Aujourd'hui l'abstraction n'est plus celle de la carte, du

double, du miroir ou du concept, La simulation n'est plus celle
d'un territoite, d'un être référentiel, d'une substance. Elle est la
génération par les modèles d'un réel sans otigine ni réalité :
hyperréel. Le territoire ne précède plus la carte, ni ne lui survit.
C'est désormais la carte qui précède le territoire - prlcmùm des
simulacres - c'est elle qui engendre le territoire et s'il fallait
reprendre la fable, c'est aujourd'hui le territoire dont les lambeaux
pourrissent lentement sur l'étendue de la carte. C'est le réel, et
non la carte, dont des vestiges subsistent çà et là, dans les déserts
qui ne SOnt plus ceux de l'Empire, mais le nôtre. Le désert du réel
"à-même,

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Jean Baudrillard
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Simulacres et simulation
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Galilée
© 1981, 9 rue Linnt, 7S00S Paris.
En de 1. loi du II mars 1957, il esl inle,dil dc fcproduile

ISBN2-7186-0210-tj ISSNOIS2-3678
La précession des simulacres
Le simlilacre n'est jamais ce qui cache la
vérité - c'est fa vérité qui cache qu'il n'yen a
pas.
Le simulacre est vrai.
l'Ecclésiaste
Si nous avons pu prendre pour la plus belle allé-
gorie de la simulation la fable de Borgès où [es carto-
graphes de l'Empire dressent une carte si détaillée
qu'elle finit par recouvrir très exactement le territoire
(mais le déclin de l'Empire voit s'effranger peu à peu
cette carte et tomber en ruine, quelques lambeaux érant
encore repérables dans les déserrs - beauté métaphy-
sique de cette abstraction ruinée, rémoignant d'un
orgueil à la mesure de l'Empire et pourrissant comme
une charogne, retournant à la substance du sol, un peu
comme le double finit par se confondre avec le réel en
vieillissant), cette fable est révolue POUt nous, et n'a
plus que le charme discret des simulacres du deuxième
ordre 1.
Aujourd'hui l'abstraction n'est plus celle de la
carte, du double, du miroir ou du concept. La simula-
tion n'est plus celle d'un territoire, d'un être référentiel,
d'une substance. Elle est la génération par les modèles
d'un réel sans origine ni réaliré : hyperréel. Le territoire
ne précède plus la carte, ni ne lui survit. C'est désormais
la carte qui précède le territoire - préceJsion des simu-
lacres -, c'est elle qui engendre le territoire et, s'il
fallait reprendre la fable, c'esr aujourd'hui le territoire
dont les lambeaux pourrissent lentement SUI l'l'rendue
de la carre. C'est le réel, et non la carte, dont des
tiges subsistent çà et là, dans les déserts qui ne SOnt
plus ceux de l'Empire, mais le nôtre. Le désert du réel
lui-même.
En fait, même inversée, la fable est inutilisable.
Seule subsiste peut-êt're l'allégorie de l'Empire. Car
c'est avec le même impérialisme que les simulateurs
actuels tement de faire coïncider le réel, tout le réel,
avec leurs modèles de simulation. Mais il ne s'agit plus
ni de carre ni de territoire. Quelque chose a disparu:
la différence souveraine, de l'une à l'autre, qui faisait le
charme de l'abstraction. Car c'est la différence qui fait
la poésie de la carte et le charme du territoire, la magie
du concept et le charme du réel. Cet imaginaire de la
représentation, qui culmine et à la fois s'abîme dans le
projet fou des cartographes d'une coextensivité idéale
de la carre et du territoire, disparaît dans la simulation
1. Cf. J. Baudrillard, L'échange Jymbo/ique et la mOTt,
«L'ordre des simulacres ", Paris, Gallimard, 1975.
10
_ dont l'opération est nucléaire et génétique, plus du
cour spéculaire et discursive. C'est toute la métaphysique
qui s'en va. Plus de mitoir de l'être et des
du réel et de son concept. Plus de coextenSlvlte Imagi-
naire: c'est la miniaturisation génétique qui est la
dimension de la simulation. Le réel est produit à partir
de cellules miniarurisées, de matrices et de mémoires,
de modèles de commandement - et il peur être repro-
duit un nombre indéfini de fois à partir de là. Il n'a
plus à être rationnel, puisqu'il ne se mesure plus à
quelque instance, idéale ou négative. Il n'est pl.us
qu'opérationnel. En fait, ce n'est plus du réel,
qu'aucun imaginaire ne l'enveloppe plus. C'est un
réel, produit de synthèse irradiant de combi-
natoires dans un hyperespace sans atmosphere.
Dans ce passage à un espace dont la courbure
n'est plus ceile du réel, ni celle de .la l'ère de
la simulation s'ouvre donc par une liqUldatlon de touS
les référentiels - pire: par leur résurrection artificielle
dans les systèmes de signes, matériau plus ductile que
le sens, en ce qu'il s'offre à tous les systèmes d'équiva-
lences, à toures les oppositions binaires, à toute l'algèbre
combinatoire. Il ne s'agit plus d'imitation, ni de redou-
blement, ni même de parodie. Il s'agit d'une
au réel des signes du réel, c'est-à-dire d'une opérauon
de dissuasion de tout processus réel par son double
opératoire, machine
matique, impeccable, qUI offre touS les signes re:1
et en court-circuite toutes les péripéties. Plus JamaIS
le réel n'aura l'occasion de se produire - telle est
la fonction virale du modèle dans un système de mort,
ou plutôt de résurrection anticipée qui ne laisse plus
aucune chance à j'événement même de la mort. Hyper-
11
réel désormais à l'abri de l'imaginaire, et de tome
distinction du réel et de l'imaginaire, ne laissant place
q.u'à la récurre.nec orbitale des modèles ct à la génération
simulée des différences.
L'irréférence divine des images
. est feindte de ne pas avoir cc qu'on
a. Simuler est femdre d'avoir ce qu'on n'a pas. L'un
renvoie à une présence, l'aUtre à une absence. Mais la
chose est plus compliquée, car simuler n'est pas feindre:
« Celui qui feint une maladie peut simplement se mettre
au lir et faire croire qu'il est malade. Celui qui simule
un.e maladie en détermine en soi quelques symptômes. "
(Littré.) Donc, feindre, ou dissimuler, laissent intact
le principe de réalité: la différence est toujours claire
elle n'est que masquée. Tandis que la simulation
en ,cause la différence du «vrai» et du "faux », du
« reel» et de l' "imaginaire ». Le simulateur est-il
n;alade ou non, puisqu'il produir de "vrais" symp-
romes? On ne peut ni le trairer objectivement comme
ni comme non-malade. la psychologie et la
médecine s'arrêtent là, devant une vériré de la maladie
inrrou:able. Car si n'importe quel symptôme
tx:ut etre « prodUit », et ne peut plus être reçu comme un
fait de alors toute maladie peur être considérée
comme slmulable et simulée, et la médecine perd son
sens, car elle ne sait trairer que les maladies" vraies»
par leurs causes objectives. la psychosomatique évolue
12
r
d'une façon louche aux confins du principe de maladie.
Quanr à la psychanalyse, elle renvoie le symptôme de
l'ordre organique à l'ordre inconscienr celui-ci de
nouveau est censé être "vrai ", plus vrai que l'autre
_ mais pourquoi la simulation s'arrêterait-elle aux
portes de l'inconscient? Pourquoi le «travail» de
l'inconscient ne pourrait-il être « produit» de la même
façon que n'importe quel symptôme de la médecine
classique? Les rêves le sont déjà.
Bien sûr, le médecin aliéniste prétend qu' « il
y a pour chaque forme d'aliénation mentale un ordre
particulier dans la succession des symptômes que le
simulateur ignore et dont l'absence ne saurait tromper
le médecin aliéniste ». Ceci (qui date de 1865) pour
sauver à tout prix le principe d'une vérité et échapper
à l'interrogation que pose la simulation - à savoir que
la vérité, la référence, la cause objective ont cessé d'exis-
tet. Or que peur faire la médecine avec ce qui flotte
en deçà ou au-delà de la maladie, en deçà ou au-delà de
la santé, avec le redoublement de la maladie dans un
discours qui n'est plus ni vrai ni faux? Que peut faire
la psychanalyse avec le redoublement du discours de
l'inconscient dans un discours de simulation qui ne peut
plus jamais être démasqué, puisqu'il n>est pas faux non
plus
2
?
Que peut faire l'armée avec les simulateurs?
Traditionnellement elle les démasque et les punit, scion
un principe clair de repétage. Aujourd'hui elle peut
réformer un très bon simulareut comme exactement équi-
2. Et qui, lui, n'est pas susœpcible de résolution dans
le transfert. C'est l'emmêlement de ces deux discoms qui rend
la psychanalyse interminable.
13
valent à un homosexuel, à un cardiaque ou à un fou
« vrais ». Même la psychologie militaire recule devant
les clartés cartésiennes et hésite à faire la distinction
du faux et du vrai, du symptôme «produit» et du
symptôme authentique. « S'il joue si bien au fou, c'est
qu'il l'est. » Et elle n'a pas tort : dans ce sens, tous
les fous simulent, et cette indistinction est la pire des
subversions. C'est contre elle que la taison classique
s'est armée de toutes ses catégories. Mais c'est elle
aujourd'hui qui de nouveau les déborde et submerge le
principe de vérité.
Au-delà de la médecine et de l'armée, terrains
d'élecrion de la simulation, l'affaire renvoie à [a religion.
er au simulacre de la divinité: «Je défendis qu'il y eût
dans les temples aucun simulacre parce que la divinité
qui anime la natute ne peur être représentée. » Juste-
ment elle le peut. Mais que devient-elle lorsqu'elle se
divulgue en icônes, lorsqu'elle se démultiplie en simu-
lacres? Demeure-t-elle l'instance suprême qui simple-
ment s'incarne dans les images en une théologie visible?
Ou bien se volatilise-t·elle dans les simulacres qui,
seuls, déploient leur faste et leur puissance de fasci-
narion - la machinerie visible des icônes se subsrituant
à l'Idée pure et intelligible de Dieu? C'est bien ce
dont avaient peur les iconoclasres, dont la querelle
millénaire esr encore la nôtre aujourd'hui'. C'est bien
parce qu'ils pressentaient cette toute-puissance des
simulacres, cette faculré qu'ils Ont d'effacer Dieu de la
conscience des hommes, et cette vérité qu'ils laissent
entrevoir, desrructrice, anéanrissante, qu'au fond Dieu
n'a jamais été, qu'il n'en a jamais existé que le simu-
3. Cf. M. Perniola, lcôneJ, Vùùms, Simulacres, p. 39,
14
lacre voire que Dieu lui-même n'a jamais été que son
simulacre - de là venait leur rage à
les images. S'ils avaient pu croite que celleS-CI ne faI-
saient qu'occulter ou masquer l'Idée platonicienne de
Dieu, il n'y avait pas de quoi les dérruire.
vivre de l'idée d'une vérité altérée, Mais leur desespolf
métaphysique venait de l'idée que les images ne
cachaient rien du tout, et qu'elles étaient en somme
non pas des images, teiles qu'en elles.-mêmes le mod.èle
original les change, mais bien des SImulacres parfaits,
rayonnants pour roujours leur
Or il faut conjurer à tout pnx cette mort du referentlel
divin.
On voit que les iconoclastes, qu'on accuse de
mépriser et de nier les images, étai
7
nt qui
accordaient leur juste prix, au conualre des Iconolatres
qui n'y voyaient que reflets et se de
vénérer Dieu en filigrane. Mais on peut dIre a 1Inverse
que les iconolâtres furent les esprits les plus moder-
nes, les plus aventureux, puisque, sous couleur
transparition de Dieu dans des lis
jouaient déjà sa mort et sa dlspatlt,lOo 1eplpha-
nie de ses représentations (dont lis savalCnt peut-
être qu'elles ne représentaient plus rien, qu'elles
un jeu pur, mais que c'était précisément là le ,eu
_ sachant aussi qu'il est dangereux de demasquer
les images, puisqu'elles dissimulent qu'il n'y a rien
derrière).
Ainsi feront les Jésuites, qui fonderont leur poli-
tique sur la disparition virtuelle Dieu et la
manipulation mondaine et spectaculaire des consCl.ences
_ évanescence de Dieu dans l'épiphanie du pouvOIr -,
fin de la transcendance qui ne sert plus que d'alibi à
15
une stratégie tour à fait libte des influences et des
signes. Derrière le batoque des images se cache l'émi-
nence grise de la politique.
Ainsi l'enjeu aura toujours été la puissance meur-
trière des images, meurtrières du réel, meurtrières de
leur propre modèle, comme les icônes de Byzance pou-
vaient l'êrre de l'identité divine. A cette puissance
meurtrière s'oppose celle des représentations comme
puissance dialectique, médiation visible et intelligible
du Réel. Toute la foi et la bonne foi occidentale se sont
engagées dans ce pari de la représentation: qu'un
signe puisse renvoyer à la profondeur du sens, qu'un
signe puisse J'échanger contre du sens et que quelque
chose serve de caution à cet échange - Dieu bien sûr.
Mais si Dieu lui-même peut être simulé, c'est-à-dire se
réduire aux signes qui en font foi? Alors tout le système
passe en apesanteur, il n'est plus lui-même qu'un gigan-
tesque simulacre - non pas irréel, mais simulacre,
c'est-à-dire ne s'échangeant plus jamais contre du réel,
mais s'échangeam en dans un circuit ininter-
rompu dont ni la référence ni la circonférence ne SOnt
nulle part.
Telle est la simulation, en ce qu'elle s'oppose à
la représentation. Celle-ci part du principe d'équiva-
lence du signe et du réel (même si cette équivalence
est mopique, c'est un axiome fondamental), La simula-
tion part à l'inverse de l'utopie du principe d'équi-
valence, part de la nfgation radicale du signe comme
valeur, part du signe comme réversion et mise à mort
de toute référence. Alors que la représentation tente
d"absorber la simulation en l'interprétant comme fausse
représentation, la simulation enveloppe tout l'édifice de
la représentation lui-même comme simulacre.
16
Telles seraient les phases successives de l'image:
- elle est le reRet d'une réalité profonde
- elle masque et dénature une réalité profonde
- elle masque l'absence de réalité profonde
- elle est sans rapport à quelque réalité que ce soit:
elle est son propre simulacre pur.
Dans le premier cas, l'image est une bonne
apparence - la représentation est de l'ordre du sacre-
ment. Dans le second, elle est une mallvaise
rence - de l'ordre du maléfice. Dans le troisième, elle
jOlie à être une apparence - elle est de l'ordre du
sortilège. Dans le quatrième, elle n'est plus du tout de
l'ordre de l'apparence, mais de la simulation.
Le passage des signes qui dissimulent quelque
chose aux signes qui dissimulent qu'il n'y a rien, marque
le tournant décisif. Les premiers renvoient à une théo-
logie de la vérité et du secret (dont fait encore partie
l'idéologie). Les seconds inaugurent l'ère des simulacres
et de la simulation, où il n'y a plus de Dieu pour recon-
naître les siens, plus de Jugement dernier pour séparer
le faux du vrai, le rée! de sa résutrection artificielle, car
tout est déjà mort et ressuscité d'avance.
Lorsque le réel n'est plus ce qu'il était, la nostal-
gie prend tOut son sens. Surenchère des mythes d'ori-
gine et des signes de réalité. Surenchère de vérité,
d"objectivité et d"authenticité secondes. Escalade du vtai,
du vécu, résurrection du figuratif là où l'objet et la
substance ont disparu. Production affolée de réel et de
référentiel, parallèle et supérieure à l'affolement de la
production matérielle: telle apparaît la simulation dans
la phase qui nous concerne - une stratégie du réel, de
néo-réel et d'hyperréel, que double partout une stratégie
de dissuasion.
17
Ramsès, Of{ la rémrrection en rose
L'ethnologie a frôlé sa mort paradoxale le jour
de 1971 où le gouvernement des Philippines décida
de rendre à leur primirivité, hors d'atteinte des colons,
des touristes et des ethnologues, les quelques dizaines
de Tasaday qu'on venair de découvrir au fond de la
jungle, où ils avaient vécu pendant huit siècles sans
contact avec le reste de l'espèce. Ceci à Ilnitiative des
anthropologues eux-mêmes, qui voyaient à leur cOntaet
les indigènes se décomposer immédiatement, comme
une momie à l'air libre.
Pour que vive l'erhnologie, il faut que meure
son objet, lequel se venge en mourant d'avoir été
« découvert» et défie par sa mort la science qui veut le
saisir.
Toute science ne vit-elle pas sur ce glacis para-
doxal auquel la vouent l'évanescence de son objet dans
son appréhension même, et la réversion impitoyable
qu'exerce sur elle cet objet mort? Telle Orphée, elle
se retourne toujours trop tôt, et, telle Eurydice, son
objet retombe aux Enfers.
C'est contre cet enfer du paradoxe que les
ethnologues Ont voulu se prémunir en refermant le
cordon de sécurité de la forêt vierge autour des Tasaday.
Personne n'y touchera plus: le gisement se referme
comme une mine. La science y perd un capital précieux,
mais l'objet sera sauf, perdu pour elle, mais intaCt en
sa « virginité ". Il ne s'agit pas d'un sacrifice (la science
ne se sacrifie jamais, elle est toujours meurtrière), mais
du sacrifice simulé de son objet afin de sauver son prin-
l8
cipe de réalité. Le Tasaday congelé dans son essence
naturelle va lui servir d'alibi parfait, de caution étet-
nelle. Ici commence une anri-ethnologic qui n'en finira
plus et dont ]auJin, Castaneda, Clastres sont des témoi-
gnages variés. De toute façon, l'évolution logique d'une
science est de s'éloigner toujours davantage de son
objet, jusqu'à se passer de lui: son autonomie n'en est
que plus famastique, elle atteint à sa forme pure.
L'Indien ainsi renvoyé au ghetto, dans le cer-
cueil de verre de la forêt vierge, redevient le modèle de
simulation de toUS les Indiens possibles d'avant l'ethno-
logie. Celle-ci se donne ainsi le luxe de s'incarner
au-delà d'elle-même, dans la réalité .. brute .. de ces
Indiens tout entiers réinventés par elle - des Sauvages
qui doivent à l'ethnologie d'être encore des Sauvages:
quel retournement, quel triomphe pour cette science
qui semblait vouée à les détruire!
Bien sûr, ces Sauvages-là sont posthumes
gelés, cryogénisés, stérilisés, protégés à mort, ils SOnt
devenus des simulacres référentiels, et la science elle-
même est devenue simulation pure. Même chose au
Creusot, dans le cadre du musée or éclaté .. où on a
muséifié sur place comme témoins «historiques» de
leur époque des quartiers ouvriers entiers, des zones
métallurgiques vivantes, une culture tOut entière,
hommes, femmes, enfants compris - gestes, langages,
usages compris, fossilisés vivants comme dans une prise
de vue. Le musée, au lieu d'être circonscrit comme lieu
géométrique, est partout désormais, comme une dimen-
sion de la vie. Ainsi l'ethnologie, au lieu de se cir-
conscrire comme une science objective, va désotmais,
libérée de son objet, se généraliser à toutes choses
vivantes et se faire invisible, comme une quatrième
19
dimension partout présente, celle du simulacre. Nom
sommes tous des Tasaday, des Indiens redevenus ce
quïls étaient, c'est-à-dite tels qu'en eux-mêmes l'ethno-
logie les a changés - Indiens simulacres qui procla-
ment enfin la vérité universelle de l'ethnologie.
Nous sommes tous passés vivants dans la lumière
spectrale de l'ethnologie, ou de l'ami-ethnologie qui
n'est que la fotme pute de l'ethnologie triomphale, sous
le signe des différences mortes, et de la résurrection des
différences. II est donc d'une grande naïveté d'allet
chercher l'ethnologie chez les Sauvages ou dans quelque
Tiers Monde - elle est ici, partout, dans les métropoles,
chez les Blancs, dans un monde tout entier recensé,
analysé, puis reJ1Jt1âté artificiellement JOUS fu upèceJ
du réel, dans un monde de la simulation, de l'hallucina-
tion de la vérité, du chantage au réel, du meurtre de
toute forme symbolique et de sa rétrospection hysté-
rique, historique - meurtre dom les Sauvages, noblesse
oblige, Ont fait les frais les premiers, mais qui s'est
depuis longtemps élargi à rouees les sociétés occiden-
tales.
Mais du même coup l'ethnologie nous livre sa
seule et dernière leçon, le secret qui la tue (et que les
Sauvages connaissent bien mieux qu'elle) : la vengeance
du mort.
L'enfermement de l'objet scientifique esr égal à
celui des fous et des morts. Et de même que la
société entière est irrémédiablement contaminée par
ce miroir de la folie qu'elle s'est clic-même tendu, ainsi
la science ne peut que mourir contaminée par la mort
de cet objet qui est son miroir inverse. C'est elle qui
le maîtrise en apparence, mais c'est lui qui l'investit
en profondeur, selon une réversion inconsciente, ne
20
donnant que des réponses mOrtes et circulaires à une
interrogation mOrte ec circulaire.
Rien ne change lorsque la société brise le miroir
de la folie (abolit les asiles, rend la parole aux fous, etc.)
ni quand la science semble briser le miroir de son objec-
tivité (s'abolir devant son objec, comme chez Casta-
neda, etc.) er s'incliner devant les «différences... A
la forme de renfermement succède celle d'un dispositif
innombrable, diffracté, démultiplié. A mesure que l'eth-
nologie s'effondre dans son inscirution classique, elle se
survit dans une ami-ethnologie dont la tâche est de
réinjecter partout de la différence-fiction, du Sauvage-
ficrion, pour cacher que c'est ce monde-ci, le nôtre,
qui est redevenu sauvage à sa façon, c'est-à-dire dévasté
par la différence et par la mort.
C'est de la même façon, sous le prétexte de
sauver l'original, qu'on a interdit les grottes de Lascaux
aux visiteurs, mais qu'on en a construit l'exacte réplique
à cinq cents mètres de là, pour que touS puissent les
voir (on jette un coup d'œil par le judas sm la grotte
authentique, puis on visite l'ensemble reconstitué). Il
est possible que le souvenir même des grottes d'origine
s'estompe dans l'esprit des générations futures, mais
il n'y a d'ores et déjà plus de différence: le dédouble-
ment suffit à les renvoyer toutes deux dans l'artificiel.
Ainsi toute la science et la technique se sont
mobilisées récemment pour sauver la momie de Ram-
sès JI, après l'avoir laissée pourrir quelques dizaines
d'années au fond d'lm musée. L'Occident est saisi de
panique à ridée de ne pouvoir sauver ce que l'ordre
symbolique avait su conserver pendant quarante siècles,
mais loin du regard et de la lumière. Ramsès ne signifie
rien pour nous, seule la momie est d'un prix inesti-
21
mable, car elle est cc qui garantit que l'accumulation a
un sens. Toute notre culture linéaire et accumulative
s'effondre si nous ne pouvons pas stocker le passé en
pleine lumière. Pour cela il faut sottit les Pharaons de
leur rombe et les momies de leur silence. Pour cela il
faut les exhumer et leur rendre les honneurs militaires.
Elles SOnt du même coup la proie de la science et des
vers. Seul le secret absolu leur assurait cette puissance
millénaire - maÎtrise de la pourriture qui signifiait la
maîtrise du cyde total des échanges avec la mort. Nous
ne savons plus que mettre notre science au service de la
réparation de la momie, restaurcr un orclte
visible, alors que l'embaumement était un travail myrhi-
que visant à immortaliser une dimension cachée.
Il nous faut un passé visible, un COntinuum
visible, un mythe visible de l'origine, qui nous rassure
sur nos fins. Car nous n'y avons au fond jamais cru.
D'où cette scène historique de la réception de la momie
à l'aéroport d'Orly. Parce que Ramsès était une grande
figure despotique et militaire? Certes. Mais surtout
parce que notre culture rêve, derrière cette puissance
défunte qu'elle cherche à annexer, d'un ordre qui
n'aurait rÎen eu à voir avec elle, et elle en rêve parce
qu'clle l'a exrerminé en l'exhumant C01mne son propre
passé.
Nous sommes fascinés par Ramsès comme les
chrétiens de la Renaissance l'étaient par les Indiens
d'Amérique, ces êtres (humains ?) qui n'avaient jamais
connu la parole du Christ, JI y a eu ainsi, dans les
débuts de la colonisation, un moment de stupeur et
d'éblouissement devant cette possibilité même d'échap-
per à la loi universel1c de l'Evangile. De deux choses
l'une alors: ou on admertait que cetre Loi n'était pas
22
universelle, ou on exterminait les Indiens pour effacer
les preuves. En général, on se contentait de les convertir,
ou même simplement de les découvrir, ce qui suffirait
à leur extermination lente,
Ainsi, îI aura suffi d'exhumer Ramsès pour
l'exterminer en le muséifiant. Car les momies ne
rissent pas par les vers: elles meurent de transhumer
d'un ordre lem du symbolique, maître de la pourriture
et de la morr, vets un ordre de l'hisroire, de la science
et du musée, le nôtre, qui ne maîtrise plus rien, qui
ne sait que vouer ce qui l'a précédé à la pourriture et
à la mort et chercher ensuite à le ressusciter par la
science. Violence irréparable envers tous les secrets,
violence d'une civilisation sans secret, haine de toute
une civilisation contre ses propres bases.
Et tout comme pour l'ethnologie jouant à se
dessaisir de son objet pour mieux s'assurer dans sa
forme pure, ainsi la démuséification n'est qu'une spirale
de plus dans l'artificialité. Témoin le cloître de Saint-
Michel de Cuxa, qu'on va rapatrier à grands frais des
C10ysters de New York pour le réinstaller dans « son
site original », Et tous d'applaudir à certe resritution
(comme à l' «opération expérimenrale de reconquête des
trottoirs" des Champs-Elysées n. Or, si l'exportation
des chapiteaux fur en effet un acte arbitraire, si les
C10ysrers de New York SOnt bien unc mosaïquc
cielle de toures les cultures (selon une logique de la cen-
tralisation capitaliste de la valeur), la réimportarion sur
les licux d'origine, elle, est encore plus artificielle: c'est
le simulacre total qui rejoint la «réalité» par une
circonvolution complète.
Le cloître eûr dû rester à New York dans une
ambiance simulée qui du moins ne trompair personne.
23
Le rapatrier n'est qu'un subterfuge supplémentaire, pour
faire comme si rien ne s'était passé et jouir de J'hallu-
cination rétrospective,
Ainsi, les Américains se flattent d'avoir ramené
le nombre des Indiens à celui qu'il était avant la
Conquête. On efface tour et on tecommence. Ils se flat-
tent même de faire mieux et de dépasser le chiffre
originel. Ce sera la preuve de la supériorité de la civili-
sation; elle produira plus d'Indiens que ceux-ci n'étaient
capables de le faire. (Par une dérision sinistre, cette
surproduction est encore une f.'lçon de les dérruire : car
la culture indienne, comme toute culrure rribale, repose
sur la limiration du groupe et le refus de toure crois-
sance « libre », comme on le voir dans Ishi. Ji Ya donc
là, dans leur « promotion» démographique, un pas
de plus dans J'extermination symbolique,)
Ainsi partout nous vivons dans un univers étran-
gement semblable à l'original - les choses y SOnt
doublées par leur propre scénario. Mais ce double ne
signifie pas, comme dans la tradition, l'imminence de
leur mOrt - elles SOnt déjà exputgées de leur mOrt,
et mieux encore que de leur vivant; plus souriantes,
plus authentiques, dans la lumière de leur modèle, tels
les visages des funeral homes.
Hyperréel et imaginaire
Disneyland est un modèle parfait de tous les
simulacres enchevêtrés. C'est d'abord un jeu
d illUSIOns et de phantasmes; les Pirates, la Frontière,
24
le Future World, etc. Ce monde imaginaire est censé
faire le succès de l'opération. Mais ce qui attire les
foules, c'est sans doure bien davantage le microcosme
social, la jouissance religieuse, miniaturisée, de l'Amé-
rique réelle, de ses contraintes et de ses On parque
à l'extérieur, on fait la queue à l'intérieur, on vous
abandonne totalement à la sortie. La seule fantasma-
gorie, dans ce monde imaginaire, est celle de la tendresse
et de la chaleur inhérente à la foule, et celle d'un nombre
suffisant er excessif de gadgets propres à entretenir
l'affect mulritudinaire, Le contraste avec la solitude
absolue du parking - véritable camp de concentra-
tion - est roral. Ou plurôt : à l'intérieur, rout un
éventail de gadgets magnédse la foule en des flux diri-
gés - à l'extérieur, solitude dirigée sur un gadget.:
l'automobile, Par une extraordinaire coïnCIdence (mais
cela tient sans doute de l'enchantement propre à cet
univers), ce monde enfanrin surgelé se trouve avoir éré
conçu et réalisé par un homme lui-même aujourd'hui
cryogénisé: Walt Disney, qui attend sa résurrection par
moins 180 degrés centigrades,
Partour donc à Disneyland se dessine le profil
objectif de l'Amérique, jusque dans la morphologie des
individus et de la foule. Toutes les valeurs y sont exal-
tées par la miniature et la bande dessinée. Embaumées et
pacifiées. D'où la possibilité (L. Marin l'a très bien fait
dans Utopiques, jeux d'espaces) d'une analyse idéologique
de Disneyland: digest de i'american way of life, pané-
gytique des valeurs américaines, transposirion idéa-
lisée d'une réalité contradictoire. Certes, Mais ceci cache
autre chose Ct cette trame «idéologique» sert elle-
même de couverture à une simulation de troisième
ordre: Disneyland esr là pour cacher que c'est le pays
25
« réel,." toute l'Amérique « réelle» qui est Disneyland
(un peu comme les prisons SOnt là pour cacher que
c'est le social tout entier, dans son omniprésence banale,
qui est carcéral), Disneyland est posé comme imaginaire
afin de faire croire que le reste est réel, alors que tout
Los Angeles et l'Amérique qui l'entoure ne sont déjà
plus réels, mais de l'ordre de l'hyperréel et de la simu-
lation, Il ne s'agit plus d'une représentation fausse de
la réalité (l'idéologie), il s'agit de cacher que le réel
n'est plus le réel, et donc de sauver le principe de
réalité,
L'imaginaite de Disneyland n'est ni vrai ni
faux, c'est une machine de dissuasion mise en scène
pour tégénérer en contre-champ la fiction du réeL D'où
la débilité de cet imaginaire. sa dégénétescence infantile,
Ce monde se veut enfantin pour faire croire que les
adultes SOnt ailleurs. dans le monde « réel ». et pour
cacher que la véritable infantilité est partout, et c'est
celle des adultes qui viennent jouer ici à
l'enfant pour faite illusion sur leur infantilité réelle.
Disneyland n'est d'ailleurs pas le seuL
ted Village, Magic Mountain, Matine World Los
Angeles est encerclée de ces sortes de centrales imagi-
naites qui alimentent en réel, en énergie du réel une
ville dont le mysrère est justement de n'être plus qu'un
réseau de circulation incessante, itréelle - ville d'une
étendue fabuleuse, mais sans espace, sans dimensions.
Autant que de centrales électriques et atomiques, autant
que de studios de cinéma, cene ville, qui n'est plus
elle-même qu'un immense scénario, et un travelling
perpétuel, a besoin de ce vieil imaginaire comme d'un
système nerveux sympathique, fait de signaux d'enfance
et de phantasmes truqués.
26
Disneyland: un espace de régénération de l'ima-
ginaire comme ailleurs, et ici même, les usines de traite-
ments de déchets. Partout il faut aujourd'hui recycler
les déchets, et les rêves, les phantasmes - l'imaginaite
historique, féerique, légendaire des enfants et des adultes
est un déchet, la première grande déjection toxique
d'une civilisation hyperréelle. Disneyland est le proto-
type de cene fonction nouvelle sur le plan mental.
Mais du même ordte sont rous les instituts de tecyclage
sexuel, psychique, somatique, qui puUulent en Cali-
fornie. Les gens ne se regardent plus, mais il y a des
instituts pour ça. Ils ne se touchent plus, mais il y a la
contactorhérapie. Ils ne marchent plus, mais ils font
du jogging, erc. Partout on recycle les facultés perdues,
ou le corps perdu, ou la socialité perdue, ou le goût
perdu de la nourriture. On réinvente la pénurie,
l'ascèse, la naturalité sauvage évanouie: natural food,
health food, yoga. Se vérifie, mais au second niveau,
l'idée de Marshall Sahlins, selon qui c'est l'économie
de matché, et non du tout la nature, qui sécrète la
pénurie: ici, aux confins sophistiqués d'une économie
de marché triomphale, se réinvente une pénurie/signe,
une pénurie/simulacre, un comportement simulé de
sous-développé (y compris dans l'adoption des thèses
marxistes) qui, sous couleur d'écologie, de crise de
l'énergie et de ctitique du capital, ajoute une dernière
auréole ésOtérique au triomphe d'une culture exotérique.
Peut-être cependant une catastrophe mentale, une
implosion et une involution mentale sans précédent
guettent-elles un système de ce genre, dont .les signes
visibles seraient cene obésité étrange, ou l'mcroyable
cohabitation des théories et des pratiques les plus
bizarres, répondant à l'invraisemblable coalition du
27
luxe, du ciel et du fric, à l'invraisemblable matérialisa-
tion luxueuse de la vie et aux contradictions introuva-
bles,
Uincantation politique
:Watergate. Même scénario qu'à Disneyland
(effet d'Imaginaire cachant qu'il n'y a pas plus de réalité
au-delà qu'en deçà des limites du périmètre artificiel) :
ici effet de scandale cachant qu'il n'y a aucune différence
entre les faits et leur dénonciation (méthodes identiques
chez les hommes de la CJA et chez les journalistes
du Washington Post). Même opération, tendant à régé-
nérer à travers le scandale un principe moral et politique,
à travers l'imaginaire un principe de réalité en perdition.
La dénonciation du scandale est toujours un
hommage rendu à la loi, Et Watergare a surtout réussi
à imposet l'idée que Watergate était un scandale
- dans ce sens ç'a été une opération d'intoxication pro-
digieuse. Une bonne dose de réinjecrion de morale
politique à l'échelle mondiale. On pourrait dire avec
Bourdieu: {( Le propre de tour rapport de forces est
de se dissimuler en tant que rel et de ne prendre toute
sa force que parce qu'il se dissimule en tant que tel",
en l'entendant ainsi: le capital, immoral et sans scru-
pules, ne peur que s'exercer derrière une superstructure
morale, et quiconque régénère cetre moralité publique
(par l'indignation, la dénonciation, etc.) travaille spon-
tanément. pour l'ordre du capital. Ainsi les journalistes
du Washmgton Post,
28
Mais ceci ne serait encore que la formule de
l'idéologie, et quand Bourdieu l'énonce, il sous-entend
le « rapport de force» comme vérité de la domination
capitaliste, et il dénonce ce rapport de force l u i - ~ ê m e
comme scandale - il est donc dans la même pOSition
déterministe et moraliste que les journalistes du
Washington Post. Il fait le même travail de purge et de
relance d'un ordre moral, d'un ordre de vérité où
s'engendre la véritable violence symbolique de l'ordre
social, bien au-delà de rous les rapports de force, qui
n'en sont que la configuration mouvante et indifférence
dans la conscience morale et politique des hommes.
Tout ce que le capital nous demande: c'est de
le recevoir comme rarionnel ou de Ic combattre au nom
de la rarionalité, dc le recevoir comme moral 0" de le
combattre au nom de la moralité, Car c'est la même
chose, ce qui peut se lire sous une autre forme: jadis on
s'employait à dissimuler un scandale - aujourd'hui
on s'emploie à cacher que ce n'en est pas un,
Watergate n'est pas un scandale, c'est ce qu'il
faut dire à tout prix, car c'est ce que tout le monde
s'cmploie à cacher, cette dissimularion masquant un
approfondissement de la moralité, de la panique morale
au fur et à mesurc qu'on s'approche de la (mise en)
scène primitive du capiral : sa cruauté instantanée, sa
férocité incompréhensible, son immoralité fondamen-
tale - c'est ça qui est scandaleux, inacceptable pour
le système d'équivalence morale et économique qui est
l'axiome de la pensée de gauche, depuis la théorie des
Lumières jusqu'au communisme. On impute cerre pen-
sée du contrat au capical, mais lui s'en four absolu-
ment - il est L1ne entteprise monstrueuse, sans prin-
cipes, un point c'est tout. C'est la pensée « éclairée"
29
qui cherche à le contrôler en lui imposant des règles.
E,t tou.te la. qui tient lieu de pensée
revolut/onnalre aujourd'hui à incriminer le capi-
de ne pas sUivre la règle du jeu. «Le pouvoir est
mjuste, sa. justice est une justice de classe, le capital
nous exploite, etc. " - comme si le capital était lié par
un contrat à. la régit. C'est la gauche qui
au le miroir de l'équivalence en espérant
qu Ji va s y prendre, se prendre à cette fantasmagorie du
contrat social et remplir ses obligations envers la société
entière (du même coup, pas besoin de révolution: il
suffit que le capital se range à la formule rationnelle de
l'échange).
Le capital, lui, n'a jamais été lié par contrat à
cette société qu'il domine. Il est une sorcellerie du
rapport social, il esr un défi à la société et il doit lui
être répondu comme tel. Il n'est pas 'un scandale à
s:lo,o la rationalité morale ou économique,
li est un defi a relever selon la règle symbolique.
La négativité en spirale - moebius
Wat,ergate n'a été qu'un piège tendu par
le système a ses adversaires - simulation de scandale
à des fins régénératrices. Ceci est incarné dans le film
par le personnage de « Deep Throat ", dont on a dit
qu'il érait l'éminence grise des républicains manipulant
journalisres de gauche pour se débarrasser de
Nixon - pourquoi pas? Toutes les hypothèses SOnt
30
possibles, mais celle-ci est superRue : la gauche fait très
bien d'elle-même, et spontanément, le travail de la
droire. Il serait d'ailleurs naïf de trouver là une amère
bonne conscience. Car la droite fait elle aussi spomané-
mem le travail de la gauche. Toutes les hypothèses de
manipulation sont réversibles dans uo tourniquet sans
fin. Car la manipulation est une causalité Rorrame où
posirivité et négativité et ,se recouv,ren;,
OlJ il n'est plus d'actif 01 de pasSIf. C est par 1arret
arbitraire de cette causalité tournoyante que peut être
sauvé un principe de réalité politique. C'est par simula-
tion d'un champ perspectif restreint, conventionnel, où
les prémisses et les conséquences d>un acte ou d'un
événement sont calculables, que peut se maintenir une
vraisemblance politique (et bien sûr l'analyse « objec-
tive ", la lutte, erc.). Si on envisage le cycle entier de
n'importe quel acte ou événemem dans un système où
ia continuité linéaire et la polarité dialectique n'existent
plus, dans un champ détraqué par la simulation, toute
détermination s'envole, tout acte s'abolit au terme du
cycle en ayant profité à tout le monde et s'étant ventilé
dans toutes les directions.
Tel attentat à la bombe en Italie est-il le fait
des extrémistes de gauche, ou provocation d'extrême
droite, ou mise en scène centriste pour
tOUS les extrêmes terroristes et ravaler son pouvoir
chancelant, ou encore scénario policier et chantage
à la sécurité publique? Tout cela esr vrai en même
remps, et la recherche de la preuve, voire l'objectivité
des faits, n'arrête pas ce vertige de l'interprétation.
C'est que nous sommes dans une logique de la simu-
lation, qui n'a plus rien à voir avec une logique des
faits et un ordre des raisons. La simulation se caractérise
3l
par une précession du modèle, de tous les modèles
sur le moindre fait - les modèles som là d'abord leur
circulation, orbitale comme celle de la bombe, con;titue
le véritable champ magnétique de l'événement. Les faits
n'ont plus de trajectoire propre, ils naissent à l'inter-
section des modèles, un seul fait peut être engendré par
tOuS les modèles à la fois. Cette anticipation, cette
précession, ce court-circuit, certe confusion du fait avec
son modèle (plus d'écart de sens, plus de polarité dialec-
tique, plus d'électricité négative, implosion des pôles
antagonistes), c'est elle qui laisse place à chaque fois
à interprétations possibles, même les plus
conrradlctOires - toutes vraies, au sens où leur vérité
est de s'échanget, à l'image des modèles dom elles
procèdent, dans un cycle généralisé.
les communistes s'en prennent au parti socia-
liste comme s'ils voulaient briser l'Union de la gauche.
Hs accréditent J'idée que ces résistances viendraient
d'une exigence politique plus radicale. En fait, c'est
parce qu'ils ne veulent pas du pouvoir. Mais n'en veu-
lent-ils pas dans cette conjoncture, défavorable pour la
gauche en général, ou défavorable pour eux à j'intérieur
de l'Union de la gauche - ou n'en plus,
par définition? Quand Berlinguer déclare: « Il ne faut
pas avoir peur de voir les communistes prendre le pou-
voir en Italie », ceci signifie à la fois:
- qu'il n'y a pas à avoir peur, puisque les communistes,
s'ils arrivent au pouvoir, ne changeront rien à son
mécanisme capitaliste fondamental;
- qu'il n'y a aucun risque qu'ils arrivent jamais au
pouvoir (pour la raison qu'ils n'en veulent pas) _ et
même s'ils l'occupent, ils ne feront jamais que
l'exercer par procuration;
32
_ qu'en fait, le pouvoir, un véritable pouvoir n'existe
plus, et donc aucun risque à ce que quiconque le
prenne ou le reprenne;
_ mais encore: Moi, Berlinguer, n'ai pas peur de voit
les communistes prendre le pouvoir en Italie - ce
qui peut paraître évident, mais pas tant que ça,
puisque
_ ça peut vouloir dire le contraire (pas besoin de psy-
chanalyse pour ça) : j'ai peur de voir les commuOistes
prendre le pouvoir (et il y a de bonnes raisons à
cela, fût-cc pour un communiste).
Tour cela est vrai simultanément. C'est le secret
d'un discours qui n'est plus seulement ambigu, comme
peuvent l'être les discours politiques, mais qui traduit
l'impossibilité d'une position déterminée de pouvoir,
l'impossibilité d'une position déterminée de discours,
Et cette logique n'est ni d'un parti ni de l'autre. Elle
traverse touS les discours sans qu'ils le veuillent.
Qui dénouera cet imbroglio? Le nœud gordien
pouvait au moins se trancher. La bande de Moebius,
elle, si on la divise, résulte en une spirale supplémen-
taire sans que soit résolue la réversibilité des surfaces
(ici la continuité réversible des hypothèses). Enfer de la
simulation, qui n'est plus celui de la torture, mais de
la torsion subtile, maléfique, insaisissable, du sens
4
_ où même les condamnés de Burgos sont encore un
cadeau fait par Franco à la démocratie occidentale qui
trouve l'occasion de régénérer son propre humanisme
chancelant, et dont la ptotestation indignée en retour
consolide le régime de Franco en soudant les masses
--4.Ceci ne résulte pas forcément en un désespoir du
sens, mais aussi bien en une de sens, de non-sens,
de plusieurs sens simultanés qui se détrUIsent.
33
espagnoles contre cette intervention étrangère? Où est
la vérité dans tOut cela, quand de telles complicités
se nouent admirablement à l'insu même de leurs
auteurs?
Conjonction du système et de son extrême alter-
native comme des deux extrémités d'un miroir courbe
courbure « vicieuse" d'un espace politique désarmai;
aimanté, circularisé, rêversibilisé de ia droite à la gauche,
tOrsion qui est comme le malin génie de la commu-
tation, toUt le système, l'infini du capital, s'est replié
sur sa propre surf,1.ce : transfini? Et n'en est-il pas de
même du désir Ct de l'espace libidinal? Conjonction du
désir et de la valeur, du désir et du capital. Conjonction
du et de la loi, jouissance ultime métamorphose
de la 101 (ce pourquoi elle est si généreusement à J'ordre
du jour) ; seul le capital jouit, disait Lyotard, avant de
penser désormais ,que nous jouissons dans le capital.
Atterrante versatilIté du désir chez Deleuze, retourne-
ment énigmatique qui porte le désir « révolutionnaire
par lui-même, et comme involontairement, en voulant
ce qu'il veut", à vouloir sa propre répression et à
investir des systèmes paranoïaques et fascistes? Torsion
maligne qui renvoie cette révolution du désir à la même
ambiguïté fondamentale que l'autre, la révolution histo-
rique.
Tous les référentiels mêlent leurs discours dans
une compulsion circulaire, moebienne. Sexe et travail
furent il n'y a pas si longtemps des termes farouchement
opposés; ils se résolvent tous les deux aujourd'hui dans
le même type de demande. Jadis le discours sur l'histoire
prenait sa force de s'opposer violemment à celui de
nature, celui de désir à celui de pouvoir _ aujourd'hui
ils échangent leurs signifiants et leurs scénarios.
34
Il serait trop long de parcourir tout l'éventail de
la négativité opérationnelle, de tous ces scénarios de
dissuasion qui, tel Watergate, tentent de régénéter un
principe moribond par le le phantasme, le
meurtre simulés - sorte de traItement hormonal par la
négativité et par la crise. Il toujours de faire .la
preuve du réel par l'imaginaIre, la preuve de la vé.nté
par le scandale, la preuve de la loi par la
la preuve du travail par la grève, la preuve du systeme
par la crise et celle du capital par la révolution, comme
ailleurs (les Tasaday) la preuve de l'ethnologie par la
dépossession de son objet - sans compter;
la preuve du théâtre par l'anti-théâtre,
la preuve de l'art par l'anti-art,
la preuve de la pédagogie par l'anti-pédagogie,
la preuve de la psychiatrie par l'anti-psychiarrie,.etc.
Tour se métamorphose en son terme Inverse
pour sc survivre dans sa forme expurgée. Tous les
pouvoirs, toutes les institutions parlent par
dénégation, pour tenter par simulation de mort d echap-
per à leur agonie réelle. Le pouvoir peut mettre en
scène son propre meurtre pour retrouver une lueur
d'existence et de légitimité. Ainsi des présidents améri-
cains: les Kennedy mouraient parce qu'ils avaient
encore une dimension politique. Les autres, Johnson,
Nixon, Ford, n'ont eu droit qu'à des attentats fantoches,
à des meurtres simulés. Mais il leur fallait quand même
cette aura d'une menace artificielle pour cacher qu'ils
n'étaient plus que des de pouvoir. Le
devait mourir jadis (1e dieu aUSSI), c'était là sa PUIS-
sance. Aujourd'hui il s'efforce misérablement de faire
semblant de mourir, afin de préserver la grâce du
pouvoir. Mais celle-ci est perdue.
35
Chercher du sang frais dans sa propre mort,
relancer le cycle par le miroir de la crise, de la négativité
et de ranti-pouvoir : seule solution-alibi de tOUt pouvoir,
de toute institution tentant de briser le cercle vicieux
de son irresponsabilité et de son inexistence fondamen-
tale, de son déjà-vu et de son déjà-mort.
La stratégie du réel
Du même ordre que l'impossibilité de retrouver
un niveau absolu du réel est l'impossibilité de mettre en
scène l'illusion. L'illusion n'est plus possible, parce que
le réel n'est plus possible. C'est tout le problème
politique de la parodie, de l'hypersimulation ou simula-
tion offensive, qui est posé.
Par exemple: il serait intéressant de voir si
l'appareil répressif ne réagirait pas plus violemment à
un hold-up simulé qu'à un hold-up réd? Car celui-ci
ne fait que déranger l'ordre des choses, le droit de
propriété, tandis que l'autre attente au principe même
de réalité. La transgression, la violence som moins graves
car elles ne contesœnt que le partage du réel. La simu-
lation est infiniment plus dangereuse car elle laisse
toujours supposer, au-delà de son objet, que l'ordre et
la loi tl/x-même! pourraient bien n'être que simulation.
Mais la difficulté est à la mesure du péril.
Comment feindre un délit et en faire la preuve? Simu-
lez un vol dans un grand magasin: comment persuader
le service de contrôle qu'il s'agit d'un vol simulé?
36
Aucune différence «objective» : ce sont les mêmes
gestes, les mêmes signes que pour un vol réel, or les
signes ne penchent ni d'un côté ni de l'autre. Pour
l'ordre établi, ils SOnt tOujours de J'ordre du réel.
Organisez un faux hold-up. Vérifiez bien l'in-
nocence de vos armes, er prenez l'otage le plus sûr, afin
qu'aucune vie humaine ne soit en danger (car alors on
retombe dans le pénal). Exigez une rançon, et faites
en sorre que l'opération ait tout le retentissement pos-
sible - bref, serrez au plus près la « vérité _, afin de
tester la réaction de l'appareil à un simulacre parfait.
Vous n'y arriverez pas : le réseau de signes artificiels
va s'emmêler inextricablement avec des éléments réels
(un policier va tirer réellement à vue; un client de la
banque va s'évanouir et mourir d'une attaque cardia-
que; on va vous verser réellement la rançon bidon),
bref, vous allez vous retrouver sans le vouloir immédia-
tement dans le réel, dom l'une des fonctions est pré-
cisément de dévoret toute tentative de simulation, de
réduire tOut à du réel - c'est même ça l'ordre établi,
bien avant l'entrée en jeu des institutions et de la
justice.
Il faut voir dans cerre impossibilité d'isoler le
processus de simularion le poids d'un ordre qui ne peut
voir et concevoir que du réel, patce qu'il ne peut fane·
tionner nulle part ailleurs. Une simulation de délit, si
eHe est avérée, sera ou punie plus légèrement (parce
qu'elle n'a pas de «conséquences lO) ou punie comme
offense au ministère public (par exemple si on a déclen-
ché une opération de police «pour rien») - mais
jamais comme JÎ1mdation puisque justement en cant que
celle aucune équivalence avec le réel n'est possible, ec
donc aucune répression non plus. Le défi de la simula-
37
t!on est. irrelevable par le pouvoir. Comment punir la
simulation de vertu? Pourtant elle est aussi grave en
ta.nt .telle. que la de crime. La parodie
fait éqUIvalOIr soumission et transgression, et c'est là
le cClme le p.lus grave, puisqu'il annule la différence où
se fonde la 101. L'ordre établi ne peut rien COntre cela
la est un simulacre du deuxième ordre alors que
Simulation est du troisième ordre, du vrai et
d.u faux, au-delà des équivalences, au-delà des
tlOns rationnelles sur lesquelles fonctionnent tout social
et tout pouvoir. C'est donc là, au défaut du réel qu'il
faut viser l'ordre. '
, C'est bien pourquoi celui-ci choisit toujours le
.Dans le doute, il préfère toujours certe hypothèse
(amsl l'armée, .on prendre le simulateur pour
un fou). Mal.s cecI devient de plus en plus difficile,
car s II est. impossible d'isoler le pro-
cessus de slmulatlOn, de par la force d'inertie du réel
qui nous emoure, l'inverse est aussi vrai (et cctte
réversibilité mêmc fair partie du dispositif de simulation
et du pouvoir) à savoir qu'il est désor-
mats d'isoler le processus du réel, ni de faite la
preuve du reel.
, . C'est ainsi que tous les hold-up, détournements
d aVions, etc.: SOnt désormais en quelque sorte des
de Simulation, au sens où ils som d'avance
inscrItS dans le déchiffremem et l'orchestration rituels
des media, anticipés dans leur mise en scène et leurs
conséquences possibles. Bref, où ils fonctionnent comme
un de signes voués à leur seule récurrence
de et non plus du toUt à leur fin « réelle ». Mais
ceCI ne les rend pas inoffensifs. Au COntraire c'est en
tant qu'événements hyperréels, n'ayant exacre-
38
ment de contenu ni de fins propres, mais indéfiniment
réfractés les uns par les autres (comme aussi bien les
événements dits historiques: grèves, manifestations,
crises, etc. )), c'est en cela qu'ils SOnt incontrôlables
par un ordre qui ne peut s'exercer que sur du réel
et du rationnel, sur des causes et des fins, ordre réfé-
rentiel qui ne peut régner que sur du référentiel, pou-
voir déterminé qui ne peut régner que sur un monde
déterminé, mais qui ne peut rien sur cette récurrence
indéfinie de la simularion, sur cette nébuleuse en
apesanteur n'obéissant plus aux lois de la gravitation
du réel, le pouvoir lui-même finissant par se démanteler
dans cet espace et devenant une simulation de pouvoir
(déconnecté de ses fins et de ses objectifs, er voué à
des effets de pouvoir et de simulation de masse),
La seule arme du pouvoir, sa seule stratégie
conrre certe défection, c'est de réinjecrer partout du
réel et du référenriel, c'est de nous persuader de la
réalité du social, de la gravité de l'économie et des
finalités de la production. Pour cela il use de préférence
du discours de la crise, mais aussi, pourquoi pas ? de
celui du désir. «Prenez vos désirs pour la réalité! »
peut s'entendre comme l'ulrime slogan du pouvoir car,
dans un monde irréférenriel, même la confusion du
principe de réaliré et du principe de désir est moins
som fiTm
même style (et de la même valeur) que ceux qui font actuel-
lement les beaux jours d'Hollywood. lnucile d'imerpréter labo-
rieusement ces films dans leur rapport à une crise sociale
« objective» ou même à un phantasme «objectif» de ca[3S-
nophe. C'est dans J'aune: sc:ns qu'il faut dire que c'est le social
lui-même ql/i, dans le discours actuel, s'organise se/on lin
scénario de film de catastrophe. (Cf. M. Makarius, La Siratigie de
la calastrophe, p. 115.)
39
dangereuse que l'hyperréaliré contagieuse. On reste
entre principes, et là le pouvoir a toujours raison.
L'hyperréalité et la simulation, l'lies, SOnt dissua-
sives de tout principe et de toute fin, elles rerournent
contre le pouvoir cerre dissuasion qu'il a si bien utilisée
pendant longremps. Car enfin, c'est le capital qui le
premier s'est alimenté, au fil de son histoire, de la des-
rructuration de rout référentiel, de route fin humaine
qui a brisé toutes les distinctions idéales du vrai et
faux, du bien et du mal, pour asseoir une loi radicale
des équivalences et des échanges, la loi d'airain de son
pouvoir. Lui le premier a joué la dissuasion, l'abstrac-
tion, la déconnexion, la déterrirorialisation, etc, et si
lui q.ui a fomenté la réalité, le principe de réalité,
Il est aUSSI le premier à l'avoir liquidé dans l'extermina-
tion de toute valeur d'usage, de toute équivalence téelle,
de la ptoduction et de la richesse, dans la sensation
même gue nous avons de l'irréalité des enjeux et de
la toute-puissance de la manipulation. Ot, c'est cette
même logique qui se radicalise aujourd'hui Contre lui, Et
lotsqu'il veut combattre cerre spirale catastrophique en
sécrétant une dernière lueur de réalité, sur laquelle
der?ière lueur de pouvoir, il ne fait qu'en
multlpller les sIgnes et accélérer le jeu de la simulation.
Tant que la menace historique lui venait du
réel, le pouvoir a joué la dissuasion et la simulation
désintégrant toutes les contradictions à force de
dunion de signes équivalents. Aujourd'hui où la menace
lui vient de la simulation (celle de se volatiliser dans le
des le pouvoir joue le réel, joue la crise, joue
a refabnquer des enjeux artificiels, sociaux, économi-
ques, politiques. C'est pour lui une question de vie ou
de mort. Mais il est trop tard.
40
De là l'hystérie caractéristique de notte temps:
celle de la production et de la reproduction du
L'autre production, celle des valeurs et des marchandIses,
celle de la belle époque de l'économie politique, n'a
plus de sens propre, depuis longtemps. Ce toute
une société cherche en cominuant de prodUIre, et de
surproduire, c'est à ressusci.ter le lui échappe,
C'est pourquoi cette produc/Jon «matenelle» est aUJour-
d'hui elle-même hyperréelle, Elle retient tous les
traits tout le discours de la production ttaditionnelle
mais 'elle n'en est plus que la réfraction démultipliée
(ainsi les hyperréalistes fixent dans u.ne ressemblance
hallucinante un réel d'où se sont enfUIS tout le sens et
le charme, toute la profondeur et l'énergie de la.repré-
sentation). Ainsi partout l'hyperréalisme de la SImula-
tion se traduit par l'hallucinante ressemblance du réel
à lui-même.
Le pouvoir lui aussi ne produit plus depuis
longtemps que les signes de sa Et .du
coup, c'est une autre figure du qUI se déplOie,:
celle d'une demande collective des Hgnes du pOUVOir
_ union sacrée qui se refait autOur de sa disparition.
Tour le monde y adhère plus ou moins dans la terreur
de cet effondtement du politique, Et le jeu du pouvoir
en vient à ne plus être que l'obsession critique du
pouvoir _ obsession de sa mort, de sa survie,
au fur et à mesure qu'il disparaît. lorsqu'Il aura totale-
ment disparu, nous serons logiquement dans l'halluci-
nation tOtale du pouvoir - une hantise telle qu'elle se
pr.ofile déjà partOut, exprimant à la fois la compulsion
de s'en défaire (personne n'en veut plus, tout le monde
le tefile aux autres) et la nostalgie panique de sa pene.
Mélancolie des sociétés sans pouvoir: c'est elle déjà qui
41
a suscité le fascisme, cette overdose d'un référentiel
fort dans une société qui ne peut venir à bout de son
travail de deuil.
Avec l'exténuation de la sphère politique, le
Président devient de plus en plus semblable à ce
MannequÎn de PouvoÎr qu'est le chef dans les sociétés
primitives (Clastres).
Tous les présidents ultérieurs payent et cOnti-
nuent de payer le meurtre de Kennedy comme si
c'étaient eux qui l'avaient supprimé _ ce qui esr vrai
phantasmatiquement, sinon dans les faits. JI faut qu'ils
rachètent cette rare er cette compliciré par leur meurtre
simulé. Car celui-ci ne peUt plus être que simulé. Les
présidents Johnson, Ford Ont tous été l'objet d'attentats
ratés, dont on peut penser qu'ils Ont été sinon mis en
scène, du moins perpétrés par simulation, Les Kennedy
mouraient parce qu'ils incarnaient quelque chose: le
politique, la substance politique, alots que les nouveaux
présidents n'en sont plus que Ja caricature et Ja peJli-
cuje famoche - curieusement ils Ont tous, Johnson,
Nixon, Ford, cette gueule simiesque, les singes du pou-
voir.
La mort n'est jamais un critère absolu, mais dans
ce cas elie est significative: l'ère des James Dean, des
Marilyn Monroë et des Kennedy, de ceux qui mouraient
réellemem justement parce qu'ils avaient une dimen-
sion mythique qui implique la mort (pas par roman-
tisme, mais par le principe fondamental de réversion et
42
" ) _ cette ère est révolue. C'es.t
cl ,echange ar simulation, de l'esthétique géne.ra-
l'ere du p. n du meurtre-alibi _ résurrection
tisée de la s!mu atlO, . 'est plus là que pour sanc-
qui, sans cela, n'a plus
tionner IIllStitUtlün, . ,
de substance ni de reabte autonome.
C mises en scène d'assassinats présidentiels
es 'II 'nalent le sratut de
sont politique, la
toure negatlvlte e . . îmulacre repous-
«gauche », le discours crm,que, s briser le cercle
soir par lequel. le .pouvolr irresponsabilité fon-
vicieux de son ouvoÎr flotte comme
damentale de sa« flottaison ». Le l' 1 h' 'es
la monnai'e,. comme le
C'est la Si elles s'exté-
encore un ou pour une autre, le pouvoir n'a
que de les ressuSCÎter artiflciellement,
de les que les exécutions espagnoles
1· 'une démocratie libérale OCCI-
encore, cl,e valeurs démocratique agonisant,
dentale, a un sys b. de rem s encore? La
Du sang .frais, mais pours:r irrésisrible-
dégradation de toUS es i1ement les « forces révolution-
ce processus (c'est même souvent
le système lui-même qui exerce sur ses
43
propres Structures cette violence annulatrice de toute
substance et de toute finalité. Il ne faut pas résister à
ce processus en cherchant à affronter le système et à le
détruire, car lui qui crève d'être dépossédé de sa mort,
n'attend de nous que cela: que nous la lui rendions, que
nous le ressuscitions par le négatif Fin des praxis
révolutionnaires, fin de la dialectique, _ Curieusement,
Nixon, qui n'a même plus été trouvé digne de mourir
par le moindre déséquilibré occasionnel (et que les
présidents soient assassinés par des déséquilibrés, ce
qui est vrai, ne change rien à l'histoire: la
rage de gauche de détecter là-dessous un complot de
droite soulève un faux problème _ la fonction de
porcer la mort, ou la prophétie, etc., Contre le pouvoir,
a toujOUtS été exercée, depuis les sociétés primitives,
par des déments, des fous ou des névrosés, qui n'en
SOnt pas moins porteurs d'une fonction sociale aussi
fondamentale que ceUe des présidents), s'est trouvé pour-
tant rituellement mis à mort par Watetgate, Watergate,
c'est encore un dispositif de meurtre rituel du pouvoir
(l'institution américaine de la Présidence est bien plus
passionnante à ce titre que les européennes: elle garde
autoUt d'elle toute la violence et les viciSsitudes des
pouvoirs ptimitifs, des rituels sauvages). Mais déjà
l'impeachment n'est plus l'assassinat: il passe par la
Constitution, Nixon est quand même arrivé au but dont
rêve tout pouvoir: être pris assez au sérieux, constituer
pOur le groupe un danger assez mortel pour être un
jour destitué, dénoncé et liquidé, Ford n'a même plus
cette chance: simulacre d'un pouvoir déjà mort, il ne
peut plus qu'accumuler COntre lui les signes de la réver-
sion par le meurtre - en fait, il est immunisé par son
impuissance, ce dont il enrage.
44
A l'inverse du rite
·fi . Ile du toi (le toi ou e ce.
officielle et sacn Cie de son sacrifice), l'imaginaire poli-
rien sans la plus en plus dans le sens de
tique moder;a:her le plus longremps possible
retarder, de b 'on s'est accrue depUIS 1ere
du chef d'E.tat. 0 charismatiques: Hitler,
des révolutions ,et an:
s
:s d'héritiers d,e
Fran:o, Mao, n forcés de se survivre wde-
filiation d: se _ le mythe populaire ne
a Ainsi les pharaons déjà: c'étaIt
jamais les crOIre morts. A e qu'incarnaient les
tOujours une et meme personn
pharaons successifs. mme si Mao ou Franco étaie.nt
Tout se et remplacés par leur SOSie,
déjà m,orts plusIeurs. cela ne change strictement
Du de vue ,poli; même ou l'autre, pourvu
rien qu un chef d Eta de tOute façon longtemps
qu'ils se Il} ;orte lequel _ n'est que le
qu'un chef d --=-m: ue cela seul lui donne le
de d ' Personne n'accorde-
et .Ia qualai la moindre dévorion à une
ralt le mOlOdre à son' double, lui étant roujours
personne delle, C:s Ce m the ne fait que rta-
déjà 1n9rt, que va 1allégeance,.: e te;ps la déception de
duire la persistance et en d .
l'exigence de la mort sacflficldle u roI.
. là· aucune de nos
Nous en
m
deuil du réel,
sociétés ne sait
45
du pouvoir, du social lui-mê1m, qui est impliqué dans
la même déperdition, Et c'est par une recrudescence
artificieUe de tOUt cela que nous tentons d'y échapper,
Ce/a finira même sans doute par donner le socialisme,
Par une torsion inattendue et une ironie qui n'est plus
celle de l'histoire, c'est de la mort du social que surgira
le socialisme, Comme c'est de la mOrt de Dieu que
surgissent les religions. Avènement retors, événement
pervers, réversion inintelligible à la logique de la raison.
Comme J'est ce fait que Je Pouvoir n'est en somme plus
là que pOur cacher qu'iJ n'yen a plus. Simulation qui
peut durer indéfiniment, car, à la différence du « vrai»
pouvoir gui est, ou a été, une structure, une srtatégie,
un rappon de force, un enjeu, celui-ci n'érant plus
que l'objet d'une demande sociale, Ct donc objet de la
loi de l'offre et de la demande, n'est plus sujet à la
violence et à la mort. Complètement expurgé de la
dimension politique, il relève, comme n'importe quelle
autre marchandise, de la production et de la consom_
mation de masse, Toute étinceiJe a disparu, seule la
fiction d'un univers politique est sauve.
Il en est de même du travail. L'étincelle de la
production, la violence de ses enjeux n'existent plus.
Tout le monde produit encore, et de plus en plus, mais
SUbtilement le travail est devenu autre chose: un besoin
(comme l'envisageait idéalement Marx mais pas du tOUt
dans le même sens), J'objet d'une « demande» sociale,
comme le loisir, auquel il s'équivaut dans le dispatching
général de la vie. Demande exactement Proportionnelle
à la perte de J'enjeu dans le procès de travail 6. Même
6. A ce fléchissement de J'investissement de travail cor_
respond une baisse parallèle de J'investissement de conSomma_
tion. Finie la valeur d'usage ou de presrige de J'automobile,
46
our le pouvoir: le scénario de travail
péripétie que Pele réel de travail, le réel d.e
est pour le réel de la grève rou;- aUSSI
ductlon, a disparu. A du travail, mais son pole alternatif
qui n'est un de l'année sociale. Tout passe
dans la «occupé », après de
comme SI aos
t
e de travail et repris, comme li est
grève, son heu et p accu ation « autogérée », pro-
de rigueur dans unte dans Pies mêmes termes qu aupa-
duction exactemen (l'étant virtuellement)
ravant, tout en se et en
en état de de science-fiction :
n est pas du rocès de travail. Et dune
il s'agit d une grève incorporée comme
doublure du proces de gb' comme la crise dans la
l'obs?lescence ,dans ;1::; ni grève, ni travail,
ductlOO. ,Il n y a Pd ux c'est-à-dire tOut chose.
les -/ trompe-l'œil, un scenodrame
une magie de t,:aval , ur ne pas dire un mélodrame),
de la sur la scène vide du .social:,
dramaturgie de l'idéologie du travail -: 1ethi-
Il ne s agit 1 . le procès « reel » de
que traditionnelle qUI occu teralt
ait nettement l'objet de
fini le discours amoureux qu.i autre discours prend .la
'ouissanœ à J'objet, de fur l'objet tk
qui est un tk :ctif contraignant, pUfltatn (usez
visant à un re séc'urité, la vitesse, c'est dé.passé,
moins d'essence, des voitures feignent de s ada
P
I
etc), auquel les nstlir interversion des pôles.,
ter Retrouvet un enjeU p. 1 voiture devient 1obJet. d.u
l'objet d'un a reuve de l'indifférenClat.JOn
travail Il n'y a pas de meilleure Pme lissemenr du «droit.»
de les enjeux, leI s/signale le désinvestls-

47
travail et le processus «objectif» d'exploitation _ mais
du scénario de travail. De même il ne s'agit plus de
l'idéologie du pouvoir, mais du scénario de pouvoir.
L'idéologie ne correspond qu'à une malversation de la
réalité par les signes, la simulation correspond à un
court-circuit de la réalité et à son redoublement par
les signes. C'est toujours la finalité de l'analyse idéolo-
gique que de restituer le processus objectif, c'esr tou-
jours un faux problème que de vouloir restituer la
vérité sous le simulacre.
C'est pourquoi le pouvoit est au fond tellement
d'accord avec les discours îdéologiques et les discours
sur l'idéologie, c'est que ce Sant des discours de
vérité - toujOUtS bons, même et surtOut s'ils sont
révolutionnaires, à opposet aux atteintes mortelles de
la simulation.
La fin du panoptique
C'est encore à cette idéologie du vécu, d'exhu-
mation, du réel dans sa banalité de base, dans son
authenticité radicale, que se réfère l'expérience améri-
caine de TV-vérité tentée en 1971 sur la famille Loud ;
sept mois de tournage inintetrompu, trois cents heures
de prise directe, sans script ni scénario, l'odyssée d'une
famille, ses drames, ses joies, ses péripéties, non Stop_
bref, un document historique «brut », et le «plus
bel exploit de la télévision, comparable, à J'échelle de
notre quotidienneté, au film du débarquement sur la
48
Lune». La chose se complique du fait que cetre famille
s'est défaite pendant le tournage: la crise a éclaté, les
Loud se sont séparés, etc. D'où ['insoluble controverse:
la TV est-elle responsable? Qu'en aurait-il été s; la TV
n'avait pas été là ?
Plus intéressant est le phantasme de filmer les
Laud comme s; la TV n'était pas là. Le triomphe du
réalisateur était de dire: « Ils ont vécu comme si nous
n'étions pas là.» Formule absurde, paradoxale - ni
vraie, ni fausse: utopique. Le «comme si nous n'étions
pas là» équivalant au « comme si vom y étiez ». ~ ' e s t
cette utopie, ce paradoxe qui a fasciné les vingt millIOns
de téléspectateurs, beaucoup plus que le plaisir « per-
vers» de violer une intimité. 11 ne s'agit ni de sectet
ni de pervetsion dans l'expérience «vérité », mais
d'une sorte de frisson du réel, ou d'une esthétique de
l'hyperréel, frisson d'exactitude vertigineuse et truquée,
frisson de distanciation et de grossissement à la fois, de
distorsion d'échelle, d'une transparence excessive.
Jouissance d'un excès de sens, quand la barre du signe
descend en dessous de la ligne de flottaison habituelle
du sens: l'insignifiant est exalté par la prise de vue.
On y voit ce que le réel n'a jamais été (mais «comme
si vous y étiez »), sans la distance qui fait l'espace
petspectif et notre vision en profondeut (mais «plus
vrai que nature ,,). Jouissance de la simulation microsco-
pique qui fait passer le réel dans l'hypertéeJ. (C'est un
peu comme ça dans le porno aussi, dont la fascination
est plus métaphysique que sexuelle.)
Cette famille d'ailleurs étair déjà hyperréel1e de
par sa sélection même: famille américaine idéale-rypi-
que, demeure californienne, trois garages, cinq enfants,
statut social et professionnel aisé, housewife décorative,
49
standing uppetmiddle. C'est cette perfection statistique
en quelque sorte qui la voue à la mort. Héroïne idéale
de l'american way of life, elle est, comme dans les
sactifices antiques, choisie pour être exaltée et mourir
sous les feux du medium, moderne fatum. Car le feu
du ciel ne tombe plus sur les cités corrompues, c'est
l'objectif qui vient découper comme un laser la réalité
vécue la à mOrt. « Les Laud; simplement
une famille qUI a accepté de se livrer à la rélévision et
d'en mourir", dira le réalisateur. 11 s'agir donc bien
d'un processus sacrificiel, d'un spectacle sacrificiel offert
à vingt millions d'Américains. Le drame lirurgique d'une
société de masse.
. Terme admirable dans son amphibo-
logie, s agit-li de la vériré de cette famille ou de la
vérité de la TV ? En fait, c'est la TV qui est la vérité
des Laud, c'est elle qui est vraie, c'est elle qui fait vrai.
Vérité n'est plus ceHe, réflexive, du miroir, ni celle,
perspectlv,e, du panoptique et du regard, mais
celle du test qui sonde et interroge, du
laser qUl tate et qui découpe, des matrices qui gardent
vos séquences perforées, du code génétique qui com-
mande à vos combinaisons, des cellules qui informent
v
on
.
e
univers sensoriel. C'est à cette vérité-là que la
fa.mllle Laud est par le medium TV, et il s'agit
bien en ce sens a une mise à mort (mais s'agit-il enCOte
de véri té ?).
Fin du système panoptique. L'œil de la TV
n'est plus la source d'un regard absolu, et l'idéal du
COntrôle n'esr plus celuj de la transparence. Celui-ci
suppose encore un espace objecrif (celui de la Renais-
sa,nec) er la d'un regard despotique.
C est encore, sinon un système de renfermement, du
50
moins un système de quadrillage. Plus mais
jours en extérioriré, jouant sur l'OppOSition du .volr
et de l'être vu, même si le point focal du panoptique
peue être aveugle,
Auere chose quand avec les Laud .... Vous ne
regardez plus la TV, c'est la TV qui vous regarde
(vivre) », ou encore: .... n'éc?urez p!us Pas de
Panique, c'est Pas de qUi vous ,ecoure" -
virage du dispositif panoptlque sur;elilan,ce
veiller et punir) à un système de ou
tinction du passif et de l'actif est abolie. Plus d Impe-
ratif de soumission au modèle, ou au regard. «Vous
êtes le modèle!" .: C'est Vous la. majo,rité! : Tel
est le versant d'une socialité hyperréallste, ou le reel.se
confond avec le modèle, comme dans statis-
tique, ou avec le medium, comme t.?ud.
Tel est le stade ultérieur de la relation SOCiale, notre,
qui n'est plus celui de la persuasion d.e
la propagande, de l'idéologie, de la malS
celui de la dissuasion: « Vous êtes 1mformatlon, vous
êtes le social, c'est vous l'événement, vous êtes concer-
nés vous avez la parole, etc. " Retournement par lequel
il devient impossible de localiser du
modèle, du pouvoir, du regard, du medium lUi-meme,
puisque vous êtes roujours déjà de l'autre c?té.
de sujet, plus de point focal, plus de ni de péri-
phérie; pure flexion ou inflexion de
violence ni de surveillance: la seule «information ",
virulence secrète, réacrion en chaîne, implosion lente
et simulacres d'espaces où vient encore jouer l'effet de
réel. Nous assistons à la fin de l'espace perspectif et
panoptique (hypothèse morale encore et solidaire de
51
tomes les. analyses classiques sur l'essence « objective»
du et donc à l'abolition même du Jpectaculaire,
La télevlslOn,. par exemple dans le cas des Loud, n'eSt
plus un medIUm spectaculaire. Nous ne sommes plus
d.ans .la du spectacle, dom parlaiem les Situa_
nI le t.ype d'aliénation et de répression
qu elle ImplIquait. le medium lui-même n'est
plus. saISIssable en tam que tel, et la confusion du
medJUm et du message (Mac Luhan) 1 est la première
52
grande formule de cette ère nouvelle, Il n'y a plus de
medium au sens littéral: il est désormais insaisissable,
diffus et diffracté dans le réel, et on ne peut même plus
dire que celui-ci en soit altéré,
Une telle immixtion, une telle présence virale,
images du social et du privé (J, Donzelot, La Police fks familles,
Paris, Minuit, 1977),
Impossible désormais de poser la fameuse question :
«D'où parlez-vous?,. - « D'où savez-vous? ,. «D'où tenez-
vous votre pouvoir? ", sans s'emendre immédiatement répon-
dre: «Mais c'est tk vous (à partir de vous) que je parle,.
_ sous-emendu, c'est vous qui parlez, c'est vous qui savez, c'est
vous le pouvoir. Giganresque circonvolution, circonlocution de la
parole, qui équivaut à un chamage sans issue, à une dissuasion
sans appel du sujet supposé parier, mais laisse sans téponse,
puisqu'aux questions qu'il pose on lui répond inéluctablement:
mais 1I0ftS êtes la réponse, ou: voue question est déjà une
réponse, etc. - toute la sophistique strangulacoire de la capta-
tion de parole, de l'aveu forcé sous couleur de liberté d'expres-
sinn, du rabattemenr du sujet sur sa propre interrogation, de la
précession de la réponse sur la question (toute la violence de
l'imerprétation esr là, et celle de l'autogestion consciente ou
inconscience de la «parole »),
Ce simulacre d'inversion ou d'involution des pôles, ce
subterfuge génial qui est le secret de tout le discours de la mani-
pulation et donc, aujourd'hui, dans cous les domaines, le secret
de tout nouveau pouvoir dans l'effacement de la scène du
pouvoir, dans l'assomption de toutes les paroles d'où est
résultée cette fantastique majorité silencieuse qui est la caracté-
ristique de narre temps - tout ceci a sans doute commencé
dans la sphère politique avec le simulacre démocratique, c'est-
à-dire la substitution à l'instance de Dieu de l'instance du
peuple comme source du pouvoir, et au pouvoir comme ima-
llalion du pouvoir comme représentation. Révolution ami-coper-
nicienne : plus d'instance transcendante ni de soleil ni de source
lumineuse du pouvoir et du savoir - tout vient du peuple
et tout y tetourne. C'est avec ce magnifique reodage que
commence de se mettre en place, depuis le scénario du suffrage
de masse jusqu'aux fantômes actuels des sondages, le simulacre
universel de la manipulation.
53
endémique, chronique pani ue d .
puisse en isoler les 'eΠq , u sans qu'on
s:,ulptures publiciraires tel!es ces
1evénemem filtré par le mediu I.espace. Vide, de
vie, diSSOlution de la7ie la
tlon chimIque indiscernable; nous a - solu-
Loud voués non pas à l" . , mes tous des
Ct au chamage pression, à
.Ieur mduction, à leur infilt' , malS
dhsible. ration, a leur VIOlence
. Mais il faut prendre gard ,.
d.lscours impose; il ne s'a it ni de au qu: le
Virale. Il faut plutôt p:nser 1: malad.le 01 d affectIOn
é.taiem, l'orbite externe, un: comme
tIque qUi commande à la mucatio d ,de code
roUt comme l'autre code microm
n
,u re:l en hyperréel,
au passage d'une s hère' ol:culalre, commande
génétiqu:, du du sens à celle,
C est tout le mode traditi 1
est en question' d .onne de qui
« actif », mode
la cause et de l'effet, de l'act]etqd e - de
de l'objet, de la fin et des mo en u du sujet et
qu'on peut dire . 1 TV y s. C est sur ce mode
aliène, la TV nous'm:nipul la TV nous
dans tOUt cela tribut:i're
a
de 1nous ... On
tique des media, celle d'un a a analy-
cace, celle d'une :,xteneur a.cti( et effi-
comme poim de fuite l'hori avec
Or il faut reel et du sens.
comme un effet où s" . sur le mode ADN
dérermination, advers,es de
rlOn nucléaire du vieux schéma
54
toujours une distance minimale entre une cause et un
effet, entre un sujet et un objet: la distance du sens
précisément, l'écart, la différence, le plus petit écart
possible (PPEP 1), irréductible sous peine de résorp-
tion dans un processus aléatoire ec indéterminé dont le
discours ne peut plus même rendre compee, puisqu'il est
lui-même un ordre déterminé.
C'est cet écart qui s'évanouit dans le procès
du code génétique, où l'indétermination n'est pas telle·
ment celle du hasard des molécules que ceUe de l'abo-
lition pure et simple de la relation. Dans le processus de
commandement moléculaire, qui « va » du noyau
ADN à la « substance» qu'il « informe », il n'y a plus
cheminement d'un effet, d'une énetgie, d'une détermina-
tion, d'un message. «Ordre, signal, impulsion, mes·
sage" : toll[ ceci essaie de nous rendre la chose intelli-
gible, mais par analogie, retranscrivant en termes
d'inscription, de vecteur, de décodage, une dimension
donc nous ne savons rien - ce n'esr même plus une
« dimension », ou c'est peut-être celle-là la quatrième
(laquelie se définit d'ailleurs, en relativité einseeinienne,
pat l'absorprion des pôles distÎncts de l'espace et du
temps). En fait, tout ce processus ne peut s'entendre
pour nous que sous forme négative plus rien ne
sépare un pôle de l'autre, l'initial du terminal, il y a
comme une sorte d'écrasement de l'un sur l'autre, de
télescopage fantastique, d'effondrement l'un dans l'autre
des deux pôles traditionnels: implosion - absorption
du mode rayonnant de la causalité, du mode différentiel
de la détermination, avec son électricité positive et
négative _ implosion du sens. C'est là où la simulation
commence.
Partout, dans n'importe quel domaine, politique
55
médiatique, où la distinction
cl l . po es ne peur plus être mainrenue on entre
cr.d?oc abso-
cl. ijpas la passlvlté, malS 1mdminction de l'actif
et paw. l'ADN réalise cette réduction aléatoire
dde la vivante. La télévision, dans
fi
.. p , cs attemt elle aussi cette limite indé-
ou ceux-CI ne som vis-à-vis de la TV . l .
. ou passifs qu'une substance
est de son code moléculaire Ici r
n.ebuJeuse indéchiffrable dans ses éiémen;r .a,
mdéchlffrable dans sa vérité. S simp es,
L'orbital et le nucléaire
de la simulation: le nucléaire Pour
tam, 1equ.lhbre,de la terrcur n'est jamais que le
de qui s'est
v' ,dans tous les Interstices de la
ne .fdit que sceller le système
d . e a ISSuasIOn qUI est au cœur des media
lee sa,ns qui règne partout
de, du dispoSItif aleatolre de rous les ch' .
SOnt faits. moindres de nos comporteme:::
1egles par signes neutralisés, indifférents é uiva
en.ts" des signes à somme nulle comme le
la « stratégie des jeux}) (mais la v" b
equatlon est ailleurs et l'inconnue' eClta le
variable de sim l.' '. est Justement cette
u atlon qUI faH de l'arsenal atomique
lui-même une forme hyperréelle, un simulacre qui nous
domine toUS et réduit tous les événements « au sol» à
n'être que des scénarios éphémères, transformanr la vie
qui nous est laissée en survie, en un enjeu sans enjeu,
_ même pas en une traite à valoir sur la morr : en une
traite dévaluée d'avance),
Ce n'est pas la menace directe de destrucrion
atomique qui paralyse nos vies, c'est la dissuasion qui
les leucémise, Et cette dissuasion vient de ce que même
le clash atomique réel est exclu - exclu d'avance
comme l'éventualité du réel dans un système de signes.
Tout le monde feint de croire à la réalité de cette menace
(on le comprend de la part des militaires, tout le sérieux
de leur exercice est en jeu, et le discours de leur
«stratégie »), mais justement il n'y a pas d'enjeux
stratégiques à ce niveau, et toute l'originalité de la
situation est dans l'impwbabilité de la destruction.
La dissuasion exclut la guerre - violence archaï-
que des systèmes en expansion. La dissuasion, elle, est
la violence neutre, implosive, des systèmes métastables
ou en involution, Il n'y a plus de sujet de la dissuasion,
ni d'adversaire, ni de stratégie - c'est une structure
planétaire d'anéantissement des enjeux. La guerre
mique, comme celle de Troie, n'aura pas lieu. Le risque
de pulvétisation nucléaire ne sert que de prétexte, à
travers la sophistication des armes - mais cette sophis-
tication outrepasse tellement n'imporre quel objectif
qu'elle est elle-même un symptôme de nullité -, à la
mise en place d'un système universel de sécurité, de
verrouillage er de contrôle dont l'effet dissuasif ne vise
pas du tout le clash atomique (celui-ci n'a jamais été
en cause, sauf sans doute dans les tout premiers temps
de la guerre froide, lorsqu'on confondait encore le dis-
57
positif nucléaire avec la guerre traditionnelle) mais bien
la probabilité beaucoup plus large de toUt événement
réel, de tout ce qui ferait événement dans le système
général et en briserait l'équilibre. L'équilibre de la ter-
reur, c'est la terreur de l'équilibre.
" La dissuasion n'est pas une stratégie, elle circule
s echange entre les protagonistes nucléaires très
exactement comme les capitaux internationaux dans
cette zone orbitale de spéculation monétaire donc les
suffisenc à concrôler tous les échanges mondiaux.
AInsi la monnaie de destrtlction (sans référence de
destruction réelle, pas plus que les capitaux flottants
n'ont de référent de production réelle) qui circuie sur
l'orbite nucléaire suffit à Contrôler toute la violence
ct les conflits potenciels du globe.
, qui se trame à l'ombre de ce dispositif, sous
le pretexte d'une menace «objective» maximale, er
grâce à cette épée nucléaire de Damoclès, c'est la mise au
po.inr du système maximal de contrôle qui ait jamais
eXisté. Et la satellisation progressive de toute la planète
par cet hypcrmodèle de sécurité.
la même chose vaut pour les centrales nucléaires
pacifiques. La pacification ne fait pas de différence entre
le civil et le militaire: partout où s'élaborent des dis-
positifs irréversibles de conttôle, partoUt où la notion
de sécurité devient toute-puissance, partout où la norme
de sécurité remplace l'ancien arsenal de lois et de vio-
lence (y compris la guerre), c'est le système de la
dissuasion qui grandit, et autour de lui grandit le désert
historiqu.e, social et politique. Une involution gigan-
tesque fait se contracter tous les conflits, toutes les fina-
les affrontements à la mesure de ce chancage
qUI les mtetrompt tous, les neutralise, les gèle. Aucune
58
révolte, aucune histoire ne peuvent plus se
selon leur propre logique puisqu'elles 1
tissement. Plus aucune stratégie n'est et l,
lade n"est qu'un jeu puéril laissé aux militaires. Len/eu
politique est mort, seuls restent .des de
conflits et d'enjeux soigneusement C1rConSCClts.
L' «aventure spatiale» a joué le
même rôle que J'escalade nucléaire. C'est pourquoI elle
a pu si facilement la relayer dans les années 1960 (Ken-
nedy/Khrouchtchev), ou se développer parallèlement
sur un mode de « coexistence pacifique ». Car quelle
est la fonction ultime de la course à l'espace, de la
conquête de la lune, du lancement .des. ? Sinon
l'institution d'un modèle de gravItation universel, de
satellisation donc le module lunaire l'embryon p:r-
fait: microcosme programmé, où rIen ne
laissé au hasard. Trajectoire, énergie, calcul, phYSIOlogie,
psychologie, environnement - rien ne peut êrre laissé
à la contingence, c'est l'univers coral de n?rme - la
Loi n'y existe plus, c'est l'immanence operatIOnnelle de
cous les détails qui fait loi. Univers expurgé de
menace de sens en état d'asepsie et d'apesanteur - c est
cette même qui est fascinante. Car ,l'exalta-
tion des foules n'allait pas à l'événement du debarque-
ment sur la Lune ou du cheminement d'un homme dans
l'espace (ceci serait plutôt la d'un rêve antérieur)
non, la sidération va à la perfection de la
tion et de la manipulation technique. A la
immanente du déroulement programmé. par
la norme maximale et la maîtrise de la Ver-
tige du modèle, qui rejoint celui de la mort, mais sans
effroi ni pulsion. Car si la loi, avec son aura de.
gression, l"ordre, avec son aura de violence, dratnalenr
59
un imaginaire el"Ve
fascJOe, sidère, et fait la ,norn:
e
, ,elle, fixe,
phantasme plus sur la minutie d,toUt IrnagznaJre. On ne
est vertigineuse. C Sa seule
radIance. e e un monde sans
c'est le même mod' l ,. '"
de sécurité et de d.
t
e d.znfazlilbilité pro-
reglt l'extension du gui
nucléaire; l'opérari C est la la vraie
nI,que sert de modèle à 1'0 é mm.utleuse de la rech-
lCi non plus, rien ne Set: p r;fJo
n
du social
cela la us au hasard,
des sœdes, mais qui est eor / qUI a commencé depuis
vers une limite dans sa phase
mais qui pour croyaIt exp.losive (la
processus Invetse imp/' if,' nt se ttadun par un
généralisée de h d mévetsible ; dissuasion
transversalité, de toUt aCCident, de toUte
ruptute ou complexité dans ,de to.
Ut
: :o.nrradiction,
la norme, vouée à 1 une SOClahte Irradiée par
mécanismes d'informa;io signalétique des
et nucléaire n'om pas d nfi n an, Jes modèJes spatial
de la lune, ni la su 'r' ,os ; ni la découverte
vérité, c'est d'être .et stratégique. Leur
modèles d'un système les vec-
mem.es les puissances vedettes d tole (dont
pas lIbres _ tOUt Je monde est s:tce ne Sont
. Résister à l'évidence' d elllse) ,
qUl est sarellisé n'esr p J '. la satellisation, celui
__ as ce uz qu on croit, Par l'inscrip_
les sont propres' leur
Irradienr lorJqrl'elle.r er de comrÔle
60
rion orbitale d'un objet spatial, c'est la planète Terre
qui devient satellite, c'est le principe terrestre de réalité
qui devient excentrique, hyperréel et insignifiant. Par
l'instanciation orbitale d'un système de contrôle comme
la coexistence pacifique, ce SOnt tous les micro-systèmes
terrestres qui sone satellisés et perdent leut autonomie.
Toutes les énergies, toUS les événements sont absotbés
par cette gravÎtation excentrique, rout se condense
et implose vers le seul micro-modèle de contrôle (le
satellite orbital), comme invetsement, dans l'autre
dimension biologique, rout converge et implose sur le
micro-modèle moléculaire du code génétique. Entre les
deux, dans cetre fourchene du nucléaire et du généti-
que, dans l'assomption simultanée des deux codes fon-
damentaux de la dissuasion, tout principe de sens est
absotbé, rout déploiement du réel est impossible.
La simultanéité de deux événements au mois
de juillet 1975 illustrait ceci d'une façon éclatante: la
réunion dans l'espace des deux supersarellites améri-
cain et soviétique, apothéose de la coexistence paci-
fique - la suppression par les Chinois de l'écriture
idéogrammatique et le ralliement à terme à l'alphabet
romain. Ce derniet signifie l'instanciation «orbitale»
d'un système de signes abstrait et modellisé, dans
l'orbite duquel vont se résorber toutes les formes,
jadis singulières, de style et d'écriture. Satellisation de
la langue: c'est la façon des Chinois d'encret dans le
système de la coexistence pacifique, lequel s'inscrit dans
leur ciel juste en même temps par la jonction des deux
satellites. Vol orbital des deux Grands, neutralisation et
homogénéisarion de tous les autres au sol.
Pourtant, malgré cette dissuasion par l'instance
orbitale - code nucléaire ou code moléculaire -, les
61
événements COntinuent au sol l ' .
de en plus nombreuses,' Sant même
de cOntiguÏté et de si le
tIan. Mais subtilement ils n'Ontmultanelté de
plus que l'effet duplex dl' plus de sens, ds ne Sant
plus bel exemple ne peUt:' a simulation au sommet, Le
pui;qu'e1!e fut à d.u
« maximal et d enl
e
.
u
hJstonque et
cette mstance dissuasive l e la mise en place de
son évolUtion n'a-t-elle '2u,e, sens a eu cette guerre, et
taire dans l'événement de la fin de
de notre époque? Ique culmmam et décisif
, Pourquoi cette guerre si d '
{eroce, dissipée d'un' , u;e, SI longue, si
enchantement? JOur a 1autre Comme par
Pourquoi cette défai '.
r:vers de. l'histoire des (le plus grand
repercuSslOn interne en A ,. ) n eu aUCune
ment signjfié l'échec d 1 51 elle avait vrai-
.Unis, elle eût planétaire des Etats_
lOterne et le système 1" ausSI bouleversé l'équilibre
été. po Itlque américain. Il n'en a rien
Autre chose donc a eu 1"
n'aura été qu'un é isod Cette guerre au
paClfiq.ue. Elle aura de la coexistence
la coexIStence pacifiq La. ,nement de la Chine à
et fij de la Chine
tmage par la Chine d'un l'appren_
passage d'une stratégie de ' 1 . vivendI mondial, le
d:un partage des {orees et UtlO
n
, mondiale à ceHe
d une alternative radicale à .transition
SYStème désormais ré lé ' ce dans
tian des rapports 1essentiel (normalisa_
ashlOg
ron
): c'était cela
62
jeu de la guerre du Viêt-nam et, en ce sens, les Etats-Unis
ont évacué le Viêt-nam, mais ils ont gagné la guerre.
Et la guerre a pris fin « spontanément» lorsque
l'objecti{ a été atteint, C'est pourquoi elle s'est défaite,
disloquée avec une telle facilité.
Ce même ravalement est déchiffrable sur le
terrain. La guerre a duré tant que n'ont pas été liquidés
les éléments irréductibles à une saine politique et disci-
pline de pouvoir, celui-ci fût-il communiste, Lorsqu'enfin
la guerre est passée aux mains des troupes régulières
du Nord et a échappé à celle des maquis, la guerre peut
s'arrêter: eHe a atteint son objectif. L'enjeu est donc
celui d'une relève politique. Lorsque les Vietnamiens om
fait la preuve qu'ils étaient plus porteurs d'une subver-
sion imprévisible, on peut leur passer la main. Que
ce soit un ordre communiste n'est pas grave au fond:
celui-ci a fait ses preuves, on peut lui faire confiance.
Il est même plus efficace que le capitalisme dans la
liquidation des structures pré-capitalistes «sauvages»
et archaïques.
Même scénario dans la guerre d'Algérie.
L'autre aspect de cette guerre et de route guerre
désormais : derrière la violence armée, l'antagonisme
meurtrier des adversaires - qui semble un enjeu de
vie ct de mort, qui se joue comme tel (sinon on ne
pourrait jamais envoyer les gens se faire crever la peau
dans ce genre d'histoire), derrière ce simulacre de lutte
à mort et d'enjeu mondial sans pitié, les deux adversaires
sont fondamentalement solidaÎres contre autre chose,
innommé, jamais dit, maÎs dont le résultat objectif
de la guerre, avec la complicité égale des deux adver-
saires, est la liquidation totale: les structures tribales,
communautaires, pré-capitalistes, toutes les formes
63
d'échange, de langue, d'organisation symboliques, c'est
cela qu'il faut abolir, c'est cela dont le meurtre est
J'objet de la guerre - et celle-ci dans son immense dis-
positif spectaculaire de morc, n'est que le medium de
ce ptocessus de rationalisation terroriste du social _, le
meurtre SUt lequel va pouvoir s'instaurer la socialité,
peu importe son obédience, communiste ou capitaliste,
Complicité totale, ou division du travail entte deux
adversaires (qui peuvent même consentir pOUt cela des
sacrifices immenses) à même fin de ravalement et de
domestication des rapports sociaux.
« Les Nord-Vietnamiens Ont reçu des conseils
pour se prêter à un scénario de liquidation de la pré-
sence américaine au Cours duquel, bien Sûr, il faut
sauver la face, »
Ce scénario: les bombatdemenrs exrtêmemenr
durs sur Hanoï, Leur caractère insuppottable ne doit pas
cacher qu'ils n'éraient qu'un simulacre pour permettre
aux Vietnamiens de sembler se prêrer à un compromis
et à Nixon de faire avaler aux Américains le retrait de
leurs troupes. Tout étair acquis, rien n'étair objective_
ment en jeu que la vraisemblance du montage final.
Que les moralisres de la guerre, les tenants des
hautes valeurs guerrières ne se désolent pas trop : la
guerre n'est pas moins atroce pOur n'être que simulacre,
on y souffre encore bien dans sa chair, et les mOrts
er les anciens combattants y valent largement les auttes,
Cer objectif-là est toujours bien rempli, de même
que celui de quadrillage des territoires et de socialité
disciplinaire. Ce qui n'existe plus, c'est l'adversité des
advetsaires, c'est la réalité des causes antagonistes, c'est
le sérieux idéologique de la guerre. C'est aussi la réalité
de la victoire ou de la défaite, la guerre étant un
64
. he bien au-delà de ces apparences.
la pacification la dissuasion)
. domine aujourd'hui est au-dela de la guerre et
qUI elle est l'équivalence à tout instanr d.e l.a
de. a p 'la uerre.« La guerre, la disait
paix elt
l
dL: g. les deux pôles différentiels Implosenr
Orwe, a aUSSI, '1' simul-
l'un dans l'autre, ou se recyel.enr l,un -radie et
tanéité des conrradict.oires a la fOlS lè-
la fin de toute dialectique. AmSI peut-on? . Pli
tement à côté de la vérité d'une guerre: a..savOlt,
était finie bien avanr de s'achever, qu II a ete, Ile
' re au cœur même de la guerre, et qu e
a la 'amais commencé, Bien d'au.cres événe:
n a peut eere J ., ) n' nt jamalS commence,
roeors (la crise pétrohere, etc. 0". 'fi . Il
. . . n n comme pénpetles artl cie es,
et de
phes et de crises destinés à
historique sous Tous le , our maintenir
officiel de l'informatIOn ne qU,e Pe réalité des
l'illusion d'une événementlalite, d un "
. , ob'ectivitê des faits. Tous les evenements
ou on s'aperçoit (les communistes
au ouvoir" en Italie, la posthume,
, goulags et des dissidents sovietiques, comm.e
retro, ntem oraine par une ethnologlC mO[l-
des q,ue
ces choses arrivent trop tard, avec une
de retard, une spirale de retard, ont s,U1se
leur sens longtemps à l'avan.ce et ne
effervescence artificielle de une équivalence
menrs se succèdent sans loglqu , . dïf<'rence
totale des plus contradictoires, ln n'en
profonde à leurs conséquences (mais c est qu
65
Ont plus; ils s'épuisent dans leur promotion spectacu_
laire) - toUt le film de l' «actualité» donne ainsi
l'impression sinistre de kitsch, de rétro et de porno à
la fois - ceci sans doute tout Je monde le sait, et
personne ne l'accepte au fond. La réalité de la simulation
est insupportable - plus cruelle que le Théâtre de la
Cruauté d'Artaud, qui était encore l'essai d'une drama-
turgie de la vie, le dernier sursaut d'une idéalité du
corps, du sang, de la violence dans un système qui
déjà J'emportait, vers une résorption de tous les enjeux
sans une trace de sang. Pour nous Je tour est joué.
Toute dramaturgie, et même touce écriture réelle de la
cruauté, a disparu. La simulation est maîtresse, et nous
n'avons plus droit qu'au rétro, à la réhabilitation f.1.0-
tomatique, parodique de tous les référentiels perdus.
Tous se déroulent encore autour de nous, dans la
lumière froide de la dissuasion (y compris Artaud, qui
a droit comme toUt le reste à son revival, à une exis-
tence seconde comme référentiel de la ctuauté).
C'esr pourquoi la prolifération nucléaire n'est
pas un risque de plus de clash ou d'accident atomique
- sauf dans l'intervalle où les «jeunes" puissances
pourraient être tencées d'en faire un usage non dissuasif,
« réel" (comme J'one fait les Américains à Hiroshima_
mais précisément eux seuls Ont cu droit à cette « valeur
d'usage" de la bombe, tous ceux qui y accéderone
désormais seront dissuadés de s'en servir par le fait
même de la posséder). L'entrée dans le club atomique,
si joliment nommé, efface très rapidement (comme la
syndicalisation pour le monde ouvrier) toute velléité
d'intervention violence, La responsabilité, le contrôle,
la censure, l'auto-dissuasion croissent toujours plus vite
que les forces ou les armes dont on dispose: tel est le
66
, dre social. Ainsi la possibilité même
secret de 10\ un a s en abaissant une manett,e f
a
:
t
paralyser rou., PJ l'électricité n'utiliseront JamaiS
que les le myrhe de la grèv; er
cette ' , ui s'écroule au moment meme ou les
révolutIOnnaire qd nnés _ mais hélas justement parce
moyens en sont 1°. ont donnés, C'est là rout le
que les moyens Ul, en s
procès 1:t à fait probable de voir un jour
lé ' xporter centrales, armes et
les nue aires e 1s latitudes, Au contrôle
bombes atomiques bien plus efficace de
par la sucee bombe et par la possession de la
pacification par la, ant acheter leur
b
b Les« petites" pUIssances, croy , cl 1
om e, tonome achèteront le ViruS e a
frappe au re dissuasion. Même chose p,our
dissuaSIOn, de leur ue nous leur livrons déjà :
les centrales atom i désamorçant toUte vi ru-
autant de b,ombes , d'ex losion. En ce sens, le
lence histotlque, tout nsque p accéléré dïm-
nucléaire inaugure partout UA absorbe toute
plosion, il congèle rout autour e UI, 1
énergie est à la fois le point de
, l 'rnisation des systemes de
l'énergie dispoOlbJ; et ,a et le contrôle
de :oute (et sans doute plus vite
grandISSent a la 'b' ' Cc fut déjà l'apo-
encore) que les ,virrual;:s li le paradoxe
rie des révolutions m eroes, , '1 t à leur
b 1 du nucléaire. Les énergies se conge en ,
a sa u d'ssuadent elles-mêmes. On ne VOIt
propre feu, elles se l, 1 ouvoir quelle stratégie,
plus du, quel clôture, cetre
d'un système par ses propres
67
forces. désorm.ais neutralisées, inutilisables, inimelli i-
bles, - si.non la possibilité d'une explOJfon
d une Implosion où toutes ces éner ies
d,ans. un processus catastrophique (au ;ns
htteral, c au sens d'une réversion de tour
cycle vers un minimal, d'une réversion des éner-
gIes vers un seUIL minimal).
L'histoire: un scénario rétro
Dans une période d'histoire violente et actuelle
(disons l'entre-deux-guerres et la guerre froide), c'est
le mythe qui envahit le cinéma comme contenu imagi-
naire. C'est l'âge d'or des grandes résurrections despoti-
ques et légendaires. Le mythe, chassé du réel par la vio-
lence de l'histoire, trouve refuge au cinéma.
Aujourd'hui, c'est l'histoire elle-même qui enva-
hit le cinéma selon le même scénario - l'enjeu histo-
rique chassé de notre vie par cette sorte de neutralisa-
tion gigantesque, qui a nom coexistence pacifique à
l'échelle mondiale, et monotonie pacifiée à l'échelle quo-
tidienne _, cette histoire, exorcisée par une société à
congélation lente ou brutale, fête sa résutrection en
force sut les écrans, selon le même processus qui y faisait
jadis revivre les myrhes perdus.
L'histoire est notre référentiel perdu, c'est-à-dire
notre mythe. C'est à ce titre qu'elle prend la relève des
mythes sur l'écran. L'illusion serait de se réjouir de
cette « prise de conscience de l'histoire par le cinéma ",
69
comme on s'est réjoui de l' « enttée de la politique
à l'université ". Même malentendu, même mystification.
La politique qui entre à l'université est ceUe qui Sart
de l'histOire, c'est une politique rétro, vidée de sa subs-
tance et légalisée dans son exercice superficiel, aire de
jeu et terrain d'aventure, cette politique-là est comme
la sexualité ou la formation permanente (ou comme la
sécurité sociale en son temps): libéralisation à titre
posthume.
Le grand événement de cette période, le grand
traumatisme, est cette agonie des référentiels forts,
l'agonie du réel et du rationnel qui ouvre sur une ère de
la simulation, Alors que tant de générations, et sin-
gulièrement la dernière, Ont vécu dans la foulée de
l'histoire, dans la perspective, euphorique ou
phique, d'une révolution - aujourd'hui on a l'impres-
sion que l'histoire s'est retirée, laissant derrière elle une
nébuleuse indifférente, traversée par des flux (?), mais
vidée de ses références. C'est dans ce vide, que refluent
les phantasmes d'une histoire passée, la panoplie des
événements, des idéologies, des modes rétro - non plus
tellement que les gens y croient ou y fondent encore
quelque espoir, mais pour simplement ressusciter le
temps où au moinJ il y avait de l'histoire, au moins il
y avait de la violence (fût-elle fasciste) où au moins il
y avait un enjeu de vie ou de mort. Tout est bon pour
échapper à ce vide, à cette leucémie de l'histoire et du
politique, à cette hémorragie des valeurs - c'est à la
mesure de cette détresse que tous les contenus som évo-
cables pêle-mêle, que toute l'histoire antérieure vient
ressusciter en vrac -, aucune idée force ne sélectionne
plus, seule la nostalgie accumule sans fin : la guerre, le
fascisme, les fastes de la belle époque ou les luttes
70
, lutionnaires, tout est équivalem et se mêle sans dis-
dans la même morose et
d la même fascination retro. Il y a
e de l'époque immédiatem::nt revolue (le
la guerre, apres-guerre - les
. nomb:ables films qui se Jouent là ont pour nous
lOarfum plus proche, plus pervers, plus dense,
On peut l'expliquer
o eut-être elle aussi) la theone freudienne du tl
Ce trauma (perte des référentiels) est
: la décollverte de la différence des sexe.s chez 1
a i rave aussi profond, aussi irrévetslble : la etlc 1-
aus.s
on
g
objet intervient pour cette
insupportable, mais précisém:nr, dit Freud,
objet n'est pas n'importe lequel, c est souvent le
objet entr'aperçu avant la découverte
tisante. Ainsi l'histoire sera, de
He .mmédiatemenr antérieure a notre ere « Irre éren
D'où la du ,et de la
cl ns le rétro - coïnCidence, affimte pa,s d .
aliti ue il est naïf de conclure de faSCiste
[0un actuel du fascisme (c est Justement
aree u'on n'y est plus, parce qu'on est dans autre
est encore c'est. pour
le fascisme peut redevemr fasclOant dans sa
filtrée, esthétisée par le rétro \).
71
cinéma fair ainsi son emré,e triomphale au
le même SOrt. posthume (Je terme « hIstorique}) a subi
. un moment, un monument un con rès
une figure ." som par là même désigné;
comme rémjecrion n'a pas valeur de grise
de consClen,ce de nostalgie d'un référentiel c;du
apparue:
CCI
.nc/slgnifie pas que J'histoire ne SaitJamai's
li cm ma comme temps fon comme r
actuel, comme insurrection et non ,P
Dans le « réel» comme au ciné .. e
mais il n'yen a plus. L'hisroire
rna
, ,II y a eu de l'histoire,
aujourd'h . C qUi nous est « rendue»
, UI Justement parce qu'elle nous a été ')
de rapp?rt avec un « réel historique »
réel en pe.mrure avec figuration classique du
bl
. La nc?-figuratlon est une Invocation de la re
ance, malS en même 1

h . Jets y bnllent en quelque Sorte d'
yperressemblance. (comme l'histoire dans 1 .
a.ctuel),qui fait qu'lis ne ressemblent au fond
la figure vide de la ressemblance, à la
.peuple, etc), réinjection
moment où le processus d qdé po de la moer» à un
des valeurs collectives de e, 1se.nc de la valeur et
mensionnalisarion de 'tOue/
ec
.
u
:a[]onnel1e et d'unidi_
vie .sociale cc individuelle de .tOute
tour esc
de la vie. Le fascisme es'r u eccc;. neutrabsatlon ec pacification
fonde, irrati.onnelle, ru à

autre terreur qu'est 1. ,i-.' terreur est a la mesure de
qUI s'est approfondie en du réel et du rationnel
cela. CI ent, ee elle est une réponse à
72
vide de la représentation. C'est une question de vie ou
de mort: ces objets-là ne sont plus ni vivants ni mor-
tels. Cest pour cela qu'ils SOnt si exacts, si minutieux,
figés, dans l'état où les aurait saisis une déperdition
brutale du réel. Tous ces films historiques, mais pas
seulement: Chinatown, Les troiJ jOUYJ du condor, Barry
Lyndon, 1900, Les Hommes du Président, etc., dont la
perfection même est inquiétante. On a l'impression
d'avoir affaire à des remakes parfaits, à des montages
exrraordinaires qui relèvent davantage d'une culture
combinatoire (ou mosaïque au sens mac1uhanesque), à
de grandes machines de photo, kino, hisroriosynthèse,
etc, plutôr qu'à de véritables films. Entendons-nous:
leur qualité n'est pas en cause. Le problème est plutôt
qu'ils nous laissent quelque part totalement indifférents.
Prenez Last Picture Show: il faur comme moi être
assez distrait pour l'avoir vu comme production origi-
nale des années 50: le rrès bon film de mœurs et
d'ambiance dans la petire ville américaine, etc. Juste un
léger soupçon: il érait un peu trop bon, mieux ajusté,
meilleur que les autres, sans les bavures psychologiques,
morales et sentimentales des films de l'époque. Ahuris-
sement quand on découvre que c'est un film des
années 70, parfait rétro, expurgé, nickel, restitution
hyperréaliste des films des années 50. On parle de refaire
des films muets, meilleurs sans doute eux aussi que
ceux d'époque. Toute une génération de films se lève,
qui seront à ceux qu'on a connus ce que l'androïde
est à l'homme arrefacts merveilleux, sans défaiUance,
simulacres géniaux à qui ne manque que l'imaginaire, et
cerre hallucinarion propre qui fair le cinéma. La pluparr
de ceux que nous voyons aujourd'hui (les meiHeurs) sont
déjà de cer ordre-là. Barry Lindon en est le plus bel
73
exemple; on n'a jamais fait mieux, on ne feta jamais
mieux dans ... dans quoi? Dans J'évocation non, même
pas de l'évocation, c'est de la simulation. Toutes les
radiations toxiques ont été filtrées, tous les ingrédiems
som là, rigoureusemenr dosés, pas une ecreur.
Plaisir cool,. froid, même pas esthétique à pro-
pre.rr:
enr
parler plaisir fonctionnel, plaisir équationnel,
plaisir de machination. Il n'est que de songer à Visconti
(Le GU/fard, etc., qui par certains aspects fane
penser a Barry Lmdon) pour saisir la différence, non
dans .Ie style, mais dans l'acte cinématogra_
phrque. Chez Visconti, il y a du sens, de l'histoire, une
rhétorique sensuelle, des temps morts, un jeu passionné,
non seulement dans les contenus historiques, mais dans
la m.ise en scène. Rien de com cela chez Kubrick, qui
manipule son film comme un échiquier, qui fait de
l'histoire un scénario opétationnel. Et ceci ne renvoie
pas à la vieille opposirion de l'esprit de finesse er de
de .géométrie ; celle-c.i relève encore du jeu,
et d un enjeu de sens. Alors que nous entrons dans
une ère de qui n'ont proprement plus de sens, de
grandes machines de synthèse à géométrie variable.
Quelque chose de ceta déjà dans les westerns de
Leone? Tous les registres glissent dans ce
sens. Chmatown; c'est le polar tedesigné au laser. Ce
n'est pas vraiment une question de perfection: la
perfection technique peut faire partie du sens, et, dans
ce cas, elle n'est ni rétro, ni hypetréaliste, elle est un
effet de l'art. lei, elle est un effet de modèle: eUe est
une des valeurs tactiques de référence. En l'absence de
syntaxe réelle du sens, on n'a plus que des valeurs
tactiques d'un ensemble où par exemple la CIA
comme machine mythologique à toUt faire, Robert
74
Redfort comme star polyvalente, les .sociaux
comme référence obligée à l'histoi.re; la tech-
nique comme riférence obligée au cmema se conjuguent
admirablement. .
Le cinéma et sa trajectoire: du plus famastlque
ou mythique au réalistique et à l'hyperréalistique.
Le cinéma dans ses tentatives actueHes se rap-
proche de plus en plus, et avec de plus. plus de
perfection, du réel absolu, dans sa banallte, dans s.a
véracité, dans son évidence nue, dans son
et en même temps dans son outrecuidance, dans sa pre-
tention d'être le réel, l'immédiat, l'insignifié, ce .qUl est
la plus folle des entreprises la prétention du
fonctionnalisme de designer - deSign - le plus
degré de l'objet dans sa coïncidence av.ec sa fonction,
avec sa valeur d'usage, esr une entrepnse
insensée), aucune culture. n'a jamais eu sur les
cette vision naïve et paranoïaque, puritaine et terronste.
Le terrorisme est toujours celui du réel.
Simultanément à cette œntative de coïncidence
absolue avec le réel, le cinéma se rapproche d'une
coïncidence absolue avec lui-même - et ceCi n esr pas
contradicroire: c'esr même la définition de l'hypcrréeJ.
Hypotypose et spécularité. Le cinéma sc plagie, s.e
pie, refait ses classiques, rétroactive ses .onglOels,
refait le muet plus parfair que le muet. d onglOe: et::. :
[Qut cela est logique, le cinéma eJt faJczné par luz-meme
comme objet perdu tout comme il (et nOM) ..sommes
fascinés par le réel comme ré/kentiel en ,Le
cinéma et l'imaginaire (romanesque, myrhlque, 1.rrea-
lité, y compris l'usage délira.nt de sa .propr.e
avaient jadis une relation vrvante, dialectique, pleine,
dramatique. La relation qui se noue aujourd'hui enrre
75
le cinéma et le réel est une relation inverse, négative:
elle résulte de la perce de spécificité de l'un et de l'auue.
Collage à froid, promiscuité cool, fiançailles asexuées
de deux media froids qui évoluent en ligne asympto-
tique l'un vers l'aurre: le cinéma tentant de s'abolir
dans J'absolu du téel, le téel dès longtemps absorbé
dans l'hyperréel cinémarographique (ou télévisé).
L'hisroire était un mythe fort, peur-être le der-
nier grand mythe avec l'inconscient, C'est un mythe
qui sous-tendait à la fois la possibilité d'un enchaîne-
ment «objectif» des événements et des causes et la
possibilité d'un enchaînement narratif du discours, L'âge
de l'histoire, si on pem dire, est aussi l'âge du roman,
C'est ce caractère fabuleux, l'énergie mythique d'un
événement ou d'un récit, qui semble se perdre toujours
davantage, Derrière une logique performante et démons-
trative: l'obsession d'unefidéliti hisrorique, d'un rendu
parfait (comme ailleurs celui du temps réel ou de la
quoridienneté minurieuse de Jeanne Hilmann faisant
sa vaisselle), cerre fidélité négarive cr acharnée à la
matérialité du passé, de telle scène du passé ou du
présent, à la restirution d'un simulacre absolu du passé
ou du présent, et qui s'esr substiruée à tOUt autre
valeur - nous sommes tous complices, et ceci est irré-
versible. Car le cinéma lui-même a contribué à la dispa-
rition de l'histoire, et à l'avènement de l'archive, L"l
phoro er le cinéma Ont largement contribué à séculariser
l'histoire, à la fixer dans sa forme visible, « objecrive ",
aux dépens des mythes qui la parcouraient.
Il peut mettre aujourd'hui roUt son talent, toute
sa technique au service de la réanimation de ce qu'il
a lui-même contribué à liquider. Il ne ressuscite que des
fantômes, et il s'y perd lui-même.
Holocauste
L'oubli de l'extermination fait de
. . car c'est aussi ceHe de la memOIre,
Cet oubli-là est aussi essentiel que
du SOCial, façon introuvable pour nous,
1evenemene, de , . é Cet oubli-là ese encore trOP
inaccessible dans sa vent, mémoire artificielle
.il faut artificielles
(au.lourd hUI ce des hommes, qui effacent .les
qUI ropre mémoire). Cette mémoire
hommes de l'extermination _ malS
cieHe sera la remlseden scène , Ile puisse faire de vraies
rard, bien tar quelque chose, et
vagues et p n medium lui-même froid,
surtout, surcout a etavers u , .. d'une
irradiant l'oubli, la dissuasion et,.l les
façon plus finale à
camps a" . ent On fait repasser les
l'h.istotlClté de tout r ou à la chambre à
JUIfs non plus au fou, bd' , l'écran cathoch-
mais à la bande-son et a la an a
77
que, et au micro-processeur, L'oubli, l'anéantissement
a,ttel?t enfin par là à sa dimension esthétique _ il
s acheve dans le rétro, ici enfin élevé à la dimension de
masse.
, L'espèce de dimension sociale historique qui res-
tait enCore à l'oubli sous forme de culpabilité, de latence
de non-dit, n'existe même plus, puisque désor-
mais « tOUt le monde sait », toUt le monde a vibré et
chialé de:anc - signe sûr que « ça» ne
se prodUlra plus Jamais. Mais ce qu'on exorcise ainsi à
peu de, frais, et au prix de quelques larmes, ne se
en plus jamais, parce que c'est depuis
en tralO, actuellement, de se reproduire, et
preCisement dans la forme même où on prétend le
d.énoncer, dans le medium même de ce prétendu exor-
la processus d'oubli, de li qui-
danon, d eXtermlOatlOn, même anéantissement des
mémoires et de J'histoire, même rayonnement inverse
implosif, même absorption sans écho, même trou noi:
qu'Auschwitz, Et on voudrait nous faire croire que la
TV va l'hypothèque d'Auschwitz en faisant tayon-
ner une pnse de conscience collective, alors qu'elle en
est la perpé,tuation sous d'autres espèces, sous les auspi-
c:s cette non plus d'un lieu d'anéantissement, mais
d un medunlt de dissuasion,
Ce que personne ne veut comprendre c'est que
HolocallJ/e est d'abord (Ct exclusivement) événe-
ment, ou plutôt un objet télévisé (règle fondamentale
de qu'il ne faut pas oublier), c'est-à-dire
qU'o,n essaie un événement historique froid,
tragique maiS frOId, le premier grand événemenr des
froids, des systèmes de refroidissement de dis-
suaSIOn et d'extermination qui VOnt ensuite se déployer
78
saliS d'autres formes (y compris la guerre ftoide, erc.)
et concernant des masses froides (les Juifs même plus
concernés par leur propre mort, et éven-
tuellement, masses même plus révoltées : dissuadées
jusqu'à la mort, dissuadées de leur mort même). de
réchauffer cet événement froid à travers un medIUm
froid, la télévision, et pour des masses elles-mêm,es
froides, qui n'auront là l'occasion que d'un tacnl.e
et d'une émotion posthume, frisson dissuaSif lUi aUSSI,
qui les fera verser dans l'oubli avec une sorte de bonne
conscience esthétique de la catastrophe.
Pour réchauffer tout cela, il n'était pas de ttop
de toute l'orchestration polirique et pédagogique qui
est venue de parrour renter de rendre un sens à
nement (l'événement télévisé certe fois), Chantage paOl-
que autour des conséquences possibles de cette émission
dans l'imagination des enfants et des autres, Tous les
pédagos et travailleurs sociaux mobilisés pour la
chose comme s'il y avair quelque danger de Virulence
dans résurrection artificielle! Le danger était bien
plutôt inverse: du froid au froid, sociale
systèmes froids, de la TV en particulier. Il ,fallait
donc que tout le monde se pour refaite du
social, du social chaud, de la diSCUSSIOn chaude, donc
de la communication, à partir du monstre froid de
l'extermination, On manque d'enjeux, d'investissement,
d'histoire, de parole. C'est ça le problème fondamental.
L'objectif est donc d'en produire à tout prix, et cett.e
émission était bonne pour ça : caprer la chaleur arti-
ficielle d'un événement mort pour réchauffer le corps
mort du social. D'où l'addition encore de medium sup-
plémentaire pour renchérir sur l'effet par, :
sondages immédiats sancrionnant l'effet masSif de 1ernls-
79
sion, l'impact collectif du message - alors que ces son-
dages ne vérifient bien entendu que le succès télévisuel
du medium lui-même, Mais cette confusion ne doit
jamais être levée.
De là, il faudrait parler de la lumière froide de
tél.évision, pourquoi elle est inoffensive pour l'ima-
gmatlon (y compris celle des enfants) pour la raison
ne véhicule plus aucun imaginaire et ceci pour
que ce n'es,t pills une image. L'opposer au
cmema doue encore (mals de moins en moins parce
en plus Contaminé par la télé) d'un intense
- parce que le cinéma est une image.
C. est-a-dlre pas seulement un écran et une forme
visuelle, mais un mythe, une chose qui tient encore
double, du phantasme, du miroir, du rêve, etc,
de.tout ce}a. dans « télé", qui ne suggère
flen, qUl magnetlse, qUl n est, elle, qu'un écran, même
,U? terminal miniaturisé qui, en fait, sc trouve
dans votte tête - c'est vous l'écran, et
la tele vous regarde - en transistorise tous les neu-
rones et passe comme une bande magnétique _ une
bande, pas une image,
China Syndrom
L'enjeu fondamental est au niveau de la télévi-
sion er de l'information. Tout comme l'extermination
des Juifs disparaissait derrière l'événement télévisé
d'Holocauste - le medium froid de la télé s'étant sim-
plement substitué au système froid de l'extermination
qu'on croyait exorciser à travers elle - ainsi le Syn-
drome chinois est un bel exemple de la suprématie de
l'événement télévisé, sur l'événement nucléaite qui,
lui, reste improbable et en quelque sorte imaginaire.
Le film le montre d'ailleurs (sans le vouloir):
ce n'est pas une coïncidence qui fait que la télé est
jusrement là où ça se passe, c'est l'intrusion de la TV
dans la centrale qui fait comme surgir l'incident
nucléaire - parce qu'elle en est comme l'anticipation
ct le modèle dans l'univers quotidien: téléfission du
réel et du monde réel - parce que la TV et l'informa-
tion en général SOnt une forme de catastrophe au sens
formel et topologique de René Thom: changement
qualitatif radical d'un système tout entier, Ou plutôt
Sl
TV et nucléaire som de même nature: derrière les
et néguentropiques d'énergie et
d JOformatlon, Ils om la même force de dissuasion des
systè:n.es froids. TV eUe aussi est un processus
nuclealte de réactlOn en chaîne, mais implosive: elle
refroidit et neutralise le sens et l'énetgie des événe-
ments. Ainsi le nucléaire, derriète son risque présumé
d'explosion, c'est-à-dire de catastrophe chaude, cache
une longue catastrophe froide, l'universalisation d'un
système de dissuasion.
Sur la fin du film encore, c'est la deuxième intru-
sion massive de la presse et de la TV qui provoque le
drame, le meurtre du direcreur technique pat les Bri-
gades spéciales, drame substitutif à la catastrophe
nucléaire qui n'aura pas lieu.
L'homologie du nucléaire et de la télévision se
lit directement sur les images: rien ne ressemble plus
au cœur de comrôle et de télécommande de la cemrale
que les studios de la TV, et les consoles nucléaires se
mêlem dans le même imaginaire à celles des studios
d'enregistrement et de diffusion. Or tOut se passe entre
deux pôles: l'autre « cœur ", celui du réacteur, en
principe le véritable cœur de l'affaire, nous n'en saurons
rien, celui-là est comme le réel, enfoui et illisible, et au
fond sans importance dans le film (quand on essaie de
nous le suggérer, dans sa catastrophe imminente, ça ne
marche pas sur le plan imaginaire: le drame se joue sur
les écrans, et nulle part ailleurs).
82
Harrisburg 1, Watergate et Network telle est
la trilogie du Syndrome chinois - trilogie inextricable
où on ne sait plus lequel est l'effet ou le symptôme de
l'autre: l'argument idéologique (effet Watergate) n'est-il
que le symptôme du nucléaire (effet Harrisburg) ou
du modèle informatique (effet Network) - le réel
(Harrisburg) n'est-il que le symptôme de l'imaginaire
(Network et China Syndrom) ou l'inverse? Merveil-
leuse indistinction, constellation idéale de la simulation.
Merveilleux titre donc que ce China Syndrom, puisque
ta réversibilité des symptômes et leur convergence dans
un même processus constiruent très exactement ce que
nous appelons un syndrome - qu'il soit chinois lui
ajoute encore un parfum poétique et mental de
tête ou de supplice.
Obsédante conjonction de China Syndrom et de
Harrisburg. Mais tOut cela est-il si involontaire? Sans
supputer entre le simulacre et le réel des liens magiques,
il est clair que le Syndrome n'est pas étranger à l'acci-
dent « réel» d'Harrisburg, non selon une logique cau-
sale, mais de par les rappotts de contagion et d'analogie
silencieuse qui lient le réel aux modèles et aux simu-
lacres: à l'induction du nucléaire par la TV dans le
film répond, avec une évidence troublante, l'induction
par le film de l'incident nucléaire d'Harrisburg. Etrange
précession d'un film sur le réel, la plus étonnante à
laquelle il nous ait été donné d'assister: le réel a
répondu point par point au simulacre, y compris dans
le caractère suspensif, inachevé, de la catastrophe, ce
qui est essentiel du point de vue de la dissuasion: le
1. L'incident à la centrale nucléaire de Three Milt's
Island, qui succéda de peu à la sorcie du film.
83
réel s'es.t arrangé, à l'image du film, pour produire uoe
simulatIon de catastrophe.
De là à renverser notre logique et à voir dans
China Syndrom le véritable événemem et dans Harris-
burg son simulacre, il n'y a qu'un pas qu'il faut allègre-
mem franchir. Car c'est par ta même logique que la
réalité nucléaire procède dans le film de l'effet télévi-
sion, et que Harrisburg procède dans la « réalité» de
l'effet de cinéma China Syndrom.
.. Mais celui-ci n'est pas non plus le prorotype
ongmel de Harrisburg, l'un n'est pas le simulacre dont
l'aurre serait le réel: il n'y a que des simulacres, et
Harrisburg est une sorte de simulation au deuxième
degré. rI y a bien une réaction en chaîne quelque part,
et nous en crèverons peut-être, mais cette réaction en
chaîne n'est jamais celle du nucléaire, elle est celle des
simulacres et de la simulation où s'engouffre effective-
ment route l'énergie du réel, non plus dans une explo-
sion nucléaire spectaculaire, mais dans une implosion
secrète et continue, et qui prend. aujourd'hui peur-être
un rour plus mortel que toutes les explosions dom on
nous berce.
Car l'explosion est toujours une promesse, elle
est notre espoir: voyez combien, dans le film comme
à Harrisburg, tout le monde attend que ça saute, que
destruction dise son nom et nous ôte à cette panique
mnommable, à cette panique de dissuasion qu'elle
exerce sous la forme invisible du nucléaire. Que ie
« cœur» du téac.teur révèle enfin sa chaleureuse puis-
de desrrucflo.n, qu'il nous rassure sur la présence,
fut-elle catastrophique, de l'énergie, et nous grarifie
de son spectacle. Car le malheur, c'est qu'il n'y a pas
de spectacle du nucléaire, de l'énergie nucléai te en
84
Ile-même (Hiroshima, c'est fini), et c'est pour cela
est tefusée - elle serait parfaitement
si elle se prêtait au spectacle comme les fo.rmes d énergie
antérieures. Parousie de la catastrophe: ail ment substan-
tiel de notre libido messianique. . .
Mais justement ça n'arrivera plus. Ce qUl arrt-
vera, ce ne sera jamais plus l'explosion, mais
sion. Plus jamais l'énergie sous sa. forme
et pathétique - tout le romantIsme" de l
qui avait tant de charme, étant en celUI
de la révolution - mais l'énergie frOIde du Simulacre
et sa distillation à doses homéopathiques dans les sys·
tèmes froids de l'informarion.
De quoi rêvent d'autre les media que de suscirer
l'événement pat leur seule présence? Tout le monde
le déplore, mais tout le monde es.t fasciné .en secret
par cette éventualité. des
ce n'est plus la prédestlOatIOn dlvlOe, c est la precessIon
des modèles, mais elle est tout aussi inexorable. Et
c'est pour cela que les événements n'ont plus de :
ce n'est pas qu'ils soient insignifiants en eux-memes,
c'est qu'ils ont été précédés pat le modèle, avec lequel
leur processus ne fait que Ainsi, il aurai:
merveilleux que le scénario de Chma Syndrom se repete
à Fessenheim, lotS de la visite offerte par EDF aux
journalistes, que se reproduise à cette occasion
lié à l'œil magique, à la présence provocatrice des medIa.
Hélas! tien ne s'est produit. Et pourtant si ! tellement
puissante est la logique des simulacres: une semaine
après, les syndicats découvraient des fissures dans les
85
Miracle des contagions, miracle des réactions
en chame analogiques!
L'essentiel du film n'est donc pas du tout l'effet
Watergate en la personne de Jane Fonda, pas du tou
la TV. révélatrice des vices du nucléaire, mais
la TV comme orbite jumelle et réaction en
chame Jumelle de celle du nucléaire. D'ailleurs toUt'
la fin - et là le film est impitoyable pour so; propr:
- quand Jane Fonda fait éclater la vérité
en dIrect, (effet Watergate maxima!), son image se
retrouve Juxtaposée à celle qui va lui succéder sans
appel et l'effacer sur l'écran ; un flash publicitaire
quelconque. L'effet Nerwork l'emporre de loin sur l'effet
et s'épanouit mystérieusement dans l'effet
Hamsburg, c'est-à-dire non pas dans le péril nucléaire
mais dans la simulation de catastrophe nucléaire. '
, c'est .la simulation qui est efficace, jamais le
reel. La simulation de catastrophe nucléaire est le res-
SOrt stratégique de cette entreprise générique et univer-
de : dresser les peuples à l'idéologie
et a la dlsclplme de la sécurité absolue _ les dresser
à la de la fission et de la fissure. Pour
cela Il faut que la fissure soit une fiction. Une catastro-
réelle retarderait les choses, elle constituerait un
lOCI dent rétrograde, de .explosif (sans rien changer
au cours des choses: HIroshima a-t-il retardé sensible-
a-t-il dissuadé le processus universel de dissua-
sIOn ?).
Dans le film aussi la fusion réelle serait un
mauvais argument : il retomberait au niveau d'un film
86
de catastrophe - faible par définition, ,Puisque
renvoyant les choses à leur événement pur. Chma Syn-
dronJ, lui, trouve sa force dans le filtrage de la catastro-
he dans la distillation de la hantise nucléaire à ttavers
ies 'relais hertziens omniprésents de l'information. JI
noUS enseigne (encore une fois sans le vouloir) que la
catastrophe nucléaire n'a pas lieu, n'est pas faite pour
avoir lieu, dans le réel non plus, pas plus que le clash
atomique à l'orée de la guerre froide. L'équilibre la
rerreur repose sur l'éternel suspens du clash atomIque.
Atome et nucléaire sont faits pour êtte disséminés à
des fins dissuasives, il faut que la puissance de la
catastrophe, au lieu d'exploser bêtement, soit disséminée
à doses homéopathiques, moléculaires, dans les réseaux
continus de l'information. Là est la véritable contami-
nation jamais biologique et mais une
destructuration mentale par une stratégie mentale de la
catasttophe. . .
Si on y regarde bien, le film nous y IntrodUit, et
en allant plus loin, il nous livre même un enseignement
diamétralement inverse de celui de Watergate: si route
la stratégie aujourd'hui est de terreur et de
dissuasion liée au suspens er à l'éternelle Simulation de
catastrophe, alors la seule façon de pallier à ce scénario
serait de faire arriver la catastrophe, de produire ou de
reproduire de la catastrophe réelle. Ce à quoi
la Nature de temps en temps: dans ses moments inSpI-
rés, c'est Dieu qui par ses cataclysmes dénoue l'équilibre
de la terreur où les humains se sont enfermés. Plus
près de nous, c'est ce à quoi s'emploie aussi le terro-
risme: à faire surgir une violence téelle, palpable, contre
la violence invisible de la sécurité. C'est d'ailleurs là
son ambiguïté.
Apocalypse Now
Coppola fait son film comme les Américains om
faît la guerre - dans ce sens, c'est le meilleur témoi-
gnage possible - avec la même démesure, le même
excès de moyens, la même candeur monstrueuse ... et
le même succès. La guerre comme défonce, comme
fantaisie technologique et psychédélique, la guerre
comme succession d'effets spéciaux, la guerre devenue
film bien avant d'être tournée. La guerre s'abolit dans
le test technologique, et pour les Américains elle fut
d'abord cela: un banc d'essai, un gigantesque terrain
où tester leurs armes, leurs méthodes, leur puissance.
Coppola ne fait rien d'autre: tester la puiJsance
J'intervention du cinéma, tester l'impact d'un cinéma
devenu machinerie démesurée d'effets spéciaux. Dans ce
sens, son film est bien quand même la prolongation de
la guerre par d'autres moyens, l'achèvement de cette
guerre inachevée, et son apothéose. La guerre s'esr faite
film, le film se fait guerre, les deux se rejoignent par
leur effusion commune dans la technique.
89
La vraie guerre, elle esr faire par Coppola comme
par Westmoreland: sans compter l'ironie géniale des
forêts et des villages philippins napalmisés pour retracer
l'enfer du Sud-Vîêt-nam ; on reprend tout par le cinéma
cr on recommence: la joie molochienne du tournage,
la joie sacrificielle de tant de milliards dépensés, d'un
tel holocauste de moyens, de rant de péripéties, et la
paranoïa éclatante qui dès le début a conçu ce film
comme un événement mondial, historique, dans lequel,
dans l'esprit du créateur, la guerre du Viêt-nam n'aurait
été que ce qu'elle est, n'aurait pas existé au fond _ et
il nous faut bien y croire: la guerre du Viêt-nam « en
eUe-même » n'a peut-être en effet jamais eu lieu, c'est
un rêve, un rêve baroque de napalm et de tropique,
un rêve psychotropique qui n'avait pas pour fin l'enjeu
d'une victoire ou d'une politique, mais le déploiement
sacrificiel, démesuré, d'une puissance se filmant déjà
elle-même dans son déroulement, n'attendant peut-être
rien d'autte que la consécration d'un superfilm, qui
parachève l'effet de spectacle de masse de cette guerre.
Aucune distance réelle, aucun sens critique, aucune
volonté de «prise de conscience» par rapport à la
guerre; et d'une cerraine façon c'esr la qualité brurale
de ce film, de n'être pas pourri par la psychologie
morale de la guerre. Coppola peut bien affubler son
capitaine d'hélicoptère d'un chapeau de la Cavalerie
légère, et lui faire écraser le village vietnamien au son
de la musique de Wagner - ce ne SOnt pas là des
signes critiques, distants, c'est immergé dans la machi-
nerie, ça fair parrie de l'effet spécial, et lui-même fait
du cinéma de la même façon, avec la même mégalo-
manie rétro, avec la même fureur insignifiante, avec le
même effet surmultiplié de guignol. Mais voilà, il nous
90
, t là c'est effarant, et on peut se dite:
assène ça, c es horreur est-elle possible (pas celle d,e
comment une te d fil à proprement parier)? MaiS
la guerre, celle, n'y a pas de jugement possible,
il n'y a pas de... bàer de ce ttuC monstrueux
et on peut memeuJruWa ner) _ mais on peut t?utefols
comme po idée, qui n'est pas mec,hante,
repeter une route d valeur, mais qU.l vous
qui n'est pas un ce film-là sont taillés
dit que la guerre , ue rien ne les sépare, que ce
dans le même q _ si les Américains ont
film-là fait partie de la guer)re ï ont à coup sûr gagné
perdu ,l'autre victoire mondiale.
celle-cl. YP a hi ue égale et supérieure à cetle
et militaires, égale ou supé-
des machlOes ln ust d s ouvernements,
rieure à celle du e:'e:t sans intérêt: il
, ' E,t du (ce n'est même pas rétrospec-
eclalre retrospeCtl h de cette guerre sans
tif, puisque le film est une avait déjà de flippé,
dénouement) ce que cette l'es ' les Américains et
.en aussitôt la
les Vietnamiens so offraient leur aide
fin hostilités les ont anéanti la jung,le et
noml,que, comme ils font leur film
les ris ni à la guerre ni au
d'hUi, On n a " as saisi cette indistmctlon
(celui-là au molOs) SI Pique ou morale, du bien
qui n'est celle, de la de la destruction
et du mal, mais ,celle l'immanence d'une chose dans sa
et de la, :emétabOlisme organique de toutes
révolution me:n
e
, d 'de bombes à la pellicule
les technologles, du tapis
filmique ...
L'effet Beaubourg
Implosion et dissuasion
L'effet Beaubourg, la machine Beaubourg, la
chose Beaubourg - comment lui donner un nom?
Enigme de cette carcasse de flux et de signes, de
réseaux et de circuits - ultime velléité de traduire
une structure qui n'a plus de nom, celle des rapports
sociaux livrés à la ventilation superficielle (animation,
autogestion, information, media), et à une implosion
irréversible en profondeur. Monument aux jeux de
simulation de masse, le Centre fonctionne comme un
incinérateur absorbant toute énergie culturelle et la
dévorant _ un peu comme le monolithe noir de 2001 :
convection insensée de [Ous les contenus venus s'y
matérialiser, s'y absorber et s'y anéantir.
Tout autour le quartier n'est plus qu'un glacis
_ ravalement, désinfection, design snob et hygié-
nique _ mais surtout mentalement: c'est une machine
à faite le vide. Un peu comme les centrales nucléaires:
le vtai danger qu'elles constituent n'est pas l'insécurité,
la pollution, l'explosion, mais le système de sécurité
93
maxima.l qui rayonne autour d'elles, le glacis de contrôle
et de qui s'étend, de proche en proche, sur
le teffltOlre, glacis technique, écologique, écono_
mique, géopolitique. Qu'imporre le nucléaire: la cen-
est une matrice où s'élabore un modèle de sécu-
abJolue,. qui va se généraliser à tout le champ
SOCIal, et qUi est profondément un modèle de dissuasion
le même qui nous régit mondialement sous le
de coexistence pacifique et de la simulation de
penl atomique).
" le même modèle, toutes proportions gatdées,
s clabore au Centre; fission culrurelle, dissuasion poli-
tique.
. dit, la circulation des fluides est inégale.
tefroidissement, réseaux électtiques _ les
fl.U1des ." traditionnels» y circulent très bien. Déjà la
c.lrculatlon du flux humain est moins bien assurée (solu-
tion des escaliers roulants dans les manchons
on devrait être aspirés, propulsés, que
sal::,e, une mobilité qui soit à l'image de cette
theatrallté batoque des flujdes qui fait l'originalité de
carcass,e). Quant .au matériel d'œuvres, d'objets, de
livres et.a l'espace intérieur soi-disant «polyvalent»,
Circule plus du tout. Plus on s'enfonce vers
1 moins ça circule. C'esr l'inverse de Roissy,
ou d un centre futuriste design «spatial" irtadiant
des «.sarellites ", etc., on aboutit tOUt platement
a des... aVIOns traditionnels. Mais l'incohérence est la
(Qu'en est-il de l'argent, cet autre fluide, qu'en
est-il de son mode de circulation, d'émulsion de retom-
bée à Beaubourg ?) ,
Même contradiction jusque dans les comporte-
ments du personnel, assigné à l'espace "polyvalent"
94
et sans espace privé de travail. Debouts et mobiles,
les gens affectent un comportement cool, plus souple,
très design, adapté à la "structure» d'un espace
"moderne ". Assis dans leur coin, qui n'en est juste-
ment pas un, ils s'épuisent à sécréter une solitude artifi-
cielle, à refaire leur « bulle ». Belle tactique de dissua-
sion là aussi: on les condamne à user route leur énergie
dans cette défensive individueHe. Curieusement, on
retrouve ainsi la même contradiction qui est celle de la
chose Beaubourg : un extérieur mobile, commutant,
cool et moderne - un intérieur crispé sur les vieilles
valeurs.
Cet espace de dissuasion, articulé sur l'idéologie
de visibilité, de transparence, de polyvalence, de consen-
sus cr de comact, et sanctionné par le chamage à la
sécurité, est aujourd'hui, virtuellement, celui de tous
les rapports sociaux. Tout le discours social est là et
sur ce plan comme sur celui du traitement de la culture,
Beaubourg est, en pleine contradiction avec ses objec-
tifs explicites, un monument génial de notre moder-
nité. Il est doux de penser que l'idée n'en est pas venue
à quelque esprit révolutionnaire, mais aux logiciens de
l'ordre établi, dépourvus de tout esprit critique, ct
donc plus proches de la vérité, capables, dans leur
obstination, de mettre en place une machine au fond
incontrôlable, qui leur échappe dans son succès même,
et qui est le reflet le plus exact, jusqu'en ses contradic-
tions, de l'érat de choses actuel.
95
Bien sûr, les contenus culturels de Beau_
bour.g SOnt anachronIques, parce qu'à cette enveloppe
s:ul eût pu correspondre le vide intérieur
L genérale étant que toUt ici est en
que tout se veut animation ct n'est que réani_
matlon, et que c'est bien ainsi parce que la culture est
morœ, ce que Beaubourg retrace admirablement, mais
de façon honteuse, alors qu'il eût fallu accepter triom-
cette mort et dresser un monument ou un
antl-m?nUment équivalent de l'inaniré phallique de la
tour en son temps. Monument à la déconnexion
torale: a 1 et à l'implosion de la culrure
- hUI pour nous en effer de circuits
toujours guettés par un court-circuit gigan-
Beaubourg, c'est déjà bien une compression à
la César - d'une culture telle qu'écrasée déjà par
son p.ropre pOIds - comme les mobiles automobiles
soudam gelés dans un solide géométrique. Telles les
bagnoles" César. re.scapées d'un accident idéal, non
plus mais. Interne à la structure métallique
et et qUI en aurait fait des tas de ferraille
où le de de leviers, de carrosserie,
de metal et de humame à l'intérieur est taillé à la
. géométrlque du plus petit espace possible
la cuhuc: de Beaubourg est concassée, tordue,
et pressee e.n plus petits éléments simples
- faIsceau de, transmiSSIOns .et métabolisme défunt, gelé
comme un mecanoïde de sCIence-fiction.
Mais au lieu de casser et de compresser ici toure
.cult,ure dans cette carcasse. qui a de toure façon
1air d une compression, au lIeu de ça on y expoJe
César. On y expose Dubuffet et la contre-culture, dont la
96
simularion inverse sert de référentiel à la culture
défunte. Dans cette carcasse qui aurait pu servir de
mausolée à l'opérarioonaliré inutile des signes, on
réexpose les machines éphémères er aurodesrrucrriccs de
Tinguely sous le signe de l'érerniré de la culrute. 00
neuttalise ainsi tout ensemble: Tinguely esr embaumé
dans l'institution muséale, Beaubourg est rabattu sur
ses prérendus contenus artistiques.
Heureusement, tout ce simulacre de valeurs
culrureUes est anéanti d'avance par l'architectute exré-
rieure 1. Car celle-ci, avec ses réseaux de tuyaux et
son air de bâtiment d'expo ou de foire universelle,
avec sa fragilité (calculée ?) dissuasive de toute men-
talité ou monumentalité tradidonnelle, proclame ouver-
rement que notre temps ne sera plus jamais celui
de la durée, que norre seule temporalité esr celle du
cycle accéléré et du recyclage, celle du circuit et du
transit des fluides. Notre seule culture au fond est
celle des hydrocarbures, celle du raffinage, du cracking,
du cassage de molécules culturelles et de leur recom-
binaison en prodUits de synthèse. Ceci, Beaubourg-
Musée veut le cacher, mais Beaubourg-carcasse le pro-
clame. Er c'est ce qui fair profondément la beauté de la
carcasse et l'échec des espaces intérieurs. De toute
façon, l'idéologie même de « producrion culturelle»
est anrithétique de toute culture, tout comme celle de
visibilité et d'espace polyvalent: la culture esr un lieu
du secret, de la séduction, de l'iniriatlon, d'un échange
symbolique restreint et hautement ritualisé. Nul n'y
1. Autre chose encore anéamit le projet culturel de
Beaubourg: la masse même qui déferle pour en jouir (nous
y revenons plus loin)
97
peut tien. Tant pis pour les masses, tant pis pour
Beaubourg.
Que fallait-il donc mettre dans Beaubourg?
Rien. Le vide qui eût signifié la disparition de
toute culture du sens et du sentiment esthétique. Mais
ceci est encore trop romantique et déchirant, ce vide
eût valu encore pour un chef-d'œuvre d'anriculture.
Peut-être un toLltnoiement de lumières stfobo-
et gyroscopiques, striant l'espace, dont la foule eût
fourni l'élément mouvant de base?
En fait, Beaubourg illustre bien le fait qu'un
ordre de simulacres ne se soutient que de l'alibi de
l'ordre antérieur. Ici, une carcasse tout en Aux et con-
nexions de surface se donne comme contenu une culture
traditionnelle de la profondeur. Un ordre de simulacres
antérieurs (celui du sens) fournit la substance vide d'un
ordre ultérieur qui,lui, ne connaît même plus la distinc-
tion du signifiant et du signifié, ni du COntenant et du
contenu.
La question «Que fallait-il mettre à Beau-
bourg?» est donc absurde. Il ne peut pas y être
répondu parce que la distinction topique de l'intérieur
et de l'extérieur ne devrait plus être posée. C'est là
notre vérité, vérité de Mœbius - utopie irréalisable
sans doute mais à laquelle Beaubourg donne quand
même raison, dans la mesure où n'importe lequel de ses
contenus est un contresens, et anéanti d'avance pat le
contenant.
98
Pourtant - pourtant ... s'il devait y avoir quel-
ue chose dans Beaubourg - ce devrait être du laby-
une bibliothèque combinatoire infinie, 'une
redistributÎon aléatoire des destins par le jeu ou les lote-
ries - bref l'univers de Borges - ou encore les Ruines
circulaires: enchaînement démultiplié d'individus rêvés
les uns par les autres (pas un Disneyland du rêve, un
laboratoire de fiction pratique). Une expérimentation de
toUS les processus différents de la représentation: dif-
fraction, implosion, démultiplication, enchaînements Ct
déchaînements aléatoires - un peu comme à l'Explora-
torium de San Francisco ou dans les romans de Philip
Dick -, bref une culture de la simulation et de la
fascination, et non toujours celle de la production et du
sens: voilà èe qui pourrair être proposé qui ne soit pas
une misérable amiculture. Est-ce possible? Pas ici évi-
demment. Mais cette se faît ailleurs, partout,
nulle part. Dès aujourd'hui, la seule vraie pratique cul-
rurelle, celle des masses, la nôtre (plus de différence), est
une pratique manipulatoire, aléatoire, labyrinthique de
signes, et qui n'a plus de sens.
D'une autre façon pourtant, il n'est pas vrai
qu'il y ait dans Beaubourg incohérence entre le conte-
nant er le contenu. C'est vrai si on accorde quelque
crédit au projet culturel officiel. MaÎs c'est exactement
l'inverse qui s'y fait. Beaubourg n'est qu'un immense
travail de rransmutation de cette fameuse culture tradi-
tionnelle du sens dans l'ordre aléatoire des signes, dans
99
un ordre de ,simulacres (le rroisième) tout à fait homo_
gène à celuI des flux et des tuyaux de la façade. Et
c'est pour dresser les masses à ce nouvel ordre sémiur_
gique qu'on les convie ici - sous le prétexte inverse
de les acculturer au sens et à la profondeur.
Il faut donc partir de cer axiome: Beaubourg
est un monuwent de disJUasion culturelle. Sous un
scénario muséal qui ne sert qu'à sauver la ficrion huma-
niste de la culture, c'est un véritable travail de mort de
la culture qui s'y fair, et c'est à un véritable travail dt
deuil culturel que les masses sonr joyeusement conviées.
Et elles s'y ruent. C'est là l'ironie suprême de
Beaubourg: les masses s'y ruent non parce qu'elles
vent vers cette culture dont elles seraient frustrées
s,iècles, mais parce. qu'elles Ont pour la
mlCre fOlS 1occasion de participer massivement à cet
immense rravail de deuil d'une culture qu'elles Ont au
fond toujours détestée.
Le malentendu est donc total lorsqu'on dénonce
Beaubourg comme une mystification culturelle de
masse. Les masses, elles, s'y précipitent pour jouir de
cette à mort, de ce dépeçage, de cette prostitution
d'une culture enfin véritablement liqui-
dee, y compns toute contre-culture qui n'en est que
l'apothéose. Les masses foncent vers Beaubourg comme
elles foncent vers les lieux de catastrophe, avec le
même élan irrésisrible. Mieux: elles sont la catastrophe
de Leur nombre, leur piétinement, leur
fascinatIOn, leur prurit de tout voir et de tout manipu-
ler, est un comportement objectivement mortel et
catastrophique pour toute l'entreprise. Non seulemenr
leur poids met en danger l'édifice, mais leut adhésion
leur curiosité, anéantit les contenus mêmes de
lOO
culture d'animation. Ce rush n'a plus aucune
mesure avec ce qui se proposait. comme objectif cu!-
turel, c'en est la négation radiCale, dans. exces
ct son succès même. C'est donc la masse qUI fait office
d'agent catastrophique dans cette structure de catas-
trophe, c'est la masse elle-même qui met fin à la ClIlture
de masse.
Circulant dans l'espace de la transparence, elle
est cettes convertie en flux, mais en même temps, par
son opacité et son inertie, elle me.t fin à cet espace
« polyvalem ». On la convie à à simuler, .à
jouer avec des modèles - eHe fait mieux: elle
cipe et manipule si bien qu'elle efface tout le sens qu on
veut donner à t'opération et qu'elle met en danger
même l'infrastructure de l'édifice. Ainsi toujours une
espèce de patodie, d'hypersimulation en réponse .à la
simularion culturelle, transforme les masses, qUI ne
devaiem être que le cheptel de la culture, en effecteur
de mise à mort de cette culture, dom Beaubourg n'était
que l'incarnation homeuse. .'
Il faut applaudir à ce succès de la dissuasIOn cul-
turelle. Tous les anti-artistes, gauchistes et contemp-
reurs de culture n'am jamais de loin approché l'efficacité
dissuasive de ce monumental trou noir qu'est Beaubourg.
C'ese une opération véritablement révolutionnaire, jus-
tement parce qu'elle est involontaire, insensée et incon-
trôlée, alors que toute opération censée de fin à
la culture ne fait, comme on sait, que la ressuSCIter.
lOl
A vrai dire, le seul contenu de Beaubourg esr
la masse elle-même, que l'édifice traite comme un
vertisscur, comme une chambte noire, ou, en termes
d'input-output, exactement comme une raffinerie traite
un produit pétrolier ou un flux de marière brute,
Jamais il n'a été aussi clair que le contenu _ ici
la culture, ailleurs l'information ou la marchandise _
n'est que le support fantôme de l'opération du medium
lui-même, dont la fonction est toujours d'induire de
la masse, de produire un flux humain et mental
gène, Immense mouvement de va-et-vient semblable
à celui des commuters de banlieue, absorbés et rejetés
à heures fixes par leur lieu de travail. Et c'est bien
travail ici - travail de test, de sondage,
d mterroganon dltlgée: les gens viennent sélectionner
ici des à toutes les questions qu'ils peu-
vent se poser, ou plutôt ilJ viennent eux-mêmes en
à la que.scion fonctionnelle et dirigée que
constltuent les objets, Plus que d'une chaîne de travail
il s'agit donc d'une discipline programmatique dont les
contraintes se SOnt effacées derrière un glacis de tolé-
rance. Bien au-delà des institutions traditionnelles du
capital, l'hypermarché, ou Beaubourg « hypermarché de
la culture ", est déjà le modèle de toute forme future
de socialisation contrôlée: retotalisation en un espace-
temps homogène de toutes les fonctions dispersées du
corps et de la vie sociale (travail, loisirs, media, culture),
retranscription de tous les flux contradictoires en termes
de circuits intégrés. de toure une simu-
lation opérationnelle de la vie sociale.
Pour cela, il faut que la masse des
reUfS soit équivalente ou homologue de la masse des
produits. C'est la confrontation et la fusion de ces
102
deux masses qui s'opèrent dans l'hypermarché
à Beaubourg, et qui en font quelque chose de dIffé-
rent des Heux traditionnels de la cul.rure (musees monu-
ents, galeries, bibliothèques, maIsons de la culture,
:c.). Ici s'élabore la maJJe critique au-delà de laquelle
la marchandise devient hypetmarchandise, et la culture
hypercul rure - liée à. d:s échanges
distincts ou à des besoms determlOes, maIs a une sarre
d'univers signalétique total, ou de citcuit intégré qu'une
impulsion parcourt de part en part, transit de
choix, de lectures, de références, de marques, de deco-
dage. Ici les objets culturels, comme ailleurs les
de consommation, n'ont d'autre fin que de vous malO-
tenir en état de masse intégrée, de flux transistorisé, de
molécule aimantée. C'est cela qu'on vient apprendre
dans un hypermarché: l'hyperréalité de la marchan-
dise - c'esr cela qu'on vient apprendre à Beaubourg:
l'hyperréalité de la culture,
Déjà commence avec le musée traditionnel cette
découpe, ce regroupement, cette de
les cultures, cette esthétisation incond\tlonneHe qUI fait
l'hyperréalité de la culture, le musée,est ,encore une
mémoire, Jamais comme iCI la culture n aval.t sa
mémoire au profit du srockage et de la redlstrlburlOn
fonctionnelle. Et ceci traduit un fait plus général: c'est
que partout dans le monde « civilisé» la
de stocks d'objets a entraîné le processus complemen-
taire des stocks d'hommes, la queue, l'attente, l'embou-
teillage la concentration, Je camp. C'est ça la « produc-
tion masse », non pas au sens d'une production
massive ou à l'usage des masses, mais la production de
ta maJJe, la masse comme produit final de toute socia-
lité, et mettant fin du coup à la socialité, car cette
103
dom on veut nous faire croire .
social, est au contraire le lieu de l" 1 est le
La masse est la sphère de 1 lmp OSlOll il social.
imploser tout 1 . 1 P en, plu! dense où Vient
. e SOCla, et J y dévorer da
cwus de snllu!ation ininterrompu, ns un pro-
De la ce miroir concave' '
la masse à J'intérieur l . c est en voyant
fluer. Méthode t . que es mass:s seront tentées d'af-
cl 1 yplque de marketmg : toute l'idéal .
e a transparence prend ici son sens. Ou encore' :,BIC
en en scène un modèle réduit idéal ' . c :sr
une gravitation accélérée un . .gu on espere
tique de culture comme a e
des masses. Même processus
réaction en chaîne _: peratlon nuc1ealre de
blanche. > ou operauon spéculaire de magie
Beaubourg est .. 1
l'échelle de la culture a première fois à
cl: la marchandise: à
demonstration de n" aIre par/att, ta
culture, la foule, l'air (la marcha.ndise, la
accélérée. pnme) par ia propre ctrmlatÎon
Mais si les stocks d' b'
des hommes, la violence entratnent le
entraîne violence inverse des stock d'objets
. N Importe quel stock est violent e .
vlOlence spécifique dan ,. ' t Il Y a une
aussi, pat le fait .masse d'hom-
a sa gravitation, à sa - vldolence propre
autour e son propre
104
foyer d'inertie. La masse est foyet d'inertie et par là
foyer d'une tout à fait neuve, inexplicable et
différente de la VIOlence explosive.
Masse critique, masse implosive, Au-delà de
30
000
, elle risque de faire «plier" la structure de
Beaubourg. Que la masse aimantée par la structure
devienne une variable destructrice de la structure elle-
même _ ceci, si les concepreurs l'ont voulu (mais
comment l'espérer ?), s'ils ont ainsi programmé la
chance de mettre fin d'un seul coup à l'architecture et
à la culture _ alors Beaubourg constitue l'objet le plus
audacieux et le happening le plus réussi du siècle.
Faites plier Beaubourg.' Nouveau mot d'ordre
révolutionnaire. Inutile de j'incendier, inutile de le
contester. Allez-y! C'est la meilleure façon de le
détruire. Le succès de Beaubourg n'esr plus un mysrère ;
les gens Y vont pour ça, ils se ruent sur cet édifice,
dont ta fragilité respire déjà la catastrophe, dans le seul
but de le faire plier.
Certes ils obéissent à l'impératif de dissuasion:
on leur donne un objet à consommet, une culture à
dévorer, un édifice à manipuler. Mais en même temps
ils visent expressément, et sans le savoir, cet anéantisse-
ment, La ruée esr le seul acte que la masse puisse pro-
duire en tant que teHe - masse projecrile qui défie l'édi-
fice de la culture de masse, qui riposte par son poids,
c'esr-à-dire par son aspect le plus dénué de sens, le plus
stupide, le moins culturel, au défi de culruralité qui lui
est lancé par Beaubourg. Au défi. d'acculturation massive
à une culture stérilisée, la masse répond par une irrup-
tion destructrice, qui se prolonge dans une manipulation
brutale. A la dissuasion mentale la masse répond par
une dissuasion physique directe. C'est son défi à elle.
105
Sa ruse, qui est de répondre dans les termes mêmes
où on la sollicite, mais au-delà, de répondre à la
simulation où on l'enferme par un processus social
enthousiaste qui en dépasse les objectifs et joue Comme
hypersimulation destructrice 2.
Les gens Ont envie de tOUt prendre, de tOUt
piller, de tOut bouffer, de tOUt manipuler. Voir, déchif-
frer, apprendre ne les affecte pas. Le seul affect massif,
c'est celui de la manipulation. Les organisateurs (et
les artistes et les intellectuels) SOnt effrayés par cette
velléité incontrôlable, car ils n'escomptent jamais que
l'apprentissage des masses au Jpec/acfe de la culture. Ils
n'escomptent jamais cette fascination active, des-
tructrice, réponse brutale et originale au don d'une cul-
ture incompréhensible, attraction qui a tous les traits
d'une effraction et du viol d'un sanctuaire.
Beaubourg aurait pu ou dû disparaître le lende-
main de l'inauguration, démonté et kidnappé par la
foule, dont Ç'aurait été la seule réponse possible au défi
absurde de transparence et de démocratie de la culture
- cbacun emportant un boulon fétiche de cette culture
elle-même fétichisée.
Les gens viennent toucher, ils regardent comme
s'ils tOuchaient, leur regard n'est qu'un aspect de la
2. Par rapport à cette masse critique, et à sa radicale
compréhension de Beaubourg, combien dérisoire la manifes_
ration des étudianrs de Vincennes Je soir de l'inauguration!
106
. . tactile. Il s'agit bien d'un univers tac.tile,
ou de discours, et les gens sont
non dans un processus:
ventilé, cl.rculer,
de l'ordre de la représentatlon,. n.1 de la
qui n est plus 'fi' Quelque chose qUI tient de
ni panique.
la paOlqU ,
Pani ue au ralenti, sans mobi!e .. C'est la
q 'un ensemble sature. L tmplOSlon.
violence interne a è brûler cout est prévu.
?e sont plus l'al-
l ce enee d'édifice. C'est l'implo-
ternatlve Imagmalre d' 1"' du monde « quater-
sion qui est la, .
naire ", la destruction violence, est ce qUI
I:a su vers;de la roducrion. A un univers de
répond a un . p d flux répondenc la réver-
réseaux, de cornblOatOire et e
sion et . d l'Etat du pouvoir, etc.
Ainsi des InstltuClons, e ,'f< de concra-
Le tout Ce qui se
dicClons n est Pe lesqinStitutions implosent
produit e.n réaIJ,te, c est ramifications, de
d'elles-mernes, a force "1 d' loppés. Le pOIJvotr
de circuÎts de concro e sur ..
. , st son mode actuel de dlsparmon. ,
tmplose, de la ville. Incendies, guerres,
. lité criminelle, catastrophes. " a
lutions, marglOa , '"11 d la négativlte Interne
problémarique de 1antivi e, e
107
ou externe à la ville, a quelque chose d>archal'que par
rapport à son véritable mode d'anéantissement.
Même le scénario de la ville souterraine _
sion chinoise d'enterrement des structures _ est naïve.
la ville ne se répète plus selon un schème de repro_
duction encore dépendant du schéma général de la
duceion, ou selon un schème de ressemblance encore
dépendant du schème de la représentation. (C'esr ainsi
qu'on restaure encore après la seconde guerre mon-
diale.) La ville ne ressuscite plus, même en profondeur
- elle se refait à partir d'une Sorte de code génétique
qui permet de la répéter un nombre indéfini de fois à
partir de la mémoire cybernétique accumulée. Finie
l'utopie même de Borges, de la carte co-extensive au
territoire et le redoublant tout entier: aujourd'hui le
simulacre ne passe plus par le double et la réduplication,
mais pat la miniaturisation génétique. Fin de la repré-
sentation et implosion, là aussi, de tout l'espace dans
une mémoire infinitésimale, qui n'oublie rien, et qui
n'est celle de personne, Simulation d'Un ordre irréver-
sible, immanent, de plus en plus dense, potentiellement
saturé et qui ne connaîtra plus jamais l'explosion libé-
ratrice,
Nous étionJ une cuiture de la violence libératrice
(la rationalité). Que ce soit celle du capital, de la libé-
ration des fotces productives, de l'extension irréversible
du champ de la raison et du champ de la valeur, de
l'espace conquis et colonisé jusqu'à l'universel _ que
ce soit celle de la révolution, qui anticipe sur les formes
fueures du social et d'énergie du social _ le schéma
est le même: celui d'une sphète en expansion, par des
phases lentes ou violentes, celui d'une énergie libérée_
l'imaginaire du rayonnement.
108
, l' ccompagne est celle qui accou-
La violence . c'est celle de la
che dialec'tique, énergétique,
Cetre vlolence- a ons appris à analyser et q.uI
que. C'est qu.e trace les chemins du SOCIal
noUS est famllJere. ce e.q d tout le champ du social.
et qui à la eanalytique, .
C'est une violence '1 ce apparaît aUJourd hUI,
Une tout aur;:s parce qu'elle échap.pe
que noUS ne p 1 d l violence explosive: VIO-
aU sch,éma n:n plus de l'extension d'un
lence q a saturation et de sa rétraction,
système, mais de s , h iques stellaires, VIOlence
il en dc:
s
démesurée du social,. à
consécutive au, l' d'un réseau (de saVOlr,
l'état d'un. système et d'un conrrôl.e
d'informatlon, de pou . les frayages interstl-
hypertrophique investissant toUS
tiels, , st inintelligible parce que
VI?
le
7;: la logique des systè,mes
tout notte,lmagma indéchiffrable parce que IOdeter-
en. Elle eS:elève_t_elle même plus du
mlOée, tes modèles aléatoites qUI ont
de lïndérermlO
ation
. d détermination et de cau-
pris le rela.is des mode a: fondamentalement
sali té ne son e de systèmes d'expanslOn
rents, Ils le
d
P
rjuctiOn et d'expanslOn toUS
définis à des systemes e Ph. me peu importe _
azimurhs - des énergies,
les phl.losop ités et de moléculatisation des::
radiatIOn des lO::ens s celui d'une saturation Jusqu a
vont da?s. le i' des réseaux. La différence du
l'interstitiel et a 110 n, u'une modulation, la
molaire au moléculaire n est q
lO9
dernière peut-être, dans le r ' .
damenral des systèmes en energénque fo
n
_
. Autre chose si nous passons d'u h .
nalre de libération et de dé!" . ne p ase mtllé-
phase d'implosion, après unl:lsson des énergies à une
maximal (revoit les conc docte de rayonnement
de Barail.le dans ce sens e hpecte .et de dépense
mépuisable, d'un rayon_
Jogle somptuaire: c'est le dernier e son anrhr?po_
rayonnant de notre philo h' d m.ythe et
d'une économie générale :c: ernl.er feu. d'.artlfi
ce
de. sens pour nous), à une h' malS CC:I n.a plus
Joclal _ réversion gigames ue
P
de reverJlon du
atteint le poim de saruration
q
Les un, cham.
p
fois
:essent pas non plus ne
energie de rayonneme . ï une fOIs dlsslpee leur
cess.us d'abord lem, selon .un pro-
- lis se COntractent à u ,11 r b progreSSivement
nem des systèmes la uleuse, cr devien-
énergies environnantes toutes les
où le monde au sens où' nous trous noirs
nement et indéfini d'énergie, rayon-
Peut-etre les grandes métro 1 .
ment elles si cette hypoth' po es - certame-
des foyers d'implosion c: -
et de résorption du social lui_mê:nfoyers d
du double conce t d e d.ont 1age or,
lotIOn, est sans doute dé _P e et de revû-
passe. Le SOCial IOvolue lente-
llO
ment, ou bruralement, dans un champ d'inertie qui
enveloppe déjà le politique. (L'énergie inverse?) Il
faut se garder de prendre l'implosion pour un processus
négatif, inerte, tégtessif, comme la langue nous l'impose
en exaltant les termes inverses d'évolution, de révolu-
rion. i:implosion est un processus spécifique aux consé-
quences incalculables. Mai 68 fur sans doute le premier
épisode implosif, c'esr-à-dire contrairement à sa réécri-
ture en termes de prosopopée révolutionnaire, une
première réaction violente à la saturation du social, une
rérraction, un défi à l'hégémonie du social, en conrra-
diction d'ailleuts avec l'idéologie des participants eux-
mêmes, qui pensaient aller plus loin dans le social- tel
est l'imaginaire qui nous domine toujours - et d'ail-
leuts une bonne part des événements de 68 ont pu
relever encore de cette dynamique révolutionnaire ct
d'une violence explosive, mais autre chose dans le même
temps a commencé là: l'involution violente du social,
sur tel point déterminé, et l'implosion consécutive et
soudaine du pouvoir, sur un laps de temps bref, mais
qui n'a jamais cessé depuis - c'est même ça qui conti-
nue en profondeur, l'implosion, celle du social, celle
des institutions, celle du pouvoir - et pas du cout
quelque dynamique révolutionnaire introuvable. Au
contraire, la révolution elle-même, l'idée de révolution
implose elle aussi, et cette implosion est plus lourde
de conséquences que la révolution elle-même.
Certes, depuis 68, et grâce à 68, le social,
comme le désert, grandit, - participation, gestion,
autogestion généralisée, etc. - mais en même temps
se rapproche, en de multiples points plus nombreux
qu'en 68, de sa désaffection et de sa réversion totale,
Séisme lent, intelligible à la raison historique.
Hypermarché er hypermarchandise
A (fente kilomètres à la ronde, les flèches vous
aiguillent vers ces grands centres de triage que sont les
hypermarchés, vers cet hyperespace de la marchandise
où s'élabore à bien des égards une sociaiité nouvelle
11 faut voir comment il centralise et redistribue taure
une région et une population, comment il concentre
et rationalise des horaires, des parcours, des pratiques
_ créant un immense mouvement de va-et-vient roUf à
fait semblable à celui des commuterJ de banlieue, absor-
bés et rejetés à heures fixes par leur lieu de travaiL
Profondément, c'est d'une autre sorte de travail
qu'il s'agit ici, d'un travail J'acculturation, de confron-
tation, d'examen, de code et de verdict social: les gens
viennent trouver là et sélectionner des objets-réponses
à taures les questions qu'ils peuvent se poser; ou
plutôt ils viennent eux-mêmes en réponse à la question
fonctionnelle et dirigée que constituent les objets. Les
objets ne sont plus des marchandises; ils ne sont même
plus exactement des signes dont on déchiffrerait et
113
dom on s'approprierait le sens et le messa
des testJ, ce som eux qui nous interro ge, ce SOnt
sommés de leur répondre, Ct nous
mcluse dans la question. Ainsi fonctionnent eSt
ment 17s messages des media; ni infor .
communication, mais référend nI
réponse circulaire, vérification du test perpetuel,
Pas de relief, de perspective de j" .
le regard risquerait d.e se perdre, m'ais
les panneaux et les produits eu _ ou
d.ans leur exposltlon ininterrompue jou x mernes
slg.nes équivalents et successifs. Il d:s
occupés à refaire le de
l etalage en surface là où le 'lè a scène,
mateurs a pu créer 'quelque t::: des.
encore à cette absence de profondeur . ajoute
homogène, sans médiation réunit 1. meme espace
choses, celui de la direc:: et
pule l'autre? . aiS qUI maO/-
Même la répression S'intègre co .
cet univers de simulation La' . sIgne dans
sion qu'un signe de dissua-
petSuaSlOn. les circuits de tél' . . . de la
partie du décor de antIvol fon.t eux-
parfaIte sur tous les o' . .s. Une
Contrôle plus lourd etPl
mts
,un dispositif de
lui-même Ce ne . us sap Istlque que le magasin
allusion à'Ia C'est donc une
qui est mÎs là en ce« » de c:t
avec tous les autres, et même c?Cxlster
par exemple celui qu'expriment mverse,
. à vous détendre et à
serenIte. Ces panneaux, en fait, vous guettent et
114
surveillent aussi bien, ou aussi peu, que la télévision
..: policière ». Celle-ci VOliS vous vous y regar-
dez, mêlé aux autres, c'est le mirOIr sans tain de l'activité
consommatrice, jeu de dédoublement et de redouble-
ment qui referme ce monde sur lui-même.
l'hypermarché est inséparable des autoroutes qui
l'étoilent et l'alimentent, des parkings avec leurs nappes
d'automobiles, du terminal de l'ordinateur - plus loin
encore, en cercles concentriques -, de la ville entière
comme écran fonctionnel total des activités. l'hyper-
marché ressemble à une grande usine de montage, à
ceô près que, au lieu d'être liés à la chaîne de travail
par une contrainte rationnelle continue, les agents (ou
les patients), mobiles et décentrés, donnent l'impression
de passer d'un point à l'autre de la chaîne selon des
circuits aléaroires. Les horaires, la sélection, l'achat SOnt
aléatoires, eux aussi, à la différence des pratiques de
travail. Mais il s'agit bien quand même d'une chaîne,
d'une discipline programmatique, dont les interdits se
sont effacés derrière un glacis de tolérance, de facilité
et d'hyperréalité. l'hypermarché est déjà, au-delà de
l'usine et des institutions traditionnelles du capital, le
modèle de toute forme future de socialisation contrô-
lée : retotalisation en un espace-temps homogène de
toures les foncrions dispersées du corps ct de la vie
sociale (travail, loisir, nourriture, hygiène, transports,
media, culture) ; retranscription de toUS ies Aux contra-
dictoires en termes de circuits intégrés; espace-temps
de toute une simulation opérationnelle de la vie sociale,
de route une structure d'habitat et de trafic.
Modèle d'anticipation dirigée, l'hypermarché
(aux Etats-Unis surtout) préexiste à l'agglomération;
c'est lui qui donne lieu à l'agglomération, alors que le
115
était cœut d'une cité, lieu Où la
, mpagne venaIent frayer ensembl l'h
est l'exptession de tout un mode de :ie
p u .non seulement la campagne mais la ville .
pour. laisser place à l'« agglomération» _
urbal.n fonctionnel entièrement signalisé d z.onmg
le micromodèle sur le pla ci IOnc il est
Mais son. rôle dépasse de loi: 1: :
ce .et les n'y Ont plus de réalité spécifique
q pnme, c est leur agencement sériel . 1·'
spectaculaire, futur modèle des : Clrcu aIre,
La «forme» '
comprendre ce qu'il en est de la fin de la mod . ,a
Les grandes villes ont vu .,
(1850-1950), une u; slecle
« modernes » (b . g ands magaSins
façon ou une a portaient ce nom d'une
. , ucre), maIs cette modernisation
!Jee a celle des transports, n'a pas bouleversé
a urbaine. les villes sone restées des villes
tan IS qu: les villes nouvelles sont satellisées par l'h
ou 1: shopping center, desservis par
d pros.ramme de transit, et cessent d'êrre des villes
eveOlf des agglomérations. Une nouvelle morpho-
apparue,. qui relève du type cybernéti ue
au niveau du territoire qde
a ,Itat,. u les scénarios de
moleculalre qUI sone ceux du code génétique) et done
la forme est nucléaire et satellitique L'h' h
comme, noyau.. La. viye, même
plus. est lUI etablit une orbite sur la uelle se
meut 1agglomeratlOn. Il sert d'implant aux
comme fone parfois aussi l'université ou encore
uSine - non plus l'usine du XIX' siècle ni l'usine
116
décentralisée qui, sans briser l'orbite de la ville, s'ins-
talle en banlieue, mais l'usine de montage, automatisée,
à commandement électronique, c'est-à-dire correspon-
dant à une fonction et à un procès de travail totalement
déterritorialisés. Avec certe usine, comme avec l'hyper-
marché ou l'université nouvelle, on n'a plus affaire à
des fonctions (commerce, travail, savoir, loisir) qui
s'autonomisent et se déplacent (ce qui caractérise encore
le déploiement «moderne» de la ville), mais à un
modèle de désintégration des fonctions, d'indétermi-
nacion des fonctions et de désintégration de la ville
elle-même, qui est transplanté hors ville et traité comme
modèle hyperréel, comme noyau d'une agglomération
de synthèse qui n'a plus rien à voir avec une ville.
Satellites négatifs de la ville, qui traduisent la fin de la
ville, même de la ville moderne, comme espace déter-
miné, qualitatif, comme synthèse originale d'une société.
On pourrait croire que cette implantation cor-
respond à une rationalisation des diverses fonctions.
Mais, en fait, à partir du moment où une fonction s'est
hyperspécialisée au point de pouvoir être projetée de
toutes pièces sur le terrain «clefs en main », elle perd
sa finalité propre et devient tout autre chose: noyau
polyfonctionnel, ensemble de « boîtes noires» à input-
output multiple, foyer de convection et de destructu-
ration. Ces usines et ces universités ne sont plus des
usines ni des universités, et les hypermarchés n'ont
plus rien d'un marché. Etranges objets nouveaux dont
la centrale nucléaire est sans doute le modèle absolu et
d'où rayonnent une sorte de neutralisation du territoire,
une puissance de dissuasion qui, derrière la fonction
apparente de ces objets, constituent sans doute leur
fonction profonde: l'hyperréalité de noyaux fonction-
117
nels qui ne le SOnt plus du tout. Ces objets nouveaux
SOnt les pôles de la simulation autour desquels s'élabore,
à la différence des anciennes gares, usines ou réseaux
de rransport traditionnels, autre chose qu'une « moder.
nité» : une hyperréalité, une simultanéité de tOUtes
les fonctions, sans passé, sans avenir, une
nalité tous azimuts. Et sans doute aussi des crises, ou
même des catastrophes nouvelles: Mai 68 commence
à Nanterre, et non à la Sorbonne, c'est-à-dire dans un
lieu où, pour la première fois en France, l'hyperfonc_
tionnalisation «hors les murs» d'un lieu de savoir
équivaut à une déterritorialisation, à la désaffection, à
la perte de fonction et de finalité de ce savoir dans un
ensemble néo-fonctionnel ptagrammé. Là, une violence
nouvelle, originale, a pris naissance en réponse à la
satellisation orbitale d'un modèle (le savoir, la culture)
dont le téférentiel est perdu.
L'implosion du sens dans les media
Nous sommes dans un univers où y a de plus
en plus d'information, et de moins en molOs de sens.
Trois hypothèses:
_ ou du,
teur néguenrropique), malS n arrive a co p
ser la déperdition brutale de dans ta:
les domaines. On a beau réinjecter, a forc: e
media, des messages et des contenus, la .deper-
dition, l'engloutissement du sens va vite qu:
sa réinjection. Dans ce cas, il faut faire appel a
une productivité de la base, pour rel.ayer les
media défaillants. C'est de la
arole libre, des media démultiplies en IOn?mbra-
bles cellules individuelles d'émission, vOIre des
«ami-media» (radios-pirates, , .
_ Ou l'information n a tien a vOir
la signification. C'est autre chose, un modèle ope:
rationnel d'un autre ordre, extérieur au sens et a
119
la circulation du sens proprement dit, C'est l'hy-
porhèse de Shannon: celle d'une sphère de l'in-
formation purement instrumentale, medium tech-
nique n'impliquant aucune finalité de sens, et donc
qui ne doit pas être impliquée, elle non plus, dans
un jugement de valeur. Sorte de code, comme
peut l'êue le code génétique; il est ce qu'il est,
ça fonctionne comme ça, le sens est autre chose,
qui vient après en quelque sorte, comme pour
Monod dans Le Hasard et la Nécessité. Dans ce
cas, il n'y aurait tout simplement pas de relation
significative entre l'inflation de l'information et
la déflation du sens.
- Ou bien, au contraire, il y a corrélation
rigoureuse et nécessai re entre les deux, dans la
mesure où l'information esr directement destruc-
ttice, ou neutralisatrice du sens et de la signifi-
cation. La déperdition du sens est directement liée
à l'action dissolvante, dissuasive, de l'information
des media et des mass-media, '
C'est l'hypothèse la plus intéressante, mais elle
va à l'encontre de toute acception reçue, Partout la
socialisation se mesure par l'exposition aux messages
médiatiques. Est désocialisé, ou virtuellement asocial
celui qui est sous-exposé aux media. Partout lïnfor-
mation est censée produire une circu1ation accélérée du
sens, une plus-value de sens homologue à celle, écono-
mique, qui provient de la rotation accélérée du capital.
L'information est donnée comme créatrice de commu-
nication, et même si le gaspillage est énorme, un consen-
sus général veut qu'il y ait cependant au totai un excé-
dent de sens, qui se redistribue dans tous les interstices
120
du social - tout comme un consensus veut que la pro-
duction mattrielle, malgré ses dysfonctionnements et
ses irrationalités, débouche quand même sur un plus
de richesse et de finalité sociale. Nous sommes touS
complices de ce mythe. C'est et l'oméga de
modernité, sans lesquels la crédibilité de notre orgaOl-
sation sociale s'effondrerait. Or, le fait est qu'elle J'ef-
fondre, et pour cette raison même. Car là où nous pen-
sons que l'information produit du sens, c'est l'inverse.
L'information dévore ses propres contenus. Elle
dévore la communication et le social. Et ceci pour deux
raisons.
l. Au lieu de faire communiquer, elle s'épuise
dans la mise en scène de la communication. Au 1ieu de
produire du sens, elle s'épuise dans la mise en scène
du sens. Gigantesque processus de simulation que nous
connaissons bien. L'interview non directif, la parole,
les téléphones d'auditeurs, la participation toUS azimuts,
le chantage à la parole: «Vous êres concernés, c'est
vous l'événement, etc. » De plus en plus l'information
est envahie par cette sarre de contenu fantôme, de greffe
homéopathique, de rêve éveillé de la communication.
Agencement circulaire où on met en scène le désir de
la salle, anti-théâtre de la communication, qui, comme
on sait, n'est jamais que le recyclage en négatif de l'ins-
titution traditionnelle, Je circuit intégré du négatif.
Immenses énergies déployées pour tenir à bout de bras
ce simulacre, pour éviter la désimulation brutale qui
nous confronterait à l'évidente réalité d'une perte radi-
cale du sens.
Inutile de se demander si c'est la perte de la
communication qui entraîne cette surenchère dans le
simulacre, ou si c'est ie simulacre qui est là d'abord à
121
des fins dissuasives, celles de COurt-circuiter à l'avance
toute possibilité de communication (précession du
modèle qui met fin au réel), Inutile de se demander
quel est le rerme premier, il n'yen a pas, c'est Un
processus circulaire - celui de la simulation, celui de
l'hyperréel. Hyperréalité de la communication et du
sens. Plus réel que le réel, c'est ainsi qu'on abolit le
réel.
Ainsi, aussi bien la communication que le social
fonctionnent_ils en circuit fermé, comme un leurre _
auquel s'attache la force d'un mythe. La croyance, la
foi en l'information, s'attache à cette preuve taurolo_
gigue que donne le système de lui-même en redoublant
dans les signes une réalité introuvable.
Mais on peut penser que cerre croyance est aussi
ambiguë que celle qui s'attachait aux mythes dans les
sociétés archaïques. On y éroit et on n'y croit pas,
On ne se pose pas la question. « Je sais bien, mais quand
même. » Une sorte de simulation inverse répond dans
les masses, chez chacun de nous, à cette simulation de
sens et de communication où nous enferme ce système.
A la tautologie du système il esr répondu par l'ambi-
valence, à la dissuasion il est répondu par la
tian, ou par une croyance toujours énigmatique. Le
mythe existe, mais il faut se garder de croire que les
gens y croient; c'est là le piège de la pensée critique,
qui ne peut s'exercer que sur un présupposé de naïveté
et de stupidité des masses,
2, Derrière cette mise en scène exacerbée de la
communication, les mass-media, l'information au forcing
poursuivent une itrésistible destrucruration du social.
Ainsi J'information dissout le sens et dissout le
social, dans une sorte de nébuleuse vouée non- pas du
122
à un surcroît d'innovation, mais tout au contraire
tout 1 1
à l'entrop,ie e sont effecteuts non pas. de la
A,mst e is .uste à l'inverse de l'implosiOn du
Et ceci n'est
sOCtal da. d l' 'mplosion du sen! au Olveau mlCro-
ICelle_ci est à analyser à partir de
scoplque d d t Luhan medium is meJSage, dont on
la les conséquences.
est gue touS les contenus de sens .sont
J la seule forme dominante d.u medIUm.
dans 1 fait événement _ et ceCI .que
Le. medIUm seu conformes ou subversifs.
sOIent les contenus, -'nformation, radios-pirates,
problème pour toute contre 1
--1. Nous n'avons parLé. ici, de
registre social de la théorie cybernétique de
de porter. rhYP?thèse. veut que
l'informatlon. Là aUSSI, la ie de résistance à l'cnrropl.e, de
soit de Mais il conviendrait de
surccolt de sens or
g
, NFORMATlON .. ENTROPI.E. Par
poser . Je savoir qu'on peut avoir. d',:n
exemple : 1mformatton ou d'" ne forme de neutraitsaltOn
sysûme ou d'un événement e!t ét7:dr: aux sciences en général,
t! d'entropie tU ce (a . 1 en particulier). L'informa-
et aux sCiences hur:nalnes et diffust un événement est
tlOn où se rlflérhtt ou par ce;u événement. Ne pas hésiter à
clijà une forme dlgrad1e des media en Mai 0
8
,
analyser dans ce sens , ' étudiante a la greve
L'extension donnée L ément une boîte nOire de neu-
général.e, mais celle-Cl fut pr JJ du mouvement. L'umpli-
tralisunon de la virulence ongme le et non pas une extension
fication même fue un des Luttes l'jnfor-
positive. Se méfier de d solidarité toUS aZimuts, de
mation, s: méfier des e daine à La fois. Touee
cene et est une stratégie
stratégie d'uOlversabsat!On es l
entropique du système.
123
ami-media, etc. Mais il y a plus grave, que MacLuhan
lui-même n'a pas dégagé. Car de cette neutra_
lisation de tous les contenus, on pourrait espérer rravail_
1er encore le medium dans sa forme, et transformer le
réel en utilisant l'impact du medium comme forme. Tous
les COntenus annulés, il y a peut-être encore une valeur
d'usage révolutionnaire, subversive, du medium en tant
que tel. Or - et c'est là où mène à son extrême limite
la formule de MacLuhan _ il n'y a pas seulement
implosion du message dans le medium, il y a, dans le
même mouvement, implosion du medium lui-même dans
le réel, implosion du medium et du réel, dans une SOrte
de nébuleuse hyperréelle, où même la définirion et l'ac.
tion distincte du medium ne SOnt plus repérables.
Il n'est pas jusqu'aux media eux-mêmes,
téristiques de la modernité, dom le statut « tradition_
nel » ne soit remis en cause. la formule de Macluhan,
Medium ;s 7llwage, qui est la formule clef de l'ère de
la simulation (le medium est le message _ l'émetteur
est le récepteur - circularité de tous les pôles _ fin
de l'espace panoptique et perspectif _ tels SOnt l'alpha
et l'oméga de notre modernité), cette formule même
doit être envisagée à la limite où, après que tous les
COntenus et les messages se Som volatilisés dans le
medium, c'est le medium qui se volatilise en
tant que tel. Au fond, c'est enCote le message qui
donne au medium ses lettres de créance, c'est lui qui
donne au medium son statut distinct, dérerminé, d'in-
termédiaire de la communication. Sans message, le
medium lui aussi tombe dans l'indéfinirion caractéris_
tique de tous nos grands systèmes de jugement et de
valeur. Un seul modèle, dont l'efficace est immédiat,
génère à la fois Je message, le medium et le « réel ».
124
Medium is meJJage ne
pour tout dire, du message, mais au.ssI, la
e pas seu.lement fin lus de media au sens
fi du medIUm. Il n y a P d media électroOiques
terme (je parle, médiatrice
de masse) - c'est-a-, état du réel à un ..NI
réalité à une autre,. d uns la forme. C'est ce que slgn:6e
dans les contenus:.
01
da. Absorption des pôles 1un
i oureusemcnt les pôles de tout sys-
l'autre, court-CircUit des termes et des
tème différentiel. de sens
dont
celle du medium ct du
.rions distlnctes, 'diation de toute
donc de ;e:X ou de t'un .à
dialectlque effets media. Impossl-
;'aurre. Circularité de d'un vecteur
bilité d'un sens, au se Il faut envisager JUsqu au
qui mène d'un à mais originale: la
bout cette de rêver d'une r:"o-
seule qui nous salt lalssee.. utile de rêver d'une r:vo-
lution par les medium et réel sont
lution par la forme, pm q indéchiffrable dans sa, vente.
mais une seule des d
Ce constat d Imp du medium lUl-meme,. de
tion du sens, ue de la communicatlon
résorption de modèle, du
dans une circulaflté tota araÎtte catastrophique
social dans les m.ass.es, fait qu'au de
et désespéré. tOute notre vision de
l'idéalisme qUI doml d' 'déalisme forcene du sen
tion. Nous idéalisme de la. comr;'u-
et de la commuOlc::lO:
t
, dans cette perspectlve, c est
nication par le se , , ui nous guette.
bien la cataJtrophe du .Jem q 1 terme de « catastrophe >'
Mais il faut vOir que e
l25
n'a ce sens «catastropbique " de fin et d'anéamissemenr
que dan.s une vision linéaire d'accumulation, de finalité
productlve que nous impose le système. Le terme lui-
même ne signifie érymologiquemem que la courbure
vers le bas d'un cycle qui mène à c:
qu on J.'eur appeler un « horizon de l'événement ", à
h?nzon.du. sens, indépassable: au-delà, plus rien
n a lieu qUI ait du Jem pour nous, _ mais il suffit de
sortir de cer ultimatum du sens pour que la cata_
strophe eUe-même n'apparaisse plus comme échéance
dernière et nihiliste, telle qu'elle foncrionne dans notre
imaginaire actuel.
Au-delà du sens, il y a la fascination, qui résulte
de la neutralisation et de l'implosion du sens. Au-delà
de l'horizon du social, il y a les masses, qui résultent
de la neutralisation er de l'implosion du social.
L'essentiel aujourd'hui est d'évaluer ce double
- défi au sens par les masses et leur silence (qui
n est pas du tour une résistance passive) _ défi au
sens venu des media er de leur fascination. Toutes les
tentatives marginales, alternatives, de ressusciter du
sens, som secondaires en regard de cela.
Evidemment il ya un paradoxe dans cerre inex-
tricable conjonction des masses et des media: est-ce
que som les media qui neutralisent le sens et qui
prodUlsem la informe" (ou informée), ou
est-ce la masse qUI réSiste viccorieusemem aux media
en décournant ou en absorbant sans y répondre cous les
messages qu'ils produisenr? Jadis, dans «Requiem
pour. les media ", j'avais analysé (er condamné) les
media comme l'institution d'un modèle irréversible de
communication Jam r/ponJe. Mais aujourd'hui? Cerre
absence de réponse peur être enrendue, non plus du
126
tout comme la srrarégie du ,comme une
contre-stratégie, des masses elles-mernes a 1encomre du
sont-ils du côré du pouvoir dans
la manipularion des masses, ou sont-ils du des
masses dans la liquidation du sens, dans la Violence
faite au sens et dans la fascination? Est-ce som
les media qui induisent les masses à la fascmatlon, o.u
est-ce que ce sont les masses qui détournent media
dans le spectaculaire? : les
media se font le véhicule de la condamnatIOn morale
du terrorisme et de l'exploitation de la peur à des
fins politiques, mais dans la plus
ambiguïté, ils diffusent la fascinat.lOn brute de 1acte
terroriste, ils sont eux-mêmes terronsres, dans la mesure
OLt ils marchent eux-mêmes à la fascination (éternel
dilemme moral, cf Umberto Eco : comment nc pas
parler du terrorisme, comment trouver. un bon. UJage
des media - il n'yen a paJ). Les media charnent le
sens et le contresens, ils manipulent dans cous les sens
à la fois, nul ne peut contrôler ce processus,. ils
culent la simulation interne au sysrème et la SimulatIOn
desrructrice du système, selon une logique absolument
moebienne et circulaire, - et c'est bien comme ça. Il
n'y a pas d'alternative à cela, pas de logique.
Seule une exacerbation logique et une résolutlon catas-
trophique. . , .
Avec un correctif. Nous sommes Vls-a-VIS de ce
système dans une situation double et insoluble « double
bind » - exactement comme les enfants vis-à-vis des
exigences de l'univers adulte. Us simultanément
sommés de se constituer comme SUjets autonomes, res-
ponsables, libres er conscients, et de se constiruer
127
comme objets soumis, inertes, obéissants, conformes.
l'enfant résiste Sut tous les plans, et à une exigence
conrradictoire, il répond aussi par une stratégie double.
A l'exigence d'être objet, il oppose toutes les pratiques
de désobéissance, de tévolte, d'émancipation, bref tOUte
une revendication de sujet. A l'exigence d'être sujet, il
oppose toUt aussi obstinément et efficacement une résis_
tance d'objet, c'est-à-dire exactement à J'inverse: infan_
tilisme, hyperconformisme, dépendance tOtale, passivité,
idiotie. Aucune des deux stratégies n'a plus de valeur
objective que l'autre. La résistance-sujet est aujourd'hui
unilatéralement valorisée et tenue pour positive _ de
même que dans la sphère politique seules les pratiques
de libération, d'émancipation, d'expression, de consti_
tution comme sujet politique SOnt tenues pour valables
et subversives. C'est ignorer l'impact égal, er sans doute
bien supérieur, de toutes les pratiques objet, de renon-
ciation à la position de sujet et de sens _ exactement
les prariques de masse - que nous enterrons sous le
terme méprisant d'aliénation et de passivité. Les
pratiques libératrices répondent à un des versants du
système, à l'ultimatum constant qui nous est fait de
nous constituer en pur objet, mais elles ne répondent
pas du toUt à l'autre exigence, celle de nous constituer
en sujets, de nous libérer, de nous exprimer à tOUt prix,
de Voter, de produire, de décider, de parler, de parti-
ciper, de jouer le jeu - chantage et ultimatum tout
aussi grave que l'autre, plus grave sans doure aujour-
d'hui. A un sysrème dont l'argument esr d'oppression et
de répression, la résistance stratégique est de reven-
dication libératrice du sujet. Mais ceci reflète plutôt la
phase antérieure du système, et même si nous y sommes
affrontés encore, ce n'est plus le terrain stratégique:
128
ue! du système est de maximalisation de
l'argument acr oducrion maximale de sens. Donc la
la parole, de i ue esr celle du refus de sens et .du
résistance strar g q cl la simulation hyperconform'ste
refus d,e du système, qui est une
des mecaOl
S
e non-recevoir. C'est celle des mas.ses .
de refus et d, r au système sa propre logique
elle équivaut a er, comme un miroir, le sens
en la (si on peut encore
sans 1 'l'em orte aujourd'hui, parce que c est
de strategie), Pstème ui l'a emporté.
cecte phase-la du est grave. Tous les
Se ue sur la libération, l'émancI-
qUI ne q d'un sujet de l'h.istoire, ?U
pauo
n
, lac sur une prise de conSCience, vOire
groupe, d . 1d'inconscient» des sujets et masses,
sur une «prise '"1 dans le sens du systeme, dont
ne voient. pas qUI.s . précisément de surprocluc-
l'impératif est UI cl la parole.
tion et de régénératIon du sens ec e
Publicité absolue, publicité zéro
Ce que nous vivons, c'est l'absorption de tous
[es modes d'expression virtuels dans celui de la publi-
cité. Toures les formes culturelles originales, touS les
langages déterminés s'absorbent dans c e l u j ~ c i parce qu'il
est sans profondeur, instantané et instantanément
oublié. Triomphe de la forme superficielle, plus petit
commun dénominateur de toutes significations, degré
zéro du sens, triomphe de l'entropie sur toUS les tcopes
possibles. Forme la plus basse de l'énergie du signe.
Cette forme inarticulée, instantanée, sans passé, sans
avenir, sans métamorphose possible, puisqu'elle est la
dernière, a puissance sur toutes les autres. Toutes les
formes actuelles d'activité tendent vers la publicité,
ct la plupart s'y épuisent, Pas forcément la publicité
nominale, celle qui se produit comme teHe - mais la
forme publicitaire, celle d'un mode opérationnel sim-
plifié, vaguement séducrif, vaguement consensuel (routes
les modalités y SOnt confondues, mais sur un mode
anénué, énervé). Plus généralement, la forme publici-
131
taire est celle où tOus les COntenus singuliers s'annulent
dans le moment même où ils peuvent se transcrire
les uns dans les autres, alors que le propre des énoncés
" lourds "', des formes articulées de sens (ou de style),
est de ne pouvoir se traduire les unes dans les autres
pas plus que les règles d'un jeu. '
Ce long cheminement vers une traductibilité
et donc une combinatoire tOtale, qui est celle de la
transparence 51Iperfiâelle de toutes choses, de leur
publicité absolue (et dont encore une fois la publicité
professionnelle n'est qu'une forme épisodique), peut
se déchiffrer dans les péripéties de la propagande.
Publicité Ct propagande prennent tOUte leur
envergure à partir de la révolution d'Octobre et de la
crise mondiale de 1929, Toutes deux langages de masse,
issues de la production de masse d'idées ou de mar-
chandises, leurs registres, d'abord séparés, tendent à
se rapprocher progressivement. La propagande se fait
marketing et merchandizing d'idées-forces, d'hommes
politiques et de partis avec leur « image de marque "'.
Elle se rapproche de la publiciré comme du modèle
véhiculaire de la seule grande et vérirable idée-force
de cette société concurrentielle : la marchandise et la
marque. Cette convergence définit une société, la nôtre,
où il n'y a plus de différence entre l'économique et le
politique, parce que le même langage y règne d'un
bout à l'aurre, d'une société donc où l'économie poli-
tique, littéralement parlant, est enfin pleinement réa-
lisée. dissoute comme instance spécifique
(comme mode histotique de contradiction sociale), réso-
lue, absorbée dans une langue sans contradictions,
comme le rêve, parce que parcourue d'intensités sim-
plemenr superficielles.
132
Un stade ultérieur est franchi lorsque le langage
même du social, après celui du po.litique, se confon-
dre avec cene sollicitation fascmante. ,d un langa.ge
énervé, lorsque le social va se faire pu.bliClté, va se faire
léhisciter en essayant d'imposer son Image de
be destin historique qu'il était, le
est tombé au rang d'une «enrrepnse collective,.,
assurant sa publicité tous azimuts, Voyez quelle p!us-
value de social chaque publicité cherc.he à produire,:
werben werben - sollicitation du SOCial partout pre-
senr sur les murs, dans les voix chaudes er exsangues
des speakerines, dans les graves et. les aigus de la
bande-son ct dans les tOnalités multlples de la bande-
image qui court partout sous nos Socialiré
présente, socialiré absolue enfin reallsee la publi-
cité absolue - c'est-à-dire totalement dIssoute elle
aussi, socialité vestige hallucinée sur touS les
sous la forme simplifiée d'une demande de. SOCIal
immédiatement satisfaite par l'écho publicitaIre.
social comme scénario, dont nous sommes le publtc
éperdu. ...,. ,
Ainsi la forme publiCItaire s est-elle Imposee et
développée aux dépens de tous les autre:
comme rhétorique de plus en plus neutre:
sans affects, comme « nébuleuse asyntaxlque"., dIrait
Yves Srourdzé, qui nous enveloppe de toutes partS (et
qui élimine du même coup le problème tellement conrro-
versé de la « croyance". et de l'efficacité: elle .ne pro-
pose pas de signifiés à investir,. eH,e of:re. une éqUlvalen.ce
simplifiée de rous les signes jadiS dIS-
suade par ceue équivalence même). CeCI, les
limites de sa puissance acruelle et les condmons sa
disparition, car la publicité n'est plus aujourd'hUI un
l33
enjeu, elle est à la fois « entrée dans les mœurs» et du
même coup sortie de cette dramaturgie sociale et morale
qu'elle représentait encore il y a vingr ans.
Ce n'est pas que les gens n'y croient plus ou
l'aient acceptée comme routine, C'est que, si elle
fascinait par cette puissance de simplification de tous
les langages, cette puissance lui est aujourd'hui ravie
par un autre type de langage encore plus simplifié et
donc plus opérationnel: les langages informatiques.
Le modèle de séquence, de bande-son et de
image que nous offre la publicité, de pair avec les
autres grands media, le modèle de péréquation
natoire de tous les discours qu'elle propose, ce conti-
nuum encore rhétorique de sons, de signes, de signaux,
de slogans qu'elle dresse comme environnement total
est largement dépassé, dans sa fonction de
justement, par la bande magnétique, par le continuum
électronique qui est en train de se profiler à l'horizon
de cette fin de siècle, Le micro-processus, la digitalité,
les langages cybernétiques VOnt beaucoup plus loin
dans le même sens de la simplification absolue des pro-
cessus que la publicité ne le faisait à son humble
niveau, encore imaginaire et spectaculaire. Et c'est
que c.es systèmes vont plus loin qu'ils polarisent
la fascination jadis dévolue à la publicité.
l'mformation, au sens informatique du terme,
qUI mettra fin, qui met déjà fin au règne de la publi-
cité. C'est ça qui fait peur, et c'est ça qui passionne.
La «passion» publicitaire s'est déplacée sur les
computers et la miniaturisation informatique de la vie
quotidienne.
L'illustration anticiparrice de cette transforma-
tion était le papoula de K. Ph. Dick, cet implant
134
publicitaire transistorisé, de ventouse
de parasite électronique qUI se fixe au corps et dont Ji
est crès difficile de se débarrasset. Mais le papoula est
encore une forme intermédiaire: c'est déjà une sorre
de prothèse incorporée, mais il serine encore des
messages publicitaires. Un hybride donc, mais préfi-
guration des réseaux psychotropiques et informatiques
de pilotage automatique des individus, auprès duquel
le «conditionnement» publicitaire fait figure d'une
délicieuse péripétie.
L'aspect le plus intéressant actuellement de la
publicité est sa disparition, sa dilution comme forme
spécifique, ou comme medium tout simplement. Elle
n'esr plus (l'a-t-elle jamais été ?) un moyen de commu-
nication ou d'information. Ou bien elle est prise de
cette folie spécifique des systèmes surdéveloppés de
se plébisciter à chaque instant, et donc de se parodier
eUe-même. Si à un moment donné la marchandise était
sa propre publicité (il n'yen avait pas d'autre),
aujourd'hui la publicité est devenue sa propre marchan-
dise. EUe se confond avec elle-même (et l'érotisme
dont elle s'affuble n'est que l'index auto-érotique d'un
système qui ne fait plus que se désigner lui-même
_ d'où l'absurdité d'y voit une «aliénation» du
corps de la femme).
En tant que medium devenu son propre mes-
sage (ce qui fait qu'il y a désormais une demande de
publicité pour elle-même, et que donc la question
135
d'y ." ou non ne se pose même 1
est tOUt à fair à l'unisson du so .p us), la
1 hisrorique s'est trouvée absorb;;al, dont
et simple demande de social : clema cl cl par la
tl,onnemem du social comme d'une n . e fonc_
cl un ensemble de services, comme comme
ou, de survie (il faut sauver le social .de vie
,la nature: le social est notre niche) JI faUt
gu JI ctalt jadis une sorte cl '1' - alors
même. Ceci est bien Son
Justement cette puissance d'lJ'"1 perdu
le de l'offre Ct dei tombé dans
est passé de force ama on' cl e, le
Simple statut de l'emploi, d'u ,a un
[uellement rare) et d'un service (even_
publicité pOUt le
faire de la publicité l ' on va pouvoir
publicité est là . socIal. la véritable
dans l'exaltation du s . lUI. ans le deSIgn du social,
le acharné,
se rait rudement sentir. n e esom
. Les danses folkloriques dans le fi' 1
IOnombrables cam eero, es
«demain je pour la sécurité, le slogan
réservé au loisit et 1 » accompagné du sourire jadis
tion aux a séquence publicitaire pour rélec-
pour ma;» _ mlmes:« {e ne laÎsse personne choisÎr
s sÎ
d
7
faIre acte de socÎal dans s."l celle
n est pas un hasard sÎ la ublicité g, n .mrme. Ce
un ultÎmatum licite' ;pres aV?lr véh!culé
dIsant et répétant au fond fol bl e type economlque,
assa ernent : «J'achète,
136
je consomme, je jouis », répète aujourd'hui sous toutes
les formes : " Je vote, je participe, je suis présent,
je suis concerné» - miroir d'une dérision paradoxale,
miroir de l'indiffétence de route signification publique.
Panique invetse : on sait que le social peut se
dissoudre dans la réaction panique, réaction en chaîne
incontrôlable. Mais il peut se dissoudre aussi dans la
réanion inverse, réaction en chaîne d'inertie, chaque
micro-univers saruré, aurorégulé, informatisé, isolé dans
son pilotage automatique. La publicité en est la pré-
figuration première ébauche d'une trame ininterrom-
pue de signes, comme la bande des téléscripreurs - cha-
cun isolé dans son inertie. Forme annonciatrice d'un
univers saturé. Désaffecté, mais saturé. Insensibilisé,
mais plein à craquer. C'est dans un univers comme
celui-là que prend force ce que ViriUo appelle l'esthéti-
que de la disparition. Que commencent d'appataÎtre
des objets fractals, des formes fractales, des zones de
faille consécutives à la saruration, et donc à un pro-
cessus de rejet massif, d'abréaction ou de Stupeur d'une
société purement rransparente à elle-même. Comme les
signes dans la publicité, on se démultiplie, on se fait
transparent ou innombrable, on se fait diaphane ou
rhizome pour échapper au point d'inertie - on se
met sur orbite, on se branche, on se satellise. on
s'atchive _ les pistes s'entrecroisent: il y a la bande-
son, la bande-image. comme dans la vie il y a la
la bande-loisir, la etc.•
le roUt enveloppé dans la bande-publicité. Partout il
y a trois ou quatre pistes. et vous êtes au croisement.
Saturation superficielle et fascination.
Car il reste la fascination. Il n·est que voir Las
Vegas la ville publicitaire absolue (celle des années
137
cinquante, celle des années folles de la publicité, et qui
en a gardé le charme, aujourd'hui rétro en quelque
sorte, car la publicité est secrètement condamnée par la
logique programmatique qui donnera des villes bien
différentes). Quand on voit las Vegas surgir tout
entière du désert par le rayonnement publicitaire à la
tombée du jour, cr retourner au désert quand le
jour se lève, on voit que la publicité n'est pas ce qui
égaie ou décore les murs, elle est ce qui efface les
murs, efface les rues, les façades et toute l'architecture,
efface tout suPPOrt et toute profondeur, et que c'est
cette liquidation, cette résorption de tout en surface
(peu importe les signes qui y circulent) qui nous plonge
dans cette euphorie stupéfiée, hyperréelle, que nous
n'échangerions plus contre quoi que ce soit d'autre, et
qui est la forme vide et sans appel de la séduction.
Le langage se laiJJe alors entraîner par son
double, et joint le meilleur au pire pour un fan-
tôme de rationalité dont la formule est : «Tout
le monde doit y croire. » Te! est le message de
ce qui nOlis masse.
J.-1. Bouttes, Le Oestmcteur d'intensités.
La publiciré donc, comme l'information: des-
tructrice d'inrensités, accélérateur d'inertie. Voyez
comme tous les artifices du sens et du non-sens y SOnt
répétés avec lassitude, comme toutes les procédures,
138
toUS les dispositifs du langage de la communication
(la fonction de contact: vous m'entendez? Vous me
regardez? Ça va parler! - la référentielle,
la fonction poétique même, l'allUSIon, l'ironie, le jeu de
mots, l'inconscient), comment tout cela est mis en scène
exaccement comme le sexe dans le porno, c'est-à-dire
sans y ctoire, avec la même obscénité
pourquoi il est inutile d'analyser la
comme langage, car c'est autre chose qUI y a heu: une
doublure de la langue (des images aussi bien), à laquelle
ni linguistique ni sémiologie ne répondent, puisqu'eUes
travaillent sur l'opération véritable du sens, sans pres-
sentir du tout cette exorbitation caricaturale de toutes
les fonctions du langage, cette ouverture sur un immense
champ de détision des signes, « consommés» comme on
dit dans leur dérision, pour leur dérision et le spectacle
collectif de leur jeu sans enjeu - comme le porno
est fiction hypertrophiée de sexe consommé dans sa
dérision, pour sa dérision, spectacle collectif de l'ina-
nité du sexe dans son assomption baroque (c'est le
baroque qui inventa cette dérision triomphale du stuc,
fixant l'évanouissement du religieux dans l'orgasme des
statues).
Où est l'âge d'or du projet publicitaire? L'exal-
tation d'un objet par une image, l'exaltation de l'achat
et de la consommation par la dépense publicitaire somp-
tuaire ? Quelle que fût l'asservissement de la
à la gestion du capital (mais cet aspect de la
celui de l'impact social ct économique de la publiCite,
est toujours irrésolu et au fond insoluble), elle fut
jours plus qu'une fonction asservie, elle fut un miroir
tendu à l'univers de l'économie politique et de la mar-
chandise, elle en fur un moment l'imaginaire glorieux,
l39
celu.i d'un monde déchir- .
j'uOlvers de la en Mais
un et en involution. : c'est
son ImagJnalre triomphal, et, du stade cloup,. il ,a
en quelque, Sorte passé au travail de rn1fOlt, 11 eSt
Il n y a plus de scène cl 1 .
en a,plus que la forme obscèneeer
a
?'y
est 1Ji!usrration de cette ft ?e. Et la publlClté
C' orme saturee et vide
est pourquoi elle n'a 1 cl ..'
mes repérables ne SOnt pl . P rernrOlre. Ses
Halles par exemple est us (aoves. le Forum des
ciraice _ une OpératiollnO ensemble publi_
publicité de personne, n'est la
plus le statut d'un vérirabl me, ça n a non
ensemble archirecrutal centre commerCial ou
au fond un centre us q,ue Beaubourg n'est
supergadgets démontrent sim etranges objets, ces
menralité sociale est deven p ement.q.ue.notre monu_
quelque chose comme le Fo ue Et c'est
qu'est devenue la pub!" . _rum q,Ul tllustre le mieux ce
public. ICtte, ce qu est devenu le domaine
. La marchandise s'enterr
tlons dans les archives, comm:' comme. les informa_
bunkers, comme les fusées dans 1 les. archives. dans les
Finie la marchandise h es SIlos atomIques.
mais elle fuit le soleil et déployée, désor_
l'homme qui a perdu est comme
Halles ressemble assez' AIOS
I
le Forum des
d'une marchandi:e home - luxe
solet! noir. Sarcoph d 1 erree, transparenre à un
li age e a marchandise
saumon marbres 'blancs, noirs
espace riche et snob et mat:
. sence totale de fluides,
140
il n'y a même plus de gadget liquide comme le voile
d'eau de Parly 2, qui au moins trompait l'œil - ici
même plus de subterfuge amusant, seul le deuil pré-
tentieux est mis en scène. (La seule idée drôle de l'en-
semble esr justement l'humain et son ombre qui
marchent en trompe-l'œil sur la dalle venicale de
béron : gigantesque toile d'un beau gris à l'air libre,
servant de cadre au trompe-l'œil, ce mur est vivant
sans l'avoir voulu, en contraste avec le caveau de
famille de la haute courure et du prêr-à-porrer que
constitue le Forum. Cette ombre est belle parce qu'elle
est une allusion contrasrée au monde inférieur qui a
perdu son ombre,)
Tout ce qu'on pourrait souhaiter, une fois
ouvert au public cer espace sacré, er de peur que la
pollution, comme pour les grottes de Lascaux, ne le
dérériore irrémédiablement (songeons à la masse défer-
lante du RER), c'est qu'on l'interdise immédiate-
ment à la circulation et qu'on le recouvre d'un linceul
définirif pour garder intact ce témoignage d'une civi-
lisation parvenue, après avoir franchi le stade de l'apo-
gée, au stade de l'hypogée, de la marchandise, Il y a
une fresque ici qui retrace le long chemin parcouru
depuis l'homme de Tautavel en passant par Marx et
Einstein pour parvenir à Dorothée Bis ... Pourquoi ne
pas sauver cette ftesque de la décomposition? Plus
tard les spéléologues la redécouvriront, en même temps
qu'une culture qui avait choisi de s'enterrer pour
échapper définitivement à son ombre, d'enterrer ses
séductions et ses artifices comme si elle les vouait
déjà à un autre monde,
Clone story
De toutes les prothèses qui jalonnent J'histoire
du corps, le double est sans doute la plus ancienne.
Mais le double n'est justement pas une prothèse
c'est une figure imaginaire qui, telles l'âme, l'ombre,
l'image dans le miroir, hante le sujct comme son autre,
qui fait qu'il est à la fois lui-même Ct ne se ressemble
jamais non plus, qui le hante comme une mort subtile
et tOujours conjurée. Pas toujours cependant: quand le
double se matérialise, quand il devient visible, il signi-
fie une mort imminente.
Autant dire que la puissance et la richesse ima-
ginaire du double, celles où se jouent l'étrangeté et en
même temps l'intimité du sujet à lui-même (heimlich/
unheimlich), reposent sur son immatérialité, sur le fait
qu'il est et reste un phantasme. Chacun peut rêver,
et a dû rêver route sa vie d'une duplication ou d"une
multiplication parfaite de son être, mais ceci n'a que
force de rêve, et se détruit de vouloir forcer le rêve dans
le réel. Il en est de même de la scène (primitive) de la
143
séduction: elle que d'être phamasmée, tes
que de n erre jamais, réelle, Il
atre cpoque de exorCiser ce phantasme a
autres, c'est-à-dIre de vouloir le réalise l
IJser en chair et en os Ct, par un
changer le jeu du double d'un échange subtil rotai,
mort avec l'Autre en l'éternité du Même. de la
.. . Les clones. Le clonage. Le boutura e hum' ,
l ,chaque cellule d'un organisme indiv7dué a
te 7VCnJf la matrice d'un individu identique Aux E nt
UOIS" un ,enfant serait né il y a quelques
un geraOlUm. Par bOllturage. Le premier enfant-clone
d.'un ,par, multiplication végéra-
seul ne a ,partir cl, lI,ne seule cellule d'un
serait J son «pere", genlteur unique dont il
a exacte, le jumeau parfair, le double 1
, dune gemel1ité éternelle substiruée à la
qui, elle, est liée à la mort. RA
de. la forme la plus pure
f,arente, pll;SqU elle permer enfin de se passer d
autre, et cl aller du même au même Cl f: e
pa,r d'une femme, et
malS ce suPPOrt est éphémère, cr de toute
açon anonyme: une prothèse femelle pourrait le
qui, par la voie de
d
Ia geneuque,. fait acceder les êtres complexes au dest'
es prOtozoaires, ln
serait 1N'e:t-ce pas une pulsion de mort qui pous-
es erres sexués à régresser vers une forme de
Rorvik, A Ion image: la copie d'N'le homme, Paris,
144
reproduction antérieure. à la sexuation (n'est-ce pas
d'ailleurs cette forme SCissipare, cette reproducrion er
proliférarion par pure contiguïté qui eJt pour nous, au
plus profond de notre imaginaire, la mort et la pulsion
de mort - ce qui nie la sexualité et veut l'anéantir,
la sexualiré étant porteuse de vie, c'est-à-dire d'une
forme critique et mortelle de reproduction ?) et qui
les pousserait en même temps métaphysiquement à nier
toute altérité, toute altération du Même pour ne plus
viser que la perpétuation d'une identité, une transpa-
rence de l'inscription génétique même plus vouée aux
péripéties de l'engendrement ?
Laissons la pulsion de mort, S'agit-il du phan-
tasme de s'engendrer soi-même? Non, car celui-ci passe
toujours par les figures de la mère et du père, figures
parentales JexuéeJ que le sujet peut rêver d'effacer
en s'y substituant, mais sans du tout nier la structure
symbolique de la procréation devenir son propre
enfant, c'est encore être l'enf.'1nt de quelqu'un. Alors
que le clonage abolit .«dicalement la Mère, mais aussi
bien le Père, l'enchevêtrement de leurs gènes, l'in-
trication de leurs différences, mais surtout l'acte duel
qu'est l'engendrement, Le doneur ne s'engendre pas:
il bourgeonne à partir de chacun de ses segments. On
peut spéculer sur la richesse de ces branchements végé-
taux qui résolvent en effet route sexualité œdipienne
au profit d'un sexe « non humain », d'un sexe par conti-
guïté et démultiplication immédiate - il reste qu'il ne
s'agit plus du phantasme de s'engendrer soi-même. Le
Père et la Mère ont disparu, non pas au profit d'une
liberté aléatoire du sujet; au profit d'une matrice appe-
lée code, Plus de mère, plus de père une matrice.
Et c'est elle, celle du code génétique, qui «enfante»
l45
désormais à l'infini sur un mode opérationnel
de tOute sexualité aléatoire. expurgé
. . de sujet non plus, puis ue la réd . .
Iden.tJtalre mer fin à sa division. Leqstade cl
dans le clonage, ou plutôt il y est
cl une façon monstrueuse. Le clona e . parodIé
non plus, et pour la même raison tCtlC?t
et de projection du' sujet
Ideal, car cette projection passe encore pn alter
celle, dans le miroir: où le sujet s'alièn:
r

se voit uv:; ou celle,. et monelle, où le
po y moune. Rlen de tout cela dans 1 1
..Plus de medium, plus d'image _ 1 e 0-
objet mdusrriel n'est le miroir de p.lIS qu
lui succède dans la série. L'Un ' ce l qUI
idéal ou mortel de l'aurre ils n est JamaiS le
tionner et s'il; ne ' ne que s'addl_
quys pas été
naIssent pas la mort. n-
a dans I:esneG:'agit même pas de gémellité, car il y
s é 'fi emeaux ou les Jumeaux une propriété
et u.ne fascination particulière, et sacrée du
, e ce qUI est deux d'emblée, et n'a jamais ét/ u
Al lors que le clonage consacre la réitération du mA n:
+l+l+l,etc. eme.
Ni enfant, ni jumeau ni reflet "
c.lone est la matérialisation d'u double
l'abolition de taure
Imagmalre. Laquelle se confond " . e tout

Apothéose délirante de la
uetnce. gle pra-
. . Un segment n'a pas besoin de médiation ima
gmalre pOut se reproduire, pas plus que le ver
146
terre: chaque segment du ver se reproduit directement
comme ver entier, tout comme chaque cellule du
américain peut donner un nouveau P-DG. Tout
comme chaque fragment d'un hologramme peut redeve-
nir matrice de l'hologramme complet: l'information
reste entière, avec peut-être une moindre définition,
dans chacun des fragments dispersés de l'holo-
gramme.
C'est ainsi qu'on met fin à la totalité. Si toure
l'information se retrouve en chacune de ses parties,
l'ensemble perd son sens. C'est aussi la fin du corps,
de cette singularité appelée corps, donc, le secret est
justement qu'il ne peut être segmenté en cellules addi-
tionnelles, qu'il est une configuration indivisible, ce
dont témoigne sa sexuation (paradoxe : le clonage va
fabriquer à perpétuité des êtres sexués, puisque sem-
blables à leur modèle, alors que le sexe devient pat
là même une fonction inutile - mais justement le
sexe n'est pas une fonction, c'est ce qui fait qu'un
corps est un corps, c'est ce qui excède toutes les
parties, toutes les fonctions diverses de ce corps). Le
sexe (ou la mott : dans ce sens c'est la même chose)
est ce qui excède toute l'information qui peut être
réunie sur un corps. Or, toute certe information est
réunie où ? Dans la formule génétique. Voilà pourquoi
celle-ci doit forcément vouloir se frayer une voie de
reproduction autonome, indépendante de la sexualité
et de la mort.
Déjà la science par sa
dissection en organes et en fonctions, entame le proces-
sus de décomposition analytique du corps, et la géné-
tique micromoléculaire n'en est que la conséquence
logique, mais à un niveau d'abstraction et de simulation
147
bien supérieur, celui, nucléaire, de la cellule de comman_
dement, celui, directement, du code génétique, autour
de laquelle s'organise toute cette fantasmagorie.
Dans la vision fonctionnelle et mécaniste,
que organe n'est encore qu'une prothèse partielle et dif_
férenciée simulation déjà, mais {( traditionnelle ».
Dans la vision cybernétique et informatique c'est le
plus petÎt élément indifférencié, c'est chaque cellule
d'un corps qui devient une prothèse « embryonnaire»
de ce corps. C'est la formule génétique inscrite en
chaque cellule qui devient la véritable prothèse moderne
de tous les corps. Si la prothèse est communément un
artefact qui supplée un organe défaillant, ou le prolon_
gement instrumental d'un corps, alors la molécule
ADN, qui enferme toute l'information relative à Un
corps, esr la prothèse par excellence, celle qui va per-
mettre de prolonger indéfiniment ce corps par lui-même
- lui-même n'étant plus que la série indéfinie de ses
prothèses.
Prothèse cybernétique infiniment plus subtile,
et plus artificielle encore que toute prothèse mécanique.
Car le code génétique n'est pas «naturel»: comme
toute partie abstraite d'Un tOUt et autonomisée devient
prothèse artificielle qui altère ce tout en s'y substituant
(pro-thésis : c'est le sens étymologique), on peut dire
que le code génétique, où le tout d'un être prétend se
condenser parce que toute 1'« information» de cet
être y serait enfermée (c'est là l'incroyable violence de
la simulation génétique), est un artefact, une prothèse
opérationnelle, une matrice abstraite, dom VOnt pouvoir
procéder, non plus même par reproduction, mais par
pure et simple reconduction, des êtres identiques assi-
gnés aux mêmes commandements.
148
Mon patrimoine génétique a été fixé une
« 1 t'un certain spermatozoïde a rencontr
pour Ce patrimoine comp.orte, la
un certain bio-chimiques qUI mont realtse
de toUS les processus t' nement. Une copie de cette
et qui m:;: jon; ton e des dizaines de milliards
recette est me aujourd'hui.
de cellules qUI fi b . uer' avant d'etre une
d'elles sait comm.
ent
a elle est une cellule
cellule de mon possible de fabriquer
de moi. Il es! 1 . 'partir de l'une d'elles. »
un individu tdentlque mOl a
. (professeur A. le dernier stade de l'histoire
Le clonage est . , éduit à sa far-
de la d,u est voué à la
mule et reprendre ici ce que
Il l'œuvre d'art à l'ère de sa
Walter de . est rdu dans l'œu-
reproductibilIté a:a, cette qualité
vre sa forme esthétique
singulièr:, de 1ICI et ravant dans sa qualité esthétique
(elle a deJa. perdu aupa li nd selon Benjamin, dans
sa forme. et e
d
e une forme poli-
deStlO l'original, que seule une
ttque. Ce qUI est PI' et tétrospective peut
histoire. ». la forme la
recons,t1tuer de ce déroulement et que
avancee, la plus ." la hoto et les mass-media
décrivait da.ns le où n'a plus même
comcmporalOs, .est cel h ont d'emblée conçues
jamais Ii.eu, pUIsque illimitée.
en fonctl?n de leur. r p arrive non plus seulement au
C est ce qUi nous. u niveau des individus avec
niveau des messages, maIs a
l49
clonage, En fait,c'e:t ce qui arrive au corps lorsqu'il
n est conçu que comme message, comme
d et messages, comme sUbstance
RIen ne s oppose alors à sa teproductibi_
!lte sénelle ?ans ,les mê.mes termes dom use Benjamin
les objets mdustrlels et les images mass-media_
Il y ,a de la reproducrion SUt la
ductlon, ptecessiOn du modèle génétique sur tous 1
corps possib,les. C'est l'irruption de la technologie
d'une technologie que
Benjamin deJa dans ses ultimes conséquences,
comr:n
e
medIUm total, mais encore à l'ère industrielle
-:-- q,ui commandair à la génération
d d que rien ne pouvait plus
une de 1autre - et sans concevoir encore
1 contemporain de cette technologie
rend, d'êtres identiques, sans
gu d pUisse erre lamaIS faIt retour à un être originel.
les prothèses de l'âge industriel SOnt encore externes
eXQtechnJques, celles que nous connaissons se SOnt
et intériorisées : éJQtechniques, Nous sommes à
l age des rechnologies douces, software générique et
mental.
Tant que les prothèses du vieil âge d'or indus-
triel étaient mécaniques, elles faisaient encore retour
sur le corps pour en modifier l'image _ elles-mêmes
étaient métabolisées dans l'imaginaire:
ce merabohsme technologique faisait aussi partie de
limage du corps. Mais quand on atteint un paine de
(dead-line) dans la simularion, c'est-à-dire
quand la prothèse s'approfondit, s'intériorise, s'infiltre
aU,cœur"anonyme et micro-moléculaire du corps, lors-
qu eUe s Impose au corps même comme modèle « origi-
150
1" brûlanr toUS les circuits symboliques ,ultérieurs,
possible n'étanr que sa Immuable,
alors c'est la fin du corps, de et de ses
péripéties, l'individu n'est plus qu un,e cancé-
reuse de sa formule de base, Tous les IOdlVldus ISSUS, par
clonage de l'individu X gu
étasrase cancéreuse - prolifératIOn dune meme
:l\ule telle qu'on peur le voir dans le cancer? Il Y,a
ne relation étroite entre l'idée directrice du code géne-
er la pathologie du cancer: le code désigne le plus
petit élément simple, la formule minimale à laquelle
on peur réduire l'individu ct tel qu'il ne peur,que
se reproduire idemique à lUI-même. Le cancer déslgn,e
la prolifération à l'infini d'une cellule de base sans conSi-
dération des lois organiques de l'ensemble. Il en est de
même dans le clonage: rien ne s'oppose plus à la recon-
ducrion du Même, à la prolifération sans frein
seule matrice, Jadis la reproducrion sexuée s'y opposaIt
encore, aujourd'hui on peut enfin isoler la marrice géné-
rique de l'idemité, et on P?u:oir éliminer tou;es
péripéties différemieHes qUI falsalem le charme alearOlre
des individus,
Si routes les cellules som conçues d'abord
comme récepracle d'une même fotmule
som-elles d'aurre - non pas seulemem toUS les IOdIVI-
dus identiques, mais toutes les ceHules d'un même indi-
vidu _ que l'extension cancéreuse de cette formule de
base? La métastase commencée avec les objets indus-
triels finit dans l'organisation cellulaire, Inurile de se
demander si le cancer est une maladie de l'ère capitalisee.
C'est en effet la maladie qui commande route la parho-
logie comemporaine, parce qu'elle est la forme
de la virulence du code : redondance exacerbee des
151
mêmes signaux, redondance exacerbée des mêmes cel_
lules.
La scène du corps change au fil d'une « progres_
sion» technologique itréversible: du bronzage par le
soleil, qui correspond déjà à un usage anificiel du milieu
naturel, c'est-à-dire à faire de celui-ci une prothèse du
corps Oui-même devenant corps simulé, mais où esc la
vérité du corps ?) - au bronzage domestique par la
lampe à iode (encore une bonne vieille technique méca_
nique) - au bronzage par la pilule et les hormones (pro-
thèse chimique et ingérée) - et pour finir au bron_
zage par intervention sur la formule génétique (stade
incompamblemenr plus avancé, mais prothèse quand
même: simplemenr elle est définitivement intégrée, elle
ne passe même plus ni par la surface, ni par les orifices
du corps), on passe par des corps différents. C'est le
schéma d'ensemble qui est métamorphosé. La prothèse
naditionnelle, qui sere à la réfection d'un organe
défaillant, ne change rien au modèle général du corps.
Les greffes d'organes SOnt encore de cet ordre. Mais que
dire de la modélisation mentale par les psychotropes et
les drogues? C'est la scène dit corps qui en esr changée.
Le corps psychorropique est un corps modélisé «de
l'intérieur », sans plus passer par l'espace perspectif de
la représentation, du miroir et du discours. Corps silen-
cieux, mental, déjà moléculaire (et non plus spéculaire),
corps métabolisé directement, sans l'intermédiaire de
l'acte ou du regard, corps immanent, sans altérité, sans
mise en scène, sans rranscendance, corps voué aux méta-
bolismes implosifs des flux cérébraux, endocriniens,
corps sensoriel, mais non sensible, puisque connecté
sur ses seuls terminaux iorernes, cr non sur des objets
de perception (ce pOut quoi on peur l'enfermer dans une
152
. . «blanche », nuUe, il suffit de le déconnecter
sensonallté , .'. sensorielles sans toucher au
de ses p
r
of
r
'7 déjà, à ce stade
monde ,1 malléabilité mentale, psycho-
de tactl.le'utS roche déjà de la mampulation
trOpisme toUS , de la perte absolue
nucléaire et génetlque, présentation possible, ni pour
de l'image, corps énucléés de leur
les autres, nl P ar transfigurarion dans une
êrre de leur pmouvance bio-chimique poInt de
géneuque ou Ph' d' e technologie devenue elle
non-retour, apot case
aussi interstitielle et moleculaire.
NOTE
Il jaut cOI/sidérer que la d:c:;;:e
une silencieise t
u
.
x
nucléaire injor-
Le s'tl ausst mom-
manque des vIVa:
i
; u'if mène à la dhinjorntatton,
trlleuse et la negat.ton, p hql ie "révolutionnatrt» de déltalJon
et à Pat o. oZ . . Fictions (" Notes synop-
organtque, diratt [1:
1
Délire entropi.que des
tiqfles. à d un -ia des systèmes mjorma-
rw.ganmne.r, a e con ·oncture que celle des masses
/tonne/:;: (C est la .mem strueturées : les maHtJ
vis-à-VIS des jonnatlons SOCt , 11 delà de toute organiaté
elles dUHi des métaudIes cancereuses a -
sociale.) ur le clonage: if est à Id fois
est la :lreetrice, celle du code et. de
le triompk
e
d . hypo une distorsion excentrique qz:t en.
l'injormatton génetlque, et d'ailleurs vraisemblable (ma.1S Ctel
détruit. Id e.ff juture) que même le «Jumeau
eu lamé a une identique à son géniteur, ne sera
clollique» ne sera jamd/S p qu'il y en aura eu un
jd1naù le mime, ne jlit-ce que arce
153
alllre avant Illi Il
géT/étique l'a",'; rha;;/:a le COt4
malgré lout un être différ . 'J d Interferences en fi
bleuJ de Jon père r . qlll aura 10ul juJte L crone
f1M doniqlle aur.' e qUI. rre.rt pal nOUVeau. El l'ex yeux
radiraie ;e eu l'avantage de démont!:r
de 1In/ormalion et du rode. un proCeJJuJ par la Jeule
Hologrammes
C'est le phantasme de saisir la réalité sur le
vif qui continue - depuis Narcisse penché sur sa
source. Surprendre le réel afin de l'immobiliser, sus-
pendre le réel à l'échéance de son double. Vous vous
penchez sur l'hologramme comme Dieu sur sa créature:
seul Dieu a ce pouvoir de passer à travers les murs, à
travers les êtres, et de se retrouver immatériellement
au-delà. Nous rêvons de passer à travers nous-mêmes
et de nouS retrouver au-delà: le jour où votre double
holographique sera là dans t'espace, éventuellement
mouvant et parlant, vous aurez réalisé ce miracle. Bien
sûr, ce ne sera plus un rêve, donc le charme en sera
perdu.
Le studio de télé vous ttansforme en person-
nages holographiques : on a l'impression d'être maté-
rialisés dans l'espace par la lumière des projecteurs,
comme des personnages translucides que traverse la
masse (celle des millions de téléspectaœurs) exactement
comme votre main réelle traverse l'hologramme irréel
155
sans résistance - mais non s '
passée j'a d'être
lhallucmatlon est totale et ,. e elle aussi.
ciname lorsque l'hologramme e fas_
plaque, tel que rien ne vous e en avant de la
ou cinématographi :e (SIOOO ,l'effet reste
renstlque du trompe-l'œil q )'. est aUSSl la carac_
ture : au lieu d'un champ la pein.
dans une profondeur invers' 1cet!, vous êtes
vous-même en point de fuit eC
il
i
U1
vous
saute yeux comme clans d:
u
: que le relIef VOus
et du Jeu d'échecs Ccci d' "1' agan de tramway
ou de formes à quel type
1 n'a pas davanta e hologenlq.ues.'" car
prodUJrc du cinéma 'd" . g pour dest.matlon de
avait de reproduire que le cméma n'en
les Contenus de la peinture. la photo de reprendre
Dans l'hologramme, c'est /' . "
qui est, comme dans J'his Imaginaire du
quee sans pitié. La similitude e tolre d.:s c1oncs, tta-
rester, pour que puissent exi un. reve et doit le
scène de l'imaginaire. et
core du réel, du côté d l' aue JamaiS passer du
à du sujet à du monde
rait. fi ne faut jamais limage dispa-
alors la relation dueHe dis coté du double, car
Or, avec l'halo er avec elle toute
clone, c est la tentation e, avec le
d.e la fin de l'illusion, de la la fasclOatlon inverse,
tian matérialisée de tout j" fi ,du.secret, par projec-
le sujet, par transparence disponible sur
le phantasme de s '.
photo) Vient celui de pouvoir f:ir:Olte
• e SOI-
156
même, enfin et surtout celui de se ttaver;>.er, de passer
9. (['avets son propre corps spectral - ct n quel
objet holographié eS( d'abord l'ectoplasme lumlOeux de
voue propre corps. Mais ceci est en quelque sorte la
fin de t'esthétique et le triomphe du medium, exacte-
ment comme dans la stéréophonie qui, à ses confins
sophistiqués, mct proprement fin au charme et à l'in-
telligence de la musique.
L'hologramme n'a justcment pas t'intelligence
du trompe-l'œil, qui est celte de la séduccion, de tou-
jours procéder, selon la règle des apparences, par
allusion et ellipse de la présence. Il verse au contraire
dans la fascinacion, qui est ceUe de passer du côté du
double. Si t'univers est, selon Mach, ce dont il n'y a
pas de double, pas d'équivalent en miroir, alors nous
sommes déjà, avec t'hologramme, virtuellement dans un
auue univets ; qui n'est que l'équivalent en miroir de
celui-ci. Mais quel est cetui-ci ?
L'hologramme, celui dont nous avons toujours
déjà rêvé (mais ceux-ci n'en sont que de pauvres bri-
colages) nous donne t'émoi, le vertige de passer de
t'autre côté de notre propre corps, du côté du double,
clone lumineux, ou jumeau mort qui n'est jamais né
à notre place, et veille sur nouS par anticipation.
L:hologramme, image parfaire et fin de l'imagi-
naire. Ou plutôt, ce n'est plus une image du (ou( - le
vrai medium est le laser, lumière concentrée, quintessen-
ciée, qui n'est plus une lumière visible ou réflexive, mais
une lumière abstraite de simulation. Laser/scalpel. Chi-
rurgie lumineuse dom l'opération est ici celle du dou-
ble: on vous opère de voue double comme on vous
opérerait d'une tumeur. Lui qui se cachait au fond de
157
vous (de votre corps, de votre inconscient ?) et dont
la forme secrète alimentait précisément votre imagi_
naire, à condition de rester secrète, on l'extrait par
laser, on le synthétise et on le matérialise devant voUs,
tel qu'il vous est possible de passer à travers et au-delà.
Moment historique: l'hologramme fait désormais partie
de ce «confort subliminal» qui est notre destin, de ce
bonheur désormais voué au simulacre mental Ct à la
féerie environnementale des effets spéciaux, (Le social,
la fantasmagorie sociale n'est plus elle-même qu'un
effet spécial, obtenu par le design des faisceaux de par-
ticipation convergents sous vide à l'image spectrale du
bonheut collectif.)
Ttidimensionnalité du simulacre - pourquoi le
simulacre à trois dimensions serait-il plus proche du
réel que celui à deux dimensions? Il se prétend tel,
mais son effet, paradoxal, est inversement de nous
rendre sensible la quatrième dimension comme vérité
cachée, dimension secrère de toute chose, qui prend
tout d'un coup la force de l'évidence, Plus on s'appro-
che de la perfection du simulacre (et ceci est vrai des
objets, mais aussi bien des figures de l'art ou des
modèles de relations sociales ou psychologiques) plus
apparaît à l'évidence (ou plutôt au malin génie de l'in-
crédulité qui nous habite, plus malin encore que le
malin génie de la simulation) ce par quoi toute chose
échappe à la représentation, échappe à son propre dou-
ble et à sa ressemblance. Bref, il n'y a pas de réel :
la troisième dimension n'est que l'imaginaire d'un
monde à deux dimensions, la quattième celle d'un uni-
vers à trois dimensions.,. Escalade dans la production
d'un réel de plus en plus réel pat addition de climen-
158
. Mais exaltation par comre-coup du
sions : seul est vrai, seul est
cc qui joue avec une
De toute façon, course au r d un ob"et
cinarion réaliste est sans Issue car, l'est plas
mblable à un autre, 1 ne ,.
est se eu lus. Il n'y a jamais de Slml-
exactement, tl 1est n' Pa d'exactitude, Ce qui est
litude, est exact ce qui
exact est ;J., rétendre. C'est un peu du meme
che de ra formule qui dit que: lorsque
ordre de billard rouleor l'une vers 1
deux ., l'avant la seconde, ou bIen.
premlcre rouc?e aU;::nr d'en être muchée. Ce qui
pas de simultanéité possible
du
Y
temps, et de la même pas de
Ode possible dans l'ordre des figures. Rien ne se
Slml 1 u la re roduction holographique, comme
de ou de résurrection ?U
route ve elte A l'ex érimeoration sCientlfi-
réel (ceci vaut meme pour Pd'" h
1J
perréelle
) n'est déjà plus réelle, elle est eJa J, ,.,'
que, , donc 'amais valeur de reproduction (de
Elle na J,., 'mulation Non pas exacte, mais
mais toujours deJa de SI , -d' e déjà de l'autre
d'une vérité outrepassée, c est-a. Ir l' Aé de
côté de la vérité. Que se ce
la :érité'l
non
plus réel le réel? Des
qUi est p us vra , T bien plus
effets insolites certaineme;t, 1et négation
pour. l' ord,r,e :t am::;;rière de la poten-
s.mgult:re tcnrialisation du réel. C'est
tlalJsaAtion du 1e
e
s 'u:aux étaient déifiés, et. sacri-
peut-erre pourqu JI vage' l'hypersimilitude
fiés, dans plus d'une cu ture sau .
159
équivalait à un meurtre de l'original, et donc à un pur
non-sens, N'importe quelle classification ou significa_
tion, n'importe quelle modalité de sens peut ainsi être
détruite par simple élévation logique à la puissance X
- poussée à !a limite, c'est comme si n'importe quelle
vérité avalait son propre critère de vérité comme on
« avale son bulletin de naissance» et perdait tout son
sens: ainsi le poids de la terre, ou de l'univers, peut
être éventuellement calculé en rermes exacts, mais il
apparaît immédiatement absurde, puisqu'il n'a plus de
référence, plus de miroir où venir se réfléchir - cette
roralisation, qui équivaut assez bien à celles de toutes
les dimensions du réel dans son double hyperréel, ou à
celle de toute l'information sur un individu dans son
double génétique (clone), le rend immédiatement pata-
physique. L'univers lui-même, pris globalement, est ce
dont il n'est pas de représentation possible, pas de
complément en miroir. possible, pas d'équivalence en
sens (il est aussi absurde de lui donner un sens, un poids
de sens, que de lui donner un poids tout court), Le sens,
la vérité, le réel ne peuvent apparaître que localement,
dans un horizon restreint, ce som des objets parriels, des
effets partiels de miroir et d'équivalence. Tour redou-
blement, toute généralisation, rout passage à la limite,
toute extension holographique (velléité de rendre
compte exhaustivement de l'univers) les font surgir dans
leur dérision,
Vues sous cet angle, même les sciences exactes
se rapprochent dangereusement de la pataphysique.
Car elles tiennent quelque part de l'hologramme et de
la velléité objectiviste de déconstruction et de recons-
truction exacte du monde, dans ses moindres termes,
fondée sur une foi tenace er naïve en un pacte de simi-
160
litude des choses à elles-mêmes. Le réel, l'objet réel est
censé être égal à lui-même, il est censé se ressembler
comme un visage à lui-même dans un miroir - et cette
similitude virtuelle est en effet la seule définition du
réd - et toute tentative, dont celle holographique,
qui s'appuie sur elle, ne peut que manquer son objet,
puisqu'eHe ne tient pas compte de son ombre (ce par
quoi précisément il ne se r ~ s s e m b l e pas à lui-même),
de cette face cachée où l'objet s'abîme, de son secret.
Elle saute littéralement par-dessus son ombre, et plonge,
pour s'y perdre elle-même, dans la transparence.
Crash
Dans la perspective classique (même cyberné-
tique), la technologie est un prolongement du corps.
Elle est la sophistication fonctionnelle d'un organisme
humain, qui permet à celui-ci de s'égaler à la nature et
de ['investir triomphalement. De Marx à MacLuhan,
même vision instrumentalisee des machines et du lan-
gage: ce sont des relais, des prolongements, des media-
médiateurs d'une nature idéalement destinée à devenir
le corps organique de l'homme. Dans cerre perspectÎve
« rationnelle ", le corps lui-même n'est que medium.
A ['inverse, dans ia version baroque et apocalyp-
tique de CraJh 1, la technique est déconstruccion mor-
reHe du corps - non plus mediwn fonctionnel, mais
extension de mort, - démembrement et morcellement,
non dans l'illusion péjorative d'une unité petdue du
sujet (qui est encote l'hotizon de la psychanalyse), mais
L J. G. Ballard, Crash, Paris, Call1lann-Lévy, 1974.
163
dans la vision explosive d'un corps livré aux « blessures
symboliques", d'un corps confondu avec la technologie
dans sa dimension de viol et de violence, dans la chi-
rurgie sauvage et continuelle qu'elle exerce: incisions,
excisions, scarifications, béances du corps, dont la plaie
et la jouissance « sexuelles ,) ne sont qu'un cas particu_
lier (et la servitude machinale dans le rravail, la carica_
ture pacifiée) - un corps sans organes ni jouissance
d'organe, tout entier soumis à la marque, au découpage,
à la cicatrice technique - sous le signe étincelant d'une
sexualité sans référentiel et sans limites.
Sa mort et sa mutilation se métamorpho-
saient par la grâce d'une technologie éclatée en une
célébration de chacun de ses membres et des pers-
pectives de son 1Jisage, du grain de sa peau et de
ses attitudes.. Chacun des spectateurs sur le
théâtre de la collisiorl emporterait l'image d'une
violente transfiguration de cette femme, d'un
tiseau de blessures où sa sexualité et la science
dure de l'automobile s'enchevêtraient. Dans sa
propre voiture, chacun plaquerait ses phantasmes
sur les plaies de la vedette; chacun caresserait ses
tendres muqueuses et ses chairs érectiles, tout en
adoptant pour conduire un pot-pourri d'attitudes
stylisées. Chacun poserait ses lèvres sur ces fentes
ensanglantées, { ..} presserait ses paupières contre
les tendons déchirés de l'index, frotterait le filet
de sa verge aux parois herniées du vagin. L'acci-
dent de la route avait enfin rendu possible la
réunion tant attendue de la vedette et du public.
(P. 215.)
164
La technique n'est jamais saisie que dans l'acci-
dent (automobile), c'est-à-dire dans la violence faite à
elle-même et dans la violence faite au corps. C'est la
même: tout choc, tout heurt, tout impact, toute la
métallurgie de l'accident se lit dans une sémiurgie du
corps - non pas une anatomie ou une physiologie,
mais une sémiurgie de contusions, de cicatrices, de
mutilations, de blessures qui sont autant de sexes nou-
veaux ouverts sur le corps. Ainsi s'oppose à la compila-
tion du corps comme force de travail dans l'ordre de la
prodUCtion la dispersion d ~ corps comme anagramme
dans l'ordre de la mutilatlon. Finies les «zones éro-
gènes» : tout devient trou pour s'offrir à I ~ ~ ~ c h ~ r g e
réflexe. Mais surtout (comme dans la torture 101tlatlque
primitive, qui n'est pas la nôtre), tout le corps devient
signe pour s'offrir à l'échange des signes du corps.
Corps et technique diffractant l'un à travers l'autre de
leurs signes éperdus. Abstraction charnelle et design.
Pas d'affect derrière tout cela, pas de psycholo-
gie, pas de flux ni de désir, pas de libido ni de pulsion
de mort. La mort est naturellement impliquée dans une
exploration sans limite de la violence possible faite au
corps, mais ceci n'est jamais, comme dans le sadisme
ou le masochisme, une visée expresse et perverse de
violence, une distorsion de sens et de sexe (par rapport
à quoi ?). Pas d'inconscienr refoulé (affects ou repré-
sentations), sinon dans une seconde lecture qui réin-
jecterait là encore du sens forcé, sur le modèle psycha-
nalytique. Le non-sens, la sauvagerie de cette mixture
du corps et de ia technique est immanente, elle est
réversion immédiate de l'une dans l'autre, et de ceci
résulte une sexualité sans antécédent - sorte de vertige
potentiel lié à l'inscriprion pure des signes nuls de ce
165
corps. Rituel symbolique d'incisions et de marques
comme dans les graffiti du métro de New York '
,":utre po.im comm.un : on n'a plus dans
a des sIgnes aCCidentels qui n'apparaîtraient
qu aux marges du système. L'Accident n'est pl
bricolage interstitiel qu'il est encore dans
la route - bricolage résiduel de la pulsion de mor:
pour ,les de loisir. ,La bagnole n'est
1append,JCe. d un domestIque immobile, il
n y a plus d privé et domestique, il n'y a plus
que les figures IOcessantes de la circularion, et l'Accident
e,st parto,ut, figure élémentaire, irréversible, banalité de
1anomalte de la mort. Il n'est plus à la marge, il est au
cœur. Il n'est plus l'exception d'une rationalité rriom-
est devenu la Règle, il a dévoré la Règle. Il
n est meme plus la «part maudite ", celle concédée
au destin par le système lui-même, et incluse dans son
calcul général. Tout est inversé, C'est l'Accident qui
donne à la vie, c'est lui, l'insensé, qui est le
Jexe,de la Et la sphère magnétique
de 1automobile, qUi fiOlt par investir l'univers entier de
ses tunnels, ses autoroutes, ses toboggans, ses échan-
geurs, de son habitacle mobile comme prototype uni-
versel, n'en est que la métaphore immense,
Plus de dysfonction possible dans un univers
d,e - donc plus de perversion non plus.
LAcCident, comme la mort, n'est plus de l'ordre du
du refoulé, du résidu ou de la transgression,
JI est IOltlateur d'une nouvelle manière de jouissance
perve:Je (contre l'auteur lui-même, qui parle en
Introduction d'une nouvelle logique perverse il faut
résis{Cr à la tentation morale de lire CraJh' comme
perversion), d'une réorganisation stratégique de la vic
166
à parrir de la morc. Mort, mutilations ,.ne
sont plus méraphores de la castration, exactement 110-
verse, _ même plus l'inverse. Seule est la
métaphore fétichiste, la par modele,. par
fétiche interposé, ou par le medium du langage, ICi, la
art et le sexe sont lus à même le corps, sans phan-
:sm
e
, sans métaphore, à la ,différence
de la Machine de La Colome pemtenttatre, ,ou
dans ses plaies, n'est encore que support dune IOSCtlp-
tian textuelle, Aussi l'une, la machine de. Ka.fka, est
enCore puritaine, répressive, «machine signifiante»
dirait Deleuze, alors que la technologie de Crash est
étincel
ance
, séductrice, ou mate et innocente. Séductrice
'parce que dénuée de sens, et simple ,miroir des
déchirés. Et le corps de Vaughan est a son rour miroir
des chromes (Ordus, des ailes froissées, des tôles
souillées de sperme. Corps cr technologie mêlés, séduits,
inextricables.
Vaughan a obliqué verJ l'aire d'une Jtation-
Jervice dont l'emeigne au néon a projeté une
brève lueur écarlate Jur ceJ photoJ traméeJ de bleJ-
JureJ effroyableJ : seim d'adoleJcenteJ déforméJ
par la planche de bord, ablations partielleJ de
Jein... mamelom Jectionnés par le sigle dlun com-
tructeur ornant un tableau de bord, blmures géni-
taleJ caméeJ par deJ gaines d'arbreJ de direïtion,
par deJ pare-briJe (durant ... DeJ
de verges mutiléeJ, de vulves entadlées et de teJtt-
culeJ écraJéJ défilaient JOUJ meJ yeux à la lueur
crue du néon.,. PluJieurs de ceJ documentJ étaient
167
complétés par une reproduction en gros plan de
l'élément mécanique ou ornemental qui avait Causé
la b/mure. La photographie d'une verge fourchl
e
s'accompagnait d'un encart représentant un frein
à main. Au-ckJSus d'un gros plan de vulve
rie on voyait l'image d'un moyeu de volant décoré
de l'emblème du constructeur. Ces rencontres de
sexes déchirés et de sections de caisse ou de plan-
ches de bord formaient de troublants modules, leI
unités monétaires d'une circulation nouvelle de la
douleur et du désir. (P. 155.)
Chaque marque, chaque trace, chaque cicatrice
laissée sur le corps est comme une invagination artifi_
cielle, telles les scatifications des sauvages, lesquelles
sont toujours une téponse véhémente à l'absence de
corps. Seul le corps blessé symboliquement existe
- pour soi et pour les autres - le « désir» « sexuel»
n'est jamais que cette possibilité qu'Ont les corps de
mêler et d'échanger leurs signes. Or, les quelques orifices
naturels auxquels on a COutume de rattacher le sexe et
les activités sexuelles ne SOnt rien auprès de toutes les
blessures possibles, de tous les orifices artificiels (mais
pourquoi « artificiels» ?), de toutes les brèches par où
le corps se réversibilise er, comme certains espaces topo-
logiques, ne connaît plus ni d'intérieur ni d'extérieur. le
sexe tel que nous le concevons n'est qu'une définition
infime et spécialisée de toutes les pratiques symboliques
er sacrificielles auxquelles un corps peur s'ouvrir, non
plus par la nature, mais par l'artifice, par le simulacre,
par l'accident. le sexe n'est que cette raréfaction d'une
pulsion appelée désir sur des zones préparées à l'avance.
l68
dé assé par l'éventail des blessures
Il est est quelque sorte
symbohques, toute l'étendue du corps - mais alors
du sexe n'est lus le sexe, c'est autre
jUsteme.nt ,cet ue l'fnscription d'un signifiant
sexe, lUi, n es qmar ues secondaires _ rien aupres de
et de . lesqsignes et blessures dont le corps est
l'échange e toliS
va
es savaient utiliser à cette fin tout
capable. Les le supplice, La
le u'une des métaphores pOSSibles de
ni la plus significative, ni la plus
1ec . y mme eHe l'est devenue pour nous dans
et obsessionnelle, à for:e
tian organique et fonctionnelle (y comptls
jouissance).
Là alors que nous roulionJ pour la pre-
., fi'" 1 40 km/heure, Vaughan a
de la fille et,
sur les hanches, l'a pénitrée. Lebs t
ées sur le toboggan YI aten .
le rétroviseur j'apercevais toujOU?
.han et la fille. Leurs corps, par, es
.g de la voiture qui nous JU1VaJt, se réj/é-
pro;ecte.urs sur le coffre noir de la Lincoln et les
de l'intérieur. L'image du sein gau-
d'hvd YOfiite avec son mamelon dressé,
1: c:ndri:r. Des segments déformés des
de Vaughan composaient avec le de Î
partenaire une curieuse figure fisu
ne

lissière de glace. Vaughan a msta ,
sur lui, et de nouveau sa verge 1a
169
pénétrée. Leur acte sexuel se réfléchissait en un
triptyque sur les cadrans lumineux du compteur
de vitesse, de la montre et du compte-tours... La
voiture suivait à 80 km/heure la pente du tobog-
gan. Vaughan cambrait les reins et exposait le
corps de la fille à l'éclat des phares derrière nous.
Les seins pointus luisaient dans la cage de verre et
de chrome de l'auto qui prenait de la vitesse. Les
convulsions pelviennes de Vaughan coïn-
crdalent avec les flashes lu"ûneux des lampes
ancrées tous les cent mètres sur le bord de la
route. .. Sa verge plongeait dans le vagin, ses mains
écartaient les fesJeS et révélaient l'anus à la lueur
jaune qui emplissait l'habitacle. (p, 164,)
Ici, tous les termes érotiques SOnt techniques.
Pas de cul, de queue, de con, mais: l'anus, le rectum,
la vulve, la verge, le coït. Pas d'argot, c'est-à-dire pas
d.'intimité de la violence sexuelle, mais une langue fonc-
tlonnelle: adéquation du chrome et des muqueuses
comme ,d'une forme à une autre. Même chose pour
la coïnCidence de la mort et du sexe : ils SOnt plutôt
nappés ensemble dans une sorte de super-design tech-
nique qu'articulés selon la jouissance. D'ailleurs il n'est
pas question de jouissance, mais de décharge pure et
simple. Et le coït et le sperme qui traversent le livre
n'ont pas plus de valeur sensuelle que le filigrane des
blessures n'a de sens violent, même méraphorique. Ce
ne sont que des signatures - dans la scène finale
X estampille de son sperme les épaves de bagnoles. '
La jouissance (perverse ou pas) a toujours été
médiatisée pat un appareil technique, par une méca-
170
nique, d'objets réels mais le plus souvent
tasmes - elle implique toujours une manipulation
intermédiaire de scènes ou de gadgets. lei, la
n'est qu'orgasme, c'est-à-dire confondue sur la meme
longueur d'ondes avec la violence de l.'appareil
nique, et homogénéisé par la seule techOique, et celle-CI
résumée en un seul objet: ['automobile.
Nous étions pris dans un énorme embou-
teillage. Du raccordement de l'autoroute et de
Western Avenue à la rampe ascendante du tobog-
gan, toutes les voies étaient obstruées de. véhicu(es.
Les pare-brise réfléchissaient les lueurs mcertames
du soleil qui descendait au-delà des faubourgs à
l'Ouest de Londres. Les stops brûlaient dans l'air
du soir comme des feux dans une immense plaine
de corps cellulosiques. Vaughan avait passé un
bras par la portière et tambourinait impatiemment
contre le panneau. La haute muraille d'un autobus
à impériale sur notre droite nous donnait
sion d'une falaise de visages. Les passagers qUi
nous regardaient derrière les vitres évoquaient les
alignements de morts d'un colombarit/.m. Toute
l'incroyable énergie du xx' siècle, suffisante pour
nous catapulter en orbite autour plus
clément, se consumait en vue de mamte'ntr cette
stase universelle. (P. 173.)
Autour de moi, sur toute la longueur de
Western Avenue, sur tous les couloirs du tobog-
gan, l'immense embouteillage par l'ac-
cident s'étendait à perte de vue. Et mot, debout au
cœur de ce cyclone gelé, je me sentais complète-
171
ment serein, comme si on m'avait enfin soulagé de
toutes mes obsessions concernant ces véhiClI
proliférant sans fin. (P. 178.) 't es
Pounant une autre dimension est inséparable
dans de celles confondues de la technologie et du
sexe dans un travail de mort qui n'est jamais
u.n ,travaIl de deuil): c'est celle de la photo et du
cmema..La brillante et saturée de la circulation
et de 1 est sans profondeur, mais eUe se
redouble tOujours dans l'objectif de la caméra de Vau-
Il srocke er thésaurise comme des fiches signa-
les photos d'accident. La répétition générale
de l evénement crucial qu'il fomente (sa mort automo
bile et .celle simultanée de la vedette dans un
avec Taylor, choc méticuleusement simulé
et. mIS au pOint pendant des mois) se fait lors d'une
p.nse de vue cinématographique. Cet univers ne serait
nen sans ce décrochage hyperréaliste. Le redoublement
seul, le dépliement seul du medium visuel au second
degré, peut opérer la fusion de la technologie, du sexe
et la m?rt. en fait, la photo n'est pas ici un
ni de 1 de la représentation. Il ne s'agit
une absrraccJOn «supplémentaire» de l'image,
nI d une compulsion spectaculaire, et la position de
n'est jamais celle du voyeur ou du pervers.
La photographique (comme la musique transis-
tonsee dans les automobiles et les appartements) fait
partie de la pellicule universelle, hyperréelle, métallisée
corporelle, de la circulation et de ses flux. la photO
n est pas plus .un medium que la technique ou le corps
- tous som simultanés, dans un univers où l'anticipa-
172
tion de l'événement coïncide avec sa reproduCtion, voire
avec sa production «réelle». Plus de profondeur du
temps non plus - tout le
à son wur d'exister. En fait, c est 1CCII de la camera qUI
s'est substitué au temps, ainsi qu'à tout autre prof?o-
deur, celle de l'affect, de l'espace, du langage. Il n est
pas une autre dimension, il signifie simplement que cet
univers est sans secret.
Le mannequin était bien calé en arriè:e,
son menton soulevé par l'afflux d'air. Ses mams
étaient liées aux commandes de l'engin comme
celles d'un kamikaze, son torse était couvert d'ap-
pareils de mesure. En face, tout aussi
que lui, les quatre mannequins - famtlle .-
attendaient dans la voiture. Leurs vtJages étaunt
peints de signes ésotériques. .
Un claquement de fouet a surprts nos
oreilles: les câbles de mesure se déroulaient, pati-
naient dans l'herbe à côté des rails. Dans une
explosion métallique, la m.0to a heurté de
la voiture. Les deux engins se sont deportes vers
le premier rang des spectateurs pétrifiés. Moto. et
pilote ont volé sur le capot, gifant le
puis sont allés damer sttr le tOIt, masse nOIre ec/a-
tée. La voiture a reculé de trois mètres sur ses
haussières, achevant sa course en travers des rails.
Le capot, le pare-brise et le toit avaient .été
ds. A l'intérieur, les membres de la fallulle etaIent
jetés pêle-mêle les uns Le
sectionné de la femme jadlmatt du pare-brISe
éclaté... Les tapis d'éclats de vitre autour de la
173
voiture étaient cOnJtellés de copeaux de fibre de
verre arrachés au visage et aux épaules du manne_
quin, tels une neige argentée 0/1 des confettis maCa_
bres. Hélène m'a pris le bras, comme on fait pOur
aider un enfant à vaincre un blocage mental.
{( Nous pouvonJ tout revoir sut' le système Ampex.
Ils vont repasser l'accident au ralenti. » (P. 145.)
Dans Crash, toUt est hyperfonctionnel, puisque
la circulation et J'accident, la technique et la mort, le
sexe et la simulation SOnt comme une seule grande
machine synchrone. C'est le même univers que J'hyper-
marché, où la marchandise devient « hypermarchan_
dise ", c'est-à-dire toujours déjà prise elle aussi, et tOute
l'ambiance avec elle, dans les figures incessantes de la
circulation. Mais en même temps, le fonctionnalisme de
Crash dévore sa propre rationalité, puisqu'il ne connaÎt
plus la dysfonction. C'est un fonctionnalisme radical,
qui atteint ses limites paradoxales et les brûle. 11 rede-
vient du coup un objet indéfinissable, donc passionnant.
Ni bon, ni mauvais: ambivalent. Comme la mort ou la
mode, il redevient du coup un objet de traverse, alors
que le bon vieux fonctionnalisme, même controversé,
ne l'est plus du tOut - c'est-à-dire une voie menant
plus vite que le grand chemin, ou menant là où le grand
chemin ne mène pas ou, mieux encore, et pour parodier
Littré sur un mode pataphysique, « une voie ne menant
nulle parr, mais y menant plus vite que les autres ".
C'est ce qui distingue Crash de toute la science_
fiction ou presque, qui tourne encore, la plupart du
temps, autour du vieux couple fonction/dysfonction,
qu'elle projette dans le futur selon les mêmes lignes de
174
e et les mêmes finalités qui sont de
forc 1 La fiction y dépasse la réalité (ou IlOvetSe),
no
r
.
ma
e'lon la même règle du jeu. Dans Cra:h, de
m
al
.
s
s . de réalité c'est l'hyperréalité qUI les
fiction lus de régression critique pOSSible. Ce
et commutant de :t de
mamonde violemment sexué, mais sans deslr, de
ce violés et violents, mais comme neurr:alls:s, ce
chromatique et. mérallique m;:jsl ::
sensualité, hyperrechOlque san.s n simple-
mauvais? Nous n'en saurons ne... .
fi cinant sans que cette faSCination ImpiJque Ut
de C'est là le miracle de Nul:
n'affleure ce regard moral, le .cfltlque qUI
f:'t encore partie de la fonctionnalite du vieux
est hypercritique (là aussi son q.U1,
d l"nrroduction, parle de « fonction premomtOlre,
en garde contre ce monde aux lueurs
criardes qui nous sollicire de façon touJours
sante en marge du paysage eu e
livres, peu de films à ::erre
finaliré ou négativiré a 0 n e
de la banalité ou de la VIOlence. Nas VI e, ra g
n;que. A rès Borges, mais sur un autre
p . d roman de l'univers de la sImulation,
preml:; aurons partout affaire désormais
asymbolique mais qui, par
retournement de sa su.bstan;e
béron, bagnole, mécamque appa
parcouru par une intense force Jnltlatlque.
175
La dernière ambulance s'est éloignée dans
un hurlement de sirènes. Les gens sont retournés
à Iet/r voiture. Une adolescente en jeans nous a
dépassés. Le garfOtI qui l'accompagnait avait passé
un bras autour de sa taille et lui caressait le sein
droit, frottant ses phalanges contre le mamelon.
Tous deux sont montés à bord d'un cabriolet dont
la caisse peinte en jaune était couverte d'auto_
collants.. Un intense arôme de sexltalité flottait
dans l'air. Nom étions les membres d"me sorte
de congrégation sortant dft sanctuaire après avoir
écouté un sermon qui nous enjoignait de nous
livrer, amis et inconnus, à une vaste célébration
sexuelle. Nous roulions dam la nuit afin de recréer
avec les partenaires les plus inattendus le mystère
de l'eucharistie sanglante à laquelle nom venions
d'assister. (P. 179.)
Simulacres et science-fiction
Trois ordres de simulacres:
_ simulacres naturels, naturalistes, fondés sur
l'image, l'imitation et la
mistes, et visant à la restitUtion ou a 1institution Ideale
d'une nature à l'image de Dieu,
_ simulacres productifs, produecivisres,
sur ['énergie, la force, sa par .la, machut.e
et dans tOut le système de la productIOn -
théenne d'une mondialisation ct d'une expansIon conti-
nue d'une libération d'énergie indéfinie (le désir fait
par:ie des utopies à cet .ordre de
_ simulacres de simulatIOn, fondes sur 1mfor-
mation, le modèle, le jeu cybernétique - opération-
nalité tOtale, hyperréalité, visée de contrôle tOtal.
Au premier ordre répond de ('uto-
pie. Au second correspond la sctence-fictlOn a. propre-
ment parler. Au troisième correspond - y a-t-il encore
un imaginaire qui réponde à cet ? La pro-
bable est que le bon vieil imaginalfe de la sClence-
177
fiet.ion est mort, et que quelque chose d'autre eSt en
d,e surgir (et seulemer:t dans romanesque,
ble,n dan.s la .theone), Un meme destin de flottaison
et d .mdetermmatlon met fin à la science-fiction - mais
aussI à la théorie, comme genres spécifiques.
Il n'y a de réel, il n'y a d'imaginaire qu'à une
certaine distance. Qu'en est-il lorsque cette distance
y compris celle entre le réel et l'imaginaire, tend
s'abolir, à se résorber au seul profit du modèle) Or
d'un ordre de simulacres à l'autre, la tendance est'
celle d'une résorprion de cette distance, de cet écart qui
laisse place à une projection idéale ou critique.
- Elle est maximale dans l'uropie, où se des-
sine une sphère transcendante, un univers radicalement
différent (le rêve romantique en est encore la forme
individualisée, où la transcendance se dessine en profon-
deur, jusque dans les structures inconscientes, mais de
routes façons le décollage d'avec le monde réel est maxi-
mal, c'est l'île d'utopie opposée au continent du réel).
- Elle se réduit de façon considérable dans la
: celte-ci n'est le plus souvent qu'une pro-
JectIOn démesurée, mais non qualitativement différente
monde réel de la production. Prolongements
Olciens ou énergétiques, les vitesses ou les puissances
passent à la puissance n, mais les schémas et les scéna-
rios SOnt ceux mêmes de la mécanique, de la métallur-
gie, etc. Hypostase projective du robot. (A l'univers limité
de l'ère pré-industrielle, l'utopie oppoJaif un univers
178
lternatif idéal. A l'univers potentiellement infini de
production, la ajoute la multiplication
de ses propres possibilItés.)
_ Elle se résorbe totalement à l'ète implosive
des modèles. Les modèles ne constituent plus une ttans-
cendance ou une projection, as ne constituent plus un
imaginaire par rappot{ au .réel, ils sont
anticipation du réel, et ne laissent donc place a aucune
sorte d'anticipation fictionnelle - ils sont immanents,
et ne laissent donc place à aucune sorte de transcen-
dance imaginaire. Le champ ouvert est celui de la
lation au sens cybernétique, c'est-à-dire celui de la
pulation toUS azimuts de. ces modèles ml.se
en place de situations SImulées, etc.) maIs alors rten
ne diJtingue cette opération de la gestion et de l'opéra-
tion même du réel: il n'y a pluJ de fiction,
La réaliré pouvait dépasser la fiction : c'était
le signe le plus sûr d'une surenchère possible de l'ima-
ginaire. Mais le réel ne saurait dépasser le modèle,
dont il n'est que l'alibi.
L'imaginaite était l'alibi du réel, dans un monde
dominé par le principe de réalité. Aujourd'hui, c'esr
le réel qui est devenu l'alibi du modèle, dans un univers
régi par le principe de simulation. Et c'esr paradoxale-
ment le réel qui esr devenu notre véritable utopie
_ mais une utopÎe qui n'est plus de l'ordre du pos-
sible, celle dont on ne peut plus que rêver comme
d'un objet perdu.
Peur-être la science-fiction de l'ère cybernétique
et hypertéeHe ne peut-elle que s'épuiser dans la résur-
tection « artificielle » des mondes « historiques
essayer de reconstiruer in vitro, jusque dans les moin-
dres détails, les péripéties d'un monde antérieur, les
179
événements, les personnages, les idéologies révolues
vidées de leur sens, de leur processus originel,
hallucinants de vérité rétrospective. Ainsi dans
cres de Ph. Dick, la guerre de Sécession. Gigantesque
hologramme en trois dimensions, où la fiction ne sera
plus jamais un mitOir tendu au futur, mais réhalluci_
nation désespérée du passé.
Nous ne pouvons plus imaginer d'aurre
la grâce de la transcendance nous a été ôtée là
aussi. La science-fiction classique a été celle d'un uni-
vers en expansion, elle ttOuvait d'ailleuts ses frayages
dans les récits d'exploration spatiale complices des
formes plus terrestres d'exploration et de colonisation
du XIX' et du xx' siècle. Il n'y a pas là de relation de
cause à effet: ce n'est pas patce que l'espace terrestre
esr aujourd'hui virtuellement codé, cartographié,
recensé, saturé, s'est donc en quelque sorte refermé en
se mondialisant - un marché universel, non seulement
des marchandises, mais des valeurs, des signes, des
modèles, ne laissant plus aucune place à l'imaginaire
- ce n'est pas exactement pour cela que l'univers explo-
ratOire (technique, mental, cosmique) de la science-
fiction s'est lui aussi arrêté de fonctionner. Mais les
deux sont strictement liés, et sont deux versants d'un
même processus général d'implosion succédant au gigan-
tesque processus d'explosion et d'expansion caractéris-
tique des siècles passés, Lorsqu'un système atteint ses
propres limites et se sature, une réversion se produit
- aurre chose a lieu, dans l'imaginaire aussi.
180
Nous avions toujours eu jusqu'ici une réserve
d'imaginaire - or le coefficient de réalité est propor-
onnel à la réserve d'imaginaire qui lui donne son
spécifique. Ceci est vrai l.'exploration
phique et spatiale aussi: lorsqu Il Ya de tertltOlre
vierge, et donc disponible pour l'Imagmalre, lorsque la
carte couvre tout le territoire, quelque chose comme le
principe de réalité disparaît, La conquête de l'espace
constitue dans ce sens un seuil irréversible vers la
du référentiel terrestre, Il y a hémorragie de la reallté
comme cohérence interne d'un univers limité lorsque
les limites de celui-ci reculent vers l'infini. La conquête
de l'espace, venue après celle de la planète,
à déréaliser l'espace humain, ou à le reverser a un
hyperréel de simulation. Témoin ce
sine/douche élevé sur orbite, à la puissance spatiale
pourrait-on dire, avec le dernier module lunaire. La
quotidienneté même de l'habitat terrestre élevé au rang
de valeur cosmique, hypostasié dans l'espace - la satel-
lisation du réel dans la transcendance de l'espace - c'est
la fin de la métaphysique, c'est la fin du phantasme,
c'est la fin de la science-fiction, c'est l'ère de l'hyper-
réalité qui commence.
A partir de là, quelque chose doit changer :
la projection, l'extrapolation, cette sorte de
panrographique qui faisait le charme la
fiction sont impossibles. 11 n'est plus pOSSible de partIr
du réel et de fabriquer de l'irréel, de l'imaginaire à partir
des données du réeL Le processus sera plutôt inverse:
ce sera de mettre en place des situations décentrées,
des modèles de simulation et de s'ingénier à leur donner
les couleurs du réel, du banal, du vécu, de réinventer
le réel comme fiction, précisément parce qu'il a disparu
181
de notre vie. Hallucination du réel, du vécu, du
dien, mais reconstitué, parfois jusque dans les détails
d'une inquiétante étrangeté, reconstitué comme une
réserve animale ou végétale, donné à voir avec une
précision transparente, mais pourtant sans subsrance
déréalisée d'avance, hypetréalisée. '
La science-fiction ne serait plus dans ce sens un
romanesque en expansion avec route la liberté et la
« naïveté» que lui donnair le charme de la découverre
mais bien plutôr évoluerair implosivement, à rimag;
même de notre conception actuelle de l'univers,
chant à revitaliser, à réactualiser, à requotidianniser des
fragments de simulation, des fragments de certe simu-
lation universelle qu'est devenu pour nous le monde dit
« réel ».
Où seraient les œuvres qui répondraient d'ores
et déjà à cette inversion, à cette réversion de situation)
Visiblement les nouvelles de K. Philip Dick
tent» si on peur dire (mais on ne peur plus tellement
le dire, car précisément ce nouvel univers est «anti-
gravitationnel », ou s'il gravite encore, c'est autour du
trou du réel, autour du trOIt de l'imaginaire) dans ce
nouvel espace. On n'y vîse pas un cosmos alternatif
un folklore ou un exotisme cosmique ni des
galactiques - on est d'emblée dans une simulation
totale, sans origine, immanente, sans passé, sans avenir,
une flottaison de toutes les coordonnées (mentales, de
temps, d'espace, de signes) - il ne s'agit pas d'un
182
univers parallèle, d'un univers double, ou même d'un
univers possible - ni possible, ni impossible, ni réel
ni irréel: hyperréel - c'est un univers de simulation,
ce qui est tout autre chose. Et ceci non pas parce que
Dick parle expressément de simulacres (la science-fiction
l'a toujours fait, mais elle jouait sur le double, sur la
doublure ou le dédoublement artificiel ou imaginaire,
alors qu'ici le double a disparu, il n'y a plus de double,
on est toujours déjà dans l'aurre monde, qui n'en est
plus un autre, sans miroir ni projection ni uropie qui
puisse le réfléchir - la simulation est infranchissable,
indépassable, mate, sans extériorité - nous ne passe-
rons même plus « de l'autre côté du miroir », ceci était
encore l'âge d'or de la transcendance.
Un exemple peut-être plus convaincant encore
serait celui de Ballard et de son évolution. Depuis les
premières nouvelles très «fantasmagoriques », poé-
tiques, oniriques, dépaysantes, jusqu'à Crash, qui est
sans doute (plus que IGH ou L'Ile de béton) le modèle
actuel de cette science-fiction qui n'en est plus une.
Crash, c'est notre monde, rien n'y est « inventé» : rout
y est hyperfonctionnel, la circulation et l'accident, la
technique et la mort, le sexe et l'objectif photogra-
phique, tout y esr comme une grande machine syn-
chrone, simulée: c'est-à-dire accélération de nos pro-
pres modèles, de toUS les modèles qui nous entourent,
mixés et hyperopérarionnalisés dans le vide. Ce qui
distingue Crash de presque route la science-fiction, qui
tourne encore la plupart du temps autour du vieux
couple (mécanique er mécaniste) fonction/dysfonction,
qu'elle projette dans le futur selon les mêmes lignes de
force et les mêmes finalités qui sont celles de l'univers
183
»', La fiction y dépasser la réalité (ou
1iOverse : c est plus SUbtil), mais selon la même rè 1
jeu. p.lus de fiction ni de réalité,
1hyperrealtte qUI abol.lt les deux. C'est là, s'il en eSt
une: notre. comemporaine. Jack Barron
ou 1Etermte, certainS passages de TOUJ à Zanzibar.
En fait, la science-fiction dans ce sens n'est plus
nulle part.' et elle est partout, dans la circulation des
modèles, ICi et maimenam, dans l'axiomatique même
de la simulation ambiance. Elle peut surgir à l'état brut
par simple inertie de ce monde opérationnel. Quei
de science-,ficti.on « imaginé» (mais pré-
clsement, ça ne s «lmagiOe» plus) cette « réalité»
des usines-simulacres ouest-allemandes, usines qui réem-
ploient les chômeurs dans tous les rôles et à tous les
postes de travail ttaditionnel, mais qui
ne prodUlsenc rIen, dont toute l'activité s'épuise dans
un jeu d.e commandes, de concurrence, d'écritures, de
comptabllité, d'une usine à l'autre, à l'intérieur d'un
vaste réseau? Toute la production matérielle redou-
blée dans le vide (une de ces usines simulacres a même
fait « réellement» faillite, débaucham une seconde fois
ses propres chômeurs). C'est ça la simulation non pas
ces, usines soiem bidon, mais justement qu'elles
sOl.ent reelles, hyperréelles, et que du coup elles ren-
VOlem toute la ,'vraie» production, celle des usines
«sétieuses », à la même hypertéalité. Ce qui est fas-
cinant ici, c'est non pas l'opposition usines vraies!
usines bidon, mais au contraire l'indistinction des deux
le fait que tOut le reste de la production n'a pas plus
référence ni de finalité profonde que ce «simulacre»
d'entreprise. C'est cette indifférence hyperréaliste qui
184
constitue la vraie qualité ,.de
cet épisode, Et on voit qu'il n'est pas besom de llO-
venter: il est là, surgi d'un monde sans secrer, sans
profondeur.
Le plus difficile est sans doure aujourd'hui, dans
l'univers complexe de la science-fiction, de démêler ce
qui obéit encore (et c'est une très large à
ginaire du second ordre, de
et ce qui relève déjà de cette lOdlsunctlon de limagl-
naire de cette flottaison propre au troisième ordre de la
simuiation. Ainsi on peut faire clairement la différence
entre les machines-robot mécaniciennes, caractéristiques
du deuxième ordre, et les machines cybernétiques, ordi-
nateur, etc., qui relèvent, dans leut axiomatique, du
troisième ordre. Mais un ordre peut fort bien conta-
miner l'autre, et l'ordinateur peut fort bien fonctionner
comme une supermachine mécanicienne, un super-
robot machine de surpuissance, exposant du génie
duniE des simulacres de second ordre: il n'y joue pas
comme processus de simulation, et il témo.ign:
des réflexes d'un univers finalisé (y compns 1ambIva-
lence et la révolte, comme l'ordinateur de 2001 ou
Shalmanezer dans Tom à Zanzibar).
Entre l'ojJératique (le statut théâtral, de machi-
nerie théâtrale et famastique, le « grand opéra" de la
technique) qui correspond au premier ordre, l'.opératoire
(le statut industriel, productif, effecteur de pUissance e,t
d'énergie) qui correspond au deuxième ordre, et l'ope-
185
rationne: (le aléatoite, Rottant de
la « metatecholq.ue ») qUI correspond au troisième
les mterférences peuvent enCOte se
dUIre aUJourd'hui au niveau de la science-fiction
dernier ordre peut encore nous intéresse;
Les bêtes
Territoire et métamorphoses
Que voulaient les bourreaux de l'Inquisition?
L'aveu du Mal, du principe du Mal. H fallait faire dire
aux accusés qu'ils n'étaient coupables que par accident,
par l'incidence du principe du Mal dans l'ordre divin.
Ainsi l'aveu restituait une causalité rassurante, et le
supplice, l'extermination du mal dans le supplice, n'était
que le couronnement triomphal (ni sadique ni expia-
toire) du fait d'avoir produit le Mal comme came. Sinon
la moindre hérésie eût rendu suspecte toute la création
divine. De la même façon, quand nous usons et abusons
des bêtes dans les laboratoires, dans les fusées, avec
cette férocité expérimentale, au nom de la science, quel
aveu cherchons-nous à leur extorquer sous le scalpel et
les élenrodes ?
Justement l'aveu d'un principe d'objectivité
dont la science n'est jamais sûre, dont elle désespère
secrètement. H faur faire dire aux bêtes qu'elles n'en
sont pas, que la bestialité, la sauvagerie, avec ce qu'elles
impliquent d'inintelligibilité, d'étrangeté radicale pour
187
la raison, n'existent pas, mais qu'au Contraire les COm_
portements les plus bestiaux, les plus singuliers, les plus
anormalJx se résolvent dans la science, en mécanismes
physiologiques, en connexions cérébrales, etc. Il faut
tuer dans les bêtes la bestialité, et son principe
ticude.
L'expérimentation n'est donc pas un moyen vers
une fin, elle est un défi et un supplice actueIJ. Elle ne
fonde pas une intelligibilité, elle extorque un aveu de
science comme on extorquair jadis une profession de
foi. Aveu que les écarts apparents, de la maladie, de
la folie, de la bestialité, ne SOnt qu'une fêlure provisoire
dans la transparence de la causalité, Cette preuve,
comme jadis celle de la raison divine, il faut la refaire
continuellement et partout - dans ce sens nous som-
mes tous des bêtes, et des bêres de laboratoire, qu'on
reste continuellement pOUt leur extorquer des compor-
tements réflexes, qui som autant d'aveux de rationalité
en dernière instance. Partout la bestialité doit céder le
pas à l'animalité réflexe, exorcisant un ordte de l'in-
déchiffrable, du sauvage, dont précisément pour nous
les bêres, par leur silence, SOnt restées l'incarnation.
Les bêtes nous Ont donc précédés sur la voie de
l'extermination libérale. Tous les aspects du traitement
moderne des animaux retracent les péripéties de la
manipulation humaine, de l'expérimentation au forcing
industriel dans les élevages.
188
Réunis en congrès à Lyon, les
européens se sont inquiétis des maladies et
troubles psychiques qui se développent dans les
élevages industriels.
(Science et Avenir, juillet 1973)
Les lapins développent une
deviennent coprophages et Le
, au parasitisme.
SenSibIlite plus gr ffi' , les femelles devieo-
Les anticorps perdent }eur e ut dire la mortalité
nent stériles. Spontanement, SI 00 ,
stérie des poulets atteint
y . chi ue» coHective qUI peut attem-
groupe, .".psy . les animaux se mettent à
dre un sens. La crise terminée,
voier et , , le les animaux se refu-
l'effondrement, la ;omme paralysés. Au
gieoc. dans les recommence, Cela peut durer
premier choc, la cnse é de leur donner des
plusieurs semaines, On a essay
tranquillisants.. , 1 Les animaux se
Le canni?alisme à lécher
blessent eux-memes. Les . .us u'à la mott.
tout ce qui les eocoure, parfOis J q . d'éle-
"Il faut bien .consmt;r
soU:frent. de frustration repré-
deVient necessalre.. , ,P nt normal. »
seoce un obsmele au de:rcloppeme d ets tranquilli-
l:sa une hié-
sants, nen n y JI ex. 1 pick order. Dans ces
rarchie d'accès a la nourtlture, e
189
de surpopulation, les dernières dans l'
n du tout à se nourrir. On a donc
ptck order et démocrafùer l'accès à la
cl p. un autre système de répartition. Echec' 1
.esrructlOo de cet ordre symbolique entraîne la a
sIon totale chez les volailles, et une instabilité ch
que. Bel exemple d'absurdité: on sait les ravage roOl-
logues qu'a pu faire la bonne volonté dém . S d
ana
-
les sociétés tribales. ocratlque ans
1 animaux somatisent! Extraordinaire décau
es cancers, des ulcères gastriques, des infarcru-
chez les souris, chez les porcs, chez le:
En dit l'auceur, il semble bien u
le seul remède SOIt l'espace - « un peu plus d'es ;ce
e
beaucoup des troubles observés
e. toute. façon, « le SOrt de ces animaux
misérable JI est donc satisfait de ce congrès'
préoccupatIOns actuelles concernant le SOrt
d'élevage voient donc s'allier, une fois de plus
: morale et le. sens,.d'un intérêt bien compris. » «
tr
e
p'
as
faire n Importe quoi avec la nature. » les
ou :tant devenus assez graves pour nuire à la
rentabl1lte ?e l'entreprise, cette baisse de rendement
peut. c.ondUlre les éleveurs à rendre aux animaux des
.de vie plus normales. « Pour avoir un éle-
Ii?r; faudra. désormais s:occuper aussi de !'équi.
des ammaux. » Et JI entrevoit le temps où
on enverra les animaux, comme les hommes, à la cam-
pagne, pour restaurer cet équilibre mental.
nisme "Dn
la
jamais. dit combien 1'« hurna-
" . ' , norma!Jte », la «qualité de la vie"
n etaIent qu une péripétie de la rentabiliré. Le parallèle
190
est lumineux entre ces animaux malades de la plus-value
et l'homme de la concentration industrielle, de l'orga-
nisation scientifique du travail et des usines à la chaîne.
Là aussi, les « éleveurs» capitalistes ont été conduits
à une révision déchirante du mode d'exploitation, inno-
vant et réinventant la «qualité du travail », 1'« enri-
chissement des tâches », découvrant les sciences
" humaines» et la dimension " psycho-sociologique»
de l'usine. Seule la mort sans appel rend l'exemple des
animaux plus éblouissant encore que celui des hommes
à la chaîne.
Contre l'organisation industrielle de la mon, les
animaux n'ont d'autre ressource, d'autre défi possible
que le suicide. Taures les anomalies décrites sont suici-
daires. Ces résistances sont un échec de la raison indus-
trielle (baisse de rendement), mais surtout on sent
qu'elles heurtent les spécialistes dans leur raison logi-
que. Dans la logique des comportements réflexes et de
l'animal-machine, dans la logique rationnelle, ces
malies sont inqualifiables. On va donc gratifier les ani-
maux de psychisme, d'un psychisme irrationnel et détra-
qué, voué à la thétapie libérale et humaniste, sans que
l'objectif final ait jamais changé: la mort.
On découvre ainsi avec ingénuité comme un
champ scientifique nouveau et inexploré le psychisme
de l'animal lorsque celui-ci se révèle inadapté à la mort
qu'on lui ptépare. De même on redécouvre la psycho-
logie, la sociologie, la sexualité des prisonniers lorsqu'il
devient impossible de les incarcérer purement et sim-
plement 1. On découvre que le prisonnier a besoin de
1. Ainsi, au Texas, quaere cenes bommes ee cene femmes
expérimement le pénitencier le plus doux du monde. Une
191
libené, de sexualité, de « normalité» pour SUppOrter
la prison, de même que les animaux industriels Ont
besoin d'une cenaine «qualité de vie» pour mourir
dans les normes, Et rien de ceci n'est contradictoire,
l'ouvrier lui aussi a besoin de responsabilité, d'auto-
gestion pour mieux répondre à l'impératif de produc-
tion. Tout homme a besoin d'un psychisme pour être
adapté. Il n'y a pas d'autre raison à l'avènement du
psychisme, conscient ou inconscient. Et son âge d'or,
qui dure encore, aura coïncidé avec l'impossibilité d'une
socialisation rationnelle dans tous les domaines. Jamais
il n'y aurait eu de sciences humaines ni de psychanalyse
s'il avait été miraculeusement possible de réduire
l'homme à des comportements « rationnels », Touee la
découverte du psychologique, dont la complexité peut
s'épanouir à l'infini, ne vient que de l'impossibilité
d'exploiter à mon (les ouvriers), d'incarcérer à mon
(les détenus), d'engraisser à mort (les bêtes), selon la
stricte loi des équivalences:
- tant d'énergie calorique et de temps == tant
de force de travail
- tel délit"" tel châtiment équivalent
- tant de nourriture == poids optimal et mort
industrielle.
Toue ça s'enraye, alors naissent te psychisme, le
mental, la névrose, le psycho-social, etc., non pas du
enfant y est née en juin dernier et jl n'y a eu que rrois éva-
sions en deux ans. Les hommes er les femmes prennent ensemble
leurs repas et se renouvent lors des séances de psychologie de
groupe. Chaque prisonnier possède runique clef de sa chambre
individuelle. Des couples parviennent à s'isoler dans les cham-
bres vides. A ce jour, crente-cinq prisonniers se som enfuis,
mais jls SOnt pour la plupart revenus d'eux-mêmes.
192
tout pour briser cette équation délirante, mais pour
restituer le principe des équivalences compromis.
Bêtes de somme, elles ont dû travailler pour
l'homme. Bêtes de sommation, elles sont sommées de
répondre à l'interrogatoire de la Bêt.es de
consommation, elles sont devenues de la Viande mdus-
trielle. Bêtes de somatisation, elles sont tenues de par-
ler aujourd'hui la langue « psy ", de répondre de leur
psychisme et des méfaits de. leur
est arrivé de ce qui nous arrive. Notre destm n a Jamais
été séparé du leur, et ceci est une sorte d'amère revan-
che sur la Raison Humaine, qui s'est usée à édifier le
privilège absolu de l'Humain sur le Bestial.
les bêtes ne sont d'ailleurs passées au statut
d'inhumanité qu'au fil des progrès de la raison et de
l'humanisme. Logique parallèle à celle du racisme. Il
n'y a de« règne » animal objectif que depuis qu'il y,a
l'Homme, Il serait trop long de refaire la généalogIe
de leurs statuts respectifs, mais l'abîme qui les sépare
aujourd'hui, celui qui permet qu'on envoie les bêtes
répondre à notre place dans univets de
l'espace et des laboratoires, CelUI qui permet de liqUIder
les espèces tout en les archivant comme spécimens dans
les réserves africaines ou dans l'enfer des zoos - car
il n'est pas plus de place poUt eux dans notre
que pour les morts - le tout recouvert par une senti-
mentalité raciste (les bébés phoques, Brigitte Bardot),
cet abîme qui les sépare est postérieur à la domestica-
tion, comme le véritable racisme est postérieur à l'escla-
vage.
Jadis les bêtes eurent un caractère plus sacré,
plus divin que les hommes. Il n'y a même pas de règne
« humain" chez les primitifs, et longtemps l'ordre
193
animal est l'ordre de référence. Seul l'animal est digne
d'être sacrifié, en tant que dieu, le sacrifice de l'homme
ne vient qu'après, selon un ordre dégradé. Les hommes
se qualifient par affiliation à l'animal les Bororos
« SOnt» des araras. Ceci n'est pas de l'ordre pré-logique
ou psychanalytique - ni de l'ordre mental de classi-
fication, à quoi Lévi-Strauss a réduit l'effigie animale
(encore qu'il soit déjà fabuleux que les animaux aient
pu servir de langue, cela aussi faisait partie de leur
divinité) - non, cela signifie que Bororos et araras font
partie d'un cycle, er que la figure du cycle exclut toute
partition d'espèces, toutes les oppositions distinctives
sur lesquelles nous vivons. L'opposition structurale est
diabolique, elle divise et affronte des identités distinc-
tes: telle est la parrition de l'Humain, qui rejeree les
bêtes dans l'Inhumain - le cycle, lui, est symbolique:
il abolit les positions dans un enchaînement réversi-
ble - en ce sens, les Bororos « SOnt» des araras, qui
est le même sens où le Canaque dit que les morts se
promènent parmi les vivants. (Est-ce que Deleuze vise
quelque chose comme ça dans son devenir-animal et
lorsqu'il dit: « Soyez la panthère rose! » ?)
Quoi qu'il en soit, les bêtes Ont toujours eu,
jusqu'à nous, une noblesse divine ou sacrificielle que
retracent toutes les mythologies. Même le meurtre à la
chasse est encore une relation symbolique, contrairement
à la dissection expérimentale. Même la domestication
est encore une relation symbolique, contrairement à
l'élevage industrieL Il n'est que de voir le statue des
bêtes dans la société paysanne. Et il ne faudrait pas
confondre le statut de la domestication, qui suppose
une terre, un clan, un système de parenté dont les
bêtes font partie, avec le statue de l'animal d'intérieur
194
_ seule espèce de bêtes qui nous reste en dehors des
réserves et des élevages - chiens, chats, oiseaux,
hamsters, toUS empaillés dans l'affection de leur maître.
La trajectoire qu'ont suivie les bêtes, du sacrifice divin
au cimetière pour chiens avec musique d'ambiance, du
défi sacré à la sentimentalité écologique, dit assez la
vulgarisation du statut même de l'homme - ce qui
encore une fois décrit une réciprocité imprévue entre
les deux.
Particulièrement notre sentimentalité envers les
bêtes est le signe sûr du mépris où nous ies tenons.
Elle est proportionnelle à ce mépris. C'esr à mesure
de sa relégation dans l'irresponsabilité, dans l'inhumain,
que l'animal devient digne du rituel humain d'affection
et de prorection, tOUt corn me l'enfant à mesure de sa
relégation dans un statut d'innocence et d'infantilité.
L1. sentimentalité n'est que la forme infiniment dégradée
de la bestialité. Commisération raciste, nous en affu-
blons les bêtes jusqu'à les rendre elles-mêmes sentimen-
tales.
Ceux qui sactifiaient les animaux jadis ne les
prenaient pas pour des bêtes. Et même le Moyen Age
qui les condamnait et les châtiait dans les formes était
par là bien plus proche d'eux que nous, à qui cette
pratique fait horreur. Ils les tenaient pour coupables:
c'était leur faire honneur. Nous (es tenons pour rien,
c'est sur cetre base que nous sommes « humains» avec
eux. Nous ne les sacrifions plus, nous ne les punissons
plus, er nous en -sommes fiers, mais c'est simplement
que nous les avons domestiquées, pire: que nous en
avons fait un monde racialement inférieur, même plus
digne de notre justice, rout juste de notre affection et
de la charité sociale, même plus digne du châtiment et
195
de la mort, mais tOut juste de l'expérimentation et de
l'extermination comme viande de boucherie.
C'est la résorption de toute violence à leur égard
qui fait aujourd'hui la monstruosité des bêtes. A la
violence du sacrifice, qui est celle de 1'« intimité»
(Bataille), a succédé la violence sentimentale ou expé-
rimentale, qui est celle de la distance.
La monstruosité a changé de sens. Celle orÎgi-
nelle des bêtes, objet de rerreur et de fascination, mais
jamais négative, toujours ambivalence, objet d'échange
aussi et de métaphore, dans le sacrifice, dans la mytho-
logie, d a ~ s le bestiaire héraldique, et jusque dans nos
rêves et nos phantasmes - cette monstruosité-là, riche
de toutes les menaces et de toutes les métamorphoses,
celle qui se résout secrètement dans la culture vivante
des hommes et qui est une forme de l'alliance, nous
l'avons échangée contre une monstruosité spectaculaire:
celle de King-Kong arraché à sa jungle et devenu
vedene de music-hall. Du coup, le scénario cultutel
est inversé. Jadis, le héros culturel anéantissait la bête
le dragon, le monstre - et du sang répandu n a i s s a i e n ~
les plantes, les hommes, la culture; aujourd'hui c'est la
bête King-Kong qui vient saccager les métropoles indus-
trielles, qui vient nous libérer de notre culture, morte
de s'être expurgée de toute monstruosité réelle et
d'avoÎr rompu le pacte avec eile (qui s'exprimait dans
le film par le don primitif de la femme). La séduction
ptofonde du film vient de cene inversion de sens:
toute l'inhumanité est passée du côté des hommes, toute
l'humanité est passée du côté de la bestialité captive,
et de la séduction respective de la femme et de la bête,
séduction monstrueuse d'un ordre par l'autre, l'humain
et le bestial. Kong meurt pour avoir renoué, par la
196
séduction, avec cette possibilité de mérammphose d'un
règne dans l'autre, avec cette promiscuité incestueuse,
quoique jamais réalisée, sinon sur un mode symbolique
et rituel, entre les bêtes et les hommes.
Au fond, la filière qu'ont suivie les bêtes n'est
pas diffétente de ceile de la folie et de l'enfance, du
sexe ou de la négritude. Logique de l'exclusion, de la
réclusion, de la discrimination et nécessairement, en
retout, logique de la réversion, violence réversible qui
fait que la société entière finit par s'alignet sur les
axiomes de la folie, de l'enfance, de la sexualité et des
races inférieures (expurgées, il faut le dire, de l'inter-
rogation radicale qu'eUes faisaient peser du cœur même
de leur exclusion). La convergence du ptocessus de
civilisation est éblouissante. Les bêtes, comme les
morts, et tant d'autres, ont suivi ce ptocessus ininter-
rompu d'annexion par extermination, qui consiste à
liquider, puis à faire parler les espèces disparues, à
leur faire passer l'aveu de leur disparition. Faire parler
les bêtes, comme on a fait parler les fous, les enfants,
le sexe (Foucault). Ceci est d'autant plus hallucinant
pour les bêtes, dont le principe d'incertitude qu'elles
font peser sur l'homme, depuis leur rupture d'alliance
avec lui, réside dans le fait qu'elles ne parlent paJ.
Au défi de ta folie if a été répondu historique-
ment par l'hypothèJe de l'inconJcient. L'Inconscient est
ce dispositif logistique qui permet de penset la
folie (et plus généralement touce formation étrange et
anomalique) dans un système de sens élargi au non-sens
et qui fera sa place aux terreurs de l'insensé, désormais
intelligibles sous les espèces d'un certain discours:
psychisme, pulsion, refoulement, etc. Ce sont les fous
qui nous ont forcés à l'hypothèse de l'inconscient, mais
197
c'est nous en retour qui les y avons piégés. Car si, dans
un premier temps, l'Inconscient semble se retourner
comre la Raison et y porter une subversion radicale
s'il semble encore chargé du potentiel de rupture
la folie, plus tard il se retourne conrre elle, car il est
ce qui permet de l'annexer à une raison plus universelle
que la raison classique.
Les fous, jadis muets, aujourd'hui tout le monde
est à leur écoute, on a trouvé la grille sur laquelle
recueillir leurs messages jadis absurdes et
bles. Les enfants parlent, ce ne SOnt plus ces êtres
étranges et insignifiants à la fois pour l'univers adulte
- les enfants signifient, ils SOnt devenus signifiants _
non par quelque «libération" de leur parole, mais
parce que la raison adulte s'est donné les moyens plus
subtils pour conjurer la menace de leur silence. Les
primitifs aussi SOnt entendus, on les sollicite, on les
écoute, ce ne SOnt plus des bêtes, Lévi-Strauss a bien
dit que leurs structures mentales étaient les mêmes que
les nôtres, la psychanalyse les a ralliés à l'Œdipe, et à la
libido - tous nos codes Ont bien fonctionné, et ils y
Ont répondu. On les avait enterrés sous le silence,
on les enterre sous la parole, parole «différente"
certes, mais sous le mot d·ordre de la «différence ",
comme jadis sous celui de l'unité de la Raison, ne nous
y trompons pas, c'est le même otdre qui s'avance. Impé-
rialisme de la raison, néo-impérialisme de la différence.
L'essentiel est que rien n'échappe à l'empire du
sens, au partage du sens. Bien sûr, derrière tout ça,
rien ne nous parle, ni les fous, ni les morts, ni les
enfants, ni les sauvages, et au fond nous ne savons
rien d'eux, mais l'essentiel est que la Raison ait sauvé
la face, et que tout échappe au silence.
198
Les bêtes, elles, ne parlent pas. Dans un univers
de parole grandissame, de contrainte d'aveu et de
parole, elles seules restent muettes, et de ce. fait elles
semblent reculer loin de nous, derrière l'hoTlzon de la
vérité. Mais c'est ce qui fait que nOliS sommes intimes
avec elles. Ce 0 'est pas le problème écologique de leur
survie qui est important. C'est eocore et toujours celui
de leur silence. Dans un monde en voie de ne plus
faire que de parler, dans un monde rallié à l'hégémonie
des signes ct du discours, leur silence pèse de plus en
plus lourd sur notre organisation du sens.
Bien sûr, on les fait parler, et de toutes les
façons, moins innocentes les unes que les autres. Elles
ont parlé le discours moral de l'homme dans la fable.
Elles ont supporté le discours structural dans la théorie
du totémisme. Elles livrent touS les jours leur message
« objectif" - anatomique, physiologique, génétique -
dans les laboratoires. Elles Ont servi tour à tour de
métaphore pour les vertus et les vices, de modèle éner-
gétique et écologique, de modèle et for-
mel dans la bionique, de registre phantaSmatlque pour
l'inconscient er, dernier en dare, de modèle de déterri-
torialisation absolue du désir dans le « devenir-animal"
de Deleuze (paradoxal prendre l'animal comme
modèle de déterritorialisation alors qu'il est par excel-
lence l'être du territoire).
Dans tout cela, métaphore, cobaye, modèle, allé-
gorie (sans oublier leur « valeur d'usage" alimentaire),
les bêtes tiennent un discours de rigueur. Nulle parr
elles ne parlent vraiment, puisqu'elles ne fournissent
que les réponses qu'on leur demande. C'est leur façon
à elles de renvoyer l'Humain à ses codes circulaires,
derrière lesquels leur silence nOlis analyse.
199
Jamais on n'échappe à la réversion qui suie
n'imporre quelle exclusion, Refuser la raison aux fous
mène tôt ou tard à démanteler les bases de cette
raison - les fous se vengent en quelque sorte. Refuser
aux bêtes l'inconscient, le refoulement, le symbolique
(confondu avec le langage), c'est, tôt ou tard, on peut
l'espérer, dans une sorte de décrochement ultérieur à
celui de la folie et de l'inconscient, remetrre en cause
la validité de ces concepts, tels qu'ils nous régissent
aujourd'hui, et nous distinguent. Car si jadis le privilège
de l'Homme était fondé sur le monopole de la cons-
cience, aujourd'hui il l'est sur le monopole de l'incons-
Cient,
Les bêtes n'ont pas d'inconscient, c'est bien
connu. Elles rê.vent sans doute, mais ceci est une conjec-
ture d'ordre bIO-électrique, et le langage leur manque,
qui seul donne un sens au rêve en l'inscrivant dans
l'or?re symbolique. Nous pouvons phantasmer sur elles,
projeter sur elles nos phanrasmes et croire partager
cette mise en scène, Mais ceci nous est commode - en
fait les bêtes ne nous SOnt intelligibles ni sous le régime
de la conscience, ni sous celui de l'inconscient. Il ne
s'agit donc pas de les y forcer, mais juste à l'inverse de
voir en quoi elles mettent en cause cette hypothèse
même de l'inconscient, et à quelle autre hypothèse elles
nous forcent, Tel est le sens, ou le non-sens de leur
silence.
Tel fur le silence des fous, qu'il nous a forcés à
l'hypothèse de l'inconscient - telle est la résistance
des b.êtes, qu'eUe nous force à changer d'hypothèse,
Car SI elles nous SOnt et nous resteront inintelligibles,
pourtant nous vivons de quelque façon en intelligence
avec elles. Et si nous y vivons, ce n'est certes pas
200
sous le signe d'une écologie générale où dans une sorte
de niche planétaire, qui n'est que la dimension élargie
de la caverne platonicienne, les fantômes des bêtes et
des éléments natUrels viendraient ftayer avec l'ombre
des hommes rescapés de l'économie politique - non,
narre intelligence profonde avec les bêtes, même en
voie de disparition, est placée sous le signe conjugué,
inverse en apparence, de la métamorphose et du terri-
toire,
Rien ne semble plus fixe dans la perpétuation
de l'espèce que les bêtes, et pourtant elles sont pour
nous ['image de la métamorphose, de toutes les
morphoses possibles. Rien de plus errant, de plus
nomade en apparence que les bêtes, et pourtant leur
loi est celle du rerritoire
2
• Mais il faut écarter toUS les
--2.L'errance des bêtes est un .myrhe,. et la
actuelle, erratique et nomade, de et. du déSIr,
du même ordre. Les bêtes n'ont jamaIs erré, )amals éré déterrl-
torialisées. Toute une fantasmagorie libératrice se dessine à
l'opposé des comraimes de la société moderne, une.
rarion de la nature et des bêtes comme sauvagefle, bberré
d' « assouvir lOUS ses besoins », aujourd'hui d'« accomplu
lOUS ses désirs» _ car le rousseauisme moderne a pris l.a
forme de l'indétermination de la pulsion, de l'errance du
er du nomadisme de l'infinitude - mais c'est la même mysflque
des forces déliées, non codées, sans auue finalité que leur
propre éruption. .' . .. ,
Or la nature libre, vierge, sans lLmlte fil ternlOlfe, ou
chacun erre à son gré, n'a jamais existé, l'imaginaire
de l'ordre dominam, dom elle est le mIroIr N?us
projelOns comme sauvagerie idéale
rhiwme... ) le schéma même de déretnlOflaiLsauon qUI est CelUI
du système er du capital.
ailleurs que dans le capItal, c'est lui qUI 1a c est lU! qUI
l'applOfondir. Il Y a donc une C?rre1aCl?n ent!e la
législation sociale de la valeur wdu.swelle, repres-
sive, erc) et la sauvagerie Imaginaire qtl on lUI oppose: elles
201
contresens sur cette notion de territoire, Ce n'est pas
du tout la relation élargie d'un sujet ou d'un groupe
à son espace propre, sorte de droit de propriété privée
organique de l'individu, du clan ou de l'espèce - tel
est le phantasme de la psychologie et de la sociologie
élargie à toute l'écologie - ni cette sorre de fonction
virale, de bulle environnementale où vient se résumer
tout le système des besoins, Un territoire n'est pas non
rout:s. deux et à l'image l'unt' de
1aucre. ailleurs, la radlcalné du " désir ", on lt' voit dans
les théofles aCtuelles, grandit à mesure même de l'absrraCtion
non pas du rout comme mais selon le
meme mouvement absolument, CelUi d'une même forme rou-
lours p!us décodée, plus décentrée, plus « libre", qui enveloppe
a la f?IS norre réel et noue imaginaIre. La nature, la liberté
!e déSir, etc, n'exprimenr même pas un rêve inverse du capital'
Ils traduisent les progrès ou .les ravages de
cul.ture, ils antlClpenr même sur elle, car ds rêvem dt' déterri-
là où système n't'n impose jamais qu'une
relaCJve; 1eXigence de n'esr jamais que celle d'aller
plus loin que le système, maiS dans le même sens
Ni les bêtes ni les sauvages ne connaissent de " nature»
dans nmre ils ne connaissen.t territoires, limités,
marqués, qUI Sont des espaces de réCiprOCIté Infranchissables.
. 3. Ainsi, Henri Laborit récuse l'interprération du terri-
en d'instinct ou de propriété privées; «On n'a
Jamais miS en. évidence, dans l'hypothalamus ou ailleurs, un
groupe cellulaIre. ou des vOies. nerveuses différenciées en rap-
porc avec la notIOn de terrirolfe ... Il ne semble pas exister
?e du. tcr.tiroirc... Il .n'est pas utile de faire appel à un
mstlnct partlculzer» - mais c'est mieux le renvoyer à
une fonctior,tnalité des besoir,ts élarglC aux comportements
culturels, qUi est la vulgate aUJourd'hui commune à route éco-
n.omie, psychologie, sociologie, etc. "Le territoire devient
a,msi l'espace nécessaire à la de l'acte gratifiant,
1espace vltal. .. La bulle, le termOlte représentenr ainsi le mor-
ceau d'espace en contact immédiat avec l'organisme, celui dans
il "ouvre" ses échanges rhermodynamiques pour main-
tenlf sa ptOpte structure. Avec l'interdépendance croissante
202
plus un espace, avec ce que, ce i,mplique po.ur
nous de liberté et d'appropriation. NI mstmct, m beSOIO,
ni structure (fût-elle « culturelle» et « comportemen-
tale »), la notion de territoire s'oppose aussi de quelque
façon à celle d'inconscient, L'inconscient est une struc-
ture «enterrée», refoulée, et indé6mment rami6ée, Le
territoire est ouvert et circonsctit. L'inconscient est le
lieu de la répétition indéfinie du refoulement et des
phantasmes du sujet. Le territoire est le lieu d'.un
fini de la parenté et des échanges - sans sUlet, mais
sans exception: cycle animal et végétal, cycle des biens
et des richesses, cycle de la parenté et de l'espèce, cycle
des femmes et du rituel - il n'y a pas de sujet et tout
s'y échange. les obligations y SOnt absolues, la ré:ersi-
bilité totale, mais petsonne n'y connaît la mort, pUIsque
tout s'y métamorphose. Ni sujet, ni mort, ni inconscient,
ni refoulement, puisque rien n'arrête l'enchaînement des
formes.
Les bêtes n'ont pas d'inconscient, parce qu'elles
ont uo territoire, Les hommes o'ont un inconscient que
depuis qu'ils n'ont plus de rerritoite. A la fois le terri-
toire et les métamorphoses leur ont été ôtés - l'in-
conscient est la structure individuelle de deuil où se
rejoue sans cesse, et sans espoir, cette perte - les
bêtes en sont la nostalgie. La question qu'elles nous
posent serait donc celle-ci: ne vivons-nous pas d'ores
et déjà, au-delà des effets de linéarité et d'accumulation
des individus humains, avec la promiscuité qui caractérise les
grandes cités modernes, la bulle indi,:,iduelle S"Cs.t rétrécie de faç?n
considérable.. ,» Conception SpatIale, fonctionnelle,
statique. Comme si l·e.njeu d'lm groupe ou vOire
d'une bête, était l'éqUilibre de sa bulle ct 1homt'ostase de ses
échanges, internes et exccrnes
203
de la. raison, au-delà des effets de conscience et d'in_
conSCIent, sur ce mode brur, symbolique de cycle
de rév:rsio.n }ndéfi.nie sur un espace fini? Et
le schema Ideal qUI est celui de notre culrure de tou
culr.ure celui d'accumulation et
hbératlOn, finale,. ne rêvons-nous pas plutôt d'implo-
sl,on ql.1e d,explosIOn, de métamorphose plutôt ue
d et de défi riruel plutôt queqde
hberre, de cyde territorial plutôt que de... Mais les bêtes
ne posent pas de questions. Elles se raisent.
Le reste
Quand on enlève tout, il ne reste rien.
C'est faux.
L'équation du tout et du rien, la soustracrion du
reste, est fausse d'un bout à l'autre.
Ce n'est pas qu'il n'y ait pas de reste. Mais
celui-ci n'a jamais de réalité autonome, ni de lieu
propre: il est ce dont la partition, la circonscription,
l'exclusion désigne ... quoi d'autre? C'est par la sous-
traction du reste que se fonde et prend force de réalité...
quoi d'autre?
L'étrange est qu'il n'y a justement pas de terme
opposé dans une opposition binaire on peur dire la
droitella gauche, le mêmell'autre, ia majoritélla mino-
rité, le foulle normal, etc. - mais le reste! ?
Rien de l'autre côté de la barre. «La somme ct le
reste », ['addition et le resre, l'opération et le reste-
ne sont pas des oppositions distinctives.
Et pourtant, ce qui est de l'autre côté du reste
205
existe, c'est même le terme marqué, le temps fan,
l'élément privilégié dans cette oppositÎon étrangement
dissymétrique, dans cette Structure qui n'en est pas
une. Mais ce terme marqué n'a pas de nom. 11 est ano_
nyme, il est instable et sans définition. Positif, mais
seul le négatif lui donne force de réalité. A la rigueur,
il ne pourrait être défini que comme le reste du reste,
Le reste renvoie ainsi beaucoup plus qu'à une
partition claire à deux termes localisés, à une structure
tournante et réversible, structure de réversion tOujours
imminente, où on ne sait jamais lequel est le mIe de
l'al/Ire. Dans aucune autre Structure on ne peut opérer
cette réversion, ou cette mise en abyme: le masculin
n'est pas le féminin du féminin, le normal n'est pas le
(ou du fou, la droite n'est pas la gauche de la gauche,
erc. Seul peut-être dans le miroir la question peur être
posée; qui, du réel ou de J'image, est le reflet de l'au-
tre ? Dans ce sens on peut parler du reste comme d'un
miroir, ou du miroir du reste, C'est que dans les deux
cas, la ligne de démarcation structurale, la ligne de par-
tage du sens, est devenue flottante, c'est que le sens
(le plus littéralement: la possibilité d'aller d'un point
à un autre selon un vecteur déterminé par la position
respective des termes) n'existe plus, 11 n'y a plus de
position respective - le réel s'évanouissant pour laisser
place à une image plus réelle que le réel, et inverse-
ment -le reste s'évanouissant de l'endroit assigné pour
resurgir à l'envers, dans ce dont il était le reste, etc.
Ainsi du social. Qui dira si le reste du social
est le résidu non socialisé, ou si ce n'est pas le social
lui-même qui est le reste, le déchet gigantesque .. , de
quoi d'autre? D'un processus qui, aurait-il
tement disparu et n'aurait-il pas même de nom que le
206
ocial n'en serait quand même que le Le résidu
s eut être à la dimension toude du reel. un
p stème a tout absorbé, quand on a tout
il ne reste rien, la somme entière vIre ail reste
et rubrique « Société" du où
n'apparaissent paradoxalement que les
délinquants, les etc. - tout ce n
socialisé cas «soCiaux» analogues aux c p 1
ues Des poches à résorber, des segments que. e
isole au fur et à mesure de son exte,oslO.n,
,. és comme « résiduels" à l'horizon du
ar là même dans sa et ,sont .destl,nes
à trouv:r leur place dans une socmllté dargle. C est
sur ce reste que la machine se .relance et
une nouvelle énergie. Mais qu'arnve-t-d lorsque tou ,
épongé, lorsque tout est AI,ors la
, rêre la dynamique s Il1verse, et c est le ,sy
entier qui devient fur et al
le le social dans sa progression e1JmlOe touS es reSI-
il devient lui-même En
<, )> les catégories réSiduelles, le socIal se déSIgne
de déterminer ce qui est l,e
de l'autre caractérise phase de
des systèmes distinctifs, pha.se toue barre fati-
et résiduel. Inversement, la dISparItiOn de .
dique et structurale qui isolait le reste du ... et
ermet désormais à chaque terme ,e
f.auere caractérise une phase de téverslblhte ou
a virtuellement plus de reste. Les ,deux proposl
sont « vraies" simultanément et ne s excluent pas, es
sont elles-mêmes réversibles.
207
Autte aspect aussi insolite que l'absence de
tetme opposé: le reste fait rire. N'importe quelle
discussion sur ce thème déclenche les mêmes jeux de
langage, la même ambiguïté et la même obscénité que
les discussions sur le sexe ou la mort. Sexe et mOtt
SOnt les deux gtands thèmes reconnus pour pouvoir
déchaîner l'ambivalence et le rire, Mais le reste est le
troisième, et peut-être le seul, les deux autres s'y rame-
nant comme à la figure même de la réversibilité. Car
pourquoi rit-on? On ne rit que de la réversibilité des
choses, et le sexe et la mort SOnt figures éminemment
réversibles. C'est parce que l'enjeu est toujours
sible entre le masculin et le féminin, entre la vie et la
mort, qu'on rit du sexe et de la mort. Combien plus
encore du reste, qui ne connaît même pas de terme
opposé, qui parcourt à lui seul [Qut le cycle, et COurt
infiniment après sa propre barre, après son propre
double, comme Peter Schlemihl après son ombre 1 ? Le
1. L'allusion à Peter Schiemihl, l'homme qui a perdu son
pas accidentelle. Car l'ombre, comme l'image dans
le miroir (dans l'Etudiant de Prague), esr !yolr excellence un
reste, quelque chose qui pem « tomber» du corps, tout comme
les cheveux, . les excréments ou les dkhets d'ongle auxquels
elles sont assImilées dans roUle la magie archai'que, Mais elles
sont aussi, on le sait, « métaphores» de l'âme, du souffle, de
rEtre, de l'essence, de ce qui profondément donne un sens au
sujee. Sans image ou sans ombre, le corps devient un néant
transparent, il /l'est plus lui-même qlle reste. Il est la substance
diaphane qui reste une fois l'ombre en allée. II n'a plus de
réalité: c'est l'ombre qui a emporté route la réalité avec elle
(ainsi dans l'Etudiant de Prague, l'image brisée avec le miroir
entraîne la mort immédiate du héros _ séquence classique
208
reste est obscène, parce qu'il esr et s'échange
en Il est obscène et fait nee, comme seu.le
fait rire, profondément rire, du masculm
et du féminin, l'indistinction de la VII.' et de la mort.
Le reste est devenu aujourd'hui le rerme forr.
C'est sur le reste que se fonde une intelligibilité,
velle. Fin d'une certaine logique des
distinctives, où le terme faible jouait comme terme réSI-
duel. Tout s'inverse aujourd'hui. La psychanalyse :Ile-
même est la première grande théorisation des
(lapsus, rêves, etc). Ce plus .u.ne écon.omie
tique de la production qUi nous dlt1?e, mais une eco-
nomique politique de la reproduction,. du
_ écologie et pollution - une du
reste. Toute la normalité se reVOIt aUlou.rd hUI a la
lumière de la folie, qui n'était que son reste
Privilège de tous les restes, dans toUS
du non-dit, du féminin, du fou, du de 1ex-
crément et du déchet en art, etc Mais cecI n est encore
des comes famastiques - voir aussi L'Ombre de Hans Chris-
tian Andersen). Ainsi le corps peUt n'être que le de
son propre résidu, retombée de sa propre teromoc;, Seul
l'ordre dit réel permet de le corps comme .reférence.
Mais rien dans l'ordre symbo1Jque ne permet de p,atler sur la
priorité de l'un ou de l'autre (du corps ou de 1ombre). Et
c'est cette réversion de sur le corps, cette de
l'essentiel, au terme de l'essentiel, sous le coup ,?e 1JOslgOlfiant,
cene défaite incessante du sens devant ce Il en re,ste,. que
ce soit les déchets d'ongle ou l'objet «pem a:, faIt le
charme, la beauté et l'inquiétante étrangeté de ces blstolres
209
qu'une sorte d'inversion de la structure, de retour du
refoulé comme temps fort, de retour du reste comme
surcroît de sens, comme excédent (mais l'excédent n'est
pas formellement différent du reste, et le problème de la
dilapidation de l'excédent chez Bataille n'est pas dif.
férent de celui de la résorprion des restes dans une
économie politique du calcul et de la pénurie: seules
les philosophies sont différentes), d'une surenchère de
sens à partir du reste. Secret de toures les « libéra_
tions ", qui jouent sur les énergies cachées de l'autre
côté de la barre.
nous sommes devant une situation beaucoup
plus originale: non celle de l'inversion pure et simple
et de la promotion des restes, mais celle d'une mou-
vance de toute structure et de toure opposition qui
fait qu'il n'y a même phu de reste, du fait que celui-ci
est partoll(, et se jouant de la barre, s'annule en tant
que tel.
Ce n'est pas quand on a tour enlevé qu'il ne reste
rien, mais quand les choses se reversent sans cesse et que
l'addition même n'a plus de sens.
La naissance est résiduelle si eile n'est pas
reprise symboliquement par l'initiation.
La mort est résiduelle si elle n'est pas résolue
dans le deuil, dans la fête collective du deuil.
La valeur est résiduelle si elle n'est pas résorbée
et volatilisée dans le cycle des échanges.
La sexualité est résiduelle lorsqu'elle devient
production de rapports sexuels,
210
Le social lui-même est résiduel lorsqu'il devient
production de « relations sociales»,
Tout le réel est résiduel,
et tout ce qui est résiduel est destiné à se répé-
ter indéfiniment dans le phantasme.
Toute accumulation n'est que reste, et accumu-
lation de reste, en ce sens qu'elle est rupture de l'al-
liance, et compense dans l'infini linéaire du cu.mul et
du calcul, dans l'infini linéaite de la productIOn, de
l'énergie et de la valeur ce qui s'accomplissait
ravant dans le cycle de l'alliance. Or, ce qui parcourt
un cycle s'accomplit rotalement, alors que dans la dimen·
sion de l'infini, tout ce qui est en dessous de la barre
de l'infini, en dessous de la barre de l'éternité (ce
stock de temps qui est lui aussi, comme n'importe quel
stock, rupture d'alliance), tOut cela n'est que reste.
L'accumulation n'est que reste, et le refoule-
ment n'en est que la forme inverse et symétrique. Le
stock d'affects et de représentations refoulés, c'est là-
dessus que se fonde notre nouvelle alliance.
MaÎs quand tout est refoulé, rien ne l'est plus.
Nous ne sommes pas loin de ce point absolu du refou-
lement où les stocks eux-mêmes se défont, où les stocks
de phantasmes s'effondrent. Tour l'imaginaire du stock,
de l'énergie et de ce qu'il en reste, nous vient du
lement. Quand celui-ci atteint un point de saturatiOn
critique où son évidence se renverse, alors les énergies
n'auront plus à êrre libérées, dépensées, économisées,
2ll
produites: c'est le concept même d'énergie qui se vola-
tilisera de lui-même,
On fair aujourd'hui du reste, des énergies qui
nous restent, de la restitution et de la conservation des
restes, le problème crucial de l'humanité. Il est inso-
luble en tant que tel. Toure nouvelle énergie libérée
ou dépensée laissera un nouveau reste, Tout désir,
toute énergie libidinale produira un nouveau refoule-
ment, Quoi d'étOnnant, puisque I"énergie même ne se
conçoit que dans le mouvement qui la stocke et la
libère, qui la refoule et la « produit », c'est·à-dire dans
la figure du reste et de son double?
Il faut pousset à la consommation insensée de
l'énergie pour en exterminer le concept. Il faut pousset
au refoulement maximal pour en exterminer le concept.
Lorsque le dernier lirre d'énergie aura été consommé
(par le dernier écologue), lorsque le dernier indigène
aura été analysé (par le dernier ethnologue), lorsque
l'ultime marchandise aura éré produite par la dernière
« force de travail» restante, lorsque le dernier phan-
tasme aura été élucidé par le dernier analyste, lorsque
tout aura été libéré et consommé «avec la dernière
énergie », alors on s'apercevra que cette gigantesque
spirale de l'énergie et de la production, du refoulement
et de nnconsciem, grâce à quoi on a réussi à enfermer
tout dans une équation entropique et catastrophique,
que tout ceci n'est en effet qu'une métaphysique du
reste, et celle· ci sera résolue du coup dans tous ses
effers.
Le cadavre en spirale
L'Université est déliquescente: non fonction-
nelle sur le plan social du marché et de l'emploi, sans
substance culturelle ni finalité de savoir.
Il n'y a même plus de pouvoir à proprement
parler: lui aussi esr déliquescenr. D'où
du retour de flammes de 68 : retournement de la mise
en question du savoir contre le pouvoir lui-même
_ contradiction explosive du savoir er du pouvoir (ou
révélation de leur collusion, ce qui revient au même)
dans l'Universiré et, du coup, par contagion symbolique
(plus que politique) dans tout l'ordre et
social. Pourquoi des sociologues ? a marqué ce virage :
l'impasse du savoir, le vertige du non-savoir (c'est-à-dire
à la fois l'absurdité et l'impossibilité d'accumuler de la
valeur dans l'ordre du savoir), se retourne comme une
arme absolue contre le pouvoir lui-même, pour le
démanteler selon le même scénario vertigineux de
dessaisissement. C'est ça l'effet Mai 68. Il est impossible
aujourd'hui où le pouvoir lui-même, après le savoir,
213
a fouru le camp, est devenu insaisissable. S'est dessaisi
luj-même, Dans une institurion désormais florrante, sans
contenu de savoir, sans srructure de pouvoir (sinon une
féodalité archaïque qui gère un simulacre de machine
dont la destination lui échappe et dont la survie est
artificielle comme celle des casernes et des théâtres),
l'irruption offensive est impossible. N'a plus de sens
que ce qui précipite le pourrissement, en accentuant le
côté parodique, simulacre, des jeux de savoir et de
pouvoir agonisants.
La grève fait exactement l'inverse. Elle régénère
l'idéal d'une université possible, la fiction d'une acces-
sion de tous à une culture (introuvable, et qui n'a plus
de sens), elle se substirue au fonctionnement de l'uni-
versité comme son alternative ctitique, comme sa t h é ~
rapeurique. Elle rêve encore d'une substance et d'une
démocrarie du savoir. D'ailleurs partout aujourd'hui la
gauche joue ce rôle: c'est la justice de gauche qui réin-
suffie une idée de justice, une exigence de logique et
de morale sociale dans un appareil pourri, qui se défait,
qui perd toute conscience de sa légitimité et renonce
presque de lui-même à fonctionner. C'est la gauche qui
sécrète et reproduit désespérément du pouvoir, car elle
en veut, et donc elle y croit et le ressuscite là où le
système y met fin. Le système mettant fin un à un à
tous ses axiomes, à toutes ses institutions, et réalisant
un à un tou.s les objectifs de la gauche historique et
tévolutionnalre, celle-ci se voit acculée à ressusciter
tous les rouages du capital pour pouvoir les investir un
jour: de la propriété privée à la petite entreprise, de
l'armée à la grandeur nationale, de la morale puritaine
à la culture petite-bourgeoise, de la justice à l'univer-
sité - il faut tout conserver de ce qui fout le camp,
214
de ce que le système lui-même, dans son atrocité, d'ac-
cord, mais dans son impulsion irtéversible, a liquidé.
D'où l'inversion paradoxale mais nécessaire de
touS les termes de ['analyse politique.
Le pouvoir (ou ce qui en tient lieu) ne croit
plus à l'Université, Il sait au fond qu'cHe n'est qu'une
wne d'hébergement et de surveillance pour toute une
classe d'âge, il n'a donc que faire de sélectionner - son
élite il la trouvera ailleurs, ou autrement, Les diplômes
ne servent à rien: pourquoi refuserait-il de les donner,
d'ailleurs il est prêt à les donner à tout le monde -
alors pourquoi cette politique provocante, sinon pour
cristalliser les énergies sur un enjeu fictif (sélection,
travail, diplômes, erc), sur un référentiel déjà mort et
pourrissam.
En pourrissam, l'Université peut faire encore
beaucoup de mal (le pourrissement est un dispositif
Jymbolique - non pas politique, mais symbolique,
donc pour nous subversif). Mais il faudrait pour cela
partir de ce pourrissemem même, et non rêver de
résurrection. Il faudrait transformer ce pourrissement
en processus violent, en morc violence, par la dérision,
le défi, par une simulation multipliée qui offrirait le
rituel de mort de l'université comme modèle de pour-
rissement à la société entière, modèle comagieux de
désaffection de toute une structure sociale, où la morc
enfin ferait ses ravages, que la grève tente désespéré-
menc de conjurer, de mèche avec le sysrème, et ne
réussissam tout au plus qu'à la muer en une mort lente,
à retardement, qui n'est même plus le lieu possible
d'une subversion, d'une réversion offensive.
215
C'est ce que Mai 68 avait réussi. A un moment
moins avancé du processus de liquéfaction de J'Univer_
sité et de la"culture, les étudiants, loin de vouloir sauver
les meubles (ressusciter l'objet perdu, sur un mode
idéal), avaient rétorqué en lançant au pouvoir le défi
d'une mort totale, immédiate, de l'instirution, le défi
d'une déterritorialisation bien plus intense encore que
celle venue du système, et sommant le pouvoir de
répondre à cette dérive totale de l'institution de savoir
à cette inexigence totale d'accumuler en un lieu donn/
à cette mort voulue à la limite - pas la crise de
versité, ça, ce n'est pas un défi, au contraire, c'est le jeu
du système, mais la mort de l'université - ça, le pou-
voir n'a pas pu y répondre, sinon par sa propre
lurion en retour (pour un instant peut-êtte, mais nous
l'avons vu),
Les barricades du 10 mai semblaient défensives
et défendre un territoire le quartier Latin, vieille
boutique. Mais ce n'est pas vrai: derrière cette appa-
rence, c'esr l'université morte, la culture morte dont ils
lançaient le défi au pouvoir, et leur propre mort éven-
tuelle du même coup - transformation en JacriflCe
immédiat, ce qui n'était que l'opération même du sys-
tème à long terme: liquidation de la culture et du
savoir. Ils n'étaient pas là pour sauver la Sorbonne,
mais pour en brandir le cadavre à la face des autres,
comme les Noirs de Watts ct de Detroit brandissant les
ruines de leurs quarriers à qui ils avaient mis le feu
eux-mêmes.
Qu'est-ce qu'on peut brandir aujourd'hui?
Même plus les ruines du savoir, de la culture _ les
216
ruines elles-mêmes sont défuntes. Nous le savons, nous
avons fait pendant sept ans le travail de deuil de Nan-
terre. 68 est mort, répétable seulement comme phan-
tasme de deuil. Ce qui en serait l'équivalent en violence
symbolique (c'est-à-dire au-delà du politique) ce s,erait
la même opération qui a fait percuter le le
pourrissement du savoir contre le pouvoir - retrouver
cette énergie fabuleuse plus du tour au même niveau,
mais à la spirale supérieure faire percuter le non-
pouvoir, le pourrissement du pouvoir contre - contre
quoi précisément? C'est là le problème. Il est peut-être
insoluble. Le pouvoir se perd, le pouvoir s'est perdu.
n n'y a plus tout autour de nous que des mannequins
de pouvoir, mais l'illusion machinale du pouvoir régit
encore l'ordre social, derrière laquelle grandit la terreur
absente, illisible, du contrôle, terreur d'un code défi-
nitif, dont nous sommes tOUS les terminais infimes.
S'attaquer à la représentation n'a plus beaucoup
de sens non plus. On sent bien que tOUS les conflits
diants (comme, plus largement, au niveau de la SOCiété
globale) autOur de la représentation, de la délégation de
pouvoir, pour la même raison, ne sont plus que des péri-
péties fantômes qui suffisent encore pourtant, par déses-
poir, à occuper le devant de la scène. Par ne saÎs quel
effet de Mœbius, la représentation elle aussI s'est retOur-
née sur elle-même, et tout J'univers logique du politique
se dissout du même coup. laissant la place à Lln univers
transfini de la simulation, où d'emblée personne n'est
pius représenté ni représentatif de quoi que ce soit,
où tout ce qui s'accumule se désaccumule en même
temps, où même le phantasme axial, directif et secou-
217
rable du pouvoir a disparu. Univers pour nous encore
incompréhensible, méconnaissable, d'une courbe malé-
fique à laquelle nos coordonnées mentales orrhogonales
et dressées à l'infini linéaire de la critique et de l'his-
toire. résistent violemment. C'est pourtant là qu'il faut
se battre, si même cela a encore un sens. Nous sommes
des simulants, nous sommes des simulacres (pas au sens
classique d' «apparence "), des miroirs concaves irradiés
par le social, irradiarion sans source lumineuse, pouvoir
sans origine, sans disrance, et c'esr dans cet univers
tacrique du simulacre qu'il va falloir se battre - sans
espoir. l'espoir est une valeur faible, mais dans le défi
et la fascination. Car il ne faut pas refuser la fascinarion
intense qui émane de cette liquéfaction de roures les
insrances, de tous les axes de la valeur, de toure axio-
logie, politique y compris. Ce specracle, qui est à la
fois celui de l'agonie et de l'apogée du capital, dépasse
de loin celui de la marchandise décrit par les situarion-
nistes. Ce spectacle est nocre force essentielle. Nous
ne sommes plus dans un rapport de force incertain ou
victorieux, mais politique, envers le capital, ça, c'est
le phantasme de la révolution. Nous sommes dans
un rapport de défi, de séduction et de morr envers
cer univers qui n'en esr plus un, puisque précisément
toute axialité lui échappe. Le défi que nOliS lance le
capital dans son délire - liquidant sans vergogne la
loi du profit, la plus-value, les finalités productives, les
structures de pouvoir, et retrouvant au terme de son
processus l'immoralité profonde (mais aussi la séduc-
tion) des riruels primitifs de destruction, ce défi-là, il
faut le relever dans une surenchère insensée. Le capiral
est irresponsable, irréversible, inélucrable comme la
valeur. A lui seul il est capable d'offrir un spectacle
218
famastique de sa décomposition - seul plane encore
sur le déserr des structures classiques du capital le
fantôme de la valeur, comme le fantôme de la religion
plane sur un monde depuis longtemps désacralisé,
comme le fantôme du savoir plane sur l'Université. A
nous de redevenir les nomades de ce désert, mais déga-
gés de l'illusion machinale de la valeur. Nous ,:,ivrons
dans ce monde, qui a pour nous toute l'inqUiétante
étrangeté du déserr et du simulacre, avec wute la véra-
cité des fantômes vivants, des animaux errants et simu-
[ants que le capiral, que la mort du capital a fait de
nous - cat le déserr des villes esr égal au désert des
sables _ la jungle des signes est égale à celle des
forêts _ le vertige des simulacres est égal à celui de
la nature - seule subsiste la séduction vertigineuse
d'un système agonisant, où le travail enterre le travail,
où la valeur enterre la valeur - laissant un espace
vierge, effrayé, sans frayages, continu comme le voulait
Bataille, où seul le vent soulève le sable, où seul le
vent veille sur le sable.
Qu'en esr-il de tout cela dans l'ordre politique?
Si peu de choses.
Mais nous devons nous battre aussi contre la
fascination profonde qu'exerce sur nous l'agonie du
capital, contre la mise en scène par le capital de sa pro-
pre agonie, dont nous sommes les
Lui laisset l'initiative de sa propre mort, c'est lUI laisser
touS les privilèges de la révolution. Cernés par le simu-
lacre de la valeur et par le fantôme du capital et du
pouvoir, nOLIs sommes bien plus désarmés et impuissa.nrs
que cernés par la loi de la valeur et de la marchandise,
puisque le système s'est révélé capable d'intégrer sa
propre mort, Ct que la responsabilité nous en est ôtée,
219
et l'enjeu de propre vie, Cerre ruse suprême
du ,sys,teme, cell,e du sImulacre de sa mort, par où il nous
en en ayant liquidé par absorption tOute
p'?sslble, une ruse supérieure peut la
Defi, ou soence imaginaire, seule une pata-
phYJ,lqlle Jl1nulacres peur nous sortir de la straté je
de slmulatlon du système et de l'impasse de mort '1
nous enferme. ou 1
Mai 1976,
Le dernier tango de la valeur
Là où rien n'eJt à Ja place, c'est le déJordre
Là où à la place voulue il n'y a rien, c'est l'ordre,
Brecht
La panique des responsables de l'Université à
l'idée qu'on va délivrer des diplômes sans contrepartie
de travail «réel», sans équivalence de savoir, Cette
panique n'est pas celle de la subversion politique, elle est
celle de voir la valeur se dissocier de ses contenus et
fonctionner toute seule, selon sa forme même.- Les
valeurs universiraires (les diplômes, etc.) vont proliférer
et continuer de circuler, un peu comme les capitaux Rot-
rants ou les eurodollars, elles vont tournoyer sans critère
de référence, complètement dévalorisées à la limite,
mais c'est sans importance: leur circulation seule suffit
à créer un horizon social de la valeur, et la hantise de
la valeur fantôme n'en sera que plus grande, lors même
221
que son référentiel (sa valeur d'usage, sa valeur
d'échange, la « force de travail» universitaire qu'elle
recouvre) se perd. Terreur de la valeur sans équivalence.
Cette situation n'est qu'apparemment nouvelle.
Elle l'est pour ceux qui pensent encore que s'élabore à
l'Université un procès réel de travail, et qui investissent
là-dedans leur vécu, leur névrose, leur raison d'être,
l'échange des signes (de savoir, de culture) à l'Univer_
sité, .entre «enseignants" et «enseignés" n'est plus
depUis un certain remps déjà qu'une collusion doublée
de de l'indifférence (l'indifférence des signes
qUi, entrame avec elle la désaffection des rapports
sociaux et humains), un simulacre doublé d'un psycho-
drame (celui d'une demande honteuse de chaleur, de
présence, d'échange œdipien, d'inceste pédagogique qui
cherche à se substituer à l'échange perdu de travail et de
savoir). En ce sens, J'Université teste le lieu d'une ini-
tiat!on à la forme vide de la valeur, et ceux qui
y vIvent depUIS quelques années connaissent ce travail
étrange, la vraie désespérance du non-travail, du non-
savoir, Car les générations actuelles rêvent encore de
lire, d'apprendre, de rivaliser, mais le cœur n'y est plus
- en bloc, la mentaliré culturelle ascétique a coulé
c?rps et biens, C'est pourquoi la grève ne signifie plus
nen 1.
A 1. D'ailleurs la actuelle prend naturellement les
aspects ; même même apesanœur,
meme absence d obJectifs, même allergIe à la décision même
.en .rond ?'instance, même deuil de l'énergie,
meme c,lrcu.lamé d.ans la grève aujourd'hui que dans
le meme slCUatl?n dans comre-institurion que
dans 1inStitution: la COntagIOn grandIt, la boucle esr bouclée
- après ça il va falloir déboucher ailleurs Ou plutôr non
222
C'est pourquoi aussi nous avons éré piégés, nous
nous sommes piégés nous-mêmes, après 68, en donnant
les diplômes à rour le monde. Subversion? Pas du rour.
Une fois de pl us, nous étions les promoteurs de la forme
avancée, de la forme pure de la valeur: des diplômes
sans travail. Le système n'en veut pas plus, mais il
veut cela - des valeurs opérationnelles dans le vide -
et c'est nous qui l'avons inauguré, dans l'illusion inverse.
la détresse étudiante de se voir conférer des
diplômes sans travail est égale et complémentaire
celle des enseignants. EUe est plus secrète et plus inSI-
dieuse que l'angoisse traditionnelle d'échouer ou d'obte-
nir des diplômes sans valeur. L'assurance touS risques
sur le diplôme, qui vide de contenu les péripéties
savoir et de la sélection, est dure à supporter. AUSSI
faut-il qu'elle se complique soir d'une prestation-alibi,
simulacre de travail échangé contre un simulacre de
diplôme, soit d'une forme
sommé de donner l'UV, ou traité de distributeur
automatique) ou de rancœur, pour qu'au moins
encore quelque chose d'une relation « réelle".
rien n'y fair. Même les scènes de ménage entre ensei-
gnants et érudiants, qui font aujourd'hui une bonne part
prendre cette impasse même comme de ha.-.e, retourner
l'indécision et l'absence d'objectîf en SItuation offenSIve, en
scratégie, En chercham à tout à s'arracher. à Situa-
tion mortelle, à cette anorexIe mentale ,les
étudiams ne fom que réinsuffler de l'énergie à une InStltutlOn
en coma dépassé, c'esr la survie forcée,. c'est la du
désespoir, qui se pratique aUjourd'hUI sur les
comme sur les individus, er qui esr partout le SIgne de
même incapacité à affronter la mort «Il faur pousser ce qUI
disait Nietzsche.
223
de leurs échanges, ne som plus que le rappel, et comme
la nostalgie d'une violence ou d'une complicité qui
jadis les opposait ou les réunissait autour d'un enjeu
de savoir ou d'un enjeu politique.
la «dure loi de la valeur ", la « loi d'airain"
- quand eUe nous abandonne, quelle trisresse, queUe
panique! C'est pourquoi il y a encore de beaux jours
pour les méthodes fascistes ct autoritaires, car celles-ci
ressuscitent quelque chose de la violence qu'il faut pour
vivre - subie ou infligée, peu importe. la violence
du rituel, la violence du travail, la violence du savoir,
la violence du sang, la violence du pouvoir et du poli-
tique, c'est bon! C'est clair, c'est lumineux, les rapports
de force, les contradictions, l'exploitation, la répression!
Ça manque, aujourd'hui, et le besoin s'en fait sentir.
C'est tout un jeu, par exemple, à l'Université encore
(mais toute la sphère politique s'articule de la même
façon) que le réinvestissemenr de son pouvoir par
l'enseignant à travers la «parole libre ", l'autogestion
du groupe er autres fariboles modernes. Personne n'est
dupe. Simplement pour échapper à la déception pro-
fonde, à la catastrophe qu'entraînent la déperdition des
rôles, des statuts, des responsabilités et la démagogie
incroyable qui s'y déploie, il fam recréer dans le prof
fût-ce un mannequin de pouvoir et de savoir, fût-ce
une parcelle de légitimité venue de l'ultra-gauche
- sinon la situation est intolérable pour tous. C'est sur
ce compromis - figuration artificielle de l'ensei-
gnant, complicité équivoque de l'étudiant _ c'est sur
ce scénario fantôme de pédagogie que les choses conti-
nuent, et peuvent cette fois durer indéfiniment. Car il y
a une fin à la valeur et au travail, il n'yen a pas au simu-
lacre de la valeur et du travail. L'univers de la
224
simulation est transréel et transfini: aucune épreuve de
réalité ne viendra plus y mettre fin - sinon l'effon-
drement toral et le glissement de terrain, qui reste
notre plus fol espoir.
Mai 1977.
Sur le nihilisme
Le nihilisme n'a plus les couleurs sombres,
wagnériennes, splengleriennes, fuligineuses, de la fin du
siècle. Il ne procède plus d'une Weltanschauung de la
décadence ni d'une radicalité métaphysique née de la
mort de Dieu et de toutes les conséquences qu'il faut
en tirer. Le nihilisme est aujourd'hui celui de la trans-
parence, et il est en quelque sorte plus radical, plus
crucial que dans ses formes antérieures et historiques,
car cette transparence, cette flottaison, est indissolu-
blement celle du système, et celle de toute théorie qui
prétend encore l'anal yser. Quand Dieu est mort, il Y
avait cncore Nietzsche pour le dire - grand nihiliste
devant l'Eternel et le cadavre de l'Eternel. Mais devant
la transparence simulée de toutes choses, devant le
simulacre d'accomplissement matérialiste ou idéaliste
du monde dans l'hyperréalité (Dieu n'est pas mort, il est
devenu hyperréel), il n'y a plus de Dieu théorique et
critique pour reconnaître les siens.
L'univers, et nous touS, sommes entrés vÎvants
227
dans la simulation, dans la sphère maléfique, même
pas maléfique, indifférente, de la dissuasion: le nihi-
lisme, de façon insolite, s'est entièrement réalisé non
plus dans la destrucrion, mais dans la simulation et la
dissuasion. De phantasme acrif, violent, de mythe Ct de
scène qu'il était, historiquement aussi, il est passé dans
le fonctionnement transparent, faussement transparent,
des choses. Que reste-t-il donc de nihilisme possible
en théorie? Quelle nouvel1e scène peut s'ouvrir, où
pourrait se rejouer le rien er la mort comme difi, comme
enjeu?
Nous sommes dans une position nouvelle, et
sans doute insoluble, par rappon aux formes antérieures
du nihilisme:
Le Romantisme en est la première grande appa-
rition: il correspond, avec la Révolution des Lumières,
à la destruction de l'ordre des apparences.
Surréalisme, Dadajsme, l'absurde, le nihilisme
polirique, en SOnt la deuxième grande manifestation,
qui correspond à la destruction de l'ordre du sens.
Le premier est encore une forme esthétique de
nihilisme (dandysme), le second lIne forme politique,
histOrique er métaphysique (terrorisme).
Ces deux formes ne nous concernent plus qu'en
partie, ou pas du tout, Le njhilisme de la transparence
n'est plus ni esthétique, ni politique, il n'emprunte plus
ni à l'extermination des apparences, ni à celle du sens
les derniers feux, ou les dernjères nuances d'une apoca-
lypse. Il n'y a plus d'apocalypse (seul le terrorisme aléa-
roire rente encore de le réfléchü, mais justement il n'est
plus politique, Ct il n'a plus qu'un mode d'apparition
qui est en même temps un mode de disparition: les
media - or les media ne sont pas une scène où
228
quelque chose se jOlie - c'est une bande, une piste,
une carte perforée dont nous ne sommes même plus
spectateurs récepteurs). Finie l'apocalypse, aujour-
d'hui c'est la précession du neutre, des formes du neutre
Ct de l'indifférence. Je laisse à penser s'il peut y
avoir un romantisme, une esthétique du neutre. Je ne
le crois pas - toU[ ce qui reste, c'est la fascination
pour les formes déseniques et indifférentes, pour l'opé-
ration même du système qui nous annule. Or, la fasci-
nation (à l'opposé de la séduction qui s'arrachait aux
apparences, et de la raison dialectique qui s'attachait
au sens) est une passion nihiliste par excellence, c'est
la passion propre au mode de disparition. Nous sommes
fascinés par toutes les formes de disparition, de notre
disparition. Mélancoljques Ct fascinés, telie est notre
situation générale dans une ère de transparence involon-
taire.
Je suis nihiliste.
Je conState, j'accepre, j'assume l'immense pro-
cessus de destruction des apparences (et de la séduction
des apparences) au profit du sens (la représentation,
l'histoire, la critique, etc.) qui est le fait capital du
XIX' siècle. La véritable révolution du XIX' siècle,
de la modernité, c'est la desrruction radicale des appa-
rences, le désenchantement du monde et son abandon
à la violence de l'interprétation et de l'histoire.
Je constate, j'accepte, j'assume, j'analyse la
deuxième révolution, celle du xx' siècle, celle de la
post-modernité, qui esr l'immense processus de des-
truction du sens, égale à la destruction antérieure des
229
apparences. Celui qui frappe par le sens est tué par le
sens.
La scène dialectique, la scène critique SOnt
vides. Il n'y a plus de scène. Et il n'y a pas de thérapie
du sens ou de thérapie par le sens : la thérapie elle.
même fait partie du processus généralisé d'indifféren-
ciation.
La scène de l'analyse elle-même est devenue
incertaine, aléatoire: les théories Rottent (en fait, le
nihilisme est impossible, car il est encore une théorie
désespérée mais déterminée, un imaginaire de la fin,
une Weltanschauung de la catastrophe 1),
l'analyse est elle-même peur-être l'élément déci-
sif de l'immense processus de glaciation du sens. le
surcroît de sens qu'elles apportent, leur compétition au
niveau du sens est toUt à fait secondaire en regard de
leur coalition dans l'opération glaciaire et quaternaire
de dissection et de transparence. Il faut être conscient
que, de quelque façon que procède l'analyse, elle pro-
cède vers la glaciation du sens, elle aide à la précession
des simulacres et des formes indifférentes. Le désert
grandit.
Implosion du sens dans les media. Implosion
du social dans la masse. Croissance infinie de la masse
en fonction de l'accélération du système. Impasse éner.
gétique. Point d'inertie.
l, Il Y a des qui n'ont d';mag;np;re que de
origine et n'ont aucun imaginaire de fin. Il y en a qui
sont obsédées par les deux... Deux autres cas de figure SOnt
possibles ... N'avoir d'imaginaire que sa fin (notre culture,
nihiliste), plus aucun imaginaire, ni de l'origine ni de
la fin (celle qUI Vient, aléatoire).
230
Destin d'inertie d'un monde saturé, Les phéno-
mènes d'inertie s'accélèrent (si on peut dire). les
formes arrêtées prolifèrent, et la croissance s'immobilise
dans l'excroissance. Tel est aussi le secret de l'hyper-
télie, de ce qui va plus loin que sa propre fin. Ce serait
notre mode propre de destruction des finalités: aller
plus loin, trop loin dans le même sens - desrruction
du sens par simulation, hypersimulation, hypertélie.
Nier sa propre fin par hyperfinalité (le crustacé, les
statues de l'île de Pâques) - n'est-ce pas aussi le secret
obscène du cancer? Revanche de l'excroissance sur la
croissance, revanche de la viœsse dans l'inertie.
Les masses elles aussi sont prises dans ce
gigantesque processus d'inertie par accélération. Elles
sont ce processus excroissant, dévorant, qui annihile
toute croissance et toUt surcroît de sens. Elles SOnt ce
circuit court-drcuité par une finalité monstrueuse.
C'est Ce point d'inertie qui est aujourd'hui fasci·
nant, passionnant, et ce qui se passe aux alentours de ce
point d'inertie (fini donc le charme discret de la
dialectique). Si c'est être nihiliste que de privilégier ce
point d'inertie er l'analyse de cette irréversibilité des
systèmes jusqu'à un point de non-retour, alors je suis
nihiliste.
Si c'est être nihilisie que d'être obsédé par le
mode de disparition, et non plus par le mode de
producrion, alors je suis nihiliste. Disparition, apha-
nisis, implosion, Furie des Verschwindens. Transpoli-
tique est la sphère élective du mode de disparition (du
réel, du sens, de la scène, de l'histoire, du social, de
l'individu), A vrai dire, ce n'est plus tellement du
nihilisme dans la disparition, dans la forme désertique,
aléatoire et indifférente, il n'y a même plus le pathos,
231
le pathétique du nihilisme - cette énergie mythique
qui fait encore la force du nihilisme, radicalité, déné-
gation mythique, anticipation dramatique. Ce n'est
même plus du désenchantement, avec la tonalité enchan-
tée elle·même, séduisante et nostalgique du désenchan.
tement. C'est la disparition tOUt simplement.
On trouve déjà trace de cette radicalité du
mode de disparition chez Adorno et Benjamin, parallèle-
ment à un exercice nostalgique de la dialectique. Car
il y a une nostalgie de la dialectique, et sans doute
la dialectique la plus subtile est·elle d'emblée nostal-
gique. Mais plus profondément, il y a chez Benjamin et
Adorno une autre ronalité, celle d'une mélancolie atta-
chée au système lui-même, incurable celle· là et au-delà
de toute dialectique. C'est cette mélancolie des systèmes,
qui prend aujourd'hui le dessus à travers les formes
ironiquement transparentes qui nous entourent. C'est
elle qui devient notre passion fondamentale.
Ce n'est plus le spleen ou le vague à l'âme fin
de siècle. Ce n'est pas non plus le nihilisme, qui vise
en quelque sorte à rout normaliser par la destruction,
passion du ressentiment. Non, la mélancolie, c'est la
tonalité fondamentale des systèmes fonctionnels, des
systèmes actuels de simulation, de programmation et
d'information. La mélancolie, c'est la qualité inhérence
au mode de disparition du sens, au mode de volatilisa-
tion du sens dans les systèmes opérationnels. Et nous
sommes tous mélancoliques.
La mélancolie est cette désaffection brutale qui
est celle des systèmes saturés. Lorsque l'espoir d'équi-
librer le bien et le mal, le vrai ct le faux, voire de
confronter quelques valeurs du même ordre, lorsque
l'espoir plus général d'un rapport de force er d'un
232
enjeu s'est évanoui. Partout, roujours, le système est
trop fort: hégémonique.
Contre ceuc hégémonie du système, on peut
exalter les ruses du désir, faire la micrologie révolution-
naite du quotidien, exalter la dérive moléculaire ou
même faire l'apologie de la cuisine. Ceci ne résout pas
l'impétieuse nécessité de faire échec au système en
pleine lumière.
Ced, sculle terrorisme le fait.
Il est le trait de réversion qui efface le reste,
comme un seul sourire ironique efface [out un discours,
comme un seul éclair de dénégation chez l'esclave efface
toute la puissance et la jouissance du maître.
Plus un système est hégémonique, plus l'ima-
gination est frappée par le moindre de ses revers. Le
défi, même infinitésimal, est l'image d'une défaillance
en chaîne. Seule ccue réversibilité sans commune
mesure fait événement aujourd'hui, sur la scène nihi-
liste et désaffectée du politique. Elle seule mobilise
l'imaginaire.
Si être nihiliste, c'est porter, à la limite insup-
portable des systèmes hégémoniques, ce trait radi-
cal de dérision et de violence, ce défi auquel le système
est sommé de répondre par sa propre mort, alors je suis
terroriste et nihiliste en théorie comme d'amres le sont
par les armes. La violence théorique, non pas la vérité,
est la seule tessource qui nous reste.
Mais c'est là une uropie. Car il serait beau
d'être nihiliste, s'il y avait encore une radicalité
_ comme il serait beau d'être terroriste, si la mort,
y comptis celle du terroriste, avait encore un sens.
Mais c'est là où les choses deviennem insolubles.
Car à ce nihilisme actif de la radicalité, le système
233
oppose le sien, le nihilisme de la neutralisation. Le
système est nihiliste lui aussi, en ce sens qu'il a
sance de reverser tOut, y compris ce qui le nie, dans
l·indifférence.
Dans ce système, la mort elle-même brille par
son absence, Gare de Bologne, Oktoberfest de Munich:
les morts s'annulent par l'indifférence, c'est là où le
terrorisme est complice involontaire de l'ensemble du
système: non pas politiquement, mais dans la forme
accélétée de l'indifférence qu'il contribue à imposer.
La mort n'a plus de scène, ni phantasmatique ni poli-
tique où se représenter, où se jouer, cérémoniale ou
violente. Et ça, c'est la victoire de l'autre nihilisme, de
l'autre terrorisme, celui du système.
Il n'y a plus de scène, même plus l'illusion mini-
male qui fait que les événements puissent prendre
force de réalité - plus de scène ni de solidarité men-
tale ou politique: que nous importe le Chili, le Biafra,
les boat people, Bologne ou la Pologne? Tout cela
vient s'anéantir sur l'écran de la télévision, Nous
sommes à l'ère des événements sans conséquences (et
des théories sans conséquences).
Il n'y a plus d'espoir pour le sens, Et sans doute
est-ce bien ainsi: le sens est mortel. Mais ce sur quoi il
a imposé son règne éphémère, ce qu'il a pensé liquider
pour imposer le règne des Lumières, les apparences,
elles, sont immortelles, invulnérables au nihilisme même
du sens ou du
C'est là où commence la séduction.
Table
La précession des simulacres.
L'histoire: un scénario rétro,
Holocauste.
China Syndrom.
ApocalypJe Now ,
L'effet Beaubourg. Implosion et dissuasion,
Hypermarché et hypermarchandise. ,
L'implosion du sens dans les media, .
Publicité absolue, publicité zéro, .
Clone Jtory, .
Hologrammes.
CraJh.
Simulacres et science-fiction,
Les bêtes. Territoire et métamorphoses,
Le reste.
Le cadavre en spirale .
Le dernier tango de la valeur.
Sur le nihilisme,
9
69
77
81
89
93
ll3
119
131
143
155
163
177
187
205
213
221
227

La précession des simulacres

Le simlilacre n'est jamais ce qui cache la vérité - c'est fa vérité qui cache qu'il n'yen a pas. Le simulacre est vrai.
l'Ecclésiaste

© 1981, ~DrnONS G"'LIL~f.. 9 rue Linnt, 7S00S Paris.
En .pp~ica,ion de 1. loi du II mars 1957, il esl inle,dil dc fcproduile inltgrneme~l

d~~~::~~uklrotî; :;~~ ;~'~;:::';; t~~~~~~;:,~~s~5~~S
ISBN2-7186-0210-tj ISSNOIS2-3678

Si nous avons pu prendre pour la plus belle allégorie de la simulation la fable de Borgès où [es cartographes de l'Empire dressent une carte si détaillée qu'elle finit par recouvrir très exactement le territoire (mais le déclin de l'Empire voit s'effranger peu à peu cette carte et tomber en ruine, quelques lambeaux érant encore repérables dans les déserrs - beauté métaphysique de cette abstraction ruinée, rémoignant d'un orgueil à la mesure de l'Empire et pourrissant comme une charogne, retournant à la substance du sol, un peu comme le double finit par se confondre avec le réel en

vieillissant), cette fable est révolue POUt nous, et n'a plus que le charme discret des simulacres du deuxième ordre 1. Aujourd'hui l'abstraction n'est plus celle de la carte, du double, du miroir ou du concept. La simulation n'est plus celle d'un territoire, d'un être référentiel, d'une substance. Elle est la génération par les modèles d'un réel sans origine ni réaliré : hyperréel. Le territoire ne précède plus la carte, ni ne lui survit. C'est désormais la carte qui précède le territoire - préceJsion des simulacres - , c'est elle qui engendre le territoire et, s'il fallait reprendre la fable, c'esr aujourd'hui le territoire dont les lambeaux pourrissent lentement SUI l'l'rendue de la carre. C'est le réel, et non la carte, dont des ves~ tiges subsistent çà et là, dans les déserts qui ne SOnt plus ceux de l'Empire, mais le nôtre. Le désert du réel

lui-même.
En fait, même inversée, la fable est inutilisable. Seule subsiste peut-êt're l'allégorie de l'Empire. Car c'est avec le même impérialisme que les simulateurs actuels tement de faire coïncider le réel, tout le réel, avec leurs modèles de simulation. Mais il ne s'agit plus ni de carre ni de territoire. Quelque chose a disparu: la différence souveraine, de l'une à l'autre, qui faisait le charme de l'abstraction. Car c'est la différence qui fait la poésie de la carte et le charme du territoire, la magie du concept et le charme du réel. Cet imaginaire de la représentation, qui culmine et à la fois s'abîme dans le projet fou des cartographes d'une coextensivité idéale de la carre et du territoire, disparaît dans la simulation
1. Cf. J. Baudrillard, L'échange Jymbo/ique et la mOTt, «L'ordre des simulacres ", Paris, Gallimard, 1975.

_ dont l'opération est nucléaire et génétique, plus du cour spéculaire et discursive. C'est toute la métaphysique qui s'en va. Plus de mitoir de l'être et des .a~p,a~ence~, du réel et de son concept. Plus de coextenSlvlte Imaginaire: c'est la miniaturisation génétique qui est la dimension de la simulation. Le réel est produit à partir de cellules miniarurisées, de matrices et de mémoires, de modèles de commandement - et il peur être reproduit un nombre indéfini de fois à partir de là. Il n'a plus à être rationnel, puisqu'il ne se mesure plus à quelque instance, idéale ou négative. Il n'est pl.us qu'opérationnel. En fait, ce n'est plus du réel, pUIS~ qu'aucun imaginaire ne l'enveloppe plus. C'est un hype~­ réel, produit de synthèse irradiant de mod~les combinatoires dans un hyperespace sans atmosphere. Dans ce passage à un espace dont la courbure n'est plus ceile du réel, ni celle de .la :éri~é, l'ère de la simulation s'ouvre donc par une liqUldatlon de touS les référentiels - pire: par leur résurrection artificielle dans les systèmes de signes, matériau plus ductile que le sens, en ce qu'il s'offre à tous les systèmes d'équivalences, à toures les oppositions binaires, à toute l'algèbre combinatoire. Il ne s'agit plus d'imitation, ni de redoublement, ni même de parodie. Il s'agit d'une substitut~on au réel des signes du réel, c'est-à-dire d'une opérauon de dissuasion de tout processus réel par son double opératoire, machine sign~létique métasta~le, progra~­ matique, impeccable, qUI offre touS les signes ~u re:1 et en court-circuite toutes les péripéties. Plus JamaIS le réel n'aura l'occasion de se produire - telle est la fonction virale du modèle dans un système de mort, ou plutôt de résurrection anticipée qui ne laisse plus aucune chance à j'événement même de la mort. Hyper11

10

nec orbitale des modèles ct à la génération simulée des différences. car elle ne sait trairer que les maladies" vraies» par leurs causes objectives. la psychosomatique évolue 12 d'une façon louche aux confins du principe de maladie.à savoir que la vérité. la cause objective ont cessé d'existet. Mais la chose est plus compliquée. n'est pas susœpcible de résolution dans le transfert. " (Littré. elle renvoie le symptôme de l'ordre organique à l'ordre inconscienr celui-ci de nouveau est censé être "vrai ".cause la différence du «vrai» et du "faux ». l'aUtre à une absence. Car si n'importe quel symptôme tx:ut etre « prodUit ». laissent intact le principe de réalité: la différence est toujours claire elle n'est que masquée. avec le redoublement de la maladie dans un discours qui n'est plus ni vrai ni faux? Que peut faire la psychanalyse avec le redoublement du discours de l'inconscient dans un discours de simulation qui ne peut plus jamais être démasqué. la psychologie et la médecine s'arrêtent là.r réel désormais à l'abri de l'imaginaire. Le simulateur est-il n. plus vrai que l'autre _ mais pourquoi la simulation s'arrêterait-elle aux portes de l'inconscient? Pourquoi le «travail» de l'inconscient ne pourrait-il être « produit» de la même façon que n'importe quel symptôme de la médecine classique? Les rêves le sont déjà. Bien sûr. L'un renvoie à une présence. ne laissant place q. ou dissimuler. le médecin aliéniste prétend qu' « il y a pour chaque forme d'aliénation mentale un ordre particulier dans la succession des symptômes que le simulateur ignore et dont l'absence ne saurait tromper le médecin aliéniste ». L'irréférence divine des images . la référence. Aujourd'hui elle peut réformer un très bon simulareut comme exactement équi2. et la médecine perd son sens. puisqu'il n>est pas faux non plus 2 ? Que peut faire l'armée avec les simulateurs? Traditionnellement elle les démasque et les punit. et ne peut plus être reçu comme un fait de n~ture. feindre. Simuler est femdre d'avoir ce qu'on n'a pas.e maladie en détermine en soi quelques symptômes. C'est l'emmêlement de ces deux discoms qui rend la psychanalyse interminable. Tandis que la simulation reme~ en . Ceci (qui date de 1865) pour sauver à tout prix le principe d'une vérité et échapper à l'interrogation que pose la simulation . puisqu'il produir de "vrais" sympromes? On ne peut ni le trairer objectivement comme malad~. devant une vériré de la maladie désor~ais inrrou:able.u'à la récurre. scion un principe clair de repétage. en deçà ou au-delà de la santé. Celui qui simule un. et de tome distinction du réel et de l'imaginaire. Or que peur faire la médecine avec ce qui flotte en deçà ou au-delà de la maladie. du « reel» et de l' "imaginaire ».alade ou non. car simuler n'est pas feindre: « Celui qui feint une maladie peut simplement se mettre au lir et faire croire qu'il est malade. Quanr à la psychanalyse. 13 . ni comme non-malade. lui. Dissimule~ est feindte de ne pas avoir cc qu'on a. alors toute maladie peur être considérée comme slmulable et simulée. Et qui.) Donc.

Ainsi feront les Jésuites.. lorsqu'elle se démultiplie en simulacres? Demeure-t-elle l'instance suprême qui simplement s'incarne dans les images en une théologie visible? Ou bien se volatilise-t·elle dans les simulacres qui. étai nt ceu~ qui ~Ieur 7 accordaient leur juste prix. les plus aventureux.ta~7nt de vénérer Dieu en filigrane. desrructrice. Perniola. C'est bien parce qu'ils pressentaient cette toute-puissance des simulacres. il n'y avait pas de quoi les dérruire. S'ils avaient pu croite que celleS-CI ne faIsaient qu'occulter ou masquer l'Idée platonicienne de Dieu. anéanrissante. On voit que les iconoclastes. dont la querelle millénaire esr encore la nôtre aujourd'hui'. p. fin de la transcendance qui ne sert plus que d'alibi à prop~e simulacre - 14 15 . Or il faut conjurer à tout pnx cette mort du referentlel divin. Mais on peut dIre a 1Inverse que les iconolâtres furent les esprits les plus modernes. puisqu'elles dissimulent qu'il n'y a rien derrière).-mêmes le mod. sous couleur d'u~e transparition de Dieu dans l~ mi~o. l'affaire renvoie à [a religion. tous les fous simulent. teiles qu'en elles. rayonnants pour roujours ~e leur fascinatio~ ~rop~e. Mais leur desespolf métaphysique venait de l'idée que les images ne cachaient rien du tout. mais que c'était précisément là le ~rand . seuls. Mais c'est elle aujourd'hui qui de nouveau les déborde et submerge le principe de vérité. et cette vérité qu'ils laissent entrevoir.èle original les change. terrains d'élecrion de la simulation. Mais que devient-elle lorsqu'elle se divulgue en icônes. Au-delà de la médecine et de l'armée. Simulacres. et cette indistinction est la pire des subversions. lacre voire que Dieu lui-même n'a jamais été que son de là venait leur rage à ~étrui~e les images. Cf. cette faculré qu'ils Ont d'effacer Dieu de la conscience des hommes. Vùùms. qu'elles étai~nt un jeu pur. C'est contre elle que la taison classique s'est armée de toutes ses catégories. ~n pe~r vivre de l'idée d'une vérité altérée. c'est qu'il l'est. qu'on accuse de mépriser et de nier les images.ir des im~~e~.ences _ évanescence de Dieu dans l'épiphanie du pouvOIr . » Et elle n'a pas tort : dans ce sens.eu _ sachant aussi qu'il est dangereux de demasquer les images. er au simulacre de la divinité: «Je défendis qu'il y eût dans les temples aucun simulacre parce que la divinité qui anime la natute ne peur être représentée. » Justement elle le peut. qui fonderont leur politique sur la disparition virtuelle d~ Dieu et ~ur la manipulation mondaine et spectaculaire des consCl. à un cardiaque ou à un fou « vrais ». lcôneJ.lOo dan~ 1eplphanie de ses représentations (dont lis savalCnt peutêtre qu'elles ne représentaient plus rien. déploient leur faste et leur puissance de fascinarion . 39. qu'au fond Dieu n'a jamais été. au conualre des Iconolatres qui n'y voyaient que reflets et se co~ten. « S'il joue si bien au fou.valent à un homosexuel. M. qu'il n'en a jamais existé que le simu3.la machinerie visible des icônes se subsrituant à l'Idée pure et intelligible de Dieu? C'est bien ce dont avaient peur les iconoclasres. puisque. lis jouaient déjà sa mort et sa dlspatlt. mais bien des SImulacres parfaits. Même la psychologie militaire recule devant les clartés cartésiennes et hésite à faire la distinction du faux et du vrai. du symptôme «produit» et du symptôme authentique. et qu'elles étaient en somme non pas des images.

marque le tournant décisif. Derrière le batoque des images se cache l'éminence grise de la politique. Surenchère de vérité. parallèle et supérieure à l'affolement de la production matérielle: telle apparaît la simulation dans la phase qui nous concerne . part de la nfgation radicale du signe comme valeur. elle jOlie à être une apparence . elle est une mallvaise appa~ rence . Toute la foi et la bonne foi occidentale se sont engagées dans ce pari de la représentation: qu'un signe puisse renvoyer à la profondeur du sens. Telles seraient les phases successives de l'image: est le reRet d'une réalité profonde masque et dénature une réalité profonde masque l'absence de réalité profonde est sans rapport à quelque réalité que ce soit: est son propre simulacre pur.une stratégie du réel. de néo-réel et d'hyperréel. la nostalgie prend tOut son sens. Alors que la représentation tente d"absorber la simulation en l'interprétant comme fausse représentation. car tout est déjà mort et ressuscité d'avance. mais de la simulation. Production affolée de réel et de référentiel. d"objectivité et d"authenticité secondes. A cette puissance meurtrière s'oppose celle des représentations comme puissance dialectique. Les seconds inaugurent l'ère des simulacres et de la simulation. Mais si Dieu lui-même peut être simulé. dans un circuit ininterrompu dont ni la référence ni la circonférence ne SOnt nulle part. Le passage des signes qui dissimulent quelque chose aux signes qui dissimulent qu'il n'y a rien. La simulation part à l'inverse de l'utopie du principe d'équivalence. elle elle elle elle elle 16 17 . plus de Jugement dernier pour séparer le faux du vrai. médiation visible et intelligible du Réel. Dans le troisième. la simulation enveloppe tout l'édifice de la représentation lui-même comme simulacre. résurrection du figuratif là où l'objet et la substance ont disparu. Telle est la simulation. Ainsi l'enjeu aura toujours été la puissance meurtrière des images. meurtrières de leur propre modèle. meurtrières du réel. c'est un axiome fondamental). Celle-ci part du principe d'équivalence du signe et du réel (même si cette équivalence est mopique.elle est de l'ordre du sortilège. Escalade du vtai. Lorsque le réel n'est plus ce qu'il était. mais simulacre. Surenchère des mythes d'origine et des signes de réalité. Dans le quatrième.de l'ordre du maléfice. où il n'y a plus de Dieu pour reconnaître les siens. Dans le premier cas. part du signe comme réversion et mise à mort de toute référence. c'est-à-dire ne s'échangeant plus jamais contre du réel.Dieu bien sûr.une stratégie tour à fait libte des influences et des signes.la représentation est de l'ordre du sacrement. le rée! de sa résutrection artificielle. elle n'est plus du tout de l'ordre de l'apparence. l'image est une bonne apparence . comme les icônes de Byzance pouvaient l'êrre de l'identité divine. c'est-à-dire se réduire aux signes qui en font foi? Alors tout le système passe en apesanteur. du vécu. Dans le second.non pas irréel. il n'est plus lui-même qu'un gigantesque simulacre . en ce qu'elle s'oppose à la représentation. mais s'échangeam en lui~même. qu'un signe puisse J'échanger contre du sens et que quelque chose serve de caution à cet échange . Les premiers renvoient à une théologie de la vérité et du secret (dont fait encore partie l'idéologie). que double partout une stratégie de dissuasion.

Le musée. elle est toujours meurtrière). elle se retourne toujours trop tôt.. qui voyaient à leur cOntaet les indigènes se décomposer immédiatement. Clastres sont des témoignages variés.Ramsès. Il ne s'agit pas d'un sacrifice (la science ne se sacrifie jamais. usages compris. C'est contre cet enfer du paradoxe que les ethnologues Ont voulu se prémunir en refermant le cordon de sécurité de la forêt vierge autour des Tasaday.des Sauvages qui doivent à l'ethnologie d'être encore des Sauvages: quel retournement. brute . hors d'atteinte des colons. libérée de son objet. enfants compris . et. Celle-ci se donne ainsi le luxe de s'incarner au-delà d'elle-même. femmes. redevient le modèle de simulation de toUS les Indiens possibles d'avant l'ethnologie. Personne n'y touchera plus: le gisement se referme comme une mine. et la réversion impitoyable qu'exerce sur elle cet objet mort? Telle Orphée. Of{ la rémrrection en rose L'ethnologie a frôlé sa mort paradoxale le jour de 1971 où le gouvernement des Philippines décida de rendre à leur primirivité. mais du sacrifice simulé de son objet afin de sauver son prinl8 cipe de réalité. dans le cercueil de verre de la forêt vierge. langages. fossilisés vivants comme dans une prise de vue. Ainsi l'ethnologie. De toute façon. comme une dimension de la vie. l'évolution logique d'une science est de s'éloigner toujours davantage de son objet. des zones métallurgiques vivantes. mais l'objet sera sauf. Même chose au Creusot. Ceci à Ilnitiative des anthropologues eux-mêmes. dans le cadre du musée or éclaté . Ici commence une anri-ethnologic qui n'en finira plus et dont ]auJin. au lieu de se circonscrire comme une science objective. une culture tOut entière. au lieu d'être circonscrit comme lieu géométrique. son objet retombe aux Enfers. ces Sauvages-là sont posthumes gelés. des touristes et des ethnologues. est partout désormais. il faut que meure son objet. L'Indien ainsi renvoyé au ghetto. cryogénisés. elle atteint à sa forme pure. ils SOnt devenus des simulacres référentiels. comme une quatrième 19 .gestes. les quelques dizaines de Tasaday qu'on venair de découvrir au fond de la jungle. dans la réalité . quel triomphe pour cette science qui semblait vouée à les détruire! Bien sûr. Pour que vive l'erhnologie. comme une momie à l'air libre. perdu pour elle. où on a muséifié sur place comme témoins «historiques» de leur époque des quartiers ouvriers entiers. de caution étetnelle. stérilisés. va désotmais. où ils avaient vécu pendant huit siècles sans contact avec le reste de l'espèce. mais intaCt en sa « virginité "... Castaneda. telle Eurydice. Le Tasaday congelé dans son essence naturelle va lui servir d'alibi parfait. La science y perd un capital précieux. hommes. de ces Indiens tout entiers réinventés par elle . lequel se venge en mourant d'avoir été « découvert» et défie par sa mort la science qui veut le saisir. protégés à mort. se généraliser à toutes choses vivantes et se faire invisible. Toute science ne vit-elle pas sur ce glacis paradoxal auquel la vouent l'évanescence de son objet dans son appréhension même. et la science ellemême est devenue simulation pure. jusqu'à se passer de lui: son autonomie n'en est que plus famastique.

dans un monde de la simulation.dimension partout présente. A la forme de renfermement succède celle d'un dispositif innombrable. mais qui s'est depuis longtemps élargi à rouees les sociétés occidentales. historique .meurtre dom les Sauvages. sous le prétexte de sauver l'original. du chantage au réel. etc. Rien ne change lorsque la société brise le miroir de la folie (abolit les asiles. chez les Blancs. mais c'est lui qui l'investit en profondeur. ne 20 donnant que des réponses mOrtes et circulaires à une interrogation mOrte ec circulaire. rend la parole aux fous. elle se survit dans une ami-ethnologie dont la tâche est de réinjecter partout de la différence-fiction. Ainsi toute la science et la technique se sont mobilisées récemment pour sauver la momie de Ramsès JI. et de la résurrection des différences. le nôtre. dans les métropoles. selon une réversion inconsciente. puis reJ1Jt1âté artificiellement JOUS fu upèceJ du réel. qui est redevenu sauvage à sa façon. c'est-à-dire dévasté par la différence et par la mort. Et de même que la société entière est irrémédiablement contaminée par ce miroir de la folie qu'elle s'est clic-même tendu. C'est elle qui le maîtrise en apparence. analysé.. démultiplié. seule la momie est d'un prix inesti21 .Indiens simulacres qui proclament enfin la vérité universelle de l'ethnologie. sous le signe des différences mortes. etc. comme chez Castaneda. L'enfermement de l'objet scientifique esr égal à celui des fous et des morts. L'Occident est saisi de panique à ridée de ne pouvoir sauver ce que l'ordre symbolique avait su conserver pendant quarante siècles.) ni quand la science semble briser le miroir de son objectivité (s'abolir devant son objec. diffracté. Ont fait les frais les premiers. Ramsès ne signifie rien pour nous. ou de l'ami-ethnologie qui n'est que la fotme pute de l'ethnologie triomphale. mais il n'y a d'ores et déjà plus de différence: le dédoublement suffit à les renvoyer toutes deux dans l'artificiel.elle est ici. celle du simulacre. qu'on a interdit les grottes de Lascaux aux visiteurs. Nous sommes tous passés vivants dans la lumière spectrale de l'ethnologie. C'est de la même façon. Il est possible que le souvenir même des grottes d'origine s'estompe dans l'esprit des générations futures. des Indiens redevenus ce quïls étaient. A mesure que l'ethnologie s'effondre dans son inscirution classique. le secret qui la tue (et que les Sauvages connaissent bien mieux qu'elle) : la vengeance du mort. ainsi la science ne peut que mourir contaminée par la mort de cet objet qui est son miroir inverse. puis on visite l'ensemble reconstitué). c'est-à-dite tels qu'en eux-mêmes l'ethnologie les a changés . du meurtre de toute forme symbolique et de sa rétrospection hystérique. après l'avoir laissée pourrir quelques dizaines d'années au fond d'lm musée. pour que touS puissent les voir (on jette un coup d'œil par le judas sm la grotte authentique. du Sauvageficrion.) er s'incliner devant les «différences. mais qu'on en a construit l'exacte réplique à cinq cents mètres de là. pour cacher que c'est ce monde-ci. de l'hallucination de la vérité. noblesse oblige.. Nom sommes tous des Tasaday. dans un monde tout entier recensé. mais loin du regard et de la lumière. Mais du même coup l'ethnologie nous livre sa seule et dernière leçon. II est donc d'une grande naïveté d'allet chercher l'ethnologie chez les Sauvages ou dans quelque Tiers Monde . partout.

Et tous d'applaudir à certe resritution (comme à l' «opération expérimenrale de reconquête des trottoirs" des Champs-Elysées n. derrière cette puissance défunte qu'elle cherche à annexer. dans les débuts de la colonisation.maÎtrise de la pourriture qui signifiait la maîtrise du cyde total des échanges avec la mort. si l'exportation des chapiteaux fur en effet un acte arbitraire. Car nous n'y avons au fond jamais cru. Violence irréparable envers tous les secrets. de la science et du musée. 23 . Ainsi. JI y a eu ainsi. ou on exterminait les Indiens pour effacer les preuves. îI aura suffi d'exhumer Ramsès pour l'exterminer en le muséifiant. maître de la pourriture et de la morr. un mythe visible de l'origine. haine de toute une civilisation contre ses propres bases. c'est-à~dire restaurcr un orclte visible. si les C10ysrers de New York SOnt bien unc mosaïquc arrifi~ cielle de toures les cultures (selon une logique de la centralisation capitaliste de la valeur). Mais surtout parce que notre culture rêve. d'un ordre qui n'aurait rÎen eu à voir avec elle. Le cloître eûr dû rester à New York dans une ambiance simulée qui du moins ne trompair personne. violence d'une civilisation sans secret. Nous ne savons plus que mettre notre science au service de la réparation de la momie. Elles SOnt du même coup la proie de la science et des vers. ainsi la démuséification n'est qu'une spirale de plus dans l'artificialité. ou même simplement de les découvrir. mable. Or. Il nous faut un passé visible. De deux choses l'une alors: ou on admertait que cetre Loi n'était pas 22 universelle. on se contentait de les convertir. alors que l'embaumement était un travail myrhique visant à immortaliser une dimension cachée. Toute notre culture linéaire et accumulative s'effondre si nous ne pouvons pas stocker le passé en pleine lumière. car elle est cc qui garantit que l'accumulation a un sens. et elle en rêve parce qu'clle l'a exrerminé en l'exhumant C01mne son propre Nous sommes fascinés par Ramsès comme les chrétiens de la Renaissance l'étaient par les Indiens d'Amérique. Parce que Ramsès était une grande figure despotique et militaire? Certes.passé. Pour cela il faut sottit les Pharaons de leur rombe et les momies de leur silence. ces êtres (humains ?) qui n'avaient jamais connu la parole du Christ. Pour cela il faut les exhumer et leur rendre les honneurs militaires. ce qui suffirait à leur extermination lente. Seul le secret absolu leur assurait cette puissance millénaire . un COntinuum visible. un moment de stupeur et d'éblouissement devant cette possibilité même d'échapper à la loi universel1c de l'Evangile. est encore plus artificielle: c'est le simulacre total qui rejoint la «réalité» par une circonvolution complète. Témoin le cloître de SaintMichel de Cuxa. elle. qui nous rassure sur nos fins. qui ne maîtrise plus rien. vets un ordre de l'hisroire. le nôtre. la réimportarion sur les licux d'origine. En général. Car les momies ne pour~ rissent pas par les vers: elles meurent de transhumer d'un ordre lem du symbolique. qu'on va rapatrier à grands frais des C10ysters de New York pour le réinstaller dans « son site original ». Et tout comme pour l'ethnologie jouant à se dessaisir de son objet pour mieux s'assurer dans sa forme pure. D'où cette scène historique de la réception de la momie à l'aéroport d'Orly. qui ne sait que vouer ce qui l'a précédé à la pourriture et à la mort et chercher ensuite à le ressusciter par la science.

et mieux encore que de leur vivant. Toutes les valeurs y sont exaltées par la miniature et la bande dessinée.à l'extérieur. dans leur « promotion» démographique. repose sur la limiration du groupe et le refus de toure croissance « libre ». un pas de plus dans J'extermination symbolique. transposirion idéalisée d'une réalité contradictoire. Par une extraordinaire coïnCIdence (mais cela tient sans doute de l'enchantement propre à cet univers). dans ce monde imaginaire. on vous abandonne totalement à la sortie. plus souriantes. l'imminence de leur mOrt .les choses y SOnt doublées par leur propre scénario.: l'automobile. de ses contraintes et de ses joi~s. D'où la possibilité (L. Ils se flattent même de faire mieux et de dépasser le chiffre originel. Embaumées et pacifiées. comme toute culrure rribale. la jouissance religieuse. dans la lumière de leur modèle.de simulacres enchevêtrés. la Frontière. les Pirates. (Par une dérision sinistre. Ou plurôt : à l'intérieur. de l'Amérique réelle. Ce monde imaginaire est censé faire le succès de l'opération. Mais ce qui attire les foules.'lçon de les dérruire : car la culture indienne. La seule fantasmagorie. C'est d'abord un jeu d illUSIOns et de phantasmes. comme on le voir dans Ishi. Marin l'a très bien fait dans Utopiques. Mais ceci cache autre chose Ct cette trame «idéologique» sert ellemême de couverture à une simulation de troisième ordre: Disneyland esr là pour cacher que c'est le pays 25 . ce monde enfanrin surgelé se trouve avoir éré conçu et réalisé par un homme lui-même aujourd'hui cryogénisé: Walt Disney. Ainsi. qui attend sa résurrection par moins 180 degrés centigrades. elle produira plus d'Indiens que ceux-ci n'étaient capables de le faire. comme dans la tradition. et celle d'un nombre suffisant er excessif de gadgets propres à entretenir l'affect mulritudinaire. Le contraste avec la solitude absolue du parking . tels les visages des funeral homes. Certes. Partour donc à Disneyland se dessine le profil objectif de l'Amérique. pour faire comme si rien ne s'était passé et jouir de J'hallucination rétrospective. solitude dirigée sur un ~eul gadget. rout un éventail de gadgets magnédse la foule en des flux dirigés . plus authentiques.est roral. On efface tour et on tecommence. On parque à l'extérieur.véritable camp de concentration . Ji Y a donc là. Mais ce double ne signifie pas. les Américains se flattent d'avoir ramené le nombre des Indiens à celui qu'il était avant la Conquête. jusque dans la morphologie des individus et de la foule.) Ainsi partout nous vivons dans un univers étrangement semblable à l'original . est celle de la tendresse et de la chaleur inhérente à la foule. etc.elles SOnt déjà exputgées de leur mOrt. c'est sans doure bien davantage le microcosme social. jeux d'espaces) d'une analyse idéologique de Disneyland: digest de i'american way of life. panégytique des valeurs américaines. miniaturisée. cette surproduction est encore une f. Ce sera la preuve de la supériorité de la civilisation. Hyperréel et imaginaire o~~res. 24 Disneyland est un modèle parfait de tous les le Future World.Le rapatrier n'est qu'un subterfuge supplémentaire. on fait la queue à l'intérieur.

répondant à l'invraisemblable coalition du 27 26 . psychique. sa dégénétescence infantile. et pour cacher que la véritable infantilité est partout. Partout on recycle les facultés perdues. c'est une machine de dissuasion mise en scène pour tégénérer en contre-champ la fiction du réeL D'où la débilité de cet imaginaire. Disneyland est le prototype de cene fonction nouvelle sur le plan mental. mais sans espace. et un travelling perpétuel. Les gens ne se regardent plus. Partout il faut aujourd'hui recycler les déchets. mais de l'ordre de l'hyperréel et de la simulation. cene ville. dans son omniprésence banale. Ce monde se veut enfantin pour faire croire que les adultes SOnt ailleurs. ajoute une dernière auréole ésOtérique au triomphe d'une culture exotérique. L'imaginaite de Disneyland n'est ni vrai ni faux. et donc de sauver le principe de réalité. Peut-être cependant une catastrophe mentale." toute l'Amérique « réelle» qui est Disneyland (un peu comme les prisons SOnt là pour cacher que c'est le social tout entier. Ils ne marchent plus. On réinvente la pénurie. Il ne s'agit plus d'une représentation fausse de la réalité (l'idéologie). Disneyland n'est d'ailleurs pas le seuL Enchan~ ted Village.« réel. l'idée de Marshall Sahlins. erc. les usines de traitements de déchets. qui sécrète la pénurie: ici. légendaire des enfants et des adultes est un déchet. de crise de l'énergie et de ctitique du capital. Matine World Los Angeles est encerclée de ces sortes de centrales imaginaites qui alimentent en réel. a besoin de ce vieil imaginaire comme d'un système nerveux sympathique. Mais du même ordte sont rous les instituts de tecyclage sexuel. et non du tout la nature. itréelle . mais il y a des instituts pour ça. la première grande déjection toxique d'une civilisation hyperréelle. qui n'est plus elle-même qu'un immense scénario. Se vérifie. autant que de studios de cinéma. fait de signaux d'enfance et de phantasmes truqués. ou le corps perdu. les phantasmes .ville d'une étendue fabuleuse.l'imaginaite historique. Ils ne se touchent plus.les signes visibles seraient cene obésité étrange. ou l'mcroyable cohabitation des théories et des pratiques les plus bizarres. féerique. un comportement simulé de sous-développé (y compris dans l'adoption des thèses marxistes) qui. qui puUulent en Californie. sous couleur d'écologie. Disneyland: un espace de régénération de l'imaginaire comme ailleurs. ou le goût perdu de la nourriture. yoga. il s'agit de cacher que le réel n'est plus le réel. une implosion et une involution mentale sans précédent guettent-elles un système de ce genre. somatique. Disneyland est posé comme imaginaire afin de faire croire que le reste est réel. qui est carcéral). se réinvente une pénurie/signe. et les rêves. mais ils font du jogging. ou la socialité perdue. alors que tout Los Angeles et l'Amérique qui l'entoure ne sont déjà plus réels. et c'est celle des adultes eux~mêmes qui viennent jouer ici à l'enfant pour faite illusion sur leur infantilité réelle. en énergie du réel une ville dont le mysrère est justement de n'être plus qu'un réseau de circulation incessante. sans dimensions. health food. l'ascèse. une pénurie/simulacre.. Magic Mountain. Autant que de centrales électriques et atomiques. dont . aux confins sophistiqués d'une économie de marché triomphale. dans le monde « réel ». la naturalité sauvage évanouie: natural food. mais il y a la contactorhérapie. et ici même. selon qui c'est l'économie de matché. mais au second niveau.

ne peur que s'exercer derrière une superstructure morale. la dénonciation. il sous-entend le « rapport de force» comme vérité de la domination capitaliste. son immoralité fondamentale . pour l'ordre du capital. Ainsi les journalistes du Washmgton Post. tendant à régénérer à travers le scandale un principe moral et politique.c'est ça qui est scandaleux. et il dénonce ce rapport de force lui-~ême comme scandale . car c'est ce que tout le monde s'cmploie à cacher. de la panique morale au fur et à mesurc qu'on s'approche de la (mise en) scène primitive du capiral : sa cruauté instantanée. ce qui peut se lire sous une autre forme: jadis on s'employait à dissimuler un scandale . à travers l'imaginaire un principe de réalité en perdition. On pourrait dire avec Bourdieu: {( Le propre de tour rapport de forces est de se dissimuler en tant que rel et de ne prendre toute sa force que parce qu'il se dissimule en tant que tel". et quand Bourdieu l'énonce. cette dissimularion masquant un approfondissement de la moralité. Il fait le même travail de purge et de relance d'un ordre moral. mais lui s'en four absolument . C'est la pensée « éclairée" 29 . à l'invraisemblable matérialisation luxueuse de la vie et aux contradictions introuvables. Uincantation politique :Watergate. etc.dans ce sens ç'a été une opération d'intoxication prodigieuse. qui n'en sont que la configuration mouvante et indifférence dans la conscience morale et politique des hommes. inacceptable pour le système d'équivalence morale et économique qui est l'axiome de la pensée de gauche. sa férocité incompréhensible. Watergate n'est pas un scandale.aujourd'hui on s'emploie à cacher que ce n'en est pas un. On impute cerre pensée du contrat au capical. depuis la théorie des Lumières jusqu'au communisme. dc le recevoir comme moral 0" de le combattre au nom de la moralité.il est L1ne entteprise monstrueuse. 28 Mais ceci ne serait encore que la formule de l'idéologie.luxe. Tout ce que le capital nous demande: c'est de le recevoir comme rarionnel ou de Ic combattre au nom de la rarionalité.) travaille spontanément. La dénonciation du scandale est toujours un hommage rendu à la loi. bien au-delà de rous les rapports de force. et quiconque régénère cetre moralité publique (par l'indignation. en l'entendant ainsi: le capital. d'un ordre de vérité où s'engendre la véritable violence symbolique de l'ordre social. Car c'est la même chose.il est donc dans la même pOSition déterministe et moraliste que les journalistes du Washington Post. immoral et sans scrupules. un point c'est tout. c'est ce qu'il faut dire à tout prix. Et Watergare a surtout réussi à imposet l'idée que Watergate était un scandale . Même opération. sans principes. du ciel et du fric. Même scénario qu'à Disneyland (effet d'Imaginaire cachant qu'il n'y a pas plus de réalité au-delà qu'en deçà des limites du périmètre artificiel) : ici effet de scandale cachant qu'il n'y a aucune différence entre les faits et leur dénonciation (méthodes identiques chez les hommes de la CJA et chez les journalistes du Washington Post). Une bonne dose de réin jecrion de morale politique à l'échelle mondiale.

).simulation de scandale à des fins régénératrices. Toutes les hypothèses de manipulation sont réversibles dans uo tourniquet sans fin. Tel attentat à la bombe en Italie est-il le fait des extrémistes de gauche. récri~ination qui tient lieu de pensée revolut/onnalre r~vlent aujourd'hui à incriminer le capi~al de ne pas sUivre la règle du jeu.comme si le capital était lié par un contrat à. lui. Car la manipulation est une causalité Rorrame où posirivité et négativité s'~ngendre~t et .ergate n'a d~nc été qu'un piège tendu par le système a ses adversaires .pourquoi pas? Toutes les hypothèses SOnt possibles. il esr un défi à la société et il doit lui être répondu comme tel. la lutte. Ceci est incarné dans le film par le personnage de « Deep Throat ". Il n'est pas 'un scandale à ~éooocer s:lo.. erc. li est un defi a relever selon la règle symbolique. La simulation se caractérise 30 3l . Il serait d'ailleurs naïf de trouver là une amère bonne conscience. Il est une sorcellerie du rapport social. Car la droite fait elle aussi spomanémem le travail de la gauche. voire l'objectivité des faits. etc. «Le pouvoir est mjuste. mais celle-ci est superRue : la gauche fait très bien d'elle-même. " . conventionnel. sa. ou provocation d'extrême droite. n'arrête pas ce vertige de l'interprétation. n'a jamais été lié par contrat à cette société qu'il domine. C est par 1arret arbitraire de cette causalité tournoyante que peut être sauvé un principe de réalité politique. qui n'a plus rien à voir avec une logique des faits et un ordre des raisons.te la.t tou.se recouv. dont on a dit qu'il érait l'éminence grise des républicains manipulant le~ journalisres de gauche pour se débarrasser de Nixon . le capital nous exploite.qui cherche à le contrôler en lui imposant des règles. le travail de la droire. et la recherche de la preuve. OlJ il n'est plus d'actif 01 de pasSIf. C'est par simulation d'un champ perspectif restreint. justice est une justice de classe. que peut se maintenir une vraisemblance politique (et bien sûr l'analyse « objective ". La négativité en spirale - moebius Wat. Le capital. se prendre à cette fantasmagorie du contrat social et remplir ses obligations envers la société entière (du même coup. C'est la gauche qui re~~ au ~apltal le miroir de l'équivalence en espérant qu Ji va s y prendre. et spontanément. où les prémisses et les conséquences d>un acte ou d'un événement sont calculables. dans un champ détraqué par la simulation.ren. tout acte s'abolit au terme du cycle en ayant profité à tout le monde et s'étant ventilé dans toutes les directions. C'est que nous sommes dans une logique de la simulation. ou encore scénario policier et chantage à la sécurité publique? Tout cela esr vrai en même remps. toute détermination s'envole. pas besoin de révolution: il suffit que le capital se range à la formule rationnelle de l'échange). ou mise en scène centriste pour déconsidér~r tOUS les extrêmes terroristes et ravaler son pouvoir chancelant. E.o la rationalité morale ou économique. Si on envisage le cycle entier de n'importe quel acte ou événemem dans un système où ia continuité linéaire et la polarité dialectique n'existent plus. la socié~é ~u'il régit.

ce court-circuit. au sens où leur vérité est de s'échanget. certe confusion du fait avec son modèle (plus d'écart de sens. orbitale comme celle de la bombe. fût-cc pour un communiste).par une précession du modèle.ou n'en veulem~ils plus.titue le véritable champ magnétique de l'événement. Tour cela est vrai simultanément. si on la divise. 32 33 . _ qu'en fait. En fait.. C'est le secret d'un discours qui n'est plus seulement ambigu. implosion des pôles antagonistes).toutes vraies. par définition? Quand Berlinguer déclare: « Il ne faut pas avoir peur de voir les communistes prendre le pouvoir en Italie ».4 . Hs accréditent J'idée que ces résistances viendraient d'une exigence politique plus radicale. les communistes s'en prennent au parti socialiste comme s'ils voulaient briser l'Union de la gauche. l'impossibilité d'une position déterminée de discours. et dont la ptotestation indignée en retour consolide le régime de Franco en soudant les masses . de plusieurs sens simultanés qui se détrUIsent.qu'il n'y a aucun risque qu'ils arrivent jamais au pouvoir (pour la raison qu'ils n'en veulent pas) _ et même s'ils l'occupent. . plus d'électricité négative. et donc aucun risque à ce que quiconque le prenne ou le reprenne. de tous les modèles sur le moindre fait . Enfer de la simulation. cette précession. mais pas tant que ça. _ mais encore: Moi. mais de la torsion subtile. c'est parce qu'ils ne veulent pas du pouvoir. maléfique. résulte en une spirale supplémentaire sans que soit résolue la réversibilité des surfaces (ici la continuité réversible des hypothèses). ils ne feront jamais que l'exercer par procuration. mais qui traduit l'impossibilité d'une position déterminée de pouvoir. Mais n'en veulent-ils pas dans cette conjoncture. Qui dénouera cet imbroglio? Le nœud gordien pouvait au moins se trancher. puisque _ ça peut vouloir dire le contraire (pas besoin de psychanalyse pour ça) : j'ai peur de voir les commuOistes prendre le pouvoir (et il y a de bonnes raisons à cela. puisque les communistes. mais aussi bien en une improvisatio~ de sens. comme peuvent l'être les discours politiques. c'est elle qui laisse place à chaque fois à toute~ le~ interprétations possibles. Elle traverse touS les discours sans qu'ils le veuillent. ils naissent à l'intersection des modèles. même les plus conrradlctOires . La bande de Moebius. ou défavorable pour eux à j'intérieur de l'Union de la gauche . de non-sens. le pouvoir. du sens 4 _ où même les condamnés de Burgos sont encore un cadeau fait par Franco à la démocratie occidentale qui trouve l'occasion de régénérer son propre humanisme chancelant. con. n'ai pas peur de voit les communistes prendre le pouvoir en Italie . à l'image des modèles dom elles procèdent. ceci signifie à la fois: . un seul fait peut être engendré par tOuS les modèles à la fois. Et cette logique n'est ni d'un parti ni de l'autre. qui n'est plus celui de la torture. elle.qu'il n'y a pas à avoir peur. un véritable pouvoir n'existe plus. ne changeront rien à son mécanisme capitaliste fondamental. s'ils arrivent au pouvoir. Ceci ne résulte pas forcément en un désespoir du sens. plus de polarité dialectique. Les faits n'ont plus de trajectoire propre.ce qui peut paraître évident. Berlinguer. insaisissable. défavorable pour la gauche en général. dans un cycle généralisé.les modèles som là d'abord leur circulation. Cette anticipation.

s'est replié sur sa propre surf. avant de penser désormais .sorte de traItement hormonal par la négativité et par la crise. disait Lyotard. rêversibilisé de ia droite à la gauche. Ford. Le ~oi devait mourir jadis (1e dieu aUSSI).nté par le scandale. le phantasme. à des meurtres simulés. le meurtre simulés .que nous jouissons dans le capital. Il serait trop long de parcourir tout l'éventail de la négativité opérationnelle. Le pouvoir peut mettre en scène son propre meurtre pour retrouver une lueur d'existence et de légitimité. ils se résolvent tous les deux aujourd'hui dans le même type de demande. retournement énigmatique qui porte le désir « révolutionnaire par lui-même. celui de désir à celui de pouvoir _ aujourd'hui ils échangent leurs signifiants et leurs scénarios. pour tenter par simulation de mort d echapper à leur agonie réelle. aimanté. Atterrante versatilIté du désir chez Deleuze. 34 35 .etc. la preuve de l'art par l'anti-art. n'ont eu droit qu'à des attentats fantoches. Aujourd'hui il s'efforce misérablement de faire semblant de mourir. la révolution historique. l'infini du capital. Ainsi des présidents américains: les Kennedy mouraient parce qu'ils avaient encore une dimension politique. toUt le système. quand de telles complicités se nouent admirablement à l'insu même de leurs auteurs? Conjonction du système et de son extrême alternative comme des deux extrémités d'un miroir courbe courbure « vicieuse" d'un espace politique désarmai. circularisé. Sexe et travail furent il n'y a pas si longtemps des termes farouchement opposés. moebienne.ce : transfini? Et n'en est-il pas de même du désir Ct de l'espace libidinal? Conjonction du désir et de la valeur. la preuve du systeme par la crise et celle du capital par la révolution.la preuve du réel par l'imaginaIre. la preuve du travail par la grève.espagnoles contre cette intervention étrangère? Où est la vérité dans tOut cela. Tous les pouvoirs. Jadis le discours sur l'histoire prenait sa force de s'opposer violemment à celui de nature. Les autres. du désir et du capital. la preuve du théâtre par l'anti-théâtre. Tour se métamorphose en son terme Inverse pour sc survivre dans sa forme expurgée.. en voulant ce qu'il veut".sans compter. la preuve de la vé. la preuve de la pédagogie par l'anti-pédagogie. Nixon. jouissance ultime métamorphose de la 101 (ce pourquoi elle est si généreusement à J'ordre du jour) . et comme involontairement. Il ~'agit toujours de faire . Conjonction du dési~ et de la loi. afin de préserver la grâce du pouvoir. seul le capital jouit. à vouloir sa propre répression et à investir des systèmes paranoïaques et fascistes? Torsion maligne qui renvoie cette révolution du désir à la même ambiguïté fondamentale que l'autre. la preuve de la psychiatrie par l'anti-psychiarrie.1. Tous les référentiels mêlent leurs discours dans une compulsion circulaire. tel Watergate. tentent de régénéter un principe moribond par le sca~dale. Mais il leur fallait quand même cette aura d'une menace artificielle pour cacher qu'ils n'étaient plus que des mannequi~s de pouvoir. Johnson. la preuve de la loi par la transgress~on. tOrsion qui est comme le malin génie de la commutation. de tous ces scénarios de dissuasion qui. Mais celle-ci est perdue. toutes les institutions parlent d'eux-mê~~es par dénégation. comme ailleurs (les Tasaday) la preuve de l'ethnologie par la dépossession de son objet . c'était là sa PUISsance.

afin de tester la réaction de l'appareil à un simulacre parfait. de la négativité et de ranti-pouvoir : seule solution-alibi de tOUt pouvoir. Une simulation de délit. L'illusion n'est plus possible.c'est même ça l'ordre établi. bref. bien avant l'entrée en jeu des institutions et de la justice. or les signes ne penchent ni d'un côté ni de l'autre. Exigez une rançon. C'est tout le problème politique de la parodie. Mais la difficulté est à la mesure du péril. tandis que l'autre attente au principe même de réalité. vous allez vous retrouver sans le vouloir immédiatement dans le réel. Vous n'y arriverez pas : le réseau de signes artificiels va s'emmêler inextricablement avec des éléments réels (un policier va tirer réellement à vue. de l'hypersimulation ou simulation offensive. Comment feindre un délit et en faire la preuve? Simulez un vol dans un grand magasin: comment persuader le service de contrôle qu'il s'agit d'un vol simulé? Aucune différence «objective» : ce sont les mêmes gestes. relancer le cycle par le miroir de la crise. qui est posé. au-delà de son objet. de son déjà-vu et de son déjà-mort. serrez au plus près la « vérité _. Pour l'ordre établi. on va vous verser réellement la rançon bidon). er prenez l'otage le plus sûr. un client de la banque va s'évanouir et mourir d'une attaque cardiaque.bref. de réduire tOut à du réel . Il faut voir dans cerre impossibilité d'isoler le processus de simularion le poids d'un ordre qui ne peut voir et concevoir que du réel. le droit de propriété. La stratégie du réel Du même ordre que l'impossibilité de retrouver un niveau absolu du réel est l'impossibilité de mettre en scène l'illusion.Chercher du sang frais dans sa propre mort. Par exemple: il serait intéressant de voir si l'appareil répressif ne réagirait pas plus violemment à un hold-up simulé qu'à un hold-up réd? Car celui-ci ne fait que déranger l'ordre des choses. sera ou punie plus légèrement (parce qu'elle n'a pas de «conséquences lO) ou punie comme offense au ministère public (par exemple si on a déclenché une opération de police «pour rien») . Organisez un faux hold-up. afin qu'aucune vie humaine ne soit en danger (car alors on retombe dans le pénal). La simulation est infiniment plus dangereuse car elle laisse toujours supposer. que l'ordre et la loi tl/x-même! pourraient bien n'être que simulation. la violence som moins graves car elles ne contesœnt que le partage du réel. de toute institution tentant de briser le cercle vicieux de son irresponsabilité et de son inexistence fondamentale. si eHe est avérée. et faites en sorre que l'opération ait tout le retentissement possible . Vérifiez bien l'innocence de vos armes. ec donc aucune répression non plus. La transgression. parce que le réel n'est plus possible. ils SOnt tOujours de J'ordre du réel. dom l'une des fonctions est précisément de dévoret toute tentative de simulation. les mêmes signes que pour un vol réel. patce qu'il ne peut fane· tionner nulle part ailleurs.mais jamais comme JÎ1mdation puisque justement en cant que celle aucune équivalence avec le réel n'est possible. Le défi de la simula- 36 37 .

. Bref. de par la force d'inertie du réel qui nous emoure. et non plus du toUt à leur fin « réelle ». mais indéfiniment réfractés les uns par les autres (comme aussi bien les événements dits historiques: grèves. manifestations. p. irrelevable par le pouvoir. puisqu'il annule la différence où se fonde la 101. même la confusion du principe de réaliré et du principe de désir est moins som même style (et de la même valeur) que ceux qui font actuellement les beaux jours d'Hollywood. pouvoir déterminé qui ne peut régner que sur un monde déterminé. Au COntraire c'est en tant qu'événements hyperréels. c'est en cela qu'ils SOnt incontrôlables par un ordre qui ne peut s'exercer que sur du réel et du rationnel. . dans le discours actuel. au~dclà du vrai et d. C'est dans J'aune: sc:ns qu'il faut dire que c'est le social lui-même ql/i. mais aussi. sur des causes et des fins. au-delà des distinc~ tlOns rationnelles sur lesquelles fonctionnent tout social et tout pouvoir. etc. mais qui ne peut rien sur cette récurrence indéfinie de la simularion. Pour cela il use de préférence du discours de la crise. détournements d aVions.: SOnt désormais en quelque sorte des ~old~up de Simulation. C'est donc là. c'est de réinjecrer partout du réel et du référenriel. pourquoi pas ? de celui du désir.t!on est. Mais ceCI ne les rend pas inoffensifs. «Prenez vos désirs pour la réalité! » peut s'entendre comme l'ulrime slogan du pouvoir car.~~d~~s \:~.on p~éfère prendre le simulateur pour un vr. que la .t~q~l~ 38 39 . il préfère toujours certe hypothèse (amsl ~ l'armée. . c'est de nous persuader de la réalité du social. au-delà des équivalences. au sens où ils som d'avance inscrItS dans le déchiffremem et l'orchestration rituels des media. au défaut du réel qu'il faut viser l'ordre. crises. où ils fonctionnent comme un ~nsemble de signes voués à leur seule récurrence de ~Ignes. 115. n'ayant plu~ exacre- ment de contenu ni de fins propres. er voué à des effets de pouvoir et de simulation de masse). . dans un monde irréférenriel. ni de faite la preuve du reel. L'ordre établi ne peut rien COntre cela c~r la lo~ est un simulacre du deuxième ordre alors que l~ Simulation est du troisième ordre. La parodie fait ~ éqUIvalOIr soumission et transgression. ordre référentiel qui ne peut régner que sur du référentiel. C'est bien pourquoi celui-ci choisit toujours le re~l.r~~~~~ble~~~fiTm deè~.sir~lUlation de crime. Comment punir la simulation de vertu? Pourtant elle est aussi grave en ta. sa seule stratégie conrre certe défection. La Siratigie de la calastrophe. l'inverse est aussi vrai (et cctte réversibilité mêmc fair partie du dispositif de simulation et ~'i~puissance du pouvoir) à savoir qu'il est désormats lmpossi~1e d'isoler le processus du réel.u faux. anticipés dans leur mise en scène et leurs conséquences possibles. Makarius. (Cf. le pouvoir lui-même finissant par se démanteler dans cet espace et devenant une simulation de pouvoir (déconnecté de ses fins et de ses objectifs.ta~~~.lus grave.nt ~ue .s cecI devient de plus en plus difficile. )). lnucile d'imerpréter laborieusement ces films dans leur rapport à une crise sociale « objective» ou même à un phantasme «objectif» de ca[3Snophe.) ell~~~ê~.telle. etc. car s II est. C'est ainsi que tous les hold-up. s'organise se/on lin scénario de film de catastrophe. La seule arme du pouvoir. M. ' . sur cette nébuleuse en apesanteur n'obéissant plus aux lois de la gravitation du réel.~1 fou). pratl~uement impossible d'isoler le processus de slmulatlOn.Dans le doute. de la gravité de l'économie et des finalités de la production. Mal. . et c'est là le cClme le p.

Tant que la menace historique lui venait du réel. lorsqu'Il aura totalement disparu. sur laquelle fond~r ~ne der?ière lueur de pouvoir. Ot. Mais il est trop tard. joue la crise. Il est aUSSI le premier à l'avoir liquidé dans l'extermination de toute valeur d'usage. obsessio~ de sa survie. exprimant à la fois la compulsion de s'en défaire (personne n'en veut plus. L'autre production. c'est cette même logique qui se radicalise aujourd'hui Contre lui. L'hyperréalité et la simulation. joue a refabnquer des enjeux artificiels. de route fin humaine qui a brisé toutes les distinctions idéales du vrai et d~ faux. de toute équivalence téelle.ui a fomenté la réalité. Et .: celle d'une demande collective des Hgnes du pOUVOir _ union sacrée qui se refait autOur de sa disparition. au fur et à mesure qu'il disparaît.ne ressemblance hallucinante un réel d'où se sont enfUIS tout le sens et le charme. la loi d'airain de son pouvoir. c'est le capital qui le premier s'est alimenté. n'a plus de sens propre. la déconnexion. Elle retient tous les traits tout le discours de la production ttaditionnelle mais 'elle n'en est plus que la réfraction démultipliée (ainsi les hyperréalistes fixent dans u. le pouvoir a joué la dissuasion et la simulation désintégrant toutes les contradictions à force de pro~ dunion de signes équivalents. économiques.embl~nce. C'est pour lui une question de vie ou de mort. Ainsi partout l'hyperréalisme de la SImulation se traduit par l'hallucinante ressemblance du réel à lui-même.représentation). SOnt dissuasives de tout principe et de toute fin. Car enfin. Aujourd'hui où la menace lui vient de la simulation (celle de se volatiliser dans le ~eu des ~ignes) le pouvoir joue le réel. C'est pourquoi cette produc/Jon «matenelle» est aUJourd'hui elle-même hyperréelle. elles rerournent contre le pouvoir cerre dissuasion qu'il a si bien utilisée pendant longremps. Et lotsqu'il veut combattre cerre spirale catastrophique en sécrétant une dernière lueur de réalité.une hantise telle qu'elle se pr. la déterrirorialisation. tout le monde le tefile aux autres) et la nostalgie panique de sa pene. Lui le premier a joué la dissuasion. toute la profondeur et l'énergie de la. Ce ~ue toute une société cherche en cominuant de prodUIre. etc. l'lies. Tour le monde y adhère plus ou moins dans la terreur de cet effondtement du politique. celle des valeurs et des marchandIses. de la ptoduction et de la richesse. c'est à ressusci. nous serons logiquement dans l'hallucination tOtale du pouvoir . sociaux.du coup. Et le jeu du pouvoir en vient à ne plus être que l'obsession critique du pouvoir _ obsession de sa mort. depuis longtemps. le principe de réalité. au fil de son histoire. dans la sensation même gue nous avons de l'irréalité des enjeux et de la toute-puissance de la manipulation. pour asseoir une loi radicale des équivalences et des échanges. celle de la belle époque de l'économie politique. On reste entre principes. il ne fait qu'en multlpller les sIgnes et accélérer le jeu de la simulation.ofile déjà partOut. c'est une autre figure du poUVOI~ qUI se déplOie. politiques. de la desrructuration de rout référentiel. et de surproduire. Mélancolie des sociétés sans pouvoir: c'est elle déjà qui 40 41 .ter le rée~ ~ui lui échappe. De là l'hystérie caractéristique de notte temps: celle de la production et de la reproduction du ~éel. et là le pouvoir a toujours raison. l'abstraction.dangereuse que l'hyperréaliré contagieuse. et si ~'est lui q. du bien et du mal. Le pouvoir lui aussi ne produit plus depuis longtemps que les signes de sa ress.

n'a plus tionner IIllStitUtlün.c~s ~a~:cid~net :e~':. Ford. mais dans ce cas elie est significative: l'ère des James Dean. Les Kennedy mouraient parce qu'ils incarnaient quelque chose: le politique. les singes du pouvoir. Avec l'exténuation de la sphère politique. 1 h' 'es damentale de sa« flottaison ». " ) _ cette ère est révolue. Les présidents Johnson. îmulacre repous«gauche ». mais rOL1.t désor~ais cl . l~ng~g~'é cO:~:ul:: sréc:~:~n~ La mort n'est jamais un critère absolu. JI faut qu'ils rachètent cette rare er cette compliciré par leur meurtre simulé. Nixon. Ford Ont tous été l'objet d'attentats ratés. sans cela. cette gueule simiesque. le discours crm. .que. mais par le principe fondamental de réversion et que les exécutions espagnoles de les 1· 'une démocratie libérale OCCIencore. de substance ni de reabte autonome.mo~~. C'es. le pouvoir n'a ~~:~~:~~~u~i:n que de les ressuSCÎter artiflciellement. dont on peut penser qu'ils Ont été sinon mis en scène. MannequÎn de PouvoÎr qu'est le chef dans les sociétés C mises en scène d'assassinats présidentiels es 'II 'nalent le sratut de sont ré~éla~ri. . du moins perpétrés par simulation. de rem s encore? La Du sang . .. sinon dans les faits. le .echange ar simulation. Si elles s'extéencore un ant~:~son ou pour une autre. la toure negatlvlte e . de l'esthétique géne. 'est plus là que pour sancallégoriq~e d~ la. a un sys b.curieusement ils Ont tous.. comme le C'est la cr~tlq~e e~elaré~l~~:t~:ltpo~voir. cette overdose d'un référentiel fort dans une société qui ne peut venir à bout de son travail de deuil. la substance politique.e stimUt:~~~ea valeurs démocratique agonisant. Le l' la monnai'e.oc~:jr~e~e pours:r irrésisribledégradation de toUS es i1ement les « forces révolutionm~nt: ce niea~~~tè~~t ~e processus (c'est même souvent ~~~~e:r:e~uc'est le système lui-même qui exerce sur ses h~~~~~i~i:~i serve~t 42 43 .frais.ositiOn politique. le Président devient de plus en plus semblable à ce primitives (Clastres). dentale.ral'ere du me~rtr~ p.a suscité le fascisme. Tous les présidents ultérieurs payent et cOntinuent de payer le meurtre de Kennedy comme si c'étaient eux qui l'avaient supprimé _ ce qui esr vrai phantasmatiquement. n du meurtre-alibi _ résurrection tisée de la s!mu atlO. cl. Car celui-ci ne peUt plus être que simulé. alots que les nouveaux présidents n'en sont plus que Ja caricature et Ja peJlicuje famoche .pouvolr d:s:~n irresponsabilité fonouvoÎr flotte comme vicieux de son lOexlsten~e. er~~ ~ s briser le cercle soir par lequel. de ceux qui mouraient réellemem justement parce qu'ils avaient une dimension mythique qui implique la mort (pas par romantisme. Johnson.qp~!u~oir qui. des Marilyn Monroë et des Kennedy.

d.e Fran:o. officielle et sacn Cie de son sacrifice). c'est encore un dispositif de meurtre rituel du pouvoir (l'institution américaine de la Présidence est bien plus passionnante à ce titre que les européennes: elle garde autoUt d'elle toute la violence et les viciSsitudes des pouvoirs ptimitifs. des rituels sauvages). qui n'a même plus été trouvé digne de mourir par le moindre déséquilibré occasionnel (et que les présidents soient assassinés par des déséquilibrés. là· aucune de nos Nous en sOe::e:o~ou:. a toujOUtS été exercée. de b 'on s'est accrue depUIS 1ere du chef d'E.en fait. pourvu rien qu un chef d Eta de tOute façon longtemps qu'ils se ress~mblent.ps la déception de duire la persistance et en .propres Structures cette violence annulatrice de toute substance et de toute finalité. déjà m. ce dont il enrage. n a~ ~oient forcés de se survivre wdefiliation d: poUVOl~.orts plusIeurs. ne change rien à l'histoire: la rage de gauche de détecter là-dessous un complot de droite soulève un faux problème _ la fonction de porcer la mort. sociétés ne sait m 44 45 .a:her le plus longremps possible l~ ~?rt retarder. etc.et an: :s d'héritiers «légiti~es~.m~m d . et remplacés par leur SOSie. A l'inverse du rite pri~itif. qui n'en SOnt pas moins porteurs d'une fonction sociale aussi fondamentale que ceUe des présidents). ~l~e cela ne change strictement Du pOl~t de vue . que nous le ressuscitions par le négatif Fin des praxis révolutionnaires. Cet~ 0 t:~~rs charismatiques: Hitler. Nixon est quand même arrivé au but dont rêve tout pouvoir: être pris assez au sérieux. depuis les sociétés primitives.a~~i1 d~ deuil du réel. Ile du toi (le toi ou e c e . ~it'le même ou l'autre.poli.. ce qui est peut~êtte vrai. Contre le pouvoir. _ Curieusement.nt Tout se ~asse ~o. car lui qui crève d'être dépossédé de sa mort. lui étant roujours Ce m the ne fait que rtapersonne delle. . Mao. Nixon. Il} . s'est trouvé pourtant rituellement mis à mort par Watetgate. mme si Mao ou Franco étaie. Watergate. e qu'incarnaient les tOujours une seu~e et meme personn A pharaons successifs. des fous ou des névrosés..orte lequel _ n'est que le qu'un chef d Et~t --=-m: l~t ue cela seul lui donne le simul~cre de lU1-~e d ' ouv~ner.Ia qualai ti~~nt la moindre dévorion à une ralt le mOlOdre as~enr à son' double. Il ne faut pas résister à ce processus en cherchant à affronter le système et à le détruire. ou la prophétie. se _ le mythe populaire ne ve~t fini~ent a eu~-memes Ainsi les pharaons déjà: c'étaIt jamais les crOIre morts. il ne peut plus qu'accumuler COntre lui les signes de la réversion par le meurtre . l'imaginaire polirien sans la prom::s~e plus en plus dans le sens de tique moder. q~i prélvoi~l~ ~~:~ ·fi . n'attend de nous que cela: que nous la lui rendions. Mais déjà l'impeachment n'est plus l'assassinat: il passe par la Constitution. par des déments. l'exigence de la mort sacflficldle u roI.: e te. que va 1allégeance. Ford n'a même plus cette chance: simulacre d'un pouvoir déjà mort. C:s déjà 1n9rt. dénoncé et liquidé. constituer pOur le groupe un danger assez mortel pour être un jour destitué. il est immunisé par son impuissance.tat. fin de la dialectique. Personne n'accordepo~votr et . s des révolutions .

Il n y a Pd ux c'est-à-dire tOut aut~e chose. auquel il s'équivaut dans le dispatching général de la vie. J'objet d'une « demande» sociale. L'étincelle de la production. Et c'est par une recrudescence artificieUe de tOUt cela que nous tentons d'y échapper.:aval . simultan~ment les -/ u~ trompe-l'œil. une structure.Ces~tar ~:e 46 47 . comme li est grève.JOn travail Il n'y a pas de meilleure Pme lissemenr du «droit. c'est dé. la vitesse.~ra to~s . vellle~ ~ ~o~es des voitures feignent de s ada P etc).. comme n'importe quelle autre marchandise. le réel d.tlSse~entre séc'urité. Comme c'est de la mOrt de Dieu que surgissent les religions. pUfltatn (usez visant à un réLOves.du pouvoir. Tout le monde produit encore.<w~1 fur l'objet tk ((J:1i~mmatto~ qui est un tk :ctif contraignant.aUSSI ble~. A ce fléchissement de J'investissement de travail cor_ respond une baisse parallèle de J'investissement de conSomma_ tion. un enjeu. de la pro~uctlon c~r:e sur la scène vide du . Comme J'est ce fait que Je Pouvoir n'est en somme plus là que pOur cacher qu'iJ n'yen a plus. d. mais son pole alternatif qui n'est plu~ un ~rretlle de l'année sociale. ait nettement l'objet de fini le discours amoureux qu. un rappon de force. le procès « reel » de Il ne s agit plu~ que traditionnelle qUI occu teralt . Par une torsion inattendue et une ironie qui n'est plus celle de l'histoire. Il en est de même du travail. ni grève. 1 voiture devient 1obJet. L~ tra. à la différence du « vrai» pouvoir gui est. Complètement expurgé de la dimension politique.passé.la 'ouissanœ à J'objet. Et dune il s'agit d une d~ublurerève ~ grève incorporée comme comme la crise dans la pr~­ doublure du proces de gb' l'obs?lescence . Même 6. Avènement retors. après déclaratl~n de comme SI c~lacun aos t e de travail et repris. . qui est impliqué dans la même déperdition.i op~ autre discours prend . comme le loisir. our le pouvoir: le scénario de travail péripétie que P e l e réel de travail.e ~ro­ est l~ pour ~acher 1~ le réel de la grève rou. du travail.. mais SUbtilement le travail est devenu autre chose: un besoin (comme l'envisageait idéalement Marx mais pas du tOUt dans le même sens). de travaJ. un scenodrame une magie de t. Tout s~ passe dans la s~anslOn tlt~:it «occupé ».social:.ve pcrm:~:êve' de science-fiction : par~out Ce~1 n est pas du rocès de travail. tout en se déclara~:e et en A en état de ~tè. ni travail. a disparu. la violence de ses enjeux n'existent plus. une srtatégie. de l'idéologie du travail -: 1ethidramaturgie :ol~e 1 . I~ prode rigueur dans unte dans Pies mêmes termes qu aupaduction exactemen (l'étant virtuellement) ravant. il relève.~J~iC~qe~..u l'objet d'un a reuve de l'indifférenClat. mal~ ductlOO.:a~ ter Retrouvet un enjeU p. ur ne pas dire un mélodrame). Simulation qui peut durer indéfiniment. celui-ci n'érant plus que l'objet d'une demande sociale. du social lui-mê1m.dans I~:. c'est de la mort du social que surgira le socialisme. Demande exactement Proportionnelle à la perte de J'enjeu dans le procès de travail 6. car.1::. seule la fiction d'un univers politique est sauve. Finie la valeur d'usage ou de presrige de J'automobile. Ct donc objet de la loi de l'offre et de la demande. son heu et p accu ation « autogérée ». et de plus en plus.» de les enjeux. Ce/a finira même sans doute par donner le socialisme. ductlon. I ~:m:~~edea~a :r~~. moins d'essence. ou a été. n'est plus sujet à la violence et à la mort. événement pervers. auquel les carac~ nstlir interversion des pôles. Toute étinceiJe a disparu. de la production et de la consom_ mation de masse. leI s/ signale le désinvestls- ~lève d~irourf de~ient bcSOl~. réversion inintelligible à la logique de la raison.

travail et le processus «objectif» d'exploitation _ mais du scénario de travail. De même il ne s'agit plus de l'idéologie du pouvoir, mais du scénario de pouvoir. L'idéologie ne correspond qu'à une malversation de la réalité par les signes, la simulation correspond à un court-circuit de la réalité et à son redoublement par les signes. C'est toujours la finalité de l'analyse idéologique que de restituer le processus objectif, c'esr toujours un faux problème que de vouloir restituer la vérité sous le simulacre. C'est pourquoi le pouvoit est au fond tellement d'accord avec les discours îdéologiques et les discours sur l'idéologie, c'est que ce Sant des discours de vérité toujOUtS bons, même et surtOut s'ils sont révolutionnaires, à opposet aux atteintes mortelles de la simulation.

La fin du panoptique

C'est encore à cette idéologie du vécu, d'exhumation, du réel dans sa banalité de base, dans son authenticité radicale, que se réfère l'expérience américaine de TV-vérité tentée en 1971 sur la famille Loud ; sept mois de tournage inintetrompu, trois cents heures de prise directe, sans script ni scénario, l'odyssée d'une famille, ses drames, ses joies, ses péripéties, non Stop_ bref, un document historique «brut », et le «plus bel exploit de la télévision, comparable, à J'échelle de notre quotidienneté, au film du débarquement sur la

Lune». La chose se complique du fait que cetre famille s'est défaite pendant le tournage: la crise a éclaté, les Loud se sont séparés, etc. D'où ['insoluble controverse: la TV est-elle responsable? Qu'en aurait-il été s; la TV n'avait pas été là ? Plus intéressant est le phantasme de filmer les Laud comme s; la TV n'était pas là. Le triomphe du réalisateur était de dire: « Ils ont vécu comme si nous n'étions pas là.» Formule absurde, paradoxale - ni vraie, ni fausse: utopique. Le «comme si nous n'étions pas là» équivalant au « comme si vom y étiez ». ~'est cette utopie, ce paradoxe qui a fasciné les vingt millIOns de téléspectateurs, beaucoup plus que le plaisir « pervers» de violer une intimité. 11 ne s'agit ni de sectet ni de pervetsion dans l'expérience «vérité », mais d'une sorte de frisson du réel, ou d'une esthétique de l'hyperréel, frisson d'exactitude vertigineuse et truquée, frisson de distanciation et de grossissement à la fois, de distorsion d'échelle, d'une transparence excessive. Jouissance d'un excès de sens, quand la barre du signe descend en dessous de la ligne de flottaison habituelle du sens: l'insignifiant est exalté par la prise de vue. On y voit ce que le réel n'a jamais été (mais «comme si vous y étiez »), sans la distance qui fait l'espace petspectif et notre vision en profondeut (mais «plus vrai que nature ,,). Jouissance de la simulation microscopique qui fait passer le réel dans l'hypertéeJ. (C'est un peu comme ça dans le porno aussi, dont la fascination est plus métaphysique que sexuelle.) Cette famille d'ailleurs étair déjà hyperréel1e de par sa sélection même: famille américaine idéale-rypique, demeure californienne, trois garages, cinq enfants, statut social et professionnel aisé, housewife décorative,

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standing uppetmiddle. C'est cette perfection statistique en quelque sorte qui la voue à la mort. Héroïne idéale de l'american way of life, elle est, comme dans les sactifices antiques, choisie pour être exaltée et mourir sous les feux du medium, moderne fatum. Car le feu du ciel ne tombe plus sur les cités corrompues, c'est l'objectif qui vient découper comme un laser la réalité vécue p~ur la ~ettre à mOrt. « Les Laud; simplement une famille qUI a accepté de se livrer à la rélévision et d'en mourir", dira le réalisateur. 11 s'agir donc bien d'un processus sacrificiel, d'un spectacle sacrificiel offert à vingt millions d'Américains. Le drame lirurgique d'une société de masse. . :V~v~rité. Terme admirable dans son amphibologie, s agit-li de la vériré de cette famille ou de la vérité de la TV ? En fait, c'est la TV qui est la vérité des Laud, c'est elle qui est vraie, c'est elle qui fait vrai. Vérité q~j n'est plus ceHe, réflexive, du miroir, ni celle, perspectlv,e, du ~ystème panoptique et du regard, mais celle m~nlpulatrtce, du test qui sonde et interroge, du laser qUl tate et qui découpe, des matrices qui gardent vos séquences perforées, du code génétique qui commande à vos combinaisons, des cellules qui informent von.e univers sensoriel. C'est à cette vérité-là que la fa.mllle Laud est ,~oumis~ par le medium TV, et il s'agit bien en ce sens a une mise à mort (mais s'agit-il enCOte de véri té ?).

Fin du système panoptique. L'œil de la TV n'est plus la source d'un regard absolu, et l'idéal du COntrôle n'esr plus celuj de la transparence. Celui-ci suppose encore un espace objecrif (celui de la Renaissa,nec) er la t~ute-puissance d'un regard despotique. C est encore, sinon un système de renfermement, du
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moins un système de quadrillage. Plus su~t.il, mais to~­ jours en extérioriré, jouant sur l'OppOSition du .volr et de l'être vu, même si le point focal du panoptique peue être aveugle, Auere chose quand avec les Laud . . Vous ne regardez plus la TV, c'est la TV qui vous regarde (vivre) », ou encore: . . V~us n'éc?urez p!us Pas de Panique, c'est Pas de Pam~ue qUi vous ,ecoure" virage du dispositif panoptlque d~ sur;elilan,ce (S~r­ veiller et punir) à un système de dlSsu~slon, ou ~~ dJ~­ tinction du passif et de l'actif est abolie. Plus d Imperatif de soumission au modèle, ou au regard. «Vous êtes le modèle!" .: C'est Vous la. majo,rité! : Tel est le versant d'une socialité hyperréallste, ou le reel.se confond avec le modèle, comme dans l'opérati~n statistique, ou avec le medium, comme d~ns l'o~ratlon t.?ud. Tel est le stade ultérieur de la relation SOCiale, I~ notre, qui n'est plus celui de la persuasion (l'è.r~ ~laSSlque d.e la propagande, de l'idéologie, de la p~.bllclte, ~tc.) malS celui de la dissuasion: « Vous êtes 1mformatlon, vous êtes le social, c'est vous l'événement, vous êtes concernés vous avez la parole, etc. " Retournement par lequel il devient impossible de localiser un~ inst~nce~ du modèle, du pouvoir, du regard, du medium lUi-meme, puisque vous êtes roujours déjà de l'autre c?té. PI~s de sujet, plus de point focal, plus de .centr~ ni de périphérie; pure flexion ou inflexion clrcu~alfe. PI~s de violence ni de surveillance: la seule «information ", virulence secrète, réacrion en chaîne, implosion lente et simulacres d'espaces où vient encore jouer l'effet de réel. Nous assistons à la fin de l'espace perspectif et panoptique (hypothèse morale encore et solidaire de

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tomes les. analyses classiques sur l'essence « objective» du po~v.o~r), et donc à l'abolition même du Jpectaculaire, La télevlslOn,. par exemple dans le cas des Loud, n'eSt plus un medIUm spectaculaire. Nous ne sommes plus d.ans .la soci~té du spectacle, dom parlaiem les Situa_ tJ(:~n?IStes, nI ,dan~ le t.ype d'aliénation et de répression specJfiq~~s qu elle ImplIquait. le medium lui-même n'est plus. saISIssable en tam que tel, et la confusion du medJUm et du message (Mac Luhan) 1 est la première

grande formule de cette ère nouvelle, Il n'y a plus de medium au sens littéral: il est désormais insaisissable, diffus et diffracté dans le réel, et on ne peut même plus dire que celui-ci en soit altéré, Une telle immixtion, une telle présence virale,
images du social et du privé (J, Donzelot, La Police fks familles, Paris, Minuit, 1977), Impossible désormais de poser la fameuse question : «D'où parlez-vous?,. - « D'où savez-vous? ,. «D'où tenezvous votre pouvoir? ", sans s'emendre immédiatement répondre: «Mais c'est tk vous (à partir de vous) que je parle,. _ sous-emendu, c'est vous qui parlez, c'est vous qui savez, c'est vous le pouvoir. Giganresque circonvolution, circonlocution de la parole, qui équivaut à un chamage sans issue, à une dissuasion sans appel du sujet supposé parier, mais laisse sans téponse, puisqu'aux questions qu'il pose on lui répond inéluctablement: mais 1I0ftS êtes la réponse, ou: voue question est déjà une réponse, etc. - toute la sophistique strangulacoire de la captation de parole, de l'aveu forcé sous couleur de liberté d'expressinn, du rabattemenr du sujet sur sa propre interrogation, de la précession de la réponse sur la question (toute la violence de l'imerprétation esr là, et celle de l'autogestion consciente ou inconscience de la «parole »), Ce simulacre d'inversion ou d'involution des pôles, ce subterfuge génial qui est le secret de tout le discours de la manipulation et donc, aujourd'hui, dans cous les domaines, le secret de tout nouveau pouvoir dans l'effacement de la scène du pouvoir, dans l'assomption de toutes les paroles d'où est résultée cette fantastique majorité silencieuse qui est la caractéristique de narre temps - tout ceci a sans doute commencé dans la sphère politique avec le simulacre démocratique, c'està-dire la substitution à l'instance de Dieu de l'instance du peuple comme source du pouvoir, et au pouvoir comme imallalion du pouvoir comme représentation. Révolution ami-copernicienne : plus d'instance transcendante ni de soleil ni de source lumineuse du pouvoir et du savoir - tout vient du peuple et tout y tetourne. C'est avec ce magnifique reodage que commence de se mettre en place, depuis le scénario du suffrage de masse jusqu'aux fantômes actuels des sondages, le simulacre universel de la manipulation.

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C est sur ce mode qu'on peut dire . commande génétiqu:. tout ce processus ne peut s'entendre pour nous que sous forme négative plus rien ne sépare un pôle de l'autre. «Ordre. la TV nous a r~ste dans tOUt cela tribut:i're de 1nous mfo~me . Il faut plutôt p:nser 1: malad. pat l'absorprion des pôles distÎncts de l'espace et du temps). politique 55 . dans n'importe quel domaine. du sign~1 pr~gr. la différence. ~ans l'orbite externe.r:~~an~tad~: pression. d'un message. mode la cause et de l'effet.in~ste. où l'indétermination n'est pas telle· ment celle du hasard des molécules que ceUe de l'abolition pure et simple de la relation. sans qu'on s:.le 01 d affectIOn é.absorption du mode rayonnant de la causalité. Vide.u re:l en hyperréel... Partout.lscours impose. au passage d'une s hère' ol:culalre.. d'une énetgie. à ~a ~ . chronique pani ue d . l'initial du terminal. . impulsion. a leur VIOlence . à leur infilt' . de vecteur.:~~eé~tat1ve. irréductible sous peine de résorption dans un processus aléatoire ec indéterminé dont le discours ne peut plus même rendre compee. Mais il faut prendre gard . qui « va » du noyau ADN à la « substance» qu'il « informe ». diSSOlution de la 7ie da:lSt°!.m~o~t:~~ect~lf~ déterm. la TV nous'm:nipul n~ll. u medl~m. celle d'un a a . en relativité einseeinienne. En fait.onne de ca~salité qui « actif ». tel!es ces 1evénemem filtré par le mediu ~ I. mes tous des ~iolence.garde. sel::an:. de l'act]etqd e . le plus petit écart possible (PPEP 1). ration. il ne s'a it ni de au rou~ ne. puisse en isoler les 'eŒ q . 1 C est tout le mode traditi est en question' d . mais par analogie.taiem. Dans le processus de commandement moléculaire.ce n'esr même plus une « dimension ».espace.. mes· sage" : toll[ ceci essaie de nous rendre la chose intelligible.Ieur mduction.ulptures publiciraires a~sla~ ~pecw~hsé..es de rlOn nucléaire du vieux schéma 54 toujours une distance minimale entre une cause et un effet.ga~lf qu: le Virale. 1 TV aliène. d'une détermination. du sujet et y s. de télescopage fantastique. C'est là où la simulation pol:~r~oqn~i ~:i:.xteneur a. avec son électricité positive et négative _ implosion du sens. nous so~ a .cti( et efficomme poim de fuite l'hori ~erspectlve» avec Or il faut concevoirz~: ~~ reel et du sens. il y a comme une sorte d'écrasement de l'un sur l'autre.de code gene~ roUt comme l'autre code microm . d'effondrement l'un dans l'autre des deux pôles traditionnels: implosion . du mode différentiel de la détermination. On tique des media. sur le mode ADN I~ dérermination. d. de décodage. une dimension donc nous ne savons rien .~lstJnctlon de de l'objet. de ~ dan~ I~ vie. Ct au chamage d~. signal. du sens à celle. C'est cet écart qui s'évanouit dans le procès du code génétique.~~ss. comme un effet où s" . critiq~e. un: ::~la comme :'i~s tIque qUi commande à la mucatio n d .soluLoud voués non pas à l" . entre un sujet et un objet: la distance du sens précisément. puisqu'il est lui-même un ordre déterminé.c~nceptlon analycace. l'écart. modèle~. malS dhsible...:~:~~ commence. retranscrivant en termes d'inscription.~lOn ~e la tlon chimIque indiscernable. ou c'est peut-être celle-là la quatrième (laquelie se définit d'ailleurs.endémique.:t~es ~Ies advers. celle d'une informatf~~t :. il n'y a plus cheminement d'un effet. de la fin et des mo en u p~sslf.

La télévision.. ~sychologique. l'ADN réalise cette réduction aléatoire ~oms .e~eu dde la substan~e vivante. où la distinction l:en~a~~. e a ISSuasIOn qUI est au cœur des media lee ~o:lOlence sa. Et cette dissuasion vient de ce que même le clash atomique réel est exclu exclu d'avance comme l'éventualité du réel dans un système de signes. ~~x. indifférents é uiva en. ~?US.. elle.~ m~nipula~ion absocl.fdit que sceller le système d .ulation. p . c'est la dissuasion qui les leucémise.ns c~n~équ:nc~s qui règne partout dan~ de. ~s moindres de nos comporteme::: s~~~ 1egles par ~es signes neutralisés. 1equ. est Justement cette u atlon qUI faH de l'arsenal atomique b~:a7~:~pe~sed?ucle~lre v' :~~~t~~u~~rel'i~t~~e"SyStème "l'a~théose de la simulation: le nucléaire Pour tam. po es ne peur plus être mainrenue on entre . implosive. S simp es. ni de stratégie . est la violence neutre. dans et ~ ijpas la passlvlté..dans tous les Interstices de la ne . n'aura pas lieu. comme celle de Troie. à travers la sophistication des armes . fi nt~1Ve ou cs Lo~d. un simulacre qui nous domine toUS et réduit tous les événements « au sol» à n'être que des scénarios éphémères. lui-même une forme hyperréelle. l . La dissuasion. Il n'y a plus de sujet de la dissuasion.d?oc da~s l. a:tif~ L'orbital et le nucléaire de diss~asion qui s'est ~ . La dissuasion exclut la guerre . du dispoSItif aleatolre de rous les ch' .violence archaïque des systèmes en expansion. Tout le monde feint de croire à la réalité de cette menace (on le comprend de la part des militaires. mais justement il n'y a pas d'enjeux stratégiques à ce niveau. attemt elle aussi cette limite indéceux-CI ne som vis-à-vis de la TV . de verrouillage er de contrôle dont l'effet dissuasif ne vise pas du tout le clash atomique (celui-ci n'a jamais été en cause. sauf sans doute dans les tout premiers temps de la guerre froide. ou passifs qu'une substance v7~a~t~ ~~ est vl~-a-vIS de son code moléculaire Ici r ~cule n. Le risque de pulvétisation nucléaire ne sert que de prétexte.. La guerre ato~ mique. en un enjeu sans enjeu. des systèmes métastables ou en involution. à la mise en place d'un système universel de sécurité.c'est une structure planétaire d'anéantissement des enjeux. et le discours de leur «stratégie »). transformanr la vie qui nous est laissée en survie.de la terrcur n'est jamais que le ~ersan. malS 1mdminction de l'actif paw.' '. _ même pas en une traite à valoir sur la morr : en une traite dévaluée d'avance). ~ne mdéchlffrable dans sa vérité. ni d'adversaire.r .mais cette sophistication outrepasse tellement n'imporre quel objectif qu'elle est elle-même un symptôme de nullité .lhbre. et toute l'originalité de la situation est dans l'impwbabilité de la destruction. Ce n'est pas la menace directe de destrucrion atomique qui paralyse nos vies. médiatique. lorsqu'on confondait encore le dis57 .ts" des signes à somme nulle comme le s~n~ ceu~ ~UI r~glent la « stratégie des jeux}) (mais la v" b equatlon est ailleurs et l'inconnue' eClta le variable de sim l.~~l~~j~:e.a. tout le sérieux de leur exercice est en jeu. SOnt faits. cl l . cr.ebuJeuse indéchiffrable dans ses éiémen.

seuls restent . partout où la norme de sécurité remplace l'ancien arsenal de lois et de violence (y compris la guerre). .l'exaltation des foules n'allait pas à l'événement du debarquement sur la Lune ou du cheminement d'un homme dans l'espace (ceci serait plutôt la fi~ d'un rêve antérieur) non. tr~ns­ gression. Car quelle est la fonction ultime de la course à l'espace. aucune histoire ne peuvent plus se d~pl~yer selon leur propre logique puisqu'elles enco~rent 1a~ean­ tissement. Trajectoire. to~s les affrontements à la mesure de ce chancage qUI les mtetrompt tous. La pacification ne fait pas de différence entre le civil et le militaire: partout où s'élaborent des dispositifs irréversibles de conttôle.positif nucléaire avec la guerre traditionnelle) mais bien la probabilité beaucoup plus large de toUt événement réel. énergie. les gèle. L'équilibre de la terreur. mais sans effroi ni pulsion. c'est la terreur de l'équilibre. Len/eu politique est mort. social et politique. avec son aura de violence. les neutralise. L' «aventure spatiale» a joué exacteme~t le même rôle que J'escalade nucléaire. Univers expurgé de co~ce menace de sens en état d'asepsie et d'apesanteur . Plus aucune stratégie n'est po. sous le pretexte d'une menace «objective» maximale. c'est l'univers coral de l~ n?rme .inr du système maximal de contrôle qui ait jamais eXisté. et l. la même chose vaut pour les centrales nucléaires pacifiques. qui rejoint celui de la mort. er grâce à cette épée nucléaire de Damoclès.c est cette perfectio~ même qui est fascinante.rien ne peut êrre laissé à la contingence. c'est le système de la dissuasion qui grandit.des si~ulacres de conflits et d'enjeux soigneusement C1rConSCClts. partoUt où la notion de sécurité devient toute-puissance. Car . c'est la mise au po.s~lb. Vertige du modèle. ~e qui se trame à l'ombre de ce dispositif. calcul. avec son aura de. Car si la loi. c'est l'immanence operatIOnnelle de cous les détails qui fait loi. Et la satellisation progressive de toute la planète par cet hypcrmodèle de sécurité. du lancement . satel\i~es ? Sinon l'institution d'un modèle de gravItation universel. où rIen ne pe~t e~re laissé au hasard. phYSIOlogie. Une involution gigantesque fait se contracter tous les conflits. C'est pourquoI elle a pu si facilement la relayer dans les années 1960 (Kennedy/Khrouchtchev). pas plus que les capitaux flottants n'ont de référent de production réelle) qui circuie sur l'orbite nucléaire suffit à Contrôler toute la violence ct les conflits potenciels du globe.la Loi n'y existe plus. de la conquête de la lune. et autour de lui grandit le désert historiqu.des. elle circule s echange entre les protagonistes nucléaires très exactement comme les capitaux internationaux dans cette zone orbitale de spéculation monétaire donc les f1~x suffisenc à concrôler tous les échanges mondiaux. l"ordre. ou se développer parallèlement sur un mode de « coexistence pacifique ». Aucune 58 révolte. de satellisation donc le module lunaire es~ l'embryon p:rfait: microcosme programmé. de tout ce qui ferait événement dans le système général et en briserait l'équilibre. psychologie. Fasci~atlon par la norme maximale et la maîtrise de la probabllit~.e. dratnalenr 59 . toutes les finaJit~s. environnement .le. es~a­ lade n"est qu'un jeu puéril laissé aux militaires. " La dissuasion n'est pas une stratégie. AInsi la monnaie de destrtlction (sans référence de destruction réelle. A la m~rvelJle immanente du déroulement programmé. la sidération va à la perfection de la program~a­ tion et de la manipulation technique.

dans l'orbite duquel vont se résorber toutes les formes. La simultanéité de deux événements au mois de juillet 1975 illustrait ceci d'une façon éclatante: la réunion dans l'espace des deux supersarellites américain et soviétique. c'es~ des sœdes. Ce derniet signifie l'instanciation «orbitale» d'un système de signes abstrait et modellisé. tout principe de sens est absotbé. vouée à 1 une SOClahte Irradiée par mécanismes d'informa. rout se condense et implose vers le seul micro-modèle de contrôle (le satellite orbital). Sa seule radIance. dans l'autre dimension biologique..~ramme. Résister à l'évidence' d elllse) . lequel s'inscrit dans leur ciel juste en même temps par la jonction des deux satellites.code nucléaire ou code moléculaire .que sert de modèle à 1'0 é o~ mm..r poJlurio~ ~:7txes. ce SOnt tous les micro-systèmes terrestres qui sone satellisés et perdent leut autonomie. de toUte ruptute ou complexité dans . de style et d'écriture.znfazlilbilité proreglt a~jourd'hui l'extension du l:su~lon ~axi~ales gui r~tombéc nucléaire. c'est le même mod' l t . l'opérari ~Jal. On ne ~éb~e..os . dans l'assomption simultanée des deux codes fondamentaux de la dissuasion.fascJOe.norn: e. Jes modèJes spatial de la lune.s. phantasme plus sur la minutie d. les 60 61 .utleuse de la rechlCi non plus. . a~s la satellisation. neutralisation et homogénéisarion de tous les autres au sol.io tra~sp~~nce signalétique des et nucléaire n 'om pas d nfi n an.nrradiction.es les puissances vedettes d tole plané~aire (dont pas lIbres _ tOUt Je monde est s:tce . qUl est sarellisé n'esr p J '. Entre les deux. hyperréel et insignifiant. Leur te~rs modèles d'un système ~:SCO~t s~mulation. mais qui est eor / qUI a commencé depuis limite r:e'odésorma~s dans sa phase revOlUtlOn)~ mais qui pour iïns~a croyaIt exp.a~matlque. Par l'instanciation orbitale d'un système de contrôle comme la coexistence pacifique.fJo n ~lOutieuse du social ~r. vers une g.rvance est vertigineuse.~ro~res . Pourtant. les vecmem. '" Irradienr lorJqrl'elle. toUt aCCident.et stratégique. la . sidère. de sécurité et de d. comme invetsement. Par l'inscrip_ a:célér~e.toUt IrnagznaJre. rout déploiement du réel est impossible.Ut: :o. Toutes les énergies. C est la la vraie nI.la suppression par les Chinois de l'écriture idéogrammatique et le ralliement à terme à l'alphabet romain. ni la su 'r' ~ . e d.s:é~afJo ne Sont . rout converge et implose sur le micro-modèle moléculaire du code génétique. celui __ as ce uz qu on croit. la norme.de to. Vol orbital des deux Grands. et fait jn~olue:s. rien ne Set: p r. c'est d'être ~sl'::~dl~lre . apothéose de la coexistence pacifique .losive (la processus Invetse imp/' if.' nt se ttadun par un généralisée de tO~t h o~) d mévetsible . c'est le principe terrestre de réalité qui devient excentrique. c'est la planète Terre qui devient satellite. dissuasion transversalité. e e un monde sans enc~re un imaginaire el"Ve d'aiJj~urs cela la sOCiajjsa~i~ us !~/JSé au hasard.~~~s n'exPIOJe~ep:a~urJté les ~m?es sont propres' leur er de comrÔle qu~~~. Satellisation de la langue: c'est la façon des Chinois d'encret dans le système de la coexistence pacifique. ni la découverte vérité. C ul~ pr. jadis singulières. toUS les événements sont absotbés par cette gravÎtation excentrique. fixe. malgré cette dissuasion par l'instance orbitale . dans cetre fourchene du nucléaire et du génétique. de tout:~tn~lit.~ rion orbitale d'un objet spatial.elle.

Ce même ravalement est déchiffrable sur le terrain. le d:un partage des {orees et r~vo UtlO n. maÎs dont le résultat objectif de la guerre.mtervention de la Chine tmage par la Chine d'un ':od:gU~S an~ées.e. mais ils ont gagné la guerre. SI longue. Que ce soit un ordre communiste n'est pas grave au fond: celui-ci a fait ses preuves. Pourquoi cette guerre si d {eroce. les deux adversaires sont fondamentalement solidaÎres contre autre chose. on peut lui faire confiance. C'est pourquoi elle s'est défaite. communautaires. si enchantement? JOur a 1autre Comme par Pourquoi cette défai '. Mais subtilement ils n'Ontmultanelté de .~ de scelle~ la fin de l'his~ de notre époque? Ique culmmam et décisif ' . s'est~eJle dissipée d'un' . u.u hJstonque et cette mstance dissuasive l e la mise en place de son évolUtion n'a-t-elle '2u.u Vi.~~::nc~me (le plus grand repercuSslOn interne en A . jamais dit. Lorsqu'enfin la guerre est passée aux mains des troupes régulières du Nord et a échappé à celle des maquis. est la liquidation totale: les structures tribales. celui-ci fût-il communiste.tIan.J'm{orma~ plus que l'effet duplex d l ' plus de sens. on peut leur passer la main.~nq~~ul~ gU~rre d.Unis.qui semble un enjeu de vie ct de mort.' éte:n~e~IPéti. elle eût nécessair:m:~:rateg~e planétaire des Etats_ ausSI bouleversé l'équilibre lOterne et le système 1" été. mondiale à ceHe d une alternative radicale à l':tte. po Itlque américain.transition ~n SYStème désormais ré lé ' ce ~lltJque dans tian des rapports Pékin~~ ~ur 1essentiel (normalisa_ ashlOg ron ): c'était cela l'en~ de pl~s en plus nombreuses. l'antagonisme meurtrier des adversaires . Elle aura ma~ué I~a~~uclal de la coexistence la coexIStence pacifiq La..e.êt~nam « rev~lutlOnnaire» maximal et d enl e. ) n a~t-elle eu aUCune ment signjfié l'échec d 1 men~~e? 51 elle avait vrai. . vivendI mondial. Lorsque les Vietnamiens om fait la preuve qu'ils étaient plus porteurs d'une subversion imprévisible. L'autre aspect de cette guerre et de route guerre désormais : derrière la violence armée. ds ne Sant plus bel exemple ne peUt:' a simulation au sommet. innommé. les Etats-Unis ont évacué le Viêt-nam. avec la complicité égale des deux adversaires. La guerre a duré tant que n'ont pas été liquidés les éléments irréductibles à une saine politique et discipline de pouvoir. Il est même plus efficace que le capitalisme dans la liquidation des structures pré-capitalistes «sauvages» et archaïques. et taire dans l'événement hist:. jeu de la guerre du Viêt-nam et.nement de la Chine à ~btenue et concrétisé~:u fij ~n. Il n'en a rien Autre chose donc a eu 1" {on~ n'aura été qu'un é isod l~U.qu'e1!e fut à l'jnterse.es Sant même ~ondlal de cOntiguÏté et de si ~~ne le ~rocessus événements COntinuent au sol l ' . Et la guerre a pris fin « spontanément» lorsque l'objecti{ a été atteint. Cette guerre au paClfiq. en ce sens. Le pui.:~lres. disloquée avec une telle facilité. pré-capitalistes. l'appren_ passage d'une stratégie de ' 1 . L'enjeu est donc celui d'une relève politique. derrière ce simulacre de lutte à mort et d'enjeu mondial sans pitié..ue. l~ .. Même scénario dans la guerre d'Algérie. r:vers de. la guerre peut s'arrêter: eHe a atteint son objectif. toutes les formes 63 62 . qui se joue comme tel (sinon on ne pourrait jamais envoyer les gens se faire crever la peau dans ce genre d'histoire). l'histoire des Etat. sens a eu cette guerre.

Que les moralisres de la guerre. 0". la guerre étant un . (~u Pli 6~ ~~et ~m:~~t~. c'est cela qu'il faut abolir. avec une h~sto~r: de retard. '1' simull'un dans l'autre. » Ce scénario: les bombatdemenrs exrtêmemenr durs sur Hanoï.I~~:n.un a~tre -radie et tanéité des conrradict. et les mOrts er les anciens combattants y valent largement les auttes.e . ~'est la pai~'" disait paix elt dL: g. C'est aussi la réalité de la victoire ou de la défaite. our maintenir l'informatIOn ne s?n~ ~a qU. totale des plus contradictoires. c'est la réalité des causes antagonistes. . ntem oraine par une ethnologlC mO[ldes q. communiste ou capitaliste. da~s u~e ln ~i1: n'en profonde à leurs conséquences (mais c est qu ~el1jepr~. et de procesS~eqt~iu~.e Pe réalité des d'une événementlalite.d'échange. ~atastro­ phes et de historique officiel de l'illusion ..e~7a l~. dïf<'rence menrs se succèdent sans loglqu . he bien au-delà de ces apparences. c'est l'adversité des advetsaires. retro. ) n' nt jamalS commence.et:I~~~~aer7~ sous hyp~ose. ou division du travail entte deux adversaires (qui peuvent même consentir pOUt cela des sacrifices immenses) à même fin de ravalement et de domestication des rapports sociaux. . Tous les evenements ou on s'aperçoit (les communistes ~oau ouvoir" en Italie. a aUSSI. la pacification la dissuasion) . peu importe son obédience. Tout étair acquis. Il ..oires q~l ~St a la fOlS ~~acom lèla fin de toute dialectique. ~u ~i: était finie bien avanr de s'achever. on y souffre encore bien dans sa chair.« La guerre.e posthume. d'organisation symboliques.enr l.n n comme pénpetles artl cie es. Bien d'au. de langue. goulags et des dissidents sovietiques. .U1se leur sens longtemps à l'avan. une spirale de retard. le meurtre SUt lequel va pouvoir s'instaurer la socialité. Ile re au cœur même de la guerre.e l. il faut sauver la face.savOlt. comm. Cer objectif-là est toujours bien rempli. AmSI peut-on? . la redécouv~_rt. ou se recyel. et qu e ' a la 'amais commencé.cres événe: n a peut eere J .ue t:~tes' ces choses arrivent trop tard. Tous le . etc.et celle-ci dans son immense dispositif spectaculaire de morc. de même que celui de quadrillage des territoires et de socialité disciplinaire. n'est que le medium de ce ptocessus de rationalisation terroriste du social _. les deux pôles différentiels Implosenr l Orwe. domine aujourd'hui est au-dela de la guerre et qUI tOU~ix elle est l'équivalence à tout instanr d. bien Sûr.:~~é~rs:~z~ artCfac~s d'~istoir~. ~~e éVé~:~ effervescence artificielle de ~Igneesd~~eune équivalence . en~:u:. a p 'la uerre. qu'~lIes ont s.l~r:~erev~rs. les tenants des hautes valeurs guerrières ne se désolent pas trop : la guerre n'est pas moins atroce pOur n'être que simulacre. Leur caractère insuppottable ne doit pas cacher qu'ils n'éraient qu'un simulacre pour permettre aux Vietnamiens de sembler se prêrer à un compromis et à Nixon de faire avaler aux Américains le retrait de leurs troupes. c'est le sérieux idéologique de la guerre. c'est cela dont le meurtre est J'objet de la guerre . qu II a ete. d un " ob'ectivitê des faits. rien n'étair objective_ ment en jeu que la vraisemblance du montage final. ~es crises destinés à malOt:n. roeors (la crise pétrohere. 'fi . Ce qui n'existe plus. tement à côté de la vérité d'une guerre: a.ce et ne VI~::. « Les Nord-Vietnamiens Ont reçu des conseils pour se prêter à un scénario de liquidation de la présence américaine au Cours duquel.~: ~odiffér~ncc" ~erdue Sauvage~) 64 65 . Complicité totale.a de.

C'est là rout le moyens Ul.1. cl 1 b b Les« petites" pUIssances. dans la lumière froide de la dissuasion (y compris Artaud. En ce sens. cetre .~oe~: ~:~:::t:gie bien plus efficace de par la m~nace sucee bombe et par la possession de la pacification par l a . Même chose p. qui a droit comme toUt le reste à son revival. . tonome achèteront le ViruS e a f~rce ~e frappe au re dissuasion. dre social. qui était encore l'essai d'une dramaturgie de la vie. le dernier sursaut d'une idéalité du corps. de leur t~~ ue nous leur livrons déjà : les centrales atom neu~ons désamorçant toUte vi ruautant de b. le lence histotlque.our dissuaSIOn.plus cruelle que le Théâtre de la Cruauté d'Artaud.:~:n:ou~ le myrhe de la grèv. armes et les puissance~ nue aires e 1 s latitudes. l'auto-dissuasion croissent toujours plus vite que les forces ou les armes dont on dispose: tel est le . en sont donnés. à une existence seconde comme référentiel de la ctuauté).toUt le film de l' «actualité» donne ainsi l'impression sinistre de kitsch. C'esr pourquoi la prolifération nucléaire n'est pas un risque de plus de clash ou d'accident atomique . et même touce écriture réelle de la cruauté. La responsabilité. ils s'épuisent dans leur promotion spectacu_ laire) . le contrôle. L'entrée dans le club atomique. elles se l. Les énergies se conge en a sa u d'ssuadent elles-mêmes. Au contrôle bombes atomiques . to~t quel ~roJe':~~i~ed~riète c~tte clôture.v~~cléaire est à la fois le point culmi~ant de .e f a : t paralyser rou. Ainsi la possibilité même d~ secret de un a s en abaissant une manett. croy om e. tota~e er ui s'écroule au moment meme ou les cette a~me ' . 'b' encore) que les . à la réhabilitation f. P l'électricité n'utiliseront JamaiS que les teC~l:I. tous ceux qui y accéderone désormais seront dissuadés de s'en servir par le fait même de la posséder).0tomatique. Tous se déroulent encore autour de nous.ceci sans doute tout Je monde le sait. vers une résorption de tous les enjeux sans une trace de sang.:It:~i~~ I~~a:t~~~~e' d'un système par ses propres 66 67 . efface très rapidement (comme la syndicalisation pour le monde ouvrier) toute velléité d'intervention violence.. d'ex losion. b 1 du nucléaire. 1 ouvoir quelle stratégie. du sang. la censure. Pour nous Je tour est joué. révolutIOnnaire qd nnés _ mais hélas justement parce moyens que les en sont 1°. de la violence dans un système qui déjà J'emportait.virrual. La réalité de la simulation est insupportable . La simulation est maîtresse. a disparu. l 'rnisation des systemes de l'énergie dispoOlbJ. « réel" (comme J'one fait les Américains à Hiroshima_ mais précisément eux seuls Ont cu droit à cette « valeur d'usage" de la bombe. Toute dramaturgie. i énergie Z. si joliment nommé.sauf dans l'intervalle où les «jeunes" puissances pourraient être tencées d'en faire un usage non dissuasif. . et nous n'avons plus droit qu'au rétro.ombes .a ~:x~errOUiliage et le contrôle contr~le de :oute energle~ême (et sans doute plus vite ' Cc fut déjà l'apograndISSent a la mesu~e. parodique de tous les référentiels perdus. plus du.:s li er~~~~:s~ncore le paradoxe '1 t à leur rie des révolutions m eroes. On ne VOIt propre feu.. 1 ~~ ~~~~a:~:.Ont plus. ant acheter leur . 10\ J procès 1:t à fait probable de voir un jour lé ' xporter centrales. de rétro et de porno à la fois .~ absorbe toute plosion. et personne ne l'accepte au fond. tout nsque p accéléré dïmnucléaire inaugure partout UA ~to~e~su. et . il congèle rout autour e UI.

l'enjeu historique chassé de notre vie par cette sorte de neutralisation gigantesque. exorcisée par une société à congélation lente ou brutale. Aujourd'hui. .ns htteral. 69 . d'une réversion des énergIes vers un seUIL minimal).non la possibilité d'une explOJfon ~ers I. selon le même processus qui y faisait jadis revivre les myrhes perdus.si.ais neutralisées. chassé du réel par la violence de l'histoire. et monotonie pacifiée à l'échelle quotidienne _. c'est-à-dire notre mythe. c'est le mythe qui envahit le cinéma comme contenu imaginaire. ~~exp!oslves. c'est l'histoire elle-même qui envahit le cinéma selon le même scénario .ans. bles. c est-a-dl~e au sens d'une réversion de tour I~ cycle vers un ~oJOt minimal.tn~erteur. qui a nom coexistence pacifique à l'échelle mondiale. fête sa résutrection en force sut les écrans. un processus catastrophique (au .ab~!Jra'e~t d. C'est l'âge d'or des grandes résurrections despotiques et légendaires. Le mythe. C'est à ce titre qu'elle prend la relève des mythes sur l'écran.s. inutilisables. trouve refuge au cinéma. cette histoire. désorm. L'histoire est notre référentiel perdu. inimelli i- L'histoire: un scénario rétro Dans une période d'histoire violente et actuelle (disons l'entre-deux-guerres et la guerre froide). L'illusion serait de se réjouir de cette « prise de conscience de l'histoire par le cinéma ". d une Implosion où toutes ces éner ies forces.

le grand traumatisme. c'est. au moins il y avait de la violence (fût-elle fasciste) où au moins il y avait un enjeu de vie ou de mort. plus dense.s d . dit Freud. des idéologies.et de la ugu:~:~ cl ns le rétro . [0 71 . euphorique ou cata~tro­ phique. ~ui est encore moj~s drô~e. le fascisme. Ce trauma (perte des référentiels) est se~blable : la décollverte de la différence des sexe. aucune idée force ne sélectionne plus. Ainsi l'histoire fétiehis~e sera.mmédiatemenr antérieure a notre ere « Irre éren ~~elle\'.n faSCiste un qre~ouveau actuel du fascisme (c est Justement aree u'on n'y est plus. Même malentendu.comme on s'est réjoui de l' « enttée de la politique à l'université ". laissant derrière elle une nébuleuse indifférente. D'où la prégnan~e du fascis~e . vidée de sa substance et légalisée dans son exercice superficiel. même mystification. mais pour simplement ressusciter le temps où au moinJ il y avait de l'histoire. seule la nostalgie accumule sans fin : la guerre. a i g rave aussi profond. d'une révolution . Alors que tant de générations. mais précisém:nr.b~e~ d la même fascination retro. c est souvent le ~:~nier objet entr'aperçu avant la découverte ~r~uma­ tisante.. tout est équivalem et se mêle sans disdans la même exalt~tion morose et f~~.s chez 1. C'est dans ce vide. l'agonie du réel et du rationnel qui ouvre sur une ère de la simulation. de p. objet n'est pas n'importe lequel. Il y a p~urt a~:ilè e de l'époque immédiatem::nt revolue (le f~(is:e la guerre. esthétisée par le rétro \). c'est une politique rétro.non plus tellement que les gens y croient ou y fondent encore quelque espoir. affimte pa.us ~rouble). mais vidée de ses références. aliti ue il est naïf de conclure de l'év~cat1o. les fastes de la belle époque ou les luttes 70 lutionnaires.n~a~~. cette politique-là est comme la sexualité ou la formation permanente (ou comme la sécurité sociale en son temps): libéralisation à titre posthume. que toute l'histoire antérieure vient ressusciter en vrac .évoqua~t (hypotfée~~ o eut-être elle aussi) la theone freudienne du tl r~ti~m~.les .c'est à la mesure de cette détresse que tous les contenus som évocables pêle-mêle. l'jm~édiat apres-guerre . plus pervers. parce qu'on est dans autre ~hose.coïnCidence. la panoplie des événements..re~e. traversée par des flux (?). à cette hémorragie des valeurs .son d'~n objet intervient pour occulr~r cette ~aét~ouverte insupportable. pour c~~:~~~ le fascisme peut redevemr fasclOant dans sa filtrée. ~. que refluent les phantasmes d'une histoire passée.enc~ He . des modes rétro . On peut l'expliquer ~n . Ont vécu dans la foulée de l'histoire. :~~~tion . nomb:ables films qui se Jouent là ont pour nous ~n lOarfum plus proche. est cette agonie des référentiels forts. aire de jeu et terrain d'aventure. Le grand événement de cette période. et singulièrement la dernière. Tout est bon pour échapper à ce vide. à cette leucémie de l'histoire et du politique. La politique qui entre à l'université est ceUe qui Sart de l'histOire. aussi irrévetslble : la etlc 1aus. dans la perspective.aujourd'hui on a l'impression que l'histoire s'est retirée.

cet~e autre terreur qu'est 1. un moment. restitution hyperréaliste des films des années 50.nàCI~et~~ vide de la représentation.~jre fair ainsi son emré. aujourd'h .o~e~e~:. Jets y bnllent en quelque Sorte d' yperressemblance.~. malS en même 1 ssem~ ~:Ie~r ~o~~~~t~'~n~e «~~~hé~f u~ce. Toute une génération de films se lève. irrati.. 1900. Juste un léger soupçon: il érait un peu trop bon..to.mrure avec l~ figuration classique du .P oce~sus Dans le « réel» comme au ciné . Cest pour cela qu'ils SOnt si exacts.nc alltem~nt de la valeur et ec mensionnalisarion de 'tOue/ . . ee elle est une réponse à eccc. On parle de refaire des films muets. 1se.~~t ra~~erl~~: tour esc de la vie.' terreur est a la mesure de qUI s'est approfondie en ~ ~~nJlISlOn du réel et du rationnel cela. et cerre hallucinarion propre qui fair le cinéma. un monument un con rès une figure . parfait rétro. morales et sentimentales des films de l'époque.cel~." historjqu~s» som par là même désigné.e triomphale au le même SOrt. sans défaiUance. expurgé. démente~e ru s.onnelle. (comme l'histoire dans 1 . nickel. à de grandes machines de photo.r~::n~:~~:nt:ê:el~ cinéma ~'~~~. Tous ces films historiques. etc. posthume (Je terme « hIstorique}) a subi .. hisroriosynthèse. Les troiJ jOUYJ du condor. t~ . ~~~t~ ~~er:t~ ~n~~~:~ ~i1c~:~t ~ar~~~' ~~7s:. Le problème est plutôt qu'ils nous laissent quelque part totalement indifférents. mais pas seulement: Chinatown. mieux ajusté. Prenez Last Picture Show: il faur comme moi être assez distrait pour l'avoir vu comme production originale des années 50: le rrès bon film de mœurs et d'ambiance dans la petire ville américaine. figés. CI ent. ~ne a. dont la perfection même est inquiétante. réinjection moment où le processus d q dé po ~tlque de la moer» à un des valeurs collectives de e.II y a eu de l'histoire.ctuel). etc.bÎets d:~~~:u: ~.~ance à . meilleur que les autres.u ard~aClon :a[]onnel1e et d'unidi_ vie . meilleurs sans doute eux aussi que ceux d'époque. à la f~. comme ~ossJles). etc.:~ peuple..r::. La pluparr de ceux que nous voyons aujourd'hui (les meiHeurs) sont déjà de cer ordre-là.~nonnahsaClon de .sociale cc individuelle ~~e. Les Hommes du Président.i-. plutôr qu'à de véritables films.qui fait qu'lis ne ressemblent au fond ptusc~n~ma ~ la figure vide de la ressemblance. On a l'impression d'avoir affaire à des remakes parfaits. comme insurrection et non co~m . C qUi nous est « rendue» . L'hisroire . UI Justement parce qu'elle nous a été ') ~é:~as plu~ de rapp?rt avec un « réel historique » :~~s~a réel gura~lOn en pe. e resurr~ctlon. à des montages exrraordinaires qui relèvent davantage d'une culture combinatoire (ou mosaïque au sens mac1uhanesque). sans les bavures psychologiques. Ahurissement quand on découvre que c'est un film des années 70. Entendons-nous: leur qualité n'est pas en cause.tOute h %~.du apparue:CCI . etc). rna mais il n'yen a plus. kino. si minutieux. Barry Lindon en est le plus bel 72 73 .ce m~ls de nostalgie d'un référentiel c. La nc?-figuratlon est une Invocation de la re bl ance. fai~Pâr. ~a rémjecrion n'a pas valeur de grise de consClen. dans l'état où les aurait saisis une déperdition brutale du réel. simulacres géniaux à qui ne manque que l'imaginaire.heE~~07a ~~~e~~\ bo~à~~/e~~.nc/slgnifie pas que J'histoire ne SaitJamai's li cm ma comme temps fon comme r actuel.. . C'est une question de vie ou de mort: ces objets-là ne sont plus ni vivants ni mortels. ré~isrance p~o- ~~~. Barry Lyndon. Le fascisme es'r u neutrabsatlon ec pacification fonde. qui seront à ceux qu'on a connus ce que l'androïde est à l'homme arrefacts merveilleux.

s. non seulement dans les contenus historiques.rr: enr parler plaisir fonctionnel. e~ plus de perfection. Chez Visconti.qUl est la plus folle des entreprises (ains~ la prétention du fonctionnalisme de designer . une rhétorique sensuelle. même pas de l'évocation. plaisir équationnel. la vJrtuos~té technique comme riférence obligée au cmema se conjuguent admirablement. un jeu passionné. et avec de plus. Robert Redfort comme star polyvalente. dans s. elle n'est ni rétro. Quelque chose de ceta déjà dans les westerns de Leone? ~eut-être. dans quoi? Dans J'évocation non. on n'a jamais fait mieux. dans sa banallte.le plus ~aut degré de l'objet dans sa coïncidence av. l'immédiat. Ce n'est pas vraiment une question de perfection: la perfection technique peut faire partie du sens. froid.. qui fait de l'histoire un scénario opétationnel. Il n'est que de songer à Visconti (Le GU/fard. rigoureusemenr dosés.i d'une coïncidence absolue avec lui-même . Simultanément à cette œntative de coïncidence absolue avec le réel. Le cinéma et sa trajectoire: du plus famastlque ou mythique au réalistique et à l'hyperréalistique. Tous les registres glissent dans ce sens. Le cinéma sc plagie. des temps morts. Alors que nous entrons dans une ère de fil~s qui n'ont proprement plus de sens.. elle est un effet de modèle: eUe est une des valeurs tactiques de référence. : [Qut cela est logique.sommes fascinés par le réel comme ré/kentiel en p~rdltJO~.nt de sa . lei. ni hypetréaliste. c'est de la simulation. celle-c. avec sa valeur d'usage.. rétroactive ses mY. le cinéma se rapproche a~ss.e ~eco­ pie. Plaisir cool. dans ce cas. Le cinéma dans ses tentatives actueHes se rapproche de plus en plus. et. refait le muet plus parfair que le muet. Chmatown. mais dans la m. c'est le polar tedesigné au laser. .exemple. qui par certains aspects fane penser a Barry Lmdon) pour saisir la différence.re. pas une ecreur. La relation qui se noue aujourd'hui enrre 74 75 . myrhlque. En l'absence de syntaxe réelle du sens. il y a du sens. dans son ennu~. Sens~J etc.sociaux comme référence obligée à l'histoi. et en même temps dans son outrecuidance.th~s .i relève encore du jeu. mais dans l'acte cinématogra_ phrque. elle est un effet de l'art. esr une entrepnse propre~ent insensée).deSign . n'a jamais eu sur les sl~nes cette vision naïve et paranoïaque. dans sa pretention d'être le réel. le cinéma eJt faJczné par luz-meme comme objet perdu tout comme il (et nOM) .. refait ses classiques.ise en scène.. Rien de com cela chez Kubrick. Et ceci ne renvoie pas à la vieille opposirion de l'esprit de finesse er de l'esp~it de . . pleine. de grandes machines de synthèse à géométrie variable. dialectique. tous les ingrédiems som là. 1.e rcchOJ~ue) avaient jadis une relation vrvante.ec sa fonction. Le terrorisme est toujours celui du réel.Ie style. dans son évidence nue.rrealité.Le cinéma et l'imaginaire (romanesque. on n'a plus que des valeurs tactiques d'un ensemble où par exemple la CIA comme machine mythologique à toUt faire. de l'histoire. du réel absolu.a véracité. on ne feta jamais mieux dans . Hypotypose et spécularité. les rap~orts . ce . dramatique. qui manipule son film comme un échiquier. puritaine et terronste. Toutes les radiations toxiques ont été filtrées.géométrie . y compris l'usage délira. l'insignifié.et ceCi n esr pas contradicroire: c'esr même la définition de l'hypcrréeJ.propr.onglOels. non se~lement dans . d onglOe: et::. même pas esthétique à propre. et d un enjeu de sens. plaisir de machination. aucune culture.

le cinéma et le réel est une relation inverse, négative: elle résulte de la perce de spécificité de l'un et de l'auue. Collage à froid, promiscuité cool, fiançailles asexuées de deux media froids qui évoluent en ligne asymptotique l'un vers l'aurre: le cinéma tentant de s'abolir dans J'absolu du téel, le téel dès longtemps absorbé dans l'hyperréel cinémarographique (ou télévisé). L'hisroire était un mythe fort, peur-être le dernier grand mythe avec l'inconscient, C'est un mythe qui sous-tendait à la fois la possibilité d'un enchaînement «objectif» des événements et des causes et la possibilité d'un enchaînement narratif du discours, L'âge de l'histoire, si on pem dire, est aussi l'âge du roman, C'est ce caractère fabuleux, l'énergie mythique d'un événement ou d'un récit, qui semble se perdre toujours davantage, Derrière une logique performante et démonstrative: l'obsession d'unefidéliti hisrorique, d'un rendu parfait (comme ailleurs celui du temps réel ou de la quoridienneté minurieuse de Jeanne Hilmann faisant sa vaisselle), cerre fidélité négarive cr acharnée à la matérialité du passé, de telle scène du passé ou du présent, à la restirution d'un simulacre absolu du passé ou du présent, et qui s'esr substiruée à tOUt autre valeur - nous sommes tous complices, et ceci est irréversible. Car le cinéma lui-même a contribué à la disparition de l'histoire, et à l'avènement de l'archive, L"l phoro er le cinéma Ont largement contribué à séculariser l'histoire, à la fixer dans sa forme visible, « objecrive ", aux dépens des mythes qui la parcouraient. Il peut mettre aujourd'hui roUt son talent, toute sa technique au service de la réanimation de ce qu'il a lui-même contribué à liquider. Il ne ressuscite que des fantômes, et il s'y perd lui-même.

Holocauste

m~natlon,.

L'oubli de l'extermination fait ~arci.e de l'el~~~:: car c'est aussi ceHe de la memOIre, d~ Cet oubli-là est aussi essentiel que t~,lr:, du SOCial, et~ute façon introuvable pour nous, 1evenemene, de , . é Cet oubli-là ese encore trOP inaccessible dans sa vent, mémoire artificielle dan.gere~x, .il faut l'effa:~::ta\~n~émoires artificielles (au.lourd hUI ce sOé~ofre des hommes, qui effacent .les qUI effac~~t l~~rm ropre mémoire). Cette mémoire art1~­ hommes ~. de l'extermination _ malS cieHe sera la remlseden scène , Ile puisse faire de vraies rard, bien tt~p tar P~~;o~~éement quelque chose, et vagues et deran~er p n medium lui-même froid, . . d'une surtout, surcout a etavers u , irradiant l'oubli, la dissuasion et,.l ex:ermsls~~~~Onque les . .

façon plus sys:émariiuet:~co~eé;i~~~te ~ution' finale à camps ~~x-memes. a" . ent On fait repasser les l'h.istotlClté de tout r ::~::-oire' ou à la chambre à ga~, JUIfs non plus au fou, bd' , l'écran cathochmais à la bande-son et a la an e~lmage, a
77

que, et au micro-processeur, L'oubli, l'anéantissement a,ttel?t enfin par là à sa dimension esthétique _ il s acheve dans le rétro, ici enfin élevé à la dimension de masse. ,
tait

ho~teuse, de non-dit, n'existe même plus, puisque désormais « tOUt le monde sait », toUt le monde a vibré et chialé de:anc l'ex~ermination - signe sûr que « ça» ne se prodUlra plus Jamais. Mais ce qu'on exorcise ainsi à peu de, frais, et au prix de quelques larmes, ne se tep~odUlra en e~et plus jamais, parce que c'est depuis tO~J?~rs en tralO, actuellement, de se reproduire, et preCisement dans la forme même où on prétend le d.énoncer, dans le medium même de ce prétendu exorCls~e; la ,rélévisi~n, ~ême processus d'oubli, de li quidanon, d eXtermlOatlOn, même anéantissement des mémoires et de J'histoire, même rayonnement inverse implosif, même absorption sans écho, même trou noi: qu'Auschwitz, Et on voudrait nous faire croire que la TV va leve~ l'hypothèque d'Auschwitz en faisant tayonner une pnse de conscience collective, alors qu'elle en est la perpé,tuation sous d'autres espèces, sous les auspic:s cette ~OIS non plus d'un lieu d'anéantissement, mais d un medunlt de dissuasion, Ce que personne ne veut comprendre c'est que HolocallJ/e est d'abord (Ct exclusivement) ~n événement, ou plutôt un objet télévisé (règle fondamentale de MacL~han, qu'il ne faut pas oublier), c'est-à-dire qU'o,n essaie ~e réc~auffer un événement historique froid, tragique maiS frOId, le premier grand événemenr des syst~mes froids, des systèmes de refroidissement de dissuaSIOn et d'extermination qui VOnt ensuite se déployer 78

L'espèce de dimension sociale historique qui resenCore à l'oubli sous forme de culpabilité, de latence

saliS d'autres formes (y compris la guerre ftoide, erc.) et concernant des masses froides (les Juifs même plus concernés par leur propre mort, et l'autogéra~t, éventuellement, masses même plus révoltées : dissuadées jusqu'à la mort, dissuadées de leur mort même). de réchauffer cet événement froid à travers un medIUm froid, la télévision, et pour des masses elles-mêm,es froides, qui n'auront là l'occasion que d'un fr~sson, tacnl.e et d'une émotion posthume, frisson dissuaSif lUi aUSSI, qui les fera verser dans l'oubli avec une sorte de bonne conscience esthétique de la catastrophe. Pour réchauffer tout cela, il n'était pas de ttop de toute l'orchestration polirique et pédagogique qui est venue de parrour renter de rendre un sens à l'év~­ nement (l'événement télévisé certe fois), Chantage paOlque autour des conséquences possibles de cette émission dans l'imagination des enfants et des autres, Tous les pédagos et travailleurs sociaux mobilisés pour ~ltrer la chose comme s'il y avair quelque danger de Virulence dans ~ette résurrection artificielle! Le danger était bien plutôt inverse: du froid au froid, l'i~err~e sociale d~s systèmes froids, de la TV en particulier. Il ,fallait donc que tout le monde se mobi1is~ pour refaite du social, du social chaud, de la diSCUSSIOn chaude, donc de la communication, à partir du monstre froid de l'extermination, On manque d'enjeux, d'investissement, d'histoire, de parole. C'est ça le problème fondamental. L'objectif est donc d'en produire à tout prix, et cett.e émission était bonne pour ça : caprer la chaleur artificielle d'un événement mort pour réchauffer le corps mort du social. D'où l'addition encore de medium supplémentaire pour renchérir sur l'effet par, fced-~ac~ : sondages immédiats sancrionnant l'effet masSif de 1ernls79

sion, l'impact collectif du message - alors que ces sondages ne vérifient bien entendu que le succès télévisuel du medium lui-même, Mais cette confusion ne doit jamais être levée. De là, il faudrait parler de la lumière froide de I~ tél.évision, pourquoi elle est inoffensive pour l'imagmatlon (y compris celle des enfants) pour la raison qu'~lle ne véhicule plus aucun imaginaire et ceci pour I~ s~mple rai~on que ce n'es,t pills une image. L'opposer au cmema doue encore (mals de moins en moins parce ~ue ~e ~Ius en plus Contaminé par la télé) d'un intense l1~agl~al~e parce que le cinéma est une image. C. est-a-dlre pas seulement un écran et une forme visuelle, mais un mythe, une chose qui tient encore d~ double, du phantasme, du miroir, du rêve, etc, ~Ien de.tout ce}a. dans l,'i~age « télé", qui ne suggère flen, qUl magnetlse, qUl n est, elle, qu'un écran, même ~as: ,U? terminal miniaturisé qui, en fait, sc trouve lm~e?latement dans votte tête - c'est vous l'écran, et la tele vous regarde - en transistorise tous les neurones et passe comme une bande magnétique _ une bande, pas une image,

China Syndrom

L'enjeu fondamental est au niveau de la télévision er de l'information. Tout comme l'extermination des Juifs disparaissait derrière l'événement télévisé d'Holocauste - le medium froid de la télé s'étant simplement substitué au système froid de l'extermination qu'on croyait exorciser à travers elle - ainsi le Syndrome chinois est un bel exemple de la suprématie de l'événement télévisé, sur l'événement nucléaite qui, lui, reste improbable et en quelque sorte imaginaire. Le film le montre d'ailleurs (sans le vouloir): ce n'est pas une coïncidence qui fait que la télé est jusrement là où ça se passe, c'est l'intrusion de la TV dans la centrale qui fait comme surgir l'incident nucléaire - parce qu'elle en est comme l'anticipation ct le modèle dans l'univers quotidien: téléfission du réel et du monde réel - parce que la TV et l'information en général SOnt une forme de catastrophe au sens formel et topologique de René Thom: changement qualitatif radical d'un système tout entier, Ou plutôt
Sl

inachevé. Harrisburg 1.ncepts (~cha~ds» et néguentropiques d'énergie et d JOformatlon. drame substitutif à la catastrophe nucléaire qui n'aura pas lieu. L'homologie du nucléaire et de la télévision se lit directement sur les images: rien ne ressemble plus au cœur de comrôle et de télécommande de la cemrale que les studios de la TV.TV et nucléaire som de même nature: derrière les c~. celui du réacteur. enfoui et illisible. puisque ta réversibilité des symptômes et leur convergence dans un même processus constiruent très exactement ce que nous appelons un syndrome . dans sa catastrophe imminente. le meurtre du direcreur technique pat les Brigades spéciales. y compris dans le caractère suspensif. constellation idéale de la simulation. ~ TV eUe aussi est un processus nuclealte de réactlOn en chaîne. et nulle part ailleurs). Watergate et Network telle est la trilogie du Syndrome chinois . l'universalisation d'un système de dissuasion. ça ne marche pas sur le plan imaginaire: le drame se joue sur les écrans. l'induction par le film de l'incident nucléaire d'Harrisburg. nous n'en saurons rien. et au fond sans importance dans le film (quand on essaie de nous le suggérer. la plus étonnante à laquelle il nous ait été donné d'assister: le réel a répondu point par point au simulacre. c'est la deuxième intrusion massive de la presse et de la TV qui provoque le drame. Ainsi le nucléaire.es froids. Sur la fin du film encore. Or tOut se passe entre ce~ deux pôles: l'autre « cœur ". Etrange précession d'un film sur le réel.trilogie inextricable où on ne sait plus lequel est l'effet ou le symptôme de l'autre: l'argument idéologique (effet Watergate) n'est-il que le symptôme du nucléaire (effet Harrisburg) ou du modèle informatique (effet Network) . Ils om la même force de dissuasion des systè:n. en principe le véritable cœur de l'affaire. ce qui est essentiel du point de vue de la dissuasion: le 1.qu'il soit chinois lui ajoute encore un parfum poétique et mental de casse~ tête ou de supplice. L'incident à la centrale nucléaire de Three Milt's Island. derriète son risque présumé d'explosion. cache une longue catastrophe froide. qui succéda de peu à la sorcie du film. Obsédante conjonction de China Syndrom et de Harrisburg. de la catastrophe. non selon une logique causale. et les consoles nucléaires se mêlem dans le même imaginaire à celles des studios d'enregistrement et de diffusion. mais de par les rappotts de contagion et d'analogie silencieuse qui lient le réel aux modèles et aux simulacres: à l'induction du nucléaire par la TV dans le film répond. Merveilleux titre donc que ce China Syndrom. c'est-à-dire de catastrophe chaude. celui-là est comme le réel. mais implosive: elle refroidit et neutralise le sens et l'énetgie des événements. 82 83 .le réel (Harrisburg) n'est-il que le symptôme de l'imaginaire (Network et China Syndrom) ou l'inverse? Merveilleuse indistinction. il est clair que le Syndrome n'est pas étranger à l'accident « réel» d'Harrisburg. Mais tOut cela est-il si involontaire? Sans supputer entre le simulacre et le réel des liens magiques. avec une évidence troublante.

mais l'imp~o­ sion. elle est celle des simulacres et de la simulation où s'engouffre effectivement route l'énergie du réel. rI y a bien une réaction en chaîne quelque part. et nous en crèverons peut-être. et nous grarifie de son spectacle. c'est fini). Ainsi. mais dans une implosion secrète et continue. Hélas! tien ne s'est produit. à l'image du film. et que Harrisburg procède dans la « réalité» de l'effet de cinéma China Syndrom. De quoi rêvent d'autre les media que de suscirer l'événement pat leur seule présence? Tout le monde le déplore. il n'y a qu'un pas qu'il faut allègremem franchir. forme sp~ctacul~lre et pathétique . que se reproduise à cette occasion J'accide~t lié à l'œil magique. avec lequel leur processus ne fait que coïncid~t. c est la precessIon des modèles. De là à renverser notre logique et à voir dans China Syndrom le véritable événemem et dans Harrisburg son simulacre.en secret par cette éventualité. c'est qu'ils ont été précédés pat le modèle. tout le monde attend que ça saute.t fasciné . . dans le film comme à Harrisburg. Plus jamais l'énergie sous sa. Ce qUl arrtvera.n.rmes d énergie antérieures.. et Harrisburg est une sorte de simulation au deuxième degré. de l'énergie nucléai te en ~u'eHe est tefusée - Ile-même (Hiroshima. étant en m~me te~PS celUI de la révolution . il aurai: ~té merveilleux que le scénario de Chma Syndrom se repete à Fessenheim. Mais celui-ci n'est pas non plus le prorotype ongmel de Harrisburg. mais cette réaction en chaîne n'est jamais celle du nucléaire. fut-elle catastrophique. que ~a destruction dise son nom et nous ôte à cette panique mnommable. ce n'est plus la prédestlOatIOn dlvlOe. et qui prend. mais tout le monde es. Car le malheur. Car c'est par ta même logique que la réalité nucléaire procède dans le film de l'effet télévision. l'un n'est pas le simulacre dont l'aurre serait le réel: il n'y a que des simulacres. c'est qu'il n'y a pas de spectacle du nucléaire. et c'est pour cela elle serait parfaitement a:=cept~e si elle se prêtait au spectacle comme les fo. à la présence provocatrice des medIa. aujourd'hui peur-être un rour plus mortel que toutes les explosions dom on nous berce. mais elle est tout aussi inexorable. Car l'explosion est toujours une promesse. Mais justement ça n'arrivera plus.l~glqu: des slm~lac~es. lotS de la visite offerte par EDF aux journalistes. non plus dans une explosion nucléaire spectaculaire. de l'énergie.teur révèle enfin sa chaleureuse puiss~nce de desrrucflo. Et c'est pour cela que les événements n'ont plus de ~ens : ce n'est pas qu'ils soient insignifiants en eux-memes.t arrangé. Que ie « cœur» du téac. ce ne sera jamais plus l'explosion. Parousie de la catastrophe: ail ment substantiel de notre libido messianique. qu'il nous rassure sur la présence. à cette panique de dissuasion qu'elle exerce sous la forme invisible du nucléaire. elle est notre espoir: voyez combien.tout le romantIsme" de l exploslOn~ qui avait tant de charme.mais l'énergie frOIde du Simulacre et sa distillation à doses homéopathiques dans les sys· tèmes froids de l'informarion. Et pourtant si ! tellement puissante est la logique des simulacres: une semaine après. . T~He ~St la. pour produire uoe simulatIon de catastrophe.réel s'es. les syndicats découvraient des fissures dans les 85 84 . .

Miracle des contagions.et là le film est impitoyable pour so. alors la seule façon de pallier à ce scénario serait de faire arriver la catastrophe. L'effet Nerwork l'emporre de loin sur l'effet Wat~rgate et s'épanouit mystérieusement dans l'effet Hamsburg. dans le réel non plus. Si on y regarde bien. O~ c'est . soit disséminée à doses homéopathiques.e la Nature de temps en temps: dans ses moments inSpIrés. C'est d'ailleurs là son ambiguïté. mais une destructuration mentale par une stratégie mentale de la catasttophe. lui. pas du tou la TV. . au lieu d'exploser bêtement.di~su~sion : dresser les peuples à l'idéologie et a la dlsclplme de la sécurité absolue _ les dresser à la ~étaphysique de la fission et de la fissure. il nous livre même un enseignement diamétralement inverse de celui de Watergate: si route la stratégie aujourd'hui est de terreur m~ntale et de dissuasion liée au suspens er à l'éternelle Simulation de catastrophe. a-t-il dissuadé le processus universel de dissuasIOn ?). palpable. pas plus que le clash atomique à l'orée de la guerre froide. Là est la véritable contamination jamais biologique et radioac~ive. . ' . n'est pas faite pour avoir lieu. Une catastro?h~ réelle retarderait les choses. jamais le reel. révélatrice des vices du nucléaire. Ce à quoi s'e~ploi. son image se retrouve Juxtaposée à celle qui va lui succéder sans appel et l'effacer sur l'écran .Puisque renvoyant les choses à leur événement pur. il faut que la puissance de la catastrophe. de ~ype . L'équilibre ~e la rerreur repose sur l'éternel suspens du clash atomIque. un flash publicitaire quelconque. Dans le film aussi la fusion réelle serait un mauvais argument : il retomberait au niveau d'un film SOrt de catastrophe faible par définition. Atome et nucléaire sont faits pour êtte disséminés à des fins dissuasives. JI noUS enseigne (encore une fois sans le vouloir) que la catastrophe nucléaire n'a pas lieu. contre la violence invisible de la sécurité. Chma SyndronJ. c'est-à-dire non pas dans le péril nucléaire mais dans la simulation de catastrophe nucléaire. et en allant plus loin. mais a~ con:ral~e la TV comme orbite jumelle et réaction en chame Jumelle de celle du nucléaire.la simulation qui est efficace. de produire ou de reproduire de la catastrophe réelle. c'est Dieu qui par ses cataclysmes dénoue l'équilibre de la terreur où les humains se sont enfermés.explosif (sans rien changer au cours des choses: HIroshima a-t-il retardé sensible~ent. dans les réseaux continus de l'information. le film nous y IntrodUit. Pour cela Il faut que la fissure soit une fiction. moléculaires. propr: argu~ent quand Jane Fonda fait éclater la vérité en dIrect. trouve sa force dans le filtrage de la catastrohe dans la distillation de la hantise nucléaire à ttavers ies 'relais hertziens omniprésents de l'information. miracle des réactions en chame analogiques! L'essentiel du film n'est donc pas du tout l'effet Watergate en la personne de Jane Fonda. La simulation de catastrophe nucléaire est le resstratégique de cette entreprise générique et universel~e de . .centra~es. c'est ce à quoi s'emploie aussi le terrorisme: à faire surgir une violence téelle. Plus près de nous. (effet Watergate maxima!). elle constituerait un lOCI dent rétrograde. 86 . D'ailleurs toUt' la fin .

La guerre s'abolit dans le test technologique. le même excès de moyens.dans ce sens. Coppola ne fait rien d'autre: tester la puiJsance J'intervention du cinéma. 89 . son film est bien quand même la prolongation de la guerre par d'autres moyens.. un gigantesque terrain où tester leurs armes. Dans ce sens. l'achèvement de cette guerre inachevée. et le même succès. c'est le meilleur témoignage possible . La guerre s'esr faite film.avec la même démesure. le film se fait guerre. et pour les Américains elle fut d'abord cela: un banc d'essai. et son apothéose. la guerre comme succession d'effets spéciaux. les deux se rejoignent par leur effusion commune dans la technique. la même candeur monstrueuse . la guerre devenue film bien avant d'être tournée.. La guerre comme défonce. leurs méthodes.Apocalypse Now Coppola fait son film comme les Américains om faît la guerre . tester l'impact d'un cinéma devenu machinerie démesurée d'effets spéciaux. leur puissance. comme fantaisie technologique et psychédélique.

. On n a r~en c~mp " as saisi cette indistmctlon (celui-là au molOs) SI °i~. d'un tel holocauste de moyens. elle esr faire par Coppola comme par Westmoreland: sans compter l'ironie géniale des forêts et des villages philippins napalmisés pour retracer l'enfer du Sud-Vîêt-nam .l'autre (~n . mais . 90 .l vous repeter une route ~ qui n'est pas un Jug~~.en ter:e~l: ~:~~~ci1i'és.. mais le déploiement sacrificiel. avec la même fureur insignifiante. du bien qui n'est plu~ celle. un rêve baroque de napalm et de tropique. prod~ctlon. c es ll~ horreur est-elle possible (pas celle d. qui n'est pas mec.:l: Pique ou morale.hante. égale ou supédes machlOes ln ust d s ouvernements. aucun sens critique. et lui-même fait du cinéma de la même façon. dans l'esprit du créateur. eX::::::~t comme ils font leur film a~Jour­ les v~lIes.celle l'immanence d'une chose dans sa et de la.ce ne SOnt pas là des signes critiques. et militaires.le et nom l. et la paranoïa éclatante qui dès le début a conçu ce film comme un événement mondial. re~ bàer de ce ttuC monstrueux (exaet~­ et on peut memeuJru Wa ner) _ mais on peut t?utefols me~t comme po tit~ idée. d les technologles. et on peut se dite: assène ça. Aucune distance réelle.~::I~: ont anéanti la jung. n'attendant peut-être rien d'autte que la consécration d'un superfilm. rieure à celle du Pent~g~~:e:'e:t ~as sans intérêt: il .. du tapis filmique .. qui parachève l'effet de spectacle de masse de cette guerre. ça fair parrie de l'effet spécial. Coppola peut bien affubler son capitaine d'hélicoptère d'un chapeau de la Cavalerie légère. avec la même mégalomanie rétro. la joie sacrificielle de tant de milliards dépensés. ue rien ne les sépare. c'est un rêve. aucune volonté de «prise de conscience» par rapport à la guerre. un rêve psychotropique qui n'avait pas pour fin l'enjeu d'une victoire ou d'une politique.clOe~~tog:i~le.:. n'aurait pas existé au fond _ et il nous faut bien y croire: la guerre du Viêt-nam « en eUe-même » n'a peut-être en effet jamais eu lieu. ris ni à la guerre ni au ~lOé:na d'hUi. historique.que.:cee~tl ~ne victoire mondiale. celle. ~se ~ n'y a pas de jugement possible. de rant de péripéties. et lui faire écraser le village vietnamien au son de la musique de Wagner . que ce dans le même ~atertau.La vraie guerre. a hi ue égale et supérieure à cetle celle-cl. puisque le film est une ~e~: avait déjà de flippé. offraient leur aide éco~ fin d~s hostilités les tA. e~. de la ré~etsibilité de la destruction et du mal. dénouement) ce que cette l ' e s ' les Américains et d'irra~sonné . ' E. A~oc~ YP puissance. il n'y a pas de. d'une puissance se filmant déjà elle-même dans son déroulement. c'est immergé dans la machinerie. t là c'est effarant. aussitôt ~près la les Vietnamiens so ~. q _ si les Américains ont film-là fait partie de la guer)re ï ont à coup sûr gagné perdu .. démesuré. dans lequel.~:ameet ce film-là sont taillés dit que la guerre d~ . avec le même effet surmultiplié de guignol.:p. Mais voilà. :emétabOlisme organique de toutes 'de bombes à la pellicule révolution me:n e . distants. d valeur.t du cO~:~ment (ce n'est même pas rétrospececlalre retrospeCtl h de cette guerre sans tif. il nous .e comment une te d fil à proprement parier)? MaiS la guerre. la guerre du Viêt-nam n'aurait été que ce qu'elle est. et d'une cerraine façon c'esr la qualité brurale de ce film. de n'être pas pourri par la psychologie morale de la guerre. mais qU. on reprend tout par le cinéma cr on recommence: la joie molochienne du tournage.

désinfection. la comment lui donner un nom? Enigme de cette carcasse de flux et de signes.ultime velléité de traduire une structure qui n'a plus de nom. autogestion. media). celle des rapports sociaux livrés à la ventilation superficielle (animation. la pollution.L'effet Beaubourg Implosion et dissuasion chose Beaubourg - L'effet Beaubourg. Tout autour le quartier n'est plus qu'un glacis _ ravalement. Un peu comme les centrales nucléaires: le vtai danger qu'elles constituent n'est pas l'insécurité. information. le Centre fonctionne comme un incinérateur absorbant toute énergie culturelle et la dévorant _ un peu comme le monolithe noir de 2001 : convection insensée de [Ous les contenus venus s'y matérialiser. l'explosion. design snob et hygiénique _ mais surtout mentalement: c'est une machine à faite le vide. Monument aux jeux de simulation de masse. la machine Beaubourg. et à une implosion irréversible en profondeur. s'y absorber et s'y anéantir. mais le système de sécurité 93 . de réseaux et de circuits .

qui leur échappe dans son succès même. Tout le discours social est là et sur ce plan comme sur celui du traitement de la culture. fission culrurelle. dépourvus de tout esprit critique. de livres et. à refaire leur « bulle ». mais aux logiciens de l'ordre établi. (Qu'en est-il de l'argent. la circulation des fluides est inégale. et sanctionné par le chamage à la sécurité.au matériel d'œuvres. Déjà la c. cool et moderne . Debouts et mobiles. de mettre en place une machine au fond incontrôlable. Plus on s'enfonce vers 1~nte~leur. de proche en proche. le même modèle. plus souple... écologique. ~eci dit.e). et qUi est profondément un modèle de dissuasion (~'est le même qui nous régit mondialement sous le sl~~e de l~ coexistence pacifique et de la simulation de penl atomique). on retrouve ainsi la même contradiction qui est celle de la chose Beaubourg : un extérieur mobile. ct donc plus proches de la vérité.l qui rayonne autour d'elles.maxima. virtuellement. dans leur obstination. assigné à l'espace "polyvalent" et sans espace privé de travail. Ve~tllat1on.~ ~e.a l'espace intérieur soi-disant «polyvalent».. Curieusement. C'esr l'inverse de Roissy. que sal::. celui de tous les rapports sociaux. écono_ mique.last1q~e. géopolitique. tefroidissement. jusqu'en ses contradictions. toutes proportions gatdées. ç. ou d un centre futuriste design «spatial" irtadiant ~ers des «. articulé sur l'idéologie de visibilité. réseaux électtiques _ les fl. Il est doux de penser que l'idée n'en est pas venue à quelque esprit révolutionnaire. cet autre fluide. Circule plus du tout. moins ça circule. Assis dans leur coin. glacis technique. commutant. Cet espace de dissuasion.lrculatlon du flux humain est moins bien assurée (solution arc~aïque des escaliers roulants dans les manchons d~ p.sarellites ". Belle tactique de dissuasion là aussi: on les condamne à user route leur énergie dans cette défensive individueHe. Beaubourg est. qui va se généraliser à tout le champ SOCIal. d'objets. les gens affectent un comportement cool. Même contradiction jusque dans les comportements du personnel. 94 95 . aVIOns traditionnels. de transparence. on aboutit tOUt platement a des .U1des . de polyvalence. ~als une mobilité qui soit à l'image de cette theatrallté batoque des flujdes qui fait l'originalité de I~ carcass. ils s'épuisent à sécréter une solitude artificielle.un intérieur crispé sur les vieilles valeurs. le glacis de contrôle et de dlssu~si~n qui s'étend. adapté à la "structure» d'un espace "moderne ". Quant . " s clabore au Centre. on devrait être aspirés. très design. . sur to~t le teffltOlre. Qu'imporre le nucléaire: la cent~ale est une matrice où s'élabore un modèle de sécunt~ abJolue. qu'en est-il de son mode de circulation. propulsés. qui n'en est justement pas un. capables.. Mais l'incohérence est la mê~e. un monument génial de notre modernité. est aujourd'hui. et qui est le reflet le plus exact. de consensus cr de comact. dissuasion politique. etc. en pleine contradiction avec ses objectifs explicites. de l'érat de choses actuel." traditionnels» y circulent très bien. d'émulsion de retombée à Beaubourg ?) .e.

qui a de toure façon 1air d une compression.n ~es plus petits éléments simples . Heureusement. dont la simularion inverse sert de référentiel à la culture défunte. a~Jourd hUI pour nous en effer de circuits ~::~~. cult. proclame ouverrement que notre temps ne sera plus jamais celui de la durée.Bien sûr. Beaubourg est rabattu sur ses prérendus contenus artistiques. On y expose Dubuffet et la contre-culture.faIsceau de. avec ses réseaux de tuyaux et son air de bâtiment d'expo ou de foire universelle. l'idéologie même de « producrion culturelle» est anrithétique de toute culture. parce qu'à cette enveloppe a~. du cracking. et que c'est bien ainsi parce que la culture est morœ. non plus exte~leur. c'est déjà bien une compression à la César . que norre seule temporalité esr celle du cycle accéléré et du recyclage. celle du raffinage. de l'iniriatlon. Notre seule culture au fond est celle des hydrocarbures. Monument à la déconnexion torale: a 1 hyperr~ali. tout comme celle de visibilité et d'espace polyvalent: la culture esr un lieu du secret. d'un échange symbolique restreint et hautement ritualisé. Dans cette carcasse qui aurait pu servir de mausolée à l'opérarioonaliré inutile des signes. ce que Beaubourg retrace admirablement. de leviers. de la séduction. tou~ les contenus culturels de Beau_ bour. alors qu'il eût fallu accepter triomph~lement cette mort et dresser un monument ou un antl-m?nUment équivalent de l'inaniré phallique de la tour El~fel. BeaubourgMusée veut le cacher. transmiSSIOns .et métabolisme défunt. et qUI en aurait fait des tas de ferraille cublq~es où le cha~s de tu~es. deco~pee et pressee e. avec sa fragilité (calculée ?) dissuasive de toute mentalité ou monumentalité tradidonnelle. de metal et de c~alr humame à l'intérieur est taillé à la mes~te . Nul n'y 1. tout ce simulacre de valeurs culrureUes est anéanti d'avance par l'architectute exrérieure 1. mais Beaubourg-carcasse le proclame. celle du circuit et du transit des fluides. Ceci. géométrlque du plus petit espace possible ~ alOs~ la cuhuc: de Beaubourg est concassée. Er c'est ce qui fair profondément la beauté de la carcasse et l'échec des espaces intérieurs.g SOnt anachronIques.chlteet~rale s:ul eût pu correspondre le vide intérieur L ~mpr:sslOn genérale étant que toUt ici est en com~ de~sse. Telles les bagnoles" ~e César. re.comme les mobiles automobiles soudam gelés dans un solide géométrique. en son temps. gelé comme un mecanoïde de sCIence-fiction.ure dans cette carcasse. Interne à la structure métallique et ~écanlque.~otlses toujours guettés par un court-circuit giganBeaubourg. au lIeu de ça on y expoJe César.ropre pOIds .fig~re d'une culture telle qu'écrasée déjà par son p. du cassage de molécules culturelles et de leur recombinaison en prodUits de synthèse. De toute façon. Autre chose encore anéamit le projet culturel de Beaubourg: la masse même qui déferle pour en jouir (nous y revenons plus loin) 96 97 . on réexpose les machines éphémères er aurodesrrucrriccs de Tinguely sous le signe de l'érerniré de la culrute. tordue. de carrosserie. mais. mais de façon honteuse. 00 neuttalise ainsi tout ensemble: Tinguely esr embaumé dans l'institution muséale. Mais au lieu de casser et de compresser ici toure I~ .scapées d'un accident idéal.té et à l'implosion de la culrure ~alte. que tout se veut animation ct n'est que réani_ matlon. Car celle-ci.

nulle part. ne connaît même plus la distinction du signifiant et du signifié.un peu comme à l'Exploratorium de San Francisco ou dans les romans de Philip Dick .pourtant . une carcasse tout en Aux et connexions de surface se donne comme contenu une culture traditionnelle de la profondeur.utopie irréalisable sans doute mais à laquelle Beaubourg donne quand même raison. la nôtre (plus de différence). C'est vrai si on accorde quelque crédit au projet culturel officiel. s'il devait y avoir quelue chose dans Beaubourg . est une pratique manipulatoire. Le vide qui eût signifié la disparition de toute culture du sens et du sentiment esthétique. ~inthe. celle des masses. Que fallait-il donc mettre dans Beaubourg? Rien. La question «Que fallait-il mettre à Beaubourg?» est donc absurde. C'est là notre vérité. Pourtant . partout. démultiplication. ce vide eût valu encore pour un chef-d'œuvre d'anriculture. striant l'espace. il n'est pas vrai qu'il y ait dans Beaubourg incohérence entre le contenant er le contenu.. enchaînements Ct déchaînements aléatoires . Un ordre de simulacres antérieurs (celui du sens) fournit la substance vide d'un ordre ultérieur qui. MaÎs c'est exactement l'inverse qui s'y fait.. tant pis pour Beaubourg. Ici. Dès aujourd'hui. et non toujours celle de la production et du sens: voilà èe qui pourrair être proposé qui ne soit pas une misérable amiculture. Beaubourg n'est qu'un immense travail de rransmutation de cette fameuse culture traditionnelle du sens dans l'ordre aléatoire des signes.bref l'univers de Borges .lui. Beaubourg illustre bien le fait qu'un ordre de simulacres ne se soutient que de l'alibi de l'ordre antérieur. dans la mesure où n'importe lequel de ses contenus est un contresens. bref une culture de la simulation et de la fascination. aléatoire. et qui n'a plus de sens. Une expérimentation de toUS les processus différents de la représentation: diffraction. Peut-être un toLltnoiement de lumières stfoboet gyroscopiques. implosion. un laboratoire de fiction pratique).peut tien. Tant pis pour les masses.ce devrait être du labyune bibliothèque combinatoire infinie. et anéanti d'avance pat le contenant. 'une redistributÎon aléatoire des destins par le jeu ou les loteries .. ni du COntenant et du contenu. D'une autre façon pourtant. Mais cette cul[ure~là se faît ailleurs. dans 98 99 .ou encore les Ruines circulaires: enchaînement démultiplié d'individus rêvés les uns par les autres (pas un Disneyland du rêve. Mais ceci est encore trop romantique et déchirant. Il ne peut pas y être répondu parce que la distinction topique de l'intérieur et de l'extérieur ne devrait plus être posée. labyrinthique de signes. la seule vraie pratique culrurelle. dont la foule eût fourni l'élément mouvant de base? En fait. Est-ce possible? Pas ici évidemment. vérité de Mœbius .

Les masses. mais parce. transforme les masses. alors que toute opération censée de mett~e fin à la culture ne fait. C'est donc la masse qUI fait office d'agent catastrophique dans cette structure de catastrophe. de cette prostitution o~ératlonnelle. d'hypersimulation en réponse . et c'est à un véritable travail dt deuil culturel que les masses sonr joyeusement conviées. Il faut applaudir à ce succès de la dissuasIOn culturelle. c'est un véritable travail de mort de la culture qui s'y fair. s'y précipitent pour jouir de cette ~ise à mort. que la ressuSCIter. avec le même élan irrésisrible.sous le prétexte inverse de les acculturer au sens et à la profondeur. C'est là l'ironie suprême de Beaubourg: les masses s'y ruent non parce qu'elles sali~ vent vers cette culture dont elles seraient frustrées de. elle est cettes convertie en flux.' que l'incarnation homeuse. justement parce qu'elle est involontaire. C'ese une opération véritablement révolutionnaire. à simuler.co~mune mesure avec ce qui se proposait.eHe fait mieux: elle pa~tI­ cipe et manipule si bien qu'elle efface tout le sens qu on veut donner à t'opération et qu'elle met en danger même l'infrastructure de l'édifice.simulacres (le rroisième) tout à fait homo_ gène à celuI des flux et des tuyaux de la façade. lOl . leur fascinatIOn. Ainsi toujours une espèce de patodie.rtlci~r. On la convie à pa. Non seulemenr leur poids met en danger l'édifice. Mieux: elles sont la catastrophe de . Circulant dans l'espace de la transparence.iècles. Leur nombre. anéantit les contenus mêmes de cett~ lOO culture d'animation. dans. dom Beaubourg n'était . Il faut donc partir de cer axiome: Beaubourg est un monuwent de disJUasion culturelle. insensée et incontrôlée. c'est la masse elle-même qui met fin à la ClIlture de masse.t fin à cet espace « polyvalem ».~uis d~s s. comme on sait. Le malentendu est donc total lorsqu'on dénonce Beaubourg comme une mystification culturelle de masse.un ordre de . Ce rush n'a plus aucune . Sous un scénario muséal qui ne sert qu'à sauver la ficrion humaniste de la culture.à jouer avec des modèles . . elles. qu'elles Ont pour la pre~ mlCre fOlS 1occasion de participer massivement à cet immense rravail de deuil d'une culture qu'elles Ont au fond toujours détestée. gauchistes et contempreurs de culture n'am jamais de loin approché l'efficacité dissuasive de ce monumental trou noir qu'est Beaubourg.à la simularion culturelle. de ce dépeçage. qUI ne devaiem être que le cheptel de la culture. mais leut adhésion leur curiosité. Tous les anti-artistes. Et c'est pour dresser les masses à ce nouvel ordre sémiur_ gique qu'on les convie ici . par son opacité et son inertie. comme objectif cu!turel. leur prurit de tout voir et de tout manipuler. Et elles s'y ruent.Bea~bourg. d'une culture enfin véritablement liquidee. y compns toute contre-culture qui n'en est que l'apothéose. leur piétinement. est un comportement objectivement mortel et catastrophique pour toute l'entreprise. en effecteur de mise à mort de cette culture. mais en même temps. c'en est la négation radiCale. so~ exces ct son succès même. elle me. Les masses foncent vers Beaubourg comme elles foncent vers les lieux de catastrophe.

Ici s'élabore la maJJe critique au-delà de laquelle la marchandise devient hypetmarchandise. de marques. est déjà le modèle de toute forme future de socialisation contrôlée: retotalisation en un espacetemps homogène de toutes les fonctions dispersées du corps et de la vie sociale (travail.t ~rdu. Déjà commence avec le musée traditionnel cette découpe. culture). d:s échanges distincts ou à des besoms determlOes. Plus que d'une chaîne de travail il s'agit donc d'une discipline programmatique dont les contraintes se SOnt effacées derrière un glacis de tolérance. et la culture hypercul rure . n'ont d'autre fin que de vous malOtenir en état de masse intégrée. galeries.c'est-à~dire ~on p~u~ liée à.f~rence de t~ut~s les cultures. C'est cela qu'on vient apprendre dans un hypermarché: l'hyperréalité de la marchandise . ce regroupement. ou Beaubourg « hypermarché de la culture ". l'hypermarché. de références. l'attente. ou de citcuit intégré qu'une impulsion parcourt de part en part. transit incessan~ de choix. Pour cela. en termes d'input-output. le seul contenu de Beaubourg esr la masse elle-même. maIsons de la culture.scion fonctionnelle et dirigée que constltuent les objets. et qui en font quelque chose de ~res dIfférent des Heux traditionnels de la cul. ou. Et ceci traduit un fait plus général: c'est que partout dans le monde « civilisé» la constr~ction de stocks d'objets a entraîné le processus complementaire des stocks d'hommes. Espace~temps de toure une simulation opérationnelle de la vie sociale.A vrai dire. cette esthétisation incond\tlonneHe qUI fait l'hyperréalité de la culture. de produire un flux humain et mental homo~ gène.c'esr cela qu'on vient apprendre à Beaubourg: l'hyperréalité de la culture.). que l'édifice traite comme un con~ vertisscur. Jamais comme iCI la culture n aval. Jamais il n'a été aussi clair que le contenu _ ici la culture. dont la fonction est toujours d'induire de la masse. bibliothèques.rure (musees monuents. Immense mouvement de va-et-vient semblable à celui des commuters de banlieue. Ici les objets culturels. l'embouteillage la concentration.encore une mémoire. la queue. il faut que la masse des consomma~ reUfS soit équivalente ou homologue de la masse des produits. d mterroganon dltlgée: les gens viennent sélectionner ici des objets~réponses à toutes les questions qu'ils peuvent se poser. absorbés et rejetés à heures fixes par leur lieu de travail. C'est ça la « production d~ masse ». comme ailleurs les obj~ts de consommation. de lectures. et mettant fin du coup à la socialité.est . retranscription de tous les flux contradictoires en termes de circuits intégrés. comme une chambte noire.travail de test. non pas au sens d'une production massive ou à l'usage des masses. Je camp. de decodage. de sondage. C'est la confrontation et la fusion de ces 102 deux masses qui s'opèrent dans l'hypermarché . maIs a une sarre d'univers signalétique total. de molécule aimantée. ailleurs l'information ou la marchandise _ n'est que le support fantôme de l'opération du medium lui-même. sa mémoire au profit du srockage et de la redlstrlburlOn fonctionnelle. de flux transistorisé. Bien au-delà des institutions traditionnelles du capital. mais la production de ta maJJe. cette inrer. Et c'est bien d:~n travail ~u'il ~'~git ici . 103 . car cette :c. ~ais le musée.co~me à Beaubourg. media. ou plutôt ilJ viennent eux-mêmes en répon~e à la que. exactement comme une raffinerie traite un produit pétrolier ou un flux de marière brute. la masse comme produit final de toute socialité. loisirs.

Que la masse aimantée par la structure devienne une variable destructrice de la structure ellemême _ ceci. la masse répond par une irruption destructrice. ' t Il Y a une ~es aussi. . C'est son défi à elle. N Importe quel stock est violent e .BIC en metta~t en scène un modèle réduit idéal ' . une culture à dévorer. masse implosive. 1 P ~s en. et J y dévorer da cwus de snllu!ation ininterrompu. Même processus g~ ~~era~lOn auto~~tique réaction en chaîne _ : peratlon nuc1ealre de blanche. vlOlence spécifique dan . Mais en même temps ils visent expressément. 105 104 . A la dissuasion mentale la masse répond par une dissuasion physique directe.. est au contraire le lieu de l" 1 La masse est la sphère de 1 lmp OSlOll il social. un édifice à manipuler. Faites plier Beaubourg. > ou operauon spéculaire de magie Beaubourg est . la foule. à sa densificati~n . c'esr-à-dire par son aspect le plus dénué de sens. inutile de le contester. la pnme) par ia propre ctrmlatÎon f'o~~:~. Masse critique. Le succès de Beaubourg n'esr plus un mysrère .masse d'homa sa gravitation. d'acculturation massive à une culture stérilisée.masse projecrile qui défie l'édifice de la culture de masse.vldolence propre autour e son propre but de le faire plier. le plus stupide.ma~se dom on veut nous faire croire social. Inutile de j'incendier. . les gens Y vont pour ça. Au-delà de .gu on espere tique de culture comme u~e a e lagg~utl. au défi de culruralité qui lui est lancé par Beaubourg. e a transparence prend ici son sens. imploser tout 1 . pat le fait q~'~l~~:r~~s~uelle . ils se ruent sur cet édifice. dans le seul Mais si les stocks d' b' ~ des hommes. e SOCla. ns un proDe la ce miroir concave' ' la masse à J'intérieur l . c est en voyant fluer. qui riposte par son poids. que es mass:s seront tentées d'afcl 1 yplque de marketmg : toute l'idéal . est le cl: la marchandise: demonstration de n" accélérée. qui se prolonge dans une manipulation brutale. aIre par/att. c :sr une gravitation accélérée un . ta culture. dont ta fragilité respire déjà la catastrophe. Certes ils obéissent à l'impératif de dissuasion: on leur donne un objet à consommet. plu! dense où Vient . la violence la~e~:~s entratnent le stock~ge entraîne violence inverse des stock d'objets l~ h:%e~~ .ur :~r~u~a~ché à l'é~helle p~~r a 1 première fois à foyer d'inertie. s'ils ont ainsi programmé la chance de mettre fin d'un seul coup à l'architecture et à la culture _ alors Beaubourg constitue l'objet le plus audacieux et le happening le plus réussi du siècle.ndise.natlon automa~ des masses. Allez-y! C'est la meilleure façon de le détruire. cet anéantissement. La masse est foyet d'inertie et par là foyer d'une viole~ce tout à fait neuve. si les concepreurs l'ont voulu (mais comment l'espérer ?). elle risque de faire «plier" la structure de 30 000 Beaubourg. La ruée esr le seul acte que la masse puisse produire en tant que teHe . l'échelle de la culture ceam~l ~u e~le . inexplicable et différente de la VIOlence explosive.' Nouveau mot d'ordre révolutionnaire. Méthode t . l'air ~:::rt~ ~uoi (la marcha. Au défi. Ou encore' :. le moins culturel. et sans le savoir.

e 107 106 . d l'Etat du pouvoir. ~or~eet :o.te. leur regard n'est qu'un aspect de la 2. et les gens sont dl:ec~ dans un processus: ma. ce enee d'édifice. c'est celui de la manipulation.cbacun emportant un boulon fétiche de cette culture elle-même fétichisée. catastrophes. dont Ç'aurait été la seule réponse possible au défi absurde de transparence et de démocratie de la culture . A un univers de . Ils n'escomptent jamais cette fascination active. . destructrice. tmplose.~~ r~:~~ Ce qui se dicClons n est J. de tOUt manipuler. car ils n'escomptent jamais que l'apprentissage des masses au Jpec/acfe de la culture. Beaubourg aurait pu ou dû disparaître le lendemain de l'inauguration. C'est l'imploternatlve Imagmalre d' ~ 1"' du monde « quatersion qui est la.~~~:~oire. démonté et kidnappé par la foule. Voir. et à sa radicale compréhension de Beaubourg. combien dérisoire la manifes_ ration des étudianrs de Vincennes Je soir de l'inauguration! Pani ue au ralenti. . violence interne a è brûler cout est prévu. etc. a force "1 d' loppés.1 de la qui n est plus 'fi' Quelque chose qUI tient de disran~e'e . e Le ~êve d~ voi~ tout ~etla ~~~Ios~. Par rapport à cette masse critique. p d flux répondenc la réverrépond a un m~ réseaux. guerres. qui est de répondre dans les termes mêmes où on la sollicite.nipu~er/etre tern~nt I.m~e~rilerlêrre ventilé.. naire ". attraction qui a tous les traits d'une effraction et du viol d'un sanctuaire. n la paOlqU . mais au-delà..terne . ~eau~ourg ?e P~~td~~trr~Ction n~ sont plus l'alL'ince~dJe.. ~i~si de la ville. . sans mobi!e e~.tile. de l'ordre de la représentatlon.Sa ruse. L tmplOSlon. apprendre ne les affecte pas. Les gens viennent toucher. ou de discours. . marglOa .plo. rnanlpuJat1~n non tactile.rculer. n. Incendies. " r~ure a lutions. panique.n réaIJ. ~ste. C'est la q 'un ensemble sature..'f< de concraAinsi des InstltuClons.:~e::~~:. réponse brutale et originale au don d'une culture incompréhensible. rev~. de tOUt piller. est ce qUI I:a su vers.. . st son mode actuel de dlsparmon. . Le pOIJvotr de circuÎts de concro e sur ev~ . de répondre à la simulation où on l'enferme par un processus social enthousiaste qui en dépasse les objectifs et joue Comme hypersimulation destructrice 2. . plu~ vls~eluéS Les gens Ont envie de tOUt prendre. lité criminelle. cYbe~netl~u la destruction violence. déchiffrer.SIO~. d'elles-mernes. de cornblOatOire et e sion et l'implosio~.i e~edl. de tOut bouffer. de feed-bac~. c est d~u ramifications. l ex. circuler/f~lre cl. ils regardent comme s'ils tOuchaient. '"11 d la négativlte Interne problémarique de 1antivi e. rna01~ule. Le seul affect massif. Il s'agit bien d'un univers tac.u~te~e Pe lesqinStitutions implosent produit e. Les organisateurs (et les artistes et les intellectuels) SOnt effrayés par cette velléité incontrôlable.de la roducrion.

de la libération des fotces productives. (C'esr ainsi qu'on restaure encore après la seconde guerre mondiale.lmagma indéchiffrable parce que IOdeteren.~n éto~~:so~ee~é~iali:~n des énergies. . ce e.losop ités et de moléculatisation d~ des:: radiatIOn des lO::ens s celui d'une saturation Jusqu a vont da?s. et qui n'est celle de personne. là aussi. immanent.e d'informatlon. Nous étionJ une cuiture de la violence libératrice (la rationalité).ser. même en profondeur . potentiellement saturé et qui ne connaîtra plus jamais l'explosion libératrice.m~. de l'extension irréversible du champ de la raison et du champ de la valeur. h iques stellaires. par des phases lentes ou violentes. l'état d'un. '1 ce apparaît aUJourd hUI. la ville ne se répète plus selon un schème de repro_ duction encore dépendant du schéma général de la pro~ duceion. énergétique. celui d'une énergie libérée_ l'imaginaire du rayonnement. mais pat la miniaturisation génétique. la l'interstitiel et a 110 n . che d'u~ mond~. qui n'oublie rien.::ifi~a~:n démesurée du social. les frayages interstlhypertrophique investissant toUS tiels.p~~ dialec'tique. Même le scénario de la ville souterraine _ ver~ sion chinoise d'enterrement des structures _ est naïve. l' d'un réseau (de saVOlr. Ils tradUls~nt le P rjuctiOn et d'expanslOn toUS définis à des systemes d e P h .e n~lus ~~ trace les chemins du SOCIal noUS est famllJere. Que ce soit celle du capital. de pou . C'est une violence Une tout aur. d:i~­ tou~es.uI que. C'est ce~l~.pe que noUS ne sav?~s p 1 d l violence explosive: VIOaU sch. et qui mèm~ à la sa~~. les phl. parce qu'elle échap. s~n i' des réseaux. le st inintelligible parce que Ce(~e VI? e~~~:éesur la logique des systè. 108 . expanslon~ Elle eS:elève_t_elle même plus du sc~ème mlOée.: azimurhs . . Fin de la représentation et implosion.elle se refait à partir d'une Sorte de code génétique qui permet de la répéter un nombre indéfini de fois à partir de la mémoire cybernétique accumulée. VIOlence s il en es~ dc: s~.a ons appris à analyser et q. c'est celle de la productio~.is des mode ~s a: fondamentalement di~fé­ sali té c1asSlque~ ne son as~a e de systèmes d'expanslOn rents. ~~r d détermination et de caupris le rela. La différence du u'une modulation.) La ville ne ressuscite plus. a quelque chose d>archal'que par rapport à son véritable mode d'anéantissement. ~omme système. de l'espace conquis et colonisé jusqu'à l'universel _ que ce soit celle de la révolution. Peut-~tre ~e tes modèles aléatoites qUI ont ation de lïndérermlO . de plus en plus dense.éma ~rad'~~~~seultee n:n plus de l'extension d'un lence t1J1plos~ve q a saturation et de sa rétraction. système s~~~:)g~:~ncombré et d'un conrrôl. libé~atric:.~~:éeJ eanalytique. l' ccompagne est celle qui accouLa violence qU~as~e .ou externe à la ville. catharu~ Cetre vlolence.q d tout le champ du social. qui anticipe sur les formes fueures du social et d'énergie du social _ le schéma est le même: celui d'une sphète en expansion. de la carte co-extensive au territoire et le redoublant tout entier: aujourd'hui le simulacre ne passe plus par le double et la réduplication. qu. de tout l'espace dans une mémoire infinitésimale. le me. Finie l'utopie même de Borges. Simulation d'Un ordre irréversible. à consécutive a u .mes tout notte. me peu importe _ 7. molaire au moléculaire n est q lO9 . ou selon un schème de ressemblance encore dépendant du schème de la représentation..:s :l~a~.t~. mais de s .

dans le r ' . damenral des systèmes en ex~a~~~~~s energénque fo n _ h .mais en même temps se rapproche. c'esr-à-dire contrairement à sa réécriture en termes de prosopopée révolutionnaire.artlfi ce d'une économie générale de. ï ~ une fOIs dlsslpee leur cess.le dans ce sens e:~ts e hpecte . en de multiples points plus nombreux qu'en 68. (L'énergie inverse?) Il faut se garder de prendre l'implosion pour un processus négatif.SO~t deven~es et de résorption du social lui_mê:nfoyers d a~sorpt~on co~temporain du double conce t d e d. dans un champ d'inertie qui enveloppe déjà le politique. intelligible à la raison historique.er feu.certamement elles si cette hypoth' des foyers d'implosion da~:ec: ~~nssens . à une h' malS CC:I n. . cham. sur un laps de temps bref. llO .tel est l'imaginaire qui nous domine toujours . .11 r b progreSSivement nem des systèmes involu~:f: ur~ la uleuse. ou bruralement. et grâce à 68.or~ent toutes les où le monde au sens où' nous l'ent::~:~rs ce~ trous noirs nement et p~tenriel indéfini d'énergie.et pas du cout quelque dynamique révolutionnaire introuvable. en conrradiction d'ailleuts avec l'idéologie des participants euxmêmes.et de dépense ne~enr mépuisable. Séisme lent. qui pensaient aller plus loin dans le social. ne p ase mtlléphase d'implosion. d'. et cette implosion est plus lourde de conséquences que la révolution elle-même. depuis 68. su~ leq::~. sens pour nous).a plus Joclal _ réversion gigamesq ue P d~e de reverJlon du atteint le poim de saruration Les un.ont 1age ~ or. grandit.us d'abord lem. Autre chose si nous passons d'u nalre de libération et de dé!" . mais qui n'a jamais cessé depuis . autogestion généralisée.ythe expiOSl~ et f~~d ernl. comme le désert. tégtessif. sur tel point déterminé.al et de revûpasse. Le SOCial IOvolue lente- :c: ment. après unl:lsson des énergies à une docte de rayonnement maximal (revoit les conc de Barail. Mai 68 fur sans doute le premier épisode implosif. l'idée de révolution implose elle aussi.dernière peut-être. inerte. est sans doute dé _ P e c~pJt. une rérraction. .et d'ailleuts une bonne part des événements de 68 ont pu relever encore de cette dynamique révolutionnaire ct d'une violence explosive. s"ab~~e rayonPeut-etre les grandes métro 1 . un défi à l'hégémonie du social. la révolution elle-même. Certes. et l'implosion consécutive et soudaine du pouvoir. Au contraire.un pro. de révolurion. l'implosion. une première réaction violente à la saturation du social.o~~laJre d'un rayon_ Jogle somptuaire: c'est le dernier e son anrhr?po_ rayonnant de notre philo h' d m. mais autre chose dans le même temps a commencé là: l'involution violente du social. le social. cr devienénergies environnantes jusq~'àq~l abs. etc.Il~lres ne energie de rayonneme . pu~: 's'~~c~~~~~:enr selon . lotIOn.participation. po es . i:implosion est un processus spécifique aux conséquences incalculables. comme la langue nous l'impose en exaltant les termes inverses d'évolution. celle du social. celle du pouvoir . gestion.lis se COntractent à u .p u~e fois :essent pas non plus d'exis~e syste~es ~te. .c'est même ça qui continue en profondeur. celle des institutions. de sa désaffection et de sa réversion totale.

les flèches vous aiguillent vers ces grands centres de triage que sont les hypermarchés. ils ne sont même plus exactement des signes dont on déchiffrerait et 113 . Les objets ne sont plus des marchandises. de code et de verdict social: les gens viennent trouver là et sélectionner des objets-réponses à taures les questions qu'ils peuvent se poser. des pratiques _ créant un immense mouvement de va-et-vient roUf à fait semblable à celui des commuterJ de banlieue.Hypermarché er hypermarchandise A (fente kilomètres à la ronde. vers cet hyperespace de la marchandise où s'élabore à bien des égards une sociaiité nouvelle 11 faut voir comment il centralise et redistribue taure une région et une population. c'est d'une autre sorte de travail qu'il s'agit ici. comment il concentre et rationalise des horaires. d'examen. absorbés et rejetés à heures fixes par leur lieu de travaiL Profondément. des parcours. d'un travail J'acculturation. de confrontation. ou plutôt ils viennent eux-mêmes en réponse à la question fonctionnelle et dirigée que constituent les objets.

en cercles concentriques . le modèle de toute forme future de socialisation contrôlée : retotalisation en un espace-temps homogène de toures les foncrions dispersées du corps ct de la vie sociale (travail.~lt u~as ~e. de la mêm~s partie du décor de sim:~~~~en antIvol fon. sans médiation réunit 1. de perspective de j" . d'une discipline programmatique.s. Mais il s'agit bien quand même d'une chaîne.plus loin encore. Celle-ci VOliS regar~e.t euxparfaIte sur tous les o'mts .:~ :~. alors que le 115 .. C'est donc une qui est mÎs là en plac~. . dont les interdits se sont effacés derrière un glacis de tolérance. avec tous les autres. loisir.ntab. ce SOnt ~ommes sommés de leur répondre.s~fne » de c:t o~dre. nourriture. l'hypermarché (aux Etats-Unis surtout) préexiste à l'agglomération. à la différence des pratiques de travail. au lieu d'être liés à la chaîne de travail par une contrainte rationnelle continue. du terminal de l'ordinateur .nes équivalents et successifs. ni infor . au-delà de l'usine et des institutions traditionnelles du capital. ~me sIgne dans sion n'~st qu'un signe de . vous guettent et t~~~: 114 surveillent aussi bien.un dispositif de lui-même Ce ne . mêlé aux autres. oe~ nous mcluse dans la question.ans leur exposltlon ininterrompue jou x mernes slg. donnent l'impression de passer d'un point à l'autre de la chaîne selon des circuits aléaroires. hygiène. à ceô près que. l'achat SOnt aléatoires.: policière ». l'hypermarché ressemble à une grande usine de montage.e se perdre. us sap Istlque que le magasin allusion à'Ia répres:~. mobiles et décentrés. et même ~v l'~rs ~eut. Ct l~e~~.:~ o~ les panneaux p~~liCltaires et les produits eu _ ~ ou d. les agents (ou les patients). Une ~urveJ11ance Contrôle plus lourd etPl ex~~e~lt . ou aussi peu. vous vous y regardez. able~ communication. Ainsi fonctionnent s:mb~e eSt ment to~s 17s messages des media. . i~vitant à vous détendre et à chois~: ~~nneaux serenIte. c'est lui qui donne lieu à l'agglomération. media.dom on s'approprierait le sens et le messa des testJ. eux aussi. retranscription de toUS ies Aux contradictoires en termes de circuits intégrés. mateurs a pu créer 'quelque t::: ~:::tt des. que la télévision . l'hypermarché est inséparable des autoroutes qui l'étoilent et l'alimentent. ce« s71~e. Ces panneaux. u~-se~lce ajoute homogène. et l~s pule l'autre? . des parkings avec leurs nappes d'automobiles. de facilité et d'hyperréalité. vérification du ~~e.. meme espace choses. les circuits de tél' . celui de la manipula~ion direc:: ~~mes. Les horaires. cet univers de simulation La' . mais référend matl~n nI réponse circulaire. de route une structure d'habitat et de trafic. en fait. con~om_ encore à cette absence de profondeur . Il aenJe~omme d:s ~~Iqllement occupés à refaire le d~ant de ~mployes l etalage en surface là où le 'lè a scène. aiS qUI maO/Même la répression S'intègre co . test perpetuel. .le. culture) . le regard risquerait d. c'est le mirOIr sans tain de l'activité consommatrice. Pas de relief. c?Cxlster par exemple celui qu'expriment ~:im:~rat1f mverse. l'hypermarché est déjà.s dissuapetSuaSlOn.~l~re~~~~ l':vnei~~. ce som eux qui nous interro ge. transports. la sélection. m'ais u~g~. espace-temps de toute une simulation opérationnelle de la vie sociale. v~~s . Modèle d'anticipation dirigée. de la ville entière comme écran fonctionnel total des activités. jeu de dédoublement et de redoublement qui referme ce monde sur lui-même.

Mais.. à commandement électronique. ucre). derrière la fonction apparente de ces objets.ramme de transit. ~~~:~~- ~éeS:~~rche ~n décentralisée qui.. Avec certe usine. ~:a:tionnel était ~u cœut d'une cité. mais à un modèle de désintégration des fonctions.ructure urbaine. . lieu Où la .n fonctionnel entièrement signalisé d z.a Les grandes villes ont vu na~ . ~:t~~e o~~~~ ~:.Itat.-a-dl~ repr~Ulsant au niveau du territoire qde a . même moder~e.onmg l'éq~llvalent.. g ands magaSins façon ou une a eauco~p portaient ce nom d'une . desservis par d pros. constituent sans doute leur fonction profonde: l'hyperréalité de noyaux fonction117 116 . une générati~~re'd:n u.mpagne venaIent frayer ensembl l'h est l'exptession de tout un mode de :ie p u . pour. automatisée.et les ~bJets n'y Ont plus de réalité spécifique ~ q pnme. viye. ~ . comme avec l'hypermarché ou l'université nouvelle. qui traduisent la fin de la ville. La.non plus l'usine du XIX' siècle ni l'usine ~~:c:. une puissance de dissuasion qui. s'installe en banlieue.gr~gars. foyer de convection et de destructuration. . comme noyau d'une agglomération de synthèse qui n'a plus rien à voir avec une ville.non seulement la campagne mais la ville . ~ est lUI ~ qu~ etablit une orbite sur la uelle se meut 1agglomeratlOn. u t~anSlt. qualitatif. comme fone parfois aussi l'université ou encore uSine . on n'a plus affaire à des fonctions (commerce. Il sert d'implant aux ~ouveaux ~. noyau. On pourrait croire que cette implantation correspond à une rationalisation des diverses fonctions. les scénarios de commande~ent moleculalre qUI sone ceux du code génétique) et done la forme est nucléaire et satellitique L'h' h~ comme. Satellites négatifs de la ville. laisser place à l'« agglomération» _ a~sl urbal. et cessent d'êrre des villes pou~ eveOlf des agglomérations. c'est-à-dire correspondant à une fonction et à un procès de travail totalement déterritorialisés. comme synthèse originale d'une société. La «forme» hypermar~~P::~tS~~s~\ider ' comprendre ce qu'il en est de la fin de la mod . les villes sone restées des villes tan IS qu: les villes nouvelles sont satellisées par l'h ~ ou 1: shopping center. mais l'usine de montage. ~~~~:~~b: plus. futur modèle des : Clrcu aIre.~on. même de la ville moderne. (1850-1950). er~lte. elle perd sa finalité propre et devient tout autre chose: noyau polyfonctionnel. maIs cette modernisation fonda~ ~entale. qui est transplanté hors ville et traité comme modèle hyperréel. qui relève du type cybernéti ue I~he~. loisir) qui s'autonomisent et se déplacent (ce qui caractérise encore le déploiement «moderne» de la ville). à partir du moment où une fonction s'est hyperspécialisée au point de pouvoir être projetée de toutes pièces sur le terrain «clefs en main ». !Jee a celle des transports. rôle dépasse de loi: 1: : ce I~~". savoir. d'indéterminacion des fonctions et de désintégration de la ville elle-même. le micromodèle sur le pla ci IOnc il est Mais son. Etranges objets nouveaux dont la centrale nucléaire est sans doute le modèle absolu et d'où rayonnent une sorte de neutralisation du territoire. Ces usines et ces universités ne sont plus des usines ni des universités. sans briser l'orbite de la ville. 1 · ' spectaculaire. n'a pas bouleversé a ~t. comme espace déterminé. et les hypermarchés n'ont plus rien d'un marché. travail.. ensemble de « boîtes noires» à inputoutput multiple. slecle envl~on « modernes » (b . c est leur agencement sériel . Une nouvelle morphof~nes~ e~t apparue. en fait.

malS n arrive p~ a co p ser la déperdition brutale de significatlo~ dans ta: les domaines. originale. sen~(f. a pris naissance en réponse à la satellisation orbitale d'un modèle (le savoir. ~tc. une simultanéité de tOUtes les fonctions. vOIre des «ami-media» (radios-pirates. une violence nouvelle.deperdition.? . et non à la Sorbonne. sans avenir. la . la culture) dont le téférentiel est perdu. pour rel. C'est autre chose. et de moins en molOs de sens. il faut faire appel a une productivité de la base.ayer les media défaillants. . a forc: e media. l'hyperfonc_ tionnalisation «hors les murs» d'un lieu de savoir équivaut à une déterritorialisation. des messages et des contenus. _ Ou l'information n a tien a vOir av~c la signification. l'engloutissement du sens va pl~s vite qu: sa réinjection. des media démultiplies en IOn?mbrables cellules individuelles d'émission. Trois hypothèses: _ ou l'informati~n ~r~uit du. extérieur au sens et a 119 . une opération~ nalité tous azimuts. c'est-à-dire dans un lieu où. à la perte de fonction et de finalité de ce savoir dans un ensemble néo-fonctionnel ptagrammé. pour la première fois en France. Et sans doute aussi des crises.~~ teur néguenrropique). C'est tout~ l~~déol~gle de la arole libre. L'implosion du sens dans les media Nous sommes dans un univers où ~l y a de plus en plus d'information. un modèle ope: rationnel d'un autre ordre. On a beau réinjecter. usines ou réseaux de rransport traditionnels. sans passé. ou même des catastrophes nouvelles: Mai 68 commence à Nanterre. Ces objets nouveaux SOnt les pôles de la simulation autour desquels s'élabore. autre chose qu'une « moder. à la différence des anciennes gares. Dans ce cas. à la désaffection.nels qui ne le SOnt plus du tout. Là. nité» : une hyperréalité.

L'interview non directif. ou si c'est ie simulacre qui est là d'abord à 121 . c'est vous l'événement. elle s'épuise dans la mise en scène du sens. qui vient après en quelque sorte. qui se redistribue dans tous les interstices 120 du social . Est désocialisé. Agencement circulaire où on met en scène le désir de la salle. Gigantesque processus de simulation que nous connaissons bien. le chantage à la parole: «Vous êres concernés. Nous sommes touS complices de ce mythe. au contraire. ou virtuellement asocial celui qui est sous-exposé aux media. Je circuit intégré du négatif. Elle dévore la communication et le social. il n'y aurait tout simplement pas de relation significative entre l'inflation de l'information et la déflation du sens.la circulation du sens proprement dit. » De plus en plus l'information est envahie par cette sarre de contenu fantôme. n'est jamais que le recyclage en négatif de l'institution traditionnelle. il y a corrélation rigoureuse et nécessai re entre les deux. c'est l'inverse. elle non plus. L'information dévore ses propres contenus. ou neutralisatrice du sens et de la signification. le sens est autre chose. Immenses énergies déployées pour tenir à bout de bras ce simulacre. mais elle va à l'encontre de toute acception reçue. et donc qui ne doit pas être impliquée. qui provient de la rotation accélérée du capital.Ou bien. dissuasive. et même si le gaspillage est énorme. Partout lïnformation est censée produire une circu1ation accélérée du sens. Au 1ieu de produire du sens. C'est l'al~ha. sans lesquels la crédibilité de notre orgaOlsation sociale s'effondrerait. dans la mesure où l'information esr directement destructtice. qui. de greffe homéopathique. etc. Et ceci pour deux raisons. économique. de rêve éveillé de la communication. de l'information des media et des mass-media. malgré ses dysfonctionnements et ses irrationalités.tout comme un consensus veut que la production mattrielle. Or. débouche quand même sur un plus de richesse et de finalité sociale. Car là où nous pensons que l'information produit du sens. la participation toUS azimuts. les téléphones d'auditeurs. . le fait est qu'elle J'effondre. l. anti-théâtre de la communication. une plus-value de sens homologue à celle. Sorte de code. la parole. C'est l'hyporhèse de Shannon: celle d'une sphère de l'information purement instrumentale. un consensus général veut qu'il y ait cependant au totai un excédent de sens. elle s'épuise dans la mise en scène de la communication. et pour cette raison même. Au lieu de faire communiquer. medium technique n'impliquant aucune finalité de sens. pour éviter la désimulation brutale qui nous confronterait à l'évidente réalité d'une perte radicale du sens. il est ce qu'il est. La déperdition du sens est directement liée à l'action dissolvante. ça fonctionne comme ça. comme pour Monod dans Le Hasard et la Nécessité. Inutile de se demander si c'est la perte de la communication qui entraîne cette surenchère dans le simulacre. comme on sait. comme peut l'êue le code génétique. Partout la socialisation se mesure par l'exposition aux messages médiatiques. dans un jugement de valeur. L'information est donnée comme créatrice de communication. Dans ce cas. et l'oméga de not~e modernité. ' C'est l'hypothèse la plus intéressante.

ici. Hyperréalité de la communication et du sens..uste à l'inverse de l'implosiOn du soc~alisatJ~sn'le~a a~ses. radios-pirates. ~~. 1 en particulier). Par poser l"hypo~~èse In~erse . problème pour toute contre 1 t 101O~ ::~:re~est J . NFORMATlON . de positive. d l' 'mplosion du sen! au Olveau mlCromacr.1 . ou par une croyance toujours énigmatique. à la dissuasion il est répondu par la désaffec~ tian. Derrière cette mise en scène exacerbée de la communication. L'informaet aux sCiences hur:nalnes et s(l(~a:~ diffust un événement est tlOn où se rlflérhtt ou par ce. Le mythe existe.e. ENTROPI. Plus réel que le réel. il n'yen a pas. mais tout au contraire tout 1 1 à l'entrop. comme un leurre _ auquel s'attache la force d'un mythe.que Le. Et ceci n'est qu~ l'exte~sjon m sOCtal da. Touee cene solLdarit~ élec~ro~lqued et d'?~~ences est une stratégie stratégie d'uOlversabsat!On es l entropique du système. 2. s'attache à cette preuve taurolo_ gigue que donne le système de lui-même en redoublant dans les signes une réalité introuvable. de soit s~nonyme de négd~ent:~~sa~ion. ément une boîte nOire de neugénéral.des fins dissuasives.CI~ JJ du mouvement. La croyance.pas du 122 à un surcroît d'innovation. c'est là le piège de la pensée critique. Nous n'avons parLé. rhYP?thèse. étudiante a permi~ la greve analyser dans ce sens .celui de la simulation.sont est la seule forme dominante d. à cette simulation de sens et de communication où nous enferme ce système. dont on la for:nul~ ~ .u événement. Là aUSSI. c'est Un processus circulaire . la foi en l'information. méfier des ca~pagnes e daine à La fois.. » Une sorte de simulation inverse répond dans les masses. ICelle_ci est à analyser à partir de scoplque d d Luhan medium is meJSage.ie ~o~as e ~edia sont effecteuts non pas. gue touS les contenus de sens . c'est ainsi qu'on abolit le réel. « Je sais bien. Ne pas hésiter à clijà une forme dlgrad1e Lf~terventiOn des media en Mai 8 . celui de l'hyperréel. celles de COurt-circuiter à l'avance toute possibilité de communication (précession du modèle qui met fin au réel). S~neux sOIent les contenus. qui ne peut s'exercer que sur un présupposé de naïveté et de stupidité des masses. Mais on peut penser que cerre croyance est aussi ambiguë que celle qui s'attachait aux mythes dans les sociétés archaïques. Mais il conviendrait de g surccolt de sens e~ or . mais celle-Cl fut pr . les mass-media.mst e is .a~isé les conséquences.e. mais quand même. ' L'extension donnée ~ Lactl~n. medIUm seu conformes ou subversifs. -'nformation. la ie de résistance à l'cnrropl. Jus~~~se f~~damentale veut que c~lle-ci l'informatlon. aussi bien la communication que le social fonctionnent_ils en circuit fermé. Inutile de se demander quel est le rerme premier.~r~:~ir~~t~~~Si~~n~a~~ 0 s: 123 . l'information au forcing poursuivent une itrésistible destrucruration du social. Se méfier de mation. dans une sorte de nébuleuse vouée non. Je savoir qu'on peut avoir. On y éroit et on n'y croit pas. Ainsi J'information dissout le sens et dissout le social. absorbe~ dans 1 fait événement _ et ceCI quel~ . mais il faut se garder de croire que les gens y croient. de registre social de la co~munLc~tlon'la théorie cybernétique de de porter. A la tautologie du système il esr répondu par l'ambivalence. chez chacun de nous.E. On ne se pose pas la question. d'.oscopl~u~i ~e.:n exemple : 1mformatton ou d'" ne forme de neutraitsaltOn sysûme ou d'un événement e!t ét7:dr: aux sciences en général. L'umplitralisunon de la virulence ongme le et non pas une extension fication même fue un 1-1~~~ve~s~~~:atiOn des Luttes p~r l'jnford solidarité toUS aZimuts. Ainsi.u medIUm. de la A. t! d'entropie tU ce rys~ème (a .

124 Medium is meJJage ne si~nipour tout dire. génère à la fois Je message. ~als ~~en tOute notre vision de 1~lnforma~ l'idéalisme qUI doml d' 'déalisme forcene du sen tion. d ~absorpCe constat d Imp du medium lUl-meme. dom le statut « tradition_ nel » ne soit remis en cause.rions distlnctes.ami-media. ue de la communicatlon résorption de tO~te d'al~. Or . mais au. du message.. d'intermédiaire de la communication. implosion du medium et du réel.et c'est là où mène à son extrême limite la formule de MacLuhan _ il n'y a pas seulement implosion du message dans le medium. pm q indéchiffrable dans sa. médiatrice de masse) . dérerminé.c'est-a-. il y a. qui est la formule clef de l'ère de la simulation (le medium est le message _ l'émetteur est le récepteur . ~el~:s:~~ fait qu'au r~gard de et désespéré.. de sens celle du medium ct du dont . dans cette perspectlve. c'est lui qui donne au medium son statut distinct.lement l~ fin lus de media au sens lt~teral fi du medIUm.circularité de tous les pôles _ fin de l'espace panoptique et perspectif _ tels SOnt l'alpha et l'oméga de notre modernité). il y a peut-être encore une valeur d'usage révolutionnaire. bien la cataJtrophe du . Un seul modèle. Il n y a P d media électroOiques terme (je parle. mais originale: c'es~ la bout cette situat~on ~fl~lq~~utile de rêver d'une r:"oseule qui nous salt lalssee . c est t nication par le se . Circularité de d'un vecteur bilité d'un sens. Au fond. d'implosio~ du dans une circulaflté tota araÎtte catastrophique social dans les m. la e pas seu. au se Il faut envisager JUsqu au qui mène d'un pô~e à u~ ~utr:. dans une SOrte de nébuleuse hyperréelle.'aurre. cette formule même doit être envisagée à la limite où. Sans message. mais une seule nébu~~uselosion des contenu~.Jem q 1 terme de « catastrophe >' Mais il faut vOir que e ~: s~. C'est ce que slgn:6e 01 Absorption des pôles 1un dans les contenus:. on pourrait espérer rravail_ 1er encore le medium dans sa forme. d uns la forme. Nous vivon~ to~S :'~~ idéalisme de la. court-CircUit des termes et des tème différentiel.s 7llwage. tion distincte du medium ne SOnt plus repérables. c'est le medium lui~même qui se volatilise en tant que tel. après que tous les COntenus et les messages se Som volatilisés dans le medium. Mais il y a plus grave. dans le même mouvement. ui nous guette.e:X ou de t'un .'uet de la commuOlc::lO: . du medium en tant que tel. et transformer le réel en utilisant l'impact du medium comme forme. Medium . implosion du medium lui-même dans le réel. utile de rêver d'une r:volution par les conten~:.ol~:té::l u~ilaté:al l25 . subversive.s~r­ lution par la forme. carac~ téristiques de la modernité. Car au~delà de cette neutra_ lisation de tous les contenus. Tous les COntenus annulés. comr. etc. où même la définirion et l'ac. Il n'est pas jusqu'aux media eux-mêmes. dont l'efficace est immédiat.es. la formule de Macluhan.ssI. vente.à dialectlque effets media. 'diation de toute donc de . ~: medium et réel sont ~e. que MacLuhan lui-même n'a pas dégagé. Impossl. i oureusemcnt l'm~los~on'ntre les pôles de tout sysl'autre. . c'est enCote le message qui donne au medium ses lettres de créance.ass.. le medium et le « réel ». de tion du sens.t~~ modèle. d'évanes~ence.NI réalité à une autre.rtou~'ins::nce é~rasement d'un~ ~:ns °r~o~ jmposs~bilité to~:: ~ntervention ent~e n.. da. le medium lui aussi tombe dans l'indéfinirion caractéris_ tique de tous nos grands systèmes de jugement et de valeur. I~e état du réel à un aur~e .

_ mais il suffit de sortir de cer ultimatum du sens pour que la cata_ strophe eUe-même n'apparaisse plus comme échéance dernière et nihiliste. à u~ h?nzon. dans la Violence faite au sens et dans la fascination? Est-ce ~ue ~e som les media qui induisent les masses à la fascmatlon. de ressusciter du sens. Evidemment il ya un paradoxe dans cerre inextricable conjonction des masses et des media: est-ce que c~ som les media qui neutralisent le sens et qui prodUlsem la mas~e <~ informe" (ou informée). o.défi au sens par les masses et leur silence (qui n est pas du tour une résistance passive) _ défi au sens venu des media er de leur fascination. non plus du 126 tout comme la srrarégie du pouvo~r. . Au-delà de l'horizon du social. qui résultent de la neutralisation er de l'implosion du social. libres er conscients.du. les media ". selon une logique absolument moebienne et circulaire. mais simultanément~ dans la plus t~tale ambiguïté.s une vision linéaire d'accumulation. Au-delà du sens. alternatives. Il n'y a pas d'alternative à cela. telle qu'elle foncrionne dans notre imaginaire actuel. dans «Requiem pour.lOn brute de 1acte terroriste. ou est-ce la masse qUI réSiste viccorieusemem aux media en décournant ou en absorbant sans y répondre cous les messages qu'ils produisenr? Jadis.comme une contre-stratégie.u est-ce que ce sont les masses qui détournent l~s media dans le spectaculaire? Mogadiscio-Sramm~elm : les media se font le véhicule de la condamnatIOn morale du terrorisme et de l'exploitation de la peur à des fins politiques. Mais aujourd'hui? Cerre absence de réponse peur être enrendue. comment trouver. ils vé~i­ culent la simulation interne au sysrème et la SimulatIOn desrructrice du système. il y a les masses. il y a la fascination. qui résulte de la neutralisation et de l'implosion du sens. Nous sommes Vls-a-VIS de ce système dans une situation double et insoluble « double bind » . . m~is . Avec un correctif. som secondaires en regard de cela. sens. Seule une exacerbation logique et une résolutlon catastrophique. Toutes les tentatives marginales. Les media charnent le sens et le contresens. UJage des media . ou sont-ils du c~té des masses dans la liquidation du sens. responsables. des masses elles-mernes a 1encomre du sont-ils du côré du pouvoir dans la manipularion des masses.exactement comme les enfants vis-à-vis des exigences de l'univers adulte. . ils sont eux-mêmes terronsres.'eur appeler un « horizon de l'événement ". plus rien n a lieu qUI ait du Jem pour nous. . de finalité productlve que nous impose le système. dans la mesure OLt ils marchent eux-mêmes à la fascination (éternel dilemme moral. j'avais analysé (er condamné) les media comme l'institution d'un modèle irréversible de communication Jam r/ponJe. cf Umberto Eco : comment nc pas parler du terrorisme. ils manipulent dans cous les sens à la fois.et c'est bien comme ça.il n'yen a paJ). ils diffusent la fascinat.. Le terme luimême ne signifie érymologiquemem que la courbure l'e~roulemem vers le bas d'un cycle qui mène à c: qu on J. un bon. pas de résolutio~ logique. Us ~ont simultanément sommés de se constituer comme SUjets autonomes. nul ne peut contrôler ce processus. L'essentiel aujourd'hui est d'évaluer ce double d~fi .n'a ce sens «catastropbique " de fin et d'anéamissemenr que dan. et de se constiruer 127 pouvoirL~I:~:_media . indépassable: au-delà.

ce n'est plus le terrain stratégique: 128 ue! du système est de maximalisation de l'argument acr oducrion maximale de sens. A l'exigence d'être sujet. C'est celle des mas. Pstème ui l'a emporté. Aucune des deux stratégies n'a plus de valeur objective que l'autre. l'enfant résiste Sut tous les plans. de consti_ tution comme sujet politique SOnt tenues pour valables et subversives. hyperconformisme. C'est ignorer l'impact égal. de Voter. dépendance tOtale. de nous libérer. l'impératif est aUJo~lr UI tion et de régénératIon du sens ec e . à l'ultimatum constant qui nous est fait de nous constituer en pur objet. la résistance stratégique est de revendication libératrice du sujet. mais elles ne répondent pas du toUt à l'autre exigence.r%ee. Les pratiques libératrices répondent à un des versants du système. r au système sa propre logique elle équivaut a re~vr~~:o er. il oppose toUt aussi obstinément et efficacement une résis_ tance d'objet. idiotie. de toutes les pratiques objet. de nous exprimer à tOUt prix.e pa. pas qUI. dans le sens du systeme. de produire. cecte phase-la du s~ trat~gie est grave. d'émancipation. il répond aussi par une stratégie double. de tévolte. conformes. plus grave sans doure aujourd'hui. d . A un sysrème dont l'argument esr d'oppression et de répression. d'émancipation. de décider.-m~~e: du système. de refus et d. et même si nous y sommes affrontés encore. dont sur une «prise '"1 ne voient. Donc la la parole. A l'exigence d'être objet. de participer. ?U n pauo . précisément de surprocluccl la parole.chantage et ultimatum tout aussi grave que l'autre. l'émancIve~enrs qUI ne jr~~tion q d'un sujet de l'h. La résistance-sujet est aujourd'hui unilatéralement valorisée et tenue pour positive _ de même que dans la sphère politique seules les pratiques de libération.que nous enterrons sous le terme méprisant d'aliénation et de passivité. 1d'inconscient» des sujets et d~s masses. de parler. le sens en la :edoubl~n~ette stra~égie (si on peut encore pa~ler sans 1 ab:o~be 'l'em orte aujourd'hui. et à une exigence conrradictoire. qui est une form~ S des mecaOl e non-recevoir.istoire. passivité. inertes. c'est-à-dire exactement à J'inverse: infan_ tilisme. vOire groupe. er sans doute bien supérieur. bref tOUte une revendication de sujet. comme un miroir. obéissants.comme objets soumis. Mais ceci reflète plutôt la phase antérieure du système. il oppose toutes les pratiques de désobéissance. parce que c est de strategie). de renonciation à la position de sujet et de sens _ exactement les prariques de masse .du résistance strar g q cl la simulation hyperconform'ste refus d. celle de nous constituer en sujets.s v~~~ . d'expression. Tous les mo~Se tr?mp~r een~ ue sur la libération. de jouer le jeu .ses . lac ~:s~arole sur une prise de conSCience. de ~r i ue esr celle du refus de sens et .

triomphe de l'entropie sur toUS les tcopes possibles. plus petit commun dénominateur de toutes significations. sans métamorphose possible. Plus généralement. énervé). Pas forcément la publicité nominale. c'est l'absorption de tous [es modes d'expression virtuels dans celui de la publicité. Toures les formes culturelles originales.mais la forme publicitaire. puisqu'elle est la dernière. sans avenir. sans passé. instantanée. Toutes les formes actuelles d'activité tendent vers la publicité. la forme publici- 131 . vaguement consensuel (routes les modalités y SOnt confondues. touS les langages déterminés s'absorbent dans celuj~ci parce qu'il est sans profondeur. vaguement séducrif. celle qui se produit comme teHe . mais sur un mode anénué.Publicité absolue. instantané et instantanément oublié. Triomphe de la forme superficielle. a puissance sur toutes les autres. publicité zéro Ce que nous vivons. Cette forme inarticulée. degré zéro du sens. Forme la plus basse de l'énergie du signe. ct la plupart s'y épuisent. celle d'un mode opérationnel simplifié.

issues de la production de masse d'idées ou de marchandises. parce que le même langage y règne d'un bout à l'aurre. eH. la nôtre. assurant sa publicité tous azimuts. des formes articulées de sens (ou de style). C'est~à-dire dissoute comme instance spécifique (comme mode histotique de contradiction sociale). ~etill1t les limites de sa puissance acruelle et les condmons ~e sa disparition. peut se déchiffrer dans les péripéties de la propagande. . socialité vestige hallucinée sur touS les m~rs sous la forme simplifiée d'une demande de. comme rhétorique de plus en plus neutre: eqUlvale. lorsque le social va se faire pu. ~e social comme scénario. . et de l'efficacité: elle . tendent à se rapprocher progressivement. comme le rêve. . destin historique qu'il était. dont nous sommes le publtc be éperdu. dIrait Yves Srourdzé. de leur publicité absolue (et dont encore une fois la publicité professionnelle n'est qu'une forme épisodique). est enfin pleinement réalisée. Cette convergence définit une société. car la publicité n'est plus aujourd'hUI un 132 l33 . le s~cjal IUl-~eme est tombé au rang d'une «enrrepnse collective.. La propagande se fait marketing et merchandizing d'idées-forces. e~ le~ dISsuade par ceue équivalence même). CeCI. Voyez quelle p!usvalue de social chaque publicité cherc.bliClté. leurs registres... dans les graves et..e of:re. SOCIal immédiatement satisfaite par l'écho publicitaIre. sans affects. Ce long cheminement vers une traductibilité et donc une combinatoire tOtale... Publicité Ct propagande prennent tOUte leur envergure à partir de la révolution d'Octobre et de la crise mondiale de 1929. les aigus de la bande-son ct dans les tOnalités multlples de la bandeimage qui court partout sous nos Y. résolue. d'abord séparés.d un langa. une éqUlvalen.c'est-à-dire totalement dIssoute elle aussi..ne propose pas de signifiés à investir. Elle se rapproche de la publiciré comme du modèle véhiculaire de la seule grande et vérirable idée-force de cette société concurrentielle : la marchandise et la marque. où il n'y a plus de différence entre l'économique et le politique.sollicitation du SOCial partout presenr sur les murs.ce simplifiée de rous les signes jadiS dIStlOct~.he à produire. après celui du po. Un stade ultérieur est franchi lorsque le langage même du social. dans les voix chaudes er exsangues des speakerines.: werben werben . ~a se confondre avec cene sollicitation fascmante. d'une société donc où l'économie politique. parce que parcourue d'intensités simplemenr superficielles. qui nous enveloppe de toutes partS (et qui élimine du même coup le problème tellement conrroversé de la « croyance". Toutes deux langages de masse. Ainsi la forme publiCItaire s est-elle Imposee et développée aux dépens de tous les autre: l~ngages.nt~. littéralement parlant. est de ne pouvoir se traduire les unes dans les autres ' pas plus que les règles d'un jeu.litique. d'hommes politiques et de partis avec leur « image de marque "'.taire est celle où tOus les COntenus singuliers s'annulent dans le moment même où ils peuvent se transcrire les uns dans les autres. comme « nébuleuse asyntaxlque".eu~" Socialiré parto~r présente.. alors que le propre des énoncés " lourds "'. va se faire léhisciter en essayant d'imposer son Image de ~ar~ue. socialiré absolue enfin reallsee da~s la publicité absolue . qui est celle de la transparence 51Iperfiâelle de toutes choses.ge énervé. absorbée dans une langue sans contradictions.

sa dilution comme forme spécifique. Ce n'est pas que les gens n'y croient plus ou l'aient acceptée comme routine. de parasite électronique qUI se fixe au corps et dont Ji est crès difficile de se débarrasset. et donc de se parodier eUe-même. et c'est ça qui passionne. de pair avec les autres grands media. Si à un moment donné la marchandise était sa propre publicité (il n'yen avait pas d'autre). qui met déjà fin au règne de la publicité. au sens informatique du terme. mais il serine encore des messages publicitaires. par la bande magnétique. aujourd'hui la publicité est devenue sa propre marchandise. si elle fascinait par cette puissance de simplification de tous les langages.es systèmes vont plus loin qu'ils polarisent aUJourd~hUl la fascination jadis dévolue à la publicité. mais préfiguration des réseaux psychotropiques et informatiques de pilotage automatique des individus. dans sa fonction de simulatjo~ justement. Ph. Dick. C'~St l'mformation. Elle n'esr plus (l'a-t-elle jamais été ?) un moyen de communication ou d'information. ce continuum encore rhétorique de sons. la digitalité. encore imaginaire et spectaculaire. auprès duquel le «conditionnement» publicitaire fait figure d'une délicieuse péripétie. de signaux. de bande-son et de bande~ image que nous offre la publicité. les langages cybernétiques VOnt beaucoup plus loin dans le même sens de la simplification absolue des processus que la publicité ne le faisait à son humble niveau. cette puissance lui est aujourd'hui ravie par un autre type de langage encore plus simplifié et donc plus opérationnel: les langages informatiques. de slogans qu'elle dresse comme environnement total est largement dépassé. La «passion» publicitaire s'est déplacée sur les computers et la miniaturisation informatique de la vie quotidienne. Mais le papoula est encore une forme intermédiaire: c'est déjà une sorre de prothèse incorporée. Ou bien elle est prise de cette folie spécifique des systèmes surdéveloppés de se plébisciter à chaque instant. En tant que medium devenu son propre message (ce qui fait qu'il y a désormais une demande de publicité pour elle-même. Le modèle de séquence. le modèle de péréquation combi~ natoire de tous les discours qu'elle propose. Un hybride donc. L'illustration anticiparrice de cette transformation était le papoula de K. es~èce de ventouse émettric~. elle est à la fois « entrée dans les mœurs» et du même coup sortie de cette dramaturgie sociale et morale qu'elle représentait encore il y a vingr ans. qUI mettra fin. et que donc la question 135 . de signes. C'est que. L'aspect le plus intéressant actuellement de la publicité est sa disparition. Et c'est pa~ce que c. C'est ça qui fait peur.enjeu. ou comme medium tout simplement. cet implant 134 publicitaire transistorisé. Le micro-processus. EUe se confond avec elle-même (et l'érotisme dont elle s'affuble n'est que l'index auto-érotique d'un système qui ne fait plus que se désigner lui-même _ d'où l'absurdité d'y voit une «aliénation» du corps de la femme). par le continuum électronique qui est en train de se profiler à l'horizon de cette fin de siècle.

Désaffecté. on se démultiplie. c'eSt~à_dltr:e d'u C~ltal .alors ~rojet même. c~mm. o~~::és~~~:o~~:i:te~:o~~es'bda~s se rait rudement sentir. Mais il peut se dissoudre aussi dans la réanion inverse." ~r~ire» ou non ne se pose même 1 ~ub. s~nnait sÎ d faIre acte de socÎal dans s. Ceci est bien pe. informatisé. on se satellise. Comme les signes dans la publicité.'u~:sql~~ e~ q~i. on se branche. ~ socIal. des zones de faille consécutives à la saruration. la bande-image. e ~ fonc_ tl. le slogan réservé au loisit et 1 » accompagné du sourire jadis a séquence publicitaire pour rélection aux rud'h~ pour ma.on se met sur orbite.iald:ns Son Justement cette puissance d'lJ'"1 perdu le re~jstre de l'offre Ct dei I~SI~~~n~t tombé dans t~avad est passé de force ama on' cl e. n e esom . mais saturé.d'y . je jouis ». comme ~~~~epnse. Ce I~ngtrmps un ultÎmatum ~m licite' .la nature: le social est notre niche) JI faUt gu JI ctalt jadis une sorte cl '1' .. réaction en chaîne d'inertie.pres aV?lr véh!culé dIsant et répétant au fond fol bl e type economlque.a un le :~ppel acharné. et donc à un processus de rejet massif. Panique invetse : on sait que le social peut se dissoudre dans la réaction panique. la bande~transport. je participe.al. comme ou. dont ~ure et simple demande de social : clema cl cl par la n . de survie (il faut sauver le social co:~:e .: d~. etc ."l dé~~teat1:t1sol~e. on se fait transparent ou innombrable. la 1 eXlgenc~ hisrorique s'est trouvée absorb. je suis concerné» .chacun isolé dans son inertie.• le roUt enveloppé dans la bande-publicité. Car il reste la fascination.e le Simple statut de l'emploi. je suis présent. lUI.p us).miroir d'une dérision paradoxale. la bande-loisir.de vie pr~~en:er . on s'atchive _ les pistes s'entrecroisent: il y a la bandeson. E~ la véritable dans l'exaltation du s . d'abréaction ou de Stupeur d'une société purement rransparente à elle-même. Les danses folkloriques dans le f i ' 1 IOnombrables cam eero. n . assa ernent : «J'achète.onnemem du social comme d'une cl un ensemble de services.d~e~Oleut:~. es «demain je travai~. publicité pOUt le . ~nj. des formes fractales. Forme annonciatrice d'un univers saturé. Il n·est que voir Las Vegas la ville publicitaire absolue (celle des années 136 137 . ans le deSIgn du social. Insensibilisé. on se fait diaphane ou rhizome pour échapper au point d'inertie .11CIte est tOUt à fair à l'unisson du so . aurorégulé. Que commencent d'appataÎtre des objets fractals. La publicité en est la préfiguration première ébauche d'une trame ininterrompue de signes. répète aujourd'hui sous toutes les formes : " Je vote. Saturation superficielle et fascination. 7 je consomme. réaction en chaîne incontrôlable. isolé dans son pilotage automatique. comme la bande des téléscripreurs .r~::~~: [uellement rare) et d'un service com~~ I. chaque micro-univers saruré. et vous êtes au croisement. celle n est pas un hasard sÎ la ublicité g. comme dans la vie il y a la bande~travail.:nes pour la sécurité. Partout il y a trois ou quatre pistes. miroir de l'indiffétence de route signification publique. C'est dans un univers comme celui-là que prend force ce que ViriUo appelle l'esthétique de la disparition.~n (even_ sprct~culajrement s ~::~ .ct:~:::t:~ir:r:a~.mrme.» _ mlmes:« {e ne laÎsse personne choisÎr faire de la publicité l ' co~me on va pouvoir publicité est là aujour:~u~ . mais plein à craquer.

sans pressentir du tout cette exorbitation caricaturale de toutes les fonctions du langage. et qui en a gardé le charme. comme l'information: destructrice d'inrensités. elle fut un miroir tendu à l'univers de l'économie politique et de la marchandise. elle est ce qui efface les murs. ~'~s~ pourquoi il est inutile d'analyser désorm~ls la ~ubhclte comme langage. « consommés» comme on dit dans leur dérision.-1.la f~nction référentielle. à laquelle ni linguistique ni sémiologie ne répondent. Quand on voit las Vegas surgir tout entière du désert par le rayonnement publicitaire à la tombée du jour. l'ironie. fixant l'évanouissement du religieux dans l'orgasme des statues). Voyez comme tous les artifices du sens et du non-sens y SOnt répétés avec lassitude. la fonction poétique même. et que c'est cette liquidation. Le Oestmcteur d'intensités. Où est l'âge d'or du projet publicitaire? L'exaltation d'un objet par une image. efface les rues. l'allUSIon. les façades et toute l'architecture. aujourd'hui rétro en quelque sorte. celui de l'impact social ct économique de la publiCite. et joint le meilleur au pire pour un fantôme de rationalité dont la formule est : «Tout le monde doit y croire. l'inconscient). est toujours irrésolu et au fond insoluble). Le langage se laiJJe alors entraîner par son double.cinquante. elle en fur un moment l'imaginaire glorieux. c'est-à-dire sans y ctoire. le jeu de mots. elle fut ~o~­ jours plus qu'une fonction asservie. accélérateur d'inertie.comme le porno est fiction hypertrophiée de sexe consommé dans sa dérision. pour sa dérision. l'exaltation de l'achat et de la consommation par la dépense publicitaire somptuaire ? Quelle que fût l'asservissement de la publi~ité à la gestion du capital (mais cet aspect de la ques. et qui est la forme vide et sans appel de la séduction.t1?~. cr retourner au désert quand le jour se lève. Bouttes. J. on voit que la publicité n'est pas ce qui égaie ou décore les murs. » Te! est le message de ce qui nOlis masse. efface tout suPPOrt et toute profondeur. car la publicité est secrètement condamnée par la logique programmatique qui donnera des villes bien différentes). hyperréelle. spectacle collectif de l'inanité du sexe dans son assomption baroque (c'est le baroque qui inventa cette dérision triomphale du stuc. que nous n'échangerions plus contre quoi que ce soit d'autre. car c'est autre chose qUI y a heu: une doublure de la langue (des images aussi bien). cette résorption de tout en surface (peu importe les signes qui y circulent) qui nous plonge dans cette euphorie stupéfiée. puisqu'eUes travaillent sur l'opération véritable du sens. toUS les dispositifs du langage de la communication (la fonction de contact: vous m'entendez? Vous me regardez? Ça va parler! . 138 l39 . avec la même obscénité f~tiguée. La publiciré donc. celle des années folles de la publicité. cette ouverture sur un immense champ de détision des signes. comment tout cela est mis en scène exaccement comme le sexe dans le porno. comme toutes les procédures. pour leur dérision et le spectacle collectif de leur jeu sans enjeu .

notre monu_ quelque chose comme le Fo ue P~~llclralre. qui au moins trompait l'œil . une fois ouvert au public cer espace sacré. Sorte passé au travail de deui~ rn1fOlt. Ses for~ Halles par exemple est us ~Ignl (aoves.sép~1chral. le Forum des ciraice _ une OpératiollnO âlgantes~~e ensemble publi_ publicité de personne. d'au:u:eu~j. en même temps qu'une culture qui avait choisi de s'enterrer pour échapper définitivement à son ombre. Mais un ~ond~ s~turé et en involution. ~~sc celul~C1 : c'est son ImagJnalre triomphal. du stade cloup. j'uOlvers de la marchandi.a ~erdu en quelque.q.i d'un monde déchir.. sence totale de fluides. ne le dérériore irrémédiablement (songeons à la masse déferlante du RER). archives.Ul tllustre le mieux ce public.) Tout ce qu'on pourrait souhaiter. ICtte. marbres 'blancs. ~e n'est la plus le statut d'un vérirabl me.celu.luxe solet! noir. .ici même plus de subterfuge amusant. comm:' comme. ces menralité sociale est deven p ement. après avoir franchi le stade de l'apogée. ce mur est vivant sans l'avoir voulu. servant de cadre au trompe-l'œil. Pourquoi ne pas sauver cette ftesque de la décomposition? Plus tard les spéléologues la redécouvriront.~ ~:~: en expan~io. dans les Finie la marchandise h es SIlos atomIques. en a. seul le deuil prétentieux est mis en scène. d'enterrer ses séductions et ses artifices comme si elle les vouait déjà à un autre monde. en contraste avec le caveau de famille de la haute courure et du prêr-à-porrer que constitue le Forum. La marchandise s'enterr tlons dans les archives.. les informa_ bunkers. P .. c'est qu'on l'interdise immédiatement à la circulation et qu'on le recouvre d'un linceul définirif pour garder intact ce témoignage d'une civilisation parvenue. j~ ?'y est 1Ji!usrration de cette ft Et la publlClté C' orme saturee et vide . Cette ombre est belle parce qu'elle est une allusion contrasrée au monde inférieur qui a perdu son ombre.plus que la forme obscèneeer v~archandjse. AIOS I le Forum des fun~bre d'une marchandi:e ~~t u~eral home .clrude. . il n'y a même plus de gadget liquide comme le voile d'eau de Parly 2. transparenre à un li age e a marchandise saumon espace 140 ~u:n~ere~. et. ce qu est devenu le domaine ?e. _ rum q. ça n a p~s non ensemble archirecrutal ~ centre commerCial ou au fond un centre c~l~::t us q. . il . au stade de l'hypogée. er de peur que la pollution. Il y a une fresque ici qui retrace le long chemin parcouru depuis l'homme de Tautavel en passant par Marx et Einstein pour parvenir à Dorothée Bis .n.' est pourquoi elle n'a 1 cl mes repérables ne SOnt pl . 11 eSt Il n y a plus de scène cl 1a . Sarcoph d 1 erree..ue.~s ~ rernrOlre. comme pour les grottes de Lascaux. noirs ~inéral U~d:~~'ro~n~e ~o~r riche et snob et mat: . de la marchandise. Et c'est qu'est devenue la pub!" . désor_ l'homme qui a perdu s~ne~m~ cou~ ~l1e est comme Halles ressemble assez' ~e. (La seule idée drôle de l'ensemble esr justement l'humain et son ombre qui marchent en trompe-l'œil sur la dalle venicale de béron : gigantesque toile d'un beau gris à l'air libre.ue Beaubourg n'est supergadgets démontrent sim ~es etranges objets. comme les fusées dans 1 les. mais elle fuit le soleil ~ureuse et déployée.

il signifie une mort imminente. hante le sujct comme son autre. telles l'âme. l'ombre. Autant dire que la puissance et la richesse ima- ginaire du double.Clone story De toutes les prothèses qui jalonnent J'histoire du corps. sur le fait qu'il est et reste un phantasme. qui fait qu'il est à la fois lui-même Ct ne se ressemble jamais non plus. celles où se jouent l'étrangeté et en même temps l'intimité du sujet à lui-même (heimlich/ unheimlich). Chacun peut rêver. Il en est de même de la scène (primitive) de la 143 . et se détruit de vouloir forcer le rêve dans le réel. mais ceci n'a que force de rêve. Mais le double n'est justement pas une prothèse c'est une figure imaginaire qui. Pas toujours cependant: quand le double se matérialise. et a dû rêver route sa vie d'une duplication ou d"une multiplication parfaite de son être. qui le hante comme une mort subtile et tOujours conjurée. le double est sans doute la plus ancienne. l'image dans le miroir. quand il devient visible. reposent sur son immatérialité.

par.chaque cellule d'un organisme indiv7dué po~~: a te 7VCnJf la matrice d'un individu identique Aux E nt UOIS" un . cr de toute açon anonyme: une prothèse femelle pourrait le rem~l~c~r). Par bOllturage. mort avec l'Autre en l'éternité du Même. Le doneur ne s'engendre pas: il bourgeonne à partir de chacun de ses segments. la mort et la pulsion de mort .ce qui nie la sexualité et veut l'anéantir. Le premier enfant-clone ~1::)~e~ance d. est liée à la mort. pll. figures parentales JexuéeJ que le sujet peut rêver d'effacer en s'y substituant. plus de père une matrice. sCl~slpariré. tes que de n erre jamais. Le clonage. reproduction antérieure. Paris.1·19~~.'1nt de quelqu'un. On peut spéculer sur la richesse de ces branchements végétaux qui résolvent en effet route sexualité œdipienne au profit d'un sexe « non humain ». par un conr:~_s::::atefJa­ changer le jeu du double d'un échange subtil rotai. au plus profond de notre imaginaire. elle. à la sexuation (n'est-ce pas d'ailleurs cette forme SCissipare. le double 1 .enfant serait né il y a quelques ~ois co~:~ un geraOlUm. c'est-à-dire d'une forme critique et mortelle de reproduction ?) et qui les pousserait en même temps métaphysiquement à nier toute altérité. Et c'est elle. non pas au profit d'une liberté aléatoire du sujet.il reste qu'il ne s'agit plus du phantasme de s'engendrer soi-même. RA cellula~re de. la forme la plus pure dee~: f. et cl aller du même au même Cl f: p~sser pa. Plus de mère. A Ion image: la copie d'N'le homme. et ~ara~~ e:~~~. Le Père et la Mère ont disparu. fait acceder les êtres complexes au dest' d es prOtozoaires. multiplication végéraseul indi~~emler ne a . mais sans du tout nier la structure symbolique de la procréation devenir son propre enfant. ~enoyaute. au profit d'une matrice appelée code. celle du code génétique. mais surtout l'acte duel qu'est l'engendrement. . lI. de la . S'agit-il du phantasme de s'engendrer soi-même? Non. réelle. cette reproducrion er proliférarion par pure contiguïté qui eJt pour nous.arente. qui «enfante» l45 . son «pere". par la voie de Ia geneuque. la sexualiré étant porteuse de vie. ln ~ellUe. ~eve dune gemel1ité éternelle substiruée à la procre~tlOn sex~é~ qui. Les clones. d'un sexe par contiguïté et démultiplication immédiate .~père que d'être phamasmée.I~.ividu . mais aussi bien le Père. 144 Rorvik. c'est encore être l'enf. .~e IJser en chair et en os Ct.«dicalement la Mère. toute altération du Même pour ne plus viser que la perpétuation d'une identité.ne seule cellule d'un serait J . l'enchevêtrement de leurs gènes.SqU elle permer enfin de se passer d e autre. Ur~pie ~onocelllliaire qui. Il appartena~~u: atre cpoque de vo~loir exorCiser ce phantasme a l~s autres.séduction: elle n'.r rU~érus d'une femme. malS ce suPPOrt est éphémère.'un i~d. l J~fim. l'intrication de leurs différences. une transparence de l'inscription génétique même plus vouée aux péripéties de l'engendrement ? Laissons la pulsion de mort.D.. car celui-ci passe toujours par les figures de la mère et du père. Alors que le clonage abolit . le jumeau parfair. c'est-à-dIre de vouloir le réalise l con. Le boutura e hum' ._ serait 1N'e:t-ce pas une pulsion de mort qui pouses erres sexués à régresser vers une forme de Grasset.partir cl. genlteur unique dont il a rAep!Jq~e exacte..

puis ue la réd . entame le processus de décomposition analytique du corps.lIS qu u~ lui succède dans la série. et n'a jamais ét/ u Al lors que le clonage consacre la réitération du mA n: +l+l+l. Leqstade cl LlP. toute certe information est réunie où ? Dans la formule génétique. Or. Apothéose délirante d'~v:. donc. . dans chacun des fragments dispersés de l'hologramme. ~Ius de sujet non plus. et sacrée du . le secret est justement qu'il ne peut être segmenté en cellules additionnelles. eme. gle pra- . ne ' ne peuve?~ que s'addl_ tCtlC?t quys pas été naIssent pas la mort. L'Un ' ce ~J. parodIé non plus.issique de projection du' sujet dan~:emonaJ ~go Ideal. alors que le sexe devient pat là même une fonction inutile . Si toure l'information se retrouve en chacune de ses parties. Un segment n'a pas besoin de médiation ima gmalre pOut se reproduire. toutes les fonctions diverses de ce corps). ce dont témoigne sa sexuation (paradoxe : le clonage va fabriquer à perpétuité des êtres sexués.etc.entlqu~. puisque semblables à leur modèle. dans le miroir: où le sujet s'alièn: ~:. se voit uv:. c'~st-à-djre l'abolition de taure a1t:r~:éVeOtl~ gene~ Imagmalre. C'est aussi la fin du corps. l'ensemble perd son sens. c'est ce qui excède toutes les parties.Plus de medium.. Le clona e . car cette projection passe encore pnr alter ~:. Iden. indépendante de la sexualité et de la mort. ou celle. Déjà la science bio-physio~anatomique. Rlen de tout cela dans 1 1 na~e. mais à un niveau d'abstraction et de simulation 146 147 . et la génétique micromoléculaire n'en est que la conséquence logique..mais justement le sexe n'est pas une fonction. Laquelle se confond " . qu'il est une configuration indivisible. car il y s é 'fi emeaux ou les Jumeaux une propriété Je~~ ~ue.lone est la matérialisation d'u double nafCls~lque: ~e ~lque. p.ne fascination particulière. ou plutôt il y est com~~lroJr e~t cl une façon monstrueuse.~est n- d a dans I:esneG:'agit même pas de gémellité.. e tout sexua~iré. pas plus que le ver d~ terre: chaque segment du ver se reproduit directement comme ver entier. Tout comme chaque fragment d'un hologramme peut redevenir matrice de l'hologramme complet: l'information reste entière. de cette singularité appelée corps. tout comme chaque cellule du p~DG américain peut donner un nouveau P-DG. C'est ainsi qu'on met fin à la totalité. séd~ctnce et monelle. ~e~~o:~moI~ de la uetnce. ni jumeau ni reflet " c. et u. Ni enfant. Le sexe (ou la mott : dans ce sens c'est la même chose) est ce qui excède toute l'information qui peut être réunie sur un corps.JlC~tlOn a~oll dans le clonage. ~'Ont e~::~~:s ~~:e~. plus d'image _ 1 e ~ 0objet mdusrriel n'est le miroir de l'~. l . par sa dissection en organes et en fonctions.désormais à l'infini sur un mode opérationnel de tOute sexualité aléatoire. qUI idéal ou mortel de l'aurre ils n est JamaiS le mlrag~. où le ~ujet po y moune. et pour la même raison d~ rê~: fJ~n et n~rc. expurgé .tJtalre mer fin à sa division. .:~:~lto:~e:~ . tionner et s'il. c'est ce qui fait qu'un corps est un corps. avec peut-être une moindre définition. Voilà pourquoi celle-ci doit forcément vouloir se frayer une voie de reproduction autonome. . e ce qUI est deux d'emblée.:r~o: celle.

en fonctl?n de leur. r~pr . ~hacune de cellules qUI ent fi b . Prothèse cybernétique infiniment plus subtile. Dans la vision cybernétique et informatique c'est le plus petÎt élément indifférencié. une matrice abstraite. éduit à sa farde la modél~sation d. esr la prothèse par excellence.est cel h ont d'emblée conçues jamais Ii. .enetlquf~udrait reprendre ici ce que démultiplicatlO~ ser~el~e.c~rp:. sa forme esthétique singulièr:.ns le C1ne~:. autour de laquelle s'organise toute cette fantasmagorie. la plus . Ce patrimoine comp. et plus artificielle encore que toute prothèse mécanique. 148 Mon patrimoine génétique a été fixé une foi~ « 1 t'un certain spermatozoïde a rencontr pour tout~s :.iellemen~.lui-même n'étant plus que la série indéfinie de ses prothèses. C~e~u~on a:a.eu. est rdu dans l'œureproductibilIté tech~q~e. mais {( traditionnelle ». perdu aupa li nd selon Benjamin. la forme la plu~ recons. une prothèse opérationnelle.orte. du code génétique. Dans la vision fonctionnelle et mécaniste. directement. on peut dire que le code génétique. ou le prolon_ gement instrumental d'un corps. nucléaire. cha~ que organe n'est encore qu'une prothèse partielle et dif_ férenciée simulation déjà.elucta:l~u~ . la r~ce~te.:ement possible de fabriquer de moi. Ce qUI est P I ' et tétrospective peut histoire. r p arrive non plus seulement au C est ce qUi nous. maIs a l49 . de la cellule de comman_ dement. » un individu tdentlque ~ mOl a . un certain bio-chimiques qUI mont realtse de toUS les processus t' nement.u .: jon. ton e des dizaines de milliards recette est Inscrt~e me n~o~s~~. 'partir de l'une d'elles.dur est voué à la mule abstra't~ et .~t l'original. celui.~i~t~nant. dans sa forme.origi~al n'a plus même comcmporalOs. de 1 ICI et ravant dans sa qualité esthétique (elle a deJa.bien supérieur. (professeur A. cl::~~i~.t1tuer com:~erne de ce déroulement et que I~I avancee. dom VOnt pouvoir procéder. Il l'œuvre d'art à l'ère de sa Walter Benj~mm d's~'t de . . m:. u niveau des individus avec niveau des messages. qui enferme toute l'information relative à Un corps." la hoto et les mass-media décrivait da. celui. n~u:lle). uer' avant d'etre une d'elles sait comm.u~nt aujourd'hui. que seule une ttque. elle~même ~o:~at. alors la molécule ADN. est un artefact. Jacqua~o·~c le dernier stade de l'histoire Le clonage est . Car le code génétique n'est pas «naturel»: comme toute partie abstraite d'Un tOUt et autonomisée devient prothèse artificielle qui altère ce tout en s'y substituant (pro-thésis : c'est le sens étymologique). non plus même par reproduction. Il es! o~c ~ 1 . où le tout d'un être prétend se condenser parce que toute 1'« information» de cet être y serait enfermée (c'est là l'incroyable violence de la simulation génétique).g. pUIsque ele:~u~:~~ns illimitée. cette qualité vre sét. c'est chaque cellule d'un corps qui devient une prothèse « embryonnaire» de ce corps. une forme polid s~n deStlO 1O. où f. m~ a :/~ang' elle est une cellule cellule de mon ~te o~h'or'. des êtres identiques assignés aux mêmes commandements. et e e prerod~ction. Une copie de cette et qui ass~rent. C'est la formule génétique inscrite en chaque cellule qui devient la véritable prothèse moderne de tous les corps.~~~~ue ». celle qui va permettre de prolonger indéfiniment ce corps par lui-même . Si la prothèse est communément un artefact qui supplée un organe défaillant.:~~. mais par pure et simple reconduction.

la g~nér~tion d'êtres identiques.a ne relation étroite entre l'idée directrice du code géne~ique er la pathologie du cancer: le code désigne le plus petit élément simple. C'est en effet la maladie qui commande route la parhologie comemporaine.ultérieurs.o~Jets ~t d ~mages l~entlques. de so~ hlsto~re.e la prolifération à l'infini d'une cellule de base sans conSidération des lois organiques de l'ensemble. software générique et mental. ~:ut ~orps possible n'étanr que sa répé. aujourd'hui on peut enfin isoler la marrice générique de l'idemité. comme ~tock d l. parce qu'elle est la forme ~ême de la virulence du code : redondance exacerbee des 151 . à la prolifération sans frein d'u~e seule matrice. Si routes les cellules som conçues d'abord comme récepracle d'une même fotmule génétiq~e. ~~e som-elles d'aurre .cœur"anonyme et micro-moléculaire du corps. mais encore à l'ère industrielle -:-.s conçu ~U1~meme que comme message. comme sUbstance 1~~Orm~tlque.non pas seulemem toUS les IOdIVIdus identiques.c'e:t ce qui arrive au corps lorsqu'il n est pl~. sans gu d pUisse erre lamaIS faIt retour à un être originel. rend. que rien ne pouvait plus ~lfferencler. d'une technologie que Benjamin de~nvalt deJa dans ses ultimes conséquences. Tous les IOdlVldus ISSUS. Tant que les prothèses du vieil âge d'or industriel étaient mécaniques. RIen ne s oppose alors à sa teproductibi_ !lte sénelle ?ans . Nous sommes à l age des rechnologies douces. C'est l'irruption de la technologie q:~ com. et de ses péripéties. alors c'est la fin du corps. En fait.les mê.g. ct tel qu'il ne peur. ptecessiOn du modèle génétique sur tous 1 corps possib. étaient métabolisées dans l'imaginaire: e. lorsqu eUe s Impose au corps même comme modèle « origi150 1" brûlanr toUS les circuits symboliques . c'est-à-dire quand la prothèse s'approfondit. les prothèses de l'âge industriel SOnt encore externes eXQtechnJques.mes termes dom use Benjamin ~ur les objets mdustrlels et les images mass-media_ tlqu~s. pos~ible. la formule minimale à laquelle on peur réduire l'individu en~ier. celles que nous connaissons se SOnt rami~ ~~es et intériorisées : éJQtechniques. Il y . Inurile de se demander si le cancer est une maladie de l'ère capitalisee. Il en est de même dans le clonage: rien ne s'oppose plus à la reconducrion du Même.ma~de ~ ~e ~en~~:semem. Le cancer déslgn.~ ce merabohsme technologique faisait aussi partie de limage du corps. Jadis la reproducrion sexuée s'y opposaIt encore.a pr~cession de la reproducrion SUt la pro~ ductlon. elles faisaient encore retour sur le corps pour en modifier l'image _ elles-mêmes révetsib~emen~. s'intériorise.titi~n Immuable.ui commandair à la génération d .les.e ~e~asta~e cancéreuse de sa formule de base.es ~es péripéties différemieHes qUI falsalem le charme alearOlre des individus. par clonage de l'individu X sont-~ls a~tre c~ose gu ~ne étasrase cancéreuse prolifératIOn dune meme :l\ule telle qu'on peur le voir dans le cancer? Il Y.l~ clonage.lgantes~~e prot~èse q. mais toutes les ceHules d'un même individu _ que l'extension cancéreuse de cette formule de base? La métastase commencée avec les objets industriels finit dans l'organisation cellulaire. comr:n e medIUm total. l'individu n'est plus qu un. Mais quand on atteint un paine de non~retour (dead-line) dans la simularion.nforma~iOn et ~e messages.que se reproduire idemique à lUI-même. s'infiltre aU.l une de 1autre . et on v~ P?u:oir éliminer tou.et sans concevoir encore 1a~profondIssement contemporain de cette technologie qu~.

il suffit de le déconnecter sensonallté . ne change rien au modèle général du corps. u'if mène à la dhinjorntatton. sans plus passer par l'espace perspectif de la représentation. Fictions (" Notes synoporgantque.le'utS roche déjà de la mampulation trOpisme toUS az~~ .mêmes signaux.) ~ ur le clonage: if est à Id fois L'ambigt~né la t~u:s. .'. .~. sans altérité. corps voué aux métabolismes implosifs des flux cérébraux. l'injormatton génetlque.atlO~.r.1S Ctel détruit..:~:o:~ston nucléaire injorLe ~ancer. m:. nuUe. hypo une distorsion excentrique qz:t en. sensorielles sans toucher au r r de ses p of '7 extre~l~~rps homogè~e déjà.ton.ff juture) que même le «Jumeau eu lamé a une . p hql ie "révolutionnatrt» de déltalJon et à l~ désagrét. sans l'intermédiaire de l'acte ou du regard. présentation possible. ne jlit-ce que arce est 153 . d~ psychode p~asuclte tactl. Pat o. h~I e.~~ ux une dhobéijj~nce silencieise . diratt ~tchard ~:(.1 ent~ur d~ malléabilité mentale. mais où esc la vérité du corps ?) . ~'est-à-dire de la perte absolue nucléaire et génetlque.~x~~êmes. .. qui sere à la réfection d'un organe défaillant.. à prop~s. Mais que dire de la modélisation mentale par les psychotropes et les drogues? C'est la scène dit corps qui en esr changée. mental. «blanche ». cr non sur des objets de perception (ce pOut quoi on peur l'enfermer dans une 152 . à ce stade monde ~~I .mem . NOTE Il jaut cOI/sidérer que la prol~jér~~ùm d:c:. i. redondance exacerbée des mêmes cel_ lules. corps énucléés de leur les autres. ~o~ale trlleuse et la negat. s'tl ~est da~s ~s o~~qu~t ausst l'excroijJan~ mommanque des e~res. nl P ar transfigurarion dans une f~rmule êrre . oZ . celle du code et. c'est-à-dire à faire de celui-ci une prothèse du corps Oui-même devenant corps simulé. Le corps psychorropique est un corps modélisé «de l'intérieur ».. qui correspond déjà à un usage anificiel du milieu naturel. ni pour de l'image. ~or~su. corps sensoriel. ~es1Jtant a ~ e con ·oncture que celle des masses /tonne/:. sans rranscendance.que des tiqfles. Id c~hérence. du miroir et du discours. Corps silencieux.au bronzage domestique par la lampe à iode (encore une bonne vieille technique méca_ nique) .au bronzage par la pilule et les hormones (prothèse chimique et ingérée) . mais prothèse quand même: simplemenr elle est définitivement intégrée. puisque connecté sur ses seuls terminaux iorernes.te :lreetrice. mais non sensible.ganmne. Les greffes d'organes SOnt encore de cet ordre.:e g~~é. de le triompk e d un~ . endocriniens. corps immanent.a/~ strueturées : les maHtJ so~t vis-à-VIS des jonnatlons SOCt .e~ de leur se:~ pmouvance bio-chimique poInt de géneuque ou Ph' d' e technologie devenue elle non-retour. La scène du corps change au fil d'une « progres_ sion» technologique itréversible: du bronzage par le soleil. 11 delà de toute organiaté elles dUHi des métaudIes cancereuses a - t vIVa: [1:1 sociale.») Délire entropi. La prothèse naditionnelle.a. corps métabolisé directement. apot case ~n aussi interstitielle et moleculaire. déjà moléculaire (et non plus spéculaire). elle ne passe même plus ni par la surface. ne sera clollique» ne sera jamd/S p qu'il y en aura eu un jd1naù le mime. et d'ailleurs vraisemblable (ma.1StoI~ identique à son géniteur. sans mise en scène.: (C est la . ni par les orifices du corps). on passe par des corps différents. C'est le schéma d'ensemble qui est métamorphosé.et pour finir au bron_ zage par intervention sur la formule génétique (stade incompamblemenr plus avancé... d un -ia ~guentropie des systèmes mjormarw.

.'.~~rrla_ Hologrammes C'est le phantasme de saisir la réalité sur le vif qui continue . Surprendre le réel afin de l'immobiliser.e eu l'avantage de démont!:r de 1 In/ormalion et du rode. à travers les êtres./:a 6~n~:II. El l'ex ér~J yeux radiraie . donc le charme en sera perdu. suspendre le réel à l'échéance de son double.alllre avant Illi Il géT/étique l'a". comme des personnages translucides que traverse la masse (celle des millions de téléspectaœurs) exactement comme votre main réelle traverse l'hologramme irréel 155 .:tI ~~'en ~IJi-même le COt4 malgré lout un être différ . 'J d Interferences en fi bleuJ de Jon père r . rha. éventuellement mouvant et parlant.' e qUI. Bien sûr. ~ntJ qlll aura 10ul juJte L crone f1M doniqlle aur. Nous rêvons de passer à travers nous-mêmes et de nouS retrouver au-delà: le jour où votre double holographique sera là dans t'espace.depuis Narcisse penché sur sa source. et de se retrouver immatériellement au-delà. ce ne sera plus un rêve.~ . un proCeJJuJ par la Jeule maÎ~~~. Jibi~ité a:~aZ~.rt pal nOUVeau. Vous vous penchez sur l'hologramme comme Dieu sur sa créature: seul Dieu a ce pouvoir de passer à travers les murs. rre.. Le studio de télé vous ttansforme en personnages holographiques : on a l'impression d'être matérialisés dans l'espace par la lumière des projecteurs. vous aurez réalisé ce miracle.

tian matérialisée de tout j" fi . enfin et surtout celui de se ttaver.ct n lmp~rte quel objet holographié eS( d'abord l'ectoplasme lumlOeux de voue propre corps. pas d'équivalent en miroir. ou jumeau mort qui n'est jamais né à notre place. par transparence emalt~r7. par projecle sujet. qui n'est plus une lumière visible ou réflexive. selon la règle des apparences. car alors la relation dueHe dis séducti~n. de la scè~:t la fasclOatlon inverse. Mais ceci est en quelque sorte la fin de t'esthétique et le triomphe du medium. c est la tentation inver~e e.âet~.~e du monde rait. c~m~e avec le d. quintessenciée.>.secret. pour que puissent exi u~e. c'est /' .~ un. Il verse au contraire dans la fascinacion. image parfaire et fin de l'imaginaire. g pour dest.fférenc~ a~ec la pein. de toujours procéder. fi ne faut jamais p. virtuellement dans un auue univets . scène de l'imaginaire. comme dans J'his ~ura Imaginaire du quee sans pitié. du côté du double.ues. photo) Vient celui de pouvoir f:ir:Olte (~:u~idrojr. par allusion et ellipse de la présence.:~~ er avec elle toute clone. vous êtes U1 vous-même en point de fuit eC vous tra~sforme u : que le relIef VOus saute ~ux yeux comme clans ~~'~a~ et du Jeu d'échecs Ccci d' "1' agan de tramway ~'objers ou de formes ::'r~n.le vrai medium est le laser. ce n'est plus une image du (ou( . tel que rien ne vous e s~ proJet~ en avant de la p~~t~. Ou plutôt. selon Mach.e la fin de l'illusion. qui est ceUe de passer du côté du double.SOI~a • e 156 même. avec t'hologramme. reve et doit le rester. La similitude e tolre d.'" car prodUJrc du cinéma 'd" . du côté d l' aue JamaiS passer du à ~ui-même. qui n'est que l'équivalent en miroir de celui-ci. à ses confins sophistiqués. alors nous sommes déjà. L:hologramme. " do~ble qui est. le vertige de passer de t'autre côté de notre propre corps. clone lumineux. qui est celte de la séduccion. ciname lorsque l'hologramme e :er~tablement fas_ plaque. Chirurgie lumineuse dom l'opération est ici celle du double: on vous opère de voue double comme on vous opérerait d'une tumeur. et veille sur nouS par anticipation. IISt~: ~"lus.SSe~ed~ar~alors limage dispa~ coté du double.er. lumière concentrée.ou cinématographi :e sep~~e (SIOOO . Si t'univers est.JOn ~inimale et core du réel.1. celui dont nous avons toujours déjà rêvé (mais ceux-ci n'en sont que de pauvres bricolages) nous donne t'émoi. avec l'halo :.matlon de avait de reproduire dt~l t~.. Mais quel est cetui-ci ? L'hologramme.du. de passer 9. dans une profondeur invers' p~ur 1cet!. exactement comme dans la stéréophonie qui. Laser/scalpel. (['avets son propre corps spectral .es<:e à tro~v~r quel type 1 holo~ramme n'a pas davanta e hologenlq.sans résistance - passée lhallucmatlon est totale et .l'effet reste renstlque du trompe-l'œil q )'. L'hologramme n'a justcment pas t'intelligence du trompe-l'œil. mais une lumière abstraite de simulation. du sujet à ~ui_:~cte ressemblan.I::ncl que le cméma n'en les Contenus de la peinture. e elle aussi. est aUSSl la carac_ ture : au lieu d'un champ d:~~i~.i:~:lOn disponible sur A~rès le phantasme de s '. mct proprement fin au charme et à l'intelligence de la musique. ttas. ce dont il n'y a pas de double. Or. la photo de reprendre d~ns l'h~log~amme mais non s j'a rea~~U:oi~::~l~ence: ' d'être i il d: Dans l'hologramme. Lui qui se cachait au fond de 157 .:s c1oncs.

rétendre. tl 1est u~.. Ce qui est litude. la fantasmagorie sociale n'est plus elle-même qu'un effet spécial. . tel qu'il vous est possible de passer à travers et au-delà. Ir l' A é de dimensiO~e~:t~o:'~:Hu_ ra ?U côté de la vérité.t. Il n'y a jamais de Slmlexactement. . de votre inconscient ?) et dont la forme secrète alimentait précisément votre imagi_ naire. donc 'amais valeur de reproduction (de vetlte~.. plus malin encore que le malin génie de la simulation) ce par quoi toute chose échappe à la représentation. c est-a. de ce bonheur désormais voué au simulacre mental Ct à la féerie environnementale des effets spéciaux..e toUC~~i ~~u~emême pas de simultanéité possible lOdlqu~ ~~e duYtemps.an~l"~ Ode possible dans l'ordre des figures. ou bIen. se eu lus. ~Ulssance s. C'est e tlalJsaAtion du vra~i 1e s 'u:aux étaient déifiés. paradoxal. (Le social.. obtenu par le design des faisceaux de participation convergents sous vide à l'image spectrale du bonheut collectif.~l~~opq~:act. Moment historique: l'hologramme fait désormais partie de ce «confort subliminal» qui est notre destin. est inversement de nous rendre sensible la quatrième dimension comme vérité cachée.J. T bien plus effets insolites certaineme. échappe à son propre double et à sa ressemblance.rière de la potenp.ur~.f n' P a d'exactitude. ~eul est exact ce qui s'ap~ro­ exact est .. Que se p~:s~~. à condition de rester secrète. comme ressembl~". ~ -d' e déjà de l'autre d'une vérité outrepassée. Mais exaltation par comre-coup du : seul est vrai.e :t am::. Bref. elle est eJa J. mais mais toujours deJa de SI . premlcre rouc?e aU. .e~ de sy~thèSe ou de résurrection exa~te route ve elte A l'ex érimeoration sCientlfiréel (ceci vaut meme pour P d ' " h1Jperréelle ) n'est déjà plus réelle. qU~ln mblable à un autre. cett~ course au r d un ob"et l'est plas cinarion réaliste est sans Issue car. dimension secrère de toute chose. Ce qui ~'un. 1et ?~C~l :~:s'sa négation destructe~rs pour. l'ord. il n'y a pas de réel : la troisième dimension n'est que l'imaginaire d'un monde à deux dimensions. Rien ne se Slml 1 u la re roduction holographique. mais aussi bien des figures de l'art ou des modèles de relations sociales ou psychologiques) plus apparaît à l'évidence (ou plutôt au malin génie de l'incrédulité qui nous habite. et de la même faço~ pas de d. seul est vr~imem joue avec une De toute façon.~: ordre ~oules de billard rouleor l'une vers 1aurr~. la quattième celle d'un univers à trois dimensions. p~ . C'est un peu du meme formule qui dit que: lorsque che de l:r:~~::ta.pourquoi le simulacre à trois dimensions serait-il plus proche du réel que celui à deux dimensions? Il se prétend tel.vous (de votre corps. Escalade dans la production d'un réel de plus en plus réel pat addition de climen158 sions ~~~~sant cc qui :~~~:s~~::rse .. l~ deux . qui prend tout d'un coup la force de l'évidence. on le synthétise et on le matérialise devant voUs. 'mulation Non pas exacte. sacripeut-erre pourqu JI vage' l'hypersimilitude fiés. 159 .::nr d'en être muchée.) Ttidimensionnalité du simulacre . Elle na J..r. mais son effet. est exactem~nt. .mgult:re tcnrialisation du réel. dans plus d'une cu ture sau . et. Plus on s'approche de la perfection du simulacre (et ceci est vrai des objets. l'avant la seconde.~:~ 1a~x a~:~s ~~~s ce non la :érité'l p~q~:nl: C:r~ plus réel qu~ le réel? Des qUi est p us vra . on l'extrait par laser. 1 ne . ' que..

et plonge. que de lui donner un poids tout court). Le sens.cette roralisation. des effets partiels de miroir et d'équivalence. possible. même les sciences exactes se rapprochent dangereusement de la pataphysique. est ce dont il n'est pas de représentation possible. . et donc à un pur non-sens. peut être éventuellement calculé en rermes exacts. pas de complément en miroir. Elle saute littéralement par-dessus son ombre.et toute tentative. Vues sous cet angle. la vérité. n'importe quelle modalité de sens peut ainsi être détruite par simple élévation logique à la puissance X . dont celle holographique. il est censé se ressembler comme un visage à lui-même dans un miroir . fondée sur une foi tenace er naïve en un pacte de simi160 litude des choses à elles-mêmes. L'univers lui-même. mais il apparaît immédiatement absurde. puisqu'eHe ne tient pas compte de son ombre (ce par quoi précisément il ne se r~ssemble pas à lui-même).et cette similitude virtuelle est en effet la seule définition du réd . l'objet réel est censé être égal à lui-même. de cette face cachée où l'objet s'abîme. dans ses moindres termes. ou à celle de toute l'information sur un individu dans son double génétique (clone). le rend immédiatement pataphysique. dans un horizon restreint. Le réel. Car elles tiennent quelque part de l'hologramme et de la velléité objectiviste de déconstruction et de reconstruction exacte du monde. toute extension holographique (velléité de rendre compte exhaustivement de l'univers) les font surgir dans leur dérision. le réel ne peuvent apparaître que localement. dans la transparence. pris globalement. Tour redoublement. ou de l'univers. pour s'y perdre elle-même. un poids de sens. rout passage à la limite. ce som des objets parriels.poussée à !a limite. qui s'appuie sur elle. puisqu'il n'a plus de référence. pas d'équivalence en sens (il est aussi absurde de lui donner un sens. de son secret. qui équivaut assez bien à celles de toutes les dimensions du réel dans son double hyperréel. plus de miroir où venir se réfléchir . ne peut que manquer son objet. toute généralisation. c'est comme si n'importe quelle vérité avalait son propre critère de vérité comme on « avale son bulletin de naissance» et perdait tout son sens: ainsi le poids de la terre.équivalait à un meurtre de l'original. N'importe quelle classification ou significa_ tion.

dans ia version baroque et apocalyptique de CraJh 1.Crash Dans la perspective classique (même cybernétique). le corps lui-même n'est que medium. des prolongements. Elle est la sophistication fonctionnelle d'un organisme humain.non plus mediwn fonctionnel. mais extension de mort. 1974. A ['inverse. G. mais L J. Call1lann-Lévy. De Marx à MacLuhan. la technique est déconstruccion morreHe du corps . Crash. . qui permet à celui-ci de s'égaler à la nature et de ['investir triomphalement. des mediamédiateurs d'une nature idéalement destinée à devenir le corps organique de l'homme. la technologie est un prolongement du corps.démembrement et morcellement. même vision instrumentalisee des machines et du langage: ce sont des relais. non dans l'illusion péjorative d'une unité petdue du sujet (qui est encote l'hotizon de la psychanalyse). 163 . Ballard. Dans cerre perspectÎve « rationnelle ". Paris.

excisions. { . Mais surtout (comme dans la torture 101tlatlque primitive. La mort est naturellement impliquée dans une exploration sans limite de la violence possible faite au corps. chacun caresserait ses tendres muqueuses et ses chairs érectiles. frotterait le filet de sa verge aux parois herniées du vagin. tout impact. la carica_ ture pacifiée) . béances du corps. pas de psychologie. dans la chirurgie sauvage et continuelle qu'elle exerce: incisions.dans la vision explosive d'un corps livré aux « blessures symboliques". et de ceci résulte une sexualité sans antécédent . elle est réversion immédiate de l'une dans l'autre.sorte de vertige potentiel lié à l'inscriprion pure des signes nuls de ce 164 165 . de cicatrices. Sa mort et sa mutilation se métamorphosaient par la grâce d'une technologie éclatée en une célébration de chacun de ses membres et des perspectives de son 1Jisage. (P. tout en adoptant pour conduire un pot-pourri d'attitudes stylisées. c'est-à-dire dans la violence faite à elle-même et dans la violence faite au corps. dont la plaie et la jouissance « sexuelles . Pas d'affect derrière tout cela. de mutilations. C'est la même: tout choc.un corps sans organes ni jouissance d'organe. comme dans le sadisme ou le masochisme. qui n'est pas la nôtre).. la sauvagerie de cette mixture du corps et de ia technique est immanente. pas de libido ni de pulsion de mort. Corps et technique diffractant l'un à travers l'autre de leurs signes éperdus. mais ceci n'est jamais. tout entier soumis à la marque. pas de flux ni de désir. 215. scarifications. tout heurt. à la cicatrice technique . du grain de sa peau et de ses attitudes. de blessures qui sont autant de sexes nouveaux ouverts sur le corps. toute la métallurgie de l'accident se lit dans une sémiurgie du corps . d'un tiseau de blessures où sa sexualité et la science dure de l'automobile s'enchevêtraient.. d'un corps confondu avec la technologie dans sa dimension de viol et de violence. une visée expresse et perverse de violence.) La technique n'est jamais saisie que dans l'accident (automobile). Le non-sens.sous le signe étincelant d'une sexualité sans référentiel et sans limites. Ainsi s'oppose à la compilation du corps comme force de travail dans l'ordre de la prodUCtion la dispersion d~ corps comme anagramme dans l'ordre de la mutilatlon. une distorsion de sens et de sexe (par rapport à quoi ?).) ne sont qu'un cas particu_ lier (et la servitude machinale dans le rravail.} presserait ses paupières contre les tendons déchirés de l'index. mais une sémiurgie de contusions. Chacun des spectateurs sur le théâtre de la collisiorl emporterait l'image d'une violente transfiguration de cette femme. sur le modèle psychanalytique. Chacun poserait ses lèvres sur ces fentes ensanglantées. au découpage. Dans sa propre voiture. Pas d'inconscienr refoulé (affects ou représentations). Abstraction charnelle et design. Finies les «zones érogènes» : tout devient trou pour s'offrir à I~ ~~ch~rge réflexe. chacun plaquerait ses phantasmes sur les plaies de la vedette.non pas une anatomie ou une physiologie. tout le corps devient signe pour s'offrir à l'échange des signes du corps. sinon dans une seconde lecture qui réinjecterait là encore du sens forcé. L'accident de la route avait enfin rendu possible la réunion tant attendue de la vedette et du public.

exactement 110verse. par fétiche interposé. qui parle en Introduction d'une nouvelle logique perverse il faut résis{Cr à la tentation morale de lire CraJh' comme perversion).ou l~ cor~s.st parto. Tout est inversé. sans métaphore.. ablations partielleJ de Jein. il est au cœur. d un u~lvers domestIque immobile. JI est IOltlateur d'une nouvelle manière de jouissance ~on perve:Je (contre l'auteur lui-même.les no~vel1e. la séduc~ion par modele. par deJ pare-briJe (durant éjectio~) .s c1ass~s de loisir. bless~res.. ou par le medium du langage. mamelom Jectionnés par le sigle dlun comtructeur ornant un tableau de bord. Vaughan a obliqué verJ l'aire d'une JtationJervice dont l'emeigne au néon a projeté une brève lueur écarlate Jur ceJ photoJ traméeJ de bleJJureJ effroyableJ : seim d'adoleJcenteJ déforméJ par la planche de bord. qui est le Jexe. sans phan:sm e . et l'Accident e.corps. DeJ phot~s de verges mutiléeJ. la art et le sexe sont lus à même le corps. du résidu ou de la transgression. n'est encore que support dune IOSCtlptian textuelle.. ICi.' du refoulé.donc plus de perversion non plus. _ même plus l'inverse. . Mort. alors que la technologie de Crash est étincel ance . Il n est meme plus la «part maudite ".aut~mobile. ses autoroutes.. est enCore puritaine. «machine signifiante» dirait Deleuze. la sphère magnétique de 1automobile..JCe.. de vulves entadlées et de teJttculeJ écraJéJ défilaient JOUJ meJ yeux à la lueur crue du néon. celle concédée au destin par le système lui-même.différence de la Machine de La Colome pemtenttatre. il n y a plus d u~lvers privé et domestique. d'une réorganisation stratégique de la vic à parrir de la morc. des tôles souillées de sperme. ses échangeurs. L'Accident n'est pl bricolage interstitiel qu'il est encore dans l'accide~: ~e la route . Séductrice 'parce que dénuée de sens. à la . Rituel symbolique d'incisions et de marques comme dans les graffiti du métro de New York ' .. Il n'est plus à la marge. et simple . répressive. LAcCident. san~ p~r~se ~. la machine de. ou mate et innocente. Seule est per~erse la métaphore fétichiste. dans ses plaies. mutilations . Et l'. C'est l'Accident qui donne form~ à la vie. Ka.q~e. Corps cr technologie mêlés. séductrice. l'insensé.im comm. de son habitacle mobile comme prototype universel.de la VJ~. dans Cr~Jh.miroir des c?r~s déchirés. . qUi fiOlt par investir l'univers entier de ses tunnels. banalité de 1anomalte de la mort. blmures génitaleJ caméeJ par deJ gaines d'arbreJ de direïtion. a des sIgnes aCCidentels qui n'apparaîtraient qu aux marges du système. et incluse dans son calcul général.ne sont plus méraphores de la castration. n'est plus de l'ordre du ~évroti. séduits. Et le corps de Vaughan est a son rour miroir des chromes (Ordus. Il n'est plus l'exception d'une rationalité rriomp~ale. des ailes froissées.un : on n'a plus affai~e. il a dévoré la Règle.fka. inextricables. ses toboggans. comme la mort. PluJieurs de ceJ documentJ étaient 167 166 . figure élémentaire.":utre po.bricolage résiduel de la pulsion de mor: pour . il n'y a plus que les figures IOcessantes de la circularion. Plus de dysfonction possible dans un univers d. i~ est devenu la Règle. irréversible.e l'~ccident . c'est lui.ut.. n'en est que la métaphore immense. Aussi l'une.La bagnole n'est p~s 1append.

fisu ~ ne . Des segments déformés des clttJSe~ de Vaughan composaient avec le ve~tre de partenaire une curieuse figure a~atll~q7. La le cor~s. Or. fi'" 1 40 km/heure. de toutes les brèches par où le corps se réversibilise er. L'image du sein gaud'hvd ~ YOfiite avec son mamelon dressé. 155. lesqsignes et blessures dont le corps est l'échange e toliSva es savaient utiliser à cette fin tout capable. lUi. mais par l'artifice.mais alors ~ion du sexe n'est lus le sexe.o~e" ~: jUsteme. Seul le corps blessé symboliquement existe .cet ue l'fnscription d'un signifiant pnv~legle sexe. telles les scatifications des sauvages. le sexe n'est que cette raréfaction d'une pulsion appelée désir sur des zones préparées à l'avance. ondu~ait ~u~ 1: c:ndri:r. ~':~~e~~ Là alors que nous roulionJ pour la pre- . t:~: erg:~J le rétroviseur j'apercevais toujOU? ~au . lissière de glace. non plus par la nature.~:~. s~r toute l'étendue du corps . chaque trace. n es qmar ues secondaires _ rien aupres de et de que~ques . à for:e tian organique et fonctionnelle (y comptls jouissance). l'a pénitrée. ni la plus significative. ne connaît plus ni d'intérieur ni d'extérieur. l'injtia~ion. c'est autre ch. es . de tous les orifices artificiels (mais pourquoi « artificiels» ?). comme certains espaces topologiques.. La photographie d'une verge fourchle s'accompagnait d'un encart représentant un frein à main. le sexe tel que nous le concevons n'est qu'une définition infime et spécialisée de toutes les pratiques symboliques er sacrificielles auxquelles un corps peur s'ouvrir.pour soi et pour les autres . se réj/épro.nt . u'une des métaphores pOSSibles de s~~~~~tée ~ ~~~li~ue. l68 dé assé par l'éventail des blessures Il est ~argeme:~ est ~n quelque sorte l'anagram~atisa­ symbohques.ecte.han et la fille.le « désir» « sexuel» n'est jamais que cette possibilité qu'Ont les corps de mêler et d'échanger leurs signes.mi~és par. ~ y ~:e:~~~:~~: ~a~~sre et obsessionnelle.g de la voiture qui nous JU1VaJt. leI unités monétaires d'une circulation nouvelle de la douleur et du désir. Ces rencontres de sexes déchirés et de sections de caisse ou de planches de bord formaient de troublants modules.gzud:u~ifices de la fille et. et de nouveau sa verge 1a .JSSate~ de l'intérieur. Les :a~e t~touage. ni la plus mme eHe l'est devenue pour nous dans 1ec . le supplice. chaque cicatrice laissée sur le corps est comme une invagination artifi_ cielle. lesquelles sont toujours une téponse véhémente à l'absence de corps. par l'accident. par le simulacre.urs sur le coffre noir de la Lincoln et les ch. d~~. Lebs Plbla~es t d::~~ ées sur le toboggan YI aten . illu.complétés par une reproduction en gros plan de l'élément mécanique ou ornemental qui avait Causé la b/mure. Vaughan a Î 169 .) Chaque marque. ~vota~t sur les hanches. Au-ckJSus d'un gros plan de vulve machu~ rie on voyait l'image d'un moyeu de volant décoré de l'emblème du constructeur. Leurs corps. Vaughan a msta ~alifourchon sur lui. s~tSd. (P. les quelques orifices naturels auxquels on a COutume de rattacher le sexe et les activités sexuelles ne SOnt rien auprès de toutes les blessures possibles.

Et le coït et le sperme qui traversent le livre n'ont pas plus de valeur sensuelle que le filigrane des blessures n'a de sens violent.elle implique toujours une manipulation intermédiaire de scènes ou de gadgets. Sa verge plongeait dans le vagin. tous les termes érotiques SOnt techniques. véhicu(es. de queue. toutes les voies étaient obstruées de.d'une forme à une autre. (p. je me sentais complète171 . Même chose pour la coïnCidence de la mort et du sexe : ils SOnt plutôt nappés ensemble dans une sorte de super-design technique qu'articulés selon la jouissance. La voiture suivait à 80 km/heure la pente du toboggan.'intimité de la violence sexuelle.'appareil tech~ nique. Les seins pointus luisaient dans la cage de verre et de chrome de l'auto qui prenait de la vitesse. Les stops brûlaient dans l'air du soir comme des feux dans une immense plaine de corps cellulosiques. la vulve. Leur acte sexuel se réfléchissait en un triptyque sur les cadrans lumineux du compteur de vitesse.. D'ailleurs il n'est pas question de jouissance. mais une langue fonctlonnelle: adéquation du chrome et des muqueuses comme . ' La jouissance (perverse ou pas) a toujours été médiatisée pat un appareil technique. La haute muraille d'un autobus à impériale sur notre droite nous donnait timpres~ sion d'une falaise de visages.. par une méca170 Nous étions pris dans un énorme embouteillage.. 164. Ici. la verge. sur toute la longueur de Western Avenue. mais de décharge pure et simple.dans la scène finale X estampille de son sperme les épaves de bagnoles. de con. suffisante pour nous catapulter en orbite autour d'u~ ast~e plus clément. debout au cœur de ce cyclone gelé. Et mot. Les passagers qUi nous regardaient derrière les vitres évoquaient les alignements de morts d'un colombarit/.pénétrée. l'immense embouteillage provoq~é par l'accident s'étendait à perte de vue. mais: l'anus. le coït. . d'objets réels mais le plus souvent ~e ph~n­ tasmes . se consumait en vue de mamte'ntr cette stase universelle. Du raccordement de l'autoroute et de Western Avenue à la rampe ascendante du toboggan. et celle-CI résumée en un seul objet: ['automobile. et homogénéisé par la seule techOique. Les pare-brise réfléchissaient les lueurs mcertames du soleil qui descendait au-delà des faubourgs à l'Ouest de Londres. Pas d'argot. Toute l'incroyable énergie du xx' siècle. c'est-à-dire pas d. Les v~ole~tes convulsions pelviennes de Vaughan coïncrdalent avec les flashes lu"ûneux des lampes ancrées tous les cent mètres sur le bord de la route . de la montre et du compte-tours . sur tous les couloirs du toboggan. Ce ne sont que des signatures . ses mains écartaient les fesJeS et révélaient l'anus à la lueur jaune qui emplissait l'habitacle. Vaughan avait passé un bras par la portière et tambourinait impatiemment contre le panneau. le rectum. c'est-à-dire confondue sur la meme longueur d'ondes avec la violence de l. 173. même méraphorique. (P. Pas de cul.) nique. la jouiss~nce n'est qu'orgasme.m. Vaughan cambrait les reins et exposait le corps de la fille à l'éclat des phares derrière nous. lei.) Autour de moi.

Le to~se sectionné de la femme jadlmatt du pare-brISe éclaté..ment serein. Plus de profondeur du temps non plus . Les deux engins se sont deportes vers le premier rang des spectateurs pétrifiés. Le redoublement seul.celle simultanée de la vedette dans un cho~ avec . (P. mais eUe se redouble tOujours dans l'objectif de la caméra de Vaugh~n. le pare-brise et le toit avaient .0to a heurté !'av~nt de la voiture.travaIl de deuil): c'est celle de la photo et du cmema. peut opérer la fusion de la technologie.. Le mannequin était bien calé en arriè:e. son torse était couvert d'appareils de mesure. ainsi qu'à tout autre prof?odeur. le furu~ cess~ à son wur d'exister. de la circulation et de ses flux. Il srocke er thésaurise comme des fiches signalétJ~~es les photos d'accident.l~ famtlle . puis sont allés damer sttr le tOIt. En face. Moto.Elisabet~ Taylor. choc méticuleusement simulé et. attendaient dans la voiture. comme si on m'avait enfin soulagé de toutes mes obsessions concernant ces véhiClI proliférant sans fin.tout com~e l~ p~ssé. Le capot. 178. voire avec sa production «réelle».tous som simultanés. . Dans une explosion métallique. la photO n est pas plus .. La voiture a reculé de trois mètres sur ses haussières. Il ne s'agit p~s ~ une absrraccJOn «supplémentaire» de l'image. La ~lllcule photographique (comme la musique transistonsee dans les automobiles et les appartements) fait partie de la pellicule universelle. et la position de Vaugh~n n'est jamais celle du voyeur ou du pervers. Ses mams étaient liées aux commandes de l'engin comme celles d'un kamikaze. En fait. métallisée e~ corporelle. La répétition générale de l evénement crucial qu'il fomente (sa mort automo bile et . les membres de la fallulle etaIent jetés pêle-mêle les uns ~u~ ~es ~utres. ~ais en fait. Leurs vtJages étaunt peints de signes ésotériques. de l'espace. la photo n'est pas ici un medl~m. hyperréelle.été ~nfon­ ds.nse de vue cinématographique. Les tapis d'éclats de vitre autour de la 173 . du langage. patinaient dans l'herbe à côté des rails. mIS au pOint pendant des mois) se fait lors d'une p. dans un univers où l'anticipa172 tion de l'événement coïncide avec sa reproduCtion.n . du sexe et d~ la m?rt. achevant sa course en travers des rails. il signifie simplement que cet univers est sans secret. son menton soulevé par l'afflux d'air. et pilote ont volé sur le capot. la m.) 't es Pounant une autre dimension est inséparable dans C~ask de celles confondues de la technologie et du sexe (reu~les dans un travail de mort qui n'est jamais u.un medium que la technique ou le corps . Cet univers ne serait nen sans ce décrochage hyperréaliste.La ~urface brillante et saturée de la circulation et de 1aCCl~ent est sans profondeur. tout aussi imp~ssibles que lui. masse nOIre ec/atée. A l'intérieur. c est 1 CCII de la camera qUI s'est substitué au temps. ni de 1or~re de la représentation. les quatre mannequins . Il n est pas une autre dimension. Un claquement de fouet a surprts nos oreilles: les câbles de mesure se déroulaient. le dépliement seul du medium visuel au second degré. nI d une compulsion spectaculaire. gifant le pa~e-b~tSe. celle de l'affect.

g~::s aurons partout affaire désormais regjs~re.U1.s e'lon la même règle du jeu. ra g deu~de :L:=n~ simulatio~ ~Ort. fi cinant sans que cette faSCination ImpiJque ~en~e~t de v~leur. {( Nous pouvonJ tout revoir sut' le système Ampex.:jsl :: sensualité. d roman de l'univers de la sImulation. puisque la circulation et J'accident. pl~s de m . eu e livres. 145. puisqu'il ne connaÎt plus la dysfonction. 175 . comme on fait pOur aider un enfant à vaincre un blocage mental. mauvais? Nous n'en saurons Jamal~ ne. ~le. ~~ash est hypercritique (là aussi cont~e son ~uteu. tels une neige argentée 0/1 des confettis maCa_ bres.tn de ce violés et violents.) Dans Crash. la technique et la mort. Ce fiction ~~ et commutant de :t de mamonde violemment sexué. peu de films arreig. A rès Borges. d l"nrroduction.n~nt à ::erre resol~. dans les figures incessantes de la circulation. C'est là le miracle de Cra:~' Nul: Jl~~: n'affleure ce regard moral. C'est un fonctionnalisme radical. ni mauvais: ambivalent.e:.bstan. 11 redevient du coup un objet indéfinissable.e r:nass-médla~~.tI~~e)~ appa parcouru par une intense force Jnltlatlque. parle de « fonction premomtOlre. r noal. Dans Cra:h. donc passionnant. a cehtrej~p 0 n e méca~ de la banalité ou de la VIOlence. » (P.cfltlque qUI f:'t encore partie de la fonctionnalite du vieux mond~.que. mieux encore.s fin~ht~ n I~sesr simple. mais y menant plus vite que les autres ". il redevient du coup un objet de traverse.voiture étaient cOnJtellés de copeaux de fibre de verre arrachés au visage et aux épaules du manne_ quin. C~ash ~n~ .. C'est le même univers que J'hypermarché. alors que le bon vieux fonctionnalisme. :~~: finaliré ou négativiré c~ltIque. Nas VI e. mais sur un autre p.~'univets forcma 1 La fiction y dépasse la réalité (ou IlOvetSe). ou menant là où le grand chemin ne mène pas ou. « une voie ne menant nulle parr. le Î~g~ment ..ten~ ~~~ Ut n. mécamque ero. mais comme neurr:alls:s.c'est-à-dire une voie menant plus vite que le grand chemin. le fonctionnalisme de Crash dévore sa propre rationalité. ::~~e in. mérallique m. Ils vont repasser l'accident au ralenti. par retournement de sa su. qu'elle projette dans le futur selon les mêmes lignes de 174 e et les mêmes finalités qui sont ~elles de . le sexe et la simulation SOnt comme une seule grande machine synchrone. c'est-à-dire toujours déjà prise elle aussi.»). hyperrechOlque san. même controversé. bagnole. la plupart du temps. Hélène m'a pris le bras.sorreéo~e ~u~n~~~~ asymbolique mais qui. ne l'est plus du tOut . es~ l~ preml:. où la marchandise devient « hypermarchan_ dise ". toUt est hyperfonctionnel. de réalité c'est l'hyperréalité qUI a~11t les lus de régression critique pOSSible. qui atteint ses limites paradoxales et les brûle. d:n~is~ en garde contre ce monde br~tal aux lueurs criardes qui nous sollicire de façon touJours plu~ pr~­ sante en marge du paysage technolo~lque.~ec~r:nm~ béron. Ni bon.r q. C'est ce qui distingue Crash de toute la science_ fiction ou presque. mais sans deslr. qui tourne encore. Mais en même temps. ce chromatique et.~. Comme la mort ou la mode. autour du vieux couple fonction/dysfonction. et pour parodier Littré sur un mode pataphysique. et tOute l'ambiance avec elle. s .

machut. et visant à la restitUtion ou a 1 institution Ideale d'une nature à l'image de Dieu. _ simulacres de simulatIOn. Nom étions les membres d"me sorte de congrégation sortant dft sanctuaire après avoir écouté un sermon qui nous enjoignait de nous livrer. Un intense arôme de sexltalité flottait dans l'air. ~. Au premier ordre répond . fondes sur 1 mformation.o~ti­ mistes. Au troisième correspond .lac.opérationnalité tOtale.ordre de ~imu. le jeu cybernétique . la force. naturalistes.oni~ux. frottant ses phalanges contre le mamelon.. amis et inconnus.arm.. de ('utopie. sa matérjalisa~ion par . Nous roulions dam la nuit afin de recréer avec les partenaires les plus inattendus le mystère de l'eucharistie sanglante à laquelle nom venions d'assister.e et dans tOut le système de la productIOn . Au second correspond la sctence-fictlOn a. à une vaste célébration sexuelle.l'imagi~aire. Une adolescente en jeans nous a dépassés. Tous deux sont montés à bord d'un cabriolet dont la caisse peinte en jaune était couverte d'auto_ collants.VIS~ prom~­ théenne d'une mondialisation ct d'une expansIon continue d'une libération d'énergie indéfinie (le désir fait par:ie des utopies relative~ à cet . (P. produecivisres. fon~és sur ['énergie. 179.es). _ simulacres productifs.La dernière ambulance s'est éloignée dans un hurlement de sirènes. visée de contrôle tOtal. le modèle.y a-t-il encore un imaginaire qui réponde à cet ordr~ ? La répons~ probable est que le bon vieil imaginalfe de la sClence177 . fondés sur l'image. Les gens sont retournés à Iet/r voiture.) Simulacres et science-fiction Trois ordres de simulacres: _ simulacres naturels. proprement parler. l'imitation et la con~refaço~. hyperréalité. Le garfOtI qui l'accompagnait avait passé un bras autour de sa taille et lui caressait le sein droit..la.

jusque dans les structures inconscientes.nce~fiction : celte-ci n'est le plus souvent qu'une proJectIOn démesurée. as ne constituent plus un imaginaire par rappot{ au .réel. etc. seulemer:t dans l~ romanesque. mais de routes façons le décollage d'avec le monde réel est maximal. (A l'univers limité de l'ère pré-industrielle. L'imaginaite était l'alibi du réel. un univers radicalement différent (le rêve romantique en est encore la forme individualisée. la tendance est' bie~ celle d'une résorprion de cette distance. il n'y a d'imaginaire qu'à une certaine distance. les péripéties d'un monde antérieur. Les modèles ne constituent plus une ttanscendance ou une projection. et ne laissent donc place a aucune sorte d'anticipation fictionnelle . mais Il n'y a de réel. ml. où la transcendance se dessine en profondeur. auss~. où se dessine une sphère transcendante.se en place de situations SImulées. essayer de reconstiruer in vitro. et ne laissent donc place à aucune sorte de transcendance imaginaire. ils sont eu~-mêmes anticipation du réel. celle dont on ne peut plus que rêver comme d'un objet perdu. c'esr le réel qui est devenu l'alibi du modèle. de cet écart qui laisse place à une projection idéale ou critique.theone). et que quelque chose d'autre eSt en tral~ d.mdetermmatlon met fin à la science-fiction aussI à la théorie.Elle se réduit de façon considérable dans la ~cie. Prolongements méca~ Olciens ou énergétiques.) maIs alors rten lternatif idéal. Et c'esr paradoxalement le réel qui esr devenu notre véritable utopie _ mais une utopÎe qui n'est plus de l'ordre du possible.n dan. etc. à se résorber au seul profit du modèle) Or d'un ordre de simulacres à l'autre. La réaliré pouvait dépasser la fiction : c'était le signe le plus sûr d'une surenchère possible de l'imaginaire. Aujourd'hui.e surgir (et ~as. Qu'en est-il lorsque cette distance y compris celle entre le réel et l'imaginaire. dans un univers régi par le principe de simulation. jusque dans les moindres détails. ces modèles (scé~arios. la scien~e-ficrion ajoute la multiplication de ses propres possibilItés.fiet. comme genres spécifiques. l'utopie oppoJaif un univers 178 ne diJtingue cette opération de la gestion et de l'opération même du réel: il n'y a pluJ de fiction. de la métallurgie.s la . .) _ Elle se résorbe totalement à l'ète implosive des modèles. . mais les schémas et les scénarios SOnt ceux mêmes de la mécanique. dont il n'est que l'alibi. les vitesses ou les puissances passent à la puissance n. Mais le réel ne saurait dépasser le modèle. c'est-à-dire celui de la ma~l­ pulation toUS azimuts de. ble.Elle est maximale dans l'uropie. Le champ ouvert est celui de la sim~­ lation au sens cybernétique. Hypostase projective du robot. tend ~ s'abolir. Peur-être la science-fiction de l'ère cybernétique et hypertéeHe ne peut-elle que s'épuiser dans la résurtection « artificielle » des mondes « historiques ~~. les 179 . c'est l'île d'utopie opposée au continent du réel). A l'univers potentiellement infini de et d .ils sont immanents.ion est mort. mais non qualitativement différente d~1 monde réel de la production. Un meme destin de flottaison ~a production. dans un monde dominé par le principe de réalité.

les idéologies révolues vidées de leur sens. non seulement des marchandises.la satellisation du réel dans la transcendance de l'espace . Il y a hémorragie de la reallté comme cohérence interne d'un univers limité lorsque les limites de celui-ci reculent vers l'infini. de leur processus originel. Nous ne pouvons plus imaginer d'aurre uni~ la grâce de la transcendance nous a été ôtée là aussi. quelque chose comme le principe de réalité disparaît. précisément parce qu'il a disparu 181 . avec le dernier module lunaire. c'est la fin de la science-fiction. mais réhalluci_ nation désespérée du passé. et donc disponible pour l'Imagmalre. recensé. La conquête de l'espace. Témoin ce deux-pièces/~ui­ sine/douche élevé sur orbite. Dick.aurre chose a lieu. La conquête de l'espace constitue dans ce sens un seuil irréversible vers la ~e~te du référentiel terrestre. Il n'y a pas là de relation de cause à effet: ce n'est pas patce que l'espace terrestre esr aujourd'hui virtuellement codé.ce n'est pas exactement pour cela que l'univers exploratOire (technique. équ~vaut à déréaliser l'espace humain. des signes. mai~ hallucinants de vérité rétrospective. ne laissant plus aucune place à l'imaginaire . du banal. c'est l'ère de l'hyperréalité qui commence. les personnages.un marché universel. Mais les deux sont strictement liés. elle ttOuvait d'ailleuts ses frayages dans les récits d'exploration spatiale complices des formes plus terrestres d'exploration et de colonisation du XIX' et du xx' siècle. lorsque la carte couvre tout le territoire. de réinventer le réel comme fiction.c'est la fin de la métaphysique. 11 n'est plus pOSSible de partIr du réel et de fabriquer de l'irréel. Lorsqu'un système atteint ses propres limites et se sature. des modèles. des modèles de simulation et de s'ingénier à leur donner les couleurs du réel.événements. Gigantesque hologramme en trois dimensions. à la puissance spatiale pourrait-on dire. où la fiction ne sera plus jamais un mitOir tendu au futur. c'est la fin du phantasme. cartographié. saturé. cette sorte de dé~esure panrographique qui faisait le charme d~ la sClenc~­ fiction sont impossibles. La science-fiction classique a été celle d'un univers en expansion. hypostasié dans l'espace . 180 Nous avions toujours eu jusqu'ici une réserve d'imaginaire . mais des valeurs. quelque chose doit changer : la projection. venue après celle de la planète. Ceci est vrai . mental. une réversion se produit . la guerre de Sécession. du vécu. La quotidienneté même de l'habitat terrestre élevé au rang de valeur cosmique. de l'imaginaire à partir des données du réeL Le processus sera plutôt inverse: ce sera de mettre en place des situations décentrées. ou à le reverser a un hyperréel de simulation. Ainsi dans Simul4~ cres de Ph. et sont deux versants d'un même processus général d'implosion succédant au gigantesque processus d'explosion et d'expansion caractéristique des siècles passés. dans l'imaginaire aussi. s'est donc en quelque sorte refermé en se mondialisant .'exploration gé?g~a­ phique et spatiale aussi: lorsqu Il ~ Ya ~lu~ de tertltOlre vierge. A partir de là.~e l.or le coefficient de réalité est proporonnel à la réserve d'imaginaire qui lui donne son ~oids spécifique. l'extrapolation. cosmique) de la sciencefiction s'est lui aussi arrêté de fonctionner.

cher~ chant à revitaliser. Ce qui distingue Crash de presque route la science-fiction. c'est autour du trou du réel.c'est un univers de simulation. rien n'y est « inventé» : rout y est hyperfonctionnel.ni possible. on est toujours déjà dans l'aurre monde. Hallucination du réel. ou même d'un univers possible . ni réel ni irréel: hyperréel . ce qui est tout autre chose. c'est notre monde. mais elle jouait sur le double.de notre vie. univers parallèle. mixés et hyperopérarionnalisés dans le vide. la technique et la mort. simulée: c'est-à-dire accélération de nos propres modèles. sans passé. mate. sans avenir. qui tourne encore la plupart du temps autour du vieux couple (mécanique er mécaniste) fonction/dysfonction. poétiques. de toUS les modèles qui nous entourent.nous ne passerons même plus « de l'autre côté du miroir ». autour du trOIt de l'imaginaire) dans ce nouvel espace. du vécu. de temps. Crash. qui n'en est plus un autre. à cette réversion de situation) Visiblement les nouvelles de K.il ne s'agit pas d'un 182 . la circulation et l'accident.on est d'emblée dans une simulation totale. dépaysantes. ou s'il gravite encore. car précisément ce nouvel univers est «antigravitationnel ». même de notre conception actuelle de l'univers. d'espace. parfois jusque dans les détails d'une inquiétante étrangeté. donné à voir avec une précision transparente. à réactualiser. mais reconstitué. ceci était encore l'âge d'or de la transcendance. Un exemple peut-être plus convaincant encore serait celui de Ballard et de son évolution. de signes) . Philip Dick «gravi~ tent» si on peur dire (mais on ne peur plus tellement le dire. On n'y vîse pas un cosmos alternatif un folklore ou un exotisme cosmique ni des prouesse~ galactiques . ni impossible. tout y esr comme une grande machine synchrone. à rimag. il n'y a plus de double. des fragments de certe simulation universelle qu'est devenu pour nous le monde dit « réel ». jusqu'à Crash. sur la doublure ou le dédoublement artificiel ou imaginaire. mais pourtant sans subsrance déréalisée d'avance. qui est sans doute (plus que IGH ou L'Ile de béton) le modèle actuel de cette science-fiction qui n'en est plus une. reconstitué comme une réserve animale ou végétale. ' La science-fiction ne serait plus dans ce sens un romanesque en expansion avec route la liberté et la « naïveté» que lui donnair le charme de la découverre mais bien plutôr évoluerair implosivement. du quoti~ dien. hypetréalisée. qu'elle projette dans le futur selon les mêmes lignes de force et les mêmes finalités qui sont celles de l'univers 183 Où seraient les œuvres qui répondraient d'ores et déjà à cette inversion. d'un univers double. indépassable. alors qu'ici le double a disparu. sans extériorité . une flottaison de toutes les coordonnées (mentales. sans miroir ni projection ni uropie qui puisse le réfléchir .la simulation est infranchissable. immanente. sans origine. Depuis les premières nouvelles très «fantasmagoriques ». le sexe et l'objectif photographique. Et ceci non pas parce que Dick parle expressément de simulacres (la science-fiction l'a toujours fait. oniriques. à requotidianniser des fragments de simulation.

dans leut axiomatique. dans l'univers complexe de la science-fiction. certainS passages de TOUJ à Zanzibar. Mais un ordre peut fort bien contaminer l'autre. c'est non pas l'opposition usines vraies! usines bidon. usines soiem bidon.normal »'.ficti.opératoire (le statut industriel. du troisième ordre. et l'ope185 .e commandes.pr~uctlf/pr. . dans l'axiomatique même de la simulation ambiance. Entre l'ojJératique (le statut théâtral. de comptabllité. En fait. La fiction p~ut y dépasser la réalité (ou 1 iOverse : c est plus SUbtil). de démêler ce qui obéit encore (et c'est une très large pa~t) à I. ordinateur. mais au contraire l'indistinction des deux le fait que tOut le reste de la production n'a pas plus d~ référence ni de finalité profonde que ce «simulacre» d'entreprise.f. exposant du génie pro~ duniE des simulacres de second ordre: il n'y joue pas comme processus de simulation.D~n~ Cr~h.' et elle est partout.on a~rait « imaginé» (mais préclsement. caractéristiques du deuxième ordre. productif. et il témo. surgi d'un monde sans secrer. Quei a~t~ur de science-. sans profondeur.ent reelles. le « grand opéra" de la technique) qui correspond au premier ordre. d'une usine à l'autre.<~.~Jectl. comme l'ordinateur de 2001 ou Shalmanezer dans Tom à Zanzibar).'im~­ ginaire du second ordre. s'il en eSt une: notre. effecteur de pUissance e. celle des usines «sétieuses ». Elle peut surgir à l'état brut par simple inertie de ce monde opérationnel. . à la même hypertéalité. débaucham une seconde fois ses propres chômeurs). Et on voit qu'il n'est pas besom de llOventer: il est là. dans la circulation des modèles. qui relèvent. et ce qui relève déjà de cette lOdlsunctlon de limaglnaire de cette flottaison propre au troisième ordre de la simuiation. et l'ordinateur peut fort bien fonctionner comme une supermachine mécanicienne. c~s~ 1hyperrealtte qUI abol. :cience~fictlOn comemporaine. usines qui réemploient les chômeurs dans tous les rôles et à tous les postes d~ ptoce~sus de travail ttaditionnel. Ainsi on peut faire clairement la différence entre les machines-robot mécaniciennes.. mais justement qu'elles sOl. la science-fiction dans ce sens n'est plus nulle part. Jack Barron ou 1Etermte.ign: en~ore des réflexes d'un univers finalisé (y compns 1ambIvalence et la révolte.de constitue la vraie qualité «science-fiction~elle» cet épisode..lt les deux. de l'~rd~e .t d'énergie) qui correspond au deuxième ordre. l'. à l'intérieur d'un vaste réseau? Toute la production matérielle redoublée dans le vide (une de ces usines simulacres a même fait « réellement» faillite. Ce qui est fascinant ici. et les machines cybernétiques. mais qui ne prodUlsenc rIen. de machinerie théâtrale et famastique.'vraie» production. et que du coup elles renVOlem toute la . C'est cette indifférence hyperréaliste qui 184 Le plus difficile est sans doure aujourd'hui. ça ne s «lmagiOe» plus) cette « réalité» des usines-simulacres ouest-allemandes. C'est ça la simulation non pas q~e ces. un superrobot machine de surpuissance. de concurrence. d'écritures. dont toute l'activité s'épuise dans un jeu d.lus de fiction ni de réalité. ICi et maimenam. C'est là. hyperréelles. p. mais selon la même rè 1 ~u jeu. etc.

du principe du Mal. et le supplice. H faur faire dire aux bêtes qu'elles n'en sont pas.e dernier ordre peut encore nous intéresse. aléatoite. d'étrangeté radicale pour 187 . Ainsi l'aveu restituait une causalité rassurante. au nom de la science. l'extermination du mal dans le supplice. avec cette férocité expérimentale. dont elle désespère secrètement. vr::~ Les bêtes Territoire et métamorphoses Que voulaient les bourreaux de l'Inquisition? L'aveu du Mal. que la bestialité. Rottant de la « metatecholq. la sauvagerie. quand nous usons et abusons des bêtes dans les laboratoires.r~­ ~~~tl. dans les fusées. avec ce qu'elles impliquent d'inintelligibilité.rationne: (le Sta~ut cyberné~ique.ue ») qUI correspond au troisième or~re. De la même façon. Sinon la moindre hérésie eût rendu suspecte toute la création divine. H fallait faire dire aux accusés qu'ils n'étaient coupables que par accident. t~UteS les mterférences peuvent enCOte se dUIre aUJourd'hui au niveau de la science-fiction :r. quel aveu cherchons-nous à leur extorquer sous le scalpel et les élenrodes ? Justement l'aveu d'un principe d'objectivité dont la science n'est jamais sûre. n'était que le couronnement triomphal (ni sadique ni expiatoire) du fait d'avoir produit le Mal comme came. par l'incidence du principe du Mal dans l'ordre divin.

.r qu~~:s ~:~~. les plus singuliers. Dans ces rarchie d'accès a la nourtlture..dans ce sens nous sommes tous des bêtes. » seoce un obsmele au de:rcloppeme d ets tranquilli?bsc~rité: lumlè~:{:~~~~. qu'on reste continuellement pOUt leur extorquer des comportements réflexes. . juillet 1973) Les lapins développent une anxiét~ mor~ide. Au gieoc. les vétéri~Jaires européens se sont inquiétis des maladies et troubles psychiques qui se développent dans les élevages industriels. SenSibIlite plus gr ffi' . SI 00 . Il faut tuer dans les bêtes la bestialité. les femelles devieoLes anticorps perdent}eur e ~aC1repe' ut dire la mortalité nent stériles. de la folie. dont précisément pour nous les bêres.. la cnse é de leur donner des plusieurs semaines. Cette preuve.consmt. etc. e 189 188 . nen n y f~lt. ~er. s'accroî~'h stérie des poulets atteint l'~nsemble ~u y. du sauvage. c~est voier et . ~us les animaux se mettent à dre un s~u~ri~:'t~~u~o'us sens. qui som autant d'aveux de rationalité en dernière instance. le les animaux se reful'effondrement.psy . . Partout la bestialité doit céder le pas à l'animalité réflexe.us u'à la mott. Aveu que les écarts apparents. il faut la refaire continuellement et partout .: . parfOis J q . elle est un défi et un supplice actueIJ. La crise terminée. ~ls deviennent coprophages et ~téri~es. On a essay Les animaux se tranquillisants . de l'expérimentation au forcing industriel dans les élevages. psych{~ue:. chi ue» coHective qUI peut attemgroupe.P nt normal. ten~lOn .. L'expérimentation n'est donc pas un moyen vers une fin.hiatrie vag~ soU:frent. (Science et Avenir. JI ex. Elle ne fonde pas une intelligibilité. les plus anormalJx se résolvent dans la science. Spontanement. Cela peut durer premier choc.omme paralysés. exorcisant un ordte de l'indéchiffrable. Les . en connexions cérébrales. 1 Le canni?alisme che:ea:P~:C%ettent à lécher blessent eux-memes.~hi. en mécanismes physiologiques. ~~~d:p~:I:~ sanc~. et son principe d'incer~ ticude. comme jadis celle de la raison divine. dans les colO~. de la maladie.s. la ~erte~u~~~e. par leur silence. n'existent pas.~e de frustration reprédeVient necessalre . Réunis en congrès à Lyon. Tous les aspects du traitement moderne des animaux retracent les péripéties de la manipulation humaine.la raison. SOnt restées l'incarnation. l:sa v~laiÙes une hiésants.".tble-t-il'an~: a<~~n~~:ctt~~ns. et des bêres de laboratoire. de la bestialité. . Le ~a:I~. Les bêtes nous Ont donc précédés sur la voie de l'extermination libérale. tout ce qui les eocoure. au parasitisme. elle extorque un aveu de science comme on extorquair jadis une profession de foi. ne SOnt qu'une fêlure provisoire dans la transparence de la causalité. 1 pick order. . d'éle"Il faut bien . . mais qu'au Contraire les COm_ portements les plus bestiaux. recommence.

Bel exemple d'absurdité: on sait les ravage roOlana logues qu'a pu faire la bonne volonté dém . On découvre que le prisonnier a besoin de 1. découvrant les sciences " humaines» et la dimension " psycho-sociologique» de l'usine. de l'organisation scientifique du travail et des usines à la chaîne. sans que l'objectif final ait jamais changé: la mort. » « D~ tre P~IUt p'as faire n Importe quoi avec la nature. Sd les sociétés tribales. cette baisse de rendement peut.a~1 faudra. à la campagne. Ainsi. JI est donc satisfait de ce congrès' ~es préoccupatIOns actuelles concernant le SOrt de~ ~OImaux d'élevage voient donc s'allier. Echec' 1 . la sociologie. d'autre défi possible que le suicide. une fois de plus : morale et le. comme les hommes. dans la logique rationnelle. On va donc gratifier les animaux de psychisme. 1 p~u~:so!carde chez ~ ~es animaux somatisent! Extraordinaire décau es cancers.ce beaucoup des troubles observés disparaîtraie~t»' e. Contre l'organisation industrielle de la mon. les dernières dans l' à se nourrir. la sexualité des prisonniers lorsqu'il devient impossible de les incarcérer purement et simplement 1. Ces résistances sont un échec de la raison industrielle (baisse de rendement). les animaux n'ont d'autre ressource. un autre système de répartition. est lumineux entre ces animaux malades de la plus-value et l'homme de la concentration industrielle. Ii?r. On a donc .itions de surpopulation. la «qualité de la vie" n etaIent qu une péripétie de la rentabiliré. quaere cenes bommes ee cene femmes expérimement le pénitencier le plus doux du monde.. Dans la logique des comportements réflexes et de l'animal-machine.d'un intérêt bien compris. De même on redécouvre la psychologie.« un peu plus d'es . » Et JI entrevoit le temps où on enverra les animaux. ~Îeux dit combien 1'« hurna" . d'un psychisme irrationnel et détraqué. ' la . Le parallèle 190 191 . :tant devenus assez graves pour nuire à la rentabl1lte ?e l'entreprise. mais surtout on sent qu'elles heurtent les spécialistes dans leur raison logique.~~:er ~: ptck order et démocrafùer l'accès à la nourri~ cl p. toute. désormais s:occuper aussi de !'équi. « Pour avoir un éle:::. pour restaurer cet équilibre mental. » les ou ~s. les « éleveurs» capitalistes ont été conduits à une révision déchirante du mode d'exploitation. sens. c. des ulcères gastriques. et une instabilité ch ~­ que. Seule la mort sans appel rend l'exemple des animaux plus éblouissant encore que celui des hommes à la chaîne. « le SOrt de ces animaux deviendrai~ ~OIOS misérable ~). dit l'auceur..c~nd. norma!Jte ». innovant et réinventant la «qualité du travail ». chez le: En conclu~ion. On découvre ainsi avec ingénuité comme un champ scientifique nouveau et inexploré le psychisme de l'animal lorsque celui-ci se révèle inadapté à la mort qu'on lui ptépare. des ammaux. Taures les anomalies décrites sont suicidaires. Une nisme "Dn n'~ jamais. façon. Là aussi.esrructlOo de cet ordre symbolique entraîne la co~~ a sIon totale chez les volailles. au Texas. il semble bien u e le seul remède SOIt l'espace .de vie plus normales.ondUlre les éleveurs à rendre aux animaux des ~ondltl~ns . voué à la thétapie libérale et humaniste. chez les porcs. ces ano~ malies sont inqualifiables. des infarcrules souris. ocratlque ans tout n ~rnvent ~lus du :~:[e ~erte. 1'« enrichissement des tâches ».

Bêtes de sommation. mais pour restituer le principe des équivalences compromis. alors naissent te psychisme. Il n'y a même pas de règne « humain" chez les primitifs. elles sont sommées de répondre à l'interrogatoire de la scienc~.car il n'est pas plus de place poUt eux dans notre cultu~e que pour les morts . d'incarcérer à mon (les détenus). Bêtes de somme. leur inconscie~t. ~o~t le~r est arrivé de ce qui nous arrive. Bêt.a l'Homme. plus divin que les hommes. Et rien de ceci n'est contradictoire.libené.. Des couples parviennent à s'isoler dans les chambres vides. Jamais il n'y aurait eu de sciences humaines ni de psychanalyse s'il avait été miraculeusement possible de réduire l'homme à des comportements « rationnels ». aura coïncidé avec l'impossibilité d'une socialisation rationnelle dans tous les domaines. Touee la découverte du psychologique. de répondre de leur psychisme et des méfaits de. tout pour briser cette équation délirante. elles sont devenues de la Viande mdustrielle. et ceci est une sorte d'amère revanche sur la Raison Humaine. Les hommes er les femmes prennent ensemble leurs repas et se renouvent lors des séances de psychologie de groupe. cet abîme qui les sépare est postérieur à la domestication. CelUI qui permet de liqUIder les espèces tout en les archivant comme spécimens dans les réserves africaines ou dans l'enfer des zoos . qui s'est usée à édifier le privilège absolu de l'Humain sur le Bestial. Tout homme a besoin d'un psychisme pour être adapté. d'autogestion pour mieux répondre à l'impératif de production.tant d'énergie calorique et de temps == tant de force de travail . mais l'abîme qui les sépare aujourd'hui. elles ont dû travailler pour l'homme.tel délit"" tel châtiment équivalent . etc. le mental. comme le véritable racisme est postérieur à l'esclavage. selon la stricte loi des équivalences: . Bêtes de somatisation. d'engraisser à mort (les bêtes). Chaque prisonnier possède runique clef de sa chambre individuelle.es de consommation. crente-cinq prisonniers se som enfuis. de sexualité. qui dure encore. de l'espace et des laboratoires. conscient ou inconscient. de même que les animaux industriels Ont besoin d'une cenaine «qualité de vie» pour mourir dans les normes. A ce jour. Et son âge d'or. et longtemps l'ordre 192 193 . la névrose.tant de nourriture == poids optimal et mort industrielle. Notre destm n a Jamais été séparé du leur. mais jls SOnt pour la plupart revenus d'eux-mêmes. celui qui permet qu'on envoie les bêtes répondre à notre place dans l~s univets terrifi~nts. Il n'y a pas d'autre raison à l'avènement du psychisme. les bêtes ne sont d'ailleurs passées au statut d'inhumanité qu'au fil des progrès de la raison et de l'humanisme. elles sont tenues de parler aujourd'hui la langue « psy ". l'ouvrier lui aussi a besoin de responsabilité. de « normalité» pour SUppOrter la prison.le tout recouvert par une sentimentalité raciste (les bébés phoques. Il serait trop long de refaire la généalogIe de leurs statuts respectifs. non pas du enfant y est née en juin dernier et jl n'y a eu que rrois évasions en deux ans. ne vient que de l'impossibilité d'exploiter à mon (les ouvriers). dont la complexité peut s'épanouir à l'infini. Brigitte Bardot). le psycho-social. Toue ça s'enraye. Il n'y a de« règne » animal objectif que depuis qu'il y. Logique parallèle à celle du racisme. Jadis les bêtes eurent un caractère plus sacré.

er nous en -sommes fiers.le cycle. le sacrifice de l'homme ne vient qu'après. toUS empaillés dans l'affection de leur maître. même plus digne de notre justice. Commisération raciste. Et même le Moyen Age qui les condamnait et les châtiait dans les formes était par là bien plus proche d'eux que nous. Nous ne les sacrifions plus. Les hommes se qualifient par affiliation à l'animal les Bororos « SOnt» des araras. que l'animal devient digne du rituel humain d'affection et de prorection. sentimentalité n'est que la forme infiniment dégradée de la bestialité. Ils les tenaient pour coupables: c'était leur faire honneur. est symbolique: il abolit les positions dans un enchaînement réversible . C'esr à mesure de sa relégation dans l'irresponsabilité. La trajectoire qu'ont suivie les bêtes. toutes les oppositions distinctives sur lesquelles nous vivons. L1. nous en affublons les bêtes jusqu'à les rendre elles-mêmes sentimentales. oiseaux. pire: que nous en avons fait un monde racialement inférieur. Ceux qui sactifiaient les animaux jadis ne les prenaient pas pour des bêtes. les Bororos « SOnt» des araras. dit assez la vulgarisation du statut même de l'homme . qui rejeree les bêtes dans l'Inhumain . Et il ne faudrait pas confondre le statut de la domestication. contrairement à la dissection expérimentale.non. rout juste de notre affection et de la charité sociale. un clan. les bêtes Ont toujours eu. à quoi Lévi-Strauss a réduit l'effigie animale (encore qu'il soit déjà fabuleux que les animaux aient pu servir de langue. en tant que dieu. du défi sacré à la sentimentalité écologique.ni de l'ordre mental de classification. hamsters. tOUt corn me l'enfant à mesure de sa relégation dans un statut d'innocence et d'infantilité. Particulièrement notre sentimentalité envers les bêtes est le signe sûr du mépris où nous ies tenons. une noblesse divine ou sacrificielle que retracent toutes les mythologies. cela aussi faisait partie de leur divinité) . même plus digne du châtiment et 195 . mais c'est simplement que nous les avons domestiquées. selon un ordre dégradé.en ce sens. elle divise et affronte des identités distinctes: telle est la parrition de l'Humain. c'est sur cetre base que nous sommes « humains» avec eux. Ceci n'est pas de l'ordre pré-logique ou psychanalytique .animal est l'ordre de référence. Nous (es tenons pour rien. er que la figure du cycle exclut toute partition d'espèces. jusqu'à nous. à qui cette pratique fait horreur. avec le statue de l'animal d'intérieur 194 _ seule espèce de bêtes qui nous reste en dehors des réserves et des élevages chiens. un système de parenté dont les bêtes font partie. cela signifie que Bororos et araras font partie d'un cycle. Elle est proportionnelle à ce mépris. (Est-ce que Deleuze vise quelque chose comme ça dans son devenir-animal et lorsqu'il dit: « Soyez la panthère rose! » ?) Quoi qu'il en soit. Même le meurtre à la chasse est encore une relation symbolique.ce qui encore une fois décrit une réciprocité imprévue entre les deux. qui suppose une terre. qui est le même sens où le Canaque dit que les morts se promènent parmi les vivants. du sacrifice divin au cimetière pour chiens avec musique d'ambiance. L'opposition structurale est diabolique. lui. Seul l'animal est digne d'être sacrifié. chats. nous ne les punissons plus. contrairement à l'élevage industrieL Il n'est que de voir le statue des bêtes dans la société paysanne. Même la domestication est encore une relation symbolique. dans l'inhumain.

et de la séduction respective de la femme et de la bête. la culture. A la violence du sacrifice. le héros culturel anéantissait la bête le dragon.cette monstruosité-là. aujourd'hui c'est la bête King-Kong qui vient saccager les métropoles industrielles. refoulement. les enfants. Celle orÎginelle des bêtes. du sexe ou de la négritude. de l'interrogation radicale qu'eUes faisaient peser du cœur même de leur exclusion). de la sexualité et des races inférieures (expurgées. dans la mythologie. puis à faire parler les espèces disparues. Kong meurt pour avoir renoué. Logique de l'exclusion. la filière qu'ont suivie les bêtes n'est pas diffétente de ceile de la folie et de l'enfance. Au fond. qui est celle de la distance. pulsion. dans le sacrifice. comme on a fait parler les fous. qui est celle de 1'« intimité» (Bataille). à leur faire passer l'aveu de leur disparition. toujours ambivalence. etc. désormais intelligibles sous les espèces d'un certain discours: psychisme. qui vient nous libérer de notre culture. Ce sont les fous qui nous ont forcés à l'hypothèse de l'inconscient. et tant d'autres. de la discrimination et nécessairement. avec cette promiscuité incestueuse. Au défi de ta folie if a été répondu historiquement par l'hypothèJe de l'inconJcient. par la séduction. les hommes. Jadis. comme les morts. morte de s'être expurgée de toute monstruosité réelle et d'avoÎr rompu le pacte avec eile (qui s'exprimait dans le film par le don primitif de la femme). Faire parler les bêtes. La séduction ptofonde du film vient de cene inversion de sens: toute l'inhumanité est passée du côté des hommes. nous l'avons échangée contre une monstruosité spectaculaire: celle de King-Kong arraché à sa jungle et devenu vedene de music-hall. Les bêtes. de l'enfance.de la mort. La monstruosité a changé de sens. réside dans le fait qu'elles ne parlent paJ. celle qui se résout secrètement dans la culture vivante des hommes et qui est une forme de l'alliance. objet de rerreur et de fascination. séduction monstrueuse d'un ordre par l'autre. entre les bêtes et les hommes. mais jamais négative. da~s le bestiaire héraldique. le sexe (Foucault). objet d'échange aussi et de métaphore. de la réclusion. riche de toutes les menaces et de toutes les métamorphoses. ont suivi ce ptocessus ininterrompu d'annexion par extermination. qui consiste à liquider. dont le principe d'incertitude qu'elles font peser sur l'homme. le scénario cultutel est inversé. Du coup. depuis leur rupture d'alliance avec lui. L'Inconscient est ce dispositif logistique qui permet de penset la folie (et plus généralement touce formation étrange et anomalique) dans un système de sens élargi au non-sens et qui fera sa place aux terreurs de l'insensé. toute l'humanité est passée du côté de la bestialité captive. Ceci est d'autant plus hallucinant pour les bêtes. il faut le dire. mais tOut juste de l'expérimentation et de l'extermination comme viande de boucherie. a succédé la violence sentimentale ou expérimentale. C'est la résorption de toute violence à leur égard qui fait aujourd'hui la monstruosité des bêtes. La convergence du ptocessus de civilisation est éblouissante. avec cette possibilité de mérammphose d'un règne dans l'autre. quoique jamais réalisée. mais 197 196 . en retout. et jusque dans nos rêves et nos phantasmes . sinon sur un mode symbolique et rituel. logique de la réversion.et du sang répandu naissaien~ les plantes. violence réversible qui fait que la société entière finit par s'alignet sur les axiomes de la folie. le monstre . l'humain et le bestial.

on les sollicite. 198 199 . la psychanalyse les a ralliés à l'Œdipe. on les enterre sous la parole. Nulle parr elles ne parlent vraiment. Mais c'est ce qui fait que nOliS sommes intimes avec elles. modèle. mais parce que la raison adulte s'est donné les moyens plus subtils pour conjurer la menace de leur silence. Les enfants parlent. dernier en dare. et de ce. Bien sûr. au partage du sens. ils SOnt devenus signifiants _ non par quelque «libération" de leur parole. et ils y Ont répondu. parole «différente" certes. et à la libido . Les bêtes. ni les fous. rien ne nous parle. dans un monde rallié à l'hégémonie des signes ct du discours. Lévi-Strauss a bien dit que leurs structures mentales étaient les mêmes que les nôtres. métaphore. et que tout échappe au silence. On les avait enterrés sous le silence. physiologique. on les écoute. dans un premier temps. leur silence pèse de plus en plus lourd sur notre organisation du sens. de registre phantaSmatlque pour l'inconscient er. derrière lesquels leur silence nOlis analyse. et de toutes les façons. de modèle de déterritorialisation absolue du désir dans le « devenir-animal" de Deleuze (paradoxal prendre l'animal comme modèle de déterritorialisation alors qu'il est par excellence l'être du territoire). Elles livrent touS les jours leur message « objectif" anatomique. Impérialisme de la raison. mais l'essentiel est que la Raison ait sauvé la face. cobaye. L'essentiel est que rien n'échappe à l'empire du sens. Les fous. mais sous le mot d·ordre de la «différence ". ne nous y trompons pas. aujourd'hui tout le monde est à leur écoute. Ce 0 'est pas le problème écologique de leur survie qui est important. plus tard il se retourne conrre elle.c'est nous en retour qui les y avons piégés. derrière l'hoTlzon de la vérité. Car si. puisqu'elles ne fournissent que les réponses qu'on leur demande. néo-impérialisme de la différence. Elles ont supporté le discours structural dans la théorie du totémisme. ni les enfants. elles seules restent muettes. génétique dans les laboratoires. ce ne SOnt plus des bêtes. de modèle énergétique et écologique. et au fond nous ne savons rien d'eux. Dans un monde en voie de ne plus faire que de parler. Les primitifs aussi SOnt entendus. moins innocentes les unes que les autres. on les fait parler. C'est eocore et toujours celui de leur silence. l'Inconscient semble se retourner comre la Raison et y porter une subversion radicale s'il semble encore chargé du potentiel de rupture d~ la folie.tous nos codes Ont bien fonctionné. ne parlent pas. de contrainte d'aveu et de parole. les bêtes tiennent un discours de rigueur. Bien sûr.les enfants signifient. Elles Ont servi tour à tour de métaphore pour les vertus et les vices. Dans un univers de parole grandissame. fait elles semblent reculer loin de nous. on a trouvé la grille sur laquelle recueillir leurs messages jadis absurdes et indéchiffra~ bles. de modèle mécaniq~e et formel dans la bionique. ce ne SOnt plus ces êtres étranges et insignifiants à la fois pour l'univers adulte . Dans tout cela. allégorie (sans oublier leur « valeur d'usage" alimentaire). elles. jadis muets. comme jadis sous celui de l'unité de la Raison. derrière tout ça. ni les morts. ni les sauvages. C'est leur façon à elles de renvoyer l'Humain à ses codes circulaires. car il est ce qui permet de l'annexer à une raison plus universelle que la raison classique. c'est le même otdre qui s'avance. Elles ont parlé le discours moral de l'homme dans la fable.

non codées.. projeter sur elles nos phanrasmes et croire partager cette mise en scène. e~r du même ordre. on peut l'espérer. . ou chacun erre à son gré. Car SI elles nous SOnt et nous resteront inintelligibles. Refuser aux bêtes l'inconscient. )amals éré déterrltorialisées. et pourtant elles sont pour nous ['image de la métamorphose.nulle'par~ ailleurs que dans le capItal.vent sans doute.. et le langage leur manque. et à quelle autre hypothèse elles nous forcent. et la représen~ation actuelle. tep~ésen­ rarion de la nature et des bêtes comme sauvagefle. Or la nature libre. inverse en apparence. Nous pouvons phantasmer sur elles.valen~. repressive. vierge.en fait les bêtes ne nous SOnt intelligibles ni sous le régime de la conscience. sans auue finalité que leur propre éruption. qui seul donne un sens au rêve en l'inscrivant dans l'or?re symbolique.telle est la résistance des b. Tel est le sens. remetrre en cause la validité de ces concepts. Il ne s'agit donc pas de les y forcer. ) le schéma même de déretnlOflaiLsauon qUI est CelUI du système économiqu~ er du capital. N?us projelOns comme sauvagerie idéale ~nat~. erc) et la sauvagerie Imaginaire qtl on lUI oppose: elles 201 . n'a jamais existé. c'est bien connu.2 . Rien ne semble plus fixe dans la perpétuation de l'espèce que les bêtes. Et si nous y vivons.. aujourd'hui il l'est sur le monopole de l'inconsCient. qu'il nous a forcés à l'hypothèse de l'inconscient .non. ~mmabté~ rhiwme . est placée sous le signe conjugué. et nous distinguent.' . de plus nomade en apparence que les bêtes.a forme de l'indétermination de la pulsion. et pourtant leur loi est celle du rerritoire 2 • Mais il faut écarter toUS les . Car si jadis le privilège de l'Homme était fondé sur le monopole de la conscience. L'errance des bêtes est un . narre intelligence profonde avec les bêtes. mais ceci est une conjecture d'ordre bIO-électrique. erratique et nomade. ce n'est certes pas 200 sous le signe d'une écologie générale où dans une sorte de niche planétaire.in~n dan~ l'imaginaire de l'ordre dominam. dom elle est le mIroIr équI. tels qu'ils nous régissent aujourd'hui. Elles rê. ~éslr. sans lLmlte fil ternlOlfe.liberré . de toutes les méta~ morphoses possibles.les fous se vengent en quelque sorte. dans une sorte de décrochement ultérieur à celui de la folie et de l'inconscient. Rien de plus errant. qui n'est que la dimension élargie de la caverne platonicienne. une.Jamais on n'échappe à la réversion qui suie n'imporre quelle exclusion. bberré d' « assouvir lOUS ses besoins ». pourtant nous vivons de quelque façon en intelligence avec elles.êtes. . Il Y a donc une exa~te C?rre1aCl?n ent!e la législation sociale de la valeur (urbawe~ wdu. aujourd'hui d'« accomplu lOUS ses désirs» _ car le rousseauisme moderne a pris l.consCle~[ et. mais juste à l'inverse de voir en quoi elles mettent en cause cette hypothèse même de l'inconscient.myrhe. le symbolique (confondu avec le langage). ~a. Les bêtes n'ont jamaIs erré. même en voie de disparition. tôt ou tard.mais c'est la même mysflque des forces déliées. Mais ceci nous est commode . s. ni sous celui de l'inconscient. .. Les bêtes n'ont pas d'inconscient.. Tel fur le silence des fous. de l'm. les fantômes des bêtes et des éléments natUrels viendraient ftayer avec l'ombre des hommes rescapés de l'économie politique . c'est.n'est. ou le non-sens de leur silence. Toute une fantasmagorie libératrice se dessine à l'opposé des comraimes de la société moderne.H~. le refoulement. qu'eUe nous force à changer d'hypothèse. Refuser la raison aux fous mène tôt ou tard à démanteler les bases de cette raison . c est lU! qUI l'applOfondir. de la métamorphose et du territoire.swelle.. du déSIr. de l'errance du ~éslf er du nomadisme de l'infinitude . c'est lui qUI 1a prod~lre.

les ravages de cett~ cul.. NI mstmct. la notion de territoire s'oppose aussi de quelque façon à celle d'inconscient.mais c'est po~r mieux le renvoyer à une fonctior.ts élarglC aux comportements culturels. etc. Ainsi.ture. .lisation de l'acte gratifiant. Un territoire n'est pas non S~nt rout:s. non pas du rout comme ~ntagoniste. limités. CelUi d'une même forme roulours p!us décodée. n'exprimenr même pas un rêve inverse du capital' Ils traduisent ~ireCtement les progrès ou .n'est pas utile de faire appel à un mstlnct partlculzer» . cycle des biens et des richesses.njeu d'lm groupe ou ~'un ~omme. La nature. Avec l'interdépendance croissante plus un espace. et sans espoir. de bulle environnementale où vient se résumer tout le système des besoins. cette perte . ni refoulement. nerveuses différenciées en rapporc avec la notIOn de terrirolfe .l'inconscient est la structure individuelle de deuil où se rejoue sans cesse. était l'éqUilibre de sa bulle ct 1homt'ostase de ses échanges.contresens sur cette notion de territoire.» Conception SpatIale. etc. Il ne semble pas exister ?e ~entre du. un groupe cellulaIre.tel est le phantasme de la psychologie et de la sociologie élargie à toute l'écologie . du clan ou de l'espèce . la bulle indi. "Le territoire devient a. la ré:ersibilité totale. avec la promiscuité qui caractérise les grandes cités modernes. dans l'hypothalamus ou ailleurs. maiS dans le même sens Ni les bêtes ni les sauvages ne connaissent de " nature» dans nmre ~ens. parce qu'elles ont uo territoire. A la fois le territoire et les métamorphoses leur ont été ôtés . avec ce que.tiroirc. La question qu'elles nous posent serait donc celle-ci: ne vivons-nous pas d'ores et déjà. qUI Sont des espaces de réCiprOCIté Infranchissables. ils antlClpenr même sur elle. sorte de droit de propriété privée organique de l'individu. pUIsque tout s'y métamorphose. Ce n'est pas du tout la relation élargie d'un sujet ou d'un groupe à son espace propre. Il .t qu~ d~s territoires. ni mort. sociologie.ur nous de liberté et d'appropriation. plus décentrée.t rétrécie de faç?n considérable . plus « libre".iduelle S"Cs. mais petsonne n'y connaît la mort. Le territoire est ouvert et circonsctit.. deux "déte~rit~rialisées". grandit à mesure même de l'absrraCtion ci~ilisée. psychologie. ou des vOies. internes et exccrnes 202 203 . la liberté !e déSir.tnalité des besoir. L'inconscient est une structure «enterrée».sans sUlet. qui enveloppe a la f?IS norre réel et noue imaginaIre. L'inconscient est le lieu de la répétition indéfinie du refoulement et des phantasmes du sujet. et indé6mment rami6ée. mais selon le meme mouvement absolument.. ~ ailleurs. . celui dans leq~el il "ouvre" ses échanges rhermodynamiques pour maintenlf sa ptOpte structure. et à l'image l'unt' de 1aucre. les obligations y SOnt absolues. La bulle. en ~ermes d'instinct ou de propriété privées. tcr. fonctionnelle.. ils ne connaissen. car ds rêvem dt' déterrirofla!isatio~ ~orale là où l~ système n't'n impose jamais qu'une relaCJve. m beSOIO.les bêtes en sont la nostalgie. Les hommes o'ont un inconscient que depuis qu'ils n'ont plus de rerritoite. qUi est la vulgate aUJourd'hui commune à route écon. Comme si l·e. cycle de la parenté et de l'espèce. vOire d'une bête. «On n'a Jamais miS en. ce rer. au-delà des effets de linéarité et d'accumulation des individus humains. le termOlte représentenr ainsi le morceau d'espace en contact immédiat avec l'organisme. ni inconscient. Le territoire est le lieu d'.un cyc~e fini de la parenté et des échanges .. ni structure (fût-elle « culturelle» et « comportementale »). Henri Laborit récuse l'interprération du terri~olfe. marqués. .ni cette sorre de fonction virale.msi l'espace nécessaire à la ~éa. la radlcalné du " désir ". 3.. cycle des femmes et du rituel . on lt' voit dans les théofles aCtuelles. puisque rien n'arrête l'enchaînement des formes. 1eXigence de «lJ~erté» n'esr jamais que celle d'aller plus loin que le système. refoulée.:. 1espace vltal. mais sans exception: cycle animal et végétal.~e i.mplique po.il n'y a pas de sujet et tout s'y échange.omie. hom~o­ statique. Les bêtes n'ont pas d'inconscient. Ni sujet. évidence.

n }ndéfi. Le reste L'équation du tout et du rien. l'exclusion désigne . sur ce mode brur.1e d.nie sur un espace fini? Et par-de~~ le schema Ideal qUI est celui de notre culrure de tou culr. ni de lieu propre: il est ce dont la partition. etc. . au-delà des effets de conscience et d'in_ conSCIent. Et pourtant. et ~: s~ hbératlOn.mais le reste! ? Rien de l'autre côté de la barre. raison. est fausse d'un bout à l'autre. il ne reste rien.. le foulle normal. ['addition et le resre. quoi d'autre? C'est par la soustraction du reste que se fonde et prend force de réalité . ce qui est de l'autre côté du reste 205 Quand on enlève tout. d obligat~on et de défi riruel plutôt queqde hberre. de cyde territorial plutôt que de. ia majoritélla minorité. la soustracrion du reste.explosIOn. finale.. .on ql.. le mêmell'autre. celui d'accumulation d'éner~je.de la. symbolique de cycle de rév:rsio. quoi d'autre? L'étrange est qu'il n'y a justement pas de terme opposé dans une opposition binaire on peur dire la droitella gauche.. Ce n'est pas qu'il n'y ait pas de reste. la circonscription.ure ~ut-êrre. Mais celui-ci n'a jamais de réalité autonome.. Mais les bêtes ne posent pas de questions. «La somme ct le reste ». C'est faux.. l'opération et le restene sont pas des oppositions distinctives. de métamorphose plutôt ue ~ éne~gle.. Elles se raisent. ne rêvons-nous pas plutôt d'implosl.

:s~~~~:·té de déterminer ce qui est l. Mais qu'arnve-t-d lorsque tou . Dans aucune autre Structure on ne peut opérer cette réversion.gres.auere caractérise une phase de téverslblhte ou ~~.l~ r:s~e . la dISparItiOn de la~ ~ ~ dique et structurale qui isolait le reste du . e ~ so~ial» isole au fur et à mesure de son exte.. ~e~ délinquants.~ocialisé? AI. 207 lui-mêm~'. la somme entière vIre ail reste et devie. pha. ou si ce n'est pas le social lui-même qui est le reste. la ligne de démarcation structurale.nes à trouv:r leur place dans une socmllté dargle.oslO.~ . Le reste renvoie ainsi beaucoup plus qu'à une partition claire à deux termes localisés. Mais ce terme marqué n'a pas de nom. Les .~i.le réel s'évanouissant pour laisser place à une image plus réelle que le réel. QU. En désig~ant co~. épongé. es sont elles-mêmes réversibles.esl:e. 11 n'y a plus de position respective . la droite n'est pas la gauche de la gauche. rêre la dynamique s Il1verse. lorsque tout est . il est instable et sans définition.se O~I. . c'est que le sens (le plus littéralement: la possibilité d'aller d'un point à un autre selon un vecteur déterminé par la position respective des termes) n'existe plus.mulatio~e:~e~.deux proposl ~1I sont « vraies" simultanément et ne s excluent pas. ou cette mise en abyme: le masculin n'est pas le féminin du féminin.e res~e . le déchet gigantesque . de quoi d'autre? D'un processus qui.n. Qui dira si le reste du social est le résidu non socialisé. des segments que. et résiduel. rubrique « Société" du M. aurait-il complè~ tement disparu et n'aurait-il pas même de nom que le 206 ocial n'en serait quand même que le ~este. l'élément privilégié dans cette oppositÎon étrangement dissymétrique. Inversement. qui. toue barre fati. S~cjété )> les catégories réSiduelles. le temps fan.a~d un p stème a tout absorbé.me <.g:~~~ des systèmes distinctifs.:.~o~~~ socialisé cas «soCiaux» analogues aux c p 1 ues Des poches à résorber. où n'apparaissent paradoxalement que les i~ml. et c est le .:. A~ fur et al mes~~e le le social dans sa progression e1JmlOe touS es reSI~~s il devient lui-même rési~ue1. etc.on~e.. C est sur ce reste que la machine soci~le se . Le résidu s eut être à la dimension toude du reel. C'est que dans les deux cas. du réel ou de J'image. Ainsi du social. Positif. le normal n'est pas le (ou du fou. et inversement -le reste s'évanouissant de l'endroit assigné pour resurgir à l'envers. erc.sy ~::ial t~ut entier qui devient résid~.tout ce q~~ n :t~. il ne pourrait être défini que comme le reste du reste.sont . c'est même le terme marqué. est le reflet de l'autre ? Dans ce sens on peut parler du reste comme d'un miroir.existe. és comme « résiduels" à l'horizon du sOClal~ l~S ar là même dans sa et .:: juridic~io~ de l'autre caractérise l~ phase de si. . 11 est ano_ nyme. mais seul le négatif lui donne force de réalité. et q~l ermet désormais à chaque terme d'~tr.destl.. ~uand il ne reste rien. structure de réversion tOujours imminente. quand on a tout ~ddltJonné.:n~ a virtuellement plus de reste. etc. à une structure tournante et réversible. dans cette Structure qui n'en est pas une.relance et tt~ue:: une nouvelle énergie.. est devenue flottante. Seul peut-être dans le miroir la question peur être posée. la ligne de partage du sens..ors la m:~~. où on ne sait jamais lequel est le mIe de l'al/Ire. les fe~mes.e f. le socIal se déSIgne ~et:l. ou du miroir du reste. . A la rigueur.e. dans ce dont il était le reste.

où le terme faible jouait comme terme réSIduel. Toute la normalité se reVOIt aUlou. entre la vie et la mort. les deux autres s'y ramenant comme à la figure même de la réversibilité.e pol. les excréments ou les dkhets d'ongle auxquels elles sont assImilées dans roUle la magie archai'que. Il est la substance diaphane qui reste une fois l'ombre en allée. Mais le reste est le troisième. l'image brisée avec le miroir entraîne la mort immédiate du héros _ séquence classique reste est obscène. retombée de sa propre teromoc. Ce n'~st plus .. ~UI faIt le charme.r~cyclage _ écologie et pollution . C'est parce que l'enjeu est toujours réver~ sible entre le masculin et le féminin. la même ambiguïté et la même obscénité que les discussions sur le sexe ou la mort. sous le coup .ne écon. Privilège de tous les restes. la beauté et l'inquiétante étrangeté de ces blstolres 208 209 . on le sait. Mais rien dans l'ordre symbo1Jque ne permet de p. parce qu'il esr réver~ible et s'échange en lui~même. du non-dit. C'est sur le reste que se fonde une intelligibilité. profondément rire. etc). du . Car pourquoi rit-on? On ne rit que de la réversibilité des choses. rêves. du féminin. comme Peter Schlemihl après son ombre 1 ? Le 1. et peut-être le seul. de rEtre. Ainsi le corps peUt n'être que le d~chet de son propre résidu.1tl~u: du reste.marg. cene défaite incessante du sens devant ce ~u Il en re.u. de ce qui profondément donne un sens au sujee.omie p~!l­ tique de la production qUi nous dlt1?e. Et c'est cette réversion de l'ombr~ sur le corps. et COurt infiniment après sa propre barre. de 1excrément et du déchet en art. Combien plus encore du reste. N'importe quelle discussion sur ce thème déclenche les mêmes jeux de langage. au terme de l'essentiel. l'indisti~ction du masculm et du féminin.reférence. l'indistinction de la VII. le corps devient un néant transparent. Fin d'une certaine logique des OppOSltlO~S distinctives. Mais elles sont aussi. de l'essence. qui ne connaît même pas de terme opposé.. du fou. La psychanalyse :Ilemême est la première grande théorisation des résld~s (lapsus. et le sexe et la mort SOnt figures éminemment réversibles. après son propre double. l'homme qui a perdu son ombr~.. Tout s'inverse aujourd'hui. dans toUS I~s domal~es. L'allusion à Peter Schiemihl. etc Mais cecI n est encore des comes famastiques . Car l'ombre.lO~l. du souffle. quelque chose qui pem « tomber» du corps. Sans image ou sans ombre.ste. cette :~ro.le fait rire. il /l'est plus lui-même qlle reste.m~e de l'essentiel. qui parcourt à lui seul [Qut le cycle. tout comme les cheveux. qu'on rit du sexe et de la mort. comme l'image dans le miroir (dans l'Etudiant de Prague).rd hUI a la lumière de la folie. mais une economique politique de la reproduction. du .atler sur la priorité de l'un ou de l'autre (du corps ou de 1ombre). II n'a plus de réalité: c'est l'ombre qui a emporté route la réalité avec elle (ainsi dans l'Etudiant de Prague. Le reste est devenu aujourd'hui le rerme forr.' et de la mort.Autte aspect aussi insolite que l'absence de tetme opposé: le reste fait rire. Seul l'ordre dit réel permet de priv~légler le corps comme . que ce soit les déchets d'ongle ou l'objet «pem a:. « métaphores» de l'âme. esr !yolr excellence un reste. ~ou~ velle.?e 1JOslgOlfiant. comme seu. . Sexe et mOtt SOnt les deux gtands thèmes reconnus pour pouvoir déchaîner l'ambivalence et le rire. qui n'était que son reste lnsigni~ant. ~'est pas accidentelle.une éc~noml. Il est obscène et fait nee.voir aussi L'Ombre de Hans Christian Andersen).

et le refoulement n'en est que la forme inverse et symétrique. rupture d'alliance). 210 Toute accumulation n'est que reste. L'accumulation n'est que reste. et le problème de la dilapidation de l'excédent chez Bataille n'est pas dif. La naissance est résiduelle si eile n'est pas reprise symboliquement par l'initiation. 2ll . Or. et compense dans l'infini linéaire du cu. rien ne l'est plus. O~. tOut cela n'est que reste. économisées. MaÎs quand tout est refoulé. du fait que celui-ci est partoll(. tout ce qui est en dessous de la barre de l'infini. qui jouent sur les énergies cachées de l'autre côté de la barre. nous vient du ref~u­ lement. dans la fête collective du deuil. comme n'importe quel stock. de retour du refoulé comme temps fort. en ce sens qu'elle est rupture de l'alliance. dépensées. Le stock d'affects et de représentations refoulés. Nous ne sommes pas loin de ce point absolu du refoulement où les stocks eux-mêmes se défont. férent de celui de la résorprion des restes dans une économie politique du calcul et de la pénurie: seules les philosophies sont différentes). Le social lui-même est résiduel lorsqu'il devient production de « relations sociales». mais celle d'une mouvance de toute structure et de toure opposition qui fait qu'il n'y a même phu de reste. alors que dans la dimen· sion de l'infini. ce qui parcourt un cycle s'accomplit rotalement. et se jouant de la barre. La sexualité est résiduelle lorsqu'elle devient production de rapports sexuels. de l'énergie et de la valeur ce qui s'accomplissait aupa~ ravant dans le cycle de l'alliance. alors les énergies n'auront plus à êrre libérées. et tout ce qui est résiduel est destiné à se répéter indéfiniment dans le phantasme. La valeur est résiduelle si elle n'est pas résorbée et volatilisée dans le cycle des échanges. c'est làdessus que se fonde notre nouvelle alliance. mais quand les choses se reversent sans cesse et que l'addition même n'a plus de sens. et accumulation de reste.qu'une sorte d'inversion de la structure. de l'énergie et de ce qu'il en reste. La mort est résiduelle si elle n'est pas résolue dans le deuil. d'une surenchère de sens à partir du reste. Quand celui-ci atteint un point de saturatiOn critique où son évidence se renverse. comme excédent (mais l'excédent n'est pas formellement différent du reste. dans l'infini linéaite de la productIOn. Tour l'imaginaire du stock. Secret de toures les « libéra_ tions ". Ce n'est pas quand on a tour enlevé qu'il ne reste rien. en dessous de la barre de l'éternité (ce stock de temps qui est lui aussi. s'annule en tant que tel.mul et du calcul. Tout le réel est résiduel. nous sommes devant une situation beaucoup plus originale: non celle de l'inversion pure et simple et de la promotion des restes. où les stocks de phantasmes s'effondrent. de retour du reste comme surcroît de sens.

D'où l'impossibil~té du retour de flammes de 68 : retournement de la mise en question du savoir contre le pouvoir lui-même _ contradiction explosive du savoir er du pouvoir (ou révélation de leur collusion. le vertige du non-savoir (c'est-à-dire à la fois l'absurdité et l'impossibilité d'accumuler de la valeur dans l'ordre du savoir). qui la refoule et la « produit ». Toure nouvelle énergie libérée ou dépensée laissera un nouveau reste. se retourne comme une arme absolue contre le pouvoir lui-même. le problème crucial de l'humanité. et celle· ci sera résolue du coup dans tous ses effers. Il est insoluble en tant que tel. Le cadavre en spirale L'Université est déliquescente: non fonctionnelle sur le plan social du marché et de l'emploi. Il n'y a même plus de pouvoir à proprement parler: lui aussi esr déliquescenr.produites: c'est le concept même d'énergie qui se volatilisera de lui-même. du coup. Il est impossible aujourd'hui où le pouvoir lui-même. 213 . Tout désir. après le savoir. alors on s'apercevra que cette gigantesque spirale de l'énergie et de la production. des énergies qui nous restent. Lorsque le dernier lirre d'énergie aura été consommé (par le dernier écologue). lorsque le dernier phantasme aura été élucidé par le dernier analyste. lorsque le dernier indigène aura été analysé (par le dernier ethnologue). par contagion symbolique (plus que politique) dans tout l'ordre institutio~ne1 et social. pour le démanteler selon le même scénario vertigineux de dessaisissement. du refoulement et de nnconsciem. lorsque tout aura été libéré et consommé «avec la dernière énergie ». ce qui revient au même) dans l'Universiré et. C'est ça l'effet Mai 68. Il faut pousset au refoulement maximal pour en exterminer le concept. grâce à quoi on a réussi à enfermer tout dans une équation entropique et catastrophique. c'est·à-dire dans la figure du reste et de son double? Il faut pousset à la consommation insensée de l'énergie pour en exterminer le concept. Quoi d'étOnnant. lorsque l'ultime marchandise aura éré produite par la dernière « force de travail» restante. de la restitution et de la conservation des restes. sans substance culturelle ni finalité de savoir. que tout ceci n'est en effet qu'une métaphysique du reste. Pourquoi des sociologues ? a marqué ce virage : l'impasse du savoir. puisque I"énergie même ne se conçoit que dans le mouvement qui la stocke et la libère. On fair aujourd'hui du reste. toute énergie libidinale produira un nouveau refoulement.

Le pouvoir (ou ce qui en tient lieu) ne croit plus à l'Université. le défi. S'est dessaisi luj-même. modèle comagieux de désaffection de toute une structure sociale. comme sa thé~ rapeurique. à retardement.s les objectifs de la gauche historique et tévolutionnalre. En pourrissam. par une simulation multipliée qui offrirait le rituel de mort de l'université comme modèle de pourrissement à la société entière. car elle en veut. donc pour nous subversif). en morc violence. mais symbolique. de la justice à l'université . et donc elle y croit et le ressuscite là où le système y met fin. C'est la gauche qui sécrète et reproduit désespérément du pouvoir. a liquidé. Dans une institurion désormais florrante. sur un référentiel déjà mort et pourrissam. ou autrement. et réalisant un à un tou. où la morc enfin ferait ses ravages. de l'armée à la grandeur nationale. dans son atrocité. des jeux de savoir et de pouvoir agonisants. d'une réversion offensive.il faut tout conserver de ce qui fout le camp. que la grève tente désespérémenc de conjurer. diplômes. Les diplômes ne servent à rien: pourquoi refuserait-il de les donner. à toutes ses institutions. l'Université peut faire encore beaucoup de mal (le pourrissement est un dispositif Jymbolique . et ne réussissam tout au plus qu'à la muer en une mort lente. d'ailleurs il est prêt à les donner à tout le monde alors pourquoi cette politique provocante. La grève fait exactement l'inverse. Elle rêve encore d'une substance et d'une démocrarie du savoir. erc). qui se défait. N'a plus de sens que ce qui précipite le pourrissement. travail. de mèche avec le sysrème. d'accord. de la morale puritaine à la culture petite-bourgeoise. sinon pour cristalliser les énergies sur un enjeu fictif (sélection. 215 . Il sait au fond qu'cHe n'est qu'une wne d'hébergement et de surveillance pour toute une classe d'âge. 214 de ce que le système lui-même. la fiction d'une accession de tous à une culture (introuvable. sans srructure de pouvoir (sinon une féodalité archaïque qui gère un simulacre de machine dont la destination lui échappe et dont la survie est artificielle comme celle des casernes et des théâtres). l'irruption offensive est impossible. D'où l'inversion paradoxale mais nécessaire de touS les termes de ['analyse politique. qui perd toute conscience de sa légitimité et renonce presque de lui-même à fonctionner. et non rêver de résurrection. qui n'est même plus le lieu possible d'une subversion.son élite il la trouvera ailleurs. simulacre. est devenu insaisissable.non pas politique. celle-ci se voit acculée à ressusciter tous les rouages du capital pour pouvoir les investir un jour: de la propriété privée à la petite entreprise. elle se substirue au fonctionnement de l'université comme son alternative ctitique. et qui n'a plus de sens). par la dérision. Elle régénère l'idéal d'une université possible. Mais il faudrait pour cela partir de ce pourrissemem même. une exigence de logique et de morale sociale dans un appareil pourri. Il faudrait transformer ce pourrissement en processus violent. il n'a donc que faire de sélectionner .a fouru le camp. en accentuant le côté parodique. mais dans son impulsion irtéversible. D'ailleurs partout aujourd'hui la gauche joue ce rôle: c'est la justice de gauche qui réinsuffie une idée de justice. Le système mettant fin un à un à tous ses axiomes. sans contenu de savoir.

ça. Mais ce n'est pas vrai: derrière cette apparence. où d'emblée personne n'est pius représenté ni représentatif de quoi que ce soit. le pouvoir s'est perdu. Le pouvoir se perd. illisible. à occuper le devant de la scène. du contrôle. sur un mode idéal). de la délégation de pouvoir. n n'y a plus tout autour de nous que des mannequins de pouvoir. A un moment moins avancé du processus de liquéfaction de J'Univer_ sité et de la"culture. plus largement. avaient rétorqué en lançant au pouvoir le défi d'une mort totale. où tout ce qui s'accumule se désaccumule en même temps. mais l'illusion machinale du pouvoir régit encore l'ordre social. 68 est mort. de la culture _ les 216 S'attaquer à la représentation n'a plus beaucoup de sens non plus.C'est ce que Mai 68 avait réussi. et sommant le pouvoir de répondre à cette dérive totale de l'institution de savoir à cette inexigence totale d'accumuler en un lieu donn/ à cette mort voulue à la limite . mais la mort de l'université .ça. Ce qui en serait l'équivalent en violence symbolique (c'est-à-dire au-delà du politique) ce s. où même le phantasme axial. comme les Noirs de Watts ct de Detroit brandissant les ruines de leurs quarriers à qui ils avaient mis le feu eux-mêmes. pour la même raison. Par j~ ne saÎs quel effet de Mœbius. la culture morte dont ils lançaient le défi au pouvoir.transformation en JacriflCe immédiat. répétable seulement comme phantasme de deuil. de l'instirution. terreur d'un code définitif. et leur propre mort éventuelle du même coup . Nous le savons.contre quoi précisément? C'est là le problème. ce qui n'était que l'opération même du système à long terme: liquidation de la culture et du savoir. et tout J'univers logique du politique se dissout du même coup. mais à la spirale supérieure faire percuter le nonpouvoir. directif et secou217 . par désespoir. ne sont plus que des péripéties fantômes qui suffisent encore pourtant. ruines elles-mêmes sont défuntes. vieille boutique. mais nous l'avons vu). Les barricades du 10 mai semblaient défensives et défendre un territoire le quartier Latin. la représentation elle aussI s'est retOurnée sur elle-même. dont nous sommes tOUS les terminais infimes. le pourrissement du pouvoir contre .erait la même opération qui a fait percuter le non~saVOlr. au contraire. le défi d'une déterritorialisation bien plus intense encore que celle venue du système. sinon par sa propre disso~ lurion en retour (pour un instant peut-êtte. ce n'est pas un défi. mais pour en brandir le cadavre à la face des autres. Il est peut-être insoluble.retrouver cette énergie fabuleuse plus du tour au même niveau. Ils n'étaient pas là pour sauver la Sorbonne. loin de vouloir sauver les meubles (ressusciter l'objet perdu. immédiate. les étudiants. Qu'est-ce qu'on peut brandir aujourd'hui? Même plus les ruines du savoir. On sent bien que tOUS les conflits ~tu­ diants (comme. nous avons fait pendant sept ans le travail de deuil de Nanterre.pas la crise de l'uni~ versité. le pouvoir n'a pas pu y répondre. c'est le jeu du système. le pourrissement du savoir contre le pouvoir . laissant la place à Lln univers transfini de la simulation. derrière laquelle grandit la terreur absente. au niveau de la SOCiété globale) autOur de la représentation. c'esr l'université morte.

sans frayages.nrs que cernés par la loi de la valeur et de la marchandise. que la mort du capital a fait de nous .rable du pouvoir a disparu. irréversible.liquidant sans vergogne la loi du profit. nous sommes des simulacres (pas au sens classique d' «apparence "). où seul le vent soulève le sable. où le travail enterre le travail. Cernés par le simulacre de la valeur et par le fantôme du capital et du pouvoir. Le capiral est irresponsable. de tous les axes de la valeur. il faut le relever dans une surenchère insensée. ce défi-là. Mais nous devons nous battre aussi contre la fascination profonde qu'exerce sur nous l'agonie du capital. puisque le système s'est révélé capable d'intégrer sa propre mort. Univers pour nous encore incompréhensible. Car il ne faut pas refuser la fascinarion intense qui émane de cette liquéfaction de roures les insrances.laissant un espace vierge. des miroirs concaves irradiés par le social. qui a pour nous toute l'inqUiétante étrangeté du déserr et du simulacre.sans espoir. si même cela a encore un sens. inélucrable comme la valeur. envers le capital. c'est le phantasme de la révolution. les finalités productives. irradiarion sans source lumineuse. puisque précisément toute axialité lui échappe. Nous sommes des simulants. politique y compris. dépasse de loin celui de la marchandise décrit par les situarionnistes. des animaux errants et simu[ants que le capiral. où seul le vent veille sur le sable. et c'esr dans cet univers tacrique du simulacre qu'il va falloir se battre . comme le fantôme du savoir plane sur l'Université. c'est lUI laisser touS les privilèges de la révolution. où la valeur enterre la valeur . ça. Ce specracle. C'est pourtant là qu'il faut se battre.cat le déserr des villes esr égal au désert des sables _ la jungle des signes est égale à celle des forêts _ le vertige des simulacres est égal à celui de la nature . sans disrance. la plus-value. de toure axiologie. qui est à la fois celui de l'agonie et de l'apogée du capital.seul plane encore sur le déserr des structures classiques du capital le fantôme de la valeur. de séduction et de morr envers cer univers qui n'en esr plus un. avec wute la véracité des fantômes vivants.ivrons dans ce monde. Nous sommes dans un rapport de défi.:. pouvoir sans origine.seule subsiste la séduction vertigineuse d'un système agonisant. mais dégagés de l'illusion machinale de la valeur. A lui seul il est capable d'offrir un spectacle 218 famastique de sa décomposition . nOLIs sommes bien plus désarmés et impuissa. 219 . Nous . mais dans le défi et la fascination. dont nous sommes les agonisant~ r~els. Le défi que nOliS lance le capital dans son délire . Lui laisset l'initiative de sa propre mort. méconnaissable. Ce spectacle est nocre force essentielle. Nous ne sommes plus dans un rapport de force incertain ou victorieux. comme le fantôme de la religion plane sur un monde depuis longtemps désacralisé. contre la mise en scène par le capital de sa propre agonie. effrayé. les structures de pouvoir. mais politique. et retrouvant au terme de son processus l'immoralité profonde (mais aussi la séduction) des riruels primitifs de destruction. Qu'en esr-il de tout cela dans l'ordre politique? Si peu de choses. résistent violemment. continu comme le voulait Bataille. l'espoir est une valeur faible. d'une courbe maléfique à laquelle nos coordonnées mentales orrhogonales et dressées à l'infini linéaire de la critique et de l'histoire. A nous de redevenir les nomades de ce désert. Ct que la responsabilité nous en est ôtée.

teme. elle est celle de voir la valeur se dissocier de ses contenus et fonctionner toute seule.Les valeurs universiraires (les diplômes. Cerre ruse suprême du .n~ en v~e en ayant liquidé par absorption tOute ne~atJ~lte p'?sslble. Defi. selon sa forme même. seule une pataphYJ. lors même 221 .e du sImulacre de sa mort.. par où il nous ~aJn~le.lqlle d~J Jl1nulacres peur nous sortir de la straté je de slmulatlon du système et de l'impasse de mort ~ '1 nous enferme. c'est l'ordre. ~eule une ruse supérieure peut la prev~mr. Là où rien n'eJt à Ja place. ou 1 Le dernier tango de la valeur Mai 1976. c'est le déJordre Là où à la place voulue il n'y a rien. sans équivalence de savoir. et la hantise de la valeur fantôme n'en sera que plus grande.) vont proliférer et continuer de circuler. elles vont tournoyer sans critère de référence. mais c'est sans importance: leur circulation seule suffit à créer un horizon social de la valeur.sys. Brecht La panique des responsables de l'Université à l'idée qu'on va délivrer des diplômes sans contrepartie de travail «réel». complètement dévalorisées à la limite. etc. un peu comme les capitaux Rotrants ou les eurodollars. cell. ou soence imaginaire. Cette panique n'est pas celle de la subversion politique.et don~ l'enjeu de no~re propre vie.

entre «enseignants" et «enseignés" n'est plus depUis un certain remps déjà qu'une collusion doublée de .les étudiams ne fom que réinsuffler de l'énergie à une InStltutlOn en coma dépassé. meme c. la mentaliré culturelle ascétique a coulé c?rps et biens. Cette situation n'est qu'apparemment nouvelle. c'est la m~de~ine. du désespoir. leur névrose. dans l'illusion inverse. sa valeur d'échange. mais le cœur n'y est plus . . même deuil de l'énergie. la vraie désespérance du non-travail. d'apprendre. d'échange œdipien. retourner l'indécision et l'absence d'objectîf en SItuation offenSIve. qui se pratique aUjourd'hUI sur les ~nstltunons comme sur les individus. En ce sens. ou traité de distributeur automatique) ou de rancœur. de culture) à l'Univer_ sité. soit d'une forme d'agr~ssion (l'ens~ignant sommé de donner l'UV. après 68. En chercham à tout ~rix à s'arracher. U ne fois de pl us. est dure à supporter. de la forme pure de la valeur: des diplômes sans travail. nous étions les promoteurs de la forme avancée. un simulacre doublé d'un psychodrame (celui d'une demande honteuse de chaleur. . de présence. Même les scènes de ménage entre enseignants et érudiants. entrame avec elle la désaffection des rapports sociaux et humains). L'assurance touS risques sur le diplôme. même apesanœur. Le système n'en veut pas plus.. et ceux qui y vIvent depUIS quelques années connaissent ce travail étrange. meme absence d obJectifs. EUe est plus secrète et plus inSIdieuse que l'angoisse traditionnelle d'échouer ou d'obtenir des diplômes sans valeur. qui font aujourd'hui une bonne part prendre cette impasse même comme situa~ion de ha. à c~tr~ Situation mortelle.lrcu. la « force de travail» universitaire qu'elle recouvre) se perd. Car les générations actuelles rêvent encore de lire. même sus~ense. de rivaliser.]'amerr~me de l'indifférence (l'indifférence des signes qUi.lamé ~ndéfi~le d. Terreur de la valeur sans équivalence. d'inceste pédagogique qui cherche à se substituer à l'échange perdu de travail et de savoir). la détresse étudiante de se voir conférer des diplômes sans travail est égale et complémentaire ~e celle des enseignants. D'ailleurs la gr~ve actuelle prend naturellement les m~mes aspects q~e I~ tr~vaJ1 . Subversion? Pas du rour. en scratégie. Elle l'est pour ceux qui pensent encore que s'élabore à l'Université un procès réel de travail. 222 223 .en bloc. même allergIe à la décision même ro~rnoiement .après ça il va falloir déboucher ailleurs Ou plutôr non A C'est pourquoi aussi nous avons éré piégés. en donnant les diplômes à rour le monde. Ma~s rien n'y fair.rond ?'instance. simulacre de travail échangé contre un simulacre de diplôme. pour qu'au moins pas~e encore quelque chose d'une relation « réelle".ans la grève aujourd'hui que dans le rra~all ~ICr: meme slCUatl?n dans I~ comre-institurion que dans 1 inStitution: la COntagIOn grandIt. mais il veut cela . du nonsavoir. C'est pourquoi la grève ne signifie plus nen 1.en . J'Université teste le lieu d'une initiat!on déJespir~e à la forme vide de la valeur.-.que son référentiel (sa valeur d'usage. AUSSI faut-il qu'elle se complique soir d'une prestation-alibi.e. er qui esr partout le SIgne de l~ même incapacité à affronter la mort «Il faur pousser ce qUI s'effondre~. 1. l'échange des signes (de savoir. et qui investissent là-dedans leur vécu.des valeurs opérationnelles dans le vide et c'est nous qui l'avons inauguré. c'esr la survie forcée. à cette anorexIe mentale unlvers~taue. la boucle esr bouclée . leur raison d'être. disait Nietzsche. nous nous sommes piégés nous-mêmes. qui vide de contenu les péripéties d~ savoir et de la sélection.

queUe panique! C'est pourquoi il y a encore de beaux jours pour les méthodes fascistes ct autoritaires. par exemple. les contradictions. la violence du pouvoir et du politique. il n'yen a pas au simulacre de la valeur et du travail. Personne n'est dupe. fût-ce une parcelle de légitimité venue de l'ultra-gauche . et le besoin s'en fait sentir.de leurs échanges. Simplement pour échapper à la déception profonde. c'est bon! C'est clair. la répression! Ça manque. la violence du savoir. des responsabilités et la démagogie incroyable qui s'y déploie. ne som plus que le rappel. la violence du sang. aujourd'hui. qui reste notre plus fol espoir. l'exploitation. les rapports de force. L'univers de la 224 simulation est transréel et transfini: aucune épreuve de réalité ne viendra plus y mettre fin . complicité équivoque de l'étudiant _ c'est sur ce scénario fantôme de pédagogie que les choses continuent. Mai 1977. l'autogestion du groupe er autres fariboles modernes. Car il y a une fin à la valeur et au travail. . car celles-ci ressuscitent quelque chose de la violence qu'il faut pour vivre . des statuts. c'est lumineux. à l'Université encore (mais toute la sphère politique s'articule de la même façon) que le réinvestissemenr de son pouvoir par l'enseignant à travers la «parole libre ". il fam recréer dans le prof fût-ce un mannequin de pouvoir et de savoir. peu importe.quand eUe nous abandonne. C'est sur ce compromis figuration artificielle de l'enseignant. la «dure loi de la valeur ". et comme la nostalgie d'une violence ou d'une complicité qui jadis les opposait ou les réunissait autour d'un enjeu de savoir ou d'un enjeu politique.subie ou infligée. la violence du rituel.sinon la situation est intolérable pour tous. quelle trisresse. la violence du travail. C'est tout un jeu. et peuvent cette fois durer indéfiniment. la « loi d'airain" . à la catastrophe qu'entraînent la déperdition des rôles.sinon l'effondrement toral et le glissement de terrain.

wagnériennes. de la fin du siècle. cette flottaison. devant le simulacre d'accomplissement matérialiste ou idéaliste du monde dans l'hyperréalité (Dieu n'est pas mort. et il est en quelque sorte plus radical. fuligineuses. car cette transparence. splengleriennes. plus crucial que dans ses formes antérieures et historiques. et celle de toute théorie qui prétend encore l'anal yser. Il ne procède plus d'une Weltanschauung de la décadence ni d'une radicalité métaphysique née de la mort de Dieu et de toutes les conséquences qu'il faut en tirer. Le nihilisme est aujourd'hui celui de la transparence. il n'y a plus de Dieu théorique et critique pour reconnaître les siens. il est devenu hyperréel). il Y avait cncore Nietzsche pour le dire .grand nihiliste devant l'Eternel et le cadavre de l'Eternel. Mais devant la transparence simulée de toutes choses. est indissolublement celle du système. sommes entrés vÎvants 227 . L'univers.Sur le nihilisme Le nihilisme n'a plus les couleurs sombres. et nous touS. Quand Dieu est mort.

l'absurde. j'accepre. celle de la post-modernité. la critique. le second lIne forme politique. ni à celle du sens les derniers feux. Dadajsme. c'est la passion propre au mode de disparition. Je conState. la fascination (à l'opposé de la séduction qui s'arrachait aux apparences. où pourrait se rejouer le rien er la mort comme difi. des formes du neutre Ct de l'indifférence. historiquement aussi. à la destruction de l'ordre des apparences. La véritable révolution du XIX' siècle. Ct il n'a plus qu'un mode d'apparition qui est en même temps un mode de disparition: les media . Je ne le crois pas . le désenchantement du monde et son abandon à la violence de l'interprétation et de l'histoire. c'est la desrruction radicale des apparences. une carte perforée dont nous ne sommes même plus spectateurs récepteurs). De phantasme acrif. comme enjeu? Nous sommes dans une position nouvelle. Que reste-t-il donc de nihilisme possible en théorie? Quelle nouvel1e scène peut s'ouvrir. mais justement il n'est plus politique.) qui est le fait capital du XIX' siècle. s'est entièrement réalisé non plus dans la destrucrion. il n'emprunte plus ni à l'extermination des apparences. l'histoire. Le premier est encore une forme esthétique de nihilisme (dandysme). celle du xx' siècle. de façon insolite. aujourd'hui c'est la précession du neutre. j'accepte. Nous sommes fascinés par toutes les formes de disparition. Le njhilisme de la transparence n'est plus ni esthétique. histOrique er métaphysique (terrorisme). Je suis nihiliste. de notre disparition. violent. j'assume. il est passé dans le fonctionnement transparent. de la dissuasion: le nihilisme. avec la Révolution des Lumières. ou les dernjères nuances d'une apocalypse. telie est notre situation générale dans une ère de transparence involontaire. Surréalisme. même pas maléfique. qui correspond à la destruction de l'ordre du sens. qui esr l'immense processus de destruction du sens. Je laisse à penser s'il peut y avoir un romantisme. en SOnt la deuxième grande manifestation. de mythe Ct de scène qu'il était. ou pas du tout. mais dans la simulation et la dissuasion. c'est la fascination pour les formes déseniques et indifférentes.c'est une bande. et sans doute insoluble. le nihilisme polirique. par rappon aux formes antérieures du nihilisme: Le Romantisme en est la première grande apparition: il correspond. Je constate. une piste. Il n'y a plus d'apocalypse (seul le terrorisme aléaroire rente encore de le réfléchü. une esthétique du neutre. de la modernité.toU[ ce qui reste. Mélancoljques Ct fascinés. ni politique. etc. dans la sphère maléfique. égale à la destruction antérieure des 229 . Finie l'apocalypse. Or. pour l'opération même du système qui nous annule. indifférente. et de la raison dialectique qui s'attachait au sens) est une passion nihiliste par excellence.dans la simulation. faussement transparent.or les media ne sont pas une scène où 228 quelque chose se jOlie . Ces deux formes ne nous concernent plus qu'en partie. j'analyse la deuxième révolution. des choses. j'assume l'immense processus de destruction des apparences (et de la séduction des apparences) au profit du sens (la représentation.

C'est Ce point d'inertie qui est aujourd'hui fasci· nant. Ce serait notre mode propre de destruction des finalités: aller plus loin. et non plus par le mode de producrion. trop loin dans le même sens . Destin d'inertie d'un monde saturé. Si c'est être nihilisie que d'être obsédé par le mode de disparition. Il faut être conscient que. Le désert grandit. et ce qui se passe aux alentours de ce point d'inertie (fini donc le charme discret de la dialectique). car il est encore une théorie désespérée mais déterminée. dévorant. hypersimulation. les formes arrêtées prolifèrent. Il Y a des cultur~s qui n'ont d'. un imaginaire de la fin. Celui qui frappe par le sens est tué par le sens.n'est-ce pas aussi le secret obscène du cancer? Revanche de l'excroissance sur la croissance.apparences. alors je suis nihiliste. l'analyse est elle-même peur-être l'élément décisif de l'immense processus de glaciation du sens. de la scène. Implosion du social dans la masse.np. une Weltanschauung de la catastrophe 1). ce n'est plus tellement du nihilisme dans la disparition. du sens. ni de l'origine ni de la fin (celle qUI Vient. de quelque façon que procède l'analyse. gétique. aphanisis. Elles sont ce processus excroissant. elle procède vers la glaciation du sens. Il y en a qui sont obsédées par les deux . Impasse éner. Tel est aussi le secret de l'hypertélie. dans la forme désertique.mag. Croissance infinie de la masse en fonction de l'accélération du système. Point d'inertie.desrruction du sens par simulation. A vrai dire. il n'y a même plus le pathos. Deux autres cas de figure SOnt possibles . Furie des Verschwindens. de l'individu).re que de l~ur origine et n'ont aucun imaginaire de l~ur fin. aléatoire). de ce qui va plus loin que sa propre fin. Transpolitique est la sphère élective du mode de disparition (du réel. Il n'y a plus de scène.. aléatoire et indifférente. Nier sa propre fin par hyperfinalité (le crustacé. alors je suis nihiliste. passionnant. du social. l. aléatoire: les théories Rottent (en fait. Disparition. 230 231 . N'avoir d'imaginaire que d~ sa fin (notre culture. de l'histoire. Et il n'y a pas de thérapie du sens ou de thérapie par le sens : la thérapie elle. même fait partie du processus généralisé d'indifférenciation. et la croissance s'immobilise dans l'excroissance. Si c'est être nihiliste que de privilégier ce point d'inertie er l'analyse de cette irréversibilité des systèmes jusqu'à un point de non-retour. le surcroît de sens qu'elles apportent. leur compétition au niveau du sens est toUt à fait secondaire en regard de leur coalition dans l'opération glaciaire et quaternaire de dissection et de transparence. revanche de la viœsse dans l'inertie. Les masses elles aussi sont prises dans ce gigantesque processus d'inertie par accélération. hypertélie. les statues de l'île de Pâques) . implosion.. Implosion du sens dans les media.. Elles SOnt ce circuit court-drcuité par une finalité monstrueuse. Les phénomènes d'inertie s'accélèrent (si on peut dire).. La scène dialectique. le nihilisme est impossible. La scène de l'analyse elle-même est devenue incertaine. nihiliste). qui annihile toute croissance et toUt surcroît de sens. la scène critique SOnt vides. N'a~oir plus aucun imaginaire. elle aide à la précession des simulacres et des formes indifférentes.

s'il y avait encore une radicalité _ comme il serait beau d'être terroriste. C'est la disparition tOUt simplement. faire la micrologie révolutionnaite du quotidien. radicalité.le pathétique du nihilisme . Car à ce nihilisme actif de la radicalité. parallèlement à un exercice nostalgique de la dialectique. des systèmes actuels de simulation. Mais c'est là une uropie. dénégation mythique. Le défi. le système est trop fort: hégémonique. il y a chez Benjamin et Adorno une autre ronalité. c'est la qualité inhérence au mode de disparition du sens. Car il serait beau d'être nihiliste. Ce n'est pas non plus le nihilisme. comme un seul éclair de dénégation chez l'esclave efface toute la puissance et la jouissance du maître. si la mort. avec la tonalité enchantée elle·même. Et nous sommes tous mélancoliques. la mélancolie. le vrai ct le faux. comme un seul sourire ironique efface [out un discours. et sans doute la dialectique la plus subtile est·elle d'emblée nostalgique. Elle seule mobilise l'imaginaire. La violence théorique.cette énergie mythique qui fait encore la force du nihilisme. passion du ressentiment. Car il y a une nostalgie de la dialectique. Plus un système est hégémonique. Ced. C'est elle qui devient notre passion fondamentale. y comptis celle du terroriste. qui vise en quelque sorte à rout normaliser par la destruction. le système 233 . anticipation dramatique. celle d'une mélancolie attachée au système lui-même. Non. c'est porter. séduisante et nostalgique du désenchan. ce trait radical de dérision et de violence. voire de confronter quelques valeurs du même ordre. Mais plus profondément. avait encore un sens. Il est le trait de réversion qui efface le reste. tement. Partout. La mélancolie. qui prend aujourd'hui le dessus à travers les formes ironiquement transparentes qui nous entourent. c'est la tonalité fondamentale des systèmes fonctionnels. Ceci ne résout pas l'impétieuse nécessité de faire échec au système en pleine lumière. est la seule tessource qui nous reste. à la limite insupportable des systèmes hégémoniques. alors je suis terroriste et nihiliste en théorie comme d'amres le sont par les armes. Si être nihiliste. plus l'imagination est frappée par le moindre de ses revers. On trouve déjà trace de cette radicalité du mode de disparition chez Adorno et Benjamin. même infinitésimal. incurable celle· là et au-delà de toute dialectique. roujours. Mais c'est là où les choses deviennem insolubles. ce défi auquel le système est sommé de répondre par sa propre mort. non pas la vérité. sur la scène nihiliste et désaffectée du politique. Seule ccue réversibilité sans commune mesure fait événement aujourd'hui. Ce n'est même plus du désenchantement. C'est cette mélancolie des systèmes. Lorsque l'espoir d'équilibrer le bien et le mal. de programmation et d'information. Ce n'est plus le spleen ou le vague à l'âme fin de siècle. est l'image d'une défaillance en chaîne. La mélancolie est cette désaffection brutale qui est celle des systèmes saturés. lorsque l'espoir plus général d'un rapport de force er d'un 232 enjeu s'est évanoui. au mode de volatilisation du sens dans les systèmes opérationnels. exalter la dérive moléculaire ou même faire l'apologie de la cuisine. Contre ceuc hégémonie du système. sculle terrorisme le fait. on peut exalter les ruses du désir.

Sur le nihilisme. Gare de Bologne. elles. le nihilisme de la neutralisation. Hologrammes. Et ça.oppose le sien. ApocalypJe Now . publicité zéro. . ce qu'il a pensé liquider pour imposer le règne des Lumières. Le dernier tango de la valeur. Il n'y a plus d'espoir pour le sens. . Le reste. celui du système. L'histoire: un scénario rétro. Mais ce sur quoi il a imposé son règne éphémère. même plus l'illusion minimale qui fait que les événements puissent prendre force de réalité . 93 ll3 119 131 143 155 163 177 187 205 213 221 227 Clone Jtory. CraJh. Bologne ou la Pologne? Tout cela vient s'anéantir sur l'écran de la télévision. Oktoberfest de Munich: les morts s'annulent par l'indifférence. dans l·indifférence. Table La précession des simulacres. en ce sens qu'il a puis~ sance de reverser tOut. le Biafra.plus de scène ni de solidarité mentale ou politique: que nous importe le Chili. les boat people. Implosion et dissuasion. . La mort n'a plus de scène. Nous sommes à l'ère des événements sans conséquences (et des théories sans conséquences). Le système est nihiliste lui aussi. Territoire et métamorphoses. c'est la victoire de l'autre nihilisme. Le cadavre en spirale . C'est là où commence la séduction. cérémoniale ou violente. de l'autre terrorisme. où se jouer. les apparences. invulnérables au nihilisme même du sens ou du non~sens. Simulacres et science-fiction. Publicité absolue. 9 69 77 81 89 China Syndrom. Et sans doute est-ce bien ainsi: le sens est mortel. Il n'y a plus de scène. Les bêtes. Holocauste. Hypermarché et hypermarchandise. L'implosion du sens dans les media. c'est là où le terrorisme est complice involontaire de l'ensemble du système: non pas politiquement. la mort elle-même brille par son absence. y compris ce qui le nie. ni phantasmatique ni politique où se représenter. sont immortelles. . mais dans la forme accélétée de l'indifférence qu'il contribue à imposer. . Dans ce système. L'effet Beaubourg.

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