CÉBÈS Nous ne savons presque rien de Cébès. Il naquit à Thèbes, en Béotie, vers la fin du Ve siècle avant JésusChrist.

Avec Simmias, son compatriote, il fut sans doute un des auditeurs du pythagoricien Philolaos qui dut séjourner à Thèbes vers le même temps. Il devint ensuite un ami de Socrate. Platon le met au nombre des interlocuteurs du Phédon. Diogène Laërce lui attribue la composition de trois dialogues, parmi lesquels il compte le Tableau. C’est le seul des ouvrages de ce philosophe qui nous soit parvenu. Toutefois, certains critiques prétendent, à raison ou à tort, que ce Tableau n’est pas de Cébès de Thèbes, mais qu’il est l’oeuvre d’un stoïcien de Cizyque portant le même nom et vivant aux environs de l’ère chrétienne. Quoi qu’il en soit, ce Tableau, par la conduite générale du dialogue et par les idées qu’il allégorise, nous rappelle à la fois, et la méthode d’interrogation socratique et les idées religieuses et morales que le pythagorisme et le platonisme avaient rendu courantes. Ce Tableau est une allégorie des destinées de l’âme humaine. Des jeunes gens l’aperçoivent parmi les offrandes diverses consacrées dans un temple, le considèrent et n’arrivent pas à comprendre sa signification. Un vieillard survient ; et, grâce à ses explications, le sens de cette composition et sa portée symbolique leur deviennent lisibles. Écrite avec art, et pensée avec foi, cette allégorie se lit avec un intérêt d’autant plus profitable que l’esprit en sent mieux la subtile leçon. TABLEAU DE LA VIE HUMAINE Traduction Mario Meunier, 1933 1. — Nous nous promenions par hasard dans le sanctuaire de Cronos, à l’intérieur duquel nous contemplions des offrandes multiples et variées. Devant le temple, avait été également consacré un tableau qui représentait, en style étranger, des allégories singulières. Nous ne pûmes pas les coordonner, ni même, en fin de compte, savoir ce qu’elles étaient. Ce n’était pas, en effet, une cité qui nous semblait avoir été dessinée, ni un camp. Mais c’était une enceinte qui en renfermait deux autres, l’une plus grande, l’autre plus resserrée. Une porte se voyait sur la première enceinte, et, vers cette porte, une foule nombreuse nous paraissait se presser. A l’intérieur, dans l’enceinte, on apercevait une multitude de femmes. Et, à l’entrée de la porte de cette première enceinte, un vieillard, debout, avait l’air de donner des ordres à la foule qui entrait. 2. — Comme depuis longtemps nous étions, les uns et les autres, dans l’embarras, au sujet de cette allégorie, un vieillard qui se trouvait là : — Il n’y a rien de bien étrange, dit-il, à ce que vous soyez, vous, étrangers, dans l’embarras au sujet de ce tableau, puisqu’un grand nombre de ceux de ce pays ne savent pas ce que peut signifier cette allégorie. Cette offrande n’est pas d’un citoyen ; elle est d’un étranger qui vint ici jadis, et qui, homme de sens et de grande sagesse, témoignait, par ses paroles et par ses actes, qu’il était animé d’un grand zèle pour mener une vie selon Pythagore et selon Parménide. Ce fut lui qui consacra à Cronos, et ce sanctuaire et cette peinture. — As-tu donc, répondis-je, vu et connu personnellement cet homme ? — Je l’ai aussi fort longtemps admiré, bien que je fusse jeune. Il discourait sur mille graves sujets, et je l’ai entendu expliquer maintes fois le sujet de cette allégorie. 3. — Par Zeus ! répondis-je, si aucune pressante affaire ne te retient, redis-nous cette explication. Nous sommes, en effet, fort désireux d’écouter ce que ce mythe signifie. — Je n’y vois, étrangers, aucun empêchement. Mais il faut d’abord que vous soyez prévenus que cette explication comporte quelque risque. — Quel risque, repris-je ? — Si vous écoutez avec attention, ajouta-t-il, et si vous comprenez ce que je vais vous dire, vous serez sages et heureux. Sinon, vous deviendrez insensés, malheureux, amers, ignorants, et vous vivrez misérablement. Cette explication ressemble à l’énigme que le Sphinx proposait aux hommes. Si l’un
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Cette foule nombreuse qui se presse devant la porte est composée de ceux-là même qui doivent être introduits dans la vie.free. s’y prennentils ? — Vois-tu. Si donc. et ce qui n’est ni bien ni mal dans le cours de la vie. elle donne à boire de son charme puissant.d’eux l’entendait.bratelli.— Quelle est donc la route qu’il leur conseille de suivre ? Et comment. non tout d’un coup. s’il en est ainsi ! — Mais.htm 2 . Quant à lui. — Qu’arrive-t-il ensuite ? — Ceux qui en ont bu entrent dans la vie. — Il faut d’abord que vous sachiez que ce lieu s’appelle la Vie. semble de l’autre indiquer quelque chose. faites-donc attention et tâchez de comprendre. — Je la vois. ajoutai-je ? — Elle est appelée Tromperie. mais. http://ugo. s’ils veulent être sauvés dans le cours de leur vie. Aussi. demandai-je. — Et que fait-elle ensuite ? — A ceux qui entrent dans la vie. car Déraison est pour les hommes un Sphinx. — Tous en boivent. au dedans de la porte. il est sauvé. près de la porte par où entre la foule qui se presse au même lieu. il arrive à quelqu’un de ne pas entendre. comme celui que le Sphinx faisait mourir en le dévorant . le vieillard la tendit vers le tableau : — Voyez-vous cette enceinte. — Ô Héraclès ! en quelle ardente curiosité tu nous jettes. Nous ne te prêterons pas une médiocre attention. et il montre la route qu’il faut qu’ils suivent. Ayant alors pris une baguette. 4. répondit-il. c’est Déraison au contraire qui périt. puisque la récompense et la peine sont à tel prix. — Et quel est ce breuvage ? — Erreur et Ignorance. qui les dépasse et qui. 5. c’est elle qui induit tous les hommes en erreur. et il passe dans le bonheur et la félicité le cours entier de sa vie. il était sauvé. tenant d’une main une feuille de papier. Ne vois-tu pas encore. sans aucune exception ? 6. mais les uns plus et les autres moins. Il en est de même de cette explication. Son air est affable et empreint. Le vieillard. d’une grande force de persuasion. le Sphinx lui-même le faisait périr. un trône sur lequel une femme est assise. répondit-il . Il enjoint à ceux qui s’avancent ce qu’il faut qu’ils fassent pour entrer dans la vie. est appelé Génie. comme celui qui aux supplices est livré. répondit-il. debout. et elle tient une coupe en la main. — Tous en boivent-ils. Ce tableau laisse entendre ce qui est bien et ce qui est mal. ajouta-t-il. tout au cours de sa vie. dit-il ? — Nous la voyons. mais quelle est cette femme. elle le consume peu à peu. semble-t-il.fr/Cebes/CebesTableauVieHumaine. Mais s’il entend. Déraison le fait elle-même périr. — Ne tarde donc pas à nous donner cette explication. il en est exactement ainsi. répondit-il. Mais celui qui ne l’entendait pas. une multitude de femmes qui ont toutes les manières des courtisanes ? — Je les vois.

les royautés. ni solides. — Ô merveilleux ! De quel funeste breuvage nous parles-tu ? — Toutes. En se fiant à elle. Non seulement elle est aveugle.free. répliqua-t-il.fr/Cebes/CebesTableauVieHumaine.— Ces femmes s’appellent Opinions. la gloire. — Mais de quelles largesses les gratifie-t-elle. sont ceux qui ont reçu quelque largesse de Fortune. mais ils errent à l’aventure et. au même instant. la noblesse. les autres. 8. Mollesses. ils se laissent n’importe où diriger. leur déclarent qu’elles les conduisent vers les biens les plus grands. pour que les uns soient si joyeux de les avoir reçues. A mesure qu’entre la foule. elle enlève à ceux-ci ce qu’elle leur a donné pour le passer à d’autres. chacun pour soi. — Quel est-ce symbole. 7. les autres conduisent à leur perte ceux qu’enivra Tromperie. Les uns. — Quelle est donc son occupation ? — Elle court de tous côtés. l’embrassent et l’emmènent ? — Où les emmènent-elles ? — Les unes. puis. on s’attire de grandes et dures désillusions. demandai-je ? — La boule de marbre sur laquelle elle se tient. reprit-il. — Ceux qui paraissent. répondit-il . les commandements. joyeux et souriant. Mais quelle est cette femme qui semble aveugle et comme en démence. et cela avec aussi peu de discernement et de stabilité. — Mais cette foule d’hommes. http://ugo. Et ceux-là l’appellent Mauvaise Fortune. que veut-elle. — Je le vois. tendant les mains. qui est considérable et qui se tient auprès d’elle. sont ceux auxquels elle a ravi ce qu’elle leur avait précédemment donné. ne peuvent pas trouver quel est le bon chemin à suivre dans la vie . ce que Fortune jette au hasard. par le fait du breuvage d’Erreur et d’Ignorance qu’ils acceptèrent de la part de Tromperie. de toute évidence. — Et quels sont donc ces biens ? — La richesse. et les autres si tristes de les avoir perdues ? — Ces largesses sont ce que le commun des hommes regarde comme des biens. Convoitises. et comment nomme-t-on ceux qui la composent ? — On les appelle les Irréfléchis.bratelli.htm 3 . en effet. dis-je. sur le chemin du salut . elles se précipitent sur chaque passant. vers une vie heureuse et avantageuse. les enfants. dans la consternation. Aussi l’appellent-ils Bonne Fortune. mais elle est encore démente et sourde. — Comment se fait-il qu’ils n’aient pas tous une attitude semblable ? Les uns paraissent être dans la joie . et tous autres semblables privilèges. Ils demandent. et qui est debout sur une boule de marbre ? — Elle s’appelle Fortune. comme tu peux le voir chez ceux qui sont entrés les premiers. Voilà pourquoi son symbole caractérise parfaitement sa nature. elle ravit aux uns ce qu’ils ont pour le donner aux autres . — Et que signifie-t-il ? — Que tous ses dons ne sont ni assurés. Mais ceux qui paraissent en larmes et qui tendent les mains.

dit-il. 11. celle-ci Cupidité. sordides et vêtues de haillons ? — Parfaitement. dans la Maison du Malheur. et là. des femmes qui se tiennent debout et parées comme les courtisanes ont coutume de l’être ? — Parfaitement. dès que tu as passé cette porte. tant que cet homme reste charmé par leurs faveurs. Pour le moment. en dehors de cette enceinte. de se conduire avec indécence et de se livrer. celle qui a la tête sur les genoux Affliction. par exemple. quels sont-ils ? — L’un s’appelle Gémissement. et.bratelli. traître. et cette femme hideuse et maigre. — Qu’arrive-t-il ensuite. — Quelle est donc celle-ci ? — N’aperçois-tu pas derrière ces femmes ajouta-t-il. — Et cet homme difforme. — Parmi elles. de tout endurer. l’autre Débauche . C’est à eux qu’on le livre pour qu’il vive avec eux dans les tourments. ceux qui ont reçu quelque bien de Fortune. il nous sera loisible de discuter plus tard. Lorsqu’il recouvre le sens. à de funestes méfaits. il passe le reste de sa vie dans toutes sortes de maux. si Repentance se rend à sa rencontre ? — Elle l’arrache à ses maux.free. cellelà Adulation. restons-en à cette allégorie. sa soeur. comme une petite porte et un certain local ténébreux et étroit ? — Parfaitement. mais qu’il a été dévoré et maltraité par ce choix. les flattent. — Tu vois donc. leur promettant une vie douce. Si quelqu’un se laisse persuader par elles et opte pour une vie de mollesse. 10. On le jette ensuite dans une autre demeure. sacrilège.htm 4 . Et. celle qui tient un fouet est appelée Punition . — Qu’il en soit ainsi. exempte de peine et ne comportant aucun désagrément. 9. dit-il. le met en rapport avec une autre Opinion. après avoir perdu tout ce que Fortune lui avait donné. et celle enfin qui s’arrache les cheveux. l’une Intempérance. Désespérance. mais aussi parfois vers celle que l’on appelle Inexacte Instruction. maigre et nu. Douleur. — Ces femmes se nomment pourtant. Aussi. il est livré à Punition. il est contraint d’obéir en esclave à ces femmes. les engagent à demeurer avec elles. en effet. une fois qu’il a tout épuisé. il s’aperçoit. à moins que Repentance spontanément ne vienne à sa rencontre. une autre enceinte plus haute.fr/Cebes/CebesTableauVieHumaine. brigand et de tomber en tous les vices analogues. — N’y vois-tu pas aussi un groupe de femmes qui paraissent hideuses. — Pourquoi se tiennent-elles debout à cet endroit ? — Elles épient. répondit-il. mais il ne l’est bientôt plus. les enlacent. — Qu’arrive-t-il ensuite ? http://ugo. pour leur complaire. avec une autre Attirance qui le conduisent à Véritable Instruction. de devenir voleur. — Et que font-elles ensuite ? — Elles bondissent sur eux. cette existence lui paraît agréable durant un certain temps. qu’il n’a point été régalé. et la femme.— Mais comment ces largesses ne sont-elles pas des biens ? — De cette question.

et tous autres qui leur ressemblent. hédonistes. mathématiciens. — Mais ces femmes qui paraissent courir de tous côtés et qui ressemblent à ces premières dont tu nous disais qu’Intempérance comptait parmi elles.fr/Cebes/CebesTableauVieHumaine. se nomment poètes . repris-je. — N’y a-t-il donc pas une autre route qui mène à Véritable Instruction ? — Il en est une autre. Ils ne pourront être délivrés de leurs Opinions et du restant de leur Méchanceté. que s’ils renoncent à Inexacte Instruction pour s’engager dans la voie de Véritable Instruction. elle s’appelle Inexacte Instruction. il est par elle purifié et sauvé. — Et ces hommes qui vont et viennent à l’intérieur de l’enceinte. dit-il. — Quelle est donc. leur Ignorance et le restant de toute leur Méchanceté. en dehors de l’enceinte. — Entrent-elles donc aussi dans cette seconde enceinte ? — Oui. quelle est-elle ? — Ne vois-tu pas cette autre enceinte ? — Je la vois parfaitement. répondit-il. — Et comment les appelle-t-on ? — Les uns. mais rarement.bratelli. — O Héraclès ! m’écriai-je. une femme qui se tient debout et qui paraît être parfaitement propre et bien mise ? — Très bien. géomètres. par Zeus ! elles y rentrent aussi . répondit-il. dialecticiens. Ces hommes. ils ne pourront jamais être délivrés ni se défaire d’aucun vice. et s’imaginent avoir commerce avec Véritable Instruction. il se condamne derechef à errer en s’attachant à Inexacte Instruction. Sinon. les amants d’Inexacte Instruction. ajouta-t-il . et que s’ils boivent un breuvage qui les purifiera. cette voie qui conduit vers Véritable Instruction ? — Ne vois-tu pas là-haut.free. dit-il. une fois qu’ils auront été purifiés et qu’ils auront rejeté tous les Vices dont ils s’étaient chargés. à cette Opinion qui le mène à Véritable Instruction. répondit-il. criticistes. 14. près de l’entrée. Mais ils se trompent. — Ne vois-tu pas aussi. Toutefois ceux qui aspirent à être sauvés. un certain lieu où personne n’habite et qui paraît désert ? http://ugo. péripatéticiens. musiciens. en effet. quel grand danger que cet autre danger ! Mais Inexacte Instruction. font auparavant un séjour auprès d’elle. et passe le reste de sa Vie dans le bonheur et la félicité. Ce n’est pas son nom. et pas de la même façon que dans la première. quelles sont-elles donc ? — Ce sont les mêmes. et Ignorance. Mais tant qu’ils séjourneront auprès d’Inexacte Instruction. — Les Opinions aussi les accompagnent-elles ? — Oui. — Le commun des hommes et les Irréfléchis l’appellent Instruction. astrologues. répondis-je. quels sont-ils ? — Ce sont. 15. les autres rhéteurs. répliqua-t-il. lorsqu’ils veulent parvenir à Véritable Instruction. 13. 12. Puis. se ressentent encore du breuvage qu’ils ont bu auprès de Tromperie. alors ils auront ainsi obtenus leur salut. à cause de leurs connaissances inexactes. et ces autres avec elles. leurs Opinions.— S’il s’attache. par Zeus ! et avec elle Démence persistent encore en eux.htm 5 .

Mais comment ce lieu s’appelle-t-il ? — C’est le Séjour des Bienheureux. — Parfaitement. Ce sont deux soeurs. tout en haut. une femme qui est belle et d’une tranquille attitude ? D’un âge déjà mûr. devant cette porte.fr/Cebes/CebesTableauVieHumaine. reprit-il. dis-je. sans ornements. sur une colline. et de tous côtés escarpé ? — Je l’aperçois. ardu et rocailleux. et les tirent en haut jusqu’à elles. parce qu’il paraît impraticable. leur promettent de les conduire auprès de Véritable Instruction. immobile et solide.htm 6 .bratelli. 16. et. — Il semble. parfaitement. — Vois-tu en outre. Auprès d’elle sont deux autres femmes. commode. elle est vêtue d’une robe simple. http://ugo. mais sur une base carrée. et qu’ensuite elles les mettront sur un bon chemin. durant un peu de temps. sur le rocher ? D’une santé florissante et d’une robuste complexion. Mais. ceux qui sont parvenus en ce lieu à s’armer de courage et à ne point avoir peur . et leur montrent combien la route est belle. — N’aperçois-tu point près de la porte.free. elles leur disent qu’il leur faut encore. qui conduit vers Véritable Instruction. dit-il. repris-je. Peu après. dit-il. — Je les vois bien. elles tendent les mains avec empressement. — Ne vois-tu pas aussi deux femmes qui se tiennent debout. un chemin qui n’est pas extrêmement fréquenté ? Peu de gens s’y engagent. faire preuve d’endurance. que ce lieu paraît être agréable ! 18. — Pourquoi donc tendent-elles les mains avec autant d’empressement ? — Elles exhortent. répondis-je. Elles les invitent ensuite à prendre quelque repos. comme tu peux le voir. — Remarques-tu. comment y montent-ils. — C’est pourtant le chemin. comment s’appellent-elles ? — L’une s’appelle Modération. répondit-il. Endurance. en avant de ce bois. car je ne vois aucun chemin pour gagner le sommet ? — Ces deux femmes descendent de cet escarpement. — Mais une fois parvenus au pied du rocher. — Ne vois-tu pas aussi une petite porte. au milieu de cette prairie. en effet. répondit-il .— Je le vois. ajouta-t-il. par Zeus ! 17. et pure de tout danger. plane. un certain lieu d’un aspect agréable et qui paraît ressembler à une prairie éclairée par une vite lumière ? — Je le vois aussi. Elle ne se tient pas sur une boule de marbre. — Ciel ! ajoutai-je. bien rude au seul aspect ! — N’aperçois-tu pas également. une autre enceinte et une autre porte ? — Assurément. — Sans aucun doute. Car c’est ici que résident toutes les Vertus et la Félicité. elles leur donnent Force et Hardiesse. qui paraissent être ses propres filles. un grand et haut rocher. — C’est évident.

il serait vraisemblablement abandonné par lui. qui sont ses soeurs. de ne plus jamais avoir à souffrir d’un funeste mal dans le cours de leur vie. à l’aide de purgatifs. Cupidité. à l’intérieur de la porte. comme je le suppose.htm 7 . répondit-il. et sans les manières qu’ont les autres femmes ! — Je les vois. et que les dons qu’elle départ sont un solide acquis pour ceux qui les obtiennent. Il donne à entendre aux voyageurs qu’est sûre et solide la route qui vers elle conduit. — Je comprends maintenant. affirmai-je. Colère. répondit le vieillard. répliquai-je ? Je ne comprends pas ? — Tu vas comprendre.bratelli. afin de le purifier et d’expulser les maux dont il souffrait lors de son arrivée. ajouta-t-il. reprit-il . et condamné à être emporté par son mal. Liberté.free. Tempérance. Mais si le malade refusait d’obéir aux prescriptions du médecin. quels magnifiques dons ! Mais pourquoi se tient-elle en dehors de l’enceinte ? — C’est pour soigner ceux qui arrivent et leur donner à boire d’un breuvage de purification. — O très beau ! m’écriai-je. et tous les autres Vices dont il s’était rempli dans la première enceinte. Arrogance. celui-ci d’abord commence par expulser.— Celle de ces femmes qui est au milieu est Véritable Instruction . et c’est ainsi par la suite qu’il le rétablit et lui fait recouvrer la santé. cette autre est Vérité .fr/Cebes/CebesTableauVieHumaine. un groupe de femmes ? Comme elles paraissent être belles et bien mises. Avarice. 20. trouver un médecin. répondis-je. — Lorsqu’elle l’a purifié. où donc l’envoie-telle ? — A l’intérieur de l’enceinte. bien que vêtues seulement d’une robe simple et sans luxe ! Comme leur tenue est sans affectation. auprès de Connaissance et des autres Vertus. s’appellent Force. — Mais pourquoi la première se tient-elle sur une base ? — C’est un symbole. Modestie. Persuasion. — Et quels étaient ces maux ? — Ignorance et Erreur qu’il avait bues auprès de Tromperie. Elle le soigne alors et lui donne à boire d’un breuvage dont elle a le secret. — Et quelles sont ces Vertus ? — Ne vois-tu pas. lorsqu’elle les a purifiés. toutes les causes de la maladie. — Et que leur valent ces dons ? — L’assurance. Honnêteté. Continence et Douceur. Si quelque gros mangeur se trouve fatigué et s’il va. fit-il. — O Héraclès ! m’écriai-je. Puis. fit-il. les autres. l’autre. — Et quels dons départ-elle ? — Courage et Intrépidité. en quel noble espoir tu nous donnes d’entrer ! http://ugo. Intempérance. elle les conduit auprès des Vertus. — Comment cela. Justice. — Il en est de même lorsque quelqu’un arrive auprès de Véritable Instruction. Mais de quels noms les appelle-t-on ? — La première se nomme Connaissance. 19.

que fait-il. Il les a tous vaincus. vous serez sauvés. le tourmentaient et le rendaient leur esclave. rejetés loin de lui. dont tu m’as dit qu’il avait été couronné ? — Cette couronne. — Lorsqu’elles ont pris un homme. et il n’est plus. répartis-je. Celui qui est couronné par cette vertu passe sa vie dans le bonheur et la félicité . qu’il asservit maintenant à lui-même ceux qui auparavant l’asservissaient à eux-mêmes. et contre les monstres les plus redoutables. il ne place plus dans les autres ses espérances de béatitude. lorsqu’il a été couronné. répondit-il. d’Avarice. comme s’il avait remporté la victoire dans les plus grands combats. — En ce cas. — Tout d’abord répliqua-t-il. de Tristesse. — Ensuite. dis-moi encore ceci : quelle est la vertu de la couronne. comme auparavant. 22. qui sert de citadelle à toutes ces enceintes ? — Je l’aperçois.— Pourvu. quelle est-elle donc ? — La Félicité. 21. et de tous les autres Vices. d’Insolence. 23. — Cette femme donc. et il s’est rendu maître de lui-même à tel point. maîtrisé par eux. ajouta-t-il. cet homme a-t-il remporté la victoire ? — Dans les combats les plus grands. de Douleur. demandai-je. 24. que fait-il ? — La Félicité le couronne de son charme. mais en lui-même. ainsi que toutes les autres Vertus. et le plus possible. et sa tête est ornée d’une couronne de fleurs variées et bien fleuries. mais sans raffinement. d’Ignorance et d’Erreur. — C’est manifeste.htm 8 .bratelli. belle et tranquille. m’écriai-je.free. dit-il. répliquai-je. fit-il. que vous compreniez et que vous fassiez passer en habitude ce que vous entendez ! — Mais nous y veillerons. ô jeune homme. — De quels monstres parles-tu ? Je brûle d’envie de les connaître. une femme. répliqua-t-il. d’Intempérance. — Oh ! quels beaux résultats. contre ces monstres qui le dévoraient. où le conduisent-elles ? — Auprès de leur mère. Ne te semble-t-il pas que ce soient là des monstres ? — Oui. — Lorsqu’un homme est enfin parvenu en ce lieu. et de dangereux monstres. et où va-t-il ? http://ugo. est la Félicité. et quelle très belle victoire ! Mais. ajouta-t-il. — Quelle magnifique victoire que celle dont tu parles ! Mais. — Et dans quels combats. — Mais cette mère. — Sous le vestibule.fr/Cebes/CebesTableauVieHumaine. Sa parure est noble. — Et quelle est donc cette Félicité ? — Aperçois-tu ce chemin qui conduit à cette élévation. se tient assise sur un trône élevé. est celle de la Félicité. Il les maîtrise tous.

— Oui. Mais je suis encore dans l’embarras. ils sont joyeux. et il est au-dessus des atteintes de tout ce qui pouvait auparavant lui nuire. comme par des ennemis. les Désespérances. ceux qui sont sans couronne. des insensés qui renoncent à la vie douce. De ces calamités.bratelli. Mais toute leur vie se passe dans le trouble. Mais maintenant qu’il a recouvré la science de ses intérêts. Ces reptiles. manifestent une joie bienveillante . Il est pareil à ceux qui ont été déjà mordus par un serpent. et l’on voit que des femmes se sont emparées d’eux. les uns par Intempérance. — Lorsqu’il aura tout contemplé. Mais il vivait dans un état d’incertitude. les autres. auxquelles ils se sont enchaînés. pour une vie misérable. quelles sont-elles ? — Ce sont. ni par Avarice. et il ne savait rien de ce qu’il y voyait. car il possède en lui un antidote. sont ceux qui ont été sauvés en séjournant auprès de Véritable Instruction . auprès de Mollesse et d’Intempérance.htm 9 . et il prenait pour bien ce qui n’était pas un bien. Ils sont vaincus et emmenés. ils ne peuvent pas se délivrer eux-mêmes de sorte qu’ils restent incapables de se sauver et de parvenir dans ce séjour du bonheur. Mais. et qu’ils ont oublié les prescriptions que Génie leur donna. — Tu me parais bien parler. De même. ni par Intempérance. lui non plus. dit-il. 28. que va-t-il faire et ou se rendra-t-il encore ? — Il peut aller où il veut. en effet. — Les uns. les Afflictions. qui sont pour tout le monde malfaisants jusqu’à occasionner la mort. enfin. et je voudrais bien savoir pourquoi les Vertus lui montrent-elles le lieu d’où il était premièrement parti. car ils ont obtenu ses faveurs. ils s’en reviennent toujours en proie au mal et au malheur. car ils ont en eux un antidote. rien à craindre. car partout où il est. une fois revenus dans la première enceinte. ne leur font aucun mal. par le fait d’Ignorance et d’Erreur qu’il avait bues auprès de Tromperie. — A-t-il donc à craindre que ces femmes. il vivra toujours dans le bonheur et au sein d’une absolue sécurité. en contemplant les autres. les Infamies et les Ignorances. comme le médecin l’est par ceux qui souffrent. 25. Il les regardent comme des malheureux. tous les maux qui les accompagnent. dis-moi ceci encore. Les autres. il vit dans le bonheur et. ceux-ci par Gloriole et les autres par tous les autres Vices. comme le reste de ceux qui séjournent en ce lieu. Aussi menait-il une vie malheureuse. dans quel malheur ils vivent et dans quelle misère. — Mais les femmes qui les accompagnent. ni par Tristesse. Il s’en est totalement rendu maître. Les autres. En quelque lieu qu’il aille. les autres par Insolence. ceux qui sont sans couronne. parce qu’ils ne peuvent point trouver la route qui peut les y conduire. — C’est en somme.— Les Vertus le prennent et le conduisent à l’endroit même d’où il était premièrement parti . On dirait qu’ils ont jambes et tête broyés. Quant à ceux-ci. sont comme accablés d’afflictions et de troubles. et ne profitent pas des biens qu’ils peuvent rencontrer auprès d’eux. 26. cet homme dont je parle n’a. il se rend compte combien ils sont dans le malheur. le contraignent à subir quelque mal de leur part ? — Non. il est aussi en sécurité que celui qui s’abrite dans 1’antre Corycien. ni par Indigence. retournent sur leurs pas et errent à l’aventure. par Zeus ! Ce sont bien tous les maux qui les accompagnent. ceux qui portent couronne. ceux dont la lâcheté a fait perdre courage. http://ugo. Ils souffrent tous ces maux. elles lui montrent ceux qui y sont demeurés. répondit-il. des infortunés.fr/Cebes/CebesTableauVieHumaine. 27. dis-tu.free. — Il ne connaissait exactement. les Souffrances. et pour mal ce qui n’était pas un mal. mais se mettent aussitôt à invectiver contre Véritable Instruction et contre ceux qui se dirigent vers elle. à quels naufrages et à quels errements leur vie reste sujette. répondit-il. ceux qui portent couronne. — Tu me parais bien parler. que tu traitais de monstres. par Zeus ! Il ne sera plus tourmenté ni par Douleur. ni par aucun autre Vice. ont été repoussés par Véritable Instruction . Il se verra par tous accueilli avec joie. qu’ils mènent auprès d’eux. ils ne rejettent pas sur eux-mêmes la cause de leur malheur. après être montés jusqu’à Endurance. Quels sont ceux qui paraissent descendre de la colline ? Les uns.

et je n’omettrai rien. Mais tu ne nous as pas encore raconté ce que Génie recommande à ceux qui entrent dans la vie. c’est là ce qu’ils regardent comme les plus grands biens. Pour cette raison donc. en effet. de s’en aller sans retard à la recherche de faveurs plus solides et plus sûres. lorsqu’on est parvenu aux côtés http://ugo. Je vais en effet tout vous expliquer. lorsqu’on arrive auprès de ces femmes. tout comme les navires qui. 30. Ils ne se souviennent plus qu’ils n’ont reçu qu’un dépôt. une fois qu’on a accepté ses présents. de ne pas se livrer à la joie quand elle donne. joyeuses et souriantes. et de ne jamais lui adresser ni blâme ni louange. Ceux-ci.— De quels biens parlent-ils ? — De Débauche et d’Intempérance. mais encore ce que l’on possédait avant ses largesses. et de se souvenir qu’il est dans sa nature d’enlever ce qu’elle donne pour en donner aussitôt beaucoup plus.free. C’est donc ainsi que Génie recommande de se comporter à l’égard des dons de Fortune. 29. qu’elle ne nous le ravisse pour en gratifier d’autres . s’engraisser et jouir à la façon des brutes. de ne pas s’affliger quand elle ôte. 31. — Voyez-vous. et de ne pas regarder comme à soi ce qu’on a reçu d’elle. afin d’en reconduire d’autres. — Mais quelle est donc cette Véritable Instruction ? — C’est. Mais. et de ne pas se rendre semblables à des banquiers véreux. en effet. fis-je alors observer. pour le dire en un mot . Et. ajoutai-je. de ne pas croire que ses dons soient stables et solides. qui.htm 10 . répondit-il. — Tu me parais avoir. — Le vieillard recommande. car. dont je vous ai dit qu’elles s’appelaient Intempérance et Mollesse. elle se contente de remettre entre les mains de Véritable Instruction les hommes qu’elle conduit. les Opinions. le plus souvent. si nous pouvons nous réfugier auprès d’elle. et elles annoncent que sont heureux désormais ceux qu’elles ont précédemment conduits. lorsqu’ils ont reçu l’argent qu’on leur confie. et d’enlever derechef. 32. dit-il. comment s’appellent-elles ? — Ce sont. ajouta-t-il. ils se fâchent et pensent qu’on leur fait subir des choses indignes. après s’être déchargés de leur fret. Elle n’agit point. les Opinions retournent sur leurs pas pour en amener d’autres. se réjouissent et le considèrent comme étant à eux. les Opinions n’entrent-elles pas aussi dans le séjour des Vertus ? — Non.bratelli. il recommande aussi de s’en détourner sans retard et de n’avoir en elles aucune confiance. et que le déposant est toujours en droit de le récupérer. Génie recommande de ne pas se laisser étonner par ce qu’elle fait. Il recommande donc d’accepter ce qu’elle offre. car. lorsque celleci les a reçus. par raison . la vraie connaissance de nos intérêts. — Tu parles bien. prenez courage vous-mêmes. de ne pas mettre en elle sa confiance. Ce qu’elle nous donne est sûr. elles reviennent. retournent se remplir d’une autre cargaison. reviennent de là haut. — Mais. solide. cette femme qui paraît être aveugle. immuable. et qui est debout sur une boule de marbre ? — Nous la voyons. en effet. Voilà pourquoi Génie recommande de ne pas se laisser dominer par ses dons. ainsi que tout à l’heure je vous l’ai déjà dit. c’est là son habitude. quand ce dépôt leur est réclamé. — D’avoir bon courage. mais elle fait tout au hasard et n’importe comment. Après avoir conduit vers Véritable Instruction ceux qui sont parvenus auprès des Vertus. C’est vers elle que Génie recommande de fuir sans retard. répondit-il. Aussi. — Et quelles sont ces faveurs ? — Celles que nous obtenons de la part de Véritable Instruction. non seulement ce qu’elle a donné. — Et ces autres femmes. dit en étendant le bras. et. répondis-je. parfaitement bien expliqué ce tableau. Mais. Il n’est pas licite à Opinion de pénétrer jusqu’à Connaissance .fr/Cebes/CebesTableauVieHumaine. Rien n’empêche. Puis. répondit-il.

puisqu’on voit fréquemment des gens sortir de la première enceinte où ils étaient auprès d’Intempérance et auprès d’autres Vices. étrangers.d’Instruction Inexacte. Quiconque ne les suit pas. par le moyen d’un interprète. répondit-il. 34. absolument nécessaires à celui qui veut parvenir auprès de Véritable Instruction ? — Nullement. — C’est vrai. répondit-il. parvenir à nous rendre meilleurs. et je vous dirai tout ce que j’en sais. — Comment donc.free. possible aux hommes. dis-tu. à ce que. Ainsi. injustes. répondit-il. puisqu’ils font preuve de plus d’indolence et de moins de docilité que les autres ? — Comment cela. traîtres et enfin insensés. — Il ne le paraît pas d’après ce que tu dis. il ne serait pas sans utilité que nous ayons. ce que nous dit un interlocuteur. périt malheureux et malheureusement. même sans le secours de ces connaissances. oui ou non. par exemple. lorsque nous comprenons. des gens de cette sorte pourraient-ils être en avantage pour arriver. en effet. pénétrer dans la troisième enceinte pour se trouver auprès de Véritable Instruction et dépasser les gens qui ont ces connaissances ? Dès lors. tout en sachant les lettres et en ayant toutes les connaissances. l’explication de l’allégorie peinte sur ce tableau. — Et quelles sont ces choses ? — Les lettres. s’attardent-ils dans la seconde enceinte. — Telle est. ils ne soient pas tout aussi bien adonnés à l’ivresse. rien n’empêchera que nous puissions. nous aussi. Si vous désirez. et que nous puissions entendre par nous-mêmes. 33. comment pourraient-ils être encore en avantage. bien qu’elles ne contribuent en rien à nous rendre meilleurs. d’aucune utilité pour rendre les hommes meilleurs ? — D’aucune. répondis-je. sur les biens et les maux. ou les entend mal. ne sont-ils pas. mais comme un viatique. afin de s’éloigner de ce lieu et d’aller sans retard se réfugier auprès de Véritable Instruction. Mais. pour se rendre meilleurs. intempérants. — Elles ne sont. elles sont pourtant utiles. bien qu’elles ne leur soient pas d’aucune utilité. une connaissance parfaite de sa langue. il recommande de séjourner quelque temps auprès d’elle.bratelli.htm 11 . Mais qu’est-ce donc que Génie recommande de prendre auprès d’Inexacte Instruction ? — Ce sont des choses qui peuvent être de quelque utilité. ajouta-t-il. même sans ces connaissances. comme les autres. en effet. en avantage sur le reste des hommes ? — Comment pourraient-ils être en avantage. à la faveur de ces connaissances. demandai-je ? http://ugo. à compter au nombre des hommes les meilleurs ? 35. comme s’ils se rapprochaient de Véritable Instruction ? — A quoi cela leur sert-il. Telles sont les prescriptions de Génie. sur chaque détail. et toutes ces autres connaissances que Platon considère comme un frein ayant la vertu d’empêcher la jeunesse de porter son attention sur d’autres sujets plus frivoles. repris-je. sans être nécessaires. de recevoir ce que l’on voudra de sa part. — Tu parles bien. plus ample information. rien ne s’oppose à ce que je vous la donne.fr/Cebes/CebesTableauVieHumaine. avares. Mais pour quelle raison. puisqu’il est évident qu’ils se trompent. on peut en voir beaucoup avec tous ces défauts. de se rendre meilleurs. — Ces connaissances sont-elles. — Mais les hommes qui ont ces connaissances. Il est. De même. et qu’ils sont possédés de plus par toutes sortes de vices ? Rien ne s’oppose.

si vous ne voulez pas vous comporter comme eux. ajouta-t-il. 37. qui sont dans la deuxième enceinte ont tout au moins le tort de feindre de savoir ce qu’ils ne savent point. — Nous suivrons tes conseils. que c’est un mal. à désirer et à fuir. — En conséquence.— Parce que ceux. et toujours en même temps. — Courage donc. en effet. la richesse. — C’est vrai. en soi. car elle serait aussi. En effet. la vie elle-même lui soit un mal ? — Mais vivre et vivre mal sont choses différentes. — Tu me parais dire la vérité. et compter tout le reste pour rien. Quant à vous. et nous paraît invraisemblable. ceux qui vivent mal et ceux qui vivent bien. comme la vie. la santé. dit-il. Il en est ici comme des traitements par le fer et le feu . à moins que Repentance ne vienne à leur rencontre. si mal vivre est un mal pour celui qui vit mal. jusqu’à ce que ces préceptes passent en habitudes. les uns et les autres. vivre mal est un mal. Il en est de même au sujet de la vie. ils ne peuvent être à la fois salutaires et funestes aux malades.htm 12 . dit-il. Mais comment ne pas admettre que. répliquai-je. il est inévitable qu’aucune ardeur ne les pousse à s’élancer vers Véritable Instruction. puisque vivre pour eux constituerait un mal. ni un bien ni un mal. 36. — Comment donc la vie peut-elle être un bien.fr/Cebes/CebesTableauVieHumaine. et un bien pour ceux qui vivent bien. en effet. Mais explique-nous pourquoi tu ne comptes pas au nombre des biens tous ceux que les hommes tiennent de la Fortune. la victoire et tous les autres de cet ordre. — Puisque donc. En conséquence. ils ne sauraient être sauvés. De plus. Ou. quant à moi. les enfants. — Crois-tu donc que la vie soit un bien pour celui qui vit mal ? — Non. il me paraît plutôt. si pour cet homme elle est un mal ? — C’est que la vie me paraît être un mal pour ceux qui vivent mal. Il faut aussi souvent les méditer. que la même chose soit un mal et un bien. la vie serait aussi un mal pour ceux qui vivent bien. ne remarques-tu pas que les Opinions sortent de la première enceinte pour venir également jusqu’à eux ? Il apparaît de la sorte qu’ils ne sont pas meilleurs que les autres. — Ainsi donc tu prétends que vivre est un mal et un bien ? — Oui. ne jamais s’en écarter. ne vous serait d’aucune utilité. s’ils restent en cet état. ce que présentement vous venez d’entendre. Que t’en semble-t-il ? — Ce sont évidemment des choses différentes. ont part à la vie. selon ce que tu penses. répondis-je. étrangers. 38. et essaye de répondre. par exemple. aux questions que je vais te poser ! — Je l’essaierai. Sans cela. qu’elle les persuade qu’ils n’ont pas atteint Véritable Instruction. est tout à fait contraire à l’opinion reçue. mais ce n’est pas un mal que de vivre. — Garde-toi de parler d’une façon aussi peu vraisemblable. et qu’ils en sont les dupes. Il est impossible. il faut en conclure que la vie n’est. la gloire. au contraire. attachez-vous à ce que je vous ai dit. — C’est invraisemblable. mais seulement Inexacte Instruction.free. si vivre était un mal.bratelli. Tant qu’ils persistent en cette opinion. nuisible et utile. http://ugo. pourquoi ne regardes-tu pas comme des maux ce qui leur est opposé ? Ce que tu nous avances.

Par suite. — En conséquence. au contraire.free. il n’importe pas d’être en bonne santé. ou qu’ils les méprisent comme étant des maux. Ils en arrivent là. 40. — Comment la richesse serait-elle un bien. — Mourir donc n’est pas non plus un mal. ce qui trouble les hommes et leur porte dommage. puisqu’elle ne peut être d’aucun secours pour rendre meilleurs ceux qui la possèdent ? — Tu as raison. — C’est mon avis. ou mourir comme un homme de bien. combien voit-on de gens qui ont acquis leurs richesses au prix d’actions honteuses et criminelles. — Tu dis la vérité. selon les circonstances. Ne voyons-nous pas. puisque souvent on choisit la mort de préférence à la vie. — Il n’est donc pas avantageux à certaines gens d’être riches. — Tu me parais dire les choses les plus vraies. celui qui saura faire de la richesse un usage honnête et expérimenté vivra dans le bonheur . — Courage donc. qu’en s’assurant de leur seule possession. — Les richesses ne leur sont donc d’aucun secours pour les aider à bien vivre ? — C’est manifeste. en effet. je veux dire par la trahison. mourir comme un homme de bien. Lorsqu’ils les estiment. — C’est évident. Souvent. l’assassinat. le brigandage. — Comment donc considérer comme un bien ce qui souvent n’est pas à l’avantage de son possesseur ? — C’est impossible. le vol et nombre d’autres méfaits ? — Il en est ainsi. mais cet état. car de tels gens sont aux mains de leurs vices. — Ainsi donc. est plus nocif que l’état maladif. en effet. s’il ne le sait point. — En général. mais Véritable Instruction ? — Cela résulte assez de ce que tu viens de dire. c’est qu’ils estiment ces avantages comme des biens. ce n’est pas la richesse qui les rend vertueux. ils se permettent tout pour les obtenir. décide encore de ceci ! Voudrais-tu vivre mal. la délation. Or. puisqu’ils ne savent point se servir des richesses.— Eh bien. par l’effet de leur ignorance du bien. même les actions qui leur semblent les plus impies. — Il en est de même de la santé et de la maladie. en montrant du courage ? — Je voudrais.bratelli. Ils ignorent.htm 13 . quant à moi. que le bien ne peut pas naître du mal. et faisons le même raisonnement au sujet des richesses. http://ugo.fr/Cebes/CebesTableauVieHumaine. comme il nous est fréquemment donné de le remarquer. ils s’imaginent ne pouvoir être heureux. il sera malheureux. 39. des riches qui regorgent de biens et qui vivent pourtant dans le malheur et dans l’adversité ? — Par Zeus ! nous en voyons un grand nombre.

et le seul mal. ces avantages ne sont en soi ni des biens ni des maux. en commettant de mauvaises actions. d’en être privé. le bien ne peut naître du mal. Mais rien n’empêche que la richesse.bratelli. ni la justice. il faut nécessairement en conclure que la richesse n’est pas un bien. ajoutai-je ici.fr/Cebes/CebesTableauVieHumaine. comme il est vraisemblable.— Si donc. Ainsi donc. pas plus qu’il n’est possible de devenir injuste et insensé en s’adonnant à de bonnes actions. http://ugo. — Tu me parais avoir. Le seul bien est de posséder la sagesse. la gloire. Ces deux choses ne peuvent coexister ensemble dans le même individu.htm 14 .free. coexister avec les plus grands vices. chez un autre. — La conséquence découle de tes paroles. — Il n’est donc pas possible d’acquérir. la victoire ne puissent. suffisamment parlé. ni la sagesse. et si la richesse est le fruit de mauvaises actions.