Robert Browning

Le commentaire de saint Nil d'Ancyre sur le Cantique des
cantiques
In: Revue des études byzantines, tome 24, 1966. pp. 107-114.

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Browning Robert. Le commentaire de saint Nil d'Ancyre sur le Cantique des cantiques. In: Revue des études byzantines, tome
24, 1966. pp. 107-114.
doi : 10.3406/rebyz.1966.1365
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rebyz_0766-5598_1966_num_24_1_1365

LE

COMMENTAIRE
SUR LE

??

CANTIQUE

SAINT
DES

NIL D'ANCYRE
CANTIQUES

Le commentaire de saint Nil d'Ancyre (Nil le Sinaïte) (1) sur le
Cantique des Cantiques est généralement considéré comme perdu (2),
à part les extraits cités dans les chaînes exégétiques (3) ; il s'agit
surtout de la chaîne de Procope de Gaza (4) et de celle qui doit sa
forme finale à Michel Psellos, où les scholies de saint Nil figurent
sans distinction à côté de celles de saint Grégoire de Nysse et de
saint Maxime le Confesseur (5). Une tentative de reconstituer le
commentaire de saint Nil sur la base de ces témoignages a été faite
par A. Sovic en 1921 (6), mais non poursuivie. Un manuscrit Athonite
(Docheiariou 114, p. xvi) contiendrait une e?µ??e?a de saint Nil
sur le Cantique des Cantiques, mais son caractère et son étendue
restent complètement inconnus (6a).
(1) Sur la distinction entre le personnage historique Nil d'Ancyre et le héros de roman Nil
le Sinaïte v. dernièrement J. Henninger, Dictionnaire de la Bible, Suppl. VI, 1960, 475-480;
H.C. Graef, Lexikon für Theologie und Kirche VII, 1962, 870-871.
(2) V. ?. Bardenhewer, Geschichte der altkirchlichen Literatur IV, 1924, 175-6;
M. Th. Disdier, Dictionnaire de théologie catholique ??, 1931, 666; P. Quasten, Patrology, III,
1960, 501-502.
(3) V. M. Faijlhaber, Hohelied
Proverbien
und Predigercatenen, 1902, 1-73;
R. Devreesse, Dictionnaire de la, Bible, Suppl I, 1928, 1158-1161.
(4) V. W. Aly, Pauly-Wissowa, R.E. XXIII, 1957, 269-271; C. Karo et H. Lietzmann,
Catenarum graecarum calologus, 1902, 82-84. Le texte de la chaîne se trouve dans Migne,
P. G. LXXXVII, 1545-1752, réimprimé, avec des modificat'ons, de l'éditio princeps de
A. Mai, Class. Aucl. IX, 1838, 257-420. Sur les défauts de cette édition v. M. Faulhaber,
op. cit. 28.
(5) Sur l'origine de cette chaîne v. M. Faulhaber, op. cit. 6; H. -G. Beck, Kirche und
theologische Literatur im byzantinischen Reich, 1959, 471, 539. Elle se trouve imprimée
dans Migne, P. G. GXXII, 57-686.
(6) A. Sovio, 'De Nili monachi commentario in Canticum Canticorum reconstruendo',
Biblica II, 1921, 45-52. Je n'ai pas pu consulter l'article de Sovic dans Bogoslovska smotra,
1925, 1-22, ni son pamphlet Nila monaha Pjesmi nad pjesmama, Zagreb, 1932, qui semblent
n'exister dans aucune bibliothèque anglaise. Il paraît d'ailleurs qu'ils ne contiennent rien
de nouveau par rapport à son article dans Biblica.
(6 A) V. Sp. Lambros, Catalogue of the Greek manuscripts on Mount Athos, I, 1895, No.
2788.
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lüö

REVUE UES ETUDES BYZANTINES

Cependant, un manuscrit grec, récemment acquis par la bibli
othèque de l'University College, Londres, contient le texte intégral
de ce commentaire que l'on a essayé de reconstituer. Il s'agit d'une
miscellanée ascétique du xvne siècle, de 334 feuilles, écrites d'une
seule et même écriture, à part les feuilles 327-334, qui semblent avoir
été ajoutées par le relieur. Le manuscrit fut copié à Paris pour la
bibliothèque de la Société de Jésus à Clermont dont il porte l'exlibris sur la première feuille, et peut être identifié avec le n° 177 du
Catalogus manuscriptorum codicum Coïlegii Claromontani de 1764.
Quant à la date de son exécution, il est à remarquer que plusieurs
des textes sont accompagnés de références marginales, écrites de la
même main que les textes, aux manuscrits de la Bibliothèque Royale
ou de celle du Collège de Clermont desquels ils furent copiés ou avec
lesquels ils furent collationnés. Or, les manuscrits de la Bibliothèque
Royale sont cités par les cotes du catalogue de Rigault, établi en
1622. Le successeur de Rigault, Pierre Dupuy, renumérota les manusc
rits
grecs dans le catalogue de Rigault en 1645 (7). Donc le manuscrit
en question fut copié entre ces dates (8). Les données pour une data
tion plus précise semblent manquer.
Après la suppression de la Société de Jésus en France en 1763, le
manuscrit ainsi que la plus grande partie de la bibliothèque de Clermont
devint la possession du juriste et bibliophile hollandais Gerard
Meerman (9), (1722-1771). A la vente de cette bibliothèque, après la
mort du fils de Gerard Meerman, Johan, en juin-juillet 1824, le
manuscrit fut acquis, au prix de sept florins, par l'homme de lettres
anglais Samuel Parr (1746-1825) (10), dont l'ex-Iibris paraît sur la
(7) Le catalogue de Rigault et les nouvelles cotes de Dupuy se trouvent imprimés chez
H. Omont, Anciens inventaires et catalogues de la Bibliothèque Nationale II, 1909.
(8) Un problème est présenté par la cote 'CR. 2500' citée sur la feuille 24v; car le catalogue
de Rigault ne remonte qu'à la cote 2069, qui devient 2284 dans la rénumérotation de Dupuy;
Dupuy ajouta après 1645 les cotes 2285-2334, et J.B. Cotelier celles de 2335 à 2450; mais il
n'y a pas de 2500. En effet 2500 est une faute de copie pour 2000. La preuve en est que le
texte en question
le traité de S. Nil pe?? ??t?µ?s???? ne se trouve que dans un seul
manuscrit de la Bibliothèque Nationale, l'actuel Parisinus gr. 1053, dont la côte dans le
catalogue de Rigault était précisément 2000. D'ailleurs notre copiste copia plusieurs autre
textes de ce manuscrit, en le citant correctement comme 'C. R 2000'
(9) Sur Meerman et sa bibliothèque v. le Allgemeines Gelehrter- Lexikon de Jöcher, 4. Ergän
zungsband,
1813, (réimprimé 1961), 1176-78; P. C. Motjiuyshn et P. J. Blak, Nieuw nederlandsch biografisch woordenboek, I, 1911, 1320-21.
(10) V. Dictionary of National Biography XLIII, 1895, 356-364. Dans le catalogue de vente
de la bibliothèque de Meerman (Catalogus codicum manuscri plorum quos reliquit... John Meer
man... 1824, 15), notre manuscrit figure comme 111 Collectanea Theologica et ascetica, ex
diversis Patribus excerpta atque ordine alphabetico disposita. Saec. XVII. fol. 311. p'. Le
prix est enregistré dans Prix des livres de la bibliothèque Meermanienne vendue à la Haye
depuis le 8 juin jusqu et compris le 3 juillet 1824. 162.

R. BIRKBECK : LE COMMENTAIRE DE SAINT NIL d'aNCYRE

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feuille de garde (fol. lr). La plupart des manuscrits de la bibliothèque
meermannienne avait été déjà achetée par le célèbre bibliophile —
ou bibliomane — anglais Sir Thomas Phillipps. Quand, à la mort de
Parr, ses livres furent vendus en 1828, Philipps réussit à acheter
ce manuscrit ainsi que quelques autres; l'achat s'effectua probable
ment
par l'intermédiaire de la librairie de Payne et Foss en 1828
ou 1829 (11). En tout cas, le manuscrit était déjà la propriété de
Philipps en 1829, quand il ajouta son ex-libris à la feuille de garde
(fol. lv). Dans le catalogue imprimé de la collection Philipps il est
signalé, sous la rubrique ' Supplement ad Bibl. Meerman. Codices MSS.
Graeci ', avec la cote 6756 et la description '111 Collectanea ex
patribus f. ch. S. xvn. 311 leaves ' (12). Au cours de la dispersion de
la collection gigantesque de Philipps notre manuscrit échappa au
sort de la plupart d'entre eux qui furent acquis par la Königliche
Bibliothek de Berlin (13). Il fut acquis, vraisemblablement en 1953,
par feu C.K. Ogden, alors qu'il avait déjà vendu sa bibliothèque
à rtJniversity College, auquel il ne fut livré qu'après la partie princi
palede la bibliothèque. Où se trouvait-il entre la dispersion de la
collection Philipps et 1953? L'hypothèse la plus séduisante, voire la
seule possible, est qu'il fut égaré parmi un lot d'environ 500 manusc
ritsconcernant la topographie du Yorkshire, qui furent vendus
le 29 juin 1896 par les héritiers de Philipps à M. Charles Macro Wilson,
de Bolterstone, près de Sheffield. Le 1er décembre 1953 les héritiers
de M. Wilson vendirent quelques manuscrits à M. Ogden. C'est la
seule filière connue menant de la bibliothèque de Sir Thomas Philipps
a celle de M. Ogden (14), et on peut supposer que notre manuscrit
l'ait suivie. Il est très peu vraisemblable qu'il ait été lu pendant son
séjour au Yorkshire! Habent sua fata libelli.
C'est actuellement le seul manuscrit grec dans la bibliothèque de
l'University College, et il n'a pas de cote. La reliure, qui date vraisem
blablement
de la période meermanienne, est en parchemin, et porte
(11) V. A N. L. Munby, Phillipps Studies III, 1954, 144, 154.
(12) Catalogiis librorum MSS. in bibliotheca D. Thomas Phillipps impressus typ is Mediomontanis mense maio 1837, 101. Ni les Meerman, père et fils, ni Parr, ni Phillipps n'exami
nèrentle manuscrit de près, autrement ils auraient remarqué que le compte des feuillles
n'était pas correct. Ce n'est qu'après l'arrivée du manuscrit à University College que les.
feuilles ont été numérotées.
(13) V. W. Studemund et L. Cohn, Die Handschriften-Verzeichnisse der Königlichen
Bibliothek zu Berlin, IX. Bd., Verzeichniss der griechischen Handschriften, 1890-97. III-IV;
L. Cohn, Verhandlungen der 40. Philologenversammlung, 1889, 96 suiv. Je n'ai pas réussi a
consulter ce dernier article.
(14) V. A. N. L. Munby, Phillipps Studies V, 1960, 51-52.

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sur le dos le titre 'Collectanea ex Patribus Graeca Manuscript'. Sur
des étiquettes de papier collées au dos figurent les cotes 111 (celle
de la vente de Meerman) et 6756 (celle de Philipps).
Voilà pour l'histoire du manuscrit, ce qui explique en partie pour
quoi il n'a pas attiré l'attention des savants. Passons maintenant
à son contenu. La première partie (fol. 1-88) consiste d'un corpus
des œuvres attribuées à saint Nil, dont la dernière et la plus longue —
elle remplit les feuilles 69r à 88r — est le commentaire sur le Cantique
des Cantiques. Les sources de beaucoup de ces textes sont signalées
en marge. Elles sont sans exception des manuscrits de la Bibliothèque
Royale, dont les cotes (selon le catalogue de Rigault) sont 853 (= Paris,
gr. 1091) 935 (= Paris gr. 890), 1620 (= Paris, gr. 1220), 1814 (= Paris,
gr. 1315) et 2000 (= Paris, gr. 1053). Comme nous l'avons vu, la
cote 2500 représente une erreur; il faut lire 2000. Un coup d'œil
dans V Inventaire sommaire de H. Omont prouve que le copiste a
en effet puisé ses textes là où il déclare les avoir trouvés et qu'il n'y
a pas eu mystification. Malheureusement le commentaire sur le
Cantique des Cantiques n'est accompagné d'aucune référence marginale
Néanmoins il est certain que c'est à Paris que le copiste dénicha
un manuscrit de ce texte extrêmement rare. On peut se permettre
l'hypothèse que, quelque part dans une bibliothèque parisienne, se
cache encore sous une fausse description l'original duquel il fut copié.
Le commentaire s'intitule Εις '''Ασμα των ασμάτων πραγματεία
et commence par un avant-propos dont le début est conservé dans
la chaîne de Procope de Gaza, Το των ασμάτων βιβλίον έ'οικε κτλ. C'est
ce que les Allemands appellent une Breitkatene(15), c'est-à-dire que les
lemmes ou péricopes du texte biblique sont suivies par des com
mentaires
remplissant toute la largeur de la page. Il y a 95 lemmes,
chacune suivie d'un commentaire plus ou moins étoffé. On voit donc
que les lemmes correspondent approximativement aux versets de
nos textes imprimés. A la fin se trouve un bref épilogue. Le com
mentaire
compte environ 27 000 mots, c'est-à-dire à peu près deux fois
et demi ce qui est conservé sous le nom de saint Nil dans la chaîne
de Procope de Gaza. Mais l'authenticité de beaucoup de ces extraits
est douteuse, puisque dans de différents manuscrits ils sont attribués
à des auteurs différents. En effet on constate que plusieurs des passages
qui portent le nom de saint Nil dans l'édition de Migne n'ont pas de
correspondant dans le texte intégral fourni par notre manuscrit.
(15) V. K. Staub, « Katene », Lexikon für Theologie und Kirche VI, 1961, 56-57.

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Pour donner une idée du contenu du nouveau texte, de son style,
et de sa relation avec les extraits cités par Procope, je cite l'avantpropos et la scholie sur Cantique 1.5. Les passages en caractères cursifs
sont ceux cités par Procope; l'apparat signale les leçons du manuscrit
lorsqu'elles diffèrent de ce que j'imprime, et les divergences du texte
de Procope dans l'édition de Migne.
Πρόλογος.

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Το τών ασμάτων βιζλίον εοικε γνναικι και φυσικω κάλλει φαιδρννομέντ], καϊ κόσμφ πολυτελεΐ το φυσικόν προσεξησκημένη κάλλος, σεμνή
δε το ήθος και τω φαινομένω σχήματι πολύ κατά το κεκρνμμένον εναντίως διακείμενη. 'Ως γαρ επϊ της τοιαύτης γυναικός ή μεν οψις ήδονήν
κινεί τοις ακολάστοις, η δε πεΐρα διελέγχει την σωφροσννην ου συναίνουσαν τω προχείρω σκηνή, όντως επϊ τον προκειμένου βιξλίον ή μεν λέξις
ερωτικώτερον εσχηματισμένη δοκεΐ πως δέλεαρ γίνεσθαι τοις άπαιδεύτοις, ή δε διάνοια το αυστηρόν των μυστηρίων ανακαλύπτουσα τοις προσεγγίζονσι την των νοημάτων δνσχέρειαν ενπαράδ έκτον ποιεί δια της εν
τη λέξει τέρψεως, καί μιμείται γυναίκα σοφισματι τω κάλλει κεχρημενην
κατά των νέων προς σωφροσύνης διδασκαλίαν, άλλο σχηματιζόμενη καί
άλλο οικονομούσα, ώσπερ γαρ ή δια της όψεως έλουσα καί πόθον ένεργησαμένη δριμύν καί ευκόλως μετάγει την διάνοιαν τών άλόντων εφ' ώπερ
αν βούληται, προκεχειρωμένους λαβοΰσα τω πάθει καί δουλείαν αύθαίρετον υπομένοντας δια την της ποθούμενης όψεως άπόλαυσιν. άπελαφρίζει γαρ αύτοΐς τον πόνον τών έπιταγμάτων 6 προς την έπιτάττουσαν
έρως, καί το της δουλείας ζυγόν μείζω νομίζουσιν έπανάγκασμα
της εύπειθείας την τυραννίδα της διαθέσεως έχοντες. Ούτως ή έναποκειμένη τω βιβλίω τούτω διάνοια προς την παραδοχήν ραδίως έλκει τους
έντυγχάνοντας τω της λέξεως αύτοΰ έπαγωγω προηδύνουσα, και
δονλενειν πείθουσα τη της θεωρίας σεμνότητι, εκ της περί το γράμμα
δοκούσης εμπάθειας εύμηχάνως επϊ την τών σημαινόμενων δογμάτων
οδηγούσα μυσταγωγίαν. Καί αν ούν μη προσεσχηκότες τω προχείρω της
λέξεως οι πολλοί ε'ις τον κεκρυμμένον θησαυρον προκύπτειν άδυνατώσι
δια το περισπασθαι τη πιθανότητι της λέξεως, είωθότων πως τών
ασθενέστερων τέρψει μάλλον ή ωφελεία δουλοΰντες την διάνοιαν άνακαλύψαι τον νουν, δίκαιον έλογισάμην άπο της περί την λέξιν τερπνότητος
επί την εν τοις νοήμασι σύνεσιν έπιστρέφειν τους εκ της του γράμματος
αναγνώσεως επί αίσχρας ολισθαίνοντας υπόνοιας, καί διεγχείροντας
τα πάθη εκ του φιλοτιμεΐσθαι περί την τοΰδε του βιβλίου άνάγνωσιν,
καί πληροφορεΐν οίομένους την νόσον της ακαθάρτου επιθυμίας δια του
συνεχώς ένδιατρίβειν τούτοις τοις λόγοις, τη μνήμη τών κεκρυμμένων

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μελών ιστορίας ούκ έλαττον εύφραίνεσθαι νομίζοντας, ίνα μή το των
νοημάτων άμόλυντον βδελυροΐς έπιτάττωσι λογισμοΐς. κοιλίας γαρ
35 και μαζών, όμφάλου τε και μηρών, και τών άλλων υπό της φύσεως
συγκεκαλυμμένων σεμνώς περισπούδαστον μεν ή θέα μάλιστα τοις
φιληδόνοις, και ή μνήμη δε τούτοις άρκεΐ εις παραμυθίαν του πάθους,
πολλάκις φλεγομένοις τη μανία του έρωτος και ταΐς φαντασίαις έναδολεσχεΐν έθέλουσι τών ποθούμενων ού φρίττουσι γαρ οι δείλαιοι τοις
40 θείοις λογισμοΐς όδηγεΐσθαι σπουδάζοντες προς τον της αληθείας ολεθρον
και μιαροΐς ένθυμίοις συκοφαντοΰντες την άκήρατον εννοιαν της αγίας
γραφής" εμπαθές δράμα τόν δίκαιον προς έράμενον και έρώσαν τουτί
συντεθεικέναι το άσμα νομίζοντες, ουχί δε μυστικής νυμφαγωγίας
προφητείαν ψυχής τελείας και του θεοΰ λόγου προσαναφωνήσαντος
45 πνευματική χάριτι, και ού βραχεία ερωτική προς οϊστρον έμμανή
κινηθέντος υπό του πάθους, πάντως δέ τίνες τών προσδιαβάλλειν
έτοιμων άπειροκαλίαν έγκαλεΐν μέλλουσι τω λόγω" άκαιρον φιλοτιμίαν
κρίναντες την εις τα πολλοίς ήδη πεπονημένα έξήγησιν. άρκεΐν φήσουσιν έως και ενός εις τό άσμα καλώς είρηκότος ώφελήσαι τους φιλομαθώς
50 έχοντας, ούκ είδότες δτι τό πλήθος τών εις την γραφήν λεγόντων έλεγχος
του πλούτου τών νοημάτων γίνεται αυτής, καθάπερ άένναον πηγήν
άντλοΰντων και ού νικώντων τω πλήθει την άκμήν τής διαρκούς επιρροής*
πλεΐον γαρ άεί τό υπό τής χάριτος όχετούμενον του άρυουμένου" άλλως
πάντα τόν επιβάλλοντα τή θεωρία πλεΐον όμολογεΐν τών νενοημένων
55 τό καταλειπόμενον τής κατ' ολίγον προβάσεως επί τό βάθος αυτόν
άγαγούσης τών νοημάτων, και ώς εκ παλίρροιας άμπωτεως επιβλυζουση ς
ίλίγγω την νόησιν. 'Αλλ' εκείνοι μεν κατ' έξουσίαν αίρείσθωσαν δπερ
αν αύτοΐς εΰλογον φανήται, εγώ δέ ει μέν και άλλοις τισί χρήσιμος
έ'σται ό λόγος επί τα νυν βλαστήματα τής εν τω νοεΐν άκμαζούσης
60 τέως διανοίας έμαυτώ βουλόμενος εν τω γήρ<χ, ει φθάσαι γένοιτο,
φυλάξαι προς τέρψιν υπόμνημα τούτον άνεδεξάμην τόν πόνον, οτε
κάμου ή φύσις αργότερα προς τας τών νοημάτων γίνεται κυήσεις του
εμφύτου θερμού σβεσθέντος τω τής ηλικίας ψυχρώ και μήκετι προς
νόησιν ριπίζεσθαι δυναμένου λαμπάδος δίκην άμαυρωθείσης < τω >
65 περιέχοντι κρυμώ και ού δεικνυούσης τή όψει φωτί πολλώ τας φύσεις
τών υποκειμένων προς κατανόησιν. Ταύτόν γαρ τή τών {γυναικών
μήτρα πάσχειν ό νους πεφυκώς εύτοκία μέν χρήται άκμαζούσων τών
του σώματος δυνάμεων, τούτων δέ έκλιπούσων δια τό γήρας στειροΰται
Μ — Migne, P.G. Ixxxvii, 1545 ss.; L = manuscrit grec de l'University
College de Londres.
1. και om. M. 9. άποφάδεκτον M. 13. έλόντων L. 16. έπιστατοΰσαν L.
17. έπανάγκαμα L. 23. όδηγούσης M. 26. τρέψει L. 34. έτατάττουσι L.
53. οχετητούμενον L. 55. καταλί,πόμενον L. 56. άμπάτεως L.

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και πήρωσιν υπομένει των νοητικών οργάνων συνασθενησάντων τω
70 σώματι και ου πεφυκότων ομοίως ένεργεΐν την οίκείαν ένέργειαν.
Μέλαινα είμι και καλή, θυγατέρες 'Ιερουσαλήμ,
ώς σκηνώματα Κηδαρ, « ώς δέρρεις τον Σαλωμών ».

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Άμφιβάλλειν ήμας παρασκευάζει ει άξια κέκριται του βασιλέως
ταμείων ή της δυσγενείας μου μελανότης, ώς μάλλον έμοΰ διακαιοτέρας
ταύτης άπολαύειν της τιμής δια την των πατρών εύγένειαν. Άλλα πεισάτω ύμας το της μελανότητος τέως συσκιαζόμενον κάλλος, όπερ μόνω
τω εις καρδίαν όρώντι αγαθόν έφάνη εν κυρίω. ει γαρ και μέλαινα νμΐν
είναι δοκώ σημεία τίνα της προτέρας επιφέρονσα καταστάσεως και
άχλύν τίνα ώσπερ της εκ των ειδώλων κνίσσης έπιποιωμένην έχουσα
τη όψει, άλλ' ϊστε δτι ώς επί σκηνής τω Αϊθιοπικω δέρματι εγκέκρνπται κάλλος άμηχανον δπερ άναλάμψει εν τω γαμικώ λούτρω, όταν
λούειν μέλλη ώς φοινικοΰν άμαρτίαις, ώς χίων λευκαίνων άναβήσομαι
λαμπρά και ακήρατος, την έπισυμβάσαν σκοτεινήν ματαιότητα έν τω
ΰδατι άπεκδυσαμένη. ?Υμεΐς γαρ αί νυν κόπτουσαι κήρυκες υπό της
εκπλήξεως του έμοΰ κάλλους τότε γενήσεσθε άπορρητικώς άλλήλαις
λευκανθισμέναί" ει γαρ την του πατριάρχου 'Αβραάμ εχουσαι συγγένειαν
χωρίς της των έργων μιμήσεως μένειν έτι νομίζετε τη αγχιστεία
ύμΐν, σαθραΐς έφορμεΐτε έλπίσιν, την εξ έργων συγγένειαν έπιγράφουσαι αίματος κοινωνίαν. Ού γαρ πάντες οι εξ 'Ισραήλ ούτοι
Ίσραηλίται, ούδ'δτι είσί σπέρμα 'Αβραάμ ('Αβραάμ) πάντες τέκνα,
άλλ'έν 'Ισαάκ κληθήσεται σοι σπέρμα, τουτέστιν, ού τα τέκνα της
σαρκός τέκνα του θεοΰ άλλα τα τέκνα της επαγγελίας λογίζεσθε εις
σπέρμα. Και γαρ οι της άγριελαίας κλάδοι τη πρέμνω της ευγενούς
έλαίας έγκεντρίζονται παρά φύσιν εις καλλιελαίαν, των κατά φύσιν
έκκλασθέντων της ιδίας ρίζης όρπήκων δια την των καρπών άνοικειότητα,
και εκ των λίθων έγεΐραι τέκνα τω 'Αβραάμ δύναται ό θεός. Τί οΰν
κομπάζετε, θυγατέρες Ιερουσαλήμ, έπί τη των πατρών οικειότητι,
έργοις άρνησάμεναι πάλαι την συγγένειαν τών αγίων, και ζηλοτυπεΐτε
την εκ πίστεως ε'ισποιηθεΐσαν θυγατέρα του 'Αβραάμ ού γένους διαδοχή
άλλα πίστεως ζήλω και πράξεων αγίων οικειότητι; Τό δε ώς σκηνώματα
Κηδαρ, του έρμηνευομένου σκοτασμοΰ, και καλή ώς του Σαλωμώντος
δέρρεις τον της είδωλολατρείας ζήλον έπί τον της πίστεως πόθον ακμά
ζοντα μετάγουσα, και δια τής δέρρεως την έπί τη πρότερα ή έν σάκκω
μεταμέλειαν έπιδεικνυμένη. Ταύτην γάρ μου τάχα τήν μετάθεσιν και
τον ούκ άποδέοντα τής προτέρας δεύτερον ένθεον ζήλον ό μακάριος

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REVUE DES ÉTUDES BYZANTINES

προφητεύων έλεγε Δαυίδ" ώς το σκότος αυτής ούτω και τό φως αυτής.
35 Τάχα δε και το σύστημα της εξ εθνών εκκλησίας και 'Ιουδαίων συνεστός
δ έλεγε τα είρημένα" σκηνώματα γαρ Κηδαρ τους άπα είδωλολατρείας
σημαίνει, δέρρεις δε Σαλωμών τους άπο 'Ιουδαίων προστεθέντας τή
πίστει.
5. νυν ύμΐν Μ. 8. έκκέκρυπτοα L.
λογίζεσΟοα L. 23. έρπίκων L.

10. ώς ώς L.

16. έφορμεΐτοα

L.

20.

N'ayant pas les connaissances nécessaires en matière de théologie, je
dois renoncer au projet de publier ce commentaire. Cependant je tiens à
signaler son existence, dans l'espoir qu'un collègue mieux qualifié entrepren
dra
la tâche de sortir d'un oubli plus que millénaire ce monument de l'inte
rprétation
allégorique et « origéniste » du Cantique des Cantiques. Les théo
logiens
y trouveront sans doute des données intéressantes. Du point de vue
littéraire il faut se rappeler que, le Psautier mis à part, c'est, de toute la
Bible, le Cantique des Cantiques qui a fourni à la poésie byzantine, profane
et religieuse, le plus d'images et d'échos. Les Byzantins ont lu le Cantique
à travers les yeux de ses commentateurs, dont l'un des plus grands fut
saint Nil.
La tâche de l'éditeur sera complexe, car il faudra tenir compte non seul
ement de notre manuscrit et du mystérieux manuscrit d'Athos, mais aussi
de la tradition indirecte, surtout de celle des chaînes exégétiques. Faulhaber et Sovic ont établi un classement de ces dernières qui pourra servir
de point de départ; mais il reste encore beaucoup à faire. Il faudra aussi
passer au crible la volumineuse correspondance de saint Nil, car beaucoup
de ses lettres s'avèrent être en effet des extraits ou des résumés de ses autres
œuvres. En dernier lieu il y a le problème des traductions. Des œuvres
attribuées à saint Nil par la tradition syriaque, plusieurs sont inconnues
par la tradition grecque (16). Et beaucoup des œuvres de saint Nil sont
attribuées dans leur version syriaque à Évagre le Pontique (17). Le
dossier de ce dernier devra donc être dépouillé, pour établir s'il s'y trouve
des fragments de notre commentaire.
La chronologie relative des œuvres de saint Nil est inconnue. Le passage
déjà cité du poème à notre commentaire montre qu'il l'a rédigé à un âge
avancé, après avoir déjà écrit d'autres œuvres. Voilà un fait d'acquis.
L'habitude de saint Nil de se citer lui-même permettra peut-être de faire
progresser un peu l'état de nos connaissances sur la chronologie de ses
œuvres, donc sa biographie et des étapes de son développement intellectuel
et spirituel.
Birkbeck College London Robert Browning.
(16). V. A. Baumstark, Geschichte der syrischen Literatur, 1922, 91.
(17) V. Baumstarr, op. eil., 86-87.

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