Droit Processuel

Patrice HILT

Droit processuel : Introduction
Le droit processuel est présent dans tous les domaines. La question de la suppression du juge d’instruction est une question de droit processuel. Le cours de droit processuel est la recherche des points de procédure communs à différentes procédures françaises. L’introduction sera construite en trois volets : le procès, la procédure dans sa notion et le droit processuel dans sa définition.

I – Le procès
L’histoire de notre pays est marquée par de grands procès, comme le procès de Jeanne d’Arc en 1431, le procès de Ravaillac en 1610, celui du capitaine Dreyfus en 1894, le procès d’Outreau en 2004. Ces procès font tous partie de la mémoire collective française. Le premier procès à en faire partie est très certainement le procès de Jésus, dont on tirera des éléments de droit processuel. Tenu en l’an 30, ce procès présente un intérêt capital sur le terrain de la théologie. Au-delà de cet aspect, le procès présente un intérêt juridique, car il a longtemps été associé à la notion d’erreur judiciaire : la loi, jusqu’en 1905, imposait à ce que, dans chaque juridiction française, soit placé un crucifix au dessus de la tête des magistrats, pour leur rappeler la plus grande erreur judiciaire de l’histoire du monde. Jésus a été crucifié en l’an 30, à 36 ans, sur le mont Golgotha. Le procès était premièrement religieux : Jésus prétendait être fils de Dieu, et s’octroyait une autorité supérieure à Moïse, et défiait donc les autorités juives de l’époque, qui le qualifiaient de blasphème. Le procès était aussi politique : Jésus se prétendait roi des Juifs et portait ainsi atteinte à l’empereur romain, Hérode, ici représenté par le préfet Ponce Pilate, ce qui était un sacrilège. Dès l’origine, de nombreuses personnes ont prétendu que ce procès était irrégulier dans sa forme, de nombreuses règles de procédure ayant été violées. Par exemple, le procès de Jésus s’est tenu en pleine nuit, alors que le droit romain imposait que ceux-ci se tiennent sur le forum, en journée. Jésus n’a eu aucune possibilité de se défendre, alors que le droit à un défenseur était déjà en vigueur. Plusieurs témoins auraient été subornés ; or, la subornation de témoin était déjà interdite par le droit romain. Jésus n’aurait commis aucune faute, de telle sorte à mal fonder le jugement rendu à son égard de surcroît. La thèse de l’irrégularité du procès de Jésus continue encore à être soutenue : en 1948, un collectif de scientifiques américains déposa un recours en révision devant la Cour suprême d’Israël. Les règles les plus fondamentales du droit de la procédure auraient été bafouées. La Cour a déclaré, contre toute attente, la requête recevable : cette Cour suprême s’est considérée comme le successeur direct du tribunal qui avait condamné Jésus. De plus, elle a écarté le grief de la prescription car il n’était pas possible d’introduire un recours en révision avant 1948, l’Etat d’Israël n’existant que depuis cette date : « il a existé un obstacle objectif au dépôt du recours pendant 2000 ans ». La Cour a nommé un groupe d’enquêteurs chargés de vérifier si, oui ou non, le procès de Jésus a été rendu de façon irrégulière. Les experts, dans le doute, conclurent à la régularité de la procédure menée par Ponce Pilate, à défaut de preuve.

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De toutes ces considérations se dégage une interrogation : qu’est-ce qu’un procès ? Le mot « procès » évoque l’idée d’un combat entre deux parties, qui s’affrontent devant le juge, avec, d’un côté, un demandeur qui a pris l’initiative de saisir le juge en formulant une prétention à l’encontre de l’autre partie, et de l’autre côté, un défendeur qui tente d’y résister. L’objet de ce combat est d’obtenir du juge qu’il tranche la contestation au moyen d’un acte solennel : le jugement. Pour parvenir à ce jugement, une démarche très règlementée doit être observée : pour permettre au juge de trancher la contestation au moyen d’un jugement, chaque partie au procès doit accomplir une succession d’actes, tout au long de l’instance. L’ensemble de ces actes qui doivent être exécutés par les parties est appelé « procédure ».

II – La procédure
Un procès ne se déroule pas n’importe comment : il appartient à chaque partie de respecter une procédure. La procédure n’a d’autre objectif que de permettre au juge de rendre la meilleure des décisions de justice. La procédure constitue donc un mode d’emploi d’un procès. Ce mode d’emploi indique au plaideur la marche à suivre depuis le « déclenchement des hostilités » (assignation, requête ou réquisitoire introductif d’instance), jusqu’au jugement. La procédure désigne donc la façon de faire avancer le procès afin que celui-ci puisse obtenir une solution. L’étymologie du mot renvoie au latin procedere : « avancer vers [le jugement] ». La procédure s’entend d’un ensemble d’actes ou de formalités dont l’accomplissement permet à une juridiction de trancher un problème de droit. La procédure présente donc indéniablement un caractère formaliste. Ce formalisme, prévu par la procédure, est indispensable pour que le juge puisse rendre la meilleure des décisions de justice. En effet, l’exigence d’une procédure répond à plusieurs soucis. Le premier d’entre eux est qu’on ne saurait laisser la justice à la seule volonté des parties. Nul ne doit pouvoir se rendre justice à soi-même. La procédure fixe un cadre commun à toutes les décisions. Il existe cependant quelques hypothèses de règlement de justice exclusivement entre les parties. En droit des obligations, par exemple, il existe une exception selon laquelle quelqu’un est en droit de ne pas exécuter des engagements face à celui qui n’exécute pas les siens au préalable. Deuxièmement, grâce à la procédure, chaque plaideur sait, par avance, ce qu’il peut et ce qu’il doit attendre de l’autre. Cela permet d’avoir une certaine visibilité : le juge pourra rendre la meilleure décision de justice. Troisièmement, la procédure permet que les prétentions et les défenses de chaque partie soient présentées de manière claire et précise, de sorte que le juge sache exactement ce qui lui est demandé. Enfin, et surtout, la procédure est une très bonne garantie contre l’arbitraire du juge : les parties et le juge sont tous régis par les règles de procédure. La procédure présente un caractère formaliste. Quelle qu’elle soit, la procédure a souvent une mauvaise réputation au sein des juristes. Elle a été longtemps considérée comme facilitant la « chicane et la fourberie des avocats ». Depuis quelques années, la procédure a un peu changé : on est passé d’un droit formaliste vers une véritable science de la procédure. On parle parfois d’art procédural. Il est bien que l’enseignement de la procédure soit revalorisé : la procédure est le seul moyen de garantir une justice de qualité. Cette procédure garantit la loyauté des débats, permet de contrer l’arbitraire des personnels de justice et permet la réalisation des droits subjectifs reconnus aux personnes juridiques. Il convient de parler de la

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procédure au pluriel : à bien y regarder, il n’existe pas une seule procédure mais plusieurs procédures. Le mot procédure s’emploie donc toujours au pluriel.

A. La pluralité de procédures
Les règles de procédure sont directement fonction de la nature du litige, varient d’un contentieux à l’autre. Il existe autant de procédures que de contentieux. Par exemple, la procédure applicable au procès civil est appelée procédure civile ou droit judiciaire privé. Cette procédure civile, qui ne s’applique qu’aux procès civils, est consignée dans un code particulier, le code de procédure civile. Le code de procédure civile a été élaboré en 1806 par Napoléon Bonaparte ; en 1971, il a été réformé pour finalement s’appeler le nouveau code de procédure civile. Finalement, par une loi de décembre 2007, la loi de simplification et de clarification du droit, on ne parle plus que de code de procédure civile. La loi de 2007 n’a fait que changer l’intitulé du code et non plus ses règles. Autre exemple, la procédure applicable au procès pénal est la procédure pénale. Ses règles sont consignées dans le code de procédure pénale, élaboré en 1808. Initialement, il s’appelait le code d’instruction criminelle. Ce n’est qu’en 1959 qu’il a revêtu son nom actuel. Ce code change pratiquement tous les ans, tant ses réformes sont nombreuses. Troisièmement, la procédure applicable aux procès administratifs est appelée le contentieux administratif. Initialement, les règles procédurales applicables à ce litige n’étaient pas codifiées, mais résultaient d’un ensemble complexe de lois et de décrets. La matière était trop complexe et trop peu accessible. C’est désormais une ordonnance du 4 mai 2000 qui a décidé de regrouper dans un nouveau code toutes ces règles de contentieux administratif : il s’agit du code de justice administrative. Ce code de justice administrative est entré en vigueur le 1er janvier 2001. Pourquoi ne pas avoir adopté la même procédure d’un contentieux à l’autre ? Les contentieux civils, pénaux, administratifs, constitutionnels, etc. sont très différents les uns des autres dans leur esprit. D’un contentieux à l’autre, les règles de procédure ne poursuivent pas le même objectif. Dans le procès civil, la procédure vise à « apaiser le conflit », à aboutir à une paix sociale. Dans la procédure pénale, elle vise à sanctionner la personne. Dans la procédure administrative, on ne veut ni apaiser ni sanctionner, mais compléter l’action administrative. Les différentes procédures sont aussi différentes dans leur contenu. Pour mesurer la différence de contenu, il faut, au préalable, savoir qu’une procédure peut être accusatoire ou inquisitoire, mais aussi écrite ou orale. La procédure est dite accusatoire lorsque la loi abandonne le déclenchement ainsi que le déroulement du procès, à la diligence des parties. Dans ce système accusatoire, le juge va jouer un rôle très effacé et s’apparente plus à un arbitre. Ce sont les plaideurs qui, chacun de leur côté, vont procéder à l’instruction de leur propre cause, rassembler les preuves, justifier leurs prétentions et demander au juge, le moment venu, de les départager. Dans la procédure accusatoire, le juge ne prend aucune initiative, est passif mais tranche. La procédure accusatoire est donc la « chose des parties ». Tout repose sur elles. La procédure est inquisitoire ou inquisitoriale lorsqu’il appartient au juge lui-même de procéder à l’instruction en vue de découvrir la vérité. En d’autres termes, il lui appartient d’ordonner toutes les mesures d’instruction nécessaires, de prendre toutes les initiatives qui s’imposent et d’apprécier, le moment venu, si l’affaire est suffisamment instruite pour être en état d’être jugée. Ce type de procédure s’inspire de l’idée que la justice est un service public et que le juge, à partir du moment où il est saisi, n’a plus à se soucier de ce que veulent ou souhaitent les parties.

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par l’intermédiaire de leur avocat. Pourtant. Dans la réalité des choses. qu’un rôle d’arbitre qui reste neutre : ce sont les parties. qui déclenchent le litige. Malgré l’institution de ce juge. que cette procédure deviendra inquisitoriale. elle réalise un gain de temps. mais en plus. Cet inconvénient a été pris au sérieux par le législateur qui. ce juge n’a pour seule fonction que de fixer le calendrier de l’affaire. de façon à ce que celles-ci aient le temps d’y répondre. Enfin. des mémoires lorsqu’elle est administrative. faites à la barre du tribunal. instruisent celui-ci et peuvent décider de son extinction. L’article 1er du code de procédure civile dispose que ce sont les parties elles-mêmes qui déclenchent le procès. « un juge chargé de suivre la procédure ». Devant la Cour de cassation. sans mettre en cause le caractère accusatoire du procès. dans le déroulement du procès. la procédure est orale. afin que l’une des parties ne décide pas de façon discrétionnaire. Elle est tout d’abord inquisitoriale . la juridiction peut toujours être saisie par une simple déclaration faite à la barre. des réquisitions lorsque celle-ci est pénale.Droit Processuel Patrice HILT La procédure peut-être écrite. La Cour de cassation statue sur des mémoires. a édicté une nouvelle règle. la procédure écrite serait une justice froide qui déshumaniserait le litige. avec l’Inquisition. puisque l’écrit n’est pas indispensable. toute oralité n’est pas exclue : à l’issue de l’audience. dirigent le procès. car le plaideur peut y accéder directement sans passer par l’intermédiaire d’un avocat. 4 . elle présentait les traits de la procédure accusatoire. Il va simplement impartir aux parties des délais pour conclure ou des délais de communication des pièces. l’avocat lui-même devient superflu. on sait plus facilement ce dont le tribunal a été saisi. En effet. puisque les écrits sont communiqués entre les parties. Devant les juridictions d’exception. cette procédure est simple. Elle est accusatoire. Elle comporte pourtant un inconvénient. Cette procédure facilite donc l’accès au juge. au sein de chaque juridiction civile. la Cour de cassation ne voit jamais les parties : elle juge sur pièce. la procédure retombe dans le caractère écrit. Le juge de la mise en état doit faire en sorte que l’affaire civile puisse être jugée rapidement. Cette conception ne va cependant pas sans quelques inconvénients. les parties. souvent répétitives. dans les sociétés antiques. A contrario. On dit qu’une procédure est orale lorsque les écrits sont superflus et inutiles et que le juge statue en fonction des déclarations verbales des parties. une demande présentée verbalement devant le juge est irrecevable. car le juge ne joue. sont en droit de plaider leur cause. On peut observer que l’indifférence du juge peut favoriser des manœuvres dilatoires ou abusives. Son article 4 dispose expressément que ce sont elles qui délimitent l’étendue de leur litige. Il l’a fait par un décret-loi de 1935 qui a institué. la procédure n’est pas plus inquisitoire : celle-ci demeure profondément accusatoire. Cette justice est peu onéreuse puisqu’aucun auxiliaire de justice n’intervient. déposés par chacune des parties. dans le seul but de ralentir le cours de la justice. Ce juge est le juge de la mise en état. portant des noms différents en fonction du contentieux envisagé : des conclusions lorsque la procédure est civile. premièrement. Cette procédure est malheureusement imprécise : on ne sait pas toujours très bien quels sont les moyens et conclusions des parties. De plus. Pour autant. la procédure écrite évite les effets de surprise. Ainsi. la procédure civile est une procédure accusatoire et écrite. car elle présente un caractère bureaucratique et impersonnel . les parties doivent faire connaître leur argumentation dans des actes écrits que l’on appelle des conclusions. car le tribunal échappera aux longues explications verbales. et elles seules. La procédure pénale est à la fois inquisitoriale et orale. De toute évidence. Ce n’est qu’au XIIIe siècle. On parle de procédure écrite lorsque le juge ne peut être saisi des demandes et moyens des parties autrement que par des actes écrits. La procédure écrite a le mérite de la précision . Devant les juridictions de droit commun. La procédure civile est également écrite. Non seulement les conclusions n’y sont pas obligatoires.

Les experts exposent oralement leurs conclusions sans s’aider d’aucune note. notamment durant la phase d’instruction : la fonction du juge d’instruction est précisément de réunir tous les éléments d’un dossier pour ensuite le transmettre à la formation de jugement. On peut s’étonner que certaines règles soient communes . affichent plusieurs règles communes. etc. le principe de l’oralité atteint son apogée puisque l’article 347 du code de procédure pénale dispose expressément que même le jury populaire. De plus. est interrogé à l’audience. Par exception. La procédure est écrite car le juge statue sur pièces. B. le désistement d’une affaire n’appartient pas à la partie mais au juge. Ces règles procédurales communes forment ce que l’on appelle le fond commun procédural. le principe est celui de l’oralité des débats. Les témoignages recueillis par le juge d’instruction sont consignés dans un procès verbal. par exemple. ou accusé. le moment venu. C’est une procédure inquisitoriale : la direction du procès n’appartient pas aux parties mais au juge. Ensemble. Pour cette raison.Droit Processuel Patrice HILT Encore aujourd’hui. ces règles forment le fond commun procédural. sauf des plaidoiries. La procédure pénale est également orale : devant les juridictions pénales de jugement. Il est vrai que chaque contentieux est régi par des règles spécifiques. appréciera souverainement si l’affaire est suffisamment instruite pour être jugée. Elles sont le principe du contradictoire. Il existe des relations entre les différentes procédures. elles n’ont pas été sans exercer des influences sur les autres. Il existe une petite place pour l’écrit. tout comme les déclarations des personnes mises en examen. ne peut s’aider d’aucune note. en France. l’égalité des armes. pour autant. la justice civile et pénale est rendue par un corps unique de magistrats. puisque le code de justice administrative précise que si le caractère oral est écarté. il faut reconnaître que même si les procédures se sont développées dans des directions différentes. C’est également le juge qui. A contrario. certaines se retrouvent d’une procédure à l’autre. le droit à un juge impartial. ici des mémoires. les juridictions d’instruction pénale sont de caractère écrit. Il est interdit à la cour d’emporter dans la salle des délibérations le dossier de l’affaire. Un magistrat au civil peut être muté sur un poste de magistrat au pénal 5 . le droit d’accès à un tribunal. L’existence d’un fond commun procédural Les procédures. mais certaines sont communes. Ce caractère inquisitorial peut se comprendre à certains égards : un certain état d’esprit tient à ce que le juge administratif tienne de l’administration. Le droit processuel est donc l’étude des règles procédurales communes à tous les contentieux. expliquant l’existence de standards communs. Par exemple. les témoins sont oralement entendus sans qu’ils ne puissent s’aider d’aucune note. Les parties n’ont aucune initiative . lorsqu’il délibère. Il est cependant possible d’observer que malgré les différences de règles procédurales. la mentalité de l’administrateur subsiste souvent au sein des juridictions administratives. que cela soit pendant la phase d’instruction ou la phase de jugement. c’est également lui qui est chargé de la recherche de la vérité. Le prévenu. bien que très différentes dans leur esprit. les parties peuvent cependant plaider à la fin de l’audience. aucun moyen ne peut être présenté oralement devant un juge administratif. le procès est conduit seulement par le juge. Devant la cour d'assises. Elles constituent donc des standards communs. le droit à un juge indépendant. La procédure administrative est plutôt inquisitoriale et écrite. Il appartient au juge lui-même de rechercher toute la vérité en ordonnant différentes mesures.

le champ des procédures à comparer est rapidement devenu très large. on entendait par droit processuel une simple comparaison des différentes procédures. on étudiera tous les actes et formalités qu’il faut accomplir devant un tribunal. Désormais. mais également par le droit européen des droits de l’homme. Le droit processuel n’est pas non plus un cours de procédure. A l’origine.Droit Processuel Patrice HILT et inversement. le droit à un juge indépendant. Cette Convention comprend un article 6§1er qui règlemente le droit à un procès équitable. la comparaison des différents contentieux pouvait apparaître très délicate à réaliser. Ces standards d’origine européenne résultent de l’article 6 mais aussi de l’interprétation donnée par la Cour européenne des Droits de l'Homme. il s’agit des principes institutionnels du droit processuel. Enfin. au fil des années. Ces contentieux étaient à l’époque. On parlait alors d’une approche purement comparatiste. le droit d’accès à un tribunal. ont été créées de nouvelles juridictions et de nouvelles procédures : ainsi. on étudiait simplement les différences entre procédures. De plus. le procès administratif n’était gouverné par aucune règle de procédure : on administrait le procès administratif en appliquant purement la procédure civile. par culture et par esprit. C’est son européanisation. ce fond commun procédural est alimenté par des règles procédurales françaises. Initialement. le droit à la défense. le droit à la loyauté de la preuve. On peut classer ces règles en deux catégories : certains standards sont tournés vers le juge. L’objet du cours d’institutions judiciaires est d’étudier les différences de compétences entre juridictions. le droit d’être présumé innocent. pénale ou administrative. Ce droit vient alimenter le fond commun procédural. le droit à ce qu’une décision de justice soit motivée. les spécialistes estiment que le droit processuel doit consister en l’étude des règles procédurales communes et écarter toute étude comparatiste. D’autres standards de ce fond commun sont tournés quant à eux vers la procédure elle-même. on s’est inspiré de la procédure civile. extrêmement différents. la publicité des débats. En 1970. Il est né dans les années 1970. Les règles procédurales communes sont nombreuses : le respect du contradictoire. C’est au début des années 1990 que l’on a modifié l’objet du droit processuel. civile. le droit processuel est marqué par une évolution très particulière. Depuis quelques années. III – Le droit processuel Le droit processuel est extrêmement jeune. Cette approche a rapidement rencontré ses limites. La notion doit être écartée de celle d’institutions judiciaires. Deuxièmement. Il connaît un essor et une promotion considérables. Dans ces cours. pendant très longtemps. le droit processuel n’est pas un cours de droit comparé. 6 . Par là. par le biais de la Convention européenne des Droits de l'Homme. et ce pour deux raisons : premièrement. le droit processuel ne se définissait pas comme l’étude des principes procéduraux communs à tous les contentieux. Lorsqu’on a commencé à imaginer des règles procédurales spécifiques.

..............................................22 Section quatrième : L’accès à un juge constitutionnel.15 C : Les recours examinés par un magistrat du parquet.................................................7 Partie première : Les principes institutionnels du droit processuel..........................................................14 B : Les recours examinés par une autorité administrative indépendante..............................................................10 Titre 1er : Le droit d’accès à un juge........................29 Section seconde : L’exception : l’accès à un juge peut être limité.24 B : Le refus d’une indemnisation complémentaire.......................................................................................................................................20 B : Le filtrage du pourvoi devant le Conseil d'Etat............................................................................29 B : Le système français d’aide juridictionnelle...............................................................................................19 §1er – Un accès fragilisé au juge de cassation en matière civile et administrative......................................................................................................................... administrative..............14 A : Les recours examinés par un membre du gouvernement.................1 II – La procédure............21 C : La personne jugée par contumace.........................................................................21 A : La personne condamnée..............................................................................2 A............ La pluralité de procédures.....................................20 A : Le filtrage du pourvoi devant la Cour de cassation.................20 §2nd – Un accès renforcé au juge de cassation en matière pénale.....................................Droit Processuel Patrice HILT Plan du cours Droit processuel : Introduction..........28 A : L’exigence européenne d’un système juridictionnelle..12 §1er – L’inexistence d’un recours juridictionnel....................................5 III – Le droit processuel..12 §2nd – L’absence d’un véritable juge..............17 §1er – L’inexistence d’un droit à un juge d’appel en matière civile..........24 A : La radiation du rôle............................................................................................31 A : Les conditions de recevabilité de l’action en justice...........12 Section première : L’accès à un juge du premier degré............................................................................ mais provisoirement libre.................. L’existence d’un fond commun procédural.............................................................................................................17 §2nd – La consécration d’un droit à un juge d’appel en matière pénale.................26 C : La remise en cause d’une décision de justice devenue définitive........................................................31 B : Les délais d’exercice de l’action en justice..................6 Plan du cours.......................................21 B : La personne en fuite.........................................24 §1er – La suppression des obstacles juridiques..........................................................................................27 D : Les incidences d’une faute commise par un auxiliaire de justice...................................3 B..............................32 7 ........................................................1 I – Le procès....................................................23 Section première : Le principe : l’accès à un juge doit être effectif..................................................................................................................................15 Section seconde : L’accès à un juge d’appel.22 Chapitre II : Les caractères du droit d’accès à un juge..........................30 §1er – L’intérêt général : Eviter ou remédier à l’encombrement des juridictions...............11 Chapitre I : Le contenu du droit d’accès à un juge..................... ........................................................................................18 Section troisième : L’accès à un juge de cassation....28 §2nd – La suppression des obstacles financiers..........................................................................

......................................35 B : Les immunités.............................55 §2nd – L’indépendance du juge à l’égard de ses collègues.............................35 Titre 2ème : Le droit à un bon juge............47 B : En cas de disfonctionnement d’une juridiction de l’ordre administratif ............................................................................................................53 A : L’indépendance du juge à l’égard du parlement....37 Section première : Le bon juge est-il nécessairement un juge professionnel ?............................................................................40 B : Le principe français de l’unité des juridictions civiles et pénales...................................51 Chapitre II : Les qualités que le bon juge doit nécessairement présenter................................41 A : L’utilité du ministère public.........................................................................................................39 §2nd – Juge civil et juge pénal.....................................................................................33 D : La sanction de l’abus du droit d’agir.......................................49 §2nd – La responsabilité du juge....................66 §1er – Les exigences de l’impartialité.......................61 §3ème – L’indépendance du juge à l’égard des parties au litige........66 Section seconde : Un juge impartial....................................................................65 §4ème – L’indépendance des juges à l’égard des tiers..............................................................................................................40 A : Les mérites de la distinction entre juge civil et juge pénal.....53 B : L’indépendance du juge à l’égard du gouvernement.....................................................45 C : Le déclin de la collégialité dans le contentieux administratif.................................................................................................53 §1er – L’indépendance du juge à l’égard de l’Etat...34 §2nd – L’intérêt privé : assurer la défense des justiciables.....................................50 B : La faute disciplinaire commise par le juge................................34 A : L’obligation de constituer avocat.............................................................................................................................................66 8 .....40 §3ème – Magistrats du siège et magistrats du parquet..........................................43 §2nd – Les solutions françaises............37 Chapitre I : Les incertitudes relatives à certaines qualités que doit présenter le bon juge ....................................................................60 B : La solution imposée par une autre juridiction................................................................47 A : En cas de fonctionnement défectueux d’une juridiction de l’ordre judiciaire.....................................................50 A : La faute personnelle commise par le juge.....63 A : Les règles qui tentent de préserver l’indépendance du juge à l’égard des parties......37 Section seconde : Un bon juge est-il nécessairement un juge spécialisé ?......................................Droit Processuel Patrice HILT C : L’obligation de consigner une somme d’argent............38 §1er – Juge judiciaire et juge administratif.............................38 A : Les avantages du dualisme juridictionnel.....................................43 §1er – La controverse doctrinale.....................39 B : Les inconvénients du dualisme juridictionnel..........................................................46 §1er – La responsabilité de l’Etat.......................................................44 B : Le déclin de la collégialité dans le contentieux pénal................................................................................44 A : Le déclin de la collégialité dans le contentieux civil..................................................................60 A : La solution imposée par un autre juge de la même juridiction..........................................45 Section quatrième : Un bon juge est-il nécessairement un juge responsable de ses décisions ?..................................................................................................................................................................41 B : Les critiques formulées à l’encontre du ministère public...................53 Section première : Le droit à un juge indépendant......64 B : La problématique du juge élu..42 Section troisième : Un juge unique peut-il être un bon juge ?..............................................................................................................

.................................104 Section première : Un droit à une lecture publique des décisions de justice................82 Section première : La notion de délai raisonnable........... Le comportement du requérant......101 §2nd – La loyauté des preuves................................................................................................................................100 Sous-section seconde : Le droit de présenter ses preuves....... La preuve qui a été constituée par la partie qui l’invoque..................................................................102 A.................................82 Sous-titre 1er : Les principes fonctionnels relatifs au déroulement du procès...............................................105 §3ème – En procédure administrative......................................................................69 §2nd – Les sanctions de la partialité................ Le droit d’être défendu par un avocat.....................................................77 B...................................67 B............... L’enjeu du litige.................................................................................................104 §1er – En procédure civile....................................................................................103 Sous-chapitre II : Les droits qui profitent aux parties à l’issue du procès.......................................................................... fraude ou ruse.................................................................................................................99 A.....84 A............................... Le dies a quen................... La preuve qui a été obtenue par violence..................................................................................................... Les sanctions a priori.......................88 Sous-titre 2nd : Les principes relatifs aux acteurs du procès............. Le comportement des autorités compétentes....89 Chapitre I : Les principes fonctionnels relatifs aux parties.............99 B....102 B......Droit Processuel Patrice HILT A...............................................................................................................89 Section première : Le droit à la présomption d’innocence............................................................................... La complexité de l’affaire..................... ou subjective.......79 Partie seconde : Les principes fonctionnels du droit processuel................................. Recevoir l’information............. Comprendre l’information..92 §1er – Le droit d’être informé de la procédure. La preuve obtenue de façon illégale............................................................... du juge.... Le droit de se défendre personnellement................................... L’impartialité fonctionnelle du juge....................83 B.......86 §2nd – L’adoption de nouvelles règles procédurales............................................106 9 ...........................................................................84 D.............................81 Titre 1er : Les principes fonctionnels traditionnels.......77 A........84 B................................................97 §2nd – Le droit de se défendre...................................102 C.......83 A..............................91 Section seconde : Le droit à un procès équitable.89 Sous-chapitre I : Les droits qui profitent aux parties pendant le procès.................................................................................87 §3ème – La sanction de l’inertie du juge et des parties.....................84 C. L’impartialité personnelle.............................................82 Chapitre II : La célérité de la procédure.....................83 §1er – Le calcul de la durée d’une procédure........................................90 §1er – Le rôle du juge en matière de preuve...92 A...........................................................................................................83 §2nd – L’appréciation du caractère raisonnable.......104 §2nd – En procédure pénale.......85 Section seconde : Les remèdes pour accélérer les procédures...........................91 Sous-section première : Le droit d’exposer sa cause...101 §1er – La discussion des preuves.85 §1er – La mise en place de procédures accélérées................... Les sanctions a posteriori..........................92 B.............................................................................................................. Le dies a quo........90 §2nd – Les présomptions de culpabilité......................................

Droit Processuel Patrice HILT Partie première : Les principes institutionnels du droit processuel 10 .

le droit d’accès à un juge permet à toute personne de faire valoir ses droits devant une juridiction afin que justice soit rendue. Titre 1 : Le droit d’accès à un juge Ce droit peut se définir comme le droit pour toute personne de s’adresser à un juge afin de faire trancher une contestation juridique. chaque personne doit non seulement avoir accès à un juge. il faut pouvoir saisir préalablement le juge pour accéder au droit. en droit national par exemple. Tout d’abord. en effet. C’est le droit à un bon juge. De plus. Ces expressions sont tout à fait synonymes. On parlera parfois du droit d’accès à un tribunal. Est consacré le droit d’accès à un juge dans la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948 en son article 8. dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques. le droit d’accès à un juge évite le recours à la vengeance privée. En effet. Quelques observations s’imposent : l’expression de droit d’accès à un juge peut trouver différents synonymes. Quel juge la personne doit-elle pouvoir saisir ? Comment la personne doit-elle pouvoir saisir ce juge ? er 11 . le plus important. tous les auteurs et spécialistes estiment qu’il s’agit du droit processuel par excellence. mais aussi à un bon juge. En réalité. Ce droit d’accès n’est pas n’importe quel droit processuel. Par ailleurs. chaque personne doit avoir le droit de saisir un juge. par la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 en son article 16 notamment. le droit d’accès à un juge a fait l’objet d’une consécration unanime. C’est le droit d’accès à un juge. dans la Charte des Droits fondamentaux de l’Union européenne en son article 47. en l’an 2000. et enfin dans la Convention européenne des Droits de l'Homme de 1950. Nul ne peut se faire justice à soi-même. Ce principe semble garantir à lui seul la paix sociale. notamment en son article 14§1er. En ce sens. mais également sur un plan supranational. le droit d’accès à un juge constitue un moyen privilégié d’accès au droit lui-même. D’autre part. à un recours juridictionnel ou du droit à un juge.Droit Processuel Patrice HILT Ces principes institutionnels sont essentiellement deux : d’une part. en son article 6§1er.

on peut songer à la décision prise par le président de la République d’autoriser ou non le mariage entre collatéraux. En matière civile. Toujours en matière de droit de la famille. Récemment. §1er – L’inexistence d’un recours juridictionnel Le droit d’accès à un juge est violé lorsque pour une contestation déterminée. ou un juge constitutionnel ? Section première : L’accès à un juge du premier degré Le droit de saisir un juge implique le droit de saisir un juge du premier degré. aucun recours juridictionnel n’est ouvert. de telles décisions existent encore en droit français. est contraire aux dispositions de la Convention européenne des Droits de l'Homme et plus précisément du droit d’accès à un tribunal ».Droit Processuel Patrice HILT Chapitre I : Le contenu du droit d’accès à un juge Le droit d’accès à un juge induit le droit de saisir un juge en premier instance. dans un arrêt du 3 avril 2008. L’article 164 doit donc être abrogé. celui qui se voit refuser l’autorisation par le président doit obligatoirement pouvoir contester cette décision devant un juge du premier degré. a expressément décidé que l’article 164 du code civil. En substance. Par définition. un tel acte « est un acte pris par le pouvoir exécutif qui ne peut 12 . quelle qu’elle soit. Toute contestation. la cour d'appel de Paris. « qui prévoit une dispense discrétionnaire à l’empêchement à mariage entre collatéraux. dispense non soumise à recours juridictionnel. ou susciter un recours contre le président de la République. On peut aussi s’intéresser à l’article 148 du code civil qui soumet le mariage d’un mineur à l’autorisation des père et mère. existe une catégorie d’actes administratifs. En matière administrative. autorisation discrétionnaire. Tel sera le cas lorsque l’on souhaite contester une décision que son auteur a rendue discrétionnairement. l’article 171 du code civil autorise le mariage posthume sous couvert d’autorisation du président de la République. Doit être condamnée la législation nationale qui ne permettrait pas à un justiciable de saisir un juge du premier degré. de cassation. Par analogie. au premier degré. Cette décision est discrétionnaire et n’ouvre aucun recours à un juge du premier degré. Ces décisions discrétionnaires doivent être réputées contraires au droit processuel . mais aussi la législation dans laquelle la personne qui examine le recours au premier degré n’est pas un véritable juge. et c’est ce qu’a décidé expressément la première chambre civile de la Cour de cassation dans un arrêt du 28 février 2006. les actes de gouvernement. cette décision est contraire au droit d’accès à un tribunal. Comporte-t-il également le droit de saisir un juge d’appel. doit pouvoir signifier le droit de saisir un véritable juge.

13 . soit il déclare la réclamation irrecevable parce que non accompagnée de l’avis de contravention. on relèvera l’exemple de l’amende forfaitaire. La loi fait obligation de saisir le bâtonnier de l’ordre des avocats dont fait partie l’avocat aux honoraires contestés. En France. Belgique du 23 juin 1981. la Cour a considéré que « les règles françaises permettant au ministère public de rejeter la demande d’exonération en la déclarant irrecevable est contraire au droit d’accès à un tribunal tel que prévu à l’article 6§1 er de la Convention européenne des Droits de l'Homme ». Ce n’est que si le bâtonnier rend une décision défavorable que le président de la cour d'appel pourra être saisi. la décision prise par ce dernier par laquelle il nomme un membre du Conseil constitutionnel. En matière pénale. Dans l’arrêt Peltier du 21 mai 2002. mais différé dans le temps. Dans une telle hypothèse. une personne qui souhaite contester une décision administrative ne peut pas toujours saisir immédiatement un juge administratif. Aujourd’hui. ce recours différé est-il contraire au droit d’accès à un tribunal ? Autrement dit. La personne qui souhaite contester les honoraires d’un avocat ne peut saisir immédiatement le juge. Ainsi. La personne qui souhaite contester une décision administrative ne peut pas toujours saisir un juge. car la loi fait parfois obligation de saisir d’abord le supérieur hiérarchique de l’auteur de la décision . car il doit d’abord s’adresser au préfet. soit il refuse de la payer et peut alors adresser une requête en exonération au ministère public. Le droit d’accès à un juge du premier degré est alors refusé à ce contrevenant. Il en est notamment ainsi lorsque le justiciable souhaite contester une décision prise par un maire. dans le temps. soit il déclare la réclamation mal fondée et exerce des poursuites en saisissant le tribunal de police ou le juge de proximité. Il n’existe aucun moyen de saisir un juge du premier degré. il n’existe plus que quinze actes de gouvernement. la décision du président de la République de soumettre un texte à référendum.Droit Processuel Patrice HILT faire l’objet d’aucun recours juridictionnel ». la décision prise par le président de la République de mettre en œuvre l’article 16 de la Constitution. est-ce que le droit d’accès au juge suppose-t-il un droit d’accès immédiat à un juge du premier degré ? La question a été posée à la Cour européenne des Droits de l'Homme qui a décidé qu’un Etat « peut différer. selon le code de procédure pénale. sans contrevenir à l’article 6§1er de la Convention ». Il existe parfois des hypothèses où le recours au juge du premier degré existe. le ministère public dispose d’une option à trois branches. on parle de recours hiérarchique. Soit l’auteur accepte la contestation est on obtient gain de cause si il refuse la contestation on peut saisir le juge administratif et le recourt est donc différé dans le temps. Un dernier exemple concerne la grâce présidentielle. L’amende forfaitaire sanctionne certaines contraventions énumérées par le code de la route. dans la décision Le Compte c. Cette technique peut être considérée comme contraire au droit d’accès à un tribunal pour ce seul fait. car la loi fait parfois obligation de saisir l’auteur d’une décision administrative avant de saisir le juge. Soit le ministère public déclare la réclamation bien fondée. cette requête. selon une loi de 1871. pouvant être octroyée discrétionnairement. doit impérativement être accompagnée de l’avis de contravention. Cette impossibilité de saisir le juge vient d’être considérée par la Cour européenne des Droits de l'Homme comme une violation du droit d’accès à un tribunal. Si une telle requête est présentée. Constituent des actes de gouvernement le décret présidentiel qui promulgue une loi. le droit de recours à un juge du premier degré. S’il déclare la réclamation irrecevable. Cependant. Il s’agit du recours gracieux (fait devant l’auteur même) qui existe notamment en matière fiscale ou douanière. le contrevenant dispose d’une option à deux branches : soit il paie l’amende forfaitaire. l’amende sera due et il sera alors impossible au contrevenant de saisir le juge afin que celui-ci statue sur la réalité de l’infraction.

les recours dirigés contre les actes de l’administration étaient examinés par un membre du gouvernement. la personne qui examine le recours doit avoir été établie par la loi. La problématique de l’existence du véritable juge peut se poser dans trois hypothèses. A : Les recours examinés par un membre du gouvernement Un membre du gouvernement ne remplit pas les trois critères du juge. cette personne doit réunir les trois critères. A un même moment. en 1790. en effet. mais au ministère duquel appartenait l’autorité qui a donné la décision contestée. au sens du droit processuel ? En droit processuel. on a finalement décidé de créer un recours et de confier l’examen de ce recours. et plus précisément par un ministre. sont exigés cumulativement et exclusivement. la personne qui examine le recours doit encore respecter les principes fondamentaux de la procédure. Le droit d’accès à un juge n’était alors pas respecté. En 1872 fut créé le Conseil d'Etat. Le critère institutionnel du droit processuel faisait défaut. dans l’hypothèse où le recours est examiné en première instance par une autorité administrative indépendante . substantiel. pouvait enfreindre la loi. On pouvait alors douter tant de l’indépendance que de l’impartialité du « ministrejuge ». institutionnel. Aux suites la loi des 17 au 24 août 1790. puisque l’administré n’avait aucun recours. mais par un membre du gouvernement . Seule une loi. que sont l’indépendance et l’impartialité. Dans un arrêt Medvedyev c. De plus. garantissant le respect du droit d’accès à un tribunal. Autrefois. Belgique. par la loi. Cette personne doit avoir le pouvoir de trancher un litige. C’est ce que l’on appelle le critère organique. le véritable juge est celui qui présente trois traits caractéristiques : tout d’abord. Dans l’arrêt Taxquet c. une personne morale de droit public ne pouvait jamais être soumise aux juridictions judiciaires. peut créer une juridiction. 14 . impunément. beaucoup de projets de loi viseraient à confier l’examen des recours à des membres du gouvernement. cette loi faisait échapper à l’administration tout contrôle judiciaire. Il s’agit du critère institutionnel. Quelques années plus tard. rendu par la Cour européenne des Droits de l'Homme le 13 janvier 2009. On peut se poser la question dans l’hypothèse où le recours n’est pas examiné en première instance par un juge. une personne est juge dès lors que ces trois critères sont réunis et que l’on ne peut exiger de lui aucun autre critère complémentaire. Troisièmement. dans l’hypothèse dans laquelle le recours est examiné par un magistrat du parquet.Droit Processuel Patrice HILT §2nd – L’absence d’un véritable juge Que faut-il entendre par « juge ». C’est ce que l’on appelle le critère substantiel. N’est pas considérée comme un juge la personne qui se contente de donner un avis ou de concilier les parties. la Cour européenne des Droits de l'Homme a considéré que le procureur de la République n’était pas un juge. organique. France. la personne qui examine le recours doit également être dotée de pouvoirs décisionnels. non pas à un véritable juge. De plus. Ces trois éléments. Le critère institutionnel faisait assurément défaut. Actuellement. cette règle a été confirmée. Il en a découlé comme conséquence que l’administration. Ainsi.

Toute contestation n’est possible qu’auprès du magistrat du parquet. a provoqué un « séisme juridique ». l’autorité des marchés financiers. il ne fait aucun doute que les magistrats du parquet sont de véritables juges (Cass. Au sens du droit processuel. le magistrat du parquet est-il un juge au sens du droit processuel ? Cette question fut posée auprès de la Cour européenne des Droits de l'Homme. remplace le conseil de la concurrence. le critère substantiel. La Cour européenne des Droits de l'Homme. respectant le critère institutionnel. Selon la Cour de cassation. France. l’article 77. la commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL). le défenseur des enfants. Crim. dans leur domaine de compétence. Le critère organique est réuni par toutes les autorités. C’est dans ce sens que la cour d'appel de Paris s’est prononcée le 16 mars 1988 . le 10 juillet 2008. une autre catégorie comprend les autorités administratives indépendantes qui disposent. De telles hypothèses se rencontrent en procédure pénale. 15 . du code de procédure pénale affirme que le procureur de la République peut. il existe 35 autorités administratives indépendantes : figurent parmi elles le conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). ce qu’a confirmé le Conseil d'Etat le 4 février 2005. la protection de certaines catégories de personnes. Ce sont surtout les autorités administratives indépendantes de régulation de l’économie. ces autorités ne sont pas des juges au sens du droit processuel. la qualification de juge peut-être retenue. Celles-ci ne peuvent formuler qu’un avis ou une recommandation. le défenseur des enfants. puisque les trois critères sont réunis. le critère institutionnel. Par exemple. C : Les recours examinés par un magistrat du parquet En droit européen. Aujourd’hui. Il a été conclu que les autorités administratives indépendantes sont impartiales et indépendantes. notamment puisqu’elles échappent au contrôle de l’Etat. Pour cette raison. la CADA. Ces autorités administratives constituent-elles de véritables juges au sens du droit processuel ? Il convient d’appliquer les critères retenus par la Cour européenne des Droits de l'Homme : le critère organique.Droit Processuel Patrice HILT B : Les recours examinés par une autorité administrative indépendante Ces autorités sont de formation collégiale. un pouvoir de décision et de sanction et est un véritable juge. elle aussi. depuis novembre 2008. alinéa 2. à l’instar des autorités de protection des libertés publiques. la CNIL. Les autorités respectent-elles le critère substantiel ? Il existe. le conseil de prévention et de lutte contre le dopage. parmi elles. le bon fonctionnement de certains secteurs de l’économie. Elles ont été créées en vue d’assurer. la loi est tout acte comprenant une règle de droit. certaines autorités qui n’ont pas le pouvoir de trancher une contestation. Font partie de ces autorités le médiateur de la République. français et outre-Atlantique. avant l’expiration du délai de 24 heures et après présentation préalable de la personne concernée. au sens du droit processuel. l’autorité de la concurrence. le critère substantiel faisant défaut. le justiciable peut ne pouvoir saisir en première instance qu’un magistrat du parquet et non pas un juge du siège. prendre la décision de prolonger une garde à vue d’un délai de 24 heures ou plus. A leur égard. le médiateur de la République. Ce sont de véritables institutions de l’Etat. du statut de juge. elle dit expressément que « le Conseil de la Concurrence doit être analysé en une véritable juridiction au sens de l’article 6§1er de la Convention européenne des Droits de l'Homme ». 10 mars 1992). Ainsi. dans la mesure où celles-ci ont été créées par la loi. dans l’arrêt Medvedyev c.. qui agissent en son nom. Il en est ainsi de l’autorité de la concurrence qui. un certain nombre de garanties telles que la protection des droits et libertés. Pourtant. L’Autorité des Marchés financiers a.

où le magistrat du parquet n’a aucun pouvoir de décision. en particulier. des pouvoirs importants passeraient du magistrat du siège vers un magistrat du parquet.600). p. et notamment la question du statut du parquet. Comme autre conséquence. 16 . car placé sous l’autorité directe du ministre de la Justice. Les réformes qu’elle semble imposer à la France sont de nature à remettre en cause l’équilibre du système procédural. alinéa 2. Dans son projet de loi. du code de procédure pénale. Cette décision devrait. cette décision remet en cause la question de l’unité du corps judiciaire. Cette décision met un obstacle sérieux à la volonté actuelle du gouvernement de remplacer le juge d’instruction par le juge de l’enquête et des libertés. ne peut être considéré comme un véritable juge (Dalloz 2009. « Le procureur de la République n’est pas une autorité judiciaire au sens que la jurisprudence de la Cour donne à cette notion. entraîner l’abrogation de toutes les dispositions du droit national qui accordent un pouvoir de décision aux magistrats du parquet. l’indépendance à l’égard du pouvoir exécutif ». Etait en cause l’article 77. La décision de la Cour européenne des Droits de l'Homme fut critiquée par la doctrine : la Cour chercherait à imposer au modèle français le modèle anglo-saxon de justice accusatoire. Le ministère public. en principe.Droit Processuel Patrice HILT puisqu’elle a affirmé que les magistrats du parquet ne sont pas de véritables juges au sens du droit processuel. car il lui manque.

Dans cet arrêt. la Cour semblerait avoir reconnu. Troisièmement. le Conseil d'Etat vient d’opérer un revirement. le droit d’accès à un juge administratif d’appel. La décision de la Cour ne fait pas non plus l’unanimité au sein de la doctrine européenne . que. Belgique.Droit Processuel Patrice HILT Section seconde : L’accès à un juge d’appel Les Etats ont-il l’obligation de permettre au justiciable. Par une recommandation R5-95 du 7 février 1995. Pendant longtemps. on observe. comme lors d’un avis du 25 septembre 2008. à plusieurs reprises. l’absence d’un droit d’appel n’était pas contraire aux exigences de la Cour européenne des Droits de l'Homme. Deuxièmement. En revanche. et notamment au sein du Conseil de l’Europe. la réponse apportée par la Cour européenne des Droits de l'Homme fut la suivante : il n’existe aucun droit à un juge d’appel en matière civile et administrative. Tout d’abord. approuver la Cour européenne des Droits de l'Homme. De Cubber c. Par ailleurs. administrative Dans ces droits. en vertu du droit d’accès à un juge. Pourtant. sans le confirmer par la suite. la Cour européenne des Droits de l'Homme a toujours rendu la même décision dans ces cas. rendu le 17 janvier 2006. sur la question de l’existence d’un droit à un juge d’appel. §1er – L’inexistence d’un droit à un juge d’appel en matière civile. aucune norme de droit processuel ne consacre expressément le droit d’accès à un juge d’appel. malgré l’inexistence du droit d’accès à un juge d’appel. Dans ces contentieux. depuis quelques années. Quatre observations s’imposent. le droit d’accès à un tribunal comprend nécessairement le droit à un juge d’appel en matière pénale. un Etat peut légitimement refuser d’ouvrir au justiciable un appel contre les décisions rendues par un juge civil ou administratif. un début d’évolution vers la potentielle reconnaissance du droit d’accès à un juge d’appel. On observe. le Conseil de l’Europe recommande aux Etats membres que « toute décision rendue par un tribunal inférieur doit pouvoir être soumise au contrôle d’un tribunal supérieur ». implicitement. le Conseil d'Etat affirme expressément que la règle du double degré de juridiction ne constituait « plus » un principe général du droit. contre toute attente. le 17 . Elle a eu l’occasion de souligner. la Cour européenne des Droits de l'Homme a considéré que l’article 6§1er de la Convention européenne des Droits de l'Homme ne protège pas le droit à un double degré de juridiction en matière civile et administrative. en matière administrative. France. A fortiori. il avait accordé à la règle du double degré de juridiction la valeur d’un principe général du droit (PGD). l’existence d’un droit à un juge d’appel. il s’est rapproché de la position de la Cour européenne des Droits de l'Homme. Dans un arrêt du 26 octobre 1984. par un arrêt rendu le 17 décembre 2003. même au sein de la Cour européenne des Droits de l'Homme. Quatrièmement. en matière civile. la Cour de cassation française semble. selon elle. Sa position n’est pas toujours partagée. de faire rejuger leur affaire en fait et en droit ? Sur ce point. une évolution favorable à un second examen de l’affaire en matière civile et administrative. Il a alors considéré que le droit d’accès à un tribunal comportait nécessairement. dans un arrêt Barbier c. le droit de faire rejuger une affaire ferait partie du droit d’accès à un tribunal.

Droit Processuel Patrice HILT Parlement a décidé de le reconnaître. aucun appel ne peut être rendu contre un jugement rendu par un juge de proximité ou contre un jugement rendu par une juridiction d’exception lorsque le montant du litige est inférieur ou égal à 4 000€. même gracieuse. en tout matière. dans son système juridique. Selon la Cour européenne des Droits de l'Homme. 380-1 et suivants du code). toutes les décisions peuvent être frappées d’appel. en des termes généraux. Cet appel est examiné par la chambre d’instruction près la cour d'appel. l’article 543 du code de procédure civile pose. Deuxièmement. sans que le droit d’accès à un tribunal ne soit violé. 6 mai 1997). En matière administrative. le droit d’accès à un tribunal comporte. un appel peut être interjeté contre tous les jugements rendus par les tribunaux administratifs. a été supprimée par la loi du 15 juin 2000. En matière civile. mais au terme d’un décret du 24 juillet 2003. le droit de saisir un juge d’appel. Cette impossibilité. Ces condamnations. Quatre observations s’imposent. Ce droit n’appartenait pas au prévenu. à l’article 14§5. purement françaises. qui comprend. manifestement contraire à l’article 2-1 du protocole n°7 à la Convention européenne des Droits de l'Homme. par une juridiction supérieure. L’article 18 . ont été entendues par le législateur qui a abrogé l’article 346 du code. Jusqu’à la loi du 15 juin 2000. Ce texte affirmait que lorsque le jugement prononçait une peine d’amende inférieure à 150€. en première instance. La même formule a été reprise dans un autre texte. ou en matière criminelle. aucun appel ne peut être interjeté dans le cas de litige relevant. comme en en matière fiscale ou en matière de redevance audiovisuelle. Crim. Cet article réservait au seul procureur général un droit d’appel contre certains jugements rendus en matière de police. la même formule. largement. le droit à un juge d’appel est effectivement prévu par les textes. contre les jugements de première instance ». le droit à un juge d’appel en matière pénale ne s’impose qu’aux juridictions de jugement. qui dispose : « toute personne déclarée coupable d’une infraction pénale par un tribunal a le droit de faire examiner. le pacte international relatif aux droits civils et politiques. En France. En France. La chambre criminelle de la Cour de cassation a condamné cette décision au regard de l’article 6 et de l’article 2-1 du protocole additionnel de la Convention européenne des Droits de l'Homme (Cass. a été condamné l’ancien article 346 du code de procédure pénale. notamment en matière contraventionnelle où l’appel est prévu par l’article 346 nouveau du code de procédure pénale. en matière pénale. la déclaration de culpabilité ou la condamnation ». par exemple. le droit à un juge d’appel consacré par l’article 2-1 du protocole n°7 est un droit qui doit se garder d’être discriminatoire. A contrario. le procureur général pouvait seul interjeter appel. Sur le fondement de cette exigence. la formule suivante : « la voix de l’appel est ouverte. On ne peut plus douter qu’au sens du droit processuel. d’un juge administratif unique. il n’était pas possible d’interjeter appel contre les arrêts rendus par une cour d'assises. Un Etat est en droit de refuser au justiciable la possibilité d’interjeter appel contre une ordonnance prise par un juge d’instruction. Il est pourtant une seule hypothèse dans laquelle tout appel est impossible. §2nd – La consécration d’un droit à un juge d’appel en matière pénale Ce droit a été expressément consacré par une norme processuelle : l’article 2-1 du protocole additionnel n°7 à la Convention européenne des Droits de l'Homme. introduisant dans le code de procédure pénale le droit d’interjeter appel devant les cours d'assises (arts. pourtant. également. il n’existe aucun droit à un juge d’appel devant les juridictions d’instruction. Cependant.

l’article 2-1 impose que le recours puisse être porté devant une juridiction supérieure. De plus. celui-ci ne peut interjeter appel. un magistrat de la cour d'appel. puisque les autorités nationales ne peuvent que très difficilement y apporter des restrictions. Par ailleurs. les trois magistrats de la cour d'assises d'appel sont des magistrats professionnels. comprendre le droit d’accès à un juge de cassation. En quatrième observation. a décidé que le droit d’accès à un juge devait. il faut en revenir à la jurisprudence de la Cour européenne des Droits de l'Homme. qui n’est donc pas supérieure à la première cour d'assises. Ainsi. le système mis en place contre les appels de cours d'assises est un système circulaire qui ne remplit pas les exigences de la Convention européenne des Droits de l'Homme et de ses protocoles additionnels. Cette consécration du droit à un juge de cassation peut se comprendre facilement : la nature même du pourvoi est d’assurer l’égalité des justiciables devant la loi. On peut donc comprendre que le droit d’accès à un juge comprenne le droit d’accès à un juge de cassation. Ses assesseurs sont souvent choisis par les autres conseillers de la cour d'appel. Si la cour d'assises donne un verdict en l’absence de l’accusé. la cour d'assises d’appel a une composition plus solennelle. La Cour européenne des Droits de l'Homme affirme que « le droit d’accès à un juge de cassation est assez fragile en matière civile et administrative dans la mesure où les autorités nationales peuvent facilement y apporter des restrictions ». L’argument peut aussi être réfuté pour une raison organique : la cour d'assises d’appel. il existe une hypothèse dans laquelle il n’est pas possible d’interjeter appel contre une décision rendue en première instance par une juridiction pénale. Troisièmement. nécessairement. Il existe une juridiction pénale de jugement appelée la Haute Cour. qui a introduit l’appel contre les arrêts d’assises. la cour d'assises est pratiquement toujours composée de juges plus expérimentés que ceux qui ont rendu la première décision. Celle-ci. les rédacteurs de la Convention européenne des Droits de l'Homme ont certainement souhaité que l’appel soit examiné par des juges plus expérimentés. selon la loi. même dans le système de l’appel circulaire. une nouvelle fois. Section troisième : L’accès à un juge de cassation Le droit d’accès à un juge comprend-il également le droit de saisir un juge de cassation ? Ce droit n’est inscrit nulle part de façon expresse. La loi du 15 juin 2000 met en place un appel circulaire. il n’est pas non plus certain que la loi du 15 juin 2000. émane très largement de la cour d'appel. désignés par le premier président de la cour d'appel. un appel interjeté d’une décision d’une cour d'assises fait intervenir une même juridiction. 19 . Pour cette seule raison. soit conforme à cette exigence. cet argument peut-être réfuté : en exigeant que l’appel soit soumis à une « juridiction supérieure ». à proprement parler. En effet. Pourtant. A cet égard. Or. ce droit à un juge de cassation est particulièrement renforcé en matière pénale. certains auteurs estiment que sur ce point. Une nouvelle fois. les décisions rendues par cette Haute Cour ne sont pas susceptibles d’appel. le président d’une cour d'assises est toujours. Cette Cour est chargée de juger exclusivement le président de la République pour certaines infractions limitativement énumérées. passant de neuf à douze jurés. Or. pourtant. En outre. Le maintien de cette disposition va à l’encontre du droit à un juge d’appel en matière pénale.Droit Processuel Patrice HILT 379-5 du code de procédure pénale affirme que l’appel n’est pas ouvert à la personne condamnée par un arrêt rendu par la cour d'assises à défaut. Le juge de cassation serait donc un gardien de l’application correcte et uniforme de la loi.

Soit cette commission déclare le pourvoi irrecevable. ne peut être examiné devant la chambre compétente que si son admission a été reconnue par une formation de trois juges. Dans cette espèce. telles que la volonté d’éviter l’encombrement du juge de cassation. L131-6 du code de l’organisation judiciaire). La commission d’admission refusera le pourvoi. Ce filtrage. devant le Conseil d'Etat existe une commission d’admission des pourvois en cassation. Le pourvoi doit d’abord être filtré avant d’accéder au juge de cassation. Cette commission est composée de trois membres du Conseil d'Etat. celle-ci ne pourra l’examiner au fond que si le pourvoi est déclaré admis par une formation de trois juges. le but étant de désencombrer la Cour de cassation. 20 . concerne tous les pourvois relatifs aux cinq premières chambres de la Cour de cassation.Droit Processuel Patrice HILT §1er – Un accès fragilisé au juge de cassation en matière civile et administrative Le droit de saisir un juge de cassation a été consacré par la Cour européenne des Droits de l'Homme le 19 février 1998 dans l’arrêt Higgins c. appartenant à la chambre à laquelle le pourvoi a été distribué. Si le pourvoi leur apparaît recevable donc fondé sur des moyens sérieux. elle prend une décision de refus d’admission et le justiciable n’accèdera pas au juge administratif de cassation. De telles procédures de filtrage existent en France. La loi peut donc interdire l’accès à un juge de cassation. Le rôle de cette formation est d’écarter les pourvois dilatoires ou abusifs. ne sont pas concernés par cette procédure. et vise à écarter les pourvois non fondés sur un moyen sérieux de cassation. le justiciable ne pourra pas accéder au juge civil de cassation. la Cour ajoute que le droit d’accès à un juge de cassation pourrait facilement faire l’objet de restrictions. introduit en 2001. les procédures de filtrage des pourvois en cassation doivent être déclarées compatibles aux exigences processuelles. Lorsqu’un pourvoi parvient à l’une des cinq premières chambres de la Cour de cassation. Cette procédure préalable d’admission a été introduite dans le code de procédure civile par une loi du 25 juin 2001. tant devant la Cour de cassation que le Conseil d'Etat. Il peut arriver que le premier président de la Cour de cassation ou celui de la chambre concernée décident de contourner le filtrage. Pour cette seule raison. Les autorités nationales peuvent limiter l’accès au juge de cassation en matière civile et administrative en invoquant simplement des considérations d’intérêt général. il sera transmis à la sous-section compétence du Conseil d'Etat qui procèdera à l’instruction puis au jugement. si celui-ci « n’apparaît pas fondé sur un moyen sérieux de cassation » (art. Si le pourvoi est rejeté. devant la Cour de cassation. Les pourvois en matière pénale. simplement pour que celui-ci ne soit pas encombré. B : Le filtrage du pourvoi devant le Conseil d'Etat Là encore. France. A : Le filtrage du pourvoi devant la Cour de cassation Un pourvoi. eux.

Depuis ce second arrêt. Par différents arrêts rendus en 1994. Dans ces quatre affaires. France. 21 . pendant longtemps. 14 décembre 1999. une cause d’irrecevabilité d’un pourvoi en cassation. France. 70% des décisions de condamnation pénale sans mandat de dépôt ne sont jamais exécutées. il faut que la juridiction pénale ayant prononcé la condamnation ait décerné un mandat de dépôt. les personnes condamnées par une juridiction pénale à une peine d’emprisonnement ne sont pas toutes conduites en prison à l’issue de ce procès . a décidé d’abroger cette disposition. Cette exigence de raisons impérieuses a été posée par quatre arrêts rendus par la Cour européenne des Droits de l'Homme contre la France : Poitrimol c. Papon c. Lorsqu’une telle personne voulait se pourvoir. la France fut condamnée car les restrictions apportées en matière pénale au droit à un juge de cassation ne correspondaient pas à des raisons impérieuses. elle devait se constituer prisonnière au plus tard la veille de l’audience examinant le pourvoi. le droit d’accès à un juge comprenne le droit d’accès à un juge de cassation. 13 février 2001. Elle devait donc se mettre en état. la chambre criminelle a continué à maintenir cette règle. mais provisoirement libre L’ancien article 583 ancien du code de procédure pénale affirmait que le fait pour une personne condamnée à une peine d’emprisonnement d’au moins un an mais qui restait provisoirement libre de ne pas se constituer prisonnière au plus tard la veille de l’audience au cours de laquelle le pourvoi allait être examiné entraînait. lorsqu’elle s’était dérobée. Dans un premier temps. Le législateur français. saisir le juge pénal de cassation. Ces règles françaises ont été condamnées lors d’empêchements d’une personne de se pourvoir en cassation en l’absence de mise en état en matière pénale. 23 novembre 1993. la déchéance de ce pourvoi en cassation. d’après ce texte. France. ou lorsqu’elle était jugée par contumace. B : La personne en fuite Pendant longtemps. En effet. le fait de se dérober à l’exécution d’un mandat d’arrêt constituait. France. France. France. A : La personne condamnée. la loi française a été modifiée pour décider que la personne en fuite peut. L’absence de mise en état était sanctionnée par la déchéance du pourvoi formé. 25 juillet 2002. Cette règle a été condamnée par la Cour européenne des Droits de l'Homme dans la mesure où la déchéance du pourvoi prononcé par l’article 583 ne reposait « sur aucune considération impérieuse » (arrêts Khalfaoui et Papon). Contrairement aux matières civile et administrative. elle aussi. La mise en état est donc ici le fait de se constituer prisonnier. Une personne condamnée sans mandat de dépôt restera donc libre. la Cour européenne des Droits de l'Homme a rappelé le principe de son premier arrêt. Khalfaoui c. Cette règle a été condamnée par la Cour européenne des Droits de l'Homme lors de l’arrêt Poitrimol c. Krombach c. il n’est possible aux autorités nationales de restreindre l’accès à un juge de cassation que pour des raisons impérieuses. toujours par la loi du 15 juin 2000. Lors de l’arrêt Omar et Guérin c. la France n’a pas tenu compte de cet arrêt.Droit Processuel Patrice HILT §2nd – Un accès renforcé au juge de cassation en matière pénale Le principe veut qu’en matière pénale. le 29 juillet 1998.

379-4). la doctrine a estimé que le droit de saisir un juge ne comprend pas le droit de saisir un juge constitutionnel. lorsqu’une personne est jugée par défaut criminel. le droit de saisir un juge de cassation doit pouvoir s’exécuter immédiatement. Il est allé plus loin que ce qui avait été exigé par la Cour européenne en abrogeant la procédure de la contumace. la loi de 2004 a remplacé la contumace par une nouvelle procédure : la procédure du défaut criminel. Cependant. La Cour européenne des Droits de l'Homme n’a pas encore été saisie de cette question. En droit pénal. mais des auteurs estiment qu’en droit pénal. mais pourra le faire plus tard. Le Conseil constitutionnel ne peut pas être considéré comme un juge au sens du droit processuel : le critère organique est rempli car le Conseil constitutionnel est créé par la Constitution. Cela n’est pas certain. A nouveau. il a décidé d’abroger l’article 636 du code de procédure pénale. loi suprême. le contumax n’était pas en droit de se pourvoir en cassation contre l’arrêt de condamnation rendu par la cour d'assises. La personne ainsi condamnée. Section quatrième : L’accès à un juge constitutionnel Le droit d’accès à un juge comprend-il le droit de saisir un juge constitutionnel ? Un justiciable aurait-il. Cette procédure permet à la cour d'assises de juger une personne qui n’est pas présente à l’audience. Cette procédure est règlementée aux articles 379-2 et suivants du code de procédure pénale. 22 . le doute est permis pour les deux autres critères. Ce n’est que contre l’arrêt rendu par cette nouvelle cour d'assises que la personne initialement absente pourra se pourvoir en cassation. la loi lui interdit de se pourvoir en cassation : il faudra que cette personne se constitue prisonnier : l’arrêt rendu par défaut sera non avenu et un nouveau procès sera fait (art.Droit Processuel Patrice HILT C : La personne jugée par contumace Selon l’ancien article 636 du code de procédure pénale. Le critère substantiel impose que pour être un juge au sens du droit processuel. ni totalement impartiaux. Par cette loi. il ne tranche pas de litige. Le code de procédure pénale précise aussi que l’examen de l’affaire se fera sans la présence des jurés. selon la doctrine. ne pouvait former aucun pourvoi en cassation. L’examen de l’affaire. le droit de provoquer un contrôle de constitutionnalité des lois ? La Cour européenne des Droits de l'Homme ne s’étant pas encore prononcée. En effet. La question s’est posée de savoir si la procédure du défaut criminel respecte le droit de saisir un juge de cassation en matière pénale. Le critère institutionnel. se fera en l’absence de l’accusé. le Conseil constitutionnel devrait pouvoir rendre des décisions de justice . conformément au droit d’accès à un juge. le contumax. la contumace correspondait autrefois à la procédure criminelle qui permettait à une cour d'assises de juger une personne en l’absence de celle-ci. Suite à cette condamnation. Pourtant. n’est pas réuni : les membres du Conseil constitutionnel ne sont ni totalement indépendants. or. car dans cette nouvelle procédure. dans l’arrêt Krombach c. La nouvelle procédure de défaut criminel violerait à nouveau le droit d’accès à un juge. France. le législateur français est intervenu par la loi du 9 mars 2004. la personne condamnée par défaut ne peut toujours pas se pourvoir en cassation. dans des conditions particulières. cette interdiction faite a été condamnée par la Cour européenne des Droits de l'Homme au motif que la restriction qu’elle instituait en matière pénale ne reposait sur aucune considération impérieuse. dans ce défaut criminel.

France. depuis son existence. Avec la loi constitutionnelle de 2008. En effet. Telle était la position de la France jusqu’à la loi constitutionnelle du 23 juillet 2008. notamment de prêter serment. parlementaire. celui du Sénat. 4 décembre 1995. on pourrait considérer les membres du Conseil constitutionnel comme indépendants et impartiaux. Chapitre II : Les caractères du droit d’accès à un juge Ces caractères sont au nombre de trois : l’accès à un juge doit être un accès clair. la Constitution elle-même a prévu plusieurs interdictions. responsable d’un parti politique. d’accessibilité et d’intelligibilité de la loi ». et non discriminatoire. A l’heure actuelle. On dénombre une trentaine d’arrêts. Ainsi. De plus. les modalités d’exercice de l’action doivent être exprimées dans la loi. de façon « suffisamment claire et intelligible ».Droit Processuel Patrice HILT Deux observations s’imposent : premièrement. La Constitution a prévu que le mandat de ces membres n’était pas renouvelable. 23 . que le droit de saisir un juge incluait « un objectif de valeur constitutionnelle. Cette exigence processuelle a été reprise en droit interne par le Conseil constitutionnel qui a affirmé. Il existe notamment plusieurs obligations légales. jusqu’à cette loi. le Conseil constitutionnel peut être saisi de cette question sur renvoi du Conseil d'Etat ou de la Cour de cassation ». celui de la République. le critère substantiel au sens de la Cour européenne des Droits de l'Homme doit être entendu au sens large : le droit de déclarer une loi conforme ou non à la Constitution peut-être considéré comme un droit de trancher des litiges. De plus. selon les mêmes règles de fond et de forme. De plus. etc. Deuxièmement. l’accès à un juge doit être effectif. lors d’une récente décision. la saisine du Conseil constitutionnel était réservée à certaines personnes : le président de l’Assemblée nationale. il est soutenu qu’une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés que la Constitution garantit. Ainsi. les membres du Conseil ne peuvent jamais occuper un emploi public pendant leur mandat. Un membre du Conseil ne peut pas être ministre. La Cour européenne des Droits de l'Homme ne cesse de le rappeler. tous les justiciables qui se trouvent dans la même situation doivent être jugés par les mêmes tribunaux. il est parfaitement possible pour les autorités d’un pays de limiter son accès à des personnes limitativement énumérées. Cette possibilité a été inscrite dans le nouvel article 61-1 de la Constitution française : « lorsque. la position doctrinale visant à refuser au Conseil constitutionnel la qualification de juge peut être contestée. soixante sénateurs et le Premier ministre. de juger « en toute indépendance et en toute impartialité ». soixante députés. En effet. etc. Cela ne posa aucun problème processuel. le droit d’accès à un tribunal est toujours considéré comme ne comprenant pas le droit d’accès à un juge constitutionnel. la possibilité de saisir le Conseil constitutionnel a également été accordée au citoyen. cette loi nationale sera condamnable au regard du droit d’accès à un tribunal : arrêt Bellet c. Ainsi. Troisièmement. Deuxièmement. justement pour garantir leur indépendance. l’accès à un juge doit également être égalitaire. Autrement dit. puisque le Conseil constitutionnel ne peut recevoir la qualification de juridiction. lorsqu’une loi nationale prévoit des règles complexes de saisine d’un juge. à l’occasion d’une instance en cours devant une juridiction. elle pose certaines incompatibilités.

dans certaines conditions. Quatre règles principales ont été condamnées : la radiation du rôle. Si tel est le cas. qui connaît cependant quelques exceptions. Cette obligation. pour que cette réelle possibilité existe. par ordre chronologique. dans leur ordonnancement juridique. car elles constituaient autant d’obstacles juridiques au droit d’accès à un juge. a une portée générale puisque la Cour européenne des Droits de l'Homme affirme que tout obstacle doit être supprimé. condamnée par la Cour européenne des Droits de l'Homme sur le fondement de l’effectivité de l’accès à un juge. §1er – La suppression des obstacles juridiques Très souvent. Une telle hypothèse est prévue à l’article 1009-1 du code de procédure civile : le premier président de la Cour de cassation peut radier une affaire du rôle de la Cour de cassation. le refus d’une indemnisation complémentaire. La portée de ces condamnations doit alors être étudiée . la remise en cause d’une décision de justice devenue effective. A : La radiation du rôle Dans une juridiction. Lorsqu’un justiciable saisit le juge. Juridiquement. son affaire est inscrite au rôle. le rôle correspond à un registre sur lequel le secrétariat inscrit. a été. l’accès à un juge n’est pas effectif en raison d’une règle de droit. les affaires dont la juridiction est saisie. « aussi longtemps que le demandeur au pourvoi ne justifie pas avoir exécuté la décision frappée par le pourvoi ». à plusieurs reprises. mise à la charge des Etats. la Cour a fragilisé un certain nombre d’autres règles procédurales françaises. Ce pouvoir de radiation. et les incidences d’une faute commise par un auxiliaire de justice. reconnu au premier président de la Cour de cassation. Elle ne sera donc pas jugée. qu’il soit purement juridique ou simplement financier. et notamment pour sanctionner l’inertie des parties. 24 . Section première : Le principe : l’accès à un juge doit être effectif L’accès à un juge est effectif lorsque. soit de rendre cette accès excessivement difficile. il appartient aux autorités nationales de supprimer. sur le territoire donné. et une réelle possibilité de faire trancher leur contestation. Ainsi. la radiation du rôle s’analyse en une décision du juge de retirer une affaire au rang des affaires en cours.Droit Processuel Patrice HILT qui rappellent ce principe. l’obstacle juridique à l’accès à un juge doit être abrogé par le législateur. soit d’empêcher l’accès à un juge. les justiciables ont une réelle possibilité de saisir le juge. tous les obstacles qui auraient pour conséquence. Il est des hypothèses dans lesquelles l’affaire est radiée du rôle pour diverses raisons. en condamnant l’article 1009-1. Sur ce fondement. plusieurs règles juridiques internes ont été condamnées par la Cour européenne des Droits de l'Homme.

La décision de radier l’affaire est prise à la demande du défendeur. Deuxièmement. France. Pour ce fait. on conclu à l’unanimité que « le jeu de l’article 1009-1 du code de procédure civile français pouvait porter atteinte au droit du requérant à un accès effectif à la Cour de cassation ». Par ailleurs. Tout d’abord. La seconde hypothèse est celle où il apparaît au premier président de la Cour de cassation que le demandeur au pourvoi est « dans l’impossibilité d’exécuter la décision frappée par le pourvoi ». Ainsi. en estimant que ce texte ne permet pas d’assurer un accès effectif au juge. On voit donc mal en quoi cette radiation participe à rendre l’accès au juge de cassation moins effectif. selon les juges européens. dans l’arrêt ONG c. a condamné l’article 1009-1 du code de procédure civile. une radiation ne peut emporter une violation de l’article que si le justiciable dont l’affaire a été radiée s’est trouvé « dans l’impossibilité absolue d’exécuter la décision frappée par le pourvoi ». une condition est nécessaire. le justiciable sanctionné par la radiation peut mettre fin à la suspension de l’instance à tout moment. Cette condamnation et les six précédentes appellent plusieurs observations. La condamnation européenne de l’article 1009-1 du code de procédure civile L’article 1009-1 du code de procédure civile permet au premier président de la Cour de cassation de radier une affaire du rôle de sa juridiction. En effet. En effet. lorsqu’il est exercé. la seule radiation du rôle ne suffit pas pour emporter une violation de l’article 6§1er. la radiation de son affaire n’est pas condamnable au regard du droit processuel. non pas en raison de la formulation de l’article 1009-1 du code de procédure civile. Cette partie majoritaire de la doctrine a été suivie par la Cour européenne des Droits de l'Homme qui. il peut être considéré comme conforme au droit d’accès à un juge. ce pouvoir de radiation empêche le justiciable. ce pouvoir de radiation vise à éviter les manœuvres dilatoires ou les pourvois abusifs. Puisque l’instance demeure. Selon les juges. Il en est ainsi lorsque.Droit Processuel Patrice HILT 1. Bien évidemment. le premier président de la Cour de cassation considère qu’aucune de ces deux exceptions ne se trouve dans les faits. dès lors qu’il justifie 25 . Les juges européens. le droit d’accès à un tribunal n’est pas effectif. « lorsque le demandeur au pourvoi ne justifie pas avoir exécuté la décision frappée par le pourvoi ». il lui apparaît que l’exécution de la décision frappée par le pourvoi serait de nature à entraîner des conséquences manifestement excessives. puisque l’on lit à l’article 1009-1 que dans deux hypothèses. Pourtant. le premier président de la Cour de cassation perd son pouvoir de radiation. dans la mesure où cette seule radiation participe à une bonne administration de la justice. La dernière condamnation date du 14 novembre 2006. voire incompréhensible. la condamnation européenne de l’article 1009-1 du code de procédure civile peut apparaître sévère. très souvent. après avoir recueilli l’avis du procureur général et les observations des parties. Très tôt. Celle-ci fut condamnée. d’accéder au juge de cassation. Ils poursuivent en affirmant que pour que cette radiation puisse s’analyser en une violation du droit à un accès effectif au juge de cassation. par cette décision. passe outre et radie l’affaire. la décision paraît aussi sévère car les effets de la radiation sont limités en France. L’existence de ces deux exceptions aurait donc dû suffire pour empêcher une condamnation de la France. le pouvoir de radiation du premier président de la Cour de cassation n’est pas absolu. la doctrine a considéré que pour cette seule raison. si le justiciable était en mesure d’exécuter la décision qu’il veut frapper par le pourvoi. en France. et en particulier au juge de cassation. selon l’alinéa 2. mais parce que les juges français feraient une application trop restrictive des deux exceptions énoncées. à plusieurs reprises.

on peut légitimement estimer que la condamnation ONG c. C’est précisément par cette interdiction 26 . par analogie. « au risque de voir son affaire radiée du rôle de la cour d'appel ». que la Cour européenne effectua un revirement. reconnaissent à un juge un pouvoir de radiation. à la suite d’une transfusion sanguine. Ainsi. l’arrêt ONG c. à l’instar de l’article 1009-1. par le biais d’une indemnisation complémentaire. Pour comprendre cette interdiction. il faudrait. Toujours est-il que le 30 avril 2007. France vaut également. Enfin. France est de nature à fragiliser d’autres règles procédurales françaises.Droit Processuel Patrice HILT l’accomplissement des diligences dont l’absence avait entraîné la radiation. Cette loi a été adoptée suite à l’affaire du sang contaminé. Cette disposition reprend presque exactement les termes de l’article 1009-1 pour les étendre au premier président de la cour d'appel. un système d’indemnisation forfaitaire. Troisièmement. la première chambre civile a répondu à cette question par la négative : « une personne déjà indemnisée forfaitairement ne peut plus saisir le juge afin d’obtenir une réparation complémentaire ». Une nouvelle fois. L’article 90 du code de procédure civile prévoit que la cour d'appel qui est saisie d’un contredit peut radier l’affaire du rôle si aucune partie ne se constitue avouée dans le délai imparti. malgré les condamnations répétitives de l’article du code de procédure civile. et notamment celles qui. B : Le refus d’une indemnisation complémentaire L’accès effectif à un juge s’oppose également à ce que l’existence d’une procédure d’indemnisation forfaitaire interdise à la victime de saisir le juge afin d’obtenir une réparation complémentaire de son préjudice. Une autre hypothèse de radiation est prévue à l’article 526 du code de procédure civile. notamment condamner l’article 410 du code de procédure civile qui prévoit que le juge civil peut radier une affaire du rôle si les parties s’abstiennent d’accomplir les actes de procédure dans des délais impartis. il est un arrêt où la cour avait considéré que l’article 1009-1 ne contrevenait pas au droit d’accès à un juge : il s’agit de l’arrêt du 14 novembre 2000 : Annoni di Gussola c. En effet. une année plus tard. saisir un juge. La question s’est posée de savoir si une personne indemnisée sur le fondement de cette loi pouvait. comme ce dernier. Si l’Europe condamne l’article 1009-1 du code de procédure civile. La situation envisagée dans ce texte ressemble de façon étroite à celle envisagée à l’article 1009-1 du même code. Cette règle a été posée par les juges européens lors de l’arrêt Bellet c. l’article 526 pose également une obligation pour l’appelant d’exécuter la décision de première instance frappée d’appel. en faveur des personnes affectées par le virus du SIDA. Ce n’est qu’en 2001. la cour d'appel de Colmar a décidé que la condamnation européenne de l’article 1009-1 vaut également pour l’article 526 du code de procédure civile. France du 4 décembre 1995. La fragilisation de plusieurs autres règles procédurales françaises L’arrêt ONG c. En effet. Par un arrêt du 26 janvier 1994. France. puisque la même formulation est posée. le législateur français a toujours considéré qu’il n’était pas nécessaire d’intervenir. Des textes reconnaissent à certains juges le pouvoir de radiation. 2. On retrouve aussi les deux exceptions dans lesquelles il ne peut radier. afin d’obtenir plus que ce qui lui avait été accordé forfaitairement. par la suite. Dans cette jurisprudence. toutes les critiques formulées à l’égard de cet arrêt pourraient être étendues à l’article 526. « Les dispositions de [cet article] contreviennent à l’article 6§1er de la Convention européenne des Droits de l'Homme ». le premier président de la Cour de cassation n’est pas le seul juge français à être doté d’un tel pouvoir. France ne fait que rappeler une jurisprudence constante de la Cour européenne des Droits de l'Homme. il faut savoir qu’une loi française du 31 décembre 1991 a prévu.

une cour d'appel roumaine avait donné une solution effective et exécutée. comme dans le système roumain. la règle posée par les arrêts Bellet et F. le système d’indemnisation forfaitaire n’empêche plus la personne indemnisée de saisir un juge. la Cour de cassation a cédé en modifiant sa jurisprudence pour l’aligner sur celle de la Cour européenne des Droits de l'Homme. Par un arrêt rendu le 6 juillet 1997. Ce pourvoi pour excès de pouvoir ne doit pas être confondu avec le droit de pourvoi en cassation pour excès de pouvoir. Suite à cette condamnation européenne. en saisissant l’assemblée plénière. Il faudrait donc abroger ce pouvoir. le droit d’accès effectif à un juge s’oppose à ce qu’une décision de justice devenue définitive puisse être remise en cause par la suite. les personnes contaminées par l’amiante ayant obtenu une indemnisation forfaitaire ne peut pas saisir un juge pour une indemnisation complémentaire. Le pouvoir de pourvoi du procureur général est qualifié de « soupape de sécurité » permettant au ministère public de faire sanctionner une « énormité juridique » ignorée par les juges du fond. c. lui aussi. la solution européenne donnée pour les personnes affectées par le SIDA doit.E. Ce pouvoir est strictement encadré par la loi : le procureur de la République ne peut former ce pourvoi qu’après avoir obtenu préalablement l’autorisation du ministre de la Justice. Ainsi. dans certains systèmes juridiques dont la France.E. France. notamment dans l’arrêt F. Par extension. le procureur général de la Cour de cassation détient le pouvoir de saisir cette Cour afin d’obtenir l’annulation d’une décision de justice devenue définitive. sept ans plus tôt. d’une décision judiciaire irrévocable et exécutée a méconnu le droit du requérant à un procès équitable » et donc son droit d’accès effectif à un juge. le 28 octobre 1999 notamment : « l’annulation. dans un premier temps. une méconnaissance du droit à l’accès effectif à un juge. Ce qui fut décidé par la Roumanie prévaut pour la France. formé par les parties.Droit Processuel Patrice HILT jurisprudentielle que la Cour européenne des Droits de l'Homme a condamné. Finalement. Roumanie. France du 30 octobre 1998. Depuis la loi du 3 juillet 1967. c. comme un arrêt d’appel contrevenant au principe de séparation des pouvoirs. France devrait être étendue à tous les systèmes d’indemnisation forfaitaire mis en place. à la demande du procureur général. En France. C’est précisément ce pouvoir que détient le procureur général qui a été déclaré contraire à l’effectivité du droit accès à un tribunal : Brumarescu c. la Cour de cassation s’est opposée à la décision de la Cour européenne. l’assemblée plénière a expressément refusé à une personne déjà indemnisée de saisir le moindre juge pour obtenir la moindre indemnisation complémentaire. purement et simplement. De nouvelles condamnations européennes ont alors été prononcées. sans nul doute. Le fait que le procureur général dispose de ce pouvoir est le pourvoi pour excès de pouvoir. avant d’être annulée par un procureur général roumain. Aujourd’hui. Aujourd’hui. dans l’arrêt Bellet c. le procureur général près la Cour de cassation dispose. Ici. C : La remise en cause d’une décision de justice devenue définitive Selon la Cour européenne des Droits de l'Homme. être étendue aux personnes contaminées par l’amiante. du droit de saisir la Cour de cassation « afin d’obtenir l’annulation d’une décision de justice devenue définitive ». Pourtant. le procureur général près la Cour de cassation dispose d’un tel pouvoir. après ces nouvelles condamnations. 27 . Il faut néanmoins considérer que le pouvoir de remise en cause contrevient à l’effectivité du droit d’accès à un juge.

en l’occurrence. à plusieurs reprises. de saisir un juge. France. Les autres frais doivent être supportés par les parties. La question fut posée à la Cour européenne de savoir si celle règle était compatible avec le droit d’accès à un juge. Dans ces hypothèses. Premièrement. devrait opérer une réouverture des délais afin de permettre au justiciable d’accéder effectivement à un juge. les juges européens ont considéré que l’impossibilité pour le forclos. ou si un huissier aurait commis une erreur dans la signification d’un recours. que le système français des forclusions. Dans de telles hypothèses. d’être entravé par la perspective des frais qu’il faudrait débourser. Dans ces arrêts. en France. Cela appelle quelques observations. méconnaissait l’effectivité du droit d’accès à un juge. entraîner la forclusion du justiciable.Droit Processuel Patrice HILT D : Les incidences d’une faute commise par un auxiliaire de justice Dans les faits. des règles procédurales internes seraient remises en cause. la justice est gratuite : ce principe de gratuité fut posé par la loi des 16 et 24 août 1790. un arrêt d’appel coûte 25 000€. Deux exemples peuvent l’illustrer : des personnes pourraient ne pas pouvoir saisir le juge si leur avocat a laissé passer un délai de procédure. Certaines personnes peuvent parfois renoncer à saisir un juge en raison du coût du procès. Cela signifie uniquement que les frais de fonctionnement de la justice ne doivent pas être supportés par les justiciables. la plupart des systèmes juridiques européens permettent au forclos d’engager la responsabilité judiciaire de l’auxiliaire afin de recevoir des dommages et intérêts. et passer outre cette forclusion. On peut légitimement en douter : d’une part. il résulte que toutes les dépenses occasionnées par un procès représentent parfois des sommes considérables. De ces considérations. pour être conforme au droit d’accéder effectivement à un juge. L’accès à un juge risque. il arrive parfois que l’accès à un juge soit refusé à une personne en raison d’une faute commise par un auxiliaire de justice dans l’exercice de sa mission. les hypothèses de relevé de forclusion sont très restreintes en droit français et ne concernent que des situations extrêmement rares. même si le juge admet le relevé de forclusion. la Cour européenne des Droits de l'Homme semble indiquer que la simple attribution de dommages et intérêts n’est pas suffisante pour assurer l’effectivité du droit d’accès à un juge. Les honoraires des auxiliaires de justices. Elle a affirmé. §2nd – La suppression des obstacles financiers L’accès à un juge a un coût. les indemnités dues aux témoins ou les expertises ne sont pas des frais de fonctionnement et sont à la charge de la partie. notamment dues à la faute d’un auxiliaire. du 17 janvier 2006. D’autre part. En moyenne. en raison de ce coût élevé. Dans plusieurs arrêts. D’après la Cour de cassation. 28 . la loi nationale. le système français prévoit des hypothèses dans lesquelles l’intéressé peut obtenir un relevé de forclusion. La Cour de cassation a mesuré qu’en imposant une obligation de réouverture des délais. dans ces hypothèses. n’était pas contraire au droit d’accès à un juge. La faute commise par l’auxiliaire de justice peut. la jurisprudence marque une sévérité dans l’application de ces hypothèses et ne prononce que très rarement le relevé demandé. Si le juge européen impose la réouverture des délais. notamment dans l’arrêt Barbier c. c'est-à-dire la perte de son droit d’accès au juge. cette seule exigence remettrait en cause tout le système français des forclusions.

cette condition n’a pas été jugée contraire au droit processuel de l’accès effectif à un juge. la Cour européenne des Droits de l'Homme a considéré qu’au nom du droit effectif à un juge. les obstacles financiers à l’accès au juge. Troisièmement. de la même façon. afin de permettre aux personnes les plus démunies de saisir le juge (Airey c. aussi bien civiles que pénales. deux seuils sont fixés par la loi : un seuil en deçà duquel la personne bénéficie d’une aide juridictionnelle totale et un seuil au-delà 29 . selon les juges européens. Si l’on applique ces trois critères. Deuxièmement. Deuxièmement. La condition tenant aux ressources En France. Elle fut réformée une première fois par la loi du 3 janvier 1972. Irlande. le demandeur à l’aide doit réunir deux conditions. dilatoire ou abusive. quelque soit le contentieux envisagé ». Deuxièmement. l’Etat est en droit de refuser une aide juridictionnelle lorsque la demande en justice est manifestement infondée. pour la première fois. Premièrement. « un système d’aide juridictionnelle doit être prévue devant toutes les juridictions nationales. dans lequel l’Etat prendrait à sa charge. le système français d’aide juridictionnelle a un domaine d’application étendu en France. Dans des systèmes dont le système français. l’aide française juridictionnelle peut être également accordée devant toutes les juridictions de l’ordre administratif. on parlera d’aide judiciaire. pour garantir leur effectivité. gracieuse. il appartient aux Etats de supprimer. ou relatives à l’exécution d’une décision de justice. les Etats peuvent subordonner l’octroi d’une aide juridictionnelle à un plafond de revenu : seules les personnes aux revenus les plus modestes devraient avoir accès à cette aide. B : Le système français d’aide juridictionnelle L’exigence européenne est parfaitement respectée par le droit français : l’effectivité du droit d’accès à un juge existe en droit interne. Ce système fut imaginé. Irlande. cette aide peut être accordée devant toutes les juridictions de l’ordre judiciaire. la seule solution envisageable en droit interne est de prévoir un système d’aide juridictionnelle. le système français est donc compatible aux exigences européennes. dans les procédures sur requête ou en référé. Troisièmement. 9 octobre 1979). Question est de déterminer le seuil en deçà duquel une aide peut-être obtenue. A : L’exigence européenne d’un système juridictionnelle Suite à l’arrêt Airey c. mais aussi les frais annexes. Aujourd’hui. Ainsi. Cette aide a été à nouveau réformée par une loi du 18 juillet 1991 : on parle désormais d’aide juridictionnelle.Droit Processuel Patrice HILT Pour cette raison. question s’est posée de savoir si les autorités nationales devraient accorder une aide juridictionnelle à tous les plaideurs : quelle est l’étendue de l’obligation d’aide financière mise à la charge des Etats. Pour pouvoir bénéficier de cette aide. Cette aide était initialement appelée l’assistance juridique. dans la loi du 22 janvier 1851. quelque soit la nature de la procédure engagée : en matière contentieuse. Selon les juges européens. non pas seulement les frais de la justice. Tout d’abord. dans leur droit. il faut que le demandeur puisse justifier « ne pas disposer de ressources suffisantes ». posées par la Cour européenne des Droits de l'Homme. selon la Cour. le demandeur doit souhaiter exercer « une action en justice qui ne soit pas manifestement irrecevable ou dénuée de fondement ». Depuis cette loi. 1. l’aide peut être accordée. La Cour européenne a donné les trois précisions suivantes : premièrement. quelque soit leur degré. les Etats peuvent également subordonner l’octroi de cette aide juridictionnelle « à l’existence d’une demande en justice sérieuse ».

Cette aide est conférée par le bureau d’aide juridictionnelle. Ici. Plusieurs remarques s’imposent. De plus. la restriction au droit d’accès à un juge est justifiée par un droit d’accès général. Autrement dit. Tout d’abord. La loi de 1991 termine en affirmant que « s’il apparaît que le demandeur auquel l’aide juridictionnelle a été refusée triomphe finalement devant la juridiction compétente. Par la suite. l’aide juridictionnelle peut être accordée à ceux dont les revenus excèdent ceux prévus par la loi lorsque « leur situation apparait particulièrement digne d’intérêt au regard de l’objet du litige ». composé entre autres d’un magistrat qui appréciera les circonstances. Entre les deux. « Les deniers publics ne doivent pas être dilapidés pour offrir au plaideur la satisfaction de présenter aux tribunaux une demande insoutenable ». la limitation nationale doit réunir plusieurs conditions. l’aide juridictionnelle française n’est pas forcément une aide complète. en ce cas. 30 . Par ailleurs. Section seconde : L’exception : l’accès à un juge peut être limité Selon la Cour européenne. Ici. l’accès au juge peut être limité par la loi interne. les éléments extérieurs du train de vie. les seuils sont calculés par rapport au revenu mensuel net. Ces deux seuils fixés par la loi sont révisés. quels sont les revenus pris en considération ? La loi a pris la précaution de prendre en considération le salaire et tous ses compléments. tous les ans. deux buts légitimes peuvent être poursuivis par les autorités nationales : la limitation nationale poursuit un but légitime lorsqu’elle tend à éviter ou à remédier à l’encombrement des juridictions internes. mais il paie parfois une aide partielle. dépenses et honoraires à concurrence de l’aide juridictionnelle dont il aurait pu bénéficier ». les ressources du conjoint. il pourra. Cependant. les ressources du foyer. la restriction est justifiée par un intérêt privé. Cependant. 2. Cependant. afin qu’ils soient conformes à l’évolution du coût de la vie. obtenir le remboursement des frais.Droit Processuel Patrice HILT duquel la personne ne bénéficie d’aucune aide juridictionnelle. le supplément pour charge de famille est égal à 159€ par enfant à charge. pour qu’il puisse en être ainsi. la personne bénéficie d’une aide partielle. à titre exceptionnel. Entre 885 et 1328€ par mois. Qu’appelle-t-on « but légitime » ? En réalité. Deuxièmement. la règle interne ne doit pas avoir pour conséquence la privation pure et simple pour le justiciable de son droit d’accès à un juge. La condition tenant au fondement de la demande en justice Au terme de la loi de 1991. ces seuils sont parfois affectés d’un supplément pour charge de famille. l’aide juridictionnelle n’est octroyée qu’au demandeur « dont l’action n’apparaît pas manifestement irrecevable ou dénuée de fondement ». même un individu situé en deçà des seuils pourra se voir refuser une aide si une prétention paraît vouée à l’échec. La décision de rejet de l’aide n’est pas susceptible de recours. l’Etat paie tout. Enfin. cette disposition n’a jamais été appliquée. l’aide juridictionnelle est totale. Parfois. l’aide est partielle. la limitation nationale « ne doit pas porter atteinte à la substance même du droit d’accès à un juge ». la limitation nationale « doit poursuivre un but légitime ». Premièrement. la limitation nationale poursuit un but légitime lorsqu’elle tend à assurer la défense des justiciables. selon la jurisprudence de la Cour européenne. les seuils sont les suivants : en deçà de 885€ net par mois. Ainsi. Au 1er janvier 2009. Au 1er janvier 2009.

en France. Ces catégories doivent être déclarées conformes au droit processuel. dans lesquelles la qualité pour agir ne résulte pas de la loi. Cela signifie que seul celui qui a un intérêt personnel peut agir devant un juge. cette restriction a été déclarée conforme à l’article 6§1er de la Convention européenne des Droits de l'Homme par la Cour européenne : « exiger un intérêt pour pouvoir saisir le juge poursuit un but légitime d’intérêt général. il est impossible pour le justiciable d’accéder au juge. la qualité pour agir est le titre juridique qui autorise une personne à prendre l’initiative d’une action en justice et donc saisir un magistrat. le législateur peut aussi affirmer que ne peut saisir le juge qu’une liste limitative de personne. Là encore. certes rares. C’est l’hypothèse des actions attitrées : certaines saisines sont attitrées. L’exigence d’une qualité pour agir Cette exigence est posée dans tous les contentieux. exiger une qualité pour agir poursuit un but légitime. on retrouve l’exigence d’un intérêt ou d’une qualité à agir. un frein à l’accès à un juge. Cet intérêt doit être né et actuel. il a été rétorqué que devoir 31 . les règles qui obligent les plaideurs à consigner une somme d’argent et les règles qui sanctionnent l’abus du droit d’agir en justice. A cet égard. La loi peut accorder deux types de qualités pour agir. pour pouvoir saisir un juge déterminé. selon la loi. Juridiquement. On s’est interrogé sur la compatibilité sur cette exigence d’autorisation d’un autre juge . Parmi ces conditions. 2. cela est donc conforme à l’article 6§1er de la Convention. 1. Sans qualité. mais d’une décision de justice. à savoir éviter l’encombrement des juridictions nationales. L’exigence d’un intérêt à agir Pour agir en justice. il faudra d’abord être autorisé par un autre juge. La loi parle d’un intérêt à agir.Droit Processuel Patrice HILT §1er – L’intérêt général : Eviter ou remédier à l’encombrement des juridictions Pour éviter ou remédier à l’encombrement des juridictions. il faut très souvent pouvoir justifier d’un intérêt. est très souvent directement accordée par la loi. Cette exigence constitue. l’encombrement des juridictions » . Parfois. Cette exigence existe dans tous les contentieux. A : Les conditions de recevabilité de l’action en justice Dans tous les systèmes européens. Il existe des hypothèses. de toute évidence. la Cour européenne affirme que « pour l’autorité nationale. différentes conditions doivent être réunies. la loi pose souvent quatre catégories de règles. l’exigence d’un intérêt à agir restreint l’accès à un juge. elle affirme que toute personne a qualité pour agir. La qualité pour agir. seul l’époux victime peut demander la nullité relative du mariage. La personne n’ayant aucun intérêt à agir se verra débouter pour demande en justice irrecevable. les règles qui imposent un délai pour agir en justice. Cependant. Il s’agit des règles qui soumettent l’action en justice à des conditions de recevabilité. pour pouvoir agir en justice. Par exemple. Parfois. Dans ces hypothèses. L’article 484 du code civil permet à toute personne d’agir en nullité absolue du mariage.

le droit de saisir un juge se trouve « enfermé » dans un délai. Plusieurs remarques s’imposent : premièrement. France. B : Les délais d’exercice de l’action en justice Dans tous les contentieux. Récemment. si le tribunal administratif refuse d’accorder une autorisation. les jugements rendus par le tribunal correctionnel peuvent être frappés d’appel. Cependant. les articles 272 et 380 du code de procédure civile soumettent l’appel immédiat contre les décisions avant dire droit à l’autorisation du premier président de la cour d'appel. Par exemple. et si le conseil municipal n’agit pas. Initialement. Tout d’abord. France du 26 juillet 2007 confirme ce principe. le délai d’action posé par la loi doit être le même pour toute personne et doit s’interdire toute discrimination. deux conditions doivent se trouver réunies. cette chambre avait expressément considéré cela en décidant qu’un délai plus long accordé au ministère public se justifiait. l’action sera dite non-prescrite et l’accès au juge sera définitivement fermé au justiciable. l’autorité nationale vise à éviter l’encombrement des juridictions. si un maire est suspecté de prise illégale d’intérêt. la nécessité d’autorisation judiciaire se retrouve dans tous les contentieux. à travers ce délai. il faut que l’action présente un intérêt suffisant à agir. La Cour européenne des Droits de l'Homme s’est montrée clémente et a répondu par la négative : le fait d’imposer d’un délai pour saisir un juge doit être déclaré compatible avec l’article 6§1er de la Convention Européenne des Droits de l'Homme.Droit Processuel Patrice HILT obtenir une autorisation judiciaire pour pouvoir saisir un juge pouvait porter atteinte au droit d’accès à un juge. trois conditions s’imposent pour une autorisation du tribunal administratif : il faut que la collectivité ait été préalablement invitée à agir elle-même . Le système national d’autorisation judiciaire est donc conforme à l’article 6§1er : cette façon de limiter la qualité pour agir participe à un but d’éviter l’encombrement des juridictions. du département ou de la région. En droit national. La solution européenne de 1995 permet de légitimer plusieurs règles françaises. si autorisé par le tribunal administratif. un recours est possible devant le Conseil d'Etat. du 22 mai 2008. parfois deux mois. En effet. Cette discrimination ne réunit pas la première condition et rend incompatible l’article 505 au droit d’accès à un juge. La Cour européenne l’a confirmé dans l’arrêt Gacon c. La Cour précise cependant que pour qu’un délai de prescription soit déclaré conforme au droit d’accès à un juge. pour attaquer ce même jugement. le code de procédure pénale affirme que les prévenus ont dix jours pour attaquer le jugement par un appel et que le ministère public a quinze jours. Dans le contentieux administratif. le droit d’accès à un juge n’est pas violé. Le délai écoulé. on peut citer l’article L2132-5 du code général des collectivités territoriales qui donne le pouvoir aux administrés d’exercer une action en justice devant toute juridiction au lieu et place de la commune. Il pourrait s’agir d’une atteinte disproportionnée au droit d’accès à un juge. Deuxièmement. Dans un arrêt du 27 juin 2000. l’exemple est celui de l’article 507 du code de procédure pénale qui reprend la même formule que l’article 272 du code de procédure civile : « l’appel immédiat contre les décisions avant dire droit est soumis à l’autorisation préalable du président de la chambre de l’instruction ». à condition d’y avoir été préalablement autorisé par le tribunal administratif. cette discrimination n’avait pas été jugée contraire à l’article 6§1er par la chambre criminelle de la Cour de cassation. Dans le contentieux pénal. que cette collectivité ait refusé d’agir ou négligé d’exercer ellemême l’action envisagée . France. Cette première condition condamne l’article 505 du code de procédure pénale . tout administré peut agir au nom de ce dernier et saisir la juridiction pénale de jugement. L’arrêt Walchli c. suite à l’arrêt Gacon c. la chambre criminelle a opéré un revirement dans un arrêt rendu le 17 32 . Dans le contentieux civil. Le but légitime de remédier à l’encombrement des juridictions est préservé. Cette différence de traitement n’est pas acceptable au regard du droit d’accès à un juge. La Cour européenne a répondu par la négative .

C : L’obligation de consigner une somme d’argent Dans certaines hypothèses. Le justiciable ne saisira le juge que s’il est pratiquement certain de sa demande. le but est d’éviter un encombrement des juridictions nationales. soit le juge fait droit à la demande du justiciable et la somme consignée sera restituée au justiciable. l’exigence d’une conciliation fait courir un certain risque au plaideur. Une nouvelle fois.Droit Processuel Patrice HILT septembre 2008. On peut se poser la question de savoir si ces délais ne pourraient pas être contestés. on peut s’interroger sur la compatibilité au droit d’accès à un juge avec certains délais de prescription. la consignation sera perdue et tombera dans les caisses de l’Etat . la somme qui a été consignée dans les mains de l’Etat tombera dans les caisses du trésor public . Soit le juge déboute le justiciable qui a consigné la somme d’argent. dans ces hypothèses. Cette technique ne sera compatible que si le montant de la consignation est proportionnel aux facultés financières de celui qui veut saisir le juge. saisie de cette question. Si une ordonnance de non-lieu est rendue. de plus. encore. Au regard de cette condition. un délai de 24 heures est posé pour interjeter appel devant le premier président de la cour d'appel à l’encontre d’une décision rendue par le juge d’instance statuant sur les conditions des funérailles (art. L’arrêt Thomas c. il sera proportionnel. en matière commerciale. qu’un délai de dix jours n’était pas contraire au droit processuel d’accès effectif à un juge. la chambre affirme que « l’article 505 du code de procédure pénale qui accorde au procureur de la République un délai allant de quinze à deux mois pour interjeter appel en matière correctionnelle et simplement un délai de dix jours pour les prévenus n’est pas compatible avec l’article 6§1er de la Convention Européenne des Droits de l'Homme et plus précisément avec le droit d’accès à un juge ». La Cour de cassation. obligation lui est faite de consigner une certaine somme entre les mains du greffier de la juridiction sous peine d’irrecevabilité de la plainte. Lorsque la somme est effectivement consignée. La première disposition légitimée est l’article 88 du code de procédure civile : lorsqu’un justiciable souhaite saisir le juge d’instruction au moyen d’une plainte avec constitution de partie civile. France du 29 avril 2008 pose cette condition. Si une ordonnance de renvoi ou une ordonnance de mise en 33 . les autorités nationales demandent à celui qui va saisir un juge de consigner une certaine somme d’argent à peine d’irrecevabilité de la demande. Concrètement. 1061-1 du code de procédure civile). la personne pourrait être condamnée à une amende civile pouvant aller jusqu’à 15 000€. Ce n’est que lorsque cette somme a été déposée entre les mains de l’Etat que le justiciable pourra saisir le juge. Cette technique procédurale a été déclarée compatible avec le droit d’accès à un juge : devoir consigner une somme d’argent vise à éviter l’encombrement des juridictions nationales. a considéré. dans un arrêt du 7 novembre 2000 (Chambre criminelle). Par exemple. En deuxième condition. quel que soit ce juge pénal. mais à la gravité de l’infraction soulevée par le plaideur. Un délai de cinq jours est posé pour se pourvoir en cassation contre une décision rendue par le juge pénal. ou contre une ordonnance rendue par le juge-commissaire. le juge d’instruction sera. le justiciable. Cependant. Un délai de dix jours est posé pour une requête en nullité d’une extradition. et uniquement à partir de ce moment. non pas aux facultés financières du justiciable. Le montant de cette sûreté est directement déterminé par le juge d’instruction . Cette jurisprudence légitime un certain nombre de dispositions françaises. Un délai de dix jours. lorsqu’une consignation est demandée. le délai de prescription posé par la loi interne ne doit pas être trop bref : ce délai doit être suffisant pour permettre au justiciable un réel accès au juge. La Cour européenne n’a jamais été saisie de cette question. Dans cet arrêt. ne pourra saisir le juge que s’il a déposé préalablement une certaine somme d’argent à l’Etat. valablement saisi et pourra instruire l’affaire pénale. est posé pour former un appel contre un jugement correctionnel. Deux issues sont possibles.

Cependant. L’article 628 du code de procédure civile accorde le même pouvoir au juge de cassation. §2nd – L’intérêt privé : assurer la défense des justiciables Une règle nationale qui restreint l’accès à un juge dans le but de protéger le justiciable est également compatible avec le droit processuel à l’accès effectif à un juge. L’article 32-1 du code de procédure civile. selon la Cour européenne des Droits de l'Homme. sans distinction. Ainsi. la Cour a décidé que cette règle nationale n’est pas contraire à l’article 6§1er dans la mesure où elle vise à désengorger ces juridictions. A cet égard. lorsque l’action en justice exercée s’est révélée abusive. Selon cette disposition. dans l’arrêt Thomas c. dispose expressément que celui qui agit en justice de manière dilatoire. au regard du droit d’accès à un juge. du 28 octobre 1998. France. condamner un justiciable à une amende civile. ainsi qu’à des dommages et intérêts. peut être sanctionné par le juge d’une amende civile d’un maximum de 3 000€. Cette règle existe aussi dans le contentieux administratif avec l’article 714-12 du code de justice administrative qui autorise. En matière pénale. Les autorités nationales peuvent légitimement. plusieurs articles du code de procédure civile accordent au juge civil le pouvoir de sanctionner un plaideur par ce qu’il a abusivement saisi la juridiction. tous ces textes ne sont pas souvent appliqués. l’article 777-2 du code de procédure pénale dispose que le justiciable qui saisit le juge d’instruction par une plainte avec constitution de partie civile peut être condamné. En matière civile. plus des dommages-intérêts pouvant être réclamés par la partie adverse. 34 . c. par exemple. le requérant a versé une consignation dont le montant est toujours équivalent au montant de l’amende à payer. la somme sera restituée à celui qui l’a préalablement consignée. à une amende civile d’un montant de 15 000€. Cette disposition. Comme autre exemple. lorsque cette plainte est abusive. ne porte pas atteinte à la substance du droit d’accès à un juge : la disposition vise à assurer « la bonne administration de la justice en prévenant l’exercice de recours dilatoires et abusifs et en évitant ainsi l’encombrement excessif du rôle du tribunal de police ». France du 14 juillet 1987 . tous les juges administratifs à condamner le requérant à une amende civile.Droit Processuel Patrice HILT accusation est rendue. La Cour européenne des Droits de l'Homme a considéré que ces sanctions sont compatibles avec le droit d’accès à un juge car. Une seconde disposition légitimée est l’article 529-10 du code de la route. les juges du fond comme les juges de cassation se montrent exigeants avant de considérer une saisine abusive ou dilatoire. l’abus du droit d’agir existe dans la procédure française. D : La sanction de l’abus du droit d’agir La volonté d’éviter l’encombrement des juridictions permet encore aux Etats de sanctionner tout abus dans le droit d’agir. Cependant. l’article 555 du code de procédure civile pose la même règle pour le juge d’appel. France. par ces sanctions. Souvent. cette amende peut être contestée au moyen d’une requête en exonération présentée auprès du tribunal de police. auparavant. Ce mécanisme a été jugé conforme à l’article 6 par la Cour européenne des Droits de l'Homme dans un arrêt Aït-Mouhoub c. Cela fut décidé dans l’arrêt P. l’Etat vise à éviter l’encombrement de ces juridictions et à écarter les recours abusifs et dilatoires. l’auteur de certaines infractions routières est condamné à une amende forfaitaire . une telle requête n’est recevable que si.

les chantages. En revanche. ascendants et descendants ne peuvent jamais donner lieu à des poursuites pénales. B : Les immunités La loi nationale peut également poser des règles d’immunité visant à protéger certaines catégories de justiciables. A : L’obligation de constituer avocat Dans tous les systèmes juridiques. Il existe quatre types d’immunités : les immunités familiales. notamment lorsque le justiciable dispose de revenus modestes. En effet. le droit de la famille a posé des immunités. le recours à un avocat est obligatoire devant le tribunal administratif et la cour administrative d'appel . 1. en droit civil français. La Cour européenne a considéré que ces règles ne violaient pas l’article 6§1er même si elles peuvent faire échec. et de même. Ces immunités ont été légitimées par le droit européen des droits de l’homme. 35 . L’arrêt de principe. les extorsions. Cette obligation de constituer avocat peut également constituer un frein à l’accès au juge. il n’est pas obligatoire lorsqu’un justiciable souhaite saisir la chambre sociale de la Cour de cassation. les escroqueries. La règle qui légitime cette obligation est l’arrêt Voisine c. il faut que ces juridictions statuent en plein contentieux. pour toutes les autres juridictions pénales. En France. le recours à un avocat est obligatoire devant le tribunal de grande instance (article 751 du code de procédure civile) devant la cour d'appel (article 899) et devant les quatre première chambres de la Cour de cassation (article 974). illustre la règle. Cette règle ne s’applique donc pas en cas de contentieux pour excès de pouvoir. les abus de confiance commis entre conjoints. le recel de criminel ou encore le défaut de témoignage en faveur d’un innocent au sein d’une famille au profit des conjoints. le tribunal pour enfants (ordonnance de 1945) et le juge d’instruction. En matière administrative. le droit français pose des immunités que l’on ne peut remettre en cause. ascendants et descendants ne sont pas susceptibles de donner lieu à des poursuites pénales. politiques et diplomatiques. Ce frein visant à défendre le justiciable est considéré comme légitime. les hypothèses dans lesquelles le recours à un avocat est obligatoire sont extrêmement nombreuses. la loi oblige souvent le justiciable à saisir un juge après constituer avocat. Royaume-Uni du 17 décembre 2002. une victime ne pourra pas saisir le juge. Ainsi. A c. en droit national. le recours à un avocat n’est jamais obligatoire. ou uniquement certains d’entre eux. cette restriction est déclarée légitime dans la mesure où elle vise à assurer une meilleure défense de ce justiciable.Droit Processuel Patrice HILT selon la jurisprudence. Le recours à un avocat est obligatoire devant le Conseil d'Etat. En procédure civile. judiciaires. devant les juridictions d’exception. le recours à un avocat est obligatoire devant la cour d'assises (article 274 du code de procédure pénale). car cette règle protège la personne immunisée. En procédure pénale. Les immunités familiales Pour protéger le droit français. France du 8 février 2000. De même. la non-dénonciation de crime. Il s’agit des articles 311-9 et suivants du code pénal. une règle d’immunité. Il n’est pas obligatoire. les vols. il importe peu que la restriction nationale ait été posée pour protéger et défendre tous les justiciables. Lorsqu’on pose. Pour autant.

L’immunité des parlementaires. Cette Convention vise à mettre les diplomates à l’abri des pressions possibles de l’Etat d’accueil. Dans la jurisprudence de ce bureau. le président de la République est pénalement irresponsable pour les actes accomplis dans l’exercice de ses fonctions. doit être autorisée par le bureau de l’assemblée dont il fait partie. Le diplomate peut être poursuivi par les autorités judiciaires de son propre Etat. même pendant son mandat. selon la loi de 1995. 3. contrairement au Conseil constitutionnel. Le président ne pourra cependant être poursuivi qu’au lendemain de la fin de son mandat. il peut être poursuivi. est accordée aux représentants des Etats étrangers en France. sans aucune intervention de l’assemblée à laquelle appartient. prévue à l’article 26 de la Constitution. selon l’article 68 de la Constitution. diffamation ou injure. lorsqu’un parlementaire commet une infraction en dehors de son opinion au vote. députés et sénateurs peuvent être poursuivis et jugés pénalement. Pour tout le reste. que ces actes ne sont pas couverts par l’immunité pénale. des mesures privatives de liberté. elle. Le diplomate ne peut jamais être poursuivi pénalement dans l’Etat d’accueil. 36 . Cette loi du 29 juillet dispose à l’article 41 deux sortes d’immunités judiciaires. depuis la révision constitutionnelle du 4 août 1995. Ils ne peuvent donc jamais être poursuivis pour injure ou diffamation dans le cadre des votes.Droit Processuel Patrice HILT 2. Seulement. Tout ce que diront les journalistes est couvert par une immunité judiciaire. Cette immunité a pour origine une coutume internationale. plén. est limitée dans ses effets. l’exécution est toujours autorisée. La seule sanction possible consiste à lui retirer son accréditation et donc à opérer son remplacement. Ainsi. pour toutes les autres infractions qu’ils peuvent commettre. notamment pour outrage. Pour des actes accomplis en dehors de l’exercice de ses fonctions. Les immunités politiques Elles concernent deux personnes politiques : le président de la République et les parlementaires. est absolue. reprise dans la Convention de Vienne du 18 avril 1961. Les secondes immunités posées par l’article 41 concernent les tiers : les journalistes ne peuvent jamais être poursuivis pénalement lorsqu’ils rendent compte du déroulement des débats judiciaires. quelle que soit l’infraction qu’il a pu commettre sur le territoire. la mise en œuvre. l’assemblée plénière de la Cour de cassation a considéré. sauf « en cas de crime ou de délit flagrant ». si un président de la République commet des infractions en dehors de l’exercice de ses fonctions. Le président de la République ne peut être poursuivi devant la Haute Cour qu’en cas de « manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l’exercice de ses fonctions ». Les premières concernent les intervenants au procès dont les discours et les paroles prononcées à l’audience ainsi que les écrits qui ont été produits ne peuvent jamais donner lieu à des poursuites pénales. en cas de poursuite. Les immunités judiciaires Ces immunités sont prévues par la loi sur la presse de 1881. En revanche. Ainsi. il peut être poursuivi devant les juridictions pénales de droit commun (Ass. L’article 26 de la Constitution affirme : « les députés et sénateurs bénéficient d’une irresponsabilité pénale absolue à l’égard des opinions au vote qu’ils ont commis dans l’exercice de leurs fonctions ». 10 octobre 2001). 4. Les immunités diplomatiques Cette immunité qui.

Droit Processuel Patrice HILT Titre 2 : Le droit à un bon juge En droit processuel. Ces exemples de juges sont le juge de proximité (qui disparaitra au printemps 2010). Les réponses apportées par le droit processuel sont assez nuancées. la justice française est également rendue. lesquels sont issus de l’ENM et composent l’ordre judiciaire. sur cette matière. des certitudes. aux côtés de juges professionnels. pour partie. ou issus de l’ENA et composant l’ordre administratif. ème Chapitre I : Les incertitudes relatives à certaines qualités que doit présenter le bon juge On ignore si le bon juge est nécessairement un juge professionnel. les assesseurs siégeant au sein du tribunal des enfants ou du tribunal des affaires de la sécurité sociale. par des juges non-professionnels. Toute la difficulté est de savoir ce qu’il faut entendre par « bon juge ». mais aussi des incertitudes quant aux qualités que doit apporter un bon juge. On peut effectivement craindre que ces juges n’offrent 37 . les conseillers prudhommaux. issus de l’ENA. Par exemple. un juge spécialisé dans la matière qui lui est soumise ? Le bon juge siège-t-il nécessairement en collégialité ou peut-il être un juge unique ? Enfin. les juges des tribunaux de commerce. le juge qui compose un tribunal doit être un bon juge. la justice est principalement rendue par des juges professionnels. les jurés de cours d’assises. le bon juge estil nécessairement un juge responsable ? Section première : Le bon juge est-il nécessairement un juge professionnel ? Une bonne justice ne peut-elle être rendue que par un juge intégré à la fonction publique et ayant suivi une formation juridique poussée ? A contrario. Le bon juge est-il nécessairement. Cependant. en France. des juges occasionnels. Il existe. qui ne justifient pas nécessairement d’un diplôme juridique. une formation de 27 mois. est-ce qu’un juge français n’ayant jamais fait d’études de droit peut-il être un bon juge ? En France et en Europe peuvent siéger. Les juges issus de l’ENM reçoivent une formation professionnelle de 31 mois . de plus.

Le droit à un bon juge implique-t-il une dualité juridictionnelle. Parce que ces juges non professionnels sont assistés par des juges professionnels. le tribunal pour enfants adoptent ce système. au sein de laquelle le juge judiciaire doit pouvoir être distingué du juge administratif ? Le juge civil doit-il pouvoir être distingué du juge pénal ? Le droit à un bon juge implique-t-il une dualité au sein des fonctions judiciaires ellesmêmes ? §1er – Juge judiciaire et juge administratif Faut-il distinguer juge judiciaire et juge administratif ? Les Etats sont-ils tenus de prévoir. Cet argument peut certes trouver des contre-arguments : certaines juridictions françaises ne sont composées que de juges non-professionnels. La problématique de la spécialisation du juge pose finalement trois questions distinctes. D’autres pays. au sein d’une même juridiction. comme la France. En France. comme le juge de proximité. Cette question n’a jamais été posée par la Cour européenne des Droits de l'Homme. ou bien le juge professionnel est doté d’une forte personnalité est l’échevinage engendre une situation conflictuelle. ce principe a valeur constitutionnelle. Ce principe du double ordre de juridiction a été consacré par la loi des 16 et 24 août 1790. accordée par le Conseil constitutionnel dans une décision du 23 janvier 1987. Section seconde : Un bon juge est-il nécessairement un juge spécialisé ? Aucune norme processuelle n’a donné de réponse à cette question. Le judiciaire et l’administratif y sont jugés par un seul et même juge : la Suisse. A aucun moment la Cour européenne des Droits de l'Homme ne s’est saisie de la question. au contraire. les juges non-professionnels ne sont pas juristes mais sont dotés d’une expérience professionnelle avérée. au nom de la séparation des pouvoirs. la Finlande. Or. un ou plusieurs juges professionnels en même temps qu’un ou plusieurs juges non-professionnels. dans leur organisation interne. la Grèce. cela les rend bons juges. et n’infléchit pas la décision du juge non professionnel . On peut aussi affirmer que toute composition échevinale est exposée à une double perversion : ou bien le juge professionnel est un simple arbitre. La cour d'assises. Une autre partie de la doctrine affirme. qu’un bon juge peut ne pas être professionnel : tout d’abord. Il existe des systèmes consistant à faire siéger. Pour autant. ont construit une organisation juridictionnelle sur la dualité des ordres. Le système de l’échevinage permet de tempérer l’absence de formation juridique de juges non-professionnels. un dualisme juridictionnel ? Certains pays européens ne connaissent pas le principe du double ordre de juridiction. On peut s’interroger sur les 38 . le tribunal paritaire des baux ruraux. destiné à faire respecter les principes essentiels du débat. ces juges non professionnels interviennent toujours dans des contentieux techniques où l’expérience professionnelle est plus à la décision que les situations juridiques. certains auteurs vont dans ce sens et estiment que le bon juge est nécessairement un juge professionnel.Droit Processuel Patrice HILT pas toutes les garanties d’une bonne justice puisqu’ils n’ont aucune connaissance juridique poussée.

dans ce dualisme. parce qu’issus de l’administration. parce que la justice émane de juges eux-mêmes issus de l’administration. entre le pouvoir judiciaire et le pouvoir exécutif. ce dualisme juridictionnel présente d’incontestables avantages mais il présente aussi quelques inconvénients. L’inverse est vrai : les juridictions judiciaires appliquent parfois le droit administratif. entraînant une contrariété de décision . On dit aussi souvent que le dualisme juridictionnel est un gage d’efficacité et de meilleure justice. du 21 février 1997. France. A : Les avantages du dualisme juridictionnel Tout d’abord. 39 . les juges administratifs sont tout à fait indépendants et impartiaux. le dualisme juridictionnel donne souvent naissance à une réticence d’ordre psychologique : le justiciable a parfois le sentiment que les juridictions administratives ne présentent pas les mêmes garanties d’indépendance et d’impartialité que les juridictions judiciaires. bon nombre de décisions resteraient lettre morte. connaît ses propres juges. lesquels sont hautement spécialisés dans le contentieux qui leur est soumis. Chaque contentieux. depuis quelques années. et donc mieux acceptée et mieux exécutée. car il est proche d’elle. ce dualisme opère une franche séparation entre le juge judiciaire et le juge administratif. Heureusement. comme dans le domaine des libertés individuelles. elle est mieux reçue par l’administration. le dualisme juridictionnel risque d’engendrer des conflits de compétence : des conflits positifs. Cette crainte n’est pas totalement fondée : dans leur statut. 23 juin 1981. la propriété. On dit traditionnellement que le juge administratif est un juge qui se fait mieux entendre par l’administration. Cela est vrai pour les juges administratifs qui. B : Les inconvénients du dualisme juridictionnel Le dualisme juridictionnel conduit. par le juge administratif. souvent attribué. on observe que les juges administratifs condamnent leur propre administration.Droit Processuel Patrice HILT mérites d’une telle spécialisation : bien évidemment. et cela a également été souligné par la Cour européenne des Droits de l'Homme dans l’arrêt Guillemin c. pour la plupart. Deuxièmement. Le troisième avantage. Aujourd’hui. l’expropriation. Cette relation entre dualisme juridictionnel et meilleure justice a été souligné par la Cour européenne des Droits de l'Homme à l’occasion d’un arrêt : celle-ci a estimé que « le principe du double ordre de juridiction pouvait présenter une meilleure efficacité de la justice ». lorsqu’elles sont exécutées envers l’administration. à certains égards. à certains égards. en connaissent les fonctionnements et les rouages. Souvent. à une telle complexité procédurale que la durée des procédures vient à excéder un délai raisonnable. la règle de la séparation des pouvoirs est effective : sans ce dualisme. Belgique. La Cour européenne souligne que le principe du double ordre de juridiction conduit. des conflits négatifs. Troisièmement. En effet. On dit que grâce au principe du double ordre. lorsque deux juridictions retiennent toutes deux leur compétence. on a créé en France le tribunal des conflits dont la compétence est de régler les conflits de compétence. les juridictions administratives n’hésitent plus à appliquer le droit privé en raison de la spécificité des personnes ou des activités de service public en cause : les litiges au sein de la SNCF sont tranchés. Si les litiges administratifs étaient confiés à un juge non-issu de l’administration. Lecomte c. les juridictions administratives n’appliquent pas que le droit administratif et les juridictions judiciaires n’appliquent pas que le droit judiciaire. Quatrièmement. est que le dualisme juridictionnel assure une meilleure exécution des décisions de justice. à une immense complexité procédurale. elle resterait lettre morte. lorsque les juridictions de l’ordre judiciaire et de l’ordre administratif s’estiment toutes deux incompétentes.

la procédure civile est une procédure accusatoire. même si elle s’accompagne de connaissances juridiques quelquefois approximatives. Encore. où est le posé le principe d’unicité des juridictions civiles et pénales. ce juge polyvalent pourrait ne pas avoir le temps d’approfondir ses connaissances : un juge polyvalent ne peut avoir qu’une connaissance approximative des matières qui lui sont confiées. certes. Premièrement. Cependant. au regard de l’étendue de son champ de compétence. que les magistrats peuvent siéger indifféremment en matière civile et pénale. Pour ce juge. cette polyvalence peut présenter des avantages non négligeables. c’est également ce principe d’unité qui justifie que la Cour de cassation constitue l’organe de contrôle. C’est aussi ce principe qui justifie que les magistrats du tribunal de grande instance siègent au tribunal correctionnel. il n’est pas bon que le juge soit polyvalent car l’esprit de la matière civile est différent de l’esprit de la matière pénale. cela aboutissant à une justice approximative. a été consacré le principe de l’unité des juridictions civiles et des juridictions pénales. les deux adversaires en présence sont tous les deux dignes de considération. D’abord. Le second avantage est que la polyvalence du juge n’est pas inutile en soi. Un juge polyvalent ne rendrait pas compte de cette différence d’esprit et ne serait pas un bon juge. et de conserver « ainsi au procès pénal le caractère d’un débat où l’accusateur d’un côté et l’accusé de l’autre sont à égalité de chances aux yeux du juge ». tant des juridictions civiles que des juridictions pénales. écrite et publique. la réflexion et les techniques sont distinctes d’une matière à l’autre. mais telle n’est pas la position de la France. Dans la réalité des choses. Schématiquement. En d’autres termes. le raisonnement. Le fait que les mêmes juges soient appelés à se prononcer en matière civile et en matière pénale permet de transposer cette attitude d’arbitre de la matière civile à la matière répressive. le juge pénal est souvent appelé à statuer sur des questions de nature civile. A : Les mérites de la distinction entre juge civil et juge pénal Un juge polyvalent pourrait ne pas être un bon juge au sens du droit processuel. ce principe signifie. orale et secrète. dans l’ordre judiciaire français. ayant des connaissances moins poussées dans les matières à traiter. et 40 . un juge polyvalent ne dispose pas nécessairement de compétences approfondies dans l’ensemble des matières dans lesquelles il peut être appelé à intervenir. Deuxièmement. et la procédure pénale est inquisitoire.Droit Processuel Patrice HILT §2nd – Juge civil et juge pénal Faut-il pouvoir distinguer le juge civil du juge pénal ? Cette distinction présente des mérites. compte deux sous-ordres. Si la polyvalence peut avoir des inconvénients. la France n’a jamais retenu la distinction entre juge civil et juge pénal. Matériellement. La France considère qu’un juge polyvalent présente un avantage psychologique : lorsque le juge intervient dans le domaine civil. pénal. B : Le principe français de l’unité des juridictions civiles et pénales Contrairement aux apparences. Ce principe d’unité se matérialise concrètement : c’est ce principe qui justifie que le juge d’instance soit également le juge siégeant au sein du tribunal de police. L’ordre judiciaire. il se comporte comme un simple arbitre entre deux personnes dont les intérêts sont opposés.

Pendant les poursuites. Le ministère public représente l’autorité de poursuite. mais une partie civile peut demander des dommages-intérêts. le ministère public a pu faire acte de pré-jugement. Le principe d’unité des juridictions civiles et pénales n’a jamais empêché des juges. le parquet doit lui-même accomplir les actes de procédure nécessaires. a le pouvoir de mettre en mouvement l’action publique pour demander à la juridiction de jugement l’application des lois pénales. Or. Les magistrats du siège aboutissent à une meilleure justice. La séparation des fonctions de poursuite et des fonctions de jugement semble donc garantir. dans le but de protéger la société et d’appliquer la loi. le ministère public poursuit un prévenu en accusé. mais est parfois critiquée. a pu se forger une première opinion sur la culpabilité ou l’innocence de la personne poursuivie. le parquet ? Dans la très grande majorité des systèmes juridiques européens. Par exemple. L’existence d’un ministère public. une garantie d’une meilleure justice. et par le magistrat du siège pendant la phase de jugement. En 41 . §3ème – Magistrats du siège et magistrats du parquet Faut-il pouvoir distinguer le magistrat du siège et celui qui défend l’intérêt public. exclusivement dans des juridictions civiles ou exclusivement dans des juridictions pénales. Cette séparation doit soustraire la décision finale au ministère public qui. En matière pénale Parfois. cela évite les risques d’erreurs judiciaires. La distinction évite la partialité des magistrats. Lorsque l’action publique est mise en mouvement. devant les juridictions d’un Etat. un seul et même juge traitera de l’action publique et de l’action civile par sa polyvalence. Des magistrats défendent l’intérêt public. Parce que deux magistrats auront connaissance d’une même affaire. A : L’utilité du ministère public L’existence même d’un ministère public constitue. une meilleure justice. Or. dans un procès pénal. les juridictions ne sont pas exclusivement composées de magistrats tranchant des litiges. 1. fondés sur l’article 1382 du code civil. le juge qui interviendra pourra traiter la matière qui a priori ne relève pas de sa compétence. à elle seule.Droit Processuel Patrice HILT inversement. Parce qu’il est polyvalent. de poursuivre tout ou partie de leur carrière. dit-on. Ces réquisitions présentent une utilité certaine pour les magistrats du siège. le principe d’impartialité interdit au magistrat qui juge de faire état d’un pré-jugement. dans les faits. tout au long de l’instruction. il est indispensable qu’existent des magistrats du ministère public. puisqu’actes de procédures et réquisitions vont livrer au magistrat du siège une analyse juridique et véridique des faits. A l’audience. Chaque magistrat soumet obligatoirement l’examen de l’affaire à deux magistrats différents : d’abord par le magistrat du parquet pendant la phase de poursuite. C’est à ces juges qu’il appartient de décider dans quelles juridictions ils veulent siéger. le parquet doit également prendre des réquisitions. est-elle nécessaire pour aboutir à une bonne justice ? La distinction présente des avantages.

Il apporte un certain nombre d’éléments au juge du siège : celui-ci pourra rendre plus rapidement sa justice. L’article 9§1er du pacte international relatif aux droit civils et politiques dit très clairement que pour aboutir à une meilleure justice. Le raisonnement est le suivant : il existe. que pour aboutir à une meilleure justice en matière pénale. la terminologie a changé par un décret de 2009 : on ne parle plus de commissaire du gouvernement. les seules juridictions pourvues d’un parquet sont. Deuxièmement. L’article 5§3 de la Convention européenne des Droits de l'Homme affirme. 2. on dit souvent que le ministère public présente une utilité pour deux raisons. Deuxièmement. Premièrement. une analyse juridique détaillée des faits. c’est l’utilité du ministère public qui est remise en cause. le principe de la séparation des fonctions permet donc d’aboutir à une justice plus impartiale. En France. le juge chargé des poursuites doit être différent du juge qui va trancher le litige. En matière civile et administrative Dans ces contentieux. même en l’absence du ministère public. ce qui constitue les deux vecteurs d’une bonne justice. en matière civile. L’expérience a prouvé que dire qu’une juridiction dépourvue de ministère public rend de bonnes décisions de justice n’est pas 42 . On considère qu’une bonne justice est celle dans laquelle l’ensemble des décisions est exécuté. En matière administrative. le rapporteur public échappe à toute subordination. dans notre organisation juridictionnelle. le ministère public participe à une meilleure justice dans la mesure où il présentera. la cour administrative d'appel et le Conseil d'Etat. cette subordination n’existe pas. Cela peut prouver que le ministère public n’est pas forcément indispensable. en matière pénale. En matière contentieuse. En raison des avantages incontestables attachés à la séparation des fonctions. Premièrement. Ici. Malgré cela. aux magistrats du siège. on reproche au ministère public d’être placé sous l’autorité directe du garde des Sceaux. le tribunal administratif. le ministère public est spécialement chargé par la loi de l’exécution des décisions de justice. le juge qui poursuit doit être différent du magistrat du siège. des juridictions qui ne sont pas pourvues d’un ministère public. deux normes processuelles ont expressément distingué le magistrat qui poursuit du magistrat du siège. Cela compromet son indépendance. les membres du ministère public sont des agents du pouvoir exécutif : ce principe de subordination directe est énoncé à l’article 5 de l’ordonnance du 22 décembre 1958 qui affirme que « les magistrats du parquet sont placés sous […] l’autorité du ministre de la Justice ». dans le contentieux administratif. là encore. de la même manière. à travers ses réquisitoires et ses conclusions. en matière administrative. Cela ne remet pas en cause la qualité des décisions rendues. il n’y a pas de ministère public. Dans le contentieux civil et pénal. la cour d'appel et la Cour de cassation. ces juridictions fonctionnent parfaitement. L’article 42 affirme que « le procureur de la République peut directement recourir à la force publique ou à la force armée ». B : Les critiques formulées à l’encontre du ministère public C’est l’existence d’un ministère public au sein des juridictions françaises qui a parfois été critiquée. mais de rapporteur public.Droit Processuel Patrice HILT d’autres termes. En revanche. dans toutes les autres juridictions. et en toute connaissance de cause. dans ces contentieux. une bonne justice est une justice indépendante. le tribunal correctionnel et la cour d'assises. civile et administrative. Cependant. le tribunal de grande instance. Or. la loi affirme que les décisions civiles et administratives doivent être exécutées sous la surveillance du ministère public : l’article 11 du code de procédure civile dispose que « le procureur de la République veille à l’exécution des jugements et autres procédures exécutoires ».

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toujours vraie. Statistiquement, les appels formés contre une juridiction non pourvue de ministère public aboutissent toujours à une décision infirmative. Ceux formés contre une juridiction qui en est pourvue peuvent aussi aboutir à des décisions confirmatives. On peut aussi contre-argumenter, et dire que selon l’article L311-15 du code de l'organisation judiciaire, le procureur de la République peut, en toute matière, exercer le ministère public devant toutes les juridictions, y compris devant celles qui n’ont pas de ministère public : ainsi, il est faux de prétendre que certaines juridictions françaises ne sont pas pourvues de ministère public, car elles ne sont pas pourvues de ministère public permanent.

Section troisième : Un juge unique peut-il être un bon juge ?
Est-ce qu’une bonne justice peut elle être rendue par un bon juge ? Aucune norme processuelle ne répond à cette question. Dans ce débat, il existe une controverse doctrinale : quant au droit positif français, le principe est celui de la collégialité. Il est une sorte de coquille vide, en raison des exceptions à la collégialité, de plus en plus nombreuses.

§1er – La controverse doctrinale
Cette controverse se résume de la manière suivante : selon certains auteurs, un juge unique ne peut être un bon juge : a contrario, le bon juge siège en collégialité. Ces auteurs donnent plusieurs arguments. Premièrement, la décision discutée en collégialité est une décision beaucoup plus réfléchie et plus mûrie parce qu’elle est forcément nourrie des réflexions et analyses des uns et des autres. Dans la collégialité, la délibération provoque une discussion entre les juges en présence, sur la valeur des moyens avancés par les parties. Cette discussion aboutit forcément à quelque chose de meilleur qu’une décision donnée par un seul juge. Deuxièmement, la collégialité est un gage de l’indépendance du tribunal. En effet, chaque juge ne craindra pas d’être personnellement mise en cause à l’occasion d’une solution. Les juges deviennent donc anonymes dans la prise de décision. Cet anonymat sauvegarde l’indépendance des magistrats. Troisièmement, la collégialité est gage de l’impartialité du tribunal. En effet, chaque juge travaillera forcément sous le contrôle de ses collègues. Cette collégialité permet d’éviter les risques de dérapage : un juge qui intervient seul peut très facilement se laisser aller à faire valoir des préjugés. Or, une justice où sont mis en avant des préjugés n’est pas impartiale. La collégialité a, dit-on, le mérite de brasser et de neutraliser les préjugés. Quatrièmement, il a été soutenu par ces auteurs que le système du juge unique ne permet pas d’assurer une justice de qualité, souvent parce que ce juge ne dispose d’aucune expérience professionnelle. Or, une bonne justice est rendue par un juge ayant déjà une formation professionnelle consommée et une maturité suffisante pour pouvoir décider seule. En France, une majorité des juges uniques intervenant sont de très jeunes juges, nouvellement issus de l’ENM. Dans le système de recrutement français, les juges uniques, en priorité, sortent de l’ENM. Au Royaume-Uni ou au Canada, le juge unique doit obligatoirement être âgé entre 45 et 50 ans, ce qui lui confère une solide expérience.

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Selon d’autres auteurs, un juge unique peut être un bon juge. Selon eux, le bon juge ne siège pas nécessairement en collégialité. Premièrement, le juge unique est très souvent un juge hautement spécialisé dans la matière qui lui est soumise, quelle que soit son expérience, de sorte que ses décisions soient meilleures que prises par un collège. Deuxièmement, pour certaines affaires, un contact direct entre le juge et les parties sont souvent salutaires : ce contact direct facilite la conciliation. En effet, la formation collégiale est assez magistrale, solennelle, créant un certain fossé. Troisièmement, le système du juge unique responsabilise davantage le juge : un juge responsable est beaucoup mieux enclin à rendre une bonne justice que le juge siégeant en collégialité. Le juge unique est plus responsable puisque la décision qu’il a rendue sortira de l’anonymat. Pour échapper à un appel, à un pourvoi ou à la pression de la partie condamnée, un juge responsabilisé prendra plus de temps pour rendre sa décision que dans un collège où la décision est anonyme. Quatrièmement, le système du juge unique permet de pallier à l’engorgement des juridictions françaises : il est plus simple et plus rapide de confier une affaire à un juge qu’à plusieurs. Le système du juge unique permet une justice beaucoup plus rapide ; or, la célérité de la justice constitue encore un critère d’une bonne justice et donc d’un bon juge.

§2nd – Les solutions françaises
Dans les différents systèmes juridiques, la controverse se manifeste de la manière suivante : certains pays sont favorables à la collégialité et retiennent le système du toutcollégial. L’exemple type est celui de l’Italie. D’autres pays sont plutôt favorables au système du juge unique dans un système du tout-juge unique : les décisions de justice sont souvent rendues par un seul juge, nommément désigné. L’exemple type est celui des Etats-Unis. D’autres pays ont retenu les deux cas, comme le Royaume-Uni. Ici, les décisions de première instance sont toujours rendues par un juge unique. La France est toujours restée attachée au principe de la collégialité. La France considère que le bon juge est forcément collégial. On doit pourtant constater que les dérogations au principe français sont de plus en plus nombreuses : au fil des réformes, le juge unique tend à supplanter la formation collégiale. Certains disent que le principe est devenu celui du juge unique. On parle donc d’un déclin de la collégialité, qui se retrouve dans tous les contentieux.

A : Le déclin de la collégialité dans le contentieux civil
Dans les juridictions civiles, le juge unique intervient de plus en plus souvent. C’est le cas pour le juge d’instance, le juge de proximité, le juge des référés, le juge sur requête, le juge aux affaires familiales, le juge des tutelles, le juge de l’expropriation, le juge de la mise en état, le juge de l’exécution et le juge des accidents de la circulation, ce dernier qui, jusqu’il y a trois ans, intervenait en collégialité. Deux observations s’imposent : premièrement, devant les tribunaux de grande instance, il existe une disposition générale qui permet au président du tribunal de grande instance de décider que l’affaire sera soustraite à la collégialité et confiée à un juge unique. En dehors des matières ci-dessus évoquées, le président peut, sur sa seule décision, confier n’importe quelle matière civile à un seul juge. C’est l’article L311-10 du code de l'organisation judiciaire qui consacre ce principe. Cependant, certaines matières sont exclues de l’application de ce texte, comme en raison de leur gravité : en matière d’état des personnes, ce texte ne s’applique pas. En matière disciplinaire, ce texte ne s’applique pas non plus. Deuxièmement, le renvoi au juge unique décidé par le président ne constitue, pour lui,

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qu’une simple faculté. Troisièmement, quand le président a ordonné le renvoi au juge unique, l’une des parties peut toujours demander que l’affaire soit jugée par un collège des trois juges : il suffit qu’elle le demande pour que le renvoi soit de droit (art. 804 du code de procédure civile). En deuxième observation, le juge unique dispose toujours de la possibilité de renvoyer l’affaire devant la formation collégiale lorsqu’il rencontre des difficultés de jugement. Les parties ne peuvent pas s’y opposer.

B : Le déclin de la collégialité dans le contentieux pénal
Devant les juridictions pénales, le juge unique intervient de plus en plus souvent : par exemple, le tribunal de police, le juge des enfants, le juge de la liberté et des détentions, le juge de l’application des peines, le juge de l’enquête et de l’instruction. En première observation, en matière correctionnelle, trois juges interviennent. Cependant, depuis une loi du 8 février 1995, certains délits seront jugés par un seul juge. Cette loi, insérée à l’article 398-1 du code de procédure pénale, confie 348 délits au juge unique : les violences volontaires, les délits de vol, la filouterie d’essence, la filouterie d’aliment. Deuxièmement, en matière pénale, une loi va à contre-courant : c’est la loi du 5 mars 2007, intitulée « loi tendant à renforcer l’équilibre de la procédure pénale ». En effet, cette loi va à contre-courant : à terme, elle tend à soumettre l’instruction de certaines infractions, non plus à un seul juge d’instruction, mais à un collège de juges. Jusqu’au 1er mars 2008, le juge d’instruction constituait, à lui seul, une juridiction d’instruction. Du 1er mars 2008 au 1er janvier 2010, la loi décide que les crimes, ainsi que les délits les plus importants, sont désormais instruits par un pôle de l’instruction composé de deux juges d’instruction. A partir du 1 er janvier 2010, toutes les infractions, sans exception, feront l’objet d’une instruction par un pôle de l’instruction, composé par trois juges d’instruction.

C : Le déclin de la collégialité dans le contentieux administratif
Traditionnellement, les juridictions administratives sont restées attachées au principe de la collégialité. Ce principe est affirmé dans l’article L2 du code de justice administrative. Pourtant, même si le principe est solennellement affirmé à l’entrée du code, on observe un déclin du principe de la collégialité par la multiplication d’hypothèses où un juge administratif unique intervient. Ainsi, un certain nombre de litiges, limitativement énumérés, peuvent désormais être tranchés par un juge unique. Par exemple, en matière douanière, en matière fiscale, pour les demandes d’indemnisation inférieures ou égales à 8 000€, un juge administratif unique interviendra. Le président du tribunal administratif ainsi que celui de la cour administrative d'appel ont également reçu le pouvoir de statuer seuls sur les incidents de procédure, comme un désistement, le rejet d’une requête, le rejet de conclusions manifestement irrecevables. Deux observations s’imposent : tout d’abord, le déclin de la collégialité est également perceptible dans le contentieux administratif, mais moins que dans les autres contentieux. Il faut en chercher les raisons dans une longue tradition historique. A l’origine, nos actuelles juridictions administratives n’étaient que des commissions administratives, de telle sorte que de tous temps, la collégialité a été considérée comme inhérente à la juridiction administrative. Une autre raison est plus conceptuelle ; par hypothèse, les litiges portés devant les juges administratifs mettent en cause l’administration. Dès lors seules les décisions rendues par une juridiction collégiale jouissent d’une autorité morale considérable pour pouvoir être opposées à l’administration. Effectivement, dans le taux d’exécution des jugements et arrêts administratifs, les décisions rendues par un juge unique sont moins souvent exécutées que celles rendues en collégialité. En deuxième

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trois juges. le juge peut être amené à rendre une décision de compromis. mais il existe des sérieux arguments pouvant être opposés à cette analyse. par la responsabilisation du juge. c’est toute la justice qui pourrait être dégradée. comme lorsque l’affaire est opposée à la défense nationale. Il s’éloignerait alors de sa fonction de juger. comportant tous les juges de la juridiction. sept. Par exception. lancée dans le cadre de l’affaire d’Outreau. pour éviter toute mise en œuvre de sa responsabilité. la responsabilisation de la fonction de juger pourrait nuire à l’autorité morale du magistrat. la juridiction administrative a toujours la possibilité d’élargir la formation de jugement à plus que trois juges. Pour certains auteurs. Troisièmement. En effet. parfois pour assouvir une vengeance personnelle. Certains philosophes du droit estiment que la fonction de juger est une fonction qui participe au « sacré ». En effet. Dès lors que les voies de recours sont épuisées. puisque les voies de recours suffisent souvent à réparer les erreurs qu’il a pu commettre. il est indispensable de tenir le juge à l’abri des poursuites en responsabilité. par exemple. exercées par un plaideur déçu. il s’impliquera davantage dans l’analyse du dossier en question. Cependant. D’un côté. Cela est défini par l’article 220-20 du code de justice administrative. Section quatrième : Un bon juge est-il nécessairement un juge responsable de ses décisions ? Aucune réponse n’est expressément donnée par le droit processuel. une grande majorité des pays européens a retenu que pour rendre une bonne justice. Premièrement. Cette décision serait prise en raison de l’autorité morale de la décision qui sera rendue. on ne saurait admettre qu’une partie cherche à neutraliser indirectement ce qui a été jugé en s’efforçant d’obtenir des dommages-intérêts compensatoires sur le terrain de la responsabilité du juge. En France.Droit Processuel Patrice HILT observation. en responsabilisant la fonction de juger. il est tentant d’affirmer qu’un juge responsable rend de meilleures décisions. Cette responsabilité doit être nettement 46 . la décision a force de vérité légale. des juridictions composées de cinq. la responsabilisation de la fonction de juger nuirait à l’indépendance dont jouit le juge vis-à-vis des parties au litige. est plus complexe. ce qui justifie un régime d’immunité. Le président de la juridiction le fera si la décision est opposée. le juge rendra nécessairement une meilleure décision : puisqu’il se sent responsable. Il est alors possible de soutenir que seul un juge responsable de ses décisions peut être un bon juge. à condition que le chiffre soit impair. Le président de la juridiction peut donc constituer. Quatrièmement. l’attaqueraient en responsabilité. Si cette fonction s’arrête d’être sacrée. Deuxièmement. afin qu’aucun des deux plaideurs ne soit véritablement déçu. la collégialité administrative réunit. Le tribunal administratif et la cour administrative d'appel peuvent également intervenir en formation plénière. Cette problématique de la responsabilité. le juge serait alors directement sous le feu des plaideurs déçus qui. neuf juges. Cinquièmement. il faut néanmoins que le juge soit responsable de ses actes. à une administration régalienne. en principe. De plus. sans qu’un nombre maximal ne soit arrêté par la loi. poursuites souvent inconsidérées. Un juge qui n’est pas responsable pourrait être un bon juge. tout jugement entraîne des conséquences préjudiciables pour le plaideur qui succombe. le juge engage parfois directement sa responsabilité. la responsabilisation du juge semble d’ailleurs inutile.

Deuxièmement. en principe. unique ou en collégialité. dans l’hypothèse d’un fonctionnement défectueux d’une juridiction judiciaire ou administrative. §1er – La responsabilité de l’Etat Il est tout d’abord possible pour un justiciable de mettre en cause la responsabilité de l’Etat lorsque le fonctionnement défectueux du service public de la justice a causé un préjudice. Il peut arriver des hypothèses dans lesquelles le fonctionnement des services publics a causé un préjudice à un plaideur. le tribunal d'instance ou le tribunal de grande instance. le plaideur est en droit d’obtenir une réparation. Deux questions se posent : tout d’abord. mais contre l’Etat lui-même. soit même du personnel technique de la juridiction. Se pose une question sous-jacente : que faut-il entendre par faute lourde ou par déni de justice ? a. l’action en responsabilité obéit à un régime général de responsabilité. Par exception. devant quelle juridiction un plaignant doit-il porter l’action en responsabilité dirigée contre l’Etat ? Selon l’article L141-1. Une telle action est ouverte. Il ne s’agira pas d’agir contre le juge. Dans de telles hypothèses. soit un officier de police judiciaire agissant sous les ordres d’un magistrat. comme un accusé condamné par erreur. il faut répondre à ces questions : qui peut-être l’auteur ? Comment peut-on qualifier la faute ? α : L’auteur de la faute lourde Au sens de l’article L141-1. Deux remarques s’imposent. A : En cas de fonctionnement défectueux d’une juridiction de l’ordre judiciaire Lorsque le dommage a été subi par le plaideur et résulte du fonctionnement défectueux d’une juridiction judiciaire. l’article L141-1. La notion de faute lourde Pour comprendre la notion générique de faute lourde au sens de l’article 141-1. dans certains cas. l’action en responsabilité doit être portée « devant les juridictions de l’ordre judiciaires elles-mêmes ». la faute lourde doit être la défaillance du service général de la juridiction. il faudra saisir le juge de proximité. Le régime général de responsabilité de l’Etat Ce régime général est indiqué dans un article connu du code de l'organisation judiciaire. 1. Tout d’abord. son action sera soumise à un régime spécial de responsabilité. En fonction du montant de la réparation. que faut-il entendre par fonctionnement défectueux de la juridiction judiciaire ? La réponse est donnée au second alinéa de l’article L141-1 : « la responsabilité de l’Etat […] ne peut être engagée que pour une faute lourde ou un déni de justice ». l’article L141-1 prend soin de ne pas distinguer les hommes qui 47 . c'est-à-dire la défaillance d’un membre de cette juridiction : soit un juge. soit un greffier.Droit Processuel Patrice HILT distinguée de la responsabilité de l’Etat lui-même dans le cadre d’un disfonctionnement du service public de la justice.

Finalement. Depuis un arrêt d’assemblée plénière du 23 février 2001. l’ensemble du service public de la justice. pour réparer ce service défectueux. a. mais vise. de refuser de répondre aux requêtes ou encore de négliger de juger les affaires en état de l’être ». le justiciable ne pourra pas engager la responsabilité de l’Etat sur le fondement de l’article L141-1 du code de l'organisation judiciaire. parce qu’une définition est donnée à l’article 4 du Code civil. La notion de déni de justice Le concept de déni de justice est simple. dans deux hypothèses. Ce premier président pourra donc allouer des dommages-intérêts. accueillie favorablement par la Cour de cassation. Les régimes spéciaux de responsabilité de l’Etat Dans le contentieux judiciaire. Un arrêt illustre ce courant : Cass. tout pourrait devenir faute lourde. que la faute lourde correspondait à une faute « qui a été commise sous l’influence d’une erreur tellement grossière qu’un magistrat ou un fonctionnaire de justice. mais obligatoirement sur d’autres fondements. 20 février 1996. pour le juge. dans un sens plus libéral. Ainsi. dans l’expression de service général de la juridiction. il faut cependant parvenir à prouver cette faute. dans cette large formule. dans un premier temps. Il est prévu à l’article 626 du code de procédure pénale. Or. un appel n’est possible contre l’ordonnance du premier président. en cas d’erreur judiciaire ou de détention provisoire injustifiée. il faut saisir le premier président de la cour d'appel dans le ressort de laquelle réside l’intéressé. Civ. a considéré. de nouvelles personnes. Ces deux textes cumulés donnent la définition : « le déni de justice s’entend. Ce recours en révision n’existe qu’en matière pénale. Sans aller jusqu’à une faute simple. la victime de cette erreur a droit à une réparation intégrale du préjudice matériel et moral que lui a causé la condamnation ». β : La qualification de faute lourde La jurisprudence. L’Etat a aussi 48 . la notion de déni de justice est extrêmement large. n’y eut pas été entraîné ». de manière très général. la Cour de cassation a infléchi. elle considère que la faute lourde doit s’entendre comme une simple déficience caractérisée par un fait ou une série de faits « traduisant l’inaptitude du service public de la justice à remplir la mission qui lui est investie ». l’article L141-1 ne peut être invoqué que si la personne concernée fait partie du service général de la juridiction : il ne peut être invoqué contre un collaborateur exceptionnel du service public. Selon l’article 626. En cas d’erreur judiciaire Il est possible de présenter à la Cour de cassation un recours en révision lorsqu’est révélé un fait nouveau. 1re. Deux remarques s’imposent : l’indemnisation fixée par le premier président de la cour d'appel ou par la Cour de cassation est à la charge de l’Etat. 2. En pratique. b. on a incorporé. Il affirme « qu’en cas de révision par la Cour de cassation d’une décision pénale pour erreur judiciaire révélée par un fait nouveau. définition reprise à l’article L141-3 du code de l'organisation judiciaire. pour faire réviser une décision passée en force de chose jugée. Deuxièmement. normalement soucieux de ses devoirs. et notamment la Cour de cassation. la notion de faute lourde. qu’uniquement devant la commission nationale de réparation des détentions de la Cour de cassation. la notion est très ouverte : au fur et à mesure de la jurisprudence.Droit Processuel Patrice HILT composent la juridiction. Comme pour la faute lourde.

b. à l’instar de l’article L141-1. Là. cette personne bénéficierait soit d’une ordonnance de non-lieu. L’exception est lorsqu’il est reproché au juge administratif d’avoir tardé à rendre sa décision. un régime de responsabilité de l’Etat en ce cas. la personne a été injustement détenue. et où. cette personne injustement détenue pourra mettre en œuvre la responsabilité de l’Etat sur le fondement des articles 149 à 149-4 du code de procédure pénale. le Conseil d'Etat a posé. il doit invoquer et pouvoir prouver une faute lourde commise par la juridiction administrative. après plusieurs semaines ou plusieurs mois. L’arrêt de principe est l’arrêt Darmont rendu le 29 décembre 1978. B : En cas de disfonctionnement d’une juridiction de l’ordre administratif Pour l’ordre administratif. aucun texte ne prévoit expressément la possibilité pour un justiciable d’engager la responsabilité de l’Etat en raison d’un fonctionnement défectueux d’une juridiction administrative. Pour pouvoir mettre en œuvre cette responsabilité. le déni de justice n’est pas considéré comme pouvant permettre d’obtenir des dommages-intérêts en matière administrative. Le fondement de cette responsabilité ne pouvait être l’article L141-1 . En cas de détention provisoire injustifiée Est visée l’hypothèse dans laquelle une personne soupçonnée d’avoir commis une infraction a fait l’objet d’une détention provisoire. le principe d’une responsabilité de l’Etat en cas de fonctionnement défectueux d’une juridiction administrative. Deuxièmement. elle pourra interjeter appel devant la commission nationale des réparations des détentions. soit d’une décision d’acquittement ou de relaxe. De plus.Droit Processuel Patrice HILT le droit de réclamer le remboursement de l’indemnisation à celui qui serait à l’origine de l’erreur judiciaire. Elle a été posée récemment par le Conseil d'Etat en assemblée. ces frais de publicité étant à la charge du trésor public. La question s’est posée de savoir pour quelle raison est-il possible de mettre en œuvre la responsabilité pour fonctionnement défectueux d’une juridiction administrative. si le montant fixé ne la satisfait pas. l’assemblée a décidé que le principe de la responsabilité pouvait se retrouver « dans les principes généraux régissant la responsabilité de la puissance publique ». le justiciable doit avoir subi un préjudice en raison de l’activité d’une juridiction administrative. dans l’arrêt du 28 juin 2002. la faute simple suffit pour engager la responsabilité de l’Etat. En ce cas. d’avoir dépassé le délai raisonnable de jugement. pour obtenir des dommages-intérêts. par exception. décidant de bâtir. expressément. Ici. devra saisir le premier président de la cour d'appel . En ce cas. Elle a créé un nouveau principe général du droit. Dans cet arrêt d’assemblée. 49 . Le système est le même que concernant l’erreur judiciaire : cette personne. la personne innocentée peut également obtenir une réparation morale par l’affichage de la décision de révision dans toutes les mairies de France. et une insertion de cette décision du JORF . C’est le conseil d’Etat qui est intervenu.

A l’inverse. il existait une procédure de prise à parti. Il en ressort que les magistrats de l’ordre judiciaire sont responsables de leurs fautes personnelles. A l’égard de ces juges non-professionnels ayant commis une faute personnelle. afin de ne pas nuire à l’autorité morale de ce juge. les juges consulaires. soit une faute disciplinaire. que le juge est également responsable personnellement s’il commet une faute personnelle rattachable au service public de la justice. était organisée aux articles 505 suivants anciens du code de procédure civile. soit une faute personnelle. Elle devra agir contre l’Etat. Le juge administratif Il n’existe. l’Espagne ou l’Italie. Le juge judiciaire Autrefois. Question fut posée de savoir si le juge administratif était responsable. procédure destinée à obtenir d’un juge l’attribution ou le paiement de dommages-intérêts. vaut toujours la procédure de prise à parti. la responsabilité d’un juge nommément désigné peut parfois être directement engagée par un plaideur. A : La faute personnelle commise par le juge 1. Lorsque l’Etat est condamné à verser à la victime des dommages-intérêts. complexe. En France. Il ne s’applique pas aux juges non-professionnels tels que les juges de proximité. 2. la justice ne peut agir directement contre le magistrat. aucun texte. relative au statut de la magistrature. les conseillers prudhommaux. 50 . Cette procédure. qui appartiennent au corps judiciaire et donc issus de l’ENM. cette faute personnelle doit pouvoir se rattacher au service public de la justice. lorsqu’une faute personnelle doit être prouvée. l’Etat peut agir par une action récursoire. Selon l’ordonnance. lorsque la faute est avérée. peut directement saisir le juge. puisque celui-ci est garant des dommages causés par ces juges. dans certains pays tels que la Belgique. à partir du moment où la fraude personnelle du juge est prouvée. le plaideur. par exemple. Troisièmement. etc. il est certain qu’un mal-jugé ou une erreur d’interprétation du jugement ne sauraient constituer des fautes personnelles rattachables au service public de la justice. le souci du législateur a été de ne pas exposer son juge à un procès avec la victime. Ce texte ne s’applique qu’aux magistrats de carrière. Elle a été remplacée en 1958 par un régime simplifié. Deux remarques s’imposent : premièrement. mais n’exerce jamais cette action contre un magistrat fautif. le juge est personnellement responsable : cependant. dans les faits. dans l’arrêt Darmont. concernant la responsabilité du juge administratif. Une telle faute sera constituée. Pour pouvoir mettre en œuvre la responsabilité pour faute personnelle du magistrat de carrière.Droit Processuel Patrice HILT §2nd – La responsabilité du juge Dans certaines hypothèses. en France. la faute personnelle doit être prouvée. lorsque le plaideur prouve une collusion frauduleuse entre le juge et l’une des parties. codifié dans l’ordonnance du 22 décembre 1958. selon l’article 11-1. et pour afficher. Deuxièmement. Le Conseil d'Etat est intervenu pour combler ce vide juridique. il peut exercer une action récursoire contre le magistrat fautif pour se faire rembourser. Cela est possible lorsque ce juge a commis. Le magistrat fautif bénéficie donc d’une irresponsabilité totale.

Pour autant. par le magistrat. depuis 2007. la notion de faute disciplinaire ne se limite pas aux seuls manquements aux obligations statutaires. la révocation avec suppression des droits de pension. En tant que véritable juridiction. Ici. celui-ci. soit par les premiers présidents des cours 51 . « six personnalités qualifiées qui n’appartiennent ni au Parlement. cette faute est sanctionnée. Le régime disciplinaire dans l’ordre judiciaire a. dans sa formation compétente à l’égard des magistrats du parquet. il rend un jugement motivé ayant autorité de chose jugée. b. Premièrement. à la délicatesse ou à la dignité ». pour le juge fautif. Le CSM. il est présidé par le premier président de la Cour de cassation : il sera composé par cinq magistrats du siège. Les magistrats du parquet Lorsqu’un magistrat du parquet commet une faute disciplinaire. pendant cinq ans au maximum. selon le Conseil d'Etat. Depuis la réforme constitutionnelle de 1993. un avocat. depuis la loi du 5 mars 2007. un conseiller d’Etat. l’organe appelé à connaître des poursuites disciplinaires à l’égard des magistrats du parquet est le Conseil supérieur de la Magistrat. un magistrat du parquet. En effet. le CSM peut être saisi. Là encore. en 2007. à l’honneur. ni à l’ordre judiciaire. la décision rendue par le CSM n’est susceptible d’aucun recours. dans la mesure où ceci viendrait à ternir l’honorabilité de la fonction.Droit Processuel Patrice HILT B : La faute disciplinaire commise par le juge Elle est définie à l’article 43 de l’ordonnance de décembre 1943 : la faute disciplinaire correspond à « tout manquement. L’ordonnance précise que le Garde des Sceaux est tenu d’exécuter ce jugement. au devoir de son état. La procédure de cette formation est décrite dans l’ordonnance de 1958. l’abaissement d’échelon. soit par le Garde des Sceaux. d’être nommé ou désigné dans des fonctions de juge unique. par les premiers présidents des cours d'appel. est une juridiction administrative. ici. par une nouvelle sanction. la mise à la retraite d’office. Lorsque ce Conseil supérieur siège en formation disciplinaire. Les magistrats du siège Le pouvoir disciplinaire appartient à une autorité administrative indépendante : le Conseil supérieur de la Magistrature. La faute disciplinaire relève donc tout ce qui pourrait tenir l’honorabilité de la fonction de magistrat. cette notion concerne également des manquements au sein de la vie privée. Deux observations s’imposent. les sanctions possibles sont limitativement énumérées dans l’ordonnance de 1958 : la réprimande. Cela a été consacré dans l’arrêt du 14 mars 1975. la rétrogradation. Cette liste a été complétée. le retrait de certaines fonctions. et. En effet. Dans sa formation disciplinaire. C’est ce que prévoit l’article 65 de la Constitution. Ainsi. Elle constitue une immixtion du Conseil d'Etat dans les rouages judiciaires. la révocation sans suppression des droits de pension. le Conseil d'Etat s’est auto-déclaré « juge de cassation des sanctions disciplinaires prononcées par le Conseil supérieur de la Magistrature ». a été insérée l’interdiction. 1. ni à l’ordre administratif ». le CSM doit être saisi par le Garde des Sceaux. l’exclusion temporaire de la fonction judiciaire pour une durée maximale d’un an. le déplacement d’office. Cette prise de position méconnait ouvertement les termes clairs de l’ordonnance de 1958 qui affirme à l’article 57 « les décisions du Conseil supérieur de la Magistrature ne peuvent faire l’objet d’aucun recours ». statue comme une véritable juridiction. Deuxièmement.

Ces sanctions sont les suivantes : l’avertissement. La différence entre les deux formations du CSM est dans sa nature juridique. les sanctions disciplinaires pouvant être prononcées sont limitativement énumérées dans un texte loi. Sa composition est la suivante : cinq magistrats du parquet de la Cour de cassation. la commission consultative. Ici. mais n’a qu’un pouvoir de proposition. De plus. la décision prise par le Garde des Sceaux suite à l’avis du CSM peut faire l’objet d’un recours. la révocation. Si l’on veut prononcer un avertissement ou un blâme. D’une part. il faut se référer aux sanctions générales prévues par le statut de la fonction publique. la mise à la retraite d’office.Droit Processuel Patrice HILT d’appel. Les magistrats des corps des tribunaux administratifs. ici. Ce Conseil ne peut être saisi que par le président du tribunal administratif ou de la cour administrative d'appel dont fait partie le membre du corps concerné. La mission de ce Conseil est d’assurer la discipline au sein des juridictions. Les magistrats du Conseil d'Etat Le régime disciplinaire est organisé par un décret du 30 juillet 1963. eux aussi. rendu après avis d’une commission. le CSM qui intervient à l’égard des magistrats du parquet n’est pas une juridiction. Le Garde des Sceaux peut infliger au magistrat du siège fautif toutes les sanctions disciplinaires qui s’appliquent à l’égard des magistrats du siège. un avocat et six personnalités qualifiées. qui prendra une décision finale. Ce Conseil supérieur n’a aucun pouvoir de décision. Il est composé selon les règles fixées par le code de justice administrative (articles L232-2 et suivants). La loi. la sanction sera directement prononcée par le Conseil d'Etat. à l’article L136-1 du code de justice administrative. 52 . un conseiller d’Etat. Pour les autres sanctions. et des cours administratives d'appel Le régime disciplinaire ici applicable résulte de la loi du 6 janvier 1986. Ici. proposition qui sera transmise au vice-président du Conseil d'Etat. le CSM est présidé par le procureur général de la Cour de cassation. Le régime disciplinaire dans l’ordre administratif Les juges administratifs. il faut distinguer le régime applicable aux membres du Conseil d'Etat. b. a. elles sont prononcées par décret sur proposition du Garde des Sceaux. ne spécifie pas la gamme des sanctions disciplinaires applicables. le blâme. et plus précisément d’un recours pour excès de pouvoir devant le Conseil d'Etat. et celui applicable aux juges des cours administratives d'appel et des tribunaux administratifs. qui a créé le Conseil supérieur des Tribunaux administratifs et des Cours administratives d’appel. sont disciplinairement responsables . dont la composition est fixée par le code de justice administrative. D’autre part. un magistrat du siège de la même cour. Selon le Conseil d'Etat. Ici. et peut décider autre chose que ce que vient proposer le CSM. le Garde des Sceaux n’est pas lié par l’avis. l’exclusion temporaire de fonctions dans la limite de six mois. l’organe chargé de prononcer la sanction varie en fonction de la gravité de la sanction que l’on souhaite prononcer. 2. chargé de rendre un simple avis sur l’existence éventuelle d’une faute disciplinaire et sur la sanction à proposer ». mais « un simple organe consultatif.

et le troisième intéresse les juridictions politiques. §1er – L’indépendance du juge à l’égard de l’Etat Le pouvoir judiciaire doit être indépendant à l’égard du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif. tous les juges doivent-ils être indépendants ? Or. au sens du droit processuel. Le juge indépendant est celui qui ne peut recevoir d’ordre de personne . seuls les juges. Cela a une influence sur les magistrats du parquet . Le premier concerne les lois de validation. tous ceux qui ne réunissent pas les trois critères énoncés par la Cour européenne des Droits de l'Homme n’ont pas à être indépendants. et ce par toutes les normes processuelles existantes : la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen en son article 10. n’abandonne pas son pouvoir de juger au profit d’une autre autorité. à l’égard de ses propres collègues. doivent être indépendants. par rapport aux parties au litige. il est celui qui ne subit aucune influence. Ainsi. le bon juge. n’étant pas des juges au sens du droit processuel. ce faisant. doit nécessairement être un juge indépendant et impartial. de plus. le second est lié aux lois d’amnistie. Ces qualités sont reconnues au bon juge. la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. le droit à un juge indépendant implique le droit de recourir à une juridiction qui juge par elle-même. 53 . L’exigence processuelle recouvre quatre réalités : le juge doit être indépendant de l’Etat.Droit Processuel Patrice HILT Chapitre II : Les qualités que le bon juge doit nécessairement présenter De toute évidence. Section première : Le droit à un juge indépendant Que faut-il entendre par juge indépendant ? En réalité. à l’égard des tiers qui interviennent au procès. la relation entre magistrats du parquet et garde des Sceaux n’est pas illicite. au sens du droit processuel. De plus. la Convention européenne des Droits de l'Homme en son article 6§1 er. Le droit processuel à un bon juge s’oppose à ce qu’un parlement ou un gouvernement viennent s’immiscer dans l’activité juridictionnelle d’un juge. A : L’indépendance du juge à l’égard du parlement Cette indépendance a suscité plusieurs débats. et qui.

pour éviter cette annulation. l’article 4 aliéna 5 de la Constitution prévoit expressément la possibilité. une telle loi vient valider les situations litigieuses qui sont en cours d’être jugées. Le juge ne sera plus indépendant. de voter des lois d’amnisties. notamment « lorsque cette loi est dictée par d’impérieux motifs d’intérêt général ». va saisir le tribunal administratif. demande au parlement de le valider par une loi. la pratique inaugurée par le général de Gaulle a été reprise par 54 . qui sont précisées aux articles 133-9 et suivants du code de procédure pénale. son caractère délictueux. Par exemple. une loi de validation est une loi de circonstance. Elle est revenue. plus ou moins tolérés par les règles applicables . pour le Parlement. Puisque l’acte est conforme à la loi. en appel. La Cour européenne des Droits de l'Homme n’a jamais condamné les lois d’amnistie : aucune requête sur le sujet ne lui a jamais été transmise. le parlement va voter une loi validant rétroactivement l’acte contesté. l’administration prend un acte. dans un second temps. le juge ne sera plus en mesure de l’annuler et la personne sera déboutée. votée par le parlement afin de mettre un terme à certaines instances en cours. La Cour européenne des Droits de l'Homme a. En d’autres termes. une loi d’amnistie du 16 août 1947 vient porter amnistie de certaines infractions commises pendant l’occupation . pour le faire annuler. rétroactivement. Le Parlement. Les lois de validation Juridiquement. La légalité de cet acte est critiquée par une personne qui. pour retirer. la loi du 15 janvier 1990 a enlevé le caractère délictueux aux mouvements visant à financer les partis politiques . S’il y consent. La loi française peut aussi manifester une volonté de clémence à l’occasion de l’élection du président de la République ou à l’occasion de fêtes nationales. La loi d’amnistie veut également clarifier le droit pénal . pour promouvoir la paix sociale. Ces faits. Par exemple. En 1959. permettent à leur parlement de voter de telles lois. qui devient conforme à la loi. Le gouvernement. la loi d’amnistie éteint l’action publique. dont la France. De nombreux Etats. Cette pratique se rencontre dans le contentieux administratif. certaines lois viennent à légaliser le caractère délictueux à certains comportements. pour des douaniers.Droit Processuel Patrice HILT 1. enlève le caractère délictueux à certaines infractions commises en Tunisie. et qui étaient souvent poursuivis pour trafic de stupéfiants. Les lois d’amnistie Une loi d’amnistie constitue une mesure de clémence prise par le Parlement. de s’être infiltrés parmi les trafiquants. les lois de validation constituent une immixtion du parlement dans les affaires courantes : le parlement oblige le juge à résoudre le litige dans le sens voulu par l’Etat. parfois. elle constitue donc une immixtion du Parlement dans les fonctions du juge. la loi du 8 août 1958. dans un premier temps. parfois. La loi d’amnistie dispensera une personne condamnée d’exécuter une peine infligée par un juge . sur sa position en affirmant qu’une loi de validation est contraire au droit à un bon juge mais que. notamment pour priver d’effet l’annulation d’une règle posée par un juge. certaines lois peuvent être maintenues. un certain fait qui a été commis à une période déterminée. La pratique des lois d’amnistie existe dans de nombreux pays européens. a voté une loi d’amnistie avec une volonté d’apaisement. deviendront licites. Deux conséquences en découlent. la loi d’amnistie du 19 décembre 1991 a enlevé le caractère délictueux au fait. elles ne sont plus légales. En premier lieu. condamné toutes les validations législatives. initialement illégaux. comme la France . Dans ce schéma. 2. Puisqu’elles sont validées.

des fonctions de juge et de parlementaire. la question de la carrière des juges professionnels. on peut craindre que ce mode de recrutement ne donne prise au favoritisme. compétente pour juger les manquements. Selon l’article 133-10 du code pénal. la question relative aux juridictions présidées par un membre du gouvernement. mais toutes les personnes condamnées à payer des dommages-intérêts à des victimes le restent. Cette Cour de Justice est composée de six députés. Dans un arrêt Pabla Ky c. Certains auteurs nuancent la contrariété possible entre loi d’amnistie et Convention européenne des Droits de l'Homme. une loi d’amnistie va changer une infraction pénale en comportement licite. En effet. B : L’indépendance du juge à l’égard du gouvernement La question de l’indépendance à l’égard du gouvernement a suscité quelques débats. par une personne. nommés par l’Etat. Le correctif le plus sûr consiste alors à subordonner la nomination des magistrats à des conditions strictement définies par la loi. à ses devoirs manifestement incompatibles avec l’exercice de son mandat. contre toute attente. selon ces auteurs. Une juridiction est-elle donc parfaitement indépendante à l’égard du Parlement lorsqu’elle est composée. n’était pas forcément contraire au droit d’indépendance. Cela est défini à l’article 26 de l’ordonnance du 22 décembre 1958. a décidé que le cumul. les juges professionnels sont nommés par le gouvernement. la Cour européenne des Droits de l'Homme a. En effet. Ceux-ci concernent la nomination des juges professionnels par le gouvernement. car le fait qui a été amnistié reste néanmoins un fait dommageable. 1. et directement par le représentant de l’Etat. Ce système de nomination est toutefois de nature à faire douter de la parfaite indépendance du juge à l’égard du gouvernement. la Cour de Justice de la République est compétente pour juger les crimes et délits dont se serait rendu coupable un membre du gouvernement. Deuxièmement. Les juridictions politiques sont composées de députés et de sénateurs. En effet. dans la mesure où le gouvernement pourrait très bien ne nommer que des personnes dont il sait par avance qu’elles seront complaisantes à son égard. l’hypothèse dans laquelle le gouvernement interprète lui-même le droit au lieu du juge. en tout ou partie. par une même personne. l’amnistie n’éteint pas l’action civile. des fonctions de juge et de parlementaire peut laisser planer un doute sur l’impartialité de ce magistrat. entre autres. l’amnistie ne peut jamais préjudicier aux tiers. Il en est ainsi de la Haute Cour. le cumul. qui ont juridiquement la qualité de juge. Il est donc normal que ces juges professionnels soient des fonctionnaires. et plus précisément par un décret du président de la République sur proposition du garde des Sceaux. six sénateurs. par le président de la République. 3. La nomination des juges professionnels par le gouvernement En France comme ailleurs en Europe. de députés et de sénateurs ? De telles juridictions existent dans le système français. Cette nomination peut paraître logique. Ainsi. Cet arrêt a été fortement critiqué. le principe est celui d’un service public de la justice dont l’Etat a la responsabilité.Droit Processuel Patrice HILT ses successeurs. Tel est le système français : le gouvernement 55 . Les juridictions politiques D’une certaine façon. et reste isolé. Finlande du 22 juin 2004. en droit pénal.

outre par deux juges judicaires. qui prévoit trois voies d’accèsa. par trois juges militairesc. certaines personnes peuvent être nommées juges sur titre. S’agissant du premier tribunal. du 22 janvier 2004. pour six mois. Ce sont des hypothèses de juridiction militaire : en temps de guerre. Turquie. la réunion de conditions spécifiques. Il existe des juridictions pour juger les infractions commises en dehors du territoire de la République : les tribunaux militaires aux armées. Pour amoindrir ce risque. militaires. dotée d’un système similaire au système français. a. il existe. nécessitant. De plus. il est composé par un magistrat de la Cour de cassation. a été condamnée par la Cour européenne des Droits de l'Homme au nom de l’indépendance de juge : dans l’affaire Korkmaz c. on peut douter de l’indépendance entre ce juge et le gouvernement. Pour accéder à la magistrature de l’ordre judiciaire. le législateur a posé plusieurs « garde-fous » qui constituent une garantie d’indépendance vis-à-vis du gouvernement. nécessitant aussi.Droit Processuel Patrice HILT nomme ses juges mais a un pouvoir encadré. S’agissant du haut tribunal aux armées. le gouvernement peut parfois prendre une mesure individuelle : lorsque le a Premier concours. de sorte à encadrer le pouvoir gouvernemental. Grâce à eux. et nommés discrétionnairement par l’autorité militaire. une suspension. Le droit français n’est pas totalement à l’abri de toute critique . Pour la magistrature de l’ordre administratif. l’avancement des juges. prise à son encontre. Ces hypothèses appartiennent à un domaine particulier. La gestion de la carrière des juges professionnels par le gouvernement Puisque les juges sont nommés par le gouvernement. de la part du gouvernement qui l’a nommé. n’a rien à gagner ou à perdre en se montrant complaisant ou déplaisant vis-à-vis de celui qui l’a nommé. il est composé. troisième concours (ENA) c Article 28 du code de justice militaire b 56 . Ce texte prévoit trois voies d’accès aux fonctions de juge administratifb. d’une décision arbitraire. un déplacement ou encore une mise à la retraite. plus précisément. fixées par la loi. les conditions sont fixées par l’ordonnance du 22 décembre 1958. le juge. 2. Là. pour chacun. et la seconde concerne. troisième concours (ENM) Concours externe. par le ministre de la Défense. individuelle. des hypothèses dans lesquelles le gouvernement peut nommer juge une personne qu’il souhaite. L’inamovibilité du juge Cette règle de l’inamovibilité signifie qu’un juge ne peut pas faire l’objet. La Turquie. soit par le haut tribunal aux armées. Ces règles appartiennent principalement à deux catégories de règles : une catégorie concerne l’inamovibilité des juges. deuxième concours. la réunion de conditions spécifiques. soit par le tribunal territorial des forces armées. le juge est nommé selon des conditions fixées par un décret du 27 septembre 1982. de peur de faire l’objet d’une sanction ou de se voir refuser un avancement. telle une révocation. la Cour a condamné ce mode de recrutement des magistrats. Ces trois juges militaires sont nommés de la façon la plus discrétionnaire qui soit. les infractions commises par les militaires sur le territoire de la République sont jugées. un magistrat de la cour d'appel et trois assesseurs militaires. pour chacune. on peut également craindre qu’ils ne rendent des décisions que dans le sens voulu par ce gouvernement. composés exclusivement de cinq membres. Par exception. dans la mesure où il ne peut nommer que ceux qui réunissent toutes les conditions fixées par la loi. concours interne. en France. bien que nommé et payé par le gouvernement. au nom du principe d’indépendance du juge. La nomination peut alors apparaître conforme au principe d’indépendance.

dont le gouvernement. comme en déplaçant un conseiller d’Etat. la loi précise que l’avancement des juges professionnels n’est pas laissé à la discrétion du gouvernement . de la règle de l’inamovibilité. même en avancement ». n’a rien à craindre ni rien à espérer du gouvernement en matière d’avancement. sans leur consentement. ou lorsque le juge en question a commis une faute disciplinaire. les juges administratifs sont de véritables juges. sans avoir égard aux qualités personnelles de chacun. en effet. dans le droit positif. En droit. L’article L112-1 du code des juridictions financières reconnaît expressément l’inamovibilité en faveur des magistrats de la Cour des comptes et des chambres régionales des comptes : a fortiori. Une question se pose : est-ce que tous les juges sont inamovibles ? Il est certain. et d’autre part. les membres du corps [de ces deux juridictions] ne peuvent recevoir. à travers une coutume. En effet.Droit Processuel Patrice HILT magistrat y consent. tout d’abord à l’article 64 alinéa 4 de la Constitution. puis à l’article 4 de l’ordonnance du 22 décembre 1958. au sein de l’ordre judiciaire. il a toujours considéré. Aucun gouvernement n’est jamais allé à l’encontre de cette coutume. En bonne logique. Certains auteurs considèrent donc que ces juges ne profitent pas de la règle de l’inamovibilité. encore plus que les juges judiciaires. dans ce second cas. Concernant les membres des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel. Ensuite. une affectation nouvelle. Les raisons sont les suivantes : tout d’abord. premièrement. par analogie. mais il n’a pas la maîtrise de leur avancement. L’avancement du juge En droit français. ces magistrats sont sous la dépendance directe du garde des Sceaux . inamovibilité et subordination ne sont pas compatibles. l’article L231-3 dispose que « lorsqu’ils exercent leurs fonctions de magistrat dans une juridiction administrative. malgré l’absence des textes. que les magistrats du siège de l’ordre judiciaire sont inamovibles : la règle est expressément posée à leur égard. le juge. tous les juges administratifs devraient pouvoir l’être. ne bénéficient pas de la règle de l’inamovibilité. Cette coutume a tellement de force qu’aucune disposition législative n’est venue la contredire. aucune disposition. de fait. les juges administratifs sont. exposés à rendre des décisions susceptibles d’indisposer les autorités publiques. il est tout aussi certain que la règle de l’inamovibilité ne profite pas aux magistrats du parquet . de sorte à pouvoir rendre la justice plus sereinement. b. or. un gouvernement ne peut prendre d’autres mesures individuelles. judiciaire ou administratif. les intéressés en suivant l’ordre d’ancienneté. cette solution peut être surprenante : tout d’abord. α : L’avancement dans l’ordre judiciaire Le gouvernement nomme ses juges. qui consiste à promouvoir. Cet avancement ne suppose aucune décision gouvernementale. si les juges administratifs spécialisés sont inamovibles. dans le grade. la loi indique qu’un 57 . puisque celle-ci est interdite. A l’égard des juges de l’ordre administratif. automatiquement. ne leur reconnait expressément le bénéfice de la règle de l’inamovibilité. le gouvernement peut le condamner à une sanction disciplinaire. Par exemple. que les membres qui le composaient bénéficiaient. En dehors de ces hypothèses. l’avancement se fait tout d’abord à l’ancienneté. Cette règle induit la règle de l’inamovibilité. La règle de l’inamovibilité apparait donc souvent comme une protection du juge vis-àvis d’un éventuel arbitraire de la part du gouvernement : le juge n’a pas à redouter une quelconque mesure à son encontre. Une issue a été trouvée par le Conseil d'Etat : en ce qui concerne ses membres et depuis très longtemps. rien ne semble justifier que les juges administratifs. depuis la création de la juridiction.

s’il apparaît qu’un avancement est intervenu dans des conditions illégales. en France. la Constitution elle-même exige un avis conforme du Conseil supérieur de la Magistrature. Le choix du 58 . Cette vingtaine de personnes doit déterminer quels juges. là encore. cinq juges appartenant au corps des tribunaux administratifs et trois personnalités désignées respectivement. Le gouvernement choisit ensuite les personnes qu’il souhaite voir avancer en carrière.Droit Processuel Patrice HILT magistrat de l’ordre judiciaire accède automatiquement du second au premier grade. Deuxièmement. Il s’agit de savoir quelle est la différence entre l’exigence d’un avis conforme et un simple avis. situé à l’article L234-1 du code de justice administrative. Une fois que ce tableau est établi. deux premiers présidents de cours d’appel. pour trois ans. On y retrouve un conseiller d’Etat. ne peuvent faire l’objet d’un avancement de la part du gouvernement que les juges administratifs présélectionnés par le « Conseil supérieur des tribunaux administratifs et des cours administratives d’appel ». Cette commission est de nature à ôter tout doute quant à l’indépendance du magistrat choisi. à nouveau. une par le président du Sénat. deux magistrats hors catégories. Là encore. bien que figurant sur le tableau. le directeur général de la fonction publique. Ce choix n’est pas discrétionnairement opéré par le gouvernement : dans un premier temps. l’avancement proposé par le gouvernement est prononcé par un décret du président de la République. une par le président de l’Assemblée nationale. Ce Conseil supérieur établira un tableau d’avancement. Lorsque le nom choisi est celui d’un magistrat du parquet. En ce qui concerne les magistrats du siège. sont aptes à avancer. deux procureurs généraux de cours d'appel et dix magistrats du corps judiciaire. mais que son avis ne lie le gouvernement : pour les magistrats du parquet. le procureur général près la Cour de cassation. le gouvernement peut opérer une sélection parmi les magistrats les plus aptes à avancer. alors qu’un simple avis signifie que le nom choisi par le gouvernement doit être proposé au Conseil supérieur de la Magistrature. un avis conforme suppose que le gouvernement ne peut pas faire avancer une personne sans l’accord du Conseil supérieur de la Magistrature. n’a pas recueilli d’avis conforme du Conseil supérieur de la Magistrature. au sein de l’ordre judiciaire et à côté de l’avancement à l’ancienneté. une par le président de la République. il appartiendra au gouvernement de choisir les juges qui bénéficieront d’un avancement. β : L’avancement dans l’ordre administratif Dans l’ordre administratif. ne peuvent faire l’objet d’un avancement au choix que les magistrats présélectionnés par une commission d’avancement. l’inspecteur général des services judiciaires. par rapport au gouvernement. existe également une autre technique d’avancement : l’avancement au choix. Il faut préciser. Vont faire partie de cette commission le premier président de la Cour de cassation. Les magistrats présélectionnés par cette commission sont inscrits sur un tableau d’avancement. après dix ans d’ancienneté. Selon la Conseil constitutionnel. Dans cette technique. que comme n’importe quel acte administratif. les principes qui gouvernent l’avancement sont différents de ceux qui prévalent dans l’ordre judiciaire : la différence est que l’avancement se fait uniquement au choix : il n’y a pas d’avancement à l’ancienneté. le choix opéré par le gouvernement n’est pas discrétionnaire. un décret présidentiel peut faire l’objet d’un recours en annulation devant le Conseil d'Etat. Lorsque ces conditions sont réunies. En effet. qui la préside. Ce tableau constitue une garantie contre le gouvernement. l’article 65 de la Constitution n’exige « qu’un simple avis du Conseil supérieur de la Magistrature ». Le gouvernement ne peut donc pas proposer à l’avancement une personne qui. le choix du gouvernement est discrétionnaire.

le ministre des affaires étrangères. 16 juillet 1971 c Arrêt Chevrol c. elle est assurée par un magistratb. et se conformer à cet avis. elles-mêmes. Cette appréciation relevait de la seule compétence du ministre des affaires étrangères. Autriche. qui précise. Deuxièmement. De plus. que même si. France. 13 février 2003 b 59 . et ne président que l’assemblée administrative. présidé par le Premier ministrea. sont de nature à compromettre l’exigence d’indépendance telle que posée par l’article 6§1er de la Convention européenne des Droits de l'Homme. présidé par le garde des Sceaux. Cette pratique a été condamnée par la Cour européenne des Droits de l'Homme dans l’arrêt Beaumartin c. a été condamnée par la Cour européenne des Droits de l'Homme : selon la Courc. 3. Cette règle française. France du 24 novembre 1994. a Le garde des Sceaux en son absence Arrêt Ringeisen c. elles ne sont jamais exercées. de telles hypothèses avec deux exemples. qui attribuent la présidence d’une juridiction à un membre du gouvernement. Ces présidences sont purement honorifiques : dans les faits. quittes à interroger. pour simple avis. « il appartient au juge.Droit Processuel Patrice HILT gouvernement est toujours discrétionnaire. la présidence est accordée à un membre du gouvernement. lui. le texte n’est pas condamnable au regard de l’article 6§1er lorsque. A y regarder de plus près. les clauses ambigües d’une convention internationale. l’interprétation était imposée par le ministre des affaires étrangères. Les juridictions présidées par un membre du gouvernement Dans notre organisation juridictionnelle. Depuis cette condamnation. 4. d’apprécier la condition de réciprocité posée par l’article 55 de la Constitution française ». pendant longtemps. puisqu’il n’a jamais à recueillir l’avis conforme du Conseil supérieur de la Magistrature. le juge administratif n’avait pas le pouvoir d’apprécier la condition de réciprocité. le Conseil d'Etat et la Cour de cassation se sont alignés sur cette jurisprudence européenne pour. Or. ou de manière protocolaire lors de grandes cérémonies. La France a maintenu cette règle. Cela est prononcé par décret du président de la République. pendant longtemps. et le Conseil d'Etat. il existe deux juridictions présidées par un membre du gouvernement : le tribunal des conflits. dont la décision s’imposait au juge du fond. malgré la condamnation et s’exposant à une nouvelle condamnation. finalement. effectivement. le juge ayant un doute sur l’interprétation d’une convention internationale devait solliciter l’avis du ministère des affaires étrangères. Ces règles. dans un arrêt rendu contre l’Autriche. Cette analyse a été avalisée par la Cour européenne des Droits de l'Homme. on peut avancer deux arguments pour affirmer que ces règles françaises ne sont pas aussi condamnables que l’on pourrait y penser. dans laquelle la solution est imposée par un membre du gouvernement. et à lui seul. Les présidents du tribunal des conflits et du Conseil d'Etat n’exercent aucune fonction juridictionnelle en leur qualité. Premièrement. est un magistrat. la présidence est assurée par un vice-président qui. pouvant toutefois faire l’objet d’un recours. dans les textes. En d’autres termes. L’interprétation du droit par le gouvernement L’exigence d’indépendance n’est pas satisfaite dans les hypothèses où la solution du litige est imposée au juge par le gouvernement. telle que posée par l’article 55 de la Constitution. autoriser les juridictions du fond à interpréter. dans les faits.

l’obligation de mobilité dans les fonctions exercées par le juge. membres d’une même juridiction. chaque juge occupe une position hiérarchique. Par exemple. un système de notation annuelle des juges. ou lorsque la solution du litige lui est imposée par une autre juridiction que celle dans laquelle il siège. desquels dépend parfois la fonction à laquelle il est appelé à exercer. Cependant. d’être. ne peut lui dire dans quel sens il y a lieu de statuer. Toutefois. découleront des conséquences quant à l’avancement d’un juge. Par exemple. etc. être indépendant signifie pouvoir statuer librement. évitent qu’un juge ne prenne l’ascendant sur ses collègues. une position hiérarchique. autant que possible. En ce système. sa rémunération. ne peut enjoindre ce juge de se prononcer dans un sens déterminé. l’interdiction.Droit Processuel Patrice HILT §2nd – L’indépendance du juge à l’égard de ses collègues Pour le juge. un rang bien plus élevé qu’un juge d’instruction : cela se manifeste au niveau des responsabilités confiées. simultanément. dans la hiérarchie. en hiérarchie. Toutefois. même si supérieurement hiérarchique à un juge du premier degré. Dans ce système hiérarchique. 1. Il s’agit de l’absence de subordination hiérarchique dans la prise de décision. subsiste. Un conseiller d’Etat occupe. mais parfois. La règle est expressément mentionnée dans la loi. cette exigence n’est pas respectée lorsque la solution du litige lui est imposée par un autre juge siégeant dans la même juridiction. On parle d’évaluation de l’activité professionnelle. un président de tribunal. le droit français précise. que la fonction de juger échappe à toute subordination hiérarchique. Comme n’importe quel fonctionnaire français. en droit français. l’existence de cette hiérarchie n’entraîne aucune conséquence sur la prise de décision. chaque juge doit être parfaitement libre de donner au litige la solution qu’il entend lui donner. la loi française a posé quatre règles. exprimée par un grade et par un échelon . La question est subjective. une position bien supérieure à celle d’un conseiller de tribunal administratif. Un conseiller de cour d'appel. pour garantir cette liberté. L’obligation de mobilité dans les fonctions exercées par le juge 60 . L’absence de subordination hiérarchique dans la prise de décision Au sein de la justice française. la règle de roulement. inférieurs en grade. 2. l’indépendance du juge serait remise en cause si l’un des juges prenait l’ascendance sur les autres en leur imposant sa solution. au sein du corps dont il fait partie. certains juges ont une influence directe sur la prise de décisions d’autres juges. en dépit de cette hiérarchie. Seuls les magistrats du parquet ne seront pas notés. A : La solution imposée par un autre juge de la même juridiction Au sein d’une même juridiction. le juge hiérarchiquement supérieur va noter les juges hiérarchiquement inférieurs. même si hiérarchiquement supérieur à un juge ordinaire. etc. En d’autres termes. expressément. le juge occupe. des rémunérations. qui. En fonction de la note attribuée. Or. qui s’exprime par un grade et un échelon. un conseiller de cour d'appel a. pour certaines personnes.

Cela est difficile lorsque deux juges conjoints s’établissent dans une même ville dans la volonté d’y siéger. Cette interdiction. de chambre. Deuxièmement. c’est la spécialisation qui y perdra. tous les ans. Une limite est posée de sept ans. s’applique même lorsque l’un est magistrat du siège et l’autre magistrat du parquet. les fonctions de président. éternellement. à cet effet. d’être simultanément membres d’une même juridiction ». les règles posées par cette obligation de mobilité présentent le grave inconvénient d’obliger le juge à abandonner ses fonctions. sauf lorsque la juridiction ne comprend qu’une seule chambre. mais mal appliquée dans les petites juridictions. vis-à-vis de ses collègues. selon la Cour de cassation. au sein d’une même juridiction. notamment quant à la compatibilité avec l’exigence d’indépendance. une possibilité de dispense.Droit Processuel Patrice HILT Cette obligation a été introduite. a Plusieurs observations s’imposent. à l’exercice de fonctions particulières. l’obligation d’une mobilité. il est devenu hautement spécialisé dans ses fonctions. telles que juge d’instruction. juge de l’application des peines ou encore juge d’instance. plusieurs règles françaises doivent être appliquées . La volonté du législateur est d’éviter que l’une des personnes puisse exercer une influence sur l’autre. par la loi organique du 25 février 1992 . Plusieurs règles gouvernent ce principe. Elle a posé. chaque année. le principe de l’inamovibilité signifie qu’un juge ne peut être déplacé discrétionnairement. d’autres règles sont beaucoup plus douteuses. de procureur de la République. le juge qui refuse de quitter sa juridiction pourra néanmoins y rester. directement accordée par décret du président de la République. En conséquence. juge des enfants. dont le nombre de magistrats est limité. cette obligation de mobilité ne contrevient pas au principe de l’inamovibilité du juge : passée la limite de sept ou dix ans. en droit français. L’interdiction. cependant. la même fonction dans la même juridiction. Or. non pas géographique. pour la première fois. B : La solution imposée par une autre juridiction L’indépendance d’un juge. les juges doivent changer. « il est interdit aux conjoints. La règle du roulement Selon cette règle. 4. d’un point de vue pratique. au sein d’une même juridiction. a Modifiée en 2001 61 . la règle serait mise en œuvre dans les grandes juridictions. Tout d’abord. d’être simultanément membres d’une même juridiction Selon l’article R721-1 du code de l'organisation judiciaire. Une autre limite est posée à dix ans. 3. parents et alliés. Cette règle se justifie par la volonté de ne pas voir s’instaurer une ascendance entre les juges. tout en perdant sa fonction. alors qu’en raison du temps passé. mais dans les fonctions : un juge ne peut garder. La composition de ces chambres doit différer. Ce que gagne l’indépendance du juge vis-à-vis de ses collègues. exige qu’il ne puisse jamais se trouver lié par une solution juridique préconisée par une autre juridiction. de premier président de cour d'appel ou de procureur général près la cour d'appel. ou lorsque l’un des conjoints est le président de la juridiction ou le chef du parquet près cette juridiction. L’article R721-1 prévoit donc. faite à certaines personnes. En pratique.

ne lie jamais le juge qui l’a sollicité. la solution juridique retenue par la Cour de cassation ne s’impose à la seconde juridiction de renvoi que relativement à l’affaire qui a été portée devant l’assemblée plénière. En moyenne. à l’occasion d’une autre affaire. En effet. cette règle met un point final à une difficulté d’interprétation. n’est pas véritablement contestable : seuls les points de droit imposés par la juridiction en assemblée plénière s’imposent à la seconde juridiction de renvoi.Droit Processuel Patrice HILT 1. D’une part. Premièrement. le législateur réserve aux seules juridictions administratives l’examen de la légalité d’un acte administratif. La règle est indiquée à l’article L113-1 du code de justice administrative. de se conformer à la décision de l’assemblée plénière. D’autre part. lui aussi. La Cour de cassation ne peut donc imposer sa solution au juge qui l’a saisie. Là encore. cette obligation n’est pas sérieusement contestable : les hypothèses dans lesquelles cette solution de droit dégagée en assemblée plénière s’impose à une juridiction inférieure restent extrêmement marginales. En troisième argument. a b Sur 25 000 arrêts annuels Article 6§1er de la Convention européenne des Droits de l'Homme 62 . c’est l’article L131-4 du code de l'organisation judiciaire qui dispose que « dans le schéma du pourvoi en cassation. On peut relever quatre arguments nuançant cette incompatibilité. Un certain nombre d’auteurs estiment que cette solution est contraire à l’indépendance. la juridiction de renvoi a toute compétence pour les apprécier comme elle l’entend. à une deuxième juridiction de renvoi. devant un juge judiciaire. cette règle permet de résoudre un conflit d’interprétation du droit entre la Cour de cassation et les juges du fond. Relativement aux faits de l’espèce. Les règles compatibles avec l’exigence processuelle d’indépendance Deux règles françaises doivent être approuvées . le Conseil d'Etat peut. Si. évitant ainsi que le conflit ne s’éterniseb. la première est la règle selon laquelle l’avis donné par la Cour de cassation. rendre des avis dans le cadre de la saisine pour avis. Selon la deuxième règle. elle n’aurait plus l’obligation d’appliquer l’arrêt de l’assemblée plénière. que cet acte soit règlementaire ou individuel. Ainsi se trouve créé un second procès au sein du premier. 2. ce sont deux à trois arrêts annuels d’assemblée plénièrea qui s’imposent. des règles dont on peut douter de l’indépendance du juge visà-vis de ses collègues : dans ces règles. Le premier est que l’obligation. la seconde juridiction de renvoi est obligée de se conformer à la décision de l’assemblée plénière ». ce juge judiciaire devra surseoir à statuer jusqu’à ce que le juge administratif saisi par les parties se soit prononcé sur cette légalité. est posée la question de la légalité d’un acte administratif. Les règles douteuses au regard de l’exigence processuelle d’indépendance Il existe. en droit positif. son avis ne lie pas le juge administratif qui l’a réclamé. Deuxièmement. la même question de droit devait se poser à la seconde juridiction de renvoi. Si. cette obligation peut ne pas être sérieusement contestable : cette règle répond à une bonne administration de la justice. Enfin. pour la seconde juridiction de renvoi. La règle est écrite à l’article L151-1 du code de l'organisation judiciaire. L’indépendance du juge vis-àvis de ses collègues est respectée. un juge extérieur à la juridiction saisie peut imposer sa solution au juge saisi du litige. En France. dans le cadre d’une saisine pour avis. cette obligation n’est pas sérieusement contestable. en droit.

sa décision s’imposera à la décision du juge judiciaire. de plus. Lorsque. puisqu’il en a la compétence. s’agissant de cette ambigüité. Le juge national. devra surseoir à statuer pour demander l’avis de la Cour de Justice des Communautés européennes. on peut. ce juge devra. le juge administratif se heurte à une question relevant du droit privé. La troisième règle douteuse est la question préjudicielle judiciaire. le renvoi est toujours obligatoire. la légalité de l’acte administratif qui lui est opposé. On peut cependant avancer certains arguments pour nuancer cette incompatibilité. En revanche. Lorsque la question posée est relative à l’interprétation d’un acte ou d’un traité communautaire. La décision rendue par cette dernière s’imposera au juge national. En droit communautaire. car il n’est pas toujours obligatoire. l’interprétation des traités originaires ainsi que l’examen de l’interprétation et de la validité des actes pris par les institutions des Communautés européennes sont réservés à la Cour de Justice des Communautés européennesb. en matière pénale. §3ème – L’indépendance du juge à l’égard des parties au litige a b Article 111-5 du code pénal Article 234 du TUE 63 . le renvoi ne sera jamais obligatoire. le juge judiciaire peut apprécier. qui relève exceptionnellement de la compétence des juridictions judiciaires. confronté à une telle difficulté. Parce que la question de la légalité est tranchée par un juge spécialisé. En seconde nuance.Droit Processuel Patrice HILT suspendant le premier. il ne faut pas. avancer l’argument de la bonne administration de la justice. la réponse donnée par le juge judiciaire s’imposera au juge administratif. à son tour. La décision rendue par la Cour de Justice des Communautés européennes s’imposera au juge national. de par sa jurisprudence antérieure. Lorsque le juge administratif s’est prononcé sur la légalité de l’acte administratif. Pour nuancer cette incompatibilité. dans tous les cas. Ce renvoi préjudiciel porte atteinte au principe de l’exigence d’indépendance. le renvoi préjudiciel communautaire n’est recevable que si deux conditions se trouvent cumulativement réunies : la disposition que le juge national souhaite appliquer doit être ambigüe . surseoir à statuer jusqu’au moment où le juge judiciaire se prononce. En matière fiscale. Premièrement il existe des exceptions dans lesquelles le juge judiciaire est autorisé à statuer sur la légalité d’un acte administratif. On peut aussi invoquer l’argument de la bonne administration de la justice : la règle de la question préjudicielle administrative permet de faire trancher les questions de droit par des juges spécialisés. Là encore. Il s’agit de la question préjudicielle administrative. le renvoi préjudiciel n’est obligatoire que pour les hautes juridictions nationales (le Conseil d'Etat et la Cour de cassation). On parlera du renvoi préjudiciel devant la Cour de Justice des Communautés européennes. que la Cour de Justice des Communautés européennes ait répondu. on aboutit à une meilleure justice . une nouvelle fois. pour toutes les autres juridictions internes. Si la question posée par un juge national est relative à la validité d’nu acte communautaire. Par exemple. à l’occasion d’un litige dont il est saisi. le juge pénal peut apprécier la légalité de l’acte administratif qui lui est opposé lorsque la solution en dépenda. cela limite les erreurs judiciaires.

Pour les juges administratifs. le cas échéant. La gratuité garantit donc l’indépendance entre le juge et les parties. Cela s’est vu sous l’ancien régime. lorsqu’une partie estime avoir été victime d’une faute personnelle commise par un juge dans l’exercice de sa fonction. essentiellement. des assesseurs au tribunal pour enfants. certaines activités sont parfois purement interdites au juge. le juge est à l’abri des tentatives d’intimidation ou de déstabilisation qu’une partie pourrait avoir à son égard. c’est encore l’indépendance du juge vis-à-vis des parties qui explique que la loi française ait posé des règles d’incompatibilité aux fonctions judiciaires. Selon la première règle. Le raisonnement est le suivant : en posant le principe de la gratuité de la justice. En effet. Dans tous les cas. qui leur interdit d’exercer une quelconque activité professionnelle annexe. L’Etat pourra.Droit Processuel Patrice HILT Cette exigence a été posée par la Cour européenne des Droits de l'Homme dans l’arrêt Le Compte c. parce qu’elles paraissent incompatibles avec l’exercice simultané de la fonction de juger. Le droit français n’est pas non plus à l’abri de toute critique. des conseillers prudhommaux. Cette règle permet donc de préservé l’indépendance . pour ces juges. elle doit diriger son action contre l’Etat. pour assurer cette indépendance. exercer une action récursoire contre le juge fautif. que cette activité soit publique ou privée. c’est cette indépendance entre juge et parties qui justifient que ne peuvent être jurés d’assises les personnes qui présentent des liens de parenté avec l’accusé ou son avocata. A : Les règles qui tentent de préserver l’indépendance du juge à l’égard des parties La loi française a posé quatre règles pour préserver cette indépendance. puisque. La première règle est le principe de la gratuité de la justice. Troisièmement. Ce principe est posé dans deux textes : pour les juges de l’ordre judiciaire. La volonté de préserver l’indépendance du juge visà-vis des parties explique que le législateur français ait posé un certain nombre de règles. ne pouvant être actionné directement. non professionnels. Ce principe connait des exceptions : l’interdiction n’est posée qu’à l’égard des juges professionnels . du 23 juin 1981. Ces règles d’incompatibilité sont. posé en 1790. C’est le cas des juges consulaires. ces interdictions ne visent pas les juges occasionnels. les magistrats ne peuvent exercer aucune activité professionnelle extérieure à leur fonction. par exception. Belgique. où les parties versaient des épices au juge. Deuxièmement. le juge est garanti de bénéficier d’une indépendance vis-à-vis des parties : un juge qui serait directement payé par les parties serait amené à se montrer complaisant à l’égard de la personne qui le paie. c’est l’article 8 de l’ordonnance du 22 décembre 1958. par hypothèse. l’interdiction est posée à l’article L231-5 du code de justice administrative : « cette interdiction vise à éviter toute subordination extérieure qui risquerait d’entraver l’indépendance d’esprit du juge et compromettre ainsi sa liberté de jugement ». à condition que « l’activité a Article 291 du code de procédure pénale 64 . qui. exercent leur fonction judiciaire à titre secondaire. c’est l’indépendance du juge qui justifie qu’une partie ne puisse pas directement mettre en œuvre la responsabilité des magistrats. du juge de proximité. la partie la plus généreuse obtenant gain de cause. Quatrièmement. au nombre de deux. Les juges professionnels peuvent exercer une activité extérieure.

ou entre salariés et employeurs. éliront les juges consulairesa . Selon la seconde règle d’incompatibilité. Deux règles sont posées : un juge ne peut exercer aucun mandat parlementaire. en 2001. dont la présence pourrait limiter le risque de dépendance entre les juges élus et les électeurs. les candidats étant peu nombreux. Le problème se pose avec plus d’acuité que la participation aux élections consulaires ou prudhommales est souvent faible. vis à élargir le collège électoral aux élections des juges élus. On considère que l’exercice d’un tel mandat est incompatible avec l’indépendance de ce juge. les électeurs se retrouvent donc éloignés du juge élu. D’autre part. Tous les ressortissants des tribunaux de commerce qui éliront des délégués consulaires. Ce projet prévoit de remplacer le mode actuel d’élection par un scrutin direct à deux tours par un scrutin indirect plurinominal à deux tours. mais aucune n’a encore abouti : aujourd’hui. Les propositions de loi proposant d’introduire l’échevinage sont nombreuses. cela n’existe que pour les juges consulaires et non pas pour les juges prudhommaux. il est également fait interdiction au juge d’exercer un mandat de conseiller régional. Le fait d’être un professionnel élu les rend indépendants vis-à-vis du pouvoir exécutif. mais souvent repoussées. La quatrième solution est de supprimer les tribunaux de commerce et les conseils des prud’hommes : dans la grande majorité des pays européens. des propositions de loi sont nombreuses. plusieurs solutions ont été proposées. proposé de mettre en place un système d’élections à deux degrés. il n’existe pas de juridictions spécialisées pour régler les conflits entre commerçants. ce qui diminue les risques de dépendance. mais le fait d’être élu pose la question de leur indépendance vis-à-vis de leurs propres électeurs. Là encore. premièrement. la fonction de juger est incompatible avec certains mandats politiques. pour tous les juges élus. qui. ou encore de conseiller municipal. par l’Assemblée nationale. La troisième solution est d’introduire l’échevinage dans toutes les juridictions qui comportent les juges élus. et adopté en première lecture. On a. Cela impliquerait d’attribuer l’ensemble des compétences en la matière au tribunal de grande instance. Aux juridictions élues. Pour résoudre ce problème. Cependant. ce qui a souvent pour conséquence de faire élire des juges par des minorités de faveur. il faudrait introduire des juges professionnels. datant du 18 juillet 2000. Le lien de dépendance peut s’en accroître. à leur tour. le tribunal de commerce et le conseil des prud’hommes ne comprennent aucun juge professionnel.Droit Processuel Patrice HILT exercée ne soit pas de nature à porter atteinte à la dignité de la fonction et à son indépendance ». précisément appelés à se retrouver dans leur prétoire. de conseiller général. avec comme conséquence que ce changement de mode de scrutin aurait pour conséquence de faire passer le nombre d’électeurs de trente mille à deux millions. B : La problématique du juge élu A été créé un débat autour de la problématique du juge élu : un juge qui a été élu à ses fonctions est-il totalement indépendant à l’égard de ses électeurs ? Cette problématique concerne principalement les juges consulaires ainsi que les juges prudhommaux. a Article L623-2 du code de commerce 65 . La seconde solution proposée est l’élargissement du collège électoral des juges élus : un projet de loi. Cette règle est moins absolue que la première : l’interdiction est limitée à « la circonscription dans laquelle le magistrat est élu ».

le principe d’indépendance implique que l’avis donné par le technicien ne peut être qu’un simple avis. Tel est le cas du droit français : quel que soit le contentieux considéré. c’est l’hypothèse des expertises génétiques. Deux questions se posent alors : premièrement. que faut-il entendre par juge impartial ? §1er – Les exigences de l’impartialité a Article 246 du code de procédure civile. Pour cela. le juge peut toujours avoir recours à un technicien. Section seconde : Un juge impartial Le juge doit aussi être impartial. Est technicien un expert. impliquent l’intervention d’un technicien. En pratique. le juge fait pratiquement toujours appel à un technicien. mais tous les codes de procédures disposent que l’avis du technicien ne lie jamais le jugea. De plus. et de laisser au juge le libre arbitre. dans les faits. article 156 du code de procédure pénale. aller à l’encontre du technicien pourrait être une contradiction. il ne doit pas pouvoir être dépendant de ce technicien tiers. Cependant. d’avoir recours à ces techniciens. Le droit français permet donc expressément. le médiateur. Deuxièmement. 66 . il peut être difficile de décider autrement que ce qu’a proposé le technicien. Quant aux magistrats du parquet. dans 86% des cas. etc. c’est qu’il n’a pas les compétences techniques pour apprécier les faits de l’espèce.Droit Processuel Patrice HILT §4ème – L’indépendance des juges à l’égard des tiers Lorsque le droit processuel exige l’indépendance des magistrats. le juge suit l’avis du technicien : en effet. un notaire. l’exigence d’impartialité concerne-t-elle tous les juges ? Le doute n’est pas permis pour les magistrats du siège. à partir du moment où la Cour européenne des Droits de l'Homme affirme que le procureur de la république n’est pas une autorité judiciaire.990% . Cela est mentionné dans le pacte international relatif aux droits civils et politiques ou dans la Convention européenne des Droits de l'Homme. l’impartialité ne peut lui être exigée. au juge qui statue. article R621-1 du code de justice administrative. Pratiquement tous les litiges. il implique que les magistrats soient indépendants à l’égard des tiers. qui doivent obligatoirement être impartiaux. La question s’est posée puisque dans certains contentieux techniques. notamment lorsque l’intervention technique de cette personne aboutit à une certitude de 99. si le juge peut faire appel à un technicien. en conséquence. si le juge fait appel à un technicien. un conciliateur. lequel a qualité de tiers puisqu’il n’est pas partie au litige. selon la Cour européenne des Droits de l'Homme. En conséquence.

en la matière. si elle ne peut être prouvée directement. la rapporter est extrêmement difficile. la neutralité. Selon la seconde chambre civile. Une difficulté probatoire est donc présente : face à elle. Le 3 juillet 2001. l’impartialité comprend notamment la justesse. amenant à rechercher s’il offrait des garanties suffisantes pour exclure. Belgique du 1er octobre 1982. essayant de déterminer ce que tel juge pensait. En langage courant. dans un arrêt Piersack c. il appartient dès lors à la personne qui prétend que tel juge a eu un préjugé. selon elle. la même chambre sociale a affirmé que n’est pas impartial un conseil des prud’hommes devant lequel une femme a été assistée par son mari. la technique du faisceau d’indices. A. ou subjective. dans telle affaire. On peut distinguer entre une démarche subjective. l’objectivité. Dans cette formule. quels sont ces indices ? Selon la Cour européenne des Droits de l'Homme. employé par l’entreprise qu’il est en train de redresser. en telle circonstance. la Cour européenne des Droits de l'Homme a pris le risque de la définir. Tout d’abord. mari conseiller prudhommal dans cette même juridiction. a considéré que n’est pas impartial le juge administratif 67 . et une démarche objective. la Cour européenne est intervenue. sans parti pris dans l’affaire qui lui est soumise. un lien d’alliance. n’est pas impartial le juge commissaire qui est. du juge Le juge doit d’abord être subjectivement impartial. Bien que la notion d’impartialité soit subjective. Le simple lien entre cette nièce et l’un des conseillers suffit à faire douter de la parfaite impartialité du conseiller. à titre essentiel. un lien d’affection. d’en rapporter la preuve par tout moyen. pouvant laisser penser. la Cour européenne indique qu’au sens de l’article 6§1er de la Convention européenne des Droits de l'Homme. le 2 octobre 1996. mais complémentaires. et donc du conseil. il existe. pour équilibrer les moyens entre les parties.Droit Processuel Patrice HILT Selon un dictionnaire courant. Le juge et l’une des parties sont unis par un lien La Cour a souvent décidé que la partialité personnelle du juge pouvait se concrétiser par l’existence d’un lien entre le juge et l’une des parties. la preuve de la partialité personnelle du juge. elle peut s’apprécier de diverses manières. c'est-à-dire en son for intérieur : il doit juger sans préjugé. mais également satisfaire à une impartialité objective (ou fonctionnelle). la notion d’impartialité renvoie à deux réalités différentes. être impartial est « être sans parti pris ». « Si l’impartialité se définit par l’absence de préjugé. peut être prouvée par différents indices objectifs. S’agissant d’une preuve subjective. Cette impartialité est présumée . Le Conseil d'Etat. que le juge n’a pas été impartial en son for intérieur. dans son for intérieur. le 5 décembre 2002. le bon juge doit satisfaire à une impartialité dite subjective (ou personnelle). chaque juge qui intervient est présumé impartial en son for intérieur. qui vont en ce sens. tant par la Cour de cassation que par le Conseil d'Etat. quatre indices objectifs. Selon la chambre sociale de la Cour de cassation du 18 novembre 1998. L’impartialité personnelle. à cet égard. un lien d’amitié. Ce lien peut être un lien de parenté. En effet. La formule a été très controversée. Elle a décidé d’employer. Cette solution a été entérinée. en même temps. « n’est pas impartial un conseil des prud’hommes composé d’un conseiller dont la nièce vivait avec le salarié en cause dans l’affaire ». tout doute légitime ». Dès lors. 1. Ainsi.

notamment en cas d’un lien de franc-maçonnerie entre le juge et l’une des parties. de nature à faire douter de l’impartialité du juge ». Il dit. En France. n’est pas en soi. d’un juge et d’une partie. religieuse ou syndicale. Cependant. constitue une véritable prise de position sur l’issue de l’affairec. C’est le cas du juge de proximité Toulon. 28 novembre 2002 68 . Ainsi. à leur arrivée. peut devenir un indice de l’impartialité du juge. b Buscemi c. l’existence de ce lien fait douter de l’impartialité de ce juge. 14 décembre 2006 : plusieurs personnes avaient loué un mobile-home . de faire partie d’une même affiliation. Dans l’arrêt Buscemi. d’employer publiquement des expressions sous-entendant une appréciation négative de la cause du requérant. La décision rendue par le juge est injurieuse à l’égard d’une partie Il faut considérer qu’une décision de justice injurieuse à l’égard d’une partie constitue un indice objectif. et en l’absence d’éléments particuliers internes à l’objet du procès. en dehors du cadre du litige. pour un juge ou une partie. le fait. Soc. pour le président du tribunal. pour un juge. ou une partie. la Cour a jugé que le fait. 19 décembre 2003 : « le fait pour un conseiller prudhommal et une partie qui se présente à lui. Encore. Le juge et l’une des parties appartiennent à une même affiliation Question s’est posée de savoir si une même appartenance philosophique. le fait que celui-ci se soit exprimé. 2. philosophique. Reste à savoir ce qu’il faut entendre par « éléments particuliers internes à l’objet du procès » : la Cour européenne des Droits de l'Homme estime qu’il faut apprécier ces éléments au cas par cas. Le juge donne aux parties des appréciations personnelles sur l’issue du procès Selon la Cour européenne. est un indice objectif pouvant légitimement faire douter de l’impartialité personnelle du juge. 4.Droit Processuel Patrice HILT qui n’était autre que la fille d’un conseiller municipal de la commune dont l’arrêté était examiné. le mobile-home était inutilisable. la doctrine estime que lorsqu’il existe un tel lien entre le juge et l’une des parties. la Cour a jugé que les déclarations du président de la juridiction. peut constituer un indice objectif démontrant la partialité de ce juge. d’appartenir à un même syndicat professionnel [CFDT]. et s’étonnant devant le fait que le requérant persiste à plaider non-coupable. critiquant l’attitude de la défense. n’est pas compatible avec les exigences d’impartialité subjective que doit présenter tout tribunal. qui démontre la partialité du juge. d’appartenir à une même affiliation. d’un juge et d’une partie. c Lavents c. Italie. « si cette même affiliation est accompagnée par des éléments particuliers internes à l’objet du procès ». Lettonie. ainsi qu’une amende. jugé par la cour de cassation. n’est pas un indice de la partialité de ce juge. La solution européenne dégagée est approuvée par la Cour de cassationa. de façon telle qu’il laisse entendre qu’il est déjà convaincu de l’issue de la procédureb. la Cour européenne des Droits de l'Homme a décidé que « l’appartenance à la franc-maçonnerie. deuxième chambre civile. et ne suffit pas pour caractériser l’impartialité du magistrat. le fait. Royaume-Uni du 15 juin 2000. religieuse ou syndicale. 3. 16 septembre 1999. Dans l’affaire Salaman c. n’est pas une preuve de la partialité du juge ». dans son jugement : « le bailleur était doté d’un quotient intellectuel était aussi restreint a Cass. Le juge de proximité a prononcé le remboursement de 1365€ de loyer.

Par ailleurs. est une cause de partialité . peut recouvrir deux situations différentes . En l’espèce. Fonction juridictionnelle et fonction administrative de conseil Cela a été rendu dans l’arrêt Procola c. est de nature à remettre en cause l’impartialité fonctionnelle de ce Conseil d'Etat luxembourgeois ». dans le cadre d’une même affaire. Troisièmement. de plusieurs fonctions. d’une fonction juridictionnelle avec une fonction administrative Pareil cumul est contraire au droit à un bon juge. L’impartialité fonctionnelle du juge Le juge doit aussi être impartial dans ses fonctions. L’affaire est la même lorsque les parties. n’est pas objectivement impartial. α. par le juge. par le juge. ni de l’attitude personnelle du juge. Doit être réputé partial le juge qui statue sur une affaire. 1.Droit Processuel Patrice HILT que la surface du mobile-home utilisable ». D’après la Cour européenne des Droits de l'Homme. le même juge cumule plusieurs fonctions . En conséquent. les deux types de fonctions. Les juges ont jugé que dans le cadre « d’une institution telle que le Conseil d'Etat luxembourgeois. que le juge exerce ses fonctions dans le même temps ou de manière successive. le même juge cumule plusieurs fonctions Un même juge cumule différentes fonctions dans le cadre d’une même affaire : ce cumul résulte d’une augmentation des affaires à juger et de la diminution des juges. cette impartialité s’apprécie sans tenir compte. mais aussi de fonctions administratives. Le bailleur a saisi la Cour de cassation sur le fondement de l’article 6§1er. ni de ses convictions profondes. et rendait des décisions de justice sur les mêmes questions. 69 . dans la même affaire. le cumul. Le cumul. qui a annulé le jugement du juge de proximité. le cumul. Deuxièmement. que les faits sont les mêmes. Luxembourg. deux types de fonctions administrative : le juge peut exercer une fonction administrative de conseil ou une fonction administrative de contrôle. par un même juge. dans deux hypothèses : lorsque. le cumul. et non plus seulement dans sa personne . par un même juge. ou plusieurs fonctions juridictionnelles dans la même affaire. pour laquelle il s’est déjà exprimé en qualité d’organe administratif. n’est bien évidemment une cause de partialité que pour autant que ce cumul ait eu lieu à l’occasion d’une même affaire. le juge n’est pas impartial dans ses fonctions. de fonctions différentes. de plusieurs fonctions. lorsqu’il rejuge une même affaire. ce Conseil d'Etat conseillait le gouvernement. à propos de la même affaire. Première cause : dans la même affaire. Trois observations s’imposent : tout d’abord. B. du 28 septembre 1995. le seul fait que certaines personnes exercent successivement. ainsi que les moyens invoqués. La Cour de Strasbourg considère fermement qu’un juge qui. a. pour un même juge. le juge peut cumuler une fonction juridictionnelle avec une fonction administrative. il existe. les fonctions qu’un même juge peut cumuler peuvent être de deux natures différentes : il peut s’agir de fonctions juridictionnelles. cumule plusieurs fonctions.

à ce qu’un conseiller qui a siégé au sein de la formation consultative. la fonction qu’il avait de conseiller le gouvernement est confiée à une autre juridiction. conscientes de la possible contrariété du droit français avec l’affaire Procola. de saisir. le Conseil d'Etat peut juger l’affaire dans laquelle il avait donné un avis. le Conseil d'Etat ne peut plus que juger . depuis quelques années. Les attributions consultatives du Conseil d'Etat L’arrêt Procola c. Les attributions consultatives des tribunaux administratifs et des cours administratives d’appel L’arrêt Procola c. des attributions consultatives auprès du gouvernement. le Conseil d'Etat est le consultant juridique du gouvernement. a permis à la France d’échapper à une condamnation européenne. En effet. le législateur luxembourgeois est intervenu par une loi de 1996. la seconde les tribunaux administratifs et cours administratives d’appel. 1. scrupuleusement. la Cour administrative. Pour une même affaire. cumuler les fonctions administrative de conseil et juridictionnelle. en somme. mais donne aussi des conseils juridiques au préfet de départementb. « sur toute difficulté de nature juridique que peut rencontrer le gouvernement »a. 2. Comme le Conseil d'Etat. il peut donc juger et donner des conseils à ces cours. Le Conseil d'Etat peut aussi donner des avis aux cours administratives d’appel. entre ses fonctions juridictionnelles et ses anciennes fonctions administratives de conseil. qui a opéré une séparation organique. elles aussi. en dehors de ses fonctions juridictions. à ce que les conseillers d’Etat qui ont siégé dans la section consultative ne se retrouvent pas. en principe. les cours administratives d’appel peuvent également cumuler ces fonctions : ces cours sont aussi les conseillers juridiques des préfets de région. le code de justice administrative permet. ces juridictions de fond sont. Luxembourg semble remettre en cause le rôle du Conseil d'Etat français. Il peut arriver que le tribunal administratif puisse connaître une même affaire. le Conseil d'Etat va donner un avis. le Conseil d'Etat veille scrupuleusement. Si l’arrêt d’appel est finalement frappé d’un pourvoi. et la troisième concerne la Cour de cassation. Lorsque la cour saisit pour avis. En effet. ce Conseil d'Etat exerce également. En effet. Elles veillent aussi. mais également les projets de décret . le Conseil d'Etat. Pour cette raison. Un tribunal administratif juge. Sur le plan du droit français. au sein de la section du contentieux. en pratique. Belgique. à ces cours. un conseiller d’Etat ne peut. Ces conseils seront donnés par les cinq sections administratives qui le composent.Droit Processuel Patrice HILT Suite à cette condamnation européenne. a b Code de justice administrative Article R212-1 du code de justice administrative 70 . à titre de conseil puis pour statuer sur elle. cette possibilité est contraire à l’arrêt Piersack c. puisque celles-ci cumulent des fonctions juridictionnelles et consultatives. Grâce à cette pratique. coutumière et non codifiée. sur les projets de loi. la solution européenne soulève plusieurs interrogations : la première concerne le Conseil d'Etat français. ensuite. pour avis. ne se retrouvent pas ensuite au sein de la formation contentieuse. La plupart des auteurs considèrent qu’à l’instar du Conseil d'Etat luxembourgeois. De la même manière. Elle affirme que dorénavant. Luxembourg semble également remettre en cause ces juridictions. Cette pratique. Le Conseil d'Etat va donc donner des avis au gouvernement. au sein du Conseil d'Etat.

La Cour européenne des Droits de l'Homme n’a. elles aussi. une fonction juridictionnelle et une fonction de contrôle. par exemple. a eu l’occasion de décider que. Deuxièmement. là encore. ne doivent plus pouvoir siéger. sans qu’il n’y ait aucun cumul. l’Autorité des marchés financiers. il n’y a aucune raison d’empêcher le conseiller de siéger successivement. β. vont pouvoir juger et contrôler. Tout d’abord. Il s’agit là d’une condition de recevabilité de l’avis . ils peuvent être examinés par une formation juridictionnelle de la Cour de cassation. Le Conseil d'Etat. à trois reprises. 3. Comme le Conseil d'Etat. indépendamment des faits de l’espèce. consciente de cette contrariété. Certains auteurs nuancent cette solution . dans les deux formations. la Cour de cassation peut être saisie par la grande majorité des juridictions de l’ordre judiciaire. La Cour de cassation peut donc avoir à juger un pourvoi dans une affaire dans laquelle elle a précisément donné un avis. le conseiller ne peut pas siéger dans les deux formations. la Cour de cassation est. Dutreuil. dans la formation contentieuse. jamais été saisie de ce litige. Ceci peut faire douter de la compatibilité du droit français avec l’article 6§1er de la Convention européenne des Droits de l'Homme. Selon eux. elle répond à une question qui lui a été posée de manière abstraite. en droit français. l’Autorité de la concurrence. Ainsi. les faits de l’espèce ne sont donc pas examinés par la formation consultative. afin de préserver l’exigence européenne d’impartialitéa. il ne s’agit. Les attributions consultatives de la Cour de cassation L’arrêt Procola c. Enfin. afin d’échapper à la condamnation européenne. Elle est exerce tout d’abord une fonction juridictionnelle à l’égard des comptables publiques. le droit processuel ne peut s’en satisfaire. la bonne utilisation des deniers. inscrite dans aucun texte de loi . par la suite et dans la même affaire. même si ce risque est présent. dans la même affaire. si tel n’est pas le cas. Depuis 1991. cumulativement. que d’une simple pratique interne. pour garantir l’impartialité des magistrats qui composent la Cour des Comptes. et a posé deux règles. 4 juillet 2003 71 . cela est également vrai pour les Autorités administratives de régulations . exercent. les conseillers ayant siégé dans la formation de contrôle. Deux observations s’imposent : ce qui est vrai pour la Cour des Comptes est également vrai pour les Chambres régionales des Comptes ainsi que pour la Cour de Discipline budgétaire et financière : ces juridictions. lorsque l’affaire faisant l’objet du pourvoi est celle pour laquelle le juge du fond avait utilisé la procédure de la saisine pour avis. lorsque l’affaire faisant l’objet d’un pourvoi est distincte de celle qui a donné lieu à la saisine pour avis. lorsque la Cour de cassation intervient pour avis. dans son fonctionnement interne. selon la doctrine. puisqu’il n’y a pas identité des affaires.Droit Processuel Patrice HILT Ici. ils estiment que ce cumul possible n’est pas forcément contraire à l’affaire Procola. Le cumul d’une fonction juridictionnelle et d’une fonction administrative de contrôle La Cour des Comptes exerce une double fonction. elle aussi. a CE. cependant. en revanche. Luxembourg semble aussi remettre en cause le rôle consultatif de la Cour de cassation. mais également une fonction administrative de contrôle.

intervient généralement le juge d’instruction. A nouveau. un juge peut exercer plusieurs fonctions juridictionnelles. le juge peut exercer trois types de fonctions juridictionnelles : des fonctions de poursuite. Ensuite. Ainsi. le juge peut exercer deux fonctions juridictionnelles : l’instruction et le jugement. la réponse à cette interrogation varie en fonction du contentieux considéré. Lorsque ce rapporteur a terminé son instruction. Le cumul. le juge peut exercer deux fonctions juridictionnelles. 7 décembre 1992 72 . plusieurs fonctions juridictionnelles. A fortiori. exercer trois fonctions. et était réputé partial en cas de cumul. Ainsi. identiques en la matière. un même magistrat peut donc exercer. simplement parce qu’un procès comporte nécessairement plusieurs étapes procédurales.Droit Processuel Patrice HILT b. Dans la mise en état. La séparation des fonctions dans le contentieux pénal Dans un premier temps. Le magistrat qui poursuit. en matière pénale. tout magistrat ayant un titre dans le contentieux ne pouvait pas participer à une étape ultérieure du procès pénal. quel que soit le contentieux. pour une même affaire. un autre magistrat interviendra. En matière civile. L’instruction. est celui qui prend la décision de mettre en mouvement l’action publique. est réalisée par le rapporteur. la juridiction de jugement dira le droit. de plusieurs fonctions juridictionnelles Pour une même affaire. Ensuite. France. par un même juge. En matière pénale. des fonctions d’instruction et des fonctions de jugement. Quand l’affaire sera mise en état d’être jugée. le juge qui intervient peut tout d’abord exercer des fonctions de mise en état. pour la cour. En matière administrative. le juge qui intervient peut exercer deux fonctions juridictionnelles : il peut tout d’abord instruire – il s’agira du rapporter – et juger. il ne suffit pas qu’un même juge ait cumulé plusieurs fonctions juridictionnelles. il saisira donc le juge qui va juger . Dans un second temps. en procès administratif. En matière disciplinaire également. France que le seul non respect du principe de la séparation des fonctions ne suffit plus. à fonder le grief de partialité. des a Cour européenne des Droits de l'Homme. le contentieux disciplinaire. la Cour européenne des Droits de l'Homme a fait prévaloir une conception objective du principe de la séparation des fonctions. considère-t-elle. la recherche de la preuve se fait concomitamment entre le juge de la mise en état et les parties. Dès lors. aucun juge ne pouvait jamais exercer. la Cour européenne des Droits de l'Homme a finalement fait prévaloir une conception beaucoup plus subjective : dorénavant. Le juge peut donc. Ainsi. dans la même affaire. mais aussi que ce cumul « s’accompagne d’une attitude subjectivement partiale du magistrat »a. le droit à un bon juge impose-t-il une franche séparation entre ces différentes fonctions juridictionnelles ? Le droit processuel ne répond pas expressément à cette question. Il faut distinguer le contentieux pénal. pour que la partialité d’un juge pénal puisse être retenue. Le procès civil comporte nécessairement deux étapes : la mise en état et le jugement. une troisième juridiction se prononcera sur la culpabilité du prévenu. dans chaque affaire. Selon cette conception. Il découle de l’arrêt Sainte Marie c. un même juge peut être amené à exercer différentes fonctions juridictionnelles. le contentieux civil et administratif. α. intente l’action pénale. en matière civile. Sainte Marie c.

dans toute saisine. d’après elle. siège dans la formation de jugement. par la suite. les lois récentes ont simplement abrogé des hypothèses d’auto-saisine invoquant leur possible contrariété avec le droit à un bon juge. au sens du droit processuel.Droit Processuel Patrice HILT fonctions de poursuite. Selon la Cour. très souvent. En matière de protection de l’enfance. le juge des a Article 253 du code de procédure pénale : « seuls les magistrats du ministère public peuvent poursuivre. La loi du 5 mars 2007 y a mis fin. le juge des tutelles pouvait s’autosaisir. Le juge des enfants. En matière de protection des majeurs incapables. en elle-même. même si cela est conforme au droit processuel. Il faut. Là aussi. pour un même juge. veille à ce que le juge ayant instruit ne puisse pas être retrouvé dans la formation de jugement . En matière civile et administrative. n’est pas forcément contraire au principe d’impartialité fonctionnelle. La Cour européenne des Droits de l'Homme a été saisie de cette problématique . Cette saisine d’office ne porte-t-elle pas atteinte. d’après l’arrêt Sainte Marie. et seuls les magistrats du siège peuvent siéger ». Cependant. par la suite. une marque de partialité ? Le magistrat qui prend l’initiative d’introduire l’instance a. Ce n’est que si ce cumul s’accompagne d’une attitude subjectivement partiale du magistrat que le droit à un bon juge est violé. 73 . Pour autant. une sorte de préjugé : les faits examinés par ce magistrat l’ont déjà convaincu de se saisir. pendant longtemps. Deux conséquences en découlent : tout d’abord. notamment pendant la phase de poursuite et d’instruction. la Cour européenne des Droits de l'Homme a étendu au contentieux civil et administratif la solution qu’elle a retenue en matière pénale. le législateur français a tendance à considérer que l’auto-saisine. le juge peut s’autosaisir dès lors qu’il estime que le débiteur est en cessation de paiement. Parce que la loi française a considéré que l’auto-saisine pouvait poser des problématiques. sauf dans une hypothèse où celui qui a instruit compose obligatoirement la formation de jugement. est celui qui va instruire les affaires qui impliquent un mineur délinquant et qui. Ainsi. au sens du droit processuel. adopte une telle attitude le juge qui prend sa décision finale « sur la foi des mesures qu’il a prises antérieurement [à la phase de jugement] ». en principe. β. Le droit français. elle n’est jamais entrée en voie de condamnation. Ce préjugé a conduit ce juge « à ne plus écouter d’autres arguments et à rester insensible à toute évolution future du dossier ». le cumul doit être accompagné « d’nue attitude subjectivement partiale de ce magistrat ». selon l’ordonnance de 1945. afin de statuer ultérieurement sur le redressement ou la liquidation judiciaire de ce débiteur. Sur cette question. antérieurement au jugement. un préjugé sur l’issue de l’affaire. n’est pas nécessairement partial le juge qui a poursuivi et qui. des problématiques sont propres à ces contentieux. dans la seule perspective de savoir si chacune de ces mesures a « été ou non susceptible de faire naître un préjugé dans l’esprit du juge ». apprécier chaque mesure prise par le juge. pendant longtemps. en matière commerciale. le droit français est catégorique : il pose une incompatibilité absolue des fonctions de saisine et des fonctions de jugementa. il y a. le fait de cumuler plusieurs fonctions n’est pas en soi un grief de partialité. pouvait poser des problématiques quant à la partialité du juge. De plus. 1° L’auto-saisine : Certaines juridictions civiles et administratives peuvent s’autosaisir. par la suite. Selon certains auteurs. d’instruction et de jugement. n’est pas nécessairement partial le juge qui a instruit l’affaire et qui. le fait. en matière civile et administrative. de cumuler plusieurs fonctions. ici. La séparation des fonctions dans le contentieux civil et administratif Ici. va le juger. siège dans la formation de jugement. En effet.

le rapporteur public ne peut plus participer au délibéré. cependant. Ce décret est venu modifier les conditions de nomination du rapporteur public. en voie de condamnation. expressément. a le pouvoir d’instruire les dossiers de faillite. Cependant. 2° Le juge-commissaire : En France. afin de mieux mettre en lumière sa parfaite impartialité. par une loi du 26 juillet 2005. Belgique du 30 octobre 1991. plus critique. dans une juridiction administrative. sa seule présence compromettait la seule impartialité de la Cour de cassation. dans la formation de jugement du tribunal de commerce. Les commentateurs avaient pronostiqué une nouvelle condamnation 74 . la Cour a modifié cet usage interne . a estimé que. 3° Le procureur général près la Cour de cassation : La mission principale du procureur général est de faire respecter l’ordre public et de veiller à la bonne application de la loi. le gouvernement est à nouveau intervenu par un décret du 1er août 2006. pour décider le contraire : dans l’arrêt Borgers c. suite à cette condamnation. devant les tribunaux administratifs et les cours administratives d’appel. la Cour européenne des Droits de l'Homme est entrée. qui dispose désormais que « le juge-commissaire ne peut. il est venu modifier le code de commerce. dans un arrêt Kress c. le rapporteur public pouvait assister aux délibérés de la juridiction administrative. Là encore. désormais. que le rapporteur public assiste au délibéré. ce rapporteur public veille au respect de l’ordre public et à la bonne application de la loi administrative. pour un même juge. il était d’usage que ce procureur assiste aux délibérés de la chambre concernée. le juge-commissaire est un juge spécialisé du tribunal de commerce : il interviendra pour contrôler la procédure de redressement et de liquidation judiciaire. par la suite. que le simple fait. une seconde fois. ni siéger. Suite à cette seconde condamnation.Droit Processuel Patrice HILT enfants pouvait s’autosaisir. le conseil de discipline de l’ordre des avocats pouvait longtemps s’autosaisir. Le législateur français. La Cour européenne des Droits de l'Homme a décidé. ce décret n’est pas venu interdire. compromettait l’impartialité de toute la juridiction administrative. Ainsi. pendant longtemps. Sa mission principale est de veiller au bon déroulement de cette procédure. même si le procureur général ne fait qu’assister aux délibérés. la Cour répète l’arrêt Kress c. le procureur général est exclu du délibéré de la chambre concernée. Ce décret comprend deux dispositions principales : tout d’abord. la Cour a considéré que. La Cour européenne des Droits de l'Homme est intervenue. le rapporteur public peut toujours participer au délibéré. France. Ici. Cette possibilité a également disparu. Ce juge. la loi ne lui interdisait pas de siéger. avec l’arrêt Martinie c. devant le Conseil d'Etat. En effet. qui doit être accompagné d’une attitude subjectivement partiale. Comme le procureur général. Ce juge est nommé à l’ouverte de la procédure de redressement. mais également celui de juger ce même dossier en cas de litige. sauf si les parties ne le souhaitent pas. rendue le 7 juin 2001. le conseil a perdu ce pouvoir d’auto-saisine. France du 12 avril 2006 . la participation du rapporteur public aux délibérés de la juridiction administrative. France. Un décret du 7 janvier 2009 l’a rebaptisé en rapporteur public. De plus. le gouvernement français a décidé d’intervenir par un décret du 19 septembre 2005. En matière disciplinaire. La Chambre commerciale de la Cour de cassation a invoqué la jurisprudence de la Cour européenne des Droits de l'Homme : le seul cumul des fonctions ne saurait justifier le grief de partialité. Ainsi. 4° Le rapporteur public : Auprès des juridictions administratives. Suite à cette condamnation. Pendant longtemps. ni participer aux délibérés du tribunal de commerce ». intervenir à l’instruction et au jugement pouvait poser une problématique quant à sa partialité. un ministère public était longtemps exercé par le commissaire du gouvernement. Depuis la loi de 2004. avec une simple voix consultative : était-ce violer le principe de l’impartialité ? On a d’abord été tenté d’y répondre par la négative. par cette loi.

La deuxième cause : le même juge rejuge la même affaire Il découle de l’arrêt Piersack que l’impartialité signifie également qu’un même juge ne peut pas rejuger une même affaire. un magistrat qui bénéficie d’une promotion et qui siège au sein d’une juridiction de première instance est amené. l’article L463-7. 2. L’assemblée plénière de la Cour de cassation a considéré que ce cumul était contraire au principe d’impartialité (Ass.Droit Processuel Patrice HILT européenne. Il faut distinguer selon que le plaideur ait exercé une voie de recours de réformation ou de rétractation. à juger une seconde affaire. le juge rapporteur. En raison du système de l’avancement. notamment les affaires disciplinaires. qui sont instruites. La seconde catégorie comprend les voies de recours de rétractation : ici. qui consacre cette interdiction de participation du juge rapporteur dans la formation de jugement. La séparation des fonctions dans le contentieux disciplinaire Dans ce contentieux. La Cour européenne. qui a des pouvoirs en matière disciplinaire.plén 5 février 1999). mais par un juge rapporteur. Suite à cet arrêt. dans l’arrêt X c. Là encore. Il n’est pas rare. Conseil supérieur de l’Audiovisuel. la loi du 1er août 2000 a purement supprimé la présence du juge rapporteur au sein de la formation de jugement. dans ce contentieux. Le CSA. ici aussi. il faut faire une distinction entre la situation est appelé à rejuger en raison de l’exercice d’une voie de recours. γ. En France. Les solutions données par la Cour de cassation varient. C’est le cas de l’appel ou du pourvoi en cassation. un même juge peut être appelé à exercer différentes fonctions juridictionnelles . pouvait participer aux délibérés de la formation de jugement. il existe une autorité de la concurrence. Lorsqu’un juge est amené. Selon la Cour de cassation. du recours en révision ou de la tierce opposition. une seconde fois. le Conseil de la Concurrence. également. lorsque l’autorité de la Concurrence intervenait en matière disciplinaire. par une ordonnance du 18 septembre 2000. en interdisant au juge rapporteur de siéger dans la formation de jugement. par la suite. a. non pas par un juge d’instruction. est. et l’hypothèse dans laquelle le juge est amené à rejuger en dehors de toute voie de recours. a inséré. qui. dans le code de commerce. Cela a été considéré comme contraire au principe d’impartialité . 75 . il existe une sorte de « préjugement » quant au fond. Pendant longtemps. à siéger au sein d’une juridiction du seconde degré. l’autorité de la Concurrence a décidé de modifier sa pratique interne. le plaideur demande au même juge de réexaminer l’ensemble de l’affaire. Cette interdiction est souvent traduite par l’expression : « qui a jugé ne peut rejuger ». C’est le cas de l’opposition. qui instruit l’affaire. Cela a été consacré par le législateur. le juge rapporteur était autorisé à participer aux délibérés. Dans le cadre d’une voie de recours Il peut s’agir des voies de recours de réformation (lorsque le plaideur demande à un autre juge d’examiner à nouveau l’ensemble de l’affaire). France du 4 octobre 2007. C’est ce préjugement qui vient à l’encontre du principe d’impartialité. Cette problématique se trouve également au sein d’autres formations. une instance disciplinaire. a affirmé que le rapporteur public ne peut participer en aucun cas à la formation de jugement. que le juge rapporteur participe aux délibérés de la formation de jugement.

Deuxièmement. puis au fond. par la suite. Civ. Cela a été posé par la Cour européenne des Droits de l'Homme. un même juge puisse rejuger la même affaire. à nouveau. d’abord en référé. En effet. la règle d’impartialité interdit qu’un même juge ne puisse siéger dans la formation de jugement de la juridiction de renvoi après cassation. Tout d’abord. ce plaideur ne pourra pas. s’il a siégé dans la formation de jugement de la première instance. β. la règle de l’impartialité implique qu’un même juge ne puisse siéger dans la formation de jugement de la Cour de cassation ou du Conseil d'Etat. Ce cumul est-il possible ? La Cour européenne des Droits de l'Homme n’a pas encore a b Arrêt Thomann c. s’il a déjà siégé. β. revient devant le même juge. Le juge qui a statué en référé peut-il ensuite statuer sur le fond de l’affaire ? Très souvent. En ce qui concerne la situation inverse. 29 septembre 2004 76 . invoquer la partialité de ce juge.Droit Processuel α. b. sans pourtant violer la règle processuelle d’impartialitéa. s’il a déjà siégé dans la formation de jugement qui a rendu la décision contre laquelle le pourvoi est formé. Cela arrive dans deux hypothèses : lorsque le juge intervient d’abord au pénal. puis au civil. dans la même affaire b. En France. la règle d’impartialité implique qu’un même juge ne puisse siéger dans la formation de jugement de la cour d'appel. dans un arrêt de 1991. cette situation ne devrait pas se rencontrer en droit. de son plein gré. et lorsque le même juge statue. 10 juin 1996 Cass. Suisse. de façon exceptionnelle. la partie qui a exercé son action devant une juridiction civile ne peut plus. le juge des référés va participer au délibéré quant au fond de la même affaire. α. Il en découle trois conséquences. Le juge qui a statué au pénal peut-il ensuite statuer au civil ? La Cour de cassation a affirmé que la règle d’impartialité interdit qu’un juge puisse d’abord siéger au pénal. puis au civil. il existe un article du code de l'organisation judiciaire (L431-4). 1re. puisque conformément à l’article 5 du code de procédure pénale. l’apporter devant une juridiction répressive. on estime qu’à partir du moment où un plaideur. par la suite. soit dans la formation de jugement qui a rendu la décision frappée d’un pourvoi. dans la seconde instance. qui précise expressément que le magistrat qui a siégé au sein de la juridiction dont la décision a été cassée ne peut plus siéger au sein de la juridiction de renvoi. En dehors de toute voie de recours Il s’agit de l’hypothèse où l’affaire a été rejugée par le même juge sans recours. il ne fait aucun doute que la règle processuelle d’impartialité interdise au juge qui a jugé dans la première instance de juger. ainsi. En présence d’une voie de recours de rétractation La Cour européenne des Droits de l'Homme estime que. l’essence même d’une voie de recours de rétractation consiste précisément à revenir devant le juge ayant rendu la décision contestée . Cette première conséquence a été entérinée à l’article L1119 du code de l'organisation judiciaire. Troisièmement. En présence d’une voie de recours de réformation Patrice HILT En tel cas. soit dans la formation de jugement qui a rendu la décision cassée.

La récusation est prévue dans tous les contentieux. Si le juge des référés est intervenu dans la procédure du référé-provision. ou une des parties au litige : lorsque le juge a un intérêt principal dans la contestation. sur le fond de l’affaire. le juge ne peut ensuite statuer sur le fond. 2. Dans la seconde catégorie. sans violer le principe d’impartialité. opéré par l’assemblée plénière. article 339 du code de procédure civile / En matière administrative. Elle opère une distinction entre le référé-provision et les autres référés. article R721-1 du code de justice administrative 77 . A. En 1998. Elles sont au nombre de trois : l’abstention. La récusation dans le contentieux civil Dans ce contentieux. un même juge était intervenu en référé. le renvoi. le juge pourra statuer. qui décidera discrétionnairement de faire ou non remplacer ce juge.Droit Processuel Patrice HILT été saisie de la question. Dans ces arrêts. ou qu’il est le créancier de l’une des parties. Ces deux textes. la cour distingue en fonction de la procédure utilisée. dans deux arrêts rendus le 6 novembre 1998. le juge devra demander l’abstention au président de sa juridiction. puis au fond. par la suite. communs à toutes les juridictions civiles. ou de celle a En matière civile. Avant 1998. 1. a. dans une même affaire. Elle est reprise à l’article 341 du code de procédure civile. Dans les autres cas de référé. L’abstention Elle consiste. Dans les deux cas. s’il estime qu’il risque de ne pas être impartial. la récusation. Les situations énumérées dans ces deux textes peuvent se classer en trois catégories distinctes. le risque provient du sentiment du juge à l’égard de l’une des parties : il s’agit notamment de l’hypothèse dans laquelle le juge est l’allié de l’une des parties. pour un juge lui-même. semblables. le risque de partialité découle de la relation intéressée qu’a le magistrat avec l’affaire. Dans la première catégorie. la jurisprudence française rejetait toute idée de partialité lorsque. Les sanctions a priori Il s’agit d’empêcher qu’un juge partial puisse rendre une décision de justice. la Cour de cassation a opéré un revirement partiel. La récusation La récusation correspond à la procédure par laquelle une partie au litige demande l’exclusion d’un juge parce que cette partie doute de son impartialité. déterminent les cas de récusation. la récusation est prévue à l’article L731-1 du code de l'organisation judiciaire. le droit français prévoit des sanctions a priori et a posteriori. La procédure d’abstention est prévue dans tous les contentieuxa. §2nd – Les sanctions de la partialité Dans la plupart des systèmes européens. à demander à être écarté d’une affaire.

là encore. Il faut donc considérer. Le renvoi 78 . tous les juges peuvent-ils être visés ? Les réponses sont les suivantes : ces deux textes permettent de récuser les magistrats du siège. la liste de l’article 341 du code de procédure civile. Cet article affirme que « la récusation d’un membre de la juridiction est prononcée à la demande d’une partie. La récusation dans le contentieux administratif Elle est définie à l’article L721-1 du code de justice administrative. Cependant. Ce texte reprend. de la première chambre civile. le risque découle d’un préjugé que le juge peut avoir à l’égard de l’une des parties. Ainsi. L’opposition de ce juge. Or. pour finalement considérer que la liste de l’article 341 du code de procédure civile est seulement indicative. en matière pénale. matière principale. quelle est la procédure pour récuser un juge ? Le code de procédure civile organise la procédure civile de récusation : « la partie qui entendu récuser un juge doit le faire dès qu’elle a connaissance de la cause de récusation. ainsi que la motivation qu’il avance. il n’est possible de récuser les magistrats du ministère public : en matière pénale. dans tous les cas. De plus. s’il acquiesce à la récusation ou s’il s’y oppose. Cependant. acte d’huissier. à peine d’irrecevabilité. En aucune façon. va comporter un certain nombre de mentions. possible de récuser le juge pénal pour une situation qui n’est pas prévue à l’article 688. Cependant. La liste des articles est-elle indicative ou limitative ? On a longtemps considéré qu’elle était limitative. le plaideur qui invoque une cause de partialité qui n’est pas inscrite à l’article 341 devra prouver la partialité du juge. dans la plupart des cas. la récusation est règlementée à l’article 688 du code de procédure pénale. 3. Est intervenu un arrêt du 17 avril 1998. Ce juge aura huit jours pour indiquer. En matière administrative. visent la récusation du juge. en matière pénale. mais également ceux du ministère public. mot pour mot. Ces deux textes. par écrit. il devra motiver son opposition. et au plus tard avant la clôture des débats ». il est possible de demander la récusation d’un juge lorsque la cause de partialité n’est pas indiquée dans la liste. qui tranchera immédiatement. seront soumises à la cour d'appel. il faudra rapporter la preuve de la partialité du juge. qui a opéré un revirement de jurisprudence. L’acte sera ensuite transmis au juge concerné par la demande de récusation. il n’est possible de récuser que les magistrats du siège. ainsi que les arbitres dans une instance arbitrale. par analogie. c. s’il existe une raison sérieuse de mettre en doute son impartialité ». S’il acquiesce. Ainsi. il sera remplacé par un collège . que cette liste est indicative. la procédure se déroule de la manière suivante : il faut immédiatement saisir la cour administrative d'appel. La récusation dans le contentieux pénal Tout d’abord. La demande est formée par un acte remis au greffe de la juridiction.Droit Processuel Patrice HILT dans laquelle il existe une amitié ou une inimitié entre le juge et l’une des parties. La procédure de récusation est donc souvent la même qu’en matière civile. qui tranchera. Cet acte. b. il n’y a pas de liste fournie par l’article. s’il s’oppose. tout d’abord. et qu’il est. Dans la troisième catégorie. il est.

79 . Trois types de responsabilités peuvent être engagés. à tout moment. 2. L’annulation de la décision La décision rendue en violation du principe de partialité doit pouvoir être annulée. dans l’hypothèse visée à l’article 434-9 du code pénal. à l’égard de la juridiction. pour une partie. En matière administrative. « le fait. Quelle est la procédure de renvoi ? En matière civile et pénale. le président désignera une autre formation collégiale. ou en mettant en œuvre la responsabilité du juge partial. S’il s’agit d’une décision rendue par un juge de cassation estimé partial. il commet également une faute civile : il est possible d’engager sa responsabilité civile : cette mise en cause ne peut agir que devant l’Etat. En matière administrative. Les sanctions a posteriori Lorsqu’une juridiction est partiale. le magistrat a une responsabilité pénale : le juge manquant à son devoir peut voir sa responsabilité pénale engagée. En procédure civile. l’une des situations énumérées à l’article 341 du code de procédure civile. il faudra directement adresser la demande à la juridiction immédiatement supérieure. le renvoi est possible « dans toutes les hypothèses de suspicion légitime ». Enfin. Celui-ci vise le délit de corruption. Lorsque la décision estimée partiale est rendue par une juridiction du premier degré. pour un magistrat. il ne sera pas possible de faire annuler la décision de cassation. la demande sera transmise au président de la juridiction immédiatement supérieure.Droit Processuel Patrice HILT Le renvoi est le fait. des promesses. B. De plus. est puni de 10 ans d’emprisonnement et de 150 000€ d’amende ». des avantages quelconques. 1. le renvoi trouve aussi le nom de dépaysement. C’est le président de la juridiction qui va acquiescer ou non à la demande. des offres. directement ou indirectement. il est possible de la faire annuler en interjetant appel. l’auteur de la demande de renvoi doit pouvoir invoquer. S’il acquiesce. puisque l’ensemble de cette juridiction semble partiale. Ce greffier transmettra une demande de renvoi au président de la juridiction. il est possible de faire condamner cette partialité de deux manières : en demandant l’annulation de la décision. tout du moins lorsque la décision a été rendue par une juridiction du premier ou du seconde degré. de demander le remplacement de toute une juridiction. Le juge qui manque à son devoir commet assurément une faute disciplinaire. il est possible de la faire annuler en formant un pourvoi en cassation. de solliciter ou d’agréer. la liste est indicative. pour l’accomplissement ou l’abstention d’un acte relevant de sa fonction. auprès du greffe. Cela est possible. Il est certes possible de saisir la Cour européenne des Droits de l'Homme. Lorsque la décision estimée partiale est rendue par une juridiction du second degré. sans droit. Deux questions se posent : à quelle condition le renvoi peut-il être demandé ? En matière civile et pénale. il faudra faire une demande par acte d’huissier. des dons. La responsabilité du juge Le fait pour un juge d’avoir été partial dans sa décision constitue une faute qui peut engager sa responsabilité. mais celle-ci n’a pas le pouvoir juridique d’annuler une décision de justice interne. des présents. S’il s’y oppose. Selon ce texte. pouvant être sanctionnée par le Conseil supérieur de la magistrature. Là encore.

Droit Processuel Patrice HILT 80 .

Droit Processuel Patrice HILT Partie seconde : Les principes fonctionnels du droit processuel Il existe des principes fonctionnels traditionnels. de simplicité de la loi. comme le principe de la proximité du juge. etc. 81 . D’autres règles ont une histoire plus récente : on observe l’émergence de nouveaux principes fonctionnels.

le droit processuel impose la publicité des audiences (/). D’une part. 47 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne 82 .Droit Processuel Patrice HILT Titre 1 : Les principes fonctionnels traditionnels Ils peuvent se regrouper en deux catégories : certains principes touchent au déroulement de la procédure. doit désormais trancher les litiges dans des délais de plus en plus rapides. la lenteur de la justice était considérée comme une sagesse. le principe de la célérité de la procédure a été consacré : la justice doit être rendue dans un certain délai. On parlera de délai raisonnable. D’autre part. en tant que service public. 14§3 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques / Art. er Chapitre II : La célérité de la procédure Au Moyen-âge. Cette exigence est posée par plusieurs normes processuellesa. d’autres touchent aux acteurs de la procédure. il impose une certaine célérité de la procédure. Qu’est-ce qu’un délai raisonnable ? Comment la justice interne peut-elle être rendue dans un délai raisonnable ? a Art. doit être guidé par deux standards procéduraux. La justice. Au fil des années. quel qu’il soit. er Sous-titre 1 : Les principes fonctionnels relatifs au déroulement du procès Le déroulement d’un procès. 6§1er de la Convention européenne des Droits de l'Homme / Art.

La notification la plus courante est le réquisitoire introductif d’instance. En matière civile.Droit Processuel Patrice HILT Section première : La notion de délai raisonnable La Cour européenne des Droits de l'Homme mène toujours un raisonnement en deux temps : dans un premier temps. Par exception. B. mais au jour où la décision définitive a été exécutée. Lorsqu’elle est venue poser ces règles. La Cour considère dès lors qu’il ne faut plus se placer au jour où la décision définitive a été rendue. la Cour a fixé. il est des hypothèses où il faut se placer avant la requête. de s’adresser à une autorité administrative indépendance. la procédure est jalonnée d’actes procéduraux. qui correspond à la requête. Dans une telle hypothèse. c'est-à-dire au jour de l’acte introductif d’instance du premier juge. notamment lorsque le justiciable était obligé. La date est généralement la date d’acte de poursuite. avant de pouvoir saisir le juge. §1er – Le calcul de la durée d’une procédure Le calcul de la durée d’une procédure n’est pas facile. pour calculer la durée de celle-ci. le point de départ se situe au jour de la saisine de la juridiction compétente au premier degré. les deux moments de la procédure qu’il convient de prendre en considération. a Arrêt Hornsby c. mais au jour où l’autorité administrative a été saisie. En matière pénale. elle va calculer la durée exacte de la procédure. si cette durée est raisonnable ou non. En effet. Le dies a quo Le point de départ se situe à un moment qui diffère en fonction de la matière envisagée. Le point de départ de la procédure est appelé le dies a quo. le point de départ ne se situera plus au jour de la requête formée au juge administratif. elle va apprécier. A. 19 mars 1997 83 . La Cour européenne des Droits de l'Homme est venue préciser ce que l’on appelle les règles de computation de la durée d’une procédure. Dans un second temps. le jour de la saisine est celui du jour où le requérant a fait l’objet d’une accusation pénale. qui correspond souvent à l’assignation. le point d’arrivé étant le dies a quen. En matière administrative. la date de notification officielle. avec minutie. in concreto. Grèce. Le dies a quen Depuis 1997. ce point de départ se situe également au jour de la saisine de la juridiction compétente au premier degré. il faut d’abord saisir la Commission d’accès aux documents administratifs. Lorsqu’un justiciable demande l’accès à des documents administratifs et que la collectivité oppose un refus. un arrêt de la Cour a opéré le revirement d’une pratique antérieurea.

Est réputée complexe l’affaire mettant en œuvre une règle de droit incertaine dans son champ d’application. n’est pas complexe le droit social ou le droit commercial 84 . toutes les données. ou le fait d’avoir choisi. préalablement. le critère lié au comportement des autorités compétentes. en fonction de la difficulté de la preuve à rapporter. Le comportement des autorités compétentes Par l’expression « autorité compétentes ». la conciliation ou la médiation. la Cour désigne les juges et l’Etat dans lequel l’affaire a été traitée. déraisonnable dans une autre. le critère lié à l’enjeu du litige. 1. B. du 28 juin 1978. dans le détail. Le comportement du requérant Il peut. plus longue pourra être la durée de la procédure. Plus le juge aura été dynamique dans le jugement du dossier. La Cour a posé plusieurs critères.Droit Processuel Patrice HILT §2nd – L’appréciation du caractère raisonnable Lorsque la durée exacte de la procédure est déterminée. pendant son écoulement. plus long sera le délai raisonnable de la procédure. A. a Par exemple. Le comportement des juges Il faut prendre en considération le comportement des juges. le juge a laissé « trainer le dossier ». Plus ces données sont complexes. Cette appréciation doit se faire in concreto. La complexité de l’affaire Les juges européens analysent. ou en raison du degré de technicité de la matière abordéea. Par exemple. Une même durée peut donc être raisonnable dans une affaire. le critère lié au comportement du requérant. le requérant qui tarde à communiquer les pièces nécessaires à l’instruction. la Cour a considéré que cette appréciation doit se faire en fonction du critère lié à la complexité de l’affaire. ou en raison de la difficulté des procédures en cours. Lorsque. il serait malmené de se plaindre de la lenteur dont il est lui-même la cause. si cette durée a été consacrée à la réflexion des juges sur la question posée. A l’inverse. ou le comportement qui se traduit par l’exercice abusif de voies de recours . de la dimension internationale de l’affaire. la Cour va apprécier son caractère raisonnable. Dans cette affaire. dans certains cas. de fait comme de droit. Elle ne sera pas acceptable si. être la cause d’une lenteur procédurale. C. par son comportement. en fonction des circonstances de l’espèce. le requérant a ralenti le cours de la justice. affirmés dans l’arrêt König c. Il a été décidé que la complexité d’une affaire s’apprécie en fonction du nombre de personnes impliquées. le requérant qui est absent à toutes les audiences. On peut admettre qu’une durée est acceptable. il ne peut être reproché à un requérant d’avoir saisi une juridiction incompétente. a un comportement critiquable le justiciable qui change d’avocat au cours d’une même instance . RFA.

Etaient impliquées par des personnes atteintes du SIDA. 21 mai 1997 85 . contaminées par transfusion sanguine. Dans certains cas. Ce pourcentage contribue à l’engorgement de la Cour européenne des Droits de l'Homme. En tête figure l’Italie (condamnée 75 fois). Section seconde : Les remèdes pour accélérer les procédures Plusieurs remèdes ont été proposés. Il fallait réfléchir à un système permettant que les requêtes répétitives puissent être rejugées rapidement. Quelques remarques liminaires s’imposent. Elle pourrait attribuer. à prendre en considération. Une fois la décision passée en force de chose jugée. la Cour n’a pas le pouvoir d’annuler une décision rendue à la suite d’une durée déraisonnable. De même. les arrêts de condamnation sont extrêmement fréquents. concernant le délai de procédure. Les Etats doivent donc impérativement organiser leurs systèmes judiciaires. Un arrêt X c. un justiciable avait saisi le juge italien des référés afin d’empêcher la destruction d’un immeuble. dans le cadre d’une procédure simplifiée. les requérants étaient déjà tous décédés. à celui qui a pâti d’une durée déraisonnable. la Cour a fixé une règle de calcul des dommages-intérêts qui sont dus à un plaideur victime d’une procédure déraisonnable. Par année de retard. elle aussi. L’Italie. Lorsque la durée d’une procédure est jugée déraisonnable. France a été rendu par la Cour européenne le 31 mars 1992. en hommes et en matériel. Italie. Le protocole réforme la procédure : lorsqu’il entrera en vigueur. les juridictions de leur pays afin que la justice soit rendue dans un délai raisonnable. les Etats ont une véritable obligation de résultat. souvent condamnée en la matière. a Affaire Cohez c. Près de 60% des décisions rendues par la Cour concernent la question du délai raisonnable de la procédure. Les Etats parties ont décidé de réagir par un protocole additionnel n°14 adopté le 12 mai 2004. Dès lors. des dommages-intérêts. L’enjeu du litige Il faut prendre en considération les conséquences de l’affaire sur la vie personnelle et professionnelle du requérant. l’arrêt Cériello c. Dans un arrêt de 2004. toutes les affaires répétitives seront tranchées par une formation restreinte de la Cour. la somme de 1 000 à 1 500€ constituait une juste et équitable réparation. afin que les juridictions puissent pleinement remplir l’exigence de célérité. La Cour européenne se montre sévère dans la mesure où elle considère qu’en la matière. les Etats doivent doter. France. invoque notamment un motif de manque de crédits. Cependant. La justice avait mis 15 ans pour leur attribuer une indemnité. la Cour européenne des Droits de l'Homme prononce un arrêt de condamnation. D. Les conséquences auraient du pousser la justice française à rendre une décision plus rapidementa. l’enjeu du litige doit conduire les autorités judiciaires d’un pays à un comportement particulièrement dirigeant.Droit Processuel Patrice HILT 2. du 26 octobre 1999. Le comportement de l’Etat L’attitude de l’Etat est. composée de trois juges. De plus. posée par la Convention européenne des Droits de l'Homme.

il existe une vingtaine de référés différents. les procédures accélérées se multiplient en France. une procédure expéditive serait également contraire au délai raisonnable. l’exigence d’un délai raisonnable doit valoir dans toutes les hypothèses. Question s’est posée de savoir si la procédure de référé mettait le droit civil en conformité au délai raisonnable. ou lorsque le procureur estime que pour tel délit.Droit Processuel Patrice HILT En droit français. le prévenu est jugé a b Articles 808 et suivants du code de procédure civile. tendant à obtenir d’un juge unique le prononcé de mesure conservatoires ou de remise en état. Tout d’abord. qui permet aux justiciables d’obtenir une réponse judiciaire rapide. soit au domicile du jugea. même les jours fériés. une procédure trop longue est contraire au délai raisonnable de la procédure. Par exemple. A l’inverse. le référé-instruction. Cette procédure d’urgence peut être mise en œuvre à tout moment. Il existe. la France a choisi de mettre en place des procédures accélérées dans tous les contentieux. §1er – La mise en place de procédures accélérées Depuis quelques années. qui s’imposent pour prévenir un dommage imminent. pour les mêmes raisons qu’en contentieux civil. soit en audience. une procédure accélérée. le référé. 86 . Le référé se définit comme une procédure rapide et simplifiée. avec des conditions et des procédures différentes : le référé-suspension. une très grande diversité que n’a pas le référé civil : en droit administratif. Or. D’une part. le juge des référés ne peut prendre qu’une décision provisoire. ces procédures d’urgence sont multiples. le référé ne peut être mis en œuvre que dans certaines conditions strictement définies par le code de procédure civile. le référé-conservatoire. il appartient à la partie la plus diligente de saisir le juge du fond. Dans le contentieux administratif. le prévenu est traduit sur le champ devant le tribunal correctionnel. tant à l’égard d’un juge qui se montrerait trop lent qu’à l’égard d’une partie manquant de dynamisme dans la participation au procès. Or. elle a choisi de poser des règles procédurales nouvelles. le référé-liberté. en matière pénal existe la procédure de comparution immédiate : selon cette procédure. il existe. le référé. elle a posé des sanctions pouvant être prises. De plus. le référé-provision. ou pour faire cesser un trouble manifestement illicite. le référé administratif présente. Il faut un flagrant délit avec une peine maximale de moins de sept ans . en procédure civile. dès lors qu’il a commis l’un des délits énumérés par le code de procédure pénaleb. Cela a amené la Cour européenne des Droits de l'Homme sur la réflexion selon laquelle il faut prendre garde de ne pas tomber dans l’excès inverse : assurément. Elles peuvent être classées en trois catégories. Tout ce qui a été décidé par le juge des référés ne vaudra que jusqu’à la décision rendue au fond. Cependant. le délai raisonnable exige qu’une décision rendue rapidement le soit définitivement. En matière pénale. là encore. Lorsque le juge des référés a rendu son ordonnance. D’autre part. cela ne met pas forcément le droit français en conformité avec l’exigence d’un délai raisonnable. Même s’il existe vingt référés différents. le législateur a proposé plusieurs solutions. dans sa globalité. En principe. les charges réunies par lui sont suffisantes pour que l’affaire soit jugée en l’état. Article 393 du code de procédure pénale. Enfin.

d Sans qu’il ne puisse modifier la proposition de peine du procureur. b 87 . il communique au président du tribunal de grande instance le dossier ainsi que ses réquisitions. l’acceptation fera l’objet d’un procès verbal. pourra. l’action publique est éteinte.Droit Processuel Patrice HILT le jour même de la commission de l’infraction. lorsque la comparution immédiate est impossible. le prévenu sera jugé. Si l’ordonnance pénale n’est pas contestée par l’opposition. Si l’auteur du délit accepte la proposition. §2nd – L’adoption de nouvelles règles procédurales a Articles 41-1 et suivants du code de procédure pénale. sans débat préalable. qui « officialise » la transaction qui devra être validée par le président du tribunal de grande instance. Le prévenu jugé en comparution immédiate peut refuser d’être jugé sous ces conditions. on évitera le schéma classique de la procédure pénale . Cette justice paraît expéditive. Cette procédure suppose que les faits reprochés au prévenu soient établis et que les renseignements concernant la personnalité du prévenu soient suffisants pour permettre au juge de fixer la peine. Une quatrième procédure est la comparution sur reconnaissance préalable de culpabilitéc. Pour que cette procédure puisse être possible. elle devra être exécutée. Par exception. insérés par une loi de 2004. au plus tard. Il appartiendra dès lors au parquet de choisir ou non la voie de l’ordonnance pénale. Une seconde procédure est la composition pénale a. Le président peut refuser de valider la transaction. sorte de transaction qui permet au procureur de la République de proposer à une personne majeure qui reconnaît avoir commis un délit ou une contravention d’effectuer certaines mesures librement choisies par le procureur. si l’un ou l’autre estime que la décision rendue par le tribunal de grande instance est trop clémente ou trop sévère. le procureur choisit entre la poursuite et la peine. selon l’article 396. Une troisième procédure accélérée est celle de l’ordonnance pénaleb. Sont soumis à cette procédure les délits punis d’une peine d’amende ou d’une peine d’emprisonnement d’une durée inférieure ou égale à cinq ans. Si le parquet choisit la voie de cette ordonnance. Articles 495 et suivants du code de procédure pénale. notamment lorsque la sanction proposée par le procureur et acceptée par l’auteur est trop sévère ou pas assez. par une ordonnance pénale motivée. qui ne s’applique qu’au prévenu majeur au jour de l’infraction. si elle est acceptée par l’auteur de l’infraction. Ainsi. sera soumise au président du tribunal de grande instance pour homologation d. Lorsque le président homologue. la procédure ordinaire aura lieu. S’il la refuse l’action publique pourra à nouveau être réengagée. Le procureur peut recourir à cette procédure. C’est ce président qui. La décision du président ne peut faire l’objet d’aucun recours. soit à la demande même de l’auteur des faits. l’auteur des faits devra exécuter la peine qu’il a acceptée. Lorsque les faits sont reconnus. le procureur propose au coupable d’exécuter une ou plusieurs peines principales ou complémentaires. Il s’agit d’une offre de peine qui. il faut que la personne reconnaisse les faits qui lui sont reprochés. La procédure classique interviendra. Cette procédure ne s’applique pas aux mineurs. A ensuite lieu la composition pénale. Le prévenu et le parquet peuvent former opposition à l’ordonnance. condamner le prévenu à une ou plusieurs peines qu’il aurait librement choisies. Lorsque l’auteur des faits accepte cette proposition. Ici. si le prévenu refuse d’être jugé en comparution immédiate. le deuxième jour ouvrable suivant. soit d’office. c Articles 495-7 et suivants du code de procédure pénale.

Dans l’intérêt d’une bonne administration de la justice. En matière administrative. mais uniquement les dernières conclusions. 88 . et trancher. déposer une plainte simple auprès du procureur de la République . aux faits de l’espèce. en principe. ait lui-même statué sur l’action publique. la procédure est deux fois plus rapide. précisément. lesquelles doivent récapituler. En matière civile. les prétentions. tout ce qui n’est pas repris dans les dernières conclusions est réputé abandonné par les partiesb. cette simplicité aboutissait à un encombrement de la justice d’instruction. La justice civile en est accélérée. lui-même. Statistiquement. a été posée par la loi du 5 mars 2007. les moyens présentés ou invoqués dans leurs conclusions antérieures »a. l’ensemble des conclusions déposées depuis sa saisine. la personne qui souhaite constituer partie civile ne peut plus directement s’adresser au doyen des juges d’instruction. dans son analyse. depuis le décret de 1998. il peut décider de rendre un arrêt de cassation sans renvoi. Elle devra. qui était remboursée uniquement en cas d’ordonnance de renvoi. depuis la loi du 5 mars 2007. §3ème – La sanction de l’inertie du juge et des parties L’inertie du juge est sanctionnée sur le fondement de l’article L141-1 du code de l'organisation judiciaire. Depuis un décret du 28 décembre 1998. les parties au procès civil doivent désormais « reprendre. Jusqu’à cette loi. deux règles ont été adoptées pour accélérer le cours de la justice civile.Droit Processuel Patrice HILT La France a également mis en place des règles nouvelles de procédure. Depuis la loi de 2007. Avant. Une personne portait plainte avec dépôt d’une somme d’argent. le criminel ne tient plus le civil en état. dans leurs dernières conclusions. Cette règle imposait au juge civil de surseoir à statuer jusqu’à ce que le juge pénal. dans une même affaire. les deux peuvent immédiatement trancher. la solution de droit qu’il vient de retenir. Cependant. l’article 4 a été modifié : désormais. juges civil et pénal sont saisis. l’article 4 du code de procédure pénale posait. qui aboutissait lui-même à une lenteur de la justice. En matière civile. lui-même. l’ensemble des conclusions antérieures. depuis quelques années. dans la mesure où celui-ci. Maintenant. lorsque. toute personne pouvait poser une plainte avec constitution de partie civile. La violation de la règle du délai raisonnable constitue une faute a b Articles 753 et 954 du code de procédure civile. Le juge se trouve avec moins de documents à analyser . le criminel ne tient plus le civil en l’état . saisi de la même affaire. n’a plus à prendre en compte. En matière pénale. le Conseil d'Etat peut casser sans renvoi et appliquer. La loi du 5 mars 2007 a posé une condition de recevabilité de la constitution de partie civile. l’affaire au fond. une règle procédurale nouvelle. désormais. le principe selon lequel le criminel tient le civil en l’état. dans un premier temps. ce n’est que si ce procureur a placé cette plainte sans suite ou n’y a pas répondu dans un délai de trois mois que la personne ayant déposé plainte pourra déposer plainte auprès du doyen des juges d’instruction. Cette nouvelle obligation facilite le travail du juge. lorsque le Conseil d'Etat est saisi d’un pourvoi en cassation.

soit par la péremption de l’instance. La partie peut réveiller l’affaire en prouvant au juge l’accomplissement des diligences dont l’absence avait justifié la radiation. exercer une action récursoire contre le juge qui manquerait de diligence. Sous-titre 2 : Les principes relatifs aux acteurs du procès Chapitre I : Les principes fonctionnels relatifs aux parties Le droit processuel reconnaît aux parties à un procès un florilège de droits. La Cour de cassation précise que la péremption éteint l’instance rétroactivement. elle peut être sanctionnée. Ces droits peuvent être recoupés en deux catégories . soit par la radiation de l’affaire du rôle. Si l’instance est périmée. l’instance est périmée lorsqu’aucune partie n’a accompli de diligence pendant deux ans. La décision de radiation ne produit. il peut.Droit Processuel Patrice HILT lourde du service public de la justice. Lorsqu’une partie est interne dans la conduite du procès. provoquée par l’inactivité prolongée des parties ou de leurs conseils. notamment qu’a lieu une décision de radiation. L’affaire n’est que mise en sommeil et l’instance demeure. 89 . certains droits profitent aux parties pendant le procès. Le justiciable peut engager la responsabilité de l’Etat en raison du disfonctionnement du service public de la justice. Le but est souvent atteint. tandis que d’autres profitent aux parties à l’issue du procès. c’est l’instance elle-même qui s’éteint. Selon ce texte. Le domaine a b Article 381 du code de procédure civile. le droit à être présumée innocente. Si l’Etat est condamné. nd Sous-chapitre I : Les droits qui profitent aux parties pendant le procès Pendant le procès. La seconde sanction est la péremptionb. qu’un effet limité. la radiation du rôle est une décision par laquelle le juge décide de retirer l’affaire du rang des affaires en coursa. les parties se voient essentiellement reconnaître deux droits processuels : chaque partie a. à certains égards. Article 386 du code de procédure civile. tout d’abord. En procédure civile. cependant.

§1er – Le rôle du juge en matière de preuve Dire que la preuve incombe à celui qui agit a pour conséquence d’interdire au juge de suppléer la partie défaillante dans le débat probatoire. certains normes posent des présomptions de culpabilités : sont-elles contraires à la présomption d’innocence. Cette règle indique que. mais correspond. les magistrats du siège peuvent toujours compléter les preuves apportées par le ministère public. Cependant. la charge de la preuve incombe à l’imputation. notamment avec l’article 6 de la Convention européenne des Droits de l'Homme. le juge d’instruction peut donc compléter les preuves apportées par le ministère public. Il appartient. y compris civil et administratif. de même qu’en matière civile. au ministère public. de rapporteur la preuve de la culpabilité de la personne poursuivie. Le principe de la présomption d’innocence est consacré par les normes processuelles. est-ce à dire que le juge n’a aucun rôle à jouer dans le débat probatoire ? D’autre part. Tel est le cas en matière civile et administrative. la preuve. avant toute chose. au demandeur à l’allégation de prouver le fait qu’il allèguea. le juge doit débouter la personne et relaxer le prévenu. au lieu et place du demandeur à l’allégation. selon le Conseil d'Etat. il appartient au ministère public de rapporter la preuve. La preuve incombe à celui qui agit. il a le droit d’intervenir pour rechercher les preuves complémentaires. En matière pénale. La Cour européenne des Droits de l'Homme a étendu le champ d’application de ce droit à tous contentieux. Les parties ont également le droit à un procès équitable. En matière civile. le droit administratif indique expressément que c’est au demandeur à l’allégation de prouver le fait allégué. Ce principe fondamental est inscrit dans l’article préliminaire du code de procédure pénale. En matière pénale. dans toutes les procédures.Droit Processuel Patrice HILT naturel du droit à la présomption d’innocence est le contentieux pénal. durant l’audience de jugement. Si aucune preuve n’est rapportée. en vertu de ce droit. Ce principe pose. De même. Le juge ne peut pas rechercher la preuve. à un principe général du droit administratif. préalablement. une règle de preuve. Dès l’instant où le juge français a le commencement de preuve. il appartient. a Article 1315 du Code civil. Cette règle est strictement observée par le droit français. Il n’est pas possible. Il a un rôle supplétif dans la recherche des preuves. puisque la preuve incombe à celui qui agit. de reprocher un acte ou un fait à une personne sans en avoir rapporté. 90 . Deux questions peuvent se poser : d’une part. en matière pénale. En matière administrative. pareillement. On a coutume de dire que le demandeur à l’allégation doit rapporter un commencement de preuve. le juge peut compléter les preuves. dans la plus part des systèmes juridiques européens. Cette règle n’a pas été codifiée dans le code de justice administrative. Section première : Le droit à la présomption d’innocence Chaque partie a le droit d’être présumée innocente : ce droit s’applique à tous les contentieux.

lorsque trois conditions se trouvent cumulativement réuniesa. Le législateur national peut donc poser une présomption de culpabilité lorsque sans elle. Troisièmement. Troisièmement. On doit toujours pouvoir renverser la présomption de culpabilité. il appartiendra à la partie attaquée de prouver que ce fait n’existe pas. La Cour poursuit : est assurément condamnable une présomption de culpabilité dont la preuve contraire est impossible à rapporter. le détenteur de marchandises de fraudes est réputé responsable de la fraude. ont été introduites frauduleusement sur le territoire national. La présomption de culpabilité doit être justifiée par un enjeu important. la présomption de culpabilité ne doit jamais être irréfragable.Droit Processuel Patrice HILT §2nd – Les présomptions de culpabilité La présomption de culpabilité opère un renversement de la charge de la preuve : lorsqu’une telle présomption est posée. la partie a droit à un procès équitable. Deuxièmement. en principe. selon l’article 392 du code des douanes. France 91 . le procès équilibré auquel chacune des parties a droit est celui dans lequel est assurée l’égalité des armes. Section seconde : Le droit à un procès équitable Pendant le procès. Que faut-il entendre par procès équitable ? Contrairement à ce que l’on pourrait penser. les marchandises saisies par les douaniers. afin que la présomption d’innocence ne soit pas vidée de sa substance ». En droit français. 7 octobre 1988. l’article 221-6 du code pénal répute proxénète celui qui ne peut justifier de ressources correspondant à son train de vie tout en vivant avec une personne qui se livre habituellement à la prostitution. La Cour européenne des Droits de l'Homme a eu une position nuancée à l’égard de cette présomption : selon cette Cour. la preuve serait trop difficile à rapporter pour le demandeur à l’allégation. le procès équitable n’est pas forcément un procès juste. Selon l’article 418 du code des douanes. d’après la Cour. En dernier exemple. une présomption de culpabilité peut être admise de façon exceptionnelle. Est un enjeu important la volonté de ne pas compromettre les intérêts financiers de l’Etat. la présomption de culpabilité doit être « enserrée dans des limites raisonnables. la présomption est effectivement. Est un enjeu important la volonté d’assurer le bon fonctionnement de la justice. contraire au droit processuel. Toutefois. Très concrètement. Salabiaku c. Au sens du droit processuel. l’article L21-1 du code de la route fait peser les infractions à la règlementation du stationnement du véhicule sur le titulaire du certificat d’immatriculation du véhicule. sans titre de circulation. le procès équitable est le procès équilibré. Selon la Cour européenne des Droits de l'Homme. il n’appartient plus au demandeur à l’allégation de prouver le fait allégué . chaque partie au procès doit avoir « la possibilité raisonnable a CEDH.

et doit pouvoir se défendre comme elle l’entend. la partie doit être parfaitement informée du procès qui lui est fait. Sous-section première : Le droit d’exposer sa cause Ainsi. Pour qu’il puisse en être ainsi.Droit Processuel Patrice HILT d’exposer sa cause au tribunal. chaque partie doit se voir communiquer les différentes pièces de la procédure. A. La partie doit être informée du procès qui lui est fait Cette règle a été posée dans l’arrêt T c. a Arrêt Dombo-Beheer c. Italie. dès l’introduction de l’instance. Recevoir l’information Deux types d’informations doivent être principalement communiqués aux parties à un litige : tout d’abord. quel que soit le contentieux considéré. précisent les juges européens. et présenter ses preuves. dans des conditions identiques. Dans le contentieux civil Le droit d’être informé du procès qui est fait est expressément annoncé à l’article 14 du code de procédure civile : « nulle partie ne peut être jugée sans avoir été appelée ». doit être détaillée. Pendant le déroulement de l’instance. Pays-Bas. le droit d’exposer sa cause implique deux autres droits : le droit d’être informé de la procédure et le droit de se défendre. selon la Cour. Ainsi. une partie doit pouvoir faire connaître à son adversaire et au juge les éléments qui sont nécessaires au succès de leur prétention. dans des conditions qui ne la placent pas dans une situation de net désavantage. Ainsi. Dans cet arrêt. Enfin. §1er – Le droit d’être informé de la procédure Au nom de ce droit. la forme de l’information importe peu. 1. chaque partie au procès doit non seulement recevoir les informations concernant le litige dans lequel elle est impliquée. par rapport à son adversaire »a. mais également être en mesure de les comprendre. Italie. chaque partie doit savoir ce qui lui est reproché. a. Ces exigences sont satisfaites en droit français. 27 octobre 1993 92 . selon l’arrêt T c. Cette information. du 12 octobre 1992. et donnée dans un court délai. Finalement. la Cour énonce expressément que « le droit à un procès équitable implique le droit d’être informé de la nature et de la cause de l’accusation ». le procès équilibré est celui dans lequel chaque partie peut exposer sa cause. y compris ses preuves.

Ce recours consistera à demander la rétractation de la procédure sur requête. C’est cette requête qui contient les informations a Dans l’assignation. Deuxièmement. le procès administratif ne débute pas par une assignation. dans deux hypothèses. parce que. Techniquement. ici aussi. le défendeur est. 93 . l’opposition est une voie de recours extraordinaire. b Article 496 du code de procédure civile. par un recours appelé l’opposition . Premièrement. la procédure sur requête n’est ouverte que dans des circonstances exceptionnelles. la partie ne sera pas informée du procès qui lui est fait. par la procédure sur requête. mais la doctrine estime que même si en procédure sur requête. L’assignation a pour objet. l’assignation comportera une information détailléea. Cette procédure permet à une personne d’obtenir du juge une décision contre son adversaire. C’est l’hypothèse où l’huissier ne parvient à transmettre l’assignation au défendeur. l’assignation. n’ayant pas été avisé personnellement de la procédure dirigée contre lui. certains auteurs affirment que la procédure est conforme au droit à un procès équitable. Dans le contentieux administratif En matière administrative. L’assignation est règlementée par le code de procédure civile. la procédure sur requête est organisée à l’article 493 du code de procédure civile. Tout d’abord. le défendeur peut faire rétablir. en matière civile. le recours à cette procédure reste limité : l’atteinte à la règle du procès équitable paraît minime. selon la loi. dans la mesure où le droit du défendeur du droit à l’information peut être rétabli a posteriori : en matière de requête. L’opposition oblige le juge qui a rendu la décision par défaut à rejuger. précisément. Ainsi. le défendeur trouvera la juridiction devant laquelle la demande est portée. le fait de rendre une décision à l’insu du défendeur n’a pas été recherché par le demandeur. La doctrine civile affirme que la procédure du défaut est conforme au droit à un procès équitable. Il existe une différence procédurale : le procès civil débute par une assignation. ce dernier. aux articles 57 et suivants. le défendeur qui n’a pas été averti de la procédure qui est dirigée contre lui bénéficie d’un recours. b.Droit Processuel Patrice HILT le défendeur doit nécessairement être informé des demandes qui sont dirigées contre lui. l’objet de la demande qui émane du demandeur. Faut-il pour autant conclure que la procédure sur requête est contraire au droit à un procès équitable ? La Cour européenne des Droits de l'Homme n’a jamais été saisie. Toutefois. un exposé des moyens de fait. afin qu’il puisse participer au débat et présenter sa défense. lorsqu’un époux qui s’estime victime d’adultère peut demander au président du tribunal de grande instance l’autorisation de faire constater l’adultère de son conjoint par constat d’huissier. un exposé des moyens de droit. lorsqu’un procès civil est fait contre une personne. L’exemple classique de la procédure sur requête est celui du constat d’adultère. entièrement. l’adversaire n’est pas informé. avisé du procès qui lui est intenté. devant le juge même qui a rendu cette ordonnanceb. c Article 571 du code de procédure civile. a posteriori. Une seconde hypothèse est la décision rendue par défaut : c’est la décision qui a été rendue selon la procédure ordinaire. Cette situation doit être nettement distinguée de la procédure sur requête : en l’espèce. cette procédure demeure conforme au droit à un procès équitable. là encore. son droit de prendre connaissance du procès qui lui est fait. mais en l’absence du défendeur . l’affairec. sans que celui-ci n’ait été en mesure de faire valoir sa défense. mais par une requête déposée au greffe de la juridiction administrative saisie. cette information est signifiée à cette personne au moyen d’un acte huissier. d’informer le défendeur du procès qui lui est fait .

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nécessairesa, avant d’être transmise au défendeur. En matière administrative, la requête est transmise au défendeur, non pas par huissier, mais directement par le greffe de la juridiction administrative. c. Dans le contentieux pénal En matière pénale, le prévenu ou l’accusé est, une nouvelle fois, informé du procès qui lui est intenté. L’information lui est transmise à quatre moments différents de la procédure pénale : l’enquête préliminaire, les poursuites, l’instruction et le jugement. Pendant l’enquête préliminaire, selon le code de procédure pénale, le prévenu ou accusé est avisé du procès qui lui est fait. Elle précède l’instruction ; lors de l’enquête, il appartiendra au procureur de la République de renseigner utilement la personne poursuivie de ce qui lui est reproché. Si, pendant cette enquête, la personne est placée en garde à vue, les motifs de cette garde à vue doivent également être transmis à la personne gardée à vueb. Lorsque l’enquête se termine, il appartiendra au procureur de décider s’il souhaite poursuivre ou non les poursuites. Au moment des poursuites, le prévenu ou l’accusé est, une seconde fois, avisé du procès qui lui est fait. En effet, le code de procédure pénale précise que toute personne poursuivie par le ministère public a toujours le droit de connaître le contenu des poursuites qui sont dirigées contre elles. Si les poursuites sont suivies de l’instruction, le prévenu ou l’accusé, mis en examen, est, une troisième fois, avisé du procès qui lui est faitc. Au moment du jugement, le prévenu ou l’accusé est, une nouvelle fois, avisé du procès qui lui est faitd.

2. La partie doit se voir communiquer les pièces de la procédure
Le droit à un procès équitable suppose également que, pendant le déroulement de l’instance, chaque partie puisse prendre connaissance des différentes pièces de la procédure. Il a été posé, pour la première fois, dans l’arrêt Werner c. Autriche, du 24 novembre 1997. a. Un droit effectif en apparence Globalement, le droit de se voir communiquer les pièces de la procédure est reconnu aux parties en France, quel que soit la procédure envisagée. Par exemple, en matière civile, deux textes du code de procédure civilee mettent, expressément, à la charge de chaque partie, une obligation de communiquer à l’adversaire l’ensemble des pièces dont elle entend se servir, afin que l’adversaire puisse les examiner, et, le cas échéant, les contester.
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R411-1 du code de justice administrative : « Toute requête doit indiquer ce qui est reproché au défendeur, en fait et en droit, ainsi que les arguments de nature à justifier la demande du requérant ». b Article 63-1 du code de procédure pénale. c Article 116 du code de procédure pénale : « Lors de l’interrogatoire de première comparution, le juge d’instruction doit constater l’identité de la personne et doit lui faire connaître expressément chacun des faits dont il est saisi et pour lesquels cette personne a été mise en examen ». d Article 406 du code de procédure pénale : « Devant toutes les juridictions pénales de jugement, le président doit ouvrir les débats, en indiquant au prévenu ou à l’accusé le contenu de l’acte saisissant sa juridiction » ; acte qui mentionne obligatoirement les faits reprochés ainsi que les textes de loi qui les répriment. e Articles 15 et 132 du code de procédure civile.

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Lorsque les parties ne respectent pas les obligations, il appartiendra au juge d’intervenira. Ce juge peut intervenir de deux matières différentes : d’une part, le juge peut enjoindre à une partie de communiquer une ou plusieurs pièces à son adversaire. L’injonction peut être assortie d’un délai ou d’une astreinte. Le juge peut également décider d’écarter des débats les pièces qui n’ont pas été communiquées, voire celles qui n’ont pas été communiquées en temps utile. En matière pénale, il en va de même ; toutes les pièces de la procédure sont également communiquées à toutes les parties. Certes, l’instruction n’est, en principe, pas contradictoire, mais toutefois, pour respecter le droit des parties de se voir communiquer les pièces de la procédure, la loi du 15 juin 2000 a modifié l’article 116 du code de procédure pénale : « La personne mise en examen, ainsi que son conseil, peuvent consulter le dossier d’instruction, à tout moment ». Il existe une limite : pour pouvoir consulter le dossier d’instruction, la partie doit être obligatoirement être accompagnée par son avocat. En contentieux administratif, ce droit est respecté, dans sa globalité : le code de justice administrative opère une distinction entre les pièces que l’on désire se faire communiquer ; entre les mémoires, et les autres pièces. Schématiquement, s’agissant des mémoires, une copie intégrale en est communiquée à chacune des parties par le greffe de la juridiction. Tous les mémoires sont donc communiqués aux parties. Par ailleurs, concernant les autres pièces, une copie en est également communiquée à chacune des parties par les soins du greffe, sauf dans une exceptionb. b. Un droit perfectible Dès lors qu’un droit refuse la communication d’une seule pièce, il doit être considéré comme incompatible avec l’article 6§1er de la Convention européenne des Droits de l'Homme. α. La production de nouvelles pièces En matière pénale, il est admis que le ministère public puisse produire, à l’audience, tous les documents nouveaux qui lui paraissent utiles, sans avoir à les communiquer préalablement à la personne poursuivie. Cette possibilité a été admise par la Chambre criminelle de la Cour de cassation. A l’évidence, et selon la Cour européenne des Droits de l'Homme, cette possibilité ouverte au ministère public méconnait le droit, pour les parties, d’avoir accès aux pièces de la procédurec. Pour autant, le législateur français n’a pas tenu compte de cette condamnation : la chambre criminelle continue à affirmer que le parquet peut produire à l’audience une pièce nouvelle, sans pourtant l’avoir communiquée préalablement à la personne poursuivie. Cela n’est pas possible en matière civile : lorsque, dans un procès civil, le juge a prononcé la clôture de l’instruction, les parties ne peuvent plus déposer de nouvelles conclusions, ni produire de nouvelles piècesd. En principe, en matière administrative, aucune pièce nouvelle ne peut être produite après la clôture de l’instructione.
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Article 116 du code de procédure civile. Article R611-6 du code de justice administrative : « Lorsque les pièces sont trop volumineuses, les parties sont simplement avisées par le greffe de l’existence de ces pièces ». Ici, les pièces ne sont pas communiquées aux parties, mais celles-ci pourront les consulter, dans les locaux du greffe, à tout moment. c Arrêt Kuopila c. Finlande, 27 avril 2000 : « Toute communication de pièces nouvelles, pendant l’audience, même sans incidence démontrée sur la décision, doit entraîner la réouverture des débats », pour que ces pièces nouvelles puissent être communiquées aux différentes parties, avant le jugement. d Article 783 du code de procédure civile. e Article R613-3 du code de justice administrative.
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Droit Processuel β. Les réquisitions du ministère public

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En matière pénale et en France, il n’est pas d’usage que le ministère public transmettre au prévenu ou à l’accusé ses réquisitions « antérieurement à leur soutenance à l’audience ». Cet usage va, là encore, à l’encontre du droit à un procès équitable ; en effet, il n’est pas admissible, selon la doctrine pénale, qu’à l’audience, le ministère public puisse assener le prévenu ou l’accusé d’arguments de droits que celui-ci ne pourra pas discutera. En France, la personne poursuivie se voit reconnaître un droit : celui d’une suspension d’audience. Lorsque, dans un procès pénal, le procureur formule ses réquisitions, la partie ou son conseil peut demander au président de la juridiction de jugement une suspension d’audience, afin d’avoir un certain laps de temps pour préparer sa défense à l’égard des réquisitions qui viennent d’être prononcées. Pourtant, cette possibilité est-elle de nature à mettre le droit français en conformité avec l’article 6§1er ? L’arrêt Bulut a répondu par la négative : il semble écarter la suspension d’audience en tant que solution à l’exigence d’information. De plus, la suspension d’audience n’est pas souvent accordée par le président de la juridiction de jugement : en moyenne, cette suspension dure quinze minutes. γ. Les conclusions du ministère public Ces conclusions, en matière civile, obéissent à un double régime : devant les juridictions civiles du fond, le ministère public ne transmet jamais ses conclusions aux parties, avant l’audience. Par application de la jurisprudence Bulut, il faut conclure à la méconnaissance du droit à un procès équitable. Pourtant, la Cour de cassation semble nier ce principe : à plusieurs reprises, elle a affirmé que le fait, devant les juridictions civiles du fond, de ne jamais transmettre ses conclusions avant l’audience, ne peut pas être considéré comme contraire au droit à un procès équitableb. Devant la Cour de cassation, le ministère public rend également des conclusions. Là, les conclusions du procureur général ne sont jamais transmises aux parties avant l’audience. Cependant, ici, la Cour de cassation veille à ce que les parties puissent, au moins, prendre connaissance de ce qu’elle appelle « du sens général » des conclusions. Ce fait est-il conforme à l’article 6§1er ? La Cour européenne des Droits de l'Homme a décidé qu’une telle règle, de n’informer les parties que du sens général des conclusions, est conforme à l’article 6§1er. Cependant, selon la Cour, le droit à un procès équitable ne peut se suffire de la seule communication du sens général des conclusions, que si les parties ont la possibilité d’y répondre par une manière ou par une autre. Or, en droit français, une telle possibilité existe : lorsque la partie prend connaissance du sens général des conclusions, elle pourra y répondre de trois manières différentes. Tout d’abord, elle peut y répondre par l’intermédiaire de son avocat. De plus, elle peut aussi demander un report d’audience. Enfin, elle peut y répondre par la production d’une note en délibéré. En procédure civile, on appelle note en délibéré les observations écrites que les parties remettent à la formation de jugement, après la clôture des débats. A une époque, certains plaideurs ont saisi la Cour européenne des Droits de l'Homme pour affirmer que ces trois possibilités ne satisfaisaient pas au droit à un procès équitable. La Cour avait répondu que ces possibilités satisfaisaient, bel et bien, le droit à un procès équitablec.
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Arrêt Bulut c. Autriche, 22 février 1996 : « Le fait, pour le ministère public, de ne pas communiquer ses réquisitions avant leur soutenance à l’audience, est contraire au droit à un procès équitable ». b Cass. Civ. 1re, 29 mai 2001 c Arrêt Reinhardt c. France, 31 mars 1998.

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un juge particulier est chargé de rédiger un rapport sur telle ou telle affaire. B. Ce juge rapporteur existe au Tribunal de commerce. le ministère public. Devant les juridictions administratives françaises. Ce décret est venu directement modifier le code de justice administrative. pendant longtemps. à la Cour de cassation. il ne transmettait jamais ses conclusions aux parties. soit par une note en délibéré. qui reconnaît expressément aux parties à un procès administratif le droit de prendre connaissance de l’intégralité des conclusions d’un rapporteur public. la France ne s’est pas contentée de cet arrêt. Pendant longtemps. Cela a été avalisée par la Cour européenne des Droits de l'Homme : le fait. le ministère public est. soit directement à l’audience. 31 mars 1998. les parties peuvent y répondre. ni aux autres parties au procès.Droit Processuel δ. Arrêt Slimane-Kaïd c. ainsi que les moyens invoqués par chacune des parties. Ici. les textes et jurisprudences utiles à la solution. désormais. les conséquences qu’il y a lieu d’en tirer dans la décision finale. avant l’audience au cours de laquelle son affaire sera jugée. Comme devant la Cour de cassation. La Cour de cassation est intervenue. Comprendre l’information a b Arrêt Kress c. afin de modifier les pratiques françaises. devant certaines juridictions françaises. les moyens. ce rapport n’était communiqué qu’au ministère public. Le rapport du juge rapporteur Ici. ε. puisque la France a décidé. 7 juin 2001. au Conseil des prudhommes. de ne pas communiquer ce rapport à toutes les parties à l’instance est contraire à l’article 6§1er de la Conventionb. et de faciliter. cette deuxième partie ne sera communiquée. Pour la Cour de cassation. France. affirme que certaines parties du rapport sont communiquées à toutes les parties. cette noncommunication était considérée. ainsi. pour le juge rapporteur. D’après la Cour de cassation. la doctrine de référence. composée de l’avis personnel du juge rapporteur ainsi que du projet de décision de celui-ci. les principes juridiques applicables. était exercé par le commissaire gouvernement. toutefois. La première partie comprend une étude de l’affaire : les faits. comme contraire à l’article 6§1er. La modification porte sur l’article R732-1. jamais aux parties ni à leurs avocats. France. en matière administrative. exercé par un rapporteur public. La Cour de cassation. Ce rapport rappelle notamment les faits. Les conclusions du rapporteur public Patrice HILT Devant une juridiction administrative. tandis que d’autres parties ne sont communiquées à personne. 97 . depuis leur. soit par un report d’audience. avant l’audience. La Cour européenne des Droits de l'Homme avait conclu que cette pratique française était conforme à l’article 6§1er de la Convention européenne des Droits de l'Hommea. remplacé par le rapporteur public par un décret du 7 janvier 2009. la pratique est identique à celle qui existait aujourd’hui devant la Cour de cassation : le rapporteur public ne communique jamais ses conclusions. en droit français. Devant le Conseil d'Etat. cette première partie doit être communiquée à toutes les parties au procès. Un rapport du juge rapporteur comprend toujours deux parties. la prise de décision par la formation de jugement. Un rapport comprend également une seconde partie. au Conseil d'Etat. Très longtemps. la procédure. ni au ministère public. de prendre le décret du 7 janvier 2009. Le but de ce rapport est de préparer le dossier. Pendant longtemps. mais n’en communique que le sens général. Ce nouveau texte s’applique devant n’importe quelle autre juridiction administrative du fond.

Il faut également que la partie puisse lire les actes procéduraux qui la concernent. par une ordonnance du 25 août 1539. a Article 102 du code de procédure pénale. mais également durant toute l’audience de jugementb. aux frais de l’Etat. Néanmoins. Deux conséquences en découlent : tout d’abord. tel que posé par François Ier. Il en est de même en procédure administrative et en procédure civilec. toutefois. elle a droit à un interprète. le droit français est conforme au droit processuel : quel que soit le contentieux considéré. l’arrêt Kamasinski c. la partie qui ne maîtrise pas suffisamment la langue employée par le juge doit avoir le droit à un interprète. 1. selon ce texte. Ce droit. afin qu’elle puisse être en mesure de comprendre le procès qui lui est fait. un interprète est exigible lors de l’enquête préliminaire. lorsqu’une partie ne maîtrise pas suffisamment la langue française. D’autre part. cette partie doit également avoir droit à la traduction des actes de procédure. Cette règle qui impose le français a été posée par François Ier. c Article 23 du code de procédure civile : le juge n’est pas obligé de recourir à un interprète lorsque celui-ci est réclamé par une partie. le droit à un interprète a également été expressément posé à l’article 6§3 de la Convention européenne des Droits de l'Homme. jamais abrogée. l’interprète est de droit durant toute l’instruction a. Le recours à un interprète Ce droit à un interprète découle du droit à un procès équitable . langue du droit. il appartient à l’Etat de règlementer la prise en charge par un interprète. la traduction « des principales pièces de la procédure »d. b 98 . 2. et non seulement lors de l’audience du jugement. Toutefois. ou seulement de certaines pièces. Article 407 du code de procédure pénale. Ce texte dispose. En procédure pénale.Droit Processuel Patrice HILT Au nom du droit d’être informé de la procédure. dans toutes les phases du procès. Une remarque s’impose : quelle pièce est substantielle ? La Cour exige une appréciation souveraine du juge national A cet égard. Question est de savoir si ce droit est un droit à la traduction de toutes les pièces écrites de la procédure. de manière expresse. la Cour a limite le droit à la traduction « aux seules pièces substantielles de la procédure ». a toujours subsisté dans le droit. Cette partie doit avoir le droit d’obtenir la traduction des actes de procédure. d Article 344 du code de procédure pénale. Autriche. Ainsi. chaque partie au procès doit également être en mesure de comprendre les informations qui lui sont données. ce recours à un interprète est de droit pour les parties. La traduction des actes de procédure Le droit à un procès équitable ne se limite pas au droit à un interprète. que la personne en cause peut se faire assister gratuitement d’un interprète. la langue employée dans les différentes phases du procès est le français. Dans un arrêt rendu le 19 décembre 1989. lorsque lui-même connaît la langue dans laquelle s’exprime la partie. C’est l’ordonnance de Villers-Cotterêts. selon la Cour. « si elle ne comprend pas ou ne parle pas la langue employée à l’audience ». la partie qui le souhaite peut obtenir. de l’instruction ou de la mise en état. Par ailleurs. Ce droit à un interprète existe-t-il en droit français ? En France.

Ce droit comporte une exception : selon la Cour. au motif qu’elle s’estimait suffisamment éclairée par les observations écritesa. ces hypothèses sont contraires au droit à un procès équitable. b 99 . La Cour européenne a ainsi décidé qu’une cour d'appel ne pouvait refuser à un accusé de comparaître en personne. c Article 411 du code de procédure pénale. de refuser à la partie de comparaitre en personne. dès lors que cette obligation de comparution « vise à assurer une bonne administration de la justice ». les parties ont le droit de comparaitre personnellement. ainsi que le droit d’être défendu par un avocat. les parties ont également le droit de comparaître en personne. Arrêt Belziuk c. elles en ignorent la date. Le droit de se défendre personnellement Chaque partie doit pouvoir intervenir personnellement dans la procédure. ou devant la cour d'assisesd. Là encore. En contentieux pénal. l’article 16 du code de procédure civile autorise toujours les justiciables à comparaître en personne. Ce droit emporte deux conséquences. En contentieux administratif. le droit de se défendre personnellement. Ce principe comporte une unique exception. dans laquelle l’Etat peut imposer la comparution personnelle de la partie. Cette interdiction est contraire au droit à un procès équitable. il est possible. comme toute liberté publique. Toutefois. L’article 199 du code de procédure pénale dispose que « devant la chambre de l’instruction. que ce soit devant le juge d’instructionb. mais également afin de pouvoir réfuter personnellement les arguments exposés par l’adversaire. dans les instances en cassation. Dans une hypothèse. Le droit de comparaître en personne comporte. Belgique. le droit à un procès équitable signifie également qu’une personne qui refuse de comparaître ne peut être forcée à comparaître. dans la mesure où seul le droit y est jugé. 25 mars 1998 Article 607 du code de procédure pénale. devant le tribunal correctionnelc. Dès lors. et ne comparaissent pas. ce droit se subdivise en deux règles : tout d’abord. Il existe aussi un droit de refuser de comparaître au procès. Dès lors. a CEDH. y compris devant la Cour de cassation. et jamais la personne. afin de pouvoir exposer sa cause. La comparution peut être exigée pour les parties autres que les parties mises en examen. D’après la Cour. A. De plus. un volet négatif. la partie ne pourra pas comparaître en personne. Cette règle sera légitimée au regard du droit à un procès équitable. D’une part. En contentieux civil. Le droit de comparaître en personne La personne doit pouvoir assister physiquement à chaque étape de la procédure : on parle du droit à la comparution personnelle. d Article 272-1 du code de procédure pénale. la comparution personnelle n’est de droit que pour la personne mise en examen qui est détenue ». 1. il existe. en matière administrative.Droit Processuel Patrice HILT §2nd – Le droit de se défendre Pouvoir exposer sa cause implique également le droit de se défendre. la personne doit être autorisée à comparaître personnellement à son procès. des hypothèses dans lesquelles les parties ne sont pas convoquées à leur propre procès. elle a droit à prendre la parole à l’audience. pour un Etat.

Tel est le cas en France. ce libre choix peut cependant ne pas être totalement absolu. De plus. d’imposer un choix lors de la désignation d’un avocat d’office : lorsqu’une personne veut profiter de l’avocat d’office. Quatrièmement. la Cour a décidé qu’un Etat qui n’autorisait pas une partie à prendre la parole à l’audience violait l’article 6§1er de la Convention européenne des Droits de l'Homme. la personne sera obligée d’assister à l’audience. Cette règle est édictée par l’exigence d’un recours effectif à un juge. selon le juge européen. le juge administratif énoncé expressément : « aucune règle générale de procédure n’impose au juge [administratif] d’entendre les explications orales des parties ». 2. comme lors de la tentative de conciliation. En revanche. un Etat peut parfois imposer un avocat au plaideur « en fonction de ce que requièrent les intérêts de la justice et la bonne administration de celle-ci ». par là même. En droit français. la Cour européenne a 100 . en matière civile. dans le contentieux administratif. devant le Conseil d'Etat. Cette règle ne semble pas compatible avec le droit à un procès équitable. Cela se comprend aisément : la présence d’un spécialiste du droit ne peut qu’aider le plaideur dans l’exposé de sa cause. Le droit de prendre la parole Le droit à un procès équitable implique que la partie qui vient à son procès soit dans la mesure de prendre la parole à l’audience. une personne gardée à vue doit pouvoir communiquer avec son avocat de manière confidentielle. France du 23 novembre 1993. dans un certain nombre d’hypothèses. la partie qui souhaite être défendue doit pouvoir l’être par simple représentation. dès lors qu’elle ne dispose pas des moyens financiers nécessaires pour le rémunérer. Selon la Cour européenne des Droits de l'Homme. Il s’agit d’avocats aux conseils. selon l’article 309 du code de procédure pénale. en principe. le libre choix de son avocat. devant le Tribunal des conflits. quel que soit le procès intenté. Dans un arrêt Bozel rendu par le Conseil d'Etat le 11 février 1953. devant certaines juridictions. Troisièmement. La portée de ce droit a été précisée : la partie qui souhaite être défendue par un avocat doit pouvoir choisir celui-ci librement. la partie demanderesse ou défenderesse doit toujours pouvoir prendre la parole à l’audience.Droit Processuel Patrice HILT En droit français. Tel est le cas en matière pénale. le principe est le suivant : les parties ne peuvent y prendre la parole que si elles obtiennent. la partie qui souhaite être défendue par un avocat doit pouvoir s’entretenir librement avec lui. Le droit d’être défendu par un avocat Il est reconnu par le droit à un procès équitable. Dans l’arrêt Poitrimol c. selon l’article 16 du code de procédure civile. Ainsi. L’Etat imposera au demandeur un avocat spécialisé. il n’est pas interdit à un Etat d’accorder à certains avocats spécialisés un monopole de représentation. dans le cadre du divorce ou en conseil des prudhommes. Selon la Cour. Selon la Cour. pour des procédures engagées devant la Cour de cassation. l’autorisation du président de la juridiction. Ainsi. La Cour européenne reconnaît à chacun le droit d’avoir recours à un avocat. De même. sans surveillance physique ou électronique. B. A partir du moment où la partie a choisi son avocat. préalablement. les autorités nationales doivent assurer la libre communication entre l’avocat et son client. la partie qui souhaite être défendue par un avocat doit pouvoir le faire gratuitement. afin de discuter et d’exposer sa cause. En d’autres termes. cette personne perdra. il n’est pas interdit à un Etat. la communication doit être tant à la fois libre et confidentielle.

l’avocat du prévenu absent doit être entendu s’il en fait la demande ». dans l’ancienne procédure. par la loi du 9 mars 2004. a affirmé : « le droit à un procès équitable s’oppose à ce que la juridiction juge un prévenu non comparant. interdiction était faite à son avocat de le défendre. la loi française a été modifiée. sans entendre l’avocat présent à l’audience pour assurer sa défense ». même si la partie est absente au débat pour quelque cause que ce soit. dans un arrêt du 2 mars 2001. cette partie doit pouvoir être défendue par un avocat. non pas la Cour européenne. en apprécier la valeur dans le cas d’un débat contradictoire. Deux conséquences en découlent. rendu le 13 février 2001. La personne accusée d’avoir commis un crime et qui ne comparaissait pas à la cour d'assises ne pouvait. la remplaçant par une autre procédure : le défaut criminel. Dans l’ancienne procédure par contumace. dans l’arrêt Krombach c. chaque partie doit pouvoir interroger les éventuels témoins qui sont invoqués dans un procès. France. Sous-section seconde : Le droit de présenter ses preuves Selon la Cour européenne des Droits de l'Homme. l’ancien article 410 du code de procédure pénale autorisait le tribunal correctionnel à juger un prévenu en l’absence de celui-ci. Elle a purement et simplement abrogé la procédure de la contumace. le droit à un procès équitable comprend le droit. dans le code de procédure pénale. le droit de présenter ses preuves implique. de présenter ses preuves. En réalité. dans un procès. le contumax ne pouvait jamais être représenté au procès par son avocat. Tout d’abord. Cette exigence a été à l’origine de plusieurs modifications. 101 . être défendue par son avocat. Cette procédure a été déclarée contraire au droit à un procès équitable. De plus. à nouveau. l’accusé absent peut désormais être défendu par son avocat. toute partie doit pouvoir discuter les preuves rapportées par l’adversaire. est retrouvée la nouvelle formule : « dans cette hypothèse. chaque partie doit pouvoir rapporter des contre preuves. le prévenu était jugé en son absence . dès lors qu’il encourrait une peine égale ou supérieure à deux ans d’emprisonnement. Dans cette discussion. qui viennent contredire celles rapportées par l’adversaire. L’article 410 ajoutait que dans cette hypothèse. Par exemple. « du fait de son absence au débat ». §1er – La discussion des preuves Dans un procès. Ce texte a été jugé contraire au droit à un procès équitable. Encore une fois. Dans la nouvelle procédure. que chaque partie puisse librement discuter des preuves qui lui sont opposées par l’adversaire. L’article 410 a finalement été abrogé par la loi du 9 mars 2004. seules les preuves obtenues loyalement peuvent être présentées au juge. qui.Droit Processuel Patrice HILT décidé qu’un plaideur ne perdait pas le bénéfice du droit d’être défendu par un avocat. pour chaque partie. Suite à cet arrêt. mais par l’assemblée plénière de la Cour de cassation.

Il faut que le témoin ait eu un comportement intègre lors de la collecte des preuves. Le juge ne peut donc fonder sa décision sur une preuve déloyale a. Cependant. la preuve qui a été obtenue par violence. qui en font. la Cour arrêt a affirmé que l’utilisation de témoignages anonymes n’était pas nécessairement contraire au droit à un procès équitable. D’une part. depuis longtemps. De plus. La preuve qui a été obtenue par violence. Deuxièmement. la Cour estime également qu’il incombe au juge national de « décider de la nécessité ou de l’opportunité de faire interroger un témoin ». lorsque celui-ci estime que l’interrogatoire n’est pas opportun. le procès verbal d’audition n’indiquera pas l’identité de ce témoin. ou lors d’un refus d’interrogation lorsque le témoignage a déjà été confirmé par de nombreuses autre preuve. et que l’on peut préserver ces intérêts. le droit n’est pas absolu. A travers plusieurs arrêts. France. ce témoignage ne doit jamais constituer la preuve principale et déterminante fondant la culpabilité de telle ou telle personne. il suffit que la partie ait pu faire interroger le témoin. du 13 avril 2006. Se pose la question des témoins anonymes. la preuve qui a été obtenue de manière illégale. le droit d’interroger le témoin a pu être refusé par le juge national. il est indispensable que l’interrogatoire du témoin anonyme soit réalisé par un juge. La preuve qui a été constituée par la partie qui l’invoque Selon un adage. Troisièmement. Ainsi. en vertu du droit processuel à un procès équitable. Cette conséquence a été posée dans l’arrêt Vaturi c. Ainsi. fraude ou ruse. Tel est le cas lorsque le témoin est mineur. 6 décembre 1988. si cette présomption participe à une bonne administration de la justice. un principe général du droit. tel un policier. une certaine probité et une certaine honnêteté. A. §2nd – La loyauté des preuves Toute preuve déloyale doit être écartée des débats. B. En ce cas. chaque partie doit pouvoir interroger les témoins. De plus. ce n’est pas forcément contraire au droit processuel. Il a été consacré dans les jurisprudences de la Cour de cassation et du Conseil d'Etat. La Cour a considéré « qu’il y a violation à l’article §1er dans la mesure où le requérant n’avait pu interroger ni faire interroger aucun témoin durant le procès ». Espagne. 102 . nul ne peut se constituer une preuve à soi-même . fraude ou ruse a Arrêt Barbera c. qui interdit à la partie de rapporter la preuve contraire. il faut que la défense puisse discuter ce témoignage. et non pas par un agent public. le témoignage anonyme ne peut être que subsidiaire. A contrario. En droit français l’adage n’a pas été repris dans un texte. adage repris dans la jurisprudence de la Cour européenne des Droits de l'Homme. La loi française prévoit à l’article 706-58 du code de procédure pénale que le juge peut anonymer un témoignage lorsque ce témoin risque des représailles de la part de ceux qu’il met en cause. toutes les autres preuves sont loyales. d’après les juges européens. Est une preuve loyale la preuve qui a été obtenu avec une certaine droiture. ce droit ne suppose pas obligatoirement que ce soit la partie elle-même qui puisse interroger le témoin . dès lors que trois conditions sont cumulativement réunies : premièrement. N’est pas une preuve loyale la preuve qui a été constituée par la partie qui l’invoque.Droit Processuel Patrice HILT La Cour a estimé que lorsque la loi interne pose une présomption irréfragable.

soit par le juge des libertés. Toutefois. Une preuve obtenue par des policiers doit être écartée des débats. b 103 . Soc. La chambre sociale opère un revirement en affirmant que le SMS n’est plus une preuve déloyale. de manière passive. en tant que telle. Cela confirme les articles 60-2 et suivants du code de procédure pénale. les photographies faites par des enquêteurs à l’insu de plusieurs personne. doivent être adressées par un procès verbal. du 5 février 2008. mais exerce sur cette personne une véritable pression ou influence. comme une preuve obtenue à la suite d’une escroquerie. 20 novembre 1991. à se présenter à l’entrée d’une discothèque. la Cour estime qu’une preuve obtenue via une atteinte peut être obtenue loyalement. soit par le juge d’instruction. les comptes rendus de filature . l’activité de telle ou telle personne. d Cass. la Cour introduit une distinction : elle distingue entre les véritables provocations policières. qui consiste. Le droit français y semble conforme : la Cour de cassation rappelle que la provocation à la commission d’une infraction porte atteinte au principe de la loyauté de la preuve a. elle n’aurait peut-être pas commise. la Cour a décidé que lorsque des policiers obtiennent une preuve suite à une provocation de leur part. et donc déloyale . Tel est le cas des enregistrements téléphoniques. ne peut être autorisée que. il s’agit d’une preuve illégale. La preuve recueillie ainsi est jugée loyale. Le fait. de manière purement passive. pour vérifier si la solution n’est pas discriminatoire. est une preuve illégale. parce que la violation de la vie privée qu’il peut caractériser est une violation étant admise par celui qui a envoyé le SMSd. Pendant longtemps. pour des policiers ou des particuliers. 11 mai 2006 Cass. les agents ne se limitent pas à examiner. les enregistrements vidéo enregistrés par un employeur à l’issue des salariés doivent être écartés des débatsc. doit être écartée des débats. ou à solliciter d’un logement. à condition qu’ils aient été ordonnés par un juge. La Cour a validé la pratique du testing. C. les agents se contentent d’influencer. En cas de provocation policière. Cette solution a été rappelée dans l’arrêt Ramanauskaas c. ou à postuler un emploi. il s’agit d’une preuve déloyale. Toutefois. La Cour de cassation pose la même distinction que les juges européens : l’infiltration policière n’est pas contraire à un procès équitable. l’activité délictueuse de la personne surveillée. la preuve qui a été obtenue à travers la commission d’une atteinte à la vie privée. Crim. qui. des simples infiltrations policières. en France. et déloyale. Crim. fois deux. on a considéré que le SMS était une correspondance. Sont une preuve attentatoire à la vie privée les correspondances obtenues à l’insu de celui qui les a écrites . Lituanie. pour constater un état de corruption. De plus. de nature à l’inciter à commettre une infraction qu’autrement. et donc conforme au droit à un procès équitable. Par exemple. 23 mai 2007. Une interception téléphonique.Droit Processuel Patrice HILT Lorsqu’une preuve a été obtenue suite à des provocations policières. Les interceptions ont une durée maximale de quatre mois. de se cacher dans un placard. La preuve obtenue de façon illégale Deux preuves différentes ont été déclarées loyales : est une preuve illégale la preuve obtenue suite à la commission d’une infraction pénale. n’est pas contraire au droit à un procès équitableb. En cas d’infiltration policière. pour les policiers. Soc. 22 avril 1992 c Cass. Aucune a Cass. l’interdiction de verser au débat une preuve obtenue par atteinte à la vie privée n’est pas absolu : dans certains cas.

y compris celles qui ont été rendues à l’issue d’une audience à huis clos. le droit processuel reconnaît aux parties deux droits : le droit à ce que la décision de justice soit rendue publique. 29 mars 2005. Le droit à un prononcé public est un principe processuel qui. et le droit à l’exécution de la décision de justice. Les raisons qui expliquent la nécessité d’un prononcé publique sont doubles. sauf lorsque l’enregistrement a été organisé sur la voie publique. les autorités nationales disposent d’une marge large d’appréciation. Tout d’abord. Sous-chapitre II : Les droits qui profitent aux parties à l’issue du procès A l’issue du procès. De plus. s’applique à toutes les décisions. les décisions de justice sont toujours rendues publiques. de la publicité des audiences. D’autres moyens ont été admis par les juges européens. En France. ni son domicile. Il faut distinguer la publicité des décisions de justice. peuvent être rapportés les enregistrements vidéo organisés sur la voie publique. France. sans que le bâtonnier sans que le juge soit préalablement. comme le fait que le dépôt au greffe de la décision vaut lecture publique. §1er – En procédure civile a Mathéron c. Section première : Un droit à une lecture publique des décisions de justice La Cour européenne des Droits de l'Homme rappelle que toutes les décisions de justice émanant de juridictions internes doivent être rendues publiques. le prononcé public de la décision permet aux citoyens de se convaincre « que la décision rendue l’a été conformément au droit ». De plus. la Cour affirme que sous la manière de rendre public un jugement ou un arrêt. La Cour européenne des Droits de l'Homme l’a débouté en affirmant qu’un enregistrement constitue une preuve déloyale. le prononcé public de la décision contribue à préserver la confiance des citoyens dans les juridictions.Droit Processuel Patrice HILT écoute ne peut avoir lieu sur une ligne dont dépend le cabinet d’un avocat. De plus. en tant que tel. Le système français a été avalisé par la Cour européenne des Droits de l'Hommea. 104 .

§2nd – En procédure pénale La décision doit être prononcée oralement par le président de la juridiction pénale b. la présence de tous les juges ayant délibéré n’est pas imposée lors de la lecture publique de la décision. L’article 485 du code de procédure pénale permet au juge pénal de limiter le prononcé public à la lecture du seul dispositif de cette décision. On peut se poser la question de savoir si cette règle est compatible avec le droit processuel. ainsi que l’accusé ou le prévenu. notamment lorsqu’il place un mineur dans a b Article 1082 du code de procédure civile. 105 . En outre. Le prononcé public du jugement présente une importance procédurale fondamentale. en principe. les jugements rendus en matière gracieuse ne font jamais l’objet d’une lecture publique. l’article 452 affirme que le jugement est rendu public « par l’un des juges qui en ont délibéré ». De plus. l’article 451 du code de procédure civile n’impose à lecture publique que des jugements contentieux . le juge qui rend publique une décision ne doit pas obligatoirement la lire dans son intégralité : lorsque le juge lit la décision. Article 366 du code de procédure pénale. Ainsi. Ainsi. l’article 450 du code de procédure civile a été avalisé. Deux observations s’imposent : lorsque la décision pénale est rendue publiquement. seuls les jugements contentieux font l’objet d’une lecture publique. la Cour européenne ne distingue pas entre jugements contentieux et gracieux.Droit Processuel Patrice HILT L’article 451 du code de procédure civile annonce que « les jugements contentieux sont lus en audience publique. Dans un arrêt Pretto c. la décision est rendue publique par un autre moyen : la décision par laquelle le juge prononce le divorce est rendue publique. En effet. c’est de sa lecture que résulte le prononcé de la décision. Ainsi. Selon le même texte. le juge dessaisi ne pourra plus modifier la décision. à toutes les décisions pénales. simplement par sa publication. De plus. Les règles de procédure civile ne sont pas à l’abri de toute critique : en procédure civile française. selon l’article 453. y compris les décisions rendues à huis clos. certaines décisions rendues par le juge des enfants ne sont jamais lues publiquement. la date de la décision est celle de sa lecture. notamment par les juridictions pour mineurs. Ainsi. dans certaines hypothèses. par mention en marge de l’acte de mariage a. Par ailleurs. il peut se contenter de lire le dispositif de la décision. la Cour indique que le simple dépôt au greffe faut lecture publique. même les parties. à aviser les parties que « le jugement sera prononcé par sa mise à disposition au greffe. le ministère public doit être présent. même lorsque l’affaire a été jugée hors l’absence du public ». certaines décisions ne font l’objet d’aucun prononcé public : ainsi. Ainsi. au terme des débats. dès lors que chacun est en mesure d’y avoir accès. En effet. en outre. De plus. Cette publicité s’applique. une fois que la décision a été lue publiquement. c’est le prononcé public de la décision qui va dessaisir le juge. De plus. c’est le président qui lit publiquement la décision : il n’est pas nécessaire que tous les juges de la juridiction de jugement soient présents. La Cour européenne a été saisie de la question. à la date qu’il indique ». C’est le prononcé public qui fait acquérir à la décision l’autorité de la chose jugée. il n’est pas davantage nécessaire que le ministère public soit présent au prononcé. L’article 450 du code de procédure civile autorise le président d’une juridiction. Cette méthode serait contraire au droit à un procès équitable. Italie du 8 décembre 1983.

la publicité de la décision se réalise par la lecture faite en audience publique. 106 . d’autres décisions rendues sur incident ne sont jamais lues publiquementa.Droit Processuel Patrice HILT une famille d’accueil . par le président de la juridiction administrative. Article L10 du code de justice administrative. a b Article 400 du code de procédure pénale. §3ème – En procédure administrative Les décisions rendues par une juridiction administrative doivent être lues publiquementb . qui peut se contenter de lire le dispositif.

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