P. 1
Epistémologie de la phrase

Epistémologie de la phrase

|Views: 3,346|Likes:
Published by Antoine Gautier
Thèse de doctorat (Paris 4 -2006)
Thèse de doctorat (Paris 4 -2006)

More info:

Published by: Antoine Gautier on Apr 25, 2011
Copyright:Attribution Non-commercial

Availability:

Read on Scribd mobile: iPhone, iPad and Android.
download as PDF, TXT or read online from Scribd
See more
See less

05/23/2013

pdf

text

original

Ce qui fut longtemps nommé "stylistique" par Bally reçoit dans son dernier

ouvrage une appellation nouvelle et moins ambiguë, qui est celle d’énonciation. Le

linguiste traduit ainsi son intérêt particulier pour les faits d’oral, et notamment d’oral

spontané, mais il souligne surtout qu’il adopte pour objet l’usage de la langue par le

sujet parlant, ce qui l’écarte notablement de la perspective saussurienne.

D’une certaine manière, la théorie de Bally, quoiqu’il s’en défende, recourt

souvent à des lectures psychologisantes des productions verbales (Durrer, 1998 : 112),

penchant coupable en ces temps de plein structuralisme, mais qui pouvait se justifier

dans la mesure où c’était la seule manière pour l’auteur de désigner un invariant dans

l’appréhension de la communication effective : Bally ne pouvait ignorer que le contexte

n’était pas formalisable, ni que le code linguistique était insuffisant pour définir l’unité

de parole (qui ne s’observe qu’en milieu non fermé). Conditionnée à la fois par la

subjectivité du sujet parlant, par le code et même par la dédication du message à un

allocutaire (Bally, 1944 : 35), celle-ci n’est pas réductible à un mécanisme

compositionnel, à une combinaison d’unités de langue. Ainsi, le seul ancrage fixe de la

communication reste son intentionnalité, et c’est ce à quoi Bally va lier les principes de

son approche énonciative.

D’un point de vue terminologique, Bally reste fidèle à la lettre saussurienne

puisqu’il maintient la phrase comme unité de parole, mais il entre en rupture avec

l’esprit car la phrase ne désigne en réalité plus la même chose :

La phrase est la forme la plus simple possible de la communication d’une pensée.
Penser, c’est réagir à une représentation en la constatant, en l’appréciant ou en la
désirant. […] La pensée ne se ramène donc pas à la représentation pure et simple, en
l’absence de toute participation active d’un sujet pensant. (Bally, 1944 : 35)

Cette position associe, dans la phrase explicite, une représentation à « l’opération active

du sujet parlant » qui constitue la modalité, « l’âme de la phrase », « sans laquelle il n’y

a pas de phrase 8

». On ne s’étendra pas sur la distinction du dictum et du modus, qui

8

« On ne peut donc pas attribuer la valeur de phrase à une énonciation tant qu’on n’y a pas découvert
l’expression, quelle qu’elle soit, de la modalité. » (Bally 1944 : 36)

Chap. II — Extension situationnelle

104

sont passés à la postérité, mais on notera que la primauté est accordée au second, c’est-

à-dire à l’activité du sujet parlant qui exerce son entendement, ses sentiments ou sa

volonté 9

; celle-ci a d’ailleurs un statut particulier pour Bally puisqu’elle s’articule à

l’action, qui s’inscrit partiellement dans le langage.

You're Reading a Free Preview

Download
scribd
/*********** DO NOT ALTER ANYTHING BELOW THIS LINE ! ************/ var s_code=s.t();if(s_code)document.write(s_code)//-->