Droit Processuel

Patrice HILT

Droit processuel : Introduction
Le droit processuel est présent dans tous les domaines. La question de la suppression du juge d’instruction est une question de droit processuel. Le cours de droit processuel est la recherche des points de procédure communs à différentes procédures françaises. L’introduction sera construite en trois volets : le procès, la procédure dans sa notion et le droit processuel dans sa définition.

I – Le procès
L’histoire de notre pays est marquée par de grands procès, comme le procès de Jeanne d’Arc en 1431, le procès de Ravaillac en 1610, celui du capitaine Dreyfus en 1894, le procès d’Outreau en 2004. Ces procès font tous partie de la mémoire collective française. Le premier procès à en faire partie est très certainement le procès de Jésus, dont on tirera des éléments de droit processuel. Tenu en l’an 30, ce procès présente un intérêt capital sur le terrain de la théologie. Au-delà de cet aspect, le procès présente un intérêt juridique, car il a longtemps été associé à la notion d’erreur judiciaire : la loi, jusqu’en 1905, imposait à ce que, dans chaque juridiction française, soit placé un crucifix au dessus de la tête des magistrats, pour leur rappeler la plus grande erreur judiciaire de l’histoire du monde. Jésus a été crucifié en l’an 30, à 36 ans, sur le mont Golgotha. Le procès était premièrement religieux : Jésus prétendait être fils de Dieu, et s’octroyait une autorité supérieure à Moïse, et défiait donc les autorités juives de l’époque, qui le qualifiaient de blasphème. Le procès était aussi politique : Jésus se prétendait roi des Juifs et portait ainsi atteinte à l’empereur romain, Hérode, ici représenté par le préfet Ponce Pilate, ce qui était un sacrilège. Dès l’origine, de nombreuses personnes ont prétendu que ce procès était irrégulier dans sa forme, de nombreuses règles de procédure ayant été violées. Par exemple, le procès de Jésus s’est tenu en pleine nuit, alors que le droit romain imposait que ceux-ci se tiennent sur le forum, en journée. Jésus n’a eu aucune possibilité de se défendre, alors que le droit à un défenseur était déjà en vigueur. Plusieurs témoins auraient été subornés ; or, la subornation de témoin était déjà interdite par le droit romain. Jésus n’aurait commis aucune faute, de telle sorte à mal fonder le jugement rendu à son égard de surcroît. La thèse de l’irrégularité du procès de Jésus continue encore à être soutenue : en 1948, un collectif de scientifiques américains déposa un recours en révision devant la Cour suprême d’Israël. Les règles les plus fondamentales du droit de la procédure auraient été bafouées. La Cour a déclaré, contre toute attente, la requête recevable : cette Cour suprême s’est considérée comme le successeur direct du tribunal qui avait condamné Jésus. De plus, elle a écarté le grief de la prescription car il n’était pas possible d’introduire un recours en révision avant 1948, l’Etat d’Israël n’existant que depuis cette date : « il a existé un obstacle objectif au dépôt du recours pendant 2000 ans ». La Cour a nommé un groupe d’enquêteurs chargés de vérifier si, oui ou non, le procès de Jésus a été rendu de façon irrégulière. Les experts, dans le doute, conclurent à la régularité de la procédure menée par Ponce Pilate, à défaut de preuve.

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De toutes ces considérations se dégage une interrogation : qu’est-ce qu’un procès ? Le mot « procès » évoque l’idée d’un combat entre deux parties, qui s’affrontent devant le juge, avec, d’un côté, un demandeur qui a pris l’initiative de saisir le juge en formulant une prétention à l’encontre de l’autre partie, et de l’autre côté, un défendeur qui tente d’y résister. L’objet de ce combat est d’obtenir du juge qu’il tranche la contestation au moyen d’un acte solennel : le jugement. Pour parvenir à ce jugement, une démarche très règlementée doit être observée : pour permettre au juge de trancher la contestation au moyen d’un jugement, chaque partie au procès doit accomplir une succession d’actes, tout au long de l’instance. L’ensemble de ces actes qui doivent être exécutés par les parties est appelé « procédure ».

II – La procédure
Un procès ne se déroule pas n’importe comment : il appartient à chaque partie de respecter une procédure. La procédure n’a d’autre objectif que de permettre au juge de rendre la meilleure des décisions de justice. La procédure constitue donc un mode d’emploi d’un procès. Ce mode d’emploi indique au plaideur la marche à suivre depuis le « déclenchement des hostilités » (assignation, requête ou réquisitoire introductif d’instance), jusqu’au jugement. La procédure désigne donc la façon de faire avancer le procès afin que celui-ci puisse obtenir une solution. L’étymologie du mot renvoie au latin procedere : « avancer vers [le jugement] ». La procédure s’entend d’un ensemble d’actes ou de formalités dont l’accomplissement permet à une juridiction de trancher un problème de droit. La procédure présente donc indéniablement un caractère formaliste. Ce formalisme, prévu par la procédure, est indispensable pour que le juge puisse rendre la meilleure des décisions de justice. En effet, l’exigence d’une procédure répond à plusieurs soucis. Le premier d’entre eux est qu’on ne saurait laisser la justice à la seule volonté des parties. Nul ne doit pouvoir se rendre justice à soi-même. La procédure fixe un cadre commun à toutes les décisions. Il existe cependant quelques hypothèses de règlement de justice exclusivement entre les parties. En droit des obligations, par exemple, il existe une exception selon laquelle quelqu’un est en droit de ne pas exécuter des engagements face à celui qui n’exécute pas les siens au préalable. Deuxièmement, grâce à la procédure, chaque plaideur sait, par avance, ce qu’il peut et ce qu’il doit attendre de l’autre. Cela permet d’avoir une certaine visibilité : le juge pourra rendre la meilleure décision de justice. Troisièmement, la procédure permet que les prétentions et les défenses de chaque partie soient présentées de manière claire et précise, de sorte que le juge sache exactement ce qui lui est demandé. Enfin, et surtout, la procédure est une très bonne garantie contre l’arbitraire du juge : les parties et le juge sont tous régis par les règles de procédure. La procédure présente un caractère formaliste. Quelle qu’elle soit, la procédure a souvent une mauvaise réputation au sein des juristes. Elle a été longtemps considérée comme facilitant la « chicane et la fourberie des avocats ». Depuis quelques années, la procédure a un peu changé : on est passé d’un droit formaliste vers une véritable science de la procédure. On parle parfois d’art procédural. Il est bien que l’enseignement de la procédure soit revalorisé : la procédure est le seul moyen de garantir une justice de qualité. Cette procédure garantit la loyauté des débats, permet de contrer l’arbitraire des personnels de justice et permet la réalisation des droits subjectifs reconnus aux personnes juridiques. Il convient de parler de la

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procédure au pluriel : à bien y regarder, il n’existe pas une seule procédure mais plusieurs procédures. Le mot procédure s’emploie donc toujours au pluriel.

A. La pluralité de procédures
Les règles de procédure sont directement fonction de la nature du litige, varient d’un contentieux à l’autre. Il existe autant de procédures que de contentieux. Par exemple, la procédure applicable au procès civil est appelée procédure civile ou droit judiciaire privé. Cette procédure civile, qui ne s’applique qu’aux procès civils, est consignée dans un code particulier, le code de procédure civile. Le code de procédure civile a été élaboré en 1806 par Napoléon Bonaparte ; en 1971, il a été réformé pour finalement s’appeler le nouveau code de procédure civile. Finalement, par une loi de décembre 2007, la loi de simplification et de clarification du droit, on ne parle plus que de code de procédure civile. La loi de 2007 n’a fait que changer l’intitulé du code et non plus ses règles. Autre exemple, la procédure applicable au procès pénal est la procédure pénale. Ses règles sont consignées dans le code de procédure pénale, élaboré en 1808. Initialement, il s’appelait le code d’instruction criminelle. Ce n’est qu’en 1959 qu’il a revêtu son nom actuel. Ce code change pratiquement tous les ans, tant ses réformes sont nombreuses. Troisièmement, la procédure applicable aux procès administratifs est appelée le contentieux administratif. Initialement, les règles procédurales applicables à ce litige n’étaient pas codifiées, mais résultaient d’un ensemble complexe de lois et de décrets. La matière était trop complexe et trop peu accessible. C’est désormais une ordonnance du 4 mai 2000 qui a décidé de regrouper dans un nouveau code toutes ces règles de contentieux administratif : il s’agit du code de justice administrative. Ce code de justice administrative est entré en vigueur le 1er janvier 2001. Pourquoi ne pas avoir adopté la même procédure d’un contentieux à l’autre ? Les contentieux civils, pénaux, administratifs, constitutionnels, etc. sont très différents les uns des autres dans leur esprit. D’un contentieux à l’autre, les règles de procédure ne poursuivent pas le même objectif. Dans le procès civil, la procédure vise à « apaiser le conflit », à aboutir à une paix sociale. Dans la procédure pénale, elle vise à sanctionner la personne. Dans la procédure administrative, on ne veut ni apaiser ni sanctionner, mais compléter l’action administrative. Les différentes procédures sont aussi différentes dans leur contenu. Pour mesurer la différence de contenu, il faut, au préalable, savoir qu’une procédure peut être accusatoire ou inquisitoire, mais aussi écrite ou orale. La procédure est dite accusatoire lorsque la loi abandonne le déclenchement ainsi que le déroulement du procès, à la diligence des parties. Dans ce système accusatoire, le juge va jouer un rôle très effacé et s’apparente plus à un arbitre. Ce sont les plaideurs qui, chacun de leur côté, vont procéder à l’instruction de leur propre cause, rassembler les preuves, justifier leurs prétentions et demander au juge, le moment venu, de les départager. Dans la procédure accusatoire, le juge ne prend aucune initiative, est passif mais tranche. La procédure accusatoire est donc la « chose des parties ». Tout repose sur elles. La procédure est inquisitoire ou inquisitoriale lorsqu’il appartient au juge lui-même de procéder à l’instruction en vue de découvrir la vérité. En d’autres termes, il lui appartient d’ordonner toutes les mesures d’instruction nécessaires, de prendre toutes les initiatives qui s’imposent et d’apprécier, le moment venu, si l’affaire est suffisamment instruite pour être en état d’être jugée. Ce type de procédure s’inspire de l’idée que la justice est un service public et que le juge, à partir du moment où il est saisi, n’a plus à se soucier de ce que veulent ou souhaitent les parties.

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portant des noms différents en fonction du contentieux envisagé : des conclusions lorsque la procédure est civile. De toute évidence. Dans la réalité des choses. Enfin. elle réalise un gain de temps. la procédure écrite évite les effets de surprise. une demande présentée verbalement devant le juge est irrecevable. afin que l’une des parties ne décide pas de façon discrétionnaire. Cette justice est peu onéreuse puisqu’aucun auxiliaire de justice n’intervient. Cette procédure facilite donc l’accès au juge. Cette procédure est malheureusement imprécise : on ne sait pas toujours très bien quels sont les moyens et conclusions des parties. les parties doivent faire connaître leur argumentation dans des actes écrits que l’on appelle des conclusions. Ce n’est qu’au XIIIe siècle. dans le seul but de ralentir le cours de la justice. On peut observer que l’indifférence du juge peut favoriser des manœuvres dilatoires ou abusives. Malgré l’institution de ce juge. ce juge n’a pour seule fonction que de fixer le calendrier de l’affaire. Elle est tout d’abord inquisitoriale . souvent répétitives. mais en plus. Pour autant. Elle est accusatoire. la procédure civile est une procédure accusatoire et écrite. Il l’a fait par un décret-loi de 1935 qui a institué. De plus. Pourtant. la Cour de cassation ne voit jamais les parties : elle juge sur pièce. Son article 4 dispose expressément que ce sont elles qui délimitent l’étendue de leur litige. que cette procédure deviendra inquisitoriale. puisque l’écrit n’est pas indispensable. des réquisitions lorsque celle-ci est pénale. On dit qu’une procédure est orale lorsque les écrits sont superflus et inutiles et que le juge statue en fonction des déclarations verbales des parties. la procédure est orale. cette procédure est simple. la procédure n’est pas plus inquisitoire : celle-ci demeure profondément accusatoire. déposés par chacune des parties. Non seulement les conclusions n’y sont pas obligatoires. Cet inconvénient a été pris au sérieux par le législateur qui. car le plaideur peut y accéder directement sans passer par l’intermédiaire d’un avocat. Il va simplement impartir aux parties des délais pour conclure ou des délais de communication des pièces. on sait plus facilement ce dont le tribunal a été saisi. et elles seules. On parle de procédure écrite lorsque le juge ne peut être saisi des demandes et moyens des parties autrement que par des actes écrits. au sein de chaque juridiction civile. sans mettre en cause le caractère accusatoire du procès. la procédure écrite serait une justice froide qui déshumaniserait le litige. car le juge ne joue. elle présentait les traits de la procédure accusatoire. La procédure écrite a le mérite de la précision . Cette conception ne va cependant pas sans quelques inconvénients. avec l’Inquisition. les parties. Devant la Cour de cassation. Devant les juridictions d’exception. dirigent le procès. la procédure retombe dans le caractère écrit. la juridiction peut toujours être saisie par une simple déclaration faite à la barre. Devant les juridictions de droit commun. En effet. Le juge de la mise en état doit faire en sorte que l’affaire civile puisse être jugée rapidement. a édicté une nouvelle règle. sont en droit de plaider leur cause. La Cour de cassation statue sur des mémoires. premièrement. dans le déroulement du procès. toute oralité n’est pas exclue : à l’issue de l’audience. L’article 1er du code de procédure civile dispose que ce sont les parties elles-mêmes qui déclenchent le procès. dans les sociétés antiques. faites à la barre du tribunal. qui déclenchent le litige. 4 . « un juge chargé de suivre la procédure ». instruisent celui-ci et peuvent décider de son extinction. Elle comporte pourtant un inconvénient. de façon à ce que celles-ci aient le temps d’y répondre. Ainsi. La procédure pénale est à la fois inquisitoriale et orale. A contrario. La procédure civile est également écrite.Droit Processuel Patrice HILT La procédure peut-être écrite. car elle présente un caractère bureaucratique et impersonnel . par l’intermédiaire de leur avocat. des mémoires lorsqu’elle est administrative. qu’un rôle d’arbitre qui reste neutre : ce sont les parties. car le tribunal échappera aux longues explications verbales. l’avocat lui-même devient superflu. puisque les écrits sont communiqués entre les parties. Ce juge est le juge de la mise en état.

La procédure est écrite car le juge statue sur pièces. ici des mémoires. aucun moyen ne peut être présenté oralement devant un juge administratif. Elles constituent donc des standards communs. Pour cette raison. est interrogé à l’audience. le désistement d’une affaire n’appartient pas à la partie mais au juge. le procès est conduit seulement par le juge. L’existence d’un fond commun procédural Les procédures. Ce caractère inquisitorial peut se comprendre à certains égards : un certain état d’esprit tient à ce que le juge administratif tienne de l’administration. La procédure pénale est également orale : devant les juridictions pénales de jugement. les témoins sont oralement entendus sans qu’ils ne puissent s’aider d’aucune note. c’est également lui qui est chargé de la recherche de la vérité. etc. expliquant l’existence de standards communs.Droit Processuel Patrice HILT Encore aujourd’hui. Il appartient au juge lui-même de rechercher toute la vérité en ordonnant différentes mesures. il faut reconnaître que même si les procédures se sont développées dans des directions différentes. affichent plusieurs règles communes. le droit à un juge indépendant. Par exception. l’égalité des armes. notamment durant la phase d’instruction : la fonction du juge d’instruction est précisément de réunir tous les éléments d’un dossier pour ensuite le transmettre à la formation de jugement. le droit à un juge impartial. Les experts exposent oralement leurs conclusions sans s’aider d’aucune note. C’est une procédure inquisitoriale : la direction du procès n’appartient pas aux parties mais au juge. Les parties n’ont aucune initiative . en France. Ces règles procédurales communes forment ce que l’on appelle le fond commun procédural. B. ne peut s’aider d’aucune note. Les témoignages recueillis par le juge d’instruction sont consignés dans un procès verbal. Il existe une petite place pour l’écrit. Devant la cour d'assises. ou accusé. Le prévenu. tout comme les déclarations des personnes mises en examen. certaines se retrouvent d’une procédure à l’autre. la justice civile et pénale est rendue par un corps unique de magistrats. bien que très différentes dans leur esprit. le moment venu. Il est interdit à la cour d’emporter dans la salle des délibérations le dossier de l’affaire. le droit d’accès à un tribunal. Il est cependant possible d’observer que malgré les différences de règles procédurales. On peut s’étonner que certaines règles soient communes . C’est également le juge qui. les juridictions d’instruction pénale sont de caractère écrit. A contrario. par exemple. pour autant. le principe de l’oralité atteint son apogée puisque l’article 347 du code de procédure pénale dispose expressément que même le jury populaire. Un magistrat au civil peut être muté sur un poste de magistrat au pénal 5 . La procédure administrative est plutôt inquisitoriale et écrite. De plus. puisque le code de justice administrative précise que si le caractère oral est écarté. que cela soit pendant la phase d’instruction ou la phase de jugement. elles n’ont pas été sans exercer des influences sur les autres. Par exemple. le principe est celui de l’oralité des débats. Il est vrai que chaque contentieux est régi par des règles spécifiques. Le droit processuel est donc l’étude des règles procédurales communes à tous les contentieux. ces règles forment le fond commun procédural. appréciera souverainement si l’affaire est suffisamment instruite pour être jugée. Ensemble. lorsqu’il délibère. Elles sont le principe du contradictoire. la mentalité de l’administrateur subsiste souvent au sein des juridictions administratives. mais certaines sont communes. Il existe des relations entre les différentes procédures. sauf des plaidoiries. les parties peuvent cependant plaider à la fin de l’audience.

au fil des années. La notion doit être écartée de celle d’institutions judiciaires. Le droit processuel n’est pas non plus un cours de procédure. Cette Convention comprend un article 6§1er qui règlemente le droit à un procès équitable. Ce droit vient alimenter le fond commun procédural. 6 . ont été créées de nouvelles juridictions et de nouvelles procédures : ainsi. Les règles procédurales communes sont nombreuses : le respect du contradictoire. ce fond commun procédural est alimenté par des règles procédurales françaises. Depuis quelques années. Initialement. C’est son européanisation. il s’agit des principes institutionnels du droit processuel. le droit d’accès à un tribunal. L’objet du cours d’institutions judiciaires est d’étudier les différences de compétences entre juridictions. le droit processuel n’est pas un cours de droit comparé. le droit à un juge indépendant. Lorsqu’on a commencé à imaginer des règles procédurales spécifiques. C’est au début des années 1990 que l’on a modifié l’objet du droit processuel. la publicité des débats. A l’origine. pénale ou administrative. le droit d’être présumé innocent. on étudiera tous les actes et formalités qu’il faut accomplir devant un tribunal. Par là. le droit à la défense. le droit processuel ne se définissait pas comme l’étude des principes procéduraux communs à tous les contentieux. III – Le droit processuel Le droit processuel est extrêmement jeune. Enfin. Ces contentieux étaient à l’époque. En 1970. Dans ces cours. le procès administratif n’était gouverné par aucune règle de procédure : on administrait le procès administratif en appliquant purement la procédure civile. le droit processuel est marqué par une évolution très particulière. Deuxièmement. D’autres standards de ce fond commun sont tournés quant à eux vers la procédure elle-même.Droit Processuel Patrice HILT et inversement. on étudiait simplement les différences entre procédures. Il connaît un essor et une promotion considérables. on s’est inspiré de la procédure civile. par culture et par esprit. par le biais de la Convention européenne des Droits de l'Homme. civile. et ce pour deux raisons : premièrement. On parlait alors d’une approche purement comparatiste. Cette approche a rapidement rencontré ses limites. De plus. On peut classer ces règles en deux catégories : certains standards sont tournés vers le juge. Désormais. Il est né dans les années 1970. le droit à la loyauté de la preuve. pendant très longtemps. extrêmement différents. les spécialistes estiment que le droit processuel doit consister en l’étude des règles procédurales communes et écarter toute étude comparatiste. la comparaison des différents contentieux pouvait apparaître très délicate à réaliser. le champ des procédures à comparer est rapidement devenu très large. mais également par le droit européen des droits de l’homme. on entendait par droit processuel une simple comparaison des différentes procédures. Ces standards d’origine européenne résultent de l’article 6 mais aussi de l’interprétation donnée par la Cour européenne des Droits de l'Homme. le droit à ce qu’une décision de justice soit motivée.

.....................................................28 §2nd – La suppression des obstacles financiers. ......................................................................................................1 I – Le procès.................................30 §1er – L’intérêt général : Eviter ou remédier à l’encombrement des juridictions.....................................................................................12 §2nd – L’absence d’un véritable juge................................1 II – La procédure..32 7 ...................15 Section seconde : L’accès à un juge d’appel..................................................6 Plan du cours.........................29 B : Le système français d’aide juridictionnelle.......24 §1er – La suppression des obstacles juridiques.......................14 A : Les recours examinés par un membre du gouvernement......................................29 Section seconde : L’exception : l’accès à un juge peut être limité............................................................................10 Titre 1er : Le droit d’accès à un juge.7 Partie première : Les principes institutionnels du droit processuel......................................23 Section première : Le principe : l’accès à un juge doit être effectif............................................................................................................................................. La pluralité de procédures.12 §1er – L’inexistence d’un recours juridictionnel.........................................................................................................................2 A...............................................Droit Processuel Patrice HILT Plan du cours Droit processuel : Introduction.........................................22 Section quatrième : L’accès à un juge constitutionnel............. mais provisoirement libre...........................................11 Chapitre I : Le contenu du droit d’accès à un juge...17 §1er – L’inexistence d’un droit à un juge d’appel en matière civile.........................................................................................5 III – Le droit processuel...............................................20 B : Le filtrage du pourvoi devant le Conseil d'Etat...........26 C : La remise en cause d’une décision de justice devenue définitive........24 B : Le refus d’une indemnisation complémentaire............17 §2nd – La consécration d’un droit à un juge d’appel en matière pénale.....................................................................................................................................31 A : Les conditions de recevabilité de l’action en justice............................24 A : La radiation du rôle..................................................................................21 A : La personne condamnée.................................................22 Chapitre II : Les caractères du droit d’accès à un juge.......................................................31 B : Les délais d’exercice de l’action en justice................................................... administrative.................................................................................................20 A : Le filtrage du pourvoi devant la Cour de cassation...............................................................................3 B...............................27 D : Les incidences d’une faute commise par un auxiliaire de justice........................ L’existence d’un fond commun procédural.....................21 B : La personne en fuite.......................................18 Section troisième : L’accès à un juge de cassation...............19 §1er – Un accès fragilisé au juge de cassation en matière civile et administrative...........21 C : La personne jugée par contumace.........................................................................28 A : L’exigence européenne d’un système juridictionnelle....20 §2nd – Un accès renforcé au juge de cassation en matière pénale...............................................................................15 C : Les recours examinés par un magistrat du parquet..................14 B : Les recours examinés par une autorité administrative indépendante...................................................................................12 Section première : L’accès à un juge du premier degré....

..............................................Droit Processuel Patrice HILT C : L’obligation de consigner une somme d’argent...........65 §4ème – L’indépendance des juges à l’égard des tiers............................................................39 §2nd – Juge civil et juge pénal...............................................................................................66 Section seconde : Un juge impartial............................................................................41 B : Les critiques formulées à l’encontre du ministère public.........................................................53 Section première : Le droit à un juge indépendant.........40 B : Le principe français de l’unité des juridictions civiles et pénales...............50 B : La faute disciplinaire commise par le juge........................................................................50 A : La faute personnelle commise par le juge.............................38 §1er – Juge judiciaire et juge administratif.........................45 C : Le déclin de la collégialité dans le contentieux administratif...........................34 §2nd – L’intérêt privé : assurer la défense des justiciables.......................................................................................................46 §1er – La responsabilité de l’Etat.47 A : En cas de fonctionnement défectueux d’une juridiction de l’ordre judiciaire....................................................................................................................................................................53 §1er – L’indépendance du juge à l’égard de l’Etat.....64 B : La problématique du juge élu........................................................................................42 Section troisième : Un juge unique peut-il être un bon juge ?....................................61 §3ème – L’indépendance du juge à l’égard des parties au litige.......37 Chapitre I : Les incertitudes relatives à certaines qualités que doit présenter le bon juge .....................................................................................................37 Section première : Le bon juge est-il nécessairement un juge professionnel ?...................63 A : Les règles qui tentent de préserver l’indépendance du juge à l’égard des parties...........41 A : L’utilité du ministère public.....................................66 §1er – Les exigences de l’impartialité......................................................45 Section quatrième : Un bon juge est-il nécessairement un juge responsable de ses décisions ?.........................................................................................51 Chapitre II : Les qualités que le bon juge doit nécessairement présenter......................................53 B : L’indépendance du juge à l’égard du gouvernement.......40 A : Les mérites de la distinction entre juge civil et juge pénal.......................................................................................66 8 ................................60 B : La solution imposée par une autre juridiction..................60 A : La solution imposée par un autre juge de la même juridiction...53 A : L’indépendance du juge à l’égard du parlement.........................................35 B : Les immunités......................49 §2nd – La responsabilité du juge........44 A : Le déclin de la collégialité dans le contentieux civil............................................37 Section seconde : Un bon juge est-il nécessairement un juge spécialisé ?...................................43 §1er – La controverse doctrinale..................................................................40 §3ème – Magistrats du siège et magistrats du parquet.....................................39 B : Les inconvénients du dualisme juridictionnel.............................................................................................................................................................................................35 Titre 2ème : Le droit à un bon juge.............................................................................................................................38 A : Les avantages du dualisme juridictionnel.33 D : La sanction de l’abus du droit d’agir.....................................................................................55 §2nd – L’indépendance du juge à l’égard de ses collègues...........................34 A : L’obligation de constituer avocat.....................................44 B : Le déclin de la collégialité dans le contentieux pénal....47 B : En cas de disfonctionnement d’une juridiction de l’ordre administratif ..........43 §2nd – Les solutions françaises............................

...... L’enjeu du litige.......... Le dies a quen......106 9 .................................... L’impartialité fonctionnelle du juge......................................82 Sous-titre 1er : Les principes fonctionnels relatifs au déroulement du procès...85 §1er – La mise en place de procédures accélérées.................................................................................83 §1er – Le calcul de la durée d’une procédure...................88 Sous-titre 2nd : Les principes relatifs aux acteurs du procès.......104 §1er – En procédure civile.......................84 C........102 A.................... Le droit d’être défendu par un avocat...82 Chapitre II : La célérité de la procédure..........102 B....................79 Partie seconde : Les principes fonctionnels du droit processuel..........................................................91 Sous-section première : Le droit d’exposer sa cause................ La preuve qui a été obtenue par violence....................................86 §2nd – L’adoption de nouvelles règles procédurales......81 Titre 1er : Les principes fonctionnels traditionnels.....................................................................69 §2nd – Les sanctions de la partialité............91 Section seconde : Le droit à un procès équitable..........82 Section première : La notion de délai raisonnable.........83 A...104 Section première : Un droit à une lecture publique des décisions de justice.....................................................................87 §3ème – La sanction de l’inertie du juge et des parties...............................................................................Droit Processuel Patrice HILT A. Le dies a quo......92 A................................101 §2nd – La loyauté des preuves................... Le droit de se défendre personnellement............ La preuve obtenue de façon illégale.......................84 A..................83 §2nd – L’appréciation du caractère raisonnable................................................................................................................ Recevoir l’information..............77 B..............101 §1er – La discussion des preuves.........99 B.......................................................................................................... Les sanctions a posteriori...............102 C......................................................................89 Chapitre I : Les principes fonctionnels relatifs aux parties.........104 §2nd – En procédure pénale............... Le comportement des autorités compétentes........................................................................................................................................................................................................................................................................... fraude ou ruse........77 A..................85 Section seconde : Les remèdes pour accélérer les procédures.................................................90 §2nd – Les présomptions de culpabilité.......................99 A.......................................................................... Le comportement du requérant....................... Les sanctions a priori.............................................................................................................................................................83 B..84 B..................89 Section première : Le droit à la présomption d’innocence.........................84 D..........................90 §1er – Le rôle du juge en matière de preuve.................... L’impartialité personnelle....................................................105 §3ème – En procédure administrative.................... du juge.............................................. La complexité de l’affaire............................... ou subjective..........67 B...........................................................103 Sous-chapitre II : Les droits qui profitent aux parties à l’issue du procès......................................... La preuve qui a été constituée par la partie qui l’invoque...........................................92 §1er – Le droit d’être informé de la procédure.......................................97 §2nd – Le droit de se défendre.........................................................92 B....................................................... Comprendre l’information...........................................89 Sous-chapitre I : Les droits qui profitent aux parties pendant le procès........100 Sous-section seconde : Le droit de présenter ses preuves......................

Droit Processuel Patrice HILT Partie première : Les principes institutionnels du droit processuel 10 .

Ces expressions sont tout à fait synonymes. En ce sens. et enfin dans la Convention européenne des Droits de l'Homme de 1950. Tout d’abord. D’autre part. En réalité. Est consacré le droit d’accès à un juge dans la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948 en son article 8. En effet. le droit d’accès à un juge a fait l’objet d’une consécration unanime. Nul ne peut se faire justice à soi-même. dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques. par la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 en son article 16 notamment. mais aussi à un bon juge. Quel juge la personne doit-elle pouvoir saisir ? Comment la personne doit-elle pouvoir saisir ce juge ? er 11 . en son article 6§1er. chaque personne doit non seulement avoir accès à un juge. le plus important. De plus. dans la Charte des Droits fondamentaux de l’Union européenne en son article 47. le droit d’accès à un juge constitue un moyen privilégié d’accès au droit lui-même. le droit d’accès à un juge évite le recours à la vengeance privée. Titre 1 : Le droit d’accès à un juge Ce droit peut se définir comme le droit pour toute personne de s’adresser à un juge afin de faire trancher une contestation juridique. en effet. à un recours juridictionnel ou du droit à un juge. Quelques observations s’imposent : l’expression de droit d’accès à un juge peut trouver différents synonymes. mais également sur un plan supranational. On parlera parfois du droit d’accès à un tribunal. il faut pouvoir saisir préalablement le juge pour accéder au droit. chaque personne doit avoir le droit de saisir un juge. notamment en son article 14§1er. en l’an 2000. C’est le droit d’accès à un juge. tous les auteurs et spécialistes estiment qu’il s’agit du droit processuel par excellence. Ce droit d’accès n’est pas n’importe quel droit processuel. C’est le droit à un bon juge. le droit d’accès à un juge permet à toute personne de faire valoir ses droits devant une juridiction afin que justice soit rendue. Ce principe semble garantir à lui seul la paix sociale.Droit Processuel Patrice HILT Ces principes institutionnels sont essentiellement deux : d’une part. en droit national par exemple. Par ailleurs.

on peut songer à la décision prise par le président de la République d’autoriser ou non le mariage entre collatéraux. aucun recours juridictionnel n’est ouvert. un tel acte « est un acte pris par le pouvoir exécutif qui ne peut 12 . Par analogie. a expressément décidé que l’article 164 du code civil. est contraire aux dispositions de la Convention européenne des Droits de l'Homme et plus précisément du droit d’accès à un tribunal ». « qui prévoit une dispense discrétionnaire à l’empêchement à mariage entre collatéraux. En matière civile. celui qui se voit refuser l’autorisation par le président doit obligatoirement pouvoir contester cette décision devant un juge du premier degré. ou susciter un recours contre le président de la République. dispense non soumise à recours juridictionnel. Toujours en matière de droit de la famille. Ces décisions discrétionnaires doivent être réputées contraires au droit processuel . dans un arrêt du 3 avril 2008. de telles décisions existent encore en droit français. En matière administrative. les actes de gouvernement. et c’est ce qu’a décidé expressément la première chambre civile de la Cour de cassation dans un arrêt du 28 février 2006. Toute contestation. cette décision est contraire au droit d’accès à un tribunal. §1er – L’inexistence d’un recours juridictionnel Le droit d’accès à un juge est violé lorsque pour une contestation déterminée. En substance. Par définition. au premier degré. Comporte-t-il également le droit de saisir un juge d’appel. mais aussi la législation dans laquelle la personne qui examine le recours au premier degré n’est pas un véritable juge. ou un juge constitutionnel ? Section première : L’accès à un juge du premier degré Le droit de saisir un juge implique le droit de saisir un juge du premier degré. la cour d'appel de Paris.Droit Processuel Patrice HILT Chapitre I : Le contenu du droit d’accès à un juge Le droit d’accès à un juge induit le droit de saisir un juge en premier instance. Cette décision est discrétionnaire et n’ouvre aucun recours à un juge du premier degré. de cassation. On peut aussi s’intéresser à l’article 148 du code civil qui soumet le mariage d’un mineur à l’autorisation des père et mère. autorisation discrétionnaire. Récemment. quelle qu’elle soit. Tel sera le cas lorsque l’on souhaite contester une décision que son auteur a rendue discrétionnairement. l’article 171 du code civil autorise le mariage posthume sous couvert d’autorisation du président de la République. L’article 164 doit donc être abrogé. Doit être condamnée la législation nationale qui ne permettrait pas à un justiciable de saisir un juge du premier degré. existe une catégorie d’actes administratifs. doit pouvoir signifier le droit de saisir un véritable juge.

Dans une telle hypothèse. la décision du président de la République de soumettre un texte à référendum. car la loi fait parfois obligation de saisir l’auteur d’une décision administrative avant de saisir le juge. la décision prise par le président de la République de mettre en œuvre l’article 16 de la Constitution. En France. 13 . mais différé dans le temps. Il s’agit du recours gracieux (fait devant l’auteur même) qui existe notamment en matière fiscale ou douanière. Si une telle requête est présentée. S’il déclare la réclamation irrecevable. Un dernier exemple concerne la grâce présidentielle. Ainsi. on relèvera l’exemple de l’amende forfaitaire. le droit de recours à un juge du premier degré. la décision prise par ce dernier par laquelle il nomme un membre du Conseil constitutionnel. Cette technique peut être considérée comme contraire au droit d’accès à un tribunal pour ce seul fait. est-ce que le droit d’accès au juge suppose-t-il un droit d’accès immédiat à un juge du premier degré ? La question a été posée à la Cour européenne des Droits de l'Homme qui a décidé qu’un Etat « peut différer. La personne qui souhaite contester les honoraires d’un avocat ne peut saisir immédiatement le juge. le ministère public dispose d’une option à trois branches. cette requête. Il n’existe aucun moyen de saisir un juge du premier degré. la Cour a considéré que « les règles françaises permettant au ministère public de rejeter la demande d’exonération en la déclarant irrecevable est contraire au droit d’accès à un tribunal tel que prévu à l’article 6§1 er de la Convention européenne des Droits de l'Homme ». il n’existe plus que quinze actes de gouvernement. Dans l’arrêt Peltier du 21 mai 2002. selon le code de procédure pénale. dans le temps. sans contrevenir à l’article 6§1er de la Convention ». La loi fait obligation de saisir le bâtonnier de l’ordre des avocats dont fait partie l’avocat aux honoraires contestés. Aujourd’hui. dans la décision Le Compte c. La personne qui souhaite contester une décision administrative ne peut pas toujours saisir un juge. on parle de recours hiérarchique. ce recours différé est-il contraire au droit d’accès à un tribunal ? Autrement dit. car il doit d’abord s’adresser au préfet. pouvant être octroyée discrétionnairement. L’amende forfaitaire sanctionne certaines contraventions énumérées par le code de la route. Soit l’auteur accepte la contestation est on obtient gain de cause si il refuse la contestation on peut saisir le juge administratif et le recourt est donc différé dans le temps. le contrevenant dispose d’une option à deux branches : soit il paie l’amende forfaitaire. car la loi fait parfois obligation de saisir d’abord le supérieur hiérarchique de l’auteur de la décision . En matière pénale. selon une loi de 1871.Droit Processuel Patrice HILT faire l’objet d’aucun recours juridictionnel ». Belgique du 23 juin 1981. Cette impossibilité de saisir le juge vient d’être considérée par la Cour européenne des Droits de l'Homme comme une violation du droit d’accès à un tribunal. l’amende sera due et il sera alors impossible au contrevenant de saisir le juge afin que celui-ci statue sur la réalité de l’infraction. Il en est notamment ainsi lorsque le justiciable souhaite contester une décision prise par un maire. doit impérativement être accompagnée de l’avis de contravention. Constituent des actes de gouvernement le décret présidentiel qui promulgue une loi. soit il déclare la réclamation mal fondée et exerce des poursuites en saisissant le tribunal de police ou le juge de proximité. Il existe parfois des hypothèses où le recours au juge du premier degré existe. Ce n’est que si le bâtonnier rend une décision défavorable que le président de la cour d'appel pourra être saisi. Soit le ministère public déclare la réclamation bien fondée. soit il déclare la réclamation irrecevable parce que non accompagnée de l’avis de contravention. Cependant. une personne qui souhaite contester une décision administrative ne peut pas toujours saisir immédiatement un juge administratif. Le droit d’accès à un juge du premier degré est alors refusé à ce contrevenant. soit il refuse de la payer et peut alors adresser une requête en exonération au ministère public.

Il en a découlé comme conséquence que l’administration. De plus. cette personne doit réunir les trois critères. Il s’agit du critère institutionnel. on a finalement décidé de créer un recours et de confier l’examen de ce recours. On peut se poser la question dans l’hypothèse où le recours n’est pas examiné en première instance par un juge. Dans l’arrêt Taxquet c. impunément. substantiel. une personne morale de droit public ne pouvait jamais être soumise aux juridictions judiciaires. A un même moment. les recours dirigés contre les actes de l’administration étaient examinés par un membre du gouvernement. en effet. Le critère institutionnel faisait assurément défaut. N’est pas considérée comme un juge la personne qui se contente de donner un avis ou de concilier les parties. mais par un membre du gouvernement . la personne qui examine le recours doit également être dotée de pouvoirs décisionnels. Ces trois éléments. 14 . pouvait enfreindre la loi. que sont l’indépendance et l’impartialité. Le critère institutionnel du droit processuel faisait défaut. cette règle a été confirmée. La problématique de l’existence du véritable juge peut se poser dans trois hypothèses. en 1790. beaucoup de projets de loi viseraient à confier l’examen des recours à des membres du gouvernement. mais au ministère duquel appartenait l’autorité qui a donné la décision contestée. Dans un arrêt Medvedyev c. peut créer une juridiction. Quelques années plus tard. Le droit d’accès à un juge n’était alors pas respecté. France.Droit Processuel Patrice HILT §2nd – L’absence d’un véritable juge Que faut-il entendre par « juge ». En 1872 fut créé le Conseil d'Etat. On pouvait alors douter tant de l’indépendance que de l’impartialité du « ministrejuge ». la personne qui examine le recours doit avoir été établie par la loi. Cette personne doit avoir le pouvoir de trancher un litige. De plus. puisque l’administré n’avait aucun recours. A : Les recours examinés par un membre du gouvernement Un membre du gouvernement ne remplit pas les trois critères du juge. C’est ce que l’on appelle le critère organique. Belgique. une personne est juge dès lors que ces trois critères sont réunis et que l’on ne peut exiger de lui aucun autre critère complémentaire. sont exigés cumulativement et exclusivement. organique. et plus précisément par un ministre. Seule une loi. Actuellement. Troisièmement. C’est ce que l’on appelle le critère substantiel. institutionnel. non pas à un véritable juge. garantissant le respect du droit d’accès à un tribunal. Aux suites la loi des 17 au 24 août 1790. la personne qui examine le recours doit encore respecter les principes fondamentaux de la procédure. par la loi. Autrefois. dans l’hypothèse où le recours est examiné en première instance par une autorité administrative indépendante . cette loi faisait échapper à l’administration tout contrôle judiciaire. le véritable juge est celui qui présente trois traits caractéristiques : tout d’abord. dans l’hypothèse dans laquelle le recours est examiné par un magistrat du parquet. la Cour européenne des Droits de l'Homme a considéré que le procureur de la République n’était pas un juge. au sens du droit processuel ? En droit processuel. Ainsi. rendu par la Cour européenne des Droits de l'Homme le 13 janvier 2009.

ces autorités ne sont pas des juges au sens du droit processuel. ce qu’a confirmé le Conseil d'Etat le 4 février 2005. la CADA. depuis novembre 2008. français et outre-Atlantique. Pourtant. le critère institutionnel. le critère substantiel faisant défaut. le médiateur de la République. certaines autorités qui n’ont pas le pouvoir de trancher une contestation. elle dit expressément que « le Conseil de la Concurrence doit être analysé en une véritable juridiction au sens de l’article 6§1er de la Convention européenne des Droits de l'Homme ». la CNIL. il existe 35 autorités administratives indépendantes : figurent parmi elles le conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). Pour cette raison. le bon fonctionnement de certains secteurs de l’économie. Ces autorités administratives constituent-elles de véritables juges au sens du droit processuel ? Il convient d’appliquer les critères retenus par la Cour européenne des Droits de l'Homme : le critère organique. elle aussi. dans leur domaine de compétence. une autre catégorie comprend les autorités administratives indépendantes qui disposent. il ne fait aucun doute que les magistrats du parquet sont de véritables juges (Cass. le défenseur des enfants. Celles-ci ne peuvent formuler qu’un avis ou une recommandation. C’est dans ce sens que la cour d'appel de Paris s’est prononcée le 16 mars 1988 . du statut de juge. Crim. le 10 juillet 2008. qui agissent en son nom. avant l’expiration du délai de 24 heures et après présentation préalable de la personne concernée. au sens du droit processuel. l’autorité de la concurrence. C : Les recours examinés par un magistrat du parquet En droit européen. 15 . Ce sont surtout les autorités administratives indépendantes de régulation de l’économie. L’Autorité des Marchés financiers a. notamment puisqu’elles échappent au contrôle de l’Etat.. Ce sont de véritables institutions de l’Etat. alinéa 2.Droit Processuel Patrice HILT B : Les recours examinés par une autorité administrative indépendante Ces autorités sont de formation collégiale. Par exemple. la qualification de juge peut-être retenue. à l’instar des autorités de protection des libertés publiques. Les autorités respectent-elles le critère substantiel ? Il existe. Le critère organique est réuni par toutes les autorités. remplace le conseil de la concurrence. la commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL). puisque les trois critères sont réunis. Elles ont été créées en vue d’assurer. un certain nombre de garanties telles que la protection des droits et libertés. du code de procédure pénale affirme que le procureur de la République peut. Toute contestation n’est possible qu’auprès du magistrat du parquet. Aujourd’hui. prendre la décision de prolonger une garde à vue d’un délai de 24 heures ou plus. dans l’arrêt Medvedyev c. A leur égard. la loi est tout acte comprenant une règle de droit. Selon la Cour de cassation. Font partie de ces autorités le médiateur de la République. respectant le critère institutionnel. De telles hypothèses se rencontrent en procédure pénale. un pouvoir de décision et de sanction et est un véritable juge. le critère substantiel. a provoqué un « séisme juridique ». Au sens du droit processuel. Il en est ainsi de l’autorité de la concurrence qui. l’article 77. Ainsi. France. dans la mesure où celles-ci ont été créées par la loi. l’autorité des marchés financiers. le conseil de prévention et de lutte contre le dopage. 10 mars 1992). le magistrat du parquet est-il un juge au sens du droit processuel ? Cette question fut posée auprès de la Cour européenne des Droits de l'Homme. le justiciable peut ne pouvoir saisir en première instance qu’un magistrat du parquet et non pas un juge du siège. La Cour européenne des Droits de l'Homme. le défenseur des enfants. Il a été conclu que les autorités administratives indépendantes sont impartiales et indépendantes. la protection de certaines catégories de personnes. parmi elles.

des pouvoirs importants passeraient du magistrat du siège vers un magistrat du parquet. Dans son projet de loi. entraîner l’abrogation de toutes les dispositions du droit national qui accordent un pouvoir de décision aux magistrats du parquet. alinéa 2. ne peut être considéré comme un véritable juge (Dalloz 2009. en principe. car placé sous l’autorité directe du ministre de la Justice. car il lui manque. p. Les réformes qu’elle semble imposer à la France sont de nature à remettre en cause l’équilibre du système procédural.600). Etait en cause l’article 77. où le magistrat du parquet n’a aucun pouvoir de décision. Comme autre conséquence. Le ministère public. l’indépendance à l’égard du pouvoir exécutif ». cette décision remet en cause la question de l’unité du corps judiciaire. « Le procureur de la République n’est pas une autorité judiciaire au sens que la jurisprudence de la Cour donne à cette notion. La décision de la Cour européenne des Droits de l'Homme fut critiquée par la doctrine : la Cour chercherait à imposer au modèle français le modèle anglo-saxon de justice accusatoire. Cette décision devrait. 16 . en particulier. et notamment la question du statut du parquet. du code de procédure pénale.Droit Processuel Patrice HILT puisqu’elle a affirmé que les magistrats du parquet ne sont pas de véritables juges au sens du droit processuel. Cette décision met un obstacle sérieux à la volonté actuelle du gouvernement de remplacer le juge d’instruction par le juge de l’enquête et des libertés.

On observe. la réponse apportée par la Cour européenne des Droits de l'Homme fut la suivante : il n’existe aucun droit à un juge d’appel en matière civile et administrative. administrative Dans ces droits. Pendant longtemps. Belgique. la Cour de cassation française semble. Quatre observations s’imposent. En revanche. la Cour européenne des Droits de l'Homme a toujours rendu la même décision dans ces cas. que. la Cour semblerait avoir reconnu. Troisièmement. approuver la Cour européenne des Droits de l'Homme. aucune norme de droit processuel ne consacre expressément le droit d’accès à un juge d’appel. même au sein de la Cour européenne des Droits de l'Homme. Par ailleurs. en matière administrative. on observe. rendu le 17 janvier 2006. sur la question de l’existence d’un droit à un juge d’appel. le Conseil de l’Europe recommande aux Etats membres que « toute décision rendue par un tribunal inférieur doit pouvoir être soumise au contrôle d’un tribunal supérieur ». l’absence d’un droit d’appel n’était pas contraire aux exigences de la Cour européenne des Droits de l'Homme. Dans un arrêt du 26 octobre 1984. contre toute attente. depuis quelques années. §1er – L’inexistence d’un droit à un juge d’appel en matière civile. Quatrièmement. le Conseil d'Etat vient d’opérer un revirement. Par une recommandation R5-95 du 7 février 1995. un Etat peut légitimement refuser d’ouvrir au justiciable un appel contre les décisions rendues par un juge civil ou administratif. une évolution favorable à un second examen de l’affaire en matière civile et administrative. et notamment au sein du Conseil de l’Europe. La décision de la Cour ne fait pas non plus l’unanimité au sein de la doctrine européenne . le 17 .Droit Processuel Patrice HILT Section seconde : L’accès à un juge d’appel Les Etats ont-il l’obligation de permettre au justiciable. Dans ces contentieux. il s’est rapproché de la position de la Cour européenne des Droits de l'Homme. de faire rejuger leur affaire en fait et en droit ? Sur ce point. Dans cet arrêt. le droit de faire rejuger une affaire ferait partie du droit d’accès à un tribunal. De Cubber c. Deuxièmement. Elle a eu l’occasion de souligner. Sa position n’est pas toujours partagée. la Cour européenne des Droits de l'Homme a considéré que l’article 6§1er de la Convention européenne des Droits de l'Homme ne protège pas le droit à un double degré de juridiction en matière civile et administrative. Pourtant. le droit d’accès à un juge administratif d’appel. comme lors d’un avis du 25 septembre 2008. le Conseil d'Etat affirme expressément que la règle du double degré de juridiction ne constituait « plus » un principe général du droit. A fortiori. Il a alors considéré que le droit d’accès à un tribunal comportait nécessairement. Tout d’abord. en vertu du droit d’accès à un juge. un début d’évolution vers la potentielle reconnaissance du droit d’accès à un juge d’appel. il avait accordé à la règle du double degré de juridiction la valeur d’un principe général du droit (PGD). en matière civile. malgré l’inexistence du droit d’accès à un juge d’appel. à plusieurs reprises. dans un arrêt Barbier c. selon elle. le droit d’accès à un tribunal comprend nécessairement le droit à un juge d’appel en matière pénale. sans le confirmer par la suite. implicitement. France. par un arrêt rendu le 17 décembre 2003. l’existence d’un droit à un juge d’appel.

Jusqu’à la loi du 15 juin 2000. aucun appel ne peut être interjeté dans le cas de litige relevant. Un Etat est en droit de refuser au justiciable la possibilité d’interjeter appel contre une ordonnance prise par un juge d’instruction. Ce texte affirmait que lorsque le jugement prononçait une peine d’amende inférieure à 150€. l’article 543 du code de procédure civile pose. a été condamné l’ancien article 346 du code de procédure pénale. même gracieuse. le droit à un juge d’appel en matière pénale ne s’impose qu’aux juridictions de jugement. La chambre criminelle de la Cour de cassation a condamné cette décision au regard de l’article 6 et de l’article 2-1 du protocole additionnel de la Convention européenne des Droits de l'Homme (Cass. aucun appel ne peut être rendu contre un jugement rendu par un juge de proximité ou contre un jugement rendu par une juridiction d’exception lorsque le montant du litige est inférieur ou égal à 4 000€. le procureur général pouvait seul interjeter appel. Quatre observations s’imposent. qui comprend. Cet appel est examiné par la chambre d’instruction près la cour d'appel. Deuxièmement. la déclaration de culpabilité ou la condamnation ». En France. mais au terme d’un décret du 24 juillet 2003. largement. le droit de saisir un juge d’appel. le droit à un juge d’appel consacré par l’article 2-1 du protocole n°7 est un droit qui doit se garder d’être discriminatoire. En matière civile. 6 mai 1997). également. le droit d’accès à un tribunal comporte. il n’était pas possible d’interjeter appel contre les arrêts rendus par une cour d'assises. par exemple. L’article 18 . la formule suivante : « la voix de l’appel est ouverte. en matière pénale. d’un juge administratif unique. le pacte international relatif aux droits civils et politiques. introduisant dans le code de procédure pénale le droit d’interjeter appel devant les cours d'assises (arts. 380-1 et suivants du code). contre les jugements de première instance ». comme en en matière fiscale ou en matière de redevance audiovisuelle. par une juridiction supérieure. à l’article 14§5.Droit Processuel Patrice HILT Parlement a décidé de le reconnaître. dans son système juridique. qui dispose : « toute personne déclarée coupable d’une infraction pénale par un tribunal a le droit de faire examiner. ont été entendues par le législateur qui a abrogé l’article 346 du code. Cependant. Il est pourtant une seule hypothèse dans laquelle tout appel est impossible. Ces condamnations. en des termes généraux. Ce droit n’appartenait pas au prévenu. La même formule a été reprise dans un autre texte. A contrario. en tout matière. le droit à un juge d’appel est effectivement prévu par les textes. manifestement contraire à l’article 2-1 du protocole n°7 à la Convention européenne des Droits de l'Homme. Selon la Cour européenne des Droits de l'Homme. notamment en matière contraventionnelle où l’appel est prévu par l’article 346 nouveau du code de procédure pénale. toutes les décisions peuvent être frappées d’appel. purement françaises. a été supprimée par la loi du 15 juin 2000. pourtant. la même formule. sans que le droit d’accès à un tribunal ne soit violé. Cette impossibilité. ou en matière criminelle. Crim. Cet article réservait au seul procureur général un droit d’appel contre certains jugements rendus en matière de police. il n’existe aucun droit à un juge d’appel devant les juridictions d’instruction. §2nd – La consécration d’un droit à un juge d’appel en matière pénale Ce droit a été expressément consacré par une norme processuelle : l’article 2-1 du protocole additionnel n°7 à la Convention européenne des Droits de l'Homme. On ne peut plus douter qu’au sens du droit processuel. en première instance. un appel peut être interjeté contre tous les jugements rendus par les tribunaux administratifs. En matière administrative. En France. Sur le fondement de cette exigence.

à proprement parler. la cour d'assises d’appel a une composition plus solennelle. qui n’est donc pas supérieure à la première cour d'assises. L’argument peut aussi être réfuté pour une raison organique : la cour d'assises d’appel. De plus. certains auteurs estiment que sur ce point. il n’est pas non plus certain que la loi du 15 juin 2000. le système mis en place contre les appels de cours d'assises est un système circulaire qui ne remplit pas les exigences de la Convention européenne des Droits de l'Homme et de ses protocoles additionnels. Section troisième : L’accès à un juge de cassation Le droit d’accès à un juge comprend-il également le droit de saisir un juge de cassation ? Ce droit n’est inscrit nulle part de façon expresse. Pour cette seule raison. Le juge de cassation serait donc un gardien de l’application correcte et uniforme de la loi. passant de neuf à douze jurés. le président d’une cour d'assises est toujours. un appel interjeté d’une décision d’une cour d'assises fait intervenir une même juridiction. les décisions rendues par cette Haute Cour ne sont pas susceptibles d’appel. Si la cour d'assises donne un verdict en l’absence de l’accusé. pourtant. Ainsi. une nouvelle fois. La Cour européenne des Droits de l'Homme affirme que « le droit d’accès à un juge de cassation est assez fragile en matière civile et administrative dans la mesure où les autorités nationales peuvent facilement y apporter des restrictions ». il faut en revenir à la jurisprudence de la Cour européenne des Droits de l'Homme. Pourtant. En outre. Or. les rédacteurs de la Convention européenne des Droits de l'Homme ont certainement souhaité que l’appel soit examiné par des juges plus expérimentés. ce droit à un juge de cassation est particulièrement renforcé en matière pénale. 19 . On peut donc comprendre que le droit d’accès à un juge comprenne le droit d’accès à un juge de cassation. Ses assesseurs sont souvent choisis par les autres conseillers de la cour d'appel. les trois magistrats de la cour d'assises d'appel sont des magistrats professionnels. la cour d'assises est pratiquement toujours composée de juges plus expérimentés que ceux qui ont rendu la première décision. il existe une hypothèse dans laquelle il n’est pas possible d’interjeter appel contre une décision rendue en première instance par une juridiction pénale.Droit Processuel Patrice HILT 379-5 du code de procédure pénale affirme que l’appel n’est pas ouvert à la personne condamnée par un arrêt rendu par la cour d'assises à défaut. Par ailleurs. l’article 2-1 impose que le recours puisse être porté devant une juridiction supérieure. qui a introduit l’appel contre les arrêts d’assises. En effet. comprendre le droit d’accès à un juge de cassation. Il existe une juridiction pénale de jugement appelée la Haute Cour. En quatrième observation. La loi du 15 juin 2000 met en place un appel circulaire. cet argument peut-être réfuté : en exigeant que l’appel soit soumis à une « juridiction supérieure ». A cet égard. Troisièmement. Cette consécration du droit à un juge de cassation peut se comprendre facilement : la nature même du pourvoi est d’assurer l’égalité des justiciables devant la loi. soit conforme à cette exigence. nécessairement. selon la loi. Celle-ci. a décidé que le droit d’accès à un juge devait. puisque les autorités nationales ne peuvent que très difficilement y apporter des restrictions. désignés par le premier président de la cour d'appel. émane très largement de la cour d'appel. Une nouvelle fois. Cette Cour est chargée de juger exclusivement le président de la République pour certaines infractions limitativement énumérées. même dans le système de l’appel circulaire. un magistrat de la cour d'appel. Le maintien de cette disposition va à l’encontre du droit à un juge d’appel en matière pénale. celui-ci ne peut interjeter appel. Or.

ne sont pas concernés par cette procédure. Cette procédure préalable d’admission a été introduite dans le code de procédure civile par une loi du 25 juin 2001. L131-6 du code de l’organisation judiciaire). et vise à écarter les pourvois non fondés sur un moyen sérieux de cassation. Si le pourvoi leur apparaît recevable donc fondé sur des moyens sérieux. Les autorités nationales peuvent limiter l’accès au juge de cassation en matière civile et administrative en invoquant simplement des considérations d’intérêt général. Soit cette commission déclare le pourvoi irrecevable. elle prend une décision de refus d’admission et le justiciable n’accèdera pas au juge administratif de cassation. le but étant de désencombrer la Cour de cassation. De telles procédures de filtrage existent en France. Ce filtrage. ne peut être examiné devant la chambre compétente que si son admission a été reconnue par une formation de trois juges. devant la Cour de cassation. Pour cette seule raison. La commission d’admission refusera le pourvoi. eux. Dans cette espèce. A : Le filtrage du pourvoi devant la Cour de cassation Un pourvoi. B : Le filtrage du pourvoi devant le Conseil d'Etat Là encore. Il peut arriver que le premier président de la Cour de cassation ou celui de la chambre concernée décident de contourner le filtrage. introduit en 2001. tant devant la Cour de cassation que le Conseil d'Etat. telles que la volonté d’éviter l’encombrement du juge de cassation. simplement pour que celui-ci ne soit pas encombré. devant le Conseil d'Etat existe une commission d’admission des pourvois en cassation. La loi peut donc interdire l’accès à un juge de cassation. Lorsqu’un pourvoi parvient à l’une des cinq premières chambres de la Cour de cassation. Cette commission est composée de trois membres du Conseil d'Etat. Les pourvois en matière pénale. le justiciable ne pourra pas accéder au juge civil de cassation. les procédures de filtrage des pourvois en cassation doivent être déclarées compatibles aux exigences processuelles. Le rôle de cette formation est d’écarter les pourvois dilatoires ou abusifs.Droit Processuel Patrice HILT §1er – Un accès fragilisé au juge de cassation en matière civile et administrative Le droit de saisir un juge de cassation a été consacré par la Cour européenne des Droits de l'Homme le 19 février 1998 dans l’arrêt Higgins c. il sera transmis à la sous-section compétence du Conseil d'Etat qui procèdera à l’instruction puis au jugement. la Cour ajoute que le droit d’accès à un juge de cassation pourrait facilement faire l’objet de restrictions. Si le pourvoi est rejeté. concerne tous les pourvois relatifs aux cinq premières chambres de la Cour de cassation. Le pourvoi doit d’abord être filtré avant d’accéder au juge de cassation. celle-ci ne pourra l’examiner au fond que si le pourvoi est déclaré admis par une formation de trois juges. si celui-ci « n’apparaît pas fondé sur un moyen sérieux de cassation » (art. France. appartenant à la chambre à laquelle le pourvoi a été distribué. 20 .

il n’est possible aux autorités nationales de restreindre l’accès à un juge de cassation que pour des raisons impérieuses. Khalfaoui c. B : La personne en fuite Pendant longtemps. saisir le juge pénal de cassation. 70% des décisions de condamnation pénale sans mandat de dépôt ne sont jamais exécutées. Depuis ce second arrêt. il faut que la juridiction pénale ayant prononcé la condamnation ait décerné un mandat de dépôt. une cause d’irrecevabilité d’un pourvoi en cassation. 23 novembre 1993. France. la France n’a pas tenu compte de cet arrêt. Elle devait donc se mettre en état. A : La personne condamnée. 13 février 2001. pendant longtemps. la loi française a été modifiée pour décider que la personne en fuite peut. toujours par la loi du 15 juin 2000. la France fut condamnée car les restrictions apportées en matière pénale au droit à un juge de cassation ne correspondaient pas à des raisons impérieuses. Ces règles françaises ont été condamnées lors d’empêchements d’une personne de se pourvoir en cassation en l’absence de mise en état en matière pénale. Lors de l’arrêt Omar et Guérin c. Contrairement aux matières civile et administrative. En effet. La mise en état est donc ici le fait de se constituer prisonnier. 14 décembre 1999. Une personne condamnée sans mandat de dépôt restera donc libre.Droit Processuel Patrice HILT §2nd – Un accès renforcé au juge de cassation en matière pénale Le principe veut qu’en matière pénale. les personnes condamnées par une juridiction pénale à une peine d’emprisonnement ne sont pas toutes conduites en prison à l’issue de ce procès . France. 21 . elle devait se constituer prisonnière au plus tard la veille de l’audience examinant le pourvoi. d’après ce texte. France. 25 juillet 2002. Lorsqu’une telle personne voulait se pourvoir. le 29 juillet 1998. Krombach c. L’absence de mise en état était sanctionnée par la déchéance du pourvoi formé. Cette règle a été condamnée par la Cour européenne des Droits de l'Homme lors de l’arrêt Poitrimol c. Cette exigence de raisons impérieuses a été posée par quatre arrêts rendus par la Cour européenne des Droits de l'Homme contre la France : Poitrimol c. Le législateur français. France. mais provisoirement libre L’ancien article 583 ancien du code de procédure pénale affirmait que le fait pour une personne condamnée à une peine d’emprisonnement d’au moins un an mais qui restait provisoirement libre de ne pas se constituer prisonnière au plus tard la veille de l’audience au cours de laquelle le pourvoi allait être examiné entraînait. Par différents arrêts rendus en 1994. a décidé d’abroger cette disposition. ou lorsqu’elle était jugée par contumace. le droit d’accès à un juge comprenne le droit d’accès à un juge de cassation. la Cour européenne des Droits de l'Homme a rappelé le principe de son premier arrêt. France. Dans un premier temps. la déchéance de ce pourvoi en cassation. Cette règle a été condamnée par la Cour européenne des Droits de l'Homme dans la mesure où la déchéance du pourvoi prononcé par l’article 583 ne reposait « sur aucune considération impérieuse » (arrêts Khalfaoui et Papon). le fait de se dérober à l’exécution d’un mandat d’arrêt constituait. la chambre criminelle a continué à maintenir cette règle. Dans ces quatre affaires. France. Papon c. lorsqu’elle s’était dérobée. elle aussi.

la loi lui interdit de se pourvoir en cassation : il faudra que cette personne se constitue prisonnier : l’arrêt rendu par défaut sera non avenu et un nouveau procès sera fait (art. 22 . Le Conseil constitutionnel ne peut pas être considéré comme un juge au sens du droit processuel : le critère organique est rempli car le Conseil constitutionnel est créé par la Constitution. La nouvelle procédure de défaut criminel violerait à nouveau le droit d’accès à un juge. dans l’arrêt Krombach c. Par cette loi. le doute est permis pour les deux autres critères. la personne condamnée par défaut ne peut toujours pas se pourvoir en cassation. France. le contumax. mais des auteurs estiment qu’en droit pénal. L’examen de l’affaire. n’est pas réuni : les membres du Conseil constitutionnel ne sont ni totalement indépendants. En effet. A nouveau. le législateur français est intervenu par la loi du 9 mars 2004. Il est allé plus loin que ce qui avait été exigé par la Cour européenne en abrogeant la procédure de la contumace. Le critère substantiel impose que pour être un juge au sens du droit processuel. En droit pénal. La question s’est posée de savoir si la procédure du défaut criminel respecte le droit de saisir un juge de cassation en matière pénale. Ce n’est que contre l’arrêt rendu par cette nouvelle cour d'assises que la personne initialement absente pourra se pourvoir en cassation. Pourtant. la doctrine a estimé que le droit de saisir un juge ne comprend pas le droit de saisir un juge constitutionnel. il a décidé d’abroger l’article 636 du code de procédure pénale. le contumax n’était pas en droit de se pourvoir en cassation contre l’arrêt de condamnation rendu par la cour d'assises. or. ni totalement impartiaux. Le code de procédure pénale précise aussi que l’examen de l’affaire se fera sans la présence des jurés. Cependant. le droit de saisir un juge de cassation doit pouvoir s’exécuter immédiatement. se fera en l’absence de l’accusé.379-4). loi suprême. La Cour européenne des Droits de l'Homme n’a pas encore été saisie de cette question. Section quatrième : L’accès à un juge constitutionnel Le droit d’accès à un juge comprend-il le droit de saisir un juge constitutionnel ? Un justiciable aurait-il. Le critère institutionnel. car dans cette nouvelle procédure. ne pouvait former aucun pourvoi en cassation. Cette procédure est règlementée aux articles 379-2 et suivants du code de procédure pénale. la contumace correspondait autrefois à la procédure criminelle qui permettait à une cour d'assises de juger une personne en l’absence de celle-ci. dans des conditions particulières. Cela n’est pas certain. selon la doctrine. Cette procédure permet à la cour d'assises de juger une personne qui n’est pas présente à l’audience. il ne tranche pas de litige. cette interdiction faite a été condamnée par la Cour européenne des Droits de l'Homme au motif que la restriction qu’elle instituait en matière pénale ne reposait sur aucune considération impérieuse. la loi de 2004 a remplacé la contumace par une nouvelle procédure : la procédure du défaut criminel. le Conseil constitutionnel devrait pouvoir rendre des décisions de justice . lorsqu’une personne est jugée par défaut criminel. Suite à cette condamnation. mais pourra le faire plus tard. dans ce défaut criminel.Droit Processuel Patrice HILT C : La personne jugée par contumace Selon l’ancien article 636 du code de procédure pénale. conformément au droit d’accès à un juge. La personne ainsi condamnée. le droit de provoquer un contrôle de constitutionnalité des lois ? La Cour européenne des Droits de l'Homme ne s’étant pas encore prononcée.

de juger « en toute indépendance et en toute impartialité ». il est parfaitement possible pour les autorités d’un pays de limiter son accès à des personnes limitativement énumérées. soixante députés. Troisièmement. on pourrait considérer les membres du Conseil constitutionnel comme indépendants et impartiaux. selon les mêmes règles de fond et de forme. depuis son existence. Ainsi. 4 décembre 1995. On dénombre une trentaine d’arrêts. puisque le Conseil constitutionnel ne peut recevoir la qualification de juridiction. Il existe notamment plusieurs obligations légales. de façon « suffisamment claire et intelligible ». les membres du Conseil ne peuvent jamais occuper un emploi public pendant leur mandat. tous les justiciables qui se trouvent dans la même situation doivent être jugés par les mêmes tribunaux. responsable d’un parti politique. jusqu’à cette loi. Telle était la position de la France jusqu’à la loi constitutionnelle du 23 juillet 2008. cette loi nationale sera condamnable au regard du droit d’accès à un tribunal : arrêt Bellet c. la Constitution elle-même a prévu plusieurs interdictions. et non discriminatoire. la possibilité de saisir le Conseil constitutionnel a également été accordée au citoyen. etc.Droit Processuel Patrice HILT Deux observations s’imposent : premièrement. A l’heure actuelle. d’accessibilité et d’intelligibilité de la loi ». elle pose certaines incompatibilités. De plus. justement pour garantir leur indépendance. soixante sénateurs et le Premier ministre. il est soutenu qu’une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés que la Constitution garantit. le critère substantiel au sens de la Cour européenne des Droits de l'Homme doit être entendu au sens large : le droit de déclarer une loi conforme ou non à la Constitution peut-être considéré comme un droit de trancher des litiges. les modalités d’exercice de l’action doivent être exprimées dans la loi. notamment de prêter serment. Deuxièmement. De plus. Ainsi. le Conseil constitutionnel peut être saisi de cette question sur renvoi du Conseil d'Etat ou de la Cour de cassation ». En effet. la saisine du Conseil constitutionnel était réservée à certaines personnes : le président de l’Assemblée nationale. Un membre du Conseil ne peut pas être ministre. lors d’une récente décision. celui du Sénat. l’accès à un juge doit également être égalitaire. En effet. à l’occasion d’une instance en cours devant une juridiction. Chapitre II : Les caractères du droit d’accès à un juge Ces caractères sont au nombre de trois : l’accès à un juge doit être un accès clair. le droit d’accès à un tribunal est toujours considéré comme ne comprenant pas le droit d’accès à un juge constitutionnel. France. lorsqu’une loi nationale prévoit des règles complexes de saisine d’un juge. Autrement dit. l’accès à un juge doit être effectif. que le droit de saisir un juge incluait « un objectif de valeur constitutionnelle. Cette possibilité a été inscrite dans le nouvel article 61-1 de la Constitution française : « lorsque. Deuxièmement. Cela ne posa aucun problème processuel. La Cour européenne des Droits de l'Homme ne cesse de le rappeler. La Constitution a prévu que le mandat de ces membres n’était pas renouvelable. la position doctrinale visant à refuser au Conseil constitutionnel la qualification de juge peut être contestée. 23 . Avec la loi constitutionnelle de 2008. celui de la République. Cette exigence processuelle a été reprise en droit interne par le Conseil constitutionnel qui a affirmé. Ainsi. etc. De plus. parlementaire.

car elles constituaient autant d’obstacles juridiques au droit d’accès à un juge. Section première : Le principe : l’accès à un juge doit être effectif L’accès à un juge est effectif lorsque. la Cour a fragilisé un certain nombre d’autres règles procédurales françaises. le rôle correspond à un registre sur lequel le secrétariat inscrit. il appartient aux autorités nationales de supprimer. reconnu au premier président de la Cour de cassation. Une telle hypothèse est prévue à l’article 1009-1 du code de procédure civile : le premier président de la Cour de cassation peut radier une affaire du rôle de la Cour de cassation. a été.Droit Processuel Patrice HILT qui rappellent ce principe. A : La radiation du rôle Dans une juridiction. mise à la charge des Etats. en condamnant l’article 1009-1. par ordre chronologique. §1er – La suppression des obstacles juridiques Très souvent. et notamment pour sanctionner l’inertie des parties. Ce pouvoir de radiation. a une portée générale puisque la Cour européenne des Droits de l'Homme affirme que tout obstacle doit être supprimé. son affaire est inscrite au rôle. Ainsi. le refus d’une indemnisation complémentaire. Si tel est le cas. la radiation du rôle s’analyse en une décision du juge de retirer une affaire au rang des affaires en cours. qui connaît cependant quelques exceptions. Quatre règles principales ont été condamnées : la radiation du rôle. 24 . et les incidences d’une faute commise par un auxiliaire de justice. dans certaines conditions. Sur ce fondement. qu’il soit purement juridique ou simplement financier. dans leur ordonnancement juridique. et une réelle possibilité de faire trancher leur contestation. l’obstacle juridique à l’accès à un juge doit être abrogé par le législateur. soit de rendre cette accès excessivement difficile. Elle ne sera donc pas jugée. l’accès à un juge n’est pas effectif en raison d’une règle de droit. Cette obligation. La portée de ces condamnations doit alors être étudiée . plusieurs règles juridiques internes ont été condamnées par la Cour européenne des Droits de l'Homme. Lorsqu’un justiciable saisit le juge. les affaires dont la juridiction est saisie. sur le territoire donné. la remise en cause d’une décision de justice devenue effective. soit d’empêcher l’accès à un juge. les justiciables ont une réelle possibilité de saisir le juge. pour que cette réelle possibilité existe. Juridiquement. à plusieurs reprises. Il est des hypothèses dans lesquelles l’affaire est radiée du rôle pour diverses raisons. « aussi longtemps que le demandeur au pourvoi ne justifie pas avoir exécuté la décision frappée par le pourvoi ». tous les obstacles qui auraient pour conséquence. condamnée par la Cour européenne des Droits de l'Homme sur le fondement de l’effectivité de l’accès à un juge.

La décision de radier l’affaire est prise à la demande du défendeur. Puisque l’instance demeure. Tout d’abord. Les juges européens. ce pouvoir de radiation empêche le justiciable. une radiation ne peut emporter une violation de l’article que si le justiciable dont l’affaire a été radiée s’est trouvé « dans l’impossibilité absolue d’exécuter la décision frappée par le pourvoi ». En effet. La dernière condamnation date du 14 novembre 2006. voire incompréhensible. une condition est nécessaire. la seule radiation du rôle ne suffit pas pour emporter une violation de l’article 6§1er. Ils poursuivent en affirmant que pour que cette radiation puisse s’analyser en une violation du droit à un accès effectif au juge de cassation. il peut être considéré comme conforme au droit d’accès à un juge. le justiciable sanctionné par la radiation peut mettre fin à la suspension de l’instance à tout moment. la radiation de son affaire n’est pas condamnable au regard du droit processuel. la doctrine a considéré que pour cette seule raison. après avoir recueilli l’avis du procureur général et les observations des parties. La seconde hypothèse est celle où il apparaît au premier président de la Cour de cassation que le demandeur au pourvoi est « dans l’impossibilité d’exécuter la décision frappée par le pourvoi ». il lui apparaît que l’exécution de la décision frappée par le pourvoi serait de nature à entraîner des conséquences manifestement excessives. Pour ce fait. le pouvoir de radiation du premier président de la Cour de cassation n’est pas absolu. passe outre et radie l’affaire. France. à plusieurs reprises. mais parce que les juges français feraient une application trop restrictive des deux exceptions énoncées. le premier président de la Cour de cassation perd son pouvoir de radiation. par cette décision. si le justiciable était en mesure d’exécuter la décision qu’il veut frapper par le pourvoi. le droit d’accès à un tribunal n’est pas effectif. En effet. Selon les juges. Ainsi. non pas en raison de la formulation de l’article 1009-1 du code de procédure civile. puisque l’on lit à l’article 1009-1 que dans deux hypothèses. en France. On voit donc mal en quoi cette radiation participe à rendre l’accès au juge de cassation moins effectif. Cette condamnation et les six précédentes appellent plusieurs observations. très souvent. Il en est ainsi lorsque. on conclu à l’unanimité que « le jeu de l’article 1009-1 du code de procédure civile français pouvait porter atteinte au droit du requérant à un accès effectif à la Cour de cassation ». Celle-ci fut condamnée. la condamnation européenne de l’article 1009-1 du code de procédure civile peut apparaître sévère. Pourtant. la décision paraît aussi sévère car les effets de la radiation sont limités en France. le premier président de la Cour de cassation considère qu’aucune de ces deux exceptions ne se trouve dans les faits. selon l’alinéa 2. a condamné l’article 1009-1 du code de procédure civile. Très tôt. Bien évidemment. « lorsque le demandeur au pourvoi ne justifie pas avoir exécuté la décision frappée par le pourvoi ». d’accéder au juge de cassation. selon les juges européens. et en particulier au juge de cassation. ce pouvoir de radiation vise à éviter les manœuvres dilatoires ou les pourvois abusifs. dès lors qu’il justifie 25 . lorsqu’il est exercé. Cette partie majoritaire de la doctrine a été suivie par la Cour européenne des Droits de l'Homme qui. en estimant que ce texte ne permet pas d’assurer un accès effectif au juge. dans la mesure où cette seule radiation participe à une bonne administration de la justice. Par ailleurs. La condamnation européenne de l’article 1009-1 du code de procédure civile L’article 1009-1 du code de procédure civile permet au premier président de la Cour de cassation de radier une affaire du rôle de sa juridiction. Deuxièmement. dans l’arrêt ONG c. L’existence de ces deux exceptions aurait donc dû suffire pour empêcher une condamnation de la France.Droit Processuel Patrice HILT 1.

La situation envisagée dans ce texte ressemble de façon étroite à celle envisagée à l’article 1009-1 du même code. France est de nature à fragiliser d’autres règles procédurales françaises. France vaut également. à la suite d’une transfusion sanguine. B : Le refus d’une indemnisation complémentaire L’accès effectif à un juge s’oppose également à ce que l’existence d’une procédure d’indemnisation forfaitaire interdise à la victime de saisir le juge afin d’obtenir une réparation complémentaire de son préjudice. On retrouve aussi les deux exceptions dans lesquelles il ne peut radier.Droit Processuel Patrice HILT l’accomplissement des diligences dont l’absence avait entraîné la radiation. Ce n’est qu’en 2001. Une autre hypothèse de radiation est prévue à l’article 526 du code de procédure civile. En effet. Enfin. la première chambre civile a répondu à cette question par la négative : « une personne déjà indemnisée forfaitairement ne peut plus saisir le juge afin d’obtenir une réparation complémentaire ». C’est précisément par cette interdiction 26 . saisir un juge. en faveur des personnes affectées par le virus du SIDA. Cette disposition reprend presque exactement les termes de l’article 1009-1 pour les étendre au premier président de la cour d'appel. Par un arrêt du 26 janvier 1994. une année plus tard. il est un arrêt où la cour avait considéré que l’article 1009-1 ne contrevenait pas au droit d’accès à un juge : il s’agit de l’arrêt du 14 novembre 2000 : Annoni di Gussola c. France ne fait que rappeler une jurisprudence constante de la Cour européenne des Droits de l'Homme. et notamment celles qui. Dans cette jurisprudence. que la Cour européenne effectua un revirement. « Les dispositions de [cet article] contreviennent à l’article 6§1er de la Convention européenne des Droits de l'Homme ». afin d’obtenir plus que ce qui lui avait été accordé forfaitairement. toutes les critiques formulées à l’égard de cet arrêt pourraient être étendues à l’article 526. Si l’Europe condamne l’article 1009-1 du code de procédure civile. malgré les condamnations répétitives de l’article du code de procédure civile. par analogie. Cette règle a été posée par les juges européens lors de l’arrêt Bellet c. comme ce dernier. France du 4 décembre 1995. l’arrêt ONG c. « au risque de voir son affaire radiée du rôle de la cour d'appel ». En effet. le premier président de la Cour de cassation n’est pas le seul juge français à être doté d’un tel pouvoir. La fragilisation de plusieurs autres règles procédurales françaises L’arrêt ONG c. Des textes reconnaissent à certains juges le pouvoir de radiation. on peut légitimement estimer que la condamnation ONG c. Ainsi. Pour comprendre cette interdiction. La question s’est posée de savoir si une personne indemnisée sur le fondement de cette loi pouvait. Cette loi a été adoptée suite à l’affaire du sang contaminé. il faudrait. le législateur français a toujours considéré qu’il n’était pas nécessaire d’intervenir. par la suite. un système d’indemnisation forfaitaire. Une nouvelle fois. notamment condamner l’article 410 du code de procédure civile qui prévoit que le juge civil peut radier une affaire du rôle si les parties s’abstiennent d’accomplir les actes de procédure dans des délais impartis. il faut savoir qu’une loi française du 31 décembre 1991 a prévu. reconnaissent à un juge un pouvoir de radiation. 2. la cour d'appel de Colmar a décidé que la condamnation européenne de l’article 1009-1 vaut également pour l’article 526 du code de procédure civile. par le biais d’une indemnisation complémentaire. l’article 526 pose également une obligation pour l’appelant d’exécuter la décision de première instance frappée d’appel. L’article 90 du code de procédure civile prévoit que la cour d'appel qui est saisie d’un contredit peut radier l’affaire du rôle si aucune partie ne se constitue avouée dans le délai imparti. Troisièmement. Toujours est-il que le 30 avril 2007. à l’instar de l’article 1009-1. France. puisque la même formulation est posée.

Ainsi. du droit de saisir la Cour de cassation « afin d’obtenir l’annulation d’une décision de justice devenue définitive ». Depuis la loi du 3 juillet 1967. Le fait que le procureur général dispose de ce pouvoir est le pourvoi pour excès de pouvoir. sans nul doute. le 28 octobre 1999 notamment : « l’annulation. la règle posée par les arrêts Bellet et F. C : La remise en cause d’une décision de justice devenue définitive Selon la Cour européenne des Droits de l'Homme. Il faut néanmoins considérer que le pouvoir de remise en cause contrevient à l’effectivité du droit d’accès à un juge. une cour d'appel roumaine avait donné une solution effective et exécutée. Par un arrêt rendu le 6 juillet 1997. l’assemblée plénière a expressément refusé à une personne déjà indemnisée de saisir le moindre juge pour obtenir la moindre indemnisation complémentaire. De nouvelles condamnations européennes ont alors été prononcées. à la demande du procureur général. dans certains systèmes juridiques dont la France. 27 . après ces nouvelles condamnations. En France. France. dans un premier temps. le procureur général de la Cour de cassation détient le pouvoir de saisir cette Cour afin d’obtenir l’annulation d’une décision de justice devenue définitive. une méconnaissance du droit à l’accès effectif à un juge. Ce pourvoi pour excès de pouvoir ne doit pas être confondu avec le droit de pourvoi en cassation pour excès de pouvoir. la solution européenne donnée pour les personnes affectées par le SIDA doit. C’est précisément ce pouvoir que détient le procureur général qui a été déclaré contraire à l’effectivité du droit accès à un tribunal : Brumarescu c. le procureur général près la Cour de cassation dispose d’un tel pouvoir. avant d’être annulée par un procureur général roumain. Par extension. formé par les parties. la Cour de cassation a cédé en modifiant sa jurisprudence pour l’aligner sur celle de la Cour européenne des Droits de l'Homme. la Cour de cassation s’est opposée à la décision de la Cour européenne. sept ans plus tôt.E. le droit d’accès effectif à un juge s’oppose à ce qu’une décision de justice devenue définitive puisse être remise en cause par la suite. purement et simplement. Le pouvoir de pourvoi du procureur général est qualifié de « soupape de sécurité » permettant au ministère public de faire sanctionner une « énormité juridique » ignorée par les juges du fond. comme un arrêt d’appel contrevenant au principe de séparation des pouvoirs. Ce pouvoir est strictement encadré par la loi : le procureur de la République ne peut former ce pourvoi qu’après avoir obtenu préalablement l’autorisation du ministre de la Justice. France devrait être étendue à tous les systèmes d’indemnisation forfaitaire mis en place. Aujourd’hui. les personnes contaminées par l’amiante ayant obtenu une indemnisation forfaitaire ne peut pas saisir un juge pour une indemnisation complémentaire. Il faudrait donc abroger ce pouvoir. Ce qui fut décidé par la Roumanie prévaut pour la France.E. France du 30 octobre 1998. Roumanie. dans l’arrêt Bellet c. Finalement. le procureur général près la Cour de cassation dispose. lui aussi. comme dans le système roumain. Pourtant.Droit Processuel Patrice HILT jurisprudentielle que la Cour européenne des Droits de l'Homme a condamné. c. en saisissant l’assemblée plénière. Suite à cette condamnation européenne. Aujourd’hui. le système d’indemnisation forfaitaire n’empêche plus la personne indemnisée de saisir un juge. d’une décision judiciaire irrévocable et exécutée a méconnu le droit du requérant à un procès équitable » et donc son droit d’accès effectif à un juge. notamment dans l’arrêt F. Ici. être étendue aux personnes contaminées par l’amiante. c.

Droit Processuel Patrice HILT D : Les incidences d’une faute commise par un auxiliaire de justice Dans les faits. Si le juge européen impose la réouverture des délais. méconnaissait l’effectivité du droit d’accès à un juge. Dans ces hypothèses. Dans de telles hypothèses. des règles procédurales internes seraient remises en cause. la jurisprudence marque une sévérité dans l’application de ces hypothèses et ne prononce que très rarement le relevé demandé. à plusieurs reprises. §2nd – La suppression des obstacles financiers L’accès à un juge a un coût. Dans ces arrêts. du 17 janvier 2006. Premièrement. n’était pas contraire au droit d’accès à un juge. En moyenne. c'est-à-dire la perte de son droit d’accès au juge. la Cour européenne des Droits de l'Homme semble indiquer que la simple attribution de dommages et intérêts n’est pas suffisante pour assurer l’effectivité du droit d’accès à un juge. la plupart des systèmes juridiques européens permettent au forclos d’engager la responsabilité judiciaire de l’auxiliaire afin de recevoir des dommages et intérêts. Certaines personnes peuvent parfois renoncer à saisir un juge en raison du coût du procès. la justice est gratuite : ce principe de gratuité fut posé par la loi des 16 et 24 août 1790. il résulte que toutes les dépenses occasionnées par un procès représentent parfois des sommes considérables. Les honoraires des auxiliaires de justices. La faute commise par l’auxiliaire de justice peut. 28 . Dans plusieurs arrêts. en France. en l’occurrence. et passer outre cette forclusion. Cela appelle quelques observations. dans ces hypothèses. le système français prévoit des hypothèses dans lesquelles l’intéressé peut obtenir un relevé de forclusion. de saisir un juge. les juges européens ont considéré que l’impossibilité pour le forclos. La question fut posée à la Cour européenne de savoir si celle règle était compatible avec le droit d’accès à un juge. les hypothèses de relevé de forclusion sont très restreintes en droit français et ne concernent que des situations extrêmement rares. D’autre part. La Cour de cassation a mesuré qu’en imposant une obligation de réouverture des délais. un arrêt d’appel coûte 25 000€. Deux exemples peuvent l’illustrer : des personnes pourraient ne pas pouvoir saisir le juge si leur avocat a laissé passer un délai de procédure. De ces considérations. entraîner la forclusion du justiciable. Cela signifie uniquement que les frais de fonctionnement de la justice ne doivent pas être supportés par les justiciables. France. devrait opérer une réouverture des délais afin de permettre au justiciable d’accéder effectivement à un juge. même si le juge admet le relevé de forclusion. les indemnités dues aux témoins ou les expertises ne sont pas des frais de fonctionnement et sont à la charge de la partie. la loi nationale. d’être entravé par la perspective des frais qu’il faudrait débourser. On peut légitimement en douter : d’une part. cette seule exigence remettrait en cause tout le système français des forclusions. notamment dans l’arrêt Barbier c. pour être conforme au droit d’accéder effectivement à un juge. notamment dues à la faute d’un auxiliaire. que le système français des forclusions. il arrive parfois que l’accès à un juge soit refusé à une personne en raison d’une faute commise par un auxiliaire de justice dans l’exercice de sa mission. D’après la Cour de cassation. Les autres frais doivent être supportés par les parties. en raison de ce coût élevé. L’accès à un juge risque. ou si un huissier aurait commis une erreur dans la signification d’un recours. Elle a affirmé.

Aujourd’hui. les obstacles financiers à l’accès au juge. dans la loi du 22 janvier 1851. le demandeur doit souhaiter exercer « une action en justice qui ne soit pas manifestement irrecevable ou dénuée de fondement ». le système français est donc compatible aux exigences européennes. la Cour européenne des Droits de l'Homme a considéré qu’au nom du droit effectif à un juge. Dans des systèmes dont le système français. Si l’on applique ces trois critères. il appartient aux Etats de supprimer. Depuis cette loi. Cette aide a été à nouveau réformée par une loi du 18 juillet 1991 : on parle désormais d’aide juridictionnelle. quelque soit la nature de la procédure engagée : en matière contentieuse. il faut que le demandeur puisse justifier « ne pas disposer de ressources suffisantes ». Ce système fut imaginé. question s’est posée de savoir si les autorités nationales devraient accorder une aide juridictionnelle à tous les plaideurs : quelle est l’étendue de l’obligation d’aide financière mise à la charge des Etats. « un système d’aide juridictionnelle doit être prévue devant toutes les juridictions nationales. Deuxièmement. A : L’exigence européenne d’un système juridictionnelle Suite à l’arrêt Airey c. Premièrement.Droit Processuel Patrice HILT Pour cette raison. dans leur droit. posées par la Cour européenne des Droits de l'Homme. Ainsi. de la même façon. le système français d’aide juridictionnelle a un domaine d’application étendu en France. Question est de déterminer le seuil en deçà duquel une aide peut-être obtenue. B : Le système français d’aide juridictionnelle L’exigence européenne est parfaitement respectée par le droit français : l’effectivité du droit d’accès à un juge existe en droit interne. pour la première fois. Troisièmement. Pour pouvoir bénéficier de cette aide. cette condition n’a pas été jugée contraire au droit processuel de l’accès effectif à un juge. gracieuse. cette aide peut être accordée devant toutes les juridictions de l’ordre judiciaire. Irlande. selon les juges européens. La condition tenant aux ressources En France. selon la Cour. deux seuils sont fixés par la loi : un seuil en deçà duquel la personne bénéficie d’une aide juridictionnelle totale et un seuil au-delà 29 . La Cour européenne a donné les trois précisions suivantes : premièrement. non pas seulement les frais de la justice. pour garantir leur effectivité. l’aide française juridictionnelle peut être également accordée devant toutes les juridictions de l’ordre administratif. le demandeur à l’aide doit réunir deux conditions. Deuxièmement. dans lequel l’Etat prendrait à sa charge. quelque soit le contentieux envisagé ». Selon les juges européens. l’aide peut être accordée. l’Etat est en droit de refuser une aide juridictionnelle lorsque la demande en justice est manifestement infondée. 1. aussi bien civiles que pénales. Tout d’abord. dans les procédures sur requête ou en référé. on parlera d’aide judiciaire. dilatoire ou abusive. la seule solution envisageable en droit interne est de prévoir un système d’aide juridictionnelle. Irlande. Troisièmement. 9 octobre 1979). mais aussi les frais annexes. Cette aide était initialement appelée l’assistance juridique. les Etats peuvent également subordonner l’octroi de cette aide juridictionnelle « à l’existence d’une demande en justice sérieuse ». les Etats peuvent subordonner l’octroi d’une aide juridictionnelle à un plafond de revenu : seules les personnes aux revenus les plus modestes devraient avoir accès à cette aide. Deuxièmement. Elle fut réformée une première fois par la loi du 3 janvier 1972. afin de permettre aux personnes les plus démunies de saisir le juge (Airey c. ou relatives à l’exécution d’une décision de justice. quelque soit leur degré.

Deuxièmement. Premièrement. à titre exceptionnel. pour qu’il puisse en être ainsi. composé entre autres d’un magistrat qui appréciera les circonstances. l’Etat paie tout. deux buts légitimes peuvent être poursuivis par les autorités nationales : la limitation nationale poursuit un but légitime lorsqu’elle tend à éviter ou à remédier à l’encombrement des juridictions internes. La loi de 1991 termine en affirmant que « s’il apparaît que le demandeur auquel l’aide juridictionnelle a été refusée triomphe finalement devant la juridiction compétente. Par ailleurs. l’aide est partielle. la restriction est justifiée par un intérêt privé. la personne bénéficie d’une aide partielle. les ressources du conjoint. l’aide juridictionnelle n’est octroyée qu’au demandeur « dont l’action n’apparaît pas manifestement irrecevable ou dénuée de fondement ». cette disposition n’a jamais été appliquée. la limitation nationale « ne doit pas porter atteinte à la substance même du droit d’accès à un juge ». « Les deniers publics ne doivent pas être dilapidés pour offrir au plaideur la satisfaction de présenter aux tribunaux une demande insoutenable ». Par la suite. mais il paie parfois une aide partielle. Au 1er janvier 2009. 2. obtenir le remboursement des frais. dépenses et honoraires à concurrence de l’aide juridictionnelle dont il aurait pu bénéficier ». Cependant. Au 1er janvier 2009. les seuils sont les suivants : en deçà de 885€ net par mois. Cependant. Parfois. Plusieurs remarques s’imposent. l’accès au juge peut être limité par la loi interne. Enfin. il pourra. tous les ans. Ici. l’aide juridictionnelle peut être accordée à ceux dont les revenus excèdent ceux prévus par la loi lorsque « leur situation apparait particulièrement digne d’intérêt au regard de l’objet du litige ». selon la jurisprudence de la Cour européenne. la limitation nationale « doit poursuivre un but légitime ». le supplément pour charge de famille est égal à 159€ par enfant à charge. Entre les deux. l’aide juridictionnelle est totale. Cette aide est conférée par le bureau d’aide juridictionnelle. ces seuils sont parfois affectés d’un supplément pour charge de famille. afin qu’ils soient conformes à l’évolution du coût de la vie. Cependant. De plus. Qu’appelle-t-on « but légitime » ? En réalité. les seuils sont calculés par rapport au revenu mensuel net. la limitation nationale doit réunir plusieurs conditions. Section seconde : L’exception : l’accès à un juge peut être limité Selon la Cour européenne.Droit Processuel Patrice HILT duquel la personne ne bénéficie d’aucune aide juridictionnelle. Tout d’abord. en ce cas. Ici. les éléments extérieurs du train de vie. la limitation nationale poursuit un but légitime lorsqu’elle tend à assurer la défense des justiciables. la règle interne ne doit pas avoir pour conséquence la privation pure et simple pour le justiciable de son droit d’accès à un juge. la restriction au droit d’accès à un juge est justifiée par un droit d’accès général. l’aide juridictionnelle française n’est pas forcément une aide complète. 30 . quels sont les revenus pris en considération ? La loi a pris la précaution de prendre en considération le salaire et tous ses compléments. même un individu situé en deçà des seuils pourra se voir refuser une aide si une prétention paraît vouée à l’échec. Autrement dit. Ces deux seuils fixés par la loi sont révisés. Entre 885 et 1328€ par mois. La décision de rejet de l’aide n’est pas susceptible de recours. les ressources du foyer. La condition tenant au fondement de la demande en justice Au terme de la loi de 1991. Ainsi.

en France. selon la loi. la qualité pour agir est le titre juridique qui autorise une personne à prendre l’initiative d’une action en justice et donc saisir un magistrat. La loi peut accorder deux types de qualités pour agir. Parmi ces conditions. 1. Dans ces hypothèses. Il s’agit des règles qui soumettent l’action en justice à des conditions de recevabilité. Ces catégories doivent être déclarées conformes au droit processuel. La qualité pour agir. C’est l’hypothèse des actions attitrées : certaines saisines sont attitrées. on retrouve l’exigence d’un intérêt ou d’une qualité à agir. L’exigence d’une qualité pour agir Cette exigence est posée dans tous les contentieux. Cette exigence existe dans tous les contentieux. La personne n’ayant aucun intérêt à agir se verra débouter pour demande en justice irrecevable. A cet égard. Là encore. pour pouvoir agir en justice. les règles qui obligent les plaideurs à consigner une somme d’argent et les règles qui sanctionnent l’abus du droit d’agir en justice. pour pouvoir saisir un juge déterminé. la loi pose souvent quatre catégories de règles. il a été rétorqué que devoir 31 . Il existe des hypothèses. cette restriction a été déclarée conforme à l’article 6§1er de la Convention européenne des Droits de l'Homme par la Cour européenne : « exiger un intérêt pour pouvoir saisir le juge poursuit un but légitime d’intérêt général. différentes conditions doivent être réunies. il faut très souvent pouvoir justifier d’un intérêt. L’exigence d’un intérêt à agir Pour agir en justice. Cependant. est très souvent directement accordée par la loi. certes rares. le législateur peut aussi affirmer que ne peut saisir le juge qu’une liste limitative de personne. L’article 484 du code civil permet à toute personne d’agir en nullité absolue du mariage. de toute évidence. Cette exigence constitue. Par exemple. 2. On s’est interrogé sur la compatibilité sur cette exigence d’autorisation d’un autre juge . il est impossible pour le justiciable d’accéder au juge. Juridiquement.Droit Processuel Patrice HILT §1er – L’intérêt général : Eviter ou remédier à l’encombrement des juridictions Pour éviter ou remédier à l’encombrement des juridictions. les règles qui imposent un délai pour agir en justice. à savoir éviter l’encombrement des juridictions nationales. Parfois. Cet intérêt doit être né et actuel. la Cour européenne affirme que « pour l’autorité nationale. un frein à l’accès à un juge. l’exigence d’un intérêt à agir restreint l’accès à un juge. cela est donc conforme à l’article 6§1er de la Convention. elle affirme que toute personne a qualité pour agir. Sans qualité. seul l’époux victime peut demander la nullité relative du mariage. dans lesquelles la qualité pour agir ne résulte pas de la loi. l’encombrement des juridictions » . A : Les conditions de recevabilité de l’action en justice Dans tous les systèmes européens. Parfois. La loi parle d’un intérêt à agir. Cela signifie que seul celui qui a un intérêt personnel peut agir devant un juge. il faudra d’abord être autorisé par un autre juge. exiger une qualité pour agir poursuit un but légitime. mais d’une décision de justice.

Dans le contentieux civil. Cependant. Deuxièmement. B : Les délais d’exercice de l’action en justice Dans tous les contentieux. Dans le contentieux administratif. Par exemple. du département ou de la région. France. cette chambre avait expressément considéré cela en décidant qu’un délai plus long accordé au ministère public se justifiait. et si le conseil municipal n’agit pas. si un maire est suspecté de prise illégale d’intérêt. pour attaquer ce même jugement. Cette différence de traitement n’est pas acceptable au regard du droit d’accès à un juge. à condition d’y avoir été préalablement autorisé par le tribunal administratif. La Cour européenne a répondu par la négative . les jugements rendus par le tribunal correctionnel peuvent être frappés d’appel. si autorisé par le tribunal administratif. France du 26 juillet 2007 confirme ce principe. France. Dans un arrêt du 27 juin 2000. la nécessité d’autorisation judiciaire se retrouve dans tous les contentieux. tout administré peut agir au nom de ce dernier et saisir la juridiction pénale de jugement. La Cour européenne l’a confirmé dans l’arrêt Gacon c. le délai d’action posé par la loi doit être le même pour toute personne et doit s’interdire toute discrimination. le droit de saisir un juge se trouve « enfermé » dans un délai. cette discrimination n’avait pas été jugée contraire à l’article 6§1er par la chambre criminelle de la Cour de cassation. La Cour européenne des Droits de l'Homme s’est montrée clémente et a répondu par la négative : le fait d’imposer d’un délai pour saisir un juge doit être déclaré compatible avec l’article 6§1er de la Convention Européenne des Droits de l'Homme. Dans le contentieux pénal. il faut que l’action présente un intérêt suffisant à agir.Droit Processuel Patrice HILT obtenir une autorisation judiciaire pour pouvoir saisir un juge pouvait porter atteinte au droit d’accès à un juge. si le tribunal administratif refuse d’accorder une autorisation. Tout d’abord. L’arrêt Walchli c. l’action sera dite non-prescrite et l’accès au juge sera définitivement fermé au justiciable. l’autorité nationale vise à éviter l’encombrement des juridictions. Cette première condition condamne l’article 505 du code de procédure pénale . trois conditions s’imposent pour une autorisation du tribunal administratif : il faut que la collectivité ait été préalablement invitée à agir elle-même . La Cour précise cependant que pour qu’un délai de prescription soit déclaré conforme au droit d’accès à un juge. Cette discrimination ne réunit pas la première condition et rend incompatible l’article 505 au droit d’accès à un juge. Initialement. Plusieurs remarques s’imposent : premièrement. le code de procédure pénale affirme que les prévenus ont dix jours pour attaquer le jugement par un appel et que le ministère public a quinze jours. Récemment. suite à l’arrêt Gacon c. La solution européenne de 1995 permet de légitimer plusieurs règles françaises. Le délai écoulé. Il pourrait s’agir d’une atteinte disproportionnée au droit d’accès à un juge. la chambre criminelle a opéré un revirement dans un arrêt rendu le 17 32 . que cette collectivité ait refusé d’agir ou négligé d’exercer ellemême l’action envisagée . Le système national d’autorisation judiciaire est donc conforme à l’article 6§1er : cette façon de limiter la qualité pour agir participe à un but d’éviter l’encombrement des juridictions. l’exemple est celui de l’article 507 du code de procédure pénale qui reprend la même formule que l’article 272 du code de procédure civile : « l’appel immédiat contre les décisions avant dire droit est soumis à l’autorisation préalable du président de la chambre de l’instruction ». un recours est possible devant le Conseil d'Etat. Le but légitime de remédier à l’encombrement des juridictions est préservé. du 22 mai 2008. les articles 272 et 380 du code de procédure civile soumettent l’appel immédiat contre les décisions avant dire droit à l’autorisation du premier président de la cour d'appel. à travers ce délai. deux conditions doivent se trouver réunies. le droit d’accès à un juge n’est pas violé. En effet. En droit national. on peut citer l’article L2132-5 du code général des collectivités territoriales qui donne le pouvoir aux administrés d’exercer une action en justice devant toute juridiction au lieu et place de la commune. parfois deux mois.

mais à la gravité de l’infraction soulevée par le plaideur.Droit Processuel Patrice HILT septembre 2008. est posé pour former un appel contre un jugement correctionnel. le but est d’éviter un encombrement des juridictions nationales. a considéré. la somme qui a été consignée dans les mains de l’Etat tombera dans les caisses du trésor public . En deuxième condition. Dans cet arrêt. les autorités nationales demandent à celui qui va saisir un juge de consigner une certaine somme d’argent à peine d’irrecevabilité de la demande. France du 29 avril 2008 pose cette condition. la personne pourrait être condamnée à une amende civile pouvant aller jusqu’à 15 000€. La première disposition légitimée est l’article 88 du code de procédure civile : lorsqu’un justiciable souhaite saisir le juge d’instruction au moyen d’une plainte avec constitution de partie civile. Un délai de dix jours est posé pour une requête en nullité d’une extradition. quel que soit ce juge pénal. le juge d’instruction sera. L’arrêt Thomas c. Cette jurisprudence légitime un certain nombre de dispositions françaises. qu’un délai de dix jours n’était pas contraire au droit processuel d’accès effectif à un juge. soit le juge fait droit à la demande du justiciable et la somme consignée sera restituée au justiciable. ou contre une ordonnance rendue par le juge-commissaire. Un délai de dix jours. le justiciable. Si une ordonnance de non-lieu est rendue. Une nouvelle fois. Cette technique procédurale a été déclarée compatible avec le droit d’accès à un juge : devoir consigner une somme d’argent vise à éviter l’encombrement des juridictions nationales. La Cour européenne n’a jamais été saisie de cette question. Deux issues sont possibles. Le montant de cette sûreté est directement déterminé par le juge d’instruction . non pas aux facultés financières du justiciable. dans ces hypothèses. saisie de cette question. un délai de 24 heures est posé pour interjeter appel devant le premier président de la cour d'appel à l’encontre d’une décision rendue par le juge d’instance statuant sur les conditions des funérailles (art. La Cour de cassation. et uniquement à partir de ce moment. valablement saisi et pourra instruire l’affaire pénale. l’exigence d’une conciliation fait courir un certain risque au plaideur. Soit le juge déboute le justiciable qui a consigné la somme d’argent. 1061-1 du code de procédure civile). en matière commerciale. dans un arrêt du 7 novembre 2000 (Chambre criminelle). Au regard de cette condition. Cependant. lorsqu’une consignation est demandée. on peut s’interroger sur la compatibilité au droit d’accès à un juge avec certains délais de prescription. Un délai de cinq jours est posé pour se pourvoir en cassation contre une décision rendue par le juge pénal. Par exemple. Ce n’est que lorsque cette somme a été déposée entre les mains de l’Etat que le justiciable pourra saisir le juge. C : L’obligation de consigner une somme d’argent Dans certaines hypothèses. obligation lui est faite de consigner une certaine somme entre les mains du greffier de la juridiction sous peine d’irrecevabilité de la plainte. Lorsque la somme est effectivement consignée. il sera proportionnel. le délai de prescription posé par la loi interne ne doit pas être trop bref : ce délai doit être suffisant pour permettre au justiciable un réel accès au juge. Concrètement. la chambre affirme que « l’article 505 du code de procédure pénale qui accorde au procureur de la République un délai allant de quinze à deux mois pour interjeter appel en matière correctionnelle et simplement un délai de dix jours pour les prévenus n’est pas compatible avec l’article 6§1er de la Convention Européenne des Droits de l'Homme et plus précisément avec le droit d’accès à un juge ». encore. ne pourra saisir le juge que s’il a déposé préalablement une certaine somme d’argent à l’Etat. Cette technique ne sera compatible que si le montant de la consignation est proportionnel aux facultés financières de celui qui veut saisir le juge. Si une ordonnance de renvoi ou une ordonnance de mise en 33 . de plus. On peut se poser la question de savoir si ces délais ne pourraient pas être contestés. la consignation sera perdue et tombera dans les caisses de l’Etat . Le justiciable ne saisira le juge que s’il est pratiquement certain de sa demande.

A cet égard. Cependant. tous ces textes ne sont pas souvent appliqués. France du 14 juillet 1987 . Les autorités nationales peuvent légitimement.Droit Processuel Patrice HILT accusation est rendue. En matière pénale. sans distinction. plusieurs articles du code de procédure civile accordent au juge civil le pouvoir de sanctionner un plaideur par ce qu’il a abusivement saisi la juridiction. Comme autre exemple. Cependant. cette amende peut être contestée au moyen d’une requête en exonération présentée auprès du tribunal de police. L’article 32-1 du code de procédure civile. tous les juges administratifs à condamner le requérant à une amende civile. une telle requête n’est recevable que si. France. les juges du fond comme les juges de cassation se montrent exigeants avant de considérer une saisine abusive ou dilatoire. la somme sera restituée à celui qui l’a préalablement consignée. l’article 555 du code de procédure civile pose la même règle pour le juge d’appel. En matière civile. auparavant. plus des dommages-intérêts pouvant être réclamés par la partie adverse. par exemple. ne porte pas atteinte à la substance du droit d’accès à un juge : la disposition vise à assurer « la bonne administration de la justice en prévenant l’exercice de recours dilatoires et abusifs et en évitant ainsi l’encombrement excessif du rôle du tribunal de police ». l’Etat vise à éviter l’encombrement de ces juridictions et à écarter les recours abusifs et dilatoires. dans l’arrêt Thomas c. l’abus du droit d’agir existe dans la procédure française. ainsi qu’à des dommages et intérêts. la Cour a décidé que cette règle nationale n’est pas contraire à l’article 6§1er dans la mesure où elle vise à désengorger ces juridictions. L’article 628 du code de procédure civile accorde le même pouvoir au juge de cassation. l’auteur de certaines infractions routières est condamné à une amende forfaitaire . Ce mécanisme a été jugé conforme à l’article 6 par la Cour européenne des Droits de l'Homme dans un arrêt Aït-Mouhoub c. le requérant a versé une consignation dont le montant est toujours équivalent au montant de l’amende à payer. Une seconde disposition légitimée est l’article 529-10 du code de la route. selon la Cour européenne des Droits de l'Homme. par ces sanctions. Cela fut décidé dans l’arrêt P. lorsque cette plainte est abusive. Cette disposition. D : La sanction de l’abus du droit d’agir La volonté d’éviter l’encombrement des juridictions permet encore aux Etats de sanctionner tout abus dans le droit d’agir. du 28 octobre 1998. condamner un justiciable à une amende civile. au regard du droit d’accès à un juge. 34 . dispose expressément que celui qui agit en justice de manière dilatoire. l’article 777-2 du code de procédure pénale dispose que le justiciable qui saisit le juge d’instruction par une plainte avec constitution de partie civile peut être condamné. c. France. La Cour européenne des Droits de l'Homme a considéré que ces sanctions sont compatibles avec le droit d’accès à un juge car. §2nd – L’intérêt privé : assurer la défense des justiciables Une règle nationale qui restreint l’accès à un juge dans le but de protéger le justiciable est également compatible avec le droit processuel à l’accès effectif à un juge. Selon cette disposition. lorsque l’action en justice exercée s’est révélée abusive. Cette règle existe aussi dans le contentieux administratif avec l’article 714-12 du code de justice administrative qui autorise. à une amende civile d’un montant de 15 000€. peut être sanctionné par le juge d’une amende civile d’un maximum de 3 000€. Ainsi. Souvent.

France du 8 février 2000. La Cour européenne a considéré que ces règles ne violaient pas l’article 6§1er même si elles peuvent faire échec. En effet. 1. Cette règle ne s’applique donc pas en cas de contentieux pour excès de pouvoir. il n’est pas obligatoire lorsqu’un justiciable souhaite saisir la chambre sociale de la Cour de cassation. Il s’agit des articles 311-9 et suivants du code pénal. Lorsqu’on pose. les vols. Il existe quatre types d’immunités : les immunités familiales. pour toutes les autres juridictions pénales. Cette obligation de constituer avocat peut également constituer un frein à l’accès au juge. les chantages. Pour autant. A : L’obligation de constituer avocat Dans tous les systèmes juridiques. la non-dénonciation de crime. Ainsi. les extorsions. une règle d’immunité. Le recours à un avocat est obligatoire devant le Conseil d'Etat. A c. politiques et diplomatiques. B : Les immunités La loi nationale peut également poser des règles d’immunité visant à protéger certaines catégories de justiciables. devant les juridictions d’exception.Droit Processuel Patrice HILT selon la jurisprudence. ou uniquement certains d’entre eux. les abus de confiance commis entre conjoints. le recours à un avocat n’est jamais obligatoire. le tribunal pour enfants (ordonnance de 1945) et le juge d’instruction. ascendants et descendants ne peuvent jamais donner lieu à des poursuites pénales. L’arrêt de principe. Les immunités familiales Pour protéger le droit français. et de même. cette restriction est déclarée légitime dans la mesure où elle vise à assurer une meilleure défense de ce justiciable. le recel de criminel ou encore le défaut de témoignage en faveur d’un innocent au sein d’une famille au profit des conjoints. 35 . car cette règle protège la personne immunisée. De même. la loi oblige souvent le justiciable à saisir un juge après constituer avocat. ascendants et descendants ne sont pas susceptibles de donner lieu à des poursuites pénales. le droit français pose des immunités que l’on ne peut remettre en cause. il faut que ces juridictions statuent en plein contentieux. le recours à un avocat est obligatoire devant le tribunal de grande instance (article 751 du code de procédure civile) devant la cour d'appel (article 899) et devant les quatre première chambres de la Cour de cassation (article 974). En procédure pénale. Ces immunités ont été légitimées par le droit européen des droits de l’homme. une victime ne pourra pas saisir le juge. En matière administrative. en droit national. illustre la règle. il importe peu que la restriction nationale ait été posée pour protéger et défendre tous les justiciables. En France. La règle qui légitime cette obligation est l’arrêt Voisine c. En revanche. les escroqueries. les hypothèses dans lesquelles le recours à un avocat est obligatoire sont extrêmement nombreuses. Royaume-Uni du 17 décembre 2002. notamment lorsque le justiciable dispose de revenus modestes. en droit civil français. judiciaires. le recours à un avocat est obligatoire devant le tribunal administratif et la cour administrative d'appel . En procédure civile. Il n’est pas obligatoire. le droit de la famille a posé des immunités. Ce frein visant à défendre le justiciable est considéré comme légitime. le recours à un avocat est obligatoire devant la cour d'assises (article 274 du code de procédure pénale).

Les immunités diplomatiques Cette immunité qui. selon la loi de 1995. depuis la révision constitutionnelle du 4 août 1995. Ainsi. Ainsi. est limitée dans ses effets. Cette immunité a pour origine une coutume internationale. 4. il peut être poursuivi. Tout ce que diront les journalistes est couvert par une immunité judiciaire. plén. Les immunités judiciaires Ces immunités sont prévues par la loi sur la presse de 1881. La seule sanction possible consiste à lui retirer son accréditation et donc à opérer son remplacement. pour toutes les autres infractions qu’ils peuvent commettre. la mise en œuvre. lorsqu’un parlementaire commet une infraction en dehors de son opinion au vote. Le président de la République ne peut être poursuivi devant la Haute Cour qu’en cas de « manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l’exercice de ses fonctions ». Les premières concernent les intervenants au procès dont les discours et les paroles prononcées à l’audience ainsi que les écrits qui ont été produits ne peuvent jamais donner lieu à des poursuites pénales. doit être autorisée par le bureau de l’assemblée dont il fait partie. Le diplomate peut être poursuivi par les autorités judiciaires de son propre Etat. Ils ne peuvent donc jamais être poursuivis pour injure ou diffamation dans le cadre des votes. si un président de la République commet des infractions en dehors de l’exercice de ses fonctions. Pour tout le reste. Le président ne pourra cependant être poursuivi qu’au lendemain de la fin de son mandat. le président de la République est pénalement irresponsable pour les actes accomplis dans l’exercice de ses fonctions. L’article 26 de la Constitution affirme : « les députés et sénateurs bénéficient d’une irresponsabilité pénale absolue à l’égard des opinions au vote qu’ils ont commis dans l’exercice de leurs fonctions ». Cette Convention vise à mettre les diplomates à l’abri des pressions possibles de l’Etat d’accueil. l’assemblée plénière de la Cour de cassation a considéré. 36 . Les immunités politiques Elles concernent deux personnes politiques : le président de la République et les parlementaires. L’immunité des parlementaires. prévue à l’article 26 de la Constitution. Cette loi du 29 juillet dispose à l’article 41 deux sortes d’immunités judiciaires. elle. contrairement au Conseil constitutionnel. Seulement. 3. Les secondes immunités posées par l’article 41 concernent les tiers : les journalistes ne peuvent jamais être poursuivis pénalement lorsqu’ils rendent compte du déroulement des débats judiciaires. est accordée aux représentants des Etats étrangers en France. quelle que soit l’infraction qu’il a pu commettre sur le territoire.Droit Processuel Patrice HILT 2. il peut être poursuivi devant les juridictions pénales de droit commun (Ass. Pour des actes accomplis en dehors de l’exercice de ses fonctions. des mesures privatives de liberté. sauf « en cas de crime ou de délit flagrant ». selon l’article 68 de la Constitution. Dans la jurisprudence de ce bureau. reprise dans la Convention de Vienne du 18 avril 1961. députés et sénateurs peuvent être poursuivis et jugés pénalement. diffamation ou injure. notamment pour outrage. en cas de poursuite. que ces actes ne sont pas couverts par l’immunité pénale. En revanche. l’exécution est toujours autorisée. même pendant son mandat. est absolue. Le diplomate ne peut jamais être poursuivi pénalement dans l’Etat d’accueil. 10 octobre 2001). sans aucune intervention de l’assemblée à laquelle appartient.

lesquels sont issus de l’ENM et composent l’ordre judiciaire. des juges occasionnels. est-ce qu’un juge français n’ayant jamais fait d’études de droit peut-il être un bon juge ? En France et en Europe peuvent siéger. par des juges non-professionnels. sur cette matière. Le bon juge est-il nécessairement. les assesseurs siégeant au sein du tribunal des enfants ou du tribunal des affaires de la sécurité sociale. un juge spécialisé dans la matière qui lui est soumise ? Le bon juge siège-t-il nécessairement en collégialité ou peut-il être un juge unique ? Enfin. Toute la difficulté est de savoir ce qu’il faut entendre par « bon juge ». ou issus de l’ENA et composant l’ordre administratif. en France. des certitudes. Il existe. la justice française est également rendue. Ces exemples de juges sont le juge de proximité (qui disparaitra au printemps 2010). Par exemple. les conseillers prudhommaux. ème Chapitre I : Les incertitudes relatives à certaines qualités que doit présenter le bon juge On ignore si le bon juge est nécessairement un juge professionnel. les juges des tribunaux de commerce. pour partie. le bon juge estil nécessairement un juge responsable ? Section première : Le bon juge est-il nécessairement un juge professionnel ? Une bonne justice ne peut-elle être rendue que par un juge intégré à la fonction publique et ayant suivi une formation juridique poussée ? A contrario. de plus. On peut effectivement craindre que ces juges n’offrent 37 . issus de l’ENA. les jurés de cours d’assises. Les juges issus de l’ENM reçoivent une formation professionnelle de 31 mois . la justice est principalement rendue par des juges professionnels. mais aussi des incertitudes quant aux qualités que doit apporter un bon juge. qui ne justifient pas nécessairement d’un diplôme juridique. aux côtés de juges professionnels. Les réponses apportées par le droit processuel sont assez nuancées. une formation de 27 mois. Cependant.Droit Processuel Patrice HILT Titre 2 : Le droit à un bon juge En droit processuel. le juge qui compose un tribunal doit être un bon juge.

Parce que ces juges non professionnels sont assistés par des juges professionnels. destiné à faire respecter les principes essentiels du débat. qu’un bon juge peut ne pas être professionnel : tout d’abord. au sein de laquelle le juge judiciaire doit pouvoir être distingué du juge administratif ? Le juge civil doit-il pouvoir être distingué du juge pénal ? Le droit à un bon juge implique-t-il une dualité au sein des fonctions judiciaires ellesmêmes ? §1er – Juge judiciaire et juge administratif Faut-il distinguer juge judiciaire et juge administratif ? Les Etats sont-ils tenus de prévoir. Section seconde : Un bon juge est-il nécessairement un juge spécialisé ? Aucune norme processuelle n’a donné de réponse à cette question. un ou plusieurs juges professionnels en même temps qu’un ou plusieurs juges non-professionnels. Cette question n’a jamais été posée par la Cour européenne des Droits de l'Homme. un dualisme juridictionnel ? Certains pays européens ne connaissent pas le principe du double ordre de juridiction. Pour autant. On peut aussi affirmer que toute composition échevinale est exposée à une double perversion : ou bien le juge professionnel est un simple arbitre. les juges non-professionnels ne sont pas juristes mais sont dotés d’une expérience professionnelle avérée. Cet argument peut certes trouver des contre-arguments : certaines juridictions françaises ne sont composées que de juges non-professionnels. ou bien le juge professionnel est doté d’une forte personnalité est l’échevinage engendre une situation conflictuelle. la Finlande. dans leur organisation interne. ont construit une organisation juridictionnelle sur la dualité des ordres. A aucun moment la Cour européenne des Droits de l'Homme ne s’est saisie de la question. comme la France. Or. certains auteurs vont dans ce sens et estiment que le bon juge est nécessairement un juge professionnel. Une autre partie de la doctrine affirme. accordée par le Conseil constitutionnel dans une décision du 23 janvier 1987. comme le juge de proximité. Le système de l’échevinage permet de tempérer l’absence de formation juridique de juges non-professionnels. au contraire. ces juges non professionnels interviennent toujours dans des contentieux techniques où l’expérience professionnelle est plus à la décision que les situations juridiques. La problématique de la spécialisation du juge pose finalement trois questions distinctes. Le droit à un bon juge implique-t-il une dualité juridictionnelle. le tribunal pour enfants adoptent ce système. et n’infléchit pas la décision du juge non professionnel . le tribunal paritaire des baux ruraux. Il existe des systèmes consistant à faire siéger. au nom de la séparation des pouvoirs. La cour d'assises. ce principe a valeur constitutionnelle.Droit Processuel Patrice HILT pas toutes les garanties d’une bonne justice puisqu’ils n’ont aucune connaissance juridique poussée. la Grèce. On peut s’interroger sur les 38 . Le judiciaire et l’administratif y sont jugés par un seul et même juge : la Suisse. cela les rend bons juges. au sein d’une même juridiction. En France. Ce principe du double ordre de juridiction a été consacré par la loi des 16 et 24 août 1790. D’autres pays.

bon nombre de décisions resteraient lettre morte. car il est proche d’elle. à certains égards. à une telle complexité procédurale que la durée des procédures vient à excéder un délai raisonnable. comme dans le domaine des libertés individuelles. lorsqu’elles sont exécutées envers l’administration. à une immense complexité procédurale. en connaissent les fonctionnements et les rouages. La Cour européenne souligne que le principe du double ordre de juridiction conduit. Heureusement.Droit Processuel Patrice HILT mérites d’une telle spécialisation : bien évidemment. 39 . lesquels sont hautement spécialisés dans le contentieux qui leur est soumis. ce dualisme juridictionnel présente d’incontestables avantages mais il présente aussi quelques inconvénients. la propriété. A : Les avantages du dualisme juridictionnel Tout d’abord. par le juge administratif. entre le pouvoir judiciaire et le pouvoir exécutif. parce que la justice émane de juges eux-mêmes issus de l’administration. On dit traditionnellement que le juge administratif est un juge qui se fait mieux entendre par l’administration. le dualisme juridictionnel donne souvent naissance à une réticence d’ordre psychologique : le justiciable a parfois le sentiment que les juridictions administratives ne présentent pas les mêmes garanties d’indépendance et d’impartialité que les juridictions judiciaires. 23 juin 1981. on observe que les juges administratifs condamnent leur propre administration. elle resterait lettre morte. le dualisme juridictionnel risque d’engendrer des conflits de compétence : des conflits positifs. Si les litiges administratifs étaient confiés à un juge non-issu de l’administration. Chaque contentieux. On dit que grâce au principe du double ordre. En effet. Cette crainte n’est pas totalement fondée : dans leur statut. Souvent. Quatrièmement. des conflits négatifs. Troisièmement. ce dualisme opère une franche séparation entre le juge judiciaire et le juge administratif. et donc mieux acceptée et mieux exécutée. connaît ses propres juges. à certains égards. dans ce dualisme. et cela a également été souligné par la Cour européenne des Droits de l'Homme dans l’arrêt Guillemin c. la règle de la séparation des pouvoirs est effective : sans ce dualisme. parce qu’issus de l’administration. les juges administratifs sont tout à fait indépendants et impartiaux. Belgique. Cela est vrai pour les juges administratifs qui. souvent attribué. Lecomte c. l’expropriation. Cette relation entre dualisme juridictionnel et meilleure justice a été souligné par la Cour européenne des Droits de l'Homme à l’occasion d’un arrêt : celle-ci a estimé que « le principe du double ordre de juridiction pouvait présenter une meilleure efficacité de la justice ». L’inverse est vrai : les juridictions judiciaires appliquent parfois le droit administratif. on a créé en France le tribunal des conflits dont la compétence est de régler les conflits de compétence. elle est mieux reçue par l’administration. les juridictions administratives n’appliquent pas que le droit administratif et les juridictions judiciaires n’appliquent pas que le droit judiciaire. est que le dualisme juridictionnel assure une meilleure exécution des décisions de justice. Aujourd’hui. du 21 février 1997. pour la plupart. Le troisième avantage. France. lorsque deux juridictions retiennent toutes deux leur compétence. Deuxièmement. depuis quelques années. On dit aussi souvent que le dualisme juridictionnel est un gage d’efficacité et de meilleure justice. lorsque les juridictions de l’ordre judiciaire et de l’ordre administratif s’estiment toutes deux incompétentes. entraînant une contrariété de décision . B : Les inconvénients du dualisme juridictionnel Le dualisme juridictionnel conduit. les juridictions administratives n’hésitent plus à appliquer le droit privé en raison de la spécificité des personnes ou des activités de service public en cause : les litiges au sein de la SNCF sont tranchés.

ayant des connaissances moins poussées dans les matières à traiter. Schématiquement. C’est aussi ce principe qui justifie que les magistrats du tribunal de grande instance siègent au tribunal correctionnel. Matériellement. le juge pénal est souvent appelé à statuer sur des questions de nature civile. écrite et publique. et 40 . et la procédure pénale est inquisitoire. En d’autres termes. et de conserver « ainsi au procès pénal le caractère d’un débat où l’accusateur d’un côté et l’accusé de l’autre sont à égalité de chances aux yeux du juge ». Le fait que les mêmes juges soient appelés à se prononcer en matière civile et en matière pénale permet de transposer cette attitude d’arbitre de la matière civile à la matière répressive. un juge polyvalent ne dispose pas nécessairement de compétences approfondies dans l’ensemble des matières dans lesquelles il peut être appelé à intervenir. il n’est pas bon que le juge soit polyvalent car l’esprit de la matière civile est différent de l’esprit de la matière pénale. ce juge polyvalent pourrait ne pas avoir le temps d’approfondir ses connaissances : un juge polyvalent ne peut avoir qu’une connaissance approximative des matières qui lui sont confiées. compte deux sous-ordres. L’ordre judiciaire. cela aboutissant à une justice approximative. Premièrement. La France considère qu’un juge polyvalent présente un avantage psychologique : lorsque le juge intervient dans le domaine civil. dans l’ordre judiciaire français. Ce principe d’unité se matérialise concrètement : c’est ce principe qui justifie que le juge d’instance soit également le juge siégeant au sein du tribunal de police. a été consacré le principe de l’unité des juridictions civiles et des juridictions pénales. Pour ce juge. au regard de l’étendue de son champ de compétence. D’abord. même si elle s’accompagne de connaissances juridiques quelquefois approximatives. que les magistrats peuvent siéger indifféremment en matière civile et pénale. A : Les mérites de la distinction entre juge civil et juge pénal Un juge polyvalent pourrait ne pas être un bon juge au sens du droit processuel. Un juge polyvalent ne rendrait pas compte de cette différence d’esprit et ne serait pas un bon juge. Si la polyvalence peut avoir des inconvénients. Dans la réalité des choses. il se comporte comme un simple arbitre entre deux personnes dont les intérêts sont opposés.Droit Processuel Patrice HILT §2nd – Juge civil et juge pénal Faut-il pouvoir distinguer le juge civil du juge pénal ? Cette distinction présente des mérites. c’est également ce principe d’unité qui justifie que la Cour de cassation constitue l’organe de contrôle. B : Le principe français de l’unité des juridictions civiles et pénales Contrairement aux apparences. où est le posé le principe d’unicité des juridictions civiles et pénales. orale et secrète. la France n’a jamais retenu la distinction entre juge civil et juge pénal. mais telle n’est pas la position de la France. la procédure civile est une procédure accusatoire. ce principe signifie. les deux adversaires en présence sont tous les deux dignes de considération. cette polyvalence peut présenter des avantages non négligeables. certes. Deuxièmement. pénal. Cependant. Le second avantage est que la polyvalence du juge n’est pas inutile en soi. tant des juridictions civiles que des juridictions pénales. Encore. le raisonnement. la réflexion et les techniques sont distinctes d’une matière à l’autre.

et par le magistrat du siège pendant la phase de jugement. mais une partie civile peut demander des dommages-intérêts. La séparation des fonctions de poursuite et des fonctions de jugement semble donc garantir. Des magistrats défendent l’intérêt public. une garantie d’une meilleure justice. un seul et même juge traitera de l’action publique et de l’action civile par sa polyvalence. Les magistrats du siège aboutissent à une meilleure justice. Parce qu’il est polyvalent. Pendant les poursuites. le juge qui interviendra pourra traiter la matière qui a priori ne relève pas de sa compétence. devant les juridictions d’un Etat. En 41 . à elle seule. de poursuivre tout ou partie de leur carrière. a pu se forger une première opinion sur la culpabilité ou l’innocence de la personne poursuivie. a le pouvoir de mettre en mouvement l’action publique pour demander à la juridiction de jugement l’application des lois pénales. dans les faits. mais est parfois critiquée. exclusivement dans des juridictions civiles ou exclusivement dans des juridictions pénales. le parquet doit également prendre des réquisitions. Or. A l’audience. 1. Cette séparation doit soustraire la décision finale au ministère public qui. La distinction évite la partialité des magistrats. L’existence d’un ministère public. En matière pénale Parfois. dit-on. Par exemple. Ces réquisitions présentent une utilité certaine pour les magistrats du siège. Lorsque l’action publique est mise en mouvement. C’est à ces juges qu’il appartient de décider dans quelles juridictions ils veulent siéger. puisqu’actes de procédures et réquisitions vont livrer au magistrat du siège une analyse juridique et véridique des faits. dans le but de protéger la société et d’appliquer la loi. dans un procès pénal. A : L’utilité du ministère public L’existence même d’un ministère public constitue. le ministère public poursuit un prévenu en accusé. est-elle nécessaire pour aboutir à une bonne justice ? La distinction présente des avantages. les juridictions ne sont pas exclusivement composées de magistrats tranchant des litiges. tout au long de l’instruction.Droit Processuel Patrice HILT inversement. Le ministère public représente l’autorité de poursuite. le parquet doit lui-même accomplir les actes de procédure nécessaires. Chaque magistrat soumet obligatoirement l’examen de l’affaire à deux magistrats différents : d’abord par le magistrat du parquet pendant la phase de poursuite. §3ème – Magistrats du siège et magistrats du parquet Faut-il pouvoir distinguer le magistrat du siège et celui qui défend l’intérêt public. Or. Le principe d’unité des juridictions civiles et pénales n’a jamais empêché des juges. fondés sur l’article 1382 du code civil. le parquet ? Dans la très grande majorité des systèmes juridiques européens. cela évite les risques d’erreurs judiciaires. il est indispensable qu’existent des magistrats du ministère public. le ministère public a pu faire acte de pré-jugement. le principe d’impartialité interdit au magistrat qui juge de faire état d’un pré-jugement. une meilleure justice. Parce que deux magistrats auront connaissance d’une même affaire.

la cour administrative d'appel et le Conseil d'Etat. et en toute connaissance de cause. cette subordination n’existe pas. dans ces contentieux. en matière civile. le rapporteur public échappe à toute subordination. une analyse juridique détaillée des faits. Malgré cela. L’expérience a prouvé que dire qu’une juridiction dépourvue de ministère public rend de bonnes décisions de justice n’est pas 42 . le tribunal administratif. ces juridictions fonctionnent parfaitement. le juge qui poursuit doit être différent du magistrat du siège. la loi affirme que les décisions civiles et administratives doivent être exécutées sous la surveillance du ministère public : l’article 11 du code de procédure civile dispose que « le procureur de la République veille à l’exécution des jugements et autres procédures exécutoires ». deux normes processuelles ont expressément distingué le magistrat qui poursuit du magistrat du siège. des juridictions qui ne sont pas pourvues d’un ministère public. même en l’absence du ministère public. dans notre organisation juridictionnelle. mais de rapporteur public. Premièrement. 2. Dans le contentieux civil et pénal. Cela compromet son indépendance. Or.Droit Processuel Patrice HILT d’autres termes. En raison des avantages incontestables attachés à la séparation des fonctions. En France. On considère qu’une bonne justice est celle dans laquelle l’ensemble des décisions est exécuté. Deuxièmement. en matière pénale. dans toutes les autres juridictions. à travers ses réquisitoires et ses conclusions. la cour d'appel et la Cour de cassation. c’est l’utilité du ministère public qui est remise en cause. aux magistrats du siège. En matière civile et administrative Dans ces contentieux. une bonne justice est une justice indépendante. Ici. ce qui constitue les deux vecteurs d’une bonne justice. il n’y a pas de ministère public. la terminologie a changé par un décret de 2009 : on ne parle plus de commissaire du gouvernement. dans le contentieux administratif. les seules juridictions pourvues d’un parquet sont. L’article 5§3 de la Convention européenne des Droits de l'Homme affirme. civile et administrative. on dit souvent que le ministère public présente une utilité pour deux raisons. le juge chargé des poursuites doit être différent du juge qui va trancher le litige. les membres du ministère public sont des agents du pouvoir exécutif : ce principe de subordination directe est énoncé à l’article 5 de l’ordonnance du 22 décembre 1958 qui affirme que « les magistrats du parquet sont placés sous […] l’autorité du ministre de la Justice ». là encore. Premièrement. le ministère public est spécialement chargé par la loi de l’exécution des décisions de justice. le tribunal correctionnel et la cour d'assises. Cependant. En matière administrative. Cela peut prouver que le ministère public n’est pas forcément indispensable. Le raisonnement est le suivant : il existe. le tribunal de grande instance. Il apporte un certain nombre d’éléments au juge du siège : celui-ci pourra rendre plus rapidement sa justice. que pour aboutir à une meilleure justice en matière pénale. En revanche. le principe de la séparation des fonctions permet donc d’aboutir à une justice plus impartiale. on reproche au ministère public d’être placé sous l’autorité directe du garde des Sceaux. le ministère public participe à une meilleure justice dans la mesure où il présentera. B : Les critiques formulées à l’encontre du ministère public C’est l’existence d’un ministère public au sein des juridictions françaises qui a parfois été critiquée. L’article 9§1er du pacte international relatif aux droit civils et politiques dit très clairement que pour aboutir à une meilleure justice. de la même manière. Deuxièmement. L’article 42 affirme que « le procureur de la République peut directement recourir à la force publique ou à la force armée ». En matière contentieuse. Cela ne remet pas en cause la qualité des décisions rendues. en matière administrative.

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toujours vraie. Statistiquement, les appels formés contre une juridiction non pourvue de ministère public aboutissent toujours à une décision infirmative. Ceux formés contre une juridiction qui en est pourvue peuvent aussi aboutir à des décisions confirmatives. On peut aussi contre-argumenter, et dire que selon l’article L311-15 du code de l'organisation judiciaire, le procureur de la République peut, en toute matière, exercer le ministère public devant toutes les juridictions, y compris devant celles qui n’ont pas de ministère public : ainsi, il est faux de prétendre que certaines juridictions françaises ne sont pas pourvues de ministère public, car elles ne sont pas pourvues de ministère public permanent.

Section troisième : Un juge unique peut-il être un bon juge ?
Est-ce qu’une bonne justice peut elle être rendue par un bon juge ? Aucune norme processuelle ne répond à cette question. Dans ce débat, il existe une controverse doctrinale : quant au droit positif français, le principe est celui de la collégialité. Il est une sorte de coquille vide, en raison des exceptions à la collégialité, de plus en plus nombreuses.

§1er – La controverse doctrinale
Cette controverse se résume de la manière suivante : selon certains auteurs, un juge unique ne peut être un bon juge : a contrario, le bon juge siège en collégialité. Ces auteurs donnent plusieurs arguments. Premièrement, la décision discutée en collégialité est une décision beaucoup plus réfléchie et plus mûrie parce qu’elle est forcément nourrie des réflexions et analyses des uns et des autres. Dans la collégialité, la délibération provoque une discussion entre les juges en présence, sur la valeur des moyens avancés par les parties. Cette discussion aboutit forcément à quelque chose de meilleur qu’une décision donnée par un seul juge. Deuxièmement, la collégialité est un gage de l’indépendance du tribunal. En effet, chaque juge ne craindra pas d’être personnellement mise en cause à l’occasion d’une solution. Les juges deviennent donc anonymes dans la prise de décision. Cet anonymat sauvegarde l’indépendance des magistrats. Troisièmement, la collégialité est gage de l’impartialité du tribunal. En effet, chaque juge travaillera forcément sous le contrôle de ses collègues. Cette collégialité permet d’éviter les risques de dérapage : un juge qui intervient seul peut très facilement se laisser aller à faire valoir des préjugés. Or, une justice où sont mis en avant des préjugés n’est pas impartiale. La collégialité a, dit-on, le mérite de brasser et de neutraliser les préjugés. Quatrièmement, il a été soutenu par ces auteurs que le système du juge unique ne permet pas d’assurer une justice de qualité, souvent parce que ce juge ne dispose d’aucune expérience professionnelle. Or, une bonne justice est rendue par un juge ayant déjà une formation professionnelle consommée et une maturité suffisante pour pouvoir décider seule. En France, une majorité des juges uniques intervenant sont de très jeunes juges, nouvellement issus de l’ENM. Dans le système de recrutement français, les juges uniques, en priorité, sortent de l’ENM. Au Royaume-Uni ou au Canada, le juge unique doit obligatoirement être âgé entre 45 et 50 ans, ce qui lui confère une solide expérience.

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Selon d’autres auteurs, un juge unique peut être un bon juge. Selon eux, le bon juge ne siège pas nécessairement en collégialité. Premièrement, le juge unique est très souvent un juge hautement spécialisé dans la matière qui lui est soumise, quelle que soit son expérience, de sorte que ses décisions soient meilleures que prises par un collège. Deuxièmement, pour certaines affaires, un contact direct entre le juge et les parties sont souvent salutaires : ce contact direct facilite la conciliation. En effet, la formation collégiale est assez magistrale, solennelle, créant un certain fossé. Troisièmement, le système du juge unique responsabilise davantage le juge : un juge responsable est beaucoup mieux enclin à rendre une bonne justice que le juge siégeant en collégialité. Le juge unique est plus responsable puisque la décision qu’il a rendue sortira de l’anonymat. Pour échapper à un appel, à un pourvoi ou à la pression de la partie condamnée, un juge responsabilisé prendra plus de temps pour rendre sa décision que dans un collège où la décision est anonyme. Quatrièmement, le système du juge unique permet de pallier à l’engorgement des juridictions françaises : il est plus simple et plus rapide de confier une affaire à un juge qu’à plusieurs. Le système du juge unique permet une justice beaucoup plus rapide ; or, la célérité de la justice constitue encore un critère d’une bonne justice et donc d’un bon juge.

§2nd – Les solutions françaises
Dans les différents systèmes juridiques, la controverse se manifeste de la manière suivante : certains pays sont favorables à la collégialité et retiennent le système du toutcollégial. L’exemple type est celui de l’Italie. D’autres pays sont plutôt favorables au système du juge unique dans un système du tout-juge unique : les décisions de justice sont souvent rendues par un seul juge, nommément désigné. L’exemple type est celui des Etats-Unis. D’autres pays ont retenu les deux cas, comme le Royaume-Uni. Ici, les décisions de première instance sont toujours rendues par un juge unique. La France est toujours restée attachée au principe de la collégialité. La France considère que le bon juge est forcément collégial. On doit pourtant constater que les dérogations au principe français sont de plus en plus nombreuses : au fil des réformes, le juge unique tend à supplanter la formation collégiale. Certains disent que le principe est devenu celui du juge unique. On parle donc d’un déclin de la collégialité, qui se retrouve dans tous les contentieux.

A : Le déclin de la collégialité dans le contentieux civil
Dans les juridictions civiles, le juge unique intervient de plus en plus souvent. C’est le cas pour le juge d’instance, le juge de proximité, le juge des référés, le juge sur requête, le juge aux affaires familiales, le juge des tutelles, le juge de l’expropriation, le juge de la mise en état, le juge de l’exécution et le juge des accidents de la circulation, ce dernier qui, jusqu’il y a trois ans, intervenait en collégialité. Deux observations s’imposent : premièrement, devant les tribunaux de grande instance, il existe une disposition générale qui permet au président du tribunal de grande instance de décider que l’affaire sera soustraite à la collégialité et confiée à un juge unique. En dehors des matières ci-dessus évoquées, le président peut, sur sa seule décision, confier n’importe quelle matière civile à un seul juge. C’est l’article L311-10 du code de l'organisation judiciaire qui consacre ce principe. Cependant, certaines matières sont exclues de l’application de ce texte, comme en raison de leur gravité : en matière d’état des personnes, ce texte ne s’applique pas. En matière disciplinaire, ce texte ne s’applique pas non plus. Deuxièmement, le renvoi au juge unique décidé par le président ne constitue, pour lui,

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qu’une simple faculté. Troisièmement, quand le président a ordonné le renvoi au juge unique, l’une des parties peut toujours demander que l’affaire soit jugée par un collège des trois juges : il suffit qu’elle le demande pour que le renvoi soit de droit (art. 804 du code de procédure civile). En deuxième observation, le juge unique dispose toujours de la possibilité de renvoyer l’affaire devant la formation collégiale lorsqu’il rencontre des difficultés de jugement. Les parties ne peuvent pas s’y opposer.

B : Le déclin de la collégialité dans le contentieux pénal
Devant les juridictions pénales, le juge unique intervient de plus en plus souvent : par exemple, le tribunal de police, le juge des enfants, le juge de la liberté et des détentions, le juge de l’application des peines, le juge de l’enquête et de l’instruction. En première observation, en matière correctionnelle, trois juges interviennent. Cependant, depuis une loi du 8 février 1995, certains délits seront jugés par un seul juge. Cette loi, insérée à l’article 398-1 du code de procédure pénale, confie 348 délits au juge unique : les violences volontaires, les délits de vol, la filouterie d’essence, la filouterie d’aliment. Deuxièmement, en matière pénale, une loi va à contre-courant : c’est la loi du 5 mars 2007, intitulée « loi tendant à renforcer l’équilibre de la procédure pénale ». En effet, cette loi va à contre-courant : à terme, elle tend à soumettre l’instruction de certaines infractions, non plus à un seul juge d’instruction, mais à un collège de juges. Jusqu’au 1er mars 2008, le juge d’instruction constituait, à lui seul, une juridiction d’instruction. Du 1er mars 2008 au 1er janvier 2010, la loi décide que les crimes, ainsi que les délits les plus importants, sont désormais instruits par un pôle de l’instruction composé de deux juges d’instruction. A partir du 1 er janvier 2010, toutes les infractions, sans exception, feront l’objet d’une instruction par un pôle de l’instruction, composé par trois juges d’instruction.

C : Le déclin de la collégialité dans le contentieux administratif
Traditionnellement, les juridictions administratives sont restées attachées au principe de la collégialité. Ce principe est affirmé dans l’article L2 du code de justice administrative. Pourtant, même si le principe est solennellement affirmé à l’entrée du code, on observe un déclin du principe de la collégialité par la multiplication d’hypothèses où un juge administratif unique intervient. Ainsi, un certain nombre de litiges, limitativement énumérés, peuvent désormais être tranchés par un juge unique. Par exemple, en matière douanière, en matière fiscale, pour les demandes d’indemnisation inférieures ou égales à 8 000€, un juge administratif unique interviendra. Le président du tribunal administratif ainsi que celui de la cour administrative d'appel ont également reçu le pouvoir de statuer seuls sur les incidents de procédure, comme un désistement, le rejet d’une requête, le rejet de conclusions manifestement irrecevables. Deux observations s’imposent : tout d’abord, le déclin de la collégialité est également perceptible dans le contentieux administratif, mais moins que dans les autres contentieux. Il faut en chercher les raisons dans une longue tradition historique. A l’origine, nos actuelles juridictions administratives n’étaient que des commissions administratives, de telle sorte que de tous temps, la collégialité a été considérée comme inhérente à la juridiction administrative. Une autre raison est plus conceptuelle ; par hypothèse, les litiges portés devant les juges administratifs mettent en cause l’administration. Dès lors seules les décisions rendues par une juridiction collégiale jouissent d’une autorité morale considérable pour pouvoir être opposées à l’administration. Effectivement, dans le taux d’exécution des jugements et arrêts administratifs, les décisions rendues par un juge unique sont moins souvent exécutées que celles rendues en collégialité. En deuxième

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Deuxièmement. Troisièmement. il est indispensable de tenir le juge à l’abri des poursuites en responsabilité. Section quatrième : Un bon juge est-il nécessairement un juge responsable de ses décisions ? Aucune réponse n’est expressément donnée par le droit processuel. tout jugement entraîne des conséquences préjudiciables pour le plaideur qui succombe. est plus complexe. sept. Le président de la juridiction le fera si la décision est opposée. Pour certains auteurs. afin qu’aucun des deux plaideurs ne soit véritablement déçu. on ne saurait admettre qu’une partie cherche à neutraliser indirectement ce qui a été jugé en s’efforçant d’obtenir des dommages-intérêts compensatoires sur le terrain de la responsabilité du juge. par exemple. Par exception. Cette problématique de la responsabilité. l’attaqueraient en responsabilité. En France. parfois pour assouvir une vengeance personnelle. Cette décision serait prise en raison de l’autorité morale de la décision qui sera rendue. la collégialité administrative réunit. une grande majorité des pays européens a retenu que pour rendre une bonne justice. Quatrièmement. Il s’éloignerait alors de sa fonction de juger. il s’impliquera davantage dans l’analyse du dossier en question. à une administration régalienne. la responsabilisation de la fonction de juger pourrait nuire à l’autorité morale du magistrat. puisque les voies de recours suffisent souvent à réparer les erreurs qu’il a pu commettre. Dès lors que les voies de recours sont épuisées. il est tentant d’affirmer qu’un juge responsable rend de meilleures décisions. à condition que le chiffre soit impair. mais il existe des sérieux arguments pouvant être opposés à cette analyse. en responsabilisant la fonction de juger. Premièrement. comportant tous les juges de la juridiction. le juge rendra nécessairement une meilleure décision : puisqu’il se sent responsable. sans qu’un nombre maximal ne soit arrêté par la loi. trois juges. la responsabilisation du juge semble d’ailleurs inutile. comme lorsque l’affaire est opposée à la défense nationale. En effet. Cependant. le juge peut être amené à rendre une décision de compromis. des juridictions composées de cinq. lancée dans le cadre de l’affaire d’Outreau.Droit Processuel Patrice HILT observation. pour éviter toute mise en œuvre de sa responsabilité. en principe. Le président de la juridiction peut donc constituer. neuf juges. Il est alors possible de soutenir que seul un juge responsable de ses décisions peut être un bon juge. il faut néanmoins que le juge soit responsable de ses actes. Si cette fonction s’arrête d’être sacrée. D’un côté. poursuites souvent inconsidérées. De plus. ce qui justifie un régime d’immunité. En effet. Un juge qui n’est pas responsable pourrait être un bon juge. c’est toute la justice qui pourrait être dégradée. Certains philosophes du droit estiment que la fonction de juger est une fonction qui participe au « sacré ». le juge serait alors directement sous le feu des plaideurs déçus qui. la décision a force de vérité légale. la responsabilisation de la fonction de juger nuirait à l’indépendance dont jouit le juge vis-à-vis des parties au litige. Cette responsabilité doit être nettement 46 . Le tribunal administratif et la cour administrative d'appel peuvent également intervenir en formation plénière. par la responsabilisation du juge. Cinquièmement. le juge engage parfois directement sa responsabilité. exercées par un plaideur déçu. la juridiction administrative a toujours la possibilité d’élargir la formation de jugement à plus que trois juges. Cela est défini par l’article 220-20 du code de justice administrative.

La notion de faute lourde Pour comprendre la notion générique de faute lourde au sens de l’article 141-1. dans l’hypothèse d’un fonctionnement défectueux d’une juridiction judiciaire ou administrative. §1er – La responsabilité de l’Etat Il est tout d’abord possible pour un justiciable de mettre en cause la responsabilité de l’Etat lorsque le fonctionnement défectueux du service public de la justice a causé un préjudice. Deux remarques s’imposent. il faut répondre à ces questions : qui peut-être l’auteur ? Comment peut-on qualifier la faute ? α : L’auteur de la faute lourde Au sens de l’article L141-1. en principe. il faudra saisir le juge de proximité. Se pose une question sous-jacente : que faut-il entendre par faute lourde ou par déni de justice ? a. l’action en responsabilité obéit à un régime général de responsabilité. dans certains cas. 1. soit un greffier. devant quelle juridiction un plaignant doit-il porter l’action en responsabilité dirigée contre l’Etat ? Selon l’article L141-1. Il ne s’agira pas d’agir contre le juge. comme un accusé condamné par erreur. Il peut arriver des hypothèses dans lesquelles le fonctionnement des services publics a causé un préjudice à un plaideur. soit un officier de police judiciaire agissant sous les ordres d’un magistrat. l’action en responsabilité doit être portée « devant les juridictions de l’ordre judiciaires elles-mêmes ». que faut-il entendre par fonctionnement défectueux de la juridiction judiciaire ? La réponse est donnée au second alinéa de l’article L141-1 : « la responsabilité de l’Etat […] ne peut être engagée que pour une faute lourde ou un déni de justice ». Dans de telles hypothèses. Par exception. le tribunal d'instance ou le tribunal de grande instance.Droit Processuel Patrice HILT distinguée de la responsabilité de l’Etat lui-même dans le cadre d’un disfonctionnement du service public de la justice. le plaideur est en droit d’obtenir une réparation. Tout d’abord. A : En cas de fonctionnement défectueux d’une juridiction de l’ordre judiciaire Lorsque le dommage a été subi par le plaideur et résulte du fonctionnement défectueux d’une juridiction judiciaire. Deuxièmement. la faute lourde doit être la défaillance du service général de la juridiction. En fonction du montant de la réparation. Deux questions se posent : tout d’abord. c'est-à-dire la défaillance d’un membre de cette juridiction : soit un juge. Une telle action est ouverte. Le régime général de responsabilité de l’Etat Ce régime général est indiqué dans un article connu du code de l'organisation judiciaire. son action sera soumise à un régime spécial de responsabilité. l’article L141-1 prend soin de ne pas distinguer les hommes qui 47 . soit même du personnel technique de la juridiction. l’article L141-1. unique ou en collégialité. mais contre l’Etat lui-même.

Il affirme « qu’en cas de révision par la Cour de cassation d’une décision pénale pour erreur judiciaire révélée par un fait nouveau. mais obligatoirement sur d’autres fondements. Ainsi. de refuser de répondre aux requêtes ou encore de négliger de juger les affaires en état de l’être ». dans l’expression de service général de la juridiction. Un arrêt illustre ce courant : Cass. 20 février 1996. normalement soucieux de ses devoirs. Or. et notamment la Cour de cassation. La notion de déni de justice Le concept de déni de justice est simple. Ce recours en révision n’existe qu’en matière pénale. a.Droit Processuel Patrice HILT composent la juridiction. dans deux hypothèses. qu’uniquement devant la commission nationale de réparation des détentions de la Cour de cassation. L’Etat a aussi 48 . 1re. un appel n’est possible contre l’ordonnance du premier président. la notion de déni de justice est extrêmement large. la notion est très ouverte : au fur et à mesure de la jurisprudence. dans cette large formule. Sans aller jusqu’à une faute simple. définition reprise à l’article L141-3 du code de l'organisation judiciaire. l’ensemble du service public de la justice. l’article L141-1 ne peut être invoqué que si la personne concernée fait partie du service général de la juridiction : il ne peut être invoqué contre un collaborateur exceptionnel du service public. elle considère que la faute lourde doit s’entendre comme une simple déficience caractérisée par un fait ou une série de faits « traduisant l’inaptitude du service public de la justice à remplir la mission qui lui est investie ». la Cour de cassation a infléchi. tout pourrait devenir faute lourde. il faut saisir le premier président de la cour d'appel dans le ressort de laquelle réside l’intéressé. pour le juge. le justiciable ne pourra pas engager la responsabilité de l’Etat sur le fondement de l’article L141-1 du code de l'organisation judiciaire. β : La qualification de faute lourde La jurisprudence. a considéré. Selon l’article 626. b. la notion de faute lourde. en cas d’erreur judiciaire ou de détention provisoire injustifiée. la victime de cette erreur a droit à une réparation intégrale du préjudice matériel et moral que lui a causé la condamnation ». Il est prévu à l’article 626 du code de procédure pénale. Les régimes spéciaux de responsabilité de l’Etat Dans le contentieux judiciaire. de manière très général. pour faire réviser une décision passée en force de chose jugée. En cas d’erreur judiciaire Il est possible de présenter à la Cour de cassation un recours en révision lorsqu’est révélé un fait nouveau. il faut cependant parvenir à prouver cette faute. Deuxièmement. dans un premier temps. Ces deux textes cumulés donnent la définition : « le déni de justice s’entend. de nouvelles personnes. pour réparer ce service défectueux. Comme pour la faute lourde. 2. parce qu’une définition est donnée à l’article 4 du Code civil. accueillie favorablement par la Cour de cassation. Finalement. Civ. on a incorporé. Depuis un arrêt d’assemblée plénière du 23 février 2001. En pratique. Deux remarques s’imposent : l’indemnisation fixée par le premier président de la cour d'appel ou par la Cour de cassation est à la charge de l’Etat. que la faute lourde correspondait à une faute « qui a été commise sous l’influence d’une erreur tellement grossière qu’un magistrat ou un fonctionnaire de justice. dans un sens plus libéral. n’y eut pas été entraîné ». mais vise. Ce premier président pourra donc allouer des dommages-intérêts.

49 . le déni de justice n’est pas considéré comme pouvant permettre d’obtenir des dommages-intérêts en matière administrative. devra saisir le premier président de la cour d'appel . le principe d’une responsabilité de l’Etat en cas de fonctionnement défectueux d’une juridiction administrative. En ce cas. soit d’une décision d’acquittement ou de relaxe. un régime de responsabilité de l’Etat en ce cas. En cas de détention provisoire injustifiée Est visée l’hypothèse dans laquelle une personne soupçonnée d’avoir commis une infraction a fait l’objet d’une détention provisoire. il doit invoquer et pouvoir prouver une faute lourde commise par la juridiction administrative. b. et où. Le système est le même que concernant l’erreur judiciaire : cette personne. aucun texte ne prévoit expressément la possibilité pour un justiciable d’engager la responsabilité de l’Etat en raison d’un fonctionnement défectueux d’une juridiction administrative. expressément. De plus. C’est le conseil d’Etat qui est intervenu.Droit Processuel Patrice HILT le droit de réclamer le remboursement de l’indemnisation à celui qui serait à l’origine de l’erreur judiciaire. la personne a été injustement détenue. Elle a créé un nouveau principe général du droit. Ici. Là. dans l’arrêt du 28 juin 2002. après plusieurs semaines ou plusieurs mois. cette personne bénéficierait soit d’une ordonnance de non-lieu. et une insertion de cette décision du JORF . la personne innocentée peut également obtenir une réparation morale par l’affichage de la décision de révision dans toutes les mairies de France. la faute simple suffit pour engager la responsabilité de l’Etat. Elle a été posée récemment par le Conseil d'Etat en assemblée. à l’instar de l’article L141-1. par exception. Dans cet arrêt d’assemblée. Pour pouvoir mettre en œuvre cette responsabilité. le justiciable doit avoir subi un préjudice en raison de l’activité d’une juridiction administrative. Deuxièmement. La question s’est posée de savoir pour quelle raison est-il possible de mettre en œuvre la responsabilité pour fonctionnement défectueux d’une juridiction administrative. pour obtenir des dommages-intérêts. l’assemblée a décidé que le principe de la responsabilité pouvait se retrouver « dans les principes généraux régissant la responsabilité de la puissance publique ». Le fondement de cette responsabilité ne pouvait être l’article L141-1 . d’avoir dépassé le délai raisonnable de jugement. décidant de bâtir. B : En cas de disfonctionnement d’une juridiction de l’ordre administratif Pour l’ordre administratif. le Conseil d'Etat a posé. ces frais de publicité étant à la charge du trésor public. cette personne injustement détenue pourra mettre en œuvre la responsabilité de l’Etat sur le fondement des articles 149 à 149-4 du code de procédure pénale. En ce cas. L’arrêt de principe est l’arrêt Darmont rendu le 29 décembre 1978. si le montant fixé ne la satisfait pas. L’exception est lorsqu’il est reproché au juge administratif d’avoir tardé à rendre sa décision. elle pourra interjeter appel devant la commission nationale des réparations des détentions.

les conseillers prudhommaux. Lorsque l’Etat est condamné à verser à la victime des dommages-intérêts.Droit Processuel Patrice HILT §2nd – La responsabilité du juge Dans certaines hypothèses. lorsqu’une faute personnelle doit être prouvée. Le Conseil d'Etat est intervenu pour combler ce vide juridique. il existait une procédure de prise à parti. relative au statut de la magistrature. Troisièmement. lorsque le plaideur prouve une collusion frauduleuse entre le juge et l’une des parties. En France. Cette procédure. en France. A : La faute personnelle commise par le juge 1. Le juge administratif Il n’existe. l’Espagne ou l’Italie. dans l’arrêt Darmont. par exemple. le plaideur. l’Etat peut agir par une action récursoire. qui appartiennent au corps judiciaire et donc issus de l’ENM. dans certains pays tels que la Belgique. Le juge judiciaire Autrefois. Une telle faute sera constituée. Deuxièmement. Il ne s’applique pas aux juges non-professionnels tels que les juges de proximité. soit une faute personnelle. les juges consulaires. Question fut posée de savoir si le juge administratif était responsable. procédure destinée à obtenir d’un juge l’attribution ou le paiement de dommages-intérêts. soit une faute disciplinaire. 50 . Le magistrat fautif bénéficie donc d’une irresponsabilité totale. aucun texte. et pour afficher. Cela est possible lorsque ce juge a commis. afin de ne pas nuire à l’autorité morale de ce juge. il est certain qu’un mal-jugé ou une erreur d’interprétation du jugement ne sauraient constituer des fautes personnelles rattachables au service public de la justice. mais n’exerce jamais cette action contre un magistrat fautif. codifié dans l’ordonnance du 22 décembre 1958. Elle devra agir contre l’Etat. cette faute personnelle doit pouvoir se rattacher au service public de la justice. Deux remarques s’imposent : premièrement. A l’égard de ces juges non-professionnels ayant commis une faute personnelle. vaut toujours la procédure de prise à parti. Selon l’ordonnance. le juge est personnellement responsable : cependant. il peut exercer une action récursoire contre le magistrat fautif pour se faire rembourser. le souci du législateur a été de ne pas exposer son juge à un procès avec la victime. A l’inverse. la faute personnelle doit être prouvée. Elle a été remplacée en 1958 par un régime simplifié. la responsabilité d’un juge nommément désigné peut parfois être directement engagée par un plaideur. dans les faits. la justice ne peut agir directement contre le magistrat. que le juge est également responsable personnellement s’il commet une faute personnelle rattachable au service public de la justice. à partir du moment où la fraude personnelle du juge est prouvée. lorsque la faute est avérée. complexe. 2. selon l’article 11-1. Pour pouvoir mettre en œuvre la responsabilité pour faute personnelle du magistrat de carrière. Ce texte ne s’applique qu’aux magistrats de carrière. Il en ressort que les magistrats de l’ordre judiciaire sont responsables de leurs fautes personnelles. était organisée aux articles 505 suivants anciens du code de procédure civile. etc. peut directement saisir le juge. puisque celui-ci est garant des dommages causés par ces juges. concernant la responsabilité du juge administratif.

Cela a été consacré dans l’arrêt du 14 mars 1975. Là encore. dans sa formation compétente à l’égard des magistrats du parquet. Cette prise de position méconnait ouvertement les termes clairs de l’ordonnance de 1958 qui affirme à l’article 57 « les décisions du Conseil supérieur de la Magistrature ne peuvent faire l’objet d’aucun recours ». d’être nommé ou désigné dans des fonctions de juge unique. le retrait de certaines fonctions. un avocat. le CSM peut être saisi. Ici. pendant cinq ans au maximum. Le CSM. Elle constitue une immixtion du Conseil d'Etat dans les rouages judiciaires. un magistrat du parquet. par les premiers présidents des cours d'appel. a été insérée l’interdiction. par le magistrat. par une nouvelle sanction. Pour autant. Premièrement. 1. L’ordonnance précise que le Garde des Sceaux est tenu d’exécuter ce jugement. « six personnalités qualifiées qui n’appartiennent ni au Parlement. le déplacement d’office. à la délicatesse ou à la dignité ». soit par le Garde des Sceaux. Cette liste a été complétée. ici. La faute disciplinaire relève donc tout ce qui pourrait tenir l’honorabilité de la fonction de magistrat. celui-ci. l’exclusion temporaire de la fonction judiciaire pour une durée maximale d’un an. soit par les premiers présidents des cours 51 . pour le juge fautif. depuis la loi du 5 mars 2007. En effet. Les magistrats du parquet Lorsqu’un magistrat du parquet commet une faute disciplinaire. le Conseil d'Etat s’est auto-déclaré « juge de cassation des sanctions disciplinaires prononcées par le Conseil supérieur de la Magistrature ». Ainsi. ni à l’ordre judiciaire. au devoir de son état. cette notion concerne également des manquements au sein de la vie privée. la décision rendue par le CSM n’est susceptible d’aucun recours. statue comme une véritable juridiction.Droit Processuel Patrice HILT B : La faute disciplinaire commise par le juge Elle est définie à l’article 43 de l’ordonnance de décembre 1943 : la faute disciplinaire correspond à « tout manquement. La procédure de cette formation est décrite dans l’ordonnance de 1958. dans la mesure où ceci viendrait à ternir l’honorabilité de la fonction. la rétrogradation. depuis 2007. il est présidé par le premier président de la Cour de cassation : il sera composé par cinq magistrats du siège. la révocation avec suppression des droits de pension. et. la révocation sans suppression des droits de pension. Les magistrats du siège Le pouvoir disciplinaire appartient à une autorité administrative indépendante : le Conseil supérieur de la Magistrature. ni à l’ordre administratif ». il rend un jugement motivé ayant autorité de chose jugée. Dans sa formation disciplinaire. En tant que véritable juridiction. le CSM doit être saisi par le Garde des Sceaux. Lorsque ce Conseil supérieur siège en formation disciplinaire. selon le Conseil d'Etat. cette faute est sanctionnée. la mise à la retraite d’office. la notion de faute disciplinaire ne se limite pas aux seuls manquements aux obligations statutaires. l’abaissement d’échelon. C’est ce que prévoit l’article 65 de la Constitution. les sanctions possibles sont limitativement énumérées dans l’ordonnance de 1958 : la réprimande. Deux observations s’imposent. en 2007. Le régime disciplinaire dans l’ordre judiciaire a. est une juridiction administrative. à l’honneur. l’organe appelé à connaître des poursuites disciplinaires à l’égard des magistrats du parquet est le Conseil supérieur de la Magistrat. Deuxièmement. Depuis la réforme constitutionnelle de 1993. En effet. un conseiller d’Etat. b.

Ce Conseil ne peut être saisi que par le président du tribunal administratif ou de la cour administrative d'appel dont fait partie le membre du corps concerné. D’une part. et des cours administratives d'appel Le régime disciplinaire ici applicable résulte de la loi du 6 janvier 1986. Selon le Conseil d'Etat. la mise à la retraite d’office. Si l’on veut prononcer un avertissement ou un blâme. ne spécifie pas la gamme des sanctions disciplinaires applicables. un magistrat du siège de la même cour. un avocat et six personnalités qualifiées. rendu après avis d’une commission. sont disciplinairement responsables . Ces sanctions sont les suivantes : l’avertissement. les sanctions disciplinaires pouvant être prononcées sont limitativement énumérées dans un texte loi. et peut décider autre chose que ce que vient proposer le CSM. Ici. a. à l’article L136-1 du code de justice administrative. Sa composition est la suivante : cinq magistrats du parquet de la Cour de cassation.Droit Processuel Patrice HILT d’appel. eux aussi. dont la composition est fixée par le code de justice administrative. le CSM qui intervient à l’égard des magistrats du parquet n’est pas une juridiction. Les magistrats du Conseil d'Etat Le régime disciplinaire est organisé par un décret du 30 juillet 1963. il faut distinguer le régime applicable aux membres du Conseil d'Etat. l’organe chargé de prononcer la sanction varie en fonction de la gravité de la sanction que l’on souhaite prononcer. Le régime disciplinaire dans l’ordre administratif Les juges administratifs. Ici. D’autre part. un conseiller d’Etat. chargé de rendre un simple avis sur l’existence éventuelle d’une faute disciplinaire et sur la sanction à proposer ». La loi. mais n’a qu’un pouvoir de proposition. le Garde des Sceaux n’est pas lié par l’avis. qui a créé le Conseil supérieur des Tribunaux administratifs et des Cours administratives d’appel. mais « un simple organe consultatif. La différence entre les deux formations du CSM est dans sa nature juridique. Il est composé selon les règles fixées par le code de justice administrative (articles L232-2 et suivants). et plus précisément d’un recours pour excès de pouvoir devant le Conseil d'Etat. et celui applicable aux juges des cours administratives d'appel et des tribunaux administratifs. Pour les autres sanctions. la commission consultative. 52 . qui prendra une décision finale. le CSM est présidé par le procureur général de la Cour de cassation. Les magistrats des corps des tribunaux administratifs. le blâme. la révocation. la sanction sera directement prononcée par le Conseil d'Etat. b. proposition qui sera transmise au vice-président du Conseil d'Etat. il faut se référer aux sanctions générales prévues par le statut de la fonction publique. Ce Conseil supérieur n’a aucun pouvoir de décision. Ici. La mission de ce Conseil est d’assurer la discipline au sein des juridictions. Le Garde des Sceaux peut infliger au magistrat du siège fautif toutes les sanctions disciplinaires qui s’appliquent à l’égard des magistrats du siège. ici. l’exclusion temporaire de fonctions dans la limite de six mois. elles sont prononcées par décret sur proposition du Garde des Sceaux. 2. De plus. la décision prise par le Garde des Sceaux suite à l’avis du CSM peut faire l’objet d’un recours.

et qui. au sens du droit processuel. la Convention européenne des Droits de l'Homme en son article 6§1 er. et le troisième intéresse les juridictions politiques. Le premier concerne les lois de validation. Le droit processuel à un bon juge s’oppose à ce qu’un parlement ou un gouvernement viennent s’immiscer dans l’activité juridictionnelle d’un juge. le second est lié aux lois d’amnistie. à l’égard de ses propres collègues. Ces qualités sont reconnues au bon juge. la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. A : L’indépendance du juge à l’égard du parlement Cette indépendance a suscité plusieurs débats. il est celui qui ne subit aucune influence. L’exigence processuelle recouvre quatre réalités : le juge doit être indépendant de l’Etat. §1er – L’indépendance du juge à l’égard de l’Etat Le pouvoir judiciaire doit être indépendant à l’égard du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif. au sens du droit processuel. tous ceux qui ne réunissent pas les trois critères énoncés par la Cour européenne des Droits de l'Homme n’ont pas à être indépendants. De plus. n’abandonne pas son pouvoir de juger au profit d’une autre autorité. doivent être indépendants. n’étant pas des juges au sens du droit processuel. à l’égard des tiers qui interviennent au procès. le droit à un juge indépendant implique le droit de recourir à une juridiction qui juge par elle-même. Ainsi. Section première : Le droit à un juge indépendant Que faut-il entendre par juge indépendant ? En réalité. le bon juge. 53 . ce faisant. et ce par toutes les normes processuelles existantes : la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen en son article 10. seuls les juges. tous les juges doivent-ils être indépendants ? Or. la relation entre magistrats du parquet et garde des Sceaux n’est pas illicite. par rapport aux parties au litige. de plus. doit nécessairement être un juge indépendant et impartial. Le juge indépendant est celui qui ne peut recevoir d’ordre de personne .Droit Processuel Patrice HILT Chapitre II : Les qualités que le bon juge doit nécessairement présenter De toute évidence. Cela a une influence sur les magistrats du parquet .

parfois. la loi du 15 janvier 1990 a enlevé le caractère délictueux aux mouvements visant à financer les partis politiques . rétroactivement. la pratique inaugurée par le général de Gaulle a été reprise par 54 . a voté une loi d’amnistie avec une volonté d’apaisement. qui sont précisées aux articles 133-9 et suivants du code de procédure pénale. une telle loi vient valider les situations litigieuses qui sont en cours d’être jugées. La Cour européenne des Droits de l'Homme a. S’il y consent. de s’être infiltrés parmi les trafiquants. certaines lois peuvent être maintenues. permettent à leur parlement de voter de telles lois. elles ne sont plus légales. pour des douaniers. l’administration prend un acte. Dans ce schéma. Cette pratique se rencontre dans le contentieux administratif.Droit Processuel Patrice HILT 1. la loi d’amnistie du 19 décembre 1991 a enlevé le caractère délictueux au fait. pour éviter cette annulation. votée par le parlement afin de mettre un terme à certaines instances en cours. plus ou moins tolérés par les règles applicables . La loi française peut aussi manifester une volonté de clémence à l’occasion de l’élection du président de la République ou à l’occasion de fêtes nationales. sur sa position en affirmant qu’une loi de validation est contraire au droit à un bon juge mais que. dans un premier temps. le juge ne sera plus en mesure de l’annuler et la personne sera déboutée. 2. Puisqu’elles sont validées. une loi d’amnistie du 16 août 1947 vient porter amnistie de certaines infractions commises pendant l’occupation . Le juge ne sera plus indépendant. son caractère délictueux. Par exemple. Elle est revenue. Le Parlement. et qui étaient souvent poursuivis pour trafic de stupéfiants. La pratique des lois d’amnistie existe dans de nombreux pays européens. Ces faits. condamné toutes les validations législatives. dans un second temps. de voter des lois d’amnisties. notamment « lorsque cette loi est dictée par d’impérieux motifs d’intérêt général ». Puisque l’acte est conforme à la loi. en appel. la loi du 8 août 1958. un certain fait qui a été commis à une période déterminée. certaines lois viennent à légaliser le caractère délictueux à certains comportements. deviendront licites. comme la France . enlève le caractère délictueux à certaines infractions commises en Tunisie. parfois. dont la France. pour le faire annuler. elle constitue donc une immixtion du Parlement dans les fonctions du juge. va saisir le tribunal administratif. La Cour européenne des Droits de l'Homme n’a jamais condamné les lois d’amnistie : aucune requête sur le sujet ne lui a jamais été transmise. La légalité de cet acte est critiquée par une personne qui. la loi d’amnistie éteint l’action publique. Les lois d’amnistie Une loi d’amnistie constitue une mesure de clémence prise par le Parlement. l’article 4 aliéna 5 de la Constitution prévoit expressément la possibilité. Par exemple. pour le Parlement. En 1959. les lois de validation constituent une immixtion du parlement dans les affaires courantes : le parlement oblige le juge à résoudre le litige dans le sens voulu par l’Etat. La loi d’amnistie veut également clarifier le droit pénal . De nombreux Etats. notamment pour priver d’effet l’annulation d’une règle posée par un juge. demande au parlement de le valider par une loi. Les lois de validation Juridiquement. En premier lieu. En d’autres termes. initialement illégaux. qui devient conforme à la loi. le parlement va voter une loi validant rétroactivement l’acte contesté. Deux conséquences en découlent. une loi de validation est une loi de circonstance. Le gouvernement. pour promouvoir la paix sociale. La loi d’amnistie dispensera une personne condamnée d’exécuter une peine infligée par un juge . pour retirer.

Certains auteurs nuancent la contrariété possible entre loi d’amnistie et Convention européenne des Droits de l'Homme. l’amnistie ne peut jamais préjudicier aux tiers. de députés et de sénateurs ? De telles juridictions existent dans le système français. Finlande du 22 juin 2004. en droit pénal. B : L’indépendance du juge à l’égard du gouvernement La question de l’indépendance à l’égard du gouvernement a suscité quelques débats.Droit Processuel Patrice HILT ses successeurs. Cet arrêt a été fortement critiqué. En effet. n’était pas forcément contraire au droit d’indépendance. Ce système de nomination est toutefois de nature à faire douter de la parfaite indépendance du juge à l’égard du gouvernement. et reste isolé. mais toutes les personnes condamnées à payer des dommages-intérêts à des victimes le restent. le principe est celui d’un service public de la justice dont l’Etat a la responsabilité. La nomination des juges professionnels par le gouvernement En France comme ailleurs en Europe. par une personne. 3. on peut craindre que ce mode de recrutement ne donne prise au favoritisme. Il en est ainsi de la Haute Cour. le cumul. dans la mesure où le gouvernement pourrait très bien ne nommer que des personnes dont il sait par avance qu’elles seront complaisantes à son égard. la Cour européenne des Droits de l'Homme a. les juges professionnels sont nommés par le gouvernement. et directement par le représentant de l’Etat. Le correctif le plus sûr consiste alors à subordonner la nomination des magistrats à des conditions strictement définies par la loi. des fonctions de juge et de parlementaire. l’amnistie n’éteint pas l’action civile. l’hypothèse dans laquelle le gouvernement interprète lui-même le droit au lieu du juge. la question relative aux juridictions présidées par un membre du gouvernement. par une même personne. a décidé que le cumul. Cette nomination peut paraître logique. par le président de la République. 1. selon ces auteurs. Deuxièmement. contre toute attente. En effet. la question de la carrière des juges professionnels. Ainsi. entre autres. des fonctions de juge et de parlementaire peut laisser planer un doute sur l’impartialité de ce magistrat. En effet. Il est donc normal que ces juges professionnels soient des fonctionnaires. la Cour de Justice de la République est compétente pour juger les crimes et délits dont se serait rendu coupable un membre du gouvernement. compétente pour juger les manquements. Tel est le système français : le gouvernement 55 . qui ont juridiquement la qualité de juge. Cette Cour de Justice est composée de six députés. Dans un arrêt Pabla Ky c. à ses devoirs manifestement incompatibles avec l’exercice de son mandat. six sénateurs. Une juridiction est-elle donc parfaitement indépendante à l’égard du Parlement lorsqu’elle est composée. Les juridictions politiques D’une certaine façon. Ceux-ci concernent la nomination des juges professionnels par le gouvernement. Les juridictions politiques sont composées de députés et de sénateurs. en tout ou partie. et plus précisément par un décret du président de la République sur proposition du garde des Sceaux. car le fait qui a été amnistié reste néanmoins un fait dommageable. nommés par l’Etat. une loi d’amnistie va changer une infraction pénale en comportement licite. Selon l’article 133-10 du code pénal. Cela est défini à l’article 26 de l’ordonnance du 22 décembre 1958.

prise à son encontre. Ces règles appartiennent principalement à deux catégories de règles : une catégorie concerne l’inamovibilité des juges. telle une révocation. a été condamnée par la Cour européenne des Droits de l'Homme au nom de l’indépendance de juge : dans l’affaire Korkmaz c. Par exception. concours interne. Ce texte prévoit trois voies d’accès aux fonctions de juge administratifb. Turquie. n’a rien à gagner ou à perdre en se montrant complaisant ou déplaisant vis-à-vis de celui qui l’a nommé. plus précisément. 2. Pour accéder à la magistrature de l’ordre judiciaire. il existe. a. soit par le tribunal territorial des forces armées. pour chacun. nécessitant aussi. l’avancement des juges. un magistrat de la cour d'appel et trois assesseurs militaires. outre par deux juges judicaires. et la seconde concerne. L’inamovibilité du juge Cette règle de l’inamovibilité signifie qu’un juge ne peut pas faire l’objet. Là. Grâce à eux. la Cour a condamné ce mode de recrutement des magistrats. dotée d’un système similaire au système français. soit par le haut tribunal aux armées. de sorte à encadrer le pouvoir gouvernemental. La nomination peut alors apparaître conforme au principe d’indépendance. des hypothèses dans lesquelles le gouvernement peut nommer juge une personne qu’il souhaite.Droit Processuel Patrice HILT nomme ses juges mais a un pouvoir encadré. le législateur a posé plusieurs « garde-fous » qui constituent une garantie d’indépendance vis-à-vis du gouvernement. une suspension. la réunion de conditions spécifiques. par trois juges militairesc. il est composé par un magistrat de la Cour de cassation. le juge est nommé selon des conditions fixées par un décret du 27 septembre 1982. S’agissant du premier tribunal. par le ministre de la Défense. pour six mois. troisième concours (ENM) Concours externe. en France. Ces trois juges militaires sont nommés de la façon la plus discrétionnaire qui soit. certaines personnes peuvent être nommées juges sur titre. et nommés discrétionnairement par l’autorité militaire. on peut également craindre qu’ils ne rendent des décisions que dans le sens voulu par ce gouvernement. les infractions commises par les militaires sur le territoire de la République sont jugées. on peut douter de l’indépendance entre ce juge et le gouvernement. dans la mesure où il ne peut nommer que ceux qui réunissent toutes les conditions fixées par la loi. au nom du principe d’indépendance du juge. le gouvernement peut parfois prendre une mesure individuelle : lorsque le a Premier concours. il est composé. un déplacement ou encore une mise à la retraite. Pour la magistrature de l’ordre administratif. Ces hypothèses appartiennent à un domaine particulier. militaires. Le droit français n’est pas totalement à l’abri de toute critique . Il existe des juridictions pour juger les infractions commises en dehors du territoire de la République : les tribunaux militaires aux armées. du 22 janvier 2004. S’agissant du haut tribunal aux armées. de peur de faire l’objet d’une sanction ou de se voir refuser un avancement. le juge. De plus. Pour amoindrir ce risque. qui prévoit trois voies d’accèsa. troisième concours (ENA) c Article 28 du code de justice militaire b 56 . la réunion de conditions spécifiques. deuxième concours. bien que nommé et payé par le gouvernement. fixées par la loi. de la part du gouvernement qui l’a nommé. composés exclusivement de cinq membres. d’une décision arbitraire. Ce sont des hypothèses de juridiction militaire : en temps de guerre. La Turquie. individuelle. pour chacune. les conditions sont fixées par l’ordonnance du 22 décembre 1958. nécessitant. La gestion de la carrière des juges professionnels par le gouvernement Puisque les juges sont nommés par le gouvernement.

puisque celle-ci est interdite. A l’égard des juges de l’ordre administratif. En effet. En bonne logique. L’article L112-1 du code des juridictions financières reconnaît expressément l’inamovibilité en faveur des magistrats de la Cour des comptes et des chambres régionales des comptes : a fortiori. malgré l’absence des textes. depuis la création de la juridiction. de la règle de l’inamovibilité. inamovibilité et subordination ne sont pas compatibles. puis à l’article 4 de l’ordonnance du 22 décembre 1958. encore plus que les juges judiciaires. or. les intéressés en suivant l’ordre d’ancienneté. Concernant les membres des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel. rien ne semble justifier que les juges administratifs. par analogie. L’avancement du juge En droit français. un gouvernement ne peut prendre d’autres mesures individuelles. b. de fait. Cette coutume a tellement de force qu’aucune disposition législative n’est venue la contredire. Une question se pose : est-ce que tous les juges sont inamovibles ? Il est certain. judiciaire ou administratif. l’article L231-3 dispose que « lorsqu’ils exercent leurs fonctions de magistrat dans une juridiction administrative. ne bénéficient pas de la règle de l’inamovibilité. ou lorsque le juge en question a commis une faute disciplinaire. dont le gouvernement. une affectation nouvelle. premièrement. tous les juges administratifs devraient pouvoir l’être. dans le grade. α : L’avancement dans l’ordre judiciaire Le gouvernement nomme ses juges. il est tout aussi certain que la règle de l’inamovibilité ne profite pas aux magistrats du parquet .Droit Processuel Patrice HILT magistrat y consent. Cet avancement ne suppose aucune décision gouvernementale. la loi indique qu’un 57 . à travers une coutume. si les juges administratifs spécialisés sont inamovibles. qui consiste à promouvoir. comme en déplaçant un conseiller d’Etat. les juges administratifs sont de véritables juges. l’avancement se fait tout d’abord à l’ancienneté. En dehors de ces hypothèses. cette solution peut être surprenante : tout d’abord. Ensuite. que les magistrats du siège de l’ordre judiciaire sont inamovibles : la règle est expressément posée à leur égard. dans ce second cas. même en avancement ». Les raisons sont les suivantes : tout d’abord. La règle de l’inamovibilité apparait donc souvent comme une protection du juge vis-àvis d’un éventuel arbitraire de la part du gouvernement : le juge n’a pas à redouter une quelconque mesure à son encontre. en effet. la loi précise que l’avancement des juges professionnels n’est pas laissé à la discrétion du gouvernement . ne leur reconnait expressément le bénéfice de la règle de l’inamovibilité. et d’autre part. En droit. le gouvernement peut le condamner à une sanction disciplinaire. mais il n’a pas la maîtrise de leur avancement. sans leur consentement. ces magistrats sont sous la dépendance directe du garde des Sceaux . exposés à rendre des décisions susceptibles d’indisposer les autorités publiques. dans le droit positif. le juge. automatiquement. il a toujours considéré. Cette règle induit la règle de l’inamovibilité. les juges administratifs sont. que les membres qui le composaient bénéficiaient. n’a rien à craindre ni rien à espérer du gouvernement en matière d’avancement. aucune disposition. Une issue a été trouvée par le Conseil d'Etat : en ce qui concerne ses membres et depuis très longtemps. Par exemple. au sein de l’ordre judiciaire. Certains auteurs considèrent donc que ces juges ne profitent pas de la règle de l’inamovibilité. sans avoir égard aux qualités personnelles de chacun. de sorte à pouvoir rendre la justice plus sereinement. les membres du corps [de ces deux juridictions] ne peuvent recevoir. Aucun gouvernement n’est jamais allé à l’encontre de cette coutume. tout d’abord à l’article 64 alinéa 4 de la Constitution.

Le choix du 58 . le procureur général près la Cour de cassation. le choix opéré par le gouvernement n’est pas discrétionnaire. l’article 65 de la Constitution n’exige « qu’un simple avis du Conseil supérieur de la Magistrature ». En effet. Les magistrats présélectionnés par cette commission sont inscrits sur un tableau d’avancement. alors qu’un simple avis signifie que le nom choisi par le gouvernement doit être proposé au Conseil supérieur de la Magistrature. Dans cette technique. Selon la Conseil constitutionnel. il appartiendra au gouvernement de choisir les juges qui bénéficieront d’un avancement. Il s’agit de savoir quelle est la différence entre l’exigence d’un avis conforme et un simple avis. mais que son avis ne lie le gouvernement : pour les magistrats du parquet. là encore. l’inspecteur général des services judiciaires. le choix du gouvernement est discrétionnaire. deux magistrats hors catégories. β : L’avancement dans l’ordre administratif Dans l’ordre administratif. Lorsque le nom choisi est celui d’un magistrat du parquet. une par le président de la République. Deuxièmement. pour trois ans. au sein de l’ordre judiciaire et à côté de l’avancement à l’ancienneté. Ce tableau constitue une garantie contre le gouvernement. la Constitution elle-même exige un avis conforme du Conseil supérieur de la Magistrature. situé à l’article L234-1 du code de justice administrative. en France. s’il apparaît qu’un avancement est intervenu dans des conditions illégales. Ce choix n’est pas discrétionnairement opéré par le gouvernement : dans un premier temps. cinq juges appartenant au corps des tribunaux administratifs et trois personnalités désignées respectivement. ne peuvent faire l’objet d’un avancement au choix que les magistrats présélectionnés par une commission d’avancement. bien que figurant sur le tableau. existe également une autre technique d’avancement : l’avancement au choix. Lorsque ces conditions sont réunies. l’avancement proposé par le gouvernement est prononcé par un décret du président de la République. Le gouvernement ne peut donc pas proposer à l’avancement une personne qui. une par le président de l’Assemblée nationale. le gouvernement peut opérer une sélection parmi les magistrats les plus aptes à avancer. Il faut préciser. après dix ans d’ancienneté. On y retrouve un conseiller d’Etat. sont aptes à avancer. le directeur général de la fonction publique. les principes qui gouvernent l’avancement sont différents de ceux qui prévalent dans l’ordre judiciaire : la différence est que l’avancement se fait uniquement au choix : il n’y a pas d’avancement à l’ancienneté. que comme n’importe quel acte administratif. En ce qui concerne les magistrats du siège. Une fois que ce tableau est établi. n’a pas recueilli d’avis conforme du Conseil supérieur de la Magistrature. Cette vingtaine de personnes doit déterminer quels juges. Vont faire partie de cette commission le premier président de la Cour de cassation. un avis conforme suppose que le gouvernement ne peut pas faire avancer une personne sans l’accord du Conseil supérieur de la Magistrature. Cette commission est de nature à ôter tout doute quant à l’indépendance du magistrat choisi. à nouveau. Le gouvernement choisit ensuite les personnes qu’il souhaite voir avancer en carrière. qui la préside. Ce Conseil supérieur établira un tableau d’avancement.Droit Processuel Patrice HILT magistrat de l’ordre judiciaire accède automatiquement du second au premier grade. Là encore. une par le président du Sénat. ne peuvent faire l’objet d’un avancement de la part du gouvernement que les juges administratifs présélectionnés par le « Conseil supérieur des tribunaux administratifs et des cours administratives d’appel ». deux premiers présidents de cours d’appel. un décret présidentiel peut faire l’objet d’un recours en annulation devant le Conseil d'Etat. par rapport au gouvernement. deux procureurs généraux de cours d'appel et dix magistrats du corps judiciaire.

le juge administratif n’avait pas le pouvoir d’apprécier la condition de réciprocité. dans les textes. autoriser les juridictions du fond à interpréter. France. l’interprétation était imposée par le ministre des affaires étrangères. France du 24 novembre 1994. et se conformer à cet avis. ou de manière protocolaire lors de grandes cérémonies. les clauses ambigües d’une convention internationale. et le Conseil d'Etat. Les présidents du tribunal des conflits et du Conseil d'Etat n’exercent aucune fonction juridictionnelle en leur qualité. Depuis cette condamnation. d’apprécier la condition de réciprocité posée par l’article 55 de la Constitution française ». malgré la condamnation et s’exposant à une nouvelle condamnation. Cette analyse a été avalisée par la Cour européenne des Droits de l'Homme. Deuxièmement. elles ne sont jamais exercées. elle est assurée par un magistratb. Autriche. que même si. qui précise. pendant longtemps. Premièrement. est un magistrat. L’interprétation du droit par le gouvernement L’exigence d’indépendance n’est pas satisfaite dans les hypothèses où la solution du litige est imposée au juge par le gouvernement. Cette règle française. présidé par le Premier ministrea. le texte n’est pas condamnable au regard de l’article 6§1er lorsque. et à lui seul. Ces présidences sont purement honorifiques : dans les faits. présidé par le garde des Sceaux. le juge ayant un doute sur l’interprétation d’une convention internationale devait solliciter l’avis du ministère des affaires étrangères. 13 février 2003 b 59 . qui attribuent la présidence d’une juridiction à un membre du gouvernement. De plus.Droit Processuel Patrice HILT gouvernement est toujours discrétionnaire. pouvant toutefois faire l’objet d’un recours. Les juridictions présidées par un membre du gouvernement Dans notre organisation juridictionnelle. En d’autres termes. La France a maintenu cette règle. le Conseil d'Etat et la Cour de cassation se sont alignés sur cette jurisprudence européenne pour. Ces règles. la présidence est accordée à un membre du gouvernement. on peut avancer deux arguments pour affirmer que ces règles françaises ne sont pas aussi condamnables que l’on pourrait y penser. pendant longtemps. 16 juillet 1971 c Arrêt Chevrol c. Or. dans laquelle la solution est imposée par un membre du gouvernement. il existe deux juridictions présidées par un membre du gouvernement : le tribunal des conflits. « il appartient au juge. telle que posée par l’article 55 de la Constitution. Cette appréciation relevait de la seule compétence du ministre des affaires étrangères. dans un arrêt rendu contre l’Autriche. et ne président que l’assemblée administrative. Cela est prononcé par décret du président de la République. de telles hypothèses avec deux exemples. dans les faits. la présidence est assurée par un vice-président qui. 4. dont la décision s’imposait au juge du fond. Cette pratique a été condamnée par la Cour européenne des Droits de l'Homme dans l’arrêt Beaumartin c. le ministre des affaires étrangères. 3. a été condamnée par la Cour européenne des Droits de l'Homme : selon la Courc. puisqu’il n’a jamais à recueillir l’avis conforme du Conseil supérieur de la Magistrature. sont de nature à compromettre l’exigence d’indépendance telle que posée par l’article 6§1er de la Convention européenne des Droits de l'Homme. effectivement. pour simple avis. A y regarder de plus près. a Le garde des Sceaux en son absence Arrêt Ringeisen c. quittes à interroger. lui. elles-mêmes. finalement.

simultanément. Dans ce système hiérarchique. desquels dépend parfois la fonction à laquelle il est appelé à exercer. un président de tribunal. mais parfois. que la fonction de juger échappe à toute subordination hiérarchique. subsiste. évitent qu’un juge ne prenne l’ascendant sur ses collègues. découleront des conséquences quant à l’avancement d’un juge. l’obligation de mobilité dans les fonctions exercées par le juge. le droit français précise. Cependant. exprimée par un grade et par un échelon . être indépendant signifie pouvoir statuer librement. pour garantir cette liberté. sa rémunération. cette exigence n’est pas respectée lorsque la solution du litige lui est imposée par un autre juge siégeant dans la même juridiction. des rémunérations. membres d’une même juridiction. la loi française a posé quatre règles. expressément. un conseiller de cour d'appel a. On parle d’évaluation de l’activité professionnelle. en dépit de cette hiérarchie. A : La solution imposée par un autre juge de la même juridiction Au sein d’une même juridiction. ou lorsque la solution du litige lui est imposée par une autre juridiction que celle dans laquelle il siège. l’indépendance du juge serait remise en cause si l’un des juges prenait l’ascendance sur les autres en leur imposant sa solution. En ce système. même si hiérarchiquement supérieur à un juge ordinaire. une position hiérarchique. 1. L’obligation de mobilité dans les fonctions exercées par le juge 60 . en hiérarchie. ne peut enjoindre ce juge de se prononcer dans un sens déterminé. Toutefois. un rang bien plus élevé qu’un juge d’instruction : cela se manifeste au niveau des responsabilités confiées. qui s’exprime par un grade et un échelon. au sein du corps dont il fait partie. Un conseiller d’Etat occupe. chaque juge occupe une position hiérarchique. d’être. même si supérieurement hiérarchique à un juge du premier degré. L’absence de subordination hiérarchique dans la prise de décision Au sein de la justice française. Or. ne peut lui dire dans quel sens il y a lieu de statuer.Droit Processuel Patrice HILT §2nd – L’indépendance du juge à l’égard de ses collègues Pour le juge. En d’autres termes. Un conseiller de cour d'appel. en droit français. la règle de roulement. Il s’agit de l’absence de subordination hiérarchique dans la prise de décision. certains juges ont une influence directe sur la prise de décisions d’autres juges. un système de notation annuelle des juges. La question est subjective. etc. etc. En fonction de la note attribuée. Par exemple. le juge hiérarchiquement supérieur va noter les juges hiérarchiquement inférieurs. inférieurs en grade. chaque juge doit être parfaitement libre de donner au litige la solution qu’il entend lui donner. le juge occupe. dans la hiérarchie. Comme n’importe quel fonctionnaire français. Par exemple. La règle est expressément mentionnée dans la loi. Toutefois. qui. 2. pour certaines personnes. l’existence de cette hiérarchie n’entraîne aucune conséquence sur la prise de décision. l’interdiction. autant que possible. Seuls les magistrats du parquet ne seront pas notés. une position bien supérieure à celle d’un conseiller de tribunal administratif.

tous les ans. Une autre limite est posée à dix ans. la même fonction dans la même juridiction. s’applique même lorsque l’un est magistrat du siège et l’autre magistrat du parquet. les fonctions de président. au sein d’une même juridiction. de chambre. d’un point de vue pratique. a Modifiée en 2001 61 . de procureur de la République. selon la Cour de cassation. par la loi organique du 25 février 1992 . Cette règle se justifie par la volonté de ne pas voir s’instaurer une ascendance entre les juges. d’être simultanément membres d’une même juridiction Selon l’article R721-1 du code de l'organisation judiciaire. Une limite est posée de sept ans. c’est la spécialisation qui y perdra. exige qu’il ne puisse jamais se trouver lié par une solution juridique préconisée par une autre juridiction. juge des enfants. mais mal appliquée dans les petites juridictions. Cela est difficile lorsque deux juges conjoints s’établissent dans une même ville dans la volonté d’y siéger. les juges doivent changer. au sein d’une même juridiction. Ce que gagne l’indépendance du juge vis-à-vis de ses collègues. En conséquence. La composition de ces chambres doit différer. cependant. les règles posées par cette obligation de mobilité présentent le grave inconvénient d’obliger le juge à abandonner ses fonctions. Elle a posé. chaque année. d’être simultanément membres d’une même juridiction ». le juge qui refuse de quitter sa juridiction pourra néanmoins y rester. juge de l’application des peines ou encore juge d’instance. parents et alliés. La règle du roulement Selon cette règle. « il est interdit aux conjoints. à l’exercice de fonctions particulières. plusieurs règles françaises doivent être appliquées . Cette interdiction. Tout d’abord. tout en perdant sa fonction. 3. d’autres règles sont beaucoup plus douteuses. sauf lorsque la juridiction ne comprend qu’une seule chambre. La volonté du législateur est d’éviter que l’une des personnes puisse exercer une influence sur l’autre. notamment quant à la compatibilité avec l’exigence d’indépendance. En pratique. a Plusieurs observations s’imposent. dont le nombre de magistrats est limité. pour la première fois. l’obligation d’une mobilité. L’article R721-1 prévoit donc. une possibilité de dispense. directement accordée par décret du président de la République. ou lorsque l’un des conjoints est le président de la juridiction ou le chef du parquet près cette juridiction. éternellement. la règle serait mise en œuvre dans les grandes juridictions. vis-à-vis de ses collègues. le principe de l’inamovibilité signifie qu’un juge ne peut être déplacé discrétionnairement. Or. B : La solution imposée par une autre juridiction L’indépendance d’un juge.Droit Processuel Patrice HILT Cette obligation a été introduite. à cet effet. il est devenu hautement spécialisé dans ses fonctions. mais dans les fonctions : un juge ne peut garder. en droit français. telles que juge d’instruction. 4. cette obligation de mobilité ne contrevient pas au principe de l’inamovibilité du juge : passée la limite de sept ou dix ans. de premier président de cour d'appel ou de procureur général près la cour d'appel. Plusieurs règles gouvernent ce principe. L’interdiction. alors qu’en raison du temps passé. non pas géographique. faite à certaines personnes. Deuxièmement.

est posée la question de la légalité d’un acte administratif. ce juge judiciaire devra surseoir à statuer jusqu’à ce que le juge administratif saisi par les parties se soit prononcé sur cette légalité. elle n’aurait plus l’obligation d’appliquer l’arrêt de l’assemblée plénière. En France. rendre des avis dans le cadre de la saisine pour avis. Ainsi se trouve créé un second procès au sein du premier. cette règle met un point final à une difficulté d’interprétation. Premièrement. le législateur réserve aux seules juridictions administratives l’examen de la légalité d’un acte administratif. D’une part. évitant ainsi que le conflit ne s’éterniseb. dans le cadre d’une saisine pour avis. en droit positif. le Conseil d'Etat peut. Les règles compatibles avec l’exigence processuelle d’indépendance Deux règles françaises doivent être approuvées . On peut relever quatre arguments nuançant cette incompatibilité. La règle est indiquée à l’article L113-1 du code de justice administrative. cette obligation peut ne pas être sérieusement contestable : cette règle répond à une bonne administration de la justice. un juge extérieur à la juridiction saisie peut imposer sa solution au juge saisi du litige. La règle est écrite à l’article L151-1 du code de l'organisation judiciaire. Relativement aux faits de l’espèce. cette obligation n’est pas sérieusement contestable : les hypothèses dans lesquelles cette solution de droit dégagée en assemblée plénière s’impose à une juridiction inférieure restent extrêmement marginales. des règles dont on peut douter de l’indépendance du juge visà-vis de ses collègues : dans ces règles. de se conformer à la décision de l’assemblée plénière. Si. que cet acte soit règlementaire ou individuel. 2. ne lie jamais le juge qui l’a sollicité. la seconde juridiction de renvoi est obligée de se conformer à la décision de l’assemblée plénière ». En moyenne. pour la seconde juridiction de renvoi. son avis ne lie pas le juge administratif qui l’a réclamé. Enfin. la première est la règle selon laquelle l’avis donné par la Cour de cassation. Le premier est que l’obligation. Les règles douteuses au regard de l’exigence processuelle d’indépendance Il existe. lui aussi. Selon la deuxième règle. ce sont deux à trois arrêts annuels d’assemblée plénièrea qui s’imposent. Là encore. L’indépendance du juge vis-àvis de ses collègues est respectée. cette règle permet de résoudre un conflit d’interprétation du droit entre la Cour de cassation et les juges du fond. a b Sur 25 000 arrêts annuels Article 6§1er de la Convention européenne des Droits de l'Homme 62 .Droit Processuel Patrice HILT 1. D’autre part. Si. n’est pas véritablement contestable : seuls les points de droit imposés par la juridiction en assemblée plénière s’imposent à la seconde juridiction de renvoi. c’est l’article L131-4 du code de l'organisation judiciaire qui dispose que « dans le schéma du pourvoi en cassation. la solution juridique retenue par la Cour de cassation ne s’impose à la seconde juridiction de renvoi que relativement à l’affaire qui a été portée devant l’assemblée plénière. Un certain nombre d’auteurs estiment que cette solution est contraire à l’indépendance. cette obligation n’est pas sérieusement contestable. en droit. En effet. La Cour de cassation ne peut donc imposer sa solution au juge qui l’a saisie. à une deuxième juridiction de renvoi. la juridiction de renvoi a toute compétence pour les apprécier comme elle l’entend. la même question de droit devait se poser à la seconde juridiction de renvoi. à l’occasion d’une autre affaire. En troisième argument. Deuxièmement. devant un juge judiciaire.

la légalité de l’acte administratif qui lui est opposé. On peut aussi invoquer l’argument de la bonne administration de la justice : la règle de la question préjudicielle administrative permet de faire trancher les questions de droit par des juges spécialisés. devra surseoir à statuer pour demander l’avis de la Cour de Justice des Communautés européennes. une nouvelle fois. En matière fiscale. cela limite les erreurs judiciaires. La troisième règle douteuse est la question préjudicielle judiciaire. ce juge devra. que la Cour de Justice des Communautés européennes ait répondu. Par exemple. Premièrement il existe des exceptions dans lesquelles le juge judiciaire est autorisé à statuer sur la légalité d’un acte administratif. Là encore. le renvoi ne sera jamais obligatoire. on aboutit à une meilleure justice . Lorsque. l’interprétation des traités originaires ainsi que l’examen de l’interprétation et de la validité des actes pris par les institutions des Communautés européennes sont réservés à la Cour de Justice des Communautés européennesb. de par sa jurisprudence antérieure. Parce que la question de la légalité est tranchée par un juge spécialisé. En seconde nuance. On parlera du renvoi préjudiciel devant la Cour de Justice des Communautés européennes. on peut. dans tous les cas. sa décision s’imposera à la décision du juge judiciaire. Il s’agit de la question préjudicielle administrative. On peut cependant avancer certains arguments pour nuancer cette incompatibilité. En droit communautaire.Droit Processuel Patrice HILT suspendant le premier. puisqu’il en a la compétence. le renvoi préjudiciel n’est obligatoire que pour les hautes juridictions nationales (le Conseil d'Etat et la Cour de cassation). surseoir à statuer jusqu’au moment où le juge judiciaire se prononce. s’agissant de cette ambigüité. Le juge national. Si la question posée par un juge national est relative à la validité d’nu acte communautaire. La décision rendue par cette dernière s’imposera au juge national. à son tour. le juge pénal peut apprécier la légalité de l’acte administratif qui lui est opposé lorsque la solution en dépenda. car il n’est pas toujours obligatoire. pour toutes les autres juridictions internes. Pour nuancer cette incompatibilité. En revanche. le renvoi préjudiciel communautaire n’est recevable que si deux conditions se trouvent cumulativement réunies : la disposition que le juge national souhaite appliquer doit être ambigüe . Ce renvoi préjudiciel porte atteinte au principe de l’exigence d’indépendance. il ne faut pas. qui relève exceptionnellement de la compétence des juridictions judiciaires. le juge judiciaire peut apprécier. de plus. le renvoi est toujours obligatoire. avancer l’argument de la bonne administration de la justice. à l’occasion d’un litige dont il est saisi. la réponse donnée par le juge judiciaire s’imposera au juge administratif. en matière pénale. La décision rendue par la Cour de Justice des Communautés européennes s’imposera au juge national. Lorsque la question posée est relative à l’interprétation d’un acte ou d’un traité communautaire. Lorsque le juge administratif s’est prononcé sur la légalité de l’acte administratif. §3ème – L’indépendance du juge à l’égard des parties au litige a b Article 111-5 du code pénal Article 234 du TUE 63 . le juge administratif se heurte à une question relevant du droit privé. confronté à une telle difficulté.

Deuxièmement. certaines activités sont parfois purement interdites au juge. puisque. qui. Dans tous les cas. ne pouvant être actionné directement. qui leur interdit d’exercer une quelconque activité professionnelle annexe. par hypothèse. Ce principe est posé dans deux textes : pour les juges de l’ordre judiciaire. parce qu’elles paraissent incompatibles avec l’exercice simultané de la fonction de juger. des conseillers prudhommaux. Belgique. la partie la plus généreuse obtenant gain de cause. non professionnels. elle doit diriger son action contre l’Etat. les magistrats ne peuvent exercer aucune activité professionnelle extérieure à leur fonction. Pour les juges administratifs. Ce principe connait des exceptions : l’interdiction n’est posée qu’à l’égard des juges professionnels . A : Les règles qui tentent de préserver l’indépendance du juge à l’égard des parties La loi française a posé quatre règles pour préserver cette indépendance. que cette activité soit publique ou privée. En effet. pour ces juges. C’est le cas des juges consulaires. pour assurer cette indépendance. par exception. Le raisonnement est le suivant : en posant le principe de la gratuité de la justice. Quatrièmement. La gratuité garantit donc l’indépendance entre le juge et les parties. exercent leur fonction judiciaire à titre secondaire. La volonté de préserver l’indépendance du juge visà-vis des parties explique que le législateur français ait posé un certain nombre de règles. c’est l’article 8 de l’ordonnance du 22 décembre 1958. Les juges professionnels peuvent exercer une activité extérieure. à condition que « l’activité a Article 291 du code de procédure pénale 64 . le cas échéant. L’Etat pourra. Troisièmement.Droit Processuel Patrice HILT Cette exigence a été posée par la Cour européenne des Droits de l'Homme dans l’arrêt Le Compte c. des assesseurs au tribunal pour enfants. c’est l’indépendance du juge qui justifie qu’une partie ne puisse pas directement mettre en œuvre la responsabilité des magistrats. Ces règles d’incompatibilité sont. c’est encore l’indépendance du juge vis-à-vis des parties qui explique que la loi française ait posé des règles d’incompatibilité aux fonctions judiciaires. Le droit français n’est pas non plus à l’abri de toute critique. le juge est garanti de bénéficier d’une indépendance vis-à-vis des parties : un juge qui serait directement payé par les parties serait amené à se montrer complaisant à l’égard de la personne qui le paie. l’interdiction est posée à l’article L231-5 du code de justice administrative : « cette interdiction vise à éviter toute subordination extérieure qui risquerait d’entraver l’indépendance d’esprit du juge et compromettre ainsi sa liberté de jugement ». Cela s’est vu sous l’ancien régime. exercer une action récursoire contre le juge fautif. le juge est à l’abri des tentatives d’intimidation ou de déstabilisation qu’une partie pourrait avoir à son égard. du juge de proximité. lorsqu’une partie estime avoir été victime d’une faute personnelle commise par un juge dans l’exercice de sa fonction. Selon la première règle. du 23 juin 1981. La première règle est le principe de la gratuité de la justice. au nombre de deux. posé en 1790. essentiellement. c’est cette indépendance entre juge et parties qui justifient que ne peuvent être jurés d’assises les personnes qui présentent des liens de parenté avec l’accusé ou son avocata. ces interdictions ne visent pas les juges occasionnels. où les parties versaient des épices au juge. Cette règle permet donc de préservé l’indépendance .

Là encore. de conseiller général. en 2001. cela n’existe que pour les juges consulaires et non pas pour les juges prudhommaux. qui. il est également fait interdiction au juge d’exercer un mandat de conseiller régional. On a. ou encore de conseiller municipal. mais souvent repoussées. par l’Assemblée nationale. D’autre part. Cette règle est moins absolue que la première : l’interdiction est limitée à « la circonscription dans laquelle le magistrat est élu ». à leur tour. avec comme conséquence que ce changement de mode de scrutin aurait pour conséquence de faire passer le nombre d’électeurs de trente mille à deux millions. La troisième solution est d’introduire l’échevinage dans toutes les juridictions qui comportent les juges élus. La seconde solution proposée est l’élargissement du collège électoral des juges élus : un projet de loi. Pour résoudre ce problème. On considère que l’exercice d’un tel mandat est incompatible avec l’indépendance de ce juge. La quatrième solution est de supprimer les tribunaux de commerce et les conseils des prud’hommes : dans la grande majorité des pays européens. les candidats étant peu nombreux. il n’existe pas de juridictions spécialisées pour régler les conflits entre commerçants. Cependant. a Article L623-2 du code de commerce 65 . et adopté en première lecture. premièrement. le tribunal de commerce et le conseil des prud’hommes ne comprennent aucun juge professionnel. Les propositions de loi proposant d’introduire l’échevinage sont nombreuses. les électeurs se retrouvent donc éloignés du juge élu. proposé de mettre en place un système d’élections à deux degrés. des propositions de loi sont nombreuses. pour tous les juges élus. Cela impliquerait d’attribuer l’ensemble des compétences en la matière au tribunal de grande instance. plusieurs solutions ont été proposées. Aux juridictions élues. il faudrait introduire des juges professionnels. éliront les juges consulairesa . Le lien de dépendance peut s’en accroître. ce qui diminue les risques de dépendance. Ce projet prévoit de remplacer le mode actuel d’élection par un scrutin direct à deux tours par un scrutin indirect plurinominal à deux tours. datant du 18 juillet 2000. précisément appelés à se retrouver dans leur prétoire. Selon la seconde règle d’incompatibilité. B : La problématique du juge élu A été créé un débat autour de la problématique du juge élu : un juge qui a été élu à ses fonctions est-il totalement indépendant à l’égard de ses électeurs ? Cette problématique concerne principalement les juges consulaires ainsi que les juges prudhommaux. la fonction de juger est incompatible avec certains mandats politiques. ce qui a souvent pour conséquence de faire élire des juges par des minorités de faveur.Droit Processuel Patrice HILT exercée ne soit pas de nature à porter atteinte à la dignité de la fonction et à son indépendance ». ou entre salariés et employeurs. mais le fait d’être élu pose la question de leur indépendance vis-à-vis de leurs propres électeurs. Le fait d’être un professionnel élu les rend indépendants vis-à-vis du pouvoir exécutif. Tous les ressortissants des tribunaux de commerce qui éliront des délégués consulaires. mais aucune n’a encore abouti : aujourd’hui. dont la présence pourrait limiter le risque de dépendance entre les juges élus et les électeurs. Deux règles sont posées : un juge ne peut exercer aucun mandat parlementaire. vis à élargir le collège électoral aux élections des juges élus. Le problème se pose avec plus d’acuité que la participation aux élections consulaires ou prudhommales est souvent faible.

à partir du moment où la Cour européenne des Droits de l'Homme affirme que le procureur de la république n’est pas une autorité judiciaire. Section seconde : Un juge impartial Le juge doit aussi être impartial. un notaire. Tel est le cas du droit français : quel que soit le contentieux considéré. c’est qu’il n’a pas les compétences techniques pour apprécier les faits de l’espèce. et de laisser au juge le libre arbitre. l’impartialité ne peut lui être exigée. dans 86% des cas. qui doivent obligatoirement être impartiaux. article 156 du code de procédure pénale. Quant aux magistrats du parquet. Le droit français permet donc expressément. le principe d’indépendance implique que l’avis donné par le technicien ne peut être qu’un simple avis. au juge qui statue. il ne doit pas pouvoir être dépendant de ce technicien tiers. Cela est mentionné dans le pacte international relatif aux droits civils et politiques ou dans la Convention européenne des Droits de l'Homme. si le juge fait appel à un technicien. dans les faits. Est technicien un expert. l’exigence d’impartialité concerne-t-elle tous les juges ? Le doute n’est pas permis pour les magistrats du siège. article R621-1 du code de justice administrative. Deux questions se posent alors : premièrement. Pratiquement tous les litiges. il peut être difficile de décider autrement que ce qu’a proposé le technicien. il implique que les magistrats soient indépendants à l’égard des tiers. En pratique. etc. mais tous les codes de procédures disposent que l’avis du technicien ne lie jamais le jugea. Cependant. notamment lorsque l’intervention technique de cette personne aboutit à une certitude de 99. le médiateur. en conséquence. le juge fait pratiquement toujours appel à un technicien. si le juge peut faire appel à un technicien. La question s’est posée puisque dans certains contentieux techniques. Deuxièmement.990% . En conséquence. Pour cela. que faut-il entendre par juge impartial ? §1er – Les exigences de l’impartialité a Article 246 du code de procédure civile. un conciliateur. c’est l’hypothèse des expertises génétiques. le juge peut toujours avoir recours à un technicien. lequel a qualité de tiers puisqu’il n’est pas partie au litige. selon la Cour européenne des Droits de l'Homme. De plus. 66 . impliquent l’intervention d’un technicien. aller à l’encontre du technicien pourrait être une contradiction. le juge suit l’avis du technicien : en effet. d’avoir recours à ces techniciens.Droit Processuel Patrice HILT §4ème – L’indépendance des juges à l’égard des tiers Lorsque le droit processuel exige l’indépendance des magistrats.

Dès lors. et une démarche objective. Elle a décidé d’employer. amenant à rechercher s’il offrait des garanties suffisantes pour exclure. si elle ne peut être prouvée directement. a considéré que n’est pas impartial le juge administratif 67 . la rapporter est extrêmement difficile. elle peut s’apprécier de diverses manières. et donc du conseil. peut être prouvée par différents indices objectifs. un lien d’amitié. Le 3 juillet 2001. Belgique du 1er octobre 1982. employé par l’entreprise qu’il est en train de redresser. pour équilibrer les moyens entre les parties. Selon la seconde chambre civile. c'est-à-dire en son for intérieur : il doit juger sans préjugé. La formule a été très controversée. On peut distinguer entre une démarche subjective. un lien d’affection. en telle circonstance. la technique du faisceau d’indices. tout doute légitime ». selon elle. un lien d’alliance. Cette impartialité est présumée . Dans cette formule. il appartient dès lors à la personne qui prétend que tel juge a eu un préjugé. Le simple lien entre cette nièce et l’un des conseillers suffit à faire douter de la parfaite impartialité du conseiller. Le Conseil d'Etat. sans parti pris dans l’affaire qui lui est soumise. il existe. quatre indices objectifs. mari conseiller prudhommal dans cette même juridiction. Cette solution a été entérinée. la Cour européenne est intervenue. Tout d’abord. « n’est pas impartial un conseil des prud’hommes composé d’un conseiller dont la nièce vivait avec le salarié en cause dans l’affaire ». tant par la Cour de cassation que par le Conseil d'Etat. la Cour européenne indique qu’au sens de l’article 6§1er de la Convention européenne des Droits de l'Homme. le 5 décembre 2002. la neutralité. l’impartialité comprend notamment la justesse. Bien que la notion d’impartialité soit subjective. la notion d’impartialité renvoie à deux réalités différentes. Ce lien peut être un lien de parenté. dans telle affaire. en la matière. « Si l’impartialité se définit par l’absence de préjugé. être impartial est « être sans parti pris ». L’impartialité personnelle. l’objectivité. mais également satisfaire à une impartialité objective (ou fonctionnelle). n’est pas impartial le juge commissaire qui est. A. le 2 octobre 1996. à titre essentiel. la même chambre sociale a affirmé que n’est pas impartial un conseil des prud’hommes devant lequel une femme a été assistée par son mari. essayant de déterminer ce que tel juge pensait. chaque juge qui intervient est présumé impartial en son for intérieur. En effet. Une difficulté probatoire est donc présente : face à elle. 1. mais complémentaires. quels sont ces indices ? Selon la Cour européenne des Droits de l'Homme. Le juge et l’une des parties sont unis par un lien La Cour a souvent décidé que la partialité personnelle du juge pouvait se concrétiser par l’existence d’un lien entre le juge et l’une des parties.Droit Processuel Patrice HILT Selon un dictionnaire courant. à cet égard. Selon la chambre sociale de la Cour de cassation du 18 novembre 1998. dans un arrêt Piersack c. En langage courant. d’en rapporter la preuve par tout moyen. qui vont en ce sens. la Cour européenne des Droits de l'Homme a pris le risque de la définir. du juge Le juge doit d’abord être subjectivement impartial. que le juge n’a pas été impartial en son for intérieur. Ainsi. pouvant laisser penser. ou subjective. la preuve de la partialité personnelle du juge. le bon juge doit satisfaire à une impartialité dite subjective (ou personnelle). dans son for intérieur. en même temps. S’agissant d’une preuve subjective.

d’employer publiquement des expressions sous-entendant une appréciation négative de la cause du requérant. d’appartenir à un même syndicat professionnel [CFDT]. de façon telle qu’il laisse entendre qu’il est déjà convaincu de l’issue de la procédureb. C’est le cas du juge de proximité Toulon. Il dit. de nature à faire douter de l’impartialité du juge ». Reste à savoir ce qu’il faut entendre par « éléments particuliers internes à l’objet du procès » : la Cour européenne des Droits de l'Homme estime qu’il faut apprécier ces éléments au cas par cas. religieuse ou syndicale. d’appartenir à une même affiliation. religieuse ou syndicale. n’est pas compatible avec les exigences d’impartialité subjective que doit présenter tout tribunal. constitue une véritable prise de position sur l’issue de l’affairec. La solution européenne dégagée est approuvée par la Cour de cassationa. Dans l’arrêt Buscemi. la doctrine estime que lorsqu’il existe un tel lien entre le juge et l’une des parties. Italie. notamment en cas d’un lien de franc-maçonnerie entre le juge et l’une des parties. 3. Ainsi. Royaume-Uni du 15 juin 2000. Le juge donne aux parties des appréciations personnelles sur l’issue du procès Selon la Cour européenne. Dans l’affaire Salaman c. « si cette même affiliation est accompagnée par des éléments particuliers internes à l’objet du procès ». Le juge et l’une des parties appartiennent à une même affiliation Question s’est posée de savoir si une même appartenance philosophique. de faire partie d’une même affiliation. ou une partie. ainsi qu’une amende. n’est pas en soi. 14 décembre 2006 : plusieurs personnes avaient loué un mobile-home . d’un juge et d’une partie. le mobile-home était inutilisable. 19 décembre 2003 : « le fait pour un conseiller prudhommal et une partie qui se présente à lui.Droit Processuel Patrice HILT qui n’était autre que la fille d’un conseiller municipal de la commune dont l’arrêté était examiné. 2. deuxième chambre civile. Soc. dans son jugement : « le bailleur était doté d’un quotient intellectuel était aussi restreint a Cass. et ne suffit pas pour caractériser l’impartialité du magistrat. pour le président du tribunal. 4. Lettonie. La décision rendue par le juge est injurieuse à l’égard d’une partie Il faut considérer qu’une décision de justice injurieuse à l’égard d’une partie constitue un indice objectif. le fait que celui-ci se soit exprimé. et en l’absence d’éléments particuliers internes à l’objet du procès. la Cour a jugé que le fait. l’existence de ce lien fait douter de l’impartialité de ce juge. en dehors du cadre du litige. et s’étonnant devant le fait que le requérant persiste à plaider non-coupable. En France. pour un juge ou une partie. philosophique. pour un juge. Cependant. Le juge de proximité a prononcé le remboursement de 1365€ de loyer. b Buscemi c. le fait. n’est pas une preuve de la partialité du juge ». la Cour européenne des Droits de l'Homme a décidé que « l’appartenance à la franc-maçonnerie. Encore. qui démontre la partialité du juge. 28 novembre 2002 68 . peut constituer un indice objectif démontrant la partialité de ce juge. jugé par la cour de cassation. la Cour a jugé que les déclarations du président de la juridiction. critiquant l’attitude de la défense. d’un juge et d’une partie. est un indice objectif pouvant légitimement faire douter de l’impartialité personnelle du juge. 16 septembre 1999. n’est pas un indice de la partialité de ce juge. le fait. peut devenir un indice de l’impartialité du juge. c Lavents c. à leur arrivée.

ni de ses convictions profondes. de plusieurs fonctions. du 28 septembre 1995. Par ailleurs. Doit être réputé partial le juge qui statue sur une affaire. D’après la Cour européenne des Droits de l'Homme. par un même juge. Fonction juridictionnelle et fonction administrative de conseil Cela a été rendu dans l’arrêt Procola c. d’une fonction juridictionnelle avec une fonction administrative Pareil cumul est contraire au droit à un bon juge. Le bailleur a saisi la Cour de cassation sur le fondement de l’article 6§1er. Première cause : dans la même affaire. les fonctions qu’un même juge peut cumuler peuvent être de deux natures différentes : il peut s’agir de fonctions juridictionnelles. les deux types de fonctions. le juge n’est pas impartial dans ses fonctions. de plusieurs fonctions. mais aussi de fonctions administratives. cette impartialité s’apprécie sans tenir compte. Le cumul. le même juge cumule plusieurs fonctions Un même juge cumule différentes fonctions dans le cadre d’une même affaire : ce cumul résulte d’une augmentation des affaires à juger et de la diminution des juges. ainsi que les moyens invoqués. n’est pas objectivement impartial. L’affaire est la même lorsque les parties. Trois observations s’imposent : tout d’abord. et rendait des décisions de justice sur les mêmes questions. que les faits sont les mêmes. α. 1. dans le cadre d’une même affaire. par le juge. La Cour de Strasbourg considère fermement qu’un juge qui. de fonctions différentes. le même juge cumule plusieurs fonctions . le juge peut cumuler une fonction juridictionnelle avec une fonction administrative. peut recouvrir deux situations différentes . Les juges ont jugé que dans le cadre « d’une institution telle que le Conseil d'Etat luxembourgeois. Troisièmement. est une cause de partialité . Luxembourg. il existe. dans la même affaire. que le juge exerce ses fonctions dans le même temps ou de manière successive. ce Conseil d'Etat conseillait le gouvernement. n’est bien évidemment une cause de partialité que pour autant que ce cumul ait eu lieu à l’occasion d’une même affaire. pour laquelle il s’est déjà exprimé en qualité d’organe administratif. B. L’impartialité fonctionnelle du juge Le juge doit aussi être impartial dans ses fonctions. à propos de la même affaire. cumule plusieurs fonctions. qui a annulé le jugement du juge de proximité. 69 .Droit Processuel Patrice HILT que la surface du mobile-home utilisable ». ou plusieurs fonctions juridictionnelles dans la même affaire. le cumul. Deuxièmement. pour un même juge. le cumul. et non plus seulement dans sa personne . le cumul. En conséquent. dans deux hypothèses : lorsque. lorsqu’il rejuge une même affaire. par un même juge. deux types de fonctions administrative : le juge peut exercer une fonction administrative de conseil ou une fonction administrative de contrôle. par le juge. ni de l’attitude personnelle du juge. le seul fait que certaines personnes exercent successivement. est de nature à remettre en cause l’impartialité fonctionnelle de ce Conseil d'Etat luxembourgeois ». En l’espèce. a.

Les attributions consultatives du Conseil d'Etat L’arrêt Procola c. coutumière et non codifiée. En effet. le code de justice administrative permet. Elle affirme que dorénavant. le Conseil d'Etat. au sein de la section du contentieux. ne se retrouvent pas ensuite au sein de la formation contentieuse. la seconde les tribunaux administratifs et cours administratives d’appel. ce Conseil d'Etat exerce également. le Conseil d'Etat veille scrupuleusement. a permis à la France d’échapper à une condamnation européenne. puisque celles-ci cumulent des fonctions juridictionnelles et consultatives. elles aussi. Comme le Conseil d'Etat. cumuler les fonctions administrative de conseil et juridictionnelle. au sein du Conseil d'Etat. Pour une même affaire. en dehors de ses fonctions juridictions. ces juridictions de fond sont. de saisir. en somme. à ces cours. des attributions consultatives auprès du gouvernement. Luxembourg semble remettre en cause le rôle du Conseil d'Etat français. Il peut arriver que le tribunal administratif puisse connaître une même affaire. Si l’arrêt d’appel est finalement frappé d’un pourvoi. conscientes de la possible contrariété du droit français avec l’affaire Procola. Un tribunal administratif juge. Le Conseil d'Etat va donc donner des avis au gouvernement. le législateur luxembourgeois est intervenu par une loi de 1996. qui a opéré une séparation organique. cette possibilité est contraire à l’arrêt Piersack c. à ce que les conseillers d’Etat qui ont siégé dans la section consultative ne se retrouvent pas. Elles veillent aussi. entre ses fonctions juridictionnelles et ses anciennes fonctions administratives de conseil. Lorsque la cour saisit pour avis. à ce qu’un conseiller qui a siégé au sein de la formation consultative. la Cour administrative. Belgique. la fonction qu’il avait de conseiller le gouvernement est confiée à une autre juridiction. en principe. Sur le plan du droit français. mais également les projets de décret . ensuite. « sur toute difficulté de nature juridique que peut rencontrer le gouvernement »a. et la troisième concerne la Cour de cassation. 1. Les attributions consultatives des tribunaux administratifs et des cours administratives d’appel L’arrêt Procola c. le Conseil d'Etat ne peut plus que juger . le Conseil d'Etat va donner un avis. scrupuleusement. un conseiller d’Etat ne peut. En effet. a b Code de justice administrative Article R212-1 du code de justice administrative 70 . pour avis. Cette pratique. en pratique. le Conseil d'Etat peut juger l’affaire dans laquelle il avait donné un avis. il peut donc juger et donner des conseils à ces cours. les cours administratives d’appel peuvent également cumuler ces fonctions : ces cours sont aussi les conseillers juridiques des préfets de région. sur les projets de loi. 2. à titre de conseil puis pour statuer sur elle. la solution européenne soulève plusieurs interrogations : la première concerne le Conseil d'Etat français. Luxembourg semble également remettre en cause ces juridictions. mais donne aussi des conseils juridiques au préfet de départementb. Le Conseil d'Etat peut aussi donner des avis aux cours administratives d’appel. De la même manière. Pour cette raison.Droit Processuel Patrice HILT Suite à cette condamnation européenne. le Conseil d'Etat est le consultant juridique du gouvernement. En effet. La plupart des auteurs considèrent qu’à l’instar du Conseil d'Etat luxembourgeois. Ces conseils seront donnés par les cinq sections administratives qui le composent. depuis quelques années. Grâce à cette pratique.

les faits de l’espèce ne sont donc pas examinés par la formation consultative. Tout d’abord. en revanche. afin de préserver l’exigence européenne d’impartialitéa. Luxembourg semble aussi remettre en cause le rôle consultatif de la Cour de cassation. la Cour de cassation peut être saisie par la grande majorité des juridictions de l’ordre judiciaire. à trois reprises. sans qu’il n’y ait aucun cumul. ne doivent plus pouvoir siéger. afin d’échapper à la condamnation européenne. Deuxièmement. cumulativement. Certains auteurs nuancent cette solution . l’Autorité des marchés financiers. 4 juillet 2003 71 . Ceci peut faire douter de la compatibilité du droit français avec l’article 6§1er de la Convention européenne des Droits de l'Homme. même si ce risque est présent. Enfin. 3. dans son fonctionnement interne. Les attributions consultatives de la Cour de cassation L’arrêt Procola c. il n’y a aucune raison d’empêcher le conseiller de siéger successivement. vont pouvoir juger et contrôler. La Cour de cassation peut donc avoir à juger un pourvoi dans une affaire dans laquelle elle a précisément donné un avis. β. Dutreuil. jamais été saisie de ce litige. lorsque la Cour de cassation intervient pour avis. mais également une fonction administrative de contrôle. Depuis 1991. lorsque l’affaire faisant l’objet du pourvoi est celle pour laquelle le juge du fond avait utilisé la procédure de la saisine pour avis. Le Conseil d'Etat. dans la formation contentieuse. le conseiller ne peut pas siéger dans les deux formations. pour garantir l’impartialité des magistrats qui composent la Cour des Comptes. a CE. par la suite et dans la même affaire. et a posé deux règles. puisqu’il n’y a pas identité des affaires. Selon eux. l’Autorité de la concurrence. la Cour de cassation est. cela est également vrai pour les Autorités administratives de régulations .Droit Processuel Patrice HILT Ici. consciente de cette contrariété. par exemple. dans les deux formations. une fonction juridictionnelle et une fonction de contrôle. Ainsi. en droit français. elles aussi. que d’une simple pratique interne. Deux observations s’imposent : ce qui est vrai pour la Cour des Comptes est également vrai pour les Chambres régionales des Comptes ainsi que pour la Cour de Discipline budgétaire et financière : ces juridictions. là encore. cependant. le droit processuel ne peut s’en satisfaire. il ne s’agit. Le cumul d’une fonction juridictionnelle et d’une fonction administrative de contrôle La Cour des Comptes exerce une double fonction. elle répond à une question qui lui a été posée de manière abstraite. La Cour européenne des Droits de l'Homme n’a. indépendamment des faits de l’espèce. la bonne utilisation des deniers. a eu l’occasion de décider que. selon la doctrine. exercent. Elle est exerce tout d’abord une fonction juridictionnelle à l’égard des comptables publiques. elle aussi. les conseillers ayant siégé dans la formation de contrôle. ils peuvent être examinés par une formation juridictionnelle de la Cour de cassation. Il s’agit là d’une condition de recevabilité de l’avis . lorsque l’affaire faisant l’objet d’un pourvoi est distincte de celle qui a donné lieu à la saisine pour avis. ils estiment que ce cumul possible n’est pas forcément contraire à l’affaire Procola. Comme le Conseil d'Etat. dans la même affaire. si tel n’est pas le cas. inscrite dans aucun texte de loi .

intente l’action pénale. le contentieux disciplinaire. la réponse à cette interrogation varie en fonction du contentieux considéré. 7 décembre 1992 72 . Le cumul. des a Cour européenne des Droits de l'Homme. à fonder le grief de partialité. Ainsi. la Cour européenne des Droits de l'Homme a finalement fait prévaloir une conception beaucoup plus subjective : dorénavant. considère-t-elle. un même juge peut être amené à exercer différentes fonctions juridictionnelles. Selon cette conception. Ainsi. aucun juge ne pouvait jamais exercer. pour une même affaire. Dès lors. Sainte Marie c. Le juge peut donc. intervient généralement le juge d’instruction. Ensuite. la recherche de la preuve se fait concomitamment entre le juge de la mise en état et les parties. le droit à un bon juge impose-t-il une franche séparation entre ces différentes fonctions juridictionnelles ? Le droit processuel ne répond pas expressément à cette question. le juge peut exercer trois types de fonctions juridictionnelles : des fonctions de poursuite. France. La séparation des fonctions dans le contentieux pénal Dans un premier temps. En matière pénale. France que le seul non respect du principe de la séparation des fonctions ne suffit plus. simplement parce qu’un procès comporte nécessairement plusieurs étapes procédurales. dans chaque affaire. En matière disciplinaire également. L’instruction.Droit Processuel Patrice HILT b. Le magistrat qui poursuit. il ne suffit pas qu’un même juge ait cumulé plusieurs fonctions juridictionnelles. A fortiori. et était réputé partial en cas de cumul. la juridiction de jugement dira le droit. un autre magistrat interviendra. plusieurs fonctions juridictionnelles. de plusieurs fonctions juridictionnelles Pour une même affaire. Dans un second temps. le juge qui intervient peut tout d’abord exercer des fonctions de mise en état. est réalisée par le rapporteur. un juge peut exercer plusieurs fonctions juridictionnelles. mais aussi que ce cumul « s’accompagne d’une attitude subjectivement partiale du magistrat »a. des fonctions d’instruction et des fonctions de jugement. le contentieux civil et administratif. la Cour européenne des Droits de l'Homme a fait prévaloir une conception objective du principe de la séparation des fonctions. A nouveau. pour que la partialité d’un juge pénal puisse être retenue. En matière civile. Il découle de l’arrêt Sainte Marie c. tout magistrat ayant un titre dans le contentieux ne pouvait pas participer à une étape ultérieure du procès pénal. Ensuite. en matière civile. Ainsi. le juge peut exercer deux fonctions juridictionnelles. Quand l’affaire sera mise en état d’être jugée. Dans la mise en état. en procès administratif. α. Il faut distinguer le contentieux pénal. Le procès civil comporte nécessairement deux étapes : la mise en état et le jugement. il saisira donc le juge qui va juger . le juge peut exercer deux fonctions juridictionnelles : l’instruction et le jugement. exercer trois fonctions. une troisième juridiction se prononcera sur la culpabilité du prévenu. quel que soit le contentieux. en matière pénale. En matière administrative. Lorsque ce rapporteur a terminé son instruction. pour la cour. par un même juge. le juge qui intervient peut exercer deux fonctions juridictionnelles : il peut tout d’abord instruire – il s’agira du rapporter – et juger. est celui qui prend la décision de mettre en mouvement l’action publique. dans la même affaire. un même magistrat peut donc exercer. identiques en la matière.

de cumuler plusieurs fonctions. même si cela est conforme au droit processuel. Il faut. sauf dans une hypothèse où celui qui a instruit compose obligatoirement la formation de jugement. Ainsi. Ce préjugé a conduit ce juge « à ne plus écouter d’autres arguments et à rester insensible à toute évolution future du dossier ». siège dans la formation de jugement. le législateur français a tendance à considérer que l’auto-saisine. un préjugé sur l’issue de l’affaire. une marque de partialité ? Le magistrat qui prend l’initiative d’introduire l’instance a. les lois récentes ont simplement abrogé des hypothèses d’auto-saisine invoquant leur possible contrariété avec le droit à un bon juge. notamment pendant la phase de poursuite et d’instruction. apprécier chaque mesure prise par le juge. au sens du droit processuel. dans la seule perspective de savoir si chacune de ces mesures a « été ou non susceptible de faire naître un préjugé dans l’esprit du juge ». le cumul doit être accompagné « d’nue attitude subjectivement partiale de ce magistrat ». des problématiques sont propres à ces contentieux. La séparation des fonctions dans le contentieux civil et administratif Ici. le juge peut s’autosaisir dès lors qu’il estime que le débiteur est en cessation de paiement. adopte une telle attitude le juge qui prend sa décision finale « sur la foi des mesures qu’il a prises antérieurement [à la phase de jugement] ». pouvait poser des problématiques quant à la partialité du juge. en principe. et seuls les magistrats du siège peuvent siéger ». d’après elle. elle n’est jamais entrée en voie de condamnation. le juge des a Article 253 du code de procédure pénale : « seuls les magistrats du ministère public peuvent poursuivre. Le droit français. La loi du 5 mars 2007 y a mis fin. β. le fait. Pour autant. le droit français est catégorique : il pose une incompatibilité absolue des fonctions de saisine et des fonctions de jugementa. De plus. il y a. ici. va le juger. En effet. afin de statuer ultérieurement sur le redressement ou la liquidation judiciaire de ce débiteur.Droit Processuel Patrice HILT fonctions de poursuite. Selon certains auteurs. le fait de cumuler plusieurs fonctions n’est pas en soi un grief de partialité. par la suite. pour un même juge. En matière civile et administrative. en matière commerciale. dans toute saisine. siège dans la formation de jugement. La Cour européenne des Droits de l'Homme a été saisie de cette problématique . 73 . d’instruction et de jugement. 1° L’auto-saisine : Certaines juridictions civiles et administratives peuvent s’autosaisir. d’après l’arrêt Sainte Marie. Là aussi. en elle-même. En matière de protection des majeurs incapables. par la suite. très souvent. pendant longtemps. n’est pas nécessairement partial le juge qui a poursuivi et qui. Cette saisine d’office ne porte-t-elle pas atteinte. n’est pas nécessairement partial le juge qui a instruit l’affaire et qui. Sur cette question. la Cour européenne des Droits de l'Homme a étendu au contentieux civil et administratif la solution qu’elle a retenue en matière pénale. au sens du droit processuel. pendant longtemps. Deux conséquences en découlent : tout d’abord. selon l’ordonnance de 1945. Ce n’est que si ce cumul s’accompagne d’une attitude subjectivement partiale du magistrat que le droit à un bon juge est violé. Parce que la loi française a considéré que l’auto-saisine pouvait poser des problématiques. en matière civile et administrative. par la suite. n’est pas forcément contraire au principe d’impartialité fonctionnelle. Selon la Cour. le juge des tutelles pouvait s’autosaisir. Le juge des enfants. Cependant. est celui qui va instruire les affaires qui impliquent un mineur délinquant et qui. En matière de protection de l’enfance. veille à ce que le juge ayant instruit ne puisse pas être retrouvé dans la formation de jugement . antérieurement au jugement. une sorte de préjugé : les faits examinés par ce magistrat l’ont déjà convaincu de se saisir.

devant le Conseil d'Etat. la loi ne lui interdisait pas de siéger. mais également celui de juger ce même dossier en cas de litige. la Cour a modifié cet usage interne . par la suite. Cependant. la Cour répète l’arrêt Kress c. que le simple fait. Belgique du 30 octobre 1991. dans la formation de jugement du tribunal de commerce. le gouvernement français a décidé d’intervenir par un décret du 19 septembre 2005. Pendant longtemps. suite à cette condamnation. France du 12 avril 2006 . Cette possibilité a également disparu. le rapporteur public ne peut plus participer au délibéré. En matière disciplinaire. désormais. Un décret du 7 janvier 2009 l’a rebaptisé en rapporteur public. un ministère public était longtemps exercé par le commissaire du gouvernement. dans un arrêt Kress c. cependant. Ce décret comprend deux dispositions principales : tout d’abord. intervenir à l’instruction et au jugement pouvait poser une problématique quant à sa partialité. rendue le 7 juin 2001. il était d’usage que ce procureur assiste aux délibérés de la chambre concernée. France. Ce juge. Ce juge est nommé à l’ouverte de la procédure de redressement. Sa mission principale est de veiller au bon déroulement de cette procédure. même si le procureur général ne fait qu’assister aux délibérés. compromettait l’impartialité de toute la juridiction administrative. dans une juridiction administrative. le rapporteur public pouvait assister aux délibérés de la juridiction administrative. avec une simple voix consultative : était-ce violer le principe de l’impartialité ? On a d’abord été tenté d’y répondre par la négative. avec l’arrêt Martinie c. pour un même juge. a estimé que. le procureur général est exclu du délibéré de la chambre concernée. Ainsi. la participation du rapporteur public aux délibérés de la juridiction administrative. afin de mieux mettre en lumière sa parfaite impartialité. Depuis la loi de 2004. la Cour a considéré que. qui doit être accompagné d’une attitude subjectivement partiale. le conseil a perdu ce pouvoir d’auto-saisine. France. en voie de condamnation. a le pouvoir d’instruire les dossiers de faillite. 3° Le procureur général près la Cour de cassation : La mission principale du procureur général est de faire respecter l’ordre public et de veiller à la bonne application de la loi. plus critique. Le législateur français. En effet. par une loi du 26 juillet 2005. le conseil de discipline de l’ordre des avocats pouvait longtemps s’autosaisir. le gouvernement est à nouveau intervenu par un décret du 1er août 2006. La Cour européenne des Droits de l'Homme est intervenue. pendant longtemps. par cette loi. ni siéger. Ce décret est venu modifier les conditions de nomination du rapporteur public. De plus. ce décret n’est pas venu interdire. il est venu modifier le code de commerce. Comme le procureur général. que le rapporteur public assiste au délibéré. le juge-commissaire est un juge spécialisé du tribunal de commerce : il interviendra pour contrôler la procédure de redressement et de liquidation judiciaire. ce rapporteur public veille au respect de l’ordre public et à la bonne application de la loi administrative.Droit Processuel Patrice HILT enfants pouvait s’autosaisir. Les commentateurs avaient pronostiqué une nouvelle condamnation 74 . La Chambre commerciale de la Cour de cassation a invoqué la jurisprudence de la Cour européenne des Droits de l'Homme : le seul cumul des fonctions ne saurait justifier le grief de partialité. Ainsi. sa seule présence compromettait la seule impartialité de la Cour de cassation. devant les tribunaux administratifs et les cours administratives d’appel. Là encore. La Cour européenne des Droits de l'Homme a décidé. la Cour européenne des Droits de l'Homme est entrée. Ici. Suite à cette seconde condamnation. sauf si les parties ne le souhaitent pas. 2° Le juge-commissaire : En France. expressément. ni participer aux délibérés du tribunal de commerce ». une seconde fois. Suite à cette condamnation. qui dispose désormais que « le juge-commissaire ne peut. le rapporteur public peut toujours participer au délibéré. pour décider le contraire : dans l’arrêt Borgers c. 4° Le rapporteur public : Auprès des juridictions administratives.

La Cour européenne. 75 . Selon la Cour de cassation. il faut faire une distinction entre la situation est appelé à rejuger en raison de l’exercice d’une voie de recours.plén 5 février 1999). un même juge peut être appelé à exercer différentes fonctions juridictionnelles . γ. a inséré. le plaideur demande au même juge de réexaminer l’ensemble de l’affaire. par une ordonnance du 18 septembre 2000. qui sont instruites. L’assemblée plénière de la Cour de cassation a considéré que ce cumul était contraire au principe d’impartialité (Ass. le juge rapporteur. dans le code de commerce. notamment les affaires disciplinaires. Pendant longtemps. a. 2. Dans le cadre d’une voie de recours Il peut s’agir des voies de recours de réformation (lorsque le plaideur demande à un autre juge d’examiner à nouveau l’ensemble de l’affaire). qui consacre cette interdiction de participation du juge rapporteur dans la formation de jugement. également. Suite à cet arrêt. Il n’est pas rare. Cela a été consacré par le législateur. La deuxième cause : le même juge rejuge la même affaire Il découle de l’arrêt Piersack que l’impartialité signifie également qu’un même juge ne peut pas rejuger une même affaire. C’est ce préjugement qui vient à l’encontre du principe d’impartialité. En raison du système de l’avancement. non pas par un juge d’instruction. l’article L463-7. Les solutions données par la Cour de cassation varient. Lorsqu’un juge est amené. une instance disciplinaire. C’est le cas de l’opposition. il existe une autorité de la concurrence. Il faut distinguer selon que le plaideur ait exercé une voie de recours de réformation ou de rétractation. France du 4 octobre 2007. Cela a été considéré comme contraire au principe d’impartialité . qui a des pouvoirs en matière disciplinaire. à juger une seconde affaire. a affirmé que le rapporteur public ne peut participer en aucun cas à la formation de jugement. et l’hypothèse dans laquelle le juge est amené à rejuger en dehors de toute voie de recours. le Conseil de la Concurrence. la loi du 1er août 2000 a purement supprimé la présence du juge rapporteur au sein de la formation de jugement. le juge rapporteur était autorisé à participer aux délibérés. l’autorité de la Concurrence a décidé de modifier sa pratique interne. pouvait participer aux délibérés de la formation de jugement. une seconde fois. en interdisant au juge rapporteur de siéger dans la formation de jugement. ici aussi. qui. Cette interdiction est souvent traduite par l’expression : « qui a jugé ne peut rejuger ». Le CSA. il existe une sorte de « préjugement » quant au fond. La séparation des fonctions dans le contentieux disciplinaire Dans ce contentieux. du recours en révision ou de la tierce opposition. est. dans ce contentieux. dans l’arrêt X c. lorsque l’autorité de la Concurrence intervenait en matière disciplinaire. à siéger au sein d’une juridiction du seconde degré. mais par un juge rapporteur. par la suite.Droit Processuel Patrice HILT européenne. que le juge rapporteur participe aux délibérés de la formation de jugement. La seconde catégorie comprend les voies de recours de rétractation : ici. Là encore. Conseil supérieur de l’Audiovisuel. C’est le cas de l’appel ou du pourvoi en cassation. qui instruit l’affaire. un magistrat qui bénéficie d’une promotion et qui siège au sein d’une juridiction de première instance est amené. Cette problématique se trouve également au sein d’autres formations. En France.

Droit Processuel α. dans la même affaire b. En France. ainsi. dans un arrêt de 1991. sans pourtant violer la règle processuelle d’impartialitéa. de son plein gré. En ce qui concerne la situation inverse. b. soit dans la formation de jugement qui a rendu la décision frappée d’un pourvoi. α. il ne fait aucun doute que la règle processuelle d’impartialité interdise au juge qui a jugé dans la première instance de juger. Cela a été posé par la Cour européenne des Droits de l'Homme. 1re. la règle d’impartialité implique qu’un même juge ne puisse siéger dans la formation de jugement de la cour d'appel. s’il a déjà siégé dans la formation de jugement qui a rendu la décision contre laquelle le pourvoi est formé. puis au civil. ce plaideur ne pourra pas. il existe un article du code de l'organisation judiciaire (L431-4). En présence d’une voie de recours de rétractation La Cour européenne des Droits de l'Homme estime que. Civ. puis au fond. d’abord en référé. de façon exceptionnelle. puisque conformément à l’article 5 du code de procédure pénale. En présence d’une voie de recours de réformation Patrice HILT En tel cas. soit dans la formation de jugement qui a rendu la décision cassée. 10 juin 1996 Cass. par la suite. à nouveau. s’il a siégé dans la formation de jugement de la première instance. Suisse. et lorsque le même juge statue. le juge des référés va participer au délibéré quant au fond de la même affaire. Ce cumul est-il possible ? La Cour européenne des Droits de l'Homme n’a pas encore a b Arrêt Thomann c. Il en découle trois conséquences. β. β. un même juge puisse rejuger la même affaire. la règle d’impartialité interdit qu’un même juge ne puisse siéger dans la formation de jugement de la juridiction de renvoi après cassation. la règle de l’impartialité implique qu’un même juge ne puisse siéger dans la formation de jugement de la Cour de cassation ou du Conseil d'Etat. revient devant le même juge. Le juge qui a statué au pénal peut-il ensuite statuer au civil ? La Cour de cassation a affirmé que la règle d’impartialité interdit qu’un juge puisse d’abord siéger au pénal. En dehors de toute voie de recours Il s’agit de l’hypothèse où l’affaire a été rejugée par le même juge sans recours. 29 septembre 2004 76 . dans la seconde instance. invoquer la partialité de ce juge. l’essence même d’une voie de recours de rétractation consiste précisément à revenir devant le juge ayant rendu la décision contestée . qui précise expressément que le magistrat qui a siégé au sein de la juridiction dont la décision a été cassée ne peut plus siéger au sein de la juridiction de renvoi. Le juge qui a statué en référé peut-il ensuite statuer sur le fond de l’affaire ? Très souvent. l’apporter devant une juridiction répressive. s’il a déjà siégé. Cela arrive dans deux hypothèses : lorsque le juge intervient d’abord au pénal. Deuxièmement. puis au civil. Cette première conséquence a été entérinée à l’article L1119 du code de l'organisation judiciaire. par la suite. la partie qui a exercé son action devant une juridiction civile ne peut plus. on estime qu’à partir du moment où un plaideur. En effet. Troisièmement. cette situation ne devrait pas se rencontrer en droit. Tout d’abord.

le risque provient du sentiment du juge à l’égard de l’une des parties : il s’agit notamment de l’hypothèse dans laquelle le juge est l’allié de l’une des parties. opéré par l’assemblée plénière. Dans la seconde catégorie. la jurisprudence française rejetait toute idée de partialité lorsque. sans violer le principe d’impartialité. Les sanctions a priori Il s’agit d’empêcher qu’un juge partial puisse rendre une décision de justice. la Cour de cassation a opéré un revirement partiel. pour un juge lui-même. Ces deux textes. Dans les deux cas. Elle opère une distinction entre le référé-provision et les autres référés. le juge devra demander l’abstention au président de sa juridiction. par la suite. a.Droit Processuel Patrice HILT été saisie de la question. qui décidera discrétionnairement de faire ou non remplacer ce juge. La récusation La récusation correspond à la procédure par laquelle une partie au litige demande l’exclusion d’un juge parce que cette partie doute de son impartialité. la récusation. A. Elle est reprise à l’article 341 du code de procédure civile. déterminent les cas de récusation. En 1998. ou une des parties au litige : lorsque le juge a un intérêt principal dans la contestation. puis au fond. 1. le risque de partialité découle de la relation intéressée qu’a le magistrat avec l’affaire. communs à toutes les juridictions civiles. le droit français prévoit des sanctions a priori et a posteriori. ou qu’il est le créancier de l’une des parties. le juge pourra statuer. Dans les autres cas de référé. le renvoi. Si le juge des référés est intervenu dans la procédure du référé-provision. Dans la première catégorie. Elles sont au nombre de trois : l’abstention. à demander à être écarté d’une affaire. ou de celle a En matière civile. L’abstention Elle consiste. La procédure d’abstention est prévue dans tous les contentieuxa. La récusation est prévue dans tous les contentieux. Avant 1998. le juge ne peut ensuite statuer sur le fond. article R721-1 du code de justice administrative 77 . Dans ces arrêts. article 339 du code de procédure civile / En matière administrative. s’il estime qu’il risque de ne pas être impartial. La récusation dans le contentieux civil Dans ce contentieux. dans deux arrêts rendus le 6 novembre 1998. Les situations énumérées dans ces deux textes peuvent se classer en trois catégories distinctes. semblables. dans une même affaire. sur le fond de l’affaire. la récusation est prévue à l’article L731-1 du code de l'organisation judiciaire. la cour distingue en fonction de la procédure utilisée. §2nd – Les sanctions de la partialité Dans la plupart des systèmes européens. 2. un même juge était intervenu en référé.

ainsi que la motivation qu’il avance. en matière pénale. dans la plupart des cas. s’il existe une raison sérieuse de mettre en doute son impartialité ». L’acte sera ensuite transmis au juge concerné par la demande de récusation. c. acte d’huissier. et au plus tard avant la clôture des débats ». s’il s’oppose. Ainsi. La récusation dans le contentieux administratif Elle est définie à l’article L721-1 du code de justice administrative. possible de récuser le juge pénal pour une situation qui n’est pas prévue à l’article 688. il devra motiver son opposition. La procédure de récusation est donc souvent la même qu’en matière civile. Cependant. qui tranchera immédiatement. pour finalement considérer que la liste de l’article 341 du code de procédure civile est seulement indicative. il sera remplacé par un collège . la procédure se déroule de la manière suivante : il faut immédiatement saisir la cour administrative d'appel. va comporter un certain nombre de mentions. Ces deux textes. b. qui a opéré un revirement de jurisprudence. mot pour mot. 3. L’opposition de ce juge. par analogie. seront soumises à la cour d'appel. il faudra rapporter la preuve de la partialité du juge. matière principale. Ce juge aura huit jours pour indiquer. il n’est possible de récuser que les magistrats du siège. tout d’abord. Or. il n’y a pas de liste fournie par l’article. s’il acquiesce à la récusation ou s’il s’y oppose. S’il acquiesce. en matière pénale. il n’est possible de récuser les magistrats du ministère public : en matière pénale. que cette liste est indicative. il est possible de demander la récusation d’un juge lorsque la cause de partialité n’est pas indiquée dans la liste. qui tranchera.Droit Processuel Patrice HILT dans laquelle il existe une amitié ou une inimitié entre le juge et l’une des parties. le risque découle d’un préjugé que le juge peut avoir à l’égard de l’une des parties. mais également ceux du ministère public. Cet acte. le plaideur qui invoque une cause de partialité qui n’est pas inscrite à l’article 341 devra prouver la partialité du juge. La récusation dans le contentieux pénal Tout d’abord. ainsi que les arbitres dans une instance arbitrale. la liste de l’article 341 du code de procédure civile. Ce texte reprend. Cependant. Ainsi. dans tous les cas. la récusation est règlementée à l’article 688 du code de procédure pénale. La demande est formée par un acte remis au greffe de la juridiction. Est intervenu un arrêt du 17 avril 1998. à peine d’irrecevabilité. Le renvoi 78 . Cependant. En matière administrative. De plus. Il faut donc considérer. La liste des articles est-elle indicative ou limitative ? On a longtemps considéré qu’elle était limitative. tous les juges peuvent-ils être visés ? Les réponses sont les suivantes : ces deux textes permettent de récuser les magistrats du siège. de la première chambre civile. Cet article affirme que « la récusation d’un membre de la juridiction est prononcée à la demande d’une partie. visent la récusation du juge. et qu’il est. par écrit. quelle est la procédure pour récuser un juge ? Le code de procédure civile organise la procédure civile de récusation : « la partie qui entendu récuser un juge doit le faire dès qu’elle a connaissance de la cause de récusation. En aucune façon. Dans la troisième catégorie. là encore. il est.

Droit Processuel Patrice HILT Le renvoi est le fait. S’il s’agit d’une décision rendue par un juge de cassation estimé partial. Le juge qui manque à son devoir commet assurément une faute disciplinaire. le président désignera une autre formation collégiale. il est possible de la faire annuler en interjetant appel. l’auteur de la demande de renvoi doit pouvoir invoquer. Selon ce texte. des offres. pour un magistrat. des promesses. directement ou indirectement. Deux questions se posent : à quelle condition le renvoi peut-il être demandé ? En matière civile et pénale. Enfin. des dons. de solliciter ou d’agréer. il ne sera pas possible de faire annuler la décision de cassation. S’il s’y oppose. « le fait. tout du moins lorsque la décision a été rendue par une juridiction du premier ou du seconde degré. l’une des situations énumérées à l’article 341 du code de procédure civile. Il est certes possible de saisir la Cour européenne des Droits de l'Homme. est puni de 10 ans d’emprisonnement et de 150 000€ d’amende ». En matière administrative. Lorsque la décision estimée partiale est rendue par une juridiction du premier degré. 79 . des présents. 1. le renvoi est possible « dans toutes les hypothèses de suspicion légitime ». 2. des avantages quelconques. à l’égard de la juridiction. le magistrat a une responsabilité pénale : le juge manquant à son devoir peut voir sa responsabilité pénale engagée. L’annulation de la décision La décision rendue en violation du principe de partialité doit pouvoir être annulée. Celui-ci vise le délit de corruption. B. La responsabilité du juge Le fait pour un juge d’avoir été partial dans sa décision constitue une faute qui peut engager sa responsabilité. auprès du greffe. ou en mettant en œuvre la responsabilité du juge partial. C’est le président de la juridiction qui va acquiescer ou non à la demande. Trois types de responsabilités peuvent être engagés. Lorsque la décision estimée partiale est rendue par une juridiction du second degré. Quelle est la procédure de renvoi ? En matière civile et pénale. il est possible de faire condamner cette partialité de deux manières : en demandant l’annulation de la décision. pouvant être sanctionnée par le Conseil supérieur de la magistrature. dans l’hypothèse visée à l’article 434-9 du code pénal. de demander le remplacement de toute une juridiction. puisque l’ensemble de cette juridiction semble partiale. il faudra faire une demande par acte d’huissier. De plus. il est possible de la faire annuler en formant un pourvoi en cassation. S’il acquiesce. sans droit. pour une partie. à tout moment. pour l’accomplissement ou l’abstention d’un acte relevant de sa fonction. Cela est possible. il faudra directement adresser la demande à la juridiction immédiatement supérieure. Là encore. le renvoi trouve aussi le nom de dépaysement. En procédure civile. la demande sera transmise au président de la juridiction immédiatement supérieure. Les sanctions a posteriori Lorsqu’une juridiction est partiale. il commet également une faute civile : il est possible d’engager sa responsabilité civile : cette mise en cause ne peut agir que devant l’Etat. Ce greffier transmettra une demande de renvoi au président de la juridiction. la liste est indicative. mais celle-ci n’a pas le pouvoir juridique d’annuler une décision de justice interne. En matière administrative.

Droit Processuel Patrice HILT 80 .

81 . de simplicité de la loi. etc. D’autres règles ont une histoire plus récente : on observe l’émergence de nouveaux principes fonctionnels.Droit Processuel Patrice HILT Partie seconde : Les principes fonctionnels du droit processuel Il existe des principes fonctionnels traditionnels. comme le principe de la proximité du juge.

d’autres touchent aux acteurs de la procédure. Au fil des années. er Chapitre II : La célérité de la procédure Au Moyen-âge. le principe de la célérité de la procédure a été consacré : la justice doit être rendue dans un certain délai. La justice. 14§3 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques / Art. il impose une certaine célérité de la procédure. D’une part. la lenteur de la justice était considérée comme une sagesse.Droit Processuel Patrice HILT Titre 1 : Les principes fonctionnels traditionnels Ils peuvent se regrouper en deux catégories : certains principes touchent au déroulement de la procédure. Qu’est-ce qu’un délai raisonnable ? Comment la justice interne peut-elle être rendue dans un délai raisonnable ? a Art. en tant que service public. er Sous-titre 1 : Les principes fonctionnels relatifs au déroulement du procès Le déroulement d’un procès. doit désormais trancher les litiges dans des délais de plus en plus rapides. 6§1er de la Convention européenne des Droits de l'Homme / Art. Cette exigence est posée par plusieurs normes processuellesa. D’autre part. 47 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne 82 . doit être guidé par deux standards procéduraux. On parlera de délai raisonnable. le droit processuel impose la publicité des audiences (/). quel qu’il soit.

Par exception. elle va apprécier. a Arrêt Hornsby c. avec minutie. Grèce. qui correspond à la requête. le point de départ se situe au jour de la saisine de la juridiction compétente au premier degré. pour calculer la durée de celle-ci. le point de départ ne se situera plus au jour de la requête formée au juge administratif. La notification la plus courante est le réquisitoire introductif d’instance. il faut d’abord saisir la Commission d’accès aux documents administratifs. A. Le dies a quen Depuis 1997. En matière administrative. En effet. La Cour considère dès lors qu’il ne faut plus se placer au jour où la décision définitive a été rendue. La Cour européenne des Droits de l'Homme est venue préciser ce que l’on appelle les règles de computation de la durée d’une procédure. notamment lorsque le justiciable était obligé. Le dies a quo Le point de départ se situe à un moment qui diffère en fonction de la matière envisagée. Lorsqu’elle est venue poser ces règles. c'est-à-dire au jour de l’acte introductif d’instance du premier juge. le jour de la saisine est celui du jour où le requérant a fait l’objet d’une accusation pénale. la date de notification officielle. qui correspond souvent à l’assignation. si cette durée est raisonnable ou non. 19 mars 1997 83 . in concreto. la procédure est jalonnée d’actes procéduraux. le point d’arrivé étant le dies a quen. Le point de départ de la procédure est appelé le dies a quo. §1er – Le calcul de la durée d’une procédure Le calcul de la durée d’une procédure n’est pas facile. En matière civile. mais au jour où la décision définitive a été exécutée. elle va calculer la durée exacte de la procédure. Lorsqu’un justiciable demande l’accès à des documents administratifs et que la collectivité oppose un refus.Droit Processuel Patrice HILT Section première : La notion de délai raisonnable La Cour européenne des Droits de l'Homme mène toujours un raisonnement en deux temps : dans un premier temps. avant de pouvoir saisir le juge. Dans un second temps. La date est généralement la date d’acte de poursuite. B. ce point de départ se situe également au jour de la saisine de la juridiction compétente au premier degré. il est des hypothèses où il faut se placer avant la requête. de s’adresser à une autorité administrative indépendance. mais au jour où l’autorité administrative a été saisie. les deux moments de la procédure qu’il convient de prendre en considération. un arrêt de la Cour a opéré le revirement d’une pratique antérieurea. Dans une telle hypothèse. En matière pénale. la Cour a fixé.

pendant son écoulement. de fait comme de droit. dans le détail. le requérant qui est absent à toutes les audiences. a un comportement critiquable le justiciable qui change d’avocat au cours d’une même instance . la Cour désigne les juges et l’Etat dans lequel l’affaire a été traitée. Le comportement des juges Il faut prendre en considération le comportement des juges. Plus ces données sont complexes. être la cause d’une lenteur procédurale. dans certains cas. Dans cette affaire. de la dimension internationale de l’affaire. la Cour a considéré que cette appréciation doit se faire en fonction du critère lié à la complexité de l’affaire. Le comportement des autorités compétentes Par l’expression « autorité compétentes ». ou le comportement qui se traduit par l’exercice abusif de voies de recours . le critère lié au comportement des autorités compétentes. Par exemple. ou le fait d’avoir choisi. la conciliation ou la médiation. La Cour a posé plusieurs critères. déraisonnable dans une autre. Plus le juge aura été dynamique dans le jugement du dossier. C. le requérant qui tarde à communiquer les pièces nécessaires à l’instruction. si cette durée a été consacrée à la réflexion des juges sur la question posée. ou en raison de la difficulté des procédures en cours. la Cour va apprécier son caractère raisonnable. A l’inverse. Il a été décidé que la complexité d’une affaire s’apprécie en fonction du nombre de personnes impliquées. Cette appréciation doit se faire in concreto. il serait malmené de se plaindre de la lenteur dont il est lui-même la cause. le requérant a ralenti le cours de la justice. A. Une même durée peut donc être raisonnable dans une affaire. du 28 juin 1978. en fonction des circonstances de l’espèce. 1. par son comportement. a Par exemple. le juge a laissé « trainer le dossier ». le critère lié à l’enjeu du litige. RFA. La complexité de l’affaire Les juges européens analysent. Le comportement du requérant Il peut. B. affirmés dans l’arrêt König c. toutes les données. préalablement. Elle ne sera pas acceptable si. il ne peut être reproché à un requérant d’avoir saisi une juridiction incompétente. ou en raison du degré de technicité de la matière abordéea.Droit Processuel Patrice HILT §2nd – L’appréciation du caractère raisonnable Lorsque la durée exacte de la procédure est déterminée. Lorsque. On peut admettre qu’une durée est acceptable. Est réputée complexe l’affaire mettant en œuvre une règle de droit incertaine dans son champ d’application. plus longue pourra être la durée de la procédure. le critère lié au comportement du requérant. n’est pas complexe le droit social ou le droit commercial 84 . en fonction de la difficulté de la preuve à rapporter. plus long sera le délai raisonnable de la procédure.

Il fallait réfléchir à un système permettant que les requêtes répétitives puissent être rejugées rapidement. la somme de 1 000 à 1 500€ constituait une juste et équitable réparation. un justiciable avait saisi le juge italien des référés afin d’empêcher la destruction d’un immeuble. souvent condamnée en la matière. afin que les juridictions puissent pleinement remplir l’exigence de célérité. Les Etats parties ont décidé de réagir par un protocole additionnel n°14 adopté le 12 mai 2004. la Cour n’a pas le pouvoir d’annuler une décision rendue à la suite d’une durée déraisonnable. l’arrêt Cériello c. Le protocole réforme la procédure : lorsqu’il entrera en vigueur. toutes les affaires répétitives seront tranchées par une formation restreinte de la Cour. France a été rendu par la Cour européenne le 31 mars 1992. Près de 60% des décisions rendues par la Cour concernent la question du délai raisonnable de la procédure. Italie. L’enjeu du litige Il faut prendre en considération les conséquences de l’affaire sur la vie personnelle et professionnelle du requérant. invoque notamment un motif de manque de crédits. L’Italie. De même. La justice avait mis 15 ans pour leur attribuer une indemnité. les Etats doivent doter. des dommages-intérêts. En tête figure l’Italie (condamnée 75 fois). Dès lors. a Affaire Cohez c. les arrêts de condamnation sont extrêmement fréquents. les Etats ont une véritable obligation de résultat. Les conséquences auraient du pousser la justice française à rendre une décision plus rapidementa. Ce pourcentage contribue à l’engorgement de la Cour européenne des Droits de l'Homme. Dans un arrêt de 2004. Section seconde : Les remèdes pour accélérer les procédures Plusieurs remèdes ont été proposés. contaminées par transfusion sanguine. concernant le délai de procédure. La Cour européenne se montre sévère dans la mesure où elle considère qu’en la matière. De plus. Le comportement de l’Etat L’attitude de l’Etat est. Elle pourrait attribuer. Les Etats doivent donc impérativement organiser leurs systèmes judiciaires. la Cour européenne des Droits de l'Homme prononce un arrêt de condamnation. composée de trois juges. les juridictions de leur pays afin que la justice soit rendue dans un délai raisonnable. en hommes et en matériel.Droit Processuel Patrice HILT 2. Etaient impliquées par des personnes atteintes du SIDA. l’enjeu du litige doit conduire les autorités judiciaires d’un pays à un comportement particulièrement dirigeant. 21 mai 1997 85 . Par année de retard. les requérants étaient déjà tous décédés. à prendre en considération. D. elle aussi. Cependant. à celui qui a pâti d’une durée déraisonnable. Un arrêt X c. Dans certains cas. Une fois la décision passée en force de chose jugée. Lorsque la durée d’une procédure est jugée déraisonnable. Quelques remarques liminaires s’imposent. France. dans le cadre d’une procédure simplifiée. la Cour a fixé une règle de calcul des dommages-intérêts qui sont dus à un plaideur victime d’une procédure déraisonnable. posée par la Convention européenne des Droits de l'Homme. du 26 octobre 1999.

le délai raisonnable exige qu’une décision rendue rapidement le soit définitivement. il existe. dans sa globalité. une procédure trop longue est contraire au délai raisonnable de la procédure. ou pour faire cesser un trouble manifestement illicite. En principe. le référé ne peut être mis en œuvre que dans certaines conditions strictement définies par le code de procédure civile. soit au domicile du jugea. le référé-provision. les charges réunies par lui sont suffisantes pour que l’affaire soit jugée en l’état. Tout d’abord. dès lors qu’il a commis l’un des délits énumérés par le code de procédure pénaleb. Lorsque le juge des référés a rendu son ordonnance. le référé-conservatoire. le prévenu est jugé a b Articles 808 et suivants du code de procédure civile. qui permet aux justiciables d’obtenir une réponse judiciaire rapide. Elles peuvent être classées en trois catégories. Cela a amené la Cour européenne des Droits de l'Homme sur la réflexion selon laquelle il faut prendre garde de ne pas tomber dans l’excès inverse : assurément. le référé administratif présente. cela ne met pas forcément le droit français en conformité avec l’exigence d’un délai raisonnable. le juge des référés ne peut prendre qu’une décision provisoire. Or. le législateur a proposé plusieurs solutions. le référé. une procédure accélérée. tendant à obtenir d’un juge unique le prononcé de mesure conservatoires ou de remise en état. il existe une vingtaine de référés différents. Question s’est posée de savoir si la procédure de référé mettait le droit civil en conformité au délai raisonnable. Dans le contentieux administratif. Par exemple. Or. l’exigence d’un délai raisonnable doit valoir dans toutes les hypothèses. en procédure civile. elle a posé des sanctions pouvant être prises. là encore. la France a choisi de mettre en place des procédures accélérées dans tous les contentieux. §1er – La mise en place de procédures accélérées Depuis quelques années. Tout ce qui a été décidé par le juge des référés ne vaudra que jusqu’à la décision rendue au fond. le prévenu est traduit sur le champ devant le tribunal correctionnel. Il existe. le référé. Cette procédure d’urgence peut être mise en œuvre à tout moment. une très grande diversité que n’a pas le référé civil : en droit administratif. le référé-liberté. les procédures accélérées se multiplient en France. en matière pénal existe la procédure de comparution immédiate : selon cette procédure. 86 . Article 393 du code de procédure pénale. pour les mêmes raisons qu’en contentieux civil. avec des conditions et des procédures différentes : le référé-suspension. le référé-instruction. En matière pénale. Cependant. Il faut un flagrant délit avec une peine maximale de moins de sept ans . soit en audience. qui s’imposent pour prévenir un dommage imminent. D’une part. A l’inverse. tant à l’égard d’un juge qui se montrerait trop lent qu’à l’égard d’une partie manquant de dynamisme dans la participation au procès. Le référé se définit comme une procédure rapide et simplifiée. il appartient à la partie la plus diligente de saisir le juge du fond. elle a choisi de poser des règles procédurales nouvelles. une procédure expéditive serait également contraire au délai raisonnable. ces procédures d’urgence sont multiples. Enfin. même les jours fériés. De plus. D’autre part. Même s’il existe vingt référés différents. ou lorsque le procureur estime que pour tel délit.Droit Processuel Patrice HILT En droit français.

Cette procédure suppose que les faits reprochés au prévenu soient établis et que les renseignements concernant la personnalité du prévenu soient suffisants pour permettre au juge de fixer la peine. Il appartiendra dès lors au parquet de choisir ou non la voie de l’ordonnance pénale. la procédure ordinaire aura lieu. elle devra être exécutée. Articles 495 et suivants du code de procédure pénale. pourra. Si l’ordonnance pénale n’est pas contestée par l’opposition. La décision du président ne peut faire l’objet d’aucun recours. soit à la demande même de l’auteur des faits. Le procureur peut recourir à cette procédure. l’action publique est éteinte.Droit Processuel Patrice HILT le jour même de la commission de l’infraction. Une quatrième procédure est la comparution sur reconnaissance préalable de culpabilitéc. le procureur choisit entre la poursuite et la peine. il faut que la personne reconnaisse les faits qui lui sont reprochés. sans débat préalable. Sont soumis à cette procédure les délits punis d’une peine d’amende ou d’une peine d’emprisonnement d’une durée inférieure ou égale à cinq ans. Le prévenu et le parquet peuvent former opposition à l’ordonnance. sera soumise au président du tribunal de grande instance pour homologation d. qui ne s’applique qu’au prévenu majeur au jour de l’infraction. Si l’auteur du délit accepte la proposition. par une ordonnance pénale motivée. l’acceptation fera l’objet d’un procès verbal. si elle est acceptée par l’auteur de l’infraction. selon l’article 396. si l’un ou l’autre estime que la décision rendue par le tribunal de grande instance est trop clémente ou trop sévère. C’est ce président qui. Pour que cette procédure puisse être possible. il communique au président du tribunal de grande instance le dossier ainsi que ses réquisitions. notamment lorsque la sanction proposée par le procureur et acceptée par l’auteur est trop sévère ou pas assez. soit d’office. Une troisième procédure accélérée est celle de l’ordonnance pénaleb. insérés par une loi de 2004. Si le parquet choisit la voie de cette ordonnance. le deuxième jour ouvrable suivant. si le prévenu refuse d’être jugé en comparution immédiate. d Sans qu’il ne puisse modifier la proposition de peine du procureur. Une seconde procédure est la composition pénale a. au plus tard. Ici. c Articles 495-7 et suivants du code de procédure pénale. Lorsque les faits sont reconnus. A ensuite lieu la composition pénale. qui « officialise » la transaction qui devra être validée par le président du tribunal de grande instance. sorte de transaction qui permet au procureur de la République de proposer à une personne majeure qui reconnaît avoir commis un délit ou une contravention d’effectuer certaines mesures librement choisies par le procureur. Cette justice paraît expéditive. b 87 . Cette procédure ne s’applique pas aux mineurs. S’il la refuse l’action publique pourra à nouveau être réengagée. le procureur propose au coupable d’exécuter une ou plusieurs peines principales ou complémentaires. §2nd – L’adoption de nouvelles règles procédurales a Articles 41-1 et suivants du code de procédure pénale. Le prévenu jugé en comparution immédiate peut refuser d’être jugé sous ces conditions. lorsque la comparution immédiate est impossible. l’auteur des faits devra exécuter la peine qu’il a acceptée. Ainsi. Lorsque l’auteur des faits accepte cette proposition. Le président peut refuser de valider la transaction. condamner le prévenu à une ou plusieurs peines qu’il aurait librement choisies. le prévenu sera jugé. Lorsque le président homologue. Il s’agit d’une offre de peine qui. Par exception. La procédure classique interviendra. on évitera le schéma classique de la procédure pénale .

§3ème – La sanction de l’inertie du juge et des parties L’inertie du juge est sanctionnée sur le fondement de l’article L141-1 du code de l'organisation judiciaire. qui aboutissait lui-même à une lenteur de la justice. ce n’est que si ce procureur a placé cette plainte sans suite ou n’y a pas répondu dans un délai de trois mois que la personne ayant déposé plainte pourra déposer plainte auprès du doyen des juges d’instruction. saisi de la même affaire. l’article 4 a été modifié : désormais. aux faits de l’espèce. lorsque. les prétentions. l’article 4 du code de procédure pénale posait. lui-même. lesquelles doivent récapituler. La violation de la règle du délai raisonnable constitue une faute a b Articles 753 et 954 du code de procédure civile. En matière administrative. l’affaire au fond. déposer une plainte simple auprès du procureur de la République . toute personne pouvait poser une plainte avec constitution de partie civile. le criminel ne tient plus le civil en l’état . précisément. Maintenant. dans leurs dernières conclusions. Cette règle imposait au juge civil de surseoir à statuer jusqu’à ce que le juge pénal. désormais. Statistiquement. les parties au procès civil doivent désormais « reprendre. depuis quelques années. ait lui-même statué sur l’action publique. En matière pénale. une règle procédurale nouvelle. La justice civile en est accélérée. dans la mesure où celui-ci. les moyens présentés ou invoqués dans leurs conclusions antérieures »a. lorsque le Conseil d'Etat est saisi d’un pourvoi en cassation. En matière civile.Droit Processuel Patrice HILT La France a également mis en place des règles nouvelles de procédure. Jusqu’à cette loi. juges civil et pénal sont saisis. depuis le décret de 1998. qui était remboursée uniquement en cas d’ordonnance de renvoi. il peut décider de rendre un arrêt de cassation sans renvoi. dans une même affaire. En matière civile. les deux peuvent immédiatement trancher. la solution de droit qu’il vient de retenir. Une personne portait plainte avec dépôt d’une somme d’argent. Le juge se trouve avec moins de documents à analyser . deux règles ont été adoptées pour accélérer le cours de la justice civile. le principe selon lequel le criminel tient le civil en l’état. Dans l’intérêt d’une bonne administration de la justice. Cette nouvelle obligation facilite le travail du juge. cette simplicité aboutissait à un encombrement de la justice d’instruction. La loi du 5 mars 2007 a posé une condition de recevabilité de la constitution de partie civile. mais uniquement les dernières conclusions. la procédure est deux fois plus rapide. Cependant. tout ce qui n’est pas repris dans les dernières conclusions est réputé abandonné par les partiesb. en principe. le Conseil d'Etat peut casser sans renvoi et appliquer. le criminel ne tient plus le civil en état. a été posée par la loi du 5 mars 2007. et trancher. Depuis la loi de 2007. Depuis un décret du 28 décembre 1998. depuis la loi du 5 mars 2007. Elle devra. dans un premier temps. Avant. l’ensemble des conclusions déposées depuis sa saisine. dans son analyse. lui-même. n’a plus à prendre en compte. 88 . la personne qui souhaite constituer partie civile ne peut plus directement s’adresser au doyen des juges d’instruction. l’ensemble des conclusions antérieures.

La partie peut réveiller l’affaire en prouvant au juge l’accomplissement des diligences dont l’absence avait justifié la radiation.Droit Processuel Patrice HILT lourde du service public de la justice. la radiation du rôle est une décision par laquelle le juge décide de retirer l’affaire du rang des affaires en coursa. cependant. exercer une action récursoire contre le juge qui manquerait de diligence. soit par la péremption de l’instance. Selon ce texte. provoquée par l’inactivité prolongée des parties ou de leurs conseils. c’est l’instance elle-même qui s’éteint. Si l’Etat est condamné. le droit à être présumée innocente. Le but est souvent atteint. Article 386 du code de procédure civile. Sous-titre 2 : Les principes relatifs aux acteurs du procès Chapitre I : Les principes fonctionnels relatifs aux parties Le droit processuel reconnaît aux parties à un procès un florilège de droits. La Cour de cassation précise que la péremption éteint l’instance rétroactivement. Ces droits peuvent être recoupés en deux catégories . il peut. En procédure civile. elle peut être sanctionnée. certains droits profitent aux parties pendant le procès. Lorsqu’une partie est interne dans la conduite du procès. l’instance est périmée lorsqu’aucune partie n’a accompli de diligence pendant deux ans. Si l’instance est périmée. La décision de radiation ne produit. L’affaire n’est que mise en sommeil et l’instance demeure. à certains égards. Le domaine a b Article 381 du code de procédure civile. les parties se voient essentiellement reconnaître deux droits processuels : chaque partie a. qu’un effet limité. La seconde sanction est la péremptionb. 89 . Le justiciable peut engager la responsabilité de l’Etat en raison du disfonctionnement du service public de la justice. tout d’abord. nd Sous-chapitre I : Les droits qui profitent aux parties pendant le procès Pendant le procès. tandis que d’autres profitent aux parties à l’issue du procès. soit par la radiation de l’affaire du rôle. notamment qu’a lieu une décision de radiation.

il appartient au ministère public de rapporter la preuve. En matière civile. a Article 1315 du Code civil. le juge peut compléter les preuves. Cette règle n’a pas été codifiée dans le code de justice administrative. est-ce à dire que le juge n’a aucun rôle à jouer dans le débat probatoire ? D’autre part. 90 . Dès l’instant où le juge français a le commencement de preuve. Il appartient. au lieu et place du demandeur à l’allégation. Il n’est pas possible. il appartient. puisque la preuve incombe à celui qui agit. de rapporteur la preuve de la culpabilité de la personne poursuivie. de reprocher un acte ou un fait à une personne sans en avoir rapporté. le droit administratif indique expressément que c’est au demandeur à l’allégation de prouver le fait allégué. Deux questions peuvent se poser : d’une part. de même qu’en matière civile. la charge de la preuve incombe à l’imputation. La preuve incombe à celui qui agit. La Cour européenne des Droits de l'Homme a étendu le champ d’application de ce droit à tous contentieux. Tel est le cas en matière civile et administrative. certains normes posent des présomptions de culpabilités : sont-elles contraires à la présomption d’innocence. Le principe de la présomption d’innocence est consacré par les normes processuelles. il a le droit d’intervenir pour rechercher les preuves complémentaires. Si aucune preuve n’est rapportée. dans la plus part des systèmes juridiques européens. le juge doit débouter la personne et relaxer le prévenu. la preuve. à un principe général du droit administratif. Les parties ont également le droit à un procès équitable. De même. les magistrats du siège peuvent toujours compléter les preuves apportées par le ministère public. selon le Conseil d'Etat. au ministère public. Cependant. §1er – Le rôle du juge en matière de preuve Dire que la preuve incombe à celui qui agit a pour conséquence d’interdire au juge de suppléer la partie défaillante dans le débat probatoire. Ce principe fondamental est inscrit dans l’article préliminaire du code de procédure pénale. pareillement. Cette règle indique que. préalablement.Droit Processuel Patrice HILT naturel du droit à la présomption d’innocence est le contentieux pénal. En matière administrative. durant l’audience de jugement. Cette règle est strictement observée par le droit français. en matière pénale. Ce principe pose. notamment avec l’article 6 de la Convention européenne des Droits de l'Homme. En matière pénale. Il a un rôle supplétif dans la recherche des preuves. Section première : Le droit à la présomption d’innocence Chaque partie a le droit d’être présumée innocente : ce droit s’applique à tous les contentieux. en vertu de ce droit. avant toute chose. On a coutume de dire que le demandeur à l’allégation doit rapporter un commencement de preuve. le juge d’instruction peut donc compléter les preuves apportées par le ministère public. Le juge ne peut pas rechercher la preuve. y compris civil et administratif. dans toutes les procédures. au demandeur à l’allégation de prouver le fait qu’il allèguea. mais correspond. une règle de preuve. En matière pénale.

afin que la présomption d’innocence ne soit pas vidée de sa substance ». La Cour poursuit : est assurément condamnable une présomption de culpabilité dont la preuve contraire est impossible à rapporter. selon l’article 392 du code des douanes. sans titre de circulation. 7 octobre 1988. ont été introduites frauduleusement sur le territoire national. Section seconde : Le droit à un procès équitable Pendant le procès. en principe. Au sens du droit processuel. la présomption de culpabilité doit être « enserrée dans des limites raisonnables. il appartiendra à la partie attaquée de prouver que ce fait n’existe pas. Salabiaku c. Toutefois. le procès équilibré auquel chacune des parties a droit est celui dans lequel est assurée l’égalité des armes. Est un enjeu important la volonté de ne pas compromettre les intérêts financiers de l’Etat. contraire au droit processuel. On doit toujours pouvoir renverser la présomption de culpabilité. Selon l’article 418 du code des douanes. les marchandises saisies par les douaniers. il n’appartient plus au demandeur à l’allégation de prouver le fait allégué . d’après la Cour. l’article 221-6 du code pénal répute proxénète celui qui ne peut justifier de ressources correspondant à son train de vie tout en vivant avec une personne qui se livre habituellement à la prostitution. Troisièmement. une présomption de culpabilité peut être admise de façon exceptionnelle. Est un enjeu important la volonté d’assurer le bon fonctionnement de la justice. la présomption est effectivement. La présomption de culpabilité doit être justifiée par un enjeu important. Que faut-il entendre par procès équitable ? Contrairement à ce que l’on pourrait penser. le procès équitable est le procès équilibré. le procès équitable n’est pas forcément un procès juste. Deuxièmement.Droit Processuel Patrice HILT §2nd – Les présomptions de culpabilité La présomption de culpabilité opère un renversement de la charge de la preuve : lorsqu’une telle présomption est posée. lorsque trois conditions se trouvent cumulativement réuniesa. En droit français. Selon la Cour européenne des Droits de l'Homme. la partie a droit à un procès équitable. Le législateur national peut donc poser une présomption de culpabilité lorsque sans elle. le détenteur de marchandises de fraudes est réputé responsable de la fraude. la preuve serait trop difficile à rapporter pour le demandeur à l’allégation. France 91 . En dernier exemple. La Cour européenne des Droits de l'Homme a eu une position nuancée à l’égard de cette présomption : selon cette Cour. l’article L21-1 du code de la route fait peser les infractions à la règlementation du stationnement du véhicule sur le titulaire du certificat d’immatriculation du véhicule. chaque partie au procès doit avoir « la possibilité raisonnable a CEDH. Très concrètement. la présomption de culpabilité ne doit jamais être irréfragable. Troisièmement.

selon la Cour. dès l’introduction de l’instance. a Arrêt Dombo-Beheer c. le procès équilibré est celui dans lequel chaque partie peut exposer sa cause. chaque partie au procès doit non seulement recevoir les informations concernant le litige dans lequel elle est impliquée. chaque partie doit savoir ce qui lui est reproché. Dans cet arrêt. Ainsi. Pays-Bas. §1er – Le droit d’être informé de la procédure Au nom de ce droit. chaque partie doit se voir communiquer les différentes pièces de la procédure. Cette information. quel que soit le contentieux considéré. Italie. Italie. dans des conditions identiques. A. du 12 octobre 1992. 27 octobre 1993 92 . a. selon l’arrêt T c. et doit pouvoir se défendre comme elle l’entend. Pour qu’il puisse en être ainsi. et présenter ses preuves. Pendant le déroulement de l’instance. 1. Enfin. par rapport à son adversaire »a. et donnée dans un court délai. une partie doit pouvoir faire connaître à son adversaire et au juge les éléments qui sont nécessaires au succès de leur prétention. la Cour énonce expressément que « le droit à un procès équitable implique le droit d’être informé de la nature et de la cause de l’accusation ». la forme de l’information importe peu. doit être détaillée. le droit d’exposer sa cause implique deux autres droits : le droit d’être informé de la procédure et le droit de se défendre. Finalement.Droit Processuel Patrice HILT d’exposer sa cause au tribunal. la partie doit être parfaitement informée du procès qui lui est fait. mais également être en mesure de les comprendre. précisent les juges européens. Ces exigences sont satisfaites en droit français. dans des conditions qui ne la placent pas dans une situation de net désavantage. La partie doit être informée du procès qui lui est fait Cette règle a été posée dans l’arrêt T c. Recevoir l’information Deux types d’informations doivent être principalement communiqués aux parties à un litige : tout d’abord. Dans le contentieux civil Le droit d’être informé du procès qui est fait est expressément annoncé à l’article 14 du code de procédure civile : « nulle partie ne peut être jugée sans avoir été appelée ». Ainsi. Sous-section première : Le droit d’exposer sa cause Ainsi. y compris ses preuves.

son droit de prendre connaissance du procès qui lui est fait. précisément. ici aussi. entièrement. L’exemple classique de la procédure sur requête est celui du constat d’adultère. cette procédure demeure conforme au droit à un procès équitable. C’est cette requête qui contient les informations a Dans l’assignation. le défendeur peut faire rétablir. avisé du procès qui lui est intenté. a posteriori. le défendeur qui n’a pas été averti de la procédure qui est dirigée contre lui bénéficie d’un recours. Techniquement. aux articles 57 et suivants. la procédure sur requête n’est ouverte que dans des circonstances exceptionnelles. Premièrement. c Article 571 du code de procédure civile. Dans le contentieux administratif En matière administrative. par un recours appelé l’opposition . Faut-il pour autant conclure que la procédure sur requête est contraire au droit à un procès équitable ? La Cour européenne des Droits de l'Homme n’a jamais été saisie. l’adversaire n’est pas informé. ce dernier. d’informer le défendeur du procès qui lui est fait . L’opposition oblige le juge qui a rendu la décision par défaut à rejuger. l’assignation comportera une information détailléea. un exposé des moyens de fait. parce que. l’assignation. Tout d’abord. Toutefois. le défendeur trouvera la juridiction devant laquelle la demande est portée. Cette situation doit être nettement distinguée de la procédure sur requête : en l’espèce. la partie ne sera pas informée du procès qui lui est fait. mais la doctrine estime que même si en procédure sur requête. lorsqu’un procès civil est fait contre une personne. un exposé des moyens de droit. L’assignation est règlementée par le code de procédure civile. l’objet de la demande qui émane du demandeur. mais en l’absence du défendeur . là encore. Ce recours consistera à demander la rétractation de la procédure sur requête. le défendeur est. selon la loi. sans que celui-ci n’ait été en mesure de faire valoir sa défense. afin qu’il puisse participer au débat et présenter sa défense. L’assignation a pour objet. b. lorsqu’un époux qui s’estime victime d’adultère peut demander au président du tribunal de grande instance l’autorisation de faire constater l’adultère de son conjoint par constat d’huissier. le recours à cette procédure reste limité : l’atteinte à la règle du procès équitable paraît minime. l’opposition est une voie de recours extraordinaire.Droit Processuel Patrice HILT le défendeur doit nécessairement être informé des demandes qui sont dirigées contre lui. l’affairec. Deuxièmement. Cette procédure permet à une personne d’obtenir du juge une décision contre son adversaire. par la procédure sur requête. 93 . la procédure sur requête est organisée à l’article 493 du code de procédure civile. b Article 496 du code de procédure civile. certains auteurs affirment que la procédure est conforme au droit à un procès équitable. C’est l’hypothèse où l’huissier ne parvient à transmettre l’assignation au défendeur. cette information est signifiée à cette personne au moyen d’un acte huissier. La doctrine civile affirme que la procédure du défaut est conforme au droit à un procès équitable. Une seconde hypothèse est la décision rendue par défaut : c’est la décision qui a été rendue selon la procédure ordinaire. le procès administratif ne débute pas par une assignation. Ainsi. n’ayant pas été avisé personnellement de la procédure dirigée contre lui. dans la mesure où le droit du défendeur du droit à l’information peut être rétabli a posteriori : en matière de requête. devant le juge même qui a rendu cette ordonnanceb. mais par une requête déposée au greffe de la juridiction administrative saisie. Il existe une différence procédurale : le procès civil débute par une assignation. en matière civile. dans deux hypothèses. le fait de rendre une décision à l’insu du défendeur n’a pas été recherché par le demandeur.

Droit Processuel

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nécessairesa, avant d’être transmise au défendeur. En matière administrative, la requête est transmise au défendeur, non pas par huissier, mais directement par le greffe de la juridiction administrative. c. Dans le contentieux pénal En matière pénale, le prévenu ou l’accusé est, une nouvelle fois, informé du procès qui lui est intenté. L’information lui est transmise à quatre moments différents de la procédure pénale : l’enquête préliminaire, les poursuites, l’instruction et le jugement. Pendant l’enquête préliminaire, selon le code de procédure pénale, le prévenu ou accusé est avisé du procès qui lui est fait. Elle précède l’instruction ; lors de l’enquête, il appartiendra au procureur de la République de renseigner utilement la personne poursuivie de ce qui lui est reproché. Si, pendant cette enquête, la personne est placée en garde à vue, les motifs de cette garde à vue doivent également être transmis à la personne gardée à vueb. Lorsque l’enquête se termine, il appartiendra au procureur de décider s’il souhaite poursuivre ou non les poursuites. Au moment des poursuites, le prévenu ou l’accusé est, une seconde fois, avisé du procès qui lui est fait. En effet, le code de procédure pénale précise que toute personne poursuivie par le ministère public a toujours le droit de connaître le contenu des poursuites qui sont dirigées contre elles. Si les poursuites sont suivies de l’instruction, le prévenu ou l’accusé, mis en examen, est, une troisième fois, avisé du procès qui lui est faitc. Au moment du jugement, le prévenu ou l’accusé est, une nouvelle fois, avisé du procès qui lui est faitd.

2. La partie doit se voir communiquer les pièces de la procédure
Le droit à un procès équitable suppose également que, pendant le déroulement de l’instance, chaque partie puisse prendre connaissance des différentes pièces de la procédure. Il a été posé, pour la première fois, dans l’arrêt Werner c. Autriche, du 24 novembre 1997. a. Un droit effectif en apparence Globalement, le droit de se voir communiquer les pièces de la procédure est reconnu aux parties en France, quel que soit la procédure envisagée. Par exemple, en matière civile, deux textes du code de procédure civilee mettent, expressément, à la charge de chaque partie, une obligation de communiquer à l’adversaire l’ensemble des pièces dont elle entend se servir, afin que l’adversaire puisse les examiner, et, le cas échéant, les contester.
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R411-1 du code de justice administrative : « Toute requête doit indiquer ce qui est reproché au défendeur, en fait et en droit, ainsi que les arguments de nature à justifier la demande du requérant ». b Article 63-1 du code de procédure pénale. c Article 116 du code de procédure pénale : « Lors de l’interrogatoire de première comparution, le juge d’instruction doit constater l’identité de la personne et doit lui faire connaître expressément chacun des faits dont il est saisi et pour lesquels cette personne a été mise en examen ». d Article 406 du code de procédure pénale : « Devant toutes les juridictions pénales de jugement, le président doit ouvrir les débats, en indiquant au prévenu ou à l’accusé le contenu de l’acte saisissant sa juridiction » ; acte qui mentionne obligatoirement les faits reprochés ainsi que les textes de loi qui les répriment. e Articles 15 et 132 du code de procédure civile.

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Lorsque les parties ne respectent pas les obligations, il appartiendra au juge d’intervenira. Ce juge peut intervenir de deux matières différentes : d’une part, le juge peut enjoindre à une partie de communiquer une ou plusieurs pièces à son adversaire. L’injonction peut être assortie d’un délai ou d’une astreinte. Le juge peut également décider d’écarter des débats les pièces qui n’ont pas été communiquées, voire celles qui n’ont pas été communiquées en temps utile. En matière pénale, il en va de même ; toutes les pièces de la procédure sont également communiquées à toutes les parties. Certes, l’instruction n’est, en principe, pas contradictoire, mais toutefois, pour respecter le droit des parties de se voir communiquer les pièces de la procédure, la loi du 15 juin 2000 a modifié l’article 116 du code de procédure pénale : « La personne mise en examen, ainsi que son conseil, peuvent consulter le dossier d’instruction, à tout moment ». Il existe une limite : pour pouvoir consulter le dossier d’instruction, la partie doit être obligatoirement être accompagnée par son avocat. En contentieux administratif, ce droit est respecté, dans sa globalité : le code de justice administrative opère une distinction entre les pièces que l’on désire se faire communiquer ; entre les mémoires, et les autres pièces. Schématiquement, s’agissant des mémoires, une copie intégrale en est communiquée à chacune des parties par le greffe de la juridiction. Tous les mémoires sont donc communiqués aux parties. Par ailleurs, concernant les autres pièces, une copie en est également communiquée à chacune des parties par les soins du greffe, sauf dans une exceptionb. b. Un droit perfectible Dès lors qu’un droit refuse la communication d’une seule pièce, il doit être considéré comme incompatible avec l’article 6§1er de la Convention européenne des Droits de l'Homme. α. La production de nouvelles pièces En matière pénale, il est admis que le ministère public puisse produire, à l’audience, tous les documents nouveaux qui lui paraissent utiles, sans avoir à les communiquer préalablement à la personne poursuivie. Cette possibilité a été admise par la Chambre criminelle de la Cour de cassation. A l’évidence, et selon la Cour européenne des Droits de l'Homme, cette possibilité ouverte au ministère public méconnait le droit, pour les parties, d’avoir accès aux pièces de la procédurec. Pour autant, le législateur français n’a pas tenu compte de cette condamnation : la chambre criminelle continue à affirmer que le parquet peut produire à l’audience une pièce nouvelle, sans pourtant l’avoir communiquée préalablement à la personne poursuivie. Cela n’est pas possible en matière civile : lorsque, dans un procès civil, le juge a prononcé la clôture de l’instruction, les parties ne peuvent plus déposer de nouvelles conclusions, ni produire de nouvelles piècesd. En principe, en matière administrative, aucune pièce nouvelle ne peut être produite après la clôture de l’instructione.
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Article 116 du code de procédure civile. Article R611-6 du code de justice administrative : « Lorsque les pièces sont trop volumineuses, les parties sont simplement avisées par le greffe de l’existence de ces pièces ». Ici, les pièces ne sont pas communiquées aux parties, mais celles-ci pourront les consulter, dans les locaux du greffe, à tout moment. c Arrêt Kuopila c. Finlande, 27 avril 2000 : « Toute communication de pièces nouvelles, pendant l’audience, même sans incidence démontrée sur la décision, doit entraîner la réouverture des débats », pour que ces pièces nouvelles puissent être communiquées aux différentes parties, avant le jugement. d Article 783 du code de procédure civile. e Article R613-3 du code de justice administrative.
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Droit Processuel β. Les réquisitions du ministère public

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En matière pénale et en France, il n’est pas d’usage que le ministère public transmettre au prévenu ou à l’accusé ses réquisitions « antérieurement à leur soutenance à l’audience ». Cet usage va, là encore, à l’encontre du droit à un procès équitable ; en effet, il n’est pas admissible, selon la doctrine pénale, qu’à l’audience, le ministère public puisse assener le prévenu ou l’accusé d’arguments de droits que celui-ci ne pourra pas discutera. En France, la personne poursuivie se voit reconnaître un droit : celui d’une suspension d’audience. Lorsque, dans un procès pénal, le procureur formule ses réquisitions, la partie ou son conseil peut demander au président de la juridiction de jugement une suspension d’audience, afin d’avoir un certain laps de temps pour préparer sa défense à l’égard des réquisitions qui viennent d’être prononcées. Pourtant, cette possibilité est-elle de nature à mettre le droit français en conformité avec l’article 6§1er ? L’arrêt Bulut a répondu par la négative : il semble écarter la suspension d’audience en tant que solution à l’exigence d’information. De plus, la suspension d’audience n’est pas souvent accordée par le président de la juridiction de jugement : en moyenne, cette suspension dure quinze minutes. γ. Les conclusions du ministère public Ces conclusions, en matière civile, obéissent à un double régime : devant les juridictions civiles du fond, le ministère public ne transmet jamais ses conclusions aux parties, avant l’audience. Par application de la jurisprudence Bulut, il faut conclure à la méconnaissance du droit à un procès équitable. Pourtant, la Cour de cassation semble nier ce principe : à plusieurs reprises, elle a affirmé que le fait, devant les juridictions civiles du fond, de ne jamais transmettre ses conclusions avant l’audience, ne peut pas être considéré comme contraire au droit à un procès équitableb. Devant la Cour de cassation, le ministère public rend également des conclusions. Là, les conclusions du procureur général ne sont jamais transmises aux parties avant l’audience. Cependant, ici, la Cour de cassation veille à ce que les parties puissent, au moins, prendre connaissance de ce qu’elle appelle « du sens général » des conclusions. Ce fait est-il conforme à l’article 6§1er ? La Cour européenne des Droits de l'Homme a décidé qu’une telle règle, de n’informer les parties que du sens général des conclusions, est conforme à l’article 6§1er. Cependant, selon la Cour, le droit à un procès équitable ne peut se suffire de la seule communication du sens général des conclusions, que si les parties ont la possibilité d’y répondre par une manière ou par une autre. Or, en droit français, une telle possibilité existe : lorsque la partie prend connaissance du sens général des conclusions, elle pourra y répondre de trois manières différentes. Tout d’abord, elle peut y répondre par l’intermédiaire de son avocat. De plus, elle peut aussi demander un report d’audience. Enfin, elle peut y répondre par la production d’une note en délibéré. En procédure civile, on appelle note en délibéré les observations écrites que les parties remettent à la formation de jugement, après la clôture des débats. A une époque, certains plaideurs ont saisi la Cour européenne des Droits de l'Homme pour affirmer que ces trois possibilités ne satisfaisaient pas au droit à un procès équitable. La Cour avait répondu que ces possibilités satisfaisaient, bel et bien, le droit à un procès équitablec.
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Arrêt Bulut c. Autriche, 22 février 1996 : « Le fait, pour le ministère public, de ne pas communiquer ses réquisitions avant leur soutenance à l’audience, est contraire au droit à un procès équitable ». b Cass. Civ. 1re, 29 mai 2001 c Arrêt Reinhardt c. France, 31 mars 1998.

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Les conclusions du rapporteur public Patrice HILT Devant une juridiction administrative. cette noncommunication était considérée. composée de l’avis personnel du juge rapporteur ainsi que du projet de décision de celui-ci. le ministère public est. la pratique est identique à celle qui existait aujourd’hui devant la Cour de cassation : le rapporteur public ne communique jamais ses conclusions. Arrêt Slimane-Kaïd c. Le but de ce rapport est de préparer le dossier. Ce décret est venu directement modifier le code de justice administrative. exercé par un rapporteur public. Ce nouveau texte s’applique devant n’importe quelle autre juridiction administrative du fond. cette première partie doit être communiquée à toutes les parties au procès. Ce rapport rappelle notamment les faits. afin de modifier les pratiques françaises. pour le juge rapporteur. la prise de décision par la formation de jugement. les conséquences qu’il y a lieu d’en tirer dans la décision finale. avant l’audience. était exercé par le commissaire gouvernement. soit directement à l’audience. la doctrine de référence. les moyens. Un rapport comprend également une seconde partie. La Cour de cassation est intervenue. comme contraire à l’article 6§1er. 31 mars 1998. D’après la Cour de cassation. tandis que d’autres parties ne sont communiquées à personne. Devant les juridictions administratives françaises. avant l’audience au cours de laquelle son affaire sera jugée. affirme que certaines parties du rapport sont communiquées à toutes les parties. depuis leur. pendant longtemps. un juge particulier est chargé de rédiger un rapport sur telle ou telle affaire.Droit Processuel δ. au Conseil d'Etat. Ici. France. Comme devant la Cour de cassation. ni au ministère public. La modification porte sur l’article R732-1. le ministère public. Devant le Conseil d'Etat. les principes juridiques applicables. Cela a été avalisée par la Cour européenne des Droits de l'Homme : le fait. mais n’en communique que le sens général. soit par une note en délibéré. ainsi que les moyens invoqués par chacune des parties. et de faciliter. Un rapport du juge rapporteur comprend toujours deux parties. la procédure. Comprendre l’information a b Arrêt Kress c. La Cour de cassation. toutefois. soit par un report d’audience. Très longtemps. Le rapport du juge rapporteur Ici. puisque la France a décidé. Pendant longtemps. La Cour européenne des Droits de l'Homme avait conclu que cette pratique française était conforme à l’article 6§1er de la Convention européenne des Droits de l'Hommea. de prendre le décret du 7 janvier 2009. en matière administrative. ε. Pendant longtemps. ce rapport n’était communiqué qu’au ministère public. les textes et jurisprudences utiles à la solution. désormais. cette deuxième partie ne sera communiquée. au Conseil des prudhommes. remplacé par le rapporteur public par un décret du 7 janvier 2009. la France ne s’est pas contentée de cet arrêt. 97 . de ne pas communiquer ce rapport à toutes les parties à l’instance est contraire à l’article 6§1er de la Conventionb. qui reconnaît expressément aux parties à un procès administratif le droit de prendre connaissance de l’intégralité des conclusions d’un rapporteur public. jamais aux parties ni à leurs avocats. La première partie comprend une étude de l’affaire : les faits. en droit français. il ne transmettait jamais ses conclusions aux parties. devant certaines juridictions françaises. B. Pour la Cour de cassation. à la Cour de cassation. 7 juin 2001. ni aux autres parties au procès. les parties peuvent y répondre. Ce juge rapporteur existe au Tribunal de commerce. France. ainsi.

C’est l’ordonnance de Villers-Cotterêts. le droit à un interprète a également été expressément posé à l’article 6§3 de la Convention européenne des Droits de l'Homme. de manière expresse. jamais abrogée. Question est de savoir si ce droit est un droit à la traduction de toutes les pièces écrites de la procédure. que la personne en cause peut se faire assister gratuitement d’un interprète. D’autre part. ce recours à un interprète est de droit pour les parties. En procédure pénale. tel que posé par François Ier. de l’instruction ou de la mise en état. le droit français est conforme au droit processuel : quel que soit le contentieux considéré. Deux conséquences en découlent : tout d’abord. lorsque lui-même connaît la langue dans laquelle s’exprime la partie. Ainsi. Toutefois. Article 407 du code de procédure pénale. chaque partie au procès doit également être en mesure de comprendre les informations qui lui sont données. mais également durant toute l’audience de jugementb. la traduction « des principales pièces de la procédure »d. la partie qui ne maîtrise pas suffisamment la langue employée par le juge doit avoir le droit à un interprète. 1. un interprète est exigible lors de l’enquête préliminaire.Droit Processuel Patrice HILT Au nom du droit d’être informé de la procédure. Dans un arrêt rendu le 19 décembre 1989. il appartient à l’Etat de règlementer la prise en charge par un interprète. l’interprète est de droit durant toute l’instruction a. selon ce texte. Une remarque s’impose : quelle pièce est substantielle ? La Cour exige une appréciation souveraine du juge national A cet égard. La traduction des actes de procédure Le droit à un procès équitable ne se limite pas au droit à un interprète. lorsqu’une partie ne maîtrise pas suffisamment la langue française. la Cour a limite le droit à la traduction « aux seules pièces substantielles de la procédure ». selon la Cour. b 98 . Néanmoins. Autriche. cette partie doit également avoir droit à la traduction des actes de procédure. par une ordonnance du 25 août 1539. toutefois. a toujours subsisté dans le droit. « si elle ne comprend pas ou ne parle pas la langue employée à l’audience ». et non seulement lors de l’audience du jugement. ou seulement de certaines pièces. Par ailleurs. afin qu’elle puisse être en mesure de comprendre le procès qui lui est fait. elle a droit à un interprète. c Article 23 du code de procédure civile : le juge n’est pas obligé de recourir à un interprète lorsque celui-ci est réclamé par une partie. l’arrêt Kamasinski c. Ce droit. a Article 102 du code de procédure pénale. 2. la partie qui le souhaite peut obtenir. Le recours à un interprète Ce droit à un interprète découle du droit à un procès équitable . dans toutes les phases du procès. d Article 344 du code de procédure pénale. Ce droit à un interprète existe-t-il en droit français ? En France. langue du droit. Il faut également que la partie puisse lire les actes procéduraux qui la concernent. la langue employée dans les différentes phases du procès est le français. Cette partie doit avoir le droit d’obtenir la traduction des actes de procédure. Ce texte dispose. Il en est de même en procédure administrative et en procédure civilec. Cette règle qui impose le français a été posée par François Ier. aux frais de l’Etat.

ou devant la cour d'assisesd. Il existe aussi un droit de refuser de comparaître au procès. dès lors que cette obligation de comparution « vise à assurer une bonne administration de la justice ». L’article 199 du code de procédure pénale dispose que « devant la chambre de l’instruction. que ce soit devant le juge d’instructionb. les parties ont le droit de comparaitre personnellement. Ce droit emporte deux conséquences. 25 mars 1998 Article 607 du code de procédure pénale. d Article 272-1 du code de procédure pénale. Cette interdiction est contraire au droit à un procès équitable. La comparution peut être exigée pour les parties autres que les parties mises en examen. La Cour européenne a ainsi décidé qu’une cour d'appel ne pouvait refuser à un accusé de comparaître en personne. Arrêt Belziuk c. D’après la Cour. elle a droit à prendre la parole à l’audience. Dès lors. dans la mesure où seul le droit y est jugé. l’article 16 du code de procédure civile autorise toujours les justiciables à comparaître en personne. Le droit de comparaître en personne La personne doit pouvoir assister physiquement à chaque étape de la procédure : on parle du droit à la comparution personnelle. et ne comparaissent pas. un volet négatif. D’une part. de refuser à la partie de comparaitre en personne. comme toute liberté publique. ces hypothèses sont contraires au droit à un procès équitable. mais également afin de pouvoir réfuter personnellement les arguments exposés par l’adversaire. 1. la partie ne pourra pas comparaître en personne. dans les instances en cassation. Ce droit comporte une exception : selon la Cour. a CEDH. En contentieux administratif. des hypothèses dans lesquelles les parties ne sont pas convoquées à leur propre procès. la comparution personnelle n’est de droit que pour la personne mise en examen qui est détenue ». devant le tribunal correctionnelc. Le droit de se défendre personnellement Chaque partie doit pouvoir intervenir personnellement dans la procédure. ce droit se subdivise en deux règles : tout d’abord. b 99 . le droit à un procès équitable signifie également qu’une personne qui refuse de comparaître ne peut être forcée à comparaître. ainsi que le droit d’être défendu par un avocat. Le droit de comparaître en personne comporte. le droit de se défendre personnellement. Cette règle sera légitimée au regard du droit à un procès équitable.Droit Processuel Patrice HILT §2nd – Le droit de se défendre Pouvoir exposer sa cause implique également le droit de se défendre. les parties ont également le droit de comparaître en personne. dans laquelle l’Etat peut imposer la comparution personnelle de la partie. il est possible. Toutefois. elles en ignorent la date. En contentieux civil. afin de pouvoir exposer sa cause. en matière administrative. Dans une hypothèse. Là encore. et jamais la personne. Belgique. Dès lors. Ce principe comporte une unique exception. y compris devant la Cour de cassation. En contentieux pénal. la personne doit être autorisée à comparaître personnellement à son procès. pour un Etat. A. De plus. c Article 411 du code de procédure pénale. il existe. au motif qu’elle s’estimait suffisamment éclairée par les observations écritesa.

Selon la Cour européenne des Droits de l'Homme. le libre choix de son avocat. Dans l’arrêt Poitrimol c. quel que soit le procès intenté. devant le Conseil d'Etat. cette personne perdra. le principe est le suivant : les parties ne peuvent y prendre la parole que si elles obtiennent. dans un certain nombre d’hypothèses. la partie qui souhaite être défendue par un avocat doit pouvoir le faire gratuitement. En revanche. selon l’article 309 du code de procédure pénale. un Etat peut parfois imposer un avocat au plaideur « en fonction de ce que requièrent les intérêts de la justice et la bonne administration de celle-ci ». les autorités nationales doivent assurer la libre communication entre l’avocat et son client. Cette règle ne semble pas compatible avec le droit à un procès équitable. comme lors de la tentative de conciliation. Il s’agit d’avocats aux conseils. Le droit d’être défendu par un avocat Il est reconnu par le droit à un procès équitable.Droit Processuel Patrice HILT En droit français. pour des procédures engagées devant la Cour de cassation. il n’est pas interdit à un Etat. la personne sera obligée d’assister à l’audience. la partie qui souhaite être défendue doit pouvoir l’être par simple représentation. dans le contentieux administratif. Tel est le cas en France. dans le cadre du divorce ou en conseil des prudhommes. Troisièmement. en principe. La Cour européenne reconnaît à chacun le droit d’avoir recours à un avocat. Tel est le cas en matière pénale. De plus. par là même. Selon la Cour. Selon la Cour. Quatrièmement. il n’est pas interdit à un Etat d’accorder à certains avocats spécialisés un monopole de représentation. la partie demanderesse ou défenderesse doit toujours pouvoir prendre la parole à l’audience. le juge administratif énoncé expressément : « aucune règle générale de procédure n’impose au juge [administratif] d’entendre les explications orales des parties ». sans surveillance physique ou électronique. Cela se comprend aisément : la présence d’un spécialiste du droit ne peut qu’aider le plaideur dans l’exposé de sa cause. Dans un arrêt Bozel rendu par le Conseil d'Etat le 11 février 1953. devant certaines juridictions. l’autorisation du président de la juridiction. A partir du moment où la partie a choisi son avocat. 2. selon le juge européen. L’Etat imposera au demandeur un avocat spécialisé. la communication doit être tant à la fois libre et confidentielle. la Cour européenne a 100 . La portée de ce droit a été précisée : la partie qui souhaite être défendue par un avocat doit pouvoir choisir celui-ci librement. Ainsi. la partie qui souhaite être défendue par un avocat doit pouvoir s’entretenir librement avec lui. B. préalablement. Cette règle est édictée par l’exigence d’un recours effectif à un juge. dès lors qu’elle ne dispose pas des moyens financiers nécessaires pour le rémunérer. En droit français. d’imposer un choix lors de la désignation d’un avocat d’office : lorsqu’une personne veut profiter de l’avocat d’office. afin de discuter et d’exposer sa cause. De même. Ainsi. la Cour a décidé qu’un Etat qui n’autorisait pas une partie à prendre la parole à l’audience violait l’article 6§1er de la Convention européenne des Droits de l'Homme. En d’autres termes. une personne gardée à vue doit pouvoir communiquer avec son avocat de manière confidentielle. France du 23 novembre 1993. Le droit de prendre la parole Le droit à un procès équitable implique que la partie qui vient à son procès soit dans la mesure de prendre la parole à l’audience. devant le Tribunal des conflits. en matière civile. ce libre choix peut cependant ne pas être totalement absolu. selon l’article 16 du code de procédure civile.

a affirmé : « le droit à un procès équitable s’oppose à ce que la juridiction juge un prévenu non comparant. France. Cette procédure a été déclarée contraire au droit à un procès équitable. Cette exigence a été à l’origine de plusieurs modifications. « du fait de son absence au débat ». La personne accusée d’avoir commis un crime et qui ne comparaissait pas à la cour d'assises ne pouvait. la remplaçant par une autre procédure : le défaut criminel. dans le code de procédure pénale. Sous-section seconde : Le droit de présenter ses preuves Selon la Cour européenne des Droits de l'Homme. que chaque partie puisse librement discuter des preuves qui lui sont opposées par l’adversaire. par la loi du 9 mars 2004.Droit Processuel Patrice HILT décidé qu’un plaideur ne perdait pas le bénéfice du droit d’être défendu par un avocat. l’avocat du prévenu absent doit être entendu s’il en fait la demande ». non pas la Cour européenne. la loi française a été modifiée. dans un procès. chaque partie doit pouvoir interroger les éventuels témoins qui sont invoqués dans un procès. dans l’arrêt Krombach c. le droit de présenter ses preuves implique. Dans l’ancienne procédure par contumace. Suite à cet arrêt. L’article 410 ajoutait que dans cette hypothèse. Dans cette discussion. Dans la nouvelle procédure. rendu le 13 février 2001. Encore une fois. sans entendre l’avocat présent à l’audience pour assurer sa défense ». De plus. de présenter ses preuves. mais par l’assemblée plénière de la Cour de cassation. à nouveau. En réalité. même si la partie est absente au débat pour quelque cause que ce soit. le prévenu était jugé en son absence . dans un arrêt du 2 mars 2001. dès lors qu’il encourrait une peine égale ou supérieure à deux ans d’emprisonnement. §1er – La discussion des preuves Dans un procès. dans l’ancienne procédure. Elle a purement et simplement abrogé la procédure de la contumace. L’article 410 a finalement été abrogé par la loi du 9 mars 2004. Tout d’abord. Par exemple. être défendue par son avocat. le contumax ne pouvait jamais être représenté au procès par son avocat. Ce texte a été jugé contraire au droit à un procès équitable. pour chaque partie. l’ancien article 410 du code de procédure pénale autorisait le tribunal correctionnel à juger un prévenu en l’absence de celui-ci. qui. l’accusé absent peut désormais être défendu par son avocat. interdiction était faite à son avocat de le défendre. Deux conséquences en découlent. est retrouvée la nouvelle formule : « dans cette hypothèse. 101 . qui viennent contredire celles rapportées par l’adversaire. seules les preuves obtenues loyalement peuvent être présentées au juge. en apprécier la valeur dans le cas d’un débat contradictoire. chaque partie doit pouvoir rapporter des contre preuves. cette partie doit pouvoir être défendue par un avocat. le droit à un procès équitable comprend le droit. toute partie doit pouvoir discuter les preuves rapportées par l’adversaire.

6 décembre 1988. le procès verbal d’audition n’indiquera pas l’identité de ce témoin. ce n’est pas forcément contraire au droit processuel. une certaine probité et une certaine honnêteté. Troisièmement. A travers plusieurs arrêts. il faut que la défense puisse discuter ce témoignage. En droit français l’adage n’a pas été repris dans un texte. Espagne. A. adage repris dans la jurisprudence de la Cour européenne des Droits de l'Homme. N’est pas une preuve loyale la preuve qui a été constituée par la partie qui l’invoque. ou lors d’un refus d’interrogation lorsque le témoignage a déjà été confirmé par de nombreuses autre preuve. qui en font. le droit d’interroger le témoin a pu être refusé par le juge national. et que l’on peut préserver ces intérêts. Il faut que le témoin ait eu un comportement intègre lors de la collecte des preuves. 102 .Droit Processuel Patrice HILT La Cour a estimé que lorsque la loi interne pose une présomption irréfragable. La preuve qui a été constituée par la partie qui l’invoque Selon un adage. Est une preuve loyale la preuve qui a été obtenu avec une certaine droiture. Deuxièmement. et non pas par un agent public. dès lors que trois conditions sont cumulativement réunies : premièrement. un principe général du droit. il est indispensable que l’interrogatoire du témoin anonyme soit réalisé par un juge. depuis longtemps. La preuve qui a été obtenue par violence. fraude ou ruse a Arrêt Barbera c. ce droit ne suppose pas obligatoirement que ce soit la partie elle-même qui puisse interroger le témoin . Le juge ne peut donc fonder sa décision sur une preuve déloyale a. ce témoignage ne doit jamais constituer la preuve principale et déterminante fondant la culpabilité de telle ou telle personne. qui interdit à la partie de rapporter la preuve contraire. la Cour arrêt a affirmé que l’utilisation de témoignages anonymes n’était pas nécessairement contraire au droit à un procès équitable. si cette présomption participe à une bonne administration de la justice. fraude ou ruse. France. A contrario. §2nd – La loyauté des preuves Toute preuve déloyale doit être écartée des débats. Cependant. Ainsi. lorsque celui-ci estime que l’interrogatoire n’est pas opportun. d’après les juges européens. il suffit que la partie ait pu faire interroger le témoin. De plus. toutes les autres preuves sont loyales. le témoignage anonyme ne peut être que subsidiaire. la preuve qui a été obtenue de manière illégale. le droit n’est pas absolu. nul ne peut se constituer une preuve à soi-même . Il a été consacré dans les jurisprudences de la Cour de cassation et du Conseil d'Etat. chaque partie doit pouvoir interroger les témoins. en vertu du droit processuel à un procès équitable. En ce cas. B. la preuve qui a été obtenue par violence. Ainsi. Tel est le cas lorsque le témoin est mineur. D’une part. La Cour a considéré « qu’il y a violation à l’article §1er dans la mesure où le requérant n’avait pu interroger ni faire interroger aucun témoin durant le procès ». tel un policier. Se pose la question des témoins anonymes. De plus. du 13 avril 2006. La loi française prévoit à l’article 706-58 du code de procédure pénale que le juge peut anonymer un témoignage lorsque ce témoin risque des représailles de la part de ceux qu’il met en cause. la Cour estime également qu’il incombe au juge national de « décider de la nécessité ou de l’opportunité de faire interroger un témoin ». Cette conséquence a été posée dans l’arrêt Vaturi c.

les agents ne se limitent pas à examiner. 22 avril 1992 c Cass. Cela confirme les articles 60-2 et suivants du code de procédure pénale. et donc conforme au droit à un procès équitable. qui. d Cass. C. Crim. Par exemple. la Cour a décidé que lorsque des policiers obtiennent une preuve suite à une provocation de leur part. Toutefois. Une preuve obtenue par des policiers doit être écartée des débats. La chambre sociale opère un revirement en affirmant que le SMS n’est plus une preuve déloyale. pour vérifier si la solution n’est pas discriminatoire. ou à postuler un emploi. Aucune a Cass. les photographies faites par des enquêteurs à l’insu de plusieurs personne. n’est pas contraire au droit à un procès équitableb. et donc déloyale . parce que la violation de la vie privée qu’il peut caractériser est une violation étant admise par celui qui a envoyé le SMSd. comme une preuve obtenue à la suite d’une escroquerie. 20 novembre 1991. En cas d’infiltration policière. est une preuve illégale. à se présenter à l’entrée d’une discothèque. et déloyale. mais exerce sur cette personne une véritable pression ou influence. fois deux. l’interdiction de verser au débat une preuve obtenue par atteinte à la vie privée n’est pas absolu : dans certains cas. Les interceptions ont une durée maximale de quatre mois. Sont une preuve attentatoire à la vie privée les correspondances obtenues à l’insu de celui qui les a écrites . elle n’aurait peut-être pas commise. les comptes rendus de filature . pour des policiers ou des particuliers. Cette solution a été rappelée dans l’arrêt Ramanauskaas c. doit être écartée des débats. des simples infiltrations policières. les enregistrements vidéo enregistrés par un employeur à l’issue des salariés doivent être écartés des débatsc. La Cour a validé la pratique du testing. doivent être adressées par un procès verbal. Pendant longtemps. Lituanie. Crim. Le droit français y semble conforme : la Cour de cassation rappelle que la provocation à la commission d’une infraction porte atteinte au principe de la loyauté de la preuve a. 23 mai 2007. les agents se contentent d’influencer. soit par le juge d’instruction. Soc. La Cour de cassation pose la même distinction que les juges européens : l’infiltration policière n’est pas contraire à un procès équitable. la Cour introduit une distinction : elle distingue entre les véritables provocations policières. il s’agit d’une preuve illégale. de manière passive. 11 mai 2006 Cass. La preuve obtenue de façon illégale Deux preuves différentes ont été déclarées loyales : est une preuve illégale la preuve obtenue suite à la commission d’une infraction pénale. Toutefois. l’activité de telle ou telle personne. en France. l’activité délictueuse de la personne surveillée. ne peut être autorisée que. la preuve qui a été obtenue à travers la commission d’une atteinte à la vie privée. pour constater un état de corruption. pour les policiers. Une interception téléphonique. en tant que telle. à condition qu’ils aient été ordonnés par un juge. En cas de provocation policière. La preuve recueillie ainsi est jugée loyale. Soc. du 5 février 2008. il s’agit d’une preuve déloyale. de manière purement passive. b 103 . de se cacher dans un placard.Droit Processuel Patrice HILT Lorsqu’une preuve a été obtenue suite à des provocations policières. de nature à l’inciter à commettre une infraction qu’autrement. la Cour estime qu’une preuve obtenue via une atteinte peut être obtenue loyalement. Tel est le cas des enregistrements téléphoniques. De plus. on a considéré que le SMS était une correspondance. soit par le juge des libertés. Le fait. ou à solliciter d’un logement. qui consiste.

en tant que tel. D’autres moyens ont été admis par les juges européens. de la publicité des audiences. sauf lorsque l’enregistrement a été organisé sur la voie publique. le prononcé public de la décision permet aux citoyens de se convaincre « que la décision rendue l’a été conformément au droit ». comme le fait que le dépôt au greffe de la décision vaut lecture publique. Le système français a été avalisé par la Cour européenne des Droits de l'Hommea. les décisions de justice sont toujours rendues publiques. La Cour européenne des Droits de l'Homme l’a débouté en affirmant qu’un enregistrement constitue une preuve déloyale. les autorités nationales disposent d’une marge large d’appréciation. le prononcé public de la décision contribue à préserver la confiance des citoyens dans les juridictions. s’applique à toutes les décisions. En France. France. De plus. Le droit à un prononcé public est un principe processuel qui. Sous-chapitre II : Les droits qui profitent aux parties à l’issue du procès A l’issue du procès.Droit Processuel Patrice HILT écoute ne peut avoir lieu sur une ligne dont dépend le cabinet d’un avocat. Section première : Un droit à une lecture publique des décisions de justice La Cour européenne des Droits de l'Homme rappelle que toutes les décisions de justice émanant de juridictions internes doivent être rendues publiques. De plus. sans que le bâtonnier sans que le juge soit préalablement. le droit processuel reconnaît aux parties deux droits : le droit à ce que la décision de justice soit rendue publique. ni son domicile. la Cour affirme que sous la manière de rendre public un jugement ou un arrêt. 104 . Tout d’abord. §1er – En procédure civile a Mathéron c. 29 mars 2005. y compris celles qui ont été rendues à l’issue d’une audience à huis clos. Les raisons qui expliquent la nécessité d’un prononcé publique sont doubles. De plus. peuvent être rapportés les enregistrements vidéo organisés sur la voie publique. Il faut distinguer la publicité des décisions de justice. et le droit à l’exécution de la décision de justice.

simplement par sa publication. à la date qu’il indique ». c’est le président qui lit publiquement la décision : il n’est pas nécessaire que tous les juges de la juridiction de jugement soient présents. par mention en marge de l’acte de mariage a. Ainsi. Deux observations s’imposent : lorsque la décision pénale est rendue publiquement. en outre. au terme des débats. la présence de tous les juges ayant délibéré n’est pas imposée lors de la lecture publique de la décision. dans certaines hypothèses. La Cour européenne a été saisie de la question. De plus. C’est le prononcé public qui fait acquérir à la décision l’autorité de la chose jugée. même les parties. Par ailleurs. la date de la décision est celle de sa lecture. notamment lorsqu’il place un mineur dans a b Article 1082 du code de procédure civile. c’est de sa lecture que résulte le prononcé de la décision. notamment par les juridictions pour mineurs. en principe. De plus. De plus. En effet. il peut se contenter de lire le dispositif de la décision. même lorsque l’affaire a été jugée hors l’absence du public ». le ministère public doit être présent. On peut se poser la question de savoir si cette règle est compatible avec le droit processuel.Droit Processuel Patrice HILT L’article 451 du code de procédure civile annonce que « les jugements contentieux sont lus en audience publique. il n’est pas davantage nécessaire que le ministère public soit présent au prononcé. seuls les jugements contentieux font l’objet d’une lecture publique. Ainsi. la décision est rendue publique par un autre moyen : la décision par laquelle le juge prononce le divorce est rendue publique. Le prononcé public du jugement présente une importance procédurale fondamentale. §2nd – En procédure pénale La décision doit être prononcée oralement par le président de la juridiction pénale b. y compris les décisions rendues à huis clos. Les règles de procédure civile ne sont pas à l’abri de toute critique : en procédure civile française. Italie du 8 décembre 1983. De plus. Selon le même texte. dès lors que chacun est en mesure d’y avoir accès. l’article 450 du code de procédure civile a été avalisé. En effet. Ainsi. selon l’article 453. Article 366 du code de procédure pénale. Cette méthode serait contraire au droit à un procès équitable. le juge dessaisi ne pourra plus modifier la décision. à aviser les parties que « le jugement sera prononcé par sa mise à disposition au greffe. l’article 452 affirme que le jugement est rendu public « par l’un des juges qui en ont délibéré ». une fois que la décision a été lue publiquement. certaines décisions rendues par le juge des enfants ne sont jamais lues publiquement. le juge qui rend publique une décision ne doit pas obligatoirement la lire dans son intégralité : lorsque le juge lit la décision. En outre. Cette publicité s’applique. L’article 450 du code de procédure civile autorise le président d’une juridiction. la Cour européenne ne distingue pas entre jugements contentieux et gracieux. certaines décisions ne font l’objet d’aucun prononcé public : ainsi. l’article 451 du code de procédure civile n’impose à lecture publique que des jugements contentieux . L’article 485 du code de procédure pénale permet au juge pénal de limiter le prononcé public à la lecture du seul dispositif de cette décision. c’est le prononcé public de la décision qui va dessaisir le juge. à toutes les décisions pénales. Ainsi. 105 . Dans un arrêt Pretto c. la Cour indique que le simple dépôt au greffe faut lecture publique. ainsi que l’accusé ou le prévenu. les jugements rendus en matière gracieuse ne font jamais l’objet d’une lecture publique. Ainsi.

Droit Processuel Patrice HILT une famille d’accueil . Article L10 du code de justice administrative. 106 . §3ème – En procédure administrative Les décisions rendues par une juridiction administrative doivent être lues publiquementb . a b Article 400 du code de procédure pénale. qui peut se contenter de lire le dispositif. la publicité de la décision se réalise par la lecture faite en audience publique. par le président de la juridiction administrative. d’autres décisions rendues sur incident ne sont jamais lues publiquementa.

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