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Formation Action d'Amnesty International Sur Le Delta Du Niger

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FORMATION ACTION D'AMNESTY INTERNATIONAL SUR LE DELTA DU NIGER

Un monde où le feu brule sans cesse, où l’eau est imbuvable et l’air irrespirable. Soyez sans crainte ce n’est pas de l’enfer dont je vais vous entretenir mais du delta du Niger. Le delta du Niger est une zone pétrolière qui se trouve à l'embouchure du fleuve Niger au sud du Nigeria, elle abrite une population estimée à environ 30 millions d’habitants. Cette zone avait un des écosystèmes les plus riches de la planète avant 1958 date à laquelle fut découvert du pétrole dans son soussol. En effet d'importantes réserves d'hydrocarbures furent découvertes à la suite des prospections de la multinationale hollando-britannique Shell. Elles furent exploitées depuis des dizaines d'années par le gouvernement du Nigeria et des compagnies pétrolières multinationales telles Shell ; Total ; Esso ; Chevron ; Exxonmobil. A ce jour Shell qui est la compagnie la plus importante de la zone, exploite une superficie de 31.000km2 de terrain sous laquelle elle produit des centaines de milliers de barils/jour. L’exploitation du pétrole a généré depuis 1960, 600 milliards de dollars selon les estimations. Cependant ce « oil boom » n’a pas tardé à se transformer en « oil doom » c'està-dire en malédiction selon les habitants du delta du Niger, car on aurait pu croire que les habitants vivant dans cette région regorgeant de l’or noir vivraient dans de meilleures conditions que le reste du pays. Malheureusement la réalité est tout autre. Les activités d’extraction et d’exploitation du pétrole ont des conséquences négatives sur la santé des habitants ainsi que sur l’environnement de la région. L’analyse de ces conséquences montre qu’elles constituent des violations graves des droits humains de cette population d’où l’intérêt de Amnesty international, organisme de défense des droits humains pour cette région et s’y est déplacé afin de se rendre compte de la réalité. Notre formation sera axée essentiellement sur les droits humains bafoués dans cette zone et qui ont conduit AI à lancer une campagne sur le delta du Niger. Etat des lieux des droits de l’homme bafoués la région du delta du Niger Les droits de l’homme mis en cause dans cette région pétrolière sont nombreux. On peut citer entre autres :

 Le droit de l’homme à un environnement sain,  Le droit à la santé,  Le droit à un niveau de vie suffisant (droit à l’eau et droit à une nourriture suffisante) et dans une certaine mesure,  Le droit de gagner sa vie par son travail ; le droit à l’information ; le droit à l’expression ; le droit à la vie. 1. Droit de l’homme à un environnement sain Ce droit est rudement compromis dans cette zone, car il y a des cas de pollution des eaux, de la terre et de l’air. Les pollutions terrestres et fluviales proviennent essentiellement des fuites des oléoducs et autres installations, principalement celles de Shell. Les installations de Shell sont vétustes et ne sont en aucun cas objet de maintenance alors qu’elles sont là depuis le début de l’exploitation de l’or noir dans la zone. le pétrole a recouvert les terres et les eaux de la région causant des dommages environnementaux monstrueux.  Pollutions des terres cultivables et des eaux

De l’avis de AI les fuites de pétrole bien qu’elles ne soient pas spectaculaires correspondent à un « Exxon Valdez » par an depuis 50 ans. Qu’il vous souvienne qu’Exxon Valdez est un pétrolier qui a échoué en 1989 en Alaska aux Etats-Unis causant un déversement de 40.000tonnes de pétrole brut. Jusqu’en octobre 2010, cette marée noire était la pire pollution qu’avaient connue les Etats-Unis. Mais depuis ce record a été battu par une autre marée noire qui s’est cette fois produite dans le golfe du Mexique au large des côtes américaines. Compte tenu de l’ampleur de cette pollution, tous les cameras du monde entier se sont braqué sur la progression de cette pollution suscitant un intérêt de la planète toute entière. Toutefois si les pollutions du delta du Niger ne sont pas aussi spectaculaires, il n’en demeure pas moins qu’elles sont autant importantes sinon plus que celle qui a eu lieu dans le golfe du Mexique. Selon le rapport de AI intitulé Nigeria. Petroleum, pollution and poverty in the Niger Delta, ces pollutions sont nombreuses et constantes. Le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) a estimé les déversements de pétrole à 6.800 de entre 1976 et 2001. Quant aux organisations écologiques de la région, elles ont quantifié les marées noires à 300 par an. Et Shell a elle-même admis qu’en 2009, 14.0000 tonnes de brut ont fini dans la nature. Ces chiffres fournis par la société, sont un euphémisme et ne reflètent en aucun cas la réalité du terrain. En mars

2008, selon l'Agence nationale pour la détection et la réaction aux déversements accidentels de pétrole, 2000 sites avaient besoin d’être dépollués. Le PNUE (Programme des Nations Unies pour l’environnement) a publié, sur la base d’une étude scientifique financé par Shell et qui a duré deux ans, un rapport dans lequel il est admis que la pollution à l’hydrocarbure est grave et généralisée et que les populations du delta du Niger y sont exposées depuis des décennies. Selon ce même rapport des dommages sont causés à l’agriculture et à la pêche.  Pollution de l’eau de boisson

Il y a également dans cette région une pollution de l’eau potable, cette eau présente des risques sanitaires avérés. L’eau de boisson est impropre à la consommation. En effet une analyse de l’eau bue dans cette région a révélé que cette eau contenait une substance cancérigène qui y est concentré à un taux 900 fois supérieure à la limite préconisée par l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé). Et c’est cette eau qui est la boisson, sert également à préparer la nourriture et à se laver. Le droit de l’environnement est aussi compromis du fait d’une pollution aérienne.  Pollution de l’air

La pollution de l’air résulte de l’activité des torchères. Les torchères sont des installations qui servent à bruler à l’air, les sous-produits gazeux de l’industrie pétrolière. Le Nigeria est le 1er torcheur du monde devant l’Iran et l’Indonésie. Le survol du delta du Niger montre ces torchères ressemblant à des grandes bougies allumées, brulent incessamment les gaz qui s’échappent des puits de pétrole et rejettent des vapeurs et de particules nocives. Ces émanations polluent l’atmosphère. Les pluies acides sont également une conséquence de ces émanations. Ces pluies ont des effets corrosifs sur les toitures de la région alors on imagine bien ce qui en est des habitants de la région. Ces gaz rejetés par les torchères ont également des conséquences à effet de serre, contribuant ainsi au réchauffement climatique de la planète. Pour les organisations écologistes, ces dégradations sont bel et bien la conséquence du mépris longtemps montré par les groupes pétroliers au Nigeria pour l’environnement. Elles en veulent pour

preuve la poursuite extensive du « torchage1 » de gaz alors que la pratique a été formellement interdite voici plus de 25 ans. En 2006, la Banque mondiale a pris l’initiative de lancer des partenariats publics/privés avec les gouvernements et les compagnies pétrolières, pour mettre fin à cette pratique. « Les substances toxiques répandues par les fumées des torchères empêchent les populations de vivre dans un environnement sain," a-t-elle rappelé. Mais à ce jour la pratique a continué. Le droit à la santé Les populations soumises à toutes ces pollutions, développent comme on peut s’y attendre des maladies opportunes. Selon les enquêtes de l’OMS l’espérance de vie des habitants riverains a diminuée de 10ans. Elle est de 4550 ans contrairement à celle des autres habitants du Nigeria qui est de 5560ans. Les rejets des torchères causent également des problèmes sanitaires. Il a été constaté qu’il y a des dizaines de morts prématurées, des milliers de cas de maladies respiratoires et même des cancers liés aux inhalations des particules toxiques. Le droit à un niveau de vie suffisant Ce droit consacré par l’article 25 de la Déclaration Universelle de Droit de l’Homme est sérieusement compromis car, mis à part la pollution de l’eau de boisson, les eaux de surface sont également polluées. Elles offrent un spectacle tout à fait déprimant. Les fleuves de cette région sont majoritairement recouverts de pétrole. Le résultat de ces marées noires est que les activités de pêches et d’agriculture sont quasiment impossibles. Les poissons sont inexistants, ceux qui ont échappé à la mort sont contaminés par des hydrocarbures. La mangrove a été détruite. Un pêcheur du fleuve témoigne qu’il faut une navigation de 4 heures avant de trouver du poisson et que si par chance on en trouve lorsqu’on éventre le poisson, il sent le pétrole à plein nez. Les terres cultivables offrent une vision cauchemardesque et ne produisent plus de fruits. Le résultat de tout ça est que la population végète dans la pauvreté et vit dans un cadre miséreux. Mais si encore les bénéfices tirés de l’industrie pétrolière servaient à améliorer les conditions de vie dans cette région, la situation ne serait pas si désastreuse.
Le torchage consiste à brûler, par des torchères, des rejets de gaz naturels à différentes étapes de l'exploitation des gaz et pétroles. Cette pratique a deux impacts négatifs sur l’environnement : elle gaspille la ressource et constitue une importance source d’émission de CO2
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Les enquêtes montrent également qu’il y a un fort taux de pourcentage de chômage dans la région alors que celle-ci est une mine d’or et offre des ressources considérables au pays. Ces populations dont les terrains et les moyens de subsides sont pris en otage n’ont ni le droit de dénoncer les injustices ni le droit de réclamer l’amélioration de leurs conditions de vie. Les droits de ces populations à l’information et l’expression sont aussi bafoués car toute manifestation est fortement réprimée. Ces répressions entrainent des morts d’hommes et des blessés. Cela a engendré les mouvements armés qui se livrent à des actes de sabotage des puits, conduits et autres installations de Shell.

Irresponsabilité de Shell
Interpellée par AI dans son rapport, Shell a réfuté la plupart des accusations de pollution prétextant que les fuites sont pour la plupart causées par les actes de sabotage de la population elle-même. C’est sur cette base qu’elle a réussi à se défendre des appels à responsabilisation du PNUE et des autres organisations écologiques et des organismes de défense de droits humains. Elle a échappé à leurs accusations fondées sur le principe du pollueurpayeur, principe sacro-saint en droit de l’environnement. Mais en tout état de cause Shell a, rien que sur la base du principe de précaution, obligation de surveiller ces installations et de procéder régulièrement à leur maintenance. Ce principe consacré dans la déclaration de Rio stipule qu’ : « en cas de risque de dommages graves ou irréversibles, l’absence de certitudes scientifiques absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives visant à prévenir la dégradation de l’environnement ». Shell a aussi affirmé aux experts du PNUE avoir nettoyés certains sites alors qu’après analyse il a été détecté des pollutions sur ces mêmes sites soi-disant nettoyés. Il est évident qu’il y a un manque de volonté flagrant de la part des dirigeants de Shell. Audrey Gaughran en charge des questions relatives aux enjeux internationaux à Amnesty International, qui a fait des recherches sur les droits humains dans le delta du Niger a déclaré à cet effet que « Shell ne doit pas se défiler mais faire face à la réalité et gérer les dommages qu’elle a occasionnés. Tenter de se dédouaner en montrant du doigt les agissements d’autrui alors qu’elle est l’acteur principal dans cette affaire ne dupera personne. Aucune solution ne pourra être trouvée à la pollution du delta du Niger tant que Shell cherchera avant tout à protéger son image aux dépens de la vérité et aux dépens de la justice ».

En outre s’il y avait une meilleure répartition des richesses et si les droits de cette population s étaient respectés, il n’y aurait pas d’actes de vandalisme. Il est à rappelé que les terres exploitées par les sociétés pétrolières ne leurs appartiennent pas. Elles leur sont louées, elle devrait donc associées les populations à leurs activités.

Solutions possibles
 Les populations ont le droit d'être informées des conséquences sur leur vie des activités de l'industrie pétrolière. Or il est fréquent cependant que les communautés vivant dans le delta du Niger n'aient pas accès aux informations de base concernant les projets pétroliers – même lorsqu'il s'agit des communautés « d'accueil ». L'absence de données publiques relatives à l'impact des opérations pétrolières sur la santé nourrit leurs peurs et leurs angoisses, ce qui compromet grandement leur qualité de vie.  Les gaz échappant des torchères peuvent être transformé en énergie propre, tous ces gaz qui sont brulés sont des dollars qui partent en fumée, l’argent qui pourrait provenir de la commercialisation de cette énergie pourrait servir à dédommager ne serait qu’un peu les riverains.  Il y a un autre paramètre que les sociétés œuvrant dans l’industrie sont réticent à prendre en compte. Ces industries n’internalisent pas leurs externalités Les économistes désignent par « externalité » ou « effet externe » le fait que l'activité de production ou de consommation d'un agent affecte le bien-être d'un autre sans qu'aucun des deux reçoive ou paye une compensation pour cet effet. Une externalité peut être positive ou négative selon que sa conséquence sur le bien-être est favorable ou défavorable. La pollution sous toutes ses formes est un exemple typique d'externalité négative : lorsqu'une usine rejette des déchets dans l'environnement, elle inflige, sans contrepartie, une nuisance aux habitants de la région.  Le gouvernement nigérian, les compagnies pétrolières et les gouvernements des pays où se trouvent leurs sièges, tels que le Royaume-Uni et les Pays-Bas, ont tous tiré profit de l’extraction pétrolière dans le delta du Niger et doivent désormais financer un processus de restauration environnementale et sociale, a affirmé Amnesty International. «le rapport de AI doit aussi alerter les investisseurs institutionnels. Par le passé, ils ont laissé Shell les duper à grand renfort d’opérations de relations publiques, mais ils attendront désormais de l’entreprise qu’elle assainisse ses activités dans le delta du Niger – aussi doivent-ils soumettre Shell à de fortes pressions afin qu’elle en finisse avec les déversements d’hydrocarbures, publie des

informations plus précises sur leurs répercussions et indemnise les personnes déjà touchées», a estimé Audrey Gaughran.

Avancées
La situation juridique n’est pas trop noire car il ya eu de nombreuses plaintes qui ont été portées contre le géant hollando-britannique. Des centaines de plaintes ont été déposées par les associations de défense de l’environnement et des associations de droits de l’homme. Certaines ont débouché sur les condamnations de Shell à indemniser certains peuples du delta du Niger ou à remettre en état certains sites. En décembre 2009, un tribunal néerlandais a accepté de donner suite à une plainte portée contre le géant du pétrole Shell et concernant les activités de la société dans le delta du Niger. Elle émanait de quatre ressortissants nigérians qui demandaient à être indemnisés pour les dégâts subis par leurs exploitations agricoles et leurs étangs. Ces dégâts, estiment-ils, ont été causés par des fuites dans les oléoducs de la compagnie. C'est la première fois qu'une société néerlandaise est assignée devant un tribunal des Pays-Bas pour des dommages causés à l'étranger.

Conclusion
Dans ce bras de fer populations/ Shell, une interrogation subsiste qu’elle est la position de l’Etat nigérian ? Une approche de réponse serait proposée à cette question dans notre prochaine formation. Nous vous invitons à consulter les détails de cette action sur le site amnesty.org et à signer des pétitions en ligne.

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