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Le Monde arabe face au défi de l’eau

Enjeux et Conflits
hal-00352860, version 2 - 25 Nov 2009

Georges MUTIN
Professeur honoraire de géographie

Institut d’Etudes Politiques de Lyon
2009

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Sommaire

Chapître I : Une ressource rare....trop souvent gaspillée Chapître II : L'Égypte et le bassin nilotique Chapître III : Le Tigre et l'Euphrate de la discorde Chapître IV : Inégal partage dans le bassin du Jourdain Chapître V : L’eau, la ville et les champs au Maghreb et ailleurs
hal-00352860, version 2 - 25 Nov 2009

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Introduction
L’eau est devenue ces dernières années un sujet de préoccupation à l’échelle planétaire. Cette ressource indispensable et irremplaçable est particulièrement mal répartie. Sur la carte des disponibilités mondiales l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient apparaissent comme la zone la plus menacée. Un constat s’impose d’emblée : 4,3% de la population mondiale ne dispose que de 0,67% des ressources en eau douce renouvelable. Après ces dernières décennies de volontarisme, d’engouement développementaliste et technicien vient le temps des inquiétudes. Après les années 1950, dans le Monde Arabe tout l’effort a été tendu vers la mobilisation de volumes croissants, on a loué les avantages attendus hal-00352860, version 2 - 25 Nov 2009 de l’agriculture irriguée, de la production d’électricité, de l’extension des réseaux de distribution dans les quartiers des villes et dans les campagnes. C’est l’époque des grandes réalisations qui contribuent à la légitimation des équipes en place : le haut barrage d’Assouan en Égypte, qui, en son temps a été le plus vaste chantier du Monde, le barrage syrien de Tabqa, le slogan marocain du million d’hectares irrigués. Sous le triple choc de la sécheresse, des pollutions, de la croissance spectaculaire des besoins consécutifs à l’augmentation de la population et à la croissance urbaine, la ressource naturelle que l’on croyait disponible à jamais devient un bien économique rare. Le discours change radicalement : rareté, pénurie, pollution, affrontements sont les mots clefs d’une nouvelle problématique. Envolées les certitudes d’hier, le temps des bilans et des interrogations s’impose à tous. Peut-être faut-il se garder en ce domaine d’adopter des attitudes trop tranchées, de critiquer systématiquement ce qui, il y a peu, passait pour la voie du progrès. L’analyse de la question hydraulique ne peut pas se résumer à des données purement techniques et économiques, à de simples analyses de volumes et de flux. L’eau raconte la société. Les facteurs sociaux et politiques sont aussi déterminants. L’utilisation de la ressource, sa destination compte autant que le simple décompte des quantités consommées. Le partage d’une ressource médiocre et irrégulièrement répartie pose de multiples problèmes de tous ordres. Concurrences et conflits, déjà anciens, ne font que s’aviver, s’exacerber à l’intérieur des espaces nationaux entre la ville, l’usine et les champs mais aussi entre les États. Les arbitrages sont de plus en plus difficiles à rendre. L’eau, son usage, son appropriation sont plus que jamais un enjeu dans le Monde Arabe.

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parfois contradictoires ou peu fiables car elles peuvent refléter les intérêts des parties en cause. Les informations sur le sujet sont fort dispersées. et à une approche globale qui conduit à la détermination de la pénurie qui caractérise le Monde Arabe.25 Nov 2009 pourtant tenté de les traiter séparément. Deux chapitres mettent l’accent sur les résultats d’une mise en valeur fondée sur l’eau et les conflits interétatiques qui menacent en raison de la dépendance dans laquelle se trouvent placés les pays arabes : c’est le cas du bassin du Nil et de celui du Tigre et de l’Euphrate. Aussi avons-nous privilégié les données émanant d’organismes internationaux : ONU. aux multiples facettes. l’usine et les champs. L’analyse de la ressource a tout particulièrement retenu notre attention et le recours à des résultats concrets d’enquêtes de terrain privilégié dans toute la mesure du possible. Syrie). Les divers aspects du problème de l’eau sont par nature étroitement imbriqués. World Ressources. Syrie). C’est ainsi que le premier chapitre est consacré à une présentation fouillée des conditions naturelles. d’élaborer une synthèse aussi claire et précise que possible d’une situation complexe. Enfin le cadre maghrébin nous a permis d’analyser toute l’acuité du partage de la ressource entre les différents utilisateurs : la ville. Un quatrième chapitre est consacré aux redoutables problèmes posés par un partage inégal de la ressource au Proche-Orient (Israël. Les sources sont constituées par les nombreuses publications spécialisées de chercheurs français. maghrébins mais aussi anglosaxons. Nous avons hal-00352860. Jordanie. entre les différents utilisateurs : la ville. Banque Mondiale. 4 .Nous avons tenté de dresser un tableau. Enfin le cadre maghrébin nous a permis d’analyser toute l’acuité du partage de la ressource Un quatrième chapitre est consacré aux redoutables problèmes posés par un partage inégal de la ressource au Proche-Orient (Israël. essentiellement climatiques. Territoires autonomes palestiniens. Jordanie. Territoires autonomes palestiniens. version 2 . l’usine et les champs. Les problèmes sont toujours exposés dans un cadre physique bien précis : le bassin fluvial est le cadre naturel étudié.

3 Des précipitations irrégulières hal-00352860. Les données climatiques constituent une contrainte de première grandeur pour la mise en valeur auxquelles s'ajoutent trop souvent les contraintes hypsométriques ou pédologiques. en forte croissance démographique. Avec l’accroissement démographique que connaît le Monde Arabe. version 2 .6 Des écoulements difficilement maîtrisables 2.1 Les traits d'ensemble de la circulation atmosphérique 1.3 Une meilleure gestion du potentiel existant Les populations d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. L’analyse de la ressource fait apparaître de sérieuses difficultés pour sa mobilisation.1 Le point en 2009 3.3 Les ressources non conventionnelles 3.2 L'inéluctable augmentation de la demande d'eau 3.2 La mobilisation des cours d'eau 2. Une ressource rare. Les techniques de mobilisation des eaux 2. 5 . la rareté est désormais bien installée.trop souvent gaspillée 1.I.Une situation critique : vers la pénurie 3.5 Les températures et l'aridité 1.1 L'utilisation des eaux souterraines 2.4 Les pluies présentent un caractère excessif 1. De sévères contraintes naturelles 1..25 Nov 2009 1. doivent partager des ressources en eau qui sont médiocres et très irrégulièrement réparties..2 Faiblesse des précipitations 1.

1. De sévères contraintes naturelles
1.1 Les traits d'ensemble de la circulation atmosphérique
La circulation atmosphérique qui caractérise le Maghreb et le Machreq est conditionnée par deux éléments : la position en latitude : la région est comprise entre le 36e parallèle au nord à la frontière syro-turque, et le 12e au sud sur le littoral méridional de la péninsule Arabique. • la présence de la Méditerranée, vaste espace marin qui pénètre très profondément à l'est dans la masse continentale eurafricaine et laisse pénétrer les dépressions d'Ouest. Cet ensemble de 14 millions de km2 n'est pas soumis à un seul régime climatique c'est un hal-00352860, version 2 - 25 Nov 2009 espace de transition entre deux zones : la zone tropicale et subtropicale qui se caractérise par la présence constante ou quasi constante de hautes pressions dynamiques très stables. • la zone méditerranéenne qui se rattache au domaine tempéré et se caractérise par une circulation ouest est de dépressions cycloniques. • Le front polaire limite les deux domaines tropical et tempéré et se déplace au cours de l'année en phase avec les oscillations, en très haute altitude, du «jet stream». Il remonte en latitude en été, il descend en hiver jusqu'au nord de l'Afrique permettant ainsi le passage des dépressions cycloniques jusqu'en Méditerranée orientale. Une région échappe à ce schéma général : le Sud de la péninsule Arabique et notamment le Yémen qui reçoit en été des pluies de mousson. • •

1.2 Faiblesse des précipitations

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Figure 1 - Précipitations annuelles et grands aquifères dans le Monde Arabe Les précipitations sont de type méditerranéen. Elles le sont dans leur rythme : elles se placent essentiellement en saison froide ou fraîche : en automne et en hiver. Leur répartition dans l'espace est très variable. Elle est commandée par trois facteurs : la position en latitude mais aussi la continentalité et le relief. Les pluies sont les plus abondantes sur le littoral, elles déclinent très rapidement dès que l'on s'enfonce dans les terres soit vers le sud en Afrique du Nord, soit vers l'est au Moyen-Orient. Dans cette évolution zonale, l'altitude introduit des différences sensibles renforçant ou contrariant les effets de la continentalité selon l'orientation des reliefs. Quel bilan peut-on dresser? Les pluies sont insuffisantes (carte 1). Elles ne dépassent que très localement un total annuel de 600 mm, lui-même bien moyen. Ces zones privilégiées se rencontrent essentiellement dans les régions littorales où les effets de l'altitude sont particulièrement bien observés et peuvent porter le total pluviométrique annuel à plus de 1 000 mm. Au Maghreb, les pluies dépassent 600 mm dans les montagnes du Rif (plus de 1 000 mm dans les parties les plus hautes), le Moyen Atlas et le Haut Atlas, dans l'Atlas tellien à l'est d'Alger où le total peut atteindre 1352 mm à Yakouren en Kabylie et 1773 dans l'Edough. On retrouve ces régions privilégiées au Liban et en Syrie (Mont Liban et Anti Liban, Jebel Ansarié). Ces zones humides ne représentent pourtant qu'une part infime de l'espace : moins de 7%. En Algérie, seul le quart des terres cultivables reçoit plus de 600 mm par an soit moins de 1% du territoire national! La zone comprise entre 400 et 600 mm n'est guère plus

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étendue que la précédente sauf peut être au Maghreb et dans la partie méridionale du Soudan où les précipitations relèvent du régime tropical. Les territoires où les moyennes annuelles sont comprises entre 400 et 100 mm se rencontrent à l'intérieur du Croissant fertile, sur le littoral libyen et dans les hautes plaines maghrébines. Enfin, il existe d'immenses zones désertiques où il tombe moins de 100 mm de pluies : le Sahara, en quasi totalité compris dans les pays arabes, le désert arabique. Le désert est toujours très proche du littoral à 400 km des côtes algériennes et parfois comme en Libye ou en Égypte il atteint le bord de mer. A l'exception du Liban, tous les États comptent à l'intérieur de leurs frontières un pourcentage notable de terres désertiques. Les espaces désertiques s'étendent sur 7 000 000 de km2 soit la moitié de la superficie totale des pays arabes. Koweït City ne reçoit que 111 mm de pluies, Riyad 82, Jedda 25, Aden 39, Le Caire 22, Touggourt en Algérie 60! hal-00352860, version 2 - 25 Nov 2009

1.3 Des précipitations irrégulières
L'irrégularité des précipitations présente un double aspect. Elle est intraannuelle (à l'intérieur de l'année agricole). Il y a d'une façon générale opposition entre une saison sèche et chaude et une saison humide plus fraîche. Le maximum pluviométrique intervient en hiver, en décembre et janvier, au Maghreb et sur le littoral du Levant. Au Moyen-Orient, à l'intérieur des terres, s'affirment progressivement deux maxima : à Mossoul comme à Bagdad, le maximum en mars avril est aussi important que celui de décembre janvier dont le sépare un creux net en février. Ainsi les pluies tombent-elles quand la végétation est ralentie autrement dit quand on en a le moins besoin. Il y a donc nécessité de stocker l'eau d'hiver pour l'utiliser l'été. L'été, toujours sec, dure de 3 à 5 mois mais dépasse 6 mois dès que l'on s'éloigne du littoral : 5 mois à Beyrouth, mais 6 à Mossoul, 8 à Damas, 10 à Bagdad. L'irrégularité est aussi interannuelle. D'une année sur l'autre le total pluviométrique peut varier dans de très fortes proportions du simple au double et parfois de 1 à 9. L'irrégularité est d'autant plus forte que le total annuel moyen est faible. Il y a donc nécessité de stocker l'eau d'une année sur l'autre.

Station

Pays

Moyenne

Maximum

Minimum

variation

8

Kénitra Jérusalem Tunis Amman Alexandrie Bagdad Touggourt Le Caire Maroc Israël Tunisie Jordanie Égypte Irak Algérie Égypte 595 529 415 273 169 151 60 22 822 1134 820 476 313 336 126 63 330 273 221 128 33 72 14 1.5 2. C'est la plus grande sécheresse enregistrée par le pays depuis le début du siècle.7 9.5 3.6 9 42 Tableau 1 : L'irrégularité interannuelle des précipitations en mm hal-00352860. L'idée d'un climat capricieux s'impose de même que celle de l'inconsistance du calendrier agricole. ce qui entraîne un doublement des importations par rapport à une année normale.25 Nov 2009 Cette irrégularité interannuelle des pluies est tout à fait spécifique à la région. 200 à 250 mm en Orient limitent deux zones. Au cours des deux dernières décennies. En 1980 et 1981 le déficit pluviométrique marocain a été de 40%. en Amérique du Nord. Il en coûte chaque année 2 9 . Le déficit s'est maintenu en 1982 et en 1983. version 2 . il est de 60 à 80% à l'est et de 30% à l'ouest! Cette double irrégularité de la pluviométrie présente de très graves conséquences. Les isohyètes de 300 ou 350 mm au Maghreb. le recours à l'irrigation est indispensable. la Tunisie a dû affronter une longue sécheresse de 1987 à 1989. le rendement moyen à 5qx/ha. Au dessus de ce total pluviométrique il est possible d'entreprendre avec quelque chance de succès la culture des céréales en sec. Les conséquences ont été catastrophiques : • La récolte des céréales tombe à 20 millions de qx contre 35 en année normale.4 4. On observe des cycles d'années sèches dont on cherche d'ailleurs à établir la périodicité. Cette variabilité extrême s'observe plus particulièrement dans les espaces compris entre les isohyètes de 100 et 400 mm. Le déficit céréalier par rapport à la consommation est de 30 millions de qx. au dessous. Le volume d'eau fourni par les précipitations sur lequel on peut compter d'une année sur l'autre n'est que de 10% de la moyenne. Deux années sèches successives voire 3 sont situations fréquentes.7 3. le Maroc a connu cinq années de sécheresse consécutives de 1979 à 1984 et à nouveau une longue période de déficit pluviométrique de 1992 à 1994. A titre comparatif.5 3.

vendent parfois leurs terres : la concentration foncière s'accentue et l'exode rural connaît une forte poussée. Les petits éleveurs incapables d'acheter des aliments pour bétail dont le prix a doublé sont contraints de se défaire d'une partie de leur troupeau. connaissent des étiages-record. les prix des fruits et légumes ont considérablement augmenté. C'est un handicap de taille. • Partout le niveau des lacs diminue. Seule la retenue du Loukkos enregistre encore en 1982 un niveau acceptable de 65%. l’étude des périodes de sécheresse au cours du dernier millénaire a pu être conduite par Charles W. • Le cheptel a diminué de 40%. Les exportations d'agrumes sont menacées ce qui contribue encore à aggraver le déficit de la balance commerciale. Stockton.7 182 303 455 Ainsi la longue sécheresse récente du Maroc (1979/84) se retrouve dans le passé en 1069/74 et 1626/32. Les travaux consistent à analyser les anneaux des arbres pour reconstituer les variations du climat marocain.milliards de dirhams soit le 1/4 des importations pétrolières. Leur fréquence est à prendre en compte pour la mobilisation des eaux qu’elle rend beaucoup plus difficile. version 2 . Les résultats mettent en évidence la fréquence des sécheresses au cours de la période 1000/1984. Les données statistiques dont on dispose. 10 .25 Nov 2009 Grâce aux méthodes de la dendrochronologie. Les usines de Tanger ont du arrêter toute activité durant l'été 1983 par manque d'eau. Les petits fellahs. hal-00352860. toujours fondées sur des moyennes. Les phénomènes de sécheresse sont un fait structurel. L'endettement du pays pour financer toutes ces importations a beaucoup augmenté. Les retenues des barrages si nombreux au Maroc. La production électrique est compromise et l'approvisionnement des grandes villes comme Casablanca pose problème. En ville. • Dix ans plus tard.5 113. ruinés. la nouvelle période de sécheresse a des effets identiques. sont toujours à manier avec prudence en raison de la très grande variabilité des précipitations. durée des périodes de sécheresse 1 an 2 ans 3 ans 4 ans 5 ans 6 ans Nombre d’occurrences 89 35 9 6 4 3 Fréquence moyenne 11 28. Le coefficient de remplissage de la plupart d'entre eux se situe autour de 20%. de 1992 à 1994.

L'abondance des précipitations peut revêtir un caractère catastrophique. en en une de périodes de 3 à 4 jours. Il faut aussi remédier à un régime des pluies peu favorable à l'activité agricole même lorsque le total annuel est satisfaisant. de fin septembre à fin fin fin octobre. L'irrigation doit pallier l'insuffisance des précipitations. Ils sont à peine réparés qu'en mars 1973 de nouveaux orages tout aussi violents dévastent la région. la recherche et la maîtrise de l'eau constituent une préoccupation majeure. •à l'Arba Nath Irathen (Kabylie). on peut compter de 80 à 100 jours de pluies/an mais dans les régions steppiques qui occupent d'immenses superficies le nombre de jours de pluie se situe entre 20 et 50! Un climat agressif Plusieurs dizaines de millimètres peuvent s'abattre en trombes d'eau en quelques minutes : •à Oujda (Maroc oriental). Les abats ont été de l'ordre de 800 à 900 mm : 300 mm sont tombés en seul seul jour! Les dégâts sont considérables et routes emportés. version 2 . 50 mm en 24 heures alors que la moyenne annuelle est de 350 mm. •dans le Rif ou en Kabylie. Enfin l'apport d'eau est indispensable pour atténuer les très fortes irrégularités interannuelles de la pluviométrie. Elles tombent en saison froide quand la végétation en a le moins besoin : il y a distorsion entre saison humide et saison végétative. 11 . il peut tomber de 1 000 à 2 000 mm en quelques semaines. En Tunisie steppique.1.25 Nov 2009 L'idée d'un climat «agressif» s'impose. maisons détruites. hal-00352860. Leur action est d'autant plus dévastatrice que le couvert végétal est réduit. Au total. champs et pâturages ravagés. •à Rabat : il tombe 150 mm en 9 heures en 1959. •à Blida (dans la région algéroise) 156 mm en un jour et 228 mm le 17 décembre 1957. De telles trombes d'eau n'apportent que malheurs : elles ruissellent. Dans les régions les plus favorisées. •à Aïn Oussera (Hautes Plaines algériennes) : 60 mm en un jour alors que la moyenne annue a est de 250 mm.4 Les pluies présentent un caractère excessif Elles sont très violentes et tombent dans un petit nombre de jours dans l'année. il tombe 83 mm en une demi-heure le 13 septembre 1931. sur les terres arabes situées aux marges de l'aridité ou dans le domaine franchement aride. la lithologie fragile. ne pénètrent pas dans le sol et accélèrent l'érosion sans alimenter les nappes phréatiques. l'automne 1 jalonné par trois crises orageuses réparties sur un mois.

Des valeurs moyennes (entre 570 et 1140 mm) sont relevées uniquement dans les régions proches du littoral méditerranéen. Dans les déserts la température moyenne annuelle dépasse 20°. 50°2 à Bagdad! De même les minima peuvent être rigoureux : -7°8 à Bagdad. Dans les régions en bordure de mer la température moyenne de janvier est de 10°. 49°8 à Mossoul.25 Nov 2009 froid hivernal : il est absent de la Ghouta de Damas et on ne le trouve au Moyen-Orient que dans les points bas ou le sud de la Mésopotamie. selon les stations. elle conditionne la mise en valeur et les grands types d'aménagement de l'espace. elle atteint 3500 heures dans les zones désertiques et même 3863 heures à Assouan! Dans ces conditions l'évapotranspiration est très forte. Autre trait caractéristique des déserts : une importante amplitude diurne : le sol surchauffé le jour rayonne intensément la nuit. les maxima de température sont partout impressionnants. -4°4 à Bassora. 3244 heures à Bagdad. A l'intérieur des terres. Permanente ou saisonnière. L’insolation annuelle est par ailleurs très forte : elle est de 2952 heures à Beyrouth au bord de la mer. version 2 . Le palmier dattier redoute le hal-00352860. il disparaît plus à l'est. Ainsi. il joue encore un rôle important dans la Ghouta de Damas et l'oasis de Palmyre. Les plus fortes valeurs d'évapotranspiration potentielle (plus de 1140 mm/an selon le calcul de Thornthwaite) s'enregistrent dans les zones désertiques. ils peuvent s'élever. Rechercher 12 .5 Les températures et l'aridité Les températures sont souvent très élevées avec une très forte amplitude qui augmente au fur et à mesure que l'on s'éloigne du littoral. l'aridité est une menace constante. On le trouve jusqu'à 1 200 m dans les montagnes du Liban Sud. entre 40 et 50° : 44° à Damas. Dès que l'on pénètre vers l'intérieur l'amplitude augmente liée à la chaleur des étés torrides et surtout à l'apparition du gel hivernal. En dehors de ces valeurs moyennes. -8° dans le Sahara algérien. en raison de la forte chaleur qui entraîne une forte évaporation et de la faiblesse et de l'irrégularité des précipitations. elle atteint 25° à Assouan et l'amplitude est du même ordre. mais cette faible amplitude est essentiellement due à la relative douceur hivernale plus qu'au caractère modéré des températures d'été. Partout ailleurs l'évaporation potentielle annuelle dépasse le total pluviométrique et on enregistre un déficit hydrique.1. celle de l'été autour de 25° (amplitude de 15). Arbre typiquement méditerranéen. l'olivier est arrêté vers l'intérieur par l'aridité et surtout le froid. Ainsi sur les hautes plaines algériennes l'amplitude est de 25° et la neige tombe toutes les années.

1993) 13 . Il reste donc 30 milliards de m3 de pluies utiles (le 1/5 des précipitations) qui. version 2 . En fin de compte le potentiel hydraulique mobilisable à partir des cours d'eau et des nappes n'est que de 21 milliards de m3! En Algérie sur un total de précipitations de 65 milliards de m3. hal-00352860.35 milliards de pluie utile.et maîtriser les eaux sont un impératif pour les populations.25 Nov 2009 Figure 2 – Le cycle de l’eau au Maroc (d’après Perennes. En Tunisie sur 33 milliards de m3 de précipitations. qui doivent s'adapter aux vastes étendues désertiques ou insuffisamment pourvues en eau. Les précipitations atmosphériques annuelles sont évaluées à 150 milliards de m3. 85% s'évapore. il ne reste que 12 milliards de m3 de pluie utile. l'évapotranspiration à 120. il reste en fin de course 4. Le cycle de l'eau au Maroc nous permet d'illustrer ce point de vue. pour les 2/3 ruissellent et pour 1/3 s'infiltrent.

l'Ouergha. A la fin du mois de décembre 1950. extrêmement brutales. Une partie importante du potentiel. Ces eaux permanentes sont. va directement à la mer. En outre. L'irrégularité des écoulements au Maghreb L'oued Sebou qui écoule à peu près 40% des ressources en eau courante du Maroc a un débit annuel moyen de 137 m3/s. morcelé.25 Nov 2009 Les montagnes mieux arrosées assurent des écoulements permanents mais les régimes des cours d'eau sont très irréguliers : de très fortes crues. son étiage moyen est de 17 m3/s mais ses crues peuvent fréquemment atteindre 2 à 4 000 m3/s et on a enregistré des débits extrêmes de 10 000 m3/s.! Un de ses affluents. très difficiles à mobiliser en raison même des modalités de leur écoulement. version 2 .6 Des écoulements difficilement maîtrisables Les conditions climatiques influent directement sur les écoulements. La faiblesse des précipitations se conjugue avec l'importance de l'évaporation pour rendre compte de cette situation. Dans les régions steppiques. le débit est passé par les valeurs extrêmes suivantes : • • • • • • • • 28/12 28/12 29/12 29/12 29/12 30/12 30/12 31/12 12 h 24 h 6h 18 h 20 h 6h 24 h 18 h 65 m3/s 970 m3/s 1350 m3/s 4850 m3/s 6000 m3/s 3350 m3/s 1000 m3/s 500 m3/s Toujours au Maroc.1. Ce n'est que dans la faible frange humide que se forment des réseaux hydrographiques mais le relief. C'est le cas des déserts. nous fournit un excellent exemple de la soudaineté des crues et en même temps de la rapidité de la décrue. dans ces conditions. on peut le deviner. hal-00352860. Les oueds écoulent environ les 3/4 de leur débit annuel au cours de 2 à 3 mois d’hiver. l'endoréisme domine : les oueds intermittents se jettent dans des dépressions fermées. la Moulouya qui draine tout l'Oriental aux conditions climatiques plus sévères présente encore plus d'irrégularité avec les données suivantes : 14 . fractionné. s'opposent à des étiages très creusés en été. soudaines. montagnard n'autorise pas la constitution de réseaux hydrographiques de grande ampleur et bien structurés. les rivières transportent une masse considérable de débris solides. Il existe dans le Monde Arabe d'immenses territoires où aucun écoulement n'est organisé.

De même ce sont les pluies équatoriales d'Afrique orientale et les abondantes précipitations de l'Éthiopie tropicale qui rendent compte du régime du Nil et autorisent la mise en valeur du désert égyptien. Les abondantes pluies méditerranéennes de l'Anatolie orientale alimentent le Tigre et l'Euphrate et permettent la mise hal-00352860. Les techniques de mobilisation des eaux La mobilisation de l'eau est désormais un problème d'une extraordinaire acuité : les disponibilités ne sont pas très abondantes. Cette technique de 15 .1 L'utilisation des eaux souterraines L'utilisation des eaux souterraines est ancienne : nappes phréatiques et grands aquifères viennent compléter les ressources fournies par les eaux de surface. Elles sont d'importance fort diverse. 2.3 en 1927! Par contre.25 Nov 2009 en valeur du désert syrien et surtout du désert mésopotamien. 2. les concurrences pour son utilisation sont très vives. de substantielles ressources en eau courante proviennent de fleuves allogènes qui prennent naissance en dehors de la zone arabe. les écoulements présentent de notables différences d'une année sur l'autre. situées à des profondeurs très variables. Les galeries drainantes qui permettent d'amener par gravité l'eau des nappes souterraines à la surface sont la création d'une collectivité. Les nappes d'inféro-flux sont exploitées dans les déserts ou pendant la saison sèche dans les régions plus arrosées. le plus important des cours d'eau algérien. Les systèmes d'exploitation diffèrent profondément selon qu'il s'agît des eaux de surface ou des nappes phréatiques. Ainsi le Chélif. L'eau dans cette vaste zone du monde devient enjeu du développement pour lequel sont engagées des sommes importantes mises au service de techniques nouvelles. a roulé 60 millions de m3 en 1926 et seulement 1. version 2 .• • • • • débit annuel moyen étiages moyens étiages extrêmes crues moyennes crue exceptionnelle 34 m3/s 5 m3/s 1 m3/s 5 000 m3/s 8000 m3/s A l'image du régime des précipitations.

là où les alluvions plus fines sont plus aisées à travailler.mobilisation de l'eau est fort ancienne.25 Nov 2009 Figure 3 : Ressources en eau douce : nappes et eaux de surface (en milliards de m3) Les nappes phréatiques se localisent à des profondeurs variables. On les rencontre encore en Syrie (kanawat) au Sahara algérien notamment dans le Gourara et le Touat (ce sont les foggara) ou bien encore dans le Haouz de Marrakech et le Sahara marocain (khettara). La structure géologique compartimentée du bâti du Maghreb septentrional et des régions littorales du Levant a favorisé l'existence d'un très grand nombre de ces nappes dans ces zones relativement humides : chaque bassin renferme un aquifère de petite ou moyenne taille. Les nappes sont captées par des puits en série réunis par une galerie souterraine construite en pente plus faible que la surface topographique qui débouche à quelques kilomètres de la montagne. version 2 . ces techniques traditionnelles ne permettent pas de mobiliser des volumes importants et de très nombreuses galeries drainantes sont désormais abandonnées. les plaines et les dépressions. Toutefois. elle exige des travaux considérables effectués dans les zones de piémont. hal-00352860. dans les vallées. En surface la présence de ces galeries drainantes se repère par l'alignement des puits d'évacuation des déblais lors du creusement. Ces 16 . de quelques mètres à plusieurs dizaines (une cinquantaine).

on exploite depuis 1948 la nappe albienne (dite du Continental intercalaire) profonde. Au cours des dernières années. Les eaux que l'on utilise aujourd'hui correspondraient à des pluies tombées au cours des périodes pluviales du Quaternaire (Holocène). selon les secteurs de 800 à 1 500 mètres (carte 4). La nappe est alimentée par des hal-00352860. Dans le Bas Sahara. C’est en fait un système aquifère contenu dans les grès et sables du secondaire qui affleurent dans la région du Tademaït et s’enfonce plus au nord. On les rencontre très souvent. constituant une sorte d’entonnoir dont le point le plus profond se localise dans la région de Biskra.25 Nov 2009 infiltrations d’eau de ruissellement mais les flux sortants sont plus importants (évaporation dans les chotts. assez faiblement minéralisée. on accède à ces ressources par des moyens individuels. puits à poulie. dans les couches calcaires ou gréseuses du tertiaire. Dans le Bas Sahara (Tunisie et Algérie). ont modifié les conditions de mobilisation de l'eau. Les nappes profondes sont situées à plus de 50 mètres et parfois à 300 ou 400 mètres de profondeur. forages) si bien qu’en 1970. L'avenir repose en partie sur l'existence de trois immenses aquifères : la nappe albienne dans le Sahara algérien qui se prolonge à l'ouest de la Libye. parfois à plusieurs centaines de mètres. en liaison avec les prospections pétrolières. soulignent la limite des grès du Continental intercalaire : Tinrhert et Tademaït. La variété des appareils élévatoires est surprenante : puits à balancier. plusieurs nappes communiquant entre elles forment le Complexe terminal (Continental terminal) qui s’étend sur plus de 350 000 km2 à des profondeurs variant entre 100 et 400 mètres. notamment au Maghreb. L’eau est froide. l'aquifère des grès de Nubie en Libye orientale et en Égypte. on estimait qu’il y avait un déstockage du Continental terminal de l’ordre de 100 millions de m3/an. Le plus souvent. version 2 . Les techniques récentes de forages profonds. au Sahara central. L'incertitude demeure quant à son renouvellement actuel mais la taille du réservoir est gigantesque (60 000 milliards de m3) et autorise une exploitation sur un long terme sans risque de rabattement notable. puits à godets fixés à une chaîne sans fin animée par un tambour mû par un animal. Tous ces engins élévatoires traditionnels sont aujourd'hui supplantés par les motopompes.nappes phréatiques sont alimentées par les pluies hivernales et éventuellement par des infiltrations à partir des cours d'eau. on a découvert dans le sous-sol désertique d'immenses aquifères dans le matériel sédimentaire qui recouvre le vieux socle sur d'énormes épaisseurs. Cet aquifère est bien connu : plus de 600 forages 17 . les aquifères de la péninsule Arabique. elles sont exploitées par des forages. Le réservoir s'étire sur 600 000 km2 entre la bordure sud de l'Atlas au nord et les escarpements qui.

il pourrait fournir un débit de 1 000 m3/s pendant deux mille ans! Mais ces chiffres sont illusoires dans la mesure où l'on ne vide pas une nappe aquifère comme un lac et. dès que l'eau n'est plus sous pression. hal-00352860. Il y a donc un déstockage de quelque 80 millions de m3/an. Les eaux de la nappe albienne sont chaudes (55 à 66°C). publiée par l'UNESCO en 1972. D'après une estimation. En général. en Libye. les flux sortants étaient estimées à 350 millions de m3/an (ils ont beaucoup augmenté depuis).ont été pratiqués. L’aquifère est très faiblement alimenté par des infiltrations d’eau de ruissellement en périphérie (270 millions de m3/an). on peut espérer exploiter tout au plus 1/10 000 de ces réserves théoriques. version 2 . En 1970. fortement minéralisées (jusqu’à 7 g/litre).25 Nov 2009 18 . le bassin de Mourzouk s'étend sur une superficie équivalente avec un réservoir saturé de plus de 1 000 mètres de grès dans sa partie centrale. Plus à l'est. le coût du pompage devient prohibitif.

version 2 .hal-00352860.25 Nov 2009 19 .

cette unité est équivalente à mg/litre. la Jordanie et le Yémen. Nord du Soudan et du Tchad). il couvre environ 2 500 000 km2 (Égypte. L’ensemble est composé de 12 nappes superposées depuis les formations du Trias et du Jurassique jusqu’au Néogène. elles plongent en pente douce vers le Golfe.25 Nov 2009 En péninsule Arabique. Les eaux souterraines sont stockées dans les épaisses séries sédimentaires qui occupent les 2/3 de la Péninsule. de l'Asir et du Yémen s'écoule vers l'est et le nord-est de la Péninsule. Depuis le socle surélevé à l’est. 20 . Certaines sont saumâtres. peu salée. De grands projets sont fondés sur l'exploitation de ce réservoir de 50 000 milliards de m3 dont la roche magasin est constituée par des calcaires sablonneux. il fonctionne en fait comme un ensemble unique s'écoulant vers le nord-est. Est-il alimenté par les précipitations tropicales du Soudan et du nord du Tchad?. La température est fonction de la profondeur : elle est comprise entre 40 et 65°. Rien n'est moins sûr. Dakhla. L’Arabie saoudite contrôle la plus grande partie de ces nappes (1 919 milliards de m3) qui peuvent toutefois s’étendre jusqu’en Jordanie. Il fournit actuellement le chapelet d'oasis à l'ouest de la vallée du Nil : Swa. Syrie et même en Irak. L'ensemble très faiblement alimenté (recharge de 2 700 millions de m3/an) depuis les hauteurs du Hejaz. Libye orientale.Figure 4 : Les nappes fossiles au Sahara L'aquifère nubien est un des plus grands bassins artésiens du monde : épais de 3 500 mètres. Tous les États de la péninsule recèlent dans leur sous-sol une partie de ces nappes. Dans certains cas l’eau peut être utilisée directement pour l’irrigation mais le plus souvent un traitement est nécessaire. en particulier les chlorures. De structure complexe. hal-00352860. Elles sont exploitées jusqu’à 300 mètres de profondeur et leur stock ainsi défini est estimé à 2 175 milliards de m3. La profondeur de la nappe est de 800 mètres au sud et 2 000 mètres au nord. L’OMS fixe un taux de 250 mg/l ou 250 ppm de chlorures pour considérer l’eau comme potable. présente dans un volume d’eau. Est-il aussi rechargé par les eaux du Nil en amont d'Assouan. L'eau. L’eau saumâtre contient de 5000 à 10000 ppm de chlorures. Farafra. 1 ppm : particules par millions. La qualité des eaux est très variable. La salinité varie entre 300 et 15 000 ppm1. Ces unités font référence à la quantité de particules solides. Bahariya. est à une température comprise entre 25 et 45°C. Kharga et la dépression de Qattara. version 2 . l'aquifère est encore plus complexe (carte 5).

1994 2. de petits barrages de dérivation. A partir d'aménagements légers. on cherche à répartir la crue sur la plus grande superficie possible. notamment au moment des crues. encore largement pratiquées.25 Nov 2009 Figure 5 : Les nappes fossiles dans la péninsule Arabique (d’après Al Alawi & Abdulrazzak.hal-00352860. Les techniques traditionnelles. les eaux de surface constituent l'essentiel du potentiel et des prélèvements réalisés en dépit de la faiblesse et de l'irrégularité des écoulements. L'importance de l'épandage dépend de la crue elle-même. version 2 . visent à l'utilisation optimale de l'eau.2 La mobilisation des cours d'eau En dehors des immenses espaces désertiques. l'irrégularité de l'écoulement rend les 21 .

l'eau ne bénéficie qu'aux agriculteurs les plus riches seuls capables d'apporter les fonds nécessaires à une bonne organisation de l'irrigation. Trop souvent l'aménagement foncier indispensable en aval pour donner toute son efficacité à l'irrigation est différé et. version 2 . L'investissement paraît très lourd en comparaison des résultats obtenus.25 Nov 2009 hydrauliques de beaucoup de pays arabes. Par ailleurs l'envasement est souvent très important. On estime que le taux d'envasement toujours au Maroc est de 2%/an et que l'investissement pour maintenir la capacité initiale du barrage représente jusqu'à 20% du coût total de l'ouvrage! Dans le domaine économique et social le procès fait à la grande hydraulique est tout aussi virulent. trop souvent. le périmètre d'irrigation qui lui est associé construit le long des fleuves dont l'alimentation est suffisante. Le procès fait aux grands barrages est aussi d'ordre technique. Le Moyen-Orient est parcouru par de grands fleuves allogènes qui apportent la vie dans ces régions sèches. Les barrages collinaires peuvent fournir une solution mais leur retenue est de faible ampleur. En 20 ou 30 ans des barrages peuvent perdre jusqu'au tiers de leur capacité : 35% pour le barrage Mohamed V au Maroc depuis 1967 et les exemples peuvent se multiplier à l'infini. L'importance des capitaux engagés a toujours fait de la construction du barrage une entreprise étatique. Le nombre de ces barrages s'est multiplié depuis un demi-siècle en même temps que leur capacité s'est considérablement accrue. éventuellement. leur construction a été très largement initiée sous la colonisation et accélérée ces dernières années. en prenant leur source dans des régions plus humides : les montagnes de Turquie orientale alimentées par d'importantes précipitations de type méditerranéen constituent un château d'eau pour le Tigre et l'Euphrate. Sous le climat aride du Monde Arabe les retenues en amont du barrage perdent une partie de leur eau par évaporation. L'équipement de nouveaux sites. la construction de nouveaux barrages ne paraissent pas ouvrir des perspectives de grande envergure. Au Maroc 54 millions de m3 sont perdus chaque année par envasement. Beaucoup a été fait. L'image la plus générale nous est donnée par le barrage-réservoir et.résultats aléatoires. les critiques ne manquent pas à l'égard de ce qu'il est convenu d'appeler la grande hydraulique. Barrages et périmètres irrigués constituent la pièce essentielle des politiques hal-00352860. Par ailleurs. Ce sont les pluies équatoriales et surtout 22 . Toute irrigation efficace nécessite cependant le stockage de l'eau aussi bien au cours de l'année agricole que d'une année sur l'autre. Dans certains cas les volumes retenus peuvent dépasser le milliard de m3 ce qui permet l'aménagement de plusieurs dizaines de milliers d'hectares. Cette technique est mise en oeuvre par de petits collectifs d'exploitants alors que le pompage au fil de l'eau relève d'initiatives individuelles. Au Maghreb.

3 milliards de m3/an en 2008. 2. on pense. Il est vrai aussi que les réseaux d'assainissement urbain sont en très mauvais état. Les États de la péninsule Arabique réutilisent actuellement 479 millions de m3/an. on pourrait aussi utiliser de façon beaucoup plus performante les eaux de drainage après les avoir traitées.3. 23 . Sous ce terme on entend la régénération des eaux usées. Pour répondre à une demande en terres irriguées qui ne fait que croître avec l'évolution démographique. revêtent une dimension internationale : tous les pays traversés par ces grands organismes fluviaux sont concernés. La Syrie. 2. les transferts d'eau. La Péninsule est de très loin le leader mondial en ce domaine (40% des capacités mondiales en 2008).tropicales d'Éthiopie qui alimentent le Nil. Il l'est notamment dans les pays de la péninsule Arabique. Les pays arabes ont recours à ces différentes techniques de façon très différenciée. dans lesquels s'identifient les régimes politiques. Des préjugés ont longtemps dissuadé les autorités de ces pays de réutiliser «l'eau impure». 2. La Tunisie recycle également une partie de ses eaux usées (100 millions de m3 en 1994. Toutefois.2 Par contre. Ces fleuves sont assez puissants pour traverser d'immenses étendues désertiques sans s'y épuiser.25 Nov 2009 La rareté de la ressource renouvelable rend inévitable le recours aux eaux non conventionnelles. le Maroc et la Jordanie ont aussi recours à ces technologies : une partie des eaux d'Amman est régénérée. ils ont fait et continuent de faire l'objet de gigantesques travaux d'aménagement. Les capacités de traitement sont importantes : 7. en ce domaine sont pratiquement inexistantes. pouvoir retraiter chaque année 2 milliards de m3. Pour l'irrigation qui absorbe 88% de la consommation d'eau dans le Monde Arabe. version 2 . le retard pris est important. 200 en 2 002). le Tigre et l'Euphrate ont été utilisés. le recours aux techniques de dessalement de l'eau de mer est beaucoup plus largement pratiqué. il est d'autant plus regrettable que le coût de l'eau retraitée est trois à quatre fois inférieur à celui de l'eau dessalée. le dessalement de l'eau de mer. Source de conflits et de tensions d'autant plus qu'en droit international.3 Les ressources non conventionnelles hal-00352860. Ainsi le nouveau réseau d'assainissement du Caire vient seulement achevé.1 Les techniques de recyclage des eaux sont encore très peu utilisées.3. le Nil. Les unités de dessalement fournissent 70 à 80 % des besoins en eau potable des villes du Golfe. Ces grandes entreprises. dès lors. De tout temps. les dispositions. Les attitudes évoluent toutefois.

Damman à 95% et Ryad à 60%.5 1. est presqu’entièrement dépendant de quatre usines de dessalement pour sa consommation urbaine et industrielle (760 millions m3/an).5 6. Elle compte 23 complexes de dessalement : 17 sur la Mer rouge et 6 sur le Golfe avec 15 % des capacités mondiales. Les ressources locales sont très faibles : ce sont des eaux souterraines.A. Elle a investi de 1980 à 1985 plus de 10 milliards de $ dans la construction d'unités de dessalement. 365 millions de m3 sont acheminés chaque année à Ryad à partir de l'usine de Jubail par une conduite de 300 km.5 2. qui a construit la première usine au cours des années 50.25 Nov 2009 Bahreïn Oman Algérie Total Millions m3/an 2 700 2 300 760 220 328 100 80 182 182 480 7332 % 37. la Mecque est approvisionnée à 40% en eau dessalée. La Mecque et Médine sont approvisionnées depuis les usines de Jedda et Yanbu sur la mer Rouge grâce à une canalisation de 240 km qui s'élève jusqu'à 2 400 mètres pour traverser les montagnes de l'Asir.U Koweït Libye Qatar Tunisie Irak hal-00352860. Koweït pouvait assurer en 1990 une distribution d’eau importante à ses citadins : 560 litres/jour. Koweït. Au total. Elle est le premier producteur mondial.7 31 10 3 4. Le Qatar dépend essentiellement de l'eau dessalée pour la satisfaction de ses besoins (328 24 . La plupart des villes saoudiennes sont alimentées en eau dessalée grâce à un réseau de canalisations (plus de 3 000 km) qui acheminent l'eau depuis les usines de la mer Rouge ou du Golfe.2008 Arabie saoudite E.3 1 2.5 100 Tableau 2 : Dessalement de l'eau de mer : volumes traités par les pays arabe L'Arabie saoudite a mis en œuvre depuis les années 60 le programme de dessalement le plus ambitieux. version 2 . Jedda à 90%.

Elle est deux fois plus gourmandes en énergie que le procédé par distillation. Ailleurs la production d'eau dessalée est restée longtemps marginale : elle est liée à l'activité pétrochimique comme en Algérie (à Arzew ou Skikda) et en Libye (130 millions de m3/an). version 2 . hal-00352860. Les Emirats Arabes Unis disposent désormais d’une importante capacité de traitement. Une dizaine d'unités sont achevées et déjà l'eau dessalée assure 80% de la consommation de la capitale. riche en pétrole et qui dispose de l'énorme quantité d'énergie nécessaire à bon marché.4 et 0. Par contre.millions de m3/an). Ce choix ne sera pas remis en cause car il représente la solution la mieux adaptée aux besoins de la Péninsule. Cette technologie couvre en 2008 45 % du marché mondial. Dans ces villes de la Péninsule.65 e 1.. L'activité touristique a aussi recours à cette ressource : c'est le cas des hôtels qui se multiplient sur le littoral égyptien du golfe d'Akaba ou de certaines installations tunisiennes (81 millions de m3/an). elle n’était utilisée que pour le traitement des eaux saumâtres. est aussi alimentée par de l'eau dessalée. le nouvel urbanisme a multiplié en milieu désertique espaces verts et jardins d’agrément qui exigent pour leur entretien d’énormes quantités d’eau. Elle couvre 55 % du marché mondial en 2008. Cette technologie est surtout utilisée pour le traitement des eaux saumâtres et dans de petites unités (ex : hôtels).25 Nov 2009 Le dessalement par distillation C'est le procédé le plus répandu mais le plus gourmand en énergie. Laayoune. Il n‘en est plus de même aujourd’hui et les Etats maghrébins notamment l’Algérie ont lancé de gigantesques programmes pour tenter de mettre fin aux multiples pénuries de la distribution d’eau potable dans leurs grandes villes. les usines de dessalement présentent une grande vulnérabilité : en cas de conflit elles peuvent être la cible de bombardements ou peuvent pâtir d'une marée noire provoquée. Dans l'ex-Sahara espagnol. il en est de même pour Bahreïn. Il consiste à faire passer de l'eau de mer dans une série de chambres. Jedda : 20% etc. La circulation d'une chambre à l'autre permet la vaporisation de l'eau qui est recueillie en fin de course débarrassée de ses sels. Le coût du m3 en sortie d’usine est compris entre 0. elle l’est maintenant pour l’eau de mer. Le coût est très élevé : il ne peut être supporté que par les riches monarchies du Golfe. Ainsi depuis 25 .8 € Le dessalement par électrodialyse Un champ électrique permet de séparer les sels et de les filtrer à travers des membranes sélectives que les molécules d'eau ne peuvent pas traverser. Le sultanat d'Oman est le dernier à avoir recours à ces techniques. Le prix du m3 produit est compris entre 0. Cette eau dessalée à grands frais n’est pas destinée à la seule consommation domestique. la capitale prestige que le Maroc édifie. Mascate (182 millions de m3/an).. Cette technologie mise au point dans les années 70 a un grand avenir.8 € Le dessalement par osmose inverse L'osmose inverse vise à faire traverser les molécules d'eau au travers d'une membrane qui retient les sels dissous grâce à l'augmentation de la pression. Koweït consacre 45% de l’eau disponible à cet usage. Au début. soumises à des températures et à des pressions différentes.

26 . le 1/6 des prélèvements hal-00352860. par exemple. l’ouverture d’une usine de dessalement permet la distribution désormais régulière de l’eau dans l’agglomération algéroise. Par ailleurs. En Tunisie. un programme de construction de 13 stations de dessalement est en chantier.25 Nov 2009 effectués actuellement fait l'objet de transferts interrégionaux et ils vont se multiplier à l'avenir.3. 2. 80% des eaux de surface sont concentrées dans les espaces montagnards du Nord-Ouest alors que 91% de la consommation s'effectue le long de l'axe littoral oriental. Si ces projets se concrétisent c’est 10 % de l’alimentation en eau potable du pays qui relèvera du dessalement de l’eau de mer. version 2 .février 2009. Les réseaux comprennent à la fois un système de canalisations et une interconnexion des grands barrages. Au Maroc.3 Les transferts d'eau peuvent s'organiser à l'intérieur des espaces nationaux parfois sur une grande échelle. Cette dysharmonie a entraîné de massifs transferts d'eau. L'eau des montagnes du Nord-Ouest ravitaille Tunis et sa région mais tout récemment la desserte vers le Centre et la ville de Sfax a été réalisée.

est achevée et permet le transfert. Faute de pouvoir utiliser l'eau sur place. L'entreprise est gigantesque. La Grande Rivière.hal-00352860. elle a décidé de la transférer vers le littoral pour faire renaître une agriculture sur les anciennes fermes des colons italiens et alimenter les villes en pleine croissance (carte 6). l'investissement énorme : 30 milliards de dollars. mise en chantier en 1983. par 27 . version 2 .25 Nov 2009 Figure 6 La Grande Rivière artificielle libyenne L'entreprise libyenne est encore plus spectaculaire. La Libye a essayé sans grand succès de créer un secteur agricole alimenté par les eaux souterraines dans le désert.

le Ceyhan et le Seyhan dont les eaux abondantes se perdent en Méditerranée. L'aqueduc serait constitué de deux conduites qui achemineraient l'eau de deux rivières turques. des conduites de béton armé de 4 m de diamètre acheminent un milliard de m3/an depuis les nappes de Tazerbo. la Jordanie. Mais surtout la position turque a beaucoup évolué et le pays ne veut plus se présenter aux yeux de ses voisins 28 . L’eau du Sahara est exclusivement réservée au ravitaillement des villes littorales. sur 2 000 km. la situation actuelle est bien éloignée du projet initial. Pour assurer sa sécurité alimentaire. version 2 . En phase finale.25 Nov 2009 irriguées. à condition que les Libyens soient intéressés ce qui est incertain. L’apport d’eau aura pour avantage de recharger la nappe littorale déjà infiltrée par l’eau de mer. La durée de vie du grand fleuve serait comprise entre un demi-siècle et un siècle. Syrte et Jeffara : 180 000 hectares seront aménagés en nouveaux périmètres tandis qu’en Jeffara il s’agit surtout de revitaliser des zones autrefois hal-00352860. 6. l'irrigation de 250 000 ha dans les régions de Benghazi. La position de l’Algérie est identique pour les futurs pompages du Fezzan. Les prélèvements sont effectués sur des aquifères transfrontaliers. Le projet fut accueilli avec beaucoup de réserves par les États arabes pour des raisons géopolitiques.. La production agricole aussi bien végétale qu'animale devrait augmenter considérablement. Sarir et Koufra vers le réservoir géant d'Ajdabiya. l'Arabie saoudite et aux autres États du Golfe. Tripoli l’est depuis septembre 1996 mais les périmètres agricoles prévus ne fonctionnent pas encore. pompés à 600 m. chiffre considérable qui correspond au débit d’une rivière moyenne dans les régions tempérées ! A son terme l'opération devrait permettre. Brega et Syrte sont désormais approvisionnées avec l'eau du désert. de 2 milliards de m3 d’eau par an.2 $/m3. Sa réalisation inquiète fortement les pays voisins. Aujourd’hui 70% des eaux utilisées en Libye proviennent de ressources non renouvelables. la Libye a le projet d’investir massivement au Tchad avec la mise en valeur de 50 000 hectares irrigués en bordure du fleuve Chari ! En 1987 la Turquie a lancé un projet encore plus ambitieux de transfert international : l'«aqueduc de la paix» qui pourrait fournir 2 milliards de m3 d'eau douce par an à la Syrie. Déjà.5 millions de m3 sont pompés chaque jour. En réalité. Une seconde liaison est terminée à l'ouest entre est le Fezzan et Tripoli (1 000 km). de profondeur !. L’Égypte craint que des pompages excessifs dans les grès de Nubie ne créent une dépression provoquant un abaissement du niveau du Nil et de son aquifère. même si leur acheminement sur le littoral est fort coûteux : 1 à 1. issues du Taurus.4 000 km de canalisations enterrées. Cet aménagement est souvent contesté en raison de son gigantisme et de l’ampleur des prélèvements effectués dans des nappes fossiles. Il est alors probable que des fellahs égyptiens constitueront une main d’œuvre de substitution. outre le ravitaillement des villes. Les villes de Benghazi..

3. le niveau 29 . version 2 . Des discussions ont été engagées entre les Turcs et Israël et également avec la Jordanie. La perspective des transferts d’eau n‘est toutefois pas totalement abandonnée.1 Le point en 2009 La Banque Mondiale classe le Maghreb et le Moyen-Orient comme la région du monde la plus pauvre en ressources hydrauliques naturelles renouvelables.1 Les ressources en eau renouvelable qui étaient de l’ordre de 3000 m3/an/habitant en 1960 ne s’élèvent plus qu’ à 884 m3 /an/habitant en 2009 . Ils rassemblent en 2007 4. Oman m3/jour 600 000 800 000 200 000 100 000 600 000 200 000 2 500 000 hal-00352860.A. A titre de comparaison. sont encore plus mal pourvus. tous inclus dans cette grande aire régionale.8 % de la population mondiale mais ne disposent que de 0. 3.U.67% des ressources hydrauliques naturelles. la difficulté à établir une coopération régionale en ce domaine. Les pays arabes. Une situation critique : vers la pénurie C'est une véritable course contre la montre qui est engagée et la menace d'une pénurie à long terme n'est pas à écarter. en quelque sorte mort-né.1.arabes comme le château d'eau de la région. On voit bien avec ce projet.25 Nov 2009 TOTAL 3 5000 000 Tableau 3 : le projet d’ aqueduc de la paix 3. conduite Ouest Turquie Syrie Jordanie Arabie saoudite m3/jour 300 000 1 100 000 600 000 1 500 000 conduite du Golfe Koweït Arabie Saoudite Bahreïn Qatar E.

9 4.12 0.9 1.2 77 75 297 3 1.6 32 3. le recours massif à de coûteuses ressources non conventionnelles est inévitable.5 0.2 3.05 2. 23 103 en Amérique latine.8 36.9 42.6 27.3 43.3 50 10 9 2 10 52 9 51 5 14 122 43 5 37 76 62 564 4 22 48 60 56 60 90 79 89 235 200 329 475 674 960 708 1013 1210 526 * y compris l’ex Sahara espagnol Tableau 4 : Disponibilités en eau douce par habitant (m3/an) en 2007 et prévisions pour 2025 et 2050 30 .4 3. Des normes internationales ont été établies pour juger plus exactement les différentes situations : • Le seuil de pénurie est fixé à 1 000 m3/an/habitant. 14 659 en Europe orientale et en Asie centrale.3 430 5 45 67 74 81 120 115 112 129 278 323 380 605 746 1043 953 1418 1732 692 5 2.9 4. • En dessous de 1 000 m3/habitant on estime qu'un pays peut être confronté à des pénuries régionales.3 30 336 7 36 84 95 98 100 153 179 200 339 323 442 738 906 1231 1196 1820 2500 884 3.25 Nov 2009 Ressources totales Km3 Koweït Qatar Arabie Libye EAU Bahreïn Jordanie Yémen Territ occupés Algérie Oman Tunisie Egypte Maroc* Liban Syrie Soudan Irak Total/Moyenne Population 2009 Millions Ressources totales m3/habitant Population 2O25 millions Ressources Population Ressources totales 2050 2050 m3/hab Millions m3/hab 0.4 78.1 1.2 5. • A 500 m3/an/habitant la situation est considérée comme critique.9 38.7 8.3 5. On mesure bien avec cette première approximation l’ampleur du handicap du Monde Arabe. 3 283 en Asie.8 12 1 4.9 4 35.6 0.6 58 29 4. L’eau est sans aucun doute une des ressources naturelles les plus mal réparties à la surface de la planète. • En dessous de 100.9 22.8 26.1 95.6 6. 18 742 en Amérique du Nord.2 43. 5 183 en Europe occidentale.4 0.1 12. 7 485 en Afrique au Sud du Sahara.1 10.2 1 7.9 21.7 6.1 6. version 2 .4 28.02 0.1 35.5 54.1 0. hal-00352860.de la ressource est de 36 619 m3/an/habitant en Océanie.

globalement.8 0.5 1. Soudan.La situation des pays arabes que l’on peut observer au tableau 4 apparaît fort préoccupante.25 Nov 2009 • 2 pays (Egypte.6 4.9 4 10.4 0.3 0. La moyenne arabe se situe en dessous du seuil de pénurie en 2009 avec 884 m3/an/habitant.2 0.1 78.4 2.6 30 5.6 8.4 22.1 1.6 29 1 0.83 12.1 35.4 0. Maroc) se trouvent déjà dans une situation de pénuries régionales.9 6.2 169 568 175 275 756 1427 149 133 221 449 391 452 136 440 402 183 288 140 297 132 336 884 394 180 31 534 .02 4.2 5.8 0.5 58 75 0.73 3 3.8 4.8 0.8 4. Syrie. entrer dans une situation de pénurie! Ces moyennes d’ensemble cachent en fait des situations très contrastées entre pays arabes comme nous l’indique l’observation du tableau 5 : • seuls 4 pays rassemblant 24% de la population se situent au dessus du seuil de 1 000 m3/an/habitant en 2009 (Liban.4 0. le Monde arabe va. Cette situation ira en s'aggravant dans les années à venir : les ressources évidemment resteront les mêmes alors que la population va inéluctablement augmenter. hal-00352860.9 339 84 100 98 738 2500 153 7 1231 95 906 323 36 1820 1196 200 442 179 322 84 100 98 23 1133 119 7 1231 95 906 323 36 709 320 200 404 179 6 16.3 32 3.12 0.12 0.86 2.05 77 26.19 18. En retenant les projections démographiques habituelles qui tiennent compte de la récente inflexion de la fécondité. version 2 .7 1.8 0.4 42.2 4.7 0.1 11. on peut estimer que la dotation moyenne d'ensemble s'abaissera à 692 m3/an/habitant vers les années 2025/2030 et 526 en 2050 ! En se fiant à ces normes internationales.8 34 0. Irak).6 29 1 0.9 3 3.05 30 7 0.9 0.02 4. • enfin 12 pays (37 % de la population) se trouvent placés au dessous du seuil critique de 500 m3/an/habitant et 5 d’entre eux disposent de moins de 100 m3/an/habitant! 2009 Ressources totales Km3 internes km3 Population 2009 Millions Ressources totales m3/habitant internes m3/habitant Prélèvements km3 m3/hab Algérie Arabie Bahreïn EAU Egypte Irak Jordanie Koweït Liban Libye Maroc Oman Qatar Soudan Syrie Territ occup Tunisie Yémen Total/Moyenne 12 2.21 1.3 21.4 59.4 28.4 42.5 1.4 0.88 0.

des pays peu nombreux.3 Les prélèvements annuels (y compris les eaux fossiles) mesurent d’une certaine manière la consommation d’eau. il est tenu compte de l’accord de 1987 concernant le partage des eaux de l’Euphrate. Djibouti. • Elle pèse de façon globale entre les pays arabes et l’Afrique orientale d’une part (le Nil) et la Turquie d’autre part (Tigre et Euphrate) • Elle pèse entre pays arabes : ainsi entre la Syrie et l’Irak (Euphrate) entre la Syrie et le Liban (Oronte) ou entre les pays riverains du bassin du Jourdain 3. n’est pas totalement mobilisable pour des raisons bien souvent naturelles mais aussi techniques ou politiques. version 2 . 3. Trois pays : l’Irak. Ils n’ont pas été retenus pour l’étude car ils sont rattachés par leurs conditions naturelles au Sahel africain plutôt qu’au Nord de l’Afrique Le tableau fait donc apparaître la très grande inégalité de la ressource à l’intérieur de l’aire arabe. 32 . Il y a bien.Tableau 5 :. Les ressources internes en eau douce s’élèvent à 132 milliards de m3 seulement (pas plus de 394 m3/an/habitant)! Les ressources totales (colonne 1 du tableau 5) qui tiennent compte des apports extérieurs s’élèvent à 297 milliards de m3 (soit 884 m3/an/habitant). Ainsi 44 % de la ressource est d’origine externe ! Ce taux de dépendance est très élevé. Les prélèvements prennent en compte à la fois les eaux renouvelables et les eaux fossiles. ils sont bien inférieurs à la ressource (61%) : l'eau. Le tableau de ce point fait apparaître des situations très contrastées entre des pays qui mobilisent pratiquement la totalité de la ressource (Égypte.2 Apparaît également avec force la dépendance du Monde Arabe. Jordanie) et des pays qui sont loin d’avoir mobilisé toutes leurs potentialités (Soudan et Oman 25%). Pour l’Irak et la Syrie. et beaucoup d’autres qui sont affrontés à des situations de sérieuse pénurie.1. Il en est de même pour l’Egypte et le Soudan et les eaux du Nil. Les ressources en eau douce renouvelable d'origine interne et externe par pays en 2008 Source : Ined et FAO /aquastat NB. l’Égypte et le Soudan concentrent 70% des eaux (210 milliards de m3 hal-00352860. en effet.1. la Somalie sont des Etats arabes au sens politique du terme (ils sont membres de la Ligue arabe). relativement mieux dotés. La dépendance hydraulique du Monde arabe se pose à une double échelle. La Mauritanie.25 Nov 2009 sur 297) alors qu’ils ne rassemblent que 44% de la population. Ils ne s’élèvent qu’à 180 milliards de m3/an. toutes proportions gardées.

4. Le recours massif aux ressources non conventionnelles dans la péninsule Arabique • Dans cette partie du Monde la consommation d’eau a connu une impressionnante augmentation. Oman eau Eau dessalée surface.U. à l’exception du Yémen. Cette catégorie recouvre deux types de situations : • soit les pays qui recourent à des sources non conventionnelles comme le dessalement de l’eau de mer. Enfin le niveau des prélèvements par habitant varie dans des proportions considérables dans le rapport de 1 à 10. On peut le constater la situation est déjà très tendue or. • soit les pays qui surexploitent leurs nappes souterraines (Yémen. Arabie saoudite. Enfin la très grande diversité des situations que l’on peut constater incitent à examiner avec une certaine prudence les données d’ensemble et à étudier la situation en nous appuyant sur des cas précis. Comment les 7 États de la Péninsule qui. Par contre l’importance des surfaces irriguées est déterminant ce qui nous confirme que pour l’instant l’agriculture reste bien le secteur utilisateur principal.Dans un grand nombre de pays par contre. on prévoit 35 en 2010. dans les années à venir les consommations d'eau vont croître inéluctablement dans de très fortes proportions. par exemple. sont riches en capital et en énergie répondent-ils à cette situation? millions de m3 en 1990 Arabie Saoudite Koweït Bahreïn Qatar E. parfois.A.25 Nov 2009 apports non conventionnels. a peu à voir avec les tensions qui règnent entre les pays riverains du Jourdain ou avec les concurrences entre utilisateurs qui s’aiguisent dans les pays du Maghreb! 3. la situation égyptienne. Algérie dans une moindre mesure). fait plus inquiétant. version 2 . elle est passée à 23 en 1990.1. les prélèvements sont supérieurs et. dans de très fortes proportions aux ressources totales ou aux ressources internes. elle est actuellement 31 milliards de m3. Le volume des prélèvements rend compte de plusieurs facteurs : le niveau de la ressource ne paraît pas le plus important il est en effet très souvent corrigé par le recours à des hal-00352860. les Territoires occupés) ou qui ont recours massivement à l’eau fossile des grands aquifères (Libye. 795 240 56 83 342 32 75 650 50 400 645 62 10 900 Aquifères all Eau recyclée 950 217 83 107 aquifères fossiles 13480 80 53 61 500 Total 16342 403 216 194 1379 1337 33 . La valeur moyenne de 534 m3/an/habitant n’a pas grande signification. De 6 milliards de m3 en 1980. Entrent dans cette catégorie tous les pays du Golfe mal pourvus. Si tous les pays sont menacés de pénurie.

• La poursuite de cette politique n’est pas sans risque pour l’environnement.Yémen Total % 9 1557 6. • Une telle gestion purement minière des eaux.2% 479 2% 14174 61. • Pour satisfaire une demande qui.25 Nov 2009 prise par les eaux de surface s’expliquent par les conditions climatiques. Un effort sera bien tenté pour accroître les capacités de dessalement ou du traitement des eaux usées mais leur rôle restera limité (respectivement 8. la situation de la Péninsule est tout a fait particulière dans le Monde Arabe : ce n’est pas un “modèle” qui peut se généraliser.3 et 4. sinon l’importation d’eaux douces depuis des pays voisins (Turquie ou Iran) mais la situation géopolitique actuelle n’autorise guère d’espoir en ce domaine.6% 3159 23030 100  en partie fossiles  Tableau 8 : L’origine des eaux consommées dans les États de la péninsule Arabique en 1990 • En 1990.5% pour l’industrie et 86. Cette eau renouvelable se localise dans des régions bien déterminées : les montagnes d’Oman. couvriront 80% de la consommation. du Yémen et de l’ouest de l’Arabie saoudite ou dans certaines nappes souterraines (aquifères alluviaux). avec 28..5 milliards de m3. C’est surtout l’origine de l’eau consommée qui fait l’originalité de la Péninsule : près de 70% sont assurés par des eaux fossiles. d’ici 2010 augmentera de 50% par rapport à 1990. Pour l’instant il n’existe pas de solutions alternatives. sans aucun souci de l’avenir et des générations futures peut-elle continuer à de tels rythmes pendant des années? En tout cas.5% pour l’irrigation..4 % de l’eau consommée). La pollution ne fait que s’accroître : elle est liée à la forte consommation d’engrais et de pesticides dans l’agriculture irriguée et à l’abondance des eaux usées entraînée par la surconsommation urbaine. 34 . l’importance relative des grands secteurs de consommation n’est pas très éloignée de celle de l’ensemble du Monde Arabe : 12% pour l’eau municipale. 1. les États de la Péninsule vont recourir de façon encore plus importante aux eaux fossiles qui.4% 1700 3745 16. Le surpompage entraîne le rabattement et une salinisation des eaux. On note l’importance relative de l’eau urbaine et la faiblesse de la consommation industrielle.8% 1450 3075 13. La très grande faiblesse de la part hal-00352860. version 2 .

Il est en moyenne de l'ordre de 2 à 2. (tableau 4) Si les tendances actuelles de la chute de la fécondité se confirment cette évaluation semble être réellement un maximum et sans doute ne sera-t-elle pas atteinte. il est en recul inégal selon les pays.25 Nov 2009 Figure 7 – Dessalement de l’eau de mer en péninsule Arabique 3.2 L'inéluctable augmentation de la demande d'eau Elle tient à l'accroissement démographique et aux conséquences qui en découlent.2 km3 0. Prélèvements Eau urbaine annuels km3 Algérie Arabie 6 16.3 km3 1. actuellement. La zone arabe est encore en pleine transition démographique.hal-00352860.5 km3 3. Toutes les projections concordent pour estimer que la population de 297 millions en 2007 se situera à quelque 429 millions d'habitants en 2 025.59 35 .84 14.3 % 22 9.52 Industrie % 14 1.32 1. L'accroissement maximum s'est placé au cours de la décennie 80 (3 %/an) et. version 2 .84 0.5% l'an.20 Irrigation % 64 89.

05 0. Ils ont tous pour objectif sinon d'atteindre l'autosuffisance du moins une certaine sécurité alimentaire.17 12.83 12.8 0.09 0.4 42.4 0.Bahreïn Égypte Émirats Iraq Jordanie Koweït Liban Libye Maroc Oman Qatar Soudan Syrie 0. ils devaient importer la moitié des céréales consommées.42 0.08 4.8 7 34.30 0.19 18.4 7 0.00 0. version 2 . très peu de terres nouvelles ont été mises en valeur au cours des dernières décennies.4 26 0 10 1 7 2.21 59.41 7.12 11.89 39.08 7. la superficie arable par habitant a-t-elle diminué de plus de la moitié passant de 0.26 0.21 0.57 0.4 1.38 0. 25% de la viande. L’amélioration des performances dans le domaine agricole est une priorité afin d’alléger la charge financière que représentent des importations massives.4 0. Tous les États sont confrontés aux problèmes de la dépendance alimentaire et contraints d'importer de grandes quantités de biens alimentaires.03 0.55 2.01 0.40 2.75 0.22! Faute de pouvoir conquérir de nouvelles terres.27 0.28 0.09 0.73 3 3.30 0.88 0.51 hectare à 0.19 0. Ainsi en 35 ans.02 2.6 4 0. L’espace agricole est très limité.60 7.16 0.08 0.94 160 hal-00352860. Ainsi de 1961 à 1996 alors que la population passait de 92 millions d’habitants à 255 (presqu’un triplement!).11 52. les terres cultivées n’ont progressé que de 23% en passant de 47 à 58 millions d’hectares.25 Nov 2009 Terr Occ Tunisie Yémen TOTAL Tableau 6 : Consommation d’eau par les grands secteurs utilisateurs Mais il faut s'attendre à une demande d'eau beaucoup plus importante que le simple accroissement démographique en raison des mutations économiques et sociales qu’enregistre la société arabe : l'augmentation des superficies irriguées et la croissance urbaine.73 2.5 1.4 3 29 77 11 15 6 6.88 0.6 36 1 7 23 13 5.39 0.07 18.05 0.17 0.62 0. Au début de la décennie 1990.38 1.8 5 6 2 4 10 3 0.31 0.07 0. l'objectif prioritaire en matière 36 .86 2. 70% du sucre et des oléagineux.28 0.48 1.4 52.03 2.8 0. et bien souvent il s’agissait de terres marginales.97 0.8 92 65 21 85 75 91 93 38 99 83 76 80 92 89 0.6 8.01 0.2 180 39.14 0.9 5 1.3 88 63.38 0.01 0.

La mobilisation des eaux se pose désormais en termes nouveaux. Déjà. villes et campagnes se disputent une eau de plus en plus rare. Des projections ont été tentées (Rogers 1994) pour l’horizon 2025. Les 150 millions de citadins de 2007 deviendront 270 voire 300 millions. • la troisième variante porte sur les bases de la seconde variante mais tient compte d’une amélioration de la dotation d’eau agricole de 3%/an. la croissance des villes. il peut fixer des ordres de grandeur pour déterminer l’ampleur de la demande à venir. Comment gérer cette pénurie? On mesure bien à ces quelques notations l’ampleur de l’enjeu pour les années à venir.25 Nov 2009 dans les villes reste relativement bas (120 à 150 litres/jour/citadin). le développement des activités industrielles et touristiques ont fait apparaître de nouvelles demandes. ils sont passés à 200 en 1990 et vraisemblablement plus de 300 actuellement. Par ailleurs croissance de la ville signifie aussi multiplication des raccordements au réseau public d'eau. Les résultats pour les pays étudiés figurent dans le tableau suivant : 37 . Bref tous ces facteurs sont cumulatifs. La progression de la demande urbaine sera impressionnante car actuellement le niveau de consommation de l'eau hal-00352860. Bien que ce genre de calcul reste aléatoire. La multiplication des hommes. La demande urbaine est exponentielle en raison de la croissance urbaine proprement dite qui ces dernières années a été très forte : plus de 50% des Arabes sont des citadins. il parviendra vraisemblablement à un niveau de 200 ou 250 litres. La croissance urbaine s'effectue à des rythmes de 4 à 5% l'an.7. En 1972 les besoins étaient estimés à 72 millions de m3/an. • enfin dans les trois cas de figure envisagés la consommation d’eau industrielle reste identique : elle évolue en fonction de la croissance envisagée pour le PNB. Trois variantes ont été envisagées : • la première suppose que la dotation d’eau agricole en 2025 reste la même qu’en 1990 et que la dotation d’eau urbaine augmente sous le seul effet de la croissance des effectifs citadins. Une rétrospective de la consommation d'eau d'Alger et de sa périphérie proche au cours des dernières années nous donne une idée de l'ampleur de la demande. de ce point de vue.agricole est donc l'intensification pour améliorer la production et. dans de nombreux pays. La progression des cultures irriguées constatée ces 35 dernières années a été de 90% en passant de 7 millions d’hectares irrigués à 14. version 2 . • la seconde suppose une dotation d’eau agricole toujours inchangée mais la dotation d’eau urbaine augmente sous l’effet de la croissance des effectifs mais aussi de l’amélioration des revenus qui induisent une amélioration de la dotation par habitant. la mobilisation des eaux et l'extension de l'irrigation apparaissent essentielles. Pour atteindre cet objectif les pays arabes font appel à 89 % de leurs ressources en eau (160 milliards de m3).

1 Tableau 7 : Prévisions de la demande d’eau à l’horizon 2025 Alors que les ressources totales d’eau douce (qui on l’a vu ne sont pas toutes mobilisables!) sont de 297 milliards de m3. Dans la plupart des cas.2 481.25 Nov 2009 exclu que le Monde Arabe puisse consacrer de nouveaux volumes d’eau à ses campagnes au rythme des années qui viennent de s’écouler.4 Total 177 193. D'un point de vue technique des possibilités sont offertes mais les coûts sont prohibitifs pour l’instant tel est le cas du dessalement de l'eau de mer envisageable uniquement pour la fourniture d’eau urbaine.3 Une meilleure gestion du potentiel existant Il y a sans doute peu à espérer sur la mobilisation de nouveaux volumes capables de faire face à une demande croissante. Il paraît hal-00352860. La dépendance alimentaire ne pourra que s’accroître. le coût du retraitement revient moins cher que la plupart des infrastructures pour l'amenée des eaux vierges.milliards de m3 situation 1990 situation 2025 variable 1 situation 2025 variable 2 situation 2025 variable 3 Eau urbaine Eau industrielle 11. Le domaine 38 . • l’importance de la demande d’eau agricole : le devenir de l’agriculture irriguée est en question. Ce n’est pas assurément une position très confortable.5 143.5 416. la mise en place de politiques d'économie des eaux est impérative.3 7. Si les prélèvements effectués actuellement apparaissent inférieurs aux ressources totales : 61% (tableau 5) cela ne signifie pas que l'on puisse pour autant les augmenter de façon significative en raison du régime des précipitations et des contraintes liées à la mobilisation des eaux. L’autosuffisance alimentaire est véritablement utopique. Dans ces conditions.4 19. L'exploitation des aquifères fossiles incite à la prudence. version 2 .1 208.3 45.8 30. De l'avis de tous les experts. • enfin les ressources internes au Monde Arabe ne sont que de 132 milliards de m3 : il restera très largement dépendant de ses voisins mieux pourvus pour son alimentation en eau.4 19.2 45. Il n'est que le retraitement des eaux usées qui peut offrir quelques perspectives dans les années à venir.4 Eau agricole 157 143. on pourrait obtenir des gains tout à fait significatifs en luttant contre les multiples aspects de gaspillage des eaux que l'on peut constater. la demande dans les années à venir va les dépasser. 3.8 19. Ces projections font apparaître trois données essentielles : • le quadruplement de la demande urbaine paraît inéluctable mais cela ne signifie pas comme on l’écrit trop souvent que la ville deviendra le plus important consommateur.

Une réduction de 15% du volume d'eau consacrée à l'irrigation permettrait de doubler la quantité disponible pour les citadins et l'industrie. Pour les experts de la Banque Mondiale.I.. Avec une réduction de moitié des pertes d’eau en réseau et une meilleure efficience de l’irrigation. L’eau 39 .25 Nov 2009 équipements : beaucoup de pertes au cours du transport dans les canalisations ou bien par évaporation. de sa tarification est désormais posé en termes pressants par de nombreux experts notamment les spécialistes de la Banque Mondiale dans la logique d’économie libérale du F. beaucoup plus largement qu'on ne le fait à l’aspersion ou au goutte à goutte. Au total pour la plupart des experts des marges de progrès sont possibles.. Dans les villes. les pratiques des paysans. Les charges d'irrigation sont bien supérieures à ce qu'elles devraient être. Le gaspillage de l'eau ne concerne pas que le seul secteur agricole. On pourrait avoir recours. La généralisation de l’aspersion pourrait réduire la consommation d’eau de 20% environ. les États arabes consacrent à l’irrigation environ 11 000 m3 à l’hectare ce qui apparaît très élevé (160 milliards de m3 d’eau sont consacrés à l’irrigation de 14. on pourrait multiplier les rendements avec deux fois moins d'eau. On estime qu'il y ainsi une importante surconsommation. Elle se heurte en Terre d’islam à une autre conception. l'obstacle principal est bien évidemment de changer les habitudes. En estimation globale. la plus utilisée est très forte consommatrice. l’Algérie de 32 %.. ce qui est une autre affaire. Les économies pourraient être substantielles. version 2 .. L'arrosage est trop souvent inefficace : on évalue à 70% la quantité d'eau qui est consommée ou s'évapore en pure perte. En fin de compte toutes ces améliorations sont théoriquement possibles. Les pertes d'eau en réseau sont impressionnantes : 30. jamais réellement prise en compte par les experts.M. l’Egypte de 36%.agricole est de ce point de vue particulièrement concerné. Il faut aussi mettre en cause l'inefficacité des hal-00352860.. L'Afrique du Nord et le Moyen Orient consacrent 88% de leurs ressources en eau à l'irrigation alors que la moyenne mondiale se situe à 67%. les canalisations sont souvent très vétustes et mal entretenues.7 millions d’hectares). La Banque mondiale estime que dans cette région du Monde on dépense beaucoup d'eau pour une faible production. la Tunisie de 27%. L’irrigation par aspersion n’excède pas 21% des terres irriguées en Égypte. L'eau ainsi économisée permettrait de faire face en partie aux nouveaux besoins urbains et industriels. 16% au Maroc et 11% en Tunisie. ils estiment que le Maroc pourrait réduire de 35 % sa consommation actuelle. 40 voire 50%. Le goutte à goutte pourrait améliorer la productivité et réduire encore plus fortement la consommation d’eau jusqu’à 45%. En Syrie le recours aux techniques modernes d’irrigation (aspersion ou goutte à goutte ne concerne que 17 % des terres irriguées. La technique d'irrigation par gravité. le Liban de 27% ! La question du prix de l'eau.

notamment rurales. On pousse à une meilleure gestion de la ressource. Il est vrai que l'eau a été et reste souvent facturée à des prix dérisoires ou même distribuée gratuitement.80F et 0. à une vision plus économiste à une modification de la politique de tarification. Les mentalités évoluent peu à peu chez les responsables.17 dinars alors que son prix de revient s'élève à 0.40F et 6.25 Nov 2009 utilisateurs.10 centimes! Dans les sociétés. dans les villes l'eau est cédée à 0. mais de très gros efforts restent à faire pour faire accepter cette nouvelle conception auprès des hal-00352860.5F. L’irrigation suppose de l’eau à faible coût et en grande quantité. Le marché ne peut vraiment jouer que pour l’eau potable qui ne représente qu’une proportion réduite de l’eau consommée.les revenus sont très bas. L’eau est administrée en terme de distribution et non de conservation et d’économie. Il s'agit de mobiliser des volumes sans cesse croissants pour tenter de satisfaire la demande. En Algérie on note aussi des décalages de même ampleur : le prix de revient de l'eau urbaine est estimé à un équivalent de 3 F le m3. Pendant trop longtemps on est resté attaché à une conception minière de la ressource.64 dinars.“don de Dieu” est considérée comme un bien naturel. Ainsi au Maroc. La pollution : une menace qui ne cesse de s'aggraver 40 . si l'eau d'irrigation est passée de 5 à 25 centimes le m3. pour l'eau d'irrigation l'écart est encore plus considérable : 1. d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient arabe où.70 centimes. inépuisable. De même en Jordanie. La production et la distribution de l'eau sont désormais considérées comme une activité économique. ils sont beaucoup plus difficiles à imposer pour l'eau d'irrigation qui reste souvent gratuite ou bien facturée à un coût bien inférieur à son prix de revient. Dans les stratégies de mobilisation de l'eau l'approche techniciste est partout privilégiée. version 2 . les perspectives d'une réelle pénurie ont conduit les organismes internationaux à agir auprès des autorités pour tenter de modifier cet état d'esprit. Les Tunisiens ne payent leur eau d'irrigation qu'au 1/7e de son coût. cette idée de créer en fait un marché de l’eau est assez irréaliste. l'eau d'irrigation est cédée 10 centimes le m3 alors que l'eau potable est vendue entre 2. Des ajustements tarifaires ont été tentés surtout pour la consommation urbaine. gratuit. elle est vendue à 0. La rareté de la ressource. L’eau a surtout une valeur d’usage qui dépend de son mode d’utilisation.à l’exception de la petite minorité profitant de la rente pétrolière.90F soit 1/3 de son prix de revient. son prix reste encore inférieur de moitié au coût d'entretien du réseau alors que l'eau potable est livrée à 1. Elle ne peut avoir qu’un effet limité : on ne peut pas résoudre les problèmes de l’eau par les lois du marché.

En Jordanie. Surtout la ville et ses usines déversent directement dans le Barada leurs effluents tandis que le pompage excessif entraîne une salinité des eaux. avec la croissance urbaine et industrielle. La multiplication des élevages industriels de volailles est aussi un important facteur de pollution. Cela entraîne une salinisation des eaux. Ces eaux de drainage fortement chargées de nitrates et de sels divers polluent les nappes phréatiques. Le cas de l'oasis de Damas (la Ghouta) est aussi très révélateur (Bianquis 1977). en Palestine. hal-00352860. C'est le résultat d'une croissance urbaine mal maîtrisée (de nombreuses constructions sont illicites). où l'eau de la nappe devient peu à peu impropre à la consommation humaine. leseaux sont rarement traitées et les effluents urbains et industriels se déversent directement dans les rivières ou envahissent les nappes qui servent à l'irrigation ou à l'alimentation domestique. la rivière Zarka reçoit les effluents d'Amman et de ses industries avant de s'accumuler dans le réservoir du roi Tahal et de se déverser dans le canal du Ghor qui permet l'irrigation de la vallée du Jourdain. l'agglomération damascène (plus de 2 millions d'habitants actuellement) assure son alimentation en eau à partir du Barada et en puisant abondamment dans la nappe phréatique privant l'oasis d'une bonne partie de ses eaux. La dégradation agricole de l'oasis est rapide et la Ghouta se meurt. Des essais de recharge des nappes ont aussi été tentés. Le phénomène est aussi apparu sur le littoral libyen et algérien où la nappe de la Mitidja est pénétrée par le biseau salé. En outre. Trois grands facteurs de pollution des eaux renouvelables sont à l'œuvre. La même nappe de la Mitidja subit la pollution provenant des effluents industriels et urbains de l’agglomération algéroise. • La pollution d'origine agricole prend aussi des dimensions inquiétantes. d’un accès facile et peu coûteux sont trop souvent surexploitées et elles peuvent connaître des rabattements importants. La pollution y a atteint un degré gravissime à tel point qu'au cours des années 1988/90 l'utilisation des eaux du barrage a été interdite pour l'irrigation. Les exploitants pompent alors dans les puits les moins profonds de l’eau salée ou saumâtre. Le phénomène est connu à Gaza. une partie des eaux tombant dans l'Anti Atlas ne sont pas drainées par le Barada mais s'infiltrent et assurent la recharge d'une importante nappe phréatique de l’oasis.25 Nov 2009 41 . C’est une évolution catastrophique dont la solution passe par un contrôle rigoureux des nappes et une limitation des pompages. Quand elles sont en position littorale il y appel au vide et intrusion de l’eau de mer : c’est le phénomène du biseau salé des hydrogéologues. alimentée par les eaux du Barada descendues de l'AntiLiban était une oasis fonctionnant en parfaite harmonie avec la ville de Damas. Une fraction importante de la population citadine n'est pas reliée à un réseau d'assainissement: entre le 1/3 et la moitié! Quand il y a un réseau. Les effluents urbains et industriels sont partout à l'origine d'une importante dégradation. La Ghouta. Ce n'est que récemment en 1998 qu'une usine de traitement des eaux a été construite Les nappes phréatiques. A partir des années 50. version 2 . Le drainagedes eaux qui ont servi à l'irrigation est très souvent mal assuré. Les exemples peuvent être multipliés à l'infini.Au cours des dernières années les phénomènes de pollution des eaux ne cessent de s'aggraver et dans maintes régions la situation peut prendre l'allure d'une crise.

2 La position éthiopienne : une sérieuse menace à moyen terme 4.3 Les aménagements successifs au cours de l'histoire hal-00352860. L'impossible aménagement de l'axe nilotique 4. les eaux nilotiques sont 42 .1 Son cours 1. Une gestion plus rigoureuse des eaux 5.3 L'extension des terres cultivées : intensification et bonification 2. les Égyptiens ont construit leur pays. de nos jours.2 Le régime (naturel) du Nil à Assouan 1. Elle reste toujours vraie mais. L'Égypte et le bassin nilotique 1.3 La position soudanienne 5. version 2 . Le barrage insuffisant 3.II.4 Sortir de la vallée du Nil : les nouveaux projets 3. Le fleuve 1.1 De substantielles économies d'eau sont possibles 5.1 Un barrage gigantesque 2. grâce aux eaux abondantes et limoneuses du grand fleuve. Le Haut Barrage d'Assouan et ses implications 2. la formule a été sans cesse répétée depuis Hérodote.25 Nov 2009 2.1 Les gains du barrage annihilés par la croissance démographique 3.2 Les effets d’impact 2.1 Le plan Hurst 4.2 Le recours à des ressources non conventionnelles Pendant des millénaires.2 L'alerte de la récente sécheresse des années 80 4. “L’Égypte est un don du Nil”.

dans les montagnes d’Afrique orientale partagées entre la Tanzanie. En pénétrant au Soudan à Nimulé. Nés de la fonte des glaces et du ruissellement des eaux de pluie. alimentés aussi par de 43 .) sur les pentes du Mont Moujoumbiro au Burundi est issue la Kagéra qui. Deux sources se conjuguent pour donner naissance au Nil. hal-00352860. traverse le lac Kyoga et après avoir franchi les impressionnantes chutes Murchinson. De la source Kasumo (2 050 m. le Nil Victoria se fraye un passage parsemé de nombreuses chutes et rapides.1 Son cours Le plus long fleuve du monde draine sur ses 6 671 km un immense bassin (2 870 000 km2) partagé de façon fort inégale entre 11 pays (Egypte. dans les monts Ruwenzori en Ouganda. Du sud au nord. de bras divergents. au cours impétueux. après avoir reçu un affluent ruandais de rive gauche se jette dans le lac Victoria (1 300 m. est devenu un enjeu géopolitique. de marais. Le Nil. Tanzanie). la zone tropicale avec sa double variante humide et sèche et le désert saharien avant de se jeter dans la Méditerranée. Soudan. parvient au lac Mobutu (ex-Albert). version 2 . le Ruanda.). le Burundi. Kenya. Erythrée. Le fleuve s'étale alors dans la cuvette soudanaise en un lacis inextricable de lacs aux contours mal définis. il devient le Bahr el-Gebel (le "Nil de la Montagne") dont le cours est toujours parsemé de rapides. 1 Le fleuve 1. République Centre-Afrique. le fleuve est alimenté par d'abondantes pluies de régime équatorial (800 à 1200 mm/an). des torrents abondants viennent alimenter la rivière Semliki qui. après avoir traversé les lacs Edouard et George. Rwanda. désormais devenu Nil Albert. L’axe nilotique. d'îles flottantes et d'amas de jacinthes d'eau : c'est la région des Sudd. République démocratique du Congo.aussi revendiquées par d’autres pays riverains. le cœur du Monde Arabe. le Zaïre. Il prend naissance en Afrique orientale dans la région des Grands Lacs. Ethiopie. Burundi. mêle ses eaux au Nil Victoria au sortir du lac Mobutu. Au sortir du lac. Dans tout ce parcours. Ouganda. La seconde source du Nil est localisée à plus de 4 000 m. dévale ensuite vers la cuvette soudanaise.25 Nov 2009 il traverse successivement trois grands domaines climatiques : la zone équatoriale en Afrique orientale. le Kenya et surtout l'Ouganda. Ce n'est qu'à partir de Mongalla à 4 740 km de son embouchure que la pente diminue.

après le confluent. de la dorsale Nil-Congo. A Malakal. au régime comparable. le fleuve reçoit. Au delà de la 6e cataracte. Au delà de Khartoum (à 2 700 km de son embouchure) le Nil trace un gigantesque S qui. des rivières éthiopiennes. mais au débit moins puissant que le Nil Bleu. une rivière permanente et devient. Cette zone mal drainée est immense : 300 000 km2 dans son extension maximale. Il est renforcé par les apports. parvient au Soudan à hal-00352860. le Nil n'est plus qu'à 386 m d'altitude et il lui reste 3 825 km à parcourir. le Bahr el-Ghazal. Ses impressionnantes crues d'été et ses énormes apports de sédiments boueux donnent au fleuve ses caractéristiques essentielles. La Sobat qui draine les eaux du Sud du plateau éthiopien et des marais du Sud-Est soudanais ne modifie que légèrement le régime du fleuve. le Nil Bleu. Ces affluents vont à la fois considérablement augmenter le module du Nil et surtout en modifier le régime. Venu du lac Tana à 1840 m d'altitude. en rive droite. torrentielles et limoneuses.25 Nov 2009 travers des gorges vertigineuses et inaccessibles et fournit au Nil Blanc 59% de son débit. au confluent avec la Sobat. Au nord de cette cuvette. au cœur du massif éthiopien. 44 . version 2 . le Nil Blanc qui pénètre dans une zone tropicale semi-aride puis aride. Pendant 800 km jusqu'à Khartoum. en rive gauche.nombreux organismes fluviaux issus. L'évaporation y est intense : 14 milliards de m3 sont perdus chaque année : plus de la moitié du débit du fleuve. le fleuve ne reçoit aucun affluent. le Nil reçoit son dernier affluent l'Atbara (13% du débit). Il roule ses eaux tantôt bouillonnantes tantôt apaisées dans une vallée souvent étroite et encaissée (les 6 cataractes) mais dont les berges peuvent aussi s'élargir. à travers le désert le conduit jusqu'à la frontière égyptienne. la plus en amont. en rive gauche.

version 2 .25 Nov 2009 Figure 8 – Le bassin du Nil : débit naturel et aménagement 45 .hal-00352860.

Les extrêmes enregistrés ont été de 150 milliards de m3 en 1878 et 34 seulement en 1987 (soit un rapport de 1 à 4.se partagent entre 9 bras principaux enserrant un delta de 24 000 km2 entre les bouches des branches de Rosette et Damiette. à l’enrée en Egypte. indifférent au désert. 1. une véritable submersion de la vallée qui intervient à un bon moment : au cœur et à la fin de l'été.2 Le régime (naturel) du Nil à Assouan Le débit des eaux est impressionnant de régularité dans les rythmes des crues sinon dans leur volume. Le module moyen annuel. Le fait essentiel est la «crue» du Nil. les eaux résiduelles -le 1/3 des eaux de la partie supérieure. La dernière cataracte est franchie peu après l'entrée en territoire égyptien à Assouan. Peu après le Caire.Figure 9 – Profil longitudinal du Nil hal-00352860. Le débit en mai est de 520 m3/s. puissant et majestueux. Le fleuve est à 87 m d'altitude alors qu'il lui reste encore 1 180 km à parcourir. Entièrement domestiqué. il 46 . le Nil coule dans une vallée encaissée d'une centaine de mètres qui canalise la crue.4). Les irrégularités de l'écoulement d'une année à l'autre peuvent être importantes.25 Nov 2009 Le cours du Nil se prolonge par une ultime et longue traversée du désert : 2 700 km dont 1 250 km en territoire égyptien.Le Nil ne cesse de s’affaiblir pendant son parcours égyptien : il n’est plus que de 2000 m3/s au Caire. version 2 . est de 84 milliards de m3/an soit 2 700 m3/s (il est faible si on le compare aux 6 000 milliards de m3 de l'Amazone aux 1 400 du Congo ou aux 600 du Mississippi!).

25 Nov 2009 simples. un des spectacles les plus charmants au Monde. version 2 . Tous ces travaux ne pouvaient être réalisés par de petites communautés villageoises : ils sont l'expression géographique d'un État 47 .monte à 8 500 m3 en septembre (rapport 1 à 16). consul de Louis XIV au Caire La retombée des eaux est rapide (3 000 m3/s en novembre) puis elle se ralentit selon une courbe décroissante. est. la période des hautes eaux le fleuve charrie les 2/3 du total annuel. Dans l'ensemble. La scène change à la fin de novembre. sans contredit. soit pendant près de 8 mois. La communication se fait par bateau et ce n'est pas un médiocre agrément de voir tout le pays couvert d'un nombre infini de ces maisons flottantes. Enfin. d'où s'élèvent des villes et des bourgades sans nombre qui n'ont de communication entre elles que par des chaussées. pour l'essentiel. le Nil se présente comme un fleuve aux pulsations hal-00352860. La montée des hautes eaux s'effectue en une cinquantaine de jours tandis que la redescente en exige près de 80! Au cours des trois mois d'août. puissantes et raisonnablement régulières. le Nil est alimenté par les affluents venus. Leur superficie varie de 400 à 17 000 ha. septembre. N'échappaient à l'inondation que les levées de terres et les collines artificiellement exhaussées sur lesquelles se blottissent encore la plupart des villages. et octobre. l'élévation du plan d'eau était de 8 à 10 mètres à Assouan. Du haut de ces montagnes (les rebords du plateau qui enserre la vallée) on découvre une vaste mer. en rive droite.3 Les aménagements successifs au cours de l'histoire L'irrigation traditionnelle depuis l'Antiquité s'effectuait par les hods ou bassins d'irrigation qui fournissaient de l'eau durant 3 à 4 mois après l'inondation. Alors les yeux se promènent sur une universelle qui au mois d'avril fait place aux moissons" De Maillet. Pluies tropicales Pluies tropicales Pluies tropicales Pluies équatoriales Nil Bleu Sobat Atbara Bahr el-Gebel 59 14 13 14 68 5 22 9 1. dans le temps de l'inondation. "La vue de l'Égypte. Les hods sont des casiers à fond nivelé. Les hods sont normalement organisés en chaîne : ils dépendent les uns des autres et sont alimentés par gravité. de l'Éthiopie : ils fournissent environ 86% du débit annuel et participent à 95% à la crue. La période où le débit est inférieur à la moyenne de l'année s'étend de la mi-novembre à la fin de la première décade de juillet. Les bassins terminaux de la chaîne ont des superficies beaucoup plus vastes afin d'amortir les excédents éventuels de la crue. Avant les aménagements récents. 6 à 8 mètres au Caire. alimentés par des canaux branchés sur le Nil.

Au cours du XIXe siècle. Mais. et d'assurer un écoulement satisfaisant dans les canaux d'irrigation. Il existait. les progrès sont insuffisants : une grande partie des eaux de crue s'écoule vers la mer pendant les hautes eaux et le déficit du printemps et de l'été n'est pas comblé. de réaliser et de maintenir une œuvre gigantesque d'intérêt général. une "administration des canaux des bas cantons". Aussi n'est-il pas étonnant que l'Antiquité ait connu une administration spécialisée.centralisé capable de penser. Nag el Hammadi (1930).). un "scribe chargé des canaux". Les surélévations de 1912 et 1933 portent la retenue de 1 à 5 milliards de m3.). Le barrage laisse filer le plus fort de la crue car sa capacité de stockage est trop faible. d'améliorer ainsi l'alimentation des hods. Cette capacité ne permet d'assurer ni une régularisation interannuelle ni l'extension souhaitée des superficies irriguées. On vise alors à édifier des barrages-réservoirs. La submersion de chaque bassin dure de 40 à 70 jours. Le delta est d'abord équipé : un double barrage à son apex commande les branches de Damiette et de Rosette. il ne retient que les eaux de fin de crue. C'est dans ces bassins que se dépose le limon avec la décrue. vis d'Archimède etc. Après le retrait des eaux on pratiquait : • une culture d'hiver dite chetoui de céréales. un temps nécessaire pour que l'eau imprègne le sol. Plus en aval. un "chef du grand bras du Nil". Ils permettent de relever le plan d'eau. Esna (1909). A partir de 1861 sont édifiés des barrages sans stockage afin de distribuer l'eau sur une aire plus vaste. version 2 . Assis sur le granite de la première cataracte. Un grand nombre d'engins élévatoires permettaient d'atteindre la nappe phréatique le long des hal-00352860. le vieux barrage d'Asssouan est construit au début du siècle (1902). Le Nile Water Agreement de 1929 détermine les 48 .. fourrages ou légumineuses (les cultures directement liées à la crue et à la submersion de la vallée sont les cultures nili. sâqayé ou chaîne à godets. Idfina et Farasquour. C'est alors que sont envisagés des projets de correction conçus à l'échelle du bassin : des négociations difficiles sont conduites avec le Soudan. Dans la vallée proprement dite sont achevés successivement les barrages de dérivation d'Assiout (1902).25 Nov 2009 berges du fleuve et de prolonger l'irrigation longtemps après la décrue (châdouf ou puits à balancier. • puis une jachère charaqî où la surface du hod mise à nu se craquelle en d'innombrables fissures de dessiccation constituant autant de voies d'accès pour l'eau limoneuse lors de la crue suivante. de notables innovations techniques permettent d'étendre considérablement la période d'irrigation rendue nécessaire avec l'extension de la culture du coton. faiblement chargées en limons ce qui permet une redistribution des eaux pendant la période de maigre. sont édifiés les barrages de Zita.

l'irrigation pérenne n'est pas généralisée. avec sa retenue de 800 millions de m3.volumes d'eau attribués à chacun des deux pays (48 milliards de m3 pour l'Égypte. pendant les crues. version 2 .25 Nov 2009 49 . 4 pour le Soudan) et prohibe la construction sur le fleuve de tout ouvrage susceptible d'altérer ou de diminuer la valeur de l'écoulement naturel mesuré à l'entrée du territoire égyptien. l'eau dont a besoin l'agriculture soudanaise mais en contrepartie. édifié sur le Nil Blanc (1937). La crue n'est pas entièrement stockée. Toutefois la mobilisation des eaux enregistre un relatif insuccès dans la mesure où l'aménagement n'est pas complètement maîtrisé. hal-00352860.5 milliards de m3). Le barrage de Sennar. Gebel Aulia (3. le Soudan renonce à tout prélèvement pendant la période de maigre entre janvier et juillet. permet de stocker. compense les effets du barrage de Sennar : il retient la crue de la Sobat et permet de soutenir le débit du Nil en Égypte d'octobre à février. Dans le cadre de cet accord sont construits deux barrages de régulation au Soudan. sur le Nil Bleu.

25 Nov 2009 Figure 10 – Le système d’irrigation en Egypte avant la construction du Haut Barrage d’Assouan (d’après Birot & Dresch. version 2 .hal-00352860. 1953) 50 .

de l'envasement prévisible sur 500 ans (31 km3) si bien que le volume utile se réduit à 90 km3. Sadd el ali est un barrage poids de 3600 mètres de long. 980 mètres d'épaisseur à la base.2. En 1958. on tient 51 . Dans cette période de décolonisation. le haut Barrage devient symbole de la lutte contre le néo-colonialisme et un chantier du socialisme.25 Nov 2009 en 1956 à la réalisation du barrage (les droits de péage serviront à son financement). En quête de moyens de financement. le haut barrage d'Assouan ou Sadd el ali a une portée qui dépasse de loin le plan économique. C'est une grandiose entreprise dans laquelle s'est identifié le nouveau régime mis en place après le renversement de la monarchie par les Officiers libres en 1952. version 2 . Son réservoir s'étend sur plus de 500 km en amont et constitue le lac Nasser de 12 km de large et d’une superficie de 6500 km2 (soit 11 fois celle du Léman). l'URSS propose à l'Egypte son aide financière et technique. Les paramètres d’exploitation du barrage d’Assouan de la base à la cote 147 : stockage des sédiments sur 500 ans : 31 km3 de la cote 147 à 175 : capacité utile de 90 km3 de la cote175 à 182 : capacité de stockage des crues : 41 km3 196 : cote maximale Le volume de la retenue est impressionnant: 162 km3 : on voulait pouvoir stocker une quantité égale au double de la crue moyenne annuelle. Si. Le Haut Barrage d'Assouan et ses implications De nombreux projets ont été élaborés tout au long du XXe siècle afin d’assurer une capacité de stockage autorisant une irrigation pérenne en Egypte. 111 mètres de haut. Nasser lie formellement la nationalisation du canal de Suez hal-00352860. 2. Il faut tenir compte notamment des nécessités de stockage des crues (41 km3).1 Un barrage gigantesque A l'époque où il a été construit il faisait partie des grands travaux mondiaux. Le projet retenu. l'Egypte essuie un refus de financement de la BIRD car les Américains ne veulent pas apporter leur caution. 40 mètres au sommet. Mais tout n'est pas utilisable. dans ce total. En 1955. Ancré sur une étroite gorge granitique. à 7 km en amont du premier barrage d’Assouan.

compte de l'évaporation et des infiltrations. octobre. Avec le barrage. La polémique a aussi été vive à propos de la perte des limons. d’un mythe. On estime le volume évaporé à près de 12 km3-an. un régime artificiel avec de très faibles variations interannuelles se substitue au régime naturel du fleuve marqué par l’importance de la crue d’août. version 2 . l'eau effectivement disponible n'est plus que de 74 km3/an partagés selon un accord international entre le Soudan (18. Il permet grâce à sa capacité de stockage d’effectuer une péréquation entre années excédentaires et déficitaires. le niveau de l’eau est non seulement relevé mais reste stable toute l’année.5 km3) et l'Egypte (55. Le régime du Nil s’en trouve profondément modifié. Le Lac Nasser sous le climat désertique joue le rôle d’une gigantesque machine évaporatoire. il est inauguré en 1971 mais n’entre en pleine production qu’en 1975. La dérivation du Nil est réalisée en 1964. Cela entraîne une légère salinisation des eaux qui passe de 160 à 225 mg/litre. En aval du barrage.5 km3). il s’agissait.2 Les effets d’impact La réalisation du barrage a entraîné de très vives polémiques. On redoutait de nombreux effets négatifs. septembre. Cette perte a été compensée par des apports d’engrais. les travaux du barrage proprement dit s’engagent. La masse déposée dans la vallée et le delta ne dépassait pas 16 millions de tonnes. L’investissement est énorme : 450 milliards de livres égyptiennes.42 ha) soit 35% de la superficie irriguée.25 Nov 2009 l’amélioration de la navigation la production d’électricité 2. 52 . désormais retenus par le barrage et auxquels était liée la fertilité traditionnelle de la terre égyptienne. On estime que 2 500 000 feddans seraient atteints (1 feddan=0. Pourtant ce n’est pas là la cause essentielle de la salinisation des sols que l’on a pu constater en Egypte. il est possible de faire le point avec sérénité. Comme dans tous les grands ouvrages du genre. En fait. en partie. 125 étaient étaient concentrées pendant les trois mois de la crue et gagnaient directement la mer. Après un quart de siècle d’exploitation. trois buts sont recherchés : l’extension des superficies irriguées hal-00352860. Sur les quelque 135 millions de tonnes de matières en suspension apportées annuellement par le Nil. La remontée des eaux entraîne des difficultés de drainage et conduit à une salinisation des terres notamment dans le delta.

Actuellement le barrage fournit 20% de l’électricité du pays. Il est. sa puissance installée de2. La centrale électrique associée au barrage a considérablement amélioré le bilan énergétique du pays. désormais beaucoup moins chargées. il avançait. difficile de mesurer les effets de cette reprise d’érosion (1. Les prises des pêcheries traditionnelles ont notablement diminué dans le delta et en Méditerranée à partir de la fin des années 60. Mais parallèlement une compensation a été réalisée grâce à la très forte production de lac Naser qui compte pour 10% dans les prises nationales Il y a eu une nouvelle répartition des activités halieutiques sans que le bilan global soit affecté. vers parasites. dans les canaux d’irrigation. des canaux d’irrigation. ne peuvent eêtre détruites que par un assèchement prolongé. ont été sérieuses. Autrefois la crue nettoyait les canaux d’irrigation. jusque là.25 Nov 2009 auprès des fellahs qui restent beaucoup plus longtemps.1 millions de kw autorise une production annuelle de 10 milliards de kw/h d’éléctricité (en 1960. jambes nues. Elle conduit à une aggravation de la bilharziose hal-00352860. ni du point de vue technique ni du point de vue financier.7 cm/an pour certains). l’Egypte n’en produisait que 7 !). Avec un équipement de douze turbines. La situation paraît critique dans la région de Rosette mais on peut y remédier par des travaux qui. Il existe également une menace d’invasion de l’eau de mer dans les nappes aquifères du delta. une activité en plein essor en Egypte. Grâce au barrage. il est désormais possible de maintenir tout au long de l’année le débit du fleuve au seuil minimal pour permettre la navigation. Les bilharzies. Les eaux du fleuve. Par contre.On constate une réelle reprise d’érosion tout au long de la vallée. ils ne se feront sentir qu’à l’échelle séculaire. version 2 . Les conséquences de la construction du barrage sur la pêche. l’usine d’aluminium de Nag Hammadi et l’aciérie d’Hélouan. 53 . L’arrêt des mouvements naturels du Nil a favorisé l’accumulation des eaux stagnantes. Il alimente directement trois de ses bases industrielles : l’usine d’engrais azotés d’Assouan. sont hors de portée. Le littoral recule alors que. retrouvent un potentiel érosif d’autant plus que le débit reste relativement constant tout au long de l’année. pour l’instant. L’activité touristique. les ruptures d‘équilibre constatés sur le littoral sont bien effectives Il y a une réelle reprise de l’érosion sur les berges du delta où l’action de la mer n’est plus compensée par les apports alluviaux provenant du Nil. fondée essentiellement sur les croisières sur le Nil a connu ces dernières années un essor considérable : plus de 300 bateaux-hôtels sillonnent le grand fleuve. d’au moins trois semaines.

Pourquoi un tel décalage? 54 .2.26 0. Cette conquête des terres nouvelles a été irrégulière et a beaucoup varié selon les circonstances. La progression de la superficie cultivée est loin de suivre celle de la bonification.69 0.3 L'extension des terres cultivées : intensification et bonification L'amélioration de la production agricole constitue l'objectif essentiel du barrage. "l'extension verticale" des terres selon l'expression des agronomes égyptiens est désormais acquise. on estime que la superficie cultivée n'est que de 7 000 000 feddans soit un gain de 1 100 000 feddans depuis 1960. il n'existe pas de contrainte thermique pour les cultures. sous le climat égyptien. c'est à dire les opérations de bonification.11 0. version 2 . L'évaluation des progrès enregistrés depuis 1975 peut s'effectuer selon deux critères. Toutefois terre bonifiée ne signifie pas terre cultivée. En dépit d'une incontestable lourdeur bureaucratique des résultats positifs ont été acquis : 2 300 000 feddans ont été bonifiés jusqu'en 1993.22 0. la superficie récoltée est le double de la superficie cultivée. généralisation de l'irrigation pérenne et conquête de nouvelles terres agricoles (bonification). de conquête de nouvelles terres est une entreprise beaucoup plus complexe. Le mouvement se poursuit actuellement et on avance le chiffre de 2 800 000 feddans. hal-00352860.14 0. Elle est organisée par l'État qui traditionnellement détient la propriété des terres désertiques. Dans les statistiques égyptiennes. Il y a eu.48 0. En 1998.10 totale en.18 Tableau 10 : Évolution des superficies cultivées en Egypte de 1907 à 1998 "L'extension horizontale".39 0.000 1907 1960 1980 1990 2000 5374 5900 5820 6223 7500 fed/hab. en même temps. Cette extension verticale des terres cultivées équivaut à la mise en culture de 1 000 000 de feddans nouveaux.22 0.000 7595 10200 11135 12100 13900 fed/hab. 0. 0.25 Nov 2009 Chaque parcelle peut porter deux parfois trois récoltes/an. L'eau est disponible toute l'année et. La généralisation de l'irrigation pérenne. Année Superficie cultivée en feddans Superficie récoltée en feddans totale en.

Il y a des terres qui ne sont pas destinées à la culture mais à des infrastructures : routes. 850 000 feddans qui ont été "mangés" par une croissance urbaine et villageoise mal contrôlée. La terre conquise doit être amendée. en outre. version 2 . l'argile utilisée en quantité par les briqueteries réduisent aussi le terroir agricole. notamment celle du Caire.Toutes les terres bonifiées n'ont pas été distribuées. La croissance des villes. qui ne s'effectue pas sur les espaces désertiques mais dans la vallée. D'une façon globale on estime que depuis 1960 c'est. Ces opérations peuvent exiger plusieurs années. canaux. un sol agricole doit être constitué. Surtout il s’écoule un grand laps de temps entre la conquête de la terre et la mise en culture.25 Nov 2009 55 . hal-00352860. Il faut. les extensions villageoises. sans doute. défalquer du bilan les terres agricoles perdues en raison de la salinisation et de la progression de l'urbanisation.

version 2 . 1998) 56 .hal-00352860.25 Nov 2009 Figure11 – Espace cultivé ou en cours de bonification en Egypte (d’après Ayeb.

le canal de la paix 57 . En Haute Égypte. notamment sur ses marges et au nord. en 1990. cette politique est abandonnée et les terres bonifiées sont mises en valeur dans hal-00352860. Deux périmètres ont été aménagés (150 000 feddans) à Esna et surtout Kom Ombo. la majeure partie des terres bonifiées appartiennent à la Nouvelle Nubie où ont été recasés 55 000 Nubiens dont les 36 villages ont été submergés par le lac Nasser.4 Sortir de la vallée du Nil : les nouveaux projets L'extension des nouvelles terres se poursuit actuellement à l'est du delta. acheminera vers le Sinaï l'eau captée de la branche de Damiette. Après un passage en siphon sous le canal de Suez.25 Nov 2009 le cadre de grandes exploitations modernes privées ou parapubliques La répartition géographique fait apparaître la prépondérance du delta. La bonification a.L’utilisation des terres bonifiées entre 1952 et 1970 Sur les 912 000 feddans bonifiés entre 1952 et 1970 : •139 000 sont utilisés pour les infrastructures (15%) •sur les 773 000 restants (85%) •40% produisent suffisamment pour faire vivre les colons •28% sont cultivés à perte •12% sont abandonnés •20% ne disposent pas des infrastructures nécessaires La distribution des terres a permis la mise en place d'une politique de colonisation pendant la période nassérienne : 400 000 feddans ont été distribués à 110 000 familles installées dans des lots de 2 à 5 feddans. Le transfert de population a été effectué dans le cadre d'un projet global qui devait améliorer les conditions de vie matérielle et sociale des Nubiens. Le canal as-Salam. Un projet d’envergure déjà ancien est en chantier. Depuis la décennie 1970. Les colons sont regroupés en coopératives de bonification. pour l'essentiel. Les terres bonifiées en 1991 représentent 20% de la superficie du delta (environ 1 300 000 feddans récupérées pour les 2/3 sur le désert et 1/3 sur les marécages) mais 1 000 000 de feddans seulement sont réellement cultivés. version 2 . La deuxième phase du projet est en exécution depuis 1994. 2. a permis d'entreprendre les travaux de la première phase qui achemine l'eau sur 84 km jusqu'au canal de Suez et a autorisé la conquête de 200 000 feddans. Un don saoudien. permis d'étendre les superficies cultivées dans le delta : soit par aménagement après désalinisation des marécages soit par conquête de nouvelles superficies sur le désert. canal de la paix.

Plus de la moitié des terres seront attribuées à de grandes compagnies d'investissement sous la forme de lots de plus de 500 feddans. sans aucun doute. Le pays pourrait. jusqu'à El Arish. aspersion pour les céréales devraient permettre une répartition optimale des ressources en tranchant radicalement avec les techniques de submersion des parcelles qui prévaut sur les vieilles terres de la vallée du Nil. L'innovation tient moins à la conquête proprement dite de nouvelles terres qu'aux techniques qui seront mises en œuvre pour leur utilisation : goutte à goutte pour les cultures arbustives. C'est peut être 2 à 3 millions de feddans qui pourraient être conquis à un horizon de 20 ou 30 ans. El Bahira. un second canal est en cours d'exécution. celui de la Nouvelle Vallée. Il est financé par l'émirat d'Abou Dhabi et porte le nom de Cheikh Sayed. L'Égypte dispose-t-elle des quantités d'eau nécessaires pour mener à bien l'opération? Elle nécessitera 4 milliards de m3 d'eau : 2 proviendraient du Nil. Le projet de la Nouvelle Vallée exigerait s’il était conduit à bien un prélèvement de 5 km3 58 . semble-t-il répondre à cette nouvelle demande mais s'ajoute plus récemment la mise en chantier d'un nouveau projet.25 Nov 2009 de la Péninsule par 3 millions de personnes (elle ne compte actuellement que 350 000 habitants) et la création de 27 agglomérations nouvelles. sur 155 km. Le projet de la Nouvelle Vallée est avancé depuis plus de 25 ans. 2 de la récupération d'eaux de drainage que l'on mélangerait à l'eau douce. Le projet avance. En l'état actuel l'Égypte ne dispose pas de suffisamment d'eau pour mener à bien tous ces projets et doit impérativement songer à la mobilisation de nouvelles ressources. version 2 . El Dakhla. la question du volume d'eau disponible. Les travaux de creusement du canal de Touchka ont débuté en 1997. qui posera. serres pour les productions maraîchères. Dans une première étape. point de départ du canal définitif vers les oasis de Kharja et Dakhla. On songe aussi à l'utilisation massive de l'eau de l'aquifère de Nubie. Il s'agit de mettre en culture toute la zone où s'égrène un chapelet d'oasis à l'ouest de la vallée du Nil (El Kharga. en parallèle au canal de Suez. Ce canal relie le lac Nasser par une prise d'eau à 170 km au sud d'Assouan. Actuellement ces oasis sont alimentées par une nappe souterraine. Ces deux ouvrages devraient permettre la bonification et l'irrigation de 500 000 feddans supplémentaires (dont 400 000 pour le Nord Sinaï). on songe à mettre en valeur 500 000 feddans qui exigeraient un apport d'eau en provenance du Nil. El Farafra. Le projet national pour le développement du Sinaï prévoit le peuplement hal-00352860.devenu canal Cheikh Jaber (le Fonds koweïtien de développement finance les travaux!) conduira les eaux du Nil. Swa) qui jalonnent un ancien tracé du Nil. à une dépression située à 25 km où sera aménagé un lac artificiel de 120 milliards de m3. elle est insuffisante et il faudrait la recharger par un apport des eaux du Nil pour conduire l'entreprise à bien. Complétant le dispositif.

Le barrage insuffisant Ce projet gigantesque. 3. elle a diminué de moitié 59 . la population pourrait se stabiliser à 122 millions d'habitants autour de 2040/2050.25 Nov 2009 3. ils seront vraisemblablement 96 millions en 2025. construit à l'échelle du pays entier il y a un quart de siècle. Selon les projections démographiques de l'ONU.7 de la réutilisation des eaux de drainage 2.9 de pompages dans la nappe phréatique du delta et de la vallée Consommation environ 62 milliards de m3 eau potable : 3.Ces deux projets posent la question de leur crédibilité.1 milliards de m3 dont 55.6 milliards de m3 maintien des eaux du fleuve fin janvier-début février (nettoyage des canaux) p production d'électricité et la navigation : 4 milliards de m3 Besoins en eau en 2025 : 118 km3 dont 95 pour le secteur agricole hal-00352860.8 milliards de m3 eau pour l'irrigation : 51.7 milliards de m3 eau industrielle : 2. en dépit des progrès réalisés. la superficie agricole par habitant se réduit d'année en année telle une peau de chagrin! Entre 1960 et 1998. on dénombre 78 millions d'Égyptiens. l'Égypte était un pays de 30 millions d'habitants. version 2 . 4.1 Les gains du barrage annihilés par la croissance démographique Lors du lancement de la construction du barrage d'Assouan. en 2009. Les perspectives les plus réalistes laissent entendre que l’Egypte a peu de chances d e voir sa dotation en eau augmenter à supposer même que cette dotation ne vienne pas à diminuer ! Consommation annuelle d’eau Eau disponible : 63.5 du Nil. Avec un tel rythme d'accroissement. Où trouver le financement de travaux gigantesques ? Où trouver les 9 ou 10 km3 d’eau nécessaires à leur utilisation. se révèle aujourd'hui insuffisant face à la croissance démographique et aux risques de sécheresse.

Le recours à de massives importations (3 à 4 milliards de $ par an) est un facteur de déstabilisation de la balance commerciale (plus du quart du montant total des importations). version 2 .25 Nov 2009 en % Blé maïs Riz sucre poulet 1960 66 nd 124 118 nd 1986/87 22 66 100 52 31 75 1988/89 31 75 101 61 20 68 1989/90 37 77 105 65 23. la crue. Depuis la mise en eau du barrage d'Assouan. les disponibilités du pays n'ont pas augmenté. Alors qu'il s'engageait dans ce gigantesque effort de bonification.: de 0.11! En dépit des incontestables progrès de l'agriculture. En raison du croît démographique. De 1985 à 1990. 3. de conquêtes de terres nouvelles. sans les réserves du lac Nasser. L'alerte de la récente sécheresse des années 80 De 1979 à 1988. aurait permis l'irrigation de 5 millions de feddans sur les 60 .2. ne peut plus compter que sur 790 m3 en 2007 et seulement 605 en 2025 !. les importations moyennes de produits alimentaires ont été de 10 millions de tonnes/an soit 200 kg/hab/an! L'augmentation des volumes importés est spectaculaire : en 1990. la dépendance alimentaire ne cessait d'augmenter. un Égyptien qui disposait de 1604 m3 d'eau/an. et d'une orientation vers les cultures vivrières aux dépens du coton le pays ne peut faire face à une demande alimentaire en très forte augmentation. Actuellement. Le débit du Nil s’en et ressenti : il a été inférieur de 33% à la moyenne ! Les apports du Nil ont été insuffisants et il a été nécessaire de puiser dans les réserves du lac Nasser. l'Égypte achète 4 fois plus de céréales qu'en 1960 pour un coût dix fois supérieur!.22 feddan.5 78 1990/91 45 89 107 68 44. elle est passée à 0. hal-00352860. en même temps. le secteur agricole ne peut satisfaire que la moitié de la demande.5 nd huile végétale 105 Tableau 11 : Évolution de quelques ratios d'autosuffisance alimentaire en Egypte Autant dire que l'effort doit être poursuivi mais. En 1984. de sérieuses alertes apparaissent pour les disponibilités en eau. L'Égypte est un très gros importateur de céréales (3e au monde) : 8 millions de tonnes en moyenne annuelle au cours de la présente décennie. l'Afrique orientale a connu des précipitations inférieures à la moyenne.

Le calcul théorique montre que la capacité du réservoir capable à la fois de fournir un volume d'eau inchangé pour une année très déficitaire et de retenir la crue centennale devrait être de 300 milliards de m3 en tenant compte des pertes normales dues à l'infiltration et à l'évaporation. Ainsi avec les 162 milliards de m3 du lac Nasser on se trouve loin du compte. la discussion est rendue d'autant plus difficile que le droit international est très imprécis 61 . Les propositions des techniciens ont été formulées dans ce qu'il est convenu d'appeler le plan Hurst : • sur le Nil Blanc : le réservoir pluriannuel du Lac Albert en Ouganda et. Il n'en demeure pas moins que le problème obère l'avenir : on note en effet une baisse tendancielle de l'alimentation du Nil. le creusement du canal de Jongleï. le barrage actuel ne peut plus assurer la sécurité de l'approvisionnement en eau du pays. très rapidement.25 Nov 2009 4. l'élévation du barrage de Rosières au Soudan • sur le Nil en aval de Khartoum : le barrage de Mérowé à l'emplacement de la 4e cataracte Mais la situation politique et économique est loin d'être favorable à la réalisation d'un tel ensemble qui suppose l'accord de 9 pays riverains (300 millions d'habitants) et notamment celui des trois pays les plus concernés : Égypte. En début 1988 il ne restait que 7 milliards de m3 de réserves utiles et le niveau du réservoir s'était abaissé jusqu' à la cote 150! Par bonheur les fortes pluies soudanaises de l'été sont venues mettre un terme à cet enchaînement de la sécheresse. 4. Il est donc nécessaire d'aménager l'ensemble du bassin. Aucun site ne convient pour l'établissement d'un tel ouvrage dans la vallée du Nil.1 Le plan Hurst Cette situation n'a pas surpris les techniciens. version 2 . En outre.11 récoltés. Éthiopie et Soudan (160 millions d'habitants). L'impossible aménagement de l'axe nilotique hal-00352860. au Soudan : le réservoir à capacité saisonnière de Nimule. De toute évidence en raison de la pression démographique et des variations climatiques. la retenue deviendrait insuffisante. Avant même d'entreprendre la construction du barrage. le barrage de Gambela • sur le Nil Bleu : le réservoir de stockage pluriannuel du lac Tana en Éthiopie. on pensait que.

grands fleuves et pays riverains En droit international.25 Nov 2009 4. Les fleuves interna sont définis uniquement comme des cours d'eau qui. s'écoulant dans un collecteur commun. En 1970. eaux de surface et eaux souterraines comprises. des nouvelles technologies. en vue du développement progressif et de la codification de ce droit». dans leur cours navigable. s'écoulant dans un collecteur commun" • "Tout État du bassin a droit sur son territoire à une part raisonnable et équitable à l'utilisation avantageuse des eaux du bassin de drainage international" • "La détermination de ce qu'est une part raisonnable et équitable se fait à la lumière de tous les facteurs pertinents dans chaque cas particulier" En l'absence de toute convention internationale ces principes sont l'objet d'interprétations qui varient en fonction des intérêts des États. Un premier projet a été présenté en 1992 avec les principes suivants • La définition du bassin de drainage : "un bassin de drainage international est une zone géographiq s'étendant sur deux ou plusieurs États et déterminée par les limites de l'aire d'alimentation du systè hydrographique. Droit international. traversent des territoires dépendant de plusieurs États. du développement économique. version 2 . de la concentration urbaine. l'Assemblée générale de l'ONU a chargé la Commission du Droit international d'entrepren «l'étude du droit relatif aux utilisations des voies d'eaux internationales à des fins autres que la navigation. C'est ainsi qu'Addis Abeba invoque le que le Nil n'est pas navigable sur toute sa longueur pour lui refuser le statut de fleuve international q l'inverse. La position éthiopienne peut se résumer ainsi : ne rien accepter 62 . Seule la navigation internationale régie par la Convention de Barcelone (1921).pour le partage des eaux des fleuves ou des nappes souterraines entre deux ou plusieurs États souverains. il n'existe pas de régime uniforme qui organise le partage de l'eau des fleuves ou des nappes souterraines entre deux ou plusieurs États riverains. l'Association de Droit international réunie à Helsinki a défini la notion de "bassin de drainage international" comme une zone géographique s'étendant sur deux ou plusieurs États et déterminée par les limites de l'aire d'alimentation du système hydrographique. Les travaux sont difficiles et n'ont pas encore abouti.2 La position éthiopienne : une sérieuse menace à moyen terme L'État éthiopien considère comme nuls et non avenus les accords de partage des eaux du Nil entre le Soudan et l'Égypte de 1959. Ces règles sont aujourd'hui insuffisantes et inadaptées en raison de la multiplication des usages de l'eau. Il ne reconnaît pas au Nil le statut de fleuve international et tend à exploiter unilatéralement le Nil Bleu et les affluents qui prennent naissance sur son territoire. En 1966. eaux de surface et eaux souterraines comprises. Il refuse d'envisager une quelconque politique hydraulique commune entre les autres États riverains. ne fait pas de doute pour l'Egypte. hal-00352860.

Mais rien n'est entrepris pour des raisons politiques et économiques. L'Éthiopie fait valoir que. sur le Nil Bleu a une capacité de retenue de 3 milliards de m3. Elle fait tout pour empêcher la réalisation de projets qui se transformeraient en droits acquis. achevé en 1966.3% du débit correspondant. le développement des superficies irriguées apparaît inévitable. est confronté à de très graves séquences de sécheresse. si plus de 80% des débits du Nil égyptien se forment sur son territoire.2 milliards de m3 autorise l'irrigation du périmètre de la Nouvelle-Halfa où se réinstallent 50 000 Nubiens 63 . Il permet une extension de l'irrigation dans la Gézira et la production d'électricité pour alimenter Khartoum. (Egypte. Roseires. version 2 . Le pays qui compte 82 millions d’habitants en 2009 et frôlera en 2025 les 110 millions et 150 en 2050 (il sera alors plus peuplé que l’Égypte). ne rien leur accorder tant que le pays n'a pas réalisé ses propres projets. 4. A plus long terme.3 La position soudanienne Le Soudan est lié à l'Égypte par l'accord de 1959 négocié après la décision de construire Assouan. dans la décennie 60 deux importants barrages réservoirs. Le potentiel d’irrigation des rivières éthiopiennes est estimé à 3 500 000 hectares. Si ces plans venaient à exécution ils exigeraient un prélèvement important sur les eaux du Nil ce qui serait une catastrophe pour le Soudan et l'Égypte. Sa retenue de 1. seules 4.des États de l'aval.25 Nov 2009 l'aménagement du réservoir de stockage pluriannuel (7.5 milliards de m3 ce qui lui a permis de construire. Dans ce cadre. elle n’utilise actuellement que 0.5 milliards de m3) du lac Tana. Elle reste opposée à toute entreprise d'aménagement hydraulique commune du Nil tant qu'un nouveau partage des eaux n'est pas négocié entre les trois États principaux de la vallée. Pour faire face à ce défi menace. le Soudan dispose d'une dotation de 18. les prévisions sont beaucoup plus impressionnantes : elles portent sur 1 500 000 hectares! Irriguer une telle superficie supposerait un diminution en aval d’environ 9 milliards de m3 annuels ce qui diminuerait de 16% les volumes reçus annuellement par l’Egypte. Ethiopie).6 % de ces surfaces sont irriguées ! Les projets actuels retenus par l'Éthiopie prévoient la bonification d'environ 90 000 ha dans le bassin versant du Nil Bleu grâce à hal-00352860. sur l'Atbara a été achevé en 1964. Soudan. Khashm el Girba. Pour l’instant l’Ethiopie voit toutes ses demandes de financement international de barrages systématiquement refusées par la Banque Mondiale ou le FMI où l’influence égyptienne fonctionne à plein.

l'extension des superficies irriguées qui couvrent actuellement au Soudan 4 millions de feddans (soit 57% de la superficie irriguée en Égypte). voie ferrée) entre le Nord et le Sud est d'abord perçu comme un axe de pénétration à usage militaire. Entre les deux le Soudan partagé : le Nord historiquement lié à l'Égypte. se trouve l'Égypte. Certains y voient le prélude à l'arrivée de milliers de colons venus du Nord. Toutefois ces deux barrages édifiés sur des fleuves abyssins très limoneux s'envasent très vite. Les hal-00352860.5 milliards de m3 jusqu'en 1977. Entre 1966 et 1975 la profondeur du réservoir de Roseires est passée de 50 à 17 m. Ces deux ouvrages ont entraîné. il faciliterait la navigation nilotique et la circulation sur l'axe nord-sud de Khartoum à Juba. en lui-même. L'accord de 1959 avait prévu la réalisation de travaux ultérieurs pour répondre à ce besoin. Le Nil 64 . l'aménagement du Haut Nil porte. les travaux ont été arrêtés en 1983 aux 2/3 du parcours en raison de la guerre civile qui règne dans le sud du Soudan : il reste 93 kilomètres à creuser. En coupant la grande boucle du Nil Blanc dans les marais de Bahr el Ghazal.soudanais chassés de leurs terres par la montée des eaux du lac Nasser et des tribus nomades de la région poussées à se sédentariser. Pour les populations du Sud Soudan. Comme l'Égypte. refait surface en 1972. Dans cette perspective. version 2 . le Sud par nécessité allié à l'Éthiopie.! Leur capacité d'emmagasinage et de production électrique s'en trouve fortement réduite. le Soudan est à la recherche de nouvelles disponibilités. la création de nouveaux périmètres et la sécheresse récente ont réduit à néant les disponibilités soudanaises. enfin.3 pour le Soudan et 1. Derrière le projet du canal de Jongleï. d'autres. un projet géopolitique redoutable. L'accord de 1959 a laissé au Soudan un surplus inutilisé de 1. Depuis cette date.25 Nov 2009 travaux doivent être financés conjointement par les deux États. grande route. le canal. Un axe de communication facile (voie navigable. En outre. en opposition avec le régime de Khartoum. favoriserait l'écoulement et limiterait les pertes par évaporation de moitié : plus de 4 milliards de m3 pourraient être récupérés dont 2. refusent de voir une nouvelle fois. Les populations s'y opposent farouchement soutenues par l'opposition sudiste et les milieux écologistes internationaux. Le premier élément est le creusement du canal de Jongleï sur 360 km de Bor à Malakal. Commencés depuis 1978. avec partage des volumes d'eau éventuellement récupérés. le vieux projet de mise en valeur de la cuvette du Haut Nil (les Sudd). les ressources du Sud exploitées au profit exclusif du Nord du Soudan et de l'Égypte. d'autres craignent que l'assèchement partiel des marais et l'obstacle formé par le canal aux migrations saisonnières des troupeaux ne viennent bouleverser les modes de vie traditionnels.9 pour l'Égypte. Derrière l'arrêt des travaux de ce même canal se trouve l'Éthiopie.

57 000 au Kenya et 200 000 en Tanzanie! L’Erythrée. 17 000 m3/an/ha. les besoins sont estimés entre 4 et 5 000 m3. 51 milliards de m3 sont actuellement consacrés à l'irrigation pour une superficie de 7 millions de feddans : soit. la Tanzanie et le Kenya qui enregistrent une forte croissance démographique se décideront à tirer un meilleur profit des eaux du lac Victoria où le Nil Blanc prend sa source. Une gestion plus rigoureuse des eaux 5.1 De substantielles économies d'eau sont possibles Tous les rapports techniques le montrent à l'évidence. Il y a donc un évident gaspillage de l'eau. La mobilisation de nouvelles ressources paraît donc exclue dans l'immédiat. de l'arrêt de toute nouvelle mise en chantier au Soudan. l'Égypte peut faire de substantielles économies dans sa consommation. Une 65 .25 Nov 2009 l’Atbara. "Un genou bien noyé. On peut. 5. en effet. En raison de l'hostilité éthiopienne. le plus souvent. ses limites sont nettement perceptibles. L'effort doit porter sur plusieurs registres. sur l’irrigation de 130 000 hectares en Ouganda. de son côté. tout au plus. Le nombre de rotations d'irrigation est par ailleurs très élevé : entre 10 et 16/an. Les paysans utilisent l'eau sans aucune limite. très grossière. Des projets portent. en principe. c'est un champ bien irrigué". Si les différents projets prouvent que le potentiel du Nil au Soudan n'est pas encore entièrement exploité. On mesure dès lors l'ampleur du problème égyptien. une quantité énorme! Les études de terrain montrent que les charges d'irrigation réelles se situent entre 7 et 8 000 m3/an alors que.voué à assurer la liaison entre les États du bassin hydrographique est devenu entre eux un objet de division. l'Égypte a peu de chances d'augmenter ses ressources en eau. Il a tendance à augmenter avec la généralisation de l'usage des motopompes (souvent achetées grâce à l'argent envoyé par les émigrés du Golfe) encouragé par le très faible coût du gazole. Les tensions seront encore plus fortes avec les autres pays amont le jour où l'Ouganda. compter sur 20 milliards de m3 à partager avec l'Égypte. Il ne reste qu'une voie pour l'avenir égyptien dans le court terme : économiser l'eau dont le pays dispose. version 2 . a des projets sur hal-00352860. ce vieux proverbe égyptien valable pour les cultures de crue est appliqué à la situation actuelle où l'eau est en permanence à la disposition du fellah. En première approche.

cette même années. elles s'élèvent à 1 000 000 feddans! Quant au bersim. Tôt ou tard.25 Nov 2009 pratique uniquement l'irrigation par l'inondation des parcelles. il a été prélevé 48 km3. Mais cela suppose l'adoption par les fellahs égyptiens de nouvelles technologies qui ne sont. L'entretien des dizaines de milliers de kilomètres de canaux de toutes sortes (y 66 .4 milliards de m3 6 600 m3/feddan ou 15 800/ha = 1580 mm pluies/an! 15% des sols perdus par remontée de la nappe et salinisation Il faut aussi prendre en compte les techniques utilisées. de très nombreux techniciens estiment qu'il est indispensable de passer d'un système où l'eau est gratuite et utilisée à profusion à une situation où l'eau est payante et son utilisation contrôlée. Actuellement l’aspersion n’est utilisée que sur le 1/5 des terres seulement. On songe à revenir à l'irrigation nocturne afin de diminuer les rotations. pratiquées que sur les terres récemment bonifiées. or. Les autorités estimaient à 800 000 feddans les superficies rizicoles nécessaires. le pays devra adopter des systèmes de culture plus compatibles avec les ressources dont il dispose. éviter les pertes en circuit permettraient également de faire de notables économies. version 2 . Sur les vieilles terres de la vallée on hal-00352860. Mieux maîtriser la distribution de l'eau. Mais quelle révolution dans l'univers et la mentalité du fellah égyptien! Estce même envisageable à court terme? Faire payer l'eau suppose une refonte totale du système agricole et de l'environnement dans lequel évolue la paysannerie des bords du Nil. mettre en cause le système de culture. les superficies consacrées aux cultures dont le prix est libre ont tendance à augmenter plus qu'il ne faudrait! C'est le cas du riz et du bersim (trèfle d'Alexandrie) très exigeants en eau. pour l'instant. Par contre. Excès d'irrigation : l'exemple de l'oasis du Fayoum superficie cultivable : 365 000 feddans eau d'irrigation mesurée à l'entrée des parcelles : 2.étude de la Fao pour l’année 1996 a montré que les besoins théoriques de l’agriculture s’élevaient à 28 km3. Les paysans égyptiens répugnent à pratiquer des cultures dont le prix est fixé par l'État : le blé par exemple. dans un autre ordre d'idées. il occupe près de 70% de la superficie des cultures d'hiver (3 500 000 feddans). On peut aussi. En fin de compte. Plus grave encore : cet excès d'irrigation se traduit par une dilapidation du patrimoine : elle entraîne une remontée des nappes et une forte salinisation des sols. Le recours à l'aspersion et surtout au goutte à goutte permettrait d'importantes économies en réduisant des 2/3 les consommations d'eau.

Depuis une dizaine d'années. Elles doivent être mélangées à parts égales avec de l'eau douce.7 milliards de m3. Il est nécessaire une fois par an de mettre à sec les canaux pour différentes opérations d'entretien. essentiellement leur curage. de la stocker et de l'utiliser pour l'irrigation. 67 . On estime à 10 milliards de m3 les pertes dans les canalisations autant que l'évaporation sur le lac Nasser! On a pensé. Ainsi de 3 à 4 milliards de m3/an sont réservés à ces usages. l'utilisation des eaux de drainage ne peut pas se faire sans précaution sous peine de salinisation. L'idée est de récupérer en aval. Par ailleurs. enfin. Les jacinthes du Nil couvrent des canaux entiers : elles activent l'évaporation et constituent des foyers où pullulent toutes sortes de parasites. cette période a été prolongée de deux semaines précisément par souci d'économie. Le mois de janvier était traditionnellement consacré à ces opérations. Jusque là. Pendant ces travaux il est nécessaire de maintenir un niveau minimal pour le Nil afin de permettre la hal-00352860. La situation pourrait changer si les chantiers d'assainissement des grandes villes sont menés à bien. en effet. la salinité des eaux est de 225 mg/litre. Partout s'observent les signes de laisser-aller : canaux mal curés. Au sortir du barrage d’Assouan. leur emploi a été ridiculement faible : pas plus de 200 millions de m3/an. et de réparation. 5. lié à celui des eaux utilisées pour l'irrigation et au niveau de la nappe pour les terres non équipées de système de drainage souterrain.2 Le recours à des ressources non conventionnelles L'Egypte réutilise déjà les eaux de drainage à hauteur de 4. Il ne semble pas que ce volume puisse augmenter dans de fortes proportions si le pays adopte une politique d'économie d'eau. pertes en tout genre.compris les canaux secondaires) qui constituent la chaîne hydraulique de l'Égypte est de ce point de vue une priorité. Il est donc évident que leur utilisation ne peut pas se pratiquer sur une très grande échelle. Le volume des eaux de drainage est. Ce projet techniquement réalisable est une farouche pomme de discorde entre le ministère de l'Irrigation qui soutient l'idée et le ministère de l'Agriculture qui la combat essentiellement pour des raisons écologiques. dans des lacs au nord du delta. cette eau qui s'écoule vers la mer. à récupérer les eaux actuellement utilisées aux seules fins de la navigation et de la production d'électricité.25 Nov 2009 navigation sur le fleuve et la production d'électricité au barrage. version 2 . La réutilisation des eaux usées après traitement offre des perspectives plus intéressantes. ouvertures mal contrôlées. elle atteint déjà sur les bords du delta 2 000 mg.

En fait il faut distinguer entre deux nappes. est bien difficile à négocier dans cette région du globe où l'emportent antagonismes. Cette nappe est directement alimentée par les infiltration des eaux du Nil ou des eaux d'irrigation. Le Conseil des Ministres de l’organisation a entériné un accord soulignant la nécessité de renforcer la coopération mutuelle. L’idée est de « promouvoir un développement socio-économique durable par une utilisation équitable des eaux et une juste répartition des avantages de cette ressource commune ». La création de la Nouvelle Vallée ne peut pas se concevoir sans un recours massif à cette abondante ressource. La nappe phréatique est déjà très fortement sollicitée : on y puise quelque 2.6 milliards de m3/an. La nappe phréatique à faible profondeur dans la vallée du Nil et surtout le Delta et le grand aquifère nubien. un accord géopolitique qui. Mais on est encore très loin d’une réelle mise en œuvre de projets. de grands espoirs sont fondés sur l'aquifère nubien de 50 000 milliards de m3 dont 20 000 dans le sous-sol égyptien. Les Égyptiens aujourd'hui se retrouvent devant un problème de disponibilité des ressources hydrauliques que la croissance démographique rend de jour en jour plus urgent. n'y-a-t-il pas un réel risque à moyen terme? Les analyses prospectives divergent. Toute amélioration des conditions de l'irrigation et du drainage se répercutera sur la nappe et rendra son exploitation plus difficile. Si un risque d'épuisement à court terme est à hal-00352860.L’achèvement des travaux d’assainissement du Caire permettent de retraiter 2 milliards de m3/an. Une structure de concertation a été mise en place sous l’égide de l’Agence pour le Développement des Nations Unies : l’Initiative du Bassin du Nil (Nile Basin Initiative). Le Haut Barrage a procuré un sursis de trois décennies aux autorités du Caire. Des études ont été lancées avec l’aide d’un financement international. version 2 . Récemment quelques progrès ont été faits. L'exploitation des nappes souterraines pose problème. De nouvelles stratégies doivent être mises en œuvre qui supposent. conflits sur l'indispensable concertation. L'Égypte souhaite mettre en valeur dans cette Nouvelle Vallée 2 à 3 millions de feddans. pour l'instant.25 Nov 2009 écarter en raison du volume considérable de l'aquifère. Seuls 5 millions de m3/an sont exploités actuellement. Les estimations de la Banque Mondiale sont beaucoup moins optimistes : pas plus de 800 000 feddans en raison de la limitation des ressources en eau et de l'ampleur des investissements nécessaires. rivalités. à l'échelle du bassin nilotique. En attendant l'Égypte ne peut compter que sur ses propres forces et gérer au plus près les ressources dont elle dispose. Par contre. Mais cette eau est fossile donc non renouvelable. 68 .

1 Le barrage de Tabqa sur l'Euphrate et l'équipement du Khabour 3.1 Les contraintes à surmonter 2. Les aménagements que chacun d'entre eux a entrepris ou va entreprendre sont spectaculaires et les rivalités très vives pour le partage des eaux. 69 . Les aménagements syrien et turc 3.2 Un projet colossal : le GAP (Güneydogu Anadolu Projesi) 4.2 Le difficile accord de 1987 : 4. Maîtrise des eaux et équipement actuel en Irak 2.3 Le système traditionnel de défense contre les eaux en Mésopotamie hal-00352860. Conflits et tensions entre les pays riverains 4.2 La construction de nombreux barrages 2. Le Tigre et l'Euphrate de la discorde 1.2 Les régimes 1.3 Un frein à la mise en valeur : la salinisation 3.25 Nov 2009 2.III. Syrie et Irak.3 Quelles perspectives pour la prochaine décennie? L'exploitation des eaux du Tigre et de l'Euphrate oppose de façon de plus en plus ouverte ces dernières années les trois pays riverains : Turquie.1 Les tracés 1. Les données hydrographiques 1.1 Hydropolitique et crises interétatiques 4. version 2 .

long de 2 700 km. en rive gauche. Le Chott el Arab reçoit en rive gauche. Il n'y reçoit. les deux grands fleuves du Moyen-Orient et leurs affluents. 1. Le Tigre (1899 km) qui prend naissance au sud du lac de Van coule en Turquie (455 km) mais ne pénètre pas en Syrie (il est fleuve frontalier sur 44 km). 70 .1 Les tracés hal-00352860. qui prennent leur source à plus de 3 000 m. version 2 . il se jette dans l'Euphrate à Garmat Ali. prennent naissance dans les hautes terres enneigées de l'Anatolie orientale (Taurus oriental) et les montagnes du Zagros avant de se déverser dans les basses terres de Mésopotamie. l'Adhaïm (230 km) la Diyala (386 km). les eaux abondantes. Le fleuve dessine ensuite une grande courbe en Turquie (420 km) et pénètre en Syrie à Karkemich où il s'encaisse légèrement dans un plateau désertique qu'il parcourt sur 680 km. d'altitude. Le Tigre arrose Bagdad qui n'est qu'à 32 mètres d'altitude alors qu'il lui reste 550 km à parcourir. Il n'est plus qu'une artère d'évacuation et ne reçoit aucun affluent. les pluies sont abondantes (plus 1 000 mm) et de type méditerranéen avec des précipitations (pluie ou neige) hivernales et une sécheresse estivale.25 Nov 2009 L'Euphrate. En Basse Mésopotamie. que deux affluents le Balikh et le Khabour. Puis il pénètre en territoire irakien et. Dans ce "château d'eau". Les données hydrographiques Le Tigre et l'Euphrate.1. Les eaux mêlées des deux fleuves constituent sur 170 km environ le Chott el Arab qui débouche dans le golfe AraboPersique. au parcours entièrement iranien. il s'écoule ensuite directement en Irak où il reçoit en rive gauche de très nombreux affluents bien alimentés issus des monts Zagros notamment le Grand et le Petit Zab (392 et 400 km). tumultueuses et limoneuses du Karun (16 milliards de m3). prend naissance au nord du lac de Van aux confins de l'Arménie : en fait il résulte de la confluence de deux rivières le Kara Sou (450 km) et le Murat Sou (650 km). c’est l'entrée dans la plaine mésopotamienne parcourue sur 1 235 km en territoire irakien. rapidement.

25 Nov 2009 1.2 Les régimes 71 .hal-00352860. version 2 .

version 2 .25 Nov 2009 Figure12 – Les bassins du Tigre et de l’Euphrate : débit naturel et aménagement 72 .hal-00352860.

En aval de Bagdad le débit moyen est de 1410 m3/s (écoulement annuel de 46 milliards de m3) mais pour les mêmes raisons que l'Euphrate. Le débit s'affaiblit considérablement en aval en raison de l'évaporation et de la difficulté de l'écoulement : il n'est plus que de 458 m3/s à Nasiriya. avril. Les hautes eaux du printemps gênent les moissons des céréales (blé et orge) et les ravagent parfois dans la plaine mésopotamienne. L'irrégularité est aussi saisonnière. Le Tigre lors de son entrée en Irak a un débit annuel de 18 milliards de m3 mais. Plus en aval. le module annuel peut varier dans le rapport de 1 à 4 aussi bien pour le Tigre que pour l'Euphrate. • Le débit décroît de façon notable d'amont en aval. marqués par les pluies méditerranéennes de saison froide et la fonte des neiges des montagnes de Turquie orientale et du Zagros iranien.25 Nov 2009 Les écoulements du Tigre et de l'Euphrate présentent trois grandes caractéristiques : • Leur irrégularité est très forte et présente un double aspect. hal-00352860. en Turquie. notamment en Mésopotamie. 73 . Le régime est donc très différent de celui du Nil : les hautes eaux sont moins abondantes et surtout ce sont des crues printanières. Adhaïm. Les étiages estivaux sont très prononcés : 300 m3/s (débit moyen pour l'Euphrate 830 à l'entrée en Irak) et 360 pour le Tigre (débit moyen de 1410 m3/s à Bagdad) et. version 2 . Pour l'Euphrate à Hit. le débit moyen de l'Euphrate est de 830 m3/s (écoulement annuel de 28 milliards de m3). à l'inverse de l'Euphrate. En fin de parcours. Diyala (5 milliards de m3). qui a reçu en rive gauche les apports de la Karun.5 milliards de m3/an) et du Balikh (150 millions de m3/an) ne compensent pas l'évaporation durant la traversée. les apports du Khabour (1. En fait. après la confluence des deux fleuves. D'une façon générale. 53 % des écoulements s'effectuent en trois mois (mars. Ces apports marquent très fortement le régime du Tigre : cours d'eau montagnards à forte pente.3). Déjà. les deux extrêmes sont 382m3/s en 1930 et 1140 en 1941 (1 à 3). le débit moyen annuel du chott el Arab. ils transportent une très importante charge alluviale et comptent des crues fréquentes. Le débit moyen annuel peut varier dans de fortes proportions. Pour le Tigre à Bagdad : 499 en 1930 et 1670 en 1946 (rapport 1 à 3. mai). trop précoces pour les cultures d'été. les étiages peuvent s'étaler jusqu'en décembre. petit Zab (7 milliards de m3). Elles entravent aussi les travaux agricoles des cultures d'été. Le débit diminue légèrement pendant la traversée syrienne. les écarts sont à peine atténués. surtout. s’élève à 43 milliards de m3. il n'est plus que de 218 m3/s à Amara en Basse Mésopotamie et 78 m3/s à Qalat Saleh. elles peuvent se placer durant une période de 5 mois.Les régimes des deux fleuves sont très comparables : ils sont de type pluvio-nival. en amont. Elle est interannuelle. il y a déphasage entre les périodes de hautes et basses eaux et les phases de cultures. il s'enrichit considérablement avec les apports des affluents venus du Zagros : Grand Zab (13 milliards de m3). En outre d'une année à l'autre les hautes eaux peuvent être avancées dès janvier. brutales et violentes. ils interviennent à la fin de l'été (août et septembre) alors que les besoins en eau sont encore élevés. Par contre la période des basses eaux de juillet à novembre correspond à celle où l'agriculture a le plus grand besoin d'eau. il n'est que 775 m3/s à la frontière irakienne. De même. trop tardives pour les cultures d'hiver. À l'entrée en Syrie.

On garde le souvenir de la crue de 1831 du Tigre qui en une nuit emporta Bagdad et anéantit 7 000 maisons. Aussi déviations et changements de cours apparaissent-ils comme la norme. Un contrôle même imparfait des débits est indispensable.50 pour les plus récentes.3 Le système traditionnel de défense hal-00352860. Alors que le débit moyen du Tigre est de 1410 m3/s à Bagdad. la longueur des digues de l'Euphrate est de 1 500 km. ces valeurs sont respectivement de 775 et 5 200. 74 . version 2 . sur le Tigre 1 000 km. La crue maximale théorique est de 26 000 m3/s. Elles sont indispensables car les fleuves divaguent et coulent sur leurs propres alluvions. très loin de la mer. Les digues sont de simples levées de terre longeant les fleuves sans autre renforcement que quelques claies de branchages. en but à des défluviations de grande envergure. Pour l'Euphrate à Hit. La construction des digues est nécessaire très en amont. 1. elle ne dispose que de terres alluviales et de briques crues. La crue maximale théorique est estimée à 8 000 m3/s. Si les digues canalisent les fleuves tant que les débits demeurent dans des limites raisonnables. Ces crues sont très supérieures aux possibilités d'évacuation des lits qui ne dépassent pas 2 000 m3/s pour l'Euphrate et 8 000 pour le Tigre.• L'ampleur et la brutalité des crues sont spectaculaires. Leurs crêtes ne dépassent pas les hautes eaux de plus de 1m ou 1. Ainsi à Bagdad les terres sont de 2 à 3 mètres en dessous du niveau des hautes eaux. La Mésopotamie est le pays des digues.25 Nov 2009 contre les eaux en Mésopotamie Soumise à la menace permanente des inondations. Nous sommes bien loin des conditions égyptiennes où une vallée très nettement encaissée guide. la Mésopotamie n'est habitable et cultivable que dans la mesure où les hommes ont réussi à se protéger des eaux. La Mésopotamie manque de matériaux durs. le fleuve a enregistré des crues de 13 000 m3/s. L'insécurité est le lot des fellah mésopotamiens : les ravages des fleuves peuvent réduire à néant le travail humain. digues et canaux d'irrigation. Le système traditionnel de défense contre les eaux repose sur deux techniques : la construction des digues et l'inondation dirigée. canalise l'écoulement de la crue. souvent rompues quand le courant devient fort. Au total au milieu du XXe siècle. Elles sont donc très fragiles. La gravité de ces crues est renforcée par le fait qu'elles se produisent dans un véritable delta intérieur où les chenaux des fleuves sont sujets à des variations constantes et où il n'existe aucune vallée au sens topographique du terme. elles sont impuissantes à évacuer les crues dès que celles ci dépassent 2 000 m3/s sur l'Euphrate et 7 ou 8 000 m3/s sur le Tigre.

Plus que tout autre foyer irrigué. L'impression dominante en Irak est celle d'une très grande fragilité des liens qui unissent l'homme et la terre qu'il cultive. C'est ainsi qu'avant les aménagements récents 85% des terres cultivées étaient susceptibles d'être recouvertes. C'est ainsi que de 1944 à 1954. elle a. des cuvettes. 8 fois à l'aval. En recourant à l'inondation les hommes ne font qu'obéir à la nature. En 1913. L'eau des crues est dirigée vers des déversoirs topographiques. L'ancienneté des civilisations de la Mésopotamie ne doit pas faire illusion pas plus que les périodes brillantes qu'elle a pu connaître à certains moments de son histoire. le Tigre a rompu ses digues 4 années sur 10 en amont de Bagdad.Dans ces conditions. à la même époque. Dans ce contexte. des facteurs historiques sont venus bien souvent renforcer le poids des contraintes naturelles et se sont conjugués avec elles pour expliquer la médiocrité de la mise en valeur. La population de l'Irak. 75 .25 Nov 2009 que restreinte et précaire. L'efficacité de la dérivation a toujours été faible. Des canaux de dérivation permettent d'orienter les eaux de crue. L'utilisation des eaux gardait un caractère empirique et décousu. les superficies cultivées dans la plaine étaient tombées à 315 000 hectares soit moins de 5% de la superficie cultivable. s'amorcent alors une régression des superficies cultivées et une dégradation des travaux d'irrigation qui culmineront lors des dévastations des invasions mongoles aux XII et XIIIe siècles. Ouvrir volontairement des percées dans les digues est le seul moyen en période de crue d'orienter tant bien que mal le flot vers certains secteurs plutôt que d'autres. de petites dépressions. Le déclin se dessine dès la fin des Abassides. On s'accorde sur la relative prospérité des époques babylonienne et séleucide et sous le califat abbasside. sans aucun plan d'ensemble. comptait un million et demi d'habitants. La Mésopotamie tombe sous l'influence des tribus bédouines qui annexent peu à peu la vallée à leurs pâturages et n'y pratiquent que des cultures épisodiques avec des techniques rudimentaires. la Mésopotamie malgré sa richesse en terres et en eau a été incapable de les mettre en valeur de façon autre hal-00352860. essayant seulement d'en modifier les processus en leur faveur. été beaucoup plus importante lors des périodes de prospérité. l'Irak avait besoin de paix et d'une forte autorité apte à organiser l'entretien des canaux et des digues. sans doute. version 2 . la solution réside dans l'inondation naturelle ou dirigée. Les conditions topographiques sont meilleures pour les eaux de l'Euphrate que pour celles du Tigre dont les crues ont toujours été redoutables. Jusqu'au milieu du XXe siècle.

En 1950 le Bureau de l'équipement qui bénéficie des premiers financements d'origine pétrolière impulse une réelle dynamique à l'entreprise. un département de l'irrigation est créé. version 2 . Le drainage est très difficile et à mesure que l'on se dirige vers l'aval la salinisation augmente : teneur normale de 250 mg/l à la frontière turque. en moyenne annuelle. doit mobiliser des quantités croissantes d'eau pour faire face à une forte demande. plus de 600 dans la partie inférieure du cours irakien et 5 000 au débouché sur le Golfe. La quantité minimale sur laquelle on peut tabler 9 années sur 10 n'est que de 45 milliards de m3.2.5 millions d'habitants. hal-00352860. L'importance de l'alluvionnement nécessite de très importants travaux de curage. La première tentative remonte à la période ottomane quand. Or les quantités d'eau utilisées pour l'irrigation ne font que s'accroître : 19 milliards de m3 ont été prélevés. désormais en pleine croissance démographique (1947 : 4. et les débits les plus faibles jamais enregistrés ont été de 25 milliards de m3 (le débit moyen est de 74 milliards de m3/an). pour la période 1940-49.25 Nov 2009 2. Sous le Mandat britannique. les premiers travaux inspirés des plans de Willcocks sont entrepris. 76 . 49 maintenant. 28 entre 1950 et 1959. 10 en 1972. en 1911. 29 en 2007). La Mésopotamie est une immense plaine alluviale où les eaux coulent souvent au dessus du niveau de la plaine. Maîtrise des eaux et équipement actuel en Irak Ce n'est qu'au début du XXe siècle que l'on envisage sérieusement de discipliner définitivement le Tigre et l'Euphrate.1 Les contraintes à surmonter L'Irak. la Sublime Porte fait appel à un expert britannique William Willcocks qui avait acquis une solide expérience aux Indes et en Égypte. Le sel pose de très graves problèmes.

2.2 La construction de nombreux barrages
caractérise les travaux initiés tout au long du XXe siècle. Dans ces opérations on peut distinguer trois étapes : Dans un premier temps, entre les deux guerres, des barrages de dérivation sont édifiés : ils orientent les eaux vers des canaux d'irrigation. Le barrage d'Hindiya sur l'Euphrate est construit de 1911 à 1913 et modernisé en 1927. Sur le Tigre on réalise le barrage de Kut de 1937 à 1939 et celui de Muqdadiya sur la Diyala. De ces barrages partent toute une série de canaux qui permettent l'extension de l'irrigation. Les progrès de l'occupation du sol sont rapides : on passe de 1 700 000 hectares irrigués à 3 000 000. Dans cette phase de l'expansion une place capitale est tenue par les procédés d'irrigation individuels : machines élévatoires (norias) et surtout les hal-00352860, version 2 - 25 Nov 2009 pompes à moteur qui en 1950 ont en grande partie supplanté les engins traditionnels. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, le dispositif se complète : on veut protéger la plaine des inondations. À partir du barrage de Ramadi (achevé en 1956), les crues de l'Euphrate sont détournées vers les dépressions naturelles d'Habaniya et d'Abu Dibis dont les capacités de stockage s'élèvent à 6,7 milliards de m3. Les eaux du Tigre sont orientées vers l'immense dépression endoréïque de l'oued Tharthar (85 milliards de m3) grâce au barrage de Samara (1956). Le contrôle des eaux du Tigre et de l'Euphrate est désormais assuré. La dernière crue destructrice date de 1954. Dans une nouvelle phase, on cherche à lutter contre l'irrégularité interannuelle en construisant des barrages de retenue en dehors de la plaine mésopotamienne soit sur le plateau de la Jeziré irakienne soit dans les régions montagneuses parcourues par les affluents de rive gauche du Tigre. Un stockage de 40 milliards de m3 est prévu grâce à 6 barrages qui sont aussi producteurs d'électricité. Tel est le cas du barrage d'Haditha sur l'Euphrate, achevé en 1985 ainsi que le barrage d'Eski, sur le Tigre, en amont de Mossoul. Dans les montagnes du Zagros, le long des affluents du Tigre, 2 sites sont équipés : Dokan (1961) sur le petit Zab, Darbandithan (1962) sur la Diala. Depuis 4 autres sites ont été retenus. Dans la même perspective, le canal Tharthar-Euphrate permet depuis 1976 de réutiliser les eaux accumulées dans le lac Tharthar et de pallier dans une certaine mesure la faible alimentation de l'Euphrate après les travaux entrepris en amont en Syrie et en Turquie. L'aménagement des deux grands fleuves du Moyen-Orient, dans leur partie irakienne, est donc en passe de s'achever.

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2.3 Un frein à la mise en valeur : la salinisation
Par contre, la salinisation des sols reste un problème entier, et un frein considérable à la mise en valeur. Elle a, en partie, des causes naturelles : les eaux du Tigre et de l'Euphrate contiennent une charge non négligeable de sels dissous et ne peuvent être utilisées sans précaution; l'écoulement des eaux, notamment celle des nappes phréatiques, s'effectue très difficilement et favorise ainsi la salinisation. La salinité touche de 70 à 80% des terres cultivées. 25 000 hectares sont perdus chaque année. Dès l'entrée dans la plaine en amont de Bagdad, le Tigre et l'Euphrate coulent entre des digues dans un lit exhaussé par rapport à la plaine qui les environne. L'irrigation par gravité ne pose aucun problème : tous les canaux s'étirent entre des digues au-dessus des champs. En revanche, l'écoulement des nappes est très lent; hal-00352860, version 2 - 25 Nov 2009 d'immenses marais jalonnent la plaine, surtout en Basse Mésopotamie. L'action humaine contribue également à l'extension de la salinisation. L'eau est utilisée sans contrôle et, à certains égards, gaspillée. Il n'est pas certain que l'intensification des systèmes de cultures soit écologiquement acceptable. L'économie agricole traditionnelle avec jachère maintenait un certain équilibre. Une intensification qui tend à une occupation pérenne des terroirs accroît le rythme des arrosages et aboutit à une dégradation accrue de l'environnement dans l'état présent de la technique. L'extension de l'irrigation ne peut s'envisager qu'avec la mise en place d'un système de drainage. L'entreprise est difficile. De Bagdad au Golfe a été mise en chantier la construction d'un grand canal de drainage pour évacuer vers la mer les eaux salées au lieu de les rejeter dans les fleuves. Long de 565 km, ce «troisième fleuve», qui passe en siphon sous l'Euphrate, vient d'être achevé en 1992. Il pourrait permettre de gagner par la désalinisation 1,5 million d'hectares, de limiter les inondations en période de crue afin d’assurer une production agricole moins aléatoire et aussi, pour certains, d’améliorer la navigation vers le Chott el Arab. Sans conteste le projet répond à une rationalité technologique et économique mais sa réalisation suscite polémiques et contestations. En arrière plan apparaît une dimension sociale et économique. Le troisième fleuve est perçu aussi comme une opération politique dirigée contre la communauté chiite locale et contre les Arabes des marais dont le cadre de vie et les conditions d'existence seraient totalement transformés. Il risque de conduire les populations à l’exode rural et permettrait au pouvoir central d’asseoir son autorité sur une région trop souvent rebelle.

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Mais l'Irak n'est plus seul maître de ses choix, les deux autres pays riverains en amont ont entrepris de spectaculaires travaux d'aménagement qui, inévitablement, influeront sur l'alimentation de l'Euphrate.

3. Les aménagements syrien et turc
Ces deux dernières décennies la Syrie d'abord et la Turquie ensuite ont entrepris la construction d'importants barrages en amont sur l'Euphrate qui peuvent provoquer certaines incertitudes sur les disponibilités en eau dont pourra disposer l'Irak.

hal-00352860, version 2 - 25 Nov 2009

3.1 Le barrage de Tabqa sur l'Euphrate et l'équipement du Khabour
Opération symbole à laquelle s’identifie le régime alaouite, la construction du barrage de Tabqa en Syrie a été conduite de 1968 à 1976 avec l'assistance soviétique. Ce barrage-poids crée une retenue, le lac Assad, qui couvre 640 km2 et emmagasine 12 milliards de m3. La puissance installée permet de produire 5,6 milliards de kw/h, mais l'intérêt principal du barrage est d'augmenter les superficies irriguées en Jeziré. Le barrage régulateur al-Bath complète le dispositif tandis que, plus en amont, le barrage de Tichrin (1991) a une finalité purement énergétique. Le projet, dont la mise en œuvre souffre de nombreux retards, prévoyait l’irrigation de 640 000 ha nouveaux répartis en six grandes zones, le long de l'Euphrate jusqu'à la frontière irakienne et le long des deux affluents de rive gauche, le Balikh et le Khabour. On vise à irriguer 450 000 hectares de terres sèches sur la steppe et à bonifier le long des rives de l'Euphrate 160 000 hectares de terres déjà irriguées. Ainsi, les superficies irriguées syriennes pourraient être doublées. Le système agricole de la vallée de l'Euphrate pourrait être intensifié. Les rendements des cultures traditionnelles (blé, orge et coton) devraient être améliorés, de nouvelles cultures introduites (plantes fourragères, légumes, riz et surtout betterave à sucre).

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trop forte concentration de gypse dans le sol. l’irrigation. Les nouveaux colons. se recrutent avec difficulté : une nouvelle paysannerie a du mal à s’enraciner. le bilan des réalisations n’est pas à la hauteur des espérances placées dans le projet. Au total. qui sont astreints à un système contraignant de coopératives. Trois ouvrages de moyenne capacité sont achevés : le barrage d'Hassaké-ouest a une capacité de retenue de 91 millions de m3. porte sur 430 000 hectares (y compris les 160 000 hectares irrigués avant la construction du barrage. D'une part une dizaine de petits barrages et de prises d'eau ont été réalisés le long des petits affluents de la section amont du Khabour. La mise sous irrigation se heurte à de très sérieux problèmes techniques : salinisation des terres due au surpompage. L'aménagement de la haute vallée du Khabour doit compléter le dispositif mis en place dans la vallée de l'Euphrate. pertes d'eau d'irrigation en réseau de l'ordre de 50%! L’objectif fixé ne sera certainement pas réalisé entièrement. celui d'Hassaké-est 232 millions de m3 et celui du Khabour en moyenne vallée a une retenue beaucoup plus importante : 665 millions de m3. affaissement des canaux d'irrigation. Par ailleurs. le long de la vallée de l’Euphrate.25 Nov 2009 Figure 13 – Périmètres irrigués en Syrie Après plus de 20 ans d’efforts. Au total c'est plus du milliard de m3 qui 80 . Le plan vise à l'irrigation à terme de 360 000 hectares. La retenue globale pour cet ensemble est de 100 millions de m3.hal-00352860. Il repose sur deux types d'intervention. en 2008. l'aménagement de la haute et de la moyenne vallée du fleuve se poursuit actuellement à une autre échelle. version 2 . L’intensification des systèmes de culture est lente à venir.

procèdent à la mobilisation d'énormes volumes d'eau ce qui ne sera pas sans effet sur le débit de l'Euphrate à son entrée en Syrie et par voie de conséquence en Irak. le barrage de Keban -le plus en amont. A partir d'un aménagement hydraulique du Tigre et de l'Euphrate. Actuellement les superficies irriguées s’élèvent à 260 000 hectares . Birecik (2000). Une dizaine de centrales hydro-électriques produiront 26 milliards de kw/h.3 pour Karakaya. après son achèvement en 2013 sera encore plus important qu’Atatürk. version 2 . Le projet global. dont 8. Il engloutirait la bourgade d’Hasankeyf (55 000 81 .2 milliard de kw/h). La phase de réalisation est déjà largement entamée. les Syriens envisagent l'aménagement de stations de pompage pour la fourniture d'eau potable des villes de la région.sont ou vont être mobilisés dans cette vallée du Khabour. le Programme Régional de Développement de l’Anatolie du Sud-Est vise à un développement intégré d'une vaste zone de 75 000 km2 incluant 9 départements d'Anatolie orientale peuplés de 10 millions d'habitants. il fournit exclusivement de l'électricité (1. est beaucoup plus ambitieux. sur l’Euphrate. les infrastructures réalisées au cours de ces deux dernières décennies par la Syrie le long de l'Euphrate et de ses affluents autorisent une mobilisation d'au moins 13 milliards de m3. Kayacik et sur le Tigre : Kralkizi (1997) Dicle (1998) Batman (1998) et plus récemment Cizre. (48 milliards de m3. Camgazi (1998).25 Nov 2009 3.1 pour Atatürk et 7. Au total. Le barrage Atatürk. ont été achevés. soit deux fois le débit moyen annuel du fleuve) est entré en service en 1992. Enfin le long du cours frontalier du Tigre. en aval de Keban. Karkamès (1999). Actuellement est mis en chantier sur le Tigre le barrage d’Ilusu. Outre Ataturk.2 Un projet colossal : le GAP (Güneydogu Anadolu Projesi) L’Euphrate représente. les barrages de Karakaya (1987). Les détracteurs dénoncent un « génocide culturel ». hal-00352860. Une gigantesque opération hydraulique se décompose en treize sous-projets : sept sur l'Euphrate et ses affluents et six dans le bassin du Tigre. plus en amont. la pièce essentielle. qui. à lui seul. environ 45% des potentialités hydroélectriques de la Turquie. Toutefois cette nouvelle construction est très controversée. Sur l'Euphrate.dont la retenue est de 30 milliards de m3 est terminé depuis 1974. Symétriquement les Turcs. Hançagiz (2002).

Des pompages à partir de retenues le long du Tigre permettront la conquête de nouvelles superficies irriguées plus à l'est. 9 sur le Tigre et 19 centrales) qui intéressent aussi bien la vallée de l'Euphrate que celle du Tigre viendront à terme.2 milliard d’€) est fragilisé par les réticences des financiers internationaux.25 Nov 2009 plaine de Mardin-Ceylanpinar. Les experts estiment qu’en fin d’aménagement. on estime qu' entre 17 et 34% du débit sera absorbé. 1 700 000 seront irrigués et consommeront 22 milliards de m3 d’eau/an. les eaux de l’Euphrate à l’entrée en Syrie seront polluées à 40%. On peut deviner la vigueur des réactions syrienne et irakienne ! 82 . Sur une superficie cultivée de 3 000 000 hectares. un transfert sur plusieurs dizaines de kilomètres de l'eau nécessaire à l'irrigation des régions limitrophes de la Syrie et notamment la hal-00352860. Les eaux usées du GAP vont se déverser dans la zone où se forme la source du Khabour. A partir de la retenue Atatürk. Des canaux assureront. Le financement de ce projet coûteux (1. la production électrique atteint 16 milliards de kw/h et 120 000 hectares sont effectivement irrigués et 200 000 prêts à l'être.habitants) avec ses vestiges archéologiques : un pont médiéval. celles du Tigre à l’entrée en Irak à 25% et les eaux de l’Euphrate à leur entrée en Irak à 50%. un recours contre cette entreprise a été déposé devant la Cour européenne des droits de l’homme. On dénonce également les impacts négatifs sur l’environnement. l’affluent syrien de l’Euphrate. une mosquée ottomane de l’époque ayyoubide et des centaines de grottes troglodytiques habitées pendant des siècles. Actuellement. en outre. le tunnel hydraulique le plus long du Monde permettra l’écoulement de 328 m3/s (le tiers du débit de l’Euphrate) et l’irrigation de la plaine d'Urfa-Harran. Si tout se passe comme prévu le débit de l'Euphrate en Syrie devrait être réduit de 11 milliards de m3 et celui du Tigre de 6. version 2 . les risques de pollution sont prévisibles. Quand tous les projets (22 barrages capables de stocker 60 milliards de m3 : 14 sur l'Euphrate. En outre. Par ailleurs. L'eau ainsi mobilisée doit allier la production d'énergie et l’irrigation.

arachide. érigé en véritable mythe du développement national. version 2 . en premier lieu le coton. est considérable. L’électricité des barrages doit alimenter de nouvelles usines sur place au lieu d'être expédiée vers l'Ouest industrialisé. Le GAP est pour les autorités turques conçu comme une solution au sous développement de la partie kurde du pays et une réponse économique aux demandes d'autodétermination de ses habitants.25 Nov 2009 Figure14 – Le G. l'antique Samosate. L'amélioration de l'habitat rural et le développement d'activités touristiques sont également programmés. L’irrigation permettra aussi l’augmentation du rendement des céréales et des vergers et l’introduction de nouvelles cultures : soja. turc La politique gouvernementale en faveur de l'Est s'est concentrée sur ce projet gigantesque. riz. 83 . en substituant à la céréaliculture extensive une agriculture irriguée intensive tournée vers les cultures industrielles.hal-00352860. qui inclut le transfert de la population de plusieurs centaines de villages et de la petite ville de Samsat. soit le 1/5 du PNB annuel du pays.A. maïs. On souhaite donc rentabiliser au mieux ces investissements. Le coût total est estimé à 32 milliards de $. Le but de ce plan ambitieux est d'arrêter le flux d'émigration en fixant la population avec des activités économiquement efficaces. Le projet. Les travaux d'infrastructure représentent l'équivalent du budget annuel de la Turquie. et plusieurs dizaines de chantiers de fouilles archéologiques de sauvetage.P. Les effets d'impact sont assez spectaculaires.

le seul utilisateur. Les premières discussions entre États riverains remontent à la décennie 1960 mais la réunion tripartite de 1965 aboutit à un échec. Conflits et tensions entre les pays riverains Avec la poursuite des aménagements hydrauliques dans les cours syrien et turc du Tigre et surtout de l'Euphrate. La question du partage de l'eau se greffe sur les autres questions en suspens (question kurde. % Turquie Syrie Irak Iran Euphrate Bassin 28 17 40 Débit 88 12 0 Tigre Bassin 12 2 54 34 Débit 40 0 51 9 Tableau 12 : Répartition de la superficie des bassins et du volume des débits entre les pays riverains du Tigre et de l'Euphrate 4. L'Euphrate. 7% iranienne et 23% seulement irakienne. les relations interétatiques. Cette situation ne posait pas de problème jusqu'alors dans la mesure où l'Irak était. Mais les frères arabes ennemis (Syrie et Irak) s'opposent aussi violemment entre eux. de fait. déjà fort délicates dans cette partie du Moyen Orient. Elles opposent évidemment la Turquie aux deux autres pays arabes. 84 . non reconnaissance de certains tracés frontaliers) et contribue sérieusement à aggraver le contexte géopolitique. le Tigre et ses affluents coulent bien hal-00352860.25 Nov 2009 en Irak mais ils sont alimentés par des précipitations extérieures : 70% de l'alimentation est turque. se compliquent dangereusement. Les deux pays arabes d'aval : la Syrie et l'Irak se trouvent placés dans une inconfortable position de dépendance à l'égard de la Turquie (tableau 12). Il n'en est pas de même aujourd'hui avec les projets syrien et turc.1 Hydropolitique et crises interétatiques Elles ont été fort nombreuses depuis une trentaine d'années.4. version 2 .

En 1939. L'eau de l'Oronte est actuellement. Entre la Turquie et la Syrie il existe. Il fallut l'intervention soviétique pour que la Syrie accepte de laisser s'écouler une quantité d'eau supplémentaire. la Turquie mettait en eau le barrage hydroélectrique de Keban. en particulier sur l'Oronte. céda le Hatay à la Turquie pour s'assurer sa neutralité dans le conflit à venir avec l'Allemagne. puissance mandataire en Syrie. La Syrie n'a jamais reconnu cette annexion du Sandjak d'Alexandrette parcouru par la partie aval de l'Oronte. mobilisée par la Syrie à plus de 90%. l'Irak accusa plusieurs fois la Syrie de retenir les eaux de l'Euphrate. 85 .25 Nov 2009 les plus fortes. Pendant la période de sécheresse des années 1980. en effet. elles sont hal-00352860. qu’au même moment.8 l'équivalent de la consommation annuelle de l'Irak à l'époque. Les tensions entre la Turquie et ses voisins arabes sont récurrentes. Damas qui persiste dans sa revendication du Sandjak d'Alexandrette n'obtient pas de règlement satisfaisant à propos de l'Euphrate.4 milliards de m3 (moins du 1/3 du débit habituel) alors que la Syrie avançait le chiffre de 12. la Turquie propose à la Syrie un accord sur tous les cours d'eau communs aux deux États. L'Euphrate fournit en effet 37% des eaux d'irrigation de l'Irak. la France. Devant la détérioration des relations entre les deux pays une médiation saoudite fut tentée mais le projet saoudien de répartition proportionnelle des eaux n'eut jamais de suite. La Turquie établit un lien avec le problème de l'Oronte. dans la partie amont du fleuve. version 2 . L'Irak prétendait n'avoir disposé en 1975 que de 9. un contentieux de fond lié à l'annexion du Sandjak d'Alexandrette devenu le Hatay turc. ce qui reviendrait à une reconnaissance syrienne indirecte de la souveraineté turque sur Alexandrette. Depuis 1964. Le remplissage du lac Assad priva temporairement l'Irak d'une partie des eaux de l'Euphrate mais les évaluations des deux pays différent. Avec la Syrie.La construction du barrage syrien de Tabqa a provoqué une vive réaction de la part de l'Irak d’autant plus.

y compris les apports de l'Afrin.à plus de 800 millions de m3. La construction du barrage de Keban suscite. On a là une position symétriquement inverse à celle de l'Euphrate pour les deux pays : la Syrie est placée en ce cas dans la position avantageuse d'amont! Cet inégal partage des eaux de l'Oronte ajoute encore au contentieux entre les deux pays.L'Oronte. Avant de se jeter en Méditerranée. d'Antakya et leur région. trois ouvrages permettent une mobilisation importante des eaux de l'Oronte pour l'irrigation : le barrage de Rastan (250 millions de m3) entre Homs et Hama. du Hama où autrefois son courant animait les célèbres norias. un autre différend entre la Turquie et la Syrie L'Oronte (570 km) traverse trois pays (carte 14) dans les régions les plus arrosées du Proche-Orient. version 2 . l'ancienne zone marécageuse est repeuplée par plus de 200 000 habitants. La Syrie prélèverait 760 millions de m3 sur la partie amont du bassin de l'Oronte. des protestations officielles de la Syrie non pas à cause d'une baisse effective du débit (le barrage produit de l'électricité et doit régulariser le fleuve) mais parce que la Turquie démontrait qu'elle était capable de contrôler l'Euphrate en amont. pièce essentielle. Les apports supplémentaires reçus au cours des 325 km du parcours syrien sont évalués à quelque 430 millions de m3 ce qui porte le débit naturel . Surtout. l'Oronte reçoit l'Afrin un affluent de rive droite qui a pris naissance en Turquie mais traverse une partie de la Syrie du Nord-Ouest avant d'atteindre à nouveau le territoire t il mêle ses 230 millions de m3 au débit de l'Oronte. L'opération d'aménagement est présentée comme une réussite : près de 100 000 hectares sont effectivement irrigués. Au total. La Turquie est accusée non sans raison de ne pas avoir honoré les engagements antérieurs (celui de 1987). le fossé du Ghab a fait l'objet au cours de la décennie 60 d'un aménagement spectaculai Après avoir assuré le drainage de la plaine en faisant sauter en aval le verrou du Khabour. prend sa source au Liban dans la plaine de la Bekaa qu'il parcourt sur 35 km seulement. le barrage d'Hifaya-Mehardé (65 millions de m3) dans les gorges de Cheizar tandis que le distributeur d'Acharn répartit les eaux sur la surface à irriguer entre trois canaux principaux. Son tracé est alors nettement guidé par les donnée orographiques.25 Nov 2009 Plus récemment la décision unilatérale de la Turquie d'entreprendre le GAP a été perçue par ses voisins d'aval comme agressive et indélicate. A son entrée en Syrie. son module annuel est de 370 millions de m3. puis il s'écoule dans le fossé tectonique du Ghab entre le Jbel Alaouite à l'ouest et le Jbel Zawiyé à l'est. L'Oronte pénètre ensuite en Turquie dans la province du Hatay. La Syrie a conduit d'importants projets d'irrigation à partir des eaux du fleuve. bien alimenté. Le "fleuve rebelle". Les superficies irriguées se sont multipliées autour de Homs et de Hama. Il fournit 24% des produits agricoles du pays. L'affrontement le plus sérieux qui opposa la Turquie et ses deux voisins eut lieu lors du remplissage du lac de retenue du barrage Atatürk au début de 1990. hal-00352860. Il traverse les plateaux syriens de Homs. Il y a eu effectivement rupture de 86 . Le Ghab est désormais une des régions pionnières de la Syrie. La plaine du Ghab a longtemps été marécageuse : un verrou basaltique empêchait l'écoulement des eaux fort abondantes car des affluents et surtout les sources karstiques renforçaient considérablement le débit du fleuve.théorique . la Turquie ne disposerait plus que 270 millions de m3 qu'elle estime insuffisants pour desservir les villes d'Iskenderun (ex-Alexandrette). Cette extension de l'irrigation prélève beaucoup d'eau (630 millions de m3) et à son entrée en Turquie le débit de l'Oronte n 'est plus que de 170 millions de m3! La Syrie construit un barrage à des fins d'irrigation sur le parcours s de la rivière Afrin qui prélèverait 130 millions de m3 sur son débit naturel. en 1972.

L'imprécision du droit international en ce domaine ne facilite pas les choses. L'Irak estime que les deux fleuves sont internationaux et demande le respect des droits acquis. en 1987.6 milliards de m3 pour la Syrie et 9 pour l'Irak Toutefois les crises ont été nombreuses entre les trois pays concernés que ce soit avant ou après la signature de ces accords. L'Irak demande aussi que soit reconnue l'indépendance des 87 . En Irak.25 Nov 2009 hydrauliques. 4.75 milliards de m3) alors que le débit naturel de l'Euphrate à l'entrée en Turquie est de 28 milliards de m3. est un accord bilatéral avec la Syrie portant sur les quotas. En 1962.2 Le difficile accord de 1987 : Il n'existe aucun traité tripartite sur l'exploitation et la répartition des eaux entre les États riverains du bassin du Tigre et de l'Euphrate. Un autre accord bilatéral syro irakien (avril 1990) prévoit une répartition proportionnelle des eaux de l'Euphrate entre les deux pays (42% pour la Syrie. l'interruption de l'écoulement a conduit à une perte de 15% des récoltes. version 2 . Depuis la mise en eau des nouveaux barrages est toujours une source de tension. la Syrie et l'Irak créèrent une commission mixte mais son rôle resta limité du fait de l'absence de travaux hydrauliques importants. Au total. Le traité de Lausanne de 1923 contenait une clause stipulant que la Turquie devait consulter l'Irak avant d'entreprendre des travaux hal-00352860. alors que le module du fleuve n’est que de 29 km3 4. le remplissage des différents barrages turcs sur l’Euphrate a nécessité 100 km3 auxquels il faut ajouter une perte évaporatoire de 3 km3/an depuis 1990. Le seul arrangement consenti par la Turquie.l'alimentation en eau de l'Euphrate durant le mois de janvier 1990. la Syrie reçoit 500 m3/s (soit 15. Vers 1972/73 les deux mêmes pays firent des tentatives infructueuses pour négocier un accord sur l'Euphrate.3 Quelles perspectives pour la prochaine décennie? Un règlement satisfaisant pour les trois parties en présence paraît très difficile sinon impossible tant les positions de principe sont éloignées. 58% pour l'Irak) quel que soit le débit du fleuve soit en année «normale» 6. Cette position sous-entend le respect de la consommation antérieure de chacun des États riverains et le partage équitable des ressources supplémentaires obtenus par des aménagements ultérieurs.

La Turquie soutient que les déficits en eau en aval sont liés à une mauvaise gestion et ne relèvent pas du domaine juridique. Cette position risque d'être lourde de conséquences. sans doute un peu gonflées. La Turquie soutient que les deux fleuves constituent un seul bassin et qu'ils sont transfrontaliers et non internationaux. Sur ce point la position syrienne est identique à celle de l'Irak. En optant pour l'unicité du bassin. version 2 . La Turquie accepte pourtant de ne pas porter atteinte aux droits acquis antérieurs aux nouveaux projets hydrauliques. Pour la Syrie. l'Euphrate est un fleuve international et il doit y avoir respect des "droits acquis" et interdiction de tout aménagement qui modifierait le débit sans l'accord de l'ensemble des États riverains.bassins versants et s'oppose à la position turque mais aussi syrienne qui considère que le Tigre et l'Euphrate constituent deux branches d'un même bassin hydrographique. Par contre. Pour l'Irak au contraire les deux fleuves doivent être considérés séparément et un partage équitable des eaux de chacun d'eux doit être envisagé entre les trois États riverains. Pour l'avenir sa position est nette : elle accepte de coopérer pour la gestion des eaux du Tigre et de l'Euphrate.25 Nov 2009 Syrie et la Turquie et que l'Irak se satisfasse d'une exploitation quasi exclusive des eaux du Tigre qui n'est qu'un fleuve frontalier pour elle. Un tel statut permettrait à la Turquie de gérer à sa guise les ressources disponibles des deux fleuves sans prendre en considération les demandes et les besoins de la Syrie et de l'Irak. En clair elle propose que le partage des eaux de l'Euphrate ne s'opère qu'entre la hal-00352860. dans les décennies à venir les demandes d'eau ne feront que croître et l'on voit mal comment les demandes des pays en aval pourraient être satisfaites. Si on se fie à des estimations turques figurant dans le tableau 13. à condition de se limiter à des projets précis. Milliards de m3 Euphrate Tigre 88 . la Turquie et la Syrie proposent que l'Irak prenne sa part de ressources sur le Tigre difficilement aménageable dans sa partie amont laissant ainsi à la Turquie et à la Syrie le bénéfice exclusif des eaux de l'Euphrate. Mais elle n'est pas prête d'accéder à la demande de ses co-riverains de conclure un accord multilatéral sur des quotas de répartition. Elle a ainsi accepté de signer l'accord de 1987. Elle soutient que l'accord de 1987 sur les quantités allouées à la Syrie est définitif et rejette les demandes conjointes de la Syrie et de l'Irak pour une augmentation des quotas à 700 m3/s. Cette attitude contribue à entretenir la tension dans la région. elle s'en écarte sur un autre point : elle soutient "l'unicité" du bassin versant du Tigre et de l'Euphrate. Les pays en aval doivent mettre en œuvre des techniques plus économes en eau.

87 2. A la fin des années 80.58 18.42 11. La Turquie commence à se considérer comme le «centre géopolitique d'une région en train d'émerger». Cette réticence manifeste va de pair avec un désintérêt croissant vis à vis du hal-00352860.67 6.43 48.47 Tableau 13 : Potentiel et demande d'eau des trois pays riverains du Tigre et de l'Euphrate Dans un cadre plus large.92 25.25 Nov 2009 Moyen Orient arabe.6 45 54.24 0 23. 89 .3 23 52. Plus que jamais la Turquie reste maître des eaux. Il y a plus d'avenir pour elle dans le développement de liens économiques et politiques avec les États de l'ex URSS notamment les turcophones. la politique turque est de plus en plus ambiguë. Maintenant elle veut toute son eau pour elle.58 4 0 35. elle se présentait comme le château d'eau de la région et on lui prêtait l'intention de céder une partie de ses eaux aux pays arabes (cf l'aqueduc de la Paix).Potentiel Utilisation souhaitée Potentiel Utilisation souhaitée Turquie Syrie Irak Total 31. version 2 .

2 Pour les Palestiniens.1 Israël ou l'eau d'irrigation en question 4.3 En Jordanie.2 Le contrôle des eaux du Jourdain : une revendication sioniste permanente 2. 90 . Inégal partage dans le bassin du Jourdain 1. Les eaux souterraines disputées entre Israël et les Palestiniens 3. une situation dramatique 4. L'inégale appropriation des eaux du Jourdain 2. Pour l'essentiel les rivalités se nouent à propos de l'utilisation des nappes souterraines et des eaux du Jourdain et de ses affluents (essentiellement le Yarmouk) dont le bassin versant se partage entre 4 États : le Liban. version 2 .1 Des conditions naturelles assez favorables hal-00352860.3 Le Plan Johnston (1955) et son rejet 2. la Syrie.2 L'exploitation des aquifères par Israël : le droit du plus fort 4 Un avenir préoccupant 4. la pénurie est là Les conflits pour l'eau sont particulièrement vifs au Proche Orient. Quelques données de base 1. Israël et les Territoires occupés.1 Un enjeu majeur : les aquifères de Cisjordanie et de Gaza 3. la Jordanie. A cela s'ajoute en filigrane l'utilisation des eaux du Litani.2 L'inégale répartition des ressources en eau entre les entités territoriales 2.IV.4 Extensions territoriales d’Israël et contrôle total des eaux du fleuve 3.25 Nov 2009 1.1 Le fleuve 2.

25 Nov 2009 Cisjordanie (1 000 m près d'Hebron). Les précipitations hivernales de type méditerranéen tombent sur les plus hauts reliefs sous la forme de neige ce qui autorise un certain stockage des eaux favorisé en outre par la nature calcaire des massifs. • Ces alignements montagneux s'abaissent en Israël et en Palestine et constituent les collines de hal-00352860. En Palestine. l'Anti Liban qui se prolonge avec le mont Hermon (2 814 mètres). Il en est de même pour la vallée du Jourdain (Jéricho 166 mm) 91 . Le fossé dans lequel coule le Jourdain prolonge en quelque sorte la Bekaa. plus à l'est. version 2 . A l'est de cette zone de collines ou de montagnes proches du littoral. Quelques données de base 1. en Syrie et en Jordanie les pluies diminuent très rapidement (300 mm et moins). Entre Mont Liban et Anti Liban se loge la plaine de la Bekaa comprise entre 900 et 1 000 mètres d'altitude.1. Mais en arrière des reliefs. Il tombe bien souvent plus de 1000 mm sur les reliefs et même jusqu'à 1 500 sur le Mont Liban. • Ce double alignement montagneux se prolonge au Liban avec le mont Liban en bordure du littoral (3 083 mètres) et. la vallée du Jourdain de ses 1 200 m. L'escarpement jordanien domine. s'étire une zone tabulaire en Syrie ou en Jordanie. plus à l'est. les collines de Cisjordanie reçoivent de 500 à 700 mm. En raison de l'alignement du relief perpendiculairement aux dépressions d'ouest la région est bien arrosée. Cette frange littorale bien arrosée disparaît plus au sud : en Israël le Neguev est une zone semi aride : les précipitations sont inférieures à 200 mm. à l'est.1 Des conditions naturelles médiocres Toute une série de reliefs calcaires sont disposés parallèlement au littoral : • au Nord en Syrie : le Jbel Ansarié (1 583 m) et le Jbel Zawiyé enserrent le fossé du Ghab dans lequel coule l'Oronte.

En dehors des nombreux torrents qui dévalent 92 .hal-00352860. nettement guidés par l'orographie. version 2 . De nombreux cours d'eau parcourent la région.25 Nov 2009 Figure15 – Fleuves et montagnes au Proche-Orient Les ressources en eau sont relativement abondantes. En raison du cloisonnement du relief beaucoup sont très courts et. s'écoulent dans un sens méridien.

Il prend naissance sur le mont Hermon et se dirige vers la mer Morte. Le Litani est un fleuve entièrement libanais. Toutefois. 80 % des eaux consommées sont destinées à l'irrigation. assez bien pourvue en eau (1317 m3/an/personne). Le Jourdain (360 km) s'écoule du nord au sud. Une troisième nappe se trouve dans le sous-sol du plateau jordanien. hal-00352860. Beaucoup de stratégies s'échafaudent à partir de ce constat. Ses ressources en eau douce sont estimées à 4. La plus importante est la nappe que l'on rencontre en Cisjordanie (680 millions de m3). il peut apparaître un peu comme un château d'eau dans ce Levant où beaucoup d'États souffrent de pénurie. Une partie des sources du Jourdain se trouvent sur son territoire (le Golan) mais en fait la consommation du pays n'en dépend pas.2 L'inégale répartition des ressources en eau entre les entités territoriales (tableau 5) Le Liban est. le pays le mieux doté avec la Syrie. de loin. le Liban a des projets d'extension d'irrigation qui conduiraient à une augmentation substantielle de ses consommations d'eau. pour l'instant. Le Liban est donc doté d'importantes réserves. les ressources jordaniennes sont très précaires : le pays souffre actuellement de pénurie d'eau et la consommation par habitant est très faible (150 l/jour). pénètre en Syrie. franchit en gorge le Jbel Zawiyé et se jette en Méditerranée dans le golfe d'Iskenderun en Turquie. Une nappe littorale se localise dans le territoire autonome de Gaza et se prolonge plus au nord en Israël. trois organismes fluviaux jouent un grand rôle. ce qui est une norme haute.8 milliards de m3 soit 1 230 m3/an/personne. Les nappes souterraines jouent également un grand rôle et parfois leur exploitation est source d'intenses rivalités. La consommation totale annuelle du pays est de l'ordre de 900 millions de m3 : 550 provenant des eaux de surface et 350 des eaux souterraines.le flanc occidental du Mont Liban. Dans la plaine de la Bekaa coulent en sens inverse l'Oronte et le Litani. Enfin certains aquifères fossiles de la péninsule Arabique se prolongent dans le sous-sol de la Jordanie. Les ressources syriennes en eau proviennent de la partie méditerranéenne du pays avec l'Oronte et des nappes phréatiques et surtout de l'Euphrate. il s'écoule vers le sud et se jette en Méditerranée au sud de Saida. Les ressources en eau 93 .25 Nov 2009 1. L'Oronte (570 km) coule vers le nord. notamment autour du Litani. La Syrie est. version 2 . Par contre.

Les Palestiniens ne disposent que. L'inégale appropriation des eaux du Jourdain 2. version 2 . L'origine de l'eau consommée provient des sources suivantes : C'est toutefois dans les Territoires Occupés que la situation est la plus inquiétante. Le pays consomme environ 880 millions de m3/an ce qui excède son potentiel renouvelable. 2. Les concurrences et affrontements régionaux se nouent autour des deux sources essentielles : les eaux du Jourdain et l'accès à la nappe souterraine de Cisjordanie. 105 sur les wadi du Jourdain) • nappes renouvelables : 310 millions de m3. L'eau consommée provient des origines suivantes : • nappes fossiles non renouvelables : 210 millions de m3. Il réalise l'interconnexion de l'eau à travers tout le pays à partir du lac de Tibériade. C'est le pays où les quotités disponibles d'eau renouvelable sont les plus faibles : 200 m3/an/habitant si on ne prend pas en compte les prélèvements israéliens mais seulement 50 dans le cas contraire! Ce rapide tableau met l'accent sur les inégalités de répartition dans un contexte de rareté. très partiellement. Israël dispose d'un réseau national de distribution de l'eau depuis 1964. Les ressources en eau douce d'Israël sont faibles : 190 m3/an habitant. La nappe Wadi-Sir utilisée s'étend sur le territoire jordanien jusqu'à 700 mètres de profondeur.douce sont de 158 m3/an/habitant : une norme très basse. elle se rattache aux aquifères fossiles de la Péninsule.1 Le fleuve 94 .25 Nov 2009 internationalement reconnues (1 400 millions de m3). de l'eau des nappes de Cisjordanie et de Gaza. • les eaux de surface du Jourdain et du Yarmouk 360 millions de m3 (175 millions de m3 sont prélevés sur le Yarmouk. Le pays connaît de graves tensions : sa consommation est de l'ordre de 1 900 à 2 000 millions de m3 ce qui dépasse très largement les ressources dont le pays dispose à l’intérieur de ses frontières hal-00352860.

la Jordanie et Israël. Il résulte de la réunion dans la dépression de Houle de trois rivières alimentées à la fois par les résurgences karstiques et la couverture neigeuse du Mont Hermon (2 814 m.) : le Hasbani. le Dan et le Banias.25 Nov 2009 Figure 16 – Inégal partage des eaux dans la vallée du Jourdain Le Jourdain est un petit fleuve (360 km) dont le bassin est partagé entre le Liban. la Syrie.hal-00352860. Le Hasbani s'écoule sur 21 km en territoire libanais 95 . version 2 .

n'est qu'un mince filet d'eau aisément franchissable. Elle est sérieusement menacée de disparition dans le demi-siècle. Les industries israélienne et jordanienne d’extraction de sel et de mineraux aggravent la situation en prélevant dans la mer près de 200 millions de m3/an : deux fois plus qu’elle n’en reçoit actuellement. Ainsi. Ils bénéficient vraisemblablement. Au cours de ce trajet (320 kilomètres de méandres pour un tracé de 109 km à vol d'oiseau). Mais l'évaporation est intense.et a un débit moyen annuel de 150 millions de m3. "les sources du Jourdain" est élevé. a un débit abondant (500 millions de m3 annuels) et précieux car constitué d'eaux très peu salées. est en fait un marécage de très faible profondeur 3 à 5 m. barré par une coulée basaltique. Il est bien plus important que ne le laisserait supposer l'étendue de leurs bassins respectifs. dans cette région calcaire. il n’est en réalité que de 100! Les faibles apports du Jourdain ne compensent plus l’évaporation et le niveau de la mer Morte baisse (15 mètres entre 1955 et 2000 et un mètre par an actuellement). Le lac Houle. les eaux se chargent de sel et au sortir du lac. en étiage permanent. à 7 km au sud du lac de Tibériade. large de 12 et profond de 45 m. Le débit moyen annuel après leur confluence est de l'ordre de 560 millions de m3.) qui a été asséché par Israël en 1953. Il y déverse un volume annuel de 560 millions de m3.25 Nov 2009 occupe une superficie de 160 km2. version 2 . ravinées en bad lands (le ghor). Sa superficie a diminué d’un tiers entre 1960 (950 km2) et 2006 (637 km2). Puis le Jourdain se dirige vers la Mer morte (à moins 410 mètres) à travers une vallée encaissée. dominée par tout un ensemble de terrasses sèches. Il décrit des méandres dans une plaine alluviale humide (le zor). Des sources souterraines partiellement salées y déversent 230 millions de m3/an. tandis que le Banias (30 km et 160 millions de m3) prend sa source dans le Golan syrien. le débit “naturel” du fleuve est estimé à 500 millions de m3/an. On peut constater que le débit de ces trois rivières. le lac de Tibériade hal-00352860. le Dan (12 km et 260 millions de m3) prend naissance à l'intérieur du territoire israélien. originaire de Syrie. situé à 210 mètres au dessous du niveau de la mer. au sortir du lac de Tibériade. Au total. d'une importante circulation souterraine d'origine plus ou moins lointaine alimentant d'importantes résurgences. le Jourdain. le débit ne dépasse pas 500 millions de m3. Le haut Jourdain rejoint en un court trajet (17 km) à travers des gorges volcaniques. le Jourdain reçoit des affluents de rive droite venant de Palestine mais surtout de rive gauche. Les apports des sources et des oueds de rive gauche descendus de Jordanie sont de l'ordre de 600 millions de m3 : parmi eux l'oued Zarka (100 millions de m3) est le plus important. le Yarmouk (57 km). Parmi eux. Long de 21 km. 96 . le débit "naturel" à son arrivée dans la mer Morte serait de 1 450 millions de m3 (certains auteurs avancent 1 850!) En réalité en raison de l'importance des prélèvements opérés en amont. compte non tenu des prélèvements. le lac de Tibériade.

version 2 . des sources du Jourdain et du fleuve Litani. elle ne pourrait être indépendante au plan économique " 97 .2 Le contrôle des eaux du Jourdain : une revendication sioniste permanente Dès le projet de création du Foyer National juif. Arabes et Israéliens se disputent âprement leur utilisation. Chaim Weizman précise au ministre anglais des affaires étrangères l'importance considérable du Litani pour la Palestine : "Même si la totalité du Jourdain et du Yarmouk se trouvaient inclus dans la Palestine. adresse au premier ministre anglais Lloyd George. Au même moment.Les eaux du Jourdain conditionnent la vie en Israël et en Jordanie. le Président de l'organisation sioniste mondiale. les militants sionistes ont souhaité contrôler l'ensemble des eaux du Jourdain et même celles du Litani. L'irrigation de la Haute Galilée et l'énergie nécessaire. l'alimentation en eau doit provenir des pentes du Mont Hermon. Chaim Weizman. Nous considérons qu'il est essentiel que la frontière nord de la Palestine englobe la vallée du Litani sur une distance de 25 miles ainsi que sur les flancs ouest et sud du Mont Hermon. 2.. L'enjeu du Jourdain tient aux deux éléments suivants : • 23 % de ce débit seulement est originaire d'Israël dans ses frontières de 1967. dans le même état d'esprit.25 Nov 2009 Balfour (1917). du Haut Jourdain et du Yarmouk. Au lendemain de la déclaration hal-00352860.. les représentants du mouvement sioniste ont demandé sans succès à la Grande Bretagne d'intégrer l'ensemble des sources du Jourdain dans la Palestine et de fixer la frontière nord sur le cours aval du Litani! En 1920." Il suggère donc que les frontières de la Palestine soient déterminées à partir de considérations hydrauliques. il n'y aurait pas assez d'eau pour satisfaire nos besoins. une lettre dans laquelle il affirme que : "les frontières (du Foyer national juif) ne sauraient être tracées exclusivement sur la base des limites historiques (= bibliques). • Le débit du Jourdain représente 2 fois le total des autres disponibilités en eau d'Israël et 3 fois celles de la Jordanie. fût-ce à une activité industrielle restreinte doit provenir du Litani. Si la Palestine se trouvait coupée du Litani.nos prétentions vers le Nord sont impérativement décidées par les nécessités de la vie économique moderne" Il ajoute ensuite : "tout l'avenir économique de la Palestine dépend de son approvisionnement en eau pour l'irrigation et pour la production d'électricité.

pose le principe que les eaux du Jourdain ne doivent servir qu'à mettre en valeur sa vallée. Éric Johnston. la dérivation des eaux du Jourdain et du Yarmouk vers le désert du Neguev et l'utilisation des eaux du Litani. Les États Unis envoient en 1954 un émissaire spécial. la revendication n'en demeure pas moins. Les Juifs à cette époque possèdent 7% des terres et représentent 32 % de la population : ils se voient accorder 55% du territoire.notamment le Neguev. c'est à dire les maronites de ce pays à proclamer un État chrétien!" 2.Si ces demandes ne sont pas acceptées par la Conférence de Paris. Après de longues tractations. Les Israéliens proposent alors (1954) le plan Cotton et les Arabes le plan du comité technique arabe. La tension monte dans la région d'autant plus que des deux côtés débutent des chantiers pour mobiliser l’eau. A cet effet.25 Nov 2009 hydrauliques : le cours supérieur du Jourdain est compris dans son territoire. En 1944 Lowdermilk propose un plan. Tout au long des années cinquante. le désir des Israéliens de mettre la main ou de contrôler plus ou moins directement les terres et les eaux du Sud-Liban est resté vif. Il ne concerne donc ni le désert du Neguev. David Ben Gourion estimait ainsi qu'il était sage "de pousser le Liban. version 2 . les colons juifs. Il est rejeté par les deux parties en raison de la gestion intégrée de la ressource qu’il supposait. plus ou moins d'origine onusienne. Le plan de partage proposé par l'ONU avantage. le plan israélien Cotton intègre les eaux du Litani et prévoit l'irrigation de régions.hors de la vallée du Jourdain. pour tenter de dénouer le conflit. L'État juif est aussi favorisé en termes d'accès aux ressources hal-00352860. 98 . Le plan Main de 1953. Les divergences sont énormes : le plan arabe préconise l'utilisation des seules eaux du Jourdain et uniquement dans la vallée du fleuve. Sa proposition vise à créer une "Jordanian Valley Authority" sur le modèle de la "Tennessee Valley Authority" aux États-Unis qui favoriserait le développement de fermes et d'industries pour permettre l'intégration de "4 millions de réfugiés juifs venant d'Europe en plus des 1 800 000 Arabes et Juifs vivant déjà en Palestine et en Transjordanie". d'ensemble pour le développement des ressources en eau de la Palestine.3 Le Plan Johnston (1955) et son rejet De nombreux plans de répartition des eaux entre Israéliens et Arabes sont mis à l'étude. de ce point de vue. le plan prévoit l'irrigation des terres de la vallée du Jourdain. ce denier reprend pour l'essentiel les propositions du plan Main de 1953. ni le cours du Litani.

Le plan avait été. ce que n'acceptent pas les riverains arabes. accepté par les comités d’experts. Le plan. toutefois. Le «National Water Carrier» réalise l'interconnexion de l'eau à travers tout le pays jusqu'au désert du Neguev (capacité 1 150 millions de m3). comme toutes les autres propositions antérieures. 99 . En hm3 Hasbani Banias Jourdain Yarmouk Ghor Total hal-00352860. Cette eau est à la base du développement agricole d'Israël (178 000 ha irrigués soit 43% des terres).05 497 492 243 1287 100 35 2. restera une base de référence pendant des années pour le partage de l’eau dans la région. Israël entreprend la construction d’un grand conduit national dont la première tranche est achevée en 1964. 10 % à la Syrie et 3% au Liban.70 132 10. Il est alimenté pour une large part par des pompages (plus de 400 millions de m3/an actuellement) effectués dans le lac de Tibériade. Israël utilise 16 à 17% de son énergie pour effectuer ces pompages. en effet. soit vers le Yarmouk.25 Nov 2009 % Liban 35 Syrie 20 22 90 Jordanie Israël Total 35 20 100 377 243 720 56 375 25 400 31. version 2 .25 Tableau 14 : Répartition des eaux du Jourdain et de ses affluents selon le plan Johnston Pour des raisons essentiellement politiques. On a pu faire baisser la salinité des eaux du lac de 400 mg/l en 1950 à 220 en 1995 par le captage des sources salées de la rive occidentale qui se déversent en profondeur dans le lac et leur rejet dans le Jourdain. De son côté. Israël riposte en lançant des attaques contre les chantiers ouverts sur le Banias ou le Yarmouk. Ce conduit de 130 km (en partie enterré) permet le transfert des eau en dehors de leur bassin. 31 % à Israël.Le Plan Johnston (1955) prévoit un partage des eaux du Jourdain et de ses affluents entre les pays riverains selon les quotas suivants : 56 % des eaux reviendraient à la Jordanie. De leur côté les États arabes mettent à exécution des projets qui visent à détourner les eaux des sources du Jourdain soit vers le Litani. le Conseil de la Ligue arabe tout comme Israël rejettent cette proposition qui. ne prend pas en compte les ressources souterraines. Dès lors. Israël et les États arabes mettent en œuvre leurs propres projets.

Israël s'oppose à la réalisation de ces barrages par des bombardements et la destruction des chantiers. et notamment celles du Zarqa sur lequel le barrage du roi Tahal. Le canal Abdallah (120 km) est alimenté à partir de 1961 par la prise d'eau d'Adissiya (175 millions de m3/an) sur le Yarmouk. les plantations d’agrumes et de bananiers). En occupant les hauteurs du Golan les Israéliens rendent impossible le projet arabe de dérivation des eaux du Jourdain supérieur vers le Yarmouk et ils contrôlent deux des sources du Jourdain (aux sources du Dan localisées dans le territoire de 1948. version 2 . Le barrage sur le wadi Arab apporte 20 millions de m3 et les autres barrages totalisent 105 millions de m3.25 Nov 2009 par de grands exploitants privés. s'ajoutent les sources du Banias). ils peuvent contrôler toute la partie aval du fleuve qui marque la limite entre le Jordanie et le Golan (ils en tirent environ 100 millions de m3/an) ainsi que la prise d'eau jordanienne qui alimente le canal du Ghor. En occupant le triangle du Yarmouk. 30 000 ha ont été transformés en terres irriguées.dès 1957. L’opération d’aménagement est d’envergure. Le dispositif est complété par la mobilisation des eaux des oueds adjacents. 100 . Sur 1% du territoire national. la vallée du Jourdain contribue pour plus du tiers à la production agricole (notamment pour les fruits et légumes.4 Extensions territoriales d’Israël et contrôle des eaux La compétition pour l'eau fut encore ravivée avec la guerre de 1967. Plus de 140 000 personnes se sont installées dans cette région pionnière. récemment surélevé autorise un réservoir de 90 millions de m3. Seule est tolérée la poursuite des travaux du canal d'irrigation du Ghor sur la rive gauche du Jourdain. la Jordanie entreprend la construction sur la rive gauche du Jourdain du canal du Ghor qui est long actuellement de 120 km qui serait alimenté grâce à la retenue (200 millions de m3) du barrage de Mukhaïba sur le Yarmouk. 2. grâce à l’introduction de techniques modernes (cultures sous serre. arrosage au goutte à goutte). distribuées par lots de 3 à 4 ha à des colons ou mises en valeur hal-00352860.

hal-00352860. version 2 .25 Nov 2009 Figure 17 – Les sources du Jourdain 101 .

La guerre civile libanaise n'a pas permis la mise en œuvre de ces projets et actuellement la plus grande partie des eaux du Litani se déverse directement dans la mer . Les eaux souterraines disputées entre Israël et les Palestiniens A l’issue de sa victoire de 1967. Israël est en mesure de contrôler la totalité des ressources souterraines de la région 102 . jusqu'à une date récente. plus de la moitié du débit naturel du Jourdain! Les eaux du Litani ont longtemps été sous-exploitées dans un Liban relativement bien pourvu en ressources hydrauliques. de quoi susciter bien des convoitises dans cette région où la pénurie se fait de p plus menaçante! hal-00352860. version 2 . Son module annuel moyen est de l'ordre de 900 millions de m3.. le du territoire libanais. Il bénéficie notamment des pluies importantes qui s'abattent sur la Montagne libanaise. une partie des eaux (460 millions de m3) par deux tunnels sous la Montagne libanaise vers un petit fleuve côtier. on irriguait 20 000 hectares dans le bassin du Litani essentiellement par des pompages dans les nappes phréatiques.. puis il s'infléchit vers l'ouest et le Litani va se jeter en Méditerranée un peu au nord de Tyr (carte 16). Son bassin s'inscrit dans une zone où les précipitations dépassent 500 mm/an.. sur 2160 km2. Des plans ont été élaborés à l'époque pour une meilleure mobilisation des eaux du fleuve.25 Nov 2009 3. Bref. Ce petit fleuve côtier est relativement bien alimenté. la quasi totalité des eaux pouvait être utilisée. à des fins de production d'électricité. le nahr al-Awali qui dévale le versant occidental du Mont Liban. Son tracé est nord-sud sur une grande partie de son parcours. un dépassement par Israël est très sensible du fait de l'augmentation des pompages. l'utilisation des eaux du Jourdain par les riverains était conforme aux quotas du plan Johnston. A la veille de la guerre civile libanaise (1975). Les eaux convoitées du Litani Le Litani (170 km) prend sa source dans la plaine de la Bekaa et draine.Alors que. Une extension de l'irrigation nécessita prélèvement de 230 millions de m3 sur le fleuve. On souhaitait aussi dériver.

le reste est inutilisé car bien souvent les eaux sont trop salées. en territoire palestinien le long des pentes supérieures et des crêtes de la chaîne à plus de 500 m. Ce sont les premiers colons juifs qui ont commencé à l'exploiter de façon intensive à partir de 1930 pour irriguer les orangeraies en creusant des puits ou en captant des sources dans la partie aval. La structure géologique est constituée d'une couche de calcaire épaisse de 600 m. L'aquifère nord-oriental qui part des environs de Naplouse s'écoule vers la vallée de Jezreel.25 Nov 2009 distingue trois zones dans cet aquifère : (carte 18) L'aquifère occidental s'écoule en Israël. Certains puits et sources sont depuis toujours utilisés par les Palestiniens habitant les villages de la région. d'altitude. l'aquifère (Yarkon-Tanimin) est drainé par des centaines de puits situés en deçà de la «ligne verte» c'est à dire à l'intérieur des frontières d'Israël qui exploite ainsi la quasi totalité de la ressource : 330 millions de m3.1 La Cisjordanie occupée (Judée au sud.3. C'est une région arrosée : de 500 mm jusqu'à 700 mm. surmontant des roches imperméables.1 Un enjeu majeur : les aquifères de Cisjordanie et de Gaza 3. Les Israéliens pompent 40 millions de m3/an dans cet aquifère. Son aire de recharge est. Les premiers colons juifs se sont aussi servis de cette eau avant la création d'Israël en 1948. Aujourd'hui. Actuellement. L'aquifère oriental a un débit potentiel de 200 millions de m3/an dont près de la moitié en eau saumâtre. les Israéliens ont creusé des puits de grande profondeur ce qui. L'aquifère se situe dans les couches calcaires. a eu pour conséquence de réduire le débit des puits ou des sources traditionnellement utilisés par les Palestiniens. On estime qu'il est alimenté à 70% par des pluies qui tombent en Cisjordanie occupée. La nappe phréatique est à une profondeur de 200 à 400 m. dans les Territoires occupés. parfois. Son débit normal est estimé à 130 millions de m3. version 2 . Il est en totalité alimenté par les pluies de Cisjordanie et s'écoule vers le Jourdain. les Israéliens exploitent une grande partie de l'aquifère (110 millions de m3/an). En raison de sa structure anticlinale. 20 seulement revenant aux Palestiniens. On hal-00352860. les Palestiniens 80. pour l'essentiel. Plus récemment.1. Son eau est utilisée depuis toujours par les agriculteurs palestiniens. 103 . Il est alimenté en totalité par les précipitations tombant en territoire occupé. Samarie au nord) est une région de collines (l'altitude peut atteindre 1 000 m). sa capacité est de 350 millions de m3/an. la nappe est drainée dans plusieurs directions.

104 .L’aquifère cisjordanien 3.L'aquifère côtier n'a pas l'ampleur de celui de la Cisjordanie. version 2 . exploitée par 1600 puits.1. à une profondeur de 20 à 50 mètres.25 Nov 2009 Figure 18 . Du Mont Carmel à Gaza gît une nappe phréatique (300 millions de m3). La partie de la nappe qui s'étend sur le territoire de Gaza a une capacité de 60 millions de m3 mais elle est surexploitée depuis des années à hauteur de 120 à 130 millions de m3 dont la moitié était destinée aux colonies agricoles avant l’évacuation de Gaza par Israël (2005).2.hal-00352860. La plaine côtière est formée de sables et de grès qui surmontent des marnes et des craies imperméables.

Le droit jordanien applicable avant 1967 à la Cisjordanie interdit le transport de l'eau d'un bassin de drainage à un autre sans autorisation. Actuellement. étendue aux Territoires occupés.2 L'exploitation des aquifères par Israël : le droit du plus fort Cette exploitation des eaux souterraines n’est possible qu’avec la mise en place d’une législation discriminatoire. Les eaux des Territoires occupés sont déclarées ressources stratégiques sous contrôle militaire par la puissance occupante. grâce à un jeu subtil de subventions. les colons israéliens peuvent disposer de puits très profonds qui assèchent les puits arabes voisins. Sous l’administration jordanienne (avant 1967).5 pour l’usage domestique. par contre. L'ensemble des ressources en eau de la Cisjordanie et de la bande de Gaza sont placées sous le contrôle de la Mekorot. Les Palestiniens n’ont pratiquement pas le droit de forer de nouveaux puits. La quantité d'eau disponible pour l'agriculture palestinienne a été gelée par les autorités à 90 millions de m3/an pour les 400 villages palestiniens. vannes. Les Palestiniens soulignent avec inquiétude le fait que dans tous les nouveaux projets mis en œuvre par Israël. est 5 fois moins cher pour un agriculteur israélien que pour un agriculteur palestinien. A l'inverse. La culture irriguée palestinienne est sévèrement limitée et le coût de l’eau distribuée par le réseau public. stations d'observation) sont localisés à l'intérieur des implantations israéliennes. 27% des terres de Cisjordanie étaient irriguées contre seulement 6% acuellement. l’eau. dont la profondeur est limitée. la compagnie israélienne des eaux qui gère 1. Sous le Mandat. la considère comme une propriété d'État : il faut une autorisation pour l’utiliser. version 2 . elle est proposée aux colons à 0.2 $ pour l’irrigation et à 0. l’eau était considérée comme une propriété privée.est cédée aux Palestiniens à 1 $ le m3. On estime actuellement que plus de 100 000 hectares de bonnes terres en Cisjordanie et 40 000 à Gaza pourraient être irriguées : elles ne le sont pas faute d'eau.3.3 millard de m3 /an et distribue 90 % de l’eau potable. La législation israélienne. les quantités d'eau attribuées à l'agriculture israélienne dans les 105 . toutes les eaux font partie d'un hal-00352860. La consommation des Palestiniens est en outre très sévèrement contrôlée.25 Nov 2009 réseau national et peuvent par conséquent être transportées partout où le besoin s'en fait sentir que ce soit d'un bassin à un autre de la Cisjordanie ou le plus souvent de la Cisjordanie vers d'autres bassins à l'intérieur des frontières d'Israël comme la région du Néguev. les équipements essentiels de contrôle (réservoirs régionaux. En 2004. sous le régime israélien.quel que soit son usage.

les Israéliens assurent en outre la recharge de leur nappe phréatique littorale surexploitée. version 2 . La politique en vigueur est conçue pour assurer prioritairement un approvisionnement en eau suffisant aux colons juifs et au réseau hydraulique israélien. Ce n'est qu'une fois ces priorités assurées que les droits et les besoins des Palestiniens sont pris en considération. en millions de m3 Nappe de Cisjordanie • aquifère occidental • aquifère nord oriental • aquifère oriental s/Total Cisjordanie % Nappe de Gaza % Total % Potentiel PrélèvementsIsraël et colo Palestiniens totaux 350 130 110 590 100 120** 100 710 100 330 110 30 470 80 60 50 530 75% 20 20 80 120 20 60 50 180 25% 350 130 200* 680 60 740 * : 90 millions de m3 sont des eaux saumâtres ** : il y a surexploitation de la nappe (environ 60 millions de m3) Tableau 15 : L'exploitation des nappes souterraines de Cisjordanie et de Gaza Le pompage massif des eaux de Cisjordanie et de la bande de Gaza par les colons et par le gouvernement israélien a conduit à une baisse de la qualité des eaux. En 1990 60 millions de m3 sont alloués aux 30 colonies agricoles de Cisjordanie! En occupant la Cisjordanie. dans l'aquifère oriental qui s'écoule vers la vallée du Jourdain. l'application des lois israéliennes dans hal-00352860. Au total.25 Nov 2009 les Territoires occupés "a produit des modifications substantielles des usages légitimes de l'eau selon la législation de Gaza.Territoires occupés ont doublé au cours de la décennie 1980. Israël pompe chaque année 470 millions de m3 à partir des ressources souterraines de Cisjordanie soit le 1/4 de la consommation du pays! Comme l'indique un récent rapport des Nations Unies. Si le pompage se 106 . Israël pompe 30 millions de m3 utilisés par les colonies agricoles de la vallée du Jourdain. des hauteurs du Golan et de la Cisjordanie". Sur le potentiel en eau non saumâtre commun de la Cisjordanie et d'Israël (aquifères occidental et nord oriental) de quelque 480 millions de m3. Israël et les colons juifs en utilisent 91% soit 440 millions de m3 et les Palestiniens 9% seulement soit 40 millions de m3! En outre.

L’absence d'égouts dans toute la bande de Gaza ajoute encore à la pollution.poursuit sur une longue période le processus peut être irréversible. 4. les ressources en eau (courantes et souterraines) de la région sont insuffisantes pour satisfaire les besoins de deux populations israélienne (7. Israël et les colons juifs dans les Territoires occupés accaparent une part disproportionnée de cette ressource rare dans le territoire de l'ancienne Palestine. propre à la consommation humaine. La nappe en bordure du littoral est envahie par la mer.25 Nov 2009 Dès à présent.S. la Jordanie et les Palestiniens. On signale une augmentation de la salinité des eaux dans la région de Jéricho. Cette situation de rareté est d'autant plus mal ressentie que la répartition de la ressource est extraordinairement inégalitaire entre les trois partenaires/adversaires : Israël. En Cisjordanie le phénomène reste encore ponctuel. La salinité progresse chaque année de 15 à 20 mg/l et 70% des eaux souterraines y dépassent le niveau de salinité de 500 mg/l alors que la norme maximale préconisée par l'O. déjà dans une situation difficile. hal-00352860.3 millions d'habitants) et palestinienne (4 millions). 4. est de 250! Les experts israéliens font remarquer que si le pompage excessif se poursuit. On estime qu'on tire quelque 120 à 130 millions de m3/an alors que la reconstitution naturelle de la ressource n'est que de 60 millions de m3. La pénurie touche la région. les dommages qu'il provoque seront bientôt irréparables. doit trouver dans un proche avenir des quantités supplémentaires pour faire face à la poussée démographique attisée par la reprise de l'immigration et à la montée de l'urbanisation.1 Israël ou l'eau d'irrigation en question Israël. L'eau pompée n'est plus. version 2 . Un avenir préoccupant L'eau est rare. Le niveau hydrostatique s'abaisse de 15 à 20 cm par an. la consommation annuelle d’Israël est de l’ordre de 2 milliards de m3 • Les ressources renouvelables fournissent 1 400 millions de m3 (75% du total) : 107 . Actuellement.M. Israël absorbe 86% des ressources en eau. les Palestiniens des Territoires occupés 10% environ et les colons 4%. dans certains cas. La situation est beaucoup plus préoccupante dans la bande de Gaza où depuis des années les autorités pratiquent un surpompage.

• Les autres ressources dites non conventionnelles (25%)  220 millions de m3 d'eaux retraitées  145 provenant de l'utilisation des eaux saumâtres pour des usages industriels  150 provenant d’eau de mer dessalée Pour satisfaire ses besoins le pays surexploite occasionnellement. Depuis 1983. Par ailleurs de sérieux problèmes qualitatifs se posent : nitrification des eaux et pollution. Mais le pays pourrait aussi mettre en œuvre une autre politique d'affectation de la ressource.25 Nov 2009 provenant de l'extérieur des frontières de 1948 : 1/3 en gros venant de Cisjordanie et de la nappe de la bande de Gaza et 1/3 provenant du lac de Tibériade et du Yarmouk. 108 . soit dans l'aquifère cisjordanien des calcaires mésozoïques (40%). sa nappe littorale depuis longtemps. En outre. • importer de l'eau du Litani ce qui suppose un règlement géopolitique de la situation régionale qui paraît totalement exclu dans l'immédiat. Des aménagements ont bien été effectués pour cette exportation. de très loin. • recourir au dessalement des eaux de mer et des eaux saumâtres mais c'est une solution coûteuse. Importer par voie maritime de l’eau turque provenant de la Rivière Manavgat qui dévale les pentes du Taurus pour se jeter dans la Méditerranée dans la plaine de Pamphylie. le plus fort consommateur : en 2004.• un peu plus du 1/3 revenant aux eaux de surface dont évidemment le lac de Tibériade • un peu moins des 2/3 revenant aux eaux souterraines soit de l'aquifère côtier dans les sédiments quaternaires (20%). la satisfaction des besoins d'Israël est assurée par des ressources hal-00352860. version 2 . Actuellement deux usines (Ashkelon et Eilat) produisent 135 millions de m3/an. de ce point de vue. le reste provenant d'aquifères locaux. des Territoires occupés et du Golan. pour les 2/3. Le projet a connu un arrêt brutal en 2006 pour de multiples raisons. Le pays ne peut plus se passer. On voit bien que la sécurité de l'approvisionnement en eau est une donnée essentielle dans la politique d'extension territoriale d'Israël. il a recours de façon constante à des eaux non renouvelables. Quelles sont les solutions envisageables pour répondre à une demande qui va sans doute augmenter dans les prochaines années d'au moins 500 millions de m3 annuels? Les hypothèses suivantes peuvent être envisagées pour améliorer l’offre. Cinq autres sont à l’étude qui porteraient le volume traité à 350 millions de m3 annuels à l’horizon 2013 et 750 Millions en 2020. notamment l’aggravation de la situation géopolitique régionale. Le secteur agricole israélien est. • augmenter les quantités d'eau traitée et recyclée (220 millions de m3 actuellement). bien avant la mise en place du Grand Conduit.

25 Nov 2009 part de l'agriculture dans le PIB est très faible (4%).. Dans une économie à très forte dominante tertiaire. en % secteur agricole secteur urbain secteur industriel 1962 83 13 4 1992 62 31 7 2004 56 38 6 Tableau 16 : Évolution de la consommation d'eau en Israël par grands secteurs A l'évidence.. La part de l'irrigation qui représentait 82% de la consommation totale d'eau en 1962 n'en représente plus que 62% trente ans plus tard et 56% actuellement. Face à un avenir pour le moins sombre où la consommation urbaine ne fera que croître.). C’est le secteur agricole sophistiqué et subventionné par les prix de l’eau qui explique fondamentalement la consommation élevée d’Israël.56% de la consommation israélienne soit en moyenne 1 milliard de m3/an pour irriguer 45% des terres agricoles (190 000 hectares). actuellement Israël semble parvenu à un palier. est-il judicieux de maintenir un secteur agricole qui consomme une telle part d'une ressource rare à des fins exclusives d'exportation (vergers d'agrumes)? La définition d'une nouvelle politique est très difficile car c'est remettre en cause un des mythes fondateurs de la création d'Israël. dans un pays très urbanisé. version 2 . gestion informatisée de l'irrigation etc. celui du retour à la terre promise et de sa mise en valeur. La progression de la consommation a été impressionnante entre 1947 et 1974. 109 . Les règlements politiques futurs ne peuvent pas faire l'impasse sur ces problèmes. on peut se demander si ce n'est pas l'utilisation de l'eau à des fins agricoles qui est à revoir. Les superficies ont en effet peu progressé et surtout Israël a recours à des techniques sophistiquées d'irrigation et très économes (goutte à goutte. Il n'en demeure pas moins que la consommation agricole au regard des disponibilités paraît disproportionnée2. La charge d'irrigation par hectare est en moyenne de 6 100 m3 alors que dans les pays arabes voisins on atteint facilement le double. il y a contradiction entre les espoirs économiques d'Israël et ses ressources en eau. 2 La différence de consommation moyenne d’un Israélien et d’un Palestinien est faussement illustrée par l’image du premier plongent dans sa piscine juxtaposée à celle du second recueillant un maigre filet d’eau d’un robinet hors d’âge. où la hal-00352860.

version 2 .2 Pour les Palestiniens.7 millions d'habitants est en zone aride : 72% du territoire reçoit moins de 100 mm/an et 6% seulement plus de 300 110 .4. La nappe depuis longtemps hal-00352860. des eaux de ruissellement et des citernes de récupération des eaux de pluie. L'eau manque cruellement. le reste provient des 295 sources de la région. sans issue satisfaisante.25 Nov 2009 surexploitée connaît des intrusions de l'eau de mer : l'eau fournie est à peine propre à la consommation humaine. malheureusement. Ce pays de 5. La fin des prélèvements Israéliens sur les Territoires occupés conduirait à un déclin inévitable de l’agriculture et de l’industrie dans l'État hébreu. elle est là. La situation dans le territoire autonome de Gaza est aussi très critique. 530 millions de m3. La consommation palestinienne en Cisjordanie (compte tenu de la récupération des eaux de pluie) s'élève à 135 millions de m3 et à 65 à Gaza. commun à Israël et à la Cisjordanie est considérable.3 En Jordanie. une situation dramatique La question apparaît essentielle et. La pénurie n'est pas à venir. Depuis l'abandon du contrôle israélien. Sur un prélèvement annuel d'environ 590 millions de m3 en Cisjordanie et 120 à Gaza. la situation a empiré car les Palestiniens multiplient ces dernières années la construction de puits. La question de l’eau est cruciale pour l’avenir des Territoires Occupés. et la mise en valeur des terres exigent des quantités croissantes d'eau. 4. Il est peu probable qu’Israël puisse accepter une véritable indépendance des Territoires occupés quand on sait que le potentiel en eau actuellement exploité. Accepter cette revendication priverait Israël de 360 millions de m3 ce qui signifie une diminution de 20% des ressources actuellement disponibles. Ils réclament 80% des ressources en eau de la Cisjordanie alors qu'ils n'ont accès pour l'instant qu'à 20%. la pénurie est là La situation est très critique d'autant plus que la croissance urbaine. Ce sont des volumes très faibles qui correspondent à une norme individuelle moyenne d'un peu plus de 50 m3/an/habitant en 2009. notamment l'approvisionnement de la capitale Amman. (tableau 15) Les éventuelles discussions à venir avec les Palestiniens risquent d'être très difficiles. Elle est près de six fois inférieure à celle des Israéliens (290 m3/an/habitant) L'approvisionnement en eau en Cisjordanie est assuré par des puits artésiens (382) qui fournissent environ 50 millions de m3/an. soit 75%. sont utilisés en Israël ou dans les colonies de Cisjordanie et de Gaza.

la Jordanie peut alimenter le canal d'Abdallah à partir des eaux du Yarmouk (prise d'Adassiya). Ce barrage pourrait former une retenue de 225 millions de m3 dont 120 reviendraient à la Jordanie (50 pour les seuls besoins d'Amman). pour la Jordanie. Mais tout l'avenir jordanien repose désormais sur la mobilisation des eaux du Yarmouk qui. • Le traité de paix israélo-jordanien reconnaît les droits du royaume hachémite sur les eaux du Jourdain dont les eaux sont actuellement entièrement exploitées par l'État hébreu. Toutefois depuis 1961. Il faut compléter l'équipement des wadi sur l'escarpement qui domine le Jourdain mais les volumes à récupérer sont insignifiants. hal-00352860. qui permettront de procurer au Royaume 100 millions de m3 supplémentaires (cette dernière clause relative aux travaux sur le Yarmouk n'est toujours pas honorée). Actuellement une usine de retraitement des eaux usées est en construction d’une capacité de 190 millions de M3/an. La Jordanie a commencé à recevoir de l'eau d'Israël après la construction d'une conduite reliant le lac de Tibériade au canal du roi Abdallah. version 2 .25 Nov 2009 Jusque-là Israël s'était opposé par la force (bombardements) à tout équipement de ce fleuve venu de Syrie. Les solutions envisagées reposent toutes sur de nouvelles ressources d'eau de surface car les nappes souterraines sont désormais largement surexploitées (on estime que le bilan cumulé des surpompages est déjà équivalent à une année de consommation!). La réalisation de cet ouvrage reste malheureusement suspendue à l'éventuel règlement de paix israélo-syrien car il implique une coordination entre les trois pays en matière hydraulique. Israël tire de son côté 100 millions de m3 de ce cours d'eau depuis l'occupation du triangle du Yarmouk en 1967. grâce à la médiation américaine. Enfin. la construction du barrage de l'unité (Al Wahda) pourrait apporter une solution. pour l'instant. La ressource en eau douce est de l'ordre de 158 m3/an/habitant en 2007. Par ailleurs. • L'accord de paix prévoit des échanges intersaisonniers d'eau entre les deux pays. est loin d'être réalisée. en aval de la prise d'Adassiya. Par ailleurs Israël se voit garantir les 100 millions de m3 annuels qu'elle tire de cette même zone depuis 1967. L'accord de paix de 1994 laissait entrevoir certaines possibilités qui ne se sont pas encore toutes vérifiées. elle s’abaissera à 115 en 2025. la Jordanie peut nourrir 111 . Le traité de paix comporte les clauses suivantes : • Israéliens et Jordaniens pompent dans les eaux souterraines près de la confluence entre Jourdain et Yarmouk et Israël s'engage à garantir 50 millions de m3/an à la Jordanie et à participer à des travaux sur le Yarmouk.mm. La Jordanie qui consomme actuellement 880 millions de m3 doit trouver 500 millions de m3 supplémentaires dans le court terme.

des craintes concernant l'ampleur de la retenue car la Syrie prévoit de construire de nombreux barrages sur la partie amont du Yarmouk et de ses affluents (en 1992 : 150 millions de m3 sont déjà stockés). 112 . les Territoires actuellement occupés et la Jordanie pourrait s'élever à 7 milliards de m3! De toute évidence les ressources du bassin du Jourdain sont insuffisantes. Le problème le plus ardu à régler est celui du partage des eaux de l'aquifère cisjordanien. Au plan des ressources : la région manque d'eau et en manquera de plus en plus d'eau car les ressources sont limitées et la demande ne fera qu'augmenter. recyclage des eaux usées. Conclusion Au plan politique : le dossier de l'eau est de toute première importance dans un éventuel règlement de paix. Le règlement ne peut être que régional par des transferts d'eau (on comprend une fois de plus tout l'intérêt porté au Litani libanais) ou par le recours coûteux à des ressources non conventionnelles : dessalement de l'eau de mer. version 2 .25 Nov 2009 la demande vers 2040 pour Israël. La population pour l'ensemble du bassin du Jourdain pourrait avoisiner 20 millions d'habitants en 2025! Il faut s'attendre à une extraordinaire augmentation des besoins : un rapport de la Banque Mondiale (1994) prévoit que hal-00352860.

2 Une forte diversité régionale 2.1 La diversité de la consommation urbaine 3. L’eau.1 Les données d’ensemble 1. Priorité à la grande hydraulique 2.4 Pénurie et déstabilisation régionale : l'alimentation en eau de la région algéroise 4.3 Peut-on compter sur une amélioration de l’offre? 5.3 L’essor de la moyenne et de la petite hydraulique 3.1 L’inexorable montée de la demande : un déficit à partir de 2010/2015 4. L'eau et la ville : une demande exponentielle? 3. Un avenir préoccupant 4.3 De très sévères concurrences entre secteurs utilisateurs 3.V.1 Le Maghreb face au défi alimentaire 2.1 Eau et irrigation dans le désert arabique 5. version 2 .25 Nov 2009 1.2 Une mobilisation accrue et une meilleure gestion du potentiel actuel 4. la ville et les champs au Maghreb et ailleurs 1. Un potentiel médiocre : éléments d’évaluation hal-00352860. Faire reverdir le désert? 5.2 Des réalisations récentes très contrastées 2.2 La course aux captages 3.2 Les tentatives maghrébines 113 .

25 Nov 2009 d’évaluation 1. dans le contexte de rareté de la ressource. Les problèmes de gestion sont donc essentiels et notamment l’allocation de l’eau aux différents utilisateurs. Ici le problème de l’eau.1 Les données d’ensemble Le bilan des ressources en eaux douces renouvelables et de leur utilisation dans chacun des trois pays figurent dans les tableaux ci dessous : 2009 Population 2Ressources toPrélèvements annueUtilisation millions Algérie Maroc Tunisie Total 35.4 77. Par ailleurs. Aucun organisme fluvial ne traverse plusieurs pays. à l’instar des pays du Golfe.5 3 21.5 surface souter.5 Prélèvements km3 6 % eaux régularis.6 45. aux ressources non conventionnelles.5 8. total 5 3.5 % res m3/hab Eau urbaIndustrie 50 42 65 47 176 394 294 282 22 6 10 10 14 3 6 6 Irrigation 64 91 84 84 Tableau 17 : Potentiel et utilisation des eaux douces au Maghreb Potentiel Eaux mobilisEaux régularisables km3 Algérie 12 9. C’est sans doute dans les pays du Maghreb que les concurrences entre les usages urbains et agricoles sont les plus vives.6 m3/hab km3 339 906 442 586 6 12. version 2 .4 32 10. 70 114 .La question de l’eau dans les trois pays du Maghreb (Maroc. Un potentiel médiocre : éléments hal-00352860.8 Km3 12 29 4. de sa répartition se place dans un cadre strictement national qui exclut les interférences d’ordre géopolitique. Algérie. Tunisie) se pose dans des termes spécifiques par rapport au reste du Monde Arabe. 1. les États maghrébins ne disposent pas des ressources financières suffisantes qui leur permettraient de recourir largement.

Le potentiel des eaux souterraines est estimé à 14 milliards de m3 soit 30% du total. Avec une ressource en eau douce de 45.7 9. C’est.3 75% 12 1.5 1. Ce potentiel n’est en réalité que très partiellement utilisable.6 45. pour les eaux de surface.5 47% 75. le seuil de pénurie. Du point de vue de l'économie et de la gestion de l'eau on distingue entre trois notions : • les ressources potentielles : constituées par les apports mesurés au niveau des stations hydrométriques ou calculées par des formules hydrologiques. version 2 . on distingue entre : • les eaux de surface. Il se situe très en dessous de la norme de 1 000 m3/an/hab. Avec l’accroissement attendu de la population (94 millions d’habitants en 2025). la conséquence du régime des précipitations. • les ressources mobilisables recouvrent la part des ressources potentielles maîtrisables par des ouvrages hydrauliques (barrages.5 3 21. • les ressources régularisables sont la partie des ressources mobilisables garanties à l'utilisation quelles que soient les conditions hydrologiques 9 années sur 10 pour l'AEP (alimentation en eau potable). 8 sur 10 pour les autres usages. • les eaux souterraines pour lesquelles on ne retient que les nappes renouvelables. qui détermine.5 3. on l’a vu. En considérant la ressource hydrologique. le ruissellement qui avec 32 milliards de m3 représentent 70% du potentiel total estimé à 45. Ce ne sont pas les meilleures conditions pour stocker et mobiliser les eaux courantes et une part importante de l’écoulement se déverse 115 .25 Nov 2009 grand aquifère saharien de l’albien considéré comme fossile est exclu du décompte. la norme tombera à 485 m3/an/hab.6 milliards de m3. La pluviométrie n’est pas négligeable (carte 19) mais les pluies sont très inégalement réparties : elles tombent essentiellement sur la frange littorale ou la chaîne de l’Atlas.7 4. très irrégulières d’une année sur l'autre et au cours de la même année se concentrent dans la proportion de 75% sur les trois mois d’hiver.4 28. Elles sont.Maroc Tunisie Total 29 4.7 18. Ces nappes se localisent à des profondeurs très variables de quelques dizaines à quelques centaines de mètres. en outre. Les volumes régularisables sur lesquels on peut compter véritablement tombent à 28 milliards de m3 seulement soit 62% des possibilités. le Maghreb n’apparaît pas comme particulièrement bien doté. stations de pompage). Les ruissellements opposent des crues d’hiver spectaculaires et des étiages estivaux très creusés.8 34.8 88 75 Tableau 18 : Mobilisation des eaux douces au Maghreb Les données des tableaux peuvent s’analyser d’un double point de vue. Le hal-00352860.7 16.6 milliards de m3 soit 586 m3/an/habitant.6 100 21 3. lacs collinaires.4 62% 12.

directement dans la mer sans qu’on ait pu l'utiliser! Des contraintes techniques (sites des barrages, recharge des nappes) ou économiques (coûts de mobilisation ou d’exhaure) rendent compte également du faible volume régularisé.

hal-00352860, version 2 - 25 Nov 2009

Figure 19 – Les précipitations au Maghreb Les difficultés d’utilisation des eaux de surface ont amené à recourir depuis des siècles aux ressources souterraines : à elles seules elles représentent plus du tiers des volumes régularisables. Elles sont plus largement sollicitées en Algérie et en Tunisie qu’au Maroc. Dans le Tell cloisonné les nappes sont partout alimentées par les pluies qui tombent sur les versants. Au Sahara, où les écoulements sont absents, le recours aux nappes est général et celle du Continental terminal est connue depuis longtemps. Actuellement, ces nappes sont souvent surexploitées, les rabattements sont énormes et la ressource n’est pas renouvelée que ce soit en Tunisie où le biseau salé apparaît dans les nappes littorales du Cap Bon et du Sahel de Sousse, en Algérie où le même phénomène s’observe avec la nappe de Mitidja ou même au Maroc où la nappe de la plaine du Sous enregistre de très fort rabattements en raison de surpompages.

1.2 Une forte diversité régionale
Il faut tenir compte des spécificités géographiques des trois pays.

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1.2.1 On voit d'après ces chiffres le net avantage du Maroc. C’est le pays qui, avec 29
milliards de m3, dispose de la ressource la plus abondante (906 m3/an/hab). Il le doit à l’importance des précipitations qu’il reçoit de l’Atlantique. L’organisation en amphithéâtre du relief permet l’organisation d’un dispositif à la californienne. Les hautes montagnes de l’Atlas capitalisent les précipitations parfois sous la forme neigeuse et, en avant, se déploient plaines et plateaux parcourus par des oueds disposés régulièrement : ce sont là des conditions propices à des aménagement hydro-agricoles dont le pays a su tirer parti. Plus de la moitié est régularisable (16,5 milliards de m3) mais les perspectives d’avenir sont plus incertaines car le volume des prélèvements actuels (12,5 milliards de m3) ne laisse pas une grande marge de manœuvre : le pays prélève déjà les trois quarts des eaux régularisables.

1.2.2 En Algérie nettement moins bien pourvue (potentiel de 12 milliards de m3 soit 339
hal-00352860, version 2 - 25 Nov 2009 m3/an/hab), on peut relever l’importance prise par les ressources souterraines. En fait l’essentiel des eaux de surface provient de petits bassins fluviaux, au débit peu abondant, tributaires de la Méditerranée. Les eaux souterraines proviennent de nappes phréatiques des bassins et vallées du Tell mais surtout des nappes plus profondes notamment celle du Continental terminal au Sahara. Deux traits caractérisent le potentiel algérien. Tout d’abord la très forte disparité entre l’Ouest, une région riche en plaines et bassins mais faiblement arrosée et l’Est montagneux où s’écoulent les principaux oueds du pays : le Rhummel (910 millions de m3), la Soummam (700), les petits fleuves côtiers constantinois (3 250) et l’Isser (520). Seul le Chelif (1 540 millions de m3) présente un débit notable dans l’Ouest. Ainsi, en Algérie autant l’eau manque cruellement dans l’Ouest autant, elle est souvent perdue pour toute utilisation dans l’Est. Autre trait marquant de l’hydraulique algérienne : la relative faiblesse des prélèvements par rapport aux volumes régularisables : c’est la traduction du retard pris par le pays dans la mobilisation de ses ressources.

1.2.3 La Tunisie n’est pas mieux lotie. Son potentiel, est faible : 4,6 milliards de m3 soit 442
m3/an/habitant est déjà très sollicité. Le pays a fait un très gros effort pour régulariser toutes les ressources qui pouvaient l’être et les prélèvements représentent actuellement 88% du volume régularisable! Autant dire que pour l’avenir la marge dont dispose le pays est très étroite. En Tunisie, les ressources provenant des eaux souterraines sont équivalentes à celles fournies par les eaux de surface. 80% des eaux de surface se situent dans la frange montagnarde du NordOuest du pays alors que 91% des besoins se concentrent dans la bande littorale du pays où se localisent villes, zones industrielles, activités touristiques. Des transferts importants sont effectués pour pallier cette situation à partir des ressources fournies par l’oued Medjerda (1 000

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millions de m3), des oueds côtiers du Nord (550) ou de l’Ichkeul (265). Les nappes phréatiques, nombreuses dans le Nord et le Centre du pays sont déjà surexploitées : on extrait désormais chaque année 700 millions de m3 alors que les réserves renouvelables sont de 670 millions de m3. Les réserves en eaux profondes, essentiellement celles du Continental intercalaire, sont localisées dans le Sud. Elles sont moins sollicitées que les nappes du Nord et du Centre (59% du potentiel est mobilisé) mais l’exhaure requiert des techniques de forage complexes et coûteuses. Ainsi les trois pays disposent de ressources en eau d'inégale importance et surtout à des niveaux d'accessibilité très variables : faiblesse du potentiel, irrégularité intersaisonnière ou interannuelle, mauvaise répartition régionale, coûts élevés de l’exhaure des nappes profondes, tels sont les principaux handicaps que doit surmonter le Maghreb. Or, la situation, déjà tendue, ira en s’aggravant en raison de la progression de la demande. Les pays maghrébins soucieux hal-00352860, version 2 - 25 Nov 2009 d’assurer leur sécurité alimentaire sont conduits à multiplier les superficies irriguées tandis que la consommation urbaine augmente à des rythmes impressionnants.

2. Priorité à la grande hydraulique
2.1 Le Maghreb face au défi alimentaire
Ces trente dernières années la demande alimentaire a augmenté dans des proportions considérables. C'est, en premier lieu, la conséquence de l'accroissement démographique luimême qui, depuis 1960, est, en valeur moyenne, de l'ordre de 2,8 à 3% l'an soit un doublement des effectifs en 25 ans. L'amélioration du niveau de vie a considérablement amplifié les effets de la croissance démographique. A titre indicatif le PNB/an/habitant des pays maghrébins était de 3 à 400 $ au lendemain des Indépendances, il oscille aujourd'hui selon les pays entre 1 000 et 1 800. Dans ces sociétés, au faible niveau de vie initial, les dépenses alimentaires représentent de 40 à 50% des dépenses budgétaires des ménages voire davantage. Toute augmentation des revenus se traduit par une amélioration de la ration alimentaire. C'est ainsi, qu'en moyenne, pour l'ensemble de la population concernée la ration journalière était de 2 200 calories, elle est passée à 3 000 de nos jours. On comprend l'effet cumulatif de tous ces facteurs. La demande de biens alimentaires croît ainsi à un rythme encore beaucoup plus soutenu que celui, déjà notable, de la démographie.

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version 2 .hal-00352860.25 Nov 2009 Figure 20 – Les grands barrages au Maghreb 119 .

hal-00352860. Ainsi. aliment de base par excellence des Maghrébins est passée de 5. en même temps. On mesure donc les défis que doivent affronter les systèmes agricoles. la production des céréales.25 Nov 2009 A cela s'ajoutent les effets de la croissance urbaine accélérée. elle se diversifie et s'enrichit. d'œufs. Les nouveaux citadins modifient leur ration alimentaire et consomment des produits nouveaux. version 2 . de légumes. Ils délaissent peu à peu les modèles de consommation traditionnels pour adopter les modèles occidentaux : le pain fabriqué au blé tendre supplante les produits à base de blé dur comme le couscous ou la galette.8 millions de tonnes (moyenne 61-65) à 9 millions pour la période 91-95 soit une 120 . progresse. La demande de biens alimentaires commercialisés augmente considérablement. de viande. Non seulement la demande augmente de façon impressionnante mais. La production agricole est loin de pouvoir satisfaire à cette croissance de la demande. la consommation de fruits.

8 lait en poudre 10 hal-00352860. Total tonnages en .3 8.8 8 12.57 90/95 10096 1358 573 193 12220 61/95 76 93 26 8 203 90/95 1547 440 272 353 2612 95/61 20.1 9048 7337 6453 22838 30. version 2 . On devine les conséquences de ces situations : les balances commerciales sont déséquilibrées et les produits alimentaires représentent selon les pays de 10 à 30 % des importations totales.27 2.25 Nov 2009 Tableau 19 : Evolution 1961/95 des importations maghrébines pour 4 produits de base Les tonnages de produits alimentaires importés ont été multipliés par 6 en 35 ans et leur coût par 12! La situation est particulièrement sensible pour les céréales : les tonnages importés ont été multipliés par 9 et leur coût a augmenté de plus de 20 fois! Désormais le Maghreb importe plus de céréales qu’il n’en produit. Comment faire face à une demande de céréales qui 121 . Des trois pays c’est l’Algérie qui connaît les formes les plus sévères de dépendance puisque la pays importe actuellement 70% de son alimentation de base! millions de $ 1970 1991/95 95/70 importations 1995 Algérie Maroc Tunisie Total 159 141 85 385 2758 1244 679 4681 17. Les perspectives admises donnent le vertige.4 16. Ils sont entrés en dépendance alimentaire car ce sont des importations dont ils ne peuvent se passer.9 10.1 19.4 44 12.3 4.progression de 1.000 61/65 1088 668 93 1859 valeur en millions de 95/61 9.4 % imp alimentair Tableau 20 : Évolution des importations totales et alimentaires au Maghreb 1970/95 On comprend aisément la gravité de cette situation d’autant plus que toutes les prévisions concluent à une augmentation considérable de la demande de ces produits de base.2 6.3 6. de recourir à des importations massives de produits vivriers de base qu'ils ne peuvent pas contrôler. Les tableaux suivants donnent une idée de la gravité de cette situation : Maghreb céréales sucre huiles veget.5 20. depuis de longues années.7 10.56 alors que la population durant la même période 1961-1995 a triplé! Tous les États sont obligés.

Il est pratiqué par l’État alors que la mobilisation de l’eau à partir des nappes phréatiques de faible profondeur est laissée le plus souvent à l’initiative privée. passerait de 769 000 à 1 184 000 puis 1 951 000 tonnes. le bilan. qui passerait de 186 000 tonnes à 251 000 et 351 000 tonnes ? C'est un véritable défi. à une demande de sucre.passerait.52 0. La conquête de nouvelles terres est impossible et trop de terres marginales sont déjà mises en culture. hal-00352860.4 millions de tonnes en 1985 à 7. les pays du Maghreb cherchent à assurer une certaine sécurité alimentaire et ont pour objectif d’améliorer leur production. en Tunisie. Faute de parvenir à une indépendance alimentaire irréalisable. en fait.25 Nov 2009 Hectare 1967 1978 1990 2000 Maroc 0. la terre arable disponible par habitant décroît telle une peau de chagrin.42 0.1 en l'an 2 000 et 11.27 0. d’une urbanisation et d’une industrialisation mal maîtrisées. on le verra. 122 . Toutefois les moyens pour y parvenir sont fort limités. l'irrigation améliore le produit brut à l'hectare dans des proportions considérables.22 Algérie 0. au Maroc.40 0.56 0. de la désertification.5 en 2025. l'irrigation en est la voie royale. mérite d'être nuancé d'autant plus que le seule voie retenue a été celle de la grande hydraulique dans laquelle se sont engagés tous les États des pays concernés.46 Tableau 21 : Évolution de la terre cultivable par habitant dans les pays maghrébins 1967/2000 Dans ce contexte de rareté grandissante de la terre et devant l'impossibilité de conquérir de nouveaux terroirs il n'existe qu'une solution : l'intensification.88 0. Pour tous les responsables.51 0. autorise l'introduction de nouvelles variétés. Avec la croissance démographique. Les avantages paraissent incontestables mais. les terres cultivées ont tendance à diminuer devant la progression de l’érosion. offre plus d'emplois à l'hectare ce qui peut être appréciable dans des campagnes où les paysans n'ont jamais été aussi nombreux en dépit de l'important exode rural qui s'est partout manifesté. en Algérie.28 0. Par rapport à la culture en sec.81 0. de 4. Ce choix technique repose sur l’équipement des cours d’eau par des barragesréservoirs et la création de périmètres irrigués en aval. à une demande de lait qui. Bien plus. version 2 .21 Tunisie 0. permet l'augmentation des rendements.

L’Algérie devance les autres pays : 14 barrages ont été construits pouvant stocker 487 millions de m3 mais. A partir des années 20 la colonisation en Algérie d’abord. en raison de l’irrégularité des débits. le Roi du Maroc lance le slogan du million de nouveaux hectares irrigués pour la fin du siècle. Seuls I7 peuvent retenir plus de 100 millions de m3 et parmi ces derniers 5 sont véritablement de grands ouvrages dont les retenues dépassant le milliard de m3 totalisent les 3/4 des capacités du pays : le barrage de Bine el Ouidane construit dans les dernières années de la colonisation (1 400 millions de m3). version 2 . Les superficies effectivement régularisées par la grande hydraulique n’excèdent pas 50 000 ha et le total des terres irriguées tous modes confondus 165 000! Au Maroc. les périmètres sont à peine équipés. A la fin de la période les réalisations restent relativement limitées. Programme ambitieux car l'objectif. plus de 140 barrages offrent une capacité de stockage de l’ordre de 18 milliards de m3 et une régularisation de 8 milliards. 2. devait conduire à 1 150 000 hectares irrigués de façon pérenne (850 000 en grands périmètres et 300 000 en petite et moyenne hydraulique) et 300 000 ha en irrigation temporaire. le barrage Al Massira (2 774 millions de m3). En 1974.En ce domaine les États indépendants ont d’une certaine façon reconduit la politique coloniale. En réalité il y a beaucoup d’ouvrages dont les capacités de stockage sont très faibles. 14 barrages sont construits mais seuls quatre d’entre eux comptent réellement en permettant le stockage de 1 900 millions de m3. le barrage Idriss 1er (1 207 millions de m3).25 Nov 2009 1956.2 Des réalisations récentes très contrastées Actuellement. Le pays compte 85 barrages qui ont une capacité de stockage totale de l’ordre de 13 milliards de m3. La progression des superficies réellement irriguées est plus faible et ne porte que sur 38 000 ha en 1956.1 Incontestablement en la matière le Maroc joue un rôle pionnier. les volumes régularisables sont bien inférieurs : 250 millions de m3. compte tenu des superficies déjà irriguées en 1974. Enfin 123 . priorité est accordée à l'agriculture et les crédits consacrés à l'irrigation représentent plus de la moitié de la somme allouée à l'ensemble du secteur agricole. à défaut de réaliser la réforme agraire. L'État intervient massivement. 2. au Maghreb. le barrage Oued el Makhazine (1 000 millions de m3).2. En Tunisie les réalisations sont encore plus tardives : 4 ouvrages construits après 1950 permettent de régulariser 175 millions de m3 et. en hal-00352860. au Maroc ensuite et en Tunisie beaucoup plus tardivement (au cours des années 50) opte pour la construction de grands barrages-réservoirs.

le Maroc vient d’achever la construction d’Al Wahda (ou M'jara) sur un affluent du Sebou, capable de mobiliser 3 800 millions de m3 dont 1 700 régularisables. Les eaux régularisées par cet impressionnant dispositif marocain doivent être de l’ordre de 8 à 9 milliards de m3. Tout n'est pas destiné à l'irrigation, il faut aussi faire face à la demande des villes et des usines mais les champs accaparent pour l’instant la plus grande partie de la dotation. Ces grands barrages permettent d’irriguer environ 550 000 hectares soit une multiplication par 14 des superficies irriguées en grande hydraulique depuis l'Indépendance. Le Maroc compte 9 grands périmètres, certains atteignant près de 100 000 ha, ils sont les plus vastes du Maghreb. Cet impressionnant équipement pourrait faire du Maroc la «Californie du Maghreb» d'autant plus que l'effort va se poursuivre. "Plus une goutte d'eau à la mer", tel est le nouveau slogan. Dans quelques années le harnachement de la totalité des cours d'eau sera achevé. hal-00352860, version 2 - 25 Nov 2009

2.2.2 La Tunisie a opté aussi pour la politique des grands barrages réservoirs. Les
premières décisions ponctuelles sont prises dans les années 60 et le dispositif d’ensemble est adopté au début des années 1970. Cette politique hydraulique est présentée comme une des grandes réalisations de la Tunisie indépendante d’autant plus, on l’a vu, que la construction des barrages s’accompagne de la construction de canaux et conduites pour transférer l’eau du Nord-Ouest fournisseur au littoral consommateur. Aux 4 barrages hérités de la colonisation, la Tunisie indépendante en ajoute 18 entre 1957 et 1995. La décennie 1980 est déterminante : au cours de cette période sont achevés des barrages plus importants (en 1982, Sidi Saad avec 210 millions de m3, et Sidi Sallem, avec 550 millions de m3; en 1983, Joumine avec 107 millions de m3) ainsi que le grand canal Medjerda-Cap Bon, long de 125 km terminé en 1984. Le total des capacités de stockage est de 2 100 millions de m3 dont 1 424 régularisables soit 83% des eaux de surfaces régularisables dans le pays. On mesure ainsi la faiblesse du potentiel mobilisable sans aucune comparaison possible avec le Maroc. Cet effort soutenu du pays a permis de faire progresser de façon significative les superficies irriguées en grande hydraulique : on est passé des quelque 15 000 ha effectivement irrigués au moment de l’Indépendance à 220 000 au milieu de la décennie 1990 : une multiplication par 15, comparable à la progression marocaine. 2.2.3 L’Algérie apparaît en très net décalage par rapport à ses deux voisins. Le pays a accumulé des retards. L’héritage colonial en matière de grande hydraulique était plus notable qu’au Maroc et en Tunisie. L’objectif du développement de la grande hydraulique a bien été affirmé comme dans les pays voisins. De nombreuses études ont été lancées mais les réalisations ont été peu nombreuses. De 1962 à 1980 seuls trois barrages nouveaux ont été

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construits (la Cheffia en 1965, Djorf Torba en 1969, Sidi Mohamed ben Aouda en 1970). Quelque 20 000 hectares nouveaux ont été mis sous irrigation mais les pertes de terres agricoles ont été plus importantes et en 1980 les superficies irriguées (49 000 hectares) étaient inférieures à celles de 1962! L’Algérie depuis a entrepris un vigoureux effort pour tenter de rattraper le retard. 15 barrages ont été construits depuis 1980; désormais, chaque année 1 ou 2 barrages sont lancés. En 2010, le pays compte 57 barrages en fonctionnement : ce sont des barrages de petite taille 18 seulement de plus de 100 millions de m3 de capacité; aucun pour l’instant ne dépasse un volume de 300 millions de m3 et parmi les 12 barrages en construction le plus grand atteindra 700 millions de m3 seulement. La retenue totale est de 5 200 millions de m3, mais les volumes régularisés sont beaucoup plus faibles (autour de 2 500). On est très loin des résultats marocains. Les retombées de cet effort de construction se font attendre avec un certain décalage sur les superficies irriguées. Actuellement les périmètres ne comptent pas plus hal-00352860, version 2 - 25 Nov 2009 de 75 000 hectares sous irrigation. Les superficies irriguées en grande hydraulique n'ont augmenté que de 47% depuis l'Indépendance! L’Algérie paie cher 20 ans d’attentisme et un redressement sensible n’est pas pour demain même si, en 2009, 13 nouveaux barrages sont en contruction. Ces grands barrages, ces “cathédrales-hydrauliques" frappent l'imagination mais ne sont pas la panacée idéale. Fort coûteux pour les budgets nationaux, ils sont d'une rentabilité incertaine. A l’heure des premiers bilans, au Maroc, les résultats obtenus suscitent des appréciations contrastées. Les planificateurs et les ingénieurs qui ont conduit cette ambitieuse politique soulignent le capital d’expérience technique accumulé. En revanche, les économistes et les sociologues sont plus nuancés : pour les uns les gros investissements consacrés par l'État à la mise en valeur des périmètres ont surtout amplifié la stratification sociale dans les campagnes irriguées et accentué la prolétarisation des régions moins favorisées. D’autres soulignent la forte dépendance technologique et financière à laquelle le pays a dû consentir pour obtenir des résultats aussi spectaculaires. Enfin la contribution réelle de l’agriculture irriguée à l’indépendance alimentaire est elle-même contestée :«Les céréales et les légumineuses mis à part, il n’est pas exagéré de dire qu’on produit ce qu’on ne consomme pas et qu’on consomme ce qu’on ne produit pas» écrit un auteur marocain pour qui le résultat majeur de cette politique a été l’intégration accrue du Maroc au marché mondial. La recherche d'un modèle d'intervention de moindre gabarit avec les retenues collinaires n'a pas pour autant donné les résultats escomptés parce que trop souvent initiée dans le cadre d'intervention étatique : 800 retenues collinaires ont été réalisées en Algérie, plusieurs

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centaines au Maroc. C'est dans la complémentarité entre une grande hydraulique, essentiellement étatique, d'une part et la petite et moyenne hydraulique d'autre part, où domine l'initiative privée qu'il faut trouver les solutions à venir.

2.3 L’essor récent de la moyenne et de la petite hydraulique
La grande hydraulique est constituée par les grands ensembles irrigables officiellement structurés en périmètres et dominés par de grands barrages-réservoirs. hal-00352860, version 2 - 25 Nov 2009 La moyenne hydraulique concerne les ensembles de moins de 50 ha situés hors périmètres. Ils regroupent soit des zones d’irrigation collective (par exemple les aires d’irrigation en aval de retenues collinaires) soit des groupes d’exploitants privés regroupés en syndicats d’irrigation. La petite hydraulique recouvre les irrigations individuelles effectuées à partir de puits, de pompages dans les oueds ou d’épandages de crues. = La grande hydraulique n’est pas la seule forme de mobilisation de l’eau agricole au Maghreb. La petite irrigation traditionnelle a des racines anciennes. Elle doit beaucoup aux techniques andalouses. Animée par des particuliers ou de petites collectivités paysannes, elle permet l’irrigation de parcelles de petites tailles à partir de sources de pompages dans les oueds et des îlots de cultures irriguées jalonnent tous les piémonts des montagnes maghrébines. La Tunisie était peut être le pays où l’éventail de ces techniques traditionnelles était le plus large. Actuellement petite et moyenne hydraulique modernes apparaissent souvent comme une alternative -parfois encouragée par les autorités -face aux déboires rencontrés dans la grande hydraulique. Elles ont trouvé des moyens qui expliquent leur expansion : le forage et la motopompe. Elles correspondent à l’appel à d’autres ressources que les cours d’eau. Si le pompage individuel au fil de l’eau est bien représenté, le plus souvent il s’agit d’exploiter des nappes phréatiques et des nappes plus profondes très nombreuses dans les vallées et plaines maghrébines.

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Il n’y a aucune gestion globale de la ressource. L’expansion de ces nouvelles formes d’irrigation correspond à une ouverture commerciale. 315 000 hectares soit 80% des superficies irriguée en Algérie. on met nettement en évidence de sérieuses contreparties. Elle s’étend sur 650 000 hectares et 54% des superficies irriguées au Maroc. Cependant. Cet individualisme hydraulique que l’on peut opposer à l’encadrement étatique qui caractérise la grande hydraulique correspond bien aux aspirations de nouvelles générations d’agriculteurs. 1 en. hal-00352860. La progression des superficies irriguées est notable : un doublement en 30 ans : on passe de 1 000 000 d’hectares en 1961 à 127 .25 Nov 2009 Ce mouvement pionnier donne un second souffle à l’irrigation : cela est particulièrement vrai en Tunisie et surtout en Algérie. fruitières et fourragères sont les spéculations sur lesquelles reposent ces nouvelles formes d’agriculture irriguée. Les cultures légumières. Partout l’hydraulique et notamment la grande hydraulique ont accaparé l’essentiel des investissements consacrées à l’agriculture. h 4/2 % 315 650 240 1205 81 54 52 59 épandages de crues 45 à 165 165 100 Tableau 22 : Les superficies irriguées au Maghreb en 1995 On mesure bien l’importance de l’effort entrepris par les pays maghrébins au cours des trois dernières décennies.000 ha SAU Algérie Maroc Tunisie Maghreb 7850 9920 4952 22722 2 Superficie i 2/1 % 390 1200 460 2050 5 12 9 9 3 Grande hyd 3/2% 75 550 220 845 19 46 48 41 4 Petite et moy. à l’apparition de nouveaux marchés constitués par les villes en pleine croissance. après quelques années. Le phénomène est apparu dans les années 60 mais il est monté en puissance au cours de la décennie 70. 240 000 ha et 52% en Tunisie. coût de l’hectare irrigué deux fois moins élevé. Cela est déjà vérifié au niveau national pour la Tunisie et les exemples se multiplient en Algérie et au Maroc : le cas le plus spectaculaire est fourni par le Souss marocain où la généralisation excessive des forages entre 1960 et 1980 a provoqué un rabattement de 20 à 40 mètres de la nappe. rapidité de la mise en place. adaptation au marché. très peu d’encadrement et partout il y a surexploitation des nappes. version 2 .Ces nouvelles techniques d’irrigation ont connu un grand dynamisme avec l’émergence de nouveaux acteurs : des paysans privés et ou de petits collectifs d'exploitants. Il présente d’incontestables avantages par rapport à la grande irrigation : souplesse. L’importance de la petite et moyenne hydraulique peut se résumer à quelques chiffres.

Cette demande augmente très fortement sous l'effet additionnel de plusieurs facteurs : •3. Évidemment ces estimations moyennes cachent de profondes inégalités à l’accès à l’eau : les quartiers aisés disposent de 200 à 300 litres.2 Il faut également compter avec l'amélioration du niveau de vie. Et pourtant la sécurité alimentaire est loin d’être assurée. Les données de la question ont au cours des trois dernières décennies radicalement changé. les quartiers en 128 . 2. la dotation brute par habitant est passée de 80 litres/jour en 1960 à 163 en 1987. Elle a augmenté. on peut estimer qu'il y a eu un doublement des effectifs tous les 15 ou 20 ans selon les pays. 3. l'irrigation des terres agricoles était un des usages quasi hal-00352860. de multiples usages de l'eau. La consommation effective par tête serait de 100 litres à laquelle s’ajoute les énormes pertes en réseau : 30.1 La croissance des effectifs citadins : ces trois dernières décennies on assiste à l'émergence du fait urbain.1. l’amélioration des conditions sanitaires et la diffusion de modes de vie occidentaux. Il faut compter avec la demande des citadins eux mêmes soit pour la consommation humaine soit pour les besoins collectifs et publics. Le Maghreb des années 1965 comptait 9 millions de citadins. Désormais plus de la moitié de la population est citadine. aujourd'hui ils sont 35 millions et. Pourquoi ? 3. Globalement. Au Maroc. Les villes ont grandi à des taux moyens annuels de l'ordre de 5%.1 La diversité de la consommation urbaine Sous ce terme générique on englobe.1.1 pour l’Algérie.2 050 000 en 1995.4 pour la Tunisie et 2.3 milliards de m3 pour le Maroc. ils seront entre 65 et 70 millions en 2025! •3. version 2 . il faut poursuivre l’effort alors que d’autres utilisateurs exigent désormais des volumes sans cesse croissants : la ville et l'industrie. Autrefois la consommation par habitant et par jour était faible de l'ordre de 80 ou 100 litres. en fait. sans doute.25 Nov 2009 exclusifs de l'eau. Les volumes consacrés à l’irrigation sont impressionnants : 84% des prélèvements soit environ 11. L'eau et la ville : une demande exponentielle? Jusqu'à ces dernières années. 40% et dans bien des cas davantage. La consommation urbaine ne paraissait pas poser de graves problèmes. Il est vraisemblable que la progression continuera à se faire sentir.

on s’attend à une demande de 235 millions de m3 à la fin de la présente décennie. il faut compter avec les consommations liées au développement de l'activité touristique.1. les autres s’alimentent auprès de bornes-fontaines. Les estimations prospectives qui sont faites sont bien souvent établies sur des consommations théoriques de 250 litres pour les années à venir. Même progression à Tunis : la consommation de la ville s’élevait à 45 millions de m3/an en 1970. Dans un premier temps la ville cherche à se ravitailler en eau dans son environnement immédiat. La consommation d'un touriste (par lit occupé) est estimé entre 600 et hal-00352860.25 Nov 2009 900 litres/jour (tous usages confondus) La grande diversité de la consommation d'eau Selon des estimations de la FAO. Pourtant on est encore loin des normes occidentales : près de 500 litres en France et parfois bien davantage aux États Unis. •3. Les besoins annuels de l’agglomération algéroise étaient de 70 millions de m3 en 1970. S'ajoutent aussi à la demande urbaine. Actuellement environ les 3/4 des ménages sont raccordés. Au Maroc. 55 en 1981. orientées vers des activités de base. les industries mises en place depuis un quart de siècle. de 129 . Au Maroc et surtout en Tunisie. 25 ans plus tard la consommation a triplé (212 millions de m3) et la demande (qui n’a pas pu être entièrement satisfaite) portait sur 312 millions. le volume de l'eau distribuée dans les villes est passé de 260 millions de m3 en 1972 à 780 en 1992! On rencontre toujours de très grandes difficultés à répondre à une telle demande. une consommation de 15 000 m3 d'eau correspo besoins de : 100 nomades et 450 têtes de bétail pendant 3 ans 100 familles rurales raccordées au réseau de distribution pendant 4 ans 100 familles urbaines dans un quartier populaire pendant 2 ans 100 clients d'un hôtel de luxe pendant 150 jours On comprend dès lors l’extraordinaire progression des volumes consommés notamment dans les grandes métropoles.3 Enfin des citadins sont de plus en plus nombreux à être branchés sur réseaux. dans le Monde Arabe. version 2 . En Algérie. sont de très fortes consommatrices : la sidérurgie d'El Hadjar ou la zone pétrochimique d'Arzew consomment chacune autant qu'une ville moyenne. la juxtaposition de la ville avec un environnement rural de qualité. 150 en 1990. Or.autoconstruction environ 100 et les bidonvilles doivent se contenter de 10 à 20 litres aux bornes fontaines. les besoins d'eau liés à l'industrialisation qui a beaucoup progressé.

Les arbitrages entre ville et campagne sont toujours prononcés en faveur de la ville. L'eau à destination agricole sert à des fins urbaines. Cela se traduit par un recul de l'activité agricole parfois même son déclin dans des terroirs qui sont bien souvent exceptionnels. Ce sont des concurrences sauvages qui se déroulent entre secteur agricole. par exemple.riches terroirs irrigués est générale. hal-00352860. Les grandes métropoles maghrébines s'alimentent à plus de 200 km : c'est le cas notamment de Casablanca et Tunis. version 2 . ) 130 . Chaque organisme urbain domine un espace hydraulique dans lequel il puise l'eau qui lui est nécessaire. Autour de chaque ville d’une certaine importance existe un “rayon hydraulique" qui détermine la zone d’alimentation de la cité. les villes exercent une emprise croissante sur leur environnement. l’industrie et l’activité touristique.2 La course aux captages Pour assurer leur ravitaillement en eau.25 Nov 2009 3. Mais de plus en plus les concurrences s’aiguisent entre les différents utilisateurs de l’eau. C'est sur ce mode de fonctionnement que. Ce sont de massifs transferts qui sont mis en place : ils ont tendance à devenir la règle générale. s'est effectuée l'industrialisation des Hautes Plaines algériennes. Cette solution se révèle bien souvent insuffisante et la ville va quérir son eau de plus en plus loin.

l'aménagement de la grande base pétrochimique d'Arzew-Béthioua (1 500 ha et plus de 20 000 emplois) et. la périphérie oranaise s'est industrialisée au cours de la décennie 70 avec la création de petites zones industrielles en périphérie. version 2 .25 Nov 2009 Figure 21 – L’alimentation en eau d’Oran (d’après Maganiosc. Plus au sud. L’agglomération de 125 000 habitants en 1914 passe à 330 000 en 1966. Au total. besoins domestiques et 131 .hal-00352860. Dans les monts de Tlemcen. toujours dans l'orbite oranaise.2. La ville est localisée dans la partie la plus sèche du littoral oranais : il ne tombe que 350 mm/an dans la plaine d'Oran où l'effet d'abri exercé par la péninsule Ibérique joue à plein. 1991 3. à près d'une centaine de kilomètres et les monts de Saida. toute la zone oranaise industrialisée doit compter environ 1 000 000 d’habitants (estimations du recensement de 1997). En outre.1 L'agglomération oranaise (Maganiosc-Toubache 1991) présente un exemple tout à fait démonstratif de cette quête lointaine de l'eau. 750 000 en 1987 et sans doute 850 000 actuellement. l'altitude (1 800m) vient compenser les effets d'abri et les pluies peuvent atteindre 600 mm annuels. Ces montagnes plus humides fournissent l’eau nécessaire à la ville en pleine croissance. les grands bassins telliens sont aussi faiblement arrosés. la construction de deux complexes industriels autour de la baie voisine de Mostaganem : une sucrerie et une usine de pâte à papier. Au cours de la période récente.

Aujourd'hui ces deux sources fournissent 16 millions de m3/an • le recours à une alimentation plus lointaine date de 1952 à partir du barrage de Béni Bahdel à 175 km de la ville dans les monts de Tlemcen sur le cours supérieur de la Tafna Le stockage de Béni Bahdel doit à la fois permettre l’irrigation du périmètre irrigué voisin de Maghnia (8 millions de m3) et fournir la ville d'Oran (29 millions de m3). A la fin de la décennie 80. la ville d'Oran alors peuplée de 750 000 habitants disposait de 61 millions de m3 annuels. le fonctionnement en sous capacité de cette unité industrielle permet de libérer 8 millions de m3 à destination de la ville d'Oran. Les étapes pour assurer le ravitaillement ont été les suivantes : • une alimentation proche avec la source de Ras el Aïn et des pompages dans la nappe à Bredeah ont satisfait le demande urbaine. très sensible aux variations climatiques est assez aléatoire. Dans cette conurbation se concentrent environ 20% de la population 132 . le plus long fleuve algérien est mise en place au même moment une prise d'eau susceptible de fournir 15 millions de m3 à l'usine papetière qui vient d’être installée mais. Cette course incessante aux captages est pourtant loin de satisfaire à la demande. Actuellement s'étend sur 180 km de Kénitra au nord en passant par Rabat et Casablanca un véritable axe urbain littoral qui se termine à Jorf Lasfar.jusqu'en 1952. 3. En tenant compte des pertes en réseau la dotation par habitant est de 120 litres par habitant. le rayon hydraulique d’Oran en raison de l’importance de la ville et de sa situation dans une zone faiblement arrosée est double de celui des autres villes.25 Nov 2009 • enfin à l'embouchure du Chelif. Pendant toute cette période la dotation par habitant n'a en fait cesser de diminuer. la troisième ville du pays va chercher son eau à des dizaines de kilomètres. En fait cette alimentation.besoins industriels se conjuguent et sont satisfaits de plus en plus difficilement. Constantine. en fait. Certes.2. il est nécessaire de trouver des compléments : ils sont fournis par l'adduction du Fergoug depuis le barrage du même nom sur l'oued el Hammam qui dessert à la fois la nouvelle zone industrielle d'Arzew Bethioua pour 13 millions m3/an et 9 millions vers la ville d'Oran. version 2 .2 Au Maroc l’approvisionnement en eau de la région casablancaise (Berrada Sounni 1991) prend l'allure d'une véritable course de vitesse. hal-00352860. • en 1975. Le schéma oranais se retrouve partout en Algérie dès qu’il s’agit d’alimenter des villes d’une certaine importance. (elle était de 187 litres en 1966) et la consommation domestique n'est que 80 litres/jour /habitant.de plus en plus mal. Il en est de même pour toutes les villes moyennes des Hautes Plaines dont la croissance urbaine doit beaucoup à l’industrialisation de la décennie 70. Autant dire que la course aux captages se poursuit : on capte les eaux du bassin inférieur de la Tafna à partir d’une prise d’eau depuis 1992 et on fait appel au barrage de Gargar récemment construit sur l’oued Rhiou.

40% des citadins (3 millions pour le Grand Casablanca. 700 000 à Rabat. L'Oum er Rbia est à nouveau mis à contribution et fournit 80 millions de m3. en 1976.marocaine soit 6 millions d’habitants. Ainsi en 1990. Il vise essentiellement à utiliser les ressources du fleuve côtier. une deuxième adduction de 160 millions de m3 est mise en service. • La construction. Très rapidement. En 1967. Au cours du dernier demi-siècle. un plan Directeur d'alimentation en eau est établi en collaboration avec l’O. l'agglomération de Casablanca consomme environ 120 millions de m3/an hal-00352860. Ainsi à cette date. le ravitaillement de la métropole casablancaise en cours de constitution s'effectue grâce aux captages souterrains de la Mamora près de Kénitra acheminés par la conduite de Fouarat qui longe le littoral sur plus de 100 km et fournit 32 millions de m3 annuels. elle dépasse actuellement 600 millions de m3. En 1983. plus au sud. on est passé par les étapes suivantes : • En 1934.S. : il concerne toute la zone Kénitra-Casablanca. dès 1946. il faut faire appel à des compléments fournis par l'adduction de l'oued Mellah proche de Casablanca qui fournit 12 millions de m3 supplémentaires. d'un important complexe de valorisation des phosphates à Jorf Lasfar remet en cause le plan directeur. c’est le grand fleuve marocain l'Oum er Rbia qui est sollicité : depuis le barrage de Sidi Maachou une adduction fournit dès 1967 64 millions de m3 supplémentaires. 500 000 à Salé et 300 000 à Kénitra) et 70% des emplois industriels. la consommation totale de la zone urbanisée de Kénitra à Safi peut elle être estimée à 490 millions de m3.25 Nov 2009 • Les besoins en eau ne font que grandir et en 1970. la consommation annuelle d'eau pouvait être évaluée à quelque 120 millions de m3.M. une nouvelle adduction d'eau fournit 130 millions de m3. En 1952. version 2 . le Bou Regreg. Satisfaire une telle croissance de la demande exige une mobilisation constante et de plus en plus en plus lointaine de la ressource. Le barrage est construit et. 133 .

Figured'un nouveau schéma directeur couvrant la fin du siècle. avec l'aide de la Banque Mondiale. La première tranche est achevée. Dans les prochaines années. en 3 étapes. ils vont s'élever à quelque 700 ou 800 millions de m3 et il faut songer à de nouvelles ressources.25 Nov 2009 Figure 22 – L’alimentation en eau de l’axe littoral marocain (d’après Bernada Sounni. Au cours de la décennie 90. la réalisation d'une nouvelle adduction de 32 millions de m3/an vers Casablanca. Cet exemple souligne bien l'engrenage dans lequel les autorités sont engagées. Les 134 . le barrage de Daourat sur l'Oum er Rbia permettra. d'assurer un volume de 190 millions de m3 pour alimenter Safi. Jorf Lasfar. Une partie de la retenue gigantesque du dernier barrage réalisé celui de M'jara sur l’oued Ouergha dans le pays rifain permettra d'assurer les besoins à venir de l'immense conurbation marocaine. par ailleurs. Il repose sur la mobilisation de ressources supplémentaires à partir de l'Oum er Rbia et du Bou Regreg. Le barrage du Bou Regreg surélevé permettra. Berrechid). l'agglomération de Casablanca et aussi les villes moyennes de la périphérie (Settat. La croissance des besoins est donc impressionnante. 1993) • Les besoins sans cesse croissants conduisent à l'élaboration. version 2 .hal-00352860.

Même dans une région où des ressources disponibles existent des travaux très coûteux sont engagés.25 Nov 2009 Les transformations récentes : industrialisation et développement touristique ont conduit à une demande supplémentaire d'eau.3 De très sévères concurrences entre secteurs utilisateurs hal-00352860. notamment dans le nord de l'oasis. En 1970. non sans mal. on commence à manquer d'eau. version 2 . l'oasis était irriguée par des pompages dans la nappe de la Jeffara (nappe artésienne captive dans les calcaires du Sénonien. Il aboutit à la réalisation autour d'un port de 100 ha d'un pôle industriel avec deux grandes filières : • Une filière chimique : relié par une nouvelle voie ferrée au gisement de Gafsa.1 L'oasis de Gabès (Hayder 1991) est fort ancienne : on peut encore y visiter un petit barrage de l'époque romaine. On pompe trop dans la nappe. Alors que le Maghreb a fait de gros efforts pour développer les superficies irriguées bien souvent la croissance urbaine. Dans ce Sud tunisien. Gabès valorise la production locale de phosphates et développe des industries d'engrais phosphatés mais aussi d'acide phosphorique à partir du soufre importé. le débit diminue. Deux exemples nous permettront de saisir la vigueur de cette concurrence. 3. 3. Le projet est conçu dans un programme global de développement du Sud notamment pour lutter contre l'émigration. Partout au cours des trois dernières décennies des concurrences très vives entre secteurs utilisateurs ont vu le jour. sous irrigation. C'est dans cet environnement fragile que s'installe un complexe industriel. qui donne naissance à de nombreuses sources). la construction des usines ou de zones touristiques se sont traduits par des consommations accrues satisfaites au détriment du secteur agricole ou de l'environnement. • Une filière de matériaux de construction (briqueterie. 135 . Jusqu'à une date récente ses 1 080 ha étaient. carrelage) et surtout une cimenterie (600 000 tonnes/an de ciment et 100 000 de chaux). la salinité augmente.3.équipements nouveaux sont saturés en 5 ans. La satisfaction de la demande pose des problèmes techniques et financiers redoutables et l'avenir paraît menaçant car la croissance démographique de cette immense conurbation est loin d'être achevée. On ne peut par ailleurs s'empêcher de constater qu'en cette fin de siècle la satisfaction de la seule demande de la conurbation exige environ 5% des eaux régularisables et 7 % des prélèvements effectués dans le pays.

Sur ces bases est établi un plan de développement des ressources (Plan Directeur des Eaux du Sud) en eau qui se révèle assez optimiste. la concurrence s'aiguise de façon fort inégale. version 2 . Face à cette pénurie. C'est évidemment l'agriculture qui fait les frais de cette politique : elle ne peut couvrir que 70% de ses besoins. Il s'agit de la nappe du Continental intercalaire (albien). l'urbanisation progresse considérablement. un rabattement de la nappe de 2 à 3 mètres et localement une augmentation de la salinité de l'eau. ce complexe s'impose à la société locale comme un géant devant lequel il n'est pas facile de faire 136 . Il prévoit à l'horizon 2 000.25 Nov 2009 nouveaux : d'un droit historique et d'une ressource gratuite. des ateliers de wagons etc.• D'autres industries complémentaires sont nées dans la foulée : une sacherie pour le ciment. Dans l'oasis le tour d'eau. La situation empira. passe très vite à 30 et même 50 jours ! La gestion de l'eau se pose en termes hal-00352860. Par le gigantisme des installations et son coût (évalué à un milliard de dinars tunisiens en 1987). dans le même temps. Ces industries sont fortes consommatrices. Le projet est bien entré en phase de réalisation mais il ne sera pas poussé très loin car rapidement on s'est aperçu que la nappe dite locale supérieure est partiellement alimentée par le Continental intercalaire et il paraît très imprudent de pousser plus loin son exploitation. Le plan directeur trouve à ce niveau ses véritables limites et l'industrie continue à pomper dans la nappe locale les ressources en eau dont elle a besoin au détriment d'une agriculture vouée à la disparition.. C'est donc l'impasse : les ressources locales sont incapables de faire face aux nouveaux besoins. Il s'en est suivi une baisse du débit moyen par résurgence. on multiplia les sondages dont l'apport devait servir de complément aux sources et forages existants. l'eau est devenue ainsi une ressource rare et coûteuse qui ne va pas tarder à devenir payante.. la répartition suivante des 160 millions de m3/an nécessaires pour la région de Gabès : 107 pour l'agriculture. En 1974. le débit exhauré est de 51 millions de m3 annuels qui dépasse de très loin les potentialités. La demande eu eau augmente. On songe alors à faire appel à des ressources régionales. On utilise en la surexploitant la nappe locale. Cet exemple met en évidence la position inégale des acteurs sociaux par rapport à cette rareté et par rapport à la loi. L'étude des Ressources en Eau du Sahara septentrional conduite sous l'égide de l'UNESCO a révélé les grandes potentialités des nappes du Sud.et. le débit exhauré baissa considérablement passant de 51 millions de m3/an en 1975 à 42 en 1979. par le poids des sociétés en présence (des sociétés étatiques associées à des banques arabes du Golfe qui interviennent dans une région sensible du pays pour valoriser un minerai difficilement exportable) et le poids dans la ville et la région (5 000 emplois directs soit 20% des emplois de la ville auxquels s'ajoutent les emplois induits). qui était normalement de 15 à 20 jours. 60 pour l'industrie et la ville (dont 25 fournie par une usine de dessalement de l'eau de mer).

Dans cette région a été aménagé le plus grand complexe touristique de Tunisie : celui de Nabeul-Hammamet : avec 26 000 lits et 7 millions de nuitées par an. une étude de la région montrait que les ressources en eau étaient déjà réduites et à peine suffisantes pour faire face aux besoins exigeants d'une riche agrumiculture et des cultures légumières. cuisines. douches. En somme l'équation du problème de l'eau se pose en ces termes : d'un côté une puissance industrielle. La nappe locale de Grombalia-Soliman est «un réservoir qui se vide». Parmi les équipements indispensables pour accompagner cette politique. arrosage des espaces verts. il faut assurer les besoins en eau qui sont très importants.valoir ses droits.25 Nov 2009 l'illustre bien le cas du Cap Bon. La proximité de Tunis a favorisé l'essor du maraîchage (16 000 ha) et des agrumes (12 000 ha) et on exploite déjà les ressources d'eau à l'excès au point de faire apparaître la salinisation par appel d'eau de mer dans les nappes. En 1970 on comptait 35 000 lits et 410 000 entrées touristiques et actuellement plus de 150 000 lits et près de 4 millions d'entrées annuelles. de l’Afrique et du Sud de la Méditerranée. 3. Avec le haut niveau d'intensification de l'agriculture. Le transfert d'eau était la seule solution envisageable depuis les oueds du nord de la Tunisie. Les besoins en eau sont importants : ils sont chiffrés en 1970 à 130 millions de m3/an sur la base de 4 000 m3/ha pour les agrumes et 5 000 pour le maraîchage. Apparemment les besoins en eau d'irrigation du Cap Bon pouvaient être satisfaits. la surexploitation des nappes était largement entamée. Effectivement le canal Mejerda-Cap Bon fut dimensionné pour un apport annuel de 163 millions de m3 depuis Sidi Salem dans un premier temps. puis 209 millions de m3 avec l'entrée en service des retenues de Joumine. convoitant tous les deux une ressource rare : l'eau de la nappe locale. Le Cap Bon est au Maghreb une région de tradition maraîchère et agrumicole : les Andalous s'y implantèrent en grand nombre il y a des siècles et la colonisation française y développa de grandes propriétés. autour des années 1970. financière et politique et de l'autre un milieu rural traditionnel peu soudé.2 La Tunisie s'est lancée dans un vaste programme d'équipement touristique et attend de cette activité d'importantes recettes en devises. la première station touristique du Monde Arabe. 137 . Avant le boom touristique. Le bassin versant est réduit et le pompage dans les nappes constituait le principal mode d'approvisionnement (delou à traction animale puis moto-pompe). version 2 .3. Sedjenane et Sidi Barrak. Un touriste balnéaire est aussi un très grand consommateur d'eau douce : on prévoit environ 900 litres/jour par lit occupé. Cet essor touristique très rapide a entraîné de graves dommages pour les zones agricoles comme hal-00352860. cette norme incluant toutes les utilisations : piscines.

version 2 .4 Pénurie et déstabilisation régionale : l'alimentation en eau de la région algéroise L'étude de la question de l'eau dans la région algéroise présente un double intérêt : • Tout se cumule pour faire de la région algéroise une très forte consommatrice d'eau : l'expansion urbaine avec la présence de la capitale algérienne. le synclinal mitidjien et son importante nappe aquifère. la multiplication récente des implantations industrielles.25 Nov 2009 3. Il faut compter avec une progression de la demande urbaine liée à la progression des effectifs urbains. la population se détourne progressivement du travail de la terre et s'oriente vers le secteur touristique. les routes. hal-00352860. une consommation passant de 78 litres quotidiens à 250. Dès 1970. L'agriculture irriguée est virtuellement morte. 138 . • Le problème peut être analysé et étudié dans un cadre régional précis constitué par une chaîne de montagnes arrosée : l'Atlas Blidéen. En se fondant sur des estimations (surestimées on le verra) de la zone urbaine de 4 500 000 habitants.En fait. C'est pour les spécialistes une région hydrologique parfaitement circonscrite dont on connaît bien les potentialités. des études précises prévoyaient une très importante progression de la demande. la ride anticlinale du Sahel qui limite l'ensemble vers le nord en bordure de la Méditerranée. au plus grand nombre de familles reliées au réseau de distribution et à l’augmentation de la consommation d’eau par habitant. Beaucoup de vergers ou de jardins maraîchers sont occupés progressivement par les installations touristiques. Très souvent. l'expansion touristique va aller plus vite et récupérer à son avantage une part importante de l'eau prévue pour l'irrigation. l'existence du plus riche terroir du pays avec la Mitidja dont de nombreux hectares sont sous irrigation. Elle est devenue un secteur marginal. ils ne sont plus cultivés et donc transformés en friches sociales en attendant de servir de terrains de construction. Devant les difficultés de l'agriculture irriguée. Dans la région de Nabeul-Hammamet. Le tourisme et l'urbanisation accélérée ont mis la main sur l'eau des nappes locales et accaparé une grande partie de l'eau transférée. le commerce. les planificateurs avaient fixé un volume de 432 millions de m3 pour l’horizon 2 000 soit une demande urbaine multipliée par 6 en 30 ans (70 millions de m3 ont été consommés en 1970). on ne parle plus de son sauvetage. l'eau du Nord est bien arrivée mais elle sert presqu'exclusivement à la consommation urbaine et touristique sans cesse croissante.

urbaine. sans aucun doute. La Mitidja. Une mauvaise répartition à l'intérieur de l'année agricole : les pluies sont de saison froide avec un maximum très net en décembre . Dans ces conditions. Les prévisions sont impressionnantes. Partout les totaux pluviométriques sont supérieurs à 650 mm. industrielle.25 Nov 2009 Enfin. 250 en 1990 et près de 400 en 2 000. 178 en 1985. Les contraintes pédologiques sont très légères : pratiquement tous les sols peuvent porter des cultures irriguées. L'évolution future de l'agriculture ne peut pas s'envisager sans une extension notable de l'irrigation pour répondre aux besoins du grand marché algérois tout proche. à la fin du siècle la demande sera sans doute de 67 millions de m3. la région algéroise aura besoin de volumes triples : quelque 900 millions de m3 : 432 pour la consommation urbaine. les cultures légumières. il faut compter avec les besoins d'eau industrielle.Le secteur agricole est un autre gros utilisateur. agricole. la mobilisation et la maîtrise de l'eau de l'eau passent nécessairement par un stockage important.janvier et 80 % tombent d'octobre à mars. l'irrigation quasi totale de la plaine réclamerait quelque 800 millions de m3 les experts pour des raisons évidentes de pénurie retiennent une hypothèse d'irrigation partielle qui nécessiterait une consommation annuelle de l'ordre de 400 millions de m3. ils dépassent même le mètre sur les versants de l'Atlas Blidéen. les usines réclamaient 17 millions de m3. une hypothèse minimale qui ne présente aucun caractère excessif si l'on veut bien prendre en compte l'inévitable augmentation de la demande de produits agricoles. La seule agglomération algéroise demande : 108 millions de m3 en 1980. Toutefois. les fourrages verts : 38 000 hectares environ sont sous irrigation dont 20 000 en Mitidja. En 1970. la consommation d'eau agricole est évaluée à 200/210 millions de m3 annuels. le Sahel et le littoral comptent une SAU évaluée à 150 000 hectares. les consommations cumulées. 400 pour l'agriculture et 67 pour l'industrie. version 2 . Où trouver les m3 nécessaires ? Face à ces besoins grandissants quelles sont les potentialités? L'eau n'est pas rare dans la région algéroise. L'irrégularité interannuelle est également très accusée : les variations peuvent atteindre le rapport de 1 à 4. 139 . Dans cet ensemble. Elles peuvent se résumer de la façon suivante : • • • en 1970. dans leur répartition. De très nombreuses études ont été conduites pour estimer les besoins en eau au cours des prochaines années et leurs conclusions sont très voisines. les cultures irriguées sont fort bien représentées notamment l'arboriculture (agrumes).sont de l'ordre de 300 millions de m3 annuels. En 1970. C'est. hal-00352860. les précipitations présentent les caractères du climat méditerranéen avec une double irrégularité. A la fin du siècle.

Vers les années 1970. Mazafran : 389. Quatre fleuves côtiers descendus des pentes de l’Atlas Blidéen traversent la plaine et le Sahel avant de se jeter dans la Méditerranée.25 Nov 2009 Figure 23 – L’eau dans la région algéroise Le sous-sol de la plaine de la Mitidja constitue un important aquifère. Hamiz : 50). Le volume maximum mobilisable est estimé à 295 millions de m3. en année sèche. Le bilan des écoulements annuels est bien connu. Harrach : 370. son utilisation en année normale s'élève à 250 millions de m3 mais. Il est connu et exploité depuis longtemps. Autrement dit la nappe est déjà à la limite de la surexploitation Par contre. il est nécessaire de puiser dans les réserves en raison du déficit de l'alimentation et de l’augmentation des prélèvements.hal-00352860. les possibilités offertes par les eaux de surface sont loin d'être pleinement utilisées. une part infime de cette masse d'eau est utilisée : les pompages au fil de l'eau et les retenues 140 . Il s'élève à 837 millions de m3 (Nador : 28. En 1970. version 2 .

face à la montée prévisible de la demande. la situation est tendue. L'ensemble permettrait de régulariser 62 millions de m3. Le barrage de Beni-Amrane permettrait d'effectuer des prises au fil de l'eau qui pourraient atteindre 80 millions de m3 annuels. de l'oued Chiffa et de l'oued Harbil aménagées en galeries souterraines à travers la montagne seront nécessaires pour atteindre le volume d'eau suffisant. En outre. • Sur l'oued Harrach. • Un aménagement complexe dit du Hamiz-Keddara est projeté dans les confins orientaux des piedmonts de la Mitidja. Tous 141 . les retenues 16 millions (5%). L'eau urbaine provient avant tout de deux forages situés en Mitidja orientale : Baraki et Haouch Felit. Il est donc possible de mobiliser d’importants volumes d’eau courante En 1970. Aux eaux du Keddara (25 millions de m3) s'ajouterait une dérivation provenant de l'oued Hamiz (en amont du barrage existant). les possibilités sont réelles et ces interventions permettraient d'offrir dans les années à venir les millions de m3 supplémentaires.par petits barrages de dérivation sont dérisoires et ne portent que sur 30 millions de m3. version 2 . En 1970. le débit pérenne 30 millions (10%). Au total. l'ensemble Hamiz-Keddara pourrait offrir 142 millions de m3 annuels. le barrage du Rocher des Pigeons pourrait retenir 140 millions de m3 et fournir un volume régularisable de 110 millions de m3 annuels. Comment passer en 30 ans d’une mobilisation de 300 millions de m3 à 900? hal-00352860. voire critique.tous usages confondus. Ce barrage aura une capacité effective de réservoir de 141 millions de m3 et pourra fournir environ 120 millions de m3 (volume régularisable). • Le dévasement du barrage du Hamiz pourrait faire passer son volume régularisable de 13 à 19 millions de m3 annuels.25 Nov 2009 Des possibilités existent pour parvenir à une mobilisation des eaux satisfaisante. • Le projet le plus important est constitué par le barrage de Sidi Brahim sur l'oued Bou Roumi à environ 13 km au sud d'El Affroun en Mitidja occidentale. la consommation totale annuelle . près de Hammam Melouane. • Enfin.annuelle s'élève à quelque 300 millions de m3. Ainsi. un très important complément serait fourni par l'oued Isser qui coule dans les montagnes de Kabylie. Il comporte deux éléments. on prévoit la construction dans la partie amont de l'oued Isser du barrage de Koudiat Acerdoun (140 millions de m3 annuels). à l'aube des années 70. Le seul débit de l'oued Bou Roumi ne peut suffire à alimenter une telle retenue. Des dérivations de l'oued Jer. La nappe mitidjienne en fournit l'essentiel avec 254 millions de m3 (85%). Ce sont eux qui assurent la quasi totalité des 200 000 m3 nécessaires à l'alimentation journalière de la capitale (70 millions de m3 annuels). Ainsi. La plaine est parsemée de puits et de sondages pour l'irrigation. l'incertitude est grande. La nappe est à la limite de son exploitation maximale : on ne peut guère y puiser que 45 millions de m3 supplémentaires sans risque d'une très sérieuse surexploitation. à une échéance sans doute plus lointaine. Les opportunités offertes reposent sur la construction rapide de barrages sur les fleuves côtiers. La construction du barrage de Keddara qui permettrait de régulariser le débit de l'oued Keddara lui-même.

la situation est particulièrement critique et les vergers manquent cruellement d'eau. C'est précisément la situation dans laquelle se trouve actuellement la région algéroise ! Les retards de réalisation ont été énormes et. L'alimentation s'effectue dans de très mauvaises conditions. celui de Sidi Moussa 30 000. Beaucoup ont une tranche d'eau inférieure à 5 mètres. se côtoient pénurie et gaspillage. A ce bilan. Il s'est fait sentir dès 1974 et s'est accentué depuis. Le paradoxe veut que. C'est donc la nappe mitidjienne seule qui a pu assurer les m3 nécessaires à la métropole voisine au cours de la décennie 1970. dans la capitale. L'abaissement du niveau de la nappe est général. Et pourtant Alger est bien mal ravitaillé! La ville. La Mitidja orientale est aussi mise à contribution. il faut ajouter. En 10 ans. En 1981. version 2 . pour l'instant. les pompages nouveaux hal-00352860.25 Nov 2009 portent sur 210 000 m3/jour (77 millions annuels). Les capacités de production des anciens champs de captage de Haouch Felit et de Baraki ont été améliorées mais surtout de nouveaux forages ont été mis en service dans le Bas Mazafran en 1973 et 1979. La surexploitation est désormais largement entamée. Il faut se lancer sans retard dans la construction des barrages. Ces 70 000 m3 quotidiens (26 millions/an) permettent tout juste de faire face à l'augmentation de la consommation des premières années de la décennie 80. on prélève 150 millions de m3/an de plus qu'en 1970 dans la nappe mitidjienne. En été.les rapports d'experts insistent sur la nécessité d'agir très rapidement. pendant toute cette période. aucun barrage n'a été mis en eau. il a fallu faire face aux besoins grandissants de l'agglomération algéroise. Le rabattement est particulièrement net en Mitidja centrale où il est toujours supérieur à 5 mètres et atteint parfois 10 mètres. Tout délai en la matière ne pourrait se traduire que par une surexploitation dangereuse de la nappe. Deux nouveaux champs sont ouverts : celui du Hamiz fournit 40 000 m3/jour. Au cours de ces années la consommation urbaine n'a pu être satisfaite qu'au détriment de l'eau agricole : telle est la conséquence des retards enregistrés dans la construction des barrages. C'est donc une véritable course de vitesse qui est engagée. Cela ne suffit pas. pour mémoire. un prélèvement de quelque 45 millions de m3 annuels pour permettre le ravitaillement de la ville de Blida. Le ravitaillement en eau de la capitale est devenu une priorité. Le seul palliatif. Et pourtant. dans le même temps. Les coupures d'eau sont 142 . En 1985. ne dispose que de 150 millions de m3/an. 20% des puits sont devenus inutilisables car ils ne sont plus assez profonds. des retards aux lourdes conséquences ont été enregistrés. L'eau manque. Les résultats ne se font pas attendre dans les exploitations. dans les années 80. voire un enjeu. réside dans l'approfondissement des puits existants : il connaîtra très rapidement ses limites.

quand seront creusées les galeries d'amenée des oueds Jer. Sur le site de Bou Roumi. C'est ici que le secteur agricole a le moins souffert des concurrences exercées par les villes et l'industrie. on équipera 8 000 hectares. il sera de longue haleine : 20 ans devraient être nécessaires pour renouveler l'ensemble du réseau. Elles sont estimées à 50% dont 40 en amont des compteurs des usagers.Keddara terminé depuis 1987 devrait fournir en principe 140 millions de m3 supplémentaires à la capitale mais les quantités effectivement livrées sont bien hal-00352860. On mesure bien à la fois la faiblesse de la consommation et l’ampleur des pertes en réseau. Ce n'est que plus tard. sur l'oued Isser n'est pas programmée avant la fin de la décennie 1990. les choses paraissent mieux engagées. Dans la première où seules seront disponibles les eaux du Bou Roumi. La construction des barrages trop longtemps différée n'est lancée qu'au cours de la décennie 1980. Dans l'esprit des planificateurs. Chiffa.S. Autre déception. En 1975. version 2 . Le volume moyen consommé réellement par habitant est de 48 litres/habitant/jour alors que la dotation livrée en réseau est de 96 litres/jour. elles devraient être portées avec l'aménagement du périmètre à 25 000 hectares. indique que le taux de satisfaction des besoins n’est que de 50%.M. 14 000 en 1976. En 1995. 12 000 heures de coupure ont été enregistrées. on doit aménager un périmètre irrigué en Mitidja occidentale : El Moustakbel. La moindre défaillance technique dans un réseau inadapté entraîne de très longues interruptions. La pénurie est particulièrement mal ressentie au cours des années de mauvaise pluviométrie. 18 000 en 1978. l'eau du barrage devrait être exclusivement à destination agricole. La construction du barrage a débuté à la fin des années 1970 et les travaux sont terminés.25 Nov 2009 inférieures : 70 millions de m3. Harbil que l'on portera les superficies irriguées à leur maximum prévu : 25 000 hectares. Les superficies actuellement irriguées sont restreintes (7 000 hectares) . une étude de l’O. Le barrage du Rocher des Pigeons est pour l’instant abandonné : les assises géologiques du site retenu paraissent trop fragiles. La situation est de plus en plus tendue dans la capitale. Le système Hamiz . la demande algéroise est évaluée à 320 millions de 143 . Il paraît particulièrement judicieux de prévoir l'extension de l'irrigation dans cette partie de la plaine. Le manque d'eau ne fait que s’aggraver au cours des années 90. Plusieurs phases d'aménagement sont prévues.quotidiennes et affectent désormais tous les quartiers. La dotation par habitant diminue : ainsi on passe de 1493 litres par abonné en 1987 à 996 en 1992. la mise en chantier du barrage de Koudiat Acerdoun. Un effort vient d'être entrepris pour rénover les équipements. La pénurie s’installe. En 1980. C'est dans cette zone que les investissements pourraient être valorisés le plus rationnellement. A cette fin.

Mais. en ce cas. Comme partout ailleurs l'usine et la ville l'emportent sur la campagne. • Enfin. les conclusions des hydrogéologues sont formelles. • On mesure toute l'acuité du problème de la fourniture d'eau dans une région à croissance démographique et urbaine forte et où progresse l'industrialisation. l'agriculture mitidjienne ne disposera pas de l'eau nécessaire à la reconversion de son système agricole et à l'indispensable intensification. il existe des projets pour le dessalement de l'eau de mer. De l'exemple qui vient d'être analysé peuvent se dégager un certain nombre de conclusions. il paraît indispensable de dégager d'autres ressources : notamment le recyclage des eaux urbaines et industrielles et le dessalement de l'eau de mer. Elle est d'abord la conséquence immédiate des retards énormes pris dans la construction des barrages. le niveau de 350/360 millions de m3 annuels est atteint : il est bien supérieur au volume acceptable. Actuellement. Le biseau salé pénètre dans la nappe en bordure du littoral à l'est d'Alger. avec la mise en exploitation de tous les nouveaux champs captants. 144 . Le recyclage n'a pas été envisagé concrètement jusque là. Elle se trouve accentuée par l'abandon de certains projets. version 2 . il est évident que l'affectation agricole de l'eau du Bou Roumi ne sera pas maintenue. En dépit d'une bonne pluviométrie. Des transferts sont indispensables. De ce point de vue. Le coût très élevé de cette technologie retarde. Faute d'une mobilisation à temps voulu des concurrences sévères se développent. à terme. de conserver les dotations qui étaient les siennes en 1970? On peut très hal-00352860. le répit offert n'est que de 30 ans. Taksebt et Jemaa Tizra devront être réalisés pour livrer 294 millions de m3 supplémentaires. de façon irréversible. Par contre. les solutions algéroises ne sont guère différentes de celles adoptées pour les autres métropoles notamment au Maghreb.m3/an et l’offre n’est que de 210 millions de m3! Dans le court terme on envisage deux solutions pour tenter de pallier la crise : • On prévoit de massifs transferts depuis la Kabylie. Enfin. Elle ira dans un avenir proche aider au ravitaillement d'Alger. • La surexploitation de la nappe est maintenant bien engagée et. Sera-t-elle seulement assurée.25 Nov 2009 légitimement en douter. dans quelques années. En ce domaine. une certaine surexploitation temporaire est possible au prix de très forts rabattements. Les ouvrages de Souk el Tleta. De toute évidence. pour l'instant sa mise en œuvre. • Une dernière remarque s'impose. semble-t-il. la région algéroise est incapable de faire face à ses besoins. Le modèle de simulation auquel se réfèrent les experts autorise une exploitation temporaire maximale de 315 millions de m3/an.

Elle peut dépasser 470 litres/jour/habitant dans les quartiers favorisés.25 Nov 2009 145 . Dans la Casbah. peu nombreux. A Alger où le raccordement au réseau d'eau potable est généralisé. • L'inégalité de la consommation d'eau est criante.. elle dure depuis des années dans une métropole où la densité par logement est en moyenne de 8 ce qui signifie que les situations où 12 personnes sinon plus s'entassent dans un logement exigu ne sont pas rares et parfois un logement peut être partagé entre deux ou trois familles. Les citadins les plus riches se sont équipés de réservoirs placés sur le toit des immeubles ou des villas. d'autres où elle n'apparaît qu'un jour sur deux. d'autres où l'eau ne coule dans les robinets que la nuit. Toute la vie de la ménagère se déroule au rythme de l'eau et si elle arrive la nuit il faut se réveiller. Les capacités de stockage peuvent ainsi varier de façon considérable de quelques dizaines de litres par ménage à plus de 200! L'eau à faible pression ne parvient qu'avec difficulté dans les derniers étages des immeubles en hauteur si nombreux à Alger : pour être mieux ravitaillé il faut s'équiper de surpresseurs. Casbah. Si certains quartiers disposent de l'eau 18 heures par jour (Garidi. d'après Chikhr Said hal-00352860. Belfort. les coupures sont la forme moderne de la corvée d'eau. si on a les moyens de le faire! La revente de l'eau dans les zones sans réseau que l'on rencontre encore dans certains quartiers de villes comme le Caire est inexistante à Alger. Il existe des quartiers.. Birmandreis). ce qui est parfois la cause d'inondations entre voisins!. c'est pour les pauvres! • La politique de rationnement appliquée par les autorités fait apparaître d'extraordinaires inégalités dans la distribution de l'eau et dans la dotation des ménages. où l'alimentation est continue : tel est le cas du quartier chic de Hydra où se concentrent belles villas et représentations étrangères. Kouba. un niveau comparable à celle des citadins des pays industrialisés! • C'est la femme qui au sein des ménages doit gérer cette pénurie. Beaucoup de robinets restent ouverts pour entendre l'annonce. du précieux liquide. • Cette situation est très mal vécue. Le plus souvent l'eau est distribuée à certains moments de la journée. Des villas peuvent être équipées de plusieurs points d'eau alors que dans la Casbah il n'existe qu'un seul robinet collectif dans beaucoup d'immeubles de ce quartier populaire et surpeuplé. version 2 . elle est en moyenne d'une vingtaine de litres/habitant/jour. On mesure ce que peuvent être des journées sans eau dans une telle promiscuité. Baraki..A Alger la pénurie. Il faut prendr quand elle arrive quel que soit le moment de la journée ou de la nuit! • Les indispensables stratégies de stockage de la part des ménages accentuent s'il en est encore besoin les inégalités. Cette distribution inégalitaire est aussi intermittente : aucune règle précise n'est appliquée. Les arrivées d'eau sont si fantaisistes que parfois elles peuvent gêner une activité professionnelle. d'autres sont moins favorisés : 6 heures ou moins à Bab el Oued.. Les appartements sont le plus souvent encombrés d'instruments hétéroclites où l'eau est en réserve à moins de disposer de salle d'eau avec baignoire.

La distribution de l’eau dans l’agglomération algéroise est catastrophique et suscite les plus vifs mécontentements de la population. et dans le même temps la demande aura considérablement augmenté. Les ressources en eau renouvelables du Maghreb vont nettement placer les pays maghrébins dans une situation hal-00352860. Le gouvernement qui dispose des ressources nécessaires fait appel à des sociétés étrangères. les trois pays ont tenté des prévisions sinon de consommation d’eau. Dans de telles conditions.. 1997 population : millions Algérie Maroc Tunisie Maghreb 29.3 67. les inévitables périodes de sécheresse qui sont le lot des terres maghrébines risquent de tourner à la catastrophe.2 9. 4.. Depuis février 2009 une station de dessalement (200 000 m3/jour) assure une distribution plus satisfaisant de l’eau potable dans l’agglomération. Avec une disponibilité de 538 m3/an/habitant le Maghreb se trouvera placé pratiquement au seuil dit de pénurie selon les normes internationales admises (500 m3/an).3 m3/an/habit population : millions 402 1028 494 677 43 39 12 94 278 746 380 485 2025 m3/an/habit Tableau 23 : Les disponibilités en eau renouvelable dans les pays du Maghreb en 1997 et 2025 4.25 Nov 2009 difficile à compter de 2025/2030. Au cours de la décennie 1990.1L’inéxorable montée de la demande :déficit à partir de 2010/2015 Les facteurs qui rendent compte de la pression actuelle seront toujours à l’œuvre. du 146 . version 2 . Un avenir préoccupant Les très fortes tensions et concurrences qui viennent d’être analysées vont sans aucun doute prendre une tout autre dimension dans les décennies à venir.8 28.

Certains auteurs ont même tenté des prévisions pour 2040 d’après lesquelles. Partout différentes hypothèses sont avancées avec un maintien du niveau de consommation urbaine proche de la situation présente (150 litres/jour/habitant) c’est l’hypothèse basse alors qu’avec l’hypothèse haute on se fonde sur une dotation journalière de 250 litres.moins de demande d’eau à l’horizon proche des années 2010/2015.5 milliards de m3 mais atteindre cet objectif suppose une politique soutenue de mobilisation des eaux et aucun relâchement dans l’effort entrepris depuis les premières années de la décennie 1980. C’est en Tunisie que la situation sera la plus tendue. Les besoins urbains et industriels sont évalués pour cette période à 2.4 milliards de m3).4 milliards de m3 soit une augmentation de 60% de la consommation par rapport au début de la décennie hal-00352860. version 2 . l’objectif de 500 000 hectares irrigués pour 2010 nécessitera un volume d’eau agricole de quelque 3. la seule satisfaction des besoins urbains absorberait la totalité des ressources du pays! 4.4 milliards de m3. En Algérie tellienne (Sahara exclu).2 Une mobilisation accrue et une meilleure gestion du potentiel actuel Face à cette situation l’effort de mobilisation des eaux doit être poursuivi. Les inégalités régionales dans la répartition des eaux vont inexorablement se creuser et on devra procéder à 147 .2 milliards de m3. Pour ne pas trop alourdir la présentation nous nous bornerons à évoquer les hypothèses basses. La marge de manœuvre marocaine en dépit de l’abondance de la ressource est bien plus restreinte qu’en Algérie. Tous les programmes prévoient la construction de nouveaux barrages ou de nouveaux forages.2 milliards de m3. Les données de base à l’établissement de ces prévisions sont partout les mêmes : on se place dans l’hypothèse d’une poursuite de la politique d’irrigation avec donc une augmentation des superficies irriguées et surtout on tient compte de l’évolution probable et même certaine de la population urbaine. Satisfaire ces besoins ne paraît pas insurmontable car le volume algérien régularisable est de 8. donc au total 5. Au Maroc la poursuite du programme d’irrigation notamment en grande hydraulique et les besoins urbains exigeront la mobilisation de la quasi totalité des ressources actuellement régularisantes : entre 16 et 17 milliards de m3.25 Nov 2009 1990 (3. le niveau de la demande excédera sans doute le volume actuellement mobilisable de 3.

sera complété. ce sont des transferts interrégionaux beaucoup plus longs qui devront être mis en place. La balance ressources /consommations entre les différentes régions marocaines à l’horizon 2020 est présentée dans le tableau suivant : en millions de m3 Région rifaine Moulouya Sebou Bou Regreg Oum Errabia Tensift Souss Massaa TOTAL Ressources Demande 1545 1670 4768 852 4067 1221 777 144 15044 1052 1816 3916 902 4869 1630 1175 185 15545 +/+493 -146 +852 -50 -802 -409 -398 -41 Tableau 24 : Balance régionale de l’eau au Maroc à l’horizon 2020 Dès 2010 d’importants transferts.25 Nov 2009 circonscrits dans un cadre régional et portent sur de petites distances. dans la majorité des cas. il n’est pas prévu d’interconnecter les régions les plus méridionales du pays. Ces transferts sont déjà en place en Tunisie sur une grande échelle : ils reposent sur trois aménagements • • • le canal Medjerda-Cap Bon le canal Djoumine-Ellil le canal El Barak-Sedjane Le système doit être amélioré. certains sur plusieurs centaines de kilomètres donc fort coûteux. 148 . le harnachement du Nord. devront être réalisés selon deux axes : nord-sud et est-ouest. le volume des eaux transférées sera alors de plus de 4 milliards de m3 soit le 1/4 des ressources totales régularisables du pays. Au delà de cette dernière ville. Au total. Le Maroc connaît déjà des transferts d’eau qui restent cependant. mieux alimenté. Le Sud restera un système autonome dont les très modestes ressources de surface seront complétées par des prélèvements dans les nappes déjà surexploitées et dans les grands aquifères d’eau fossile. version 2 . Actuellement 2 milliards de m3 sont ainsi transférés. Dans les années à venir.de massifs transferts d’eau interrégionaux. L’interconnexion est en cours d’achèvement entre le Nord et le littoral Est du pays jusqu’ à Sfax. hal-00352860.

Les pays maghrébins sortent difficilement d’une conception minière de l’utilisation de 149 . mieux maîtriser la demande.25 Nov 2009 sont constatées. Des études tunisiennes montrent que ces technologies pourraient autoriser une réutilisation de 200 millions de m3/an Économiser l'eau. Pour alimenter essentiellement les villes des transferts sont déjà organisés vers Constantine. Faire payer l’eau à son coût réel pourrait selon tous les experts conduire à une forte réduction de la demande. Les économies faites pourraient être substantielles : ainsi en Tunisie en 1993 on estime que les pertes en réseau se sont élevées à 85 millions de m3!. Le goutte à goutte est installé sur 12 000 hectares dans le Souss. version 2 . Oran. Dans les réseaux urbains ce sont les mêmes constatations qui peuvent être faites : les pertes en réseau sont aussi importantes que les quantités consommées en Algérie. De même une meilleure maîtrise du drainage et la réutilisation d’eaux de drainage faiblement salées pourraient permettre des gains importants. ils vont s’amplifier et prendre une grande ampleur pour desservir la région algéroise. Dans certains cas. un gaspillage des eaux par excès des charges d'irrigation. On a calculé que ces innovations permettent d'améliorer de 6% l'efficience tout en permettant d'économiser 270 millions de m3 d'eau.Des déficits régionaux aussi marqués apparaîtront également en Algérie. Au contraire. c'est aussi mieux contrôler. mieux utiliser les ressources existantes est un impératif absolu. Il convient de réduire autant que possible les pertes en toute nature que l’on peut observer. En Tunisie les bénéfices cumulés que l’on peut attendre de la disparition des pertes en réseau aussi bien dans les villes que les campagnes irriguées sont évalués à 700 millions de m3/an soit le quart des consommations totales du pays en 1990! Ce type de constat est fait depuis longtemps mais les politiques à mettre en œuvre tardent en raison des délais de réalisation et de l’investissement que représentent ces travaux. Il n’y a pas comme en Orient dans la vallée du Nil ou en Mésopotamie. la plupart des bilans nationaux ou internationaux s'accordent pour estimer que trop souvent les charges d'irrigation sont insuffisantes. Des constatations analogues peuvent être faites dans les zones irriguées où d'importantes fuites hal-00352860. les pertes sont de l’ordre de 40% au Maroc. les pertes peuvent s’élever jusqu’à 60% de l’eau distribuée alors que dans un système moderne les pertes ne doivent pas excéder 10%. Dans ce contexte. (Tableau 25) Améliorer les techniques d’irrigation peut aussi conduire à de spectaculaires économies. Il n’empêche que l’introduction de techniques plus économes par exemple l’aspersion au lieu de la submersion des parcelles ou le goutte à goutte pourraient conduire à de substantielles économies et à plus d'efficience. Le Maroc a initié un programme en ce domaine : 120 000 hectares en grande hydraulique sont équipés en aspersion. économiser l’eau.

De timides mesures ont été prises récemment afin de rapprocher le prix facturé et le coût réel de l'eau. Tout en préservant l’environnement. enfin une tarification préférentielle pour favoriser l'industrie.59 et 0.40. un tarif au coût réel pour la tranche 24-60 m3. En ce domaine les 150 . A l’ère de la planification par l’offre doit succéder celle de la planification de la demande. on est loin de couvrir le coût complet de l'eau qui comprend les dépenses de production. Cette ressource rare qu’est l’eau ne peut donner lieu à gaspillage. de transport. Son application à la ville de Casablanca en 1992 donne les résultats suivants pour les ménages : 0. A Kénitra. Le prix du m3 d'eau urbaine est fixé alors à un dinar alors que le prix de revient est de 6.83 pour la troisième.. de la consommation.02 $US et 0. présente de très fortes inégalités entre régions et secteurs d’utilisation. Le système de tarification adopté par les Marocains en 1977 est significatif de ce point de vue : un tarif social pour les petits consommateurs (moins de 24 m3/trimestre). un tarif pénalisant les gros consommateurs (plus de 60 m3/trimestre).25 Nov 2009 toutefois. gratuit et inépuisable. le traitement des eaux usées peut constituer une source supplémentaire permanente. le mètre cube d'eau revient à 1.36 pour l'industrie. de maintenance des réseaux etc.70 DH mais est revendu à 0.. 0. L'eau potable est devenue plus chère depuis les années 1980. les premiers changements apparaissent en 1983. La dynamique de réajustement des prix n'est réellement enclenchée qu'à partir de 1991 et surtout de 1993 avec la mise en place d'une nouvelle structure tarifaire qui comporte un relèvement du prix de l'eau et s'inspire de la démarche marocaine.Le tarif moyen appliqué au Maroc est de 0.32 pour la seconde et 1.3 Peut-on compter sur une amélioration de l’offre? Le traitement des eaux usées pourrait offrir selon de nombreux experts d’importantes possibilités notamment pour l’eau d’irrigation. version 2 . 1. La politique tarifaire vise à répartir au mieux les coûts tout en décourageant les gaspillage.56 $ US le m3 en Tunisie.14 $US. Les tarifs pratiqués pour l'eau d'irrigation sont encore plus éloignés des coûts réels. 4. Il est possible de beaucoup économiser aussi bien dans les quartiers urbains que dans les campagnes irriguées. Le prix de l’eau est partout très bas et. surtout.05 en Tunisie! En Algérie après plus d'un quart de siècle de gel du prix de l'eau.75 DH pour la première tranche. hal-00352860. 0.14 en Algérie. encore très loin du coût réel de l'eau.36 au Maroc et 0. 0.35 Da. On reste. Le prix moyen de l'eau potable en 1992 est de 0. par exemple.l’eau considérée comme un bien naturel. Même si l'on exclut l'amortissement des barrages. Pendant des années la sous tarification voire la gratuité a été la règle.

de multiples opérations engagées mais les résultats sont restés très modestes sinon dérisoires. un reboisement des bassins versants. il est pourtant indispensable à la réussite de tels projets. on évaluait l'envasement total à 900 millions de m3. celui du Ksob à 40%. ils découvrent que leurs bassins versants. pour la Tunisie. Les techniques de Défense et Restauration des Sols (DRS) sont au point depuis plus d'un demi-siècle. Ainsi. leurs montagnes n'ont jamais été autant dégradés. On estime que le volume des eaux usées susceptibles d’être traitées sont dans les années 1990 de l’ordre de 600 millions de m3/an en Algérie. les transports solides dans les cours d'eau si massifs qu'ils en affectent même les données hydrologiques. En 1990. prévenir l'érosion suppose un traitement. La capacité de retenue de l'ensemble des barrages atteint 13 milliards de m3 mais chaque année s'accumulent 50 millions de m3 de sédiments. à multiplier les barrages. On peut procéder à des surélévations pour maintenir le volume initial d'eau stockée mais cette opération rencontre des limites. trop souvent développés sur de fortes pentes ne résistent pas aux agressions climatiques.pays maghrébins sont très en retard. L'érosion est si intense. les opportunités sont indéniables avec la croissance des consommations urbaines que nous avons relevées. 151 . Les sols fragiles. • En Algérie les 37 barrages en fonctionnement en 1990 dont la capacité de stockage initiale était de 3 900 millions de m3 ont déjà perdu 11% de leur capacité initiale (430 millions de m3) et en 2010 l'envasement atteindra 24% (930 millions de m3)! Les barrages les plus anciens portent les marques les plus fortes : le barrage du Fergoug est envasé à 100%. Au Maghreb. • La situation est identique au Maroc. On a tenté. Pour l’instant seule la Tunisie s’est lancée dans cette voie et retraite environ 180 millions de m3/an. version 2 . toujours plus nombreuses. à l'irrégularité et à la brutalité des pluies d'autant plus que de trop fortes densités ont conduit à une intense déforestation. De très nombreux programmes ont été lancés.25 Nov 2009 important envasement des barrages. de faire le bilan des économies d'eau qui pourraient être réalisées en tenant compte des différentes options qui viennent d'être développées. Préserver efficacement l'environnement. 700 millions au Maroc. à l'heure où les pays maghrébins parviennent à domestiquer leurs cours d'eau. L'adhésion des populations paysannes. Une meilleure maîtrise de l'environnement aurait des effets positifs pour assurer la mobilisation des eaux. tout se conjugue pour donner aux phénomènes érosifs une ampleur particulière. Il paraît tout à fait illusoire d'attendre des résultats significatifs en ce domaine. n'a jamais pu être obtenue. celui du Zardenas à 40%. or. Les ruissellements sont ravageurs. Il est probable que la dégradation du patrimoine écologique ira en s'accentuant dans les années à venir. Cela se traduit par des pertes continues de sols arables et par un très hal-00352860.

Le Maghreb est bien entré dans une ère de pénurie! Plus encore que dans les autres régions du Monde Arabe l'eau. Le plus probable est que la demande en eau continuera à augmenter dans de très fortes proportions au cours des décennies à venir et que cette demande ne pourra être satisfaite que très partiellement. Toutes ces innovations sont en grande partie inapplicables : elles supposent des capacités d'investissement hors de portée des économies ou des paysans maghrébins. Le projet avait été conçu d’ailleurs bien auparavant. Traitement des eaux usées Suppression des pertes en réseau (urbain ou agricole) Amélioration du drainage Mesure de protection de l’environnement Total 200 700 200 430 1530 Au premier abord les effets semblent spectaculaires. l’Algérie confrontée à la dramatique insuffisance de la production alimentaire a lancé au cours des années 80 un programme de mise en valeur des terres désertiques. est bien un enjeu du développement! 5. On devine aisément que la solution adoptée consistera à satisfaire en priorité -toujours aussi mal et peut être de plus en plus mal. En fait il faut surtout évaluer les possibilités hal-00352860. version 2 .25 Nov 2009 d'acceptation des populations. dans des périmètres expérimentaux ou des fermes pilotes on 152 . Les gains potentiels en s'élevant à 1 500 millions de m3 représentent la moitié de la consommation actuelle du pays. des sociétés.la demande citadine au détriment de l'agriculture pour l'instant le plus grand consommateur.Tableau 25 : Gains potentiels de récupération des eaux en Tunisie en millions. Mais on voit combien ces chiffres sont illusoires. Elles supposent aussi de nouvelles pratiques de la part des sociétés paysannes qui ne peuvent pas être introduites du jour au lendemain. faute de quoi la sécurité alimentaire sera de plus en plus aléatoire. Faire reverdir le désert? Forte de ses richesses énergétiques et de ses eaux profondes. que des possibilités technologiques. dans les terres maghrébines. Plus que jamais l'heure est à la concurrence entre les différents acteurs sociaux. Dès les années 60. Il faudrait adopter de toute urgence des technologies plus économes permettant à la fois de réduire les volumes utilisés et d'améliorer l'efficience des systèmes de culture. Ils ne prennent en compte que l'aspect technique de la question.

à Wadi el Dawasir aux confins du Rub el-Khali. à Hail dans le pourtour du Grand Nefoud. dans les deux nappes du Continental terminal et du Continental intercalaire. l’exploitation de l’eau des grands aquifères à grande échelle a été d’abord pratiquée en Arabie saoudite et les expérimentations maghrébines libyenne et algérienne sont postérieures. la très forte augmentation du revenu par habitant ont considérablement gonflé la demande alimentaire.1 Eau et irrigation dans le désert arabique Il y a peu de temps. La Saudi Arabian Agricultural Bank en a été le principal instrument financier. une vigoureuse politique a été engagée pour tenter de parvenir à l'autonomie alimentaire. soit trois fois la consommation nationale. a été tout aussi spectaculaire : elle est passée en quelques années de 40 000 à 3 300 000 t. Tout était fondé sur une ressource en eau d’irrigation fournie par des forages profonds. enfin. Les résultats sont impressionnants. initiés par l’État. En fait. hal-00352860. A vrai dire les choses n’avaient pas été poussées très loin et pour l’essentiel les cultures sahariennes s’effectuaient dans le cadre habituel (cultures traditionnelles d’oasis et petits périmètres hérités de la colonisation). La croissance de la production de blé. version 2 . L’Arabie saoudite est devenue exportatrice de blé depuis 1985 à destination des pays du Golfe mais reste forte importatrice d'autres céréales pour l'alimentation du bétail (6 millions de tonnes en 1991). En 10 ans (1980-90). les superficies agricoles sont passées de 150 000 à près de 2 000 000 ha. Le développement agricole est devenu un objectif prioritaire.avait tenté d’étendre des formes d’agriculture désertique moderne à côté de l’utilisation traditionnelle des eaux. 153 . poulets et œufs. fruits. l’Arabie était un pays en état de totale dépendance alimentaire. Le secteur agricole traditionnel n’était pas en mesure de répondre à de telles sollicitations. Elle assure une très grande partie de sa consommation en légumes. Cet effort massif a porté sur un certain nombre de productions : blé. dans la plaine du Hasa. le mouvement d’exode vers les villes. La généralisation de la motopompe avait pourtant introduit un changement notable dans les techniques d’irrigation. avec des rendements de pointe de 60 à 80 qx/ha. poulets et produits laitiers. légumes et produits laitiers. À partir de 1980.25 Nov 2009 5. L’afflux des travailleurs étrangers. riz en toute priorité mais aussi les dattes. à Harad à 80 km à l'est de Riyad. Quatre zones ont été équipées grâce à l'utilisation de l'eau de nappes profondes : près du Golfe. non loin des champs d’hydrocarbures. De tels résultats n’ont été possibles que par une très grande concentration de moyens.

prix réduit du carburant.5 milliards de $. l'Arabie Saoudite a extrait de son sous-sol. liée à la forte utilisation des engrais et pesticides devient notable.25 Nov 2009 étrangère pour plus de 80%. Dans ces conditions. Le modèle fondé sur l’exploitation d’eaux fossiles ne peut sans doute pas perdurer et . En 1992. Les investissements consentis par l’État sont considérables et le prix de revient est très élevé : six fois le cours mondial pour le blé.Des espaces agricoles supplémentaires ont été aménagés avec la construction de 84 barrages réservoirs dans les montagnes de l'Asir (en Tihama le long de l'oued Jizan et à l'intérieur près de Najran). Elle est fondée sur une technologie raffinée et entièrement importée. systèmes d’irrigation. La mise en place d’une infrastructure impressionnante a été nécessaire : routes. les Saoudiens ont recours à un matériel considérable et font grand usage d’engrais et pesticides. Elle repose sur le recours massif à l’eau d’irrigation fossile. Le modèle est difficilement exportable et pourtant d’autres pays moins bien dotés ont voulu l’imiter. en 1996. en tout cas. Cette expérimentation à très grande échelle pose toutefois des problèmes. Cet essor agricole en plein désert repose sur un apport d'eau continu : 16 heures par jour. À ce rythme. La pollution. la spectaculaire expérience saoudienne n’est possible qu’en raison de l’abondance des pétrodollars. stations de pompage. Mais. L’irrigation se pratique par d’immenses pivots d'aspersion de 400 à 500 mètres de long qui effectuent une rotation complète en 16 ou 18 heures.4 milliards de m3 en 1980. 35 fois plus d'eau que de pétrole. Enfin. La main-d’oeuvre agricole est elle-même hal-00352860. le recours à ces eaux fossiles ne peut pas prendre plus d’ampleur. Pour autoriser une sécurité alimentaire à une population en pleine croissance (35 millions d’habitants en 2025. Le surpompage entraîne déjà un rabattement et une salinisation des eaux. 8 en 1986. aéroports. A l’évidence. Le survol en avion donne à voir le spectacle splendide de quelque 3 000 pastilles d'irrigation verdoyant sous le soleil du désert. dont les nappes ne se renouvellent plus. les subventions de toute nature pour soutenir la production (subventions directes. plafond de l’autosuffisance permettant la satisfaction de la consommation nationale et la constitution de stocks stratégiques. Ce sont des milliards de mètres cubes d’eau qui sont consommés annuellement (2. 15 en 1992). version 2 . 50 154 . En 1992. Cette agriculture a pour cadre de grandes exploitations de plusieurs centaines d’hectares. signe des temps. Cette agriculture est le type même d’une agriculture «minière». les aides consenties par l’État sont considérables. des risques d’épuisement sont réels et les dégâts provoqués à l’environnement deviennent d’année en année plus préoccupants. achats à des prix garantis) se sont élevées à 2. les subventions ont baissé et les autorités ne devraient acheter que 2 millions de tonnes de blé.

sable) rendent difficiles la maîtrise de la production et surtout la fixation d’une population agricole : entreprises étatiques ou fermes individuelles n’attirent guère les Libyens. C’est le déclic. recours à la technologie étrangère. On enregistre une certaine déception : les possibilités de cette culture en plein désert sont limitées. Des dispositions foncières sont prises permettant de créer une propriété privée sur les terres désertiques (loi de l’accession foncière). les bonnes terres agricoles et les hommes.2 Les tentatives maghrébines 5. Les moyens mobilisés sont de même nature qu'en Arabie saoudite : gestion minière de l'eau. (carte 6).2.en 2050). 100 000 ont été initiés à Koufra pour la culture du bersim et l’élevage du mouton. investissements hal-00352860.25 Nov 2009 considérables et le prix de revient du blé produit est comme en Arabie bien plus élevé que le cours mondial.2.1 La Libye (carte 6) s'est engagée à peu près au même moment dans un projet de même inspiration : 50 000 hectares sont irrigués en plein désert à Sarir à 600 km au sud de Benghazi. Les premiers résultats ont été obtenus en 1980. le royaume engage une nouvelle politique : le contrôle de terres agricoles soit par la location soit par l’achat en dehors de la Péninsule. Les résultats économiques n’apparaissent pas très concluants mais la mise en valeur est un nouveau slogan lancé par les autorités pour pallier le déficit des terres du Nord. le projet confié aux Américains redémarre : on utilise aussi bien l’eau de la nappe miocène du Continental terminal que celle du Continental intercalaire (albien). Deux formes de mises en valeur se juxtaposent désormais. Il semble toutefois que les performances soient inférieures aux résultats obtenus en Arabie.2 L’Algérie s’est aussi lancée dans l’agriculture par pivot en zone désertique. L’Arabie vient d’acquérir ainsi 1 600 000 hectares en Indonésie ! 5. un environnement hostile (chaleur. Les terres du Sahara vont devenir la "Californie de l’Algérie”. Une étude avait déjà été conduite dans les années 70 à la ferme expérimentale de Gassi Touil près Hassi Messaoud. Ces nouveaux paysans ne visent plus à l’autosubsistance mais au marché et les paysans ont rompu avec les structures d’encadrement 155 . La position de ces zones à 1 800 km du littoral où se concentre la population. 5. Rien de moins. A partir de 1986. A ce projet actuellement plus ou moins abandonné s’est substitué le grand chantier de la Rivière artificielle qui consiste à transporter l’eau où se trouvent. le point de départ d’un véritable engouement. version 2 . Il existe une phase pionnière paysanne utilisant les ressources en eau peu profonde mais en abandonnant les techniques d’exhaure traditionnelles au profit de la motopompe. sur les plains littorale.

qu’après l’engouement initial. Le Souf connaît une situation inquiétante aussi. Il y avait un système fermé en équilibre avec lui-même. qui compte des villes de plus de 100 000 habitants. a encore accru les consommations d’eau et accentué le phénomène. La mise en valeur pionnière capitaliste est encore plus récente (décennie 90). vont chercher l’eau grâce à de profonds forages qui atteignent l’albien et lancent une agriculture à la saoudienne spécialisée dans les céréales irriguées. Traditionnellement les populations pour leurs besoins domestiques ou agricoles consommaient peu d’eau et évacuaient les eaux usées par l’intermédiaire de drains ou de puits perdus vers le sous-sol alluvial ou sableux. asphyxie les plantes et contribue à la salinisation des terrains inondés. Ces nouvelles exploitations se concentrent dans un petit nombre de régions : la région de Biskra. El Oued la ville principale est (bien) alimentée par des pompages dans le Continental intercalaire. version 2 . Ces volumes supplémentaires regagnent après usage la nappe phréatique qui enfle. La nappe phréatique est détruite par les eaux usées urbaines et dans un rayon d’une vingtaine de km les palmeraies sont moribondes. 156 . L’argument est aussi valable pour le transfert libyen. Par contre. organisé de façon massive pour alimenter le nord du pays. Au Sahara algérien. En forant dans les nappes plus profondes d’une part. fonctionnent en circuit fermé. Des promoteurs agricoles venus bien souvent des villes investissent. il y a un apport substantiel d’eau supplémentaire. en utilisant massivement la motopompe hors de la nappe phréatique d’autre part.25 Nov 2009 faute d’un débouché sur la mer. l’oued Rhir. Avec les expériences maghrébines il faut évidemment évoquer le risque d’épuisement de la nappe sur le long terme faute d’une gestion patrimoniale de la ressource. la réalité soit plus amère. engorge les terrains. Il y avait auto-épuration naturelle et les eaux rejoignaient la nappe phréatique.communautaires. certaines périphéries urbaines. le Souf. le Touat. des palmeraies ont été transformées en marécages tel a été longtemps le cas de l’oued Rhir dont le drain principal n’a été achevé qu’en 1985. créent des exploitations de plusieurs dizaines voire plusieurs centaines d’hectares. hal-00352860. Il existe désormais un important problème de drainage : paradoxalement le désert souffre dans certains cas d’un excès d’eau! Les eaux du Sahara. la situation mérite par contre d’être sérieusement nuancée. Il est trop tôt pour arrêter un bilan économique mais il semble. déjà un bilan peut être dressé pour l’environnement : ces nouvelles activités ont fait apparaître de sérieuses contraintes. L’urbanisation accélérée qu’a connu le Sahara. Faute de drainage organisé à grande échelle. Elle l’est d’ailleurs par des études récentes entreprises dans le cadre du “Projet des oasis de l’an 2 000" (Dubost 1992).

les ressources sur lesquelles on peut raisonnablement compter s’élèvent à un peu plus de 2 milliards de m3. Sur ce bilan. Il y donc un destockage de l’ordre de 800 millions de m3/an qui apparaît minime par rapport à l’ampleur du stock. la situation des deux grands aquifères (continental intercalaire et continental terminal) est présenté de la façon suivante par les hydrogéologues : m3/an Continental intercalaire Continental terminal Total Alimentation 252 582 834 Sorties 724 897 1621 Destockage 472 315 787 Pour les scientifiques. que l’on peut pomper dans les aquifères sans provoquer de graves rabattements : ils avancent le chiffre de 630 millions de m3/an pour le Continental terminal et 790 pour le Continental intercalaire.En 1990. de l’eau actuellement utilisée pour l’irrigation (1 260 millions de m3 pour 40 000 hectares) si bien que la marge de manœuvre est très restreinte : elle ne porte que sur quelque 600 millions de m3 permettant une mise en valeur de 20 000 hectares supplémentaires. A ces données s’ajoute la contrainte pédologique : très peu de sols peuvent être irrigués au Sahara et très souvent la localisation de ces sols ne correspond pas aux régions où se trouve l’eau. Bref. Les hydrogéologues estiment. version 2 . A ces ressources s’ajoutent 630 millions de m3 apportés par tous les oueds périphériques venus essentiellement de l’Atlas saharien et pour des valeurs très minimes du Hoggar ou du Tassili. les deux aquifères qui communiquent entre eux peuvent être pratiquement considérés comme une monocouche. Il est très peu probable que l’agriculture saharienne suivent les traces de l’agriculture saoudienne et il est encore plus illusoire de transformer le Sahara en une nouvelle Californie! Conclusion 157 . Ainsi perspectives économiques et médiocrité des potentialités naturelles se conjuguent. L’alimentation des aquifères est extrêmement faible : elle est fournie par les infiltrations en provenance des montagnes de l’Atlas hal-00352860.25 Nov 2009 saharien. Les sorties sont constituées par les exutoires naturels vers le golfe de Gabès et les prélèvements effectués pour alimenter les villes et l’irrigation. il faut tenir compte de la consommation urbaine saharienne prévisible (160 millions de m3/an).

les révisions de priorité dans les allocations d'eau au profit du secteur urbain et au détriment de l'agriculture. L'objectif d'autosuffisance alimentaire a sous-tendu l'important effort de mobilisation des eaux accompli au cours des dernières décennies. enjeu du développement futur. le coût risque d'être excessif du fait des rendements décroissants. version 2 . qu'en 2025 la transition démographique sera loin d'être achevée. Il n'empêche la pénurie s’observe partout et. Le mot d'ordre de sécurité alimentaire . Les démographes situent la population stationnaire à un niveau qui devrait être voisin de 700 millions d'habitants au milieu du siècle à venir. sans doute la plus faible du Monde. déjà constatées s'imposent chaque année avec davantage de force. les peuples arabes se trouveront tous en dessous du seuil de pénurie (1000 m3/an/habitant) et un tiers d'entre eux se situeront en dessous du seuil critique de 500 hal-00352860. 158 . Les eaux souterraines sont déjà trop souvent sollicitées à l'excès. mais notons toutefois. le Bédouin dont la consommation. du Soudan. dans un contexte où la mobilisation de ressources nouvelles est incertaine. financièrement. La rareté est réelle même si elle côtoie trop souvent le gaspillage et l'utilisation inconsidérée de la ressource. source d'inquiétude.jusque là bien mal précisése substitue désormais à celui de l'autosuffisance alimentaire jugée partout irréaliste. et du Liban. à l'exception de l'Irak. Par ailleurs. Dans les pays arabes les contraintes d'accès à l'eau d'irrigation sont telles qu’il est illusoire d’escompter une augmentation des superficies irriguées comparable à celle qui a été constatée ces trois dernières décennies. Il existe donc une limite technique et. En 2025. Dans cette conjoncture. elle ne fera que s'aggraver avec l'accroissement démographique attendu au cours des prochaines décennies. se limite à quelques litres quotidiens et le citadin de la péninsule Arabique qui utilise à profusion une eau fort chère pour l'entretien de ses jardins d'agrément et dont le niveau de consommation dépasse celui du citadin occidental. Mais n'est-on pas arrivé au terme d'une évolution? Le constat est là : il reste relativement peu d'eau renouvelable à mobiliser. la proportion la plus élevée du Monde.L'eau dans le Monde Arabe est bien. La situation actuelle est lourde de menaces.25 Nov 2009 m3!(tableau 4) Il serait sans doute imprudent de prolonger plus loin l'extrapolation. en fin de compte. La production agricole évoluera peu et une part croissante du revenu devra être consacré au financement des importations alimentaires. Paradoxalement on rencontre dans le Monde arabe. Augmenter le volume régularisable des eaux courantes ne peut donner que des résultats limités. le maintien de la politique actuelle d'irrigation incite à un nouvel examen. La ressource ne peut être entièrement mobilisée en raison de l'irrégularité climatique. La région consacre plus de 88% des volumes prélevés à l'irrigation des champs.

Pour la période 1996/2005. Toutes ces propositions. L'urgence est évidemment d'économiser la ressource dont les pays arabes dispose et de hal-00352860. dans les années à venir. le retraitement des eaux. Les quantités d'eau dont ils disposent n'ont aucune chance d'augmenter. la Banque Mondiale a proposé un plan global d'amélioration pour la région arabe concernant aussi bien la lutte contre les gaspillages. Ces fâcheuses perspectives supposent une reconversion des économies bien difficile à réaliser. baissé mais il reste encore trop élevé pour envisager une utilisation autre qu'urbaine et industrielle.La dépendance des pays arabes ne cessera de s'aggraver. spécialistes et représentants des grands organismes internationaux estiment que l’eau deviendra une marchandise de type nouveau.la lutte contre les énormes gaspillages et pertes diverses ne peut être que de longue haleine mais elle pourrait conduire à de substantielles économies. Le coût du dessalement de l'eau de mer a. Au premier Forum mondial de l’eau qui s’est tenu -symboliquementà Marrakech en mars 1997. supposent une certaine évolution des mentalités toujours longue à s'imposer et surtout d'énormes investissements. Les recommandations des experts convergent toutes mais on voit bien mal quel pourrait être leur champ d'application dans le contexte actuel de la société arabe. bien au contraire. non plus la ressource illimitée mais une matière première stratégique au même titre que le pétrole. L’idée d’un prix mondial fait son chemin. ce qui est à peu près. l'équivalent du produit national annuel d'un pays comme l'Egypte! Les milieux économistes. techniquement parfaitement justifiées. de plus en plus inconfortable et incertaine. Il exige un investissement de 60 milliards de $. Pour l'essentiel -l'eau affectée à l'irrigation. Par ailleurs. Le recours aux eaux retraitées reste pour l'instant limité et l'accès à cette ressource est relativement coûteux. les organismes internationaux souhaitent pour résoudre la crise au niveau mondial réguler l’accès à la ressource par le biais du marché. la Syrie regroupant 100 millions d'habitants et 40% de la population de la zone sera. Il s’agirait davantage d’organiser l’échange pour favoriser une répartition à peu près équitable que de 159 . version 2 .25 Nov 2009 recourir éventuellement à d'autres sources d'approvisionnement. certes. Elle tient à des données géographiques : la position d'aval de grands pays : l’Égypte. l'amélioration de la desserte et la protection de l'environnement. la dépendance économique à l'égard du reste du Monde risque de s'amplifier avec l'augmentation des importations alimentaires difficiles à supporter pour des économies fragiles et faiblement diversifiées. On a calculé que les importations actuelles de biens alimentaires correspondaient à une consommation annuelle d'eau de 50 milliards de m3 que l'on peut donc considérer comme une importation déguisée d'eau. l'Irak.

Pour les Nations-Unies. les menaces sont pour demain. “la situation peut entraîner une série de catastrophes locales et régionales et des confrontations pouvant conduire à une crise mondiale. une "guerre de l'eau". Quelques années plus tard le ministre des Affaires Étrangères égyptien. et les solutions techniques. voire des chantages sur les pays d'aval.. est de long terme et on voit mal comment le Monde Arabe dans ses structures hydrauliques actuelles pourrait y adhérer dans l’immédiat. plus particulièrement. Enjeu économique. version 2 . de plus en plus fréquemment. le troisième fleuve pour l'Irak de Saddam Hussein. la tentation est forte pour les pays d'amont d'exercer des pressions. Les grands ouvrages réalisés pour la mobilisation de la ressource sont autant de justification pour conforter les équipes aux commandes : le barrage d'Assouan et le lac Nasser en Égypte. l'eau est désormais un enjeu de politique nationale ou internationale. dans cette Égypte qui se sent menacée. Mais on mesure bien les difficultés de mise en place d’un tel marché. s’il est réalisable. Dans la configuration géopolitique actuelle du Monde Arabe et. le président Anouar al-Sadate déclarait "Si quelqu'un fait quelque chose qui puisse nuire à notre approvisionnement. il y a 20 ans en 1978. du Moyen-Orient. En Palestine. Ce n’est pas sûr. Tabqa en Syrie. Boutros-Ghali n'hésite pas à déclarer"La prochaine guerre dans notre région concernera l'eau. l’urgence est là. Dans les rapports interhal-00352860. Journalistes et hommes politiques rivalisent pour forcer le trait et on évoque. nous n'hésiterons pas à entrer en guerre. Déjà. Pas la politique". l’eau pourrait devenir motif de guerre ou de paix”. car c'est une question de vie ou de mort".. économiques ou politiques risquent de rester longtemps en suspens. L’objectif. l'eau est un élément fondamental du maintien de la domination israélienne sur la Palestine occupée. Il est à craindre que le pire soit à venir! Bibliographie Ouvrages 160 . Or. Le Monde Arabe en situation de “stress ou de contrainte hydrique” peut-il affronter efficacement ces menaces. Comme le pétrole. le grand fleuve artificiel pour la Libye de Kadhafi.25 Nov 2009 étatiques. l'eau est devenue un élément déterminant dans les stratégies des régimes en place. Il existe bien une hydropolitique.laisser jouer un mécanisme d’essence libérale.

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