Témoignage sur la justice algérienne

Par : D.Messaoudi Il y a deux ans, et après avoir déposé plainte au service d’hygiène de l’APC d’Aghbalou (Takerboust), à la brigade de gendarmerie de Chorfa, et même au procureur de la république auprès de la cour de Bouira, sans obtenir gain de cause, puisque aucun de ces autorités n’a jugé bon d’intervenir pour empêcher les marchants de poisson de déverser leurs déchets devant ma maison, j’ai alors pris la décision de me faire justice en renversant les cageots de poissons de ces marchants-là par terre. C’était un signe fort de protestation avec lequel je voulais à la fois dissuader les commerçants en cause et attirer l’attention des autorités locales. S’ensuit alors une bagarre où j’ai été même blessé au bras et aux côtes. Chose étonnante, bien qu’il ait réussi à dissuader pour quelques jours les marchants de poisson, mon geste a échoué de faire bouger les services d’hygiènes qui ont l’autorité et le devoir d’intervenir dans de pareilles situations. Plus étonnant encore, quelques jours après, j’ai reçu une convocation de la brigade de gendarmerie de Chorfa. Motif : agression contre les biens mobiliers d’un particulier. Pour me défendre, j’ai rappelé à la gendarmerie que j’ai déjà déposé plainte contre ces marchants bien avant qu’ils le fassent contre moi. Mais au lieu de chercher ma plainte dans leurs archives, ils insistent que je reconnaisse l’acte d’agression. Ce que j’ai fait tout en justifiant mon geste. Un PV a été alors rédigé et on m’a demandé d’attendre que je sois convoqué par la justice ! Quelques semaines après, la justice me convoque. Le procès aura lieu l’après-midi à partir de 13 heures. Eloigné de la ville de Bouira de plus de 45 kilomètres et non véhiculé, j’ai dû louer un taxi au prix de 1200 DA. Vers 13 heures et demi, une pile de dossiers haute d’environ un mètre a été déposée sur le bureau du juge. La séance ouverte, celui-ci commence alors à traiter les dossiers un à un. J’ai été stupéfié de la vitesse avec laquelle chaque affaire est traitée ; le juge semblait se soucier plus d’en finir avec la pile de dossiers que d’interroger et surtout d’écouter les parties en conflit pour distinguer le bourreau de la victime ! Dès lors, je commençais à craindre ne pas obtenir le temps nécessaire pour me défendre. A 17 heures et demi, et après avoir souffert toute une demi-journée assis sur un banc en bois, c’est enfin mon tour. Une fois devant le juge, je m’attendais à ce que celui-ci appelle la partie plaignante pour qu’il y ait une confrontation. Surprise ! Mon adversaire était absent. Pire encore, le juge ne me laisse aucune chance de parler pour expliquer ce que j’avais à expliquer ; il insistait uniquement que je confirme ce que j’ai déjà confirmé sur le PV de la gendarmerie. Une fois cela fait, le juge passe directement à la lecture du verdict final où j’ai été accusé d’agression et soumis au paiement d’une contravention de 2500 DA ! Chose encore plus étonnante dans la lecture du verdict, le juge a usé de la formule « après confrontation », or il n’y avait eu aucune confrontation en raison de l’absence du plaignant ! Je reviens donc chez moi déçus et ayant perdu, avec ma journée de travail, plus de 5000 DA. Depuis, je dois dire que j’ai perdu toute confiance en la justice algérienne que Benchicou a bien raison de qualifier de justice sans honneur, car sinon quel est le rôle d’une justice, si ce n’est distinguer le vrai du faux, le bourreau de la victime, et prendre ensuite une décision juste et indépendamment de toute pression humaine ou autre ?

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