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2003-Luc Pire - Adolescents difficiles... Adolescents en difficulté

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Sections

  • Quelques mots sur ce livre et sur ses auteurs
  • Avant-propos
  • Préfaces
  • > Christian MORMONT
  • Destin (Fiction)
  • C’est l’histoire d’un gars… (Fiction)
  • Ce que «ces jeunes» nous donnent à voir
  • Ineptie (Fiction)
  • Jeu de l’oie, jeu de lois (Fiction)
  • Poupée
  • Et les filles?
  • Viol collectif
  • Petite déesse
  • De l’adolescence difficile
  • Les fondements théoriques de nos interventions psychoéducatives
  • Voyage au pays du paradoxe
  • Genèse d’une pédagogie de la reliance
  • Elle – La permanence du lien (Récit)
  • Ailleurs… la quête de soi
  • L’île déserte aux patates chaudes (Billet d’humeur)
  • Fin de journée d’un éducateur ordinaire (Fiction)
  • Itinéraire d’un éducateur devenu spécialisé (Témoignage)
  • Plus dure sera la chute (Fiction)
  • À la recherche d’une évaluation
  • Conclusions
  • En guise d’au revoir
  • Lexique

Adolescents difficiles… adolescents en difficulté
Je vais devant ou tu vas derrière ?
Pratiques et réflexions de travailleurs de l’aide à la jeunesse

Avec le soutien du Ministère de la Communauté française – Direction générale de l’Aide à la Jeunesse.

Adolescents difficiles… adolescents en difficulté Je vais devant ou tu vas derrière ? Un livre rédigé par : Georges CAPART, Miguel CASTELA, Marc COUPEZ, Brigitte DECELLIER, René DUYSENS, Fabienne JEANSON, Alain LEJACQUES, Diane MONGIN, Luc MORMONT, Daniel RECLOUX, Claire RENSONNET, Thérèse RICHE, Denis RIHOUX, Isabel SANCHEZ Y ROMAN, Jean-Christophe SCHOREELS, Myriame SOREL, Jacqueline SPITZ. Au cours d’un atelier d’écriture mené par Réjane PEIGNY. © Copyright 2003 : Tournesol Conseils SA – Éditions Luc Pire Quai aux Pierres de taille, 37-39 – 1000 Bruxelles editions@lucpire.be http://www.lucpire.be Mise en page : ELP Couverture : Delights sprl. Imprimerie : Fortemps – Wandre. ISBN : 2-87415-351-6 Dépôt légal : D/2003/6840/94

Adolescents difficiles… adolescents en difficulté Je vais devant ou tu vas derrière ? Pratiques et réflexions de travailleurs de l’aide à la jeunesse .

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jeu de lois (Fiction) Poupée Et les filles ? Viol collectif Petite déesse De l’adolescence difficile 3.Table des matières Quelques mots sur ce livre et sur ses auteurs Avant-propos Préfaces Pour qu’ils rebondissent. Le Foyer retrouvé. Les bases de notre intervention 7 9 11 11 13 15 15 16 19 19 27 28 36 37 44 55 56 58 60 61 63 . Difficiles ou difficiles à éduquer. Michel BORN Christian MORMONT 1. qui sont ces jeunes ? C’est l’histoire d’un gars… (Fiction) Aide acceptée ou aide contrainte. Introduction Destin (Fiction) Il y a… 2. les différents types de mandat Ce que « ces jeunes » nous donnent à voir Ineptie (Fiction) Profil d’adolescents de l’extrême. CAS pour garçons Jeu de l’oie.

La permanence du lien (Récit) Ailleurs… la quête de soi Voir Micheline ailleurs. mes problèmes. Quelques exemples de nos pratiques Voyage au pays du paradoxe Genèse d’une pédagogie de la reliance Elle. ce qui ne fut pas toujours le cas (Témoignage) Lorsqu’il est question de (auto)dérision dans le travail (Billet d’humour) 6. Partie de ping-pong entre le secteur éducatif et le secteur thérapeutique (Fiction & analyse) L’île déserte aux patates chaudes (Billet d’humeur) 5.6 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ Les fondements théoriques de nos interventions psychoéducatives Dieu. Les intervenants sociaux Fin de journée d’un éducateur ordinaire (Fiction) Itinéraire d’un éducateur devenu spécialisé (Témoignage) J’ai maintenant l’âge d’être leur mère. Évaluation de notre travail Plus dure sera la chute (Fiction) À la recherche d’une évaluation À toutes fins utiles… (Souvenir) Conclusions Pour conclure En guise d’aurevoir Lexique Bibliographie 63 78 81 81 84 94 103 116 124 127 127 128 131 140 143 143 144 149 149 148 150 151 155 . Modèles d’intervention. je m’en charge… (Billet d’humeur) 4. préserve-moi de tous ces intervenants.

Quelques mots sur ce livre et sur ses auteurs Ce livre est le résultat du travail. . Bâti en mosaïque. d’explications simples et de coupables. et si vous n’avez jamais entendu parler de ces fameux CAS et PPP. il est le reflet du secteur dont il parle : cohérent et paradoxal. accessible à tous. il se veut à la fois ouvrage de référence et récit sensible. Ambitieux. vous ne connaissez de ce secteur que les clichés habituellement véhiculés par les médias en recherche de sensations fortes. réaliste et optimiste. Les perles. des quelques textes écrits spontanément par des adolescents et des récits de fiction – composés à partir de faits réels – destinés à montrer quelques situations très concrètes. le cas échéant. et le lexique vous aidera. comme ce fut mon cas. à présenter leurs pratiques. parfois drôle et souvent noir. peu importe que vous ne compreniez pas encore les abréviations : vous serez dans la même situation que nombre de jeunes et de parents. citées en exergue de chaque chapitre. avec le soutien de Mme la ministre Nicole Maréchal. d’une quinzaine de travailleurs de l’aide à la jeunesse. authentiques. en atelier d’écriture. C’est pourquoi. précis et interpellant… mais surtout. invités par les éditions Luc Pire. s’il est possible de le parcourir d’une traite en suivant la logique thématique proposée par la table des matières. vous permettront également de vous acclimater. Ainsi préférerez-vous peut-être commencer par une exploration sensible de ce livre : vous imprégner d’abord des témoignages des travailleurs sociaux. Dans ces textes-là. chacun peut le découvrir « à la carte ». C’est ce que je vous propose si.

Je suis désormais persuadée de la nécessité que nous nous en préoccupions tous. sont de véritables professionnels. ∆ . Ils partagent leur temps entre gestion de situations de crise. leur propre famille. que vous aviez sautés dans un premier temps. Réjane PEIGNY. Le regard qu’ils portent sur le secteur agité de l’aide à la jeunesse est singulier : lucide. que comprennent. tout humains et sensibles qu’ils soient. Ils n’ont perdu ni humour ni enthousiasme. animatrice de l’atelier d’écriture. Et c’est cela. je me doutais bien que la problématique de l’aide à la jeunesse nous concernait tous. C’est ce regard. Bonne lecture. probablement. de se remettre en question. Car ces hommes et ces femmes. de se concerter. ce serait un comble… – mais n’oublient pas de prendre quelque recul. respectueux. à force de temps. sans doute serez-vous curieux de découvrir les courts chapitres théoriques. au-delà des réalités de terrain fort différentes de chacun. intendance. sans doute. courageux. qui les rassemble. plus ardus il est vrai. Avant de les avoir rencontrés. direction d’une équipe – et je l’espère pour eux. et qui vous permettront de situer la démarche pédagogique particulière de ces professionnels.8 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ Les regards plus particuliers des spécialistes qui ont accepté de rédiger les préfaces. soucis financiers. et les propos plus personnels des billets d’humeur ayant terminé de vous mettre à l’aise. généreux. ces jeunes en lesquels ils osent croire. ces jeunes qu’ils osent aimer. administration.

.Avant-propos Cet ouvrage est le deuxième issu d’un atelier d’écriture destiné aux travailleurs sociaux de l’aide à la jeunesse. Et cela prend en effet du temps. c’est-à-dire des difficultés qu’ils ont eues à subir depuis l’enfance. Cette année. ni les adultes. parce qu’il permet de faire connaître un secteur social trop discret et parce qu’il donne l’occasion à ces travailleurs de jeter sur la feuille tout ce qu’ils retiennent souvent en eux sans pouvoir le faire connaître. eux qui disent leur vouloir du bien. l’atelier d’écriture a été consacré à celles et ceux qui encadrent des adolescents dits difficiles ou en difficulté. car ils ne croient plus dans les adultes. Ce sont des jeunes avec qui il faut à tout prix créer un lien et pouvoir le maintenir un certain temps. la confirmation qu’ils n’intéressent ni leurs pairs. Je soutiens cet atelier. Il n’est pas aisé de définir ces ados sans leur coller une étiquette caricaturale. et repousser les limites de l’acceptable afin d’obtenir ce qu’ils croient devoir systématiquement générer : le rejet. Ils vont d’ailleurs les tester. le renvoi. On pourrait dire qu’ils sont difficiles par leur capacité à mettre leur entourage en difficulté. Mais cette capacité est le résultat d’un parcours carencé.

par la vie. après la construction d’un lien de confiance très fort. à travers les textes théoriques relatifs aux approches de ce travail social. un profond respect de l’autre et une éthique du refus. enrichissent et sont enrichies par un effort permanent de formations. la confiance dans les potentialités positives de ces ados en déroute. Tout cela prend du temps et doit paradoxalement aboutir. du rejet. ∆ . à une mise à distance progressive de ce lien. L’ouvrage confirme aussi que ces qualités personnelles. nécessaires à l’accompagnement de ces jeunes. les difficultés et les bonheurs des adultes professionnels. Nicole MARÉCHAL. ministre de l’Aide à la Jeunesse et de la Santé. on ne découvre pas que le regard. de réflexions. encore et toujours.10 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ Les travailleurs psychosociaux qui ont choisi d’aider ces filles et ces garçons doivent donc posséder une dose de patience infinie. On découvre aussi les parcours de ces jeunes. À travers les situations exposées dans cet ouvrage. On peut ensuite les regarder d’un autre œil ! C’est aussi l’intérêt de ce livre : casser les idées reçues et nous aider à la compréhension. pour mieux éduquer. Ils doivent aller chercher au fond d’eux-mêmes. personnalités si tôt fragilisées par les adultes. pour que le jeune devienne autonome et le plus épanoui possible. d’échanges et de conceptualisation du travail mené.

Ce livre surmonte et sublime la principale difficulté à savoir qu’aidants et aidés. Seuls quelques grands noms de l’orthopédagogie ont pu parler vrai et utile : Bettelheim. de l’expérience. on tombe dans le subjectif. puisque enfin arrive ce livre qui traite à la fois des jeunes et des éducateurs. Redl et Wineman. si on décrit les éducateurs et leurs pratiques. des gens d’action qui nous disent : « Vous avez beau parler mais venez seulement vous mettre à notre place. traitants et traités sont enchevêtrés. les explications de ces adolescents difficiles nous ouvrent les portes des services et des institutions qui les accueillent et se targuent de les aider. de soutien théorique. Ils courent les journées de formation. colloques et journées d’études. tous ceux qui travaillent dans l’aide à la jeunesse sont avides de savoir. de l’intuition. on tombe dans le théorique et l’anecdotique . Si on décrit les jeunes pris en charge. du savoir-faire que les éducateurs se trans- . de cadre de référence pour leur action. l’utopie pédagogique ou les analyses froides où plus personne ne se reconnaît. des services et des servis. Pourquoi si peu d’ouvrages sur l’intervention auprès de jeunes en difficulté et difficiles à la fois ? Serait-ce un sujet intraitable ? Non. ils sont déçus quand le discours plane dans la théorie. de réassurance. avec le groupe.Préfaces > Pour qu’ils rebondissent ! Michel BORN L’évocation. Les praticiens les ont reconnus comme de leur côté et ont dévoré leurs ouvrages. Pourtant. Ce ne sont pas des théoriciens. voire les traiter. ce sont des praticiens. les paroles. avec ce jeune en crise… » L’intervention auprès des jeunes difficiles se nourrit de la pratique. Ils sont heureux quand ils se reconnaissent dans les propos tenus .

professeur. à la petite semaine. Ils sont allés au plus bas. du petit placement au petit accueil. Et pourtant. les chemins d’une vie positive. Chacun à notre place. des actes désespérés. c’est de croire qu’on est au bout de ce qu’on peut faire et donc. des ruptures. Ainsi. non comme une dernière chance car c’est bien cela le lot de ces jeunes difficiles. après la dernière chance. affection. On a enfin misé sur lui. Michel BORN. nous devons être porteurs de ce message. Souvent. il est très clair que l’intervention auprès des jeunes difficiles est efficace si elle arrive à rendre un sens à la vie du jeune. peu explicable. dans cet ouvrage. professionnalisme et en temps. De même ce message est porté. comme on dit aujourd’hui. Il faut que ces petites mesures. travailler dans la discontinuité. une mesure magique mais un réel investissement en respect.12 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ mettent de génération en génération mais elle a aussi besoin de références aux méthodes éprouvées et aux études qui mettent en lumière ce que ces jeunes sont et ce qu’il est possible d’entreprendre avec eux et pour eux. nous mettons le doigt sur une des principales erreurs faites dans l’aide à la jeunesse. de la rencontre avec une personne qui a donné sens à ce que le jeune vivait et ce qu’il pouvait espérer. ils ont survécu. des échecs. leur vie a continué. Ainsi. pour rebondir. il faut non une rencontre. même si nous ne voyons le jeune que quelques minutes. pour devenir un résilient. ce projet est le fruit. c’est qu’ils ont gaspillé de multiples fois leur dernière chance. Université de Liège. socialement acceptable peuvent s’ouvrir. Même tardivement. après bien des déboires. des violences. ils sont allés jusqu’à la prison voire à la tentative de suicide et pourtant. chaque fois. . à la petite mesure de huit ou quinze jours. s’il arrive à se construire un projet de vie. toute provisoire et éphémère va faire virer le Titanic de leur vie déchirée ? Pour changer de cap. ces interventions modestes de chacun d’entre nous prennent sens en s’inscrivant dans un espoir à long terme pour ce jeune en difficulté. par des petites touches successives qui donnent une grande idée du travail accompli et à accomplir. engagement. un peu inespéré. Comment pouvons-nous avoir la naïveté de croire qu’une mesure. des désillusions.

ses faiblesses. que l’école ne remplace pas l’expérience. le salaire insuffisant. Quand on reconnaît à sa juste mesure la pénibilité du métier d’éducateur. le manque de gratifications. éducation et compréhension. société et individu. Et c’est encore lui. d’al- . que la générosité et le désir de bien faire ne suffisent pas. l’éducateur. du jeune mais aussi assister quelquefois à sa prévisible déstructuration. en dernier ressort. seul face à un jeune à qui il doit apprendre ce que la société estime bon qu’il apprenne. Et c’est toujours lui qui. réalité et idéologie. qui non seulement doit alors supporter les comportements. contrôle et impulsivité. ses valeurs. Et c’est lui qui se retrouve. grâce aux effets déresponsabilisants de son statut de mineur. on est amené à estimer aussi la dose d’enthousiasme. va devoir penser. sa compétence professionnelle. plaisir et contrainte. Paradoxalement. s’il ne le sait déjà. adultes et jeunes. ce jeune qui n’a pas intégré les bases du savoir-vivre social se voit bénéficier. Et l’éducateur se trouve à l’intersection de tous ces vecteurs avec sa personnalité. d’une quasi-impunité tout à fait contraire aux lois élémentaires de l’apprentissage. son histoire. les horaires difficiles.> Christian MORMONT La prise en charge d’adolescents difficiles confronte. violence et force. au quotidien. que la professionnalisation du métier n’en fait pas pour autant un métier routinier. droits et devoirs. obéissance et autonomie. ni même avec la science. l’usure. et parfois les agressions physiques. de manière exemplaire. que le pouvoir politique et les exigences administratives ne sont pas toujours en phase avec le terrain. appliquer et maintenir une stratégie d’intervention malgré la fatigue. Il doit apprendre.

elle réside plutôt dans la capacité d’accompagner inlassablement le cheminement d’un être unique même si l’on sait que l’on arrive trop tard. l’enfant porteur d’avenir et d’espérance.14 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ truisme. d’élaborer des stratégies. Sur ce point. qui est à la fois un enfant. de soi. l’enfant que l’adulte a été. prendre de la distance. Poser un acte de solidarité humaine – tel l’acte éducatif l’égard du jeune – a une légitimité en soi parce qu’il réalise ce qu’il y a d’humain en celui qui le pose et augmente l’humanité brimée de celui qui en bénéficie. Le plaisir de faire son travail. les mettre en mots. docteur en psychologie et professeur ordinaire à l’Université de Liège. de moyens et que l’on n’a pas d’espoir d’aboutir à un mieux mesurable. . des autres. penser les actions. l’enfant qu’il pourrait avoir. Dans cette perspective de réaffiliation humaine et sociale. quels que soient les effets objectifs de l’acte. des analyses. qu’on dispose de trop peu de temps. de normalisation . le sens de l’action. transparaît au détour des anecdotes. et fondamentalement celui de l’existence. l’éducation dont la visée est pourtant fondamentalement conservatrice est au cœur d’un bouillonnement d’idées. Ce livre parle simplement de cela. Et c’est bien du sens dont il est question dans cet ouvrage collectif : s’arrêter un moment. la question essentielle n’est pas celle de l’efficacité globale des interventions en termes de « réadaptation ». Christian MORMONT. de rencontrer des jeunes difficiles et en difficulté. d’initiatives novatrices. formuler et mettre en lumière le sens du langage – souvent aussi du non-langage – du jeune. de réfléchir. d’expériences audacieuses où l’on prend des coups mais où l’on y gagne en âme. d’abnégation sans laquelle le travail serait impossible et la vie vide de sens. des fictions qui précisément affirment que cela a du sens. l’enfant reflet intolérable de la vilénie du monde. confronter les expériences. à comprendre et à tenter pour le bien du plus jeune. c’est-à-dire de tout ce qu’un adulte aimant est prêt à supporter. leur donner ainsi une syntaxe. c’est aussi chercher. cet enfant qui nous donne aussi à chacun l’occasion d’être un bon parent réparateur. l’enfant brisé et qu’il faut réparer.

Ils sont mal élevés. Moi. que mon cas n’était plus de leur compétence. ennuyeux. j’avais envie d’être auprès d’elle pour la protéger. Ils ne se lèvent plus lorsqu’un adulte pénètre dans la pièce où ils se trouvent. On m’a fait rencontrer beaucoup de gens qui voulaient beaucoup de choses pour moi.–1– Introduction Les jeunes d’aujourd’hui aiment le luxe. SOCRATE (470-399 av. plastronnent en société. ils m’ont dit qu’ils ne savaient plus quoi faire avec moi. Depuis. c’est ce qu’ils disaient mais moi je voulais être auprès des miens. et tyrannisent leurs maîtres. Ils ont dit que ça me calmerait. n’ont aucun respect pour leurs aînés et bavardent au lieu de travailler. enfin. dissipé. j’avais envie d’être chez ma mère parce que mon beau-père faisait du mal à mes frères et à mes sœurs et qu’elle.-C. Ils contredisent leurs parents. méprisent l’autorité. bon à rien.) . je vis dans un centre hospitalier où on me donne des médicaments. Je ne parle plus beaucoup j’attends j’attends que maman vienne me voir. arrogant. Et toujours. ils ont cherché en vain une case où me ranger. *** . Un jour. voleur. J. J’étais violent. Destin (Fiction) Luc MORMONT – Vent Debout Durant toutes ces années. croisent les jambes. se hâtent à table d’engloutir les desserts. elle laissait faire et que moi. je fuyais sans m’intéresser aux endroits ni aux personnes.

les jeunes qu’on rejette. qu’on nie. Victimes de cette dynamique. en vue de son accession à une vie conforme à la dignité humaine. ceux auxquels on ne laisse aucune chance. Nous collaborons à une action sociale et politique. à ses capacités de faire le pire et le meilleur. de l’école est fragilisé. Déjà en 1987. socialement que financièrement. ceux qu’on évince pour leur différence. dont les conditions d’éducation sont compromises par leur comportement. Sommes-nous des doux rêveurs pour croire encore à ces valeurs qui ont tendance à s’effriter au fil des générations. avec des moyens accrus. Dans notre société libérale et marchande. qu’on brime. nous croyons en l’homme.16 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ Il y a… Les auteurs Il y a les crimes qui défraient la presse. Suite à la réforme de l’aide à la jeunesse (AJ) de 1999. les situations intolérables d’enfants battus. L’intérêt du jeune constitue le mobile essentiel de l’aide spécialisée. Mais il y a aussi les enfants qu’on refuse d’écouter. des individus. Quelques services se sont dès lors engagés dans l’accueil exclusif d’adolescents « à problèmes graves et récurrents ». L’aide spécialisée ainsi conçue doit permettre à l’enfant de se développer dans des conditions d’égalité de chances. L’aide spécialisée est un droit pour tous les jeunes en difficulté et pour tous les enfants dont la santé ou la sécurité est en danger. psychiquement. maltraités. un peu plus d’une douzaine de . le rôle éducatif de la famille. des groupes sont rejetés. marginalisés et isolés tant physiquement. prostitués. à ses capacités d’adaptation. un arrêté du gouvernement de la Communauté française ouvrait la porte à des conventions permettant à certaines institutions privées de travailler autrement. dans ce monde de plus en plus sécuritaire ? Non. celui de leur famille ou de leurs familiers.

Riches d’une expérience. ∆ . dont la prise en charge est particulièrement difficile. Nous n’avons pas la prétention de donner des leçons aux autres. Mais nous avons un témoignage à apporter. Nous travaillons dans ces services qui se doivent d’être près d’eux pour les aider à retrouver un espace de parole. Riches d’avoir cheminé avec des centaines d’ados. le temps travaille pour nous. sachant que. garçons ou filles. d’expression. C’est la raison de ce livre. pour qu’ils puissent accéder à une vie conforme à la dignité humaine et être les auteurs de leur devenir. Ces centres d’accueil spécialisés (CAS) et ces services présentant un projet pédagogique particulier (PPP) ont pour mission d’aider les jeunes à problématique lourde et leur famille à se mobiliser en vue de la résolution de leurs difficultés.INTRODUCTION 17 services agréés continuent à travailler dans cette voie. Nous sommes riches. Et cette richesse. Il nous faut aussi beaucoup de patience. de liberté et d’initiative. nous avons la naïveté de vouloir la partager. tant à l’admission qu’en cours de cheminement avec eux. Il nous faut pour cela un seuil de tolérance très élevé. Ce sont là les caractéristiques primordiales de la pédagogie adaptée et individualisée des CAS et des PPP. le plus souvent.

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d’une AMO. Il va aussi à Infor-jeunes. Peut-être s’appelait-il Freddy ou Jérôme. Il demande : – Ce Juvénile. Peutêtre en avez-vous entendu parler. On a même trouvé du hachisch. qui sont ces jeunes ? François aperçoit sur le bureau du chef-éducateur un mémoire intitulé : La réinsertion sociale du délinquant juvénile. l’avez-vous vu à la télé et l’avezvous jugé. » Jacques y va.–2– Difficiles ou difficiles à éduquer. le trouve difficile. On ne sait jamais ce qu’il fait. ils ne le laissent pas sortir. Sa mère. Ou plutôt l’histoire de milliers de jeunes… Car ce gars-là n’a pas vraiment existé. Et ses parents ? Ils ne comprennent rien à son comportement. il ne dit rien. AMO… Moi. Il m’a dit « Là. Et le voilà maintenant avec plein d’informations sur ses droits. où que vous habitiez. . il en parle à ses parents. qui que vous soyez. au moins on va m’écouter ! J’ai rien à perdre. c’est un nouveau qui va entrer ? C’est l’histoire d’un gars… (Fiction) Daniel RECLOUX – La Bastide blanche J’ai envie de vous conter l’histoire d’un gars. Jacques a quinze ans et. je l’appellerai Jacques. comme d’autres de son âge. la première fois. Pourtant. vous pouvez le rencontrer demain. Alors. On lui a parlé d’autonomie possible à partir de seize ans et. Moi. depuis longtemps. Peut-être d’ailleurs l’avez-vous déjà croisé. on a tout jeté… C’est ses copains qui lui ont parlé. Comment il a pu acheter ça ? Bien sûr. il en a marre de ses parents. la tête pleine de rêves. je ne savais même pas que ça existait.

son incompréhension. ce gamin. on n’y comprend rien. il a encore découché deux fois cette semaine. la mère. mais il est reparti. Et ça continue : l’école avertit d’absences injustifiées . S’il perd son emploi. c’est le juge qu’il veut voir… On dit aux parents. vous vous imaginez bien qu’il ne retrouvera rien. le père de Jacques. Même son père. il y avait quatre à six semaines d’attente. Puis. La police : Jacques titubait dans la rue. Mais qu’est-ce qu’on doit faire ? Mon mari a été menacé au travail : trop d’absences pour raisons familiales. il s’énerve. pour faire simple. Il l’a privé de sortie. il y a eu le coup de téléphone. parfois. Quand il est rentré. Il sait crier. intenable… . je suis au chômage depuis trois ans… Il paraît qu’on doit aller au SAJ. à la maison. Et avec son petit frère. que c’est presque pareil. au matin. Oh ! Même violent. je pleure. Toutes ces lettres. Avant. alors ? Il n’est pas bien ici ? Mais il ne pense qu’à lui. On ne peut quand même pas le laisser faire. ses difficultés. Hier. Ils ont de la chance : le poste de conseiller-adjoint vient d’être pourvu après un an de vacance. c’est déjà ça. Sauf pour la honte. ses angoisses. oui. Et il ajoute une punition. Mais il n’y a pas eu de poursuites. pour être à la hauteur. Il l’avait bien mérité. gênée. Deux jours sans nouvelles. il en a peur. et tout ça. Qu’est-ce qui s’est passé ? Moi. Mais mon mari. les voisins. son père l’a giflé. pour faire bonne mesure. à quarante ans. On s’en tire à bon compte. C’est le retour à la maison et le mutisme. Jacques a volé l’argent de son frère et est rentré comme hébété. Devant la conseillère. Il ne nous laisse pas le choix. Alors Jacques s’est enfui. l’aide à la jeunesse… » Et nous. que le conseiller trouvera la solution et un rendez-vous est pris. Le Parquet n’a pas le temps et ne le poursuit pas. déjà que moi. Son père. déballe son quotidien. À quinze ans : « J’ai trop envie de vivre seul ! Il y a plein de gens qui pourront m’aider : le CPAS. la situation.20 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ Vous vous rendez compte. C’est que Jacques devient agressif.

ils sont déjà venus souvent et ils connaissent tout le monde. le premier rendez-vous à l’espèce de maison est déjà pris. sous la menace. Il n’a pas pu venir : le travail vous comprenez. Il ira dans une espèce de maison. de ses cigarettes. il pourrait être accueilli dans un Centre d’Accueil d’Urgence (CAU) dans quatre jours. mais il est d’accord… On lui a dit qu’il avait intérêt à être d’accord. il a demandé à être enfermé dans sa chambre. et menacé : s’il parle. il devra arracher un sac et remettre le butin à ses nouveaux . en effet. il paraît qu’il ne doit pas aller à l’école. Et puis il faut qu’il réussisse un test. avant… Les six semaines seront ponctuées de trois entretiens d’admission… Face à l’angoisse de la mère. Un enfer. de son pull de marque. c’est le départ… À Tournai. il n’y a pas de place. On règle les comptes et on creuse un peu plus le fossé d’incompréhension et de rancœur. enfin. Mais à Tournai. Le lendemain. Le père est d’accord. dépouillé de son argent. Dans la région. Les quatre jours d’attente sont un enfer. il ne veut rien entendre. Jacques sera menacé avec un cutter. il a l’air tranquille. Ils ont d’emblée proposé à Jacques d’aller faire un tour en ville. Puis. Sur le chemin de la gare.DIFFICILES OU DIFFICILES À ÉDUQUER … 21 Il va y avoir un drame si ça continue ! Et on n’a pas les moyens pour l’internat. La nuit. Elle est trop loin ! Et puis. la conseillère propose de chercher un accueil d’urgence. Et. C’est dur. en attendant. On a tout essayé. tout le monde signe « pour accord » et s’en retourne chez soi. On nous a dit que « Jacques avait besoin de prendre un peu de distance avec sa famille. On m’a dit qu’il s’est déjà fait deux copains… Les deux copains ont dix-sept ans. il ne nous parle plus… Dites-nous ce qu’il faut faire. » Et dire qu’il y a des enfants qui n’ont pas de famille ! On n’a qu’à nous dire ce qu’on doit faire. mais pas avant un mois et demi. une décision va être prise. plutôt que de nous l’enlever… On a dit d’accord parce qu’on n’en peut plus. il lui arrivera les pires choses. s’il voulait que quelque chose se passe. La conseillère rédige les notifications. alors… Bah ! Au moins.

il criait. Et lui. on va aller chez le juge. avec Jacques. Il pourra dormir chez un copain. on ne le savait pas. il ne rentrera pas. maintenant ! ». on l’avait déclaré en fugue. tout ça. il croit que les gendarmes sont à sa recherche. Il a répété qu’il n’irait pas. quand même. son père ne lui parle plus… Il ne parle plus à personne d’ailleurs. pour montrer que c’est grave. Le voilà de retour dans sa ville.La conseillère explique que le Tribunal de la jeunesse va les convoquer rapidement. en est chassé. moi : « Madame le juge. il n’y a rien qui sert à rien. Qu’est-ce que vous voulez faire ? Il ne veut rien… Je lui ai dit. je ne suis pas folle. qu’il crie. tu vas apprendre à vivre… » J’essaie de le calmer. Mais que s’est-il passé ? . sans argent. il monte dans le train sans ticket. qu’il était d’accord. Pourtant. marche. Nous. Mais il s’en fout… Ils sont tous là (le père aussi. à Jacques. Il aura une amende mais peut achever son voyage. le gérant l’a vu. et je le dis à la conseillère. incompréhension. il faut trouver un accord… Mais on n’écoute plus : énervement. injures. L’après-midi. » On leur explique : un conseiller n’est pas un juge. il était comme les autres quand il était petit. On lui a dit qu’il avait signé. « Non. Il a peur. de toute façon. on n’en peut plus. il a volé des cigarettes. » Vous vous rendez compte ? Moi. invectives. Tu vas voir. Mon mari l’avait bien dit. Mais où aller ? Il traîne. cette fois parce qu’il est malade). « C’est de ta faute. Moi. ce qu’il nous fait. Et vous savez ce qu’elle nous dit ? « Voyez un thérapeute familial. il ne veut plus rentrer chez lui. qu’il devait rentrer au CAU. Ce soir. notre fils. face à la conseillère qui ne peut que constater la rupture de l’accord : Jacques ne veut plus être placé. Le contrôleur le réveille. le ton monte. placez-le de force. « Fini de rigoler. De toute façon. Jacques n’a pas voulu lui donner notre numéro de téléphone alors il a appelé la police et c’est comme ça qu’on a été avertis. je prends des calmants. Au CAU. je n’irai pas! ». il se cachera. Voilà.22 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ amis. On lui a tous dit. il n’aime pas les psy. s’endort à la gare. Le matin.

Parfois il y a cinq demandes pour une place disponible. à la maison « Machin ». En vertu de son pouvoir discrétionnaire. les copains du premier séjour ne sont plus là. le juge. placement pour quatorze jours. Programme pour les trois semaines à venir : deux visites d’admission à l’institution « Machin ». « Le retour au CAU s’impose ».DIFFICILES OU DIFFICILES À ÉDUQUER … 23 Le juge explique : « Je vous reçois dans le cadre d’un article 39. on fait affaire. on nous a donné un avocat. non ! Le juge décide : prolongation du placement (maximum 60 jours). Il croyait qu’on allait l’enfermer. « Article 39. L’école ? On verra plus tard. Dans l’affirmative. il y aura un jugement. Madame. Et Jacques a déjà acquis un statut : deuxième séjour = récidiviste… Retour chez le juge : où en est-on ? Une place possible. Mais il faut voir comment il nous regardait. monsieur. dossier délinquant. Et puis. Même que mon mari était étonné. article 38. le parquet décidera s’il poursuit ou non. . pouvezvous reprendre votre fils ? » Ça. on a compris. Jacques. mais le procureur me signale qu’il y a déjà 2 PV. il y aurait ouverture d’un dossier 36/4. Ça irait. mineur en danger. Retour au CAU. mais le conseiller recherche toujours la bonne solution et l’accord des parties. Jacques est maintenant bien installé. il me faut imposer une solution puisqu’il n’y a pas d’accord entre vous. C’était fini. Jacques pourra entrer le 27 de ce mois. a dit le juge. Trois semaines… Retour chez ses parents ? Toujours. article 39. Dans l’intervalle. Deuxième visite. dans trois semaines. On lui a raconté toute l’histoire. Les quatorze jours au CAU se passent sans trop de problèmes. très vite. Une audience est fixée dans un mois. le rendez-vous à l’espèce de maison a été manqué et la place envisagée est « pré-attribuée » à quelqu’un d’autre. Jacques va voir. une application de l’article 38 a été entamée. Il a dit qu’il était à notre entière disposition pour tout expliquer… Bref. » Voilà. Pour l’heure. Et entre-temps.

Faut qu’on nous aide… Appels au secours : Monsieur le juge ? Dossier fermé. on est d’accord. Mais on est déjà allés ! On recommence. Silence. après un mois. j’apprends qu’il s’est de nouveau fait renvoyer de l’école : trois jours pour absences injustifiées… Vendredi. La conseillère décide d’arrêter. Depuis le temps que tout le monde nous disait qu’on aurait dû le reprendre. il est rentré dimanche matin. Monsieur le directeur ? A transmis à la conseillère. On n’avait pas envie de le voir passer comme ça d’un endroit à l’autre. on dit qu’on a déjà essayé. Violence intra-familiale. « Reprendre le suivi avec sérieux. Oh ! Pas toujours en face. La situation s’aggrave. et puis. Il paraît qu’il vaut mieux y aller ! . Nouvelle convocation chez la conseillère. on voulait déjà le renvoyer. Donc on a proposé de le reprendre… Jacques. De toute façon. accepte. leur charabia. Échec. Pour voir venir. Les parents collaborent. on tente ? » OK. Je lui demande. On dirait qu’ils le font exprès. La conseillère rouvre le dossier. J’ai fouillé ses poches. il est sorti. On s’est dit alors qu’on pourrait peut-être réessayer. mais pas l’adolescent. Il n’y avait rien à faire. Le jeudi. C’est de nouveau la crise. ça n’allait pas du tout. Il avait grandi. Mais la maison « Machin ». qu’on nous le disait. Le COE dénonce l’absence du jeune et de sa famille aux rendez-vous. article 36. Il faut que ça marche. J’ai trouvé plusieurs milliers de francs. Retour au tribunal pour homologation du nouvel accord. Un Centre d’orientation éducative (COE) sera désigné pour l’accompagnement. Puis. l’école était moche : un vrai trou. On n’avait pas compris. faute de mieux. ce n’est plus possible. le père met Jacques dehors. on nous demande ce qu’on veut ! Qu’est-ce qu’on sait.24 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ On croyait qu’on avait enfin trouvé. nous ? On nous propose un placement. ne trouve pas d’accord. Jacques est de nouveau rentré très tard.

etc. Jacques est le maître du jeu. quand même. la conseillère était malade. partage son temps entre les copains.DIFFICILES OU DIFFICILES À ÉDUQUER … 25 Personne ne parle plus à personne. quelques apparitions à l’école. il me dit. Bref. sans résultats. lui. Après. Jacques. Alors. Il en a entendu parler. le Juge : « Madame. qui me répond : « Je . C’est ce qu’il dit à ses amis. On a accepté un accompagnement familial. amené au Palais de Justice par deux gendarmes. des copains y sont allés : pas trop grave ! Quatre heures. la maison d’arrêt n’est utilisée que si aucune autre solution n’est possible. Il n’a sûrement pas un fils comme Jacques. quelques nuits à la maison. le directeur s’en chargera. un placement s’impose. Midi trente. transmet au tribunal. etc. il les emmerde tous. Le parquet avertit. le juge n’a pas de solution : pas de place à Wauthier-Braine ni à Fraipont. lui. On ne va pas le mettre en prison… » Je l’interromps : « Ça lui servirait peutêtre de leçon. On n’en meurt pas. La conseillère-adjointe est plus sévère. Heureusement. Il est peut-être allé trop loin. le juge le reçoit et lui annonce qu’une sanction sera prise. La conseillère-adjointe est mieux. Le lundi matin. il va être placé. Le jeune est blessé et Jacques a été arrêté avec son blouson et son portefeuille. Le petit en a peur. Quatre mois. cet article sera supprimé à la fin de cette année. à la gare. sa mère arrive. il y a le cadet qui a commencé à poser des problèmes. Impasse. C’est l’institut public de protection de la jeunesse (IPPJ). mais pas de place disponible pour le moment. Il y a peu de place et Jacques se présente mal ou il ne se présente pas du tout… Alors. au moins. il attend. Il va de nouveau dormir au poste… Jacques sera présenté au magistrat. la rue. les CAU sont pleins. Jacques a agressé un jeune avec un cutter. d’ailleurs. on ne veut plus y retourner… » Mais l’avocat ne voulait pas que je parle. » « Et qu’est-ce qu’il y a comme autre solution. le juge l’a dit… Dimanche. j’ai demandé au Juge. alors ? ». Personne ne réagit. Application de l’article 38. il a essayé de me baratiner : « Ce n’est pas l’esprit de l’article 53 de la loi de 1965.

c’était de savoir ce qui arriverait s’il recommençait. qu’il tirerait sur ce libraire. personne n’a le moral… Ça commençait de nouveau fort en charabia. Je ne me doutais pas que cela se terminerait devant une Cour d’appel. mineur délinquant. Le procureur voulait parler « des délits commis ». on n’est pas dans une procédure de 36/4. à Braine-le-Château. ni formation.26 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ l’engueule. Il pourra commencer dans deux semaines. qui sera appliqué par la conseillère… À bord d’une voiture volée. On est en septembre. il est d’ailleurs allé voir au CEFA. la pluie. Et puis. Depuis quatre jours déjà. Les délits. je le menace. Il n’a repris ni école. Il bénéficie d’une mesure de placement en milieu fermé depuis un peu plus d’un an. » Il promet de reprendre une formation. Jacques a maintenant 17 ans. le 8. comme par hasard. Le père de Jacques a ravalé un petit rire nerveux. mais l’avocat l’a interrompu : « Hors sujet. les recherches en vue d’un placement continuent dans le cadre de l’article 38 et vous le reprenez. Jacques restera ce soir à la maison. Ce n’est pas bon pour l’audience. Jacques a dit : « D’accord. Il n’avait pas prévu que son « meilleur ami du moment » aurait un vrai revolver. c’est lui qui décide. quand a lieu une audience au tribunal. que la voiture finirait sur ce poteau… Il n’avait pas prévu. Il est convaincu qu’on ne peut pas grand-chose contre lui. Fatigué. » Ce qui m’intéressait. ça. j’ai dit. C’est quand même mon gamin… Alors je lui demande « Et s’il recommence ? » « On verra. Il pleut. Jacques fête son anniversaire. il y a le COE qui s’occupe du plus petit qui veut bien réessayer… Le tribunal homologue l’accord. ce sera pour une autre fois… » Puis le représentant du directeur nous a demandé si on n’était pas opposés à une réinsertion familiale. . Il fait ce qu’il veut. » « D’accord ». j’ouvre un dossier 36/4.

• les rapports de l’institution concluent à une inaccessibilité totale aux méthodes pédagogiques qui y sont déployées. dans une vraie prison… *** Aide acceptée ou aide contrainte. date de création du Décret de l’aide à la jeunesse. le libraire souffre de séquelles importantes. le mineur n’a voulu profiter des mesures d’aide et de protection qui lui ont été proposées . Cette aide doit faire l’objet d’un accord signé par le représentant du service . la Cour lève les mesures et renvoie l’affaire au ministère public. Ce n’est plus le tribunal des jeunes. L’aide demandée et acceptée Tout mineur d’âge (de 0 à 18 ans) est susceptible de bénéficier de l’aide à la jeunesse à sa demande et/ou à celle de ses parents. le mien. Jacques va être transféré en maison d’arrêt. • l’expertise psychosociale conclut à une totale absence de prise de conscience. maintenant. Par ces motifs. • à aucun moment. les différents types de mandat Diane MONGIN – Le Toboggan Depuis 1991. celle-ci s’organise autour de deux logiques de prise en charge totalement différentes. Mon fils. à un refus de coopérer et d’accepter les mesures prises . à un sentiment d’omnipotence impressionnant chez un jeune de cet âge.DIFFICILES OU DIFFICILES À ÉDUQUER … 27 Attendu que : • les faits sont très graves (le « meilleur ami du moment » est désormais quadriplégique. dans l’attente d’un jugement.) .

37 ou Art. La seconde se caractérise par l’intervention du juge de la jeunesse sur base d’un délit (dans le jargon du secteur. *** Ce que « ces jeunes » nous donnent à voir Denis RIHOUX – La Pommeraie Impossible tâche que de présenter de manière sommaire et juste. « des gens » ? . Dans les deux cas. et par le mineur et/ou sa famille. Si celui-ci n’est pas trouvé et qu’il y a maintien de la demande d’aide par le mineur et/ou sa famille. L’accord ainsi pris peut être remis en question par chacune des parties. Il y a dans ce cas recherche d’un nouvel accord. il s’agit de dossier Art. 36. « des immigrés ». 36.4). La première est fondée sur l’intervention du tribunal de la jeunesse ou du Parquet se prononçant sur la nécessité de l’aide sans parvenir à un accord avec le bénéficiaire et/ou sa famille (dans le jargon du secteur. Il peut également user d’un placement en IPPJ (institution publique de protection de la jeunesse). Dans ce cadre le juge de la jeunesse a la possibilité d’utiliser tous les services du secteur de l’aide à la jeunesse dont le suivi à domicile et le placement en institution. il s’agit de dossier Art. Mais n’estce pas le cas chaque fois que l’on veut parler « des jeunes ». « des femmes ». tant l’exécution des mesures que le suivi de l’aide contrainte sont organisés par le SPJ (service de protection judiciaire) et son directeur. uniquement accessible au jeune dit « délinquant » (Art. bref. il peut y avoir recours à une aide contrainte.28 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ de l’aide à la jeunesse – en l’occurrence le conseiller de l’aide à la jeunesse –. 38). sans dérive. ce que « ces jeunes » nous donnent à voir. Toujours. Elle peut consister en une aide sociale à domicile ou un placement en institution. L’aide contrainte judiciaire Il existe deux formes d’aide contrainte.4). il y aura des exemples contredisant la présentation générale.

une gêne persiste encore à l’écriture de ces lignes. par ce livre. il n’existe aucun moule. parfois. Mais quelque chose les transcende tous. autant rien que le fait de les définir risque. tournés vers la démonstration active de la souffrance intérieure. quand même. il n’y a donc pas un seul mode d’entrée en relation. de tout stigmatiser… Pour « ces jeunes ». D’autres. Les modes d’entrée en relation Selon ce qui vient d’être dit. masse qui fâche. comme partout. le repli sur soi. ce sont certaines constantes. « Être » semble. lançons-nous ! Et abordons « ces jeunes » de manière progressive. dès le premier abord. toutes ces précautions prises. Voilà. des capacités de mise en relation.DIFFICILES OU DIFFICILES À ÉDUQUER … 29 Autant il nous semble nécessaire de préciser de qui on parle. des expressions. voire parfois surdéveloppé. des comportements. s’expriment plus par le retrait. Et pourtant. c’est l’aspect perturbant de la présentation. c’est dit. mais « plus » : en caricature. si stigmatisation il y a quand même. dans un premier temps. de faire pire que bien ? Bref. d’autant plus explosifs. s’il est impossible de présenter « ces jeunes » sans un ton et un contenu quelque peu caricaturaux. Certains. Car. des attitudes. c’est qu’ils sont souvent la caricature de l’ado. À part quelques-uns. La démesure et l’imprévisibilité Ce qui frappe l’observateur. . a contrario. mais des comportements qui se retrouvent avec plus ou moins d’acuité chez chacun de ces jeunes. difficile à assumer. du contact. « ces jeunes ». Plus particulièrement. des discours. qui ont préservé. Comment se fondre dans la masse ? Masse qui cache et masse qui tache. sont expressifs. déjà. on se sent tout de suite dans le bain : c’est-à-dire dans la difficulté de la relation. très rares. ne risque-t-on pas. Ils sont comme tous les ados. en démesure. Ce que l’on repère. Avec des sursauts.

déjà. L’approche est manipulatoire (ce n’est pas un défaut. c’est une fonction – je ne critique pas. ils seraient probablement meilleurs dans le théâtre et le cinéma que dans les filières professionnelles toujours les mêmes… . Dans tous les cas. en tout cas pas seul. pour être certains de ne pas avoir à en endosser un autre ! Et ils choisissent souvent entre deux grands classiques : le défi actif (confrontation du regard) du coq et le défi passif (repli. c’est que le coq devient hérisson (et même lièvre tellement il détale vite) et que le hérisson devient coq (de combat) en moins de temps qu’il ne faut pour le penser. quoi. trop voyou. un poids que tu vas devoir porter ». Ils sont « trop » : trop pute. Mais leur normativité est de surface. « Je te cherche. « Rien ne me touche. Ça inquiète plus le quidam et ça rassure l’intéressé mal avec les autres et (surtout ?) mal avec luimême. trop triste. en l’imposant d’emblée. exagèrent certains traits. Sans qu’ils aient encore rien fait et rien dit : une pose. trop provocant… Si. le regard est démesuré. évitement) du hérisson. une dégaine. la première vue interpelle. trop méchant. je te provoque mais je te nie ». Souvent en groupe. au contraire. que dire alors du premier contact ? Ils entrent dans le jeu en choisissant leur rôle. trop sale. Cigarette au bec. Il faut que l’autre voie à qui il a à faire. Bien souvent. Et donc pour l’anticiper. trop malheureux. Mais ce qui complique la donne. Certains d’entre eux. « Je suis là et tu vas le sentir passer ».30 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ Fringues de marques. n’ont-ils qu’un ou deux jeux de ces armes de présentation massive. Comme tant d’ados. et on comprend déjà. Le plus souvent très normatif en apparence. tous ces « trop » étant autant de provocations au professionnel… Leurs attitudes prennent ensuite le relais. je constate que cela fait partie du jeu). « Je te regarde mais je ne te vois pas ». je souffre trop et de toute façon tu te planteras ». je suis un dur » ou « Ne tente pas de m’aider. Pas fort « prop’sur lui ». « Je suis lourd. De grands acteurs ! Ils ont « de la présence ».

naïf (et lui peut-être aussi). d’ailleurs. confinement dans le non-sens (absence de sens et non pas contre-sens) et dans la nonconstruction. Ce qui comporte des risques pour les intervenants. Et on sent mieux encore le malaise. contre-courant. les prises en charge psy. C’est pour le jeune une douleur et/ou un outil qu’il utilise quand cela lui sert. le personnage est en mouvement. tacite. la complexité. Jusqu’à l’adulte lui-même. statistiquement.DIFFICILES OU DIFFICILES À ÉDUQUER … 31 Look + contact + attitude : on sent de mieux en mieux l’impulsivité. On va crescendo. L’humeur est changeante. « Détruire » est difficile à supporter. à gérer. les programmes éducatifs. Comme. la structure. « ne pas construire » l’est tout autant. ou alors : inertie. Sans parler de la prise de produits divers. C’est démolir ce que l’adulte construit (avec ou sans l’assentiment. l’agressivité. qui exacerbe ce trait. Loin de là. les règles de vie. Et l’inertie n’est pas nécessairement plus facile à appréhender. Par exemple. Il y a des comportements qui ne feront jamais l’objet d’un PV. du jeune) : les relations. pour les équipes pédagogiques. imprévisible. le défi. à supporter. les programmes de détente. Et dès qu’ils bougent : ça remue ! Ça fait comme du courant. ou même siphon. etc. encore latentes. la provocation. un appel à l’aide lors d’un moment de violence tournée vers soi-même peut subitement et sans aucun préavis se transformer en violence sur l’autre. la vie communautaire. ou plutôt. On sent la méfiance et l’inadéquation. Et que dire de ces jeunes qui sont constam- . Même inerte (car il y en a aussi). Car l’imprévisibilité est une autre caractéristique. vide. les biens. très vite et très fort. un symptôme partagé. que la partie était gagnée. La composante « dépression » est très présente. de manière prévisible ou au contraire. Comportements violents. sélectivement ou systématiquement. dès le départ ou au dernier moment alors que l’on croyait. la difficulté de la prise en charge n’est pas proportionnelle à l’épaisseur du dossier judiciaire.

Ils sont convaincus – ou se convainquent – d’être les étendards d’une nouvelle génération qui serait en opposition totale et agressive avec les préceptes éducatifs et moraux du passé. en tout cas) de prise en charge : milieu éducatif fermé ou semi-ouvert. Mais aussi L’ADAPTATION. que nous représentons. il y a la soumission ou LA HAINE. généralement. LA LUTTE. il cherche à transformer le passé nul en un futur meilleur pour tous. Face à tout cela. LA RAGE. et parfois nos services sont au-delà de leurs possibilités ou flirtent avec leur seuil d’incompétence. le plus fort est libre de faire ce qu’il veut. Dans cette jungle. Il n’y a pas de meilleur recherché. soit structurellement soit en réponse aux comportements dérangeants du jeune lui-même. Ils ont LA HAINE. Certaines situations nécessiteraient d’autres formes (temporaires. Pas ici. Les adultes censés offrir et garantir la réponse aux besoins fondamentaux de l’être en construction – dès la naissance puis en fonction de son âge – ont rarement été bienveillants . sans tenir compte des besoins de l’autre. La loi y est celle du plus fort. Et ils ont généralement de quoi haïr. avoir la rage. L’ado en général a pour fonction de créer le conflit de génération et de valeur pour se construire mais. LA RAGE. où chacun sera respecté et libre. contre vents et marées. . Les discours Ils sont convaincus – ou se convainquent – de vivre dans une JUNGLE. si ce n’est pour soi-même. alors que les portes sont ouvertes ? Tous ces comportements peuvent prendre des proportions inquiétantes. des formules non institutionnelles adaptées aux situations particulières. ce que nombre de phénomènes sociétaux leur prouvent.32 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ ment en révolte et en confrontation mais qui restent. voire d’autres outils à construire. milieu psychiatrique fermé ou semi-ouvert.

elle est virée de plusieurs écoles. comme si elles faisaient schéma : on se sent protégé puisque c’est ce que l’on connaît. Pire. Mais rares aussi sont aussi les ciels vraiment bleus. les contrats de stage ne marchent jamais. Pour eux. Tout le monde connaît la célèbre phrase de Taylor : « the right man in the right place » (la bonne personne au bon endroit). ou presque. les IMP n’acceptent pas la prise en charge. ou plus explicite : j’ai LA HAINE parce que… Un travail est alors possible. Les parcours sont chaotiques et riches en rebondissements. Il est en rupture avec chacun de ses parents. etc. Pour conclure. les ruptures. Mais il faut généralement que la relation de confiance soit déjà bien solide. elle a tout bousillé. Et ratées. Mais il faudra souvent qu’il joue au Tarzan des temps modernes jusqu’à se casser la gueule pour comprendre que. . en pannes. répétées et répétitives. C’est une des premières choses que l’on constate ou que l’on nous dit lorsque le jeune nous est présenté. sous nos discours et nos attitudes. il y avait un sens. ce serait plutôt : « never there where he/she should be » (jamais là où il/elle devrait être). quelques jeunes se confient plus. il n’est pas en ordre de mutuelle/allocation familiale/carte d’identité /domicile/vaccination/soins divers. en chutes. et on le répète donc. il a été renvoyé de l’institution X. Le discours devient alors plus nuancé. les sphères d’enracinement social. en virages. la psychiatrie n’en veut pas/plus. comme pour se rassurer. Très rares sont les situations qui éclatent sans prévenir. Ceci sans jugement de valeur : comme un constat. tel un éclair dans un ciel bleu. Les ruptures et échecs à répétition Beaucoup de choses ont été tentées dans le passé de ces ados. C’est la rupture dans toute sa splendeur et dans toutes. Le background est donc chargé et très complexe. sinon ils ne seraient pas arrivés chez nous. voire une lapalissade.DIFFICILES OU DIFFICILES À ÉDUQUER … 33 Au-delà de ce discours presque omniprésent.

de rejets avec tout ou partie de la famille. La majorité de ces jeunes nous sont confiés parce qu’ils ne font plus rien. assouplir nos modes de prise en charge. on ouvre à la paix possible. on fait émerger des nouvelles pistes (souvent préexistantes mais qui n’avaient pu émerger auparavant). cet axe familial ne peut pas être travaillé autant qu’on le voudrait. atteint les sphères scolaire et professionnelle. le retard important. rien d’achevé ou même de réellement commencé… Il faut d’abord reconstituer le chemin parcouru. . il demande rigueur et souplesse. Et puis chercher l’établissement le plus adapté ou le patron. qu’ils sont hors circuit. par ailleurs. Le décrochage scolaire (temporaire ou massif) bouscule le cadre. on parvient à ré-enclencher ce qui paraissait totalement et définitivement débranché. débauche de moyens (humains. un peu fou. l’axe familial est travaillé en priorité dans la plupart de nos services. parfois. on met des mots. Mais comme on arrive souvent une guerre en retard. La situation a tellement pourri. Le temps. Parce qu’il est fondamental pour la construction d’identité. directe ou élargie. que des jeunes se retrouvent RÉELLEMENT seuls.34 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ La première sphère avec laquelle il y a rupture est la sphère familiale. les possibilités. confrontation. toujours le temps. La rupture. comme l’intérêt et l’envie d’ailleurs. que la rupture est totale. On en trouve presque toujours. si possible. de nombreux établissements scolaires visités. à peine dedans ou mal embarqués. qui tentera de relancer le jeune dans un projet professionnel et qui. Le niveau scolaire est en moyenne très faible. avec l’aide de tiers (Centre PMS). Évaluer. nous adapter. on permet l’ouverture à un avenir. Il n’y a aucune recette. On clarifie. nous devons développer notre créativité. Leur histoire à tous est jalonnée de plus ou moins d’échecs. voire impressionnant : des années de galère scolaire. on trace des lignes. tiendra le coup ! Face à ce symptôme caractéristique du décrochage scolaire. inventivité.

J’avais écrit dans l’intro : perturbant. Le jeune a déjà fait l’objet de mesures antérieures. de domicile. de protection sociale. Ou bien ses dossiers sont en ordre. recherche d’adaptation réciproque du jeune (qui a bien compris les limites du système) et de l’institution (qui est le dernier pion du système). d’allocations familiales. il n’a plus de contact avec la personne qui ouvre le droit aux allocations familiales…). mais sans lien avec la réalité (le domicile est celui d’une personne avec laquelle le jeune est en rupture. dérangeant. on bricole. le combattant. Ceci sans compter sur les inscolarisables. Pas ou plus de carte d’identité. plus souvent qu’on ne le pense. In fine. psychiatrie). provoquant. soit après avoir fait le tour de tout ce qui existe (réellement ou lors des demandes d’accueil) et s’être vu refuser partout. que le jeune soit en « rupture administrative ». Le milieu institutionnel lui-même représente une troisième sphère avec laquelle la rupture est souvent consommée. *** . Ils arrivent chez nous soit parce que les actes posés nécessitent une équipe renforcée et un projet adapté. et qu’il est impossible de les intégrer dans une autre structure de l’aide à la jeunesse. inquiétant. parfois nombreuses. Il arrive. Cela existe ! Mais on ne peut pas « faire école ». en plus. le révolté. j’ajouterais : le sans-place. de réseau). le dys-affectif. avec le plus d’ingéniosité possible.DIFFICILES OU DIFFICILES À ÉDUQUER … 35 financiers. Certains connaissent même mieux que les travailleurs le secteur de l’aide à la jeunesse et les secteurs proches (IMP.

— P. : Salut. Et je me suis retrouvé dehors. c’était une récidive. tu seras à la source ! *** . je suis sorti la semaine dernière. Il n’y avait plus de place dans aucun centre. (interloqué) : Viré d’un centre fermé ? — A. (triomphant) : J’ai frappé un éduc. (soucieux) : On m’avait dit que tu en avais pour plusieurs mois. alors il m’a donné des heures de travaux à faire. (ricanant) : Dans un home pour personnes âgées. (désarçonné) : Où vas-tu ? — A. cet arrachage. (de plus en plus souriant) : Non ! Je me suis fait virer ! — P. Je commence lundi prochain.36 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ Ineptie (Fiction) Luc MORMONT – Vent Debout Deux adolescents se rencontrent dans un parc : — P. T’avais pas blessé la vieille ? — A. (souverain) : Ce bouffon ? Il m’a engueulé. Ils m’ont dit que c’était un cas d’exclusion. (souriant) : Oui. (mi-figue mi-raisin) : Génial ! Comme ça. et mon juge m’a placé dans un centre fermé. : T’es revenu en ville ? — A. Je suis trop violent… Je passe à l’acte. — P. comme ils disent. — P. Il m’a menacé d’une mesure plus grave. man. — P. elle a bien morflé… Mais en fait. (toujours souriant) : Si. : Salut. Je suis entré là il y a deux mois… — P. (perplexe) : Et ton juge ? — A. — A. (curieux) : Et tu es déjà en sortie autorisée ? — A. — P.

froide. même pour les professionnels du secteur.DIFFICILES OU DIFFICILES À ÉDUQUER … 37 Profil d’adolescents de l’extrême. le service est devenu un CAS depuis le 1er janvier 2002. âgés de 15 à 18 ans. CAS pour garçons Jean-Christophe SCHOREELS – Le Foyer retrouvé Le Foyer retrouvé a été créé en 1946 pour accueillir les orphelins de guerre. pionner dans le cadre du travail avec des adolescents difficiles (tout comme la Bastide blanche. Mais ils existent. En effet. leur cumul et leur intensité. à moins d’une immersion prolongée dans notre quotidien. Cette nouvelle appellation n’est en fait que la reconnaissance officielle d’une expérience vieille de 15 ans. ces « affreux jojos ». Le Foyer retrouvé. de se rendre réellement compte de ce qu’est le travail de terrain avec ce type d’adolescents. ceux dont plus personne ne veut entendre parler ne représentent qu’un infime pourcentage de la population de l’aide à la jeunesse. Elle est pourtant indispensable dans la mesure où il est des plus malaisé. La capacité initiale de 45 lits s’est réduite au fil du temps. technique. de par leur ampleur. conventionné pour ce type de prises en charge. depuis le 1er février 1988. La maison accueille actuellement 15 garçons. L’intervention du Foyer retrouvé est généralement consécutive à l’interaction d’un ensemble de caractéristiques qui. nous les rencontrons. voire dure et implacable. le Toboggan et la Maison heureuse). Suite à la réforme du secteur de l’aide à la jeunesse. le Foyer retrouvé était. Ces « durs des durs ». La mission débute par une période d’hébergement pouvant déboucher sur un suivi extérieur soit en logement supervisé soit en famille. contribuent à rendre « lourde » la prise en charge de ce type d’adolescents. nous avons appris à les connaître et ils méritent que nous leur tendions la main… . La description qui suit peut paraître méthodique.

Les actes sont de nature variée et diversifiée.4). soit les victimes n’ont pas porté plainte. de se procurer de l’argent. consommation et vente de drogues. réalise des coups en vue d’en retirer des bénéfices. trafics de stupéfiants. la délinquance « cachée » est considérable chez les mineurs d’âge. La visibilité de leurs actes est moindre. Cette notion nécessiterait une analyse plus complète et fouillée). faux et usages de faux…) Il nous arrive de compter parmi notre population des auteurs de meurtres ou d’assassinats. suite à la survenance de faits qualifiés infractions (36. De façon schématique (la délinquance juvénile ne se réduit pas à cette simple dualité. Sur le terrain. qui tend à s’enraciner de plus en plus profondément au fil du temps. détentions illégales d’armes. viols. Le jeune a commis un ou plusieurs faits répréhensibles mais soit il ne s’est pas fait prendre. force est de constater que le phénomène est bien présent.38 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ 1. Une délinquance récurrente d’une certaine ampleur Les jeunes n’ayant jamais commis de faits délictueux sont l’exception. vols dans les magasins. coups et blessures volontaires et involontaires. Plus encore que pour les majeurs. vols dans des propriétés privées. Une majorité de nos pensionnaires (60 à 70 %) sont placés par les juges de la jeunesse sur base d’un dossier ouvert par le parquet. attentats à la pudeur. Ils embrassent la quasi-globalité du champ des infractions pénales (vols simples. Une délinquance « classique » : le mineur enfreint la loi. incendies volontaires. la nature des faits délictueux accomplis par les jeunes se rattache à deux types de délinquance. soit il n’a pas fait l’objet de poursuite devant le tribunal de la jeunesse. Ce qui contribue à renforcer un sentiment d’impunité bien ancré. . En théorie. dégradations et destructions de biens. vols de voitures. les prises en charge en provenance des services d’aide à la jeunesse (SAJ : 10 à 15 % de la population) et des services de protection judiciaire (SPJ : 20 à 25 % de la population) sont exemptes de la composante « délinquance ».

il adopte un mode relationnel proche de l’adulte. Un comportement destructuré Les jeunes placés dans notre établissement sont mal dans leur peau et dans leur tête. Le « délinquant classique » va être l’auteur de cambriolages. À un moment donné. Le « non ». Cette prise en charge est nettement plus lourde que la première. sans s’en rendre compte. Autant de traductions d’un équilibre psychologique passablement perturbé. des passages à l’acte (certains jeunes représentent de réels dangers) ou encore des attitudes de repli.DIFFICILES OU DIFFICILES À ÉDUQUER … 39 Il prend des risques mais le jeu en vaut la chandelle. ce jeune ne pose généralement guère de problèmes comportementaux. Une délinquance « pulsionnelle » : le jeune enfreint la loi involontairement. Certains traits psychologiques (voir J. Pinatel) se rencontrent plus que d’autres : Une agressivité verbale et physique : l’adulte étant généralement considéré comme un agresseur. il s’agit d’une gestion permanente qui nécessite une dépense d’énergie considérable. Assez mature. de braquages. De là sont induits des sentiments de rejet. de vols de voitures. de ne pas être reconnu… qu’ils expriment par des comportements agressifs et violents. Depuis la naissance. il réagit impulsivement à une frustration. l’attente… engendrent des frustrations qui se tra- . l’autorité. La délinquance est ici la conséquence de troubles d’ordre comportemental. Échecs et ruptures ont trop souvent fait partie de leur quotidien. de ne pas exister. de dégradations et destructions de biens… 2. de faux et usages de faux… Le « délinquant pulsionnel » sera à l’origine de coups et blessures. L’axe de travail majeur consiste à tenter d’enrayer le phénomène délinquant. Jusqu’à dix-huit ans (à l’exception du dessaisissement). il sait qu’il ne s’expose pas à grand-chose. ils n’ont jamais connu la stabilité. il convient de l’aborder de cette façon. sans recherche de profits. à un refus ou à l’autorité. En institution.

qu’en réponse à cet « étiquetage ». Les garçons ont déjà vécu tellement de choses dans leur vie que presque plus rien ne semble les toucher. amphétamines. . cocaïne. fortement renforcée par le processus de stigmatisation dont ils sont victimes. Rares sont les jeunes qui ne fument pas de joints. L’égocentrisme. d’où le phénomène de sous-cultures délinquantes où ils ont un statut et où ils sont reconnus. La labilité. À des degrés variables et en fonction des situations. etc. 3. L’indifférence affective. on peut rencontrer un usage de drogues dures (LSD. on remarque chez nos résidents un important déficit social et éducatif. il est banal de comparaître devant le Juge de la jeunesse. Dans leur esprit. le jeune représente non seulement un danger pour lui-même mais également pour son entourage immédiat. Nombre de jeunes n’entrevoient la relation avec autrui qu’en termes de rapports de force. héroïne. par exemple. Comportements déviants ou conduites à risques Par une série de conduites à risques ou autres comportements déviants régulièrement présents. La consommation de produits psychotropes. à savoir. À cela s’ajoute le phénomène de déviance secondaire.40 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ duisent par une agressivité verbale. Le Sassi. d’être arrêté ou encore de passer une nuit au poste de police. Beaucoup vivent au jour le jour sans penser au lendemain. c’est-à-dire la tendance à vouloir toujours tout rapporter à leur personne.). ils se comportent conformément à l’image que l’on donne d’eux. de médicaments. De manière générale (faute de pouvoir entrer dans de plus amples détails). le pouvoir est détenu par le plus fort physiquement. le sentiment qu’ils n’ont pas leur place dans notre société. voire physique. Ils ne se soucient pas de l’avenir et ne saisissent pas les conséquences que peut avoir un acte présent. de colles et de détachants. Pour eux. provoque des ravages épouvantables. Le sentiment de culpabilité est minime. Nos jeunes ont une vision négative d’euxmêmes.

Il est momentanément ou définitivement impossible pour eux de vivre avec les leurs. Celle-ci peut présenter de multiples dimensions et significations. seule et dépassée par la problématique de son fils et de l’autre. il vide le contenu en un minimum de temps. Les risques de passage à l’acte sont réels.DIFFICILES OU DIFFICILES À ÉDUQUER … 41 La consommation de boissons alcoolisées. par un papa absent. Certains jeunes sont de véritables spécialistes de la fugue. Le schéma de base de la cellule familiale se caractérise. produisent un cocktail explosif. pour la plupart. il fume joint sur joint tant qu’il a de la matière à sa disposition. La fréquence et la régularité sont moindres que pour les joints mais l’intensité est généralement considérable. S’il dispose d’une barrette de shit. Ils errent et « glandent » à longueur de journées. Les automutilations. appels à l’aide de jeunes en sérieuse détresse. des plaies à l’aide d’objets divers. Il s’agit majoritairement de tentatives de suicide. des luxations. l’« absence de conduites » est également remarquable dans certaines situations. Enfin. 4. par une maman paumée. Les tentatives de suicide et les suicides. Il convient de distinguer la véritable fugue (souvent de longue durée) de l’escapade temporaire. d’un côté. On peut remarquer chez certains mineurs des traces de mutilations volontaires telles que des brûlures. tant les difficultés sont multiples. en rupture avec leur milieu familial. des morsures. Le retour est un moment crucial auquel il faut apporter la plus grande attention. lorsqu’elles sont combinées. Rupture avec le milieu familial Nos pensionnaires sont. tatouages ou piercing sauvages… Les fugues. Tout ce qui est proposé pour rompre une vie vide de sens est systématiquement rejeté. . Nous côtoyons des jeunes au potentiel d’inertie hallucinant. des fractures. Ces différentes « substances ». S’il a en mains une bouteille d’alcool (souvent liée à un vol). Le jeune en fait rarement un usage raisonnable. Les suicides sont plus rares mais les risques sont réels dans certaines situations.

Jusqu’à l’abrogation de l’article 53 de la loi de 1965 sur la protection de la jeunesse (possibilité pour le juge de la jeunesse de placer un jeune de plus de 14 ans en prison pour une durée de 15 jours) en 2002. Leurs parents sont décédés. instituts médico-pédagogique (IMP). toutes sections confondues (premier accueil. Le rôle du père dans le processus de développement et de maturation d’un enfant est essentiel. Les adolescents ont transité par les différentes formes institutionnelles existantes : services résidentiels traditionnels. hospitalisation. il contribue à apporter à tout jeune les structures indispensables à sa bonne évolution. Pour certains. SOORF à Fraipont). disparus. centres d’accueil d’urgence (CAU)… On remarque en outre un ou plusieurs passages (ce qui est plus souvent le cas) en IPPJ. Bien souvent. centres de premier accueil. . le cap de la dixième institution est allègrement franchi. 5. voire plusieurs séjours en milieu carcéral. A présent. Les jeunes qui nous arrivent ont connu plusieurs placements antérieurs. nous prenions en charge des jeunes ayant connu un. il s’agit de l’ultime action éducative envisagée avant le renoncement. y compris des séjours prolongés en section fermée (Braine-le-Château. Un passé institutionnel chargé Une orientation vers le Foyer retrouvé est rarement une première mesure d’hébergement hors du milieu familial prise par l’instance de décision. un passage par le centre fédéral fermé d’Everberg peut faire partie du parcours antérieur du mineur d’âge. déchus de leurs droits. éducation). parfois inconnus ou ils se désintéressent totalement de l’existence de leur progéniture. orientation. Il est incontestable que nombre de situations ne se seraient pas détériorées à ce point si le papa avait pleinement assumé la fonction paternelle. Symbole d’autorité et d’instance d’interdiction.42 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ Certains garçons n’ont plus aucune attache familiale. Une carence paternelle durant l’enfance peut être la cause de dysfonctionnements au moment de l’adolescence.

Pour une minorité. Décrochage social et administratif Nos jeunes sont marginalisés. Même chose du point de vue administratif. Les difficultés pour se situer dans l’espace et dans le temps sont réelles. Le quotient intellectuel se situe souvent en dessous de la moyenne. Cela peut bien se passer pendant des mois et puis du jour au lendemain tout s’écroule. Caractère imprévisible de l’évolution L’évolution de nos pensionnaires est souvent imprévisible. les renvois et les années ratées sont légion. a priori sans importance. ni de mutuelle. une tentative de suicide ou encore une surconsommation de drogue. patro. loisirs. ne sont pas à négliger en terme de construction et de quête d’identité. nous pouvons être amenés à gérer une crise de violence. à tout instant. 7. Ces aspects purement matériels. Ils ne sont intégrés à rien : clubs sportifs. ni d’allocations familiales. nous nous .DIFFICILES OU DIFFICILES À ÉDUQUER … 43 6. on peut même estimer qu’ils sont inscolarisables. Retard pédagogique important Le parcours scolaire de nos résidents est particulièrement chahuté. 8. Certains sont même sans domicile. Quand ils entrent au Foyer. ils ne sont en ordre ni de carte d’identité. scouts… dont ils ont été exclus. Les capacités d’apprentissage sont faibles. De même. Ils sont pratiquement tous déscolarisés lorsqu’ils nous arrivent. Ils se trouvent en dehors de pratiquement toutes les sphères sociales. À tout moment. nous pouvons être avertis que plusieurs de nos résidents ont commis une infraction. Les changements d’établissement. Rares sont ceux qui suivent l’enseignement traditionnel et qui se trouvent à niveau. Une lecture brute de ce profil « d’adolescents de l’extrême » peut induire chez le lecteur le sentiment que toute action éducative est illusoire et immanquablement vouée à l’échec. Vous nous direz alors: « À quoi bon s’évertuer à récupérer l’irrécupérable! » Pour notre part.

Jules est un peu de ceux-là. nous ne pouvons faire pousser des roses. une grande majorité d’adultes qui gardent de leur passage chez nous le souvenir d’une étape importante de leur vie.44 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ refusons à jeter l’éponge. Maman m’oublie. Si nous regardons dans notre rétroviseur. Car. Mais il y a de si beaux pissenlits. derrière ces jeunes qui dérangent et qui font peur. *** Jeu de l’oie. il est indispensable de mettre en œuvre une pédagogie adaptée. . jeu de lois (Fiction) Myriame SOREL et Thérèse RICHE – Altitude 500 – L’Orée Souvent. nous croyons pouvoir dire que nous n’avons pas perdu notre temps. Une de nos missions consiste à les déceler et à aider les jeunes à les exploiter de façon positive. Certains venus d’horizons différents ont créé des liens solides à partir de leur vécu commun. il nous est demandé d’évaluer notre travail. à six mois. Nous aimons notre travail et sommes loin d’être démotivés. je suis amené par une assistante sociale à la pouponnière. alternative et individualisée à CHAQUE situation prise en charge. il y eut des échecs. nous sommes heureux de compter parmi les anciens. D’autres nous ont épatés. Après plus de 25 années dans l’institution. un peu de chacun d’eux… Jules… Je suis né le vendredi 28 novembre 1980. Si notre action éducative veut être efficiente. Bien sûr. Nous disons souvent que si nous avons des graines de pissenlits. Certains nous ont déçus. Ma maman souffre d’un coup de déprime et. se cachent des potentialités non explorées qui leur permettront de se faire une place au sein de la société.

Ma maman m’inscrit en première primaire. Ils ont fait une enquête. en route pour la petite maison familiale. Vu votre souhait de reprendre contact avec vos enfants. Je vais y passer trois ans. Je balbutie. Je suis autorisé à rentrer chez ma mère. Et toutes les grandes vacances. Elle va beaucoup mieux. Elle a repris contact avec mes trois sœurs placées en institution. nous souhaitons vous rencontrer pour éclaircir votre demande de revoir Jules. Demain. Mes sœurs restent en institution. Je ne fais guère d’efforts. Je découvre petit à petit mon environnement. Elle ne comprend pas pourquoi autant de temps s’est écoulé sans avoir de mes nouvelles. . Le calendrier a dit que j’allais avoir deux ans. Il paraît… Mai 1985 – Extrait d’une lettre de l’assistante sociale à la maman de Jules : … Je me permets de prendre contact avec vous afin de vous signaler que votre fils Jules se trouve chez nous depuis le 29 novembre 1982. Et des congés scolaires. Je veux tout pour moi. Elle a un nouveau copain. C’est un peu comme l’école gardienne.DIFFICILES OU DIFFICILES À ÉDUQUER … 45 Je reçois une première visite pour mon premier anniversaire. D’abord certains week-ends. Voilà. Je me montre agressif avec les autres enfants. Je marche. Mon éducatrice s’occupe de moi à merveille. Je me plais bien. J’ai douze autres copains et copines. L’école est dans notre rue. Je ne reste pas en place deux minutes. je suis replacé en famille. L’assistante sociale a fait des démarches et coucou revoilà ma maman. Je vais devoir déménager. Les contacts avec maman ne sont pas autorisés. Il paraît que je ne suis pas facile à gérer.

Jules est impoli .Jules vole à la cantine . Il me frappe. une maison pour ceux à qui il manque une case. Maman lui dit que je suis très difficile.Jules fume en cachette . Les institutrices trouvent que je ne suis pas en bonne santé.Jules embête les autres (vole les objets. Elle est enceinte de trois mois et elle préfère que je retourne dans la maison familiale.punitions non rendues . les casse…) . . Je ne peux pas continuer à l’école… Extrait d’un rapport de l’école : .Jules mange pendant les cours .Jules n’accepte pas les remarques . je suis admis dans un IMP. Pas de place avant la fin de l’année scolaire. en date du 15 décembre 1987. Il faudra trouver une autre solution. Quand elle vient. analysent le comportement de Jules et constatent avec regret que son contrat n’est pas du tout respecté.utilisation de projectiles . Il prend la décision unanime de prononcer le renvoi définitif de Jules pour préserver la réputation de l’école. Il propose de me laisser à la garderie. Le médecin constate des coups et informe l’AS du PMS. Le PMS et l’institutrice de l’école ont dit que j’étais un type 8 ! Il paraît qu’il y a des écoles spéciales pour ça.devoirs et travaux non faits .Jules n’a jamais son équipement .46 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ Le copain de maman me trouve trop difficile. C’est la dame qui visite les familles.Jules n’a pas envie de travailler . Comme j’ai 7 ans.racket Le conseil de classe et la direction. C’est une sorte d’institut : une école avec un internat.

Léona ma nouvelle compagne qui se réjouit de devenir ta nouvelle maman. a rangé sa chambre sans rouspéter. il a aidé à la vaisselle sans qu’on lui demande. Il paraît qu’ils ont dû beaucoup enquêter. . Jules se montre preneur de beaucoup d’activités. Comme pour toi le temps m’a paru long sans avoir de tes nouvelles. Mais les démarches ne sont pas simples : je ne porte pas son nom. j’ai fait des recherches qui n’ont pas abouti et je me suis découragé. Il vient de refaire sa vie. il nous sera possible de t’accueillir et tu pourras même loger une nuit… À très bientôt. Avec sa compagne. beaucoup d’activités. Je suis impatient de te voir et de te connaître mais je dois t’avouer que depuis notre premier contact le 19 mars 1988. ton papa qui t’aime beaucoup. Ils ne sont pas opposés à me rencontrer. Malgré tout il est temps de penser à des sorties de w-e car il ne peut être envisagé de rester tout le temps dans l’institut. Lettre du père de Jules à son fils : Mon gamin. Ça prend beaucoup de temps. beaucoup de choses ont changé.DIFFICILES OU DIFFICILES À ÉDUQUER … 47 Les débuts se passent bien : nouveaux copains. éducateurs sympas. a proposé d’aller au terrain de foot avec les autres. Je pense qu’au moins une fois par mois. Le soir il va en chambre sans problème et écoute sa musique calmement. Pas de retours en famille. il n’habite pas tout près. est tombée enceinte et a du mal à s’acclimater en Belgique. Extrait du « cahier de soirée » : Samedi 13 décembre 1987 Au cours de l’après-midi. Discussion avec Jules : « Oui je te jure mon père s’est cassé en Espagne. ils sont revenus en Belgique. » J’ai fait des démarches au consulat de Belgique à Tenerife car Jules me dit que son père est parti vivre là… Mon père est retrouvé.

son référent. il est grand temps de faire le point sur ta situation qui pose de plus en plus de problèmes aux personnes qui vivent avec toi. . lui. Il paraît que je suis aussi voleur que ma mère et on a peur que je ne contamine le futur bébé. Elle est d’accord de me reprendre un week-end par mois. Elle a eu deux autres enfants et elle a changé de compagnon. Alors. je retourne chez elle à la place de chez mon père. le directeur de l’IMP. Ce serait le positionner encore plus comme un objet sur lequel l’adulte a du pouvoir. Lui imposer des retours plus fréquents en famille ne ferait qu’accentuer les troubles déjà relevés consécutifs à un vécu trop lourd et sur lequel l’adolescent n’a eu que trop peu de prises.48 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ On fait de nouveau appel à ma maman. il lui faut longtemps quand le cadre de référence se modifie pour qu’il y trouve sa place et tout nouvel effort d’adaptation requiert une « dépense d’énergie psychique » qui hypothèque son insertion. on fait aussi appel à ma grand-mère qui avait repris contact une fois que j’étais chez lui. une stagiaire et Jules : La conseillère: Jules. Extrait du rapport du psychologue : Jules a du mal à s’adapter . Ça ne dure pas très longtemps. j’ai signé mon ticket de sortie. Tenté par 125 euros dans le sac de ma grand-mère. Jules : Moi. la déléguée. le titulaire de sa classe. l’IMP ne peut plus me garder. Un week-end par mois. sa grand-mère. je trouve que ça va bien. comme ma famille ne collabore pas. Comme on manque de pistes pour le week-end. Mon père. On ne souhaite plus me recevoir. Toutes ces aventures me rendent de plus en plus difficile. Il paraît que je deviens ingérable. le psy de l’IMP. n’est pas disponible. Extrait de la réunion de synthèse : Présents : la conseillère.

Le référent: Jules me dit souvent que l’endroit où il se sentait le mieux c’était à la maison familiale. J’ai pas fait ça : je ne connais même pas ce mot-là. ce qui pour toi nous pose problème. Coup de téléphone de la déléguée au centre d’accueil d’urgence (CAU) Ordonnance de placement 9 février 1994 — Déléguée : Avez-vous une place pour un gamin de 13 ans ? — CAU : Oui.DIFFICILES OU DIFFICILES À ÉDUQUER … 49 Le directeur : Tu dois savoir que dans notre institution tous les pensionnaires doivent retourner au moins deux week-ends par mois en famille. Momentanément. Jules : De toute façon. je n’ose plus le laisser tout seul. je suis redevenu le vilain canard. vous n’en avez rien à cirer de moi. J’y suis réadmis. Mais voilà. Le mardi 8 février 1994. Pour qu’ils décident si on me garde ou pas. la chambre dans laquelle je dormais quand j’étais petit. Ne pourrait-on pas envisager de les contacter pour savoir si un nouvel accueil de Jules serait possible? La déléguée : Si Madame la conseillère est d’accord je veux bien les contacter pour savoir s’il y a de la place. Je retrouve la cuisinière qui me gâtait. On a dit qu’une solution plus familiale me conviendrait mieux. Pour leur permettre un temps de réflexion. son père n’en veut plus car il y a Roberto qui ne passe pas encore ses nuits . Je dois quitter l’institution au plus vite. je ne sais plus de chemins avec Jules. Tout baigne. je suis accusé d’attouchements sur les plus jeunes. J’ai besoin d’être entouré dans un milieu plus stable et chaleureux. il y a une place à la maison familiale. moi. . La grand-mère : En tout cas. il fume et depuis qu’il a volé. pour moi ce n’est plus possible de le reprendre . Coup de bol.

Moi. Il faut que j’aille me présenter. Il y a des gens qui viennent voir si tout va bien. Et de m’accueillir à nouveau si un service d’aide en famille me suit. Moi. Le juge décide de m’expédier en IPPJ. Il paraît que c’est bien. ils ont rien dit. Ça veut dire qu’on peut rester dans sa maison. je suis amené au cabinet du juge de la jeunesse. Si ça tombe.50 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ Je suis placé en CAU. Des contacts sont alors pris avec Beauplateau. C’est cool. au terme desquels mon admission sera renégociée à la maison familiale. Je ne vois pas dans quelle langue ils veulent que je parle. on a des activités. un soir. je ne veux pas y retourner : je suis accusé à tort. En fait. Le CAU contacte ma famille. D’abord. Je ne veux plus en entendre parler. On m’a menotté. service éducation. Ma famille est à nouveau contactée mais je refuse de les voir. Je vais me tailler. Je suis placé en COE. pour deux ans. C’est comme les vacances. Ma grand-mère accepte de reprendre contact avec eux. je suis là pour 20 jours. Ça pue l’entourloupe. Je suis inscrit en accueil. c’est chez ma grand-mère. On ne doit pas aller à l’école. Je suis prolongé pour 20 jours. Mais il paraît qu’il faut que j’aie un projet ! . Je vais dans une école professionnelle tout près de chez ma grandmère. Mais on ne peut pas le dire. Avec ma bande de potes. un CAS-PPP. Mais je suis pas assez con pour me faire piéger. Ils me cassent la tête. c’est la prison. On emprunte une voiture chez les voisins et on se fait caler par la gendarmerie. J’ai la rage… Après l’audition. Ils vont pas me faire chier longtemps. Ils me disent que mes copains ont tout avoué. on décide de se faire la malle.

je suis inscrit en mécanique. il faut déjà trouver un stage. Au mois de janvier. Même si le projet met plus de temps à se concrétiser. Je suis inscrit en aide aux collectivités de personnes. les cours ne sont pas bien donnés. Je deviens enfin « élève libre. Les cours ne correspondent pas à ce que je croyais. Fin septembre. Je voudrais m’occuper des autres. Il faudrait que je m’abstienne de suggérer mes idées. C’est ça qui me démotive. » Début septembre. J’aimerais mieux boulangerie. Avec mon référent. plus que Jules. À l’analyse. Je sèche les cours. c’est peut-être moi qui ai induit l’idée de la boulangerie. J’ai atteint les 30 demi-jours d’absence. il faut à tout prix que ce soit Jules qui bouge… J’abandonne l’école. En octobre. je fais encore un nouveau projet. C’est pas raisonnable vu mon manque de formation. Et Jules. tout content de ne plus devoir réfléchir. qui avait besoin d’un nouveau projet. Je me rappelais un ancien qui avait mordu à ce projet.DIFFICILES OU DIFFICILES À ÉDUQUER … 51 Mon projet est le suivant : « Pouvoir reprendre l’école en mécanique à temps plein et me préparer à vivre en kot. Il n’y a pas assez de pratique et quand il y en a. Un mois de farniente. je me rends compte que ce n’est pas ce que je veux faire. lors d’une discussion : À la réflexion. Réflexions de l’éducateur référent. je suis inscrit en boulangerie. je me suis demandé si ce n’est pas moi. est monté dans mon train. » Il n’est même plus utile de fréquenter l’école trop souvent… .

j’essaie de construire le projet. Comme l’école ne me trouve pas de stage. Je tiens le coup ! Pendant plusieurs mois. Et si c’était moi. Je corresponds avec l’institution qui va m’accueillir. au visa. Je n’y arriverai jamais. Il faut dire que les adultes autour de moi m’ouvrent des portes. . on ne m’en demande pas trop. au passeport. Mon éducateur m’en trouve un autre. je suis obligé. Je suis entouré. la journée. Enfin je vais pouvoir faire la vente. J’ai envie de rêver. qui décidais ? D’autres jeunes du home l’ont fait. Jamais je n’aurais pensé cela possible. Partir… Et pourquoi pas l’Afrique ? Tout se bouscule : pour y faire quoi ? avec qui ? combien de temps ? combien ça va coûter ? qui pourrait m’accueillir ? Je prends contact avec une institution au Burkina Faso.52 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ J’ai seize ans. cette fois-ci. Ça me paraît trop beau. Deux jours de cours par semaine. Tout le monde me parle d’Afrique ! Ça me casse la tête ! En même temps. Je ne peux pas me payer la gêne. Une réunion de mise au point est prévue chez mon juge. Je suis dans les conditions pour m’inscrire au CEFA. J’ai un petit boulot. avec les adultes. Ça coûte cher. Il me faut penser aux vaccins. Je commence vachement à paniquer. Découragement. je l’abandonne. Ça n’a pas duré. de quitter les institutions. de participer aux activités de l’institution. Ça me convient. C’est génial… L’argent n’arrive pas assez vite. Mon projet se construit. Il paraît qu’une évaluation sérieuse de mon projet s’impose. Le 3 novembre. Les démarches s’enclenchent pour mon billet d’avion. avec mon délégué. je ne me sens plus capable de reculer. Et puis.

8 heures plus tard. ma trouille. Je suis à Ouagadougou. Je ne veux pas de prolongation. responsable de moi-même. Ils parlent français. Je garde des contacts avec l’institution et les éducateurs prennent contacts entre eux également. pas trop cher. Mais je ne peux pas craquer. Je vole. C’est pour m’acheter ma consommation d’herbe. mais je voudrais les voir partir plus vite. Ma grande aventure commence. Il vient me chercher. mon éducatrice et ma responsable de groupe sont là. J’ai envie de faire demi-tour.DIFFICILES OU DIFFICILES À ÉDUQUER … 53 Voilà. Je ne sais pas quoi dire. Je suis dans le hall de Zaventem. J’ai été m’inscrire à l’agence d’intérim. Un homme m’interpelle. Avec mon éducatrice. Je vais me retrouver seul avec mon défi. J’en garderai les détails pour moi… Trois mois. Je suis. J’ai fait ce qu’il fallait pour m’inscrire au CPAS et avoir mon revenu d’intégration. Mes sacs. Tout des Noirs. Retour dans le froid. Début février. dans son immeuble. J’ai trouvé un kot par le biais d’un ancien du home. J’habite à Bruxelles. . Je suis content. J’angoisse. La solitude me pèse. Ça y est. J’ai besoin de me sentir exalté et je ne veux en aucun cas perdre la face. Je veux voler de mes propres ailes. J’ai dix-huit ans. on me recherche un kot. seul. Les temps sont durs. mais pas le même que nous. C’est Ousmane. 38°. déjà. Il est éducateur à Orodara.

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ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ

Je rencontre des Africains et on se lance dans un groupe de musique et d’animation. Ça me motive. Je m’investis dans le groupe. L’an prochain, je participe à un projet au Burkina. Enfin, j’espère… J’ai rendez-vous avec deux éducatrices qui voudraient que je leur transmette mon récit de vie… Elles la connaissent mieux que moi, ma vie. Mais bon, j’accepte. C’est pour un bouquin ! Ma vie dans un bouquin ! Il paraît que des gens ont dit que mes sentiments n’apparaissaient pas dans mon histoire. Moi, je dis que c’est normal : c’est toujours les adultes qui ont tout décidé pour moi. Comme pour un objet. Un objet ne parle pas de ses sentiments. Je regrette souvent de ne pas avoir de photos de moi, enfant. Mais je n’étais pas considéré comme une personne, avec de l’affection à prendre et à donner. Plutôt comme un cas à placer. Et à déplacer… J’ai grandi trop vite. Je ne me souviens pas d’avoir joué. Mais je me rappelle bien des réunions interminables, où on parlait de moi. J’assistais en spectateur en essayant de comprendre ce que tous ces gens me voulaient. Il ne faut pas croire que cela ne me touchait pas. D’ailleurs, le soir, je pleurais, dans mon lit. J’essayais pour m’endormir de me souvenir du nom des gens de ma famille : Joëlle, Marc, Agnès… D’imaginer où ils étaient… À Bruxelles, nous nous retrouvons à plusieurs anciens de Beauplateau. Même si nous n’étions pas placés en même temps, on a beaucoup de souvenirs en commun. Nous formons un réseau et notre lien est d’avoir tous étés placés en Ardenne, même si toutes nos histoires sont différentes…

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DIFFICILES OU DIFFICILES À ÉDUQUER …

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Poupée Texte anonyme
J’avais mal aux dents Je l’ai dit à ma maman mais elle ne m’a pas écoutée elle était en train de téléphoner alors je l’ai dit à mon papa mais il ne m’a pas écoutée y avait du foot à la télé. Je l’ai dit à ma poupée Mais elle a gardé ses yeux fermés… J’ai vu un gros loup blanc Alors je l’ai dit à ma maman Mais elle s’est mise à crier Elle ne m’a pas écoutée Je l’aurais bien dit à mon papa Mais j’ai eu peur qu’il ne me croie pas Je l’ai dit à ma poupée Mais elle a gardé ses yeux fermés… Je suis tombée du toboggan J’ai couru vers ma maman elle m’a flanqué une bonne fessée Faut dire que j’ai taché sa robe d’été J’espère qu’elle dira rien à mon papa J’ai pas envie qu’il cogne sur moi Je le dirai peut-être à ma poupée Mais ça m’énerve, ses yeux fermés… J’ai mal dans mon cœur en dedans Mais je le dis pas à ma maman Elle passe sa vie à sangloter Et je veux plus la fatiguer

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ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ

Et puis, je peux pas le dire à mon papa On l’a pas vu depuis des mois Je peux pas le raconter à ma poupée Je l’ai enterrée sous le cerisier C’est tout de sa faute ce qui est arrivé Elle avait qu’à pas tenir ses yeux fermés. Maintenant, j’ai plus personne pour m’écouter C’est peut-être pour ça que je peux plus parler…

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Et les filles ? Jacqueline SPITZ – La Maison heureuse
La réflexion et la discussion sur les particularités des conduites et des rôles sociaux des filles et des garçons gardent toute leur actualité. Il est dès lors judicieux de se demander comment se présentent les filles qui nous occupent, d’observer les caractéristiques qu’elles mettent en avant. De manière un peu caricaturale, lors de la première rencontre, certaines adolescentes donnent l’image de la « super nana » sûre d’elle et pour le moins provocante, d’autres adoptent l’attitude du caïd qui doit « en donner à voir », d’autres encore sont plutôt repliées sur ellesmêmes et fermées au contact « comme une huître ». Mais toutes présentent, dans cette première image qu’elles donnent à voir, les signes de leur profonde souffrance. Dans la vie quotidienne, ces adolescentes transgressent régulièrement les règles de vie, fuguent, consomment des substances toxiques, se mutilent. Elles ne trouvent plus guère leur place à l’école car elles ont accumulé du retard ou leur comportement y est peu adapté.

C’est ce bagage que les adolescentes apportent… il est souvent plus volumineux que leurs valises ! *** . Elles cherchent alors à fuir des situations familiales difficiles. émotionnelle. Leur vie est marquée par les ruptures. Elles ont une piètre image d’elles-mêmes et ne perçoivent pas leurs compétences et leurs ressources. où elles ne rencontrent guère d’empathie. Penser un projet ne semble pas ou plus ou pas encore faire partie de leurs préoccupations. Mais il suscite par contre des réactions plus marquées des familles et des instances judiciaires : ces adolescentes sont davantage contrôlées et sanctionnées. où les besoins d’autonomie à l’adolescence ne sont pas pris en compte. Elles ne trouvent pas ou peu de soutien auprès des leurs. l’absence de motivation à s’impliquer dans une activité sont fréquentes chez la plupart d’entre elles. Un certain nombre d’entre elles commettent des délits de manière récurrente. elles agissent.DIFFICILES OU DIFFICILES À ÉDUQUER … 57 L’oisiveté. La relation avec elles devient difficile à établir tant leurs défenses occupent l’avant-scène et s’intensifient au cours du temps. Elles ne trouvent pas les mots pour dire leur souffrance. Leur engagement dans la délinquance reste toutefois moins fréquent et moins grave que celui des garçons. Plutôt que de parler. n’arrivent pas à s’adresser à ceux et celles qui les ont fait souffrir et cherchent le premier bouc émissaire sur qui déverser leur rancœur. désarroi à l’image de leur propre détresse. où les besoins de maturation affective ne sont pas satisfaits. Les adolescentes que nous côtoyons suscitent souvent un désarroi important autour d’elles. les échecs ou les abandons. Elles rêvent certes d’une totale liberté mais en même temps elles cherchent implicitement un engagement solide des équipes éducatives. sexuelle). Le contexte familial de ces adolescentes apparaît souvent très conflictuel et très détérioré. elles ont connu des expériences de victimisation (physique.

j’ai vécu des galères que même un putain de ver de terre n’a pas connues dans cet univers. j’aimerais quand même bien quelqu’un qui m’ouvre les bras rien que pour moi. je ne pleure pas sur mon sort car mon sort est en accord avec mon esprit et mon corps. tu vois que malgré ça. . ce sera à mon tour de les enculer et là ils vont hurler pour toutes les cicatrices qui m’ont défigurée pour l’éternité. je leur ferai bouffer les couilles de leur père. la ferme. Étaient-ils sans compassion ou moi sans imagination à toute cette science-fiction ? Avec haine. adolescente Pour toutes les filles qui en ont souffert… Même si tu as goûté le goût amer. idiote et naïve. Je vais leur montrer à tous ces pédés qui sans gêne vont s’empresser de tout raconter qu’un jour. pépère. Et oui. Comment pourrais-je rester impassible devant le sabotage de mon image ? La couleur de ma peau n’altère pas l’intensité du message. j’ai été trop de fois trompée par l’ignorance de l’enfance. ça m’a fait mal . Même si je n’en ai pas l’air. J’ai dû encaisser ces êtres du mal qui m’ont pénétrée. Et pour tous ceux qui ont ri de ma misère. Personne n’a cru en moi. c’est vrai que de temps en temps. en regardant autour de moi.58 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ Viol collectif Texte de Sophie. avec le temps. mon identité. car j’ai été trop de fois déçue par des personnes de confiance. Plus d’une fois on m’a montrée du doigt. c’est bien avec ça qu’ils sont venus sur cette putain de terre. sévère. innocente. Seule. mais j’ai gardé la foi. c’est clair que je serre les dents pour ne point avoir d’attachement avec tous ces gens. Et non. qui m’ont baisée et sans pitié m’ont délaissée. je voulais juste m’intégrer dans ce monde artificiel. reste fière. je m’isole quand tout me désole. ce serait plus sympa ! Et donc ! S’il te plaît. je dégaine ce riot-gun à tous ceux qui pensent pouvoir me dresser comme un animal sans foyer. ne baisse jamais les bras à terre. pire. J’ai perdu ma virginité sans dignité. sister. Ils m’ont laissée glacée gisant sur le seuil de leurs actes. Mais pourtant.

Vous m’avez engueulée. calciné. bien sûr ! Rêver est ma seule liberté pour résister à cette dure réalité. son esprit s’est endormi depuis des décennies. arrachée. mais bref. Car regarde bien ce clochard. tu seras tenue en . retrouverai-je le chemin de la liberté ? Ok. Mais ça m’écœure n’avez-vous donc pas de cœur ? Car j’ai le même âge que vos petites sœurs. Et malgré ta détresse. Et non. Mais malgré tout ce passé gâché. douce passion et affection. rien ne s’arrête. Par manque d’idées. Mais quand aurez-vous capté que vous m’avez encombrée d’une tonne de saletés ? Quand et comment retrouverai-je mon intimité. Mais vous n’êtes point excusés. m’ont déchirée. sans vous demander ce que je pouvais bien penser. De combat en combat depuis mon enfance. écrasée alors que je ne voulais faire qu’exister. Mon cœur ne cherchait que réconfort. cette pression d’être rejetée qui ne veut point me lâcher. Mais seule avec tous ces éclats à ramasser. Regarde ce taulard. je veux aller de l’avant. déchiqueté en moi tout espoir du verbe « aimer ». tant pis. vous m’avez regardée hurler. son esprit restera toujours enterré sous terre. Persévérer. il n’y aura point de caresse. pire qu’humiliée sans aucune pitié. vous m’avez écrasée. à quoi ça sert si ton esprit est grillé. Comment pourrait-il continuer sa vie ? Son cœur en a trop pâti et je ne veux point finir comme lui : il pourrait devenir milliardaire. je me suis dégradée. Pourquoi dès mon arrivée ont-ils dû me cracher dessus comme sur une vulgaire poupée en papier mâché ? Alors. la vie va beaucoup trop vite pour que tu restes à rien faire et à bouffer les restes que les gens trop fiers laissent. Malgré ça. comment aurais-je pu me débrouiller ? À chaque pas où je voulais avancer. Car vous avez des yeux pour voir et un esprit pour percevoir.DIFFICILES OU DIFFICILES À ÉDUQUER … 59 j’aime quand je vole pour imiter mes idoles. Toutes ces idées mal pensées. pleurer. ma vie n’a encore aucun sens mais je sais que je ne veux point finir en transe avec des salopards qui pensent qu’à soulager leur panse. il est beaucoup trop tard. je n’ai point pu oublier d’avoir été considérée comme une ratée. mais ne pouvait résister à exploser. je ne veux pas finir sur un banc à rêver de dollars. consumé. ils s’en délectent de ta tristesse . Sans évidence. ma vie est en suspens. à vous de réparer ce que vous m’avez infligé. Vous avez commis un viol.

la violence et les cris. c’est pas une faiblesse ! Quelques caresses auraient fait de toi une déesse. La naissance est une merveille mais il faut savoir la préserver jusqu’au bout. *** . corrompues par une vérité mal vue : elle vit dans la détresse à cause des maladresses des gens qui la délaissent. Et sans façon. Mais quel décalage à mon âge. qui sont les spectateurs ? Avec vigueur. nous pensons tous avoir plus d’ampleur dans ce monde de rancœur. c’est pire qu’un mirage de rage. t’es plus solide qu’une forteresse. je dois voir du paysage . la tristesse. Ça blesse de ne plus avoir d’adresse. adolescente La vie. mais t’en fais pas. ta justesse. la haine. petite déesse. Je veux m’en sortir de cet empire dans lequel ils m’ont soumise à la peur. Mais si nous sommes les acteurs. c’est pour cela qu’on pleure tous à la naissance. au contraire.60 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ laisse dans ce monde d’invasions où nous jouons tous les rôles des pions. Progresse et laisse tomber ce stress. ça fait mal dès que ça commence. mais t’en fais pas. Mais c’est dans mon sang que coulent la haine et toutes ces choses obscènes qui m’ont explosé à la face comme une balle de riotgun. jamais ne se gomment des gros boulets de canon. Mais quelle rançon veulent-ils pour que je retrouve la raison ? *** Petite déesse Texte de Sophie. La rage.

s’interroge : « Sans doute. où se confronter. rejetantes. autoritaires . familles rigides. Aujourd’hui. dans La compétence des familles. pourtant nécessaires. BERTOLT BRECHT L’adolescence est une période pendant laquelle l’enfant confronte les valeurs. a-t-on considéré les parents comme responsables de tous les défauts de leurs enfants. dans l’intensité et dans la manière dont l’adolescent expérimente – est censé naître un adulte. depuis que le monde est monde. le quartier…) De cette période de confrontation – variable dans la durée. il suffit de se pencher sur le vocabulaire utilisé : mères hyper protectrices. respectueux des valeurs de la société (le travail. pères absents. la famille…) et des lois. Étonnamment. » D’après lui. . le courant psychologisant du XXe siècle a accentué cette tendance. les adolescents ne trouvent plus dans les structures proposées par la société de lieux. Guy Ausloos. Coincés par l’obligation scolaire et la majorité (toutes deux fixées à dix-huit ans). mais on ne dit jamais rien de la violence des rives qui l’enserrent. l’adolescence est qualifiée par tous de « difficile » ou de « complexe ». chaotiques… (cette liste n’est pas exhaustive) pour s’en rendre compte. l’institution) avec celles d’un système plus large (l’école. les règles et les limites habituelles et requises dans le système où il évolue (la famille.DIFFICILES OU DIFFICILES À ÉDUQUER … 61 De l’adolescence difficile Brigitte DECELLIER – Service Airs Libres On dit d’un fleuve emportant tout qu’il est violent. castratrices .

» Les adolescents sont riches de paradoxes. à condition qu’autour de lui une relation lui permette de réaliser une métamorphose. nous pouvons apprendre à voir différemment le système familial auquel ils appartiennent et donc concentrer notre énergie à développer les facultés individuelles. Et d’interpellations. Avec une certaine créativité. La cause de cette fâcheuse vision de la bouteille à moitié vide serait la faute. l’enfant travaille à sa modification en adaptant ses souvenirs. comprenions enfin qu’il s’agit de travailler non pas sur des symptômes de violence. qui est à la base du système éducatif : on apprend aux élèves en soulignant leurs erreurs plutôt qu’en amplifiant leurs compétences. il a trouvé une première réponse chez Jean Delumeau. de dépression… mais sur leur faculté à interpeller les systèmes institutionnels.62 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ S’interrogeant sur la tendance actuelle qui consiste à ne chercher que ce qui va mal. le péché. Boris Cyrulnik. judiciaires ? Et si grâce à eux – ces adolescents difficiles – nous nous remettions en question pour trouver de nouveaux projets et relever des défis ? Ces adolescents difficiles nous poussent vers la cohérence… ∆ . ce qui ne va pas. en les rendant intéressants. gais ou beaux pour les rendre acceptables. Et si nous. lui. scolaires. dès l’instant où nous regardons les compétences des adolescents. intervenants. Quand cherche-t-on à voir ce qui va encore bien ? Pourtant. Ce travail le resocialise. Les intervenants tant en psychologie qu’en éducation reprennent ce rôle de confesseurs quand ils essaient de faire dire à l’individu. dans son ouvrage Le Péché et la Peur. sur le fait que « le processus de résilience permet à l’enfant blessé de transformer sa meurtrissure en organisateur du moi. de délinquance. dans Les Vilains Petits Canards insiste. ou à la famille.

Elles sont le fruit d’une réflexion basée sur un savoir et une approche intégrative de différents courants théoriques. Au début du XXe siècle. les gars. qu’il ne s’est rien passé dans le bus ! Les fondements théoriques de nos interventions psychoéducatives Jacqueline SPITZ – La Maison heureuse Claire RENSONNET – Vent Debout L’analyse des situations des jeunes et l’élaboration de nos méthodologies d’intervention ne s’inscrivent pas dans un courant théorique unique. La pédagogie s’est alors centrée progressivement sur l’enfant. Ils sont soupçonnés d’avoir participé à une agression dans un bus. Nous verrons ensuite comment ils peuvent sous-tendre nos pratiques. la relation univoque allant de l’éducateur à l’enfant et le système disciplinaire dans lequel l’éducateur transmettait des valeurs et des connaissances furent remis en question. Le modèle le plus connu est celui élaboré en 1920 par Anton Makarenko.–3– Les bases de notre intervention Quatre jeunes sont interrogés par les forces de l’ordre. Jules argumente : — Je n’ai pas pris le bus cet après-midi ! — Et tu en es vraiment certain ? Jules se retourne vers ses pairs : — Hein. malgré des contradictions évidentes. Examinons les apports spécifiques des principaux courants théoriques dans la pédagogie et l’intervention auprès des jeunes en difficulté. Une importance majeure fut d’abord accordée à la collectivité. En réponse aux questions des policiers. Cette . Le souci était alors de donner une éducation sociale aux enfants et le modèle éducatif était calqué sur celui des institutions publiques.

puis d’envisager leur retentissement ou leur utilisation dans nos pratiques éducatives. Le second comprend d’une part. est mis à l’honneur par S. le pré-conscient. . Nous allons donc tenter dans cette section. L’inconscient serait donc un système vivant qui se construit au fil des expériences individuelles et personnelles. Freud qui en fait un concept central établissant la spécificité de la psychanalyse. ceux qui sont toujours présents. les éléments absents de la conscience par manque de place mais qui peuvent rester à sa disposition.64 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ approche masquait les difficultés psychiques profondes des enfants et des adolescents. et elle fut critiquée sur cet aspect. bien qu’elle restât une référence pendant des années. de reprendre certaines notions déterminantes. L’approche éducative s’est ensuite enrichie des concepts théoriques et des modes de conceptualisation amenés par les grands courants théoriques qui traversèrent le siècle. Nietszche et H. et en toute modestie. qui doit négocier avec la réalité et la « possible liberté » et d’autre part. une méthode de traitement : la cure. le conscient. Le premier concerne les éléments qui ne peuvent être ramenés à la conscience ni spontanément. et une conception psychologique de l’être humain. C’est à partir de l’étude sur le mécanisme des rêves qu’il élabore les articulations de « l’appareil psychique » au sein duquel il distingue deux processus. les éléments de notre activité cérébrale. Elle est à la fois une méthode d’investigation du psychisme. à tel point qu’il est aujourd’hui quasiment impossible d’évoquer des pratiques thérapeutiques et éducatives sans y faire référence en termes de fidélité ou d’opposition plus ou moins conflictuelle. Le courant psychodynamique La psychanalyse prit naissance à la fin du XIXe siècle. Hartmann. bien que déjà évoqué par F. ni volontairement : l’inconscient. L’inconscient. et capable d’évoluer et d’entretenir des relations avec le conscient. Les concepts de l’analyse freudienne ont eu des retentissements déterminants.

Ce processus. c’est-à-dire à le rendre plus fort face aux exigences du pulsionnel. Ce dernier cherche. en tant que défense contre les souffrances et les chocs et exclut de la conscience les représentations associées aux souvenirs d’événements désagréables ainsi que les désirs primitifs et infantiles n’ayant plus de raison d’être. À l’occasion de cette relation. Cette conception implique la notion de refoulement. La pulsion est comprise comme une poussée. . il tente de détourner tout ce qu’une pulsion risque de provoquer comme déplaisir. influencé par son propre contre-transfert. par l’analyse du transfert et des résistances. Le désordre des conduites peut être alors considéré comme le résultat d’un déséquilibre entre des pulsions contradictoires. appelé le transfert. c’est-àdire non pas une remémoration mais une répétition d’éléments dont l’origine infantile échappe au patient. et à limiter les contraintes du surmoi. La personnalité totalement mature (totalement « génitalisée ») n’est qu’une hypothèse. à renforcer le moi. Celui-ci agit comme un frein. issue d’une excitation corporelle localisée. toujours en référence avec le principe de constance de l’appareil psychique. L’analyste. Pour ce faire. l’appareil psychique s’efforce de maintenir au niveau le plus bas possible les excitations qu’il contient. et la frontière entre le normal et le pathologique n’est en réalité pas étanche. l’important est moins ce qui est dit que ce qui se joue de très particulier entre l’analyste et l’analysant.LES BASES DE NOTRE INTERVENTION 65 Or. Son but est l’apaisement de cette tension par un comportement susceptible de produire sa décharge. les désirs inconscients du patient reviennent à la surface. La différence tient en fait dans la quantité de souffrance et d’angoisse produite. ne doit en aucun cas entrer dans le jeu mais au contraire maintenir sa neutralité et sa réserve. constitue l’outil thérapeutique par excellence pour autant qu’il soit bien pris pour ce qu’il est. Dans la cure.

L’enfant avait nourri des fantasmes de rapprochement. le dépassement de l’Œdipe et de l’angoisse de castration est la condition d’une existence adulte. Elle conduit à supporter une certaine dose de déplaisir par renoncement aux satisfactions pulsionnelles immédiates en vue d’obtenir un autre plaisir. la source est la bouche et la cavité buccale. où le désir est limité par la loi. Son immaturité sexuelle le protégeait jusque-là de ses propres désirs. Les comportements provocateurs peuvent alors être compris comme une fuite face aux conflits internes et à l’angoisse ainsi provoquée (pour éviter une rupture affective trop difficile). anal. phallique et. la sexualité est tout à fait centrale. et ce dans toute culture. Pour ce qui nous intéresse. mode qui n’est pas complètement abandonné lors de l’accession au stade suivant.66 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ Dans la conception freudienne. Celle-ci consiste à amener l’enfant à tenir compte de la réalité extérieure et de sa réalité psychique. et conduit à une accommodation progressive à l’impossible conjonction de notre désir et de notre bien-être. Elle est transposable à d’autres activités mentales ou corporelles et constitue un mode de référence fantasmatique. La jouissance immédiate et la décharge instantanée sont interdites par l’éducation. Elle évolue à travers différents stades (oral. Par exemple pendant le stade oral. . sa maturation physique les réactive par « ce nouveau possible ». À chacun de ceux-ci correspond une source particulière de la pulsion. Pour Freud. et. enfin. cette conception apporte un éclairage fondamental sur ce qui se joue à l’adolescence. l’objet est le sein maternel et la satisfaction s’étaye sur le besoin d’être nourri. La relation avec les objets du monde extérieur s’organise sur un mode particulier à chaque stade. le stade génital). un objet vers lequel elle est dirigée et un mode de satisfaction privilégié. À l’adolescence. tout d’abord par la loi qui interdit l’inceste. de fusion amoureuse à l’égard du parent de sexe opposé et des fantasmes d’agression destinés au parent de même sexe perçu comme rival dans cette quête – formule ici très schématisée du complexe d’Œdipe. étape qu’il faut franchir pour prendre place dans un monde social. et également comme une tentative de conquête de la future identité d’adulte.

pédagogue et psychanalyste autrichien. « l’hospitalisme » s’installe avec des détériorations motrices et intellectuelles irréversibles. Sur le terrain de la rééducation. Winnicott explique que lorsque la mère n’est pas en empathie avec les besoins du petit enfant. l’enfant. un dénouement du retrait du « vrai moi » et le début d’une consolidation de relations à l’autre gratifiantes. et « le faux moi ». est l’un des pionniers de l’utilisation de la théorie analytique comme outil de rééducation des adolescents dans un internat. qui se retire dans un monde de fantasmes. Ces effets sont réversibles. opère une scission entre « le vrai moi ». adaptatif à la réalité. A. En revanche. R. Il décrit « la dépression anaclitique » qui survient lors d’une absence maternelle ininterrompue de trois mois et qui se traduit par un retrait de plus en plus marqué de la relation. aussi de nombreux psychanalystes se sontils intéressés au lien entre les désordres du comportement et les conditions de vie connues dans la prime enfance. La défaillance maternelle chronique comme des circonstances traumatiques peuvent conduire à des troubles psychopathologiques graves. sa stabilité et son caractère apaisant peuvent constituer un environnement réconfortant. pour se défendre. Il peut permettre une régression. sa fiabilité. ancienne maison de redressement à Oberhollabrunn et à Saint-André. Aichorn. associant méthode expérimentale et approche clinique. W. qu’elle ne réagit pas ou alors de façon défectueuse. D. dont des comportements antisociaux.LES BASES DE NOTRE INTERVENTION 67 La qualité des premières relations affectives a une influence déterminante sur la structuration de la personnalité et sur les relations ultérieures à l’environnement. chez l’enfant subissant une séparation de plus de cinq mois. le cadre lui-même. . Spitz. un retard moteur. étudie les « maladies des carences affectives » chez le nourrisson. une perte de poids et une rigidité faciale conduisant à la léthargie. Il évoque les conditions d’un environnement normal qui incite l’enfant à évoluer favorablement. Au point de vue du traitement. Il insiste sur l’importance structurante du groupe.

Plus près de nous.68 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ Il élargit la notion de transfert à toutes les réactions affectives. évitant ainsi l’emprise absolue dépersonnalisante. dans son Internat thérapeutique de Detroit. éradiquer trop vite un symptôme invalidant peut reproduire des violences connues dans les premières années de la vie. et B. À l’encontre de Freud qui recommandait fermement d’éviter les attitudes induisant le transfert. entre l’enfant et l’éducateur. Il insiste également sur l’effet dommageable de certaines entreprises éducatives. psychanalyste français. Bettelheim. il estime que l’éducateur doit jouer un rôle actif dans celui-ci. Au travers de la guérison d’un patient quelque chose se transforme en chacun. Chartier. F.P. du transfert et de l’identification comme « outils latents du changement ». J. . considère que les possibilités de survie dépendent de la capacité à garder des repères liés à l’identité antérieure. dans l’École orthogénique de Chicago. Il propose une « stratégie pédagogique totale ». Il a repéré les déficiences du système de contrôle de cette instance et élaboré des techniques de soutien du Moi défaillant dans lequel l’éducateur occupe un rôle déterminant en exploitant les événements de la vie quotidienne. Aichorn. Si un environnement vécu comme une situation extrême et impossible peut engendrer un état psychotique. Il influença F. Malgré les meilleures intentions du monde. B. s’appuyant sur son expérience concentrationnaire. prône l’utilisation de l’interprétation. Redl. dans le sillage de A. conscientes et inconscientes. alors un environnement extrêmement favorable peut inverser un processus psychotique. Bettelheim. Redl s’est intéressé à la pathologie du Moi chez les enfants agressifs et les jeunes délinquants. Le fonctionnement de son École repose sur l’engagement des éducateurs dans leur travail. La « transdisciplinarité » devient pour lui le garde-fou contre le dérapage qui transforme la relation éducative en relation passionnelle mortifère. s’attaquant aux valeurs des jeunes délinquants et à leur capacité de s’y référer en se sentant responsables de leurs actes.

Cette perspective était induite par la prise en compte de l’importance de relier l’étude psychologique à la connaissance des milieux de vie et des conditions d’existence. La cure est difficilement utilisable dans toute sa rigueur avec les adolescents qui nous sont généralement confiés. Elle tentait d’organiser en un ensemble cohérent des données jusque-là éparses. Le courant systémique Le terme « systémique » est apparu dans la langue française au début des années septante. Freud insistait sur la nécessité de ne pas soumettre l’enfant à un « interdit de penser ». a un rôle primordial auprès de l’enfant de médiation entre ses désirs. il doit également se connaître lui-même pour éviter les dérapages de sa propre affectivité. Par contre. Cela ne signifie pas pour autant que tout est permis.LES BASES DE NOTRE INTERVENTION 69 Le courant psychodynamique a révolutionné la vision de l’enfant et de l’être humain avec la primauté donnée à l’inconscient. si l’éducateur ne peut ignorer dans sa pratique le passé du jeune. Cette intervention ne pourra être porteuse qu’à la condition de s’inscrire dans une relation. Dans cette optique. ses irruptions dans nos conduites et nos orientations affectives ainsi que la mise en question de « la normalité ». l’éducateur. Elle est née de la rencontre de la théorie générale des systèmes et des théories de la communication. porte-parole de la loi. D’autre part. un lien qui tienne le coup et permette de restaurer la confiance. beaucoup de choses peuvent se dire avec certaines modalités mais tout ne peut pas se faire. Tout peut se penser. . les règles et la réalité. la structuration de sa personnalité. les connaissances du fonctionnement psychique sont incontournables et questionnent nos pratiques.

etc. les actions entreprises auront pour cible le système luimême et seront mises en place selon leur impact sur celui-ci. La démarche systémique va d’abord analyser la situation en fonction du système qu’on aura choisi d’isoler (famille ou autre). celle-ci est désignée comme déviante ou malade. . coalitions impliquant nécessairement des exclusions. alliances. implicites ou non conscientes. il est en apparence stable mais est en fait en continuel changement. explicites. Pour cela. les interactions entre les membres se structurent en dyades. est un mécanisme d’autorégulation en vue du maintien de la stabilité ou de changement en vue de sa réorganisation. dans un contexte immédiat. Il fonctionne selon un ensemble de règles et de valeurs.) Le qualificatif « systémique » renvoie donc au cadre de référence. la famille est considérée comme un système vivant constitué d’éléments interdépendants. L’évolution du système familial et l’évolution de chacun de ses membres se trouvent dans un rapport réciproque. le sexe. le repli. L’intervention systémique tient compte du fait que le jeune.). voire du fonctionnement de l’ensemble des interactions de ce milieu immédiat. etc.) de l’adolescent comme une manifestation du fonctionnement de l’interaction entre lui et son milieu immédiat (la famille. D’un point de vue systémique. l’intervenant social mais aussi son action éducative sont immergés dans des systèmes (système familial. L’adolescent n’est plus vu comme un individu isolé mais comme un élément d’un système. Lorsqu’apparaît en son sein une personne à problèmes. Suite à cette analyse. c’est-à-dire tout comportement posant difficulté. etc. le quartier. l’école. Le système cherche à maintenir inchangé son milieu interne. les rôles.70 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ Ce courant de pensée perçoit le comportement-problème (la fugue. la stratégie d’intervention. la violence. triangles. Le symptôme déviant. visera à débloquer un mauvais fonctionnement dans cet ensemble donné. Le système comprend des sous-systèmes selon la génération. luimême partie intégrante d’un environnement plus large. La famille peut encore être vue comme un écosystème dans la mesure où elle est insérée. système institutionnel. avec toutes ses composantes. qui doit être planifiée.

Haley (« thérapie stratégique ») et par le groupe de Milan. Dans le second cas.LES BASES DE NOTRE INTERVENTION 71 On distingue deux types d’interventions. à le restructurer. Minuchin. Le système pourra alors retrouver sa mobilité et sa capacité de se réorganiser. par J. . selon les besoins nouveaux qui se présentent à l’intérieur ou à l’extérieur de ses frontières. Spech est considéré comme le père de l’intervention de réseau. auquel il recourt pour reconstituer les effets de régulation sociale que les sociétés contemporaines ont perdus. en fonction de l’angle sous lequel le système est considéré et des caractéristiques de celui-ci sur lesquelles l’action porte : les interventions portant sur les processus vitaux du système (et leur évolution dans le temps) et les interventions portant sur la structure du système (son organisation. l’objectif est de s’arrêter avant tout aux blocages et de sortir le jeune et son environnement du piège dans lequel ils se sont enfermés (cercle vicieux). Pour ce faire. il est indispensable pour l’intervenant de créer un système thérapeutique fonctionnel et de s’y assurer une position d’influence. Ross V. les rapports entre les différentes parties du système). Elle vise à redonner aux réseaux primaires (les ensembles spontanés d’individus en interaction les uns avec les autres) la maîtrise des solutions qu’ils désirent pour leurs besoins. Il peut y avoir avantage à recourir au réseau élargi plutôt qu’à l’individu seulement ou à sa famille. Ceci n’implique pas que l’éducateur renie le travail éducatif qu’il faisait. Cette approche a été développée par S. l’approche est principalement centrée sur les faiblesses dans l’organisation du système et vise à le modifier. L’intervention de réseau s’inscrit dans cette perspective systémique. Dans le premier cas. le réseau social étant constitué par un ensemble de personnes qui sont en relation entre elles. Cette approche a été développée par la Mental Research Institute de Palo Alto (« thérapie brève »). Il peut tout à fait intervenir sur une base strictement individuelle tout en inscrivant son intervention dans un cadre systémique. chaque fois qu’on croit par-là augmenter l’efficacité de l’intervention. Cela implique seulement qu’il considère les implications et les effets de ce travail éducatif dans le champ élargi que constitue la famille ou l’environnement du jeune.

Le courant comportementaliste Ce courant s’intéresse exclusivement à l’observable. l’activité fantasmatique du groupe familial et leur retentissement chez les intervenants. Le but est de rompre le lien inadéquat entre un stimulus et sa réponse. Il y a donc lieu d’étudier les conditions d’apparition. l’histoire vécue. relationnel. Les approches comportementales se sont développées sur des bases théoriques issues de la psychophysiologie de Pavlov en URSS et du béhaviorisme de Watson aux États-Unis. qui résulte des bénéfices . d’évolution et de maintien des comportements. Ces courants ont pris de l’ampleur dans les années soixante aux États-Unis et septante en Europe. en visant la réduction du symptôme. Dès lors. on distingue trois types de renforcement : le renforcement extérieur. Ces orientations sont apparues en opposition à la psychanalyse. il faut essayer de trouver les moyens de combattre les origines du comportement dysfonctionnel. Dans l’apprentissage des comportements. Des facteurs plus internes doivent aussi être pris en compte : l’état interne général.72 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ Les interventions systémiques s’intéressent à la recherche du comment plutôt qu’à la recherche du pourquoi. il est fait usage des principes de l’apprentissage établis expérimentalement. l’état émotionnel. aux comportements dont l’organisation résulte d’un ou plusieurs apprentissages. se désintéressant de tout ce qui est signification et se référant à ce que l’on peut observer directement. l’hérédité. En conséquence. Ceci risque de faire négliger les processus transférentiels et contre-transférentiels. tous deux ayant comme domaine d’intérêt l’apprentissage et les névroses expérimentales. L’expression « thérapie comportementale » fut introduite par Skiner en 1954. Pour modifier un « comportement inadapté ». etc. de limiter l’action à un seul stimulus et effectuer ainsi un apprentissage discriminant. cette centration sur les échanges interactionnels occulte la dimension de l’inconscient. pour modifier un comportement.

y compris le comportement asocial. peut être appris à travers les renforcements émanant de l’environnement extérieur (autrement dit son approbation) et à travers l’observation des partenaires sociaux. Une approche strictement comportementale applique des procédures de renforcement et d’extinction. Le contrat comportemental spécifiera les contingences du renforcement. qui résulte de l’observation du comportement d’autres personnes. le renforcement vicariant. La théorie de l’apprentissage social (développée par Bandura) et le courant d’intervention comportementale mettent l’accent sur la nécessité de désapprouver les conduites inadéquates et sur la possibilité d’un apprentissage. et l’auto-renforcement. services ou récompenses. de comportements socialement adaptés. qu’il soit renforcé ou puni . en particulier. ou des expériences dissuasives (le fait de voir la victime souffrir). Pour cela. Une conduite inappropriée. Par exemple. Les conduites asociales. par contre. les modèles véhiculés par les mass medias. qui se réfère à la capacité d’auto-évaluation des conséquences des comportements. une conduite positive est récompensée par des jetons ou des points qui peuvent être échangés contre des privilèges. même tardif. Il existe des agents renforçants (les récompenses concrètes ou sociales).LES BASES DE NOTRE INTERVENTION 73 reçus à la suite de l’adoption du comportement . elle peut recourir à des « renforçateurs symboliques intermédiaires ». les groupes sociaux ou sous-cultures avec lesquels le sujet est en contact. Dans la technique du contrat comportemental. Elles sont aussi apprises par l’expérience directe : la réponse des autres à un acte de déviance va agir sur la probabilité d’apparition de cette conduite. Donnons à présent quelques exemples d’interventions. il s’agit bien d’établir avec le jeune un contrat destiné à l’aider à modifier sa conduite et à acquérir un meilleur contrôle de soi. Tout comportement. les comportements cibles . est sanctionnée par une perte de points. Les récompenses symboliques peuvent être échangées ultérieurement contre des gratifications plus substantielles. sont apprises par l’observation de modèles agressifs issus de trois sources : le milieu familial.

pendant une période de temps étendue. lorsqu’il a élaboré la notion de « reality therapy ». afin de fonctionner de manière efficace et satisfaisante. à la maison et dans toute la communauté). Par contre. W. des déficients mentaux et des toxicomanes. Le contrat responsabilise autant le jeune que les adultes puisque toutes les parties sont concernées et participent à son élaboration. L’entraînement aux habiletés sociales (les comportements nécessaires pour entretenir des interactions fructueuses à l’école. et dans une variété de contextes interpersonnels. il met en œuvre sa méthode dans l’école de Ventura en Californie. autrement dit d’apprendre à vivre plus efficacement.74 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ qui seront évalués et les récompenses accordées au jeune en cas de réussite. Dès 1962. principalement dans l’intervention auprès des autistes. conditionnement opérant) et ce choix fut souvent critiqué. Glasser. qui utilise des techniques dérivées des théories de l’apprentissage social. s’est situé dans une optique globalisante. Ce type d’approche vise à enseigner aux jeunes des comportements spécifiques et non des valeurs comme telles. Ces idées ont rencontré du succès en France au cours des deux dernières décennies. précisant les clauses et les conditions. Un programme d’apprentissage planifié et systématique enseigne des comportements spécifiques nécessaires et consciemment désirés par l’individu. aversion. ces . L’objectif de la prise en charge est de saisir toutes les occasions d’enseigner de meilleurs moyens pour satisfaire ces besoins. Deux besoins essentiels sont identifiés chez l’individu : celui d’aimer et d’être aimé. établissement fermé pour adolescentes « gravement délinquantes ». La responsabilisation progressive des adolescentes de Ventura et leur apprentissage de comportements sociaux satisfaisants s’effectuent au travers d’un lien fort entre elles et le personnel éducatif. Toutefois. et celui de se sentir utile pour lui-même et pour les autres. vise à remédier aux déficits en construisant un répertoire d’interactions interpersonnelles adaptées dans des situations et des contextes diversifiés. La plupart des méthodes behaviorales se sont effectivement centrées sur un seul comportement-cible à modifier (désensibilisation.

Elles examinent plutôt comment les conditions actuelles influencent et maintiennent le comportement. . Ainsi. il s’agit donc de considérer l’inadaptation sociale et la délinquance sous l’angle de la cognition (niveau de raisonnement moral. l’existence de distorsions cognitives. ont été amenés à faire porter les efforts éducatifs spécialisés sur les caractéristiques de cette période particulière. capacité de résolution de problèmes) et des compétences sociales (répertoire comportemental. dont les techniques de modification du comportement par programme de « renforcement positif ». habiletés sociales). voire suscité des controverses. Les intervenants. à l’attention. ont entraîné des réserves. aux structures mentales et aux comportements. de défaillances dans le raisonnement moral et une immaturité relative dans leurs modes de relations interpersonnelles. Les concepts touchent à la manière dont l’information entre. depuis que des connaissances nouvelles éclairent le développement durant l’adolescence. Les études sur la socialisation et celles sur le développement cognitif ont constaté.LES BASES DE NOTRE INTERVENTION 75 méthodes. Le courant cognitiviste Le cognitivisme s’intéresse au traitement de l’information. aux processus. comme produits de l’activité mentale. et tout particulièrement au niveau des processus cognitifs et de la médiation par la verbalisation. Il traite donc des processus mentaux et du langage. On a relevé. Ces interventions ne traitent donc pas les causes passées du comportement (tout en reconnaissant leur importance). à la mémoire. des lacunes significatives dans la résolution des problèmes de la vie quotidienne. Dans cette perspective. chez les adolescents déviants et à conduite agressive. chez les jeunes en grande difficulté. schémas et événements cognitifs. les solutions aux problèmes du jeune peuvent être construites dans son environnement actuel et il faudra agir sur les aspects de l’environnement immédiat pour modifier le comportement.

Kohlberg a décrit six stades de développement en fonction des principes selon lesquels le sujet justifie sa conduite. Ross et Fabiano ont mis en évidence le fait que l’impulsivité des jeunes adolescents délinquants peut être due à un échec à insérer une place pour la réflexion entre la pulsion et l’action. les jeunes délinquants ont des difficultés à envisager un élargissement des perspectives temporelles et à éprouver de l’empathie pour autrui (faible décentration de soi). Il est assez clair que le niveau de raisonnement moral est surtout lié à la capacité générale de raisonnement de l’individu (la complexité de sa manière de penser). de façon à fournir aux jeunes une alternative plus sûre à la conduite déviante. Pour Kaplan et Arbuthnot. Ils raisonnent à court terme et de manière essentiellement égocentrique .76 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ Les travaux sur le développement du jugement moral de Piaget et de Kohlberg sont à l’origine de programmes portant sur ce développement du raisonnement moral. Il ne s’agit plus ici de modifier la capacité de raisonnement moral ni d’enseigner des compétences techniques (comme. Le programme d’entraînement à la résolution de problèmes se propose d’agir spécifiquement sur le processus de traitement de l’information et de résolution de problèmes. dominée par l’évitement de la punition et surtout par la satisfaction des besoins personnels. Cela est en lien avec l’impossibilité d’apprendre à s’arrêter et à penser. ils sont très dépendants des contingences externes. Les . leur niveau de développement moral est très précaire : moralité fort égocentrique. Par ailleurs. L’entraînement au raisonnement moral tel que conçu par Kohlberg consiste en la présentation d’un dilemme moral à partir duquel le sujet est amené à choisir la position qui lui paraît la plus adaptée et à argumenter son choix. respecter l’ordre de parole dans une conversation en groupe) mais bien de leur inculquer un processus de résolution de problèmes (une méthode toute prête) permettant de court-circuiter les solutions de type passage à l’acte. Le fait de devoir argumenter son choix dans une session de groupe l’aide à mieux en comprendre les implications. par exemple. l’incapacité à générer des solutions alternatives et à penser à leurs conséquences.

Les fondements théoriques à l’origine des méthodes d’intervention ont toute leur importance pour assurer rigueur et cohérence dans l’action. Les différents angles de perception de cette réalité complexe qu’est l’être humain en assurent alors une compréhension plus fine. Aucune de ces perspectives ne peut avoir la prétention de couvrir l’entièreté du champ des besoins en matière d’intervention psychoéducative. D’zurilla et Goldfried ont minutieusement décrit ce processus de résolution de problème. de lui fournir une stratégie générale d’adaptation (coping) pour traiter efficacement une multitude de problèmes situationnels. Le but est donc de construire des stratégies cognitives destinées à augmenter l’autocontrôle et la responsabilité sociale de l’adolescent. la recherche du sens de la conduite et la prise en compte de la vie psychique du sujet sont certainement aussi importantes qu’une vision intégrant le sujet dans son système familial et se préoccupant des interactions au sein de ce dernier. Les conditions d’apparition et de maintien d’un comportement ne présentent pas moins d’intérêt que les processus cognitifs en vigueur dans la conduite.LES BASES DE NOTRE INTERVENTION 77 jeunes apprennent à recevoir une information. la prise en compte de la conduite du bénéficiaire et l’approche psychoéducative reposent sur des postulats concernant le fonctionnement de l’être humain. à imaginer les réponses possibles et à évaluer leur efficacité avant de poser un choix. individuellement elles ont des limites indéniables et elles ciblent des facettes qui leur sont propres. à la décoder. Les techniques de modeling. à identifier un problème. sur la mise en évidence d’éléments de compréhension de la conduite et sur la définition de cibles et de priorités dans l’intervention. de jeux de rôle et de renforcement sont utilisées pour agir à la fois dans le registre cognitif et dans le registre comportemental. Si les différentes approches évoquées présentent un intérêt manifeste pour l’intervention auprès des jeunes en grande difficulté. . Quelle intégration dans nos interventions psychoéducatives? En matière d’éducation spécialisée. En effet.

une vision positive de celui-ci. l’« homéostasie ». Une approche humaniste nous semble donc particulièrement indiquée dans l’intervention auprès des adolescents en grande difficulté et elle est le garant d’une prise en charge adaptée. l’intérêt est de rechercher dans chacune d’entre elles la manière la plus adéquate de répondre à un besoin spécifique à un moment particulier de la prise en charge en fonction d’un objectif précis. Il ne s’agit pas toutefois de vouloir inclure dans un ensemble indifférencié des approches ayant des spécificités incontestables. préserve-moi de tous ces intervenants.78 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ Dans cette perspective. *** Dieu. Cette conception de l’intervention psychoéducative nécessite une attitude de base de l’intervenant. comme corollaire. une approche intégrative offre une réelle richesse. un travail familial de proximité de plus en plus sophistiqué. Et quand cela ne fonctionne pas. la croyance en ses potentialités et en la tendance à les réaliser. Leur jargon est parsemé de concepts tels que « stratégies d’intervention » ou « travail relationnel thérapeutique ». ce sont la « résistance ». je m’en charge… (Billet d’humeur) Miguel CASTELA – Oasis Aujourd’hui. Au contraire. Ce sont des valeurs éthiques à côté des choix théoriques qui caractérisent le développement de nos interventions auprès de ces adolescents. la plupart des institutions se revendiquent de la pensée systémique avec. La richesse est alors de les utiliser en fonction du choix le plus opportun pour répondre à un objectif défini. à savoir un profond respect de l’être humain et de ses besoins. de nier des contradictions bien réelles. mes problèmes. le « dys- . Chacune offre l’opportunité d’aborder des facettes et des niveaux que les autres ne prennent pas en compte.

de plus en plus investigatrices. pour nous permettre de confirmer nos hypothèses. Mais la souffrance. l’approche systémique s’est vue réduite à un simulacre de thérapie familiale. Mais pourquoi faire simple ? Il y a plus de vingt ans. L’approche systémique aurait pu bousculer cette façon de voir les choses. Malheureusement. les (ré) éducateurs. concept trop judéo-chrétien. d’y remédier en faisant prendre conscience. voire même inductrices. Ces personnes fragilisées – les jeunes et leurs familles – se trouvent embarquées dans un labyrinthe de questions de plus en plus intimes. chez les grands prêtres de cette épistémologie aux hypothèses de plus en plus complexes. des règles de leur dysfonctionnement. semble ne plus avoir la cote dans ces nouvelles grandes chapelles systémiques. l’idéologie dominante dans le secteur social consistait à pointer du doigt les parents coupables d’avoir failli dans leurs tâches éducatives et à attribuer leurs prérogatives à des substituts parentaux. à tel ou tel individu. Cela ne fit. pour les amener à un changement qui ne pourra que leur être bénéfique. Rien ne leur est épargné : de leur secret le plus enfoui jusqu’à la remise en question de leur parentalité. Les salles d’entretien deviennent des confessionnaux à dimension inhumaine où tout doit se dire devant tout le monde pour la rémission des péchés. en tant qu’experts. Et c’est ainsi que bon nombre d’institutions se réclamant de cette pensée systémique restent persuadées que les problèmes se situent uniquement au sein de la famille et qu’il nous appartient. à mon sens.LES BASES DE NOTRE INTERVENTION 79 fonctionnement parental » qui expliquent leur incapacité à venir en aide à telle ou telle famille. pour utiliser un terme à la mode. les seules possibilités « d’agir cette pensée » se limitant à mener – à l’intérieur ou à l’extérieur de l’institution – des entretiens thérapeutiques avec les familles. que confirmer la pensée dominante. à tout ce « laid » monde. et on vous absoudra… . Parlez. Individu qui reste avant tout une personne qui souffre.

et le système préservé… ∆ . sortir des ornières dans lesquelles nous baignons depuis notre tendre enfance est un exercice difficile. si les pratiques de réseaux telles qu’elles sont pensées aujourd’hui confirment elles aussi que le problème est à chercher à l’intérieur du cercle familial ? La boucle est ainsi bouclée. économiques et politiques aux problèmes qui se posent (voir Jacques Pluymackers). Des auteurs intervenant dans le champ de la santé mentale (voir Danièle Desmarais and co) mettaient eux aussi en avant le fait que concevoir les problèmes de santé mentale comme relevant uniquement de la vie privée contribue au maintien de l’aliénation (restent alors masqués les facteurs comme les conditions de travail. culturelles. l’exploitation économique. etc. les rapports sociaux.). les coupables identifiés.80 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ On se croirait revenu au temps de l’Inquisition. les conditions de logement. démarche idéologique qui préconise de sortir de la logique linéaire qui attribue une cause unique – et la plupart du temps intra psychique – aux comportements déviants. Quelle est encore la marge de manœuvre des parents pour maintenir leur dignité. À la même époque est apparue la notion de réseau – et les pratiques qu’elle sous-tend –. ces théories eurent peu d’impact sur les travailleurs sociaux car elles remettaient en question cette recherche – plus commode – des « coupables idéaux » au sein du système familial. Telles quelles. qui aurait dû nous permettre de tenir compte d’un ensemble plus important de paramètres et nous donner ainsi une image plus complète – plus complexe aussi – de la réalité. Élargir son champ de vision. Le travail en réseau. aboutit en pratique au regroupement de spécialistes qui dissertent autour des problèmes de l’individu. la répression sociale. voire périlleux. individu qui est encore un peu plus mis à nu. en tentant d’intégrer le contexte et les nombreuses interférences sociales.

–4– Modèles d’intervention Quelques exemples de nos pratiques
Michaël comparaît en audience publique. Le juge de la jeunesse donne solennellement lecture de la citation à comparaître, qui contient une impressionnante liste de faits délictueux à charge du mineur. Ensuite, il demande à Michaël s’il a quelque chose à ajouter. Michaël se lève et, à haute et intelligible voix : — Mais, Monsieur le juge, tout ce que vous venez de dire, c’est des couilles…

Voyage au pays du paradoxe Jacqueline SPITZ – La Maison heureuse
Les carences ou les ruptures au niveau du lien social sont un dénominateur commun chez les jeunes en grande difficulté. Cette affirmation devrait, nous semble-t-il, rencontrer aisément l’approbation de tous ceux qui ont côtoyé ces jeunes. La fonction structurante et protectrice du lien social dans le développement de l’être humain est tout aussi bien connue. En poursuivant le raisonnement, il apparaît logique que l’objectif prioritaire de l’intervention sociale est de favoriser la restauration de ce lien social déficitaire. Mais, par définition, le lien social, pour se créer, implique présence, constance, apprivoisement et investissement réciproques. C’est là que les choses commencent à se compliquer. Tentons de comprendre. Du côté des jeunes, d’abord. Au niveau individuel, ils se débattent depuis leur enfance avec un vécu de rejet ou d’abandon, ils ne croient pas en la fiabilité du parent qui n’a pas su être présent quand il fallait et comme il fallait. En grandissant, ils se demandent si tous les adultes ressemblent à leurs parents, si ceux qui s’intéressent à eux vont tout

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aussi vite les oublier, les abandonner, les repousser, les éjecter. La création du lien elle-même plonge ces jeunes au cœur de leur problématique, les amène à la source de leurs angoisses, à l’objet de leurs désillusions. Alors ils consacrent toute leur énergie à la mise au point d’un véritable test à l’égard des adultes, nous l’appellerons le « test de la crédibilité et de la solidité ». Ils mettent leurs questions en actes. Tantôt ils sont plutôt charmants et charmeurs, tantôt ils sont plutôt opposants, vindicatifs, agressifs. Ils sont souvent plus doués pour se faire remarquer que pour parvenir à être pris au sérieux. Ils utilisent leurs poings plus que les mots quand ils veulent se faire entendre, ils se cachent derrière l’alcool ou la drogue quand ils ne savent plus « faire face ». C’est d’être rassurés qu’ils ont besoin, ces jeunes… Ils veulent savoir si l’adulte va « tenir le coup ». Or la société tout entière (que ce soit au niveau de l’école, du quartier, des mouvements de jeunesse ou des clubs sportifs, des intervenants sociaux) leur apporte une réponse mitigée, faite de « oui mais », qui aboutit souvent, au nom de leur intérêt, à une exclusion. Davantage encore insécurisés, ils sont pris dans ce qu’ils voudraient tant éviter : l’abandon et le rejet. Du côté des intervenants à présent. De façon unanime, ils affirment leur intention de travailler à l’insertion sociale des jeunes. L’aide, telle qu’elle est organisée, répond au souci de rencontrer l’intérêt des jeunes et d’élaborer des interventions adaptées à leurs besoins. Aussi le contexte dans lequel les intervenants évoluent se caractérise-t-il par la multiplication des types de services, avec des missions précises et limitées dans le temps. La demande, le projet, la collaboration sont des notions clés dans cette perspective. Ce sont des instances différentes qui organisent l’aide aux jeunes selon que ces derniers négocient cette aide, collaborent, définissent un projet (service de l’aide à la jeunesse) ou qu’ils se dérobent, s’opposent, transgressent (service de protection judiciaire) ou qu’ils commettent des délits (tribunal de la jeunesse). Dans les deux derniers cas, l’aide qui leur est apportée est une aide contrainte. Des passages entre les instances sont prévus parce que les jeunes doivent avoir la possibilité de passer à des systèmes plus ou

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moins contraignants en fonction de leur évolution. Chacune de ces instances a ses propres intervenants, dont la mission est inévitablement limitée dans le temps et tributaire des réactions des jeunes. Et comment réagissent les jeunes ? Avec le même besoin effréné de tester la crédibilité et la solidité des intentions de ceux qui vont les approcher, parce qu’ils ne croient pas plus a priori en ces adultes qu’en ceux qu’ils ont rencontrés antérieurement. De plus, ces adultes les interrogent sur leurs objectifs, leur projet, leur demande d’aide. Ces adultes s’adressent, en ces termes, à eux qui n’ont de cesse que d’effacer le passé, qui évitent de penser le futur, qui recherchent une sécurité indicible. Alors ces jeunes, qui ne savent pas, ils font semblant de savoir, et ils disent des choses peu satisfaisantes pour l’adulte. Leur comportement devient de plus en plus dérangeant, intriguant, inquiétant, délinquant, ce qui ne les rend pas particulièrement attachants aux yeux de ceux qui voudraient s’en occuper… Il est illusoire d’imaginer que ces adultes pourraient échapper au « test de la crédibilité et de la solidité » cher à ces jeunes en grande difficulté. Mais il est tout aussi plausible que ce test ne soit pas compris comme tel par les intervenants sociaux et suscite une interrogation sur l’adéquation de l’orientation, avec le risque d’en préconiser une autre. Et voilà comment ces jeunes sont prisonniers d’une spirale les menant invariablement à l’exclusion. Comment peuvent-ils alors être rassurés par rapport à leurs angoisses fondamentales ? Comment peuvent-ils être en sécurité dans une organisation sociale qui les met malgré elle en échec, qui organise structurellement mais implicitement des situations qui réveillent le spectre de l’exclusion et de la rupture ? N’ont-ils pas intérêt à accélérer le processus pour avoir l’illusion de le contrôler ? Les services spécialisés dans la prise en charge des adolescents en grande difficulté sont nés de ces difficultés d’ajustement entre les jeunes et les adultes susceptibles de s’occuper d’eux. Les intervenants de ces services font le choix de prendre le temps d’aller au-delà du

Ils accordent une importance particulière à l’établissement d’un lien de qualité. Ils rejoignent les jeunes là où ils sont dans leur désarroi avant d’envisager de construire quoi que ce soit d’autre. avec ses aléas. les réalités de terrain de chaque institution sont trop particulières pour qu’on puisse en parler de manière générale. comme la « non-exclusion ». Le placement d’un jeune en institution n’est pas réparateur en soi. . soient partagées par plusieurs services. Elle repose sur trois principes fondamentaux. ciblées. Ils parient sur les bénéfices d’une prise en charge individualisée et intensive. C’est donc à titre d’exemple que je vous livre le cheminement de l’approche éducative que nous développons depuis trois ans au Foyer Lilla Monod.84 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ « test de la crédibilité et de la solidité ». ses avancées et ses reculs. au risque de perdre de vue le bénéfice d’un cadre structurant ? Des intervenants trop peu conscients de l’importance de l’autonomie de chacun et du bien-fondé d’un projet ? Certainement pas ! Ce sont des professionnels qui ont l’audace de soulever le paradoxe des besoins fondamentaux et spécifiques de ces jeunes en grande difficulté. Ils prennent du temps pour cela. Il permet une mise à distance et une temporisation des conflits mais non leur résolution sans une approche spécialisée et globale. ses turbulences. sur l’utilité de « tenir le coup » avec ces jeunes. et des modalités d’intervention promues dans la société contemporaine. Sont-ils pour autant les « irréductibles Gaulois » d’une conception surannée de l’intervention sociale ? Des adeptes de la relation avant tout. en dépit des pressions sociales qui encouragent les interventions brèves. *** Genèse d’une pédagogie de la reliance Isabel SANCHEZ Y ROMAN – Foyer Lilla Monod Malgré le fait que certaines notions. variées mais rapides.

La notion centrale qui rassemble les équipes éducatives est le mot « lien ». s’inscrit dans le même moule d’insatisfaction puisqu’il s’agit d’un terme toujours négatif dont l’antonyme d’inclusion est loin d’être une de nos finalités institutionnelles. Nous sommes les « experts artisans » du lien. Le terme de « non-exclusion ». à la marginalisation ou en difficulté grave de développement et d’adaptation. l’antonyme du mot renvoi est adoption. l’usage d’une mesure de renvoi. au soutien du jeune dans son processus d’individuation et d’identité. . nous nous sommes concentrés sur la spécificité de notre finalité éducative et sur le fil conducteur de nos actions. Ce lien se fonde sur la confiance et s’inscrit dans une pédagogie du projet éducatif personnalisé et négocié. comme réponse à la transgression du règlement intérieur de l’institution. à l’insertion socioprofessionnelle. bien qu’incluant une dimension philosophique plus large. répète un mécanisme d’abandon qui déforce la relation d’aide. terme impropre à nos pratiques et réalités de terrain. et d’offrir aux intervenants les moyens de comprendre des situations complexes et de finaliser des actions efficaces et constructives. au maintien de la relation entre le jeune et sa famille. Si ces principes humanistes paraissent évidents pour les intervenants de l’aide à la jeunesse et les rallient. malheureuse puisqu’elle définit son objet par la négative. Cette expression est. de permettre aux parents de réinvestir leur fonction parentale et de bénéficier d’une écoute et d’un soutien dans leurs difficultés. Un travail de médiation avec les familles comme levier nécessaire au processus de réadaptation et d’insertion sociale du jeune confronté à des ruptures multiples. la notion de « non-renvoi » attise des polémiques et éveille de nombreux débats. nous qui travaillons au quotidien au ré-accrochage scolaire. Nous privilégions une prise en charge qui tente de faire échec à la chronicité et à la répétition des placements.MODÈLES D ’ INTERVENTION … 85 La construction d’un lien fiable entre le jeune et l’institution. Face à ce constat et plutôt que de nous définir « par défaut ». En effet. De plus. en effet. Ce travail a pour but de permettre aux jeunes de construire leur identité grâce à une meilleure compréhension de leur histoire.

la maturité et l’épanouissement personnel. Cette similitude de fonctionnement est une violence qui discrédite notre fonction d’aide. et d’autre part l’obligation de la disparition rapide des . Cheminement Si nous sommes d’accord pour dire que le placement n’est généralement pas la meilleure solution – il serait la moins mauvaise – pour les jeunes et les familles que nous accompagnons. il est indispensable. C’est une aberration pédagogique. dans le sens de lier. elle se précise. Cela maintient auprès du jeune l’apprentissage de l’abandon comme modèle relationnel préférentiel. d’autre part. Il est. puisqu’ils sont à l’origine de la prise en charge spécialisée. notre principale action est de relier le jeune à son environnement pour l’amener à l’autonomie. incapable de le contenir et impuissant à l’aider ? Le renvoi confirme et entretient une pédagogie de l’échec. L’échec du contrat qui implique d’une part la soumission à la règle dans l’ici et maintenant. d’une part. que l’alliance trouve place dans une relation de confiance et.86 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ En somme. au moyen notamment du non-renvoi. en revanche. Si aujourd’hui. paradoxal de renvoyer des jeunes en raison de leurs symptômes et de leurs difficultés. Pour cela. se colore et se développe. le renvoi ne le conforte-t-il pas dans sa conviction que l’adulte – et les institutions qu’il représente – est peu fiable. en effet. de l’abandon et de la banalisation de la perte du lien? Enfin. de l’éphémère. Il est aussi paradoxal que nos institutions perpétuent le scénario familial de l’abandon. Notre pédagogie serait donc celle de la reliance. c’est parce qu’elle est l’aboutissement d’une maturation d’équipe et d’un cheminement ardu et complexe. allier et relier. le renvoi d’un jeune d’une institution est toujours la plus mauvaise. que ce lien soit maintenu et puisse évoluer. Quel type d’adulte ce jeune deviendra-t-il si la représentation fondamentale qu’il se fait de toute relation émotionnelle est celle de l’instabilité.

tout en maintenant ses limites ! Cette confusion est une étape éprouvante pour les équipes éducatives qui devront gérer une période d’explosion des transgressions puisque. Sous-entendu : « Puisqu’il n’y a pas de renvoi. cela devient moins clair et évident de ne pas renvoyer l’autre. mais ils le feront comme tous les autres et finiront par se fatiguer quand ils verront combien je suis insupportable et incapable de me faire aimer. Il semble difficile pour certains de concevoir qu’un cadre structurant puisse opter pour d’autres stratégies que le renvoi. .MODÈLES D ’ INTERVENTION … 87 symptômes. capacité flexible selon leurs sentiments de sympathie à son égard. progressif et à long terme. » Alors. ceux-ci ne peuvent disparaître que dans un processus évolutif. » Il rentrera donc dans l’escalade pour vérifier la fiabilité de notre parole. pour faire comprendre que la porte n’est pas ouverte au tout permis. elle est épineuse à mettre en pratique. vous ne me renvoyez pas ? ». leur critère étant leur capacité à accepter l’agression de l’autre. l’institution n’a pas de limites. Ensuite. prendre le contrepied du renvoi est un cheminement lent et compliqué. qu’il y a des conséquences… Dans une seconde phase. Il nous faut bien du courage pour canaliser les débordements de tous genres. Pourtant. C’est la phase « des grands tribunaux ». évidemment. il se dira que s’il est généreux de ne pas être renvoyé soimême. Or. Car si l’idée est séduisante sur le plan théorique. durant laquelle les jeunes vont exercer des pressions à propos de qui renvoyer ou non. s’étonnent-ils d’abord. « Comment. pourquoi se gêner ? Dans cette phase de sentiment d’impunité. « Ils disent qu’ils ne vont pas me renvoyer. les jeunes vont tester cette pédagogie. Une première difficulté vient souvent des jeunes. l’amalgame est total. le jeune va généralement tester la solidité du lien.

Quels bénéfices les équipes éducatives en tireront-elles ? La troisième difficulté concerne les familles. un travail de collaboration entre la famille et l’institution doit être établi dès le départ pour contrer un processus d’abandon sous prétexte de notre professionnalisme. comprendre le passé. ces moments où autorité et contrôle vont clairement être mis à l’épreuve. Aussi. ce n’est pas choisir la facilité. l’expansion des phénomènes d’influences.88 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ La seconde difficulté vient des équipes éducatives. « Si la menace au renvoi n’est plus d’application. positionnement qui nous mobilise dans la recherche créative d’alternatives au renvoi et nous force à l’élaboration de stratégies de maintien. Certaines sont très vite favorables à une telle pédagogie : c’est un soulagement d’avoir la garantie que nous garderons leur enfant malgré les problèmes qu’il posera ou de savoir que nous continuerons à les soutenir dans leurs difficultés. Cadre et outils de travail Le projet pédagogique individualisé Le placement en institution est une parenthèse dans la vie d’un jeune. construire l’avenir. Malgré ces difficultés. Elles anticipent et appréhendent ces périodes de turbulence. inquiètes de tout recommencer et d’être à nouveau abandonnées. plus de crises. Expertes en bons sens. plus de stress… sans offrir plus de reconnaissance ou de gratifications. Cette histoire d’un temps s’inscrit dans trois finalités : structurer le présent. les passages à l’acte pour tester le cadre. elles sont généralement surprises. pourquoi les jeunes se soumettraient-ils à nos règles ? » Choisir cette pédagogie. Elle offre en apparence davantage de désagréments : plus de travail. . Elles s’attendent parfois à ce que nous soyons magiciens. Généralement fatiguées de répéter leur histoire aux intervenants successifs. elles n’ignorent pas ces phénomènes d’escalade à la transgression. notre institution a donc officialisé un projet pédagogique qui a pour principe éthique l’évitement du renvoi disciplinaire. Et la tendance à la démission est forte.

peuvent évoluer. mais nous nous attachons surtout à son évolution future (quel adulte sera-t-il ?) L’apprentissage de la négociation Les jeunes que nous accueillons sont convaincus du fait que seul l’acting est porteur de message et moteur d’interpellation de l’adulte qu’il force au changement. en effet. au dialogue sur le passage à l’acte. fluctuer à la hausse ou à la baisse en fonction de trois critères : l’âge. discuté et défini avec le jeune. à accepter un compromis qui tienne compte à la fois des besoins individuels de l’adolescent dans l’ici et maintenant. la capacité à ne pas se mettre en danger et la prise en charge efficiente de son projet. Nous veillons à ne pas produire nos propres disqualifications en plaçant les jeunes dans des projets irréalisables. C’est ainsi que les jeunes peuvent à tout moment négocier avec l’éducateur leur régime de sorties. Celui-ci peut. Nos prétentions de changement sont ramenées à un seuil d’exigence qui tient compte des limites individuelles. changer ou être adaptées. familiales. . et qui colle davantage au principe de réalité. Nous nous efforçons d’élaborer un projet pédagogique particulier. institutionnelles et sociales.MODÈLES D ’ INTERVENTION … 89 Mais ne nous leurrons pas. imaginer des changements profonds dans la trajectoire des destins individuels et familiaux est une utopie : notre secteur dispose de trop peu de moyens. Notre option pédagogique est de privilégier la négociation. Apprendre ainsi que les lois ou certaines règles ne sont pas modifiables mais que d’autres. et du principe de réalité de l’institution ou de la société. Nous visons le long terme c’est-à-dire que nous apprécions non seulement l’évolution globale de la personne dans l’ici et maintenant. de leur apprendre à discuter avec l’adulte pour trouver un terrain d’entente. qu’ils vont transgresser car trop exigeants et éloignés de leurs ressources actuelles. parfois. avec des objectifs réalistes. c’est-àdire de donner priorité à la parole. ajustés au cas par cas. à parvenir à un accord.

par le fait que le changement ne dépend pas seulement du bon vouloir de l’adulte. prévu et négocié ? La sanction réparatrice Il n’existe aucun modèle éducatif sans référence aux limites. de les rendre acteurs au quotidien. Pour être réparatrice. comme outil. La question est-elle de se battre avec lui sur l’heure appropriée pour la vaisselle ? Ou de se battre avec lui pour que sa charge soit faite comme cela lui avait été demandé. donc j’abaisse mon seuil d’exigence. Par ailleurs. Elle permet d’obtenir une plus grande collaboration du jeune qui se sent écouté. ni d’un marchandage : « Tu fais cela et je te donne ceci ». Notre spécificité est de mettre en place un modèle éducatif qui responsabilise l’adolescent face à ses transgressions. compris et partie prenante de son projet. punitions et récompenses. nous évitons de fixer des règles que nous ne pourrons pas tenir et qui nous disqualifieraient et nous n’imposons pas de règle qui mettrait directement le jeune en échec car l’objectif serait loin de ce qu’il peut assumer. . par exemple. et qui maintient l’équilibre. la sanction négociée doit répondre à certains critères. adapté aux besoins et souhaits des deux parties. mais aussi d’eux-mêmes. La négociation. un jeune refuse de faire la vaisselle juste après le souper parce qu’il veut voir sa série préférée. Si. qui l’aide à dissocier l’acte du message dont il est porteur et qui le rend conscient de la nécessité d’une réparation. Il ne s’agit en aucun cas d’une peur de la confrontation : « Dire oui pour avoir la paix ». de les rendre progressifs et non figés une fois pour toutes. ni d’un nivellement par le bas : « Il n’est pas capable. » Il s’agit plutôt de la mise en place d’un processus individualisé. dont la finalité première doit être la réparation et non la soumission passive à la règle. La négociation entraîne automatiquement une autre conception de la punition. permet donc de mieux finaliser les objectifs.90 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ Ce principe a également pour intérêt de les responsabiliser.

Nous allons le voir et gardons avec lui des contacts téléphoniques fréquents. moyen et long terme). de son intégrité physique et morale et proportionnelle à l’acte. de discuter avec elle de son acte et de la réparation. face à l’escalade à la transgression. est de recourir à l’éloignement temporaire qui.MODÈLES D ’ INTERVENTION … 91 Elle ne peut être ni avilissante ni humiliante pour la personne. En aucun cas. qui permettent l’élaboration des interven- . Ces hypothèses. l’adulte reste le garant du cadre et assume la responsabilité d’une autorité structurante et bienveillante. c’est l’occasion pour nous d’accentuer le travail familial. Si l’éloignement se fait dans la famille. Enfin. En cas d’impossibilité d’accord ou de dialogue. sera envisagé en famille ou en institution. pour celui qui a volé. Il s’agit d’un sas qui protège la relation. Notre pratique. qui permet à tous de souffler. lors de nos réunions de synthèse. nous sommes tentés d’envisager le renvoi. L’analyse des besoins et la définition des objectifs Afin de déterminer nos orientations pédagogiques et de fixer des objectifs concrets de travail (à court. Ce n’est pas facile. Et ce n’est en aucun cas l’aboutissement d’une pédagogie permissive et laxiste. nous procédons. Elle doit être aussi un outil d’apprentissage. Comme. dans ces moments d’essoufflement et de lassitude. selon les cas. elle est décidée en accord entre le jeune et l’adulte. Souvent. nous n’abandonnons le jeune. Hypothèse sur le fonctionnement familial L’analyse de l’anamnèse et du génogramme familial nous permet d’établir une ou des hypothèses quant au fonctionnement du système familial. de relativiser et de construire un projet mieux adapté. Elle doit être respectueuse de ses valeurs. de prendre distance. à une analyse globale de la situation de l’adolescent par rapport au fonctionnement tant familial qu’individuel. d’accepter de rencontrer sa victime.

la liste des moyens : « Quels sont les moyens structurels nécessaires pour atteindre les objectifs ? » Et enfin. D’abord. des entretiens réguliers à domicile ou au foyer. Pour ce faire. vers ce qu’il veut atteindre. l’auto-évaluation c’est-àdire « Quel constat le jeune fait-il de sa situation ? » : définition du problème ou des difficultés. nous utilisons principalement une grille d’évaluation des besoins et des objectifs. Ensuite. de Guy Ausloos. la définition des besoins et des actions éducatives : « Quels sont les besoins personnels à satisfaire pour aller mieux ? Que peut prendre en charge le jeune pour changer ? Et quelles sont les actions éducatives à mener par l’équipe pour soutenir le jeune et l’aider à atteindre ses objectifs ? » Le travail familial Le modèle d’intervention sur lequel nous nous appuyons s’inspire du concept de « cothérapie scindée ». Nous partons de là où il se trouve. jaugées et réadaptées grâce au travail d’entretiens mené avec les familles. l’autre (l’éducateur référent) est le porte-parole du jeune et soutient le projet pédagogique de l’institution. et qui envisage quatre aspects différents.92 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ tions et des actions éducatives. Les objectifs concrets ainsi définis lui permettront d’élargir sa vision du monde et de concrétiser des possibilités de changement. L’éducateur référent quant . Hypothèse sur le fonctionnement personnel du jeune Notre démarche a pour but d’aider le jeune à mieux cerner ses besoins et les mécanismes de fonctionnement qu’il met en place et qui freinent son évolution (mécanisme d’auto-sabotage). Celui-ci propose que les entretiens familiaux soient menés par deux intervenants : l’un d’entre eux (l’assistante sociale chez nous) gère l’ensemble de la dynamique familiale et les rapports famille-institution. la définition des objectifs : « Que faudrait-il entreprendre ou modifier pour résoudre ce problème ? » Puis. seront vérifiées. finalisée avec lui lors d’entretiens. L’assistante sociale veille au maintien et à la consolidation du lien parents-institution par des contacts téléphoniques hebdomadaires.

MODÈLES D ’ INTERVENTION … 93 à lui développe dans les entretiens individuels avec le jeune certains aspects discutés lors des entretiens familiaux et approfondit avec lui la compréhension de l’histoire familiale et les enjeux sur la dynamique actuelle. Ce véritable « partenariat » permet aux parents de rester éducateurs responsables de leur enfant. en vue d’un réaccrochage scolaire ou professionnel. La prise en charge thérapeutique Un partenariat étroit peut être mis en place avec les services de psychiatrie pour adolescents. les centres de guidance et les thérapeutes. De manière succincte. un travail de médiation et de gestion des conflits entre le jeune et ses parents. le travail systémique mené avec les familles vise à canaliser les perturbations. à comprendre les problématiques et à s’accepter les uns et les autres avec et malgré les carences. Le travail en réseau Des collaborations avec des services extérieurs sont nécessaires pour une prise en charge efficace. en alliance avec l’institution. des stages envisagés. pour une action cohérente. Il est. Les sas d’éloignement Le refus du renvoi n’est jamais synonyme d’impunité. le jeune est éloigné de l’institution pour une durée déterminée en accord avec le mandant. des orientations recherchées. en collaboration avec les mandants. pour l’essentiel. Lors de transgressions graves. Les jeunes déscolarisés participent à des activités scolaires organisées au sein du foyer et poursuivent des démarches auprès de services extérieurs avec lesquels la situation scolaire est évaluée. la famille et l’école. dans sa famille nucléaire . La scolarisation ou rescolarisation Un programme spécifique est mis en place.

Le jeune réintègre le foyer après une réévaluation du projet avec l’équipe éducative.94 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ ou élargie ou dans d’autres institutions. blessés et abîmés par leur histoire. mais que cela ne relève pas de l’intervention psychiatrique. « Nous avons l’impression. Le travail entrepris se poursuit durant l’éloignement. des expériences qui élargissent leur vision du monde. Mais je commençai par m’enquérir plus prosaïquement des raisons qui avaient mené au choix de notre institution. notre intervention se termine et nous avons besoin de trouver une institution d’aide à la jeunesse qui peut la prendre en charge. Elle est guérie… » Guérie… Je trouvais le mot assez surprenant. qu’elle présente des difficultés de comportement. Le travail communautaire Nous constatons souvent que les jeunes que nous accueillons. les activités culturelles. *** Elle – La permanence du lien (Récit) Marc COUPEZ – Le Toboggan Ce jour-là. de passions qui leur donneraient le goût et le sens de vivre. se maintiennent généralement dans des dynamiques d’échec et des comportements de destruction. me répond-on. Donc nous nous adressons à vous. des expériences de réussites… autant de possibles pour l’éclosion de leurs compétences. Beaucoup manquent des ressources qui leur permettraient de sortir de leur marasme. Les réunions de jeunes. le responsable d’un établissement psychiatrique me téléphone : « Nous avons une jeune fille de seize ans. » . les ateliers créatifs que nous organisons leur offrent de nouvelles découvertes. Ce sont également des moyens pour cultiver la solidarité et l’action créatrice.

quelque temps auparavant. Ce qui nous était décrit ne s’apparentait pas. il nous a fallu la moitié. Spécialisé… En quoi ? Cette appellation cache en fait la volonté de créer des services qui s’occupent de jeunes dont personne ne veut. Enfin. 15 adolescentes de 14 à 18 ans. frappé. Nous convenons d’un rendez-vous. au point qu’il y avait lieu de .MODÈLES D ’ INTERVENTION … 95 Le Toboggan. Et c’est ainsi que nous avons finalement appris que l’autorité de placement avait été interpellée car la « malade » avait. encadrée de deux soignants. qui présente par ailleurs des troubles du comportement assimilés à des troubles psychiatriques. de jeunes qui sont à la frontière de toutes les problématiques. de la population dite « psychiatrique ». les filles qui passent à l’acte. donc. à des troubles psychiatriques. si ce n’est les trois quarts de l’entretien. quand c’est nécessaire. voire jusqu’à 20 ans. je me souviens de m’être demandé d’emblée pourquoi cette jeune fille était allée dans un hôpital psychiatrique. pour une première entrevue. cet appel téléphonique avait abouti chez nous après un nombre considérable de refus. prend en charge. soit depuis quatre années dans deux hôpitaux différents… Un deuxième élément a fini par nous intriguer : l’équipe du dernier hôpital paraissait épuisée. en hébergement simultané. chez nous. Pourquoi l’accepter avant. la population dite « délinquante ». à nos yeux en tout cas. Sans doute faut-il préciser d’emblée que l’on peut distinguer. chez nous. C’est ce qu’on appelle un Centre d’accueil spécialisé. Le Toboggan étant mentionné sous la rubrique Adolescents difficiles du bottin social. pour comprendre que cette jeune fille était hospitalisée depuis l’âge de douze ans. Or. et non après ? Et bien. ni même à quelque comportement face auquel un hôpital psychiatrique aurait pu s’avérer indispensable. créé à Mons en 1988. on vous dira après si on vous accepte ou pas… » Nous l’accueillons. Or. le parti pris est d’accueillir les jeunes que nous acceptons de rencontrer. imaginez-vous expliquer à la gamine : « Venez vous montrer.

tu n’es pas folle ! Tu es comme les autres. ne souhaitait pas du tout quitter l’hôpital où elle vivait depuis des années. . il n’y a plus de raison que nous continuions d’intervenir ! ». Nous constatons alors qu’il reste des problèmes dont il n’avait jamais été question. tu crées des problèmes. au mépris peut-être de certains constats qui ne nous étaient pas transmis. L’intervention du magistrat ayant été demandée. se posait : cette jeune fille était-elle malade. Si dans ton évolution. tu seras prise en charge comme toutes les autres filles. La jeune fille.96 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ prendre des mesures. quant à elle. d’ailleurs : « Moi ? Je suis folle. tentait de faire correspondre le profil de cette jeune fille à la réalité de notre institution ou en tout cas de montrer qu’il ne correspondait pas à la réalité de la leur. » Nous appuyant sur tout cela. et sur les dires de l’hôpital : « Tout le travail d’intervention que nous avons pu mener est arrivé à ses fins. et donc irresponsable ? Ou responsable ? Auquel cas que faisait-elle dans un hôpital psychiatrique ? Il me sembla dès lors évident que le personnel de l’hôpital. » Trop peu de place. dès lors. à cause de cette volonté de faire glisser aux forceps la jeune dans une maison d’hébergement telle que la nôtre : elle souffrait d’énurésie. nous te considérerons comme responsable. probablement à juste titre. Pas comme une malade. cette jeune fille avait été sanctionnée par un séjour en IPPJ. par ailleurs. Une question. C’est sous cet éclairage que nous avons accepté cette jeune fille qui. Et si tu viens chez nous. Elle nous disait. nous décidons de la contrarier : « Non. peu de motivation pour suivre une médication pourtant déjà en place ou pour un travail d’aide thérapeutique : l’hôpital est soulagé. se trouve dans une incompréhension totale des raisons pour lesquelles elle quitte l’hôpital.

Si ses dix premières années n’ont pas été faciles. nous sommes face à des comportements invraisemblables. tu sais bien qu’on a dit que tu ne reviendrais pas ! » Avant qu’elle ne sache vraiment où était sa place. répète qu’elle va se jeter de la fenêtre et exerce sa violence sur les autres. elle s’y efforce. son départ de l’hôpital et son arrivée chez nous ne constituaient-ils pas une forme de maltraitance susceptible d’amener à ce type de comportement ou du moins de le renforcer ? Prenons en effet le temps de découvrir son passé. Quand arrive un nouveau-né… Ses comportements. Situation évidemment insupportable pour la famille d’accueil. elles ont néanmoins été rassurantes: elle avait un papa et une maman pour elle toute seule. en voiture. avec cette angoisse de perdre sa place. l’année de ses douze ans. les hospitalisations psychiatriques. elle va nous le prouver. jusqu’alors difficiles mais raisonnablement acceptables. cette jeune fille a été ballottée de situation difficile en situation difficile. crée des embouteillages au centre de la ville parce qu’elle va sauter sous un bus. À un an. Pendant plusieurs mois. Et effectivement. Et c’est ainsi que débutent. qui n’a d’autre ressort que de l’écarter. d’autant que chacune de ses conversations téléphoniques avec l’hôpital se conclut par : « Non. . entourée d’autres du même âge pas particulièrement tolérantes. Ces comportements tendent clairement à nous persuader que c’est bien à l’hôpital qu’elle doit retourner.MODÈLES D ’ INTERVENTION … 97 Imaginez une jeune fille de seize ans. En tout cas insupportables dans une institution d’aide à la jeunesse : elle s’accroche à un pont pour sauter dans le canal. se sont alors transformés en actes agressifs et dangereux envers le bébé. non. Depuis qu’elle est née. non tu ne peux pas revenir ! Non. elle est adoptée par une famille d’accueil. puisque nous ne voulons pas la croire. avec une certaine constance. qui ne peut se retenir d’uriner dans sa culotte. s’auto-mutile. dans son lit… Elle s’entête à dire qu’elle est folle et.

elle. Cela aurait permis de dépasser le cadre formel de l’intervention. Le seul lien qu’il lui restait. Une personne tant abandonnée qu’elle recherche à tout prix la relation. jusqu’à ce qu’un jour. et qui nous mettaient dans la quasi-impossibilité de la supporter : frapper sur les éducateurs. avait pu supporter ses différents symptômes. ne connaît ni limite d’âge. En effet. On peut envisager ton départ ». était celui qui la reliait à cet hôpital. par peur de souffrir plus encore d’une rupture qu’elle n’aurait pas décidée. nous nous sommes tournés vers la famille naturelle. la jeune fille tentait de vérifier si nous avions la même capacité que l’hôpital de maintenir un lien.98 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ La jeune fille que nous accueillons est ce que nous appelons une « abandonnique ». Et elle fit même en sorte que ce soit sa chambre et son lit qui commencent par brûler. Oui. mais qui ne veut pas admettre qu’il existe ! Dès l’instant où ce lien s’installe. elle claironne : « Je mets le feu à l’institution ». Je ne détaillerai pas les symptômes censés prouver qu’elle était folle. Et plutôt que de nous tourner vers l’hôpital. Que nous étions en train de rompre. notamment). elle le rompt. Si elle pouvait (re)devenir un point d’accrochage ? Cela semblait sensé. elle mit le feu à ses cheveux. et qu’elle le fasse. provoquer des situations de peur généralisée. Car elle avait une maman. Quand le psychologue rédigea un rapport positif : « Cela va beaucoup mieux. la place d’une mère. Quel moyen plus clair de nous dire que nous ne pouvions plus la garder ? Il n’y avait plus de place pour son lit. Cette structure très lourde. malgré toutes les épreuves qu’elle lui avait fait subir. Comment aurait-elle mieux exprimé son angoisse : « Vous voyez bien que je ne suis pas prête… » Ces notions d’abandon nous ont permis de reconsidérer la situation et nous avons décidé de travailler cela. par voie de médicaments. un lien s’était créé. le lien affectif. . si l’institution est soumise aux limites de son mandat judiciaire (pour mineures d’âge. grâce au nombre de personnes et à leur travail. ni mandat… Entre-temps.

effectivement. sur ce fameux lien entre elle et nous.MODÈLES D ’ INTERVENTION … 99 La réaction première. Il ne fallait pas s’arrêter à ce qu’elle venait de commettre en le voyant de manière primaire et isolée. dans l’immédiat ! Sans parler de l’émeute parmi les jeunes qui n’avaient qu’une envie. et en même temps ne pas détruire le travail qui pouvait encore se faire. alors que nous avions toujours affirmé : « Tu es une jeune fille comme les autres. Il y avait eu transgression massive de la loi et. on te reprend… » Cela a probablement été. Et il est vrai que nous n’avions pas vraiment le désir de continuer à travailler avec elle. j’avais la volonté de travailler. Quand. C’est ce qui nous a guidés. Et notre décision. Il fallait l’inscrire dans une vue d’ensemble. Il me fallait convaincre les éducateurs de la reprendre ! Les discussions n’ont pas été faciles. de démonter son parcours depuis son arrivée. responsable de tes actes ». c’était de lui « faire la peau » ! Nous étions confrontés à une impossibilité. la logique de la situation apparaissait. aurait été le rejet total. la plus grande de ses surprises. beaucoup plus globale. là. L’institution ne doit pas se mettre dans une position de juge et d’acteur de la loi. à l’IPPJ. avec l’équipe éducative. Pendant ce temps-là. Mais que pouvait-on mettre en place ? Il fallait absolument qu’elle n’ait pas réussi dans la rupture du lien. fut probablement l’acte le plus thérapeutique posé dans toute cette histoire. Nous ne devions pas nous arrêter à cet événement. également. J’aurais aimé être un spécialiste de l’hypnose… À force d’en discuter. il était difficile de ne pas lui faire assumer sa conduite ! Elle a donc été orientée vers l’IPPJ de Saint-Servais : quarante-deux jours en section fermée. de découragement. d’atteinte des limites. Il fallait réagir de manière pertinente. logique et habituelle dans ce genre de situation. si grave fût-il. je lui ai répété : « Tu . Nous lui avons dit : « Oui. après. C’est là que le juge de la jeunesse a pris une décision déterminante. avec un sentiment d’isolement. à ce moment-là. humaine.

elle revenait. Elle s’imaginait encore retourner à l’hôpital. Qui. Nous avons pu commencer à construire. l’hôpital – non pas en tant que centre d’hébergement mais pour tout le travail qui peut nous permettre de prendre du recul face à la brutalité des faits –. d’ailleurs. mais cela ne signifiait pas qu’elle ne payait pas les conséquences de ses actes. à ce qui s’était passé… Mais en pratique ? Quel contexte mettre en place ? Nous avons remis l’hôpital autour de la table. le discours de l’équipe hospitalière est devenu beaucoup plus vrai. Dans l’année et demie qui suivit. ensemble. Je ne vous dis pas. et. et ainsi. Ce qu’il fallait. des perspectives d’avenir. il est vrai. l’inquiétude de celui-ci qui ne le souhaitait pas vraiment. Il devint dès lors possible de mettre en place un vrai trépied. Et la réalité de la trajectoire de cette jeune et de sa prise en charge nous apparurent enfin plus clairement. comme troisième acteur. Mais. Et il y aurait d’autres conséquences. avec elle. Il fallait au préalable reconstruire l’institution et ne plus prendre le risque de la faire brûler. dire : « Tu reviens ». en collaboration avec notre équipe. une institution ne devrait jamais être l’endroit de vie d’un jeune –. le juge de la jeunesse. mais dans un contexte qui donnait sens à la raison de repartir. répétons-le encore. en lui forçant un peu la main. je pense qu’elle s’est demandé si je n’étais pas fou. « Vous avez vécu ça aussi ! » nous direntils. devait intervenir ? Constituant le « pied » le plus permanent. C’est ce qui permit le retour aux liens du .100 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ reviens ». Quoi qu’elle ait fait. de construction du lien. des trois. une réelle collaboration triangulaire : entre l’institution dans laquelle elle vivait – même si. nous avons repris notre travail d’apprivoisement. Alors. ne fût-ce que financières. lui avons permis d’envisager des lendemains moins angoissants. c’était trop court. le travail ambulatoire du médecin de l’hôpital psychiatrique reprit de manière très régulière. c’était repartir.

Ensuite. déjà. cherché des ressources. Car atteindre sa majorité signifiait un arrêt dans ce chemin parcouru ensemble. une fois. soudain. pour ne pas la laisser. des mois à l’avance. mais tout simplement parce qu’elle n’était plus en mesure de se gérer. Mais que signifie « collaboration » au quotidien ? . limitée dans le temps et dans ses objectifs. justement. mais dix-huit ans était pour elle un cap tellement insurmontable. avec ces mêmes personnes. de chez nous. Mes propos s’étaient voulus rassurants : « En tout cas. à une nouvelle hospitalisation de quinze jours. elle fit une très jolie crise. Il fallait qu’elle soit à nouveau hospitalisée. évoquant même des possibilités d’intervention au-delà de la majorité. Nous avions envisagé tout ce qui lui aurait permis de ne pas se sentir isolée. d’ailleurs… Une hospitalisation. nous avons recouru.MODÈLES D ’ INTERVENTION … 101 passé. a été mise en place dans une logique très précise avec le psychiatre qui avait assuré l’aide ambulatoire. le tribunal de la jeunesse a décidé d’une prolongation: elle pouvait revenir chez nous. une nouvelle peur apparut. tu ne seras pas renvoyée ! ». Par la suite. s’inscrivant dans la logique de ce qu’elle avait vécu. Et c’est tout de même extrêmement paradoxal quand on sait que ce chemin consistait. Il s’agissait de nous donner plus de temps. livrée à elle-même. avec une aide médicamenteuse. à l’approche de ses dix-huit ans. Nous l’avons décodée. à éviter les nouvelles ruptures… C’était bien sûr prévisible et nous avions. Et nous non plus. Et c’est comme ça que nous avons trouvé un « quatrième pied ». notamment du côté de la maman. non pas parce qu’on pensait que c’était le meilleur endroit pour elle. En effet. Mais là encore cette décision fut prise dans des limites très précises. qu’à deux mois de son anniversaire. un nouveau collaborateur : un service dépendant de l’Agence wallonne pour l’intégration de la personne handicapée (AWIPH). Nous voulions lui trouver un nouvel endroit de vie qui ne soit pas en rupture.

L’accompagnement de cette jeune fille nous a offert quelques instants clefs où nous ne pouvions en aucun cas ne pas nous montrer à la hauteur. notre positionnement conditionnent l’avenir de ce futur adulte.102 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ Boire des tasses de café. que je qualifie de moments magiques. Discuter autour d’une table. Ce sont des rendez-vous à ne manquer sous aucun prétexte. Des instants uniques où notre réaction. Accoutumer quelqu’un à votre présence. *** . À ces moments. Pourquoi le parcours de cette jeune fille reste-t-il gravé dans ma mémoire ? Si le mandat qui nous est confié et notre devoir professionnel nous incitent et nous obligent à trouver les solutions les plus adaptées. notre réponse. et de le prouver par nos attitudes non rejetantes. qui aujourd’hui ne recourt plus à tous ses symptômes. L’accompagnement de ces « jeunes-très-en-souffrance-et-enrebellion » est parsemé de quelques instants. Dans le cas de cette jeune fille. notre conviction qu’elle « y arriverait ». d’affirmer notre confiance en elle. parfois sans objet. Cette adolescente se construit une place dans la société. l’avenir nous a donné raison. il ne faut pas oublier combien le rapport humain – la confiance en ce jeune – doit être une valeur incontournable. il était impératif d’être là. vers les hôpitaux psychiatriques. L’apprivoiser. marginale et limitée. notre attitude. rares. qui a cessé de fuir notre monde vers la « folie ». À condition que l’autre accepte de vous voir entrer et vous asseoir.

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Ailleurs… la quête de soi Claire RENSONNET – Vent Debout
« Ce ne sont pas des vacances ! Ce n’est pas une croisière ! Ce n’est pas non plus le Club Méd’!…» C’est souvent avec ces mots que Vent Debout est présenté à l’adolescent, par celui qui voudrait l’y envoyer. Tout est-il vraiment dit ? Imaginez. Vous avez seize, dix-sept ans. Vous êtes face à trois autres jeunes, inconnus jusque-là. Dans un groupe où chacun essaie de donner le change, de se montrer sûr de soi, malgré sa peur de l’inconnu, de ne pas être à la hauteur. Confié à des éducateurs qui, vous dit-on, vont vous accompagner dans une aventure exigeante et pleine d’imprévus. Pendant un mois, équipier sur un voilier… Tenir la barre. Participer aux manœuvres d’entrée et de sorties de ports. Naviguer le plus souvent entre les côtes françaises et britanniques, dans un climat aussi souriant que notre bonne météo. Et la vie à bord ! Ça tangue continuellement. Préparer les repas. Faire la vaisselle. Entretenir les lieux. Puis il y a les autres. Sur une dizaine de mètres carrés. S’entendre avec ceux que l’on n’a pas choisis. Négocier, entendre les remarques, commentaires et interpellations pas toujours faciles à accepter. Être secoué dans ses affirmations, dans sa façon de regarder le monde, de se regarder soi… Ou alors randonneur… Traverser les vallées écossaises, le maquis corse ou les massifs du sud marocain. Mettre un pied devant l’autre avec, sur le dos, un sac de 16 kg, contenant ce qui garantira un minimum de confort au quotidien. Tous les matins, petit déjeuner rustique, toilette rudimentaire si on a la chance d’être proche d’un point d’eau. Démonter sa tente. Remettre tout dans son sac. Reprendre la route. Le soir au bivouac, cuire un repas dans sa gamelle (il aura les qualités gastronomiques de ce que l’on aura porté, dans le sac à dos). Ici, on est moins collés les uns aux autres, mais ces autres sont aussi présents. Chacun son caractère, son histoire, ses moments de blues ou de fureur. Les éducateurs sont là pour conseiller, stopper les déra-

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pages, écouter aussi, et susciter une réflexion sur ce qui est vécu maintenant et qui rappelle furieusement des habitudes parfois sources de bien des ennuis. Alors ? Prêt à relever le défi ? Les adolescents qui viennent à Vent Debout ont pris connaissance de ce qui les attendait. Sans doute n’en ont-ils pas véritablement pris conscience. Ces jeunes en décrochage, qui souvent ne vont plus à l’école depuis des mois, qui n’ont pas de projets, d’objectifs personnels, dont on dit qu’ils ne sont intéressés par rien, qu’ils refusent et se rebellent… Ceux-là, justement, se jettent à l’eau, attirés par le risque, la nouveauté mais aussi par l’envie de se mesurer à eux-mêmes, de mieux savoir qui ils sont, ce qu’ils veulent au bout du compte. À ce moment de leur vie, souvent, leur situation est devenue insupportable. Ils ont envie d’un changement ? C’est là que nous pouvons commencer à travailler. Notre mode de prise en charge est né d’un constat : la nécessité de sortir l’adolescent de son quotidien mais surtout de la répétition d’échecs. Pour cela il fallait quelque chose de fort, d’attirant aussi. Mais attention : coups d’éclats et exotisme ne sont pas indispensables pour créer l’inattendu et ouvrir une brèche. Organisant d’abord « des expéditions », Vent Debout a peu à peu développé une approche pédagogique spécifique. Les écrits relatifs à ce type de travail avec des adolescents en difficulté sont rares. Il fallut construire son outil, définir les modalités pédagogiques. Au-delà des modifications purement structurelles que l’institution a connues depuis 1985, le travail poursuivi fait l’objet d’une réflexion et d’une remise en question régulières. Ces expéditions sont un outil pour le travail pédagogique et thérapeutique mené avec les jeunes qui nous sont confiés. Elles s’intègrent

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dans un programme de prise en charge global comprenant les entretiens préliminaires, la période de préparation, l’expédition, les évaluations et le suivi, personnalisé selon la nécessité (hébergement dans la structure, guidance en famille, accompagnement vers l’autonomie). Elles sont pour nous un moyen privilégié pour mettre en place le travail avec les adolescents ; une occasion de les interpeller sur la perception qu’ils ont d’eux-mêmes, la place qu’ils occupent, les relations qu’ils établissent avec le monde qui les entoure. Les expériences vécues en expédition deviennent un point de départ pour (re)trouver une nouvelle énergie. Mais reprenons, étape par étape, pour mieux cerner cette démarche et les objectifs qui la soutiennent.

1. Cadrage initial
Depuis de nombreuses années, les différentes autorités qui nous adressent les jeunes ont bien compris que nous ne pourrions travailler que si l’adolescent adhérait au type de travail proposé. Il s’agit d’une aventure requérant de la part du jeune beaucoup d’énergie. Tirer ou pousser quelqu’un n’aurait guère de sens ; la participation à un projet n’est donc jamais imposée. Lors des premiers contacts téléphoniques, nous nous assurons qu’il n’y a pas de contre-indication telles qu’une consommation lourde de produits toxiques, une violence incontrôlable ou une problématique psychiatrique. Il est important à ce stade de s’assurer que le jeune a de grandes chances de pouvoir assumer son contrat et d’aller jusqu’au bout de l’expérience. Un échec supplémentaire pourrait être très dommageable pour l’adolescent. D’autre part, sa présence ne doit pas mettre ses coéquipiers en danger. La procédure d’admission vise, d’entrée de jeu, à faire une grande place au jeune et à son initiative. Pour le premier rendez-vous, qui consiste en un échange réciproque d’informations, il est demandé que

et notamment l’évaluation auprès de l’autorité de placement ainsi que le scénario envisageable pour les mois suivant l’expédition. Au-delà des données chronologiques. Nous mettons en lumière l’ensemble du projet. ses colères et ses tristesses… que nous allons pouvoir élaborer une réflexion. bivouaquer dans les bois. Marcher toute la journée. l’avant et l’après. Se considère-t-il comme actif dans ce qui lui arrive ? Se voit-il comme une victime. Le jeune évoque ainsi sa situation. . dans toute leur subjectivité. capable de parler en son propre nom. sont importantes. ses contradictions. 2. Au terme de cet entretien. nous lui expliquons le plus concrètement possible les attentes liées à ce type d’activité. Cela permet aussi d’éviter la répétition des plaintes suscitées par son comportement et de ce qui est défini par son entourage comme « son problème ». en présence de ses parents ou éducateurs. Il est d’abord reçu seul. Nous-mêmes lui faisons alors part de notre accord ou non de travailler avec lui. irresponsable ? Quelle est sa perception des adultes qui lui sont proches ? Peuvent-ils être des recours ou s’en méfie-t-il ? Ces données.106 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ le jeune nous contacte lui-même – ce qui pour certains exige déjà un effort d’audace et de débrouillardise. C’est une manière de manifester que nous le considérons comme un interlocuteur valable. La façon dont va s’établir ce premier contact est déterminante. les jeunes d’un même groupe participent à une randonnée en autonomie totale. son parcours. Première confrontation Avant le départ véritable. nous proposons au jeune quelques jours de réflexion. Dans un deuxième temps. C’est à partir de ses « oublis ». pendant cinq à six jours. On y voit les prémices de ce qui sera vécu par la suite. C’est ce que le jeune dit de lui qui constitue notre principal outil. c’est surtout l’occasion de situer les rapports qu’il entretient avec sa propre histoire. Il doit alors normalement nous recontacter pour nous donner sa réponse.

mais pas pour faire les choses à leur place. le dernier rempart pour affirmer à la fois son appartenance et sa singularité ! Ils doivent endosser des vêtements « techniques ». leur tolérance à l’autorité et aux frustrations. de son bout de lorgnette. Adieu les baskets de marques. dès lors. Nous allons cerner leur adaptation au groupe. des vestes en Gore Tex ! L’important n’est plus désormais le look et le jugement sur les apparences. parfois à la limite de l’insolence. les tops coquets ! Il faut convaincre de l’utilité des godasses de randonnée. si ces adolescents que nous avons artificiellement rassemblés vont pourvoir cohabiter. Va-t-il être à la hauteur de ce qu’il s’est luimême imposé ? Il quitte un entourage. Sont-ils sévères ? Peut-on leur faire confiance ? Ne vontils pas se gausser des maladresses de chacun ? Pour couronner le tout. des pantalons épais. transformables en short.MODÈLES D ’ INTERVENTION … 107 Cela nous permet de vérifier d’une part s’ils sont suffisamment motivés pour l’aventure qui suivra et d’autre part. Il ne faut pas se fier à l’air frondeur. c’est aussi l’occasion de découvrir la démarche éducative qui sera pratiquée au cours de l’expédition. Et les éducateurs ? Ils sont aussi une énigme. pense devoir s’affirmer lui-même comme inaccessible. et leurs capacités d’autonomie. Être à leurs côtés dans le quotidien permet aussi d’établir une qualité de communication ancrée dans une expérience partagée. Chacun vient avec ses doutes sur ses propres capacités et sa résistance. Les éducateurs sont là pour les conseiller. certes source de relations conflictuelles. avec une lourde expérience. pour se tourner vers des inconnus. la prunelle de leurs yeux. les soutenir dans ce qu’ils ont entrepris. adaptés aux conditions de vie dans la nature. affiché par certains adolescents. Il n’est pas rare que chacun prête à l’autre un itinéraire « hard » et que chacun. Chacun ainsi peut être tenté de se construire un personnage. qu’il faudra ensuite confirmer par ses attitudes au quotidien. mais le but que l’on . Il « entre dans le film » et doit maintenant faire face à ce qui jusque-là n’était qu’un projet. chaque jeune connaît des moments particulièrement difficiles. Le premier jour de « la préparation ». il leur faut quitter leurs vêtements. mais aussi familier. Pour eux. les pantalons Sergio Tachini.

Se déplacer sur le voilier impose de trouver. Leur proposer un décalage. s’écarter de son quotidien. 3. Ils sont dans une impasse. On sait ce que l’on n’est plus. Les jeunes qui participent aux expéditions ont pour la plupart entre 15 et 18 ans. une disponibilité . Ces nouvelles attitudes à découvrir puis à s’approprier sollicitent une écoute. qui ils sont. Cette transformation ne se fait pas toujours sans mal. L’expédition les place face à un univers inconnu où les réflexes. des négligences graves. son équilibre. Leur curiosité mise en éveil peut alors être disponible pour de nouvelles expériences. L’adolescent. une aventure crée un effet de surprise salutaire. Ils ont souvent connu de nombreux échecs. les habitudes ne fonctionnent plus. La bienveillance et la fermeté sont indispensables pour accompagner les adolescents dans cette première étape. ils sont dans cet entre-deux dont ils ne peuvent rien dire. ce qu’ils veulent devenir. des abandons. pour élaborer son propre style. N’étant plus enfants mais pas encore adultes.108 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ s’est fixé et les moyens pour y arriver. encore moins aux adultes qui leur demandent de formuler des projets. par le voyage peut aller voir ailleurs. un éloignement. de prendre appui sur les cordages ou les parois. c’est le départ pour une grande aventure souvent très dure et très exigeante mais aussi riche de nouvelles expériences. parfois de la maltraitance. Le goût de soi – questions d’existence L’adolescence est un temps de deuil de l’enfance. à chaque pas. Marcher en montagne avec un sac de 16 kg requiert une posture et des mouvements différents. pas encore ce qu’on sera. Aller voir ailleurs Au terme de la préparation. de ce qui constitue son ancrage. ne savent plus ce qu’ils veulent.

Une brèche peut alors s’ouvrir pour un remaniement de la perception de soi et de sa place. Ils sont immergés dans une nature âpre. celui qui se persuade qu’il n’a plus rien à perdre prend conscience de la valeur de sa propre vie. Il n’est plus objectivé par les adultes au travers de problèmes. Sa « carte de visite » peut changer.MODÈLES D ’ INTERVENTION … 109 aux apprentissages. Il peut devenir quelqu’un capable de réussir. même des choses reconnues comme difficiles. Elles jettent aussi une autre lumière sur des habitudes. Sevré de Play-Station et loin de MTV. suscite un questionnement et permet d’intervenir sur la chronicité d’une situation où tout semblait bloqué et sans issue. Ils peuvent aussi découvrir le plaisir qu’il peut y avoir à dépasser ses doutes et à tenir bon. Ils doivent mobiliser toutes les énergies pour avancer. d’une marginalité destructrice mais d’une réussite qui lui appartient. découvre qu’il y tient plus qu’il ne l’imaginait. ils expérimentent un danger réel mais défini. l’adolescent a des choses à raconter. quand elle est amorcée. des comportements que le jeune pensait incontestables et immuables. le milieu hostile et les conditions difficiles le poussant à réagir. . être distrait peut entraîner des conséquences dramatiques… Les métaphores sont nombreuses. Dans une marche en montagne. Son horizon peut s’ouvrir à de nouveaux projets. tentatives de suicide…) Pendant les expéditions. Ce regard neuf qu’il pose sur lui-même lui autorise de nouvelles perspectives. mais elles ne s’inscrivent plus dans la déviance. Ne pas faire face et se laisser aller peut faire courir un risque mortel. inconnue et qui impose ses lois. Ces adolescents cultivent souvent l’ennui et le risque (risque social : rejet. Au retour. s’arrêter peut être fatal. Sur le bateau. La fierté qu’il peut y gagner ne vient pas d’un délit. Ils doivent impérativement gérer et doser la part de contrôle et de liberté qu’ils peuvent accorder à leurs gestes. exclusion ou directement physique : toxicomanie. Cette dynamique. ne pas garder le cap.

ne pas pouvoir agir de telle ou telle façon. l’absence de l’adolescent permet aussi une mise en perspective. Elles se construisent dans une relation concrète à la nature et sont guidées par des impératifs de sécurité. Pendant ce temps. Le goût des autres L’expédition permet un travail de socialisation à la fois verticale et horizontale. ou dans les bois. Devoir poser tel acte d’une certaine manière ou. C’est dans – et grâce à – la relation avec l’adulte que l’adolescent peut progressivement les admettre. découvrir que l’on peut survivre malgré l’abandon. au sein de la famille. Le retour est pour chacun l’occasion d’enfin exprimer ce qui. pour beaucoup. il est le garant du respect de tous et de l’environnement. Par extrapolation. la sortie de la dépendance et de la colère qui entretenaient la confusion des rôles. à l’inverse. On rumine certains souvenirs. elles sont l’occasion de faire l’expérience du sens et du fondement de la loi. L’absent peut manquer. autorisent de nombreuses méditations. Alliant fermeté et qualité d’écoute. En mer. on se rappelle de questions anesthésiées par le quotidien. Il va pourtant falloir les supporter. c’est l’apprentissage de l’autonomie. Les frustrations ainsi engendrées sont nombreuses. Ces règles sont irréfutables. mais beaucoup d’autres ne le sont pas. ne tient pas au bon vouloir de l’adulte. Certains aspects de la vie quotidienne peuvent être négociés. regarder l’horizon le nez au vent. de celui qui exerce l’autorité. pris ici au sens large.110 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ L’éloignement des proches est. le plus souvent. par pudeur ou par routine. n’est pas dit : l’attachement réciproque. L’éducateur sert de repère pour dire les règles de survie et ce qui doit régir la vie en groupe. mettre un pied devant l’autre. Ces règles ont . on regarde avec plus de tendresse certains moments vécus auparavant comme des entraves aux plaisirs immédiats. une expérience nouvelle qui permet une clarification des relations entretenues jusque-là. on relativise certains conflits… Pour d’autres.

Chacun doit apprendre à connaître ses compagnons. D’autre part. dans les mêmes conditions. ses renoncements va se « frotter aux autres » et s’adapter. la chaleur ou le froid et parfois le découragement. Ils n’ont pas le répit accordé par la fin de la journée. d’un scénario peut-être différent de celui que les jeunes ont donné à voir d’eux-mêmes jusque-là. et à former une équipe. La permanence – la présence des deux mêmes éducateurs pendant un mois – détone avec le vécu de petites et grandes ruptures de la plupart des jeunes qui nous sont confiés. tout-puissant. les accepter tels qu’ils sont. Cela laisse la place à l’instauration d’autre communication. selon ses possibilités. Il connaît l’itinéraire. de leurs regards. pour autant. Son pouvoir de décision ne peut. il faut tenir compte des autres. Sa connaissance comporte ses propres limites. elle l’est également pour les éducateurs. il n’y a pas d’histoires communes. les adversaires . mettre des mots sur ce que l’on ressent sans pour autant perdre la face ou son honneur. la façon la plus adéquate de vivre dans ce contexte. les éducateurs vivent les mêmes événements du quotidien. Le groupe en expédition est une microsociété. Eux aussi connaissent la fatigue. Ils ne rentrent pas chez eux après leurs prestations quotidiennes pour se ressourcer. En cas de conflit. et disposent de ressources identiques. Elle permet une cohérence dans la relation et intervient sur les sentiments de morcellement et d’abandon souvent éprouvés. Pour chaque acte posé. qui ne sont pas infaillibles. ressentir des émotions. C’est l’occasion pour les adolescents d’entrevoir la condition humaine sous un jour différent. Chaque jeune véhiculant ses inquiétudes. L’éducateur est détenteur d’un savoir. Les personnes mises en présence sont inconnues. rien contre les éléments. Entre elles. pairs et adultes. Si cette expérience est difficile pour les adolescents.MODÈLES D ’ INTERVENTION … 111 une raison d’être en fonction des circonstances. dont le fait de vivre avec d’autres. Il n’en est pas. bien entendu. ses révoltes. On peut avoir des doutes. Nul n’est tenu de démontrer sans cesse sa force et sa maîtrise.

Il peut donc se fixer un délai à respecter. Les membres d’une équipe découvrent une convivialité et une confiance réciproque. Ils ont perdu toute confiance en leurs capacités de progrès. que rien ne sera arrangé par une fuite ou un changement dans la composition du groupe. Vivre vingt-quatre heures sur vingt-quatre avec les mêmes personnes est très contraignant. la constance des personnes concernées limitent fortement les échappatoires. . Le jeune sait quand il part et quand il revient.112 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ savent qu’ils devront continuer à se côtoyer. S’il ne l’accomplit pas correctement. il est aussi plus urgent d’y apporter une ébauche de solution. Il est difficile de tricher. il est plus ardu pour celui qui en est la cause de projeter les responsabilités sur les autres ou sur l’extérieur et de se dérober. les mêmes éducateurs qui doivent arriver au terme du voyage. D’autre part. Chacun doit donc trouver une autre issue et négocier. Ceci contraste souvent avec les expériences antérieures où le déroulement des choses s’arrête suite à un échec. le terme ne vient pas d’une fugue ou d’un rejet mais tout simplement de ce que l’expédition touche à sa fin. Aller jusqu’au bout est déjà. La solidarité est indispensable à la sécurité de tous. Chacun est responsable du travail qui lui est confié. une réelle victoire sur soi. Le voyage a l’avantage d’être d’emblée déterminé dans le temps. Ce sont les mêmes jeunes. les conséquences peuvent toucher ses coéquipiers. pour de nombreux jeunes. un conflit non résolu déclenchent des effets plus rapides et plus concrets qu’ailleurs. Un travail non fait ou mal exécuté. Le goût de la découverte Les jeunes qui nous sont confiés sont souvent démotivés à l’égard du savoir et envisagent tout apprentissage sur le mode d’un ennui insondable. dialoguer. l’expédition fonctionne comme un accélérateur de la séquence « action-réaction ». La durée du projet. Il devient plus facile de faire le lien avec l’origine de la difficulté. de jouer sans cesse un rôle. Par ailleurs. Savoir quand l’aventure dans laquelle on s’engage se termine peut être rassurant et faciliter le respect du contrat de départ. La proximité incite à une certaine transparence. En cela. Les tâches sont partagées.

La nature les émerveille autant qu’elle peut les inquiéter. Connaître la région traversée. Au-delà de l’anecdotique. suivre un itinéraire sur une carte. décalée et après coup. Les éducateurs ayant accompagné le jeune ont été témoins du quotidien. Un temps pour conclure L’évaluation est un moment important du programme. Les situations permettent ainsi la réactivation et l’acquisition de notions oubliées ou négligées. ils se trouvent face à un environnement inconnu. nous tentons de relier ce que vit le jeune à une formation. La première étape est. davantage qu’une évaluation. un temps de réflexion qui a lieu au sein de Vent Debout. À cette personne « naïve ». Cette déroute. . facilite la remémoration des événements. voire à la (re)découverte d’un certain plaisir à apprendre. des doutes. Ils facilitent l’émergence des lignes de force de cette expérience afin de l’ancrer dans la réalité quotidienne. Cette intervention. Ils sont souvent déstabilisés par des situations qu’ils n’ont jamais rencontrées et dans lesquelles leurs comportements habituels sont devenus inopérants. cet effet de surprise les rend disponibles à la curiosité et à de nouveaux apprentissages réalisés au départ des besoins concrets du projet. Les adultes. à l’intérêt qu’il pourrait y trouver. savoir se situer dans le temps et dans l’espace est furieusement indispensable ! Ces acquis mettent en jeu des connaissances dépassant le cadre strict de l’expédition. Elles ne sont plus perçues comme arides et abstraites mais utiles et vivantes. des obstacles et des efforts. de ce qui souvent constitue pour ces jeunes en rupture un véritable exploit. se mettent à la disposition de l’adolescent pour repasser avec lui le film à l’envers.MODÈLES D ’ INTERVENTION … 113 Lors des expéditions. des impatiences et des espoirs qui naissent au cours du projet. 4. les éducateurs et un interlocuteur « naïf » n’ayant que peu d’éléments sur le vécu de l’expédition. C’est un temps privilégié pour la réflexion. la verbalisation des émotions. s’informer de la météo.

normalement. voire une sanction. Il s’agit cette fois pour lui d’y raconter ce qu’il a vécu et ce qu’il en retient. il n’est pas opportun de les maintenir dans la région liégeoise et d’y entamer. quand il met autre chose dans la balance. Venus parfois des quatre coins de la Communauté française. Déjà envisagé lors de l’admission. Vient ensuite la réunion d’évaluation proprement dite avec l’autorité de placement. C’est l’occasion d’exprimer les attentes et les engagements réciproques. Les différents intervenants ne peuvent pas laisser l’adolescent dans l’ignorance de ce qui l’attend au-delà de l’expédition. Il peut ainsi approfondir son propos et le clarifier. par exemple. bien entendu. répond aux interrogations toutes naturelles de quelqu’un qui n’était pas là. souvent avec stupéfaction. ce nouveau passage doit être prévu et organisé bien avant le retour. Bon nombre de jeunes nous quittent après les évaluations. Lors de ces nombreuses conversations. . Il découvre. Il précise son point de vue. témoigner sa sympathie. l’adolescent peut raconter ce qu’il a vécu et surtout comment il l’a perçu. prendre le relais. une insertion scolaire. encourager.114 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ qui l’avait précédemment reçu pour l’entretien d’admission. perspectives nouvelles ou paraissant comme telles. le souci premier est d’aider l’adolescent à reprendre pied dans sa réalité tout en faisant émerger ses capacités. La présence de « celui-qui-symbolise-l’autorité » peut accorder un poids supplémentaire aux propos de leur enfant. que la réprimande ou l’interpellation ne constituent pas son seul registre de communication. L’évaluation est un temps où beaucoup de choses peuvent encore se jouer et prendre après coup une nouvelle perspective. Cette évidence est pourtant souvent battue en brèche par des rebondissements au sein de la famille de l’adolescent ou par le manque de place dans les différentes structures qui devraient. il peut récolter d’autres fruits ! Les parents sont. que cette personne peut aussi féliciter. Pour une fois. conviés à cette réunion. Ainsi. le passage de l’adolescent dans ce bureau n’est pas associé à des problèmes appelant une réaction.

ainsi qu’un souci constant de maintenir le lien au-delà des conflits du quotidien et des comportements provocants. il n’est pas rare que certains jeunes vivent à Vent Debout plusieurs mois. Ils requièrent. il faut atterrir. le centre d’hébergement de Vent Debout offre un sas de décompression. à ceux-là. beaucoup de souplesse et d’adaptation de la part de l’équipe pluridisciplinaire. accuser le coup et formuler. Des parents chaleureux attendent avec impatience le retour de l’enfant prodigue. Celui-ci peut être entendu dans ses émotions. pouvant réserver de douloureuses surprises. Pour d’autres. que personne n’attend. Dans le meilleur des cas. selon l’évolution du jeune et de sa situation. ses envies de redémarrer autrement. sa volonté de sortir de l’affrontement mutuel et d’y mettre du sien. Il leur faudra. Au-delà Le retour est un moment difficile et éprouvant. et selon les données géographiques. Les jeunes vivant à Vent Debout gardent les spécificités liées à cet âge et à leurs parcours douloureux. Ce type de travail représente aussi une part très importante de notre activité. Notre intervention consiste à les accompagner dans la recherche d’un autre lieu de vie et doit être la plus brève possible. Mais ceci pourrait être l’amorce d’un autre texte… *** .MODÈLES D ’ INTERVENTION … 115 5. Pour d’autres encore. Un accompagnement individualisé peut alors se mettre en place selon les nécessités. puis retournent progressivement en famille ou soient accompagnés dans la vie autonome au départ d’un appartement. patienter. Pour chacun. À tout moment de l’année. Ainsi. comme dans les autres institutions accueillant de grands adolescents. Nous pouvons envisager des solutions allant de la guidance en famille à l’hébergement. retrouver ses marques. la piste est balisée. il n’y aura pas encore assez de « preuves » d’un changement réel et ses bonnes résolutions seront considérées avec méfiance. construire un projet personnel plus distant de leurs proches qu’ils ne l’auraient voulu. l’équipe pédagogique intervient ainsi sur le front des expéditions mais aussi sur l’hébergement. rebondir.

après avoir doublé une première année primaire. Le père ne réagit pas… L’école. est orientée vers l’enseignement spécialisé où une rééducation logopédique intensive apporte une amélioration. Mais Micheline s’en lasse et son père ne l’y contraint pas. n’exerce aucune autorité. Mais Micheline n’accepte pas du tout le changement. Des problèmes de comportement se manifestent : Micheline éprouve des difficultés à vivre en groupe. Son père. essaie de faire face à certaines tâches familiales mais il est manifestement dépassé dans l’éducation des enfants. Au point que le centre PMS envisage un autre type d’enseignement. suite à des plaintes du voisinage pour maltraitance… Dans les familles à problèmes multiples. les agressions d’abord verbales puis physiques tant envers les autres enfants qu’envers les enseignants se multiplient. À l’école. est aussi le premier lieu où vont s’actualiser ses difficultés. Il n’intervient pas quand les situations l’imposeraient. au chômage. elle est infernale. Le service . Les problèmes de comportement. Parmi les plus jeunes d’une fratrie nombreuse. agent de socialisation pour l’enfant.116 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ Voir Micheline ailleurs Partie de ping-pong entre le secteur éducatif et le secteur thérapeutique (Fiction & analyse) Jacqueline SPITZ – La Maison heureuse Micheline est née dans « un milieu socio-économique défavorisé ». Micheline. elle n’a pas la chance d’avoir auprès d’elle une mère disponible et en bonne santé. il est rare qu’émergent explicitement des demandes d’aide. Les premières interventions s’inscrivent souvent dans le registre du contrôle social : un tiers signale la situation au travers d’éléments observables et en référence aux normes en vigueur dans la société. grossière envers tout le monde et ne veut rien entendre. Lors de la visite de la nouvelle école. la situation n’est pas brillante. ne fixe pas de limites. Le service d’aide à la jeunesse (SAJ) intervient dans la famille alors que Micheline est âgée de sixsept ans. les retards dans les apprentissages sont les éléments les plus aisément repérables au sein du système scolaire.

et son insertion sociale et scolaire en est tributaire. En attendant de trouver « une institution spécialisée ». censé héberger de manière temporaire des enfants de moins de six ans et leur fratrie. qui peut initier une prise en charge logopédique ou psychologique ou rendre un avis d’orientation. Micheline est admise dans un hôpital psychiatrique. c’est le moment des premières stigmatisations. des désirs d’explication certes légitimes mais comme souvent stériles. et l’entrée en jeu des instances sociales. suite à des comportements violents. Ce décès accidentel a tendance à susciter des émotions particulièrement intenses voire violentes. La fratrie rend Micheline responsable de ce décès. C’est la première fois que la question de l’orientation se pose pour Micheline mais on n’y répond pas. lui manifestant colère et rancœur. Pour Micheline. C’est le début d’un processus qui va s’accélérer. Micheline a alors onze ans et demi. C’est le débordement des difficultés en dehors de la famille qui vivait assez repliée sur elle-même. Après trois semaines. on aura encore moins de temps ou de moyens de se la poser… Comment éviter un tel emballement dans les décisions? . Le père est victime d’un accident de la route et meurt. L’urgence est de trouver une solution d’hébergement et cela semble prévaloir sur une réelle évaluation de l’adéquation de l’orientation choisie.MODÈLES D ’ INTERVENTION … 117 habilité à intervenir dans ce contexte est le centre PMS. elle est confiée en urgence à un centre d’accueil et de dépannage de l’ONE. Micheline vit quelques semaines chez un frère avant que celui-ci ne déclare la situation insupportable et refuse de la garder un jour de plus. Micheline est une enfant qui souffre de graves difficultés de gestion de ses réactions. On ne se doute pas qu’après. Un événement dramatique bouleverse l’équilibre déjà précaire de la cellule familiale et est à l’origine de son éclatement. L’escalade dans la violence entraîne des ruptures et des décisions purement réactionnelles. des premières ruptures mais aussi de l’apparition d’un sentiment d’impuissance des adultes face aux problèmes qu’elle pose.

mais à proximité de l’hôpital psychiatrique. Le sens de la prise en charge a tendance à se perdre. d’abord parce que ses comportements justifient une prise en charge médicale lourde. L’état de souffrance constaté par le psychiatre au moment de l’admission est important. On est ici dans la gestion ponctuelle des difficultés mais pas dans l’anticipation nécessaire à la définition d’objectifs d’intervention. son absence de limites et sa violence sont rapidement difficiles à assumer pour une équipe éducative. très vite. . C’est presque du bricolage au quotidien.118 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ Cette hospitalisation se prolonge pendant huit mois. fait des gestes obscènes. loin de sa famille et de sa région d’origine. Micheline finit par entrer dans un institut médico-pédagogique (IMP). le rejeter. Elle se montre parfois très proche de l’adulte mais peut. Micheline s’y intègre assez facilement et reprend sa scolarité. une nouvelle recherche d’établissement est entamée. Elle insulte. L’hôpital psychiatrique remplit alors une double fonction : apporter des soins à Micheline (médication) mais aussi soulager une équipe éducative qui s’épuise. suite à des débordements comportementaux. toujours hébergée dans le premier IMP. Ensuite. La spécificité de cet institut est la prise en charge résidentielle des jeunes caractériels. La fonction d’hébergement est remplie par différents lieux. Les séjours en hôpital psychiatrique se multiplient sans qu’en apparaissent les objectifs. plusieurs types de services résidentiels sont contactés mais ils refusent la prise en charge. C’est sans doute l’occasion de voir « une prise en charge difficile » quitter l’établissement de manière honorable. dans sa région. selon le désir de Micheline de se rapprocher de son milieu familial. refuse de faire ce qui lui est demandé… Micheline passe certains week-ends à l’hôpital psychiatrique pour y recevoir un traitement médicamenteux. ce qui soulage l’équipe éducative… Les comportements de Micheline. Micheline est hospitalisée sept fois. Après un peu plus d’un an. qui se retrouve aux prises avec un sentiment d’impuissance et d’usure. L’usure de l’équipe éducative l’amène à répondre à un désir exprimé par la jeune adolescente. sans réellement évaluer la pertinence de ce choix. Pendant six mois.

à l’intensification des stratégies d’évitement. La recherche de solutions vise à les soulager. l’équipe éducative se sent isolée. Micheline va avoir quatorze ans. Micheline est accueillie dans un nouvel IMP assez proche de sa famille. à insulter. excluant ainsi la mise en observation psychiatrique. n’est nullement respecté. Le malaise va croissant. dans l’attente . Au terme de ces deux semaines. de fuite par rapport à la lourdeur du problème à gérer. Elle dépose une plainte pour les faits de violence. Micheline n’a plus de lieu de vie… Un IMP ? Un hôpital psychiatrique ? Les avis divergent. L’expert conclut à l’absence de maladie mentale et au fait qu’il s’agit d’un cas purement psychosocial. On assiste alors. pour protéger les autres. Sans interlocuteur.MODÈLES D ’ INTERVENTION … 119 À treize ans et demi. eux. Micheline n’entend aucune limite et se montre à nouveau violente à plusieurs reprises. Le grand-père qui devait accueillir Micheline certains week-ends refuse toute visite. Là. Le match de ping-pong va commencer… Ne renonçant pas à l’idée de soins psychiatriques. La violence de Micheline est à présent considérée comme un fait de délinquance. à menacer. À l’IMP. établi lors de l’admission. le juge de la jeunesse la confie à un Centre de premier accueil (CPA). espérant une saisie du juge de la jeunesse… L’ampleur des débordements comportementaux de la jeune et le sentiment de solitude de l’institution sont deux facteurs hélas souvent associés. mesure privative de liberté. Le juge de la jeunesse la place à la section de premier accueil de l’IPPJ pour deux semaines avec pour objectif de souligner qu’un tel comportement est inacceptable. plus qu’à prendre en charge Micheline de manière adéquate. et pour la contraindre à se montrer plus conforme. Elle est régulièrement mise à l’écart dans sa chambre ou en chambre d’isolement. Micheline continue à provoquer. Un juge de la jeunesse requiert un expert pour évaluer l’adéquation d’une éventuelle mise en observation conformément à la loi sur la protection des malades mentaux. de la part des intervenants. Mais le protocole d’accord. ni dans la famille ni chez les professionnels. Le service de pédopsychiatrie accepte quelques rendez-vous en ambulatoire mais ne joue pas le rôle de relais prévu pour de courts séjours.

les centres thérapeutiques. préconi- . Elle est transférée dans un Centre d’accueil d’urgence (CAU). De manière générale. refusent de la prendre en charge. elle est transférée en pédopsychiatrie. Au contraire. Sous l’insistance du juge de la jeunesse. susceptibles d’assurer l’hébergement et l’éducation de l’adolescente. Elle est ensuite orientée vers un autre CAU. c’est la recherche effrénée d’une solution d’hébergement qui a la priorité et mobilise les intervenants. les services résidentiels. exigent la présence d’un tiers pour envisager une éventuelle admission. les intervenants de ce centre affirment qu’une prise en charge dans un milieu résidentiel du secteur de l’aide à la jeunesse est irréaliste : Micheline doit recevoir des soins psychiatriques. les services qui accueillent Micheline estiment l’un après l’autre qu’elle aurait davantage sa place dans un autre type de structure. Les transferts s’accélèrent et se multiplient. le service de pédopsychiatrie accepte de reprendre Micheline. faute de place disponible ailleurs. Aucune logique de prise en charge n’émerge.120 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ d’un transfert au service de pédopsychiatrie ! Au bout de quelques jours. tandis que les structures de soins sont confrontées à une problématique qu’elles ne prennent habituellement pas en charge. Les services éducatifs sont débordés par les comportements et la violence de Micheline. où des faits graves de violence sont constatés après quelques jours. Les intervenants préconisent un « encadrement spécialisé en dehors du secteur de l’aide à la jeunesse ». bien que le pédopsychiatre se dise convaincu du bien-fondé d’une orientation vers un IMP. les centres d’accueil (CAU et CPA) capitulent au bout de quelques jours. façon élégante de traduire un sentiment d’impuissance croissant face à la violence de Micheline. sans que Micheline ait le temps de s’installer où que ce soit. Après un épisode de crise où elle casse du matériel. Elle y reste une semaine. les IMP tiennent le coup peu de temps et renvoient vers la psychiatrie. qui semble assumer des « intérims ». Les missions dévolues aux différents types de services ne guident pas le choix. qui pourraient lui apporter des soins.

Micheline a alors un peu plus de quatorze ans. qui soutient un projet de retour vers l’enseignement traditionnel et dit rester disponible pour un suivi thérapeutique en ambulatoire. La médication est alors fortement diminuée. elle devient moins violente même si son côté envahissant reste difficile à gérer. après une longue période de décrochage. Elle passe de la complicité à la menace. Micheline n’est pas d’accord avec le maintien dans l’enseignement spécialisé. Au terme de l’hospitalisation qui aura duré cinq mois. avec comme objectifs de rassurer Micheline. déprimée. Le matériel souffre de ses colères. Il n’y a de toute façon pas de place. Mais une réorientation vers l’enseignement ordinaire. elle apparaît vite irréaliste. elle se montre en opposition régulière. L’injection mensuelle de neuroleptique est maintenue. Une rencontre avec le pédopsychiatre est exigée. L’équipe éducative doit intervenir sans cesse pour gérer les moments de crise qui se répètent et s’aggravent et n’arrive pas à élaborer un projet avec elle. Les épisodes de crise se gèrent par le recours à la chambre d’isolement. Elle est manipulée par les aînées. Re- . et elle arrive chez nous. Le comportement de Micheline se stabilise. de la pacifier. demande énormément d’attention. s’inquiète de la rencontre avec ses condisciples . et de toute manière impossible en cours d’année… Le discours semble davantage se calquer sur les opportunités de place disponible plutôt que sur une évaluation rigoureuse des besoins.MODÈLES D ’ INTERVENTION … 121 sant la relation plutôt que la médication. Elle s’occupe peu seule et sort rarement seule de la maison. Et si la vision de l’équipe soignante est optimiste et généreuse. Anxieuse. l’équipe soignante souligne les progrès de Micheline et elle n’est plus convaincue de l’utilité d’une orientation vers un IMP. Elle refuse l’inscription dans la nouvelle école. avec les recommandations de « bienveillance et de limites fermes » de l’équipe précédente. dans un CAS. Le suivi ambulatoire avec le psychologue de l’hôpital n’est pour elle que l’occasion d’une promenade en voiture avec un éducateur. est déclarée inadéquate par le PMS. et de recadrer ses comportements. sa présence aux cours est très irrégulière.

casse du mobilier et du matériel. Les effets sont peu probants. équipe contrainte de recourir essentiellement à ses ressources internes. Reprendre un mode de vie d’adolescente est difficile pour elle. Re-comparution devant le juge de la jeunesse. cela fait plus de trois ans que Micheline parcourt la Communauté française pour trouver un milieu de vie. Micheline insulte. Micheline est privée de liberté la nuit. provoque. Notre direction insiste auprès . sont utilisées par les autres. mais surtout sa violence. Un soir. Suite à un épisode où sa violence a l’effet d’un raz-de-marée. Elle ne sait plus réellement ce que c’est. agressive. elle est transférée à la section de premier accueil de l’IPPJ. qui se révèlent rapidement insuffisantes. seule. Les intervenants qui s’étaient engagés à apporter leur contribution se montrent assez réservés. Micheline porte des coups à l’éducatrice avec qui elle est. et trépigne pour… revenir chez nous ! Les difficultés réapparaissent dès le trajet du retour. Et quelques jours plus tard. Re-appel à la police. Mais son agitation est croissante. Suivent des comparutions devant le juge de la jeunesse : il s’agit d’interpeller Micheline sur ses comportements et de tenter de la contraindre à y apporter du changement. dans le contexte d’un règlement de comptes entre adolescentes. les médecins sont perplexes. La police l’emmène au poste où elle restera quelques heures.122 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ neuroleptique. s’oppose. Elle y apparaît très nerveuse. ReIPPJ mais cette fois à la section fermée. dort très peu. Micheline n’a pas la volonté (sans doute aussi n’est-elle pas encore capable) d’entreprendre une démarche thérapeutique qui demande un minimum d’introspection et de mentalisation. menace. est en état d’agitation permanent. Micheline épuise l’équipe éducative par la nécessité permanente d’intervenir en urgence. opposante. Au moment où elle arrive chez nous. Les neuroleptiques n’ont guère l’effet attendu. occupée à dessiner. Micheline. Elle met tout en œuvre pour que les adultes s’occupent d’elle : de la crise avec débordements comportementaux à des attitudes déprimées.

À partir de ce moment-là. du type de prise en charge adéquat. celle du diagnostic. Seul un expert n’ayant aucun intérêt direct à voir Micheline séjourner dans un endroit plutôt qu’un autre pourra envisager la situation avec sérénité. cela ne facilite pas son admission dans les hôpitaux… Mais nous maintenons notre position catégorique. il est urgent d’examiner la question de ce qui est nécessaire à l’évolution de cette jeune fille. etc. À partir de ce moment-là. Pour commencer. pédagogiques. avant de reprendre le travail éducatif dans un milieu résidentiel. Comment sortir de ce cercle vicieux ? Il est plus qu’impératif de poser trois questions. permet à chacun de se « renvoyer la balle ». dans le contexte précis d’une collaboration avec nous. C’est aussi l’occasion de poser la question des compétences (médicales. Nous refusons son retour à la sortie de l’IPPJ. de manière récurrente. un diagnostic et des recommandations… Chacun. Il faudra encore beaucoup de patience et d’énergie pour résister aux pressions. Le juge de la jeunesse suit ces recommandations. nous pouvons adopter une position ferme.MODÈLES D ’ INTERVENTION … 123 du juge pour obtenir une nouvelle expertise psychiatrique. voit Micheline « ailleurs ». C’est finalement le premier hôpital psychiatrique dans lequel elle avait séjourné qui la reprendra en charge. c’està-dire là où il ne travaille pas.) qui. Il insiste aussi pour que l’IPPJ joue son rôle de recadrage en cas de passage à l’acte violent. avant de voir son intérêt à elle. L’expert mandaté par le juge de la jeunesse conclut à la nécessité de soins psychiatriques. avec mise au point et stabilisation d’un traitement neuroleptique adapté. ce qui l’amène vers un nouveau CAU. il est devenu possible de ne plus concevoir la prise en charge de Micheline comme une partie de ping- . implicite. Les intervenants nous sollicitent encore sans tenir compte des recommandations… Le CAU demande à ce que nous la reprenions… Micheline n’étant pas porteuse d’une demande d’aide explicite. Enfin. c’est-à-dire celui qui répondrait le mieux à ses besoins.

cadrant et accueillant. Et nous. il s’agissait de patates comme les autres. dont certaines sont appelées « patates chaudes ». la « maison »… où elle fait l’expérience d’une relation solide et où elle se remet aux divers apprentissages nécessaires à sa croissance et à son autonomie. Un petit coin de terre. Mais pour de multiples raisons elles n’ont pas poussé de façon traditionnelle. le fil du temps et l’environnement contribuant à accentuer leur croissance anarchique. de qualité. nombre de jardiniers se sont penchés au chevet de ces plantes. arrivaient à maturité… se révélant tout simplement indigestes. souvent. L’hôpital reste un lieu de soins. Dans un souci de normalisation et de calibrage. À l’origine.124 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ pong – « l’un ou l’autre » – mais comme un travail en réseau – « l’un avec l’autre ». bienveillant. située non loin du continent. particulièrement à l’égard de variétés de pommes de terre atypiques. l’hôpital psychiatrique et l’IPPJ se sont engagés en sachant d’une part qu’ils resteraient les trois partenaires privilégiés. l’IPPJ un lieu de recadrage en cas de passage à l’acte violent. *** L’île déserte aux patates chaudes (Billet d’humeur) Jean-Christophe SCHOREELS – Le Foyer retrouvé Il était une fois une petite île. . mais en sachant aussi le rôle que chacun jouerait. Mais les différents traitements. C’est le juge de la jeunesse qui est chargé de la gestion de la situation et de la prise des décisions en collaboration avec les intervenants. Le CAS. mais aussi. impropres à la consommation. nous sommes le lieu de vie de Micheline. des plus élémentaires aux plus élaborés. parfois. se sont soldés par des échecs : ces pommes de terre rebelles se développaient.

Pour les amateurs de botanique. Mais si certaines pommes de terre ne s’éternisent pas sur l’îlot. dans certains cas. permet de gagner un peu de temps. tôt au tard. donc.MODÈLES D ’ INTERVENTION … 125 C’est à ce stade qu’elles sont envoyées sur la petite île où une méthode spécialisée et individualisée permet parfois d’éviter l’envoi direct au compostage. sachez qu’une pomme de terre n’est dite « patate chaude » que si. et seulement si : – le propriétaire qui l’a placée sur l’île n’a donné aucune indication sur la fermeté. au plus : « Faites-en n’importe quoi. sur le continent. retournant. par contre s’y transforment progressivement en « patates chaudes ». On a même. déploré des victimes… ∆ . » – les seuls ingrédients (qui n’existent pas bien sûr sur l’île mais bien sur les côtes environnantes) indispensables à la cuisson qui sied le mieux à notre pomme de terre atypique et sans lesquels elle chauffe et chauffe encore. la pomme de terre explosera. Et ses éclats feront d’importants dégâts jusque parfois loin sur les terres voisines. pourvu qu’elle ne me revienne pas. refusent d’être associés à une quelconque recette de pommes de terre chaudes… L’eau. Le message étant. même de la purée. comestibles. la seule ressource disponible sur cette île. intéressés par nos longues observations. la couleur ou la saveur de sa chair n’a mentionné aucune recette. Mais. ces ingrédients. d’autres.

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Sandra est rentrée il y a une heure. la vaisselle. Elle râlait parce que « Je n’ai pas à me mêler de son emploi du temps ! » À propos. pour les bus. *** . serre la main de son collègue et sort. il faudra donner l’argent. ça a un peu gueulé. Karine et Pierre sont rentrés à l’heure. Et puis. elle a eu son cours de danse aujourd’hui. Ils étaient exténués. je crois que je t’ai tout dit. John. Bon… Là. n’oublie pas de réveiller tout le monde à 6 h 30. prend sa veste. j’irai me coucher sans tarder. Il est malade. Le docteur est venu et l’a mis en congé pour la semaine. Je pense qu’une fois rentré à la maison. Je vais te laisser. pour l’excursion de Karine et pour les photos d’identité de Sandra. elle a passé la journée en ville avec son copain : l’école a téléphoné pour signaler son absence. puis ils sont montés se coucher. Ils ont mangé. À son retour. N’oublie pas les reçus. Je vais rechercher mon aînée chez sa copine. Il se lève. Elle n’avait pas l’autorisation de sortir. son sac. souriant. Je dois me lever tôt demain : mes deux cadets partent en excursion et je dois être à 7 h 30 à l’école. tu vas bien ? L’autre se retourne.–5– Les intervenants sociaux Fin de journée d’un éducateur ordinaire (Fiction) Luc MORMONT – Vent Debout 21 h 50 — Salut. — Oui. fait leurs devoirs. La routine… Aujourd’hui Alain n’est pas allé aux cours. ça va. André traîne encore entre la salle de bains et sa chambre… Ah oui.

tout le monde vivait dans la même maison : les jeunes. ils étaient les mauvais parents qui ne savaient pas éduquer leur progéniture ! Rares étaient les enfants qui réintégraient leur famille avant d’être adultes. Les conditions d’admission étaient principalement basées sur la capacité du jeune à s’intégrer et sur sa volonté de participer à la vie du groupe. leur traitement. À cette époque. Les institutions étaient alors gérées en majorité par des congrégations religieuses. Si le jeune nous disait n’avoir plus de contact avec eux. Elle concernait tant les mineurs ayant commis des faits qualifiés « infraction » que les mineurs en danger. leur instruction ou leur formation professionnelle. Notre secteur (les homes ou les maisons d’enfants) était alors uniquement régi par la loi du 8 avril 1965. L’admission consistait en une discussion dans la salle à manger de l’institution. le jeune. était encore fixée à 21 ans. le directeur et sa famille . relative à la protection de la jeunesse.128 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ Itinéraire d’un éducateur devenu spécialisé (Témoignage) Alain LEJACQUES – Oasis En 1975. son épouse faisant le plus souvent office de cuisinière. le directeur de l’institution et le chef éducateur. L’éducateur se donnait pour mission de se substituer à la famille. Après tout. Nous nous conduisions en bon . Les jeunes étaient généralement accueillis pour de longues périodes et les parents dès lors. Ces jeunes nous étaient confiés pour leur hébergement. Le métier découvrait donc la première génération d’éducateurs laïques et professionnels. n’étaient plus impliqués dans le processus d’éducation. nous ne prenions pas l’initiative de les rapprocher. leur éducation. les prêtres et les sœurs qui officiaient comme éducateurs étaient encore très nombreux. La majorité pénale. de suppléer aux carences familiales. La plupart du temps. rappelons-le. Elles dépendaient aussi de sa scolarité. Étaient présents le délégué du tribunal de la jeunesse. quand j’ai commencé à professer dans le secteur de la protection de la jeunesse. ils ne quittaient ces institutions qu’à leur majorité. autour d’une tasse de café.

le décret relatif à l’aide à la jeunesse faisait son apparition. il légiférait notre pratique. ce qu’ils y retrouvaient ne correspondait plus en rien avec le type d’éducation qu’ils avaient reçue chez nous. d’autre part. En 1991. d’une part. Que de grands déclics pédagogiques ! Un bon nombre de jeunes. ils retournaient dans leur famille. en homme de peine. ne nous permettait de l’appliquer que partiellement ! . quand à leur majorité. en professeur. En 1990 la loi sur la majorité à 18 ans était votée. François et les autres. en bonne mère. Luc. les études. l’arrivée de nouveaux éducateurs dans l’équipe. il déjudiciarisait la protection de la jeunesse : le tribunal de la jeunesse conservait les jeunes délinquants et la Communauté française se chargeait de l’aide à la jeunesse. La préparation des repas. Si. soit des jeunes en danger. les couchers et les levers… occupaient la majeure partie de notre temps.LES INTERVENANTS SOCIAUX 129 père. l’intérêt naissant pour l’approche systémique et de récentes circulaires ministérielles – nous permettant de suivre quelques jeunes en appartement – changèrent fondamentalement notre travail. Que de bons moments passés avec Philippe. À quoi cela avait-il servi d’élever ces jeunes dans ce monde artificiel. La famille reprenait une place centrale dans la prise en charge. applicable aux services résidentiels agréés par la direction générale de l’aide à la jeunesse. Mais. sont sortis grandis de cette expérience de placement. sans rapport avec leur milieu d’origine ? En 1983. nous en sommes persuadés. Jean. La problématique individuelle et les raisons pour lesquelles le jeune faisait l’objet d’une saisine par le tribunal de la jeunesse n’étaient pas prises en compte. en cuisinier. en animateur sportif et culturel. Les intentions du décret (nous l’appliquions depuis longtemps !) étaient louables ! Mais notre réglementation.

nous nous mettions en porte-à-faux avec notre réglementation. les résultats de notre action ? Comment apprécier si Pierre. Pourtant. nos objectifs sont beaucoup plus humbles. pour un bout de chemin. aujourd’hui. qui mettait en application l’arrêté de 1987 relatif à l’agrément et à l’octroi de subventions aux personnes et services assurant l’encadrement de mesures pour la protection de la jeunesse) nous permettait d’avoir. au maximum. 25 % de notre population en extra-muros… Nous forcions donc les portes administratives. Notre volonté fut dès lors d’individualiser au maximum nos prises en charge (terme très en vogue à cette époque) en favorisant la réinsertion des jeunes dans leur milieu de vie ou en les accompagnant en logement autonome. Si. favoriser la communication en leur sein sont les concepts auxquels nous nous attachons encore. nous ne sommes plus des éducateurs. le temps moyen d’un accompagnement est descendu à six mois. mobiliser leurs ressources.130 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ Un des principes fondateurs du décret est que le service doit. dans son travail. plus précis et plus faciles à évaluer. nous faisons des propositions concrètes d’accompagnement – c’est-à- . Rendre les compétences aux familles. Paul ou Huguette ont réussi ? Comment mesurer s’ils sont devenus autonomes ? La plupart de mes collègues qui se sont essayés à ce genre d’exercice d’évaluation globale ont été atteints par le phénomène de « burn out » : sorte d’usure professionnelle qui se matérialise par des phases de découragement. en réponse aux objectifs fixés par le représentant d’une instance de décision (le juge. le directeur). quelquefois. être proche du milieu de vie des jeunes. développer leur potentialité. Car se pose la question de l’évaluation ! Comment appréhender. hier. les jeunes et les familles pour qui nous recevons une mission. Et nos missions sont plus courtes : de plusieurs années. dans l’immédiat. Or une circulaire (la 87/3. nous demandions des dérogations et. mais des intervenants qui accompagnons. nous voulions faire le bonheur des bénéficiaires envers et contre tout. le conseiller. de démotivation… Par contre lorsque.

Pour l’aider à structurer son temps. » Nous allons réfléchir avec Pierre à la manière la plus adéquate d’y arriver. par exemple : inscription dans un club sportif ou à une activité sociale. travailler sans cesse avec et dans la détresse des bénéficiaires est difficile à vivre. etc. Et ce n’est pas un luxe que de nous inscrire dans un processus de formation permanente ni d’utiliser nos collègues pour partager tant nos émotions. à ce qu’il va mettre concrètement en place. nos impressions. le directeur du Toboggan m’avait demandé. . criminologue. assistant social. que les stratégies de nos futures interventions. à la lecture de mon CV. Pour l’aider à être régulier à l’école. Nous élaborerons notre programme de prise en charge en accord avec lui. Cela nous renvoie très souvent à nos propres expériences douloureuses. nous pourrons prévoir l’organisation pratique de son réveil. J’ai vite compris pourquoi. (Pour la note humoristique un éducateur classe 1 reçoit 53. si j’avais déjà réellement travaillé avec des caractériels. nous noterons. Il n’empêche que le métier d’intervenant social (éducateur spécialisé. à nos valeurs personnelles.LES INTERVENANTS SOCIAUX 131 dire que nous proposons des moyens pour atteindre ces objectifs –.45 euros par mois de prime de pénibilité !). psychologue. Prenons un exemple. soit régulier à l’école et ne commette plus d’acte de délinquance. notre action est évaluable. de ses trajets… Notre action sera donc divisée en éléments faciles à mesurer.) est un métier difficile. *** J’ai maintenant l’âge d’être leur mère Ce qui ne fut pas toujours le cas (Témoignage) Fabienne JEANSON – Le Toboggan Premier semestre de 1989 Lors des différents entretiens d’embauche. Le juge écrit sur son ordonnance provisoire : « Je veux que Pierre structure son temps. Émotionnellement.

je la fais le jour de leur retour. Quelques jours plus tard Je pars en camp dans les Ardennes. Une sortie au cinéma un soir de tempête nous vaut quelques frayeurs mais se termine par de grands éclats de rire. j’ai le look éducateur. Nous nous asseyons autour de la table et commençons à papoter. je vais pouvoir être enceinte : « Pas de bébé pendant la période d’essai ». La loi sur la majorité vient d’être modifiée : elle passe de 21 à 18 ans. l’ancienne éducatrice leur proposait des cours d’anglais. je suis l’éducatrice référente de Lara. Jupes plissées et deux longues tresses. une des jeunes vient de lancer son poing dans le carreau pour un motif futile. Les semaines. Jeans. Enfin. faisait la purée avec de l’eau et venait travailler en Vespa. une jeune fille de dix-neuf ans qui vient d’accoucher d’un petit garçon. Je ne suis pas très à l’aise. Mon apparence est très différente. me fixant comme une bête curieuse. On fait confiance aux jeunes.132 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ Le 11 août 1989 Le jour où je commence à travailler. Lara quitte l’institution… . seule. Souvenir inoubliable… Août 1990 Depuis quelques mois. les portes restent ouvertes. c’est gagné. pull et baskets. rigolent. Bref. Je suis la nouvelle éducatrice qui remplace une folle. Je les vois encore arriver: heureuses de retrouver le foyer. les mois s’écoulent. Février 1990 Mon contrat passe à durée indéterminée. Les jeunes sont contentes. les filles sont en camp. Je tente de détendre l’atmosphère. Je fais un bon café. friment un peu. L’ambiance est détendue et bon enfant. m’avait dit mon directeur. Ma première prestation de vingt-quatre heures. quoi! Les filles se présentent.

je reprends le travail en force : deux nouveaux suivis individuels – chaque éducateur de l’institution s’occupe plus particulièrement du dossier de deux jeunes. Aujourd’hui. tandis que le décret de l’aide à la jeunesse parle . J’ai tellement peur de recevoir un coup dans mon gros ventre que je fais appel au chef-éducateur. Sa mère l’a abandonnée quand elle était encore en bas âge. fugue… Sophie. Elle est issue d’un milieu modeste. elles perdent le contrôle d’elles-mêmes. je suis enceinte et la dernière nuit que je preste est pénible. Ses parents étaient séparés et son père. Elle décroche au niveau scolaire. Moi. des conflits verbaux de plus en plus violents apparaissent. L’institution met en place un travail familial et Sophie apprend que son père. pleure. l’adolescente sent le poids d’un secret de famille. sniffe du Sassi pour oublier. suite à une dispute avec sa maman. Pendant plus de six ans. avait choisi de mourir. qui aurait bien voulu qu’elle vive avec lui. la famille avait préféré taire ce choix… Mes deux jeunes mettent des mois à se stabiliser. envisageons le temps comme un élément fondamental de la thérapie . institution. crie son désespoir. Ce n’est pas dans mes habitudes. sort le week-end et les prolonge jusqu’au mardi soir en usant d’amphétamines.LES INTERVENANTS SOCIAUX 133 Septembre 1990 Les jeunes sniffent du Sassi. de l’accueil jusqu’au départ de ces jeunes – complètement dissemblables. Sandrine. Février 1991 Après mon congé de maternité. Après avoir été maîtrisée physiquement. elle est rejetée par sa famille suite à une plainte d’abus à l’encontre de son père. Sandrine se calme. même âge. Quand elles en reniflent trop. se précipite vers un carreau et se cogne violemment la tête sur le verre cassé. après avoir souffert d’une grave maladie. est mort il y a six ans… Quand je la rencontre. Claire a quinze ans. Elle est en rébellion contre sa mère : elle refuse son autorité. Nous. Claire souffre. j’essaie toujours de régler les difficultés seule. est issue d’une famille bourgeoise du Brabant wallon. La crise passe.

Ce n’est pas facile. je ne preste « plus qu’une nuit » ! Ce qui éveille une jalousie qui atteindra son paroxysme quand je n’en ferai plus du tout. Deuxième semestre 1991 Notre directeur nous quitte pour occuper une fonction liée à l’application du décret. de 22 h à 6 h. Janvier 1992 C’est moi qui suis choisie. certaines de nos jeunes étaient placées encore bébés et ne connaissaient rien d’autre que les foyers… Cette année-là est difficile pour tous les membres de l’équipe. Nous les supprimons. je poursuis mon travail d’éducatrice référente. Mais. je presterai près de 70 heures par semaine. elles ne sont comptabilisées que pour trois heures. Ce poste de responsable de l’équipe éducative est donc ouvert et deux éducatrices postulent. je suis la plus jeune de l’équipe. Restent donc uniquement des nuits dormantes (qui ne comptent toujours que pour trois heures. les papas sont présents et prêts à assumer leur rôle. Quant aux nuits dormantes. Durant les trois mois suivants. en plus des tâches inhérentes à ma nouvelle fonction. S’occuper de nos propres enfants après avoir passé une nuit de garde effective – les nuits éveillées – relève du défi. Elles sont enceintes toutes les deux. C’est complètement paradoxal ! D’autant qu’il est vrai que l’idéologie du décret est formidable : avant. Mon directeur et moi sommes d’accord : les nuits éveillées sont inefficaces et inconfortables.134 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ de diminuer la durée du placement. Je sais qu’on m’attend au tournant. Et il y a aussi le déménagement de l’institution à préparer pour la fin de l’année… . 1993 Mon attention est accaparée par Claire et Sophie. Par chance. La plupart d’entre nous sont devenus parents. Il est remplacé par le chef-éducateur.) Pour ma part. J’ai vingt-six ans.

Après une heure. Son ami ne se sent pas de taille à l’aider. À peine ai-je raccroché. mais je ne sais que lui répondre quand elle me demande de lui dire que son bébé n’est pas mort… C’est insupportable. Il descend à la morgue. Quand nous attendons l’ascenseur. dans son corps et dans sa tête. Le jeune couple ne résistera pas au deuil. c’est l’hôpital qui m’appelle. Nous fuyons tous les trois par l’escalier de secours. . nous quittons la chambre. C’est un honneur pour moi. On se retrouve tous les trois avec Flore.LES INTERVENANTS SOCIAUX 135 Septembre 1993 Quelques semaines avant son accouchement. On pleure. Sassi… Cette errance va durer quelques mois. morte. J’accepte. puis. dans une des chambres du service pédiatrique. J’essaie de ne pas pleurer. Claire reproduit les travers tant usés auparavant : alcool. Claire me demande d’y assister. Le 23 novembre 1993 Je reçois un coup de fil désespéré de Claire : elle est à l’hôpital et Flore ne s’est pas réveillée après son biberon du matin. Claire va bien. Il se déchire. Ils se séparent. Le 14 septembre 1993 Elle met au monde une petite fille qu’elle appelle Flore. Ils refont tous deux leur vie de leur côté. Je rassure Claire comme je peux. ils annoncent à la jeune mère la mort de son bébé. Ils attendent mon arrivée et celle du papa . un aide-soignant nous rejoint : nous devinons que cette grosse boule de drap qu’il tient sous le bras est le corps de Flore. C’est l’aboutissement d’un long travail. Un peu plus tard Claire et son ami ne parviennent pas à partager leur chagrin.

1994 Les situations des jeunes s’aggravent. Le lendemain. Mon directeur et moi sommes souvent appelés au téléphone. Mais tout le monde s’y met et l’orage finit par passer. Auparavant.136 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ Fin 1993 L’institution a déménagé. lorsque j’arrive suite à l’appel des deux éducatrices. est inquiet. Son beau-père. en vain. perd ses repères. c’était principalement les pères qui étaient absents. en pleine crise de folie. Les conséquences sont alarmantes et déroutantes: nos jeunes filles se font des bébés (souvent) toutes seules. les mères « partagent ce privilège ». Pratiquement. le futur père. Mon directeur confirme la présence de l’adolescente. jeunes et adultes. Parallèlement. . Je suis inquiète pour elle: elle veut garder le bébé et son petit ami. pour calmer les crises. Lors d’une soirée particulièrement mémorable. Elle est en train de massacrer les carreaux du bureau où se sont enfermées mes deux collègues. se retrouve enceinte à quatorze ans. a assassiné la mère d’Audrey ainsi que sa propre fille. 27 novembre 1994 La police judiciaire de Bruxelles nous contacte : inquiète. Dans cet enfer. nous sommes maintenant dans une maison de type familial. lundi. Je dis bien : tout. avant de retourner l’arme contre lui. Maintenant. la demi-sœur d’Audrey. Nahima. Auparavant. Audrey essaie de joindre sa mère. Il ne reste qu’Audrey. l’éducatrice référente et l’assistante sociale iront rechercher Audrey à l’école pour lui annoncer une terrible nouvelle. Tout le monde. qui travaille principalement au soutien de l’équipe éducative. Ainsi. nous passons d’un living-salle à manger 150 m2 à un de 40 m2. les jeunes ont déjà tout saccagé dans la cuisine. est ultra-violent. comme le dit si bien la chanson. elle se demande si Audrey est au foyer. nous occupions une partie d’un ancien couvent. tard dans la soirée ou en pleine nuit. C’est dur de redresser la tête. Le psychiatre du Toboggan. dont j’assure le suivi individuel depuis quelques mois. je maîtrise Nahima en l’entourant de mes bras.

Elle a du mal à joindre les deux bouts : la petite famille doit vivre avec 32 000 francs belges dont est ôté un loyer de 16 000 francs. ne sont pas finies. Je le suis. je les soutiendrais. Ce n’est pas dans mes convictions mais ces jeunes filles. adultes de l’institution. je leur conseille d’avorter. Nahima appelle. Comme elle. sa mère au secours. promet toujours d’arrêter de la battre. Il lui faudra plusieurs années pour franchir à nouveau sereinement le seuil du Toboggan. elle finit quand même par l’oublier. Volontairement. Nahima est enceinte de 14 semaines. La vie n’est pas facile pour Nahima. Quand les crises sont trop éprouvantes. Elles n’ont pas encore réglé leur propre histoire. Je me sens trop investie. Chaque fois que j’accompagnerai des jeunes pour des interruptions de grossesse. Sa maman a promis de venir. Soit audelà du délai légal de 12 semaines. mais quand elle nous regarde. en vain. Et elle vient ! C’est son petit-fils qui lui fera faire le chemin de Bruxelles à Mons : depuis deux ans que sa fille est au Toboggan. sommes touchés dans nos tripes. Lors du deuxième avortement. Nahima subira deux interruptions de grossesse. je dois rester pro. elle ne l’avait jamais fait. elles-mêmes. Même quand je vais lui porter sa pilule contraceptive le jour où elle doit la reprendre. je leur ai dit que. quelle que soit leur décision. mais aussi inconsciemment. J’assiste à l’accouchement. j’ai mal au ventre. Et cette sensation restera identique quand elles me diront qu’elles ont bien réfléchi et qu’elles veulent garder leur bébé… Pendant des années. Maintenant. L’intervention est douloureuse. Nous. je ressentirai cette même douleur dans le ventre. elle revient mais n’aborde jamais la question du drame. elle voit les personnes qui lui ont annoncé le départ définitif de sa maman et de sa sœur. Il ne tient pas ses promesses. Juillet 1995 Nahima met au monde un petit garçon. Son ami. Jusqu’à sa majorité. qui est passé aux drogues dites dures. Audrey demandera donc à changer d’institution. Or.LES INTERVENANTS SOCIAUX 137 Audrey est effondrée et quasiment inconsolable. Maintenant. Comment .

Les heures de nuit comptent entièrement. à quatorze ans et demi. les parents de Marie ne s’entendent plus. Juin 1999 La réforme aboutit à la création de deux nouveaux emplois temps plein pour l’équipe éducative (ils ne seront subsidiés qu’à partir de janvier 2002). On pense à doubler l’éducateur référent. Janvier 1999 On commence à évoquer la réforme de l’aide à la jeunesse. nous apprenons la mort par surdose de trois de nos anciennes. Cela améliore notre travail. On parle de supprimer des lits et du personnel. La fonction de l’éducateur est enfin un peu plus reconnue. les bibis et les areuh-areuh ? 1996 En quelques mois. Quand le père . L’institution a des sueurs froides. Ils boivent beaucoup.138 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ croire qu’elles vont enfin parvenir à la régler. Puis de 39 à 38. Septembre 1999 C’est à cette époque que je rencontre Marie qui. Les conditions de travail des éducateurs s’améliorent : l’horaire passe de 40 heures à 39. aussi loin que ses souvenirs remontent. 1999-2000 Le temps file. Marie est la cadette et. Marie a perdu son papa quand elle avait six ans. en un an. en tout cas dans les situations de grossesse. vit depuis de longs mois dans la rue. entre les couchesculottes. elle se voit faisant les piqûres d’insuline à son papa. À cette époque.

Elle arrive chez nous. La maman le quitte à plusieurs reprises. alors qu’elle a dix ans. Elle a passé des pilules d’ecstasy dans une discothèque. Marie évolue bien. Marie est ravie. mignonne. Jusqu’au jour où il lui demande de choisir entre lui et ses filles. L’article 53 de la loi sur la protection de la jeunesse ne sera supprimé qu’en 2002 : s’il n’y a pas de solution de remplacement. pour que des messieurs donnent de l’argent à cette petite poupée ! Et puis. Malgré tout cela. En fait. notre petite Marie s’interpose entre sa mère et son beau-père. sur les tables du café. lui. le juge . Elle fugue de l’institution qui refuse de poursuivre avec elle. Marie a douze ans. d’aller visiter Marie en prison. un jour. Ici. Ce n’est pas facile de quitter la rue. officiellement fin septembre. Elle commence à fumer. Voir ce bout de fille d’1m40 au parloir. Nous sommes patients. Marie est surprise : d’habitude les institutions renoncent à garder une fugueuse qui leur fait perdre de l’argent (subsides atrophiés après dix jours de fugue).LES INTERVENANTS SOCIAUX 139 meurt. Janvier 2001 C’est très difficile. au foyer. tous les week-ends. elle ne l’intègre réellement que quelques mois plus tard. Mais elle a été dénoncée. et Marie finit quand même par s’y abandonner. me fend le cœur. Quand il a bu. Elle côtoie des voyous qui l’entraînent dans leurs délits. Mais elle déchante très vite. Marie est donc élevée par sa grand-mère paternelle. Elle me confiera plus tard que sa grand-mère la faisait danser. préfère la confier à sa belle-mère qu’elle déteste. Elle traîne les rues. et pas que du tabac. et qu’elle le choisit. et personne n’avait rien remarqué. Elle a refait sa vie et son compagnon est d’accord pour s’occuper de ses deux derniers enfants. la trouvant trop difficile. Elle est placée. Elle est petite. Monsieur est violent. emmenant ses filles. dans la même aile que Michèle Martin. pour moi. Mais elle revient toujours vers lui. sa mère. l’épouse de Dutroux. sa maman vient la rechercher. sa place est prête. Elle semble heureuse.

Elles sont merveilleuses ! Elles me (elles nous) poussent constamment. c’est leur perspicacité. (Il n’existe.) Elle en fuguera. J’aime mon travail. La plupart des jeunes filles que j’ai rencontrées. à nous remettre en question. à innover. Aucune ne méritait le placement. comme je le dis si souvent. la finesse avec laquelle elles analysent les situations. Même si ce que j’ai relaté est souvent triste. dans le domaine de la pédagogie. à créer. Elles en connaissent beaucoup sur la vie. Si je compte bien. sont inoubliables à bien des égards. Mais pas seulement : d’un point de vue personnel aussi. dans de grands éclats de rire. leur intelligence. Elle s’est enfin décidée à reprendre une formation. Marie est confiée à l’IPPJ de Saint-Servais pendant plusieurs mois. il me reste 28 ans de carrière. qu’une institution publique de protection de la jeunesse pour les filles. je pars très souvent avec mes gamines. N’est-ce pas finalement la meilleure façon d’être et de rester à la page ? Mais le serai-je encore lorsque j’aurai l’âge d’être leur grandmère ? *** . Elle a dix-huit ans. en Communauté française.140 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ de la jeunesse est en droit d’incarcérer un mineur pour une durée de quinze jours maximum. Ce qui les rassemble toutes. Soit environ 600 adolescentes à rencontrer. régulièrement. Janvier 2003 Marie revient nous voir. elles nous aident à nous investir (tout en restant pro). Fin janvier 2001 Après quinze jours passés en prison. et il y en eut déjà près de 250. il est passionnant.

Mais ne nous prenons pas au sérieux comme certains de nos collègues et certains de nos concitoyens. Moi. et politiques. . Quelles que soient les complexités des situations que nous rencontrons. sociales. qu’il vaut la peine de poursuivre Ne laissons pas aux autres le soin et le droit de nous définir. embarqués malgré eux sur un même esquif. gais lurons du non-savoir.LES INTERVENANTS SOCIAUX 141 Lorsqu’il est question de (auto)dérision dans le travail (Billet d’humour) Denis RIHOUX – La Pommeraie Nous sommes une infime partie de l’humanité qui avons la chance d’avoir une mission intéressante dans cet espace-temps dont on ne connaît ni la naissance ni la suite. Nos tâches ont des implications humaines. Alors attachons-nous donc à simplifier les choses au maximum. la seule valeur. surtout. nous faisons des choses sérieuses mais pas plus sérieuses que la plupart des collègues et des concitoyens. Le seul truc. aujourd’hui. partiellement. c’est avant tout la rencontre entre êtres humains. Quelle est l’alchimie entre scientificité et mise en relation ? L’un sans l’autre c’est l’ouverture à la dérive et la fermeture au développement. Disons-nous nous-mêmes. C’est une chance dans cette complexité incroyable. Oui. potentiellement énormes. c’est la mise en relation qui m’intéresse le plus. c’est que nous jouons des rôles différents et que nous les avons plus ou moins (pas) choisis. (cela restera trop compliqué quand même) et à nous regarder nous-mêmes (et les autres mais d’abord nous-mêmes) comme de pauvres petits empiristes. à mon sens. peut-être. animés par la quête du bienêtre.

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Être au clair par rapport à cette errance commune et à cette attribution hasardeuse des rôles de la pièce permet une prise de distance salutaire pour soi, pour les autres et permet d’accéder à un stade avancé de la mise au monde : l’autodérision. Et mon projet est de l’ériger, l’autodérision, en art de vivre et en technique de travail.

–6– Évaluation de notre travail
Antoine se vante de réaliser régulièrement des « coups » et d’être certain de ne jamais se faire prendre. Lorsque l’éducateur utilise l’exemple d’Icare, qui à force de vouloir voler de plus en plus haut s’est brûlé les ailes, Antoine demande : — Icare, c’est un ancien du foyer ?

Plus dure sera la chute (Fiction) Luc MORMONT – Vent debout
Georges est fort. Très fort. Lorsque ses poings parlent, les autres se taisent. Même les profs, à l’école. Enfin… avant. Avant les juges, la police, les homes, et tous ceux qui voulaient le voir baisser sa garde. « Life is a fight », c’était ainsi qu’il voyait le monde. Il fallait être fort, plus fort que les autres, alors, il a voulu montrer à tous, et il s’est engagé. Il a pris le train pour la France. La Légion étrangère. Là, on ne lui a rien expliqué. Ils lui ont hurlé dessus, il a frappé. Maintenant, il est en route pour le bataillon disciplinaire, en route pour la Corse. La Corse… là où il avait fait un voyage, une expédition avec d’autres jeunes placés comme lui. En ces temps-là, il aurait pu choisir de changer, ils le lui avaient dit. Maintenant, c’est eux qui vont tenter de le changer, de le briser. À genoux devant les waters, Georges vomit. Il dégueule ce piège dans lequel il s’est fourré. Il crache toutes ses frimes. Il pleure. Il appelle sa mère. Le voilà homme dans un monde aussi violent que les coups de poings qu’il distribuait. Et soudain, il regrette le temps des discussions où il pouvait asséner son avis avec hargne, où les éduca-

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teurs indulgents l’écoutaient et tentaient de le raisonner. Ils avaient entendu sa révolte, son cri. Lui ne les avait pas écoutés. Il lui fallait tenir le rôle qu’il s’était assigné. Georges sombre, parce qu’il s’est réveillé trop tard.

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À la recherche d’une évaluation Marc COUPEZ et Diane MONGIN – Le Toboggan
Nous accueillons des adolescents en grande difficulté pour les accompagner (ainsi que leurs familles), pour les aider à concevoir leur projet de vie et à devenir des adultes pacifiés et autonomes. Ils sont tous différents. Si notre intervention est à chaque fois sur mesure, enthousiaste, professionnelle et humaine, elle respecte néanmoins les règles de la société où nous vivons. Nous ne travaillons jamais seuls mais en étroite collaboration avec les autorités mandantes et souvent avec d’autres services. Qu’est-ce qui peut nous permettre d’évaluer si nous avons réussi ou de juger de la qualité de notre travail ? Faut-il chercher à déterminer les qualités intrinsèques d’un travail supposé bien mené, en tirer des règles reproductibles et analyser en quoi elles sont effectivement mises en œuvre ? Supposé en vertu de quoi ? Faut-il se fonder sur les résultats obtenus pour dire si une intervention est pertinente ? S’il est une matière, un secteur, une forme d’intervention laborieuse à évaluer, c’est incontestablement l’action éducative menée auprès des jeunes difficiles. Quelle est l’évaluation de notre travail la plus appropriée à ce qu’il est véritablement ? Pour répondre à cette question, nous évoquerons les méthodes d’évaluation existantes avec leurs points forts et leurs failles. Nous nous appuierons sur leurs manques pour tenter de définir une méthode d’évaluation encore à construire.

de circulaires et d’informations de tous ordres. porte sur l’hyperspécialisation des services. la tentation est grande. de s’appuyer sur une analyse minutieuse. ce qui entre en contradiction avec l’hyperspécialisation des services. de manière à ce que le jeune puisse être orienté de manière précise vers la structure spécialisée susceptible de lui convenir en fonction de ses difficultés. Cette situation a d’ailleurs pour conséquence que ces jeunes. Il est donc insuffisant et doit être adapté. En effet ce type d’évaluation met parfaitement en lumière un paradoxe important. organisé et structuré de manière très formelle. voire légaliste. formelle du respect des règles et des circulaires administratives. dite objective. C’est à ce niveau que se situe le paradoxe. s’encombre d’une multitude de règles. qui ne rend pas compte de la qualité ou de la permanence du travail effectué avec les adolescents et. . ne trouvent pas de place adaptée… L’inconvénient majeur de ce type d’évaluation est qu’il est avant tout contrôle et surtout contrôle de la spécificité des services. entre autres. et qui répond à un besoin des travailleurs. Mais il ne s’agit là que d’une vision très mécanique. pour évaluer des services prenant en charge des jeunes. Or les symptômes des adolescents en crise ne doivent pas être entendus isolément. il est impératif de poser sur eux un regard global et non dissocié. toujours en décalage avec la spécificité très pointue des services qui pourraient les accueillir.ÉVALUATION DE NOTRE TRAVAIL 145 L’évaluation du respect des règles Le secteur de l’aide à la jeunesse. Dès lors. L’histoire a amené le secteur de l’aide à la jeunesse à s’organiser en créant des services de plus en plus spécialisés. dits spécifiques ou alternatifs. qui plus est. à leur capacité à dépasser cette spécificité pour porter sur l’adolescent et ses difficultés un regard global et unifiant. alors que la qualité de leur travail tient justement. L’évaluation des résultats Une autre possibilité est d’opérer une évaluation en termes de résultats. Tentation légitime parce que rassurante.

Même en dehors de ce risque de dérive. trente ans après ? Et dès lors. ne risque-t-on pas. sinon impossible. La course aux résultats risque d’oublier en cours de route ce deuxième volet. à travers la recherche à tout prix de ces résultats de verser dans le seul contrôle social ? Notre action éducative vise à permettre à chaque adolescent de construire son autonomie comme acteur dans la société mais tout en réalisant ce qui fait de lui un être tout à fait singulier. D’où la nécessité d’envisager l’évaluation en étroite relation avec nos objectifs sous peine de voir ceux-ci être déterminés par la nature de l’évaluation choisie. dix ans. en tout cas particulièrement ardu à réaliser car il met en jeu des critères infinis et souvent difficilement objectivables. vingt ans. Elle n’est guère praticable car elle ne tient pas compte de la subjectivité de notre action et de notre interdépendance avec les autres acteurs sociaux. ce type d’analyse est. si la qualité de notre intervention n’est mesurée que par les résultats que nous obtenons. L’intervision et l’évaluation de la pertinence de notre action éducative Il nous faut donc rechercher du côté d’une évaluation subjective. s’apparentant plutôt à un accompagnement et à une compréhension réciproque des interventions.146 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ Or les résultats quantifiables sont-ils vraiment représentatifs d’un chemin parcouru par l’adolescent ? Il y a risque de dérive… En effet. En effet. cette évaluation n’a que peu de sens eu égard au contexte particulier de notre travail. comment évaluer la part de l’intervention d’un service sur autant d’années et avec les innombrables facteurs à prendre en considération sur une aussi longue période ? Pour légitime qu’elle soit. comment discriminer les effets des interventions ponctuelles des travailleurs sociaux en présence dans l’histoire tumultueuse de la vie d’un jeune en crise ? Quand faut-il opérer cette évaluation ? Sur le moment. .

regard qui s’appuie plus sur une transparence des pratiques et sur un partage de celles-ci (intervision) que sur des règles objectives totalement inadaptées à la réalité subjective de ces prises en charge. ses choix. Il est dès lors fondamental de chercher à développer un nouveau regard sur ces interventions. la composition et la forme à donner à cette brique en fonction des autres pièces de l’édifice… *** . pour ce faire. La valeur d’un service doit pouvoir s’apprécier en fonction de la pertinence de son intervention éducative. elle s’éloigne des règles édictées. Ce qui n’empêche pas de s’efforcer de connaître la qualité. Il peut même parfois être dangereux de viser à tout prix des résultats tangibles. nous préférons une évaluation subjective qui tienne compte des interactions des différents services en présence et qui privilégie l’accompagnement et la compréhension des interventions. la complexité et l’interdépendance des facteurs en jeu. Nous devons en effet prendre conscience que notre travail n’est qu’une brique d’un large édifice qui se construit grâce à une multitude d’expériences et d’actions et que cet édifice fait partie intégrante d’un être humain avec ses ressources. À ces types d’évaluation finalement peu opérants. Contrôler le respect des règles spécifiques n’a valeur que de contrôle et peut même dans certains cas entraver une action éducative globale pertinente. d’user de modes d’évaluation inadéquats. Évaluer notre action peut nous aider à affiner nos interventions et à mieux conjuguer nos efforts entre intervenants sociaux. voire dangereux. de formation. ses surprises.ÉVALUATION DE NOTRE TRAVAIL 147 Il manque d’études. de compétences dans ce domaine… La particularité même des situations et des jeunes pris en charge isole les services et les travailleurs qui ont choisi d’assumer ces missions. Évaluer la qualité d’une intervention à la mesure des résultats obtenus est difficile à mettre en œuvre vu le nombre. mais il nous paraît inutile. même si.

Parti pour écrire un billet d’humeur. je me retrouve avec ce souvenir. il me dit : « Si j’en suis là. je le retrouve avec son amie et leur bébé. nous le perdons un peu de vue. les rapports aux mandants. hôpital. Plus tard. il nous fera une sérieuse tentative de suicide : coma. il arrive vaille que vaille à travailler avec des chevaux. responsable d’un manège équestre où il donne des cours d’équitation à des enfants. dans vingt ans ? En attendant. Il est majeur. les paperasses. soins intensifs… Il s’en sort. Il est visiblement en grande forme et on ne peut ignorer le bonheur qui se lit sur son visage.148 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ À toutes fins utiles… (Souvenir) Georges CAPART – La Bastide blanche Les comptes. dans un manège. tous nos vœux l’accompagnent. les réunions… ne laissent guère de place à l’inspiration ou de temps pour la transpiration. Il tombe amoureux d’une fille qui travaille avec lui. ∆ . les conneries de nos jeunes. Dans les semaines qui suivent. Entre deux occupations. avant-bras et poignets lacérés à coups de cutter. Un an après. bien sûr : que deviendra-t-il dans dix ans. évaluation à court terme. c’est bien grâce à la Bastide blanche ! » C’est une manière de faire une évaluation . À toutes fins utiles… X nous arrive à dix-sept ans. révélateur du métier.

la révolte et l’incompréhension du monde côtoient une action raisonnée et profondément respectueuse de la personne humaine. professionnels de l’éducation. les parents. et porteurs nous l’espérons de cette subtile alchimie d’échanges entre des adolescents et leurs aînés. Des histoires. éducateurs. des réflexions où l’inexpérience. l’amour. les propriétaires. Elle fait partie de la vie. qui a la volonté et les moyens . la sexualité. les loisirs. L’aide à la jeunesse n’est pas une entité isolée du reste du monde. etc.Conclusions Pour conclure Les auteurs Nous voici au terme de notre écriture. mais d’aider des adolescents en souffrance à mettre en œuvre leurs ressources personnelles. Un parcours fait de mots chargés de sens et d’émotions. la famille. les copains. parents. des témoignages. le travail. Pour cela nous préconisons de mettre à leur disposition un accompagnement professionnel et humain. comme l’école. Les interventions décrites au long de ces pages se veulent attentives à la richesse de l’échange avec autrui. l’administration. Parce que c’est exclusivement de celle-ci qu’il est question. Il n’est pas question d’appliquer des solutions toutes faites à des consommateurs plus ou moins volontaires. Ces mots du quotidien résonnent dans la vie de chacun d’entre nous : jeunes.

que votre attention laisse au cœur de vos jeunes une richesse qui ne passera pas. Ayez de la patience. pour comprendre le passé et agir. Soyez des professionnels: que cela ne vous empêche pas de les aimer. nous croyons aux compétences de chacun de ceux et celles avec qui nous cheminons. éducateurs et éducatrices. Qu’il puisse partager. Que la qualité de votre présence. Un placement en institution. le temps travaille avec vous . à vous.) ∆ . d’ouvrir les portes d’autres « possibles ». votre cœur. puis cent fois sur le métier… Que votre autorité les guide. ici et maintenant . Heureusement. aux croyances. À chacun sa carte. jusqu’à pouvoir pleurer avec eux. *** En guise d’au revoir Georges CAPART – La Bastide blanche Ce que je voudrais vous dire avant de m’en aller. les aléas de chaque journée. dans ce monde complexe et en constant devenir. Les événements se succèdent. votre cœur. de leurs échecs et de leurs déviances. la relation à autrui… c’est cela notre territoire. Ça n’arrête jamais. sachez pardonner jusqu’à septante-sept fois. au sens… bref à tout ce qui fait l’homme. à l’identité. Que votre professionnalisme ne dessèche pas votre cœur pour qu’il puisse encore se réjouir lorsque des jeunes que vous avez pris en charge réussissent et s’en sortent. (Georges Capart aura pris sa retraite lorsque paraîtront ces lignes. aux comportements. mais qu’il souffre.150 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ d’adapter le scénario à l’environnement. pour construire demain et non pour que demain arrive. de joie ou de peine. des difficultés de vie. De leur donner les moyens.

Aide à la jeunesse. des faits qualifiés infraction répétitifs ou lorsque la demande d’accueil concerne un jeune qui est confié au groupe des institutions publiques de protection de la jeunesse. (Communauté française). les éducateurs.Lexique Un soir. A pour mission d’organiser un accueil collectif de quinze jeunes qui nécessitent une aide particulière et spécialisée eu égard à des comportements agressifs ou violents. (RW). A pour activité l’aide préventive au bénéfice des jeunes dans leur milieu de vie et dans leurs rapports avec l’environnement social. La jeune fille : Si tu le dis ! L’éducateur : Un exemple ? Si un passant dit à un pêcheur : « Vous avez pris quelque chose ? » les gens sourient. AWIPH AJ CEFA CAS . La jeune fille … L’éducateur : Attends… Et si un mec dit à ses copains toxicomanes : « Vous avez pris quelque chose ? » La jeune fille : Vu sous cet angle. au souper. Agence wallonne pour l’intégration de la personne handicapée. vous accordez autant d’importance « aux mots et au contexte ». (Enseignement). des problèmes psychologiques graves. Centre d’accueil spécialisé. Centre d’Éducation et de Formation en Alternance. c’est clair ! L’éducateur : CQFD. Aide en milieu ouvert. L’éducateur : Nous leur accordons de l’importance parce qu’ils sont des jalons qui nous permettent de construire le territoire des autres. (AJ). (AJ). Les abréviations AS AMO Assistant(e) social(e). La jeune fille : Je ne comprends pas pourquoi vous.

Service d’aide à la jeunesse. (AJ). (AJ). Le centre établit pour chaque jeune un bilan d’observation et un projet d’orientation favorisant. l’analyse approfondie et une action spécifique visant au dépassement de la crise par le biais d’un encadrement adapté à cette fin. Institution publique de protection de la jeunesse. Cette aide est apportée selon des modalités particulières non prévues par les arrêtés spécifiques. éducatif et psychologique dans le milieu socio-familial ou. Dirigé par le conseiller. si possible et si l’intérêt du jeune ne s’y oppose pas. une mise en autonomie. A pour mission d’organiser en permanence un accueil collectif de sept jeunes au moins qui nécessitent une aide urgente consistant en un hébergement en dehors de leur milieu familial de vie. Centre public d’aide sociale. Centre d’observation et d’orientation. Tribunal de la jeunesse. à régime ouvert ou fermé. Centre psycho médico social (enseignement). (Administration de la Communauté française). Peuvent y être placés (art. Région wallonne. Projet pédagogique particulier. A pour mission d’organiser l’accueil collectif et l’éducation de dix à quinze jeunes qui présentent des troubles et des comportements nécessitant une aide spécialisée en dehors de leur milieu familial et justifiant par leur gravité l’observation. à ses parents ou à ses familiers un accompagnement social. Parquet et juges de la jeunesse.152 CAU ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ Centre d’accueil d’urgence (AJ). Centre d’orientation éducative. (AJ). (Communal). la réinsertion du jeune dans son milieu familial de vie. (Ministère fédéral de la Justice). Direction générale de l’aide à la jeunesse. Centre de premier accueil. (AJ). A pour mission d’apporter au jeune. Saint-Servais (ouvert et fermé). A pour mission d’organiser un projet particulier et exceptionnel d’aide aux enfants et aux jeunes en difficulté. 37 de la Loi) des mineurs de plus de douze ans ayant commis un fait qualifié infraction (art. Pour les filles. 36/4 de la Loi). en suite de l’accompagnement. (AJ). Braine-le-Château (fermé). Pour les garçons : Wauthier-Braine (ouvert). Communauté française. CF COE COO CPA CPAS DGAJ IMP IPPJ PMS PPP RW SAJ SPJ TJ . Service de protection judiciaire. Contribue à l’élaboration de programmes d’aide pouvant être mis en œuvre à l’issue de l’accueil du jeune par le centre selon les directives données en ce sens par l’instance de décision. Dirigé par le directeur. (AJ). Même mission que le COO. Jumet (ouvert) et Fraipont (ouvert et fermé). Institut médico-pédagogique (AWIPH). (AJ).

MAISON FAMILIALE : petit service résidentiel (AJ). les directeurs et les juges de la jeunesse. CONSEILLÈRE : il ou elle dirige le service de l’aide à la jeunesse (SAJ) dans chaque arrondissement. Art. 38 de la Loi de 1965. créé le 01. il propose et conclut des accords d’aide aux bénéficiaires et à leur famille. se dessaisir et renvoyer l’affaire au ministère public aux fins de poursuites devant la juridiction compétente en vertu du droit commun s’il y a lieu. il peut. conformément au décret de 1991. Si la personne déférée au tribunal de la jeunesse en raison d’un fait qualifié infraction était âgée de plus de seize ans au moment de ce fait et que le tribunal estime inadéquate une mesure de garde. conformément au décret de 1991 .LEXIQUE 153 Divers CONSEILLER.12.03. A pour mission de prendre en charge au minimum six et au maximum dix bénéficiaires en vue de leur offrir un cadre familial (Arrêté Communauté française du 07. Le tribunal de la jeunesse connaît des réquisitions du ministère public à l’égard des personnes poursuivies du chef d’un fait qualifié infraction commis avant l’âge de dix-huit ans accomplis.03. de type carcéral) pour mineurs (garçons de plus de quatorze ans) ayant commis un fait qualifié infraction (grave). 36/4 de la Loi de 1965. du service de protection judiciaire (SPJ) ou du service d’aide à la jeunesse (SAJ). Les articles de la loi du 8 avril 1965 (État fédéral) et du décret du 4 mars 1991 (Gouvernement de la Communauté française) Art. il met en œuvre les mesures prises par le juge de la jeunesse en application de l’article 38 du même décret.1999). RÉFÉRENT : travailleur social – éducateur – chargé spécialement de la prise en charge et de l’accompagnement individuel d’un jeune au sein d’un service ou à partir de celui-ci. MILIEU FERMÉ : hébergement privatif de liberté (uniquement en IPPJ ou à Everberg).2002 à Everberg par l’État fédéral avec la coopération des Communautés française et flamande. de préservation ou d’éducation. EVERBERG : Centre de placement provisoire (fermé.1987 abrogé le 15. DIRECTEUR. DIRECTRICE: il ou elle dirige le service de protection judiciaire (SPJ) dans chaque arrondissement. DÉLÉGUÉ (E) : travailleur social de terrain et membre du service social du tribunal de la jeunesse (TJ). MANDANTS : Les conseillers. TYPE 8 : enseignement spécialisé adapté aux besoins éducatifs des enfants atteints de troubles instrumentaux. . par décision motivée.

de sa famille ou de ses familiers lorsque l’intégrité physique ou psychique d’un enfant… est actuellement et gravement compromise et lorsque des personnes investies de l’autorité parentale… refusent l’aide du conseiller ou négligent de la mettre en œuvre.01. 39 du Décret C. 38 du Décret C. – soumette l’enfant ou sa famille à des directives ou à un accompagnement d’ordre éducatif . 53 de la Loi de 1965. Article abrogé depuis le 01. En cas de nécessité urgente de pourvoir au placement d’un enfant… le tribunal de la jeunesse peut. Le tribunal de la jeunesse connaît des mesures à prendre à l’égard d’un enfant. le mineur peut être gardé provisoirement dans une maison d’arrêt pour un terme qui ne peut dépasser quinze jours. ∆ .2002.154 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ Art. s’il a plus de seize ans. • décider… que l’enfant sera hébergé temporairement hors de son milieu familial de vie . • permettre à l’enfant. soit prendre une mesure de garde provisoire pour un délai qui ne peut excéder quatorze jours. assisté du service de protection judiciaire… Art.F. de 1991. soit autoriser le conseiller à placer l’enfant de moins de quatorze ans pour un terme qui ne peut excéder quatorze jours.F. S’il est matériellement impossible de trouver un particulier ou une institution en mesure de recueillir le mineur sur-le-champ et qu’ainsi les mesures prévues à l’article 52 ne puissent être exécutées. de 1991. de se • fixer dans une résidence autonome. Le tribunal de la jeunesse peut. après avoir constaté la nécessité du recours à la contrainte. Art. Ces mesures sont mises en œuvre par le directeur.

be Accueil résidentiel et non résidentiel de 15 jeunes (filles ou garçons) de 14 à 18 ans . 1 – 6680 Sainte-Ode Tel : 061/68 80 43 – Fax : 061/68 87 80 Accueil résidentiel et non résidentiel de jeunes (filles ou garçons) à partir de 15 ans.vdw@swing.Les services qui ont participé à la rédaction de ce livre LA BASTIDE BLANCHE – CAS depuis le 1er janvier 2002 Rue de l’Abattoir 62 – 6200 Châtelet Tel : 071/39 53 28 – Fax : 071/40 23 79 e-mail : bastide.bellaire@belgacom.com Accueil résidentiel de 12 jeunes (filles ou garçons) de 14 à 18 ans SERVICE AIRS LIBRES – PPP depuis le 1er janvier 2002 Rue des Combattants.be Hébergement de 15 garçons de 14 à 18 ans (prolongation possible jusqu’à 20 ans) LE FOYER RETROUVÉ – CAS depuis le 1er janvier 2002 Rue Jean Volders 2 – 6043 Ransart (Charleroi) Tel : 071/35 06 75 – Fax : 071/35 73 85 e-mail : michel.net Hébergement de 15 filles de 12 ans à 18 ans LE TOBOGGAN – CAS depuis le 1er janvier 2002 Route d’Obourg 16 – 7000 Mons Tel : 065/36 11 49 – Fax : 065/33 70 83 e-mail : toboggan@ibelgique.com Hébergement de 15 filles de 14 ans à 18 ans ALTITUDE 500 – L’ORÉE – CAS et PPP depuis le 1er janvier 2002 Domaine de Beauplateau – Allée des Hêtres.be Hébergement de 15 garçons de 15 ans à 18 ans LA MAISON HEUREUSE – CAS depuis le 1er décembre 2001 Rue Émile Vandervelde 536 – 4610 Bellaire Tel : 04/362 67 99 – Fax : 04/370 00 06 e-mail : mh. 43 – 7603 Froyennes Tel : 069/88 81 94 – Fax : 069/88 81 81 e-mail : airslibres@skynet.blanche@swing. 12 jeunes dans le projet CAS et 14 jeunes dans le PPP VENT DEBOUT – PPP depuis le 1er mai 2002 Rue des trois Rivages 39 – 4020 Liège Tél : 04/362 40 43 – Fax : 04/362 11 78 e-mail : lucmormi@hotmail.

) Autres services appartenant au Groupement des CAS et PPP L’ODYSSÉE – CAS depuis le 1er janvier 2002 Rue du Redeau 68 – 5530 Yvoir Tel : 082/61 03 96 – Fax : 082/61 03 92 Chaussée de Dinant 980 – 5100 Wépion Hébergement de 11 jeunes (filles ou garçons) de 14 ans à 18 ans LE CHENAL (DE L’AMARRAGE) – PPP depuis le 1er janvier 2002 Rue de Virginal 15 – 7090 Hennuyères Tel : 067/64 60 77 – Fax : 067/64 60 77 e-mail : amarrage@proximedia.be Hébergement et prise en charge de 15 garçons de 12 ans à 18 ans OASIS ASBL – PPP depuis le 1er février 2003 Siège social. secrétariat et Antenne Dolhain : Rue Moulin en Rhuyff 20 – 4830 Dolhain Limbourg Tel : 087/76 51 89 – Fax : 087/76 40 77 e-mail : oasis.be octogones.be – site : www. comptabilité.be Prise en charge individuelle de 15 jeunes (filles ou garçons) De 0 à 18 ans pour les interventions familiales De 16 à 18 ans pour les accompagnements en logement autonome Deux lits pour l’hébergement d’urgence des jeunes pour lesquels nous sommes mandatés.be Hébergement de 18 filles de 14 ans à 18 ans (dont 3 jeunes telles que décrites dans l’Arrêté des C.be Antenne liégeoise : bd Émile de Laveleye 114/052 – 4020 Liège Tel : 04/344 44 49 – Fax : 04/341 03 59 e-mail : oasis.pommeraie.chanmurly@wanadoo.rihoux@pommeraie.liege@tiscali.amarrage. FOYER LILLA MONOD – PPP en demande d’agrément Rue du Prévôt 26 – 1050 Ixelles Tel : 02/537 94 06 – Fax : 02/537 65 93 e-mail : lillamonod@skynet. direction.156 ADOLESCENTS DIFFICILES … ADOLESCENTS EN DIFFICULTÉ LA POMMERAIE – PPP depuis le 1er janvier 2002 Rue de Gesves 10 – 5340 Faulx-les-Tombes Tel : 081/57 07 46 – Fax : 081/57 01 40 e-mail : denis.dolhain@tiscali.be Hébergement de 10 jeunes (filles ou garçons) de 15 ans à 18 ans OCTOGONES-LE CHANMURLY – PPP depuis le 1er février 2003 Rue de Sélys 31 – 4000 Liège Tel : 04/252 50 66 Fax : 04/252 77 87 e-mail : chanmurly@skynet.be – site : www.be Suivi dans le milieu de vie de 8 adolescents (filles ou garçons) ∆ .S.A.

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Sous la direction de Pascal Iacono et José Recht.be . l’aventure au service d’un projet social .À lire aussi dans la collection Vo i x d ’ a c c è s • Paroles de délégués. Yves Kayaert.Bernadette Bawin-Legros. • Jeunes filles. Vo i x d ’ a c c è s • La dignité… parlons-en.Réalisé par le mouvement Luttes Solidarités Travail (LST).lucpire. 37 Quai aux Pierres de taille. chronique de vingt-cinq ans d’application de l’aide sociale . objets ou sujets ? .Viviane Buekenhout. récits et témoignages de travailleurs sociaux de l’aide à la jeunesse (SAJ-SPJ) Collectif.be Fax : 02/646 72 22 http: //www. • L’exclusion et l’insécurité d’existence en milieu urbain . Vo i x p o l i t i q u e s Vo i x p e r s o n n e l l e s Vo i x d u r a b l e s Vo i x d u r i r e Vo i x d e l e t t r e s Pour recevoir notre catalogue : Editions Luc Pire. : 02/640 85 96 editions@lucpire. • Itinéraire d’une rencontre. 1000 Bruxelles (Belgique) Tél.

ACHEVÉ D’IMPRIMER EN SEPTEMBRE .2003 SUR LES PRESSES DE L’IMPRIMERIE FORTEMPS À WANDRE.

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