Jean Darrouzès

Notes inédites de transferts épiscopaux
In: Revue des études byzantines, tome 40, 1982. pp. 157-170.

Résumé REB 40 1982 France p. 157-170 J. Darrouzes, Notes inédites de transferts épiscopaux. — A la fin d'un opuscule banal, le Bodleianus Roe 18 contient en supplément quelques notes concernant les sièges de Nyssa, Arkadioupolis, Argos et Pyrgion, leur promotion sous Isaac II et la rétrogradation de Pyrgion sous Théodore Ier Laskaris, d'Argos sous Alexis III ; ces notes apportent quelques renseignements inédits très utiles pour la critique de la notice des métropoles de la fin du 12e siècle.

Citer ce document / Cite this document : Darrouzès Jean. Notes inédites de transferts épiscopaux. In: Revue des études byzantines, tome 40, 1982. pp. 157-170. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rebyz_0766-5598_1982_num_40_1_2135

NOTES DE

INÉDITES ÉPISCOPAUX

TRANSFERTS

Jean DARROUZÈS

Parmi les pièces recueillies par le compilateur du Bodleianus Roe 18 se trouve le petit traité sur les transferts d'évêques d'un siège à un autre. La copie, identique à celle du Sinaiticus 1117, commence par l'exemple de Basile de Crète transféré à Thessalonique et finit par celui d'Eustrate de Flavias transféré à Antioche : en tout vingt-sept exemples sur les quarantecinq à cinquante que comprennent les copies normales1. Mais le Bodleianus contient à la suite une addition remarquable, dont l'intérêt dépasse de beaucoup la question des transferts qui est à l'origine de la composition. Je laisserai de côté ici tout ce qui regarde le traité lui-même, dont je prépare une édition critique, et à partir du texte de ces notes additionnelles je montrerai seulement l'intérêt de ce témoignage pour la critique de la notitia episcopatuum de la fin du 12e siècle ; sa tradition manuscrite reçoit ici 1. A part quelques variantes insignifiantes, le Bodleianus donne le même texte que PG 119, 904-909 ; il commence au n° 20 de la série éditée : Basile de Crète (905, milieu de la colonne). Le manuscrit de Cambridge, Trinity Coll. Ο 11 16, f. 50v-52, donne le même texte, que le copiste déclare plus haut (f. 13V) avoir tiré d'un Oxoniensis. En raison de références fréquentes, je citerai en abrégé : Regestes : V. Grumel, V. Laurent, J. Darrouzès, Regestes des actes du patriarcat de Constantinople, fasc. 1-6, 1932-1979 ; renvoi au numéro de l'acte (numération continue). Notitiae : J. Darrouzès, Notitiae episcopatuum ecclesiae Constantinopolitanae, Paris 1981 ; on se contente parfois d'un renvoi au numéro de la notice (1-21) avec la ligne du texte.

158

J. DARROUZÈS

une confirmation inattendue de l'authenticité de certains noms, et on constate en même temps que les compilateurs, loin de disposer d'un mod èle officiel de la liste épiscopale, avaient beaucoup de peine à suivre l'actualité. Ce n'est certainement pas le copiste du Bodleianus, Constantin Sophos, qui ajouta ces notes au traité, en 1348 (septembre 6857). Le traité des trans ferts, sans titre, se trouve entre les questions canonico-historiques de Photius2 et les réponses synodales à Marc d'Alexandrie3 ; cette séquence ne se retrouve pas exactement dans le Sinaiticus, ni dans aucun autre manuscrit. Les mélanges à la fois canoniques, moraux et littéraires du Bodleianus sont disparates, de sorte que l'origine d'une pièce n'éclaire pas nécessairement celle d'une pièce voisine. Ainsi les deux manuscrits contien nent également la notifia episcopatuum, mais dans deux recensions différentes : Roe 18 donne la notice 10, recension b ; Sinaiticus 1117, la notice 13 (une des deux recensions du 12e siècle)4. Quoique dépendant d'un même modèle, les deux copies n'ont pas de rapport entre elles. Il est même paradoxal que le Sinaiticus, généralement bien pourvu de documents du 12e siècle, n'ait qu'un texte banal et sans aucune addition dans le traité des transferts ; c'est bien le hasard qui favorise l'un ou l'autre compilateur. Le 12e siècle n'a pas fourni de cas notables au fonds commun du traité ; on rencontre seulement deux ou trois fois la mention du transfert de Dosithée de Jérusalem, et chaque fois dans une rédaction un peu différente. Le Vaticanus 1455 signale lui aussi l'origine latine de Dosithée (latinogénès). Nicéphore Calliste développe un peu ce passage d'après une source propre5, tandis que le Mosquensis 33, citant Nicétas Choniatès, parle de Théodose (pour Dosithée). La rédaction du Bodleianus est originale et fait allusion à des difficultés canoniques (aitiamata) soulevées par ce transfert ; ce cas n'intéresse pas directement le sujet, mais il confirme la bonne information du rédacteur, qui est le témoin unique jusqu'à présent des autres faits qu'il rapporte. En voici le texte et la traduction.

2. PG 104, 1219 s. 3. Regestes, n° 1184. 4. Notitiae, p. 313, 353 ; pour la notifia, le Bodleianus est de même famille que Sinaiticus 1795, Dionysiou 120, S. Sabbas 225, qui ont aussi l'opuscule des transferts, mais dans une recension différente. Les compilateurs peuvent changer de modèle d'une partie à l'autre ; ces manuscrits sont très volumineux, sauf celui de Jérusalem qui n'a pas 200 folios. 5. PG 146, 1197 ; après le règne d'Isaac Angélos, l'historien passe directement aux transferts de la seconde moitié du 13e siècle : Nicéphore d'Ephèse et Germain d'Andrinople, devenus patriarches.

NOTES INÉDITES DE TRANSFERTS ÉPISCOPAUX Extrait du Bodleianus Roe 18 f. 105v

159

5

f. 106 10

15

20

ΈπΙ της βασιλείας Ίσαακίου του 'Αγγέλου ψήφω κοινή της συνόδου τω Νύσσης Γρηγορίω εδόθη κατ' έπίδοσιν ή Άρκαδιούπολις, ώς κοινής της εκκλησίας υπό τόν Βουλγαρίας τέως γεγονυίας Ίωάννην. Έπί της αυτής βασιλείας ό 'Ιεροσολύμων Δοσίθεος ό λατινογενής μετετέθη εις το πατριαρχεΐον Κωνσταντινουπόλεως, ώς τηνικαΰτα σχολάζων και αυτός δια τό τα 'Ιεροσόλυμα υπό τους Λατίνους, μάλλον δε υπό τους Σαρακηνούς, γενέσθαι' πλην του τοιούτου πατριαρχείου πάλιν κατεβιβάσθη, έκπεσών και του των 'Ιεροσολύμων δια πολλά μάλιστα ετέρα αίτιάματα. Παρά του αύτοΰ βασιλέως Ίσαακίου έτιμήθη ό "Αργούς επίσκοπος μητροπολίτης καΐ μετ' αυτόν βασιλεύσας ο αύτάδελφος αύτοΰ 'Αλέξιος κατήνεγκε τόν μητροπολίτην πάλιν εις έπίσκοπον, της συνόδου άμφοτέροις συμπραξάσης. Έπί της βασιλείας κυροΰ Θεοδώρου του Λάσκαρι τό Πυργίον, τό άπό της επισκοπής φθάσαν τιμηθήναι εις μητρόπολιν έπί Ίσαακίου του 'Αγγέλου, αΰθις εις έπισκοπήν κατηνέχθη. Έπί τής αυτής βασιλείας πολλοί μητροπολΐται δυτικοί και έτεροι, δια την τηνικαυτα έπικράτειαν τών Λατίνων έξελαθέντες των οικείων εκκλησιών, εγκατέστησαν ψήφω και τής συνόδου προσκαίρως χηρευούσαις μητροπόλεσι κατά Άνατολήν και έπισκοπαΐς. Έπί τής αυτής βασιλείας κατά τήν μεγαλόπολιν Νίκαιαν άθροισθεΐσα σύνοδος διαφόρων αρχιερέων επιτροπή εγγράφω του πατριάρχου 'Ιωάννου του Καματηροΰ, τηνικαυτα παροικοΰντός που τής δυσμικής Θράκης και μή δυναμένου διαβήναι εις Νίκαιαν δια τήν τών Λατίνων δυναστείαν, έψηφίσατο και έχειροτόνησε πολλούς εις εκκλησίας άσιανας χηρεύουσας αρχιερέων. Traduction Sous le règne d'Isaac Angélos, par décision commune du synode, à Grégoire de Nyssa fut donné en supplément Arkadioupolis, le diocèse étant devenu commun (désert ?) sous Jean de Bulgarie. Sous le même règne, Dosithée de Jérusalem, latin de naissance, fut transféré au patriarcat de Constantinople, parce qu'il était en disponibilité du fait que Jérusalem était au pouvoir des Latins ou plutôt tombée au pouvoir des Sarrasins ; cependant il fut évincé de nouveau de ce patriarcat, après avoir perdu celui de Jérusalem pour bien d'autres griefs. Sous le même empereur Isaac, l'évêque d'Argos fut honoré du titre de métrop olite ; régnant après lui, son propre frère Alexis ramena le métropolite au rang d'évêque, tandis que le synode collaborait aux deux actes.

160

J. DARROUZÈS

Sous le règne de Théodore Laskaris, Pyrgion, qui venait d'être promu du rang d'évêché à celui de métropole sous Isaac Angélos, fut ramené de nouveau au rang d'évêché. Sous le même règne, beaucoup de métropolites occidentaux ou autres, chassés de leur propre diocèse par la domination latine de l'époque, furent établis par vote aussi du synode dans des métropoles vacantes à l'occasion en Anatolie et dans des évêchés. Sous le même règne un synode de divers évêques réuni à la capitale, Nicée, par ordre écrit du patriarche Jean Kamatèros, émigré à ce moment quelque part en Thrace occidentale et empêché de passer à Nicée à cause de la domination des Latins, élut et ordonna beaucoup de candidats pour les diocèses d'Asie privés d'évêques. 1. Nyssa et Arkadioupolis Le premier paragraphe offre plusieurs difficultés. La première est la mention d'un Jean de Bulgarie contemporain du règne d'Isaac II, le premier règne d'après le contexte. L'expression désigne en principe un archevêque d'Achrida ; celui-ci n'a rien à voir à Arkadioupolis, un archevêché de Thrace, et il n'y aurait rien de changé, si ce Jean siégeait à Tirnovo. Jean de Bulgarie n'est pas un homme d'Eglise, mais celui que Nicétas Choniatès appelle Jean le Mysien, c'est-à-dire Kalojean ; ce personnage n'intervient pas sous le règne d'Isaac II, mais après 1197. La seconde difficulté, liée à l'inte rprétation du nom Jean de Bulgarie, est dans l'adjectif« commun », indiquant le résultat d'une action ; l'adjectif n'a aucun sens dans ce contexte, car le rédacteur aurait employé un autre terme pour signifier que la ville est occupée tantôt par l'un, tantôt par l'autre. Un passage de Nicétas Choniatès permet de proposer une correction possible et de comprendre que la ville était devenue non pas «commune», mais «vide, déserte»6. Dans cette hypothèse, la donation en supplément de la ville archiépiscopale ne signifie pas grand-chose, sinon des espérances pour un avenir meilleur, ou le besoin de veiller aux intérêts des fidèles du lieu et de préserver les droits du siège. En effet, il ne s'agit pas d'un transfert de Nyssa à Arkadioupolis, mais d'un mandat délivré au titulaire de Nyssa, qui reste sur son propre siège, pour administrer le siège d 'Arkadioupolis en plus du sien propre ; le bénéficiaire de cette donation pouvait remplir son mandat sans résider sur place, par des visites occasionnelles.

6. Nicétas Choniatès, Bonn, p. 8101617 = van Dieten, p. 61489 : κενωθεΐσαν εΰρον. L'annotateur (ou le copiste) confond κοινής et κενής?

NOTES INÉDITES DE TRANSFERTS ÉPISCOPAUX

161

Quoique les circonstances de l'acte restent imprécises, du fait aussi que Grégoire de Nyssa n'est pas identifié par d'autres sources, il reste deux noms de sièges qui sont cités par la notitia episcopatuum dans le contexte de la fin du 12e siècle, dont voici le tableau par comparaison avec les listes du 14e siècle7. Notice 15 (12e-13e s.) Ν 82 83 84 85 86 87 88 89 Milètos Sèlybria Apros Arkadioupolis Philadelpheia Hypaipa Pyrgion Argos(fin) 82 83 84 90 85 86 87 88 89 91 92 93 AB Apros Sèlybria Milètos Arkadioupolis Gardikion Philadelpheia Nysos Hypaipa Pyrgion Argos Prousa Achyraous W 69(88) 83 84 82 85 87 86 90 88 100 (fin) 95 Notice 17/18 (14e s.) 53 101 102 100 103 10 106 104 20 111 (fin)

La finale de la notice, à la fin du 12e siècle, contient les quatre noms cités dans les notes : Nyssa (Nysos), Arkadioupolis, Pyrgion et Argos. Du moment que Ν commence seul par la séquence juste à la fin du règne de Manuel Comnène (82-84, Milètos, Sèlybria, Apros)8, on peut penser que ce témoin conserve l'ordre historique exact jusqu'à 89, Argos (promu en 1189)9 ; Arkadioupolis est plus bas dans AB, mais toujours avant Argos, qui semble donc tenir une position significative, qui indique peut-être la fin des fondations d'Isaac II Angélos. Comme il n'y a pas de témoignage extérieur indubitable, l'ordre historique reste un peu incertain ; mais cette finale marque un tournant dans la tradition des listes, parce que, à partir 7. Notitiae, p. 382-383 (not. 15), 401 (not. 17), 407 (not. 18). Le numéro des sièges dans le tableau est le numéro d'ordre dans la notice, non le numéro de ligne. 8. On constate que le nom d'Apros est instable déjà dans des copies de la notice 15 : Notitiae, p. 162, variantes de la place d'Apros, correcte seulement dans la première colonne (manuscrit N). 9. Sur cette date voir note 13.

11

162

J. DARROUZÈS

de là, l'ordre de préséance n'est plus l'ordre historique de promotion ; l'ordre, déjà perturbé dans W (Genevensis 23), est totalement bouleversé dans les notices 17 et 18, qui dérivent de la même source par tradition livresque10. Bien que la note ne cite pas le rang d'Arkadioupolis, sa promotion comme métropole paraît assurée par les listes indépendantes. Le titre de Grégoire de Nyssa n'est pas mentionné non plus. Mais, première question à résoudre, de quelle ville s'agit-il ? Dans la notitia figure un Nysos (Nisos), que le manuscrit Ν inscrit parmi les archevêchés, après Gardikion ; le sort de l'évêché est donc moins clair que celui d'Arkadioupolis, inscrit par deux témoins indépendants parmi les métropoles. Si on fait abstraction de l'orthographe, Nysos ne peut représenter que Nyssa d'Asie ; en effet celle de Cappadoce est éteinte depuis longtemps, tandis que Nyssa d'Asie a un titulaire en 1167 et en 121611. La promotion de Nyssa, comme celle d'Hypaipa et de Pyrgion qui suivent dans la liste, ferait donc partie d'un mouvement de promotions dues à Isaac II Angélos et dont témoigne la note concernant Pyrgion. Une épidosis n'exige pas que les deux sièges soient de même rang ; en général, au 14e siècle, c'est une donation faite à un métropolite, qui reçoit le plus souvent une autre métropole, ou un archevêché, rarement un simple évêché12. La donation d'Arkadioupolis à Nyssa suppose sans doute une égalité des rangs, puisque c'est le cas le plus fréquent ; c'est en tout cas une preuve que le patriarche et le synode sont intervenus et que Nyssa n'était plus par conséquent sous la juridiction de son métropolite ; celui-ci aurait pu faire à son évêque la donation d'un évêché voisin de la même province, il n'avait aucunement le pouvoir d'accorder en supplément un évêché de Thrace. L'association des deux noms devient une preuve de la promotion des évêchés, qui passent de ce fait sous la juridiction du patriarche. La confrontation de la note et de la liste des métropoles du 12e siècle aboutit donc à un résultat positif et confirme l'authenticité de l'insertion de ces noms en finale. A défaut des actes officiels, la confirmation 10. Notitiae, p. 162, 181 ; c'est la numération de Sébastopolis, Euripos et Kybistra (nos 51-53), provenant d'une liste d'archevêchés, qui montre la dépendance de la notice 17 ; celle-ci, en effet, utilise deux fois les mêmes numéros (au moins 52-53, p. 39864"65 et p. 401 mo-no) sans tenir compte de leur origine, qui devait être inaccessible pour le compil ateur. 11. Listes éditées dans FK 11, 1904, p. 477-478 ; 12, 1905, p. 103. 12. J. Darrouzès, Le registre synodal du patriarcat byzantin au XIVe siècle, Paris 1971, p. 262-273.

NOTES INÉDITES DE TRANSFERTS ÉPISCOPAUX

163

de l'autorité de ces listes dépend donc des témoignages extérieurs ; aucune liste cependant ne peut rendre compte de tous les mouvements réels de promotion. 2. Promotion et déchéance d'Argos La promotion d'Argos au rang de métropole a été enregistrée dans la notice 10 par un annotateur qui a relevé successivement la promotion d'Hypaipa (1011), d'Attaleia (10428), d'Argos (10448), de Lakédaimonia (10493) et de Paronaxia (10571). Ces notes, admises en premier dans la recension a de cette notice, concernent d'abord un groupe de trois métro poles de la fin du 11e siècle (Paronaxia, Lakédaimonia, Attaleia) qui marquent une étape importante de la progression, puisqu'Attaleia est une finale très répandue dans les copies. Ensuite viennent deux noms de métro poles fondées sous Isaac II Angélos : Argos en 118913, Hypaipa à une date inconnue. Enfin la note concernant Paronaxia a été très probablement télescopée par une note concernant Traïanoupolis et Périthéorion14 ; comme les manuscrits de la notice a n'ont pas de variante notable en ce point précis, cette confusion appartient à son archétype, qui fut composé sans doute au 14e siècle. Mais cette recension a est disparate et comprend dans les manuscrits les trois parties suivantes : — métropoles, avec finale 90 Pyrgion : notice 15, lignes 1-81, 102-115. — archevêchés, avec finale 40 Didymoteichon : notice 15 (lignes 127-174, col. D-W). — évêchés, avec finale Keltzènè, et l'Isaurie et la Russie en supplément : notice 10, recension α. Autrement dit, bien que le fonds de la notice 10, selon sa finale, représente la fin du 10e siècle, la recension a comprend des additions postérieures dont la liste des métropoles et des archevêchés donne le terme post quern, qui est le début du 13e siècle ; la dernière date donnée dans les notes de promotion est d'ailleurs 1189, mais contrairement à la mention des

13. Les manuscrits les plus importants de la recension adoptent une date erronée, 6597 au lieu de 6697 (1089 au lieu de 1189) : Notitiae, p. 323448 (apparat) ; le seul manuscrit où j'ai trouvé la date exacte est Marcianus III 5 (c7). La date fausse se propage dans des notices brèves : P. Schreiner, Chronica byzantina minora, I, Vienne 1975, p. 229, 249 (PG 157, 1167) ; le rédacteur de cette note brève dit qu 'Argos fut à sa création au 88e rang, puis ramené au 107e, ce qui indique la source utilisée (notice 1710S : Notitiae, p. 401) et une date tardive de rédaction. 14. Notitiae, p. 112.

164

J. DARROUZÈS

Regesten15, il n'y eut pas à cette date de publication d'une taxis des évêchés. Bien qu'elle ne soit pas confirmée par d'autres sources, la date doit être authentique. Dans cette hypothèse, comme Argos tient la queue de la liste dans les manuscrits significatifs de la notice 15 (N et AB, voir le tableau ci-dessus), toutes les autres promotions entre Apros (n° 84) et Argos doivent être considérées comme antérieures. Il reste cependant un doute, puisque l'ordre des principaux témoins n'est pas concordant ; il se pourrait donc que le nom même d'Argos ne soit pas exactement à sa place chronologique ; cela ne fait pas un grand écart jusqu'à la fin du règne d'Isaac II, mais il peut être gênant lorsqu'on a besoin d'une date précise. La seconde partie de la note du Bodleianus apporte un renseignement inédit concernant Argos : sa rétrogradation sous Alexis III, le frère d'Isaac, donc entre 1195 et 1203. C'est là un fait extrêmement rare, qui ne recevrait une entière explication qu'à la lecture des actes ; il n'y a pas d'exemple, en effet, avant cette date, qu'un empereur ait rétrogradé une métropole. L'affaire de l'archevêché de Rhizaion, créé par Germain Ier, dura plusieurs siècles16. En 1084, lorsque des métropolites réclamèrent la suppression de métropoles nouvelles créées à leurs dépens (Basilaion, Madytos,Lacédémone, respectivement évêchés d'Ankyra, Hérakleia et Patrai)17, l'empereur fit la sourde oreille et maintint ces promotions. Le seul résultat qu'obtinrent les mécontents fut que le mouvement de promotions fut arrêté et que quatre métropoles nouvelles seulement apparurent pendant le siècle suivant, jusqu'en 1180, contre une vingtaine au 11e siècle. Si l'intervalle entre 84 Apros et 89/90 Argos représente le règne d'Isaac II, celui-ci aurait créé sept métropoles en quatre ans : Arkadioupolis, Gardikion, Philadelpheia, Nysos, Hypaipa, Pyrgion, Argos, de 1185 à 1189 (si l'ordre est strictement chronologique). Il est donc très probable qu'une réaction se produisit après ce moment de fièvre et que les métropolites, premiers lésés par l'éman cipation de leurs évêchés, obtinrent satisfaction. Une fois qu'un nom est entré dans la liste, il s'y maintient contre toute réalité, par la force d'une première copie. Rhizaion, archevêché déclassé sous Nicolas Ier Mystikos, figure encore dans des copies18 de la notice 15.

15. Voir l'article concernant le décret d'Isaac Π, ci-dessus, p. 135 n. 1. 16. Regestes, n" 333, 683, 881. 17. Regestes, n" 938, 943 ; cf. Notitiae, p. 124. 18. Notitiae, p. 383 et 385 ; selon les recensions, Rhizaion, un nom souvent estropié, se trouve parmi les archevêchés ou parmi les métropoles. Il faut renoncer à considérer une notice des évêchés comme un bloc monolithique : à partir de la notice 7, le désaccord entre les deux parties (métropoles et archevêchés), ou les trois parties (métropoles, archevêchés, évêchés) est constant.

NOTES INÉDITES DE TRANSFERTS ÉPISCOPAUX

165

Encore plus, trois archevêchés, cités en marge dans une recension de la même notice, passent dans la liste des métropoles1 9 au 14e siècle. Les notices 17-19 n'ont perdu que Nysos et Hypaipa de la liste du 12e siècle et elles conservent Arkadioupolis, Pyrgion et Argos. Les compilateurs ont donc ignoré l'acte de rétrogradation, ou bien les historiens et les canonistes qui ont connu cet acte n'ont pas eu l'occasion de vérifier et de corriger les listes, encore moins les employés des bureaux impériaux ou patriarcaux. 3. Promotion et déchéance de Pyrgion Pyrgion doit sa promotion à Isaac II, comme Argos, mais sa rétrograda tion se produit sous Théodore Laskaris, c'est-à-dire entre 1205 et 1222. Cependant Pyrgion se maintient dans la liste des métropoles au 14e siècle : n° 107 dans les notices 17-18, n° 106 dans la notice 19. Mais tout en lisant le nom de Pyrgion dans la liste, certains savaient que la métropole avait été déclassée ; un annotateur l'a signalé vers la date où la métropole était rétablie20. La différence avec l'annotateur du Bodleianus est que celui-ci connaît les auteurs des deux actes, Isaac II et Théodore Laskaris ; l'anno tateur de la notice au contraire ignore l'auteur du second acte, ou bien ne veut pas le nommer. La métropole de Pyrgion fut rétablie en 1342, en période de crise et pour des raisons qui ne sont pas toutes apparentes dans les actes conservés. Il apparaît surtout qu'une mésentente existe entre le patriarche et Matthieu d'Ephèse, qui avait ordonné le dernier évêque de Pyrgion. L'exposé cite des actes du premier métropolite de la ville, Constantin Spanopoulos, qui était évêque encore sous Michel d'Anchialos21 ; l'auteur de la création, qui était nécessairement un empereur, est passé sous silence, de même naturellement que celui de la suppression, comme si le métropolite d'Ephèse avait lui-même annulé le privilège de son évêché en faisant cette ordination. La chancellerie du patriarcat n'utilise pas toute la documentation, fournie en principe par l'évêché de Pyrgion, si c'est son évêque qui a sollicité la 19. Sébastopolis, Euripos et Kybistra : voir note 10. 20. Notitiae, p. 409, n° 15014-17 ; la rédaction de ce passage, en appendice à la notice 18, est postérieure au rétablissement de la métropole de Pyrgion. Dans l'édition, j'ai écrit partout Πύργιον, alors qu'il fallait accentuer, comme le Bodleianus, Πυργίον. 21. Regestes, n° 2235 ; dans le résumé, j'ai dit que Constantin Spanopoulos fut le premier métropolite de Pyrgion sous Michel d'Anchialos ; en réalité il faut lire que Constantin, évêque sous Michel d'Anchialos, devint le premier métropolite ; le titre est cité dans un acte de 1191, mais la promotion est antérieure : voir Regestes, n08 1131, 1179 (le premier acte n'étant connu que par le second).

166

J. DARROUZÈS

restitution du titre22 ; on aurait pu trouver aussi des mentions de l'évêché, qui figure au moins dans la liste de présence comme suffragant d'Ephèse, en 1229. Le nom de Pyrgion ne figure pas dans la liste de 1216, où sont cités Hypaipa et Nyssa23, deux évêchés promus aussi par Isaac II et qui furent peut-être déclassés en même temps que Pyrgion. C'est précisément au sujet de Pyrgion que fut consulté le catalogue des métropoles composé par kyr Menas sur l'ordre d'Andronic II et dont il n'y avait cependant qu'un exemplaire : une copie dans un nomocanon au monastère du Pantépoptès24. Ce n'était donc pas une liste officielle, mais une quelconque compilation du même genre que les notices 17 et 18 ; en effet la notice 17 dérive textuellement d'une recension de la notice 15, celle qui a pour finale 100 Pyrgion et qui intercale sous les nos 91-93 parmi les métropoles les noms d'Euripos, Sébastopolis et Kybistra25. Le compila teur fait aucune recherche parmi les actes du siècle précédent où il n'a aurait trouvé des renseignements beaucoup plus objectifs et en particulier l'annulation de l'acte d'Isaac II par Théodore Laskaris, qu'a connue l'annotateur du Bodleianus. 4. Transferts d'Occident en Asie Les évêques métropolites, privés de leur siège par l'occupation ennemie, avaient la ressource de se replier sur la capitale, où de toute manière les métropolites et les archevêques faisaient de fréquents séjours. Sous le 22. Il n'est pas inutile de rappeler que les titres de privilèges ou de propriété étaient la propriété du bénéficiaire et qu'il lui appartenait de les présenter pour faire valoir ses droits devant le tribunal, qui en estimait l'authenticité uniquement par la lecture et la critique interne. Comme il ne semble pas, d'après l'acte de 1342, que la demande venait de l'évêque lui-même, on se demande ce qu'était devenu l'acte original de promotion et où était conservé le souvenir de la rétrogradation, qui était au bénéfice de la métropole d'Ephèse. 23. La liste de 1216 se trouve dans VV 12, 1905, p. 103 ; celle de 1229 dans REG 7, 1894, p. 74-80. Mais de l'absence d'un nom dans une liste de présence ou de signature on ne peut rien conclure, car l'absence est explicable par plusieurs causes : vacance du siège, indisponibilité de l'évêque, etc. 24. L'acte patriarcal dit textuellement : « Nous avons trouvé bon nombre de livres nomocanoniques qui comptent dans le catalogue des métropoles aussi celle de Pyrgion ; parmi ces métropoles l'a énuméré également le défunt empereur (... Andronic II) dans le dénombrement et le classement composés alors sur son ordre par kyr Menas, dénombrement inscrit dans le nomocanon qui se trouve au saint monastère du Panté poptès » (MM, I, p. 229-230) ; on ne connaît pas de notice portant le nom de kyr Menas, mais il doit s'agir d'une notice (17 ou 18) attribuée à Andronic II : Notitiae, p. 179-180. 25. Notitiae, p. 181-182.

NOTES INÉDITES DE TRANSFERTS ÉPISCOPAUX

167

patriarche Nicolas III, réfugié lui-même de Pisidie, il y eut un mouvement de transferts important26. Il ne reste aucun acte de cette époque, et il semble qu'un certain nombre de cas, cités dans l'opuscule des transferts, étaient en réalité des donations ; le rédacteur n'emploie pas en effet continuellement à cette date le verbe transférer, mais aussi donner et recevoir : par exemple Pentakténès de Rossiana transféré à Lemnos et recevant en don Maroneia ; ou Sabas de Jérusalem, recevant aussi en don Maroneia ; pour Alaneia, la donation prend la forme d'union avec Sotèroupolis. Sous Michel d'Anchialos, Michel d'Amasée, transféré une première fois à Ancyre, obtint ensuite d'être transféré à Kérasous, parce que le séjour à Ancyre était devenu impossible à cause de l'occupation des Perses (Turcs)27. Il n'y a pas de liste d'évêques occidentaux émigrés après 1204. Tous d'ailleurs ne se rendirent pas en Asie ; ainsi Michel d'Athènes se réfugia d'abord dans les îles, puis en Thessalie. L'annotateur du Bodleianus dit que les prélats chassés par les Latins pouvaient trouver un établissement dans des métropoles vacantes ou des évêchés, mais ce devait être plutôt une épidosis qu'un transfert ; le métropolite transféré change tout à fait de titre, tandis que celui qui reçoit un siège en supplément garde son propre titre auquel il peut joindre le second. Les premières listes du 13e siècle, dans la tradition du siècle précédent, n'utilisent pas de double titulature ; cependant dans l'acte de la métropole d'Ephèse, daté de 1229, un évêque signe « de Mélanitzion et Korinthos » ; le même, en 1216, signait simplement «de Mélanitzion»28. L'adjonction de Korinthos indiquerait plutôt que l'évêque de Mélanitzion avait reçu un pouvoir sur Korinthos, non l'inverse, car le titre métropolitain passerait alors en premier. Bien qu'elle soit difficile à expliquer, cette titulature étrange trouve peut-être une justification dans la note du Bodleianus. 26. PG 119, 908 : voir les mentions de Pentakténès, Sabas de Césarée, Nicéphore de Gangres, Léontopolis, Athyra, Axioupolis, Alania. Nicéphore Calliste cite ces exemples juste avant la mention de Dosithée de Jérusalem et il ajoute des cas d'union de métropoles comparables à celui d'Alania avec Sotèroupolis, ce qui est encore autre chose qu'un transfert et une épidosis : PG 146, 1196-1197. 27. Regestes, n° 1126 ; l'acte mentionne le rang inférieur de Kérasous, de même que l'opuscule des transferts : PG 119, 908. On remarquera que c'est le métropolite qui demande l'échange d'Ancyre contre Kérasous ; dans la notice 17, l'usage constant de κατήχθη, ύπεβιβάσθη et autres synonymes ne signifie pas un acte positif du pouvoir, mais une appréciation du compilateur, qui compare deux listes selon des critères qui paraissent inexacts : Notitiae, p. 394 n. 13. 28. Mélanitzion n'est pas identifié et ne figure en tout cas dans aucune liste des notices.

168 5. L'acte de Jean Kamatèros

J. DARROUZÈS

La dernière note, qui ne concerne plus les transferts, traite des vacances de sièges en Asie, le terme géographique étant pris au sens large, puisque le synode et le patriarche avaient la responsabilité de toutes les provinces mais seulement dans la nomination des métropolites et des archevêques. Les historiens ne sont pas tout à fait d'accord sur le lieu de refuge du patriarche après 1204 (Didymoteichon ou Andrinople), ni sur la fin de son patriarcat (mort ou démission)29. Selon Georges Akropolitès et Nicéphore Calliste, Jean Kamatèros, ayant reçu une requête des gens de Nicée et de l'empereur qui lui demandait de venir à Nicée, renonça. La lettre dont parle la note du Bodleianus présuppose certainement aussi une requête ; comme la date est indéterminée dans l'intervalle de temps que Jean Kamatèros passa en exil, depuis la chute de Constantinople jusqu'à sa mort (26 juin 1206)30, il serait vain de vouloir établir un rapport de temps ou de cause entre la démission supposée et la présente lettre, qui fut sans doute le dernier acte du patriarche et qui est au moins le dernier attesté. En soi, la concession faite au synode paraît exorbitante du fait que le patriarche délègue sa fonction principale et pour ainsi dire constitutive depuis le concile de Chalcédoine, qui l'avait fait maître des élections de métropolites et de leur ordination. En raison des circonstances exceptionn elles, l'acte patriarcal ne risquait pas de créer un précédent canonique ; on remarquera en effet que la permission est accordée dans les limites d'une session synodale et dans un but bien défini. Ainsi il est impensable que le synode se soit prévalu de cette délégation pour procéder à d'autres élections pendant la vacance, jusqu'à l'arrivée de Michel Autoreianos ; la délégation cessait naturellement à la mort du patriarche. Les deux listes synodales les plus rapprochées de 1205-1206 sont celles de 1 197 et de 12093 1 ; il n'y a rien à en tirer concernant des élections faites par le synode sur ordre de Jean Kamatèros ; il faudrait des listes beaucoup plus nombreuses et plus rapprochées pour une vérification efficace.

29. Résumé de la question par V. Grumel, Les patriarches de Constantinople de 1111 à 1206, REB 1, 1943, p. 267-268. 30. Dans son article (note 29), V. Grumel donne la date du 26 mai ; ce doit être une distraction, car le compte de 2 ans, 2 mois et 14 jours après la prise de Constantinople doit partir du 12 avril 1204, date enregistrée dans les chroniques pour la prise de la ville par les Latins. 31. Listes des actes de Jean Kamatèros et de Michel Autoreianos : Regestes, nos 1185 et 1210.

NOTES INÉDITES DE TRANSFERTS ÉPISCOPAUX

169

Dépourvues de dates, de noms de lieux et de personnes, les deux dernières notes perdent un peu de leur intérêt pour l'historien. Le rédacteur semble avoir voulu insister sur la forme canonique de l'acte ; comme il ne parle de la lettre patriarcale que dans la seconde note, on peut se demander si les premières opérations — établissement en Anatolie des prélats réfugiés — se firent avant 1206 et sans lettre patriarcale, ou pendant la vacance, ou sous Michel Autoreianos. En admettant que l'ordre des notes soit historique, on en conclurait que les premières opérations de transfert ou de reclasse ment, qui n'exigeaient pas une nouvelle ordination, furent décidées par le pouvoir impérial, qui aurait soumis ses décrets à l'approbation d'un vote synodal32. Faute d'actes et d'exemples concrets, on ne se prononcera pas catégoriquement sur ce point. * * * Première conclusion : ces notes éclairent le rôle de l'empereur et du synode concernant la promotion des métropoles. Selon le manuel de chancell erie 14e siècle, la promotion d'un évêché au rang de métropole se fait du par prostagma impérial, ou bien le patriarche et le synode procèdent à l'acte par décision de l'empereur33. La volonté impériale est donc déter minante, comme l'indique le rédacteur, d'une part en citant l'auteur des promotions (Isaac II) et les auteurs de rétrogradations (Alexis III, Théodore Laskaris), d'autre part en attribuant au synode un rôle de chambre d'enre gistrement. Le synode, qui ne pouvait rien faire en cette matière sans le patriarche, avait beaucoup plus de liberté pour les actes ordinaires de l'administration, dont faisaient partie les ordinations, les donations, les transferts ; dans les circonstances exceptionnelles comme les débuts de l'empire de Nicée, où le siège patriarcal resta inoccupé pendant quatre ans, on ne sait pas exactement ce qui se passait. La lettre de Jean Kamatèros citée ici montre l'impuissance du synode sans patriarche. Seconde conclusion : par rapport aux notitiae episcopatuum, ces notes sont le témoin fortuit et l'unique vestige pour le moment d'une activité 32. En temps normal, acte synodal, note synodale, décision synodale signifient aussi acte patriarcal, car le patriarche préside l'assemblée ; lorsque l'annotateur dit au sujet de Pyrgion que le synode a collaboré, et au sujet des transferts qu'il y eut aussi vote du synode, il faut entendre cela d'un acte normal en présence du patriarche ; en effet, dans la note suivante, l'absence du patriarche est justement signalée comme exceptionnelle. 33. J. Darrouzès, Ekthésis néa, manuel des pittakia du xive siècle, REB 27, 1969, p. 77.

170

J. DARROUZÈS

importante, mais que les compilateurs n'ont connue que par bribes. L'annot ateur, qui connaît le sort d'Argos et de Pyrgion, ne sait rien d'Hypaipa, Nysos et Gardikion, qui subirent sans doute le même sort. Inversement les compilateurs des listes ne suivent pas un modèle officiel mis à jour périodiquement par l'administration : par exemple Ν et AB, qui ont même finale Argos, n'ont pas le même nombre de sièges ; on ne saurait dire si Ν les a ignorés ou omis par faute de copie, ni si AB a commis une interpolation34 ; de toute manière une vérification s'impose par une autre source35, quand elle existe. A plus forte raison, quand la distance avec les événements et les actes originaux s'accroît, comme dans les notices du 14e siècle, les risques d'inexactitude s'aggravent. Les finales des notices 17 et 18 en particulier, qui devraient donner les progrès de la liste à partir de la fin du 12e siècle, sont purement livresques et sans aucun rapport avec la progression numérique réelle des sièges36. C'est le changement le plus grave dans l'ordre des préséances, qui est devenu arbitraire au cours du 13e siècle, après avoir été, depuis l'origine et sans exception notable connue, un ordre historique d'ancienneté.

34. Les sigles renvoient au tableau, p. 161. 35. C'est l'une des règles les plus importantes pour l'utilisation des listes ; comme celles-ci n'émanent pas d'un acte officiel, mais d'une compilation, l'inscription du nom n'est qu'une présomption en faveur du titre episcopal. 36. La dernière finale authentique, ou correspondant à la progression exacte des métropoles, est 84 Apros ; comme je l'ai dit plus haut, 89 Argos (tableau) pose déjà des problèmes.

Sign up to vote on this title
UsefulNot useful

Master Your Semester with Scribd & The New York Times

Special offer for students: Only $4.99/month.

Master Your Semester with a Special Offer from Scribd & The New York Times

Cancel anytime.