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Rues de Paris 01

Rues de Paris 01

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10/06/2014

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^i^^sm

«r^

l)

co llco

,,l

XIA^

eto /â-

LES

RI

ES DE PARIS
MODERNE

PARÏS ANCIEN ET

l'AlïlS.

TVl'OCltAl'liri'
Kli:

DE WITTKIiSlllillM
,

MDNTMOI'.KNCY

M"

S.

^gSfiHiîirEE?'-

LES

RTES DE PARIS
acniM ET
ORIGINES, HISTOIRE
MONUMENTS, COSTUMES, MŒURS, CHRONIQUES ET TRADITIONS
IIL'VKAGE

RÉDICÉ

PAR

L'ÉLITE

DE

LA LITTÉRATURE

CONTEMPORAIi^E

SOIS

i,.\

niuECTioN

1)1,

'I

illiislié

tic

.'{(Kl

dessins

rvéciilés

par

les

aiiislcs

les

plus

(lisliii.i;iiçs

TOME PREMIER

PARIS
G.

KlIGELiMANN, ÉD[TËL1U.
1841

25,

HIIK .fACOIî

J^'^'^oM

t'^

ft

jai^s.

o/iif/o

ifJif

^^-jp/y/t/earût

L£7

Typ. Lacrampe.

A

travers les rues.

'i

A TliAVEUS

LES RE ES.
et

(éraire, ont esquissé les traits

du caractère

de

la

figure des

l'arisiens

de leur

siècle.
les

Les silhouettes de Tallemant-des-Uéaux,
|»ar

originaux copiés

Labruyère,

les ridicules surpris

par

l'œil

perçant de Lesage,

les fictions

transparentes de La Fontaine, les délicieuses fantaisies
caillette qui a

de cette iininorlelle
les

nom madame
les

de Sévigné,

personnages vivants de Molière,
les

héros déshabillés de

Saint-Simon,
et

peintures exagérées de Mercier, de Saint-Foix
les

de Rétif de La Bretonne,

observations ingénieuses de notre
la toile

littérature

contemporaine, ont passé tour à tour sur

mobile du tableau de Paris, en y laissant tomber de
l'imagination, de
la

l'esprit,

de

verve, delà malice, de
et

la

haine, quelquefois

un peu de morale,
Les peintres à
la

souvent beaucoup de génie.
je parle, s'efforcent, à

plume, dont

l'exemple
toits

du Diable boiteux,
la

d'étaler à nos yeux,
les

au travers des

de
cl

ville, les

mœurs,
la

habitudes,

les

modes,
:

les

amours

les

vices de
ils

jjersonnalité

parisienne

comme

l'immortel
le
;

Asmodée,

s'ingénient à regarder, de près et de loin, dans

salon, dans l'antichambre et dans l'alcôve des maisons de Paris
ils

braquent

la

lunette de l'observation
le

comique ou sévère, sur
;

le théâtre,

sur l'église et sur

prétoire

ils

fouillent des yeux,

et

par

la

pensée, dans les prisons, dans les hospices, dans les
le

bagnes, chez
les petits,

pauvre

et

chez

le riche,

chez

les

grands

et

chez

chez

le roi et

chez

le

peuple, partout où l'on pleure,
l'on pense,


l'on

l'on crie,

où l'on chante, où

où l'on aime,

oii

calomnie, où l'on vole, où l'on tue, où l'on souffre, où l'on

travaille,

en se pressant de vivre pour mourir.

Fh

bien! à cette vaste collection de dessins, de caricatures
lois,

ou de portraits, d'usages, de
vilenies,

d'idées,

de modes,
;

de

de passions, de souffrances
si

et

de
si

sottises

à toutes ces

couleurs

brillantes, si capricieuses et

variées; à ces mille
le

coups de pinceau qui doivent servir à retracer à nos yeux
spectacle des sociétés parisiennes,
il

a

manqué

peut-être, selon

moi,

la

peinture historique de ces rues de Paris où ont marché,
si

en des appareils
faire revivre

divers, les originaux (jue l'on a essayé de
le

dans

monde de

l'observation littéraire.

A

ÏRAVEUS LES
immense

lUIES

r,

Le cadre de
dans
les

celte nouvelle et difficile publication embrassera

Paris tout entier et son

histoire
la

:

nous j)énétrerons
Lutèce;

boues marécageuses de
le seuil

primitive

nous

passerons devant

des maisons moins grossières du Paris
la cité,

des rois Francs

:

autour du sombre et fétide berceau de de
la

nous verrons
rivales,

s'élever, sur les bords

Seine, deux villes

deux sœurs jumelles qui
;

[jrotégeront la triste vieillesse
la

de leur mère
pavés de

nous marcherons dans

fange et dans
les

la

fumée

des rues de Paris du xf siècle; nous foulerons
la ville

premiers

de Philippe-Auguste; nous nous hasarderons,
le

en tremblant, dans
saluerons
le

terrible

Paris
le

du moyen-àge
la

;

nous

Paris de François \",
les Parisiens

Paris de
siècle,

renaissance;
la

nous coudoierons
et

du grand

de

Régence
cadavre

de

la

Révolution; nous tenterons de ressusciter
Paris; enfin,

le

archéologique de
à la naissance,

nous assisterons, par l'étude,

au développement, à l'agrandissement merveil-

leux de

la

misérable cité d'autrefois, s'élevant, s'élevant toujours
la capitale

jusqu'aux proportions splendides de

du monde.
le

Le

livre des

Rues de Paris s'adressera,

comme

disait

naguère
ouvrage
par
:

l'intelligent éditeur qui ose

entreprendre un pareil

à l'historien, par le récit des
les

événements publics; au
au philosophe,
;

penseur, par
le

enseignements de

l'histoire;

souvenir du travail, de
la

par l'étude et

du progrès à reproduction exacte des monuments
la lutte et la

l'artiste,
;

à l'an-

tiquaire, par l'esquisse rétrospective des ruines et des reliques

nationales

mode;

à

facile; à

du roman et de la l'homme du monde, par le charme d'une science l'homme du peuple, parles chroniques et les traditions
;

aux femmes, par

curiosité

populaires; à l'étranger, au voyageur, par les indications les

plus complètes et les plus magnifiques sur

la cité

moderne
les

qu'il

viendra voir.

A chaque
fixés

pas

,

en

effet,

au détour de chaque rue,
il

yeux
de

sur l'écriteau qui porte son nom,

vous sera

facile

déchiffrer, ce livre à la main,
intellectuelle,

une page de
de

l'histoire morale,
la

politique ou

religieuse

ville

de Paris.

Si cela vous intéresse, les vieilles rues s'empresseront de vous

/i

A

THAVKUS LES RUES.
la

|i<irler

de l'invasion des iNorniands, de

liiUe des

Buuigui-

•inons et des Armagnacs, dn règne des Anglais en France, ou

du siège de Paris par Henri IV: voulez-vous d'autres récits, d'aulres drames, d'autres tableaux historiques? Voyez un peu,
au hasard, en courant, à vol d'oiseau
halles, voici
le la
;
:

derrière les piliers des
et

berceau de Molière,
gloire,
le

vous songez aussitôt

au génie, à
(h>

aux douleurs du grand poète comi(pie
n'est pas loin, ce

Louis XIV

marché des Innocents
rare,

me

semble, et voilà Jean-Goujon qui va mourir sur un échafaud

d'une

niagnilicence assez
il

sur un

échalaud de pierre
la

sculptée, dont
(le lîièvre,

a su l'aire

un admirable chef-d'œuvre;

rue

habitée autrefois par Dante Alighieri, ne doit-elle

pas conserver, dans

un souvenir, un rayon de l'immortalité
la

de

l'exilé

de Florence? La mort de Coligny, dans

rue Béthisy,

est toute pleine
et la

d'une terrible histoire où vont ligurer l'Eglise

Réforme,

le

Pape

et

Luther, Henri de Navarre
tloiit

et la

Ligue,
se fera

histoire

politique

et religieuse

le

dénouement
le

tout-à-l'heure, au bruit de l'arme intolérante de Charles IX;

du quai du vieux Louvre, où
à la
il

le

fanatisme assassinait

peuple,
roi,

rue de

la

Ferronnerie où un fajiatique assassinait un

n'y a guère

que

la

distance du poignard de Ravaillac.
le roi

Je viens de

nommer

Charles IX

:

n'est-ce pas là

une
et

royauté qui se trouve tout entière dans
ia

le

drame mystique de

Saint-Barthélémy, et

les

acteurs de cette tragédie royale

()opulaire,

bourreaux, comparses ou victimes, n'ont-ils pas
le

représenté leurs personnages dans
rues de Paris? C'est une ville

sang

et

dans

la

boue des

immense qui

va servir de théâtre

au spectacle des Vrjwes Parisicmiefi.

Le prologue de
de

la

Saint-Barthélémy se joue dans
la

les fossés

Saint-Germain-l'Auxerrois, deux jours avant
la

représentation
l'on
le

grande pièce, imaginée par des collaborateurs que
:

appelle

Catherine de Médicis, Charles IX,
le

le

duc d'Anjou,
le

cardinal de Lorraine, les Guise,
et le roi

duc d'Albe, Ce

pape Pie IV
la

d'Espagne Philippe
le à

II

jour-là, à

première

scène du prologue,
inent,

crédule amiral de Coligny passe lenlela

un mémoire

main, dans

la

rue des Fossés-Saint-

V

TRAVERS LES
un

RI ES.
de
la

Gerniaiii-rAuxL'iiois:
niaisuii

couj) (l"ar(iuelHiso [)art aussitôt

dv Villoniur, Tancieu précepteur du duc de Guise,
de
rue Béthisy; Anibroise Paré lui coupe

et

i\euK balles atteiiiuent le vénérable passant: on le porte dans

son

liotel

la

le

pouce

0^'

de

la

main droite;

le

roi,

la

reine-nicre

cl

la

cour viennent
le

rendre une visite à rillnslre blessé: (ïatberine de Médicis
console et
le

llatlc,

en

lui

promettant une

vcu(jc(ince si

cxem;

idaire, que jamais elle ne s'effacera de la mênioirc des

hommes

Cliarles

IX

lui

dit

en Tembrassant

jtourvoHs: la douleur
s'avise

Mon père, la blessure est est pour moi ! Et comme l'innocent amiral
:

de se plaindre des

callioli(]ues,

de ses ennemis, de ses
:

assassins, Sa Majesté daigne lui répondre
(•ehauffez
i:n

Mon
à

père, vous vous
santé.

peu trop: bon

cela

pourra

ituii-e

votre
(\\uA

Tudieul

(|up1
(jiic

roi, quel
!

excellent

ami.

cbarilable

médecin

(•(>

(duirlcs IX

A

TRAVERS LES RUES.
le

Au
*2i

ridoau!

au rideau! voici

drame dans
le

les

rues;

le

août, un dimanche, à trois lieures
fait

du matin,

l'église

de

Saint-Germain-l'Auxerrois
creurs, en

entendre

tocsin des

guise d'ouverture,
se

et la tragédie

mmsacommence; le
l'amiral de

premier acte
Coligny.

passe encore

dans

l'hôtel

de

Un gentilhomme, un
à

serviteur lidèle s'écrie, en s'adressant
,

son nohie maitre

:

Mome'ufueAir

on

nous

cijorijc,

on nous
lof/is,

fusille; c'est Dieu qui nous uppcllc à soi; on a forcé le

et

n'y a moiien de résister.

— Je
:

suis disposé à mourir,

répond

le

huguenot

:

vous autres, saurez-rous!

Coligny reste seul; un assassin
lui,

nommé Besme

s'avance vers

une épée à

la

main

N'es-tu pas ramiral?

C'est

moi!

frappe!

En me
la

tuant, tu ne
l'hôtel,

me

feras perdre que bien

peu de jours!
interpelle le
])t'nche à
la

Dans

cour de

une voix retentissante

meurtrier: Besme, as-tu achever
croisée pour lui répondre
:

Besme

se

C'est fait, monseigneur!
le

Jette son

cadavre par la fenêtre! réplique

duc de Guise.
le

Et soudain,
pavé de
par
le
la

le

corps de l'amiral de Coligny tombe sur
le
la

cour;
et

visage du malheureux vieillard est ahimé

sang
le

par

houe; on l'essuie avec un mouchoir, pour

mieux
le

reconnaitre, et le duc de Guise se prend à dire, en
:

reconnaissant à merveille

c'est bien lui!

N'est-ce point

une

belle lin

de premier acte?
les
;

Dès ce moment, l'imbroglio sanglant se déroule sur
publiques, sur les quais, dans toutes les rues de Paris

places

la

pièce

dure

trois jours, ni ])lus ni
le

moins,

et la toile

tombe lentement,
roi.

bien lentement, sur

tableau de quelques milliers de personnes
l'on a égorgées

que

l'on égorge,

ou que
la

au

nom du

Les auteurs de
assez

pièce s'imaginent peut-être qu'elle n'a pas
et plus tard,

brillamment réussi,

Louis XIV lui-même se

chargera de prendre leur revanche, dans un grand ouvrage
politique, intitulé
:

La

révocation de l'édit de Nantes.
la

Quelles scènes à raconter, bon Dieu! à propos de

Saint-

Barthélémy, pour l'historien qui écrira, dans ce
d(;s (juais

livre, l'histoire

de Paris!

A ti;avkiîs
S'il

les
un

iu;i-:s,

7

vous est possible

(Toiibliei-,

inslaul, ee vaste abattoir
les

où Ton assomme, avee une croix catboli(jue,
ronsciences et
les

hommes,

les

idées, prenez gartle à cet étranger, à cet
le seuil

italien jjui passe

noblement sur

du Louvre
le

:

inclinezla

vous devant

la

majesté du génie; adorez, avec toute
l'on

poésie

de votre cœur, un poète que

nomme

Tasse, une royauté
la

charmante, que

le

cardinal d'Esté vient d'introduire à

cour

horrible de Charles IX.

Vous

plait-il d'assister

tour à tour, à des époques bien dif-

lérentes l'une de l'autre, à

l'empoisonnement de Gabrielle, aux
la

jeux d'esprit

dii café

Procope, ou à
vite

première représentation
la

du Mariage de Figaro? Entrez
Comédie
,

dans
la

rue de l'Ancienne
Fossés-Saint-

qui est
:

en

même

temps

rue des
la

Ccrmuin-des-Prcs

vous y trouverez encore

façade de l'ancien

théâtre; vous y trouverez le célèbre Café-bel-Esprit
siècle,

du

xviii"
la

les

étudiants d'aujourd'hui jouent au domino, sur

fameuse table de Voltaire. Un pauvre auteur-comédien, dont il ne nous sied pas de juger, dans ce livre, les opinions et le
courage,
la

vie et la mort,

demeura, durant
la

les

premiers mois
:

de son séjour à Paris, dans
fut

rue de l'Ancienne-Comédie
la

ce

peut-être

que naquit, dans

pensée

et sous la

plume du
l'honneur
la

poète, le PJiilinte de Molière, la meilleure création

de Fabre-d'Eglantine.
d'avoir inventé
le

— Fabre

dramatique
rue
l'on

paya, de sa

tête,

calendrier révolutionnaire. Passez par
l'inniiense carrefour

Dauphine, traversez
appelle
le

suspendu que
des

Pont-Neuf,

demandez
la

la

rue

Fossés-Saint-

(iermain-l'Auxerrois, frappez à

plus belle porte de l'impasse
le

Sourdis, et vous croirez entendre

dernier soupir de

la

plus

séduisante maîtresse de Henri IV.

xMarchons toujours
«le l'esprit,

:

le

cul-de-jatte
la

Scarron

riait et

faisait
;

en souffrant, dans
sont
sortis
le

rue de la Tixeranderie

c'est
le

de

que

Roman Comique pour
Dans
cette

amuser
roi

peuple, et
n'était
fait
il

madame de Maintenon pour amuser un
de
la

qui qui

plus amusable, suivant elle.

maison

l'angle

rue de V Ècole-de-Médecine , l'on

entendait,
n'était

n'y a j>ns

longtcMiips de cela,

une voix éclatante qui

A
rit'ii

TKAVKItS
voix

ij;s luir.s.

iiioiiis

rpio

l;i

icNoliiliomi.iiic
r()i'(l;i\

de

D.inloii, cl,

siii-

le
.111

seuil

(lo

ccWr

|t(trl(',

('<li;irl(ill('

ai^iiisail

priil-rlic.

—uiarAno

(((iïi

(riiiic

Immiic. le
|>ai'

coule;!!!
le

(|ii'clli'

(lcsiiii;iil

a

.Mai'al.

(Icllc
la

maison, cmlicllic

ciseau

de

.leau-(i(Miioii,

dans

riif

i]ultuvc-Samlc-l]alheriue, c'esl
hielle méuioii'c; c'est la
(|!iise

rhi'del

de (laruavalcl, de

spii-i-

d(Mueure
la

lilléraire

de Tadoialde
(li'i^iiaii
:

Mai'le

cl

de sa

lille

adoi-ec,

c(Miilesse

de

c'est

l»!ireau d'esprit

de

madame de
de
(>o!id(''
;

Lalayetle, de

l.a

Uochelbiicauld,

de Uiissy-Hahuliu, de Foiupiel, de
cafdii!al

l*oiipoiine,

de

(ionu'ille, d!i

de Hetz

et

c'est

de

l'iiolel (lai'iiavalel, c'esl

de

la

rue (luIture-Saiiile-datliei-iiic,
eiicoi'c

pa!'

ces c!(»isees <pie vous

voyez

euli''o!!verles, (pie se soûl eiivcdees,

une

à uii(\ le

A
malin,
le soir, à

THAVEHS LES

lU ES.
la

fi

toutes les heures élu jour et de

nuit, ces

charmantes

feuilles

de papier rose, ces

lettres délicieuses,

qui

sont tout simplement les chefs-d'œuvre de

madame de
le

Sévigné.
la

A
la

l'antre

hontde

la ville,

sur

le (jnai Yollairo,

an coin de

rue

de lîeaune, l'ancien hôtel de

Vilctte,

ahîmé par

marteau de
de

hande noire, a
xviii" siècle

servi d'halùlation triomphale à l'auteur

Zaïre et de Candide: près de mourir, le souverain philosophe

du

fit

tuaire, cette inscri])tion
est

un songe!
Dans


dcfi

chambre morque vous pouvez y lire encore La vie Quel rêveur, que celui dont les rêves d'esprit
:

graver, sur les vitres de sa

faisaient penser les
le
la

hommes

et les

peuples éveillés!
ter-

cadre des légendes religieuses et des traditions
il/rtr/z/r»^

ribles,

rue

se glorifiera d'avoir vu

marcher
le

saint

Denis, allant
salaire

demander

à

Dieu, sa tète

à

la

main,

glorieux

de ses souffrances: la me du Marlroij nous montrera le chemin ensanglanté qui conduisait au calvaire delà Grève: les
pèlerins
«pii

s'en

allaient
la

adorer

le

saint-sépulcre,

on

(jui

revenaient déjà de

Terre-Sainte, faisaient une piense station

dans

la

anrail

un jour de

rue de Jérusalem, sans deviner, hélas! tout ce qu'il y triste, de nécessaire et d'horrible, dans les

murs de
les

cette Jérusalem nouvelle: la rue d'PJn fer nom révélera mystères de sa lutte contre Satan dans les brnits de la
:

lentation infernale,

nons entendrons encore

les

murmures

des

jeunes

lilles

possédées... je ne sais de quel bon diable, les exoret
les

cismes des pères Chartreux
Saint-Louis: de
ce temps-là,
la

ardentes prières du
il

roi

superstition au fanatisme,

n'y avait, dans

que

la

distance d'un bûcher

:

le

pétillement des

llammes
les

île la

place Danphine ne nous empêchera pas d'entendre
les

derniers adienx,

malédictions suprêmes du grand-maiire
place de Grève \ous inspire

.Iac(|nes i\loIay a Philippe-le-riel.
Si rodeui- (In

sang de
la

\u

le

gont

des hautes-œuvres de
Ions les temps,
le

justice, exécutées par les supplices de

bourreau consentira, pour vous plaire, à |)endre un malheureux dans la rue de VÉchellc; il vous gratifiera
il

fera boiiillii-

du spectacle de V Estrapade, sur la place qui porte ce nom un faux moniioveur dans la chaudière de la rue
:

JO

A TUAVKIIS
I'EcIhikiIl'
;

IJ':S
il

III

K

S.

de

il

cou[)era

la

langue,
;

percera

les oreilles (ruii

patient dans

la

nie Guillory

en voyant

les cpiatre
la

elievaux

({ni

ëcartèlent

un innocent ou un
siècle

cou[)able, à

tanieuse Croix du

Trahoir, n'allez pas vous écrier, à l'impitoyable laçon d'une

grande dame du wiii'
se

:

Pauvres bêles!...

comme

elles

donnent du mal

!

Si des gouttelettes

de sang
et

et

de boue ont

rejailli

sur vos

babils, sur vos

mains

jusque sur votre visage, autour de ces

ëcbalauds, de ces piloris, de ces fourches [>atil)ulaires d'autrelois, ([ue l'on

appelle des justices,

(jrandes et petites;

si

cette

lourde atmospbère, imprégnée de miasmes et de souillures,
loute [)leine des derniers soupirs et des derniers blasphèmes

du crime, pèse sur votre cœur
aller

et

vous étoulTe, nous pouvons

de ce pas nous soulager, en
la

nous purifiant, dans

les

baignoires de

rue des Vieilles-Etuves; après cela, nous aurons

encore assez de temps, pour nous distraire aux jeux publics de
la

rwe du Mail et de

la

rue des Poulies; mais, dcpèchons-nous, pas chercher midi à quatorze heures,
la

s'il

vous
la

plait, et n'allons

dans

rue du Cherche-Midi; aussi bien,
j'ai

nuit ne se fera pas

attendre, et
soleil,
les

toujours peur de passer, après le coucher du

dans

la

rue de la Truanderie, où les gueux importunent

honnêtes gens par l'étalage de toutes sortes d'affreuses
la

misères; dans

r«e

f/es

Mauvaises Paroles, où l'argot m'a déjà
la

poursuivi de ses barbares sottises; dans
les filous

rue Tire-CJiappe, où
foire
;

s'entendent

comme
la

il

sied à des larrons en
le vice

dans

la

rue Mauconseil, où

faim et

conseillent aux

voleurs et aux meurtriers de détrousser, en les tuant, les riches

bourgeois de

la

bonne une

ville.

N'est-ce pas

tradition tout-<à-lnit

romanesque, un soula

venir charmant que nous allons devoir à

rue de la Jussienne,

ou plutôt, à

la

rue de rEfiuplieuneF L'on croirait que les deux

héroïnes de Notre-Dame de Paris, ce beau
poète, ont figuré
petite rue
:

roman d'un grand
la

pour

la

première

fois

dans
et

fange de cette
fille.

il

s'agit

en effet d'une chèvre

d'une jeune

Imaginez qu'un jour, une pauvre enfant de Bohème, ne sachant
plus où elle va, ne sachant plus d'où elle vieni,

comme

Ions

A
les Boliéiiiiciis cl
;i|»|Kn'iiîl

TI5AVEI5S LES
loiiles les
le
[u^lil
;

lUKS
liirondelles
(|iii

II

comme
sur

de ee momie,
;i

(oui

il

eoiij)

pont de réjoui

donné
la

son
jolie

nom

à la riw

du Ponceau
:

U\ la

Ibule se jn'essc autour de

bohémienne

on caresse
la

chèvre, et bien des passants
trois

voudraient caresser

jeune fdle:

hommes

surtout, en

des costumes bien divers, avec une courtoisie et des manières
bien ditïéren tes,
(l'illades et
la

poursuivent de leurs compliments, de leurs
:

de leurs vilaius désirs
il

l'un est

un arquebusier du
Dieu

roi

:

il

est jeune,

est

grand,

il

est beau, et je crois,

me
est

pardonne! que rÉgyptienne
un malheureux de
gros,
il

lui sourit à la
:

dérobée; l'autre est
il

la

Vallée-de-Misrrc

est

vieux,

il

est dilTorme, et je crains bien ((u'il
la

ne soiqiire, qu'il ne
cruelle jeune
fille;
:

pleure longtemps pour les beaux yeux de
le
il

troisième, qui

le croirait

!

le

troisième est un
le respecte,

homme d'église
le craint et

porte

la
il

robe d'un moine; on
la

on

on

le

salue;

n'y a (jue
le

jeune

lille

qui

ait

dédaigné de

le saluer.

Le
à des
a la

soldat,

prêtre et le truand marchent sur les pas de
à
:

l'Egyptienne, l'un derrière l'autre,

distance,
la

comme

il

sied

gens qui ne se ressemblent point
la

robe du moine touche
est plus près
:

robe de

jeune
le
il

fille;

l'arquebusier
le

amoureux
le

d'elle

qu'on ne
il

pense;

truand est
il

plus à plaindre

il

aime,
point

soulTre,

se désespère et

vient le dernier!... N'est-ce

Phœbus? Avez-vous deviné Claude Frollo? Avez-vous
le

reconnu

misérable sonneur de Notre-Dame?

Si vous avez
la lin

admiré

le

roman moderne, vous savez
;

à

peu près

de celte vieille histoire

la

vierge-à-la-chèvre adora l'arque-

busier infidèle; le moine se vengea de la jeune fille, avec l'aide du bourreau, en l'accusant d'une sorcellerie qui n'était guère

que celle de la jeunesse et de la beauté; le truand la Bohémienne, et un soir, quand il reparut dans
Miracles, les
il

seul pleura
la

Cmir des
de
rue

gueux

se

moquèrent de

lui,

parce qu'ayant faim,
l'origine
la

donnait à manger à une chèvre.

— Voilà
les

de la Jussienne.

Puisque nous marchons au hasard dans

rues mystérieuses

du vieux Paris, n'oublions pas de consulter

le

grand Albert qui
«juasid

commente

Aristote, sur

une place publique:

nous en

li

A T

RAVE US

IJ:s lllKS.

seruiis

au Paris

ilii

xviii' siècle,

nous consulterons

la

fameuse
le

devineresse de

la

place Maubert, place maudite qui cache

nom

fantastique de Magnus Alberlus; voici un

autre sorcier

(lue l'on

nonnne Nicolas Flammel,

et

qui s'amuse à chercher

Vabsolu, dans son laboratoire, dans son enfer de la rue Saint-

Jacques4a-Boiicherie; pauvre et crédule Nicolas
véritable pierre philosophale est
là,

Flammel'

la

tout près de toi, dans b
la

creuset de l'usure, chez les banquiers de

rue des Lombards

:

la rue des Lombards, ce guêpier natal de l'usure parisienne, et

berceau enrubanné du Fidèle Berger, dont l'origine se cache dans les [lapilloles du règne de Louis XV; chose étrange!
iiilbert, le |)oète Gilbert, a

préludé par des devises de confiseur,

\îv

N

,1

1

dans une arrière-boutique de

la

rue des Lombards, à l'impila

toyable satire des philosophes et de

philosophie!

Dans notre

siècle,

que

l'on appelle

une époque sans nom,

et
il

que

l'on pourrait appeler,

ce

me

sendjle, ré[»o({ue mêlée,

n'y a plus de hiérarchies, de degrés, de castes, ni de costumes,

A

TUAVEliS LES HUES.
de religions. Dans
la

ni (riiisigiu'.s, ni d'attrilmls, ni

France,
la

dans

le

Paris d'autrefois, ehacun vit dans sa phère, à
la

place

qui lui est propre, dans

rue où est

le

privilège de son état,
et

avec

les

apparences spéciales de son rang, de sa fortune
le

de

son industrie, toujours sur
échelle,

même

échelon de cette grande

couchée par
:

terre, qui représente la société parisienne

du vieux temps
trouve
le

société numérotée, enrégimentée, disciplinée,
la

où l'ordre nait précisément de

division des classes, où l'unité
droits
,

moyen de

sortir

du fractionnement des
donc
rien,

de

l'in-

égalité des personnes,

en confisquant

les idées et les principes. les

A

ces causes, n'est-ce

pour

curieux, j)our
xix' siècle,

les

ohservateurs, pour les

hommes du monde du

que

de })énétrer, sans peine, sans fatigue, dans

l'histoire vivante

des corporations, des arts et des métiers? histoire des marchands, des artisans et des hourgeois de Paris; histoire singulière qui

conunence dans unel)outique, dans un
par
la lutte

atelier, dansuneolïicine,

du

travail contre le privilège,

de l'industrie contre

l'oisiveté,

de

la roture
la ville

contre

la

noblesse, de l'intelligence contre

l'argent,
lard, sur

de

contre

la

cour, et qui se dénouera, tôt ou

une place ])ublique, dans un dernier comhat, dans
les

une étreinte solennelle, entre
nobles et
les

grands

et les petits, entre les

bourgeois, entre un peuple

nouveau

et

une

royauté ancienne!
Puisqu'il s'agit en ce

moment

des corporations, des arts et

des métiers,

il

nous faut remercier bien hundjienient, au
le

nom

des malades et des malheureux de tous les tenq)s,

[)rèvot
lettres-

Jean Morin, qui créa
patentes du roi
:

le

bureau des pauvres, avec des
xvi' siècle est

le

bureau des pauvres du
et

devenu

aujourd'hui

le

conseil-général des hospices.

de ce Jean Morin,

La vie publique de bien d'autres prévôts des marchands

de Paris, ne sera pas une histoire dépourvue d'intérêt et de charme, (]uand elle nous sera racontée au pied de la vieille
tour de ïlIiilel-de-Ville, dont
jjrévot
la

première pierre fut posée par
conscience,
la

le

de Viole,

le

15

juillet

iSoo.
la

Entre nous,

et la

main sur

le

sentiment du

devoir ne nous oblige-t-il |)oint à saluer, de

meilleure grâce

n
diaque
pas,

A

THAVEnS LKS
dï'lile

15LES.

du moiido, une corporation
dans
les rues

que nous rtMiconlrerons
([ui

;i

de Varis, el

n'est

autre que

la

célèbre compagnie du l)arreau parisien? Le savant,
l'historien, qui doit
Palais-de-Jiislice,

le légiste,

exhumer dans
devant

ce livre les chroni(jues du

étalera

nous, dans

une

glorieuse
a j)rolégé

auréole,
si

la

robe
le

tles

anciens avocats, robe illustre qui
le droit, la

souvent

peuple,

monarchie

et la liberté!

Allons, debout! point de trêve,

point de repos, marchons
le

encore
François
la

Voici le Paris de
l*", le

la

renaissance, voici
le

Paris de

Paris chevaleresque,

Paris de l'amour et de
le

poésie! Dès ce

moment,
la

le

marbre,

velours, les

toiles

j)eintes et la soie
les arts

remplacent

le fer et la

pierre

du moyen âge:
ou
de Paris:

inaugurent

grande
à

ville

;

les

artistes, français
les rues

étrangers,

commencent
envie
la

se

promener dans

François

i*"'

splendeur des Médicis,
le

à Florence, et

du

pape Léon X, à Rome; on fonde
construire
le

Collège de France; on va

Palais des
la

Tuileries; on répare,

sur

les

dessins
y rece-

de Pierre Lescol,
voir

vieille Forteresse
le titre

du Louvre, pour
et le

un hôte qui porte
:

d'empereur
Jides

nom

de (Charlesà
la

Quint

on institue V Imprimerie Roijale de Robert Estienne
:

ijue

Ton cou lie

«iireclion
le

Romain, Léonard de Vinci,
la

Primatice, André del Sarto daignent visiter

cour de France,
reflète

et la

sombre majesté de la physioiu)mie parisienne

quelque

chose des magnificences de Chambord, de Fontainebleau et de

Sainl-dernuun.
J'y

songe

:

vraiment! voici un beau spectacle,

et

bien digne

d'un grand
entrer dans
ni [)lus ni

prince: ce brdlant gentilhomme que vous voyez
la

rue Sainl-Jean-de-Beauvais, c'est

François

V'

,

moins, qui s'en va faire l'éloge de l'imprimerie,
la

el

récom[)enser d'illustres imprimeurs, dans

modeste maison

des Estienne

!

A
si

la tin

du règne de Louis
le

XIII, nous entrerons dans Paris,
la

vous voulez bien

permettre, par
la

rue des Frondeurs,
la

le

jour où s'élève précisément
;

première barricade de

Fronde
de
la

nous passerons dans
roi

la

rue de Richelieu, toute j)leine
n'était

grandeur d'un

de France qui

pourtant qu'un

A

rnAVEHS LES RUES.
simple ministre,
le
iiii

IT.

simple prèlre,

lui

simple grand

homme;
Val-de-

nous passerons par
le

Palais-Royal, que Ton appelait naguère
le

Palais Cardinal

;

nous visiterons

Luxembourg,

le

Crâce et la nous assisterons à une séance de l'Académie Française, fondée par Richelieu, et rien ne nous empêchera de nous promener à
plaisir, sur

Sorbonne, construits par l'ordre de Louis XIII;

h place

Roijale,
et

dans

la

foule des grands seigneurs,

des s^rands courtisans

des grandes dames, au milieu des

heaux

esprits, des

heaux dangereux

et des helles coquettes

de

ce temps-là.

La porte Saint-Denis, qui garde encore
Lndovico Magno, n'est-elle pas
arriver dans les rues

cette inscription

:

une entrée magnifique pour du Paris de Louis XIV? La porte Saintassez vaste, assez haute, pour
le

Denis
(pie le
et la

me semble
grand
roi

assez large,

lui-même
la lèlo!

y puisse passer,

sceptre à

la

main

couronne sur

Mi

A

TRAVERS LES RUES.
les hôtels

Sous

le

règne de Louis XIV,

splendides, les consles lirillants cos-

tructions utiles, les

monuments mngnifiques,
illustres aliondent,
les

tumes

et les passants

connue par enchanaprès avoir admiré
la

tement, dans toutes

rues de Paris

:

colonncuJe du Louvre, hàtie sur les dessins de
et Vholel
(Icfi

Claude Perrault,

Invalides, et les GoheUns, et VJinpifnl çjcnéral, et
la

VObfiervaloire, et

place Vendôme, et Véglise de Sainl-Snlpice,
\çs.

ei\e jardin des Tnlleries, et

Champs-Ehfsées ,

et la Bihliolhèque

noyalc, et le pont Royal, que sais-jel nous admirerons encore,

dans

les

rues de Paris, tous les personnages d'élile d'nn siècle

augiisle, toutes les royautés

de LouisXlV, iousles nobles fleurons
et Piacine,

de son élincelante couronne: Dossuet
Despréaux, Molière

LaFonlaine

el

et

el Corneille, Col!)ert et Lenôtre, Mansard Le Puget, La Rochefoucauld et Pascal, Mallehranche etMassillon, Turenne, Jean-Piart et d'Aguesseau, Sévigné, Mainh^non, Montespan et Lafavetie, tous les grands noms, toules les gloires,

toutes les splendeurs

du grand

siècle et

du grand

roi

!

Les rues de Paris doivent au règne de Louis
taire,

XV

TEcoIe milil'IIotel

Sainte-Geneviève, TEcole de droit,
la

la

Halle au bh',

des Monnaies,

fou laine de

Bouchardon, Téglise Saint-Phi lippela

du-Uoule,

le palais

Bourbon, leffnarlierde
le

(diaussée-crAntin,

lajdace Louis

XV,

Garde-menbles,

les I»oi(es

de

la

peiile poste

et les réverbères.

Sous Louis XV, l'Académie Française tenait ses séances dans

une des
de gazon
le

salles
la

du Louvre,

et lorsque
les

M. d'Angivilliers
la

lit

semer

cour de ce palais,
:

Nouvelles à

main publièrent

quatrain suivant

Des favoris de

la

musc

iVaiuaisc.
;

D'Angivilliers a le sort assuré

f)evant

la

porte

il

a fait croître
h

un pré,
son
aise.

Pour que chacun y pût paître

Au

xviir
les

siècle,

c'est-à-dire

sons

le

règne

a|»parenl

de

Louis XV,

rues de Paris, qui prenaient autrefois des
d'ofticiers, d'évèques,
fiefs,

noms

de marchands, de bourgeois,

de princes,
d'hotelsi

de seigneurs, de chapelles, de

de mctnaslères,

A

THAVEHS LES

UIIES.

17
titres

royaux ou de supplices, coinniencèrent à se donner des
littéraires et

philosophiques

:

l'Encyclopédie et

la

Révolution

n'étaient pas loin; les rues de Paris

ne devaient-elles pas à

Voltaire, le véritable roi de France de cette époque, l'honneur

qu'elles avaient fait à Louis

XIV,

le roi

du dix-septième
philosophie;
la

siècle?

Sous

le

règne de Voltaire,

les tètes

parisiennes tournent au

vent delà littérature sceptique
ville

et

de

la

grande

semble vouloir prendre une face
le palais

tout-à-fait nouvelle; la
et
le ciiàleau

cour est trop petite pour

de Versailles,
la

des Tuileries est presque trop grand pour
la

royauté de Louis XV;

mode

esta l'émancipation intellectuelle, politique, sociale; on

discute les vieilles croyances, les vieilles religions et les vieilles
idées;

on se

rit déjà,

dans une double haie d'imprécations

et

de

sarcasmes, des juges, des prêtres et des rois, du prétoire, de
l'autel et

du trône; l'heure providentielle de vouloir
venue
:

et d'oser

est à la fin

la

grande

ville se réveille, se lève, s'agite, et

tâtonne sur un sol qui tremble; alors, au milieu des rues de
Paris, les volontés se cherchent, se rapprochent et se mettent

en commun;

les intérêts

personnels s'oublient et se taisent;

l'égoïsme de chacun disparait et va se perdre dans l'égoisme de
tous; en

un

pareil
si

moment,
l'on

les

moyens de transport

et

de

communication,
profit

peut s'exprimer ainsi, s'organisent au
et

de cette pensée populaire qui germe, qui fermente,
soleil
;

qui

veut éclore au

de

l'égalité

;

des liens réciproques se forment

ou se

fortifient

de hautes

initiatives président

aux mouvements
la[»lii-

du peuple

qu'elles aident, qu'elles provoquent, qu'elles répri-

ment tour
pour
le

à tour et à leur gré; la science, la littérature,

losophie, le badinage et la

mode, tout

est

mis

à

contribution

triomphe d'un principe; Paris ouvre, à deux larges

battants, ses salons, ses académies, ses cénacles, tous ses
d'esprit, à cette foule d'incrédules et

bureaux
sur

de railleurs raisonnables,
la liberté,

dont l'influence est

à la veille

de conclure pour

des prémisses posées par les institutions et les siècles!
N'est-ce point là, bien pâle, bien rapide, bien incomplète

sans doute, l'histoire du pressentiment public au
N'est-ce point ainsi

xviii'

siècle';'

que commence, que

grossit à vue-d'œil,

18

A
les

TRAVERS LES RUES.
la

dans

rues de Paris, et que se précipite

grande association
lit

philosophique, ce fleuve terrihic qui creuse son

au travers

de toutes les digues, de toutes les terres de
révolutionnaire?

la

monarchie, qu'il

balaye et qu'il ieconde, en y apportant l'engrais de son limon

Après

cela,

ma

foil

que vous

dirai-je

encore des rues de
les victimes,

Paris? Vous y verrez passer les grands
le!>

hommes,
les

héros d'une glorieuse et sanglante révolution; vous y verrez

figurer les j)ersonnages abâtardis, les
les folies ridicules

mœurs,

coutumes

et

du

Directoire,
les géants

Vous y rencontrerez
d'Italie;
et
la

qui reviennent d'Egypte et

des vivats de

vous y verrez parader, an milieu des applaudissements la foule, les soldats de l'Empire qui obéissent à

voix d'un demi-dieu; plus tard, vous tâcherez d'y rencontrer,

le

moins souvent possible, des étrangers, des ennemis armés
la

qui se promènent, avec délices, dans
enfin, vous y saluerez, avec

Campanie parisienne;
joie

un noble orgueil, avec une

patriotique, l'avènement d'une Révolution nouvelle qui s'élève

sur

le

|>avois

|)opiilaire

des barricades de Juillet, et vous ne

sortirez,

infatigables
cpie
[>ar

promeneurs,

de l'enceinte de

la

ville

moderne,
l'on

cette

dernière rue pavée de canons, que

ajipelle les Fortitications
:

de Paris!

Certes! je le disais bien

c'est là

une

belle histoire, l'histoire
les

de

la

France toute entière, racontée par

rues de Paris;

histoire

du peuple
les

et

de

la

bourgeoisie, dans les rues baptisées
fiefs et

par des vilains et des marchands; histoire des
lèges,

des privi-

dans

rues

l)a}ttisées

par l'opulence des nobles, des

dignitaires et des seigneurs; histoire de l'Eglise, dans les rues

baptisées par les chapelles, par les images religieuses et par les

couvents; histoire de
rues
l)a[»tisées
;

la

servitude ou de

la

barbarie, dans les

\mv un préjugé, par une persécution ou par un

supplice

histoire des états, des arts et des métiers,

dans dans
la

les

rues baptisées par une boutique, par une industrie, par une

enseigne; histoire de l'administration et de

la police,

les

rues baptisées par les officiers du parlement et de
histoire des grands

ville;
les

hommes dont

s'honore

la

France, dans

A
rues baptisées par
le

TRAVERS LES RUES.
souvenir d'un

Il)

nom

illustre

ou d'un chef-

d'œuvre

;

histoire des luttes et des guerres nationales,

dans

les

rues baptisées par

une

victoire ou par

une conquête; histoire

universitaire de Paris, dans les rues baptisées pnr

un

collège
détails,

ou par une école;

et,

pour que rien ne manque aux
cette histoire,
la

aux aperçus, aux inductions de
Henri IV, de Richelieu
le

volonté de

premier mot de

la

de Louis XIY, nous laissera deviner centralisation parisienne, dans les rues de
et

Paris baptisées, par ces trois souverains,

du nom glorieux de

chaque province
nous

française.

Dix-huit siècles vont nous répondre, pour ressusciter avec

de César, de Philippe- Auguste, de François P% de Louis XIV et de Napoléon! Tous ceux qui aiment encore la poésie des souvenirs, l'étude des sociétés éteintes, ou
la

grande

ville

le spectacle

de

la vie

contemporaine, viendront se promener,

à

coup sûr, au milieu des populations diverses qui doivent passer, une à une, avec les siècles, dans la poussière historique
de ce monument
L'on a
dit,
littéraire.

bien souvent, que l'on pourrait écrire une pré-

cieuse histoire de France, avec des matériaux qui ne seraient

que des noms propres
essayer de
Paris.

;

les

collaborateurs

de ce

livre

vont

retrouver cette histoire

dans

les

noms des

rues de

Et pour ajouter encore un nouveau charme, un nouvel intérêt à la variété rétrospective d'un pareil ouvrage, le génie
de
l'artiste

secondera

la

science de l'historien,

la fantaisie

de

l'observateur et l'imagination

moyen de

faire sortir

du poète. IS'anteuil trouvera le une scène dramatique et charmante du
Jules David et Fhançais embellila

fond des vieilles chartes des rois, des cartulaires des églises et

des registres des parlements
ront
la

;

modeste origine d'une rue, en poétisant

prose d'un

simple chroniqueur; lorsqu'il s'agira d'une narration instructive,
la

Marckl

et

rendre ingénieuse, originale

Baron arriveront bien vite à notre aide, pour et amusante; si nous avons

peur des souillures secrètes ou publiques de certaines voies
parisiennes, Daumier nous forcera de rire, en prêtant au vice

'2(1

A

TUAVERS LES HUES.
à la rcsurreclion

d'autrefois les apparences (ruiie plaisanterie ou d'un ridicule:
si

nous avons besoin d'assister
palais,

poétique d'un

monument, d'un
par
les siècles et

d'un

édifice,

d'une maison, abîmés
et

par

les orages,

Lemercieu

Godefroy

relève-

ront tous ces Lazares de pierre, en les frappant du bout de
leur merveilleuse baguette;
Paris

quand

il

nous faudra vivre dans
sur

le le

du dix-neuvième
la

siècle,

Gavarm nous donnera,
la

théâtre de

Mode, une représentation de
le

Petite

Comédie
le

Parisienne; enlin,
la

crayon

et la

plume
la

écriront ensemble, sur

môme
pour
Cette

page, pour les yeux, pour

pensée, pour

caprice

et

le

cœur.

fois,

du moins,

le

préjugé

public aura raison;

les

artistes, les écrivains, les passants spirituels

de

la

grande

ville,

que

je

précède et que je vous annonce, nous donneront
:

le droit

de dire, je l'espère

L'esprit court les rues!

Louis IjUrine.

m

'!iil!!i|iî|f'P'

ili.,.j!LiM»i""r''''"'"

coiTEZ attentivoineiit
faits, la

le

bruit dc^
le cri

voix des événements,

des populations, les grandes clameurs do
la

multitude

,

les

agitations sourdes

et

^i

latentes, les tumultes lointains, les

mur-

/

mures des chroniques
toute

et

les

échos de^*
de ces

notre histoire;
,

au

fond

rumeurs vous entendrez toujours bruire « L'Hôtel -deou retentir ces mots
:

Ville

!

»

Tantôt à
ils

la

base

,

tantôt

au

sommet,

sont partout, dans tous les

lieux et dans tous les

temps

:

c'est le

en
7:

ci.^alucfncc'/i

22
«le

PLACE DE LHOTEL-DE-MLLE.
ralliement des émotions nationales.

— Les nations et
âme?

les cités ont-elles

«lonc

comme

les

hommes un

visage et une

Ont-elles donc aussi

imc physionomie sur

les traits

de laquelle se reflètent toutes leurs im-

pressions? Vraiment, on est porté à croire à cette individualité des peuples et des villes, lorsqu'on observe avec quelle persévérance tous les

mouvements des
ini

sociétés viennent,

pour chacune
les

d'elles, graviter vers

centre connnun.
la

A

naissance

même

de Paris, dés

premiers vagissements de

l'an-

tique Lutéce, nous voyons se former et s'établir cette prépondérance d'un

endroit sur tous les autres.

sort des forêts druidiques pour chercher

Une troupe d'hommes actifs et laborieux un bien-être qu'elle ne trouve plus dans ces sombres retraites. Le fleuve attire d'abord leurs regards; leurs rudes instincts devinent tout de suite les avantages de ce moyen
ils

de communication;
rivières sont des

ont compris ce que Pascal dira plus tard

:

Les

chemins qui marcjient.
que
se posent les

C'est sur la Grève

premières calianes;

les îles

du
agire-

fleuve voient construire les premières habitations, et lorsque tant de

splendeur

et

de magnificence, à travers des phases

si

multipliées,

si

tées et si diverses,

auront remplacé ces humbles demeures,
le

la Ville
le

connaissante gardera pour emblème

signe de son origine, et

vaisseau

d'argent dira sur l'écusson de Paris, qu'il fut fondé par une colonie de
bateliers et de pêcheurs.

Sur

la

rive se dressera le palais de la Cité, et

c'est là, en face de l'édifice nuinicipal, qu'éclateront en cris d'allégresse

ou en sanglots toutes

les joies et toutes les souffrances

du peuple. C'est

aussi qu'il viendra tour à tour menaçant, irrilé, calme, superbe, fort,
puissant, résigné, exalté, abattu, vaincu ou triomphant, paisible ou tour-

menté, sage ou en délire, réclamer ses droits, concjuérir ses franchises,

honorer
ses fêtes,

la vertu,

châtier

le

crime, gémir sur des désastres et célébrer
et

commencer, continuer

accomplir toutes ses révolutions.
les

Contre cette volonté civique, rien ne pourra prévaloir; tous
voirs qui ])résideront aux destinées de la
l'IIôtel-de-Ville.

pou-

France s'inclineront devant

L'histoire de la place de l'Hotel-de-Ville n'est pas seulement le premier

chapitre de l'histoire de Paris dans son existence

comme

cité

:

c'est le

scnnmaire

le [ilus

complet de

l'histoire de

France.

Il doit nous suffire d'indiquer ces idées, sans leur donner un développement qui s'éloignerait à la fois et du principe et du but de cet ouvrage, (|ui ne veut parcourir les âges passés et le temps présent, que pour leur

deuiander

les souvenirs pittoresques et et les choses.
le

animés qui font revivre sous nos
faut se rappeler

yeux

les

hommes

Pour bien comprendre
(|ue les

langage des événements,

il

premiers droits de

la cité

parisienne furent ses privilèges de com-

PLACE DE i;HOTEL-DE-ViLLE.
nierce et de navigation sur la Seine
(|ui
;

23
les

la

conquête et toutes
(jni

dominations
gage assuré

se succédèrent

ne purent anéantir ces francliises
si

devaient être à
le

la fois si

fécondes et

stériles,

mais qui furent toujours

de son indépendance et de sa prospérité. Le peuple de Paris avait com-

mis

à

son Hôtel-de-Ville ce dépôt sacré;

c'était l'olijet
la

de sa sollicitude la

plus vive et la plus constante; tout ce que

j)opulation ressentait la

ramenait donc naturellement aux soins de cette défense; l'Hôtel-de-Ville
était

comme le cœur

de

la cité, le siège

de toutes ses énuilions.

Les vicissitudes architectoniques de riIôtel-de-Ville ne présentent
qu'un intérêt médiocre.
Il

n'est pas rare

que l'aspect des monuments en

raconte les annales; cette histoire est assurément plus grave, plus authentique et plus durahle que celle qui nous est transmise par les livres;

mais

il

est

des édifices dont l'extérieur se prête mal à ces enseignejet;
ils

ments, c'est qu'ils n'ont pas été créés d'un seul

ne sont pas
le

empreints du caractère d'une époque et ne peuvent point en reproduire unique; on croirait qu'ils sont nés du caprice
style

.type; leur construction semble n'avoir pas été dirigée par une pensée
et

de

la fantaisie.

Tel est

le

de l'IIôtel-de-Ville de Paris
le

:

il

n'a rien qui puisse instruire avec
Il

sûreté ceux dont

regard l'interroge.

faut bien le dire,
traits

il

manque de

grâce, sans avoir de dignité, et
tion
;

aucun de ses
la

n'indique sa destina;

il

est aussi éloigné

du goût que de
fait

magnificence

des construcsa beauté.

tions récentes ont
Il

beaucoup

pour

sa parure et rien
il

pour

n'en est pas ainsi du cadre au milieu duquel

est posé.

La place de
porte un

l'Hôtel-de-Ville a

une figure qui

lui est

propre, sa physionomie est étran-

gement expressive,

elle n'a laissé altérer

aucun de ses
le
;

traits, elle

de ces vieux visages dont chaque ride atteste

passage d'une passion.

Sa situation tient à l'origine
garde
et

même

de Paris

dans

les îles qu'elle rela

sur les rives qu'elle touche, des huttes de pêcheurs ont tracé
d'elle sont

première enceinte. Vis-à-vis

nés

les

monuments,
le

([ui

témoi-

gnaient d'une grandeur future. Les églises, les monastères,
rois, les asiles ouverts;» la souffrance et à l'infortune, les
la

palais des

grands logis de
et la

noblesse,

la

maison de

justice, les entrepôts des

marchands
puissante;

mai-

son des bourgeois se groupèrent autour d'elle;
turel de cette ville qui
lui

elle devint le
si

forum nale rôle

commençait
elle a

à se

montrer

qui

appartenait dans l'histoire de Paris lui fut promptement tracé, et rien

n'a

pu

l'en faire dévier

:

fidèlement gardé

la

mémoire de

tout ce

qu'elle a vu.

Qu'importent après cela
ne

les récits

de

la tradition

qui ont sèchement

enregistré des titres d'acquisition, de transmission et de propriété,
s'il

comme

s'agissait,
la

dans l'existence de l'Hôtel-de-Ville de Paris, que de

constater

légitimité

du domaine? Les l)ourgeois eurent d'abord mie
;

maison de

la

marchandise

vers

le

milieu du treizième siècle, en 1557,

ils

^24

PLACE DE
(ini

L'

HOTEL- DE-VILLE.
;

achetèrent une maison
lait la

avait apitartenu à IMiilippe-Auguste

on l'appe-

maison aux

pUicrs, parce qu'elle était soutenue par de gros piaussi
la

liers;
l)rise

on

la

nommait

maison du dauphin, parce cpi'après avoir été
la

par Philippe de Valois à

reine veuve de Louis-le-Hutin, elle avait

été donnée à Guy, dauphin de Vienne. Réparée par les soins des prévôts des marchands et des échevins, cette maison, qu'on appelait indifférem-

ment maison de

Ville

ou maison de

la Prévôté, fut,
le

en 1368, ornée de pein-

tures par Jean de Blois.

En

1580, sous

régne de Charles VI, deux cents

Parisiens, hahitants notahles, réunis sous la présidence

du prévôt des

marchands, y faisaient entendre leurs doléances contre les violences exercées parles parents du roi. En 1555, Pierre de Viole, prévôt des marchands, posait la première pierre de l'IIôtel-de-Ville en 155o, Dominique
;

de Cortone en poursuivait la construction

;

en 1605,

il

était

achevé par Do-

mini(jue Ponardo, sous l'édilité de François Miron, prévôt des marchands.

En

1801, lorsque

la

préfecture du département de la Seine prit ])osla

session de l'Hôtel-de-Ville, l'édihce fut agrandi par
glise de Saint-Jean-en-Gréve et

démolition de

l'é-

d'une partie des

monuments de

l'hôpital

étendue, régularisé sa forme, et on

du Saint-Esprit. Aujourd'hui, des travaux considérahles ont douhlé son fait de loyaux efforts pour donner à
rHôtel-de-Ville de Paris des dehors dignes de la capitale de la France.

Nous n'avons point
ils

à

nous prononcer sur ces nouveaux accroissements;

n'occuperont notre attention que lorsque l'ordre de notre observation nous conduira à l'examen de la place de l'IIôtel-de-Ville, telle que l'ont
faite les

dernières modifications qu'elle a suhics.
la réflexion obéit

Nous sommes de ceux dont
riIôtel-de-Ville qui

aux objets extérieurs

et

ne cherche point à leur faire violence; dans nos lignes, c'est la place de

nous montrera elle-même

les signes et les souve-

nances des événements dont

elle a été le théâtre.

Par une

belle et radieuse

matinée de printemps de l'année 1Ô81, une
y avait
là force liourgeois et

foule considérable était rassemblée à la halle de Paris, et dans les rues
étroites qui entouraient ce vaste

manants;
et

les

marché; marchandes s'étonnaient de

il

cette aflluence extraordinaire,

faire leurs provisions.

composée de gens qui paraissaient occupés de tout autre chose que de Des groupes se formaient; l'inquiétude, une anxiété universelle et des signes non équivoques de mécontentement se manifestaient partout;

on entendait déjà gronder

la

tempête populaire.


pier;

Ils
ils

sont sans pitié, disait à ceux qui l'entouraient un marchand dranous accablentd'impôts,et je sais de bonne part qu'ils viennent

encore de décréter de nouvelles taxes.

— n'oseront pas les demander! s'écria avecvéhémence un boucher. — Bah! oseront Est-ce qu'ils ne sont pas les maîtres? — Nous verrons bien, murmuraient quelques voix...
Ils
ils

tout!.

l'i.ACK i)K i;ii(rrEj.-i)K-viLLK.

-r.

— Vous verrez,
la

reprit
la

un hounne au visage pâle
le

et austère, vcuis verrez

ruine de

la

France,

nôtre, et celle de nos familles...
souffriront pas,

— ]\os
bourgeois.

braves échevins ne

répondirent ([uelques

— Vos écbevins! Quel mal
forts?...

ont-ils

empècbé? Ne
le

se sont-ils pas toujours
ef-

contentés de satisfactions vaines, et n'ont-ils pas toujours blâmé nos

Ah!

s'ils

avaient laissé agir

bon peuple de Paris, ces princes

qui ont déjà volé la couronne ne nous voleraient pas nos franchises, nos
privilèges et notre argent.

Ce dernier mot produisit
et terrible s'éleva

la

commotion

la

plus vive; une clameur haute

de toutes parts; des cris partis de dilïerents endroits lui

répondirent, et

il

sembla que cette multitude
étaient accueillis

allait s'ébranler.

Aussitôt

quelques
cette

hommes
;

se détachèrent des groupes et se hâtèrent de

calmer

irritation

ils

avec impatience
:

:

mais

l'autorité

qu'ils exerçaient n'était point

méconnue
le roi

c'étaient des bourgeois notables

qui, par dessus toutes choses, redoutaient la sédition.

— Ecoutez, dit un d'entr'eux, Chai'les VI... — C'est un enfant, n'a pas quatorze ans. — Mais... — Ses oncles régnent en sa place; duc d'Anjou,
il

le

le

régent, dont

la

cupidité est insatiable, ne rêve qu'impôts et taxes,
fojit pris,
il

et,

après nous avoir

prétend fouiller nos maisons j»our nous enlever juscpi'à nos

dernières ressources.

— Ces mesures ont trouvé de l'opposition dans conseil. — Et que importe, à qui brave toutes volontés"' — y a eu des renu)nlrances... — Des pleurs d'enfants qu'on n'écoute pas. — L'impôt ne sera pas exigé... — Et je vous disais, maître Michaud, est déjà vendu
le

lui

lui,

les

Il

si

qu'il

a

ceux

qui doivent

le

percevoir, et que M.

le

duc d'Anjou a déjà touché

le prix

des taxes qu'il a cédées.

— Parlez
cour.
tive

plus bas,

maître Bernard, j'aperçois des

hommes

de

la

Effectivement, (piehpies personnages portant,

comme marque

distiiu'-

de leur noblesse, des chaînes d'or, parcouraient les groupes des bour-

geois, sans parler, mais écoutant tous les propos; des archers se tenaient

prêts à recevoir leurs ordres

:

c'étaient des ofliciers

du

palais.

Cependant, l'émotion de

la

foule se calmait; des paroles rassurantes

avaient dissipé les craintes et apaisé les ressentiments; déjà le calme se
rétablissait, lorsque parut tout-à-coup,
à cheval. Il portail

au milieu de

la halle,

un homme

oRUS armoiiies;

la

une armure complète, mais sombre, sans devises et visière de son easque, à demi baissée, laissait à peine

'K,

PLACE DE
ti'eiits

L
il

HOTEL-DE-AIELE.
tenait à la
lui

voir les

de son visage;
attira

main droite nn
la

clairon, et

sonna nne fanfare qni

antonr de

toute

population.

,i'

"V
,./4,,

/.ttj^'h:,'^

.f

;

Lorsque

le

silence fut établi,

il

lever les diamants de la couronne, et
à

annonça que des voleurs venaient d'enque dix marcs d'or étaient promis
les

ceux qui aideraient à découvrir
la

auteurs de ce vol... Puis, profitant
il

de

surprise que causait cette proclamation,

ajouta, avec

une voix
liabi-

qu'il sut

rendre étrangement éclatante
>

et

formidable: «Et demain,

tants de Paris, l'impôt sera perçu!

Après avoir prononcé ces paroles,
démonstration contre

il

perça

la

foule et partit au grand

galop de son cheval, avant que les archers aient pu seulement faire une
lui.

Ces mots soulevèrent
et avec

la

multitude;

elle

s'émut

comme un

seul

homme,

des cris horribles, elle s'élança vers les quais, et au-dessus de cet
: !

immense tumulte on entendait ces mots « A l'Hôtel-de-Yille En un moment le flux populaire remplit toute la place de
Ville
;

»

l'Hôtel-de-

il

y arriva par le côté qui fait face

l'édifice.

On

se précipita vers

les portes, elles

furent brisées et enfoncées; on s'arma des maillets de

plomb que Charles V avait fait fabriquer, et qu'il avait déposés là comme dans un arsenal; puis, avec d'épouvantables clameurs, on se relira dans toutes les directions, rompant e( mettant à sac tout ce qu'un caractère

PLACE DE
royal signalait à
l'Hôtel-de-Ville,
la

L

IIUTEL-DE-VILLE.
A
l'un des angles de
la la

27
place de

haine du
voit
le

iJiniple.

on

encore

tourelle, d'où

un

homme

vêtu d'une
à

longue rohc noire, et

visage caclK; sous

un capuchon rabattu, donna

cette multitude furieuse le signal

du départ, en frappant lui-même avec
muraille a longtemps gardé l'empreinte.

un lourd maillet trois coups dont
Ce
fui la

la

première journée des maillotins.

^ItHTlCNELL

l*rès

de trois siècles s'étaient écoulés;
la

le

'2

juillet lOS'i, le

peuple de
la

Paris était réuni sur

place de l'Hotel-de-Ville. L'attitude de

popula-

tion était grave, ferme, imposante.
relles qui divisaient la

On
une

s'entretenait sans colère des que-

cour

et le parlement.
si

On

touchait au terme de

cette guerre civile, accomplie avec

singulière tranquillité, de cette

guerre où

les

bourgeois de Paris se battaient dans leurs rues, sans se dé;

ranger de leurs travaux et de leurs loisirs

de cette guerre où

le

cardinal

de Retz a dit qu'il ne
nait des prouesses à la tète des

fallait

pas désheurer\es combattants.
et

On

s'entrete-

que M. de Turenne

M.

le

prince de Condé faisaient
l'arrivée
la

armées; on parlait du siège d'Étampes, de

de M.

le

prince, qui venait de se replier sur Paris, des négociations de

cour

et

28

PLACE DE
la

E

IIOTEL-DE-MLLE.
même,
à l'Hôtel-de-Ville, les

de l'assemblée que lenaient en ce inoment
magistrats de

bourgeoisie. Le peuple, dans cette circonstance,

comme

dans toutes
admirable;

les principales
il

journées de

la

Fronde, nu)ntrait un sens

pesait la cour et le parlement, Mazarin et ses adversaires,
les

Turenne

et

Condé,

bommes
à

et les

événements, avec une indifférence
et

parfaite, prompt seulement
s'agissait de ses droits.

s'émouvoir

à

se montrer

lorsqu'il

A

contempler cette réunion d'hommes,
il

il

sendilait

que

la curiosité les

eût appelés dans cet endroit;

était

impossible d'apercevoir les traces

d'un autre sentiment.

venaient plus distinctes,

Le canon grondait cependant, les détonations se rapprochaient et dele combat touchait aux portes de la ville, M. le
le

prince et ses troupes tentaient de se jeter dans

faubourg Saint-Antoine.
l'armée
s'as-

Les deux grands capitaines qui dirigeaient
de Turenne, renforcée par
surer
la victoire.

cette sanglante partie d'échecs
;

avaient fait preuve d'une égale habileté et acquis une gloire égale
le

maréchal de La Ferté,
les

allait

pourtant

Les Parisiens jugeaient
l'autre cause.

coups, sans prendre parti
cette apathie.
et

pour l'une ou pour
C'était

Une femme triompha de
le

mademoiselle de Montpensier; sa parole ardente

animée enprince
les

traîna sur ses pas ces

masses inertes

;

peuple ouvrit à M.
le

le

portes de Paris, et

le

combat remua tout

faubourg Saint-Antoine; du
gloire de

haut de

la Bastille, le

canon, sous les ordres de Mademoiselle, foudroyait
la

l'armée royale. Cette journée sauva, dit-on,

Condé;

elle té-

moigna aussi de
Après

la force

de ce peuple que les grands sont toujours forcés
Parisiens se réunirent encore sur la place de
ils

d'invoquer dans leurs petites querelles.
la bataille, les

l'Hôtel-de-Ville;

pendant qu'on délibérait au dedans,
la

avaient agi au
les

dehors, et longtemps à

base de

la façade,

vers

l'est,

on a vu

mar-

ques laissées sur

la

pierre noircie par les feux qu'on alluma le soir, en

chantant des Mazarinades.
Mais, quel spectacle attend cette foule qui remplit au loin les abords

de

la

place de l'Hôtel-de-Ville? Pourquoi ce déploiement de force inac-

coutumé? D'où vient que la terreur est sur tous les visages? Cependant, les mouvements de ce peuple ne révèlent aucune agitation; nous ne sommes plus aux temps de troubles et d'émeute la Ligue et la Fronde
;

n'ont plus que des souvenirs historiques;

nous sommes parvenus
si

à la

moitié de ce dix-huitième siècle qui se distingua par de

merveilleux
à la façade

raffinements de luxe et d'élégance.

Aux

croisées,

aux balcons,

de l'Hôtel-de-Ville couvre
le

pavé, des

même, femmes

nous apercevons au-dessus de la multitude qui
brillantes de parures, des seigneurs étince-

lants de broderies; nous croyons reconnaître les

dames

et

les gentils-

IM.ACE DE LIIOÏEL-DE-MELE.
liommes
(|ui einbellisseiit

29

habituellement les salons de Versailles. La cour
l'y

à la place

de Grève! qui donc a pu

attirer et l'y conduire''

Depuis plusieurs jours, sur la place de l'Hùtel-de-Ville, on avaitdispose

vait d'issue

un espace de cent pieds, entouré de palissades plantées en carré; il n'aque dans un coin et une communication avec l'Hôtel-de-Ville
:

au milieu se dressait un écliafaud. Cet espace par
le

était

gardé intérieurement

lieutenant de robe-courte et sa compagnie, et extérieurement par

les soldats

du guet
la

à i)ied;

le

guet à cheval était sur

la

place aux Veaux.

Les avenues de

Grève étaient gardées de distance en distance par des
le

détachements de gardes-françaises, ainsi que

chemin du Palais

à Notreil

Dame. Dans tous
assurer l'ordre et

les (puirtiers et

principaux carrefours de

la ville,

y

avait des postes, et l'on avait pris toutes les précautions nécessaires
la tranquillité

pour

publique. C'était

le

lundi 28

mars 1757.
mince, sa

On amena
tice,

en grande pompe et entouré de gardes et d'ofticiers de jus:

un

homme

sa taille était d'environ cinq pieds,
il

il

était

ligure n'avait

aucune expression remarquable,

paraissait douloureuse-

ment
la

résigné, mais sans faiblesse; ses traits étaient sans pâleur, malgré
;

souffrance qui semblait avoir brisé son corps

il

était
il

âgé de quaranteil

deux ans. Placé près de

l'estrade, contre laquelle
le

s'appuya,
le

attendit

longtemps certains préparatifs; on

déshabilla et on

plaça nu et

couché sur l'échafaud, qui
dessus du
sol,

était élevé d'environ trois pieds et

demi aulié et

long et large de près de neuf pieds. Le patient fut
fer,

retenu par des cercles de
cuisses.
Il

posés au-dessous des bras et au-dessus des
attention,
il

considérait ses

membres avec

contempla

les ap-

prêts sans s'émouvoir, et jeta sur la foule qui se pressait autour de l'en-

ceinte

un regard

plein de fermeté.

le supplice commença. La main droite qui tenait un couteau, fut brûlée les atteintes de la flamme arrachèrent un cri horrible, et le condamné regarda ensuite froidement le membre calciné. Le greffier s'approcha de lui dans cet instant, Il était

cinq heures du soir;
,

;

et le

somma
:

de nouveau de

nommer

ses complices

;

il

protesta qu'il n'en

avait pas. Ici
faits

nous laisserons parler l'épouvantable procès-verbal de ces
instant ledit

«Au même

condamné

a été tenaillé

aux mamelles,

bras, cuisses et gras des jambes, et sur lesdits endroits a été jeté

du du

plomb fondu, de

l'huile bouillante, de la poix brûlante, de la cire et

soufre fondus ensemble, pendant lequel supplice ledit
écrié à plusieurs fois
:

condamné

s'est


:

«

Mon

Dieu, la force, la force

Dieu, ayez pitié de moi!...

— Seigneur, mon Dieu,
! »

— Seigneur, mou que je souffre! — Sei!

gneur,

mon

Dieu, donnez-moi la patience

Nous copions encore
de

«A chaque tenaillement, on l'entendait crier douloureusement; mais, même qu'il l'avait l'ai» lorsque sa main avait été brûlée, il regarda

."(I

l'KACE DE i;iI(>TEI.-l)K-Vll.Li:.
([iie le

cha(iiie plaie, et ses cris cessaient aussitôt

tenailleineiit etail

liiii.

Enfin, on procéda aux ligatures des bras, des jandies et des cuisses, pour

opérer récarlèlenient. Cette préparation fut très-longue et trés-douloureuse. Les cordes étroitement liées, portant sur les plaies
si

récentes, cela

arracha de nouveaux cris au patient, mais ne l'empèclia pas de se considérer avec une curiosité singulière. Les chevaux ayant été attachés,
les tirades furent réitérées

longtemps avec des

cris affreux
;

de

la

part du
I

supplicié. L'extension des
le

membres

fut incroyable

mais rien n'annonçai

démembrement. Malgré

les efforts

des chevaux, qui étaient jeunes

e(

vigoureux, peut-être trop, cette dernière partie du supplice durait depuis
plus d'une heure, sans (ju'on pût en prévoir la
l'urgiens attestèrent aux
fin.

Les médecins

et chi-

commissaires
si

qu'il était

presque impossible d'odes chevaux, en cou-

pérer

le

démembrement,

l'on

ne

facilitait l'action

pant

les nerfs

principaux qui pouvaient bien s'allonger prodigieusement,
les

mais non pas être séparés, sans une amputation. Sur ce témoignage,

commissaires tirent donner ordre à l'exécuteur de
d'autant i)lus que
la

faire cette

amputation,

nuit approchait et qu'il leur parut convenable que le

supplice fût terminé auparavant.

En conséquence de
vit se

cet ordre, aux joinfit

tures des bras et des cuisses, on coupa les nerfs au patient; on
tirer les

alors

chevaux. Après plusieurs secousses, on

détacher une cuisse
il

et

un bras. Le supplicié regarda encore cette douloureuse séparation;
et ce

parut conserver la connaissance après les deux cuisses et un bras séparés

du tronc,

ne

fut

qu'au dernier bras qu'il expira. Les membres
»

et le

corps furent jetés sur un bûcher.

Ce supplice est
chers;

le

plus horrible de tous ceux qu'ait vus la place de

l'Hôtel-de-Ville. L<à,
là, le

dans des temps de barbarie, s'étaient dressés des bûla tête

16 juillet 1676, la marquise de Brinvillicrs avait eu
;

tranchée, son corps avait été brûlé

cette exécution

fournit

même

à

madame
écrites;

de Sévigné

le

texte d'une des lettres les plus gaies qu'elle ait
:

faud, et fut

on y lit cette phrase « Elle monta seule et nu-pieds sur l'échaun (juart-d'heure mirnudée, rasée, dressée et redressée pur le
»

bourreau.

Malgré ces formidables traditions,
peler resteront

les actes

que nous venons de rapils,

comme un monument

d'abominable cruauté;

se pas-

saient à l'époque où la nation française se vantait d'être la plus polie de
l'univers.

Au

siècle de

Louis XIV succédait l'avènement de cette philoà la face

sophie qui entrej)rit d'éclairer

le monde, et c'était à ces clartés, de tout un peuple, qu'on déployait ce faste de férocité!

Le supplicié s'appelait
Il

:

Robert-François Damiens!
le

avait frappi' d'un
lil

coup de couteau

roi

Louis \V. L'alrocilé du

supplice

disparaihe l'indignation causée par sou attentat.
courtisans racontèrent avec complaisance tous les détails

Le

soir. les

IM.ACK
(le ci'tlo loiif^iic

in-:

I.

ii()Ti:[.-i)i:-\
lit

iLLK.
i('iiiar»(iu'r

ta

torturo; une ]cmu' ducliessc se

par

la

yràce

ci la vérité

avec lesquelles elle relracait les inoiiulres phases de l'agonie
alla visiter le

de Damiens. Pendant plusieurs mois, on
et

lieu

du supplice

chercher
La

les

marques

qu'il avait laissées.

place de

riIôtel-de-Ville est

comme une

table d'airain sur

la-

quelle chaipie événement de l'existence nationale gravait des traces pro-

fondes.
Trente-trois ans plus
I

tard,

la

foule accourait

encore aux pieds de
à

IIôtel-de-Yille;

une garde nombreuse se pressait encore
la

toutes les

avenues. Des portes du Chàtelet, pour s'avancer vers
sortait, entre

place de Grève,
la

deux haies de soldats, un personnage dont
;

démarche

et le

maintien témoignaient dequelque distinction

il

y avait en lui les habitudes

du

militaire et

du courtisan;

il

paraissait âgé de rpiarante-cinq ans.

(l'était

Thomas dk
et conduit

M.vhi, marqiis de Favras,
la

que

la

du Chàtelet de Paris,

compagnie assemblée,

avait

chambre du condamné

conseil
à
la

être

amené

dans un tombereau, après amende honorable, à

place

de Grève, pour \ être pendu et étranglé, jusqu'à ceque mort s'en suive, par
l'exécuteur de
la

haute justice, à une potence placée sur ladite place de

Grève.

Le matin,
battirent des

il

avait remis

lui-même au

greffier,

après

la

lecture

de

l'arrêt, sa croix

de Saint-Louis. Lorsqu'il sortitdu Chàtelet, les spectateurs

mains; ces applaudissements se répétèrent devant Notreil

Oame,au moment de l'amende honorable;
joie
«

les subit avec séré'nité; cette

du peuple ne sembla

ni l'affliger, ni l'irriter.

Favras

était

accusé

:

D'avoir formé,

communiqué à des

militaires, banquiers et autres personnes.

et tenté

de mettre à exécution un projet de contre-révolution en France, qui
différentes provinces, en
fjaf/nant

devait avoir lieu en rassemblant les mécontents des

donnant entrée dans

le

royaume à des troupes étrangères, en

une

partie des ci-devant (jardes-françaises, en mettant la division dans la ç/arde
nationale, en attentant à la vie de trois des principaux chefs de l'administration,

en enlevant

le roi

et la

famille royale, pour les

mener à Péronne,

eu.

dissolvant l'assemblée nationale, et en

marchant en force vers la ville de Paris,
»

on en lui coupant

les

vivresponr la réduire.
:

Voici le récit d'un contemporain
«

Conduit à

la

Grève, Favras est monté à l'Hôtel-de-Ville.
qu'il a dicté

oii

il

a

fait

un testament de mort
et

pendant quatre heures.
lampions sur
est
la

La nuit étant venue, on
on en
a

a distribué des
la

place de Grève,

mis jusque sur

potence.

Il

descendu de l'Hôtel-de-Ville,
il

marchant d'un pas assuré. Au pied du
«
il

gibet,

a élevé la voix, en disant
»

:

Citoyens, je meurs innocent, priez Dieu pour moi.
a dit

Vers

le

second échelon
le

d'un ton aussi élevé

:

«

Citoyens, je vous

demande
il

secours de vos

prières, je

meurs innocent.» Au dernier échelon,

a dit:

«Citoyens, je

52

PLACE hE L'IKVIEL-DE-VILLE.
IHcii
»

inrurs iniKurnt, jiricz
"

pour moi.

"

Puis, s'adrcssant au l)OunTnii

Kl

toi, fais

ton devoir.

Ou

a appelé

Favras

le

dernier des marquis; sa uiort fut

le

premier acte

de justice révolutionnaire. Vingt-quatre ans auparavant, Lally, bâillonné,
avait eu la tête tranchée sur la place de Grève.

Les annales de cette place de l'Hôtel-de-Ville sont sanglantes

;

mais

on y aperçoit nous ne savons quelle fatalité populaire qui leur donne un caractère grand et majestueux; on sent que dans ces supplices mêmes
s'accomplissait renfantcment de la civilisation.

En

se rapprochant de nous, ces fastes

semblent acquérir plus d'énergie
place de Grève avait une
l'on infligeait les chàli-

et plus d'élévation.

Dans
ments.

les idées

de

la

population parisienne,

la

signification néfaste, parce

que

c'était le lieu

On

vit

un jour une troupe de convulsionnaires
la bénir,

s'arrêter au milieu
ils

de cette place et

comme

l'endroit où. disaient-ils,

seraient
la

exécutés mortellement. Ces pensées

funestes ne diminuaient rien de
la

puissance des leçons de l'histoire. Le peuple de Paris savait que

place

de rilôtel-de-Ville avait vu toutes
étaient partis, a toutes les

les

conquêtes de

la lilterlé, et (pie

de

époques d'oppression,

les

redressements

IM.ACK
|»o|)iil;iin's
;

I)K

i;il()TEL-I)K-MLLIv
;i

35
«le

i!

sr

ni(»iilr;i

luiijoiirs sciisildc

ces

souvenances

pa-

friotisnie.

La place de
de
la

ril«'»tel-(l('-Viil(' lui

le

Iheàlie des |)rinci[)au\ éveneuienis
n'eul

révolution de

178'J;

mais

elle

dans celte parlie de noire
palais de la révolution; ce fut

histoire (lu'une part glorieuse.

L'Hôlel-de-Ville lut, en quelque sorle,
à l'Hùtel-de-Ville
le

le

que résidait
là se

la

(loniuuuie de Paris; ce fut là que siégeait
le

comité de salut public;

dénoua

drame du 9 thermidor;

tomba

Robespierre, cette effroyable personnification du

dogme de

la terreur.

La place de riIôtel-de-Ville
et
le

était le (jnarlier général

des forces révolu-

tionnaires; les citoyens y accouraient pour former les faisceaux civiques,

pour prêter leurappui

à la loi; la turbulence, le désordre, le pillage et

meurtre, préparaient en d'autres endroits leurs moyens de destruction.

C'était ailleurs qu'ils rassemblaient les

hordes dont

les excès ont souillé
et

cette époque.

La place de l'Hôtel-de-Ville resta pure de crimes,

ne retentit

jamais que des généreux accents d'un peuple redemandant ses droits.

Sous l'empire,
le

elle

s'associa avec enthousiasme à l'éclat qui glorifiait

pays; elle vit rayonner les fêtes splendides, elle répéta avec transport

les

échos de nos victoires

;

elle saluait

avec

amour

et

avec ivresse les
le

fêtes

qui célébraient nos triomphes. Si elle ne cessa pas d'être

lieu

des supplices, du moins fut-elle aussi l'enceinte de prédilection pour
toutes les joies de la patrie; elle préparait ainsi, dans
l'avenir, l'instant
titres
le

présent, pour

elle n'aurait

plus à présenter à l'histoire que des

chers à toutes les nobles alïéctions.
la

L'empire eut toujours pour

place de l'Hùtel-de-Ville une préférence

marquée Napoléon pensait
;

qu'il eût

manqué

«jnelque chose à sa gloire,

si le l)ruil et la

renommée de
le

ses triomphes n'eussent pas retenti autour
le

de l'Hôtel-de-Ville de Paris. C'était sur cette place que
s'assembler pour entendre

peuple aimait à

canon des Invalides, dont

les salves procla-

maient

les bulletins

de

la

grande armée.
la ville

Lors du mariage de l'empereur,

de Paris s'associa avec splenjoie véritable à pré-

deur aux
senter sa

fêtes des Tuileries

;

Napoléon éprouvait une
de Paris, dont
;

femme

à la bourgeoisie

l'élite était

rassemblée

dans

les salons

de l'Hôtel-de-Ville
;

mais

il

ne se borna pas à ces homil

mages de
trice

l'étiquette

plusieurs fois, pendant le bal,
il

conduisit l'impéra-

aux fenêtres,

et

la

montra lui-même
la nuit.

à la foule, (pii resta

rassemblée

sur

la

de

la

L'empereur ne voulait pas que les fêtes cour fussent renfermées dans les appartements il s'efforçait d'y applace durant toute
;

peler et d'y mêler les émotions

du dehors; nul mieux que
Il

lui n'a

compris
de Paris

cet art de parler aux effusions de la multitude.

y avait alors

un usage qui
on choi-

resserrait les liens entre le trône et la cité

:

chaque année,

la ville
;

donnait en son lîâtel-de-Ville un banquet

et

un bal au souverain

54
sissait

PLACE DE L'IIOTEL-DE-VILLE.
ordinairement pour cette solennité
la

le

jour de

la fête
la

auguste. D.ins

ces bals,

bourgeoisie était soumise au costume de

cour; c'est-à-dire
,C (\:\

,|:j^^/ï>«,-r.

a^ttaiï^M

i

,

(|uelle nétait reçue qu'avec cet habit auquel
d' liabil

on avait conservé
le

le

nom
et

à la française ; les broderies, les dentelles,

chapeau empanaché

répée.étaientlcs accessoires obligés de cette parure. Malgré les embarras
attachés à une toilette qu'ils ne portaient qu'une fois l'an, les bourgeois

prenaient gaîment leur parti de cette mascarade, qui
l'attrait le

était,
la

sans contredit,
les

plus piquant de ces réunions. Pendant
la

durée du bal,

curieux remplissaient

place

;

c'était

un des meilleurs divertissements

du peuple
Ville, les

à Paris,

que de voir descendre de voiture et entrer à l'Hôtel-dehaut par leur nom, avec ces sarcasmes et ces éclats
peuple.

bourgeois ainsi affublés. Souvent on reconnaissait les invités et

on

les appelait tout
la

de rire qui sont

menue justice du

De tous

les points

de

la ville

on venait
dont

à ce rendez-vous.
fut quelquefois
le

Ce bal de l'Hôtel-de-Ville
la

l'occasion de réjouissances

place de Grève était alors

centre. L'édifice apparaissait radieux
les plus

de lumières; on réservait pour cet endroit
tions;

magnifiques illumina-

une ligne de feu s'étendait

le

long des quais jusqu'au château des

Tuileries; de vastes trépieds antiques supportaient les gerbes de

flammes

qui éclairaient

le trajet, et

quand

le

cortège impérial entre
les

la

double haie
rien ne peut

des vétérans de

la

garde

défilait,

sous

yeux de

la

foule,

IM.ACK

l)K

i;il(rrEL-l)i:-\lLLE

55

donner une idée de l'enthousiasme (|ui éclalait sur son passage; car une victoire, après une conquête, après un royaume ajouté à l'empire, que Napoléon aimait à paraître ainsi devant les habitants de la
c'était après

capitale de ses États.

A

l'arrivéi^

de l'enqiereur,

les batteries d'arlillerit'
la l'ète, et la

placées sur les quais voisins annonçaient l'inauguration de

place de Grève et les deux rives répondaient à ce signal par uiu'

immense
un
l'eu

acclamation.
d'artifice

En

face de l'IIôtel-de-Ville, jaillissait
il

tont-à-coui)

gigantesque; ordinairement
a

Taisait luire (jnelque

page des

guerres récentes. Tout Paris

gardé

la

mémoire de ce passage du Monlles

Saint-Bernard

,

(jui

montrait au milieu d'une auréole tlamboyante,

l'alignes et les trophées de notre armée d'Italie, (l'étaitun admirable spec-

tacle!

Pendant

(jne

nos soldats gravissaient ces montagnes de

l'eu,

on

voyait se détacher au

sommet une

figure bien connue, entourée par des
les

lueurs

(pii

semblaient empruntées aux astres, et

regards se reportaieni

ensuite vers l'endroit d'où Napoléon contemplait lui-même cette rayon-

nante apothéose. Sur le fleuve, une
répondait
[»ar

flottille

toute pavoisée de reflets lumineux
la

de contiimelles éruptions à

mousqueterie

et

aux canons

qui tonnaient sur la cime. C'était l'histoire écrite en caractères de feu.

Pendant toute
à la place
il

la

durée de ces nuits, rien ne pouvait arracher

la

foule

de l'Hôtel-de-Ville, et jiour ceux qui r-coutaient ses entretiens,
le

était

évident que, malgré les délices du bal,

peuple avait

la

meilleure

part de ces fêtes.

iSapoléon aimait ces démonstrations;
le

il

yavaiteJi lui des instincts

(pu'

rapprochaient du peuple et de ses plaisirs.

La restauration se prêta
sauces;
la

d'altord d'assez

bonne grâce

à ces réjouis-

cour y retrouvait d'ailleurs des traditions (jne la vieille royauté avait haliilement cultivées mais les bals de l'Hôtel-de-Ville tombèrent en
;

désuétude,

comme

si

personne ne se

fût soucié

de ces rapprochements.
!

H

y a bien

de l'imprudence dans de pareils dédains
était

L'IIôtel-de-Ville de Paris

en possession de privilèges
le

qu'il n'a

pas

perdus; toutes

les nouvelles qui

pouvaient intéresser

pays devaient être

portées à l'Hôtel-de-Ville par un message exprès. Les mariages et les

naissances des princes tenaient
la foule accueillait

le

premier rang parmi ces dépêches que

toujours avec tant d'empressement.

Dans ces

circon-

stances, on allait au loin sur la route que devait parcourir l'envoyé,
et

par mille (pu'stions chacun cherchait
la

à pressentir la nouvelle.

Le peuple

rassemblé sur
de Napoléon.
missions.

place de Grève, porta lui-même dans ses bras, jusqu'au
le

perron de l'Hôtel-de-Ville,

page chargé d'annoncer

la

naissance du

fils

Un

présent et des honneurs étaient attachés à ces sortes de

Lu

fait

prouve jusqu'à quel point l'Hôtel-de-Ville est
les

le

centre où vien-

nent frapper toutes

impressions de

la cité.

Lors de

la

conspiration de

r,(i

i»la<;e
il

i>k

l iioti:i.-I)K-v[lli:.

Mallet,

y

cul un iminiont où les conjures étaient parvenus à accréditer,

auprès du gouvernement lui-même, la nouvelle de la chute de Napoléon. Le premier soin d(! M. Frochot, alors préfet du département de la Seine,
lut de faire

préparer

inie

des salles de riIôtel-de-Ville, pour l'installation

du gouvernement provisoire. L'emi»ereur ne lui |)ardonna pas cet excès de zèle et le destitua. Dans sa déposition d<nant la cour des pairs, M. de Chabrol, i»araissant comme témoin, dans le procès des derniers ministres
de Charles X, n'hésitait pas à dire,
s'en emparaient.
qu'il regardait la

possession de
(;i;i

l'Ilôtel-

de-Villecommelesigne assuré du succès, pour ceux
ou pour ceux
(pii

s'y

maintenaient,

Le peuple de
et sur la place

juillet

ne

s'y

trompa point; ce
le

fut

pour l'Hôtel-de-Ville

de Crevé, qu'il livra

phis terrible de ses combats; les

traces en sont partout; les architectes ont beau les effacer, la

mémoire
Tant
(pie

du

i)eui)le les

conserve et

les

transmet;

elle

les

a fait

passer dans son

langageet dans ses habitudes; rien nepeutles

faire disparaître.

ledrapeau tricolore ne
la lutte
;

flotta

point surcette place, rien ne fut décidé pour

riIôtel-de-Ville pris et repris resta enfin au pouvoir
la

du peuple,
Louvre

et

seulement alors
pouvait siéger

victoire fut assurée. Les Tuileries et le

n'é(|ue

taient (pie les postes secondaires; c'était à l'Ib'ttel-de-Ville
la

seulement

souveraineté nationale. Nous ne redirons pas cette partie
(pie la plus glorieuse

de notre histoire; mais nous devons rappeler
des clironi(iues de
la

page

place de Grève a élé écrite pendant les trois jour-

nées de

juillet 18o().

Dans

l'enceinte des villes,
,

il

y a des endroits qui
la

semblent

|)rivilégiés
;

entre tous

pour

la

noblesse et
le

générosilé de leurs insjiirations

il

est
l'y

des endroits dans les(juels

peuple, lors(pie d'odieux spectacles ne

appellent point, ne se réunit que pour se montrer fort et magnanime. La

placederH(')tel-de-VilledeParisa toujours exercé cette salutaire influence;
c'est là (juc sont nées

presque toutes

les

bonnes résolutions du peuple de
(pii

Paris.
lignes,

Sans entrer dans un ordre d'idées
il

doit rester étranger à ces
la

nous

est

permis de dire que tant que

révolution de juillet

bivoiia(pia sur la place de l'Hcttel-doVille, elle resta pure, et (pie rien n'al-

téra

ni

son courage, ni son intégrité; son berceau est demeuré sans
flétri

tache, et rien n'a
(pi'elle

son premier asile; sur
si

la

place de rn(jtel-de-Ville
(pii

venait d'agiler par de

violentes secousses, dans cet espace

l'avait

vue

si

intrépide

,

si forte et si

puissante

,

elle

se

montra calme
et

jus(pi'à la

magnanimité, désintéressée jusqu'à l'héroïsme,
à ce (pi'elle venait

daignant

a

peine songer

de conquérir.
les

'

Pour

la

place de rik'itel-de-Ville,
;

journées de

juillet furent

uuc

consecralion

il

ne

fallait

pas que

le

sang des criminels tombât plus
elounanls et

longtemi)s sur ces paves quele sang de tant de braves gens avait arrosés,
lia i)lace

de riI(>lel-de-Ville, gloriliée par des exploits

si

si

IM.ACK
ra|)i(les, iic poiivail

IH-:

i;ilOTEL-l)E-VllJJ<:.

7,7

plus (Hre souillée par les exécutions; l'échalaud ue

pouvait plus se dresser,

le

pavois de

la

souveraineté nationale avait

'W'IRCKL

été ele\e; ce lieu a\<iit ete sanctitie,

il

ne dexait plus être déshonore.
ofticielle

Ce
saire.

n'était pas assez

qu'une décision

eût éloigné de la place de

l'Hôtel-de-Ville l'appareil des exécutions;

une expiation semblait nécesle

Le châtiment

infligé

aux criminels n'avait pas seul versé
époques de notre histoire,
les

sang

répandu dans ce
l)olitiques

lieu: à toutes les

passions

cruauté de Louis XI
si la

ou des vengeances ambitieuses y ont assouvi leurs fureurs. Si la fit tomber aux halles la tête de Jacques d'Armagnac,
d(^

haine implacable

Richelieu

fit

décapiter sur
i)lus

la

place de Grève

Bouteville et Deschapelles; dans des

temps

rap|)roches de nous,
il

d'autres martyrs ont été immolés par la rage des partis; à ces victimes
fallait,

non pas une

réhabilitation,

mais un pieux hommage, un témoiplace de Grève.

gnage de piété nationale.
Les sergents de La Rochelle avaientété exécutés sur
la

Les citoyens coiuprirent

le

devoir que leur imposait ce souvenir; on

les vit, silencieux et recueillis,

s'avancer vers

le lieu

le

sang avait été
et

injustement versé, puis, entourant de leurs regrets, de leurs larmes
de leur vénération
le lieu
ci;

s'était

accompli

le sacrifice,

rendre

à la

mé(ju'il

moire des victimes
fallait
la

lustre

que

le

supplice n'avait pas terni, mais
si

rappeler aux pensées du pays. Dans cette cérémonie,
«pii l'avait

digne de

victoire

précédée,

il

n'y cul (pie des larmes et des paroles de

58
louaiigi;

PLACE DE
pour
les victimes,

L

11

OT EL -HE -VILLE.
les

pas une seule imprécation contre

bourreaux

!

La place de l'Hôtel-de-Ville perd chaque jour quelque chose de ce qui
animait les
traits

de sa physionomie populaire.
fut

Longtemps
auquel
il

elle

pour

le

peuple de Paris un lieu de rendez-vous
le

rapportait toutes ses sensations. Tout

mouvement de

la ville

lahorieuse s'y faisait sentir.

La

foule y venait chercher ses délassements

chéris, sûre de trouver là les récréations qu'elle aimait le plus; sous les
rires

de

la

multitude s'étalaient les

])lus

joyeux spectacles;

les bateleurs,

et tous

ceux qui remplissent de prodiges et de merveilles nos rues

et

nos

places y établissaient leurs enchantements; plus d'une fois, ces réjouis-

sances nomades étaient dispersées par

les valets

du bourreau qui plan-

taient la potence et dressaient l'échafaud et le pilori. C'était sur la place

de l'Hôtel-de-Villeque s'allumait

le feu

de

la

Saint-Jean, dont les flammes

éclairaient les rondes populaires, et ne laissaient pas le loisir de i)enser
à d'autres bûchers. C'était

une cérémonie funeste pour
bûcher;
les liens qui les

les chats;

on en

apportait de tous les coins de Paris; on les enfermait dans des sacs,

avant de les lancer dans

le

retenaient captifs

animaux suppliciés bondissaient alors avec furie et avec des miaulements effroyables, au grand plaisir de la foule ((ui croyait pieusement brûler autant de sorciers (pi'elle livrait de chats
étaient bientôt brisés, et les

aux flammes de
gesses dont

la

Saint-Jean.

Aux bons
s'il

jours, on accourait sur

la

place
lar-

de l'Hôtel-de-Ville,
il

pour savoir

était

tombé d'en haut quelques
(|ui

fallût se réjouir.

La place de rHôtel-de-Ville,

avait vu

toutes les dissensions civiles, a vu aussi toutes les réconciliations.

Dans certains pays,
mination
(pii,

il

selon ncuis,
;

rattachent à cet édifice

pour désigner riIôtel-de-Ville, inie dénorésume avec bonheur toutes les idées (pii se on l'appelle la maisuii commune.
existe,
a l'IIôtel-

Tous

les

souvenirs du travail et de l'industrie de Paris ont,

de- Ville, leiu's papiers de famille.
C'est de là
(|u'ils

que partent chaque année nos jeunes soldats

;

c'est de là
cpii

s'élancent avec des chants et des fanfares, heureux de ce

chez

tous les autres peuples est

un

sujet d'abattement et de douleur.

La place de
l'ail

riIotel-de-Ville est encore aujourd'hui le vaste caravanséla classe

d'une grande partie de

lahorieuse; toute la population des

ouvriers employés aux constructions s'y réunit; c'est là que se contractent
les

engagements auxquels Paris doit ses embellissements
une expression consacrée, pour peindre
,

et ses construc-

tions nouvelles; c'est le bazar de la main-d'œuvre qui édifie. Faire grève
est
la situation
il

d'un ouvrier sans

ouvrage. Ainsi

c'est sur cette
le

même place, où

a

si

vaillamment conquis
le travail.
la

toutes ses libertés, (pu*

peuple vient demander et chercher

C'est

un

sol (pi'il
le

patience ou

ne peut fouler sans y retrouver une de ses vertus, coiiiage. EuGÈ.Mi Biuff.m lt.

^Jn'ii?4'i

''!'l''l"Mli^>'mifT.;

E

DE

Ll\

CHADSSEE-rftNTlN.

L y

a quelque trente ou

quarante

ans cette rue conunenrait par une

danseuse et finissait par un cardinal.

Un cothurne
louge,

blanc et un chapeau

tels étaient les
,

deux pôles

de cette rue qui
tiottoirs,

entre ses deux

résume encore aujourla civilisation parisieinie.

d hui toute

Cette danseuse s'appelait

made-

moiselle
1

Guimard

;

ce cardinal était
,

archevêque d(! ^yon l'onde de Aapoleon le cardinal Fesch une
,

,

des dernières et
tigures (pie
(

<les

plus grandes
le

nous

ail

laissées

vieux

atholicisme.

Entre la danseuse

et rarclievé(|ue,

(omme un trait d'uiii(»n, hrille le nom forniidalde de Mirabeau, dont
I

hôtel s'élevait à égale distance de
s

s(
1

deux voisins,

celui qui avait été

hôtel chorégraphicpie, et celui qui

devait être l'hôtel religieux.

On
n est
font

voit

que

la

rue de laChaussée-

d Antin, pour

si

jeune qu'elle

soit,

pas
,

trop mal partagée.

Le

théâtre

l'église et la

tribune lui

une couronne de souvenirs. commence par un charculier et finit par un marchand de vin elle est toute
Aui(»ur(rhui l'opulente rue
;

jalonnée d'épiciers.

Vu

apothicaire

manipule

la

rhiibarlte et le cpiin-

40
<|uina

RUE DE LA

Cil

AUSSEE-DANTIN.
;

au rez- de -chaussée de l'hôtel Guimard

nu marchand
Fesch.

<le

noii-

veaiilés outrage de son enseigne la façade de l'hôtel

il

houticiuiers, au

y avait de grands seigneurs on rencontre, au niveau du sol, des premier étage, des banquiers; l'alpha et l'oméga de notre
société. C'est

moderne
la

que nous sommes

loin des galantes prodigalités de
la

régence, des luttes parlementaires de

révolution de 89, des giganil

tesques batailles de l'empire; aujourd'hui

y a une charte et deux

chambres.

La Chaussée-d'Antin s'est dépouillée de son auréole aristocratique que
;

vouliez-vous qu'elle

fît

contre trois?
la

Mais laissons
(U'ur et de la

des considérations qui tiennent à l'histoire de

gran-

décadence des royaumes,

et disons d'abord ce qu'était la
fût.
il

rue de

la

Chaussée-d'Antin avant qu'elle

Au commencement, comme
de
la

dirait la Bible,

y avait, entre les quartiers

(Irange-Bateliére et de

la

Ville-l'Evéque,
les

un abominable marécage,

formé de lambeaux de prairies où
de

roseaux poussaient à

même;

toutes

sortes de maisons foisonnaient sur ce terrain vague, qui était aux roués
la

régence ce qu'était

le

Pré-aux-Clercs aux raffinés de
et

la ligue,

un

lieu de

débauches, déplaisirs

de duels, trois choses qui, en ce temps-là,

faisaient trois

synonymes.
et

Les maisons étaient basses
couplets où

d'équivoque apparence

;

on

y entendait

incessannnentnn grand fracas de bouteilles, un grand reti-ntissement de
la

morale n'avait que

faire, et

un doux bruit de lèvres gourpenser aux philosophes du

mandes
temps,

et lascives qui aurait
si

donné

fort à

des philosophes avaient pu s'égarer en pareil lieu.
ce marécage, le village des Porcherons groupait ses

Tout au bont de

chaumières. Ces chaumiéres-là n'avaient aucun lien de parenté avec leurs

homonymes
troussée,

des romances contemporaines. Ce sont petites cousines à
la

la

façon de Bretagne. Nos chaumières tenaient

porte gaillardement refenêtre au vent; elles
il

qu'on nons passe l'expression, et

la

étaient de tournure
dire en

plaisamment égrillarde,
qui ne se

et

s'y faisait,

pour tout

un mot,

vnie

grande consommation de jeune vertu

et

devin vieux.

Le

village

de Clicliy,

piquait pas non plus d'un grand
la

rigorisme en matière de bonnes mœurs, tendait
village des

main à son voisin
la vie la

,

le

Porcherons, et

à

eux deux

ils

menaient bien

plus

débraillée qui se pût voir dans la banlieue de Paris.
C'étaient deux grands cabarets.

On

y allait gris, on en revenait ivre.

Pour
les

aller de la ville à ce lien de perdition, les

gentilshommes

à cheval,

courtisanes en

carrosses, et un peu aussi les bourgeois à pied,
qui, partant de la porte Gaillon, abou-

avaient tracé
tissait

un chemin sinueux

aux Porcherons.
trottait à travers

Ce chemin, qui

champs

et fondrières, la

bride sur

le

|{UE

DE

I>A

CIIALStiiÉE-D'A.NTlN

il

col, enjamhait, à l'aide d'iui

mauvais pont, un affreux égoûl que longeait
de Ménilmontant.

un sentier boueux

et qui s'appelait le ruisseau

Cette sentine et ce ruisseau sont le père et la

mère de

la

rue de Pro'
le

vence. Le pont, qui était fort vilain et fort crevassé, avait

nom
le

Pont-

Arcans.
la

On

avait oublié d'y mettre des garde-fous, et

on

passait à

grâce de Dieu.
Déjà, par lettres-patentes

du 4 décembre 1720,

la

prévôté de Paris

etail

autorisée à ouvrir une rue allant du boulevart, vers l'extrémité de la rue

Louis-le-Grand, jusqu'à
vais sujets de la
pliait.

la

rue Saint-Lazare. Cette rue, que tous les

mau-

cour entouraient de leur protection, croissait et multila galanterie s'élevaient

Les bâtiments voués au culte de

rapidement.

Chacun, dans ce monde, qui avait
son ermitage sur ce terrain qui

fait

du

plaisir

son Dieu, voulait avoir

reliait les

remparts aux Porcherons.
porte Gaillon
à

Tout d'abord

cette rue prit le
le

nom

de Chaussée-Gaillon, à cause de son
la
;

point de départ qui était

boulevart en face de

puis

on l'appela rue de VHôtel-Dieu, parce qu'elle conduisait
pendante de l'hôpital de ce nom; enfin
sée-d'Anthi, de ce
elle fut baptisée

une ferme déla

rue de

Chaus-

que son entrée

était

précisément en face de l'hôtel

d'Antin, depuis hôtel Richelieu.

son

On voit que nom d'un

le

vieux et bachique chemin de

la

Grande- Pinte,

t^ui tirait

cabaret bien connu de ceux qui allaient quotidiennement

de Paris aux Porcherons, usait volontiers du procédé des coureurs d'aventures qui se débaptisent pour se
rebaptiser à tous propos. Mais
la

Chaussée-d'Antin n'était pas encore au bout de ses métamorphoses paIronimiques.

En

1791

le

peuple

lui

donna

le

nom

de rue Mirabeau, en

souvenir du fougueux révolutionnaire qui, après avoir ébranlé
venait de

un trône,
le

mourir dans

cette rue.

En 1795,

la

terreuravait déjà proscrit
le

nom

de Mirabeau, et

la

Chaussée-d'Antin écrivait à ses angles

nom

de
la

rue du Mont-Blanc, qui lui venait d'un nouveau département réuni à
république, par décret du 27 novembre 1792.

Ce nom,
reprit sa

elle le

garda jusqu'en 1815. Alors
le

la

municipalité parisienne

passa l'éponge sur

baptême de

la

révolution, et la Chaussée-d'Antin

Autrefois, dans le
la

monarchique appellation. bon temps des Porcherons, quand venait
de Paris dégorgeait sa population d'oisifs par

le la

dimanche,
porte Gaille

bonne

ville

lon, et c'était alors, tout le jour et toute la nuit,

un grand vacarme par

chemin

.

Si les dragons de la reine et les gardes-suisses ne répondaient pas

à l'appel

du

soir, le lieutenant

du guet n'avait qu'à

faire filer des patrouilles

vers les Porcherons, et on glanait les soldats par les champs. Si les mères

imprudentes permettaient aux jeunes
les blés

filles d'aller cueillir

des bluets dans

de ce côté-là, lesjeunes
à

filles

ne trouvaient que des mousquetaires,
les autres.

et je

vous laisse

penser lesquels d'entre eux cueillaient

42

IlLK

DE

l.A.

CIIALISSEE-D'ANTIIN.
étaient,

Lesgrandes daines, toutes grandes dames qu'elles
bruit,

ou peut-être

parce qu'elles étaient grandes dames, ne dédaignaient pas d'aller à petit

dans un transparent incognito qui ne trompait personne, vers ces
amoureuses, où
elles étaient sûres
si

retraites
ler.

de toujours trouver à qui par-

Cette

dame qui

franchit

lestement les fossés sur ungenètd'Espagne,

c'est

madame

de Cœuvres,

le

duc de Saux

l'attend quelque part,

aux en-

virons; ce fiacre modeste qui passe au petittrot de deux rosses, les stores

pudiquement baissés, ne renferme pas moins que la comtesse d'Olonne. a qui le marquis de Bcuvron a donné rendez-vous. Voyez-vous au crépuscule cette petite mercière qui
file

gaîment par

le

chemin avec un chele

vau-léger au bras? Si quelque curieux passait de trop près, peut-être
reconnaîtrait-il
grisetle, et

madame

la

maréchale de La Ferté sous
les aiguillettes

casaquin de

la

M.

le

duc de Longueville sous

du cavalier; mais

peut-être aussi l'importun serait-il contraint de dégainer pour rendre

compte de son indiscrétion.
Après ces expéditions erotiques, lorsque deux gentilshommes en bonne
fortune se rencontraient sur
le

pont Arcans,
le

il

arrivait le plus souvent

qu'aucun d'eux ne voulant céder

pas

à

l'autre, les

nobles adversaires

Typ. Lacrampe

Cliaussée-d'Anlin-

RUE
mettaient l'épée à
faisaient bien
la

\)E

LA CUALISSEE-DA.N
clair

I

lA'.

43
;

main, au

du

soleil

ou au

clair de lune

les

dames

semblant de méditer un évanouissement, mais restaient

fermes sur leurs baquenées, ou mollement couchées dans leurs carrosses,
les

passants s'arrêtaient, et un grand cercle s'arrondissait autour des
le

combattants qui s'égratignaient

plus

galamment du monde.
le

Ce

fut sur ce pont,

dont aucun musée n'a conservé une pierre, que

comte de Fiesque, ramenant un jour madame de Lionne, rencontra M. de Tallard qui emmenait Louison d'Arquien. Les deux genlilshommes, fort
épris de leurs maîtresses, mirent vaillamment pied à terre, et,

comme

Renaud et Roland pour Angélique, croisèrent nombreuse compagnie qui applaudissait.

le fer

en présence d'une

Madame
et battait

de Lionne agitait son mouchoir par

la

portière; Louison

riail

des mains, et les deux comtes ferraillaient.
fut assez déchiré les

Après qu'on se
les

pourpoints

et tailladé les

manches,

dames se jetèrent entre les épées, comme

jadis les Sabines, et chacun des

cavaliers

embrassa celle qui ne lui appartenait pasle plus gaîment qu'il put. Cependant quelques grands seigneurs et de riches financiers commenle

çaient à faire bâtir çà et là,

long du chemin, de inagniliijues hôtels,
la

et

de ces petites maisons qui avaient
splendides
:

façade

humble

et les

appartements
rue de

diamants cachés dans du plomb.
les hôtels et les petites

A mesure que

maisons s'alignaient,
,

la

la

Chaussée-d'Antin prenait une agitation plus somptueuse
plus élégante. Si les gardes-françaises, les clercs de
les chevaliers d'iiulustrie
la

une

activité

bazoche, les pages,
les

couraient encore les cabarets d'alentour avec

grisettes et les filles, déjà la boinie

compagnie,

les

gentilshommes de
les fer-

Trianon, les courtisanes tilrées, les comédiennes en réputation,

miers-généraux, s'arrêtaient

à la

Chaussée-d'Antin dont

les hôtels, silen-

cieux et ternes lejour, s'emplissaient de bruits etde lumières quand venait
la nuit.

De discrètes

voitures, des vinaigrettes couleur de muraille, station-

naient aux portes de petites maisons muettes. Les cavaliers }>assaient en-

capuchonnés dans leurs manteaux sombres;
chapeau rabattu sur
nez, les
la

les

marquises descendaient

furtivement du carrosse dans leurs mantes grises. Les
le

hommes

avaient
le

le

niais si le vent soulevait

dames mante ou

le le

loup de satin noir sur

visage;

manteau, on voyait une épaule
chaussée

nue ou

la

garde d'une épée.

Tout-à-coup,
retentissait; des
reflets

un grand fracas de chevaux courant sur
lueurs
éclatantes reluisaient sur
;

la

les

murs avec des

rouges et tremblants

les

manants
fortes.

se rangeaient; des picpieurs,

armés de torches, passaient au galop, précédant une voilure bleue menée
royalement par deshnpiais en bottes
la [)orte

cochère

fl'mi hôtel

dont

la

face

Le cortège dis[iaraissait sous murée cachait un jardin resplen-

dissant de feux.

u

allait le

HUE DE LA CHAUSSÉE-D ANTIN
régent de France, et quelle affaire pressée l'appelait loin du

Palais-Royal":'

Demandez-le

à

la

dnchesse de Phalaris,

à

madame

de

Tencin, ou, mieux encore, au marquis de Cossé, au duc de Brissac, an
poète Lalare, ses camarades de plaisirs.

Mademoiselle Gnimard, qui, après avoir obtenu en 1762 un engage-

ment

à

raison de 600 livres par an à l'Académie Royale de Musique,

avait gagné, à la pointe de ses pirouettes, sa réputation, sa fortune et le

hôtel dans cette rue que hantait

cœur du prince de Soubise, eut un soir, en s'éveillant, fantaisie d'un un si grand monde. La jeune et belle
disait

damnée, comme

Marmontel,

était lasse

de sa maison de Pantin où

pullulaient les grands seigneurs, les encyclopédistes, les beaux esprits

du temps. Les architectes se mirent à
inaugura
le

l'oeuvre, et

comme

ce que voulait

le

squelette des grâces l'art le voulait aussi,

bientôt une fête merveilleuse
;

Temple de Terpsychore, ainsi qu'on disait alors

entre autres

magnificences, l'hôtel contenait

un

théâtre assez vaste pour loger cinq

UL'E

DE LA CUALSSEE-D ANTIN.
Guimard
s'y

45
donnait
roi.
le

cents personnes. Après le ballet, mademoiselle

délassement de
Aujourd'hui

la

comédie jouée par
mis en

l'élite

des pensionnaires du

l'hôtel,

loterie

en 1786 et réduit à sa plus mince

expression, est occupé par une maison de banque; un pharmacien a
élevé ses pénates au niveau

du

sol.

Le

titulaire,

grand critique au repos,
les

mange

les

revenus de l'émétique

et

du séné sous
le

pampres de

Portici.
la

Quelle moqueuse destinée que celle qui écrit
façade de l'hôtel

nom

de Planche sur

Guimard

!

Mais 93 passa sur toutes ces

folles

splendeurs, et des gloires des hôtels
il

Montmorency, Montesson, Montfermeil,

ne resta que

le

souvenir. Les

sections siégeaient à l'aise sous ces lambris dorés tout parfumés encore.

De

toute cette luxueuse et prodigue société de la Chaussée-d'Antin,

il

ne

survivait rien

qu'une danseuse.

Comme

ces feuilles qui surnagent au

milieu des tempêtes, elle s'était sauvée delà tourmente révolutionnaire.
Devait-elle son salut à sa légèreté?

Xous ne savons, mais

la vérité histo-

rique nous oblige de confesser qu'elle était presque ruinée déjà avant 89.

Quand

vint l'empire,

avec ses

triomphes militaires, son grandiose

pompeux, mais un peu lourd
pour avoir
le

et tiré

au cordeau,

la

rue de

la

Chaussée-

tl'Antin perdit sa galante originalité.

En

ce temps-là on se battait trop
Si

temps de beaucoup aimer.
la

Mars

est l'amant de

Vénus,
;

comme
quand il
les

raflirme
tient

mythologie, c'est alors que Mars est en garnison
il

campagne

n'a que faire de l'amour.

Touten voyant

défiler

de leur maître sur la place du Carrousel,

grands régiments qui descendaient de Clichy pour parader aux yeux la Chaussée-d'Antin oubliait son

printemps amoureux et commençait à prendre goût aux choses métalliques. Serait-ce la vue des canons de bronze qui lui donna la passion des
louis d'or? Peut-être!

Le monde vit d'oppositions. Ses
qu'il

petites

maisons se

transformèrent en comptoirs, ses mystérieuses retraites en bureaux, et

on se mit

à y empiler tant d'argent,
le

n'y a

plus assez de silence

pour entendre

bruit d'un baiser.
les

Quelques-uns des corps qui allèrent s'engloutir dans
Russie, sortirent par
la

steppes de la

rue de
le

la

Chaussée-d'Antin

;

quelques régiments
la

russes pénétrèrent sur

boulevart par cette artère où circule

moitié

de l'argent de Paris.

Les querelles politico-religieuses du cardinal Fesch et de son neveu
l'Empereur, n'étaient pas non plus de nature à égayer beaucoup cette rue
les
;

conférences du prélat, qui venait de refuser l'archevêché de Paris, et de
la justice et

M. de Portails, ministre de
au plus qu'à chasser

des cultes, n'étaient bonnes tout
il

l'esprit malin, si

par hasard

se fût entêté à de-

meurer dans

la

rue du Mont-Blanc.
et

Mais après 1815,

surtout après 1850, ce fut bien pis. Les agents de
la

change, les commerçants, les courtiers et les boutiques ont envahi

rue

40
(le la

HUE DE LA CIIAESSEE-I)
Chaussée-d'Antin.
(À'Cte

A NTIN

rue qui touchait au pavillon d'ilanovie, ce

spleudide ermitage du vainqueur de

Mahon

,

cette rue qui avait son ber-

ceau en lace de l'hôtel d'Antin où vivait
Vivienne, tout aussi traficante que
y achète de tout; le

le

plus magnifique roué du

dix-huitième siècle, est aujourd'hui tout aussi
la

marchande que

la

rue

rue des Lombards.
la

On

y

vend

et

on

négoce

s'y

étend depuis
le

beauté jusqu'à
vin qui
la

la canelle.

Arrivée à ses limites, tout contre

marchand de
la la

borne au

nord,

la

rue de

la

Chaussée-d'Antin conduit, par
par
la le

rue Saint-Lazare, à

un chemin de

fer, et

rue de Clichy à

prison pour dettes.

A
le

gauche,

le

symbole

plus hardi de l'industrie heureuse; à droite,

correctif de l'industrie maladroite. Là-bas, quelques spéculateurs ha-

biles; ici,

quelques actionnaires.

Une

cellule et

un wagon,
la

voilà l'enfer et le paradis de la

Chaussée-

d'Antin.

vouliez-vous que cette rue de la finance conduisît?

Ce n'est pas que
voisine, la rue

rue de

la

Chaussée-d'Antin n'ait encore des préten-

tions à l'aristocratie; elle se

donne des tons de grande dame, mais sa
la

du faubourg Saint-Honoré,
Madeleine.
cite les

regarde d'un air dédaigneux
sa noblesse,
la

par-dessus

la

En témoignage de

rue de

la

Chaussée-d'Antin
qui avaient

deux ambassadeurs de Naples

et de Belgique,

fait élection

de domicile dans ses hôtels, mais ces deux amil

bassades ont déménagé, je crois, et de toute cette diplomatie
lien que
le

ne reste

souvenir d'une blonde ambassadrice dont les coquettes habi-

tudes et l'esprit alerte rappelaient un temps qui n'est plus.

Madame L... méritait de femme à la mode de Paris.

naître cent ans plus tôt. Elle a été la dernière

Un

instant la rue de la Chaussée-d'Antin essaya de galvaniser sa dé-

funte galanterie.

Mais hélas, ce fut un essai malheureux. Les Nuits
fille

Vénitiennes qui devaient transporter la

de l'Adriatique avec son aven-

tureux carnaval dans l'enceinte du Casino-Paganini, ne montrèrent rien

qu'une douzaine de pauvres
voilées d'écliarpes roses.

filles

échappées de

la

rue de Bréda et mal

Puisque

le

nom du

Casino-Paganini

s'est

présenté sous notre plume,

nous ne
vit-il
Il

le

laisserons pas échapper sans en dire quelques mots. Aussi bien

encore par l'enseigne.
le

y a des établissements malheureux. Si

concert Musard a

fait re-

tentir le

monde de son nom après
le

avoir fait trembler la rue Vivienne sous

son orchestre,
qu'il ait essayé

Casino-Paganini n'a jamais eu grande réputation, bien

de faire beaucoup de bruit.

jardins

Fondé dans un hôtel somptueux, au milieu de riches salons et de embaumés, il devait avoir pour marraine la |)lume, de Charles .Nodier et pour parrain le violon de Paganini. La plume (pii appelle ne lui a [tas fait défaut, mais rarchcl (|ui retient lui a manqué.

HUE DE LA CHAUSSEE-IVANTIN.
Le Casino,
sitôt

47

à qui de si brillantes destinées étaient promises, est ausles

mort que né. Et cependant

ciseaux d'un

artiste

merveilleux

magnifique façon. C'est d'ailleurs, avec quelques cartons, tout ce qui nous reste de Galbaccio, ce jeune artiste qui rêvait
l'avaient orné d'une

des temples, des basiliques, des palais à édifier, et qui ne trouvait que
des maisons à bâtir.

Comme

il

ne rencontrait que des agioteurs
cherchait des grands seigneurs,
il

et des

banquiers dans cette société où
parti de se tuer,
Si

il

prit le

emportant dans sa tombe un génie

inutile à notre siècle.
lui

Galbaccio avait vécu au temps des Césars, Néron
;

aurait confié

l'érection de son palais doré

il

avait l'imagination
siècle,
;

assez gigantesque

pour
pour

le

comprendre. Au dix-huilicme

mademoiselle Guimard

l'aurait prié de lui élever
la

une

petite

maison

il

avait l'esprit assez élégant

deviner.

Au
loire,

saint jour

du dimanche,
la

le

boulevart des Italiens,
la

comme un
la

vomi-

expulse toute

population de Paris dans

rue de
le

Chaussée-

d'Antin, qui est alors l'antichambre de Saint-Germain,
sailles. Cette

portique de Ver-

malheureuse rue, incessamment
hyperboliques dont
les

livrée

aux roues bruyantes

des omnibus, est affreusement foulée par des tourbillons de Parisiens,
tous vêtus de costumes
les

bourgeois du quartier

Saint-Denis savent seuls

modes

et seuls

conservent les traditions;

chapeaux à

la

bolivar et parapluies, socques articulés et
la

manches

à gigot.

L'abomination de

désolation.
et

Le

reste de la

semaine on trafique,

cependant ce

nom

de Chaussée-

d'Antin réveille tant d'idées aristocratiques, que malgré soi on se surprend à rêver de grandes dames et de gentilshommes en poudre, rien qu'à
l'entendre prononcer.

La rue de
M. Scribe.
Il

la

Chaussée-d'Antin est
d'elle et

la

capitale des vaudevilles de

semble qu'autour

grâce à sa plume de colibri, pa-

pillonne une élégante cohue de

femmes d'agents de change, de jeunes

veuves, de colonels de l'empire, de roués fashionables, de médecins char-

mants, de gros barons, de mariées en voiles blancs, de coquettes héritières
qui parlent un jargon délicieux tout imprégné de patchouli et de vétiver.
C'est la vérité vue au travers du kaléidoscope de l'imagination c'est un daguerréotype auquel il ne manque que les omnibus et les marchands de vin. Cependant la rue de la Chaussée-d'Antin se relie par un de ses angles au siècle joyeux dont elle a perdu la tradition. A l'angle du boule;

vart des Italiens
l'inspire, le café

,

tout en face

du pavillon d'Hanovre, qui sans doute
par
la

Foy

a dressé ses cabinets particuliers.
les cabinets s'illuminent
la
;

Pendant les nuits d'hiver,
de jeunes

porte bâtarde,

qui s'ouvre discrètement sur la rue de

Chaussée-d'Antin, disparaissent
leurs pelisses.

femmes encapuchonnées dans

Le souper

vit

encore et de nombreux adorateurs rt^ncensent; sur

If trottoir,

glissent.

HUE DE LA CIIAUSSEE-D ANTIN.
trottent

même,
et

les

jeunes religieuses des monastères du quartier Saintla

Georges; les roués de

rue Laffitte les accompagnent dans
si le

le

mystère

delà nuit

du paletot; puis,

carnaval ouvre sa saison de bals sur

Paris, arrivent débardeurs et pierre tte s, andalouses et balochards.

Les dominos sont des
Hélas! n'en disons rien,

rats, les babits sont des lions, et quels lions
la

!

prudence

le

veut. Les
!

Guimard d'aujourd'bui

s'appellent Carabine, les Richelieu
dirait

Chicard

Sic transit gloria mundi,

M. Nisard.
à

Dans cinquante ans, ce que nous appelons
d'Antin sera dans
la

présent

la

Cbausséela

rue de Londres, peut-être

même

autour de

place

d'Europe. Espérons que nous ne vivrons pas jusqu'à cet avenir de charbon
de terre et de locomotives.

Nous ne terminerons pas
la

cet article sans payer
la

un

tribut

d'hommages

à

littérature de la rue de
sait, a été le

Chaussée-d'Antin, laquelle rue,

comme

chacun

prétexte d'un ermite. Cette littérature est représentée
le

par un hôtel et un écrivain. L'hôtel porte

nom

de

madame Récamier,
M. CamCampenon
Ancelot
'

cet illustre bas-bleu qui s'est fait abbesse; l'écrivain s'appelle

penon. Si vous ne

le

connaissez pas, nous ajouterons que M.

est académicien. Faut-il ajouter encore

que monsieur
la

et

madame

demeurent tout

à côté et

sous l'égide de

Chaussée-d'Antin, rue Jouborl

Amédée Achard.

tun-rpod

-

^

J

\

Il

S3i pS4}iI"""^

-^'

OYI

HÔTEL des TouriK'lles

,

(Itml

ir

nom

seul rappelle tant de

loniii-

dables souvenirs, orcui)ait un des plus vastes euiplacenients du vieux
Paris. Pierre d'Or<;('uiont
lier
^jj
,

rlianee-

de France, avait jeté les Ibnde-

ments de cet hôtel en 1590; Pierre d'Orgemont sou lils (nV^pie de
,
,

Paris,

le

vendit au duc de Berri,

frère de Charles V,

pour

la

somme
le

de (pialor/e mille écus d'or; de Perri
le

duc
en
de

céda, en
à titre
la

l40-i,

au duc

dOrleans,
lil7,
Il
l'ut
il

d'échange;

devint

propriété du roi.
les litres,

qualifié,

dans

}f(tison

royale des Toiniielles.

et

pendant sa démence, duc de Bedfort, régent de France pour le roi d'Angleterre,
(Charles VI,
le

habitèrent l'hôtel des Tournelles.

Chose plaisante! Bedfort comptait si

bien sans

le

roi et sans le
lit

peuple de France,
l'hôtel

qu'il

rebâtir

des Tournelles,

pour son
eflet,
il

usage particulier.
^ Catherine,

A

cet

acheta aux religieuses de Saiute-

deux cents
pents
((ui

livres,

moyennant la somme de une douzaine d'arfaisaient

partie de leui-

culture; cette vente fut annulée eu

1457. Les bons religieux

re[)rireiil

50
les

PLACE ROYALE.
douze arpents sans
être

forcés de rendre les

deux cents

livres.

Une
Roi.

partie de l'hôtel des Tournelles portait le

nom

spécial Aliotel

du

Roi fut décorée d'un écusson aux armes de France, peint par Jean de Bourgogne, dit de Paris.
Louis XI y
fit

— L'entrée de l'hôtel du

construire une galerie qui traversait

la

rue Saint-Antoine,

rt qui

aboutissait à VHètel-Neuf de

madame d'Etampes.

— Louis
le

XII

mourut aux Tournelles.
L'emplacement de
aux-Chevaux, qui
cela disparut
la

l'hôtel des

Tournelles servit à établir
le

Marché-

fut,

en 1578,

théâtre d'une lutte violente entre les

mignons de Henri III et les favoris du duc de Guise. Dieu merci! tout un peu plus tard, pour céder le terrain aux constructions de
place Royale. Voilà bien,
le livre
si j'ai

bonne mémoire, tout ce que

l'on

trouve dans

de Dulaure, à propos de l'hôtel des Tournelles.

Ce terrible hôtel des Tournelles était à la fois une citadelle, une maison royale, une prison, une ménagerie, une maison des champs,
quelque chose qui tenait du Louvre
et

de

la Bastille

:

on en contait mille

fables remplies d'inquiétudes et de terreurs.

La tour de Nesle, d'odieuse

mémoire, n'occupait pas plus vivement
nirs.
,

les imaginations et les souve-

fut

Vous le savez déjà le duc de Bedfort l'avait habité, quand Paris tombé au pouvoir des Anglais. Un parc de vingt arpents entourait
maison sur laquelle
obéi
le

cette

Parisien osait à peine jeter les yeux. Mais

enfin, les

Anglais furent chassés de ce royaume qui ne leur avait que
,

trop

chacun reprit en France sa place légitime
le

,

le

roi aussi

bien que le peuple. Soudain vous eussiez vu
sa bannière triomphante

roi Charles VII

ramener

dans ces murailles réparées, vous eussiez re-

trouvé

le

bruit et l'éclat des fêtes, et les nuits joyeuses et toutes les

pompes

de

la

majesté royale et galante du roi Charles et de ses successeurs.
le

Figurez-vous François I", de tout
le

roi

chevalier, remplissant ces murailles

bruit des fêtes, de tous les chefs-d'œuvre des arts, et des prela poésie, et

miers efforts de

des bruits de
ses

la

guerre, et de l'oisiveté de la

paix, et de la grâce passionnée de

nombreux amours. Là régnait en
le

souveraine la duchesse d'Etampes; là

Primatice, Cellini et les plus

grands artistes de
les plus

l'Italie,

apportaient les chefs-d'œuvre les plus beaux et

rares parmi leurs chefs-d'œuvre; là aussi a régné, a vécu Diane
la très-belle.

de Poitiers,

Sous
et

le

fils

de François I",

le

château des
la

Tournelles jeta son plus vif et son dernier éclat. Plus que jamais
était brillante, le roi

cour

jeune

passionné, les Guise eux-mêmes et les Montla

morenci se courbaient devant

majesté royale. Plus que jamais aussi les

femmes
fêtes

les plus

admirées

et les

jeunes accouraient de toutes parts à ces

de cha(iue jour. Car c'était
le roi

une des révolutions heureusement
fils

tentées par

François P' etàlaifuelle son

Henri

II avait

été fidèle,

s'en rapporter ;nix belles

dames pour

])arer,

pour orner, pour enchanter

PLACE ROYALE.
la

51

En effet, depuis ces jours de conquête et de plaisirs, l'histoire a pris une toute autre allure; elle est devenue moins grave, moins sententieuse, elle s'est mise à rechercher les plus petites causes pour expliquer souvent les plus grands effets. Mais si l'histoire s'est sentie de ce changement, à plus forte raison l'art et
la

cour. Ce fui aussi une révolution dans riiistoire.

que d'or

de tableaux et de statues, que d'orangers magnifiques en fleurs et d'eaux

poésie, à plus forte raison les parures et la décoration intérieure. Certes, et de hijoux, que de meubles et de tentures brillantes, que

jaillissantes,

que de cuisiniers
et

de diamants

et de poètes, quelle profusion insensée de perles, de dentelles et de velours, d'hermine et de bro-

derie ont été la conséquence
et parées

de cette introduction des femmes belles

Comme aussi que de fêtes, que de joutes d'amour et d'esprit en l'honneur des dames, que de tournois! A l'un de ces tournois où toute la cour était présente, au plus bel instant de la joie générale, sous les yeux et sous l'admiration de sa belle maîtresse et de bien d'autres dont il portait les couleurs, le roi Henri II
les

dans

maisons royales!

se mit à

jouter avec M. de Montgommeri, capitaine de la garde écossaise. Le coup de l'Ecossais fut si violent, que la lance pénétra dans le crâne du roi de France. Ainsi mourut ii peine âgé de quarante ans, au milieu d'une fête.

et sous les

de Valois. Cette

yeux d'une maîtresse adorée, un dés derniers rois de fois la maison de Valois était frappée au cœur;

la

maison
malgré

et

52
trois Valois qui
le

l'LACK no VA LE.
dt'\;iit'iit r('j.;n(;rt'iRore,

trois Valois

('iitt^s

sur les Médicis!

tour de

la

maison de IJourbon
latal

était

venu.
<le la

Depuis ce

tournoi et à dater

mort de Henri

11,

l'hôtel des

Tournelles devint

comme un

lieu frappé

de malédiction, dans leijuel mille
les passants,

terreurs superstitieuses assiégeaient

non plus

mais

les ha-

bitants de ces royales demeures. Charles IX, l'avant-dernier des Valois,
esprit inquiet et
le

malheureux, Ame

faible et cruelle, prince

déshonoré par
tit

plus all'reux des crimes qu'il n'eût jamais

commis

tout seul,

portei-

l'ordre au parlement (15G5y,
et à tracer

que

l'on eut à

démolir l'hôtel des Tournelles.
ville

sur ce vaste emplacement

comme une

nouvelle

(jui fil

oublier toute cette histoire d'Anglais vainqueurs, de trahisons, de galanteries, de cruautés.

Cet ordre d'un

roi, (|ui

ne fut qiu^ trop bien obéi dans des circonstances

plus difficiles, s'exécuta lentement. L'hôtel des Tournelles tomba pierre
à pierre, et

comme

si le
11

parlement eût regretté tant de souvenirs enfallait

tassés dans ces nuirs.

attendre

le

règne de Henri IV. pour que

ce nouvel

emplacement de Paris
fois

prît enfin
la

une physionomie nouvelle.

Aussi bien, une
[)lans

que le plan de
et

place Royale eut été conçu, et que les

eurent été discutés

arrêtés en présence

même

de M. de Sully,

la

place Uoyale s'éleva
velle était plein

comme

par enchantement. Le plan de cette cité nou-

de grandeur et de majesté. La place devait avoir neuf patrois faces; ces pavillons devaient être

villons à

chacune de ses

supportés

par une suite d'arcades, larges de huit pieds et demi, hautes de douze
pieds, ornées de pilastres doriques, formant autant de corridors couverts

dune
l'idée

voûte surbaissée de pierres et de briques. Connue on voit, c'était

première du Palais-Uoyal, et une généreuse idée dans ces temps
la bataille.

qui n'avaient guère d'autre souci que
être la joie
il

Figurez-vous quelle dut

du Parisien, quand,
l'aise

à la place

de cette ruine presque féodale,
et

put se promener tout à

dans ce bel
première

noble espace, à

l'abri

du

soleil

en

été,

de

la pluie

en hiver, ouvert

à la

promenade, au repos, aux
qu'on s'occupait ainsi
la
et

doux

loisirs;
si

c'était j)eut-être la

fois

dans un

grand détail du bien-être du public; car an milieu de
et

place

on avait semé du gazon
et

des fleurs, on avait

amené des eaux

jaillissantes,

plus tard on devait y placer la statue é(juestre du roi Louis Xlll sur un piédestal de marbre blanc, avec cette louange en latin <|ue la révolution
la

française a brisée en brisant
«

statue

:

A

la

glorieuse et immortelle

cible Louis le Juste,

mémoire du très-grand et très-invintreizième du nom, roi de France et de Navarre. Aret

mand, cardinal
illustres et
si

et

duc de Richelieu, son premier ministre dans tous ses
de bienfaits par un en témoignage de son zèle, de

généreux desseins, comblé d'honneurs
lui a fait élever cette statue
et

bon maître,

son obéissance

de sa

lidelité.

IGÔÎK

»

IM.ACE lUUALE.
Voilà a peu près ce que dit l'antiquaire de
la

55
;

place Koyale

l'anliquaire,

par métier, ne s'inquiète guère que des pierres taillées et des morceaux

de bronze fondu avec plus ou moins d'art et de bonheur, puis, quand
a bien arrangé sa description méthodique, notre

il

homme

passe à une
;

autre description, sans s'inquiéter de satisfaire votre cohu" ou votre esprit
c'est à peine
s'il

vous raconte que

le

cheval de cette statue de Louis XllI
fallu (pi'il

avait été

fondu par Daniel de Volterre, et que peu ne s'en est

neùt

été créé par le

grand Michel-Ange. Après quoi
la

et lorsqu'à peine la
taille

description est achevée, quand

dernière pierre de

vient d'être

placée par

la

main du dernier grand seigneur, quand toute une
et

société

savante, élégante et polie s'est agitée entre ces nobles nuirailles qui sont

devenues le centre de l'urbanité française
révolution impitoyable

de l'atticisme européen, une

tombe soudain sur ces nobles monuments qui
elle brise

étaient l'orgueil de la nation toute entière, elle renverse, elle détruit, elle

arrache les gazons et les marbres,

en mille pièces

la

statue de

Louis XIII

et le

cheval de Daniel de Volterre; bien plus, cette révolution

impitoyable porte ses mains violentes sur les grands
ces palais
si

noms

abrités

dans
et

remplis de grâce extérieure, elle tue après avoir tout brise,

enfin, couverte de

sang

et

de poussière,

elle s'en

va où l'appellent d'autres

ruines et d'autres violences.

Mais, dites-vous, ce qui est brisé on

le

relève, les familles ne

meurent

pas tout entières sur léchafaud,
tir, l'esprit,

il

y a des choses

que

l'on

ne peut anéan-

par exemple. Cela est ainsi que vous
il

le

dites;

on ne brise que

les

choses périssables,

histoire, le
l'esprit

noms qui resteronljusqu'à la fin dans notre monument renversé se remplace par un autre monument mais
y a des
;

humain

est capricieux, la popularité est

changeante; dans une

ville

comme Paris, la
a
la

foule se déplace
:

comme

fait la

mer

qui passe d'une grève
a chassé

une autre grève

elle était là-bas, elle est ici.

La révolution qui

belle foule de la place Royale, l'apousséeau Palais-Royal, parexemple,

et là, entre ces

arcades remplies d'or et de bruit, autour de ces gazons
la

et

de ces eaux bruyantes, dans
le soleil, la

même

enceinte abritée contre

la

pluie et

conversation française et l'esprit parisien ont établi leur !iouciel,

veau domicile. Mais, juste
ji'est

ce n'est plus la causerie d'autrefois, ce

plus l'esprit

murmurant

et

doucement jaseur de

la

place Royale,

ce n'est plus ce charmant et

poétique murmure dans lequel tant de voix

calmes

et correctes

développaient à plaisir tous les beaux sentiments du

cœur; ce n'est plus cette opposition prudente et cachée des beaux-esprits, des grands seigneurs, des galantes personnes de la cour de Louis XIII et de Louis XIV. Au Palais-Royal vous ti'ouverez cette opposition brutale et
furibonde qui se souvient des déclamations ardentes de Camille Desmoulins,

factieux.

quand les feuilles des arbres du jardin servaient de cocarde aux Vous vovez donc qu'eu edel les monuments peuvent mouiir aussi

54
bien que les

PLACE HOYALE.
hommes, que
et ((u'à tout
la vie

qui était là-bas a reflué dans un nousi elles

veau centre,

prendre,

étaient sages, les révolutions

n'auraient guère besoin de se mêler aux affaires humaines pour tout renverser,

pour tout détruire

;

il

suffirait

d'abandonner

l'esprit français à sa

légèreté et à son inconstance naturelles. Ce Palais-Royal, dont

nous vous

parlons, à cette heure

même,

n'a-t-il

pas déjà perdu une grande partie de
il

sa popularité et de sa fortune? est-il encore ce qu'il était

y a seulement

trente ans, le centre unique de toutes les passions, de tous les tumultes,

de tous

les vices,
il

de toutes

les

colères?

Non

certes, et c'est

une raison
écri-

pourquoi

faut se hâter d'en écrire l'histoire,

pour peu que nous voulions

écrire l'histoire d'une chose qui vit encore.

Nous cependant, nous

rons,

s'il

vous

plaît, à

propos de

la

place Royale, l'histoire d'une ruine

qui ne vit plus.

Le
térité

roi

Henri IV, frappé par un misérable dont

le

nom

passera à

la

pos-

couvert d'une exécration méritée, mourut trop vite pour achever
la

son œuvre de

place Royale.
il

Il

avait encore

une ou deux guerres
la Rastille,

à ac-

complir, après quoi
ville.

se fut

abandonné

à la joie d'embellir Paris sa l)onne

Dans

les millions

de l'épargne qui était déposée à
fête

plus

d'un million eût été employé à cette de sa
ville capitale. Celui-là

digne d'un

roi,

l'embellissement

mort,

la

place Royale se protégea elle-même,

elle s'embellit, elle se

compléta,
le

elle se défendit

non pas par
la

le

nombre
roi

mais par
bitants.

le

nom, par
la

crédit,

par

la

fortune personnelle de ses ha-

La première

fête

que donna Paris après

mort de son

Henri IV, se donna à
fête

place Royale. Les historiens, et

même

les

plus

graves, n'ont pas dédaigné de se rappeler les moindres détails de cette

en l'honneur du nouveau roi. La reine régente avait commandé au duc de Guise, au duc de Nevers et au comte de Rassompierre, à qui l'on pouvait se fier pour accomplir dignement ces sortes de magnificences héroïques, d'être les tenants d'un carrousel, qu'ils feraient brillant et

émou-

vant de leur mieux avec cette condition que
])as

les

hommes ne

jouteraient
le droit

contre les

hommes; du

reste

on

laissait à tout

gentilhomme

d'être magnifique

en ses armes, chevaux et vêtements. La reine voulait

aussi que la place Royale, depuis peu bâtie par son maître et seigneur le
roi

Henri IV,
le

fût le théâtre

de ces joutes galantes.
le

A

ces trois là se joi-

gnirent

prince de Joinville et
titre

comte de

la

Châtaigneraie. Les uns et
ils

les autres ils prirent le

de chevaliers de la gloire,
félicité,

se

placèrent

l'arme au poing en ce palais de la
Iténétrer de vive force.

défiant quiconque y voudrait
la gloire

Les susdits chevaliers de

avaient

nom

:

Alcindor, Léontide, Alphée, Lysandre, Argant; le lieu de la lice n'était
autre que la place Royale de l'abrégé du monde.
tant le

Le 25 du mois por-

nom du dieu Mars, leur dieu favori, avait été choisi pour le jour du combat. A cet appel, tout seigneur vieux ou jeune, riche ou pauvre.

PLACE ROYALE.
qui pouvait
se
lit

55
ou
l'avoir

acheter un pourpoint brodé en or,
d'y répondre. Celte fois,
fête et

à crédit,
la

un honneur

plus que jamais,

place

Royale se remplit de
leva

de joie. Le splendide palais de
la

la félicité s'é-

comme

par enchantement au centre de

place; tout autour furent

dressés des échafauds qui montaient jusqu'au premier étage; quatre échafauds avaient été réservés pour
le roi et ses

sœurs, pour

la

reine sa mère,

pour

la

princesse Marguerite, pour les juges du camp,

à

savoir le con-

nétable et quatre maréchaux de France. Quelle foule avide et brillante
et parée
!

A

toutes les fenêtres des maisons, sur les entablements des
roi,
le

combles, mi pavillon du
ter ce

an pavillon de

la reine, partout,

sans comp-

peuple entassé sur

pavé derrière les gardes.

— Ce

grand spec-

tacle ne dura pas moins de deux jours, tant était grand le nombre de gentilshommes qui voulaient avoir l'honneur d'y jouer leurs rôles. Les

cinq tenants, Alcindor, Léontide, Alphée,

Lysandrc, Argant, firent leur

entrée suivis ou précédés d'une armée véritable de cinq cents
les archers, les trompettes, les

hommes,

hommes-d'armes,

les

musiciens, les hal-

lebardiers, les esclaves, les pages, les mores, les turcs, les allusions.

Venaient ensuite, tirés par deux cents chevaux

,

un rocher chargé de
chevaliers
rltevaliers

musique,

et le

Pinde tout entier du haut duquel plusieurs divinités chan-

taient des vers.
soleil

L'Olympe une
p;ir le

fois passé, arrivaient les

du
du

conduits

pi-ince

de Conti, Aristée, puis

les

5(J

PLACi: lUnAl.K.
guides par
le

Ij/s

duc de Vendôme,
le

les

deux Aniadis représentés par
le fils

le

couite d'Aycn et

baron d'Uxelles; Henri de Montmorency,
:

du

connétable, marcliait seul et s'appelait Persée
qui lui eût dit qu'il

pauvre et noble jeune

main du bourreau? Le duc liomme, commanùait aux chevaliers de la fidélité, le duc de Longueville de Retz s'appelait le chevalier du phénix; on avait aussi annoncé les quatre vents, mais il ne s'en trouva que trois à l'appel, le vent du nord, le cbevalier de Balagny, s'étant fait tuer l'avant-veille dans un duel. Comme aussi les
mourrait de
la

nymphes de Diane étaient représentées par quatre beaux cavaliers qui plus lard devinrent tous les quatre marécbaux de France ajoutez des clieva;

liers

de l'univers, et neuf Romains cboisis dans les grands

bommes

de Plu-

tarque. Figurez-vous les plus grands

noms

de

la

France engagés dans ce

vaste tournoi, jeunes gens pleins d'ardeur, intrépides soldats, galants

seigneurs recbercbés dans toutes les ruelles: c'était à qui dans cette
foule illustre déploierait le plus de magnificence, d'invention et de

bonne

bumeur. Chaque troupe voulait avoir son miracle, son pacte, sa métamorphose. Benserade n'était pas encore de ce monde, mais Ovide présidai!
à

toutes ces inventions.

juste ciel
le

!

dans

cette place

Royale déserte aule

jourd'hui, silencieuse, dont

bourgeois du Marais

plus calme des

boin'geois) foule d'un pas timide les dalles sonores, cent mille

personnes

se tenaient dans l'attitude

du recueillement

et de l'admiration.

Les

figu-

rants des diverses troupes étaient au

nombre de deux

mille, et mille che-

vaux et vingt grandes machines, et des éléphants, des rhinocéros, des
ours,
les

un monstre marin. Quarante-sept jouteurs, y compris les trois vents, nymphes et les romains, s'étaient réunis avec les cinq tenants pour lutter à qui briserait le mieux une lance contre un poteau (on se souvenait
roi

du

Henri

II

tué pour ainsi dire à

la

même place). Lesmieuxfaisant
fêle

de

cesjournées gagnaient
cents pistoles.
licité

les prix, et (pielques-uns

de ces prix valaient quatre
le

— Le second jour
à

de cette

héroïque,

palais de la fé-

tira

un feu dartitice au bruit de deux cents
la

i)iéces

de canon. Le
la

troisième jour était destiné à

course de
parcourir

la

bague. Le soir venu,

cavalcade toute entière se mit
lanternes qui mirent à peine

la ville à la

lueur de mille

le feu à

deux maisons. Ainsi furent célébrées
la

par des cérémonies jusqu'alors sans exemple, l'inauguration de

place

Royale et les fiançailles du roi Louis XIII avec Anne d'Autriche. Pendant
bien longtemps on ne parla que de la place Royale et de ces divertisse-

ments fimieux dont

le récit a suffi à

composer un gros volume
si fort, qu'il

in-4".

Cette place Royale fut à la
d'aller se battre ailleurs.

mode

eût été de mauvais goût
la

leurs petits différents.
l'hôtel des

On ne
ce

Les raffinés y venaient vider, l'épée à faisait pas mieux dans les jardins
la ci iiel défi

main,
de

même

Tournelles, (piand M. de Jarnac et M. de
le l'oi,

Châtaigneraie s'y
la forêt

porlrrenl. devant

qui se termina dans

de SainI-

IM.ACi:

UOVALi:.
Châtaigneraie.

57

Germain par
c'est à peine

la

mort de M. de

la

— Un peu

plus tard, et

si la

place Royale était tracée, six bons amis vinrent s'y cou-

per la gorge selon l'usage des temps (Castres contre Antragues, Maugiron
contre Ribirac, Lèvarot contre Schomberg). Les plus belles épées
plus alertes ont été tirées sur
la

et les
!

place Royale. Et pourquoi

?

Hélas

M. de Bouteville se
la

fiant à

son

nom

de Montmorency, s'en vint

lui

aussi à

place Royale pour y braver l'ordre du roi contre les duels. L'infortuné

jeune

homme

paya de sa

tête cette folie. C'était
!

mourir bien jeune

et bien

cruellement pour un petit crime Mais
à ces

le

cardinal de Richelieu se plaisait

exécutions sanglantes.

Il
il

aimait à s'entourer d'épouvante et de tera fait passer

reur.

Que de mauvais jours

aux beaux-esprits de
la

la

place

Royale, mais aussi

comme les

beaux-esprits de
le

place Royale lui faisaient
!

payer en sarcasmes et en malédictions tout
Croyez-moi,

noble sangqu'il avait répandu

même

pour les esprits

les plus légers et les plus futiles

eu

apparence, c'est une tâche bien
refroidies le
triste

triste

de rechercher sous ces cendres
c'est

peu de feu qu'elles couvrent encore,
si

une tâche bien

que de parcourir, après deux générations
le génie, à

vivantes par l'esprit,

parla grâce, par

parla beauté et

le

courage, ces

mêmes

lieux
à

abandonnés aujourd'hui

des vieillards sans nom, à des enfants,

des

invalides, à tout ce qui est l'oubli, le silence, le repos, le

sommeil. Quand
à

vous marchez sur ces dalles sonores, vous vous
et

faites

peur

vous-même,
Lauzun,
à

vous détournez

la

tête

pour savoir

si

quelqu'un ne vient pas derrière

vous, des héros d'autrefois, La Trémouille, Lavardin, Coudé,

Benserade? Dans cette obscurité
d'Estrées et de

et

dans ce silence, vous vous demandez

vous-même pourquoi donc les gensdeM.de La Rochefoucauld, de Gabrielle

madame

de Montespan, n'ont pas allumé leurs torches
la

pour éclairer

le

carrosse ou

chaise à porteurs de leurs maîtres? Siet

lence, d'où vient ce bruit de

musique

de petits violons?
l'air

il

vient de

la

rue du Parc; et cette foule de bourgeois à

empressé, où vont-ils?
;

eh donc!
la

ils

vont où les appelle Molière, leur ami
ils

ils

vont où les convie

comédie, cette émotion toute nouvelle;

se rendent en toute hâte à

l'hôtel Carnavalet

pour y voir jouer
là,

le

Georges Daitdin de Molière. Et tous

ces grands hôtels que je vois
et toutes ces

dont

les portes

sontfermées, silencieuses,

hautes fenêtres où nul ne se montre, sinon quelque servante

en haillons,

comment

s'appelaient-ils autrefois

?

c'était

l'hôtel

Sully,

l'hôtel Videix, l'hôtel d'Aligre, l'hôtel

de Rohan, l'hôtel Rotrou, l'hôtel

Gueménée, nobles maisons changées en hôtels mal garnis, contre lesquelles le savetier du coin et l'écrivain public ont placé leurs échoppes

immondes Que
!

peuvent-elles penser ces nobles murailles

ta

se voir ainsi
si

dévastées,

silencieuses,

dédaignées? Quel silence

dans ces salons

remplis naguère de causerie puissante! quelle tristesse sous ces plafonds

dorés tout chargés d'amours

et

d'emblèmes

!

quelle révolution incessante.

58
(|ii('ll('

l'I.ACi;
iiiiscrc
;i
!

IMtVAIJv
i\y\

Kt ne

liiiil-il

pas bien
île

courage, encore une

l'ois,

pour

suivre
\cv[\,
les

la

pisle lous les souvenirs

ces beaux lieux, dans lesquelsonl

ont pense toul haut, les plus rares esprits, les phis beaux yj'uies,

plus charmants railleurs, les plus excellents caractères de cette singu-

lière

époque qui précédait de
;

si

près,

comme ponr

l'annoncer, tout

le

dix-septième siècle français
cline, beaux-esprits

grands noms devant lesquels chacun
toute son histoire.

s'in-

d'une popularité toute puissante, illustres habitués
eil'et,

de

la

place Royale, qui composent, en

Toutefois, cette évocation des temps passés a cela d'utile, qu'elle peut

nous consoler de

l'oubli et

du silence qui nous menace
se

à notre

tour.

Uuandon pense de combien peu d'années
etla popularité de ce

composent

la gloire, le

renoiu
f.ette

monde, on

finit

par s'en inquiéter un peu moins,
le i)lus

place Royale, après avoir été, pour ainsi dire, le plus vaste et

puis-

sant salon de l'Europe, n'est plus, à deux siècles de distance, (pie l'écho
lointain et silencieux de l'esprit d'autrefois.

On ne

sait

même

pas les

noms des hommes
el (le

qui ont rempli
ils

cett(^
(uit

enceinte du bruit de leurs

noms

leur esprit. Et cependant

tous passé sous ces arcades, les

uus

et les autres.

Scarron
la

s y taisait

porter, pendant que sa
le

femme jeune

et belle,

appuyée sur

portière de sa chaise,

suivait

d'un pas déjà

l'LACi;
;ira\e et sdlciiiicl, ne se
(le loiile

ISOVALK.
un jour
elle aurait,

ni)

doutant

•iinirc (|n

en présence

une armée,

S. >l.

Louis XIV,

la tète

nue. poni' eseorler sa eliaise
le

a porteurs.

Mais déjà autour de cette fenniie se partagent l'attention,

silence, l'obéissance, le respect.

On

faisait

grâce aux vives saillies de son

mari en faveur de

l'esprit correct et sérieux

de sa fenniie. La grande
;

se révélait dans toute sa simple et gracieuse majesté
le petit

<'t

voilà

dame comment

salon du poète malheureux

(|ui

a travesti Virgile, suffisait à peine

à

contenir tous ces

hommes

illustres a des titres si divers.
si

Dans

cette pauvre maison,

obscure au dehors,
de|)enelrer.
s'il

si

|)leine

deciat

el

d'esprit au dedans, nul n'avait

le di'oit

n'était, avant lonl.

homme

d'esprit et de

bonne

(•<tm[)aguie. Ni les titres, ni la l'ichesse, ni la

naissance, ne suftisaient a vous introduire au milieu de ce cei'cle d liounnes
choisis entre tous.

Mais aussi

il

suffit

de citer (pH'l(pu's-uns
:

de ces

noms-là,
<pii

et

vous pourrez juger de celte lonte-puissaïuc

M. de Vivonne

avait tout l'espi'it de sa
était répété

maison;

le

chevalier de Matta, dont chatjue bonle

mot

de

la ville à la

cour;

chevalier de
le

Grannmmt,

le

héros

de Hamilton. son digne historien; Charleval,
négligés; Coligni, héros en Hongrie, à Paris
le

plus élégant des poètes

prosélyte de Ninon, l'émule
si

du grand Condé
laid
et crédule;

à la

cour; Ménage,

si

savant et
si

bel-esprit; Pelisson,
le

si

avant qu'il n'eût parlé; Désivetanx,

naïf qu'on

trouvait rustre
le

Henault,

le

maître de
le

madame

de Deshouliéres et
les

traduc-

teur de Lucrèce; l'abbé Têtu,
être ni leur

complaisant de toutes

femmes, sans
les

amant,

ni

leur dupe; Montreuil, dont on
le

lit

encore

mamar-

drigaux; Maigny, dont on regrette les chansons;
quise de
la

manpiis

et la

Sablière, celui-ci d'un esprit délicat et

lin, celle-là

d'un grand
elle

courage
avait

et

d'un grand conir;
plaire, et

madame

la

duchesse de Lesdiguières,

grande envie de

nonobstant cette gramle envie,

elle plaisait

tout

comme

si elle

n'y eût pas songé;

madame
était

la

comtesse de La Suze.
riche langue du

qu'elle était faible,

mais aussi qu'elle

charmante! El madame de
la

Sévigné, c'est tout dire, elle a créé, en se jouant,

grand siècle

;

et

mademoiselle de Scndei'v,

si

honnête homme. Dans ce

salon tout rempli d'un certain abandon poétique inconnu

même

a

1

liiil<'l

de Rambouillet, régnait, sans qu'on y prît garde, madame Scarron, ei latante, superbe, admirée, admirable. Là point de conversalioiis futiles,
point de récits de ruelle, i»eu ou point de petits vers; chacun, excepte
le
«le

maîtrede
parler le

maison cpii n'y prenait pas tant de garde, se faisait honneur langage de la raison, de la sagesse et du bon sens.
la

I*ar cet

unique rendez-vous des beaux-esprils
les autres,
|»as ini
:

et

des grands seigneurs

vous pouvez juger de tous

car pas

ini

nom

des deux règnes,

pas un |)rince de Louis XIII.
celle galerie de
la

poète de Louis XIV, ne
le

manque

a

place l5oyale
la

M.

duc de La liocheroncanbl,
je

nia-

ilame de Lat'aveKe.

diicliesse de

Lesdi;iuieies,

prince de Coiide.

«0

l'LACE ROYALE.
,

Molière, saint Viiiceiit-de-Paiile
frère,
ils

le

grand Corneille

et et

Thomas son bon
M. de CiiUj-Mars,
passé dans celle

La Fontaine,

le

due deMontpensier, M. de Thon

y sont tous. {)nel
!

drame étrange
rire tout

et singulier

s'est

enceinte

Quel entassement incroyable de passions et de

noms propres
(il

!

Entendez-vous ces éclats de

remplis de moquerie
s'enivre
et

de scepti-

cisme? C'est
Voilà pour les

la

Marion Delorme

(jui

d'amour, c'est Ninon de
Chapelle et Bachaumont.
de leurs corps
;

l'Enclos, le plus

charmant enfant d'Épicure, fous et pour les folles de leur
ils

esi)rit et

les

autres sont plus rares,

se nonnneiilet mademoiselle Delaunay, et

ma-

demoiselle Polallion, et

madame

de Montausier,

madame

de Gondran,

madame de Vervins,

le

maréchal

Deftiat, le P.

Joseph, ce gentilhomme qui

cachait tiéremcnt sous l'humble robe d'un cai)ucin ua poliliiiue digne du

cardinal de Richelieu. Silence! et qu'on s'agenouille
litière
le

!

Voici venir dans sa

rouge, escorté par ses gardes du corps, son éminence monseigneur
le
le

cardinal en personne! Qui encore?
,

maréchal de Binui,

le

maréchal
baron de

de Hocpielaure

le

manpiis de Pisani,
le

duc de Bellegarde,
le

le

Thermes,
(jui était

la

princesse de Conti,

poète Desportes,
lettres,
le

duc de Joyeuse,
frère,

un grand protecteur des gens de

cardinal Duperron,
le

l'ami

du poète Desportes, l'archevêque de Sens son
monsieur de Senneterre,
les nouvelles, et qui,

duc de

Sully, mademoiselle et
faite, (jui

celle-ci, belle et bien

savait toutes
lettres,

bien peu s'en faut, a été

une femme de
a

et

son frère Senneterre, l'espion do Richelieu,

l'ami de Mazarin; le maréchal de la Force,

— nous étions chez
on
l'avait laissé

lui

tout
les

l'heure:
Il
il

le

jour de

la

Sainl-Bartlu'lemy,

parmi

morts.
tisan;

était

un des grands amis de Henri
il

IV,

et fort

peu courla

avait quatre-vingt-neuf ans quanti
fois,

voulut se marier pour
le cerf,
il

quatrième

alléguant que ne pouvant plus courir
la

lui était

impossible de demeurer seul à

campagne. Allons encore, allons touvicomtesse d'Orchies, delà maison
(jue la

jours, voici le grand poète lyrique, François Malherbe, le pensionné de
la

reine Catherine de

Médicis;

la

des Ursins, qui n'avait rien de beau
et qui croyait

gorge et

le
:

.tour
il

du visage,
suisses

médiocrement en Dieu; M. des Vvetots
il

s'habillait fort

bizarrement,

avait des chausses à

bandes comme

celles des

du

roi,

rattachées avec des brides, des
et

un pourpoint
son cou,
et
il

manches de satin de la Chhie, un chapeau en peau de senteur, une chaîne de paille à
en cet habit-là; tantôt
il

sortait

il

était vêtu

en satyre, tantôt

en berger, tantôt en dieu, et
lui,

ol>ligeait sa

nymphe

à s'habiller
le

comme
lils

aujourd'hui bergère,
:

le

lendemain déesse; M. de Guise,

du

Balafré

quand
la

il

quitta sa maîtresse, mademoiselle Marcelle,

une perles

sonne de
cheveux

meilleure grâce du
qui

monde, de
e(

belle taille
la

,

blanche,

châtains,
faisait

dansait bien, qui

savait

musifjue jusqu'à

l'écrire, qui

des vers,

dont lespril

était

honnête

et

neuf.

PLACE ROYALE.
iiiiKlenioisellc

61

.Marcelle
Il

composa

celte

cliaiisoii

sur son

ain;iiil

volage

:

s'en va. ce ciuel xainqiiciir.

U
Il

s'en va plein de gloire

;

s'en va

méprisant

mon

cœur.

Sa plus noble victoire;
Et malgré toute sa rigueur.

.le

mémoire, m'imagine qu'il prendra Quelque nouvelle amante
J'en garde la

:

Mais qu'il fasse ce qu'il voudra.
Je suis la plus galante.

Mon cœur me
C'est ce qui

dit qu'il reviendra.

me

contente.

Mais

le

cruel ne revint pas, et
il

la

Au

reste,

était

temps qu'elle mourût,
à

pauvre .Marcelle mourut de douleur. plus dans son il ne lui restait

escarcelle qu'un petit écu de trois livres.
C'est
ainsi

qu'un rien

suffît

cette résurrection des

temps passés.
,

Chantez-moi sur un

vieil air cette

tendre élégie de

la

pauvre Marcelle

je

n'aurai pas besoin de l'accompagnement obligé du luth ou du lliéorbe

pour que
peux ou

je

voie passer devant moi, dans leurs appareils les plus

pomle

les plus

modestes, tous les hôtes de

la

place Royale

:

— Voici
le

connétable de Luynes, cet

homme

qui a volé sa fortune,
il

le

virulent

assassin et le lâche successeur du maréchal d'Ancre;

ne valait guère

mieux que l'homme assassiné
le

et dépouillé si

lâchement; voici
le

ma-

réchal d'Estrées, le digne frère de ses six sœurs;

président Chevry,
le

bouffon de M.
à l'hôtel

de Sully; M. d'Aumont,
;

le

visionnaire,

très-bien

venu
jour

Rambouillet

madame

de Reniez,

madame

de Gironde,

sa fille;
:

M. de Turin, M. de Turin,
le

inflexible magistrat.
je

«

Le roi Henri IV lui dit un M. de Rouillon gagne son procès. veux que
rien
n'est plus
facile, je
si

-—Sire, répondit
longue

bonhomme,
le

\ous en-

verrai le procès, et vous

jugerez vous-même.» Que

cependant celte

liste de noms propres et ces nombreux souvenirs vous étonQuoi d'étonnaient à propos de la place Royale, je vous répondrais nant; souvenez-vous quels ont été les deux siècles qui ont glissé sous
:

ces arcades? Jamais, en

effet, à

aucune époque on

n'a

rencontré plus

d'hommes importants
mis en colère;

:

M.

le

chancelier de Rellièvre, qui ne s'est jamais

madame de Puysieux, qui chantait devant le cardinal de Richelieu toutes sortes de jolies chansons, dont il riait comme un fou. La princesse d'Orange et le duc de Mayenne, qui joue son rôle dans
VAstrée. Qui encore
?

madame

d'Aiguillon, la nièce
à la

du cardinal,
le

si

avare,

qu'on reconnaissait ses jupes
assiégeur de
qui

crotte qui les couvrait;
le

maréchal de

Brézé, qui obéissail à sa servante;
villes,

maréchal de

la

Meilleraie,

un grand
et
le

n'entendait rien a la g\ierre

de campagne:

02
r<»i

l'LACK H OVALE
Louis Mil,
hicn
doiil
il

nous ne parlons pas.

(y<'lail

lui

hcau caNalicr,
il

il

<'lail

à clieval.

mettait bien une aruiee en

lialailh-,

eùlendun'
il

la

l'atigne

au besoin. Ses amours étaient d'étranges am(»nis
la

:

uavail rien
jour,
lui
il

d'un amoureux que
vit

jalousie,

nu

rien le rendait fou

damour. Un
et
il

une jeune

fille

qui plaçait une bougie dans un llambeau,

en-

voya dix mille écus pour sa vertu.

Un

autre jour, mademoiselle d'Ilautelorl

cache un

billet

dans son sein,

le roi

veut avoir ce

billet,

^'t

il

le

prend avec

.J^Ji:

des pincettes.

Ab

!

ce roi-la n'annonçait guère son

tils

Louis XIV,

el

ne

ressemblait gnère à son père
,

Henri IV.

Il

serait

mort plutôt

cpu' d'èlre

amoureux jjoiw toiU de bon connne il disait. Singulier prince, il mouriil avec un grand courage; on alla à son enterrement comme à des noces.
N'oubliez pas Beantru.
Il

ne s'est pas marié parce que

la

reine
il

l'apa

pelait Beautrou, ce qui eût fait

un

vilain
il

nom pour

sa

feunne;

etc

un des beaux-esprits de son temps;
de

était hardi, insolent,

grand joueur,
le

mœurs
jour,
:

et

de religion fort libertin, médisant à outrance;
Il

cardinal

Bichelieu l'aimait pour sa ccmfiance.

avait des réparties fort singulières
il

Un

comme

il

passait devant

le crucifix,

leva

bumblenu'utsou chadil-il.

peau

"

Voilà, lui dit

quehpiun, qui

est

de bon exemple.— C'est vrai,
.

nous nous saluons, mais nous ne nous parlons pas.
roi

Il

disait aussi

du

d'Augleterre. Cluirles

I

"

:

-

C'est

un veau qu'on traîne de marche cm

niarclip, jiis(nr;i ((Mjirdn Icniciicàla bouclieric» nucllciï'tc est-ce
et qui joue

donc

de

ht

viole

de

si l)on
;

cœur!'

Ne

serait-ce pas
le

le

père de made-

moiselle de Lenclos?

Non

c'est

Maugars,

joueur de viole du cardinal.

Un

jour, Bois-Roberl, le bouffon
le

du cardinal,

lit

donnera Maugars l'abbaye
la

de Cràne-Ëtroit, et

cardinal de rire aux éclats de

bouffonnerie. C'était

un bon diable, ce Maugars, plein de
de pauvre diable, et avec cela,
fier

talent, d'invention, de petites ruses

comme un
:

poète qui eût été riche.

Ne

sentez-vous pas une odeur de bergerie, les pâturages sont tout dressés,
les

agneaux bêlants appellent leur mère
et, à

c'est
il

Racan qui chante ses
digne disciple de

idylles.

Figurez-vous un berger gentilhomme,
tout prendre,

était le

Malherbe;

un beau
il

génie, mais distrait, et n'étant jail

mais où
puis pas

il

devait être. Le jour où

fut reçu à l'Académie,

arriva avec

un papier que son chien
le

avait déchiré. Voilà, dit-il,
le sais

mon

discours, je ne

recopier et je ne
(|ue j'y songe,

pas par cœur.
le

Maintenant
l'abbé

nous avons eu cohue dont
il

plus grand tort d'oublier

Tallemand dans
le

cette

a été l'historien

Nous avons eu
sonne,

tort d'oublier

Despréaux

le

satirique, le
;

goguenard. bon sens en peraussi ce serait

bon sens

inflexible et tout d'une pièce
tirer

comme

grand dommage de
le

La Fontaine de
si

cet isolement qui fait sa joie, de

mêler
de

à

ces beaux-esprits

peu

naïfs, de l'asseoir

dans une ruelle,
passer sous les
il

et

lui faire

débiter les jolis petits lieux-communs de chaque jour.
il

Non, ne parlons pas de La Fontaine,

n"a fait (pu'

ombrages de
des rois de
la

la

place Royale;
;

mais parlons de Bois-Robert,
se
fit

a été

un

place Royale

il

de bonne heure

le

complaisant du car-

dinal. C'était

un

boufl'on qui faisait
:

nre

le

maître à tous.

Au

reste, ren;

dons-lui cette justice

Bois-Robert n'a
la

fait
il

de mal à personne en a
visité plus

il

en

a

consolé plus d'un qui était dans
a
la

peine;

d'un qui

était

de l'Académie Française.
"

Je

En un mot, tout bouffon qu'il a été, il a été le fondateur Quand il est mort, il disait encore ce bon mot ne demande qu'une chose, c'est d'être aussi bien avec Notre-SeiBastille.
:

gneur que

j'ai été

avec
je

le

cardinal de Richelieu.

>

Pourquoi donc,
ne pas parler de
la

vous prie, puisque nous sommes
a

à la place Royale,

marquise de Rambouillet? Elle
à

joué à coup sûr
le.

un grand

rôle

dans ce monde
était

part, qu'on

appelle

beau monde.

Madame
a fait

de Rambouillet
à

une personne d'un goût
la vie.

très-lin et

même

exquis, qui s'entendait

toutes les élégances de
l'art

A

elle seule elle

une révolution dans
la

de disposer et d'arranger l'intérieur d'une
l'escalier
;

maison. Elle fut

première qui changea

de place, afin d'avoir

une longue
partant

suite de

chambres

et

de salons

elle avait bâti à
l'air et la

elle-même
et
,

son hôtel. Dans cette maison ainsi bâtie pour que
la

lumière,

bonne

humeur

et la

santé y entrassent de
qu'il

toutes parts
à
la

se donnail

rendez-vous fout ce

y avait de plus galant

cour.

«4
roiit

PLACE I50YALE.
ce qu'il y
avait de hoaux-osprils

dans

la

ville,

(l'est

que

fui

fondée cette grande puissance qu'on appelle la causerie. La marquise de Rambouillet était jeune et belle son esprit était net, sa parole était vive.
;

Elle avait
il

est vrai,

pour ses amis toutes sortes de malices cbarmantes. Molière, dans un des accès de sa mauvaise bumeur, a dénoncé le belmais cependant, quelle que
soit la verve

esprit des précieuses ;

de Cathos,

de Madelon
qui

et

de Mascarille, on ne peut nier que cette langue française,

commençait

peine, n'ait gagné

beaucoup de grâce
si

à être parlée avec
la

tant de soins et d'études, et dans

un

beau salon, par

plus belle com-

pagnie.

Madame

de Rambouillet a été véritablement une des premières
le

personnes qui ont donné

signal au grand siècle.

Madame
et

de Sévigné.

elle-même, est venue un peu plus tard que
elle a été la

la belle Arténice. D'ailleurs,

mère de madame de Montausier, ce rare
le

modeste

esprit,

qui a écrit tant de pages élégantes et simples sous

nom

de Voiture.
fut

Dans ces murs
rêvée et exécutée
d'hiver (1644),
d'elle,
le^s

et
la

pour Lucille-d'Argennes Julie de Rambouillet,

Guirlande de Julie. La fête de Julie arrivait un mois

fleurs

manquaient pour composer un boiupiet digne
(il

M.

le

duc de Montausier
le

était

un peu l'amant de

Julie, et

il

a

attendu bien longtemps qu'elle
à

voulût accepter pour son mari) appela

son aide tous

les

poètes de son temps pour que cbacun apportât une
à

fleur de son choix

cette

guirlande. Vous pensez
!

si

ces messieurs
à cetle fête
le
fils
.

obéirent à cet appel

fait à

leur courtoisie
:

Pas un ne manqua

de

la

beauté et de l'esprit
et

M. d'Andilly

le

père et M. d'Andilly

M. Chapelain

M.

Colletet,
et et

M. Desmarets, M. Godeau, M. de Gombaud
et enfin

,

M. l'abbé de Serisy
lemant des Réaux,

M. de Malleville, M. de Montmor, M. Racan, M.TalM. de Scudéry,

M. Conrart que

l'on peut à

bon

droit appeler avec Rois-Robert le père de l'Académie Française.

Sous

les plus belles feuilles

d'un blanc vélin,

le

fameux maître d'écriture Jarry

se chargea de transcrire cette merveille.

lance dans les airs,

il

tient

A la première page Zéphyre se badune main une rose et de l'autre main la guir;

lande de fleurs peinte par Robert, ainsi que les vingt-neuf fleurs que vous
retrouverez dans les vingt-neuf pages suivantes
il

est bien

entendu que

M.de Montausier n'a pas renoncé
en l'honneur de
la

à jouer sa partie

dans ce concertd'éloges
de messieurs les

femme

qu'il aimait.

Comme chacun

poètes pouvait choisir sa fleur favorite.

Chapelain choisit Vimpériale en

l'honneur de Gustave-Adolphe

le

héros de Julie, M. Colletet et M. de Mon-

tausier avaient choisi la rose, M. de
fleur de ihyni,

Gombault Vamuranthe, M. d'Andilly

la
:

M.Desmarest

la violette, et

même

on se souvient de ces vers

Franche d'ambition, je me cache sous l'herbe Modeste en ma couleur, modeste en mon .séjour; Mais si sur votre front je puis me voir un jour,
l>a

plus belle des fleurs sera

la

plus superbe.

pi>a<:k
Ce
hoaii voliiiiK' ainsi n'iiipli

ijoyale.
relié

«5
par Gaslon,
et

de vers et de fleurs, fut
;

le relieur

de ce beau

madame
mort de

au dehors de Julie d'Argennes; tant qu'elle vécuf, de Montausier conserva précieusement ce monument élevé à son
il

du cardinal de
livre
le

IJiclielieu

avait placé au

dedans

cliinVe

esprit, à ses grâces, à sa beauté, et elle le

montrait avec orgueil. Après
tille

la

cette

dame,

la

Guirlande de Julie passa à sa

madame
fut
le

la

du-

chesse d'Uzés, et à

quinze louis

la mort de cet(e dame, le précieux volume M. Moreau,le premier valet de chambre de M.

vendu
duc do

Bourgogne. M. l'abbé de Ruthelin, M. de Bozes, M. Caignat, M. le duc de la Valliére ont possédé tour à tour la Guirlaudc de Julie. \\\ libraire de
Loiulres
l'a

acheté quinze mille francs, et la revendu à

madame

la

du-

chesse d'Uzés pour quarante mille francs.
destinée des livres.

On

n'a pas tort de parler de la

N'oublions pas, dans notre histoire,
ses folies
;

madame

d'Hyéres,

si

aimable dans

sœur de madame de Montausier, mademoiselle de Rambouillet; et mademoiselle Paulet, qui jouait du luth mieux que personne, et dont le chevalier de Guise fut amoureux si fort. Chose étrange, et qu'on
la

ne sait pas, c'est que mademoiselle Paulet, élégante, jolie, musicienne, belesprit, courageuse et fière, fut la première qui, en France, fut appelée

une lionne. Aujourd'hui,
gloire.

le

titre

de lionne est un grand

titre; c'est

une

Une femme qui

n'est pas
si

une lionne
elle

se croit déshonorée.

Made-

moiselle Paulet ne fut pas

tière,
il

s'emporta fort contre Voiture,

mais

le

nom

lui

en resta. Tant

peu avancée, rien n'est
Si j'avais le temps,
était le fils

que dans uncciviHsation quelque nouveau, surtout en fait de ridicules.
est vrai
je

comme

vous raconterais
il

l'histoire

de Voiture.

Il

d'un marchand de vins, mais

se tirait gaiement d'affaire en
et

disant qu'il avait été réengendré avec
bouillet. C'était

madame

mademoiselle de Ram-

un

bel-esprit

que l'amour.

Il traitait les

le jeu, mais le jeu plus plus grands seigneurs avec un sans-façon et un
;

il

aimait l'amour et

sans-gêne merveilleux.

Un

jour,

il

mena chez madame
dans
la

de Rambouillet

denx grands ours
la

qu'il avait rencontrés

rue.

Il

mettait facilement

main àl'épée.

Il

mourut,

disait

mademoiselle Paulet,

comme

le

Grand-

Seigneur, entre les bras de ses sultanes. C'est lui qui dit ce
le

joli

mot sur

sermon
n'ai

jeune Bossuet, qui avait alors quatorze ans lorsqu'il prêcha son premier à l'hôtel de Rambouillet, un quart-d'heure avant minuit « Je
:

jamais entendu prêcher ni

si

tôt, ni

si

tard.» Songez donc que

toute la famille des Arnault a passé dans la place Royale en y laissant son empreinte. La marquise de Sablé a vécu dans cette grande maison à côté de la comtesse de Maure porte à porte mais elles se
, ;

visitaient

chaque jour par

écrit. C'étaient

deux

frileuses.
la

dant

la

comtesse de Maure

était si

décida à descendre l'escalier

malade que pendant que l'on

Un jour cepenmarquise de Sablé se
au-dessus de sa

()ortait

9

liii

FLACE U()YAM:.
li;il(liii|iiiii

|(ip le

(lu

lit

(le

la

ciiisinicro.

Dame

!

ce sont

des

liistoii'cs

d'autrefois

;

on devine, on reconnaît tout un siècle
faisait partie, lui aussi,

à ces sortes

de

loisirs.

Le maréchal de Grammont
et quels

de cette société choisie,
!

beaux contes

il

leur débitait du plus grand sang-froid
et

Là, venait

tout rempli de

morgue

de science,

le

président Jeannin, qui osa

défendre Laon contre Henri IV. Après

la paix,

Henri IV voulut
il

l'avoir, di-

sant que puisqu'il avait servi tidelement un petit prince,
servir

pouvait bien

un grand

roi.

Un

jour que la reine-mère

lui avait

envoyé une grosse
disant qu'une ré-

somme

d'argent, le président renvoya cette

somme, en
fils

gente ne pouvait disposer de rien tant que son

était

mineur. Mais, plus
de Rambouillet ap-

nous allons et plus ces hommes du passé
révêque de Vence, M. Gombaut,
pelait le beau ténébreux.
et ses
le

se

montrent à nous. M. Gombaut,

poète, que

madame

Son plus grand chagrin eût
misère

été qu'on sût sa misère,

amis lui faisaient croire que l'argent
roi.

qu'ils lui

donnaient

était

envoyé

parle

Gombaut,

c'est toute la
il

et toute la fierté

du poète. Chapeplus mal
la

lain fut tout

au rebours;

était le plus vanté, le plus riche et le

vêtu de tous les beaux-esprits.
fois à

Quand
il

il

fut présente

pour

première

madame

de Rambouillet,

portait

un habit de

satin colombain,
et

doublé de panne verte, et passementé de petits passements colombains
verts, à œil de perdrix;
il

avait à

son chapeau un crêpe qui,

à force d'être

PLACi:
suMir,
Cable,

I50YALK.
;

(i7

porte, elail deveiui couleur de teuille uiorle
il

;ivec

un vieux

lolillou de sa

s'était

t'ait

uu justaueoips en
fait

talTelas noir; sa perru(|uc est
était hàli l'auteur

une

Boileau en

a

un poème. Ainsi
la
tille

de

la

Pucclle.

Vous aviez aussi dans ce temps-là
et la

reine de Pologne, pauvre reine,

duchesse de Croi,la
le

de niadame d'Urfé. Faites place et rangezc'est le plus bel-espritdela cour.

vous, voici

maréchal de Bassompierre,
passe toutes ses
le

La reine

lui

folies.
la

chancelier Séguier

saluent de
le

Le cardinal La Rochefoucauld et le main, tandis cpie Jodelet se met à
faire

vendre des barbes pour

parlement de Metz, qu'on venait de remplir de

jeunes gens. Mesdames de Hohan s'en vont aujourd'hui

une
à

visite à

madame
selle

de

la

Maisonfort. N'eutendez-vous pas venir Fontenay Coup(|ui

d'Epée";' c'est

un brave
tille

va rendre sa visite de

chaque jour
le

mademoi-

Férier, la

du ministre. Dumoustier,

dessinateur, i»erd son

temps

à dire des injures à tout le

nmnde. Le président Le Coigneux court
il

après les belles dames; puis, quand

rentre chez lui,
le
:

il

dit

:

Je vais voir

ma

vieille,

en parlant de sa femme. M. d'Emery,
il

Unancier, l'ami de

Marion Delorme,
c'était le

avait gagné neuf millions en dix ans

on
et

disait de lui

(|ui'

plus
à

damné des hommes. Desbarreaux jure
quatre chevaux, Marion Delormi!,

s'emporte. Dans

sa

voiture

magnitique et dépen-

sière,

mène

la vie à

grandes guides
et

et

meurt

à trente-neuf ans, laissant

pour 20,000 écus de dentelles
(pii

pas un sou d'argent comptant. Cet esprit

passe tout là-bas, c'est Pascal; cet

homme

({u'on salue jusqu'à terre,
la

c'est le

maréchal de l'Hôpital. N'auriez-vous pas aimé
de
si

comtesse de La

Suze
de

ipii faisait

jolis vers et

des élégies
le

si

touchantes;
;

madame
le la

de

Jeaucourt, qui était
.Nicolaï,

si jolie et

qui a été
si

modèle des mères
le

présideni

dont

la

jeunesse fut

orageuse;

père André dont
le

parole

brutale et toute remplie de violences était loin d'annoncer

père Bourda-

!oue et

le

père Massillon

(|ui

n'étaient })as loin!

Que dites-vcms de ma-

dame
lon,

Pillon, la sincérité

même,

qui avait bouche en cour;

madame

Pil-

une simple bourgeoise,

à force d'espritetde boutades piquantes, était

également redoutée à
avait les
vait, si

la ville et à la

cour. Et

madame
la reine.

de Moutan, qui

mains aussi belles
M. Costar.
:

(jue les

mains de
tille

Et

madame

d'Ay-

colère qu'elle a pensé tuer sa

d'un coup de poing. Et, parmi

les beaux-esprits,
sait

Un

jour, dans cette

même
un
:

place Boyale, pas-

madame

de Longueville

sa chaise se brise;
la

graïul laquais se pré-

sente pour venir en aide à
dit-elle.

madame

duchesse

«

A

qui êtes-vous

:*

lui

— Je

suis à M. Costar.

— Et

qui est-ce M. Costar?
dit?
le

— C'est un
me

l»el-esprit,

croire,

Et qui te l'a madame. madame, prenez la peine de

— Si

vous ne voulez pas
à

demander
le valet si

M. Voiture.

— Tel

itiaiire, tel valet, dit la

duchesse, voyant

beau
le

et si bien élevé.

Songez
p*'lle,
il

(Unie enliu, (|ue
le

parmi ces hommes, que

Marais nous rap-

faut com[iter

cardinal de l^etzel M. de

l{(M|tiel;iur(' ri

madame

68
de
la

PLACE HOYALE.
Roclie-Guyon, chantée par Benscrade,
el la
la

Serre el

la

(lalprenede.

Vous ne pouvez pas comprendre quelle
l'ennne d'esprit
,

était

toute-puissance

d'une
l'esprit

de

madame
de

de Cornuel, par exemple. C'était
la

en personne

;

elle disait

religion

,

déjà

!

la

religion
l'ut

n'est

pas

mourante, mais seulement défaillante.
(If's

Un
la

jour qu'elle

arrêtée par
:

voleurs

,

un de ces bandits

lui

mit

main sur

la

gorge

«

Vous
»

itavez que

Faire là,

mon

ami.

lui

dit-elle, je n'ai ni perles

ni tétons.

L

/-.Ç/V'ï^-''

Ne

quittons pas celle place Royale, où s'est dépensé tant d'esprit, tani

de grâces et tant d'amours, sans saluer de nos regards et de nos regrets
l'hôtel Carnavalet
:

De

cette

maison, aujourd'hui silencieuse, est

sortie,
ail

tout armée, la langue française et la plus belle langue
parlée, la langue de

que

la

France

madame

de Sévigné.
il

C'est ainsi que dans cette heureuse ville

n'y a pas

un coin de

terre,

pas une ruine, qui ne puisse servir à écrire quehpies l)eaux chapitres tous
remplis des plus grands
s'agiter

noms de l'histoire, et dans lecpiel vous verriez au milieu des espérances, des déceptions et des progrés de tous
el les

genres, les plus nobles, les phis illustres

plus excellents esprits.
.Iules .Ia.mn.

ïjp. Lacrampe.

Rue Pierre-Lescot

PIERRE-LESCOT

es rues,

comme

leur destinée.
je

les hommes, ont En matière île viabilité,

suis fataliste;

non point que
les

la

grande

et la petite voirie
la loi
,

ne subischoses

sent aussi

de toutes
,

humaines l'instabilité mais de même que certaines familles conservent, au milieu de toutes les révolulions, le

dépôt sacré des traditions

de l'ancienne société, certaines rues

perpétuent
cienne
({ue
,

la

physionomie de
qui

l'an-

ville. Il
tel

y a telle place publi,

carrefour

par une

force mystérieuse et providentielle,

semble éternellement voué
spécialité.

à la

même

Je ne sais quel

instinct

secret pousse sans cesse les
classes

mêmes

ou

les

mêmes
lieux.

professions

\ers les
les

mêmes
les
,

Les voleurs,
les
filles

liions,

mendiants,

publi(pies
l)as

les

saltimbanques n'ont
qu'ils

quitté tous les repaires

habitaient au moyen-àge.

Supposez

un tremblement de
quelque temps

terre qui boule-

\erse Paris, vous verrez au bout de

ces oiseaux

de

la

civilisation revenir par

bandes peuils

pler les
établis

quartiers

étaient

autrefois.

Ainsi l'hirondelle

ne leironvaut plus son nid

nu

re-

70
lour, en bàlil

HI'K

PlKMKh:

-

LKSr.OT.

un nouveau à la place on s'ahritail s-a ileiiiiere couvée. iNous parlerons tout-à-l'lieure des hirondelles de la rue IMerre-Lescol disons quelques mots auparavant de la rue elle-même. Le lecteur verra
;

l»ien

que nous avions raison de soutenir

(pi'il

y a

des localités pre-

tlestinées.

Nous sommes en plein moyen-âge, en 12G7; c'est le idnsliaut (pie nous puissions remonter pour trouver trace de notre rue mais était-ce liien une rue que cette réunion de maisons basses, recouvertes en chaume
;

pour

la

plupart, et situées sur l'emplacement dont nous nous occupons? en croire les chroniques, rien n'était plus rue que la rue

S'il l'aut

J(;an-Saint-l)cnis.
la

nom

(pi'elle

devait sans doute à quelque niemhre de

taniillc Saint-

Denis, qui comptait des chanoines dans l'abhaye de Saint-IIonoré. SaintDenis, nom illustre, maintenant porté par des caholins de province!

Mais ne sortons pas de notre rue. La rue Jean-Saint-Denis n'avait point
tenir à la capitale,
elle

a cette époijue

riioimeur d'appar-

faisait
la

probablement l'ornement principal de

quelque village place sous
bien elle composait à
elle

protection de l'abbaye de Saint-llonore, on

seule

un de ces hameaux groupés sur
les rives

les ver-

doyants monticules qui bordaient
notre rue dans toute
la

de

la

Seine.

Il

me

s<,'nil)le

voir

laideur pittoresque de sa physionomie gothique. Des chauniiéres lézardées, du fumier en guise de pavé, de la mousse sur
les toits, la lanterne

de

la

vierge du coin pour tout éclairage. Des jardins
la rivière.

derrière les maisons; derrière les jardins,
à cette

J'imagine que dvp,

époque,

il

devait y avoir des cabarets dans
les

la

rue Jean-Saint-Denis,
el

cabarets

renommés on

étudiants, les bohèmes, venaient ripailler

paillarder, suivant l'expression consacrée.

Quoique

la tradition soit a

peu

prés muette à cet égard, on peut affirmer (pie le moyen-âge a pris ses ébats dans cette rue; c'est lui évidemment qui a montré la route a la renaissance, au dix-septième siècle, à son tils dénaturé, on plutôt à son coquin de neveu, le dix-huitième siècle, à la république, à l'empire, à la
restauration, et enfin à la révolution de juillet.

Sautons quelques

si(;cles à

pieds joints.

11

n'y a pas

longtemps

(pie je

moyen-âge
la

a

rendu

le

dernier soupir. Le hameau, perdu sur les rives de

l'a coniisqué à son Les chaumières disparaissent pour faire [)lace a des maisons; les tavernes où les disciples d'Abeilard venaient oublier les combinaisons

Seine, est devenu une rue de Paris. La capitale

profit.

ardues du

sic et non,

Oue de

fois Villon a

sontdevenues des cabarets où vont s'enivrer les poètes. dû laisser sa dernière rime et son dernier son sur la
Si l'aflreuse hijtellerie

talde de ces salles

enfumées!

de Macette a existe

autre part (pie dans rimaginalion de Régnier, croyez bien que c'est dans la rue en (pieslioii tpiij faut la chercher; je suis sur qu'elle s'ouvrait jusle a rcnilroil ou scb'vc maintenant ïliiitri ,}r Calais ou Miolrl ilr

r.LE
France.

PIERRE-LESCOT.
(icvifiinoiit

71

Que

voiilcz-votis

que

des hôtels

sni'

de

piiioils

ciii-

placeinents?

Le

roi des riliauds ef(Mi(lil sa jinifliction

sur

la

nie .lean-Saint-Denis

;

souvent ce monarque vint y tenir cour plénière

et y jugci' les

différends

de ses sujets. La salle principale d'un bouchon était métamorphosée en
tribunal.

Le juge souverain montait sur une
Des femmes,
les

table et les plaidoiries

com-

mençaient. Quel auditoire on devait voir entendre
!

et (juelles plaintes

on devait

cheveux épars,

la

voix rauque, les vêlements en

désordre des
;

hommes

déguenillés, barbus, sinistres, cachant un poignard
les lèvres el

dans leur ceinture; des matrones ridées, au chef branlant,
le

menton couverts de ce duvet
cpii

rpie l'école

romanti(pie appelle des moisiscicatrices et

sures. Voici Cocarde

montre ses épaules couvertes de
la

qui

demande réparation de

volée que lui a administrée
à la suite

la veille le ter-

rible

Bombardier, lansrpu^net licencié
à ce

de

la |)aix, et

maintenant
Housse

Adonis de carrefour; place

brave

homme

au

grtts

ventre! c'est un
la
et
la

marchand étranger
charmante,
était entre

cpii

réclame sa bourse

<pie

Jeanne

lui a soustraite

entre chien et loup, c'est-à-dire i)endant qu'il

deux vins;

faites silence

maintenant pour écouter
le

les

lamentaet des

tions chevrotantes de cette vieille qui réclame

prix des

meubles

pots cassés à

la

suite d'une orgie de ces messieurs et de ces
les

dames. On
lansquenet

échange des interpellations,

démentis s'entrecho({uent;
la

le

montre

le

poing

à

Cocarde

;

Jeanne

Rousse

fait la

nique au gros marla

chand

;

la vieille

discute ou plutôt glapit à propos de

valeur de ses
fait et

bahuts. Les spectateurs, en attendant leur tour, prennent

cause
s'élè-

pour l'une des parties. Dés que Cocarde ouvre
vent à l'instant pour l'encourager;
font entendre;
si elle

la

bouche, mille voix

pleure, mille gémissements se
rire

Bombardier
le

a des

amis dévoués, mais leurs éclats de
;

ne peuvent dominer

bruit des sanglots

le

gros marchand jure et blas-

phème,

la

Rousse

se tord les côtés, l'hôtelière se précipite

aux genoux

du juge,

tumulte esta son comble; c'est un charivari discordant, un brouhaha, un sabbat véritable. Le roi des ribauds fait un signe, et ses
le

archers, qui, en guise d'arcs, portent de bonnes et belles hallebardes, rétablissent le silence à grands coups de bois de lance. Alors Sa Majesté très-

peu catholique se lève
des condamnés et
le

et

prononce

la

sentence,

la

force

armée s'empare

monarque transporte
la cité.

ses assises ambulantes dans

quelque rue borgne de
tait

au quinzième,
la

et

même

Voilà le magnifique spectacle que présenau commencement du seizième siècle, un
le

cabaret de

rue Jean-Saint-Denis,

judiciaire avait seul le privilège d'allumer

premier de chaque mois. Ce cabaret une lanterne rouge devant sa

porte, depuis le crépuscule jusqu'à l'aurore, et de

donner

asile à tous

ceux qui se présenteraient

à

quelque heure de
à

la

nuit que ce fût.

Bon sang ne peut mentir. Vous jugez

présent des progrès qu'a suivis

72
notre rue depuis
le

lU E

PIERRE -LESCOT.

un rendez-vous cliampède ou moins fines des basses classes de la population parisienne une espèce de Meudon populaire. Une fois englobée dans Paris, ses bonnes dispositions ne font (pic croître et embellir. La paysanne
nioyen-Jige. (l'est d'altonl

pour

les parties plus
,

un peu

égrillarde est devenue

une véritable gourgandine. Le temps
les
fils

n'est

pas loin où sa réputation francbira les barrières, et où
des provinces de France recommanderont à leurs
rpientation avec elle.

pères et mères

d'éviter toute fré-

Il faut avouer aussi que jamais rue ne fut plus convenablement située pour devenir un admirable coupe-gorge, un délicieux clapier. Sous Henri IV, déjà la rue Saint-Honoré avait i)resquc accpiis le développement

qu'on

lui voit

aujourd'hui

;

elle roulait,

d'un bout de Paris à l'autre,

comme

luie vaste rivière, les

vagues toujours mouvantes d'une population comles états,

posée de gens de tous

de tous les quartiers, de tous les pays.
la vie

Ce

fut cet

encombrement qui coûta

au Réarnais. Le Palais-Royal
la

opère sa jonction avec ce fleuve, juste devant

rue dont nous parlons

qui n'est qu'une sorte d'exutoire, une espèce de canal où se jettent toutes
flottent à la surface de l'eau. Du côté du nord, notre communication s'ouvre sur des espaces vagues dont l'étendue était considérable à une certaine époque. Les décombres toujours amoncelés pour l'achèvement du Louvre, les accidents du terrain, la solitude
les

immondices qui

voie de

qu'on

était

sûr de rencontrer en de

tels lieux, les

rendaient essentielleles

ment propices

à l'exécution de tous les

crimes

et

de toutes

turpitudes

qui ont besoin du silence et de la nuit.


le

les voleurs

tenaient leurs
le vieillard

conciliabules nocturnes, làl'enfant ignorant,

moine obscène,

dévoré d'une luxure
à

stérile,

venaient chercher une satisfaction honteuse
l'assassinat étaient
et

d'impurs désirs

;

là le vol et

pour ainsi dire endéne
la

miques; d'abjectes syrènes attiraient leur proie

rendaient plus.

Au

dernier coup du couvre-feu, bandits et ribaudes prenaient possession
la nuit.

de leurs domaines et faisaient

la maraude jusqu'au milieu de Tout ce peuple maudit rentrait ensuite dans les repaires que lui

offrait la

rue voisine

;

alors, sans

prendre

la

peine d'essuyer les mains tachées de
baisers, les blasphèmes; et
la main de la police du meurtrier, et le poignard

sang, commençait l'ignoble orgie,

le vin, les

de semblables nuits se succédaient jusqu'à ce que
arrachant
à
le
,

verre et la chanson aux lèvres
lui

son bras

ménageât un

terrible et dernier réveil

en face de

l'é-

chafaud.
L'histoire de la rue Pierre-Lescot peut se résumer dans ces quatre mots, assassinat, vol, misère, prostitution. Cette rue n'a-t-elle donc jamais

connu l'innocence,

et n'a-t-elle pas
le fut

eu ses beaux jours
;

?

Innocente, elle ne

jamais
a

son enfance et sa jeunesse ont été

passablement agitées,

comme on

pu s'en convaincre par ce que nous

RUE PIKUUE-LESCOT.
venons
les

75
;

thnlirc. J'aime à croire

que

l'âge

mûr

l'a

trouvée plus raisonual)le

rues deviennent peut-être vertueuses à trente ans
eut dit que
le

comme

les

femmes.

Un moment, on
N'importe

repentir l'avait touchée, (réiail au dix-luiise repentait alors.
le

tiéme siècle; vous savez
!

comment on

un beau matin, notre rue éprouve

besoin de faire peau

neuve, de se dépayser; elle veut changer de nom, ne pouvant changer de
(piartier.

Soudain, un badigeonneur se présente
le

et efface le

nom

de Jean:

Saint-Denis pour

remplacer par celte désignation plus gracieuse Rue du Panier-Fleuri. La mode était alors aux choses champêtres je m'étonne que l'imagination rustique des hommes de l'époipie ne se soit pas
;

davantage exercée sur

les

rues de Paris; nous aurions eu
la traverse

li\

place du

Chalumeau,

\e

carrefour delà Coudretle,

Philis.X^ passage de
le

la Houlette et le cul-de-sac

Corydon. Tous ces noms-là valent bien pour
(pi'il

moins ceux d'aujourd'hui. Quoi
acte de celte trilogie, (huit
le le la

en

soit,

nous voici arrivés au second
intitule Jean-Saiut-Denis; le

premier est
célèbre

second,

le

Pauier-Fleuri
ci'tte

;

i^l

troisième Pierre-Lvscol.

Etait-ce dans
à l'enseigne

rue (pie

du Panier-Fleuri, ou bien ce

madame Grégoire tenait son cabaret nom «l'est-il qu'un témoignage

elle

du succès obtenu par cet établissement, et la bonne ville de Paris avaitfaitcomme ces marchands qui choisissentpour exergue à leur enseigne
le titre

de

la

pièce

la

plus applaudie pendant l'année? Je penche décidé-

ment pour
que
la

cette dernière version, aussi flatteuse
à sa gloire. Il

pour madame Grégoire
(pu'

chanson consacrée

me
effet,

semble

sous l'influence

de sa désignation nouvelle, notre rue dut prendre une allure plus jeune,
plus riante, plus gaie. Les maisons, en
à la

furent recrépies et passées

chaux,

les

enseignes remises à neuf,
;

et l'on vit

des vases de fleurs
la

au rebord de quehpies fenêtres
sieurs grisettes. C'en est
vieille souillure
fait,

indice certain de

présence de plula

la

rue Jean-Saint-Denis a rejeté toute

du moyen-âge,

elle va renaître
!

aux fraîches amours, aux

chants joyeux,

les grisettes l'ont sanctifiée

Le dix-huitieme
époque, en
ert'et,

siècle a été l'âge d'or de la rue Pierre-Lescot; à cette

la

mode était aux cabarets, aux grisettes,
les

à tous les plaisirs

de

la vie

en plein air;

Porcherons n'étaient pas

le

seul endroit où les

grands seigneurs aimassent à s'encanailler. Plus d'un désertait sa petite maison sombre et mystérieuse, pour les joies plus épicées des caravansérails publics.

La rue du Panier-Fleuri eut des gargottes
;

privilégiées (pii se

donnèrent le luxe de quelques cabinets particuliers
le

le

manpiis, déguisé sous
de sa

manteau couleur de

nuiraille

du

tiers-état, y conduisait la lingère

femme, taudis que dans l'appartement
le

à c(îté, la

manpiise

faisait

couler

Champagne dans

le

verre d'un

homme

de lettres, ou d'un jeune comle

mis aux gabelles. Une simple cloison séparait
raître (piehjues plaïuhes, et les

ménage. Faites dispasurprennent
10

deux moitiés de

la société se

74

RUE PlEUnE- LESCOT.
el la driiiocialie

en llagrant dolil. L'arisUtcratie

coiilraclaient ainsi

une

alliance dérobée, en attendant le jour de la

grande fusion révolutioinïaire.
:

Un peu de lumière
les
;

et

de gaîté pénétra alors dans cet enfer ténébreux

chambres nues et froides de ses maisons virent quchpies gracieux visages il y eut moins de taudis et plus de mansardes la reine hideuse de
;

cet empire, la misère dégradée, disparut

pour

faire place à la

pauvreté

riante qui espère, et si le passant attardé entendait encore

au rez-de-

chaussée des chants qui troublaient

le

silence de la nuit,
cpii

il

voyait briller

aux

étages les plus élevés

des lampes

n'étaient pas celles de la déet

bauche. La rue du Panier-Fleuri devait, toutes convenances de siècle
de civilisation gardées,
tent de
offrir à

peu près

le

même

spectacle que présenla

nos jours certaines parties du quartier Notre-Dame-de-Lorette,
!

rue La Perrière, par exemple. Ilèlas

ce-

temps heureux
le

fut de courte
la

durée; peu à peu les anciennes habitudes reprirent
de hibous, chassée un instant par
micile, des
la clarté, reprit

dessus,

nichée

possession de son do-

femmes en oripeaux
le

se

promenèrent

à l'angle

de

la

rue Saint-

Honoré

;

on retrouva des cadavres au milieu des landes architecturales,

sur lesquelles

Louvre continuait à ne pas se

finir, et le

lieutenanl de

police fut oblige d'inscrire sur son livre noir le

nom

ydilli(|ue

du Panier-

Fleuri.

Les gardes-françaises furent
ce corps,

les

instruments principaux de cette décacpii

dence rapide. Je ne voudrais rien dire

pût nuire à l'estime dont jonil
remar(|uer, maigri* l'enh^s

mais

je

ne puis m'empècher de
a depuis

le faire

gouement

(pie l'on

quelque temps pour eux,

soldats des

gardes-françaises étaient bien les plus mauvais sujets de l'armée. Le
garde-française est charmant avec son habit blanc à revers bleu de
lorsqu'ayant à son bras une jeune beauté qui baisse les yeux,
il

ciel,

frise ga-

lamment
matière
à

sa

moustache en montrant

à sa

compagne

les lilonds épis

de
y a

la

moisson nouvelle,

asile discret qui doit abriter leurs

amours.
le

Il

de ravissantes aquarelles; en dehors du dessin,

garde-fran-

çaise est ce (pi'on peut appeler

un garnement

fort

peu sentimental de sa

nature, nullement scrupuleux dans les alfaires de cœur, et raccoleiir plus

que

les nécessités
le

du

service ne le permettent. Faire le raccolage sur le

Tout-Neuf, sur

quai de la Ferraille au profit du roi de France, ne lui

suffisait pas; plus

d'un enrôlait des défenseurs à

la patrie et

des amants à
la

ses maîtresses. Quelles maîtresses!

bon Dieu, que

les

beautés de

rue

du Panier-Fleuri

!

(tétait là

cependant qu'ils choisissaient leurs oda-

lisques. Plus d'un riche financier, |»lus d'un
iioiirgeois

abbé trop galant, plus d'un

en maraude, payèrent cher leurs excursions sur les terres de

ces braves guerriers.

Que de

fois
vit

entrouvrant tout-à-coup une armoire
des soldats français feignant
les transet

cachée ou une porte secrète, ou
ports de
la

plus vive jalousie, internmipre nu entretien

commencé,

UUE i'IEUUE-LESCOT.
interposer
pris
la laine

75

de leur épée

eiilre
tel

en pareil

lien, et

dans un

deux caresses. Honteux d'être surmoment, l'amant improvisé oItVait sa

Itourse. Je

vous laisse à penser

si elle était

acceptée, non sans

cpieltiiies
Il

difficultés cependant, afin

de ménager
([ue la

l'illusion
A\\

de

la

mise en scène.
le

ne se passait pas de nuit sans

rue

Panier-Fleuri ne fût

théâtre

de semblables tours. La chronique scandaleuse du temps était pleine de
ces mésaventures; on

nommait

tout haut les victimes du

drame,

et les

Mémoires, indiscrets confidents des médisances de l'époque, nous ont transmis les noms de plusieurs d'entre eux. Un prince, deux évêques,
trois financiers,

un acteur de

la

Comédie Française furent rançonnés
les

dans

la

rue du Panier-Fleuri, après être tombés de cette façon entre
sous-officiers

mains des
militaire.

aux gardes;

les sergents surtout étaient passés

maîtres dans ces jeux qui faisaient pour ainsi dire partie de l'éducation

Les moeurs de l'armée se sont bien améliorées depuis,
les gardes-franraises

et heu<('

reusement pour leur réputation,

ont

raclu'l*'

7(i

KUE PIE H HE -LE SCO T.
l'ossés île
la

passé légèrement scabreux «levant les

Bastille, et sur les

champs de

bataille

île la

répnbli(|m'.
à l'intelligence

Cette digression militaire était indispensable
l'histoire ipie

complète de
ell'et,

nous avons entreprise. Au dix-buitieme
le

siècle,

en

elle se

résume tonte entière dans

garde-française,

comme sous la rèpnbli(pieelle
le

s'identifie avec l'existence

des fédérés.

On

se souvientde ces bataillons de

volontaires, que les départements envoyèrent après

10 août, pour j)ousser

à la roue révolutionnaire. L'énergie des Marseillais, la fermeté des lire-

tons, la vivacité des

Languedociens, toutes
le

les forces
la

de

la

France furent
Il

mises en réipiisition ])our traîner

char de

république.

fallait

bien

que tons ces hommes, dans
bassent quelques minutes à

la

force de l'âge et de l'enthousiasme, ib'ro-

la

chose publique pour

les

donner

à l'amour.
:

La rue du Panlev-Flcnri

i)résentait alors

un curieux spectacle
à

on

vit les

beautés peu désintéressées de ce quartier, saisies

leur tour de
la

la lièvre

patriotique, offrir gratis leurs faveurs aux défenseurs de

liberté; elles

aussi voulaient faire un sacrifice à

la

|)atrie

;

elles couraient

au-devant

des fédérés étalant sur leur sein deshonoré une large cocarde tricolore;
elles les entraînaient, elles les portaient

en triomphe, pour ainsi dire, dans

leur ilemenre, et ccnume on avait

le

courage,

la

vertu,

le

désintéresse-

ment, on eut aussi l'amour civique. Plus de refrain

baclii(pn', pins de
11

chanson obscène, mais
ces

la

Marseillaise, partout et toujours!
la

suftit
(jui

d'un

noble enlbousiasuK^ pour ramener à

vertu, et certes celui
le

eut vu
a
l'a-

femmes

à

genoux,

les

yeux levés vers
appelant
:

ciel, faisant

un appel

mour

sacré de

la patrie, et

la liberté

au milieu de ses défenseurs,
!

celui-là n'eût pas osé dire

Voilà des prostituées

Je suis étonne que personne n'ait songé à
le

demander

alors d'échanger

nom passablement

rococo et aristocratique de cette rue, contre une
le préfet le

désignation plus républicaine. Ce ne fut qu'en 1800 que
lice se

de

j)o-

passa cette fantaisie. La rue du Panier-Fleuri prit

nom
sous

de

Pierre Lescot, seigneur de Clugny, près Versailles, et de Clermont, conseiller

au parlement, chanoine de Paris,
II,

et célèbre architecte

les

régnes de François I" et Henri

Le vieux Louvre,
et à

c'est-à-dire la galerie

occidentale a été bâtie sur ses dessins et sculptée par Jean Goujon. C'est

pour honorer
Louvre, que

la
la

mémoire de Pierre Lescot,
un chanoine,

cause de sa proximité du

rue du Panier-Fleuri fut débaptisée. C'est un singulier
ipie d'inscrire

honneur que

l'on a fait à

son

nom

au fronton

d'une pareille rue.

Depuis l'empirejusqu'à nos jours,
n'ont pas été des plus brillantes,
si

les destinées

de

la la

rue Pierre-Lescot
période de l'inva-

l'on

en excepte

sion. Ceci est le revers de la médaille, la contre-partie de l'enthousiasme

républicain chez les prostituées de Paris. L'argent enlevé aux chaumières

de

la

Champagne

afthiait

dans

les

lupanars de

la

rue Pierre-Lescot: Au-

HUE PIERRE-LESCOT
trichiens. Prussiens, Cosaques, Tartares, venaient là jouir à leur
(les plaisirs

77

manière

de

la capitale.

A

leurs chefs, le Palais-Royal
la

;

à eux, les ruelles

voisines.

Quelle joie pour ces barbares de sentir

main d'une femme
;

souriante passer dans les

poils hérissés de leur barbe rousse
le suif!

qu'im-

porte l'odeur qu'ils exhalent, l'argent ne sent pas
ceries, rien n'était
les tabliers, les

Caresses, agajetaient sur

épargné pour plaire à ces sauvages

(jui

chaînes d'or, les boucles d'oreilles, les bijoux, fruits de

leurs rapines. Aussi vit-on les Mis des

Huns pousser, comme

leur aïeul

Attila, le plaisir jusqu'à l'apoplexie, et se tuer

de luxure. La rue Pierre-

Lescot coûta à l'armée russe autant qu'une bataille. Au milieu de ce hi-

deux dévergondage, on

cite

un

trait qui

démontre que

la lierté

n'abdique
tille

jamais complètement au cœur des femmes. Une malheureuse
prostitution, échut à

sé-

duite, et tombée, par suite de l'abandon de son séducteur, dans l'abîmede
la

un

sous-ofticier

cosaque dans

le

partage d'une

nuit.

Parmi
la

les

bijoux que son vainqueur faisait, en vrai barbare, reluire

à ses yeux, elle

reconnut un médaillon de famille (pw son

frère, sergent
il

dans

garde, portait toujours sur son cœur. Pourl'en dépouiller,

avait

fallu le tuer.

La pauvre

fdle était obligée

de se livrer au meurtrier de son
la

frère.

La résistance
le

était imi)ossible,

mais non pas

vengeance. Penprit

dant que

cosaque assouvi se

livrait

au sommeil, Judilh

un des

pistolets d'Olopherne et lui brûla la cervelle.

Le lendemain

elle lit l'aveu

complet de son crime,
prison.

et

des inolifs qui l'avaient guidée. Elle mourut en

Après
iu>uvelle.

la révolution

de

juillet,

la
(jui

rue Pierre-Lesrot obtint une vogue
suivirent ce

Les premières années
la

changement furent

le

dix-huitième siècle de
et

bourgeoisie.

On

aimait aussi à s'encanailler,

comme

le

choisissait de préférence,

romantisme avait mis le moyen-âge en odeur de sainteté, on pour faire l'école buissonnière, les lieux qui

rappelaient les

mœurs du

vieux Paris.

A
la

ce titre, la rue Pierre-Lescol

eut les honneurs d'une exhumation complète. Les étudiants, les clercs de
notaire, les

hommes

de lettres visant à
la

porte Saint-Martin, se réunisles

saient là pour broyer de

couleur locale, et faire
la

truands.
,

On

allait

dans

la

rue Pierre-Lescot voir

maîtresse de M. Coco
la

premier valet de
la

M. Sanson, tourmenteur juré de
de loin
à
,

bonne

ville

de Paris; on
la

regardait

et

après cette orgie, on rentrait chez soi mettre
intitulé la Reine des Gourgandines.

dernière main
il

un roman

A

cette

époque

n'y avait

plus ni saltimbanque, ni prostituée, ni mendiant; on était amoureux

d'Esmeralda, on voyait partout des Chantefleuries, on donnait un sou
parisis au grand Coësre. L'argot
et l'on prêchait

commençait

à

poindre dans
de
la

la littérature,

ouvertement

la réhabilitation

chair eu prenant du
être

punch rue Monsigny. Vous comprenez en quelle haute estime devait
la

rue Pirvrc-Lesrot chez les amateurs de poésie

et

de philosophie pitto-

78
resqiies.

RUE PIERRE-LESCOT.
Aujourd'hui cet engouement n'existe plus, et
la

rue Picrre-Lcscul

est redevenue ce qu'elle n'a jamais cessé d'être, c'est-à-dire un des plus

complets échantillons de

la

misère

et

de l'abjection parisiennes.

En
les

traversant la rue Pierre-Lescot on s'aperçoit qu'elle n'a rien perdu

de sa physionomie impériale. Les devantures de boutiques, les enseignes,
ustensiles dont on se sert dans les cafés
la

datent encore de

180().

Entrez dans

des pendules

boutique de ce marchand de bric-à-brac, vous y trouverez à sujets mythologiques, des fauteuils avec des aigles
des canapés carrés en
velours d'UtrechI
le

sculptés, des vases d'albâtre,

jaune,

toute la défroque enfui

des tapissiers de l'empire. Pendant

jour, cette rue n'ollre rien de bien curieux; elle est morne, silencieuse,

obscure,

il

n'y a là-dedans

que des industriels nocturnes, des logeurs

et des hlles

publiques

;

je

ne parle pas de cet établissement de bouillon

hollandais qui est venu se fourvoyer, on ne sait trop pourquoi, dans cel
endroit, et dont l'air honnête jure avec la

mine peu engageante des autres
la

établissements, hôtels pour
caractères à demi eilacés
:

la

plupart sur

porte des(|uels on

lit,

en

Ici

on luye à

la nuit.

Le prix de
(|n'on

la

couchée varie depuis dix jusqu'à trente sous, suivant
cliaml)re tout seul, des dra[»s pr(>[)res, ou (|u'on se
Il y

demande une
lit

contente d'un

de sangle dans un dortoir.

a

dans certains hôtels

une

salle

l'on

ne paie que deux sous

;

il

est vrai

que pour tout

lit

on

a le sol,

pour

oreiller la muraille;; des cordes transversales séparent les
s'il

dormeurs en deux rangs,

est possible de

dormir en un

tel gîte.

(Juel

pandémonium de

figures bizarres, de vêtements délabrés, doivent pré!

senter ces tristes chambrées

Les uns entrent en chancelant
le pav(;

et se laissent
ils

tomber, ivres d'eau-de-vie et de fatigue, sur

boueux où

s'en-

dorment bientôt; ceux-là sont
logis. Ils

les

heureux de

l'endroit, les habitués

du
à
ils

ont passé leur soirée dans quehiue estaminet borgne, occupés
sait

boire l'argent gagné, Dieu

dans quelle industrie,

et

maintenant

cuvent leur vin; d'autres, groupés dans un coin, causent à voix basse

et

d'un air animé en montrant un jiaquet que l'un d'eux cache sous sa retlingote
:

ce sont des voleurs qui attendent (jne

le

jour soit venu pour

aller partager le

produit iVune affaire dans quelque carrière de Montle

martre. Voyez-vous là-bas, adossé contre

mur,

cet

homme
flétris

qui, les bras

croisés contre la poitrine, l'œil fixé au plafond, a l'air de réfléchir pro-

fondément; ses

traits,

jeunes encore, sont cependant

avant l'âge;

ses vêtements ne sont pas déchirés, mais souillés de boue, c'est
vrier qui fait le lundi depuis trois semaines, et qui voit venir le

un ou-

moment
distractient
la

où,

après
il

avoir dissipé ses économies dans de

crapuleuses

tions,

va être obligé de rentrer dans

l'atelier. C'est le

remords qui

ses yeux ouverts. L'insomnie de son voisin ne peut être attribuée à

même

cause.

Nonchalamment

assis sur

sa

redingote

(|ui

lui sert

de

lUlE

PIEUHE-LESCOT.

71)

coussin, les mains criMnponncH's à la corde qui nianjnc la iVontiore des deux royaumes, il balance le haut de son corps et regarde d'un air stupide le bout des semelles de ses bottes qui laissent voir un lambeau de bas; croyez-vous (|u'il songe aux moyens de se procurer des bottes neuves? eh, mou Dieu, lutu notre homme est un ancien habitué du Cent!

Treize devenu joueur de poule; il rêve, tout éveillé, qu'il carambole à la roulette, et que la rouge sort dix-sept fois de la blouse. Un vieillard en

cheveux blancs profile du peu de clarté qui régne dans l'appartement pour coudre son pantalon lézardé de toutes parts; un enfant de dix aus, aux

cheveux blonds,
la fièvre

à la ligure délicate,

sommeille appuyé contre le vieillard
;

;

de

la

misère a tracé un cercle bleu au-dessous de ses yeux

le

pauvre enfant
à sa

murmure quelques
!

paroles entrecoupées;

il

rêve peut-être

mère; mon Dieu

(|u'il

soit

heureux pendant quelques instants. Mais
la

non, les lourds barreaux

((ui

s'enlre-croisent derrière

porte riitombent

avec fracas, car, (|uoiqu'ou paie à l'avance, l'hôtelier, par prudence, croit
devoir retenir ses hôtes prisonniers toute
la nuit, la

serrure crie sur ses

gonds

:

IJéveillez-vons, gens (jui dormez, et nnuitrez vos papiers
ville
;

aux ser-

gents de

la

police veut savoir

s'il

n'y a pas parmi vous quelque

assassin, ou tout an

moins deux ou

trois voleurs.

Le chef de

la

patrouille

fait

avec soin sa tonriu'e dans
vigilant, et

la salle;

personne n'échap|)e à sou coup-d'œil
sans qu'il n'envoie quelques indila

rarement sa
le reste

visite s'achève

vidus passer

de leur nuit à
la

préfecture. Après le départ de
le

l'escouade, la porte se ferme,
rité

chandelle s'éteint,
la

silence et l'obscu-

règneut dans ce dortoir de
et

misère, sur le([uel s'appesantit une
celle

atmosphère tiède
magasins de vieux

nauséabonde

comme

que

l'on respire

dans

les

chilTinis.

Dans
le

la

maison voisine

trottoir est

c'est une autre scène. Minuit vient de sonner; abandonné; ses habitantes oui regagné leurs pénates en
l'ceil

compagnie de leurs hideux amants. Suivez de
la

cet

homme
;

qui évite
le voilà

clarté,

et

se

glisse

silencieusement

le

long des maisons

i|ui

s'arrête et fait entendre

un

faible sifllenient. Aussitôt

une lumière

une fenêtre, une pinte s'entr'onvre, il va entrer; tout à coup honnues cachés s'élancent sur lui (>t le garrottent, non point sans essuyer une vigoureuse l'esistance. Ce rôihMir luxtnrne est un assassin
paraît à
«les
(|ui

s'est

soustrait jusqu'à ce jour aux recherches de la

police;

il

ne

l'entre à Paris

que

la

nuit et dans de rares intervalles; (pielque agent

aura surpris
livré

le

secret de son rendez-vous, ou bien sa
c'est

maîtresse l'aura

elle-même; en tout cas,

l'amour qui

l'a

perdu.

Au tumulte

occasiouiu'» par cette lutte,

toutes
ses

les

croisées se sont ouvertes, et les
la

compagnons du prisonnier,
par les
colère et stupeur, cet

comphces peut-être,
((u'ils

figure éclairée

refh^ts vacillants d'une lampe fumeuse, regardent partir, avec

homme

ne reverrout

cpie

sur l'échafand.

80

UlIE
Nous avons montré
la

PI

EU UE

-

LE SCO T.
misère vivant côte à côte dans

prostitution et

la

cette aflreuse rue Pierre-Lescot, la prostitution et la misère dans tout ce
(|u'elles

ont de plus dégoûtant. Ilien ne semble indiquer que ces deux
l'aire

cruelles sœurs veuillent
à

ailleurs élection de domicile.
ait

Dans cent ans,
tilles

moins que

le

progrés ne nous

débarrassés des voleurs et des

publiques, ou verra toujours
d'iieure, la rue Pierre-Lescot

qî^I

une de leurs colonies. Pour le quartune de celles ([ue l'on lu' traverse qu'avec

^fe:îi!'!î;i

répugnance, et (ju'on ose
venger

à

peine

nommer;

il

faut

(|u'il

y ail

dans

sa ré-

putation quelque cbose de liien mérité, puiscpie ce fou, qui voulait se
à force

de misère de l'ingratitude de ses amis, Cbodruc-Duclos,

n'avait trouvé rien quifùtplus
assorti à son

dénuement

([u'un

àlahauteur de ses baillons et (|ui fût mieux logement dans la rue Pierre-Lescot.
T.wim: Dki.out.

ALLEE

ET

AVENOE

DE

L'ÛBSÏdVnTOlRE

En
i

face l'un de l'autn',,

«>t

à

uiif^

distance de l,i07 mètres, deux

mo-

numents
fièrement

«grandioses
à
la

se

refianleiil

partie

méridionale

de Paris. L'un de ces monuments
est

consacré à

la

})lus

exacte des

sciences, et les lois

immuables du
;

monde physique
dans l'autre,
les

y sont étudiées
lois

les

moins
I

stables y sont votées, et l'on y delta
les hy[)othéti(iues ([uestions

de cette

stience incertaine que l'on appelle
la

politique,

(^es
la

diflereiils

par

deux édifices, forme et par
et

si
l;i

destination (pi'on h^ir a
se

données,
le

nomment

VObscrvuloire

Palais dos Pairs ou du Luxemhnxfij.

L'Observatoire,

ce gigantesipie

monument
lles et

s'élevant à vingt-six niesol, ferail
si le
(!<'

demi au-dessus du
n'étalait
))as

douter du goût de Perrault,

Louvre

au

ccMitre

Paris sa belle colonnade.

se
1

Le Luxembourg, où l'ordre toscan marie avec assez de bonheur à
est
l'anivre

ordre dori(|ue,

plus

élégante de Jacques de Brosse, ce

modeste et véritable artiste dont aucune biographie n*; nous a rien
transmis, ni
U
le lieu

de sa naissance,

AN Tu

J .L

11

H'2

ALLEE ET AVENUE
aucun
le

ni

détail particulier de sa vie, ni l'époque

de sa mort; mais qu'im-

porte
poi'te

coin de terre où est né l'artiste qui honore tant un paysT ([u'ima vécu,

comment

dans sa propre maison, celui dont l'existence labo-

rieuse se révéla par des chefs-d'œuvre
(pi'importe la

comme

le

portail de Saint-Gervais
!

^

mort d'un
le

homme

que ses travaux rendent immortel
la

Soyons plus juste, sinon plus intelligent que
erî

biographie

:

saluons

,

passant dans

jardin du Luxembourg, roml)re illustre de ce grand

uiTliilccte (|ui a

nom
la

Jacques de Brosse.
Pairie et le Palais de la Science, entre ces deux

Entre

le

Palais de

masses

de pierres, lœil s'arrête agréablement sur des tapis de gazon, sur des
|)late-bandes fleuries, sur des quinconces épais, sur

un vaste

et

pur bassin

on se prélassent des cygnes gracieux, sur de longues et vertes allées de

marronniers alignés

comme

des soldats.

L'allée ik rObservatoire, la plus belle des allées

du Luxembourg, prend

ce

nom à partir

des deux lions classiques (jue

le

bon goùtde M. de Gizors,

architecte du Palais des l*airs, ne tardera pas.sans doute à faire descendre

de leurs ignobles piédestaux. La ligne de clôture du jardin était encore,
vers
la fin

de l'empire, à ces deux lions fabuleux; et jusqu'à l'époque où
le terrain

furent supprimés les ordres monastiques,
l'allée,

occupé aujourd'hui par

jusqu'à

la grille

de l'Observatoire, appartenaitpresque entièrement

au couvent des (chartreux.

Dés que Jacques de Brosse eut achevé
tion toscane, céda,

le palais

du Luxembourg, Marie
deux
fois

de Médicis, désirant un peu d'air et d'espace autour de sa belle construc-

du côté sud-ouest, aux bons
la

religieux,

plus

de terrain qu'elle ne leur en demandait à
priétés. Bois et reines ont

partie nord de leurs propai't

dû toujours

faire

bonne

aux

hommes

do

Dieu! Avec de pareilles transactions,
il

si le

couvent ne s'arrondissait pas,

s'étendaitdumoins; ce quinerempèchapasde|)ayer bien médiocrement

Ihistoire de Saint-Bruno, cette admirable galerie de Lesueur, au sein de
laquelle l'auteur alla finir ses jours attristés,

comme un

père se réfugie

dans sa

vieillesse

au milieu de ses enfants.

L'alignement général qui a établi une seule pente, de l'Observatoire au
palais

du Luxembourg,
ait

est

un des plus magnifiques embellissements dont
la

Napoléon

doté Paris. Depuis

révolution, toute cette avenue,

si

plane

aujourd'hui, était livrée aux décombres. Les remblais avaient
à la vérité,

commence,

sous

le

Directoire, mais

ils

n'allaient pas vite.

|)rima aux travaux

une grande

activité, et

Napoléon imune circonstance politique les

mena

à

bonne

fin.

Après

les désastres
Il

de Bussie, l'empereur se préoccupait beaucoup des
appela au palais des Tuileries
la

ouvriers de Paris.

le

préfet de police,

M. Pasquier, auteur d'un rapport secretsur
à se soulever, assinait-il, faule

population ouvrière, prêle

de pain.

DE L'0BSEI5VAT()IHIv

Sri

— Ne peut-on,
gens ?
qui souffrent,
il

lui

dit l'empereur,

procurer de l'ouvraj^e

à

ees braves

— Sire, répondit
— Eh bien!
commander
parquette
le

le préfet,

pour

satisfaire toutes les classes ouvrières

faudrait beaucoup de

commandes.
aille,

reprit

Napoléon, que l'on

au faubourg Saint- Antoine,
la

des meubles pour tous les

monuments de

couronne
;

;

qu'on

Louvre

;

tous les travaux seront à

ma

charge

ma

cassette y

pourvoira.

— Sire,
comme
bras
'?

c'est bien

pour

les ouvriers à rabot, à

marteau, à industrie

particulière, et la

sollicitude de votre majesté se signale en cette occasion

toujours; mais que ferons-nous des ouvriers qui n'ont que leurs

— —

N'avez -vous pas de grands ouvrages

de

terrassement

à

faire

exécuter'
Il

serait bien facile d'en trouver, sire... Mais ces ouvrages se paient

au comptant,., et de l'argent?

— Vous êtes préfet de police.
ne savez pas votre métier.
la

Vous devez savoir où

il

y

en

a,

ou vous

— Sire, caisse du Sénat contient quatre ou cinq cent mille francs. — Qu'on les prenne. Le premier corps de l'Etat doit, après moi, donronné
ner l'exemple des sacrifices en faveur du peuple de Paris. Que la Couet le Sénat nourrissent la classe ouvrière; ce ne sera, après toul,

qu'un prêté rendu.
Il

n'y avait pas à répliquer

Les cinq cent mille francs furent
gémirent, les scies crièrent dans
vive l'empereur
!

demandés.

Les marteau.\ retentirent,
toutes les salles

les rabots

du Louvre, au milieu des houras de
cria vive le

des milliers de bras furent em|)loyés aussi à niveler
toire
;

l'allée

de l'Observa-

mais nul n'y
il

Sénat!
ÏM.

Quand

puisa dans la caisse du Luxembourg,
:

Pascpiier ne s'atten-

dait pas à devenir pair et chancelier de France

il

est

même

probalde qu'il

donnerait sur les doigts de M. Delessert,

si celui-ci

osait aujourd'hui ou-

vrir les coffres de la pairie avec les rossignols de la police,

pour donner
;

de l'ouvrage aux ouvriers de Paris. La pairie est peu prêteuse

aussi

croyons-nous qu'elle saurait conserver ses

économies beaucoup mieux
la grille

que ne

le lit le

sénat conservateur.
l'allée

A

la droite

de

de l'Observatoire, depuis les lions jusqu'à

servant de clôture au jardin, on voit une vaste pépinière, triste coupd'œil à l'époque où ces millieis d'arbres, rangés par familles et dépouillés

par
las

la froidure,

figurent,

à

s'y

méprendre

,

des plantatious

d'êcha-

ou de balais; mais d'un aspect ravissant, au contraire, quand le feuille, en se développant, fait de ce bas-fonds comme un iipmense

84
t;i]tis

ALLÉE ET AVENLE
vert à compartiiiK'nts, sur
le(|iiol

glisse le regard des |)romeneurs.

Le

terrain inférieur, faisant pendant à celui-ci, sous la contre-allée de
latin, riva-

gauche, est occupé par un jardin où les étiquettes, écrites en
lisent d'éclat avec les fleurs. C'est

un jardin botanique servant aux études

des élèves de

la

Faculté.

Cette longue, large, admiraltle allée de rOltservaloire, est parcourue
(piotidieinienient parles rentiers du faultourg Saint-(jennain,
|»lus liant

placés que ceux du Marais sur l'échelle hiérarchique du truis et du cinq.
C'est la

promenade

favorite des juges fatigués de leur

sommeil de
:

l'au-

dience, des conseillers retraités, des avocats invalides

on

i»ourrait la

nommer
(iiletle

la petit cprovence (\e Théniis.

Les amateurs

d'antiipiilés
la

peuvent
dernière

V aller voir

tous les

soirs, de

six a huit
p;ir

heures inclusivement,

courte de Paris, portée

un lioMorahle professeur de

l'école

de

^^^^A

droit.

Les douillettes puce, ces paletots élégants de nos ayeux, y sont

encore visibles par les belles gelées de février; entin, on y suit de l'œil avec curiosité, comme une chose d'autrefois, le dernier des carlins, tenu
en laisse par
la

la

dernière des chanoinesses, qui emportera avec elle dans

tombe
l*armi

cet unique survivant d'une espèce détruite.

tous

ces personnages à
est

la

démarche grave
trois
fois

et

mesurée,

l'allée
le

(le

rohscrvîitdire

vivement arpentée,

par semaine,

DE L'OBSERVATOIUE.
diinaiiclR',
le

85

lundi et

le

jeudi

,

par des couples joyeux d'étudiants et de

grisettes, (pii vont, d'un pas rapide et dégagé, heurtant

du coude
!

et

du

langage, juges impotents et douairières pudiques.

Eh

bien

franchissons

avec ces hardis et aventureux voyageurs, la grille du Luxembourg, cette
limite

du monde, ce nec plus ultra des promeneurs habituels. Elançonsdans V avenue de l'Observatoire.
piston qui retentit, les couples légers s'envolent sous les
la

iu)us aussi

Au son du
quinconces à

gauche de l'esplanade;
Chaumière.

ils

se précipitent
!

dans un établisse-

ment

rival

de

la

glorieux Saint Bruno

qu'est devenue votre

sévère Chartreuse ?{^\XA-{rO\\ fait de votre discipUne? S'ils revenaient au

monde, ces moines de votre oudre
sacrés
cris

rigide; s'ils parcouraient ces lieux con-

par eux à
la folie,

la

prière et au silence, où éclatent

aujourd'hui les
hélas!...

de

les rires

immodérés, que penseraient-ils,

que

diraient-ils

devant ces danses lascives, à l'aspect de cette licence que ne
fois,

peuvent comprimer des escouades de sergents deville'^.. Encore une
hélas!...
ils
!

s'envelopperaient dans leur froc....,

s'ils

ne

le

jetaient [toini

aux

orlies

Noire i)udeur ne nous permet pas d'entrer dans ce lieu de perdition;
mais, connue
le

paysan

cpii

risquait

un

a?il,

nous avons osé y jeter un
en droit joint à r<'tude en médecine vient

regard furtifet curieux:

A

la

Chartreuse

comme

à la

Chaumière,

l'élève

des six codes
y faire son

la pratiijue

du code de l'amour;
,

l'élève les

cours de

phrénologie

en étudiant
tilles

protubérances sur
y

nature; bien d'imprudentes jeunes

y

commencent ou

entre-

tiennent, en formant la chaîne, de coupables liaisons
la Maternité est à la distance

Et l'hospice de

d'un carré de contredanse....; et l'hospice des
et à

Enfants trouvés est à
pas plus
Mais,
loin, est le

la

longueur d'une course de galop....;

quelques

Couvent des Filles repentiesl..
distraire de ces tristes réllexions,

comme pour me
!

une voix

me

crie gare

et

une énorme

boule, lancée avec vigueur, passe à deux lignes
le

de

mon

tibia.

Heureusement

joueur n'était pas adroit;

il

ma

unnupié.

Quelle inqjrudence, aussi, d'aller

me

planter sur un terrain dévolu aux

joueurs de boules

!

Ces quinconces ne sont-ils pas leur propriété? Les
fardeau de leurs

dynasties finissent, les trônes s'écroulent, les révolutions s'accomplissent;
et ces

hoimètes citoyens restent impassibles, sous
sont les

le

boules jumelles... plus forts qu'Atlas qui n'avait qu'un

momie

à porter.

— l)(q)uis (piarante ans ce
un habitant du
(piartier.

mêmes

joueurs,

me

disait

un jour
le

— Oui,
liateur

lui

répondis-je;
le

comme

le

couteau de Jeannotétait toujours
le

méuu' couteau. Tantôt
ihumatisme,
el

pointeur abdique

coehonet pour cause de
sa |)lace
;

un pointeur en expectative prend alors
vieillesse et cède ses boiiles à

lanlôl le

meurt de

un surnuméraire. Aujour-

Hi\

ALLEE ET AVENUE
lame
est usée, deinain le

•riuii la

manche

se brisera.

Joueurs

et

couleau.

toujours la

même

histoire.

Avant de continuer notre ascension vers l'Observatoire, jetons derrière
MOUS un long regard de satisfaction dans
de
a
la

rue de l'Est, où les belles
trottoirs

maisons s'élèvent par enchantement, où de larges
la

témoignent

sollicitude municipale.

Remercions encore
le

l'édilité

parisienne, qui
,

doté de contre-allées viables

boulevart Mont-I*arnasse
et des pluies.

cet ancien

détroit infranchissable,

au temps des neiges

Et maintenant découvrez-vous,
l'iut-Hoyal à votre
voici,
;

hommes

d'intelligence!
celle

Vous avez
d'Arnauld
;

gauche voilà l'ombre de Nicole, voilà

grande entre toutes, l'ombre de Pascal, cet immortel
d(>s

et

implacable

adversaire

jésuites! Incertain, tourmenté, s'agitant toujours sous le

doute, signalant la Foi

comme

la

souveraine du monde, mais ne pouvant
:

courber devant
tel

elle sa

raison mathématique

tel fut
il

Pascal de son vivant;

ses livres nous l'avaient montré; tel surtout

nous apparaît, aujoursacrilèges de

d'hui que de précieuses trouvailles ont restitué à ce croyant-sceptique un

grand nombre de ses pensées, tombées sous
l'abbé IN'rrier
et

les ciseaux

du duc de Roannès.

l'endantla révolution, l'abbaye de Port-Royal prit le
Il

nom de

Port-Libre

:

unie administrative dont s'amusèrent beaucoup les suspects qu'on y

DE L'OBSERVATOIRE.
renferma
;

87
le

c'est aujourd'hui le triste port des

femmes en couche,

refuge

des femmes enceintes après leur hp'tième mois de grossesse. Mais ne peut-on faire le bien sans humilier celui qui doit en profiter? Les mal-

heureuses qui veulent
cées de

solliciter

l'aumône d'un

lit

de douleurs, sont for-

demander en rougissant où

est la rue de la Bourbe.

Ce

nom

ignoble ne peut-il donc pas être remplacé par celui de Port-Royal, riche

de souvenirs glorieux?

— Si les jésuites sont encore à ménager,
la

pourquoi

ne pas adopter l'appellation signiticative de rue de

Maternité?

A

peine entrés dans la vie, les pauvres orphelins sont enlevés aux emet transportés à

brassements de leurs mères,
première course dans

quelques pas de

là,

dans

la
la

rue d'Enfer, à l'hospice de V Allaitement ou des Enfants Trouvés. Ainsi
le

monde, pour ces créatures sans nom,
!

c'est la

largeur de l'avenue de l'Observatoire

Elle ne l'ignorait pas, cette pauvre

mère qu'on
genouiller à
ville

vit
la

un

jour, à sa sortie de l'hospice de la Maternité, aller s'a-

porte des Enfants Trouvés, avant de se replonger dans cette
où, trop souvent,
la

immense
et
la

misère
fils

et la

honte étouffent

le

remords

d'une faute,

jusqu'au souvenir d'un

abandonné.
la

Après

rue d'Enfer, l'avenue est traversée encore par

rue de Cas-

sini, baptisée
litres

parle

nom

d'un savant Italien dont nous dirons bientôt les

au souvenir et à
voici enfin

la gratitude

de

la ville française.

Nous
fastueux
siècle.

au terme de notre course, devant l'Observatoire, ce
élevé à l'astronomie par la magnificence

monument

du grand
Char-

Louis XIV avait choisi lui-même cet emplacement,

et les

treux, dont les propriétés s'avançaient jusques-là, ne voulaient pas céder

de terrain

:

astronomie et astrologie se confondaient dans
il

l'esprit

des

religieux ignorants; quant aux religieux érudits, et
ils

n'en manquait pas.

se souvenaient

du tamen movet de Galilée; aussi redoutaient-ils de
nous votdons! Et bientôt Claude Perraull
les

nouvelles révélations astronomiques.

Mais Louis XIV savait dire
fut

:

chargé par Colbert de fournir
en
1G67,
il

dessins de cet édifice.

Commencé
est

fut

entièrement achevé en 1672. Le plan

un rectangle de

trente mètres dans sa plus grande dimension de

l'est à l'ouest, et

d'environ vingt-huit mètres dans sa dimension du sud
la face

au nord. Aux angles de

méridionale primitive, sont deux tours

ou pavillons octogones, qui donnent plus de développement à cette
face.

Du

côté

du nord,

est

un avant-corps de huit mètres de

saillie,

se trouve encore la porte d'entrée.

Un astronome
à

italien, Cassini, fut
il

appelé à Paris pour donner ses idées

Claude Perrault; mais, quand

arriva, le

bâtiment

était déjà élevé jus-

qu'au premier étage. Tout en approuvant

la solidité

de

l'édifice, l'astro-

nome
(|ui

étranger ne put donner son assentiment à une disposition de salles
la

ne répondait en aucune façon aux nécessités de

science. L'artiste

88
et le savant

ALLÉE ET AVENUE
ne purent pas s'entendre
:

l'un plaidait astronomie^ l'autre

répliquait architecture.
arbitre, et
il fit

De

sa royale autorité, Louis

XIV

se

nomma

tiers-

pencher

la l)alance

en faveur de Perrault. L'équerre l'emles lunettes

porta sur

la

lunette,

dans une question d'astronomie; aussi,

ne purent-ellesjamais s'acclimater convenai^lement dans cette construction
arcliiteclonique.

Les quatre faces de l'Observatoire sont exactement placées aux quatre
points cardinaux du monde. La face du coté de Paris est couronnée d'un

fronton; celle du sud, plus élégante, est ornée de deux trophées en pendantifs, représentant des instruments et des

symboles astronomiques.

Félibien, Dulaure et beaucoup d'autres écrivains parlent d'un cabinet
des secrets dont la voûte porte la voix aux angles opposés, sans que les

personnes placées au milieu de

la

pièce puissent rien entendre.

Nous

avons tenté l'expérience;

et la voix

d'un ami placé à l'un des angles

du cabinet est arrivée jusqu'à nous, sans qu'une troisième personne ait saisi une syllabe des paroles prononcées. Malheureusement, c'est nous
qui étions placé au milieu de
l'oreille collée à l'angle
la salle, et
:

celui qui n'entendait rien tenait
les voûtes

correspondant
à

dégénèrent peut-être

!

Les caves de l'Observatoire sont
extérieurede
l'édifice, et l'on croit

une prohuuleur égale

à l'élévation

généralementque les astres sontobservés

du fond de ces trois cent trente marches ténél)reuses. Un concierge, quelque peu retors, servit à propager cette erreur. Moyennant salaire, il faisait descendre les visiteurs dans les souterrains; et grâce à une tissure pratiquée par hasard entre deux dalles de la terrasse, un point lumineux se
montrait au-dessus de
la

tète

des curieux, qui étaient dans l'admiration

en voyant une

étoile

en plein midi.

Un peu

de plâtre coupa court à ces

mystifications. Toutes les erreurs populaires ne se détruisent ])as avec
cette facilité.

Les historiens de Paris vantent aussi
cependant rien de curieux,
sa construction.
soit

la

rampe de
employé

l'escalier; elle n'a
le travail. L'édifice,

par le volume, soit par

ajoutent-ils encore, est si bien voûté, qu'on n'a

ni bois ni fer

dans

Le

fer et le bois

cependant ont été trouvés h plusieurs

reprises dans l'épaisseur des murailles...

On

écrit l'histoire des

monula

ments
vérité
les
;

comme
si

celle des

hommes
les

;

le

merveilleux s'y gUsse à côté de

grands que soient

uns

et les autres, la flatterie

cherche

à

hausser encore.

Les deux Cassini, Picard, Pingre, Lahire, Lalande, Méchin, Delambre,
Laplace, Arago, Mathieu, voilà
l'Observatoire de Paris.
Il

la

véritable, la glorieuse chronique de
la

est

dans

tour de l'estun escalierde vingt-sept

mètres de hauteur, conduisant au
qui couronne
le

petit pavillon flanqué

de deux tourelles

monument d'une

façon plus utile que pittoresque, et l'on

peut dire que les marches en pierre de cette longue spirale ont été usées

l)i:

i;(>BSKUVAT()IUK
([\u'.

S'.)

par

l<'s

coinctis. (Test

l'ctii

oliscrvc

ces astres rliovelns, c'est

la

i\\]0 la

science décrit

li'ur co\irs(;

dans l'espace.

Pour remédier aux
citadelle,

vices primitifs de construction de cet observatoireet

un vaste amphithéâtre, consacre aux leçons d'astronomie,

de

magnitiques cabinets d'observations sont sortis de terre aux flancs de
l'éditice.

Puis sur des bases immuables, on a scellé les instruments de

précision de I^enoir et de

Gambey

;

les télescopes

deLerebours

et

de Cau-

chois y sont braqués aux croisées
tés sur leurs ingénieux

comme des fusils de rempart, ou monmécanismes, comme des canons sur leurs affûts.

Là lu'ille le plus riche outillage de la science pratique; là aussi, les innombrables observations barométriques et thermomctriques sont consignées
à

chaque instant du jour

et

de

la

nuit par de laborieux élèves-

astronomes.

On

devinera, précisément parce que nous ne

le

dirons pas, à qui son!

dus tous ces p<!rfectionnements dont

les observatoires

de

l'Italie,

de

l'Al-

lemagne

et

de l'Angleterre peuvent se montrer jaloux.
il

Louis XIV n'était rien moins que savant; mais
à protéger la science.
Il

s'entendait

à

honorer,

alla

voir la construction de

Peirault à peine

achevée;

et

un tableau de son royal peintre, actuellement au Musée du
a la ])ostérité le

Louvre, transmit

souvenir de cette

visite.

12

90

ALLÉE ET VVET^UE

Napoléon, peiit-êlre à cause de son titre de membre de l'Institut, n'y mit pas tant de façon. Par une belle journée, et se rendant à F'ontainebleau avec Marie-Louise, il s'arrêta à rO])servatoire pour y attendre et y
signer un sénatus-consulte qui se votait au Luxembourg.

M. F. Arago, bien jeune,
l'École Polytecbnique.

et déjà
lui

astronome, venait de
l'arrivée

faire

une leçon

à

— On
le

annonça

inattendue de l'empe-

reur, et, sans lui

donner

temps de cbanger
il

d'babit,

on

le

conduisit au-

près de Sa Majesté.

Comme

voulut s'excuser:

C'est bien, c'est bien, lui dit Napoléon.
tète,
il

Puis jetant un coup-d'œil au-dessus de sa

ajouta

:

— Voilà un bel escalier! — Pas trop beau. Sire, réponditM. Arago, qui ne partageait pas tout-à-fait cette admiration. — Qu'en savez-vous?... — Je suis ancien élève de l'École Polytecbnicjue, professe maintenant,
j'y

et je crois

pouvoir dire que,
le

si

l'escalier est jeté avec hardiesse,

l'archi-

tecte a

eu

tort

de multiplier à plaisir toutes les difficultés de coupes
dit

de pierres.

— C'est possible,
plus d'attention.
le ciel,

Napoléon, en regardant

le

jeune astro-

nome avec On était
chose dans

arrivé aux cabinets

;

l'empereur ayant demandé

à voir
lui

quelque

M. Arago
que

lui

répondit qu'il n'avait rien à

montrer.


du

Il

serait singulier

je fusse

venu

à l'Observatoire

sans rien voir

tout.

— Cependant, reprit — Eh bien, voyons
Napoléon

M. Arago, en observant
taches du

le soleil

ce matin,

j'ai

vu

des taches, et je puis les montrer à votre majesté.
les
soleil.

les regarda, puis conduisit rinii)ératrice au[)res

de

la

lunette,

(^omme
voir.

le

chapeau de Marie-Louise,
prit alors de ses

fort

pndongé, selon

la

mode du jour,

l'empêchait de mettre son œil contre l'oculaire, elle se plaignit de ne rien

L'empereur

deux mains

le

riche chapeau de paille

d'Italie, et le brisa, en le retournant sur

lui-même.

Après
:

«les

observations deux fois répétées, l'empereur dit au jeune
si

je soutenais que ces taches sont savant — Je vous embarrasserais bien, — Voyons, lunette. — Vous ne m'embarrasseriez pas du tout, dans lunette, elles ne changerépliqua Napoléon. — Si les taches sont dans
la

sire.

la

ront pas de place;

si elles

appartiennent au

soleil, votre

majesté les verra

entrer d'un côté de la lunette, traverser le

champ

et sortir par l'autre

bord. Mais

il

faut que votre majesté ne touche pas à l'instrument.
les

L'empereur,

mains derrière

le
:

dos, remit l'œil à l'oculaire;

il

ht

l'observation, et se retourna en disant

Démontré!
:

se développait sous leurs yeux.

Leurs majestés montèrent alors sur la plate-forme Paris tout entier Devant cet imposant et splendide panola

rama,
(jue

vaste poitrine de Napcdéon sembla se soulever.
parler.

Il

resta quel-

temps sans

Typ. l.acrjmpe.

Allée et avenue de l'Observatoire.

I>K

L'OBSEHVATOIUK

01

la mayiiili(|iie allt-e, déga«,^t'e de ses dans toute sa longueur; voilà un des plus beaux travaux exécutés depuis Louis XIV. Puis ramenant la vue sur la cour
eiiliii,

— Voilà,

dit-il

en désignant

vieilles

masures

et déjà plantée

de l'Observatoire

:

— Quel
que
je

est Y imbécille qui a tracé autour de ce

monument une cour
telle

aussi étroite, aussi mesquine?

— Votre majesté vient de caractériser notre architecte d'une
ne dois pas

façon

— Fontaine me dira son nom, reprit — Au reste, sa justification est
n'était pas libre,
il

Napoléon en souriant.

facile, ajouta
le

M. Arago. L'architecte
le

ne pouvait empiéter sur
la grille,

clidloau-d'eaa qui est là sur

notre gauche, appuyé contre

et (jui

contient

bassin pour

la

distribution des eaux d'Arcueil.

— Ce n'est pas une excuse en
d'eau plus loin.

fait d'ait;

on aurait transporté

le

château-

On

n'étouffe pas

pour

si

peu un beau monument.
il

Puis jetant un coup-d'œil autour de

lui,

ajouta

:

Il

faut

que

l'allée

de marronniers se prolonge et se dessine autour de

l'Observatoire pour rejoindre ensuite le boulevart extérieur. Ce sera une

magnifique entrée de Paris du côté du sud.

Ce point convenu, ses yeux se portèrent vers Ce dôme a-t-il été doré':*

le

— — Je ne crois — C'est une

Val-de-Grâce

:

pas, sire. J'ai souvent, dans
ai

mes

observations, dirige
la

la

lunette sur ce point de mire, et je n'y

jamais reconnu

moindre

trace d'anti(pie dorure.
faute.

Les points élevés doivent être éclatants. Vous ne
produit sur l'armée par les

sauriez vous figurer

l'effet

dômes de Moscou.

Us étaient tous dorés.
se trahissait à chaque parole la prodigieuse activité Napoléon; mais elle devait éclater encore avec plus de puissance. Désigné le lendemain par l'Académie des Sciences pour aller aux

C'est ainsi que

d'esprit de

Tuileries, M.

Arago futreconnu par l'empereur, qui s'approcha vivement
lui dit-il, travaille-t-on

de

lui.

— Eh bien! — Mais,
!

au nouveau boulevart?
la

sire,

répondit M. Arago abasourdi de

question, je n'ai pas

d'ordre à donner pour cela.

— Oh je vois que vous ne vous souciez pas de mon projet. — Pardonnez-moi, sire; mais ne dépend pas de moi de faire
il

com-

mencer

les travaux.

— Sans doute,

sans doute... Je

ferai

prévenir M. Vaudoyer.
n'était déjà plus

Le nom de l'architecte de l'Observatoire pour l'empereur.

un mystère

Quelques jours après, l'empereur fit une nouvelle visite

à l'Observatoiie.

n
«
"

ALLEE ET AVENUE DE L'OBSERVATOIRE.
si,

Qu'eùt-il dit, hélas!
retentir ces

sur

la

plate-forme, une voix prophétique eût fait

mots

à son oreille:

Le 7 décemhre 1815

n'est pas loin. Or, ce jour là,

quand

l'horloge

du

Luxemhourg marquera neuf heures
i)ul)lique paraîtra

vingt minutes, un soldat de
allée.

la ré-

» »

au fond de cette

Frappé d'un arrêt infamant,
à cette grille

dépouillé du signe de l'honneur qu'il avait teint de son sang dans vingt
hatailles

» » »
"

homériques,

il

traversera
le

le

Luxemhourg. Arrivé
sera
il

qui se développe à tes yeux,

soldat

dirigé silencieusement

vers l'un des côtés de l'esplanade. Là,
le

mettra un genou en terre, et

plomh des soldats

français ahattra, par arrêt de la

»

Pairs, le

maréchal de France, duc d'Elchingen, prince de

Chambre des la Moscowa,
!

•'

Michel Ney, enfin, que tu as

surnommé

le

brave des braves

»

EïIENINE AkA«]().

L ENSEIGNE.

Harpe ressemble serpent; elle descend de
A rue
(le la

à

un long
place

la

Saint-Michel au pont de ce nom, enlaçant de ses replis une foule de rues.

Ces rues sont presque toutes dépendantes du quartier des collèges elles
;

__

^r^j?

ont une odeur d'école qui n'a

i)oiut

encore

vieilli.

Traversez

la

rue delà

Harpe dans toute sa longueur, etvous
arrivez à l'arche jadis couverte de

maisons nommée

le

pont Saint-MiI-

chel, en raison de la chapelle de Sain

Michel qui était située près du Palais,
à

une

petite distance.

Ainsi, dans

cette partie de la ville, tout est doctoral,

depuisla ligne de
la

la

Sorhonne,

jusqu'à celle de

Sainte-Chapelle.
la

Le pays
/'

latin,

ce houlevart de
clé

Bazoche,

cette

de

la

science,

comme
t la
5^
1^

l'appelle Hensius, reconnaît
la

rue de

Harpe pour sa

reine.

Les

soutanes des étudiants couvraient
autrefois les rues Saint-Jacques et de
la

Montagne-Sainte-Geneviève; la rue

delà Parcheminerie et celle des Ma-

çons-Sorbonne

donnaient

chaque

^
.i

matin la volée à ces disputeurs en rahat, coiffés de la toque

ou du bonnet

rabelaisien; mais

la

rue delà Harpe

!)i

lUlE

DE LA HARPE.

avait le privilège de les voir
vitres de ses

bourdonner comme autant de guêpes aux nombreuses boutiques: la rue de la Harpe était leur proà la

menade

favorite.

Dès 1247, une enseigne qui pendait
dessus de
la

rue 3Iàcon, donnait
:

le

nom

de

deuxième maison, a droite, aula Harpe à cette rue; l'ècrifille

teau représentait

le roi

David jouant de
il

la harpe. C'était

thier (pii demeurait là;
voilà (ju'un

avait

une charmante

un honnête ludu nom d'Agnès, et

beau soir
le

Saint-Hyacinthe sur
soir
et

elle disparut, après avoir monté en croupe rue cheval d'un gentilhomme. Le hasard voulut que le

même il fit un vent du
il

diable

;

le

pauvre luthier attendait encore Agnès,
le

cependant

y avait de longues

heures que

couvre-feu avait sonné.

Tout d'un coup, il y eut dans la rue Màcon qui commence la rue de la Harpe ainsi que la rue Saint-Severin, un tapage abominable sur le pavé, cela pouvait ressembler au bruit d'une armure i\m tombe. C'était le roi
David
fer,

et sa

harpe,

(pii, à

force de danser tous deux sur leur tringle de
le

venaient de choir dans

ruisseau.
ciel,

Le luthier comprit l'avertissement tardif du ment qu'il sortit, car on prétend qu'un page
l'attendait alors à la porte.

mais ce

fut inutile-

noir, de

mauvaise mine,

Ce page

était

bossu, sa cape avait une odeur

de soufre pareille

n

rvWv d'une allumette chimique,

il

avait

un pied plus

HUE DE LA
liaul

II

A HP E.
penser
(in'il

î)5

que

raiilrc, et luiil faisait raisuimal)l('iii('iit

était

do

la

livrée de Satan.

Quand

le

luthier

le vit,

il

eut

si

peur

qu'il

referma Thuis de sa bou-

tique sur sa poitrine; mais le page lui glissa sous la porte

une
la

lettre

d'Agnès elle-même... La jeune
guerite de Goethe parles
fine

fille,

fascinée sans doute
satin, les

comme

Marbarbe
le

manches de

beaux

airs et la

d'un cavalier de

la

rue du Palais-des-Tliermes, et trouvant

roi

David aussi ennuyeux avec sa harpe que son père avec ses discours, avait
quitté sa rue pour courir les aventures.

Le lendemain son père mit en
elle

vain sur pied tous les archers de M.

le

grand-prévost,

ne fut point

ramenée.

De

dépit, le luthier

ramassa son enseigne qui

était

de bois,

la

brûla,

et

s'en fut

demander
Harpe.

Mais l'histoire
rue de
la

un tonnelier de ses amis, rue Saint-.Iacqnes. ramassa l'enseigne tombée; elle laissa à la rue le nom de
asile à

IL
LA PERRUQl'E DU DOCTEIR.
<î"était

une vraie province,

comme

vous

allez
la

en juger.
rue aux Juifs,

Sa partie septentrionale se nommait

Juiverie, ou

parce que les Juifs y avaient leurs écoles. De la rue de l'Ecdle-de-Médecine à la place Saint-Michel, elle a porté successivement aussi les noms

de Sahit-Cômc, à cause de
parce que
le

l'église

de ce nom, et aux

Iloirft

d'IIavcouvl,

collège d'IIarcourt y est situé. Ce ne fut qu'au milieu du
le

dix-huitième siècle qu'elle prit dans toute sa longueur
de
la

nom

de

la

rue

Harpe.
voyait jadis tourbillonner sur son pavé gras et sale une foule de
la

On

costumes. C'était d'abord

robe noire du mire, ce premier médecin des

temps primitifs

(pii

débitait ses drogues et son onguent par les rues,

escorté d'un enfant portant

mande

des personnes ; puis, les

professeur aussi
à la jaquette des

un singe que l'opérateur saignait à la demanches pendantes et les fourrures d'un grave qu'Erasme; les manteaux des sorbonistes, mêlés

hommes d'armes, le bonnet pointu du juif, et plus tard perruque du médecin Diafoirus. Que de prosélytes de Cujas et d'Hypocrate ces maisons noires, crasseuses, n'ont-elles pas abrités, que de "rila

settes

aimées de l'étudiant,

et

chantant pour

lui

comme un
la

serin dans
la

sa cage, cette cage affreuse

du sixième étage de
le

rue de

Harpe!

Toute

la

fourmilière des écoles, usant

pied de l'arbre de science, au-

trement

nommé
la

mille pattes

au vent,

la Sorhonne, commence chaque matin à mouvoir ses du bas de la rue de la Harpe; le carabin qui s'en va le nez main dnn? le gousset, et qui regarde les planches d'anatomie

iir.

m
(|iii

K 1>K LA IIAHI'K.
de
hi

(•(•loriccs, le lyccrii

.icliclc
((iii

^ahîtlv, l'élrvc

en «Iroitqui lorgne

mit-

iiKxlisIc,
iiaclu'lier.

\e

rr|H'lil('iir

coiuluil

un

tils

de famille à son exanicn dr
;

Aussi, rassurez-vous, les loyers sont-ils abordables

maisn'ayr/
de

pas peur qu'un Chinois, un Turc, un Arabe, ou
là,

même un

Anglais se logent
a

c'est

un peuple spécial qui habite ce

cpiartier,

un peuple qui

l'encre aux doigis el aux lèvres,
le

un peuple

indiscipliné, hautain, tapageur,
:

Tlarpe avec ses mille artères circonvoisines, c'est

peuple des écoles, des estaminets, des chambres garnies la rue de la le cœur de l'étudiant.

La rue est
de voir

laide,

malpropre, ayant çà et

quelques velléités de gaz
il

,

quelques hôtels et cafés passés timidement au badigeon; mais
cile
(|U(>

est faet les

la

Itoue et les embarras, les estaminets
[)as

borgnes

gargotes scolasti(pies n'en seront
(|ui

facilement expulsés. Le progrès,

pèm'lre difticilement aussi loin, a bien fondé, rue Saint-Jacques, un

lliéâtre

dans une église
la

(le

théâtre

du Panthéon), mais

il

n'a point encore
rJiieii
<h-

reculé

rue de

la

Harpe. (Test une vraie sentine, une rue de
à la

cour, |)our

nous reporter

langue peu mellifique du collège

;

le reflux

éternel des élèves et des pédants a l'air d'y avoir consacré l'odeur des

ruisseaux,

le

suif des portes, les taches des nappes, et les doigts des gar-

çons de restaurant marqués sur les verres. Les figures des hôtesses et loueuses de ce ([uartier ont un air de thèse et de censure qui épouvante;
la

grisette n'y |)ose le pied

que pour en arracher l'étudiant

et se faire

mener par lui à la Chaumière. Et dites-nous, de quel droit la rue de la Harpe s'aviserait-elle d'être propre? tout ne l'entretient-il pas dans l'oubli de la propreté? La rue Saint-Severin, la rue Pierre-Sarrazin, la
rue Mâcon, la rue du Foin,
etc.,

etc.,

sont-elles des rues dont la
la

robe

vous plaise? Et pour ne parler que de

rue Pierre-Sarrazin, l'une des

ramifications de cette longue rue de la Harpe, savez-vous ce qui arriva

sous Louis XVI au célèbre Andry, médecin? C'est de sa propre bouche

que nous tenons
sans que sa
obtint
si

le fait

suivant

:

Le docteur Andry

habitait la rue Pierre-Sarrazin depuis vingt ans,

renommée

eût atteint, dans
il

le (piartier
(pi'il

même,

l'éclat qu'elle

justement plus tard;
il

est vrai

manquait une chose an
ilavail

docteur,
Il le

ne portait point perruque.

confessait

même

souvent devant nous,

le spirituel vieillard
il

;

même

alors de charmants cheveux auxquels Sa voisine de fenêtre (elle habitait la maison située en face de celle du docteur) n'y tenait pas moins aussi quand elle apprit de lui qu'il s'était
;

tenait singulièrement.

déterminé un beau jour à porter perruque, ce fut un déluge d'imprécations et de supplications tout ensemble.

— De
n

si

beaux cheveux
la livrée

!

— Mes confrères les coupent.— Une perruque'
la

vous

!

— C'est

de

science. Sans cela serais-je

médecin

?

La voisine du docteur

lui choisit tout

exprès une pernique colossale,

lUiE im: la HAU1»E.
nue poiTiKpio
a trois
la

97

marteaux

;

il

pouvait à graiulpeine passer avec cette
le

perruque daus
])arras.
était

rue IMernî-Sarrazin, dès qu'il y avait
croyait plus vieux, ce

moindre emdocteur

Cependant, grâce à ses

livres et peut-être à saperru((uc, le
(jui était

à la

mode. On
la

le

alors d'un grand

poids pour

science; puis on l'invitait chez les demoiselles à une foule
lui

de petits jeux innocents; lorsqu'il

advint tout d'un coup une de ces
étai)lie. Il fut
la

aventures capables d'ébranler wue réputation mieux

appelé
rue de

un

soir ]»ar

lord A...,
il

un riche

xVngiais qui
la

demeurait dans

Tourufui. Or,

fallait

passer sous

fenêtre

de sa voisine. Celle-ci se
lui

voyant négligée par
elle prolita

lui

depuis (piebpie temps résolut de
sortie
;

jouer un tour;

du temps de sa

pour tendre ses

lacs

:

c'était

une

jolie tille

de vingt-trois ans environ son père l'aimait presque autantque
la ligne,

la

pêche

à

ce qui est

beaucoup pour un pêcheur. Elle
lui jeta.

prit si bien
<'lie

son mo-

ment,

(jue lors({ue le

docteur ])assa sous ses fenêtres,

enleva sa per-

ruque

à l'aide

de l'hameçon paternel (pielle

Le malheureux doc-

teur limplorait en vai)i;

I

heure

elait

pressante,

et

il

n'avait pas

mêm<'

le

lemps de montei'.

'.(S

lU K
Oiiiiiid
il

\)K

LA HAI{I»E.
:

Cul

anivf chez lord

A..., l'Anglais s'ccria

— Un jcnnc lioinnio!
(|ni a

nn hlanc-bec, an

lien (In rolèhro
j'ai

doctenr Andry

!

Tenez, ajonta-t-il, vons devez être son neven;
juste le
il

mon
!

garçon d'écurie

même

rhnmatism<' que moi
afl'ronf
,

;

visifez-le

Et

le laissa

après cet

éperdu, anéanti. Le docteur sans perruque
de...,

courut furieux chez mademoiselle
docteur, vous arrivez à propos,

qui

lui dit

en souriant

:

Mon

cher

mon
et

père était en train de vous assurer

mieux qu'une perruque...
paroisse...

— Eh

!

(pmidonc?

— Une fortune... Vous m'aimez, — Allez y voir jeudi

au fond, quoiqu'un peu léger,

vous savez que Saint-Severin est notre

— Saint-Severin... je
la

ne comprends pas...

|»rochain nos lians anichès... Seulement, docteur, ce jour-là plus de per-

ruque! V(tus

reprendrez après

la

lune de miel!
les

Observons en passant qu'autrefois
cette heure,
ils

médecins
el

se faisaient vieux; à

useraient plutôt dix cravates

deux chevaux pour paraître

jeunes.
III.
I.K

l'AL.MS

DES THEH.MES.

Lorsfpic Julien, proconsul des Gaules, habitiiit ce palais, en 557, avant
d'être

nommé

empereur,

il

ne se doutaitguère

(ju'il

deviendrait

le

théâtre

de

la

plus sanglante tuerie à l'occasion des princesses Gisla et Rotrude,

tilles

de Gharlemagne qui se virent reléguées, après sa mort, dans ce
séjour ordinaire des premiers rois de France.
ISo'i,

|)alais,

Un manuscrit italien

qui nous a été prêté, en

par

le

père Pasqnale, au couvent des

que

Arméniens de Venise, relate ce fait plus clairement et plus longuement l'histoire de France du père Daniel. Nous croyons que nos lecteurs nous sauront gré d'exhumer ce drame, étoulTé entre les murailles de ci-

ment romain de

l'ancien |)alais des

Thermes.
d"Aix-la-(!lhapelle,

Un

soir

du mois de février 814, detix cavaliers, arrivés

descendiren en hâte dans cette
vis-à-vis le
à cheval,

même

rue de

la

Harpe dont nous parlons,
si

porche du Palais. Tous deux se tenaient

merveilleusement
les

qu'un grand noml)re de bourgeois se crurent obligés de

escorter, les uns avec des piques, les autres avec des lanternes.
venaient-ils de mettre pied à terre

A

peine

dans

la

grande cour, que

le

sénéchal

du

Vieiix-I*alais ^c'était ainsi

qu'on nommait le palais des Thermes] donna
en

l'ordre de
|irier

fermer

les grilles;

même

temps, l'un de ses

ofliciers vint

ces deux seigneurs de lui remettre leurs épées...
les

dépendant
part

deux gentilshommes avaient remis au sénéchal un parils

chemin, scellé aux armes royales, dont
(In roi

se trouvaient porteurs, de

la

Leur surprise fut grande en se voyant arrêtés par ordre de leur souverain. Ue roi était alors L(iuis/r fh'honiiairc. assez mal nomme, daprcs le début de cette histoire.
qu'ils précédaient

eux-mêmes en

courrier.

Louis,

le lils

de (Iharleinagne.

(|ui faisait loiidie el

resserrer dans

delxms

RUE DE LA IIAHPE.
couveiils ses frères i)àlar(ls, et
la
(|iii,

09
ou
les

rompant

les traités

partages de

couronne

à tout |)ropos, appr<'nait à ses sujets et à ses

entants à »Mre

parjures.
V.e

jour-là était

le

trente-sixième jour après
il

le

décès de (Iharlenui^ue
les

:

Louis revenait d'Aix où

s'é'tait

rendu pour continuer

obsèques de son
sénéchal

père, qui duraient en ce temps-là quarante jours, et s'entendre déclarer,

pour

la

seconde
tit

ibis,

successeur au royaume
les

et à l'empire.

L(.'

du

i)alais

conduire

deux gentilshomnies dans une
la
la

salle basse.

Cette salle fort ébîvée, et dont
jardin, peut

voûte soutenait récemment encore un

donner une idée de

grandeur
bàtii'

|)assee de

cet édifice, pré-

cieux vestige de l'ancienne façon de
servait alors

du tem])s des llomains. Elle
dire,

de corps-de-garde, poui" ainsi
elle était vide...

ou plutôt de galerie

d'armes, mais alors

Le sénéchal
le

se

fit

apporter

un

flambeau

,

in^garda encore
et s'adressant

une

fois

parchemin
Lys?

scellé
:

du

sceau royal de

Louis,

au plus
llaoul

jeune des cavaliers
de

C'est bien vous, messire,

(jui

vous

nommez

— Robert

Moi-même, messire

sénéchal.

ïit

votre

compagnon"'^
le

de Guercy, tous deux mourant de faim et précédant
là la

roi

de France qui arrive d'Aix. Vous avez de vous remettre.

missive qu'il nous a chargés

— Oui,
être

elle

m'enjoint, messires, un bien triste office.
je dois

Vous êtes mes prisonniers, et demain! Pour quel motif?

vous laisser en cette

salle jus(ju'a

ment vous devez
Quercy, Raoul est
cuser?

— La du roi n'en dit rien. Seuleséparés. — Séparés! jamais! s'écria Robert de
lettre

mou

ami,

mon

frère!

De quel crime ose-t-on nous
maître. Et
le

ac-

— Je l'ignore,

messires; interrogez votre conscience; moi, je

me

retire après avoir

accompli l'ordre de
les

mon

sénéchal donna

ordre que l'on séparât
salle

deux amis. Raoul de Lys
(Ij;

fut laissé

dans cette

basse ornée de panoplies et de drapeaux

à travers les boiseries de chêne, et

un vent d'hiver gémissait quand Robert de Quercy et Raoul du
à l'oreille

Lys s'embrassèrent,
ne

le beffroi

de Saint-Jacques sonnait minuit.
de son ami
:

— A demain, frère!
te

à

demain, murmura Robert

décourage pas;

j'ai j)eut-ètre les

moyens de

sortir de cette prison

!

Tous deux se serrèrent la main et parurent s'être compris; depuis Imigtemps la même amitié, la même vie, et les mêmes périls les unissaient.
Mais un
Louis
lieu

|dus sombre, plus mystérieux rivait aussi leurs chaînes
:

à

l'iusu de tous
le

ils

aimaient chacun mw,
d<' l^ys

fille

de Charlemague, une souir de
(fe

Débonnaire, Raoul
filles

rêva lùentôt
la

Rotrmle

et

Robert de
(pii

Gisla, toutes deux

d'Ilildegarde,

seconde femme de l'euipeieiir

(1) Toutes ces diverses enseignes «5laienl rangées en lêle de l'armée: les onseignis d^s itiarlyrs élaienl rou2;es, celles des saints pontifes el des confesseurs delà loi olaienl blenes cl violelles, les en>eignes séculières étaient eliamarrées de mille couleur.''
f

Dr Jure insignium (raclatus

)

100

ULE DE LA HAKPE.
faisaient ces

venait de s'éteindre après avoir gouverné la France quarante-quatre ans.

Que
les

deux princesses, alors qu'unique héritier de toutes

terres de Charleniagne et

reconnu par Bernard
le palais

d'Italie

lui-même,

Louis se préparait à entrer dans

impérial?

De quel

œil devaient-

elles voir le retour de ce frère qui

annonçait hautement devoir hannir de

sa cour tous les plaisirs,

et la disci|)liner
à
la

comme un

cloître;'

Quatre
:

messagers venaient d'être envoyés
c'étaient Cfalon, Garnier,

cour avant l'arrivée de Louis
missive dont

Lamhert
le

et Ingohert.
la

Raoul de Lys savait toutes
le

ces choses, mais

il

ignorait

sens de

prince l'avait

chargé

;

ce n'était pas
la helle

moins qu'un arrêt de perpétuelle détention.
Rotrude
et celui

L'amant de

de Gisla étaient loin de s'attendre

à pareil sort, et,

en se rendant au palais des Thermes, tous deux voulaient

s'acquitter seulement de l'ordre

du

roi.

Un morceau
hydromel
et se
fort

de sangher assez mal a}»prête, un haïuq) rempli d'un
tel fut le
tini,
Il

douteux,

souper

qu'ils ohtinrent tous
tira

deux sépa-

rément; ce maigre repas
mit

Raoul de Lys
représentait

de sa poche ym médaillon Rotrude, celle qui avait

à le considérer...

la helle

se voir unie à Constantin,
le

mais dont Charleniagne n'avait jamais voulu
était

cuntraindre

cœur, croyant sans doute qu'un nouveau diadème

trop peu pour

un

roi à qui la victoire prodiguait les

couronnes.

— Rotrude!
cependant

s'écria l'infortuné

jjréféré à

jeune homme, helle Rotrude! tu m'as une foule de guerriers placés près de (Charleniagne!
le

Henri, duc de Frioul,

connétahle Geilon, Volrade, comte du palais,

>lont-r

uKue, Amaury

et vingt autres t'ont fait la
la

cour! Hélas! que ne suis^je

mort hier de

mort de Roland
!

le

her paladin, plutôt que de

me

voir

renfermé dans ces murs horrihles

Si j'avais

au moins

là...

sur cette tahle,

un roman de chevalerie
Raoul
(h'

!

Lys venait

à peine

d'achever ce monologue et de souffler sa

lajupe alin de dormir de son mieux, qu'une lueur mystérieuse échancra
les

murs de

la salle

il

se trouvait:
la

un panneau

glissa sur ses gonds, et
voih'e.
le voile

Rohert de Quercy parut tenant par

main une femme
ligure était
si

— Que
hlait à

veut dire ceci?
il

demanda Raoul en soulevant
la

de celte

femme... Et

reconnut Gisla dont

pâle qu'elle ressem-

une

statue...

— Et Rotrude,

s'écria le

jeune homme, Rotrude, où est-elle?
l'aide

Robert de Quercy, avec
large dalle qui touchait à

de Raoul, s'en fut lever péniblement une

la

première marche d'un escalier secret.

— La princesse ne peut tarder, dit Gisla d'une voix
le péril

émue, nous savions

qui vous menaçait et nous venons vous sauver!..
i)éril?

— Quel

répondit Raoul en prenant dans ses mains les mains de
le

Gisla, froides

connue

marbre

qu'il venait

de lever avec Rohert.
et je sais

— Louis notre frère arrive demain, dit-elle,

de V(drade, ctunlc

HUE DE LA
du
palais, qu'il n'arrive
il

II

A

HP E.
le palais

lOI

que pour punir. Avant d'entrer dans
le

im-

périal,

df'sire,

dit-il,

purger; mais
de peur,

il

sait,

aussi l>ien que vous, les

liens qui

nous unissent,
il

et

dit-il,

de

faire éclater la

honte de sa
il

maison,

veut d'abord vous faire égorger tous deux en secret...
(pi'il

verra

ensuite ce

a h faire
le

de nous

!

— Mainlit soit
tacle

prince qui ne se souvient que des fautes
!

,

reprit Role

bert, et qui oublie les services

Il

devrait avoir devant les yeux

spec-

de son père nous pressant tous deux, Raoul et moi, contre son

cœur,
le vieil
il

comme

si

nous eussions
se relevait

été ses fils! Souvent, la nuit, et
le

quaml
;

empereur

pour contempler

nous

réveillait tons

deux

et

mouvement des astres montait avec ceux qu'il nommait ses pages
lui

nocturnes jusque sur, une des tours les plus élevées du palais... C'est
qui, ne pouvant se résoudre à se séparer de vous, Gisla,

non plus

(pie

de

votre
il

sœur Rotrude, ne voulut pas vous donner en dot
et
!

à

quelque prince;
lils

ne vous maria pas de peur de vous perdre, oh
!

maintenant son
le

jure-

rait votre perte et la nôtre!

cela n'est pas

corps de Charlemagne

est à peine refroidi, Gisla, et Louis ne tient le sceptre

que d'hier!

Il le tient

haut

et

ferme pour
le

te

punir! dit Louis, qui venait de se
la

frayer un passage par

souterrain dont Raoul avait soulevé
lui

pierre.

Louis entraînait avec

sa

sieur Rotrude

et

était suivi

de ((uatre

hommes dont

le

capuce

était rabattu

sur

le

visage.
dit-il

— Une

colond)e échappée met l'oiseleur sur sa trace,
;

en faisant

asseoirRotrndesurnn banc moi aussi, je connais
des Thermes, et c'est

les souterrains

du

[)alais
!

— Voyons,

ici (jue

je viens tenir

mon premier lit
belle

de justice

ajouta-t-il,

counnencons par vous,
si

Rotrude

(pie j'ai

rencontrée fuyant devant moi, (fomme

mon

arrivée vous eût

fait

peur!

Je suis un bon frère, et je n'en veux pour preuve que les quatre gentils-

hommes que j'amène nuit même
!

avec moi

!

Ils

vont vous servir de témoins,

cett<'

— De témoins! s'écrièrent Rotrude Gisla, d'une voix tremblante. — Oui, votre mariage sera célébré cette nuit même... au Vieux-Palais...
et

Vous, Gisla, vous épouserez Robert, comte de Qnercy; vous, Rotrude, Raoul

baron de Lys... deux des meilleurs gentilshommes de feu

mon

père...

— C'est

notre

vœu

le

plus cher, réjjondirent les deux seigneurs. Le
filles,

père craignait de se séj)arer de ses

mais

le frère a le droit

de vr-

clamer, pour ses sœurs,

la

foi

loyale des chevaliers. Noble empereur,

nous sommes

à tes ordres!

— Revêtez auparavant ces armures, reprit Louis, en lançant un regard l'escortaient. — Ces hommes étaient Galon. d'intelligence aux séides
ipii

Garnier, Lamitert

et

Ingobert.

— Les princesses,
d Iininines d'iiniies et

continua
(

le loi.
'

ne dnivciii

pjis

assister

;'i

i;i

t(»ilettc

liexjilicrs

102
HoIiikIc
cl <lisla

lUîE

DE LA

IIAlUMv
jolcr sur les

se iclircrt'iit,

non sans

deux seiynciirs
Ini-

un

r('i;ard

on se peignait tonte leur ànie. L'eniperenr avait donne
lilles

niènieà ses

rexeni|)le

dn désordre;
et

(lliarleniaj^ne avait nii sérail

dans

sou palais,
(ju'on le vit

et

il

s'attachait avec tant de passion

aux objets de son anionr,
cor[)s

nn jour pleurer

se des(der tievant le

dniu' de ses

lionris nioissoniuM' à l'âge

de seize ans. Mais ce jjrince s'exerçait parfois

aux œuvres

|)ienses, épurant, dit

Mezeray, par

la uu'ditaticni et

la

péni-

tence, ce (jue son ànu> pouvait avoir de fragile et de sensuel.

La mort de ce grand
de leur apjnii
voyant
la

roi,

de ce père bien-ainié, privait Uotrnde etCisla

le

plus sur; elles éprouvèrent donc une joie bien vive en

décision de leur frère.

(lepc'iulanl l'appareil

mystérieux de cette

toilette, et

surtout

la

ligure

des quatre seigneurs qui escortaient Louis, avaient causé quelque frayeur
à

Robert

et à

Raoul;
nuiille,

ils

jetèrent bas cependant leur surcot de fer et leur
les

chemisette de

pour revêtir

brassards ({ue venaient de détacher

Galon, Garnier, Lambert et Ingobert.

Deux heures sonnaient

à la tour Saint-Jacques.

Quand

Gisla et Rotrude

rentrèrent, introduites par Galon qui marchait devant

le roi, elles

trou-

vèrent leurs deux fiancés assis sur de larges chaises à dossiers de chêne,
la

tète

penchée sur leur poitrine
et ses quatre
il

comme

s'ils

adressaient encore une

prière mentale à Dieu.

L'empereur
Ils

hommes une

fois sortis, elles

coururent aux

deux chevaliers;

fut impossible de tirer d'eux la moirulre parole
inq)(''rial

avaient été étoutVés dans les arnuires envoyées du palais
à

de

Ravennc

Gharlemagne, en échange d'un vase de pierreries
ville....

offert

par

l'empereur à cette
«

*

En

1560, plusieurs fouilles opérées dans cette partie du palais des
dit le

Thermes,
les trous,

manuscrit que nous avons sous
soufflet,
la

les yeux,

amenèrent

la

découverte d'un casque à

dont une pression secrète fermait tous
partie basse
il

en nuMue temps que

du

colletin

serrait la poi-

trine

du patient. Dans ce casque,

y avait une tète
les

d'homme, conservée
la

grâce à l'absence de tout air extérieur, et dont

dents et

barbe étaient

admirables de beauté.

»

Quant
gneurs

à la

vengeance de l^ouis
les
il

le

Débonnaire, contre deux jeunes
ses

seile

(jui

passaient pour être
;

amants de
ne
dit pas,

sœurs Gisla

et

Rotrude,

père Daniel en parle seulement
est

non plus que Saint-Foix,
le

à (jui

due

l'altV'ration

[lositive

produite sur
d'Italie

teslanu'ut

(!<

l'empereur
à (jui

Gliarlcniagne; ce fut â nn
avait

moine

du nom de Pagncda

Raoul
et

donn('

un

soufflet

parce qu'il parlait mal

de son emi)ereur

maître.

Louis

le

hrhoiniaire n'en garda pas

uuiins ce

lilre

et

uiourni avec

la

repulalioM d'un tres-vci-|ueux, mais Ires-mediocre cmpcrcui'.

fyp.

Udciainn

Rue de La Harpe.

lU E

\)K

LA HAKI»E.
IV.

107,

l.'lfÙïKI.

I»K

CLUNV.
I.K

— LE

COLLEGE n'HARCOlUT

KT
L.i

COLLÈGE DE >ARBO>>E.
coikIcs de
il

nie

(les Miillnirins-S;iiiil-.l;i({(ii('s, ruii «les

la

nie do

ht

ll.irpc,

conduit

à riiôtol

de

(lliiuy

où vient de s'éleindre,
la

n'y a pas en-

core un an, un vénérable patriarclie de

science, l'excellent M. Dusso-

nierard. M. Dnssonierard avait mérité de prendre les armes, la mitre et la

crosse de l'ancien alihéde ce dmnaine universitaire
(In

;

c'était

l(>

flos ri

decus

style fjotlilipie,
la

an ([uartier

latin.

Sa collection d'anti(iuités déposée

dans

chapelle

même

de (]luny, cette charmante chapelle ne sera pas
faire

vendue, assure-t-on; on parle d'en
déjà

un nnisenm national. Nous avons
M. Dnssonierard n'aula

beaucoup de musées,
mais l'avenir de
(pii sait

et peut-être celui de

rait-il

pas cette correction ii'réprochahle qu'exige
l'hôtel

i'ormation d'une telle

iialerie;
fait

de Clnny siuimis
aller

à d'autres

destinées nous

frémir;

où peuvent

l'amour du

|)làtre et la<;iu'rre faite

au

gothique par

les architectes?

Le collège de Cluny
nomme-t-il
de
la
la

fut

fomlé en 12100 par

un

abl)é de (llnny; aussi Guillot

rue de (lluny, rue à Vdhhé
la

do Chnjny.

De

l'autre côté de la rue

Harpe, vous avez

rue de

l'Ecole-de-Médecine, dont notre cadre nous défend de nous ocoipei-; con-

tinuons

à

gravir

Sorbfunie,

le docte sommet affecté à deux collèges monument sans destinée à cette heure.
U'

sans compter

la

Adroite, vous avez
|>ar

collège d'Havcourt,

au n" 94;
la

il

fut fondé, en 128(1,
le
le

Raoul d'Harcourt, chanoine de Paris;

chapell(M>t

portail furent

reconstruits en 1G75. Ce collège se

nomme

maintenant
le

collège Saintsi

Louis. C'était en face du collège qu'était autrefois

pâtissier Lesage,
il

célèbre par ses pâtés de jambon; après avoir vendu son fonds,
s'établir rue Montorgneil.

est aile

Maintenant, examinez un peu cette inscription qui

fait

face plus bas

au collège d'Harcourt

;

c'est

une bande en festons sur

la(pielle

on

lit

:

CoLLEGiuM N.VRBO»^. Cependant ce collège n'est plus un collège, c'est une maison, et une maison appartenant à qui... je vous le demande? A
l'auteur de Valentine et d'André, à
était jadis

madame Sand.

Oui, cette maison, qui

un collège fondé en 1517 par Bernard de Farges, archevêque de >'arbonne, cette maison, devenue depuis un affreux hôtel garni où les étudiants se pressaient comme à l'hôtel du Hasard de la

un

collège,

Fourcliette, rapporte aujourd'hui

10,000 livres de rente à

madame Sand

!

Sachons gré d'abord au prosateur le plus net époque, de n'avoir point changé l'inscription
est tout

et le plus hardi

de notre

latine de cette
la

maison;

(dtservons seulement que cette habitation semble braver

Sorbonne qui
ou eût été

proche,

et

on.

d'après les antécédents de

fiélis-airi'.

sévère envers Lrlia.

104

lU E
voile jeté sur les

DE EA IIAUPE.
et

Le

premières années de La Harpe,

que nul de ses

Inof^raplies n'a pris à tàehe de percer, a

donné naissance

nue foule de

versions, entre lesipu'lles vient se placer naturellement le conte
fant au maillot trouvé devant le colléj'e (rilarcourl.

dun
ait

en-

On

veut qu'on

ap-

pelé

La

FLirpe du

nom même

de

la

rue.

Eepeudaut La Harpe, dans un
détails sur sa famille,

numéro du Mercure de 1790, donne lui-même des

en repoussantles attaques de l'ahbé Royon. H assure descendre d'une noble famille du pays de Vaud, et aftirme que son père était capitaine d'arlillerie
.<

au service de France. Orphelin avant l'âge de neuf ans,

il

aurait été

nourri six mois par les sœurs de charité de la paroisse Saint-André-

des-Arcs, » et, de son propre aveu, prés(mté ensuite à M. Asselin, proviseur du collège d'Harcourt qui lui ht avoir une bourse. Voilà, ce nous semble, de quoi désarmer la calomnie, d'autant que
l'article du Mercure est écrit à la fois d'un style ferme et modeste; mais beaucoup de gens étaient ravis de reprocher en son temps à M. de La Harpe d'être un bâtard Bâtard de Voltaire, comme tous les autres
:

philosophes,

je

ne dis pas!

Hogeh he Beauvoir.

RUE

'ITTE.

OMMEbeaucoiipde choses
beaucoui)
que,
la

cl

comme
épo-

d'hommes de notre

rue Laflitte a

diangé de
la

nom

à

chacune des révolutions qui
France
naquit
la

ont passé sur Paris et sur

depuis soixante ans.
avec
la

Elle

Chaussée-d'Antin;

pre-

mière pierre de sa première maison
fut posée en 1770, etavaut la tin de

celte

même

année,

la

rue

était
lui

presque entièrement hàtie. On

donna, par
des jeunes
ovale,
le

tlatterie, le

nom
la

d'un

princes de

famille

comte d'Artois, qui n'avait alors que treize ans. Les deux frèrtïs aînés du prince avaient chacun leur rue,
la

la

rue Dauphim^
le petit
si

et

rue de Provence; pas doime

comte
lui

d'Artois eût été jaloux
avait
la

on ne

sienne.

Voilà

donc

la nouvelle rue placée parson baptême sous un noble patronaoe,

et

se rattachant par son

nom

au

monde

aristocratique.

Mais bientôt l'aristocratie passa
de mode;
les titres nobiliaires perle

dirent faveur;

blason de France hache;
|)eu
l'oraj^^e

fut brisé à con[) de

gronda chaque jourun
et
le

plus fort

parrain

de

la

nu' d'Artois

lue,

i;i
le sijinal

i:

km
H
le

i

ittk.
avail

donna

de

I

émigralion.
il

n'y

plus

moyen de garder nn
crime,
le

nom

aristocratique;

fallait

cacher

comme un
l'autel

piuter

à

l'étranger,

ou

le sacrifier

publiquement sur

de

la

patrie, et le

changer contre un
C'est ce

nom
la

républicain.

que

fit

rue d'Artois. La municipalité de Paris lui ôta son
la

nom

de prince et de province, par
la

raison que les princes et les pro-

vinces étaient supprimés, et
sa jeunesse, dans toute
la

rue. qui était encore dans tout l'éclat de
prit le

blancheur de ses façades,

nom du

ci-

toyen Cérutti.
Qu'était-ce

que ce Cérutti'

[Mus d'un contemporain serait fort embarrassé de l'épondre à celte
question.
Etait-ce un ban(inier'
jésuite.

un danseur'^ un compositeur':'
révolution rendait

— Non,
a

c'était

un
de

— Eh quoi! direz-vous,
Impossible, peut-être,

la

hommage

un

homme

cette robe? C'est impossible!
el

|»ourlanl rien n'est plus réel
il

:

Cérutti fut

un

des plus fougueux apôtres du jésuitisme;

le défendit,

il

le

célébra dans
feu; le

un

livre qui

fit

grand bruit etque

le

parlement condamna au

même

arrêt

émané d'um^ jurisprudence

qui ne ménageait pas plus les conscienet officielle

ces que les in-12, exigea de l'auteur une abjuration complète

de ses principes jésuitiques. Cérutti obéit, puis
jésuites étaient toujours très bien venus;
tection spéciale, et
il

il

alla à la

cour où

les

le

Dauphin l'honora de
le

sa pro-

entra fort avant dans les bonnes grâces du comte

d'Artois qu'il devait

un jour remplacer sur

frontispice d'une rue.

Tout est fragilité, vanité et mobilité dans les choses révolutioiniaires! D'un caractère inconstant et frivole, Cérutti oublia bientôt les jésuites
pour
les(piels
il

avait écrit, plaidé, et subi les foudres parlementaires.
vive et subtile,
à
il

Doué d'une pénétration
tion, et
il

vit

de loin arriver

la

révolu-

n'élait pas

homme
le

se laisser écraser par l'avalanche.
il

Avec
sus-

toute

la

simplesse de sa nature italienne,
fi'(»c

plia devant

l'orage,
il

il

pendit s(m

dans

coin

le

plus obscur de sa garderobe,

serra soi-

gnensemenl

sa haire avec sa discipline, ipiitta la

cour d'un pied léger,
la

sans dire adieu, et ilvintse logerdans un petit entresol de

rue d'Artois.

Ee déménagement
d'habit,
afficha
»

fut complet. Cérutti changeait à la fois de

logement,
il

de caractère et de mœurs; ou plutôt, sur ce dernier article,
qu'il cachait autrefois. Cérutti avait

gaiement ce

toujours eu beau-

(»up de

penchant }>our
ne s'en

les
il

femmes,

la

bonne chère
les plus
il

et tous les plaisirs
<iu vertement à

nnuidains; des ce
ses goûts, et
leyran<l et
il

moment
fit

eut toute licence de se livrer

pas faute. Ses amis

intimes furent Tal-

Mirabeau;

rien

que

cela! Certes,
l'ois le

était difficile
trio

de choisir de

meilleurs compagnims. Combien de

joyeux

se réunit

dans

le

lUii:
[Hîlit

LAFKITTi:.
là, (iiielle

107
«les

ciiln'sol

lie:

la

rue d'Arlois, et

superbo iniso en leuvre

sept péchés capitaux! Mais aussi, «|ue de bons-mots! «jue de in'ordanles
saillies, (|ue

de vastes projets conçus dans l'ivresse et poursuivis plus
laulorite d'une ebupience

lard avec la verve d'un esprit inépuisable e)

entraînante!
C'est dans cet appartement de
la

rue d'Artois, que Cérutli

<'tal>lil le

Im-

rean d'ini journal

(pi'il

fonda et

((ui

eut un [)rodigieux succès, connue on

peut aisément

le

croire, puisque; lex-jcsuite. r/'dacteur en chef, avait ses

deux amis

i)our collaborateurs.

Ce journal d'une opinion avancée, d'une

vive allure et d'un style iiuisif. portait

un

lilre tout

pastoral et s'appelait

:

Lu

feuille villufjeoise.

Voyez-vous

d'ici

Tallcyrarul déguisé en berger Tircis,

Mirabeau maniant

la

boulette, et Cérntti gardant des

moutons' Ces

trois

esprits

si tins,

si

ardents,

si

corrompus, setaient mis au vert poiu'

pr»tle

pager les principes révolutionnaires dans les campagnes. Us quittaient
t(»n

railleur,
le

le

propos

leste et fringant, l'anecdote scandaleuse,
et se

pour

adopter

régime de l'églogue

mettre à

la

portée des intelligences

agrestes.

11 faisait

beau voir ces gentilshommes travestis, ces démission-

naires de l'aristocratie, ces beaux parleurs du gran<l-monde, présenteileur logicpie sous une forme simple et naïve, et dans
ge, p(uir se faire

un

rusti<|ue langa-

comprendre par
le

les habitants

des fermes et des chauet

mières. Cràce à eux.

journal pénétra dans les'cham[>s

dans

les bois.

Kis
se Ut lirr p.ir les

in

i:

LAiFiTTi:.
moissonneurs.
la

iM'iciifi'oiis cl piir les

C'était-là

une chose
vieilli

lonle nouvelle dans les

mœurs du temps:

presse, qui avait

dans

une longue eulance, s'émancipait tout d'un coup, et taisait un pas de géant. Le journal de (lérutti n'avait pas nuùus de succès dans les villes
que dans
bureau de
les
la

canqiagnes; à Paris, surtout, on

le lisait

avec avidité, et

le

rue d'xVrtois fut souvent assiégé par la foule qui venait enle-

ver l'édition d'un piipianl numéro.

L'ancien jésuite s'était donc

lait

un

nom dans

la

révolution naissante,

lorsqu'un soir, après un joyeux

<linei-

chez un restaurateur du l'alais-

Uoyal, .'Miraheau, sortant de table, chancela et tomba (>vanoui enti-e les bras

de Cérulti.

— Ce

ne sera rien,

dii-ent les

convives,

(l'était la nnu't

!

Quel<|ues jours après, par une belle matinée du mois d'avril

I7*,)l, la

population parisienne se pressait toute entière

à la suite

d'un char finie-

bre qui se rendait au l'anthe(ni. Mirabeau avait sncciunbe aux excès de

l'éloquence et des plaisirs;
toute
la

il

était

mort dans

la

bu-ce de l'âge et
.\(!

dans
plai-

majesté de sa gloire, tue
(pii

pai- le

génie et par les passions.

gnez pas ceux

meurent frappes par de tels meurtriers! Céiutti pi'on<MM;a l'oraismi funèbre du grand orateur (pii h' |»r(''cedail seulement de ([Uebpies mois dans la tombe. Moins d'une année a|Mes cet
événement, au mois de février
171)"2,

des échelles furent plantées au coin
la

du boulevart

et

de

la

rue de I*rov<Mice; des (Uivriers, envoyés par

mu-

nicipalité, elVacèrent le
le

nom

princier

d<' la

rue d'Artois, et y sidistituérent
à la nu!'-

nom

de

(lèrutti. C'était

une recom[)ense nationale décernée
la

nioire de

l'homme

(|ui

avait servi

cause populaire, un peu lard peutjamais

être;

mais
le

à l'exemple

de

la

Providence, une l'évolution accueille toujours
(pu) le just<^ (pii n'a
failli.

mieux

pécheur l'epentant

L'eni[)ire vint, et le

nom

de

la

rue Cérntli fut une des instilulions réle

volutionnaires ipu' Napoléon respecta. Dès ré[)0(pie du directoire,

beau

monde

avait pris cette lue sous sa protection; les inci'oyables et les mery

veilleuses

avaient élu domicile.

Les conteurs d'anecdotes plaçaient du jour. Au bal

«lans la vxw Lérutti le siège des plus piipiantes m)uvelles

de r()[)éra,

si

(juebpu' élégant cavalier était inlrigiu' jiar un aimabb' do-

mino,
Miche;
le

la

conversaticMi se terminait par

un souper chez Hardy ou chez
le traite

et

après
cpii

le

repas, lorscpn^

la

carie était payée et

conclu,

domino,

n'avait plus rien à

refuser, conduisait l'amphitryon vain-

queur dans un galant boudoir de
était

la

rue Lerutti.
la

La rue Lérutti ne s'étendait pas au-delà de
l'hôtel

rue de Provence. Elle
:

terminée par une magnitique décoration faisant face au boulevart

Thélussou.
était

M. Thelusson
d'avoir pour
<^l

un riche ban(piier genevois qui
et

avait eu
fut

rhonneur

commis

pour caissier M. Necker, qui

depuis ministre

peio

(je

madame

de Staèl. La venvo du tiuancier ht eonstruire Ibnlel

HUK LAFFITTI':
(loiil

109
arcliilecU'

nous parlons.

Clet

hôtel,

ouvrage du célèbre

Mcolas
arcade
et

Letloux,

s'ouvrait sur

la

rue de Provence par une

inniiense

hémispliéri(iue, à travers la(pielle on apercevait

un charmant jardin,

au fond une espèce de temple eu forme de rotonde, orné d'une élégante colonnade, et élevé sur une base de rochers groupés avec art et entremêlés d'arbrisseaux, de fleurs rares
de
et

de fontaines jaillissantes. Rien de

plus pittoresque et de })lus original que cette habitation. C'était un palais
fée.

Les promeneurs du boulevart

et les

passants se détournaient de

leur

chemin

pour venir l'admirer.
la

Il

y avait toujours

une douzaine de

curieux, arrêtés au bout de
et

rue Cérutti devant l'arcade gigantesque,

jamais décoration de l'Opéra ne produisit un plus bel elfet. En tout temps, ce magnilicpie hôtel l'ut cité dans le grand monde pa-

risien

pour

l'éclat

de ses

fêles.

Madame Thélusson
l'aris

y réunissait

une

bril-

lante

société, composfMî de

loutce((ue

comptait de personnages
.Neckcîr et leur tille
s'était

i-emarquables, en exce[)tant toutefois M. et
ipii

madame

n'y furent jamais admis.

Le contrôleur gênerai
(pii

montré

fort

ingrat envers son ancien patron

avait été l'auteur de-sa fortune; la

veuve du ban((uier ne voulut pas
de

lui

pardonner ses mauvais procédés,
(|ue l'auteur

aggravés par (pii'bpu's-uues de ces mordantes épigrammes
(J»/"j«H<'

puisait dans son esprit satiri(pu' et malveillant.
fui

Plus tard, l'hôtel 'riielusson
l'empire.
l>a

habite par une des illustrations de
le

famille

impériale avait une prédilection marcpiee pour
i)ass<'',

(piarlier d'Autiu. IJonapartc; se souvenait d'avoir

dans une char-

mante

petite

maison

(h; la

rue de

la

Victoir(\ les plus

beaux jours de sa

glorieuse jeunesse.

(l'<''fail

là (pie la

fortune l'avait pris parla main,

pour

r<''lever au sommet des grandeurs humaines. Une de ses so'urs habitait la menu; rue. Son oncle, le cardinal Fesch, avait son hôtel rue du Mont-

Blanc.


la

Murât habita

l'iiôlel

Thélusson.
la

Puis

restauration arriva. Les fenêtres de
le

rue

(îei'utti

regardèrent

passer, sur
l'exil les

boulevarl, l'innuense et bizarre cortège
cl

(|ui

ramenait de

Bourl>ous

leurs serviteurs.

— Quelques jours
et

après, des ou-

vriers plantèrent eiuMuc l'échelle à ses quatre coins,

grattèrent son
à sa

nom

révolutionnaire pour
et ((u'elle tenait

lui

rendre celui qu'elle avait reçu,

naissance,

de

la

royauté légitime.

C'est ainsi que l'ancien régime renaissait, sous toutes les formes, et

dans

les petites
faire place

choses

comme dans

les
la

grandes. Les aigles disparaissaient
à la

pour

aux fleurs de lys;

paix succédait

guerre; l'empire
aristocratie

français reprenait les proportions d'un

royaume

;

la vieille

ressuscitait avec ses titres, ses blasons et sa coiffure de 1788; le retour

au passé
et

était

complet

:

la

rue Ciérutti devait suivre

la

pente de l'époque,

reprendre son

nom

de rue d'Artois.

Que

siguiliait

d'ailb'urs ce

nom

de Cenilli'Quel

(Hait

l'iKunnie qui

110
l'avait
l'ouriii'

HUE LAFFITTE.
Mul ne s'en souvenait; nul ne s'en souciait!
le
11

est des
;

noms
(lu'un

qui ont

droit d'être respectés dans les défaites politiques

ce

sont ceux qu'environne une auréole de gloire. Mais Cérutti n'avait été

obscur soldat, tombé sur
(ju'il

le

champ de

bataille,

au commencement

de l'action; l'esprit

avait jeté dans la lutte avait été ellacé par de

bien plus vives saillies; bien d'autres
sants, avaient étouffé le sien.
cet

Un

seul

noms célèbres, fameux, retentisbommeaurait pu plaider sa cause;
compagnon; mais
il

bomuie

avait été son ami, son

collaborateur, son

cet

homme

se

nommait

alors le prince de ïalleyrand;
les

avait passé par
le

toutes les dignités et par toutes

trahisons;

il

avait

mené

convoi
conliées

funèbre de l'empire; les clés de grand chambellan que

lui avait

l'empereur

lui

avaient servi à ouvrir aux Bourbons

le

château des Tui-

leries; toutes les puissances étrangères attachaient des croix à son babil
et versaient

des millions dans ses poches;
il

il

boitait sous le fardeau des

honneurs, et

en demandait encore!

(let

homme

était trop adroil.

trop avide, pour se souvenir d'un ami mort en état de péché républicain.

tégeait son

Aucune sympathie ne s'élevait donc en faveur de Cérutti; rien ne pronom. Le comte d'Artois, au contraire, jouissait de la plus
Il

grande popularité.

revenait précédé par une réputation chevaleresciue

;

les meilleurs esprits

du temps

lui faisaient

des bons mots, (jue ses par-

tisans répétaient avec enthousiasme. N'avait-il pas dit en parlant de sou

retour

:

— Ilien n'est changé en France
fois,

:

il

n'y a qu'un Français de plus
(pii

!

Et une autre

en écartant

les

gardes
;

empêchaient
jour

la

foule

d'arriver jusqu'à lui, ne s'était-il pas écrié

—Plus

de hallebardes!
h;

La rue Cérutti reprit donc

le

nom

de rue d'Artois,
le

même

la

lue de la Victoire, sa voisine, reprenait

nom

de Chautereine.
les

Uieu de bien remarquable ne se passa dans
suivirent ce troisième
la

premiers temps

<|ui
;

baptême ou plutôt

cette reprise d'un ancien

nom

rue d'Artois continua son train de vie élégante et somptueuse. De riches comptoirs s'étaient ouverts dans son sein qiiebiues-uns de ses
;

hôtels furent convertis en fortes maisons de ban(|U('
ciére venait lui prêter

;

l'aristocratie liuan-

un nouveau

relief.

Dans
la

les

dernières années de

la

restauration,

la lièvre

des construcfait

tions s'empara de tous les capitaux.

La bande noire, qui jadis avait

marteau de la spéculation sur les hôtels qui occupaient une trop grande étendue de terrain. Sur l'emplacement de ces somptueuses habitations, situées entre cour et jardin, on pouvait
le

guerre aux châteaux, leva

bâtir trente

maisons productives. L'industrie dressa ses plans, dans

lesquels
Il

la

Cbaussêe-d'Autin ne fut pas oubliée.

(pii

y avait à celte épo(pie, au Palais-Royal, en face des galeries de bois déshonoraient ce vaste et monumental édifice, ini tailleur nommé Beichul, renomme surtout pour les habits duiiilonne. Les |)assauls

HUE I.AFFITTK.
rltlouis s'arrêlaiont
liabits

III

devant rétalago de son magasin, pour admirer les
et les

des généranx couverts de broderies d'or

dolmans de hussards

élégamment galonnés. Pendant les guerres de l'empire, alors qu'on usait beaucoup d'uniformes, ce tailleur avait fait une belle fortune qu'il eut l'idée d'augmenter par des opérations industrielles. Le démon de la construction s'empara de lui
pierre.
:

ai)rès

avoir taillé

le

drap,

il

voulut tailler

la

Berchut acheta
(le fut

l'hôtel

Thélusson, et

il

le

démolit.
le

une véritable douleuret une indignation générale dans

quartier

qui voyait détruire son plus bel ornement.

On

cria

au vandalisme et au

meurtre! Mais

les

truction. L'arcade

maçons n en poursuivirent pas moins l'œuvre de desimmense, le délicieux jardin, le palais de fée, les
il

rochers,

la

colonnade, les arbustes, les fleurs, les statues, tout disparut,
n'y eut plus qu'un
la

tout tomba, et bientôt

amas de décombres

à cette

place où naguère s'élevait

plus charmante habitation de Paris.
la

Mais rassurez-vous: l'industrie et

spéculation ont horreur
(piartier va s'élever, et

d>i

vide.

Sur ce monceau de ruines, un nouveau
qu'un accroissement se pré})are pour
devenir
le
la

pendant
va

rue

d'Artois, voici

qu'elle

théâtre de grands événements politiques.

Le 27

juillet 1850, l'insurrection éclata

dans Paris.
à la

— De cette histoire,

nous raconterons seulement ce qui touche

rue d'Artois. Après avoir

pris les armes et s'être disposés au combat, les insurgés songèrent à se donner des chefs. Parmi les noms qui se recommandaient le mieux aux amis de la liberté, on proclamait M. Laflitte, dont l'hôtel était situé rue

d'Artois.

Le

soir

du 27

juillet, l'école

Polytechnicpie se révolta

;

quatre
lui

élèves de cette école se rendirent chez le banquier-député,

pour

an-

noncer que tous leurs camarades étaient prêts
populaire, et se mettaient à
Il

à

combattre pour

la

cause

la

disposition des chefs du parti.
la

était

onze heures lorsqu'ils frappèrent à
le

porte de l'hôtel Laffitte.
ils

Le concierge leur répondit que

maître était couché, et

se retirèrent.
la

— Tel fut
Mais,
le

le

résultat de la première
la

démarche

faite

ouvertement dans

rue d'Artois, en faveur de

révolution qui commençait.
bataille, la ([uestion était
la

surlendemain, après ime journée de
il

déjà fort avancée;
et les

était aisé

de voir de quel côté penchait
la ville

fortune,
qu'il

nouvelles arrivant de tous les points de
la

annonçaient

ne restait qu'à organiser

révolution. Les

hommes
champ de

(pie leur âge, leurs

fonctions et leur caractère éloignaient du

bataille, prirent le
Il

chemin de
de l'hôtel
conseil.

la

rue d'Artois, en évitant les barricades.
la

s'agissait de sa-

voir ce qu'on allait faire de
Laftitte,

victoire.
la

La foule
gauche

se pressait se rendaient

aux abords

les

députés de

pour tenir
c'était

Aucun deux

n'avait reçu d'avis, et
le

chacun avait jugé que
Il

le

centre de réunion

plus convenable.

n'y avait plus à hésiter. Le

\'>

HUE LAFFITTE,
drame
allait liiiir; lliùlel Laffitle se

troisième acte du grand

chargea de

composer

le

dénouement.
était à

L'assemblée

l'œuvre, et déjà d'importantes mesures avaient

été prises, lorsque lout-à-coup

un bruit de monsqueterie
«

retentit

dans

la

rue d'Artois, devant

la

porte de l'hôtel.

Qu'est-ce que cela? un revire-

ment de fortune! La garde
pensée révolutionnaire!...
le

royale a repris l'avantage et vient attaquer la
»

Non...

Un

régiment de ligne qui occupait

boulevart des Italiens s'était rallié au peuple et venait de faire acte de
l'air.

soumission en déchargeant ses armes en

La rue

d'Artois,

qui,

dans

la

première révolution,
servi

n'avait

produit

qu'un journal champêtre,

et n'avait

d'asile qu'à de frivoles conféfois, à

rences entre Mirabeau, Talleyrand et Cérutti, était appelée, celte

un

plus grand honneur. La Providence en avait fait un vaste théâtre où
la

devaient se régler les destinées du pays. Le peuple, l'armée,
trature,
le

magis-

parlement, passèrent par-là,

et

M. de Talleyrand se rendit

avec les autres au quartier-général. Dés qu'on
l'hôtel Laftilte,

vît paraître Talleyrand a on put dire avec certitude que la cause de la légitimité était perdue sans retour. Le rusé diplomate ne risqua jamais de son pied boiteux une fausse démarche; sa montre ne retarda et n'avança jamais

diquait

dans ces occasions solennelles; c'était un excellent régulateur qui lui inla minute précise où il pouvait virer de bord sans se compromettre.

UUE LAFFITTE.
Le démon familier de toutes
le

115
peine entré dans

les

révolutions était à

salon de M. Laffilte, (lu'un parlementaire de Charles X, M. d'Argout,

s'y présenta. Il avait traversé la rue d'Artois avec

un sauf-conduit, signé
»

par Casimir Périer.

Il

voulut entamer une négociation en faveur du roi
:

vaincu; l'assemblée lui répondit

« Il

n'est plus temps!

M. d'Argout n'avait pas une aussi lionne montre que M. de Talleyrand. Son régulateur retardait de vingt-quatre heures.

Le lendemain,
Il

la bataille étant finie,
le

M. Thiers revint de Montmorency.
l'hôtel Laftitte qui avait été

n'eut pas de peine à trouver

chemin de

son bureau politique. M. Thiers, qui n'était encore qu'historien et journaliste, prit la

mation orléaniste.
dans
la

plume pour écrire sous la dictée des assistants une proclaLa couronne tombée à Saint-Cloud était ramassée

rue d'Artois pour être portée au Palais-Royal.
et

Après ces événements

pour consacrer

le

souvenir de

la

part qu'elle y

avait prise, la rue d'Artois abdiqua son titre aristocratique et se

donna

le

nom

de rue

Laftitte, qu'elle a

conservé jusqu'à nos jours.

Satisfaite de ce résultat, elle a

renoncé aux
arts,

affaires publiques,

livrer sans trouble

au commerce, aux

aux

plaisirs.
l'a

pour se Le marteau du
prolongée jus-

tailleur

Berchut
de
la

lui a

ouvert une nouvelle carrière et
la

(pi'au pied
l'hôtel

colonne et de

rue des Martyrs. Elle ne regrette plus

décoration

Thelusson; à ses limites, s'élève aujourd'hui une autre charmante L'église Notre-Dame-de-Lorette.
:

C'est l'église la plus coquette de Paris;

une paroisse qui a mis
et

la

dévo-

tion à la portée de la Chaussée-d'Antin, et qui a très ingénieusement allié
la religion à

tous les caprices de

l'art,

du goût

de

la

mode;

église élé-

gante, fleurie, parfumée, drapée

comme un

boudoir, décorée

comme un
mu-

musée, harmonieuse comme

le

théâtre Italien.

Dans

les tableaux qui or-

nent ses autels de palissandre, dans
railles, les saints ressend)lent à

les fresques qui

couvrent ses

des dandys, et les saintes lancent sur les

assistants des regards provocateurs. Elle chante ses pieux cantiques sur
les plus jolis airs d'opéra,

des airs de valse et de boléro. Le bruit des
concerts du Conservatoire. Son suisse et ses

castagnettes semble se mêler aux graves soupirs de ses orgues. Les dilettants vont là

comme aux
la

bedeaux ont quitté

l'habit rouge et le large baudrier

pour revêtir

l'unifor-

me

de colonel de

garde nationale. Parmi les dévotes les plus assidues
les

à ses offices,

on remarque presque tous

premiers sujets de l'Académie
la

royale de musique.

A
et

Notre-Dame-de-Lorette,
I?,

Favorite a son Prie-

Dieu dans

le

chœur, que

Cachuclia rend

le

pain bénit.

— Quelle charmante

histoire à faire,

celle

de

la

rue Notre-Dame-de-Lorette!

A

l'autre extrémité de la rue Laffitte, c'est-à-dire à son entrée sur le

boulevart des Italiens, s'ouvrent à droite une librairie et à gauche un
restaiwant
;

la

nourriture du corps

et

de l'esprit. Le libraire habite une L5

\\\

RUE LAFFITTE.
iiuiisoii

élégante petite

qui

tkite

de

la

création du boulevart, et qui a dû

être construite pour a])riter quelques galants mystères du siècle dernier.

Le restaurateur
lée et

est logé

dans une vaste maison toute moderne, tonte
si

cise-

dorée du haut en bas. Longtemps cette demeure
des Parisiens; les
la

reluisante a fait
la
fait

l'admiration

badauds s'attroupaient pour

conplus

tempb'r.

On Ta surnommée

Maison d'Or. Aujourd'hui on n'y

attention, et c'est justice.

Une maison
(hms
la

d'or est une digne introduction à cette rue qui renferme

la

plus grosse fortune de France.

— Car, M. de Rotschild demeure toujours
pour
lui et

rue

Lal'fitte.
(pi'il

Il

y a fait construire trois hôtels
le

pour

sa

famille. Celui

habite est

plus beau,

le

plus resplendissant. C'est

un palais où

l'on trouve d'éblouissantes dorures,

de magnifwpies étoffes,
\('

de superbes uunibles, des tapis royaux.
leries

En

fait

de luxe,

|)alais

des Tui-

ne saurait être comparé h l'hôtel Rotschild.

L'hôtel Laftîtte est beaucoup plus modeste. Cette

demeure qui

a

domie

son

nom

à la rue, celte

maison où

la

révolution de juillet s'est accomplie,

allait être

vendue par suite de

cette

même

révolution, le propriétaire n'é-

tant plus assez riche pour la garder. Mais le pays, voulant offrir à M. Laftîtte

un témoignage d'estime,
mots en
lettres d'or

a racheté cet hôtel et le lui a rendu.
la

Pendant

plusieurs années, on a vu sur
ces
:

façade de l'hôtel une inscription portant

V

JACQUES I.AFFITTE
R
I

s

O

î"

s C

PT

I

N

rs

AT

I

>'

A

F.

R

29

JIILLET

I83n.

Aujourd'hui,

le

marbre ([ui

portait cette inscription est placé dans la cour
la

de l'hôtel, de manière à ne pouvoir être vu de ceux qui passent dans
rue.

L'hôtel dont nous parlons
Si

est

devenu un des monuments de Paris.
pour
la

vous courez dans

la

grande

ville,

première
,

fois, et qu'il

vous

plaise de visiter cette noble et populaire

de

la rue,

et

il
:

demeure interrogez un pauvre aussitôt la maison de l'illustre et charivous indiquera
l'histoire la
a

table

banquier

rendra immortelle, et

la

poésie n'oubliera

pas que Béranger

composé quelques-unes- de

ses admirables chansons

dans

l'hôtel

de M.Laffîlte.

Eur.ÈlNE (iuiNOT.

BUDZ.IL0I1

I

RUE ET
I,

voyageur rétrositcctirdaiis
gallo-romain

la

iiiiil.

historique du Paris origiuaire

,

du

Paris

,

vous laissez

tomber sur
les reflets
^

cette période lointaine

d'une vive imagination de
rue et
fau-

poète ou d'artiste, l'espace qu'occu-

pent aujourd'hui

la

le

bourg Saint-Antoine vous apparaîtra rouvert de nuinkages ou de sombres forets, dont les cimes se découpent dans
iH

les

eaux encore pures
la

transparentes de

Seine.

Peut-

iHre apercevrez-vous la

jeune drui-

desse, proscrite par des dominateurs de
versant d'un

le la

paganisme
Gaule, trace bois,

pied
la

furtif

naguère sacré, où
peut plus qu'à

souner

le

ne dérobée nmisguy, ce présent si cher
faucille d'or
la

aux dieux des Celtes. Voyez-vous
la-bas briller, à travers la feuilléc,

des casques romains':'

(le

sont les

légionnaires d'un César (pii poursuivent, qui traquent
?

comuu' desbétes

fauves

les

derniers s('<-tateurs du

druidisme.

Mais déjà
liaire
(|ui

la

corruption, cet auxi-

puissant des peuples civilisés
les

subjuguent

nations primi-

tives, la

corruption a con(piis les

Parisiens,

en dorant leur
à
la

tiinifpu',

en les enivrani

c(tupe des vo-

ik;
liiptcs roinaiuL's,

hue et
en
lïiisaiil

KALii]()ur.(;

asseoir leurs princes dans ec senal ou tout
la

patriotisme vient se cacher et mourir sous
délicieuses
u///rts,

jtourpre patricienne. Ces

ces palais bâtis en marl)res del'aros, et(pii Idancliissent

çà et là les coteaux qu'on

nommera Ménilmontant, Charonne,
partie; à

Montreuil,

appartiennent en grande

d'opulents Gaulois, tiers de n'être pas
ils

moins corrompus que
serviles courtisans.

les

proconsuls romains dont

se

sont

faits les

Ces splendeurs de
durée
tion
:

la

décadence d'un empire ne seront pas de longue
la direcl'in-

nous

voici

au cinquième siècle; cette voie romaine qui suit
la

dans laquelle on bâtira un jour
;

rue Saint-Antoine, va favoriser

vasion des barbares du nord
foule

en ce moment,
la

les chrétiens surgissent

en

du midi

,

plus puissants par

croix

du Hédeiupteur,

([ue les Si-

cambres par leur

terrible francisque!

A

la

fin

Rome
:

est

tombée; mais

la

Caule n'a

fait

que changer
la

d*;

domination

Clovis lui a

donné de nouveaux maîtres;
du fleuve

féodalité a

grandi vite. Ce ne sont plus d'élégantes villas qui couronnent un hémicycle de collines sur les bords
:

des nids crénelés, à l'usage

de ces oiseaux de proie ({ue l'on appelle des seigneurs, ont remplacé
les palais en

marbre. Au fond des coteaux
dans
le

,

on s'agenouille devant une
;

croix

taillée
,

vieux

manoir gaulois
,

l'oratoire

invite

à

la

prière

dans un temple payen

et la flèche
la

du monastère

rallie les

populations; là-haut, on règne par
la

violence; ici-bas, on gouverne par

persuasion.

A

la fin
:

du douzième
chênes sept

siècle, l'espace

que nous parcourons

était bien

changé

les

à huit fois séculaires étaient

tombés

;

le

marais avait

pris l'aspect d'un
retraite

champ

cultivé,

au milieu duquel s'élevait une sainte
foi vive;
il

dont voici l'origine. Foulques de Ncuilly professait une

avait visité le

tombeau du

Christ, tantôt

comme

guerrier, tantôt

comme
renom-

pèlerin, et la grâce l'avait éclairé. Ses prédications le faisaient

mer
la

à la cour de Philippe-Auguste;

il

guérissait toutes les maladies par
la

seule imposition des

mains,

il

donnait
et,

lumière aux aveugles,
il

l'ouïe

aux sourds,

la

parole aux muets,

chaque jour,

opérait des

miracles. Malgré tous ces dons surnaturels. Foulques de Neuilly, sans

doute pour agir plus efficacement sur l'esprit des Parisiens, s'associa
Pierre de Uoussy, autre prédicateur dont l'éloquence n'était pas moins

persuasive, puisqu'il avait converti des usuriers. Cet orateur sacré s'apI)liquait
»

surtout à tirer des voies de perdition

«

les folles

femmes

qui
»

s'abandonnaient, pour petits prix, à tous, sans honte ni vergogne.
:

Ceci est plus croyable
la

on doit convertir aisément ce vice qui n'est que
le

grimace de l'amour; mais
a pas dit
si

chroniqueur du

douzième

siècle

ne

imus

Pierre de

ïloussy convertissait les

femmes vraiment

amoureuses.

SAINT-AMOKNE.
caleiirs, se coiiitèreiit
les

117

Quoitiu'il eu soit, hïs urostituées, après avoir enleiidii nos deux picdi-

cheveux, abjurèrent

leur

iiil'àuie

métier,

el

devinrent sages jusciu'au plus fervent repentir.

On

les vit faire des pèle-

rinages pieds nus et en chemise; ce qui dut paraître plus humble ({u'èdifiant. Entin,

un grand nombre d'entre elles s'étant jetées dans le sein immaculé de Foulques de Neuilly, furent réunies par lui dans une maison
fonda sous
le

(|u'il

nom

de Saint- Antoinc-dcs-Chmnps, et qui, ayant pris

un accroissement considérable, devint ensuite une abbaye royale. De
riches donations

ayant été faites à ce couvent, il y eut à défendre, contre les incursions des pillards, deux espèces de trésors les richesses
:

proprement dites,

et

l'innocence des nonnes. Ce fut apparenuiient pour
la fin

assurer cette double conservation, que, vers

du quatorzième

siècle,

l'abbaye de Saint-Antoine fut environnée de fortes murailles, dans les(pielles vinrent se resserrer, sous la forme d'une espèce de bourg, les

habitations précèdennnent éparpillées aux environs

du monastère
la

Du

haut de ces murailles,

les

manants qui
et

faisaient

le

guet virent

au jour naissant, s'élever
miers rayons du

se rapprocher

dans

un malin, plaine deux tour-

billons de poussière. Bientôt on vit étinceler des armures, et les pre-

sur des casques aux cimiers dorés et Puis on distingua une double chevauclu'c venant de deux points opposés; elle se joignit sous les murs mêmes de l'ab-

soleil se brisèrent

aux panaches
baye.

flottants.

On

était

en l'an de grâce 1465;

la

guerre

dite

du bien pnblir

avait éclaté; les grands vassaux de la couronne, las de subir la foi pu-

nique du cauteleux Louis XI, s'étaient ligués contre lui: Charles de
dit /e Tm^-mire, était l'âme de la coalition; mais chacun des deux partis redoutait les chances de la guerre; on venait traiter, en se promettant de violer des conventions qui n'étaient pas encore lignées Pénétrez avec nous dans ces groupes de guerriers: voici

Bourgogne,

vous l'avez reconnu à son pourpoint rapiécé, à son chapeau de pour lui seul d'une petite madone en plomb, qu'il rend complice de ses attentats. Vous l'avez surtout reconnu à son regard
le

roi;

feutre décoré

fauve, au sourire toujours équivoque qui crispe ses lèvres
flétries.

minces
le

et

Prés de Louis se tiennent
le

le

maréchal de Gamache,

comte

de Vendôme, et

terrible Tristan, qui,

de son regard de vautour,

semble convoiter
rénissimes,
le

princes coalisés, pour garnir, de leurs cadavres ségibet de Montfaucon, qu'on aperçoit là-bas sur le coteau.
les
le

Dans
saire

l'autre

groupe, voilà Charles
à

Téméraire

:

il

s'est fait violence

pour venir

ce rendez-vous;

ce prince connaît trop bien son adver-

pour croire

à ses intentions pacifiques. Il a plus
le cri

de confiance,
:

le

chevalereux Bourguignon, dans
bien public, décharfje

de ses hérauts d'armes

franchise,

ses alliés: Jean

W

Unn.

du peuple! Awtonr du vaillant guerrier se pressent (]uf de liourbon.le duc d'Aleucou. .leau d'Anjon.

IIS

HUE ET
(le

FAIJIJOIIH.
Nemours,
le sire

duc

(lalabre. J;K'i|ues d'Arnia;;nac, iluc de

d'Alhrr

et les eointcs

d'Armagnac, du Maine

et

de Dnnois
:

Une
dictée;

trêve fut signée dans les
la

murs du couvent

la ntjcessile

l'avait

mauvaise

foi

la

viola; et, selon l'usage,

on cria des deux

côtés à la trahison.

Les religieuses, presque toutes nobles, enfermées dans l'abbaye de SaintAntoine, devinrent quelque peu pécheresses
taient, dit-on,
;

au seizième

siècle, elles jou-

de galanterie avec

les noinu's

de Montmartre et de Lonchamp;

c'est

beaucoup!

A

la tin

du dix-huitième
fut

siècle, et lorsque le couvent, re-

construit splendidement,

un

véritable palais, l'abbesse de Saint-

Antoine,

dame éminemment

titrée,

voulut y mener

la vie

d'une princesse
la

du monde de cette galante époque. L'arcbevècpie de Paris,

cour

même

intervinrent pour arrêter ces pieux déportements de toutes les passions

mondaines mais ce
;

désir denonne, qui, selon C.resset, est un feu qui dévore,

ne fut pas facile à comprimer.
surveillée

On

raconta!

que madame l'abbesse,

troj»

pour recevoir certaines

visites

dans l'abbaye, se

faisait ingé-

nieusement porter hors de l'enceinte sacrée, dans une grande hotte, que
les tourières se

gardaient bien de visiter... Ces excursions amoureuses

sont encore citées parmi les traditions de l'ancien monastère, devenu un
hôpital depuis
la

suppression des ordres monastiques.

Dès

le

milieu du quatorzième siècle, <m avait bâti (pu'bjues maisons,

(|uel(jues hôtels llanqués

de tours aux mâchicoulis lueniliicrs.

le

lougd(^

la

SAINT- ANTOINE.
voie romaine
(|iio

I'.)

nous avons signalée,

et qui,

dans

le siècle

précédent, con-

servait encore

le

nom

de voie royale.

Charles V, n'étant que dauphin,
le

donna

à des religieux

de l'ordre de Saint-Antoine

manoir de

la Saussai/e,

situé sur l'emplacement

l'on voit aujourd'hui le

passage du Petit Saint-

Antoine, atin que ces moines pussent y recevoir et traiter les infortunés
atteints
le

du mal des ardents, appelé aussi
les

le

feu sacré,

le

feu Saint- Antoine,

feu d'enfer: maladie dévorante née de la misère du peuple. Mais, selon
frères Antonins,

Guiot de Provins,

comme on

les appelait alors,
;

s'étaient déjà montrés

peu dignes de cette philanthropicpie mission

le

Juvénal du treizième siècle peint ces hospitaliers

comme

des fourbes,

des gloutons, des débauchés, dans des vers d'une candeur assez abrupte:
«
»

Tout

le

pays, ajoute Guiot, est peuplé de leurs enfants... Leur cochon
»

de Saint-Antoine leur vaudra cette année 5,000 marcs d'argent.
les religieux

A

propos de cette pauvre bête tant calomniée,
avaient acquis, par une charte royale,
le

dont nous parlous

droit de laisser courir

un nom-

breux troupeau de porcs dans toutes
les

les directions de la ville.

Yoyez-vous

seigneurs et les dames du temps, avec leurs splendides habits, leur
le soir

chaussure brodée d'or, marcher

sur

la

voiepublique, couverte des

immondices

(|h y

biissaienl les l;i\nris dcSainl-AMloiiie'

Des scm

orii^inc.

120
la

J5UE ET
(l<*s

FAUROlinr.
celle-ci fut sup-

niaisou

Antonins avait été érigée on coinmandorie;

primée en

lO'ii,

mais vers 1G89,
religieux

ils

firent reconstruire les

bâtiments

i\o

leur conumiiiaiite. Ces

d'iuie

piété

doutense portaient, sur
étoffe
ils

leur robe lilancbe,

le

Tau ou

figure

du T, en
la

bleue. IMus tard,
le

réunis a l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem,

quittèrent

costume
jiabit sé-

monacal,
culier.

et portèrent la croix
la

de Malte à

boutonnière d'un

A

révolution, les Antonins n'étaient pins, depuis long-iemps,
à

que des liommes inutiles,

moins qu'on ne leur

tint

compte de

la

cour

assidue qu'ils faisaient aux dames chanoinesses.

Qui n'a pas entendu raconter, dans sa jeuiu^sse,
mises par
cette
la la

les

énormités comla

tyrannie

derrière les sombres

murailles de

Bastille,

citadelle formidable ({ui se dressait,
le

toujours menai anie, entre

rue et

faubourg Saint-Antoine"? Elle fut construite en lôCO par
le règm; précédent. La du bonlevart, quatre grosses lours réunies entre les deux tours placées au milieu de cette

l'ordre de Cbarles V, sur l'emplacement d'une porte cpi'avait fait élever
le

prévôt des marcbands, Etienne Marcel, sous

Bastille présentait, en regard

par d'épaisses courtines

:

façade, s'ouvrait une porte

coulis, de meurtrières, et devant laquelle

un
et

fossé large et

armée de berses, d'assommoirs, de macbis'abaissait un pont-levis, suiprofond. La façade opposée, située vers l'est, offrait éga;

lement quatre tours
resse, régnait

les

deux façades

se liaient pai- les courtines
tenir.

du nord
la

du sud, qui n'étaient flanquées d'aucune

Au

milieu de

forte-

une vaste cour que remplissaient en partie les bâtiments de service.... c'était là que l'on dressait un échafaud pour les exécutions secrètes là fut décapité le marécbal de Biron, le 51 juillet 1602.... Cent
:

quatre-vingt-sept ans plus tard,
la Bastille,

le

peuple devait avoir aussi son juillet

à

en attendant qu'un second juillet populaire vînt marquer la place d'une colonne triompbale, sur le sol où pesa, durant près de cin([

monument redoutable. Que vous raconterai-je de la Bastille, qui n'ait pas retenti cent fois à vos oreilles'? Vous dirai-je que la faction des Bourguignons l'assiégea, la
siècles, ce
prit

sous Cbarles YI, et en
la

tira

vingt prisonniers, qui furent ensuite mascette
la

sacrés sur

place

du Châtelet? Consignerai-je sur
quasi-innocent de
était, se vit

page que

le

con-

seiller Brousset, cet instigateur

fronde, devenu toufla

à-coup guerrier, de robin qu'il
Bastille,
faut-il

un moment gouverneur de
le

dans cette guerre où

le

burlesque domina

tragique? Enfin,

vous redire, après tant d'bistoriens, qu'au pied de cette prison
:

deux grandes fortunes militaires se prirent corps à corps en 1650 Turenne et Condé s'y mesurèrent, et l'armée du dernier ne dut son salut qu'au canon de la Bastille, tiré, par ordre de Mademoiselle de
d'état,

Montpensier, sur
tua,

les

troupes du

roi....

Aussi ce canon-là, vous
le

le

savez,
la

dans

la

pensée vengeresse de Mazarin.

dernier des maris à

SAINT-ANTOINE.
main dosquols rimpriKlonte princesse pouvait prétendre. Ne vous

121
ètes-

vous pas égayés (juel(|uefois de ces singulières hostilités où l'on guerroyait alternativement avec des mousquets et des chansons; où mesdames de Longueville et de Monthazon, mademoiselle de Chevreuse et Marion Dclorme nourrissaient les guerriers frondeurs, de confitures et de

soupirs

,

tandis que
la

madame Martineau
main, à
la tète

descendait dn fauhourg Saint-

Antoine, l'épée à

de ces faubouriens, dont les arrière-

^ l y/CO 9Z2^ .^-^^yAiT

petits-fils

devaient être un jour des sans-culottes
la

?

Les annales de

Bastille

pourraient nous

offrir

quelques joyeux

épisodes; assez d'autres, dans leurs sombres narrations, ont parlé des
cages de La Balue, pleines d'évèques ou de cardinaux
,

emprisonnés
Bas-

par

le

terrible

Louis XI; assez d'écrivains ont essayé de vous attendes
prisonniers plongés dans les

drir sur le sort
tille,

cachots de

la

chargés de chaînes, et barbottant dans une fange immonde, avec
a

des reptiles singulièrement vénéneux. Tout récemment encore on
reproduit les
niaises

aventures

,

niaisement racontées

,

du sieur de

Latude, expiant par trente années d'une affreuse captivité, certaine boutade rimée (très-mal sans doute,
à

en juger par

la

prose de l'auteur)
16

\'>'i

nui:
vil'

ET FAUBOuiu;
Que de
ualurels impres-

qui avait blessé au

uiadauu' de l'ouipadour.

siounables

se sout

épauouis,

au

récit

des intelligentes consolatifms

«ju'nne araignée sensible prodiiiuait à ce captil! que de collerettes sou-

levées par de sentimentales palpitations, à la leeture des niallienrs, des

soulïranccs intimes du sieur de J^atude, et des essais dangereux qu"il

fil

pour en abréger

la

durée

!

Voilons, croyez-moi, ces tableaux lugubres; laissons aux moralistes
soin de livrer à lindigiiation de
lettres-de-cacbet;
la |»ostérité la

le

scandaleuse émission des
la

nous voubms vous montrer
et

Bastille sons

un plus

riant aspect. Peut-être V(dtaire
cette prison d'Etat

Uicbelieu n'ont-ils liabité ensendde

que dans un

j(di vaudeville,
il

joué

il

y a (pu'bpie trente

ans au tbéâtre de

la

rue de Eliartres; mais
le

est certain ((u'ils y ont sé-

j(»urm' l'un et l'autre:
à

premier, pour avoir trop écouté sa verve satiricpu'
le

l'endroit

du jeune Louis XV;
enc(U'e

second, pour s'être montré trop peu
serions-nous, bon Dieu!
si l'on

galant envers sa propre femme...

Où en
satire

emprisonnait

pour une
dit-on,

ou

pour une femme? Tandis
le
la

(pi'Arouet cbarbonnait,

sur
le

la

muraille de sa prison,

récit

épique de

la

Saint-Bartbélemy,
il

brillant

Fronsac parcourait

plate-

forme dn

fort:

agitait

son mouclioir blanc, pour saluer toutes

les belles

dames qui venaient, par centaines, admirer, de loin, ce joujou de leurs passagères tendresses... Vous savez qu'à cette époque l'amour se donnait
d'assez francbes coudées
:

c'était la contre-partie
la Bastille
le tort
la

des vices hypocrites du

régne précédent. Ce fut à

que

la

très spirituelle et très laide

mademoiselle Delaunay expia
ambitieuse maîtresse,
après
la ridicule

honorable d'avoir été fidèle à son
et

madame

duchesse du Maine, avant, pendant
le

conspiration de Cellamare;
a

séjour de mademoiselle

Delaunay dans cette prison d'Etat, nous

valu

un des épisodes
le titre

les

plus charmants du livre ((u'elle nous a légué, sous
(le

de Mémoires

Madame

de Staël.

Quelques années
Linguet fut mis
[leu la
à
la

avant

la

révolution,
:

le

spirituel

mais trop acerbe

Bastille
le

bile

du prisonnier;

emprisonnement calme célèbre avocat écrivait «/^ /'/Y/to un factum
d'ordinaire, un

contre ses incarcéra teurs, lorsqu'un

homme

grand, pâle, maigre,
lui

fluet,

entra dans sa chambre. La présence de ce singulier visiteur

déplut

assurément

:


meur

Que me voulez-vous?
très-expressive.

lui dit-il,

avec l'accent d'une mauvaise hu-

— Monsieur, je viens... — Eh! parbleu, je vois
propos.

bien que vous venez; mais c'est fort mal

à

— Je ne
('(

dis pas,

Monsieur;

c'est (pie je suis le barbier de la Bastille,

je venais...

SAINT-ANTOINE.
Ici le

i^r
jiliraso,

Figaro dos [jrisonnicrs d'Elal lermina sa

en

iin|iiiiiiaiit à
sigiiilicalit'.

ses doi^ls, sur son inoiiloii, un iiioiiveineiil de rotalioii Ires

— Ceci est dilTérent, mou
Ui Bastille, rasez-la...

cher;

eli

bien

!

puisque vous

('•tes

le

barbier

île

Et Linguet se remit

à écrire.

Quelques années plus tard, ce
opération; et
le

fut le peuple (pii se

chargea de celle
rasa lant de

rasoir dont

il

se servit le

H juillel
i[\\e

1781),

vieilles institutions

dans

les cin(|

années suivantes,

t|u'il

n'en resta pas

nue debout. En 17U0, on m- voyail pins

des ruines sur l'empla-

cement de

la

Bastille;

s<»us

la

domination
l'êtes

des

législatures
:

révolu-

tionnaires, on y céléhra souvent des

civi<{ues

les

Parisiens sep-

tuagénaires se souviennent d'une statue de

la Réi/éuérafioii,

grosse figure

aux

l'ornu's athléti(pn's,

au visage jourilu, r(d>nste, en un nn)t, connn<' une
(|ui

liberté

des poésies de Barbier; l'eau claire,
cette
le

coulait des

énormes

mamelles de
du l'aubourg
place de
fort

immense déesse,
parlerai-je
l'nt

était

[tour les
les

mauvais plaisants
l'Assemblée
la

symbole de presque tons

travaux de

(ùonstituaule. V(mis
la

des nnuinments dont l'elevatitm sur
(hi liàtirail

Bastille

successivemenldecretee'^

un nouveau

avec

les jireuiières pierres qui,

dans

les

pins variables intentions
les diverses

commémoratives,
conventionnelles,
peuple, de
la

rin'ent

posées en ce lien par
consnlaires
et

puissances
Enlin.
le

directctriales.

impériales.

jminle dn glaive

ijirii saisit

(|neli|nef(iis

dans

l'inlerèl de ses

124

RUE ET FAUBOURG
marqua
la

droits imprescriptibles,

place où devaient reposer les victimes
la

de sa conquête; etla colonne napoléonienne de

place

Vendôme

eut une

sœur populaire au faubourg Saint-Antoine.
Les siècles révèlent leur esprit à
la

postérité par le caractère de leurs

mola

numents

:

le

quatorzième se distingua par l'imposante ordonnance de ses
le

constructions militaires;

quinzième

et le seizième firent

admirer

splendeur,

la
,

bardiesse et l'élégance de leurs édifices civils et religieux.

Alors brilla
si

de

son plus

vif éclat, cette
si

arcbitecture dite gotbique,

ingénieuse dans ses conceptions,

minutieusement exquise dans ses
rue Saint-Antoine, vis-à-vis
<|ue de
!

détails.
le

Tel fut

Vfiôlel des Tournelles, situé
:

palais

Saint-Paul

que de galantes indignités,

saturnales

durent s'accomplir
être

dans ce palais des Tournelles
portrait de sa

Ce

fut là

peut-

que

l'infidèle

époux de l'angélique Valentine de Milan
le

montra
devait

au duc de Bourgogne
tresses,

femme, parmi ceux de ses maile

et aiguisa ainsi,
la

lui-même,

poignard sous lequel
,

il

tomber en 1407. Après
nelles devint

mort de Louis d'Orléans

l'iiôtel

des Tour-

une propriété royale; Cbarles \I
,

y passa plusieurs

années

de sa déplorable existence

quelquefois enseveli dans les tourbillons
à

d'une vie

insensée,

quelquefois rappelé

de

suaves émotions par

Odette de Cbampdivers, quelquefois sortant de sa létbargie mentale,
furieux de son

désbonneur conjugal

et

de l'asservissement du beau

royaume

qu'il voyait livré

en proie au léopard... Quand cet borrible

sacrifice fut

consommé,

le

duc de Bediort, régent de France pour
avilissement);
régent, disons-nous,

le roi

d'Angleterre (ne frémissez pas, quinze millions de bras nous garantissent

contre
l'iiôtel

le

retour d'un

tel

le

lia!)ita

des Tournelles,

le fit

reconstruire et augmenta son étendue. Ce

fut alors

que ce palais

offrit ces

nombreuses
vous
l'a

tourelles (ou tournelles),
et sveltes aiguilles qui

qui lui donnèrent son
le

nom,

et les

innombrables

hérissaient de toutes parts,

comme
fit

dit Victor
le

Hugo. Lors-

qu'à partir de 143G, Charles VII

son séjour

plus ordinaire aux

Tournelles, les beaux-arts, appelés par ce galant souverain, accoururent

dans cette maison royale pour y orner des cabinets mystérieux, couvrir de sculptures ou de peintures voluptueuses les lambris et les plafonds, et

semer d'amoureuses devises les galeries conduisant aux appartements retirés où le roi recevait Agnès Sorel, cette dame de beauté qui, dit-on,
lui fit

reconquérir sa gloire, après
partie

la lui

avoir

fait

oublier.
//ô^e/

Une

du palais des Tournelles s'appelait

du

roi;

Louis XI

l'habitait lorsqu'il était à Paris;

prouver à

la

Louis XII y mourut, pour avoir voulu jeune Marie d'Angleterre, sa troisième femme, qu'on est
l'hôtel des

jeune encore après cinquante ans.

Maisjamais

Tournelles ne futplus richement décore, plusga]»lns retentissant d'Iiarnionic.

lammenthabité, plus lumineux,

que sons

le

SAINT-ANTOINE.
règne de François l", ce monarque dont
res(jiic,
si

125
tour à tour
si

la vie fut
si

chevalela

fastueuse,

si

agitée de passions,
lixe

désabusée enlin sur

constance de ce sexe qu'on ne

guère
:

où vient d'expirer

le plaisir.

Entrons dans

la salle

des Écossais
,

voilà ces gardes étrangers, revêtus

de leurs hoquetons d'orfèverie
ils

c'est-à-dire couverts

d'or et d'argent;
et

se

promènent en devisant de guerre, de chasse
ils

d'amour;

ils

égratignent quelque réputation de femme...
dés, et trouvent l'occasion

se querellent au jeu de
le

d'une rencontre qui aura lieu dans

Pré-

aux-Clercs ou derrière
courtisans et des
livre à

la Bastille Saint- Antoine.

Suivons
roi,

la

foule des
s'y

dames dans

les

appartements du

pendant qu'on

de grands et joyeux cbasteinents. Admirez d'abord ces tapisseries
les

de haute-lice, tissues d'or etde soie, représentant
des sujets mythologiques, avec
la

héros d'Homère ou

plus excentrique expression. Voyez ces

fauteuils de cardouan vermeil au dossier finement sculpté et armorié;

approchez-vous de ce buffet sur lequel, pour servir
monstre,
les

la

venaison,

le

poisson

conserves et les conhtures sèches, cinquante marcs d'or

massif sont façonnés en vaisselle ciselée par Cellini, ou contournés en
flacons pour contenir l'hypocras et
le

vin épicé.

Voici

les

violons et les basses de viole du roi qui annoncent une
le

sarabande. Suivons

mouvement rapide de

ces nobles danseurs, en

chausses étroites de soie blanche, en bouflantes et en pourpoints de satin
rose ou bleu, avec crevés de couleurs dilVérentes. Voyez connue en dan-

sant

ils

font valoir ce

manteau de velours orné d'un

triple

passement

d'or, et

que

l'étiquette leur défend de quitter.

Mais votre attention séduite

s'attache de préférence à
plaisir et de gaieté, se

ces belles dames, dont le regard, brillant de

Que voulez-vous,

ce

montre beaucoup moins modeste que provocateur. sont les dames de la cour de François I". Il a dit
est

qu'une cour sans femmes

un printemps sans roses;

le

galant

monanjue

a fleuri la sienne des roses les plus brillantes, le plus délicieusement

parfumées... sans trop s'inquiéter du reste. Vous trouvez peut-être ces

amples robes
l'œil

d'étofles d'or
le

ou d'argent d'une forme peu élégante, et plus
la

remarquables par

luxe que par

grâce

;

on voudrait, en
et

effet,

que

pût caresser, à travers un tissu moins lourd

moins

épais, cette

belle et puissante nature féminine

du seizième

siècle.

Les jardins de

l'hôtel des

Tournelles, qui s'étendaient sur l'emplala

cement où
la

fut construite

depuis

place Royale, étaient coupés, selon
viviers et de
le

coutume du moyen-âge, de vergers, de parterres, de
de buis; en 15G5, Catherine de Médicis condannia
II

toufl'es

séjour où
(k-

Henri

avait péri
:

si

malheureusement, sous

la

main maladroite

Montgommery
cette

la et

démolition de l'hôtel des Tournelles fut ordonnée par
sur une partie de son emplacement on établit
C'est
le

princesse;

maiThé aux chevaux.

dans cet espace que se

livra,

en 157S. un

126

ULE ET FAUBOURG
eiilre les

combat achanu'
Guise
les
fit
:

mignons de Henri
Saint-l'aul

III et

les Favoris

du duc de

trois des j)reniiers, Quélus, Maugiron et Livarot, iiérirent. Le roi

inhumer dans
du

l'église

:

ou

y vit

longtemps leurs tomla

beaux, couverts d'inscriptions louangeuses, dans lesquelles, malgré
sainteté
lieu, figuraient les

Paniues, \énus

et

l'Amour.

L'hôtel de Sully, seul édifice vraiment

Antoine, est bâti sur
le

la

partie la plus méridionale

palais des ïournelles. Cet hôtel,

monumental (|u'ollVe la rue Saintdu terrain ({n'occupait élevé aux frais du vertueux ministre

de Henri IV, fut habité par ce modèle peu imité des
est construit dans le style

hommes

d'Etat.

Il

imposant

([ui

succéda à l'architecture de
il

la

renaissance, etquoique dénaturé sur plusieurs points,

ne mancpu' pas de
a été divisée

majesté

:

c'est le plus bel

ornement de
mais de

la

rue. Gette

maison

en une multitude de locations semi-bourgeoises.

Non

loin de l'hôtel Sully,

l'autre côté de

la

rue, s'élevc l'anédifice
cpii

cienne église des Jésuites, aujourd'hui l'église Saint-Paul,
touchait à
la

waison professe de l'ordre, dans laquelle est établi nmiu-

tenant

le

collège Charlemagne.

Chacun
fut

sait

que

la

Compagnie de Jésus,

approuvée par bulles du pape,
à Paris

introduite en France par Guillaume

Duprat, évéque de (^lermont. Le cardinal de Lorraine ajqjcla ces [)éres

en 1551

;

mais

l'évécpu' et le

parlement s'opposereni alois
la

à leur

établissenuMit dans cette ville. Ce ne fut qu'en 1501 (pu-, par
tion des Guises,
ils s'y

protec-

installèrent, après
d(;

qui put domu'r une idée

leur ténacité.
le

une haute lutte de dix années, Pour ne parler cpu; de la maison
rue Saiut-Antoine à

professe, nous dirons (pu?

cardinal de Bourbon céda aux jésuites, en
la la le

1580, l'hôtel d'Auville, communitpiant de
Saint-Paul;
le

rue
vo-

même

prélat leur

lit

construire une chapelle sous
le

cable de Saint-Louis, ce qui autorisa ces pères à prendre

in)m de

Prêtres de la mission de Saint-Louis. Mais bientôt leur ambition se trouva
trop
à
l'étroit
la

dans cette
construction

églis(;

:

ils

sollicitèrent,

comme
et

ils

savaient

solliciter,

d'un

nouveau temple;

Louis XllI leur

accorda l'eniplaceuu'ut (pi'occupe
1627, sur
les

l'église actuelle. Elle fut

commencée en
(pii

dessins d'un jésuite munnu' Marcel Auge, et teiininée en

1641. Ce jésuite était mauvais architecte, a dit Dulaure,
voyait que des lignes

souvent ne

l'on doit s'attacher à reconnaître

un caractère

monunu'utal. Or,

il

est

évidentitour u(»us (pu; les disciples de saint Ignace
(pi'ils tirent

voulurent inii>rimer aux églises

bâtir
le

une physionon)ie-lyp(!;
touj(»urs

voyez partout ces edi lices, c'est le méuieplaii,
tion, ce sont les

même système de consl ru c;

mêmes

détails

dans

les

ornenients
11

une

l'acade

pyramidale

fornn''e

de trois ordres su[t(Mi)osés.

symbole

myst(''rieux,

un mu; allégorie cachée, un langage de pierre connu des
y a là certaincmeiil

S(Mils ade|ttes.

Du

reste, la disposition arcliilcclouique

du moinimeiit, tant
;

a l'extérieur

(pià l'inlerieur. n'ollVe rien de reinar(|Mable

uiais la nef

et le

SAINT -AMOKNE.

127

chœur étaient richement décorés avant que la révolution eût impose la maison de Dieu pour assurer la défense du pays. On voyait, par exemple, dans deux chapelles, deux anges en argent de grandeur naturelle, portant,
l'un, le

cœur de Louis
la vie

XIII, l'autre, celui

de Louis XIV. Les jésuites,
ils

durant

de ces monarques, avaient conquis leur coMir;

en Urenl

parade après leur mort. Là se trouvait, sans dmite aussi
quête,
le

à titre

de con-

tomheau de Henri de Condé, père du vainqueur deRocroi, de Frihourg, de Nordelingen et de Senef. Ce tombeau, l'un des chefsd'œuvre de Sarrasin, avait été transféré au Musée des monuments français;
il

en

fut tiré

en 1815,

et

déposé longtemps dans
la

les

remises du

palais de Bourbon.
collection

La restauration trouvait impie

belle et ingénieuse

de
le

la

rue des Petits-Auguslins; peut-être jugea-t-elle plus

orthodoxe
écurie.

séjour des restes d'un prince

du sang

à la porte d'une

Les jésuites avaient
velle

établi

dans leur maison de
a dit
:

la

rue Saint-Antoine

une école dont l'historien de Thon
» »
»

«

Par une méthode toute nou-

l'Eglise de France, ils étaient

que ces pères avaient imaginée, méthode jusqu'alors inconnue à venus à bout, en interrogeant leurs péeux tout
le

nitents, de les éloigner de leurs paroisses, d'attirer à
et

peuple

»

de fouiller dans les secrets des familles.

»

On

sait

comment, en 17G2,

les jésuites

furent expulsés de France, et par (pielles douleurs d'enla

trailles le

pape Clément XIV expia

suppression de leur ordre. La mai-

son

(ju'ils

avaient occupée rue Saint-Antoine fut donnée, en 1767, à des
et plus tard l'église devint paroissiale

chanoines réguliers,
tion de saint Paul.

sous l'invoca-

Vers l'extrémité de
l'on voit

la

rue Saint-Antoine

la

plus rapprochée du faubourg,

une église de forme circulaire, d'une construction trop vantée par
soit

Dulaure, quoi(iu'elle

due au célèbre Mansard. Elle appartenait au

couvent de

!a Visitation

de Sdinto-Marie, fondé en IC)21, dans l'ancien

hôtel de Cossé, pour des religieuses de l'ordre de Saint-François de Sales.

Cette église, achevée en 1682, fut

nommée

Notre-Dame-des- Anges. Après
confession de Genève

la

révolution, les bâtiments d'habitation furent vendus à divers particuliers;

en 1802, on céda

l'église

aux calvinistes de

la

;

vingt-

huit ou vingt-neuf ans plus tard, des honneurs funèbres, auxquels tout le

Paris populaire assista, y furent rendus à Benjamin Constant.

Pour parcourir dans toute
main,
la

sa longueur, et les annales

modernes

à la

longue rue dont nous vous avons redit l'histoire ancienne, nous

allons la redescendre jusqu'à sa naissance

Nous

voici à la rue

du

Monceau-Saint-Gervais

:

l'on y a retrouvé les traces d'un cimetière roles

main, dernier rendez-vous de ces dominateurs qui vinrent dans
conquérir, briller, corrompre et mourir. Ces débris de
étaient des
la

Gaules
antique

vie

tombes en

pierre, découvertes à douze pieds de profondeur.

128

RUE ET FAUBOURG
:

débris poudreux qui avaieutéte des oéneraux, des consuls, des empereurs, peut-être, et qu'une tabatière pouvait contenir. Une médaille d'argent, recueillie parmi ces
vestiges

et contonant des os pulvérisés

humaine

portait ces

mots

:

Antotiinus Plus. Aug.

Au

treizième siècle, cet empla:

cement

était

encore appelé place du Vieux-Cimetière

Platea Veteris

Cimeterii.

Cette rue Saint-Antoine
,

maintenant

si

animée,

si

étincelante par
l'art

la

a eu depuis un foubourg qui porte son nom, une grande et terrible histoire; remontons cette période jusqu'à son origine. -L'ancien réoime n'a rien perdu encore de sa puissance; que peut vouloir oser cette foule tumultueuse, bigarrée, menaçante, qui remonte la rue Saint-Antoine observée, mais de loin, par les suppôts du sieur Dubois, dernier chevalier du gnet?Ouelques excès que cette bande mutinée

grâce de Dieu et du gaz, par l'étalage de ses magasins, où est prodigue jusfpi'aux lambris de l'arrière-boutique,

de Raphaël

demi-siècle,

comme le

dans
de sa

la

qu'un page vient annoncer au corps municipal; c'est le canon de la Bastille que le peuple attaque... la Bastille est prise!... Voilà les vainqueurs qui redescendent la rue Saint-Antoine. Ils n'avaient pas de drapeau pour marcher à cette conquête; mais tout-à-1'heiire ils auront une enseigne La tète du marquis de Launay tombe, elle est placée à la pointe d'une pique, on la promène au-dessus de la foule, et le sang du gentilhomme sert au baptême de la liberté populaire.

en s'éveillant ses se précipitera sur ses maîtres et leur 'fera subir le redoutable début de sa liberté Entendez-vous ces détonations qui font vibrer les vitres de la grande ville? Ce n'est plus l'anni versaire d'un roi qu'on célèbre, ce n'est plus la naissance d'un prince

Va commettre impunément maison du fabricant de papiers Réveillon, lui révéleront le secret force. ... Le lion longtemps captif, n'a pas senti,

membres

garrottés

;

bientôt

il

En tournant

le

feuillet

plus terrible encore.

Nous n'avons point

comme maison

d'un

digne de mémoire; mais on le convertit un jour en prison, et là s'accomplit un affreux épisode des journées de septembre 1792. Arrêtonsnous à l'entrée de la rue de Ballets voilà le guichet de la Petite Force dans la première pièce que l'on rencontre, après avoir passé cette porté surbaissée, siégeait, les 2 et 3 septembre un tribunal, institué par lui-même, ou peut-être par cet homme que le canon du 10 août avait porte au ministère, et qui s'était dit dans sa politique radicale «
;

de cette histoire, nous trouvons une page parlé de l'hôtel de la Force grand seigneur, il n'offrit aucun événement

,

terrifier les
..

ennemis du dehors,

il

faut frapper sur les

dedans. Le tribunal démagogique était donc constitué à la Force accoudes sur une table couverte de bouteilles et de verres les juges prononçaient ou la mort ou la vie de leurs prisonniers, sur de. témoi•

Pour ennemis du

Typ Lacrampi;

Rue Saint-Antoine.

SAINT -ANTOINE.
gna<,^es

IJ'.i

ordinairement hasardés, sur des renseignements qu'ils emprun-

taient à des listes souillées de

boue

et de vin

Hélas!

ils

absolvaient

rarement; et lorsqu'ils avaient articulé, dans un langage d'une perlide
ambiguïté
se
,

élargissez le détenu,

on ouvrait

la

porte à

un infortuné
le

,

(jiii

croyait libre, et que les massacreurs attendaient sur

seuil de

la

prison!...

Le ô au matin, une femme

comparut devant ces juges,
multipliées
à sa quarante-

chancelants déjà sur leurs sièges, par suite des libations
qu'ils avaient faites... Celte

femme, (juoique parvenue
la

troisième année, était encore belle, mais flétrie par
les

souffrance et par

larmes;
d(!

elle était

vêtue d'une robe de

soie noire; elle portait

lichu

linon; et ses longs cheveux, auxquels se mêlait encore

de poudre, tombaient en désordre sur ses épaules... Cette

un un reste femme, c'était

Marie-Thérése-Louise de Savoie Carignan, princesse de Lamballe!

— Vous étiez,
le

lui dit

un des juges, de

la

conspiration du 10 août contre

peuple.

— ignoré cette conspiration. — Jurez, avec nous, haine au reine et à à royauté. — Ce serment n'est pas dans mon cœur, et je ne puis — A l'Abbaye! s'écrie alors juge.
J'ai
roi,
la

la

le faire.

le

A

ces mots,

la

porte s'ouvre,
la

la

princesse a revu
elle

le

ciel;

elle a

l'ail

quelques pas dans

rue des Ballets;
entrer dans
la

se croit sauvée!... Marie-

Thérèse de Savoie
dain un assassin

allait
lui

rue Saint-Antoine, lorsque soula tète;

porte un coup de sabre derrière

un autre
la

l'étend à ses pieds d'un
tète
,

coup de bâton... Les égorgeurs

lui
ils

coupent

ils

portent ce sanglant trophée au bout d'une pique,

courent sous

les fenêtres

du Temple,

afin d'épouvanter la famille royale

au spectacle

de ce dénoûment horrible!...

Durant
le cratère

la terreur,

la

rue et surtout
le

le

faubourg Saint-Antoine furent

d'où s'échappa

plus souvent la lave révolutionnaire. Santerre
,

s'élança

d'une brasserie du faubourg pour diriger les masses
les

comlui,

mander

armées, et mériter, avant
:

le

jour de l'oubli venu pour

cette grotesque épitaphe

Ci gît le général Santerre,

Qui

n'avait de

Mars que

la bierre.

Le faubourg Saint-Antoine
peuple avant d'éclater sur
nationale.
fait,
il

était le

forum où grondait

la

colère

du

le

palais des Tuileries ou sur la Convention

que .Napoléon

Longtemps le faubourg Saint-Antoine fut un empire de lui-même observait quelquefois avec inquiétude;
15 vendémiaire eût été
le

savait qu'un

difficile

ou dangereux dans ce
:

foyer de l'émeute. Aujourd'hui,

luxe parisien a passé le canal
d'or à
la

l'ouil

vrier ébéniste travaille, avec le tibi

chemise, et

le

soir,

17

1,-0

HUE ET

FAlIHOUnC. SAINT-ANTOINE.
raiiitouriciiiic n'est jiliis eoilVee (l'un
le

endossolc pnletol orné de velours. La
i'clégantc ouvrière en

faux madras; elle a pour janinis abjuré

casiKjuin; clia(|iie
le

diiDaiiclie,

menldes du quartier se permet

double falbala
;

l'écharpe

,

la

première galerie au tbéàtre Beauinarcbais

elle

ligure

avec distinction au bal du Prado, et se basarde parfois juscpiau jiays
latin,

pour

y former, sur la foi d'un contrat verbal passé à la (-baumière,

un ménage épbémère d'étudiant. Ne croyez pas que le peuple du faubourg Saint-Antoine
(pi'ailleurs, peut-être,

ait

perdu

le

sentiment de sa force et de sa dignité... de sa dignité, car
il

plus

y a

surtout de l'Arsenal à
cris,

la l)arrière

du patriotisme et de la grandeur! C'était du Trône que l'on demandait à grands
les babitants

en 1814, des armes c^u'on n'obtenait pas; c'étaient

du

faubourg Saint-Antoine, vétérans de Marengo, d'Austerlitz et de Wagrani,
qui tombaient frappés des balles russes, à Cbaronne et

Romainville.

Lisez les

noms bon nombre de

vous y reconnaiirez prolétaires du populeux faubourg; et ce boulet logé dans
inscrits sur la colonne de Juillet
:

la

façade d'une maison vis-à-vis la rue des Nonaindières, est là pour at-

tester qu'en

1800

les

Antonins avaient répondu

à l'appel

de leurs frères

d'armes improvisés.

Nous aurions beaucoup
Saint-Antoine,
(jui,
si, le

à

vous dire encore sur
la

la

rue et

le

faubourg

métré à

main, nous voulions décrire

les édifices

dans cette partie de
il

la capitale,

ne sont pas des monuments. Sous ce

rapport,

y a de quoi désespérer l'arcbéologue et le poète moyen-agiste.
(|ue la

Rien déplus prosaï<pie

rue dont nous venons de résumer l'bistoire:

tout ce qu'elle offrit jadis des beautés arcbitecturales du style
l'ère ogivale

roman, de
faut se

ou de

la brillante

renaissance, n'existe plus que dans les
Il

descriptions que nous ont laissées Sauvai, Felibien et Dulaure.

rapprocber de

la

Seine pour retrouver l'intérêt du vieux Paris de pierre...
de
l'Iiôtel

l'église Saint-Gervais, les restes
tins, etc., etc.

Saint-Paul, l'église des Cèles-l'artiste

Dans

la

rue Saint-Antoine,

ferme son albuin,

l'antiquaire ses tablettes, en voyant ressortir sur le badigeon blafard des

façades,

ici

d'énormes gants rouges,
le tout

des bottes d'or, ailleurs des guirle

landes de cervelas,

badigeonné peut-être par

pinceau besogneux

d'un ex-premier prix de

Rome. De

loin en loin, l'élégance des magasins

s'associe à ce pêle-mêle, entretenu par le
tile

mauvais goût,

l'esprit

mercanencore

et les

concessions de

la police.

Nous avons besoin
la

d'aller

étudier a Londres l'ordre de la voie publique,

])arure des établisse-

ments de commerce, ce que

l'on pourrait appeler

l'barmonie des rues.

C. ToiJcuAnD-LAFOssii;.

UE toute noiuelle,
nue,

i,ans onjiine

con-

baub autecedenth historiques,

sans parchemins, et qui, à force de
grâce, d'esprit, d'intrigue et de char-

mante
parmi
I*aris,

co(pietterie,

n'a

pas tardé

à

se faire

une place, et des phis helles k^s innomhrahles rues de
j'entends
les

plus vieilles,

les

plus iiohles et les mieux famées.
d'ailleurs, la seule
fait

Ce n'estpointlà,

raison qui nous ait

hu

ouvrir,

toutes grandes, les portes de ce

monuà la

ment
rue
ji

littéraire. Si

nous faisons
-

de

Notre

-

Dame

de

-

Lorette

;

'I

l'honneur de lui consacrer ici quelques pages disputées, c'est que vérilahlement cette rue, née d'hier, a su
se créer une

physionomie

à elle, des

allures à elle, et entin

une

indivi-

dualité à elle, pour nous servir d'un

grand mot dont on ahuse
d'hui.

fort aujour-

Pour moi,
la

je

ne traverse jamais

rue Notre-Dame-de-Lorette sans
helles fleurs

songer à ces

écloses

sous les chauds baisers du soleil des tropiques et qu'un horticulteur
,

jaloux a transplantées brutalement

sous notre
les faire

ciel gris, au risque de mourir de froid et de tristesse.— Et en effet, sentez plutôt si

ir»i

lUE
(le

.\OTRE-I)AME-l)K-L0RETTi:.

cette rue n'exhale pas

comme un parfum

exotique;
juillet,

traversez-la par

une
M.

ces belles journées

de juin ou de

durant lesquelles

l'asphalte des trottoirs se liquéfie et bouillonne,

une de ces journées que
les

Arago distribue d'une main

si

avare au pauvre et grelottant peuple

de Paris. Voyez

comme

la

brise se joue follement dans

grands peus'abri-

pliers de la place Saint-Georges;

chaque fenêtre, chaque balcon,

tent coquettement derrière des stores de coutil aux éclatantes coulems.

Les pavés secs et luisants ne sont guère effleurés que par de séduisantes bottines
Virgile,

de satin qui courent,
les

légères

comme

la

Camille

de

au rendez-vous où

attendent, d'une

semelle

impatiente,

quebpies triomphantes bottes vernies du voisinage. Les petits oiseaux

amoureusement dans les ondes limpides de cette fondoucement devant la porte de M. Thiers. Un silence voluptueux plane sur toute la rue, silence que troublentà peine les échos
se l)aignent
taine qui cascade
affaiblis

des gaunnes et des roulades perlées de mademoiselle
royale de Musique.

Nau

,

ce

gosier nu'lodieux de l'Académie

Or, dites- moi,
pas de cet

vous croiriez-vous

à

deux minutes des boulevarts
bien plutôt,

et à trois

horrible faubourg Montmartre, bruyant et

encombré comme une grande
le

route de l'enfer? Et n'est-ce pas

là,

signalement d'une

rue italienne?

La rue Notre-Dame-de-Lorette
par de jolies femmes; et ce sont,
lui

est habitée surtout par des artistes et
il

faut le dire, les seuls locataires

i\\\\

conviennent tout-à-fait.
Buffon prétend quelque part, dans un de ses admirables livres, qu'on
caractère d'un oiseau,
le lieu

reconnaît sans peine les goûts, les instincts et
la

le

à

façon dont son nid est arrangé, et aussi lorsqu'on examine

il

a

été construit. Cette observation peut également bien s'appliquer à
cet autre oiseau, à

l'homme,

deux pattes

et

sans plumes, selon

la

ridicule défiuilion
fait

du

divin Platon. C'est ainsi que, de
la

temps immémorial, un confiseur

son nid dans

rue des Lombards, cette rue parée de sucre candi, où

les

ruisseaux roulent incessamment des sirops hors de service, et où l'atmo-

sphèrecst toute chargée de miasmes à
d(^

la fleur

d'oranger. Suivez cet agent

change
dans

sorti sain et sauf, ce qui est rare, des
fin

charybdes du report
la

et

des scvllas du
et
la

courant, où se loge-t-il, sinon dans
la

rue de

la

Victoire

rue de

Chaussée-d'Antin, l'endroit de Paris où florissent, en
petits hôtels

]»lus

grande quantité, ces
et

à

deux étages, situés entre une
et qui sont,

ombre de cour

une apparence de jardin,
?

sans contredit,

la

dernière ex[)ression du luxe boursicotier

Et pour peu que vous passiez en revue,
partii^

et l'une après l'autre,
fort

chaque

de

la ville,

vous vous convaincrez, qu'à
il

peu d'exceptions près,
en (piarles quincail-

Paris est, à cette heure, ce qu'il était
tiers

y a des siècles, divisé
:

les

corporations restent parquées, pour ainsi dire

RUE NOTRE-DAME-DE-LORETTi:.
liei*s,

155

sur

le (piai

de
le

la Ferraille; les

opticiens, sur le quai des Lunettes;
les fripiers,

les libraires,

dans

faubourg Saint-Germain;
rue de Cléry.

au Temple; et

les ébénistes,

dans

la

A

ces causes, la rue Notre-Dame-de-

Lorette, la seule rue poétique de Paris et l'une de celles dont les allures

sont

le

plus aristocratiques,

la

rue Notre-Dame-de-Lorette, disons-nous,
artistes et

appartient, de toute justice,

aux

aux

jolies

femmes,

les

deux

seules aristocraties réelles de ce bas-monde, raristocratie de l'intelligence
et de la beauté.

"1

f'

A

%t

ii

I

Nous avons
origine; c'est

dit

précédemment, en parlant de
faute. Qu'elle

la

rue dont on nous a

constitué l'historiographe, qu'on ne lui connaissait ni antécédents, ni

une

ne possède pas

le

plus petit bout de par-

chemin,
cela,
il

soit; tout le

monde ne peut pas posséder de parchemins: sans
le seul droit
le

n'y aurait plus de nobles possibles; car, la noblesse ne consistant,

après tout, que dans
s'il

de ne pas ressembler à toul
se dire noble

le

monde,
les

arrivait

qu'un jour tout

monde pût

impunément,

véritables nobles seraient alors ceux qui auraient eu le
rester roturiers.

bon esprit de

Donc

la

rue de Notre-Danie-de-Lorette ne possède point de parchemins

;

154
en revanche
elle a

I5UE x>OTUE-l)AMK-IH':-L()llETTI':.

une

origine, car, selon
fils

la

remarque

judicii'usc

du

sei-

gneur Bridoison, on

est toujours le

de quel((u'un.
le

La rue Notre-Danie-de-Lorette
sur des landes incultes dont
le

a

vu

jour sur des plages arides

e1

général Bngeaud, lui-niènie, ce Chrisle

tophe Colonih agricole, n'aurait certes pas entrepris

défrichement. Qui

de vous ne se rappelle encore ces

terrains

crayeux qu'on voyait se

dérouler du côté de Montmartre, en manière de steppes inféconds, terrains sans valeur appréciahle, etque leurs propriétaires désespérés eussent

échangés volontiers en retour d'un plat de lentilles? Mais un jour Paris,
qui se trouvait à l'étroit dans ses vieilles limites, Paris se prit à sauter

par-dessus et à les enjamber,

comme

fait

une troupe

d'écoliers qui vent

jouer et courir en toute liberté. Les maisons allèrent d'abord en s'éparpillant,

de çà et de

là,

comme

des folles; puis elles se rangèrent peu

à
la

peu et s'alignèrent avec la régularité géométrique d'un bataillon de
vieille

garde.

Du

soir

au lendemain,

les terrains

acquirent des valeurs

fantasti(|ues. Tel qui s'était

endormi humble propriétaire de quelques

mètres d'argile sans conséquence, se réveilla possesseur d'une fortune de Nabab; un bras du Pactole et un lac de bitume n'auraient pas été
desséchés avec plus d'activité qu'on n'en mit à exploiter ces champs
stériles où,

maintes

fois,

on

avait

semé des pommes de
si

terre et

l'on

n'avait jamais récolté

que des animaux immondes;

bien qu'en moins

de temps

(pi'il

n'en faut à une commission scientihque pour redigcn*
le

un

rapport de vingt ])ages,

Parisien ébahi vit croître une

ville

nouvelle.
la veille

Ainsi naissent, à l'iniproviste, au milieu de l'Océan, ces

îles

dont,

encore, nul marin ne soupçonnait l'existence.
Voici donc notre rue créée et mise au

monde. Mais
?

à qui appartiendra

l'honneur de

la

tenir sur les fonts de Itaptème

et quel
is tlie

nom

lui

donner

'!

Un nom
divisé en

propre, ou

un nom de

fantaisie? Thaï

questiou. Paris est

un

si

formidable nombre de rues, que tous les nn»ls et tous les

noms
tion.

de la langue française ont déjà, pour la plupart, été mis à contribuLe problème était difficile à résoudre. Le préfet de la Seine s'en montra vivement préoccupé, et le conseil municipal consacra plusieurs séances à une discussion lumineuse, quoique sans résultats, comme c'est l'usage immémorial dans toutes les assemblées parlementaires. En ce teni[»s-là il y avait, dans le faubourg Montmartre, une pauvre
église, simple et

nue

comme une chapelle

de village. Elle était placée sous

l'invocation de Notre-Dame-de-Lorette, et remontait

aurégnedeLouisXV,
un
esi)rit

qui en posa

la

première pierre, peu de jours après l'établissement du
la

Parc-aux-Cerfs. L'amant de

Dubarry

était,

on
:

le voit,
il

sage-

ment
peu

calculateur, et prévoyait les choses de loin

voulait bien vivre

un
«lu

à la diable,

mais

à la condition

pourtant de ne point se damner toutautre Louis, onzième

à-fait.

C'était aussi la règle de conduite d'un

HUE >0THE-1)AME-1)E-L0RETTE,
nom, lequel ne
inan(|iiait

135

jamais

,

sitôt ([u'il

venait de commettre
à sa chère et

une
avait

])eccatlille politique,

de reconnnander son

Ame

bonne

petite

dame d'Embnin,
lait les

l'une des bienheureuses privilégiées auxquelles

il

honneurs de sa casquette, ce martyrologe portatif. Un jour les fidèles du deuxième arrondissement reconnurent avec
l'église

effroi

que

Notre-Dame-de-Lorette menaçait ruines de tous

les côtés.

La

façade était sillonnée d'autant de rides profondes qu'on peut en voir sur le
visage d'une vieille

comédienne de province;

les murailles s'affaissaient
ciel filtrait

avec toutes sortes de craquements sinistres, et l'azur du
losanges bleus à travers les voûtes du chœur. Plus d'une
offices divins, les assistants
et leurs parapluies.

en
les

fois,

pendant

durent ouvrir, en mènu^ temps, leurs missels

Les choses en étaient

lorsque l'administration

fit

fermer

l'église; et l'on

décida qu'un temple serait construit, quelques
la

pas plus loin, au bout de
le

rue Laffitte, à l'endroit

même

où commence

cpiartier

neuf dont je viens de vous raconterla naissance. Peu d'années

suffirent à ce travail.

sée avec une activité merveilleuse; et, à partir de ce

La résurrection de Notre-Dame-de-Lorette fut pousmoment, la rue sans nom eu eut un tout trouvé. La nouvelle église reaiplit le rôle du parrain

dans ce baptême.

Au

point de vue monumental, l'église Notre-Dame-de-Lorette est une

a?uvre insignifiante, pour ne rien dire de plus; et je ne serais
surpris d'apprendre que l'architecte
<(ui l'a édifiée

aucunement

se soit inspiré de la vue

d'un pâté de Lesage. C'est un carré long, d'une lourdeur désagréable, et

massif au-delà de toute expression.

On

y dira la

messe jusqu'au jour du

jugement dernier,

et

il

ne faudrait rien moins qu'un tremblement de terre
solidité.

pour en altérer l'épaisse

Ajoutez encore que l'éghse est sur([ui

plombée d'une sorte de clocheton
festons, ce

produit à peu près
la

l'effet

gracieux

d'un éteignoir sur une bougie. Quant à

ne sont qu'astragales

;

c'est

que un luxe de dorures, une abondance
le

partie intérieure, ce ne sont

de soieries, de marbres et de velours dont

calife

Haroun-al-Raschid

serait jaloux. Je sais qu'on a souvent reproché à cette église les exagéra-

tions de sa coquetterie

;

je sais aussi qu'elle a été accusée de ressembler

beaucoup plus
que
je

à

un boudoir qu'à un temple chrétien. Pour moi, j'avoue
le

ne

me

sens pas

courage d'en vouloir aux artistes qui l'ont ainsi

parée. Ils se seront rappelé sans doute que Notre-Damo-de-Lorette n'est,

après tout, que

la petite-fille

du

roi

Louis XV, et

ils

ont

fait

pour

elle ce

que

l'aïeul, distrait

par d'autres soins, n'avait pas

fait

pour lanière.

Disons, pour être juste, que l'oubli a été noblement et royalement
réparé.

A

cette heure, l'église, dorée sur tranches et

brodée sur toutes
soleil.

les

coutures, reluit de mille feux, ainsi qu'une escarboucle au
ta|)is

Des

soyeux absorbent

le

bruit des pas; les

parfums

les

brûlent, jour et nuit, dans des cassolettes dor,

et, trois fois

plus suaves y par semaine.

156

lilii:

NOTRE-DAME-DE-LOHETTE.

on y exécute des concerts on certes les anges qui remplissent les fonctions de maîtres de chapelle dans le paradis doivent puiser d'excellentes leçons. Les tableaux eux-mêmes ont tous un certain air qui repose l'œil et le réjouit agréablement. La sombre école des Vélasquez et des Murillo ,
avec ses instruments de tortures, ses bourreaux demi-nus et ses victimes
pantelantes, est sévèrement bannie de ce paisible lieu, où l'on ne ren-

contre que de jeunes vierges calmes et souriantes, aux blanches épaules,
et

Après
dans

aux regards doucement voilés. tout, et pour parler sérieusement, cette église tant blâmée est

fort bien
la

comme

elle est, etc'esticile

casde direquetoutestpour

le

mieux

plus charmante des églises possibles. Transportez

à l'extrémité de la rue Laffitte, et voyez

un peu quel

Notre-Dame énorme contre-sens
il

de pierre ce serait
fagots
:

!

il

y a dévotion et dévotion,
la

comme

y a fagots et

il

est évident

que

dévotion de

la

Chaussée-d'Antin ne ressemble

pas du tout à celle du faubourg Saint-Germain. Celle-ci veut un lieu grave
et
à

sombre, plein de silence

et

de recueillement, où l'âme puisse s'élever
le

son aise et voler en paix vers

Seigneur. Celle-là, au contraire,

la

dévotion rive droite, réclame impérieusement une mise en scène

pomplus

peuse

:

il

lui faut

de

l'or,

des parfums et des fleurs

;

l'une prie avec sa
la clientelle la le
,

tête et l'autre avec

son cœur.

— Une grande partie de
y

assidue de Notre-Dame-de-Lorette, se recrute d'ailleurs dans
royal de la rue Lepelletier.

théâtre

On

remarque encore

les prie

-Dieu

garnis

de velours, de Thérèse et de Fanny Elssler; les deux sœurs Dumilâtre,
ces deux jeunes ballons de tant d'avenir, assistent régulièrement, chaque

dimanche, à

la

grand'messe de midi; mademoiselle Forster
faire dire

y

montre

deux
Stoltz

fois

par semaine, son adorable profil de vignette anglaise, et
repos de son succès.

madame
six

ne crée jamais un rôle sans
le

auparavant cinq ou
le voit, l'église

messes pour

— Comme on

Notre-

Dame-de-Lorette pourrait, au besoin, troquer son
Notre-Dame-de-l'Opéra.

nom

contre celui de

La rue Notre-Dame-de-Lorette

se pare avec orgueil
le

du square Sainl-

Georges; c'est son éden, son oasis,
d'une fontaine dont

plus riche joyau de sa couronne.

Cette petite place, qui n'a pas sa pareille dans tout Paris, se
la

compose

naïade est un factionnaire, de quelques hôtels

élégants et d'une maison qui semble, je ne dirai pas construite, mais

brodée par

la

main des
si le

fées. C'est

de

la pierre

de

taille

passée à
la

l'état

de

guipure, etj'ignore
a taillé

ciseau divin des grands artistes de
les

renaissance

quelque part un diamant dont

formes soient plus sveltes, plus
square Saint-Georges est

gracieuses et aussi pures.

— Un des hôtels du

habité par M. Thiers. C'est là qu'il vient passer ses vacances ministérielles; c'est là que les caprices de la Couronne, pour nous servir d'une métaphore parlementaire, à l'usage des grands journaux, l'exilent chaque

4.^^

fWm

Typ Lacrainpe

Rue Notre-Dame-rle-Lorelte.

liUE N0TRK-1)AME-PE-L0I1ETTE.
iiiince,

ir»7
dix-liiiil

rld'iMucs

iik'iiics cjipric'cs le rnppt'llciil

Ions les

mois. Kcs
poIili(pi('.

lial)ilaiils{|ii(|iiarli('r(|iii,

pour la plupart,

ii('s'occu|KMit

gucrede
(|ui

sortcut (pu'l(|U('lois de leur apalliic, mais seulonicnl pour ce

conceriu'

M. Tliicrs. Ou
si

s<'

doit hicii cela cutrc voisins. Voulez-vous savoir au juste
doit,

l'cx-prcsidcul

du 12 mars
le soir.

ou

ncui, faire partie

du prociiaiu lemaarmoriés serpente
si,

uieuieut ministériel'^ demaiulez aiiv voisins combien de voitures station-

ueul à sa porte

Si

une

l(ni>.;ue lile

d'écinipagjes

au loin dans

la

rue, pariez hardiment pttur

M. Tliiers; mais

au

lieu

d'écpiipages, les voisins constatent la présence de quelques misérables

chars numérotés, traînés par de maigres haridelles, soyez sûr que l'auteur de Vllistoire île la llévolnlioii, Fvanvaise n'a point fait sa paix avec la
lazzina de la place Saint-licorges

Couronne. En attendant que M. ïbiers quitte une cinquième fois sa papour l'hôtel de la rue des Ca[»ucines, il

charme
cinij

ses courts loisirs en conij)osant

une Histuirr de l'Empire, achetée
cent mille francs! qu'on vienne

cent mille francs d'avance.
les

— Cinq
l'ère

encore nous chanter

louanges de

d'Auguste et du siècledesMédicis.

Tout en

face de

M.

Thiei-s,

les nécessités

de son èpocpu-,

un spéculateur spirituel, et qui com[irend a fondé un établissement de hains dont le
le

besoin se faisait vivement sentir. Cet établissement est à deux lins.— Ee

nondtre des femmes

(pii s'y

baignent est considérable; mais
baigner
l'est

nomhi-e
el

de celles
inllexible

(jui
:

sont censées

s'y

cent

fois plus.

Hègle générale

il

n'y aura de sécurité conjugale i\\w
et

du jour on tons
[)ar

les éta-

blissements de bains seront fermés par ordres

remplacés

un système
(pi'elle

de baignoires à dtunicile. l'ne femme
va au bain est

(|ui

sort

le

matin, eu disant

ou une femme perdue, ou une fennne qui se perd, ou une femme qui veut se perdre. Ceci me rappelle un mot de la marquise de J^..
iiiK?

des plus spirituelles et des plus jolies mar(|uises de ce temps-ci.

Elle avait paru désirer

une

salle

de bain dans son appartement.

iNI.

de L.

s'empressa de réaliser ce caprice qu'il goûtait pour mille raisons
(piise fut ravie.
(luoi la

marLes choses allèrent ainsi durant (puMcpies mois, après manjuise reprit son train de vie ordinaire, préférant à sa cocpiille
:

la

de marbre blanc ciselé, l'ignoble baignoire eu zinc des bains

à

vingt sous.
oii

Un matin,
est-elle":'

le

marcpiis se présente chez sa
est au bain, dit
le
la

femme

el

ne

la

trouve pas;

—Madame

Marinette de l'endroit.
c'est singulier!
\..

— Au

bain! répète

mari...
la

Au bain!
le

Sur ces entrefaites rentre

marcjuise de

— V(Uis arrivez du bain? demande mari, uu)itie ligue, moitié raisin. — J'en arrive. — Est-ce (pie votre salle de bain vous dé|dairail, hasard — Allons d(UU' est d'un charmant. Et d'ailleurs, n'esl-ee pas
pai'
!

elle

goi'il

\oiis (|ui

eu avez surveille rarrangenient
'...

':*

— Alors m'e\pii(|uerez-vous

18

ir)8

uuE notue-uame-1)E-i.()Ui:tte.
iniir(|iiis('

Ea
de

de E. se posa en face de son mari, croisa les bras,

cliyiia

l'œil et lui jeta ces trois

mots loudroyants

:

— Et mon prétexte?..
Voilà

comment

et

pourquoi

il

se lait qu'on sentit
la

si

vivement

le

besoin

d'un établissement de bains sur

place Saint-Georges.
([iii

La rue Notre-Dame-de-Eorette,

aboulit directement an cimetièi'c

.Montmartre, parla rue Fontaine-Saint-Georges, doit à ce triste voisinage
d'être sillonnée cliaque jour, jnsipi'à midi, par

une succession non

inter-

loinpue de voitures noires, de cbevanx noirs et d'habits noirs à vous don-

ner

le

cauchemar. Mais ce n'est

qu'une physionomie passagère, car
et,

il

est à oliserver

qu'à Paris, on enterre rarement après midi,

comme,

d'après les règlements de police, tout enterrement doit avoit lieu vingt(|uatre

heures après

le

décès, on est en droit de conclure (jue tous les

mmibonds de
tinée.
le

la ville se
la

donnent

le

moi pour ne trépasser

((ue

dans

la

ma-

— Quanta
c'est

rue Fontaine-Saint-Georges dont je viens de prononcer

nom,

une rue de fraîche date, toute pleine de petites maisons bien
cette

régulières et bâties en jolies pierres blanches, ce qui la fait ressembler à

une

allée

du Père Eachaise. Or,
d'union jeté entre

apparence

est, à tout

prendre,

la

seule qui lui convienne, car c'est là bien

moins une rue comme
du mondi;

les autres

qu'un

trait

l'église et le cimetière.
la

Croiriez-vous <jn'à Paris, dans

capitale

civilisé,

en plein

dix-neuvième
l'hospitalité,

siècle,

il

se trouve des propriétaires barbares qui refusent
six cents francs

moyennant

par an, à des

hommes,
il

leurs

frères devant Dieu, sous le vain prétexte qu'ils sont peintres. Voilà pour-

tant ce (ju'ont produit les vaudevilles

contemporains, où

est d'usage

innnémorial de représenter

les artistes

sous les couleurs les plus extralà

vagantes et les plus fausses.
corriger les inonirs en riant!

— Et c'est — Grâce au

ce qu'on appelle sans rougir

ciel, les

propriétaires de

la

rue

Notre-Dame-de-Eorette ne partagent aucunement ces travers ridicules.

Au prochain
levez la tête

créancier que vous aurez

le

plaisir
soit

d'accompagner

à sa

dernière demeure, pourvu toutefois

qu'il

enterré à Montmartre,

en traversant

la

rue i\otre-Dame-de-Eorette et pointez votre

regard sur quelqu'une des plate-formes qui couronnent les maisons, à la mode italienne. Alors il est impossible que vous n'aperceviez pas se dessiner à sept étages au-dessus du niveau des trottoirs, quehjue chose de

semblable à ces mannequins placés dans
vantail à la voracité des bandits

les

champs pour

servir d'épou-

emplnmés.

(j'est

d'abord une robe de
couleurs de l'arc-en-

chambre où se fondent, sans harmonie, toutes ciel, un pantalon à pieds d'une forme inconnue
sibles à décrire.
la

les

et des pantoufles

impos-

Sous cet
:

attirail

burlesque se cache un jeune peintre de
les

plus haute espérance

les

jeunes peintres donnent tous

plus hautes

espérances, y compris ceux qui finissent par enluminer

les

enseignes.

UUE N0TRE-1)AME-DE-L0UETÏE
Cet héritier i>iTS(mi[)tir
cl

ir.i»

pirsomplutnix de Léopold Uol)erl ruine dans

une pipe

(iinpie ral)ri(piée à Paris

un labac qui

n'est «-uère parl'uiue, et se

]j,uf/^cr("

reposcà ravauce des j^iauds lravau\(|u"ilconi[)leexecuLerdanssa journée.

En

attendant qu'il s'arme résolument de
la

la palette et

de l'appuie-main,
:

il

étudie

nature sur toutes les formes qu'il

lui plaît

de revêtir

chien

(jui

aboie, grisette qui passe, oiseau qui vole, et le reste. Mais c'est dans

la

personne de ses voisines que

le

peintre se complaît à observer la nature.

Son regard transperce
le

les vitres et leur légère cuirasse

de mousseline
lui
;

;

divan et

la

causeuse n'ont pas de secrets possibles pour
les

il

dechilfre.
sait si les
!

à la

première vue, tous
la

hiéroglyphes du boudoir,

et

Dieu

boudoirs de

rue Notre-Dame-de-Lorette sont tapissés d'hiéroglyphes
à sa

disons pourtant

louange que ses voisines ne l'absorbent pas
le

telle-

ment
on

qu'il

ne songe aussi à ses voisins. Or,

voisin est

un

((Mifrere dont
est

est séparé par quelques cheminées,

mais duquel, en revanche, on
et

rapproché par une communauté d'étages, d'opinion, de poésie
tières.

de gout-

Et dès

lors, ce sont

des causeries sans

fin

sur

l'art, la

grandeur

de

on cause du Giotto, de Cimabuë, de l'Espagnoletdont on n'a jamais vu une seule toile; on cause de la Fornarina et
l'art et la sainteté

de

l'art;

de son divin amant (ju'on a soin d'ai»peler

le

Sanzio, son

nom

de Uaphaël

étant spécialement abandonné au langage prosaïque du bourgeois.

La rue Notre-Dame-de-Eorelle

fait

une incrovable consommation de

I

U)

ni K \(ni5K-i>.\>ii:-iUvi.(M;i':TTK
ce point
(|n('

{•iliidiiics, à

J'administration
la

viciil

de cicrr une de
la r\ie

|)la(('

spé-

ciale
(le

de

]»eli(es

voilures à l'angle de
et

rne Bréda

el

iNeiive-Hréda.
l'après-

sont des allées
et se

des vennesperpétnelles qni

commencent dans
la

midi

continnent jusqu'au beau milieu de

nuit

;

car c'est un des

souverains plaisirs des jolies halùtantes de ce (juartier.

On

se

demande

même comment,
peuvent suffire

ayant
cette

si

peu de rentes inscrites sur

le

grand-livre, elles

dépense?— C'est
:

que, probablement, leurs rentes

sont inscrites sur un autre livre; peut-être les trouverait-on dans ce livre

charmant qui

a

pour

titre

les

Contes des Mille

et

une Nuits.
à lui tout seul

Demandez
ployés de
lettres,
la

à

M. Conte combien ce quartier absorbe
(jui

d'em-

poste, de[)uis les connnis

classent et qui timbrent les

jusqu'aux facteurs qui

les distribuent, (^est à n'y

pas croire,

et

cependant on n'a pas de peine à se l'expliquer lors(ju'on songe que
Lorette écrit ou fait écrire par ses amies, et

cba(|U(î

même

j)ar ses

amants, une

moyenne de
s'ils

dix lettres par jour. Ces pauvres facteurs n'y tiendraient pas

n'étaient suppléés el doublés par tous les commissionnaires

du

quartier. Quels

hommes que

ces commissionnaires
(pu;lle

!

quelles ruses, qiuîlle
d>i

habileté, quelle iliplomatie et

connaissance

conu- binnain

il

leur faut déployer dans l'exercice délicat de leurs périlleuses fonctions

!

On
de

a calculé
la

qu'après trois ans d'un pareil métier, un commissionnaire
ferait

rue Notre-Danu'-de-Lorette

mi très-excellent i)remier attaché

d'amitassade.

Une observation
et

singulière, c'(;st(jue dans ce (jiiartier qui vit de plaisir
n'y a ni théâtres, ni salles de concert;
il

pour

le plaisir,

il

n'y a absolu-

ment que
salle

l'église.

Je n'ignore pas qu'on a inaugure l'hiver dernier une
la

de danse dans

rue Neuve-Bréda. Mais une Lorette un peu bien

située rougirait de s'y laisser apercevoir; de
sa

temps

à autre, elle

permet à

femme de cliambn;

d'y paraître.

Et puis, an demeurant,

qu'a-t-elle

besoin de cette salle é((uivoque? ne régne-t-elle pas l'hiver à l'Opéra et
l'été

sous les verts ombrages du Banelagb
:

!

Un mot encore

la

rue Notre-Dame-de-Lorette qui compte les cabinets

de lecture par douzaine, ne possède pas un seul restaurateur.
vanche, les rôtisseurs y abondent. Ce détail statistique résume
la

En

re-

physio-

nomie tout entière de ce quartier de Bohèmes y vit, sur le pouce
!

:

on y mange

comme on

Alp.éuic Seconh.

rl!,l'-;\-'

1

V!U

L'

FJi'i.' VVilîl!

r^ymi

•;

.iii">fmiiiiravi '.il/j

î

./V::Pi

LA

CiTf
Mdrmoazels.

mt
;i

Roe

ie;

Rue

île

id

Bjrillene

(jité,

qui lut loiiglcinps lonf l'aris.
(|ii('

jjj

Itieii

avant
à

la

ifiiiiiiMi

de deux

îlots

sa

|ioiiil('

(Mcidciilalc on!
itriniilivc.

aii«j;inpntr

sou

clcndu*'

oruia

,

(Ml

I7()r>,

un

(|uarti('i'

roml»cvo-

pn'uanl aussi
et LfMivicrs.

les

îles

Nolrc-Hauic
la

A l'cpoquo de
vini;l-une
-

lulion, ce (juarlicr l'cnlcruiail

douze
on

paroisses

et

ejilises

^chapelles,
^

ciiujnante
le

deux

mes.

onze ponis,
et la

i'alais, l'Ilnlel-Dien

cathédrale.

l)e|»uis

nu demi(t

siècle, la i)lupart de ces e<;lises ont
^,

été

abattues ou sn|>priniées,
a
l'ail

le

marteau municipal

pénétrer un

peu

d'air,

un peu de

jour, dans ces
(|ui

ruelles semblables à des caves,

ont perdu jusqu'à leur

nom

en deve,

nant des rues.
llorissait

Le connnerce
ce
sol

qui

sur

héréditaire,

s'est acclimaté ailleurs, et presijue

C

foutes les maisons, hantes et rap-

prochées

,

ont caché leurs

char-

pentes noires et vermoulues sous

un enduit de
nstitier

plâtre,

comme pour
grec(pu>
ville

l'étymologie

de

Liilèce

on Leucotetia,

blanche.

On
:'

trouve à ])eine maintenant,
la
(lite,

dans

(pu'l(|ues-uns

de ces

pignons
tlU
«

sin'

rue dnnl les bouri^cois

WAMTfco

142
étaient
si fiers, et

LA CITE.
qui leur tenaient lieu de parchemins
;

on

y cherciie

en

vain

les enrofiniires

nu poutres

sculptées

qui supportaient rédifice et

servaient à son

ornement extérieur. Çà

et là,

un

toil

en auvent cintré,
,

un étage en saillie, un angle de maison en
l)asse à voûte

cul-de-lampe

une porte

de pierre, un escalier de bois à rampe massive, une boutique
cpii

obscure

et

profonde, rappellent les anciens temps

remplissent de

souvenirs ces rues sombres, boueuses etinléctes, qu'on croirait habitées

par des crapauds, des hiboux
II

et

des chauve-souris.

y a pourtant des

hommes

qui naissent, vivent et meurent sans sortir

enfumés,

de cette atmosphère putride, sans chercher d'autre maison que des murs et sans connaître même les magnificences architecturales de

Aotre-Uame où ils vont à la messe le dimanche, où ils ont été baptisés, où ils auront leur messedes morts, s'ils laissent de quoi la payer! Qui oserait s'aventin-er dans la rue des Trois-Canettes ou dans celle des Deuxllermites
(îocatrix?
!

Qui connaît seulement de
Qui voudrait croire,

nom
en
le

la

rue de

la

Licorne ou

la

rue

même

voyant, que Paris cache dans

son sein des rues aussi étroites, aussi puantes, aussi affreuses que celles
des Cargaisons, de Perpignan etdeGlatigny?

La fondation d'une

ville

dans

la Cité est
le

un de ces

faits ({ue l'histoire

ne

rapportera jamais à une date précise, et

château des Parisiens, caslellum

Parisiorum, lorsque César s'en rendit maître, n'avait pas d'autre importance que sa situation inexpugnable au milieu de
la

Seine qui l'emlirassail

plus large et plus rapide ({u'elle ne l'est aujourd'hui, car ses bords sont
atterris

par gravais, pieux
vieil

et

ordures qu'on y a jetés, suivant

le

crédule

Ilaoul de Presles, qui ne lui accorde pas
(piité.

moins de vingt-six

siècles d'anti-

Ce

auteur raconte ainsi l'origine de Paris d'après une croyance
siècle, et qui n'a plus

(pii était

généralement adoptée au quinzième

cours

dans

le

nôtre.
lils

Francon,
le

dllector, ayant porté les pénates de Troie en Hongrie après

siège et la destruction de la ville de Priam, y fonda Sicandu'c, et ce fut

au temps de David. La pcqiulation de la nouvelle Troie se multiplia tellement dans l'espace de "200 ans, que vingt-deux mille Troyens conduits par un chef nomme Iboz quittèrent leur seconde patrie pour s'établir dans un pays plus fertile. « Ils passèrent Germanie et le Rhin, et vinrent
presque sur
la rivière

de Seine, et avisant

le lieu

est à présent Paris, et

pource qu'ils

le

virent beau et délectable, gras et plantureux et bien assis
y firent et

pour y habiter,

fondèrent une

cité, laquelle ils
;

appelèrent Lutèce
cité

à Luto, c'est-à-dire pour la graisse du pays

et fut édifiée cette

au

temps de Amasie

,

roi

de Juda, et de Jéroboam, roi d'Israël, 850 ans avant

l'incarnation de Notre-Seigneur, et s ap^ehient Parisiens, ou pour Paris,
fils

du

roi

Priam, ou de Pharisià, en grec, qui vaut autant
»

comme
et

har-

diesse

en

latin.

Une

nouvelle colonie de Sicambres arriva

voulut cou-

La

Cité.

Notre-Dame.

LA CITE.
quérir Liitéce
;

liô
c'était

«

Mais quand

ils

surent que
ils

ceux

(|u'll»oz y avait

menés
la ville

et

que

c'était tout

un peuple,
ils

s'eniretirent ^rand' lète et deroi et

meurèrent ensemble paisiblement sons un
qui avait

sous une seigneurie,

et

nom

Lutéce,
»

l'appelèrent Prtr/>, disant que c'était laid
la

nom

et

ord qiie Lutèce.
«

Aussi, lorsque César entreprit

guerre des
la

Gaules,

Paris était babité de gens grands et puissants qui tenaient
si

Cité seulement, laquelle était

forte pour lors et était tellement lermée
»

d'eau, qu'on n'y pouvait passer.

Raoul de Presles,
tin,

(pii,

en commentant

la Cite de

Dieu de saint Augus-

se garde bien

d'oublier la Cité de Paris, ne se permettait pas les

licences d'étymologiste que Rabelais a prises dans son audacieux

roman

de Gargantua, en faisant dériver
<les ilaines

le

nom

de Lutèce, des blanches cuisses
la

dudit lieu, et

le

nom

de Paris, de

bienvenue de son béros
et qui
[)as

(pii

vint s'asseoir sur les tours de
à

Notre-Dame,

badaux assenddés

ses

pieds.

Gidliver ne

traita

noya par ris les mieux les Lilli-

putiens, et ne baptisa pas leur capitale.

Depuis ce mémorable déluge, non moins probable que celui d'Ogigès
ou de Deucalion,
grands
taiits

les

rues de

la

Cité ont vu se succéder

un

tlux de

géné-

rations que les siècles ont balayées en poussière, et bien des événements,
et petits, qui n'ont

pas laissé de trace dans

la

mémoire des babiet
là (pie

actuels; ces rues ont subi bien des

métamorpboses nominales

matérielles, depuis l'époipie où Vile des Corbeaux n'offrait cà et

(pielques huttes rondes, sans fenêtre et sans cheminée, construites en

bois et couvertes de roseaux, sous lesquelles s'abritaient de pauvres familles de bateliers gaulois.
sive

La formation d'une
:

ville est lente et

progres-

comme celle

d'un terrain d'alluvion
le

il

a fallu dix-huit cents ans

pour

((ue l'antique

Lutéce enfantât

Paris

moderne qui

est sorti de son berceau

en rompant ses langes de fortilications,
Jadis ces rues n'étaient pas pavées

et qui n'est

pas encore parvenu

au terme de son accroissement gigantesque.
;

elles

ne

le

furent cpu' sous Philippecité

Auguste. Ce grand

roi, qui travaillait

sans cesse à embellir sa
la

de pré-

dilection, était à la fenêtre de son palais, situé à

place

même

du

Palais-de-Justice

:

un chariot remua en passant
les rues avec des pierres

la

fange de

la rue, et

répandit une

telle infection

jusque dans l'appartement royal, que le prince
dures
et carrées.

ordonna de paver

L'exhausse-

ment du
les

sol à

une

toise au-dessus de ce

premier pavé témoigne assez que
pavé de

successeurs de Philippe-Auguste ne veillèrent pas à faire observer

l'édit (pii prescrivait

aux bourgeois d'entretenir à leurs

frais le

la

voie publique devant leurs logis. Les pourceaux eurent encore longtenqis
le privilège

de barbotter dans les fanges de
le fils

la

bonne

ville;

il

fallut

cpiun

d'eux renversât de cheval

aîné de Louis-le-Cros, passant ]»rés de
roi.

Saint-Gervais, pour (jue ce privilège leur fût retiré par ordonnance du

lii

LA CITE
époques-là,
la

Aces

plupart des rues n'avaient
la

[)as

de deuoniinatioiis

précises. Ainsi, la rue de
cette périphrase
:

(lalandre est désignée dans les ciiarles par

Rue par

laquelle an va ilu Petit-Povl à la place Saiul-

Mielu'l. Ensuite, ces

rues furent nonnnées de tant de façons souvent con-

tradictoires, qu'il est presque impossible de les reconnaître à présent sur

leurs anciennes dénominations. Ces
étaient obscènes

noms

créés et adoptés par

le

peuple,

ou ignobles, ridicules ou burlesques,
la

significatifs

ou

caractéristiques; on jugeait, au simple énoncé

du sobriquet

po|»ulaire, les

rues consacrées à

prostitution, celles où s'était connnis

un

criuu;
(|u"il

célèbre, celles dont les habitants avaient mauvaise renoninu'c, celles
fallait

aborder en se bouchant

le nez, celles

remaripiables par nu

|)uits,
n"av;iil

un four on une notre-dame, par un
pas alors d'écriteaux indi(piant les
fut

hôtel ou par

un couvent. On

noms

officiels

de ch.icune d'elles. Ce
pas changer un

Turgot qui inventa, enl7'i5,ces écriteaux

et (jui n'osa

seul des anciens

noms.
la

La
saient

Cité,

(\w l'administration de
et

Voirie semble vouloir rebâtir de

fond en condde, n'a conserve

(pi'iin petit

nombre de

ces rues

(|ui

(>n fai-

un dédale inextricable
par
lein*
()ui

insalubre; m;iis (|uel(pies-iines. par leur
et

nom

plutôt (|ue

aspect, evoipieut encore des souvenirs

des

impressions

seffacent tous les jours.

CLoiriii':

m;

.notp.i:-iiami;.

Le Cloître de Noli'e-Dame,
fermé de portes;

(|iii

a

garde son

nom
d<;

en abaiidoiinanl ses
vieilles

privilèges et sa destination canonicale, était ceint
la

murailles

el

principale, Initie avec les débris de Siiint-.!ean-le-

Rond, s'ouvrait sur l'emplacenuMit que cette petite église avait occufK' naguère à la droite de la basili(|ne de Maurice de Sully. C'était le domaine

du chapitre de Notre-Dame
posait

(pii existait

déjà sous Charlemagne et com-

un ordre

régulier avec le titre de Frères de la Viertje Marie. Six

papes, vingt-neuf cardinaux et une nuiltitude d'archevêques et évè(|ues
furent donm-s à l'Eglise par cet illustre chapitre, dont les chanoines avaient
la

tonsure en couronne et

la

barbe rase, sous peine d'être privés de tout

bénéfice

peiulant un mois. Malgré cette rigidité de costunu», ces cha-

noines sybarites expulsèrent de leur Cloître les écoles épiscopales dont
la

turbulence ne respectait pas plus leur sommeil que

le

service divin.

Aristote et sa docte cal)ale traversèrent les ponts el se réfugièrent dans
la

rue du Fouare

;

le

chantre de Notre-Dann» conserva sa juridiction dans
l;i

CCS foyers de disputes scolasticpies, et seule, entre les quatre Facultés,

théologie eut

la

prérogative de s'enraciner à l'cmdn'e de l'évèche.
siècle, le Cloître était

A

la fin

du onzième

jonche de

])aille

liaîche

el

foulée, sur b'Kpielle venaient selendre,

aux lieures des leçons, ces eccdiers

LA CITE.
nomades,
les
si

115
ne
les

nombreux
;

et si passaf^ers, ([u'on

romplail jamais dans
les écoles

dénomlirenienls

ils

allaient

(|uèler

de rinslruciion dans

célèbres, et souvent

ils

vieillissaient

en apprenant par canuMpielques pages
;

d'Aristote et de prières qu'ils avaient entendu lire, expli(pu'r et paraphraser

car alors,

un pauvre

écolier,

(jni

mendiait son pain de porte en porte et qui
il

couchait en plein air dans son manteau, quand

avait

un manteau, ne
de

lisait

que

le

Missel public, enchaîne derrière un

treillis

ler à l'entrée

des

églises, et prolitait plus

ou moins des lectures

faites

par les professeurs

qui s'exerçaient aux frivolités verbeuses de
écolier, écorchant

la

dialectique. Souvent cet
le

du grec
la

et

du

latin,

comme

celui de Rabelais, passait

jour au cabaret et

nuit dans les mauvais lieux qui pendaient leurs enla

seignes obscènes vis-à-vis les images des saints et de

Vierge, impuis-

MOHIICNEUL

sauts à protéger les

mœurs;
et

ici l'écolier
:

se prenait de (pu'relle avec
l'erré

un
le

camarade en buvant
collo(|ue et la
s'affiliait

en dissertant

un coup de bàtou

terminait

vie

de l'un d'eux;

là,

l'écolier détroussait

les passants,
fille

aux confréries de gueux ou de larrons, volait une
si le

ou un
a

jambon. Mais
çait à

recteur de
la

I

Tniversité (duvo(piait son arriere-ban

une procession solennelle,

tète

de

la

colonne de ses vassaux
la

commenqueue
se

déboucher dans

la

plaine de Saint-Denis, tandis que
la Cité.

déroulait encore dans les ruelles de

Les chanoines,

(jui

avaient la permission de loger des

femmes
l'.l

à titre

146
(le

LA CITE.

proches parentes, se Irouverentmal du voisinage de ces jeunes hommes,

hardis et insolents, à qui Pierre (louiestor détaillait les plus scabreuses
naïvetés de la Bible. Ce Pierre-le-Mangeur hisloriail les Ecritures à sa
fantaisie.
« »
»

Il

faisait dire à

Adam, après

la

formation de

la

femme
;

:

«

Cette

sera appelée

Virago, car elle est prise et faite

de l'homme
et se

pour laquelle
à sa

chose l'homme laissera son père et sa mère,
et seront

prendra

femme
»

deux en chair.

»

Il tirait

du crime de Loth
l'homme,

cette moralité:
Il
»

«

Fut

le

péché de boire jusques

à être ivre,

cause de l'autre péché.
à

répétait avec Moïse:

«Ce n'est bonne chose
la

qu'il soit seul.

Les chanoines partagèrent peut-être
le

doctrine de Moïse jusqu'à ce que

chapitre eût statué et ordonné, en 1334, qu'aucune femme, jeune ou

vieille,
«

chambrière ou parente, ne demeurât dans
bien tardif,

le cloître,

«

parce que,
»

dit

l'ordonnance, ce lieu est saint, dédié et consacré
fut
s'il

à

Dieu.

Cet acte

de rigueur contre les femmes

eut pour prétexte les

amours d'Abélard

et d'Héloïse, vers 1110.
le Cloître,

On
sur
la

voyait encore naguère les médaillons de ces amants, dans

façade de la maison de Fulbert, chanoine de Notre-Dame, cet oncle

jaloux d'Héloïse, ce bourreau d'Abélard.

On ne

regardait pas cette maison,

où furent heureux

le

maître et l'élève, sans éprouver un serrement de

cœur
le

et

une émotion tendre. Ces médaillons anciens étaient pourtant
Abélard portait avec
la

altérés par de burlesques restaurations: Héloïse avait la fraise haute et

corsage décolleté du temps de Henri IV

;

moustache une sorte de toge romaine. lia
rechercher
la

fallu,

sur leurs tètes de morts,

ressemblance qu'on voulait donner à leurs statues, coule

chées côte à côte aujourd'hui dans

champ de repos du Père-Lachaise.
il

Abélard, qui traînait à sa suite une armée d'écoliers, avec laquelle
vint
rival

camper sur

le

mont Sainte-Geneviève, comme pour combattre son
il

en philosophie, Guillaume de Champeaux, dont

fut

d'abord

le disle

ciple bien-aimé, Abélard n'avait eu

de l'amour que pour l'étude et
«

sophisme
>

;

il

était

noble

et

gracieux de corps autant que d'esprit.

Comme

il

lisait

en révêché, raconte Pàquier, un chanoine
de vouloir bien

nommé

Foulbert,

»

qui avait chez soi une sienne nièce fort bien nourrie en langue latine,
le prie

»
»

lui

ce qu'il accepta volontiers.

donner tous les jours une heure de leçon Après avoir quelque temps continué ce
:

->

métier,

amour

se mit de la partie entre eux.»
le

Le chanoine Fulbert,
le latin, le

n'importe qu'il fût l'oncle ou
alfections

père d'Héloïse, avait concentré toutes ses
grec et

sur cette tîUe de dix-huit ans, qui savait
:

l'hébreu, mais qui savait encore mieux aimer
«

«

Héloïse, dit Abélard lui-

même,
la

n'était pas la dernière
la

pour

la

beauté du visage, mais elle était
lettres.
»

»

première pour

connaissance des

Son maître, jeune
l'avouait

et

ardent
|)U lui

comme
gagner

elle,

avait surtout

deux moyens de séduction qui eussent

le

cœur de toutes

les

femmes, comme

elle-même

I.A
Iléloïse:
ipii

CITE.

11:

son elociueiicc

cl sa voix ciichaiiteiesst'.

Le grave philosophe,
dans
les |uo-

n'avait plus d'antre anil)ilion (pie de phiireà

nne femme, composa des
de ce grand
Ini.

vers

amonreux,
la

et les

mil en mnsicine
était

;

on

les ehantait alors

vincesoù

renommée d'Ahélard
la

parvenue,

et les écoliers

homme

exalierent

maîtresse

(ju'ils

avaient Ironvée digne de

La maison dn chanctine
texte de la science, et
la

elail le

théâtre de ces amonis, converlsdu pré-

lecture des Pères de l'Eglise avait rapproché lenis

yenx. leurs tètes

et

leurs Itnuches,

comme

Françoise de Himini
le

et

Paolo
de
la

s'interrompirent par des baisers en lisant
belle Genèvre. Peut-être

roman de Lancelot

et

jésuites lut-elle cause
"

et

une correction usitée depuis dans les collèges de conii)lice de la liiiblesse du dialecticien: « Sous
cpi'à

les

semblants de l'étude, nous n'étions livrés
les réduits

l'amour, dit-il;
la

l'a;

» »

mour choisissait

mystérieux où s'écoulait l'heure de
la

leçon

les livres ouverts

devant nous, l'amour, plus que
})lns

leçon, occupait
;

»
>>

nos entretiens; nous échangions

de baisers

ipu'

de sentences
;

les

mains allaient de

l'un à l'iuilre pins souvent ([ue vers les livres
la

l'amour
papier:
(pie la
»

»

confondait les regards (pie

leçon ne ramenait guère sur

le

» »

enHn, pour écarter

les

soupçons du (hauoine, l'anmnr, plutôt

colère, mesurait les coups <pii surpassaient la

douceur des caresses.

L'écoliére devint éprise avec passion, avec orgueil, dn maître célèbre
lui sacriliait gloire
et

(pii

richesses,

(pii

préférait

un seul mot de ses lèvres

148
aux applaudissements de

LA CITE.
l'école.

On prétend que
(jui

le

roman de

la
le

Rose fut

l'œuvre des amours d'Ahélard,

peignit son Iléloïse sous

nom

de

Beauté. Guillaume de Lorris ne serait donc que traducteur ou plagiaire.
« » »

Quelle femme,

s'écriait

Héloïse transportée d'enthousiasme, quelle

vierge ne rêvait pas de lui en son absence, ne brûlait pas pour lui en sa

présence? Quelle reine ou quelle dame de haut lieu ne portait pas envie
à

»

mes

voluptés, à

ma

couche d'épouse?

»

Fulbert et les parents d'Héloïse, qui étaient de

la

maison de Montmo-

rency, apprirent tout, lorsqu'il ne fut plus possible de rien cacher. Héloïse,

déguisée en

homme,
était
la

Un mariage

partit pour la Bretagne, où elle mit au monde un lils. une réparation ([w l'oncle exigeait en dissimulant son

ressentiment, et

victime de l'amour, par philosophie sans doute, s'op-

posait de tiuis ses efforts à une alliance légitime, contre laquelle ses ar-

guments
» » »

subtils

citaient saint Paul,

Théophraste

et Cicéron.

«

Quelle

convenance

y a-t-il entre des servantes et des écoliers, disait-elle, entre

des écritoires et des berceaux, entre des livres et des quenouilles, entre

des plumes et des fuseaux

?

Comment, au
»

lieu des méditations théolo-

»
»

giques et philantropiques, supporter les cris des enfants, les chansons

des nourrices et les tracas du ménage?

Elle consentit cependant à

é[)ouser en secret son amant,

et celui-ci, trahi
lit.

par son valet, fut mutilé, une
te voilà

nuit

(pi'il

dormait seul dans son

Malheureux Abélard,

moine!

Son amour survécut

à ses plaisirs, et quelquefois,

dans des

Pojie et Colardeau ont osé imiter, ces amants, séparés par

que une atroce
lettres

violence, se ranimaient au feu de leur imagination. Héloïse, qui trouvait

plus noble et plus précieux
trice
» »

le

titre

de sa concubine,
:

{\ne celui
«

d'impéia-

de toute

la terre, redit

pendant quarante ans

Vœux, monastère,
:

je n'ai point

perdu l'humanité sous vos impitoyables règles
faite

vous ne

m'avez point

marbre en changeant mon habit
et religion

!

»

Elle

mourut îjière

et

première abbesse du Paraclet, de doctrine

très-resplendissante,

et

quand on
ils

la

déposa dans

le

tombeau où son ami

l'attendait depuis vingt

années,
baiser.

ressuscitèrent un

moment pour remourir ensemble dans un
maison qu'habitait Héloïse, ne
si l'on

Une

statue de la Vierge, voisine de la

fut

pas exempte des faiblesses de son sexe,

en croit

la

chronique rimee

par Gauthier de Coinsi, qui recueillit les Miracles de la Vierge dans son
prieuré de Saint-Médard, au
l'époque où
la

commencement du

treizième siècle. C'est

cathédrale, fondée par l'évèque Maurice de Sully, s'élevait
la

sur les ruines de

primitive église de Notre-Dame; et

la

statue héroïne
et

du conte doit être

celle

que

l'on

remanpie encore toute noircie
pour rappeler

debout
la

sur un pilier au portail septentrional. Quehpu^ incrédule aura rom}»u

main

droite, qu'elle tenait levée

le

miracle qui est consigné

dans un manuscrit des fonds de

l'éslise de Paris.

LA CITE.
Pendant
la

149

reconsliuction de celle basilique, vers 1170, une image de
les

Nolre-Danie avait élc iiiauj^urée dcvaiil

portaux de

l'église ({u'on lui

bàlissail, et les passants déposaient leur otlrande à ses pieds.

Les jeunes

gens venaient jouer à

la pelote

sur cette petite place, toute retentissante

alors des jeux de l'école épiscopale.

Un

jour,

un beau garçonnet, qwi
le

avait

au doigt un anneau donné par son amie, craignant de
alla vers l'église,

perdre en jouant,
l'image peinte de

pour

l'anel mettre en

aucun

lieu;

il

vit

conleurs éclatantes et
les

si

belles, qu'il s'agenouilla et s'inclina
«

dévotement,

yeux mouillés de larmes.

Dame,

dit-il,

dorénavant je vous servirai, car

jamais je neremirai lénnne

ni }»ucelle qui

tantme fut plaisantni belle, ieweux

vous donner cet anneau pour gage d'amour, et je jure que je n'aurai amie
ni femme,
si

non vous,

belle

douée dame.

»

A

peine

eut-il

otlerlson anneau à

l'image, celle-ci plia le doigt de manière qu'on n'aurait pu arracber l'an-

neau sans

le briser.

L'enfant, effrayé de ce prodige, pousse des cris, et
(pii

raconte aux assistants ce
siècle et

est arrivé;

cbacun

lui conseille

de laisser

le

de servir

madame

sainte Marie, qui doit être

désormais son unique

amie.

II

oublia bientôt son serment

celle qui lui avait

l'époux sentait
qu'il entra

et la mère de Dieu, en prenant à femme donne l'anneau. Ses noces furent riclies et trionq)bantes nu vif désir de posséder la mifjnote épousée; mais dés
:

dans

le lit nu|)tial,

il

s'eiulormit, sans plus faire.
lui et sa

Notre-Danuï
l'anneau et

lui

apparut coucbée entre

femme

:

elle lui

montra

lui reproclia
le

doucement de
le

quitter la rose
11

pour

l'ortie, le fruit

pour
de
la

la feuille,

miel pour

venin.

s'éveilla

en sursaut, émerveillé ne rencontra
lui

vision, chercba dans
:

le lit
il

pour

y trouver l'image, et

que son épousée

aussitôt

s'endormit derecbef. Notre-Dame

réap-

paraît, fière et dédaigneuse,

en l'appelant faux, parjure et foi-menlie. Le
({u'il

clerc s'élance liors
et,

du

lit,

sacbant bien
il

est nu»rt s'il touche à sa
/'/

femme,

inspiré par ce songe,
:

s'enfuit

dans un désert, où

prit habit de

moinage

à Marie se maria.

Cette légende, confite en

aumur mystique, procura certainement beaul'atiel.

conp d'adorateurs à

la Vierge à

KUE DES MARMOUZETS.

La rue des Marmouzels

a

dû certainement son
dans

nom

à

un

liôlel,

domus
dorées
art, et

Marmosetorum

,

rpii était

orné de ces petites statues peintes
la

et

«|ue fabriquaient les tailleurs d'images,

sim])licité

de leur

qu'on prodignait alors ponr
édifices.
»

la

dec(uation intérieure ou extérieure des

Pâquier

cite

des

«

marmouzels qui sont encore au commencement
Paris.
»

de

la

cbambre don'c du ])arlementde
peu de signilicalions, en

Que

le

mot mannouzet
il

soit dériv<''

de marmor, marbre, ou de maraious, singe, ou de moroiot.
s'a]>|)li(Hianl à

variait

des tètes fanlasliqnes

(pii

150

LA CITE.
ronde-bosse en i)iene, en
publiques aux sale

jettent de l'eau en ionlaine, à des figures de

métal ou en bois, à des peintures, à des poupées, à des images de saints
et à des girouettes. L'bistoire décrit les réjouissances

cres,

aux entrées, aux mariages de

rois et de reines;

plus beau rùb'

appartient partout aux marmouzets qui, à cbaqne carrefour, représentaieni

une scène allégorique de circonstance. Ces antomates avaient souvent
boucbe un rouleau, portant nne devise gravée, en
çaises. Nicolas Flamel, qui faisait servir ses
latin

à la

ou en rimes

l'ran-

immenses ricbesses

à l'énni-

lation des arts, niclia des
qu'il fonda

marmouzets

coloriés dans tous les

monuments
fut enterrée.
!e

ou répara, aux églises des Saints-Innocents, de Saint-Jacques-

la-Boucberie, et surtout aux Cbarniers où sa

femme Pernelb;
la

Au nombre
ses

de ces marmouzets, son portrait tenait toujours

premier

rang, à genoux, en costume de pèlerin et l'écritoire à

ceinture,

comme

armes parlantes. Les
le

rois

ne dédaigiuiient pas de figurer en marCbine.

mouzets sur

frontispice de leurs palais, et de léduire ainsi la royauté
la

aux proportions d'un magot de

Le pape Grégoire XI, qui
et celle

avait été cbanoine de

Notre-Dame,
la

légiui

par

testament, au Cbapitre, une maison qu'il avait entre

rue de

la

Colombe

du Clievet-Saint-Landry. La place de
une enseigne de
s'est i)as trop
la

cette
le

maison semble au moins
reste à sa nicbevide.
la

indiipiée j)ar
Si

Vierge dont

nom

un pape ne
il

compromis en logeant dans

rue des Mar(l'Aiiioiir
1

mouzets, où
la

devait entendre les glapissantes orgies du Val

de

rue Glatigny, Gérard de Montaigu, évè([ue de Paris, mort en

ViO.

pouvait s"autoris<'r de l'exemple apostoli(pie pour liabiter

s(ui liôtel, situe

dans

la

même

rue, au coin de celle de
les

la

Licorne:

il

voyait de là

mem'r
fer

aux carrefours
cliaud, et à (pii

vendeuses de

prostiluti(Ui, (pu' l'on martpiait

d'un

on coupait

les oreilles

au jùlori. Le roi était propriétaire
(pialilie l'uni'

d'une plâtrière dans cette rue, qu'une lettre de François L'
(les

prinripalos

et

plus anrieinies de notre

ville, et cette ])làtriére ra})porlail

(pielques sous de loyer à la couronne de France.

Vers la lin du quatorzième siècle, la maison des Marmouzets était en bonne renommée dans la vicomte et prévôté de Paris. Un barbier et un pâtissier y tenaient boutique: le pâtissier, qui augmentait clKupie jour sa clientelle et sa fortune, se gardait de toute contravention aux ordonnances

delà police du Cbâtelet, tamlis que sonnu^ier commettait
»

«

fautes, mes|»ren-

turcs et déceptions au préjudice

du

peujjle et de la cliose publicpu', au

•)

moyen desquelles
corps liuniaius.
et
»

fautes se peuvent encourir plusieurs inconvénients es

»

On

ne

lui

reprocbait pas d'avoir

fait

un seul pâté de cuirs
de fromage

sursemees
et

puantes, ni de poisson corrompu, un seul ilanc de lait tourne

écrémé, une seule
Il

mso/e de porc

ladre,

une seule

tartelette
;

moisi.

n'ex|)osait jamais de pâtisserie

ranceou

reciiaullée
et

il

m*

<(Hitiail

pas sa marcbandise à des gens de métiers honteux

deshonnétes. Aussi

LA CITE.
la

151

eslimail-on singulièrement les pâtés qu'il préparait lui-même; car, malgré

vogue de son commerc(^

il

n'avait (|u'un apprenti

pour manipuler

la

pâte, sous prétexte de cacher le secret de rassaisonnenientdes viandes.

Son

voisin le harbier, baigneur étuviste, avait mérité la faveur

du pu-

blic qui

ne tarissait pas en éloges sur son adresse
lui

et sa probité;

personne
peine ses

mieux que
garçons

ne testonnait, ne
par

rasait,

ne saignait, n'étuvait.
:

A

allaient-ils crier

les

rues

les

bains sont chauds! la foule s'y
il

portait, et l'étuve était pleine

en un instant;

connaissait

la

pratique des

drogues autant qu'un pliysicien,
mire.
et

et exerçait la chirurgie

de

même

qu'une

On

saluait ses trois bassins de fer-blanc à l'instar d'une

madone,

on accourait de toutes parts grossir l'affluence des clients qui faisaient

cortège à sa réputation.

Cependant des bruits sinistres avaient plus dune
rue des Marmouzets.
trait

fois circulé
la nuit, et

dans

la

On

parlait d'étrangers

massacrés

on mon-

du doigt
par
le

le

ruisseau teint de sang, qui ne provenait pas de saignées

faites

barbier, car on l'eût mis en prison et à l'amende pour n'avoir
la rivière.

pas jeté ce sang dans

Un

soir, des cris perçants sortirent

du laboratoire du barbier, chez

le-

quel on avait vu entrer un écolier qui arrivait de rAllemagne. Cet écolier
se traîna sur le seuil, tout sanglant, le cou mutilé de larges blessures;

on

152
l'entoura,
l'avait
il

LA CITÉ.
on l'interrogea avec horreur: il raconta comment le barbier attiré dans son ouvroir, en promettant de le raser gratis. En ellel,

n'eut pas plutôt livré son
il

menton

à l'opérateur, (pi'il sentit le
il

rasoir

entamer sa peau;
siveàson tour
autre victime.

cria,

il

se débattit,

détourna

les

coups de
prendre

la

lame

tranchante, et parvint à saisir

son ennemi

à la gorge, à

l'olleu-

et à le précipiter

dans une

trai)pe ouverte qui attendait
il

En achevant

ce récit d'une voix étouflee,

une tomba d'épui-

sement

et s'évanouit

dans son sang.

Les assistants éclatèrent en malédictions et se signèrent, avant de pénétrer dans ce repaire d'assassinats. On ne trouva plus le barbier, la
trappe était refermée; mais quand on descendit dans une cave

commune
corps de

aux deux boutiques, on surprit

le pâtissier

occupé

à

dépecer
:

le

son complice qu'il n'avait pas reconnu eu l'égorgeant c'est ainsi qu'il composait ses pâtés, meilleurs que les autres, dit le pèreDubreul, d'aulant plus que la chair de

l'homme

est

plus délicate, à cause de la mmrriture.

En mémoire de mide expiatoire
fut

ce crime incroyable, la

maison

fut

démolie, et une pyra-

élevée à l'endroit où ce boucher de chair humaine, qui

brûlé avec ses pâtés, apprêtait sa délicieuse et atroce |)âtisserie. L'arrêt
la

exécuté,
tissier

procédure anéantie,
(|ui

le

temps

u'etlaça pas le souvenir

du pâ-

homicide

sert encore d'épouvantail aux petits enfants de la rue

des Marmouzets.

Plus de cent ans après l'événement,

la

place vide, appelée ancienne-

ment

le lieu

des Marmouzets,

et

qui devait à toujours être inhabitée, appar-

tenait à Pierre Bélut, conseiller au parlement, qui n'osait entreprendre d'y
faire bâtir;
il

requit une permission du roi qui, par lettres-patentes du
à l'arrêt, sentence et

mois de janvier 1536, dérogea
pour
être habitée, et, sur ce,

condamnation quisurce
cette

pouvaient être intervenues, donna congé de réédifier

place

et lieu vide,

imposa

silence perpétuel au
la

procureur présent
car
tel est

et à venir. Il
plaisir,

ne

fallut

pas moins de

formule royale

:

notre bon

pour que

les

murmures du peuple ne

se changeassent pas en voies
la

de

fait

contre l'œuvre des maçons, quoique

rue des Marmouzets fût

grandement difformée par cette place vide
François P'
rebâtir

et cette

pyramide en ruine.

Les rois au douzième siècle n'étaient pas aussi absolus qu'au seizième;
et si
fit
lit

impunément une maison, Louis-le-Gros n'en
et autorité,

pas abattre une, de pleine puissance

sans outi'e-passer ses

Le chanoine Durancy avait dans cette rue des Marmouzets un logis qui empiétait sur le chemin public, et fermait presque le passage. Le fils de Philippe P' ordonna de renverser la partie avancée de cette propriété particulière. Le Chapitre se plaignit de cet attentat à ses innnunités, et lorsque Louis fut monté sur le trône, il consentit à céder au pouvoir ecclésiastique et à payer un denier d'or d'amende, le jour même de sou
droits.

mariage avec Adélaïde de Savoie. Louis-le-Gros, qui menaçait

le roi

d'An-

I.A

CITE.
chanoine Dnrancy.

15^;

gleterre d'aller faire ses relevailles à Londres, en conipaynie de vingL

mille lances, s'avoua vaincu par

le

La rue des Marmonzets,
que des
de
piliers

(|ui

n'a conservé de sa vieille

physionomie

ronds incorporés dans une maison moderne, des angles
des portes basses surmontées de soupiraux grillés, et
relief,

mur en

saillie,

nne enseigne en
lorsque

au Palmier,

était, s'il se peut,

encore plus noire

et

plus sale, avant l'année lOGô, que
le

commença

le

nettoiement des rues,

médecin Courtois, qui

y demeurait, avait

dans sa

salle

de gros

chenets à
gris,
»
»

pommes

de cuivre, qui étaient chaque jour encroûtés de vert-del'air. «

produit par l'infection de

Jugez, disait-il, en narrant son ex-

périence journalière, à quelle action corrosive sont soumis les |toumons
et les autres viscères plus susceptibles

que

le

cuivre

!

»

Néanmoins,
ses

le

médecin Courtois ne délogeait pas, malgré
à

les intérêts

de

poumons, contraires

ceux de sa bourse.

111

K

l>K

LA lî.VUlLLEKIE.

La rue de
chel,

la Barillerie, (jui

joint le ptuit Saint-Michel au Pout-au-Change,

formait jadis trois rues sous trois

noms

différents

:

rue du pont Saint-Miest à croire

rue de la Barillerie, et rue Sain l-Barthélemi.

11

que

cette

rue exista du
élevé

moment où
pour
le

un

palais

Grand et le Petit-Pont furent constrnits, où fut gouvernement de Lutèce, où le commerce exigea
le la

plus de relations entre les deux rives de
voie romaine,

Seine

:

cette rue était
lieu qu'en

une

quoique son élargissement

n'ait
la

eu

1703, et
les

César y passa avec son armée, tandis que, sur
Gaulois appelaient
la bataille

montagne de Mars,

en chocjuant leurs boucliers. Quant au

nom
qui

de

la Barillerie (iîflr///er/ft), (|ue Guillot,

dans son Dict des rues, change en
la Barillerie
:

Grand' Bariszerie, pour

la

distinguer d'une autre ruelle de

lui était parallèle, et qui est

aujourd'hui couverte de maisons

ce

nom
à

témoigne assez qu'elle

était habitée

par des tonneliers qui suftisaient
le Parisis,

peine pour l'immense quantité de vin que produisait
<pie

depuis

Breunus

y avaitapporté d'Italie la vigne

en trophée. Lutèce, du temps de

Julien, (jnelle devrait placer à la tète de ses rois bien-aimés, s'environnait de fertiles vignobles, dont la récolte faisait sa richesse et sa gloire
le Palais, les
;

Thermes,

le

Temple

et les

monastères eurent longtemps

une ceinture de ceps chargés de raisins délicieux, et l'on vendangeait à l'endroit même où la rue de la Harpe grimpe moisie et fangeuse entre ses
deux quais de maisons pendantes; enfin,
et passait
le

nectar de

la

Ville-l'Evêque, de

Suréne, de Vanvres et de Sainte-Geneviève

était réservé à la table royale,

pour exquis,

même

sans

l'être. 11 faut

que

le vin

ou

le

goût

ait

eu ses révolutions ainsi

({ue le

royaume.
(pie

Saint-Louis avait a\itaut de soins de sa barillerie

de sa chapelle,
'20

et

lài
Irois hariUicrs
([iii

\\ CITK.
niangoai(Mit
/«>//^'.'f
it

lu

cour claicnt pivpôsrs à

la

garde des

Ittiiiieaux, nuiids,
liei's

et liarils. l^e roi
le

Jean se
de
la

eoiileiitait

de deux haril-

d'échansonnerie. Peut-être

voisinage des caves dn palais on (Iharl'er,

ieniagne entassait ses bons
lif/atos,]

barils eerelés
le

ibotios

haridos fcrro

a-t-il

donné

à

la

rne

nom

de

Harillerie, ([uelle jK»rfait

avant 1280.
rie

nom, suivant Robert Cenal,
ou
lùvui'nù soit à

fut modifié

en celui de

la

litihillerie, (via

hifpitelia,

cause dn parlement où se dépensait tant de

paroles, soit à cause des

badauds qui se rassemblaient
la conliision le

pour s'entretenir
je-

des nouvelles
taient les

;

soit

cause de

de cris de toute espèce que

marcbands ambulants, dont
la Villeneuve,

nombre

était

si

effrayant,
finit

que
s'é-

Guillaume de
crier
:

après en avoir cité une partie,

par

(jiic si

j'avais ffranil avoir, ci de rliarvn voalsissc avoir dv sou métier

une denrée,

il

aurait uioull courte durée.

En

effet, la

plupart de ces crieries singulières sont [terdues pour nous
fait

avec l'objet qui les avait

inventer, et beaucoup d'états se sont agglo-

mérés en un
tique.

seul, qui à présent attend l'acbelenr en silence et en boncrie plus:

On ne

Des

aiguilles
!

pour du vieux

fer!

de l'eau pour du
lie

pain

!

des oiselets pour du pain
oboles,

Ou

ne connaît plus les marcbands de
à l'ail et

de vin, de bûche à deux

de sauce

an miel, de poivre pour
la

un denier, de joncbées d'berbes fraîcbes. Enfin, pour comprendre
babillerie
la

que

c'était

dans

les rues,

il

faut lire le Dict

du mercier, qui

avail

constance d'énumérer sa marchandise en plus de deux cents rimes,
le

depuis
coffre à

qucton (colou), avec le(juel les

dames

se roufiissent, jusqu'au bon

(/arir la teiijne:

on verra

cpie

notre mercerie est moins riche en

assortiment que celle de nos naïfs aïeux.

A une époque on
cune se haussant
à

de hideuses maisons entassées l'une sur l'autre,
l'eiivi

ciia-

au-dessus du

toit voisin,

formait

la

cour du

Palais, et prolongeaient l'étroite rue de la Barillerie à l'endroit

même où

s'ouvre aujourd'hui une place assez vaste pour y dresser l'échafaud du
pilori

moderne, on
les

établit

dans une de ces maisons bourgeoises un hô:

pital

pour

pauvres enfants

la

charité chrétienne osa se montrer en

public, pendant que la justice se cachait au fond de son sanctuaire.

En 1420,
lestes

l'hiver fut bien

rude

et la

misère bien affreuse;
:

les tléaux cé-

semblaient d'accord avec les fléaux terrestres

la

mauvaise saison

avait gâté les récoltes, et la guerre civile, qui mettait la
.irrètait toutes les

France en

feu,
et

ressources du commerce. Paris, dépourvu de gloire
la

d'approvisionnements, sous

domination anglaise, ne se souvenait plus de

SCS sanglants désordres, au milieu de la famine qui déchirait ses entrailles.

et

Le prix des denrées de première nécessité augmentait tous les jours, bientôt l'argent ne suflit plus pour avoir du pain. Dans les rues, à
«

l'huis des lumlanf/ers,

ouïssiez par

t(»ut

Paris piteux plaids, |iiteux cris.

LA CITK.
|)iU!iis('s l;mi<Mitali(»iis, cl

irj5

pclits ciifiiiils ciicr ijc

meurs de j'aim!
ci

cl

siii'

les l'iiinicis, |»;inni l'jiris, puissiez trouver,
(iinls, lils cl tilles (|ui
li'i

eidix,
et

vingt ou trente
et n'était si

eii-

niouniient de

i'aini

de IVoid,

dur

â.eyi'.-y.

^^o

>>

cd'iir (|ui |»ar nuil les cTil oui crier

:

liclas! je iiicuis de [(tint! qui ^raiid

»

pitié n'en eût;

mais

les

pauvres ménages ne

les

pouvaient aider.

»

L'Eglise ne vint pas an secours de cesmallieureuses créatures; ILglise
avait sa part des calamités publiques, et saint Vincent-de-Paule n'était pas

né. CepemIanI, l'Eglise avait toujours ouvert ses bras aux enl'ants aban-

donnés

qu'elle adoptait

connue

uin;

brave mère,

(ju'elle nourrissait
la

cl
cl

qu'elle élevait

dans son sein. Mais

la crèche,

placée dans

cathédrab;,

destinée à recevoir les pauvres enfinils-lronvcs de Nolre-Ihime, seuddail

changée en cercueil,
soufl'rants
:

et restait vide

comme

[)our insulter à tant d'êtres

Isabeau de Uaviére ne leur avait pas enctu'e légué huit Iraiics
(pii

dans son testament; Isabeau
de l'hôtel Saint-Paul

causa tous les malbeurs de ce tenips-la,
l'aini

Isabeau qui ne domia pas à nuuigerau peuple mourant de
!

aux portes

EnJin, anciins des hons luihilaiils de lu liovne ville de Paris, énuis de
tout ce (pion soutirait autour d'eux, car la cherté des vivres devint excessive, trois
(;t //

faisait tonte la douleur de froid qu'on pouvait penser, achetèrent
la

ou cpiatrc maisons dans
et lion

rue de

la Barilleric, (ui
;

les

pauvres en-

fants avaient potaije

feu et liien eourhés

clia(|uc hôpital

ayant (jua-

156
vante

LA

CITE.

lits ou plus, bien fournis, que les bonnes (jeus de Paris y avaient donnés. Mais ces soulageinenls ne favorisaient qu'un petit nombre d'infortunés:

au mois

d'avril, lorsqu'on vidait
fait

emmi

la rue les

pommes et

prunelles qui

en hiver avaient

les

buvages (cidres), femmes et enfants mangeaient

par grandsaveur les fruits pourris qu'ils disputaient aux porcs desaint Antoine.
Cette famine n'est pas
le

seul év«!'nement funeste dont la rue de la Ba-

rillerie fut le principal théâtre.

En 1018,

le feu

consuma

la faraud' salle

du Palais,
car

et faillit détruire toutes les

maisons

et les églises

de

la Cité.
:

Cet incendie frappa les Parisiens,
le

comme une grande
que
la

calamité pul)li(pie

Palais de Saint-Louis, plein de souvenirs royaux amassés pendant

(piatre siècles, semblait devoir vivre autant

monarchie,

et Paris

s'intéressait à la conservation de ce vénérable

monument,

ainsi

que

Rome

attachait sa destinée au Capitole.
le

Ce Palais, dont

peuple savait tous

les

chemins,

et cpi'il avait

rendu

complice de toutes ses révoltes, du temps des Maillotins, des Bourgui-

gnons

et des

Ligueurs; ce vieux et solennel Palais s'enorgueillissait alors
salle, qui passait
il

de sa grand'

pour

l'une des plus grandes et des plus sufier

perbes du monde;
tait tant

n'était pas

moins
et

de sa Table de Marbre, qui poril

delongueur, de largeur

d'épaisseur, qu'on tient qne jamais

n'y

a eu de tranches de marbre plus

(^)aisses,

plus larges ni plus longues.

Cette Table de Marbre servait de tribunal,

quand

les
la

maréchaux y renbazoche y repréde
la

daient leurs arrêts; de théâtre, quand les clercs de

sentaient leurs farces et moralités; de réfectoire, quand les empereurs,
rois, reines et princes pilori,

du sang y siégeaient dans

les festins publics;

quand on

y exposait

quelque illustre coupable aux yeux de

foule circulant et bayant à l'entour.

Cette grand' salle, bâtie par Saint-Louis, sur fondations |)lus anciennes

que

la

royauté, avait été achevée et décorée par ce malheureux Enguerqu'il
fit fit

rand de Marigny, jugé à mort dans ce Palais»
tant de prévoyance

réédifier avec tant

de splendeur; pendu au gibet de Montfaucon, qu'il
!

reconstruire avec

Un

pavé de marbre blanc et noir, une magnifique voûte en charpente

toute peinte en or et argent, des lambris de bois de chêne sculpté et re-

haussé d'or et d'azur, de
arceaux du plafond,
sière de trois cents

même que

les piliers

massifs qui soutenaient les
cette salle

tels étaient les

ornements de

que

la

pousde
de

années avait noircie, mais que

les pas et les cris

tant de

générations n'avaient pas

ébranlée. Les statues des rois

France, rangées

comme dans

l'histoire,

ne régnaient plus que sur des
de mercerie et de libraires; car

bancs
le

et des sacs d'avocats, des boutiques

Palais n'était plus le séjour royal par excellence, etiejeune Louis XIII
le

eût dédaigné d'y venir coucher, quoique
fort

bon

roi

paisiblement

la

nuit de ses noces avec la belle

Louis XII y eût dormi Marie d'Angleterre.

LA CITE.
Le
crinic
tle

157
l'incen-

Kavaillac, en IGIO, eut

un contre-coup en 1618;
la

diaire se cliargea de parfaire la

besogne du régicide. On soupçonnait, on

accusait

même

de grands personnages d'avoir trempé dans

mort de
donc ur-

Henri IV;

les pièces

du procès déposées au
on mit
le

greffe pouvaient d'un jour à
;

l'autre enfanter des

échalauds pour de nobles maisons
:

il

était

gent d'anéantir ces pièces
la

feu au Palais, au risque de brûler

Cité entière.

On
« »

ignora toujours les auteurs ou les causes de ce mystérieux incendie.
feu est

Le

descendu du

ciel

en façon d'une grosse étoile flandjoyante,
d'un pied de large, sur
la

d'une coudée de longueur

et

minuit,

»

dit

une

relation

imprimée peu de jours après.
du malin,
cl
la

Le
était

feu ne se déclara que vers trois beures

un soUlat
ilamme,

(pii

en sentinelle donna l'alarme

le

premier. Mais déjà

ali-

mentée par

les

bancs, les ais et les boutiques, s'élançait de toutes parts

et jusqu'au faîte de la tour

du tocsin, qu'on ne put sonner pour appeler
et

du secours. Cependant, Defunctis, prévôt delà cour
tire

de

l'île,

accourt avec

ses arcbers; les voisins se réveillent au bruit et apportent de l'eau qu'on

de

la rivière et

des puits de

la

rue de la Vieille-Draperie.
si

Déjà

la

grand' salle, admirable, certes, en sa structure de
et

grande

masse de pierre
avec
la

en ses hauts

et

plantureux lambris,

était toute

embrasée

chambre du

trésor, et la

première chambre des en(iuètes et rc-

ir)8

LA CITE.
déjà

quèles de lliùlel;
seaux, rruclies
et

roinbi'àsemeiil

y;if;iiiiil

la

cliambrc doiee;
Iravailleurs,

les

cluiudrons,

employés par deux mille

sem-

blaieiil impiiissaiils

pour

arrèlei" les progi'ès
la

du

Icrrilde lleau, loiscpion

imayiua de

l'aire

au uiilieu de

rue de

la 15arillerie,

vis-à-vis de l'éylise
(jni

Saiut-Barthclemy, un canal borde des deux côtés de fwns bien épais,
conduisait l'eau jusqu'en la basse-cour du Palais
(jui,

tout aussitôt, fut pres-

que un lue d'eau.

Les flammèches pbnivaienl à

toute outrance

dans

la

('onciergerie,

Cil

les

prisonniers, alléfiuant que la prison était destinée pour

les (jarder, et

non
s'é-

pour

les briller,

arrachèrent les ciels des guichetiers, oi tentèrent de
l'orce; et

vader; mais Delunctis et ses gens les repoussèrent de vive

plu-

sieurs de ces misérables périrent par le fer en cherchant à fuir le feu.
(A'tte

fournaise jetait une telle clarté dans les ténèbres, que les villa-

geois qui venaient des environs apporter des provisions au marché, i»en-

sérent (|ue

le soleil s'était levé

deux heures plus

tôt

que de coutume.

A
»
•'

du matin tout était consumé. « Les grands piliers bâtis de pierre dure demeurèrent brisés en menus morceaux en façon d'ècailles, ni plus ni moins que chaux mouillée; cette longue et épaisse
huit heures

» »
"

tianche de marbre noir fort luisanl, avec les pieds de

même,

fut pres-

que réduite en cendres; ces belles
quées.

et

hautes statues des rois altichèes

aux parois, selon l'ordre qu'ils avaient régné, toutes mutilées et tron11

»

ne restait que

le

pavé nuinjueté, encore bouillant, (pi'on
qu'il

ii'o-

»
»

sait toucher, ni

portait

marcher dessus à pied, dehors les immondices du feu. »
la

ne brûlât pendant (pi'on

Le leiulemain, Messieurs de
les sacs,

Cour eurent beau rendre un arrêt pour
:

procès, pièces et registres dérobés pendant l'incendie

mar-

chands, apothicaires, papetiers, cartiers, merciers, épiciers et autres,

sommés de

n'acheter aucun parchemin, papiers, écrits ou minutes ou
il

grosses, ne rapportèrent rien au greflè civil et criminel,

est

donc
aux

prouvé maintenant que Ravaillac n'avait pas de complices.
L'arrêt

du parlement, publié

à

son de trompe par
la

la ville et

lu

prônes des paroisses, n'intimida pas
qui osa rire de ce désastre
Celles
. :

verve satiiicpie du poète Théophile,

ce fut

un

triste

jeu

Quand,
Se mit

à Paris,

Pour avoir
le

dame justice mangé trop d'épice

.

Palais tout en feu.

Ce

frttid

(pujlibet faillit coûter cher

au poêle alhee (pu, sept ans plus

tard, lors de la |)ublication de ses vers lilxulins, hit

enfermé à

la

Con-

ciergerie et brûlé en eftigie sur

la

place de Crevé.
I'aCL L. .IacoI! HlBLIOI'HILlv

LA

n\i
léj>is-

oxjiKRA.NT coiiinie Alexandre,
l.ileur
Idiiie

comme Justinien, j,M-aiKlcai)iel organisateur comme ("iésar

\_et Frédéric II, .Napoléon voulut être

splendide et créateur

XIV.

Il

ne se contenta pas,
,

comme Louis comme
les

Anniltal

de

niveler

Alpes;
li-

comme
mites à

Xerxes, de donner des
la

mer

;

comme

Pliilippe-

Auf,Miste,

de dresser des remparts protecteurs; il prélendit, sur tous
les

points de son vaste empire fonder des vill<'s,creuser des canaux,

,

élargir des Ilenves, tracer des routes
et

couronnerlcstravaux de soixante-

huit rois par les gigantes(iues
liinaisons de son génie.

com-

léon ne

Les merveilles du régne de Napo consistent pas seulement
;

dans ses grandes batailles elles ne s'arrêtent pas aux lumineuses discussions de son Code immortel, à
la

marche imposante
de

et fiére

de sa

politique

toute hérissée de baïon-

nettes et chargée

couronnes

;

ces

merveilles

se

révèlent
la
,

dans

'^ tontes les parties de
toutes les

France, dans
de

contrées
il

l'Europe
le

on dn monde, où
Paris, la ville

a

posé

pied.

aimée de Julien,

160
la ville oriKM» ])ar

HUE DE LA
d'Athènes, de
la

PAIX.
la

Charicinagiic et policf'e par Saint-Louis;

ville
la

hé-

ritière (le la politesse

hravoure de Sparte

et

de

gran-

deur de Rome; Paris, cette capitale de deux mille ans, qui dans ses murailles,
sous les arceaux
trois races

de rois

et

a vu passer, une révolution inouïe dans les

fastes de l'univers; Paris, dis-je, reçut

du héros qu'elle
pour
les sciences,

vit

couronner
sublimes
les lettres

de son antique basilique, les premières et

étreintes de l'amour d'un grand
et

homme

pour

pour

les arts.

A

la voix

de Napoléon devenu empereur,

le

Louvre inachevé voit un

peuple d'ouvriers déblayer son enceinte, continuer ses portiques, allonger
ses galeries.

Des ponts, des quais

qui, tous, enregistrent

une

victoire;

des boulevarts baptisés du

nom

des généraux morts au champ-d'bon-

neur. Des places, des rues dont l'architecture élégante rappelle les quartiers

de Péridès à Athènes, d'Adrien à Rome, de Pharaon en Egypte,

s'élèvent

comme

par enchantement autour des Tuileries, de ce vieux

palais bâti par Catherine de Médicis, et
tale

donnent

à cette partie

delà capi-

une physionomie toute nouvelle. Là où des masures accroupies près de l'habitation des rois, projetaient leur ombre funèbre, on lit, sur de
coquettes tablettes de marbre, les

noms de

Rivoli, de Castiglione et

de

Mont-Thabor. Chaque angle de ce quartier nouveau
victoire,

est incrusté d'une

chaque place d'un trophée, chaipu^ pierre d'un souvenir!
le

Tandis qu'à l'extrémité orientale de Paris,
cevoir les cendres des grands

Panthéon, destiné
[e

à re-

hommes,

s'achève;

Temple de

la

Gloire

s'élance du sol avec ses trépieds d'airain et ses cryptes de granit.

Le
alla

dôme

des Invalides étincelle d'or,

comme

au jour où Louis XVI

saluer, sans gardes, les vieux débris des phalanges de Fribourg, de

Ro-

croy, de Senef et de Nerwinde. L'abbaye de Saint-Denis, restaurée, réintègre dans ses caveaux puriliés par les bénédictions d'un pontife cente-

naire

(le

cardinal de Relloy), les ossements des rois disséminés par
les

la

tempête révolutionnaire, tandis que
trième race, de
toires,
la

pieuses mains du chef de la qua-

race Napoléonienne, dépose dans des chapelles expia-

au milieu de lampes ardentes, les poussières augustes qui étaient
,

autrefois Louis XII

Henri lY, Louis XIV

et l'infortuné

Louis XVI. Puis

l'arche des victoires de l'empire va poindre à l'occident de Paris, à cette

barrière de l'Etoile, qui devrait s'appeler la barrière des batailles
il

;

enfin,

jette les

fondements de

la

colonne de
de
la

la

grande armée sur

la

place

Vendôme,
la

et aligne les édifices
faire

rue Napoléon que l'abaissement de

France devait

nommer,

huit ans plus tard, rue de la Paix.
Il

Cette rue, la plus belle de la capitale, fut projetée sous Louis XVI.

appartenait à Napoléon de réaliser tout ce que les rois ses prédécesseurs
avaient rêvé pour l'illustration de la bonneviUe; mais avant d'entrer en
tière

ma-

sur les embellissements successifs elTectués, sous l'empire, dans ce

Kuf

(le

Id

Paix.

I!l

K

\)i:

LA

l'AiX.

ICI

(|u;irlici'

de

l'aris,il iik; laiil jcicr
la

iiii

rci^aid icli'uspcclii sur ces ciiiiiiac»'à la pi'icre, soûl

lueiils

qui, jadis cousacrés à
la

uKMlilalion, au silence,
le licuie

devcuus, grâce à
le

métamorphose opeice par
la

du
cité

i;i'aud

liomuu',

centre des plaisirs et des richesses de

première

du monde.
de France

Eu
et
la

1589, Louise de Lorraine, veuves de lleuri 111,

loi

légua, par son testament, à mademoiselle de Merconir, sa nièce, la terre

seigneurie de Beaussart, avec mille écus d'or de rentes, ^environ
à la conililiou (pie le

210,000 francs de notre moiniaie,
|)loieraient la

duc

et la

duchesse
valeur de

de Mercœur, ses père et mère, en jouiraient leur vie diu'ant, et «piils em-

somme

de vingt mille écus d'argent parisis,

(la

ir)0,000 francs d'aujourd'hui,) à

fomlernn couvent de

(;a|)uciues.
à

La duel
el

chesse de Mercu'Ui" élaut devenue veuve, présenta reipièle

Henri IV,
la ville,

ohtintdelui,en lG0'2,la permission de bàlir dansl'iuterieui' de

elle le jugfU'ait coiiveualde,
;

\\\\

monaslere de
UlOi,
le 21)'

(Ia|>Mcines.

La duciiesse
elle

choisit la rue Saint-Uonore

el, l'an

jour de juin,

posa

la

première
l'tit

pieri'e

de cet établissement. Le

18'

jour de l'année 1600,

l'église
I

dediee et consacrée, par Claude Co([uelel, evèque de Digue, en
la

honl'iil

neur de Jesus-ChiisI, de
élevé l'aniu'e suivante, à
la

Vierge et de sainte Claire:
lu'»

le

(•on\enl
Ihi

place de l'aucieu

tel

du chancelier

perron.

L'historien Let(ule, en parlant de cet etaldissenn'iit religieux, assinc
(pu'
les

Capucines prirenid'altord

le

titre

de Filles

île

la

Passion,

et

(pi'elles se nionirereut,

aux processions puldicpu's, avec nue conriinne
el

d'c-

pines sur

la tète. 11 dil

aussi ((ue leur discipline était Ires-a us tere,
tilles.

(piClle

surpassait

(•«Ile

des autres couiniunaules de

Le couvent des Capude celui des Capucins,
sui'
la

cines était silue rue Sainl-llonore, [)res(pu' en
inslilu<'

l'ace

longlem[)s au[)aravant; m.tis eu 1088, Louis \1V, déjà
la [)lace

ses

vieux jours, voulant faiie construire
liliiui

^eud('lule,

onhuiua

déinol'avait

du couvent des Capucines
lit

tel

cpu' la

duchesse de Mercu'ur

edilie, et

élevei' à sa |»lace
à l'eiulroit

de nouveaux hàlinu-nls, plus vastes et plus

cinnmodes,
Ca|Hiciin's.

nu'uie où

connneuce aujourd'hui

la

rue Neuve-desla

La façade de

l'église

correspondait à l'axe de

[)lace

Venfut

dôme,

et servait

de perspective

à ce nuignili(pu;

emplacenu'ut. L'église
.

conslruite sur les dessins de l'aiThitecte Ucha\

L'intérieur était décoïc
IMiisieni's

de quelques tableaux de Restout et d'Antoine Coypel.

monu-

ments funéraires donnaient
|)articulier.

à ses chapelles et à sa

nef un caractère tout

Les tombeaux de
le

chapelle Saint-Ovide;

la famille de Créquy se trouvaient dans la mausolée du mar([uis de Louvois, ouvrage de
la

Cirardon, et enlin celui de

maniuise de l'ompadoiir, maîtresse de
Mlle, attiraient sur-

Louis XV, et d'Alexandrine Lenormand d'Elioles, sa
tout l'attention des artistes.

Alexandre

VU

donna au duc de Cré(iuy,

lorsipi'il

était

ambassadeur

a

Rome,

les

ossements d'un saint de peu de réputation, nomine Ovide. Le
21

\(V1

lîllK
acceplii le don, ri
il
lil

IH<:

LA

l'AlX.

iliic

déposer

les ieli(|iies

dans

la

nouvelle église des

(lapucines, où
crale.

sélait n'sei've, |)onr lui e( les siens, nne cliai»elle sépulreliipu's,
prit l'éveil.
la

Les Parisiens coururent aux nouvelles
i'ut

el l'ariluence

des

devols

si

grande

<pu' l'esijril

mercantile

Des marchands
;

de

tt)utes sortes d'oltjels

vinrent s'étahlir sur

place

Vendôme

il

y arriva

nu'UU,'

des liuuuiadiers

et

des sallimltaïupies. Cet assemblage devint bientôt

nue
loire

loire qui s;!i)pela foirt; Saint-Ovide, et qui,

en 1771, fut réunie

a

la

Saint-Laurent installée dans

le

faubourg Saint-Denis. Après une

existence de plus de cent années (de l(i88 à 17110), ce couvent fut sup-

primé

comme
170'-i,
il

tous les autres, et les bâtiments, ainsi cpie les jardins et
pai- la

dépendances, déclares,

Convention, hlevs nationmix.
la

En

ces

mêmes

liàtiments lurent destinés à

labricalion

des

assignats;
r.ibuleux,
el

est certain

qu'une valeur de 25 milliards,
sortit desaleliers
{\\\

cbillVe (pii paiaitra

mais qui est exact,

du couvent des Capucines,
les coIVre-iorls

alimenia, pour quebpie temps
de sinie qu'on

moins,

de

la

repula

lili(pie;

peiil dire avi'c

raison <pie remplacclueiil de

nie

m
(li;

K

1H-:

LA PAIX.

K'.r.

la

Paix a loiinii à

la

Kraiiic les iiioyciis de sitiitcnir une giiorrc Iciiililc

cl
la,

acharnée contre

les rois
liberté.

de lEnrope, lignés entre enx

,

\Hn\r lui r;nii-

conquête de sa

Le jardin des Capucines devint,
nienade
iiul>li(|ne

d(î

1797

a 18(Ki, à
la

une

es|icce de |irn-

où quelques arbres, echajjpes

voracité des édiles

révolutionnaires, se montraient, càetlà, au milieu d'un terrain inégal,

sablonneux

et

parsemé des débris du

cloitre,

des ruines de leylis'- et des

divers bâtiments qui se rattachaient au couvent.
nettes, des échop|)es de

De nombreuses niaisimmarchands de gâteaux, de jouets d'enfants et

d'orviétan; des physiciens ambulants, des danseurs de corde, des lan-

ternes-magiques

et

des baraques où l'on montrait des phénomènes et

des animaux vivants, un grand théâtre

même,

se groupèrent

dans ce

jardin désolé, et remplacèrent les beaux arbres, les allées solitaires, W.s

chastes réduits où de pieuses

filles

étaient veimes, pendant un siècle,

espérer en Dieu et peut-être se souvenir du monde.
11

n'est pas hors de

propos de

l'aire

remar(|ner

ici cpie le [iremici'

panoa
la

raïua, cette précieuse et savante complète de la lumière

appliipicc

peinture, a ete bàli

siu' le leri'ain

des (^a[»ucines.

Lue autre
dans ce

foire de Saint-Ovide était

donc venue

s'installer d ('Ile-même

lien;

ou plutôt

la

Liberté, cette nouvelle et puissante sainte du
fii

calendrier re|)nblicain, avait daigné passer parla pour Iranslurnier
circpHi populaire l'asile sacré des tilles

du Seigneur.
existent aujourd'hui, vint, poui'

A propos
le la

de

cifiiuv pDindaire/xX

estbon ausside rappeler que Krancnui.
(pii

célèbre écuy(M", grand-père de ceux

première

fois

en France, donner sesexercices d'equitatimi au cir^pie du

jardin des Capucines.

Tel était

l'état d(;s

choses lors(pie iNapideon crut devoir melire un
et

terme à tant de dégradations

de sacrilèges.

Il

voulut effacer jusipi'aux
et

traces matérielles des fureurs révolutionnaires,

l'abjection de l'ancien

couvent des Capucines dut cesser.
celées du couvent des Capucines.

A

sa voix, le

démon des

ruines

lit

place au génie des arts, et la rue Napoléon sortit des décombres

amonarrê-

La place Vendôme est véritablement
tons-nous un instant au pied de
la

la têle

de

la

rue de

la

Paix

:

Coloime, p(ujr apprendre, en quelques

mots, l'origine et l'histoire de cette place.

Nous
établir

le

savons déjà
le

:

Louis XIV avait de|)|ace
qu'il leur
et
fit

les

Capucines pour

les

dans

monastère

bâtir un. peu plus loin. Sur l'em-

placement du premier couvent
élever

sur une partie des terrains dêpendanis
à cet elfet, le

de l'hôtel du maréchal de Vendôme, ipiil avait acheté
roi
lit

giaud

la

magnifique place qui n'a pas sa pareille en Lurope.
;

La place Vendôme devait s'appider pUirc Lniiis-lc-Grand

mais

l'habia

Inde l'empoi'ta sur les o)-doiniances, et les Parisiens s'obstinèrent

ap-

IC.'i

ULK DE
VenilmiH'
lii

I.A

l»AI\.

])cl('r

pliicc .(msIniilL'
liircril
ii

sur riiciihij^e du duc de ce uoni. Les
«'levés

bàliinciils (|ui
s.ii-d,

rciilourcnl

sur

les

dessins de J.-II.

M;iud("tuie

r.-irlisie ;i(luiir;dde (|ui

doté egjileiueiit

la ville

de Paris du

des Invalides

el

de

la

place des Victoires. Hien de plus (dej^anl, de plus

niajeslneux, de plus noble que ces divers pavillons qui, lies enseudde par

de riches caunelui'cs, lonneiil un donide lieniicycle aussi agrealde
(prinq)osanl pour l'iniayinalion.
•Mpiestre de l^onis

a Iceil,

Au

milieu de
])ar

celle

place,

la

statue

XIV, coulée en bronze
s'éleva entourée de

les

frères Keller,

sur

le

modèle de (lirardon,
«haines de
h-r.

bornes de granit unies par des
de
statue de Henri IV

En
la

171>2, la stritue
et

du grand

roi subit le sort
la

la

sur bîl'out-.Neui',

de Louis XIII à

place Royale. Elle fut abattue dans

soirée du 10 août. Les rois et les empereurs ont le
la

même

sort,

aux jours
ne deh'U-

des tempêtes populaires;
denl

clémence
«pie

et la

grandeur des

liéi'os

pas mieux
le

leur efligie
«pii

l'éclat

de leurs victoires. Sur cette
fut

place où
statiu^
la

bronze

représentait Louis

XIV

réduit en poussière,
et m«Mirli'i«'

la

de Napoléon, vingt-«leux années après, était brisé«'
«(ui

par
et

main des mêmes h«)mmes
La place Vendcune
fut, à

avaient applaudi à ses triouq)h«'s

«pii s"«'taient

enorgu«'illis de son ambition.

diverses époques,

le

tliéàtn^

de scènes [dus

^NiMAUXIVlvivur

,.<;

"l'^'m

-'-

Ml liuiins tragiipu's.

Le IS août

Ki'.M'».

\n\

duel eut lieu entre

le clievalic

HUE DE LA
(le r.i'isolh's et

PAIX.
la (jiierelle

Uk)
était

\p

vicomte de Bergerac. Le sujet de
<le la

une

helle

parnmieuse

foire Saiiit-Ovide, dont ces

deux jeunes seigneurs
d'une lanterne,
:

étaient également

amonicux.

Ils se battirent, à la clarté

dans
lier

la

rue Saint-IIonoré. Ce combat eut des suites funestes
le

le

chevafui

de Grisolles reçut une grave blessure, et

vicomte de Bergerac

tué.

Comme

la

coquetterie de cette parfumeuse avait déjà causé plusieurs
le

malheurs de ce genre,

lieuteuaul de police

la fit

expulser de

la foire

par ses sergents, et enferma sou mari au Fort-l'Evêciue
ties

comme

complice

déportemeuts de sa femme.
par
la

Oiiand Louis XIV, abaudonui'
contre
t(Miiiier
1

fortune,

vit

rEuiope liguée

lui,

et ceux-là
le

même

(pi'il

avait

protégés de sa puissance se

c(mtre

lion

devenu vieux, de misérables stipendiés eurent
la

impudence

d'atfubler sa statue d'une besace, voulant indiquer par là ipie
et

le

monarque

son peuple étaient réduits à

condition de mendiants.

Celle grossière iujiH'e, dont ou ne connut jamais bien les auteurs, souleva
riiidignatiou

du peuple de

Paris.

Le lieutenant de police
gens qui

tit

arrêter les

individus soupçonnés d'avoiropéré cet ignoble travestissenuni't; déjà
(Ui

même
mis

avait l'ecm'illi de positives indications sur les
le r(»i,

les avaient

en ceuvre, lors(pu'

toujours généreux,
et

tit

défendre de passer outre

aux inlormalions

jiiri(li(|ues,

abandonna au seul mépris publie une
la

actitui (pu! les lois (b^

l'époque eussent punie avec
la

dernière sévérité.

Sous
giotage
la

la

minorité de Louis XV,

place Vendtune devint une arène d'a(piiller

et

de spéculations frénétiques. L'iM'ossais La\v, oblige de

rue nuincauqtoix pour elablir sa caisse des actions du Mississipi sur
])lus

une
de
la

grande échelle,

vint installer ses

bureaux dans un des hôtels
marché, en

la

|dace

Vendôme. La
compagnie,
et

b»ule des spéculateurs suivit l'émigration de
cette

célèbre

place fut transformée en

bourse, en bazar où des centaines de millions de papier-monnaie étaient

échangés chaque jour contre des lingots d'or
des objets m(d)iliers,
fantastique.

et d'argent, et

même

contre

mille fois préférables à ces billets d'une

banque

La révolution baptisa du
Ce

nom

de place des Piques
la fabricpie
(|ui

la

place

Vendôme

:

nom

lui fut

donné

à

cause de

de pifjues (pi'ou établit dans d'un

plusieurs hôtels de cette place

était ahu's pres(jue déserte et
la

aspect lugubre. Les débris du piédestal de

statue de Louis-le-Grand

étaient épars cà el là dans l'enceinte des bornes restées debout, parce
qu'elles avaient
les pavés, et

pu résister
palais. Je
à

à la fureur populaire; l'herbe croissait entre

des oiseaux de nuit étaient venus asseoir leurs nids dans les

combles de ses
avait

me
roi

rappelle avoir vu, au milieu de cette place,

triste, silencieuse

cette
le

époifue,
le

un amas de plâtre
la

et

de métal

ipii

représenté jadis

plus ])uissaut de l'Europe. Je n'étais

encore (pi'uu enfant, lorstpu' pour

première

fois je traversai la

place

IG6

HUE DE LA
iillei'

l'AlX.
(rAiiiieiiiiiville,

Vendôme pour
el

chez

le

génentl

beau-IVere

d'A-

lexaiulre Herlliier (leiiiiisinaiTclial

d(^ l"eiii|iii(',

prince de Nenfcliàlel, etc.)

ami de mon

jiere;

mais

les

ravages de

la

révolntion empreints snr les

monuments, snr les statues et jusque snr les dalles de cette place, lirent snr moi une im])ression si profonde, que je crois les voir encore, bien que
plus de quarante-six aimées se soient écoulées depuis.

Napoléon, alors

({u'il

était

chef de bataillon d'artillerie,
(pie

allait

souvent

chez M. d'Augeranville.

Un jour,

mon

père y avait dîné avec Berthier
fit la

et plusieurs officiers supérieurs,

un convive
là,

motion

d'aller

prendre

des glaces à Frascati. Cette proposition ayant été immédiatement appuyée,
toute la compagnie se leva. Ce soir

Napoléon donnait

le

bras à

ma-

dame

Tallien.

En débouchant sur

la

place

Vendôme

qui était sombre et

sur laquelle on ne voyait passer, de temps en temps, que ((uehpies promeneurs solitaires. Napoléon s'arrêta, et se retournant [>onr adresser la
parole
à

M. d'Augeranville

cpii

marchaiten ce moment à

côt/»

de

mon

père

:

— Mon général,
un centre
et

lui dit-il, votre

place est superbe; mais

il

Ini

faudrait

un peuple. Telle

qu'elle est à présent, ce n'est (piune belle

femme sans âme.

— Le

régne des statues est passé, repartit M. d'Augeranville, et je ne

vois pas trop,

mon cher commandant,

ce (pi'on pourrait mettre
à

là.
;

— Une colonne comme celle de Trajan,

Home,

reprit

Napoléon

ou

Hl E
hit'ii

DE LA
à

l»AI\.

I(i7

un

sarcu|)liagi'

immense, destiné

contenir les cendres des grands

capitaines de

la répnl)li(jne.

— Vutre
(|U(' le

idée est ])onne, connnandanf, dit à son tour

madame d'Ange-

ranville; moi, je pencherais ponr

une colonne.
Tallien rendait plus expansil'cpie

— Et vous

l'aurez

un jour, nuulame, répondit en souriant Napcdéon
la

voisinage de

belle
:

madame

d'habitude; vous l'aurez
nir généraux en chef!...

seulement, laissez-nous, IJerthieret nun, deve-

— Ma
dediee
loin, le

foi!

ceseraun beau révep(inrmo!,tit IJertliierd'un tond'incrédulité.
le elu-f

-Moins de douze ans après,

debalaillon d'artillerie, devenu
la

emjjIus

pereur, posait sur cette
à la

même
et

place

premiei'e piei're de

la

(;(doune

(Iraude Armée,

l'oudait, a (juebpies

centaines de pas

Temple de
i\u

la (ibtire.

Le songe

futur prince de

Wai;iam

était l'ealise.

.Vvec ce coiijvd'o'il d'aigle (pii le caractérisait.
<.'mpereni', vit tout

Napoléon, des

(pi'il

fui

d'un coup
ville, la

le

parti qu'il jionvait tirer,
et

ponr reudx-llisla

scmentdesa grande
avait légué's.
Il

des terrains

des iiiiues (pula

révolution lui

médita

résurrection de

place
il

Vendôme
par
la

avec ses tro-

phées, sa majestueuse

et

royale splendeur;
et

jeta,

pensée, sur les

landes d'un jardin sans aibi-es

sans verdure, une rue comparable aux

plus belles voies publupies des plus belles capitales modernes.

En
la

1S(K» les ingénieurs nivellent le sol des

Ca|)ucines, tandis ^[nc Lela

pere et Gondouiii,

architectes,
le

posent

les

hmdations de
pour
la

(kilonne de

Grande Armée, sur

pilotis établi jadis

statue éipu^slre de

Louis XIV.

La mémorable campagne de 1805, couronnée
toire d'Austerlitz,
l(uiin

si

dignement par
à

la vic-

suggéra

à

Napoléon

l'idée

de voter,
à

l'exemple d'An-

et

de Trajan, une colonne monumentale

son armée; et cette
tel

vaillante

armée
:

et cette

admirable campagne méritaient bien nn

honneur; jugez en 1805, l'Autriche, la llussie et rAiiglelerre forment une troisième coalition contre la France. Le 50 se|)tembre. Napoléon pas.se le Uhin, et harangue l'armée de cette héron jue façon ipie vons
savez, et qui enfante des héros et des prodiges;
la ville le

15 octobre,

il

attacjue

d'Ulm, et

la

capitulation de Mack,

dueaux savantes combinaisons
;

de l'Empereur, porte l'épouvante dans toute l'Europe monarcbiipu;
li novembre. Napoléon
;

Nureudjerg, Lowers, Amsteltem, Marienzeh, Prassling etlnspruck servent
à

baptiser de nouvelles victoires;
;

le

fait

son

entrée àVienne
il

le 19,

il

chasse

les

Russesde Bruni

entln, le

^décembre,

livre la

fameuse

liataille d'Austerlitz.
a la

Ce jour-là, deux grands souverains se nuMIent
(pieur, a[)res avoir |)erdu (buize

discrétion du vaiu-

i^em'raux. ([uar uite-cim| drapeaux, et

cent cinquante pièces de cam»n.

I(i8

HUE DE LA
à la hiilJiilIc

PAIX.
estiecomiii roi (rilalic
le
;

Grâce

trAiislcilitz, N.ipoleon

la

Toscane, l'arme cL IMaisaiice sont rénnies à l'Empire;
I5erg devient
d'onltlier le

yrand-ilnclie de

une province française,
titre (|iie

et l'empereur

d'Allemagne est forcé
qii'mi

portait Charles-QuinI,

pour ne plus èlre

empereur d'Autriche.
Voilà ce que l'on appelait inie

campagne, en 1805.
dans
la

Le destin semble
génie de

se manifester encore
les

nouvelle création dn
et là

Napoléon. En creusant

terres, en jetant çà

les fondela
1(=

ments des riches édifices et des élégantes maisons qui doivent border
rue de
la

l*aix,on rencontre lesvestiges d'une voie romaine, on déctuivre
;

sarcopbage d'un centurion romain (Ceins Agomarus
d'airain, enfouis sans doute depuis l'expulsion (]es

et,

dans des vases
la ('.aulc,

Romains de
el

on

retrt)uve

un grand nombre de pièces d'or

et d'argent

du temps de Jnles
de Titus. L'ef-

César, d'Antoniu-lc-l'ieux, de Marc-Auréle, de Trajan
ligie

des héros delà

Rome impériale semble surgir
la

de teire pour saluci la(pii

venement au trône de Erance d'un guerrier magnanime,
sa

leunil dans
la

personne

le

génie militaire de César,

sagesse d'Aulouiii.

justice de

Marc-Auréle,

la

grandeur de Trajan

et la justice

de Titus. .Napoléon veut

encourager
cré<\
ïl

la

construction des

«'dilices

dans

le

nouveau (pmrlier

(jii'il

a

affranchit d'impôts, jiendaut (piinze ans, toutes les
il

maisons

(pii

s'élèveront dans cette nouvelle voie parisienne;
facilités

accorde de gi'amles

pour

le

paienu'ut de ces terrains

(pii

appartiennent au domaine.
résultats;

Cette double faveur produisit les plus bein'eux

ce

fut à

(pii

concourrait, parmi les riches citoyens de Paris, à orner de s|)lendides

denuMires

la

rue (pu'la rect)nnaissance de

la ville

de Paris baptisa du

nom

de rue Sapaléou.

Les vastes et massives constructions du couvent des Capucines avaient
echa|q»é, en partie, au marteau révolutionnaire, et
[tercaut le cloître
la

rue Napoléon, en

par

b'

milieu, avait laissé,
la

à

droite et à gauche, de

nom-

breux bâtiments mar([ués au coin de

grandeur de Louis XIV. Les deux

ailes de ce cloître, séparées de leur giron
|»oin' l'utilité

connnuu, ne seront
dans
la

j)as

perdues

publi(pM',et les deux tronçons de ce serpeutde pierreauront

bientôt une destination utile.
(m'i

Dans

celui de droite,
les trésors

le

local

même

sous

la

Convention on improvisait

de

Erance, en éditant

des assignats, on installera l'administration du timbre impérial; dansr'
celui de
ainsi

gauche, on logera une compagnie entière de pompiers. C'est
l'asile
la

que

des saintes fdles consacrées à Dieu, sera désormais
le

l'a-

panage de
cent
fois

sûreté pul)li(pie;

bruit du timbre d'airain qui s'appeSantil

par miinite sur des montagnes de papier remplacera les chants

séraplii(pies des

nonnes;

et le

tambour des pompiers résonnera sous
(fue les

les

arceaux d'un cloître où l'on n'entendait jadis
[tromisc-s

soupirs des novices

aux

«'liaslcs

solennités du sanctuaire.

UIJE

\)E

LA PAIX.

i(;«.)

Une compagnie de sapenrs-pompiers de la ville de l'aris, au nombre de cent hommes, a été casernée dans cette partie du cloître deimis la On y a fait aussi une façade qui harmonise fondation de la rue 1806
.

1(>

bâtiment avec rarchitecture générale de
ici

la

rue.

11

n'est point hors de

)U"opos de relater
à

un

fait
la

qui honore ce corps d'élite. Toute l'année,

neuf heures du matin,

caserne de

la

rue de

la

l'aix

distribue des

c

MurH

1-

soupes aux pauvres. Toutes

les

casernes de pompiers se sont empressées
(pii

de suivre ce noble exemple d'humanité
(liez

date de 1817. C'est ainsi ([ue

nous

les soldats les plus intré[)ides se

montrent aussi

les citoyens

les |dus charitables.

Le 25 août 1806,
maître, déposer sur
la

le

ministre de l'intérieur vient, au

le

ciment de

la

première pierre du

nom de son monument de

place Vendôme une boîte de plomb, qui renfermait des médailles commémoratives de ce grand événement. En moins de (|uatre années la Colonne de la Grande Armée l'un des plus augustes éditices de la
,

capitale, se trouva érigée et prit sa place entre le

Panthéon
cède

et le

dôme
à
la

des

Invalides.

Sa structure colossale,

((ui

ne

le

en rien

colonne Trajanede Rome, mérite bien que j'entre dans quelques détails.

La hauteur de
le piédestal.

cette

Sa fondation est de ÔO pieds de profondeur,

colonne est de 45 métrés, ou lô^ pieds, y compris et son dianu'tre

22

170
(I(*

IlUK
12 pieds. Le jjicdcstal
a '21

UK LA V\\\.
pieds
et

demi d'élévation;

il

est entouré

|)ar

une espèce de rempart en
le

granit, dit de Mempliis.

Le

fût

de

la

co-

lonne,
taille,
(le

piédestal, le chapiteau et son amortissement, bâtis en pierre de

sont extérienrcmeiit revélns de fortes lames de bronze, cbargées

bas-reliefs,

provenant des 1,200 pièces de canon prises sur les armées
la

rnsses et autrichiennes, pendant

glorieuse

campagne de 1805.
timbales, casques
et

Des ornements guerriers,

tels (\uo sabres, lances,

«'lendards, garnissent les quatre faces du piédestal, sur l'attique duquel
se dessinent des gnirlandes de

chêne soutenues aux
(pii

(piatre coins
la

par des

aigles colossales. Les bandes de bronze

contournent

colonne, de-

puis

la

base jusipiau chapiteau, ont 5 pieds S pouces de haut, et sont
leipiel est inscrite
le

séparées entr'elles par un cordon sur

en relief l'action
l'intérieur de
(pii
la

on

la

scèiM' gueri'ière
a prati(pM'

(pi(*

représente

dessin.
ITC)

Dans

colonne, on

un escalier

à vis

de

marches,

nu'ue

à

une

galerie sur le chapiteau. Au-dessus de ce chapiteau est
laire
f/loin'
l.")

une forme circuélevé à la

ou

calotte snr la(|uelle ces
la

nnds sont
le

écrits

:

Monnmeni
el

(le

Grande Ar)née; eamineiiré
la direction de

25 août 180G,

terminé

le

amt
el

1810, sous

M. Uenoii,
dans
celte

direelenr-ijeiiéral, de

M. Le-

père

de M. Gondoain. arehileetes.
le

La (piantile de métal employée
1,800,000
celle
livres, .lai dcja dit
(pie

nnuannent
était

complet pesé

colonne
l'avis

une imitation de
et la correclimi

d'Antonina Konie;

nuiis la

n('>tre,

de

de tons les gens de larl,

est bien supérieure à son ainée, par la pureh'

du dessin

des lignes. Et cependant, toute chargée
tailles, elle
et

(pi'elle

est de gloire et de

ba-

pour nn trimestre dans Ihistoire de France de Xapidéon. Qn'on suive dn regard cette spirale dairain, UKUiument
(pu'
(pii

ne compte

chi"onologi(pie dniH' i)rise (l'armes
l'cpose à IM'csboiug; cluKpie

se décide à H(uilogne, et
m>ti'e

(pii

se

régiment de

par ses actions mem(nables, c"est-à-dire

armée s'y numtre resnnic Innnme j)ar homme, heure par

heure; dénombrement à

la

grand

récit

de

la

campagne de

manière homéri(|ue, dicté par Napoléon. Le trois mois se piY'sse autour de la colonne
Et maintenant, déroulez ce chef-dd'Mvre
ils

connue un musée de
chie et rapide
(pii

victoires.
;

aux regards des vieux soldats
(pii veillait

y liront le secret de cette

pensée

iclleIlliin
;

sur

le

Rhin,

à

cent cinquante lieues du

pnnissait Londres, en brisant les portes de Vienne, qui compt;iit un
cl (jni
(jui

triomphe par étape,

comnunii(|uaif entin à

la

bravonre nationale,
la

rim))étuosité de l'aigle
nits
(le la

planait avec ses ailes d'or sur
cpii

tlammc de
le cri

drapeaux. Dans cette spirale,

remonte

à

Napoléon,

comme

grande armée,
suite

il

y a

bien des conseils pour les gouvernements vcnns
s'ils

a
ils

la

de l'empire:

ponrront appremire
la

(pi'api'ès

comprennent hoimrablement cet héritage, une chute glorieuse, on reste encore de-

bout dans

mémoire des ycnerations.

1!

I

i:

1)1-;

LA
lii

l'Ai \

171
ciiticiriiiciil
la

liiipiilifiil (le \()ir le iiiuiiiiineiildL'
iiiiiic,
(|ii"ils

place Nciuldinc

Ici-

.Napoléon gournian<lait cluMiiie jour ses arcliilectos pour

Inilciii

apportaient à leurs travaux,
Il

(iiidiijuc, disail-il, ni

l'argent, ni les bras
ju*.rei'

no leur nunupuisscnt.
l'ellet

se rendait souvent sui" les lieux jxtur
la

de
la

que produirait l'érection de
lorsque l'iinniense
les plaipies
il

coloinie dont

il

venait de doter

capitale; enfin,

eclijifjunlajic (|ni devait servir à fixer
l'ac-siniile
;

sur
fut

la

maçonnerie

de bronze, ces
h'

de nos victoires,

presque achevé,
à la

.voiiliil
il

visitei'

lui-UK-nie

et

dans

ce^

but,
di;

un
son

matin

pointe du jour,

sortit
il

du

palais. Suivi
le

seulement

yrand maréchal du palais, Dnroc,
lit

traversa
lait

jardin des Tuileries, se
la

reconnaiti'e et ouvrir

la

grille

(jiii

lace a

rue de (^astijilione,

et arriva sur la place

Vendôme.
et i'errier.

— Que nu' disaient dom- Fontaine
s'écria-t-il; aies

avec leur eiu'omhi'emeul

.'

en croire, plusieurs chantiers de huis auraient ete trans!

portés

ici, et je

ne vois rien de tout cela

— Sire,
et à

est-ce ipu' Votre Majesté n'entend pas
':'

le

hruil ipie

Innl

les

scies des charjK'utiers

répondit

le

grand maréchal.
a

— Une, deux, trois, ({uatre,
gauche;
les
il

lit

Na|)oléon en jetant ses n^^ards
!

droite

y

en

a tout

au plus une demi-dou/.aim'
ils

A

(pu)i s(»nj;enl

donc MM.

entrepreneurs ^..

se

hml

ce[)eiidant payer assez cher!...

Ah! ah! Dnroc, venez
chapeau rond
il

<lonc [)ar
(pie

ici,

ajoula-t-il
il

vn entraînant

le

^raml

maréchal dune main, tandis
a larges

de l'autre

abaissait sur ses yeux son

bords.

venait d'apercevoirune char|)enteéu(U'me(pu' desouvriers essayaieiii
la

vainement de poser sur des nmleaux, pour

changer de place.
qii
il

— Ces gens-là ne savent pas
c'est

s'y

prendre, continua-l-il; je gagerais

ne se trouve pas parmi eux un

artilleur...

Ah!

les maladroits!...

.Mais
inie

absolument

comme
Il

s'il

s'agissait de

changer d'encastrement
leçon...

pièce de gros calibre...

Tant

que

je leur

donne une

— —
me
tout

V pensez-V(Uis,
elle

Sire''

Votre Majesté veut donc se comprometli'e"'
elle ris(pie

.Non-seulement
reconnaître.

peut se blesser, mais encore

de se

l'aire

Vf»us avez toujours peur!

interrompit .Napoléon. Est-ce ((ue je ne

rapi)elle

pas

mon ancien

métier":'

Jugez-en vous-même, Duroc; ce n'est
:

simplement qu'une manœuvre de force
tète, et

les

deux piemiers serv;inl>

de droite en

de l'ensemble
;

!...

— Sire,

d lin

vous avez raison

mais Votre Majesté me peiuieltra de
.

lui faire

lespectueusement observer.

Au

fait, c'est

vrai,

mais

ils

n'y entendent rien

;

et puisqu'il s'agit

nn)nument de

gloire à élever en l'honneur de la France, je crois,
la

sans

me

flatter, y

avoir suffisamment mis

main. Passons.
la

A|)rés avoir e-xamim'- la gigantesipie charpente de

ctdoiuie,

dans t^u^

ITJ
SCS détails,

lUlE

DE

EA

l'AlX.
ensuivant
à
la

rcmpereuicontimia son

clieniin

rue Napoléon,

dont

les

nouveaux hàtinienis commençaient
Il

s'élever, cà et là, coninui
la saillie

par enchantcnient.
(piait le
|»(tint

romarqna

telle

ou

telle

maison dont

mas-

de vue qui s'étend depuis

la grille

des Tuileries jusqu'au
:

lioulevarl des Capucines,

ou qui obstruait

la

voie publique
;

il

en prit note

sur son calepin pour en parler
pas, dans
la

à ses arcbitecfes
il

puis revenant sur ses
:

direction du palais,

dit

gaîment

à

Duroc


les

11

faut

que

les

Parisiens soient bien paresseux dans ce quartier;
il

boutiques sont encore fermées, et depuis longtemps
milieu des soins donnés aux travaux de l'ordre
les

fait

grand jour.

Au

le

plus élevé, aux

ouvrages propi'cs à ébbuiir

yeux de

la

France

et des étrangers.

Na-

poléon accordait un intérêt non moins

vif à

des objets de détail, d'une
lui

obscure
faire

utilité, et

dont assurément

il

ne pensait pas qu'on dût jamais

un mérite. Les bornes

établies dans les rues de Paris

pour proléger
en

les piétons

contre les voitures avaient, par l'extension abusive des devaniit

tures de boutiques, cessé de remplir leur destination. Napoléon
la

remarque, et écrivit

le

jour

même
il

au préfet de

la

Seine,

le

comte
le

Frocbot, pour qu'il veillât à ce que ces bornes fussent remplacées
lot possible, et à cette

plus

occasion

imagina,

le

premier, d'assujettir les

propriétaires à poser des trottoirs devant leurs maisons.


dans
le

Il

faut, disait-il,

que l'ouvrier puisse se promener,

le

dimancbe,

les

rues de Paris sans craindre, à tout moment, d'être écrasé par

cabriolet d'un banquier.

Ce

fut à la suite de cette

promenade

qu'il dit

encore en parlant des nom;

breux établissements projetés dans sa bonne

ville

— Paris nuuKpie d'éditices;
a

il

faut lui en donner. C'est à tort
cité
;

que

l'on

chercbé

à

borner cette grande

sa population peut, sans inconvéjour.
Il

nient, être doublée, et elle le sera
telle
il

un

peut se présenter

telle

ou

circonstance où tous les rois de l'Europe s'y trouveront rassemblés;

leur faut donc

un palais

et tout
!

ce qui en

dépend

:

il

me

serait im-

possible de les loger en liôtel garni

Le dernier ordre que Napoléon donna

le

14 janvier 1814, quelques

beures avant son départ pour commencer cette admirable campagne de
France, fut d'assigner de nombreux travaux à
sentait plus
la classe
il

indigente;

il

que jamais

le

besoin de se populariser, et
la capitale,

craignait tou-

jours qu'eu son absence les ouvriers de

qu'il

aimait tant, ne

vinssent à nuin(|uer de moyens d'existence.

— Surtout,
cmidoycz
les
si

dit-il à

M.

Fontaine, je vous
vivre,
il

recommande

les

maçons;

maçons; pour
la vie

faut

que ces gens-là

travaillent.

Trois nutis plus tard,

dans une de ces journées de réaction populaire
des [Toupies,
la

counuinies dans
I

statue de Napoléon était renversée

conHiie

avait été, vingt-deux

ans aupaiavanl, celle de L(»uis XIV. D'ar-

HUE DE LA

l'A IX.

17r.

(lents royalistes, a la Irtc des({uels se inonlniieiit plusieurs iiersonuages

appartenant à des familles patriciennes, attachèrent un câble au colosse
(le

bronze, et tenti'rent de
!

le faire

tomber de son piédestal. Efforts inu-

tiles

Il fallut,

à l'aide

de scies,

la di-taclier

du socle glorieux sur lequel
de
la

elle

semblait être rivée pour l'éternité. Cette statue fut reléguée dans

les

magasins de

l'Etat, et contribua à la fonte
le

statue équestre de

Henri IV restaurée sur
celui des rois

Pont-Neuf. Le destin des statues ressemble à
;

dont
il

elles retracent les traits

le

pouvoir monarchique ne

s'annihile pas,

se transforme

comme le

bronze, et va, de race en race,

de dynastie en dynastie, faire éclore des législateurs, des conquérants, des héros et des révolutions.

Le gouvernement de Louis XVIII remplaça

la

statue ûc l'empereur par
six

une énorme

fleur de lys à quatre faces,
était

haute de

pieds et supportée

par une flèche à laquelle

adapté un immense drapeau blanc.

Colonne de
et de

La statue de bronze de Napoléon, qui s'élevait majestueusement sur la la Grande Armée, était d'un style sévère. La pose du héros,
Charlemagne, contribuaient
à

ses vêtements impériaux qui rappelaient, par la forme, ceux de Justinien

donner au monument un haut caracterminait dignement une série de
le

tère de splendeur. Cette

image d'un guerrier, d'un grand capitaine, d'un
,

soldat couronné à force de victoires

prouesses où

les acteurs étaient

eux-mêmes, par
et

geste et par

le

cos-

tume, remarquables de sentiment héroïque

de patriotisme.
immortelle, a célébré

Un poètedenos jours, Victor Hugo, dans une ode
la

Colonne triomphale de

la

Grande Armée. Désormais ce monument
civile

glorieux peut délier les invasions des nations étrangères et les insultes

plus terril)les encore de
les ailes d'or

la

guerre

:

il

vivra par les vers

du poëte

;

du génie ne se fondent pas au brasier des révolutions
l'airain des

so-

ciales,

comme

colonnes

et

comme

le

bronze des statues,
la

La révolution de 1850 rendit
nementale. Sous
cidèrent que
la le

à la

Colonne de

Grande Armée non
les

pas sa popularité, elle ne l'avait jamais perdue, mais sa valeur gouverministère de M. Thiers, en 1852,

Chambres dé-

statue de Napoléon serait replacée au faîte de la colonne

de

la

place Vendtime où elle était remontée d'elle-même, dans l'imagina-

tion

du peuple; un concours
la

fut ouvert à cet effet, et

M. Seurre
.

i^jeune)

eut

le

mérite et l'homieur de l'emporter sur ses nombreux rivaux M. Thiers
résurrection de
la

entoura

statue de

Napoléon de pompes
aux regards

militaires, et
le voile

Louis-Philippe, au bruit du canon, enleva de ses royales mains
dérobait encore limage du grand
impatiente.

qui

homme

attentifs de la foule

Depuis ce temps, à certaines épociues de l'année,
renl le piédestal de
la

les grilles (pii ('nt(Mi-

colonne, son parWs et ses marches de marine

sont jonches de couronnes de lauriers, de cyprès et de guirlandes. Le

17/1

HUE DE LA
(jiii

l'AlX.
rassemltle
el
ianjj;(;

vieux soldai

veille

sur

le

monument

symetri(|netrois
lois
le

menl tous ces
par an
:

ex-volo,

qui pleuvent au pied
la

de
la

la

Colonm^

le

15 août, jour de

naissance et de

fêle

de l'empereur;

20 mars, jour de son retour à Paris; le 25 mai, jour de sa mort. Je suis loin de blâmer ce culte aux mânes d'un grand homme, et de porter atteinte à l'explosion

honorable d'une douleur profonde
le

;

mais

je dois

l'avouer: cette idolâtrie; pour

grand capitaine, cette exclusive commé-

moration annuelle

me semble
la

injuste et anti-nationale.

La Colonne de

la

Grande Armée n'est point
tombeau,
elle n'est
le

colonne de Napoléon

;

elle n'est

point son
la

point son apothéose de bronze et de pierre; c'est
la

colonne, c'est

tombeau, c'est l'apothéose de
tpi'il

grande armée elle-même.
nation.

Ouebpie grand
Si la

soit,

un homme ne vaut pas une

rue de la Paix rappelle à l'imagination tout ce que les arts, les
le

richesses,

luxe et l'élégance peuvent avoir de plus splendide el

(h;

plus él)louissant, la place

Vendôme

retrace à l'esprit les conquêtes
la

duu

grand
(pii

roi, la

splendeur d'un règne glorieux,

magnificence d'une cour

a été la plus belle, la plus spirituelle et la plus aimable

du monde.
la

Au milieu de tous ces souvenirs Armée comme un spectre de bron/e
d'Austcrlitz
viciiti-loi (le
!

se dresse la

Colonne de
:

Grande
Soti-

qui crie aux Français

Souoieiis-loi
:

Amsi,

autrefois, l'Apollon Pythien disait
!

aux Grecs

Muralliun

La colonne Vendinue

est la
!

couronne de

fer de la ville

de Paris.

Malheur

à (|ui la

louche

IImilh Mauc»»

i>k

Saim'-IIilaiuk.

\Nhle nom d'iine nie que vous lisez cm que vous (Mitnidcz prononcer, ne vous est-il pas arrivé souvent, d'y

chercher une image, d'y rattacher

^ HiNolontairement un souvenir, d'éj{

\o(|uer, au bruit mélodieux ou discoulant des syllahes ((ui le composent et (jue vous épelez mentale-

I'

(

ment, toute une histoire terrible ou t<Mi( hante, dramati([iu' ou burlesque; fout un tableau fantastique et (pu*
\otie imaginati(m colore à son gre

^

de nuances sombres ou lumineuses, ternes ou brillantes mirages
:

tiompeiu's enfantés
nnaginative, et
(jiu'

jtar la
la

puissance

realité ({"une

investigation hist»u-i(pn'
\(

vient sou-

nt détruire

?

Qui de vous, en é])elant ce

nom

:

LLs BLAA'GS-MA>TEAux,n'a scnt] germei dans sa pensée comme un souvenu- monastique de ce merveilleux

Mo\ en-Age':'
la

et

voici,

(piaussitôl

,

i>restigieuse

optique de Timagi,

natu)n vous montre
les

comme dans

tableaux de Zurbai-an, des nu>i-

nes aux longues draperies j)lancbes passant lentement et silencieuse-

ment sous

les

sondires arceaux de

(pu bpu' mystérieux

mouastérc

17C.

lU
la

E DES RLANCS- MANTEAUX.
viont
vite soufllcr

Mais

vorité

liist()ri(|n('

sur toutes ces
fait

|»(t(''li(|nos

et

capricieuses rêveries.

Ln

niallieureiix

hasard vous

ouvrir

le
,

l»ou(|niu

poudreux d'un chroniqueur,
s(iuelelte de

et ahîrs se

montre

à vous, roide

sec

et

Vous cherchiez une histoire, froid, le qu'une date; vous pensiez rencontrer un épisode, ne trouvez
la réalité.

où vous
vous ne

et

lisez

plus qu'un simple

fait:

—Un

ordre religieux, l'ordre des Blancstout.-

Manteaux,

a haptisé cette rue.

— Et voilà

Mais,

si

cependant nous

cherchons hien dans les chroniques, dans la poussière des vieux livres écrits sur Paris, si nous interrogeons les historiens des époques antérieures, nous apprendrons qu'aux premiers jours de sa création,
cette

rue portait

le

nom

de Parcheminerie.

Ici,

une réflexion ou plutôt un sen:

timent de curieuse investigation nous arrête

Pouniuoi ce

nom

de
le

Parcheminerie? Ne rappellerait-il pas, peut-être, à cette époque où papier n'était pas encore inventé, une fabrication de parchemins,

et

partant des abattoirs d'animaux, des établissements de tanneurs et de
pelletiers

?— Cela

est vraisemblable.

Quoiqu'il en

soit,
il

etbien avant Philippe-Auguste et

la

fameuse ceinture

de murailles dont

enveloppa Paris, cet emplacement, uniquement comarti-

posé de terrains vagues, devait nécessairement être occupé par des
sans auxquels l'intérieur de
la ville

était

défendu pour
:

les

mauvaises
encore
indus-

odeurs que leurs établissements répandaient
en vigueur d'une ancienne
triels
loi
la profession était infecte et sale. le

c'était là les restes
villes les

romaine qui excluait des
vaste

dont

Puisque nous sommes dans

champ

des suppositions, rien ne

nous empêche de conjecturer ensemble sur les noms de Yieille et Petite Pairlicniiiu'i-ic que porta successivement la rue. Les Sauvai, les Lebeuf,
les Jaillot, ces historiens

nous donner là-dessus, bien ou mal,
(pialité

du vieux Paris, une

se sont

obstinément refusés à

origine.

Pour nous,

et

en notre

d'historiographe, nous y mettrons
la Cité, la

un peu plus de conscience.
rue de la Parcheminerie ren-

Personne n'ignore, que dans
chemins. La rue,

fermait autrefois des corroyeurs, des pelletiers et des fabricants de par-

comme vous

le

voyez, fut donc

nom

qui

s'explique et qui a son origine naturelle.

dûment baptisée d'un Pounpmi ne sup-

l)Oserions-nous

pas alors que
le

la

rue des Blancs-Manteaux dût porter

antérieurement
analogues
?

de Parcheminerie pour des causes et des motifs présumer que sur ces terrains devaient exister des étabhssements d'équarrisseurs, repoussés de l'intérieur de la ville pour cause de puanteur et d'insalubrité, qui, un beau matin et sur un royal
Il

nom

est à

caprice de Philippe-Auguste, se réveillèrent faisant partie intégrante de
Paris.

Ne vous

semble-t-il pas voir d'ici, i)ar les

yeux de

la

pensée

et

de

l'imagination, ces hideux hangars où séchaient les peaux

puantes des

parchemins, ces huttes couvertes de chaume où grouillait pêle-mêle tout

lU E
co peuplt' (récorclu'iirs

l)i:s
'

IJI.A.NCS-MA.NTEArX.
S(»iit

177

Les ycuKot l'odorat
uiilicii

criiellcinciit afl'pctps

on veut iiiarcluT,

et,

au

de cctlf vue qui n'eu est pas une, on

enfonce juscpiaux oreilles dans une houe noire

et

infecte.

— Allons,
il

ne

vous bouchez pas

le nez. ("est linduslrie (pii travaille, l'industrie forte et

courageuse, aux bras nus.

et (pii

trouve cpie l'argent n'a pas d'odeur!
allait

A

cette ville, qui. tous les joui"s,
le terrain,

en s'agrandissant.

fallait

à

toute force céder

abandonner

la

place et se retirer plus loin.

Mais des établissements industriels,
paraissent pas d'un seul coup
et

comme vous devez le croire, ne discomme par enchantement. Ce n'est qxw
le

lentement, insensiblement, que l'industrie cède
ser.

pas à qui vient
le

la

chas-

Les principaux établissements, ceux que l'on redoutait
premiers, se retirer
était
:

plus

comme

insalubrité, durent, les

de

là,

le

nom

de Petih-

Parrhomincrie.

La fabrication alors
et le

moins
lucratif.

active,

les fabricants

moins iu)mbreux,

commerce moins

Puis en suivant touet

jours cette période

de décadence industrielle,

qui s'accomplissait

fatalement dans un laps de quatre-vingts années,

nous voyons

la

rue

prendre

le

nom

de Vieille-Parcheminerie. L'industrie alors n'y existait plus

qu'en souvenir, toute fabrication avait dispani. La première époque de
la

rue. l'époque industrielle et

'commerçante

allait faire

place

à

l'époque

religieuse et in<masti(pie.

Des moines

serfs de Sainte-Marie

viennent s'v

178
iiistallor,

un-:
ot
le

DKS Hi.wrsItlaiic

MWrivM

\.

inanlcau

de leur oriliv va

servii-

de

suairo
la

pour

ensevelir à tout jamais
alors

le

noiu et l'industrie première de

lue. (Test
Ici.

seulement, en

l'ioS,

que commence son épo(|ue religieuse.
<le

cesse toute incei'titude; des rayons
nuit des

lumière viennent luire dans cette

temps. Philippe-Auguste
dit.

a

implante ses

premiers

pavés,

et

désormais tout est
bientôt
toire; et
lire les

Sur ce
,

terrain,

maintenant solide, s'élèveront
matériels
et

des

monuments
et
la

ces signes

palpables

de

l'his\

en fouillant dans ces archives de pierre, nous allons pouvoir
faits

pensée

d(.'

chacune des èpo(|ues qu'a traversées
ne resta plus traces
vestiges de ciMte
jieut-

cette rue.

Ouand
sab' et
ètre, et

tout fut balayé, et

tpi'il

et

puante parcheminerie, un architecte, un inconnu, un moine
dont
le

imm

n'est

jamais arrivé jusipi'à nous, traça

le ])lan

d'un

couvent pour y loger les lîlancs-Manleaux.
église, et le tout porta le

Au
pour

c(Mivent

l'ut

jointe

une

nom

iVi'filise et

de couvei)! des l{laiirs-Min)le(iux.
y boire

A

ce peuple de moines

il

fallut

des cabarets

après vêpres.

C'était là de l'hygiène monasti(|ne bien

entendue,

et surlcnit

scrupuleuse-

ment observée

à cette épotpie d'inteniperance et
et joui", les

de barbarie.

Dans cescabaretsonvertsnuit
à venir s'enivrer

moines ne furent pasles seuls
de ces sortes

d'hypocraseldecervoise. Des clercs, desbasochiens, des

écoliers, des ribands et des truands, tous,

comparses

(diligés

de lieux, y acconrurent en foule. Pourquiconque aime a étudier lemoyenàge, il y avait dans ces étranges saturnales, où la robe du moine touchait
à la

robe de

la
il

truande, où

la

cagoule du trnaml fraternisait avec

la

barette

de l'écolier,

y avait vraiment tout

un drame profond, tonte une mysté-

rieuse épopée. (Tétait l'epotpie où chaque fête du calendrier était
\)nri]e.s

chômée

mystères

et (\es sotties,

(u'i

les

bourgeois du (piartier représentaient

sans façon Jésus-(^hrist et les apôtres,
Moïse, etc., en un mot, l'Am-ien et
le

Adam
le

et

Eve, Abraham, Isaac,

N(uiveau-Testament. Convié natu-

rtdlement à ces fêtes assez peu orthodoxes,
rable, ignorant et

peuple de ces temps, miséla frénésie,
le flot
il

opprimé,

s'y ruait

avec toute

ave.c

toute

la

rage de ses grossiers ap|)étils.
voici qui

Gare! laissez passer
;

populaire,

le

débouche dans
la

la

rue des lUancs-Manleaux
là qu'il

s'arrête

maintenant

au détour de

rue du Chaume. C'est
le

va dresser son théâtre d'un
fête...

jour;
/'o»,s

le

plus fou et

plus laid sera couronné roi de sa

delà

Jeté des
;

.'Prenez garde, ne vous arrêtez pas à regarder cet étrange spectacle

la

joie

du peuple ressemble terriblement
à la glèbe le lendemain,

à la colère

:

serf

la veille, roi

poui'

un jour, voué
improvise,

mêlant pour aujourd'hui

les pleurs
(pi'il

de sa rage aux larmes du fou-rire, au milieu de l'intermède fugitif
il

pourrait bien vous broyer!
l'intrigue se compliiptait
et

Dans chacune de ces incroyables parodies,
toujours
et

d'une façon merveilleuse par lintei-vention des arbalètes

HIK DES BLA.NCS-MA.MEALX.
(U.'s

I7'.>

liallebaiiU's

de

la

maréchaussée:

— celail
la

le Ui'us iiiucliiiiii

de celle

terrible

commedia populaire.
loii<,ftemps, la

Pendant
litre,

rue des lilaurs-Mintlciin.r

lui rejiardee, et a

juste

comme

fort

dangereuse. Toutà côté,
a légué son

sombi'e et humide niellede

V Homme-Anne

nous

nom comme nu
la

souvenir lerriliant des

[)récautions(|u'étail obligé de prendre le bourgeois i>u le

voyageur (piand.

par hasard,

il

avait le

courage ou

hardiesse de saveiituier dans ces pa-

rages passé l'heure du couvi'e-téu.

Des écoliers, des clercs de basoche associes
conditions,
et retires

à

des maH'aiteui's de loules
cet horrible
prevé»! ne
les

dans (piel((ues-uns des cou[)e-gorges de

tpiartier, se livraient à certains

dep(utemeuls

(\\w les

geus du

savaient
ni(pu'urs

comment

l'ejjrimer.

L'un de ces ectdiers, nous disent
nuit,
jiai'

chro-

du temps, assassina uue

jalousie,

un ni(»ine,un blanc-

manteau.
détails

— L'iustiuclion de
mais l'iudre

peu editiants pour
pas;

la

vil-on

eût fait connaître piobablemeni des comnnniante religieuse; aussi ne p(»ursuides Blancs-Manteaux tut aboli, et en TiTi
l'allaire

les Guillemites (ennites

de saint C.uillaume viureul prendre leur place.


à

Etranges vicissitudes, trois
leur tenir

ans

plus

lard, les

(iuillemites (haienl
les

renvoyés et

les

Bénédictins

de

Saiul-.Maur

rempla-

çaient.

Deux cents ans
.Nous

se sont à peiui' écoules et

la

rue des Blaiivs-Miuilcau.r

semble toujours vouée au crime

et à l'exécration.
l'an

sommes au

'20

novembre de

1407. Le ciel est noir;

la

pluie

tombe
la

à torrents;

pas une lumière ne brille dans l'horrilde obscurité de
Silence! enlendez-vous là-bas,
ces cris dechii'anls
si
:

rue, l'on dirait une; nuit de l'enfer
la
.

du côté de
meurtre!
les
.

Vieilli'- litie-dn-Tnnpli',

Au

iiieurlre.

an

.

IMace, place! Garez-vous,

vous ne voulez être écrasé sous

pieds des chevaux ou blessé par les coups de tiédies
cpii

Ce sont

les

assassins du duc d'Orléans,
criant: ^1» feu, au feu
!
.

s'échappeiil au gal(t|)de leurs montiu'eseu

.

Le lemlemain an matin, au milieu de

la

sondire nef des Blancs-Manle

leaux, se trouvait étendu, enveloppé d'un drap de velours noir,

corps

mutilé du prince. Autour de ce cadavre priait et pleurait

la

famille royale.

Des torches de
rougeàtres
et

cire

écussoimées aux armes d'Orléans secouent leurs clartés

sinistres sur cette scène de deuil

Des moines agenouillés

récitent tout bas les vigiles des morts.

Regardez cet
coue
le

homme

qui s'avance
le

el

(pii la

d'une main trend>lante seroyale victinu'
: :

rameau béni sur
el

corps de

— Voyez ces
Jamais plus
Voulez-vims
le

larmes, écoutez ces paroles entrecoupées par des sanglots
»
"

«

méchant
royaume.

plus

traître

meurtre ne

fut

commis

et

exécuté dans ce
pas
'f

Oueds regrets, (pudle douleur! n

l'sl-ce

connaître, mainlenanl,.le

nom

de ce purent desedé'

— (Test

duc

<l(!

ISO

RUE DES BLANCS iMAMEAUX.
-

Boiirgo},nie, l'assassin qui le
(le

premier asséna

le

coup de massue sur

la tète

son malheureux cousin. Les taches de sang qui souillent les pavés de cette rue sont à peine effacées, qu'un nouveau meurtre vient prendre place dans les fastes
de ce quartier. Voyez-vous
driettes,
d'ici,

presqu'en face

la

fontaine des

Au-

cette fenêtre de l'hôtel de Soubise (aujourd'hui les
et qui s'appelait alors l'hôtel

Aichives

du Royaume)

de

Guise?— Distinguez-vous

dans l'ombre ces poignards qui reluisent? entendez-vous ces voix (pii s'appellent et se répondent sourdement? prenez garde, ce sont des guisards, c'est Saint-Paul, c'est Mayenne,

des assassins

apostés

i)ar

li'

terrible Balafré, ll(;nri de Lorraine, leur maître.

Mimiit vient de sonnera l'église des Blancs- Manteaux; par cette
nêtre éclairée (pn> je vous montrais tout-à-l'heure, et qui doime dans

fela

cliambie

à

coucher de

la

belle

duchesse Catherine de Cléves, un honnne.

-^VJ^Sn"-"^^^'-^'^

un amant,

et le talisman

chcMrhera furtivement à s'échapper; mais, hélas! que lui a donné son maître, ne le protégeront pas
III,

la
;

nuil

le

beau
le

mignon de Henri

Saint-Mégrin, trouvera
le

la

morl.

— Laissez faire,
la

farouche mari a tout prévu, ce sera
qui servira à étrangler l'amant!

mouchoir brodé de
r-anp

maîtresse

La lue, maintenant,

a

ar-sez

bn

de

;

e\W

er^î

pour

(jnelqiies

HUE
siècles

I)i:s

BLANCS- MANTi:.VLX.
e[)o(jiie

181
,

rassasiée.

De I57S,

de ce dernier nieurlre
a

jiis(|ii';i

cette vaste et profonde secousse,

(|iii

nom

SI),

la

rue des lihnics-

Manteaux

vit se

succéder, sans trop changer d'aspect et de caractère,

bien des règnes et bien des époques diverses. Toutefois, n'allons pas
trop vite, car, au mépris de nos devoirs d'bistoriograpbe, nous allions oublier de

vous dire qu'en 1G85,
puis, sur de
le

et je

ne sais trop pourquoi, on jeta bas ce

couvent et cette église des Blancs-Manteaux qui avaient duré presque
cinq siècles
((Mijours
:

nouveaux plans, on éleva de nouveaux
et toujours

édilices.

sous

même nom
Mes

voués

à la

même

destination.

nuim[)orte, après tout
s'accomplir;

destinées du

la religion et les

monument ne tarderont pas a moines n'auront bientôt plus rien à v voir.
de sonner et les

— L'beure
primes
!

révolutionnaire vient

couvents sont sup-

A

cette époque,

un misérable, un lâche, du nom de Tnrcatti,
"21

et qui

babitait alors le

numéro

de

la

rue, provoqua, par une dénonciation

anonyme,

l'arrestation et

l'emprisonnement de l'infortuné Thomas Mahi,

marquis de Favras. Accusé d'avoir voulu enlever Louis XVI pour le conduire à Péronne, il fut condanmé à être pendu en place de Grève. Juste-

ment ou injustement condamné,
quis de Favras
d'énergie,

ce que l'on ne sait pas encore, le marmourut comme savent mourir les bonnnes de coeur et en emportant avec lui un secret (pii eût pu compromettre alors

bien des têtes.

La honte et l'infamie toute entière furent poni- le dénonciateur cpii, luimême, périt crapuleusementipiebpu's années a|)rês.l)es notes communiquées par
la

police

passée en orgie avec des
lui,

nous appreiment que ce Tnrcatti, après une nuit tilles, fut trouvé, le lendemain au matin, chez
lit.

pendu par

les

rideaux de son

— Quel suicide bien trouvé!
la

La justalion':'

tice

divine aurait-elle voulu par hasard lui iiilliger
'?

peine du

Qui peut dire non

Comme

vous

le

savez peut-être,
avait doté sa

Louis XVI, par lettres-patentes du
ville

décembre 1777,

bonne

de Paris d'une philanthrotout-à-l'heure.
valait

pique institution dont nous vous parlerons
d'importation italienne,
cette

gracieuseté

en

bien

Bien que une autre.

Avant

lui,

Louis XIII et

même

Louis XIV y avaient bien un peu pensé,
la

mais sans avoir pu malheureusement donner

moindre

suite à cette

charmante
jours

idée.

Les préventions populaires

s'y

opposaient;

— c'est toula

comme
ell(^

cela, le peuple, voyez-vous, n'entend rien à ses intérêts.
et, à

Louis XVI fut donc plus adroit ou plus heureux;
vention,

son tour,

Conque

qui avait abattu tant de choses, respecta celle-là
:

comme

digne assurément d'être conservée
cette

et savez-vous bien ce

que

c'était

chose qui méritait

si

bien tons ses égards, tons ses respects?
fit

— Le

Mont-de-Piété! La Convention

mieux,

elle

octrova

à ce

Mont-de-Pièté,

\H^1

HUE
à

I)i:S

BLANCS -MANTEAUX.
une autorisation
spcciaii;, «l,

pour

ancaiilir loulc romuirciice,

pour

hi

mettre plus

sou aise, un local particulier. (Juels pi'océdcs,
(let

(publies délici^

cates attentions!

emplacement
la

si

f;enéreuseinent octroyé,

tut le

couvent des IJlaucs-Manteanx,
liumainenu'ut l'envoyés.

maiscui de ces pauvres Henédictins in-

Du couvent

et

de

l'église,

il

n'est resté aujourd'hui (|ue les
l'édilice

murs,

et

au

premier coup-d'ieil vous piendi'iez

pour un hospice ou une

prison. D'étroites et hautes lenètres dépouillées de tmiti; espèce d'orne-

ments, mais en r(;vanche solidement hardees de 1er; au-dessus d'un»^

grande

p(U'te,

un drapeau
:

tricoloïc tout l'aue, tout (h'teiiit; un(! gnerit(; et

un soldat en

l'action

voilà, vu

du deluns,

le .Monl-(le-l*iéte

:

— Le Grand
Toi!

Mont-de-Piété.

Mais ({u'est-ce

<(ue le M(uil-de-l*iete

'^

— Belle (|uestiou,
de

ma
!

Ou'il

me
(jui

soit

permis de croire, pour

resi)rit

mes

lecteurs, (|ue bien peu

(l'entre

eux sont

à cet

égard dans une complète ignorance.

Eh

nuui Dieu,

de nous, tous tant que nous scnumes, j(!uues ou vieux, riches ou
cpii

pauvres,

de nous, dites-le-moi, dans

le

cours de sa vie parisienne, n'a
liesoin de

pas eu

[)(uir

un jour, pour une heure peut-être,
mais,
si

ma

tanle.

Bartri-

don du

uu>t,

je l'emploie ici,

c'est ((ue,

dans son expressive

vialité, j'y

trouve je ne

sais quoi d'incisif et de spirituellement railleur
et

qui représente à

mes yeux
!

dans son acception

la

plus vraie

le

peuple

de Baris.

Eh

bien

alors,

vous souvient-il dans ce jour de détresse,
passer,
lu'i

d'avoir avec

anxiété attendu la nuit pour
le seuil

furtivement et
brille

le

cœur
fois

tout

ému,
le

redoutable de cette porte
:

une

lantei'ue

avec ces mots eu transparent

Coiamissionnaire au MoiU-de-Piété.

Une

dans

sanctuaire et après quelques légères formalités remplies,
lire

vous avez pu

ce petit carré
les

de |)apier où se trouvent expliqués
l'intérêt,

d'une admirable façon

comptes un taux de
ici,

des droits sup-

plémentaires, etc., etc. Vous en icparler
faire la critique,

serait

chose inutile; eu

à

t\mn

bon':' IMiiloscqdies,

humanitaires, écrivains de

toute espèce, ontassez écrit

pour ou contre

celte iustilulion (juc qm'l(|ues
(ui

buveurs d'encre, en accès de mauvaise humeur
appelée usure légale
tenir.
el

de misanthropie
soit

,

ont

privilégiée, pcuir

(pi'il

me

permis de m'abssi

Apres

tout,
i

il

eu est de cette plaie du pauvre peuple

toutefois

c'est

une

plaie

comme

de tant d'autres, on en parle beaucoup, mais on

ne

la

connaît pas. Bien peu ont étudié dans tous ses rouages et dans tous

ses résultats cette

immense machine du Mont-de-Biété. Ceux
Bs n'ont pas voulu
se souvenir:

(|ui l'ont

ca-

lonuiiée sont des ingrats...

voilà tout.

Du
l'ait

reste, si

(|u<'l([u<'

amateur déchiffres ou de

slatisti(pie tiiumciere dési-

savoir, a (|uel(jm's mille francs [U'es,

le petit

revenu de cette philanlui

llinti)i>ii(e

administration, nous
l'ait

lui

apprendrions, pour

faciliter

son

calcul, (piil se

par au dans ses caisses un uioiiveuieMl de fonds de....

Typ.

Lacrainpr

Rue de» Blaiics-Maiiteaux.

lui:
soixaiUtM't dix
y eut i»our
')«)(),

DES BL.\^CS
!

-

MANTEAUX.

ISÔ
il

niillii)iis

.Nous allions oublier de vous dire (jneii I8ôt>

OOl) lianes

de eouverUires de laine d'enga<,^ées

!

Quel

Iteau

doeunient pour celui qui voudrai! écrire une histoire des

fiasses mnllienreuses clans Paris!
Si,

passant un jour devant cette porte toute grande ouverte de l'ancien
il

couvent des HIancs-Manteaux,

vous prenait fantaisie d'y entrer, vous

apercevriez alors, et se déroulant devant vous, une enfilade de cours encaissées de bâtiments sombres, élevés, et percés comme un crible de

nombreuses fenêtres
bités. Partout,

à petits

carreaux sales et ternes.
:

Il

ne sais quel silence qui
tueux; sur fous

efl'raie

— On

y a là-dedans, je

croirait tous ces bâtiments inlia-

autour de vous, des entrées obscures, des escaliers torl(»s inurs, de longues colonnes d'afliclies placardées les

unes sur
pitoyalde

les autres,
:

mais qui toutes laissent voir par

le

liant ce

mot imles

vk.nte.

Et puis dans ces cours, sur tous
passent silencieux
le

les ])avés,

sous tous

vestiluiles, ce son! des pacpiets, des couvertures,

des ballots, des com-

missionnaires

(|ui

comme

des ombres. Eà, tout liomme

qui entre parait cliclif et faible,
ijurenl et
l'amaifirissciit.

besoin,

la

misère ou

la
il

bonté
v
a

h\ déli-

Du

reste,

pour l'observateur,

liarmoiiii»

complète dans
sale et

l'eiiscnible.
(le

— Passants,
vile.

babitants, édifice, tout est triste,

sombre,

tablcni ne vous engage sans doute pas à pénétrer pins

avant; sortons donc au plus

.Nous voici dans

la

rue; aussi bien
pittoresque.

le

spectacle cliange, l'cdiseivation a son côté
tains jours dn
sortie
leau.r

])laisaiit ef

A

cer-

mois
et

onde

la

semaine, toute une

pn|)iilalioii
la

de

fii|)iei"s

du Temple
:

des Piliers des Halles envahit

rue des lilancs-ManMoiit-de-IMeté dey

(le

sont les jours de vente. Ces jours-là,

le
;

vient une

v(''ritable

succursale de l'bôtel Bullioii

on

vend de

t(»nt

:

bijouterie on friperie, iiiarcliandises neuves on doccasioii, de|)uis l'Iiabit
br(»(|c et

r«'panl('lte a
la

graines d'epinards jusiju'à
la la

la

veste de droguel de
le

l'ouvrier et

robe de velours de

femme entretenue; depuis

tableau,

cbef-d'(euvre de l'artiste, jus((u'à

médaille d'or récompense du pauvre

savant. Des juifs, des brocanteurs de toutes les nations vont et viennent

sans cesse dans toute

la

longueur de

la

rue, s'interpellant, s'accoslanl,

se faisant part des épaves qui leur sont survenues, se

montrant

les dia-

mants,

les

montres

et les

bijoux qu'ils viennent d'acheter. Des marcbands

d'babits défilent par escouades avec des montagnes de pantalons et d'habits

sur leurs épaules.

— La

rue est devenue un passage forain,

le

vestibule

en plein vent d'un immense et intarissable bazar.

Indépendamment de

cette

physionomie périodique,
à elle.

la

rue des Blanes-

Manlmux
la

a

son cachet, son caractère

Sombre,

étroite et tortueuse,
et

elle s'étend

comme un

serpent dont

la tète

reposerait rue Sainte- Avoye

queue rue Vieille-di(-Temple. Pour
|iresqiie tontes ses

faire lui

pende couleur

locale,

nous

pourrions dire que

maisons existent encore

telles (ju'elles

\M
(levaient èlre
il

IILE
y a

DES BLANCS -MANTEAUX.
trois cents ans,

deux ou

mais avec un aspect de mercrt»-

tilisme, aujourd'hui, qui attriste et dfigoûte.

par

là.

Regardez un peu

:

— Le Mont-de-Piété a passe — Ce ne sont qu'écriteaux et enseignes avec ces
façons
:

mots moulés de toutes

les

ici

on achète

les

Reconnaissances du
friperies, des ori-

Mont-de-Piélé. Des habits râpés, passés de

mode, des

peaux de mille espèces étalent leurs misères aux portes de ces brocanteurs.

Des bijoutiers de hasard exposent aux yeux du passant, de
des bijoux d'occasion.

l'argen-

terie et

Le besoin,

la

détresse ont écrit leurs

souffrances sur toutes ces hideuses archives. Le
est

cœur
soleil,

se soulève,

on

mal
;

à

son aise, l'on a froid.

— Passons
s'il

vite.

Du

n'en demandez
les

pas

lorsqu'il paraît, c'est à peine

eftleure

de sa poussière d'or

pointes aiguës des toits et des cheminées. L'air est

humide

e(

malsain;

une boue noire, visqueuse,

infecte, couvre

continuellement

les pavés.

De

temps

à autre,
la

des baquets chargés de tonneaux et de ballots traversent
:

ou longent

rue

c'est

de

la

droguerie qui s'éloigne ou qui retourne à

son foyer central,

le

quartier des Lombards. Faut-il vous dire que cette rue

numéros conniience par un épicier et finit par les rues commencent et finissent ce qui pourrait vous faire penser un instant que Paris se réainsi N'en croyez rien. sume par des marchands de vins et des épiciers.
qui compte quarante-six

un marchand de
;

vins.

Presque toutes

Maintenant, regardez là-bas, de l'autre coté de
voilà le

la

Vieille-Rue-du-Temple

:

marché des Blancs-Manteaux, vaste
en pierres de
taille, et

et solide

bâtiment construit

en

fer et

bien capable de pourvoir à l'approvision-

nement substantiel de ce quartier populeux. Un marché et un mont-de-piété. A l'un des bouts de qu'il faut pour vivre en mangeant; à l'autre bout, plus
mourir de faim.

cette rue, tout ce
qu'il

ne faut pour

Une dernière réflexion A mon avis, il a manqué deux choses
:

à l'histoire

glorieuse de ce grand

roi

que

l'on appelle

François P". Certainement,

c'était déjà
le billet

quelque chose

pour un héros de

cette taille

que d'avoir trouvé

de loterie.
il

Rival de Charles-Quint, émule de
et
il

Léon X

et

de Bayard,

lui

manque

lui

manquera toujours
de
la

:

La

recotniaissance du Mout-de-Piété et le

tinKje et noir

Ucuilette!

Vous

le

voyez bien.... Les rois eux-mêmes ne s'avisent jamais de tout.

Cahi.k IIkm'.iks.

LE

PALMS-ROïfL.
c'est
le

'histoire du Palais-Royal,

roman do

l'aris,

il

n'est pas

d'an-

nales plus fécondes et plus variées

que celles de cet

édifice,

aux fastes

duquel rien ne peut être comparé.

Tout

y est représenté avec

une phyanimée.

sionomie vive, ardente,
L'histoire
a

accompli, dans cetle
faits

enceinte,

des

importants

et

nomhreux; elle y a vu se placer sur les marches du trône des pouvoirs rivaux de la puissance royale;
elle y a

vu commencer des révolu-

tions; les arts, les plaisirs, le vice,
ia

dissolution,

le travail et

l'indus-

désordre, y ont tenu leurs grandes assises. Là, se
trie, la
le

mollesse et

sont heurtées
lités

Ion les
les

les

prodiga-

et

toutes

misères; nulle

part on ne rencontre des contrastes

plus variés, plus piquants et plus
bizarres que ceux que cet
olfre
à

endroit
Palais-

chaque
fut,

pas

:

le

Udval

à

la

fois, le

paradis et

l'enfer (lu
F^orsfjue

monde
la

parisien.

mémoire veut évovoit

(pierles souvenirs qui se raltacheni

au

Palais-Royal, elle

hondir
les

(levant la

pensée

les

images

plus

capricieuses et les figures les plus

Ik

1811

LE PALAIS- KO YAL
\o

faiilastiqucs;

chaos des

fails

est
il

('claire

par dos liuMirs étranges,

laiilôt brillantes cl laiitùt

sinistres;
(pii

faut

al(M's

qnc

l'esprit se livre

et

saliandonne

à

ces claités

vacillent sons le regard; l'ordre
et
(|ui

clirono-

logicpie est à peine

nn llanihean
le

un gnide certain;

c'est

avec l'imagià

nation

(|ni

remue

passé

et

demande

le

récit

dn présent

ses
;

propres impressions,

qne

doit

être

écrite l'histoire

du Palais-Royal

c'est le conte des fées des enfants
Il

de Paris.

y a denx écueils à éviter: les uns, depnis quelque temps seulement,

ont essayé de faire de l'histoire du Palais-Royal un chapitre des chro-

niques d'une seule famille;
et le caractère

d'autres ont essayé de lui donner l'esprit
le

d'nn chapitre de l'histoire nationale. Nous

dirons avec
roi, l'autre
à

franchise, ces deux idées sont également fausses; l'une flattait
flattait

un

un peuple. L'histoire du Palais-Royal appartient exclusivement
:

l'histoire de i*aris

des événements graves ont pu naître dans ce lieu,
(pi'ils se s(»nl

mais
la

c'est

lonjonrs ailleurs

termines par

la

victoire ou par

défaite.

L'origine dn Palais-Royal n'a rien de merveilleux. Richelieu, qui avait

une cour
l)lic,
il

et

des sujets, voulut

avoii:

un palais; n'osant pas régner en puchargea donc son architecte Jacques

aimai! à trôner chez

lui

il

Lemercier, de

lui construiri^

un

logis royal

;

pour

l'élever,

on

choisit

un

LK PAI>AlS-ll()YAL
t'inplacenienl prés

187
la

du imir

dViicL'iiile

de Paris, vers

nie Saiiil-lioiiore.

Commencées en
(^e fui à

10'21),

ces conslructions ne furent achevées qu'en IGôO.

cette épo(iue senlenuMit (ju'on leur

donna

le

nom

de Putais-Car-

dinul.
édilier

On

n'évalue

i»as à
:

moins de
l'hôtel

OlîlKO 18 livres les frais occasionés
ac(piis

pour

ces bâtiments
livres,

de Sillery,

150,000
ne

permit de
ne
fut
s(Ui

faire

devant

le palais

pour la une place que Richelieu
de
la,
il lit

sonnne de

vit pas, el <pii
il

achevée

(pi'aiirés sa m(»rt;

[lercer la rue
ipTil venait

à hujuelle

donna
le

nom,

et qui,

de

la

fastueuse demeure
sa ferm»; de
la

de terminer,
lière.

conduisait en droite ligne à

Grange-Bate-

Nous ne ferons pas d'autres emprunts

à l'érudition archéologi(pH'

de nos devanciers.
Ia's

grands événenuMits du l'alais-Hoyal furent, eu ce tem|)s-la,
celt(>

la re-

présentation de Miraine,
tait s(»iis la |»rotection

tragédie hieu-aimee, (|ue Uichelieu metet

de son pouvoir de minislr(!
le sort

de son
à

amour

|»our

une reine, tandis que Corneille contiait
hli((ne; [mis, la fête

du Cid

l'admiration pu-

donnée par

le

(Cardinal, [lour celéhrer les tiaucailles
le

de sa nièce, Claire-Clcmence de Maillé, avec
depuis
le

duc d'Eughien,

(pii

fut

graml Coude. Les historiens du temps s'épuisent en (lompenses descriptions sur la première soirée de Miritini'. La salle de spectacle (pii
ser\ail

aux divertissements ordinaires,

celle

dont Molière

[uit

possessiim

ne parut point suftisante; on en construisit une autn; radieuse de maguilicence et ((ui tenujignait sinon du génie poéti(pie, du moins de
|ilus tard,

l'iqinlence de l'aulenr;
cett(!

on estime

(pu; les soins |)alernels

([u'il

donna

a

tragédie
la

lui

coûtèrent environ trois cent mille cens. Oiuint
{\\\

à la fête

nuptiale,
rets,

description tient

|)rodi;L;('.

On

Joua une

pièce;
«

de Desma-

dans une

salle sin- le théâtre

de laquelle on voyait

de fort (h-licieux

jardins ornez de grottes, de statues, de fontaines et de grands parterres

en terraces sur

la

mer

avec des agitations

(pii

semblaient naturelles aux

vagues de ce vaste élément, et {\n\\ grandes Hottes, dont l'une paraissait
éloignée de deux lieues, qui passèrent toutes deux
teurs;
tant
la iniit

à la

vue des specta-

sembla arriver ensuite par robscurcissement imi»erceptible
la

du jardin que de
succéda
qui
fit

mer
tiuir

et

du

ciel

qui se trouva éclairé par

la

I

A

cette nuit
soleil

le

jour

(pii

vint aussi insensiblement, avec l'aurore
si

et le

son

d'une

agréable tromperie, qu'eUe durait

trop aux yeux et au jugenu'ul d'un
scrite par la voix de la poésie

chacun. Après
les

la

comédie circonb-s

dans

bornes de ce jour naturel,
le théàti'e.

nuages d'une

toile

abaissée cachèrent entièrement

Alors
à

ii-eule-

deux pages vinrent ajiporter une collation magnilique à la reine et les dames, et peu après sortit de dessous cette t(»ile nu pont doi'c
par deux grands paons
de l'eschalfaut de
la

toutes

c(Uiduit
le

(|ui fut

roulé de|)uis
|;i

le

théâtre jus(pie sur
se leva, et au lieu de
salle

bord
ee

reine, et aussitéd
le

titile

l(Uit

qui avait ete vu sur

tlieâlre v panil

une graiule

en |M'rs|ie(ti\r.

188

LE PAKAIS-KOYAL.
au lond de kuiuelle était un throsne pour
gris de lin et argent.
la reine,

dorée et enrichie des plus inagiiili([ues ornements, éclairée de st^he chandeliers de cristal,

des

sièges pour les princesses, et aux deux côtés de la salle des formes pour
les

dames; tout ce meuble de

La reine passa sur ce

pont, pour s'aller asseoir sur son throsne, conduite par Monsieur;
les princesses, les

comme

dames

et les

demoiselles de

la

cour, par les princes et
la

seigneurs, lesquelles ne furent pas plutôt placées, cjue

reine dansa

dans
les

cette belle salle

seigneurs et les
si

un grand branle avec les princes, les princesses, dames. Tout le reste de l'assemblée regardait à son
la

aise ce bal

bien ordonné, où toutes les beautés de

cour ne brillaient

pas moins de leur propre éclat que de celui des riches pierreries dont
elles étaient
le

ornées et faisaient admirer leur adresse et leur grâce. Après
la

grand branle,

reine se mit en son throsne et vit danser longtemps
et

grand nombre d'autres dames des plus belles
cour. Enfin,
si j'ai

des plus adroites de

la

de

la

peine à

me

retirer de cette narration, dit l'audifticile

teur contemporain, jugez combien
belle action, de sortir d'un lieu

il f\it

aux spectateurs d'une

si

ils

se croyaient avoir été

enchantez
les

par

les

yeux

et

par les oreilles;

leijuel

ravissement ne fut pas pour

seuls Français; les généraux Jean-de-Vert, Enkenfort et

Don Pedro de

Léon, prisonniers de guerre, en eurent leur part, ayant été conduits du
bois de A'^incennes.
»

Que

cette fastueuse citation suflise à la
il

mémoire du

cardinal, et à l'or-

gueil du palais sur la porte duquel

avait inscrit son titre en lettres d'or

En
du
roi

1643,

le

7 octobre,
le

Anne

d'Autriche, régente du royaume, veuve
fils

Louis Xlll, quitta

Louvre avec ses deux

pour venir habiter

le

Palais-Royal. De toute cette vanité de llichelieu, pour ce
il

monument dont
un temple
à sa

avait voulu
il

que

le

pinceau de Philippe de Champagne

fît

gloire,

ne resta pas

même

le la

nom;

les héritiers

du cardinal obtinrent
le

en vain

le

rétablissement de

première inscription,
fêtes

nom

de Palais-

Royal prévalut

et fut conservé.

Aux

de

la

Régence, qui ne furent pas
la

sans quelque splendeur, succédèrent bientôt les troubles de

Fronde.
la

Le Palais-Royal

était

nécessairement
;

le

quartier- général

de

Cour,

pendant son séjour

à Paris

il

fut aussi le centre

des manifestations par

lesquelles le peuple cherchait à elfrayer la reine et le ministre contre le-

quel se soulevait l'indignation publique.

Le Palais-Royal prend soin lui-même de

ses titres historiques; les
le

pages qu'il conserve dans ses galeries de tableaux, forment
des différents chapitres de son existence. Ainsi,
Richelieu,
la

sommaire

la

Messe du cardinal de
réception des pre-

Fondation de l'Académie Française
la

et la

miers académiciens, en février 1055;
et le legs

Mort,
;

le

testament de Richelieu

de son palais an roi Louis XIII

l'Arrivée

du cardinal de Retz,
Rrous-

suivi d'une foule

immense

qui reclame

à

grands

cris la liberté de

Tvp. I.acrampi-

Palais-Roval.

LE PALAIS- KO Y AL.
sel, (Ml

180
est le pire des événe-

lOiO

;

deux épisodes
;

à celte réclanuilioii

(|iii

ments de la Fronde l'Arreslnlion des l'iinces, et enlin Anne d'Anlriehe montrant au peuple son lilsemlonni, disent les évènenienlsdont le PalaisHoyal l'ut le théâtre. On raconte sur ce dernier tableau une anecdote
récente. Le duc d'Orléans, actuellementLouis-lMiilippe,
iamiliers; quelqu'un s'étonnait
et (|ni
le

monlrailà ses

que
fût

la reine

pressée par cette nnillilude,
«

doute de ses intentions,

sans gardes.
»

Il

y

en

a. reprit le

duc

dOrleans, mais on ne

les voit pas.

Anne d'Autriche

lit

beaucoup pour

les

embellissements dnPalais-Uoyal,

qui, malgi-é les éloges que l'on prodiguait à sa magniticence, était loin
d'égaler les descriptions qu'on Taisait
si

magniticpies pour plaire au cardinal.

Louis XIV, cédant aux vœux du peu|)le de l'aiis, revint dans sa capitale, et le même jour il (piitta le Palais-Uoyal, pour aller

Le 21 octobre,

le roi

habiter

le

Louvre.
(pii

On

assigna cette résidence a Henrielte-iMarie, reine d'Angleterre,

l'occupa jusqu'en 1661.

Par lettres-patentes du mois de
Louis XIV, reçut
l'année 1661.
le

lévrier

169'2,

Monsiein-,
il

l'rere

du

roi

Palais-H(»yal à titre d'apanage;

l'habitait

depuis

Le 9 juin 1701, M.

le

duc de Chartres,

([ui

depuis

l'ut

régent de France,
venait de mnirir.
d'Orleaiis s ins-

[)osséda le Palais-Royal avec l'héi'itage de sou père

(|ui

Au mois de septembre 1715,
talla

la

Uégeuce de
lui

Pliili[t[)e

au Palais-Royal, et conmienca pour

une ère nouvelle de luxe,
à l'éta-

de splendeur et de tumulte.

Après avoir triompln; des premiers obstacles qui s'op[>osaient
blissement de sa Régence, Philippe, duc d'Orléans, s'arrangea
ner à son Palais un aspect firesque royal;
il

])(Mir

don-

embellit

l'éditice et le dota

d'une galerie de tal)leaux, dont
et

il

reste à peine aujourd'hui le catalogue,

quelques petites anecdotes
(pii

(jui

ont longtemps charmé les loisirs des

brocanteurs. La (^our,

se pressait autour

du Régent, n'avait rien des
et les

allures de celle qui avait entouré
le

Anne d'Autriche

deux cardinaux;
liuir, et ce

régne de Louis

XIV

et

de

madame

de Maintenon venait de

([u'on redoutait le plus, c'était l'austérité et la dévotion

dont on avait
de délices;

secoué
il

le

joug; Philippe

lit

de sa demeure un lieu de
le

plaisii's et

voulutque touty respirât
secondées.

luxe

et la

vidupté; ses intenlit)ns ne hirent

(|ue trop bien

Le Palais-Royal

aiïecla dés ce nu)m('iit
le

une

liberté de uunirs, (buil

il

a

longtemps conservé

souvenir

et les traces.

La

l'amille

du Régent,

elle-

même,
Tout

se prêtait

merveilleusement

à l'élégance et à l'éclat
et

de ce desordre.

ce

que

la

mémoire des courtisans
II,

du [leuple

avait

conserve des
et

galantes souvenances des autres règnes était dépassé; (Ihailes VII

Agnes.

François P", Ileini

Henri

III el

leurs aniourensesprndigaliles. Henri l\

l'.M)

LE l'AlwViS-llOYAL.
l^oiiis

cl

ses inailn'sscs,

\1V

et sa

superbe tendresse, pâlissaient dans Les roues qui étaient
les
il

les

appartements du

l'alais-lJoyal.

mi(jiiuits

du

llégent, Uubois, son ministre, et des
d(,'

lemmes auxquelles

était difiicile
le
l'aste

donner un nom, avaient porté au-delà de toute imagination
plaisir.

et

l'impudence du

Le
dont
le

Palais -Iloyal
il

lut

profondément empreint des niar(]ues de
le

cette

époque;
il

n'a

jamais pu secouer entièrement

caractère de mollesse,

avait reçu les stigmates, et (|ue le langage récent a caractérisé par

mot

lléyence

,

devenu

le

nom

d'un style particulier aux

mœurs,
le

à

l'art, à

l'architecture et aux manières de ce temps.
le

Devant
lloyal,
|)eine
les

bruit dont

le vice

de cette cour remplissait alors
silencieuses
et

Palaisà

solennités augustes passaient
la

obtenaient

un regard;

royauté n'était

là (|u'un

bote importun, dont on bou-

leversait le logis, sans daigner faire attention à lui.

Les fêtes

les

plus

pompeuses
les

s'elVacaienl devant la

démence des mystérieuses baccbanales;
les

banquets étaient vaincus par
était

soupers;

le

cérémonial des grands

ap[)artements

désert pour les buis-clos des cabinets et du boiuloir.
il

A
(pii

ces dissipations,
le

fallait
le

un Pactole
(jui

:

un étranger, l'Ecossais Law, du

trouva dans

Mississipi

lleuve d'or

devait alimenter des largesses
sait

ne connaissaient plus de bornes.

On
avec

les deploialtles folies
l'ut

système;

Law

semblait avoir piis possession du Palais-Royal; ce
(pu' retentirent
le

donc

autour de cet édilice

i»lus

de violence, tantôt les
qu'on voulut bien bâter
si

clameurs insensées

(|ui

demandaienl

à

grands
cpii

cris

leurs ruines, tantôt les voix furieuses

accusaient ceux qui avaient

indignement dépouillé
lîoyal, spectacle
('/est
le

le [teuijle;

ce fut dans

un tumulte de ce genre
la

ipie

des cadavres furent laissés sur les dalles de

première cour du

l'alais-

sanglant dont

le

rcgenl détourna les regards.
la

|)lus

frappant des souvenirs (pu'

Uegence

ait

lègues au

Palais-lloyal.

En

IT'iô, le

2 décembre, Pbilippe, regeutde France,
la

inouriit

subilemenl

entre les bras de sa maîtresse Louis, son léguée
;

duchesse de

IMialaris.
(pii lui était

lils,

fut ébloui
la

parles richesses de l'habitation

il

en respecta

sjjlendeur et n'opéra aucun changenn-nt.
ces magniticences, et connue
les
si,

Fatigué sans doute
lu'is

j)ar

sous
la

les

lam-

dorés,

il

enteiulait résonner

honteuses runnnu's de
11

Uégence,

ce

prime
li-ace

se relira

dans l'abbaye de Sainte-Geneviève.
:

laissa pourtant
le

une
lin

de

s(ni

passage au Palais-lloyal

il

lit

replanter

jardin sur

dessin

iKiuveau.

Deux

belles pelouses bordées d'ormes en boules,

ii(C((mpagnaienl, de chaque côl(%

un

graïul bassin placé dans
la

une demila

lune, oriu'e de treillages el de statues en stuc,

plupart de
iiii

main de
de
lil-

Liisemberg. Au-dessus de celle
leiils.

(lenii-liiiie
.

régnait

(piiiicoiice

dont rninbra<;e

(>lail eliiiiiiiaiil

La i^iaiide allée siirhuil fonnail un

Ui PALAIS-I50VAL
hcrcciiii (Icliciciix cl imix'iKMr.ildc nii snlcil
tiiilléf's fil |)oili(|n('s.
:

lill

tuntos lo> cliniMiilIcs ctnicnl

Le G

avril 1765,

onze ans après

la

mort du
pour

iils tlii

régent, et sous sou

petit-fils

Louis-Philippe, uu incendie dévora
fait

la salle

de lOpéra, celle

(]ue

Richelieu avait

hàtir.

Ce

fut
la

le

Palais-Royal l'occasion
lit

dinie ivstauratiou complète, dont
llit

ville

de Paris

les frais.

Le

coii-

de deux architectes, celui de l'Hôtel-de-Ville et celui du Palais, gàti
retrouva, dans quelques arrangements intérieurs, uu
la

le

monument. Ou

pâle reilet des élincelautos soirées de
salle

Régence; on

fit

construire une
pi'lilrs

de spectacle sur
s'il

latjuelle le

prince et sa famille jouèrent de

pièces; elle était,

faut en croire les

témoignages contemporains,
(les plaisirs,

fort

simple, fort agréahle, et de forme ovale,

auxquels se
cpii

livrait

avec ardein*
Itord

le

duc de Chartres, déplurent

à

son père

les

av.iit d'a-

encouragés, et en 1780, par les insinuations de
le
<liie

madame
y-vA;\

de
le

>[<ui-

tesson (piil avait épousée secrètement,

d'Orléans

Palais-

Royal

a

sou

tils

Louis-PIiilippe-.ldsepli.

La

pi'(»digalite
;

du régent eut dans

stui arriere-[)elit-lils
le

uu digne siu-

cessenr

les fêtes

reparurent au Palais-Royal, et
la

plus éclatant de ces
lU'

souvenirs est celui de
lut

réception faite au roi de Daneniarck; rien
:

néglige p(un' |tarer celle solennité

cm

lit

(hu'er les grilles

de l'escalier

l\n
t!'lioiiiioiir;

LK FAI-A1S-I5 0VAL.
coUv iKtiivcinlc
(it

loii^lcnips
iiiailic

l'adniir.'iliou
iiiic

des Pnrisicns.

Le

I*;il;iis-ll(>y;il siiliil,

sons ce

nouveau,

des modifications
il

les pins

importantes de son existence,

et

snr laquelle

est utile d'appe-

ler raltenlicni,

Oiiels (pie soient les

motils cpie l'on s'eiïorce de

donner an\ résoluil

tions prises et exécutées par le propriétaire
fait

du Palais-Royal,

y a

un
pro-

qui est

demeuré incontestable,

le

but qu'il se proposa fut d'anj^nienIl

ter ses

revenus devenus iusul'fisants pour ses dépenses.

conçut

le

jet d'isoler le

jardin, en l'entourant des éditices qui forment aujourd'hui

les trois côtés

de son enceinte

;

à ce sujet

il

y eut

de

la

part des propriéle

taires
fut

voisins des réclamations très-vives, sur lescpielles

Parlement
rpu; le pre(le

appelé à prononcer. L'opinion publique témoignait sa colère par des
;

sarcasmes
causa
;

à la

cour on

persiflait sans pitié sur les

boutiques

mier prince du sang
(pii

faisait

construire pour les louer aux marchands,
la

le

plus de regrets, ce fut

destruction de

la

grande allée du
le

jardin

elle était

chère à l'oisiveté des i)ronieneurs; elle était
Il fallut ([ui

rendez-

vous des nouvellistes.
dinal de Richelieu, et

abattre les maronniers plantés par le carvit

étaient d'une grosseur remarquable; on
celui an pied

tomher
glés,
les

le

fameux arhro de Crucuvia,
rois,

duquel avaient été

ré-

en dépit des

des armées, des législations et des événements,

destinées du nord de l'Elurope.

Le 8 juin 1781, pendant qu'on exécutait ces travaux, l'Opéra brûla une
seconde
fut

fois; cet

incendie enleva l'Opéra au Palais-Royal; ce spectacle
la

provisoirement lrans|»orté dans une salle construite à
la

bâte près

de

Porte-St. -Martin, celle qui existe encore aujourd'hui.

Ces dispositions contrarièrent tous les plans.
server
ties,
la

On

voulait d'abord con-

façade principale du côté de
(|ui

la

place, et séparer en

deux par-

par des colonnades, l'espace

s'étend du palais au jardin, avec

des cimstructions posées sur les galeries. Le prince ne renonçait pas à
l'espoir de ressaisir l'Opéra dont
il

regrettait l'absence;
fit

il

ordonna donc
la salle

d'interrompre les travaux des colonnades, et
spectacle qu'occupe maintenant
le

construire

de

Théâtre-Français. Dans l'intérieur du
avaient exigé beaucou|)
à

palais, les besoins successifs de la famille

de

modifications

:

presfpi'au

même

lem])s s'éleva,

l'extrémité d'une des
/^eft/i-

galeries du jardin,

une autre

salle de spectacle, celle des

comédicus

du comte

lie

tieaujidah, devenue depuis, mais avec des

changements nola

tables, la salle

du théâtre du Palais-Royal.
tonte grandeiu" disparut
;

Dés

ce

moment

la

spéculation exploita
le ]>nbli(

triple galerie; le jardin vit revenir les

promeneurs,

s'empara de

cette [tronuMiade, ouvei-te à ses distractions, et oublia bientôt les pre-

mières (hdéances,

el la

foide adopta cet(mdroit, dont le prince et ses fala

miliers ne jouissaient ([u'après

fermeture des

grilles.

IJ*:

l'AI.AlS-ilOVAL
avait foii(|nis la plus

11)7^

En

I78(J, le jardin

du J'alais-Hoyal
merveilleux de

grande

vn^^ue;
le

c'était le lieu

les

la ville et

de

la

cour venaient
il

plus

volontiers; les étrangers y accouraient de toutes parts; Cranchises indigènes qui étaient comme les privilèges

v avait certaines
la

de ce territoire;

galanterie facile s'y était naturalisée.

On

avait construit

un cirque au
((.iii-

milieu du jardin;

il

était
il

décoré d'une manière originale par des
avait toutes les

partiments en treillage;

apparences d'un l)os(pMM parc

de fleurs et d'arbustes et rafraîchi par des jets d'eau (|ui s'élançaient cl retombaient de la terrasse placée au sommet de cette constniclidu l'oni «pie l'élévation du cinpie n'enlevât rien à la vue, on avait enbuii dans
I.-

sol la moitié de sa hauteur, et

on

y arrivait

par

les parties

basses et par

le

des galeries souterraines. .Nous insistons sur cet établissement au(|uel Palais-Royal doit peut-être les grandes destinées auxquelles
le cir.pu'.

fouclie

<léjà

notre récit. Destiné d'abord à des exercices d'equitation, dans lequel ne parut jamais un cheval, fut occupé par des
bals, des spectacles forains,

ments qui attirèrent
bassin, et
il

la

fêtes, par des des jeux, des repas et d'autres divertissefoule. 11 occupait l'emplacement où se trouve le

s'avançait sur l'une et l'autre pelouse.
;

Rose

le

restaurateur
,lr

l'exploita (l'abord

ce fut

que se réunit

le

rhih

,ir

la haiirln-

/rr: en

1709,

il

fut

dévoré

|»ar les llannnes.

On

était

en

1781), la politique agitait fous les esprits;

vait satisfaire la curiosité

du public

:

les

mais rien ne poujournaux manquaient à son im-

patience, et ce n'était que par les conversations et dans des entretiens mutuels qu'on pouvait s'instruire de ce (pi'il impoilait tant de savoir. Le Palais-Royal était le point central anqnd venaient aboutir tous ceux qui

recherchaient avec avidité

le

moindre

bruit.

Ces reunicms s'augmentaient

chaque jour,

la

foule y accourait de tous les points de Paris,
et

pour

y

cher-

cher des nouvelles

s'instruire de

la

situation de l'État

Ne

semble-t-il

pas que dans ces habitudes athéniennes ou voie poinilre l'origine de nos journaux? La parole faisait alors ce que fait aujourd'hui la publicité imprimée. S'il arrivait une personne de Versailles, elle ét<iit aussitôt entourée par la multitude et pressée de questions sur la cour, sur le mini>Icre et sur les États-généraux; les commentaires s'exerçaient ensuite sur ce que l'on venait d'apprendre.
Cette situation avait quelque chose d'alarmant; elle était plus dangela presse jugée si redoutable. D'abord, elle ouvrait la route à tous les mejisonges, à toutes les erreurs et à toutes les exagérations. On

reuse (p.e

pmir ces sortes de réunions que Beaumanbais a écrit n'est de bruit absurde qu'on ne puisse faire croire aux oisifs d'une grande ville, eu s'y prenant avec habileté. On comprend. I<'"it(le suite, quelle influence ce (pion est convenu d'appeler un beau piirleur. p.Mivait exercer sur ces masses mobiles, dociles et nupressionc'est celle

dirait

que

pensée

cpi'il

l'.r,

m: palaisi)ar qiielipie brillante
l'aire

110

val
quelques paroles sola

iiahlos; rien iic potivoil conjnror l'onigc rxcilc par

nores on
rait i)u
s(^

explosion de sentiments;
eut
cl

raison n'au-

entendre,

elle

éle

inlailliblemenl étouffée par les

transports du preniiei' tumulte,
\/,\

bientôt l'éduite au silence.

lorce populaii'c

ainsi

groupée comptait promptement ses forces,
le

les

passions s'enllammaienl par
la

contact;
était

de l'idée
et

à l'action,

de

la

pensée au nionvement

transition

prompte

facile; c'était

un

amas de matières coiubustibles
.\ecker venaitde c<Mler
la

ipi'une étincelle pouvait enflammer.

I/évenement devait réaliser ces prévisions.
direction des alVaires publiifues à un nouveau
;

cabinet. Paris avait reçu cette nouvelle avec irritation

les

groupes se
le

rormaieul dans tous les lieux publics: au
foule était

l'alai.s-Iloyal,

dans

jardin,

la

immense.

C'était le Ti juillet \1H\).
(pii

D'une des masses
était aise

marcpuiit
la

le

plus d'iri-itation, une voix, dont

il

de reconnaître

jeunesse à son émotion et à sa fraîcheur,
autres entretiens, proposa de prendre les

s'éleva

au-dessus de tons

les

aruH's et d'adt)pter une cocarde nouvelle |)our signe de ralliement. Voici

comment
«

il

raconte lui-même ce qni se jiassa

:

11

était

den\ benres

et

demie

;

je venais

sonder

le

peuple,

ma

colère

était

tournée en desespoir. Je ne voyais pas les groupes, quoique viveet consternés,

ment émus
gens

assez disposés au soulèvement. Trois jeunes

me
:

jjarurent agités d'un

véhément courage;

ils

se tenaient parla
le

main
(pie

je vis (pi'ils étaient

venus au Palais-Uoyal, dans

même

dessein

moi. Quebpu's citoyens passifs les suivaient. «Messieurs, leur dis-je,
;

voici

se


A

un commencement d'attroupement civi(|ue il faut (|u"un de vous dévoueet monte snrune chaise, pour haranguer le peuple.— Montez-y. J'v consens." Aussitôt je fus plutôt porté sur la table que je n'y montai.
peiiu' V etais-je,

que

je

me

vis

entouré d'une foule immense. Voici

ma

«ourte harangue <pie je n'oublierai jamais.
»

Citovens,

il

n'y

a i)as
;

un moment

à

perdre. J'arrive de Versailles,

M. .Necker est renvoyé
palritttes.

ce renvoi est le tocsin d'une Saint-Barthélémy de

les bataillons suisses et allemands sortiront du Champ-de-Mars pour nous égorger; il ne nous reste qu'une ressource, c'est de courii' aux armes et de prendre des cocardes pour nous reconnaître. » J'avais les larmes aux yeux, et je parlais avec une actiou que

Ce soir tous

je ne

i)ourrais

ni

retrouver, ni peindre.
inlinis.
:

Ma motion
le

fut reçue

avec des
?

applaudissements
Quel(|u'un secria
|»erance,
la
t>u le

Je contiuuai

:

«

Quelle couleur voulez-vous

»

«

Choisissez!

— Voulez-vous
:

vert? couleur de l'es-

bleu cincinnatus, couleur de
»

la liberté

d'Amérique

et de
!

démocratie':'

Des voix s'élevèrent
:

«

Le

vert,

couleur de l'espérance

»

Alors je m'écriai
satellites

«

Amis,
ipii

le

signal est

donné;

voici les espions et les

de

la

p(dice

me

regardent en face. Je ne tomberai pas du

M-:

i'A

l..\!S-!î()VAL
»

lî)-

moins vivant entre Icnis mains.
je (lis
:

l'uis liiant ^\^'u\ [tisUdcls
»

de

ma

ixiclit'.

«

Que

Ions les citoyens m'imitent!

Je deseemlis elonll'e d'em-

lu'assenKMits

;

les

nns

me
;

serraient contre leur coMir. danlies

me

Itai-

mnaient de lenrs larmes

nn citoyen de Tonlonse, craignant pour mes
à

jonrs, ne vonlnt jamais m'abandoiiner. dépendant on m'avait apporte un
rn!)an vert; j'en
(|ni

mis

le

premier

mon

chapeau,

et j'en distribuai à

ceux
la

m'environnaient. Mais un préjuge populaire s'étant élevé c(,nlre
lui

couleur verte, on
clamées,
(A4

substitua les trois couleurs,

(pii

lurent alors

[tro-

comme
la

les

couleurs nationales.

»

homme,

c'était

Camille-Desmoulins. Le jour,

c'était la

première

journée de

révolution.
cette scène, la Bastille s'écroulait sous les
la

Le lendemain de

coups du
lacade
(pii
i\\\

peuple. Quatre ans plus tard, une charrette s'arrêtait devant
l*alais-Hoyal; elle conduisait an supplice
le

duc d'Orléans,
!

avait

renoncé à son

titre poin*

prendre

le

nom

iVEijalilé

Cependant
mais
ches

la salle

du Théàtre-Francais

avait été entièrement achevée;

les autres

constructions n'avaient pu être terminées.

A

la

place des

colouiiades projetées, ou avait permis
(jui

d'élever des hangars de planet

formaient trois rangées de bcuiticpies

deux gah-ries couvertes.

I!K*.

M-:

PALAIS-IIOVAI..
amij) des TarUireu, vA eiisiiile
diiiv!'

On

appela res liaraqiies

le

les

galeries de

Dois, (^es conslnu'tioiis iiiipiovisoes ont

(piaranle-trois ans. iNous

aurons occasion d'en parler avec plus d'étendue.

Le

II

juillet

171)0,

lAsseniblee .Nationale léyislalive déclara

(|ue la

pairie était en danger. Cette déclaration proclamée sur toutes les places

publiques de Paris,

le lut

sur celle du Palais-Uoyal avec un appareil et

une
dée

solennil»' extraordinaires. Elle lut, des le
pai'
le

malin, annoncée

et

précéà che-

luuil

du canon,

le

Ti

juillet

;

les olliciers

municipaux

val, et divisés

en deux corps, sortirent,

à

dix heures, de rilôtel-de-Ville,
trico-

faisant porter

au milieu d'eux,
était écrit
:

i)ar

un garde national, une bannière
!

lore sur

hupudle

Ciloi/eiis

la jHtlrie est en

danf/er! Devant et

derrière eux marchaient plusieurs conscrits,

accompagnés de nombreux
la

diHachements de gardes nationaux. La bannière, signal du danger de
patrie, était

orm-e de (piatre guiibuis,
:
<<

sui'

chacun desquels on
»

lisait

un

de ces mots

Liberlé, éndlilé, publieilé, resjwnsubililé.

Une musique
corps muni-

cmivenable
cipal.

à

la

circwmstance se Taisait entendre devant

le

Voici la l'ormule (|ue
législatif
u
:

le

président avait pronoucee au

nom du Corps
:

Des

troiq»es

nombreuses s'avancent
la

siu'

nos frontières

tous ceux

ipii
"

on! en horreur

liberté

sarment contre
le

notr<' c(uistitution.

(atovens!

la

patrie est en d-iiigerl
(pii

»

One tous ceux

ont déjà eu

bonheur de prendre
et libres:

les

armes pour

la

liberté se

souviennent qu'ils sont Français
la

que leurs con-

citovens maintiennent dans leurs foyers

sûreté des personnes et des
le

propriétés; ([ue les magistrats du peuple veillent, (jue tout reste dans

calme de

la

force, qu'ils allendent
>

pour agir

le

signal de

la

loi,

et la

patrie est sauvée.
l>e

Palais-lloyal, déjà
l'Etat.
Il

diminue

|)ar les
le

ventes uali(Miales,

l'ut

réuni au

domaine de

ex|»ia

fatalement

scandale de sa splendeur passée;
exploitaient les vices et les dé-

envahi par les races de D(diémiens
sordres d'uni' iiopulation en délire,

(pii
il

fut livre a toutes les exploitations.

On

y installa

une maison de jeu

;

des fourneaux et des salles de restaura-

teur occupèrent les appartements; les deux théâtres subirent, l'un, celui
,h' la

République, une ruine totale, l'autre les plus aftligeantes dégradations.
le

Sous

consulat,

le

Tribunat chassa
salle

les veiuleurs; cette
le

assemblée

teuait ses séances
et (|ui hit

dans une

dont

plau fut conçu par M. Bléro,
construite avec beaucoup
et à

teruiiuée par M. de

Beaumonl;
1801,

elle fut

d'habileté; on

accorde des éloges à son

ordonnance

l'harmonie de

toutes ses

parties. Bâtie en

la salle

du Tribunat

a été

démolie en

1827, pour la continuation des grands appartements, après avoir servi pemlanl Ireizc ans de cliapellc au palais. En I8(»7, le senalus-consulte

LE PALAIS-UOVAL.
du 19 août
Corps
Hoyal
dont
cl le (Iccict

|<)7

impérial du

'i!>

du uk'uic uiois Irauslci-ereut au

léyislatir les attrihulious coustitutionuelles
fut réuui

du Trihuiiat. Le Palaisla

au douiaine oi'diuaire et extraordinaire de

couronne

il tit

partie ius(pren 1814. .Napoléon ne le visita qu'une seule fois,
\)U

et n'alla

pas au-delà du second salon; rien n'a
(pi'il

détruire les préven-

tions délavoraliles

avait contre cette résidence.
y lurent abrites

La Bourse elle Tribunal de commerce
asile provisoire.

comme dans un

M.

\

atout,

(|ui a

écrit sur les

résidences royales un ouvrage auquel
et

nous avons souvent emprunté des documents recueillis
une intelligence parfaite, peint ainsi
lement
'<

ordonnés

avec-

le

retour du diu- d'Orléans, actuel:

1(>

roi Louis-IMiilip|)e,

au l*alais-Hoyal

En 1811, un auguste

exile revient

dans

sa pairie;

il

se présente seul

et

sans se faire connaître au Palais-Royal. Le suisse,
impériale, ne voulut pas
il

ipii

portait encore
il

la livrée

le laisser

entrer;

il

insiste,

passe,

il

s'incline,

baise avec respect les

marcbes du grand
(pii

escalier

Ci'était riiérilier

des ducs d'Orléans

rentrait dans le palais de ses

pères.

Pendant

les Criil-.hnirs le

Palais-Hoyal fut babité par

le

frère aine de

Napoléon, Lucien, prince deCanino.

Après cette époipu',
biens non vendus (pie

le
le

duc d'Orléans, rentré dans

la

possession des
titre

prince son père avait possédés à quelque

que ce

fût,

s'occupa sans relàcbe de restaurei'le Palais-Hoyal.

Depuis l'anéantissement du Tribunal jus(pi'en 1814, le Palais-Royal, connue demeure, l'esla désert; au rcz-de-cbaussée et dans la cour, étaient,
ainsi

que nous l'avons
(piel

dit, la

Bourse

et le

Tribunal

dt;

Qnelbî vie et

niouvemcnl animaient alors

les galeries!
la

commerce. Le Palaismagnificence
Français des

Uoyal

était

comme

un(> cai)itale

au milieu d'une capitale;

de ses boutiques avait une
parlaient

renommée

universelle; les deu.v-mondes en
les

comme

d'une pierre d'Orient. Les étrangers,
(pii

d(q)arfements, tous ceux
l*alais-Hoyal; merveille

affluaient à Paris, accouraient d'abord au
il

du monde,

était

regardé

comme

le

temple du

goût et de

la

mode; pour

lui tout était

oublié et dédaigné; toute emplette
les

faite ailleurs

qu'au Palais-Royal, dans

mes,

comme ou

disait ordinai-

rement, n'avait aucun prix; l'Opéra-Comique
vrai

l'avait ainsi voulu. 11 est
;

que rien alors n'égalait
le

les

splendeurs de ce lieu
il

mais

il

avait

d'autres attraits; c'était
exclusif, tant
il

centre des plaisirs, dont

avait le

monopole

les avait

entourés d'irrésistibles séductions.

Les restaurateurs du Palais-Royal passaient, non sans raison, pour les

premiers cuisiniers de l'Europe; leurs caves avaient
les vins

les

prémices de tous

fameux;
a

le

goût, l'élégance et la promptitude du service, ajou-

laient

encore

ces (pialites précieuses. Les calés deployaienl un luxe

19S

|,K

PAL Aïs- HO Y AL.

inconnu partout ailleurs; des maisons de jeux présentaicnl à cliaciut» pas les plus séduisantes promesses; des femmes radieuses de jeuiu'sse et de beauté, brillantes de parure, comme les fées que l'on voit dans les
songes, parcouraient les galeries; d'autres se glissaient dans l'omlire du jardin, partout ou rencontrait des sourires, de doux appels, des regards prévoyants, et tout le manège d'une volupté cpii verra ruiner ceux qu'elle
attaque. C'était à se croire sous les portiiiues du

barem ou dans

les jar-

dins du calife, au milieu des odalis(|ues

lil)res

d'aimer

et de cboisir.

Au

premier étage

le

puncb illuminait

les croisées et ses lueurs

redoublaient

l'ivresse des sens; toutes les vitres étaient

llamboyantes, et jiartont erbi-

taient eu
les

mille

transports ilivers et sous mille bn-mes, les jouissances,
le rire, les plaisirs, l'oubli

provocations,

des

maux
à

et les

plus vives

sensations. L'esprit s'égarait et

le

regard se troidilait

suivre ces délices.

Au-dessous, dans

les

caveaux, retentissaieutdes bruits de fête;
d'adresse,
ici

s'accom])ar

plissaient des prodiges

le

concert était exécuté

des

musiciens vêtus en sauvages avec de merveilleux roulements de tambour; plus loin des ventriloques uu;ttaient au service du persiftlage et de la
la voix; ailleurs des parades les plus partout ces o'illades encbanteresses, ])artout ces abnées et CCS bayadéres doiit la dégradation se cacbait sous tant de grâces.

mystitication leur art de déplacer
et

amusantes

Les galeries de bois, bordées d'une double baie de boutiques de marcbandes de modes, dans lesquelles on apercevait des tigures jeunes et
jolies, à l'éternel sourire, étaient le lieu

de prédilection des promeneurs

du

soir.

La foule

s'y

entassait, sans

songer à l'aspect maussade, aux

ruines humides, an sol fangeux, aux émanations infectes qu'augmentait encore cette multitude d'hommes réiniis sur le menu» point; c'est que, là. les séductions se mêlaient [ilus intimement à la foule. On a maintenant
peine

audace du geste
sive

liberté du propos de cette époque et l'inconcevable du maintien; il y avait nue espèce de convention lasdont personne n'était cbo(iué. Là, aussi, dans les boutiques des
à
la

concevoir

et

libraires, setablissaitrentretiendes lettrés,

feuilletaient les livres de l'étalage, et

pendantque de pauvres hères happaient sans payer ipielques bri-

lles de science. >Jons ne savons comment notre pensée, en se reportant sur ce tableau, éprouve des regrets à faire rougir notre mémoire. Ce sentiment, nous l'avons retrouvé chez tous ceux qui se rappellent

les

galeries de

bois, hideux et honteux endroit, remplacé par cette galerie

d'Orléans,

comme
De

monument de marbre et de cristal, Inmiiu'use et transparente, ces palais diaphanes construits par l'imagination.
aux portes peintes
et vitrées;

ce coté, les abords du Palais-Koyal étaient formés par d'abomina-

bles et étroites galeries

on

s'y précipitait

avec délices; Chevet les

embaumait des fumées de
était,

ses provisions.
les classes,

La promenade du Palais-Royal

pour toutes

un besoin

\AÙ
iiii]»(!'neux
:

PAI.AIS-HOYAL.
ik'

199
et ses

le

Prince archi-chancelier
les soirs,

l'Empire

deux acolytes,
la

s'y inontraieiit tous

coudoyés par des gens de

campagne

eliahis

devant ces miracles.
était alors le centre

Le Palais-Uoyal
et

de l'Europe civilisée; cet

immense

opulent bazar, ce harem toujours ouvert, toujours peuplé, et ce cales dissolutions, tout attirait,

pliaruaùm de toutes
multitude. C'était

charmait
l'or

et retenait la

que nos soldats revenaientdépeuser

quilsallaient

chercher dans toutes

les capitales; leur insouciante prodigalité dissipait

ces trésors en quelques jours, et leurs retentissantes largesses réson-

naient en échos tentateurs.

Ce

fut ainsi

que l'invasion de 1814 trouva

le

Palais-Royal, pour la con-

quête duquel toute l'Europe

s'était coalisée.

Un jeune coloiu'l, en arrivant à la barrière deClichy, le 31 mars 1814, demanda où était le Palais-Koyal? Tout est compris dans cette question.
Il

y eut des olticiers prussiens
à

si

pressés d'arriver au Palais-Hoyal, qu'ils

onirérent

cheval dans les galeries. Le connnerce ne se pique pas de

patriotisme; en un

moment

et

comme

par enchantement,

le

Palais-

Hoyal

(le

Paris olTrail, snr loutes les devantures de ses bouti(pies, les uni-

<;4

1

(fè

v,\i\\'

loruics, les c(»illïu('s, la passementerie, les

mililaire des

armes et tout l'équipemenl nonvcaux venus, qui pouvaient se crou'e a Vienne, à Herlin

200
cl à Saiiit-IN'tcrshonrfi
ils l'urciit
:

\A\

PALAIS-I5()Y AL.
(Ingaccrics pour caiderlcsrtraiioors;
rcsislcr a ces preveiiaiices;
ils

oii rcdoiiltl.i

ravis et

lui

songereiil

[)as a

enri-

chirent

le

Palais-Royal, qui était alors à l'apogée de sa grandeur. Les

naturels de l'endroit racontent des histoires prodigieuses sur les dépenses
(|ue tirent les

étrangers dans ce paradis terrestre.

Les Cenl-Jouvs donnèrent au Palais-lUiyal une physionomie tnrhulente; après le retour des Bourhons, il y eut de cruelles représailles. Le café <le
la

Paix

vit

toutes ses glaces hrisées à grands crnips de sahres qui n'étaient
il

sortis du fourreau que pour ce bel exploit;

y eut des duels éclatants et
la

des provocations

ipii

tirent
les

quelque bruit. Le cale de

Paix, salle de

spectacle dans laquelle
était livré

représentations paraissaientetdisparaissaieul,

aux tilles publiques, qui s'y abandonnaient à de dégoûtants excès; un horrible spectacle. D'antres cafés cherchèrent à attirer le public en employant de jeunes lénimes pour le service des tables; il y eut toutà-coup, entre ces établissements, nue émulation de luxe et d'opulence
c'était

qui pour plusieurs fut une cause de ruine

:

au café des Mille

Colonnt'.s,

une des

hrllcs linioiiddirrcs était assise

au comptoir dans un fauteuil qui

avait servi de trône à Jérôme, roi de NVestphalie.

Le
Ilots

café Lend)lin fut

pendant quinze ans un foyer d'opposition.
de l'Ein-ope amenèrent au iNilais-Hoyal des

La paix

et la tran(piillité

d'étrangers qui tous y laissaient des dépouilles opimes; ces passages

produisirent plusieurs années d'une étonnante prospérité.

Le duc d'Orléans, qui habitait
de rentrer dans
les

le

Palais-Koyal, s'occupait activement

domaines de

sa famille.
la

Un
la la

bail (|ni durait jusfpi'en

I80i, avait sauvé de
il

vente nationale

galerie vitrée; le Prince la reprit;

revendi(pia aussi judiciairement
(jii'il

propriété du Théâtre Français; on disait ahu's
(Ir

criKUHjriiil lu

muavec

roinie

Fraure nnttrc uu

tas

tic

jncrrcx;

il

a

eu l'une et l'antre.
les points
le

Les travaux de réparation étaient poussés sur tous

beaucoup de
ordre,
et

zèle; les

dépendances du Palais s'élevaient dans
et

plus bel

remplaçaient partout d'ignobles

immondes

constructions.

Dans
sur

les galeries, les

s'avançant à
les

marchands se disputaient la vogue et les chalands en qui mieux mieux vers les passants; ils écrivaient leurs noms
le

poutres transversales, au plafond, atin de

faire vttir

de plus

loin.

Les architectes du Prince ramenèrent partout
les

la

régularité, etil fallut

descendre

hautes inscriptions,

aliattre les

ambitieuses devantures,
les limites

et faire rentrer les boutiques et les étalages

dans

de l'aligne-

ment commun.
avec
les

C'est dans ces travaux que, sous le Palais-Royal que l'on
le

démolissait, on vit apparaître

vieux Palais-Royal, celui de nos aïeux,
vieilles hôtelleries autrefois

noms

et les

enseignes des

fameuses;

en

même

temps,

les tilles

publiques étaient chassées des galeries et du

jardin.

LE PALAIS -no Y AL.
Eli

201
giilerie d'Orleiiiis

1829,

racliL'veineiit îles périslyles et

de

hi

gronde
il

initia dernière

main aux constructions récentes;
le

était

impossible de

ne pas louer l'ordre de cette riche et correcte architecture.

En

1850, au mois de juin,

duc d'Orléans donna au
Charles
fit

roi

de Naples,
le

son heaii-lVcre, une

léte à laquelle le roi

X

daigna se rendre;

Palais- Royal, lier de cet

honneur insigne,
cette

des frais considérables pour
était

se
le

montrer reconnaissant de
jardin illuminé;
il

auguste faveur. Le j)euple
se répandait

dans

contenipiait

la fête (pii

dans

les allées

siis|)endnes au-dessus de la galerie... Tout-à-coup

nue de ces émotions

sans cause et sans but

si

familières à

la

multitude se répand dans lafoub?;

on franchit
de
la

les barrières

des parterres, on entasse des chaises au pied

statue de l'Apollon du Belvédère, et l'on allume
:

un bûcher dont

le

piédestal porte encore les traces. La garde arrive

obéissant aux

commanils

dements des
(coutume de
la

ofliciers, les soldats refoulent et rabattent,

comme
;

avaienl
et

le

dire alors sous

un

roi

chasseur, les citoyens

rindignation
fait

colère résistent; les llammes et les cris s'élèvent à la fois, on

plu-

sieurs arrestations.

Dans
la

cette échaulfourée qui se

termina par un procès

en

]»olice

correctionnelle, et que nous avons de bonnes raisons pour juger
<ui a

sainement,

vu

préface de

la

révolution de 1850. Ce n'était pour-

tant (prune

convulsion

passagère,

mais qui témoignait du malaise
s'écriait

gênerai.

Cela se passait au

hon temps j)oitr
soir
:

moment ou le roi Charles \ ma (lotte d'Ahjer! M. de Salvandy
»

:

«

Voilà,

un

s'était ('crié. le

même

«

Nous dansons sur un rolcan!
le

»

En
lus, à
(pii

1850,

28

juillet, ce fut

dans

le

jardin du Palais-lîoyal (|ue furent
les journaux

haute voix, par desjeunes gens montés sur des chaises,

[)arurent malgré les ordonnances. C'est de là (pi'oii partit pour se
(pii

rendre auprès des presses

résistaient

aux violences de

la saisie.

Pendant

les

journées de

juillet, le

Palais-Royal resta muet et désert;
les galeries
{\n

les balles suisses sillonnaient

de temps en temps
la

pour

les

tenir libres; le troisième jour, de

colonnade
-

et
,

du balcon
le

Theàtre-

Erancais,
acharnés.

et sur la

|)lace

du Palais

Hoyal

combat

fut des plus

Cliodruc-Duclos seul se promenait sous

les péristyles,

il

était là

comme

Marins sur

les

ruines de Carthage;
il

si

quelqu'imprudeiit se hasardait

dans ce

lieu*

périlleux,

l'avertissait

charitablement de se retirer.

Lorsque

la

royauté populaire s'établit au Palais-Royal, ce fut un temps
la

de liesse et de tumulte;
cesse assiégées par

cour

et toutes les

avenues du Palais, sans

la foule

qui appelait le roi et par les dépiitations,

étaient trop à l'étroit dans cette enceinte, la royauté étoulfait dans cette

habitation ducale; elle alla aux Tuileries.
D'ailleurs,
il

n'est peut-être pas

bon que

les

grands de

la

leiTe soient

2(1

'Ml
vus
(le

LE PALAISsi

110 Y AL.

près;

la

HcjJieiicc

loin

des rcyai'ds du pciipU' eût élo nioidiê

odieuse.
Ainsi,

Richelieu

(|ui

bâtit

le

Palais
le

-

Royal convoita
fut

le

trône

de

Louis XIII et usurpa sa puissance,

Régent

presque

roi, et le

duc

dOrléans Louis-Philippe monta sur le trône! Les jeux lurent abolis ce coup fut mortel à
;

la

fortune du Palais-Royal.

Ce square,
(pii

le

plus beau qu'on puisse imaginer, a des caractères distincts
la

sont autant de traits de

physionomie i)arisienne.
la

L'espace qui s'étend devant
est invariablement
les

Rotonde,

à l'extrémité les

nord du jardin,
vacances, tous

consacré aux rendez-vous; pendant

dé[)artements y aflluent, en habit noir et en cravate blanche. A Friedla

land, on sonnait

chaige

:

deux jeunes

ofticiers

marchaient

à l'ennemi

dans des directions diiférentes.
l'autre.
"^

— Adieu,

cria l'un.

— An revoir,

ré[)ondit

— Où ça — Au Palais-Royal, dans quinze jours, à cinq — Devant Rotonde'^ — Oui — Eu avant!
la
!

heures!...

Ils

furent exacts au rendez-vous.

Lorsqu'avril a fermé les théâtres, c'est au Palais-Royal que les comé-

diens de toute
oisiveté

la

France viennent faire grève, c'est-à-dire chauffer leur
chercher de l'emploi
;

au
il

soleil et

c'est

un

chapitr(î

du Roman

comique;
jamais.

se

passe

sur des chaises que

ces

messieurs ne payent

LE PALAIS-UOYAL.
La coalition des i;aiTons
parle alleinaiul.
laillciirs

ior.

se

ticiil

(h^Kuil

dans

les

allt'os cl

La politique
rez

n'a point aI)an(lonné le l'alais-Hoyal
lii'e

;

a|»pi(>cliez-vons de

ce groupe de gens qui se sont cotisés pour

le

join-nal,

vous retrouvelaldte liriilc

dans leurs observations

les

plaisantes traditions de

hommes; pour leur stratégie, ils impriment sur le sable des fleuves, des nmntagnes et des routes. Dans ces pavillons cpii ont remplacé les pamille

rapluies d'autrefois, les
la

femmes

(pii

louent les journaux vous donneront
({ue

mesure exacte du degré

d'estinu:

clnupie

feuille

inspire

au

public.

Le Palais-]{oyal
c'est l'asile de la

n'est pas

seulement

la

terre

cbérie de l'opulence,
(pii

misère;

elle s'y

promène en

haillons

révèlent preset transie
le
;

que toujours
c'est là

le

souvenir d'un sort meilleur;
tient la }»etite
le

elle y est

affamée

que se

bourse des signatures

à

un franc

mille.

ChodriH'-Duclos,

Diogène des galeries, régnait sur ces tribus indile l'alais-Iloyal a

gentes sans se confondre avec elles;

perdu en

lui

une

de ses plus regrettables illustrations.

café

Le jardin du Foy toute

l'alais-Iloyal voit
la

en été se réunir autour des tables du
petite fashion

gent lettrée et

la

du dehors;

sa pronu'-

uade est fréquentée; on forme cercle autour de scm bassin pour humer
la

fiaicheur (jue lance

le jet

d'eau

;

mais

le

l'alais-Iloyal est

triste

et

languit.
11

s'en va
le

comme
nombre
(pii

tant d'autres puissances se soûl en allées!
(b's

Voyez

bouti(pu'sà louer, comptez les nuigasins de
à ses

taila

leurs nomades,

donnent

arcades un faux air du Temple. H

perdu ses vieux cafés; le café Valois est fermé, de ncmveaux établissements ont succoml)é sous l'extravagance (h; leur luxe, t'i malgré (picl(pies

beaux magasins, ou

se

demande avec

effroi, si la

splendeur du

i*.i-

lais-Uoyal n'a pas émigré au loin, veis les régions fortunées des nouveaux
quartiers.

Le soir,
si

l'cdiscin-ite

laisse
le

dans
le

les

ténèbres ces fenêtres

autrefois

radieuses.

Pendant

jour,

jardin est infeste par des clans
(|ue les

de

sales nourrices, par des

gamins plus iuciunuuxles

.tnimaux voaviiut!(,-

races, et [)ard(!S lasd'enfanls laitlsel déplaisants; c'est

counne un

goût des destins de
piilence,
Il

la

place lîoyale, cet autre séjour

<le

laniour, de

maintenant délaisse.
el

est vrai qu'on a fait le Palais-Hoyal beau

élégant:

il

a

un
;

palais
il

liclie

de merveilles; sou jardin
lierte

a

des |)héuonn'nes d'iKirticiillure

pciil

montrer avec

son air monumental et ses vastes galeries, uuiis

a
'

(pnii lui sert cette vaiin>

magniticence

(pii lui a

enlevé tout c(Uitenlenienl
(|ui l'écrase':'
s'il

Ne voyez-vous pas

cpi'il

suicombe sous

ce faste

Hendez-lui, oh! reudc/.-hii ses anciennes joies, ses vices,

le

faut;

204
ils

LE PALAIS -ROY AL.
si

l'ont fait

heureux!
il

(tétait

un

liltertin
il

(|ui

menait vie joyeuse, vous

l'avez converti,

l'ait

sou salut, mais
!

meurt d'ennui.

La

vie n'est plus là

IÙ(;i-:m-:

Biuffaut.

7"

"'

'

^ik^i^^^^^^^i'^^^- -

ROE SMNT-FLORESÎIH.

A

nie

S;iiiit-

1

loipiitin
et

commenrc
liiiit

(liiiis

la iMif

de Hivoli
;

dans

la

rue Saiiil-lluiiore

elle a trente-trois

ni moins; elle du premier arrondissement. S'il était possible que l'histoire

maisons, ni plus,
fait partie

d'une rue de Paris fût racontée par
les

hommes

d'élite

qui l'ont liahitée.

à des épo(|ues liien différentes l'uuf!

de l'autre, nous pourrions entendre

de

singulières
la

et

terribles confi-

dences, de

bouche de quelques
la

hôtes illustres de
rentin.

rue Saint -Flo-

L'histoire publique de cette voie

parisienne se
<lans les

trouve

tout

eutiére

noms de

certains person-

nages

(|ui

ont représenté: La tinauce

sous

le

régne de Louis XIV,
et l'arbitraire

le

gouvernement
étrangère sous

sous

le

régne de Louis
le

XV
la

,

la
la

noblesse

règne de

Conven-

tion nationale,
(;aise

diplomatie franet

sous l'empire
,

pendant

la

restauration

l'aristocratie de l'ar-

gent sous

le

règne de l'égalité consdoiil je parh',

titutionuelle de 1850.

De ces grands noms
toire, qui les a
'^/Aoa.

quatre appartiennent déjà

à

l'his;

jugés sévèrement

20G
le

HUE SAINT-KLOIJENTIN.
la piiissaiice,

cinqiiicmf appartient à

à la richesse,

aux plaisirs, aux
les historiens des

vanités et aux intrigues de ce

monde. Soyez tranquilles:

rues

rfe

iV»*/^

ménageront

les passants qui vivent encore.

Je ne sais guère qu'un seul

moyen de rendre

la

parole à

la

houche des

morts, que je voudrais entendre
les ressusciter

comme

par enchantement, sans pouvoir

par un miracle. Ce moyen, très-simple, très-facile, trèsexploité autrefois par

ingénieux,

l'ut

un honnne de beaucoup
pai'

d'esprit, de

malice et d'audace, par un écrivain railleur,

un très-amusant philo-

sophe

(|ui

se

nommait Lucien,

et (|iie l'on

pourrait siirnommer, ce

me
me

semhie,
C'est

le V(»ltaire

du paganisme.
,

donc l^ncien
si

ce véritahle

Aristophane de
le

la

t(mihe, qui

prêtera,
(liiilogui's,

vous daignez

me

le

permettre,
regards
le

cadre fabuleux de ses

pour mieux étaler
de Paris, de

à vos

tableau d'une réalité histo-

ri((ue.

Aussi bien, ne
la ville

s'agit-il
la

pas, dans ce livre qui embrasse Ions les

âges de

résurrection des sociétés |)arisieinies?

Puis(|u'il

nous

est impossible d'obliger les

morts à com|>arailre devant
notre

nous, prenons à deux mains notre curiosité, notre imagination,

courage, atin d'arriver secrètement juscpi'à eux, afin de
l'autre

les visiler
d<'

dans

monde, en nous promettant de
nous n'irons pas dans
les
le

les

interroger et

les

entendre.

(Certes!

ciel,

dans

le

royaume des bienheu-

reux

:

pour trouver

héros que je cherche, mtus n'aurons besoin que
pénitentiaire(jui touche à la vallée

de |)énétrer dans cette
d(î

immense prison

Josaphat, et où souffrent, en essayant de se repentir, les grands comé-

diens du théâtre de riiumanité.

Adieu donc,

terre!... et vive l'enfer

où nous allons! La pensée voyage vite

:

nous

voici déjà

dans

le

pingatoire, au milieu de (puisi-danniésqui furent
coupables... avec des circonstances atténuantes.
!

autrefois des

hommes

Que

le

diable soit loué

je viens de reconnaître, à la

première vue,

les

persoimages célèbres que nous avons besoin de voir
dons-les passer ensemble,
s'il

et

déjuger; regarporte un

vous

plail.
il

Le premier

est grand, maigre, sec, et tout à fait ridicule;
:

accoutrenu'ut splendide

un pourpoint de velours
;

noir, couvert de bi'ode-

ries et.doublé de satin rose

une veste écarlate, brodée en large point d'Esà

pagne
lants;

et garnie

d'une frange

crépines d'or; des bas de soie d'un blanc,

d'azur, roulés sur les genoux, et retenus par des jarretières ornées de brilil

traîne,

en guise d'épée, une canne

({ui

ressemble

à celle

de

M. Turcaret;
ce

et puis, des

manchettes de dentelle, des bagues
il

à tous ses

doigts, et des boucles de souliers étincelantes;
(pi'il

se
il

promène en

calculani

gagnait

,

ce (juil |>ossèdait autrefois, et

soupire en regrellant

encore d'avoir prêté quel(|ues poignées d'argent
Louis XIV. Vous voyez, dans ce bon

à l'insolvable vieillesse di^

homme,
[laillelé

le financier

Samuel Beinard.
il

Le sec(UMl

est

un grand seigneur

du dix-huilienie siècle;

a

KUE SAlNT-FLOUEiSTlN.
cessé d'être un comédien redoutable dans
le

207

monde,

et je le trouve |)res(|ue
il

charmant dans
broderies,
il
il

le

purgatoire.

Il

se sourit à lui-même,
à la fois,
il

étale ses riches

tire ses

deux montres
le

prise
il

une pincée de tabac
11

d'Espagne,

joue avec

nœud de son

épée, et

sautille à ravir, tout

aussi bien que la plus habile marionnette de l'Œil-de-Bonil'.
vient plus que des frivolités de l'ancien régime:
il

ne se sou-

parle à ses

compagnons
il

d'infortune de sa majesté Louis
gl(U"ilie

XV

et

du

p(;tit

lever de Versailles;
;

se

d'avoir eu l'honneur de présenter la chemise au roi
la favorite,

il

se

prend

à

médire de

madame Dubarry;

il

vante ses ])oîtes en émail

(pii

sortent de chez le bon faiseur Havechel, les
le style

damas

éclatants,

les

tenlnres veloutées, les boiseries peintes,
les houlettes, les les éventails de

chicorée, les trumeaux,

magots,

les singes, les négrillons, les
la

sophas indiscrets,
magnilicences mi-

Vanloo, les pendules erotiques,

poudre, les mouches

et le rouge, toutes les petites merveilles, toutes les

gnardes duxviii'

siècle. C'estsingulier! sur
,

son habit splendide, parsenu'

de pierres précieuses

de Heurs d'or et d'argent, notre magnilique

damné
i*

porte, en guise de croix de Saint-Louis,

une

clé de fer qui ouvrait, sans
la clé

doute, quelque porte bien mystérieuse; est-ce
clé

d'un Barbe-Bleu de
la

la

d'un avare?

la clé

d'un chambellan'!' Non; c'est
le

la clé

Bastille;

et

vous voyez, dans ce brillant gentilhonune,

fameux distributeur des

lettres-de-cacb(;t, le

duc de Lavrilliére, ou

le

comte de Saint-Florentin,

connue

il

vous plaira.
(|iii

Ce pauvre vieillard,
noblesse iiulolente, et
les

marche avec une lenteur solennelle, avec une
montre encore sur son front
la li'ace

(|ui

de toutes

douleurs humaines, c'est un grand d'Espagne de première classe,

c'est l'ancien
et

ami
le

et l'ancien com|)licede

Ferdinand VII

,

c'est

un

faible

honnête Castillan

(pu' l'on appelait aulrefois le
i|ni

duc de riufaulado.
simples apparences

Le dernier et
ilans notre

plus grand des personnages
a

doivent nous intéresser,
les

promenade au purgatoire,

conservé
;

de

la société

parisienne de notre tenqis

il

a su (hunier à t(»ute sa jter-

sonne

la gravité
il

dun

profond

j)oliti(|ue

el

lélegance d

ini

homme

du

monde. Quand
m'aperçois, en

vivait encore, je

me

laissai dire (juil était inlirme: je
le si>irituel le

elVet, (ju'il

boite

connue

démon du
;

ronian de

Lesage, et qu'il porte une Itéquille connue
il

Diable-Boileux

sans doute,
tôt, et

a boité bien souvent, sur la terre,

ahn de ne jamais arriver trop
Onel
le

souvent aussi,

afin d'arriver trop tai'd.

nom

<pie celui

de cethonnue!
souple,
:

nom

terrible, (|ui

cache

le

personnage

plus habile,

le [)lus

le

plus spirituel de la France d'autrefois et de

la

France d'aujourd'hui évêque-

législateur, royaliste révolutioiniaire, républicain émigré, ministre impérial,

ambassadeur constitutionnel,
l'une,

cpii

avait enq)rinite, des sa jeunesse,
les

aux traditions ingénieuses du paganisme,

deux faces symboliques de

Janus

:

pour regarder

le

passé; l'autre, pour considérer l'avenir!

208

KUE SAINT-FLORENTLN.

Etrange ambitieux, que l'on admire sans pouvoir l'aimer, que l'on redoute sans l'estimer peut-être, que l'on recherche sans le désirer touLorsque je songe à ce mystérieux octogénaire qui sait encore jours
!

trouver de

la

grâce, de l'habileté, de l'esprit, pour se draper dans son

linceul et pour mourir, je

m'en inquiète

et je

m'en

effraie,

parce

(pi'il

m'est
et

impossible de
si

le

comprendre ou de
(jui

le deviner. Cette
(|ui

nature

si

calme

pétulante à

la fois; cette

intelligence
les

s'élève,
la

au besoin, jusqu'au
réserve; cette force
;

génie; cette audace

prend tous

détours de

qui devient, eu un clin-d'œil, de la témérité et de l'adresse cette ardeur qui
se contient; cette patience Tongueuse
(pii

peut, en

même temps,

atteudi-e

et se presser; cette ambition calculée (|ui ne s'agite pas, qui

ne marche
il

pas, et qui arrive; cette admirable pénétration
s'agit

des

hommes, quand

de les

subjuguer onde
il

les

conduire; ce jugement profond des cir-

constances, quand

s'agit de les exploiter (ui

de

les vaincre; cette faculté

insigne de se dépouiller, à sou gré, des atfections et des sentiments, à la manière du reptile (pii fait peau neuve; ce dévouement actif et sincère

pour toutes
bérée

les

grandeurs qui montent; cette ingratitude froide
les

et déli-

p(Uir toutes

grandeurs qui descendent; entin,
,

cettiî

cruauté
ré(;lle

apparente dans

les principes

mêlée

à je

ne sais quelle douceur

dans

le

langage, dans les façons,

dans

les

goûts, dans les habitudes:
les idées conle

n'est-ce point là
traires, (pielqne

un mélange incompréhensible de toutes

chose d'inconnu, d'impénétrable et de ténébreux connue
<iui

goulfre imaginaire

s'entrouvrait scuis les pieds chancelants de Pascal'

Je n'ai

[loint l'orgueil

de vouloir prononcer l'éloge ou
(|ui

la critique

de ce

prêtre, de ce

gentilhomme, de ce diplomate
(pii

vécut tant de siècles en

quelques années;
taire
;

connnenca

a être spirituel

en devisant avec Vol-

promena, bras dessus, bras dessous, avec Sieyès et le tiersètat; qui consola Mirabeau mourant, en lui parlant de la patrie et de la liberté qui arma des navires de guerre, pour secourir l'Américpie éman(pii

se

;

cipée, avec l'argent

du clergé de France; qui salua Bonaparte,

à l'aveue-

mentde

sa gloire, et(pii le renia si vite, à la

déchéance de son régne, de

son pouvoir

et de son nom; qui inventa, eu 1814, une royauté nouvelle pour l'abandonner ensuite et pour la condamner, pour lui dire adieu comme il lui avait dit bonjour, en souriant, en faisant de l'esprit, en se

moquant de
là,

la

restauration qui était son propre ouvrage!

— Vous

avez

devant vous, tout près de Samuel Bernard, du duc de l'Infantado et de
le

M. de Saint-Florentin,

prince de Perigord-Talleyrand

!

Les illustres pécheurs dont je parle se promènent toujours ensemble, durant les heures de répit que leur laisse la bonté divine: ils aiment à
se réunir,
bris;
(pi'ils
ils

pour

se consoler entre eux,

comme
ils

il

sied à de grands dé,

essayent de se rappeler, dans leur intimité d'outre-tombe
et

ce

ont dit

ce qu'ils ont

l'ait

sur

la

terre:

ne se sentent pas de

Rue Saini-Floieiilin.

HUE SAINT-I LOliE.MIN,
joie,

^209
la

en apprenant qu'ils ont tous habité

la

nn-nie rue, peut-èlrc

niènu'

maison, dans un misérable coin de boue

(pie l'on appelle Paris, ot c'est

ce qui

conlideuces mondaines.

provoque sans cesse leurs souvenirs, leurs regrets, toutes leurs Asseyons-nous silencieusement, poui- ccnutei'

ce nouveau dialogue des morts;

elqne Lucien,
bien,
et

(|ui

savait
!

si

bien éroiilci'

aux

jtorles

des enfers, nous pardonne et nous protège

Samiei- Rkr.nari».

— Savez-vous
vaniteuse,

mon

cher duc de La Vrilliere.
sans
la

que sans

ma

t'aiitaisie

surtcuit

sln|tide

(aiblesse

de M. C-baniilhuI pour

ma

petite

persbmie
inie
le

(b-

linancier,

vous n'aiirie/

jamais eu l'intuneur de donnera
Lbtrentin'Uien n'est
avait
fut
l'ait

rue de Paris \otre

nom
le

de Saiiitje itarle

j)lus

simple:

contrôleur des finances dont

sa

fortune polititpie en jftuant au billard avec

gciind roi; ce
je

aussi en jouant au billard avec ce pauvre ministre des tinances, que
la

bloquai dans
le

blouse de

mou

coifre-fori la prr'uiiere
la

bille, c'est-à-dire

premier million de

mon

o]Hilente i-icbesse. I>aiis

vie ministérielle

de

Lbauiillart.

le

carandiohio,.

;,\;,it

beaucoup aidé

le

génie de riiomme
'27

•21(1

ULK SAINTdans

I'lJ)in:.\TLN.
le

(rcl.it;

mon
à

existence liiiancifre,
avisé

caninibohigc vint en aide

à

l'aniliifion et

l'esprit

de riiiunnie daii^enl. M. Clianiillail sut

e(»n(|nerii' l'estime

prérieuse dn piinee;

moi, j'obtins,

|)ar rieoeliel, les

bonnes grâces de
et je Ironvai,

la

Fortnne,
cetl(! j(die

(|ni

daigna m'éponser... delà main ganclie,
trente-trois

dans

main de ma déesse, une dot de
l'aire

millions de livres!...
L'ne
l'ois

riche, opnlent, millionnaire, je m'avisai de
ini

hàtir
la

nn

hôtel

splendide.
Victoiics.

véritable hôtel royal, an pins bel endroit
ré'sidence était sans pareille, et
d<'

de

plarr des

Ma
et à

loiil-à-l'ail
il

digm' des jdns
à

magnili(pH's seignenrs

Paris et de Versailles;

ne man<piait

ma

splendenr
inie

mon

orgneil ((n'nn pen de ncddesse, nn zeste de noblesse,
liant petit

arme parlante, nn mé<

Mason, nne misérable branche de

(pn'hpie arbre o('iiéalogi(pie... Par inalhenr,
inllexible:
il

mon ami M.

d'Iloziei

l'iit

ne daigna tronver, dans

l'illnslration étpiivoqne

de

ma

la-

millc, (pi'nn panvre margnillier de la paroisse de Saint-Sanvenr.

Noble on
les

vilain,
la

Samnel Bernard

traita

de pnissance à pnissance avec
:

gramlenis de

France aristocratitpo'
pièces d'or
(h;

tonte

la

conr de
à

l.,onis

\IV

défila

dans nu's antichandtres, ponr icndre
les
et

hommage
(|ni

mon
:

méj-ile, et

pour ramasser

d'argent

t<nnbaient de

ma corne
nne
l'ois,

d'abondance. Pernndtez-moi
alin

m'en sonvenir, mon cher dne
l'acon
.

de mienx deshonorer,

a

ma

Ions

ces

|iarasiles

cpii

venaient

s'asseoir à

ma

table, j'<d'rris

nn

petit son[>er rejonissant à trois

c(mrlisanes
(pii

de

l*aris, «pii étaient
!

charmantes,

et à trois ((MU'tisans
le

de Veisailles

étaient, par Dien
et

de célèbres gentilshommes;

repas fut fort lioinnHe,

ponr (\w rien ne man(|nàf au
I<tnt

festin, je fissin'vir,

an dessert, denx bas-

sins énornn's.

remplis de ces jolies Iriandises que l'on aiipelle des
le

lonis d'or, (iràce à rai)pétit insatiable de nn's n(d)les convives,

der-

nier plat de

mon
le

petit

son|)er fut dévoré en

nn

clin-d'(eil, et nu's lonis
la

d'or disparu l'en t,

comme

par enchantement, dans

poche des

trois gentils-

honnnes. Oui
taire
fi

croirait 'Mues helles courtis.iues de Paris s'avisèrent de

de

mon

extravagante |)rodigalite, en dédaignant de tcmcher au
:

magnifique dessert de Samuel Bernard
d'argent, plus de coMir, ou
Versailles.

sans doute, elles avaient pins
(pn^ les courtisans

moins de gourmandise
duc!
,

de

Vous riez, monsieur
et de

le

V(uis

riez peut-être de

ma
,

faiblesse

ma

vanité?.

.

.

.

C'est vrai

je l'avoue à

ma

honte.

.

.

.

les

gens de

cour prélevaient nu impôt extraordinaire sur
sottise.

mon

orgueil et sur

ma

Dans une seule
à

année...., je ne sais plus la(|uelle...., qu'ini(h;

porte...! la noblesse daigna user

ma

niaiserie, avec

une indiscrétion
;

qui convenait

emprunteurs insolvables j'ai eu l'honneur de prêter mon malheureux argent à des gueux delà plus haute distinction, à des nuMidiants (pii portaient nne robe, une épée, nn rochet et
nu'rveille a des

lUK SAIN T-MJ)U E.\ TIN.
soiivciil iiM'iiic

il
in.i

I

une

((iiininiK;
i|ii('

;

j';ii

délie les (((rdoiis de

Ikmusc

[xtiir
l;i

de

l>es<»iyiieiix [(ersoiiiiii^cs

l'on ;i|»|»elail

des [dus

Itcaiiv

noms de
le

cdiir,

de

l'é^ilise et
Eiiliii
,

de

l;i

ville.

jiioii eliei'

duc, jai

oldigé de

mes deniers,
et,

plus

f.;raliiile-

meut du
(pii

luoiide, (W Ires-liauts, tres-puissants
:

ti'es-excelleiils

pi-imcs

ont gouverné des peuples

Stanislas I*% roi de l'ologne,

yiaiid-due

de Litliuaiiie; Louis XIV^; Louis XV.

Rien

(pie cela

!

One
le

l'enfer se cliarj^e

du châtiment éternel de ce cixpiin de Desmaresl,
roi Je m'en s(tuvieiis encore un peu d'argent! quelle royale coméjoué, monsieur le duc
! : !

maudit contrôleur des tinances du vieux
ciel,

honte du
die, et

quelle comédie pour
c'était l)ien

comme

Eu
fie

1709, l'océan du lrés(»r de l'Etat était épuisé; les petits ruisseaux
richesse puhlique étaient à sec; on imaginait l(uites
hattre nu)nnaie sur
le

la

sorles de
à étahlir

moyens pour

dos du peuple
il

:

on se prit

des impôts sur les haptèmes et sur les mariages;

ralhil

payer pour de-

venir chrétien, et pour se marier saintement devant Dieu et devant les

hommes! Les
roi etd(;
l'anls,

petites gens s'ingénièrent, à leur tour,

pour se mocpu-r du

M.

le

contrôleur Desniaicts:
la

ils

haptisèrent

eux-mêmes des

en-

avec de l'eau sancliliée par
ils

prière, et

(pii valait

hien celle de

l'Eglise;
(pii
I

se mariércMit eu secret, avec l'assislance de i]tiu\ témoins

valaient, entre

impôt

ridicule des
la

uous,autautquedeux prêtres. Le contrôleur avait semé haplèmes et des mariages: le monar((ue l'ecneillil,
les nuiruuires, les plaintes, la

par loute

France,

haine

et la c(dére

des

|»auvresgeus; M. Desmarets essaya de monnayer la flèched'unaulre hois.
Il

se mit en

marche

j)our allei' IVajjper a

tontes les [lorles

;

mais, les

pcnMes des hanipiiers, des traitants, des lermiers-generaux, se i'ermaieni
a

son approche, pour ne jamais jdus s'ouvrira sa voix;
Saïuuel Bernard, je refusai d'avancer une seule

<'t

moi-nu''me,

uu)i,

|(ist(de,

en dépit des

gains ((uisiderahles (pn> j'avais realises dans les finances de l'Etat.

Mais, hélas! sous
disp(»se
!

le

régm; de Louis XIV,

Lu malin,

à

mon

réveil, je reçus

Oui, [tour Marly!...

Une

invitaticni

le sujet propose et le roi une invilation pour iMarly... signée, non pas de la main de sa

majesté, mais tout simplenu'ut de
général,
et,

la

main de monsieur

le

contnWeur
la

en pareil cas, cela

signiliait, a

mes yeux,

a

peu près

même
monde

chose. D'ordinaire, on n'invitait pas un siinple han(|uier aux fêtes vrai-

ment royales delà
spéciale,

c(uir

de Marly; mais,

il

est parlôis,
(pii

dans

le

ou nous avons vécu, de misérahles traitants

mériteni

une faveur

une grâce exceptionnelle,
et

inie (piasi-jiistice
(pi'ils

extraordinaire: je

remerciai Dieu

le roi

de l'houueur

avaient

la

honte de

me

faire.

Je

me

disais, eu m'afliildant de
a

ukui su|)erhe costinne de cour:
je

Ma
\]\

soudaine présence

Marly produiia (piehpie sensation,
dépit
et

m'en

llatte;

mes confrères crèveront de

de jalousie,

j'en

suis sTir: Louis

2lti

UÎjK

SAlM-FlOHE.NTiiN.
|)('Mt-('lr(' (lai»;iiera-t-il iii"<il)li;;('f a iii'as(|iiaii(l (»n

daiyiicia nie parler, je l'cspcie;

seoir à sa lahlc... je le stuiliailc;

a

eu riionueur de
la

diiicr

avec

le roi, ou devient yeiililluuiiine ]»ar

la

yràee de

iourrhetle royale! Et
si l)icu à l'éclat

puis,

un

titre

de chevalier, de comte ou de marquis irait
(|ue le

de

ma

jeune noblesse! Oh!
la

cordon de Saint-Michel jouerait

à

merveille sur

veste dorée du financier
!

Samuel Bernard!... xVUons,

ambitieux, viens à Marly

Le
la

même
<le

jour, a deux ou trois heures environ, je fus présenté à tout*;

cour

Louis XIV, par M.

le

contrôleur général des tinances,

(jui

spéculait, en ce nuiment, sur la sottise d'un petit et sur la sottise d'un
i;rand. Je m'aventuiai

dans
<le

les

jardins de Marly, au milieu d'un cortège

de beaux seigneurs et
lin

dames; tout à coup, un homme, ou plutôt demi-dieu, s'avança vers moi, et il me semble; (puî le génie de la
belles

l'oyante prit la peine de

me

saluei-, le
:

piemier!
"

11

daigna nu» diie, d'une
»...

voix (|ni avait ([uebpie (;hos(î de divin

Monsieiu" Bernard
tel

Je

faillis

en perdre

la tète...

J'aurais payé un

tel

Ixmheur, un

hoinieur, au prix

de vingt millions, et j'aurais crik, parlasembleu! ne pas l'avoir payé trop
cher.
><

Monsieur Bernard, me
>

dit le roi,

vous êtes bien

homme
à

à n'avoir

jamais vu ^Luiv^..

Je crus sérieusemenl ipie j'allais mourir,

force de

joie, a force d'(ir;;neil. cl je

me

courbai jnsipia terre, pour

me lonleiaux

i;i

E SAi .N'r-IIJIUK.NTI.N.

215

pieds du glorieux nionjiniucl.. Louis \1\ luc releva, du bout de sa luaiii

souveraine, et là-dessus

il

daijiua

me

faire

les

honneurs de
les jardins
,

sa résidenee
les hosrpiets,

royale:

il

nuMnoulra

lui-niènie,

en personne,

les pièces d'eau, les statues, toutes les magnificences de Marly; mais, au milieu de ces spleudides merveilles, je ne voulus voir et je n'admirai que mon hôte, mon guide, mon protecteur, mon demi-dieu... le roi

de France! Dés ce moment,
chose.

j'étais

mieux

(pie

(pu^hpinn

:

j'étais

quelqne

la

Desmarest demanda, pour moi. une audience paiticuliére à madame maripiise de Maintenon; mais, sa soi.ioitk refusa de me recevoir. Je
fierté à la

pardonnai, sans peine, un pareil accès de

veuve du cul-de-jatte

Scarron

:

elle avait

besoin de beaucoup d'orgueil pour vernir son ancienne

bassesse.

Ma

visite à

la

cour de Marly ne

nn.^

coûta guère que

la

bagatelle de

<|uatorze millions.
J'étais

né jjour devenir

la

providence, je n'ose pas dire
et

la

vache

à lait

des gentilshonnnes, des courtisanes
tard, je pris en pitié la royauté

des rois. Quelques années plus

minable du jeune Louis XV,

comme

je
!

m'étais apitoyé sur

la vieillesse

malheureuse de Louis XIV. Dieu merci

mes nouveaux placements,

à

fonds perdus,

me

valurent du moins des

laveurs insignes, des grâces inimaginables, des alliances illustres, et une

renommée sans
de l'Etat, et je

pareille.

Louis-le-Bien-Aimé

me surnomma

le

sauveui-

me

réveillai,

un beau matin, chevalier de

l'ordre de Saint-

Michel, comte de Coubert, seigneur de Vitry, Guignes et autres lieux,
conseiller secrétaire
le

du

roi et

de ses finances. Ce n'est pas tout: j'obtins

droit précieux d'aller diner,

quand bon me semblait, chez
la

le

maréchal

de ^oailles; je soupai, chaque soir, chez
perdis au jeu des

duchesse de Tallard, et je

sommes

considérables, au profit de quelques nobles

vauriens qui

me

riaient au nez, en recitant les scènes les plus ridicules

du

Bourgeois

(jeittilliomine.

et

Pour comble de bonheur et de gloire, j'épousai, à l'âge de soixante dix-neuf ans, une jeune et jolie personne, mademoiselle PaulineSaint-Chamans;
je mariai

Félicité de
3Iolé,

ma

fille

avec

François-Mathieu

seigneur de Champlâtreux, Luzarche et autres lieux, conseiller

du Roi en tous ses conseils, grand président du parlement; je devins ainsi le grand-père de la duchesse de Cossé-Brissac je m'alliai aux
,

Biron, aux Duroure, aux Boulainvilliers, et je consentis à être

l'ami

iutimedu garde-des-sccaux Chauvelin.O puissance infailliblede l'argent!

Vous
du

le

voyez
la

:

mes

alliances,
roi
;

mes
je

amitiés

et

ma

fortune m'avaient

rapproché de
[uilais

personne du

voulus aussi rapprochernui demeure
à

de

la

Royauté. J'achetai donc, pour y élever
le petit

grands

frais

une

résidence princière,

ml-ilc-sur df r(htiii(jnir,(\n\ avait emprunte

214
son
iimii
(lu

H IJ E S A N T I

II. ( Ml

i:

N T

l

\
j<'iiiie

vciisiiiaye

des

(»raii<^crs

des Tuileries; un

arcliilede,

nommé
li(|ue,

Gabriel, se chargea de dessiner et de consiruire ee temple maynià la fortune;

dédié au hasard et

j'approuvai tous les plans nn-rveilà

leux.

de

mon

artiste;

le

cul-de-sac de l'orangerie disparut

ma

voix,

pour céder main, les londements du palais de Samuel Bernard.... Mais, ô regret!
la [)lace à Vd pelite

rue des Tuileries; on jeta, du soir au lende-

o douleur! l'orgueil du tinancier ne put s'élever qu'à fleur de terre...
jour, un triste jour, je vis chanceler et mourir, entre uu's mains,
noire,

Un

ma

poule

ma

poule aux œufs d'or, une poule à laquelle je croyais attachées

ma
um.'

fortune,

ma

gloire,
la

ma

vie,

ma

destin(M; toute entière; j'avais raison

:

heiwe après

mort de

Coeotie, de

ma

nu'illeure ami(\ je fernuii douà

cement les yeux,
à bâtir,

et j'expirai

en recommandant

mes héritiers de continuer

dans

la petite

rue des Tuileries, un palais qui devait être

mon

tiernier chàlean en

Espagne!

Encore un
où devait

cou[>, renn-rciez-moi,

umusieur
(juc

le

duc
dit

:

je déblayai la place

briller,

un jour, votre hôtcd
la

Ion

raisoniuiblemeut uut-

gnili(pu', et je pris

peine d'aligner une nouvelle rue, (pu) vous avez

bai)tisée de votre

nom
par

de Saint-Elorcnlin;

sir vos,

non

roliis

!

Lk

1)1

c

itE

LA ViuLLiKiîi:.
la

iieuM'iciez-uioi plulôl,

mon cher
vo(re
le

Saunu'I. horrible
le

d'avoir aniddi,

grâce d'un nouveau
;

ba|)téuu',
le

rul-ile-sae de l'Oranijerie

tout cela sentail
diuic! songez

parvenu,

traitant,
a

linaucier, le maltôtier...

Il

un peu, mou

ciiei',

Ibonueur

(pu'je voulus bien faire à vos premiers travaux, à vos [u-ojels et à voti'e

menutire «'(juivoque

:

en I7(i7,

le

niuivel acipu-reur des terrains de votre

petite rue des Tuileries n'était rien

nudus
la

i\\[r

Louis l'helypeaux, comte
l'oi
;

de Saint-Floreuliu, ministre de
s'agissait déjà de le créer

la

maison du
Vrilliere.

à

celle époipie,

il

duc de

Jugez de

mon

crédit, de

mmi
et

influence, de

ma

grandeur: eu 1705,

je perdis
:

une main

à la

chasse,

nuiu royal maître eut laltontV" dem'écrire

«

Vous n'avez perdu qu'une
à voti'c service.
la
d(î
»

main, et vous eu trouverez toujours deux, chez moi,

L'absence d'une main ne m'enqȏcha pas de [)uiser dans
Louis
lités

cassette de
ses libéra-

X\

,

et je

crus faire

ma cour

au inonar(pu', en usant

gracieuses pour coniribner, dans les pr(qiorli(Uis de nutu étal, aux
:

embellissenuMils du (piartier des Tuileries

les construclioiis

de

Ux

jdure

Louis XV, les éditices de
hijiiu.r

la

rue

lloi/dle, les

arcades du Carde-Meuble des
le

de la eourouue, commenceri'ut à s'élever, avec
le

premier étage de

UKMi hôtel Saint-Florentin;
«•onsentis à bajdiser

roi

conseulit à baptiser une; place, et je

La place Louis

W

une

rue.

fut déc(U'ée
(pii

d'une statue
le

('(pu'sli'e,

exéculée par

Edme

l>oiMhard(»n, et

représentait

loi

de France icxélu du l'aluen uiarbiv blanc,
étaient
l'igalle
:

dami'uluiH aulicpu-;

les

angles du piedeslal,

llaucpies de (piaUe ligures

symboliques, indignes du ciseau de

Il I^

E SA

I

N T - F ] ^^\\E N TIN

1\

l.'i

Force,

l;i

l'alx, la Vi-mlcnn'. cl la Jiislicc; les

mauvais plaisants de
on du

la
:

\illt'

s'ciniMf'sst'rciit (le crier,
bello slaliio

en se
le
,

m(H|iiaiil dt- larlislc...
pii'doslal

suuvci'aiii

() la

.'

ô

beau
le

.'...

Les vorliis sont à pied
\<)iis le dirai-jç!

vice est à cheval.
(pu-I niiséralde,
(|nel

un peu plus
(juel

lard, je ne sais
(juel

im-

pie,

(pu'l alliée,
la

philosophe,

homme

du
:

peujtle,
il

osa mouler,
les

pendant

nuit, sur h' cheval
il

de Bouchardou

i)anda

yeux de

Louis XV;
le

imagina d'altacher à sou cou une méchante
,

tire-lire. et.
p(titrine

lendemain
:

les

passants lisaient cette inscription sur
le

la

du

mmiarque
tille, et je

N'oubliez pas

pauvre

aveutjle.

11

y avait imurtant une Bas-

n'étais pas bien loin de la place

Louis XV!
le

(le

ipii

se passa, durant

ma
la

vie,

dans

mystérieux hôtel de

la

rue

Saint-Florentin, Dieu seul
(pu',

le sait! cette

habitation splendide tenait pres-

par

la
:

letlre-de-cachet, à

fameuse prisim d'état du laulKUirg Saintla

Antoine

riiôtel

Saint-Florentin servait d'antichambre à
:

Bastille; les
le

faiseurs de
la

mots disaient, en parlant de ma maison
!

Voilà

bui-ean de

traite

des innocents

Vrai Dieu! c'était
(

le

beau temps de
le

la

monarchie française!

à celte

harinante r'pocpie, je l'avoue,

peuple se plaisait à reprocher au

roi et à

ses ministres bien des fautes, bien des vices et bien des folies; on inédi
sait, à la ville,

des couitisans coi-rompus de Marly, de (^hoisy, de Belle;

vue

et

de Versailles

on nous

faisait

un crime de

la

vénalité des titres,

des décorations, des digiiités, des gouvernements
Irissait
le

et

des charges; on
(pii

11e-

pouvoir des gentilshommes faciles et des maîtresses

leur

ressemblaient; on parlait de l'anéantissement de notre marine; on
partout
la

criait

à la
le

ti'ahiscui, à

propos du

Iraité

da Paris

(pii

venait d'arracher a

France
il

Canada

et la

Louisiane; bagatelles
la

ipie tout cela!., tarte à la

crème!
Dans
somiait

nous

restait
là,
:

encore

Bastille.

ce
la

temps

rien n'était ])lus simple (pu' de gouverner; on chanà la Bastille;

favorite

on essayait de ou en prose
;

faire l'esprit-fort
:

:

à la

Bastille; <m chantait la liberté eu vers
dait les juges et les prêtres
:

à la Bastille;

on fronl'on avait

a la

Bastille

on osait écrire ce que
:

un père défendait l'honneur de son enfant à la Bastille un mari voulait garder la l)eauté de sa femme pour son usage particulier à la Bastille. La Bastille jouait un grand rôle dans les amours du régne de Louis XV la lettre de cachet était un véritable permis-dechasse pour le chasseur couronné, pour le chasseur amoureux de Versailles, (pii s'en allait faire la guerre au galant gibier du Parc-aux-Orfs. Samuel Bernarh. Et vous appelez cela, monsieur le duc, le beau tem[is de la monarchie française y.. (Ju'est-ce (|ue c'est que votre petit roi L(uiis XV. à côté de nuui grand roi qui se nommait Louis XIV:' que sipensé
; :

à la Bastille;

:

:

•^K'
giiilie

15

LE

SAIN T-FLOI{E> TIN.
côté

ce misénible

Parc-aux-Cerfs, à
le

des poétiques jardins de
siècle,
la

Versailles?...
l'esprit,

Sons

rèf>ne

dn souverain de mon

noblesse,
la

l'amour élégant,

l'art et la

poésie, toutes les royautés de

France monarchicpie, se pressaient en loule chaque soir dans les jar<lins de Versailles, pour se disperser ensuite, aux derniers rayons du
s(deil,
à

dans

les grottes,

dans

les

bosquets, derrière

les

charmilles,
lahvrinthe:

travers

tous

les

détours
cà et

mystéj-ieux de cet admirable

Louis XIV s'en
heureuse,
c«'>te

allait

là,

dans tout l'appareil de sa majesté bien-

à

la

à
;

côle

recherche des inspirations, des fantaisies et des idées. avec Mansard qui avait édilié les voûtes solennelles du
les avait

palais

avec Lebrun qui

ses chefs-d'œuvre; avec Girardon et

inondées de l'éblouissante lumière de Le Puget qui avaient ranimé, du
les dieux, toutes les
les

bout de leur ciseau magique, tous
les grâces, toutes les

nymphes, toutes

chimères, tous

caprices de l'imagination païenne;

avec Colbert,

le

recevoir ou à faire

noble exécuteur des entreprises royales, toujours i)rèt a la confidence de cpielque sublime pensée!.. Les prose glissaient au fond des massifs, dans l'obscnrile

meneurs amoureux
silencieuse

les hommes d'PÏtat et les hommes d(^ guerre se groupaient sur l'escalier des cent marches, que leur présence habituelle, sans doute, fit appeler un jour l'escalier des géants; les

du parc;

beaux-esprits,

les poètes, les artistes, les

milieu des fleurs et
les

penseurs profanes se réfugiaient à plaisir, au des parfums, dans la petite provence de Torangerie

;

princes de l'Église, les prédicateurs éhxpienis, les hôtes sévères et religieux du maître de Versailles, se prélassaient dans la fameuse
alla'
ciel et

des philosophes, où Bossuet et ses amis devisaient tour-à-tour des grandes

choses du

des grandes choses de

la

terre.

—Voilà, monsieur

le

duc, une cour charmante. \m
l'histoire de la

règne brillant, une magnifique page de
!

monarchie française

plutôt, le diable garde!.. L'indignation vous a pres(|ue donne de l'esprit et de lélo(|uence; mon cher Hernard. où donc avez-vons pris toutes les belles

Le

i.i!c

DK LA Vrillikke.

— Le diable meniporte... ou
<lirev..

me

choses que vous venez de nous
et je continue.

Je suis ((.ntent de vous. Samuel,

La respectueuse
lie

terreur, inspirée par le ministre de

la

maison du

roi.

gâta jamais ni les joies bruyantes, ni les prodigalités aimables, ni les ébats mystérieux de l'hôtel Saint-Florentin; le duc de la Vrilliere trouva le moyen de faire honneur îr son galant souverain le luxe coulait à pleins
:

bords autour de moi;
lolie obligeait la

le

plaisir avait

toute
la

la

vivacité

du scandale;

la

raison à l'embrasser en

tutoyant;

mon

herbier d'a-

mour

était digne
le

digne de M.

<luc

de notre maitre a tous, dans lait d'aimer et de séduire, de Uichelieu qui savait si bien herboriser
la

pins beaux jardins de

France amoureuse

;

dans les que voulez-vous^, sur le

nvK sAi \T-KiJMn:.\
vaisseau de l'Ktal, j'avais
la

I

IN
le

217
rôle

douer' faildesse de preleici-

dim jovtMix
temps! ô
|(;

passager aux
hcaii
lu
,

toiJeli(»iis dilticiles diiii lioii jtilole!

le lieaii

règne que celui de Louis
livre

\V le

liieii-aiiué

!

..

Je

me

souviens d'avoir

dans un

ces mots, en leltres d'or, sur

erotique de l'autre monde, que les anges avaient inscrit le Ironlon du paradis: A ceux qui ont beau-

coup aimé,

le

lion

Dieu reconnaissant!—
trouve-je dans
le

S'il

eu est ainsi, ô

mon

divin

juge! pounpioi

me

purgatoire ^..

Une

l'ois,

[(onrtant, les

plaintes et les cris

du peuple vinrent chasser
de l'hôlcl Saint-Florentin.

les siniges

heureux de Ions
la

les iV-veurs éveilles

Celait dans

nuit du

">()

an
la

T»!

mai 1770; on avait
l>(.uis

superhe

l'eu

d'arlihce, sur

place

lire, ce soir là, un XV, eu l'iionneur du mariage du

<laiiphiu avec .Marie-Antoinel le d'Autriche.
"Ml
(

A

l'issue

de cette

l'èle

pul»li(iue,

la

ntyanle venait de jeter de

la

|)oudre à tous les yeux, la loule se pré-

ipila

dans

la riu'

IJoyale,

an

ris(pie

de

s'y lieurler

contre une antre mul-

liliule (jui

descendait du hoiilevart. Le choc

hit lerrihle: les mallieur<!ux

convives de cette lete en plein vent lurent ciilhiites dans les h»sses de la rue, abîmés sur les matériaux de pierre (pii servaient aux nouvelles constructions, et foulés s(uis les pieds des chevaux; (piel(|ues (ùétons mireni lépée à la main, \nmv essayer de traverser la loule, en blessant, en tuanl.

eu égorgeant les bétes et les
(|uelle

hommes qui s'opposaient à leur passage; soirée alïreuse!.. Le mariage de l'héritier presomptilde la cmi:

rcmue de France coûta la vie à trois cents personnes c(! fut là le présent de noces du peuple! La nuit, en sortant de table, chancelant, enivré de vin et de plaisir, j'ouvris une des fenêtres de l'hôtel Saint-Fhu-entiu je
:

jetai les

place Louis XV, et les appareils avaient servi au feu d'artitice prirent tout-à-coup, dans le cha(»s de;
le

yeux sur

rond-point de

la

(jui

ma

pensée, une apparence d'échal'auds, de potences, de fourches palibulaires; affreuse illusion! Ftail-ce là un avertissement du ciel? était-ce là un présage?.. Pass(ms.

L'hôtel Saint- Floieiilin eut l'honneur
théâtre, aux représentations féeriques,

de servir de lemple on de aux extravagantes fantaisies d'un
le

singulier personnage

ipie

l'on

mnumait
la

<(nnte

de Saint-Germain.
à
l'o-

Les badauds de
reille, à

la ctun- et

de

ville

se

demandaient bien bas

pelif^

pnqxts du nouveau sorcier dont je parle: Est-il grand? est-il beau? est -il horrible':' a-t-il des flammes dans les
et

est-il

yeux,

des |)ieds crochus, des grillés aux m;iiiis

des cornes sur

la

tète? Ses

crédules adin-alenrs repondaient, sans hésiter et sans rire: (l'est un démon (pii est ne dans les ruines d.- Memphis et qui a grandi dans le sein des Pyramides: il (q)eie des prodiges, il guérit les mourants
,

et

il

ressuscite les morts;

il

compose des
et
il

philtres souverains,

il

bat moniiair
il

avec

le

bout iW son index,

a le

don des enchantements;

prodigu.'

Vow

les

diamants

et 1rs bieiifails,

sans (pic l'on sache d'où

lui vienn'i'nt

28

^218
la

lUIK
el
la

SAI.NT-I
il

LOUENT L\
le

richesse
il

|tiiissaiice;

possède
(|iii

j^raiid^euvre,

(;l,

connue
au

Diogéne,

clieiclie
la

un

iioiiiine...

lui

seiiiMe digue de

|)ai'licii»ei'

bénéfice de

pierre pliilosopliale.
liienveillaul |)atronage, notre

Grâce
chose;

à

mou

héros
le

fui

honoré des
cpii était

invi-

laUons, des politesses el des visites de tout
les

monde

quelque

femmes,

(pii

avai(>nt

une peur allrense de ce diable taithomme,
ne croyaient
|)lus à

se décidèrent a lui sourire,

et les esprits-Corts ijui

Uieu, se prirent à croire au comte de Saint-Germain.

Le nouveau comédien se mit
à

à

jouer une comédie mêlée d'imperti-

nences, de sornettes, de perles fines et de brillants; l'ouvrage ressendjlait

une légende ou

à

un conte des Mille

et

une Nuits

:

il

obtint un succès de

vogue; l'acteur avait en conscience tout ce qu'il

lui fallait,

pour

briller

dans

un

rôle merveilleux

:

de l'audace, un costume superbe, des mots char-

mants, des regards dédaigneux, des réparties insolentes, de belles manières, un luxe elfréné, de l'or dans toutes ses poches, des bijoux à
pleines mains, des

mensonges

à pleine

bouche,
fit

et

beaucoup de mépris
le

pour

s(ui naïf

auditoire; l'apothéose ne se
se laissa pousser tout

pas attendre:
les

comte de
les

Saint-

Germain

doucement dans
les
,

nuages, et

dévots de l'eiithousiasme adorèrent un demi-dieu.

Le comte de Saint-Germain
tidiennes

faisait

hoinieurs des réunions quo-

de riiôtel Saint- Florentin

à force

de gaîté, d'esprit,

de

san"-lroid et

de hardiesse; mes nobles amis

lui

demandaient sérieuse-

ment

:

«Monsieur
yeux vers

le

comte, vous souvient-il d'avoir rencontre, dans vos

vova"es notre seigneur Jésus-Christ';'
le ciel, je
l'ai

— Oui,

répondait-il en tournant les

vu

et je lui ai iiarle bien des fois; j'ai
:

eu

l'oc-

casion d'admirer sa douceur, son génie et sa charile c'était une créature céleste! je lui avais souvent prédit qu'il lui arriverait malheur.— A pro-

pos de Jésus-Christ, monsieur

le

comte, avez-vous coiniu

le juif-errant':'
,

blasphémateur osa me saluer sur la grande route an moment de se mettre en marche pour faire le tour du mmide; il compta Monsieur le corn le (piel est devant moi ses premiers cimi sous.
le

— Beaucoup!

,

l'auteur de cette brillante sonate

que vous avez jouée sur

le clavecin';'

Je

ri"nore; c'est un chant de victoire (|U(^ j'ai entendu exécuter, a Soyez indiscret, Home, le jour du triomphe de l'empereur Trajan.


à

monsieur
avez
le

le

comte

:

quelles sont les

cliarinaules
et Cléopâtre.

pau'unes
»

(jue

vous

plus

aimées?— Lucrèce, Aspasie
jour, le

Un beau

ciété parisienne, après avoir lirille

comte de Sainl-Germain disp.irut parmi les homnu.^s

jamais de

la

so-

d'élite et

au milieu
:

des jolies femmes du xviir siècle; sa naissance était un secret sa vie et sa mort fiireiil un mystère; le peuple de Paris n'oublia pas de dire son
petil

mol sur ce personnage extraordinaire,

(jui tenait a la fois

de l'aven-

lU'K
liirior,
(11!

S\l\T-MJ)lllv\
;

l'I.N

'itî>

soicicr fl du

cli;ul;ilini

Le cninlc de

S;iiiil-llorni;iiit, disiiil le

[)<'n|)l(\ t^sl lin roiifi'

jtour rivf.

Je

le

couressc

cii

rouL;issaiil

:

l'iiùhd Saiiil-Fluieiitiii ciit
|)etiles (igiirines

riiuiociMite

sottise de prendre,

sous sa protection, ces

coloriées (pn;
et à
la

l'on appelait di^s jjunlins;

on ne tarda pas

a voir, à la

cour

ville,

dans

les

salons et dans les rues, des gentilshoinines, des magistrats, des
tres-respectahles, des douairières, des coloiuds et des abbés,
!e

vieillards
(pii

jouaient au pantin,
les

pins gravement et de

la

nieilleuie

grâce du
la

inonde;
sur
c(^

chansons

et les traits satiricpies
[larisien; voici

tombèrent

comme
(pii

grêle
je le

nouveau
dans
le

ca|)ric(>

une épigrainine

parut,

crois,

Mrirurc de France:
l^'un p('ii|)lc liivolc et volage

l'unlin fui la divinilr
i''aiil,-il

;

(Hic surpris
est la

s'il

adorait l'image

Dont

il

i('alil(''

?

Après avoir égraligne

les

p;niliiis.

en général, repigramme osa

s'af-

t>20

lUJK
un
|timliii,
:

SAINT
|»;irlinilit'r;

I

I.OUKNTI^
(rim ^imikI sciiinciir

taqiier à
(le

en

clk' disail

ma

coiiiiaissaiicc

Le
Prononcez
:

llirâlrc

tlii

lioi

La maison du Roi. Le ihéâlrc du
lîoi

répMe
;

Le grand écart de Llorentin

Dans

l'inU'rcl

de sa recette,

H nous fera \oir. c'est certain. Ln ministre-marionnette
Qui gambade avec un pantin.

Le règne des

i)anliiis finit

avec
la

le

règne de Lonis \V;

ils

l'inenl

rem-

placés par les écononiisles de

cour de l>onis XVI,

(|ui

devinrent les

comédiens ordinaires du roi. L'avènement du dauphin et de Marie-Anloinetle fut pour moi le signal dune retraite prudente... je n'ose pas dire d'unechutc honteuse. Le nonveau souverain

un sage, se montra sans pitié pour mes bons et loyaux services; en 1775, je cédai à M. de Maleslierhes le ministère de la maison du roi et mes amis de la veille complimentèrent Monle nouveau ministre, en lui disant, avec un vilain jeu de mots
,

(jui

se piquait d'être

,

:

seigneur, les belles-lettres vont remplacer les lettres-de-cachet

!

A compter de
l'hôtel

ce jour,

il

n'y eut que du silence et de
soir,

la

tristesse

dans

Saint-Florentin. Chaque

appuyé sur nue des fenêtres de mon

salon, je pensais à toutes les vicissitudes ocs ministres, des princes, des
rois et des peuples; je

ne sais pourquoi, ni comment, mes yeux se proà
la

menaient sans cesse du palais des Tuileries

place Louis

XV,

et,

en regardant le rond-point de cette place, je croyais toujours voir, dans rond)re, les échal'auds, les potences, les fourches patibulaires dont je vous parlais tout à l'heure
!

Mon
sur

agonie dura deux ans: je nu' laissai mourir en 1777. Les poele-

reaux, qui avaient écrit desépigrannnes sur

ma

vie,

en conq^osérent une

ma mort, sans

attendre

le

dernier s(»upir du duc de La Vrillière.
à

Un

nu fâcheux, un ennemi peut-être, vint murmurer, chevet, cette épitaphe (\\U' l'on avait composée pour un pauvre
indiscret,

m(»n

déliint

qui vivait encore
Ci-gît

:

un

petit

liomme,

à

l'aii'

assez

commun

,

Ayant

port('' trois

noms,

et n'en laissant

aucun.
Vrillière,

Le du; de

l'Lnfa.ntado.

— Monsieur de La

me

trouvez-vous

assez noble, assez riche, assez illustre, pour avoir mérité Ihonnenr de
baptiser, après vous, Ihôtel Saint-Florentin':' Je

maison

:

je suis le fils
;

d'une princesse de Salm; je

me crois d'assez lionne me nommais autrefois
et

duc de rinfantado
du conseil de

j'étais

grand d'Espagne de première classe

président

C.aslille; je

marchais

l'égal

des ducs de (ior, de Alagon.

W
(l'Allia,

11

E

SA

l

NT

-

F \A\\\ K N TIN.

2^2

1

dOssiina

ri

de Mcdina-Ccli; je

me

souviens aussi d'avoir élc, eu
:

1808, colonel des gardes de Joseph Bonaiiarte

un

[lareil

honneur ne

m'empêcha point de
Si,

faire

une rude guerre de partisan au soldat amhila

lieux qui vainquit l'Espagne, sans pouvoir la conquérir.

au lieu de mourir en 1777, vous aviez eu

douleur de vivre jusl'hôtel
à

({u"en l'année 1795,

vous auriez assisté du haut des fenêtres de
la

Saint-Florentin,

avec

permission du peuple, hien entendu,
la

un

solennel et terrihle spectacle que

révolution française donnait

à

l'Eu-

rope, sur le rond-point de la place Louis XV; oui, votre illusion était un

pressentiment, un présage, un avertissement du
d'artifice, tiré le
l(>

ciel

:

l'appareil

du

feu

50 mai 1770, en l'honneur du dauphin,

se transforma,

"il

janvier 05, en un véritable échafaud destiné au roi de France! Vous

n'aviez pas trop

mai vu, monsieur de
charrette;
il

la Vrilliére.

Ce jour-là, un homme, un prisonnier d'étal
il

sortit

de

la

tour du Temple;

monta dans une
rue Royale, où

il

suivit toute la ligne des honlevarts, juscpi'à

la

se rappela, sans doute, le mariage
il

du Dauphin avec

Marie-Antoinette d'Autriche;
trompe... sur
la

arriva
il

sur

la

place Louis XV... je

me

place de

la Lilierté;

gravit lentement les degrés de
;

l'échafaud, j'allais dire le

chemin du Calvaire
le

on

le

força de regarder,

encore une
le

fois, le

château des Tuileries,

palais de l'ancienne royauté;
le

patient

murmura quchpies
:

paroles, dont
il

hruit alla se perdre dans

le

roulement des tamboiu's de Santerre;
dit, à

l)aissa la tète, et

un

jirétre

lui

haute voix

Fils de Saint-Louis,

montez au

ciel!

— Cet

homme,
le

ce

prisonnier d'état, ce patient, c'était Louis XVI!... Monsieur
plaisirs, vos prodigalités, vos scandales
;

duc, vos

vos lettres-de-cachet, étaient
ce
fils

peut-être pour quelque chose dans la

mort de
la

de Saint-Louis, qui

s'en allait au ciel par la route de l'échafaud.

La République Française déclara
mal gré,
il

guerre à l'Espagne,

et,

bon

gi'e

me

fallut quitter la

France où

j'avais été élevé; je n'ai

|)lus

rien à vous conter sur l'hôtel de l'Infantado... Mais, voici

M.

le

prince de

Talleyrand qui pourra nous en dire de belles, sur l'histoire secrète de
l'hôtel Saint-Florenlin,

en 1814

et

en 1815...
ce qui se passa dans

Le prince de Talleyraind.
hôtel, à cette

—Monsieiirle duc,
et bien

mon

époque, est bien naturel

simple:

il

s'y

passa des

mois, des semaines, des jours et des heures.

Leduc de l'Infantado,

Le prince de Talleyrand. J'ai une mémoire atîreuse. Vous voulez dire, mon prince, (jue votre Le duc de l'Infantado. mémoire à des souvenirs aflreux"? Je vois, monsieur le grand d'Es[)agne. Le prince de Talleyrand.

— Est-ce — —

tout, monseigneur';'

(pie

vous n'entendez rien

à la laiigne française.

Le duc de i/Infantado.

l*ardonnez-moi

,

nn>nseigneur...

J ai

elc

22-2

lUlE

SAINT

-

I<1J)1U:NTI.\

élevé en Kiaiicc! et pour peu qu'il vous plaise de

me

le

pernietlre,

je

pourrai vous interroger en un français très

inlellij;il)le...

Vous êtes ilu pays des miracles!... Je Le rniNCE de Talleyuam). vous écoute, et je tâcherai de vous comprendre. Mouscigneur, n'étiez-vons pas à une des Le duc de L'i>FA>TADO.

fenêtres de l'hôtel Saint-Florentin,

le

51 mars 1814, à midi, au
le

moment

les

trompettes des alliés se firent entendre sur

luudevart?

Le prince de Talleyrand. Le duc de l'Lnfantado.
reur de Russie,
jour, à
la
le

— Oui

;

je voulais

juger de linfluence du

climat de Paris sur les Prussiens et les Cosarpies...

— En saluant de
le

loin,

par

la

pensée, l'empele

roi

de Prusse et

grand-duc (lonslanlin!
,

même

même

heure, vous agitiez un mouchoir hlanc
vrai; je voiilais

à votre

fenêtre":'
soul'llail

savoir d'où — C'est le vent. pas du Nord, Le duc de l'Infantado. — — Oui, certes Je rentrai hien dans mes Le prince de Talleyrand. appartements, parce l'emperelir de Russie venait de Le duc de l'Infantado. — Et parce

Le prince de Talleyrand.

11

soufllail

n'est-il

vrai':'

!

vite

qu'il faisait froid...

(jue

descendre de cheval, dans

la

cour de

l'hôtel Saint-Florentin!

Le prince de Talleyrand.
d'hospitalité....

Il

s'agissait

pour moi d'une <piestion
recevoir, d'installer.

Le duc de l'Infantado.

— El vous aviez hâte de

w
sons
le hiil (le

VK

sA

I

N

r

-

FL

II

i<:

i\

fin.

225
de liiivasion

cliaiii^crc


:

volic liospilaliére maison,

k' (Hi;irti('r-<;(''ii('r;il

n'csI-CL' pas,

mon

prince':'

Le prince de Talleyuam». Vous êtes bien curieux! Le i)[jc de l'Infantado. Vous êtes bien discret En [)arlant de Napoléon, ne disiez-vous pas, en 181 i, à un ami (pii devait passer par la place Vendôme Passez vite, il va tomber ?

!

Le

l'iii.NCE

de Talleyiîand.
le

— Oui,
la

et je disais bien

:

Un
le

|)eu

plus
la

tôt,

nu

peu plus tard,

Napoléon de

c(d(nnie

Le iuc de lLmaxtado. On a [irétendn (pie la rotté rempereur de bronze, s'etendail ius(pn' dans
l'bôlfd

tomba sur

pave de

place.

ctu'de (jui avait garles

ap|taitemeuts de

Saint-Florenlin

":'

Lk
pour

pui.nce de Tallevp.am».
uu)i
!

Nos conlenipcu'ains ont

été

si

me<-banls

Le dk: de i/Im'a>tado.
|>ar

— Oui, mais c(»mme
la

ils

ont été justes! Etait-ce

votre (»rdre (jue votre nièce,

belle

madame

de Périgord

,

s'amu-

sait à

parader sur un cbeval de cosaque,
la

au l)eau milieu des Cbamps-

Elysées, à

premiéi'e revue des troupes étrangères?

Le

Di'.i.NCE
la

DE Tali.evuam».
tie

— Je

n'ai januiis influé

sur

les

caprices de

madame
gneur
:

dncbesse

Dino.

Le iuc de l'Im-a.ntado.
Napoléon,

— Qnel(|ue

cbose m'étonne eiu-ore, monseien France, lut déposé par
et

(pii avait

rétabli les cultes

trois prêtres....

Le baron Louis, M. de Pradt

vous!
le

Le

l'HiNCE DE TALLEYiuiND.

— De

gràcc, nmnsienr

duc, ne parlons

pas pidiliijne.

Le dk; de l'Ineantado.

— Nous

lis

faisons de l'bistoire,

mon

prince!

Le

piUiNCE de ïaelevp,am).

— Je n'estime pas
vous

les bislorieus.

Le duc de l'I>fa>tado.
|)nis(pril
bist(»ri(|ues

l'onl bien rendu.,

monseigneur! Enfin,
les

vous déplaît de m'euteudre, je vous épargnerai
de
iSlT», (pioique la

souvenirs

royauté constiluliounelle de Louis XVIIl

soit, dil-on, sortie

de l'hôtel Saint-Florentin.

Le prince de Tam.evra>d.
des Honrbous,
el (lu
le

— Dieu m'est téumin
flairiez

(jue je désertai
la

lacause

jour où

ils

désertèrent eux-mènu's

cause de l'esprit

sens
Dt c

commun.

Le

de i/Lneam'ado.

Le prince de Talleyra.nd.
Le un:
n'oiil
(le
iiE

— Vous déjà 1850'... — Vous êtes sans pitié
!

l'Infantado.
flétri,

— Vous
sillle,

avez été sans co'url... les boinmes

pas assez

assez

assez bué votre horrible tragi-comédie

l8|/(-18ir»; je hais cet imbroglio politi(pie,

monseigneur,

et

il

vous

a

nui, dans
sait

mon

estime, dans
la

mon
(pii

admiration pour votre

es[U'it. Il s'agis(|ui

d'un puissant de

terre

succombe, d'un négociateur habile
(pii

l'abaiMbuiiK^
a

ajnes l'avoir admc, dnii diplomate
a

sacrifie

un devoir
à
l'iiilerèt

MU

fait,

un principe

ini

cvcnement

.

riulerél

d'un

pays

221
»

I

«

Il i:

SA

l

N

r

-

I'

L

( >

UE
;'i

.\

T N
\

.

(111110 pcrsoiiiic.

une

iiMlioii loiilc ciilièi'c

une

|i(»i;^ii('('

<riii<^ritls oii

dV-

Iraiigers

!

Le Uiéàtre

fie

coUc

;illVcuse iiilrigiio
la

rcprcsciihiit les salons et les
:

,iii-

fichambres de votre hôtel de
cette scène de société, des

rue Saiiit-Flon'iilin

on voyait parader, snr

empereurs, des

rois, d<'s princes, des es[)ions

et des traîtres, tons les délégiu's de la coalition
à

enropéeuue,

(pii cliereliaieni

se tailler de petits habits

d'emprunt dans l'immense
encore,
à ce

et mai^nilicpie

pourpre de l'Eiupire;
de
les,
la

l'aigle inii)érial vivait

el cliaipie

personnage

pièce s'eiïorcait d'arracher une

[dume

noble oiseau des batail-

pour cmpanacber une

tète de (]osa(|m', de F^russieu,
:

ou d'Ani^lais:

des èli'ani^ers criaient, dans une maison de Paris
vive la IJnssie! vive l'Anyleteri-e!... et pas

Vive l'Alleuiagne!
se
lit

uno voix française ne
l'ii

en-

tendre, |»our ciier à son tour

:

Vive

la

France!

di[domale célèbre, nn

pndond

polit iipie,
el

un ancien serviteur de .\apole(»n aurait [m (bW'endre
il

rem|iereur

l'Empire... luais,

se contenta d'avoir de l'esprit, de s(»n-

rire au uiilieu de ce terrible caruaval des barbares, et d'égayer le scénario

de

la trajj;('die,

en improvisaut (piebpies bons mots, derrière

le

mand'nii
(pii,

teau d'arle(piiu!... Ali! monseigneur,
et

((U(dle nu''cbante pièce bistoriqiie,
('laler,

(|uel triste rôle

vous aviez

là!

Il

ne faut jamais
le

aux yeux

[)euple, sur les planches d'un vaste théâtre,

spectacbi d'un

homme

voyant s'evanonir les espèi'auces delà cause; comnuine, se luèle imixinemeiiL aux triom[)bes

dnn

i)arti

contraire, au lien de se retirer dans
!

le

sileuce et de s'ensevelir dans son deuil

Le prince
dans
la vii;
!

Qne vonle/-vons, mtuisienr itE TALrEVUAM». du prince de Talleyrand, parfois lliomme propose,

\r

dm-"'...

et le dialde

dispose

Le duc de l'Infantado.
juste.

— Vous voulez parler du diable
— Eoiuiuci
vous
le

boiteux?... c'est

Le

piuiNCE DE

Tallevkand.

disiez tout a
:

l'heure,

j'avais pressenti l'avènement d'un pouvoir

nouveau

la

branche cadette

remplaça, dans

le

château des Tuileries,
en 1850

la

lu'anche aînée des Bourbons,
fois

et j'obtins l'insigne faveur

détrôner une dernière
,

dans

ma

petite

cour

princièri;

de

l'aris

;

ma

counnlie diplomati(iue

recommença

de plus belle

la

rue et l'hôtel Saint-Elorentin jouèrent encore un rôle
le

assez important, dans
joui'

ma

singulière destinée
la

drame révolutionnaire de la France, jus(ju'au me força de devenir ambassadeur des bar(pii nu' fut

ricades jU'ès

cour de Londres.
d'avoir réussi dans la mission
juillet; a])rès cela,
:

Je

me vante

conliee par

le

gouvernement de
dans
sans
la politi(pie

ma

foi!

j(;

n'avais plus rien à faire

je (piillai l'Angleterre, je rentrai

dans Paris,

je débitai

rire, à
et je

rAcad^Muie des sciences nmrales, l'éloge des di[domat('s ver-

tueux,

me

i)reparai à réti'acter

ma

vie,

et

a nioin'ir

dans UH»n hôlel

RUE SAINTSaint-Florentin,
le

FI. OKK.N
(|n'il

TIN

-I^IT^

plus spiriluellenienl

nie serait possible. Certes

!

l'hôtel Saint-Florentin avait

déjà reçu Iticn des grands seigneurs,
,

Itien
et

des beaux-esprits, bien des visiteurs illustres, et des princes
rois,

des

et des visite

empereurs; eh bien!
s'agissait de

il

devait recevoir,

le

17

mai 1858,
Louis

une

dcmt
:

l'éclat allait elîacer toutes les
la

traces de son illustration

glorieuse

il

visite

de

mon

dernier maître

,

Philippe 1".

A
de
«

huitheures du matin,
et je m'efforçai

le

Uoi

et

madame

Adélaïde

«'iitrèrent

dans

ma

chambre,

de

me

redresser, à leur approclic

sui" le

boid

mon lit. Mon prince,
tendre
la

restez couche... niurwuira

1

auguste

visitciir,

en daignant

me

main.
il

— Sire,
Et
je

lui répondi.s-je,

faudrait que M. de Tallcyrand fût mort poni'
»

ne point se relever devant vous!

clouer

me relevai aussitôt, à mon chevet.
du Roi

en dépit de

la

Camargue

«pii

voulait

me
mes
der-

La

visite

fut courte;

comme j'étais un
:

vieux diplomate,
lui dis,

adieux à Louis-Philippe furent un compliment; je
nier sonrin; de courtisan émérite
«

avec

mon

Sire, notre

maison

a

reçu aujourd'hui un grand honneur, nu honneur
et

digne d'être inscrit dans nos annales,
avec orgueil!
»

(piema lamille

<levi-a

se rappeler

Peu prême
fois!

d'instants après le départ du Roi, je sentis (pie
allait

sonner

:

c'était le

Je c(Mn[)osai, de

mon heure sumoment d'avoir de l'esprit, une dernière nnm mieux, ma ligure; je n^jetai, de ma main dé|)rétai à

faillante, nn-s
et

longues boucles de cheveux; je
:

mes

lèvres pâles
si

amaigries un sourire de triom|ihateur

en ce

moment

solennel,

au

lieu

de ni'atta(pier elle-même,

la

mort avait

traité

avec moi par ambas-

sadeur, à coup sûr je l'aurais trompée; ne pouvant pas être immortel par
la

voie diplomatique, je
:

me

contentai de mourir

spirituel

de bonne compagnie. Une heure plus tard, il n'y avait pas une seule de mes créatures, un les gens seul de mes amis, dans ma chambre mortuaire; je me trompe de ma maison priaient et pleuraient autour de mou lit; mes domestiques

convenait à une

mon âme âme

s'envola, sans faire grimacer

comme un grand homme mon corps, comme il

:

sont les seules personnes

(|ui

m'aient aimé.

Chose étrange! une
de Paris, bien

nuit,

on déposa nu's dépouilles mortelles dans une
postillon arrêta ses chevaux;
?

voiture, et l'on se mit en route pour Valençay; tout-à-coup, dans une rue
triste et

bien sombre,
:

le

il

demanda

à

mon

gardien

Par quelle barrière
sur

Le voyageur,

«pii veillait

mon

corps,

lui

repoudit

:

^Par

la

barrière d'Enfer!

•il»

.>t>(;

ISLII-:

SAINT- FLORENTIN.

Lii

me
:

i»E

i,\

VitiLLiEKi:.
!

— Et vous

êtes clans le purgatoire, motisei-

^iicur

Dion

s'est Iroiiipi'
ini

Lk nu.NCE
ni(»n esprit

TAi,LKYiiA>[).

Nou... Hiais, sans doute,

il

a

trouvé dans

une circonstance atténuante.
m: lTinfantado.
la

Lk
dans

me

— Mon prince,

nous avons oublié de parler,
le

à

propos de

rue Saint-Florentin, de M. Soumet,

poète, qui a

composé
les plus

cette rue, tout prés de votre hôtel,

quelques uns de ses vers

[)oéti(pu^s...

Le
visite

princi: de

Talleyrand.
il

— C'est

vrai;

un jour,

je

lui

rendis une

de l)on voisinage, et

me

reçut eu déclamant un hel épisode de sa
(|u'il

Divine épopée; c'était bien de l'honneur

daignait

me

faire

:

il

recevait

ses meilleurs amis, en leur jetant à l'oreille, à bout portant, sans les prévenir, des fragments d'un
s'agit entre

poëme ou des

scéiu.^s
la

dune

tragédie! Puisqu'il

nous des misérables choses de

terre, je ne serais pas taché

de savoir ce qu'est devenu

mon
la

hôtel de la rue Saint-Florentin...
le dire,

Le ihc de
un journal
dans
tiers
le

l' INFANT ado.

— Je vais vous
dans

monseigneur... grâce a
à relire

(pii

est

tombé de

poche d'un jounuiliste, condamné
les

jjurgatoire ce qu'il a écrit

journaux de Paris

:

vos héri-

ont vendu l'hôtel Saint-Florentin à M. de Rotschild...
i'ki>ce de

Le

Samuel Bernard.

Le prince
un tinancier.

— M. de Rotschild! — Qu'est-ce qiu' c'est que M. de Rotschild vous avez de Talleyrand. — Rien... ce
Talleyrand,
{\\u'

?

été,

Samuel.,

Le duo de e'Lnfantado.
n'a pas

Rassurez-vous, monsieur

le

diplomate

:

l'hôtel Saint-Florentin, qui se souvient avec orgueil de

son rôle politique,

renoncé
Il

à

son influence mystérieuse sur

la

destinée des princes et
il

des peuples.

appartient à M. de Rotschild, mais
il

est habité par
,

mada-

me

la

princesse de Lieven;
il

magasin de modes, mais
ticpie;

a

bon gré mal gré la flétrissure d'un reçu, pour hôtesse, la diplomatie aristocraa subi,

dans

l'hôtel Saint-Florentin,

on adore

le

veau dor, au rez-de-

chaussée, mais on
étage, derrière

y consulte Egérie, dans les appartements du premier

un buisson de velours, de

satin et de soie

:

le

Numa

de

celte nouvelle Egérie se nonniie Frani'ois duizot.

Le prince de Talleyrand.

— M.

de Rotschild!... autrefois, en France,

touttinissait par des chansons... aujourd'hui tout y finit par de l'argent;

rapprocluMiient incroyable!... Samuel Bernard

et

M. de Rotschild, aux
la flûte

deux boni de
^

la
;ni

rue Saint-Florentin
linuliour'

:

décidément, ce qui vient de

en iclunnic

Loris

Lri',i\E.

(is

industriels

niodcriies

,

si

fiers d'ii-

voir invente

la spécialité,

ne se doutent
de maladroits

guère

([u'ils

ne

siuit (|ue

plagiaires des inventions

du nioyen-àge.
grands génies

— Tout ce

que nos

[)lns

de l'époque ont pu faire a été de créer
des Itouti(|ues spéciales pour vendre des
clieniises on des gilets de flanelle, tandis
(juil y a trois
spéciatilé et

ou

((uatre cents

ans,

la

brillait

dans tout son éclat
branches du coui-

dans toutes

les

nieice parisien.

.Non-senlenientclia(iue objet avait ses

ouvriers spéciaux, mais encore cliaque

rue de Paris était spécialement aflectée à la vente de ces
l.e

marchandises.
est

(piarlier des
<pii

Lombards
le

un de

ceux

ont conservé

plus longtemps
;

l'aspect
fallu

du vieux Paris et il n'a pas moins que la révolution de 1780,
les paisibles

pour agiter

boutiquiers qui

se succédaient de père

en hls, de|)uis
asile hérédi-

deux cents ans, dans cet
taire des

bâtons de sucre de

pomme,

des pralines, des pistaches et de toutes
les autres confiseries.

Longtemps pas un baptême ne
à
F^aris,

se

lit

depuis
la

la

Bastille

jus(|u'à

^l'extrémité de

rue Saint-Honoré, sans

/que

le

galant parrain n'allât faire pro-

vision de

douceurs au Fidéir

Itntji'r

m\

•i'iS

lUîH
les rivaux
«le

DKS LOMBAUhS.
,

(liez

ce célèbre fournisseur
^f/f'/e s'est

qui était

le

BertheUemot de

répo(|ue; ce hen/er n'ellement
à

cramponné

jus(|u'à

nos jours
le

sou vieux comptoir de

la

rue des Lombards, et a prolesté
(pii

dernier
le

contre l'invasion barbare des épiciers
bruit de leurs grossiers pilons dans

sont venus faire retentir

ces lieux

qui n'avaient entendu,
et

pendant des siècles
jour tombaient

,

que
de

le
la

doux bruissement des pralines, qui nuit
grêle dans d'élégants
c(^rnets

comme

de papier

doré, ou dans de cbarmants sacs ornés de faveurs roses.

La rue des Lombards
son oiigine.
tier

a subi trois

transformations bien distinctes, depuis

— Cette
la

rue, aujourd'liui perdue dans l'obscur et sale quarfut,

de Saint-.lacques-la-Houcberie,

sauf les becs de gaz et les trot-

toirs

en asplialte,

véritable rue Laffitte
iiouti((ue

du moyen-àge.

— C'est
les

que

logeaient et ouvraient

d'or et d'argent, tous
le

marcliands

lombards

et lucquois (jui

venaient exercer à Paris

métier lucratif de

banquiers ou plutôt de rbangem-s, de prêteurs sur gages et d'usuriers.
(]e lut

longtemps
alors

le c(Mitre

tinancier de Paris
rois

:

les

courtisans du Palais,

de-.lustice,

(|ue

les

de France riiabitaient

et

plus tard

tous les seigneurs du Louvre, de Ibôtel Saint-Paul et de
nelles, vini'cnt tour à tour
a

la

nie des Tourd'or au soleil

emprunter (pielques beaux

éc lis

ces ban(|uiers du moyen-àge cpie l'on cbassait ensuite à coups de rigou-

reuses ordmmances, quand on ne pouvait les rembourser.

Le cboix

(pi'avaient fait

les

Lcmibards de cette rue, abritée par
,

les

liantes tours de Saiiil-Jac(pies-la-l)oncherie
lui fit

pour leur séjour babituel,

donner

le

nom

traditionnel de ces préteurs d'argent, et ce
resté,

nom

de

rue des

Lombards
du

lui est

même

après que ses habitants primitifs

eurent été expulsés de France
tisée ainsi
t(>)-ie,

à i)lusieurs reprises.

— Avant d'être bapla Riiffefal'ut

nom

des Lombards, cette rue fut appelée rue de
(]u"à

— rinis hufj'etcriœ, — probablement parce cette époque on y connue briipiait des meubles et des butfets. — (^est sous ce nom qu'elle — Ainsi dans retrouve mentionne en divers au Xlll' siècle, et on — Virus Loinbardojuillet on un arrêt du parlement daté du
le

titres.

27)

l^'i'i,

lit:

nnn qui

ruUjarilt'r lu

IJrFFKTKRiK nuncupatur
la

la

rue des

Lombards
des

qui vulgairement est appelée

Bnlfeterie.

Au

snr[)lus, cette désignation semblerait
le

prouver que

le

nom

Lomà

bards, venus eu France avant
celui de la Buffeleric.

règne de Saint-Louis, est anféi-ieur

— En

1584, cette dernière dénomination était encore
fit

emplovée, mais

la

toute-))uissance de l'argent

prévaloir
les

le

nom

des
(|ui la

Lombards,
rue,

et

dans cette

lutte d'inscriptions ce furent

usuriers

l'emportèrent définitivement.
ils

— Mais

si

le

nom

des Lond)ards reste à
c.iran

n'v

demeurent

))as

eux-mêmes éternellement,

WP siècle
de poni-

MOUS ti'ouvous ce
noincts.

(piarti<'i'

habile par les fripiers

et les tailleurs

RUE DES LO.MnAUDS.
Cependant
indice, par
(pie la
la

221)

présence de ces premiers industriels, nous voulons parler

des marchands de friperies, ne se prouve aujourd'hui que par un faihie

un

seul passage

du

catholicon,

où on faitdireàM.deMrt?/ew/f^'
allée

:

duchesse de Montpensier, sa sœur, est

chercher des

(/ra;>pfl«.r

de

la

rue des Lombards;

— ce qui a
les

fait dire

ingénieusement, de

la

Ligue,

qu'elle avait

une politique de chiffonniers.
que

Si l'on peut douter

marchands

fripiers aient

occupé l'ancien

séjour des Lombards, du moins c'est un

fait

authentique et avéré que les

tailleurs de pourpoincts y ont ouvert bontiiiue

pendant un certain nombre

d'années.

Au XVL

siècle, toujours

par suite de celle spécialité dont nous avons déjà

parlé plus haut, on comptait autant d'espèces de tailleurs qu'il y avait de
différentes parties dans l'habillement d'un

gentilhomme.

— L'un ne s'oc-

cupait que du pourpoinct, l'antre du manteau, celui-ci des chausses et
celui-là d'autres choses encore.

(h)ute

Le pourpoinctier devait avoir une grande importance et tirait sans grande vanité de sa profession, à une époque oùBassompierre, pour

assister au

baptême du
le

fils

de Henri IV, se faisait confectionner un pour-

poinct du prix de quatorze mille écus.
(piand
le tailleur
!

— Plaignez-vous donc aujourd'hui,
fait

plus à

la

mode ne vous

payer un habit que cin-

(piante écus

Les pourpoinctiers, après avoir dressé

à petit bruit leur établi

dans

la

rne des Lombards, entraînés par un légitime orgueil, tentèrent une petite
révolution d'éti(piette dans le quartier qu'ils avaient adopté
(pience,
;

en consé-

un certain
et se

soir, les habitants

de cette rue s'endormirent rue des

l^ombards

réveillèrent rue de la Pourpuiiirteric.
la satisfaction

— Mais les tailleurs

n'eurent pas longtemjjs
rainer
la vieille

de voir leur corps de métier par-

rue illustrée parles financiers du XW*" siècle.

— L'innova-

tion en fait d'écriteau

ne dura pas, et en 1656, au coin de

le
le

nom

des Lombards, qui

n'avait

jamais été complètement oublié dans
la

souvenir des Parisiens,

reprit définitivement sa place,
il

rne en question, et désormais

ne

fut plus effacé.

A un
la

souvenir de mode, les habitants du (piartier avaient préféré un

souvenir d'argent, bien que ce

nom

des Lombards ne leur rappelât que

dure âprelé de l'usure, car
ils

si les

banquiers italiens furent souvent per-

sécutés,
dit

le

rendaient bien à leurs débiteurs.

— Patience

de Lombard.
les

Sauval, était devenu ironiquement proverbial, pour désigner

pour-

suites les plus actives et les plus impitoyables exercées par les créanciers

contre leurs débiteurs.
J'ai lu

dans un

livre latin, à

propos de ces banquiers équivoques, une en français
:

petite

anecdote que
le

je vais tâcher de gazer

Sous

régne des usuriers du moyen-âge, un des Lombards en question

230
avait

RUE DES LOMBARDS.
une
fille

charmante

:

je

ne sais plus quel gentilhomme emprunta en menaçant, en pour-

de l'argent au père, et voulut emprunter quelque chose à l'enfant.

Le juif essaya de punir l'amoureux de sa
suivant son nohle déhiteur,

fille,

un gros dossier
son côté,
le
le

à la

main,

et

par toutes les

voies de droit de ce temps-là; de

galant insolvable ne trouva

rien de

mieux

à faire

que de mettre

feu au logis de son créancier, pour
et

enlever à

la fois

un

titre

de trois mille écus,

une vertu de seize ans.

La maison du vieux coqum

fut brûlée;

par malheur,
il

si le

lombard ne
la

sut point s'opposer à l'enlèvement de sa

fille,

s'opposa trop bien à

soustraction de ses titres de créance

:

le

gentilhomme devint, avec

l'aide

du

feu,

l'amant d'une vierge

;

mais,

il

resta le débiteur d'un usurier.

La rue des Lomhards
juifs perdirent,
(|ui

faillit

être incendiée toute entière, xe soir-là; les
billets

dans l'incendie, beaucoup de valeurs, beaucoup de
à restituer,

ressemblaient, par anticipation, au fameux billet de La Châtre.

lin

peu plus tard, notre amoureux consentit

en échange
la

d'une (juittance générale, tout ce qu'il pouvait rendre, avec
volonté du
et

meilleure

monde.

Il

avait pris
le

une

fille

à son père

:

il

lui rendit la fille,

un
Il

petit

garçon par dessus

marché.

en coûta au pauvre Lombard, une maison et trois mille écus d'or,

pour devenir grand-père devant Dieu,
Cette anecdote n'est rien; mais on en pourrait faire quelque chose

avec de l'esprit.

r.lIE

DES LOMBARDS.

tiôl

A partir du dix-seplièine siècle, la rue des Lombards n'a plus subi de changement de nom, mais elle a encore éprouvé bien des révolutions dans
le

personnel de ses commerçants.

Avant de vous raconter
toire d'autrefois.

les destinées

modernes de ce quartier,

il

nous

reste à vous parler d'un édifice dont la
*

renommée

appartient à son his-

C'est dans la rue des i^ombards

que se trouvait anciennement

la

Maiet

sons des Poids du Roi, où venaient se vérifier les poids des
la

marchands

valeur de certains objets; c'est dans cet établissement qu'étaient dépo,

sés les poinçons

matrices

,

étalons des poids et mesures qui étaient en

usage dans

la ville

de Paris.
se voyait encore en 1772, bien qu'elle n'eût
l'a

La Maison des Poids du Roi
tout à la fois

plus son ancienne destination; de])uis, on

détruite entièrement, et c'est

wn vieux souvenir historique de moins et un utile établis'sement de perdu, car c'est surtout dans le commerce d'épicerie que le marchand ne se fait pas faute de faire peser la balance du côté où il
place sa denrée plus ou moins coloniale.

Aujourd'hui

la

rectionnelle, où

Ton condamne

Maison des Poids du Roi est un tribunal de police corà un frawi' d'amende le boulanger (pii
tri-

vole six cent kilogrammes de pain au |)ublic, dans le courant d'un

mestre;

il

est vrai

que par compensation,

le

même

tribunal coiidauuic a

])rendre

un an de prison le pauvre diable de Parisien affamé, qui se permet de un pain d'un demi-kilogramme à ce même boulanger-voleur. L(^ plus beau temps de la rue des Lombards fut, sans contredit, celui
qui s'écoula de l'an 1G50 à l'an 1800; tout
aller
le

monde ne

pouvait pas

emprunter aux anciens usuriers de ce quartier, par la raison excellente qu'on ne prête qu'aux riches, tandis que pas un Parisien ne trouvait,

au moins une

fois

dans sa

vie,

quelques pièces de trois

livres à dé-

])enser

pour

faire le galant; toutes les
la

femmes
la

idolâtraient les dragées,

«lepuis les

dames de

cour jusqu'aux plus simples grisettes.
course à
la

Je ne parle pas des parrains; pour eux
était la

rue des

Lombards
]'arisi(,'n

première chose qu'ils inscrivaient sur leurs tablettes, en récapituprocurer l'honneur de tenir un petit
de baptême, en compagnie d'une charmante marraine.
les

lant les irais (|ue devait leur

sur

les fonts

Tous
pour
la

les

bonbons

plus délicats et les plus galants ont vu
;

le

jour,

|»reniière fois, rue des Lonil)ards

cinquante contiseurs luttaient
lis-

continuellement de génie, pour inventer une nouvelle manière de
>^nlcr les pralines
cl

d'acconunoder

les

pistaches; leur esprit était conti,

uiiellenient en ebiillition

connue leur chaudière
la

sans compter que deux

cents poètes se creusaienl

cervelle, ix'udanl les

douze mois de l'année,
chacpie

pour

limer
.

les

devise:^

qui

acconqia^nai<>iil

inv;iriablemenl

IhiiiIkiii

tiô'i

lUIE
celle
et

DES IJVMHAriDS.
la

A
tiiiii,

heureuse époque, du nioius,
mite d'Apollon

poésie avait uu débouché cer-

un père de
le

famille pouvait voir, sans trop d'inquiétude,
;

un de ses
la

(ils

embrasser

pour peu que notre poète eût
rue des Lombards,
faire
il

chance

d(î

connaître un confiseur de
;

la

était

sauvé ou à

peu prés

on voyait de ces poètes se ne

jusqu'à trois livres par jour, en

confectionnant des devises, toutes plus amoureuses les unes que les autres.

— Par exemple,

il

fallait

pas travailler à ses heures, et Pégase
,

devait être toujours bridé, chaque cent de devises étant payé six livres
prix lixe.

En

1845, bien des poètes regrettent l'année 1750, car les éditeurs sont
les confiseurs
:

encore moins généreux que

loin de

donner un sou d'un
pour imprimer des

volume de

vers,

ils

commencent par

se faire payer

œuvres poétiques;

et encore, ces infortunés
;

volumes ne trouvent-ils un
c'est le poivre de
:

jour un peu de débit qu'à l'aide de l'épicerie

Cayenue
encore

qui sert de. passeport aux élégies les plus douces
l'alliance

mieux

valait

de

la

poésie avec

la

confiserie; c'était
les

moins humiliant.
qui travail-

Ce n'étaient pas seulement
devrait
laient

poètes du dernier ordre, et auxquels on

même

à la rigueur refuser cette noble qualification,

pour

les confiseurs

delà rue des Lombards

:

Gilbert, cet illustre et
et ce

infortuné satyrique,
n'était

confectionna

lui-même de banales devises,
il

pas pour

lui les

plus mauvais jours que ceux où

allait

toucher

(piinze

ou dix-huit

livres,

chez

le

patron de

la

boutique du Fidèle Berger,

pour prix de son

travail littéraire de la

semaine.

C'est fort triste, n'est-ce pas?
c'est (pie Gilbert était ])lus
le

Eh

bien, ce qui est plus triste encore,
le

généreusement payé par
le seul

confiseur qu'il ne

fut

dans

la suite

par monseigneur de Beaumont; après toutes ses luttes

contre les encyclopédistes et les philosophes,

champion de

l'archeil

vêque de Paris
tait

alla finir ses

jours

à

la

porte de cette église dont
!

s'é-

constitué

le

défenseur

:

à rHôtel-Dicii

Si j'en crois

un

article de

M. Louis
le

Liirine,

intitulé le

premier poète
inventa
les

do la rue des Lombards,
li(>iili(»ns

ce fut
le

malheureux

Cilliert (pii
;

à la

Dorât

,

dont

succès fut immense

notre confrère nous

assure (pie les bonbons renfermaient l'épigramme suivante, en guise de
devise
:

(Ja|)iicienx et volontaire,

Son

ospiil s'égare

en fout

lien

;

Lo voilà d'abord terre-à-tcrre
Et puis,
(

il

vole jusqu'à Dieu!....
:

)u

l'a (lit

Emule lidMo

De nos
Il

papillons voltigeurs.

hnliiie toutes les Heurs...

i'AccpIr riiimiorlellc

!

r.

UK

I>KS

1J»MI{A1U)S.
riait,

233
nii

Kl (|U('l<ni('s joins plus

l;ii(l. (iilhorl s"(m
la vio

dans

hospice

:

An hanquot de
.J'apparus

,

infortunr con\ivc,
et je

un jour,

meurs

;

Je meurs, et

stu- la

lonibe où lentement j'arrive.
I...

Nul ne viendra verser des pleurs

De nos jours,
romantique

la dcvisi' a lioaiicoiip

perdu do sa vo^^ue primitive; l'eccde
il

lui a

porté

un coup

terrible, et

n'y a [dus

que

les

vieux

habitués classi((ues du théâtre Français, et
lin (|ui

les

jeunes hlanchisseuses de
])oesie ((uiest

se laissent encore prendre aux

charmes d'une

pour-

lanl

si

di^ne d'être goûtée, (piand

les

pistaches sont hien fraîches.

AujcMii'd'hni PomcrcI el
i;ats

Bcrtliellemot enveloppent leurs

honhons-non-

dans

inie
iM.

sonnet de
an

dernièrement un I^mile Desciiauips, en faisant connaissance avec un bonbon
.

Mcdildliaii

de i.aniarline

et j'ai

lu

n)aras(piin

;

comme j'ai
an

le

courage de

mon

opinion, j'avoue franche-

ment

(pie je l'ai

trouve excellent

le

bonbon an maras(piin!
S(»nf

Les seules
distique

pislaches

chocolat

resh-es

lidéles

a

leur

pelil

'(

l'eiil-nn

ne

|>as

mourir d'amour.
aperçut un jour.

.<

Ouand on vous

(hi

encore
Dès que
J'ai senJi

je vous vis. ô

madame.
llanuue
!

s'allumer
si

ma

»

C'est un peu faible de poésie,

vous voulez, mais lech(»colal

pur ca-

raque

l'ail

passer bien des

choses.

dans tonle

De toules ces fameuses boulicpies de conliseurs, qui brillaieni naguère la longueur de la rue des Lombards, le Fidi'lr //crr/^/- esf reste
sage (ril(uace, sans s'in(piiéler de toules les
il

seul didtont, à liuslar du

ruines qui s'écroulent sur sa tète;
la

est toujours debout, la houlelle à

main

;

lidéle à

son vieux (juartier

el

aux

vieilles traditicms,
Aiifjélifjiies,

il

n'imite
ses an-

pas tous les Galaiils Parnii)is, et toutes les Belles
<iens voisins
la

el

voisines.

(|ni

oui profilé delà révoluti(ui pouréuiigrer de
la

rue des Lombai'ds et aller s'établir dans les (piartiers de Paris où
a

mode
a fait

nonv(dleun'nt établi sou empire.
c(Mic('ssi(Ui
le

— C'est à peine

si

ce vieux berger

une

aux exigences de sou siècle, en adoptant pour éclai-

rer sa bouli(pu'
m'ile lidélile,

resplendissant bec de gaz.
a

Il

voulail avoir inie éter-

même
il

l'égard de son vieux (piiinpu't à llinile!

i*arexem|de,
serie française
p(Mn- notre

esl

esl

restée

nu anli(pieel agréable usage ampiel toute la conlilidele, el nous l'en félicitons bien \ivemenl
et jolies demoiselles

part.— Je veux parler des jeunes

de mael

gasin
les

(pii

sont chargées de servir aux chalands les cornets de dragées

boites de pastilles.

— I>ans

Ions les antres magasins, les demoiselles

^)r.i

lii

i:

Di;s loMi; A im>s
pcn
;i

(le ((iiiii'luir
(loiil,

mit

('le

rciiipliicccs

peu

|>;ir
:

des incssh
csl itIlVciix

ms <lc

i

ntiiphtir

rasjx'cl csl
(l;iiis

l)(';ui(<»ii|>
in;ii^;isiii

m(»iiis scdiiisniit

il

Eiilrcz

im

de iioiivciiilcs
lie
«Icvi'îiiciil

:

nu coiimiis vous

«IcroiilciM
la

les clollcs iiiocllciiscs. (|ui

('lr<'
lil

lonrliccs (juc p.ir

main
vous

(rinic

!(

mine.

Ucniandf'/ dn ((don on ûu

chez nn nicrcior,

cl

venez de yros

doij^ls

rondes (lierelier
et

a

denK'ler les eclicveaux.

— Enlie/
(|ni

dans nn magasin de modes,
détaillera tonte la gràee

ce sera Ires sonvent un modislc

vous

dnne

enpote en salin, on tout

le

mérite d'un

bonnet en

tnlle; ce sei'a

mi

</(nr<ni utotlisU' (|ni

vons apportera votre empas

plette, à domieile.

Les coidisenrs seuls sontrestt^s galants
ces jeunes
lilles,

et n'ont

depossr-dc'-

tontes

de leur dtdicieux emploi;

("»

conliseurs. soyez Itcnis'

(lesl depuis

une cim|uanlaine d'années ipia
la

commcm c
coiiliserie a

la
ete"

phase acpeu
à

tnelle de l'cxishMice de la rue des L(miliards:
d(''tr(nu^epar repicerie, et le sucre

peu
!

de pomiuea dû

fuir

devant

le

siurecaïuli

Ka nie des Lombards est aujourd'hui
ilnirét's nilonialcs,

le (piartie.r-genc'ral

de toules

les

])uisqne l'on est conveiin de
el

dénommer

ainsi

ius(pranx

pruneaux de Tours,
(pie

justpraux brii[ueis phosphoii(|nes;

ce(pii piouve
le

uos colonies commencent beaucoup plus près de Paris cproii ne

croit g(''n(M'alement
livrée

dans

la

société.

Mais

si

la

rue des

Lombards

csl

aux

«épiceries,

du moins

(die est lierede

nerenrernu^rdansson sein

(pie

des épiciers en

r//(*,v,

dn en demi-gros:

(piaiit

an vulgaire epiricr oi

fin.

il

lUiK
y osl

DKS LOMIJAUDS.
Essayez df vous
laisiiié,
et
liiirc

2").-)

coniplclemciit incoiimi.
(III

soivii

une

(iissoiiiide,

im

[letil |»ol

de

vmis

sei'ez

bien reçu!

— Un

oiiee de

ne

\eiid,
(|U à la

dans ces lieux, du sucre candi
voie!
|)as

(juaii (|uiiital,

eldulioisde

réj^lisse

(hi

ne se doule

j^eneralenxMil, ilaiis

le

puhlic, du iioniine de liaiilieu
le

saclituis
(

dill'érentes
le

aux(|uelles

a

donné

dei)it

dune once

de
(|ui

hieoree, vendue

malin par

le petit e[iicierdii

coin au vieux ;^arcon

\ei!l se
ipii

i'ei;aler d'uiu!

tasse de

moka.

— .Nous

av(»ns d'abord le l'ahricaiil

ex|>ediea renlie|»oseui', [luis celui-ci qui recèile sa déniée au marcliaiid
j-ios, [)uis celui-ci
(|ui

eu

qui

la

l'evend à l'épicier en demi-<;r(»s, puis eiilin
le

!<'

dernier

IVactionne encore ses paquets poni'

petit épiciei',

le(|uel
il

enlin vend sa

marchandise par
liaid di; café si

petites Iraclions iKiinrojxdliiijKcs, car

vous sert pour un
L'épicier eu
llirope
(|uelle

vous

le tlésire/

!

lin

est plus (|u'un
la

marchand,
la

c'est

un verilahle

|)hilan-

dans l'acceidimi
heure du
j(Mii' et

plus noble et

plus sainte du

nom. A nimporle
notre [)ersonna,i;e

(jnelipielois

même

de

la nuit,

se déraiiyei'a de son diner, de son s<Mi[>er

ou de son sommeil, pour vous
d(>

vendre, (pie dis-je,
sous.
Kl (piand

|)(uir

vous donner un briipiel phosphoiiipii'

deux
votre

même

vcuis n'auriez rien à

demander
et
il

a

\\\\

e[)icier

(jiie

chemin, entrez hardiment dans sa bouti(pn',
(•(unme

s'empressera de vous

satislaireen v(»us reconduisant poliment jusqu'au seuil de sa poi'te, tout
si

vous veniez de dépenser cinquante francs dans son magasin.
la

dette philanthropie est admirable, et je ne passe jamais devant
li(pie

bou-

d'un épicier sans être tente de saluer profondément

le

[latron

du
n'ai

logis
[)as

c(nnme un Inenfaiteur de l'humanité.

— Mais, jus(|u'à ce jour, je
reste,
si j'en

encore mis

mon

envie

a

exécuticm.
la

Du
cpii

viens

la

,

je-

me
(aii-

garderai bien abu's de |»asser par

rue des Lombards, car, vu l'imornent ce ipiartier,
il

mense quantité de magasins
drait tenir

d'iqHcerie
la

me
est

mon chapeau
il

a

main

tout le long

du chemin.

Il

bon

d'être poli, mais

ne faut

|»as

s'enrhumer du cerveau.
la

haiis les iiKiilcnifs

magasins de

rue des i^cnidiards, les jolies petites

demoiselles de bouticpie, qui jadis enl'cnicaient avec tant de gi'âce leurs
doigts blancs et efliles dans les bocaux ou <dles puisaient les pralines
les pastilles, se
et

trouvent remplacées par de l'obiistes garçons

(pii

eiibm-

cenl jiis(prau c(mde leurs grands bras rouges dans des tonneaux de cas-

sonade on de raisiné de IJourgogne
ilerriere les vitraux,

:

la

cas(pietle de

loutre se pa\aiie


!

l'on n'apercevait jadis (pie

de charmaiils[iet ils bon-

nets aux rubans roses

Tout change dans
bards; aussi ce

la

iialiire,

et

[lar coiise(pieiil

dans

la

nie des

Lom-

(|iiailiei'

n'en lestera-t-il pas
la

dans ses

lraiisl'ormati(»ns
«pii

successives, et grâce au voisinage de

rue Udinhtitcan

vient

d'ame-

250
iiei"

lUIE
l'air o( k' soleil tl.ins loiit

hKS l.()MHAIU)S.
ce (|narli(M" jadis
si

somhre

cl si tciioltreiix,
la

peut-être, dans une (('nlaiiK'd'aiiiiécs, Dieu et les inacoiis aidant,

nie des

Lombards
de Paris;

sera-t-elle

une des rues
il

les plus co((nettes elles plus lu-illantes

— en

1945,

ne serait pas impossible

(pie les

banquiers de

la

Chaussée-d'Antin reprissent leur domicile, dans ce (piartier
tre cents
Chuiiiic.

illusirt- (piala

ans aii|)aravant

|tar le

séjour des invenleiirs de

l^rllrc

île

I.oris

llrvr.r.

RUS

ET

FA5SftGE

DU

CAIRE.

ots ne croyons pas iK'cessairc (Je rechercher hien scrii|niI(Miseijieiil
ce
(jii'étaif,

aux temps

<pie l'on poni--

rait
j

appeler les temps fabuleux do notre histoire, le petit coin de Paris dont nons sonnnes chari^c d'cludier les diverses transformations.
II

est aujourd'hni assez indiflérent

que l'emplacement actnel de la rin; et des passages dn Caire se soit trouvé ou non sur la voie romaine
qui
partait

du grand

\)imt

de

la

Cité, touchait à l'endroit où, depuis,

on a
sait

hâti les Halles, et là se divi-

en deux hranches qui allaieni
Il

je

ne sais où.

importe aussi

fort

peu, que cet emi»lacement fût alors couvert de hois, ou (pi'il lui couvert de marais, ((uoique les liistcniens ne se soient peut-être pas hien entendus sur cette grave mafuM-e. Quant a nous, ih»us serions assez disposés a croire Iionnemenl.

que sur

la

place en (juestion
liois et

,

il

\

aNait a la fois des
I

des niaa

recages; mais nons sonnnes prèls

nous
.-.\\\\^^

incliner
.

devaiil
(pii

le

premier
(lenion-

Kdie Ochillree

nous

JÔS

KUE KT

l»ASSA(.i;
iic

liera noire erroiir sur cet impoilinil siijel. .Nous

conipiilscioiis pas ikui
ille

plus les vieilles chartes poudreuses conservées à lIlôtel-de-N

el

aux

Archives de Paris, pour résoudre rii^oureusenieiil
si

h; prohlèiiie

de savoir
lé|Mo-

le

terrain dont

il

sagil apparlenail, à une epo(pie reculée,
(pii s'elevail

à la

seriede Saint-Ladre ou Sainl-Lazare,
henis, ou
la
s'il

dans
(|iii

le

lauliourg Sainl-

dépendait de
la

l'Iu^pital

de

la

Trinile,

existait à l'anj^le de

rue St-l)enis et de

rue (Irenetat.

Toul ce
;

(|uarlier elait hors de Ten-

ceiiile
(|u'il

de

i'aris

sous IMiilippe-AugusIe

ce lui seulement sous (Iharles V
les limites,
(pii

devint partie intégrante de

la ville, lors(pu'

sarré-

laieiil

en

111)0

aux rues du Jour, IJourg-l'Ahhé

et

Michel-le-domle.

lurent portées en 1051» jus((u"aux rues Meslay, Sainte-Appoline et Hourlu)n-Villeneuve.
(]e

serait

donc

à partir de celte derniéic epoipie «(ue devrait
litre

commencer

notre tâche, [jour (pU' nous restassions ti(h'lesau

de cet ouvi'age. Mais

nous ferons plus,

et

nous passerons
(jue

l<»ut

d'ahojd aune epo(pu'ra|ipidchee

des temps modernes.

Nous supposons donc
vaillant
roi Fiaiicois 1"

nous sommes en
la

|ilein

X\
(|ue

1'

siècle, cpie le

régne sur

France, et

le

lecteur peul
s

enihrasser d'ini coup-dieil
lard la rue el les passages

le <puu"tier j)o])uleu\

où doivent

élever plus

du

(^aire. lîien

n'annonce encoi'e ces maisons
(pu-

hlanches ou gris-sale, iN'gulieres, alignées au ccudeau,
aujcuird hui; rien ne
l'ait

nous voyiuis

<'raindieces longues et Iristesgaleries vitrées, où

végètent maintenant les lithographes et les marchands de jouets
l'ants
;

densom-

nous sonnnes dans
tortueux,
si

le I'aris

du moyeu-âge, dans ce
}toeti(pu',

l'ai'is si

hre,

si

houeux,

et [)ourlaMt si

(pu^ la civilisation

moderne

et la ligne droite elîacent tous les jours, l'artoul

auUuir de nous
t'ait

se dressent de vieux et noirs éditices, dont le peu de largeur des rues

paraître enc(U'e

la

nuisse i)lus somhi'e,

el

dans ces rues

crie, s agite et se

coudoie cette |)opulalion harriolee de houigeois

all'airés,

de moines et de

moinesses mendiants, d'écoliers, de
de gueux,
et
si

tilles-de-joie, d'artisans

amhulanls,
si

([ui

donnaient

à la ville

ancienne une physionomie

étrange
(pii

caractérisée. Mais avant d'examiner, en lui-même, le (piarlier

nous occupera plus particulièrement, jetons rapidement un coup-d'ieil
sur les

monuments
la

(pii

l'avoisinaient.

D'ahord, dans
(

rue Saint-Denis, pres(pi'en laced<' l'emlroit oudehou-

lie

actuellement

la

rue du Caire, se dressait
:

le vieil hô[»ilal

de

la

Trinité

dont nous axons déjà parlé
construite au XIL' siècle
,

il

se

composait

dune

chapelle golhi(pu',

et

d'une sorte de cloître de graiule étendue;

pardeniere,
cet édilice,

un vaste enclos rempli d'arhres fruitiers. Dans l'origine, comme l'indiipie S(m nom, avait él('' destiné à recevoir les pauétait
et
il

vres malades,
lier, ([u

avait éle desservi [tar des UKiiiies d'un ordre'particii
;i

-

on

avail

siiiii(umiies/'"//'y7'.v .l//(c/'.v.

canse des paciliqiies

lièles

DU
sur
U'S(|iit'll('s ils

<:aii«i;
lorsqu'ils
iilhiiciil
(|iit"'l('i'

'iôU

claicnl

moules

diins la ville.

MallKMirciiscniciit, nialgn' rappareiicc toiilc dclHimiaiif de ces relijiieiix.
ils

avaient dilapidé les fonds de leur hospice,
ils

si

bien, qu'à l'ejKxpie

<1{»mI

lions parlons,

en avaient été chassés depuis
la

lon<,'tenq)S, et les
la

immenses

iiàtimenls de l'hôpital de

Trinité avaient été mis à

disposition des

célèbres confrères delà Passion, ces premiers disciples de l'art dramatique

en France. Les confrères étaient des marchands, des ecclésiastiques, des
mai;istrats, qui s'associaient
la

pour représenter des

Mi/stères, et jouaient

cmnedie bourgeoise

a

la

plus i;rande oloivc de hieii: leurs seauc.es

avaient lieu dans

la

plus belle salle de

la

Trinité, et

là, les

dimanches
la

et

létes, l'i'^angile et la

Bible étaient travestis pendant toute
et

journée, en

présence diine buile bruyante

tumultueuse.
se trouvait la fontaine
(pii

lu peu plus haut dans la rue. nument fruste et grossier, mais

du l*onceau, mo-

avait l'avantage de fournir, en tout

temps, aux habitants du quartier, une eau claire et saine, provenant de
I

ancien aipu'duc de Saint-(iervais. (Tétait

à la

fontaine du Ponceau que

Louis
>

XL

faisant son entrée

dans sa bonne
tilles

ville, fut

reçu par

«

des sau-

vages cond>attant, et par trois belles
toutes nues...
(^e (pii était
»

faisant personnages de sirènes
et disant

»

chose bien plaisante,
la

de petits motets
lait,

»

et bergerettes,

tandis ipu*

fontaine rendait du vin et du
a

toutes

irterveilles

dont

le

naïf Jean de Tntves nous

transmis

le

souvenir.

o/io

HUi:

i:t

passa«;i:
du côté du Nord, non

La porte ou
pas,

bastille Saint-Denis teniiinaitla rue
le i)ense

comme

on

bien, l'arc-de-triompbe élevé par Louis XIV, que

nous voyous anjourd'bui, mais une véritable porte de place de guerre,

composée de deux grosses tours avec herse, pont-levis, fossés
de-garde extérieur. A partir de cette porte,
sans interruption, jusqu'à
la
la

et

corpsallait,

muraille de

la ville

porte Montmartre, toute hérissée de créneaux,
la

de guérites de bois et de canons; au-dessus de

muraille, on pouvait

néanmoins apercevoir encore la butte des Gravois et le petit village de Villeneuve, situé à peu près à l'endroit où se trouve aujourd'hui le boulevart Bonne-Nouvelle puis au-delà, parmi les arbres verts de l'enclos Saint-Lazare, on distinguait les vastes bâtiments de la léproserie, et dans
;

le

lointain les piliers lugubres de Montfaucon, avec leurs grappes hideuses

de suppliciés.

Quant au
assemltlage

(|uartier

même, dont nous n'avons

décrit jusqu'ici que les

abords, ce n'était, à

l'époque où nous nous supposons transportés, qii'un

imnmnde

de maisons de bois écloppées et boiteuses, dont
la

le

pignon

était

tourné vers

rue, et dont les poutres croisées eu forme d'X

formaient sur les façades de bizarres ligures géouu'triques. Ces maisons
de hauteurs inégales, pressées l'une contre l'antre, croulantes, véritables
lanières à peuple, formaient

nu amas discordant

et coid'ns qui s'étendait

presque jus(iu'aux Halles. Des rues étroites et fangeuses se glissaient a travers ces masures, tournaient, revenaient sur elles-mêmes, et aboutissaient souvent à un cloaque repoussant. Ni
traient jamais dans ces venelles infâmes,
l'air, ni

le soleil

ne péné-

d'où s'échappaient, en toutes

saisons, des odeurs nauséabondes. Pas

un couvent, pas un
de
ses

hôtel, pas

un noble
dessus de

édifice

ne projetait
plébéiens

la

pointe élancée

tourelles
la

au-

ces

toits

dans tout l'espace compris entre

rue

Montorgueil

et la rue

Saint-Denis

dune

part,

la

rue Mauconseil et l'em

|)lacem(Mit de la rue T!iev(MU>t.

di'

laiitre.

Seulement, eu dehors de ce
j)o-

carré de constructions misérables, d'impasses humides où végétait la

pulation

la

plus pauvre et

la

plus méprisable de Paris, entre

la

rue Saint-

Sauveur

et le

rempart, s'élevait isolément une église surmontée d'un
regard des constructions hideuses dont

clocher gothique, entourée de cloîtres réguliers et de vastes jardins, qui
reposaient un peu
voisins.
le
ils

étaient

Cette église et ce couvent ai>partenaient aux Filles-IHi-u
tions misérables

;

ces habita-

que nous venons de dépeindre, étaient ht Cour des Mirneles; nous allons doiuier quelques détails sur ces deux remai-quables
établissements.
11

est diflicile, sinon impossible,

de parler de laConnles iMiracles
il

a[)r('s

l'illustre écrivain

delà Notre-Dame de Paris: mais
((iic

entre nécessairement

^t

'lans notre cadre, poiir

lliisloire

du qnarlicr dont nous tions oc

f

DU CAIIIK
poiis soiL aussi
luagiiiticuie

2il
ici

complète

(jiie

possible, de ra|)pelei'
a

((uelques traits du

ouvrage dont Victor Ilugo

doté notre époipie.

Dabord
d'hui ce
cite

,

nous ferons

reniar(jnei' ({ne cette

dénomination de Cour des
(jui

Miracles ne s'appliquait pas exclusivement à l'impasse

porte aujour-

nom;

il

y avait

dans
:

la ville

plusieurs asiles de ce genre. Dulaure
et la

parmi

les i)lus

célèbres

la

Cour du Roi François
la

Cour

Saiiite-

Catlierine, situées toutes les
les

deux rue Saint-Denis,
rue du Bac et de
la

Cour de

la Jussieune.

Cours des Miracles de

la

rue de Reuilly, etc.

On

peut y ajouter les rues de la Grande et Petite-Trnanderie, des MauvaisGarçons et les trois rues des Francs-Bourgeois; en général, les lieux ipii
ont conservé ces dénominations de Francs, servaient autrefois de refuge

aux gueux

et

aux vagabonds de Paris.
la

Sons Louis XIV,
entre l'impasse de
trée était

(]our des Miracles dont

nous parlmis s'étendail

l'I^toilc et les

rues de Damiette et des Forges; son en-

dans

la

rue Neuve-Saint-Sauveur. Sauvai, dans son livre intitulé
de Paris, en
:

Histoires

et Anti(juités

a laisse''

inie

description détaillée que

nous albms ra[)porter
« »
»

Elle consiste en

une place d'une grandeur trés-cousiderable
(|ui

et

en un

trés-graïul cul-de-sac puant, boueux, irrégulier,

n'est point pave.

Autrefois

il

confinait aux dernières extrémités de I*aris.

A

présent

il

»
"

est suite dans l'un des (juarliers des plus
|)lus

mal

bàlis, des plus sales et des
le

reculés de

la ville,

entre

la

rue Montorgueil,

couvent des Filles-

»

Dieu

et la rue .Neuve-Saint-Sauveur,
il

comme

dans un autre monde. Poui*

»
»

y venir,

se faut souvent égarer
il

dans de petites rues vilaines, puantes.

»

détournées; pour y entrer, tortue, raboteuse, inégale.

faut descemlre
J'y ai

une assez longue pente,
à

vu une maison de boue

demi-

•>

enterrée, toute cliancelante de vieillesse et de pourriture, qui n'a pas
(|uatre toises en carré, et

'

où logent néanmoins plus de cinquante méde petits enfiuils légitimes, naturels ou

» »
"

nages chargés d'une
dérobés.

infinité

On m'a assuré

que, dans ce petit logis et dans les autres, ha-

bitaient plus de cinc] cents grosses familles entassées les unes sur les

»

autres. Quelque grande que soit cette cour, elle l'était autrefois beau-

» » »

coup davantage. De toutes parts,
mauvais pauvres.
»

elle était

environnée de logis bas, en-

foncés, obscurs, difformes, faits de terre et de boue, et tous pleins de

On ne

sait pas positivement, si le droit d'asile

dont jouissaient ces quarla

tiers, était le résultat

de privilèges accordés anciennement à

corpora-

tion de l'argot,

(Ui l'eflet

d'une longue tolérance de

la

part des prévôts et

autres justiciers de Paris; toujours est-il que les soldats du guet et les

gens de garde redoutaient d'y pénétrer, moins par respect pour ces privilèges,
la

que par crainte de voir

cette

hideuse jjopulation se ruer sur eux
de
niiil, \in

à

première alerte. Soit de jour,

soit

certain cri

ipii

retentis-

24-i
s;iitde
(|ues

KllE

El l»ASSA(.E
Itouclie, et se

maison en maison, de bouclie en

répandait en quel-

minutes dans tonte l'enceinte, aninnuait l'invasion des suppôts de police dans ce royaume de la jineuserie. A ce signal, on s'armait, on
courait dans ce dédale sombre de rues, que Victor

Hugo compare
,

à

«

un

échevean de

til

brouillé par

un chat,

»

et

malheur

à

l'escouade d'archers,
(pii

aux sergents, aux soldats du

_7«y'/-».s.s/a'

tm du
<|n'il

(jnet-roi/al

s'étaient

engagés dans ce nid de brigands;
ces braves miliciens de nuit,

le

moins

pouvait leur arriver était

de s'en retourner roués de C(uips. Nous nous empressons d'ajouter que
tout habitués (pi'ils étaient à être l)attus,
à
la

s'exposaient, très -rarement
Miracles;
ils

colère

des habitants de

la

Cour des
se con-

les laissaient aussi tranquilles

que possible,

et ils

tentaient de

molester
la

les

iuoiïensifs
il

bourgeois qui contrevenaient aux
et plus

règlements de

police d'alors;
la

y

avaitmoinsde danger

de

profit.

Pendant

le

jour,

Cour des Miracles

était silencieuse et solitaire; tous
la ville

ses bideux habitués la (luittaieut des le matin, et lefluaientsur

en

bandes de bateleurs, de bohémiens, de inaUrcs de sales métiers, de mendiants, d'e^triqiiès; de sorte, qu'un étranger n'eût pas Irouvé grande dif-

lèrence entre ce quartier et certains autres (puuMiers pauvres de l'ancien
{•aris.

Mais

le

soir l'aspect changeait; les cabarets borgnes, les tavernes
la

repoussantes dont
il

Cour des Miracles

était

semée, s'éclairaient abu's,
el

el

en sortait des chants iul'àmes, des cris

des

trépignements.
la

On
à

voyait rentrer de tontes parts les gueux qui avaient |>assé
exploiter le pavé de
la ville; les

journée

aveugles voyaient clair subitement, les
les

boiteux jetaient leurs bourdes,
postiches; les

maliiigreux eiraçaient leurs plaies

déposaient les
le

femmes qui exerçaient la proièssiou de pauvres mères, deux ou trois marmots demi-nus qu'elles avaient loués

matin, et les restituaient a leurs véritables propriétaires; puis, malin-

greux, enfants, pauvres mères et estropiés, allaient s'enivrer dans leur

cabaret d'affection, car une des lois fondamentales de
cles, était qu'il

la

Cour des Miraet les orgies se
les profits

ne

fallait rien

garder pctur
nuit que
le

le

lendemain,

prolongeaient aussi tard dans

la

permettaient

de

la

journée.

Nous venons de
l'argot avait,

parler des lois de

en

effet,

la Cour des Miracles; le royaume de un code ou formulaire dont on exécutait rigoureuil

sement

les dispositions;

faut dire

que ce code prescrivait

le vol, le bri-

gandage

et la licence la plus effrénée.

connaissait ni baptême, ni mariage, ni

Cour des Miracles, on ne enterrement, ni aucun sacrement; Dans
la
ils

cependant, les argotiers n'étaient pas pour cela privés de religion, car,

chaque

fois

qu'on les accusait d'impiété,

montraient dévotement sur
à l'angle

leur place principale, dans

une grande niche,
le

d'une maison, une

statue de pierre, représentant
l'église

Père Eternel, qu'ils avaient volée dans

de Saint-Pierre-anx-Bœufs. Les argotiers avaient aussi une orga-

fvfili

llc^-y-'

fii

Rue

fl

passade du Caire.

— Cour

(ies

Miracles.

\)[
ils eliiienl

CM un:
»iii

'245
siiivanl
la

iiisitlioli |>(>liti(jiic

;

classes

(lillV-n'iilcs calt'j^niics,

spécialité

de leurs professions, et
roi

ils

olxMssaieiit tous à

un chef ipion

appelait

le

de Tliunes ou Grand Coèsre. Les caté^M)ries |)rincipal(!s

étaient celles des (lapons, des Francs-Mitou et des Rifodés, c'est-à-dire
celles des voleurs, des
électif;
il

mendiants

vi

des vaf^alxnnls. Le chef ou roi était
lois et

était char<;é de

conserver les
niarliiuM

de les faire exécuter. Le
avec lequel
il

sij^ne

de sa

diiinité était

un ^ros

ou

boidldi/a,

pouvait
paraît

caresser les épaules de ses sujets,

lorsipi'il
le

en avait

la fantaisie. Il

aussi (piil avait nue certaine part dans
|)rolits

produit des vols et dans les
;

de toute nature que faisaient ses inférieurs

on

d('[»osait les of-

frainles à ses pieds,

dans un

Itassiu, et c'est

de

là,

dit-on, qu'est venue

l'expression vulgaire de rniclivr an bassinet. Sa hainiiére consistait en un

chien nn)rt porté au bout d'une fourche. Dans les processions de

la fête

des fous,

et

dans

les

céréun»nies cpu' l'on appelait les montres,
le

le

roi

de
et

Thunes marchait après
il

duc

d'Fljjypte,

entouré de ses archi-supp('»ls,

précédait les hauts dignitaiics de l'euipire de Galilée.

Un comprend

(pu'lle

horieur devaient inspirer aux dignes bourgeois
et le

de Paris cette hideuse république

cloaque

(jn'elle habitait.

La plus

grande injure que

l'on pût faire à lui
(/c ^/

homme
<le

a

été,

pendant plusieurs
il

sh'cles, de l'appeler (r/j«/>y;é

Coar des Miracles. Aussi

n'y avait pas
((ui

de marchand timoré, de timide clerc.
regarder
le (|nartier

passe-volant candide,
(|ue la

osai

maudit de plus près

rue St-Denis ou

la

rue
plus

Moutorgueil;
hardi

les

fennnes faisaient nu grand détour pour
hésité à s'y aventurer de nuit.

l'éviter, et le

gendarme eut

Cepemlantil y avait une classe de la popnlatimi parisienne, (|ui entretenait fré(|uemment des ra])i»orts avec les argotiers. Qnel(|uefois le soir,
après l'heure du couvre-feu. au

moment où

les

assassinats

et

les vols

ccnnmencaient dans

la

ville,

on voyait des individus vêtus de grandes

robes, le visage voile, se glisser
et

comme des ombres
la

le

long des murailles,

pénétrer couragensenient dans
si

Gonr des

.Miracles.

Ghose étrange!
moines d'alors
à

ces personnages

hardis étaient des nmines.
fait,
il

Pour s'expliquer ce
vivaient piuir
la

faut se souvenir (pie les
faits à

plupart des dons
ils

leurs couvents

,

leurs églises,

ou an saint dont
tère reçût

conservaient les reliques. Pour que
il

tel

ou

tel

nn)nas-

donc

le

plus de legs pieux,

fallait qu'il fût

en réputation de
en un

hante veitu,
les

et t\\u'

son saint patron manifestât sa supériorité sur tous
la

autres patrons de tous les autres couvents de

terre

;

il

fallait,

uH)t. (pie

bon

gré, malgré,

le

saint patron

fit

des miracles.
le

Or

voici

ce (pii arrivait
ven(»iis

le

lendemain on
le

surlendemain des

visites

dont nous
faisaient
la

de parler, dans

(piartier des

gueux. Les bons nndnes

une procession soleunelle dans Paris,
:

jiortaut sur leurs épaules

châsse de leur bienheureux patron

on se pr(»sternai(. ou se signait

244
(Icvdteniciil

UUI<:

KT PASSAC.K
un
lioinnie paralysé
à

sur leur

piissai^c. T()iit-;i-cou|>,

d'un
la

lu'as,

ou

Itoitcux. (»u('|»il('|)li(|uc, IciHlail la foule et

ehenhait

toucher

châsse

1

" L

((ui

contenait les
pas.
Il

reli!|iM's;

on

le

repcuissait,

on

le

IVappail,

il

ne se rehu-

tait

collait

enhn «es lèvres contre
son hras,

le coflVe sacré, et

tout-à-coup, ô

prodige!

le paralyti(|ue agitait

le

boiteux rejetaitsalié(|uille loin
roi, r<'pileptiqne cessait

de

lui, et

marchait droit

comme un

archer du

d'écumeret se déclarait guéri. Le peuple était émerveillé, car depuis dix ans, quinze ans, le paralytiqiu' élait notoirement [)aralytique, le boiteux
boiteux, répileptitpie épilepti(pie; ou le connaissait, ou lui avait douué

cent fois l'aumône. Le

lait était
il

patent, les preuves à l'apjjui étaieut là, le

miracle était incontestable;
était le plus

était reconiui (pie le Saint

de

tel

couvent
les

grand Saiut du

ciel et

de

la terre.

Les lampes d'argent et

ex-voto aflluaieut à sa chapelle,

les

donations, les legs pieux au trésor

de ses desservants,
affaire

et... voilà

pour([uoi les moines de Parisavaient souvent
il

aux argotiers, etpourquoi

y avait

tantde prodiges au moyeu-âge.

Telle était la

Cour des Miracles, à

l'époque dont nous parlons; ré-

ceptacle de toutes sortes de vices, repaire de débauches, asile avoué du
vol,
lui,

du

recel,

du meurtre,
ait

elle a subsisté jusqu'à

Louis XIV, sans (pi'avant
plaie

aucun souverain

songé

à détruire cette

que Paris portait

à

qu'aucun événement, aucun désastre pul)li<- n'ait beaucoup altéré sa monstrueuse (U'ganisation. Malheuicusement p(»iir les
son flanc, sans

DU CAIRE.
cesseurs;
gloire
il

^21.")

gueux, Louis XIV fut plus jaloux de sou autorité (|u'aucun de ses prédé-

ne voulut pas

qu'il y eût

dans Paris d'autre
lui

roi

que

lui, et la

du

roi

de Thunes en i»articulier

faisait

ombrage.
la

Un jour donc, eu
effrontément dans
la

1050, je crois, les habitants de

Cour des Miracles
dernier refuge de

virent une foule de soldats, de gens de justice, de commissaires, pénétreila

rue Neuve-St-Sauveur, ce

vieil et

gueuserie parisienne, ce sanctuaire redouté, dont aucun homnu! por-

tant hallebarde
lèges.

ou vêtu d'une robe noire n'avait osé enfreindre
;

les privi-

On

voulut résister, mais hélas! on n'était pas en force

une armée

[tresqu'entiére cernait le quartier.

Tous

les co(piins,

vauriens, vagabonds,

uiendiants, estropiés, les coquillarts et les saboulonx, les narquois et les

malingreux,
fut pris,

le roi

de Thunes lui-même, avec sa cour et ses
trié;

officiers, tout

exannné,

on envoya

les
la

uns dans

les

prisons de Paris, on

fonda pour les autres l'hospice de

Salpétrière, ou jeta bas quelques
le

maisons, on élargit
la

les rues,

ou assainit

quartier, et de ce

moment

Cour des Miracles n'exista plus. Benserade lit uu charmant ballet intitulé La Nuit, où les transformations nocturnes de la Cour des Miracles formèrent un épisode fort comifjue; le ballet fut joué sur le théâtre du Petit-Bourbon; le roi se divertit beaucoup, et trouva ((ue ces

mœurs
tinée

étranges étaient racontées eu vers fort galants. Singulière des-

des* choses

humaines! La (]our des Miracles devait avoir pour
!

oraison funèbre! un ballet de Benserade...

Passons maintenaut
tier

à

un autre

sujet.

Nous avons

dit (pie

rancien (juar-

des Truands était adossé du côté du uun\ au couventdes Filles-Dieu,
à

aujourd'hui eutièrenuMit détruit, et dont les jai'dius, |)ostèrieurement
l.,ouis

XIV, s'étendaient assez

loin sur l'ancien

territoire

des ai'gotiers.

Voici ce que c'était (|ue ce couvent.

Dans
prés de

le

courant du treizienn- siècle, Cuillaiime
la

111,

evê([ue de Paris,

fonda, dans
la

rue appelée eucore aujourd'hni impasse des Filles-Dieu,
à

rue Basse-Porte-Saint-Deiiis, une maison religieuse destiuée
//if/,

recevoir les pécheresses,
et

7>^'/K/f//?nf'»r/'/t', aiuiieut utilisé

de leur corps

à la

fin étaieut Uniihées

dans

la mendicilê.

»

.loinville dit (pu.'

Saiut-Louis
;

accorda à cette institution une rente de (|uatre cents livres

mais cette

somme
allaient

était

sans doute insuftlsante, puiscpi'au moyen-âge,
infinité d'antres

les Filles-Dieu

mendier dans Paris avec une
(|ui

moinesses

et

un»ines
rues,

exploitaient alors la charité publitpie. Elles parcouraient les
:

du

soir au matin, en criant

Du pain pour Jésus notre Sire !
échangé
le
la

et cette vie

errante fut sans doute pour elles une cause première de démoralisation.
D'ailleurs, bien (pi'elles eussent

ceinture dorée contre l'habit

de bure, les bijoux précieux contre
naient toujours
d'avoir été les

chapelet de bois, elles se souve-

sujettes

du

roi des liihauds, et,

dans

le

|)ieux asile (pii lenr avait été ouvert, elles juraient,

ô profanation! elles

t24(')

HUE Kl
les

l»ASSA(, K
si

s'enivraient et menaient nnc vie dissolne;

Itien

qnaii

lien
(|iie

d'être des

exemples d'edilieation pour
était

fidèles

,

elles n'étaient

des objets

de scandalr;. Anssi une réforme fut liientôl nécessaire;
recluses,
(pii

le

nombre des
la régie

d'abord de deux cents, fut réduit de moitié,
la

devint plus sévère,

surveillance des autorités ecdésiastitpies plus ri-

goureuse, et ou parvint, ou à peu prés, à transfonner ces indociles pénitentes en religieuses.

Mais

le

couvent des Filles-Dieu avait du malbeur,

et

il

semble qu'une
et d'expiation
la

cruelle fatalité ait toujours prisa tàclie de contrarier les

bonnes intentions

de ceux qui l'avaient institué. A peine des traditions de piété

commençaient-elles à

s'y établir,

que

les

environs de Paris devinrent

proie de ces bandes indisciplinées, qui les ravagèrent tant de fois à cette

époque; c'étaient tantôt

les

compagnies, tantôt les Anglais, tantôt ces ra-

massis de brigaiuls qui n'appartenaient à aucun peuple, à aucun pays.

Un peut juger combien

ces invasions de st)iulards brutaux et effrénés
le

portèrent de désordres dans

monastère

et nuisirent

aux bons
dans

effets

des

prédications. C'étaient tous les

jours nouvelles violences, nouveaux
si

pilla-

ges;

la

peste et

la

famine qui sévirent

souvent

à Paris et

les alen-

tours pendant les

15""= et li"'" siècles,

ne contribuèrent pas peu au relâ-

chement forcé des mœurs;
fut prise, pillée et

enfin, sous Cbarles V,

termiiui cette première phase de l'histoire des Filles-Dieu

une grande catastroplu' leur maison
:

brûlée par les Anglais, et elles furent elles-mêmes dis-

persées pour quel(|ue temps.

.Néanmoins

la

pensée qui avait présidé

à

l'établissement du couvent des

Filles-Dieu était trop sage en elle-même, et Paris a contenu, en tous temps,

trop de folles créatures, susceptibles de chercher un refuge dans

une

maison de ce genre, pour que celle-ci fût supprimée. Aussi ne tarda-t-on pas à construire un nouveau couvent beaucoup plus vaste et plus beau
que l'ancien,
Jean.
et cette fois
il

fut

compris dans

la

nouvelle enceinte de Paris,
la

que venaient de tracer
Il

les

États-Généraux, pendant
à l'endroit
a
la

captivité

du

roi

s'élevait

précisément
il

occupé aujourd'hui par

les pas-

sages du

Caii'e, et

était

appuyé

muraille.

De

la sorte,
il

il

était par-

faitement garanti contre les ennemis du dehors, et
à craindre (pie les

ne devait plus avoir

ennemis du dedans.
l'avons dit, cette institution avait du malheur, et

Mais,

comme nous

les efforts

de ses protecteurs, pour améliorer les recluses, semblaient

toujours tourner à leur démoralisation plus prompte. Le désordre se mil

donc de nouveau dans
être

le

couvent des Filles-Dieu

;

sans doute, ce devait

um; rude besogne que de convertir des pécheresses comme on en
pour arrêter
les

trouve enc(M'e aujourd'hui dans Paris! Bref, uiu- seconde réforme devint
bientôt nécessaire,
(;t,

débordenu'Uts des recluses, on
à l'ordre

Icïî

assujettit.., a la règle

de Fontevrault. c'est-à-dire,

monastique

nr CAIHK.
(laits
le(|ii<'l

'2'i7

les

lioniinos et les fcinnios vivent on (•oiiiiiimKnitc, sons

l;i

surveillance

dune

altbesse.

Nous

regrelloiis de ne pas connaître le non!
à Cliarles

du sage
mesure,
son

et pieux
et

personnage qui conseilla
là les

YIII cette étrange
:

qui préteiulit arrêter par

déhordenienls des Filles-Dieu
génie du

nom ineritail de passer à la postérité. Eh bien! tout cela n'était rien encore
cette

;

le

mal réservait

à

malencontreuse maison un désastre plus

terriidc (pie tous les

autres.
C'était en 1648,
la

au commencement des troubles de

la

Fronde, pendant

minorité de I^onis XIV.

A

cette époque. Paris était parc(uiru

chaque

nuit par des bandes de vagabonds et de pillards, voire de jeunes gentils-

hommes,
par
la

qui faisaient la débauche, rossaient

le giiet et

détioussaient les
célèbre à l*aris,

passants par occasion. Une nuit donc de cette année

si

journée dos Barricades, une foule d'hommes armés et masqués se

dirigea en silence vers le couventdesFilles-Dien.
et les jardins furent investis,

En un

instant, la

maison
et

on apposa des échelles aux fenêtres

aux

murailles, et on

donna

l'assaut au couvent...

On ne

pilla pas.

ou n'incence fut

dia pas les bâtiments, l'église ne fut point profanée, et cependant

un scandale immense dans Paris,
jusqu'où avait été poussé
le

le

lendemain matin, lorsque
Vertueux Guillanuie de

l'on apprit

sacrilège.

l'aris, quelle
si

eût été votre douleur, en voyant votre généreuse fondation atteindre
le

mal

but quevcuis aviez marqué

!

Une

pareille aventure eût sufti

pour perdre entièrement de réputation

une autre maison religieuse; mais,
fait avait-il

comme nous
s'il

le

savons,

le

couvent des
le

Filles-Dieu n'avait jamais eu et ne pouvait avoir

un bon renom; aussi A
la

moins de gravité que

se fût agi de telle ou telle abbaye

aristocratique où les reines venaient faire leurs dévotions.

cour, on

trouva

la

chose fort plaisante et on en
travailla à

rit

tout haut.

Du

reste, lorsque

Louis

XIV

épurer

les

mœurs en France,
le

tout en se livrant,

sans contrainte, à ses.propres passions,
tit

couvent des Filles-Dieu ressen-

l'influence de la réforme universelle; les recluses s'amendèrent tant
et,

bien que mal, l'anecdote de 1648 fut oubliée,
1789,
tôt
il

jusqu' .à

la

révolution de

ne paraît pas que celte maison

ait été

un foyer de scandale, plu-

que

les autres

maisons religieuses de Paris.

nous reste à parler d'un singulier privilège qu'avait autrefois le couvent des Filles-Dieu. Lorsqu'un criminel devait être pendu au gibet de
Il

Montfaucon,
s'arrêtait

et

lorsqu'on
la grancfe

le

conduisait au supplice,

le

cortège sinistre
le

devant

porte du monastère; on faisait descendre

condamné du tombereau, et venaient, un cierge allumé

toutes les religieuses, la supérieure en tête,
à la

main,

le

recevoir processionnellement.

Puis, on le suspendu extérieurement au chevet de

conduisait, toujours en procession, devant
l'église, et

un Christ

qui était
baiser.

on

le lui faisait

'2i8

HUi^
le ((iiKliiimic rcrovjiit

liT

PASSAGE
mains
<lo la

Alors
//«/'.S'

solcniiellcnKMit des
et

suporicnro,

morcrilux de

jxiiii

et

vu renr de vin,

on se riMneltait on inarclic

pour

le

((Miduiic au sup[»lice. >i'v avait-il

jias,

dans

col

usage

d'oIVrir

du

pain et (lu vin a
(|ni

un nialhourcux

(pii

allait nuiurir, (|U('l(|ne chose de naïf
:'

peint pairaitenient nos bons aïeux

Un

pauvre dialde

(|ui, je

ne sais pour (pnd
et (pii venait

nn-fait, avait été
la

condamné

à être p(Mnlu à

MonHaucon,
il

de recevoir de

supérieure des

Filles-Dieu r<dVrande ordinaire, avala tranijuillement le vin et mit le pain

dans
(|ui

sa poche; puis

rennnita dans

la fatale

charrette.

Son confesseur,
([u'il

n'était |)as l(dlenient

occupé de sa mission
lui

cliaritahle

n'eût re-

maripié cet acte de singulière prévoyance,
pouvait destiner
le

demanda
:

à quel

usage

il

pain (piil avaitmis en réserve


ci, je

«

J'imagine,

mon

père, répondit le malheureux, que les
qu'il

bonnes sœurs

m'ont donné ce pain-là pour

me
»

serve en paradis, car en ce

monde-

n'en aurais plus que faire.

Le couvent des Filles-Dieu s'étendait depuis
qu'à
la

la

rue Saint-Denis jus-

rue de Bourbon, anciennement ajjpelée rue Sahit-Côme-du-milieu-

la moderne Cour des Miracles. De beaux jardins, qui plus tard furent bordés de maisons, en étaient des dépendances. Le couvent, en lui-même, consistait en un vaste carré, dont l'église de forme rectangulaire, couverte eu

des-Fossés, et depuis la rue actuelle des Filles-Dieu jusqu'à

1)11

CAIUK
(-inclirr

^2'('.>

ploiiil)

cl

siiniioiilcc

d'iin

|)('lit

en

picirt' <l'nii liMMiil

(•l('<;iiiil,

luniiJiit mit' (les laocs vers la

iMic

des Killrs-Dini.

l.rs trois aiilics
;

cùlcs

coiilciiaiciil les cloîtiMis ot les liàliinnits (riial»i(ali(»ii

an

('ciilrc

était

un

liarterre lonjonrs

])i('n

eiiticlcnn par les recluses

et

nu

petit

hassiu d^iau
(|ui

vive. L'eiisenilde de l'editice <'lail nidde,

régulier,

mais n'avait rien
(piarlier dont

dût frapper particulièrenient l'altenlion.
Voilà
((!

(prêtait, dans les siècles antérieurs,
d'eci'irc

le

nous

sonnnes charges
la

l'histoire; pass(»ns

maintenant

à l'origine et a

pliysiommiie du (piartier moderne.

\ rcpiMjue de

la

rev(dntion,

le

c<iuvenl des Filles-Dieu
l'ut

l'ut

supprime
I

connue tous

les autres

couvents: reditice

vendu

et

denndi.

ne com-

pagnie se constitua alors p(»ur re\[iloitation des \asles terrains laisses
vacants, par suite de cette deimdilion, au centre del*aris, dans un (piartier
|io|)uleii\.

dette compagnie, dans un hut de speciilati(Ui, décida (pi'uiie
la

rue allant de

nu; Bourlxui

à la iiie Saint-l^eiiis,

serait |)ercee sur l'em-

placemeiitdes anciens jardins des Filles-Dieu,

et

(piedes passages vitiys,
l'aris,

dont

la

mode commençait ahns

à se

répandre dans
rureiil
il

seraient c(ms-

truils sur les ruines

du couvent. Les plans

adoptes, on trouva de

rargenl, les ouvriers se mirent à l'u'uvre, et

en résulta

la

rue

et

les

passages (pie u<mis counaiss(ms.
Or. rinauguration de ce (piartier eut lieu en 1708, ainuie grande et glorieiis(;

dans nos annales. Bimaparte venait d'entrer au Caire avec cette
mts jours
(iuel(|u<!s

helle et brave arnK'e d'Fgypte, à hupiellede

rares v(Hé-

rans sont

si tiers

d'avoirappartenii. Cet événement avaitexciteen France,

et surtout à l*aris, le plus

grand enthousiasme;
d'armes au (piartier
le

et la c(mipagiiie

dont

iMHis

avons parhi, irsolut, par un sentiment huialde, de rattacher
d(>

le s(mi-

venir

ce magnilitpie

l'ait

((u'elle était
et

occupée

à

l'econstruire; elle lui
et

donna (hmc

nom

de rue

de itassuf/cs du Caire,

rensemhie

fut appelé foire
;

("était lort hieii

du Caire. malheureusement on ne
le

s'arirla pas

là.

A(in

(|u (Ui

ne
(ui

pût se méprendre sur

sentiment patriotitpie des constructeurs,
égyptien et glorieux

chercha un moyen de (humer au (piartier nouveau une sorte de couleur
locale,
rait la

un caractère

à la f(»is oriental,
le

,

(pii

rapp(dle-

l*yramide de Gigeh,
le

temple

(h;

D(!ii(lerach, et ces villes

superhes

de l'Orient (pie

gémirai Honaj)arte v(;nait de «conquérir.
cher,
et

Un monu-

ment eut coûte
industriels
(pii

hieii

d'ailleurs, ce u'f'tait pas l'alVaire des lions
l:i

avaient

fait

construire

rue

et

les

passages du Caire,

d'élever des iiKniiimeiils. Ceiiendaiit

(Ui V(Milait.

hou gre maigre, apposer
;

une sorte de cachet de circonstance aux nouvelles constructions
triotisme luttait
tion
Il

le

pa-

coiiti'e

reconoinie, et

eiitin (Ui se

décida |)our

la

décora-

miraculeuse
est

(pie

nous voytuis

aiiiouid'hiii.

impossihle

(pie le lecteur,

en traversant

la

place du Caire, n'ait

pas

a[)t'r(ii

par hasard,

t'ii

levant les yeux vei's

la

maison

aii-clessuiis «le

Ia(|!ielle

est l'entrée principale des passa«;('s, trois on (piaire niasearons
i^ros

de

|)iei-re, à

nez,

à

visaj^c

c.n'ré, scellés

dans

la

niin-aiiie;

on di-

rait
d(!

de ces mas((nes grotescpies (pie

les coslnniiers
Va)

snspendent an-dessns
;i

lenr |)orte en temps de carnaval.

sinit

[xnirlant des spiiinx,

l'instar

dn

s|)liinx liant,

géant

«pii

depnis

trt)is

mille ans doit an pied des Pyraet

mides. IMns

entre denx enseignes de tailleur
frise,

de

Ixittier, se glisse
(pii

nne

iinp(!rce[)tilde

décurée dn
de
la

nom

de has-reliel" et

s'étend

d'une

extr(Miiit(! à l'anti-e

l'acade. (le has-relief

représente de petits

personnages égyptiens de
lurt*

ciiii| à

six |)oiices
siii-

de

liant, (pii s(nit la caricaijni

parfaite de cenx (pi'oii voit

r(dielis(pie, et
{\\\

redisent sans
dt;

dont<!

en

langue Iiiéroglypliiipie

la

gloire

gênerai Honaparte et
à

l'armée d'Kgypte.

Du

reste

la

maison ressemble

toutes les autres mai-

sons dn voisinage, sauf ces enj(divements Inzarres. Et voihV ce (pi'imagi-

nèreut

les

dignes industriels pour éterniser

le

souvenir dniie victoire et
a
s(tii

pour

justifier le

nom donné

au nouveau (piarlier! IJoiiaparte,
lier

retour d'Orient, dut être bien
!e

en voyant ce (piasi-moiininent,

s'il

vit!

La rue du
et fragiles

(laire,

comme

toutes

l«'s

rues inodernes, est large, droite
|tar

et

assez insignitiante. Elle n'est remar.pialde

ancniie de ces gracieuses
la

constructions

ipii

s(Uit

aujcMird'Iini a

mode;

elle est

fre-

(pieiite(! |»ar

une popnlatimi indnslrielle
maisons
liantes,
les gtuires,

(|ui prefer(^ d(!

l)eancon|) l'utile a

l'agrealde.

l.,es

nnirorines.sansdonte pencimimodes, sont

remplies de marchands de tous
la

dmit

les
la

enseignes s'étalent sur
a

façade jus(|u'au troisième elage. (le(»endaiit
spéciale
:

rue dn (laire

une indus-

trie

on

y trouver les
la (|iie

principaux magasins de chapeaux de paille
(pii

de Paris; c'est de
orner

partentces coill'nres legereset poeti(pies
la

vont

les jolies tètes

de

France

et

de l'elranger. An

priiiteiii|)s,

on voit

parfois (piehpies élégantes, dont les goùls de luxe ne sont pas en ra|)port

avec

la

fortune, se glisser vers ces magasins on elles son! sures de liMuive,pailles de riz

pour un prix inférieur ces belles chandes
d(>

on

d'Italie ipie leurs

mar-

m;)(les leur

vendraient bien

cli 'i'; les

bourgeoises économes

vi(Mineiit faire blanchir,

dans
la

les ateliers

de

la iMie

du

(laire, les

chapeaux

(pi'elles

ont déjà p(»rtes, et

fringante mais pauvre griselle ne va jamais

chercher ailleurs sa coitfure d ét(\

Les passages sont
d

tristes,

sombres,
Ni

et ils

se croisent à

chaque instant

une manière désagréable
magasins
et la

a I'omI.

le j(Hir, ni la

nuit, rien n'y rappelle

les brillants

population coipielle

dt';^

passages des Panolitho-

ramas
tée

et

de rOpera.

Ils

semblent du reste alVcrtes aux ateliers de
la

graphie et aux magasins de cartonnages, roinine

rue voisine est alfecy

aux fabriques de chapeaux de

|(aille.

Les |>assanls

sont rares, excepte
la

peut-être en temps de )duie. on ceux

ipii

se rendent de

place dn (laire

Ml
.1

CM

lii;

^i.")!

l:i

riii'

S;iiiil-l)eiiis.

cvitciil

\(>l()iili('r.s

l;i

nie

U'\'u\r

des Killes-Dicii.
se
livrent

Les

im|iriin('iirs
;i

cl

les

litliojiiiiplics

du

piissii^c

du Caire
l'ail

excliisivenieul
nieiit sentir,

trois soiles de tr;iv;\ii\, dont le liesoin se
:

«^^eiierale-

cliiKine jour

Ils ini|ninienl

on

lillio;;ia|)liienl
l'aire

des caites de visite et des cartes de

restaurant, des lelties de
les

part poui" les naissances, les mariages et

décès de

la

bonne

\ille

de Paris.
à

L'ijidustrie

du passage du Caire continu*'
elle se ])lail

l'especler

la

tradition des
et à

emlilènies

;

elle est icstée lidele à la
:

i-elijj;ion

des souvenirs

l'usage

des ornemeuls syndioli(pi<'s
hilli'ts tic

encore

a lepi'esenter

sur les

faire junl

,

\\\\

mariage dans un amour
au pieds du Temj)s.
la
la

{\\\\

legarde brûler une

flamme

éternelle,

inie

naissance dans une poupée au berceau, un décès

dans un bonliomme
-N'oublions pas
liourhoii-Villeueuve

(|ui |)lenre

le
.

petit

conunerce de
le

rtw de Cléry

et

de

la

rue

dans
et

voisinage de
,

rue du Caire

:

on

y rabri(|ue

des meubles de noyer

d'acajou

à l'usage

des mariés

,

des avocats, des

littérateurs et des lorctlcs en espérance.

A
la

(piebpw's pas des rues et passages
th'>

du Caire, sur

la

droite, se trouve

mctderne cour

Miracles.
a
l'ail

Il

est certain (pu? l'espèce de place à cpii

l'on a conservi- ce
I

nom,

partie autrefois

du royaume du

roi

de

argot, mais rien en ce un)meut n'y rappelle plus les
les

bouges immondes

(jubabitaient

truands

et

les

gueux du nmyen-àge. Des bâtiments
le

somptueux

et

d'une arcbitecture régulière

décorent aujourd'hui, et

à

l'entrée on voit écrit, en

grandes

letti'es

dorées sur un fond bleu d'azur,
:

au centre d'une resplendissante enseigne

Cour des Miracles.

dix-neu-

vième

siècle

!

Autre contraste
la

:

a l'enlrée

nn"'me de

la

Cour des Miracles
et

se trouve

magnifique Typographie Lacrampe, établissement-modèle d'où sortent
les

chaque jour
trés

chefs-d'œuvre de littérature ancienne
gi'ainls artistes; ainsi, l'ancien
la

moderne,

illus-

par nos plus

refuge des vices les plus

hideux, de l'ignorance

plus grossière, est devenu un centre de lumières,

de civilisation

et

de progrès!
est

La typographie Lacrampe, dont nous parlons,
nauté,
c'est là
uin.'

une

petite

commu; :

petite republi(pie

(\[\

travail,

de

la

j)ersévérance et du courage

une association, dont

l'histoire est à

coup sûr

fort

honorable

en 1857, dix-neuf ouvriers se réunissent pour liavailler, pour souffrir
et
la

pour espérer en commun;

ils

n'ont pas de brevet, et
:

ils

s'abritent sous

raison sociale d'un imprimeur breveté

ils

amassent

à

grandpeine un
(jui

capital suffisant pour acheter trois presses, et les voilà

se nn-ttent à
les intérêts

travaillera
(le

(jui

mieux n)ieux, avec un égoïsme(pii embrasse
!

tous.

Eh

bien

aujourd'hui
et

la

typographie Lacrampe occupe plus de

deux cents ouvriers

près de quarante presses: elle possède un matériel

2^2
(lunr
lin
v;\l(>iif (If
(

iui<:
iiii|(<'iit

ET

i»assa(;k
:

1)1

cAiiu:.

mille Iraiics
b's

certes, cesl-la

un noble exemple,
(|ui

noble enecinrii^einenl pour

lunumes de rien

veulent devenir

(piel(|ue

ebose en

liaviiilliiiil

1

Ki.iK

ili:i;Tni:T.

MUCHE
\

DES

IMOCENTS
juils
,

euiulitioii (les
,

jui

inoycii-

age
1

était nule,
les

il)le;

tourmentée, intoléjtnriîis de l'Inde menaient

.issuiénient niie vie

moins abrenvée
du Calvaire
l'aversion se

d linmilialioiis. Et n'allez pas croire
(|ne
Inl
le

«•raiid

attentat

rniii(|iie

cause
:

de

(ju ils

inspiraient
ivirenuMit

l'humanité

nn)n(re

raïu'unière à ce

piMut dans linlérètdu ciel. Aujourd Uni (pie
iislice
1

la civilisation (pii

a fait

bonne

de tout ce

ressemble à

nitolérance, on peut avouer harle vrai

dimeiil (jne
lil(

crinu' des israe-

s était

d'être riches au milieu de

générations incessamment appau\iies
(

Ue-mème favorisait
emprunts
pour

par les gnerres. La noblesse les vues cupides
lui faisant
:

de ce peuple jiarasile, en
d(^s

iisuraires

c'était

la

une espèce de victime
giaissait
la

(|u'on

eu-

sacrifier,

ou

i)lut()t

p(un' la dé|)ouilli'r;

dés

(|u'elle se

tiouvait à l'efattrembonpoint désiré,

mille imputations suryissaieiil coiitie elle

de

l'église,
:

du manoir féodal

et
I

de

la

cour

ainsi, les juifs avaient

nt bouillir
iifants

(

une multitude <le petits dans d'immenses chauavaient perforé
la

dières;

ils

sainte

'254
linslio
ils

MAIICIIK
d'un fer
s.'urilc'ic,
(|iii

DKS
cii

1

N N (MIK N TS.
du
sauj;

avail

l'ail jjiillii'

ou bien (mkmmt.

s'étaient livres

au cruel plaisir de erurilier

\in

adolescent en haine de
et (|u"on

Jésus-Christ. Sur ces accusations, |ilusou inuiiis mensongères

se gardait bien de véritier, les cou|)al)les ou les accusés étaient bannis,

dépossédés violenunent,
de payer ses dettes.

et

les

nobles emprunteurs se croyaieul

(piittes

envers leurs créanciers; impossible d'imaginer un nutyen plus

commode
à l'angle

La fondation de
de
la

l'église

des Saints-Innocents rue Saint-Denis,
le

rue aux Fers, était due, selon

chroni(pieur Yigeois,
:

à

un de ces

forfaits judaïcpies

dont nous parlions tout-à-l'heure
les juifs

Un

jeune

homme
r(!'glise,

nommé
il

Richard, ayant été tué par

sur l'emplacement de
l'éditice

s'y

opéra des miracles, etla piété })ubliqne éleva

dans

la

seconde

moitié du xir siècle. La basilique des Saints-Innocents fut paroissiale

des son origine, et, conformément
cimetière se forma autoui- de
cett«'

à l'usag*' délétère

consacré jadis, un

nouvelle église. Lbabilanl du vieux
il

Paris devait sa dépouille nmrtelle au territoire sur lecpnd

avait vécu

;

ses ossements étaient le patrimoine de sa paroisse... Patrimoine es! bien
le

mot, car

il

en résultait un revenu certain
la

:

les vivants
'

ne payaient-ils

pas les prières données à

mémoire des nmrts
nous occupe

Lorsqu'en 178G,

l'église qui

fut démolie, elle c(uiservait le

caractère de diverses époques qui lui avait donné t(UM'-à-tonr des stvies
dilférents; sarrasine,

dans

les parties les plus

anciennes,

elle présentait,

dans

les

détails de ses nouvelles constructions, qnebpu' chose de plus
cl

en plus élégant, au fur

à

mesure
et à

((u'<'lle

se ra|>procliait de

la

tin

du

w"

siècle.
à

Aujourd'hui, grâce
sergents de
ville
:

Dieu

M.

]c

préfet de p(dife.

nous avons des

les

paroissiens

(pii

seraient

assez peu dévots pour se

battre dans une église, en seraient chassés ignominieusement, sans que
les fidèles eussent à souffrir de cette profanation.
Il

n'en était

])as ainsi

sous
relle

le

règne de Charles YII
l'église

:

un hcnnme
la

et

une femme se prirent de

(pie-

dans

des Innocents;

femme, d'un
b'

c(uip de quenouille,

blessa

l'homme au
nu

visage, et qnebpu's gouttes de sang rougirent le parvis

sacré! Jacques du Chastelier, qui occupait alors
Paris, lança
iuterdil
fut

siège episco))al de

sur

la

pai'oisse
les

:

durant vingt-deux jours toute

cérémonie religieuse

suspendue;

cloches et les dévots furent c(mile

damnées

à se taire

;

les

chants cessèrent au chœur;

temple demeura
cimetière

silencieux et sombre; les portes de l'église, celles

mêmes du
et les

furent fermées; les vivants durent aller prier ailleurs,
allèrent,
la

morts s'en

un peu plus loin, demander une dernière hospitalité au repos de tombe chrétienne. Des paroissiens ainsi traités an temps où nous vivons, se jetteraient
les

dans

bras é(piivoques

de l'abbé Cbatel; cpws.

du xV^ siècle peu-

MAnClIÉ
sèreiil, (|iioiqiie >lulici-t'

I>KS
|);is

I

XNOCKNTS.
i^st

!255

ne Ifùl

ciicorr dil, qu'il
s(»ii|)ii-;tiit

nvec

le ciel

des

;HC(»imiiuJemeiils;
eeiis

ils

ciiiplii'eiif

en

leur eseareelle de

lie;iii\

iWw,

el ils

se

liAlei-eiil
«lil'iieile

d'idler IViippi'r a

la poi'te di'jà

eiili-'ouverte d<'

levèche.
I

Il

serait

d"evaluei- inaiiiteiiaiit ce

(|iril leiii-

en coûta en
:

iôT, pour i<'con(ilier
dii

ri'iilis:'

avec Dieu...,

el sniioiit

avec les jjrètn's

mais Texeniple

prélat financier prolila

l»ienl(')t à

son successeui' Denis

Dumoulin,

((ui, trois
le

ans pins tard,

til

lernier a son tour le cimetière des

Innocents, sous
rente de celle
liiui

prétexte d une nouvelle pi'olanation. tout-à-lail ditledéjà valu a cette

«pii avait

malheureuse église nue interdicles

episcopale.

l/auteui'
(Charles
"

du Journal de Paris, sous
a dit

règnes
«

de (Charles VI

el.

Mi, nous
ni

tres-naïvement

à

ce sujet:

On

n'y enterrait ui

ix'tit

grand; on

n'\ faisait ni

"

|)ersonne. L"évè((ue,

procession ni recommandation pcuir pour en permettre l'usage, voulait avoir trop grande
était
la

'

soninic d'argent

,

et l'église

trop pauvre.

»

Il

est probabli^

pour-

tant (pion parvint a satisfaire

conscience timorée du métropolitain;
fort

car

a cette

epoipie

le

clerg(' i-al)attait

peu de ses prétentions

spii'i-

luelles
Si

ou tempm'elles.
el le

ICglise
fois,

cimetière

tU's

Saiuts-[nn(tcenls turent profanés plus
a

d'une

on voyait aussi, alleiiaul

l'edilice,

un

asile de péuiteuce el

de prcd'itude contrition. C'elail une snrie de prison ou des lennues
tilles,

et

des

pécheresses rei>enlaules. senl'erntaienl |)our

le

reste

delenrvie;

'i5(i

)i

A

i;

(

:

1

1-:

i

m: s

i

.\ .\

(

m

;

i-:

n

r

s
elles

elles

l'aisiiieiit

miii'cr

l;i

poi'le

de cette deineiire
le ciel,

sii|irèiiie, (tu

espe-

r;iieiit rec(iii(|iierir

leur s;ilnt dans

un peu

c()Ui[iriunis

an sein des

voluptés de ce monde, (les pauvres recluses se trouvaient en coninumicatiou avec l'inteiienr de l'église,

au moyen d'une fenêtre
de

étroite,

par

la-

(jUelle ou leur passait les aliments grossiers qui les empêcliaieut tout juste

de moui'ir de
période

laini.

Selon

les registres mannsci'its

la

Tournelle

,

ces

réclusions, qui furent quehjuefois forcées, se multiplièrent au xv" siècle,

aux passions ardentes, durant laquelle les dames doiniénsnt
carrière aux tendres égareuKmts

amplement
(In

du c(eur

et

de l'esprit. chez
les

(juaml l'amour devient expansif et audacieux
XV'

comme

dames
la

siècle,

le

mariage est un témoin assez importun,
fait

et le vice,

iièn(''

dans ses allures, se
:

crime tout simplement par amour pour

lilterté

llenée de Vendomois,
la

femme du seigneur de
convoitises

Souldai, s'était aflo:

lee

pour un bel archer de

garde du

roi (Charles VIII

il

y avait

en ce

temps-là

gramle concurrence de
élite

féminines autour de ces
titrés;

compagnies, formées d'une
domois,

d'hommes d'armes
à

Renée de Vende-

afin d'emhellir la

chaîne qui l'unissait

son amant, s'efforça

dorer; pour y réussir, elle vola d'ahord son mari, et puis ses ani's, et puis tout le monde, afin de ne point faire de jaloux. Entiu, lasse du joug

matrimonial, qu'elle secouait pourtant avec beaucoup de liberté et de

bonne grâce,
étr(^ à

elle

tît

assassiner
:

le

seigneur de Souldai, en disant peut-

justice de l'adultère! Le Parlement condamna Renée de Vendomois à mourir sur un échafaud mais Anne de Reanjen, régente du royaume, pénétrée sans doute de ce principe évangéli(pie, (pi'il devait être beaucoup pardonné à la coupable |)arce (pi'elle avait beaucoup aimé, comnuia sa peine en une réclusion per})é-

sa conscience

laissez passer la

;

luelle

au cimetière des Iimocents. Depuis l'année H8(), ce cimetière

était

environne de hautes murailles;

ce ne fut guère tpu' deux siècles plus tard (jue l'on
struire la galerie appelée Ins Charniers
:

commença

à con-

galerie

sombre, luimiibN tapissée

de monunuMits funèbres, et pavée de tombeaux, dont les cavités rendaient

un son lugubre sous

le

pied des passants;

là,

s'en retournaient

pompeu-

sement

à la poussière,

au néant d'où
la

ils

étaient sortis, les riches et joyeux
à

(•(Uivives
la

du banquet de
dans
le

vie

:

dernier hoiuieur rendu

ro])nlence et à

noblesse; dernier reflet des frivoles splendeurs de ce monde, qui se

projetait encore
l>e

domaine de

la

mort!
maréchal de IJoucicaul
et

charnier des Innocents ne ressembla jamais au Cainjio Sancto de
.

l'ise

même

lorscpi'il

eût été einl)elli par

le

par

le

du

XV"

fameux Nicolas Flamel coryphée des philosophes herméti(pies siècle. Il n'-gnait sous ces voûtes funéraires une dis|)arité éti'ang»^
le

des épitaphes gravées sur

marbre

,

des têtes de nutrl sculptées

,

des

ossements eu

ci'oix, à

c(Ué des atlifets

dnu magasin

de modes on de

M
ImniM'ic;
iiillcuis
,

Ali cil K

I)i:s

I.NNOCKNTS.
iiMisi(|ii(.'

!)r.7

des iiislniinciils de
à

siispciidns
i|ui

,

en guise de
l'œuvre de
figures

li.irpcs coliciiiics

un

s(|uek'ttp de
le

marbre blanc
la

était

Cerniaiu Pilon
d'anges
el

;

plus loin,

tombeau de
à
la

dame Flamel.orné de

de saints, servait d'étalage
la

des jouets d'enl'ant. lin des côtés

du cbarnier longeait
nie
(b'

rue de

Ferronnerie,

nommée précédemment
la

la

(Ibarronnerie. Sur cette face du charnier était peinte

dmisc

nuirabrc, parodie

amèrement ])biloso]ibi<jue des
la

travers de ce
la

cutée parla comédie delà mort, pour faire honte à

monde, exécomédie des vivants.
;

danse macabre était égale pour tous du cinnMiére. Les cardinaux les {trinces lesevècpies,
,

La justice de

c'était l'égalité
les

,

moines

,

les

avocats, les men(Wriers, les reines, les bourgeois, les religieuses, les enfnnts
la
;

tout

le

monde

passait,

bon gré mal gré, par rimpilovable

satiic de

danse macabre.
Devant ce s|»ectacle (Vuno originale bizarrerie,
s'élevait, enl4'i9,

un ecba-

laud que l'on aurait pu croire destiné à l'exécution de quelques hautes
MMivres criminelles; cependant, du haut de sa jilate-forme on ue faisait
jusl ice

que du dérèglement d es n)nMirsc(U)temporaiues; ce tait la chaire d'un prédicateurnommé le frère Richard, terrible et persévérant aniagonisie du
luxe
et

de

la

galanterie

;

le

frère

Richard ne cherchait point
et
il

à

convertir les

pécheurs par l'onction d'une parole touchante
d'horribles imprécations qu'il attaquait
lait

persuasive; c'était par

le vice

;

le

montrait à nu,

il

détail-

en termes grossiers
plus illustres dans

les
le

scandales du temps;

il

faisait retentir les

noms
frère

les

bruit de ses orageuses prédications.
la

Le

Hichard se plaisait à criticpwr d'un ton sarcastiipie
païenne des fennnes.
l(Mit
Il

toilette

par trop

eflleurail

de ses paroles railleuses leur beau sein

découvert,

bamiissant,

disait-il,
il

du

plaisir qu'elles éprouvaient à le
a

laisser voir et à le faire adorer;

dénonçait

l'indignation chrétienne
rol)es.

jusqu'aux échamrures démesurées de certaines
n'avaient adoptées, suivant
lui.

qneles pécheresses
les

(pie p(Mir

mieux inspirer
la

mauvaises

pensées!

le

huigueux [iredicanl usait du benetice de
qui ne croit plus à
la

pande, coninn*

im
les

homme

chasteté des oreilles de son auditoire;

sermons du père Richard seraieut une excellente et précieuse consultati(Ui bisloritpie. pour l'bistm'ien (pn' voudrait entreprendre l'étude
lidele

des nnienrs du xv siècle.
ne brillait pas précisément dans
et
la

Si l'art

disposition
il

,

dans

l'ari-an-

gement du cimetière

du charnier des Innocents,
là, le g(uit et

n'était

pourtant pas
;

impossible d'y découvrir, cà et

l'inspiration des artistes

in-

dépendamment de
donjon,
et

(pu'lques tiunbeanx d une belle exécution, on pouvait y s'agenouiller au pied dune croix ornée d'un bas-relief sculpté par Jean

qui représentait

le

triomphe du Saint-Sacrement;

le

citadin

attardé, qui passait devant

cimetière après l'heure du couvrefeu, s'arrêtait ((uelquefois pour regarder en IreniissanI une nivsterieuse Hamme qui
le

tins
hrillait

MARCHÉ DKS INNOCENTS.
dans
(le

les léiièhres et (|iriiiie

main

iiivisiltle

semlilail

l'aire

rayonner
luniieic

au-dessus

ce elianip

(lu

repos éternel; ce n'élait

([u'une

bien i)rosaï(|ne entretenue dans une lanterne en pieri'e liante de (|uinze
[)ieds, et ([u'un

habile ciseau

avait

ornée d'élégantes sculptures; quella

ques écrivains ontcoufoiulu l'appareil de ce pluwe funéraire avec
taine des liuioceuts.

fon-

Cette

fontaine, dont l'existenc*! renu)ntait au xiir siècle
l'église,
,

,

avait

été

adossée à

au coin

«le la

rue Saint-Denis et de celle aux Fers; à
l'arl

cette épo(|ue

elle n'oflrait

encore aucun aspect de

monumental;
titres

ce ne fut qu'au xvr siècle (jue Jean
gloire.

Coujcm en

lit

un de ses

de

Avant de vous parler de ce clief-d'<euvre du ciseau de la renaissance, nous avons à vous rappeler enc(U'e une catastrophe sanglante dont
l'église

des Innocents

fut le théâtre,

en

\o7y\).

En

1559, l'anathème qui tombait de toutes les chaires catholiipu's était
;

affreux, impitoyable
la foule

un minime,

nommé
à

Jean de Han, se distinguait dans

des prédicateurs zélés par sou int(dérance sanguinaire, l'n jour,

tandis «jue cet

énergumene demandait

grands cris des bûchers,

(h's es-

trapades et des échafauds pour les disciples de Luther et de Calvin, deux
assistants se prirent de «(uerelle dans l'église des Innocents, et l'un d'eux
jeta le

mot de luthérien

à

la

tète

de son adversaire;

c(;

nuit valait

un

coup de poignard! Aussitôt l'aiulitoire, exalté par les vociféi-ations du prêtre, se précipite sur le malheureux (pu' l'on accuse d'être un misérable protestant
se jettent
;

aux cris de

la

victime, deux jiassants,

deux chrétiens
que
l'on
le

dans
Ils

l'église

pour secourir un honnne
le

cpu' l'on frappe,

tue

sont poignardés, et

minime continue
la

à

prêcher dans

sang, la religion d'un Dieu (jui est

mm't sur

Croix pour nous racheter.

Parmi tous

les

morts

illustres (pii reposaient

dans

le

cimetière des Inle

nocents et sous

les voûtes

de ses charniers, nous devons citer Jean

Bou-

du Parlement, Nicolas Lefèvre, habile criti(pu\ langer, pnmiier et François-Eudes de Mézeray, qui mourut pauvre comme La Fontaine et comme Corneille, pour avoir préféré le renom d'historien véridique au
jjrèsident
litre

d'historiographe de France.
et le

Le cimetière
tielles

charnier des Imioceuts furent détruits avant

la

révo-

lution; depuis longtemps déjà l'on se jjlaignait des émanations pestilen-

de cette terre sépulcrale, au milieu d'un quartier populeux, coulutter contre des fièvres affreuses,

damné à

dans cette cohabitation forcée
elle-même fut démolie. La

des vivants et des morts.

On

enleva, en 1786, tous ces ossements accu-

mulés depuis cinq

à six cents ans, et l'église

fontaine qui s'y trouvait adossée, avait été reconstruite en 1550 par l'architecte Pierre Lescot, abbé de Clugny, et le célèbre Jean

Coujon

s'était

chargé,

comme
Eu

n(uis l'avc/us dit, de l'exécution des sculplur(>s
fut

dont

elle

est ornée.

I7S8, ce délicieux moninneni

enlevé avec une difticile

Marché des Innocents

Fontaine des Innocents.

MAHCIIE
préciiiilion

l)i:s

I.WOCKNTS.
marché. Plus
la

250

de rcinpUicemciil qu'il octiipail, cl transporté au niilieu de
tard, des

l'ancien cimetière, (jne l'on venait de convertir en

restaurations et

même

des additions ont été faites à

fontaine des Inno-

cents. Les lions poses aux (piatre an<;les et les cuves massives dans les<juelles l'eau

reusement
peu sévère,

ni avec le

tomhe d'une sorte de coupe antique, ne se comliinent heustyle général du monument, ni avec les sculptures
;

légères et gracieuses de Jean C.oujou
c'est la

cependant, aux regards d'un juge

un ensemhle

(|ui

ne

manque

ni

de grandeur, ni d'élé-

gante majesté.
Il in^

nous

reste

plus à esquisser que l'histoire du marclu'' des Inno-

cents; histoire hizarre, nuancée de tons les tons des tahleaux de Callot,

de Teniers ou de Remhrandt.

(^et

espace, où vingt générations s'étaient

endormies du sommeil
des étalage

t'terncl. devint,

eu I7SS, une annexe du
la

momie

grossièrement pittnres(pu' ipi'on nmnnie

Halle; on

vit

s'avancer juscpie-

tro|)

odoiants, des parapluies monstres et des écho[»pes
(jui

mohiles, ayant pour [loint d'appui l'ahdonu'u des marchandes
vaient prétendre au titre (iuasi-arislocrali(]ue de

ne pou-

Dmucs de
en
fallait

la Halle.

Sous

le

règne des distinctions sociales,

il

existait

effet

une grande
«le

distance entre ces deux espèces de femmes, cpiil

hien se garder

confondre sous
la

la

désignation vulgaire de pdissardes. Maintenant encore
est

dame des marchés
le
la

un astre dont

la

revendeuse a éventaire n'est
cpi'il

que

pâle satellite. Regardons un peu ce

y

a

de cossu, de huppé

dans

première

:

le jjoint

de Valenciennes encadre son visage haut en

couleur; une chaîne d'or ruisselle en triple contour sur sa rohusle poitrine; le tin

mérinos ondule sur ses hanches puissantes,

et vingt

hagues

scintillent à ses doigts rouges et courts. Elle dissimule à l'oreille de

sieur le chef sa voix ualurellement rauque

;

elle la elle

pour
vite,

les

phases orageuses de sa profession;
(jui

Monrésewe tout entière module en sons llùtés

ces mots ronllanls

accentuent

le le

dialecte local et(prelle adoucit hien

pour caresser de son mieux
est coiflee d'un
la

nerf acoustique de M. l'inspecteur.
ses traits sont hâves et
le

La seconde
amaigris;
petit

humble madras;
la

mince

toile peinte Ihahille

en toute saison, et jamais
la

plus

cordonnier revendeur de

rue de

Tonnellerie n'enlève sa pra-

tique au sabotier

du voisinage. Elle
le

lutte de

jurons

et

de lazzis obscènes
la youtte,
scie...

avec
et

le

boueur ou
fait

récureur d'égouts,

lui tient tète

pour boire

vous

entendre des accents comparables au grincement d'une
l'éventaire, à

Cette

femme mourra sous
la

moins qu'une beauté rebelle

à

toutes les excentricités de sa carrière lal)orieuse, ne la porte

au rang de dame de
Lors(pie

Halle, sur l'aile de l'amour, cet

un matin enchanteur à qui

toute m('lamoi[ihose est facile.
le

marché des Innocents

poissiui. plus

fut établi, plus d'une uuircliaudc^ de d'une bouquetière delà pointe Saint-Eustache se souvenait

•jc.o

MAiiciiK
CM
liiiiyni^c

in:s

i.n.N(m:i:.nts.
j(i\(ni.\

(I

;(V()ii' (lisjtiitc

poissard avec ce
;

Nadr,

(|ui axait l'ail

de

la

Halle

snii vcrilahU' l*aiiiasst'

on se rappelait son

lialtil

dCcarlale, sa

veste brodée, sa ciilotie noire, ses bas de soie blancs respectés par les
balais les pins nial-appris de l'endroit; les balayeuses admiraient l'érudition locale

du

poèt(; qu'elles

surnommaient un pe^<7

Jésus.

Plus d'une

fois,

avant

la

révolution de 89, les parapluies-modèles du
servir de salles de conseil, de collèges élec-

marché des Innocents durent
gardes qui avait
le

toraux, en plein vent, pour le choix de cette fameuse députation de Poisprivilège de s'introduire

dans

les

appartements de

Versailles, et de fêter avec des bouquets Sa Majesté la reine de France:

en pareil cas, la cour toute entière applaudissait aux compliments de ces grandes dames d'un jour, et la royauté elle-même daignait les traiter de puissance à puissance; chose étrange, les Charbonniers et les Poissardes ont joué un rôle dans l'histoire de la monarchie française, lapins galante
de toutes les monarchies.

Vn beau jour,

le

peuple s'avisa de penser qu'il n'etail rien

et

qu'il de-

MA ne m:
vaitèti'c
les
(jiiel(|ii('

in;s
:

i.n.N(m;k.\ rs.
ce
(<'iii|)s

'ioi

clittse eji

France
fallut

(l;iiis

de

|»('iliiil>iili(Mi,

diseiil

uns,

(le

ré>fénéi'ation, disent les autres, l'émeule ^jionda
:

souvent au

uiairhé des Innoeenls
lier

il

plus d'une

l'ois,

que

le

magistrat-chape-

ou

(|uincaillier de

la section
[)etit

déployât,

par mesure d'ordre,

son
avec

echarpe tricolore sur ce
(|uelle joie

foyer insurrectionnel; mais aussi,

expressive l'on y célébrait les victoires de nos armées répu-

les dames huppées ('{ les petites revendeuses de l'endroil confondues dans ces élans de nationalité populaire, faisaient sauter leur

Idicaines!

connue

cotillon à la gloire des

vainqueurs de Fleurus, de Lodi, d'Arcole et de
]iar

Marengo

!

Plus tard. .Napoléon organisa,
:

un décret impérial,
du beurre;
le soir,

la gaile

|)atriotique des halles

on

y servit,

aux

frais

de l'Etat, des repas sompl'enceinte

tueux, dansl'immense local où se

fail la

criée

dont

il

s'agit,

devenait une salle de bal étincelanle

de bougies, où l'on par extraordinaire,

dansait aux sons d'un orchestre nuignitique; une

fois,

quatre bornes fontaines, plantées au coin du

monument
journée
:

décoré par Jean

Goujon, donnèrent
tout le

le

spectacle gratis d'un vin généreux qui coulait pour
uu(^

monde, durant
«

Ixume parlie de

la

l>c

repas fiU tort iioiinc'lc;

|\icn

ne

niaiiqiuiil

an

Icsliii

;

Mais quckiu'iin troubla
I'cikI.iiI qu'ils ('laicnt

la fêlo
•>

»

en train.

Par malheur pour
la halle,
il

les

grands seigneurs

et [)Our les graiules

dames de
tricolores,

y avait, ce jour-là, tout près d'eux, des

gendarmes

chargés de surveiller la joie publique, des agents de police qui s'avisèrent,
plus d'une fois de régler
triotisme et
le plaisir
!

le

pas de

la

danse, et d'envoyer au violon

le

pa-

Le pouvoir impérial

fut

mieux inspiré
toile

lors(pi'il substitua,

sur

le

mar-

ché des Innocents, des échoppes en bois

à

ces ignobles parapluies, à ces
la

énormes champignons de
tache à
la

qui s'étendaient de
le

pointe Saint-Eus-

rue de

la

Ferronnerie. L'on trouva

nntyen de remplacer

quelque chose d'affreux par (|uelque chose d'horrible.

Les galeries en bois forment un disgracieux ornement

à

la

fontaine

monumentale qui

s'élève
et

au centre du marché; à vrai dire, des anuis de

choux, de carottes

de

pommes

de terre, éléments matériels des capaciel

cités électorales et électives,

exposés à

découvert, produiraient un

eU'et

plus ignoble encore que celui des champignons-parapluies.
très-ra|)prochée de la nôtre,
:

A une époque

il

se passa des

événements

graves au marché des Innocents

durant

les trois
fait

journées qui suffirent
des éclioppes du frui-

pour renverser une monarchie,
tier et

le

peuple avait

de l'orangére autant de petits forts détachés d'où partait une
((ui,

mousqiu'lade
(ueurtrieiT.

pour être dépourviu' de régularité, n'en
la

était
a

pas moins

Sur ce point, connue partout,

victoire

resta

ceux

(|ui

2()2 coinliatlaicnl

MAIICIIÉ DES INNOCENTS.
pour
le

droit, contre les

défenseurs de l'arbitraire
;

et

de

l'oppression. Mais

triomphe coùtacher anx phalan-ies po[iulaires Dieu seul sut le nombre des victimes qui ont reposé près de dix ans au milieu d'un marché, dans une halle, défendues à peine du piétinement de la
le

("mile

par une fragile barrière

;

sans doute,

il

vous souvient d'avoir vu

cette petite enceinte funèbre,

linceul de chaux, les

où l'on avait enseveli pèle-mèle, dans un amis et les ennemis Mais la mort ne proteste
le

point contic de telles mésalliances, et c'est un «irand [laciticaleur (pie

repos de

la

tombe
le

!

Un mot encore
Ferronnerie où

:

seul roi dont le peuple ait (jardé la

au sud du marché des Innocents s'étend la rue de la méawire avant Nala i(oij.;nee

poléon mourut d'un coui» de celle arme fanaticpie dont

est à

Rome
avocat

et la pointe partout, selon
illusti'e.

l'ingénieuse et expressive parole d'un
la

A

l'ouest est située

petite rue de la Toiniellerie,
le

ou na-

quit cet admirable précepteur du j-enre humain, dont

nom

«glorieux a

mancpu'

à la jj;loire

de l'Académie française
le toit stuis

En

Italie,

on montrei'a
chez nous,
le
la

dans vingt siècles

le(|uel le
la

Dante

vil le j(Mir;

spéculation a déjà enseveli dans

poussière des grabats,
la

berceau de

notre innuortel Molière; seulement, sur
neuf, et
(pii

façade d'un bâtiment tout

donne des revenus superbes, sans doute, vous pourrez voir à grand' peine le buste lilli|mtien du poète comique de Eouis XIV; l'architecte qui a bâti cette vilaim; maiscm bourgeoise, a eu la bonté d'écrire
au-dessous de l'image d'un grand honnne
de l'auteur du Tartufe en France
le culte

(jue là fut la ])remiére

demeure
des

et du Misanthrope'. C'est ainsi ((ur l'on entend
la

des souvenirs et de

poésie!

Au nord du marché
«'t(|ui,

Innocents, s'élève Saint-Euslache, un autre vous rac(Uitera l'histoire de
cette église,

où vous

lirez l'épilaphe

de Cheverl,

durant

la

papauté

théophilanlropique du directeur Laréveillère, fut consacrée à celte morale

bocagère et fleurie que Napoléon appelait une religion en robe de ehambre.

Une
de

église,

un empereur
ville, le

et la religion

de Laréveillère
la

!

C'est ainsi

qu'à travers les graves péripéties, dramatisées par
la

chronique des rues
boulVmnierie après
dire, en parlant

grande

plaisant se mêlera parfois au sévère, l'allégro vien-

dra après l'andante,
le

le

vaudeville après

la

comédie, et

la

drame;

à ces conditions, mil n'aura le droit de

nous

des chapitres d'un pareil livre:

L'ennui naquit un jour de rtniilbi

niilr.

G. ïouchaud-Lafossk.

RUE ET

QUARTIER

SAm-GERMMN

-DES -PRÉS

'an 542, le roi Cliiltlel)ei't,

fils

du
en

premier

roi chrétien, était allé
faire la

Espagne

guerre

à Teutlis,

roi (les Visigoths, prince arien.

Son
rois

frère Clotaire
cette

l'accompagna dans Les deux
Iiirces, ils

expédition.

ayant réuni toutes leurs

mirent
(|u'iis

le

siège devant Sarragosse

serrèrent de fort prés. Les
,

^

habitants consternés

réduits à l'ex-

trémité et n'espérant

plus aucun

secours humain

,

eurent

recours
revê-

au jeûne
tirent

et à la prière. Ils se
,

de cilices

et

chantant des

\

psaumes, portèrent en procession, autour des murs de la ville, la tunique de Saint-Vincent, leur concitoyen. Les
les

femmes

étaient en deuil,

cheveux épars, couverts de cenGrégoire de Tours

dres, jetant des cris et des larmes,
dit
,

comme

si

elles

eussent été à l'enterrement

de leurs maris. Childehert et Clotaire ne distinguant jtasbien de loin

ce qui se passait sur les murailles,

crurent

d'abord

que

c'était

une

assemblée de personnes qui préiiii

paraient (pielques maléfices contre
les assiégeants.

Sur ces

entrefaites.

un pnvsan
Ils

sorti

de

l;i

ville lut ;uissil('>l

jinrlc cl jiniciic en leur présence.
j)()ur (piel

['iiitcri-ojicrcnl

sur Iclal

de

la

place, et

sujet les

lial)i-

tants étaient ainsi assemblés sur les niiirailles.
(pi'ils
la

Le paysan leur répondil
,

portaient en procession

la

tunique de Saint-VincenI
la

ponr

flécliir

miséricorde de Dieu et obtenir
si

levée

du

siège.

Les deux rois en
en paix;
à

lurent

toncbés,

((u'ils

promirent de laisser

les Visigotbs

deux

conditi(»ns, toutefois:
l'autre,

lune (luelarianisme
la

sérail

enliéremeut banni

d'Espagne;
apporta

(piOn leur donnerait

luni(pie de St-Vincent.

La

nécessité força les Visigotbs d'accorder cette
la

demande,

et

Cliildebert

tnnicpie ou étoleà Paris en grande solennité.

Quel(|ne tem[)s après, ce roi résolut de bâtir une église, pour y déposer cette sainte relique et

une grande croix

(jn'il

avait apportée

de Tolède.

Cependant, Cliildebert n'exécuta son dessein
tard, à la sollicitation de

([ue (piebpies

années pins

Saint-Germain, évè((ue de Paris.
propre pour
la

Le

lieu qui parut le plus

construction de cette église,

fntcelui qu'on

nommaitalors
encore
les
le

Loco</rc (Locotitia), on. selon l'opinion

comsitue

mune,
dit,

restaient

anciens vestiges du
la

temple

d'Isis,

au milieu des prés, dans
de faire succéder de
la terre.

voisinage de

rivière de Seine; atin, est-il

le

culte

du Dieu du

ciel, à celui

des fausses divini-

tés

L'édifice ne fut

commencé

(pi'en 550, et

acbevé en 558.
la

Cette église, élevée en l'honneur deSt-Yincent martyr, et de
Croix, était soutenue de colonnes de
tres; les

Sainte-

marbre

et

ouverte de grandes fenê-

lambris étaient dorés, les murailles ornées de peintures à fond
L'extérieur répondait à
la

d'or, elle pavé fait de pièces de marqueterie.

magnificence de l'intérieur; tout
qui jetait un
si

l'édifice était
b;

couvert de cuivre doré, ce

grand

éclat,

que

peuple prit depuis occasion d'appeler

cette église Saint-Gei'main-le-Doré.

Non content

d'avoir enricbi

la

nouvelle église de quantité d'ornements

précieux, Cliildebert la dota d'amples revenus ponr l'entretien d'une

communauté de moines,
principal de
la

qu'il pria Saint

Germain

d'y établir.

Le fond
le fief

dotation, outre

le territoire

de l'Abbaye, était

ou

domaine

d'issy, avec la Seine et ses pêcheries, les îles et autres ajipar
le

tenauces dans toute l'étendue, depuis
qu'à l'endroit où
la

pont de

la ville

de l'aris, jus-

petite rivière de Sèvres se joint à la Seine.

Ce

fut à la prière
à

du

roi

que Saint Germain accorda

le

privilège de
le

rexemption

l'Abbaye de St-Vincent, qui plus tard devait porter

nom

de ce grand èvèqne. Ce privilège consistait principalement à laisser aux
religieux
la

libelle d'élire leur abbé, à ôter à

lévèque

et à toute autre per-

sonne

la

disposition des biens temporels du monastère; à laisser jouir
la

en paix

communauté de
;\

ses revenus sous l'autorité royale; enfin, a

défendre

a

tous prélats d'entrer dans ce lieu pour l'exercice d'aucune

fonction de leur ministère,

moins cpTilsne fussent

invités par les abbés.

SA
soit

1

:\

T - (; K K M A

I

N-l)

I::

S

-

1'

K ES.

'1{\:>

pour célébrer

les

mystères
Il

ilivins, soit

pour tlouner l'ordination aux
soutenaient leurs

clercs et aux

moines.

n'y a rien de plus curieux que l'ardeur avec

laquelle les abhés et les religieux de Saint-Germain

privilèges dans

le xii" et

xin" siècle.

Un

jour, Saint Louis,

passant par Villcneuve-Saint-George, s'arrêta
et invita
lui.

pour dîner dans une prévôté de l'abbaye de Saint-Germain,

en

même temps
peine
le

Gautier Cornu, archevêque de Sens, à dîner avec

A
la

prévôt eut-il appris cette invitation, qu'il alla trouver

le roi, et le

supplia très-instamment de ne pas permettre au prélat d'entrer dans

prévôté, ni d'y prendre son repas, crainte de porter atteinte aux privilèges de Saint-Germain.

Quoi que

le

roi

put dire ou penser d'une
la

telle

précaution

,

le

prévôt ne se contenta pas de

protestation de l'archela

vêque, qu'il ne prétendait .icquérir aucun droitsur l'abbaye, ni sur
vôté, par le dîner qu'il allait
roi

préle

prendre avec

le roi;

il

exigea de plus que
le fait

lui-même

fit

expédier des lettres qui continssent
et la

que nous ve-

nons de raconter
au

promesse de l'archevêque de Sens.

L'église de Saint-Germain, ravagée à diverses reprises par les Norniamls
ix*"

siècle, fut

deux siècles plus tard |)resqu'entièrement reconstruite
en
dédicace et
consécration. Les difle-

par l'abbé Morand. Sa reconstruction ne s'acheva qu'en 1IG5, époque

le

pape Alexandre

111

lit

la

la

rences de caractère ([ue l'on trouve dans l'ensemble de l'éditîce indiquent
les

époques diverses auxquelles ses parties appartiennent.
sinj|)l('

La grosse

tour carrée,

et

dépourvue d'ornemenl,

(|ui

s'elêve à l'entrée, date

évidemment du temps delà fondation. L'abbaye, fortifiée par les ordres du roi Charles V, ressemblait à une citadelle. Ses min'ailles étaient tlan(piées de tours et environnées de fossés.
(pii

Un

canal large de 13 à 14 toises
le

commençait

à la rivière et

(pion appelait la petite Seine, coulait
la

long du terrain, on est aujourd'hui

rue des l*elils-.\ugustins,

cl

allait

tomber dans ces

fossés.
était située à l'est, vers

La principale entrée de l'enclos du monastère

l'emplacement occupé aujourd'hui par

la

prison militaire de l'Abbaye.
l'on arrivait a la porte

On

y

traversait le fosse par

un pont,

et

méri-

dionale de l'église.

Une autre entrée

se trouvait à l'ouest de l'enclos

dans

la

rue depuis

nommée

de Saint-Benoît. Cette entrée,

nommée
le

Porte

Papale, était llauipiee de deux tours rondes; on y arrivait par d'un pont-levis.

moyen

A

l'est el

au nord de ces fossés, s'étendaient de vastes prairies parla

tagées en deux par

petite Seine. C'est de ces prairies
a pris
le

que l'Abbaye

,

fondée par l'évêqne de Paris,

injui

de Sai)it-Germuin-(lefi-Prés.

D'un côte, ces prairies, en partant du terrain où se trouve aujourd'hui
la

rue des Saints-Pères
:

,

allaieni en se

prolongeant jusqu'à l'esplanade
le

des Invalides

celle parlic etail

appelée

(ininil-Prc.

L'anire

parlie.

•2(i(i

lUIl-:
(le

ET Q11AKTIEI5
l'on a ouvert (Icpuis
;

située au uord
la

lAbbayc, conipreuait IVspacf où
et
le (|uai

rue Jarol».

la

rue des Beaux-Arts

Mahujuais

on l'appelait

le

Polit-Vré.

L'on

a

(lit

(pielque part, dans ces derniers temps, que l'eau, loin de

former une barrière naturelle entre deux peuples, était lùen plutôt |>our pour ce qui est de la bareux une voie de communication et de fusion
:

rière naturelle, je le

veux bien; mais quant à

la

fusion,

si

les

peuples

campes sur
et

les

deux

rives, en face l'un de l'autre, diflérenls de uio'urs
et

d'habitudes, ont de plus le malheur de ne pas être d'humeur facile
le

endurante, cette fusion pourrait bien ne s'opréer

plus souvent qu'au

détriment du plus faible d'entre eux. Le Pré de l'abbaye de Saiut-(ier-

main imns en
Seine,
(pii

oifre

pendant des siècles un exemple frappant. La
la vérité,

petite

coupait ce pré en deux parts inégales, traçait en
à

même temps
la

une ligne de démarcation, peu respectée
gent turbulente et querelleuse
ils
s'il

entre

propriété

de l'Lniversitè et celle des religieux de l'Abbaye. Les écoliers de l'Université,

eu

fut, ncui

contents de
le le

la

permisaj)-

sion dont

jouissaient de prendre leurs ébats sur

Grand-Pré, qui
Petit-Pré.

partenait à l'Université, choisissaient de })référence

domaine

de l'Abbaye, i)our but de leurs promenades, par
plus proche de
la ville.

la

raison

(ju'il était le

Les religieux, bien qu'ils supportassent avec
la

peine

le

voisinage des écoliers,

plupart

hommes

faits,

mal disciplinés

et fort disposés testé
la

à la querelle

et

aux

batteries,

ne leur avaient jamais con-

liberté

de prendre

l'air

sur leur domaine. Mais loin de se montrer
écoliers avaient insensiblement

reconnaissants

d'une

telle

faveur, les

pris l'habitude de regarder ce
ils

Pré

comme

leur propriété, et tout d'abord
le

l'avaient

nommé

le

Prê-au.v-Cleres.

C'est

nom que

l'on

donnait
fois

autrel'ois

aux écoliers,
y avaient
il

tant ecclésiastiques que laupies. Plusieurs

déjà
et

ils

commis

des dégâts et des désordres de toute espèce,

souvent

était arrivé ([ue les habitants

du bourg de Saint-Germain,
fait

forts de leur bon droit, les eu avaient chassés avec perte.

Or,

il

advint que dans l'aniu'e P278, l'aljbé Gérard de Moi'et ayant

élever ((uel([ues édifices sur son propre fonds, situé sur le

chemin qui

conduisait au Pré, les écoliers se plaignirent (pie les religieux rétrécissaient /cwr chemin.

breuses, et tous, mettant

Le vendredi 12 mai, ils arrivèrent en bandes nomla main à l'œuvre, ils démolirent en peu d'heuGérard de Moret, voulant réprimer
leui'

res les constructions de l'abbé.

violence,

fit

sonner

le

toscin. Aussitôt les vassaux de l'Abbaye accourent,
ils

se rangent en bataille, et conduits par les moines,

fondent sur les

écoliers en criant hw, tue! Les écoliers ainsi atta(|ués à coups d'épée et

de massue, furent blessés en grand nombre.
.

On en

saisit plusieurs,

on

les

garrotta et on les jeta en prison Gérard de Dôle, bachelier es-arts, fut blessé

mortellement

;

Jourdain,

fils

de Pierre

h-

Scelleur, fut tué à C(uips de

sA
lleclies el

1

NT

- r.

EWM A
de

I

N

- 1)

K S - IMl

1-:

S

•iC.T

de hàloii, el

Adam

l'oiiloise,

Cnippe d une masse de l'eraNec
la

tant de lurie, qu'il en perdit un omI. Pendant

mèlee,

l'aldx'

avait

lait

l'ermer et garder les trois portes de

la vill<' (pii

(humaient dans

1<'

lioui'g,

crainte que

les écoliers, restés

dans

la ville,

n'accourussent avec de nou-

velles forces

au secours de leurs camarades.
celte
lutte

Le lendemain de
})lainte
vi'

meurtrière,

l'Université présenta

une

au cardinal de Sainte-Cécile, légat du pape, ponr avoir raison de
faits (pie

sanglant outrage. Outre les

nous venons de rapporter,

il

est

dit

dans cette plainte, que

le

piévôt de Sairit-Germain et quelques-uns
et

de ses confrères armés d'épées, avaient atla(pié
sibles
(|ui

dépouillé des gens pai-

ne prenaient aucune part

à la lutte

;

qu'ils les avaient fait trales avait

verser le

marché tètes-nues, pour

les

conduire en prison, où on

retenus un jour et une nuit; qu'un maître-es-arls, qui s'était interpose
[)Our faire cesser le tumulte,

avait été injurié par les religieux (jui lui

avaient percé ses habits de coups de lance. L'Université disait en terminanl, que
si

dans

la

quinzaine on ne
:

lui

rendait justice, elle sérail foi'cee
elruinjers, el

de suspendre tous ses exercices
sans armes,
tels qu'ils étaient,

seul

remède que de pauvres

puissent opposer à eeux du pays.

Le légat ne savait

(pu' trop, à la vérité, à (pioi s'en tenir
el

sur
l'an

le

((uniile
l'iTt»

de ces pauvres élranyers

sans armes, (|ue

le

reglemenl de

ne

^2(JS

lUJE

ET QLlAiniEll
mais bien
la

ilcpt'iiil

milleineiil ((Hiiim' dt's lioinmcs sliiditMix cl piiisililes,
lit

conime des ^cns dont
quillité |)nl)li(iue.

coiuUiilc déréglée Ironltlail sans cesse

tran-

Mais

le

sang répandu dans cette rencontre
la

ci'ia

puis-

samment en
et royale.

faveur des écoliers, et

mort de Gérard de Dôle

et

de Jour-

dain acheva d'irriter contre les religieux les puissances ecclésiasti(iue

Le légat condamna Etienne de Pontoise, prévôt de l'Abbaye,
coupable ou complice de cet homicide,
Sainl-Gernuiin et renl'eiiné pendant
cin(|
à

comme

être

(basse

de l'abbaye de
petit

ans dans un
côté,
le

monastère
fil

de

la

dépendance de (Uuni. D'un autre
alfaire

roi

IMiilippe-le-Rel

examiner cette
religieux.
rêt,

en son conseil

étroit, «pii

condamna

l'abbe

et

les

Le

roi, (piiétait

présent au jugenu'ut, prouom-a lui-même
turent

l'ar-

par

le(|uel les religieux

condamnés

à

fonder deux cbapelenies
le

de vingt livres parisis de rente chacune, dont l'Universitéaurait

patro-

nage

:

l'une dans l'église de Sainte-Catherine du Yal-des-Ecoliers, pour
fut enterré; l'autre.

Gérard de Dôle, qui y
des-Orges, prés des
Cette

danslacha})elledeSainl-Martinfut enterie

murs de l'Abbaye où
messe
Pré.
les

Jourdain Tristan.

chapelle appartenait dès-lors

à l'Université.

Tous

les écoliers

avaient

coutume

d'y entendre la
le

jours de congé, avant de pren-

dre leur divertissement dans

L'abbé

et les religieux furent

de plus condamnés à payer '200 livres
le

pour

les réparations
le

de

la

chapelle de Saint-Martin; 200 livres à Pierre
;

Scelleur, pour

dédommager de la perte de son fils 400 livres aux parents de Gérard de Dôle, et 200 liv. au recteur de l'Université, pour être distribuées aux régents et aux pauvres écoliers.

Dix des plus coupables d'entre

les

vassaux de l'Abbaye furent exilés
les rappeler, et six
la

hors du royaume jusqu'à ce qu'il plaise au roi de hors de Paris jusqu'à
la

autres

Toussaint. Les tourelles bâties sur
la

porte de

l'Abbaye du côté du Pré, furent rasées jus([u'à
et le

hauteur des murailles,

chemin qui conduisait au Pré devint
le

la

propriété de l'Université.

Si les écoliers de l'Université avaient choisi de préférence le

bourg de
faut dire

Saint-Germain pour
à leur

théâtre de leurs turbulents exploits,

il

excuse que nul lieu alors ne leur offrait plus d'attraits et de séducà

tions puissantes. Outre le Pré-aux-Clercs, qui,

force de procès et de

transactions entre l'Université et les religieux, devint peu à peu dans son
entier
attira
le

dans

domaine des écoliers ce fut la foire de Saint-Germain cpii les le bourg, pendant toute la durée du carnaval, etsouvent même
,

jusqu'aux approches de pâques.
Cette foire, située sur l'enqilacement
l'a

du marché Saint-Germain
xvi*^

cpii

remplacé depuis, s'étendait dans

les

xv%

et xvn' siècles

jusqu'aux

abords du Luxembourg. Les abbés
Pres jouissaient depuis
ini

et religieux

de Saint-Germain-desdroit de
foire.

temps inimemctrial du

La pre-

SA l.\T-GEU.MAI.\-I>ES-PI{ES
mi«M'c' moiitioii

-200

qui en soit laite, se trouve dans une cliarlre de 1170, où
llu<;ues,

nous aijjjrenous que

ahbé de Saiut-Cierniaiu, céda au
Elle

roi

Louisà

le-Jeuue la moitié des revenus de cette foire.
é|)ot]ue (iiiinze jours

commençait

cette

après pâques,
le

et

durait pendant trois semaines.
les écoliers et les reli-

Après

le

procès qui suivit

yrand combat entre

gieux et que nous venons de rapporter, la foire de Saint-Germain fut sup-

primée

et transférée

de grandes pertes pendant de Charles VII
,

aux Halles. Les religieux de l'Abbaye ayant éprouvé les guerres civiles des règnes de Cbarles VI et
roi

demandèrent au

Louis XI

le

droit d'établir

dans

le

bourg Saint-Gernuiin une

foire franche;

Louis XI leur accorda cette de-

mande par
(W
la

lettres-patentes du mois de

mai 1482.
fixa detinilivenient le

fut le roi

Charles VII

(pii,

en 1480,

temps de

tenue de cette

foire. Elle fut

établie sur l'emplacement de l'ancien

hôtel de Navarre, au(|uel les religieux ajoutèrent en 1487 les terrains

dont

ils

hrent l'acquisition. Sa durée fut d'abord de huit jours; dans

la

suite elle fut

considérablement prolongée.
5 février,
elle se continuait

Ouverte

le

pendant tout
*^.

le

carnaval,

le

ca-

rême
La

et

ne

finissait

qu'au dimanche des

Hameaux

foire

de Saint-Germain n'était pas seulement
le

le lieu

de reunion des
des personnes

écoliers; c'était aussi

rendez-vous des courtisans
xvi'

et

de tous états;

c'était,

au

siècle surtout,

le

point de ralliement des

braves, espèce de bandits venus en

France

à la suite

de (Catherine de
italien; peut-être

Médicis et de sa cour.

On

leur avait conservé leur

nom

aussi les appelait-on braves par ironie, parce qu'ils étaient accoutumés

de se réunir au nombre de cinq ou six pour attaquer un seul

homme

Comme
servir,

les braves leurs confrères d'Italie, ces

bandits faisaient métier de

pour de l'argent, les haines etvengeances particulières. On faisait marché avec eux pour faire battre ou assassiner son ennemi, voire même
pour
lui faire

couper

le nez, la

comme

l'histoire suivante le démonti'era.
III, à la fois

Un gentilhomme

de

cour de Henri

abandomié

et

créan-

cier de sa maitresse, eut l'idée, assez

saugrenue pour un amant délaissé,

de faire valoir ses droits au[>res

d'elle.

La dame

(jui

croyait qu'en

amour
mieux
elle

l'argent prêté était doinié, refusait de s'acquitter.
fait
la.

On

n'eût pas

de notre temps, et raisonnablement cette belle aurait pu s'en tenir

Mais blessée vivement des reproches de son importun créancier,

résolut de s'en venger. Vous imaginez quelle prit un nouvel amant. C'est
ce (jnelle ht eneflèt; mais ce ne fut pas assez i)our son cunir vindicatif:
elle projeta et

disposa une autre vengeance.
lui

Un

soir

donc que ce gentilhomme rentrait chez
la

d'un tour qu

il

avait fait à
(•in(j(ui six
,*)

foire

de Saint-Germain,

il

se

vil

tout-à-coup arrêté par
lii-u

hnivfs dans un endroit solitaire du

Cliiiiiip rratti',

ilestine

Diilaurc

270
à la veille

HUP:
des
I^e

KT QUAHTlKn
st;

Itestiaiix el

qui

li'oiivait ciilre les
[jIiis

nies Garaiicière
l'acoii

(.'t

de

Toiirnoii.

chef de

la

haiide saisit sans

de

le <j;<'iilillioiimie

par

le

nez, et se

met

à le lui

couper avec un couteau.
(|ue

Les cris du geutilliouiine empèclièceiil sou nez ne
l'ut

rexécution ue

iVil

complète;
lil.

pas entièrement
le

c(Mi|»e,

il

tenait encore pai-

un

Comme

on ne coupe pas

nez diiu gentilhomme impunément, celle

allaire eut des suites

lâcheuses pcuir bien des personnes distinguées,
belle.
le

complices de
qui avaient

la

vengeance de celle
le

Le

bravi'

l'ut

pendu

;

mais ceux
el

commandé

crime ne

furent pas;

ils

étaient riches
si

avaient beaucoup d'amis. Le nezcmi|)é fut recousu, mais non pas

pro-

prement
(|ue le

qu'il l'eût ete

de nos jours

à l'aide

de

la

rhinoplasiie, ce

(pii lil

gentilhomme porta pendant
Henri
lil
el
[)rit

cpiil vécut
a

un souvenir de
la

sa belle.

Le

roi

souvent plaisir

se priunenei- à
et

foire

Sainl-

<iermain.Ce roi
le

sesmigncMissi bien fripés

(jaudrunncs étaient devenus

plastron des écoliers, qui les poursuivaient de leurs quolibets.
le roi,

Lu
;

jour
il

revenant de Chartres,

alla

descendre

à la foire

Saint-Germain

lit

emprisonnei- (pu'biues écoliers

(pii s'y

prmneuaieni avec de l(m<iues
lui et sa suite, criaient

fraises de papier, et ([ui,

pour le tourner en ridicule,
on connaît
le

en pleine foire

;

A

la fraise

veau.
fait

Dés

l'an 148G, les religieux

de Saint-Germain avaient

construire
xvi' siècle,

pour cette foire 140 loges en charpente.
ces loges devinrent
la

Au commencement du
:

proie des

tlammes

on

les reconstruisit

dans une

forme plus simple,
à

et

on divisa l'emplacement en huit rues qui se coupaient

angle droit. Ces rues étaient bordées de boutiques en bois occupées temporairement par des marchands de modes, de joujoux, de bijouterie, etc., etc. Il y avait des sallesde danse, vrais marchés de courtisanes;
la

licence et

la

débauche qui
la foire

y

régnaient occasionnèrent souvent bien

des désordres.

Pendant laLigiui,
(jue l'on

Saint-Germain avait ete
on
la

fort négligée. Lorsle

en

lit

l'ouverture en l'an 1595,

trouva dans

plus

mau-

vais état;
fut

on y lit alors des réparali(»ns, et rafllueuce du beau moud»; aussi grande que du temps de Henri 111. Le duc de Cuise et Vitri, dit
y coururent
les rues,

l'Etoile,

avec dix mille insolences.
l'uine

Le faubourg Saint-Germain, presqu'entierement
et réduit en terres labourables, avait

par

les gueri'es

commence

à se rebâtir

sous Fran-

çois 1"; sous le regiu' de Henri

II,

il

passait déjà pour
(|ui le

un des plus beaux
[»euplaient de plus

faubourgs des

villes

de France. Les haltilanls

en plus, se joignirent, eu 1550, à ceux de Sainl-.lacipu's et de SaintMarcel, pour obtenir ipie l'on h-rmât de murailles (cs trois faubourgs. La
proposition fut accueillie
|»ar le roi, (pii

manda près de
a
l

lui

le j>i('vôt

des

marchands pour

lui

intimer ses ordres,
(!<
la

égard de celle clôture. Le
le

prévôt s'excusa au U(un

\ilb' d

eulrer dan> (cllr dépense; mais

s A
iiM insisl.i. et

I

N

r

-

C K

!{

M A

I

N

-

IM: S

-

l'H

t:

S.

21

1

Ton

lit

dresser

les

dessins de cette elôtiire, ainsi que
t'aiiltoiirg

celjii

d'un pont de eoinimiiiienlioii du
Toutefois.
IC'!

Saint-Germain avec

la ville.

Irais excessifs

que

la

construction du pont eût entraînés,

forcèrent d'en demeurer au simple projet.

En attendant que

l'on

pût

entreprendre

le

Pont-Neuf, on

fit

construire un bac pour passer
public.

la rivière

vis-à-vis le Louvre,

pour

la

commodité du
le roi

Déjà dans

la

même

année,

avait envoyé l'ordre

au prévôt des

marchands
Nesle,
fut

et

aux échevins de

faire

rouvrir les portes de Bussi et de

condamnées

l'une et l'autre depuis quelques années. Cette
le

mesure

d'une grande commodité pour

faubourg Saint-Germain, quoiqu'on
les rjens

ne dut laisser passer par ces portes que
aux impôts

de Dieu

et

de cheval, a

l'exclusion des charrettes et chevaux chargés de marchandises sujettes
<les

entrées.
la

Au dehors
qui alors,

de l'enclos de l'Abbaye, sur

place située devant

la

porte,
à cette

était la principale entrée

du monastère, on ne voyait

épo(|ue que ([ueUpies maisons bâties sans ordre et sans symétrie.

Au

milieu de cette place s'élevait une tour ronde, n'ayant qu'un étage percé

de grandes fenêtres

:

c'était le Pilori.

Le 6 oct(d)re 1557, une foule iiumense se pressait ardente, frémissante aux abords de la place du IMlori. Le ciel était gris; nu épais brouillard couvrait les eaux de la Seine.
la

Le bac,

allant et

venant sans cesse de
débarquait des
(pii

Tour de Aesle au Louvre,
(|ui le

et

du Louvre

à la Toui',

flots

de peuple

allaient grossir la
lieu

masse compacte,

de toutes parts
vert étaient

déjà avait envahi

du supplice. Des fagots de bois
:

amoncelés autour du

Pilori

on

allait

brûler des béréticjues.
dit

— Pourvu que ces
une mégère
rouge parmi

chiens de Huguenots n'aillent pas se rétracter,

à la face hideuse, qui n'aurait pas

mal figuré sous
;

le

bonnet

les furies de l'Abbaye, tr(»is siècles plus tard
!

nous perdrions
se
y a

un beau spectacle

— Ne
Ils

crains rien,

mère iMichaud, ce sont des hommes ceux-là;

ils
il

rétracteront tout aussi peu que les deuu)iselles que l'on a brûlées

deux mois sur

la

place Maubert.
dit

— mangeront plutôt leur langue, un écolier. — Est-il vrai que les Huguenots mangent petits
les

enfants,

demanda
du sang

timidement une jeune

tille

!

— Rien de plus vrai,

ma

mie, répondit l'écolier;

ils

se servent

de ces pauvres innocents dans leurs abominables cérémonies.

— Quelle horreur!
— Au
vociféra
feu les Huguenots!
la foule.

Au

feu ces chiens de Luthériens!

au feu tous,

— Silence!
A

Les voilà

(jui

arrivent.
ipii

ces nu»ts, jirououcés par ceux

se trouvaient

le

plus prés de

la

272

lîUE
la

ET QUAiniEH
multiliide

porte de Biissi, les cris de

s'apaisèrent soudain;

il

se

lit

un

grand silenee.

Deux tombereaux venaient de déboucher sur la place. Dans chacun de ces tombereaux il y avait un homme, jeune encore,

affublé de la robe des pénitents gris.

Le visage de ces deux hommes
les

était

découvert; leurs traits pâles et amaigris par

souffrances de

la

torture,

portaient l'empreinte d'une grande douceur et d'une résignation austère.

A côté de chacun d'eux se
prêchant
à

tenait

un cordelier, un

crucifix à la main,

grand renfort de gestes, sans pouvoir obtenir un seul regard
(|ui, les

des condamnés

yeux tournés vers

le ciel,

semblaient abstu'bés

dans une extase muette.
Nicolas-le-Cène, médecin de Lizieux en Normandie, et Pierre Gavart,
solliciteur de

procès de Saint-Georges-les-Montagnes en Poitou

,

tous les

deux protestants, étaientarrivés à Paris, le 11 septembre de l'année 1557. Le hasard voulut qu'ils descendissent à la même hôtellerie. Là, on les
avertit
le soir

qu'une assemblée de protestants se réunissait clandestinement, même, dans une maison de la rue Saint-.lac(|ues, en face le col-

du Plessis, pour y faire la Cène. Comme la nuit allait tomber, les deux étrangers, sans se donner le temps de changvrd'habits, se rendirent
lège
a cette

assemblée, désireux

(ju'ils étaient

d'enlemire

la

parole de Dieu.

sA
(le

1 .\

T-

(;

K

i;

MA

I

N

-

1>

i;s-

!• i;

i:s.

27:.

soir-là, la réunion était

nombreuse;

lioniines.

femmes

et vieillards

s"y étaient

rendus en ioule pour prier Dieu en

commun

et à leur

ma-

nière.

On

y comptait plus de trois cents religionnaires.
les précautions (|ue les protestants apportaient d'ordiils

Malgré toutes

naire à ces réunions clandestines,

ne [jurent échapper cette

lois à la
(pii, lorla

surveillance de quelcpies prêtres boursiers du collège duPlessis,

tement intrigués du but de ces assemblées, avaient Uni par découvrir
vérité
:

ils

firent avertir le

guet de
qu'il

la ville.

Toutefois, craignant (jue l'as-

semblée ne se séparât avant
dans
n.iires

n'eûteu

le
à

temps

d'arriver, ces prèties,

aidés de quelques-uns des leurs, se mirent
le

démolir une muraille voisine,

dessein de faire rentrer à coups de pierres ceux des religionla

qui tenteraient de quitter

maison.
songèrent
à sei'etirer.

Vers minuit, voyant que
contre
la
le

comme

les protestants

les prêtres,

guet n'arrivait pas, commencèrent

à

lancer des pierres
le

porte de la maison, et pour mieux ameuter

peuple,

ils

se;

mirent

à crier qu'il y avait là

un repaire de brigands

et

de conspirateurs.

A
de
Vax
:

ce bruit, les voisins réveillés en sursaut courent aux arnu's. Les cris

Susaux brigands, aux
un clin-dNeil tout
,

conspirateurs,

?,e

répètent de proche en proche.
la prise dt;

le ((uaitier est

sur pied; car depuis

Saint-

Ouentin

le

peuple
fit

était

continuellement en alarme; l'ordre avait ete
tint prêt

donné que chacun
Mais lors(pie
le

provision (i'annes,et se
((ue ces

au premier signal.

peuple apprit

prétendus c(»nspirateurs n'étaienl
loin

que de pauvres religionnaires, sa fureur,
tonte
la

de se cahner, s'accnit de

haine

(pi'il

portait à la nouvelle secte.

Des imprécations
et

se fou!

enlemlre contre

les

huguenots; des cris de meurtre

de sang retentissent
;

(lartout; les issues des rues sont

occupées

j)ar

des houinies aimés
faveur de
la

on

allume des feux pour
.\ la

cpie

personne n'écha[)pe

a la

nuit.

vue de cet etfroyable tumulte, de cette po|)uîace ameutée qui as-

siégeait la porte de leur
|)rotestants, sans

maison en poussant d horribles clameurs,
la

les

armes pour

phqjart, sentent défaillir leur courage.
les

Leurs ministres, sans espoir de salut eux-mêmes,
Il

rassurent pourtant.

fallut

prendre une l'èsolution

:

attendre l'arrivée des magistrats, c'était

se résigner à la prison, à la tiu'ture, à

une mort certaine; on résolut de

tenter

le

passage à travers cette multitude furieuse.

On

se divisa en plusieurs groupes; les

hommes

portant épée marchè-

rent les premiers, frayant un passage à ceux qui les suivaient. Ce fut
ainsi (|ue

bon nombre de
le

[irotestants parvint à se sauver,
;

non

toutefois

sans avoir traversé une infinité de périls
de tous côtés,

car les pierres grêlaient sur eux
et

peuple tenait

les

rues avec piques et hallebardes,

des

fenêtres on dardait des piques sur les passants.

Le jour
les

allait paraître,

il

restait

encore dans
les

la

maison, des

vieillards,

ministres du culte, prescpie toutes

femmes,

et cpielipies

hommes

1271

itiE
ii'avaieiil
«lu
i"(»i

i:t

(jLAiniKi;
les al»;uidoiiu<'r,

yciiéreiix qui
tine,

pas voulu

lorsiiuairiva Marsei'il

procuieur
IJii

au (Miâtelet, suivi de ses («unuiissaires et
la

yeuts.

des ministres desceiulit pour ouvrir

poile au magistral;

supplia Martine de protéger les
lace (pii était là, frémissante et
lui écliap[)er.

femmes contre la liireur de cett(î popuécumant de rage de ce que sa proie allait
sont aussittU
ipii s'(*tail

Hommes, femmes
de
la

et vieillards

lies

deux

à

deux poni'

être comluits au (lliàtelet.Le peuple,

ecliehmne des deux côtés
les

maison, voyant eniin

paraitr»; les
;

huguenots,
(piel«pu's

entoure, en vocifévont

rant contre eux des menaces de sang

hommes

même jus-

qu'à frapper des fûts de leurs hallehiirdes, de faihh's vieillards aux che-

veux hiaucs,
I.e

(ju'ils

prennent pour

les ministres.
la

procureur du nu, craignant de plus gramls excès de
et

part de

cette |)opnlac(',
l'aire

nayant pas assez de

gtnis

[xuir la

contenir, voulut

rentrer les

femmes dans

l'intérieur de la

maison, jusqu'à ce que

ces furieux se fussent écoulés.

Mais

le [)euple,

voyaut l'intention du magistrat, menaça de uu'ttre

le

feu à la maison, et de se faire
si

lui-même
la

le

hourreau de ces malheureuses,

ou ne Force

les conduisait
fut

au Chàtelet incontinent.
multitude, et d'exposer de pau,

de céder aux menaces de
la furie

vres fennnes à
ni

de ces camiihalesipii

sans respect pour leur sexe

pour leur rang

(elles étaient pres(|ue toutes

dames de grande maison),
ou leur arracha leurs
dt;

les accueillirent

avec les épithétes les plus viles et les plus outrageantes.
:

Ces scélérats ne se hornerent pas aux injures

chajierons, leurs ajustements furent mis en lamheaux et on leur jeta
la

houe an visage. En cet

état, honuiies et

femmes furent cmidnits

à la

prismi du Chàtelet; de

on

les transféra à la Conciergerie.
le sort

An iu>mhre des hommes généreux qui avaient voulu partager
de ces malheureuses femmes, se trouvaient

Mcolas-le-Cene
admirahle.

et

Pierre

Cavart;
|)li(pia la

leur constance

dans

la

prison

fut

On
\o'\\
la

leur

ap-

torture pour qu'ils ahjurassent leurs erreurs, mais an milieu
ils

des soutfrauces les plus atroces,
hiieiit

protestaient à haute

(juib voutorture
ils

vivre el mourir sur ce qu'ils avaient dit et maintenu.
la

De
«

lurent conduits à

chapelle de
:

la

Conciergerie; des préti'es se présentèrent
cpi'il

poni' les confesser

ils

les

repoussèrent. Le (>éne s'écria
était

se con»

lésserait à

Dieu seul, sûr

(|u'il

de son pardon et de sa miséricorde.
à être

Le Cène et Gavart furent condamnés
l'ilori,

hrûlés

vifs

en

la

place du

devant l'Ahhaye de Saint-Cermain-des-Pres. D'autres religion-

naiics des deux sexes avaient suhi le
I

même

supplice sur

la

place Mau-

ert, (piehpie

temps auparavant.
lexecution étant venue, un cordelieraccompagnedu hourles

L'heure

«le

reau vint trouver

condannu^s,

et

leur Hit. que

s'ils

voulaient se rétrac-

sA
t«M',
l;i

I

N

1

-

(. i: Il

MA

I

.\ - 1)

Ks

- 1»

H E S.
sciilcnicnl
la
;

275
sinon
la

cour avait décide

«iiTils

scraiciil •traii>;lcs
(|u"ils anraiiînt

sentence suivrait son cours et

de plus

langue coupée.

Le Cène, sans mot dire, tendit sa langue au bourreau. Sur un signe du cordelier, le liiuirreau la lui arracha.

— Helas!
gémissant
reau
leui-

je

ne pourrai

i)lus

louer Dieu de
la tète.
à la

ma

langue, dit (iavarl en

Le Cène
lia

le

consolait de

Lors(iue les coiulamnès turent arrivés
les

place de lÂlibaye,

le hoiir-

bras

à l'aide

dune

lorle corde, puis
fixée

on

les hissa
le

aux

deux extreiuiles d'une poutre transversale,
d'une barre de
fer.

au Pilori par

moyen

On mit

le feu

aux

l'agols,

aux acclamations frénétiques du peuple...
airoces.
le

Le supplice

«le

Nicolas-le-Cène et de Pierre Gavart peut être considère

comme \in des plus horribles de ce temps, si riche en exécutions On avait laisse à dessein un grand inlei'valle entre le bûcher et
de ces malheureux, de sorte (pw
par les flammes, que déjà
le

corps

haut du corps était à peine atteint

les parties inférieures avaient été

entièrement

consumées.
•Mais ni la

haine acharnée dont

le
ils

peuple de Paris poursuivait
se voyaient en butte de
,

les

pro-

testants, ni les persécutions, dont

la

p irt des
la

puissances séculière
velle secte
«le

et

ecclésiastique

ne

purent empêcher

nou-

grandir et de s'étendre. Plus d'assemblées clandestines,
à

plus de craintives réunions
la tète,

l'ombre de

la

nuit. Elle relèvera lierement
les

et

d'une voix

forte,

en plein Pre-aux-Clercs, elle entonnera

psaumes de David,
d'un
si

traduits en vers français par
la

Clément

M.irot,

au

grand ébahissemeni de
ceux qui chantaient
riez recoiniu le roi

foule des pnuTieneurs, attirés parla nouveauté

étrange spectacle. Et vraiment, ce n'étaient pas de petites gens,
ainsi!

Pour peu que vous eussiez cherche, vous aula

Antoine de Navarre, sa femme,

reine .leaiun^ d'Al-

bret, et Ix'aucoup d'autres seigneurs. Ils ne craignaient pas, ceux-là,

dètre

pris dans

une souricière,
ils

comme

leurs coreligionnaires de la l'ue Saint-

Jacques;
ser

avaient l'épèe au côté, et du terrain devant eux poin* repousil

une

attatpie perfide. Cette fois, ce fut le clergé «|ui eut peni';

crai-

gnit «pie la beauté

du chant ne séduisit

la

foule.

Il

déclama en chaire
imunlc

contre cette invention des hérétiques et contre ceuxqui s'étaient associes
à ces chants.

Chanter

les

psaumes en vers

fran(;ais <|ue tout le

entendait, c'était, disait-il, faire mépriser au peuple l'ancien usage inti-oduit

par l'Eglise romaine, suivant lequel on doit faire
la

le

service divin
l'excitei'

en langue latine; c'était souffler
a
la

discorde parmi
;

le
il

peuple et

gtierre civile.

Le

roi fut

de lavis du clergé

ordonna

que Ton
de se

informât contre les auteurs de ce s<andale. Henri 11, par une des dernières ordonnances de son règne
,

défendit, sous peine de mort
français.

,

réunir pour chanter des psainnes en

Pourtant,

la

sévérité de

•21i\

lîit
tic

1-:

T

(HAiniKii
iic lit (|\i jnj^rir

CCS cdils, loin
esprits,
cl les

prodnii'e les cITets (Hiuii en iiltcndail,
à la résislanre.

les

disposer

I.c 'il jiiillci

1587, Charles de Hourhoii, cardinal arrlievèipie de
le

Rouen

cl ;d>l>e

de Saint-Germain-des-Prés,
la

même qui, un
Il lit

an auparavant, avait

eonnnencé

construction du beau palais abbatial, voulut se signaler
et singulière.

par une procession niaynirupu;
les jeinics Mlles et

ranger en ligne toutes

tous les garçons du faubourg Saint-(iermain. Us étaient

vêtus de blanc. |)ortaient chacun
les [)ieds

un cierge allumé

à la

main,

et avaient

nus. Les garçons étaient distingués ])ar des couronnes de ileurs.

Les

capucins, les augustins et les pénitents blancs les suivaient par

derrière.

Puis venaient les prêtres de Saint- Sulpice,
reli(|ues,

les religieux

de

Saint-Germain avec des

et la

musique ensuite. On
par des

y voyait les

sept châsses de Sainl-Ciermain portées

hommes
à

nus en chemise.
la

Le

roi

Henri

III assista

en habit de pénitent

cette cérémonie, et

''^f^lWf-u

trouva

si

belle, (pi'a

son diuci'

il

ne put s'empêcher de dire,

(pu»

de long-

sA

I

NT

- (;

K

l\

M

A

I

N

-

IH: S- P

l\

KS.
(jui'

277
rclle-là.

temps
Paris.

il

n'en
voyait,

avait vu

de

mii'ii.v ortloiuiéi-

ni dr jihts dératé

On ne

dans ce temps-là, que des processions dans

les

mes

de

Les plus indécentes
plus dévotes.

étaient, suivant l'opinion des ligueurs, les plus

Itelles et les

On en

fit

plusieurs composées d'honnnes, de

femmes
l'auteur

et decclésiasti(|ues nus,

ou presqu'entierement nus.
à Paris, etc.,

Un

ligueur,

du Journal des choses advenues

dont l'opinion ne

saurait être suspecte en cette occasion, rapporte avec admiration les
détails de ces pieuses farces.
«

Le 30 janvier
il

1581), dit-il,

il

se

fit

en

la ville

plusieurs processions,
fils

auxquelles
et

y a

grande quantité d'enfants, tant
y a de telles paroisses,
»

que

filles,

hommes
jamais
si

femmes, qui sont

tout nus en chemises, tellement qu'on ne vit
Il

belle chose.

Dieu merci.

il

se voit de cin([ à

six cents [icv^onnea toutes nues....

Je ne vous parlerai plus du Pré-aux-tllercs,
([u'une partie de l'armée de Henri IV y était

si ce n'est pour vous dire campée, lorsque ce roi as-

siégea Paris en 1589.

Le mercredi I" novemhiT,
vert,

le roi

ayant envie de voir Paris à décou-

monta sur le haut du clocher de Saint-Gerniain-des-Prés, un moine l'y conduisit. Le roi et le moine y restèrent seuls pendant quelques instants. En étant descendu, Henri IV dit au maréchal de Biron qui vint à
sa rencontre
«
:

«

Une appréhension m'a

saisi étant
»

avec un moine et

me

souvenant du couteau de frère Clément...

Sous

le

régne de Louis XIII, on combla en partie
;

les

fossés de l'Ah-

haye de Saint-Germain
Petits-Augustins.

le

canal de

la

petite Seine devint la

rue des

La reine Marguerite, première femme de Henri IV, avait
Augustins déchaussés, auxquels
elle

fait

venir des

donna une maison,

six

arpents de chante-

terrain, et six mille livres de rente annuelle, à condition (juils

raient des cantiques sur des airs qui seraient faits par

.son

ordre.

Os

pères, dit Saintfoix, qui

apparemment n'aimaient pas
le

la

musique, s'ob-

stinaient à ne vouloir que psalmodier. Marguerite les chassa et mil à leur

place des Augustins chaussés, qui ont donné

nom

à la rue.

Pour bien loger ses moines chanteurs,
de leur modeste demeure
les

la

reine de Navarre dut expulser

vénérables frères de l'ordre de Saint-Jeanl'ail

Dieu, autrement dit Frères de la charité, que Marie de Médicis avait

venir de Florence en 1602.

Ces frères, qui, suivant leurs règlements, devaient être chirurgiens
pharmaciens, ne chantaient point,

cl

à la vérité, à peine s'ilspsalmodiaienf:
et

mais en revanche
bien des

ils

guérissaient beaucoup de malades
asile, la

soulageaient

maux. Voyant ses protégés sans
la
la

seconde femme de

Henri IV comprit que

pieuse institution qu'elle venait de fondei-, pour

porter ses fruits, ne devait plus être à

merci de personne.

•i7S
11

lU K
y ;n;iil ;iiois iiii-dcl.i
tl(î

Kl

OlAiniKI'»
non
loin de
la

l'enclos de l'Abbaye,
l'on onvrit la

place où

<|uel([ues

années pins lard

nie Taranne, une chapelle en-

lonrée de vastes jardins, appelée Chapelle de Saint -Pierre. Cette chapelle,

devenue dans
voisin
ipii

la

suite église paroissiale, avait
à la rivière, et

donné

le

nom au chemin
chemin

conduisait

qui, appelé par corruption
la

des Sainis-Peres, est devenu depuis

rue de ce nom.

Ce

fut

dans
de

le

voisinage de cette chapelle que Marie de Médicis établit
leur
fit

les frères

la charité. Elle

construire un hôpital, une maison, et
le

les dota
les

convenablement. Cette maison de Paris devint

chef de tous
reli-

couvents du

même

ordre établis en France, et
la

le

nombre des

gieux, de cinq qu'il était à
soixante.

fondation de l'hôpital, s'y éleva bientôt à

L'an
saints,

ITOti, ce

grand niveleur, qui n'avait que
le

faire

de Dieu

ni
il

des

supprima

couvent des frères deSaint-.Iean-Dien,

comme

avait

supprimé l'Abbaye de Saint-Germain-des-Prés. L'hôpital resta pouitanl;
mais

comme
qu'il

le

nom

de CliariU- ne convenait guère

à la

circonstance, on

l'aïqiela hospice

de l'Unité. Ce m* fut que sous l'empire, epoqin» de restitu-

tion,

reprit sa belle et primitive

dénomination d'Hôpital de

la

Charité.

Quant aux Angustins,
dirent

ils

prospérèrent dans leur couvent,

ils s'y arr(ni-

même, au

dire

de Saintfoix, jusqu'à ce que l'Assemblée Consti-

tuante leur coupa les vivres, en déclaiant les biens du clergé propriétés
nationales.

Dans
a sa

cette

époque de bouleversement
qu'il prenait part

social, le peuple,

pour montrer

manière

au

travail, avait,

en saccageant les églises,

en brûlant et en dévastant les châteaux, brise, mutilé et dispersé tant de

chefs-d'œuvre, que

la

(Convention, justement alarmée de ces actes de
la

vandalisme qui menaçaient de priver

France des monuments

les

plus

intéressants de son histoire, dut songer an
bris, et de

moyen

d'en recueillii- les dé-

mettre ce qui en restait encore intact,

à l'abri

des iconoclastes

révolutionnaires.

Lue

rominis.sion des

monuments, composée de savants

et d'artistes, fut

spécialement chargée de ce soin.

Les bâtiments des Petits-Augustins

furent choisis pour recevoir les tableaux et les
et le peintre

monuments de

sculpture,

Alexandre Lenoir en
la

fut

nommé

conservateur.

Vn

décret de

Convention défendit de détruire, de mutiler ou d'altéarts,

rer les

monuments des

sous prétexte d'en faire disparaître

les signes

de féodalité.

Alexandre Lenoir, grand
tion des

homme

de bien et ami des arts, aussi chaleula

reux qu'éclairé, s'occupa dès lors avec un zèle infatigable de

restaura-

monuments nationaux

confiés â ses soins intelligents; et le 15
et

fructidor an ni (1" septembre 171)5), cette précieuse

vaste collection.

sA1N
(jui pril
1«*

r

- r.

K

II

MA

I

.\

-1)

KS - P II ES.
lui ouxt'ile
;iii

270
|tiil)lic.

nom

de Muscc drs inoittinwnts français,
le

Depuis cette époque jusqu'en 1815,

musée des monuments

Iriincais

s'enrichit continuellement d'objets intéressants.
(les

monuments, rangés par ordre
le cloître, la

clironolooifpip et classés par siècles,
et le jai'din

décoraient legiise,

cour
la

des l'etits-Augustiiis
et rétrograde
la

;

et

loiitenollrant une étude exacte de
1

marche progressive

de

art,

ils

formaient dans leur ensemble l'histoire de France
plus gi'andiose.

plus pitto-

r('S(|ue et la

Survint

la

restauration, et les réclamations de s'élever de toutes parts.

Lesémigrés, rentrésdans leurs loyers, redemandérentleurs aïeux àgrands
cris;
le

clerg(% redevenu

ime puissance, rr'clama ses saints et ses tonifrançais, cette

lie<iux,et le

musée des monuments
peu
à

imposante création de
vit

l'unité nationale, dépouillé

peu de ses richesses, se
sous
le

transfornu;

en magasin de bric-à-bi'ac
d'arts.

ai'tisliipu',

nom

de dcpid de nioiiamenls

La reslaurati(ui eut alors
arts sur les
<'té ai'rèté
;

la pensée d'élever une école royale des beauxdécombres des Petits-Augustins. Le plan de l'éditice avait

oèi

eu avait

même

pose scdennellement

la

première pierre;
telle

mais rexé«;ulion, que
été

dis-je, la

conception de cette idée,

qu'elle a

réaUsée sous nos

yeux, appartient de droit au

gouvernement de
harmonieuse
lui

juillet.

En voyant

ce noble edilice
la

s

élever dans son éclatante
(h;

el

beauté derrière

gracieuse façade du château
fois

(laillon qui
:

sert

impuiKMuent d'entrée, que de
plus beau

ne vous ètes-vous pas dit

Voilà à
si

coup

sûr un des plus beaux (U'nenu'uts archifectonicpu's de Paris
le
!

ce n'es!

Le foiulaleur de
»]u'à la

l'église et
roi
:

de l'abbaye de Sainl-tlermain, n'eut sa rwv

mori un grand

tous les fossés de labbaye étaient combles,
l'ue (lliild'berl.

lorsqu'en 1715 on (uivrit
.\

la

l'exlreniite (uieulalc de la rue de Sjiintc- .Marguerite, rue

de

fri|»iers,

comine toutes
I

celles

(|iii

enserrent l'antirpie église,
et

le

regard est frap|)e

a

aspect d'un

mur

siuubre

souicilleux, crible de petites b'uélres (pie
si

vous prendriez p<»ur des meuririeres,
nissent n'étaient
(>e
l.i

les

barreaux épais

(pii les

gar-

la

pour vous

tirer d'erreur.
:

noir éditice fut construit eu 1055, par rarcliilecle (lamard
la

celait

prison de

justice du seigneur abbe de Sainl-Cierniain

;

c'est aiijoiir-

<l

hui une prison mililaire.

On
\.i\

l'appelle

la

prison de l'.Vbltaye, ou simpleineni
est attachée
a

\'

Mdttiije.
la

célébrité

<pii

ce n(»m ne date |»(»urlanl pas de

prison monacale.
jirisou

En

depil des borrililes cachots (pi'elle renferme, cclh'

ne doit sa Irisie
fi
,1

renommée

(pi'a
la

une époque de
lui

civilisalion et

de

liiMiiei<v

sufli

de deux jours pour

imprimei' eu hails desan^.

li;iil^

iiidclchilcs

!

Mais

(iiicls

jiniis (|iic

les jouiiict's

du 2

cl

du

."

scp-

tcnihrc 171)^2!
•le

ne vous parlerai pas de ces
la

hommes mêmes
;

qui ivres de sang, se ruaieul

ces jours-là dans

cour
,

et

aux abords de l'Abbaye. Marseillais, jacobins,
<(ue

peu importe

le

nom

ce sont les

vous avez vu

trois siècles

auparavant traquant, outrageant de malheureuses femmes, ne demandant
pas mieux que de se faire leur bourreau
les

mêmes que vous

avez en-

tendu pousser des hurlements de joie,
mutilés, et

à la

vue de pauvres protestants

c'étaient des

accompagner leur supplice de rrênéti(pies acclamations. Hier, huguenots (pi'ils accusaient de boire le sang de leurs enennemis du
(ju'il

fants; aujourd'hui ce sont des aristocrates, des prêtres, des
[)euple, qui devaient
rait à la frontière!

égorger ses femmes et ses enfants, tandis

se-

iMais je

vous parlerai de ceux qui, assis dans une
le

salle de lAlibaye.
(|ui

composaient

tribwial populaire, de ces

hommes

impies

faisaient

une
la

horrible mascarade de ce qu'il y a de plus saint et de plus sacré sur
terre: la justice.

Us

étaient ciu(|, deux ofticiers munici|>au\ en écharpc et trois
les

hommes
man-

ayant sous

yeux

les registres

d'ecrous ouverts, et faisant l'appel no:

minal; d'autres faisaient les fonctions de jures et déjuges
(|uait.

rien n'y

On

lisait l'écrou

au prisonnier, on

lui faisait

des questions; après

un calme infernal, demandaient par l'organe de Jourdan leur président: Croyez-vous que dans notre conscience nous puissions élargir monsieur y
l'interrogatoire, les juges qui venaient de tuer avec

se

Ce mot élargir
noncé,
i\ne le

était

son arrêt de mort. A peine

le i)ui fatal était-il

pro-

malheureux, qui se croyait absous,
(pii, les

était i)recipité sur les

piques et les salu'es des égorgeurs,
se tenaient près

bras nus et couverts de sang,
les

du guichet de

la

salle

pour exécuter

jugements.
d'exécution

In

autre

le

suivait de près et avait le

même

sort, (^e
il

mode

était si expéditif, (pie les

bourreaux, parmi lesquels

y avait plusieurs

garçons bouchers, fatigués d'abattre (piarante ou ciuipiante prisoiuiiers
par heure, demandaient de temps en temps (pielques instants de repos.

«Ces instants de repos,

dit

un
h»s

i)iisoiMiier,

échappé

comme

par miracle

aux massacres de l'Abbaye,

assassins les employaient à faire enle-

ver les cadavres, à laver et à balayer la cour de l'Abbaye toute ruisselante de sang, ce qui leur donna beaucoup de peine. Pour en être dispensés à
l'avenir,

malgré

les

massacres

(juils se disposaient à y faire encore, ils
a[»-

consultèrent entre eux divers expédients, et adoptèrent celui de faire
|M>rter

de

la [)aille,

d'eu former une espèce d'estrade ipie l'on

exhausso
dt;

rait enc(M'e
ferait

avec les habits des victinu's déjà iunnolées, et sur hupielle on
celles (|u"(ni
lit

monter

egtugerail
n'irait

dorénavant

;

au moyen
la

quoi

le

sang absorbe parce

de mort,

pas inonder

cour.

»

SAI NT-(.ERM A .\-l>ES- PR ES.
I

'JSl

"

Ulules sicaiies se plaiyiiaul alors de ce de Irapper chaque vicliine,
ils

(jiie

cliacuii

il

eux

ii

avait pas

le |ilaisir

décidèrent (|ue l'on coniinence-

rait a la faire

courir entre deux liaies lorniées par tous, mais (pi'alors on
le

ne frapperait qu'avec

dos des sabres,

et <|ue lorsqu'elle serait uKtntee
(|ui

sur
Ils

le tas

de paille et de vêtements, frapperait

pourrait avec
il

la

pointe.

résolurent en outre, qu'autour de cette estrade,
les

y

aurait des bancs
l'exé-

pour

hommes

et

pour

les
les

femmes

(pii

voudraient voir de près
»

cution et qu'ils a[)pelaicnt

messieurs

el les (laines.

Ces assassins s'aïqx'laient eux-mêmes Malgré
la

les travailleurs

de l'Abbinjc.
((ue les

rapidilc

du

(•arna<;(', le

Irihunal pujndaire

comnvdnda
:

Suisses seraient exécutés en masse.
tête

On

les fait

avancer

l<>s

ofticiei-s, la

haute marchent les premiers.
(pii

— C'est vous, leur dit Maillard — Nous étions atlaipu's; nous
repondent
les

avez assassiné

le

peuple au 10 août

!

avons

re[)(Missé la force

parla force,

gardes de

l.oiiis

\VI.
fi-oidemeul .Maillard.
[)i(pies

L'on va vous conduire

à la F(»rce, rep(»nd

-Mais déjà les

malheureux oui entrevu

les

sabres et les

de l'autre

.x.vr^L-\_

côle

du guichet
Par où

:

il

faut sortir; ils reculent, se rcjcllenl en arrière


l'.t

faut-il

passer? demande l'un d'eux,
EIi

l'ar cette porte,

ré-

poud un

i;e(dier,
l;i

bien! ouvrez
est

des que

|tnil('

ouverle.

il

se précipite

lê|(>

baissée au milieu

3!

282

I51JE

ET OLiAiriTEH SAINT-GEHMAIN-DES-PHES.
autres s'éUiiiceiil a|)rcs lui
^le
et

(les piciiics; les

subissent

le

nièuie sort.

Vers ciuq heures du soir

uiassacre des Suisses avait c(uiiniencé à

deux heures;, Billaudde Varenne, substitut du procureur delà commune, vint, revêtu de son écharpe, à la cour de l'Abbaye. D'un regard satisfait,
il

contempla Vouvragc qu'avaient déjà

fait ses

travailleurs

;

]nùs s'avanla

cant vers ces
tion
:

hommes

(jui,

tout couverts de sang, trincpiaient à
tes

na-

Peuple, s'écria-t-il, tu immoles

ennemis, tu fais ton devoir!...,

silencieuse,

La révolution ouvrit la rue de l'Abbaye. El vraiment! à la voir encore morne, glacée, on croirait qu'elle se souvient de sa terreur

de 92.

Ea rue de l'Abbaye s'en va joindre, en longeant l'église et l'ancien palais Bourbon-Château, ([ui doit son nom au cardinal Charles de Bourbon, sur les ordres duquel on éleva le palais abbatial,
abbatial, la petite rue de

vers la lin du xvi" siècle.

Je vous

ai

parle de ce cardinal qui avait

le

giuU des processions sinliu

gulières, c'était de son époque;

nuiis j'ai à peine dit

mot du

palais,

aujoin'd'hui

une ruine, [)is qu'une ruine, une momie. (retait pourtant un somptueux manoir <|ue ce palais, (huil, les princesabbés ne dédaignaient pas de faire leur résidence Les jardins en étaieul magnifiques le cardinal abbe de Fui'stemberg dépensa des sommes
!

;

<onsidérables pour leur embellissement el pour ragraiulisscmenl
palais.

du

AujcMU-d'hui,

le

palais abbatial est
(jui

descendu au rang d'une maison
proleste contre cet
l'

jiourgeoise, en dépit de sa façade

déchéance.

rberi)e croît devant sa porte el s(m aspect désolé vous rappelle ces tristes
el froids débris

de

la

grandeur vénitienne
les

cpii

réfléchissent leurs fronts

chargés d'années dans

eaux du grand canal. Lue partie des jardins,
roi-al)bé méditait jadis sur le
né'anl

sous

les

ombrages desquels un

des grandeurs humaines, est devenu l'ignoble passar/e Jean-Casimir-dela-Petite-Doucherie, réceptacle dégoûtant des misérables haillons (pu' le

pauvre insolvable laisse entre

U's

mains du recors

'

Et tout ce quartier, toutes ces rues qui se pressent

et se

confondenl

autour de

la vieille et

décrépite église, ne trouvez-vous pas qu'elles res-

semblent
derniers
lui

à d'avides héritiers,

moments de

l'aïeule, afin

comptant avec une impatience impie les de se partager le peu de terrain (pi'ils
chélive vieillesse?

ont laissé à regret pour

finir sa

Quand
temple
!

viendra-t-il. celui (]ni

chassera les marchands de l'enceinte du

ILMUn

lIoKliTF.I.

<

''"'•<

'1

lin

((ii.iilici

|)(»jiii|,

lu

enlie les

mes
un

S.iiiit-Dciiis «( S.iini,|,,iis
|,i

Martin,
rcction,

s ('tend

mk
de

me

di-

dctilc oliscni

(|Uitli('

cent miqn.inic

p.is de lon^ sure inq de large, Itonic parqnatrc-vin-l-dix maisons d'nnc stinclnro conininiir
l'I

<lonl le soleil n'éclaire

jamais
;

(|iic

les
I

elages les pins élevés
(»i'i

lel

lui

Ignoble carrousel

se cel/direreiil
(lu

lis fêles
I

du système de Law.
rue Quiuvampoix.

cipi»elle la

C'est ainsi que Lemoiitey, l'haliile

historien
cette rue

de la régence, dépeint où s'accomplit, en elTel, le
le

phénomène
1

plus singulier (pie
:

histoire puisse recueillir

faites ce
ci

pèlerinage, comptez les maisons
les

pas,

me
ley

vous n'aurez pas de celle une idée plus exacte, ni phis
(|ue

iif'lte

celle

donnée

jtar I.enion-

dans les ([uelqucs lignes (pu nous venons de citer. L'orii^ine d(

nom hizarre, Qaincampoi.r, n'es! pas hien connue; elle vient, dil-on

d un

seigneur de Kincampoix un Kiincpiampdix. nuhie Brelon, ainpicl apparlenail le lerrain sur leipiel l;i
lue esl hAiic;
d(

d'ailleurs, au
C(''l('hrile,

temps

sa plus L;rande

ce iinu)

•iSi
('tait lartMiieiit

1U11<:

OULNCAMIMMX.
le

ivpcte; mi ne disait pas dînant
la

svstenie
anlrelois

;

la

rue

Oiiiii-

cainpoix
jiii;iié

,

mais tout simplement

I{m\

comme

le m()ii(i<' siili-

appela

Homo,

la

Villr

iirhsi.

Quoirpie sa grande
il

renommée

soit

dne aux témérités de
trop

la

régence,

est jnste de dire

qjie les

dernières exactions de l.onis XIV y avaient
i"oi
,

déjà

naturalisé l'usure et l'agiotage. Ce
était alors

loué, était mort en
la

1715, et sa mémoire
humiliée par
les

vouée

à la

haine de

nation, ruinée,

puissances étrangères
ni les

et

par l'orgueil ridicule du prince

lui-même, à qui

malheurs, ni

les infirmités, ni

rapetissa jusqu'à sa stature, ne purent faire

une vieillesse qui comprendre (pi'il était formé
la

d'une argile pareille

à celle

des autres

hommes. La guerre de
moyens pour

succes-

sion venait de finir, mais elle avait été ruuieuse; Chamillard,
(pii lui

Desmarest
des

succéda, avaiiuit eu recours
ils

à

tous les

se procurer
le titre

de l'argent;

avaient l'un et l'autre renouvelé sans cesse

engagements pour
quels
ils

réveiller la confiance des usuriers et des traitants, auxles

vendaient

revenus de

la

France: Promesses de

la

caisse des
ils

emprunts, hilletsde Legendre,
avaient donne tous les

hillets

de l'extracu'dinaire des guerres,

noms

et toutes les

formes aux

elfets

émis par

le

gouvernement,

afin

de leur rendre un

peu de crédit; mais tous

les

moyens
70
a

étaient épuisés; les effets royaux de toute espèce perdaient de
la recette était

80 pour cent;

absorbée d'avance,

les

campagnes

étaient dépeuplées, le
a se révolter;

commerce

ruiné, les troupes non soldées et prêtes

710 millions des bons royaux étaient exigibles. Un agio-

tage

énorme

se faisait sur ces

promesses de

la

caisse des emprunts, sur

les billets

de Legendre, ainsi que sur les billets de l'extraordinaire des
la

guerres, et cet agiotage avait eu lieu de tout temps dans

rue Oni'i-

campoix. Des juifs
de l'Etat,
ils

et

des courtiers l'habitaient; d'accord avec les caissiers

y achetaient à perte les

ordonnances des paiements; des

banquiers voisins leur prêtaient des fonds à deux pour cent par heure, ce qui fit appeler ce commerce p7'ét à la pendule. Ce fut dans ces circonstances que les courtisans, qui voulaient que
la

libération

du trésorpermil
la

de nouvelles faveurs, insistèrent auprès du régent [lour
celui-ci résista

ban(|neroute

;

noblement
beau
,

et se

regarda

comme

lié

par les engagements
présenta alors;

du feu
il

roi; c'était
la

mais

difficile à effectuer.
la
il

Law se

pensait que

prospérité

d'un pays tient à

masse du numéraire,

et

qu'on peut accroître cette masse à volonté;
rue Quincampoix. Jean

présenta ses plans au

régent,

qui les adopta, et les opérations du système s'établirent natula

rellement dans

Law

de Lauriston était Écosil

sais; beau, grand, bien fait, plein de grâce et d'agilité,

excellait

dans

tous les exercices du corps et principalement dans

le

jeu de paume, fort

en vogue alors; appliquant

le

calcul au jeu,

il

faisait

sans déloyauté des

gains considérables; bien venu des femmes, une jeune

dame

lui

valut un

lil'i:

OlI.NCAMIMUX.
eut
le

28.")

duel avec un

^eiitillioiiiiiu' (|iril

malheur de tuer:
il

les réclaniatious

de

la

l'ainille le lireut

jeter

eu prison,

parviul à s'évader, quitta l'An-

ifleterre et vint à

l'aris,

où ayant rencontré chez une courtisane nomil

mée

la

Duclos,

le

jeune duc d'(»rléans,

se lia avec lui, et, sous la rélieu

gence, cette liaison
lace de la France.

commencée dans un
ici

de débauche, changea

la

Nous ne parlerons pas
sion d'actions,
cpii

du système de Lavv,

ni

de

la

première émis-

Curent appelées actions du Mississipi, ni des suivantes

qui reçurent

nom de /illcs cl petites- filles; ce n'est pas du système que nous occuper, mais seulement de la rue Quincampoix. La possession du moindre réduit dans cette enceinte privilégiée passait pour
le

nous avons

à

le

comble du bonheur,
à la

et la

cupidité les avait multipliés avec une éton-

nante industrie; chaque |)ar(elle d'habitation se changeait en petits

comptoirs;

lueur de lampes

inl'ectes,

on en trouvait des labyrinthes

dans

les caves, tandis

que ipielques banquiers, pareils aux oiseaux de

proie, avaient attaché leurs guérites sur les toits.

Une maison,

ainsi dis-

tribuée, constituait

une ruche d'agioteurs, animée dans toutes ses parties par un mouvement perpétuel. Celles dont le reventi était de GOO livres,
les

en rapportaient alors 100,000. Les spéculations sur
furent

baux en

totalité

une source
la

facile

de richesses.
et

Mais

rencontre des essaims étrangers

les plus vives

négociations

se faisaient sin-loul

dans

la

rue. C'est là

ipi

un :illroui»einent bizarie

coii-

•280 loiidait les r.iiigs, les

ULIE

OU INC A Ml' (MX.

âges et les sexes. Jansénisles, nioliiiisles, seigneurs,

lenimes titrées, magistrats, liions, laquais, courtisans, se heurtaient et
se parlaient sans étonnenient. L'avidité, la crainte, l'espérance, l'erreur,
la

fourberie, remuaient sans rehk-lic cette foule intarissable;

une heure
(Compade

élevait la fortune
si

que renversait l'heure suivante,
abhé
livra

l-a

précipitation é