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LE LIVRE MUET DES ALCHIMISTES : LE MUTUS

LIBER
PREMIERE PARUTION PAR LE PRIVILEGE DU ROY LE 8 NOVEMBRE 1676

Qui n’a pas rêvé de faire de l’or à violenté et de posséder l’éternité grâce à la pierre des
philosophes ? Seulement voilà, très peu d’alchimistes dans l’histoire paraissent en avoir
découvert le secret. Ceux qui ont réussi, rarissimes privilèges du Grand Art, ont mis
souvent plusieurs dizaines d’années à décrypter les obscurs documents de la tradition. Tout
est symboles et secrets en se domaine.

Le livre qui est peut-être le plus important de cette quête, le « Mutus Liber », ne comporte pas
un mot, comme son nom l’indique (livre muet). Rien que des figures symboliques, des
planches, des planches aux figures hermétiques et étranges dont il faut, nous disent les vieux
maîtres, analyser le moindre détail puis réaliser la synthèse secrète qui conduit à
l’illumination finale, la véritable connaissance de l’univers.

Cette dernière n’est pas donnée à tous ceux qui l’étudient. Il faut aller, enseigne-t-on encore,
au-delà de l’intelligence pour trouver la pierre philosophale, (pour la spirale de l’éternité).
Ce Mutus Liber a fait couler beaucoup d’encre. Une foule d’exégètes ont cherché le sens
profond de ces images curieuses qu’il propose. Certains ont trouvé la voie. Mais il ne leur a
pas été permis d’en révéler les arcanes au tout venant. (Trop dangereux, mis dans des mains
négatives) Car la pierre philosophale ne s’achète pas pour le prix d’un recueil de
commentaires dans la première librairie venus. Nous n’avons certes pas la prétention d’en
donner la clef en quelques lignes. Le Livre Muet du Grand Œuvre étant d’une très grande
rareté, il nous a paru intéressant d’en proposer d’en proposer au lecteur les principales
planches. Ce ne sont peut-être pas les plus importantes. Qui pourrait, face à une telle énigme
graphique, dire que telle gravure prévaut sur la suivante dans la démarche de celui qui
cherche la pierre ? L’esprit même de l’alchimie interdit pareille attitude. On ne sait trop d’où
vient ce livre, peut être d’un autre univers ? Armand Barbault, qui a passé sa vie à étudier et à
mettre en pratique ses enseignements, écrit dans « l’Or du Millième Matin ».

C’est un livre d’images sans paroles, où toutes opérations de la philosophie hermétique sont
décrites et représentées par des clichés évocateur. Il est difficile d’en connaître la source mais
les alchimistes le considèrent comme l’un des joyaux les plus précieux de leur collection.
Ces planches révèlent clairement ce qu’est la Matière Première, la façon dont les alchimistes
recueillent la rosée au printemps ainsi que tout ce qui est nécessaire au néophyte pour
atteindre son but. Nous suivons cet auteur dans les commentaires de ces quelques pages du
Liber, Armand Barbault à découvert quelque chose, ce n’est plus un secret pour personne. Et
il reconnait que sa réussite tient au livre sans paroles. La première planche est nous dit-il
d’une très grande importance. « Vous y verrez un personnage curieux, endormi au creux
d’une petite colline, tandis qu’en songe il perçoit le son de la trompette d’un ange qui lui
apporte l’Annonciation. Cet ange, placé sur l’échelle de Jacob, reçoit l’écho d’un autre ange,
situé, lui, au moment de l’échelle. Cette figure, placée à l’intérieur d’une couronne de roses,
doit être méditée par quiconque désire entrer dans la citadelle de la forteresse alchimique. »
Les connaissances intellectuelles, nous enseignent ces symboles, ne suffisent pas encore
moins le simple appât du gain pour tenter la quête de la pierre philosophale.
Aucun être ne saurait en effet pénétrer dans le « domaine supérieur » des choses sans y être
d’une part appelé et ensuite préparé d’une façon spéciale. Il faut lire tous les symboles de
cette gravure1 : lune, étoiles, échelle initiatique, sommeil, couronne de roses, etc. Pour
Armand Barbault, il est certain que l’entreprise alchimique, telle que le propose le Liber,
nécessite » une foi absolue, un degré de spiritualité élevé ainsi qu’un détachement des choses
matérielles pour pouvoir posséder un esprit libre, évolué, dégagé de toute influence
extérieure » Le personnage (qui n’est ni homme ni femme, encore un symbole) est endormi.
Barbault remarque, après Canseliet et bien d’autres spécialistes, que souvent l’appel vient en
songe. Nicolas Flamel l’avait plus ou moins entendu de cette manière Lui-même se souvient
avoir souvent rêvé, avant de se mettre enquête, d’un grand livre blanc. A l’aube, malgré tous
ses efforts, impossible de se rappeler ce qu’il contenait. Il n’était pas prêt. Son esprit et son
cœur gagnaient inconsciemment en maturité et attendaient l’Annonciation. En quoi consiste
l’enseignement de ces mystérieux anges à la trompette, juchés sue l’échelle d’initiation ?
On les retrouve dans la planche 2, partie supérieure.

« Ils présentent ici, nous enseigne Barbault, l’œuvre philosopha tel qu’il doit être conçu
spirituellement. Sur le plan matériel, ils sont représentés par le couple, l’adepte et son
conjoint ; ils portent toute leur attention sur les premiers travaux qu’il va leur falloir
aborder ? » Notons cette importance du couple toujours soulignée par le Mutis Liber plus que
par n’importe quel autre ouvrage traitant d’alchimie. Rien ne se peut ce faire seul. L’adepte a
besoin de sa compagne pour mener à bien le Grand Œuvre. C’est Nicolas Flamel et dame
Pernelle, Barbault et sa discrète collaboratrice toujours présente.
On peut même se demander, avec notre commentateur du livre sans paroles, si la femme n’a
pas une place plus grande que l’homme dans cette quête. Dans la planche 2, c’est qui fait le
geste de la main unissant « ce qui est en haut (les anges) et ce qui est en bas (les deux
alchimistes abordant la première étape de leurs travaux) pour l’accomplissement des
merveilles ».

Le symbolisme de cette gravure est encore plus riche que celui de la précédente. Rien que son
analyse prendrait tout un volume tant il faut prêter d’attention à chaque détail.
« La planche 3, poursuit Barbault, complète l’enseignement traditionnel (planche 2 et études
antérieures) destiné à fournir à l’adepte la connaissance de tous les éléments, de toutes les
forces, de tous les secrets de la nature nécessaire à l’accomplissement de son œuvre et à
l’affirmation de sa puissance. » On voit que même le commentateur donne dans l’hermétisme
à ce stade de sa présentation du livre sans paroles. Cette planche propose une série de scènes
allégoriques dans une superposition de cercles concentriques. Le soleil et la lune frangent cet
univers de symboles que doit traverser le néophyte pour aborder la quête. En haut se trouve
« le Père trônant au sommet et tenant entre ses mains le sceptre de la puissance et de la
connaissance ». Les cercles évoquant tous les éléments de la nature, la « Matière Première qui
entre dans la confection de l’œuvre, l’irradiation d’en haut et d’en bas, les deux signes du
zodiaques- Bélier et Taureau- caractérisant l’époque où l’adepte recueille la rosée, les perles
d’émeraude qui entrent dans toutes les préparations, etc. »

Le sens général de cette gravure est évident, sinon les détails. L’adepte n’atteint pas à l’état de
conscience nécessaire pour entreprendre le Grand Art sans une longue préparation. Il revit en
quelque sorte dans son corps et son cœur (la Table d’Emeraude nous le confirme) l’immense
cycle cosmique dans lequel il s’intègre. Cette intégration nécessite l’acquisition d’un équilibre
harmonique parfait avec les éléments et la grande « mouvance du cosmos ». Barbault lui-
même ne dit pas exactement en quoi consiste cette première alchimie du néophyte qui le
concerne lui-même et non encore la Matière dont il tirera la pierre philosophale. Le travail
proprement dit commence à la planche 4. Mais il ne servira à rien de multiplier les efforts si le
processus hermétiquement décrit par les trois premières n’a pas été mené à bien.
Cette planche 4 est d’une relative clarté. On y voit l’adepte et sa compagne tordant des
toiles » préalablement exposées au-dessus de l’herbe verte des prairies afin qu’elles
s’imprègnent peu à peu des perles de rosées ; ces dernières, on le sait, ne cessent de monter le
long des tiges vertes au moment où la nature se trouve en pleine exaltation, au printemps, sous
le signes du Bélier et du Taureau, symbolisés par les deux animaux figurant sur cette
quatrième planche. » On note la présence d’un faisceau irradiant qui descend du ciel où
brillent toujours, hiératiques, les visages de la lune et du soleil.

Sous le faisceau, une tour sommée de trois pointes mystérieuses et deux villages, de part et
d’autre de la gravure. Ils ne sont pas exactement symétriques, non plus que la végétation assez
différenciée pour que les détails prennent tout leur sens aux yeux de l’initié. Il y a cinq toiles
étendues dans la prairie. Le chiffre a sans doute son importance. De même que leur
disposition qui obéit peut-être à une disposition qui obéit peut-être à une connaissance précise
du tellurisme de l’endroit où l’on procède à l’opération. Beaucoup d’alchimistes se sont
trompés parce qu’ils ont commencé directement par cette planche du Mutus Libner. Sans
tenir compte des quatre premières. Erreur totale. La lente mutation du néophyte et de sa
compagne est indispensable à l’abord de l’œuvre. Flamel et Pernelle n’ont seulement envisagé
une approche opérative de l’alchimie que sur leurs vieux jours. Le voyage initiatique de
Nicolas en Espagne est un symbole de cet interminable travail.

LE SECRET DE TOUS LES SYMBOLES

Ce qui importe avant tout, dit Barbault, c’est justement de bien saisir la nécessité d’une
préparation sérieuse qui peut demander des mois ou même des années. Vous n’observez
jamais la moindre évolution dans vos préparations si vous vous-même n’évoluez en rien.
On n’insistera jamais assez donc sur la nécessité de comprendre et de « vivre » ces quatre
planches initiales du « liber ». Celles qui suivent devront être pénétrées avec un esprit
identique de patience et de perfection.
Elles concernent plus particulièrement les aspects matériels de la tâche à accomplir. Il faut les
analyser une à une et suivre le processus jusqu’au bout pour découvrir la pierre. Et, bien
entendu, si l’on veut réussir, il faut percer le secret de toutes les figures et de tous les
symboles. Armand Barbault a réussi, du moins en partie. Son propos n’était pas de faire de
l’or mais de réaliser la substance philosophale ou panacée qui guérit tous les maux et propose
à l’homme au moins une parcelle d’immortalité. Il faudrait que d’autres néophytes après lui se
mettent en quête, comme il l’a souvent souhaité. Dans le même esprit.

L’homme tel qu’il devrait être s’il savait enfin mériter le secret du Grand Œuvre.
Le livre sans paroles est là pour l’y aider.

Source : Le mutus, est l’un des iconographies dans la référence de l’Alchimie.


Fait par Richard Kaitzine.
Alchimie : Eugène Canseliet en 1958

Claude BURKEL
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