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Eric Hazan - La Propagande Du Quotidien

Eric Hazan - La Propagande Du Quotidien

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Présentation de l'éditeur :
De modernité à gouvernance en passant par transparence, réforme, crise, croissance ou diversité, la Lingua Quintae Respublicae (LQR) travailla chaque jour dans les journaux, les supermarchés, les transports en commun, les " 20 heures " des grandes chaînes, à la domestication des esprits. Comme par imprégnation lente, la langue du néolibéralisme s'installe : plus elle est parlée, et plus ce qu'elle promeut se produit dans la réalité. Crée et diffusée par les publicitaires et les économistes, reprise par les politiciens, la LQR est devenue l'une des armes les plus efficaces du maintien de l'ordre. Ce livre décode les tours et les détours de cette langue omniprésente, décrypte ses euphémismes, ses façons d'essorer les mots jusqu'à ce qu'ils en perdent leur ses, son exploitation des " valeurs universelles " et de la " lutte antiterroriste ". désormais, il n'y a plus de pauvres mais des gens de condition modeste, plus d'exploités mais des exclus, plus de classes mais des couches sociales. C'est ainsi que la LQR substitue aux mots de l'émancipation et de la subversion ceux de la conformité et de la soumission.
Nous -> http://www.amazon.fr/LQR-propagande-quotidien-Eric-Hazan/dp/2912107296
Présentation de l'éditeur :
De modernité à gouvernance en passant par transparence, réforme, crise, croissance ou diversité, la Lingua Quintae Respublicae (LQR) travailla chaque jour dans les journaux, les supermarchés, les transports en commun, les " 20 heures " des grandes chaînes, à la domestication des esprits. Comme par imprégnation lente, la langue du néolibéralisme s'installe : plus elle est parlée, et plus ce qu'elle promeut se produit dans la réalité. Crée et diffusée par les publicitaires et les économistes, reprise par les politiciens, la LQR est devenue l'une des armes les plus efficaces du maintien de l'ordre. Ce livre décode les tours et les détours de cette langue omniprésente, décrypte ses euphémismes, ses façons d'essorer les mots jusqu'à ce qu'ils en perdent leur ses, son exploitation des " valeurs universelles " et de la " lutte antiterroriste ". désormais, il n'y a plus de pauvres mais des gens de condition modeste, plus d'exploités mais des exclus, plus de classes mais des couches sociales. C'est ainsi que la LQR substitue aux mots de l'émancipation et de la subversion ceux de la conformité et de la soumission.
Nous -> http://www.amazon.fr/LQR-propagande-quotidien-Eric-Hazan/dp/2912107296

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— c'est-à-dire nulle part — les lycéens révoltés, les ouvriers

agricoles marocains ou les salariés de François Pinault à la

Samaritaine, pour prendre quelques-uns des accès de

fièvre politique du printemps 2005. C'est en LQR égale-

ment que l'on s'adresse aux troupes néolibérales pour les

dissuader de déserter, d'aller élever des chèvres ou, pire

encore, de changer de camp comme les Saxons à la

bataille de Leipzig.

Pour réaliser ce programme, le principal procédé est la

répétition. C'est ainsi que, depuis les grèves de décembre

1995 (le «mouvement social»), la prolifération du mot

ensemble crée sur les murs et les écrans une injonction

permanente à foyers disséminés. Les passants sont exhor-

tés à tenir propres les trottoirs ensemble, à être vigilants

dans le métro (« Attentifs, ensemble », avec un logo où de

petits personnages multicolores se tiennent par la main),

à « vivre ensemble » (publicité pour RTL), à coopérer, car

c'est « faire ensemble » (publicité pour le Crédit coopéra-

tif), ou encore, « ensemble », à « respecter l'environne-

ment » (sacs recyclables Leclerc)1

. Bertrand Delanoë est

un infatigable manieur du rassemblement. Au lendemain

du choix de Londres pour les Jeux 2012, il confie de Sin-

gapour au Figaro (7 juillet 2005) : « Je pense d'abord à

tous ceux qui, à Paris, en France et dans le monde, ont

I - Il peut arriver que cette façon de rassembler exhibe soudain ses

dessous policiers: « Extrémismes et fondamentalismes s'entretien-

nent dans de dangereuses alliances objectives qui atteignent, dans

certains territoires perdus de la République, les fondements de

notre démocratie et les capacités du "vivre ensemble"» (Le Figaro.

16 décembre 2004, sous la plume de Jean-Philippe Moinet, «fonda-

teur de l'Observatoire de l'extrémisme, chargé d'une mission de

lutte contre le racisme et l'antisémitisme par le ministre de la

Cohésion sociale ».)

L Q R

porté cette candidature [de Paris], son exigence, ses

valeurs, à ceux qui ont eu le plaisir de construire

ensemble en étant différents » ; et plus loin : « Il y a eu

trop de générosité, de performance, de rassemblement,

d'unité entre nous pour qu'on n'en fasse rien. Je ne sais

pas encore quoi mais je sais pour qui : les citoyens, les

jeunes, ceux qui espèrent, qui ont envie d'être différents

et ensemble. » Jacques Chirac utilise ce même thème dans

chaque discours, souvent plusieurs fois. Lors de la libéra-

tion de Florence Aubenas et Hussein Hanoun, il déclare

qu'« en ce moment de rassemblement, nos pensées vont

aussi vers toutes celles et tous ceux qui sont détenus en

otages à travers le monde », ajoutant : « Ce fut un magni-

fique témoignage de solidarité et d'espoir. »

La solidarité, autre mantra chiraquien, s'étale partout

en couches épaisses sans qu'on sache toujours clairement

de qui avec qui (« Notre solidarité est aussi communica-

tive », indique par exemple une publicité dans Le Figaro

Entreprises du 22 novembre 2004). À propos du lundi de

Pentecôte non chômé, l'entourage de Jean-Pierre Raffa-

rin estimait que « les Français ont compris, si ce n'est

accepté, que ces sept heures de travail en plus permet-

taient de financer la solidarité1

» {Le Monde, 18 mai

2005). Mon boulanger vend ses pains au chocolat dans

des sachets qui portent l'inscription « Économie solidaire

et citoyenne — Pour les causes de l'enfance ». Il y a

quelque chose de malsain dans cette façon de s'affirmer

solidaires sans autre précision, c'est-à-dire évidemment

solidaires de nous autres — même s'il arrive qu'ensemble,

I - Personne à ma connaissance n'a rappelé que déjà l'ineffable Paul

Ramadier, alors ministre des Finances, avait créé dans les années

i960 la vignette automobile pour financer la solidarité avec les

vieux. On l'appelait à ses débuts la vignette des Weux.

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