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TA Lyon 26 Janvier 2011 Article 7 Invocable

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TRIBUNAL ADMINISTRATIF DE LYON

N°1100341 ___________ M. X ___________ M. Reymond-Kellal Magistrat délégué ___________ Jugement du 26 janvier 2011 ___________ 15-02-04 15-05-045-07 335-03-01 C+-NT

REPUBLIQUE FRANÇAISE

AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

Le Tribunal administratif de Lyon, Le magistrat délégué

Vu la requête, enregistrée le 25 janvier 2011, présentée par M. X, élisant domicile au centre de rétention administrative BP 106 à l'Aéroport Lyon St Exupery (69125) ; M. X demande au tribunal :
1°)

d’annuler les décisions du 24 janvier 2011, par lesquelles le préfet du Doubs a ordonné sa reconduite à la frontière, l’a placé en rétention et a fixé le pays de destination de la reconduite ; d’enjoindre au préfet du Doubs de réexaminer sa situation ; de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil, sous réserve que ce dernier renonce à la part contributive de l’Etat ;

2°) 3°)

Le requérant soutient que les décisions attaquées sont entachées d’incompétence et d’un défaut de motivation ; que l’arrêté portant reconduite à la frontière est entaché d’un défaut de base légale et d’une erreur de droit dès lors qu’il a effectué une demande de titre de séjour à la préfecture du Val-de-Marne le 29 octobre 2010, de sorte que sa situation ne relève pas du II de l’article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais du I ; qu’en édictant un arrêté de reconduite à la frontière à la place d’une obligation de quitter le territoire français, le préfet le prive du délai de recours d’un mois ; que l’arrêté de reconduite à la frontière est illégal dès lors qu’il peut prétendre à la délivrance de plein droit d’un titre de séjour en raison de son état de santé dans la mesure où il a fait l’objet d’une opération à cœur ouvert le 5 octobre 2010 qui nécessite un suivi régulier sur le territoire français qui ne peut lui être administré en Egypte ; que, pour les mêmes motifs, la mesure d’éloignement a méconnu les dispositions du 10° de l’article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ; que l’arrêt de son traitement en France est assimilable à un traitement inhumain et

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dégradant prohibé par les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; qu’il est fondé, compte tenu de l’absence de transposition de la directive n°2008/115/CE dans les délais requis, à invoquer la méconnaissance des objectifs de ladite directive en tant que la décision ordonnant sa reconduite à la frontière n’a pas prévu un délai de départ volontaire ; Vu les décisions attaquées ; Vu la demande d’aide juridictionnelle ; Vu la prestation de serment de M. Z, interprète en langue arabe ; Vu les autres pièces du dossier ; Vu la Constitution, notamment son article 88-1 ; Vu le traité sur l’Union européenne et le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne ; Vu la directive européenne n°2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ; Vu la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979 modifiée relative à la motivation des actes administratifs et à l’amélioration des relations entre l’administration et le public ; Vu la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée, relative à l’aide juridique, et son décret d’application ; Vu le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ; Vu le code de justice administrative ; Vu la décision par laquelle le président du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l’article L.512-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, à M. Reymond-Kellal ; Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ; Après avoir au cours de l'audience publique du 26 janvier 2011, présenté son rapport et entendu : - les observations orales de Me Guerault, représentant M. X qui maintient ses précédentes écritures et soutient en outre que la décision ordonnant sa reconduite à la frontière est entachée d’un défaut de motivation en raison de l’absence des circonstances de droit et de fait qui ont conduit le préfet à ne pas lui accorder un délai de départ volontaire ; - les observations orales de M. X, requérant, assisté de M. Z, interprète ; - les observations orales de Me Schmitt, représentant le préfet du Doubs qui conclut au

N°1100341 rejet de la requête ; Sur la demande d’aide juridictionnelle :

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Considérant qu'aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président » ; qu’aux termes de l’article 62 du décret du19 décembre 1991 pris pour l’application de ces dispositions : « L’admission provisoire est demandée sans forme au président du bureau ou de la section ou au président de la juridiction saisie. Elle peut être prononcée d’office si l’intéressé a formé une demande d’aide juridictionnelle sur laquelle il n’a pas encore été définitivement statuée » ; qu'il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. X, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ; Sur les conclusions à fin d’annulation : Considérant qu’aux termes du II de l’article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L’autorité administrative compétente peut, par arrêté motivé, décider qu’un étranger sera reconduit à la frontière dans les cas suivants : 1° Si l’étranger ne peut justifier être entré régulièrement en France, à moins qu’il ne soit titulaire d’un titre de séjour en cours de validité (…) » ; qu’il est constant que M. X, ressortissant égyptien né en 1973, hébergé par son frère à Vincennes depuis le 6 décembre 2010, n’a pas été en mesure de présenter les documents justifiant de son entrée régulière sur le territoire français à la suite de son refoulement par les autorités italiennes ; que le seul dépôt d’une demande de titre de séjour en qualité d’étranger malade à la préfecture de Nogent-sur-Marne ne saurait faire obstacle à ce que l’autorité administrative décide sa reconduite à la frontière dès lors qu’étant en situation irrégulière à la date de cette demande, il se trouve dans le champs d’application de dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; Sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête ; Considérant que M. X invoque le bénéfice des règles relatives au délai de départ volontaire fixées par l’article 7 de la directive n°2008/115/CE du 16 décembre 2008 susvisée, dont le délai de transposition expirait le 24 décembre 2010 ; Considérant que la transposition en droit interne des directives, qui est une obligation résultant du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, revêt, en outre, en vertu de l’article 88-1 de la Constitution, le caractère d’une obligation constitutionnelle ; qu’il appartient au juge national, juge de droit commun de l’application du droit communautaire, de garantir l’effectivité des droits que toute personne tient de cette obligation à l’égard des autorités publiques ; que tout justiciable peut se prévaloir, à l’appui d’un recours dirigé contre un acte administratif non réglementaire, des dispositions inconditionnelles et précises d’une directive, lorsqu’un Etat n’a pas pris, dans les délais impartis par celle-ci, les mesures de transposition nécessaires ; que l’administration est tenue de faire application desdites dispositions lorsqu’elles confèrent des droits aux particuliers ; Considérant qu’aux termes de l’article 1er de la directive n°2008/115/CE du 16 décembre 2008 susvisée : « La présente directive fixe les normes et procédures communes à

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appliquer dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, conformément aux droits fondamentaux en tant que principes généraux du droit communautaire ainsi qu’au droit international, y compris aux obligations en matière de protection des réfugiés et de droits de l’homme. » ; qu’aux termes de l’article 2 de la même directive : « 1. La présente directive s’applique aux ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier sur le territoire d’un État membre. 2. Les États membres peuvent décider de ne pas appliquer la présente directive aux ressortissants de pays tiers: a) faisant l’objet d’une décision de refus d’entrée conformément à l’article 13 du code frontières Schengen, ou arrêtés ou interceptés par les autorités compétentes à l’occasion du franchissement irrégulier par voie terrestre, maritime ou aérienne de la frontière extérieure d’un État membre et qui n’ont pas obtenu par la suite l’autorisation ou le droit de séjourner dans ledit État membre; b) faisant l’objet d’une sanction pénale prévoyant ou ayant pour conséquence leur retour, conformément au droit national, ou faisant l’objet de procédures d’extradition. 3. La présente directive ne s’applique pas aux personnes jouissant du droit communautaire à la libre circulation, telles que définies à l’article 2, point 5), du code frontières Schengen. » ; qu’aux termes de l’article 7 de la même directive : « 1. La décision de retour prévoit un délai approprié allant de sept à trente jours pour le départ volontaire, sans préjudice des exceptions visées aux paragraphes 2 et 4. Les États membres peuvent prévoir dans leur législation nationale que ce délai n’est accordé qu’à la suite d’une demande du ressortissant concerné d’un pays tiers. Dans ce cas, les États membres informent les ressortissants concernés de pays tiers de la possibilité de présenter une telle demande. Le délai prévu au premier alinéa n’exclut pas la possibilité, pour les ressortissants concernés de pays tiers, de partir plus tôt. 2. Si nécessaire, les États membres prolongent le délai de départ volontaire d’une durée appropriée, en tenant compte des circonstances propres à chaque cas, telles que la durée du séjour, l’existence d’enfants scolarisés et d’autres liens familiaux et sociaux. 3. Certaines obligations visant à éviter le risque de fuite, comme les obligations de se présenter régulièrement aux autorités, de déposer une garantie financière adéquate, de remettre des documents ou de demeurer en un lieu déterminé, peuvent être imposées pendant le délai de départ volontaire. 4. S’il existe un risque de fuite, ou si une demande de séjour régulier a été rejetée comme étant manifestement non fondée ou frauduleuse, ou si la personne concernée constitue un danger pour l’ordre public, la sécurité publique ou la sécurité nationale, les États membres peuvent s’abstenir d’accorder un délai de départ volontaire ou peuvent accorder un délai inférieur à sept jours. » ; qu’aux termes de l’article 12 de ladite directive : « 1. Les décisions de retour et, le cas échéant, les décisions d’interdiction d’entrée ainsi que les décisions d’éloignement sont rendues par écrit, indiquent leurs motifs de fait et de droit et comportent des informations relatives aux voies de recours disponibles. (…) » ; Considérant que les dispositions précitées de l’article 7 de la directive n°2008/115/CE, qui prévoit en faveur de l’étranger en situation irrégulière un délai de départ volontaire allant de sept à trente jours sauf exceptions limitativement énumérées, sont, en ce qui concerne leur contenu et s’agissant des ressortissants non communautaires qui ne relèvent pas du § 2 de l’article 2 précité, suffisamment inconditionnelles et précises pour qu’elles puissent être invoquées par un justiciable, sans qu’y fasse obstacle la marge d’appréciation laissée aux Etats membres dans l’aménagement des modalités procédurales, dès lors que celles-ci n’ont ni pour objet ni pour effet de soumettre à condition l’application du principe de départ volontaire ; qu’il résulte des dispositions précitées que l’autorité préfectorale est tenue d’accorder à l’étranger, dans la décision portant reconduite à la frontière ou dans la lettre de notification qui l’accompagne, un délai pour quitter volontairement le territoire ou d’indiquer les circonstances l’ayant conduite à ne pas accorder un tel délai en raison d’un risque de fuite, du rejet d’une demande de titre comme manifestement non fondée ou frauduleuse ou du danger pour l’ordre public ; que le défaut d’une telle mention, qui n’est pas une mesure d’exécution mais un élément

N°1100341 constitutif de la décision elle-même, entraîne l’illégalité de cette décision ;

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Considérant qu’il ressort des pièces du dossier que la décision du 24 janvier 2011 par laquelle le préfet du Doubs a ordonné la reconduite à la frontière de M. X, qui n’a pas été interpellé à une frontière extérieure, ne lui accorde aucun délai de départ volontaire ni ne mentionne aucune circonstance de nature à justifier l’absence de tout délai ; que, dès lors, M. X est fondé à soutenir que la décision contestée a été prise en méconnaissance des dispositions combinées des articles 7 et 12 de la directive susvisée ; qu’il est, par suite, fondé à en demander l’annulation ainsi que, par voie de conséquence, des décisions du même jour la plaçant en rétention et fixant le pays de destination ; Sur les conclusions à fin d’injonction : Considérant qu’en application des dispositions de l’article L. 512-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, il y a lieu d’enjoindre au préfet du Doubs de munir sans délai M. X d’une autorisation provisoire de séjour jusqu’à ce que l’autorité administrative ait à nouveau statué d’office sur son cas et de fixer à un mois à compter de la notification du présent jugement, le délai dans lequel l’autorité administrative devra statuer ; Sur les conclusions tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative : Considérant qu'en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée, l'avocat d'un bénéficiaire de l'aide juridictionnelle peut demander au juge de mettre à la charge de la partie perdante la somme correspondant à celle qu'il aurait réclamée à son client si celui-ci n'avait pas eu l'aide juridictionnelle, à charge pour l'avocat qui poursuit, en cas de condamnation, le recouvrement à son profit de la somme qui lui a été allouée par le juge, de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée ; que, l'Etat étant la partie perdante, il y a lieu de mettre à sa charge une somme de 600 euros, à verser à Me Guerault sous réserve, d’une part, que M. X obtienne le bénéfice de l’aide juridictionnelle et, d’autre part, de son renoncement à percevoir la contribution ci-dessus mentionnée ; DECIDE Article 1er : M. X est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire. Article 2 : Les décisions du 24 janvier 2011 par lesquelles le préfet du Doubs a ordonné la reconduite à la frontière de M. X, l’a placé en rétention et a fixé le pays de destination son annulées. Article 3 : Il est enjoint au préfet du Doubs de délivrer sans délai à M. X une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation au regard de son droit au séjour en France, dans le délai de un mois suivant la notification du présent jugement. Article 4 : L'État versera à Me Guerault, avocat de M. X, une somme de 600 (six cents) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet

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1991, sous réserve que M. X obtienne le bénéfice de l'aide juridictionnelle et que Me Guerault renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée. Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. X, au préfet du Doubs et à Me Guerault. Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur, de l’outre mer, des collectivités territoriales et de l’immigration. Prononcé en audience publique le 26 janvier 2011.

Le magistrat délégué,

Le greffier,

R. REYMOND-KELLAL

H. EL DJENDOUBI

La République mande et ordonne au préfet du Doubs en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision. Pour expédition conforme, Un greffier.

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