans accompagnement de
actualisantes de pouvoir ou de savoir, sans P à l'intérieur
.Iuqucl s'emploierait le faire, ce vouloir n'est pour l'instant que
VII Lualité et béance. Tout au plus peut-on dire qu'il a un sens,
.•,t-à-dire une direction actantielle, qui découle de l'ensemble du
.,,,positif sémio-narratif qui le précède: c'est un vouloir-faire négatif
'IU
I
porte sur un sujet autre. sujet responsable de la déception et du
Ill.loque. On peut même dire que c'est cette qui. s;:rvira
" Il d'élaboration du PN, bien plus, que cet autre qUI est vISe est deJa
1" supposé, qu'il est la condition nécessaire de l'apparition du sujet de
1111 rc.
En interrogeant le dispositif actantiel tel qu'il se présente dans le
.Idre du schéma narratif général, on peut chercher à préciser quel
actant sémantique est susceptible d'occuper la position de ce • sujet
lutre _; deux possibilités conflictuelles apparaissent alors neUe-
n'cnt:
le sujet qui a provoqué le • sentiment de malveillance - peut être
1.1 lant destinateur: le vouloir-faire du sujet s'intégrera alors dans le
/' de révolte (cf. J. Fontanille) comportant le refus du destinateur et
Il quête d'une nouvelle axiologie;
le sujet ayant inspiré la malveillance peut être l'aclant an/i-sujet :
\. vouloir-faire servira alors de point de départ au PN de ven-
'fonce.
3.4. L'OFFENSE.
On a vu tout à l'heure que la rancune - celte « colère contenue - au
ens médiéval- en tant que déception est accompagnée d' • hostilité et
d'un désir de vengeance _. ous avons pu intégrer l'hostilité, en
l'interprétant comme une «malveillance -, dans la composition
l'inventaire des éléments constitutifs de la colère. Il nous reste encore a
voir de plus près le «désir de vengeance -. .
Or, la vengeance, si l'on consulte les dictionnaires, s'y trouve défiOle
comme une « réponse à l'offense - : un rapprochement. reposant sur
237
DU SENS, Il
une identification au moins partielle, est donc possible entre déceptù",
et offense.
Le verbe offenser, • blesser quelqu'un dans sa dignité (honneur,
amour-propre)", s'analyse d'abord comme une structure à deux
actants, un sujet d'état, l'offensé, s'y trouvant. blessé" par le sujet de
faire, l'offenseur. Le même dispositif actantiel, on l'a vu, permet de
rendre compte de la déception. Dans les deux cas, le sujet d'état sc
trouve en position de .: l'état passionnel qui le caractérise est
celui d'une insatisfaction, d'une douleur plus ou moins vive.
Ce qui les distingue cependant en premier lieu, c'est que lu
souffrance provient, dans le cas de l'offense, de l'action du sujet de
faire, alors qu'en cas de déception c'est, au contraire, l'inaction du sujet
de faire qui en est la cause. Mais, de nouveau, rien que par sa présence.
active ou inactive, le sujet de faire provoque une réponse qui prend lu
forme d'un sentiment de malveillance d'abord, de celui de vengeance
ensuite. Cetle réponse peut même aller plus loin et, provoquant le
passage à racte, se constituer en un PN approprié, en soulevant du
même coup, pour l'analyste, le problème du nouveau statut du sujel
répondanL
Le verbe offenser comporte en français une vaste parasynonymic ,
offenser ---t blesser ---t vexer ---t (fâcher) ---t froisser ---t pl
quer etc. A cette série transitive correspond une série pronu
minale: S'offenser ---t se vexer ---t se froisser ---t se piquer --+
se fâcher ---+ etc., se définissant comme une réac/ion plus ou moin.
vive à ce qui est considéré comme une offense. Or la construction
pronominale s'interprète en termes actantiels comme le syncrétisme, III
co-présence en un seul acteur, du sujet de faire et du sujet d'élui
(cf. déplacement: S2 déplace S,). La réaction dont il s'agit est pu,
conséquent « une affaire intérieure à l'acteur qui «se blesse,., .. se
pique", «se froisse », etc., provoquant ainsi un te sentiment d'amour
propre, d'honneur blessé ".
Le mécanisme de l'offense vs vengeance n'est donc pas aussi simplr
qu'il paraît, il ne se réduit pas, en tout cas, à l'ac/ion vs réac/ion, ni à lu
question vs réponse. Car l'offense a beau être une te blessure .,
l'offenseur ne «blesse» effectivement l'offensé que si celui-ci fi
blesse)f lui-même, en reproduisant, sur un autre plan, sa « blessure.
Une gifle, par exemple, est évidemment la manifestation somatique de
l'offense, mais, malgré la douleur qu'elle peut causer, elle n'esl
certainement pas la «blessure» dont nous parlons: la suprême
élégance dans ce domaine consiste à esquisser une gifle - et non à 111
donner - en effleurant le visage avec un gant afin de ne laisser subsister
238
DE LA COLÈRE
que le seul message est censée transmettre. II s:agit, en effet,
dc bien autre chose: dune «blessure morale "', d un «honneur
blessé ".
l,S. L'HONNEUR BLESSÉ.
urieuse figure de rhétorÎque que cet« honneur »,: le
')omatique et l'imaginaire, l'élémentaire et le. sophistique - ou
"crait-ce deux types d'universaux? -, on ne salt pas, son cas, SI
c'est «blessure» qui désigne métaphoriquement de
13 personne humaine ou si te honneur'" n'est qu un Simulacre meta-
phorique du vivanL
Nous ne pouvons pas nous étendre ici sur le problème de l'ho,nneu!
uuquel nous avons déjà touché en parlant du défi: on a vu que c est la
un des concepts clés de la vie morale et que son usage- le bon et le
mauvais - cst presque aussi bien que du ?on sens
artésien. Ce simulacre - car j'honneur est blen.la representa.tlon, cette
• image >0 de soi que l'homme s'est construite en f?nctlOn ,de, sa
participation dans la vie sociale est un fragile, prot:ge et
exposé à la fois. En effet, ce • sentiment de menter de la c?nSlderatlon
t de garder le droit à sa propre estime" -, c'est une des defmltlons du
dictionnaire - repose sur une évaluation posltl.ve de sa pr?pre Image,
'cst-à-dire, en fin de compte, sur une te confiance en ».. ,.,
En réfléchissant sur l'offense, nouS retrouvons la deJa
rencontrée à propos de la déception. Dans le. cas de la deceptlOn? II
de la confiance en autrui; dont ,la faillite remetla,ll en quest,lOn
la confiance en soi, la laxant de credulite. Dans le cas de l, offense, c est
la confiance en soi qui se trouve ébranlée par la negatlOn de la
confiance des autres qui se manifeste par la te blessure >O. cas
comme dans l'autre, il s'agit d'un manque fiduciaire. constitue par
l'écart constaté entre deux simulacres.
Le rapprochement reste également valab}e lorsqu'il s'agit d'envisa-
ger la réaction du sujet à qui on a manque,: la partlelle-
quand, par exemple, sefâcher slgmfle en meme temps. s,offenser" et
fi se mettre en colère» - le confIrme. La VIOlence de la reactlOn, dans
les deux cas de • défiance", reste proportionnelle à la douleu:
provoquée par la double blessure: s'agissanl de l'honneur a
défendre, celle-ci peut êlre [ormulée, sur le plan de la modalisatlOn du
sujet, comme l'émergence du /pouvoir-fairef.
239
4. LA VE GEANCE
4.1. UN SYNTAGME PASSIONNEL.
Ainsi se trouvent réunies les principales conditions de l'instauratiun
du sujet de faire: l'apparition, à la suite du manque fiduciaire, SOli'
forme d'un vouloir- et d'un pouvoir-faire, des composantes essentiellc\
de la compétence du sujet permet d'envisager son passage à l'acte
L'agressivité est susceptible de donner lieu à l'agression, le • désir de
vengeance" de se muer en vengeance.
À ces conditions, il convient d'ajouter, on l'a vu, ce que l'on peul
appeler directivité de la compétence, c'est-à-dire la visée du sujet qlll
trace déjà la trajectoire sur laquelle pourra se construire le "N
éventuel. Car, si le programme d'action du sujet est encore absent. 011
sait déjà que ce sera un PN .. humain ". intersubjectif, ne concernant
pas un objet de valeur proprement dit, mais un sujet autre. On peul
méme se demander dans quelle mesure l'émergence du sujet de faore
agresseur, armé d'un jpouvoir-fairej que les dictionnaires - et
psychologues - définissent comme une affirmation de soi et/ou 1.1
destruction de l'autre. ne contient pas déjà, sous forme de .. •
ou d' .. universaux ", les éléments décisifs déterminant ce program
me.
1\ faut souligner toutefois que le syntagme passionnel ainsi constrUl1
est loin de se constituer comme un enchaînement causal. En effet, le,
éléments qui le composent ne se suivent pas nécessairement: bicn ail
contraire, le déroulement syntagmatique de la séquence peut s'arrête,
à tout moment, donnant lieu, à chaque arrêt, à un état passionnl'l
prolongé: l'insatisfaction s'estompe ainsi en « résignation ", la malvcil
lance peut persévérer comme une .. hostilité" et le désir de vengeancr
rester à l'état de .. rancune », sans que pour autant tout ce monlaV,'
passionnel conduise à un faire.
On ajoutera aussi que de tels étals passionnels, pour peu que leur
caractère itératif soit reconnu cl qu'ils puissent s'insérer. en lanl
qu'unités autonomes, à la manière de motifs, dans le déroulement dc'
discours différents, sont prêts à se figer en rôles pathémiques (011
psychologiques) et à se constituer ensuite, pour chacune des aire,
culturelles, en typologies connotatives suggérées par L. Hjelmslev.
240
DE LA COLÈRE
4.2. LA RÉGULATION DES PASSIONS.
Le syntagme passionnel dont nous nous occupons ne. sc
développer jusqu'à ses ultimes possibilités si l'on ne lUI ajoute la
dernière pièee manquante - le programme narratif - permettant la
réalisation de la compétence condensée. En tenant compte de la
comparabilité des développements syntagmatiques de la déception et
de l'offense et surtout de la possibilité de l'apparition subséquente du
manque. on peut utiliser la définition de vengeance. dont les grandes
lignes nous semblent généralisables.
La vengeance s'y trouve définie soit comme .. besoin, désir de sc
venger" - ce que nous avons déjà examiné -. soit comme .. une
action,. et alors elle peut être considérée de deux manières:
_ comme le • dédommagement moral de l'offensé par punition de
l'offenseur .,
- ou comme la. punition de l'offenseur qui dédommage moralement
l'offensé .,
ce qui est une façon un peu lourde de dire que l'action en question
concerne deux sujets et cherche à rétablir entre eux l'équilibre
perturbé à la suite de l'offense (et, ajouterons-nous, de la déception).
n voit pourtant tout de suite qu'il ne s'agit pas là simple
liquidation du manque qui situerait le PN au niveau de la circulation
des objets de valeur, mais d'une affaire entre sujets, dont l'un doit ètre
.. dédommagé moralement .. et l'autre .. puni lf.
Le PN de vengeance reste néanmoins un programme de compen-
sation. mais cette dernière s'accomplit au niveau des « passions» et
l'équilibre intersubjectif recherehé est une sorte d'équivalence pas-
sionnelle. Si un sujet S, souffre, alors il convient d'infliger la • peine.,
c'est-à-dire la punition et la douleur à la fois, au sujet S, pour le faire
souffrir autant. La vengeance, on le voit, est d'abord un rééquilibrage
des souffrances entre sujets antagonistes.
Un tel équilibre de souffrances est un phénomène intersubjectif, une
régulation sociale des passions. Le PN de vengeance ne se trouve pas
encore épuisé de ce fait. En effet, la souffrance de S, provoque le plaiSIr
de S - une satisfaction qui accompagne normalement tout PN
réussi
l
- qui, pour dire les choses brutalement, se réjouit d'avoir fait
souffrir son ennemi. La vengeance est, par conséquent, sur le plan
,ndividuel et non plus social, un rééquilibrage des déplaisirs et des
plaisirs.
241
DU SE S. Il
En première conclusion, on peut dire que la vengeance, dans 1.•
mesure où elle se situe sur la dimension pragmatique - et correspond.
en la rapprochant du schéma narratif général, à la sanction pragmil
tique - et comporte, de ce fait, une activité somatique et gestuellc, '"
définit tout de même par des effets passionnels de celte activité et ,e
comprend alors comme une circulation d'objets. passions '.
Remarque J : On voil qu'une telle interprétation de la vengeance se prête l'
la comparaison avec le syntagme sadique dont les unités 'le
suivent comme:
souffrir ----+ faire souffrir ----+ iprouver du plaisir.
Remarque 1: L'équilibre des souffrances et des plaisirs vers lequel tend 1.
vengeance explique aussi la possibilité de substitution de la punitlun
somatique par le rachat.' la privation des biens est alors sUPpoWc
provoquer le déplaisir. l'acquisition des biens à titre de «réparatIOn
morale. procurant des satisfactions jugées équivalentes.
4.3. LA SANCTION COGNITIVE.
Ce qui a dû frapper le lecteur à plusieurs reprises déjà, c'cst le
parallélisme qu'il a pu observer avec nous entre, d'une part. Ir
déroulement de la séquence passionnelle étudiée et, de l'autrc. If'
articulations fondamentales du schéma narratif général. Il en est ,lin"
du manque et de sa liquidation. un des ressorts principaux de tout récl'
Du moment que nous avons reconnu que les objets de valeur '1111
constituent l'enjeu du récit de la vengeance sont des objets-passion,. il.
liquidation du manque ne peut qu'être la conséquence de l'éprl!U""
décisive comportant la douleur infligée et le plaisir du héros viCh'
rieux.
Cependant. cette articulation narrative élémentaire n'est que 1.1
partie pragmatique de la vengeance. Les lecleurs attentifs de V. PrOPI'
se sont souvent interrogés sur la raison d'être et la significatIOn
profonde de l'épreuve glorifiante qui semble une simple duplication <le
l'épreuve principale el dont le récit aurait pu faire l'économie. Celle
épreuve possède pourtant unc fonction autrement importante dan, 1.1
mesure où elle résout la « crise de confiance» qui s'était installée dan..
la société en opérant, à l'aide de la sanction cognitive. la reconnaissam:('
du héros et la confusion du traitre, c'est-à-dire en réinstallant .Ir
nouvcau, de façon catégoriquc, le langage de la vérité.
242
DE LA COLÈRE
En interrogeant les positions terminales du schéma narratif, on
consolide, en les explicitant, les positions initiales, manifestations d'un
même dispositif paradigmatique projeté sur le réeit: la sanction
cognitive dite re-connaissance présuppose ainsi le sujet non reconnu par
les autres et troublé dans sa foi, et permet de mieux comprendre le
manque fiduciaire en tant que ressort narratif. L'autonomie de celte
dimension de la vengeance, d'autre part, ne fait point de doute: il suffit
de jeter un regard sur une de ses déviations que constitue le pardon
pour y reconnaître la vengeance allégée de sa dimension pragmatique,
el qui n'en contient pas moins la liquidation du manque fiduciaire.
L'évolution du duel, celte forme typique de • réparation morale " est
tout aussi instructive: arrivé à son épuisement, le duel à la Léon Blum,
où la blessure est remplacée par une. marque " est devenu un rituel
pratiquement désémantisé dont l'. honneur. seul empêche de se
dispenser.
Cependant, on peut dire que le duel survit tant qu'il reste un
affrontement à enjeu fiduciaire et ne se termine pas comme un • match
nul» tant que, à sa suite, le héros et le traître sont reconnus comme tels.
Car ce couple de héros et de traître, de sujet et d'anti-sujet, n'est pas le
résultat d'une articulation catégorielle binaire, mais d'une présuppo-
sition réciproque qui les rend inséparables, l'un n'apparaissant jamais
ans la présence concomitante de l'autre. Le face-à-face de ce couple
uni el antagoniste, dont les manifestations figuratives reposent souvent
sur l'exploitation des universaux sémantiques de vie vs mort - on tue
beaucoup dans les récits enfantins et mythiques -, peut être, sans
grand danger, considéré à la fois comme. l'affirmation de soi et la
destruction de l'autre •.
4.4. DEUX FORMES DÉVIANTES: LA JUSTICE ET LE SADISME.
Le fait que la vengeance soit le P du sujet de faire et que celui-ci ne
se constitue, on l'a vu, qu'à la suite de l'émergence du /pouvoir-faire/,
rend bien compte du rôle primordial que le maniement de cette
composante de la compétence du sujet est appelé à jouer: c'est en effet
la délégation du pouvoir-faire qui institue le destinateur-judicateur et
transforme la vengeance en justice.
Qu'il s'agisse de Dieu proclamant que la vengeance lui appartient ou
du seigneur qui s'efforce d'entrer à tout prix en possession de la • haute
justice., on a affaire là à un déplacement de pouvoir que nous
243
DU SENS, Il
continuerons à dénommer délégation. bien qu'elle soit supérati\Je.
c'est-à-dire orientée de bas en haut, et non inférative comme c'cst le
plus souvent le cas. L'orientation, dans ce cas, semble d'ailleurs n'êlre
qu'une question de point de vue.
La délégation a pour effet de créer une distance entre les instances
du sujet et du destinateur-judicateur, entre le vouloir-faire et le
pouvoir-faire, qui ne peut être comblée que par la médiation du savoir:
savoir sur la souffrance que le destinateur inflige à !'anti-sujet, plaisir
que le sujet n'éprouve que grâce au savoir sur la punition de
l'autre.
Cette intellectualisation des douleurs et plaisirs explique en grande
partie le dépassionnement de la vengeance qui caractérise sa sociali-
sation. Il n'est pas étonnant que la disparition de l'immédiateté que
confère à la passion le faire somatique exercé dans le cadre des
relations intersubjectives conduise progressivement à la désémantisa-
tion de la structure de la vengeance el à son dépérissement. Quant à
savoir si d'autres structures de régulation des passions - la lutte des
classes, par exemple - peuvent s'y substituer efficacement, c'est déjà
unç question qui concerne les sociologues.
A cette déperdition passionnelle s'oppose, du moins en apparence, cc
surplus émotionnel qu'est le comportement sadique. Nous avons déjà
été frappé par la disposition syntagmatique
souffrir ~ faire souffrir ~ éprouver du plaisir
qui semble commune à la vengeance et au sadisme. La formulation
plus rigoureuse, en termes de structures actantielles ct de programmes
narratifs, ne fait que confirmer cette première impression (cf.
C. Zilberberg). Et pourtant, la reconnaissance des struclures syntaxi-
ques comparables ne fait qu'accentuer les différences dont la princi-
pale nous paraît être le caractère phrastique - et non discursif - de la
syntaxe sadique: ainsi, on le voit, si les unités syntagmatiques
constitutives de la séquence sont communes aux deux « passions 110, cc
qui manque au discours sadique c'est - tout comme pour la traduction
automatique - son pouvoir d'anaphorisation. ce qui fait de l'une
comme de !'autre des discours « déréglés •. Chaque unité-phrase du
discours sadique est correcte, mais les actants syntaxiques des
différentes unités - tels S, sujet frustrant el S, anti-sujet - ne se
trouvent pas intégrés en un seul acteur syncrétique; le sujet sadique S,
sc sent bien frustré par S" il n'empêche que le sujet qu'il fera souffrir et
244
DE LA COLÈRE
dont la souffrance lui procurera du plaisir n'est pas le même que le
sujet frustrant. Il en résulte un piétinement, une absence de projet de
vie que seule l'intégration de cette syntaxe dans le schéma narratif
général pourrait pallier.
5. COLÈRE
Si l'étude de la colère, entreprise d'abord de manière suivie, s'est
égarée ensuite en prenant en compte différentes formes syntagmati-
ques des passions qui paraissaient pouvoir lui être apparentées, c'était
dans un double but: inscrire, d'une part, la colère dans une
paradigmatique des formes comparables, développer, d'autre parI, le
discours colérique jusqu'à ses ultimes conséquences. Dans la seconde
perspective, l'examen de la vengeance nous a paru particulièrement
intéressant: à partir de la « colère contenue. - ct c'était là le point de
bifurcation -, le comportement passionnel se développait, grâce au
pouvoir-faire acquis, en un programme narratif de la ole vengeance,., un
PN complexe et complet. Ce développement régulier du discours
passionnel pouvait alors servir de toile de fond pour mieux comprendre
le phénomène troublant de la colère.
Il semble à première vue que ce soit le caractère violent, c'est-à-dire
intensif, du mécontentement qui puisse expliquer en partie le fait que
la « passion " en se développant, emprunte le parcours de la colère aux
dépens de celui de la vengeance. Il s'agit là, à vrai dire, d'une double
intensité: la colère présuppose une déception violente, mais aussi
l'immédiateté de la réaction du sujet déçu. L'explication toutefois n'est
pas entièrement satisfaisante, car on voit bien que les mêmes
caractéristiques peuvent présider au développement de la vengeance:
on parlera alors seulement, non de brusquerie, mais de la rapidité des
réflexes de l'offensé. On est bien obligé, par conséquent, d'avoir
recours à une interprétation typologique, en attribuant les caractères
distinctifs de la colère et de la vengeance soit à l'innéité, soit au
particularisme culturel. Il s'agit là d'une option qui concerne la théorie
des passions dans son ensemble.
Si toute explication causale paraît insatisfaisante, la description
sémiotique des deux parcours est aisée. On voit que le moment crucial
y est constitué par l'émergence du sujet selon le pouvoir-faire: dans le
cas de la vengeance, cette modalité s'intègre dans l'ensemble de la
245
DU SENS, Il
compétence modale du sujet prête à produire un PN approprié; en cas
de colère, au contraire, le pouvoir-faire, exacerbé, domine entièrement
le sujet et passe au faire avant qu'un programme d'action soit
définitivement élaboré, n'étant capable d'utiliser que les éléments
épars susceptibles de fonder ce programme, réunis sous la rubrique de
l'agressivité orientée (affirmation de soi et destruction de l'autre). Le
PN de la colêre apparaît ainsi comme un programme syncopé, en
employant le terme de syncope dans son acception grammaticale. Quoi
qu'il en soit, la distinction entre la vengeance et la colère fait bien sentir
la différence qui existe entre le discours de la passion et le discours
passionné, perturbé par la « passion >t,
Table
1NTRODUCTION 7
Préalables 7
Une syntaxe autonome 8
Syntaxe modale 9
Nouveaux dispositifs sémiotiques Il
Sémiotiques modales 14
UN PROBLÈME DE SÉMIOTIQUE NARRATIVE, LES OBJETS DE VALEUR 19
1. Le statut sémiotique de la valeur 19
1.1. Les valeurs culturelles 19
1.2. Objet et valeur 21
1.3. Sujet et valeur 23
lA. Valeurs objectives et valeurs subjectives 24
2. Le statut norratl! des valeurs 27
2.1. La narrativisation des valeurs 27
2.2. Origine et destination des valeurs 29
3. La communication à un seul objet 32
3.1. L'énoncé de jonction complexe 32
3.2. Jonctions syntagmatiques et jonctions paradigmatiques 34
3.3. Transferts d'objets et communication entre sujets 35
3.4. Les transformations narratives 36
3.4.1. Le point de vue syntagmatique 38
3.4.2. Le point de vue paradigmatique 39
4. La communication à deux objets 39
4.1. Le don réciproque 39
4.2. L'échange virtuel 40
4.3. L'échange réalisé 42
5. La communication parlicipative
6. Rapp.1
LES ACTANTS. LES ACTEURS ET LES FIGURES
1. Structures narratives
1.1. Actants et acteurs
1.2. Structure actantielle
1.2.1. syntagmatiques
1.2.2. DIsjonctions paradigmatiques
1.3. Rôles actantiels
1.3.1. Compétences et performances
1.3.2. Véridiction
1.4. Structure actorielle
2. Structures discursives
2.1. C.omment reconnaître les acteurs
2.2. Figures et configurations
2.3. Rôles thématiques
3. RicapitulalÎons
POUR U E THÉORIE DES MODALITÉS
1. us structuus modales simples
J. J. L'acte
1.2. Les énoncés élémentaires
1.2.1. La transformation
1.2.2. La jonction
1.3. Performance et compétence
1.4. Les modalisations translatives
1.4.1. Les modalités véridictoires
1.4.2. Les modalités factitives
1.5. Enchaînement des structures modales simples
2. Les surmodalisations
2.1. La compétence et ses surdéterminations
2.2. Inventaire provisoire
2.3. Catégorisation et dénomination
2.4. Les modalisations du sujet et de l'objet
2.4. J. L'approche syntagmatique
2.4.2. Organisation de la compétence pragmatique
3. us confrontations modales
3. J. Madalisations aléthiques
3.2. boulestiques
(3. Systeme des regles ct aptitudes des sujets
4. Pour conclure
44
46
49
49
49
50
50
51
52
53
54
55
57
57
58
61
65
67
67
67
68
68
69
70
71
71
73
74
76
76
76
77
78
80
80
82
82
86
88
90
DE LA MODALISATION DE
1. Taxinomies et axiologies
2. Probltmes de conversion
3. Espace thymique et espace modal
4. Compittnce modale et existtnce modale
5. Structures modales et leurs dinominations
6. Valeurs modaliséts
7. Conclusions provisoires
LE CONTRAT DE VÉRIDICTION
1. U vraisemblable et le viridique
2. u contrat social
3. La crise de la viridiclion
4. La manipulation discursive
5. La viriti et la cerlitude
LE SAVOIR ET LE CROIRE' UN SEUL UNIVERS COG ITIF
1. Introduction
2. us procts cognitifs
2.1. Le savoir précède le croire
2.1.1. L'acte épistémique e t une transformation
2.1.2. L'acte épistémigye est susceptible d'être converti en faire inter·
prétatif et en procès discursif
2.1.3. L'interprétation est reconnaissance et identification
2.1.4. L'acte épistémique est le contrôle de "adéquation
2.1.5. L'acte épistémique est une opération Jonctive
2.1.6. L'acte épistémique praduit des madalltés épistémiques
2.1.7. Le sujet opérateur est un sujet compétent
2.2. Le croire précède le savoir
2.2. J. La proposition
2.2.2. La manipulation selon le savoir
3. us systtmes cognitifs
3.1. Les univers du savoir et du croire
3.2. La rationalité paradigmatique
3.2.1. Le binarisme et les termes complexes
3.2.2. Le catégorique ct le graduel
3.2.3. Le mesurable et l'approximatif
3.3. La rationalité syntagmatique
'II
'II
96
98
100
101
103
103
105
108
110
111
115
115
117
117
118
118
119
119
120
121
121
122
122
123
124
124
126
126
127
128
128
3.3.1. La pensée causale
3.3.2. La pensée parallèle
4. Pour conclure
DESCRIPTIO ET À PROPOS DE
• LA FICELLE. DE MAUPASSANT
J. Situation de la description dans le discours narratif
1.1. La segmentation selon les critères spatio-temporels
1.2. Segmentation selon le savoir
1.3. Segmentation selon les critères grammaticaux
2. Analyse sémantique des séquences descriptives
2.1. Le segment descriptif 1 : l'actant volontaire
2.2. Le se8ment descriptif 2: l'acteur fi8uratif
2.3. Le segment descriptif 3 : le faire social
2.4. Le segment descriptif 4 : la sanction slj)Ciale
3. Segmentation ttxtuelle el organisation du texle
LA SOUPE AU PISTOU OU LA CO STRUCTION D'UN OBJET DE VALEUR
1. La rteelle de cuisine
2. L'objel tl la valtur
3. Le dispositif stratégique
3.1, La soupe aux légumes
3.2. Le pistou
3.3. La programmation
4. Quelques enseignements
DES ACCIDENTS DANS LES SCIENCES DITES HUMAINES
1. Introduction
1.1. Justifications
1.2. Le statut sémiotique de la préface
1.3. Organisation textuelle
2. Discours du savoir el discours de la rteherche
2. J. Discours s"actualisant et discours réalisé
2.2. Le discours réalisé et la compétence du narrataire
2.3, Le discours de la recherche et "absence du sujet
2.4. La question
3. Le récit de Nche<
3.1. Organisation discursive et narrative
3.2. Le récit du sujet
3.2.1. Le discours cO$nitif
3.2.2. Le discours objectif
129 3.2.3. Le discours référentiel
IK'
nu.
130 3.3. Le récÎt de l'anti-sujet. . . .
pu,
l3J
3.3.1. Surface discursive et narratif
IKN
3.3.2. L'échec du faire cognlll .'
3.3.3. La modalisation du
lU
l'tH
135
3.3.4. La modalis3tion du Te
"14.
3.3.5. L'économie narrative du recU de 1echee
Iill
141
3.3.6. Les modalités épistémiques
1'1'
142
3.3.7. Le paraître et l'être
143 4. u récit de la victoire
1
1
_.1
144
4.1. L'acquisition de la comJ?élcnce
l ')Il
Itlh
146
4.2. La manipulation
1
1
11
146
4.3. Les performances
l'II
148
4.3.1. Une nouvelle
1')1)
149
4.3.2. Du conceptuel au textuel
(KI
151
4.3.3. Le faire comparatif .
20
4.4. La découverte comme
4.5. Discours de la découverte et discours de la recherche
205
153
4.6. Rénexion épistémologique
209
157
5. En guise de conclusion
211
159
213
LE
161
213
162
1. Cadre conctpluel
214
162
2. Le faire persuasif
165
3. u faire interprétatif
216
167
3.1. Une communication contraignante
216
217
168 3.2. Les objets du choix
219
3.3. L'axiologie englobante
220
171
3.4. La valorisation
221
3.5. L'identification
173
222
173
4.
Vers le discours
174
DE LEXICALE
225
175
DE LA
1. Introduction
225
176
225
176
1.1. Choix méthodolo8
i
que .
226
176
1.2. Approximations leXicographIques
177
227
179
2. Attente
227
181
2.1. Attente simple
229
2.2. Attente fiduciaire
231
182
2.3. Réalisation
231
182
2.3.1. Satisfaction
231
183
2.3.2. Patience
233
184
2.3.3, Insatisfaction et déception
3. Mécontentement
3.1. Le pivot passionnel
3.2. Un champ élargi
3.3. L'autre
3.4. L'offense
3.5. L'honneur blessé
4. La vengeance
~ Un syntagme passionnel
4 ~ ~ ) L a régulation des passions
~ : 3 . La sanction cognitive
4.4. Deux formes déviantes: la justice et le sadisme
5. Colère
234
234
235
237
237
239
240
240
241
242
243
245
••
IMP. Hf-JUSSEY A EVREUX
n.L. SFPTEMRRE 1983 - N° 6549 (32134)

Introduction

tABLES.

ISBN

2-02-006550-9 (ÉDITION COMPLÈTE) ISBN 2-02-006549-5

©

EDITIONS DU SEUIL, SEPTEMBRE

1983

9~D

13

G9-tf5
/983

La loi du 11 mars 1957 interdit les copies ou reproducions. de'.tinée'. à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction Intégrale ou partielle raite par quelque procédé que ce soit, '.80'. .le coO'.entemte~t de l'auteur ou de ses ayants cause, est illicit~ ct constttUe une con r raçon '.anctionnée par les articles 425 et '.ulvant'. du Code pénal.

lité et changement: il y a peut-être quelque paradoxe, pour un heur, à affirmer vouloir rester fidèle à soi, alors que le projet ntifique, aujourd'hui, est le seul espace où la notion de progrès a r du sens, que le renouvellement s'y inscrit comme le propre de t ffort théorique. Quel sens peut-on donner à ce désir de nence si la sémiotique qu'on avait rêvée, loin de se satisfaire de la ntemplation de ses propres concepts, devait mettre, à tout nt et à tout prix, la main à la pâte et se montrer efficace en nt sur le " réel» : l'objet à construire déterminait alors, dans une m sure, la visée du sujet. Bien plus. L'exercice constant de It qu'on s'était imposé ne manquait pas de relativiser les résultats nu t d'ébranler les certitudes à peine acquises: la voie étroite pparaissait alors comme un parcours sinueux, tant l'épistémé nt , les points de vue philosophiques et idéologiques changeants .rrlvillent à déplacer les lieux de ses interrogations et à transformer le t d formulations les mieux assurées. n' t pas sans hésitations que nous venons d'inscrire le chiffre II l' ntitulé de ce volume: il suggère la discrétion des nombres, la r radicale entre deux « états de choses ». Il convient donc de lire oralement, mais visuellement et ordinalement cette précision , censée afficher non pas le creux, mais plutôt le trop-plein entre rmes polaires que sépare une quinzaine d'années d'aventures tique . Alors seulement, les textes qui sont réunis ici deviennent Ins d'errances d'une histoire vraie, mais en même temps des rmettant, avec un peu de chance, de reconstituer une histoire l , Car le survol que nous tentons dans les quelques pages qui t n s'inspire pas d'une démarche génétique retraçant tous les ."".em nls du chercheur, mais d'une approche générative visant à

7

DU SENS, II

INTRODUCTION

retrouver, en partant d'un aval vers un amont, le fil conduct~ur ~t le sujet d'une pratique sémiotique qui dépasse les eTforts particuliers. C'est à ce prix, peut-être, que l'on peut espérer reconstItuer, ou du moins donner du sens à sa propre fidélité.

UNE SYNTAXE AUTONOME.

Il semble possible, à l'heure actuelle, de reconstituer brièvement, en leur donnant une forme quasi linéaire finalisée après coup, les principaux progrès qui ont pu être faits à partir de la description, élaborée par V. Propp, du conte merveilleux russe considéré comme un modèle analogique, susceptible d'interprétations multiples. Le point de départ en est l'effort consistant à donner à une su.cce~sion canon~que d'événements une formulation plus rigoureuse qUI lUI accorderait le statut de schéma narratif. Ainsi, en conférant aux « fonctions" de . Propp la forme d'énoncés simples où « fonction ~ était interprétée, à la manière d'un Reichenbach, comme une relation entre actants, on voyait apparaître le schéma comme une suite d'énoncés narratifs faisant ressortir, le long de son déroulement, des récurren~es et, des régularités et permettant, du même cour, la, const~uct.lOn dune « grammaire", entendue comme un .mod~le d orgams~tlOn et de justification de ces régularités. Celles-cI, d'ailleurs, sont vite ~pparues comme des projections, sur le développement syntagmatique du discours, des catégories paradigmatiques mises à plat:. une. telle armature, pour employer le mot de Lévi-Strauss, tout e~ I~p.nmant une certaine orientation dynamique au discours, le disciplinait et le clôturait en même temps. Un pas de plus était fait en redéfinissant l'événement p~ur le distinguer de l'action: alors que l'action ne dépend ~ue du sUJet. en s'intéressant à organiser son faire, l'événement, lUI, ne peut etre compris que comme la description de ce faire ~ar ~~ a,ctant e.xtérieur à l'action identifié d'abord au narrateur, mais enge ensUIte, vu la comple~ité de ces tâches, en un actant observateur indépendant, accompagnant le discours tout le long de son dérou~ement, rendant compte de l'installation et des changeme~ts de p~mts ~e vu~, de l'inversion du savoir des acteurs sur les actIons passees et a vemr, en aspectualisant les différents faire pour les transformer finalement en procès pourvus d'historicité. . La reconnaissance de ce déroulement du discours a eu pour effet de

r le faire du sujet de l'emprise de l'observateur. Une nouvelle rprétation du faire comme acte et de l'action comme programme ir a ainsi été rendue possible: le sujet, grâce à ce nouveau statut fonction, devient un sujet syntaxique quelconque. permettant lyser, par en dessous, les agissements de n'importe quel actant du t, ujet ou adjuvant, destinateur mandateur ou judicateur. Une y Il syntaxe s'affirme ainsi, indépendante de tout lien avec telle ou quence du schéma narratif d'inspiration proppienne, capable de prclpollcr le calcul des programmes narratifs simples ou complexes, les base régissant en amont les PN d'usage qui leur sont donnés. r lIèlement, le schéma proppien subit bientôt une autre réévan. onsidéré dans les années soixante - et jusqu'à maintenant par n mbre de narratologues - comme le modèle du récit par 11 nce, il apparut vite qu'il n'était en réalité qu'un enchevêtrement t de deux récits, mettant face à face deux sujets déroulant, n sa manière, deux parcours distincts et opposés, les distincdu héros et du traître ne relevant que de la coloration 11 tricè du narrateur. Dès lors, la syntaxe sémio-narrative a pu h r de la description de Propp le principe même de la confrond deux sujets en l'interprétant comme une structure binaire nt ire, fondée sur la relation tantôt contractuelle, tantôt polédisons: polémico-contractuelle - de deux sujets dont les ur ont condamnés à se croiser.

.1'1". "~J\C

MODALE.

ircularité des déplacements de l'objet de valeur (de la princesse, mple) dans le schéma proppien qui, quittant l'espace d'origine, nt après avoir changé plusieurs fois de main et d'espace, a , presque naturellement, à tenter une définition topologique du u point de vue syntaxique, cependant, une telle circulation ,,~Jtt., pour qu'elle puisse donner lieu à une interprétation générale et Iye de la narrativité, demandait un réexamen des relations entre ~ ts et les sujets. définition du sujet qui ne soit ni ontologique ni psychologique nécessairement le problème de 1'« existence sémiotique»: mément au postulat théorique de la prééminence de la relation termes, on pouvait dire que la relation à elle seule suffisait à
9

8

. par conséquent. que la dimension événementielle.et constituant alors sa compétence modale . de valeur qui. la circulation des objets paraissait alors comme une suite de conjonctions et de disjonctions de l'objet avec des sujets successifs ou. ne change l'affaire: la communication est un jeu de substitution des rôles 'nonclateur assume. ne pouvait être efficace que si elle s'incarnait dans les sujets anthropomorphes d'une syntaxe narrative de surface. le faire interprétatif. n'est tout au plus qu'un prétexte à des joutes autrement plus t ntes. que le sujet n'existait que parce qu'il était en rapport avec l'objet et que. de pouvoir et de savoirpeuvent ainsi être envisagées: les modalisations de l'énoncé (par la médiation du prédicat. qui révèlent l'existence d'une couche de modalisations surdéterminant aussi bien les sujets que les objets. mais aussi des services mple. on n'avait affaire qu'à des êtres et ~ ts fortement iconisés situés sur la dimension pragmatique du l '~git maintenant de compétitions et d'interactions cognitives uJets ~odalement compétents briguent des objets modalisés. qui. un mstant plus tard.". directement engagés dans . elle restait statique et axiologique. d'autre part. Une axiologie. dans la syntaxe sémiotique à peine libérée de la gangue des « fonctions» proppiennes. se portant tantôt sur le sujet de faire . les modalisations du sujet de faire et enfin les modalisations de l'objet (se répercutant sur le sujet d'état). du fait que l'objet définit le sujet d'état. comme une communication entre les sujets. On peut imaginer les conséquences qui découlent de l'intégration.. Leur présence cependant ne faisait pas de doute. de tels dispositifs modaux: alors que naguère on ne parlait que de la circulation des objets. ft nt.ou de cette communication -. en principe.en distribuant la masse modale en quatre modalités de vouloir et de devoir.."Ullllf et. Un opérateur syntaxique. en le modulant.mais aussi par des sujets motivés. référentielle de leurs agisse. plus capables d'obtenir des objets de valeur que d'autres? c'est qu'ils sont plus « compétents» que d'autres. est susceptible d'être distribuée diversement à l'intérieur de l'énoncé qu'elle affecte. puissance du modèle analogique qu'est le schéma proppien ne '''ItUIIIC pas pour autant. constitutif de l'énoncé).. tantôt sur l'objet et rendant compte.. à l'échange des biens. sus de la communication et exerçant. en • 1 s malentendus et les échecs de la communication entre "mnl1es . était nécessaire: le sujet de faire.. est censée se projeter. de l'autre. s'imposait ainsi dans la plénitude de ses fonctions. Ceci admis. ce qui revient au même.pouvoir rendre compte du caractère fiduciaire. les sujets en jonction avec les objets étant définis existentiellement comme des sujets d'état.DU SENS. le faire .manifestés indifféremment par deux acteurs distincts ou réunis en un seul acteur . Trois séries de modalisations . le premier investissement sémantique dont était pourvu le sujet n'était autre que la valeur située dans l'objet en jonction avec lui. on peut procéder 10 .ce qui expliquerait. inégalement apprécié. le changement devient tif: alors que. UX DISPOSITIFS SÉMIOTIQUES. mais en même temps rusé et dominateur. onfrontation polémico-contractuelle que nous considérons l'une des structures de base organisatrice du schéma narratif se transposée ici et installée au cœur même de l'intersubjectivité 1 emble. complémentaire du sujet d'état . de deux sujets un o. on ne voit pas ce qui pourrait l'empêcher de prendre en 1 communication intersubjective préoccupée de la circulation ~ ts de savoir que sont les messages. inégale. mais inégalement modalisés . rendant compte de cette circulation . à condition de remplacer les ft S neutres de l'émission et de la réception par des sujets t nts. en lisant Propp. inquiet. II INTRODUCTION définir les deux termes-aboutissants de sujet et d'objet l'un par rapport à l'autre. qu'est-ce qui fait que certains sujets sont plus désireux. signalent également un phénomène sémiotique remarquable: la charge modale. d'un côté.ïque s'applique sans difficulté aux différentes dimensions t ires de la société. comporte ses attnbutlons modales.bjet. Il suffisait pour cela de s'interroger naïvement: qu'est-ce qui fait courir ces sujets après les objets? c'est que les valeurs investies dans les objets sont « désirables». Une telle définition du sujet était pourtant insuffisante.. de la communin. Si la théorie de la communication d'origine . Le fait que le destinateur du récit proppien se manifeste aux bouts de son déroulement. celui de l'énoncia-' " 11 . par exemple). chargeant d'abord le sujet d'une n et contrôlant sa compétence lors de l'épreuve qualifiante et raissant ensuite pour évaluer et reconnaître ses hauts faits qu'il se trouve départagé en mandateur et judicateur pour êtr~ ux deux pôles de la structure de la communication. de l'existence modale du sujet.. sur le prédicat (en produisant ainsi les modalités aléthiques. De quantitatif.."'"=8 nant aux calculs de compétence modale. Ces formulations triviales.

-C. mais qui. ramifié mais prévisible.DU SENS. mais aussi pour celle des «comportements» et des « situations» pour peu qu'on puisse y déceler quelque ordre ou régularité. sont en fait des organisations modales. au contraire.. à première vue. décrite sous forme d'enchaînements d'actes somatico-gestuels . celui de la perception et celui de la transformation du de. l 'peralent actIvement à la construction du sujet lui-même (Lévi. ne serait-ce que par l'enrichissement du sujet à l'aide d'une combinatoire de modalités qui le constituaient et le typologisaient (J. tout en mettant progressivement à jour r tions élémentaires. Les problèmes de l'appropriation et 1 construction des objets semblent. s'est raffiné ensuite. Coquet). etc. e retour de pendule. pour 1 r que la contribution essentielle de Lévi-Strauss). la réalisation et la reconnaissance . permettrait tre à la sémiotique de dépasser. Iy du discours en sciences expérimentales dont s'occupe avec t n rançoise Bastide. les recherches visant à expliciter et à codifier les t on «primitives» par lesquelles s'exerce l'emprise du sujet sur tur semblent. il nous semble. S'il n'est plus besoin d'insister sur le rôle primordial du sujet 1 lors de la perception. Les soucis premiers . du moins objectransfor~ation du monde. qui se réduisait d'abord aux trois époqués de la vie -la qualification. prêts à s'accommoder d'une sémiologie naissante. indifférentes aux contenus investis et manipulés. tantôt dans son parcours de vie. susceptible de servir de niveau profond à une u figurative dont le besoin se fait sentir lors de la lecture des • •lIn poétiques tout aussi bien que scientifiques. «saillantes» et «prégnantes» n. va au-devant des objets pour construire à sa le monde naturel. les ur élémentaires de liquéfaction et de solidification de ti n et de mixage. pour s'interroger 1 possibilités d'une esthétique sinon objective. son organisation modale faisant penser alors à un dispositif génétique. susceptibles d'être utilisées comme des modèles de prévisibilité pour l'analyse des textes verbaux et non verbaux. chacune mettant en jeu deux sujets syntaxiques dont le premier rendra compte du comportement du destinateur et le second. II INTRODUCTION taire.. De nouvelles analyses de textes littéraires ne pel!vent qu'enrichir la problématique de la construction du sujet. le pourrissement par l'eau. dans le second. à laquelle il s'agit par la suite de rune enveloppe-objet à l'aide de programmes de faire plus ou mplexes. les limites Il 'est imposées. qu'ont eu les schémas de Propp en France s'explique en partie. par exemple. à «compétentialiser » le sujet et. un peu inattendu. deux dispositifs sémiotiques autonomes . fait naturelnt partie des préoccupations de la sémiotique."'I. permettent d'imaginer une véritable « . d'une valeur modalisée. En réservant la place centrale à une sémiotique de l'action . On voit alors que le faire du sujet proprement dit se trouve englobé par deux suites d'opérations modélisables. Ces nouveaux objets sémiotiques. se situer à deux ux distincts. le logis ont peuplé le monde 1 de matériaux manipulés et d'objets construits. mme: la nourriture. libérés des contraintes du schéma narratif. dans le premier cas. Le succès. élargit en même temps les possibilités ~"'Ibol'ati n de la syntaxe « objectale ». dont l'élaboration est loin d'être achevée. ne serait-ce que. en faisant apparaître d'autres tur 1 ou déjà construits remplissant dans les programmes plus . la problématique peut néanmoins être inversée firmant le « déjà là » des figures du monde qui non seulement.XI:1I des rôles d'actants opérateurs ou médiateurs: les expérin se présentent alors comme des événements narrés et 13 . A la sémiotique du sujet se consacrant à la formulation de ses parcours possibles et à leur schématisation typologique doit corres12 dre une sémiotique de l'objet. en poussant plus loin.. le sujet pouvant être considéré tantôt dans ses contraintes initiales. Si leur consn ~emble obéir au modèle relativement simple de la projection. une fois de plus. le jeu syntaxique lui-même consistant.lchi1 nature ». le vêtement. à « sanctionner» son faire par des jugements épistémiques. l'instance de l'énonciation syncrétisant les deux compétences. de leur être. du destinataire-sujet. à peine entamées: la façon dont il ul le éléments cosmogoniques de base: l'eau et le feu. le faire-être des objets. mais aussi des restrictions de la communication verbale proprement dite. sollicitant de ce fait leur prise en considération en tant que séquences signifiantes. Son statut d'armature idéologique d'un projet de vie s'est maintenu néanmoins. par le fait que le conte russe traitait en réalité. ou de nature pragmatique. l'air et la . n les faisant agir les uns sur les autres ou sur les objets à ulr (la cuisson par le feu.la te~minolo~ie de René Thom). celui du sens de la vie d'un homme solidement inscrit dans la société . un seul problème obsédant. seraient provocatrices. pour redoutable qu'il soit. uJet.ce qui correspondait à des préoccupations actuelles des différents courants littéraires. Ce schéma. sous des habillages figuratifs variés. et consister en séries d'actes de langage.se dégagent.qui peut être de nature cognitive.une sémiotique de la manipulation et une sémiotique de la sanction .

DU SENS. à des explorations des sémiotiques défi~ies par les canaux de transmission de leurs signifiants de par des domames culturels qu'elles articulent. pparaît déjà comme une limitation méthodologique arbi. et ceci d'autant plus que la frontière entre ce qui était mme pathémique et ce qui ne l'était pas n'était pas irement établi.enter comme des enchaînements syntaxiques visant la defmltIon . Ce parti pris. a la sUIte d une sene de 14 ."'Illro d déterminations psychologisantes accumulée autour des "lIIot~r . MllnlJlul li n persuasives.601. On s'est aperçu d'abord que. Ces dispositifs sémiotiques o~t la p.se._ln~lllmm nt du choix et de la hiérarchie des valeurs «passionu' Ile articulaient. ne serait-ce que parce qu'ell~ paraît la moins contestable à cause de l'existence. comme un /devoir ne pas faire/). ensuite. mais il manifestait. rencontrés dans les • •un. contrairement aux postulaIl It s des théories classiques.. elle situe ses opérations à l!n niveau p}us profond que la logique.des principaux actants sémiotiques: sujet et objet. que l'attitude des sociétés sur la question SÉMIOTIQUES MODALES. ~omm~ inti~ulé « ~'i~ter­ ruption volontaire de la grossesse" : ce titre.""lMI. avaient un trait commun: . elles étaient toutes de caractère taxino1 présentaient comme des classifications lexématiques plus r u ies.des définitions syntaxiques "..ment acquise la pratique sémiotique se trouve elle-même transformee de fond en'comble. dans la stratégie de la recherche. s'Il en est .mogénéité d'une telle sémiotique. la structure actantie/le molaire qui a servi de point de départ à la construction de la sémiotique narrative. Se consacrant d'abord timidement à l'élaboration et à la formulation rigoureuse d'un petit nombre de séquenc~s ca~?niques.e que comme des dénominations sous-tendant leurs defmltlons syntaxIques (l'interdiction se définissant ainsi. lorsqu'il s'agit d'aborntlments et des passions « de papier ". que tion sémiotique de ces passions se faisait presque exclusit rmes de modalités: l'affectivité qui se dégageait à la 1 xtes verbaux ou somatiques pouvait alors être considérée n iffet de sens produit par des structures pathémiques de modal. Comme il fallait s'y attendre. elle signale toutefois l'absence miotique volitive dont l'analyse en question a également mi tique s'est longtemps interdit de toucher à tout ce qui pr ou de loin. dans l'exe~plaire choisi au hasard pour l'anal!. ti n fut grande de donner à ces passions-lexèmes .. ln i.ique modal. par des u'il 'agirait de préciser. du domaine de la psychologie. Ainsi le discours juridique . par exemple. à un / devoir ne /. grâce à l'autonomie de la syntaxe difficile. alors qu'il fallait poser d'abord les finis comme de simples « agissants ». Si une . pour p~u qu:on cherche à l'appliquer à un discours manife~té. ?~ se pré~. de slmpl~s operatIOns de substitution elle cherche à élaborer des sUItes syntaxiques comportant des « augm~ntations de sens ". dès le début. et des « tempéraments ".portait. On a pu constater alors que toutes 11l'''rlj~lI. La première de ces sémiotiques.l~g. compte tenu du fait que le discours garde « en mémoire" les acquis modaux de son amont. justifiant ainsi après coup. elle en arrive à se construire petit à petit de nouveaux dispoSitifs et de nouveaux objets idéels qui se substituent progressivement.et du leurs expansions discursives .articulari!é. l'absence d'instruments d'analyse.""Iotlon qui se mettrait à réglementer les « actes volontaires" de •••nl p raît quelque peu suspecte. On voit ainsi que. II INTRODUCTION dévoilent ainsi leur véritable statut d'opérations cognitives aboutissant à la construction d'objets de savoir inédits de nature conceptuelle. destinateur et destinataire. Il il convient d'ajouter le refus persistant de la psychanalyse un méta-psychologie souhaitée par Freud lui-même.et 1mterdéfinition . l'ho. ne se satisfaisant pas. parallèle. 15 . On a constaté. il était bien rare de rencontrer n «solitaires ". nous entreprendre l'examen systématique des théories des pr entes comme leur partie intégrante dans tous les grands philosophie classiques.. nettoyés de la gangue . . 1 s exigences internes du développement de la sémiotique. un /vouloir faire/individualisé.rl. jusqu'à Nietzsche et Freud.M1mcnt ju tifié à ses débuts. qui a cherché. à préciser sa ~pécificité' : ne considérant les valeurs de ~a.déontique. non seulement substituait. est souvent 1~lusOlre. de la logique du même nom est la sémiotique déontique. ils font un usage considérable des modalités et de leurs arrangements. un /ne pas devoir ne pas faire/. en laissant le soin de leurs définitions paradigmatiques et de leurs enchaînements syntagmatiques aux sémiotiques modales particulières. qu'elles n'étaient presque jamais le fait du 1 t que leur description syntaxique réclamait toujours la mise 'une structure actantielle. Cependant. ne s'impose plus aujourd'hui: ir . de manière formelle.

Ces sémiotiques sont en réalité des constructions n'ayant tence virtuelle et relèvent de l'univers du discours. sinon les contours nets. elle a cherché. devant la problématique du savoir. p~mclpe d'empirisme de Hjelmslev et. à notre époque. elle est déjà implicite~ent présen!e.DU SENS. f~rme du contenu des discours musicaux serait de nature pathemlque et susceptible de ce fait d'être décrite comme une syntagmatique des dispositifs modaux d'un langage semi-symbolique semble on ne peut plus prometteuse. dans le cadre de la discursivité globale. r1iquée à nos préoccupations actuelles. par exemple..cment plus que les phrases « bien faites» ou leur vérité conçue une référence extérieure.it~e ainsi un outillage méthodologique permettant une analyse plus raffmee des discours. s'est maintenue comme passion jusqu'à nos jours. ou la sémiotique du pouvoir.. par • •pIe. mais plutôt comme une démarche qui permet d'obtenir des résultats en tenant compte de l'ensemble des pré-conditions explicitées.ou « états» -.ogique réside dans l'exploitation éventuelle d'analyses de discours paSSIOnnels en vue de la construction que. l'hypoth~se selon laquelle la. 1efflcaclte. dc la même manière que la sémiotique volitive le fait.tlcaux complexes et pour vaquer ensuite à des occupations nt nous avons essayé de distinguer quelques-unes en parlant tif sémiotiques particuliers. soit féconde. dans le. Loin d'être d'origine seulement technologique. comme malgré lUi.bé~s du fait des motivations idéologiques du philosophe et de ses diSCiples. l'efficacité prend le nom. considérée non pas tant comme réussite.. t unc constatation banale que de dire que les différentes • •tlques modales."II. Ce vaste domaine est heureusement déjà déblayé par Michel Foucault dont les analyses riches et pertinentes sont souvent exacer.Melllon. a pour tâche. nous continuons à appeler sémiotique volitive. de communication assumée. faute d'un meilleur terme. bénéficie certainement d~ la dominance. on arrive tout naturellement à prendre en compte une masse modale susceptible d'être articulée en une sémiotique du pouvoir (du pouvoir-faire et du pouvoir-être). inégaux. 17 .la pe~~ ~e~ g~and~ mots qu'on oserait parler d'un changement radical d eplsteme qUi serait en train de s'accomplir sans qu'on en soit pleinement conscient et qui serait la substitution du concept fondamental de. de faCIliter la communication intersubjective et sociale. aux • •lIn d la domination et de la provocation. pour peu qu'elle.« attitu~es» . celui du savoir. naturellement.. ux discours de la séduction. nuu avons emprunté à Lacan.nt d' tre esquissés et dont les degrés d'élaboration sont. Mais alors le • •lIn logique. elle se fonde sur la relation ire dominée par les instances plus explicites du faire-croire et du . elle offre. En . un espace que leur l'cxigence première de l'efficacité de la communication. situées nt cn amont de l'instance de l'énonciation: le discours y me dans un réservoir pour se constituer des modèles _ .".. comporte i nt de dépasser presque toujours les concepts qu'elle se 1 tcrmes qu'elle choisit pour les désigner. N'était-ce pas . 1 sémiotique communicationnelle ainsi comprise. Dans le do~a~ne sémiotique. En poursuivant cet aperçu. la vérité et 1 urs se situent à l'intérieur du discours où elles représentent l'un mps d'articulation modale... mais ntreprise de persuasion et d'interprétation située à l'intérieur tructure polémico-contractuelle. interprétée comme une grille d~ ~ecture sociale connotative. Il nt pas à l'état pur dans des discours manifestés et que odalités et/ou leurs suites canoniques s'y rencontrent et s'y nt. où la confiance dans les hommes et dans leur dire compte . vérit~ p~r c~l~i d'efficacité. entre autres. la générosité. dans 1eXigence 16 tive de la grammaire générative où elle sanctionne la démarche 1 de la pratique scientifique. Mais l'essentiel de cette avanc~e épistémol. remplirait alors la . tant les quelques certitudes dont il disposait paraissent aujourd'hui ébranlées. le meilleur exemple en est peut-être le concept de : n'ayant l'ambition au départ que de s'occuper de la seule di cours narratifs. .km dc fournir du matériel modal approprié aux discours de la . à se . Une Iqu modale du savoir. Le relativisme culturel incontestable confirme ce que nous venons de dire à propos des effets de sens: sur le fond général de dispositifs modaux plus ou moins complexes . chaque société trace les contenus de sa configuratIOn pathémique particulière qui. mais aussi le discours « monstratif» de la sciencedavantage par le savoir-être et l'autre par le savoir-faire . xion théorique. de nouvelles possibilités à la sémiotique générale: ainsi. de mamere plus expliCite. logico-monstrative. ~ perdu sa charge affective). son contraire. de plus.. Dans le domaine .nt. L'interprétation des passions à l'aide de la syntaxe modale const. La perplexité est peut-être le mot qui convient le mieux ~our décrire l'attitude de celui qui se trouve placé. II INTRODUCTION changeait dans l'espace et dans le temps (si l'avarice. . . par exemple. i la communication n'est pas un simple transfert du savoir. du faire sur l'être. passion par excellence aux XVIe et XVIIe siècles. dont les emplacements.

certams concepts instrumentaux ayant épuisé leur valeur heuristique. la fiducie s'est substituée à la connaissance comme support de toute communication.=~~~nt même parfois à eux dans la quête des valeurs. un nouveau visage de la sémiotique se dessine peu à peu. après une dizaine d'années d'efforts collectifs. . Cependant.mais on peut en dire autant des autres actants sémiotiques . u~ézil. d'abord p~ru dan. ces objets se présentent pl .ndo-européenne. se soumettent aisément à la Ion selon le schéma déjà éprouvé de la tripartition fonctionl' dwlogie i. dans la d1mensiOn cogmt1ve. 31. une sorte de garantie quant à l'universalité des formes • que l'.DU SENS. Allant • m is non nécessairement . tlll. interprétable en termes de syntaxe modale qui. un méta-terme recouvrant une organi. lis les a1dent de différentes manières et se .sation ~onceptuelle tout autrement articulée. dans son ensemble. t rendant poss1ble. t perspective. finalement. que le nom. ce qui revient au ttnbuts esse~tiels de la compétence humaine. Epopée. Tout se passe comme Sl. ~e l'une des ~omp~santes ~~ la discursivité. _ _. . le faire de r Olt . comme li les appelle. Pans. était déjà prêt.un creux s~miotique qu'il convenait de combler par ce qu on a appele sa competence modale. instaurant. . à peu près la mê~e chose a~ec le concept instrumental de dimension cogn~ti~e des d1scours. entre le sujet-héros ~t son faire. qUi permettait. p~uvait comporter aussi toutes les autres modalisations.par trois. Il se passe. un nouveau projet. à son tour. mme corpus de référence l'univers des contes merveilleux '=~~~:::.ères de la ~ouveraineté divine ou. . Celle-ci même si elle faisait ressortir souvent la modalité du savoir faire. p. Il est vite apparu que la syntaxe narrative de surface était. 1973. a en prendre la relève. On s'est aperçu. toute l'affectivité s'est vue intégrée dans la dimension cognitive et que. la construction d'une syntaxe sémiotique modale. qu'il existait. en ordre dispersé. recouvrait toute la dimension cognitive: ce qui restait à la dimension pragmatique pouvait probablement être versé au bénéfice de la composante sémantique de la grammaire. en réduisant le cognitif proprement dit au statut. que des formes dégradées et figuratives des 1 ph. comme ' t une bourse qui se remplit d'elle-même t un couvre-chef qui transporte au loin. . t une corne ou un sifflet qui fournit des soldats. U fi problème de sémiotique rrative : les objets de valeur * 1. arrive à la conclusion que n . STATUT SÉMIOTIQUE DE LA VALEUR VALEURS CULTURELLES. à l'origine. Quand.IC partlcuhere d acteurs f1guratifs traditionnellement connus nomin~tio~ d:obje~s magi9ues : une fois mis à la disposition u de l anti-heros. On voyait bien que ces modalités n'avaient rien de « pragmatique» et que la définition du sujet . capable de créer ses propres problématiques et de définir des objets sémiotiques n~uve~ux. par exemple.on Reut reconn~ître.' après avoir étudié plus particulièrement le type l slfication d:Aarne-Thompson l. 19 . Il construire une syntaxe narrative. On s'est aperçu alors que celle-ci pouvait être utilisée et rendait indifférem~ent compte d~ ~o~tes sortes de discours: tout discours est donc« narratif ». il n'est resté du « cogmtif ». Qu'il s'agisse d'une crise de croissance ou d'un retournement dec1s1f. assez vite les choses se sont compliquées. Les objets magiques ne seraient.on pr~gmatique et les descriptions portant sur leur saVOlr et ses mampulations. de distinguer les descnptiOns des hommes prenant part aux événements et relevant ?e la dimensi. par exemple. mutatis mutandis.devenait une affaire « cognitive ». sur le mode de l'imaginaire. . Galhmard 1968.s la revue Langages. La narrativlte se trouve dès lors vidée de son contenu conceptuel. à la suite de l'interprétation des passions à l'aide de structures modales. Il en est ainsi. 541-542.

p~r exemple. or). 1.alors qu'un prétexte. c'est ~ de 'p~es~lge social ou un sentiment de puissance plus n L objet vise n est . on peut ainsi distinguer. sinon exhaustif.trait de dresser 1mventalre. in Alliés animaux.n"ltrc pa~ tellement la vOiture en tant qu'objet qu'il veut acqué1 d abo~d un m01en de. des biens thésaurisables (= richesses. D'autres oppositions apparaissent à la suite d'examens plus attentifs. C.. en se réfé~ant aux seuls récit~ folkloriques. p.n'est pas un bien en soi. par ex~mple. Calame-Gr\aule.. il u 1 le. Paulme. substitut . mais un fournisseur de biens. par exemple . un ailleurs qui médiatise le rapport du sujet à r X bl m~ ainsi posé ne relève pas de la seule psychologie. 137. on peut aisément considérer les objets appartenant à cette classe comme des ad' uvants modaux dont les sphères de compétence correspondent aux deux premières fonctions de ( la souveraineté. Alliés animaux. ce n'est . Au niveau de la littérature ethnique. Ce n'est que n Ion du . Les choses. p. et peut-être plus nettement encore. D. comme relevant d'une évidence naïve. « Echanges successifs " in Alliés animaux.nll'l du tapis vol~nt d a~trefOls.DU SENS. qu'un lieu d'investis.une calebasse.lIIa.es Indo-Européens sous la protection des divinités de 1 me fonctlon. se porte acquéreur. Les objets magiques qui fournissent des biens apparaissent à leur tour. 2. beauté. des valeurs élémentaires . le don d'invisibilité et d'omniscience que l'on acquiert en se coiffant d'un couvre-chef particulier ou le pouvoir de mater ses ennemis en donnant des instructions à un bâton magique -.. comme des médiateurs entre un destinateur mythique et l'homme auquel les biens sont destinés: l'objet magique . étudié par D. on peut noter. citée par Denise Paulme. magiques soient remplacés dans ce rôle de fournispar des ~mmaux secourables 1 ne change rien à cet inventaire Ye~ent simple et stable des valeurs désirables.r~.corpus engloba~t des r~cits de plus en plus complexes fmet. des biens consommables (= nourritures abondantes) et de l'autre. d une voiture automobile. que la définition du lexème automobile qui t 1 xhaustlve devrait comprendre: n uleme?t une ~omposante configurative. comme des représentants « dégradés» de la troisième fonction dumézilienne. Si l'on entend par services les vertus des objets qui dispensent le héros de la possession des qualités dont il aurait besoin pour accomplir ses hauts faits . ne sont en fait pas 1 • Lo.!ue.un. sans s'interroger non plus sur la légitimité du dépassement de l'aire indo-européenne et de la généralisation des résultats acquis pour l'ensemble des faits narratifs. c'est en se remplissant seulement qu'il offre de la nourriture abondante. féconP~acees par l. 1objet cautlOnnç sa réalité et la valeur s'y identifie avec t d Ire. une première distinction qui permet de diviser ces objets en deux classes selon qu'ils fournissent des biens ou des services. 20 21 . santé. 554 d'Aarne-Thompson.] . t ~u'on parle d'objets de manque ou de désir tels par exemple rrlture ou l'?r. décomposant s parties constltutives et le recomposant comme une composante taxique. q~elqu .le don de déplacement immédiat et illimité que fournit le tapis volant. d'une part. ce qu'il achète souvent. Il LES OBJETS DE VALEUR U Sans entrer pour l'instant dans l'examen détaillé des différentes prestations fournies par les objets magiques. tf societe d aUJourd . leXicographe soucieux de fournir une définition ux l~xemes de son dictionnaire. du moins nta~lf. rendant compte par ses traits ou selon l'outillage employé lors de la production: un couteau aux chasseurs vs une houe aux agriculteurs 2. Il est inutile et impossible de procéder à la classification des objets magiques fournisseurs de biens: une telle classification relève de l'analyse sémantique dont les résultats apparaîtraient sous la forme d'une typologie présentant un certain nombre de constantes correspondant aux besoins élémentaires de l'homme. J l J T ET VALEUR.il constitue un préalable à mantlque en rendant toute description exhaustive aléatoire nt.hUl. cil. telle la répartition des adjuvants selon les modes de production: fruits de la cueillette vs fruits de l'agriculture \ les objets.amour. op. on ~ _"Ince à c~n~?ndre l~s notIOns d'objet et de valeur: la forme t y ~e. 102. ~ême à ce niveau. et autant de variables rendant compte des relativités socioculturelles. Paulme. s valeurs. déplacement ràpide.

mlse en scène syntaxique peut rendre compte de la rencontre de 1objet et des valeurs qui s'y trouvent investies. .r~sentatton lmagmal~e. lIi\ \. ce caractere dlfferenttel . Larousse.le sujet et . tout en restant inconnaissable en tant .la K représentation dufauteui/ et le lexeme termmalfauteull. m. comme un champ d'exclusion par rapport à 1n' t pas et fixé toutefois en un lieu syntaxique nommé objet.a~térieures. et ceci indépendamment du mode de lion de la valeur elle-même. ~vasl~:)ll. . chap.s l~ en existe une . La reconnaissance d'une valeur permet donc de présupl'objet en tant que lieu syntaxique de sa manifestation. c'est-à-dire avec les seules valeurs:. ensemble dont l'orgamsatlOn mtern. . • 1 .DU SENS. MlNlftcj tion produisant un énoncé fait surgir une valeur manifestant rminant un objet. nous avons été amené à postuler: .lIIltien linguistique comme un terme arbitrairement dénommé nt une structure sémantique indicible et qui ne peut être u négativement. II LES OBJETS DE VALEUR différentiels de son statut d'objet parmi les autres objets manufac~~ (c) mais aussi sa composante fonctIOnnelle tant pratlque que mythique (prestige.n'opère ql. /l 1. « La structure élémen- u' présent. virtualités dont. i logique de ce terme. nous n'avons utilisé le terme de valeur que dans son . (a) que tout objet n'est connaissable que par ses determmatlons et .als aussi la seule manière d'imagmer la salSle du sens et la mampulatlOn T VALEUR. et me. et le sujet se trouve déterminé dans son mantique par sa relation à la valeur.et. 11 ~este. Il suffira donc. on l'a vu. En pren~nt l~ syn~ax~ pour ~e qu'elle est. c'est-à-dire pou~ la rep.qu.' etc.f non en soi. ne tre sur son chemin que des valeurs déterminant l'objet. t Parler d'objets en soi n'a donc pas de sens. ' nifications. comme une sorte de support.val~urs différentielles. Seul71a. la saisie du sens. se change en valeur pour le sujet.. par 1eXlstence des . r lation au monde. on pour~alt dire que 0 jet e~ comparable au concept dont on ne peut mampuler que la comprehension. mais me temps un des termes de l'énoncé élémentaire qui est un 1 re sémiotique représentant.lnl'IDll nt. la valeur se trouve en relation avec le suj.).. 111. Le mise en. En n 1 mesure où l'énoncé élémentaire peut se définir comme ri ntée engendrant ses deux termes-aboutissants . Sémantique structurale.1 l~r~qu~. un terme-aboutissant de notre relation au monde. En utilisant une métaphore logique. leur conférant le statut de valeur linguistique. sous la forme d'un spectacle. ne qu parce que. et non t lui-même: dès lors. on peut comprendre que l'objet est un concept ique. taire de la signification-. 1966. • une telle définition de la valeur qui la rend opérationnelle en u n'est pas très éloignée de son interprétation axiologique. fixée en ce lieu-dit dénommé objet et présente nifester.::J .me. a d~s parcours syntaxiques s'établissant lors de la mamfestatlOn discurSive.évidence de ce caractère indéfinissable du lexèm~ ne falt que rejoindre nos préoccupations . L'objet apparaît ainsi com~e un espac~ de ~lxa~lOn.telle cette orgamsatlon du ~ha~p des sièges popularisé par B. etalt néanmoins présupposé. de doter le sujet d'un vouloir-être pour que la ujet. puissan~e." Le lexème qui est un objet IIngUlstlque ap~ar~lt ~msl com~~ un ensemble de virtualités. ' d' (b) que ses déterminations ne pou~al~nt etre app~ehe~ e.1 valeur qui s'investit dans l'objet visé sémantise en quelque n é tout entier et devient du coup la valeur du sujet qui la n visant l'objet. comme un lieu de réunion occurrenttelle de determmatlonsvaleurs. . nous mterrogeant sur les conditions de l'appantton de la slgmflcatlOn. dans ultérieure. . Paris.que ~râce. t?ujours une distance entre le paquet de sèmes ~rganisan~ meta-lIng~lstlquement. .n'est point évidente. 1 me pratique se trouve ainsi provisoirement résolu: dans 23 22 . e traltemen \ taxinomique d'une classe d'objets . étant entendu que celle-ci n'est constituée que de . . (c) que l'objet.e tel. les realisatlOns éventuelles ne se trouvent précisées .l'avec des ~ategones sémiques. Cependant. le lexème qui se dresse en trompe l'œil à indiquée pour l'objet n'est lisible qu'en certaines de ses t dans le déroulement syntagmatique que la syntaxe rejoint la tique: l'objet syntaxique qui n'est que le projet du sujet ne peut 'onnu que par une ou plusieurs valeurs sémantiques qui le .es q~e comme des différences se profilant sur 1objet. au sens sémiotique. l' b' t valeurs. Pottier .e --:.

VALEURS OBJECTIVES ET VALEURS SUBJECTIVES. ne r~nda~t pas compte de ce qui est t propre a toute mamfestatlon discursive. tout en. peuvent troubler la dichototulée.P rme!tant de di~tinguer les valeurs objectives (produites à n nces. seuls compteront et seront pris en considération les lexèmes..rises l.).. les possessifs.qui ne devient lisible qu'une fois inscrite dans la structure syntaxique doivent être complétées par un rapide examen des rapports que l'on peut concevoir entre la syntaxe sémiotique et ses différentes manifestations dans les langues naturelles. presuppose necessairement celle de l'objet .1 70. nous avons cherché à y voir une source de différen. Revenons à la recherche d'un point de départ. eIl' transformant en même temps la manifestation logomachique en une organisation discursive du sens.xlque.nterpréta. Sans être fausse Il i. tandis que: objet car seul le réseau syntaxique sous-jacent est susceptible de sélectionner les lexèmes pour en extraire les valeurs. Ces quelques précisions apportées au statut de la valeur . par exemple... Les richesses peuvent être présentes dans les récits de différentes manières et d'abord sous la forme figurative.. t. . Il LES OBJETS DE VALEUR un univers sémantique quelconque.me on 1a dl~ plus haut. situe encore trop près des langages d~ t han (la dlstnbutlOn des rôles d'avoir et d'être peut être t d'une langue à l'autre. . et~.DU SENS. tr isième mode de manifestation apparaît enfin avec les énoncés tiques du type: ) Jean est riche 1.~xemples (l) et (2) aux deux actants .4. avec a~OI:) d~s vale~rs subjectives (produites par des vec etre). rnl~rementdans « Éléments de grammaire narrative» in Du Sens Parl's E'd ' . On a vu que la quête et l'acquisition des richesses y sont un des thèmes favoris et quasi universels... mais dont le mode de manifestation attributif fait vo~s à p~usie~rs r. par exemple: (1) Jean possède un pot plein d'écus d'or . rempli d'innombrables objets potentiels que sont les lexèmes. qui pourront être inscrits sur l'axe syntaxique sujet ~ par un énoncé linguistique du ) Jean a une grande fortune n reconnaîtra les deux premiers niveaux identiques à ceux de pie (l).tio~ se. d'autres moyens de manifestation U . à la source habituelle de notre inspiration qu'est le folklore.ep. dlstmctlOn qUI nous autoriserait à parler de t r/sation et de l'intériorisation des valeurs. indépendamment de t . L'analyse d'un tel « fait» sémiotique permet d'interpréter le statut de l'objet à trois niveaux différents: ~I Niveau syntaxique : actant: objet Niveau sémantique : valeur: sème richesse Mode de manifestation : acteur: objet figuratif pot plein d'écus Mais la figurativité n'est qu'un des modes de la manifestation parmi d'autres et la possession des richesses peut être rendue dans 24 .cherché à rendre compte de cette m mfestatlOn ~mgU1Stlque d un même fait narratif par l'oppover~es aVOir ~et ses parasynonymes) vs être utilisés pour 1 meme fonction logique de conjonction constitutive des 'ét. comme.Ile langue naturelle utilisée: la forme actorielle de la tl n d'actants.at : tout en les considérant comme réalisant une seule et r n tian. si dans les .sujet correspondaient chaque fois deux acteurs manifestés - r c?nn~ît facilement !a présenc~ de la valeur richesse qui. od de manifestation: acteur: objet non figuratif grande fortune. 25 .

mlo dans l'autre. si ~'on peut appeler ainsi.te~leur d'un seul acteur Jean.le schéma que élémentaire guide le sujet et sélectionne. l'inscription de la valeur dans un~ d'état dont la fonction établit la relation jonctive entre le sujet ~ t nous permet de considérer ce sujet et cet objet comme uement existants l'un pour l'autre.iété de manif~s­ tations linguistiques d'une même relatiOn de conJonctl. et peu importe qu'il s'agisse d'~n énoncé de faire (~n cas de torture) ou d'un énoncé d'état (où la nchesse peut devemr une qualification taxique et axiologique régissant un type de comportements prévisibles). . et . Seule.~es. en effet. une organisation discursive qui manipule les éléments constil'énoncé canonique t en opérant des substitutions de sujets. à la p ycho. être confondus avec les actants lingUiS~iq. S'il en est ainsi. les valeurs en position d'objet. comme des cas limites. 'il s'agisse de nous-mêmes qui.et socio-sémiotique (correspondant à l'ensemble des ues inter-individuelles). ne même syntaxe est susceptible de rendre compte et de la tivisation psycho-sémiotique «< la vie intérieure ») et de la tivisation socio-sémiotique (mythologies et idéologies). en s~ qualité ?'actant sujet torture le meme Jean pns comme 1actant objet.hraStiqUe.on entre le sUjet et l'objet. appelant ainsi. au contraire. à sa suite.» -. le syncrétisme des a~tants. !ean.nce et régulatrice de la manifestation discursive. 1 L'analyse superficielle de cet énoncé ling~i~ti~ue nous ré~èle qu'à l'intérieur d'un acteur dénommé Jean et conSIdere comme un heu ou se produisent des év~nements sy~taxiques. Dans le cas qUi nous préoccupe en ce moment. loin une envolée métaphysique. elle exclut de nos considérations la probléontologique du sujet et de l'objet. poursuit.stent . On VOlt que le statut de ce que l'on appelle l'énoncé réfléchi s'interprète.s) et de la distance qui sépare les uns des autres gar~ntlt amsll aut?nO~le de la syntaxe narrative et l'instaure comme une mstance orgamsat. a leur tour. mais aussi que (4) Jean se torture tout le temps 2. h) en formulant cette omme constitutive d'un énoncé canonique d'état. de sujets en possession ou en quête de valeurs . Autrement dit. des regles d engendrement d enonces correspondant à des niveaux grammaticaux plus . tantôt l'organisation transitive des univers culturels.~rale ~e la manifestation et.DU SENS. un seul enonce semIotIque du type viduels.a l. on peut la narrativisation comme leur mise en place syntagmatique. pourraIt etre 1 interprété dans le cadre general de la reflexlVlte. Ainsi. la forme narrativité la plus fréquente étant toutefois une forme mixte. dans un cas _". tut sémiotique des valeurs étant ainsi précisé. on peut due non seulement qu'il est riche. t n substituant les objets-valeurs les uns aux autres. on voit que c'est le type des ~apport~ e~trete?us entre la structure actancielle et la structure actonelle qUi determme. en parlant toujours du même Jean. Une telle assertion. elle fournit formel et les critères de reconnaissance des faits sémiotiques t pour toute analyse. LE STATUT NARRATIF DES VALEURS NARRATIVISATION DES VALEURS.superficie~s: La reconnaissance du principe de non-concomlt~nce p?sltlonnell~ des actants sémiotiques et des acteurs discursifs (qUi ne dOivent pas. les sujets et les objets quelconques à une " sémiotique. du point de vue de la structure act?nelle. ~ 1 J i 1 peut être postulé comme subsumant ~ne grand~ var..aisé~ent par l'inscription d'un énoncé syntaxique quelconque dans le heu-dIt acteur syncrétique. Il LES OBJETS DE VALEUR Jean et «pot rempli d'écus» / «grande fortune. suivant la procédure de débrayage 1 l. par 1 tion sous-tendue. tantôt l'organisation réflexive des univers 26 27 . quitte à prévoir ultérieure~ent un~ typologIe struct. immergés dans l'univers sémannous trouvons entourés d'une infinité d'objets sémiotiques tibles de se révéler comme des valeurs ou qu'il s'agisse de nos r que nous peuplons. un but ment pratique: a) en définissant l'existence sémiotique comme 1 tion structureJle. da~s ~~ c~~ de l'exemple (3) les deux mêmes actants se mamfe. m.p. la prese~c~ de ~ deux ou plusieurs actants ~a~s un seul a~teu~ ~l~curslf.

SOIt des [ disjonctions des sujets d'avec les objets.: conjonction et disjonction. il faut nouS envisager d'abord les cas les plus simples: aussi considérant le sujet et l'objet de l'énoncé d'état comme des constantes. il faut tenir compte du fait qu'elles recouvrent des formes xiques définies: ceci nous permet d'utiliser une terminologie parence métaphorique. .. . en la maintenant comme une possibilité conjonction. . n~us appellerons réalisation la transformatIOn qUi etablit la conjonctIOn entre le sujet et l'objet: Real = F trans [SI ---t 0) (S nO)] Virt = F trans [SI ---t O.. . d'abord être instauré comme sujet virtuel) en possession de urs dont la réalisation annulera leur statut de valeurs virtuelles. donnant amsl lieu a deux types d enonces d'état: Énoncés conjonctifs = S n 0 Énoncés disjonctifs = S U 0 (c) soit en procéd~nt à des tr~nsformations de ..rs.l~ fonct~on. dont le statut formel ne s'explicite que dans le cadre d'un énoncé de faire de type: F transformation (SI ---t O. Ceci une fois posé. Il nous est permis dès lors de désigner du nom de virtualisation la nsformation qui opère Ja disjonction entre le sujet et l'objet et de idérer comme valeur virtuelle une valeur quelconque investie dans bjet disjoint du sujet: étant entendu que le passage d'un énoncé à l'autre ne peut se faire que par la sommation d'un méta-sujet opérateur. r it de considérer le récit comme une chaîne de virtualisations et i ations de valeurs ne manque pas de poser le problème de leur et de leur destination: d'où viennent-elles au moment où urgissent pour la première fois comme valeurs virtuelles pour r la suite conjointes avec les sujets? où disparaissent-elles nt lOuci de simpli~cation. sans que notre discours cesse de satisfaire aux conditions de tificité.e~x t~rmes contrad~c. On pourra ensuite appeler valeur réalis~e la va!eur i~v~stie dans l'objet au moment (= dans la position syntaxique) ou celUi-cI se trouve en conjonction avec le sujet. que des transformations portant sur fonctions constitutives d'énoncés d'état. . ~~ disjonction étant la dénégation de la conjonction n est pas 1abolitIOn de tout 28 29 .re soit des conjonctions. c'est-à-di. Or les relations de conjonction et de disjonction étant contradictoire.) où S est le sujet opérant la transformation et 0 1 est l'énoncé d'état ) . apparaît comme un enchaînement t gmatique de virtualisations et de réalisations. la narrativité. pour être réalisé. l RIGINE ET DESTINATION DES VALEURS. de parler du sujet qui. tant que catégorie sémique.tOlres. on peut définir cette fonction comme une jonction qui~ en. (S U 0)] ne considérer. ~ous écartons ici toute problématique du sujet en plus tard son instauratIOn comme un voulant-être en relation avec l'objet comme étant-voulu. par conséquent. la perte de toute relation ntre sujets et objets aboutirait à l'abolition de l'existence sémiotique t renverrait les objets au chaos sémantique originel. on comprendra notre defmItlOn provIsOIre de la narrativité qui consiste en une ou plusieurs transfo~mat~ons do~t les résultats sont des jonctions. Il LES OBJETS DE VALEUR Notre réflexion etant la quete des formes elementaires de la narrativité. . s'articule e~ d. . n'examinerons-nous en premier lieu que des transformations de la fonction constitutive de l'énoncé. Nous dirons que la disjonction ne fait que virtualiser la lation entre le sujet et l'objet. La dénégation intient donc le sujet et l'objet dans leur statut d'étants sémiotiques. toute transformation portant sur un état de conjonction ne peut que produire une disjonction entre le su~et et l'objet. ut en leur conférant un mode d'existence différent de l'état njonctif. auquel aboutit la transformatIOn.' En appliquant ces définitions à la syn~agmat!s~tlOn. Sans oublier le ctère arbitraire des dénominations que nous venons de mettre en . Or.DU SENS. dan a me simplifiée à l'extrême. lation entre les deux actants: autrement.des valeu.

Maître Hauchecorne t.atlOn de richesses s'y fait en circuit fermé. par exemple. En rencontrant.ts possesseurs des valeurs immanentes paraissent des destInataIres par rapport aux destinateurs-sujets relevant lvers transcendant· ces de~x premier~' cas qui mettent en question la qualité et le des SUj~ts engages dans la manipulation des valeurs s'oppose ~lémat1que de la transformation des valeurs elles-mêmes Ire du mode d'organisation des valeurs en micro-univer~ p~r~ettant de déterminer les relations existant entre les poSitives et les valeurs négatives et de prévoir leur narrativius -'~ forme. à première vue. de son cote.interdit et apparaît comme une disjonction operee par un sUjet. le plus simple. destruction ou oubli. e~ crot.. c ~st abolir toute relation avec lui. lUi qU! Salt qu'il s'agit bien d'une ficelle «sans valeur ». transgress~on.es trouvees. sont susceptibles de se transformer en ce qu'elles lIement.second cas pose le problème de l'entrée et de la sortie de ces Immanentes à l'univers donné. les conjonctions et les disjonctions absolues par lesquelles cet Univers immanent communique avec un univers transcendant. une fois réalisées au cas où nes règles d~ comportement n'auraient pas été obser~ées lors de de posseSSIOn.et de la quet~.nt auquel de nouvelles valeurs sont versées pour être mises en 1 bon.s~~taxiques d~ valeurs s'établissent de manière qu a chaque acqulSltlOn effectuec A un membre de la société corresponde nécessairement une perte p~r un autre. Et pourtant. gardIen ou donateur. nous t de dl~t1nguer divers cas de manipulation des valeurs: 1 premIe.l. ou en écorce de u (folklore lItuamen). bref e~a~en. ce qUI reVIent a mer la ~OSSI~IlIt. La clfcul. ne pe~t s'empec!ter d'invoquer «la fatalité» qui l'a posée sur le chemIn de MaItre Hauchecorne. on se h~urte a des ambiguïtés embarrassantes. c~s. nous allons examiner d'abord le premier cas. II LES OBJETS DE VALEUR lorsqu'elles sont irrémédiablement disjointes des sujets qui les possédaient? Trouver et perdre apparaissent.tin de cheval. ~t les parcours . les valeurs cIrculaIent en vase clos et que les apparences de trouver et de perdre recouvraient en réalité... conçoit les richesses comme d!spomb}es en quantité limitée. en postulant ainsi. Le lecteur. l. sit~é au niveau de la littérature ethnique. trouver présuppose tout n~ture~leme?t p'erdre qUI p."lne. c~lebasse ~UI fournit une nourriture abondante à la famIlle afncaIne naguere affamée se casse-t-elle d'elle-même et se trouve-t-elle définitivement perdue? la perte s'explique par . membre. ces richesses apparaissent comme des :v leurs ou valeurs négatives relevant d'un anti-univers axiologi1 1 preuve en est que ces valeurs.t toute les sociétés autarciques. de telle sorte qu'à une communaut~ fer~ee sur elle-même correspond un univers de valeurs clos.DU SENS. source et dépositaire des valeurs hors circuit. sous la forme d'un destinateur no~ figuratif. condamnables et désirables à la fois: pport aux valeurs posItIves. a~ ~ontralfe. l'existence d'un sujet antérieur au!re. I~p. Trouver un objet. comme des for~es extrêmes de conjonction et de disjonction gratuites. 1.o~t~l~ un sujet de disjonction autre. Fabbri en a proposé 1 une interprétation sociologique: la société agricole toscane.IcI~e. présupposant l'existence d'un de valeurs t~anscendantes qui englobe et clôture le premier de rte que le~ sUje. La. P. un bout de ficelle dans le célèbre récit de Maupassant. le problème du trésor caché..autre~ se posant en gardien de la loi. Immen!~es. ce personnage joue le médiateur entre 1univers de valeurs transcendantes et l'univer . en détruisant en même temps le sUjet dans son statut d'étant sémiotique. a l Inteneur d un univers axiologique donné. de sener les dlfflcultes. Il s'agit d'un exposé fait dans le cadre de notre séminaire. Perdre u~ ~b~et. lors de son analyse des aventures de Pinocchio. Tout se pa~se co~me SI. Mals la socIete ne manque pas de le mettre aussitôt en accusation: selon sa lo~ique à elle. des valeurs qui ne relèvent plus de cet univers t ceCI a un double point de vue: J ux bien~ co~sidé~é~ ~omme le résultat du travail s'opposent les . n'appartenant pas à la société dont le sUJ. d'u? . ce n'est pas seulement se dIsJoIndre de lUI. e trésor est souvent gardé et parfois donné sous certaines Ions ~ar un être ~urnatur~l. comme probabl~men. 30 31 . par aC~Id~nt. c'est l'appréhender comme valeur venant de nulle part et éta~lir la relation première entre lui et le sujet.e d~ l'apparition ex nihilo des valeurs.la.rouve b~~n. d~ val~urs posées et de valeurs inversées. lorsqu'on cherche des exemples pouvant illustrer ces ca~ extrêmes de surgissements et de disparitions de valeurs. en effet. Le mythe de la quête du trésor caché Ult. concerne la circulation des valeurs ntes (ou eqUIvalentes) entre sujets égaux dans un univers isotope mé.

de Hjelmslev). à l'aide de deux énoncés d'état: 1. en collaboration avec F. LA COMMUNICATION À UN SEUL OBJET ui yo~~en~ré~is par une relation de présupposition réciproque' si ~ ISJ010t e . ne manquera pas de mettre en place. commun aux deux enoncés. SI Ion se SOUVIent . de nous représenter et d'analyser les seules relations qui existent entre les sujets et les objets dans le cadre d'un univers axiologique fermé où les valeurs. on le voit. par Heda Jason.. dans le cas des o~es. Une telle situation peut être considérée comme typique d'une narrativité élémentaire. in Du 32 33 . à tour de rôle fripon et dupe. ten La terme que nous pour dénommer la upposltIon ~eclproque entre les deux énoncés. circulent de manière uniforme en passant d'un sujet à l'autre.3. s'approprient successivement un objet de valeur qui peut passer ainsi de l'un à l'autre. le sujet n'attribue quelque valeur à un objet que si celui-ci appartient déjà à autrui. On peut dès lors utiliser le nom d~ . à ~duco:~l. L'ÉNONCÉ DE JONCTION COMPLEXE. acceptées par tous et jamais déniées. i'ex1~ence t 0. _1Ile. SI se conjoignait avec 0. on voit que la solidarité ~ son ~our ~tre ~o~slderee obmme une fonction s'établissant entre onctIf~ (c es~-a-dIre. de telle sorte que t~ut ~g~ment da.ns le ~tatut de l'un des énoncés aura des répercussions VISIbles et neces. indéfiniment.que nous avons défini l'énoncé élémenpar et ~mme une r~latIon qui projette le~. Rastier. analysé par A. obligée qu'elle est de donner la forme d'enchaînement syntagmatique au jeu des conjonctions et des disjonctions de valeurs. Fabbri à propos de Pinocchio où l'univers axiologique comparable dans lequel s'inscrit le jeu méditerranéen Mors tua. Essayons. entre fonctions considérées comme termes . pour chaque opération. à la suite n~n:~ansformatIon. nous autorise. par exemple. désignée comme jonction a araît une méta-fonction subs~mant les deux énoncés. est paradigmatiquent u~e relatIo? entre deux relations connues: la conjonction et la nct~n. on. vita mea.n~~7~miotiques. 1Oal~es:. source transcendante des valeurs. Cirese 1. s'identifie avec la . deux sujets orientés vers un seul objet.lant ~a catégorie dont les termes sémiques sont onctIon et ~a dlsJon~tIon. utiliso~s (catégorie) disjonction SI A 0 _ltlalteUX term~s ?e la catégorie sémique de jonction constituent ment s~mlque des fonctions constitutives de deux énoncés catégone elle-même. Si.comme c'est le cas ici -. On se trouve ainsi en présence de deux sujets simultanément présents et également intéressés par un seul et même objet. le sujet SI' en disjonction avec l'objet. actants comme ses aboutIss~nts en l~ d~n. d'autre part. S2 s'en trouverait s: LES OBJETS DE VALEUR 3.salres sur le statut de l'énoncé solidaire. car elle satisfait à l'hypothèse que nous avons formulée précédemment et selon laquelle il n'existe pas de valeurs trouvées ou perdues absolument: dans la mesure où les destinateurs.1. par conséquent. Un état narratif de ce type peut être décrit.. Actes du Colloque international de Palerme sur Structures et genres de la litt/rature ethnique. où deux personnages. en prenant pour modèle la société toscane invoquée par P. autrement dit.ommant fonction. relatl~n p~r l~q~elle on définit la contrariété entre deux es .la term10010g~e. e ~~ c~tegone semIque 1 (contrariété qui. alors S2 est conjoint avec 0. telles qu'elles sont décrites. ne peut être considéré comme sujet virtuel que si cet objet est déjà en conjonction avec le sujet S2. --'l en manifestant ainsi une des formes peut-être les plus primitives du récit. La narrativisation d'un tel univers. ~mme desl~t. ne sont pas explicités dans le récit. dlCtIO~ ?UI n est p~r conséquent qu'un cas particulier de la ~re). p~ur définir la fonction dont l'établis~e: :pour resultat 1appantIon concomitante de deux énoncés jonction pl~s: ~o~idarité.

affectant deux sUjets dlstmcts. Il LES OBJETS DE VALEUR en modifier légèrement la notation en donnant à· cette sorte de méta-énoncé la forme d'un énoncé complexe à trois actants: Enoncé de jonction= (SI U 0 n S2) 3.le auto. quoique encore trop restreinte par son mp d apP~ICation. ~e~tré sur l'objet unique (ou sur une série de valeur~ ultlpl~ees. On se souviendra que nous avons utilisé la dénomination de jonction. c'est-à-dire de son ~~Ion syntax!~ue. L'existence de deux programmes rratifs co~rel~s r~nd compte de la possibilité de manifester discurIv I"t t c est-a-due . comme de~ ter~es e~ système:. on le VOit. celle du sujet de ce prü?ucteur des enonces d etat. et en ne considérant que le sujet transforr délegue et. a un moment d~ déroulement discursif. un énoncé de conjonction présupposant un énoncé de disjonction concernant un seul et même sujet.deux possibilités s'offrent alors à nous: U bien le sUjet t~ansf?rmateur que nous désignons comme S . en faisant provisoirement abstraction è~es. Nous propos~n. mais inversé. de la dy~amlqu~ du récit. Cette nouvelle définition de jonction nous oblige à introduire certaines précisions supplémentaires. l'existence. en disjonction avec l'objet d~ • (SznO) ~ (SzUO) ~ bien S] s'identifie avec S2' sujet réalisé. ~n SOIt. descri~tion du déroulement syntagmatique des états jonction paradigmatique l. de A "t . en ment. m~us. non pas d'un seul rogra~me. in~ép~nd. msta}lé ~ans le discours narratif. à chaque enonce de Jonction un énoncé de faire qui le produit lIt. . on peut réserver le nom de jonction syntagmatique à une suite de deux énoncés jonctifs (conjonction et di~jonction" ou inv~r. 35 34 . surtout.s des énoncés d'état. Une t~lle I!Ite~prétation. mais de d~ux programmes narratifs dont la solidarité est ~~~tie par la concomitance des fonctions. pouvons-nous r. dans son rôle de ur SltU~ en d~h~r~ du discours. deux sujets en présence d'un objet de valeur.sem~nt) ayant le m~me sujet et liés par une relation de presupposition simple. Isotopes et syntagmatiquement distribuées) le il ~amfes~e amsl ~a double nature syntagmatique et paradigm'ati1 Jouant simultanement sur les deux types de discontinuités. Ce troisième sujet est on l'a vu ·t xlque par rapport aux sujet. C'était considérer les deux relations du point de vue typologique. Le fonctlOnnement d'un récit simple paraît ainsi caractérisé par un double enchaînement: Une narr~tivisatio~ aussi simple 9-ue celle que nous examinons en ce moment fait a~paraltre. de l~ur réalisation dans le proces discursif: la categone semique de Jonction subsume.DU SENS. J • TRANSFERTS D'OBJETS ET COMMUNICATION ENTRE SUJETS.ns de ~orm~ler représente au contraire. en conjonction avec valeur.s onc de désigner du nom de jonction paradigmatique la c~kWmittnée logiquement nécessaire . L'énoncé de jonction que nous veno. la narrativité pouvant être considérée comme un enchaînement d'états narratifs. .n~me et corrélée. an SOit un SOit 1autre des deux programmes.'" (SI U 0) jonction syntagmatique ~ (SI n 0) ~ tifs ne dOIt pas faire oublier l'existence d'un faire transformateur ure le passage ~'un é~at ~ . mi~re vue. lui s~ul permet ndr~ compte.amment. de 1 enonclatlOn et de son sujet qui. en effet.CI. tout en gardant phclte le ~rogramme concomitant. en relation contradictoire 1~lssant les deux sujets.2. l' P I. un état narratifcomplexe qUI met en Jeu. dispose à sa guise de différents de SO? e~once~reclt. pour désigner d'un nom commun les deux types de fonctions constitutives des énoncés d'état. promoteurs chacun d'une chaîne syntag~ tlql. Cependant. peut servir néanmoins de point de départ pour ~or~ulatio~ structurale de ce qu'on appelle parfois la perspective 1ql. et inversement. u~efois la.lll.fie avec SI' sUjet Virtuel. raconter ou d'entendre le me me reci . ~U~SI. JONCTIONS SYNTAGMATIQUES ET JONCTIONS PARADIGMATIQUES.l'autre et. ses deux termes contradictoires de conjonction et de disjonction. dans un premier temps.de d~u~ énoncés de conjonction et de disjonction.

sur le plan fig:r:t~. et le sujet réel. soit un . dans cette perspective. Dans un cas comme dans l'autre. et à ne considérer que l'objet. si l'on considère. aral ra comme une appro ria!' n (de 1 J V (2) si S3 trans alors = S2 réel. ~~tua/zsat. disjoint. elle consistera en une transformation est dans ce cas deux transformations sont nt lieu à deux modes _ réf!' h' ransf?~matlOns conjonctives " ec 1 et transItIf . 36 soit avec le sujet S2' . le sujet virtuel sera conjoint avec son objet. (1 uratif. .DU SENS.lOn(de l'objet). '1 lors ~ Une représentation topologique de la narrativité rendant compte de transferts d'objets n'est pas contradictoire. Du même coup.et que n formation apparaît comm . Vu sous cet angle. 3. c'est-à-dire en un faire produisant le transfert d'un objet de savoir. en employant ce terme de communication dans un sens très large lui permettant de recouvrir la totalité des relations entre sujets humains (ou « humanisés ».. sur le des t d~ 1obJet). elle pourra etre appelée renonciation (à = SI) ~ (SI U 0)] ~era dite virtualisation virtuel (SI U 0)] réfléch' . elle appe c~~ A ' 1 nsformation peut dans Cetre appeleeréalisation réfléchie. (h) chacun de ces deux sujets A . le statut de valeur d'échange.~~~::::~IO(n tr?ns!tive. tre types de transformation pe~vent eAtre d'Iscernes: (1) si Dans un cas comme dans l'autre. mais les sujets concernés dans la transformation et que l'on observe que l'un des sujets concernés. soit un sujet virtuel ~eut d~t!e. u. n formation. le discours narratif apparaît comme une mise en représentation d'une suite d'actes de communication. trans lors f. la valeur. ~ F trans [(S3 = S2) (SI nO)] . dans la mesure où elle est investie dans un objet de communication. Étant donné que F trans [(S3 1 nsformation 1 S. du fait qu'il est en même temps sujet du faire. non pas l'objet. eposseSSlOn 37 . LES TRANSfORMATIONS NARRATIVES. deviendra virtuel. S3 trans = SI virtuel alors ' F trans [(S3 = SI) ~ (SI nO)] r plan figuratif.de réalisation du si S3trans-S 1 ree. reçoit. ~nteneurement à la t réel (en conjonction avec 0) en ISJonctIon avec 0). la transformation qui va s'opérer aura pour résultat l'inversion de la fonction de l'énoncé d'état concerné: parallèlement./' . Remarque: On voit que la communication verbale n'est.. t). II LES OBJETS DE VALEUR Remarque: L'identification peut être considérée comme une forme de syncrétisme caractérisée par la présence de deux actants dans un seul acteur. on est en droit de désigner une telle procédure comme un acte de communication. qu'un cas d'espèce de la communication par tous les moyens et peut être décomposée en unfaire-savoir. on constatera qu'il s'agit là d'une opération de transfert de valeurs. Et au contraire. c'est-à-dire considérés comme s'ils étaient humains dans des situations données). Examinons maintenant les deux cas de syncrétisme du sujet de faire avec les sujets d'état que nouS avons déjà distingués. on le voit. l'o~j~t)~ur le plan J~ = S2 F trans [(S3 = S) ~ (a) le sujet de transformation peut s'identifier soit avec le sujet S. . transitive et . à côté des définitions linguistique et axiologique déjà proposées. avec son interprétation comme organisation syntagmatique d'actes de communication. re appelée. affecte d'une certaine manière un autre sujet.4.

Un tableau fort simple peut trer ces relations paradigmatiques simples du récit: acquisition épreuve don privation Il ne sera peut-être pas inutile de ~~clllter cette ml~e en pace appropriation attribution dépossession renonciation . On voit de ce qui précède qu'il existe. il existe deux modes . 3. on voit qu'à haque acquisition caractérisant l'un des sujets correspondra. 1 4. r uve et.1. de telle rte qu Il y aura concomitance entre appropriation et dépossession attribution et renonciation 3. autre s~Jet.e ~aleur: l'appropriation.lx principales figures par lesquelles se manifeste.on auxquels correspondent. quand c est le sUjet lUI-m~~e qUl se separe des valeurs. quand il en est pnve par un autre . quand le sujet cherche à les acquenr par 1~.lelement. sur le plan ~guratif: deu~ m?des d~ prlv~tlOn de valeurs: la renonciation. seul sujet (S.4. et du nom de celle qui produit solidairement une attribution et une renonciation btient les del. ou SJ en relation avec un seul objet 0 et.aral. tantot comme deux modes de réalisation du ntôt comme deux modes de sa virtualisation. (dépossession) Ces quatre types de transformations p~uvent con~erner . dans le rogram!?e parallèle.de réalisation auxquels correspondent. deux modes _ réfléchi et transitif . le ~on ~euve~t paraître.*Selr. É~ant donné que la narrativisation.reflechl et transitif .l1-meme. quand ils lui sont confé~és par u~. à l~ ce. ~t l'attribution. d'effectuer des lions sans pour autant renoncer aux valeurs qu'il continue à ". selon l'un ou l'autre pronarratif envisage. P. LA COMMUNICATION À DEUX OBJETS OON RÉCIPROQUE. . dans le cas que nous étudions.réfléchi et transItif . sur le plan figuratif. deux modes d'acquisition des. fals~nt al?S~ partie de son programme narratif. sous la forme d'un schéma: réfléchie (appropriation) transformation conjonctive = réalisation (acquisition) TRANSfORMATIONS transitive (attribution) réfléchie (renonciation) transformation disjonctive = virtualisation (privation) transitive Iidarité de la renonciation et de l'attribution que l'on vient de 1 r souffre cependant d'une exception d'importance sur laquelle urons à nous interroger: il s'agit du statut particulier du t ur. 1 terminologique en la présentant. la communication des valeurs.DU SENS.un. 38 39 . pour un seul sujet. dans des cas à déterminer. Le point de vue paradigmatique. II LES OBJETS DE VALEUR Les deux dernières transformations sont ..de~ t~ansforma~i?ns disjonctives donnant lieu à deux types . Le point de vue syntagmatique. une privation affectant l'autre sujet. constituer sa syntagmatique elementaire. et la dépossession. de mamere redondante.2. ~bjets d.4. i l'on désigne du nom d'épreuve la transformation donnant lieu à ppropriation et à une dépossession concomitantes. ) onslste dans le déroulement concomitant et solidaire de deux programmes narratifs impliquant deux sujets à la fois.de virtualisation du sujet.de v"tua/~satl. susceptible. sujet.

mant la situation de chacun d'eux sous la forme d' a ncé à trOis actants: .tout comme ncé éno' ul de jonction analysédplus haut·. effectuee par le sUjet du faire identifié avec S peut rc connrne " ! -À 4. dans le second. il la précède. comporte un aspect positif: elle constitue une des conditions nécessaires de la promotion du sujet virtuel en sujet du vouloir. parce que les positions syntagmatiques des sujets dans la narration ne le sont pas: dans le premier cas. l'. L'objet des deux opérations de transfert restant le même (comme c'est le cas.exlstence d'un sujet distinct pour chacun des objets' t qu'ensul~e que l'identification des deux sujets du fait d ' li me. U S.. La renonciation. Quelle que soit sa signification narrative. par deu~ sujets d~ faire à la fois.DU SENS. étant une virtualisation générale. u 02) ". par exemple. lorsqu'il s'agit du second su'et cun des ?eux sUjets pris séparément est par conséquent. .ous permet par conséquent de distinguer rtes d en~nces de jon~tion à structure comparable: des énoncés r urs de sUjets et dAes enoncés joncteurs d'objets. tout en étant comparables.) ~t u!1 aut~e objet (02) que le même sujet convoite et qu'il verra attnbue. une unité narrative souvent appelée contre-don: elle peut être formulée en termes identiques à ceux du don. à la fois sujet réel et ue .nce comp exe e deux énoncés élémentaires .la réduction de deux énoncés élémentaire~ nonce .réduction u dPOJslble. (0. n 02) La mise en place de la structure de l'échange exige. ~ne nouvelle réalisation et une nouvelle virtuali~ation acun des sUjets. n S. n voit ~ue l:énoncé complexe ainsi construit est . L'ÉCHANGE VIRTUEL. Si ia première rmation. ne conduit pas le sujet vers une augmentation de ses potentialités. lorsqu'elle se manifeste sous la forme de dépossession correspondant au «manque» proppien. et O 2 nous oblige à postuler dans 'un . peut être désignée comme un don réciproque. II LES OBJETS DE VALEUR La virtualisation du sujet.1 'd uc t·lon en 1 • 2 are . le contre-don se présente comme le rétablissement du statu quo ante: à la suite de la renonciation de SI' la transformation d'état ence de deux objets de ~aleur O. r temps.(S n 0 US) .. ne sont pas identiques. que le cadre général de la communication bi-polaire. formuler d'abord l'ét t rratif resu.t~n~ot de deux sujets rencontrés séparément rr t.clenchement de la transformation. de deux transformations dont la seconde annule les effets de la première et rétablit l'équilibre antérieur. conjomt par ra~port à l'un des objets et disjoint par rap ort à utre. antérteu~ enlt au ~e. Les deux «situations de manque ». sur le plan formel. C'est dans ce dernier contexte qu'apparaît. et O 2 : l'objet auquel un des sujets n nce (0. comme une réponse attendue. La tr~nsformatlOn appelée figurativement échange serapdans uchPerspective. de la fille du roi que le héros renvoie à son père pour la recevoir ensuite en mariage). le sUjet etant. qui est produite par le sujet du Identifle avec S2' est solidaire de la première et caractérisée 41 40 .-l hange p~u~ alors etre. contrairement aux situations que nous avons examinées jusqu'à maintenant. .grâC~ à l'id~ntification tantôt de deux objets faisant t e eu~ e". un se trouve annulée par le faire transformateur de S2 : _. nd~. décrit comme une double transformation ux. J Une suite syntagmatique composée de deux renonciations impliquant deux attributions réciproques d'un même objet.onces.transformation.actonel permet . sans pour autant pouvoir être identifiée avec la structure de l'échange. à cette différence près que le sujet opérateur du contre-don sera en syncrétisme avec le sujet du programme narratif opposé. . deflOl par sa relation d'objet et par elle seule I~ n de deux ?bjets O.~ompl~~e. outefois 0 fait0 ' · des sUj'ets S • et S 2 est e n re1 t·lon avec que chacun b' t le a o Je s • et ? a la fOlS nous oblige à considérer séparément les ra~m.2. transformation opérée de manière mltan~e. elle ne constitue. en d'autres termes. ou. (0. énonces joncteurs d objets. au contraire. la . le faire peut suivre la virtualisation du sujet. ~t mversement.es narratifs des deux sujets et à. ':ecl n.

ils restaient néanmoins .la fois réalisés et virtuels. njoignant avec l'objet de valeur. que l'échange n'est définitivement réalisé (c'est-à-dire ns arrière-pensées de récupération des valeurs auxquelles on a r noncé) que si 01 l ) L'échange en tant qu'unité de communication des valeurs peut alors être défini comme ~ O2 F trans [SI -+ (° 1 U SI n 02)] :l: F trans [S2 -+ (° 1 n S2 U 02)] étant entendu que. toute relation annulée. à la suite de ces deux transformations concomitantes et solidaires.DU SENS. c'est-à-dire comme si.. le S t. l'un des sujets (ou de chacun des deux sujets par intermittence et justification psychologique) et que les enchaînements syntagmaréalisés se présentent comme des crescendo ou des decrescendo v leurs allant de la possession de l'aiguille à l'acquisition du bœuf. vraies ou simulées. dans ce' cas. La formule de l'échange réalisé devrait donc s'écrire comme Cette formule ne peut être considérée comme correcte qu'à condition de pouvoir rendre compte de l'annulation ou. le S trans = SI' et que. Introduit comme une séquence narrative seminome dans un récit plus large. 43 J *- j X- 42 . L'ÉCHANGE RÉALISÉ. utes proportions gardées. outefois l'établissement de l'équivalence entre les valeurs . xemple. comme une duperie où seul le sujet décepteur se réalise en . nversement. son interprétation dépend ntiellement de la forme du contrat qui le précède et l'encadre. considéré comme une des formes de la communication des 1 urs. Nous préférons dire que. attirés .. . la structure de l'échange réalisé rejoint. r. valeur. implicite ou licite. et le désigner du nom d'échange virtuel. leur substituabilité. dans la seconde. du moins. II LES OBJETS DE VALEUR par la simple inversion des fonctions de conjonction et de disjonctio n: P r exemple. dans la première transformation. autrement dit.. du même coup. 116. par l'objet auquel ils viennent de renoncer. des une confi nce V 1 urs et l'échange équilibré repose de ce fait sur 'r ue. celle du don réciproque. l'échange ainsi déséquilibré par les lités du contrat selon le savoir qu'il sous-entend apparaît souvent... possède bien une structure définie. autrement dit. les deux sujets concernés se retrouvaient de nouveau à. dans ce cas. sur un contrat fiducimLe.rans = S2' Tout se passe ici comme si.. qu'il est sujet à des rebondissements. m qui admet toutes les manipulations de la catégorie de l'être et du roftre. . de la suspension des relations virtuelles attacha nt les sujets aux valeurs abandonnées.. que si 0 1 et O2 sont considérés comme des currences substituables de la classe d'objets O. alors qu'ils ne sont considérés que mme équivalents dans les énoncés constitutifs de l'échange. dans ses conséquenqui seules sont prises en considération lors de l'établissement du ma narratif des transferts -. la yaleur relevant de SI cesse d'être une valeur pour S2 et inversement. On pourrait dire. que si. n ne sera pas étonné alors de voir que les récits folkloriques simples exploitent presque exclusivement la structure de l'échange 1 r i sent construits sur l'ignorance ou la naïveté. n'offrant au sujet dupé qu'une -valeur: un tel échange ne se distingue guère. notamment ('étude que Denise Paulme a consacrée aux« Échanges successifs .3. Il en résulte que si l' h nge. entre les participants à l'échange. 4. On voit que. l'échange en tant que tel n'est pas complètement réalisé. autrement dit. ayant chacun acquis un objet d'échange. hange présuppose un savoir préalable relatif à la . L'échange ne peut donc être considéré comme réalisé que si la relation de disjonction qui relie chacun des sujets à l'objet renoncé cesse d'être une virtualité de réalisation. de l'appropriation résultant de 1. L'interprétation que nous voulons proposer consiste à faire admettre une équivalence possible entre les valeurs réalisées et les valeurs virtualisées et. à ceci près que les ~ets inscrits dans les énoncés rendant compte du don et du contre-don nt considérés comme identiques. u.

dira-t-on. en tant que sujet transformateur. Il s'agit donc de donner ici une représentation. tous ses pouvoirs aux corps constitués. du moins dans leur premier état originel. La reine d'Angleterre a beau déléguer. pour rendre compte de la non-réciprocité. préférant lui substituer un ailleurs axiologique et postulant la possibilité d'une certaine communication entre ces deux univers.DU SENS.répugnait à reconnaître le statut ex nihilo aux valeurs ambiantes. considérés comme sujets intéressés par un seul objet. tout en étant attribué au destinataire. Nous avons déjà vu à quel point la pensée mythique . lors de la communication verbale. comme prévu: (Dr n0 n0 U Dre) = (Dr U 0 n Dre) boutit. et la formulation des transformations opérées serait appelée à utiliser. Pour ne prendre que le cas du destinateur qui. La difficulté de décrire cette transsubstantiation des valeurs transcendantes en valeurs immanentes en utilisant la structure de la communication vient. s'institue ainsi. opère un don adressé au destinataire: si la transformation a pour onséquence l'attribution d'une valeur au destinataire. la transformation. du fait que la définition même de la communication. reste en njonction avec le destinateur. L'existence d'une relation de présupposition unilatérale entre le destinateur-terme présupposé et le destinataire-terme présupposant rend la communication entre eux asymétrique: ainsi. au lieu de s'opérer. entendue comme une transformation opérant solidairement la disjonction de l'objet avec un des sujets et sa 44 conjonction avec le second sujet. en qualité par conséquent de sujets immanents et virtuels. n un. de ce type particulier de communication. est« partagé» avec lui sans que 1 destinateur s'en trouve privé. cette asymétrie ne pouvant que s'accentuer lors de la syntagmatisation des deux actants. Autrement dit. au contraire. garants de la circulation des valeurs en vase clos et médiateurs entre cet univers immanent et l'univers transcendant dont ils manifestent la présence sous la forme d'actants d'une syntaxe d'inspiration anthropomorphe. le concept de suspension de la transformation qui n'est effectuée que sur le mode du paraître par le sujet décepteur. Étant donné que les destinateurs.et probablement notre imaginaire de façon très générale . en premier lieu. 5. dans un univers des valeurs déjà existantes et reconnues comme telles. le statut paradigmatique du destinateur par rapport au destinataire se définit par la relation hyp~ronymique. peuvent être considérés comme des sujets à la fois réels et transcendants. à : (Dr U Dre) = (Dr nOn Dre) L'objet de valeur. requises par la syntaxe narrative. es transferts de ce genre ne se limitent pas aux modalités seules: la ultiplication du pain dans les Évangiles ne s'explique que par le rac~ère inépuisable des possessions du destinateur. ne s'applique pas toujours aux relations entre le destinateur et le destinataire. Les exemples pouvant illustrer ce phénomène insolite sont nomr ux. une fois transféré au destinataire. II LES OBJETS DE VALEUR l'épreuve. comme il aurait fallu s'y attendre. les divinités uamennes appelées kaukai ne fournissent pas directement des hesses à ceux dont elles prennent soin. le savoir du destinat ur. au moins sommaire. il est possible d'imaginer leur communication avec les destinataires opérant pour leur propre compte dans l'univers immanent. le 45 . tandis que celui du destinataire par rapport au destmateur se caractérise par la relation hYP0!lymique. elle n'en reste pas moins 1 ouveraine toute-puissante: une belle fiction. en leur qualité de possesseurs de valeurs transcendantes. sans laquelle urtant le concept de souveraineté ne peut pas être fondé. Un jeu stylistique de conversions qui consiste dans la manifestation de certaines unités narratives de surface à la place d'autres unités. C'est en tant que sujets qu'ils peuvent être mis en communication et que leur statut peut être décrit sous la forme d'énoncés canoniques. nous avons été obligé de le fermer à l'aide de garde-fous qui sont les destinateurs. cette attribution n'est pas pour autant solidaire. Ainsi. n présence de telles conceptions universellement répandues. elles ne font que rendre biens inépuisables et leur consommation n'en diminue pas la ntité. e la renonciation de la part du destinateur. LA COMMUNICATION PARTICIPATIVE En essayant de rendre compte des transferts des objets et des communications des sujets dans un univers axiologique réduit à sa plus simple expression. et seule l'inscription de l'échange dans un contexte syntagmatique plus vaste permet de désambiguïser la narration.

sans avoir décrit. comme des actes de munication. à ce stade de la mise en place des tructures élémentaires de la narrativité.!. qui. Complétant une interprétation topologique du It elon laquelle les déplacements des objets suffisaient à eux seuls à ndre compte de son organisation. La syntaxe événementielle ue nous nous efforçons de construire est. Quoi qu'il en soit. par une attribul'objet sans renoncement concomitant: les conséquences à tirer l' nregistrement de cette forme de communication participative ne V i nt pas non plus être développées en cet endroit à défaut de r il conceptuel non encore mis en place. de montrer. nous avons cherché à montrer que la communication ujets.dans le cadre d'un projet v udrait scientifique ne serait-ce que par la cohérence interne 47 i 46 . que chaque sujet est en mesure de dérouler son propre r ramme narratif. Il LES OBJETS DE VALEUR sémanticien n'a pas à s'interroger sur la réalité des pouvoirs de la reine ni sur l'efficacité des kaukai. les sujets n'étant que les lieux de ur transferts. considérée comme l'irruption du discontinu dans la permanence discursive d'une vie. d'une culture. mais dont l'établissement . Ce chapitre est destiné à présenter. et ceci en nous référant aux relations struCturales particulières entre le destinateur et le destinataire que nous interprétons dans le cadre général de la formule pars pro tota. constituait elle u i une dimension explicative satisfaisante. projection qu'elle est des relations ndamentales de l'homme au monde. A la recherche des situations simples et des structures syntaxiques ( 1 mentaires. de deux objets de valeur distincts: l'équivalence des valeurs v li dans ces objets. sont exploitées en vue de la construction de la grammaire. les valeurs culturelles . de façon plus générale.en les distinguant des valeurs modales. tout d'abord. 'inspiration anthropomorphe. partir de cette typologie. peut-être. surtout. ou. condition de la pertinence du projet sémiotique. ou inversement. celle de la transmission et de la manipulation sémiotique du savoir qui constitue à elle seule un niveau autonome de la narrativité : aussi le peu que nous en avons dit devrait être considéré comme un aide-mémoire. sémantique au sens strict du terme. axiologique et sociologique de la valeur ont été explorées dans le seul but de montrer leur caractère complémentaire et non contradictoire. à un niveau plus superficiel. est difficile.ujet et d'un anti-destinateur. il. d'une histoire. d'une part. en proposant de la désigner comme une co. régis par des opérateurs de transformation. La dernière forme tlv simple rendant compte de la transformation des valeurs t v en valeurs négatives. un premier temps. 6. peu porte. RAPPEL La narr&ité. il doit se contenter d'en proposer une description appropriée.wtici/li!ÛJ'e. existence qui intuitivement t vidente. d'aller plus loin dans 'l'examen de la communication participative sans engager à fond notre conception de la structure actantielle. 1 la forme d'énoncés de fairela affectant dans énoncés d'état. L'univers des valeurs. permettant l'établis ent d'une première typologie des transformations élémentaires nifestées. qu'on le veuille ou non. d'un individu. a apparaître l'existence présupposée d'un contrat fiduciaire ri ur. arrêtant là notre investigation. d' utre part. assez curieusement. inversement. comme une boîte noire dont l'emplacement est prévu mais dont le contenu reste à explorer.municationp. l'exploration a pu être poussée dans deux tions différentes: vers la représentation syntaxique de la structure l' hange. la désarticule en états discrets entre lesquels elle situe des transformations: ceci permet de décrire. u i.DU SENS. qui nécessite l'introduction. a pu ainsi être encadré par des structures syntaxiques élémentaires qui assurent leur saisie et rendent compte de leur narrativisation. caractérisée. Les possibilités de définitions linguistique. vers l'interrogation sur le tut particulier de la communication entre destinateur et destina. nous avons pris comme point de départ une configuration yntaxique simple représentant deux sujets intéressés par un seul et \ me objet de valeur: son examen nous a permis de reconnaître ( u Iques états narratifs simples susceptibles d'être formalisés en noncés de jonction. bien que de nature sémantique. Nous dirons donc qu'il s'agit là d'un type spécifique de la communication. ces sous les ~ rniers étant les garants de l'existence sémiotique des sujets en nction avec les objets investis de valeurs. et que nous avons été amené à postuler. la structure de la communication verbale et. syntagmatiques et paradigmatiques. ne pouvait même pas qui sée: son examen nous aurait obligé de postuler l'existence nli.peu importe qu'elles participent des univers sémantiques sociaux ou qu'elles soient intégrées dans des univers individuels . à côté de deux l .

car son « effacement» n'est pas moins significatif que sa présence. 49 . L'organisation narrative des valeurs n'en constitue pas moins le fondement de la narrativité.DU SENS.n'a pas manqué de soulever dès le début de nombreuses ult6s montrant par là même la complexité de la problématique live.. STRUCTURES NARRATIVES 1.. un seul (al) pouvant être le syncrétisme de plusieurs actants (AI' A 2 .ne serait-ee que parce qu'elle a permis de séparer t ment les deux niveaux autonomes où peut se situer la réflexion sur rr tivité . si elles occupent une place de choix dans les récits mythiques et surtout folkloriques. Les actants. les acteurs et les figures * 1. par exemple. loin d'être un simple rapport d'inclusion d'une occurrence dans 1 e. A ANTS ET ACTEURS. ont tendance à se réduire à peu de chose dans la littérature dite moderne. al)' l'inverse était également possible. en premier lieu. Cette distinction que nous continuons à considérer comme nente . n est évident que l'examen des investissements axiologiques et de leur narrativisation ne constitue qu'un chapitre relativement peu important de la sémiotique narrative: les valeurs culturelles. une distinction les actants relevant d'une syntaxe narrative et les acteurs nnaissables dans les discours particuliers où ils se trouvent ~ t6s.1.. lUte a ~t~ publié dans le recueil Sémiotique narrative et textue//e.. C.ne va pas de soi.. 6tait double: At '\V al A2 Al ( un actant(A t ) pouvait être manifesté dans le discours par 1 u acteurs (al: a2. II * qui exige l'interdéfinition de tous les concepts utilisés .-C.. r6interprétation linguistique des dramatis personae que nous proposée à partir de }a description proppienne du conte lIleux russe a cherché à etablir. éd. Paris. . On s'est aperçu. Coquet. 1973. que la relation entre acteur et ". par exemple. Chabrol et J..

du déplacement progressif du centre d'intérêt de la littérature orale à la littérature écrite . produit et communiqué par un sujet narrateur.des problèmes qu'il est urgent de résoudre. lorsqu'il se met en état d . IIr'IU'CltUlre hre . eu "I_te . disposait au préalable d'un. Disjonctions syntagmatiques. L'organisation actorielle. Tou~ se passe.' Profitant du fait que les recherches narratives semblent. 1. OltOIS' se prese~tent comme des positions formelles permet~nt l n e articulation du sens. son. la deixis positive Î\ sujet objet F (S --+ d '~b' estlnateur 0 F 'Jet d" estlnatalre vs VS objet négatif dest~nateur négatif (ou ant!-destinateur) destinateur négatif (ou antt-destinataire) ou. SI><S2 Si l'on considère le récit comme un énoncé global. projection tout aussi bien d'univers collectifs qu'individuels.. notamment.narratifs. ~rtIcule la signification en ensembles nt Jo carre semiotique ft ~I:e I~s mes~ages 1.d é. d'envisager même la possibilité d'une grammaire narrative indépendante des manifestations discursives. comme si le su'et . de~lr et l'inscription de celui-ci dans les r e a co~mumc.distingue.nt dos va!eurs-obJets et les mettant en circulation dans le cadre l'IllNlllmteructuro.du fait. postulat implicite à tout notre raisonneuppose 1eXistence d'un réseau relationnel de type paradigus-e. LES ACTEURS ET LES FIGURES Des recherches ultérieures ont permis de voir un peu plus clair dans l'organisation actantielle des «personnages du récit ».ment do la struc~u.e et. peut mettre l'accent sur le nombre toujours croissant . Deux sortes d'énoncés narratifs peuvent se rencontrer: F S2 St r a elXlS negatlve (S2 + SI)' Il en résulte au moins un .llta:lliquo : (a) sur le p!an social. pt do s~ru~ture.paraiss~ntsuffisamment générale~ pour ases d une pr~mlere articulation de l'imaginaire. ft ( La structure actantielle apparaît de plus en plus comme étant susceptible de rendre compte de l'organisation de l'imaginaire humain. Il LES ACTANTS.n rratIfs. en tout cas.'tllll.ine.. les disjonctions 0 érées d h6:as él~mentalres. dans ce doma.DU SENS. mentalr~ 9Ul. n'a été que très peu concernée par ces recherches: c'est une défaillance qui s'explique aisément par l'absence d'une théorie cohérente du discours.ntendu aux actants tels qu'ils paraissent dans les . la relation de l'homme au tra~~~ Jl'CMlull. ou (b~ sur le plan individuel. En attribuant au verbe-prédicat de l'énoncé le statut defonction (au sens logique de relation formelle).qui .change. do stru.n do 1es~nt humam organisant un monde sensé -.atlOn lOter-humaine.1. . STRUCTURE ACTANTIELLE.2.s termes de positif et de négatif sont de pures n et n Imphquent aucun jugement de valeur. marquer le pas. en effet. Verba••ue)n. des directions qu'il est souhaitable d'emprunter. au contraire. dans la notation empruntée à la logique : 0) F (Dt --+ 0 --+ D 2) • • Inaunotlcndu ~~e le. en un certain sens.ctur~s« reell~s » antérieures au faire linguistique ou t . la confusion 51 50 . la relation de ~o~ 1objet de. nous avons pensé qu'il ne serait pas inutile de procéder à une mise au point à la fois terminologique et didactique. Il quo soit l'interprétation que l'on donnera à ces struct 1. cet énoncé global peut être décomposé en une suite d'énoncés narratifs (= les «fonctions» de Propp) concaténés.MI•lnatlur ou d~stInatalre de la narration -.2. rjonctions paradigmatiques. on peut définir l'énoncé comme une relation entre les actants qui le constituent.re actantielle où chaque actant peut être un dos deux deIXls donnant lieu aux distinctions suivantes: vs sujet négatif (ou anti-sujet) VS df ~<X!èl. et ceci dans un double but: pour inventorier ce qui.

ergo propter hoc). tout en MI. donnant lieu à des couples de heros et de traltre. dans la mesure même où elle est la projection... .ure ~t~mqu~ c~racte~l~ee très souvent par une moralisation duahste nglde ou 1opposltl~n positif vs négatif se trouve invest}e de contenu~ bon .. ils ne constituent pas pour autant deux lfférents.1 ~n est ainsi.ltIll)rm nces du sujet. le faire performateur du plique au préalable une compétence du faire. au contraire. implicite. par exemple. dans son alre. celle-ci reste toutefois. Remarque: Dans cette perspect~ve.ce faire étant réduit à ulte canonique d'énoncés narratifs -.. ou distribué non pas sImplement sur les deux deixis opposées.. d adjuvant et d'opposant.m. la faculté de former le enclnC45s. . contralrem~nt aux disjonctions que nous venons d'invoquer.» cessent. Un tel investissement moralisant n'est cependant n} necessa~re m suffisamment général: on le voit facilement remplace pa~ un Investissement esthétisant.mauvals. Toute~01s.tent de donne~ la représentation de son déroulement. applicable meme a des reclts mllllmfal..a posslblhte de ~eflnlr tel~e . etc. . Si tout énoncé manife té nt nd. de façon générale. quand les « p~rson~ages. Il est en effet devenu presque banal de dire que. dirons donc que l'actant sujet peut assumer. Ion la logique des présuppositions. ' ur le plan narratif. des situations «réelles ».n(ormlt~. quitte à envisager en~uite l.INDU. la narration. de nouvelles catégories surdéterminent les actants dans leur progressIOn syntagmatique. AusSI suffIra-t-Il de malntemr ~e pnnclpe même de disjonction paradigmatique des actants en e~t:hquant l~~r dichotomisation par leur conformité ou no~-~o.1. 1.. des actants peut être généralisée. de « test ». n ire. d et~e umqu~m~nt « bons» ou « mauvais ». Ces nt définis à la fois par la position de l'actant dans l'enchaÎne1 ique de la narration (sa définition syntaxique) et par son 53 1. par exemple. chez le sujet de l'énonciation.PJ)()Sés en manifestant successivement et les compétences et les . dans le me narratif donné. . concept de performance que nous avons proposé d'introduire la terminologie narrative pour le substituer aux notions trop U d'" épreuve ».. A côté des disjonctions structural~s. en tant que projections du faire humain virtuel.lx a un 1 actant· dans la mesure où celui-ci rencontre.. .. LES ACTEURS ET LES FIGURES ne tarde pas néanmoins à s'installer rapidement dans. la t nce du sujet parlant peut être conçue comme le syncrétisme lités du vouloir + pouvoir + savoir-dire. se fait fort d'expliciter ces "''''.e~r projectIOn ou de leur saisie.3..mme narratif. nous proposons de définir la compétence comme uloir et/ou pouvoir et/ou savoir-faire du sujet que présuppose son rformancie1. ils ne sont que deux instances d'un seul et même Ion la logique motivante (post hoc. t ut système sémiotique. et qUI decompo~ent. soit en attribuant odalités du' savoir-faire ou du pouvoir-faire â des actants nt . d'autres cat~gones en. t cela que nous voulions en venir : si le sujet compétent est nt du sujet performant. cet obstacle sera interpr~t~ comme la représentatIOn métonymique de l'anti-act~nt r~levant de la delxls non conforme au champ d'activité de l'actant mamfeste. par exemple.trent en jeu pour diversifier la structure actantielle.. Compétences et performances.u n ~~~tacle qu~lconque. . RÔLES ACTANTIELS.atique.. qui. 1espace imaginaire en autant de lieux distincts qUI.. l?rs ?e l. peut les disjoindre en même temps. soit en faisant acquérir ces différentes modalités séparét uccessivement par un seul actant au cours d'un même ~. la d~sjon~tion ~a~adig. se maintiennent en un certain eqUlhbre. 52 . mais sur des termes P~~s nom?reux du carré sémiotique. l'exercice de la « parole» présuppose t nce d'une «langue» que la performance du sujet signifiant po e sa compétence de signifier. en appelle naturellement à lui d compétence.. pe~met.nlrclt nt ces diverses compétences comme des compétences d'un miotique. 1. rendent c?mpte d~ la dramatisation de la narration et des dISjonctions syntaxiques qUI. La ti n.'S . dans la littérat. un certain nombre de rôles actantiels.'. a~x delXls considérées. Elle fait même plus..certains cas. le sujet rd acquérir une certaine compétence pour devenir perfor. de « tâche difficile» que le héros est accomplir et afin de donner une définition simple du sujet (ou de l' ntl-sujet) dans son' statut de sujet de faire . Si. Il LES ACTANTS.DU SENS.o~ telle classe de récits par des investissements valOrisants specIfIques.

c:est l~ p~ssibilité de nouvelles diversifications de programn~rratIfs : aI~sI ~ et pO. tout en compliquant davantage le jeu narratif. du héros selon le pouvoir (Ogre. augmente considérablement le nombre de rôles actantiels. la structure actantielle a la médiation de la typologie des rôles actantiels qui. diversifie le ur syntaxIques qu'empruntent les sujets. 54 re présente dans le discours narratif.. Roland) ou du héros selon le savoir (le Petit Poucet. os chercher à préciser au préalable le statut structural t en se fiant uniquement à sa conception naïve comme celle nnage » qui reste d'une certaine manière permanent tout le r 55 . comment celle-ci. en effet. SECREt 1 non paraltre ><. Le problème de la véridiction dépasse ainsi largement le cadre de la structure actantielle. susceptibles un d acq~enr des competences selon le pouvoir ou le savoir (ou les u uccessIvement). rendant ainsi possible la réglementation grammaticale de la narrativité. de déterminer rcours narratifs différents. 1. rien que dans le cadre du conte populaire. en introduisant dans le cadre que nous nous sommes tracé la catégorie de l'être et du paraître.2.le sUjet Instaure (doté de la modalité du vouloir) éclate m~dla~emen:. Upe terminologie des rôles actantiels devrait pouvoir être constituée.. Or. mais qu'elle ne l'est pas «en réalité ». peuvent seuls recouvrir et dynamiser la totalité du • •lIra e n'est ~u'ens~ite q~e peu~ s'engager un nouveau processus t la mamfestatIon dIscurSIve de la narrativité. actantielle et Il . à son tour. Cependant. permettant de distinguer nettement les actants eux-mêmes des rôles actantiels qu'ils sont appelés à assumer dans le déroulement du récit. démasqués et punis.ur ne s'en tenir qu'à l'exemple du conte pula~re . instituant ainsi «la vérité intrinsèque du récit ». en disant qu'elle est simulée. mais aussi et surtout à suggérer que la véridiction constitue une isotopie narrative indépendante. Il s'agit pour le moment de montrer. tr ment dit. ffrontements des héros cachés.et ceci est rt nt .tlluant à une superposition de deux structures. La stratégie des rôles actantiels qui sont acquis ou échangés tout le long du récit ne se limite pas aux jeux de compétences et performances. Ainsi. on l'a vu. que. par exemple. MENSONGB nous cherchons non seulement à libérer cette catégorie modale de ses rapports avec le référent non sémiotique. des transtions narratives qui se produisent dans le cadre d'un programme mln~.3. la surdétermination de ces divers t compétents par des modalités de vrai vs faux et de secret vs onge multiplie d'autant le nombre de rôles actantiels.. être .. définis à prieurs charges modales et leurs positions syntagmatiques Iv . En proposant l'interprétation sémiotique de la catégorie de ~ vrai vs faux selon les articulations du carré a surdétermination des actants selon cette catégorie de l'être et du paraitre rend compte de cet extraordinaire « jeu de masques» fait . qui constitue un des axes essentiels de l' m ginaire narratif. Véridiction. mais aussi . II LES ACTANTS. l'introduction. LES ACTEURS ET LES FIGURES investissement modal (sa définition morphologique). susceptible de poser son propre niveau référentiel et d'en typologiser les écarts et les déviations. du concept de rôle actantiel permet d'envisager avec d' surance la possibilité de la construction d'une syntaxe tlv . méconnus ou reconnus et des traîtres vestis. offrant de cette manière au moins quatre (ou t) rôles actantiels et autorisant déjà une typologie des sujets tents (héros ou traîtres) qui permet. Renard)..permet de calculer. on pourrait distinguer le sujet virtuel du sujet du vouloir (ou sujet instauré). celui-ci. processus . la compétence du sujet (= sa qualification) ne peut être acquise qu'à l'aide d'une performance simulée. On ne doit pas oublier. on s06s-entend qu'elle est accompli~ pour paraître vraie. etc. ~n un sujet et un anti-sujet. à partir des structures actantielles nt ires. 1 paraître non etre FAUX VRAI RUCTURE ACTORIELLE.DU SENS. et donnant lieu à des emboîtements d'actants en acteurs.. ce que l'on retiendra pour l'instant de ut ceci. grâce à des additions soustractions et t rminations des modalités qui définissent les 'rôles.

.e le~r ma~lfes­ tation actorielle dans le discours: tandis que les objets mvestis de «valeurs objectives» sont présents dans le discours sous la forme d'acteurs individualisés et indépendants (nourriture ou enfants dans le Petit Poucet). tout rôle actantiel est susceptible de Inv~s~lr d~ns un a~t~ur dlSjo. a se representer le discours narratif comme étant 1 d'un réseau relativement dense de rôles actantiels manifes- 56 57 . (c) Le destinataire peut être son propr~ destmateur (amsl. dans ce cas livée. le ~eros cornélien qui" se doit »).isation. tantôt adjuvant. a~~ant. le~ :. ou triplées dans un meme reclt (nournture et enfants) et . A ce preI?ier critère. s q~elqu~s exemples semblent suffisamment significatifs pour u n p~lsse dire que tout. G . en tant qu'acteur. entretenant d'ailleu.a per~ls de. s?i~ par le même acteu:r que le s~jet IUi-I?eI?~' soit par des acteurs .l'ut~lisati?n du concept de rôle actantiel peut apporter quelque lumlere ~ la simple constatation de la non-adéquation entre actants et acteurs (selon laquelle un actant peut être manifesté par plusieurs a~teurs ~t. par p. est un . lr les deux extrêmes se situent les distributions actorielle à ~ ~ ~bjectivante et subjectivante qui représentent. ". on. Ainsi. ! (d) Le sujet et l'anti-sujet peuvent être réunis ensemble et mener. LES ACTEURS ET LES FIGURES long d'un discours narratif. dans le premier cas. on s en satisfaisait ne serait qu'un constat d'échec pour une theone qUi se veut explicative'.se trouver etre représentées par des sous-acteurs séparés.acteur ayant la modalité du paraître pour rôle ntIel).' . selon avoir et. on s'en doute. . peut conc~voir théoriquement deux types extrêmes de uclures actofl. dans son statut d auxlhant. cal~ul d~s rôles. dlstmguer par ailleurs deux sortes d'objets: ceux qUi sont mvestis de «valeurs objectives» et ceux qui co. tantot opposant. les objets à valeur subjective sont ma. I~ dls~mc~lOn repose ~Ien sur un critère structural celui de leur mode d attnbutlOn qUi se fait. sera alors charge de subsumer les deux rôles actantiels. i' .nifestés ~ar des acteurs qui sont conjointement et en même temps su~ets :t objets ~Ie Petit Poucet est. dans ce cas. . L'acteur. (h) Les rôles actantiels qui définissent la compéte~ce ~u ~ujet peuvent être manifestés. inv.mportent des « vale. la dlstnbution Il de ces rôles pourrait être utilisée comme un critère 1 ique en vue de l'élaboration d'une théorie générale des Remarque: De mê~e. ~algré l'imperfection terminologique flagrante. Quelques exemples permettront de situer plus aisément le problème de cette inadéquation. toutes] 1 dlSjOnctlOns ~perees au mve~~ de la structure actantielle peuvent r .. .mt et autonome et qu'inversement.en un certam sens. en J 1 les premieres structures . les rôles actantiels peuvent être distribués de manière conjointe ou disjointe parmi les acteurs. «une lutte intérieure» à mort (Faust). a~~antiels Il pour chaque parcours narratif SOlt falt. (h) la distribution actorielle peut avoir une expansio~ imale et se réduire à un seul acteur ayant en charge tous les actants 1 actantiels nécessaires (donnant lieu à une dramatisation 1 ure absolue). A supposer que l'inventaire des programmes llf S~lt étabh (pr?~lèmes d'in~tiation et de passage groupés r de 1épreuve quahfIante."IDllrclivée. 2. au sein d'un seul acteur. à la fin.un acteur peut représenter plusieurs actants a la fOlS) ~UI~ sil. et SUivant qu 11 e~t conforme à la deixis positive ou négative. on doit cependa11t en ajouter un autre.ers~~ent. 1 ~cteur I?dmdualisé sera dénomme. STRUCTURES DISCURSIVES MM NT RECONNAÎTRE LES ACTEURS.elles p~sslbles: (a) }~ ~anifestation actorielle peut V Ir une expanSlOn maXimale caractensee par la présence d'un acteur ndant pour chaque actant ou rôle actantiel (le masque. II LES ACTANTS.DU SENS.paradigmatiques et syntagmatil'~rgan. celUi d. d~ns le second. petit à petit. . nous dirons que la structure actorielle est. selon l' ~tre. en même temps sUjet-heros et objet de consommation pour l'Ogre. fournisseur. des ca~. acteurs de plus en plus complexes.rs entre ~ux des relations d'interdépendance syntaxique (l'absence de nournture motive la perte d'enfants). etc.) et que le. Dans ce. en empruntant la ucllve. o~ est arrivé. (a) L'examen de l'actant objet nous .dlSjOmts.~es articulations élémentaires _de l'imaginaire. der~~er cas. 'i"fii::~' n partant.ur~ su?jectives ». En polarisant ces n lalations. problemes de reconnaissance autour l' preuve glorifiante. neutrahsees par des investissements conjoints n des.aleurs ~bjectives peuvent être doublées. J flle.le. la structure actorielle sera dite. pour toute sa famille). umque. on peut espérer qu~.

étudié par Clément .. certain. qu'elle situe ses investigatIOns au mveau tres superficiel de la syntaxe des s~gnes.. se trouvant devant un texte nu. en constituant comme des constellations figurat leur propre organisation. du moment qu'il pose sa propre isotopie sémantique. comme des hypothèses présentées sous forme d'articulations logiques qui..-. c'est-à-dire sa réalisation partielle dans le Le lexème est. n'est ploitation très partielle des virtualités considérables que lui thésaurus lexématiql. vie?t du fait. Pour des raisons théoriques. s'il poursuit son chemin.n' t jamais réalisé tel quel dans le discours manifesté. Il n'empêche que. .s parcours sémémiques permise en contexte. c'est en le p rse~é de figures du monde qu'il a rejetées. Tout "GOlllr.tuelle q~1 prétend opérer en s'int~r~is~~t d~ faire val~Ir. FIGURES ET CONFIGURATIONS. n constate immédiatement que ces figures ne sont pas des rmés sur eux-mêmes. t~nt~t1Ve de. à de rares exceptions près (lorsqu'il est mono-sémémi. ge?eratI!s du dls~o~r~. Mais pour des raisons pragmatiques. prêtes à ressusciter au Cfort de mémorisation. apres ~volr dlsJ~Int les deux plans du signifiant et du signifié. élémen~~ du discours (dans notre cas. c'est cette médiation théorique entre les formes tives et les formes linguistiques de dimènsions phrastiques qui t tre la plus difficile à établir. soit par la IyrltallC linguistiqu~.l~ narratif implicite est ici tout aussI slgmflcatIve que les dlfflc~ltes ~u ep~ouve le constructivisme déductif à rejoindre la manifestation discurSive. Ainsi. pour commencer.donc-pour h d'explorer les formes discursives et les différents modes de leur ul tion avant de passer à la théorie linguistique stricto sensu. lorsqu'elle cherche à établir les procédures de reconn. de manière tantôt disjointe. une fois projetées sur des textes. les acteurs) narratIvement pertinents. ac r s~mble. à première vue du moins.DU SENS.rcours du ~e~s. Aussi. d~p. rendre compte des instances et des pa. 2. ne pas relever de la IYIIlt. aussI: Ils dOIvent etre consideres \ comme des modèles de prévisibilité.tC. ' men sémantique d'un lexème (du lexème tête. Il . par conséquent. La théorie du discours nt n invoque de toutes parts l'urgente nécessité aura. les unités à la fOlS plus petites et plus profondes de chacun des plans pris séparément. d'abord: ils constituent une..aissance des a~teurs. LES ACTEURS ET LES FIGURES tés.uis Hjelmsl~v. L ecart entre ce qu'il croit savoir sur le mode d'existence des structures narratives et les techniques de lecture qu'il a en sa possession est encor~ trop considérable: l'impuissance relati. L'analyse narrative dont nous nous occupons se ~Itue Justement tout entière sur le plan du signifié et les formes narratIve's ne sont que des 58 ni ations particulières de la forme sémiotique du contenu dont la ri de la narration essaie de rendre compte.nce et. à des problèmes proprement ntl ue . II LES ACTANTS. par des ac.teurs qui. tantôt conjointe. eux. du di~co~r~ ~armi d'innombrables actants syntaxiques de ses enonces et a defInIr du même coup les acteurs dans leur ~ermane.&nlllint à vivre leur existence virtuelle. mais de la séman' e. V nons donc. un acteu ne fonctionne comme actant u'il est pns en charge soit par la syntàxe narrative. nous semble-t-il. A ur actuelle. le chercheur est gêné de ne pas disposer de procédures objectives lui permettant d'opérer des choix nécessaires et de re~onnaître les.En effet. La faiblesse des résultats de l'analyse textuelle. essaierons-nous de reprendre le problème à partir des considérations générales sur la manifestation linguistique. <?r. par exemple. 1 d ns Sémantique structurale) nous le montre doté d'un noyau V ment stable. pour prendre un exemple 1 figure de soleil organise autour d'elle un champ figu59 J .le. mais qui ". Par rapport à ses emplois syntaxiques.est impossible de nier l'importance de ~es modeles actan!lels. peuvent en augmenter la lisibilité. dénommées flgw:d· . d'une figure nucléaire à partir de laquelle se 1 nt ~ertaines virtualités. son . nous ~avons que rien de bon ne peut se faIre en lIngUIstique tant q~ on n~ d:p. une organisation sémiq II qui. leu!'s mutati~ns.ve de l'~nalyse tex. tant qu'on ne se met pas à explorer. herches portant sur l'exploration des « champs lexicaux» ont n évidence cette charge potentielle des figures lexématiques : lcnt décri!es dans le cadre du dictionnaire (comme le lexème 1 par Patrick Charaudeau) ou extraites d'un texte homogène 1 cœur dans l'œuvre de Jean Eudes. mais qu'elles prolongent à tout instant urs sémémLques en rencontrant et en accrochant d'autres parentées.savo. peuvent déjà être considérés comme des ~léments d~ discours. il se trouve ituation comparable à celle d'Ulllexème nominal qui se plie à 1 manipulations de la syntaxe.a~se pas ce niveau. si le concept d'actant est de nature syntaxique. abandonnant provisoirement la démarche déductive située dans le cadre de la narrativité.2.

théoriquement. le proM'mime n rratif déterminé par la distribution des rôles actantiels et. celui de la recherche thématique..DU SENS. d'assumer des fonctions diffé~e~te. . propose un enchaînement figuratif 1II1"~'. dans la mesure ou elle ne veut pas etre u. Une meilleure connaissance des configuratIOns discursives permet aussi de situer avec plus de précision le projet scientifique sur lequel repose l'œuvre de Georges Dumézil. des dimensions des unités considérées. dans l'élargissement. aussi. en ). nuages.ulté. THÉMATIQUES.§.. des participants d'un univers sémantique (et où l'origil'Dnlllt rait dans le tracé de parcours neo oglques. Le nIveau discursif des recherches peut ainsi être situé dans le cadre de l'économie générale de la sémiologie. . La 'J distinction de deux niveaux d'organisation sémiotique . d~ se présenter comme des variantes autonomes ou comme des reclts mdependants. . dans le cadr~ des é~oncé~. La théorie du discours.. de ~egroupe~ sous une même rubrique un certain nombre de problematiques qUi pouvaient paraître. etc.n appendice de la linguistique phrastiq. air. La reconnaissance et l'attribution d'un statut structural spécifique aux configurations discursives permet dès maintenant. 1!!. séquences mobiles. I • nnaissance de deux niveaux . Le tour de force opéré par ce grammairien comparatiste est l'élaboration d'un~ '!'ythologie c?mparée: il consiste essentiellement dans la transpositIOn des procedures méthodologiques du plan du signifiant.s. populalr~s laisse en suspens le problème des motifs. susceptibles. se trouve substituée celle des c~nflgur~tlOns discursives à l'intérieur des discours mythologiques. par exemple. lumière.. aussi. LES ACTEURS ET LES FIGURES ratif comportant rayons. tout en étant p~rallèles et . en principe. à celui du signifié.roo.u~. En effet. ut pas oublier que les configurations ne sont autre chose 61 60 . Le t un programme délibérément choisi dans le cadre d'une ~::~~~ n rrative.. opaci(é. Il L S ACTANTS. de morphèmes réalisés. . substltuables les unes aux autres dans les mêmes fonctions narratives. . f?~~e~ phrastiques. . le second relève d'un dictionnaire discursif.autot mboîtés rend bien compte de la démarche ambiguë du 1 narration.narratif et permet de dif~ic.narratives. chaleur. possibles mais . du moms en partie. sont de nature différente. à première vue. elles fondent de cI( fait. transparence.. de même il est loisible de concevoir un dictiônnaire -. . / elles transcendent facilement ce cadre et dressent un reseau figuratif .n'ent contraignant. cettedes reclts et les expliquant. figuratif .it ne s?nt autre chose que des figures du discours (au sens hJelmslevlen de ce terme).. . à peine posée.1 entier privilégié établi par la configuration discursive fi ur . " . dispara~es.entre autres. --mme un stock de" thèmes» et de"" motifs» constitué par et .lWltbl d'Une certainè manière. invité à poursuivre simultanément les deux yntagmatiques qui lui sont imposés: d'une part. u types de parcours cependant. On sait. ne ?evrait p~s ~ou~-estimer l'importance de ce phénomène: les configuratIOns do~t Il s ag. Dans un domaine différent. d'un f il de configurations constituées à partir d'univers collectifs viduels fermés. Une telle constatation nous amene a dire que. que l'analyse narrative des contes. . et des. SI les figures \ lexématiques se manifestent. distinctes à la fois des formes ._. la permanence structurelle migrations intertextuelles des moti(s.narratif et discursif . C-e qui fait qu'à l'étude comparative des phonèmes pris dans des ~orpus. lever. relationnel s'étalant sur des séquences entières et y constituant des configurations discursives. de même qu'un dictionnaire -:~~~ t une liste de figures lexématiques comportant chacune • 1 n de ses possibilités sémémiques de contextualisation en i.m ~alisés)..p-ecIflcite du discours comme forme d'organisation du sens. nombre de travaux allant de Gaston Bachelard à Jean-Pierre Richard A 1.

tantôt.'nlqu phrastiques. Cette.uratlf~ émergeant lors de la réalisatio~ ne sOient pas contradictOires..et en découpant du même coup des séquences figuratives _ tantôt sur les 'acteurs-consommateurs de la nourriture. en cas e reponse oSltlve U1 sem e se "'toltier. outes proportions gardées.a donc pour effet l'investissement des contenus dans les formes grammaticales canoniques de la narration et permet la délivrance des messages narratifs sensés.IIU 1 manipuler comme objets. ':. . tantôt sur l'objet de consommation lui-même. ous des figurations différentes.s avons cherché par ailleurs à analyser l'organisation syntagmatique..n des configurations à l'organisation syntagmatique des . II LES ACTANTS. . rt nce de ce dernier exemple réside. disparates a premlere vue. u.me.~matique comme le ~ re pono au sememe ans e caore de l'énoncé.du cuit et du cru (jeu et eau).. Ue ana yse peu egager es e ements nominaux discrets d'être con rontes et ajustes terme a terme avec es ro es '=~~~I:.nou.. au 'contralre.. cœur. il est vrai.mme substance.:» propres au djscO\lrs : la mani~estation discursive de la narratlVlte n'est donc. flg. proposant virtuellement plusieurs ~arco~rs figuratifs. une figure unique à l'origine donne lieu à des dévelopt d ignification superposés dans un seul discours. au rôl~ t'2. ~a. t tion est ec alrante.etenue et disciplinée r ence Imphclte d un rol~ umque.. n empeche pas la poursuite i nification comparable.. s~r les ~rodu~teurs . du moins les directions de recherches à entreprendre.figura~ive.. on peut dire que. . par exemple. plus particulièrement. de sa composante actantielle. dont une Isotopie cuhnalfe umque se maintient dans le mythe bororo de l'origine du feu dont . dans les objets narratifs g~néré~ p.: 1 xemples dispersés au hasar ~dë ces rê'frexiôns . le déroulement figuratif de toute la n'en trouve affecté. . à conditio~ que les termes. La conjonction des deux instances . C'est le concept de configuration discursi~e qui. En nt les deux phénomènes. conformes chaque fois à la figure initialement choisie. d'éventuels objets figuratifs qu'elles visent si elles v nt placées en position de sujets.. .. mais parallèles. 'et ceci malgré les variations isotopiques caractéris~nt ..tout se passe comme si les figures nominales (:::~~~~l .. ou d'éventuels sujets qui . dans le cas luri.varia~ce. mais l 62 63 . sinon la solution.chaque s~quence :.œil.qui permet de com~ren. une seule configuration s'étale tout le long du discours mythique. chaque terme de ce schema etant . sinon identique. per~et . dans cette perspective. et non co. 1 ur impOse une certaine discipline en n'autorisant la ==~~::n que de certains parcours figuratifs à l'exclusion d'autres. permettront peut-être d'entrevo!r. a .narrative et discursive . de sa composante sémantique presentee. enfin. tout en permettant leur . LES ACTEURS ET LES FIGURES 1 que des « formes du conte~. r. Dans d'autres cas.de re~dre compte de la manière. lês modes d'action. verbales. que l'intégration. On y voit la configuratIOn discurSive s'organiser selon le schéma canonique de l'éno~cé (?èstinateur ~ objet ~ destinataire). du contenu.~ organisation structurale.nominales. . dans le cadre ~u discours.DU SENS. dans plusieurs dism nifestés. 1 parce que dotées d'un sème « universel» qui permet de les \) • r r mme objets par opposition aux procès) étaient porteuses ' lité qui laissent 'prévoir non seulement leurs réalisations .dis~apparaisse comme la forme ~ée du contenu se manifestant à aide de configura Ions e caractere syntagmatique ne iïïàiique pas de poser l~ problèm~ de leu. la éduction e entue e escon Iguratlons à âes rô es ~ pourrait 'ustement rendre le serviêë-sou ai é. on le voit. surtout dans t n. mais aussi les faisceaux possibles de leurs ! IIlNtlOllli ri uratifs. . d'un rôle thématique Br le problème qui se pose dans le cadre de la théorie de la v t et. en se référant à d'autres textes. contnb?tlO.dlscours eclalr~ e~ partie un des chapitres de ce qu'on appelle parfOis la macrostylzstlqu~ Mais c'est une autre propriété structurale de ces configuratIOns -la polysémie des figures qui les constituent . une legere hesItatlOn dans le chOiX de telle ou telle figure la chargeant d'un rôle déterminé peut provoquer l'apparition de parcours figuratifs distincts. est v Ir i les configurations discursives peuvent être soumises à 1 truc ura e e SI.. La 1 ti n de ces parcours figuratifs introduit ainsi la problématique riantes: que la figure chargée de représenter le sacré soit celle du . mais en s'articulant . Quelques exemples.dre. les uns des autres. acristain .IUINtltl n diffuse tout le long du discours (ou d'une tranche du • •an). l'organisation pluri-isotope du:discours.sus~eptlble de produire un parcours figuratif autono. le chOiX dune figure pluri-sémémique. comment. La projection de leurs virtualités topie discursive quelconque.ar la g~ammaire narrative. . par exemple.. la confi uration. t différents. mais non suffisante: la configuration n son sein toutes les figures . pçut donner lieu. div~rsifi:ation. dans le cas de la • ~opie.9JULle-. les lieux où celle-ci ituer. Le fait. dans sa forme syntagmatique et déjà élaborée comme forme. du sacristain ou du bede~u. dans les mêmes proportions.~ . discursive] .

est une construction de surface très condensée: il désigne celui qui possède une compétence limitée à un certain faire susceptible d'expansion qui. En plus du thème. La grammaire narrative génère des objets f 111111111 (=des -récits»). Il.1. Ja psychOSOCiologie. diffi. lorsqu'il est explicité. tels l'espace et le temps . 1kirs."lt 111)t. dans un certain sens et dans des limites que lui prescrit l'isotopie du discours.. . par exemple. ne peut se faire qu'à l'aide des terminaux III quels aboutit la mise en place des structures narratives. marque: Il est évident que l'introduction du concept de rôle thématique "' IIMnque pas de soule~er de nouvelles. la SOCiologie . . des figures en voie de constitution que sont. Le lexème pêcheur. par l'attribution d'un nom propre qui lui est conféré.distinction que nous . par exemple. 3. qu'une figure nominale. en se plaçant du point de vue de la l'Iodu ·tl Il du texte. C'est la prise en charge des rôles thématiques par Il. pour les besoins de la cause. c'est en vertu d'une autre de ses prOPriétés structurales. à supposer qu'il soit introduit. pourrait ) i Irt' utilisée ici pour distinguer les deux types de« fôles.. à ce niveau du moins. les figures du dictionnaire. La figure du pêcheur se manifestant dans le discours sous la forme d'un rôle thématique (nous pensons notamment à Deux Amis de Maupassant) nous parait un bon exemple permettant peut-être de franchir la limite qui sépare. A cette mémorisation. et ne déploie sa figure complète qu'à la dernière page. pl' IS f.qu'elle est susceptible d'associer. comportant lllll'Ia 'Hernent taules les configurations virtuelles du discours mani. toulce que l'on peut attendre de lui en fait de comportement. 1. '"lIlItlon particulière de rôles actantiels d és de modalités et 1 J. Le per onnage de roman. J l'. toute notre attention.'I'CC par les rôles actantiels..1.d'opérer à la démarche déductive permet 1 ne serait-ce qu a tItre prOVlsoue.forme semiotique. dans les deux grammaires. Ceux-ci sont définis par une { 1. "IfS actanaels. grâce à la mémorisation opérée par le lecteur.offrant son l'IIIprC répertoire de rôle~. établies par l'usage et théoriquement codifiables. ~a . Il 11l1lnC~ p3. mais il maintient. toutes les figures non nominales de sa configuration. de son (/ "1110 1111 . LES ACTEURS ET LES FIGURES aussi circonstancielles. peut être substituée la description analytique du texte (. sur le plan linguistique. linguistique et narrative. on est obligé d'inverser les procédures et il " nrder la priorité logique aux rôles thématiques qui se saisissent .ùl's actantiels ui"'Cô'riStitue l'instance médiatrice aménageant le l' 1 W' des structures narratives aux structures discursiVes.\1 dont il est constitué et à les réduire aux rôles thématiques dont il '" 'horgé. dans ce sens. kurs virtualités. grâce à sa manifestation-aans le dIscours. en possession de sa structure grammaticale. toutes les possibilités de son faire.avons proposée par ul!l'urs entre la . L'investissement sémantique se fait par la sélec. Les travaux de « l. Le pêcheur porte en lui. lorsque.cultés co. 1 111111\1(' IllveSti. des rôles thématiques qui. Si l'on peut prétendre qu'il subsume. notre conception de la Il ill IllVlsatÎ n du discours. . une figure nominale) et un agent (. soil comme une configuration d'ensemble. peut recouvrir une longue séquence discursive.Un rôle thématique se définit dès lors 'par une double réduction: la première est la réOuction de la cOtifiguration discursive à un seul parcours figuratif réalisé ou réalisable dans le discours. peut être analysée est décrite.pécifique. Il LES ACTA TS. en même temps. dans des conditions qu'il s'agit de préciser. conçus comme des parcours narratifs Il' 'lien vue de la manifestation. la seconae est la réduction de ce parcours à un a~ent compétent qui le subsume virtuellement. 1\ n'empêche que.DU SENS. exploitent le plan lexématique du langage et • 1l . narratif. .r leurs po~itions respe~tives dans le cadre u programme \ 1I111lld 1 obJet. on peut lui trouver un équivalent structural dans le / nom d'agent qui est à la fois un nom (. phénomène d'ordre psychologique. Iogures et les développent en parcours figuratifs. soit comme un parcours figuratif enfermé dans l'univers discursif.. sa mise en isotopie discursive en fait un rôle thématique utilisable par le récit. par exemple. Toutefigure rencontrée dans le discours. c'est aussi un rôle et. il peut occuper. RÉCAPITULATIO S 'Illur que nous venon~. lui. évidemment. un rôle para·syntaxique). le rôle thématique n'est. se construit progressivement par des notations figuratives consécutives et diffuses le long du texte. elle se trouve investie d'un rôle thématique. pour il • d".wdc Bremond méritent. c'est-à-dire .les thématiques. 1 64 65 . sa lecture au sens du faire . des positions actantielles diverses. .nsidérables. à première vue. et la « forme sCientifique. Il il est aisé de faire un dernier pas ct de dire que la sélection dont la priorité logique sur les configurations Il III d'être reconnue. les personnages de roman. ''''''''4ue) qui doit permettre de dégager les configurations discur.l. chaque ill ~ 'pltne la psychologie.. son caractère sémantique.

Elle permet d'y reconnaître Inllili dinlcment une structure hypotaxique de deux prédicat~ : ' III 111111 t( faire vs être t . plus l'ilIa 1I1lèrement.fe parsemé de figures polysémiques. l'acte de langage n'est manifesté que dans et par ses P IIll.1 d "finition naïve . ou bien quand il est objet d'une reconstrucIl'"1 Inf'lco-sémantique utilisant les présupposés tirés de l'analyse de 11 11H11 'C. apparaît ainsi comme un ~ement syntagmati9'.DU SENS. susceptibles de tenir des rôles actantiels. n'appartenant en propre ni à l'une-ni à l'. acte relève d'une réalité dépourvue de manifestation Iinguis1111"1 Ainsi. se trouvent érigées en rôles thématiques: elles prennent alors le nom d'qçleur. on peut considérer que l'acte. modales ou idéologiques. LES STRUCTURES MODALES SIMPLES l'ACTE..\ufre~ l Pour une théorie des modalités * 1. est le lieu du 1'I"i\Crnent des modalités. Il est en même temps le lieu d'investissement de ces T?les. 1976. l'acte de langage -. L'acte en général ne 1I1.de l'acte le Ill! '.et.. 43. en tant qu'ênoncé. puisque le faire sémiotique. Dans un cas 1 11111 Il Il' dans "autre.1 r rmulation linguistique que de deux manières différentes: ou 1111/1 hllsqu'il est décrit. composante sémantique. Le discours. par le sujet. réunies souvent en conflguratlOns discursives continues ou diffuses.. de la composante grammaticale et de la . Certaines seulement de ces figures.. elle n'est que le lieu de leur manifestation. dans le t Hill' du discours-énoncé. Il"xle parut d'abord dans Langages.tlS. La structure actorielle apparaît dès lors comme une '\ \ structure topologique: tout en relevant à la fois des structures t narratives et des structures discursives. 1 . opérant dans le cadre des objets narratifs.. de substitutions et d'échanges de valeurs.HWI une représentation sémantique canonique.. parce qu'il est chargtà la fois d'au moins un rôle actantiel et d'au moins un rôle thématique qui précisent sa compétence et les limites de son faire ou de son êtr~. de façon approximative et variable.IIlt 1. Il [se manifestent sous la forme de figures qui se prolongent en 1configurations discursives.et la moins compromettante . chargées de virtualités multipes.l"lIte comme ce qui fait être~.t Un acteur est ainsi le lieu de rencontre et de conjonction des structures narratives et des structures dis~sives. alors que l'ênonciation qui le produit ne l'" (le que le statut de présupposition logique..lhsation selon laquelle celle-ci serait «une modification du 1111 III "al. 67 . '... l'on prend pour point de départ la définition provisoire de la ollld. consiste essentiellement dans le jeu d'acquisitions et de déperditions. à condition que l'instance du 'ilt 1 rn dalisateur soit suffisamment déterminée. considéré au niveau de sa surface. mais aussi de leur transformation. dans le cadre d'un méta-langage sémiotique. la seule manière correcte d'en parler consiste à en d'I.

comme une catégorie sémantique (même si son investissement minimal la fait paraître comme un universel du langage) et projetée sur le carré dit sémiotique: SI S2 dl gOlIC jonc/ion. laquelle.11'11 1 r1se 1objet qu on n a jamais lliq lit"! de l'objet de valeur sur le parcours par exemple. les termes faire et être pourront être employés dans la mesure où ils n'entrainent pas de polysémies fâcheuses.llions qui. prise comme axe sémantique.. d. une SIgnIfIcatIOn positionnelle).SI et S) . Remarque: Toutefois.s et s sont lI11tllldicloi. effectuées sur le carré.. . pour être traité séparément. le prédicat est susceptible d'être identifié avec la fonction logique et l'énoncé.DU SENS..1. prOJech~n. III.) OUI><non SI S1 1 S. parce qu'il décide de la forme que prendra la théroie linguistique dans son ensemble. '''''l'qlle: Ici aussi. c'est-à-dire du point de vue des opn.. 51 sont des actants. permettant d'établir la distinction entre deux fonctions-prédicats: faire et être.si S2 .51. Illtllllr' bicn ~ue ~i n'cst p~s y'ne :./asserlion/ Aillsi l'exemple français de: SI.res. Il 1 1 POUR UNE THÉORIE DES MODALITÉS 1 \ (-CI donne Heu à la définition interne de la contradiction . Nous postulons que le prédicat représente le noyau. entre possédé. de recevoir la forme canonique de : F(A " A.1 La transformation peut être considérée. Abstraction faite du sémantisme qui se trouve investi dans le prédicat et qui peut être« évacué. se constituent en suites: 1. 1.. 68 69 . se développe à son tour en de: /conjonction/ /assertion/ /négatior/ . 1 . la. IS)onCllOn / d" /><--fconjonction/ /disjonction/ /négarion/"><-/assertion/ 82 SI où JO. LES ÉNONCÉS ÉLÉMENTAIRES. f)u poinl de vue syntaxique. ~sltlon ~'IlIII. Nous postulons aussi que la fonclion peut être investie d'un minimum sémantique. La transformation.2. Il s'agit de III . et de poser ainsi deux formes possibles d'énoncés élémentaires: énoncés de faire et énoncés d'état. on peut désigner le prédicat faire comme la fonction nommée Itransformationl et le prédicat êlre comme la fonction Ijonctionj. c'est-à-dire la relation constitutive de l'énoncé. sur l~ carré.. tOlres). . li tour 1 qu~ nous venons d'effectuer a un double but.J/ on a renoncé. relation dont les termes-aboutissants /négariOiI/i.lIt.. des catégories binaires (des Afin de donner une représentation plus abstraite de ces deux énoncés. la contradiction apparaît ain~i co~me 1111 (. à son tour. 1I1llnldi tilt III 'nt~e 1 ) III jonction.. La construction du simulacre linguistique de l'acte exige dès à présent une définition préalable du prédicat. or.imple assert.iotique discursive (dont les énoncés possèdent. et /négalion/ = /assertigJ. la. ne peut que renvoyer à telle ou telle conception de la structure de l'énoncé élémentaire: choix définitif.2. l .IS particulIer de la contrariété.~.. memOIre» et qUI présuppose un énoncé de négation qui lui 1 1 Il III neur. Il s agit aUSSI de marquer une différence de traitela logique (qui est de nature phrastique et n'opère que par IIh lilutlons) ~t l~ !ém.ion. mais un lexème Il Il H d~. du point de vue paradigmatique.(I(I~e ~er!TIet ~e dl~tmguer.

" IIl11\cé modal d'état ayant pour sujet S. nO. du sujet par rapport à un objet de valeur quelconque. la performance présupposant la compétence. de nouvelles surdéterminations sémantiques.11 10111111 • est définie comme sa modalisation.. est susceptible de . pour simplifier les choses. on le voit. "' li 'vanl être nécessairement différent du sujet dont le prédicat 1 1l1t1tI. Il 1 1..é: on peut dire qu'on a affaire ici à des modalisations La performance n'épuise pas encore. à l'expression faire-être) peut être dénommée per ormanCf. état. tructures modales qu'on se propose d'examiner exigent la 1'" "1\ " de deux instances modalisantes distinctes.. comme une catégorie binaire. on dira que le sujet peut être décrit à l'aide de deux énoncés d'état différents : soil S. nO. les déterminations seules. Il 1 e~ . mais un énoncé d'état. tout prédicat Qui régit un autre prédicat devient. un prédicat modal. n indique la jonction. lU • 70 71 . PERFORMANCE ET COMPÉTENCE. . et tout énoncé de faire régit un énoncé d'état.marqut: Ainsi.llIit" /\. En considérant la jonction. Cet. Celui-ci.chéma présuppose. dU\I.1 PÙ\ltlon syntaxique. l'II dl\'. 1 1 Ils MODALISATIONS TRANSLATIVES. hiérarchiquement supérieur.. Toute transformation produit donc une jonction. malgré l'identité des lexicalisations dans 1 I.. mais non inversement. tandis que la transformation (assertion ou négation) rend compte de ce qui se passe lors du passage d'un état à l'autre.) d. soit d'un . le sujet modalid.ltll lI11l" ~. ~ d 'lïnitions de la performance et de la compétence ont pu être en exploitant deux organisations modales: faire modalisant être être modalisant faire . essence. mais· ce qui fait être. être du faire.. Cette organisation hypotaxique de deux énoncés élémentalles (qUi correspond.f 1/'\ modalités véridictoires. de l'instance produisant le faire. de le considérer comme • existant •. sur lequel nous aurons à revenir.. . Constitutive d'énoncés de faire. permettant de connaître quelque chose à propos du sujet et.1111 POUR UNE THÉORIE DES MODALITÉS d nné que toute modification d'un prédicat par un autre 1.". de par . du sujet. peut dés lors être dénommé compétence. tout en gardant son lilul énonclf canonique (formateur soit d'un énoncé de faire.//\'l'.. soil S.. de deux instances d'ênonciateur et d'énonciataire. le « ce qui .ntaxique non plus une valeur quelconque. l. qui rend compte de l'existence virtuelle. la performance tout la compétence doivent être considérées comme des structures On peut dire que la jonction est la relation qui détermine l'.1I1. ""..lngues naturelles. et l'acte lui-même défini comme une structure hypotaxique réunissant la compétence et la performance. où ~ être modalisant être faire modalisant faire indique la transformation 11 .3. lorsqu'il s'agit d'actes de langage.111111 '6 d'état). la transformation aura pour objet sy. » constituant d'une certaine manière «l'être du faire» et pouvant être formulé comme un nouvel énoncé d'état. U 0..·~. notamment. dans la langue naturelle.f Iln 'il perçoit qu'il reste encore deux autres combinaisons possi- 0. . car l'acte n'est pas un « faire-être. La représentation canonique d'une telle organisation sera alors : S..DU SENS. logiquement présupposée.. ce llldll 1 tout autre énoncé d'état produit et présenté par le sujet 1 Il 1 Il Id 1. et non une. peut alors recevoir. la définition naïve de l'acte. (s.

et non " • Il dllllller la représentation canonique définitive. l'axe des contraires est appelé virité l'axe des subcontraires est appelé fau~Stli modalités factitives. 111111. compares aux categones superficiel vs profond en hngulsttque. Iparailrel lêlrel l' La catégorie s'articule en deux sché"lfLS: le schéma Ip _ pl est appelé manifestation le schéma le _ ël est appelé immanence Elle comporte deux axe . nécessaire su~ l~ p~an théorique.DU SENS.· lelle présentation . d'autre part.. (1) Il est entendu que les termes employés sont des denomma. Cette distinction. . est " •• l'I. elle ne considère '''''1' '''1\ les prédicats modal et descriptif que comme des catégories IHulIIn. l. nous considérons 'III 11111 Iclle démarche est justifiée. consIdere que le fonctionnement pratique du discours: l'acteur « s~Jet parla~t. est par intermittence l'actant énonciateur et l'actant enonclatalre de ses propres énoncés. dernier étant censé être le sujet modalisateur qui sane. 1 es lêlre/ Iparailrel X. 1""1 noncé modal ayant pour prédicat faire et pour sujet S.re t. mais ils peuve~t êt!e.mamfe~­ talion et celui de l'immanence (<< il est nécessaire. manifeste vs latent en psychanalyse.tionne l'énoncé produit par l'énonciateur. cl le jugement véridictoire fail ainsi l'économie de tout Il 'ncnt extérieur. L'efficacité de cette distinction nous paraIt certame lors de l'analyse des discours narratifs.). ce qui plus tard peut gêner la description des parcours 01.ttlons plus ou moins motivées des positions modales (telles l'II 1'. se présentent 1 l'" ltllrrc vue comme des sortes d'impératifs rapportés. 72 Il3 faire ne pas faire X faire ne pas faire ne pas faire faire l'.. IIln) sont à ce stade prématurées. (·1) III ••. ~ 11 par~rt possible.1 désigne en même temps le terme positif du schéma de l "". traditionnellement appelées factitives. relation constitutive de l'énoncé (h) " est utilisé pour désigner la catégorie modale de la véridic(.). etc.. séparément le plan de la.ll.. etc. • mandater. 1. IIludnlilés. nous pensons que des l. De même.qui utilise les lexèmes de la langue " a ses avantages et ses inconvénients.. ""of des modalisations (cf. ''1. utIlement. phénoménal vs nouménal en phIlosophIe. Elle paraît suggestive 1". bien qu'elles Il Il Il 1 c-ll 73 . Le prédicat modal peut être traité comme une catégorie et décomposé en : Le lexème être se trouve employé dans la langue naturelle avec III lIIoins trois acceptions différentes.tlons sémiotiques.2.ble de modifier tout autre énoncé de faire dont le sujet est 1" III 1 • l't ~ection sur le carré de cette modalisation dufaire par lefaire 1rc présentée comme: faire faire Il On y trouve deu deixis la deixis posilive le + pl est appelé~ secret la deixis négative lë + pl esl appelee mensonge Un certain nombre de remarques s'imposent à propos de cette présentation de la modalité de l'être...vs immanence ~nt empr~ntes a Hjelmslev. • .lnence (noté généralement par le symbole el.1 s'agit d'explorer un domaine peu habituel.n.. pour l'axe des 11111. ""IIIln.. Comme il ne s'agit pour l'heure 'llll III !)()ser l'existence d'un lieu autonome de la modalisation. et «empêcher. peut s'effacer lorsque Ion ne.) . Il POUR UNE THÉORIE DES MODALITÉS (1) La catégorie Ivrail vs Ifauxl se trouve située à l'intérieur du d'''UlUfS. nous avons cherché à le (u) Il correspond . • • (2) Les termes de manifestation . 1. parce qu'elle permet de déterm~ner le mode d~ generatlOn des modalités.11 exemple. sans aucun rapport avec les concepts ontologIques desquels ils peuvent être rapprochés.'. Les langues naturelles modalisent. lInbiguïser en lui substituant des dénominations appropriées: à jonction.

elle.. et S" sujet du faire. . l'énoncé 1111)41.". e et la performance. 11111111 narratif canoniq ue: celui-ci. ressemble à celle du discours narratif ou.vt Les deux structures modales enveloppantes sont. la relation /aetitiv e. . s'étab}lt entre I~ sUjet et un objet qui est déjà un énoncé de.111 III "I·''''. articulé en deux composantes. Mais. susceptible de susciter la mise en marche de la competence d'un sujet autre. Mm côté. plutôt. ~aire : elle apparal t de ce faIt comme la relation entre deux sUjets hlerarchlquement dlstmcts. se réfère généralement à J'instance ur. Ainsi.v~ qUI."..: alors que la modaht e véridictoire modifie le prédicat qu elle reglt apres coup et en aval _ l'énoncé soumis à la modalisation étant censé déjà produi t-. la modalité factitive s'exerce en amont et fonctionne comme une so~rte de stimula nt. peut s'inscrire.1J1l(1 n (ainsi. au 74 75 . "1 4 que l'acte d'un sujet quelconque se trouve comme enveloppé \ modalisantes d'un deuxièm e sujet situé sur la dimension . cadre d~~s lequel nous avons cherché à inscrire l'acte..11111 lIernent apte à se dévelop per en programme cognitif en . Un examen plus approfondi ferait . ./lIt· Implicitement reconnue.apparaître probablement celte catégorie modale comme un des unlversa~ pouvant rendre compte de nombre de pratiques signifiantes humames.. de délegation. persuasif). il faut en ajouter une autre: elles ne se situent plus sur le plan pragmatique. 'llillut .X'"u /ique de SI' U. C'est un l'lIlbll me à traiter séparément. S" sUjet modal. d. On voit que le champ d'exercice de la modalisation factitive. avoir lieu. Il POUR UNE THÉORI E DES MODALITÉS la modalité du jpouvo irj. s'articu le comme un programme de .1~t1nutique des quatre structures modale s: It"'/orm anu •"xnlt.."".IV Ir-vrai. en même temps. sous certaines dans le parcours cognitif translat le Ilt . on ne manquera pas de reconna• c~ ltre qui les distingue sur le plan syntag~auque. la vendlctlon est une opération cognitive qui s'exerce comme un savOIr sur les objets (du monde).1.5. s'établi t entre le sujet et l'objet des énoncés de faire et defmlt le prédica t descriptif.or 1. if. cet énoncé est Il.. la modalisation factitive se présente co~me un ~a. à son tour. Du point de vue de la position syntagmatique qu'il occupe dans la À la caractéristique commune des modalisations factitive et véridictoire qui est leur translativité. ~tc. lque.lre c?gnluf qUI acre pragmatique t)n vful JI 111. ' Elles sont à rapprocher et à distinguer de la relatIOn transl. du sujet SI' 1.. A partir de ce fond commun.1I1I1l1 1 • • "llllle'l' n ...alement o~ en partie les concepts de commUniCatIOn.u·rformance cognitive du sujet SI: comme tel. une perform ance particulière (un faire ""t'rpr/tali/) aboutissant à l'acte cognitif qu'cst le jugement. .111 . c'est-à~ire comme llllr .. • faire croire .. la modalisation véridicloire peut être interprétée '''llIllle une compétence cognitive de SI statuan t sur la performance /'". '" l. 1'. tot.. en syncrétisme avec chose Jairt eroirt (persuader) '" faire de sorte que SI porte un jugement de certitude à propos de quelque chose.. ENCHA iNEMEN T DES STRUCT URES MODALES SIMPLE S. de meme. PH" ntalion de J'enchaînement des activités humaines." factitif se présente comme un « faire-êt re. de representatlOn. admet..men. 1 t \ t11..'.ve de S1 premier examen suggère la possibilité d'une représentation 1. comme ces derniers. mais sur le plan cogniti f qutIe clrconscnL Ainsi.. présupposantes et non présupposées: la perform ance .u..1. recou~re. du point de l... présuppose la compétence de S" la compétence I".ppose à son tour l'existence de la performance de S" L'acte tout cn se suffisant à lui-même.n Il"lIurquera à cet endroit combien J'organisation syntagmatique 1" 1'" . ! compile~t ! de SI performa~e comp/le Me cognitive de S 1 de SI cherche à provoquer le faire somaUque. l'objet visé par celte l" dorman ce cognitiv e est la virtualisation de la compéte nce pragma Il. qu'il est difficile de cerner à ce stade d:exa. • 'Iullllllli .arque: Il est évident que la compétence cognitive légitima nt le . . faire faire un costume ~ faire pour que SI fasse un costume faire savoir =::: faire de manière que SI apprenne quelque ne soient pas nécessairement.DU SENS. chargé de mandater d'abord le sujet et de le r ensuite.

car il ne repose que sur l'expérience li . Cette instance. français) -. apparaît. pour le logicien le vouloir peut apparaitre comme un .. 1 Un inventaire provisoire de ces surmodalisations de la compétence.11 VOl! auto-destiné.llégoric modale ainsi obtenue est susceptible d'être dénommée tcrmes comme: prescription permissivité interdiction facu/tativité limitée de l'analyse des discours narratifs et sur des descriptions de quelques langues européennes (allemand. celle de la compétence. être du faire. anglais. susceptible de recevoir de ce fait. état)t dont nous parlons dans les deux cas se présente à nous intuitivement comme une instance poteneielle où se situe l'ensemble des préalables du faire et de l'être. 1 (AT GORISATION ET DÉNOMINATION.2. alors que le sémioticien aura tendance 1 1111 'rprêter spontanément le devoir comme le vouloir du destiu. 11 comporte une liste de quatre modalités: 76 . qu'une théorie de la performance. comme autant de jalons..4 \ (.): devoir-faire Ill' pa. par exemple. parce qu'il n'est pas organisé en taxinomie. La mise en place du dispositif syntagmatique des modalités que nous venons de proposer est censée aider à installer des lieux de rénexion et à tracer des configurations des champs épistémiques à partir desquels une théorie des modalités pourrait être conçue et construite. englobant à la fois le faire factitif et le faire transitif. en binarisant le "" d"'IIt modal et le prédicat faire (cf. état tendu. et de les projeter sur le carré.POUR UNE THÉORIE DES MODALITÉS fvouloir/ 2. 1'« être» ou l'. comme le lieu de • tension. LES SURMODALISATIONS jdevoirj jpouvOIrj jsavoirj ( r' modalités sont susceptibles de moduler l'état potentiel appelé 2.. LA COMPÉTENCE ET SES SURDÉTERMINATIONS. parce ] 1111'11 Il'cst pas fermé. pourrait se développer en deux composantes: une théorie de la manipulation et une théorie de l'action. s'établissant entre le point zéro et le point où se réalise le faire ou l'être. On souhaiterait aussi qu'une théorie parallèle. La conclusion qu'on peut en tirer à l'heure " 1" '11 est la possibilité d'établir. puisse enfin voir le JOur. 1 "1Ilvcnlaire proposé est provisoire dans deux sens différents: Il t!tord. ~ lIl1pclcnce et de régir ainsi les énoncés de faire et les énoncés d'état en !lIl1tldÎunt d'une certaine manière leurs prédicats. ou de l'. devoir ne pas faire x x 77 devoir ne pas faire ne pas devoir faire 2. qu'il s'agisse de l'.. il est possible de les ~'oriscr une à une. d'autre part. peut actuellement être proposé. ensuite. On voit. Guillaume. être de l'être. en intégrant autant que possible les recherches convergentes des logiciens et des sémioticiens. de la compétence pragmatique du sujet se disposant à agir.llrllr.1. 1 Il 1 t Il Itlllllt 'onsidérant chacune des modalités de l'inventaire comme une de modification de 1'« être du faire~. un système modal inter-défini et auto1I11i'4unt. . à la suite d'une analyse à la 101 1'\ Inique et syntaxique. pour employer le terme de G. nullement restrictif . 1. des articulations plus fines sous la forme de surdéterminations modales.2. de la compétence cognitive qui l'habilite à porter des jugements sur des objets-énoncés sur le monde.4. Ainsi. INVENTAIRE PROVISOIRE. En effet.

. le devoir. Il POUR UNE THÉORIE DES MODALITÉS ()II reconnaîtra aisément dans le dispositif ainsi obtenu celui des mod. toute dénomination est arbitraire. VOII faire/. " III Ilke autour du Jvouloir-faire/.e logique déontique qui repose sur le dispositif modal issu du d. sémantiquement motivées. des définitions modales dont la catégorisation. et se 1 Hllhol11er. leurs définitions . iques les rapprochent: les prédicats modaux étant dans les deux . et ainsi de 1111. exemple.peuvent être distinguées. et non le prédicat modal seul. il est possible d'opérer la catégorisation de la structure modale de /devoir-être/. Du point de vue linguistique.entachées d'un relativisme culturel difficile à déceler. X 78 l. par exemple: jprescriplionj '" jdevoir-fairej \ ( ( m f e l'H IlIlr..1. décrivant et réglementant les moda-' J ih". dans la mesure où la sémiotique chercq. par. doivent. du point de vue sémiotique... LES MODALISATIONS DU SUJET ET DE L'OBJET. l " comparaion des modalités déontiques et aléthiques est suggesliVr alors que leurs dénominations tendent à les séparer et à les faire 11I1l'Hdércr comme des modalisations distinctes. elle doit comporter une définition structurale qui l'intègre dans l'ensemble cohérent des concepts de même niveau.. 1lllllsUHl un symbolisme très simple: La procédure de dénomination permet de retrouver. du lits modaux retenus -le vouloir.".dentiqul... dans sa relation avec l'objet: deux sortes de Il 1Iltlll~ des sujets. comme des dénominations dotées de définitions syntaxiques que sont les structures modales correspondantes.':s. 1lIl1pt'tcnce ct permettant de prévoir autant (le logiques possibles: à 1111 En employant la même procédure. de sorte que. à quelques légères modifications près. une logique volitive ou boulestique. doit-elle éviter des . On dira que. mfX:f mf 1'1 l ou mf 1 1 Il lIlVcstissant successivement dans l'énoncé modal les quatre 2. dans le second cas.DU SENS. . objels-énoncés . la lt"lllull"lIli n porte sur le prédicat considéré dans sa relation avec le l .4. c'est-à-dire dans la conversion 1 t \ d'une formulation verbale en une formulation nominale qui transforme le prédicat modal en une valeur modale. llwninations trop hâtives qui..l't. est aisément prévisible. dans notre cas. le pouvoir et le savoirnhllcndra ainsi huit catégories modales articulant l'instance de la .. à ce stade.lllllllllnS être maintenue. logiques subjectives. être considérées.'1. bien qu'elle puisse être plus ou moins motivée sémantiquement au moment de sa lexicalisation. risquent 01 . utilisées en logique.. 79 1 . le dispositif des modalités déontiques utilisé dans certaines logiques modales. la procédure de dénomination consiste dans ce qu'on peut appeler la nominalisatioD. Or.e à se doter d'une L1lI:lllon1ic ct d'une typologie des modalités. par conséquent.. seule la nature des énoncés modalisés (énoncés de faire HII rlloncés d'état) les distingue. traitant des modes d'exisil lit' 1"""1'''·' Il. et logiques objectives. thSllDction entre les modalisations du faire et celles de l'être doit \ 1 impossibilité devoir ne pas être ne pas devoir être contingence 1l1. Il" . Pour devenir opératoire sur le plan métalinguistique qu'elle contribue à fonder. des formes de: = = J= énoncé modal énoncé de faire énoncé d'état Les valeurs modales. dans le premier cas.YIII .. c'est ce que nous avons déjà appelé une structure modale qui est une organisation hypotaxique d'un énoncé modal et d'un énoncé descriptif. en dotant en même temps les positions taxiques obtenues de dénominations correspondantes: nécessité devoir-être ne pas devoir ne pas être possibilité .. Aussi. Bien plus: ce qui est converti et nominalisé./ités a/éthiques..

ne correspond pas à 1 Il'' .longue. comme un concept non analysable.fllecs : le sujet peut. jusqu'à la performance? Comment. en \ 'Iu"se d'une organisation syntagmatique des modalités que nous . une telle organisation syntagmatique que l'on ... Organisation de la compétence pragmatique.. Il '" I". '''' l' 1111 II' n ltcmcnt distinguées. Celle. et 2. Ceci permettrait de répondre.mais qui ne s'~ppuient que sur l'intuition -.fairej . ne pourra être érigée que dans la mesure où un réseau d'interdéfinitions recouvrant l'ensemble des catégories modales et articulant leurs noyaux sémiques sera progressivement dressé. mais de 1 III (dc plusieurs destinateurs. c'est·à-dire à partir des déterminations quelconques attnbuables à des sujets quelconques.s POUVOIT les considérer. Elle est suggérée. ubticndra ainsi: COMPÉTENCE PERFORMA CE +{ l modalités vif/uaUsantes madalills aClUalisantes modalilés riaUsantes devoir-faire vouloir-faire pouvoir-faire savoir-faire faire-être l " 'l~u 'Uh ne peut avoir qu'un statut opératoire. L'approche syntagmatique. .lt 10. jsavoir·fairej déterminant les modes d'action ultérieure) _ { . d'autre part. AUSSI.II Il elle seule: tout se passe comme si les \ constituent la compétence pragmatique "1 t lit" provenaient pas d'une seule instance originale.I. pour 81 80 .. dirait-on en termes de grammaire '1"'" l l 'lnlerprétation qui propose de distinguer des modalités (le vouloir·faire et le savoir·faire) en les opposant aux "/11. des parcours syntaxiques prévisibles. à partir de simples énoncés d'état. du point zéro. dans les 1 l."dl III . à leur défaut. si elle parait justifiée in comme le simulacre du passage à l'acte. s'il n'est pas possib~e d'imaginer et de préciser les conditions dans lesquelles les modahtes envisagées seraient susceptibles de constituer des suites syntagmati· ques ordonnées ou. "' <1. on peut proposer de l'articuler en niveaux d'existence: ".1 III 1""Ilt pas résoudre à 1111 Illon. Traiter les logiqu~s modales comme un répertoire des modeles est bon.. à un savoir assuré et assumé sur le monde et sur les discours relatant le monde? (1 est évident que des réponses satisfaisantes à de telles questions sont impossibles à l'heure actuelle. être doté du pouvoir-faire 1'11111 Ilutant posséder le vouloir-faire qui aurait dû le précéder. La procédure de la catégorisation que nous avons essayé de promouvoir permet d'entrevoir la possibilité d'une taxinomie modale. est utile dans un premier temps. 1 "lU "" III 'c t") ()II rhl l'. comme des jalons marquant des étapes successives d'un discours de la vérité serait encore mieux.. successives qui 2. a partIr de l'instance génératrice ab quo.. ce n'est pas le cas à l'heure actuelle... rail curieux. SI l'on peut concevoir la distribution des espaces modaux à partir desquels les logiques modales particulières peuvent être construites.hlés effiCientes de jdevOlr. mais insoutenable à la. par exemple. notamment. Malgré quelques tentatives intéressantes . elle s'appuie surtout sur tlIln~t1s ance des schémas canoniques de la narration où ies deux 1 l celle de l'instauration du sujet (marquée par l'apparition i . niveaux entretenant entre eux la relation de présupposition à partir de la performance (qui présuppose la compé. . du point de vue sémiotique. ma. l'onsidércr comme canonique. dans la perspective proprement sémiotique. 1'\ Irillsèques (le devoir·faire et le pouvoir-faire).1. La quête du savoir commence pou~· tant presque toujours à partir des questions naïves. Il POUR UNE THÉORIE DES MODALITÉS fil) chaque niveau étant caractérisé par un mode d'existence Il. il est difficile d'imaginer leur emboîtement les unes dans les autres. l "'lrI"". Poser la « competence • comme un bloc.\ qualification du sujet (les modalités de jpouvoir.rallej etjou de jvouloir·fairej et 1 Il. aboutit-<>n. du moins partiellement~ à de~ questions naïves du genre: quel parcours adopte·t-<>n pour arnver.i toutefois.r passe au niveau de la manifestation et.. 'f.r une longue tradition philosophique. en s'interrogeant. et à la considérer comme une instance potentielle présupposée par l'acte. on peut tenter une approche différente. Dès lors.4.h 1.O/Il/ue particulier. "'" dlt! (Iécrivant l'acquisition de la compétence déclenchant des 1 Il lIl.4... Il "" 11 <l'une difficulté que la catalyse.2.DU SENS. l'explicitation des présuppo.. jusqu'à la réalisation de l'acte. • A ne considérer que la compétence pragmatique. jusqu'à J'instance ad quem.

r( i) l'.1I1t Il I} {deVOir-être ne pas pouvoir être imp(~~bilité } nicessité (0) . 71. si possible. •• 11" . "\l/ff { (~) devoir~tre 3.{I(ltf { ne pas devoir Ile pas être pouvoir ne pas être 1") 1..1. des critères de leur compatibilité. "!/"A~'" l' Il Il X 83 ne pas pouvo. .'. (4) Homologation 4 : superposition avec inversion des deixis. .111 10 ) ne pas pouvoir ne pas être impossibilité (0) 1 11 ( IIflrormités (Homo!ogatjon 2).~TREI ET DE /POUVOIR-eTRE/ .. • Pour une quatrième modalité narrative. 1976. . MODALISATIONS ALÉTHIQUES.et parce que le couplage choisi nous paraît intéressant du point de vue méthodologique ./m/lbl/ills. .) ". (Il) ..'''II/Ii pouvoir-être X devoir ne pas être } impossibilité (S) pouvoir ne pas être contingence (0) ne pas devoir être } ------ne pas pouvoir être 3..'". il sera suivi de quelques notes explicatives et interprétatives.' "". {'''''Ililfibilitis.. devoir ne pas être Le tableau qui suit représente les résultats des homologations. Rengstorf.. .lI!ari~lés contingence (0) (Homologation 3).'. L'opération peut être conçue comme une série d'homologations. 1'01• •• . 43.. " ... Voir "article de M.à des confrontations des structures modales en cherchant à les homologuer par paires afin de dégager. l' 1 ( l'.. ne pas être ne pas devoir être contingence (S) } possibilité (0) pouvoir-être 82 .. Elles sont au nombre de quatre: (1) Homologation 1: superposition simple de deux catégories modales articulées en carrés. du carré) ont été d'abord reconnues comme /devoir-être/ et /pouvoir-êtrej.Iti { devoir-être ('. p. CONFRONTATION DE /DEVOIR.. LES CONFRONTATIONS MODALES .en quête d'une méthode appropriée .." ~ ( "f.) "I/Il ne pas pouvoir ne pas être ne pas devoir ne pas être pouvoir-être X devoir ne pas être } impossibilité (S) ne pas pouvoir être impossibiliti (0) ne pas devoir être } contingence . (3) Homolo~ation 3 : superposition avec inversion des schémas de la deuxième modalite.f·(/ltl { •HM/fil (II) --~---pouvoir ne pas être (S) /1 'u. celles dont les structures modales (correspondant au terme s.DU SENS.) h. Il POUR UNE THÉORIE DES MODALITÉS intéressante qu'elle soit. ( 1) ( ùmpl6menlarités (Homologation 1). ". j""I'~I"'(' { ne pas être ne pas devoir (~) contingence (S) Pour commencer . Langages.. (2) Homologation 2 : superposition de deux catégories avec inversion des axes de la deuxième modalité. ne semble pas encore apporter de solution définitive '. Aussi pensons-nous qu'il est opportun de procéder pour l'instant .on peut chercher à mettre en parallèle deux catégories modales objectives..

Du point de vue paradig matique .(de) = s.1. omme contradictoires. incompatibles. le jdevoir -êtrej et le jpouvoi r-êtrej.' du contral .1 confrontation des deux catégories modales produit . La conformité est le résultat de la rencontre de deux termes différents de la même deixis et marque leur concomItance dans la même position syntagm atique du program me modal. l'incompatibilité correspond à l'impossibilité dl Il ur Insertion dans le même programme modal et transfor me la . le . un meme programme de modalisation aussi bien du sujet d.lors de la I. aux« structures immane ntes _.'rmes confrontés sont en position taxique de contrariété. Meellili {deVOir~tre (S) devoir. nous avons jugé bon d'ajoute r leurs dénominatians. l'obJct. dans le programme modal de la compét ence 1'1 IllllHtllC .11 II. la confrontatIon de ces deux catégories modales 1 . !. soulevant.?nt ici possibles. obtenu à l'aide d'homologations I\l:'. l..II . nc sc dlSttnguent pas de la même manière dont on oppcse le ol..111 ·trc/.' '1 11 'Ltli nS .un peu hâtives ne cachent pas de !Ill Il Ill: 's Sllué~s. un cas particulier de conformité qui aboutit. Dans un '1Il1lme dans l'autre. Deux ".de la confrontation de deux termes en position taxique de contradiction. il nous a paru suggestif . la question de 1\lIlr SI les subcontralres peuvent se définir toujours par la relation de Ulllfl. contingence (0) pouvoir ne pas être pou/hi/i ll {ne pas devoir (S) ne pas être impossibilitl (0) ne pas pouvoir être x pouvolr-elre ne pas devo...4. Celles~i étant arbitrai res.l ures constru ites. Dans ce cas. Ilu!.. les ""'111"\ modales.1Ile Du pol~t de. Il Il Ill" homologation. on peut se 1 "' Illlll-r M. La complémentarité caracté nse d~~x termes occupa nt la même position taxique et peut être tnterpre tee comme la possibilité de leur inscription dans le même program me modal (marqu ant soit la progression." Illlcnt à leursdénominationsintuitives.puisque l'intuition y invitait . doiventdeux être 'II lIh H-C. 84 85 . et de conrrad/Cl/on lorsque 1 1) 1. L'incompatibilité des structur es modales est de deu~ sortes. à un autre nIveau. et ~u_ méta-langage) de .1l1 ik l'organis~tion taxinomique de notre inventaire provisoire des . comme un segmen t dans lequel on situerait la probléIII t111111' dc J'adéquation (en tant que définition possible de la Ill) . On distingue par ailleurs deux types de compatibilité: la complémentar ité et la conformité. Sont compatibles les couplages dont les termes apparti ennent à la même deixis et incompatibles les termes relevant de deixis différentes.DU SENS.. mais dont on trouvera la formulation en 2. n u~ ~~r~it utilisab le pour tester d'autres compatibilités lU 1l1l\)Inpatlbl~ltes des structures modales suscept ibles d'être "II d.arqllt!: Une difficulté apparaît au niveau de J'axe des subcontr aires .'. Il Il 1 Il jI' 1 1 modèle de confrontations.(pe) quitte à nous interroger ensuite sur ce fait i~atten~u."IIOIlWtion en affrontement.1 .Ia nécessité provenant de l'objet l. IIlIlOI. vue syntagm atique.). et ce constat se présente comme le l.1. -~du rcfcrent). une fois de plus.I troisième homol~gation.x «nécess ités _.l'"" . II POUR UNE THÉORI E DES MODALITÉS . si 1 . Si tel itait le \ pouvait distingu er la nécessité provera nt du sujet (cohérence 1 ".m e dans les esprits _ au« déterminisme dans les chose. soit la régression dans le procês de modalisation).d'utiliser les mêmes dénominations pour les deux catégor ies modales.. par '''l'l<-.1111 III 'trc inscrite. . de telle sorte que. den?mm é nécessité.t". se présent e comme égal du contraIl "".tnété. t 1 1111. On parlera de conrrariété lorsqu'il s'agit . (S) nieessi'i (0) ne pas pouvoir ne pas être (1) A côté des définitions syntaxiques des structur es modales (que nous avons exprimées en langue naturelle.e de jpouvo ir-êtrej qui est jne pas pouvoir ne pas III l'I que ('on a egalem ent dénomm é nécessité. _ ou 1. Il . si les deu. les denomtnatlOns . n~ pas êlre } impossibiliti (S) possibilit é (0) It. être } contingence U"".à leur identification.01 . par exempl e: s. (2) Les quatre homologations permett ent d obtemr la confrontation de seize termes taxiques couplés dont huit sont compatibles et les autres huit. cependa nt...l (2) Contradictions (Homologation 4).

II . 3. l'acceptation et le refus (~ assertion .DU SENS.r faire l f } ne pas devoir faire (1) 1 's couplages effectués semblent représenter un ensemble de modales du sujet pragmatique au moment où il remplit les • "lldd UHiS nécessaires à la conclusion du contrat.procédure d'homologations. MODALISATIONS DÉONTIQUES ET BOULESTIQUES. au moment donc où •• 1 t. nous pouvons revenir mainten'ant à ·Ia compétence pragmatique pour tenter une nouvelle confrontation des modalités virtualisantes de jdevoir-fairej et de jvouloir-fairej. soit au refus (en.:: ::~:~r faire} ne pas faIre ne pas deVOir faire} voulou·faire II) ( Olllradictions. 'jl1lwtcur a déjà transmis..1 ni v.f. (I) Complémentarités.. . le l ""H IIU déontique de son message..1 combinatoire simple que nous avons obtenue comporte huit l'" . 1. Compatibililis. Armé de cette. /. Il POUR UNE THÉORIE DES MODALITÉS Il 'mompatibililis. 1 ''l'/Il/iofJ (cn cas de compatibilité modale).jHIIII~ d'acceptation et huit autres de refus. doté de deux modalités .ce aclive devoir~faire devoir ne pas faire} vouloir·faire { vouloir ne pas faire ne pas devoir ne pas faire • obiissance aclive vouloir-faire ne pas devoir ne pas faire volont' passive { ne pas vouloir ne pas faire x devoir ne pas faire vouloir ne pas faire } ./'''1111. devoir-faire { ne pas vouloir ne pas faire devoir ne pas faire obiissanu passive ne pas devoir llO/onU active ne pas faire { vouloir-faire X ne pas voulo.llllon) relevant de la performance cognitive qu'est la décil""UltJl/.2. Ih/llUnre passive devoir-faire { ne pas vouloir faire ne pas devoir ne pas faire { vouloir ne pas faire CONfRONTATION DE IDEVOIR-FAIREI ET DE IVOULOIR-FAIREI X x ::v.f Il 'II vouloir ne pas faire ( '1 1 . cas d hn olllpnlibilité) du contrat. passive ne pas devoir faire } ne pas vouloir faire ~. devoir-faire { . à l'aide de la modalisationjactitive. ( 1) (·ontrariétés. se trouve dans une position qui peut donner lieu soit à l ".'4 mtuf/lie: 1"111111 Il est évident que le refus doit également être considéré une forme de contrat: il n'arrête pas le déroulement du pro-- 86 87 .li 11\ 1 'S. Le sujet. { ne pas vouloir faire ne pas devoir faire} ne pas vouloir ne pas faire l '1111 "rprétation de ce tableau suggère un certain nombre de nlll"luCS : (2) Conformités.((".

.. fi) ompl6mentarités. que le contexte culture! européen valorise. 'Itll'Irrlll ne pas devoir ne pas faire l j ne pas savoir ne pas faire X X 89 savoir ne pas faire ne pas devoir faire} ne pas savoir faire devoir-faire ne pas savoir ne pas faire ne pas devoir ne pas faire devOir ne pas faire} ne pas savoir faIre l 88 ne pas devoir faire} savoIr ne pas faire savoir-faire . obéissance active volonté active . plus précisément. suivant la priorité syntagmatique accordée à l'une ou à l'autre des structures modales. les rôles actantlels de« volonte active)t et de « résistance active)t. c'est-à-dire des systèmes de "tdc'-: plus ou moins contraignantes.. mais l'infléchit dans une nouvelle direction. Ainsi... deux types de contrat peuvent être prévus : contrat injonctif= /devoir~fair~/ _ /vouloi~-fai~e/ contrat permissif= /vouIOlr-faue/ _ /devotr-fatre/ Remarque: A noter toutefois que le contrat perm!ssi~ est fac.. mais qu'elle peut en même temps aider à éclaircir certains aspects de la typ%gte des cultures et. loncLionnement des codes sociaux. implicites ou explicitées.és de c?nfronter leurs devoirs et leurs voulOIrs releve a la fOlS cl une seml. Malgré le caractère très approximatif des dé~~minatiolns .. la description des «attitudes» de l'individu par rapport à la société.FAIRE/ j aboulie passive .et en ne dénommant cette fois-ci que des axes des modalites couplees -..Dtlque déontique et d'une sémiotique bou/estique. comme« créateurs .FAIRE/ ET DE /SAVOIR. résistance active _________________ aboulie active CONFRONTATION DE /DEVOIR. Il POUR UNE THÉORIE DES MODALITÉS gramme de la modalisation du sujet. IInt S avec des dispositifs comparables correspondant aux différentes ( j.u~tatif: il n'est pas présupposé par l'établissement de la modahsauon volitive...vo" faire j. On voit..des ~ujets somm.lb/Ulis.. """m.. devoir-faire { savoir-faire devoir ne pas faite} (4) Les confrontations modales ne préjugent en rien du déroulement syntagmatique des modalisations ni de leur ordonnancement en suites..".. mais la juxtaposition de la première avec le jpouvoir1 IlH) volonté passive et du sujet refusant: obéissance passive serait peut-être tout autant suggestive. Il 'pnll ici de la confrontation des modalités de jdevoir-fairej et de ..DU SENS. cool. 1 SV TÈMES DES RÈGLES ET APTITUDES DES SUJETS. on peut se faire une idée de la distribution des rôles actantiels du sujet consentant: 'In dernier exemple est censé proposer un modèle de représentation il . par exemple..résistance passive f (3) On voit qu'une telle typologie. nllltions de la compétence des sujets auxquels ils s'appliquent.

. II II. i t texte et des r~flexl~ns qUI S y sont inscrites.règles de grammaire. rituels d'initiation. hesoin. etc. pour chaque couplage.." ..DU SENS. (2) La confrontation peut être conçue de deux manières différentes: au niveau de la compétence. intelligence syntagmatique... _ règles coutumières (codes de la politesse. aux sujets dotés de jsavoir-fairej. 90 .: il .) qui est une fonne de véndiction portant sur la compétence des sujets.: 1 t. une dénomination appropriée (les « excès de zèle» selon le code de la politesse correspondront. Il ~11l'( modaltsations épistémiques . ressenti ?epuis longtemps. Incompatibilités. elle sert à constituer une grille à l'intérieur de laquelle pourra s'exercer la sanction (examens. '. q\!i peut être typologisée comme un dispositif d'aptitudes et d'inaptitudes. (1) Contrariétés. { devoir·faire ne pas savoir faire devoir ne pas faire 4. POUR CONCLURE ~ ne pas devoir ne pas faire savoir ne pas faire (2) Contradictions. Etant donné la diversité d'isotopies sémantiques sur lesquelles de telles applications peuvent être effectuées.soit pour autant exploré.. X X ne pas savoir ne pas faire t ! 1. a certames formulatIOns provisoires sans que 1 lnllli 'nse dom~ine d'interventions modales . Il. saisie à la suite des performances accomplies. qualification et reconnaissance des sujets. du savoir-vivre). il serait peu prudent à ce stade d'essayer de trouver. Ce qui n'était.champ theo~lq~e en friche a donné lieu à quelques dévelop- do savoir ne pas faire ne pas devoir ne pas faire savoir-faire ~ que: ne pas devoiT faire nc pas savoir faire ne pas savoir ne pas faire (l) La confrontation de ces deux types de modalités permet de donner la représentation de l'application des codes sociaux de caractère normatif tels Remarques: .1.règles de jurisprudence. au . que le sou~al~ de Signaler l'existence d'un lieu d'interrogations ne pas devoiT faire savoir-faire } } { devoir-faire devoiT ne pas faire 1 rn lits plus pousses.on pensera premier h. aux «hypercorrections» en grammaire). par exemple. . d'introduire et d'expliciter la "llIl~O'i?nte modale ~ un~ gram~~lre dIscursive à venir est à l'origine d. elle détermine les modes d'actions éventuelles et peut donner lieu à l'établissement d'une typologie de rôles sociaux. etc. c'est-à-dire d'une sorte d'.

à ce niveau abstrait. Il s'agit d'une il. 1 lt . le statut de valeurs "".ou linguistiques .. en une catégorie . représentable à l'aide du carré sémiotique.) est susceptible d'être articulé.. l!tll!' « primitive lt.peuvent être appelés valeurs axiologiques (et non plus tlll 1111 lIt descriptives .\ On dira donc que l'application du «thymique.' 1 tl1l 1* /... dans une certaine mesure...u 1 Illlfhc à rormuler.Il 's rie sémantique peut être axiologisée par la projection. sont dénommés jeuphoriej vs jdysphoriej. pour IMfut en prépublication dans le Bulletin du Groupe de recherches .émantisme (f( notion)lo. ril dans un milieu. concept.C sémiotique: /virtualité/-/actualité/-/réalitéj. /1. avec le terme /animé/ de la Il. l'Ill a' /a1l. 1. «se sent» lui-même et réagit à son Il 1IIIlIII'nlcot. 111pllf. transforme les taxinomies en axiologies.dms dits axiologisés.De la modalisation de l'être * 1 \ INOMIES ET AXIOLOGIES. t.111 n el posé comme un axe sémantique. D'un côté. La catégorie thymique peut être ainsi 1"lIl1l\luHllCC. «lieu ».1I10lf(If/IiC... à l'aide de laquelle . 1 111(... «ter'le. 1 !Ill' qui l'articule.tll tUIU li (EHESS·CNRS).au sens saussurien de dl III ) ·t auront. «champ .. 1IIIIUI'1t' 1 Illm 1. très sommairement. par inaddans la désignation des termes définissant différents modes 1l1.11 Des homonymies regrettables se sont introduites. lorsqu'il est saisi comme Il Il' 111.reconnus 1 Itlll Itll finis .. et les termes qui les constituent . la manière dont tout être t 1111 l'l'. \ 1 III l .Il 93 . . dite aussi proprio-ceptive.. de la catégorie thymique dont les termes '"'' "".\ lions ct de répulsions.mé/ vs /inanimé/ généralement admise en linguis~ 111111 t Il '"1 • Il'PII 11 l la catégorie dont il est la représentation taxinomique . sur l. sur le d. un être vivant étant considéré comme «un système 1 ll/l. .

dans Il'' 1111 correspondance. III "" ('Oll des siructures sémiotiques de surface.. obtenues ainsi par catégorisaIII 'cssives. on désigne l'ensembledes procédures qui rendent compte du passage <'" de la trans~r. .à côté de la prise en 1I11. par l'établissement de la relation d'un certain type entre les valeurs et les sUJets. on dlYISe les !l'odahtes ~n virluaUSanles (vouIOlr.a el les objets.. . ~ialrsanu~. l'espace modal qui. 1 ul l.. . du nom de conversion. La relation entre le sujet et l'objet. comme des termes sémiques susceptibles d etre selectionnees a lmténeur du carré sont dites converties lorsqu'elles se trouvent investies dans des entités syntaxiques appelées objets. faire (de l'acquisition. est censé représenter les manifestations élémen11111 de ('être vivant en relation avec son environnement (cf.. au niveau plus superficiel.""f.lptlOn) d'une unité sémiotique située au ". est articulé à l'aide de la catégorie 2. la valeur ax!ologique es~ définie: comme comportant deux éléments . Autrement dit . Les situations de confUSion sont toutefOIS relativement rares.DU SENS.rtruclures sémiotiques en général. tout en recouvrant le lieu topique. actualisées.llisations dans les langues naturelles. et le analyses inductives de 1'1 pose un problème nouveau. ... elle se ph' Les configurations modales.el deVOir-faire). Il'esl que dans la perspective hypothéthico-déductive que l" "l" 1 lu wl.'I. ".N à l'objet. La conversion des valeurs axiologisées dont nous nous occupons en ce moment consiste: dll P lIl. sélectionné à l'intérieur du carré sémio"'l''' \ l .on du premier <et peut être rapproché du terme /humainf).lbord en catégorie thymique au niveau profond. ct les structures dISCUrslV~. de sa compéte./. Elles sont construites parce que . peut être converti."tien de leur statut de valeurs ax!ologiques.· lelle conversion nécessite la postulation d'une hypothèse . l. se présente comme une excroissance et une sur- (a) dans le ". "I. jamais convaincantesllltères syntaxiques de la grammaire sémio-narrative peuvent Il III discrimination et leur interdéfinition. III.'\ " a la fois.111 .le~ structures sémio-narrativcs.l'. Les valeurs sont alors representees comme inscrites dans les énoncés d'état. au niveau des 'HulUle!) abstraites. anthropomorphe.veau profond en une umte de I. pour désigner les différentes phases de la modahsat. . syntaxiques et/ou proprement sémantiques.. doivent être considérées comme universelles et . qu'à la catégorie thymique correspondent. on dit que les structures profondes so~t virt~e/les. f )tl du a donc que la conversion des valeurs . " III 1.llisation se présente alors comme le résultat d'une série de . au niveau profond.le~r aspect thymique "'. et sav01~) faire) et rtalisantes (faire-être). ceUe nouvelle unité étant considérée à la fOIs comme homo-lOpique et comme hétéro-morphe par rapport à l'ancienne c'est-à-dire comme encadrant le même contenu topique et comm~ comportant davantage d'articulations signifiantes.nscrit dans l'objet en tant que valeur . (b) La conversion des valeurs consid~rées ~ans . se trouve ainsi dotée d'un de sens .()urs génératif. janimé/).malgré les ni ll\' . De "autre. appelé à s'investir dans la relalion qui " l. 1 l'A E THYMIQUE ET ESPACE MODAL. 1Ilud." .. les relations entre les On rappellera que. de caractere tres general. Intuitives. et J'être du sujet se trouve modalisé d'une manière 1111 re. au /li" <III des slruclures profondes. tel lil' '"l''ume/. 1 Il ". définis par la relation de ~onct~on qu'ils entretiennent avec les slljels. par exemple. quatre catégories modales. Il. et qu'un terme thymique. 1I1l t ll' qu'on peut formuler comme suit: l'espace signifiant qui. (a) Les valeurs considérées. l'espace thymique qui.Ique est à considérer comme homo-topique et comme hélêra1/I"f"'u' par rapport à la totalité des articulations modales régissant. . du Roint ?e v~e s~ma~ti~ue.un terme semique surdetermme par un terme tbymique -. ce qui revient au même. Du fait que."car il convient que ce postulat logique soit explicité -.nce modale~... actualuantes (p?uvOir.on du sUJ~t d. au niveau plus '" '. Il DE LA MODALISATIO DE L'~TRE distinguer les différents niveaux de profondeur des . PROBLÈMES DE CONVERSION.'"ulations signifiantes de la masse thymique amorphe: cons1111111 Idllli III le une fois de plus en catégories modales au niveau anthro- 1 I InlHt "' . qui définit le III 1 III 1111'111 Ilh 1 1 tant qu'existant sémiotiquement."IIH 'tl structure de surface.1 ... fltl.'l d'un terme sémique.comporte également la l" 11<111 d'un terme thymique. deux aspects de ceUe procédure de conversion sont à envisager séparément. toujours contestables. et (b) dans leur actualisation qui s'effectue par la pnse en charge des valeurs par les sujets ou. en tenant compte 94 95 .Jo ".

'""dilïcations du statut de l'objet de valeur. 'I.11 "h ( déterminer et à formuler la compétence modale des sujets Il.res anthropomorphes (structures se~lo-narra!IVeS de surface).me l. comme un élément actif. tandis que le 1 Il 96 97 . tantôt sur le sujet ou sur l'objet. .. II '. /pouvoir/ et /savoir/. ' I l l f ll " Il recueille..' "1" . 'oriqru • nkusain • DEVOIR-ÊTRE s'miOliqllr • indisfMrtSab/r • D'un autre côté. le sujet d'état.1 . tclle modalisation peut être dite comme portant tantôt relation-fonction elle-même. C III d.lof propositionnelles. II 1 1lIull·é III 1. 1 d' tut). • elle fait de la couture 0.énonc~s: pour • falT~ If. au contraire. 1 Il Il IIjrl Cl fait partie de sa compétence modale. que les modalisations du faire sont à lull 1 preter comme des modifications du statut du sujet de faire et que 1. ~es orgaOls~­ tions taxinomiques servant de pomt de depart aux construct.obJet e valeur est . Le sujet de faire se '1. voulu. /devoir/. définies non sculeme~t les re.faut d'abord. sont constitutives des énoncés élémentaires (énoncés de faire et énoncés d'état). en quatre termes modaux d."j''''' • limiOliqlle • fNescripliott • ---------. les opérations d asserllo~ et de né$alIO~ p~esut posent le vouloir el le pouvoir d'asserter ou . indispensable. le /devoir-être/ est interprété comme portant sur l'objet de . 'I~Hion entre deux sujets (ou deux instances actantielles). 1111 f' Il 10 ique déontique. sémiotique est un /devoir-faire/« ressenti.'. il convient de distinguer d'abord. IIIC1dalités qui l'affectent constituent sa compétence modale.•1'1 141' Remarque: On voii que les mo?al~salions sont 3. De ". les modalisations de l'être seront considérées comme d.. négactants. pouvoir faire If. N. reconnaissables comme des POlOtS d IOtersectlon avec d'autres relations.1.D SENS. il est possible de mettre en lumière la différence qui sépare ".pondent tout aussi bien à l'appréhension intuitive de phénomènes "1I~t.1 DE LA MODALISATION DE L'~TRE de la position syntagmatique de la structure syntaxi~ue à l'intérieur . la logique.111 . COMPETE CE MODALE ET EXISTENCE MODALE.de !lIer. du point de vue structural. Étant donné: (a) que les relations... du même coup. c'est la relation entre le sujet et l'objet IdlllOI le prédicat) qui est définie comme • nécessaire. . '1. Remarque: On ne s'étonnera ~as. lit l t Ir \pécifiant comme. toutes les excitations du monde. du point de vue syntaxique. .) permet au semlOUClen qUI construIt son méta-langage de formuler celle. prescription. pour le sujet d'état. 0. de me. passif.lOns syntaxIques : c'est là que doive:nt être. l'." tlHc comme un agent.stlOcts : /vouIOlr/. au niveau des structu.l~tlOns entre les sujets et les objets. Un exemple permettra de voir les 'Il • llufnees qu'on peut tirer de ce double traitement: llf1V IR-fAIRE 1 . l.c distribuent les charges sémantiques à l'intérieur des énoncés canOniques (par exemple: • la couturière travaille. (c) que les modalisations de ces énon~és portent sur les relat.otérieures au~ opé~ations syntaxiques que sont censés decn~e les . Il. apparaît comme un . l '" r) et l'existence modale des objets de valeur (définissant les ''1.fotique modale des logiques modales: tandis que la sémiotique ... peut être interprétée '011111 1. en . ne s'intéresse à elles que dans la mesure où elles modifient l ' Iii/m. inscrites dans .ra. Ainsi. d'après la nature de la relatIon qu'elles modifient. indépendamment des operations de conjonction et de disjonction. san~ parler des ~ategones modales permenant d'établir la typologie des sUjets el des objets. ~ la jeune femme coud 0. . cumulant en lui toutes 1 pmentialités du faire. matS aussI les structures actantlelles (l eclalem~nt ~es prOlO3ctants en actants. ubJets qui l'environnent. obligation. sont considérées comme premières par rapport aux termes . (b) que les relations..qUI n:: sont q~e leurs aboutissants. etc.'cn logique aléthiquc.ons constitutives des énoncés (appelées fonctIOns). par conséquent. l'observation de la manière dont s'investissent et s.. ct antérieurement à elles. 'pli lu .tUJt qu'à l'expérience tirée de la pratique des textes. l'nUI 4..marqut: Il est évident que ces distinctions ne sont pas faites uniquement raciliter la formulation métalinguistique des modalités et qu'elles t .stellce modale du sujet d'état.. etc. considérant les modalisations comme portant III '\l'Cillent sur les propositions (c'est-à-dire sur les relations qui les II Illllrl1l). l lor. De la 1111 Illf manière.hl' 1 (ou plutôt la valeur qui s'y trouve investie) seront dites "II 1"Ullves de l'ex. 11I..et. charge sémantique ° supplémeMaire comme relevant de l'un ou de l'autre des éléments constitutifs de l. deux sortes de modalisations .). les modalités affectant 1. les relariolls existell/ielles.de laquelle il sera investi. de relr~uver.. deux classes de modalités: les modalités de faire reglssantles relatlOlls ill/ell/iollllelles et les modalités d'état.

certaines dénominations pos ibles.con.1 et Idevoir-être/. de ceux de débrayage. STRUcruRES MODALES ET LEURS DÉ OMINATIONS. interpréter le Ivouloir--êtrej' l~e'!'lt.nommatlons chOISies doivent être différentes de celles utilî:iées 't. qu'on le veuille ou non. • n au f 1/ 1I11:1:~~e. nous ont obligé à remettre en question certaines formulations trop raides.. 1 0 I I I ' •.' 'lllll.llrr le .DU SENS. dbi. elles risquent d'être confonducs lors du traitement modal des énoncés de faire.abl. fl.. à titre indicatif. si le besoin s'en faisait sentir. le même dispositif de 1 11111 rrclallOns . les quatre catégories modales pouvant servir de réseau taxinomique à une syntaxe modale.lrouver. Il est aisé de prendre les quatre modalités susceptibles de modifier les énoncés d'état et de constituer. celle des passions. pouvoir ne pas être impossible ne pas pouvoîr être illusoire savoir ne pas être ? ne pas savoir être sur la dinomination: Il 1 il modalisation portant sur l'objet de valeur on a" . objets «modalisés» en relati~~lav~~ I~s s~Je~u ~sms~~e~t à 1 ~11l11. dites vi.tUQ1 _l' 1 Itlll'iU 1. susceptible d'apprécier leur emploi dans la pratique d'analyses textuelles. nous aimerions mieux.1. X X nuisible vouloir ne pas être non désirable ne pas vouloir être irréalisable devoir ne pas être fortuit ne pas devoir être Alors que les modalités de faire ont déjà été soumises auparavant à un examen plus attentif (voir le chapitre précédent). gr eaux enommatJves. C'est leur dénomination pourtant qui. leur traitement étant partiellement confondu avec celui pratiqué en logique qui ne s'intéresse qu'aux énoncés débrayés. elles en facilitent l'usage en langues naturelles. Il DE LA MODALISATION DE L'ÉTRE destinateur. prescription . à préciser davantage. . aussi. opérations terminologiques. mais aussi "apparition d'une nouvelle problématique. pour différentes qu'elles soient. Le besoin de distinguer les problèmes relatifs aux modalités. le français ne se co~mme te etr~ voul~ » de ~I' rorrdnati~nrs Pda~ives» : le Idevoir--êtrej n'~~~~a:~~ ~~~~~uJ~. sont tout aussi légitimes: nettement distinctes tant qu'il s'agit d'énoncés d'état. les modalisations des énoncés d'état y ont été un peu négligées. bien qu'arbitraire par définition. de son côté. possibl. blen. fait difficulté. On voit que les deux approches.lturellement. pouvoir être inéluctable pas pouvoir ne pas être véritable savoir être Il ne pas savoir ne pas N. source de cette. Les dénominations comportent. vouJoir--être non nuisible ne pas vouloir ne pas être indispe'!Sa. pour imparfaite qu'elle soit.venir au:x. pour amsl IlIhWI Malheureusement. . est. une part d'interprétation: bien « motivées.. La fabrication terminologique solitaire à laquelle s'adonnent certains chercheurs n'est que rarement efficace: aussi. dans ses grandes lignes. usage auquel aucun méta-langage ne peut échapper. les modalités de Ivouloir. bien que la démarche sémiotique y paraisse. tout en nous permettant de suggérer. Les interrogations sur la possibilité de la description des « passions.d ""'. «objectivés]t.ble devoir etre .1 d. alors qu'on voit mal les logiciens s'y aventurer dc leur plein gré. les frontières entre disciplines voisines. en confier la tâche à un te comité terminologique. comme plus « sophistiquée ». tlHlIl\ du faire: s . 1 1 1 I~S 98 99 . en le projetant sur le carré sémiotique.a e~~s ( B Jectl s otes de suffixes ~able 'bl d f ' " . propres au niveau discursif. à première vue.llre. n'en permet 1 ltllll~ tI rc. réalisable ne pas deVOir ne pas être 5. . lation des structures modales qui s'ope~re ainsi a'c d~ .1". situés au niveau narratif. caractérisé par un Ifairel factitif. ".orques X êtr~ X 'Iuc/abl. semblent pousser actuellement les recherches sémiotiques vers la constitution d'une sorte de psych<rsémiotique.que nous avons rencontré lors de l'examen de III .

l'investissement sémantique • argent. dites aClualisantes. paraissent plus «subjectives •• plus proches du sujet. à ce sujet \ n. art. le lexème amour désignerait 1 • lIel de sens d'un dispositif modal en tant que tel.' 1 (1) 1 e fait de parler de valeurs investies comme de grandeurs Ipll iltHlqUCS permet de recouvrir d'une même étiquette et les valeurs lh 1 l1Jlllves (valeurs sémantiques stricto sensu) et les valeurs modales. la distinction entre les modalités endogènes (/vouloir 1 et lpouvoir/) et exogènes (/devoirl et Isavoir/). 1. de plus..séquences de la mise au point à laquelle nous venons de procéder " (1. vluent que les modalisalions de l'être peuvent porter sur ces deux ue valeurs. 100 101 . ('} 1 e fait que la grandeur sémique investie semble être dotée par . par exemple. ~ On voil d'ailleurs qu'une vaieul quelconque. Le même phénomène s'observe dans le traitement . investi~ est une variable de la structure modale prise '" 1Ille InVafJant.l. SOit que celte structure modale est à considérer 'lIl1l1C une disposition permanente indépendamment de tout investis1111· nt émantique. la relation existentielle modifiée par la modalisation. par plusieurs modalités à la fois. «naturellement. Une telle valeur modalisée. qu'un sujet (d'état) possède une existence modale susceptible d'être à tout instant perturbée. Ainsi. Il DE LA MODALISATION DE L'ÉTRE IisalIIes. d'un V majuscule. désigne une grandeur sémique quelconque.l. du sujet d'étal. une fois inscrite dans l'objet. 6.. dans l'écriture. entre la compétence modale et l'exislence "". cité. peuvent être surmodalisées à leur tour comme 1. el «me» une structure modale dont le premier terme « m . \ <e slade de notre étude..' lindispensablesl.'lcgorie Ina/urel vs leul/urel ou dans la valorisation actualisante d 1 1 lalogie figurative élémentaire I!eu-eall-air-Ierrel (cf. et «e. par exemple. soit par d'autres acteurs (sujets de faire) de la mème mise en scène.. Ce que nous avons dil 1t 1•• r Il.. se trouve alors soumise aux opérations de jonction (conjonction et disjonction) effectuées pal le sujet de faire (situé en syncrétisme à l'intérieur d'un même acteur. soit simultanément. à la suite de ce réexamen. • Pour une quatrième modalité narrative -. servant de symbole à la valeur axiologique. un objet de valeur Idésirablel peut être soit conjoint. ou représenté par un acteur autonome et distinct). Rengstorf pour les modalisations du faire.. d'une connotation thy· ""I"e propre n'empêche pas sa modalisation de se révéler positive ou " 'Il Ive IOSI. les possibilités de leur réalisation aux résistances propres des objets. le terme sémique Iviel peut être modalisé '111111' Itlésirablel ou Illon-désirablel. soit Il Ivcment. l hIlJ'(. par exemple. qui déterminent davantage le statut de l'objet de valeur. proposée d'abord par M. ou • socialement.. investie dans llhlll pcut êlre modalement surdéteminée. il est lrop tôt pour chercher à tirer toutes ".lblissant une sorte d'équilibre entre les modalisations du faire et l. Il <. plus «objectives .... alors que avorice "t1llltlrter3lt.' v~leur. VALEURS MODALlSÉES.. semble opératoire ici. Remarque: Il conviendrait peut-être de distinguer. désigne une des modalités sélectionnées. On VOit blcn que la structure modale du sujet ){ d . dans ce sens. v . n. lui-même actant de l'énoncé d'état.. mais il peut en être de même de "II ~ IHltraire /mortf. sélectionnée lors de la conversion. " récatégorise les systèmes de valeurs qu'elle prend à sa ~ .. (b) de même. "lUdalisations de l'êlre.DU SENS. On peut dire. IItl.lle Les quelques remarques qu'on peut y ajouter ne sont par III "4Uent destinées qu'à montrer l'importance des enjeux qui se li 'Il\'cnl ainsi manifestés. (ON LUStO S PROVISOIRES.. par exemple. minuscule. soit disjoint. Ainsi.hles. soumise aux transformations opérées soit par lui-même en tant qu'acteur (sujet de faire).·. en comparaison avec les modalités de lpouvoir-I et Isavoir-être/. un . (sans l' "In d'autres restrictions qui la spécifient). que les valeurs modales telles que le Isavoirl ou le 'III olr/.'IIl· Alaupassalll). On voit. désignant la valeur déjà modalisée. Ipossiblesl ou Ivérilablesj. Ille fait que les modalisalions de l'être peuvent porler sur des 1 IIHteurs sémiques quelconques (s) peut signifier deux choses: soit 'Illt 1. ' dans la mesure où elle oppose les désirs de l'homme à ses besoins. que ce que nous avons pris l'habitude d'appeler valeur en partant d'objels de valeur est en réalité une structure modale: v = me (s) OÙ «s .

Dês lors.11 '.c..et présuppose dc cc fail un certain degré de 1." du discours ne peut être convenablement formulé que par la 1•. qu'il correspond. offrent le meilleur lU pie. il s'agit du calcul des compatibilités modales (un objet de valeur peut être considéré par le sujet comme /désirable/ ct /impossible/ à la fois). 103 .11 a paru dans 1 Man and World. 13/3-4. « j n champ particulier de recherches se dégage: il s'agit de . celui de leur succession. Le contrat de véridiction * I/r Pour Paul Ri 11 VRAISEMBLABLE ET LE VÉRIDIQUE. Il des confrontations modales à propos des modalisations du faire s'applique également ici: dans le premier cas.) La dernière remarque porte sur l'observation.qu'il s'agit de décrire (en n'oubliant pas toutefois que l'h.-'110ns claSSIficatOires dont les« théories des genres _..ra!semblable~ . dc~ adultes . celui de la concomitance. variables Il nm lulture à l'autre. 1 plus : un même contexte culturel non seulement admet Irncc des discours non vraisemblables .erl~ine réalité ou.'toire se situe déjà sur le plan discursif). en regardant la télévision 1111\l'nt pas à distinguer les personnages qui existent« réellement: Ill' IInaginaires. .DU SENS." '4uemen~. plutôt. d'états indifférents. mais avec plusieurs objets à la fois.des discours scientifiques.I!'C ct de sa relauon avec la réalité extra-linguistique. à Id le ou telle aire culturelle qu'il est possible de llllllhtnre. Il relève du phénomène bien connu de la III Illnsa~ion de I~univc~s des discours qui s'effectue grâce à des Il Il . C'est dire pli relativisme culturel. de compétence nulle. pl' n effet..cela est normal et 1"" «II' lc la logique naturelle implicitc . . somme toute quotidienne. ni IOv. . ScmlotIquement. 'férence évaluante que le discours projette hors de lui-même ct pli \0 l\C u~e . par IlIlpl • mais conSidere que le Jugement sur le caractère vraisemd IId. dans le second cas. des sI/jets velléitaires. d'une époque à l'autre. à des interre>galions cognitives el fiduciaires sur la valeur comparative des valeurs d'inégale valeur et subit des tensions d'inégale importance. on est obligé de se poser le problème d'isotopies modales dominantes et de leur discursivisation. Ics psychologues nous disent Il enfants. que son existence modale donnc lieu à des connits de valeurs. 1111 1 e vraisemblable semble pouvoir se définir à première vue comme . d'établir des enchaînements sensés d'actions et de passions d'un sujet.pp 'rnent de 1intelligence. c'est l'histoire modale du sujet .hlables. 1980..11I'..acti. On dira plutôt que les sujets d'état sont par définition des sujets inquiets et les sujets de faire. Itll'Il 11. jusqu'à un certain âge.ons et les histoires «réelles _ des pures .. les . une certaine conception de la dl le IlIll 1 L utilIsatIOn de ce terme se situe par conséquent dans un te social. il est possible de parler de sujets neutres.'"' le concept de vraisemblance est nécessairement soumis à un l. cara~lérisé par une certaine attitude à l'égard du 1.et des discours qui ne sont ni 1 Il llll. géographiqucment el III . qu'un sujet peut se trouver en relation modale non pas avec un seul objet de valeur.ou du moins les stéréotypes syntagmatiques modaux qu'elle contient . pour peu qu'on veuille parler du sens dans ce tumulte modal. • I.

Genette . le III I\\on c el le S$c. ses différen1 1""lli os ne se fixent que sous la forme d'un équilibr e plus ou moins 1. le critère de vraisemblance ne s'applique. des interrogations naïves peuvent surgir pour le l "plcr: dans quelles conditions disons-nous la vérité? Comme nt nit III ns-nous? Comme nt faisons-nous pour cacher les secrets? A cette "ll' de question s que l'on pose au product eu. 11\ 'mblabl e s'intègre dès lors. .lon résultent de la Il. Il suffit. dans bon nombre de socle~es . _ .. (a) ce critère n'est pas applica ble aux discour s absrraits (discou rs philosophiques. au lieu d'être évalués cn fonctIon du vraisem blable le sont en fonction de leur véracité .In..). 1111. véridic. et apparaî t comme.scour s raconta nt des encha. les discours ethno-littéraîres. .". [". mais à tout discour s narrati f (0 quelle histoire invraise mblable !" entend-on souvent dans la conversation quotidie nne).DU SENS. on le voit. le concept de vraisemblance n'est pas seuleme nt le produit culturel d'une certaine société.rs lves africaines pour s'apercevoir que.:st normal que ce SOIt le X~Il' slecle qui établiss e la relation entre le d.11\ ours des autres comme vraisem blables? 1 c premier enseign ement à tirer de cette approch e naïve: le discour s • " .scour s figura- f 1 (considérés comme œuvres de fiction). corresl"lluJcnl d'autres questions concernant leur récepte ur: dans quelles 1 '11I~hllons acceptons-nous comme vrais les discours des autres? ( . évidem ment... des considé rations sur la 0 quere".stonq uement 0 rifs.umon s-nous comme porteurs de vérités profondes. ces modes de la. en 1 IIlt llue tel ne manque pas de poser la question de son statut propre et .ulImenl y déchiffrons-nous les mensonges el les impostures? Quand It . Ainsi. Il (ONTRA T SOCIAL.. d'autre part. mais aux seuls discour s descriptifs.scour s hl/erOlres C'est en tenant compte de ces limitati ons que les analyses de G. son élabora tion exig~ un long apprentissage donnant accès à une« réalité» du monde.II. fondee sur une certaine rational ité adulte."ement~ d'événements et le monde du sens commun. tandis que les histoires pour rire ne re~atent que de simples événem ents quotidiens. et dieu sait qui a raison dans cette querelle qUI est plus qu'une querelle de mots. des mythes et des légendes. Il LE CONTRAT DE VÉRIDI CfION 1 Il changea nt de context e culturel. c'est-à-dire de la vision conforme au « sens commun _. choses qui se cachent derrière les choses" ? Le problèm e du .. Le vraisem blable europee n corresp ond.. au risible africain . on est amené à changer '/. soicnt lus comme littérair es 1> ... en 41 histoires vraies» et « histoires pour rire. ~ olllmc vrais) au Moyen Age. semble comple mentarr e de l'idée de « fiction» ne relève donc pas de la théorie littéraire. 104 ancrée. . à premièr e vue.-ou discours. III' provena nt d'un accord implicit e entre les deux actants de la IIIH lurc de la commu nication . en pressen tant 1.. ' (b) il ne s'appliq ue pas non plus aux discour s normatifs (j un'd'Iques.. mais d'une typologie général e des discours. : du Cid ". 1)'I1·C du nom de contrai de véridiclion. économiques. parties. 1 olrnan : que certains textes. unenoti on se référan t à une philosophie du langage " Imphclt e h. . le fait qu'un discours puisse être qualifié de 41 vrai . etc. Ainsi. . par des variatio ns historiq ues des context es socie>1" 0111 105 . par trop européo centrist e. Un effort de dépayse ment est nécessa ire pour replace r le problèm e dans un cadre plus large. naturel et social. heu fragile où s'inscriv ent et se lisent la vérité et la fausseté . en quittan t l'attitud e.reL. Ine fois le lieu de la rénexio n sur la véridiction installé à l'intérie ur dn dl~cours lui·mêm e.1 lutre chose. esthétiq ues. etc. on ne peut s'empêc her . paraisse nt pertine ntes: il . Le vraisem blable qui.t. à cette interrogation sur la .). de jeter un regard sur les productIOns dls~u. reçus comme religieux (c'est-à . . • . les histoires vraies étant.a nt des interrog ations sur les discour s individuels aux IIknHions sur les discours sociaux.II ''''l"cr le problème des variations d'évaluation des textes soulevé l'" . C'est celle entente tacite qui est d. lite des discour s: comment procède l'énonciatPllt-pOur que son Ih "turs paraisse vrai? Selon quels critères et quels procédé s juge-t-on " .) • contribution de l'énonciateur et de l'énonciataire. mais aux seuls d. qu'à une certaine classe de discours dont les frontières sont assez difficiles à tracer. Dans un contexte culturel donné. à l'origine . (c) son applicat ion ne se limite pas aux seuls d. l'acquis ition progressive de la « réalité. à partir de ces confusions. 'ondilions de la product ion et de la con ommati on des discour s 1 Il' voir comme nt se fait. que les récits oraux y sont classés: par exemple.1 "ilre comme des produit s de fiction) quelque s siècles plus tard 1 l''''IU'' dit-on. lui aussi.11 'ment de problém atique: alors que la notion de vraisem blance est Illlllllcm entliée à la conception du discours en tant que représentation . cense posséder une rationalité sous-jacente.

en suivant Hjelmslev. On se trouve l.. effeetuée à Bordeaux sous la direction de Robert Esearpit . selon le témoignage de Germaine Illlll'. . aI . 's signes sont leurs interprétations méta-sémiotiques connotatives.eelle.montrent pourtant que le nombre d'isotopies de lecture d'un seul et même texte est limité: une fable de La Fontaine. ses marques de véridiction) qui en limitent les possibilités. n'est aceeptée par un public dûment éehantillonné que dans trois de ses versions.que les cultures adoptent par rapport 1 . Une telle interprétation suppose qu'un texte. "1 il-dire des cultures) qui se définissent par des interprétations llllillotatives des discours.lcn. au lieu d'évacuer le problème qui l'embarrasse en s'en déchargeant sur J'historien. 1 IIlVersion de la problématique consistera donc à dire que ce ne sont ('. c'est la .11111' lJlIotidienne et assume le discours de la vérité. est un invariant susceptible de lectures multiples dues aux changements extratextuels situés dans J'instance de J'ênonciataire.et non les éléments singuliers reconnaissables un à un .. llimll'que que l'on rencontre dans des contextes culturels très éloignés. et le concept de connotation apparaît souvent comme une étiquette commode.h varialions spatio-temporelles des contextes culturels et des dislrihlltlOll~ définissent par le fail qu'ils comportent la connotation« littérarité» ne semble pas beaucoup avancer sa solution. du fait IUll llque et notamment de la« fusion du signifiant et du signifié qui . étant recevable. de cette manière. ce sont les contextes culturels (.. .ploitation de la matérialité du signifiant pour signaler la vérité 107 signes. dans la formulation du 106 .épistémiques 1111. selon les besoins.1 qui déforme et distord la prosodie de la langue naturelle. jouée par une troupe d'acteurs selon cinq interprétations différentes. ct . des interprétations connotatives des signes-discours devrait \ taxinomiques des discours à l'intérieur d'une culture donnée. condensées. . alors que l'Islam classique. tout comme 1 li' la procession des masques africains proférant des cris inhumains . Certaines expériences récentes '"11 formes du monde nalurel. Il dll humains.. Foucault.Ir lelle typologie n'exisle malheureusement pas encore. Ainsi. attitudes .on. il suffira d'évoquer le phénomène de distorsion .qui se définissent par leurs 1 1111 textes culturels. comme certains le font. pris en soi. illustrant les différents Ilhltl's d'existence des discours vrais. On oublie trop souvent qu'une connotation n'est pas un simple effet de sens secondaire. fourre-tout rempli de questions gênantes. mais qu'au contraire. la culture médiévale 'llll'lidérerait les signes comme des métonymes d'une totalité spirilodlc. dans le cas qui nous préoecupe. mais qu'elle possède sa structure de signe et s'intègre de ce fait dans un « langage» connota tif: les marques de vêridiction inscrites dans le Le premier exemple qui vient à l'esprit a trait au langage l'''' Iique. des discours . ln erpre a Ion e otman doit être intégrée dans la théorie des langages de connotation hjelmslevienne et le sémioticien. par exemple. son organisation ne repose pas moins sur les mêmes postulats de base."vons que suggérer quelques exemples. par l'attitude qu'elles adoptent à l'égard de leurs propres phénomène se rencontre. on considère le signe comme le ""alI31 de la sémiosis conjoignant les deux plans de l'expression et du \ OIl1enu et ceci indépendamment de leurs dimensions syntagmatiques. attachée à un l. dire. de j'unicité de la source divine de lotit )cns. comme des copies culturels dans lesquels ils se trouvent successivement inscrits. notamment.\ connotatif _ dont l'articulation globale . dans la prononciation des textes sacrés dogon. En d'autres termes. ( 'ci étant. 1 mieux.DU SENS. elle permettrait de rendre compte. par exemple. la présence d'une voix seconde. une typologie structurale des. celle qui relève de l'univers sartrien ne l'étant pas). lt . à un certain niveau de généralité. Cette résistance du texte à certaines variations idéologiques contextuelles et non à d'autres ne s'explique que si l'on accepte que le texte lui-même possède ses propres marques d'isotopies de lecture (et. Sans parler des formes extrêmes. à l'accentuation normale. Nous sommes ainsi amenés peu à peu à opérer une inversion de la problématique en situant notre interrogation dans le cadre de la sémiotique des cultures. interprétation qu'on retrouve ensuite."hl' les définir. Ifnurait compte. qui transcende la 11. attitudes . 1111 \loit que les discours dont nous nous occupons ne sont que des signes \ Il i .rend compte du • signifié connotatif -.. d'un schéma rythmique . Or si. que les textes littéraires se • IIlIlplexes et que les. l '". les autres étant jugées « illisibles» (J'interprétation inscrite dans J'univers ) <>f r breehtien. par exemple. autre. '1tll frappe à l'audition de la ballade roumaine. vanlle dédoublement du signifiant destiné à signaler. doit s'efforcer d'en rendre compte lui-même. Le langage de connotation est une méta-sémiotique oblique: déviante par \ IJ'IlIklllL.religieux ou littéraires . On connaît la suggestion de Lotman selon laquelle les cultures se définiraient essentiellement. caractérisé par l'usage particulier qu'il fait de son plan du (II) discours énoncé sont à considérer comme constituant le «signifiant \! . Nous ne l'. 1Il' possible.u!' '1 po)ilion. la culture «rationaliste li> du XVIIIe siècle. Cependant. Or le 1111 Ille rapport à la sémiotique qu'elle connote. chez M. admettant qu'un mot puisse signifier une chose et son contraire. Il LE CONTRAT DE VERIDICTIO 1I111 'cpt d'épistémé.

C'est alors qu'apparut une nU I. mais il ne peut y avoir de discours capable de statuer sur la 1"' 'cté des discours prétendument vrais. mais un +il\rours qui produise l'effet de sens vérité.1 plus. s'oppose le langage qui est pure dénotation. libératrice.DU SENS. Alors qu'en Europe et plus particulièrement en France le langage est communément considéré comme un écran mensonger destiné à cacher une réalité el une vérité qui lui sont sous-jacentes. Il n'en est plus de même lorsque. son ami.Ibusée.111 n sur lequel repose la cohésion sociale ressemble étrangement à 1. il se laisse tromper. rusé 111111 . {ln arrive ainsi à mieux comprendre l' état des choses)t qui "" 'térise notre contexte culturel d'aujourd'hui: Je sujet de l'énon1 Illllllll n'est plus censé chercher à produire un discours vrai. on ne voit pas par quel moyen elle pourrait asserter la " ". l'autre. le discours est censé coller aux choses et les exprimer de manière innocente. lui a dénié sa ~ Illl1pétence véridictoire. dans le meilleur des cas. de parler des choses qui doivent être comme des choses qui sont. pour reprendre l'excellente formule africaine. à rôles interchangeables: dans un premier épisode. Au langage. L'exemple fort simple en est fourni par le fonctionnement du langage juridique étudié naguère par une petite équipc de chercheurs. en utilisant le présent atemporel. Un même acteur. . il reste l'immense champ de manœuvre situé au niveau des signes eux-mêmes et de l'interprétation méta·sémiotique de la nature des signes.presque cn même temps. 1 d boucle est ainsi bouclée: non seulement il n'existe pas de discours\ '. 1 c. il ne peut y avoir de langage de la ( 1" 1IIIIl . sous prétexte que le discours sémiotique .. les t tlllli adictions de notre époque~ConstaleLque le lang~ge est le lieu de \ . plus que les différences du faire scientifique proprement dit. Cette réification du signifié . comme les autres discours. \1 r li ture d'un genre ethno-liuêraire particulier. (c) À côté des possibilités offertes par le signifiant et le signifié pris séparément. un discours idéologique. discipline jeune et pourtant déjà \ d. que le l . d'abord. une des principales difficultés de la communication sur le plan des théories sémiotiques. et ainsi de suite. LA CRISE DE LA VÉRIDICTION.I. que des 1 dl'. comme une manifestation de surfac~ qui laisse transparaître les significations latentes plus profondes.II'. porteurs de connotations Il'llorisantes ou méprisantes.est un autre mode par lequel le discours affiche son dire-vrai. Il LE CONTRAT DE VÉRIDICTlON du signifié serait ainsi un des modes de la connotation vêridicloire. propre aux cultures homogènes. le fripon . au contraire.. dotés chacun de sa propre véridiction. qui lui permet.. avatars de la sémiotique. sur 'III~' ère de l'incroyance.phénomène qui dépasse largement le cadre du discours juridique . . et sa lucidité. Nous avons été frappé. Une typologie des discours basée sur les modes de la véridiction est possible tant que les marques en sont solidement inscrites et garanties [ par le contrat social. caractéristiques des contextes culturels des deux côtés de l'Atlantique et qui constituent.t\émiotique critique qui. le fripon 1I l 1111 P.1 "liénation par le langage qui débouche. il suffit de considérer.\ Il 1 01( ft 1 108 109 .. ours est le lieu d'un'paraître mensonger ne constituent pas pour elle ""\" position de départ particulièrement confortable.. et le type de commulin . lucide. d. sous la forme d'un raccourci.1. par la manière. C'est un récit à deux personnages. régis • il" 'un par sa propre rhétorique. (b) La procédure diamétralement opposée et semblable pourtant dans sa visée se retrouve dans l'utilisation des possibilités manœuvrières du signifié. L'histoire de la Tour de Babel se " p'te : la multiplicité des discours qui s'entre-pénètrent et s'enche1 lient. ne peut engendrer qu'une situation . 1" dupe. communément qlpd '« conte de fripons)t. puisque tout est littérature. pendant quelque !l"lllr~.. Ill' même une sémiotique en crise: n'accordant aucune foi au discours . l'organisa- la fois taxinomique et axiologique de l'univers des discours éclate un éventail de discours sociaux apparemment hétérogènes. il n'y a plus de discours littéraire. les deux attitudes à l'égard du langage.1 propre véridiction et s'apercevoirs. prétexte à de multiples connotations. 01( 3. Les dés sont pipés: puisqu'il " y " pas de langage de la vérité. Une telle sémiotique critique est cependant ... dans le second. et la quête du sens profond des uns s'identifie avec la reconnaissance des anomalies)t effectuée par les autres.clté de ses propres paroles. aussi. Elle s'en tire' hlllt 'fois en pensant pouvoir construire un méta-langage qui lui servira t1'''''trument de démythification des discours sociaux et de démysti1" . par la manièrc subreptice avec laquelle ce discours réussit à constituer un référent interne plus ou moins implicite qui le fail paraître comme un discours statuant sur les choses. Pour avoir un exemple actuel de ce phénomène. aux Etats-Unis. présentent et renètent. en les grossissant peut-être un peu. il 1 "Y .on de la parole dominatrice: son action a paru. 'Ours pour rlre)t. le lIul' n'ayant aucune raison de s'arrêter.h. avec "avènement des sociétés industrielles.

ne peut être acquise que si elle correspond à son attente: c'est dire que la construction du simulacre de vérité est fortement conditionnée. de plus en plus souvent.. que le non-personnel il est 'Vrai que.'ple d. c'est que.. Ill. deux fôrmes discursiVes rivales et qui visent pourtant le même but: l'adhésion du destinataire. . comme dans le cas de la vraisemblance. le savOir r 1 .fl LE CO TRAT DE VÉRIDICTION lorsqu'il s'agit de tromper autrui. seule susceptible de sanclionner le contrat de la véridiction. nous sommes en présence d'un sUjet affiche ma~s I. en effaçant. non pas directement par l'univers axiologique du destinataire. "on peut parler en celle occasion de camou nages su~~eclJvant et fl"I'" llvant. on et .. du 1camounag. de la communication véridictoire assumée. est une des fonnes. t 1 deux discours cognitifs cependant qui manipulent de mamere dll ln °llte à l'aide d'un savoir-faire approprié. et cherche à être lu comme vrai par celui-ei. En effet. responsable du succès ou de "échec de son discours.e d'une c?mm~nt. On omprend dès lors pourquoi. Le premier type de manipulation qui relève de ce qu'on peut appeler le cannouflage-subjectivant se trouve assez bien illustré par le discours lacanien qui. nous employons le terme de contrat. la t IIllllaÎssance de la valeur» n'étant rien d'autre que Je saVOir-vrai sur " '·Jlcurs-()bjets. recouvre et lilluhll nne l'opération gestuelle de l'échange se présente co~me un 1. Le discou" qui. Ce paraître ne vise plus.suggérer l'existence d'un plan anagogi~ à déchiJIœL.. mais parce. il paraisse comme .. de lui unfaire interprélati!tout aussI eXigeant.. censé le modaliser en . je sais . mais le paraître-vrai. c'est-à-dire comme u~faire persuasif ayant • Il 1.1 o. de Jésus. dans le premier cas.nt. que la 1 ollll11unication de la vérité repose sur la structure d'échange qUl. Un énoncé tel que la fi: ". celOl 1 \ l d .. le serment « prêté» suffisait à le garantir. mais l'adhésion de la part du destinataire auquel il s'adresse.ffiché comme . ur l''' IIppose la connaissance de la valeur des valeurs ech~ngee~. p~r exe".-ours n'est pas vraiment le je énonciateur). L'adhésion du destinataire..e objec.. même contradictoires. d'un!aire-paraitre-vrai.. lui... a la Ilfll 'ur. tit~ent que les préliminaires de l'échange qui ne se fait..D SENS.. ·he comme un je (alors que nouS savons que le je Installe dans le III . 111\ le premier cas. vrai». a~) \ 1111 ·cpt de vérité se trouve substitué. destinées à produire du véridique. dans l'épistémologie de nos Jours. LA MANIPULATION DISCURSIVE.IUX • et d'un savoir occulté mais . Deux types de manipulation discursive se sont substitués à cette innocence adamique.. doit être construit de telle Il. nous le savons. .lul est \ "" Icndue. \ " . garant de la vérité. .ehine à produire l'effet du vrai.ou prétendument lei qui relève. mais des procedures IlIlIt de même.'c. S. soit socialisé par l'installation des. l'échange le plus élémentaire de deux objets de une aiguille contre une charretée de foin. pour accepté comme vrai . faux »·1 Deux l'II cdures différentes. avatar moderne du • discours en paraboles. c'est aussi parce que.. mais comme le pur énoncé des relations nécessaires entre les choses. mais par la représentation que s'en fait le destinateur. le sujet de l'énonciation est soit éliminé par des construcIl. dans le ond cas.. Je suis sûr que. In\ Impersonnelles.." 'ognitif réciproque. de J'aveu même de l'auteur. Dès lors.·IIICl/cité. 1 IlIOn occurrencielle se trouve occulté pour ne laisser paraltrc. n'est là ~ pour . alors Il"l la communication de celle-ci exige de lui la construction d'une c'est-à-dire dans la construction d'un disçoual!mltJa fonclion n'est pas le dire-vrai. la lerre est ronde: il n'empêche que tout c. le marchandage qui précède. on voil que sa production consiste dans J'exercice d'un faîTe particulier. l'adéquation avec le référent. secret »./"1' 4. apparaît crédule et désarmé en face du discours de l'autre: raccourci de la condition de l'homme.. dis1Cours scientifique.. vrai» et le sujet occulté comme . toutes les marques de l'énonciation. que je dis que. 1 1\ VÉRITÉ ET LA CERTITUDE. maître d'œuvre de toute cette manipulation. autant que possible. Il fi'" (t. manière que. Si la vérité n'est qu'un effet de sens. le savoir sur les valeurs III ~ tln ..tivant: pour être accepté comme vrai~ il cherche à paraître comme n'étant pas le discours du sujet.. de son côté. À celle communication hermético-herméneutique s'oppose le. lui. . Le discours de la vérité ne fonclionne donc plus à l'ancienne manière où la parole .c llppurl énonciatif qui situe l'énoncé dans le cadr.t. cn parlant de la véridiction.des notl~. le sujet d~ 1en~nclallOn 111111' objectivité. ronde présuppose bien. dans le second cas. qu'à III 110 . trompeur et lrompé à la fois.t pas dans je ne sais quel sens métaphonque. 1•. donnée.. et IOversem~...

finale- 112 . la vérité est objet de commu- Dans l'ère de la manipulation où nous vivons. dans les • clubs de discours» psychanalytiques. se laisse prendre par des discours politiques. ne 1<lu~"ons pas. toucheux » : il faut bien constater que les gens n'y croient pas. le savoir-vrai (et le croire-certain et qu'à montrer la prééminence des jugements épistémiques sur les jugements aléthiques. telle étudiante pousse sa foi jusqu'à 30 %. bien qu'il s'appuie sur les résultats du faire cognitif. à ceci près que la douleur en est absente. tout en y croyant. l'écart entre la vérité et la certitude.lIre qUI maOlfeste ostentatolrement le savoir sur le croire. Toutefois. représentaient deux formes irréductibles d. nous exerçons.' sérnlosrs dont la coeXistence est difficile et inéluctable. la certitude. nous ne faisons que renvoyer la problématique dll crOIre a la theone du langage selon laquelle les épistémés que ( /t'Couvrent les cultures~ peuven~ être définies et analysées comm~ des t ':I1IKa~es de conno!atl. ne distribuent pas seulement leurs résultats selon les classes de sexe ou d'origine sociale. la vérité et la certitude.dont le caractère chiffré nous fait un peu sourire . Tout comme la circulation de la monnaie dans nos macro-sociélés. et la foi. De récentes enquêtes effectuées parmi les étudiants d'une université indienne. un faIre Interprétatif. constructeur de méla-Iangage.on. et le savoir acquis sur les pièges du savoir est un antidote absolument inefficace. est particulièrement visible. Illcnl. si . dotées chacune d'un 1. avec plus ou moins de succès.en:lOtlque dlffere~t.deux épis~émés coexistantes? En proposant une telle 1 '"lcrpretat!on. Ce discours -le nôtre -. publicitaires. tou~efOls. n'est pas lui-même de nature cognitive.qu'il relève de deux contextes idéologiques incompatibles et. est un concept relatif et graduable.la vérité et la certitude. Tout se t 1 d'incroyance se laisse submerger par des vagues de crédulité.DU SENS. sinon par le fait '.?C . didactiques. Ces résultats . qui nous parvient du fond du Moyen Age s'applique bien à ces jeux de fripons et de dupes. comme le terme 'complexe réunissant la certitude et l'improbabilité. Il LE CONTRAT DE VÉRIDICTION la suite de la conclusion du contraI. entre le savoir et le croire. La société p. à démanteler et à mettre au jour les procédures qui permettent la construction d'un dire-vrai en taxant d'idéologiques les fondements du discours scientifique a eu pour corollaire l'épanouisement des discours utopiques basés sur le croire à l'état quasiment pur. un ' ll. comme la circulation de la nication et nécessite la sanction fiduciaire. mais fiduciaire. L'effort critique qui a cherché. de sur-eonscience et d'inconscience. Comment interpréter ce phénomène du croire ambigu qui se 'présente comme la coïncidence des contraires. Or ce contrat.I"'~e d~n~ c?mme. sanction suprême à laquelle doit se soumettre le discours véridique. . une chose fragile. mais cherchent à les chiffrer en pourcentages de crédulité: tel étudiant croit à 25 % que la vache est sacrée. « parole.llut s. qui prend parfois des allures moralisatrices. relatives à la croyance au caractère sacré de la vache. Le cri de douleur • credo quia absurdum. en le faisant.ne diffèrent guère de nos observations personnelles sur la croyance des Percherons à l'efficacité des. MalS. \ ne vise en réalité qu'à établir nettement la distinction entre les deux 1composantes autonomes et les deux niveaux superposés du contrat de ( véridiclion : le savoir et le croire.

que je pense que. et en premier lieu. A partir de là. ". Lorsqu'on voit que ils disent que. qui est 115 IIi dl"l Il . Mais • ..1 le concept de compétence modale . L'im1''''I. un faire interprétatif correspondant et opposé. INTRODUCTION préoccupations de la sémiotique cherchant à rendre pleinement de la modalisation des discours ne datent pas d'hier. ceux qu'il rencontrait dans les Il ln. le Ifaire~'lOirl qui présidait t 1 "''f. d'une compéà la ~" lunication devenait un faire persuasif ayant. l'ri ".lnce des modalités ne lui a pas échappé non plus. mais dotés. par exemple. tout progrès de la réflexion sur les 1 HlllhlHlll~ de la connaissance ne faisait qu'élargir le domaine de la 1 tlHll1 1.suivi de celui d'existence 11Illd. operçu. à tel point que Il l'0I1S1ruction d'une grammaire sémio-narrative était depuis long" 11111\ conçue comme l'élaboration d'une grammaire modale.11" . Dès lors. r III dole variable. n'est pas un mais un «je crois ».. pour un sémioticien.' En effet. .pcclivc ainsi obtenu se résumait en ceci que persuader. au contraire. peut-être improprement. qui sert de support ours intérieur du sujet lorsqu'on veut l'extérioriser. le forçait à affirmer que les sujets en situation de communin'étaient pas neutres. est surtout. s'il reste nI 111<: cn par. l'approfondissement des problèmes relatifs à la dimencognitive des discours a eu pour corollaire l'apparition de ce qu'on 'l'l'l'Ile.<..'pendant. la modalité du Icroire...Le savoir et le croire un seul univers cognitif 1.IIH. Le changement d.tie un jaire-savoir.lIe qui a vraiment ouvert la voie à l'exploitation des modalités d. un f.llIll lllll'tenait avec les sujets« en papier ». de soutenir que la communication qu'un simple transfert du Isavoir/: la familiarité qu'il Il . il 11111 1 III (ilfficile.:C (1" . à l'autre bout de la 1 1I11lll'. (t'oire. e .l" . l'ovoir-fairel et de Isavoir-êtrel qui nous intéressent en ce 1 l'S 1 1I111f11C Ol\lIn'nt.

dans le remier cas l '"'' et. dans second: par l'acte de croire. par une sorte de dépit. On se met alors à regrette r les temps anciens où les choses étaient plus claires: Georges Dumézil a obligeamment attiré notre attention sur le latin credere qui couvrait en même temps les champs de signification. sur la négation du savoir. 1\ on veut parler de la dimension cognitive des discours et des modalités qui l'articul ent. Ce retour incongru aux sources antiques nouS enseigne cependant au moins une chose.u p enomene« crOIre» a l'mterieur de la communication IIIh r~~bJecllve: La premi~re chose à faire dans ce cas. aujourd 'hui séparés. dans les langues naturelles. l'énoncé-objet (la «propo sition.s. à savoir que. mais qui. on doit reconnaître néanmoins que. parmi les parasynonymcs de la ersua'''''1 le. signifie seulement le manque de certitude et de confiance. notre réncxion. au niveau profond l . établie ct maintenue. verbe. ou qu'on répète. le faire interpré tatif de S conduisant à l'act l'l. mais que le croire repose parfois. 1 (TIFS Il. on nous oblige à constater non seulement que le savoir installé ne parvient pas à expulser le croire.ujet de la sanction lit pl lit considérer que 11.p~~lal' a la sanction narratives ct d'imaginer ces parcours bien 1'111111 c. Ces «anom alies. convalllcre. de man~ère suivie.1 r"fi~~f~nt I~ .) soumis par S ' l " 1 Il'mellant à plus tard l'examen des procédures de persuasion de . a. il ne s'agit pas essentiellement de la dimension et des modalités de nos croyances dont le savoir dit scientifique ne serait qu'une parenthèse ou peut-être même qu'un effet de sens se constituant dans des conditions à déterminer.ujet de la manipulation . finalement. en se polarisant. quand la principale source du savoir communiqué. de croyance et de confiance. 1* repose en premier lieu sur les «on--dit . lllr~cnce.DU SE S.ltuer aux Instances «neutres» de l'émetteur et d' " "1 pteur !es heux d'~~ercice du faire persuasif et du faire interpré ~ 1111 pro.1 • tr~'l u angage. Tout se passe comme si le croire et le savoir étaient justifiables d'une structur e élastique qui.llustrer. de faire un détour par la communication confiante entre les hommes. à ne faire qu'un du savoir el du croire en considérant la distinction catégorique généralement pratiquée comme une fausse dichotomie.ccdures cogOltlves qui s'achèvent. priS dans une langue nalurelle. disions-nous 1 III e subst. sont gênantes. fondait la confiance dans leur dire sur les choses el. nous pouvons immédi atemen t che:'che r à Il 1111er la deflOitlon qu'cn donncnt les diclionnaires courant s: ~rolre I~ ~utrement ditl~~c~~ ~ire llant~ 1"1 • Amener quelqu'un lM Il 1/ à reconnaître la véritéll Ild'une proposition (ou d'un fail). • 1 Il lIot. produisait. le français en . et se consolide même. " . En cho!slssant. ' l'nur 1'.' \" t un exempl e. une opposition catégorique. en se relâcha nt.lnt : . nous 117 116 .u OIveau sémicr~arratif..cg ment (c).1111 . a un petit nombre d'opéra tions simples mais il 1:: III ~u Ir. ~e model~ exphca tif peut être réduit. 1 '1'11 accomp agnent la lransmision de l'énoncé-objet (c). mais arrivent à s'opposer carrément. 2' e 1 . l . où la confiance entre les hommes. il convient. on peut se demander si.dém~rche déjà c1a~sique" on peut cherche r à saisir la 1 . pour fonder nos certitudes. LES PROCÈ S COG .homologuer le faire persuasif à la manipu lation et le . comme Unamuno a été l'un des derniers à le faire. SAVOIR PRÉCÈDE LE CROIRE. il est opportun de se 1'. des expansions syntag~ati ucs 1 111I . comme des algorithmes cognitifs. Si l'on a tendance ainsi. allait jusqu'à confondre les deux termes. au moment de l'extrême tension. 1'''I''mI9u~. avant de chercher l'adéqu attion des mots aux choses. que notre savoir sur le monde 2. Lorsqu'on dit:« ous savons tous que nous mourrons. ces deux termes non seulement se chevauchent souvent sans sc confondre. mais nous ne le croyons pas·..'ègmen l (a) représente le faire persuasif de S " "gmen l (b).hlllll jue.. le ft credo quia absurdum médiéval. dans les choses elles-mêmes.

est b!en une transformation... à un autre: '1"" SI le faire interprétatif ayant à faire face aux procédures de fort variées (argumentation.1. III 1I11'on possède déjà. Or. au niveau de la syntaxe de sllrface. sera saisi comme ponctuel sur le plan d" 'ur if: l'observateur pourra le lire soit comme inchoatif se 1" "longeant en un état duratif (= élal de croyance. catégorique . l '. au sens de« proposition» en tant 1'4 1 \uasion .. " l'acle épistémique est une identification.de ce dont on dOllte à ce qu'on acceple. La reconnaisen tant que comparaison comporte nécessairement une identi/If '11. .ultquation du nouveau et de J'inconnu à J'ancien et au connu. référentielle. JI X ~ 2. il ne faut pas l'oublier.nnaissance (de la vérité). Ceci veut dire tout simplement qu'à la suite de la transformation le stol III épistémiqlle de l'énoncé soumis au jugement de 5. Car. c'est à ce niveau anthropomorphe que se situe le faire interprétatif du sujet qu'on cherche à convaincre. il n'en reste pas moins qu'on 1" ut le réduire. 1 J L'interprétation est reconnaissance et identification.o SE S.· larré : 118 119 . 1 2. dans l'énoncé offert. IU"Rotifs. à une opération de Il \ .'effet secondaire. que nous considérons comme un raccourci des procédures u niveau discursif. IImalgré les réticences. comme une SUIte de programmes narratifs hiérarchisés. entre autres) Il \ uuvre un champ d'exercice très vaste.témique (quelles que soient les dénominations de ces termes poslllonnes). démonstration.h 1'" sée).UI le plan sémio-narratif.du ~iscour~. une .ou d'un doute . 1\ LE SAVOIR ET LE CROIRE chercherons à expliciter davantage le segment (b). • reconnaître la vérité.Itle épistémique peut dès lors être représenté sous sa double face "lltUHe une affirmation ou un refus. les programmes d'interprétation pren- d'interprétation. jusqu'à Einstein inclusivement.. il met à contribution Illlllvers de savoir/croire du sujet judicateur. est une opération de comparaison de ce qui lui est P'OI é» (= la proposition logique. et que Il vnllé ou la fausseté de la proposition soumise au jugement n'en est '1"" .. Un nouveau retour aux dictionnaires nous offre deux nouvelles définitions de reconnailre (la vérilé) : . de telles transformations. L'acle épislémiqlle esl sllsceplible d'être converli en faire interprélatif el en procès discursif Les transformations dont nouS parlons se trouvent situées au niveau de la syntaxe profonde: ainsi. dans notre exemple.• Admettre pour vrai ~~ après avoir nié ou /1 . On voit bien que la « reconnaissance» est tout d'abord le contrôle de . enfin.de ce qui est nié à ce qui est admis..• Accepter après avoir douté. ce qui autorise à son tour sa mise III h.1.'quation à la « réalité .. était définie par son 1Ii/. l'est maintenant par J'adéquaIII1It notre propre univers cognitif.. situé sur la dimension cognitive . etc.. Cela suffit pour envisager la possibilité de la «narrativisatlon . qui. 1 4 L'acle épistémique esl le contrôle de l'adéqllation. le passage de nié à admis peut être localisé comme une opération sur le carr~ épis. La deuxième série des définitions met en évidence le fait que l'acte épistémique. La reconnaissance de la vcr lté. . d'Ilntla forme de procès aspectualisés : l'acte épistémique.0".2. ne sera plus le même pour lui. Ces définitions assez triviales nous inspirent un certain nombre de remarques que nous essaierons de cataloguer. lut comme terminatif(d'une croyance . dans ses uJtimes retranchements.ancienne et .1. uggestion et offre) et de ce qu'il sait/croire déjà. J'adéquation peut être reconnue ou rejetée. la re-connaissance. Les résultats de ce contrôle peuvent être positifs 1111 opération cognitive de type logico-sémantique pourra se présenter. .. L'acte épistémiqlle est IIne transformation. pour appliquer à leur cas le principe général de la conversion des structures en passant d'un niveau à J'autre: ainsi. . contrairement à la t !I"naissance. de la totalité ou des bribes de «vérité . c'est-à-dire le passage categorique d un • etat de croyance.. et non plus aCle)..

..·\.et non de l' .. par ... mais comme des modalités qui indiquent le stalut modal des . réussies (= conjonctions) ou échouées (= disjonctions). L'examen l'opération qui s'effectue sur la dimension cognitive du discours est il. Ainsi.5.---. incertitude douter (non-conjonction) douter (non-conjonction) 1 . et 52 vs S2 non comme des contradictions. certitude affirmer (conjonction) mique avec tel ou tel fragment de l'univers cognitif du sujet judicateur comme ayant pour résultat soit la conjonction (en cas de réussite)... Remarque: Nous utilisons le carré suggéré par Claude Zilberberg.. du jvouloir-fairej et du jpollvoir-fairej. c'est-à-dire comme un faire cognitif te pur lt. Du moment qu'on considère J'acte épistémique comme une opération. Il affirmer LE SAVOIR ET LE CROIRE refuser douter admettre X . On peut... Trois sortes de .moins. mais comme des graduations : affirmer (conjonction) exclusion refuser (disjonction) ---. par conséquent.1. Ainsi.' " tualisante. comme condition préalable de tout à l'acte.. admettre . nous n'avons parlé que des modalisalions épis téIluques en les identifiant aux actes épistémiques et en les définissant HHnme des opérations jonctives.. . nous les pensons comme des 101 mes dynamiques. relevant de l'ordre du . une fois binarisé.en les représentant non plus comme des modalisa- "lins.. -.. ajouter une nouvelle série de dénominalions aux termes du carré épistémique déjà installé.. être -. l'Ill" 1Iltcntif de celle-ci dépasserait les limites de la réflexion que nous MlIllTneS imposées.. soit la disjonction (en cas d'échec) des deux objets considérés. on peut jdouterj plus ou moins. comme modalisations ou comme opérations jonctives l't'llvent ainsi être homologuées: . 121 120 .. jaffirmerj et jrefuserj ne peuvent être considérés que comme acs polarisations extrêmes des opérations jonctives. faire . des modalisations aléthiques).It-Ilominations renvoyant chaque fois à leurs définitions comme modalités. par exemple. devient la catégorie fondamentale de la logique: lassertionl vs Inégationl (avec la restriction selon laquelle S2 = SI' et SI = 52)' les parcours 1 7 Le sujet opérateur est un sujet compétent. Disons seulement qu'il est probable que cette '''tlql('lcncc est constituée de deux modalités. Ceci revient à dire '1" . Remarque: Alors que l'axe jaffirmerj vs jrefuserj..avec les passages médiateurs obligés: du refus à l'affirmation par l'admission et de l'affirmation au refus par le doute rendent compte du fonctionnement sémiotique du discours.."...I~· 1101"" syntaxiques élémentaires .. l'une virtualisante et l ". et ceci pour éviter les dangers de la polysémie. on peut interpréter les opérations visant à identifier l'énoncé soumis à l'appréciation épis té- 1 lllcnd très bien .. "uncés considérés à la suite de t'acte modalisant. L'acte épistémique produit des modalités épistémiques..1>" admettre (non-disjonction) ... Jusqu'à présent... l'. en remplaçant toutefois unc des dénominations. Aussi. faire et présuppose.. mais on ne peut pas jaffirmerj ou jrefuserj plus oU. L'acte épistémique est une opération jonctive. 1 6. une certaine compétence modale du sujet.drc du 1'..DU SENS. l'acte épistémique produit une «charge modale« qui a pour effet d( III colorer» modalement l'énoncé soumis au jugement." refuser probabilité admettre (non-disjonction) (disjonction) -. ->-.. le carré sur lequel on peut les projeter aura comme particularité de présenter les schémas SI vs S. te croire . Il n'empêche qu'on peut aisément les « substantiver «. jadmettrej plus ou moins.. Toutefois les modalisations épistémiques étant graduelles et non catégoriques (comme c'est le cas.1'...et la logique s'y 2.

LE CROIRE PRÉCÈDE LE SAVOIR. le second s'adresse à 122 . la construction du simulacre de son fonctionnement. pour rénéchir au~ 1'". lU quelles l'énonciataire donnera suite par. intégré à la syntaxe sémicrnarrative.duclalre. que toute proposition formulée par l "Ilonciateur repose sur une base épistémique allant de l'affirmatIOn "' d ute et de la réfutation à "admission (des dizaines de verbes tels 'Ille prétendre. indépend~nte. Les deux sens. nous avons choisi délibérément de situer le lieu d'exercice du sujet épistémique à l'extrême hmlte du parcours de l'interprétation.l Il"lltd Iques pour s'offrir. présumer. en lllllmc.'nonciataire. Que ce contrat soit antérieur à toute communication ou qu'il s'instaur~ dès la première prise de contact importc peu: cela r.'"vltation (à faire un bout de chemin ensemble) . ont retenu notre ltll'nlion: la manipulation selon le vouloir qui se mamfeste. en tenant compte. 2. Il 1111 -. aléthiqueou véridictoire.1 hineries de la manipulation et de la sanction. '" <Joubert) : les procédurcs convoquées par l'énonciateur pour t ol\\'IIlIlCfe >>l'énoncialaire pécifieraient alors ce mode de maOlpu1. Pratiquement. . toute tractation.. à son tOUT. il s'agit d'opérations factitives qui consistent à faire d~s ""'"Llges de simulacres. il n'est peut-être pas inutilc dc rappeler que toute communication humaine.1. les deux définitions mettant en évidence la relation laluciuire qui « personnalise» la communication bi-polaire. b.grâc~ à la d~a~~tisation ainsi obtenue. La proposition.'"lIC~ par ses propres raisons. il n'y a guère.111111 . trl . 1analyste a beSOIn d'une situation-limite et d'un geste épistémique ouvrant la communication. Il LE SAVOIR ET LE CROIRE Dès lors. par la tentation ou la séduction. mais on ne les persuade que par les 1. 111. 2.ation ou un lt 1 li')" Entre ces deux instances et ces deux prases de poSition se trouve 1111 'nagé un espace cognitif de la persuasion et de l'interprétation qui \ 1I1 rc~pond. en le distinguant des autres formes de persuasion 'I"' . Deux formes principales de celle-c" .ateur) ct sug~estlOn. Dans les Ih Il cas. lié par itération à l'exercice préférentiel de l'une ou J'autre des modalités épistémiques. dans un contexte culturel donné. repose sur un minimum de confiance mutuelle. admettre. grâce au faire interprétatif .blCmes de la manipulation.2. Il 1111' de l'énonciataire. alors que l'habitude de douter donnerait lieu au rôle de « sceptique -. on peuL imaginer qu'au niveau discursif un tel sujet opérateur. 123 • fanatiq'ue ".gage Ics protagonistes dans ce quc nous avons appelé le contrat f. Cet acte épistémique. ~onjecw­ '" etc. on peut sc demander si j'espace cognitif ainsi reconnu ne peut . qUi sert de prdude à la communication.ssemble un peu a l'histoire de la poule et de l'œuf. qu'clic en. il permet pourtant. en l'identifiant en même temps avec. et la manipulation selon le l'olH'oir. qu'ils soient proférés à haute voix ou seulement implicites. supposer. etc. manipulation selollle savoir où la factivité s'épanouirait sou~ les IlUIlle:'! variées des argumentations dites logiques et des démonstrations . l'attestent). pouvant éventuellement servir de modèle du jugement épistémique. bien sûr des déterminations complémentaires. d'un contrat. une sollicitation de consensus. pourtant.klllllssables par la modalité qui s'y trouvc privilégiée. un .ne sont pas Inconclhables : alors que le premier engage sUr\outl'énonciateur. Un tel ChOIX. LA manipulation selon le savoir.don le savoir. comme llilt pn)position de raison. à l'exercice récurrent des jugements de certitude correspondrait. nus avons pris notre temps. quelle que soit Icur position sur le parcours du sUJet.DU SENS. de procédures rendant compte des effets de sens de « fairel 1\lIlC» et de «croire » . aux vastes 111.au sujet épistémique. par emple. puisse se transformer.. en d'autres termes. une saisie plus « pure» du phenome~e considere cl. n'cst que tactique. reconnaissable dans la menace ou la provocation. crédule» ou un 1c. "est dire. l'enclenchement qu'ils provoquent peut être dit proposition de contrat. même si elle n'est pas verbale.II'" feraient directement (ou: plus directement) appel aux . • Iles lors.en sûr. n'est pas une simple affirmation de soi. dc proposition . sur le plan des structures sémio-narratives. une acce~t. susceptibles. le destinateur judicateur du schéma narratif global. en fin decompte.dcs schémas idéologiques et susceptible de rendre compte des opcratlons cognitives. Dès lors.2. Qu'il s'agisse d'un je pense sûr de lui ou d'un je sais hésitant... Pour parler de l'acte épistémique. Ce modèle sera. en un rôle pathémique stéréotypé: ainsi.t)llsidéré comme le lieu d'exercice d'un autre type de mampulatlon. par là même.11\ une avancée.« On peut convaincre II ."lluencé" de recueillir l'adhésion du sujet manipulé: il s'agit. soupçonner.énoncé (qui engage l'énonc.

les difficultés considérables que rencontre l'interprétation du discours figuratif alors qu'elle n'arrive pas à se satisfaire des données sémantiques contenues dans le discours manifesté lui-même. de la poésie symbolique. LES NIVERS DU SAVOIR ET DU CROIRE. LES SYSTÈMES COG ITIFS 3. ne l'est pas moins lorsqu'il s'agit de reconnaÎtre la validité de. l'encyclopédie se caractéri~anl justement par l'absence de tout ordre intrinsèque. Et pourtant. comme une adhésion intime et totale ». nous avons été amené à proposer une procédure complémentaire de lecture.recouverts par des réseaux fiduciaires dt croyances. en «convaincu. mais une victOire . parlant de son. confirmés par des dichotomies pr. p. Il LE SAVOtR ET LE CROIRE l re-sémantisant un peu ce Tout se passe donc comme si l'opération «con-vaincre)f. paraît dominante. comment ne pas prendre au sérieux le témoignage . mais assumés par des individus et ayant subi de ce fait des déformations _ plus ou moins cohérentes. doit d'abord être relativisé par deux fois: en reconnaissant l'existence d'univers collectifs. considérés comme ces mêmes univers. qui est une forme particulière du discours sacré. Le courant était coupé entre eux. 124 . acceptée et partagée par le « vaincu» qui se transformerait. la schizieexiste bel et bien: sur le plan collecttf. Désormais. On peut en dire autant des «données d'expérience» venant au secours du lecteur: c'est là un autre aveu d'impuissance qui consiste à se débarrasser d'une problématique gênante en la renvoyant à des disciplines voisines que seule notre ignorance permet de considérer comme plus compétentes. il y ui un moi qui savait et un autre qui croyait. décodage ou déchiffrement. si ellc ne reposait sur l'admission a prior" d'un « monde réel» positiviste? Dc.l'un ancien slalinien. entre deux instances épistémiques.1. même dans des programmalions cognitives /lgoureuses. De même. en . peu importe: il s'agit toujours du même phénomène d'intégration de l'inconnu dans le connu. es distinctions ne nous renseignent pourtant pas sur la schizie fondamentale qui semble caractériser la civilisalion européenne ." u~e série.exclusi\t'ment ou en partie seulement . . . ( de ce fait. Reconnaissant. alors que d'autres domaines seraient réservés aux 125 cherchant à apporter des « preuves» ct à les soumettre à l'instance ( épistémique judicatrice."traculturel. ~onsistail C. Visant la victOire. Il s'agirait.elotiolls. le« discours savant» ne serait qu'un type particulier du faire persuasif développant.~ot. oppositions aussi tranchées soulèvent une dernière queslion : .et qui se développe progressivement en une séparation définitive entre le savoir et le croire.et ce depuis les premières oppositions médiévales entre le profane et le locré . en tant que phénomène .DU SE S... de l'authentification du premier par le second.uggcstif que l'apparition. qu'entretiennent entre 'Iles les unités moléculaires ou molaires du discours: c'est en tant que 1 complète. Qu'on appelle cette procédure lecture. ne nous apprend rien sur le mode d'organisation de cet univers. I\le-t-il des domaines sémantiques privilégiés qui seraient . systèmes de pensée» ou de 'Ill croyances -. e concept d'univers. même en la prenant pour une définition.. situées sur le plan cognitif. valables. quOI de plus . cependant. Même leurs mémoires ne communiquaient pas. On a vu à quel point ces élaboralions culturelles secondaires (situées au IlIveau superficiel de la catégorisationselon Sapir-Whorf) résistent peu à l'e amen un peu attentif des procèsdecommunication intersubjecliveoù la pan de la fiducie. à côté du scientisme. à J'occasion de l'analyse d'un conte de Maupassant. une telle désignation. métaphoriquement. (J. en somme. en distinguant éventuellement des univers individuels. Cet univers du savoir est désigné par certains. la théorie des mondes possibles \ Il'aurait-elle pas pris une autre forme. pour être de quelque utilité. Cela revient à dire que c'est en tant que dépositaire de formes d'organisation. de dém~rch~s. un \ savoir-faire syntagmatique d'ordre. indispensable lors de l'interprétation sémantique. caractérisés par différents types de • mentalités.347). surtout lorsqu'on la conçoit. 3. bien plus. que l'univers cognitif Intéresse et engage l'instance épistémique intégrée dans le processus de la communication. ou. un peu raptdement. consistant à confronter le message reçu avec l'univers référentiel du savoir du destinataire. Cathala.lliquées à l'intérieur du contexte culturel opposant la raison et la foi. entre deux univers du savoir 1'/ du croire inconciliables. de . Si tel est le cas. Sans //l'I/r IIi fusil. :. logique •. comme une encyclopédie: en effet. La confrontation. dédoublement. au XIX C siècle. paradigmatiques ou syntagmatiques. d'une épreuve ~ cognitive susceptible d'être organisée en un ensemble de programmes. l'olidotion de ces relations que se définit l'activité épistémique des ujets.ur le plan individuel.

loin) : les axes principaux de la pr uction discursive se lilluvent ainsi réunis. le croire semble s'exercer. susceptible d'articulations distinctes. Une telle affirmation a besoin d'être explicitée et illustrée. à savoir si les structures binaires ou bien ternaires sont plus «vraies . du moins dans J'univers occidental. ce n'est pas telle ou telle substance du contenu qui détermine la relation cognitive que le sujet entretient avec ellc.raduables. Autrement dit. en s'appuyant sur des recherches nombreuses. mais aussi des dISCOUrs religieux ou poétiques. c'est-à-dire aux seules 3.2. que le~ et s'entrecroisaient. possibilité.1.tlégorisables.(X>ur donner aux mêmes articulations une dimension diachronique -le témoignage de Vigo Brondal. \. le binarisme logique et.. quelques-uns). de répondre à cette double c'<igence en pro(X>sant. ou «logique. leurs expressions linguistiques diverses se révélant proposé à la parcelle formellement correspondante de l'univers cognitif et que c'est à l'intérieur de ce lieu formel qu'elle choisira la variante « fiduciaire. au niveau . en nous référant aux systèmes de croyances tout aussi bien qu'aux systèmes de connaissances. on est obligé d'admettre l'existence d'une oppo ition entre s'est développé justement au moment où la science prétendait donner des réponses aux problèmes métaphysiques. Le catégorique et le graduel. les lIlodalités épistémiques (certitude. Voilà un lieu formel unique. la « structure du mixte ~ fondamentales " sans se prononcer sur l'opportunité ou l'efficacité de leur usage.c. de l'autre. d'une part. Aussi. Il convient de convoquer ici . de l'appréciation ou de l'évaluation. Il en est de même de la sociologie marxiste stalinienne dont le champ d'exercice et les réponses fournies corres- pondaient précisément aux problèmes pratiques et «réels.2. On peut parler à leur propos. de sa structure. etc. au contraire.du sujet."eth'ques (nécessité. ct s'introduit.2. Notre hypothèse consiste donc à prétendre que la sanction . l'examen des formes d'organisation de l'univers cognitif peut nous renseigner sur la part qu'y prend le savoir et le croire.••Il. beaucoup. sous la forme du «carré sémiotique _. en tenant 126 127 .'lités des énoncés et de leurs actants. sur un territoire correspondant grosso modo à la religion. si l'on revient à l'exemple de l'émergence du symbolisme. de l'autre. en insistant sur le . ous avons essayé.• t"IUX (près. en accord en cela avec l"ngues naturelles propres aux sociétés qui se trouvent à la pointe du progrès tendent vers le binarisme de leurs catégories grammati· cales.DU SE S.~ues naturelles. au contraire.1. parlerons-nous. usceptible d'accueillir les énoncés du discours scientifique. on s'aperçoit que celui-ci d'une part. par exemple) et. en commençant par ce qui est fondamental. Il LE SAVOIR ET LE CROtRE sciences? A première vue. à côté des quantificateurs logiques. c'est-à-dire au moment où les deux domaines du savoir el du croire se chevauchaient de la philosophie présocratique. présente jusqu'à nos jours comme la coexIStence des contraIres. tout en conservant le principe binaire. mais. sous la forme de \IUantÎtatifs indéfinis . . Le binarisme et les termes complexes. de types distincts de rationalité plutôt que de la raison excluant la foi. sont graduelles et !. Sans se laisser entraîner dans la querelle ontologique. tard) et les '1'. ainsi qu'aux procès qu'ils engendrent ou qu'ils sanclionnent. et s'occupant essentiellement des « fins premières el dernières de l'homme _. Elle se retrouve dans les 1. alors que les autres. quant à nous.). que se posaient l'individu et la société. la forme du contenu: seul. linguiste d'une époque qui croyait encore au progrès de l'esprit humain qui affirmait. \ubcontraires (cerrains. ette différence qui semble accentuer la dichotomie du savoir et du Wlre n'est pas propre aux seules modalités.(peu.et plus '1". admettait la génération des termes neutres et complexes: la structure élémentaire ainsi conçue est Jean-Pierre Vernant (Divinatian et Rationalité). On l'''ut en élargir l'inventaire en y ajoutant les tem reis (tôt. dans les carrés logiques. ous nous y emploierons.1. .ou la présomption épistémique s'il s'agit de l'instance productrice de l'énoncé . les modalités .en : les unes paraissent articulées par des oppositions fran'hes. une Interprétation de la structure élémentaire de la signification qui. la philosophie et la poésie. Cependant. LA RATtO ALTIÉ PARADIGMATtQUE. 3. probabilité) ne peut qu'inquiéter le ' \ '1Illot.2.doit être interprétée comme une adhésion de l'énoncé La différence de statut structural entre. dans les élUdes mythologiques. ou bien. catégoriques. c'est-à-dire par la structure élémentaire de la signification.

\ l"re algorithmique. LA RATIONALITÉ SYNTAGMATIQUE. sinon d' 'xaminer. de la tensivité de l'énoncé produit. Aussi convient-il de signaler. de droite à gauche. des relations interpropositionnclles.. Il LE SAVOIR ET LE CROIRE compte de la nature de l'objet évalué..DU SENS. il. l11\i.. passant du quantitatif au qualitatif. l'homme en souffre. c'est-à-dire pour la mise en oppositions significatives. on . dont les articulations sont fondées sur une 128 129 . Cependant. Ir> opérations fondamentales susceptibles de servir de base à une 1ypologie des relations syntaxiques. des options fondamentales sur le caractère continu ou discontinu de l'objet connaissable.car la problé. qu'elles caractérisent aussi bien la pensée mythique (. la plupart des sémioticiens. la transformation parallèle du rationnel en « raisonnable.1. que certaines seulement parmi les séquences dl'" 'ursives voient leurs relations interphrastiques comme dédoublées: il qlll sc lit« causalité» de gauche à droite. en dernière instance.mais non plus de la gradualitéqu'il convient de chercher à interpréter un type particulier de la production de la signification que C. au contraire. 3. la description linéaire de l'histoire. considérés comme limite ou norme qu'on présuppose sans expliciter... montrant les confusions et les séparations successives de ces deux formes de rationalité. mais. selon certains. si la causalité n'était pas de ce fait 1. susceptible 1l1rl11C de fonder. cartésien. quelques cas particulièrement frappants . 3.et à la morale . telle ou telle articulation différentielle lui permettant d'« ajouter foi. selon le mode de l'excès et de l'insuffisance (presque. trap). ont érigé la temporalité en P' 111 ipe organisateur de la narrativité.peut distinguer deuxl l' r Il 11<1\ types de rationalité syntagmatique: une pensée technicienne de l . que s'effectuent et sont saisies 1 c premier de ces cas est constitué par une forme fréquente d'intelligence syntagmatique.3. à Illl"1l1ièrc vue insolite.. IIlvant en cela l'exemple de V. d'après le 111111cux« post hoc. il ne faudrait pas perdre de vue que c'est à l'intérieur de ces structures. comme un enchaînement causal. aux nouveaux énoncés recueillis. La pensée causale. le cas échéant.Il'nne.3.les dieux se fâchent. peut se lire en même temps 1" '\l.. en sont des illustrations dans notre contexte culturel tout proche.2.de la mesure qu'on rencontre. et n' i d'autant plus qu'on a l'impression que de tellcs relations causales 0111 particulièrement fréquentes. Propp. que l'on note le fait..'1."tique soulevée dépasse largement le cadre de nos rénexionsd'articulations de syntaxe discursive pour se faire une idée sur la façon dont elles sont reconnues et interprétées par l'instance épistémique. alors que la plupart des III haînements syntagmatiques ne possèdent pas un tel soubassement IIllpll 'ile de nature logique.. lurs que la logique s'est beaucoup préoccupée. Une telle forme de pensée ne s'oppose pas seulement aux catégorisations abruptes de la logique binaire: chaque excès ou insuffisance renvoie à l'un ou l'autre des termes de la catégorie binaire. ergo propter hoc. non plus en allant de l'amont vers l'aval. Rien d'étonnant dès lors à ce que la catégorie ainsi présupposée devienne la mesure de toute chose et que. L'intérêt que nous venons de manifester aux structures élémentaires vient du fait qu'elles constituent les lieux topiques de la saisie de la signification: l'acte épistémique en tant qu'identification y retrouve. (= des actions ou des événements décrits).. qu'on peut appeler constitutionnelles.1Insidérée comme un donné du raisonnement logique. pleuvra . Le mesurable et l'appraximatif. 1 1. t Il 1 cmontant l'enchaînement causal « naturel . C'est sous le signe de la tensivité .pposition logique. par exemple. Nous avons cherché à en rendre compte par la double procédure du débrayage objectivant et de l'embrayage subjectivant."s. Il n'y aurait pas de mal en cela. fonctions. identiques au niveau de la surface. qu'elles 11IJ'~lnisent aussi bien les rituels sacrés que profanes.les nuages approchent.. à la manière qui est la . tout en étant conscient que la problématique relevait. dans toutes les mythologies indo-européennes: J'évaluation du ~ bon sens. plus connue sous le nom de raisonneIIll'nt causal: il permet de s'interroger sur le rôle qu'un tel raisonneIII 'nt joue dans la reconnaissance et l'évaluation du dire-vrai discursif. ('c n'est que si l'on interroge les relations constitutives d'une chaîne dl'" 'ursive. Lévi-Strauss considère comme caractéristique de la rationalité mythique: il s'agit de la préférence que le discours mythique manifeste pour la catégorisation. elle serve de support à l'idéologie .) que la ''''lIsée pratique (...). en interprétant la consécution . lllors que seul le statut fiduciaire peut être reconnu à cette relation.

figuratif qui mérite notre attention . dans presque tous les Jugements IOd.Hique Commun que l'auteur signale d'ailleurs en insistant sur la I. comme SI la véracité du discours gagnait à faire passer ses contenus sous-entendus et voilés. le paraître du monde naturel. l'évocation du fonctionnement discursif de "allégorie et de la /"/f"I>ole peut déjà donner quelques indications. le paraitre voilant et suggerant en meme temps 130 lkh" nllner. . mythique" de la littérature i""lçaise: si la misèrc et la grandeur de Moïse peut y produire une l" lurc parallèle des mêmes misère et grandeur du Poète. est tout aussI suggestIf: ~out se 'p~sse comme si l'une des garanties. dans cette perspective.mais plutôt son aptitude thématique plus abstraite.ou des éno?cés les décrivant . sur la co-occurrencc. en conhgulte temporelle. tels que la religion."rtant. .ou extra-discursif. en latéralité. Cette nouvelle distinction . caractere bi-isotope du discours. nous forçant a interpréter la vie de tous les jour~ en termes de r?l~s s~laux et de stéréotypes pathémiques ou cognitifs..dont la successl. qu'on le veuille ou non. A titre d'exemple.lJu:cr /llH'.lte sera considérée comme prévi Ible et. lllit 11 1 1'''11 1' ou fiduciaire selon les cas . notre souci actuel de l'implicite. et non des mOlOdres.t s'appuyant. 0'''1"' ( .nous pensons au double sens de credere . ne peut être considéré comme un phénomènc de même nature. par conséquent. Les figures du monde ont IIne double fonction: en tant que le paraitre de sa «réalité. fi n'empêche que la sanction • l''''cnllque d'un tel discours parallèle fasse problème. C'est ' lf'Ur3tif... en tant que figures . à projeter duuble référence..t cctte capacité d'extrapolation. on peut se demander si la reconn~lssance du. et une pensée pratique.entre le savoir et le croire reste cependant fragile. 131 . les sermons incertains des curés de campagne en quête d'un nouveau discours de la foi . la première en profondeur et créatrice d'une l'. On pcut aller plus loin et se dire que. . c'est grâce à l. Moïse de Vigny.insinuent à tout instant qu'il faut «chercher les choses qui se cachent derrière les choses " . si. dans des conditions qui restent à 3. la parole sacree. de l'impliqué. et la scconde."ssance» ct la «solitude.qui semble catégorique . intelligence syntagmatique. les programmations algoritbmiques de la rationalité technicienne risquant à tout moment d'être submergées par l'omniprésence de la pensée pratique quotidienne qui nou~ guide par toutes nos habitudes d'« hommes normau~ ". une fois déréférentialisé.. bien plus. elles nous scrvenl de référent. 1I1cdiaiion d'un lerlium comparalionis. Il 'hainements transphrastiques.-Ies chuchotements scandés de longs silences des theraples psycho-soclales. l'exercice du figuratif parvenant à créer. on l'a vu. l" l'nons la parabole bien connue du Fils prodigue. Un bref retour aux sources latines . premicr poème. vraIsemblable ou me me nécessaire (<< subjectivement". anagogiques. organisatrice 01'. de 1efflcaclte du discours confiant résidait dans son caractère confidentiel.3. II LE SAVOIR ET LE CROIRE nécessité modale objective (= sur un /ne pas pouvoir ne pas être/).lune question de confiancc. rejoint d'ailleurs le sens de la mesure sur laquelle reposent. un autre rapproc?ement leXIcal.vlduels el collectifs. du héros. placent leurs dIscours sous le s!glc du secret.DU SENS. par exemple. intra. Cette normaltte qu on retrouve. . la philosophie. tout comme le paraitre de nos discours.h vcloPllant une nouvelle isotopie figurative parallèle. constitué par le niveau Ihnn. un éventuel être. les écarts de la pensée mythique.dlèle implicite d'une articulation syntagmatique originale. un nouveau « référent» qu'est le niveau thématique. de ce faIt. se trouve disponible et apte à se I. de caractêre stéréotypique. ce n'est pas tellement l'articulation syntagmatique du dl lOtlP. les substituts modernes de.celle-ci reste« causale..2. est le plus souvent d'ordre figuratif.1I.. celUI du couplet confiance/confidence. comme la victoire de l'immanence sur la manifestation. la science peut être interprétée. Il s'agit là d'un phénomène beaucoup plus étendu que la simpic technique de la propagation des rumeurs ou des calommes: les domaines privilégiés de la manifcstation du fIdUCIaire.Ill l'He seconde dimension figurative qui nous intéresse: le discours à la quête des significations autres. Or. mme un effort de transpercer le paraître du sens Commun pour atteindre son être-vrai. Cependant. Le savoir vrai el certain n'étant en ~omme qU. clles sont là pour dire autre chose qu'elles-mêmes. La pensée parallèle.nous a permis de saisir la proximité sémantique ~uasi naturelle qui existe entre la confiance dans les homme et la conflancc dans leurs paroles. du présupposé. la poésie. n'est pas généralisable.. . Il suffit de I"''''r. Sur un fond narratif l 'hcmatique de manque et de liquidation du manque se superposent. ~e~ comportements . que l'on l" III 'onsidérer comme une forme de rationalité discursive au moins III \1 importante que l'. sur le mode du /devoir-être/l. dans son ensemble.lu langagc. bien qu'ayant des Mticulations différentes. permettant de doter le discours 1'.

et qui révèle. De ce point de vue. dont la projection par l'énonciateur organise et détermine en partie le déroulement du discours. Nou~ avons essayé de montrer que ces lieux formels étaient suscepIlbl"s d'articulations distinctes dans lesquelles on pouvait reconnaître l" ra. à y franches.. la discrétion dont ne tient pas compte le discours parabolique. considéré comme étant de nature logique à l'origine.entre les éléments 't d'asserter l'adéquamm-de l'énoncé nouvellement offert à des formes . elles articulent. Ce qui cependant oppose le plus nettement la pensée dite parabolique. utilisé à tour de rôle par Saussure. mais aussi la pensée pratique fondée sur la vraisemblance. mais un réseau de relations "'1l1ioliques formelles parmi lesquelles le su'et ép"istémique sélectionne h" quivalences dont il a besoin pour accueillir le disco~dictoire.DU SENS. Il y a là un progrès discursif indiscutable. le raisonne- ment analogique. Et pourtant. à la pensée homologisante. telle ou telle séquence du récit d'ensemble sous-jacent.ressemblance ou même identité .t du fiduciaire et du logique. un mode de 0( les dispositifs paradigmatiques. nous avons été amené à postuler l' "xistcnce d'un univers cognitif de référence qui seul permet d'évaluer raisonnement figuratif» qUi repose. Cependant. 4. logique. Par rapport à ce raisonnement figuratif dont l'utilisation et la validité dépassent. de nature fiduciaire. bien plus. mais aussi. un même modèle figuratif a donné lieu à quatre discours tbéoriques différents. POUR CONCLURE En essayant de comprendre et de reconstituer les procédures conduisant à l'acte épistémique. une série d'isotopies figuratives. la superposition d'isotopies n'est qu'apparente: tout en se chevauchant. habituellement la fiducie. le discours parabolique se distingue du discours allégorique. en la privilégiant. On voit ainsi que le discours parabolique contient en germe la problématique des modèles figuratifs du raisonnement. caractérisé par la correspondance . Cet univers n'est pas une quelconque ~I discrets des isotopies parallèles. Le concept d'homalogation. qui s'cst substitué à l'ancienne analogie. la pensée mythique. "ll1iotiques déjà assumées. les formulations homologiques relèvent plutôt de la lecture interprétative des discours et de leur contrôle. de manière quelque peu inattendue. d'un agneau. on Je voit. Contrairement aux modèles figuratifs de caractère prospectif et hypothétique. etc. s'est appauvri à l'usage pour ne désigner actuellement que le raisonnement par ressemblance. on en arrive à la fin à la théologie chrétienne du repentir et du salut. en grande partie. sur la non-homologation terme à terme des actants ou des fonctions des différentes isotopies. d'un fils. partant d'effets de sens dysphoriques ou euphoriques liés à la perte d'argent. présupposés par l'homologation. proche d'allégorie. c'est d'abord la présence . le rôle du croire dans les discours novateurs. introduit la proportion mathématique dans l'appréciation des rapports entre isotopies présumées parallèles. racontant la perte d'une pièce d'argent. Un tel modèle est évidemment fiduciaire et relève de l'ordre du jdevoir-étrej subjectif: nous avons déjà eu l'occasion de souligner l'importance du modèle < jeu d'échecs» dans l'élaboration de la théorie du langage. modèles de nature essentiellement suggestive et allusive. les domaines privilégiés où s'exerce "Il'yclopédie remplie d'images du monde. Il LE SAVOtR ET LE CROIRE on s'en souvient. chacune des paraboles change presque imperceptiblement de thématique soustendue de sorte que. Husserl.ou la construction . Wittgenstein ct Hjelmslev. Le croire et le savoir relèvent ainsi d'un seul et même univers cognitif. on l'a vu en examinant regarder de près.d'éléments discrets et de catégories 132 .

car c'était jour de marché. la tête enveloppée d'un linge blanc collé sur les t IH. semblait un ballon prêt à s'envoler. comme vernie. pour hâter sa marche.Description et narrativité à propos de la Ficelle de Guy de Maupassant * LA FICELLE À Harry Ali•. gonnée lut ur de leur torse osseux. brillante. au trot saccadé d'un bidet. à pas tranquilles. épinglé sur leur l'lllirine plate.lomb solide.veux cl surmontée d'un bonnet. la taille sèche.que roma~. déformées par les rudes travaux. par la pesée sur la charrue qui fail en meme temps monter l'épaule gauche et dévier la taille.licnt au bras de larges paniers d'où sortaient des têtes de 1'1I111 ts parrci. derrière l'animal. 1/1. par loutes les besognes lentes el pénibles de la '~lInpagne. 1 cs mâles allaient. Et kurs femmes.ulle cl drapée dans un petit châle élriqué. empesée.nouant étrangement deux hommes assis côte à côte et une • 'clte analyse a été publiée d'abord dans la Revue canadienne de 11nl!IUII.\lIche encore garnie de feuilles. tout le corps en avant à <haque mouvement de leurs longues jambes torses. Il'uu sortaient une tête. d. PUI\ un char à bancs passait. par le 1.lUehage des blés qui fait écarler les genoux pour prendre un ''1. Leur blouse bleue. 1973. lui fouettaient les reins d'une 1" . Et elles marchaient d'lin pas plus court et plus vif que leurs hommes. Elles l''''l. un veau. deux bras et deux pieds. IIrnée au col et aux poignets d'un petit dessin de fil blanc. les paysans et leurs femmes s'cn venaient vers le bourg. 1 cs uns tiraient au bout d'une corde une vache. des têtes de canards par-là. 135 . . Sur toutes les routes autour de Goderville.

la place se dépeupla et. se vidaient comme les brocs de cidre J. Tout contre les dineurs attablés. pensa que tout était bon à ramasser qUi ~ut servir. se décidant au rabais proposé. mouillait les bouches. en avaient tiré leurs volailles qui gisaient par terre. aiguës. charrettes.à la mairie. 137 .lltements sourds de l'instrument et la voix affaiblie du neUf. dans la cour. mail' Anthime. chars à bancs. Chez Jourdain. ses achats et ses ventes. chez mait' J urdain. Incontinent. les hauts chapeaux à longs poils des paysans riches et les coifres des paysannes émergeaient à la surrace de l'assemblée. ou bien le nez par terre et le derrière en l'air. Toute l'aristocratie de la charrue mangeait là. mais un peu mucre pour les blés. et 011 courut à la porte. et il se dirigeait vers la place. ceux qui demeuraient trop loin se répandirent dans les auberges. toujours dans la crainte d'être mis dedans. arrreuse. cherchant dans la crotte un bout de ficelle. ou bien tout à coup. ou chez maître Fortuné Houlbrèque. dégageait cette saveur aigre. l'angélus sonnant midi. allumait les gaictés. de pigeons et de gigots. ayant posé à leurs pieds leurs grands paniers. la crête écarlate. le roin et la sueur. Tout cela sentait l'étable. Tout à coup le tambour roula. Et les voix criardes. puis dans la poche de sa culotte. On entendit encore une fois au loin les b. courbé en deux par ses douleurs.neuf heures et dix hcures. ~t il se baissa péniblement. Puis peu à peu. formaient une clameur contInue et sauvage que dominait parrois un grand éclat poussé par la robuste poitrine d'un campagnard en gaieté. Il cacha brusquement sa trouvaille sous sa blouse. Mailre Hauchecorne. tilburys. et une délectable odeur de viande rôtie et de JUs ruisselant sur la peau rissolée s'envolait de l'âtre. Il DESCRIPTIO ET ARRATIVITÉ o 0 femme dans le fond du véhicule. maintenaient leurs prix. entre . venait d'arriver à Goderville. leurs brancards. Il se perdit aussitôt dans la foule criarde et lente. rapiécées. en énumérant les 'hances qu'avait maitre Houlbrèque de retrouver ou de ne pas r 'trOll ver son portefeuille. l'air sec. Les cornes des bœufs. 11 prtt par terre le morceau de corde mince. de Manneville. n'osant jamais se décider. pleine de namme claire. Sur la place de Goderville. Le temps était bon pour les verts. Maitre Hauchecorne. et il s'en alla vers le marché. Chacun racontait ses afraires. qu'il a été perdu ce matin. économe en. Alors on se mit à parler de cet événement. maltre Malandain le bourrelier. la téte en avant. quand il remarqua. cabriolets. Trois broches tournaient. cherchant sans fin à découvrir la ruse de l'homme et le dUaut de la bête. dont elle tenait le bord pour atténuer les durs cahots. car il sourrrait de rhumatISmes. le lait et le rumier. le visage impassible. autrefois. s'en allaient. levant au ciel. un portefeuille en cuir noir contenant cinq cents francs et de papiers d'arfaires. Ils avalent eu des arraires en~emble au sujet d'un licol. le crieur public lança d'une voix saccadée. et ils étaient restés ràchés étant rancuniers tous deux. sauf quelques indirrérents. épiant l'œil du vendeur. Les plats passaient. comme deux bras. un malin qui avait des écus. déformées. quand il aperçut par terre un petit bout de ficelle. Puis l'homme s'en alla. On est prié de le rapporter .o SENS. Ell. aux renêtres. c'était une foule. la bouche encore pleine et la rviette à la main. perplexes. scandant ses phrases à contretemps: Il est rait assavoir aux habitants de Goderville. l'out le monde aussitôt fut debout. chargées de poulets. près qu'il eut terminé son roulement. ou le long meuglement d'une vache attachée au mur d'une maison. particulière aux gens des champs. glapissantes. humaine et bestiale. qui le regardait.s écoutaient les propositions. On prenait des nouvelles des récoltes. jetait une chaleur vive dans le dos de la rangée de droite. Les femmes. Les paysans tâtaient les vaches. comme la vaste cour était pleine de véhicules de toute race. vrai ormand. puis il fit semblant de chercher encore par terre quelque chose qu'il ne trouvait point. et il se disposait à le ro~ler avec soin. jaunes de crotte. par son ennemi. sur le SCUll de sa ~rte. revenaient. devant la maison. et en général il t utes -les personnes présentes au marché. l'immense cheminée. Maitre Hauchecorne fut pris d'u~ sorte de honte d'être vu ainsi. aubergiste et maquignon.lune. carrioles innommables. criaient au client qui s'éloignait lentement: 136 1 rJ C'est dit. une cohue d'humains et de bêtes mélangés. sur la route de Beuzeville. J'vous l'donne. de Bréauté. agitée par les interminables marchandages. la grande salle était pleine de mangeurs. liées par les pattes l'œil effaré. Il y aura vingt francs de récompense.

Il ne rencontra que des incrédules. Le campagnard. A sa sortie de la mairie. le portefeuille perdu de maître Houlbrèque. Et le brigadier reprit: .Me v'là. vous avez même encore cherché m'accompagner à la mairie? M. Ils s'injurièrent une heure durant.Maître Hauchecorne. désolé de n'être pas cru. grave. Le paysan. maître Hauchecorne. Mé. 139 .je n'en ai seulement point eu connaissance. assis à l'autre bout de la table.. Là. On lui disait: . regardait le maire. furieux. se leva et. le maire voudrait vous parIer. et contant toujours son histoire.Me v'là. Marius Paumelle. le bourrelier. plus courbé encore que le matin. et u l le long du chemin il parla de son aventure. Malandain. ne sachant que faire. Maître Hauchecorne. route en répétant: .Maître Hauchecornc. Le lendemain. Alors le vieux se rappela. cultivateur à Ymauville. leva la main. Il fut confronté avec M. la sainte vérité. cracha de côté pour attester son honneur. Il DESCRIPTION ET NARRATIVITÉ ODEt le repas s'acheva. . m'sieu le Maire. çu manant! 1 m'a vu ramasser et'e ficelle-là. me v'là.Ah! i m'a vu. fouillant au fond de sa poche. inquiet.C'est pourtant la vérité du bon Dieu. Il fallait partir. On m'a vu. ne sachant pas lire. Enfin le maire. qui répéta et soutint son "ffirmation. maître Hauchecorne. et homme prétendait avoir en effet trouvé l'objet sur la IUtlte.Vieux malin. Le soir.. recommençant sans fin son récit et ses protestations.. est-il ici? . surpris. si on peut dire!. car les premiers pas après chaque repos étaient particulièrement difficiles. On fouilla.Vous ne me ferez pas accroire. assis dans un fauteuil. Malandain. mais. va! El il se fâchait. On riait. Malandain. Et il se mit à raconter l'histoire de la ficelle. montrant ses poches retournées. a pris ce fil pour un portefeuille? 138 La nuit vint. Il se mit en route avec trois voisins qui il montra la place où il avait ramassé le bout de corde. rendait le portefeuille et son contenu à maître Houlbrèque. Le bonhomme suffoquait d'indignation et de peur. répondIt: .DU SENS. remuait la tête: . On ne le crut pas. pour prouver qu'il n'avait rien. mé? Qui ça qui m'a vu? . répétant: . Mais le maire. fort perplexe. à phrases pompeuses. on vous a vu ce matin ramasser.Maître Hauchecorne. en le prévenant qu'il nllait aviser le parquet et demander des ordres. il se mil en longtemps dans la boue si quelque pièce de monnaie ne s'en était pas échappée. C'était le notaire de l'endroit.Si on peut dire!. Et il suivit le brigadier. le renvoya. rougissant de colère: . je l'répète. avala d'un coup son petit verre. sur sa demande. m'sieu le Maire. .M. Le maire l'attendait. le vieux fut entouré. sans qu'il comprît pourquoi. Et. . vers une heure de l'après-midi. On vous a vu. Parole d'honneur. il l'avait rapporté à la maison et donné à son patron. enfiévré. mé. On finissait le café. vous-même. La nouvelle s'était répandue. voulez-vous avoir la complaisance de 1 1 JJ Le paysan. Le maire reprit: . arrêté par tous. quand le brigadier de gendarmerie parut sur le seuil. dit-il.. j'ai ramassé çu portafeuille? Oui. interdit. de Mnnneville. Il eut beau protester. des menteries comme ça pour dénaturer un honnête homme! Si on peut dire '. sur mon âme et mon salut. comprit et. interrogé avec une curiosité sérieuse et goguenarde. tenez. qui est un homme digne de foi. apeuré déjà par ce soupçon qlll pesait sur lui. . s'exaspérant. incrédule. on ne le crut pas. Il en fut malade toute la nuit. de Bréauté. arrêtant ses connaissances. Il allait. sur la route de Beuzeville. de Manneville. afin de la dire à tout le monde. On ne trouva rien sur lui. il en retira le petit bout de corde. que M.Après avoir ramassé l'objet. Il demanda: . valet de ferme de maître Breton. homme gros. mais où n'entrait aucune indignation. il fit une tournée dans le village de Bréauté.

_ Une 'tite ficelle . Il comprenait enfin. atteint à fond. Un maquignon de Montivilliers lui cria: . et même 140 nOn\ l)crvir de la connaissance des structures narratives de textes "lIlerents et comparables. On l'accusait d'avoir fait reporter le portefeuille par un compère. Il ne put achever son dîner et s'en alla. sa malice élant connue.. Son innocence lui apparaissait confusément comme impossible à prouver. en les considérant comme des modèles de 1" 'vlsibilité du déroulement narratif. Pourquoi? 1\ aborda un fermier de Criquetot. s'affaiblissait. des erments plus solennels qu'il Imaginait. Il DESCRIPTION ET ARRATIVITÉ DOLa nouvelle se répandit aux environs. c'est point tant la chose. debout sur sa porte.. aussi. t'nez. 1\ arrêtait des inconnus pour la leur dire. comprenez~vous. ajoutant chaque fois des raisons nouvelles. qui ne le laissa pas achever el.tlun formelle remplace progressivement la compréhension intuitive 1\ rentra chez lui. . Puis lui tourna les talons.. y en a un qui trouve et y en a un qui ['porte.Tais-té. des autres unités Ih IIT\ives en utilisant des critères de reconnaissance aussi objectifs 'I"e po"ible : il est en effet souhaitable qu'une pratique de segmen- . ta ficelle! Hauchecorne balbutia: . On ne paraissait pas convaincu.. MaÎlre Hauchecorne en fut informé. se rongeait les sangs. Et il se sentait frappé au cœur par l'injustice du soupçon. étranglé par la colère. des protestations plus énergiques.1" t'xte et de ses articulations. uniquement poussé par le besoin de conter son cas. Tout)e jour il parlait de son aventure. Alors il recommença à conter l'aventure. Malandain. Il mourut dans les premiers jours de janvier et. allons. dans l'auberge de Jourdain. Il le sentail. illa contait sur les routes aux gens qui passaient. avec sa finauderie de ormand. je la connais. par un complice. répétant. il s'alita. se mit à rire en le voyant passer.. à la sortie de l'église le dimanche suivant. cmblc du texte narratif. je t'embrouille! Le paysan resta suffoqué. il se remit à expliquer l'affaire.C'qui m'faisait deuil. Vers la fin de décembre. il nous paraît opportun de I. au cabaret aux gens qui buvaient. c'cst des raisons d'mcnteux. disait-il. une 'tite ficelle. l'esprit uniquement occupé de l'histoire de la ficelle.clJJ li l' on . Maître Hauchecorne demeura interdit et de plus en plus inquiet. 141 .. o 1.. On le croyait d'autant moins que sa défense était plus compliquée et son argumentation plus subtile. comme on fait conter sa bataille au soldat qui a fait campagne. vieille pratique.!llWWuLd'aboJ:Ci. la voilà. Pourquoi l'avait-on appelé. Les plaisanls maintenant lui faisaient conter la Ficelle pour . J de s'en vanter comme d'un bon tour. _ Ça.DU ENS. dans le délire de l'agonie. lui jetant une tape dans le creux de son ventre lui cria par la figure: • Gros malin..'amuser. au milieu des moqueries. Son esprit. il se rendit au marché de Goderville. il attestait son innocence. Ni vu ni connu. Le mardi de l'autre semaine. va!. gros malin»? Quand il fut assis à table. On avait l'air de plaisanter en l'écoutant. s'épuisait en efforts Inutiles.Puisqu'on l'a retrouvé çu portafeuille? Mais l'autre reprit: . disait-on derrière son dos. Y a rien qui vous nuit comme d'être en réprobation pour une menterie. Toute la table se mit à rire. en allongeant chaque jour son récit. d'autant plus atterré qu'il était capable. par la confusion. qu'il préparait dans ses heures de solitude. SITUATION DE LA DESCRIPTION DANS LE DISCOURS NARRATIF i\ vanl de procéder à l'analyse interne des unités textuelles reconnues 1I11l1me • descri tives» il. Maintenant il était tranquille. m'sieu le Maire. mon pé. Il voulut protester. Il triomphait. Il lui semblait sentir des propos derrière son dos. de faire ce dont on l'accusait. mais c'est la menterie.Allons. Il dépérissait à vue d'œil. à les distinguer. et pourtant quelque chose le gênait sans qu'il sût au juste ce que c'était. honteux et indigné. Pour ce faire.. Il se mit aussitôt en tournée et commença à narrer son histoire complétée du dénouement.

le héros de Maupassant est un héros solitaire qui se déplace pour se mellre en ""'Jonction avec celle-ci: l'espace utopique qui est. elle aussi.contrairement aux textes ouverts où dl' n'est que. 1 chez soi sur la route en ville sur /0 route chez sa.et qu'elle est d'autant plus significative qu'elle . à «chez soi • I~ sy & on voit que celle symétrie n'est faite que pour souligner les transformations des contenus inscrits dans les coordonnées spatio-temporelies: début premier mardi Fn parlant du principe que toute redondance sémantique est Ipnificative dans un texte clos . le licu de disjonction et d'affrontement solitaire se présente ici comme le licu de conjonction et de confrontation sociale.. chargés d'une fonction précise 'lUI est celle de metlre en place et defaire agir l'actant collectifnommé ""'. La totalité de l'histoire contenue dans la Ficelle semble avoir été) distri?uée par ~aupassanl au moment de sa temporalisation sur deux mardIs successIfs. 1 1 : ' l II~.on organis. ainsi 'lue leurs variations. d'une autre phrase redondante: 143 142 . .. Il DESCRIPTION ET NARRATIVITÉ 1. lrouve manifestée en termes identiques ou comparables dans la I""guc naturelle. les caractères à 1 fois syntagmatique.. Les dil férences significatives n'en apparaissent pas moins immédiatement: .-.. nouvelle se répandit (aux environs). dans ses grandes lignes. .:riptions» sont.1 LA SEGMENTATION SELON LES CRITÈRES SPATIO-TEMPORELS.. le cadre spatio-temporel ainsi établi n'est pas seulement "" cadre formel.I' : --'- 1 -.-. à l'articulation canonique Ik très nombreux objets narratifs. A celle segmentation temporelle fait suite un découpage à la fois te. chacune des unités temporelles -la Journee .été (ce qui reste encore à démontrer).mporel et spatial des deux journées.- : -. entre les toponymes et les anthroponymes._ : 1 l l espace topique : espace utopique : . du point de vue narratif..:._ _- espaee hétljro-Iopique /'o-~ _ _. les relations entre il. les schémas narratifs des deux journées paraissant à ~ la fOlS comme syntagmatiquement récurrents et paradigmatiquement • opposables l'un à l'autre.ntrairement au récit proppien où le héros se trouve d'abord en 1 onjonction avec la société et se déplace ensuite vers les espaces <lltta. fin santé santé .''''que qui se trouve confirmée du fait de la présence.. segments du texte traditionnellement désignés comme des· des+.... ntérieurement donc à toute analyse du contenu. entre autres.. En étroite corrélation avec les deplacements d~:s acteurs de la narration. on peut relever comme marque formelle la phrase 1 cprise par deux fois (p.. sont narrativement significatives.ation: 1espace dans lequel s IOstalle le reclt est CIrculaire et symetrique: de «chez soi ". la segmentation du récit telle que nous l'avons "btenue correspond. lieux et les acteurs. 139-140) : 1 a nouvelle s'étant répandue..matiques de s. première vue. faisant penser. il est aussi le lieu des déplacements et des faits el . La spatialisation du récit fait apparaître..un. aux le ultats de l'analyse proppienne des contes merveilleux russes..DU SENS.. maladie mort morale et physique 1.J EGME TATION SELON LE SAVOIR.tes des protagonistes de la narration: de ce fait. : -.rcs et ennemis pour y accomplir ses hauts faits... par définition.. on peut dire que lU) la structure narrative se présente comme le connit entre deux protagonistes: l'Individu et la Société (ce qui paraît évident)..:.. ·.. suond mardi .s et paradi&.se soumet à une partition spatiale donnant lieu à la topologie narrative suivante: . épi/ogue r ulefois. deux lignes plus l. et que (b) k.- : -. bruit «.

OU SE S. à partir de là. objectif.• « Chez Jourdain. descr. observance des règles classiques de la prose du XIX' siècle dotant de marques temporelles particulières les unités textuelles distinguées en 144 145 . de la deuxième partie.qui comporte les séquences.2 séquence descriptive 2 segm. tantôt à l'actant individuel (maître Haucbecorne). 1 ~ sq. 1 ~ sq. l'opposition des contenus se référant tantôt à l'actant collectif.iJ(ètre et faire sociaux ~.. Dès lors. i la • nouvelle. 1 stgm. Il en résulte que descriptions •. descriptives» dont nous nous occupons .ftgm. Aux deux critères de segmentation déjà utilisés.3 sg. se présente comme le récit de l'affrontement de deux savoirs et de deux savoir-faire. et • il se perdit. descr. 4) • Sur la place de Goderville. evidemment..2 ~ ~ sq. dans la première partie du récit. qui annonce la deuxième séquence t'I'inementielle suivie de plusieurs unités dialoguées. l'anti-héros-société lui opposant sa propre interprétation des faits.. qui se répand peut être considêrée comme la diffusion du savoir social et l' • histoire de la ficelle. 6) (p. à vérifier. le savoir absolu du sujet de la narration qui. siquence descriptive J . l ~tre '" savoir social savoir individuel et faire individuels (' Selon notre modèle de prévisibilité. Une nouvelle segmentation du récit apparaît ainsi selon la proportion: (J~ du marché) (à l'auberge) roules. le héros-individu cherchant à persuader l'opinion publique.3. à la fois les critères de découpage spati<Hemporel et les marques rammaticales pour obtenir la partition suivante: Unilé0. (p... » (p.). prenant le lecteur pour complice. deser. Il DESCRIPTION ET NARRATIVITÉ il se mil à raconter l'histoire de la ficelle (il) commença à narrer son histoire complétée du dénouement. 2 g 1 sg. 2 (~ sq. SEGME TATIO SELON LES CRITÈRES GRAMMATICAUX. grosso modo. Ce qui reste.P 1 . évén.du narrateur disant l'être et le '~ure des acteurs qu'il met en place. on peut dire que les marques que nous venons introduire instituent une frontière à J'intérieur du récit qui. 4 (sur la route) ur toutes les (sur la place celle première partie du récit . descr. on peut utiliser. les séquences dites descriptives uront donc pour fonction d'introduire dans le récit l'actant collectif ociété et de le présenter selon son être et selon son faire. (2) La séquence descriptive 2 se trouve à son tour délimitée par un passé simple (. comme celle du savoir individuel. il aperçut.. 6) partie) (2' partie) . (1) Entre les séquences descriptives 1 et 2 s'intercale une séquence Ivinementielle qui arrête le flot des imparfaits descriptifs et les ncadre par deux passés simples (. 5) Les paysans tâtaient. «récits» et «dialogues»: 0Il sail que les 1 ) descriptives y sont caractérisées par l'usage de l'imparfait et délimitées Vpar des passés simples qui les encadrent.. on peut en ajouter aisément un troisième qui nous est fourni par l'auteur grâce à la stricte ( ) On voit ainsi qu'à la modulation syntagmatique du discours en q uences descriptives et événementielles correspond.. sur la toile de fond que constitue le discours. 3 (sur la place du marché) « segm. descr. parle des gens et des choses comme s'il était omniprésent et omniscient. Toute la première parlie allant jusqu'à l'introduction de la problématique du savoir différencié se présente dès lors comme: q descr.4 1. le tambour roula.est destinée à représenter.. _ parce que basé sur son savoir absolu . dialoguées) sg.• (p. On voit d'ailleurs bien qu'à ce savoir différencié qui se trouve insi introduit . évén.tel acteur sachant telle chose et tel autre chose s'oppose. en les recoupant.. par rapport au savoir individuel ou social qui est l' • objet.. l'être et le faire des protagonistes.

ne nous renseigne pas sur les contenus qui sont investis et distribués en plusieurs segments. <:":' asymétrique. ous s?mme. .. Toute se passe comme si une collection de vol n~és parti:ulières co~vergeajt vers un espace commun pour y nSlituer un etre colleclif doté d'un vouloir général . le passage du segment 1 au segment 2 apparaît comme la lra~sf?rmation des ~éries. .. on '''.recouri~l ?ans cette d'ailleurs. ordinales d'individus stéréotypés en une léle totale non mdlVlduee.. c une cohue. classes d'hommes et de classes d'individus rangés en séries ordinales apparais1 mmes. gens en voiture ---+ en ville: 2.. les restrictions à apporter quant au rôle de la d.indique justement le sens de la quête.1. de preslige. car elle met en jeu successivement deux catégones classificatoires distinctes. 1 : sur les rouUs ---t -"--. _ correspondent à la présentation de trois types d'acteurs dans leurs rôles de sujets: deS-hommes ..:m:. divisés selon la catégorie du sexe. 3 et sg.m: . à l'auberge (gens à voitures) (1) Le premier segment descriptif représente « les paysans et leurs femmes.s-=e::. qui est la recherche de la communication économique et sociale.s obligé d~ . de hiérarchie selon un certain type de pouvoir. ur le plan de l'expansion discursive. autrement dit. a premlere v'!c. . une foule _.t-=f=. A ALYSE SÉMA T1Q E DES SÉQUE CES DESCRIPTIVES La segmentation du texte ainsi opérée. selon le sexe et seloll le pouvoir. si elle permet. LE SEGMENT DESCRIPTIF 1 : L'ACTANT VOLONTAIRE.. comme ia forme narrative de la modalité du vouloir dont se trouve doté ( le sUJet. On peut dire que les hommes et les femmes. Or..4) sont des expansions proportionnelles du premier segment . l'organisation d'un premier egment descriptif sert ainsi à produire deux nouveaux segments d scnplifs.. c'est-a-dIre. ent avec eVldence lorsqu'on les oppose à la société présentée.stmctlon en sexes dans la description de la société. . à l'analyse semantique des Unites descnptlves reconnues. en somme. assemblée. Qu'il nous soit permis d'anticiper tant soit peu pour dire que ce do~ble classement. hommes et femmes s'opposent aux gens à voitures selon une catégorie différente" celle qUi met en jeu Ics considérations de richesse. comme. de prévoir la fonction générale de la« description. .:e=. ~g_en_s_à-. On verra 146 5g. toute la société. est-à-dore comme une totalité indifférenciée. parmi les leurs en deplacement sur les routes. _. Le niveau d'organisation discursif se distingue dès lors du IIlvca~ ~arr~ti~: !e~ ~on~tio?s narratives attribuées aux segments descnplifs amsl generes n obeIssent pas aux mêmes principes d'organisation. constituent. en tant que gens à pied.compte non tenu de certames « translllOns styhSliques.DESCRIPTIO ET NARRATJVIT~ 2.un peu plus loin.2. le-déplacemelll.: :. Dès lors. 4 . dans une certaine mesure.::e:::s ) . une.p_ie_d-.---'---=':''::''::'"'::''::''''::''::''' Individus + vouloirs particuliers sociétés + vouloir général 5g. (3) La population en déplacement n'est présentée ni comme une ollection d'individus ni comme une société globale. par addition. 3 .. se déplaçant « sur toutes les routes autour de GodervIlle •. on peut le définir comme une quête . La partition du segment deSCriptif parait le1..sait. l'explication donnée par Maupassant -« car c'était jour de marché.. Cependant. est non seuJemen~ mamtenu le long de la description. mais qu'il peut même être considéré comme le princip~ géné~ateur de la description: on voit ainsi que le egments descnplifs qUi sUivent (sg. . (2) Le segment est lui-même divisé tYpographiquement en trois aragraphes qui .. au marché (gens à pied) sg. .des femmes.rg 1 : sur 1a roule: - nouvelle phase. 2 : sur la place du marchi li (4) Nous n:avons pris en considération jusqu'à présent. s:interprètegénérale~ent.(h::.em:::::m. Dans la mesure où le déplacement a un objet.o: .. mais plutôt mme une colleclion de classes stéréotypées.des gens en voiture...:. dans le ~8ment. que les êtres humains: en 147 .. dans le cadre narratif comme la manIfestation figurative du desIr.. sg.

sénlantiquement.e : . à qui le narrateur préParv une destinée de sujet individuel... se conjoint donc avec la société en voie ~ dc constitution et ne se distingue guère de l'être social dans lequel il • se {/'" perd " conjonction qui sera maintenue jusqu'à la fin de la séquenc descriptive: maître Hauchecorne assume par conséquent toutes les attributions que l'auteur confère successivement à la société paysanne dans son ensemble. (1) L'analyse sémantique ne peut se faire que par la recherche deS) similitudes et des oppositions: aussi ce deuxième segment descnptlf.t-:.DU SENS. 2. les séries ordinales stéréotypées] décrites par Maupassant. 149 .syntaxiquement. «se perdit aussitôt dans la foule •. La figure du paysan comparée à «un ballon» d'où sortent « une tête. par la présence de la foule sur la place du marché. sémantique investi. il es arrivé seul en ville et. l'effet de totalisation sensorielle. auditive. grâce à une présentation analytique. une cohue d'hu~ains et ~e bêtes mélangés " que l'on peut interpréter comme Ja constitutIOn d un terme complex. tandis qae l e ) premier segment relève uniquement de la perception visuelle du narrateur. la figure pluri-sensorielle recouvrant ses attributions syntaxiques et sémantiques déjà reconnues. des femmes et des poulets et des canards. faite par touches successives. les composantes de l'être social. la description explicite en même temps. deux bras el deux pieds» n'est autre que la figure nucléaire de la vache qui le suit: on peut en dire autant de la description de la femme centrée sur sa tête surmontée d'un bonnet.La description s'érablit 31n51 comme fondee successIvement sur les perceptions visuelle. LE SEGMENT DESCRIPTIF 2 : L'ACTEUR FIGURATIF. la raison d'être supplémentaire de ce segment descriptif nous paraît être la présentation de la société en tant qu'acteur figuratif. la modallte du vouloir constitutive de l'actant-sujet collectif qu'est la société. comme un ( mélange d'humanité et d'animalité.-1'" +-- vaches +-- volailles +-- femmes g (On voit que la distinction en sexes est largement dominée par une hiérarchie des êtres établie en fonction de leur utilité économique. Cet acteur. sur le plan de la syntaxe narrative. en établissant. olfactive. e seco d est sQumis a a âiYëfiification d'ordres sensoriels q~1i lui sert de prin~ipe d'organisation interne. en le comparant au premier segment: compte d'une hiérarchLc implicite: hommes t" . apparaît comme la description de la société telle qu'elle est connue et imaginairement perçue par le sujet de la narration. étalés syntagmaliquement. dans le texte de Maupassant. sur le plan paradigmatique. tout comme le premier d'ailleurs.3.2. trois ordres qui. l'intention à peine voilée d'identifier métaphoriquement les humains avec les animaux. figurativement. Mais. comme définissant la société par le complexe /humanité/ + /animalitéf.. II DESCRIPTION ET NARRATIVITÉ réalité. (humanité/ + /animalité/ on reconnaîtra facilement dans cette description. sur la place du marche. telle qu'elle est saisissable par tous les sens. Tout comme les autres paysans.. c'est-à-dire de l'aperception globale de la société... se présentent comme des suites syntagmatiques concaténées rendant délimité au préalable. comme constitutif de l'actant collectif. c'est-à-dire.) Si l'on tient compte du fait qu'à cette disposition syntagmatique des humains et des animaux sur les routes correspond. d'unt>séquence événementielle relatant le () faire particulier de maître Hauehecorne (qui trouve une ficelle et fait Vsemblant de n'avoir rien trouvé). . produisent. . ayant acccompli ce déplacement volontaire. en parallélisme étroit avec J'insistance mise à décrire Jes têtes des pouJets et des canards. slu la place du uarChé' un arrangement paradigmatique.'on contenu 2. 148 (1) Le segment que nous venons d'examiner brièvement est suivi. '_ Ainsi.. LE SEGMENT DESCRIPTIF 3 : LE FAIRE SOCIAL. • une foule. selon le critère spatial. des hommes et des vaches. (2) Ce deuxième segment. qui paraîtra. a déjà été caractérisé. Aussi.

tandis que les hommes passent leur temps à des verbiages dépourvus de signification économique.. ~erçoit qu'à l'agirarion des hommes. pertinence. II DESCRIPTION ET NARRATIVITÉ (2) La séquence événementielle se trouve intercalée entre deux segments descriptifs que le découpage spatial ne permettrait pas de distinguer puisqu'ils sont tous les deux consacrés à la présentation de la place du marché: cette séquence possède donc une fonction de démarcation et oppose les deux segments descriptifs comme: . définie en termes de perplexité.se~ment qui reste à analyser présente une forte' achevant la partie descriptive du texte. maître 151 . Maupassant~ conSlituee en un actant collectif doté d'un vouloirraare. . Autrement dit la comm~nication s~iale est conçue de telle manière que le mes~age envoye p~r le de~tJOate~r est~ par définition.auquel maître Hauchecorne ~~rll. intérieure à l'organisation sémantique du discours. de «crainte d'être mIS dedans " est au service d'une seule idée qui est de «découvrir la r"se de l'homme et le défaut de la bête '.epulser toutes les virtualités sémantiques. (5) En effet. le faire masculin est un faire en grande partie verbal tandis que le faire féminin est un faire quasi somatique d'ordre économique: faire masculin faire féminin la forme d' «inlerminables marchandages" où J'attitude de J'achele~r. l'occasion de cOI~pleX1te stylistIque: manIrester son _ art. TOUl sc passe. Le rôl.e generale de la . l'activité débordante du marché. 4 s'opposait au sg.4. silencieuses et impassibles.DU SENS.e q~e. s'agissait de la valorisation antiphrastique des femmes. d'indécision.on du message par le destinataire doit conSIster des lors dans un faire interprétatif visant à lire comme mensonger toui ce qui paraît vrai. un mensonge modalisé par un paral/r~-vrQl" la recept. n'est vrai que du point de vue de J'organisation sémantique Interne du texte: selon la vérité extérieure.g. à première vue. est pourtant largement domIne par un falle second. l'essentiel de la communication sociale se présente sous 150 Le der~ier . objet du vouloir collectif. le narrateur oppose l'impassibilité des femmes. une autre 1IndiVIdu qUI voudra montrer sa vérité toute nue sous la forme d'un bout de ficelle sera confronté avec la société qui ne pourra y voir que le mensonge. connotatif. ptocèdent à des opérations économiques.g. à tromper et à ne pas se laisser tromper dans un monde o. Intéressé en tout premier l!eu p~r I~s fonctions narcatives du segment. (1) Nous avons déjà noté que sg. on peut voir dans. En dépassant l'opposition des sexes.u la ve.3 le faire social (3) La catégorie du sexe.narration se précise dès lors: la paysannerie de. est reprise ici pour départager l'activité décrite en deux types distincts du faire: les hommes s'y trouvent chargés de l'achat et les femmes de la vente.nte n est que le masque du mensonge.n~ist. «référentielle.cl'pe ple~nement en l'acceptant . Ceci de nouveau. que cette agitation des acheteurs n'aboutit à aucun achat. 3 en ce qu'il p~é~entall les gens à voitures réunis dans la meilleure auberge les dIStInguant des gens à pied qu'on a vus surla place du marché. Mais il y a plus. il offre il 1écnvaIn. deux formes du faire social: un faire fondamemal d'ordre économique. déjà exploitée dans sg. on le voit bien. nous contentant d en exttalle seulement les éléments qui nous paraissent narratlvement pertinents.. l. sur le plan • référentiel». presentallon du falle social .est narrativement nécessaire: Une telle distribution d'activité selon les classes de sexe n'est pas pertinente. selon les conventions du XIX' siècle. en exécutant un morceau de bravoure. qui est à la base des relations SOCiales ~t qui :o. LE SEGMENT DESCRIPTtF 4 : LA SA CTION SOCIALE. On voit qu'une telle. les hommes se consacrent aux marchandages el les femmes opèrent l'échange.2 l'être social . (4) En regardant les choses d'un peu plus près. situées au plus bas degté de l'échelle des êtres et accomplissant cependant des fonctions économiques fondamentales. doit être recherchée pour en rendre compte. recouvert tout entier d'un faire second dans lequel se résume la communicatio sociale. nous ne chercherons pas a en . est ICI mise en situation pour exercer son raire social qui est ""--vente achat faire verbal (marchandage) faire somatique (échange) double: le faire économique. qu'on pourrait considérer comme dén(Ha!lf et qui devrait être fondamental. l'on peut attribuer au segment descriptif 3 dans 1econom. comme s'il 2. tandis que les femmes.

nous assisterons donc à une scène d'autodestination: les valeurs économiques acquises àla suite du faire social sont destinées à la consommation. (4) En l'absence du destinateur. venu à pied. c'est-à-dire ceux qui ont obtenu des gains économiques grâce à leur savoir-faire social. C'est par le biais de cette métaphorisation indirecte que le problème du destinateur est posé et résolu par Maupassant qui décrit ces voitures humanisées. Il en est de même de la fameuse petite phrase de Maupassant. vu..c une délectable odeur» de nourriture lui est substituée dans sa fonction vivifiante. qui consiste.parce qu'elle ne visait que la mise en évidence d'un seul aspect du texte pris en considération .. tout en restant pertinentes au niveau de la manifestation ciellf.e socialdécril. SEGMENTATION TEXTUELLE ET ORGANISATION DU TEXTE brancards. et le derrière en J'air ».. comme «levant au ciel. La comparaison autorisant la superposition . sommet de l'art de la prose du XIX' siècle. le sujet vainqueur cherche à se faire reconnaître comme tel.. leurs <II 3. «dialogues.. deux premiers paragraphes symétriquement disposés qui mettent en opposition complémentaire la description des voitures et celle des dîneurs. on le voit. sa • glorification ". La société des consommateurs. comme dépourvu de sens. en la personne de l'aubergiste. c'est-à-dire à la fois par son faire et par son être. on l'a (a) ou bien le destinataire-sujet lend les bras vides vers le ciel. ne date pas d'aujourd'hui. etc.et l'équivalence . qui répand la lumière et la chaleur mais ne rencontre que les dos qui lui sont tournés. leJair.DU SENS. les véhicules vides se trouvent en relation métaphorique avec les mangeurs attablés.des deux descriptions (procédé que nous avons déjà observé en reconnaissant l'identité des figures humaines et animales sur les routes). (b) ou bien le destinataire-sujel. n'ayant aucun message à adresser au destinateur. la fonction narrative du segment que nous étudions. grand prêtre officiant auprès du feu refusé. Il DESCRIPTION ET ARRATIVITÉ Hauchecorne. «récits _. on le voit. C'est ainsi du moins que se détermine a priori. <li aiT» : 152 153 . défini comme « un malin qui avait des écus ". qui ne peut lui être accordée que par un destinateur auquel il adresse les fruits de sa quête. li en est ainsi de la représentation du Jeu. que l'on méconnaisse la destination du faire ou que l'on n'arrive pas à le transformer en valeur susceptible d'être adressée au destinateur. D'un autre côté. Il s'agit là des gens sortis vainqueurs des épreuves sociales. tandis qu' . dans laquelle e toule J'aristocratie de la charrue. selon le jargon narratif couramment employé. tournant le dos au destinateur el • le nez par lerre . n'aurait pas dû se trouver à l'auberge. une « logique" de succession de segments précise les attributions de la classe des gens à voitures: seuls se trouvent à l'auberge ceux qui peuvent être eonsidérés comme des bénéficiaires du faire social antérieurement décrit. (1) Les distinctions classiques selon lesquelles on reconnaît les unités textuelles tclles que «descriptions.soulève un certain nombre de problèmes qui peuvent intéresser le sémioticien narrativiste. source de la vie. et la réunion à l'auberge se présenle alors sous la forme d'un repas sacrificiel dérisoire dont le eul but estl'auto-destruction des valeurs péniblement acquises. ignore complètement celui-ci. Les données descriptives correspondent-elles aux prévisions? (3) Un coup d'œil superficiel jeté sur le segment permet d'y distinguer.. qu'il cherche. comme deux bras. Dans un cas comme dans l'autrc. se trouve figurativement résumée comme la vaste cour était pleine de véhicules. ou bien Je nez par terre. (5) L'absurdité du vouloir et du faire de cette société se trouve alors manifestée sur le mode de la dérision antiphrastique qui sert de principe à la construction du segment de criptif entier. (2) Les formes narratives canoniques prévoient qu'à la suite du faire réussi. précédemment est présenté.. à déjouer toutes les ruses et à interpréter correctement le mensonge universel caché sous les apparences de la vérité. Deux attitudes du sujet collectif par rapport à un destinateur imaginaire se trouvent ainsi dégagées: la relation du destinataire-sujet collectif et du destinateur étant articulée selon la catégorie bas vs haut « elle analyse sommaire . selon le modèle de prévisibilité. d'abord. et les chevaux étant curieusement absents de celle-ci. La complémentarité des deux descriptions est d'ailleurs marquée par Maupassant de manière explicite: la grande salle était pleine de mangeurs.

la sanction sociale. au \ contraire. mais aussi les modes d'interprétation de la vérité. relève d'une grammaire narrative implicite. vrais 10US les deux. La description a beau être décomposable en «tableaux" et obéir à une sorte de • logique " spatio-temporelle de la représentation (selon laquelle l'œil du narrateur explorerait successivement tel ou tel espace). elle. c'est-à-dire des actants collectifs dont les modes d'existence et 1 de fonctionnement peuvent être soumis aux mêmes procédures 1 d'analyse. volontaire et figurativisé. cessent de l'être lorsque l'analyse cherche à \ rendre compte de l'organisation profonde du texte considéré comme un tout de signification. mais aussi aux textes historiques et 154 . l'exemple examiné n'est pas pour autant généralisable: d'autres textes comportcnt d'autres séquences descriptives dotées de fonctions narratives différentes. est un des principes 1 d'articulation des textes au niveau profond. capital pour la sémiotique générale. la démonstration de son faire social. (2) L'analyse à laquelle nous avons procédé montre particulièrement que la partie urement descriptive du texte de Maupassant. les 1 orgaOlsmes pohllques. (4) Le problème de la construction des actants collectifs est.II DESCRIPTION ET ARRATtVITÉ 1discursive de surface. et pourtant mis en contradiction. On voit dès lors que la séquence discursive dénommée« description ") [ est en fait un micro-récit comportant l'histoire complète de la société: l'instauration du sujet collectif. intéressée non seule\ ment aux productions lilléraires. (3) La portée de celle analyse n'en reste pas moins limitée.ssignée aux segments textuels se double d'une fonction narrative ( seconde. est en fait organisée suivant les règles canoniques de la narralivité ct représente. dans le macro-récit qui constitue le topique de la Ficelle: l'affrontement tragique de deux savoirs. prise au sens très général de ce terme. C'est ce micro-récit qui s'intègre ensuite. de ce faire victorieux (consistant finalement dans l'auto-destruction des valeurs acquises). que l'on oppas genera ement à la partie comportant la narration proprement dite. nous paraît solidement établi. Ainsi. la raison d'être de celle figuration apparait aussitôt: pour organiser la mise en scène du drame qu'il se prépare à raconter. collectif celui-là. les institutions juridiques. dans son déroulement syntagmatique. en tant que programme narratif hypotaxique. suffisamment 41 réel» pour porter en lui non seulement le savoir sur les êtres et les événements. le narrateur a besoin de confronter un sujet individuel doté de sa propre vérité à un autre sujet. enfin. les groupements économiques sont des êtres sociaux.o SE S. qui. dans 'la mesure où l'on considère que la \ narrativité. la forme discursive a. une sociologiques: 1~'5 elasses sociales. Si le principe selon lequel la segmentation textuelle de surface ne rend pas suffisamment compte de l'organisation profonde du texte. structure narrative aisément reconnaissable.

Phllippon LA CUÎSiM prow"fal. naturalisons-la provençale. • e te:tte a paru.nécs de basilic 6 gousses d'a. et pas plus. Longtemps j'ai cru que la soupe au pistou était d'origine génoise. une fois pour toutes. je dois insister sur un point: celle recette n'est valable que pour huit personnes. en I?républication. que les Provençaux en l'annexant grainés 6 pommes de terre 6 carottes 4 poireaux 4 tomates 6 courgettes l'avaient simplement beaucoup améliorée. Mais mon ami Fernand Pouillon m'a expliqué que la soupe au pistou était le plat national iranien! Peu importe.je veux dire que les proportions ont été établies pour huit personnes. 1966 provençale chez laquelle j'ai mangé pour la première fois une soupe au pistou prodigieuse.La soupe au pistou ou la construction d'un objet de valeur * SOUPE AU PISTOU Pour 8 personnes: 6 litres d'eau 1 kilo de harÎCOts frais à écosser l SO 8 de haricots La soupe au pistou est le plus beau neuron de la cuisine provençale. Un plat. par les Provençaux. Celle que je préfère. il n'existe pas une seule et unique recette de soupe au pistou adoptée. et de beaucoup. 1979. R Larronl. À ma grande confusion. d'ailleurs: du moment que tout le monde l'apprécie en Provence. Mais auparavant. Je la tiens d'une amie H. C'est un plat digne des dieux.>upc d'huile d'olive Bien entendu. C'est le coup d'archet vainqueur qui vous laisse interdit d'admiration gourmande. On peut même en citer une bonne douzaine. Je les ai toutes essayées.. oui. je dois avouer que ce n'cst pas moi qui en ai inventé la recette. bnuw:hcs de saUle ) J'lC'It. beaucoup plus qu'une soupe.1 100 • de parmesan non ripé 6 cuillcrtts l . c'est celle que j'ai l'audace d'appeler • ma soupe au pistou •. dans Documents de Recherche du Groupe de re<:herches sémio-linguisttques (EH ESS-CNRS). 157 . celle-là même dont je vais vous donner la recelle.

LA SOUPE AU PISTOU DU SENS. Il

000000

Le mieux serait d'utiliser une marmite en terre de Valauris. Mais, à la rigueur, n'importe quelle marmite peut faire l'affaire. Vous versez donc dans la marmite provençale 6 litres d'eau que vous salez et poivrez tout de suite. Écossez un kilo de haricots frais, et faites-les cuire à part dans une casserole d'eau bouillante. Épluchez ensuite six pommes de terre de grosseur moyenne, el coupez-les en petits dés. Puis, pelez et épépinez quatre tomates. Lavez à l'eau courante 350 grammes de haricots verts grainés, et coupez-les en petits morceaux après leur avoir enlevé les fils. Grattez encore six carottes de grosseur moyenne, et coupez-les en dés. Prenez enfin quatre poireaux dont vous ne devez utiliser que le blanc: lavez-les, et coupez-les en rondelles. Lorsque l'eau bout dans votre marmite, précipitez-y les haricots en grains qui ont commencé à cuire à part. Ajoutez tomates, pommes de terre, ainsi que six
courgettes que vous aurez auparavant pelées el

000000

que possible du basilic d'Italie à grosses feuilles) avec SIX grosses gousses d'ail de Provence (car il est beaucoup plus doux que l'ail récolté dans le reste de la France), et 300 grammes de parmesan que vous avez au préalable coupé en fines lamelles (le seul fait de le râper change le goût de votre soupe). Vous obtenez, avec beaucoup de peine et de pa!'ence~ une pommade que vous arrosez, pendant la preparation, avec cinq ou six cuillerées d'huile d'olive. Enlin, lo~sque votre soupe est prête, vous la retirez du feu, mats. avant d'y ajouter le pistou, il convient d'attendre qu'elle ne bouille plus du tout. Pour cela il est recommandé de délayer le pistou dans I~ mortier avec une ou deux louches de soupe. Puis
vous versez le toul dans la marmite en tournant

vivement. Cette opération empêchera l'huile du pisto~ de brousser. Versez enfin votre soupe dans la souplere, et servez.

o
1. LA RECETIE DE CUISI E
1. 1 L~ recette de cui~ine, bien que formulée, à la surface, à l'aide d III/perotifs .. ne peut etre considérée comme une prescription, régie il:" un jdevOir-fa"ej sous-tendu à l'ensemble du texte. Elle se présente d abord comme une proposition de contrat de type: «Si vous exécutez 'urrcctement. J'ensemble des indications données, alors vous obtiendrez 1.1 soupe au PiStoU. « Il s'agil donc au départ d'une structure actanticlie "'etlant en présence deux sujets - le destinateur et le destinataireILlies tous les deux sur la dimension cognitive: le destinateur 110nnalcment chargé de ":loda,liscr I~ destinataire, ne se soucie guère d~ I~' transmettre un jvo~IOlr-fairej ni un jdevoir-fairej, se contenlant de 1 IllVeslir de la modahte du jsavoir-faire/. De ce point de vue, la recette de CUISine ne se distingue pas, ~ar exemple, de la loi sur l'interruption ",lu!I/Qlre de grossesse (précedemment analysée dans le cadre du emlnalre) qUI, malgré son statut apparent de loi. se présente comme un parcours savamment programmé d'actes à accomplir, élaboré à 159

coupées en dés. Ajoutez enfin deux branchettes de sauge. Lorsque le tout recommence à bouillir, baissez le feu, et laissez cuire à feu modéré pendant deux heures. Une demi-heure avant de servir, ajoutez les poireaux et les haricots verts grainés, ainsi que du gros vermicelle (ou de minuscules coudes). Pendant que la soupe cuisail, vous aurez eu amplement le temps de confectionner le piSlOU proprement dit. Car, j'allais oublier de vous le préciser: la soupe au pistou est une soupe aux légumes à laquelle on ajoute. au dernier moment, une sorte de pommade odorante - le pistou - qui lui donne mieux que de l'esprit: du génie. Dans un mortier en marbre ou en bois d'olivier, vous pilez deux ou trois poignées de feuilles de basilic (autant 158

DU SENS, 1\

l'intention des femmes désireuses d'interrompre leur grossesse, sans

pour autant communiquer un quelconque jdevoir-j ou jvouloir-fairej. Dans un cas comme dans l'autre, les modalisations apparentes, manifestées à la surface discursive, ne correspondent pas au statut modal du texte révélé par l'analyse,
1.2. C'est l'acceptation de ce contrat implicite qui déclenche le Jaire culinaire et permet de situer le passage du cognitif au pragmatique, de la compétence à la performance. Le jsavoir-fairej, considéré comme une des composantes de la compétence du sUjet et qUI reste sous-entendu et présupposé dans les comportements quotidiens des hommes, se trouve ici non seulement explicité, mais, par une sorte de déviation qui le détourne de sa finalité qui est le passage à l'~cte, malIIfesté sous forme d'un discours particulier. La recette de CUISine peut, par conséquent, être considérée comme une sous-classe de discours qui, tout comme des partitions musicales ou des plans d'architecte, se présentent en tant que manifestations de compétence actualisée, antérieurement à sa réalisation. 1.3 Bien que le texte de la recette comporte de nombreux éléments du

2. L'OBJET ET LA VALEUR 2.1. Pour que S, puisse transmettre l'objet de valeur « soupe", il faut qu'il le possède d'abord. Or la possession ne peut être assurée qu'à l'aide d'un PN de don (effectué par le destinateur), d'un PN d'échange (commande chez un traiteur) ou, finalement, d'un PN de production. ("'esl à ce dernier cas que correspond la réalisation de la recette de cuisine. .2. Un programme de production consiste dans la construction d'un

objet de valeur, c'est-à-dire d'un objet dans lequel soit investie une valeur dont la conjonction avec S, soit susceptible d'augmenter son
'Ire. Cette valeur peut correspondre, dans notre cas, soit à la alisfaclion d'un besoin. SOil à la procuration d'un plaisir. Les recettes de cuisine n'étant pas, de façon générale, rédigées à l'intention des gens qui meurent de faim, on peut admettre que la valeur investje consistera dan une sensation gustative euphorique. Les convives 'étant invités à prouver un plaisir esthétique d'ordre gustatif, la valeur à produire devra faire partie du code gustatif culturel implicite. n telle valeur, relativement abstraite, est investie dans un objet figuratif complexe dénommé., soupe au pistou» dont la construction <ige l'exécution d'un ensemble de programmes somatiques et gestuels. Le P de construction, tout en étant un PN d'usage inséré dans le P de base, aura donc la forme d'unparcollrs d'ordre figuratif Dès la comparaison se présente d'elle-même: alors que le conte m rveilleux proppien - et les extrapolations auxquelles il a donné lieuIIpparaît comme pouvant servir de modèle de PN de construction de III)CIS, une enlreprise parallèle devrait être promue pour élaborer les , modèles de PN de construction d'objets.

faire persuasif, celui-ci ne

co~stitue

pas la ra:son

déci~ive

de l'accep-

tation du contrat. L'acceptatIOn, en tant qu assomptIOn du jsavoltfaire j, s'intègre dans un P (programme narratif) déjà élaboré, suscité soit par un jvouloir-fairej - invitation adressée aux amIS, par exemple -, soit par un jdevoir-faire! - besoin de no.urnr sa ~a.mllle. Le destinataire de la recette de CUISine est, par consequent, deJa un sUjet modalisé (S,) en possession d'un programme à réaliser. Le faire persuasif ne joue qu'un rôle secondaire, au moment du choIx de telle ou telle recette; bien plus, il se situe à un autre m~eau. cel~l. du programme de l'auteur soucieux de faire vendre son livre de CUISine. Aussi, dans l'analyse qui suivra, n'en tiendrons-nous pas compte.. Le PN en question - que nous appellerons PN de base - consiste dans l'attribution, par SI' de l'objet de valeur 0, « la soupe au PIStOU " au sujet d'état 8 2, .. les convives» :
PN de base

1"",

= S,

----t (S, nO: soupe).

C'est dans le cadre constitué par ce P de base que s'inscriront les autres P ,considérés comme des PN d'usage ou d'auxiliation.

' l ' e s t en situant le P de construclion au niveau figuratif des d"t.: )UfS qu'on s'explique l'importance de son articulation temporel/e. 1 ., cui son des éléments destinés à constituer la soupe est un procès ""ratlf, comportant, de plus, un aspect tensif qui le dirige vers ri hèvement: la construction de l'objet se présente en termes de tructuration aspectuelle. Ce qui, sur le plan logique, est interprété ~omme la transformation d'un état en un autre état (de la., non·soupe» 161

160

DU SENS. Il

LA SOUPE AU PISTOU

en «soupe.) est formulé ICI en termes de devenir: les différents ingrédients «deviennent. une soupe. L'introduction de la temporalité, qui a pour effet de convertir les programmes en procès, permet de saisir sur le vif un des aspects définitoires de la programmation, qui consiste: (a) dans l'élaboration d'une suite d'implicalions entre énoncés et programmes narratifs, logiquement nécessaires à la réalisation du P de base, et (b) dans la conversion de celle suite d'implications en une série temporelle de procès.

P 2 (le statut du troisième récipient. la « casserole ., sera examiné plus tard); (~) ~ar l'adjonct}on à cet espace d'un actant sujet, « eau " qui sera mstltue comme operateur des transformations: c'est l'eau, en effet, qui fait cUire. les légumes: (c) par la «dénaturalisation. de l'eau. L'instruction: «salez et poivrez loul de suile., marque bien le passage de l'eau de l'état de Inaturel à l'état de Inon-nature/; . (d)yar l'apparition implicite du sujet « feu. qui remplit une double lonctlon.: en menant l'cau à l'état d'ébullition, illa qualifie en tant que UJC1, operat~ur ~pour faire cuire les légumes); en agissant directement lIr 1eau-obJet, Il la transforme en objet consommable (la « bouillie. est déjà une soupe). 1.1.2. On voit que les opé~ations. qlli s'accomplissent dans l'espace rapprochent le faire cultnalre apparemment rationalisé du modele mythIque de la tran~f?rmation du cru en cuit, en anthropomorphlsant, notamment, les elements de la nature et en les instaurant comme sujets opérateurs. n voit, d'a.utre part, que si le réalisateur humain du programme l:ulinalre ~e P!es~nte comn:c un mai.tre d'œuvre, il délègue rapidement cs pouvOirs a d autres sUjets de faire (le feu fail bouillir l'eau' l'eau jail cuir.e les légume~) .en ~nst:,urant ainsi des slr_ucrures de m~nipu­ 101/01/ ou les sUjets delegues, etroltement surveIlles (par l'allribution, nota~ment, du temps de cuisson propre à chaque légume, c'est-à-dire par 1etabltssement de la correspondance entre les procès duratifs de <lIlsson et les transformations logiques du Icrul en Icuit/), semblent .lglt par mandat impératif.
ulop~que

3. LE DISPOSITIF STRATÉGIQUE La lecture superficielle du programme culinaire permet déjà de reconnaître, au niveau pragmatique (non réalisé) de celui-ci, l'existence de deux PN parallèles el indépendants dont la conjonction, à la fin du parcours, constitue le P de construction global. Deux objets partiels sont construits à l'aide des programmes: _ P 1 = confection de la «soupe aux légumes., et - P 1 = confection du «pistou proprement dit., pour constituer ensuitc, par les procédures de «mélange. et de " fusion., un objet de valeur unique: la « soupe au pistou -. L'examen de chacun de ces programmes permet, à son tour, d'y distinguer: _ un PN principal (qui commence, pour PN" par. versez 6 litres d'eau...• ; _ une série de PN adjoints (lels que: «épluchez 6 pommes de terre...•, « pelez et épépinez 4 tomates...•, etc.).

11.3. Quant aux PN adjoints. qui, pour le PN" sont au nombrc de
lIeuf Cl qUI sont formulés, à l'intérieur de la recette, comme celui-ci, par 'xcmple:
• prenez quatre poireaux (n'utilisez que le blanc)

3. J. LA SOUPE AUX LÉG MES.

• lavez·les

»

3.1.1. Le P ,principal est reconnaissable: (a) par l'attribution qui lui est faite d'un espace autonome: la « marmite. qui peut être considérée comme un espace utopique. lieu des principales transformations du Icrul en Icuit/. A la « marmite., espace propre du P l' s'oppose le « mortier., l'espace autonome du 162

• coupez·les en rondelles»

Iln voi~ que leur raison d'être réside dans la transformation d'objets crus en o~Jets. n~n ~rus, seuls ces objets «semi,ulturalisés,. étant par 1.1 . ulle mtegres dans le P principal, soumis à la cuisson et à
163

une programmation temporelle des tâches. sous forme d'objets semi-finis. Il est à supposer que les programmes de construction d'objets plus complexes que le nôtre comporteraient des ordonnancements d'exécutions de tâche prévus à l'avance. Son autonomie lui vient. de ce fait. et -. évidemment. 1. dès lors que son exécution devient itérative.·S 165 . 3. Il reste à voir. C'est tout naturellement que les PN adjoints font penser. susceptibles de fonctionner comme des récits autonomes d~lns Ics structures narratives plus vastes. écosssez les haricots frais_.DU SENS. Les deux opérations sont ainsi distinctes: lerul Inon euitl leuitl 12 Inon crul la première pouvant être effectuée à l'aide des PN adjoints. plus long que pour les ~Iulres légumes. ce programme: _ • écossez un kilo de haricots frais. Pourtant. est à la fois: 164 J. III"" . malgré l'apparence d'une consécution textuelle exigée par leur énumération. première vue. aussI par la reallsallon complèle de son objet de valeur le t'"tou . d'autre part. e P 2 visant laconfect~on du pistou proprement dit possède. reconnaissable sur les axes programmatiques parallèles dont les résultats.lr~ntle p~r sa situal. s'accomplit dans le cadre du PN principal. rend compte finalement de la constitution et du fonctionnement de ce que nous avons désigné par ailleurs comme sujet collectif syntagmatique (en citant à ce propos les usines Renault). au commencement. l'ordre de succession des PN adjoints. se trouvent progressivement intégrés dans le PN principal. Une telle satellisalion du P Indép~ndant ne pe~t que nous rappeler les procédures d'intégration des • moufs . que la recette de cuisine est lI1ul rédigée: l'eau de la casserole doit être déjà bouillante au moment <lU commence l'exécution du P principal. La réalisation d' deux P aboutit à peu près au même point et la fusion des deux "bjels produit l'objet complexe liquide el solide qu'est la soupe au l'ISlou. Il est évident.:".i0~ da.1. qui détermine à lui seul J'autonomisation de ce P "dJoin!. attribuée par notre texte au maître d'œuvre lui-même et exigeant.1. c'est une déviation du PN visant à ublenir un objel de valeur propre. aux performances de qualification. • les haricots cuits _ et son Inlégration dans un dispositif fonclionnel plus vaste et autre ': confecllunner une soupe aux légumes. alors que la seconde.5. de l'originalité des techniques en place. On notera aussi que la réalisation des P adjoints. le • mortier ».4.adjoint: parce que l'objet mi-eonstruit par ce programme (les h3r1cots qUI ont commen~é à cuire à part) se trouve intégré. LE PI TOU.os l'espace utopique propre. Il LA SOUPE AU PISTOU la transformation en objets cuits. En effet. maigre son apparente sImplicIte. l'exécution du P '2 consiste à 1" 'ndre en charge les produits solides pour les liquéfier. aux performances décisives des sujets. et faites-les cuire à part dans une casserole d'eau bouillante» ] indépendant.qui n'est conjoint et mélangé avec la soupe aux légu:Oes 'lU 'nu moment où • elle ne [bout] plus du tout_. ne se trouve pas précisé ici : il ne deviendrait obligatoire que s'il était fondé sur une suite d'implications logiques. c'est le temps de cuisson. est susceptible d'engendrer une institution (une entreprise). précipitez-y les haricots en grains qui ont commencé à cuire à part.elle d~ ce P ne se distingue en rien des P indépendants. ses propres sujets délégués manipulateurs (le feu et l' 'au). dans quelles conditions un schéma de programmation. opération de synthèse.. peut tout aussi bien être confiée à des sujets délégués (humains ou automates). il \Sede meme en propre un P adjoint. 3. une indépendance réelle qui lui est ~t. Une telle organisation de suppléances. en même 1 n~ps que les autres objets non crus. et les PN principaux. du fait qu'il possède son propre espace utopique (la asserole -). Cependant. remplie d'eau c'est-à-dire "'un liquide qu'il s'agit de solidifier. Parmi les PN adjoints.. dans le l "la marmite est. il y en a un qui se distingue des autres par son caractère semi-autonome. _ • lorsque l'eau bout dans votre marmite. de ce point de vue. dans les cas de la construction des sujets. ( c qUI semble se produire ici. dans le PN principal. en vue de la confection de l'objet: alors que. ' 1 2. la structure 1 rn:.

. : alors que dans le premier cas le faire culinaire de base était d'emblée délégué au feu et à l'eau en les instituant comme sujets manipulateurs. (casserole) 4 • 6cœsez. pistou .. 3.rDI. le contenu du mortier.3.•.deux branchettes de sauge _ du PN . le modèle qui rendrait compte de la construction de ce genre d'objets culturels. en somme..coupé en fines lamelles _ et non _ râpé _) est donc une opération redondante du point de vue de sa • culturalisation ». il nous est impossible d'imaginer. Le P 1 principal se présente également très différent de celui du PN.'.••.2. Tout en entrevoyant les grandes lignes qui permettent de saisir ee type particulier du faire culinaire . réclamant la présence d'un sujet humain.2. dll/ew _ _. ••••••••.) • 167 .'" I=======d ~ PN commun (w tourner.. (b) le basilic et l'ail (auxquels il faut ajouter . non qualifié se trouve camouné par une rhétorique textuelle: __ trois poignées de feuilles de basilic (autant que possible du basilic d'Italie à grosses feuilles)-. la reconnaissance des embellissements rhétoriques et qui renvoie à la question.DU SE S. de ee fait. 1 PN.. Quant aux ingrédients qui constituent.••••. . feu modén!: (2h) JO mn .Jpt aux lipmu .dans leur arrosage itératif avec de l'huile d'olive (liquide).::lIlIi'. La première impression qui se dégage de la lecture de la recette est que leur statut _ naturel _ et. susceptible d'être considéré comme un objet non naturel: constatation qui dépasse. est ici double: elle consiste . du point de vue de leurs qualifications à entrer dans la composition de l'objet culturel à construire.••••••••. .• __ . (marmite) • ébullition PN f . Nous sommes maintenant en mesure de proposer la représentation de l'ensemble des procédures de construction de la soupe au pistou sous la forme d'un schéma de programmation: PN" haricots frais . Une meilleure connaissance de l'œuvre théorique des alchimistes pourrait y apporter probablement quelque 166 lumière.. Le PN adjoint auquel se trouve soumis le parmesan (. du statut culturel des épices.. en l'état actuel. d'inventorier un nombre limité de procès technologiques élémentaires dont la combinatoire recouvrirait l'ensemble des faire producteurs d'objets culturels.. on le voit. possesseurs d'une histoire et d'un PN de construction complets. __ six grosses gousses d'ail de Provence (car il est beaueoup plus doux que l'ail récolté dans le reste de la France)-. 3..•..) sont déjà des objets culturels à part entière.dans la trituration (_ pilez -) des objets solides..) ne manquent pas de poser problème. mue Sl4r le fell ï" '1" .2. autrement importante._ 1 . au départ. Il s'agirait. (mortier) PN" PN u PN" PN u PN u PN" grand feu IbulJiliOll rl-Lblll/i'iOtt . les grouper en deux classes: (a) l'huile d'olive et le parmesan (auxquels il faut ajouter le vermitelle du PN. se servent de leur liquéfaction progressive et en arrivent à la recomposition d'un objet complexe nouveau (la _ pommade _) -. se trouvait déjà valorisé..procédures qui vont de la décomposition des objets partiels. l'opération culinaire. on peut. .. • SOr.. Tout se passe cependant comme si tout produit provenant d'un ailleurs.•. et impliquant de ce fait des opérations de transport.. LA PROGRAMMATION. Il LA SOUPE A PISTO 3.3.

particulièrement sensible à la construction du sujet. imaginé et consiste. de celui de'l'énonciataire un objet . fIguratIf. ne serait-ce que pour justifier son choix.fa!re une idée de ce 'lu est lorgamsatiOn senuotlque narratl've en general. Inversement. celle du jsavoir-fairej. Le projet sémiotique. dans la quête et 1élaboratIon des moyens pour y parvenir. Un discours narratif. soit des objets. contre certaines théories narratives qui fondent J'articulation de la narrativité SUT la succession temporelle. en instituant le premier dans le rôle du narrateur. tel que nous venons de le présentet en 3.1. Le texte examiné se présente justement comme le projet de construction d'un objet particulier.CS valeurs. doit prendre en charge l'élaboration des modèles d'ordre génératif (et non génétique) en se rapprochant. de la recherche dite opérationnelle dont le caractère· appliqué. a jusqu'à présent complètement délaissé la problématique de la construction de l'objet. est susceptible de recevoir une définition générative qui en rend compte par son mode de construction.un échantillon s~ggestif permeltant de se . c'est la quête et la manlpulat~on ~es valeurs (leur appropriation.: ce. etc. on voit que le faire en question est susceptible d'appeler à l'existence soit des sujets.3..3. considéré comme le résultat d'une activité productrice.ne doivent pas lui échapper. quelle que soit sa complexité.et leur construction ne mérite d'être entreprise que dans la mesure où ils constituent des lieux d'investissements d. La sémiotique nartative. Le caractère logique de la programmation explique. . c'est-à-dire en temontant le lcmp. Voici un argument de poids. est du point de vue de l'cnon iateur. s'il en est encore besoin. malgré sa simplicité . il nous semble.peut être considété eo~me . intelligence syntagmatique. à situer les textes dits recettes de cuisine à l'intérieur d'une classe de discours plus vaste. On remarque en particulier que la programmation globale s'effectue à partir du point terminal du 4. manifestations déviantes du fait qu'elles interrompent le parcours narratif du sujet antérieurement à son passage à l'acte performateur et scindent ainsi le sujet en deux actants: un destinateur-programmateur et un destinataire-réalisateur. 4. à son tour la place particulière qu'occupe la construction d'objets dans le PN 'de ( base. 4.4. que l'on saisit essentiellement comme une procédure de programmation. 4. l'objet. qui reste le plus souvent implicite et présupposée par l'acte. 4. il convient d'cs ayer d'en lirer. celle de discours programmateurs qui peuvent être considérés comme des manifestation discursives de l'une des composantes de la compétence modale du sujet.LA SOUPE AU PISTOU ~rocessus. les objets ne 1Interessent . 4 5. de ce fait. en partant du but fixé. la soupe au pistou. ' \ \ \ 1 t f 168 . nous renseigne quelque peu sur le fonctionnement de celte. leur attribution. et la visée principalel'optimisation des procédures de génération . DUS avons réussi. La manifestation discursive de la structure modale du jsavoirfaire j. quelques enseignements de caractère plus général.s~ et non en se laissant dériver avec lui.ou à cause d'elle . Aussi le niveau logic<rsémantique où se reconnaissent et elleule~t les vale~rs doit-il être considéré comme plus profond que c1ul. u eptible de recevoir une définition générative. qui est essentiel pour l'homme. Si l'on considère J'acte comme justiciable de la structure modale du jfaire-êtrej. Ce n'est que dans une deuxleme ph~se que s'opêre la temporalisation des programmes narratIfs et l'etabhssement de l'ordre de leur succession. un objet construit et. on le voit.2. Le schéma de programmation. QUELQUES ENSEIGNEMENTS Au terme de cel examen assez superficiel d'un texte inhabituel. ou se construisent etjoù s'échangent les objets.).

Des accidents dans les sciences dites humaines * analyse d'un texte de Georges Dumézil o 0 En observant la disposition de ce livre. 171 . les lecteurs auront le sentiment qu'il a été écrit pour répondre à la question suivante: «Qu'est devenu. le groupe des six Amosha Sponta. 130 et suiv. Bhaga et les autres Aditya dans l'Inde. p. dans la pensée religieuse de Zoroastre. le système indo-européen des trois fonctions cosmiques et sociales. À maintes reprises. comme les correspondants zoroastriens des Aditya védiques. et qui sont généralement considérés. Geiger et H. dans l'Iran. Mitra-Varuna. Mais cet effort n'a pas abouti. c'est-à-dire des dieux moins importants dont le domaine reste situé dans la première fonction. où le groupe des sept Aditya est nettement caractérisé. Hachette. des six « Archanges» qui sont immédiatement subordonnés à Ahura Mazdâh.). dans la souveraineté magico-politique : ce sont. nous avons essayé de préciser entre les uns et les autres des rapports qui nous semblaient à nous-même plus que probables (v. nous avions rappelé qu'autour du couple des grands dieux souverains (Mitra et Varuna dans l'Inde. par exemple. depuis Darmesteter. mais il s'est substitué en cours de recherche à un tout autre énoncé. Heimdallr. Aryaman. Des difficultés insurmon• Ce texte parut dans Introduction à "analyse du discours en sciences sociales.). Paris. 1979. etc. Après MM. Nous nous sommes proposé d'étudier ces souverains mineurs en commençant par l'Inde. dieu unique du zoroastrisme pur. Lommel. il existe dans les diverses mythologies indo-européennes ce qu'on peut appeler des dieux souverains mineurs. üdhinn et Tyr en Scandinavie. B. avec les dieux correspondants?» C'est bien en effet le problème qui est ici présenté. Nous avons dû naturellement examiner aussi. Bragi et quelques autres en Scandinavie.

au groupe des Aditya. puis les deux jumeaux âsatya. appartiennent. De là l'hypothèse de travail formulée au chapitre Il et les vérifications des trois chapitres suivants. Haurvatât et Am~rotât). Ces dieux sont: d'abord Mitra et Varuna. Il o 0 tables s'y sont opposées. se dégagent les éléments d'un autre problème. poursuivie somme les précédentes dans un cours de l'École des Hautes Etudes. encadrées par le système des trois fonctions (souveraineté. et nous sommes reconnaissant à l'auteur d'avoir bien voulu nous I~diquer celui dont la confection lui a donné le plus de satisfaction. Or un certain nombre de traits immédiatement constatables et qui ne demandent aucune préparation pour être interprétés rapprochent la liste hiérarchisée des anciens dieux fonctionnels et la liste hiérarchisée des Am~ha Sp~nta et engagent à voir dans les seconds. recèle en réalité des procédures à la fois rigoureuses et complexes où toutes les ruses de l'intelligence sont mises à contribulion. plus réel: accident fréquent dans les sciences dites humaines. et la micro-analyse d'une tranche textuelle où certains mécanismes mis en évidence. JUSTIFICATIONS. Le problème d'où nous étions partis s'est évanoui. Da. faiblissent avec Khshathra et deviennent franchement sophistiques avec Armaiti. de ses . 173 172 . par une série hiérarchisée de cinq ou six dieux dont naturellement les deux premiers seuls. INTRODUCTION 1. il n'en est pas de même pour les trois derniers (Sp~ntâ Armaiti. il fallait choisir un texte représentullf.. le vaste domaine des« humanités. puis Indra. d'abord. resterait nécessaire- ment superficielle. sou. force guerrière. tout en dégageant peut-être un certain nombre de caractéristiques générales. Naissance d'Archanges.que sont dans. Dumézil. à certains égards. mythologie. littérature) ont suscité des espoliS quant à la possihilité de la classification et de la réglementation des formes narratives donnant lieu à une grammaire ou à une logique narralives. (G. les dieux des deux moitiés de la souveraineté.même avons montré que ces religions étaient dominées.1.ns c~ dernier domaine. dans de nombreux textes « modernes ."l'apparente simplicité qui tient autant à la modestie qu'à la conviction quant au rôle du savant dans le procès de 1" recherche. indo-iranienne et la religion indo-européenne. et ce système se trouve patronné. très forts tant qu'il s'agit d'Asha. débris. enlre l'analyse de l'ensemble du texte qui. fécondité) et de leurs subdivisions. Benveniste et nous.Les progrès rapides de nos connaissances de l'organisation des d. les héritiers des premiers. de la complexité des discours narratifs' dits littéraires et du rôle qui y est tenu par la dimension cognitive qui s'y hypertrophie et va jusqu'à se substituer. à la dimension événementielle. quelques fails assurés.) Dans l'ensemble de son œuvre. C'est également par accident que cette recherche. les arguments de M. risquaient o de se perdre dans le labyrinthe des détails. Si les deux premiers Archanges (Vohu Manah et Asha Vahishta) et à la rigueur le troisième (Khshathra Vairya) se situent dans un domaine qui peut être en effet celui des Aditya. vient à cette heure". Geiger.. M. De récentes études ont fait mieux connaître la religion 1. sans qu'elle 311 a connaltre des discours que nous-même tenons en sciences de sa~s qu'ell~ l'homme. mais.scours figuratifs (folklore.ou paraissant tels . C'est alors que la possibilité d'une autre solution nous est apparue. dans l'Inde. il était impossible de ne pas penser en premier heu à Georges Dumézil dont l'apport à nos recherches fut décisif et dont le discours.DU SENS. Gallimard. Deux sortes de difficultés ont surgi en cours de route On s'est aperçu. chez les princes arya de Mitani au XIV' siècle avant notre ère comme dans plusieurs mythes et rituels védiques. l'ncore fallalHI opter ensuite entre deux formes d'approche possibles. On a reconnu ensuite l'impossibilité de construire une grammaire discursive l~s ~Iscours !cnus rende compte des discours non figuratifs .

i l'on admet .l'examen du discours de la recherche " us oblige à limiter l'analyse à la première partie de la préface. lors de l'examen du discours-préface.scours de la recherche et a son exécution écrite.. par exemple.. chères à l'auteur.' vérité textuelle _ que l'auteur inscrit sans le chercher dans son meta-(lIscours. considéré à sa surface. devant l'écart qui existe entre la pauvreté théorique des né<.et de la découverte scientifique qui en constitue la raison d'être -. Il DES ACCIDENTS DA S LES SCIE CES DITES HUMAI ES 1. élaboration secondaire -tant par rapport au discours qu'elle veut rénéchir que par rapport. ell~ est une postface et fait suite à la fois au d. dont "OU reproduirons ici progressivement le texle distribué en parar"ph"" : IX à leur insu. certaines régularités caractéristiques de En observant la disposition de ce livre. 174 175 . Tout en visant à expliciter la conception personnelle de la recherche . il ne l'est pas moins de suivre pas à pas la façon dont il raconte son déroulement.comme nous essaierons de le montrer . 1.que accident "t le mot clef du texte et que également souligne une certaine cquivalence enlre les deux parties de la préface. Ce méta-discours est censé révéler ce que l'auteur lui-même pense de son discours. Son statut est celui d'une rénexion métadiscursive sur le discours déjà produit.DU SENS.. le système indo-européen des tro. en tant que texte écrit et imprimé. Aussi une première segmentalion du discours constitué par l'ouvrage disjoindrait-elle la préface du reste du texte en même temps que son titre ou ses différents sous-titres. hors texte. dans la vie du chercheur.2. tout discours à vocation scientifique. ~n s'aperçoit que Ics intentions affichées s'y trouvent comme submergees par des nots de procédures discursives qui relèvent d'un faire et d'une écriture dits scientifiques qui les dépassent parce qu'elles sont de nature soclOlectale et/ou parce que l'auteur les utilise au nom d'une certaine éthique de la recherche.grammair}ens du ~IXc si~cle. de la signature de l'auteur. 'clle dichotomie se justifie par la récurrence du lexème accident. accident fréquent dans les sciences dites humaines -. Sur l'axe temporel.is fonctions cosmiques el sociales. ORGA ISATION TEXTUELLE. La préface ne fait pas partie du corps du livre. le premier étant un accident dans la recherche et le second. avec les dieux correspondants? C'est bIen en effet le problème qui est ici présenté. ous ne nous sommes pas leurré sur le piège que contenait ce choix. se deplote comme La préface. Ainsi l'organisation du texte.à la . on voit que celle-ci est consacrée au récit de deux accidents. On ne peut que s'étonner. Encore peuHln se demander ce que vaut aujuste celle. et réapparaissant dès le commencement du paragraphe suivant: • C'est égalemenl par accident que celle recherche. se trouve soulIgne du fatt qu'clle est dotée. S'il est intéressant de voir comment l'auteur conçoit le procès de la production du discours de la recherche. les lecteurs auront le sentiment qu'il a été écrit pour répondre à la question suivante: • Qu'est devenu.3. se trouve découpée en paragraphes qu'il est aisé de grouper en deux parties symétriques. conlenu dans la phrase qui termine le troisième paragraphe : •. de sa finalité et de son organisation. otre choix s'est fixé finalement sur la préface de cet ouvrage méthodologiquement capital qu'est Naissance d'Archanges" préface donl le caractère exceptionnel. c'est-à-dire comme une projection syntagmatique des structures binaire et ternaire. L'objet de notre propos . LE STATUT SÉMIOTIQ E DE LA PRÉFACE. vient à celle heure. en posant ainsi la question des relations que ces différents segments textuels entretiennent entre eux. dans la pensée religieuse de Zoroastre.et ~a complexité rigoureuse de leur demarche methodologtque qu. se présente comme une articulation simple de 6 = 2 x 3. . séparément et pléonastiqucment.. mais il s'est substitué en cours de recherche à un tout autre énoncé. nous sommes par conséquent en droit d'espérer retrouver.

le problème se U'fllllt comme « question à résoudre qui prête à discussion dans une If/ellce. il est doté. Toutefois. une.un faire informatif (les lecteurs «observent.).oudre. LE DISCOURS RÉALISÉ ET LA COMPÉTENCE DU NARRATAIRE. (b) de la compétence narrative. un léger décalage lexical suggère une appréciation différente de la forme de la recherche: (0) ainsi.. institués comme sujet de la phrase. antérieure.•).. L'actant narra taire ainsi institué n'est pas une simple figure de rhétorique.SOIl ordonne selon les règles de la rhétorique.re. (c) de la compétence lillguistique stricto sensu le rendant capable de formuler des questions et.1I~\3it ~ntendre ~u'il pouvait s'agir de n'importe quel ouvrage.1. alors qu~. 177 176 .. procède à une délégation de la parole qui lui permet d'exposer une certaine conception de la recherche sans pour autant la prendre directement à son compte. par l'énonciateur d'un certain nombre de compétences: J_ En reprenant à notre compte ce terme de norTaloire. et celle. dans la 'C nde phrase. (Petit Robert). à partir de la • diSpOSItIon '. effaçant par la construction passive le sujet du faire scientifique.. le but de l'ouvrage était conçu comme la reponse à une question. en apparence innocente. . 2. ~definltlon. mais qui est suppo.u~e competence « sCientifique» spécifique (postulant que les livres ~ont eCrits comme des «réponses. qui . L'énonciateur.uJet de l'énonciation et son énoncé.2. où le discours est saisi comme un procès. (b) entre deux formes discursives. du livre.ert de suppor~ a son faire interpretatIf et qui se manifeste comme: -. DISCOURS DU SAVOIR ET DISCOURS DE LA RECHERCHE 2. celle du discours réalisé sous la forme écrite d'un « livre» et présenté comme un objet observable. au contraire. pourv~ qu Il . de :econnaître la finalité qui l'organise). Genette. nous suggérons de compléter la terminologie de l'énonciation en introduisant un couple d'actants présupposés ct implicites: lnonciateur vs inonciatairt.el. questions . et la seconde qui. ' 2 J. chose plus remarquable encore de formuler la qu~~tion ~u'il ne pose pas lui-même. et se trouve en état 4( d'actualisation.un faire interprétatif (ils sont susceptibles d'avoir « le sentiment que.de « problème. Dès le premier paragraphe. (b) de meme. en installant dans son discours un actant de communication « les lecteurs» que l'on peut désigner comme narrataire .. comme un «cours de recherche. n rnCC3ntSme fort complexe sc trouve ainsi monté à l'intérieur du ulscours. une opposition..s que le terme de disposition.DES ACCIDENTS DANS LES SCIENCES DITES HUMAINES .ée être posée par 1en~ncta. utilisé d'abord 1. reste inchangé quel que soit le lieu d'où on le ·onsidère. du même coup le dl>cours réalisé à l'instance de la lecture. installés et manifestés dans le discours par la procédure de dibrayage aClam. competence narrative générale (permettant. . et attachant. la disposition du livre). DISCOURS S'ACf ALISANT ET DISCO RS RÉALISÉ. marquée par son articulation en deux phrases de structure différente. selon le Petit Robert). Cette conception. et en les distinguant ainsi des mêmes actants: narraleur vs narrala.' comme la présentation d'un problème: une. ayant pour effet de sens la création d'une distance entre le . dans la première phrase.•) laisse entendre que le propos du livre. proposé par G. du discours donné d'abord comme le procès de production et ensuite comme objet produit se trouve supportée par un jeu de constructions syntaxiques et sémantiques beaucoup plus subtil.. se trouve remplacée par une «question à r ·. le livre apparaît. à des. 1 Le passage d'une phrase à l'autre (<< C'est bien en effet le problème. .teur lors d'un discours intérieur qu'il s'adresse. (a) de la compétence attribuable à tout énonciataire qui lui permet li exercer: 2. c'est-à-dire d'un savoir et d'un '"voir-faire rela~ifs à l'organisatio~ syntagmatique des discours.1 (laquelle) :epondre. question . apparaît: (a) entre deux phases de la production du discours. la première le présentant comme un objet du savoir offert aux « lecteurs. c'est-à-dire J'objet U· la recherche. tand. lE DISCOURS DE LA RECHERCHE ET L'ABSE CE DU S JET. cherche à donner l'image du discours en train de se faire lui-même. .

est un d. le discours scientifique se présente comme une aventure cognitive. il est facile de le noter.scours sans problèmes. investis dans deux formes discursives différentes: a~sez classique linéaire de la découverte. il oppose deux con178 poser le sujet du discours est un aveu implicite ou simulé de son ignorance. prêtée à l'actant • lecteurs " se trouve opposée celle du discours scientifique problématique. il est évident que l'état initial d'où part la quête est un état de n.. la réponse étant là pour la combler. 2. l'objet du savoir visé par la quête: ~----_. en tant que 1 r sultat de la quête.. sur un palier discursif hiérarchiquement inférieur. les résultats auxquels elle aboutit sont différents. tlal 2 • devenir/ • la pensée religieuse de Zoroastre. Ce premier paragraphe est donc susceptible d'une double Iccture: syntagmatiquement. en offrant. le topique du discours. le discours en sciences humaines est censé obéir aux règles d'organisation narrative. 2. tout comme dans la première phrase. par la construction passive de la première proposition: 2.•. discours à problèmes.oir: le récit ~cientifique se défin'Ît alors comme la transforma] tlon d un Jnon-savolrJ en un JsavoirJ. le problème qui apparaît est le résultat d'une substitution. L'expulsion d'un tel sujet se fait. le savoir acquis. par hypothèse.Ies dieux. La question contient de ce fait. Ces deux types de • contenus' sc lrouvent. dans le premier cas. la structure bi-polaire question vs 1 riponse qui est utilisée n'est que la formulation anthropomorphique de 1 1 structure narrative sous-jacente au récit: la question qu'est censé se • le problème. aucun sujet à traits anthropomorphes n'est présent pour supporter le discours scientifique. c'est-à-dire comme le discours objectif dont le sujet serait la science se faisant elle-même. par la construction rénéchie de la seconde proposition: . prenant la place non d'un autre problème.~ ABSTRAITE • correspondance.. alors que le second. et suggère une tout paradoxalement. alors que. de plus. L'énoncé produit se trouve. de l'énonciataire. énoncé» non problématique. autre conception de la recherche.. sur le prédicat devenir qui . l'effacement du narrateur. Ce petit examen lexical auquel nous venons de procéder n'est pas un jeu du sémanticien habitué à solliciter le sens des mots: les termes considérés sont en fait des méta-termes traitant de l'organisation formelle des discours.. n'appartenant à personne.4. S'il s'agit ici. attaché et soumis à l'interprétation. Le savoir en tant que modalité régit nécessairement un objet du s3voir.. en deux temps: (a) d'abord. à la conception du discours. est ici présenté (par.. L'objet-savoir étant la visée du discours. 1101 iranien: 179 .. ne laissant plus de place aux marques de l'énonciation. (b) ensuite. LA QUESTION.DU SE S. personnalisé.. le problème s'est substitué à. Dans la mesure où. situé lui. bien que sa position soit tout indiquée.on-sa. dans le second cas il est détaché. de l'instance de l'énonciation pour apparaître comme le discours de la non-personne. ( Ile porte dans sa formulation de surface. le premier discours. autant que faire se peut. où • problème It occupe en même temps les positions du sujet et de l'objet.' Dans le cas que nous examinons. du JlOlOl de vue narratif. Ainsi.:...1 ~ur fonction de relier deux états historiques déterminés et qui est. l'objet du savoir. . Les oppositions plus ou moins implicites qu'ils relèvent se trouvent consolidées et éclairées par la mise en place d'appareils grammaticaux distincts. mais d'un autre . _ 1101 / ~ FORMULATION: - FIGURATIVE Ital ind~européen: • le système des trois fonctions. . même si ce n'est que de façon allusive et incomplète. il déroule les deux phases de la réalisation du discours de la recherche. simulée. Cet objet étant à son tour un certain savoir qu'on cherche à acquérir. de la procédure de débrayage actantie!. Contrairement à ce qui se passe dans la première phrase où une certaine conception du discours est assumée par le narra taire délégué. genre littéraire classique. paradigmatiquement. t. et constituent autant de références à des micro-univers idéologiques dont on peut préciser les contours. Il DES ACCIDENTS DANS LES SCIENCES DITES HUMAtNES (c) bien plus: tandis que disposition fait surgir immédiatement son terme complémentaire invention et renvoie ainsi à une conception ceptions différentes de celle-ci.)" qui permet. il doit épouser la forme de la quête d'un objet de valeur. se donne comme un énoncé dépersonnalisé. : modalisé par l'ignorance.

curieux. et que l'on peut mellre en parallèle: DES ACCIDE TS DANS LES SCIENCES DITES HUMAINES former. .. Geiger et H.). Il n'en est pas de même pour les trois derniers (Sp~ntâ Armaiti.bordonnés à Ahura Mazdaâh.at et Am~r~~at).• ·•·••·•·· ••. la durée qu'ils expriment ne fait que surdéterminer d'autres aspects .············· . les différentes lexicalisations de la fonction reliant les deux états peuvent à leur tour être représentées comme suit: étal J : •. dotés de sèmes duratifs. ·····r~~~·~~..-.---. B. Après MM. par exemple. ous avons du naturellem. on remarquera que celui-ci ne se trouve évoqué que partiellement. pratiquement au même moment où l'ouvrage est doté de titre et de sous-titre.inchoatif et terminatif .:nt examiner aUSSI. 1 . dans un autre langage. Tout se passe donc comme si le processus de transformation. A ceci il faut ajouter le fait.. . Helmdallr.. de la représentation et de la définition des trallsformations diachroniques est ainsi implicitement posé..ne mentionnent que le second état.. l'état iranien de la religion.: naître.. tantôt comme un procès aspectualisé en amont. FORMULATION ABSTRAITE FIGURATIVE élal 1 le système des trois fonctions les dieux 3.. comme. ous nous sommes proposé d'étudier ces souverains mineurs en com~~n.13~rvat. très forts tant qu'il agit d Asha. Assez curieusement. Bragi et quelques au'~res en ScandinaVie.thra .e sont. Après avoir noté que le sujet phrastique de devenir est l'état 1 et celui des deux autres prédicats.abstraite: « la théologie zoroastrienne" et .du procès. II 3.•. ..figurative: «les Archanges".. . maintes rep~ises n~us avions rappelé qu'autour du couple des grands dlcux sou vera ms (Mura et Varuna dans l'Inde Odhinn et Tyr en can~inavie. alors qu'ils sont censés traduire la transition d'un état à l'autre el que.-:-:--:--.9ant par l'Inde~ où le groupe des sept Adit)a est ~ettemenl caractensc.--:1---.Ie groupe des SIX Am~ha Sp~nta.). La préface étant un méta-discours produit après le texte. Si les deux premiers rchanges (V~hu Mana.< • Archanges» qltÎ sont IO~Oledlatement sU.. processus historique.--. l'état 2. dans 11r3~.. qui correspondent à la double articulation de l'état 1 dans la question de la préface. Geiger. dieu unique du rocoasInSOle pur. Mais cet effort n'a pas abouti. faiblIssent avec Khsha/hra et deviennent franchement 'ioOphistiques avec Armaiti.. Le problème de la saisie. se trouvait en grande partie évacué de ses Investissements sémantiques au profit de deux états historiques nellement énoncé~ et dont l'opposition est confirmée par le rapprochcment des questIOns de la préface el des réponses que fournissent par anticipation les titres de l'ouvrage. correspondants zoroaslnens des Aditya védiques. en le présentant sous deux formes. comme les. il existe ~ans les divc':Scs ~ythol~gies indo-europtenrJes ce 9u ~n peut appeler des dieux souverainS mmeurs.. 130 et suiv. des sÎ.h et Atha Vahuhta) et à la rigueur le troisième (Khsha. p. formation . 1.1 élal 2: «naissance» ---*'----77'--. MI~ra-Varuna.DU SENS.Valrya).Naissance d'Archanges . etc. le titre . depuis Darmesteter. se situent dans un domaine qui peut être en effet celui d Adatra. c'est-à-dire des die'JX mOins Importants dont le domaine reste situé dans la première foncti'Jn dans la souveraineté '!'agico-po!itique : c.et le sous-titre . état 2 la théologie zoroastrienne les Archanges 4. Des difficultés Insurmontables s'y son~ opposées. que les lexèmes désignant le processus en question sont des verbes ou des nominalisations des verbes intransitifs.---:-.--(de la théologie) (des Archanges) Si l'on considère que la fonction qui constitue J'objet du savoir visé par le programme scientifique peut être interprétée. et qUI sont généraleme~l considérés.. objet de savoir visé. Aryaman: Shaga et I~ a~tres Adltya dans 1Inde. il est intéressant de comparer la question posée dans la préface avec les formulations des titres.Essai sur la formation de la théologie zoroastrienne . tantôt en aval.. sc 180 181 . LE RÉCIT DE L'ÉCHEC A. tes arguments de M. nous avons essayé de préciser entre les uns ct les autres d~s rapports qui nous semblaient à nous-même plus que proba~les (v. Lommel.: devenir.·:······..

donné au temps présent qui apparaît comme un présent atemporel de la vérité. ne série d'anaphoriques tels que: «depuis Darmesteter. pp..1. ORGANISATION DISCURSIVE ET NARRATIVE. Geiger el·H. Nous avions rappelé. n'y sont représentés que par allusions et renvois supposés connus et vérifiables. Nous avons dû . •. Il DES ACCIDENTS DANS LES SCIENCES DITES HUMAINES 3. constituent un troisième niveau discursif que l'on peut désigner comme discours référentiel. la situation à partir de 183 182 .manifestation syncrétique du narrateur et du sujet du faire . La substitution qui remplace un « énoncé ~ virtuel par le « problème. LE RÉCtT DU SUJET. la substitution correspond au schéma syntagmatique bien connu.qui tient un discours au temps passé.... produisant un discours objectif... • . cataphoriquement annoncée dès le premier paragraphe. le palier..eur se présentant comme une suite de lexicalisations des différentes formes d'activité cognitive: « étudier • ~ « examiner • ~ « préciser des rapports.. Au lieu d'être un déroulement syntagmatique linéaire. il se présente en même temps.) JO ~Iuxquels il faut ajouter le • rappel. absents du texte qui s'actualise. )J. à quelque connotation près. Mis à part l'énoncé initial~ . .le nous étant...comporte.DU SENS. est directement prise en charge par "énonciateur. )10. . B. examiner. Lommel. Le discours cognitif On notera que ce discours est composé. le discours que nous examinons apparaît comme une construction à plusieurs niveaux dont chacun possède ses caractéristiques formelles et assume li n rôle particulier. JO 2. leur enchaînement constituant le programme narratif qui org3nise l'ensemble des discours.. nous avons essayé de préciser. «Après MM.servent ainsi de soubassement aux développements discursifs du texte examiné. à son tour. L'isotopie de surface de ce récit est assurée tout autant par l'itération du sujet phrastique nous que par une succession de prédicats lexicalisant. 3.. les activités cognitives de ce sujet: « « « « . subordonnés à chacun de ses prédicats cognitifs. propos du livre. initial qui n'est qu'une autoréférence. le substitut de je ... 130 et suiv. de deux paliers. 3. la défaite. aulant d'énoncés d'objets dont l'enchaînement constitue un niveau discursif hypotaxique par rapport au premier. Cette succession d'énoncés dont les caractéristiques se trouvent précisées constitue un niveau discursif autonome que l'on peut désigner comme discours cognitif .le récit de l'échec el le récit de la victoire . 1. Mitra-Varuna.2.• Nous nous sommes proposé d'étudier. en l:lnl qu'autoréférence au discours antérieur. marquée par l'apparition de j'anti-sujet. avec quelques variations sémantiques. Caractérisé comme discours traitant des objets du savoir. qui représente. Le récit de j'échec s'articule aisément en deux segments: la quête accomplie par le sujet est racontée par un «nous» .. Ce discours objectif se réfère constamment à d'autres discours censés le supporter et qui. _ nous avions rappelé que.. «(v. ceBe du terme« problème Du point de vue narratif. quant à sa forme syntaxique.. 2. . où la réussite finale se trouve valorisée par l'échec de la première tentative: deux récits . constitué par la duplication des épreuves... Ce discours à la première personne . justifie l'expansion discursive qui recouvre toute la première partie de la préface: le deuxième paragraphe est l'expansion du terme« énoncé le troisième.iuJQi..• Iors que le palier supérieur est fait de modalisations des prédicats cognitifs. • . comme un discours objectif (ou se faisant passer pour tel) du fait de sa dépersonnalisalion actanliel1e et de sa prédication maintenue dans le présent atemporel.1.2. 1.

le groupe d'Archanges iraniens est « examine· ensUIte. subordonnés. . le discours dit objectif décrit les objets du savoir et les manipulations successives qu'ils subissent.e discours référentiel n'est convoqué ici que comme un discours d'autorité.~veralns ~t les deux sous-ensembles sont inclus dans l'ensemble. .. tout comme le discours cognitif précédemment e aminé. qui n'est plus une modalisation dufaire.aire s~pposé du sujet. (c) • nous avons essayé. aussi ne nous est-il p. conçu comme la modaiisahon du sUJet.. comporte donc deux paliers discursifs distincts: un palier modal y régit la prédication d'existence constitutive du palier d. ce destinateur c'est la méta-logique qui exige l'inclusion des Archanges dans la cla~se des.. Il DES ACCIDE TS DANS LES SCIE CES DITES HUMAI ES laquelle le récit va se déclencher <. d'un autre côté. indo-européens.. Le discours objectif 1..2.3.. ... et qui