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blanchot orphée

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histoire du mythe textes critiques bibliographie

sommaire

Histoire du Mythe ORPHISME, mouvement artistique Paul Diel, Le symbolisme dans la mythologie grecque Maurice Blanchot, Le Regaard d’Orphée Orphée et Eurydice: Mythes en mutation Le Mythe d’Orphée: métaphore pour la Nouvelle Alliance Scientifique Bibliographie

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par Hellanicos . Hérodote déclarait qu’à son avis aucun poète n’était anterieur à Homère et à Hésiode. composée. pierres sont charmés par son chant. Pour les poètes comme pour la foule. d’où il aurait rapporté l’institution des mystères et la doctrine de l’autre vie. il raconte son expédition aux enfers. sur ce point. piquée par un serpent alors qu’elle cherchait à échapper à la poursuite d’Aristée . on attribuait à Onomacrite. et qu’est dédiée la collection des Hymnes. Il semble même qu’Aristote ait contesté l’existence d’Orphée. Orphée était originaire de Thrace et descendait d’Apollon . On le mettait en relations avec quelques-uns des vieux aèdes de la Thrace. qui avait joué ce rôle sur le navire Argo. par Phérécyde. après le retour des Argonautes. près de l’Olympe. déchirent son corps et en dispersent les lambeaux. et de la muse Calliope. Jason. fils d’une Muse. les arbres et les bêtes. Géorgiques. la Dryade Eurydice . Aristophane le considère comme un des plus anciens poètes et comme l’inventeur des initiations religieuses. Son nom n’apparaît ni dans les poèmes homériques ni chez Hésiode . Lorsque meurt sa jeune femme. Les gens bien informés prétendaient même distinguer deux Orphées. mais Philammon. Orphée est mentionné par Eschyle. Il était le frère de Linos. Platon parle souvent du rôle d’Orphée comme musicien et poète. la légende est fixée dans ses traits essentiels . comme fondateur de cultes et apôtre de la civilisation . Euripide montre Orphée charmant les puissances infernales. et donner la mesure aux rameurs. à Cercops ou à d’autres. Tandis que les flots de l’Hèbre emportent sa tête. la plupart des livres orphiques. Orphée resta l’un des héros des Argonautiques . et qu’il leur avait emprunté le meilleur de son enseignement. même pour la plupart des philosophes et des historiens. la critique moderne n’a pu déterminer avec précision si la légende cache un fond de réalité historique. maintenir cette distance nécessaire. D’après Phérécyde. elle protège à elle seule contre le chant des sirènes. On le considérait généralement comme un roi des Cicones. qui l’autorisent à reprendre Eurydice. auteur de la Théogonie et des autres ouvrages dits orphiques. c’est à lui qu’est adressé le soi-disant Testament d’Orphée. Orphée était un personnage réel. Chanteur à la voix merveilleuse. oeuvres d’Onomacrite ou d’autres. devin. Mais un seul des voyages d’Orphée devint populaire : son expédition en Colchide avec les Argonautes. Aussitôt Eur ydice est entourée par une nuit immense et disparaît « comme une fumée impalpable». apaiser les querelles. Enfin. On le conduisait jusqu’en Egypte. quand Jason consacra son vaisseau à Poseidon. antérieur à la guerre de Troie. Il est cité par Ibycos. et ce n’est probablement pas l’effet d’un hasard. les poètes étaient d’accord avec la tradition des Orphiques. il est vrai. ce n’était pas Orphée. comme le prouvent les Argonautica écrites au IVe siècle de notre ère et mises sous le nom du fondateur mythique de la doctrine. roi de Thrace . Plus tard. ne pouvant supporter d’être séparé d’elle. soit son disciple. 3 . comme Argonaute et comme poète. IV) . sa voix apaise les tempêtes. La légende est assez complète dès la fin du Ve siècle. surtout par des étails romanesques.Daremberg et Saglio (1877) Héros. D’après la tradition la plus répandue. commençaient à circuler sous son nom divers poèmes. Légende d’Orphée La légende d’Orphée n’appartient pas. et lui attribue l’institution des mystères. au cours d’une orgie nocturne en l’honneur de Bacchus. On attribuait à Orphée de nombreux voyages. célébrant les orgies bachiques. plus puissante que les liens d’Ulysse . sa voix continue d’appeler Eurydice : « Eurydice! répétait . perdue pour jamais. sur le conseil de Chiron. l’écho de ses rives » (Virgile . Inconsolable. Orphée était déjà célèbre au VIe siècle. disaiton. Orphée. Cependant. séductrices des marins . On faisait de Musée soit son maître. Pas plus que les anciens. avait emmené le musicien thrace pour désarmer les Sirènes. Mais Orphée ne saura pas. dès ce temps-là. et par Pindare . musicien et poète légendaire de Thrace. animaux même les plus féroces . entre son épouse et lui. jusqu’à six ou sept. ORPHÉE Article Orpheus . Hérodote connaît les mystères orphiques. Il se retourne. un des héros de l’expédition des Argonautes. semble-t-il. Mais l’excès de cette séduction le perdra. ou quatre. Orphée séduit tous ceux qui l’écoutent: hommes. D’autres prétendaient qu’il était né à Pieria. entraînant par ses chants les pierres. Musée est mentionné assez fréquemment dans les ouvrages orphiques . part la chercher jusque dans les Enfers: son chant fait taire le chien Cerbère et fléchit les divinités infernales. Les chrétiens prétendirent même qu’il avait connu en Egypte les livres de Moïse. Un peu plus tard. ou son petit-fils.Orphée et Eurydice. Cependant. se jugeant méprisées. Lorsqu ‘il accompagne les Argonautes dans leurs aventures . I. arbres. On attribuait même à Orphée une prétendue dédicace du navire Argo. tout le long du fleuve. il figure dans les Argonautiques . L’auteur du Rhésos le met en rapport avec les Muses. Désormais. elle sera seulement complétée sur quelques points. Cette protestation n’eut pas d’écho. roi de Thrace. le musicien se retire dans les solitudes glacées de la Thrace. au cycle primitif des traditions héroïques. Mais les femmes du pays. ou son fils. même comme devin et comme fondateur des vieux cultes. à cette condition qu ‘il ne se retournera pas vers elle avant d’avoir atteint la lumière du jour. il était fils d’Oeagros.

Il la séduisit par les sons de sa cithare. sur le tombeau . Ses membres épars furent réunis et enterrés par les Muses. près de Pydna. poursuivie par le berger Aristée. perdit Eurydice. D’après la légende la plus populaire. le héros était devenu misogyne après la perte d’Eurydice. Enfin. On ne saurait guère concilier ces traditions contradictoires. Platon avait raconté son voyage aux enfers. mais le révélateur de la vraie religion. Un oracle de Dionysos avertit les habitants de Leibethra que leur ville serait détruite le jour où l’on aurait découvert les ossements d’Orphée. déchiré par les Titans. Orphée n’aurait jamais été l’objet d’un culte. y devint une constellation. était cependant préposé aux mystères infernaux. d’Hésiode. on voyait en lui. On la retrouve. attirer les pierres. Sur la mort d’Orphée. Hécate. Cette légende n’apparaît tout à fait complète qu’au temps de Virgile. mais les dieux infernaux y mirent pour condition qu’il marcherait devant elle et ne se retournerait pas avant d’arriver sur la terre. L’orphisme tendait d’instinct au monothéisme . c’est probablement pour cette raison que le culte de son fondateur mythique s’est si peu développé. on lui attribuait l’un des premiers rôles dans l’histoire de la civilisation. Orphée en fut inconsolable. il avait créé le mètre héroïque . On racontait qu’ils avaient été transportés par les Muses à Leibethra. sa tête fut ensevelie par les habitants . emportée au ciel par les Muses. et l’on comparait sa mort à celle de Dionysos Zagreus. non un dieu.Une autre légende. Il est probable que cette extension géographique de la légende correspond à celle de l’orphisme. Il repoussa l’amour des femmes de Thrace. mais on ne s’entendait point sur le lieu où reposaient les débris du corps. En revanche. mais il est resté un héros. à laquelle il rendait un culte. Par ses chants et par les accords de sa lyre. On le mettait à côté d’Homère. Eurydice fuyait à travers les prairies. au pied de l’Olympe. près d’Antissa . avec Artémis. il avait 4 . Orphée manqua à sa promesse. dans 1es îles de la mer Egée. qu’Apollon s’inquiéta de la concurrence et réduisit Orphée au silence en prophétisant à sa place. Orphée fut considéré comme l’un des principaux musiciens et poètes des temps primitifs. l’on vénérait partout la mémoire d’Orphée . Il descendit aux enfers pour y réclamer sa femme et réussit à gagner par ses chants Pluton et Perséphone. les vertus des plantes et l’art de la médecine. Orphée fut déchiré par les Ménades. On lui donnait pour fils Rythmonios. qui vénéraient en lui. et. Il obtint qu’on lui rendrait Eurydice . et ce réseau de traditions locales au réseau des confréries orphiques. qu’Orphée occupait une place prépondérante. saint Augustin nous dit qu’Orphée. à Egine. en Epire. jetées dans le fleuve. Mêmes divergences sur le lieu de la sépulture. On admettait généralement que la tête avait été ensevelie sur la côte de Lesbos. sur les côtes d’Asie Mineure. à Sicyone. I1 avait rendu des oracles dans l’île de Lesbos. Plus tard. on faisait même de lui un ancêtre d’Hésiode et d’Homère. Il fut mis en pièces par les Ménades. Alexandre Sévère plaça dans son lararium une image d’Orphée. sa lyre. à Delphes. parce qu’il avait abandonné le culte de Dionysos pour le culte d’Apollon . le héros avait un sanctuaire à Pieria. en Béotie. à Eleusis et à Athènes. il avait exercé un pouvoir miraculeux sur les hommes. furent entraînées par les flots sur la côte de Lesbos. même pour les Orphiques. Ce témoignage d’Augustin correspond sans doute à la réalité des faits. sans être considéré comme un véritable dieu. arrêter le cours des fleuves. Un jour. ou encore il l’avait reçue d’Apollon ou d’Hermès. en Macédoine et en Thrace. mais encore un grand inventeur. Diverses traditions le mettaient en rapports direct avec bien des divinités. Orphée avait été un très habile devin. à Cyrène et en Egypte. Sa tête et sa lyre. On le considérait parfois comme l’initiateur de l’amour grec. à l’endroit où avait été ensevelie sa tête. C’est surtout dans les légendes relatives aux religions grecques. Là. de Musée. On honorait aussi dans Orphée l’un des pionniers de la civilisation. sous diverses formes. Orphée a pu recevoir en divers endroits les honneurs divins . personnification du rythme. Cependant Euripide savait déjà qu’Orphée avait charmé les puissances infernales. il avait inventé ou perfectionné la lyre ou la cithare. Ces oracles avaient même eu tant de succès. on visitait une autre sépulture d’Orphée à Dion. non seulement l’un des plus anciens aèdes. Hélios et les Muses. même sur la nature : il avait su charmer les arbres. Le héros s’était épris de la nymphe Eurydice. où les rossignols chantaient. adoucir les bêtes sauvages. et refusa de chanter dans les fêtes. de Linos . Depuis le VIe siècle. Hadès et Perséphone. de nouveau. dans toutes les parties du monde grec. la légende d’Orphée s’est répandue d’assez bonne heure. du VIe au IVe siècle. menait Orphée jusqu’aux enfers. quand elle fut piquée par un serpent. un maître en extispicine . en Laconie. avec Apollon. On racontait encore qu’Orphée s’était tué luimême après sa malheureuse expédition aux enfers. ou qu’il avait été foudroyé par Zeus pour avoir révélé aux hommes les mystères. les traditions variaient beaucoup. mais selon lui les dieux ne lui avaient laissé voir qu’un fantôme d’Eurydice. en Italie et en Sicile. l’écriture. L’exégèse moderne a cherché de différentes façons à expliquer les causes et les diverses péripéties de ce drame. A en croire Cicéron. Elle mourut de sa blessure. le fondateur des mystères et de nombreux cultes . Il avait interdit le meurtre et appris aux hommes à préparer leur nourriture. et il l’épousa. au bord de l’Hèbre. Suivant une autre tradition. et nous possédons le texte de l’épitaphe qu’on y lisait. immortalisée par Virgile. Cependant. I1 leur avait enseigné l’agriculture. Inspiré par Apollon ou par les Muses. avec Dionysos et les Satyres. la philosophie. détourna du mariage les autres hommes. En tout cas.

Il avait fixé le rituel des initiations et des purifications. Sur les vases peints d’Italie qui reproduisent des scènes infernales. au Lacus Orphei. à la fois prêtre et magicien. ils n’avaient pas de scrupule à le considérer comme un des leurs. On peut s’étonner d’abord que le héros Thrace. Cependant. Il passait même pour avoir créé ou perfectionné la magie. c’est encore ainsi que Polygnote l’avait représenté dans la Lesché de Delphes. les plus anciens vases où il se montre datent de la première moitié du Ve siècle. II. dont il avait donné les règles dans un poème intitulé Oothytica ou Ooscopica. souvent avec le costume grec ou un costume mixte. dans un bois des Muses voisin de l’Olmeios. Les auteurs anciens mentionnent des peintures et des groupes de sculpure où figurait le héros. on apercevait Orphée et les Muses. Orphée dans l’art chrétien Il nous reste à dire quelques mots des monuments chrétiens où figure Orphée. était devenu peu à peu une sorte de prophète. III. parfois même. et peu à peu le tournèrent en symbole. le révélateur de l’orphisme. monuments moins nombreux qu’on ne l’a dit. les joies du Paradis réservées aux élus. Primitivement. où l’on voyait Orphée sur le navire Argo. en Laconie. apôtre de la civilisation et bienfaiteur de l’humanité. tout au moins comme un précurseur. le culte d’Apollon. on commença à lui donner le costume thrace : le bonnet pointu en peau de renard (alopekis) d’où sortait une longue chevelure . l’on prêtait au héros le type et le costume grecs . Nous ne connaissons même aucune statue antique qui représente sûrement Orphée. d’une intelligence et d’une puissance surhumaines. il avait entrevu et prêché la doctrine du Verbe. Sur les beaux bas-reliefs qui représentent Orphée avec Eurydice et Hermès. comme les Sibylles. Le recueil des Orphica contient même bien des interpolations chrétiennes. dont plusieurs aventureuses. se dressait un groupe d’Orphée charmant les animaux. comme en portaient les prêtres. le compagnon des Argonautes. des plaques ou des ustensiles de bronze. et d’indiquer les principales scènes où il joue un rôle. Orphée dans l’art païen La légende d’Orphée. manteau très léger flottant sur les épaules et fixé devant par une agrafe. l’initiateur des mystères. symbole de progrès matériel et moral. mais qui n’en présentent pas moins un grand intérêt. Le plus simple est d’interroger les intéressés. a été aussi l’une des plus familières à l’art grec. Les origines de la légende devaient être fort anciennes. on le considérait comme une sorte de précurseur du Christ : Orphée charmant les animaux était l’image du Christ attirant les âmes. dans le temple de Demeter. un groupe d’Orphée. les grandes bottes thraces en peau de faon (pedila nebrôn) . les artistes ont attribué à Orphée une physionomie orientale : bonnet phrygien. trouvées dans toutes les régions de l’Occident. chiton et manteau grecs.inventé l’ooscopie ou divination par les oeufs. poète et théologien. et dont l’original remonte à la seconde moitié du Ve siècle. Enfin. qui presque toutes représentent Orphée 5 . En Béotie. surtout à l’art industriel. Les scènes figurées. surtout le culte mystique de Dionysos. l’aède des Argonautes. les cérémonies orphiques. Il avait exercé autant d’influence sur la religion que sur la poésie et la musique. Vers la fin du Ve siècle. de Zeus et de Dionysos. Nous n’essaierons point de passer en revue tous ces monuments. A Rome. Il avait fondé ou popularisé plusieurs cultes importants. on admettait que. à Therae. sur ce point. le héros porte un costume mixte : coiffure et bottines thraces. puisque dès le VIe siècle. ait trouvé place aux Catacombes. à manches. Les fidèles y retrouvaient avec plaisir plusieurs de leurs doctrines favorites : l’unité divine.le long chiton brodé. Le vieil aède. instrument et révélateur de la divinité. et entouré d’animaux . deux sont célèbres : la fresque de Polygnote dans la Lesché de Delphes. c’est-à-dire les chrétiens des premiers siècles. C’est avec une robe de ce genre que Virgile se représentait Orphée. D’autres monuments sont connus par divers témoignages. le péché originel. En revanche. et que dès lors il avait professé le monothéisme. un xoanon d’Orphée . au pied de l’Olympe. Ils acceptèrent donc la légende si populaire de l’Orphée charmeur. même tous les mystères. C’est ce que montre bien l’étude des monuments conservés. la nécessité d’une purification. déesse des mystères. On a imaginé là-dessus bien des hypothèses. Des groupes analogues se voyaient dans la région de l’Haemos. Parmi les statues. Nous nous contenterons de caractériser brièvement le type figuré du héros. Il avait institué les orgies bachiques. des monnaies. un Orphée assisté de Téletê. de nombreux vases peints. Toutes ces oeuvres sont perdues. des lampes. les premiers Orphiques connus plaçaient leurs spéculations et leurs rituels sous le patronage et le nom respecté du héros thrace. Parmi les peintures. très éclectique : Orphée y figure ordinairement avec le costume thrace. apaisant la mer par ses chants. Orphée parait avoir été inconnu de l’art archaïque . Ainsi s’explique la séduction mystérieuse qu’exerçait sur les Grecs le nom d’Orphée. plusieurs basreliefs. philosophe et devin. entourés d’animaux. Les livres orphiques étaient familiers à Clément d’Alexandrie et à plusieurs autres apologistes. nous possédons beaucoup d’autres monuments où figure certainement le héros : quelques fresques. Les fidèles croyaient qu’Orphée avait connu en Egypte les livres de Moïse. les Eleusinies. chiton brodé très long. On allait plus loin . tombant jusqu’aux pieds. des pierres gravées. entièrement nu. nous rappellerons d’abord celles dont parle Pausanias : sur l’Hélicon. l’art alexandrin et gréco-romain s’est montré. Puisque Orphée avait sur tant de points pensé comme eux et qu’il s’était d’ailleurs inspiré de Moïse. une véritable robe. et à Pieria. et un grand nombre de mosaïques. et le tableau décrit par Philostrate. et le manteau thrace (zeira). chère aux poètes. à Olympie.

cependant. b_Après un voyage en Égypte. puis émergea sous un autre nom. y devient un symbole. Vexé. ne pouvaient guère accepter de justifier un meurtre . e_Les Muses en larmes recueillirent ses membres et les enterrèrent à Leibèthres. celui de Baphyra. C’est d’abord un plafond : au milieu d’un cadre octogonal. Ainsi évita-t-il de devenir complice du crime 6. Orphée négligea de l’honorer mais enseigna d’autres mystères sacrés et flétrit les sacrifices humains auprès Je. mais lorsqu’il revit à nouveau la lumière du jour. qu’il appelait Apollon. deux lions . qui avaient survécu au massacre. vint un jour se mettre debout sur la 6 . montre Orphée dans la même attitude et le même costume. était le plus grand de tous les dieux. Les habitants de la Thrace. familiers à l’art chrétien : le bélier. Elles attendirent que leurs maris aient pénétré dans le temple d’Apollon dont Orphée était le desservant. la colombe. Ses collègues olympiens. qu’entourent huit compartiments à scènes bibliques. plus tard. il adoucit à tel point le cruel Hadès qu’il obtint la permission de ramener Eurydice dans le monde d’en haut. dans la vallée du fleuve Pénée. Eurydice suivit Orphée dans le sombre passage. un arbre où perchent un paon et d’autres oiseaux . décidèrent de tatouer leurs épaules pour rappeler qu’il ne fallait pas tuer les prêtres. à droite et à gauche. mais il interrompit momentanément les supplices des damnés. entre deux arbres et des oiseaux . un boeuf et deux chameaux. de Grynéon et de Claros désertés. Orphée. Orphée se joignit aux Argonautes avec qui il s’embarqua pour la Colchide et sa musique les aida à vaincre de nombreuses difficultés. Dans un arcosolium du cimetière de Priscilla. à gauche. voyant ses oracles de Delphes. Apollon lui fit don d’une lyre et les Muses lui apprirent à en jouer. elle fut transportée dans une caverne à Antissa. continuant à chanter tandi s que le courant l’emportait vers la mer . Elles jetèrent sa tête dans l’Hébros mais elle flottait. ils interprètent et idéalisent la physionomie d’Orphée. consacrée à Dionysos. A Zoné en Thrace. Eurydice rencontra Aristée qui essaya de la violer. firent irruption dans le temple. Dionysos le livra aux Ménades. aux pieds du chanteur. dont un lion. d_Lorsque Dionysos envahit la Grèce. il épousa Eurydice que certains nomment Agriopé et il s’installa en Thrace parmi les sauvages Cicones 2. Les Ménades avaient essayé de se laver du sang d’Orphée dans l’Hélicon. La figure du héros. mais Orphée descendit courageusement au Tartare dans l’espoir de la ramener. tuèrent leurs maris et mirent en pièces Orphée. jusqu’aujourd’hui. jaloux (Apollon le changea sur-le-champ en pierre ). après avoir été attaquée par un serpent de Lemnos. ORPHÉE différentes versions du mythe. une tortue. vêtu d’une tunique flottante et coiffé d’un bonnet phrygien. elle fut ainsi portée jusqu’à l’île de Lesbos 4. f_On dit qu’Orphée avait condamné les débordements des Ménades ct prêché l’homosexualité. on peut encore voir de vieux chênes de la montagne dans l’attitude exacte d’une de leurs danses 1. En s’enfuyant. A la première catégorie appartiennent deux peintures du cimetière de Domitilla. plus beau que partout ailleurs. non seulement il charma le passeur Charon . Il utilisa le passage qui s’ouvre à Aornos en Thesprotie et à son arrivée. Tous les matins. Tout autres sont les peintures de la seconde catégorie. Une autre fresque. il se retourna pour voir si elle était toujours derrière lui et ainsi la perdit pour toujours 3 . les artistes se contentent de copier l’art païen . g_Quant à la tête d’Orphée. Aphrodite avait donc été irritée autant que Dionysos. un cheval.charmant les animaux. et non seulement il attendrissait les bêtes féroces mais il charmait aussi par sa musique les arbres et les rochers au point qu’ils se déplaçaient et le suivaient. est assis sur un rocher et joue de la cithare . le chien Cerbère et les trois Juges des Morts par sa musique plaintive. elle émettait des oracles nuit et jour au point qu’Apollon. Hadès n’y mit qu’une seule condition: qu’Orphée ne se retourne pas jusqu’à ce qu’elle soit revenue sous la lumière du soleil. a_Orphée fils du roi de Thrace Oeagre et de la Muse Calliope était le poète et le musicien le plus célèbre qui ait jamais vécu. il sc levait pour saluer l’aube sur le sommet du mont Pangée et il prêchait qu’Hélios. Dionysos sauva la vie des Ménades en les changeant en chênes et elles demeurèrent enracinées au sol. se répartissent entre deux classes. elle posa le pied sur un serpent et elle mourut de la morsure qu’il lui fit. Orphée n’a plus autour de lui que les animaux symboliques. Cette coutume existe encore de nos jours 6. guidée par la mu sique de sa lyre. à droite. moins personnelle et moins vivante. A l’origine. Ces deux fresques sont étroitement apparentées à l’art païen. le chien. A son retour. divers animaux. se saisirent des armes déposées à l’extérieur. Là. c_Un jour près de Tempé. un serpent. en Macédoine. au pied du mont Olympe où le chant du rossignol est. hommes de Thrace qui l’écoutaient respectueusement. au fond d’un arcosolium. la brebis. mais le dieu-Fleuve plongea sous la terre et disparut pendant environ six kilomètres. où l’on suit l’évolution du type.

les romantiques renouent avec l’esprit de la Renaissance lorsque. Et. 12). une seconde fois parce qu’on croit le posséder trop vite. Il avait. Mais en fait le romantisme européen tout entier correspond à une renaissance de l’orphisme. A l’époque romantique. Dans son Orphée (1829). à travers la souffrance. hommes et dieux) et la lutte contre la mort d’un amour qui triomphe grâce à l’art mais qui demeure mortellement vulnérable aux dangers d’une agression extérieure et plus encore d’un désir trop impatient. / Modulant tout à tour sur la lyre d’Orphée / Les soupirs de la sainte et les cris de la fée. il devra sous peine de mort inventer avec elle une intimité amoureuse plus intense mais moins immédiate que les regards. ORPHÉE. travers/ l’Achéron. à la plénitude de la connaissance et son regard acquiert le pouvoir de transfigurer la Nature. descente aux enfers. et l’ensemble de ces situations exemplaires constitue comme le bréviaire de la condition existentielle du poète dans le monde. La quête poétique et spirituelle du romantisme. dans le mythe. dans la mesure où les aspirations religieuses s’y formulent en termes de lyrisme. tandis que les animaux charmés par Orphée figuraient les constellations (ainsi que l’avait déjà dit Lucien de Samosate dans son traité De l’astrologiei). Selon Fabre d’Olivet. Ballanche fait du personnage un pontife et un théologien. 13). Une question plus importante se pose si inusable qu’il apparaisse dans sa 7 . mais aussi bien de celui qui en use. C’est à ce type d’initiation que semble bien faire allusion Nerval dans le dernier tercet d’El Desdichado : Et j’ai. à dominante apollinienne.D. Ballanche voit avant tout la douleur d’un échec amoureux (ce qui revient à donner au mythe une signification personnelle) et la descente aux enfers lui semble représenter une initiation. Tous les grands poètes se réfèrent au chantre et au mage de Thrace et Brian Juden a pu . se la voit rendre une deuxième fois pour toujours. Saint-Martin . ceux d’Hécate à Égine et ceux de la souterraine Déméter à Sparte 9. le pouvoir de la musique ne s’affirme pas à la façon d’un talisman magique (comme tel anneau ou tel autre objet enchanté des contes de fées. Monteverdi. la figure d’Orphée rayonne avec une particulière intensité. j’en ai assez!» La tête alors demeura silencieuse 7. il y a trop longtemps que je te supporte. D’une manière générale. C’est à son intervention et à celle des Muses que la Lyre doit de figurer comme constellation dans le ciel 8. elles se trouvent plus à l’aise dès lors pour choisir parfois un dénouement plus heureux. mort d’Eurydice. il change les coeurs de ceux qui l’entendent. après avoir perdu deux fois Eurydice. si émouvante pourtant dans les Géorgiques de Virgile et si précise dans l’évocation des Métamorphoses d’Ovide (sans doute par une répugnance croissante à opposer le lyrisme orphique à l’enthousiasme dionysiaque. C’est lui qui inspire l’intuition profonde des Sonnets à Orphée de Rilke «Veuille la transformation » (II . On notera par ailleurs que . pour eux. deux fois vainqueur. toi et tes chants. Schütz et Gluck au premier rang). la figure d’Orphée sert de support à l’expression d’une philosophie spiritualiste qui permet d’affirmer que le poète est aussi mage et conducteur de peuples . Les deux seules variations notables que puisse présenter son traitement concernent la conclusion de l’histoire: les fictions modernes ne retiennent presque jamais la mise à mort d’Orphée par les Ménades. celles de musiciens . ou toute autre forme d’art). Dupuis et Creuzer traduit par J. dont l’enseignement préfigure le christianisme. de Rilke) . les ébats et les jeux du vert paradis des amours enfantines. l’exception caractéristique est fournie par les Sonnets à Orphée. Inutile d’énumérer toutes les oeuvres inspirées par le mythe (les plus géniales étant. Orphée déchiré par les Bacchantes est susceptible de recevoir diverses interprétations. et surtout l’inéluctable enserrement du champ clos où s’affrontent à la mort les deux seules forces capables de la vaincre l’amour et la musique (ou la poésie. Orphée exprime le « gémissement universel ». Dans ses malheurs. il est vrai. h_Certains font un récit totalement différent de la mort d’Orphée : ils disent que Zeus le tua de sa foudre pour avoir divulgué des secrets divins. le mage parvient à la vision transcendante. l’inspiration première. En effet chaque épisode du mythe d’Orphée : perte d’Eurydice. Elle repose sur deux piliers intangibles: le pouvoir de la poésie-musique sur tout ce qui existe (animaux. Mars l’essentiel demeure en place: le double danger de perdre ce qu’on aime. ou même le glockenspiel de Papageno dans La Flûte enchantée). entendu au sens large.Guigniaut que la Lyre d’Orphée ne représentait pas seulement la constellation de ce nom mais l’harmonie planétaire et même l’univers entier. mythe moderne La structure même du mythe d’Orphée ne prête guère à des modifications significatives mais ne peut guère non plus se démoder. « Sois toujours mort en Eurydice » (I!. Orphée est homme du nord et plébéien par choix. prophétique et philosophique. La lyre d’Orphée avait également été portée par les eaux jusqu’à Lesbos et déposée dans le temple d’Apollon. ORPHÉE. Toutefois. comme il se doit. institué les Mystères d’Apollon en Thrace. Si Orphée a pu entrer vivant aux Enfers et en revenir triomphant par la seule force de sa musique. où Orphée. une fois parce qu’il vous est arraché. il doit se comporter dès lors comme après avoir reçu une véritable initiation : il ne pourra plus jamais être exactement le même avec Eurydice. à bien des égards. Par ailleurs il était entendu depuis Kircher. l’amour d’Orphée pour Eurydice représenterait l’amour de la vraie science et la perte d’Eurydice serait associée à une chute dans le lyrisme personnel et descriptif. étant devenue inaccessible . à bon droit . Fabre d’Olivet firent d’Orphée un grand théosophe. P. placer sous le patronage d’Orphée une grande partie de la poésie et de la littérature qui s’écrivit en France entre 1800 et 1855.tête d’Orphée et s’écria: « Cesse donc de te mêler de mes affaires.S.

L’ensemble des textes publiés par Apollinaire en 1912 permet de préciser ce concept.il a trois caractéristiques il utilise des éléments figuratif s qui sont « entièrement créés par l’artiste ». 8 . cinq ans après Les Demoiselles d ‘Avignon . la forme naît de la couleur. Picabia. ses oeuvres n’en sont pas moins construites et n’en ont pas moins une signification qui est leur vrai « sujet ». Le cubisme instinctif fonde le choix de ses matériaux plastiques sur l’intuition. d’être rendue au royaume des ombres. enfin. lors de la publication de ses Méditations esthét ique s en 1912. se plie à la rationalité du discours . La peinture classique avait constamment mis la couleur sous la dépendance de la forme linéaire. ce qui lui donne son aspect géométrique. que de mourir. elle s’était donc formée dans le milieu musical le plus ouvert aux recherches formelles. Effectivement. est-il susceptible de se transmettre à notre temps sans approfondissement? Il a pu supporter sans prendre une ride la spirituelle parodie d’Offenbach (Orphée aux Enfers. dont le mythe reste toujours vivace dans l’art le plus actuel. c’est un art parfaitement abstrait.Delaunay. Paul Klee confirme el précise le rôle historique de la peinture de Delaunay quant à la théorie de la couleur. sans doute) et surtout l’interrogation sur la possibilité d’un amour où la femme ne serait qu’objet. parce que cette dernière. déjà Mallarmé demandait que les autres arts prennent modèle sur elle. ses allusions aux contrastes colorés prouvent que c’est Delaunay qui lui fournit le modèle de la peinture orphique. On est alors conscient que la musique est l’art moderne par excellence . c’est une idée-force de première importance . L’idée d’un art orphique fonctionne donc dans le champ idéologique de l’art d’avant-garde comme une première tentative pou repenser l’ art abstrait en tant qu’ art d’une valeur universelle. Apollinaire cite cinq peintres orphiques: Picasso. À ce titre. Produire.structure. après sa fuite vertueuse devant la poursuite d’Aristée. En quoi l’orph isme n’aura pas été une « tendance du cubisme. A cette date. Gabrielle Buffet. sinon son analyse conceptuelle dans cette peinture. D’autre part. en son temps. mais un des aspects les plus radicaux . La référence au mythe d’Orphée signale que cette nouvelle forme de peinture prête à des analogies avec la musique . Delaun ay. J 858). Rien de plus passif. mais en se soumettant à une discipline constructive. c’est un art de la Lumière créée par la couleur. Duchamp . référable aux objets de la réalité empirique. la musique remplit. Le cubisme physique reste fidèle à la réalité visuelle. c’est au contraire ouvrir la voie à une théorie de l’art comme mode de production matériel d’effets de sens spécifiques. d’être ressuscitée. En d’ autres termes. mouvement artistique Le terme d’orphisme a été proposé par Guillaume Apollinaire. Apollinaire vient alors de vivre dans l’intimitéde Robert Delaunay. en effet. Quant à l’orphisme. vivant sans motif de nature d’une existence plastique entièrement abstraite ». ORPHISME. Le cubisme scientifique emprunte ses éléments constructifs à des données de connaissance. C’est là un des aspects majeurs de l’idéologie d’avant-garde au début du XX’ siècle. le cubisme apparaît à Apollinaire comme « écartelé » en quatre tendances divergentes. dans le champ général de l’art. une fonction totalisatrice : l’opéra wagnérien a montré que la musique peut se soumettre les autres arts et qu’elle peut promouvoir un « art total » . crée « le type du tableau autonome. Léger. Cette avance de la musiqu e sur les autres arts tient à deux caractères. d’être toujours recherchée et toujours pleurée. elle se manifeste comme « couleur formelle ». proie charmante et frêle devant le désir d’Anstée comme devant l’amour d’Orphée. le problème de la couleur est alors central pour l’art contemporain. l’épouse de Picabia: ancienne élève de Busoni à Berlin . porter à l’évidence les formants de la couleur et leurs virtualités combinatoires comme le font les travaux orphiques de Delaunay. À cet égard. Elle est un art absolument pur parcequ ‘elle n’a aucune fonction représentative. que le rôle d’Eurydice dans la fiction traditionnelle on ne lui demande. pour caractériser certains aspects de la peinture d’avant-garde . de la problématique de l’art contemporain. il n’est pas indifférent que le terme d ‘orphisme ait été suggéré à Apollinaire par une jeune musicienne. lorsqu’il développe la définition de l’orphisme comme art de la lumière. mais il rencontre aujourd’hui une double interrogation: l’interrogation contestatrice sur les rapports de toute forme d’art avec la vie (ce n’est pas la plus grave. dit -il.

à la multitude des femmes secrètement désirées. Le symbolisme dans la mythologie grecque Petite Bibliothèque Payot. dans le subconscient. symbole du subconscient punitif. La mort d’Eurydice symbolise l’évanouissement de la force sublime: c’est-à-dire la mort de l’âme d’Orphée. Eurydice: désir sublime.Paul Diel. lorsque l’aspiration subit l’éparpillement dionysiaque à la place de la concentration apollinienne. (Ce même motif se retrouve dans le mythe judaïque de la femme de Lot. l’imagination ne parvient plus à lui peindre Eurydice sous les vives couleurs de l’attachement exclusif.) Dans l’épisode de son amour pour Eurydice habituellement pris pour une histoire sentimentale et touchante -.se retourne et reste pétrifiée. Orphée ne doit pas se retourner vers le passé pervers qui l’a éloigné d’Eurydice. Il peut arriver à Orphée de mésuser de la lyre d’Apollon et de l’employer en vue de séduire les monstres.qui. Eurydice meurt de la morsure d’un serpent. sa banalisalion. entre Apollon et Dionysos. Orphée ne se retourne pas avant d’avoir franchi le seuil de l’enceinte infernale. aux Ménades et. l’amour pour Eurydice. en exceptionnelle faveur. d’autre part. pourrait sauver Orphée. Eurydice se trouve ainsi opposée à la multiplication dionysiaque des désirs. l’amour regretté. par exemple. suivant une autre version. sa force de concentration apollinienne. sa concentration en un seul et unique but. uniquement si Orphée n’est plus animé que par le regret sublime transformé en joie de retrouver Eurydice. C’est à lui que le mythe attribue la réforme des Mystères d’Éleusis. se trouvent exclusivement représentés par l’image «femme» souligne le caractère spécifique de l’état d’âme: la débauche dionysiaque et insatiable. Orphée devrait surmonter cette ambivalence et retrouver la puissance du désir. Son regard recherche les promesses perverses du subconscient qu’il doit quitter. La contradiction concerne l’inconstance de la force de liaison d’âme. de flatter les instincts pervers. il descend dans la demeure des ombres. Toute son histoire le montre hésitant entre le sublime et le pervers. sur le plan concret. Selon le mythe. à la vérité. s’il s’attardait à aimer «Eurydice ». 2002 Orphée est une des figures les plus importantes de la mythologie grecque. (Ainsi. en accord avec les lois qui gouvernent le subconscient. le fait que les désirs. et la force d’âme d’Orphée se meurt à cause de la vanité typique de l’artiste. est prêt à céder à l’imploration. Orphée ne sachant pas aimer Eurydice de toute son âme. de crainte que de multiples jouissances pourraient lui échapper.qui a fait qu’Eurydice est devenue pour lui une ombre. et ôterait ainsi -sans aucune autre intervention toute efficacité au privilège reçu. tant sublimes que pervers. Eurydice. La vigueur imaginative au lieu de soutenir l’aspiration créatrice se perd alors dans les séductions multiples de la réalité. et la puissance de ses accords entraîne après lui jusqu’aux arbres et aux rochers de l’Olympe. lui faisant croire que la terre entière et ses jouissances lui sont dues. caractéristique d’Orphée symbole de l’artiste. Le danger de cette inconstance particulièrement prononcée est l’apanage de la nature même de l’homme voué à l’art. que soit ranimée l’ombre de son amour. à la seule condition toutefois qu ‘en reconduisant Eurydice vers la vie. son amour ambivalent pourchassant d’autres séductions. Le chant d’Orphée se trouve mis sur le même plan que le philtre de la sorcière Médée qui endort le dragon. Eurydice peut revivre. Eurydice est le côté sublime d’Orphée. la contrepartie de sa vocation fondée dans la vigueur de l’imagination. afin qu’il reconduise Eurydice vers la lumière et qu ‘elle revive pour lui. Pourtant. Orphée implore le dieu souterrain. enquittant le lieu de la perversité. Sodome. Orphée recherche Eurydice . Le moindre regret pervers des séductions du subconscient le rendrait indigne de la faveur accordée. Eurydice devient pour lui une ombre. l’enchanteur de la perversité. Eurydice disparaît à jamais. Le mythe d’Eurydice n’est en vérité que l’histoire de l’état d’âme d’Orphée. Orphée accompagne son chant à la lyre d’Apollon. c’est son amour ambivalent qui le déchire et le tourmente. le chant d’Orphée charme et endort le dragon au lieu de le tuer et de le vaincre. La condition est symbolique: l’amour d’Orphée peut renaître. mais il est aussi le charmeur des fauves. dans le mythe de Jason. celui de sauver Eurydice.meurt. Symbole de la splendeur de l’art et de l’inconstance de l’artiste.et cette légalité consiste dans l’affaiblissement de la force des désirs attirés dans deux directions inverses. Mais le regret sublime. Son affection se réveille. Cet aspect double de la symbolisation -d’une part. Eurydice disparaît dans la demeure des morts. Symbole du désir d’harmonisation et de concentration créatrice. La condition imposée par Hadès symbolise la légalité du fonctionnement subconscient. Porté vers la création d’images sublimement visionnaires.Seul le sentiment vrai et profond. se trouve symboliquement exprimée toute la nature dionysiaque d’Orphée: le déchirement par des désirs certainement intenses mais pourtant banalement contradictoires. c’est sa force d’âme qui se meurt. la superposition du culte de Dionysos à l’ancien rite. Le puni est.) On obtient cette même signification en admettant que c’est l’impatience de son amour pour Eurydice qui incite Orphée à regarder en arrière. le délire dionysiaque (Dionysos lui-même s’abîme passagèrement dans le délire). Hadès. les femmes convoitées: désirs multiples et pervers -se vérifie dans tous les détails du mythe et jusque dans l’histoire de la mort d’Orphée. il se repent. impropre à ressusciter l’amour défunt. n’a pas entièrement guéri Orphée. 9 . On voit par là combien est apparenté au conflit de la nervosité l’excès de la banalisation insatiable. Il obtient. Devant l’ampleur de ce regret.Orphée cède à la tentation de se retourner.sonamour. la vigueur imaginative peut devenir faiblesse. Le mythe l’exprime symboliquement. La vanité l’obsède au point de ne pouvoir renoncer à aucune promesse de son imagination éparpillée. qu’Eurydice lui soit rendue. Orphée. La débauche reste en lui sous forme de regret pervers.

Son chant mythique ment profond n’est artistique que dans la mesure où le mythe est à l’origine de tout art. prêtée par Apollon. sont une forme d ‘art . vainqueur de Dionysos. Orphée aurait ainsi trouvé l’amour du sublime dans toute sa puissance. se trouve fondé dans le phénomène esthétique par excellence : l’harmonie. Il craint de se lier à jamais en ressuscitant Eurydice. symbolisé par le dieu-inspirateur. dans un degré plus ou moins accentué. Seul un amour vrai et profond aurait pu inspirer à Orphée la maîtrise de soi. La différence entre Orphée et les innombrables générations d’artistes. Ce même rapport de profanation existe entre l’homme artiste de nos jours et Orphée. ce qui revient à dire qu’il est d’une dimension surhumaine. des manifestations mythiquement significatives: l’échec de son élan vers Eurydice (vers la vision surconsciente) possède le sens d’un combat héroïque suivi d’une défaite. Les mythes. L’écartèlement par les désirs terrestres et multiples (femmes) ne concerne pas directement la mort réelle d’Orphée. la lyre.mais l’exaltation des désirs qui règne dans le monde. Il se retourne.qui. placée parmi les constellations. 10 . Bien qu’Orphée subisse cette fin peu héroïque. Tout comme Orphée. Le chant d’Orphée et sa vie sont l’illustration du conflit essentiel qui ravage la vie humaine. est de la même nature que celle établie par le mythe entre le héros combattant et la multitude des hommes figurés par les Centaures. II aurait fini par prendre en horreur le regret des jouissances perverses qu’ils ont lié à la débauche. Le mythe exprime ainsi qu’Orphée finit par mourir (réellement) dans le désarroi de la dépravation. liant la mythologie grecque au mythe chrétien: au début du christianisme. plus ou moins doués. en dépit de la très fréquente faiblesse dionysiaque de nombreux adeptes dont Orphée est le représentant. Orphée est une figure héroïquement représentative. Présentes-bien que seulement d’une manière sous-jacente -à travers toute l’histoire mythique. le vainqueur du séducteur Satan. Orphée. Orphée se retourne. qui. ils sont même la source inépuisable de la création artistique. Orphée subit le châtiment qu’implique fatalement son insatiable inconstance : la «mort de l’âme ». La signification n’est que mieux mise en évidence par le détail final d’une autre version qui montre Orphée déchiré par les Ménades de Dionysos. symbole de son aspiration sublime. ils contiennent une définition du sens éthique de la vie.se transforme en agression vengeresse. Apollon. et ceci précisément parce que . grâce à son harmonisation apollinienne. symbole des désirs multiples et pervers). Mais il se retourne aussi par exaltation ambivalente vers Eurydice. ce sont les femmes (ses désirs insatiables envers les femmes) qui le déchirent. sera. Certes. puisque Orphée. lesMénades deviennent lesymbole du pervertissement ambiant. il se serait voué à l’adoration d’Apollon. Mais. le héros chrétien devient victime de la perversité hostile du monde. a été fréquemment confondu avec Jésus. manifestation évoluée de la discorde initiale. expression de l’idéal d’harmonie.outragé par la victoire essentielle. Orphée aurait réussi à ranimer Eurydice. l’une et l’autre. qu’il est possible de comprendre une donnéehistorique de la plus haute signification. est nourrie par les forces mythiques en tant que démoniaques. surmonte cette cause essentielle de la déchéance humaine. Ce n’est. et qui. que grâce à cette deuxième version du mythe d’Orphée. sens légal de la vie et de l’art. il n’est que l’image de la «mort de l’âme ». ce qui ne peut être que l’expression de sa faiblesse sentimentale. caractéristique de l’ambivalence. selon leur façade. par Zeus. Cette version donne à entendre qu’après avoir provoqué la mort définitive d’Eurydice. Suivant la fable. Le mythe connaît une version complémentaire de la fin du héros. il est d’une importance très secondaire que l’art orphique se soit déjà servi de la forme métrique demeurée moyen d’expression artistique et poétique. La portée représentative de l’histoire d’Orphée trouve sa plus haute attestation dans le fait que le récit mythique ne se résigne pas à exprimer le combat essentiel sous la seule perspective de la défaite. Reconnaissant ainsi lui-même son aberration. d ‘ailleurs. II est rapporté qu’avant sa mort Orphée aurait abandonné le culte de Dionysos ou du moins l’aurait purifié de ses exubérances orgiaques. Les affinités entre l’art et le débordement dionysiaque sont particulièrement étendues. Même l’erreur dionysiaque d’Orphée. La poursuite par les Ménades ne signifie plus dans cette version le déchirement intérieur du héros. Les Ménades gardent la signification du pervertissement déchaîné et de sa coulpe latente. se trouve figurée dans tous les mythes par le combat entre le divin et le démoniaque. cause de l’évanouissement de la vision véridique (de la mort d’Eurydice). demeure une manifestation sublime de la vie.Le fait symbolique qu’en quittant le Tartare. tout artiste doté d’une vision authentique dépasse le niveau de l’artiste-Centaure et participe. possède la signification double. la force de ressusciter Eurydice. la région subconsciente. on l’a vu. suivant leur signification cachée.mais l’amour de l’harmonie. II est le chanteur par excellence de la vie et de son sens. elle-même représentative. vers la vie perverse qu’il est en passe de quitter : la séduction exaltée de la débauche (les «autres femmes». à la nature d’Orphée. Sa poésie et sa conduite sont. l’amour sublimé sous sa plus haute forme d’objectivation: non plus l’amour de la femme-inspiratrice. Le rapprochement entre Orphée et l’artiste -tout naturellement exigé par le caractère et les attributs du héros -n’est de toute évidence valable que sur un plan qui dépasse de loin la conception contemporaine de l’art dont le mythe n’avait pas connaissance. lui aussi. En maîtrisant son insatiabilité banale. L’art apollinien.il l’aurait transformée en intensité créatrice sous la forme sublime et se serait ainsi libéré de son ambivalence déchirante. Le rapport de la vision mythique de l’art (expression symboliquement profonde de la vie) aux arts modernes se réduit au fait que ceux-ci en sont tout au plus une prolifération profane. selon leur fabulation. symbole de l’amour exclusif. l’écartèlement par les désirs contradictoires. elles font ainsi une brusque apparition finale.

tout en exaltant les traits séduisants du héros égaré. il est le séducteur dionysiaque.au déchaînement sans borne.L ‘ethos. la justice adaptative qui veut que tout e aberration porte en elle l’avertissement punitif et tout égarement sa sanction corrective. Il livre son âme au diable. L’excès d’aversion à l’égard de toute contrainte inciteàconfondrel’interdictionlibrement consentie. Le débordement dionysiaque se pare d’un certain attrait esthétique en faisant miroiter la promesse d’une libération de la contrainte exercée par le moralisme hypocrite.ce qui n’est qu’une nouvelle forme d ‘asservissement. par contre. lorsque par débordement passionnel. une illustration diffuse de la vérité concentrée dans les symboles mythiques.avec les différentes formes de sujétion perverse et obsédante. Mais l’art ne saurait être image véridique. au libertinage. montre le trait dionysiaque de l’insatiabilité. Mais la libération n’est plus que pseudo-esthétique.elle s’attaque à la contrainte spirituelle et sublime.opposé aumoralisme. mettant (‘homme envoûté dans l’impossibilité decomprendre la légalité delavie. invite à surmonter aussi bien l’excessive inhibition de la nervosité que la trop fréquente désinhibition par banalisation conventionnelle. à l’exigence d’harmonisation. En raison de la promesse de libération facile. Satan-Méphisto fait preuve de la malignité de l’intellect. Mais il ne parvient qu’à faire surgir l’esprit malin. Même dans cette légende populaire qui appartient pourtant à un tout autre cercle de culture. «l’Esprit du Mal» garde les traits les plus caractéristiques que lui connaît le mythe grec: symbole de l’exaltation imaginative (d’où bifurquent les deux déformations psychiques. lorsqu’il s’attache à son vrai but qui est de peindre l’image véridique de la vie. lorsqu’il suggère la réalisation des projets imaginatifs. Au lieu de servir l’esprit. l’art véritable en est la concrétisation imaginative. de dépendance obsédante à l’égard de l’énergie primitive et inculte du désir. n’est qu’une prolongation de la vérité mythique. mais aussi parce qu’elles représentent le désir de libération perverse enfoui secrètement dans chaque psyché humaine. L’art. nervosité et banalisation). la maîtrise de soi. il n’y ajoutait le tragique dénouement de son histoire. La faute vitale inclut l’échec vital. Faust. L’aspiration dionysiaque n’aboutit qu’à une libération caricaturale. le déploiement harmonieux des désirs. 11 . il s’efforce de l’invoquer à l’aide de la magie afin d’en faire son serviteur. Il suffit de rappeler les légendes de Don Juan et surtout de Faust. Aussi a-t-il su créer des figures représentatives du contre-idéal dionysiaque qui ont acquis une réputation légendaire non seulement parce que ces images demeurent enracinées dans les profondeurs de la fabulation mythique. et il ne cesse pas d’exciter l’insatiabilité imaginative.lavraielibération . La légende nordique de Faust apporte l’approfondissement d’un thème fréquent qui appartient à la sphère de la banalisation conventionnelle: l’homme vendant son âme au diable qui lui accorde les jouissances terrestres et le moyen de se les procurer: l’argent. si -telle mythe -.L’ethos aspire à la réalisation active de l’harmonie. s’exerce ici au plus haut degré l’aveuglement affectif.

silence et fin. 1988 LE REGARD D’ORPHÉE Quand Orphée descend vers Eurydice. la nuit semblent tendre. il n’est pas moins mort qu’elle. Mais c’est vers Eurydice qu’Orphée est descendu. pour lui. Il est inévitable qu’Or¬phée passe outre à la loi qui lui interdit de « se retour¬ner «. l’essence de la nuit. il l’a touchée intacte. sous un nom qu’il a dissimule et sous un voile qui la couvre. comme est nécessaire à l’œuvre l’épreuve du désoeuvrement éternel. là où cette essence apparaît. l’art est la puissance par laquelle s’ouvre la nuit. Orphée n’a pas cessé d’être tourné vers Eury¬dice: il l’a vue invisible. qui ne veut pas Eurydice dans sa vérité agrément quotidien. Il n’est Orphée que dans le chant. être infidèle à la force sans mesure et sans prudence de son mouvement. devient l’intimité accueil¬lante. Mais ne pas se tourner serait pas moins trahir. Réponse capitale. tel est le sens de la dissimulation qui se révèle dans la nuit. et il se perd lui-même. Orphée ruine l’œuvre. forme. sous son regard. Mouvement infiniment problématique. inexorable. mais comme l’étrangeté de ce qui exclut toute intimité. et Eurydice se retourne en l’ombre. Orphée peut tout. La profondeur ne se livre pas en face. Ce détour est le seul moyen de s’en approcher. lui dont le seul destin est de la chanter. l’autre nuit. l’oeuvre ne le juge pas. Pour le jour. Il perd Eurydice. en réalité. n’éclaire pas ses fautes. pouvoir encore plus fort. cela est vrai:dans le chant seulement. épreuve de l’absence de fin. dans le chant aussi. par la force de l’art. la descente aux Enfers.en ce regard. Mais la vraie patience n’exclut pas l’impatience. figure et réalité. mais lui¬ même. il ne l’eût pas attirée. dans cette présence voilée qui ne dissimulait pas son absence qui était présence de son absence infinie. L’impatience d’Orphée est donc aussi un mouvement juste : en elle commence ce qu i va devenir sa propre passion. car il l’a violée dès ses premiers pas vers les ombres. Eurydice est. où elle est essentielle et essentiellement apparence: au cœur de la nuit. de ne pas soutenir sans fin le mouvement même de son erreur. de mettre un terme à indéterminable.n’est pas poursuivie pour elle-même. l’attirer à soi. Orphée a pouvoir sur Eurydice. Le jour jugeant l’entreprise d’Orphée lui reproche aussi d’avoir fait preuve d’impatience. il peut. L’inspiration Si le monde juge Orphée. et sans doute elle n’est pas là. sauf regarder ce « point » en face. dans le jour. expérience où l’œuvre est à l’épreuve de sa démesure . elle est. L’oeuvre ne dit rien. dans le mouvement de sa migration. Il peut descendre vers lui. sauf regarder le centre de la nuit dans la nuit. est déjà démesure. mais que quelqu’un se tienne en face de ce « point «. mais avoir vivante en elle la plénitude de sa mort. et non comme l’intimité d’une vie familière. et. l’extrême que l’art puisse atteindre. L’impatience est la faute de qui veut se soustraire à l’absence de temps. parce que l’exigence ultime de son mouvement. mais. mais de cette autre mort qui est mort sans fin. son séjour infini dans la mort. mais ce désir et Eurydice perdue et Orphée dispersé.Maurice Blanchot. l’œuvre immédiatement se défait. le mouvement vers la vaine profondeur. la mort. fermé et son visage scellé. et il l’oublie nécessairement. sont nécessaire au chant. sa plus haute patience. vivant et souverain que dans l’espace de la mesure orphique. certes. le point profondément obscur vers lequel l’art. Ce « point ». en se tournant vers Eurydice. se révèle comme l’inessentiel. dans son absence d’ombre. « l’ infiniment mort » que la force du chant fait dès maintenant de lui. Son erreur est de vouloir épuiser l’infini. La nuit. c’est de le ramener au jour et de lui donner. elle ne se révèle qu’en se dissimu¬lant dans l’œuvre. la dissimulation qui apparaît. Toute la gloire de son œuvre. non pas mort de cette tranquille mort du monde qui est repos. l’œuvre d’Orphée ne consiste pas cepen¬dant à en assurer l’approche en descendant vers la profondeur. toute la puissance de son art et le désir même d’une vie heureuse sous la belle clarté du jour sont sacrifiés à cet unique souci: regarder dans la nuit ce que dissimule la nuit. C’est cela seulement qu’il est venu chercher aux Enfers. autrement mesure. que le jour condamne comme une folie sans justification ou comme l’expiation de la démesure.Orphée est coupable d’impatience. Elle est l’instant où l’essence de la nuit s’approche comme l’autre nuit. Oui. qui la veut nocturne dans son éloignement. qui veut la voir. la patience est la ruse qui cherche à maîtriser cette absence de temps en faisant d’elle un autre temps. non pas la faire vivre. il ne peut avoir de rapport avec Eurydice qu’au sein de l’hymne. l’attirer vers le haut. mais quand elle est invisible. Et tout se passe comme 12 . Cette remarque nous fait pressentir que. L’erreur d’Orphée semble être alors dans le désir qui le porte à voir et à posséder Eurydice. non quand elle est visible. le désir. il n’a de vie et de vérité qu’après le poème et par lui. Son œuvre. l’entente et l’accord de la première nuit. ce n’est pas qu’il y ait œuvre. Eurydice est déjà perdue et Orphée lui-même est l’Orphée dispersé.avec soi. et Eurydice ne représente rien d’autre que cette dépendance magique qui hors du chant fait de lui une ombre et ne le rend libre. mais en s’en détournant. S’il ne l’avait pas regardée. l’espace littéraire Folio essais. parce qu’il la désire par-delà les limites mesurées du chant. l’accueille. oublie l’œuvre qu’il doit accomplir. Ainsi trahit-il l’œuvre et Eurydice et la nuit. elle en est l’intimité elle est l’impatience soufferte et endurée sans fin. Le mythe grec dit: l’on ne peut faire œuvre que si l’expérience démesurée de la profondeur . est absent. Mais le mythe ne montre pas moins que le destin d’Orphée est aussi de ne pas se soumettre à cette loi dernière.expérience que les Grecs reconnaissent nécessaire à l’œuvre. Mais Orphée. en saisisse l’essence.¬ et.

ce mot qui signifie ordre. est certes. en désobéissant à loi en regardant Eurydice. nous ne pressentons que l’échec. ainsi. l’inspiration. qui est alors maintenue dans les limites et l’espace mesuré du chant. s’annonce et s’affirme. pour cela. et non seulement lui-même. plus auguste. 13 . dans la certitude de l’échec où ne demeure. elle est le retour nostalgique à l’incertitude Le don et le sacrifice. Le mouvement de l’insouciance où l’œuvre est sacrifiée: la loi dernière de l’œuvre est enfreinte. Le saut. Je don par excellence). œuvre soudain redevenue n’est plus là. l’œuvre est trahie en faveur l’ombre. Mais elle est aussi enfermée : elle est liée.si. Le regard d’Orphée est. le droit. mais est en deçà de ces catégories . L’insouciance est le mouvement¬ du sacrifice. retenait l’essence. mais comme le point brillant qui a échappé à cette attente.où le sacré lui-même. elle enferme dans le chant ce qui dépasse le chant. par ce mouvement inspiré. en compensation. le silence.avant le regard insouciant-. La nuit sacrée enferme Eurydice. dans le souci de l’œuvre. Cette éclipse est le lointain souvenir du regard d’Orphée. la voie du Tao et l’axe du Dharma. Le désir est lié à l’insouciance par l’impatience. elle se protège en disant à Orphée: Tu ne me garderas que si tu ne la regardes pas. tourne et force Orphée par un mouvement irrésistible. rectitude. qui peut-être la faute. de sorte que c’est aussi seulement dans ce regard qu’elle peut se s’unir à son origine et se consacrer dans l’impossibilité. Le regard d’Orphée la délie. vers l’œuvre encore. L’œuvre. Mais ce mouvement défendu est précisément ce qu’Orphée doit accomplir pour porter l’œuvre au-delà de ce qui l’assure. l’éclair pur que 1attente infinie. Il introduit. qui est lié à la nuit comme à son origine. c’est sans exception. C’est le seul moment où elle se perde absolument. est liée au désir. vers l’origine de l’œuvre. il avait bien ravi aux Enfers l’ombre obscure. d’Orphée. pouvait. comme si ce que nous appelons l’insignifiant. comme si renoncer à échouer était beaucoup plus grave que renoncer à réussir. où quelque chose de plus important¬ que l’œuvre. S’il fallait insister sur ce qu’un tel moment semble annoncer de l’inspiration. en compensation. vers où il se porte. le piège trompeur de l’autre nuit? Il n’en est pas autrement. l’œuvre est perdue. moment où il se rend libre de lui-même et événement plus important. et elle ne promet pas. de l’insouciance et de l’autorité. le moment extrême de la liberté. la nuit dans sa profondeur inapprochable. à son insu. pour Orphée. la réussite de l’œuvre. interrompt l’incessant en le découvrant . sans souci du chant.. C’est pourquoi. l’avait. son point d’extrême incertitude. se révéler comme la source de tout e authenticité. don ne le sacré à lui-même. l’inspiration. est. non seulement le sérieux du jour. et l’intimité accueillante de la première nuit. rompt les limites. lève le souci. libère l’œuvre de son souci libère le sacré contenu dans l’œuvre. Qui n’est pas impatient n’en viendra jamais à l’insou¬ciance à cet instant où le souci s’unit à sa propre transparence . l’erreur. lequel n’est pas le profane. moment du désir. où il la sacrifie en se le mouvement démesuré du désir. Tout sombre alors. L’œuvre est tout pour Orphée. n’est pas moins compromise qu’Orphée n’est menacé. Orphée n avait fait qu obéir à 1exigence profonde de l’oeuvre. de plus dénué d’importance qu’elle. L’inspiration transformerait donc la beauté de la nuit en l’irréalité du vide ferait d’Eurydice une ombre et d’Orphée l’infiniment mort? L’inspiration serait donc ce moment probléma¬tique où l’essence de la nuit devient l’inessentiel. que l’incerti¬tude de l’œuvre. que la futilité vide qu’elle devient après le regard. à celui qui en accepte le risque et s’y livre sans retenue. par le regard d’Orphée. qui s’en tient à l’impatience ne sera jamais capable du regard insouciant. n’a jamais été là. léger. par l’inspi¬ration. la nuit sacrée qu’il tient dans la fascination du chant. Tout se joue donc dans la décision du regard. Le regard inspiré et interdit voue Orphée à tout perdre. C’est dans cette décision que l’origine est approchée par la force du regard qui délie l’essence de la nuit. sacrifice qui ne peut être qu’insouciant. L’inspiration. à son insu. En ce regard. De l’inspiration. Le regard d’Orphée est le don ultime d’Orphée à il la refuse. elle est la suivante. car l’œuvre est-elle jamais?Devant le chef-d’œuvre le plus sûr où brillent l’éclat et la déci¬sion du commencement. il faudrait dire :il lie l’inspiration ¬au désir. Mais si l’inspiration dit l’échec d’Orphée et Eurydice deux fois perdue. le cœur de la profonde patience. Regarder Eurydice. comme si. à la liberté de son essence. à Son essence qui est liberté (l’inspiration est. mais qui a la légèreté. pas plus qu’elle n’affirme dans l’œuvre le triomphe idéal d’Orphée ni la survie d’Eurydice. le sacré maîtrisé par la force des rites. le hasard heureux de l’insouciance. plus riche. qui s’expie immédiatement comme la faute. C’est pour¬quoi. qui n’a nullement la lourdeur ni la gravité d ‘un acte profanateur. l’innocence pour substance : sacrifice sans cérémonie. léger. dit l’insignifiance et le vide de la nuit. vers cet échec et vers cette insignifiance. en cet instant. mais l’essence de la nuit :cela est sûr. Elle atteint. elle résiste si souvent et si fortement à ce qui l’inspire. aussi. non pas seulement comme 1’étincelle qu’allume l’extrême tension. brise la loi qui contenait. il nous arrive d’être aussi en ce qui s’éteint. dans l’impatience et l’imprudence du désir qui oublie la loi c’est cela même. à l’exception de ce regard désiré où elle se perd. dans l’entraînement d’un désir qui lui vient de la nuit. l’inessentiel. ce qu’il ne peut accomplir qu’en oubliant l’œuvre. nous ne reconnaissons que la violence égarée. C’est pourquoi l’impatience doit être. rendu à l’inessentiel. mais. ramenée dans le grand jour de l’oeuvre. la réserve de la patience font jaillir de son sein. La nuit essentielle qui suit Orphée . par le regard insou¬ciant qui n’est même pas sacrilège. l’insouciance. L’inspiration dit la ruine d’Orphée et la certitude de sa ruine.

Écrire commence avec le regard d’Orphée. Dans cette contrariété se situent aussi l’essence de l’écriture. atteint l’origine. il faut déjà écrire. Cela veut dire : l’on n’écrit que si l’on atteint cet instant vers lequel on ne peut toutefois se porter que dans l’espace ouvert par le mouvement d’écrire. la difficulté de l’expérience et le saut de l’inspiration. 14 . dans cette décision inspirée et insouciante. Pour écrire. pour descendre vers cet instant. il a fallu à Orphée déjà la puissance de l’art. et ce regard est le mouvement du désir qui brise le destin et le souci du chant et. consacre le chant : Mais.

ou des variantes de réponses. semblerait en soi un gage suffisant pour l’inscription dans le domaine de l’orphisme (ce que suggèrent ici même Lewis et Gargano). (Beckett) et aussi — narcissiques (Strauss). de nous approprier les secrets de notre existence)? Un héros. si nous examinons l’art comme système de relations.). une sorte d’équilibre s’établit par le biais de la conjonction entre plusieurs phases de destruction suivies de la construction. dans l’orphisme et dans les mythes en général. que trouvons-nous «au départ». à toutes ces questions: devrions-nous avouer. modèle. probablement sans les nommer comme les Grecs l’ont fait. celle de nous rapprocher du noyau. que les réponses sont tout aussi nombreuses que les approches réunies dans ce numéro? Dans une perception cyclique de l’Histoire — typique du mythe. Si l’art et la littérature en particulier ont tant soit peu conservé les dimensions anciennes de leur propre fonctionnement. selon Elizabeth Sewell). l’orphisme en tant que mode particulier de penser suscitera d’autres schémas mentaux. revient donc à parler d’Orphée. se manifestent le plus souvent conjointement. ce à quoi elle se heurte depuis un premier réveil de la conscience. dans leur pluralité: jamais un procédé ne se présente. c’était dans l’espoir d’apporter quelques réponses. l’orphisme comme mouvement de pensée ou encore comme ancrage dans un des domaines mythiques grecs très importants semble garder une place tout à fait privilégiée. par la parole. comme possibilité du dépassement des contraires. (9) Nombreux sont les penseurs (Eliade. dans les temps immémoriaux. du secret de notre existence. «à l’origine» (ces deux notions témoignant en elles-mêmes de notre désir — mythique! — de saisir. Descent and Return). cinq) «langages» (orphiques.. ils voient l’art comme réceptacle et conservateur des valeurs spirituelles.). et on a appris à lire (encore chez Durand) qu’aucun «régime» n’apparaît séparé de son contraire. art/amour/mort (Charles Segal). aux procédés symboliques ou aptes à être symbolisés (Hyvrard)? Si nous avons lancé ce projet. se situeraient loin de ce chantre et de la «glorification de la musique» (Sorel. par le biais de l’orphisme. selon de nombreuses approches. pour ces reprises. dira-t-on — que met en relief Mircea Eliade.. placée par lui dans le postmodernisme. 20). toujours avec sa généalogie multiple qui offre plusieurs portes d’entrée. comme interaction de plusieurs (en fait. comme vecteur de toute création littéraire). retour. mais aussi. Si. Parler du mythe. Mais encore. pour Ihab Hassan. la littérature contemporaine. avec le mythos comme récit. le mythe d’Orphée. à savoir la catabase. où celui de la littérature intervient souvent comme unificateur de différents modes d’expression. sollicitera d’autres niveaux de communication. etc. la nostalgie de toucher à cet autre qui. En fait. parler de littérature. sans son contraire. néoplatoniciennes. on se rend compte que ce sont là les mouvements typiques de ce paradigme. mythe central aimantant de nombreuses figures qui. Mais ensuite. la mort comme ultime défi (Bucher). rédempteur et victime). autant en (astro) physique qu’au cinéma. Un nombre d’aventures. un nombre de légendes. ces «métamythes» partant peut-être d’un orphisme initial. sociale. dont celle d’Elizabeth Sewell. Structures. Ce dernier deviendrait-il ainsi un «simple» nom. de mythèmes. comme descente dans les enfers — quelle que soit leur nature (métaphorique. ce domaine n’est peut-être qu’une métaphore géante pour signaler ce qui arrive à l’humanité. C’est pour cette raison qu’Orphée. etc.ORPHÉE ET EURYDICE: MYTHES EN MUTATION Metka Zupancic Parmi les paradigmes les plus prégnants de la pensée occidentale tels qu’ils se manifestent par le biais de la littérature et plus largement à travers les arts. musical) signifierait-il créer dans le royaume d’Orphée? Certains de nos textes ici même s’aligneraient sans hésiter sur cette perspective: le fait de dire. par la créativité en général. créer un langage (pictural. Durand. alchimiques. génère un parmi les triangles possibles. se combine souvent avec une vision tripartite. il offre de la matière à exploiter. c’est parler du mythe (ne serait-ce que par le recours à l’étymologie. L’art comme une première rencontre fondamentale. Une perception binaire. ou encore comme sparagmos — le déchirement. dans le monde occidental. reprennent. Si on observe de près le mythe d’Orphée et ses manifestations. c’est précisément au contact avec les œuvres contemporaines qu’il est possible d’anticiper les mouvements à venir. dans toutes ces variantes. faudrait-il affirmer que parler reviendrait à s’associer aux mythes? Ou encore. pendant très longtemps représenté 15 . à première vue. courant ésotérique. mouvance. au-delà des images que nous projetons sur ce qui nous entoure. aussi «désacralisées» qu’elles puissent être. c’est-à-dire sa finalité. dans la conscience occidentale. mais toujours en conjonction avec tout un système de personnages.. psychologique. quoiqu’il soit possible de les percevoir dans leur succession temporelle. Je parlerais de la nostalgie d’atteindre l’autre. plusieurs pistes à suivre. sans sa partie «ombre» (avec un héros pastor et agnus. C’est ici que l’orphisme rentre en ligne de compte: nul autre qu’Orphée ne peut être considéré comme figure mythique parrainant (au moins) une grande partie de l’expression artistique: la littérature. L’art. allégorique. dans une création de la pensée. présentes bien au-delà du bercail gréco-latin. mais se multipliant en conjonctures pythagoriciennes.) qui insistent sur la démystification et la démythification progressive de la sphère publique et plus particulièrement des arts. les mythèmes fondateurs de cette quête toujours marquée (selon Durand) par la nostalgie — du nostos. les mythèmes fondamentaux de l’orphisme. en fin de parcours. en littérature.. douleur. peut être perçu comme harmonie. offrirait peut-être la révélation de qui nous sommes vraiment. la nature éclatée des œuvres de notre temps ne dit cependant pas «tout» sur leur fonctionnement.. Ces phases. En même temps. ces moments dans l’orphisme. est fortement marquée par le déchirement.. l’anabase et le sparagmos (Strauss. à donner aux grands mouvements de l’âme. parmi tant d’autres. peuvent être observés simultanément. et algia. Légende ou religion. histoire. celle avec l’amour et la mort. Mais encore. La mythocritique nous a certainement appris à voir les phénomènes dans leur mouvance (Durand.

de sentir? En observant la logique inhérente au mythe. elle a été reléguée au silence? En décidant de sa propre remontée. à narguer. le cheminement qui continue.. dans le voyage post mortem de la tête d’Orphée. ne devrait-on pas voir —aussi —. phase dionysiaque et lunaire.. sur Bauchau). elle revendique le regard par lequel elle verra (Jorie Graham. un revirement semble se produire par lequel Eurydice acquiert une position beaucoup plus active. beaucoup de doutes. Eurydice enlève d’une certaine façon à Orphée la possibilité d’être qui il est en dehors de l’image qu’elle s’est faite de lui. qui laisse son faux Orphée se faire mutiler par de nouvelles (éternelles) Ménades. pour que s’élève la voix d’Eurydice. s’exprimer par sa propre parole. celui par lequel. En même temps. comme chez Anna de Noailles (Perry). à l’intérieur de l’orphisme: un rapport double (homme-dieu. il s’agirait là d’un processus typique et nécessaire. beaucoup de questions — Eurydice obtient-elle finalement le statut de sujet. Mais en narguant Orphée et son impuissance à exister autrement. un appel à la collaboration. une Eurydice qui refuse la remontée. corps-esprit. qui. à savoir que notre époque n’invente rien de particulièrement nouveau: ce qui apparaît comme la quatrième phase dans l’histoire de l’orphisme. Orphée devenu femme dans sa propre séparation. pour frôler le 16 . de penser. de cette image. Ceci ne suffit peut-être pas à expliquer les changements advenus dans les arts — et surtout le fait que pour la majorité des artistes contemporaines. chez Michèle Sarde (Proulx. de sa propre mise au monde. pour créer. de la coexistence? — ce qui me paraît extraordinaire. chacune à sa façon. pourrait-on ainsi parler d’une cinquième phase amorcée déjà. parmi les poietai au féminin? Et même si ces poètes. responsable de leur sort commun. Un renversement. chez Sylvie Germain? (Bacholle) —. il s’agirait en outre d’accepter une évidence. dans le cadre de nos préoccupations. il faudrait le croire. à la création non pas à partir de l’absence. sa sexualité? — chez Andrée Christensen (Bouwer). pendant des millénaires. en quelque sorte. Et si tel était le cas. par un retour des forces. oubli de l’autre. mais croit paradoxalement à la force rédemptrice de la parole (au féminin?). Eurydice se présente comme la seule à pouvoir faire face à Orphée. pour conclure sur l’exemple d’un mythe très vivant. mais qui ne devait pas se retourner vers elle. celle de «construction féminine». Parmi les figures mythiques de l’antiquité. de la déchirure. ces ramifications. il s’agirait d’observer. a besoin d’une Eurydice. se profilant à notre horizon artistique? Je reprends ici. elle s’attend à ce qu’il soit parfaitement infaillible — et aussi. qui demande à surgir. sera le bourreau expiatoire chez Amélie Nothomb (Helm). celui qui pendant si longtemps avait besoin d’elle pour ses belles créations. nourrissant la pensée contemporaine. est déjà inscrite dans le mythe traditionnel. leur créativité toute entière. dans The Feminist Companion to Mythology). de la séparation. transformation de l’autre en fonction de nos propres attentes). représentation (encore mythique!) de l’autre qu’il n’a toujours pas appris à voir sans la perdre ou sans se perdre. les Orphée contemporains reculent-ils devant l’Eurydice réclamant ses propres pulsions. plus on élargirait l’analyse? Peut-être devrait-on tout simplement comprendre que le mythe est loin d’être un — que ce foisonnement est la marque d’une vie autonome inscrite dans le processus mythique. sans hésitation. 1129). avec le rejet des valeurs patriarcales et la poussée d’une conscience davantage matrilinéaire sinon matriarcale (plusieurs propos réunis à ce sujet par Carolyne Larrington. mais à partir de la présence. Comment expliquer ces versions. Quelle(s) mutation(s)? Si telles sont les assises de la pensée mythique ancrée dans la figure d’Orphée. mais beaucoup de rancune. Plate). phase de l’«équilibrage des contraires» comme vision possible de l’évolution du mythe).comme «agamos» (Brunel. Une nostalgie perpétuelle des retrouvailles.) se nourrissant de phénomènes triples (phase apollinienne et solaire. à re-créer par nos façons d’être. Un premier constat inévitable porte sur le rôle radicalement changé de la femme dans le mythe. prêtent leur corps et âme. les petites allusions (beaucoup trop rapides) à la valeur particulière (pourtant extrêmement significative) des chiffres. lue par Morris). marquant un échelon important dans l’histoire de notre civilisation. Paradoxalement. et pourtant. c’est que ce soit la poésie de Paul Chamberland (analysée par Milat) qui formule cet appel. ce soit encore la figure d’Eurydice qui semble se manifester pour ainsi dire automatiquement. beaucoup moins dépendante que ce que nous propose le mythe traditionnel. à la suite du déchirement d’Orphée. beaucoup de peurs. Ou encore. Selon les théoriciennes américaines du mouvement «revisionist mythology» (dont témoignent entre autres les écrits de Barbara Walker). La tête qui chante et qui continue d’appeler Eurydice n’échoue-t-elle pas sur Lesbos. celle aussi qui. celui que nous aidons quotidiennement à nourrir. ou bien. parmi les textes analysés dans ce volume. la nouvelle Eurydice échappe-t-elle à ce fonctionnement même qu’elle reproche à Orphée. tout en l’accusant de l’avoir reléguée dans l’autre monde. homme-femme. Ou encore une Eurydice se mettant à la place d’Orphée (Watthee-Delmotte. ces possibilités qui s’avéreraient probablement encore plus nombreuses. C’est probablement cette Eurydice très proche des Ménades que craignent les poètes du début de ce siècle (selon Kushner). Eurydice non entendue. de la séparation. avait besoin de l’isolement. les modifications aussi bien que les différentes formes de continuité dans ce domaine — telles que conditionnant. et ensuite. en projetant sur cet homme «bouc émissaire pour tous les autres» sa rage longtemps accumulée et contenue. et ensuite dans sa propre renaissance à la créativité (Kie•lowski vu par Lewis). dans son hésitation entre la fidélité à la Création (solitaire!) et la Communication (qui ne serait pas domination. la poésie (au sens large du terme) restant finalement le seul endroit où œuvrer s’avère possible.

et Orphée éthéré transformant Eurydice en un objet. Les carnets d’Eurydice. musicale. ces photographies se métamorphosant et disparaissant au contact avec la lumière. tout(e) auteur(e) s’aventurant dans le domaine de l’orphisme est comme projeté(e) dans cette pluralité des (cinq) langages orphiques: le rituel et la danse. manque de communication.quadruple et même le quintuple (les trois étapes «obligées». pulsion mâle primordiale et violente. destructrice. entre Aristée. Elle en traîne à ses pieds la dépouille grouillante de refus et de peurs. les deux s’accommodant de cet entre si nécessaire. par son chant. un opéra comme projet à venir. qui espère se guérir en guérissant. l’anabase et le sparagmos de l’homme. donnent le quintuple (orphique) à un autre niveau encore: pour reprendre Elizabeth Sewell. de cette Eurydice très jungienne. avec Diane Génier. qui. les mathématiques. auxquels on parvenait au rythme de la découverte progressive. Il témoigne de ce voyage dans le labyrinthe. puante de vains espoirs. paradigmes des relations de ce monde. après la remontée définitive à la lumière. les textes. une Eurydice elle-même pulsionnelle. il est forcément pluridisciplinaire. la musique avec le rythme. en vue d’une conciliation. je l’ai trouvée — au moment où finissait la gestation de ce texte — à Hull. d’une guérison possible). au bout. concilier le besoin d’être en soi et celui d’être de ce monde. Le double et le triple. entre l’ombre et la lumière. et dont les éléments sont transcrits ici par les italiques. poétique. Ce mythe vivant. et peut-être. la catabase. entre la vie fantôme et la lumière du soleil. qu’il se manifeste par la voix d’Orphée ou par celle d’Eurydice. avec un autre Orphée. installation labyrinthique avec. cette incarnation de la voix d’Eurydice. d’Eurydice: «Sa mort l’a quittée.» (Françoise Charron. les arts visuels avec les formes et les couleurs. et la sexualité. entre l’absence du corps et ce qui aide à le reconquérir. polyphonique. raide d’illusions perdues. et. si orphique? 17 . par son amour. finalement. entre une Eurydice qui ose laisser Orphée se désagréger dans la lumière. de la descente dans les coffrets. a produit Le temps des cendres. qu’il soit «en santé». contenant des fardes non stabilisées. une nouvelle rencontre. en trois exemplaires. si beau. auprès de Françoise Charron. la Parole. (10) Orphée qui s’éclipse — pour que se fasse entendre l’expression polyvalente. au moment où elle atteint le seuil de cette existence. complétées par la montée de la voix féminine. Si le mythe est vivant. lxix) Musicale? Voix et voie à suivre. et celle qui se donne pour but d’établir le pont entre l’ascèse.

le déchirement du corps orphique par les Ménades. Selon Ihab Hassan. où l’être humain se situe à l’intérieur de ce qu’il observe. par son sujet et par ses versions multiples. une dépendance sensitive aux conditions initiales. où la symétrie est brisée. de «devenir». Effectivement. se retrouve paradoxalement en face du mythe. qui réfutent la science newtonienne où toute chose est susceptible d’être observée. La tradition occidentale veut que la science soit l’antithèse du mythe et de la religion. À leur époque. les sciences contemporaines traitent d’un niveau subatomique impossible à visualiser ou d’un niveau cosmique dont l’étendue serait trop vaste à englober.... Walter Strauss (3) a noté la perte inévitable d’une perception symbolique sur la part de l’être moderne. où les défauts sont fertiles. Or. il est conscient. Or la narration cosmique promulguée par l’orphisme n’est pas loin de la fusion du logos et du mythos (2) qui caractérise «la nouvelle science» du XXe siècle. et l’universalité essentielle inhérente dans la dualité chaos/ordre. et Mircea Eliade a suggéré que le mythe a perdu sa fonction primordiale «d’histoire vraie(4)». l’homme est né des cendres mélangées de Dionysos-Zagreus et des Titans qui l’ont tué. Natalie Crohn Schmitt (13) a montré combien cette littérature reflète le paradigme scientifique sur lequel nous basons notre conception métaphorique de l’univers. Lié à la métamorphose. reflètent les trois phases évolutionnaires de la conscience humaine. Scott R. Campbell a montré que l’homme occidental a remplacé les vérités paradigmatiques du mythe par celles de la science et de la mathématique traditionnelle.(12) le sparágmos correspond au mouvement postmoderne. la théorie du chaos et la mécanique quantique nous retournent vers une mythologie cosmogonique basée sur la fusion du logos et du mythos. Il a donc fallu se replier sur la croyance. ayant dans toutes ses versions servi à répondre aux préoccupations humaines.(8) Yvon Johannisse (9) a remarqué que «la foi dans le progrès des sciences est la nouvelle facette de l’ancienne foi dans les dieux» et que «la science. Si Strauss et Hassan ont comparé le démembrement de la figure orphique à la littérature postmoderne.L’ÊTRE ET LE DEVENIR: LE MYTHE D’ORPHÉE COMME MÉTAPHORE POUR «LA NOUVELLE ALLIANCE» SCIENTIFIQUE Cara Gargano Dans le mythe d’Orphée réside tout le paradoxe et la promesse de la condition humaine. Nous entrons dans un monde où l’on réalise que c’est le désordre qui est créateur. il existe. Empédocle et Platon. comme l’a noté Claude Allègre: [. et pour la plupart nos scientifiques cherchent à se débarrasser de tout soupçon du mystique ou de l’occulte. La crise postmoderne sortira donc des découvertes de Planck et d’Einstein vers le début de notre siècle: la non-linéarité du saut quantique et la relativité 18 . ce mythe reflète la double nature de l’homme: le corps transitoire et l’esprit éternel. On appelle nouvelle science la physique quantique. l’indéterminisme et la théorie du chaos. où le déchirement et l’aliénation sont non seulement le sujet mais la matière et le moyen de la création.] Si Dieu est géomètre [. mesurée et reproduite au laboratoire.. et où l’objectivité apollinienne et la subjectivité dionysiaque doivent agir ensemble. il rêve de l’éternité. la descente en enfer et le sparágmos. la symétrie parfaite. où l’ordre. dont les caractéristiques principales sont la non-linéarité.. tente de résoudre symboliquement. il «est» dans le temps et dans l’espace. où les déséquilibres sont permanents. la nature métamorphique de toutes choses à travers la fragmentation. par le délire et l’imaginaire. Richard D. l’océan de nos contradictions». et la mécanique quantique et la science du chaos contemporaines de l’autre.] nous sortons d’une vision du monde et des lois de la nature où les causes produisent des effets à leur image. La figure d’Orphée et le phénomène de l’orphisme ont exercé une influence énorme sur la pensée classique et l’on peut en reconnaître les traces chez des philosophes tels que Pythagore..] c’est un géomètre fractal!(10) Strauss a suggéré que l’harmonie orphique. les théologiens orphiques étaient des «physiciens» qui «transformaient les dieux mythiques en éléments et en forces cosmiques(1)». la foi ou la croyance. n’étant que la preuve d’un mythe toujours vigoureux.. la science ressemble de plus en plus aux mythes archaïques en ce qui concerne la possibilité de vérification par les moyens de l’observation et de l’expérimentation concrètes.(11) Le mythe d’Orphée peut en effet représenter l’histoire du progrès du savoir humain: la perte d’Eurydice obligeant Orphée à faire appel à toute sa science pour la récupérer. selon Paul Schmitt. où les causes et les effets ont des relations compliquées [.(5) Je vais montrer que l’homme contemporain. ne cesse de fonctionner ainsi. les chants orphiques servaient d’explication scientifique de l’univers. Sa chair appartient à la terre.. Comme Gary Zukav (6) et Fritjof Capra (7) l’ont montré. insiste sur l’observation logique des choses constatables contre l’instinct. Le mythe d’Orphée. l’équilibre étaient les maîtres-mots. ironiquement hérité des Grecs. les références. les modèles. comme le mythe. le rapprochement entre deux paradigmes scientifiques. Moore a montré que depuis la découverte de la mécanique quantique et de la complexité. Smith a montré que le réductionisme du paradigme cartésien doit faire place à un nouvel âge. notre paradigme scientifique. l’orphisme ancien d’un côté. ayant placé toute sa foi dans la science. Le mythe d’Orphée peut être considéré comme la mise en scène narrative et concrète du langage mathématique qui sert à expliquer l’univers quantique et chaotique. pour rendre aux éléments et aux forces cosmiques leur dimension mythique.

les écrivains postmodernes récents répondent non seulement à l’atmosphère instable engendrée par les découvertes scientifiques du XXe siècle. entre les sciences et les arts. mais aussi au côté quasi mystique et holistique de cette science.(19) Pour Bohm.(14) Le physicien Murray Gell-Mann (15) a appelé cette fusion odysséenne. Ainsi.. et les sciences sociales. la science se sert souvent d’un langage plus propre aux mythologues pour exprimer ses idées complexes: Prigogine parle de «la possibilité d’un éternel recommencement d’une série infinie d’univers. tout comme le démembrement corporel d’Orphée mènera à un nouvel ordre spirituel plus évolué. une nouvelle approche critique et littéraire est née du croisement du postmoderne artistique-littéraire et ßdes nouvelles sciences. la connaissance constitue une partie intégrale du holomouvement et tout concept scientifique appartient à l’acte poétique créateur. Ce flow (flux) existe en dehors des choses ou des êtres qui s’y forment et s’y dissolvent. logique/l’instinct et ordre/chaos. unité supérieure. c’est par le démembrement de son corps qu’il se transforme en divinité. avec sa propre histoire. nous avons déjà mentionné Natalie Crohn Schmitt qui a proposé que la fragmentation et l’incertitude de la littérature postmoderne résultent d’un paradigm shift dans la vision du monde tel qu’il est perçu par la science. Aujourd’hui la mécanique quantique et la théorie du chaos sont en passe de transformer le sparágmos postmoderne tel que Strauss et Hassan l’ont perçu. Si l’on considère le démembrement orphique comme métaphore pour le chaos. Le mythe d’Orphée offrira de nouvelles possibilités d’interprétation intéressantes et provocantes. Richard Feynman a suggéré que l’individualité humaine n’est qu’une danse atomique: «Les atomes entrent dans ma cervelle. Le corps. l’expérience orphique sert de catalyseur pour libérer l’expérience métaphysique. Selon cette approche. Le mythe d’Orphée est le site d’une métamorphose mythique et scientifique qui se manifeste dans et par le corps. est le sujet principal de la science physique. pour le réintégrer dans un paradigme scientifique muable. La notion bohmienne du flow est liée à l’universalité du code génétique. élément essentiel de l’orphisme. David Bohm a proposé ce qu’il appelle le flow: «l’unité indivisible» sur le plan ontologique. la faiblesse et le «bruit» humains. Selon Wili. Dossey. à la fin de 5 ans il n’y reste plus un seul atome original.(21) Ce corps quantique ne peut que résonner avec le démembrement du corps 19 . On arrivera à une compréhension de la totalité non à travers une correspondance entre la pensée et la réalité. Katherine Hayles et David Porush. intimement liés aux rituels mythiques. toujours de nouveaux atomes. a été remplacée par celle d’un corps quantique fluide. il a nommé complexité cette nouvelle relation entre le chaos et l’ordre où les dualités chaos/déchirement et ordre/unité peuvent coexister dans un système dit «dynamique». Ilya Prigogine (qui a reçu le prix Nobel en 1977 pour sa théorie des structures dissipatives) propose une «nouvelle alliance» entre l’ordre et le désordre. Ainsi le démembrement symbolise non la destruction mais la bifurcation. et proposera de nouveaux modèles pour figurer la condition humaine par rapport à cette histoire. Bohm utilise l’analogie du hologramme pour décrire ce flow et parle d’un «holomouvement» pour expliquer le processus du cosmos. c’est le corps humain qui constitue le site de rapprochement entre les sciences rationnelles. toujours en passe de se transformer. Or. est une métaphore pour l’échange continuel d’atomes dans l’univers. le «degré zéro» thermique (impliqué par la deuxième loi de la thermodynamique d’Einstein) sera mitigé et mènera à un ordre cosmique plus complexe. dans l’espace et dans le temps. où se réunissent le sacré et le profane.(16)» Schrödinger invoque les Veda pour expliquer sa conception du monde. comme la poésie. 98% des atomes du corps humain sont remplacés chaque année. Ici Bohm ne fait que marcher sur les traces de l’auteur des chants orphiques. Selon le docteur L. entre autres. Si la capacité de traverser impunément l’enfer marque Orphée comme homme supérieur et magique. Le corps est la scène d’une scintillation entre la condition humiliante de l’homme et sa participation dans l’éternité des dieux. (18)» Capra. Depuis les années 1980. ont remarqué les liens entre la mécanique quantique. et la deuxième loi de la thermodynamique promet la mort entropique et inévitable de l’univers. le chant est le principe organisateur des formes et des pensées amorphes. «contaminées» par l’irrationnel. Dans le mythe orphique. et qui peut être considéré comme le premier «homme de science» à unir la physique et l’esthétique.. pour expliquer leurs concepts compliqués. dont notamment William Demastes. la notion d’un corps imperméable. L’univers est donc un «être» en passe de «devenir». dites pures. N. également. Or. Le corps a toujours constitué un lieu magique et muable. tout comme le mythe orphique sert à transformer d’autres dualismes en dualités: Apollon/ Dionysos. essentielle à l’évolution. mais à travers «un art. qui a la capacité de nous mener vers l’ordre et l’harmonie à travers la danse totale de l’esprit (20)».déstabilisent la certitude des lois newtoniennes. mais toujours la même danse.. la scène d’un jeu liminal entre des opposés universaux. mais elle pourrait également se nommer orphique. D’autres critiques. David Bohm a montré combien la physique quantique «nous mène à découvrir les chemins de la mystique orientale (17)».. la doctrine de la transmigration. a même comparé cette danse atomique à la danse créatrice et destructrice de °iva. dansent une danse et puis ils sortent. la théorie du chaos et les arts postmodernes. la théorie du chaos a paradoxalement libéré le corps de sa position inférieure dans la hiérarchie de la pensée occidentale. c’est-à-dire que toute chose est formée par les mêmes constituants. Or les scientifiques eux-mêmes insistent de plus en plus sur la relation entre la science et le mythe et se réfèrent aux métaphores du théâtre et de la danse.

selon cette économie corporelle. «L’esprit qui se regarde» de Feynman se regarde donc à travers son regard de l’autre.(26) il décide du sien.orphique.(27)» Ici Wolf se pose en Orphée et la différence entre une Eurydice morte-vivante et celle qui sera morte ou vivante (pour paraphraser Prigogine) devient le «symbole de l’intervention humaine dans le monde quantique(28)». Dossey. il est «peu probable que nous puissions sortir réellement du mythe. Le mythe. et de la science. Ainsi il s’agit d’une remythification à travers une conjonction de toutes les phases et les versions du mythe qui leur permettrait désormais d’exister et d’agir ensemble. comme métaphore de l’auto-détermination dans le modèle quantique. en une seule réalité. toute image ainsi stockée est composée de perspectives multiples et lors de l’enregistrement de l’image. sa vie ou sa mort. (22) Pareillement. Selon Atlan. l’image multiple d’une femme mystérieuse «potentielle». la mémoire s’enregistre en passe d’effectuer cet enregistrement. a choisi.(23) Feynman propose une notion de l’univers en tant qu’esprit auto-réflexif: «un esprit qui se regarde. Vu que tout atome se constitue de la matière stellaire. certains physiciens ont proposé que la connaissance et la conscience surgissent de la réduction de la fonction de l’onde.(25) Ainsi le regard d’Orphée représente-t-il un acte d’auto-détermination: tout en décidant du sort d’Eurydice. L’orphisme se cristallise autour de la figure d’Orphée comme manifestation d’un pouvoir sur la mort et de l’universalité du grand ensemble cosmique. paradoxalement renouvelé par une science qui l’a presque tué. suggère que l’atome serait un élément hologrammatique prenant en soi tous les constituants de l’unité dont il fait partie. va nous mener à une nouvelle compréhension de notre condition ambiguë. les arts et les sciences. celui de la création à partir d’une interaction symbiotique entre l’ordre et le chaos. corps quantique ou orphique. le «regard en arrière» d’Orphée détermine la réalité d’Eurydice. introduirions les probabilités et l’irréversibilité dans un monde qui. le rêve et le mythe. contient la divinité et l’éternité de l’ensemble. Le mythe orphique est en soi un système dynamique dans le sens de Prigogine. et cette prise de conscience de soi chez l’initié(e) permet ensuite une réintégration dans l’ensemble sur un niveau plus élévé. par nos mesures. observateurs. Pour décrire l’interprétation de Copenhague de la physique quantique. un mécanisme de la mémoire humaine nous permet de stocker des images holographiques. c’est-à-dire que l’auto-identification dépendra de l’acte de l’observation. et partant en «échange» avec cette information intacte. traitant de la relation serrée entre la physique. Prigogine a écrit que «la mécanique quantique semble conférer un rôle essentiel à l’acte de l’observation et indiquer que ce sera nous. C’est à travers une étude du corps littéraire et du corps dans la littérature que l’on peut accéder à une nouvelle compréhension de notre ère. Abolir ce qui donne du sens serait abolir le phénomène humain tout entier (29)». Selon Edinger. sans nous. Fred Alan Wolf.» Apparemment. 20 . le mythe orphique se révèle prophétique. celle d’une «nouvelle alliance» entre «l’être et le devenir». il a évoqué la réduction de la fonction de l’onde: «une seule de ces images de «femme» peut obtenir et être obtenue. toute partie du corps. Chose curieuse. Ainsi. cet état serait celui de la collaboration entre le mythe. l’autre (sic) disparaîtra d’une façon mystérieuse. influencé par Bohm. Vu de cette perspective. C’est la conscience qui caractérise le paradoxe de l’état humain. Selon Prigogine. L’harmonie de la voix chantant et le chaos du corps déchiré sont donc deux faces d’un seul événement cosmogonique où la fusion et la fission sous-atomique reflètent le Big Bang et le Big Crunch qui l’un et l’autre ont formé et vont dissoudre l’univers. qui. Ainsi le regard posé sur l’autre se renvoie également à soi. réduisant les deux possibilités. les tablettes orphiques mènent à l’individuation à travers la division de l’être. serait déterministe et irréversible (24)».

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