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L'action des militaires de la Task force multinationale nord au Kosovo

L'action des militaires de la Task force multinationale nord au Kosovo

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Mémoire élaboré sous la direction de Georges Prevelakis à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne en 2008 suite à deux séjours au Kosovo.
Mémoire élaboré sous la direction de Georges Prevelakis à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne en 2008 suite à deux séjours au Kosovo.

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Université Paris I (Panthéon-Sorbonne) UFR de géographie

L’action des militaires de la task force multinationale nord

Mémoire présenté en vue de l'obtention d’un M1 de géographie mention géopolitique par Benoît Goffin devant la commission d'examen constituée de : Directeur de mémoire : M. Georges Prevelakis Examinateur : Monsieur Daniel Schlosser, PAST de Géopolitique à Paris I Septembre 2008
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Remerciements : Je tiens tout d’abord à remercier mes parents, Patrice et Ghislaine, qui m’ont toujours soutenu et ont eu la patience de relire ces pages. Je remercie aussi Anne, Christophe, Félix, JeanneCharlotte, Marie-Sophie, Nicolas, Pauline, Sandrine, Thomas et Véréna pour ce qu’ils m’ont apporté cette année.

Je suis aussi très reconnaissant à Burim, Jeton, Zgjimi, Valon, Lumy, Bessim et Lucie pour leur accueil au Kosovo et qui ont su me faire découvrir le Kosovo de l’intérieur.

Merci également au Capitaine Gendron, au Lieutenant-colonel du Fayet de la Tour, au Lieutenant-colonel Taczanowski et au personnel de l’Ambassade de France de Pristina/Pristinë qui m’ont facilité grandement les démarches, permis de rencontrer de très nombreuses personnes et de visiter certaines installations militaires. Je remercie aussi toutes les personnes que j’ai rencontrées qui ont toujours répondu patiemment à mes questions en se montrant très disponibles malgré leur emploi du temps.

Je pense bien entendu à tous mes professeurs, notamment ceux de classe préparatoire et tout particulièrement à mon directeur, Georges Prevelakis pour son aide et sa disponibilité.

En couverture : Soldats à Mitrovica/Mitrovicë le 23 mars 2008. On y voit l’Ibar qui sépare la zone serbe de la zone albanaise. On y voit aussi une enclave albanaise, constituée par les « trois tours », une passerelle installée par les militaires, des enfants qui montrent les relations qu’ont les soldats avec la population et enfin du bois coupé, acheté par la KFOR aux populations. Au mois d’août l’endroit était complètement différent : les troupes de la KFOR ont été retirées de cet endroit et une nouvelle passerelle a été construite.

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INTRODUCTION
Les conflits dans lesquels sont impliqués la France et ses alliés de l’OTAN sont radicalement différents de ceux des siècles passés. Ils sont asymétriques, comme on peut le constater au Liban, en Côte d’Ivoire ou dans les Balkans. Les enjeux ne sont donc plus les mêmes, ce qui bouleverse les doctrines stratégiques. Par exemple, la puissance de feu des armes n’est plus aussi déterminante que dans le passé. Le char d’assaut n’a ainsi plus la même importance, ni le même rôle. Le char Leclerc conçu par la France pour faire face aux blindés soviétiques n’est utilisé en ce moment qu’au Liban. Le 11 septembre 2007, le ministre de la Défense, Hervé Morin, constatant cette évolution, a déclaré "On se rend compte aujourd'hui que quatre cents chars Leclerc ne représentent pas nécessairement l'équipement prioritaire pour nos armées". L’espace est lui aussi confronté à des bouleversements. Il n’y a plus un front clairement défini comme cela fut le cas en France pendant la Première Guerre mondiale. La notion de frontière militaire séparant deux ennemis disparaît en partie. Le contrôle de l’espace est donc très différent. En effet les militaires peuvent aller et s’établir où bon leur semble, avec des préparatifs pour les zones tendues. Leur nouvelle mission est de faire la paix. Cela demande un contrôle de l’espace en étant le plus diplomate possible, puisqu’il faut éviter le plus possible l’usage de la violence, et même gagner la confiance des habitants. Les adversaires dans ces guerres asymétriques, qui sont souvent des guérillas, savent utiliser l’espace à leur avantage : ils sont souvent mobiles, n’attaquent jamais de front, et se mêlent autant que possible à la population. L’armée, au lieu d’être répartie sur un front doit être partout présente. Cela étant impossible, on comprend que le contrôle de l’espace passe par un travail de fond à la fois pédagogique et psychologique, parfois en s’appuyant sur des locaux. Le Kosovo permet particulièrement bien d’illustrer ces nouvelles guerres où l’espace prend une autre définition. En effet après une campagne de bombardement, utilisant des technologies très modernes et évitant tout mort dans les rangs de l’OTAN, les soldats de la KFOR sont entrés au Kosovo avec un mandat de l’ONU. Cette entrée s’est faite sans qu’il n’y ait d’opposition. Une fois les soldats installés, une nouvelle guerre, beaucoup plus compliquée que les bombardements, commençait. Il s’agit cette fois d’une guerre pour la paix, toujours en cours aujourd’hui, même si elle ne se manifeste que rarement lors de pics de violence comme

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le 17 mars 2004 ou 2008 où la KFOR a été la cible de tirs de grenades et d’armes automatiques. La mission est particulièrement difficile pour les militaires français qui commandent la Task force multinationale nord (TFMN-N). Une task force est un concept assez récent où les troupes qui la composent doivent être « réactives » et « flexibles face à toute dégradation de la situation sécuritaire » d’après le site de l’Etat-major français. Cette zone Nord est en effet répartie entre différentes populations. Deux régions peuvent être distinguées : le Nord du Kosovo (Severno Kosovo, Северно Косово en cyrillique serbe, Kosova Veriore en albanais) qui a une population relativement homogène de Serbes et regroupe au sein des municipalités de Zvečan Zubin Potok et Leposavić et au nord de celle de Mitrovica/Mitrovicë 70 5001 personnes dont 61 250 Serbes. Le reste de la zone sous la direction militaire française est occupé par une majorité d’Albanais. Entre ces deux régions se trouvent une frontière renforcée par les affrontements. Si deux régions peuvent être mises en évidence pour le peuplement, il existe de nombreuses enclaves qui multiplient les exceptions et de nombreuses minorités qui ne permettent pas de résumer le conflit à une opposition entre Serbes et Albanais. On trouve ainsi entre autres des Bosniaques, des Croates, des Gorans ou des Roms. Deux Nord se distinguent donc : celui des militaires où opère la TFMN-N et celui de la démographie, peuplé majoritairement de Serbes. Au centre de cette zone militaire se trouve Mitrovica/Mitrovicë, une ville très médiatisée et symbolique sur la frontière entre la zone albanaise et serbe qui donne une importance encore plus grande à la zone sous commandement français. Le 23 février 2000, Richard Holbrooke, ambassadeur des Etats-Unis auprès de l’ONU a déclaré : “Mitrovica est l’endroit le plus dangereux d’Europe”, illustrant ce défi pour la TFMN-N. On peut alors se demander comment les militaires ont adapté leur action et leur communication et influé sur l’espace, afin de remplir le mieux possible la mission que leur a confié la résolution 1244 de conseil de sécurité des Nations-Unies, dans un espace en crise que la présence militaire transforme. Pour cela nous présenterons tout d’abord les enjeux de l’intervention en montrant comment la mission est définie et les problèmes auxquels elle est confrontée.

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Les données statistiques fiables sont particulièrement difficiles à obtenir au Kosovo, aucun recensement sérieux n’a eu lieu depuis 1991. Les chiffres donnés ici sont issus de fichiers présentant les diverses municipalités du Kosovo établis en avril 2008 par l’OSCE. Kosovo http://www.osce.org/kosovo/13982.html

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Ensuite nous verrons comment la TFMN-N travaille et remplit sa mission, en montrant notamment comment elle communique avec les populations, comment elle organise son espace et gère les situations de crises. Puis, nous étudierons les perceptions et les hommes en montrant comment militaires, Serbes et Albanais se considèrent et tout ce que la présence de militaires entraîne. En effet la présence de milliers de militaires a un impact très fort sur ce petit pays qu’est le Kosovo. Enfin nous nous demanderons quel avenir peut être envisagé pour cette force présente depuis 1999.

Méthodologie :
Pour effectuer ce mémoire, j’ai d’abord lu des ouvrages généraux, puisque je ne connaissais pas beaucoup la région. Je n’ai en effet aucun lien avec les Balkans que j’ai découverts lors d’un long voyage en 2004 à travers la Bosnie Herzégovine, la Croatie, le Monténégro, le Kosovo et la Grèce. J’ai essayé de rencontrer à Paris un maximum de Kosovars, d’étudiants ayant travaillé sur ce pays et de personnes ayant des liens avec le pays à Paris, pour me faire une idée personnelle de la situation. De plus j’ai assisté à des événements, telle une manifestation contre l’indépendance du Kosovo. Dès la fin de l’hiver, je me suis rendu au Kosovo où j’ai eu la chance de rencontrer beaucoup de personnes : des Kosovars chez qui j’ai logé et avec qui j’ai partagé de nombreux moments, des membres de la MINUK, de l’Ambassade de France, Albin Kurti, un homme politique important et de nombreux militaires. Tous m’ont très bien accueilli et m’ont beaucoup apporté. J’ai découvert au Kosovo le milieu militaire qui m’était complètement inconnu. Le contexte dans lequel j’ai fait mon terrain était particulier : en effet je suis arrivé le 18 mars au Kosovo, le lendemain des affrontements au tribunal qui ont fait un mort parmi les forces de l’ONU et qui sont les événements les plus violents qu’a connu le Kosovo depuis 2004. Ce voyage de terrain a duré un mois et un jour. Ensuite, j’ai entrepris la rédaction, après avoir lu des sources militaires que m’avaient indiquées des officiers. Néanmoins, les sources militaires sont rares : quasiment tous les papiers sont secret défense, ce qui empêche l’accès au civil. Le conseiller juridique de la KFOR remarquait ainsi : « à la KFOR le moindre déplacement de boîte de conserve est classé secret défense »1. J’ai choisi dans ce mémoire d’utiliser largement mon opinion et celles que j’ai entendues lors de mes entretiens. Beaucoup d’avis sont donc personnels. Pour rédiger, j’ai
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Entretiens réalisé à Filmcity le 3 avril 2008

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choisi d’utiliser le terme d’ « Albanais » pour désigner la population albanaise vivant au Kosovo, les « KOA » (Kosovars d’origine albanaise) de l’armée. De même « Serbe » désigne la population serbe vivant au Kosovo, ceux que l’armée française appelle ici les « KOS » (Kosovars d’origine serbe). Le terme de « Kosovar », peu utilisé, désigne l’ensemble des habitants de ce pays. Pour les noms de villes et villages, j’ai choisi, copiant Jean-Arnaud Derens dans Kosovo année zéro, de mettre d’abord le nom serbe puis le nom albanais. Pristina/Pristinë désigne ainsi la capitale de l’Etat. Pour la ville la plus importante du secteur Nord, j’ai choisi de l’appeler Mitrovica/Mitrovicë. Rappelons que son nom serbe est Kosovska Mitrovica, ce qui permet de la distinguer de la ville serbe de Sremska Mitrovica. Enfin les documents que j’ai réalisés sont signalés par un BG entre parenthèses.

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Introduction Méthodologie Chapitre introductif
A) L’opposition entre Serbes et Albanais et l’intervention de 1999 B) La typologie des images des groupes facebook traitant du Kosovo : une illustration des passions et des oppositions des habitants. C) Le Kosovo aujourd’hui : présentation D) Les spécificités de l’espace étudié
1) Mitrovica/Mitrovicë : une ville hautement symbolique 2) Un potentiel économique assez important 3) Présentation des six municipalités

I) La crise du Kosovo et la question de stabilisation
A) La mission de la KFOR entre ONU, OTAN et UE
1) La mission de la KFOR : la 1244 2) L’OTAN et la chaîne de commandement de la KFOR
a) La France et les autres pays de la TFMN-N et l’OTAN b) Qui dirige la TFMN-N ?

3) L’OTAN et la KFOR et leurs liens avec les autres institutions
a) ONU et EULEX b) Le pouvoir Kosovar c) KPC et KPS d) La théorie du troisième rideau

B) Le partage du Kosovo et les forces présentes dans le nord
1) Le partage du Kosovo et les raisons de la présence française dans le Nord

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2) Le choix des autres membres de la TFMN-N 3) Les forces présentes, l’importance du dispositif français et les rotations 4) La notion de frontière chez les task forces

C) Quels ennemis et quels dangers pour les soldats de la KFOR ?
1) Les menaces extérieures envisageables
a) Une menace venant de Serbie ? b) Une menace russe ? c) Une menace albanaise ? d) Une menace islamiste ?

2) Les ennemis de la KFOR dans le Kosovo
a) Des Serbes ? b) Des Albanais ? c) Les trafiquants ?

3) Quels dangers pour les soldats ?

II) Organisation et expérience de la TFMN-N
A) Une stratégie relationnelle pour créer crainte et admiration
1) le comportement des militaires et la réparation des problèmes posés
a) Le comportement des militaires et les gradients profil et visibilité b) Un matériel adapté à la situation c) La gestion juridique des problèmes posés aux populations

2) Des actions et unités spécialisées pour la population
a) Le renseignement b) Les LMT c) Les ACM et le Génie d) Les services médicaux e) La gestion partielle du problème foncier

3) Un arsenal de médias au service de la KFOR
a) Les campagnes d’affichages

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b) la publicité dans les journaux c) Publications et tracts d) Radio K4 e) Les spots télévisés

B) L’occupation et le contrôle de l’espace
1) La répartition de l’espace entre les unités présentes 2) Les installations de la TFMN-N et leur répartition face à l’évolution de la situation 3) La protection d’espaces menacés
a) Le checkpoint comme moyen de se montrer b) La protection d’enclaves à travers l’exemple de l’organisation de l’espace à Priludje c) La protection de monuments à travers l’exemple de l’organisation de l’espace au monastère de Devic d) La question des frontières et le travail d’escorte

C) La gestion des crises
1) Juin 1999 – juin 2001 : la gestion de l’impossible 2) La crise du 17 et 18 mars 2004 : l’erreur impardonnable 3) Les crises depuis l’indépendance

III) Représentation, réalité et avenir
A) Le soldat de la TFMN-N
1) Sa vision de la situation 2) Sa pratique de l’espace et l’exemple du 3ème RIMA 3) Le Welfare
a) Le sport b) Les NTIC c) La nourriture d) Les petites activités e) Le shopping f) Les sorties « touristiques » g) KFOR Chronicle

4) les questions de logistique et de transport

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B) l’impact culturel et économique de la TFMN-N
1) Les traces de présence française et leurs origines : les quatre piliers 2) La création d’emplois directs et l’exemple d’une employée de l’économat à Novo Selo 3) Les emplois indirects et les petits trafics
a) L’exemple des stations de lavage b) Les boutiques devant les camps avec l’exemple de celles devant le camp de Belvédère c) Les emplois informels, les « enfants de la KFOR »

C) La perception des populations
1) Le regard des populations
a) Comment la KFOR veut être perçue b) Les gradients de la perception chez les Kosovars c) Le point de vue d’Albin Kurti à travers une interview d) La KFOR vue de l’étranger

2) Les soldats de la TFMN-N sont ils différents selon leur nationalité ? 3) Critiques, attentes et reproches

D) Quel avenir ?

Conclusion
Bibliographie Liste des entretiens et présentation du travail de terrain Annexes
Annexe n° 1 : Cartes du Kosovo Annexe n° 2 : Carte ethnique du secteur sous la responsabilité de la KFOR en 2000 (source KFOR). Annexe n° 3 : Plan de la ville de Mitrovica/Mitrovicë. Annexe n° 4 : Tableau récapitulatif des camps de la TFMN-N. Annexe n° 5 : Illustrations des camps militaires Annexe n° 6 : Chronologie du Kosovo et de la zone de responsabilité de la KFOR

Tables des illustrations Table des sigles Table des matières Résumés en langues étrangères

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Chapitre introductif
A) les différents entre Albanais et Serbes et l’intervention de 1999
Serbes et Albanais sont présents depuis des siècles au Kosovo sans qu’ils n’aient vraiment réussi à collaborer pacifiquement. Les Serbes orthodoxes le considèrent comme le berceau de leur civilisation. C’est en effet sur ces terres que se trouvent de nombreux monuments capitaux de leur histoire, comme les monastères, le patriarcha de Pec/Peja ou encore le lieu de la fameuse bataille du Champ des Merles (Kosovo Polje) qui a marqué pour eux le début d’une période difficile sous l’occupation ottomane, occupation qui a poussé beaucoup de Serbes à quitter le Kosovo pour des territoires plus proches de l’empire Austrohongrois. La présence albanaise n’est pas nouvelle pour autant, les Albanais se considèrent comme les descendants des Illyriens, ce qui ferait d’eux le plus vieux peuple des Balkans. Depuis de très nombreuses années, le Kosovo est majoritairement peuplé d’Albanais. En 1946, la première constitution de la Yougoslavie socialiste a pour cette raison donné au Kosovo le statut de « région autonome », ce qui a permis aux habitants de la région de vivre en paix sous Tito. Après sa mort, Milosevic, Président de la Serbie, a supprimé cette autonomie. Les tensions ont alors rapidement grandi1. L’action diplomatique et pacifique d’Ibrahim Rugova s’est rapidement heurtée à l’action d’une armée de libération du Kosovo (UCK) qui a revendiqué dès 1996 ses premières attaques. Les combats ont pris de l’ampleur en 1998 et ont entraîné une première résolution (la 1199 du 23 septembre 1998) du Conseil de sécurité. Conseil qui a exigé un cessez le feu, le retrait des troupes serbes et des négociations directes. Peu de temps après, 2000 vérificateurs sans armes de l’OSCE ont été déployés. Le 6 février les discussions de Rambouillet qui prévoyaient le déploiement de militaires étrangers commençaient. Suite à l’échec de cette conférence, l’OTAN lançait

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Voir chronologie en annexe

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l’opération «allied forces1 » qui a duré 78 jours durant lesquels 25 000 sorties aériennes ont eu lieu. Le 9 juin 1999, la Serbie de Milosevic était contrainte d’accepter les accords militaires de Kumanovo prévoyant entre autres un départ des troupes serbes dans les 11 jours et le déploiement d’une force internationale : la KFOR2. Le lendemain, le Conseil de sécurité de l’ONU votait la résolution 1244 autorisant, entre autres, un déploiement militaire et civil, la MINUK3 . L’année 1999 a été terrible pour les populations du Kosovo. Dès le début des bombardements, les Serbes ont entrepris de « vider » le Kosovo de sa population albanaise en la chassant vers la Macédoine, l’Albanie ou le Monténégro tout en commettant de graves crimes. Jean-Arnaud Derens évalue à 6000 le nombre de morts. Dans l’imaginaire des Albanais aujourd’hui ce nombre est très largement supérieur même s’ils n’arrivent pas à l’estimer. Le départ de l’armée serbe a entraîné des crimes, souvent orchestrés par l’UCK, contre la communauté serbe. Les raisons de l’intervention de l’OTAN sont problématiques, d’autant que, comme l’a remarqué Nédine Weber, la décision « est historique car pour la première fois depuis 1949, l’OTAN intervient de façon arbitraire dans un pays qui n’a pas commis d’agression en dehors de ses frontières, contestant ainsi deux principes fondamentaux du droit international : le respect de la souveraineté des Etats comme déclaré dans la Charte des Nations-Unies et l’intervention militaire sans l’aval du Conseil de sécurité »4. Certains ont montré que l’OTAN et les Etats-Unis avait été très provocateurs, notamment avec les conditions des accords de Rambouillet. Le journaliste allemand Rudolf Augstein, par exemple, jugea que « les ÉtatsUnis avaient, à Rambouillet, posé des conditions militaires qu'aucun Serbe à instruction scolaire de niveau élémentaire n'aurait pu signer », tandis que son compatriote parlementaire SPD Hermann Scheer qualifia cette annexe de « statut d'occupation par l'OTAN de toute la Yougoslavie », déclarant que « même un politicien modéré n'aurait jamais signé ce texte ». Ce droit d’ingérence, déjà utilisé lors des bombardements en Irak en 1998 pour protéger les Kurdes, qui a servi pour justifier l’intervention de l’OTAN est particulièrement problématique car on n’en connaît pas les limites. Toutes les dérives sont possibles. Selon ce principe, on aurait pu concevoir comme le font remarquer certains Serbes, ce qui bien sûr relève de l’absurdité, une intervention militaire en France lors des émeutes de 2005 quand d’importantes forces de police tentaient de maintenir l’ordre.
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« forces alliées » Kosovo force 3 Mission intérimaire des Nations-Unies au Kosovo 4 Kosovo, l’inévitable indépendance, Edition Luc Pire, 2007, sous la direction d’Anne-Marie Lizin

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Le droit d’ingérence est la plupart du temps mis en avant. Cet argument semble recevable après les horreurs de la guerre en Bosnie Herzégovine où l’intervention a trop tardé. Il existe d’autres raisons non officielles capitales. Le second secrétaire de l’Ambassade de France m’a ainsi fait remarquer qu’on ne connaîtrait pas les vraies raisons de l’intervention de l’OTAN avant l’ouverture des archives. Un responsable de la MINUK m’a confié qu’il croyait à quatre motivations américaines mêlées : celle de retarder l’union des pays de l’Union européenne, au moins dans les domaines de la politique extérieure et militaire, de justifier le budget de l’armée dans une période où la menace soviétique avait disparu, de s’implanter dans les Balkans et enfin de montrer aux musulmans du monde entier que les Etats-Unis les soutenaient, les Albanais étant musulmans. D’autres arguments circulent : les orateurs de la manifestation place de la République à Paris le 2 mars 2008 ont entre autres expliqué que les Etats-Unis ont cherché en attaquant le Kosovo à s’emparer des richesses minières du pays, à avoir un Etat où implanter une base militaire au cœur de l’Europe, ou encore à préparer le terrain avant la construction d’un oléoduc. Quoi qu’il en soit ce mémoire ne cherche pas à justifier ou non l’intervention mais à analyser l’action des forces présentes dans un espace où il existe des tensions.

B) La typologie des images des groupes facebook traitant du Kosovo : une illustration des passions et des oppositions des Albanais et Serbes
Les passions et oppositions entre Serbes et Albanais ont été très largement étudiées sous différents angles. On peut cette fois choisir de les présenter à travers les images publiées dans les groupes Facebook ayant comme thème le Kosovo. Plus d’un millier de groupes sur Facebook traite du Kosovo. En tapant Kosova dans « recherche » on trouve par exemple 404 groupes1. Les partisans des deux partis sont divisés par le vocabulaire : les sites pro-serbe se trouvent en tapant Kosovo, les sites pro-albanais en tapant Kosova. Il existe des exceptions où les deux nominations se trouvent : tel Fuck Kosova…it’s Kosovo (142 membres), It’s not Kosovo, it’s Kosova (1492 membres) ou It’s kosovo, it’s Kosova (1 membre). Les trois plus grands groupes serbes, comptant plus de 5000 membres, sont Kosovo is serbian, no independance for kosovo petition, Canadian against kosovo indépendance et I

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Les observations mentionnées ici datent du début du mois de mai 2008

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bet I can find 1 000 000 people that are against kosovo independance. Les plus grands groupes albanais sont: Republic of Kosovo, Welcome to the newest country in europe Kosova et Facebook : add kosova to your network. Regarder les noms de ces groupes apprend déjà beaucoup de choses: on constate que les Serbes manifestent contre l’indépendance alors que les Albanais ne s’occupent pas des Serbes et sont heureux de cette indépendance.

Une typologie de ces images permet de bien comprendre la situation.

•Dans l’argumentaire serbe, on trouve d’abord des revendications historiques :

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•Les groupes Facebook publient aussi de nombreuses images où les Serbes se posent en victimes :

•Il y a aussi de nombreuses autres images critiquant les Albanais. On constate que sur ces dernières, les auteurs tentent de diaboliser leurs adversaires qu’ils présentent comme de véritables moudjahidines. Les Albanais étant musulmans, ils tentent de jouer sur la peur qu’ils inspirent :

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•Ensuite, on trouve des images rappelant les lois internationales et les grands principes. En effet d’après la résolution 1244, le Kosovo est reconnu comme une partie de la Serbie. La déclaration d’indépendance est donc contraire à cette résolution. Les affiches de droite présentent des grands hommes, avec une citation d’eux montrant combien l’indépendance du Kosovo est illogique. Celle de Willy Brandt qui dit que ce qui est inséparable doit grandir ensemble, celle d’Abraham Lincoln qui explique que les grands principes doivent être toujours maintenus fermement.

•Enfin, toujours dans l’optique de faire peur, existent de nombreuses images montrant les conséquences que pourrait avoir dans le monde l’indépendance du Kosovo. Le Kosovo pouvant faire école. Une fois l’indépendance de ce pays reconnue, de nouvelles régions pourraient à leur tour demander la leur. L’ETA a ainsi déclaré qu’elle allait s’inspirer de l’exemple du Kosovo pour parvenir à ses fins. La crise en Géorgie avec la reconnaissance par la Russie de l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l'Abkhazie le 26 août 2008 montre que l’indépendance du Kosovo n’est pas sans conséquence même si les situations sont bien différentes.

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•On trouve aussi des images rappelant des alliances et des amitiés, la solidarité orthodoxe est particulièrement appuyée. De même, selon les groupes, il existe des images critiquant l’Amérique et/ou l’Albanie. On trouve également beaucoup d’images présentant les soutiens à l’étranger, cela est d’autant plus vrai que des gens de tous les pays sont dans ces groupes :

•Enfin, on trouve des images nationalistes de toutes sortes

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L’iconographie des Albanais fonctionne pour beaucoup de la même façon que celle des Serbes. •En premier lieu, on peut constater comme pour les Serbes qu’il existe de nombreuses références historiques. Les Albanais présentent ici ceux qu’ils considèrent comme leurs ancêtres : les Illyriens. S’il y a beaucoup de mythes et constructions historiques très artificielles, ils semblent être en effet leurs descendants, si on considère les Français comme les descendants des Gaulois. Les images de la première ligne montrent Skanderbeg (14031468), le héros national albanais qui a lutté contre les Ottomans. Il a été salué par les papes Nicolas V et Pie II du nom de «champion du Christ». Il y a là une situation assez étrange puisque le héros est un catholique qui a lutté contre l’islam, dans un pays musulman.

•On trouve des images où les Albanais se présentent en victimes comme le font les Serbes :

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•Il y a un certain nombre d’images se moquant de la Serbie et en particulier de Milosevic. La dernière image est identique à celle présentée quelques pages auparavant, les positions sont juste inversées.

•De nombreuses images mettent en valeur des combattants de l’UCK qui ont lutté pour l’indépendance du Kosovo, tel Agim Ramadani.

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•Des images montrant le soutien international, avec notamment des photos des célébrations de l’indépendance à travers le monde et au Kosovo sont présentes:

•On remarque aussi de très nombreuses images nationalistes particulièrement intéressantes qui montrent une quête d’identité et une fierté d’être nouvellement indépendant Sur ces images, on voit beaucoup l’aigle noir et le drapeau rouge. On y voit aussi le nouveau drapeau qui cherche encore ses repères ; drapeau parfois critiqué car il ne reprend pas les couleurs noire et rouge. Certains Albanais comme Albin Kurti font remarquer que s’il n’a pas les vraies couleurs nationales du Kosovo, il contient du bleu, que l’on retrouve sur le drapeau serbe. On peut remarquer que dans ces images on trouve un montage présentant un maillot de football pour l’équipe kosovare qui indique que la reconnaissance de l’indépendance passe aussi par la création d’une équipe nationale.

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•Dans cette quête identitaire, on retrouve des images montrant la grande Albanie. En effet, cette idée a ses partisans, il y a d’ailleurs un groupe sur Facebook intitulé Kosovo is albanian. Il existe beaucoup de liens entre les deux pays telles la langue et la religion. Néanmoins un rapprochement des deux Etats reste aujourd’hui un projet lointain.

C) Le Kosovo aujourd’hui: présentation
Le Kosovo (voir cartes en annexe) est un pays indépendant depuis le 17 février 2008. Ce jour là, le premier ministre Hashim Thaçi a déclaré devant le parlement du Kosovo : « Nous proclamons l’indépendance du Kosovo, État indépendant et démocratique [...] À

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partir de maintenant, le Kosovo a changé de position politique, nous sommes désormais un État indépendant, libre et souverain. ». Si la France et de nombreux autres pays ont reconnu cette indépendance, d’autres pays dont la Serbie et la Russie la rejettent empêchant son entrée dans les institutions internationales comme l’ONU. Les données statistiques sur la population sont essentielles pour comprendre et organiser le pays. Celles-ci sont malheureusement de mauvaise qualité. Le dernier recensement a eu lieu en 1981. Le plan Athisaari a fixé le prochain au 1er novembre 2008, recensement déjà compromis car refusé par certains tel Olivier Ivanovic, un leader serbe du Kosovo, qui craint qu’il légalise les grands déplacements de population. Aujourd’hui, le nombre d’habitants au Kosovo est estimé à environ 2 200 0001

personnes. Il faut mentionner l’importante diaspora présente en Allemagne, Suisse, Etats-Unis ou Suède. La Suisse compte par exemple aujourd’hui près de 200 000 Albanais sur son sol. Les Albanais sont de très loin les plus nombreux et représentent plus de 90% de la population. Il y a ensuite une importante communauté serbe (environ 80 000 personnes contre 200 000 en 1997) et de très nombreuses autres minorités regroupant environ 120 000 personnes (Bosniaques, Croates, Gorans, Roms, Turcs). On peut observer leur place dans l’espace sur la carte de la répartition de la population en annexe. A titre de comparaison, le recensement de 1921 montrait que le Kosovo comptait 439 010 habitants dont 329 502 (75%) de musulmans, 93 203 d'orthodoxes, 15 785 catholiques, 427 juifs et 26 grecs-catholiques. La plupart des Albanais sont musulmans (environ 95%), une minorité étant catholique, les Serbes sont très majoritairement orthodoxes. La population est aujourd’hui encore majoritairement rurale. Cependant, un important exode vers les villes est en train de changer cette caractéristique. Pristina/Pristinë est de loin la ville la plus importante du pays regroupant entre 500 000 et 800 000 personnes et la plupart des activités économiques. Mitrovica/Mitrovicë est la seconde ville avec une population de plus de 100 000 habitants. Cette population est très jeune, la plus jeune d’Europe. Des estimations montrent que près de 50% de la population a moins de 20 ans. Cette jeunesse est un atout pour le pays mais aussi un défi à relever car l’éducation a un coût. La situation économique du Kosovo est catastrophique, le chômage touchant plus de 50% de la population. Pourtant, le Kosovo ne manque pas d’atouts : il dispose de ressources

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Les données démographiques présentées ici sont issues du dossier de presse de la TFMN-N distribué en avril 2008 et de Kosovo, année zéro, de Jean Arnault Derens Edition Luc Pire, 2007, sous la direction d’Anne-Marie Lizin

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en houille, chrome, plomb et zinc. Ces ressources, même si elles sont importantes, sont à relativiser : on a beaucoup disserté dessus et parfois même expliqué l’intervention américaine par une volonté de les contrôler. Il a aussi des sols fertiles dans les plaines où une agriculture moderne pourrait être développée. Autrefois, sous Tito, le Kosovo avait à

Mitrovica/Mitrovicë quelques complexes industriels importants qui produisaient des remorques ou des batteries pour véhicules. De même, il y avait d’importantes tabatières et une station de ski à Brezovica qui ouvre toujours chaque hiver en dépit du vieillissement des installations. Dans cette station, Albanais et Serbes se côtoient amicalement, montrant l’importance de l’économie dans les relations. Au Kosovo, on ne ressent pas vraiment une volonté de se développer. Beaucoup de personnes ont une démarche assez attentiste : elles vivent essentiellement de l’argent des membres de leur famille ayant réussi à émigrer et attendent pour eux-mêmes un visa. Les efforts de certains empêchent néanmoins toute généralisation. Le salaire au Kosovo, compris entre 200 et 400 euros, n’est guère motivant. En plus de l’argent de la diaspora, il y a l’argent de la communauté internationale qui aide très largement les Kosovars et crée de nombreux emplois directs et indirects. L’économie est donc déstabilisée à cause de ces deux sources de revenus. Cela donne des situations surprenantes : certaines personnes ouvrent des commerces qui ne sont pas rentables pour gagner un petit bonus et occuper leur temps en attendant l’argent des membres de la famille partis à l’étranger. De même j’ai été très surpris de voir, dans un taxi collectif où j’ai payé mon trajet 50 centimes, un lecteur DVD inséré dans le pare- soleil. La société albanaise est particulièrement dure à comprendre, même si les travaux sur ce thème sont nombreux et de qualité (notamment ceux de Michel Roux). Il s’agit en effet d’une société clanique où la famille est très importante. Le code du Kanun dicte les règles de cette société, mettant l’honneur en avant. Néanmoins, l’ouverture incroyable du Kosovo sur le monde avec la diaspora et la présence au Kosovo de très nombreux « internationaux » fait évoluer la société, surtout dans les grandes villes, et encore plus à Pristina/Pristinë. On peu ainsi ressentir une différence entre les jeunes de Pristina/Pristinë et ceux de Mitrovica/Mitrovicë.

D) Les spécificités de l’espace étudié
La région Nord du Kosovo est très spécifique, il convient de voir ses particularités avant de nous intéresser à l’action des militaires dans la zone. Une carte de la région qui figure en annexe illustre une donnée essentielle : cette zone est petite : environ 70 km du nord au sud et 40 km d’est en ouest.

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1) Mitrovica/Mitrovicë une ville hautement symbolique
Mitrovica/Mitrovicë, qui est seconde ville du pays avec plus de 100 000 habitants est une ville où différents peuples sont présents. Aujourd’hui il y a une séparation très forte : les Serbes sont au nord de l’Ibar, les Albanais au sud et dans deux quartiers enclavés au nord : le premier formé de trois immeubles à l’ouest du pont principal qu’on appelle « les trois tours » et entre les deux ponts, le long de l’Ibar, le second assez mixte appelé, pour cette raison, « petite Bosnie ». Avant 1999 les populations étaient assez mêlées, aujourd’hui la séparation est plus forte que jamais. Le sud de la ville, que l’on voit sur la première photo a une trame urbaine assez désordonnée, avec des habitations de taille assez modeste. Dans cette ville, qui rappelle par ces aspects certaines villes turques comme Ankara, la plupart des gens parlent albanais, sont musulmans, utilisent l’euro et possèdent des plaques d’immatriculation kosovares. Au Nord, les choses sont complètements différentes : on trouve de grands immeubles construits le long de grands axes (voir plan de la ville en annexe), avec une population orthodoxe, parlant serbe, utilisant le dinar et roulant avec des plaques d’immatriculation serbes. Il y a donc deux villes différentes collées. Photo n° 1 (BG avril 2008): La partie sud de la ville de Mitrovica/Mitrovicë.

1) 2) 3) 4) 5)

Le quartier sud avec ses minarets où vivent les Albanais Le pont principal de Mitrovica/Mitrovicë Deux des trois tours, peuplées d’Albanais au nord de l’Ibar Concession : un poste de combat gardé par les militaires à proximité du pont Immeuble neuf : dans une guerre parfois démographique, il y a une volonté de placer des hommes près du pont. 6) Immeubles serbes, on remarque une construction sauvage sur un des toits 7) Ancienne zone industrielle

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Photo n° 2 (BG avril 2008): Le Nord de la ville de Mitrovica/Mitrovicë.

1) Nouvelle église orthodoxe 2) Poste de combat occupé par la KFOR dans un gymnase à la sortie du pont Cambronne

La portée symbolique de cette ville est aussi grande que variée. Pour les Serbes, elle symbolise la résistance au Kosovo, pour beaucoup, la séparation entre Serbes et Albanais. Le pont de Mitrovica/Mitrovicë est un « symbole dans un lieu symbolique ». La KFOR en le construisant, avait voulu en faire le symbole d’une réconciliation entre les communautés. Ce pont, dont la réalisation a été particulièrement soignée est très beau, bénéficie la nuit d’un éclairage violet qui le met en valeur. Aujourd’hui, ce pont est désert et est devenu le symbole de l’échec de la communication. Il est très intéressant de constater que l’autre pont, beaucoup moins symbolique, est beaucoup plus utilisé pour cette raison. Dans cette ville, comme dans le Kosovo, les Serbes sont particulièrement organisés. L’institution la plus importante est le Conseil national serbe (SNV) qui regroupe des radicaux. Ce groupe est très présent dans la vie médiatique. Il organise sans cesse des manifestations, et met en place des institutions parallèles serbes. Il est ouvertement pour la partition du Kosovo. Il est difficile de dire si les gens adhèrent vraiment à ses idées qui n’évoluent pas. Cependant, les dernières élections au Kosovo lui ont été favorables. Le président de ce Conseil est Marko Jaksic, qui fait parti du DSS (partie démocrate serbe), le parti de Kostunica. Le vice président

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est Milan Ivanovic, qui appartient aussi au DSS. On peut aussi citer Rada Trajkovic, qui réside à Gračanica. Celle-ci appartient au SNC (Serbe Nationalist Concil) et se préoccupe particulièrement des enclaves. Enfin on peut citer Oliver Ivanovic, ce dernier est qualifié d’arriviste par certains en raison de son ambition politique personnelle. D’abord député au Kosovo, il a décidé de boycotter depuis 2007, toujours à la recherche de la meilleure stratégie. Tous ces changements l’ont assez affaibli aujourd’hui.

2) Un potentiel économique assez important
En 1921, les Anglais ont ouvert le complexe de Trepça. La région compte en effet de nombreuses mines, surtout côté serbe. Ces mines ont entraîné l’installation d’usines assez importantes sous Tito. Ce cœur industriel et poumon sidérurgique du Kosovo, qui n’a pas d’équivalent dans le pays est aujourd’hui inexploité et les usines ont fermé, y compris celles qui avaient résisté à la guerre car elles étaient beaucoup trop polluantes. Il y a donc des capacités de développement dans cette région, ce qui n’est pas le cas partout au Kosovo.

3) Présentation des six municipalités
Ce tableau présente les différentes données des municipalités. Il a été réalisé avec les fiches des municipalités établies par l’OSCE en avril 20081. Tableau n° 1(BG) : Présentation des différentes municipalités sous la responsabilité de la TFMN-N. Nombre d’habitants Populations
200 Albanais dans les villages de Koshutovë/Košutovo, Bistricë e Shalës/Šaljska Bistrica et Cerajë/Ceranje, 240 bosniques et Rom, dont 250 sont des déplacés. 16 050 Serbes., 350 Albanais dans les villages de Boletin/Boljetin, Lipë/Lipa and Zhazhë/Žaža

Villages

Activités
Potentiel avec les mines mais plus exploité

superficie

Leposavic / Leposaviq

18 600

72 villages

750 km².

Zvecan / Zveçan

17 000

35 villages

Autrefois il y avait le complexe de “Trepça.” Aujourd’hui l’économie est moribonde Agriculture et petites entreprises locales

104 km²

Zubin Potok

14 900

14 000 Serbes (dont 3 000 déplacés) et environ 800 Albanais dans le village de Çabër/Čabra

64 villages

335 km².

1

http://www.osce.org/kosovo/13982.html

25

Mitrovicë / Mitrovica

130 000

Au nord environ 20 000 personnes: 17 000 Serbes (dont 5 à 7 000 déplacés) et 3000 membres d’autres communautés (albanaise, bosniaque, rom) Au sud : 110 000 personnes surtout Albanais et présence de Bosniaques, Roms, Gorans, Turcs. Population presque entièrement constituée d’Albanais 4 000 Serbes vivent dans les enclaves de Gojbulje/Gojbulë, Priluzje/Prelluzhë and Grace/Gracë. Il y a aussi le village de Banjska/Bajskë qui est un village ou vivent Serbes et Albanais. On trouve aussi des Turcs et des Roms 350 Serbes dans les villages de Suvo Grlo/Syriganë et de Banja/Bajë, 50 Ashkali et 15 Bosniaques habitent aussi cette municipalité.

49 villages

Depuis la fermeture de trepca, il n’y a rien de notable. Le chômage touche près de 77% de la population

350 km2

Vushtrri / Vucitrn

102 600

66 villages

Pas d’économie, 80% de chômage, les entreprises sont donc des magasins et restaurants. La plupart des travailleurs sont fonctionnaires Municipalité la plus pauvre du Kosovo, rien si ce n’est une usine de briques et une autre produisant de la farine

344 km²

Skenderaj / Srbica

72 600

52 villages

378 km²

Totaux

355 700

68 900 Serbes 282 400 Albanais et environ 4 400 personnes d’autres minorités.

338 villages

2261 km²

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I) La crise du Kosovo et la question de la stabilisation
A) La mission de la KFOR entre ONU, OTAN et UE
1) La mission de la KFOR : la 1244
Les bombardements de l’OTAN en 1999 ont été effectués sans qu’il n’y ait de résolution de l’ONU les autorisant. Ils ont été justifiés par le « droit d’ingérence humanitaire ». La présence de la KFOR est, elle, parfaitement légalisée par l’ONU. Ainsi suite aux bombardements, la République fédérale de Yougoslavie a accepté de signer un accord à Kumanovo (Macédoine) le 9 juin 1999 avec l’OTAN, accord qui prévoyait l’occupation du Kosovo par des forces des Nations-Unies. La conférence de Rambouillet qui s’est soldée par un échec prévoyait de donner le pouvoir à l’OTAN, ce qui est différent. Un employé de la MINUK m’a ainsi confié que la Yougoslavie avait subi tous les bombardements dans le but de ne pas être à la merci de l’OTAN, en ayant la présence de l’ONU. Au lendemain de l’accord militaire de Kumanovo, l’ONU adoptait la résolution 1244. Celle-ci, en 21 points, organisait l’avenir de la région. La MINUK et la force de sécurité qui allait devenir la KFOR y sont autorisées. Le rôle de la KFOR est décrit dans l’article 9. Document n° 1 : Article 9 de la résolution 1244 :

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La KFOR a donc comme mission de maintenir l’ordre et de s’occuper de diverses tâches telles la démilitarisation, le déminage ou la surveillance des frontières. L’absence de nouvelle résolution fait que cette mission ne peut évoluer. En effet aujourd’hui tout projet présenté à l’ONU serait bloqué au minimum par le véto russe. Après neuf années où la situation au Kosovo a évolué, le texte reste toujours le même. Pour pouvoir travailler de façon cohérente la KFOR profite du flou du texte. Ainsi le choix du verbe « prévenir » dans le premier point permet de tout légitimer. Toute action peut en effet servir à prévenir la reprise d’hostilités. De plus le vocabulaire utilisé, peu précis, comme les expressions « selon qu’il conviendra » ou « exercer les fonctions requises » laisse une grande marge de manœuvre à la KFOR. L’article 19 est lui aussi particulièrement important. Celui-ci permet à la KFOR d’être légitime dans la durée. L’absence aujourd’hui de possibilité de faire adopter une nouvelle résolution fait que la KFOR ne peut pas quitter le Kosovo légalement. Un départ de la KFOR ne peut être envisagé, contrairement à un départ de la MINUK. En effet aujourd’hui l’Union Européenne met en place des institutions qui devraient remplacer la MINUK mais qui ne peuvent le faire légalement. L’EULEX va-t-elle alors devoir être un doublon de l’UNMIK ? La situation est bloquée. Document n° 2 : article 19 de la résolution 1244

2) L’OTAN et la chaîne de commandement de la KFOR
a) L’OTAN, la France et les autres nations de la TFMN-N L’OTAN est une alliance militaire créée après la Seconde Guerre mondiale pour faire face à la menace que constituait l’URSS. Pour organiser la défense de l’Europe, l’ONU, où siégeait l’URSS avec un droit de veto, ne pouvait être utilisée. Le 4 avril 1949 à Washington a été signé le Traité de l'Atlantique Nord dont l'article 5 sur la solidarité entre ses membres en cas d'agression est le point primordial. La France est un des membres fondateurs de l’OTAN. Elle a accueilli au début des bases américaines et, à partir de 1952, son siège, aujourd’hui occupé par l’université Paris Dauphine. En 1966, le général De Gaulle, souhaitant préserver la liberté de décision de la France a fait sortir la France du commandement militaire intégré et rappelé les représentants français qui siégeaient dans les organismes militaires. 28

Depuis 1996 un rapprochement a lieu. Le président J. Chirac, élu en mai 1995, a, dès le mois de décembre de la même année, décidé la réintégration de la France au sein du conseil des ministres de la défense et au comité militaire de l’OTAN. Son successeur a annoncé au sommet de Bucarest (du 2 au 4 avril 2008) que la France pourrait rapidement réintégrer complètement cette alliance militaire. La France, même si elle n’a toujours pas réintégré la structure militaire intégrée, est un pays très important dans l’OTAN. Elle se place au 4ème rang pour les pays contributeurs financiers et au 3ème rang pour les pays contributeurs de troupes. Sa présence au Kosovo est donc parfaitement logique. On peut même remarquer que la KFOR compte des pays qui ne font pas partie de l’Alliance. C’était notamment le cas au départ des anciens Pays de l’Est qui depuis l’ont intégrée (voir carte). La présence du Maroc dans la TFMN-N peut surprendre. Pourtant le Maroc a de nombreux liens avec l’OTAN surtout depuis que le Conseil de sécurité de l’Atlantique Nord a décidé d'entamer un dialogue direct avec l'Égypte, Israël, la Jordanie, la Mauritanie, le Maroc et la Tunisie afin que ces pays apportent « leur contribution à la paix et à la sécurité dans la région, à Bruxelles, le 8 février 1995 et lors de la réunion interministérielle tenue à Sintra le 29 mai 1997.

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Carte n° 1 : L’OTAN en Europe et son expansion (les dates indiquent l’année d’entrée dans l’OTAN):

b) Qui dirige la TFMN-N? Il faut bien comprendre que les militaires au Kosovo ne font que le travail qui a été défini par la résolution 1244. Ainsi les militaires ne sont qu’un outil, le bras armé de décideurs politiques. C’est à Mons, en Belgique que se prennent les décisions. En effet, c’est dans cette ville que siège le SHAPE1 , le Grand Quartier Général des Puissances Alliées en Europe qui est le centre de commandement militaire des forces de l'OTAN en Europe. Ce titre est un peu trompeur puisque la région concernée inclut jusqu’à l’Afghanistan. Les
1

Supreme Headquarters Allied Powers in Europe (SHAPE)

30

ambassadeurs des 26 pays de l’OTAN s’y retrouvent et prennent ensemble les décisions par consensus. En théorie, tout Etat peut bloquer une décision. Il y a donc un risque de blocage qui peut rappeler les problèmes de gouvernement qu’a UE pour prendre une décision, comme par exemple adopter une constitution. Néanmoins, le sujet fait que les décisions se prennent assez bien. On constate que les Américains ne peuvent, à cause de ce mode de scrutin, prendre des décisions comme ils le souhaitent. Néanmoins on peut remarquer que le Commandant Suprême des Forces Alliées en Europe (SACEUR) est toujours un général américain. Les décisions politiques prises sont transmises à Naples où se trouve l’Allied Joint Force Command Naples (JFC Naples) qui sert de quartier général pour les opérations de l’OTAN dans les Balkans. Le commandant de la KFOR, le COMKFOR est ensuite chargé de faire les choix sur le terrain pour appliquer les décisions prises. Ayant un rôle essentiel, il est particulièrement formé. Ainsi le général français Kermabon, COMKFOR de septembre 2004 à septembre 2005, a commandé la Brigade nord-est en 2002 et a été l’adjoint du COMKFOR italien de mars à septembre 2003 avant de diriger la KFOR. Il connaissait donc parfaitement le terrain. De plus il a bénéficié du « Key leader training »1 et a été désigné dès février 2004. Il a donc eu huit mois pour se préparer à sa future mission. Le tableau suivant présente les différents généraux ayant été COMKFOR.

Document n° 3 : Les COMKFOR de juin 1999 à aujourd’hui : Michael Jackson ( Klaus Reinhardt ( Juan Ortuño Such ( Carlo Cabigiosu ( Thorstein Skiaker ( Marcel Valentin ( Fabio Mini (( Royaume-Uni, 12 juin 1999 - 8 octobre 1999), Allemagne, 8 octobre 1999 - 18 avril 2000), Espagne, 18 avril 2000 - 16 octobre 2000), Italie, 16 octobre 2000 - 6 avril 2001), Norvège, 6 avril 2001 - 3 octobre 2001), France, 3 octobre 2001 - 4 octobre 2002),

Italie, 4 octobre 2002 - 3 octobre 2003), Allemagne, 3 octobre 2003 - 1er septembre 2004), France, 1er septembre 2004 - 1er septembre 2005),

Holger Kammerhoff ( Yves de Kermabon (

1

« Entraînement des hommes clés »

31

Giuseppe Valotto ( Roland Kather (

Italie, 1er septembre 2005 - 1er septembre 2006), Allemagne, 1er septembre 2006 - 1er septembre 2007), France, 1er septembre 2007 - en poste)

Xavier Bout de Marnhac (

Plusieurs choses intéressantes sont à remarquer. Tout d’abord le temps passé sur place. Ainsi au départ il était assez court et avait une durée variable. Il a fallu attendre 2003 pour avoir des généraux restant un an aux commandes et 2004 pour avoir des dates fixes avec une passation de pouvoir le 1er septembre. Au départ on ne voulait pas laisser un général d’une nation commander longtemps. Il fallait que le pouvoir tourne, que le pouvoir soit partagé. Aujourd’hui, avec le temps, cette volonté a disparu et les missions peuvent être plus longues, ce qui est plus rationnel. Ensuite, il faut remarquer l’absence de généraux américains à la tête de la KFOR. Les Américains ne revendiquent pas ce poste très important à la symbolique forte. En effet s’il le détenait, ils seraient rapidement accusés d’être les maîtres de la KFOR et d’utiliser cette force à leur fin personnelle. Il me semble que ce sont les Etats-Unis qui sont responsables de la présence de la KFOR, mais que ces derniers ne la contrôle pas. On peut d’ailleurs remarquer que les Américains n’ont pas besoin de la contrôler maintenant qu’elle est là. Les Américains disposent néanmoins de postes importants au sein de la KFOR. Ils dirigent ainsi traditionnellement le J2 qui contrôle les renseignements, un secteur absolument décisif. De plus, on peut remarquer qu’en ce moment le COS, l’homme chargé de faire appliquer les décisions du COMKFOR, est Américain.

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Document n° 4 : Organigramme de la KFOR en septembre 20071

Présentation des principaux organismes de la KFOR : COMKFOR Commender kosovo force POLAD PAO LEGAD COS DCOM DCOS OPS DCOS SPT DOS JVB KIKPC JIC INFO OPS
Joint Intelligence Centre
Contrôle du KPC Centre de renseignement interarmées Service de renseignement sur les opérations Commandant de la KFOR Conseiller politique Service de presse/média Conseiller juridique applique ce que décide la COMKOR (s’occupe de la partie pratique)

Political adviser Property Accounting Officer Legal Advisor Cheaf of staff Deputy commender Deputy Chief of Staff Deputy Chief of Staff Director of Staff

Directeur de l'état-major, l’administration et des papiers

s’occupe

de

1

La plupart des noms ont été cachés à la demande des militaires

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J2 J3 J5 J9 JOC PSYOPS JIOC J1 J4 J6 J8 JENG HSG JMED

Joint Staff – Intelligence Joint Staff – Operations Joint Staff – Plans & Policies Joint Staff - Experimentation Joint Operations Centre Psycological operation Joint Information Operations Center Joint Staff –

Service de renseignement Conduite des opérations Planification et politiques à long terme Etat-major interarmées – Expérimentation / Simulation Centre d'opérations interarmées, centralise toutes les informations Opération psychologique Centre interarmes d'opérations d'information. Il s’agit d’une sorte de super J2 Etat-major interarmées – Personnel gestion des effectifs Etat-major interarmées – Logistique Etat-major interarmées – Aide au commandement / Communication

Personnel/Administration Joint Staff – Logistics Joint Staff – C3/Communications Joint Staff Force

Structure, Etat-major interarmées – Structures, Ressources
& Evaluation finance Constructions et infrastructures Groupe de support de l’Etat-major Questions liées aux hommes (logement, soins) Zone des communications

Resource & Assessment

COMMZ(S) Communications Zone

Le COMKFOR, ou plutôt le COS va ensuite donner les ordres aux états-majors des différentes TFMN. Ces derniers s’organisent à peu près de la même manière que celui de Filmcity. Ainsi l’organigramme présenté plus haut est pratiquement similaire à celui de l’état major de la TFMN-N. Celui-ci dispose ainsi par exemple d’un commandant aidé par un POLAD et un LEGAD. Il s’agit d’une structure classique qu’on retrouve dans les missions de l’OTAN. La TFMN-N ne dispose pas de toutes les organisations présentes à Filmcity. Ainsi par exemple il n’y a pas de PSYOPS ou encore de JMED et JENG, puisque l’Economat assure leurs missions. Les hommes de l’état major de Novo Selo viennent non pas de toutes les nations présentes au Kosovo mais uniquement des nations présentes dans le Nord. L’organigramme présenté donne l’impression que la KFOR est un tout. Cela n’est pas tout à fait vrai malgré le slogan « KFOR, një force, një mision », « KFOR, une force, une mission. ». En effet les forces que dirige l’OTAN viennent d’Etats ayant leur propre politique extérieure. Ainsi, les pays ont une représentation sur place chargée d’observer ce que fait la KFOR et si les troupes du pays en question peuvent bien remplir la mission. Cela ne pose pas

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de problème, sauf en temps de crise où tout doit se gérer très rapidement. En 2004, comme nous le verrons, certains pays ont ralenti l’action de leurs troupes. La France a une structure appelée REP France (représentation française), basée à Filmcity, qui gère les questions liées aux soldats français (par exemple la question des permanences qui n’est pas du ressort de l’OTAN). Schéma n° 1 : La chaîne de commandement :

3) L’OTAN et la KFOR et leurs liens avec les autres institutions
a) ONU et EULEX La MINUK est une organisation très complexe qui gère le Kosovo, faisant dire à de nombreux Kosovars qu’ils vivent en Unmikistan. Cette institution se divise en quatre piliers : le premier (police et justice) et le deuxième (administration civile) sont placés sous le contrôle direct des Nations-Unies, le troisième (démocratisation et édification d’institutions) et le quatrième (reconstruction et développement économique) sont gérés respectivement par l’OSCE et l’UE. La résolution 1244 sépare la présence internationale civile de la force internationale de sécurité. Cela veut dire que la KFOR et la MINUK sont deux institutions indépendantes et que chacune ne peut recevoir des ordres de l’autre. Poursuivant un objectif commun de paix, une coopération s’impose cependant. Par exemple, quand la MINUK a décidé d’intervenir au tribunal au mois de mars 2008, elle a demandé l’appui de la KFOR. L’article 6 de la résolution 1244 prévoit cette collaboration sans donner pour autant beaucoup de précisions.

35

Document n° 5 : Article 6 de la résolution 1244 :

Il est possible d’illustrer sous la forme d’un schéma les relations qu’entretiennent ces deux institutions : Schéma n° 2 (BG) : Les relations entre KFOR et OTAN :

Les relations entre les deux institutions sont pourtant assez mauvaises. La MINUK est très critiquée par les soldats et une partie de leurs officiers qui lui reproche notamment de très nombreuses maladresses. Du côté de l’UNMIK, on reproche à la KFOR le fait qu’elle ne partage pas toutes ses informations, les laissant, d’après un employé, « dans le flou ». Il est probable que quand l’EULEX sera mise en place, ses relations avec la KFOR s’organiseront de façon quasiment similaires. La mission européenne aura néanmoins plus de moyens pour gérer les conflits de façon indépendante. Ainsi il est prévu que les forces de gendarmerie, servant actuellement sous le commandement de la KFOR, passe sous la direction de l’EULEX1. Signalons qu’il serait sans doute bon que la KFOR ait de meilleures relations avec cette nouvelle institution et lui fasse bénéficier de sa crédibilité et de son image positive. La MINUK est en effet très critiquée par les Kosovars.

1

Entretien avec Guillaume De Plainval, conseiller politique au REP France

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b) Le pouvoir Kosovar La KFOR n’a pas de liens directs avec l’Etat Kosovar. Comme le fait remarquer Albin Kurti (voir interview) la KFOR n’a pas de mandat ni d’autorisation de l’Etat kosovar pour travailler sur son territoire. La KFOR ne contrôle pas, me semble-t-il, la politique de l’Etat Kosovar. Il m’apparaît que ce sont les Américains qui sont derrière les dirigeants politiques de cet Etat. Cela pourrait être problématique pour la KFOR. En effet si elle devenait inutile aux yeux des Américains, ces derniers pourraient par exemple influencer les dirigeants kosovars en leur demandant de pousser cette force à partir, malgré la résolution de l’ONU. Des liens existent néanmoins entre le gouvernement et la KFOR. Ainsi le colonel à la tête du REP France, après avoir constaté que l’enseignement du serbo-croate était quasiment impossible dans une école, a pris rendez-vous avec le ministre de l’éducation afin d’évoquer le problème fin mars. La mobilisation a été utile car le ministre a invité le colonel dans cette école où il a apporté du matériel. La KFOR a donc une certaine influence sur le gouvernement qui tente de faire bonne figure. En effet la KFOR a une puissance militaire décisive pour la stabilité et a derrière elle des Etats capitaux pour l’Etat Kosovar qui reste faible. c) KPC et KPS Le KPC1 est une force civile créée par la MINUK. Elle remplit plus où moins les mêmes missions que les pompiers en France. Cette force a été très largement constituée avec les anciens membres de l’UCK, structure qui n’existe plus depuis le 19 septembre 1999. Ainsi leur insigne est quasiment similaire. Cette réinsertion est particulièrement utile. Toute force armée à l’abandon reprend en effet vite les armes pour survivre. Cela a donc permis d’une certaine manière de neutraliser les anciens chefs de l’UCK. La KFOR travaille activement à la formation de cette force civile. Elle dispose comme nous l’avons vu dans l’organigramme d’un service particulier pour gérer cette formation nouvelle. Pour illustrer cette coopération on peut donner l’exemple de l’exercice de synthèse qui a eu lieu le 17 janvier près de Mitrovica/Mitrovicë. Dans celui-ci un accident de voiture a été simulé et le KPC a dû gérer cette situation depuis le poste de commandement de Mitrovica/Mitrovicë. Ensuite un incendie a été déclenché sous le contrôle des pompiers de la TFMN-N et le KPC a dû le gérer. Cet exercice a selon le site du ministère de la défense « permis au KPC de mettre en application l’instruction délivrée par la TFMN-N dans les domaines du secourisme, de la lutte contre les incendies ainsi que dans ceux de la coordination des moyens et de l’application des procédures ».

1

Kosovo Protection Corps

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Cette force n’a pas vocation à devenir une armée, conformément aux décisions prises à l’ONU. Néanmoins régulièrement les politiciens kosovars expliquent que le KPC est l’embryon de la future armée. Cela désespère beaucoup d’employés de la MINUK, ceux que j’ai rencontrés souhaitant un respect des lois. La force potentielle de cette institution crée beaucoup de méfiance au sein de la KFOR. Les membres du KPC ont en effet tendance à se considérer comme les vainqueurs du conflit qui les a opposés à la Serbie. Ils se sentent donc au dessus des lois. Il y a de nombreuses affaires où des membres du KPC sont impliqués. Ainsi à Vucitrn/Vucctri, ils exigeaient de l’argent en échange de leur protection aux membres d’une minorité ethnique, les Ashkali. La beauté des uniformes est en décalage avec la qualité de cette force qui a besoin de temps pour devenir crédible et forte dans cette période de construction d’Etat. Le KPS1, qui est la force de police du Kosovo, a les mêmes problèmes que le KPC. Cette force, qui se veut multi-ethnique, est majoritairement formée à l’école de police du Kosovo à Vucitrn/Vucctri, au cœur de la zone de responsabilité de la TFMN-N. Elle a été réaménagée récemment avec l'aide de la KFOR. Elle est supervisée par l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE), mais il existe des relations avec la KFOR, notamment avec la théorie du troisième rideau. d) La théorie du troisième rideau La montée en puissance de forces nouvelles permet à la KFOR de s’effacer un peu plus et d’éviter d’être perçue comme une armée d’occupation. Ainsi aujourd’hui quand il y a un problème, c’est d’abord le KPS qui intervient, puis si besoin la police de la MINUK et enfin, en troisième et dernier ressort, les troupes de la KFOR. Le porte-parole de l'OTAN a
ainsi déclaré suite à une réunion sur le futur du Kosovo à l’ONU le 29 mai 2008 : « Nous ne voulons pas que la KFOR se retrouve en première ligne. La KFOR n'est pas une force de police et ne devrait pas avoir à assumer des tâches policières ». On retrouve cette

organisation dans l’espace. Ainsi au pont d’Austerlitz, les KPS sont présents et ce sont eux qui assurent les contrôles. Derrière eux se trouve une voiture avec des fonctionnaires de l’ONU et enfin plus loin des soldats de la KFOR. On retrouve cette situation au pont de Cambronne. La photo suivante l’illustre, en même temps qu’elle symbolise d’une certaine façon l’action des trois rideaux. Cette photo a été prise depuis le deuxième pont de Mitrovica/Mitrovicë et présente la partie serbe de la ville. Le pick-up bleu est celui du KPS dont les membres sont à la terrasse du café en face, le pick-up blanc et rouge est celui de l’ONU. Il est occupé par des membres de la MINUK. Enfin les quatre militaires au premier
1

Kosovo Police Service

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plan font partie de la KFOR. Ces derniers ne sont ni dans un bar, ni assis dans une voiture. Ils doivent respecter de nombreuses consignes : ne pas fumer, ne pas boire, ne pas écouter de musique, ne pas s’assoir. Ces règles permettent de montrer aux populations la force et la détermination de la KFOR. La coopération en cas de crise entre les trois organisations a vite montré ses limites. L’ICG (international crisis group) a ainsi écrit: « la KFOR française traitait la CIVPOL et le KPS comme des gêneurs, si ce n’est pire ». De même, le rapport d’Amnesty international, « Violences de mars 2004, la KFOR et la MINUK n’ont pas protégé les droits des groupes minoritaires » rapporte que le 18 mars « la KFOR française1 aurait également tenté de disperser complètement les éléments du KPS à Mitrovica/Mitrovicë Sud, exigeant des commandants du KPS les numéros de portable des policiers de ce corps, leur téléphonant et leur disant de rester chez eux, et conduisant ceux d’entres eux qui étaient présents hors du poste de police sous la menace de leurs armes ». Photo n° 3 (BG avril 2008) : La sortie du pont Cambronne à Mitrovica/Mitrovicë, coté Nord

La gestion du déminage illustre cette coopération où la KFOR intervient à la fin de la chaîne. La TFMN-N s’occupe du déminage et de la gestion des obus. Ainsi, quand quelqu’un trouve une munition, il contacte d’abord le KPS ou la MINUK. C’est sur la demande d’une de
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« la KFOR française » est une expression intéressante à relever. En effet nous venons de voir que la KFOR était un tout et qu’il n’y a donc pas de distinction à faire. Il aurait fallu parler de « soldats français de la KFOR ». Nous verrons cependant dans le chapitre suivant que lors de la crise de 2004, la gestion de la crise n’a pas été la même selon la nationalité des soldats, justifiant ainsi le concept de « KFOR française ».

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ces institutions que la KFOR va envoyer ses démineurs. Le travail dans cette région qui a connu de nombreux conflits est particulièrement dangereux car des munitions de toutes sortes et de toutes époques se côtoient. Les munitions ultramodernes de l’OTAN côtoient de vieux armements russes ou allemands, ce qui demande des connaissances étendues. Dans l’avenir, les forces de l’Etat du Kosovo devraient savoir prendre en charge la plupart de ces opérations.

B) Le partage du Kosovo et les forces présentes dans le Nord
1) Les raisons de la présence française dans le nord
La place de la France et des autres nations dans le secteur nord n’est pas dû au hasard. Chaque membre du groupe de contact a occupé une zone de responsabilité (AOR1) dès la fin de la guerre en 1999 suite à un partage dont les modalités, qui n’ont jamais officiellement été révélées, sont en partie connues. On constate que le découpage a repris les tracés des municipalités qui existaient sous l’administration serbe. Ces municipalités étant un des seuls éléments de l’administration serbe qui a été conservé. Les cinq secteurs sont de tailles relativement égales avec un nombre d’habitants qui varie peu d’un à l’autre. La vallée de Métochia a été séparée en deux, celle du Kosovo en trois. Le relief a donc une influence sur ce découpage. Ainsi c’est une ligne de crêtes qui sépare le secteur américain du secteur allemand. Tableau n° 2 : Le partage des municipalités Ville principale Secteur français Secteur anglais Secteur américain Secteur allemand Secteur italien Mitrovica/Mitrovicë Pristina/Pristinë Gjilan Prizren Pec/Peja Nombre de municipalités 6 7 7 4 5

Les Anglo-Américains, dont le rôle a été décisif pendant le conflit, ont légitimement choisi les premiers. Les Anglais ont ainsi obtenu la ville qu’ils voulaient, à savoir la capitale

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Air of responsability

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Pristina, ville qu’ils ont quittée lorsqu’ils ont eu besoin de forces armées pour la guerre en Irak. Les Américains ne pouvaient guère choisir cette place symbolique car ils auraient très certainement été taxés d’impérialisme. Le secteur anglais présentait d’autre part beaucoup moins d’avantages que celui dont ils s’occupent. La région où ils sont installés est relativement calme car les affrontements y ont été limités en 1998 et 1999. C’est en effet à Gjilan qu’il faut aller pour voir un Kosovo où le multi ethnisme existe vraiment. A cette tranquillité, il faut ajouter d’autres avantages liés à la position de la région. Certains font remarquer que ce secteur est celui le plus proche du Moyen-Orient et affirment que cela est un avantage pour les avions, vu la taille du Kosovo, on peut douter de cette affirmation. Son véritable intérêt réside dans les frontières qu’il permet de contrôler. Position qui offre aux Américains une place idéale dans une stratégie à long terme. En effet la frontière avec les vallées de Presevo est stratégique car en cas de crise dans cette région, les Américains pourront choisir de laisser passer ou non armes et combattants Albanais, selon leurs choix politiques. De la même manière on peut remarquer que la présence d’une frontière avec la Macédoine rend ce secteur encore plus stratégique. En effet ce pays possède derrière la frontière un grand nombre d’Albanais, qui augmente d’ailleurs rapidement grâce à un taux de fécondité supérieur à celui des Macédoniens. Des conflits ont déjà eu lieu dans la région et d’autres pourraient encore venir. Le risque d’un éclatement de la Macédoine ne peut être exclu aujourd’hui. Les Italiens ont obtenu l’Ouest avec Pec/Peja qui est dans leur zone directe d’influence. On peut noter que pendant la Seconde Guerre les Italiens étaient déjà présents dans cette région. Les Allemands pouvaient difficilement revendiquer parmi les deux zones restantes le Nord en raison du grand nombre de Serbes qui les auraient sans doute assez mal accueillis. La Seconde Guerre, tout comme de nombreux événements, ont laissé des traces chez les Serbes. De plus les liens qu’a l’Allemagne avec la Turquie depuis longtemps l’incitaient à choisir Prizren et sa minorité turque. La France s’est donc retrouvée par défaut dans le Nord. A la question de savoir si les Français ont vraiment eu le choix, certains militaires ont répondu que l’armée française aimait avoir les situations les plus difficiles à gérer, le colonel du REP France parlait ainsi d’un «dévouement pour la France à la recherche de la difficulté »1 . D’autres, ont dit que les bons résultats obtenus par les Français en Bosnie et la fameuse amitié Franco-Serbe ont beaucoup

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Entretien réalisé le 1er avril à Filmcity

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joué lors du choix des zones. Cette amitié joue un rôle important dans une région où le passé est aussi vivant. Pour illustrer cette amitié, on peut noter que face à la superbe ambassade de France à Belgrade se trouve un parc où on peut voir sur une statue l’inscription suivante gravée en français « Nous aimerons la France pour toujours ». Il est intéressant de remarquer que cette statue a été recouverte pendant les bombardements de 1999. Certains ont insisté sur le fait que la France n’a pas eu vraiment le choix. Un officier remarquait ainsi : « il faudrait être maso pour choisir de s’installer dans une zone où on sait qu’il y aura des problèmes »1.Signalons que cette zone nord ne comprend pas la municipalité de Podgojevo. Celle-ci, rattachée à la zone centre permet aux Anglo-Américains de contrôler la totalité de l’axe stratégique qui relie Thessalonique à Belgrade via Skopje et Pristina. Il apparaît donc que les militaires ont choisi de ne pas réaliser un découpage en suivant des logiques ethniques. Si cela avait été le cas le contingent au nord de l’Ibar aurait été rapidement proserbe et celui au sud proalbanais, même si en 1999 les espaces n’étaient pas aussi homogènes qu’aujourd’hui. En effet quand des militaires ne fréquentent qu’un type de population et ne voient que leurs problèmes, ils sont naturellement amenés à prendre leur parti. Cela aurait encore plus renforcé la frontière entre Serbes et Albanais et la question d’un partage se serait peut être encore plus posée.

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Entretien réalisé le 1er avril à Filmcity

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Carte n°2 (BG) :

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2) Le choix des autres membres de la zone nord
Le contingent français n’est pas le seul présent dans sa zone. Il est accompagné par d’autres contingents qui ont souvent des liens privilégiés avec la France. Aucune zone n’étant confiée à un seul pays. La présence des Marocains s’explique par la coopération militaire qui existe entre les deux pays et les facilités à communiquer avec la langue française. Ce sont ces mêmes raisons qui expliquent la présence des Belges et des Luxembourgeois dans cette zone. La présence des Grecs est plus complexe et discutable. Ces derniers, présents aussi dans la TFMN-E, sont souvent accusés d’être proserbe, en raison de leur religion. Leur présence dans le nord-est est donc appréciée des Serbes, ce qui est un atout en cas de crise. Le Danemark est présent dans cette zone car les forces qu’il proposait avaient le « volume correspondant »1, c'est-à-dire que le nombre d’hommes disponibles correspondait aux besoins de la zone. On peut supposer que les Danois ont d’autant plus accepté cette place qu’il existe chez les pays scandinaves des idées fortes sur la paix avec l’impression qu’ils ont la capacité à résoudre les problèmes. Les Scandinaves sont ainsi engagés dans de nombreux accords de paix à travers le monde. Parfois des contingents d’autres nationalités participent à la TFMN-N. Ainsi, une brigade des Emirats Arabes Unis stationnait à Vuctri. Celle-ci était encadrée par l’armée française qui faisait de nombreuses manœuvres avec elle. Après les attentats du 11 septembre 2001, les autorités du pays ont estimé que cette brigade n’avait plus sa place au Kosovo et l’ont rappelée. Les liens militaires entre la France et ce pays sont importants. Ce pays possède un très grand nombre de chars Leclerc et de Mirage et la France va installer une base militaire dans ce pays francophile qui possède sa Sorbonne et son Louvre. La création d’une base militaire est un événement très rare pour la France qui multiplie les fermetures depuis la décolonisation, parlant par exemple de quitter la base d’Abidjan sous peu. De la même façon on peut remarquer qu’un accord de coopération militaire entre la Belgique et la Mongolie amène régulièrement des soldats mongols dans cette zone. En janvier 2007, ils étaient 30. La présence de ces pays est particulièrement intéressante pour les grandes puissances car elle leur permet d’avoir moins de soldats sur le terrain dans une période où nous le verrons les besoins en militaires sont grands. Leurs soldats sont ainsi parfois utilisés comme des auxiliaires qui servent à des tâches où le besoin en hommes est important mais qui ne nécessitent pas des combattants d’élite. Les Marocains gardent ainsi les entrées des principaux camps ou des sites où sont entreposées les munitions. Cette participation diminue aussi le

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entretien à Novo Selo le 9 avril 2008

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coût financier des opérations dans lesquelles les grandes puissances sont engagées. Diminution relative puisqu’elles s’occupent souvent de la logistique des petits contingents sans en répercuter le coût. La présence de ces troupes sur le terrain du Kosovo permet à l’OTAN de former des soldats pour des pays dont les armées ont besoin d’une mise à jour. Cette augmentation du nombre de contingents facilite à moyen terme le maintien de la paix dans les pays concernés avec une armée efficace mais permet aussi de disposer de nouveaux combattants dans la guerre contre le terrorisme. On constate aujourd’hui que les pays riches sont tentés par une sous- traitance de la guerre qui permet de réduire au maximum la perte de leurs soldats. En Irak, on voit ainsi de nombreux militaires étrangers combattre pour les Etats-Unis. Cela n’est pas nouveau. Au siècle dernier, cette idée a déjà été développée notamment par le général Charles Mangin dans son livre Forces noires paru en 1910. Dans celui-ci ce général affirmait qu’en cas de guerre en Europe les hommes de l’empire colonial français d’Afrique pourraient être utilisés en grand nombre, selon l’exemple des tirailleurs sénégalais qui se sont d’ailleurs illustrés lors des deux guerres mondiales. Aujourd’hui la France n’envoie ses soldats qu’en dernier recours en Afrique. Elle s’appuie sur des troupes qu’elle forme au sein d’écoles. On peut ainsi citer celle de Koulikoro au Mali qui forme au maintien de la paix, celle d’Ouakam au Sénégal pour la gendarmerie mobile ou celle de Porto Novo au Bénin pour le déminage. Ces troupes mènent des opérations régulièrement comme aux Comores au début de l’année 2008. Le Kosovo est donc un terrain d’entraînement intéressant, grâce à son calme la plupart du temps, pour parfaire la formation de ces soldats. Les soldats participant à la KFOR ne sont pas issus de pays pauvres. Ils viennent surtout des anciens pays de l’Est du rideau de fer. Leur participation aux opérations au Kosovo leur permet d’arrimer leur armée à l’Ouest. Aujourd’hui grâce à la coopération et à la formation que le Kosovo a entre autre permis, les militaires de ces pays participent à l’EUFOR au Tchad, alors que Paris avait beaucoup de mal à trouver des pays prêts à fournir des troupes. La Pologne est ainsi le deuxième contingent présent au Tchad avec plus de 400 hommes. On remarque sur la carte suivante montrant les différents pays présents au Kosovo que tous les adhérents à l’OTAN d’après 1999 sont là ainsi que la totalité des pays européens faisant partie de cette organisation même si la participation de certains d’entre eux relève du symbole comme celle des Pays-Bas avec 6 soldats le 4 février 2008. Le Canada qui est membre de l’OTAN n’est pas présent au Kosovo. Notons que sur les 27 pays que compte l’Union européenne, seuls Chypre et Malte n’ont pas de soldats sur place.

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La KFOR s’appuie aussi sur des locaux (KPC et KPS notamment) qu’elle forme et qui doivent agir dans la plupart des situations comme nous l’avons vu. Cette stratégie est aussi largement utilisée en Afghanistan ou en Irak. Cartes n°3 : (KFOR février 2008) : Les troupes présentes au 2 février et leur répartition au Kosovo :

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Tableau n° 3 (BG) : Influences lors de la répartition militaire : France
-liens historiques avec la Serbie -expérience de l’armée française pour les régions les plus difficiles à gérer -expérience Bosniaque -facilité linguistique -liens militaires avec la France et habitude de la coopération -renforce l’idée d’une mission internationale -pays de religion musulmane donc liens présumés avec les Albanais -fierté des pays nordiques à vouloir résoudre les situations complexes -liens avec les Serbes orthodoxes

Maroc Danemark Grèce

Luxembourg -liens avec la Belgique et France Estonie Belgique
-liens avec les Danois -facilité linguistique -coopération avec l’armée française

3) Les forces présentes, l’importance du dispositif français et les rotations.
Les troupes des sept nations citées sont présentes sur ce terrain dans des proportions différentes. Les Français sont les plus nombreux avec environ 1620 soldats sur les 2900 que compte la TFMN-N. Avec ses forces présentes au QG de la KFOR à Filmcity et dans d’autres missions, le nombre de soldats français passe à 19101. La France est un contributeur essentiel. Elle est le 3ème pays fournisseur de troupes derrière l’Allemagne et l’Italie. Elle contribue à près de 12% du total des militaires engagés au Kosovo et à 55% de la TFMN-N. Les pays Anglo-Saxons ont diminué leur présence en raison de leur participation aux actions qu’ils mènent en Afghanistan et en Irak notamment. La France ne fait pas non plus du Kosovo sa priorité. Celle-ci est donnée à l’Afghanistan où elle n’a certes pour l’instant que 1300 soldats sur place mais le Président de la République a annoncé2 lors de la conférence de Budapest que 1000 autres devraient rapidement les rejoindre. La France participe ici à une autre mission de l’OTAN, l’ISAF (Force internationale d'assistance à la sécurité). Hors du cadre OTAN, les militaires français sont aujourd’hui particulièrement sollicités. Ils sont plus de 15000 en OPEX3 (opérations extérieures) aujourd’hui, en plus de ceux qui sont stationnés hors de métropole (on passe alors à plus de 36000 hommes). Ces

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Chiffres fournis par le REP France valable au 27 /03/08 Le 28 mars 2008 3 Les Anglais ont eux 14700 hommes en OPEX

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derniers sont répartis sur une quinzaine de terrains. Leur nombre varie beaucoup : on ne trouve qu’un seul militaire français au Libéria ou en Indonésie par exemple contre plus d’un millier au Liban ou en Côte d’Ivoire. Cette présence s’explique par la multiplication des opérations de maintien de la paix et l’idée que la présence militaire est « un prolongement et un outil diplomatique »1. La France, en raison de son passé et de sa qualité de membre permanent du conseil de sécurité, doit assumer ce rôle militaire pour lequel elle a une expérience très forte. Cette implication oblige les soldats à partir de plus en plus souvent en OPEX. Il est désormais possible de voir des militaires effectuer deux missions de quatre mois par an hors du territoire national. On comprend alors que la France a besoin de ses militaires et que le Kosovo lui en retient beaucoup. Carte n°4 (Armée française) : Les opérations françaises en cours en 2006 :

Le nombre de soldats présent dans la TFMN-N n’est pas particulièrement élevé. En effet, même si la zone est particulièrement tendue, elle ne concentre qu’environ un cinquième des 16000 soldats de la KFOR déployés dans tout le Kosovo. Ces derniers étaient près de

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Laurent Zecchini, « armée française sur tous les fronts » le Monde du 29.08.06.

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50 000 au début de l’opération provenant de 30 nations de l'OTAN et hors-OTAN (dont des éléments de l'armée russe et suisse). Malgré cette très forte baisse le Kosovo reste la deuxième plus grosse opération de l’OTAN après l’Afghanistan. On constate que le nombre de soldats baisse régulièrement et que les émeutes de 2004 ont marqué un temps d’arrêt dans cette baisse qui devrait continuer à condition que la situation reste calme. Tableau n°4 : L’évolution des effectifs de la KFOR dans le temps1 :

1999 Effectifs français Effectifs de la KFOR 6 500 50 000

2002 4 500 35 000

2003 3 200 26 000

2004 3 000 19 000

2008 1 910 16 000

La TFMN-N est composée d’un état-major au sein duquel différentes nations sont représentées, d’un bataillon de commandement et de soutien (BCS) qui englobe une section de reconnaissance luxembourgeoise, d’un bataillon français (BATFRA) qui comprend une compagnie belge, une marocaine et une compagnie dont la nationalité varie tous les deux mois environ. Enfin on trouve un bataillon danois (BATDAN) avec une section estonienne et un bataillon grec (BATGREC). Leurs effectifs sont décrits dans le tableau suivant. On remarque que les fonctions des unités déployées sont variées de façon à être indépendantes et que la coopération entre toutes nationalités fonctionne très bien puisque certains bataillons sont composés par des troupes de différentes nationalités. Il faut bien comprendre que la KFOR, tout comme la TFMN-N, est un « assemblage » de troupes de différents pays qui forme au final un tout uni et cohérent.
La TFMN-N dispose également de forces de gendarmerie venant de France. Ces dernières sont particulièrement utiles puisqu’elles ont un savoir faire qui correspond au besoin du Kosovo où l’armée fait souvent face à des foules. Deux pelotons de gendarmerie, de surveillance et d'investigation (PGSI) sont implantés à Mitrovica avec pour mission la recherche de renseignements et la participation au contrôle de foule.

Cette coopération a entraîné des besoins que le

Général Vincent Desportes résumait lors de son intervention Les militaires dans la gestion des crises internationales lors d’un séminaire de géopolitique de l’Ecole Normale Supérieure décembre 20072. Il y avait ainsi des questions :

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Il ne s’agit pas du nombre au début de l’année mais à une date aléatoire. La Géopolitique des crises à impact mondial, dispensé dans le cadre du Master 2 de Géopolitique de l’Université Paris1 Panthéon-Sorbonne et de l’Ecole Normale Supérieure. Sous la direction de Franck Debié et Michel Foucher.

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1. de commandement 2. de formation : les deux parties doivent se transmettre réciproquement des techniques qui leur sont propres. L’armée doit intégrer les éléments d’autoprotection pour la gendarmerie, les modes opératoires correspondant à ce théâtre spécifique doivent être maîtrisés. 3. de méthode : les deux approches étant différentes : l’armée de terre pratique le « contrôle des foules », uniquement en théâtre étranger lorsque la gendarmerie procède au « maintien de l’ordre » : l’armée de terre s’est montrée réticente à l’idée de voir certaines de ces méthodes militaires potentiellement importée au sein du territoire national. 4. de matériel : il faut une panoplie adaptée à des distances courtes et à des regroupements de civils le plus souvent désarmés (matraques, combinaisons de protection, chiens dressés).

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Tableau n°5 (BG) : Forces présentes dans le secteur dont la TFMN-N a la responsabilité : Composant de la TFMN-N Détail -Etat-major de la brigade du génie situé à Strasbourg -différents éléments (par exemple il y a 10 marocains) -40ème régiment de transmission -une compagnie de génie -une compagnie de transmission (40ème de transmission) -une compagnie du matériel (2ème Régiment du matériel) -Une section de reconnaissance luxembourgeoise -Des éléments détachés de plusieurs régiments (9ème CCT, 5ème RG…) -un Etat-major tactique commandé par le colonel du 1er régiment d’infanterie marine -une compagnie d’infanterie marocaine -une compagnie infanterie mécanisée belge -un escadron de circulation routière du 601ème régiment du train -une compagnie d’infanterie mécanisée du 35ème régiment d’infanterie -une compagnie d’infanterie du 3ème régiment de Marine de Vannes -un escadron d’éclairage et d’investigation de la 9ème brigade blindée de Marine -une compagnie de commandement et de logistique du 1er régiment d’infanterie de marine -une compagnie du 11ème régiment d’infanterie de Marine -une compagnie venant d’une autre TF -compagnie mécanique danoise -une section de l’armée estonienne

Etat-major
Bataillon de commandement et de soutien Effectifs : - 750 Français - 20 Luxembourgeois

Bataillon français Effectifs : - 700 Français - 218 Marocains - 200 Belges - 80 soldats d’une compagnie tournante

Bataillon Danois Effectifs : - 270 Danois - 30 Estoniens Bataillon Grec Effectifs : - 250 Grecs Forces de la gendarmerie Effectifs : 50 Français

-une compagnie d’infanterie -une compagnie d’infanterie mécanisée -une compagnie de soutien -une autre compagnie -un détachement de gendarmerie

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Ces troupes ne restent pas longtemps sur place. Il y a un roulement permanent. Chez les Français, les soldats sont relevés tous les quatre mois pour ceux présents dans la TFMN-N et tous les 6 mois pour ceux basés à Filmcity. Les événements peuvent parfois en décider autrement, ainsi, le 3ème RIMA de Vannes a ainsi effectué une OPEX de 5 mois à partir de janvier 2008. Ce roulement est problématique puisque le temps passé est très court. Afin de préparer les militaires à leurs missions, les soldats reçoivent une petite formation lors d’une réunion avant le départ et ont des explications lors de leur arrivée. Les officiers les plus importants bénéficient eux de ce qui est appelé le Key leadeur training1, une formation beaucoup plus conséquente. Il faut savoir que le général qui dirige la TFMN-N ne reste que 4 mois aux commandes, ce qui est bien court. Il est aidé par le POLAD2 (conseiller politique) qui lui connaît très bien la situation puisqu’il reste en place beaucoup plus longtemps. La France possède cinq POLAD dont trois sont au Kosovo, chargés de conseiller le COMKFOR qui est en ce moment français, le responsable du REP France et le général commandant la TFMN-N. Ce dernier est au Kosovo depuis déjà plus de deux ans et demi. Toutes ces forces peuvent à tout moment recevoir l’aide des réserves opérationnelles, tactiques et stratégiques qui sont essentielles, on ne peut concevoir une armée sans réserves. Les réserves opérationnelles, les ORF3, sont des troupes en réserve à l’échelle de l’OTAN. Les principales sont italiennes, anglaises et germano-autrichiennes. Ces dernières s’entraînent et s’habituent sur des terrains en étant prêtes à intervenir en cas de besoin. Entre le 26 novembre et le 16 décembre 2007, 550 Allemands et Autrichiens se sont rendus dans le nord du Kosovo pour s’entraîner, peu avant la déclaration d’indépendance. Ces réserves étaient dans le secteur sous la responsabilité de la TFMN-N en mars, permettant aux unités présentes de gérer des zones plus petites et donc d’assurer un meilleur contrôle de l’espace. (voir schéma sur la répartition de l’espace). Les réserves tactiques (KFOR TACRES4) sont elles à l’échelle de la KFOR. C’est une force de réaction rapide qui provient des autres task forces qui, selon le dossier de presse de la TFMN-N est « en mesure de se déployer sur des point particuliers, de renforcer la sécurité en liaison avec l’UNMIK police et la KPS et de conduire des opérations héliportées si nécessaire ». Après les événements du tribunal, des renforts portugais sont très rapidement arrivés. La situation étant tendue au nord, ces derniers ont effectué de nombreuses patrouilles
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« Entrainement des hommes clé » Political advisor 3 Operatioal Reserve forces 4 Kosovo Force TACtical REserve

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dans le Nord depuis l’indépendance. Logés d’abord à la Concession ils ont ensuite occupé le tribunal. Ces Portugais ont une grande expérience puisque leur bataillon a été envoyé au Timor Oriental en 2001, en Bosnie en 2000 et 2002 et au Kosovo en 2005. Grâce à cette force, la KFOR peut adapter son dispositif en fonction des événements sur le territoire, pour prévenir une menace ou dissuader d’éventuelles violences. Il y a quelques années encore, la KFOR disposait de troupes en Bosnie-Herzégovine, ce qui permettait en cas de besoin d’avoir rapidement des renforts. Ainsi lors des émeutes de 2004 des troupes sont arrivées de Bosnie. La baisse des effectifs et le retrait de l’OTAN font que ce pays n’est plus un important vivier potentiel de troupes. En effet, la force de l’OTAN, la SFOR (stabilisation Force) a été remplacée par l’EUFOR le 2 décembre 2004 avec la résolution 1575. Le nombre de militaires a beaucoup baissé, ainsi il y a environ 2500 soldats sur place aujourd’hui (dont environ 150 Français) alors qu’il y en avait encore plus de 6000 en 1999. En octobre dernier la grande base française du Sud (appelé base de Mostar), a été fermée. Cette dernière était en effet le quartier général de la task force multinationale Sud Est dont se chargeait la France.

4) La notion de frontière et de commandement chez les tasks forces.
Cette notion a beaucoup évolué depuis le déploiement de la KFOR en 1999. A l’origine on ne parlait pas de TFMN mais de Brigade multinationale. La France s’occupait alors de la Brigade Multi-nationale Nord-Est (BMNNE). Ces brigades communiquaient peu entre elles, chacune se concentrant sur sa zone. L’ouverture qui a commencé en 20011 a connu une nouvelle dimension à partir 1er décembre 2005 lorsque la brigade est devenue une task force, la Task force Multi-nationaleNord (TFMN-N). Ce nouveau concept facilite la réactivité, la mobilité et la coopération entre tous les contingents. Ainsi chaque task force peut bénéficier des réserves des autres tasks forces ainsi que des moyens de réserve de l’OTAN. Pour cela des exercices destinés à faciliter la coopération entre tous les pays présents sont régulièrement organisés. On peut citer l’opération Peregrine Falcon réalisée du 25 au 27 avril où quatre compagnies, venant de Finlande, république Tchèque, d’Espagne et d’Italie se sont intégrées dans la TFMN-N. Si la zone française voit régulièrement des soldats de différentes nationalités ou des réserves2 venir dans sa zone, les militaires de la TFMN-N eux ne se rendent que très rarement dans les autres zones. En effet le nord du Kosovo étant le point le plus sensible il serait risqué de lui retirer des moyens. Néanmoins on peut remarquer que les militaires de la zone nord vont

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Entretien réalisé le 5 avril 2008 à Filmcity Voir partie suivante

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régulièrement à Filmcity pour s’entraîner ou se détendre. Cette coopération est matérialisée par la carte KFOR que tous les militaires possèdent. Celle-ci est un sésame qui permet d’aller dans toutes les installations de la KFOR. La nationalité du soldat ne compte pas, seule son appartenance à la KFOR compte. Un militaire m’expliquait ainsi : « Avec cette carte, si tu veux tu vas prendre ton petit déjeuner chez les Danois, puis tu vas dans un autre camp le midi manger avec les Américains… ». Cela est aussi vrai pour les hôpitaux comme nous le verrons un peu plus loin. On ne peut pas dire que la France dirige la TFMN-N. Par contre on peut dire qu’elle est commandée par des officiers français. Le général à la tête de cette TFMN-N a toujours été un Français. De plus les questions de logistique sont majoritairement assurées par la France comme nous le verrons plus tard. Cette domination n’a pas lieu dans toutes les tasks forces. Ainsi dans le sud, un général turc a remplacé un général allemand. De la même façon la Task force multinationale centre est aujourd’hui commandée par un général irlandais. Les Américains et les Italiens ont la même politique que la France. Ce non partage de la France est visible sur l’insigne de la TFMN-N. Celui-ci (voir image) est constitué d’un trident en référence au nom de la participation française lors des bombardements de 1999. Il s’agissait de l’opération Allied force1 dont le volet français était appelé opération Trident. Il s’oppose particulièrement à celui de la TFMN-S ou de la TFMN-E où les Américains montrent bien qu’ils ne sont pas les seuls aux commandes dans leur zone, empêchant toute critique sur ce point. On peut remarquer que l’insigne de la TFMN-N outre son côté franco-français est le seul à ne pas présenter une carte de l’espace concerné.

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Force alliée

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Document n° 6 : Les insignes des différentes Task forces :

C) Quels ennemis et quels dangers pour les soldats de la KFOR ? 1) Les menaces extérieures envisageables.
a)Une menace venant de Serbie ? Si Hashim Thaci, le premier ministre, et les autres dirigeants politiques du Kosovo ont toujours précisé qu’ils n’interviendraient pas militairement si le Kosovo se déclarait indépendant, le risque de voir des anciens militaires ou des nationalistes intervenir sur le territoire du Kosovo est envisageable. Fin 2007, un Parisien proche des milieux serbes de Paris me confiait ainsi sa vision de l’avenir au Kosovo : « Quand les Serbes vont voir ça, ils vont tous vouloir intervenir militairement. Les militaires qui voudront se battre pourront partir sur le terrain, ils devront juste retirer leur uniforme. Une guerre de position commencera alors jusqu’à ce que l’OTAN bloque une ligne de front entre Albanais et Serbes, créant une frontière. ». Ces propos illustrent assez bien la pensée post-indépendante où on aimait se faire

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peur avec cette menace. Toutes les manœuvres militaires serbes dans le sud de la Serbie étaient alors interprétées comme des signes agressifs. Depuis l’indépendance, les Serbes de Serbie se sont manifestés au Kosovo. Ainsi le 21 février un groupe d'anciens réservistes de l'armée serbe a attaqué la police kosovare avec des pierres et des pneus enflammés à la frontière entre le Kosovo et la Serbie. La police a estimé à 300 le nombre de ces attaquants. La KFOR n’est pas intervenue directement, elle est restée en arrière plan, un hélicoptère de l’OTAN a néanmoins été utilisé pour survoler les lieux. La phrase du chef des réservistes, Dejan Milosevic, résume la pensée des Serbes menaçant le Kosovo : «C'est ici que nous défendons le Kosovo et non pas à Belgrade». Cela veut dire que la politique et les manifestations sont pour lui inutiles. b) Une menace Russe ? S’il existe une menace diplomatique évidente, l’idée d’une menace militaire apparaît hautement improbable. Si nous la mentionnons, c’est en raison des propos tenus en février 2008 par le représentant permanent de la Russie auprès de l’OTAN, Dmitri Rogozine, qui a déclaré que: « Si aujourd'hui l'Union européenne adopte une position unie [sur la reconnaissance du Kosovo] ou si l'OTAN dépasse son mandat au Kosovo, ces organisations vont défier l'ONU et nous allons alors, nous aussi, partir du fait que nous devons utiliser une force brutale qu'on appelle une force armée, pour qu'on nous respecte », créant un emballement médiatique. Cette peur de la Russie, que le discours souvent agressif de V. Poutine sur la question du Kosovo peut expliquer, n’est pas nouvelle. Ainsi en 1999, la Russie a créé la surprise en envoyant des troupes basées en Bosnie vers la capitale du Kosovo, Pristina, où elles prirent le contrôle de l'aéroport. C'était une déclaration claire que la Russie ne concéderait pas le contrôle total de la Yougoslavie à l'OTAN. Cela choqua Madeleine Albright, Secrétaire d’Etat, et dérangea le Général Wesley Clark, commandant en chef des forces de l’OTAN. Michaël Jackson, le général britannique qui commandait à l'époque la force de l'OTAN, a répondu au général Clark : "Monsieur, je ne commencerai pas la Troisième Guerre mondiale pour vous", une phrase qui montre la tension, presque la panique qui a suivi cette arrivée de Russes à Pristina. Plus récemment, dans un communiqué suite aux événements du 17 mars 2008, Vojislav Kostunica laissait entrevoir que la Serbie pourrait inviter des troupes russes à jouer un rôle de maintien de la paix dans le nord du Kosovo, ce qui compromettrait l'autorité de la KFOR en créant un risque de conflit ou de partition du territoire. Cela semble aujourd’hui irréaliste, les Russes n’ont pas d’intérêts suffisants pour jouer ce rôle et Kostunica a été éloigné du pouvoir aux dernières élections. Si la situation évoluait beaucoup et que la violence était courante, il faudrait réétudier la position des Russes 56

dans ce qu’Alexis Troude qualifie de « terrain de la nouvelle guerre froide qui a glissé plus à l’Est »1. c) Une menace de l’Albanie ou de nationalistes albanais ? L’idée d’une intervention militaire menée par les dirigeants de l’Albanie au Kosovo n’est aujourd’hui pas crédible. La force de la KFOR ainsi que ses moyens politiques bloquent toute attaque d’une armée régulière. On peut néanmoins noter la phrase du Ministre des Affaires étrangères albanais Besnik Mustafaj qui a déclaré en mars 2006 : "Si le Kosovo est divisé, nous ne pourrons plus garantir ses frontières avec l'Albanie ou la frontière de la partie albanaise de la Macédoine". Cette phrase assez ambigüe a été commentée de façon originale par certains. Ainsi, Gary Leupp2, professeur d'histoire américain, a écrit « Autrement dit, l'Albanie pourrait entreprendre une action militaire pour accomplir elle-même quelques redivisions régionales, soutenue, peut-être, par la Turquie ». Ce commentaire, pas très sérieux, montre que des fantasmes d’une menace militaire de l’Etat albanais, aidé par une solidarité musulmane existe chez certains. L’idée que de nombreux mercenaires venant de pays arabes ont combattu dans les rangs de l’UCK est une évidence pour beaucoup de personnes favorables à la Serbie qui rappellent que pendant la guerre en Bosnie des combattants musulmans sont venus de multiples pays. En revanche, l’idée que la KFOR puisse être exposée à des problèmes liés à des militants nationalistes albanais est crédible. Les « marches du Kosovo » sont particulièrement instables comme nous l’avons vu. Les Albanais de la vallée Presevo et des deux vallées voisines ont ainsi déclenché un conflit en 2001 qui a entraîné la naissance de l’UCPMB (armée de libération de Presevo, Medvedjia et Bujanovac). De même la Macédoine a connu de violents affrontements en 2001 et de la même façon une armée, l’UCK (l'Armée de libération nationale de Macédoine) a été créée. La Macédoine est le pays où les tensions pourraient devenir les plus vives. L’idée de la création d’une grande Albanie, ou au moins d’un grand Kosovo était présente dans les rangs des combattants de ces deux armées. Le Kosovo est donc concerné par ces conflits, et la KFOR doit donc les surveiller. d) Une menace islamique ? Cette question est prise au sérieux par la communauté internationale dans un contexte où le président Bush parle de guerre mondiale contre le terrorisme. L’Islam des Balkans est particulièrement tolérant, avec une longue tradition issue des Derviches qui le distingue. La
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Entretien réalisé à Paris en janvier 2008 à la Tufts University et Professeur-adjoint de Religion Comparée (Massachusetts)

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religion de l’Albanais est en effet « l’albanité » comme le dit la formule de Pashko Vasa. Le fait que l’université de Pristina/Pristinë possède en proportion moins de femmes voilées que la Sorbonne1 en dit long sur les mœurs des Albanais. Néanmoins aujourd’hui la région attire l’islamisme. En effet, elle possède des populations musulmanes pauvres au sein d’un état qui peine à contrôler son territoire et qui peut être considéré sous occupation si on regarde les forces de l’OTAN comme des forces d’occupation. Il semblerait que « des éléments intégristes essaient de prendre le contrôle de la communauté et de dénaturer l’islam balkanique traditionnellement tolérant » selon Muarmer Veseli, le porte-parole d’une association dénonçant une montée de l’islam radical, propos rapporté par Derens qui semble assez inquiet dans son livre majeur sur le pays. Les Albanais que j’ai rencontrés sont eux même inquiets de cette menace. D’après eux l’endroit le plus sensible est Mitrovica/Mitrovicë où l’on peut effectivement croiser des hommes portant la barbe des croyants. Ils sont convaincus que ces hommes sont payés pour porter la barbe aujourd’hui. On voit dans le paysage des traces de cette menace. Ainsi dans tout le Kosovo, des mosquées neuves, financées par des pays du Moyen-Orient sont présentes. Celles-ci n’ont d’après moi guère de charme. Elles ne tiennent pas compte des spécificités de l’islam balkanique et de l’histoire. Ainsi à Vuctri une mosquée financée par l’Arabie saoudite a remplacé celle datant du Xe siècle que les Serbes ont brûlée en 1999. Un travail de

restauration eut été plus intéressant.

2) Les ennemis de la KFOR dans le Kosovo.
a) Des Serbes ? De toute évidence les Serbes du nord de l’Ibar, comme nous le verrons plus en détail dans la dernière partie, n’apprécient pas la KFOR qu’ils considèrent comme une armée d’occupation. Dès lors une résistance se met en place. Il est difficile d’estimer le nombre de personnes prêtes à se battre contre la KFOR, car il est clair qu’après toutes ces années de conflits la population est fatiguée. Marcher dans Mitrovica/Mitrovicë nord est une expérience particulière. En effet on sent, notamment à cause de tous les drapeaux serbes, que les plans qu’élabore la MINUK et que doit défendre la KFOR sont en décalage avec le terrain. Les Serbes des enclaves ont une position plus complexe. Ainsi s’ils n’aiment pas franchement la KFOR, ils ne peuvent la critiquer car leur maintien, voir leur survie, dans l’espace qu’ils occupent, dépend d’elle.

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D’après mes observations

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b) Des Albanais ? Les Albanais n’ont aujourd’hui pas de raison de s’opposer à la KFOR. Elle s’est installée suite au départ de l’armée serbe en 1999 qui commettait de graves incidents, chassant plus la moitié des Albanais de leurs demeures, prenant ainsi le statut d’armée de libération. Depuis les Albanais ont obtenu ce qu’ils voulaient puisqu’ils ont aujourd’hui leur indépendance. Ils restent cependant des personnes rêvant d’une grande Albanie ou d’un grand Kosovo qui peuvent être prêtes à reprendre les armes, peut être contre la KFOR si elle s’opposait trop à leurs objectifs. La force de la KFOR réside dans le fait que s’opposer à elle est particulièrement dangereux et donc tout opposant doit particulièrement réfléchir avant de se lancer dans une attaque. Les Albanais sont particulièrement organisés et disciplinés. Ainsi, en 2004, ils ont mené une opération très vraisemblablement organisée qui a accéléré l’indépendance du pays et ensuite ils ont su faire profil bas. En effet toute violence au Kosovo aurait pu retarder grandement l’indépendance, voir la rendre impossible. Comme le fait remarquer Guillaume Robert, « les milliers de jeunes qui ont mené les attaques de mars 2004 n’ont pas disparu mais les actes violents importants si1». c) Les trafiquants. L’importance des trafiquants au Kosovo est difficile à estimer. Les Serbes et les opposants à l’indépendance ont intérêt à l’amplifier pour pouvoir ainsi dénoncer un état mafieux qui serait dangereux, un narco-état qui n’aurait pas de raison d’être. A l’inverse les partisans de l’indépendance ont intérêt à minimiser ces trafics pour pouvoir montrer que l’Etat du Kosovo est un Etat de droit démocratique. Alexis Troude estime que 80% de l'héroïne consommée sur le vieux continent passe par l'ancienne province serbe et que 100 000 filles kidnappées en Europe de l'Est y seraient «conditionnées»2. Néanmoins, il n’est pas faux dire que le Kosovo est un centre important des réseaux mafieux en Europe. Drogues, armes et trafics d’êtres humains y sont nombreux. Les trafiquants albanais et serbes ont des intérêts communs dans la région. Leur coopération est un modèle de multi-ethnisme dans cette région. Les remarques telles « la mafia est la plus belle réussite de coopération au Kosovo » prennent alors sens. Ces mafias ont besoin pour subsister d’une instabilité politique. Elles sont donc des adversaires redoutables pour la KFOR et l’ordre qu’elle veut assurer. Dans les milieux pro-serbe de Paris on m’a ainsi expliqué que les

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Entretien réalisé à l’ambassade de France de Pristina/Pristinë le 26 mars 2008 D’après une interview publiée dans le France Soir du lundi 3 mars 2008 n°19736 page 16

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mafias serbes pourraient livrer des armes aux Albanais pour maintenir l’instabilité en cas de besoin. Pour illustrer le danger que font peser ces mafias sur la KFOR, on peut s’attarder sur l’analyse de Roth Jürgen, un journaliste allemand, auteur de nombreux ouvrages sur la criminalité organisée. Ce dernier dans un article explique que les émeutes de 2004 sont liées à ces mafias : « Au début d’avril 2004, on savait par les milieux chargés de la sécurité dans les Balkans que les récents troubles du Kosovo avaient été préparés et commis à la demande de la criminalité organisée. Pendant les émeutes, des camions entiers d’héroïne et de cocaïne ont passé la frontière non contrôlée parce que les policiers de l’ONU et les soldats de la KFOR étaient entièrement occupés à circonscrire les émeutes. Ce fait est confirmé par les policiers de l’ONU basés à Pristina qui ont souhaité garder l’anonymat pour leur sécurité. Ils se plaignent que l’on n’ait rien fait jusqu’ici contre les criminels. »1. La lutte contre ces réseaux criminels est particulièrement difficile notamment car les gens influent au Kosovo ont des liens avec eux. Carla Del Ponte, par exemple, dans son fameux livre autobiographique « la chasse. Moi et les criminels de guerre. » accuse le premier ministre Kosovar Hashim Thaçi de s’être rendu responsable de trafic d’organes.

3) Quels dangers pour les soldats ?
Les militaires sont rarement directement attaqués. Des tirs n’ont été dirigés sur eux « qu’en » mars 2004 et mars 2008. Ils sont néanmoins confrontés régulièrement au danger quand ils s’interposent entre les manifestants des deux camps ou quand une foule s’oppose à eux. La KFOR n’a pas été particulièrement visée par les communautés. Cela pourrait évoluer. En effet, on peut imaginer les Serbes du Nord rejeter la KFOR et la tenir à l’ écart en utilisant des snipers (ce qui est facile à Mitrovica/Mitrovicë où les nombreux immeubles créent un bon environnement pour les snipers) ou des attentats à la voiture piégée. Le risque d’enlèvement est lui minime. En effet la KFOR fait en sorte que ses adversaires comprennent qu’en cas d’enlèvement la KFOR sera en mesure de retrouver otage(s) et coupable(s) très rapidement. En décembre 2007 un policier de la MINUK avait été capturé par les Serbes sans que cela n’ait de suite grave.

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http://www.voltairenet.org/article156405.html

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Documents n° 7 : La violence contre la KFOR entre 1999 et le premier janvier 2002: bilan1

18 juin 1999 : Les détachements français de la KFOR entrent à Mitrovica 04 février 2000 : 16 soldats français sont blessés lors d’une vague d’affrontements intercommunautaires. 13 février 2000 : A la suite de violents incidents, deux soldats français sont atteints par des tirs. Ils répliquent et tuent un tireur embusqué d’origine albanaise.

03 mars 2000 : Des Serbes manifestent contre l’installation d’Albanais dans la partie nord et se heurtent aux soldats de la KFOR. Cette confrontation fait 12 blessés, dont 5 parmi les militaires français. 07 mars 2000 : 16 soldats de la KFOR et plus de 20 personnes ont été blessés par des jets de grenades tirés par des Albanais dans la partie nord de la ville. Bernard Kouchner accuse les extrémistes de tous bords d’être responsables de ces violences. 01 mai 2000 : Un soldat français a été blessé pour avoir heurté un véhicule appartenant à un Serbe dans la ville à majorité serbe. 31 mai 2000 : Une grenade à été lancée contre les troupes de la KFOR à proximité de l’enclave albanaise en quartier serbe. 09 novembre 2000 : Des manifestants albanais protestent contre la détention de leurs proches en Serbie et lancent des pierres sur des soldats russes et français à Mitrovica. 30 janvier 2001 : 13 soldats de KFOR blessés à la suite d’une manifestation qui a dégénéré le jour de l’enterrement du jeune albanais tué par une grenade lancée par des Serbes. 07 décembre 2001 : Un soldat de la KFOR blessé par une grenade lancée par un Serbe.

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Tableau réalisé à partir de la chronologie d’un rapport du CRR (comité au retour des réfugiés)-Centre d’information géopolitique publié le 01/04/2003

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II) Organisation et expérience de la TFMN-N
Pour remplir la mission développée dans la résolution 1244, la TFMN-N cherche avant tout à prévenir tout incident par des actions préventives que l’on peut parfois qualifier de psychologiques, selon le vieux principe populaire « mieux vaut prévenir que guérir ». La KFOR veille aussi à ne pas être considérée comme une armée d’occupation. Néanmoins, la prévention n’a pas toujours fonctionnée et la KFOR a dû intervenir plusieurs fois lors de graves crises.

A) Une stratégie relationnelle pour créer peur et admiration
1) Le comportement des militaires et la réparation des problèmes posés.
a) Le comportement des militaires et les gradients « profil » et « visibilité »

La KFOR pour être acceptée des populations a élaboré deux gradients, que Jérôme Géhéneux1 a résumé par ce tableau, qui permettent d’avoir une attitude adaptée à chaque situation. Tableau n°6 : Les gradients déterminant le comportement des militaires.

Visibilité (visibility) Haut (hight) Bas (low)

Profil (profil)

La haute visibilité (les militaires emploient massivement les termes anglais dans cette mission internationale) se caractérise par un nombre important de patrouilles. Cela peut aussi prendre en compte les allées et venues qui nous l’avons vu sont de plus en plus limitées pour ne pas donner l’impression à la population qu’elle est confrontée à une armée d’occupation. A l’inverse, en basse visibilité, la présence militaire sera la plus limitée possible. Pour cela, la KFOR peut par exemple effectuer de nuit ses déplacements. En effet le nombre de convois et de véhicules en tout genre que l’on croise sur les routes du Kosovo est particulièrement marquant. La nuit est donc un moment privilégié pour la KFOR qui peut de cette façon rendre son action moins visible. Le profil se définit par la présence d’éléments « agressifs ». Quand le profil est haut, les militaires sont alors équipés d’armement plus lourd et portent casque de combat et gilet pare-balles. A l’inverse, en profil bas, ils portent leur arme dans le dos et ont une démarche plus décontractée.
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Lors d’un entretien à Filmcity en avril 2008

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La visibilité peut être haute et le profil bas (et inversement). Avant et après l’indépendance c’est cette formule qui a été choisie. Il s’agissait de montrer que la KFOR était présente sans faire de « provocation ». La KFOR n’a pas la même attitude avec les Serbes et les Albanais. Appréciée de ces derniers, elle est avec eux assez détendue. Au nord de l’Ibar, les soldats de la KFOR sont plus sur leur garde. Ils ne tentent pas d’imposer, comme le regrette beaucoup d’Albanais dont Albin Kurti1, de force la souveraineté de l’Etat kosovar dans cette partie qui la refuse. Ils cherchent simplement à afficher leur détermination et à se faire respecter pour montrer qu’ils contrôlent bien le territoire. On retrouve dans l’espace une cohabitation parfois assez étrange. On le voit sur la photo suivante qui montre le tribunal de Mitrovica/Mitrovicë le 15 avril 2008, moins d’un mois après la violente crise. La KFOR, présente avec un VBL au côté duquel se trouve un soldat portugais, montre par sa place dans l’espace qu’elle maitrise la situation. A gauche, sur le tribunal flotte un drapeau serbe. Cette surprenante cohabitation montre que la KFOR ne cherche pas à être blessante. Elle aurait en effet pu le retirer et le remplacer par un drapeau kosovar, ce qui n’aurait pas aidé à apporter à la région le calme et aurait dégradé les rapports entre la KFOR et les Serbes. Photo n°4 (BG avril 2008) : Le tribunal de Mitrovica/Mitrovicë, la KFOR et le drapeau serbe.

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Voir interview

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b) Un matériel adapté à la situation
(Pour faciliter la compréhension, j’ai choisi de mettre une page de photos et un tableau après avoir présenté les enjeux.)

La région Nord n’est pas aujourd’hui une zone de guerre. Les besoins en matériel militaire sont donc limités. La KFOR n’a pas besoin de couverture aérienne ou d’artillerie. Elle a surtout besoin de matériel pour se déplacer et assurer son indépendance dans « la vie de tous les jours ». Les flambées de violence l’obligent néanmoins à avoir un matériel adapté au conflit ou plutôt au maintien de l’ordre. Enfin la KFOR peut avoir besoin de matériel imposant et impressionnant dans le combat psychologique qu’elle mène. La France en 1999 a amené des chars Leclerc qui n’ont eu qu’une utilité psychologique. Ils étaient en partie déployés à Mitrovica où leur utilisation était impossible. La trame urbaine est en effet inadaptée à ces véhicules et leur puissance de feu ferait immanquablement des « dommages collatéraux ». Leur poids lui-même ferait des dommages sérieux sur des routes déjà en mauvais état. Cependant, on peut remarquer que le char placé devant le poste Eva (situé dans une maison de Mitrovica) rendait ce dernier puissant et lui donnait un statut militaire. Les véhicules assez légers et maniables sont donc favorisés. Il s’agit en effet plus de se défendre contre des cailloux que contre des lance-roquettes. Le VAB (véhicule de l’avant blindé) et le VBL (véhicule blindé léger) et la P4 sont de loin les véhicules les plus présents dans le Nord. Ils équipent l’armée française mais aussi d’autres contingents. Cela peut être dû à des achats (la Grèce et le Portugal font ainsi partie des 14 pays ayant achetés des VAB, le Maroc possède quelques uns des 5000 VAB produits) ou à des accords de coopération. Ainsi devant les locaux du bataillon marocain à Novo Selo des véhicules achetés aux Américains sont garés à coté de véhicules de l’armée française prêtés au bataillon. Les patrouilles se font sans véhicules blindés en temps normal, en P4 ou en camion pour les Belges dans Mitrovica. Les véhicules blindés les plus importants comme le VAB ou les AMX 10 (voir photos et présentation des véhicules) servent à marquer l’espace. En étant positionnés ils deviennent de « petits châteaux forts », des « minis bases ». Ils peuvent aussi servir à dresser un mur. Ainsi lors des affrontements au tribunal les AMX avaient été alignés créant ainsi un mur d’acier séparant en deux l’espace. Si La France dispose de 61 VAB et de 15 AMX 10 (la Task force nord dispose de 56 modèles de ce genre si on inclut les M113 dans cet espace)1. On peut remarquer que la gendarmerie a ses propres véhicules, adaptés aux opérations de maintien de l’ordre. Elle utilise ainsi un certain nombre de VBRG2 qui sont des dérivés du VAB.

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Chiffre fournis par la KFOR avec les effectifs au 27/03/2008 Véhicules Blindé de Reconnaissance de la Gendarmerie

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La TFMN-N possède aussi un certain nombre d’hélicoptères, qui permettent d’impressionner en survolant à basse altitude certaines zones, de faire de la reconnaissance et d’assurer un transport rapide. Cela est particulièrement valable pour le transport des blessés. Les hélicoptères sont basés à Plana, là où se trouve l’hôpital. A ces véhicules s’en ajoute d’autres très divers. La KFOR a en effet assez de matériel pour être indépendante. Elle dispose ainsi de nombreux camions1 aux usages divers tels les porte-containers2, ou encore les camions citernes, les ambulances, les dépanneuses ou les d’engins utilisés par le génie3. Ces équipements sont assez vieux. L’absence de guerre proprement dite fait qu’il n’est pas nécessaire de favoriser le matériel de cette zone de crise. Cela est d’autant plus vrai que la France est en ce moment engagée sur de très nombreux théâtres d’opérations. Le matériel utilisé a connu d’autres théâtres auparavant. Ainsi en 2008 on peut encore trouver des P4 dont le camouflage est encore celui mis en place pour la guerre du Golfe. Le matériel sur place est soumis à de rudes épreuves. En effet tous les véhicules n’ont pas de garage, à l’exemple de ceux stationnés à la Concession. Ils subissent ainsi le climat Kosovar, froid l’hiver avec beaucoup de neige et chaud l’été. Les véhicules usés ne sont pas ramenés en France, ils restent au Kosovo, étant parfois vendus à des kosovars. Les armes utilisées au Kosovo de la même manière ne peuvent pas être des armes « de guerre ». Néanmoins les pics de violence comme celui du 17 mars 2008 obligent les militaires à avoir ces armes. En effet les militaires doivent à tout pris éviter de tuer, malgré les provocations des extrémistes qui cherchent à alimenter la haine entre la KFOR et les populations. Si des éléments dangereux se présentent, le sniper est le seul à pouvoir intervenir. En effet les extrémistes ne cherchent pas le contact direct avec la KFOR, ils se mêlent le plus souvent à la foule qui sert ainsi de bouclier humain. Cela s’est vérifié à Mitrovica où les snipers de la KFOR sont postés a des endroits stratégiques et occupent les hauteurs. Le toit de la Concession est de toute évidence un endroit parfait pour les snipers dans le secteur Nord où le fameux pont est un lieu symbolique. Le Famas, qui équipe une grande partie des forces françaises en tirant au coup par coup, semble dans une moindre mesure lui aussi adapté. Les armes automatiques et lourdes sont proscrites. On peut remarquer que les soldats ne sont pas tous armés de la même façon. Cela permet de diversifier les puissances de feu et d’être prêt à toutes les situations. Les armes automatiques sont pourtant portées par les soldats à Mitrovica, là encore elles servent à impressionner. Ainsi, quelques jours après les affrontements au

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TRM VTL 3 On peut noter que la France dispose de 13 dépanneuses, 7 VAB sanitaires, 13 VBL sanitaires ou encore 11 camions citerne. (Chiffres fournis par la KFOR avec les effectifs au 27/02/2008)

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tribunal j’ai croisé une patrouille dans le nord de Mitrovica dont l’armement était aussi varié qu’impressionnant. Il faut ajouter que l’armée possède également les armes utilisées par les CRS pour maintenir ou rétablir l’ordre. Les grenades lacrymogènes sont ainsi particulièrement utiles, tout comme les matraques et les boucliers. A ce matériel s’ajoutent les grenades dites offensives. Ces dernières, contrairement aux grenades défensives ne sont pas faites pour tuer mais pour étourdir en explosant très bruyamment. L’usage de ces armes déplaît aux forces de la KFOR. Un soldat équipé pour une éventuelle émeute, gardant la passerelle menant aux trois tours à Mitrovica/Mitrovicë se plaignait ainsi : « non mais à quoi je ressemble comme ça, ça me fait mal moi ce truc, ce n’est pas mon métier »1. Enfin il faut ajouter la présence d’armes tirant des balles en caoutchouc, qui rappellent les flashballs. Depuis décembre 2007 la KFOR dispose également de drones. Le 61ème régiment d’artillerie de Chaumont en gère 6 de types SDTI2. Ces derniers, spécialisés dans les missions de reconnaissance et de communication permet à la KFOR d’observer en temps réel n’importe quelle partie de la zone contrôlée grâce à une autonomie de 4 à 5 heures. Elle peut par exemple en cas d’émeutes voir où se rassemble les manifestants (voir photos). Photos n°5 à n°12 : Illustration du matériel utilisé.

Récupération d’un drone après une mission au Kosovo et image prise à partir d’un de ces appareils au dessus du pont de Mitrovica/Mitrovicë (photos du site du ministère de la défense)

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Entretien réalisé le 24 avril Système de drone tactique intermédiaire

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VAB descendant d’un wagon et VRDG dans Mitrovica/Mitrovicë (photos du ministère de la défense et de BG le 22 /03/2008)

VBL de l’armée portugaise devant le bâtiment de l’ONU à Mitrovica/Mitrovicë et MX 10 danois à la station de lavage. (BG mars 2008)

Véhicules du génie devant le camp français de Novo Selo (BG avril 2008)

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c) la gestion juridique des problèmes posés aux populations La cohabitation journalière entre militaires et habitants du Kosovo n’est pas sans poser de nombreux problèmes. La KFOR a mis en place une structure pour régler au mieux ces problèmes afin que rien ne puisse lui être reproché. Celle-ci est organisée à deux échelles : celle de la KFOR et celle des task forces. Elle emploie relativement peu de monde. A Filmcity il n’y a ainsi qu’un capitaine et trois locaux ayant des formations juridiques. Dans chaque task force, un « claims officer » dirige l’action. Ce mot « claims » qui vient du verbe anglais « to claim » qui signifie réclamer, chercher à obtenir, sert à désigner toutes requêtes des populations. Elle organise son action en suivant quatre lignes directrices, comme me l’a expliqué le Legad de Filmcity. - accidents de circulation. Les accidents sont nombreux au Kosovo, Le code de la route n’étant que très partiellement respecté. Des campagnes de prévention à destination des soldats sont régulièrement organisées. - Dommages corporels. Cette catégorie n’est pas utilisée. Elle le serait si, par exemple, un soldat se trouvait impliqué dans une bagarre dans un bar et blessait une personne. - Dommages à la propriété. Il s’agit ici dédommager les propriétaires des terrains occupés par les bases militaires. Il existe plusieurs possibilités pour régler ces problèmes. Première solution : payer un dédommagement au départ, ce qui constitue une sorte d’achat. Ce moyen qui a été retenu par les Français exclut toute contestation future de la propriété. Le dédommagement au départ est souvent assez important pour bien prévenir toute revendication. Deuxième solution, la location des terrains, ce qui est évidement plus risqué, le propriétaire étant maître du jeu. Les Grecs ont trouvé une troisième solution dont les conséquences diplomatiques sont assez importantes. Ils occupent les terrains selon le principe de la « nécessité opérationnelle », sans aucun dédommagement comme ils le font à la tabatière à Mitrovica/Mitrovicë. Le propriétaire de l’ancienne usine tente en vain d’obtenir un dédommagement depuis le début de l’occupation. Les dégâts occasionnés aux cultures ou aux maisons par les militaires entrent dans cette catégorie. - Question du cadastre. Ce point qui n’a pas de lien direct entre la population et la KFOR est développé dans la partie suivante.

Tous ces problèmes sont réglés dans le Nord par le Claims officer de Novo Selo. Si les personnes ne sont pas satisfaites de la décision prise, ils peuvent faire appel à Filmcity. Mais les contingents ne sont pas obligés de se présenter à ce deuxième jugement. Ainsi les Grecs ne 71

se sont jamais présentés à Filmcity. On voit ici que même si la KFOR est un tout, les pays participant à cette force gèrent eux-mêmes un certain nombre de choses. Pour les affaires ayant un rapport avec la KFOR dans son ensemble, ce sont les juristes de Filmcity qui s’occupent du dossier. Cette organisation rigoureuse permet à la KFOR d’être juste dans ses actions et de ne pas distribuer de l’argent sans raison. Dans ce pays pauvre, les habitants ont en effet tendance à voir la KFOR comme une poule aux œufs d’or qu’il faut savoir exploiter. Cela conduit parfois à des situations ubuesques. Au mois d’avril dernier, un automobiliste kosovar qui avait eu un accident avec un véhicule blindé de la KFOR alors qu’il roulait en sens interdit n’a eu aucun scrupule à venir demander des dédommagements.

2) Des actions et unités spécialisées pour la population
a) Le renseignement Pour faire son travail, la KFOR a besoin de disposer d’un maximum d’informations sur les populations afin de gérer au mieux la région, avec entre autre une utilisation rationnelle de ses moyens. Pour cela, les services de renseignements sont particulièrement utilisés. Faire du renseignement est sans doute l’activité la plus répandue au Kosovo, et ceci par tous. Serbes et Albanais excellent en la matière. Ainsi quand les soldats portugais sont arrivés suite au trouble du tribunal, les militaires français ont aussitôt vu des Serbes téléphoner pour transmettre l’information. Les Albanais sont aussi doués pour cette activité. Un jeune albanais à durant mon séjour, fait un pari avec un militaire, affirmant que ce dernier ferait la garde dans deux jours, ce qui n’était pas logique d’après le roulement habituel. Sûr de lui, le militaire a accepté le pari dont l’enjeu n’était pas important. C’est pourtant l’Albanais qui a gagné, ce qui montre sa très grande connaissance des tours de gardes et de ses évolutions. La MINUK fait aussi du renseignement. La KFOR et les autres institutions en font aussi largement. Un des soldats de la KFOR m’a raconté comment il avait contrôlé sans le vouloir un véhicule civil de l’ONU faisant du renseignement. La densité de gens cherchant des informations est si élevée qu’ils peuvent se gêner. Les services de la KFOR élaborent entre autre des fiches sur les différentes personnalités, permettant une meilleure compréhension de tous. Ces fiches sont faites en trois parties. D’abord, une présentation de l’identité qui sert d’introduction, où on apprend surtout comment retrouver une personne en mettant ses adresses, possessions et véhicules, son

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surnom et son numéro de téléphone. Ensuite, on présente la personne, ce qui permet d’éviter de nombreuses erreurs lors d’éventuels rendez-vous. On peut citer ces expressions tirés de fiches qui illustre cela : « hoche fréquemment la tête de haut en bas pendant les discussions pour marquer son approbation », « a besoin d’un climat de confiance et écoute beaucoup avant de livrer ses idées », « apprécie peu les militaires en uniforme », « comprend un peu le français ». Ensuite, il y a une partie appelée « événements » présentant une chronologie, souvent assez complète, des activités de l’individu depuis 1999 avec entre autre ses prises de positions durant les manifestations. Enfin la dernière partie présente des photos de la personne et éventuellement de ses proches. Ces photos sont prises plus ou moins discrètement. Un Serbe me racontait par exemple que des soldats ayant sympathisés avec un homme se sont fait prendre en photo avec lui. Plus tard ce dernier a appris que la photo de sa fiche était issue de cette photo. Document n° 8 : Exemple de présentation de la première page d’une fiche biographique.

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b) Les LMT. Les LMT (liaison military team) sont des équipes de liaison chargées spécifiquement d’établir et de gérer des contacts avec la population. Elles servent à « prendre le pouls » de la situation. Ce concept de LMT est apparu après la crise de 2004 où les militaires ont estimé qu’ils avaient perdu à cette date le contact avec la population. Ce concept, né au Kosovo, a été depuis exporté dans d’autres pays. Des équipes jouant le même rôle ont été mise en place en Afghanistan. On trouve en principe une équipe de LMT par municipalité. Il y a cependant des exceptions. La ville de Mitrovica/Mitrovicë par exemple compte deux équipes de LMT : une équipe pour Mitrovica/Mitrovicë « nord » et une pour Mitrovica/Mitrovicë « sud ». Ces noms géographiques permettent de cacher une réalité ethnique. En effet la limite nord sud de la ville est déterminée par l’Ibar. Les LMT doivent donc rencontrer et connaître tous les leaders de leur zone, facilitant toutes les négociations. Leur rôle ne s’arrête pas à la connaissance des leaders, ils gèrent aussi de nombreux petits problèmes avec la population. Lumy (dont nous reparlerons largement dans la troisième partie) a ainsi installé sa station de lavage auto en concertation avec ses derniers et a des contacts réguliers eux. Il m’a ainsi montré des photos où ces équipes sont chez lui et m’a donné des numéros de téléphone issus du répertoire de son mobile. De plus Lumy, installé devant le camp de Belvédère savaient en permanence où trouver ces équipes et me l’indiquait : « oui elles sont descendues en ville ce matin et ne devraient pas tarder à remonter », « on va aller dans ce bar, elles passent souvent dans cette rue ». Ces hommes qui pratiquent en permanence l’espace ont un travail assez agréable qui explique sans doute les violentes critiques que leur adressent les soldats. Ces derniers font remarquer volontiers que les LMT ne servent à rien, puisque qu’auparavant ce sont eux qui assuraient les contacts avec les populations. On a retiré aux soldats une des tâches les plus agréables et humaines de leur mission, ce qui les enferme encore un peu plus dans leur camp loin des populations. Il serait sans doute bon de leur permettre d’avoir plus de contacts avec les populations, même si le travail que fournissent les LMT est sans doute beaucoup plus professionnel et complet. Enfin lors de ma visite à Novo Selo, j’ai constaté avec surprise que les LMT avaient leur propre quartier, ce qui les sépare un peu plus des soldats.

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c) Les ACM et le génie. Les ACM (action civilo militaires, CIMIC, Civil-military cooperation, en anglais) sont des actions, faites par les militaires pour les civils. Ce terme désigne aussi les militaires réalisant ces actions. Ces dernières permettent d’améliorer l’image des forces présentes en rendant des services concrets et « sentir le terrain » en étant au plus près des populations. Cela peut aussi servir à remercier des populations. Ces actions prennent différentes formes. Le tableau suivant en donne quelques exemples. Elles sont financées par le ministère de la Défense. Comme aujourd’hui la priorité de ce ministère est l’Afghanistan, les Français présent au Kosovo n’ont pas beaucoup de crédits, ce qui les empêche de réaliser de gros travaux, telle la construction de route « en dur » comme celle réalisé près de Belvédère. Elles bénéficient aussi de l’aide du J9 et parfois d’ONG qui leur confie la distribution de dons en profitant de leur connaissance du terrain. En 2006, la KFOR a réalisé 550 actions à travers le Kosovo avec seulement deux millions d’euros. Les ACM ne cherchent pas à faire de grandes choses mais à faire pleins de « petites touches » qui finiront par faire un « grand tout ». La TFMN-N s’est donnée deux priorités pour les ACM : « la santé et l’assistance médicale » et « projets au profit de la jeunesse tel la rénovation d’écoles, la distribution de matériel scolaire et la réfection de terrains de sport »1. A travers la zone nord, les ACM ont marqué l’espace. Ainsi dans sur la route à l’est de Mitrovica/Mitrovicë partant vers Podujevo des abris de bus en tôle jaune construits sur une dalle de béton se succèdent. Ils ont beaucoup de succès et servent ainsi d’endroits de regroupement. Il est ainsi courant de voir des gens jouer dessous aux échecs par exemple. Sur le devant de ces abris, on voit marqué en grosses lettres « KFOR CIMIC LUXEMBOURG ». Cela montre que les ACM sont bien gérés par les pays et non pas par la KFOR, de plus le choix de l’anglais par des Luxembourgeois dans une zone dirigée par les Français montre l’importance de la langue anglaise dans la KFOR. Sur la photo (page 98) prise à Priludje, on voit une autre action signée. Au 2ème plan on trouve en effet un panneau d’affichage avec gravé dessus dans le bois « KFOR/ACM ». Cette signature visible sert à marquer les esprits. Il s’agit en effet de tirer un profit psychologique de ces actions. Pour cela elles sont médiatisées le plus possible, de façon à ce que la population ressente que la KFOR œuvre pour elle.

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D’après le site de l’Etat major de l’armée française

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Les limites aux actions des ACM ne sont pas évidentes. En effet les ACM sont réalisées uniquement dans le but de créer de bonnes conditions de travail pour la KFOR et l’aider. Leur efficacité et leurs moyens font que ne pas utiliser plus ces hommes est un véritable gâchis En effet ces derniers sont les mieux placés pour réaliser les travaux. Cette idée est très contestée : beaucoup pensent que ce n’est pas le rôle de l’armée de construire des routes ou de gérer le matériel d’école ne voulant pas se substituer aux autorités locales. Cela fait que l’on se prive du gestionnaire et réalisateur le plus efficace et respecté du Kosovo, un pays où tout investissement passent par d’importantes sommes pour les pots de vin…

Tableau n° 8 : Exemples de travaux réalisés par les ACM : Mai 2008 -Nettoyage et évacuation de déchets de Vucitrn/Vucctri. -Donation dans une école près de Sokalica. -Travaux dans une école près ce cette même ville. - Construction d’une passerelle piétonne dans l’enclave albanaise de Bistrica. Elle permettra aux agriculteurs albanais de rejoindre leurs champs plus facilement, empêchant en plus des confrontations avec les Serbes en les évitant. - Don d’un groupe électrogène valant 4000 euros à l’école maternelle de Lesak qui accueille 130 enfants. Cela permettra de faire face aux coupures régulières de courant. - Don d’une ambulance et de linge médicalisé au directeur de l’Hôpital de Vushtrii en liaison avec l’ONG " Commission médicale et caritative internationale " basée à Nantes. - Dons de livres scolaires et de kits scolaires avec stylos et cahiers à l’école Elena Gjika dans le village de Prvli-Tunel

10 avril 2008

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er

avril 2008

14 décembre 2007

23 novembre 2007

Le génie peut aider les ACM notamment avec ses véhicules. Des missions peuvent lui être confiées par la KFOR ou la MINUK. En juillet 2008, ces deux institutions lui ont fait construire une passerelle à Mitrovica/Mitrovicë pour remplacer l’ancienne (que l’ont voit encore sur la couverture). Les photos suivantes montrent les travaux. Il est intéressant de remarquer que l’ancienne passerelle a été maintenue pendant les travaux. Cela montre son extrême utilité. En effet bien que le pont principal de la ville soit à moins de 150 mètres de là, les populations albanaises de l’enclave des trois tours ne peuvent traverser les quartiers serbes y menant en totale sécurité. Les photos suivantes montrent l’inauguration de la passerelle le 23 juillet 2008. On voit que la KFOR fait cela très officiellement pour bien montrer que c’est

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elle qui l’a réalisée, ce qui permet encore d’améliorer son image et de se faire mieux accepter. Le général de corps d’armée Bout de Marnhac (au centre de la photo numéro 14) commandant la KFOR et le général Mathey, commandant la Task Force Multinationale Nord, ont inauguré le pont entourés de nombreux militaires en présence de M. Rexhepi, maire de Mitrovica et de M. Galucci, représentant de l’UNMIK. Une véritable action de communication a lieu. La dernière montre la plaque qui a été fixée sur le pont. Outre le message de celle-ci « may this bridge be a link between people »1, on peut remarquer que s’il porte le logo de la TFMN-N, il a été financé par la France et l’UNMIK, ce qui montre que les task forces n’ont pas les moyens de financer ce genre d’opération et font appel aux Etats qui fournissent des troupes. Photos n°13 à n° 15 (site de l’Etat-major français, juillet 2008) et n°16 (BG août 2008) : La nouvelle passerelle devant les trois tours.

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« puisse ce pont être un lien entre les peuples »

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d) Les services médicaux. La KFOR dispose d’hôpitaux de différents niveaux. Ces derniers sont classés selon leurs équipements en trois niveaux, le troisième étant le meilleur. Bonsteel est le seul de niveau trois. La TFMN-N a un des deux hôpitaux de niveau deux (le second étant a Prizren). La TFMN-N dispose avec cet hôpital basé à Plana d’un groupe médical chirurgical (GMC) d’environ 20 personnes composé de chirurgiens, de médecins urgentistes, d’infirmiers, d’un dentiste, d’un laborantin, d’un service de radiologie, d’un vétérinaire et d’un pharmacien. Début 2008 cette équipe venait des hôpitaux militaires de Marseille et Toulon. Ce personnel ne reste que très peu de temps sur place, environ 2 mois. La TFMN-N fait intelligemment profiter la population de ses équipements qui sont dans certains domaines les meilleurs du Kosovo, même s’il y a des hôpitaux comme à Vucitrn/Vucctri ou à Mitrovica/Mitrovicë nord. Ce dernier à une histoire particulière. En effet, la KFOR voulait faire de celui-ci un modèle de coopération multiethnique. Les Serbes ont rapidement fait remarquer qu’il n’était pas normal que l’hôpital qu’on veuille modèle soit le seul situé en zone serbe. Cela a stoppé le projet et l’hôpital est aujourd’hui fréquenté par des patients serbes qui viennent de tout le Kosovo pour se faire soigner. Les Serbes ont donc leur Kosovo dans le Kosovo. Quand on fait remarquer aux patients venant de loin qu’il existe des hôpitaux plus proche au Kosovo, ces derniers expliquent qu’ils ne peuvent les fréquenter car ils n’y seraient pas bien accueillis. La séparation entre Serbes et Albanais ne connaît donc pas de trêve face aux maladies. 78

Chaque jour, 15 à 20 locaux sont soignés dans les hôpitaux. La reconnaissance à la KFOR est énorme : sauver une vie est une action qui impose un respect légitime et sans limite de la personne soignée et de ses proches. On peut vraiment dire que la KFOR sauve des vies puisqu’elle dispose de certains équipements médicaux qu’on ne trouve pas dans le reste du Kosovo. Pour se faire soigner, les habitants du Kosovo, doivent se rendre chez leur médecin qui les orientera en cas de besoin vers l’hôpital de Plana. Cette sélection a conduit à des dérives. Ainsi il y a quelques années un employé de ce camp vendait son aide pour obtenir des rendez-vous. Une fois découvert, il a été renvoyé. Deux fois par semaine, une équipe constituée d’un médecin, d’un infirmier, d’un dentiste et d’une aide soignante se rend dans des enclaves1. Les habitants de ces dernières sont en effet particulièrement isolés. Après s’être présentée au chef de village, cette équipe va s’occuper de 5 à 25 personnes selon les cas. e) La gestion partielle du problème foncier La gestion du problème foncier est un des enjeux majeurs au Kosovo. Pendant les crises de nombreux habitants ont été chassés de chez eux, des Albanais au Nord de l’Ibar, des Serbes au Sud, et différentes minorités dans toute la zone. Leurs propriétés ont souvent été spoliées, même si les maisons ont été très souvent brûlées pour éviter toute possibilité de retour des anciens occupants. De plus il n’existe pas de cadastre fiable. Les troubles de 1999, le départ des Serbes et la destruction d’un certain nombre de documents en ont eu raison. Quand les populations tentent de rentrer aujourd’hui, elles trouvent souvent des occupants dans leur bien. La justice kosovare n’étant pas toujours impartiale, l’UNMIK et la KFOR tentent alors de juger les affaires. Celles-ci sont particulièrement difficiles à résoudre. Quasisystématiquement, les voisins témoignent en faveur des nouveaux occupants, au détriment de leurs anciens voisins. En effet, ce sont les minorités qui ont été chassées. Elles reviennent donc dans un milieu qui leur est défavorable. De plus, les papiers sont généralement falsifiés pour éviter à la justice d’éclaircir trop facilement l’affaire. Les gens chassés ont parfois des photos d’eux dans la maison ; cela constitue un argument assez irréfutable. Quand l’affaire devient trop compliquée la KFOR donne souvent en dédommagement de l’argent à la personne réclamant ses biens. Cela permet de régler des conflits qui pourraient dégénérer. On peut néanmoins remarquer que cet argent favorise le nettoyage ethnique puisque les réfugiés vont ensuite la plupart du temps acheter dans un endroit où ils ne seront pas minoritaires.

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D’après le site de l’Etat major français

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Imposer aux populations de vivre ensemble est impossible, la KFOR doit juste créer les conditions pour que « vivre ensemble » soit possible.

3) Un arsenal de médias au service de la KFOR
Selon la situation, la KFOR cherche à transmettre des messages aux populations au cours de campagnes publicitaires utilisant tous les supports, injectant de cette façon de l’argent dans de nombreuses entreprises. a) Les campagnes d’affichage. Les affiches marquent de leur emprunte le paysage au Kosovo. Elles sont partout présentes. Ces affiches sont créées pour l’ensemble du Kosovo. La zone de responsabilité de la TFMN-N a donc les mêmes affiches que le reste du Kosovo. Cela permet des économies et aussi d’appréhender le Kosovo comme un tout. La partie serbe a les mêmes affiches que la partie albanaise, la langue change néanmoins mais pas l’alphabet latin utilisé dans les deux cas, comme on le voit sur ces photos prises en avril sur la route menant à Mitrovica/Mitrovicë depuis Pristina/Pristinë et dans la partie serbe de la principale ville du nord. Fin août 2008, une campagne de publicité ayant comme slogan : « Pranë Jush », « près de vous » était en cours. Sur l’affiche présente dans tout le pays et que l’on voit ci-après, on remarque un militaire de la KFOR aidant au développement du Kosovo et à la construction (ou reconstruction, même si l’année 1999 est déjà loin). Pour cela on a placé sur l’affiche un casque de chantier, un mètre dans la poche de l’ouvrier à droite représentant un Kosovar. Il est intéressant de remarquer que le stylo du militaire et le doigt de l’ouvrier montre le même point : ils sont d’accord sur la marche à suivre. La KFOR est donc d’après l’affiche là pour aider la construction du pays et ses habitants dans leurs efforts pour cela. Photo n°17 (BG août 2008) : Campagne d’affichage « proche de vous ».

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La campagne d’affiche précédente est particulièrement intéressante à étudier car elle délivrait un message précis dans un contexte précis. La déclaration d’indépendance approchant, des violences étaient à craindre, la KFOR a donc cherché à les prévenir en montrant sa force et ses moyens, ce qui n’a donc rien à voir avec la campagne qui l’a suivie. L’affiche illustre cette force et cette volonté : le soldat à gauche de l’affiche (ci dessous) est particulièrement vigilant, il fait presque peur avec son regard et sa main sur la détente de son arme. Celui de droite montre l’étendue des moyens de la KFOR : le soldat est ainsi équipé de jumelles, d’un micro, d’une visière et d’un casque. C’est donc un soldat « sur équipé » et « sur compétent », décourageant tout débordement. Enfin l’hélicoptère au centre sert lui aussi à montrer que la KFOR dispose de grands moyens. Le slogan est en totale logique avec l’affiche : « paix avec détermination ». Ces campagnes suivent d’une certaine façon les logiques du profil et de la visibilité. De cette façon, on peut dire que la campagne en cours en avril 2008 était visibilité et profil hauts. Photos n°18 et n°19 (BG avril 2008) : Campagne d’affichage au moment de l’indépendance.

La campagne précédente, élaborée elle aussi par les PSYOPS1 , était très différente avec visibilité et profil bas. Les militaires et leurs armes étaient absent de la campagne « KFOR family ». Dans celle-ci –assez surprenante- il s’agissait de montrer que population et militaires formaient une famille, tout cela dans un esprit « jeune », KFOR est ainsi écrit en langage SMS international : K4. La page d’illustration, où il faut aussi se référer pour la suite, montre une de ces affiches en bas à gauche. Les campagnes de la KFOR sont parfois tournées en dérision par les populations. En 2006, une campagne insistait sur le besoin de vivre ensemble normalement. Dans celle-ci, les militaires étaient complètement absents des affiches, seule la très grande signature de la KFOR permettait d’identifier celle-ci. La mission de l’OTAN est bien dans son rôle quand
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Voir Qui dirige la TFMN-N ?

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elle fait cela : assurer la paix, ce n’est pas l’imposer par la force, c’est la rendre évidente à tous. L’effort à fournir est donc plus psychologique que militaire. Cela est particulièrement difficile : on ne change pas les mentalités du jour au lendemain, surtout après une guerre où tout le monde a perdu des proches ou connu l’exil. Il faut donc laisser passer du temps, la KFOR souhaite avec ces affiches accélérer le processus de réconciliation comme le montre l’inscription sur l’affiche présentée (sur la photo suivante) qu’on peu traduire1 par « Profitez de la vie, nos différences ne sont pas des barrières ». Le Kosovar distingue immédiatement un Serbe et une Albanaise qui on l’air heureux ensemble. Sur la droite on voit une série de scènes, où des personnes, très certainement d’origines différentes, vivent ensemble. En haut se trouve une famille, puis deux amis se serrant la main et enfin des amis faisant un piquenique. Cette vision assez idyllique a été critiquée par Xenini, un Albanais qui réalise des montages exposés sur son site internet. Il a ainsi créé des variantes avec des personnages célèbres : celle présentée à droite montre Génta, une chanteuse albanaise, avec Djej Ramadonovsky, un artiste serbe d’origine rom. Si le montage avait été une vraie photographie, on aurait vu là un bel exemple de dialogue. Le montage de gauche lui est beaucoup plus surréaliste : on y voit la femme du célèbre Arkan, Ceca qui est chanteuse. Le montage en bas à droite tourne en dérision une autre campagne au beau slogan : « Vous en avez marre de tout ça ? Soyez tolérant ». On y voit un « profiteur de guerre », visiblement riche à coté d’un Tchetnik armé, ce qui est donc une critique des Serbes en montrant qu’il est difficile d’oublier les différents du passé. Documents n° 9 à n°13 : Photographie et montages issus d’Internet. Les quatre plus grandes proviennent du site xenini.com, où l’auteur présente ses montages sur le Kosovo et sa vie politique. Les trois montages ont été réalisés en 2006.

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Les traductions proposées ont été faites avec Zgjim Halimi en mai 2008.

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b) La publicité dans les journaux De petites publicités aux messages variés complètent les campagnes de publicité. Ces dernières se trouvent surtout dans les journaux kosovars. La page d’illustration suivante en présente quatre, issus de la quatrième de couverture de journaux. Les deux représentées en haut montrent la détermination et la puissance de la KFOR, répétant donc le message des affiches. La détermination se lit dans les visages de chacun. On constate que les trois soldats en gros plan sont tous différents, il y a ainsi un homme à côté d’une femme sur une et un homme ayant des origines asiatique sur l’autre. On peut remarquer que ce soldat appartient vraisemblablement à la TFMN-N puisqu’il est Français. La nationalité des soldats n’est pas mise en avant, puisque le KFOR se veut unie et sans distinction. Pour ne mettre aucune nationalité à l’écart les uniformes varient souvent, faisant passer ainsi un message simple : 83

Tableau n° 9 : Photographies de publicités pour la KFOR dans des journaux kosovars en avril 2008.

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quel que soit l’uniforme, un soldat fait partie de la KFOR comme un autre. Les moyens de la KFOR sont mis en avant grâce au véhicule blindé et à la photographie d’un check point de nuit. Ce dernier montre que la KFOR est tout le temps présente et qu’on ne peut lui échapper si l’on s’écarte du « droit chemin ». Le slogan « paix et détermination » est là encore présent. Les deux autres affiches ont des messages plus spécifiques. Celle de gauche montre que la KFOR, la MINUK et la KPS travaillent ensemble, ce qui permet de rendre ces deux dernières institutions en quête de reconnaissance de la crédibilité, grâce au soutien de la KFOR. Le slogan peut être traduit par « ensemble pour un environnement sûr et sécurisé ». Enfin, la dernière photo montre de jeunes enfants dans une école, en cours d’informatique, des étudiants dans une université et le monde du travail avec peut-être la signature d’un contrat d’embauche. L’accent est mis sur la modernité qui est symbolisée par les nombreux ordinateurs. Par cette affiche, la KFOR veut montrer l’importance qu’elle accorde à l’éducation pour préparer l’avenir du Kosovo, rappelant implicitement que les ACM

travaillent pour cela. Le slogan illustre ces propos : « ensemble pour aller de l’avant ». c) Publication et tracts La KFOR produit aussi ses propres journaux. Au début, la TFMN-N, qui était encore la brigade multinationale nord ouest, avait les siens, produit par les ACM. Ils n’existent plus aujourd’hui, les derniers exemplaires que j’ai trouvés dataient de 2004. Le journal Bonjour
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a été le premier créé. Il s’adressait à un public d’adultes. D’abord publié en trois langues (français, albanais, serbe), deux éditions sont rapidement apparues : une en français et albanais et une deuxième en français et serbe. Cette double édition ne semble pas très judicieuse puisqu’elle renforce encore la séparation des deux communautés. En 2004, Bonjour était composé de 8 pages en format A3. Un peu plus d’un an après la sortie de ce magazine, un Bonjour junior est apparu, conçu cette fois pour les enfants, avec 8 pages au format A4. Pour obtenir ces journaux, il suffisait d’aller dans le bureau des ACM ou d’assister à une distribution de ces derniers. Aujourd’hui, à cause de la baisse des moyens de la TFMN-N et de la volonté de traiter le Kosovo partout de la même façon, les journaux ont été standardisés. Il en existe deux : Dritarja en albanais ou Prozor en serbe et For You. Le premier, dont la traduction est fenêtre (un symbole d’ouverture) a pour cible les 20-30 ans. Dritarja est imprimé à 16.500 exemplaires et Prozor à 3.500 exemplaires. For You est un illustré pour adolescents qui ressemble beaucoup à Bravo, journal allemand pour les jeunes. Les numéros sont gratuits et
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Toutes les informations sur les journaux de la TFMN-N sont issu de l’annexe 17 du mémoire de Bénédicte Tratnjek réalisé en 2004 à Paris IV, Les opérations militaires en milieu urbain :le cas de Mitrovica.

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produits par la TFMN-S. On peut néanmoins trouver, au moins en théorie, des numéros dans tout le Kosovo, même si ils sont moins nombreux. Avec ces journaux, la KFOR cherche à se rendre plus sympathique auprès des populations en donnant un magazine attrayant avec des jeux (sudoku), un horoscope ou des articles sur le sport ou la musique, mais aussi à faire passer un certain nombre de messages plus complexes (d’une certaine façon les articles sur le sport ou sur la musique sont eux aussi des messages politiques puisqu’ils permettent d’ancrer le Kosovo dans la culture occidentale, avec des stars occidentales comme Madonna ou Ribery). Pour donner un aperçu de ces messages, on peut prendre l’exemple du numéro 12 de l’année 2008 et de ses 14 pages en format A4. Dans celui-ci, aucun article ne parle directement de la KFOR. Néanmoins, le petit éditorial est écrit par un soldat allemand, qui commence par un « Tung », un « salut » familier. On trouve ensuite une interview, faite par un soldat de la KFOR, d’un homme travaillant à la MINUK. Plus loin, dans un roman photo, l’héroïne et son amie rencontrent par hasard des soldats de la KFOR, sans que cela ne les gêne, en trouvant ça simplement normal : on présente au lecteur la manière de croiser les militaires. Comme on le voit sur les photos suivantes, présentant la version albanaise et serbe, il existe une différence fondamentale dans les rapports entre la KFOR et les Serbes où Albanais. Que cela ait été clairement choisi ou non, cela est représentatif : l’Albanais doit aller vers la KFOR, en utilisant pour les saluer l’allemand avec le « Hallo », alors que c’est à la KFOR d’aller vers les Serbes en utilisant leur langue avec le « Zdravo ». La KFOR n’ayant pas de très bons rapports avec cette communauté, elle doit faire des efforts. On peut remarquer la politesse des soldats allemands : sur la photographie, on voit qu’ils saluent d’un geste de la main les personnes rencontrées. Enfin, sur la dernière page on trouve une dernière fois la KFOR, en la personne d’un soldat allemand qui remet à une petite fille le prix qu’elle a gagné au dernier concours. La KFOR est donc très présente malgré ce qu’on peut appeler son absence. Ce magazine a d’autres messages sans liens directs avec la KFOR : la morale du roman photo est qu’il faut travailler à l’école, la conclusion du dossier sur la Minuk est que cette dernière est utile. Pour que cela soit efficace et semble impartial, la parole a été laissée à des Kosovars dans le magazine qui donnent leur avis, un avis qui a sans doute été sélectionné. Pour plus d’authenticité, à côté de chaque avis se trouve une photo de la personne en question et son âge et profession tel « Luljeta Ramadani, 20 ans, étudiante ».

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Document n° 14 : Extrait du journal Prozor (en albanais) numéro 12 de l’année 2008.

Document n°15 : Extrait du journal Dritarja (en serbe) numéro 12 de l’année 2008.

En plus de cela, la KFOR distribue aussi parfois des tracts ou divers produits dérivés tels des porte-clés. La photo suivante montre un autocollant issu de la campagne K4 family que nous avons déjà évoquée, il a été distribué aux personnels travaillant pour la KFOR afin de leur faire partager l’idée qu’ils forment une grande famille avec les militaires.

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Document n° 16 : Autocollant de la KFOR devant la station de lavage des véhicules danois à Mitrovica/Mitrovicë en avril 2008.

d) Radio K4 La KFOR est présente sur tous les supports. Elle est ainsi très présente sur les ondes grâce à la radio K4. Celle-ci émet depuis 1999 de studios situés à Filmcity et est animée par des locaux qui sont payés par la KFOR. Cette radio est une des plus écoutée au Kosovo. En plus de sa musique et d’autres éléments plaisants, elle passe des messages plus ou moins directement afin de faciliter la mission de la KFOR. e) Des spots télévisés Sur les chaînes kosovares, la KFOR investit dans des spots plus ou moins longs qui d’après un colonel rencontré « marchent bien ». Il faut néanmoins rappeler qu’au Kosovo, la population dispose d’énormément de chaînes, recevant aussi les chaînes d’Albanie, ce qui limite un peu la portée de ces spots. On peut, pour illustrer la « publicité » sur ce support, décrire un spot passé le 13 avril 2008 sur la chaîne KTV. Dans celui-ci, durant plus de 30 secondes, on voit d’abord défiler les chiffres de 1 à 7 avec marqué en dessous ce qu’on peut traduire par « KFOR 7 jours sur 7 », puis au centre de l’écusson de la KFOR on voit de très nombreuses scènes défiler : un véhicule de la KFOR rouler, des soldats descendre d’un camion en sautant, un soldat portant un gilet fluorescent à un checkpoint, un militaire au poste de mitrailleur de son véhicule, un convoi militaire et un soldat en gilet fluoresçant faire la circulation. Ensuite, on retrouve le blason de la KFOR avec le slogan « KFOR prête et déterminée ». Puis on assiste à un deuxième défilé d’images avec un véhicule sortant d’un garage, des militaires équipés pour faire face à des émeutes, un conducteur de véhicule, un soldat et son arme, un hélicoptère, des soldats marchant. Ensuite, toutes les scènes passées apparaissent à l’écran avant que le blason de la KFOR ne réapparaisse avec marqué cette fois « KFOR, une force, une mission, paix et détermination ». Toutes ces scènes permettent de montrer la force et les moyens de la KFOR, tout en banalisant encore un peu plus la présence de la KFOR. 88

B) L’occupation et le contrôle de l’espace
1) Le partage de l’espace
La zone particulièrement sensible du nord oblige la KFOR à ne pas « faire reposer sur une nation la responsabilité d’une zone ». Cette phrase essentielle du Colonel Cotard1 résume les problématiques auxquels sont confrontés les responsables de la KFOR. Il ne faut pas que des populations puissent accuser une nation d’être responsable des actions militaires. Les espaces confiés aux quatre bataillons de la zone nord évoluent sans cesse. On ne peut établir de limites fixes. Ainsi si une région confiée à un des bataillons devient plus tendue on lui réduit son espace. De même si un bataillon est occupé (par exemple lorsque de nouveaux soldats s’installent) on réduit la charge, et donc l’espace sous la responsabilité du bataillon. Dans le contrôle de l’espace deux choses sont à comprendre avant tout. Tout d’abord il n’y a qu’un seul commandant pour un espace donné. La frontière est donc rigoureuse. Ensuite plus l’espace confié à une unité est réduit plus le contrôle est efficace, la densité étant plus grande. Il existe cependant quelques constantes : les Danois occupent le sud est, les Grecs le nord de Mitrovica/Mitrovicë et les Français le reste, l’extrême nord étant plus complexe comme nous le verrons. Cette présence régulière permet une meilleure connaissance du terrain. Une fois encore le découpage n’est pas fait au hasard. On constate ainsi que les Grecs ont l’espace en charge du monastère de Sokalica dont ils se sentent proche de part leur religion. Il est un peu surprenant de remarquer que les Grecs ont un espace où vivent quasiment exclusivement des Serbes. Cela peut poser problème, car, comme nous l’avons vu une armée ne fréquentant qu’un type de population finit par prendre son parti. Les Français et les Danois ont eux une zone mixte. On peut noter que les Français ont la zone la plus stratégique puisqu’ils contrôlent l’axe allant de Pristina/Pristinë à Mitrovica/Mitrovicë. Il est très intéressant de remarquer que (voir les cartes) les zones contrôlées par les trois nationalités ayant un bataillon se recoupent en un point. Celui-ci correspond à la ville de Mitrovica/Mitrovicë. Ce point commun permet d’avoir à l’endroit où se déroule les incidents les plus difficiles à gérer les forces de trois bataillons, mais aussi de montrer à tous que ce ne sont pas les Français qui agissent seuls mais bien une force multinationale mandatée par l’ONU. L’action est alors légitimée. Le cas de l’extrême nord est particulier. En effet c’est une zone à part. Celle-ci est sous la responsabilité des deux compagnies qui y stationnent. Pour l’instant l’une est
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Entretien réalisé le 5 avril 2008 à Filmcity

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française. La France s’est ainsi engagée à la maintenir pour un an. L’autre tourne très régulièrement. Des Américains ont ainsi été présents jusqu’au 29/03/2008 remplaçant des Hongrois et se faisant remplacer par des Turcs. La phrase du colonel Cotard prend ici tout son sens. Les quatre cartes suivantes montrent comment les espaces ont varié à trois moments différents. La dernière, juste après la crise du tribunal est particulièrement intéressante. En effet on voit que les réserves de l’OTAN (ORF) occupent le sud de la zone. Cela permet aux Danois et aux Français de mieux se concentrer sur les régions à problèmes en mettant à profit leur connaissance du terrain. Les troupes germanophones s’occupent d’une zone assez calme pendant ce temps, zone où elles étaient déjà venues en novembre. Cela montre que la gestion de crise avait été planifiée, dans un contexte où les rumeurs de déclaration d’indépendance étaient nombreuses. Schémas n°3 à n°6 (BG) : La répartition de l’espace entre les différentes unités dans le temps.

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2) Les installations de la KFOR et leurs répartitions face à l’évolution de la situation
Lors de l’arrivée de la KFOR au Kosovo les militaires ont investi la totalité de l’espace. Ils étaient ainsi omniprésents. Ils ont occupé de très nombreux points, en récupérant en priorité les installations militaires yougoslaves laissées à l’abandon. Ces installations présentaient un double intérêt : elles étaient adaptées aux activités militaires et ne posaient aucun problème avec les populations, les bâtiments ne servant à personne. On peut citer l’exemple du camp de Plana. Le très grand nombre de postes a obligé les militaires à trouver d’autres lieux. Ils ont ainsi investi un centre culturel, un gymnase ou une ancienne usine de remorques. En plus de cela les militaires ont même parfois déplacé des gens. L’installation du poste Eva dans une maison a obligé l’armée à reloger les habitants de celle-ci. La ville de Mitrovica/Mitrovicë au centre de tous les problèmes a vu une concentration des militaires et de leurs installations en son sein. Le Colonel de Courrège qui gérait la ville en 2001 se souvient ainsi qu’en 2001 plus de 27 postes étaient établis dans la ville. La taille de ces derniers variait du simple VAB établi devant une maison à une véritable base. A partir de 2001 le général Valentin qui commandait alors la KFOR a mis en place « l’unfixing stratégie1 » (voir schéma sur l’évolution de l’organisation spatiale) qui a constitué une véritable révolution spatiale. Avec ce concept les habitants du Kosovo ne trouvaient plus les militaires à des places fixes, même si ces derniers restaient très présents. Il s’agissait de déshabituer les gens à une présence qui les protège afin de les « éduquer », de leur montrer que vivre ensemble sans violence est possible, même si la KFOR n’est pas là. On donne ainsi des responsabilités aux locaux et la possibilité de sortir de la crise. Ce retrait symbolique a eu des conséquences intéressantes. Ainsi lors de départ de VAB, des habitants ont manifesté pour que la présence militaire revienne à temps plein. Cela montre que la KFOR est appréciée et que l’idée de vivre ensemble paisiblement était difficile à imaginer pour les habitants. Avec cette stratégie les patrouilles se sont multipliées. La présence militaire restait visible. Celle-ci quadrillant l’espace selon les besoins et le calme de la situation. Ensuite, progressivement et en tenant compte de la situation, les forces se sont redéployées, pour les mêmes raisons qu’à été mise en place « l’unfixing stratégie » et pour ne pas donner l’idée à la population que la KFOR était une armée d’occupation dans un espace
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On peut traduire ce concept par « stratégie du non fixement »

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stabilisé. Un grand nombre de postes ont alors été fermés. De plus les camps se sont éloignés des centres villes, copiant le modèle américain. Ces derniers lorsqu’ils s’implantent se placent toujours dans des lieux déserts et amènent tout dans leur camp de façon à ne pas avoir à en sortir. On peut ainsi remarquer qu’à Filmcity les Américains ont installé un burger King par exemple. La pratique de l’espace et les contacts avec les populations sont très limités dans cette approche. Dans une recherche d’économie de troupes et de moyens, des projets ont été développés. Un des plus importants était l’idée d’une fusion des zones française et britannique. Ce projet a eu de grandes conséquences puisqu’on a alors choisi de déplacer l’Etat Major à Novo-Selo. Ce village est en effet proche de l’axe capital qui relie Mitrovica/Mitrovicë à Pristina/Pristinë et est proche de cette dernière ville. Si la réunion avait eu lieu, Novo Selo aurait eu une place centrale dans la nouvelle zone. Le nom de ce camp est officiellement De Lattre de Tassigny, mais il est appelé Novo Selo la plupart du temps.

Document n° 17 : Image satellite de l’environnement du camp de Novo Selo : un espace isolé proche de l’axe principal.

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Les grands camps sur l’axe Mitrovica/Mitrovicë / Pristina/Pristinë en dehors des villes ont été développés (Belvédère, Plana et Novo Selo). Serment de Koufra, l’ancien QG, ou Nothing Hill ont eux été abandonnés, permettant de faire des économies. Hors de ces derniers des implantations sont restées à Mitrovica/Mitrovicë afin de contrôler en permanence les ponts. En effet le contrôle de ses derniers doit être permanent et l’intervention en cas de conflits immédiate. Concession et Cambronne ont donc été conservés. Le premier de ces postes de combat a même été agrandi. L’espace vide entre le camp et la passerelle a été occupé et entouré de barbelés suite aux manifestations de 2004. Cette occupation de ce qui servait de parking permet d’obliger la foule à faire un large détour pour passer du pont Austerlitz à la passerelle. Le contrôle de l’espace devient plus simple. La dernière évolution majeure du maillage de l’espace par les camps a eu lieu en 2006 lorsqu’il a été décidé de rouvrir le camp de Nothing Hill. Cette réouverture a mis fin à une période où la partie serbe n’avait pas de camp sur son sol. Elle pouvait alors sembler « libre », pas concernée par cette force au Kosovo, et préparer ainsi un retour en Serbie. Les postes de Cambronne et Concession, tous deux rive sud, pouvaient être alors envisagés comme deux futurs postes de frontière. En réoccupant Nothing Hill, la KFOR a donc montré aux Serbes du nord qu’elle était toujours bien présente et qu’une sécession n’était pas encouragée par l’absence de troupes. La KFOR ne fait pas de politique et doit donc remplir sa mission avec impartialité. Choisir de ne pas être présent au nord de l’Ibar était trop lourd de sens. Aujourd’hui, il y a donc cinq camps principaux, à Belvédère, Plana, Novo Selo, Olaf rye et Alexandre le grand. Le camp de Nothing Hill est lui une exception comme nous l’avons vu, en étant un symbole de la présence KFOR dans le nord1. En plus de cela, il y a de petits postes occupés en permanence (devant les ponts de Mitrovica/Mitrovicë, à proximité des monastères), des patrouilles et de petits postes organisés autour d’un véhicule un peu partout, selon les besoins, comme nous le verrons dans la partie suivante.

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Des photos des camps ont été mises en annexe pour ne pas gêner la lecture

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Schémas n°7 à n°10 (BG) : L’évolution de l’organisation de l’espace par les militaires.

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On peut remarquer que la concentration d’installations est relativement importante comparée aux autres zones. Cinq des seize installations représentées sur la carte suivante sont ainsi dans la zone Nord. Cela est dû aux nombreuses crises et à l’histoire de la région. Comme nous l’avons vu ces cinq bases sont tout ce qui reste d’un maillage qui était autrefois beaucoup plus important. A l’avenir, selon l’évolution de la situation, d’autres camps pourraient fermer, tel Plana. On peut aussi imaginer que les Grecs et les Danois, qui ont aujourd’hui leurs propres camps rejoindront les camps les plus importants.

Carte n° 5 (KFOR 2008) : Les camps de la KFOR au Kosovo.

3) La protection d’espaces menacés
A ces grosses installations s’opposent des petits postes temporaires servant à remplir une mission bien définie. Au début de la présence militaire internationale, les check points et les petits postes étaient installés partout. La mise en place du concept d’Unfixing stratégie à partir de 2001 a fait disparaître beaucoup de ces postes fixes, dans le but, comme nous l’avons vu, de déshabituer les populations à la présence militaire et de les responsabiliser. Certains 95

points sont néanmoins toujours gardés en continu. Comme le faisait remarquer le Colonel Gogenheim lors de sa mission en 2005 « On [la KFOR] ne peut pas rester, on entretient un climat de tension à être aussi présent ». Le concept d’unfixing stratégie a ainsi été sérieusement remis en question après les affrontements de 2004. Le père Ksenofon, du monastère de Visoki Decani rappelait ainsi en 2006 : «Beaucoup de gens pensaient que nous étions paranoïaques, et qu’il était temps d’alléger le dispositif de sécurité devant les églises et les monastères serbes. On a vu le résultat. Il y a deux ans, le général Valentin, qui commandait la KFOR, aurait même voulu lever les check-points autour de notre monastère de Visoki Decani, mais notre higoumène a insisté pour que la protection soit maintenue». Aujourd’hui, les enclaves et les monuments historiques sont toujours protégés, de même que la frontière. Pour voir comment ils sont protégés nous allons prendre deux exemples, avant de s’intéresser à la frontière. a) Le checkpoint comme moyen de se montrer Le checkpoint permet dans des moments précis (en hight visibility notamment) de montrer la présence de la KFOR et de la loi à un endroit choisi. Il est aussi particulièrement utilisé pour trouver des armes où de la drogue entre autres choses. Pour voir à quoi ressemble un checkpoint, on peut rapporter l’exemple d’un bus contrôlé par les Allemands le 4 avril 2008 a l’entrée de Mitrovica/Mitrovicë vers 13 heures. Ce dernier a mobilisé un peu plus de quinze hommes et femmes, deux voitures et trois gros véhicules blindés. Tout commence avec les gestes d’un homme avec un gilet fluorescent qui fait signe au véhicule de s’arrêter (première photo). Tout de suite la KFOR montre sa force pour éviter toute résistance. C’est cela qui explique la présence du véhicule blindé à côté de lui. Ensuite, tous les passagers sont invités à descendre et les hommes et les femmes sont séparés (deuxième photo). Il s’en suit une fouille individuelle et minutieuse de chaque individu, alors que le bus est fouillé pendant ce temps. Il faut remarquer que les femmes bénéficient d’un traitement particulier : elles ne sont fouillées que par des femmes et cela à l’abri des regards, derrière une bâche, comme on le voit sur la quatrième photo. Quand la KFOR trouve des armes, elle les détruit à l’aide de scie à métaux. Les recherches peuvent être aléatoires et prendre la forme d’un checkpoint sur une route. Néanmoins, tout n’est pas laissé au hasard, ainsi, il existe à Filmcity un bureau qui collecte et enquête exclusivement sur ce sujet. S’il trouve une piste, il envoie l’information à la task force concernée qui mènera l’opération de récupération.

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Photos n° 20 à n° 23 (BG, avril 2008) : Exemple du déroulement d’un check point à l’entrée de Mitrovica/Mitrovicë.

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b) La protection d’enclaves à travers l’exemple de l’organisation de l’espace à Priludje Priludje est une enclave peuplée de Serbes et de Roms est sur l’axe reliant Novo Selo à Pristina/Pristinë, dans une région peuplée d’Albanais. Pour la protéger il y a en permanence un blindé dans le centre du village comme on le voit sur la photo suivante. Parmi les militaires occupant ce blindé, un est chargé de rester debout à son côté pour assurer une véritable présence physique comme on le voit sur la photo suivante. L’encrage dans l’espace est marqué par des triangles de signalisation de chaque côté du blindé. Cette photo est particulièrement intéressante. En effet au deuxième plan on remarque un panneau de signalisation qui était bilingue et dont les noms albanais ont été barrés. Devant on voit un panneau d’affichage où il est gravé à coté des lambeaux d’une affiche électorale serbe, KFOR ACM, ce qui indique que ce dernier a été financé par la France, les autres pays préférant à ACM le cigle anglais CIMIC. En plus de cette « base » que constitue le blindé, des patrouilles passent régulièrement. Lors de mon passage1, j’ai ainsi croisé une P4 avec des militaires français. Cette présence est assez symbolique, mais elle montre que la KFOR est là. S’il y avait des troubles, des renforts seraient alors rapidement dépêchés sur place à partir du camp de Novo Selo qui est assez proche.

Photo n° 24 (BG avril 2008) : La KFOR dans l’enclave de Priludje.

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Le 14 mars 2008

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c) La protection de monuments à travers l’exemple de l’organisation de l’espace au monastère de Devic Si le nombre de monastères et de sites protégés par la KFOR dans la zone de responsabilité de la TFMN-N est peu élevé, deux retiennent cependant l’attention : Sokalica, au nord, protégé par les Grecs et Devic, en pleine zone de peuplement albanais, qui a été brûlé en 2004. Devic est aujourd’hui en restauration. Le site est habité par des ouvriers, tous serbes et trois sœurs qui vivent entre le monastère et Mitrovica/Mitrovicë où sont les autres sœurs qui ont quitté le monastère en 2004. Elles disposent donc d’une voiture et sont protégées dans leurs déplacements par la KFOR. Entrer dans ce monastère est une expérience particulière. Pour y arriver, il faut suivre longuement une route en terre bordée de barbelés. Ensuite, on se retrouve face à un double barrage de barbelés (voir le schéma suivant). Les militaires qui logent en permanence dans ce monastère ouvrent le premier barrage puis, une fois la voiture « coincée » entre les deux barrages, comme le montre la photo suivante prise en quittant le monastère, un militaire vient à la rencontre des conducteurs. Visiter le monastère ne pose pas de problème, les militaires gardent néanmoins les passeports et un soldat accompagne en permanence le visiteur. Rares sont cependant les visiteurs qui s’y présentent : les soldats allemands présents sur le site depuis près d’un mois n’avaient vu aucun visiteur avant moi. Dans d’autres lieux de l’Orthodoxie au Kosovo plus visités, la KFOR s’est adaptée au tourisme. Ainsi à Pec/Peja, à la patriarchie orthodoxe, hors du secteur sous la responsabilité de la TFMN-N, les Italiens ont mis en place des horaires de visite et donnent des badges aux visiteurs en échange de leur passeport. Photo n° 25 (BG avril 2008) : La sortie du monastère de Devic :

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Les militaires présents dans ce monastère étaient 24 le 16 avril 2008. Ce chiffre évolue sans cesse. Il n’est ainsi pas rare que le nombre de soldats sur place atteigne le chiffre de 40. Ces militaires disposent de plusieurs corimakes avec cuisine et appareils de musculation (comme on l’a vu sur la page d’illustration sur les camps militaires). Ils ont un petit parc de véhicules. Dans celui-ci on retrouve deux blindés disposés à l’entrée, et quelques jeeps et camions ainsi qu’une ambulance stationnée face à la base (voir schéma).

Schéma n°7 : La KFOR au monastère de Devic.

Les contacts qu’ont les Allemands avec les sœurs sont assez mauvais. Le soldat qui m’accompagnait disait ainsi : « elles veulent qu’on les laisse ». Cela rendait mon guide albanais incrédule déclarant ainsi : « si la KFOR part aujourd’hui le monastère sera brûlé d’ici demain ». Le militaire chargé de m’accompagner est resté en arrière quand j’ai voulu parler avec les sœurs. Il s’est ainsi arrêté avant la porte. Le militaire de la KFOR a ainsi pour ordre de ne pas déranger. Il a pour cela une règle à respecter : celle de ne pas rentrer avec une arme dans les lieux de culte. Cette règle a posé problème au soldat qui m’accompagnait qui s’est retrouvé pris entre deux ordres : celui de nous accompagner partout et celui de ne pas rentrer armé dans un lieu de culte. Il a choisi de rentrer dans l’église, ne restant qu’à quelques mètres de la porte tout le temps, ce qui lui a quand même valu à la sortie un petit signe de la sœur qui a tapoté son arme. 100

Si les contacts avec les Allemands ne sont pas faciles, ils étaient meilleurs avec les Français qui sont restés beaucoup plus longtemps et qui vont retourner sur place une fois que la réserve allemande aura quitté le Kosovo. Les Français se sont particulièrement faits

remarquer lorsqu’une équipe est allée chercher au fond d’un puits des objets religieux que les Albanais y avaient jeté en 2004. Un article sur ce sauvetage culturel est paru dans KFOR chronicle avec comme titre le puits de Devic : les soldats s’enfoncent dans le noir. On voit ici les illustrations de l’article : à gauche une icône de bois récupérée au fond du puits représentant St Vilisi Ostroski donné par le monastère de Ostrog (Monténégro) en 2000. Ensuite on trouve une photo de la descente et enfin on voit les soldats poser avec l’icône retrouvée et une des sœurs. Photos n°26 à n°28 (KFOR chronicle, 2007) : La KFOR au service du monastère de Devic.

d) La question des frontières et le travail d’escorte Comme le définit la résolution 1244, la KFOR doit « exercer les fonctions requises en matière de surveillance des frontières », une définition peu précise. La TFMN-N doit donc s’occuper des frontières du Kosovo de sa zone. Comme le fait remarquer un des LEGAD, il ne s’agit pas d’une frontière internationale puisqu’elle n’est pas reconnue de tous. Cela pose 101

un certain nombre de problèmes juridiques. Par exemple, les gens ayant quitté le Kosovo suite aux émeutes de 2004 pour se réfugier en Serbie sont ils des réfugiés ou des déplacés ? Dans le premier cas, on considère qu’ils ont traversé une frontière, contrairement au deuxième. Les montagnes font que les routes franchissant cette frontière sont peu nombreuses. Le principal point de passage est celui de Jarinje, appelé par la KFOR Gate 1, qui conduit à Belgrade, il est donc assez stratégique. Il existe un autre passage plus modeste à Banka, appelé DOG 31. Les autres passages sont de petites routes de montagne peu praticables. Sur la carte du dossier de presse déjà cité, la carte présentant les passages cite le point de passage DOG 2 également, qu’on peut localiser sur la carte suivante. La frontière dont s’occupe la TFMN-N sépare uniquement des serbes kosovars de la Serbie, un cas original puisque c’est le seul endroit du Kosovo où cela existe. Cette situation rend les choses complexes. En effet, les Serbes ne reconnaissant pas la frontière, ils se plaisent à la traverser souvent pour montrer qu’ils sont chez eux des deux côtés. D’après le LEGAD précédemment cité, suite à la déclaration d’indépendance, le trafic a augmenté pour délivrer ce message. Il y a parfois des tensions, comme le prouve la récente destruction des postes frontaliers Gate 1 et DOG 31. De même exiger des droits de douane ici est considéré comme de la provocation. Le 17 avril 2001, suite à la décision de la MINUK d’introduire des taxes douanières de 15% sur les marchandises en provenance de Serbie, les Serbes du Kosovo ont bloqué les routes menant à Mitrovica pour protester. La voiture des douanes sur la photo illustrant le poste de Cambronne en annexe, à la sortie du deuxième pont de Mitrovica/Mitrovicë, est très symbolique : elle montre que la véritable frontière est l’Ibar. Les exemples pour illustrer cela sont nombreux. Par exemple il est impossible d’aller dans la partie serbe avec une voiture albanaise : la plaque d’immatriculation risque en effet de poser problème. Pour s’y rendre la seule solution est de démonter la plaque. Pour le vérifier j’ai demandé à des Albanais de m’y conduire : ils m’ont tous répondu que cela n’était pas possible, malgré leur bonne volonté. Le Kosovo est donc déjà coupé. La frontière entre la Serbie et le Kosovo voit les échanges encore baisser depuis l’indépendance alors qu’ils avaient toujours été nombreux. Les difficultés administratives en sont les principales causes. Cela est illustré dans un article de Nikola Lazić publié sur le site de Le courrier des Balkans1 : « Les entreprises d’exportation de Serbie ont l’obligation légale de traiter le Kosovo comme une partie de la Serbie sur leurs factures. Cependant, les douanes
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http://balkans.courriers.info/article10511.html Kosovo-Serbie : l’effondrement du commerce transfrontalier Traduit par Stéphane Surprenant Publié dans la presse : 20 mai 2008

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du Kosovo ne laisseront pas entrer de telles marchandises sur leur territoire. De même, bien que les véhicules immatriculés en Serbie puissent entrer au Kosovo, les véhicules portant des plaques d’immatriculation du Kosovo n’ont pas le droit de passer en Serbie. Cette complication ne peut être surmontée que d’une manière plutôt onéreuse, c’est-à-dire en envoyant deux camions simultanément dans la zone frontalière longue de plusieurs kilomètres, où ils peuvent en théorie échanger leurs cargaisons. » Le 26 août 2008, j’ai franchi en bus la frontière à Gate 1 : cela s’est fait sans aucun contrôle d’identité. La destruction des postes frontières en mars 2008 a montré que toute activité de contrôle serait particulièrement dangereuse. Néammois, les troupes de l’ONU sont présentes en nombre et armées. La présence de la KFOR n’était visible qu’à travers un VBL de l’armée grecque. La KFOR tentent de prévenir la contrebande et les autres actions illégales. L’armée serbe est un partenaire de la KFOR qui collabore activement avec. Toutes les semaines une patrouille synchronisée est organisée. Ces bonnes relations sont surprenantes mais bien réelles.

Carte n° 6 (BG) : La frontière entre le Kosovo et la Serbie.

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C) La gestion des crises.
1) Juin 1999 - juin 2001 : la gestion de l’impossible
Ces deux années sont marquées par un paradoxe. En effet, alors que les Français déclaraient ne pas vouloir créer de partition à Mitrovica/Mitrovicë, comme le général Pierre de Saqui de Sannes, commandant ce qui est devenu la TFMN-N qui disait en mars 2000 : « On ne peut cautionner la partition de la ville [de Mitrovica/Mitrovicë] », cette période a vu la séparation des populations, ce qui constitue le reproche majeur aujourd’hui encore à la KFOR et en particulier aux Français. Les crises pendant cette période où la tension était toujours importante ont été régulières. Lors de ces dernières, la KFOR a choisi à chaque fois de s’interposer, de se placer entre les belligérants serbes et albanais. Elle a ainsi été très souvent présente sur le pont, par où tous devaient passer pour trouver leur adversaire. C’est pour cette raison que le pont principal de Mitrovica/Mitrovicë a longtemps été très protégé : des VAB étant présents en permanence sur ce dernier. Cela n’a pas toujours suffi. Ainsi le 9 avril 2000, une centaine de Serbes ont réussi à franchir le pont pour aller affronter des Albanais manifestant leur soutien à l’UCK. De plus, toujours dans cette logique de séparation de l’espace, un projet de mur a existé. On n’a renoncé à le construire que le 6 juin 2001. La construction de ce dernier aurait montré très symboliquement la coupure entre la ville, mais aussi la coupure entre les Serbes et les Albanais. Le « mur frontière » est un symbole fort qu’on retrouve régulièrement. On peut ainsi penser au rideau de fer, au « mur de la honte » à Berlin, ou encore au mur en construction qui sépare les Israéliens de leurs voisins. A l’inverse d’un mur on a construit un pont, un symbole lui aussi extrêmement fort, sensé être le symbole du rapprochement des communautés. Cette présence sur le pont a sans doute été absolument décisive au début. Ainsi on peut supposer que sans elle, l’UCK aurait continué sa progression, commencée avec le départ des troupes de Belgrade du Kosovo. Les Serbes auraient été chassés du Nord de l’Ibar, comme ils l’ont été de très nombreux endroits du Kosovo en 1999. Cette prise de position déterminante a été le fait des Français. Un membre de l’ONU m’a ainsi confié que si les Américains avaient occupé le secteur nord, l’UCK aurait sans doute mis fin à la présence serbe dans le nord du Kosovo. Ainsi si la KFOR est un tout, tous les contingents ne remplissent pas toujours leur mission de la même façon. Cette décision fait beaucoup parler que les Albanais font

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aujourd’hui. Beaucoup pensent ainsi que le responsable du blocage du pont est le président Jacques Chirac qui aurait voulu protéger les Serbes, alliés traditionnels de la France. La KFOR n’a jamais vraiment été en mesure d’assurer pendant ces crises la sécurité des minorités et de leurs biens dans leurs « enclaves ». Ainsi, quand ces derniers étaient en danger, la KFOR les évacuait vers des lieux plus paisibles, renforçant la division de la ville. Entre le 2 et le 10 février 2000, 1700 personnes, des Albanais, des Musulmans slaves et des Turcs, ont dû quitter la partie nord de la ville. La crise passée, les militaires ont toujours tenté de favoriser le retour des populations déplacées. Ces tentatives ont souvent été vaines. Le 3 mars 2000, une tentative de réinsertion de population albanaise dans le nord de Mitrovica/Mitrovicë a déclenché une manifestation serbe. L’extrait de la chronologie présent en annexe réalisée par la commission de retour aux réfugiés et le Centre d’information géopolitique illustre l’échec de la tentative : si des véhicules blindés sont utilisés pour que les Albanais passent au nord, il est difficile de les imaginer vivre ensuite sans une grande protection. Document n° 18 : Extrait de la chronologie de l’année 2000 réalisée par la commission de retour aux réfugiés et le Centre d’information géopolitique.

La KFOR avec le processus d’homogénéisation progressif des deux rives de l’Ibar a vu les manifestations baisser. Elle a surtout cherché à les éviter notamment en aménageant l’espace. Ainsi pour relier l’enclave des trois tours à la rive albanaise, les militaires ont mis en place une passerelle (voir photo en couverture) dès le 31 mars 2000. Cela évite aux Albanais vivant dans les trois tours de passer par le pont principal pour rejoindre la rive Sud et donc de traverser des quartiers serbes. Le bilan de la KFOR pendant cette série d’affrontements est mitigé. La KFOR a su faire preuve de retenue. Elle n’a ainsi pas perdu d’homme et seul un tireur albanais embusqué a été tué. Les affrontements entre les deux communautés n’ont de même jamais tourné au massacre. Néanmoins, un nettoyage ethnique a eu lieu, la KFOR n’a su l’empêcher. Le Nord s’est ainsi séparé du Sud, peut-être définitivement, malgré des réalités géographiques incohérentes : la plupart des cimetières musulmans sont au nord, et, à l’inverse, les principaux cimetières orthodoxes et l’église principale sont au Sud. Je ne pense pas que la KFOR ait eu

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les moyens d’empêcher cette séparation après la violence de l’année 1999. La KFOR a-t-elle alors facilité un nettoyage ethnique relativement progressif et paisible ? Peut-être

2) La crise du 17 et 18 Mars 2004 : l’erreur impardonnable
En mars 2004 s’est déroulée la crise la plus violente au Kosovo depuis le début du protectorat international. En deux jours le Kosovo a changé de visage. Les Albanais ont su utiliser tous les points faibles de la KFOR pour cette recomposition de l’espace. La question de l’organisation de cette crise reste un mystère. Tous mes interlocuteurs sont en tous cas persuadé que tout était planifié. L’efficacité et la brièveté de l’action nous insiste à accorder crédit à cette thèse. Les trafiquants en tous genres peuvent être accusés. On vient en effet de voir que la crise est indispensable pour eux et que durant ces émeutes il semble qu’ils aient très largement profité de la perméabilité des frontières. On peut aussi accuser les nationalistes albanais qui ont vu leurs projets facilités par ces événements. Il faut remarquer que la structure clanique de la société albanaise facilite les organisations de ce type. Enfin, dans tous les témoignages, il est expliqué que des radicaux encadraient les foules. Une meilleure connaissance de ces derniers permettrait sans doute d’en apprendre plus sur les coupables. Seules 424 inculpations et 211 condamnations ont été prononcées fin 2005, alors que plus de 50 000 personnes ont participé à ces émeutes. Je ne crois pas que la KFOR avait conscience que des émeutes se préparaient. Derens pense le contraire. Il a ainsi écrit1 : « l’exemple de Prizren [où les Allemands ont évacué la soixantaine de civils serbes qui vivaient encore dans le centre de Prizren avant le début des émeutes] prouvent trois choses : les émeutes étaient parfaitement planifiées et organisées, les services de renseignements occidentaux étaient au courant de l’imminence de ce qui allait se produire et le choix politique de ne pas s’interposer à ces émeutes a été pris ». Je pense que cette phrase est à relativiser : les services de renseignements n’ont sans doute pas pris la mesure de l’étendue des émeutes en préparation et, si des informations ont bien été recueillies sur leur préparation, elles ont très mal circulé. Les militaires ont ainsi été véritablement surpris et débordés. La question d’un choix politique de ne pas intervenir est là aussi complexe. Il me semble que chaque pays a donné des instructions différentes à ses soldats. Les bilans de la KFOR face à ces émeutes sont plus ou moins mauvais selon le contingent gérant la crise. Rappelons que ces émeutes ont été déclenchées suite à la noyade de deux enfants, Egzon Delie, 13 ans et Avni Veseli, 12 ans, dans l’Ibar, près de Mitrovica/Mitrovicë, à cause d’enfants serbes le 16 mars. Cette version a été véritablement « matraquée » par les médias

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Kosovo, année zéro, Editions Paris Méditerranée, 2006, page 240

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albanais. On peut se demander si ces derniers n’ont pas été les complices de cette opération en assurant un relais partial et continu de l’information. Le rôle des médias est toujours important lors du déclenchement de tels événements. On peut ainsi constater qu’au Rwanda en 1994, le commencement du génocide, lui aussi préparé dans des conditions obscures, a été largement encouragé par la radio qui répétait : « il faut couper les grands arbres ». Aujourd’hui le témoignage de l’enfant qui a servi à établir les causes de la noyade apparaît de moins en moins crédible. On peut remarquer que le nombre d’enfants noyés varie. Derens dans son livre parle de 2 noyés alors qu’un rapport d’Amnesty de 20041 en évoque trois. Ces imprécisions renforcent l’idée de flou. De plus il faut remarquer qu’au commencement des émeutes, le climat était particulièrement tendu au Kosovo : les Serbes manifestaient un peu partout dans le Kosovo, bloquant parfois les axes de circulation. Ces manifestations se déroulaient suite au meurtre d’un Serbe de 18 ans par des tireurs inconnus à Caglavica, près de Gračanica. Le lendemain de cette noyade, les violences ont commencé dans tout le Kosovo, pour finir dès le 18. La KFOR a donc « «perdu le contrôle de la situation » seulement deux jours. Pourtant les destructions et violences ont été extrêmement nombreuses dans tout le Kosovo. Le Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a rédigé un rapport sur les événements de mars devant le Conseil de sécurité le 30 avril 2004 où il faisait le bilan des destructions : « Au total 19 personnes sont décédées au cours de ces violences, parmi lesquelles 11 Albanais du Kosovo et 8 Serbes du Kosovo, et 954 personnes ont été blessées au cours des affrontements. De plus, 65 membres de la police internationale, 58 membres du service de police du Kosovo (KPS – Kosovo Police Service) et 61 personnes appartenant à la Force de paix du Kosovo (KFOR) ont été blessés. Environ 730 maisons appartenant aux minorités, principalement des Serbes du Kosovo, ont été endommagées ou détruites. Au cours des attaques contre le patrimoine culturel et religieux du Kosovo, 36 églises orthodoxes, monastères et autres lieux religieux et culturels ont été endommagés ou détruits. Les violences de mars ont complètement inversé le processus de retour au pays. Les zones occupées par les minorités ont été prises pour cibles, pour montrer que les minorités et les personnes qui rentraient au pays n'étaient pas les bienvenues au Kosovo. En moins de 48 heures, 4100 membres des minorités ont été déplacés une fois de plus, et ce nombre dépasse le total de 3664 qui étaient revenus pendant l'année 2003. La majorité de ceux qui ont fui se trouvaient dans les régions

1

Document public Amnesty International : Violence de mars 2004. La KFOR et la MINUK n’ont pas protégés les droits des groupes minoritaires AI : EUR 70/016/2004 Section française 04 COO 346.

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de Pristina et de Mitrovica sud (respectivement 42% et 40 %), mais toutes les régions du Kosovo ont été concernées par ces déplacements. Parmi les personnes déplacées, 82 % sont des Serbes du Kosovo et les 18 % qui restent comprennent des Roms et des Askhalis. On estime que 350 Albanais du Kosovo ont été déplacés depuis le secteur nord de Mitrovica.». Dans ce bilan il faut remarquer que le nombre de morts est malgré la gravité des événements très faible. Le terme de « nettoyage ethnique » a été utilisé par le Commandant de l'Otan pour le sud-est de l'Europe, l'amiral Gregory Johnson pour décrire ces événements. La zone de responsabilité de la TFMN-N a été une des régions les plus touchées. La crise a entraîné des affrontements violents à Mitrovica/Mitrovicë entre les deux communautés, de nombreuses destructions de maisons (comme le montre la carte suivante) et de bâtiments faisant parti du patrimoine religieux. Le monastère de Devic a ainsi été brûlé. Les violences commises par les Albanais ont entraîné une réaction des Serbes dans les endroits où ils étaient majoritaires, copiant les procédés albanais.

Carte n° 7 (armée française) : Les destructions de maisons en 2004.

La KFOR et les Français n’ont pas été à la hauteur de cette soudaine flambée de violence, entre autre à cause d’un optimisme dû au calme relatif avant la crise. A

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Mitrovica/Mitrovicë, elle a tenté de s’interposer sur le pont où elle a été rapidement débordée. Ce sont ainsi les Serbes qui ont dû eux même assurer leur propre sécurité à l’aide de snipers qui ont ouvert le feu sur les Albanais qui tentaient de traverser le pont. La KFOR a aussi imposé un couvre feu dès 19 heures le soir du 17 mars. Si les Français ont assez mal agi dans cette ville, c’est sans doute à cause de l’usage de grenades lancées par des Albanais au début de la journée du 17 mars. Elles ont fait, en plus de sept tués et des centaines de blessés chez les Serbes, onze blessés parmi les troupes de la KFOR, d’après Amnesty. Il s’agissait là d’un message clair et dissuasif pour la KFOR : « Ne tentez pas d’intervenir, nous n’hésiterons pas à tuer ». Comme aujourd’hui les armées « occidentales » ne veulent pas perdre d’hommes, il est évident que la KFOR a dû prendre un peu de recul avant d’agir, alors que tout allait très vite. Cela peut expliquer le désengagement dont elle a fait preuve et l’absence d’assistance aux membres de la MINUK. Un rapport de L’ICG (International Crisis Group) explique ainsi que la KFOR a traité l’ONU comme des « gêneurs ». Dans un rapport déjà cité d’Amnesty appelé la KFOR et la MINUK n'ont pas protégé les droits des groupes minoritaires 1, la gestion des crises à Svinjare/Frashër et à Vucitrn/Vushtrri a été décrite. Cela permet de comprendre ce qu’est véritablement une crise, que nous considérons la plupart du temps à l’aide de chiffres. Il semble donc intéressant de présenter ces témoignages2 qu’a recueillis Amnesty : Documents n° 19, n° 20 et n° 21 : Témoignages recueillis par Amnesty. "Le 18 mars à 16 h 30 j'étais à l'intérieur de ma maison et ma femme m'a dit, 'Regarde !'. Elle avait vu une grosse fumée noire. Je suis allé à la fenêtre et j'ai vu de la fumée noire, et d'après l'endroit où elle se trouvait, je savais que c'était l'église. Un de mes fils a allumé la radio sur la station locale. J'ai entendu un reporter dire que les manifestants avaient brûlé l'église, et il a nommé les gens qui étaient responsables de cet acte. L'église est environ à 15 minutes à pied de chez moi. Au bout de 10 minutes, j'ai vu un groupe d'environ 300 manifestants arriver en courant dans notre secteur. Notre secteur est une zone mixte, où certaines maisons askhalies sont occupées par des Albanais depuis 1999. Ils ont commencé par regarder quelles étaient les maisons des Askhalis. Les voisins les leur ont montrées. Ils [les manifestants] ont commencé à jeter des bouteilles d'essence. Ils avaient des houes, des pelles et des barres de fer. Ils ont sauté les clôtures autour des maisons askhalies et ont commencé à lancer des bouteilles. Ma maison était la troisième de la rangée et ils ont essayé d'entrer [par le portail donnant sur la cour]. Ils sont allés chez mon voisin qui est le porte-parole de la communauté. Entre nos maisons il y a un mur. Ils sont
1 Chacun des Ashkalis dont le témoignage a été recueilli a demandé à ce que son anonymat soit préservé. Lorsqu’il leur a été demandé s’ils avaient raconté les événements mentionnés ci-dessus à la police, ils ont répondu par la négative, et ont dit ne pas faire confiance à la police et craindre de faire l’objet de représailles futures s’ils dévoilaient leur identité.

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entrés dans la cour de sa maison et je ne pouvais pas voir ce qui se passait. J'ai entendu des coups de feu (mais je n'avais pas remarqué de fusils) et des voix nombreuses. Il y a eu un grand bruit. Après les coups de feu, les manifestants ont quitté la cour en fermant les grandes portes de métal. Ils ont reculé de 200 à 300 mètres et commencé à lancer des pierres et des bouteilles pleines d'essence. Ceci s'est produit environ vingt-cinq à trente minutes après leur arrivée. J'ai entendu les sirènes de quelques voitures. J'étais dans ma cour. La famille était dans la maison. J'ai vu les portes de la grille s'ouvrir et j'ai vu la police et j'ai pensé qu'elle venait nous aider. Il y avait des KPS albanais, que j'ai reconnus comme étant préposés à la circulation, et certains des Forces Spéciales Albanaises. Ils [les policiers] m'ont dit de mettre les mains en l'air, et quand ils se sont rapprochés ils m'ont dit de me coucher face contre terre sur le sol. Ils ont commencé à me mettre les menottes, ils étaient très nerveux, ils ont demandé où étaient mes armes et l'un d'entre eux m'a donné plusieurs coups de pied, 3 ou 4 coups du côté droit et plusieurs dans le dos. Ils m'ont dit de me retourner et de me lever, et m'ont dit qu'ils me conduisaient au poste de police... J'ai vu les policiers de la circulation dans ma cour, ils m'ont demandé où étaient mes armes et m'ont insulté en employant de nombreux mots concernant mon origine. Ils m'ont donné des coups dans la poitrine sur la tête. Les manifestants étaient à environ 100 ou 200 mètres, et deux maisons brûlaient." La police a dit "Qu'est-ce qu'on va faire de cet homme?" "Envoyez-le au poste de police". La voiture de police était dehors et quand j'ai passé mon portail j'ai vu les manifestants. Quand ils m'ont vu avec les menottes, les manifestants ont commencé à applaudir et à crier "U Ç K". Le policier qui avait ordonné de m'emmener au poste de police s'appelle A.H.Il était présent quand on m'a frappé, et il a ordonné de m'emmener au poste de police et m'a mis dans la voiture de police, et les manifestants ont essayé de jeter des pierres et de s'approcher de la voiture, mais la police a dit, "vous savez quel est notre accord", et les manifestants se sont arrêtés. Quand nous sommes arrivés au poste de police, ils m'ont fouillé et m'ont dit de m'asseoir sur une chaise et d'attendre. J'étais près du bureau principal du poste de police et j'ai entendu la police recevoir trois ou quatre appels par téléphone [demandant de l'aide]. La police n'en a fait aucun cas. Les gens demandaient que la MINUK ou la KFOR viennent, et ils disaient :"Nous n'avons ni MINUK ni KFOR, nous ne savons pas comment vous aider." On voyait que ça ne les intéressait pas. "

"Une foule de 300 à 400 personnes a ouvert le portail [de sa cour clôturée d'un mur] et a pénétré à l'intérieur, et commencé à briser les vitres des voitures dans la cour et casser les fenêtres de la maison. Ensuite ils ont essayé d'entrer dans la maison en utilisant une petite hache, des barres de fer et des morceaux de bois, ils ont frappé BX [son fils] au front avec une houe. Quand j'ai vu cela j'ai commencé à tirer en l'air et la foule s'est retirée et j'ai fermé le portail. La foule criait "U Ç K, U Ç K ", et commençait à lancer des pierres. J'ai vu des armes mais ils n'ont pas essayé d'entrer à nouveau pendant vingt à vingt-cinq minutes. Nous avons appelé la police dix ou vingt fois, mais ils ne voulaient pas répondre, ils raccrochaient, quand nous leur disions dans quel secteur nous étions, la ligne était coupée. Nous avons demandé à la police d'appeler la KFOR, mais ils ont répondu qu'il n'y en avait pas... Au bout de vingt à vingt-cinq minutes, la police est venue, une partie de la foule

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s'était dispersée mais quand ils ont vu la police arriver ils sont revenus. Au début j'ai été content de voir arriver la police. J'ai vu les policiers du KPS parler à la foule et faire revenir les manifestants. La police a frappé à mon portail, un membre de ma famille est allé ouvrir. Les policiers sont entrés, ils ont tout de suite commencé à arrêter les membres de ma famille » Son fils a déclaré que la police l'avait frappé deux fois dans le dos avec la crosse d'une arme automatique au moment de son arrestation et que lorsqu'on l'avait emmené menottes aux mains, les policiers avaient donné à sa femme des coups de pied dans le ventre et la jambe, alors qu'elle courait vers lui en tenant leur fils de 2 ans. On constate ici l’absence et l’inaction de la KFOR. Les tentatives pour joindre la KFOR montre que les habitants avaient confiance en cette dernière et voyaient en elle la seule protection possible. L’action de la police montre entre autre pourquoi la KFOR n’a pas une très grande confiance envers cette institution qui n’a pas protégé les populations Akhalis et lui a même posé problème ; un autre témoignage recueilli par Amnesty explique qu’un membre du KPC a été vu en train de jeter un cocktail Molotov dans une maison. L’ICG a également déclaré avoir «eu connaissance d’au moins deux cas dans lesquels, des membres du KPS ont lancé des cocktails Molotov». Amnesty a contacté Novo Selo, la base la plus proche le 9 mai 2004 pour savoir si elle avait reçu des appels du KPS pour lui exposer la situation, la réponse a été négative. Le rapport sur l’incendie de Svinjare/Frashër est encore plus accablant pour la KFOR : « des témoins oculaires ont informé Amnesty International que dans l'après-midi du 18 mars une foule d'environ 500 Albanais, après avoir mis le feu à l'église orthodoxe de Mitrovica/ë sud, s'est rendue à pied de Mitrovica/ë au village serbe de Svinjare/Frashër qui se trouve juste au sud de la ville. Le village est habité par des Serbes depuis des générations. La police de la MINUK aurait prévenu la KFOR qu'une foule hostile se rassemblait environ deux heures avant l’arrivée de celleci(37). La foule est arrivée au village par deux routes qui se rejoignent à un carrefour où se trouve la base 'Belvédère' de la KFOR française, sur une petite colline à 500 m de l'entrée du village. Un nombre important d'éléments originaires de France, de Belgique, de Luxembourg et du Maroc sont stationnés dans cette base, ainsi qu'un contingent de la gendarmerie française. Il y a également de l'autre côté de la route un dépôt de véhicules qui sert pour la logistique et le soutien avec environ cent véhicules de la KFOR. Des témoins oculaires ont signalé que les premiers rangs de la foule portaient des drapeaux albanais et que la foule criait "U - Ç - K" (abréviation de l'Armée de libération du Kosovo, en albanais Ushtrisë Çlirimitare të Kosovës) et portait des bouteilles qui se sont révélées être des cocktails molotov. Les témoins oculaires ont signalé qu'il ne semblait y avoir aucun signe d'armes à feu dans la foule. Selon leurs récits, la présence internationale comprenait un petit contingent marocain (environ 8 à 10 hommes) de la KFOR avec une jeep et un camion ainsi qu'une voiture de la police civile de l'ONU et trois véhicules blindés de l'ONU avec

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quelques membres de la police civile internationale (CIVPOL) constituant un barrage en travers de la route à l’entrée du village. » Cependant, la foule des Albanais ne se serait pas arrêtée au barrage ci-dessus mentionné mais l'aurait simplement contourné en passant par les jardins des maisons et, après avoir collé une affiche albanaise sur la première maison à droite à l'entrée du village (qui appartenait à un Albanais), ils ont commencé à incendier systématiquement toutes les maisons appartenant à des Serbes. En même temps, une autre foule d’Albanais a attaqué systématiquement et incendié les maisons serbes du village à partir du village voisin de Pantina/ë situé au sud. Une délégation d'Amnesty International a noté le 9 mai que toutes les maisons serbes présentaient des signes d'incendie, certaines étaient complètement détruites, et les maisons étaient également taguées de noms et de slogans albanais. Des Serbes déplacés qui avaient habité là ont informé Amnesty International qu'une grande quantité de biens meubles avaient également été détruits tandis que d'autres biens comme du bétail avaient été volés par la foule albanaise. Selon leurs dires, les troupes de la KFOR et la police de la CIVPOL n'avaient en aucune manière essayé d'arrêter les attaques contre les biens. Amnesty International a reçu des informations indiquant que des membres de la KFOR française étaient arrivés sur les lieux avec des interprètes et un bus et avaient entrepris d'évacuer les quelque 200 Serbes du village vers le "Belvédère", le camp voisin de la KFOR. De là ils ont pu regarder brûler leurs maisons et les biens de toute une vie être détruits ou volés sans que la KFOR ne fasse rien pour dissuader les agresseurs. On n'a pas signalé de blessés ».

On voit dans ce rapport que la KFOR a cherché uniquement à protéger la vie des habitants sans chercher la confrontation avec la foule. Cette absence de confrontation a permis d’éviter tout mort et toute conséquence néfaste sur les relations futures entre la KFOR et les Albanais. Si la KFOR avait tiré, les reproches contre celle-ci seraient encore présents. Ainsi lors d’un de mes entretiens un Albanais a expliqué que les Grecs étaient « négatifs » pour le Kosovo puisqu’un enfant a été écrasé par un char grec alors qu’ils tentaient de protéger un monastère. La non-intervention a donc parfois des avantages. Une fois les violences passées, la KFOR a œuvré pour panser les blessures des différentes minorités. Elle a ainsi logé dans ses camps un certain nombre de nouveaux sans abris ou les a aidés dans leur déplacement. Cette aide au déplacement a ses limites : la KFOR ne voulait pas se rendre complice de nettoyage ethnique en aidant les minorités à partir. La KFOR et la communauté internationale ont aussi fait pression pour que les autorités Kosovares reconstruisent les bâtiments détruits. Derens,
er

donnant

l’exemple

de

Svinjare/Frashër, montre que cette pression a payé, le 1 ministre kosovar s’est ainsi rendu sur place et la reconstruction s’est faite sur le budget gouvernemental. Pourtant cela n’a pas servi les anciens habitants qui ne sont pas rentrés. Un de ces derniers a ainsi déclaré « ils ont reconstruit nos maisons […] Ils ont travaillé pour eux, tout en faisant plaisir à la communauté

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internationale qui pouvait parler de reconstruction ». Les Serbes sont allés vers le nord où ils refont leur vie en Serbie où derrière l’Ibar, les Akhalis eux sont prisonniers. Ils ont demandé l’asile à de nombreux pays, asile qu’ils n’ont pas obtenu et restent donc sans terre, refusant tout retour à Vucitrn/Vushtrri. Cette crise a mis en avant un certain nombre de disfonctionnements au sein de la KFOR et a permis de redéfinir sa mission. Selon les contingents, le mandat incluait ou non la protection des biens. De même on a vu que certains contingents avaient des contraintes de leur pays, gênant l’idée définie par le slogan de la KFOR : «KFOR, une force, une mission ». Certains contingents n’étaient ainsi pas autorisés à sortir de leur zone ou à utiliser des gaz lacrymogènes. Cela a aussi entraîné une réorganisation de la KFOR. Ainsi les militaires n’ont jamais eu d’ordre formel pour agir rapidement. De plus les échanges de renseignements entre les nationalités ont été quasiment inexistants. Cela n’a pas eu beaucoup de conséquences puisque pendant les deux jours qu’a duré la crise, tous étaient dans le flou. La gestion de la crise a été différente partout : les Allemands, un peu comme les Français ont évacué les minorités, laissant leurs biens être saccagés. D’autres, comme les Suédois, les Italiens et les Ukrainiens ont su protéger les biens des minorités et leur patrimoine. C’est ainsi que le monastère de Decani et la patriarchie de Pec/Peja ont pu être sauvegardés. Cette fermeté n’a pas dégradé autant qu’on pourrait le croire leur image. En effet, ils ont su protéger les lieux sans faire de victimes. Burim, alors que nous passions devant des soldats ukrainiens le 12 avril 2008, a ainsi déclaré, admiratif, qu’ils étaient « balaises » et qu’en 2004 ils avaient fait face à la foule pendant des heures, malgré de faibles effectifs. Pour illustrer les transformations qu’a subi la KFOR, on peut donner l’exemple de la création du concept de « red box » et « blue box ». Constatant qu’en mars 2004 « certains jeunes officiers et sous-officiers se sont retrouvés, avec quelques dizaines de soldats, face à des foules de manifestants avec des règles d’engagement basées sur la légitime défense, ce qui ne veut pas dire grand-chose face à des femmes et des enfants » le général Yves de Kermabon a créé ce concept1. En cas de crise, un marquage délimite la « red box », la zone à défendre, et la « blue box ». Si des personnes entrent dans celle-ci, les militaires doivent les faire sortir, avec des moyens divers : « contrôle de foule, moyens non létaux, fumigènes, gaz lacrymogènes, balles en plastique, de façon à ce que ceux qui arriveraient jusqu’à la « red
1

Source : doctrine, numéro spéciale CDT OPEX, décembre 2006 ; témoignage d’officier généraux français ayant commandé une opération ou une force multinationale. Le témoignage du général de corps d’armée Yves de Kermabon, ancien commandant de la Kosovo force (KFOR), du 1er septembre 2004 au 1er septembre 2005.MULTINATIONALE

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box » n’y arrivent pas par hasard, mais animés par une volonté manifeste de s’en prendre au point sensible ». La mission des soldats a ainsi été redéfinie et est devenue très claire. Cette crise a donc divisé encore les différentes communautés du Kosovo grâce à une action qui a profité des handicaps de la KFOR en étant menée très rapidement. Elle a été un véritable traumatisme pour les militaires. Le Colonel de Courège, m’a dit qu’un de ses collègues a très mal accepté l’idée d’un retour au Kosovo après la crise de 2004. Cette crise a obligé la KFOR à se repenser pour se rendre beaucoup plus réactive, tout en lui montrant qu’au Kosovo, le calme peut être seulement apparent. Le désengagement commencé a été de même freiné.

3) Les crises depuis l’indépendance
Après les événements du 17 et 18 mars, le Kosovo a connu une période de stabilité assez logique puisque des « frontières » avaient été mise en place durant les crises précédentes séparant Serbes et Albanais. La déclaration d’indépendance le 17 février 2008 a créé quelques remous qui n’ont cette fois aucunement surpris la KFOR. Celle-ci, sachant l’indépendance du Kosovo proche, a prévenu les violences que les Serbes pourraient causer en signe de protestation en montrant davantage sa présence et en faisant pression sur les milieux nationalistes serbes. La vague de violences annoncée par certains n’a pas eu lieu. Néanmoins le 19 février, deux postes frontières ont été détruits, comme le montre la photo de la page d’illustration suivante, au cours d’une action parfaitement planifiée par des hommes venant de Serbie. La KFOR a laissé faire avant de reprendre le contrôle des lieux, Gate 1 a été repris par des troupes en provenance du poste de Notting Hill et par une unité de police anti-émeute de l’ONU, DOG 31 par deux sections danoises, renforcées ultérieurement par la police de l’ONU. Pour bien montrer sa force et qu’elle seule décide, la KFOR a bloqué la frontière pendant une journée, permettant aux unités du génie de réinstaller les postes frontières. Elle a de plus renforcé ses patrouilles à pied et en hélicoptère pour montrer sa « détermination ». Cela a conduit le premier ministre Kosovar Thaci qui commentait ces événement à dire : « l’OTAN est là, tout est sous contrôle ».

Le 17 mars 2008 se sont déroulés des événements beaucoup plus graves qui auraient pu faire beaucoup plus de victimes. Suite à l’indépendance, des Serbes ont occupé le tribunal de Mitrovica/Mitrovicë nord pour demander son rattachement à l’autorité de Belgrade. La MINUK a décidé de mettre fin à cette occupation. Elle a déclenché une opération à 5h30.

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Pendant celle-ci, la MINUK a arrêté et fouillé les occupants du tribunal avant de les menotter et de les mettre dans des véhicules. On a ainsi dénombré 53 arrestations. La MINUK, qui a choisi une date de façon peu diplomatique, puisqu’elle fait référence aux événements du 17 mars 2004, a demandé à la KFOR d’être présente en 2ème rideau. Rapidement des Serbes ont entouré le tribunal, bloquant les véhicules de l’ONU. Tous les détenus d’un des véhicules ont été libérés par les Serbes. La tension est rapidement montée. Selon le commandant Prazuck, "les affrontements ont commencé avec des jets de pierres et de cocktails Molotov", puis "des lancers de grenades et des tirs d'armes". Pendant un entretien avec le commandant du Fayet de la Tour, ce dernier m’a expliqué que 40 cocktails Molotov et autant de grenades avaient été jetés sur les forces de la KFOR. La KFOR face aux manifestants a cherché à protéger ses hommes et ceux de la MINUK. Pour cela ils ont constitué un mur d’acier et de bouclier (voir photo numéro 30). Puis, comme le note de commandant Prazuck face à la presse, "Les éléments français, la KFOR et la police de la Minuk ont riposté à chaque fois, à niveau". Cette dernière formule est doublement intéressante : tout d’abord elle montre que la KFOR ne peut se permettre dans une situation de danger d’utiliser tous ces moyens de défense. Elle doit savoir faire preuve d’un grand sang froid afin d’éviter tout mort. Ensuite, on peut constater que cette formule ne donne guère d’information sur l’usage d’armes à feu, usage qui crée rapidement une polémique et un emballement médiatique. Quoi qu’il en soit ces violences ont été les plus graves depuis 2004, comme le constatait le colonel Cotard1 . La question du bilan est difficile à dresser, les différents articles de presse consultés donnant des chiffres différents. On peut néanmoins dire qu’un policier ukrainien de la MINUK est décédé, frappé par des éclats de grenades. Le nombre de blessés serait d’environ vingt cinq chez la MINUK et a peu près autant chez la KFOR. Un bilan du nombre de blessés est toujours difficile a établir : à partir de quand un homme est-il considéré comme blessé. De plus, plusieurs véhicules de l’ONU et un camion de la KFOR ont été incendiés. Le bilan aurait pu être beaucoup plus lourd. Ainsi des soldats m’ont confié que deux grenades défensives lancées sur eux n’ont pas explosé. Ils m’ont dit que, dans le cas contraire, on aurait pu dénombrer une trentaine de morts de plus. Coté serbe, il semble qu’aucun mort ne serait à déplorer et que le nombre de blessés avoisinerait les 80 (d’après l’OTAN).

1

Entretien réalisé à Filmcity le 5 avril 2008

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La gestion des blessés est un sujet intéressant qui mérite d’être développé. Ainsi, les blessés ont été évacué vers Plana. Le plan "Morphée Rouge" a été déclenché le 18 mars 2008. Celui-ci a permis l’évacuation de onze militaires blessés vers la France dans un Boeing C - 135 FR, équipé du kit médical spécialisé Morphée permettant le transport de blessés sur de longues distances. Ce dispositif a été mis en place en juillet 2006 et était utilisé pour la première fois. Depuis, comme le fait systématiquement la KFOR, après une crise, les lieux sont occupés. L’occupation du lieu des affrontements a toujours été symbolique. Elle permet de présenter à tort où à raison le vainqueur. Cela n’est pas toujours vrai, on peut ainsi se rappeler les scènes de liesse des Palestiniens fêtant le départ des soldats israéliens dans la bande de Gaza, alors que ces derniers gardaient mieux que jamais le contrôle de cette dernière. Cette occupation a été rapidement confiée aux réserves de la KFOR, des soldats portugais. Lors de ma visite le 15 avril 2008, ces derniers étaient encore présents. Ils n’étaient pas directement joignables. Un petit poste de KPS gardait l’entrée. Leur occupation ne se voulait pas humiliante pour les Serbes. Ainsi, ce qui est très paradoxal, un drapeau serbe flottait dans le tribunal (voir photo p 65). Tolérer ce drapeau est lourd de conséquence : la KFOR ne reconnaît-elle pas là que ce tribunal est lié à la Serbie et non pas au Kosovo qui a pourtant son drapeau ? Photos n° 29 (KFOR, 19 février 2008) et n°30 (Marko Djurica/Reuters 17 mars 2008) : La gestion des crises au Kosovo en photos.

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III) Le soldat dans le nord du Kosovo.

A) Le soldat de la TFMN-N
1) Sa vision de la situation
Le soldat, et surtout le Français est très souvent accusé par les diverses personnalités jugeant le conflit de ne pas être neutre. Les Français sont donc souvent accusés d’être proSerbe en raison de leurs liens historiques avec le pays. Les militaires que j’ai rencontrés m’ont montré que cette affirmation est infondée. En effet, si l’histoire et la religion sont importantes pour certains militaires, il y a une certaine indifférence chez beaucoup de militaires. La phrase d’un des militaires « à choisir entre défendre des musulmans ou des orthodoxes le choix est vite fait »1 a été une exception. Il faut bien comprendre que les militaires n’ont pas choisi de partir au Kosovo : cela leur a été imposé. Les Serbes et les Albanais sont donc deux peuples de plus qui s’affrontent pour des militaires qui ont déjà été confrontés de nombreuses fois à ce genre de situation. Lors de mes entretiens ils ne savaient distinguer les uns des autres et s’en détachaient assez. Alors qu’ils critiquaient les Serbes suite aux événements du 17 mars 2008 un soldat s’est alors repris « on est très critique envers eux mais c’est juste qu’on a laissé plein de mecs au tapis. Il y a plein de Serbes qui ne demandent qu’à retrouver la paix ». Devant la station où les danois lavent leurs véhicules, se trouve un grand nombre de photos de soldats sympathisant avec la famille du propriétaire et qui montre leur indifférence dans le conflit. On voit ainsi une photo où un militaire a prêté pour la photo son arme à un petit enfant ravi de sa pose. La suivante est particulièrement choquante dans la mesure où le militaire en acceptant cette pose pour faire plaisir au gérant, n’est plus neutre. Un militaire ne peut poser avec un drapeau serbe ou albanais. Pourtant ce dernier le fait, sans complexe et le sourire aux lèvres, sans comprendre son geste. Photo n° 30 (prise en photo par BG) : Le soldat face à la population.

1

Entretien réalisé à Mitrovica/Mitrovicë le 22 mars

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Le militaire pense faire un travail juste ici et sent sa mission utile. Un soldat commentant l’action des Serbes du 17 mars m’a ainsi confié : « les Serbes, il faut qu’ils comprennent que le Kosovo maintenant il est à tout le monde ». Cette phrase idéaliste et même assez naïve montre que le soldat est juste et sait ce qu’il fait. Cela est très important. Ainsi lors de certaines guerres le moral baissait car la légitimité du travail à accomplir n’était pas évidente aux yeux du soldat, ainsi les appelés vers la fin de la guerre d’Algérie trouvaient pour beaucoup leur action peu morale. La question du moral des troupes est plus complexe. Comme me le faisait remarquer une personne travaillant pour le désarmement : « le militaire est content car il est en OPEX ». Une meilleure solde est aussi encourageante: « si tu leur proposes de rentrer maintenant ou de rester ils vont choisir de rester » disait ce dernier. Cela est sans doute vrai, mais peut être pas pour les soldats ayant les rôles les plus ennuyeux. En effet l’OPEX au Kosovo a mauvaise presse chez les soldats français. Le terrain est en effet, comme le faisait remarquer un colonel, ingrat : on peut avoir l’impression qu’il ne se passe rien et on doit rester à attendre. Cela peut créer un épuisement nerveux des soldats. Ce même colonel faisait une comparaison avec une course de 100 mètres : attendre le départ d’un cent mètres et s’y préparer est beaucoup plus dur que la course en elle-même. Le 3ème régiment à la garde du pont n’a ainsi que très peu d’occasions d’agir. Certaines unités qui l’ont à garder n’ont parfois rien à faire durant toute leur OPEX. Les événements du 17 mars ont été le moment marquant du début d’année 2008. Certains soldats, n’ayant sans doute pas vécu les combats les plus violents reprennent vie lorsqu’ils évoquent ces moments où ils ont enfin pu être actifs. Le soldat a un besoin d’action. Rester inactif est difficile pour lui. Un livret publié en mai 2008 par l’organisation Breaking the Silence (Rompre le silence) illustre cela. Dans celui-ci des soldats israéliens qui se confient racontent par exemple comment, un jour de désœuvrement, ils ont décidé de casser les vitres d'une mosquée pour déclencher une émeute et s'offrir une tranche d'"action". L’environnement du soldat ne plaît guère aux militaires qui trouvent le Kosovo « moche », sans distraction et très sale. Ils sont assez critiques sur le pays et font de nombreux sous-entendus laissant entendre qu’ils sont dans un pays pauvre et sans grand intérêt. Le climat ne rend pas le pays très accueillant pour les militaires. L’hiver est très froid, ce qui a de grandes conséquences sur les soldats montant la garde dehors 24h sur 24 comme c’est le cas à la passerelle. La durée de l’intervention fait que beaucoup de soldats sont déjà venu au Kosovo, parfois plus de trois fois. Cela crée une lassitude pour ce terrain. Il n’y a pas l’exotisme de l’Afrique que les soldats regrettent au Kosovo. Ainsi un militaire, répondant à

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la question : « Que faites vous de votre temps libre ? », m’a répondu « On se raconte nos OPEX sur les autres terrains », sous entendant qu’ici rien n’est notable. Si le militaire est assez indifférent face aux Serbes ou aux Albanais, il ne l’est guère avec les Albanaises ou les Serbes. « Kosovo 1er producteur de bonasses » comme disent certains militaires résume la pensée de beaucoup. Un autre militaire m’a dit alors que nous parlions du potentiel touristique du Kosovo : « bah, y a de beaux petits culs »1. Ils sont dans un état de frustration assez important. Un militaire m’expliquait que quand dans une chambre « un regarde un film de cul et un autre mate un magazine », il est difficile de ne pas penser soi- même au sexe. Lors de mes entretiens avec les militaires gardant la passerelle, l’arrivée d’une personne de sexe féminin créait un silence gêné où les militaires scrutaient, en restant très respectueux et discrets, la personne en question. La prostitution est un thème qu’aime évoquer certains militaires qui pensent pouvoir trouver leur bonheur côté serbe. Il semble néanmoins que les militaires ne peuvent trouver leur bonheur, les sorties étant interdites. Si l’amour n’est pas évident entre membres de la KFOR et membres de la MINUK, les militaires sont haineux quand ils font remarquer que ces derniers peuvent eux ramener des prostituées. Un militaires me disait ainsi : « On les voit avec les prostituées qu’ils ramènent, ils passent exprès devant nous pour nous narguer ».

2) Sa pratique de l’espace et l’exemple du 3ème RIMA
Depuis l’indépendance du Kosovo les soldats n’ont pas de grande liberté de circulation. La pratique de l’espace est donc limitée. Celle-ci dépend assez des principes de hight/law visibility. On ne peut aujourd’hui laisser sortir les militaires. En effet si on trouvait des bars remplis de personnes en uniforme la population aurait rapidement l’impression d’être face à une armée d’occupation. De plus pour la sécurité des soldats ces derniers ne peuvent pas toujours sortir. A Mitrovica/Mitrovicë par exemple, il a été formellement interdit aux militaires de se rendre dans le Nord serbe. Cela a de graves conséquences pour les boutiques dont la clientèle était constituée de soldats comme « chez Sacha » à Mitrovica/Mitrovicë Nord. Le nombre de patrouilles a beaucoup diminué depuis le début de l’intervention. Cela est regretté par les militaires qui critiquent énormément les équipes de liaison (LMT) chargées spécialement de communiquer avec ces dernières. Ils ont l’impression qu’avant, ils faisaient ce travail plaisant de communication. Quand les militaires sortent des camps, ils passent devant un tableau où sont affichés les problèmes liés à la circulation routière. De même dans les camps on trouve de nombreuses affiches aux slogans tel « cela n’arrive pas qu’aux

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Entretien réalisé le 26 août 2008

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autres » en montrant des véhicules de la KFOR ayant eu des accidents. Si la volonté de mieux protéger les soldats est réelle, ces affiches permettent aussi d’éviter des problèmes avec les locaux. Suite à un accident de voiture en mai 2000 un soldat français a été pris à partie par la foule. Un accident de voiture peut avoir de graves conséquences géopolitiques en déclenchant une crise. On peut ainsi remarquer, que, loin des problèmes kosovars, la première Intifada a commencé par un accident mortel entre un camion israélien et une voiture palestinienne à Gaza le 9 décembre 1987. A la sortie de Novo Selo le 15 avril 2008 se trouvait un très grand panneau comme ceci en guise de prévention. Document n° 22 : Reproduction d’un tableau à la sortie de Novo Selo pour prévenir les accidents de la route. TFMN-N Accidents : 02 Blessé : Tué : 01 00

Dernier accident 02 /04 /08

Si l’accès à l’espace leur est quasiment interdit ce sont les objets se trouvant dans l’espace qui viennent à eux. La plupart des services existant en ville sont proposés aux militaires via des intermédiaires qui vivent de cela. Ce commerce comme nous le montrerons dans la partie suivante permet de faire vivre de nombreuses personnes. En plus des intermédiaires, certains commerces ont rejoint les espaces pratiqués par les militaires, ce que nous verrons là encore dans la partie suivante. Le shopping est de loin l’activité favorite du militaire. Les sorties shopping organisées ou les simples passages dans les boutiques entourant les camps et dans les grands camps de Filmcity où Bonsteel sont très attendues. L’exemple du 3ème RIMA1 montre combien le cantonnement peut être fort. Il faut néanmoins remarquer qu’à cause de sa mission de protection exclusive du pont ce régiment est sans doute celui qui bouge le moins. En 2008, après plus de trois mois passés sur place, ce régiment n’est sorti2 de Mitrovica/Mitrovicë qu’une seule fois, pour participer à Novo Selo à un exercice de CRC3 (maintien de l’ordre). Les sorties hors du camp sont très limitées. Elles se limitent au jogging fait obligatoirement en groupe et à des entraînements dans le champ de tir de Belvédère. L’entraînement au tir est régulier de façon à ce que cela devienne instinctif.
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Régiment d’infanterie Marine. Il s’agit de troupes de combat qui sont en première ligne lors des affrontements Il ne sort bien sûr jamais complètement, il y a en permanence des soldats pour remplir la mission de garde et protection 3 Crowd and riot control

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On veut « robotiser » l’homme. Les secondes gagnées ainsi pourront sauver la vie du soldat. Le camp en pleine ville ne permet pas ce genre d’exercice. Malgré sa très petite taille des entraînements ont cependant lieu à l’intérieur. Les soldats s’entraînent par exemple à investir des pièces. Le lieu de tous les désirs est Filmcity. Tous espèrent y partir bientôt, le départ vers cette destination qu’on pourrait presque qualifier de touristique a en effet été annulé plusieurs fois à cause de la situation. A la question « Que voulez vous faire à Filmcity ?», les militaires répondent qu’ils ont envi de faire des achats. Les boutiques de Filmcity offrent en effet de meilleures offres. Après leur avoir fait remarquer que Belvédère possédait aussi des boutiques, les militaires m’ont dit qu’ils souhaitaient sortir. Filmcity devient un lieu rêvé. Le rapprochement avec un départ de bus de colonie de vacances a été validé par les militaires. A Pristina la pratique de l’espace est quasiment nulle puisque les militaires ne vont même pas en ville. Ces sorties sont organisées dans le but d’augmenter le wellfair des soldats comme nous allons le voir plus en détail.

3) Le Welfare
Le militaire passe beaucoup de temps à attendre au Kosovo. Pour que ce dernier se passe dans les meilleures conditions possibles tout est mis en œuvre pour que le wellfair des soldats soit le mieux possible. L’Economat1 et la CEH (cellule environnement humain) s’en chargent. Cette dernière, définit ainsi sa mission2 ainsi en trois points : •détecter et prévenir les réactions de stress et les comportements inadaptés, •Canaliser et gérer le stress par l’organisation d’activités sportives et de séances de réparation, •Renforcer la cohésion des unités par l’organisation d’activités collectives de détente. On constate ici que si le wellfair est positif pour le soldat, il permet aussi à l’ensemble de l’armée d’être meilleure. a) le sport Le sport est une des activités principales des militaires. Ils ont partout à leur disposition au minimum une salle de musculation. On peut ainsi se rappeler que devant la photo (page 186) de la petite installation au monastère de Devic des poids fraîchement repeints sèchent au soleil. En plus de ces salles, ils ont à leur disposition d’autres équipements : tels des terrains de foot, volley, badminton ou mini golf, des tables de pingpong et des VTT. A la sortie du camp de Novo Selo, on trouve ainsi une carte avec une série
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Cela est compris dans sa mission de « gestion et la maintenance des camps » comme nous avons vu dans le premier chapitre. 2 D’après une feuille affichée sur un tableau d’affichage de l’espace France de Novo Selo

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de balades proposées en fonction du temps et du climat. Ces activités sont souvent organisées par la CEH qui propose des activités telles ces dernières décrites sur des affiches vues à Novo Selo. Le 14 avril on pouvait trouver celles reproduites ci-après1. En plus du texte, elles avaient des photos illustrant l’activité proposée. Documents n° 23 à n° 29 : Reproduction d’affiches présentes à Novo Selo le 15 avril 2008. Initiation Judo 20h salle Dojo Inscription obligatoire avant la séance à la CEH

Le CEH vous propose des séances de TIOR Technique d’intervention opérationnelle rapprochée Sous la forme de cycle de 5 séances progressives Tenue : treillis rangers Réserver votre semaine auprès de la CEH

On voit que cela peut aider le soldat dans son métier. En effet, si ces activités très sportives sont sur la base du volontariat, elles peuvent un jour lui sauver la vie lors d’une mission. Régulièrement des compétitions sont organisées pour motiver les volontaires. Celleci peuvent prendre de grandes proportions, à l’exemple du semi-marathon organisé en octobre 2007 à Mitrovica/Mitrovicë qui a réuni 463 participants. Ce dernier a permis de rapprocher tous les contingents et de renforcer l’idée que la KFOR est un tout. Un article ayant d’ailleurs été publié dans KFOR Chronicle de novembre 2007. Cette épreuve a aussi permis aux habitants de la ville d’assister à un spectacle plaisant, renforçant les liens entre les soldats et la population qui a pu par la même occasion constater la forme physique des membres de la KFOR. Un certain nombre de t-shirts préparés pour l’événement ont également été distribués Ce semi-marathon avait aussi une dimension symbolique puisque le départ à eu lieu sur le pont Austerlitz, donnant un air de fête à ce lieu souvent synonyme d’affrontements. b) Les NTIC De très nombreux ordinateurs sont mis à la disposition des militaires. Ces derniers sont la raison de vivre des soldats stationnés à Concession, « Sans les ordis on ne pourrait pas vivre ici» me disait un de ces derniers. Ils jouent très souvent à toutes sortes de jeux vidéo,

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La prise de photographies dans le camp est bien sûre interdite

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pouvant se fournir dans les nombreuses boutiques autour des camps. Les militaires regardent aussi des DVD et la télévision. Ils reçoivent dans la plupart des camps les chaînes françaises. Les ordinateurs, connectés à internet permettent des liens très importants avec la famille. Internet a révolutionné ces derniers. Ainsi, un colonel m’expliquait que durant son séjour en Bosnie il connaissait par cœur les lettres de sa femme à force de les relire sans cesse alors qu’aujourd’hui il a un contact journalier avec elle le soir par webcam. Dans le camp de Novo Selo, il y a dans les chambres des prises permettant d’avoir Internet et deux locaux avec internet, un où l’accès est gratuit et un deuxième géré par l’Economat payant. En plus d’Internet il y a dans ce camp des cabines téléphoniques permettant d’appeler la France à un prix raisonnable. c) La nourriture L’Economat gère la nourriture qui est très correcte au Kosovo dans les camps. Le temps passé sur place et le besoin d’entretenir le moral des militaires ont développé les installations qui sont aujourd’hui variées. Il y a tout d’abord des selfs dans la pluparts des camps. Il est intéressant de remarquer que celui de Novo Selo s’appelle restaurant, pour souligner la qualité de la nourriture. Pour varier le plus possible l’ordinaire, il existe des restaurants avec de « vrais » chefs français à Belvédère (le Panoramique) ou à Novo Selo (l’Olivier). Ce dernier restaurant est décoré avec des couleurs chaudes qui rappellent la Provence. En plus de cela il existe diverses petites installations. On peut citer le petit stand qui propose des hot-dogs dans le camp danois ou « la paillote » qui propose des pizzas à emporter devant l’Espace France dans le principal camp de la TFMN-N. Notons enfin la présence de nombreux bars tels le Nautile, décoré de photos de phares, ou encore le Millenium. Ce dernier nom est intéressant puisqu’il rappel le passage à l’an 2000 qui avait été très médiatisé. Dans les camps plus petits, on essaie de donner aux soldats de quoi améliorer leur ordinaire. La toute petite installation au monastère de Devic est ainsi dotée d’une cuisine. d) Les petites activités En plus de cela il y a des activités organisées régulièrement pour changer l’ordinaire et satisfaire les militaires. Lors d’une visite à Novo Selo le 14 avril 2008, j’ai relevé ces affiches (les mots en italiques n’étaient pas présents sur les affiches qui étaient dotées d’images et avaient une mise en page originale) :

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Soirée raclette (restaurant l’Olivier) Tous les jeudis Kir bourguignon Raclette à volonté Plateau de charcuterie Pommes vapeur Crêpes au chocolat ou au sucre Café 15 euros, réservation souhaitée.

Dimanche 20 avril (au Millenium) Viens jouer à « il était une fois » (jeux de rôle)

Dimanche 20 avril au Millenium Viens jouer à Elixir (Magie)

Millenium tous les vendredis de 20 heures à 22h30 Karaoké

Horaire des messes catholiques Samedi : 18h30 Plana Dimanche : 9h Filmcity 11h Novo Selo 18h30 Belvédère En semaine lundi mardi jeudi vendredi 18h30 Belvédère Mercredi 18h30 Novo Selo

On remarque que les activités proposées sont très variées. A ces exemples on peut ajouter que le CEH organise aussi régulièrement d’autres activités comme des soirées couscous ou des tournois de tarots, belote ou pétanque. La dernière affiche montre que le curé est issu du bataillon français basé à Belvédère où les messes sont les plus nombreuses et indique quels sont les camps français importants. Il est ainsi intéressant de voir que Filmcity est inclus dans la liste des camps visités par le curé, prouvant une fois de plus qu’il est 124

important pour les Français, même s’il est hors de la zone de responsabilité de la TFMN-N. Enfin on remarque que le dimanche le curé effectue une route Sud-est Nord-ouest puisqu’il parcourt toute la « vallée rue » de Pristina/Pristinë à Mitrovica/Mitrovicë. e) Le shopping Pour les besoins matériels du soldat, des boutiques sont mises en place dans les camps. Parmi ces dernières il faut distinguer celles gérées par l’armée de celles gérées par l’Economat. Les premières sont appelées des bazars. La tradition veut que lorsqu’un camp est créé, un bazar et un bar soient ouverts. Le bazar de Novo Selo est ainsi lié au bar le Millenium. Ce bazar offrait à ses débuts les produits de première nécessité aux militaires. Avec le temps l’offre s’est diversifiée avec des nounours, des serviettes, des porte-clés aux couleurs de la KFOR, des t-shirt invendus, etc. En effet la tradition veut que les militaires créent un T-shirt par opération en nombre assez limité (en moyenne 30 par tirage d’après de vendeur du bazar). Des objets technologiques comme des clés USB ou des appareils photos sont vendus sans taxe après avoir été acheté dans la boutique autrichienne de Filmcity qui présentait début 2008 les meilleurs prix. L’Economat y gère des boutiques qui ont été installées à partir de 2001. On en trouve dans les principaux camps : à Belvédère, Plana, Novo Selo et Filmcity. Ces boutiques détaxées appelées « boutique France » contiennent tous les produits dont le soldat pourrait être nostalgique : vin, cidre, Pim’s et autres produits présents dans les supermarchés français. Ces derniers, en plus d’être utiles pour le moral des troupes peuvent servir à faire des cadeaux appréciés et plus « typiques » aux habitants du Kosovo. De plus, des objets comparables à ceux qu’on trouve dans les duty-free sont présents : produits technologiques, parfums ou encore cartouches de cigarettes. Ces dernières sont rationnées. Ainsi quand un soldat achète un produit il doit montrer sa carte KFOR ainsi qu’une sorte de carte de rationnement. L’achat de plus de cinq cartouches par mois est ainsi interdit (c'est-àdire mille cigarettes soit un paquet et demi par jour). Cela permet d’éviter des trafics à une échelle importante. Ces objets peu chers attirent en effet les convoitises. Il est courant de voir des membres de la KFOR acheter des produits pour leurs connaissances, ou de voir des Kosovars chercher à obtenir des produits. Ainsi un jeune Albanais proposant un pari à un militaire a demandé à mettre en jeu une cartouche de cigarettes. Si le magasin le plus grand est celui de Novo Selo, il est intéressant de remarquer que le plus rentable est celui de Filmcity. Ce camp est en effet fréquenté par beaucoup plus de monde, de diverses nationalités, vivant dans le camp ou de passage dans ce lieu central pour la KFOR. Ce

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magasin est située sur la fameuse PX1 avenue que le capitaine Gendron aime comparer aux Champs Elysées. En effet elle est bordée des PX de nombreux contingents. Si toutes les PX ont des objets communs (appareils photos) beaucoup sont propres au pays qui le gère. L’Economat, à côté de ces boutiques, a mis en place diverses installations. Ainsi dans le local « Espace France » de Novo Selo, on trouve un salon de coiffure (tarifs : homme : 2 € ou 3,5 € avec shampoing ; femme : 5,5 € ou 7 € avec couleur (couleur non fournie)), une petite boutique qui propose entre autre de tirer des photos et une agence de voyages proposant surtout des vols vers la France. Dans cet espace on a voulu recréer une ambiance française : ainsi au centre on trouve la rue de Paris aménagée avec des objets typiques tels les lampadaires. Photo n° 31 (site de l’Economat) : L’Espace France.

1) Salon de coiffure 2) Agence de voyages 3) Boutique France 4) Bar « Le Nautile » 5) Restaurant « L’Olivier » f) Les sorties touristiques Enfin pour améliorer le moral des troupes des sorties sont organisées par la cellule environnement humain. Pour sortir, le militaire doit s’inscrire sur une liste puis part en groupe en bus vers la destination « touristique ». Ces sorties CPO (civil personal officier) conduisent
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PX Post eXchange (bureau de poste). Abréviation américaine ancienne pour désigner les boutiques pour les militaires. Ce nom s’applique à toutes les boutiques détaxées dans les camps au Kosovo.

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la plupart du temps à Filmcity et Bonsteel pour les sorties « shopping » et à Pec/Peja ou Prizren pour les « sorties culturelles ». Ainsi à Pec/Peja surpris par le parfait accent d’un moine, ce dernier m’a expliqué que la présence régulière de groupes de soldats français lui permettait de mettre en pratique ses connaissances linguistiques. Signalons que si la mission dure plus de quatre mois, le soldat a le droit à une permission qui justifie la vente de billets vers la France dans les camps. g) Le magazine KFOR Chronicle Pour améliorer le bien être du soldat, un magazine a été créé. Il s’agit de « KFOR Chronicle » qui existe depuis 1999. Celui-ci est rédigé dans un anglais courant de façon à être accessible à la majorité des militaires. Un numéro sort à peu près une fois par mois. Sa conception est centralisée à Pristina/Pristinë où trois personnes s’en occupent. Elles réalisent le canevas, rédigent éventuellement l’article principal et demandent à des officiers d’écrire les autres articles. Ce magazine doit permettre de créer une ambiance au sein de la KFOR, avec deux objectifs définis : faire comprendre aux soldats l’intérêt de leur mission et leur montrer ce qui se passe ailleurs pour leur donner conscience qu’ils font tous partie d’une grande équipe travaillant à un objectif commun. Comme le fait remarquer le Colonel Cotard, cela est particulièrement utile puisque l’on fait mieux ce que l’on comprend. Document n° 30 : Typologie des couvertures du magasine KFOR Chronicle. Une rapide étude des couvertures permet de faire une typologie qui illustre les objectifs de la revue. Les dates entre parenthèses sont celles de la date de publication du magazine. -Tout d’abord il existe de nombreuses couvertures montrant les moyens des soldats et ces derniers dans des poses où ils peuvent se sentir fier de faire partie de la KFOR comme les suivantes ( 31 mars, 30 juin, 31 juillet et 31 octobre 2006).

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-Il en existe d’autres présentant les moyens technologiques impressionnants dont dispose la mission tel les drônes et des opérations originales comme les parachutages (30mars 2003 ; 30 novembre 2006 ; 31 novembre 2007 ; 26 février 2008).

-D’autres présentes certaines « curiosités ». On voit ici un pèlerinage, des chiens aidant la KFOR ou cette dernière luttant contre les incendies. (31 août 2006 ; 31 mai 31 juillet 2007)

-Certaines présentent les nouveaux Commandants de la force et les personnalités ayant rendu visite aux troupes, pour bien montrer que le monde les regarde et s’intéresse à leur mission. La cérémonie du passage de drapeau et le visage du nouveau chef de la KFOR sont presque en couverture tous les ans. (25 octobre 2002 ; 30 juin et 1er novembre 2003 ; 1 février et 1 septembre 2004 ; 31 aout, 30 septembre2006 et 31 septembre 2007)

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-Il existe aussi de nombreuses photos démontrant le bien fondé de l’action où les populations sont présentes et reconnaissantes. Le thème de la destruction d’armes est particulièrement mis en avant (2 octobre et 11 mars 2002 ; 30 avril 2003 ; 1 décembre 2004 ; 1 mars, avril et décembre 2004, 31 décembre 2007 et 1 février 2008)

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-Enfin, il existe tous les ans des couvertures liées aux fêtes de fin d’année alors que les soldats sont loin de leur famille, rendant ce moment assez difficile, d’où une volonté d’organiser des festivités pour le soldat ne se sente pas seul. On peut remarquer que le personnage du père Noël a disparu, après deux ans de présence. On peut supposer que ce personnage n’était pas assez international pour la KFOR. Celle-ci, ne comprenant pas uniquement des chrétiens (Turquie, Maroc…), doit s’adapter à toutes les traditions. (27 décembre 2002 ; Noël 2003 ; 24 décembre 2004 ; 24 décembre 2005 ; 31 décembre 2006 ; 24 décembre 2007)

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4) Les questions de logistique et de transport
Les camps les plus importants doivent être des lieux de vie autonome. Leur organisation nécessite donc de grands moyens et un grand savoir faire. L’armée depuis quelques années revient à sa fonction de combat, en raison d’un manque de soldats. Les autres tâches sont externalisées à des civils. C’est l’économat des armées qui a aujourd’hui en charge la quasi-totalité de la logistique (à quelques exceptions près tel l’approvisionnement en pétrole). Les militaires ont assez mal vécu cette externalisation. Ainsi en demandant si l’économat des armées gérait le téléphone1 des camps un militaire m’a répondu « l’économat c’est bon pour acheter une tablette de chocolat »2. Cette structure qui s’inscrit dans une logique où l’Etat recherche les économies est particulièrement efficace. Elle évite toutes les dérives budgétaires en contrôlant strictement les achats effectués. Il ne s’agit pas pour autant d’un organisme privé. Ainsi cette structure dépend à la fois du ministère de la défense et de celui des finances. Elle est sensée s’autofinancer et ne pas réaliser de bénéfices avec ses opérations avec les Français. Il arrive en effet couramment que cet organisme soit appelé à s’occuper de troupes étrangères. Si la majorité des employés sont des civils, qui sont d’ailleurs souvent d’anciens militaires, la hiérarchie reste assez mixte. Les trois postes les plus importants sont aujourd’hui occupés par des militaires. L’économat s’occupe de la restauration, de la gestion et de la maintenance des camps. Pour la restauration, il gère l’achat et le transport de la nourriture, mais aussi la préparation des repas. Ces derniers sont pris le plus souvent dans une sorte de self, mais peuvent aussi avoir lieu dans des restaurants qu’à aménagé l’Economat dans les camps pour le Welfare3 du soldat. L’eau est une ressource qui pose plus problème dans la mesure où les coupures sont présentes aujourd’hui encore dans un grand nombre d’endroits tel Mitrovica/Mitrovicë. Il y a donc des réserves nécessaires à constituer pour éviter les coupures. La possibilité de se faire ravitailler par camion reste toujours possible. La maintenance et la gestion des camps sont des activités très larges. Cela comprend tout d’abord la construction des camps. La grande majorité de ces derniers sont fait en « Corimake », sortes de conteneurs aménagés, transportés par camion depuis la France. Ces derniers apportent un confort simple aux militaires et peuvent être déplacés facilement. Le camp n’est donc pas complètement figé dans l’espace, un redéploiement de ce dernier est
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Ces derniers disposent en effet d’un réseau qui leur est propre Entretien réalisé Novo Selo le 14 /04/2008 3 Le « bien être »

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possible. L’absence de tentes s’explique aisément : la mission de la KFOR est une mission à long terme, ce qui permet de rentabiliser l’installation des corimakes qui augmentent le welfare des soldats. De plus il faut remarquer que les températures hivernales rendent l’usage de la tente inapproprié. Il faut ensuite ajouter la gestion de toutes les petites tâches de la vie de tous les jours tels la gestion du linge ou de structures devant améliorer le confort des militaires (bar, salle de musculation, salle informatique). Au Kosovo l’Economat gère toutes ces activités depuis 2001. Son importance grandit largement dans ce climat de recherche d’économies et de militaires pour le combat. Si l’Economat gère tous les camps français de la TFMN-N, elle ne s’arrête pas là. Ainsi elle gère aussi des installations dans des camps internationaux où sont stationnés des Français. C’est le cas de Filmcity ou d’un site sur l’aéroport de Pristina/Pristinë. Elle gère aussi des installations de forces étrangères dans la TFMN-N. Elle s’occupe ainsi par exemple largement du camp danois d’Olaf Rye. Pierre Felacci1 estime ainsi que l’organisation française gère les 2 /3 de la logistique danoise. Il faut bien se rendre compte qu’au Kosovo il n’existe que trois contingents entièrement autonomes. Cela prouve bien que la coopération entre les membres de l’OTAN fonctionne mais montre aussi que certaines nations ne sont pas prêtes à laisser totalement leur indépendance. Ces trois nations sont les Etats-Unis, la France et l’Allemagne. La présence des deux premiers n’est pas surprenante compte tenu de leur présence sur la scène internationale. La présence de l’Allemagne l’est plus puisque l’armée de ce pays est peu développée et peu engagée hors du sol national. Cette forte présence montre que les Allemands sont déterminés à maintenir la paix dans cette région où ils ont des intérêts qui ont entraîné la création du fameux concept de Mitteleuropa. On peut remarquer que l’Angleterre, qui possède une des armées les plus importantes est absente. Cette absence s’explique par son engagement en Irak et en Afghanistan qui l’oblige à des sacrifices dans cette région. Les produits de l’Economat sont achetés localement (voir le chapitre sur l’impact sur le Kosovo de la présence militaire) ou viennent de France. L’étude de leur parcours (voir carte) est intéressante, en effet le trajet n’est pas lié à la géographie physique mais à la politique. Ainsi la plupart des produits viennent en camion depuis de grandes plateformes situées à Paris ou à Donaueschingen en Allemagne. Cette deuxième plateforme est apparue après la seconde guerre mondiale à l’époque de l’occupation française dans cette région. Le choix de garder celle-ci est lié à la proximité des Balkans qui rendait ce lieu stratégique. Les

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Entretien réalisé à Novo-Selo le 11 /04/2008

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camions partant de ces deux plateformes doivent se rendent à celle de Skopje, sans passer par la Serbie qui refuse les passages des camions. Ces multiplications de détours sont dues à une question de douane. En effet la KFOR est exemptée de frais de douane à condition que les camions viennent de Skopje. Les camions mettent donc environ 48 heures pour arriver à destination. La plate-forme de Skopje est essentielle. C’est une véritable base arrière pour la KFOR. L’OTAN y est présente depuis 1998. Cela permet de mieux comprendre pourquoi la Macédoine est soutenue dans ses démarches pour rentrer dans l’OTAN. Sans le véto grec lors de sommet de Budapest, véto dû au nom du pays, le pays serait déjà entré dans cette grande structure nord atlantique. Skopje à beaucoup servi au début des opérations puisque l’aéroport de la ville était le plus proche du Kosovo, celui de Pristina/Pristinë n’étant pas encore prêt. Cette époque m’a été rappelée par les militaires qui trouvaient lors de leur transfert au Kosovo le temps particulièrement long. On peut néanmoins remarquer que la distante reste faible et que Skopje est plus proche de certaines zones que Pristina/Pristinë. L’utilisation de la Macédoine est telle que celle-ci cherche à obtenir une taxe pour les camions qui passent sur son territoire faisant remarquer que son réseau routier est abîmé par tous ces passages. C’est en effet aussi par la Macédoine que passent tous les gros éléments et certains véhicules qui viennent de France par bateau. C’est le port de Thessalonique qui est alors utilisé. Là encore, l’Economat a un entrepôt. Les liens entre ce port et le Kosovo sont particulièrement denses : en 2007, d’après KFOR Chronicle, 2500 convois auraient relié ce port au Kosovo. Le transport des hommes s’effectue par avion, le plus souvent dans des Airbus (La France dispose ainsi de deux A319, trois A310 et deux A340). Les questions de transport aérien peuvent être résumées par ce schéma, réalisé avec M de Plainval1. Schéma n°8 : Les avions de transport dans l’armée française. Transport tactique (Nécessitant rapidement un ravitaillement) Hercule C130 Transal C160 Transport stratégique (Longue distance) A340 A319 A310

Avion américain à 4 moteurs Avion franco-allemand à 2 moteurs souvent âgé de 30-40 ans


Flotte entretenue par l’armée de l’air


Flotte de 7 avions entretenue par Air France

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Entretien réalisé le 1 avril à Filmcity. M de Plainval est le conseillé politique du REP France.

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Carte n° 8 (BG) :

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B) L’impact culturel et économique de la TFMN-N
1) Les traces de présence française et leurs origines : les quatre piliers
L’économie et la culture sont très liées. Il y a ainsi comme nous le verrons souvent une motivation économique chez les personnes francophiles. La culture française est de très loin la plus présente dans cette zone. Cela s’explique aisément : la France a une taille et un poids économique bien supérieurs aux autres contingents présents dans la zone Nord. Ces derniers parlent d’ailleurs pour certains français comme les Belges ou les Marocains. Enfin les autres, beaucoup moins nombreux ne peuvent véritablement partager leur culture et leur langue car ils communiquent en anglais. Ils sont alors considérés comme des internationaux, ce qui « gomme » leurs particularités. La boutique de Mitrovica/Mitrovicë qui est dédiée presque exclusivement aux soldats danois et belges n’a pas de DVD en danois. Elle a pour cette clientèle des DVD en anglais, et quelques uns en allemand. Les vendeurs ne parlent pas danois, seul le propriétaire de la station de lavage des véhicules danois (dont nous reparlerons plus largement) m’a dit connaître quelques mots de danois. Pourtant, en l’observant travailler, je ne l’ai entendu parler qu’en anglais. Les Français pourraient être eux-mêmes englobés dans cette culture internationale, malgré un effectif plus élevé. Ils sont aujourd’hui protégés par un niveau d’anglais laissant à désirer. Un militaire m’a ainsi expliqué qu’il apprenait le français à un enfant de 12 ans et que ce dernier lui apprenait en retour l’anglais. L’apprentissage de la langue de Shakespeare doit être assez limité vu le niveau d’anglais de l’enfant qui n’a sans doute jamais assisté à un cours de langue. On arrive donc à un paradoxe intéressant : pour maintenir et développer une culture française, il est indispensable que les militaires ne connaissent pas l’anglais. J’ai ainsi vu des Albanais anglophones avoir toutes les peines du monde à apprendre le français et à communiquer dans cette langue avec nos soldats à cause de la non connaissance de ces derniers de la langue anglaise. Les officiers français sont bien plus à l’aise dans cette langue qui est celle du « vocabulaire OTAN ». A chacun de mes appels téléphoniques vers Novo Selo mon interlocuteur se présentait en anglais. De même, la majorité des documents que les militaires m’ont fournis étaient en anglais. Les exemples de la domination de cette langue sont donc extrêmement nombreux. On peut encore ajouter que les fameuses « KFOR chronicle » sont exclusivement en anglais, même s’il s’agit d’un anglais assez simple pour permettre une lecture aisée par l’ensemble des militaires. La présence culturelle française s’appuie sur les quatre piliers représentés sur le schéma suivant. L’influence de la guerre à la fin des années 1990 est particulièrement importante et concrète. Ainsi pendant la guerre de très nombreuses familles ont fui leur pays

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ou ont envoyé leurs enfants dans des pays d’Europe de l’Ouest. Toutes les personnes qui se sont retrouvées en France, mais aussi en Belgique et en Suisse sont devenues parfaitement francophone. Burim, ses frères et sa sœur qui parlent parfaitement français suite à leur année passée à côté de Bergues (Nord) en sont des illustrations. Après des moments difficiles à l’école où ils ne connaissaient au début pas un mot de français, leur intégration les a rendu francophones mais aussi francophiles. Chez Burim on trouve ainsi un plan du métro de Paris affiché au mur, des DVD en français dont celui de la comédie musicale les 11 commandements qu’il regarde très régulièrement, des bouteilles de vin français, de cidre. De même on peut y croiser parfois des Français. Les personnes ayant pu quitter leur pays en guerre faisaient partie d’une certaine élite au moins financière, le billet d’avion ou les démarches rendant le voyage difficile. Leur expérience a renforcé leur statut et facilité leur recherche d’emploi : ils avaient grâce à leur connaissance linguistique un bon profil pour travailler à la KFOR. Un certain nombre de personnes ont obtenu dans ces pays des papiers avec parfois le statut de réfugiés. Elles sont par la suite devenues les têtes de pont de l’exode des Kosovars vers l’Ouest. Celui-ci est massif notamment vers la Suisse ou l’Allemagne. Ces travailleurs ne rompent pas tous avec leur pays d’origine et y retournent souvent l’été. Ainsi, on trouve toujours au Kosovo un francophone ayant vécu à Paris ou à Lausanne. L’émigration est facilitée lorsque les gens ont travaillé à la KFOR où dans des institutions internationales. Cela grâce à la constitution d’un réseau pouvant être influent et à une meilleure connaissance linguistique. Les Kosovars qui cherchent à apprendre le français aujourd’hui le font souvent afin de travailler ensuite pour la KFOR ou une autre institution ou pour émigrer plus facilement. Pour leur apprentissage, ils disposent de structures mises en place par la France. Il y a à Pristina/Pristinë la bibliothèque Victor Hugo, dans l’enceinte de l’université, qui devrait devenir à court terme une alliance française. Celle-ci a quelques rares liens avec la KFOR. Par exemple, lors de ma venue, il restait des toasts que les militaires français avaient fournis. La responsable les a d’ailleurs critiqués faisant remarquer que ces derniers mettaient systématiquement du porc, ce qui n’est pas très diplomatique dans un pays musulman, même très tolérant. Hors de Pristina/Pristinë, les institutions se sont logiquement mises en place dans le Nord qui est, du fait de la présence militaire, la zone d’intérêt de la France Enfin les militaires ont une influence qui leur est propre, très liée à l’économie, comme nous allons le développer.

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Schéma n° 9 (BG): Les quatre piliers de l’influence culturelle française au Kosovo.

L’influence française se fait le plus sentir dans les zones où les militaires français sont les plus nombreux. Les gens parlent français, on trouve des inscriptions en français et d’autres traces telle la présence de drapeaux. La page suivante illustre les formes que peuvent prendre cette présence à Novo Selo, où se trouve la principale base française. Autours de ces centres, on trouve des signes plus modestes de cette présence : Mitrovica/Mitrovicë a ainsi un restaurant français avec de grandes photos de monuments parisiens comme la tour Eiffel ou le Moulin rouge. Au stade de cette ville, parmi les sportifs peints sur les murs on remarque un footballeur portant un maillot bleu frappé du numéro 10, rappelant bien sûr l’équipe de France et son histoire. Zidane semble d’ailleurs le Français le plus apprécié au Kosovo, même si le nouveau Président est très populaire en ce moment. En ces temps de post indépendance, se présenter comme Français déclenche presque systématiquement chez l’Albanais un « merci Sarkozy » plein d’amour. De plus on trouve dans les boutiques des produits destinés aux Français, ce qui fait qu’on a un véritable environnement français. Il est facile de comprendre que les Kosovars rêvent d’émigrer en France plutôt que dans un autre pays. Certains sont prêts à tout, comme épouser une Française ou à s’engager dans la légion étrangère.

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Document n° 31 (BG) :

La langue française dans le village de Novo Selo

Photographies prises le 9 et le 15 avril 2008

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L’environnement français est pourtant en déclin. Cela est dû au désengagement militaire qui entraîne une baisse massive du nombre de soldats français, un repli dans les camps de ces derniers et une rationalisation des moyens. Le journal « Bonjour », comme nous l’avons vu n’est plus publié, au profit d’un magazine commun pour tout le Kosovo. De même il semble, d’après un entretien avec un employé de l’école du village que le français n’est plus appris à Novo Selo et que les enfants apprennent désormais l’anglais. L’influence française n’est pas la seule. Dans la rue principale de Mitrovica/Mitrovicë sud, il y a plus de drapeaux américains que français. Aucun n’est présent dans le Nord de la ville.

2) La création d’emplois directs et l’exemple d’une employée de l’Economat à Novo Selo
Les emplois directs. La KFOR emploie un très grand nombre de Kosovars, veillant à ce qu’Albanais et Serbes soient employés. Ces postes sont assez nombreux. Une rumeur fondée ou non explique ainsi que Bonsteel est le premier employeur du Kosovo. Dans le nord l’Economat et la KFOR ont de nombreux employés. Le camp de Novo Selo en compte à lui seul plus de 80. Les postes proposés sont très diversifiés : on compte 4 jardiniers, des cuisiniers, des traducteurs... Tous les niveaux de qualification sont donc demandés et la connaissance du français n’est pas indispensable. Les jardiniers lors d’un entretien, effectué le 20 mars, m’ont expliqué qu’ils étaient très contents de leur travail. Celui-ci dure 8 heures par jour, commençant souvent à 8h pour finir à 17 heures avec une pause d’une heure à midi. Les salaires rendent les emplois particulièrement attractifs, dans une région où ces derniers sont très peu nombreux. De plus, comme nous l’avons vu, travailler pour la KFOR est une stratégie intéressante pour obtenir un visa pour la France. En moyenne, en travaillant pour la KFOR on gagne 400 euros par mois, ce qui est beaucoup au Kosovo. Au départ la KFOR a beaucoup recruté, aujourd’hui les postes sont rares. Pour les obtenir, plusieurs solutions existent : pour être interprète il faut passer un concours avec thème et version dont la note permet en plus de la sélection, de donner une place plus où moins importante au candidat en question1. Pour les autres postes, cela se fait souvent grâce au réseau. Il existe ainsi des familles où presque tous les membres travaillent à la KFOR. Cela est normal, quand on a la chance d’être entré on essaie d’en faire profiter ses proches. Lors d’un entretien avec un dirigeant de l’Economat, ce dernier m’a assuré que la sélection se faisait sur CV et entretien, ce qui est assez démenti par la réalité d’un pays ou chacun se débrouille comme il peut.

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Entretien avec Mehmet Sadiku à l’hôtel Grand de Pristina

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L’exemple d’une ancienne employée de l’Economat. Après plusieurs années passées à Novo Selo, cette dernière a la nostalgie de son travail. Elle avait trouvé ce travail grâce à sa famille dont deux membres ont un poste important. Elle a eu l’impression de travailler dans un camp de vacances et parle des militaires comme d’une joyeuse bande d’enfants ayant plein d’interdits. C’est cette notion qui l’a le plus marquée. Elle regrette ainsi de ne pas avoir eu le droit de parler longuement avec les soldats, de ne pas avoir eu le droit d’acheter des objets dans la boutique France, de ne pas avoir pu sortir avec les militaires le soir. Elle a pourtant joué de tous ces interdits avec inconscience en se disant aujourd’hui qu’elle était folle d’avoir fait cela. Elle m’a ainsi expliqué comment des militaires lui laissait leur adresse mail sur de petits morceaux de papier, comment elle demandait à des militaires d’acheter pour elle des parfums, en faisant attention de ne pas être vu lors de l’échange et en évitant les contrôles de sacs ayant parfois lieu à la sortie du camp. Elle m’a aussi parlé de soirées passées chez les pompiers qui ont « la cote » parmi les employées du camp. Leur petit nombre et leur uniforme les distinguent du reste des hommes. Enfin elle m’a expliqué comment elle était sortie du camp avec des militaires un soir pour aller en boîte après que ces derniers aient négocié avec les Marocains leur rentrée tardive dans le camp. Ces « bêtises » renforcent vraiment l’idée que le camp est une colonie de vacances où les enfants tentent de s’amuser en faisant bien garde aux « pions » qui sont ici les « gradés ». Il semble en effet difficile d’empêcher les soldats de ne pas avoir de contacts avec les seules filles présentes dans le camp. Ces relations avec les Serbes du camp sont particulièrement intéressantes. Ainsi les deux communautés dans le camp sont obligées, même si elles ne le souhaitent pas de cohabiter et de se parler, ce qui est une situation rare au Kosovo. Le choix de la langue pour parler est le point qui pose le plus problème. Cette jeune fille, après avoir parlé quelquefois serbe avec une collègue lui a demandé pourquoi elle ne parlait pas albanais. La réponse « je ne parle pas albanais » a été prise comme un mensonge provocateur, si bien que lors de leur échange suivant, elle a répondu en français à la Serbe : « je ne comprends pas, pouvez vous parler en français ? ». En cas de confrontation, pour sortir de la crise on cherche donc une langue neutre, même si celleci n’a pas un rapport évident avec la région.

3) Les emplois indirects et les petits trafics
La KFOR a une action particulièrement intelligente car elle injecte dans l’économie complètement désorientée du Kosovo de l’argent de façon à créer des emplois et à favoriser le développement. Ceci est essentiel puisqu’il est évident que la meilleure façon d’avoir un environnement sécurisé est d’avoir la paix. Quand l’économie va mal les tensions

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s’aggravent. Les violences racistes en Afrique du Sud de l’été 2008 sont liées à une mauvaise situation économique. Pour injecter de l’argent la KFOR utilise plusieurs moyens. On peut remarquer par exemple que les magazines qu’elle produit sont imprimés par de petites sociétés locales, que les boutiques des camps proposent beaucoup de produits achetés localement. Dans le bazar de Novo Selo se trouve ainsi des nounours, des couteaux, des souvenirs en bois achetés localement. Le vendeur1 estimait que les trois quarts de ses produits avaient été achetés au Kosovo. Il passe donc régulièrement des contrats avec des fournisseurs telle la boutique Féona de Mitrovica/Mitrovicë qui est une des principales. De même les militaires font imprimer leurs t-shirts sur place. La KFOR, elle-même, fait souvent laver ses véhicules par des locaux. a) L’exemple des stations de lavage Le lavage des véhicules est intéressant à développer car il montre que chaque pays a une approche économique différente. Les Grecs ont une conception assez économique du problème. Ils ont ainsi dans leur base le matériel nécessaire au lavage des véhicules. Ils n’injectent donc pas d’argent du tout. Les Danois eux lavent leurs véhicules depuis 1999 dans une station sur la route principale allant vers le centre de Mitrovica/Mitrovicë sud. Après quelques mois, les propriétaires ont demandé à avoir un contrat qu’ils ont fini par obtenir. Les Belges, copiant les Danois, ont à leur tour passé un contrat avec cette station. Elle lave aujourd’hui entre 300 et 500 véhicules par mois, surtout danois, le propriétaire faisant remarquer que les Belges n’ont pas beaucoup de véhicules. A chaque lavage, le chauffeur du véhicule donne un bon, en papier plastifié, avec un numéro. A la fin du mois, un soldat passe les récupérer et rémunère le propriétaire de la station. Ce système permet d’éviter toute dérive en permettant une connaissance parfaite du nombre de lavage. Les Belges ont adopté le même système, la photo suivante présente un de ces bons. Les prix pour le lavage ne sont pas tous les mêmes, les véhicules les plus petits rapporte un bon de deux euros, les plus gros deux bons, soient quatre euros. Il est intéressant de voir comment l’espace a évolué autour de cette station. En effet, la présence régulière de soldats a entraîné la création d’un magasin pour ces derniers, où ils vont immanquablement pendant que leurs véhicules sont lavés, n’ayant rien d’autre à faire. Ce magasin est sur la photo au numéro deux, le numéro un désignant l’espace où l’homme lavant les véhicule attend ses clients. Il y a un petit bar où les soldats peuvent acheter des boissons. Sur cette photo, on remarque le grand drapeau danois, déployé en

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Entretien réalisé le 14 avril 2008

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l’honneur de ces derniers, montre la reconnaissance de la population à cette action. Derrière la jeep, sur la porte du garage se trouve un deuxième drapeau danois, accompagné d’un drapeau de l’OTAN. Photos n° 32, n°33 et n°34 (BG avril et août 2008) : Le lavage des véhicules de l’armée.

Les Français ont passé des contrats avec une station en face de Novo Selo et une autre en face de Belvédère. La famille tenant cette dernière illustre bien les relations économiques qu’a la KFOR avec la population. Lumi, un des enfants de cette famille, a passé toute son enfance parmi les militaires français et polonais. Cela lui a permis d’avoir une très grande connaissance du français. Dès leur arrivée en 1999, les militaires français ou polonais lui ont demandé de petits services, le récompensant parfois d’une pièce ou d’un petit cadeau. Cette activité lui a semblé plus intéressante que l’école qu’il a abandonnée dès 13 ans pour « travailler » à plein temps avec eux. A 19 ans il a mobilisé toute sa famille autour d’un projet. Ils ont ainsi investi 3000 euros pour créer une station de lavage pour laver les véhicules de la KFOR, stationnant à moins de 100 mètres de chez lui. Ils ont ainsi acheté deux nettoyeurs haute pression, le second permettant d’avoir de l’eau chaude, essentielle en hiver en raison du froid, un groupe électrogène, des bidons et des citernes pouvant contenir en tout 5000 litres d’eau. Ces besoins de réserves d’eau et d’électricité s’expliquent aisément. En effet les coupures électriques sont courantes au Kosovo et, dans la journée, cette partie de la ville, loin du centre a l’eau coupée. L’eau n’est disponible que la nuit à partir de minuit. Cela oblige le père de famille à se lever pour remplir citernes et bidons. En 2005 un contrat est signé avec l’armée qui lave alors ses véhicules légers dans la station, les lourds étant lavé alors chez un Albanais résidant en petite Bosnie. Depuis quelques mois il a récupéré tout le marché, d’après lui à cause de l’incapacité et l’absence de 142

disponibilité de son concurrent. Pour être sûr de le conserver, la station ne s’occupe pas des véhicules civils, une action qui serait peu rentable, et qui pourrait avoir des conséquences néfastes, si les militaires devaient attendre leur tour longtemps. Son poste est envié, ainsi en avril 2008 une station de lavage a ouvert à 200 mètres de celle de Lumi. Le propriétaire vraisemblablement abusé par une de ses connaissances espérait grâce à lui obtenir un contrat avec l’armée. Après quelques jours il a décidé de fermer, se rendant compte que Lumi avait trop d’atouts. Le 26 août 2008, alors qu’il était en ville, Lumi a par exemple reçu un appel des militaires lui demandant de leur acheter un drapeau kosovar en souvenir de leur mission. Les militaires font appel à lui car ils ne peuvent sortir et le connaissent bien. Ce genre de commerce est particulièrement rentable pour Lumi : ainsi sur l’achat du drapeau kosovar, il gagne 5 euros. Les chauffeurs des différents véhicules donnent une fois leur véhicule lavé un ou deux bons avec la date, un tampon et le numéro de la plaque du véhicule (un bon pour les P4, VEBEC, Citroën et deux pour les VAB). A la fin du mois l’armée vient compter les bons, de 2 euros chacun et paye Lumi et sa famille en conséquence. Le nombre de bons oscille entre 50 et 200 par mois. Ce qui rapporte donc à la famille, en plus des très maigres revenus de l’épicerie, 100 à 400 euros par mois. Tous les quatre mois, avec les roulements des régiments, tous les véhicules de l’armée sont lavés, la famille gagne alors 1000 euros. Ce revenu permet à dix personnes de vivre ; L’armée agit donc ici de façon très intéressante pour les populations Cette petite entreprise ne satisfait pas pour autant Lumi, ce dernier rêve de « ne plus être Albanais pour devenir Français ». Les conditions de vie que lui offre le Kosovo ne le satisfont pas. Il rêvait en avril 2008 de départ, étant près pour cela à s’engager dans la Légion étrangère pour obtenir, après cinq ans sans sa femme et sa famille, les fameux papiers. Quatre mois plus tard son projet a avancé. Il a obtenu pour 1500 euros un visa pour travailler en Slovénie. Il compte une fois dans ce pays membre de l’espace de Schengen partir directement pour une ville du Sud de la France où il sera accueilli par des amis militaires dont l’un a un frère possédant une entreprise dans le bâtiment où Lumi pense pouvoir être embauché avant d’avoir des papiers et de pouvoir ensuite faire venir sa femme. b) Les boutiques devant les camps avec l’exemple de celles devant de camp de Belvédère La construction des camps a amené un nombre important de consommateurs potentiels à fort pouvoir d’achat dans des lieux bien définis. Cela a modifié l’espace autour des camps qui est en mutation permanente. En effet, rapidement, des gens ont songé à profiter des soldats en ouvrant des boutiques pour ces derniers. L’exemple de l’espace autour de 143

Belvédère illustre particulièrement bien ce propos, un plan et des photos complétant un peu plus loin notre étude. Ainsi dès que le camp a été installé, Besim, qui avait alors 17 ans et qui étudie aujourd’hui pour devenir médecin, et son frère ont décidé d’investir l’argent gagné pendant leur travail dans l’ONG Action humanitaire français. Ils ont installé une boutique (3) à quelques mètres de l’entrée du camp à la limite de la ville. Il estime que plus de 85% de son chiffre d’affaires est réalisé avec les soldats. La part de la consommation par des locaux augmente en juillet et août alors que les émigrés rentrent pour les vacances avec leur fort pouvoir d’achat. La vente de baskets, de vêtements ainsi que de CD a attiré d’autres marchands qui ont installé leurs boutiques parfois sur les terrains de la commune. Il y a eu rapidement une concurrence qui a encouragé une diversification des produits. Chacun est un peu spécialisé même si on retrouve certains produits partout. L’expansion s’est ralentie dès 2003 avec une offre trop forte et une demande plus faible, le nombre de soldats diminuant. Document n° 32 (BG) : Les conséquences de la hausse de la stabilité.

Les produits proposés sont parfaitement adaptés à un consommateur français qui dispose déjà à l’intérieur du camp de multiples produits. Les marques des produits proposés sont ainsi toutes célèbres en France. Les baskets à des prix inférieurs à ceux pratiqués en France ont d’abord été les plus bénéfiques. Aujourd’hui les vêtements, souvent produits en Turquie, ont détrôné ce produit. Les DVD sont comme les CD promis à disparaître, leur intérêt s’étant amoindri à cause du téléchargement. En effet, en plus du besoin de suivre les tendances, une prochaine loi devrait interdire la vente de CD et DVD contrefaits. Ces CD étaient autrefois importés de Bulgarie. Rapidement une organisation s’est mise en place à Pristina pour fournir le marché local. Les produits gravés voient souvent leur couverture s’adapter selon la langue. Selon que le consommateur est Allemand ou Français, la jaquette est différente, contrairement au contenu qui existe en plusieurs langues. Néanmoins certains produits sont créés uniquement pour les soldats français, à l’exemple du film « Ségo et Sarko

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sont dans un bateau », ou des CD de Lorie. Les marchands achètent ces CD 1.5 euro à Pristina en profitant d’un prix de gros. Vendu 3 euros, le marchand finit par gagner 1 euro, une fois l’essence et les taxes payées. Il y a une volonté claire de créer un environnement favorable aux soldats : les drapeaux français sont légions, le français est plus ou moins bien maitrisé par tous les vendeurs qui accueillent le client par un « bonjour ». On peut aussi remarquer que les noms des boutiques sont français. L’extension de la ville a posé problème à l’espace autour du camp. En effet la mairie ayant besoin de terrains a décidé de récupérer un terrain pour construire un petit poste médical. Cela a conduit l’Epicerie (9) et Champs Elysées (7) à déménager. Ce cas n’a pas découragé l’urbanisation sauvage puisqu’en 2007 et 2008 des constructions illégales ont de nouveau vu le jour. Leur destruction n’a pas eu beaucoup de conséquences car les constructions n’étaient pas en dur. Aujourd’hui encore la majorité des boutiques sont construites sans matériaux durs, ce qui peut s’avérer intéressant, et en plus demande un faible investissement. Besim remarquait ainsi qu’en cas de problème il peut toujours déménager sa boutique Nori 1 qui lui appartient. Le terrain ne lui appartient pas, ce qui rend son investissement un peu risqué. Il le loue 120 euros par mois, contre 180 pour celui de Nori. Ce prix important au Kosovo montre que l’espace entourant le camp est particulièrement attractif. La similitude des noms s’explique par des raisons fiscales : il fallait distinguer les deux boutiques. Les deux boutiques appartiennent à deux frères. Un autre de leur frère possède le magasin français Lacoste. Les deux autres occupent des emplois de fonctionnaires. Cette famille est assez modèle puisqu’elle ne connaît pas le chômage. Elle est assez aisée et cultivée et montre comment il est possible de s’en sortir avec la KFOR et l’aide internationale qui paie une bonne partie des salaires des fonctionnaires. Une autre famille est très présente : un seul homme possède les boutiques 3, 9 et 10 pendant que son cousin possède les 11 et 12. C’est cela qui permet d’expliquer la similitude des matériaux de construction de ces deux installations. La présence d’épicerie est très peu rentable. Lumy m’expliquait ainsi qu’il ne gagnait que 10 centimes sur certains produits. Les épiceries n’apportent qu’un complément. Le propriétaire de l’épicerie Dy çanat vit des revenus que son frère lui envoi d’Autriche. Son investissement est donc incohérent et sert plus à occuper ses journées qu’à lui rapporter de l’argent. Cela montre combien l’argent de la diaspora désorganise gravement l’économie du Kosovo où j’ai l’impression que peu de personnes cherchent vraiment à travailler sur place pour de petits salaires. Ils préfèrent attendre d’avoir un visa pour l’étranger en vivant avec

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l’argent envoyé par ceux qui y sont déjà. Cela est bien sûr à nuancer, l’exemple de Burim, qui a monté lui-même une compagnie de publicité, le prouve. La forte concurrence a conduit à des échecs. Ainsi le propriétaire de Champs Elysées n’ouvre plus beaucoup sa boutique. Il a d’autres affaires en ville qui rapportent plus. De même le propriétaire du magasin français a vendu sa boutique pour se concentrer sur celle qu’il possède à Novo Selo. On peut remarquer que les deux boutiques qu’il possédait portent aujourd’hui encore le même nom et ont une enseigne quasiment identique avec les mêmes cinq marques citées. La recherche de diversification a conduit à des échecs. Le bar « Le Bilardo (12) avec ses billards n’a pas su attirer les militaires, le propriétaire ne l’ouvre donc que rarement, restant plutôt dans son épicerie. Ces échecs ne détruisent pas le dynamisme de cet espace. La famille gérant la station de lavage de la KFOR a des projets pour installer une boutique dans le local vide (1’) à côté de l’épicerie. Pour l’instant le projet s’oriente vers des chaussures de villes en cuir de qualité qui seraient vendues autour de 25 euros.

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Carte n° 9 : L’espace entourant le camp de Belvédère sur une colline à la sortie de Mitrovica/Mitrovicë.

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Tableau n° 10 : L’offre des magasins entourant Belvédère. Numéro de l’installation 1 1’ 1’’ 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 Service proposé Lavage de voitures pour la KFOR Produits alimentaires Projet d’une boutique de chaussures « de ville » en cuir Les produits sont énumérés dans le nom de la boutique Spécialisé dans les vêtements et les chaussures. Présence de DVD et CD Lavage de voitures civiles Spécialisé dans les chaussures, vêtements Spécialisé (en complément avec la 3) dans les DVD, CD, DVIX, MP3, jeux de PlayStation 1 et 2 et d’ordinateur, logiciel informatique. Matériaux de construction Vêtements, CD, DVD Produits alimentaires Chaussures, vêtements pour homme et femme, sous vêtements féminin Produits alimentaires Billards, CD, DVD Services médicaux

Pour compléter cette présentation, j’ai choisis de mettre un certain nombre de photos prises en mars, avril et août 2008, permettant ainsi de mieux comprendre et appréhender cet espace. L’angle choisi est donné sur la carte suivante, les numéros correspondent à l’ordre dans lequel les photos sont classées. Les trois premières nous montrent les trois installations de Bessim et de ces frères. Il est intéressant de remarquer que les trois constructions diffèrent. La première boutique est au rez-de-chaussée d’une maison, la deuxième dans une construction en dur et la dernière dans un préfabriqué. On peut voir derrière ces boutiques l’important dénivelé qui montre que le camp est bien sur une colline. Les deux photos suivantes montrent les installations 11 et 12 appartenant au même propriétaire. On remarque que les tôles utilisées ont la même origine. A l’arrière plan on voit les reliefs derrière Mitrovica/Mitrovicë Nord. On voit le camp de Belvédère derrière Le Bilardo, ce qui montre la grande proximité que l’on constate aussi sur la dernière photo. L’avant dernière photo montre l’intérieur du magasin français Lacoste. Enfin, on voit Lumi devant son magasin avec un des deux drapeaux français qu’il possède.

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Photos n°35 à n°42 : Les boutiques devant Novo Selo.

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Carte n° 10 : L’angle des photos des boutiques devant Belvédère.

Devant Novo Selo il n’y a aujourd’hui que quatre boutiques (voir encadré suivant). Dans le village on trouve des restes de boutiques ayant fermé. La proximité du camp est donc indispensable dans cette période où le nombre de militaires décroît. La première boutique est installée au rez-de-chaussée d’une maison. Ses propriétaires la louent à une famille de Mitrovica/Mitrovicë qui fait tous les jours le trajet en voiture. Il y a un peintre, offrant un service très particulier, qui est peu présent et deux boutiques faisant partie d’un même bâtiment sans que leurs dirigeants aient de liens. Si les boutiques sont moins présentes qu’à Belvédère, on peut supposer que la différence ville/campagne est décisive. Ainsi la population urbaine est plus entreprenante et dispose de plus de capitaux. C’est d’ailleurs cette population qui possède la plupart des boutiques de Novo Selo, ce qui oblige des déplacements peu plaisants dans un espace complètement isolé. On peut ajouter que le camp de Novo Selo est mieux équipé que celui de Belvédère, ce qui a sûrement une influence aussi, même si cela n’est pas essentiel.

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Document n° 33 (BG) : Les boutiques en face du camp français de Novo Selo : 1) Levi’s (vêtements) 2) Station de lavage sous contrat avec la KFOR 3) Mylen Farmer CD shop (CD, DVD, jeux vidéo) 4) Magasin français Lacoste (vêtements) 5) Art atelier portrait « portrait d’après photo, art abstrait sur commande »

On peut remarquer que ces espaces peuvent rappeler celui entourant Filmcity. Il y a en effet là-bas une urbanisation s’organisant entre le camp et la ville. On y retrouve des petites boutiques, dont l’enseigne Lacoste qui a un graphisme qui permet de supposer qu’elle a été créée par la personne ayant ouvert les deux boutiques Lacoste devant Novo Selo et Belvédère. Il y a également de très grands centres avec des dizaines d’employés avec plusieurs étages. Ces derniers tels le Minimax et le Melodia PX sont d’une rare modernité et proposent un grand nombre de produits. Outre les DVD et CD, en promotion, vendus moins cher que dans le Nord du Kosovo, peut-être afin d’éliminer les stocks avant l’interdiction d’en vendre (le nombre de DVD acheté permet aussi sans doute d’avoir un prix de gros), on trouve de très nombreux vêtements, des jouets pour enfants, du matériel informatique, des consoles de jeux ou encore des articles de luxe ayant leur propre stand, tel les montres. La modernité, la taille et la diversité des produits de ces grands magasins distinguent cet espace de ceux entourant les camps français. Photo n°43 (BG) : MiniMax, un magasin moderne devant Filmcity

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c) Les emplois informels, les enfants de la KFOR. Les plus démunis ont eux aussi cherché à profiter de la présence de la KFOR. Principalement les plus jeunes, plus dynamiques, plus ouverts et profitant sans doute d’un meilleur accueil inconscient chez les militaires. On peut dire qu’il y a au Kosovo, ce que j’ai appelé les « enfants de la KFOR. Ces derniers vivent très souvent avec les militaires au point d’avoir des liens fort avec eux. Il existe plusieurs générations, la KFOR étant là depuis près d’une décennie. Ces enfants sont issus de familles assez pauvres et sans liens avec la France. Ils doivent donc se débrouiller par eux même, sans capital de départ. Les plus petits sont ceux qui passent le plus de temps avec les militaires. A la passerelle en face des trois tours, ils sont présents en permanence au point que je me demande quand ils vont à l’école. Sur la photo de couverture, on les voit, en nombre, autour des militaires. Les militaires n’ayant rien à faire à certains postes, comme cette passerelle, ils sont contents de les avoir pour leur tenir compagnie. Ces jeunes enfants restent la plupart du temps à écouter les militaires, apprenant la langue. Le fait qu’il y ait toujours des enfants fait que l’espace où sont les militaires devient un lieu où on se rend quand on veut voir des gens où quand on recherche quelqu’un en particulier. Les militaires agissent parfois comme des parents pour les enfants : ils interviennent sans cesse dans la relation qu’ont les enfants avec les chiens. Ces derniers sont en effet très présents partout au Kosovo et particulièrement où il y a des Français qui les accueillent parfois. A Concession, un certain nombre de chiens sont nourris par les militaires qui leur donnent parfois des noms. Momo est un de ces privilégiés. En effet, les chiens n’ont pas la belle vie au Kosovo, ils sont chassés et souvent accueillis par des pierres. Ils sont donc très craintifs. Les enfants le sont aussi envers eux, la présence de meutes de chiens pouvant être agressifs explique cela. Les militaires calment et rassurent les enfants quand les chiens les approchent, et interviennent pour empêcher que les enfants soient violents envers les chiens. Le maintien de la paix prend ici une signification bien particulière. J’ai été particulièrement marqué par une scène où un enfant âgé d’environ 5 ans présent à la passerelle a soulevé une pierre qui, proportionnellement à lui, était énorme, avant de menacer un chien. Un soldat est alors intervenu pour éviter un jet de pierre qui n’aurait pas été d’une rare violence, vu les muscles du petit bonhomme.

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Les enfants ne font pas énormément de « business »1 avec les militaires, néanmoins, ils leurs rendent de multiples services dont les militaires n’ont pas toujours besoin, mais qu’ils demandent pour faire plaisir à leurs « petits compagnons ». Ce sont ces derniers qui ont encouragé Lumi à quitter l’école, avant qu’il ne monte sa station de lavage auto. Isa, du haut de ses 8 ans est le meilleur exemple d’enfant de la KFOR de Mitrovica/Mitrovicë. Il bafouille particulièrement bien le français qu’il n’aurait jamais appris sans les militaires et répète un « putain » dans la plupart de ses phrases pour monter qu’une chose est impressionnante. Ils proposent sans cesse : « kebab ? » « Pizza ? » « Coca cola ? » aux militaires. Roi de la débrouille, il est très intelligent et sait comment récupérer de l’argent en tirant profit de la situation. Il aimait se moquer des militaires américains auquel il a réussi à vendre des canettes de coca-cola 1.5 €. De plus c’est une personne particulièrement bien informée. Un des militaires m’a confié qu’en le fréquentant il obtenait des informations en avance. Quand ces enfants sont un peu plus vieux et qu’ils doivent commencer à gagner leur vie, ils tentent de faire du business à une échelle plus importante avec les militaires. Ils leur proposent alors des caleçons Dolce Gabana, Diesel, Nike (à 5 euros) ou des montres. Ils assurent ne faire que la commission entre les magasins où les soldats ne peuvent se rendre. Il semble néanmoins logique qu’ils font un bénéfice sur les transactions. Pour plus de bénéfice, ils cherchent parfois à vendre des choses plus importantes : Bujar, (qui a d’après lui 19 ans) a réussi à vendre un ordinateur portable (prétendant à tort ou a raison qu’il possédait un magasin informatique qui a aujourd’hui fermé) et Jeton des I-phone. A ce stade, il y a une rude concurrence qui ne laisse aucune chance aux plus faibles. Ceux qui n’ont pas su apprendre le français sont exclus de la course au business, les moins charismatiques aussi. Il est particulièrement dur de voir comment sont exclus certains jeunes pourtant présents physiquement qui confient par l’intermédiaire de ceux qui ont su apprendre le français, qu’ils ont les même rêves que les plus actifs. Jeton, le plus âgé règne en maître aujourd’hui à la passerelle. C’est le plus mobile de tous : il n’hésite pas à aller à Pristina/Pristinë se ravitailler en I-phone par exemple. Il m’a semblé percevoir une certaine retenue des autres « vendeurs » en sa présence. Cette crainte se retrouve parfois : lors d’un entretien avec Bujar, ce dernier m’a affirmé ne pas faire de business avec la KFOR mais simplement chercher à apprendre le français. Ces jeunes s’en « veulent d’être Albanais »2 et ont plein de rêves. Le premier est clair : Bujar, avec qui je venais de prendre un rendez-vous par téléphone, m’a accueilli par un « je
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Ce mot est utilisé en permanence par les Kosovars pour désigner toute activité commerciale avec les militaires. Expression issue d’un entretien avec Isa le 4 avril 2008 à Mitrovica/Mitrovicë

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veux te demander quelque chose, peux tu m’aider à avoir des papiers français ? ». Cela se passe de commentaires. On peut d’ailleurs remarquer que Lumi, malgré son travail, ne rêve que de partir en France. Lors de visite chez des Albanais avec un employé de la MINUK, les gens lui demandait systématiquement « Savez-vous quand le visa ne sera plus obligatoire pour aller en Europe de l’Ouest ? », ce à quoi il répondait inlassablement avec humour : « on ne peut pas, cela viderai du jour au lendemain le Kosovo ! ». Après des échecs, ils travaillent souvent pour la KFOR, ce même Bujar s’est ainsi proposé pour travailler « aux bars, aux cuisines, aux restaurants ou aux magasins » de la KFOR. Quand ils n’arrivent pas à travailler comme employés de la KFOR, certains tentent d’ouvrir une activité avec la KFOR comme client, comme l’a fait Lumi. Pour cela il dispose d’un réseau qui s’avère capital. On peut résumer la situation des enfants de la KFOR par le tableau suivant. Il faut bien noter que les places sont chères et que la très grande majorité reste bloquée à un des stades : Schéma n° 10 : La situation des enfants de la KFOR et leur évolution: Stade Capacités requises pour passer au stade suivant. Stade 1 (exemple Musa)
(le besoin de gagner sa vie fait qu’on ne peut rester indéfiniment à ce stade pas assez rémunérateur)

Activité économique

-petits échanges et services

Stade 2(exemple Bujar)

-capacité linguistique -certain charisme

-services -ventes d’objet onéreux -travail direct pour la KFOR

Stade 3(exemple Lumi)
(n’est pas obligatoire pour arriver à quitter le Kosovo)

-capacité linguistique et charisme

-réseau social (connaissance de -travail indirect pour la KFOR militaires gradés, LMT…) -réseau social/amitié avec des -emploi français pour accueil -moyens financiers -non-emploi et ses problèmes

But : Visa pour la France

C) La perception des populations
1) Le regard des populations
Il s’agit ici plus d’une opinion personnelle que d’informations solidement démontrées suite à des sondages fiables. N’ayant pas trouvé de données, j’ai souvent posé moi-même les questions sur les opinions

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personnelles et collectives. Mes échantillons n’ont bien sûr pas été assez larges et variés. De plus être un Français a sans doute influencé mes interlocuteurs. J’ai néanmoins cru percevoir les résultats présentés ici.

a) Comment la KFOR veut être perçue Avec tous les moyens que la KFOR a mis en place, la KFOR cherche à donner une image précise d’elle. Celle-ci est décrite par le colonel Cotard quand il parle « d’un mélange d’admiration et de crainte ». La KFOR doit en effet être très respectée et montrer tout le temps sa détermination. La population doit savoir que si la KFOR décide quelque chose elle le fera. C’est cela qui s’est passé au tribunal le 17 mars 2008, où la KFOR n’a pas reculé et est restée occuper le terrain. Sa crédibilité est en jeu lors des crises. b) Les gradients de la perception chez les Kosovars Les Albanais n’ont pas tous aujourd’hui le même regard sur la KFOR. Au début elle était pour tous une « armé de libération ». Aujourd’hui il semble y avoir une certaine lassitude, lassitude dont les prémices remontent à 2005. Deux gradients peuvent être distingués. Un gradient zone tendue/zone calme et un gradient population « pauvre »/ population « intégrée». Le premier est évident : quand on habite dans une zone où il y a des tensions, on comprend pourquoi la KFOR est nécessaire et dans le cas contraire on comprend plus mal la présence de cette force étrangère. Le second gradient est économique. Les gens actifs, ayant un travail comme Burim, ont du mal à comprendre que leur pays n’est pas un pays comme les autres et qu’il nécessite cette présence. Ceux qui ont plus de problèmes et qui vivent donc dans des conditions plus précaires sentent ce besoin. Au cours de mes entretiens, j’ai constaté que l’Albanais n’a pas vraiment d’opinion sur la KFOR, on me demandait alors souvent la mienne... Il y a un très grave problème d’éducation chez les Albanais qui sont allés à l’école dans des conditions très difficiles sous Milosevic. « L’Albanais pense savoir car il est Albanais. Il est trop ignorant pour se rendre compte qu’il ne sait pas ». Cette phrase qui généralise trop me semble pourtant refléter une certaine réalité. Je l’ai répétée à plusieurs Albanais qui l’ont trouvée vraie. Jeni, une jeune fille aisée de Pristina/Pristinë ne savait pas ce qu’était la KFOR et ce qu’elle faisait malgré toutes les campagnes de communication. Elle m’a expliqué que récemment elle était allée à une réunion et qu’une voiture de la KFOR était à l’entrée. Elle s’était alors demandée ce qu’elle faisait là. Les Albanais ne sont manifestement pas pressés de voir un départ de la KFOR. Un passant m’a ainsi dit « for ever in Kosovo ».Les habitants attendent la paix puis un départ des soldats. Lumi, qui s’imagine déjà légionnaire pour obtenir des papiers français se voit déjà au Kosovo en mission. « Comme ça je ferai deux boulots : traducteur et monter la garde », une

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phrase touchante. Cela montre qu’il considère que la KFOR est là pour encore longtemps, sachant que le temps avant qu’il soit envoyé sera encore long. De plus cette phrase montre comment il regarde l’action de la KFOR : pour lui, elle « monte la garde ». On peut donc récapituler cela dans un tableau en utilisant des + et des – pour montrer le niveau d’appréciation des populations.

Tableau n° 11 : La perception de la KFOR chez les Albanais selon les types de populations : zone tendue population « pauvre » population « intégrée » ++ + zone calme + -

Chez les Serbes, la situation est différente, il semble que la KFOR soit pour eux une armée d’occupation, issue de l’OTAN. Cette alliance a de grandes responsabilités sur leur sort, puisque c’est elle qui, avec ses bombardements, a retiré le pouvoir aux serbes. La KFOR a donc un passé qui ne lui facilite pas ses relations avec cette communauté. Il existe un gradient entre les gens habitant au nord de l’Ibar et ceux habitant dans les enclaves. Il est assez difficile de juger le sentiment des Serbes. En effet il y a devant eux beaucoup de leaders politiques, de Belgrade et du Kosovo. Néanmoins, mes interlocuteurs m’ont toujours donné les mêmes arguments et un passage dans Mitrovica/Mitrovicë Nord au milieu de tous les drapeaux serbes montre que l’idée d’un Kosovo uni et multiethnique est assez utopique. Je pense ainsi que la KFOR est rejetée au nord de l’Ibar. Dans les enclaves la situation est différente puisque les habitants, même s’ils n’ont toujours pas accepté l’action de l’OTAN, sont dépendants des militaires. Sans eux, ils ne pourraient rester dans leur enclave. Leur attitude est donc mitigée. On peut donc dresser un tableau : Tableau n° 12 : La perception de la KFOR chez Serbes selon les types de populations. Nord de l’Ibar Enclaves c) Le point de vue d’Albin Kurti à travers une interview Document n°34 : Interview d’Albin Kurti (BG avril 2008). (Entretien réalisé en anglais et traduit fidèlement, rendant le texte peu fluide) Que fais la KFOR au Kosovo ? La KFOR est au Kosovo suite aux accords de Kumanovo du 9 juin 1999, alors que l’armée yougoslave était encore au Kosovo. Ils mentionnent que la police et l’armée --

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yougoslaves doivent quitter le Kosovo et la KFOR surtout formée de pays de l’OTAN doit y rentrer. La KFOR est le résultat de cet accord. Si on demande à la KFOR : « pourquoi êtes vous là ? », ils répondront « nous sommes là pour assurer un environnement sûr et sécurisé ». Cela est assez abstrait. Je pense que le rôle principal de la KFOR est d’assurer une aide psychologique aux gens : aux Albanais en leur montrant que l’armée serbe ne reviendra pas, aux minorités pour les défendre, en particulier à la minorité serbe car les autres n’ont pas de problèmes avec les Albanais. La KFOR française dans un sens assiste ou au moins tolère les structures parallèles serbes dans le Nord. Et dans le livre de Bernard Kouchner Guerrier de la paix, le monde peut voir que le général français en place en 1999 et 2000 était contre l’intégration du Nord au Kosovo. Qui contrôle la KFOR ? Contrairement à l’UNMIK, le pouvoir va aux pays européens. L’UNMIK est américaine. Le numéro deux de la KFOR est américain, donc dans les deux, la KFOR et l’UNMIK, le premier dirigeant est européen et le deuxième est américain. Que pensez-vous de l’action de la KFOR ? Je pense que la communauté internationale au Kosovo voit les crises seulement lors d’explosions. Pour eux aujourd’hui ça va, ils ne s’intéressent pas aux causes structurelles des crises donc je pense que la KFOR ne considère pas que la stabilité et la sécurité vont de paire avec le chômage, la pauvreté et l’éducation mais sont liées au nombre de troupes. La KFOR française au nord a seulement regardé au mois de février de l’année 2000 quand onze albanais ont été tués et que 11364 ont été expulsés. La KFOR a seulement regardé ce qui confirme la thèse que la KFOR est plus une défense psychologique que réelle. Pensez-vous que cela soit une bonne chose pour le Kosovo d’avoir la KFOR ? Je pense que le mieux serait d’avoir l’OTAN ici mais en accord avec Pristina/Pristinë d’avoir un statut pour les forces aujourd’hui. Les accords de Kumanovo ont été faits il y a trop longtemps. L’OTAN est en Albanie, en Macédoine alors pourquoi pas au Kosovo, mais l’OTAN doit être là en accord avec le gouvernement de Pristina/Pristinë […] Quand pensez-vous que la KFOR devra quitter le Kosovo ? Je pense que personne ne le sait pas même la KFOR et je pense que cela dépendra des décisions politiques. Que peut on reprocher à la KFOR dans ce quel fait ? La KFOR est commandée par différentes nationalités et je pense que les soldats de la KFOR écoutent plus leurs propres commandement nationaux et bien sûr les soldats américains ne vont pas écouter Xavier de Marnhac mais vont écouter les généraux américains et que les généraux américains vont plus écouter le Pentagone que le Commandant de la KFOR. Et dans l’action des militaires français ? Ils sont à un endroit qui se désintègre du Kosovo et on ne les a pas vus faire grand-chose donc l’armée française est devenue célèbre au Kosovo et même Bernard Kouchner reconnaît qu’ils ont empêché l’intégration du nord du Kosovo. Quelle est l’avenir du Kosovo qu’habitent les Serbes ? Cela dépend du développement politique mais je pense que la communauté internationale n’a pas de volonté de l’intégrer au Kosovo et d’un autre côté l’autorité de Pristina/Pristinë n’a pas de pouvoir et c’est pour cela que la situation est comme cela.

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On a l’impression que les Serbes du Nord ne veulent pas être intégrés Mais il y a aussi la vallée de Presevo dans le sud de la Serbie qui présente une sorte d’analogie. Pensez-vous alors que c’est une bonne chose que d’intégrer Presevo et de se séparer du nord du Kosovo ? Si le Nord s’en va alors Presevo arrivera mais j’ai peur que cela provoque de nouveaux conflits car on ne peut pas avoir une parfaite frontière ethnique. Est-ce que la présence de la KFOR pose des problèmes au Kosovo ? Vous avez cette présence militaire, les uniformes, les armes qui créent cette impression d’être sous une loi militaire. Y a-t-il autre chose ? Non mais c’est ce que l’armée dit au gens qu’elle les protège mais quand les gens voient l’armée ils ont peur, c’est mieux de ne pas voir des uniformes et des armes. Avez-vous une préférence pour l’UNMIK ou la KFOR ou est ce la même chose pour vous ? Ils ne sont pas pareils, ils sont connectés mais l’UNMIK est la plus mauvaise car l’UNIMIK à le pourvoir politique. Que pensez-vous du travail que fait la KFOR ? La KFOR cherche à montrer qu’elle est utile pour les habitants et ce qu’ils construisent d’habitude est très petit mais il y a beaucoup de médias. Dans ce qu’ils font la production la plus importante est l’image. Quand vous allez à Mitrovica, vous voyez le pont qui n’aurait dû être vu que par peu de personnes mais qui grâce aux médias a été vu par 2 millions de personnes. Pensez-vous que la KFOR doivent faire quelque chose pour intégrer le Nord du Kosovo ? Elle doit éliminer toute les structures parallèles, l’UNMIK ne le fera pas et quelqu’un doit le faire. Ce n’est pas le rôle du KPS ? Non, le KPS est commandé par l’UNMIK et pas par notre ministère de l’intérieur. Pensez vous qu’un accord de paix puisse exister d’ici peu de temps entre la Serbie et le Kosovo ? Oui mais d’abord la Serbie doit reconnaître le Kosovo. Sans cette reconnaissance il ne peut y avoir d’accord de paix. Est-ce que la KFOR peut faire quelque chose pour avoir cet accord de paix ? La KFOR doit montrer aux structures parallèles qu’elles ne peuvent être tolérées […] Qu’est ce que la KFOR doit changer pour être meilleure ? La KFOR doit demander à l’OTAN à Bruxelles d’éliminer les structures parallèles. C’est la chose la plus importante.

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d) La KFOR vue de l’étranger En France, d’après une rapide petite enquête1 menée sur une vingtaine de personnes auxquelles était posée la question : « que pensez-vous personnellement de la présence militaire française et internationale au Kosovo? Est-elle justifiée? », les personnes

interrogées semblent en accord avec cette opération, même si elles avouent en général d’emblée qu’elles ne connaissent pas assez la situation pour pouvoir juger. La réponse « type » de Nicolas2 illustre cela : « je ne sais pas si le Kosovo parvient à régler lui-même ses conflits internes, mais si la paix est menacée, notamment vis à vis de l'extérieur, des pays frontaliers, ou des droits de l'Homme, alors il me paraît nécessaire qu'une présence militaire étrangère soit de mise ». Certains sont plus méfiants vis-à-vis de l’armée et se demande si la présence n’a pas d’autres buts que le maintien de la paix. Bénédicte3 illustre cette méfiance : « Je suis contre parce que je ne connais pas le système qui est beaucoup trop compliqué alors je rattache la présence militaire à quelque chose de pas gentil alors je dis que ce n’est pas bien »4. On peut supposer que cette vision est assez partagée en occident. Hors de l’occident la vision est différente. En juillet 2007, à Er-Rachidia, au Maroc, on m’a plusieurs fois expliqué que la guerre et l’occupation du Kosovo faisait partie d’une guerre mondiale contre les Musulmans. En février dans le sud de l’Inde, on m’a fait remarquer qu’il était toujours préférable que chacun reste chez soit. Le Kosovo a donc des répercutions minimes dans le monde, où on reproche à l’Occident son interventionnisme et son impérialisme, sans doute en partie à cause des anciennes occupations occidentales où les motivations n’étaient pas toujours glorieuses.

2) Les soldats de la TFM N-N sont ils différents selon leur nationalité ?
Il me semble que la KFOR est vraiment regardée comme un tout et qu’on ne fait pas vraiment de différence entre les différents contingents. La phrase de Bujar « ils sont tous arrivés pour nous » résume la pensée de beaucoup. En insistant un peu, on voit que les Kosovars font tout de même des distinctions entre les différents soldats présents. Le soldat français est vu différemment selon qu’on habite dans une région où il est présent ou non. Ils a bien meilleure presse dans le Nord qu’ailleurs. Dans Pristina/Pristinë ils sont assez mal vus. Le drapeau français n’a été mis devant le grand hôtel que très tard alors
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Réalisé en mai 2008 sur un échantillon assez varié 22 ans, étudiant à science-po Lilles 3 18 ans, étudiante en architecture 4 Réponse obtenue sur un service de messagerie instantané, l’orthographe a été rétablie

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que de très nombreux drapeaux étaient présents auparavant. On lui reproche d’avoir coupé la ville de Mitrovica/Mitrovicë en deux et d’être proserbe. Dans le nord il est particulièrement bien vu. J’ai obtenu des réponses flatteuses pour la France et ses soldats, en étant certain que ma nationalité n’influençait pas trop. Les propos d’Albanais côtoyant la KFOR cités ici décrivent ces soldats : -Bujar : « grande culture » « respect » -Besim : « they have this culture », « cette capacité à dire « comment ça va ? » » « Les Danois eux quand ils vont dans un coin font ce qu’ils ont à faire et repartent » « cette capacité à dialoguer » -Isa : « respect » « capacité à dire bonjour » Ces exemples montrent que le Français est apprécié pour sa culture et sa capacité au dialogue. Les Danois eux sont admirés pour leur travail et leur rigueur. On leur reproche par contre d’être assez froids. Les Grecs eux sont assez mal vu côté Albanais. Leur attitude, comme celle qu’ils ont en occupant la tabatière ne les aide pas. Il semble qu’ils « snobent » la population albanaise en ayant peu de contacts avec. En face du camp grec se trouve un petit magasin dont le propriétaire m’a expliqué ne pas compter de militaires parmi ses clients et dans un anglais simple a résumé « Greec serbian », un raccourci qui résume la pensé des Albanais. Les soldats des Emirats, sans doute un peu comme les Marocains ne sont pas extrêmement appréciés. Les albanais en veulent presque à l’OTAN d’avoir ramené des contingents aussi « exotiques ». Un Albanais découvrant les soldats émiriotes a ainsi dit « non ! pas eux ! ». Il semble que l’Albanais se sente rabaissé en voyant ces hommes venus de pays « du tiers-monde » les aider. Ils sont particulièrement agressifs avec les Africains de la MINUK. Ils les accusent d’être trop heureux d’être payés pour travailler ici, de vouloir rester ici le plus longtemps possible, ou de ramener leur famille. Un membre de la MINUK m’a raconté une anecdote sur ces derniers assez plaisante qui peut expliquer le sentiment des Albanais : un tanzanien, venu en Europe pour la première fois ne comprenait pas les critiques du réseau routier, le trouvant particulièrement moderne. Xenini, dont nous avons vu des montages un peu plus haut, en a réalisé un sur ce sujet, particulièrement agressif et plein de préjugés. Seuls les membres de la MINUK sont visés comme on le voit avec l’inscription mise sur l’hôtel.

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Document n° 35 : La critique de la présence d’étrangers venant de pays relativement pauvres à travers un montage de Xenini de 2007.

3) Critiques, attentes et reproches
J’ai cherché à tout prix à obtenir des reproches sur la KFOR, j’ai ainsi orienté mes entretiens de façon à encourager à la critique. Le gradient séparant les Albanais des zones tendues des plus calmes est particulièrement marqué ici. A Mitrovica/Mitrovicë, les réponses furent côté albanais unanimes. Le « nothing » de Besim est très représentatif, comme le « on ne peut pas critiquer, ils font un bon boulot » de Lumi. Après cette question j’ai recherché à obtenir des informations sur comment l’améliorer encore. Après des moments de réflexion j’ai obtenu des réponses pouvant surprendre. Dans le Nord, il semble en effet que les populations albanaises, loin de souhaiter un départ rapide des soldats, cherche à ce que leurs actions soient encore plus nombreuses, surtout chez la communauté serbe jugé dangereuse. On le constate dans les phrases suivantes qui montrent aussi une certaine frustration : la KFOR a de très nombreux moyens mais ne s’en sert pas toujours. Elle effectue son travail dans le cadre de sa mission alors qu’elle pourrait en faire plus. -Lumi a ainsi conseillé de « fouiller les véhicules, multiplier les checkpoints, comme les soldats le faisaient il y a quelques années. Ils doivent fouiller pour trouver des armes et de la drogue. Par exemple devant mon Karcher ils pourraient installer un check point ». Sans plus d’inspiration Lumi ajoute avec le sourire : « ils pourraient aussi reconstruire les routes avec les troupes du génie de Novo Selo. »

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-un Albanais rencontré dans un bar de Mitrovica/Mitrovicë insiste sur le besoin de mieux contrôler les produits venant de Serbie. Par exemple les boissons qui, selon lui, pourraient contenir du poison. -Besim explique que si les soldats connaissaient mieux la situation, les choses se passeraient peut-être encore mieux. Il propose ainsi d’organiser un briefing de 2 /3 jours pour informer les militaires sur la situation. Puis il ajoute « they are already perfect ». -Bujar propose « aller dans le Nord, fouiller toutes les maisons pour prendre les armes ».

Dans Pristina/Pristinë les critiques sont plus virulentes. Aux reproches d’avoir coupé la ville de Mitrovica/Mitrovicë en deux qui sont presque systématiques, des critiques sur l’action de tous les jours apparaissent. -Valon reproche les checkpoints, le regard des soldats, les « toi tu vas par là ». -Burim, allant dans le même sens a exprimé un ras le bol des checkpoints qui lui font perdre beaucoup de temps dans les déplacements professionnels qu’il effectue régulièrement dans le Kosovo. Il reproche aussi aux militaires leur conduite qu’il trouve « prétentieuse ». Plus anecdotique, il a reproché l’occupation par la KFOR de nombreux bâtiments lors de son arrivée au Kosovo. Sa vie active l’empêche de voir l’utilité de cette force. Il y a aussi des critiques –pas très glorieuses- sur la neutralité de la KFOR, qui montre une fois de plus l’impossibilité de faire vivre ensemble Albanais et Serbes aujourd’hui. Il a ainsi fait

remarquer que la manifestation pacifique qui a fait 2 morts l’an dernier a Pristina/Pristinë a été plus durement réprimée que la grave manifestation serbe au tribunal, cela sous les confirmations de ses amis présents dans la salle. Beaucoup considère que la KFOR est beaucoup trop faible lorsque les Serbes posent des problèmes. - Jenia a proposé d’augmenter la collaboration plus avec KPS.

Chez les Serbes, les soldats sont moins bien appréciés, ainsi un moine de Prizren réfugié dans le monastère de Gračanica m’a ainsi confié « Comment pourrions-nous les aimer alors qu’ils nous tirent dessus ? » (il faisait référence aux événements de mars 2008 au tribunal). Ils attendent à peine d’eux une protection qu’ils préféreraient parfois ne pas avoir. Les sœurs de Devic sont manifestement prêtes à brûler dans leur monastère en laissant partir les soldats, la rive nord de l’Ibar se sent prête à affronter les Albanais en cas d’attaque, comme ils l’avaient fait en 2004 avec ses tireurs, une fois la KFOR débordée sur le pont. Tous n’ont pas accepté l’idée de l’indépendance, une Serbe, réfugié à Paris, espérait en janvier que l’armée serbe allait progressivement remplacer la KFOR. Un autre, très critique, m’a expliqué 163

qu’il était content de la présence de la KFOR pour une seule raison : cela permettra d’avoir des témoins en cas d’attaque albanaise.

D) Quel avenir ?
Je ne prétends pas, bien sûr, apporter de réponse ou de solution après un mois au Kosovo. Mais ne pas apporter mon avis serait d’après moi une grave faute : faire de la recherche sans tenter de tirer de conclusions personnelles est assez égoïste, voir inutile.

Travail Je suis assez admiratif du travail qu’effectue la KFOR qui a une action indispensable au Kosovo aujourd’hui. Sans elle, le Kosovo sombrerait dans un chaos assez extraordinaire avec sans doute une guerre civile entre les Albanais pour le pouvoir et des luttes multiethniques qui supprimeraient toutes les minorités. Le crime organisé prendrait des proportions encore plus grandes au sein d’un Etat de non droit. De plus l’Islam radical dans ce chaos aurait le champ libre pour s’installer. Le retrait des forces, certes complètement inconcevable, entraînerait aussi une explosion de violence dans les pays voisins, surtout en Macédoine, où les fanatiques pourraient agir sans qu’une organisation soit capable de les contenir. La Serbie pourrait aussi renvoyer ses soldats dans ce pays. Ces possibilités montrent juste combien la KFOR est indispensable. Son action est encadrée par des gens comprenant la situation, qui communiquent activement avec la population et qui ont organisé l’espace de façon rationnelle. Critique Paradoxalement le bilan de la KFOR est assez mauvais. Il n’y a certes jamais eu de débordement de violence ayant entrainé de nombreux morts, mais on peut remarquer que le nettoyage a continué depuis l’arrivé de la KFOR. Mars 2004 est le plus gros échec de la mission. On peut se demander, comme nous l’avons déjà dit, si la KFOR n’a fait que permettre un nettoyage ethnique plus lent et limité, avec peu de mort. Le bilan n’est donc pas à la hauteur de l’action de la KFOR. Pour faire une remarque supplémentaire, on peut ajouter que le temps passé sur place par les militaires est trop court et qu’il ne permet pas de créer des liens durables permettant une coopération efficace. Néanmoins, comme nous l’avons vu certaines équipes spécialisées restent plus longtemps mais on ne peut imaginer laisser les soldats plus de 4 mois au Kosovo où ils trouvent déjà le temps très long. Que faire ? La responsabilité de l’avenir est sous la responsabilité des hommes politiques. La KFOR n’est que le bras armé de ces derniers. Il leur appartient donc de définir clairement la

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mission des militaires. La KFOR doit tout faire pour que les décisions des politiques soient claires et permettent une amélioration de la situation. La KFOR ne doit pas hésiter à faire ellemême des recherches en profitant de sa connaissance du terrain sur l’avenir du pays afin de conseiller les politiques. Il me semble qu’on peut concevoir l’avenir du Kosovo à l’aide des deux documents suivants. Il est assez évident que l’avenir nous montrera que c’est un autre scénario qui s’est déroulé. Aujourd’hui que la communauté internationale tente de créer un état kosovar multiethnique qui serait accepté par toutes les communautés. Cela semble assez utopiste. De plus, cela mécontentera les voisins de ce pays et risque de bloquer son développement. La KFOR risque alors d’être confrontée à de nouveaux problèmes. Pour le futur, une réconciliation de la Serbie qui se sent humiliée avec le Kosovo est indispensable. Cela ne semble pas pouvoir se faire sans contrepartie.

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Schéma n°11 : Perspectives d’avenir pour le Kosovo.

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Document n° 36 : Chronologie imaginaire du Kosovo et de la KFOR. La chronologie imaginée présentée montre le rôle que doivent avoir les politiques dans ces actions. La KFOR doit les encourager pour ne pas servir qu’à contenir la situation, sans que les tensions disparaissent.
« L'avenir est un lieu commode pour y mettre des songes » Anatole France

30 mars 2011 : Sous la pression du gouvernement kosovar, l’EULEX décide de mettre un terme aux institutions parallèles serbes. 1er avril : les militaires allant fermer une école sont pris à partie par la foule à Mitrovica/Mitrovicë. Une grenade tue 5 membres de la KFOR. 4 serbes sont tués au cours des affrontements particulièrement violent. 5 avril : une voiture piégée tue un membre de la KFOR, la violence s’installe massivement dans Mitrovica/Mitrovicë nord. 6 avril : trois soldats français sont tués et 2 autres blessés par des tireurs embusqués sur les immeubles au cours d’une action concertée où au moins quatre tireurs ont ouvert le feu à la même heure. 7 avril : la KFOR multiplie les arrestations. La foule leur fait face alors que des tirs d’armes automatiques sont dirigés vers la KFOR. Elle se replie et évacue les maisons des Albanais qui sont brûlées. 8 avril : les Albanais tentent d’attaquer les enclaves serbes, la KFOR bloque sans faire de victime les offensives. Seules une dizaine de maisons isolées ont été détruites. 10 avril : la KFOR rétablit son autorité sur l’ensemble du Kosovo. Les Serbes au nord de l’Ibar ne lui pardonnent pas les événements du 1er avril alors que les Albanais trouvent que la KFOR n’a pas été assez ferme. 9 juillet : les Albanais qui vivaient au nord de l’Ibar reçoivent une aide de la KFOR pour se réinstaller au Sud. 25 octobre : un rapport du HCR montre que les Serbes vivant au Sud de l’Ibar ne sont plus que dans trois régions : dans le nord, dans la banlieue de Pristina/Pristinë principalement autour de Gračanica et dans la région de Strpce. Les autres se sont complètement intégrés (notamment autour de Gjilan) ou ont quitté les lieux. Quelques villages totalement enclavés se meurent lentement. 28 février 2013 : Violente manifestation des Albanais pour dénoncer les mauvaises conditions de vie 4 avril : d’importants détachements de la KFOR sont déployés en urgence en Macédoine où des troubles ont éclaté. La rapidité de l’intervention empêche le conflit de se développer. 10 avril : Création d’une force ayant comme mission de maintenir la paix et de promouvoir le dialogue, la MFOR. 3 décembre 2015 : Début de négociations secrètes entre le gouvernement kosovar et serbe sous le parrainage de l’union européenne. 16 juillet 2016 : les chefs des différents partis sont invités à joindre les négociations qui restent secrètes.

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4 septembre 2016 : Les président Serbe et Kosovar font une déclaration commune sur le pont de Mitrovica/Mitrovicë où ils annoncent un échange de terre entre les deux pays, un accord de libre échange et divers accords de coopération économique, en plus d’une reconnaissance mutuelle. La Serbie ne se sent plus aussi humiliée. La nouvelle est bien accueillie par des populations lasses de la situation. 3 janvier 2017 : le Kosovo entre à l’ONU 1er janvier 2019 : 6 entités (Albanaise, bosniaque, croate, macédonienne, monténégrine et serbe) regroupant les populations de l’ancienne Yougoslavie moins la Slovénie et plus l’Albanie entrent dans l’UE. L’organisation politique dans les Balkans occidentaux fonctionne donc avec des pays dont les frontières n’ont pas changé et des communautés dispersées. Cela permet donc d’être à la fois habitant de Croatie et Serbe ou Albanais et Kosovar, en plus d’être « balkanique ». Le drapeau du Kosovo créé en février 2008 est sauvé malgré des débuts difficiles. 6 juin 2022 : début du championnat d’Europe des nations. Les quarts de finale se déroulent à Skopje, Zagreb, Podgorica et Ljubljana. Cette dernière ville s’est vue « offrir » un match malgré le fait qu’elle n’appartienne pas à l’union balkanique. Ce cadeau lui est fait alors que l’ont cherche à recréer l’ambiance yougoslave qui est cristallisée. Les demi-finales s’organisent à Tirana et Belgrade, alors que la finale se passe à Sarajevo, seulement 38 ans après avoir accueilli les jeux olympiques La parenthèse de folie et destruction dans les Balkans prend fin. 1er août 2022 : les derniers éléments de la KFOR, cette dernière ayant quasiment disparu depuis 2018, quittent leur dernière base au Kosovo.

En plus de cela, il semble que la KFOR puisse renforcer son action dans ces différents domaines: -être beaucoup plus actif dans le développement économique. Cela pourrait prendre la forme d’action pour aider à rouvrir des mines, à rouvrir des usines, avec des travaux tels ceux de dépollution de certaines zones comme cela a été fait dans certaines usines de Mitrovica/Mitrovicë. On peut aussi imaginer que la KFOR utilise son influence sur le gouvernement pour faciliter les démarches administratives et dénoncer les histoires de corruptions. La KFOR doit faire profiter l’économie de son savoir faire et de ses moyens. En faisant cela elle ne sort pas du tout de sa mission : elle assure plus que jamais la paix puisque c’est l’économie seule qui permettra à tous les Kosovar de vivre ensemble. Afin d’avoir une action efficace on peut imaginer la création d’un bureau pour le développement économique, en liaison avec les LMT et les officiers ayant une influence sur le pouvoir. On peut remarquer que l’armée allemande en Bosnie a su faciliter les investissements de firmes du pays, investissements qui s’avèrent aujourd’hui rentables. On peut alors imaginer l’armée française chercher des investisseurs dans ce pays où la KFOR garantit une certaine stabilité et où la main d’œuvre est très jeune et nombreuse et les salaires très faibles. Ces liens entre armée et

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entreprises peuvent être dangereux, néanmoins aujourd’hui maintenir la paix c’est souvent rendre un espace économiquement prospère. -Maintenir une influence sur les hommes politiques kosovars et ne pas s’éloigner d’eux pour s’assurer qu’ils ne s’écartent pas du plan Athisaari, ou encore assurer la création d’une histoire conciliante au Kosovo. -S’associer beaucoup plus aux autres institutions, en particulier à l’EULEX qui va s’installer et remplacer une MINUK qui n’est plus crédible malgré un bon personnel, pour leur faire profiter de sa crédibilité, du « made in KFOR ». -savoir s’effacer encore plus du regard des populations en conservant sa crédibilité, -lutter et surveiller de près l’Islam radical et le crime organisé, -Pour le Nord de l’Ibar, il me semble que la TFMN-N doit être extrêmement prudente et conciliante. En effet elle est une armée d’occupation dans une région de ce qui apparaît être une partie de la Serbie et où les institutions kosovares risquent de ne jamais pouvoir s’installer. La force ne pourra en aucun cas aider cela. Plus la violence sera présente plus la « résistance » sera importante. Une fois de plus on constate l’importance de trouver des solutions politiques.

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Conclusion :
Après cette étude, on peut dire que la TFMN-N remplit particulièrement bien la mission que la résolution 1244 du Conseil de sécurité de l’ONU a attribuée à la KFOR. Sa connaissance des enjeux et du terrain lui permette d’adapter son action de façon appropriée pour prévenir les crises et éviter de passer pour une armée d’occupation. Elle sait ainsi communiquer avec les populations à l’aide des médias ou être plus ou moins visible et armée selon le contexte. La KFOR est manifestement l’institution la plus aimée au Kosovo, inspirant souvent « crainte et respect aux populations ». Néanmoins, dans les endroits les plus calmes, les populations sont de plus en plus hostiles aux checkpoints et autres actions contraignantes. Malgré ce bon travail, le bilan de la TFMN-N n’est pas bon. Ainsi, elle n’a pas su éviter la séparation spatiale entre les Albanais et les Serbes, particulièrement visible a Mitrovica/Mitrovicë. Cela était peut être impossible, en revanche la KFOR n’a pas été à la hauteur les 17 et 18 mars 2004 où les Albanais ont su la déborder pour s’en prendre aux différentes minorités, en particulier aux Serbes. A l’avenir, on peut dire que la TFMN-N devra veiller à ce que les politiques dont elle dépend lui définissent toujours plus clairement sa mission et s’effacer toujours plus des yeux de la population. Les politiques ne doivent pas imposer par la force de la TFMN-N l’autorité de Pristina/Pristinë dans la partie serbe, ce qui causerait des violences inutiles. Les priorités doivent être la reconnaissance du Kosovo par la Serbie, sans doute via des compensations, tel par exemple le don de monastères comme celui de Decani, sur le modèle des cimetières américains en Normandie, et la signature d’accords de paix et commerciaux. A cela il faut ajouter le développement du commerce et de l’économie. La paix et son maintien passe par un développement du Kosovo dont l’économie est aujourd’hui moribonde avec un taux de chômage énorme. Si le Kosovo a surtout un besoin d’investisseurs pour obtenir la paix, la présence de soldats reste très importante. Il faut continuer de montrer dans les zones tendues que la KFOR est là prête à réagir très rapidement pour prévenir tout pic de violence. Si le Kosovo est calme, la situation peut très rapidement dégénérer comme l’a montré la crise de 2004. De plus il semble aujourd’hui important de rappeler au pouvoir en place et aux autres habitants du Kosovo influents leurs engagements sur la démocratie ou le respect des minorités en étant bien présent. Enfin la KFOR doit toujours plus s’investir dans la lutte contre les trafics de tout genre en étant vigilante face à l’islam radical qui pourrait se développer si l’économie du Kosovo restait dans l’état où elle est aujourd’hui. 170

Bibliographie : Livres et ouvrages de référence :
ADLER Alexandre, 1998, "Qu'est-ce que le Kosovo ?", 18 juin 1998, dans ADLER Alexandre, 2003, Au fil des jours cruels, 1992-2002, Chroniques, Editions Hachette, collection Pluriel, Paris, pp. 216-220. BATAKOVIC Dusan T., 1997, "Le passé des territoires : Kosovo-Metohija (XVIIIème-XXème siècle)", Balkan Studies, volume 38, tome II, Salonique, pp. 253-283. Brunet Roger et Rey Violette (sous la direction de), 1996, "L'Europe balkanique",

Géographie universelle, volume "Europes orientales – Russie – Asie centrale", éditions Belin – Reclus, Paris, pp. 98-126. BOUGAREL Xavier, Bosnie, anatomie d’un conflit, édition la Découverte, Paris, 175 pages CABANES Pierre et Bruno, 1999, Passions albanaises, 2ème édition, éditions Odile Jacob, Paris, 1ère édition 1990, 280 pages. CASTELLAN Georges, Histoire des Balkans XIV-XX siècle, librairie Arthème Fayard, 1991, 643 pages Conoir Yvan et Verna Gérard (sous le direction de) Faire la paix, concepts et pratiques de la consolidation de la paix,2005, Les Presses de l’Université Laval Delisse François-Xavier et Troude Alexis, Le Petit Futé, Serbie, 2007-2008, 2ème édition, Nouvelles éditions de l’Université, 377 pages DERENS, Jean Arnault, Kosovo, année zéro, Les amis de Paris Méditerranée et Edition ParisMéditerranée, 2006, 379 pages DE VILLIERS Gérard, L’agenda Kosovo, 2008, Editions Gérard de Villiers GARDE Paul, 1999, Les Balkans, édition Flammarion, collection Dominos, 3ème édition, 1ère édition 1994, Paris, 128 pages. GARDE Paul, 2000, Vie et mort de la Yougoslavie, 2ème édition, 1ère édition 1992, Edition Fayard, Paris, 480 pages. FLOCON Yves, 2001, Gendarme français au Kosovo, L'Harmattan, Paris, 148 pages.

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PREVELAKIS Georges, 1994, Les Balkans, cultures et géopolitique, Nathan, Paris, 192 pages. QOSJA Rexhep, 1995, La question albanaise, Fayard, Paris, 326 pages.

ROUX Michel, 1992, Les Albanais en Yougoslavie, Minorité nationale, territoire et développement, éditions de la Maison des Sciences de l'Homme, Paris, 546 pages. ROUX Michel, 1999, Le Kosovo, dix clés pour comprendre, édition La Découverte, Paris. RUPNIK Jacques, De Sarajevo à Sarajevo, l’échec yougoslave, 1992, édition Complexe, 150 pages

Sitographie :
• www.afebalk.org site de l’association française d’étude sur les Balkans
• www.balkans.eu.org

site du Courrier des Balkans
• www.monde-diplomatique.fr

site du Monde diplomatique
• www.lemonde.fr

site du journal Le Monde
• www.lexpress.fr

site du journal L'Express
• www.courrierinternational.com

site de Courrier International
• http://www.geostrategie.ens.fr/

site du centre de géostratégie de l’ENS Ulm
• www.diploweb.com

site consacré à la géopolitique de l'Europe
• www.c2sd.sga.defense.gouv.fr

site du centre d'études en sciences sociales de la défense (C2SD)

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• www.frstrategie.org

site de la FRS (Fondation pour la recherche stratégique)
• www.defense.gouv.fr

site du Ministère de la défense de la France
• www.defense.gouv.fr/ema

site de l'Etat-major
• www.senat.fr

site du Sénat
• www.osce.org/kosovo

site de l'OSCE consacré à la mission au Kosovo
• www.nato.int/kfor

site de la KFOR
• www.ombudspersonkosovo.org

site du médiateur pour les droits de la personne

Rapports et ouvrages de recherche :
AMNESTY INTERNATIONAL Les droits fondamentaux des minorités bafoués au Kosovo dans Archives, 29 Avril 2003, http://web.amnesty.org/library/index/fraeur700112003]. AMNESTY INTERNATIONAL, La KFOR et la MINUK n'ont pas protégé les droits des groupes minoritaires Document public Index AI : EUR 70/016/2004 Section française 04 COO 346 ARMEE FRANCAISE, Revue de presse de la TFMN-N distribuée à Novo Selo en avril 2008 ASSEMBLEE PARLEMENTAIRE DE L’OTAN, Rapports adoptés en 1999, La politique et la stratégie de l’OTAN à la lumière du conflit du Kosovo, Commission de la défense et de la sécurité, Rapporteur: M. Jan Hoekema, novembre 1999. CDES (Commandement de la Doctrine et de l'Enseignement militaire Supérieur de l'armée de terre), Les bases de la doctrine de l'Armée de terre, Ministère de la défense, Paris. De Villepin Xavier, Boyer André et de La Malène Christian, 2000, Rapport d'information au nom de la commission des Affaires étrangères, de la défense et des forces armées à la suite d'une mission effectuée au Kosovo du 5 au 8 octobre 2000, Sénat, Paris.

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CHESNELONG Bénédicte. «Le Kosovo sous la terreur de Milosevic» dans Rapport d'une mission internationale d'enquête de la FIDH (Fédération internationale des ligues des droits de l'homme), 6-9 mars 1998, [http://web.eunet.ch/government/FIDH-RAPPORT.html]. COMMISSION DE DEFENSE NATIONALE ET DES FORCES ARMEES, déposé le 20 juin 2001, Rapport d’information pour l’Assemblé nationale n°3167 sur l’action civile des armées sur les théâtres d’opérations extérieures (action civilo-militaires) COMISSION DES RECOURS DES, La situation au Kosovo en général et à Mitrovica en particulier depuis juin 1999, 2000 IMARISC Bertrand Monnet, Note d’alerte MCC – Mafia albanaise, état 2007 Institut de management des risques criminels SAMARY Catherine. «Le démantèlement d’une fédération» dans La nouvelle guerre des Balkans (Manière de voir), Paris, no 45, mai-juin 1999, p. 37-41. STATISTIC OFFICE OF KOSOVO, Kosovo in figures 2006 TRATNJEK Bénédicte, Les militaires face au milieu urbain : étude comparative de Mitrovica et de Sarajevo mémoire présenté en vue de l'obtention du DEA de géographie politique, historique et culturelle sous la direction de M. André-Louis Sanguin, septembre 2005 Université Paris-Sorbonne (Paris IV), UFR de géographie et aménagement. TRATNJEK Bénédicte, Les opérations militaires en milieu urbain : le cas de Mitrovica mémoire présenté en vue de l'obtention de la maîtrise de géographie sous la direction de M. André-Louis Sanguin et de M. Philippe Boulanger. 30 juin 2004 Université Paris-Sorbonne (Paris IV), UFR de géographie et aménagement mémoire présenté Peclow Valérie, Georges et Adam Bernard, Bilan de la guerre du Kosovo, le résultat des frappes, la fin du conflit, la reconstruction, la situation en Serbie-Monténégro ,Rapport du GRIP 2000/3 Général VALENTIN, Témoignage d’officier français ayant commandé une opération ou une force multinationale, décembre 2006, Doctrine numéro spécial VASO CUBRILOVIC, 1937, L'expulsion des Albanais (mémoire), Belgrade

Séminaire de géopolitique de l’Ecole Normale Supérieure La Géopolitique des crises à impact mondial Dispensé dans le cadre du Master 2 de Géopolitique de l’Université Paris1 PanthéonSorbonne et de l’Ecole Normale Supérieure. Sous la direction de Franck Debié et Michel Foucher Séance du 19 décembre 2007 Les militaires dans la gestion des crises internationales Intervention du Général Vincent Desportes

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Liste des entretiens et présentation du travail de terrain •Entretiens :
22 novembre : Bénédicte Trajnek, doctorante auteure de travaux sur la paix en ville, notamment à Mitrovica. Elle m’a apporté son soutien et m’a fait profiter de son expérience lors de rencontres en janvier, mars et juin. 16 janvier : Dragna, Serbe ayant fui le Kosovo. 16 janvier : Alexis Troude, chercheur à l’Académie internationale de géopolitique et auteur d’ouvrages sur la Serbie et le Kosovo. 27 février : Shpresa bushi Albanaise du Kosovo ancienne élève de Science-po. Janvier et mars : Entretiens avec des Serbes engagés contre l’indépendance du Kosovo et des Français membres de l’association solidarité Kosovo. 16 janvier : Zjgim Halimi, Albanais du Kosovo que j’ai revu régulièrement, doctorant à Paris VIII où il travaille sur les parcs naturels au Kosovo. 11 mars : Damien Weider, étudiant ayant déjà effectué deux stages au Kosovo dont un au BLF (bureau de liaison), l’actuel ambassade. 13 mars : Entretien avec Shpresa et Guillaume Robert, un Français ayant longtemps travaillé au Kosovo où il a entre autres actions développé la bibliothèque Victor Hugo. 14 mars : Zana et trois de ses amis Albanais du Kosovo, dont deux ont travaillé dans des camps militaires de la TFMN-N.

•Enquête de terrain : principaux entretiens et activités
mardi 18 mars 2008: Arrivée à Pristina Mercredi 19: Maureen du centre culturel, Lucie stagiaire à l’Ambassade, soirée avec la communauté française qui avait organisé un concert. Jeudi 20: Hoxha interprète à film city, Mehmet interprète à Novo Selo, les jardiniers du camp, le major de camp et son interprète. Vendredi 21 : Entretien avec un moine de Prizren logé à Gračanica depuis que le monastère a brûlé. Samedi 22 : Discussion avec les gardes des ponts à Mitrovica/Mitrovicë, rencontre avec des enfants de la KFOR, gare de Pristina. Dimanche 23 : journée à Mitrovica. Lundi 24: Vendeurs devant la base grecque, Lumi qui lave les voitures de l’armée française. Mardi 25 : Gardes de la passerelle puis Besim, propriétaire de magasins devant Belvédère. Entretiens avec Bujar qui passe son temps avec les soldats français. Mercredi 26 : Rodolphe Richard 2ème secrétaire à l’ambassade de France. Jeudi 27 : Hubert de la Porte ancien militaire, travaillant au Kosovo depuis 1998. Vendredi 28 : Mehmet Sadiku interprète à l’Etat major de Novo Selo. Samedi 29: Capitaine Gendron à Filmcity et Flaka photographe. Dimanche 30 : journée à Pristina/Pristinë. Lundi 31 : Hubert de la Porte. 175

Mardi 1 avril : Entretiens avec le Colonel de Courrège, commandant le REP France, et le Polad Guillaume de Plainval à Filmcity Mercredi 2 avril : Journée à Pristina/Pristinë. Jeudi 3 : Entretien avec le conseiller juridique de la KFOR à Filmcity. Vendredi 4 : Entretien avec 9 militaires à Mitrovica et des enfants KFOR, visite, j’ai été contrôlé lors d’un check point par des soldats allemands en arrivant dans la ville. Samedi 5 : Entretien avec le Colonel Cotard, conseiller communication du Général commandant la KFOR à Filmcity. Dimanche 6 : Repas dans une famille kosovare à Mitrovica/Mitrovicë puis voyage en voiture jusqu’à Pristina/Pristinë en passant par Podujevo/podujevë et les montagnes. Lundi 7 : Visite Pristina et musée avec un Canadien. Mardi 8 :Mitrovica/Mitrovicë ; entretiens avec les dirigeant de la station service s’occupant des Danois et entretien avec Musa un Albanais travaillant à l’ONU. Mercredi 9 : Entretien avec le polad de Novo Selo. Jeudi 10 : Entretien avec le commandant chargé de l’approvisionnement en pétrole à Filmcity puis entretien avec le legad chargé des affaire civiles à l’échelle de la KFOR puis visite du siège de l’Onu. Vendredi 11 : Pierre Felacci de l’économat des armées à Novo Selo, Lumi, le Commandant du Fayet de la Tour responsable presse, les soldats de la passerelle, Besim. Samedi 12 : Journée a Brezovica. Dimanche 13 : Journée à Pristina/Pristinë. Lundi 14 : Visite de Novo Selo avec un soldat marocain et visite de l’enclave de Priludje. Mardi 15 : Passage à Novo Selo, visite de Mitrovica nord. Jeudi 16 : Visite du monastère de Devic. Vendredi 17 : Visite du patriarcha de Pec/Peja. Samedi 18 avril : Visite du Parc de Pristina, passage à Filmcity et retour en France accompagné d’un des dirigeants des opérations de désarmement. Du lundi 11 aôut au vendredi 22 août 2008: Chantier en Voïvodine dans le village de Backo Gradiste où Serbes et Hongrois cohabitent pacifiquement. Du vendredi 22 août au 26 août : visite de Belgrade où j’ai visité le musée de la guerre et assisté à une manifestation pro-Karadzic. Du 26 au 27 août : Passage à Mitrovica/Mitrovicë où j’ai rencontré Lumi et Bessim ainsi que des militaires gardant le pont, passage à Pristina/Pristinë où j’ai revu Burim et d’autres personnes travaillant dans les institutions internationales.

•Conférences : • « L'avenir du Kosovo : enjeu pour la stabilité des Balkans et pour la cohésion de
l'Union européenne ». Conférence organisée par L'Association française d'études sur les Balkans au CERI le 14 janvier 2008, de 17 à 19 heures, en partenariat avec le CERI Intervenants : Dusan Janjic (Forum for ethnic relations, Belgrade), Yves Tomic (AFEBALK), Jacques Rupnik (CERI)

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• Conférence organisée par L'Association française d'études sur les Balkans. L'intervenante,
Florence Hartmann a abordé à la Maison des sciences de l’homme, les questions soulevées dans son livre Paix et châtiment : les guerres secrètes de la politique et de la justice internationales, le 14 décembre 2007.

•Autres événements :
Dimanche 2 mars à 12h 44 : manifestation contre l’indépendance du Kosovo place de la République. Mars 2008 : salon du livre et entretiens avec des Serbes sur la question du Kosovo, un sujet traité par beaucoup des livres présentés.

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ANNEXES

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Annexe n° 1 : Cartes du Kosovo.

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Annexe n° 2 : Carte ethnique du secteur sous la responsabilité de la KFOR en 2000 (source KFOR). Le rose représente les Serbes, le blanc les Albanais, le mauve les Roms, le jaune les Bosniaques.

Annexe n° 3 : Plan de la ville de Mitrovica/Mitrovicë.

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Annexe n° 4 : Tableau récapitulatif des camps de la TFMN-N. Situation avant Date de l’ouverture du l’ouverture du camp camp Champ 1999 Centre de rétention 1999

Origine du nom Belvédère Plana Bataille en Italie en 1944 Nom local Héros (17911849) militaire d’origine danonorvégienne. Il a combattu les Prussiens notamment devant la ville de Frederica où il est mort.

Environnement Colline à la sortie de Mitrovica Au bord de la route, dans village Au milieu d’un champ, le long de l’Ibar, à quelques km de l’Ouest de Mitrovica/Mitrovicë

Olaf Rye

Novo Selo (camp De Lattre)

Nom Local

Village isolé

Champ

Alexandre le Héros Grec Grand Concession

Cambronne Nom donné à son arrivée par la 2ème DB en référence à son histoire

Dans la ville de Mitrovica sud Centre ville, Mitrovica sud, proximité du pont Centre ville, Mitrovica sud, proche du pont Centre ville, Mitrovica sud

Tabatière

2001 suite à un projet de fusion de TFMN-C 1999

Centre culturel 1999

Gymnase

1999

Caserne

Serment de Koufra

Nom donné par les Belges qui Nothing Hill décrivaient l’environnement Monastère de Devic Présence Filmcity d’anciens studios Sunny Hill

Colline isolée

Champ/friche

Fermé vers 2004, une partie sert d’école, une autre de centre pour les KPS Ouverture en 1999, fermé, réouvert en juin 2006

Derrière le monastère très isolé Hauteur de Pristina Hauteur de Pristina

Champ/friche Studios 1999 1999 (aujourd’hui fermé) 181

Annexe n° 5 : Illustrations des camps militaires 1) Les postes de combats devant les ponts. a) Concession (image satellite google)

b) Cambronne (BG avril 2007)

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2) Les camps en villes : a) Serment de Koufra (BG avril 2008)

b) Alexandre le Grand (BG avril 2008)

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3) Les camps en campagne et banlieue de Mitrovica/Mitrovicë a) Belvédère (BG avril 2008)

b) Plana (BG mars 2007)

c) Olaf Rye (vers 2004, photo issue de facebook)

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4) Les Etats-majors a) Filmcity ( Internet vers 2005)

b) Novo Selo (Internet, 2007)

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5) Devic : un poste servant à assurer une présence permanente.

Annexe n° 6 : Chronologie du Kosovo et de la zone de responsabilité de la KFOR 1) 1998-1999 : OTAN, UCK et Serbie, d’après Catherine Gousëset pour l’Express 1912-13 : guerres balkaniques; la Serbie reprend la région aux Ottomans. Le traité de Londres attribue à la Serbie le Kosovo et la Macédoine centrale. 1918-1941 : monarchie yougoslave; les Kosovars sont victimes de brimades et d'expulsions. 1941 : après l'occupation de la Yougoslavie par les forces de l'Axe, le Kosovo est rattaché à la Grande Albanie sous tutelle italienne. 1946 : La République populaire fédérative de Yougoslavie, dirigée par Tito, comprend six Républiques et deux régions autonomes le Kosovo et la Voïvodine. 1974 : Tito reconnaît l'autonomie de la province au sein de la République de Serbie. 1980 : mort de Tito. 1981 : les nationalistes albanais réclament un statut de République. 1989 : discours nationaliste de Slobodan Milosevic à Kosovo Polje.Abolition du statut autonome du Kosovo. 1991 : référendum clandestin. Proclamation d'une «République» du Kosovo, reconnue seulement par l'Albanie. 1992 : mise en place d'institutions parallèles. Ibrahim Rugova est élu à la «présidence». Le scrutin est jugé illégal par les Serbes. 1995 : accords de Dayton sur la Bosnie : le Kosovo est oublié. 1996 : apparition de l'Armée de libération du Kosovo (UCK).1997 : en septembre, des manifestations d'étudiants albanais sont réprimées par la police serbe. 186

1998 :Fév.-mars : la répression serbe dans la Drenica, bastion de l'UCK fait 80 morts. 9 mars : la communauté internationale menace Belgrade de sanctions. 12 mars : la Serbie refuse l'intervention d'un médiateur européen, l'ancien chef du gouvernement espagnol, Felipe Gonzalez, mandaté par l'Organisation pour la sécurité et la Coopération en Europe (OSCE). 22 mars : élections présidentielle et législatives clandestines organisées par les Albanais du Kosovo. Ibrahim Rugova est plébiscité. Printemps : offensive de l'UCK qui prend le contrôle d'un tiers du territoire. 31 mars : embargo de L'ONU sur les armes contre Belgrade. 24 avril : lors d'un référendum auquel ont participé 73% des électeurs, les Serbes approuvent à 94% le rejet par Milosevic d'une médiation étrangère. 9 mai : le Groupe de Contact (Russie, Etats-Unis, France, Grande Bretagne, Allemagne et Italie) décide, Russie exceptée, un embargo sur les investissements contre Belgrade. 29 mai : début d'une importante offensive serbe dans l'ouest du Kosovo. Juillet-août : contre-offensive serbe. Fin août, ils ont repris les principaux bastions de l'UCK. 1er septembre : sous la pression américaine, Belgrade propose aux Kosovars un accord intérimaire d'une durée de 3 à 5 ans qui accorderait à la province un certain degré d'autoadministration. 29 septembre : révélation d'un massacre d'une trentaine de civils albanais, les 26 et 27, imputé aux forces serbes. 5 octobre : un rapport du secrétaire général de l'Onu affirme que les forces serbes ont commis des atrocités. 12-13 octobre : ultimatum de l'Otan qui donne l'ordre à ses militaires d'agir après un délai de quatre jours. 13 octobre : l'émissaire américain Richard Holbrooke parvient à un accord avec Milosevic sur le déploiement d'une mission de vérification de l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) au Kosovo. 2000 "vérificateurs" devront être sur le terrain le 15 janvier 1999. 27 octobre : l'Otan renonce à l'usage de la force après un retrait des forces serbes. 7 décembre : un projet d'autonomie du Kosovo, élaboré par le médiateur américain Christopher Hill, est rejeté par les Serbes et les Albanais. Fin décembre : les Serbes déclenchent une offensive contre un bastion de l'UCK.

1999
8 janvier : l'UCK prend en otage huit soldats serbes qui sont relachés cinq jours plus tard grâce à la médiation de l'OSCE. 15 janvier : quarante cinq Albanais sont massacrés à Racak. 20 janvier : l'Otan renforce son dispositif militaire dans l'Adriatique. 30 janvier : l'Otan autorise son secrétaire général, Javier Solana, à engager des frappes aériennes si nécessaire.

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6-23 février : le groupe de contact réunit Serbes et Albanais à Rambouillet, dans la région parisienne, pour négocier un accord intérimaire sur une autonomie substantielle. Echec des négociations. L'UCK refuse de se satisfaire de l'autonomie proposée pour la province, et les Serbes rejettent le déploiement de soldats de l'OTAN dans la province. 15-19 mars : reprise des négociations à Paris. Les Kosovars signent l'accord; les Serbes le rejettent. 20 mars : les 1400 vérificateurs de l'OSCE et les ONG présentes au Kosovo quittent la province. 23 mars : le secrétaire général de l'OTAN, Javier Solana, donne l'ordre de lancer des bombardements aériens contre la Yougoslavie. 24 mars : début des frappes aériennes de l'Otan. 28 mars : le Conseil atlantique lance la phase deux de l'opération Force déterminée rebaptisée Force alliée. A Belgrade plus de dix mille personnes participent à un concert de rock antiOtan. Mars-avril : brutale répression exercée par les forces serbes et les paramilitaires au Kosovo. Ils organisent l'exode de centaines de milliers d'Albanais vers la Macédoine et l'Albanie. 4 avril : l'Otan élargit ses cibles et vise désormais les infrastructures civiles en plus des objectifs militaires. 6 avril : l'Otan frappe une zone résidentielle de la ville d'Aleksinac, première d'une série d'erreurs, qui comprend le bombardement de l'ambassade de Chine à Belgrade le 7 mai. 7 avril : l'Allemagne révèle l'existence d'un plan yougoslave d'expulsion de la population albanaise du Kosovo, initié en novembre 1998 sous le nom de code "Fer à cheval". 14 avril : début de l'opération "abri allié". 7000 soldats de l'Otan sont chargés d'organiser l'aide aux réfugiés du Kosovo en Albanie. L'ancien premier ministre russe Viktor Tchernomyrdine est nommé "représentant spécial" pour la Yougoslavie par Boris Eltsine. 5 mai : Ibrahim Rugova, autorisé à quitter la Yougoslavie où il était retenu depuis le début des frappes, arrive à Rome. 10 mai : Selon le HCR, la moitié de la population albanaise, soit 900.000 personnes, est désormais réfugiée. Slobodan Milosevic annonce un début de retrait des forces serbes. L'Otan juge cette annonce insuffisante pour arrêter les bombardements. 12 mai : Viktor Tchernomyrdine rencontre le président finlandais Martti Ahtisaari, qui jouera le rôle de médiateur entre les Occidentaux et la Yougoslavie. Début d'une intense activité diplomatique. 27 mai : Louise Arbour, procureur du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPI), rend publique l'inculpation de Slobodan Milosevic pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité au Kosovo. 28 mai : la présidence yougoslave annonce pour la première fois qu'elle souscrit aux principes généraux du G8 qui reprennent les conditions de l'OTAN pour l'arrêt des bombardements.Bodo Hombach, ministre d'Etat à la Chancellerie allemande, est nommé coordinateur du pacte de stabilité pour les Balkans par les chefs d'Etat et de gouvernements de l'Union européenne. 3 juin : à la suite de la médiation de Martti Ahtisaari et Viktor Tchernomyrdine, la Yougoslavie accepte le plan de paix proposé par l'Otan et la Russie.

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9 juin : Belgrade signe à Kumanovo (Macédoine) l'accord militaire et technique sur le retrait des forces serbes du Kosovo, qui ouvre la voie à l'entrée de la Force de paix dirigée par l'Otan, la KFOR, dans la province. 10 juin 1999 : L'Otan annonce l'arrêt des frappes aériennes. Le Conseil de sécurité de l'ONU adopte la résolution 1244 qui décide le déploiement d'une présence internationale civile et de sécurité au Kosovo. La mission des Nations unies, la Minuk, devra établir « une administration intérimaire dans le cadre de laquelle la population du Kosovo pourra jouir d'une autonomie substantielle au sein de la République fédérale de Yougoslavie ». 12 juin : début du déploiement des troupes de la KFOR au Kosovo. 20 juin : fin du retrait des 41.000 soldats et policiers yougoslaves. Profitant du vide d'autorité, L'UCK tente d'imposer son pouvoir politique. Sous la pression de la Kfor, l'Armée de libération signe un engagement qui prévoit sa démilitarisation dans un délai de 90 jours. 2 juillet : le Français Bernard Kouchner est nommé représentant spécial du secrétaire général des Nations unies au Kosovo. 3 septembre : le mark allemand devient la monnaie officielle du Kosovo, notamment pour le paiement des douanes et des comptes publics. 20 septembre : Hashim Thaçi, chef politique de l'UCK, annonce la création d'un parti politique revendiquant un Kosovo indépendant. 21 septembre : l'UCK dépose les armes et se transforme en une force civile baptisée «Corps de protection du Kosovo» (TMK), dirigée par l'ancien dirigeant militaire de l'UCK, Agim Ceku. 15 décembre : signature d'un accord avec les principaux dirigeants albanais pour la création, à partir du 31 janvier 2000, d'une «structure administrative conjointe». Cette administration sera dirigée par un conseil de huit membres : 4 Kosovars et 4 représentants de la Minuk.

2000
Février : des affrontements éclatent dans la ville de Mitrovica entre les communautés albanaise et serbe. Multiplication d'incidents dans la vallée de Presevo au sud de la Serbie, où vivent 75000 Albanais. Apparition d'un mouvement de guérilla albanais, baptisé UCPMB, du nom de trois villes de la zone : Presevo, Medvedja et Bujanovac. 11 mars : importante flambée de violence. 2 avril : le Conseil national serbe décide de mettre fin au boycott de l'administration intérimaire de la province mise en place par l'ONU. 5 octobre : chute de Milosevic en Serbie. 28 octobre : élections municipales organisées par l'ONU. La Ligue démocratique du Kosovo (LDK) d'Ibrahim Rugova obtient le contrôle de 21 des 30 municipalités; Le Parti démocratique du Kosovo (PDK) de Hashim Thaçi en remporte 6. Les Serbes, qui ne représentent plus que 5% de la population, ont boycotté le scrutin pour protester contre les attaques des Albanais dont ils sont victimes. 23 novembre : Xhemajl Mustafa, conseiller politique d'Ibrahim Rugova, chef de la Ligue démocratique du Kosovo (LDK), est assassiné à Pristina.

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Fin novembre : des maquisards albanais de l'UCPMB (Armée de libération de Presevo Medvedja-Bujanovac) lancent une violente attaque dans la vallée de Presevo, au sud-est de la Serbie.

2001
6 février : Belgrade adopte un plan pour un règlement négocié du problème de la vallée de Presevo comprenant des négociations sur l'intégration d'Albanais modérés aux institutions de l'Etat et le développement économique de la région avec l'aide de la communauté internationale. 16 février : un attentat à la bombe contre un bus transportant des civils serbes fait 10 victimes près de Podujevo, au nord du Kosovo. 12 mars : les chefs de la guérilla albanaise de l'UCPMB et Belgrade signent un accord de cessez-le-feu sous l'égide de l'OTAN dans le sud de la Serbie. 17 novembre : le parti d'Ibrahim Rugova, remporte les élections législatives avec 46% des voix.

2002
4 mars : l'Assemblée constituante désigne Ibrahim Rugova et Bajram Rexhepi respectivement Président et Premier ministre de la province.

2003
7 mars : l'ONU met en place un conseil chargé de superviser le processus du transfert progressif des responsabilités aux autorités locales. 14 octobre : les Serbes de Belgrade et les Albanais du Kosovo entament à Vienne leurs premiers entretiens directs depuis la fin de la guerre.

2004
17-18 mars : de violents heurts à Mitrovica et à Caglavica, près de Pristina, puis dans la quasi-totalité des localités serbes du Kosovo font plus de 30 morts et 500 blessés dans les deux camps. Le commandant de l'Otan pour le sud-est de l'Europe, l'amiral Gregory Johnson, qualifie de »nettoyage ethnique » les violences massives en cours. 5 octobre : contrairement au Premier ministre serbe Vojislav Kostunica, le Président de la Serbie Boris Tadic appelle les Serbes du Kosovo à participer aux élections législatives du 23 octobre dans la province. 23 octobre : la Ligue démocratique du Kosovo (LDK) du président Rugova remporte les élections législatives. Moins d'1% de l'électorat serbe du Kosovo a participé au scrutin. 3 décembre : le Parlement du Kosovo nomme Ramush Haradinaj, ex-chef rebelle des Albanais du Kosovo, au poste de Premier ministre. Ce dernier a été interrogé par des procureurs du Tribunal Pénal International (TPI) en novembre sur son éventuelle implication dans des crimes de guerre. 190

2005
8 mars : Ramush Haradinaj démissionne de son poste de premier ministre et accepte de se rendre à La Haye, après l'annonce de son inculpation pour trente-sept chefs d'accusation, dont Crimes de guerre et crimes contre l’humanité, par le TPI. 12 mai : ouverture de premiers pourparlers entre Belgrade et Pristina sur le retour de milliers de Serbes et autres non-Albanais déplacés après la fin du conflit (1988-1999). 6 juin : le TPI autorise la remise en liberté conditionnelle de Ramush Haradinaj. 1er juillet : la Minuk transfère au pouvoir local ses compétences en matière de justice et de police.

Vers l'indépendance
7 octobre : le secrétaire général des Nations unies annonce le lancement prochain de négociations sur le statut final du Kosovo, avec la nomination d'un représentant spécial chargé de discuter avec Belgrade et Pristina. 17 novembre : le parlement du Kosovo vote une résolution soutenant l'indépendance de la province. 21 novembre : début de la médiation de l'ancien président finlandais Martti Ahtisaari, négociateur spécial des Nations unies pour le Kosovo.

2006
21 janvier : Ibrahim Rugova décède d'un cancer du poumon. 10 février : le dirigeant modéré Fatmir Sejdiu, est choisi par le parlement pour succéder à Ibrahim Rugova 20 février : début, à Vienne, des négociations sur le futur statut du Kosovo. Les délégations serbe et albanaise se font face pour la première fois. 29 octobre : en Serbie, les électeurs approuvent par référendum la nouvelle Constitution qui définit le Kosovo comme «partie intégrante» de la Serbie.

2007
26 mars : le médiateur de l'ONU pour le Kosovo, Martti Ahtisaari, remet au Conseil de sécurité des Nations unies son rapport final qui préconise « l'indépendance sous supervision internationale » de la province. Juillet-décembre : le Groupe de contact sur le Kosovo crée une troïka composée d'un Américain, un Russe et un Européen pour arbitrer de nouvelles négociations entre Serbes et Kosovars albanais. Ces négociations échouent. 17 novembre : le parti démocratique du Kosovo (PDK) de Hashim Thaci, fondateur de l'UCK (Armée de libération du Kosovo), remporte les élections législatives avec 34% des voix devant la Ligue démocratique du Kosovo (LDK) du Président Fatmir Sejdiu.

191

2008 : l'indépendance
17 février : proclamation de l'indépendance du Kosovo. Cette indépendance est reconnue par les Etats-Unis et plusieurs grands pays de l'Union européenne. 9 avril : le parlement adopte la première Constitution du Kosovo indépendant.

2) Le Nord du Kosovo et la KFOR d’après un rapport du CCR (comité au retour des réfugiés)- Centre d’information géopolitique. 1999
18 juin : Les détachements français de la KFOR entrent à Mitrovica 20 juin : Les forces serbes achèvent leur retrait. Une partie importante des Serbes vivant à Mitrovica choisissent l’exil vers la Serbie. Les militaires français ripostent contre les pillards à Mitrovica. 01 juillet : Des Serbes attaquent trois Albanais qui ont franchi le pont sur la rivière Ibar. 03 juillet : La KFOR érige des barrages et empêche des manifestants de l’UCK d’accéder au pont. 06 août : Premiers incidents. Les soldats français barrent le pont principal sur l’Ibar entre les quartiers serbes et albanais. 09 septembre : Les Serbes manifestent contre le projet de réinstallation d’Albanais dans la partie nord de la ville. 150 personnes sont blessées au cours d’affrontements. 05 octobre : Un Serbe est tué et 10 autres blessés à la suite de l’enterrement d’Albanais assassinés par les troupes serbes en avril 1999. 17 octobre : Trois tirs de mortiers envoyés depuis le sud atteignent la partie serbe de la ville.

2000
02 février : Début d’une période de troubles. Trois Serbes sont tués dans une attaque à la roquette visant un bus des Nations unies dans la partie albanaise de la ville. 03 février : Début d’une vague d’affrontements intercommunautaires, 8 Albanais sont tués, 20 Serbes sont blessés au cours d’attentats contre un café fréquenté par des Serbes. (1700 Albanais, Musulmans slaves et Turcs vont devoir quitter la partie nord de la ville entre le 2 et le 10 février.) 04 février : 16 soldats français sont blessés. La KFOR évacue à leur demande des familles albanaises qui vivent côté serbe. 07 février : Un appartement albanais est attaqué à la grenade. 13 février : A la suite de violents incidents, deux soldats français sont atteints par des tirs. Ils répliquent et tuent un tireur embusqué d’origine albanaise. 192

16 février : 3 roquettes sont tirées à partir de la rive albanaise sur la partie nord de la ville. 21 février 50 000 Albanais marchent sur Mitrovica pour défendre le principe d’un “Kosovo uni”. La journée s’achève sans incident. 25 février : 3000 Serbes manifestent pacifiquement leur intention de rester dans la partie nord de Mitrovica. Bajram Rexhepi, le maire de la partie albanaise, refuse de négocier avec son homologue serbe Oliver Ivanovic, l’accusant d’être l’instigateur des violences du début du mois. 02 mars : La tentative de réinstallation de familles albanaises dans la partie nord de Mitrovica, tourne court après une manifestation de Serbes. 2000 Albanais ont fui le nord, 500 environ sont restés. 03 mars : Des Serbes manifestent contre l’installation d’Albanais dans la partie nord et se heurtent aux soldats de la KFOR. Cette confrontation fait 12 blessés, dont 5 parmi les militaires français. 06 mars : Hashim Thaçi, ancien chef de l’armée de libération du Kosovo (UCK) promet la « libération » de Mitrovica comme du reste du Kosovo. Oliver Ivanovic rejette la responsabilité des incidents violents sur la communauté albanaise qui vit dans le quartier de la “petite Bosnie” sur la rive nord de la rivière Ibar. 07 mars : 16 soldats de la KFOR et plus de 20 personnes ont été blessés par des jets de grenades tirés par des Albanais dans la partie nord de la ville. Bernard Kouchner accuse les extrémistes de tous bords d’être les responsables de ces violences. 15 mars : Incidents entre Serbes et militaires français, l’OTAN entérine l’envoi de 1000 hommes en renfort. Le HCR se déclare pessimiste sur la possibilité d’une installation d’Albanais en zone serbe. 41 Albanais ont toutefois pu rejoindre la rive nord à bord de véhicules blindés. 27 mars : Des armes ont été saisies dans le quartier de la petite Bosnie dans la partie nord de la ville. 31 mars : Une passerelle est installée par la KFOR entre les deux rives de l’Ibar afin de faciliter la vie de familles albanaises qui vivent dans une enclave entourée de fils de fer barbelés sur le bord nord de la rivière en quartier serbe. 09 avril : Une centaine de Serbes ont traversé le pont et se sont affrontés à des Albanais qui manifestaient bruyamment en faveur de l’UCK. 10 avril : Trois Albanais s’infiltrent dans la partie nord de la ville et créent un incident qualifié de mineur par Pierre de Saqui de Sannes, commandant de la KFOR dans le Nord du Kosovo. 14 avril : La KFOR a saisi 10 fusils d’assaut et des grenades dans la partie nord de Mitrovica. 28 avril : Des Serbes à bord d’un autobus de retour d’une messe orthodoxe ont été lapidés par des Albanais, des tirs d’armes automatiques ont été entendus et un bâtiment situé dans le quartier de la petite Bosnie a brûlé. Deux Albanais ont ensuite été molestés par des Serbes. 29 avril : le général français commandant de la KFOR a dû s’entretenir avec Oliver Ivanovic pour tenter de rétablir le calme. 03 mai : Une foule serbe s’est heurtée à des membres de la KFOR et du HCR, trois véhicules de la force multinationale ont été incendiés. Le HCR menace de suspendre ses activités à Mitrovica. ( 300 ONG sont toujours présentes au Kosovo).

193

19 mai : Un Serbe âgé de 70 ans a été tué près de Mitrovica. (il s’agit de la troisième personne assassinée dans des conditions similaires à proximité du village de Vukojevac depuis l’entrée des troupes de la KFOR en juin 1999.) 20 mai : Deux kosovars ont été arrêtés à la suite du meurtre d’un septuagénaire serbe à Vucitrn, situé à 10 km de Mitrovica. 27 mai : Le couvre-feu instauré en février à la suite des violences interethniques est levé. 31 mai : Un Serbe blessé par balles dans la ville de Novo Selo dans le nord du Kosovo est décédé à l’hôpital de Mitrovica. Une centaine de Serbes rassemblés dans le centre de Novo Selo ont conspué les Albanais. Une grenade a été lancée contre les troupes de la KFOR à proximité de l’enclave albanaise en quartier serbe. Un véhicule d’une organisation non gouvernementale a été renversé par des Serbes. 07 juin : Les Serbes bloquent les routes à plusieurs endroits autour de Mitrovica pour protester contre les violences dont ils sont l’objet depuis une dizaine de jours. 11 juin : 2000 Serbes se sont de nouveau rassemblés pour protester contre les violences antiserbes. 08 août : Médecins sans frontières (MSF) annonce l’arrêt de ses opérations dans le nord du Kosovo pour dénoncer le nettoyage ethnique. 15 septembre : Le candidat de l’Opposition démocratique Vojislav Kostunica a été accueilli par des jets de pierres et de fruits pourris par des partisans du président Milosevic. 24 septembre : Sur 4830 votants, Milosevic remporterait 64% des voix (3100) contre 19% pour son principal adversaire Vojislav Kostunica (900), candidat présidentiel de l’Opposition démocratique de Serbie (DOS). L’opposition dénonce de nombreuses irrégularités. 04 octobre : Un véhicule de l’ONU est attaqué dans la partie nord de la ville. 3 policiers serbes que les manifestants ont pris pour des Albanais sont blessés. 05 octobre : Le père Sava, prêtre orthodoxe, porte parole des Serbes de Gracanica et Oliver Ivanovic estiment que la chute de Milosevic va permettre un vrai dialogue entre Belgrade et l’ONU et permettre d’appliquer la résolution 1244. 09 novembre : Mutinerie dans les prisons de Serbie et à Mitrovica. Des manifestants albanais protestent contre la détention de leurs proches en Serbie et lancent des pierres sur des soldats russes et français à Mitrovica. 17 décembre : Un Serbe tué par balle, une autre victime d’une crise cardiaque à Leposavic au nord de la province au cours d’une manifestation contre les forces de l’OTAN. Le Conseil national serbe (SNV) de Mitrovica demande le retrait immédiat de 20 policiers serbes travaillant pour la police de l’ONU et donne à la KFOR 24 heures pour arrêter les meurtriers.

2001
13 janvier : Hans Haekkerup succède à Bernard Kouchner à la tête de la mission intérimaire des Nations unies au Kosovo (MINUK). 29 janvier : Un jeune albanais de 17 ans est tué au cours de heurts interethniques dans le quartier de “la petite Bosnie” côté serbe. Une autre manifestation s’est ensuite déroulée après la mort du jeune homme à proximité du pont dans le secteur albanais. 350 Albanais ont bloqué la circulation et lancé des pierres sur des véhicules de la police de la MINUK.

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30 janvier : 13 soldats de la KFOR blessés à la suite d’une manifestation qui a dégénéré le jour de l’enterrement du jeune albanais tué par une grenade lancée par des Serbes. Le général de brigade danois, Finn Saermark-Thomsen va occuper le bureau de chef de l’OSCE (Organisation pour la Coopération et la sécurité en Europe) à Mitrovica. Il doit assumer le rôle de bâtisseur de pont entre groupes serbes et albanais. Le couvre-feu a été instauré dans le centre de Mitrovica. Une compagnie italienne et allemande a été envoyée en renfort pour épauler la brigade multinationale déployée sous commandement français dans le secteur de Mitrovica pour faire face aux troubles de ces derniers jours. 01 février : Heurts entre les troupes de la KFOR et des jeunes albanais à Mitrovica. 33 blessés dont un gravement atteint par une grenade à billes lancée par un manifestant. 04 février : Le maire albanais de Mitrovica, Faruk Spahiu met en cause l’action de la force multinationale. Pour lui, “le travail de la KFOR française à Mitrovica est insuffisant et la cause de l’explosion de violences.” Les Serbes eux aussi critiquent le rôle de la KFOR. 16 février : 7 morts et 43 blessés par l’explosion d’une bombe au passage d’un car près de Podujevo sous protection de la KFOR (l’acte de violence le plus grave depuis juillet 1999). Oliver Ivanovic, maire de la partie serbe de Mitrovica dénonce la flambée de violence qui secoue la province et annonce de nouveaux troubles dans les prochains jours. Les Serbes de Mitrovica manifestent dans le calme pour protester contre ce qu’ils estiment être une défaillance de la KFOR lors de l’attentat de Podujevo. 23 février : Nouvelle manifestation des Serbes à Mitrovica reprochant à la KFOR de ne pas assurer efficacement leur sécurité. 14 mars : Attaque d’un commissariat de police dans le nord de Mitrovica à la suite de l’arrestation de deux Serbes soupçonnés d’avoir agressé des policiers de la force internationale. 17 avril : Les Serbes du nord de la province bloquent les routes menant à Mitrovica afin de protester contre la décision de la MINUK d’introduire des taxes douanières de 15% sur les marchandises en provenance de Serbie. 19 avril : Des soldats de la KFOR pris à partie par des manifestants à Mitrovica, alors qu’ils tentaient de sécuriser une caserne de pompier à proximité du “quartier de la petite Bosnie” situé dans la partie nord de la ville. 20 avril : Les Serbes maintiennent leurs barrages et manifestent en signe de protestation contre les mesures fiscales prises par la MINUK. A Belgrade, le Premier ministre yougoslave Zoran Zinzic demande à rencontrer d’urgence le responsable de la MINUK Hans Haekkerup pour discuter de l’opportunité du maintien de cette taxe qui constitue selon lui une violation de la souveraineté et l’intégrité du pays garantie par la résolution 1244 de l’ONU sur le Kosovo. 21 avril : Un Serbe blessé au cours d’échauffourées avec des soldats de la KFOR. 03 mai Un responsable du Corps de protection civile du Kosovo ( KCP issu de l’ex UCK), soupçonné d’avoir participé à un attentat dans un café de Mitrovica en zone serbe qui a fait plusieurs blessés a été arrêté par la police de la MINUK. 06 juin : La KFOR annonce qu’elle renonce au projet de construction d’un mur de part et d’autre du pont. 28 juin : La KFOR et la MINUK souhaitent la fin des structures administratives parallèles installées dans la partie serbe de la ville. Elles espèrent également la participation des Serbes

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pour remplacer l’organisation d’autodéfense des “Gardiens du pont” par des forces de police du Kosovo (KPS) sur le modèle de celles qui existent côté albanais. 19 juillet : 200 soldats en provenance de plusieurs pays européens viennent renforcer les effectifs de la KFOR sous commandement français à Mitrovica. 20 août : Un policier de la MINUK a été arrêté pour agression sexuelle dans la partie nord de Mitrovica. 26 novembre : Un juge international ordonne une détention prolongée de 30 jours pour un ancien commandant de l’UCK accusé de l’enlèvement de 5 Serbes à Mitrovica. 04 décembre : Un général français à la tête de la KFOR. C’est la première fois depuis l’entrée des troupes internationales en juin 1999 qu’un général français est nommé à la tête de cette force de 42 000 hommes issus de 39 nationalités différentes. 07 décembre : Un soldat de la KFOR blessé par une grenade à main lancée par un Serbe.

2002
21 février : Arrestation de 2 Serbes soupçonnés de l’assassinat d’un Albanais il y a près de deux ans. Une manifestation de protestation s’est déroulée à la suite de ces interpellations, au cours de laquelle un policier de la MINUK a été légèrement blessé et plusieurs voitures endommagées. 04 mars : Ibrahim Rugova (LDK) est nommé Président pour 3 ans. A l’issue d’un accord, Bajram Rexhepi, membre du PDK et ancien maire de Mitrovica de 1999 à 2000 devient Premier ministre. 9 postes ministériels ont été pourvus à l’intérieur des partis albanais, le dixième est réservé à un membre du Parti serbe Provatak. 08 avril : Incidents avec des Serbes lors d’une tentative d’arrestation de l’un d’entre eux par la police de la MINUK. 16 agents de la police des Nations unies et 5 manifestants ont été blessés lors de la confrontation. (Il s’agit du plus grave incident survenu depuis 1 an à Mitrovica.) 09 avril L’administrateur de l’ONU au Kosovo Michael Steiner a condamné dans les termes les plus fermes les incidents de la veille à Mitrovica. Une centaine de Serbes se sont rassemblés pour exiger la libération de leur compatriote arrêté la veille. 12 avril : Les manifestants serbes continuent de se rassembler pour exiger la libération de l’un des leurs. 17 mai : Inauguration d’un marché multiethnique à Mitrovica en présence d’Ibrahim Rugova et d’un représentant de la Direction du développement et de la coopération (DDC). 23 mai : La MINUK rejette une résolution du Parlement kosovar concernant la réunification de Mitrovica. Le document visé déclare illégales les structures parallèles du nord de la ville mises en place par les Serbes. 28 mai : Entretien entre Michael Steiner et Nebojsa Covic. Steiner insiste sur la nécessité pour la MINUK d’avoir libre accès à toutes les zones nord du Kosovo où se trouve Mitrovica, afin d’y substituer les structures parallèles actuellement en place par des institutions légitimes sous l’autorité de l’ONU. Le représentant de l’autorité internationale réitère l’importance attachée par la MINUK au retour volontaire des réfugiés qui doivent être encouragés à rentrer dans les villes et les villages dont ils sont originaires originaires.

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26 juillet : Dans un rapport publié par l’ONU, Kofi Annan fait état de progrès en matière de sécurité et de relations interethniques. Il souligne toutefois que Mitrovica représente toujours un défi à l’application des résolutions de l’ONU. 26 août : Les Serbes menacent de quitter le Parlement et de boycotter les élections régionales d’octobre 2002 afin de protester contre les discriminations dont ils se considèrent être les victimes de la part des représentants des Nations unies. 26 septembre : La MINUK interdit l’entrée au Kosovo au candidat ultra nationaliste Vojislav Seselj qui avait l’intention d’organiser un rassemblement électoral à Mitrovica nord. 30 septembre : 6 policiers de la MINUK agressés par des manifestants serbes. 05 octobre : L’Albanie soutient le plan de l’administrateur de l’ONU et appelle toutes les parties concernées à coordonner leurs actions pour la réalisation rapide du plan de l’ONU permettant à tous les citoyens de Mitrovica de s’intégrer dans la nouvelle réalité du Kosovo.

2003
15 janvier : A l’issu d’un projet pilote, des Albanais, membres de la force de police du Kosovo (KPS) patrouillent dans la partie serbe de la ville. 20 janvier : Milan Ivanovic, leader du Conseil national serbe déclare qu’il demandera la séparation de la région de Mitrovica à dominante serbe si le statut de la province se trouve posé 07 février : L’explosion d’une grenade a endommagé le toit de la maison d’un Albanais. 14 octobre : les Serbes de Belgrade et les Albanais du Kosovo entament à Vienne leurs premiers entretiens directs depuis la fin de la guerre.

2004
17-18 mars : de violents heurts à Mitrovica et à Caglavica, près de Pristina, puis dans la quasi-totalité des localités serbes du Kosovo font plus de 30 morts et 500 blessés dans les deux camps. Le commandant de l'Otan pour le sud-est de l'Europe, l'amiral Gregory Johnson, qualifie de «nettoyage ethnique» les violences massives en cours.

2008
17 février : indépendance du Kosovo. 19 février : destruction des postes frontières Gate 1 et Dog 31 par des Serbes. 17 mars : violences autour du tribunal dans Mitrovica/Mitrovicë nord. Un policier ukrainien est tué.

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Tables des illustrations
Table des photographies
Photo n° 1 (BG avril 2008) : La partie sud de la ville de Mitrovica/Mitrovicë Photo n° 2 (BG avril 2008): Le Nord de la ville de Mitrovica/Mitrovicë p 23 p 24

Photo n° 3 (BG avril 2008) : La sortie du pont Cambronne à Mitrovica/Mitrovicë, coté Nord. p 39 Photo n° 4 (BG avril 2008) : Le tribunal de Mitrovica/Mitrovicë, la KFOR et le drapeau serbe. p 65 Photos n° 5 à n° 12 : Illustration du matériel utilisé. p 68 - 69

Photos n° 13 à n° 15 (site de l’Etat-major français, juillet 2008) et n°16 (BG août 2008) : La nouvelle passerelle devant les trois tours. Photo n°17 (BG août 2008) : Campagne d’affichage « proche de vous ». p 77 - 78 p 80

Photos n° 18 et n° 19 (BG avril 2008) : Campagne d’affichage au moment de l’indépendance. p 81 Photos n° 20 à n° 23 (BG, avril 2008) : Exemple du déroulement d’un check point à l’entrée de Mitrovica/Mitrovicë. Photo n° 24 (BG avril 2008) : La KFOR dans l’enclave de Priludje. Photo n° 25 (BG avril 2008) : La sortie du monastère de Devic. p 97 p 98 P 99

Photos n° 26 à n° 28 (KFOR Chronicle, 2007) : La KFOR au service du monastère de Devic. p 101 Photos n° 29 (KFOR, 19 février 2008) et n°30 (Marko Djurica/Reuters 17 mars 2008) : La gestion des crises au Kosovo en photos. Photo n° 30 (BG) : Le soldat face à la population. Photo n° 31 (site de l’Economat) : L’Espace France. p 116 p 117 p 126

Photos n° 32, n°33 et n°34 (BG avril et août 2008) : Le lavage des véhicules de l’armée. p 142 Photos n°35 à n°42 (BG) : Les boutiques devant Novo Selo. Photo n° 43 (BG) : Minimax, un magasin moderne devant Filmcity. p 149-150 p 152

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Table des tableaux
Tableau n° 1(BG) : Présentation des différentes municipalités sous la responsabilité de la TFMN-N. Tableau n° 2 : Le partage des municipalités. Tableau n° 3 (BG) : Influences lors de la répartition militaire. Tableau n° 4 : L’évolution des effectifs de la KFOR dans le temps. Tableau n° 5 (BG) : Forces présentes dans le secteur dont la TFMN-N a la responsabilité. P 51 Tableau n° 6 : Les gradients déterminant le comportement des militaires. Tableau n° 7 : Les véhicules utilisés. Tableau n°8 : Exemples de travaux réalisés par les ACM. p 64 p 70 p 76 p 25 p 40 p 47 p 49

Tableau n° 9 : Photographies de publicités pour la KFOR dans des journaux kosovars en avril 2008. Tableau n° 10 : L’offre des magasins entourant Belvédère. p 84 p 148

Tableau n°11 : La perception de la KFOR chez les Albanais selon les types de populations. p 157 Tableau n° 12 : La perception de la KFOR chez Serbes selon les types de populations. p 157

Table des cartes
Carte n° 1 : L’OTAN en Europe et son expansion. Carte n° 2 (BG) : Le partage du Kosovo et ses raisons. p 30 p 43

Cartes n° 3 : (KFOR février 2008) : Les troupes présentes au 2 février et leur répartition au Kosovo. Carte n° 4 (Armée française) : Les opérations françaises en cours en 2006. Carte n° 5 (KFOR 2008) : Les camps de la KFOR au Kosovo. Carte n° 6 (BG) : La frontière entre le Kosovo et la Serbie. Carte n° 7 (armée française) : Les destructions de maisons en 2004. Carte n° 8 (BG) : Transport et géopolitique. Carte n° 9 (BG) : L’espace entourant le camp de Belvédère sur une colline à la sortie de Mitrovica/Mitrovicë. Carte n° 10 : L’angle des photos des boutiques devant Belvédère. p 147 p 151 p 46 p 48 p 95 p 103 p 108 p 134

199

Table des schémas
Schéma n° 1 : La chaîne de commandement. Schéma n° 2 (BG) : Les relations entre KFOR et OTAN. p 35 p 36

Schémas n° 3 à n° 6 (BG) : La répartition de l’espace entre les différentes unités dans le temps. P 90 Schémas n° 7 à 10 (BG) : L’évolution de l’organisation de l’espace par les militaires. Schéma n° 7 : La KFOR au monastère de Devic. Schéma n° 8 : Les transports par avions dans l’armée française. Schéma n° 9 (BG): Les quatre piliers de l’influence culturelle française au Kosovo. Schéma n° 10 : La situation des enfants de la KFOR et leur évolution. Schéma n° 11 : Perspectives d’avenir pour le Kosovo. p 94 p 100 p 133 p 137 p 155 p 166

Table des documents
Document n° 1 : Article 9 de la résolution 1244. Document n° 2 : article 19 de la résolution 1244. Document n° 3 : Les COMKFOR de juin 1999 à aujourd’hui. Document n° 4 : Organigramme de la KFOR en septembre 2007. Documents n° 5 : Article 6 de la résolution 1244. Document n° 6 : Les insignes des différentes Task forces. Documents n° 7 : La violence contre la KFOR entre 1999 et le 1
er

p 27 p 28 p 31 p 33 p 36 p 55 janvier 2002: bilan. p 61

Document n° 8 : Exemple de présentation de la première page d’une fiche biographique. p 73 Documents n° 9 à n° 13 : Photographie et montages issus d’Internet. Document n° 14 : Extrait du journal Prozor (en albanais) numéro 12 de l’année 2008. Document n°15 : Extrait du journal Dritarja (en serbe) numéro 12 de l’année 2008. p 82-83 p 87 p 87

Document n° 16 : Autocollant de la KFOR devant la station de lavage des véhicules danois à Mitrovica/Mitrovicë en avril 2008. p 88

Document n° 17 : Image satellite de l’environnement du camp de Novo Selo : un espace isolé proche de l’axe principal. p 92

Document n° 18 : Extrait de la chronologie de l’année 2000 réalisée par la commission de retour aux réfugiés et le Centre d’information géopolitique. Documents n° 19, n° 20 et n° 21 : Témoignages recueillis par Amnesty. p 105 p 109-112 200

Document n° 22 : Reproduction d’un tableau à la sortie de Novo Selo pour prévenir les accidents de la route. p 120

Documents n° 23 à n° 29 : Reproduction d’affiches présentes à Novo Selo le 15 avril 2008. p 122-124 Document n° 30 : Typologie des couvertures du magasine KFOR Chronicle. Document n° 31 (BG) : La langue française dans le village de Novo Selo. Document n° 32 (BG) : Les conséquences de la hausse de la stabilité. Document n° 33 (BG) : Les boutiques en face du camp français de Novo Selo. Document n°34: Interview d’Albin Kurti (BG avril 2008). p 127-130 p 138 p 144 p 152 p 158-159

Document n° 35 : La critique de la présence d’étrangers venant de pays relativement pauvres à travers un montage de Xenini de 2007. Document n° 36 : Chronologie imaginaire du Kosovo et de la KFOR. p 162 p 167-168

201

Table des sigles
ACM : Actions Civilo-Militaires (CIMIC en anglais). BATFRA : BATaillon FRAnçais. BMN-N : Brigade MultiNationale Nord. Nom donné à la fois au Kosovo (avant 2003, pour ce qui est aujourd’hui la TFMN-N) et en Bosnie-Herzégovine. BMN-NE : Brigade MultiNationale Nord-Est qui a remplacée la BMN-N, le 1er janvier 2003, pour éviter une confusion avec la BMN-N stationnée en Bosnie. CEH : Cellule Environnement Humain. COMKFOR : COMmandant de la KFOR (le Général Bout de Marnhac début 2008). EULEX : mission « Etat de droit » de l’UE qui devrait à terme remplacer la MINUK. ICG : International Crisis Group: ONG travaillant sur les conflits. KFOR : Kosovo FORce, force militaire internationale pour le Kosovo. KOA : Kosovar d’Origine Albanaise (sigle utilisé par les militaires français). KOS : Kosovar d’Origine Serbe (sigle utilisé par les militaires français). KPC : Kosovo Protection Corps, sorte de corps de pompiers au service du Kosovo qui pourrait à terme devenir l’armée du pays. KPS : Kosovo Police Servie : police du Kosovo sous le contrôle de l’OSCE. LEGAD : LEGad ADvisor, conseiller juridique. LMT : Liaison Military Team, équipe de liason. MINUK : Mission Intérimaire des Nations Unies pour le Kosovo (traduction française de l'UNMIK). OPEX : OPération Extérieure. OSCE : Organisation de Sécurité et de Coopération en Europe. OTAN : Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (traduction française de NATO). POLAD : Political advisor, conseiller politique. QG : Quartier Général des Armées. PAO : Property Accounting Officer, service de presse/média. PSYOPS : PSYcological OPerationS, opérations psychologiques. PX : Post eXchange. Nom désignant les boutiques militaires détaxées dans les camps. REP France : Représentation française. RIMA : Régiment d'Infanterie de MArine

202

SACEUR Supreme Allied Commander EURope : Commandant suprême des forces alliées de l’OTAN en Europe basé à Mons (Belgique). SHAPE : Supreme Headquarters Allied Powers Europe : Grand quartier général des puissances alliées en Europe, à Mons (Belgique). TFMN-N : Task Force MultinatioNale Nord UCK : Ushtria Clirimtare e Kosoves, abréviation albanaise de l'Armée de Libération du Kosovo. UCMPB : Armée de libération de medvedja, Presevo et Bujanovac. VAB : Véhicule de l’Avant Blindé. VBL : Véhicule Blindé Léger. UNMIK : Mission Intérimaire des Nations Unies pour le Kosovo (traduction anglaise de MINUK).

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Table des matières
Introduction Méthodologie Chapitre introductif
A) L’opposition entre Serbes et Albanais et l’intervention de 1999 B) La typologie des images des groupes facebook traitant du Kosovo : une illustration des passions et des oppositions des habitants. C) Le Kosovo aujourd’hui : présentation D) Les spécificités de l’espace étudié
1) Mitrovica/Mitrovicë : une ville hautement symbolique 2) Un potentiel économique assez important 3) Présentation des six municipalités
P2

P 10 P 10 P 12

P 20 P 22 P 23 P 25 P 25 P 27 P 27 P 27 P 28 P 28 P 30 P 35 P 35 P 37 P 37 P 38 P 40 P 40 P 44 P 47 P 53 P 55 P 55

I) La crise du Kosovo et la question de stabilisation
A) La mission de la KFOR entre ONU, OTAN et UE
1) La mission de la KFOR : la 1244 2) L’OTAN et la chaîne de commandement de la KFOR
a) La France et les autres pays de la TFMN-N et l’OTAN b) Qui dirige la TFMN-N ?

3) L’OTAN et la KFOR et leurs liens avec les autres institutions
a) ONU et EULEX b) Le pouvoir Kosovar c) KPC et KPS d) La théorie du troisième rideau

B) Le partage du Kosovo et les forces présentes dans le nord
1) Le partage du Kosovo et les raisons de la présence française dans le Nord 2) Le choix des autres membres de la TFMN-N 3) Les forces présentes, l’importance du dispositif français et les rotations 4) La notion de frontière chez les task forces

C) Quels ennemis et quels dangers pour les soldats de la KFOR ?
1) Les menaces extérieures envisageables

204

a) Une menace venant de Serbie ? b) Une menace russe ? c) Une menace albanaise ? d) Une menace islamiste ?

2) Les ennemis de la KFOR dans le Kosovo
a) Des Serbes ? b) Des Albanais ? c) Les trafiquants ?

3) Quels dangers pour les soldats ?

II) Organisation et expérience de la TFMN-N
A) Une stratégie relationnelle pour créer crainte et admiration
1) le comportement des militaires et la réparation des problèmes posés
a) Le comportement des militaires et les gradients profil et visibilité b) Un matériel adapté à la situation c) La gestion juridique des problèmes posés aux populations

P 55 P 56 P 57 P 57 P 58 P 58 P 59 P 59 P 60 P 64 P 64 P 64 P 64 P 66 P 71 P 72 P 72 P 74 P 75 P 78 P 79 P 80 P 80 P 83 P 85 P 88 P 88 P 89 P 89 P 91 P 95 P 96 P 98 P 99 P 101 P 104 P 104 P 106 P 114

2) Des actions et unités spécialisées pour la population
a) Le renseignement b) Les LMT c) Les ACM et le Génie d) Les services médicaux e) La gestion partielle du problème foncier

3) Un arsenal de médias au service de la KFOR
a) Les campagnes d’affichages b) la publicité dans les journaux c) Publications et tracts d) Radio K4 e) Les spots télévisés

B) L’occupation et le contrôle de l’espace
1) La répartition de l’espace entre les unités présentes 2) Les installations de la TFMN-N et leur répartition face à l’évolution de la situation 3) La protection d’espaces menacés
a) Le checkpoint comme moyen de se montrer b) La protection d’enclaves à travers l’exemple de l’organisation de l’espace à Priludje c) La protection de monuments à travers l’exemple de l’organisation de l’espace au monastère de Devic d) La question des frontières et le travail d’escorte

C) La gestion des crises
1) Juin 1999 – juin 2001 : la gestion de l’impossible 2) La crise du 17 et 18 mars 2004 : l’erreur impardonnable 3) Les crises depuis l’indépendance

205

III) Représentation, réalité et avenir
A) Le soldat de la TFMN-N
1) Sa vision de la situation 2) Sa pratique de l’espace et l’exemple du 3ème RIMA 3) Le Welfare
a) Le sport b) Les NTIC c) La nourriture d) Les petites activités e) Le shopping f) Les sorties « touristiques » g) KFOR Chronicle

P 117 P 117 P 117 P 119 P 121 P 121 P 122 P 123 P 123 P 125 P 126 P 127 P 131 P 135 P 135 P 139 P 140 P 141 P 143 P 153 P 155 P 155 P 156 P 156 P 157 P 160 P 160 P 162 P 164 P 170 P 171 P 175 P 178 P 179 P 180 P 180 P 181 P 182

4) les questions de logistique et de transport

B) l’impact culturel et économique de la TFMN-N
1) Les traces de présence française et leurs origines : les quatre piliers 2) La création d’emplois directs et l’exemple d’une employée de l’économat à Novo Selo 3) Les emplois indirects et les petits trafics
a) L’exemple des stations de lavage b) Les boutiques devant les camps avec l’exemple de celles devant le camp de Belvédère c) Les emplois informels, les « enfants de la KFOR »

C) La perception des populations
1) Le regard des populations
a) Comment la KFOR veut être perçue b) Les gradients de la perception chez les Kosovars c) Le point de vue d’Albin Kurti à travers une interview d) La KFOR vue de l’étranger

2) Les soldats de la TFMN-N sont ils différents selon leur nationalité ? 3) Critiques, attentes et reproches

D) Quel avenir ?

Conclusion
Bibliographie Liste des entretiens et présentation du travail de terrain Annexes
Annexe n° 1 : Cartes du Kosovo Annexe n° 2 : Carte ethnique du secteur sous la responsabilité de la KFOR en 2000. Annexe n° 3 : Plan de la ville de Mitrovica/Mitrovicë. Annexe n° 4 : Tableau récapitulatif des camps de la TFMN-N. Annexe n° 5 : Illustrations des camps militaires

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Annexe n° 6 : Chronologie du Kosovo et de la zone de responsabilité de la KFOR

P 186 P 198 P 202 P 204 P 208

Tables des illustrations Table des sigles Table des matières Résumés en langues étrangères

207

Résumé : Ce mémoire s’intéresse à la présence militaire de la KFOR dans le secteur Nord du Kosovo sous commandement français, secteur qui est particulièrement tendu en raison de la présence importante de Serbes, notamment dans la ville très symbolique de Mitrovica/Mitrovicë. L’application de la mission décrite par la résolution 1244 y est analysée en montrant comment les militaires organisent l’espace, à l’échelle du Kosovo et à celle du secteur Nord, ou encore leurs communications avec les populations. Les perceptions des militaires et des populations sont mises en avant, tout comme les impacts, parfois assez inattendus, de cette importante présence militaire, notamment sur les plans économiques et culturels.
Mots clés : Kosovo, Mitrovica, KFOR, OTAN, Paix, Militaire.

Abstract: This master's thesis deals with the military presence of the KFOR in the Northern sector of Kosovo. This sector, under French command, is particularly tense due to a great number of Serbs living on the territory, especially in the very symbolical town of Mitrovica/Mitrovicë. The mission referred to in the resolution 1244 and its implementation are analysed. It clearly shows the way the soldiers organize the communications with the populations as well as they organize space, on the scale of Kosovo and of the Northern sector. The stress is laid on the perceptions of the soldiers and of the population, as well as on the impacts, sometimes rather unexpected, of this important military presence, particularly on an economic and cultural basis.
Key words: Kosovo, Mitrovica, KFOR, NATO, Peace, Military

Zusammenfassung: Diese Masterarbeit widmet sich hauptsächlich der militärischen Präsenz der KFOR- Truppe im Nordkosovo, ein Gebiet, das aufgrund des hohen Anteils der serbischen Bevölkerung unter französischem Schutz steht, sowie der sehr symbolträchtigen Stadt Mitrovica/Mitrovicë. Die Ausführung dieser Mission (auf der Basis der Gesetzesentwurfs 1244) soll hierbei analysiert werden: Aufgezeigt werden soll, wie die französische „Besatzungsmacht“ ihrer Aufgabe im nördlichen Sektor vor allem im Umgang in der Kommunikation mit der Bevölkerung und in der administrativen Organisation der Zone gerecht wird. Schwerpunkte werden auf die Einschätzung Wahrnehmung des Militärs sowie der Bevölkerung gesetzt, allerdings werden auch die manchmal unerwarteten Auswirkungen dieser militärischen Präsenz auf wirtschaftlicher und kultureller Ebene aufgezeigt.
Schlüsselbegriffe: Kosovo, Mitrovica, KFOR- Truppe, Nato, Friedenspolitik, Militär.

Përmbledhje : Kjo tezë flet per prezencen ushtarake te kforit ne sektorin verior te kosoves, nen komandim franez, nje sektor qe eshte veçanerisht delikat per arsye te prezences se rendesishme te serbve, sidomos ne qytetin shume simbolik te mitrovices. Aplikimi i misionit te pershkruar ne rezolucionin 1244 eshte analizuar ne kete teze, duke treguar si ushtaraket organizojne hapesiren, ne gjithe kosoven dhe ne sektorin verior, dhe komunikimin e tyre me popullsite. I eshte dhene nje rendesi e madhe perceptimit (mentalitetit) te ushtarakeve dhe te popullsive, ashtu sikurse dhe impaktit (rezultatit), ndonjehere te pa pritur, te prezences ushtarake, sidomos ne planin ekonomik e kulturor.

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