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Oeuvres de Mgr de Segur (Tome 16)

Oeuvres de Mgr de Segur (Tome 16)

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ŒUVRES

DE

QUATRIÈME

SÉRIE

TOME

SEIZIÈME

P A R I S

Librairie Saint-Joseph

TOLRA,

LIBRAIRE-ÉDITEUR

Ji2 bis, r u e d e R e n n e s , 112 bis 1893
T o u s droits réservés

Biblio!èque Saint Libère
http://www.liberius.net © Bibliothèque Saint Libère 2010. Toute reproduction à but non lucratif est autorisée.

ŒUVRES
DK

DE SEGUE

LE

JEUNE OUVRIER CHRETIEN

LE

JEUNE OUVRIER CHRÉTIEN

P R E M I È R E PARTIE
CHAPITRE Y

LE PÉCHÉ

I

Ûu péché qui est la ruine de la v i e chrétienne.

Lorsqu'on a le m a l h e u r de succomber à la tentation, on c o m m e t le péché. Le péché est la violation de la loi du bon DIEU ; c'est, en pratique, le m é p r i s plus a u moins formel, plus ou moixib grave, de sa sainte volonté. Et c o m m e cette volonté adorable de DIEU est le bien p a r excellence, le péché est si
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LE JEUNE OUVRIER CHRETIEN. — 1.

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l'on p e u t parler ainsi, le mal p a r excellence; c'est le mal parfait, c'est le mal absolu, qui nous sépare de J É S U S CHRIST, la vie et la gloire do notre â m e . Tu te rappelles., mon enfant, ce que noua avons dit préc é d e m m e n t de la vie surnaturelle de notre â m e et de notre u n i o n avec le bon DIMU. JÉSUS-CHRIST se d o n n e et s u n i t à nous par sa g r â c e ; il nous c o m m u n i q u e son tësprit-Saint qui, répandu d a n s notre âme c o m m e la sève du cep de vigne se répand d a n s les r a m e a u x , devient la vie de notre âme et le p r i n c i p e d e la fécondité pour le ciel. Le péché, le péché grave du moins, fait n notre âme co que ferait au rameau de la v i g n e u n coup de pierre ou u n coup de hache qui le briserait et le séparerait du c e p : il tarirait aussitôt la sève, et, par conséquent, ferait de ce r a m e a u vivant un r a m e a u m o r t . Le péché nous fait p e r d r e JÉSUS-CHRIST, nous sépare dé JÉSUS-CHRIST, qui est, j e ne saurais trop te le répéter, la vie spirituelle et éternelle de ton âme. T a n t que n o u s sommes sur la terre, n o u s pouvons perdre JÉSUS-CHRIST; et c'est pour cela, c o m m e n o u s le dit l'Apôtre saint Paul, qu'il nous faut« opérer notre salut avec, crainte et tremblement. » 11 ne faut pas c r a i n d r e le bon DIEU, qui est infin i m e n t doux et miséricordieux ; mais il faut c r a i n d r e de l'offenser, il faut c r a i n d r e de le perdre, il faut c r a i n d r e le péché qui nous le ferait perdre. Un seul péché grave suffit p o u r anéantir la vie de DIEU en notre â m e et pour nous séparer de notre très saint et très bon J É S U S . Un seul péché mortel suffit p o u r faire tomber n o t r e à m e en la puissance du démon, qui la dirige vers l'enfer. « Elle tombe du ciel dans l'abîme, » dit saint Bernard. Elle n'y est pas encore, mais elle en p r e n d le c h e m i n . Ainsi le péché est la m o r t de l'&me. On l'appelle mortel, lorsqu'il est grave et complet. En général, pécher, c'est se

LK JEUNE OUVRIER CHRETIEN-. — 1 .

W

détourner v o l o n t a i r e m e n t de DIEU pour faire.ic m a l . Pécher mortellement, c'est se d é t o u r n e r tellement du bon DIEU, que l'union de la grâce se trouve t o u t à fait r o m p u e et que la pauvre â m e , vide du Saint-Esprit, séparée de JÉSUS, n e vit plus de la vie de DIEU. « De m ô m e que l'àme esL la vie du corps, de m ê m e DIEU est la vie de l'âme, dil saint A u g u s t i n ; et de m ê m e que le corps m e u r t qtiand il rend l'àme, de m ê m e l'àme m e u r t q u a n d elle perd DIEU. » Mon pauvre enfant, dis-moi, n'est-ce pas là. le plus g r a n d des m a l h e u r s ? « O h ! sans doute. Mais que faut-il po,ur qu'un" péché soit mortel et nous fasse perdre ainsi N o t r e - S c i g n e u r ? »— Le voici. Il est très i m p o r t a n t de le bien savoir ; cela évite de grandes-peines d'esprit. Pour q u ' u n péché soit mortel,. trois conditions sont nécessaires: 1° u n e m a t i è r e grave ; 2° u n e connaissance complète de la gravité du mal que l'on va faire ; et 3 ° u n e volonté pleine et'formelle de faire ce que l'on sait ainsi être g r a v e m e n t défendu.— De m ê m e q u ' u n trépied t o m b e à terre dès qu'il lui m a n q u e un seul de ses trois soutiens ; de m ê m e u n péché n'est et ne peut être mortel lorsqu'il n e réunit pas ces trois conditions. « Et si je. croyais par e r r e u r que telle ou telle action est g r a v e m e n t défendue et q u e je la fisse n é a n m o i n s , c o m mettrais-jc un péché m o r t e l ? »—Oui, m o n p a u v r e Jacques ; car le péché est, a v a n t tout, dans l'intention, dans la volonté. « On c o m m e t toujours un péché mortel, dit le g r a n d Docteur saint T h o m a s , lorqu'en p é c h a n t l'on est persuadé qu'on fait u n péché mortel. » P a r exemple : tu crois que telle ou telle petite désobéissance, que tel ou tel petit m e n s o n g e , petit vol, petite i n d é c e n c e , etc., est un péché mortel, t a n d i s qu'en réalité ce n'est qu'une faute légère, quelquefois m ê m e pas u n e faute d u tout ; tu le

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LE JEUNE OUVRIER CHRÉTIEN. — I .

fais n é a n m o i n s bien sciemment, bien v o l o n t a i r e m e n t ; lu c o m m e t s u n péché mortel. Ta volonté, en effet, a donné à cette petite infraction une gravité qu'elle n'avait pas en e l l e - m ê m e ; et s'il n'y a pas eu matériellement péché' grave, il y a eu, comme disent les théologiens formellement péché grave. En d'autres termes, il y a eu pour toi, dans ce péché, connaissance complète bien q u ' e r r o n é e , et enfin volonté pleine et entière. Dans tout ce qui touche la conscience, la volonté joue toujours le rôle principal ; car, après tout, la volonté c'est n o u s - m ê m e s ; c'est ce qui nous rend bons ou m a u v a i s ; c'est ce qui nous fait m é r i t e r ou démériter. Mon c h e r enfant, aies toujours en présence de ton DIEU, u n e volonté bien droite, bien, énergiquement résolue à ne j a m a i s faire le mal de propos délibéré, et à toujours faire le m i e u x possible ce que Lu sauras être le bien. Tu p o u r r a s parfois te tromper : oui, sans d o u t e ; tu pourras faire le mal en croyant faire le bien : mais tu ne pocheras point, t u n e te détourneras pas volontairement du DIEU de ton cœur. II
Des redoutables effets du péclié mortel.

0 mon pauvre Jacques, n e commets j a m a i s un péché mortel ! Le péché mortel serait à ton âme ce que la m o r t serait à ton corps. As-tu j a m a i s v u u n cadavre e n dissolution? Quelle h o r r e u r ! Quelle infection! Quelle couleur livide et repoussante ! Telle, et bien pis encore, est a u x regards de DIEU et de ses Anges, l'àme en péché mortel, Tâme privée de JÉSUS-CHRIST et vide de l'Esprit-Saint. A u c u n e langue h u m a i n e ne saura j a m a i s dire ce que

US JEUNE OUVRIER CHRETIEN. — I .

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le péché mortel fait d ' u n e â m e . Un j o u r cela fui m o n t r é par le bon DIEU à sainte Thérèse.» Je voyais l'Ame, dit-elle, .comme un i m m e n s e d i a m a n t tellement resplendissant de l u m i è r e , qu'il semblait être tout l u m i è r e . C'était merveilleusement beau. Tout h coup j ' a p e r ç u s , en place de cette lumière, j e n e sais quelle épouvantable figure toute ténébreuse, effroyable à voir; et j e crois que, si cette vue eût duré plus longtemps, j ' e n aurais p e r d u ' c o n n a i s s a n c e et serais morte de frayeur. Mon divin Maître m e d i t , q u e c'était là u n e très faible image de' ce que faisait d a n s l'âme le péché mortel, et. p r i n c i p a l e m e n t le péché d é s honncle. » • L'âme en péché mortel a perdu D I E U . Qui p o u r r a j a m a i s c o m p r e n d r e ce que c'est que p e r d r e DIEU? P o u r c o m p r e n d r e le péché mortel, il faudrait pouvoir c o m p r e n d r e et l'enfer cl le feu éternel des d a m n é s , et le poids infini de la malédiction divine. Il faudrait pouvoir sonder les abîmes infinis des d o u leurs de N . - S . JÉSUS-CHRIST ; il faudrait pouvoir c o m p r e n d r e sa Passion, son Agonie et sa Sueur de sang.; il faudrait pouvoir c o m p r e n d r e la croix et le calvaire. P e r d r e JÉSUS-CHRIST, c'est perdre la vraie vie, c'est p e r d r e le v r a i bonheur,.la paix, la joie, le ciel. Le jeune h o m m e qui c o m m e t le péché mortel est u n traître, u n déicide, qui pose de n o u v e a u en lui-même la cause du crucifiement et de toutes les souffrances d u Seigneur JÉSUS. C'est u n abominable i n g r a t , qui foule a u x pieds le sang et l'amour de son DIEU ; c'est un fou qui, pour u n misérable plaisir, risque toute son éternité ; un sacrilège qui méprise, du moins en pratique, et son b a p tême, et son salut, et toutes les .grâces magnifiques d o n t il a été comblé p a r la b o n t é de DIEU. « Le péché mortel, dit le g r a n d m a r t y r du Cotisée, saint Ignace, Evèquer

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LE JEUNE OUVRIER CHRÉTIEN. — I .

d'Antiocho, le péché mortel est un germe de Satan, qui transforme l'homme en démon. » Et, m o n c h e r entant, si c'est u n e g r a n d e folie q u e de c o m m e t t r e le péché mortel, j u g e u n peu do ce qu'il faut penser dû chrétien qui y demeure volontairement. C'est une folie incompréhensible. « Je ne puis c o m p r e n d r e , s'écriait saint Thomas dWquin, c o m m e n t u n h o m m e en état de péché mortel p e u t r i r e et avoir de la joie. » Dès qu'on a eu le m a l h e u r de perdre DIEU, il faut à tout prix s'efforcer de le recouvrer, et, sans a u c u n retard, l'entrer en sa grâce, d'abord par u n profond repentir, bien vif, bien cordial, puis par une h u m b l e et sincère confession. — Lorsque tu te laisses tomber à terre, dans la boue, que fais-tu? As-tu seulement idée de rester là. tout crotté, tout sali ? Aussitôt tombé, tu te relèves ; et ton premier soin est d'aller te laver, te brosser, Ainsi dois-tu faire q u a n d il s'agit de ton àme, dont la netteté doit t'ètre mille fois plus chère que celle de ton corps. A peine tombé d a n s la boue mortelle du péché, il faut te relever, c'est-à-dire te r e p e n t i r ; et, de m ê m e qu'il ne suffit pas de se relever q u a n d on est tombé dans la boue, de môme, quand t u as p é c h é , il ne suffit pas de te r e p e n t i r ; il faut aller le plus tôt possible te confesser, laver ton àme, par l'absolution, dans le sang de J É S U S CHRIST ; il faut aller te faire brosser. Or, tu le sais, mon cher Jacques : c'est à ses prêtres que JÉSUS-CHRIST a confié la belle brosse qui seule a la puissance de faire d i s p a r a î tre toutes les souillures des â m e s . Combien n'ai-je pas vu de bons jeunes gens, a d m i r a bles à cet égard? A peine l'étourderie ou la faiblesse leur avaient-elles fait donner d u nez en terre, ils se relevaient bravement, h u m b l e m e n t , pleins de confiance d a n s le cœur miséricordieux de JÉSUS, et allaient se confesser,

LE JEUXE OUVRIER C1IAÉT1EN. — I .

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avec une franchise ravissante, afin de ne pas rester, par leur faute, u n e seule m i n u t e de plus en état de péché mortel. Si jamais, m o n p a u v r e g a r ç o n , tu avais le malheur de faire u n gros péché (ce qu'à DIEU ne plaise !) il faudrait suivre leur exemple, et saisir la p r e m i è r e occasion d'aller te purifier en te confessant. II y va quelquefois du salut éternel. On m e racontait, il y a quelques années, l'histoire d'un bon petit apprenti de treize ou quatorze a n s , qui, * r e n c o n t r a n t u n samedi soir assez tard sa m a r r a i n e au m o m e n t où il rentrait à la maison, lui avoua naïvement q u ' a y a n t fait je ne sais quelle grosse faute, il n'avait pas voulu r e m e t t r e sa confession au lendemain matin. « D'abord, ajoutait-il, j ' h é sitais u n - p e u ; m a i s m a i n t e n a n t je suis bien c o n t e n t , et j ' a i le c œ u r tout léger. » La bonne m a r r a i n e le félicita et t'embrassa m a t e r n e l l e m e n t . Le l e n d e m a i n m a t i n , l'apprenti'était trouvé m o r t dans son lit ! • Il y a des gens au coeur égoïste, à la conscience g r o s sière, qui s'imaginent qu'ayant fait u n p é c h é mortel, ils peuvent en faire deux, trois, quatre, six, dix, etc. ; Comme si c'était un gain de faire des p é c h é s ! et c o m m e si, même en supposant le pardon, le Purgatoire n'était point là avec son Jeu v e n g e u r et redoutable! Ils s'imaginent qu'il' en est de la m o r t de l'àme c o m m e de la m o r t du . corps ; ce qui est u n e g r a n d e erreur : u n e fois qu'un corps est mort, on aurait beau le frapper de mille coups de couteau pu d'épée, il n'en serait pas plus mort. Mais p o u r Tâme, chaque coup mortel, c'est-à-dire c h a q u e péché, l'éloigné de plus en plus de JÉSUS-CHRIST qui est sa vie, sa vie éternelle. L'àme est un esprit, et à cause de cela, elle peut être plus ou moins vivante, plus ou m o i n s morte : elle est d'autant plus ou moins vivante qu'elle est plus parfaitement unie à Notre-Seigneur. par la g r â c e .

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LE JEUNE OUVRIER CHRÉTIEN.

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par l'Eucharistie, par la pureté, p a r l ' a m o u r ; elle est d'aut a n t plus morte qu'elle est plus éloignée de lui par des péchés plus graves et p a r des péchés plus répétés. — C'est c o m m e le thermomètre : plus la c h a l e u r est grande, plus le m e r c u r e monte les degrés qui sont au-dessus d e zéro ; et plus le froid est intense, plus le m e r c u r e descend au-dessous de zéro. Il est bien évident qu'il fait beaucoup plus froid à vingt degrés qu'à zéro, à trente degrés qu'à vingt. Le froid c'est la m o r t , la glace d u péché mortel ; plus on pèche, plus on descend dans la m o r t . Au dernier degré, tout à fait en bas, là où l ' h o m m e p é c h e u r semble n e pas pouvoir atteindre, il y a Satan, l'horrible chef et père des pécheurs. « Quand ou fait un p é c h é mortel, est-ce Noire-Seigneur qui s'éloigne? » — Oui et n o n . Non, en ce sens que c'est nous qui changeons, qui devenons mauvais, qui nous détournons de lui, qui le quittons, c o m m e jadis l'enfant prodigue s'éloigna de son p è r e et de la maison paternelle ; oui, en ce sens que Notre-Seigneur, qui est la sainteté m ê m e , ne peut d e m e u r e r là où il r e n c o n t r e le p é c h é . Quand tu fermes les y e u x en plein m i d i , tu n'y vois plus c l a i r ; mais, dis-moi, est-ce la l u m i è r e qui s'éloigne .de toi? N'est-ce pas toi-même qui te prives d e la lumière ? Ainsi q u a n d nous avons follement chassé JÉSUS-CHRIST de n o t r e à m e , nous l'obligeons de s'éloigner, de se séparer de nous. Mais il ne s'éloigne d u p a u v r e pécheur q u ' a u t a n t que l'exige sa sainteté; sa b o n t é , sa miséricorde l'attirent sans cesse v e r s nous ; et il est là, c o m m e à la porte de notre cœur, n o u s disant: « Voici que je m e tiens là ; j e t'attends, j e frappe, ouvre-moi ! » Quelle bonté et qu'elle douceur, unies à l'infinie sainteté! 0 m o n Sauveur JÉSUS ! n o n , j a m a i s j e n e vous chas-

LE JEUNE OUVRIER CHRÉTIEN. — I .

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serai de m o n c œ u r ; j a m a i s , avec le secours :de votre grâce*cl de vos sacrements, je ne c o m m e t t r a i un p é c h é ' morLel ! Que la b o n n e Sainte-Vierge m ' o b t i e n n e de rester, toujours, toujours, fidèle à votre grâce, j u s q u ' a u d e r n i e r soupir de m a vie. III
Comment on peut se préserver du p é c h é mortel.

On le peut toujours, et par conséquent, on le doit. J a mais on n'est obligé de faire u n péché m o r t e l . On p e u t quelquefois être forcé par la violence de faire m a l g r é soi des choses matériellement mauvaises ; m a i s du m o m e n t que la volonté n ' y est pas, il n'y a pas, il n e peut pas y avoir dé péché. Le péché, en effet, c o m m e nous l'avons déjà dit, est avant tout u n acte de la volonté, de la volonté libre. Quant au péché véritable, on s'en préserve en p r e n a n t les moyens nécessaires. Je t'en i n d i q u e r a i trois p r i n c i p a u x , mon brave enfant. Le premier, absolument nécessaire, consiste à éviter le plus soigneusement possible les occasions d a n g e r e u s e s . Nous avons déjà t o u c h é u n m o t de cela, e n p a r l a n t d e s tentations ; mais il y a cette différence qu'on ne p e u t pas toujours prévenir ces tentations, t a n d i s qu'on peut toujours (entends-tu bien cela), toujours se préserver du p é ché. « Celui qui aime le péril, y périra », a dit le Fils de Diiîiu. Celui qui se m e t les doigts dans le feu, s y b r û l e r a . Celui qui s'étendra d a n s la boue s'y salira. Celui qui avalera du poison, s'empoisonnera. C'est là u n e vérité de foi et de sens c o m m u n tout ensemble. .Donc, mon c h e r

'H»

LE JEUNE OUVRIER CHRETIEN.

—ï.

Jacques, si tu veux te préserver, évite tant que tu peux les occasions de p é c h e r : si tu veux éviter le péché i m p u r , évite cette imprudence que tu sais, et qui Va déjà fait tomber maintes fois ; évite la compagnie de ce c a m a r a d e , de ce polisson, dont les conversations et les plaisanteries roulent toujours sur ces choses-là; évite la lecture de ces mauvais romans, de ces livres licencieux qui sont hélas ! si répandus et dans nos villes et dans nos c a m p a g n e s ; évite les bals publics et les mauvais théâtres ; évite, en un mot, tout ce qui est capable d'entraîner u n j e u n e h o m m e d a n s le mal. — Et ce q u e j e te dis là du péché honteux, j e te le dirai avec n o n m o i n s de vérité de tous les autres, de la colère, de la paresse, de la g o u r m a n d i s e , des jeux de h a s a r d , etc. En second lieu, je te r e c o m m a n d e , c o m m e g r a n d et tout-puissant préservatif, la prière de c h a q u e ' j o u r , ainsi que l'examen de conscience. À ta prière du m a t i n , prépare t a journée, prévois les occasions dangereuses qui pourront se présenter, p r e n d s de bonnes et fortes résolutions, et entre ainsi en c a m p a g n e , a r m é de toutes pièces. Dans le courant de la j o u r n é e , renouvelle de temps en temps ces résolutions, et demande à Notre-Seigneur, dem a n d e à la Sainte-Vierge de les bénir. Enfin, à ta prière du soir, avant de te c o u c h e r , examine sérieusement où tu en es, demande pardon au bon DIEU des fautes qui te sont échappées, et prépare ta nuit, c o m m e tu as préparé ta j o u r n é e . Au point de vue de la sainte vertu, ce conseil est d'une importance m a j e u r e ; et, s i t u l'observes fidèlement, tu y trouveras un excellent préservatif contre le p é c h é . Sois bien vigilant le m a t i n , le soir, la nuit, le j o u r : le loup cherche à te dévorer; l'ennemi cherche à te tuer. Le troisième préservatif, lui aussi indispensable, que j e le r e c o m m a n d e si tu veux demeurer en état de grâce,

LE JEUNE OUVRIER CHRETIEN. — I .

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c'est la confession bien régulière et la c o m m u n i o n n o n seulement régulière, mais fréquente. Vois-tu,, m o n garçon, c'est là te moyen des m o y e n s . La confession, accompagnée deâ bons avis, des e n c o u r a g e m e n t s , des directions de ton père spirituel, te fera éviter la plupart des illusions et des d a n g e r s auxquels on est si exposé à l o u a g e ; et tu y a p p r e n d r a s à dise ruer de m i e u x en mieux ce qui est bien et ce qui est mal, ce qu'il faut faire et ce qu'il faut éviter. La sainte c o m m u n i o n , qui viendra' régulièrement et souvent c o u r o n n e r les confessions, t'apportera la force de suivre fidèlement les avis de ton directeur : elle te c o m m u n i q u e r a la forée même de JÉSUS-CHRIST-, c o m m e le feu s'insinuant d a n s le charbon lui c o m m u n i q u e sa chaleur. Le Concile de Trente lui-môme n o u s "enseigne formellement que Noire-Seigneur. JÉSUS-CHRIST a institué l'adorable - a c r e m e n t de la c o m m u n i o n , c o m m e « un a n tidote qui nous préserve des péchés mortels. » S'il y a tant d'apprentis et de jeunes ouvriers qui a b a n donnent le bon DIEU après leur première . c o m m u n i o n , qui tombent et r e t o m b e n t dans de gros péchés, qui d e viennent les v i c t i m e s des mauvaises habitudes, qui o u blient le chemin de. l'église et du patronage p o u r celui d u cabaret et du café, c'est avant tout, je rie c r a i n s point de [affirmer, parce qu'ils ne c o m m u n i e n t pas assez souvent, parce qu'un ne les fait pas communier assez souvent, Pauvre petit péchpur, va à ton bon J É S U S , va à ton Sauveur, pour qu'il te sauve. Faible, va à Celui qui seul est fort, afin qu'il te fortifie contre t o i - m ê m e , contre tes passions, contre t a légèreté, contre les assauts et les séductions du dehors. Va chercher en JÉSUS ce qui te manque et ce qu'il-veut te d o n n e r . Que le démon est rusé dans la g u e r r e qu'il fait a u x âmes! Afin de nous éloigner de JÉSUS-CHRIST, noire u n i q u e XTl 3

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LE JEUNE OUVRIER CHRÉTIEN. — I .

S a u v e u r , el du g r a n d S a c r e m e n t de son a m o u r , il met en a v a n t toutes sortes de ruses et de beaux prétextes ; il tait I15 dévot, le théologien : « Ne c o m m u n i e pas si souvent, dit-il à ce pauvre apprenti, h ce pauvre petit o u v r i e r ; tu n'es pas assez instruit; tu n'as pas assez de t e m p s à consacrer à la prière pendant la semaine. A Ui .bonne heure, si tu pouvais aller à la messe tous les j o u r s , c o m m e les gens qui n'ont rien à Taire ! Mais toi, il faut que tu t r a vailles ; c'est bien assez pour toi d'y aller tous les mois, et m ê m e aux quatre ou cinq grandes fêtes seulement. Tu l.*y prépareras m i e u x ; ce sera plus respectueux. Tu .en tireras beaucoup plus de profit. Vois un .tel et un tel : ils sont bien sages, bien b o n s ; ot cependant, ils n'y vont l\uk Pâques et à Noël. Laisse dire les curés ; ce sont des gens exagérés. Ils v o u d r a i e n t faire de nous des capucins. Crois-moi, n'y va pas trop souvent. Et puis, cela empêche do s'amuser, do faire c o m m e les autres, etc. » Hélas! combien de p a u v r e s âmes se laissent prendre à ces sifflements du v i e u x Serpent, c o m m e j a d i s Eve au paradis terrestre. La seule différence, c'est qu'il disait a Eve: c Mange, et tu v e r r a s ; » tandis qu'ici il te d i t : « No < m a n g e pas, du m o i n s p a s s o u v e n t : et tu v e r r a s . » Donc, mon cher Jacques, mon cher et bon enfant, si tu veux éviter le péché et le vice, si tu veux garder- une foi vive et des mœurs pures, va souvent et r é g u l i è r e m e n t aux sources du salut, qui s o n t les deux incomparables sacrem e n t s de la Pénitence et de l'Eucharistie. Ne t'en laisse d é t o u r n e r par rien ni p a r personne. Joins-y la bonne prière el la fuite des occasions, « el lu verras ! » Tels sont, mon bon Jacques, les trois p r i n c i p a u x m o y e n s que je te recommande d e la part du bon DIEU, pour te préserver du péché m o r t e l .

JLE JEUNE OUVRIER CHRÉTIEN. — 1 .

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IV
Comment on peut se purifier du péché mortel.

Nous avons vu c o m m e n t on peut se préserver du péché mortel, et j e t'ai indiqué, mon cher enfant, trois m o y e n s principaux, q u o i u no perdras j a m a i s de v u e : d'abord, la fuite courageuse des occasions, m ê m e des occasions agréables et s é d u i s a n t e s ; puis, l'exactitude à p r i e r dt à bien prier m a t i n et soir, en r e n o u v e l a n t tes résolutions, en p r é p a r a n t tes journées et tes n u i t s ; enfin, la fréquentation régulière des sacrements, l'ouverture la pins cordiale v i s - H - v i s de ton père spirituel, et la c o m m u nion, fréquence hien soignée, bien pieuse, Si.cependanttu venais à commettre par fragilité, p a r surprise, quelque grosse faute, que faudrait-il faire? Avant tout, m o n bon Jacques, avant tout, pas de découragement. Le d é c o u r a g e m e n t , c'est le péché des p é c h é s . Qu'est-ce que J u d a s , sinon un pécheur qui s'est découragé, qui s'est perdu par d é c o u r a g e m e n t ? S'il brûle éternellement en enfer; c'est le d é c o u r a g e m e n t qui Ta m e n é là. Il eût été p a r d o n n e c o m m e saint Pierre si, c o m m e saint Pierre, il avait eu confiance en son bon Maître et s'était repenti avec a m o u r . Il eût été p a r d o n n é c o m m e le bon larron, si, c o m m e le bon larron, il avait jeté vers JÉSUS le cri d'un c œ u r repentant, aussi confiant q u ' h u m i l i é . Ne l'oublie j a m a i s , m ê m e dans tes chutes les plus graves, les plus profondes : le bon D I E U est toujours le bon DIEU ; JÉSUS pardonne fout, a b s o l u m e n t tout, au pauvre pécheur qui se r e p e n t s i n c è r e m e n t et qui d e m a n d e pardon.

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Mais, diras-tu peut-être, c o m m e n t s'y p r e n d r e pour d e m a n d e r pardon de manière à être sur dïilre p a r d o n n é ! Le m o y e n est très-simple, et tracé de la main m ê m e de JICSUS-CHRIST. FI consiste à aller se confesser, se confesser de tout son cœur. La confession est lu plus m e r veilleuse, la pins prodigieuse invention de l'amour miséricordieux de DIEU à l'égard des pécheurs r e p e n t a n t s . C'est u n prodige, renouvelé chaque j o u r h travers tous les siècles et sur toute la surface de la terre, où J E S U S GHRIST ressuscite les â m e s que le péché a t u é e s : et ce prodige, il l'opère par le ministère et la parole de ses prêtres, comme jadis il opéra la résurrection de Lazare, p a r l e ministère et la parole de l'humanité dont il s'était revêtu. JÉSUS-CHRIST, l'Homme-DiKU. n ressuscité La/are : le prêtre, l'Homme de DIEU, ressuscite les pécheurs. C'est pour cela que J f h u s - C U R J S T a choisi le j o u r m ê m e de sa résurrection, le jour de Pâques, pour instituer cet a d m i rable sacrement de Pénitence, qui n'est autre chose que le sacrement de la r é s u r r e c t i o n des âmes et le dernier effort de la miséricorde divine. Quand on a eu le m a l h e u r de pécher mortellemeuL de se séparer de JÈSUS-CIIRISX par un péché g r a v e , la confession, unie au repentir, est l'unique moyen de recouvrer la grâce du bon DIEU- Q u a n d on peut se confesser, on doit se confesser; point de confession, point de pardon : DIKU m ô m e l'a ainsi décidé, et nul h o m m e sur Ja terre n ' a le pouvoir de changer cette loi. La contrition la plus vive, les larmes", les pénitences extérieures, les prières e t . l e s supplications seraient impuissantes ai te r e n d r e la grâce de DIKU, mon pauvre enfant, si, pouvant le confessera tu ne voulais ou lu n'osais le faire. Ceci est de foi. C est ce qui est arrivé à un j e u n e h o m m e , dont saint Antonin de Florence raconte la terrible histoire. Jusqu'à

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seize a n s , il s'était conservé parfaitement p u r , ' g r â c e k la confession et c o m m u n i o n de c h a q u e s e m a i n e . Il lui arriva, paraît-il, de se laisser e n t r a î n e r alors dans u n e faute très-grave. Il n'eut pas le c o u r a g e d'aller s'en débarrasser aussitôt. « Je m ' e n confesserai'dimanche, » ise dit-il. Le d i m a n c h e , il n'osa point; il lit u n e confession plus qu'incomplète et c o m m u n i a , c o m m e d'habitude, avec sa famille. Bourrelé de r e m o r d s , il v o u l u t aller retrouver son confesseur: m a i s le démon de l ' a m o u r - p r o p r e p a r v i n t si bien à lui fermer la bouche, que ses confessions et par conséquent ses c o m m u n i o n s ne firent que le r e n d r e de plus en plus m a l h e u r e u x . Les r e m o r d s a u g m e n t a i e n t en proportion de ses sacrilèges; il était devenu triste, sombre, malade de c h a g r i n . 11 faisait de g r a n d e s pénitences. Il faisait tout, excepté ce qu'il fallait faire, à savoir, se confesser h u m b l e m e n t et sincèrement. Autour de lui, il passait pour u n petit saint. N'y tenant plus, il résolut d'entrer d a n s u n couvent fort austère du voisinage. « Là du moins, se disait-il, j e d i r a i tout, et je ferai pénitence tout le reste de m a vie. » Avec l'autorisation de ses pieux parents, il e n t r a d o n c au couv e n t ; mais entrer au couvent ne donne point l'humilité et n e c h a n g e pas le cœur- Se voyant estimé de ses S u p é rieurs, qui n'avaient e n t e n d u dire de lui q u e du bien, il remit à plus tard la confession de ses tristes secrets. Hélas ! plus tard'était toujours plus tard, et d e m a i n n'était j a m a i s a u j o u r d ' h u i . D'illusions en illusions, le p a u v r e j e u n e h o m m e , toujours dominé par la m a u v a i s e honte, passa plusieurs a n n é e s encore dans ce lamentable éiat. Il faisait des pénitences extraordinaires, et, dans le couvent c o m m e dans le m o n d e , on le regardait c o m m e u n saint. C'était précisément là ce qui le perdait. Il en arriva au point de d e m a n d e r la m o r t afin q u e .

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d a n s ce m o m e n t suprême, il p û t enfin d é c h a r g e r su c o n s cience. Il tomba malade, si d a n g e r e u s e m e n t malade qu'on pensa à l'administrer; niais le délire s u r v i n t et il mourut sans avoir pu se confesser. Le surlendemain, p e n d a n t qu'on préparait ses funérailles, il apparut, c o m m e tout i m p r é g n é et enveloppé de feu, à l'un de ses Frères. 11 lui raconta son épouvantable histoire, et, de la part de DIKU, lui c o m m a n d a d'aller la dire à ses Supérieurs. Je le répète, quand on peut se confesser, la confession est la condition indispensable du p a r d o n ; et en pareil cas, le repentir sans la confession d e m e u r e r a i t stérile. Pour affermir la résurrection de l'âme, rien n'est plus utile que de joindre la sainte c o m m u n i o n à l'absolution. La c o m m u n i o n étant le s a c r e m e n t de la force et de la persévérance, rien n'est p l u s logique, q u a n d on s'est purifié du péché mortel p a r une bonne confession, q u e de recourir sans retard à ce « Pain des forts, » q u i n ' e s t autre que JÉSUS l u i - m ê m e , le Sauveur et le bon Pasteur des âmes. Une bonne c o m m u n i o n efface d ' u n e manière admirable les traces des péchés p a r d o n n e s ; et rien n est plus capable de nous r e m e t t r e tout à fait s u r pied après nos défaillances. Puis, il faut faire p é n i t e n c e ; il faut expier nos pauvres péchés. Pour cela, les occasions ne te m a n q u e r o n t pa&, m o n c h e r enfant ; sans c o m p t e r les petites mortifications volontaires que tu p o u r r a s t'imposer, tu a u r a s à tout propos à offrir au bon D I E U en expiation les fatigues de ton travail de chaque j o m v l e s ennuis et les peines de la .vie, le froid et le c h a u d , les petites humiliations «et les d u r e t é s auxquelles t'expose ta condition m ê m e , etc. « Mais si on ne peut pas se confesser? s'il n ' y a pas là de prêtre ? » — Alors le bon DIEU fait d i r e c t e m e n t m i s é ?

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ricorde, mais à la condition qu'on se r e p e n t e parfaitement. La contrition parfaite, accompagnée du désir sincère de se confesser dès qu'on Je pourra, chasse i m m é d i a t e m e n t le péché et r e m e t l'àme en état de g r â c e . Mais dans ce cas encore, pour que Ja contrition puisse effacer le péché' mortel, « il faut, dit le Cathéchisme du Concile de Trente, qu'elle soit si A'éhémente, si vive, si pleine d ' a m o u r de DIEU, que la vivacité du repentir égale la g r a n d e u r des fautes. » Or, il ne faut pas se le dissimuler; cette c o n t r i tion parfaite, très-facile aux chrétiens fidèles, ne Test guère a u x âmes indifférentes qui vivent habituellement séparées de JÉSUS-CHRIST par le péché. Elle est n é a n m o i n s possible à tout |e m o n d e . DIEU aidant. — Ne l'oublie pas, mon pauvre enfant, si j a m a i s , ce qu'à DIEU ne plaise, tu te trouvais en d a n g e r de mort, en m a u v a i s état de conscience, et sans pouvoir te confesser. Alors il faudrait t'exciter le mieux possible à u n . g r a n d repentir et à un grand a m o u r du bon DIEU. Que la Sainte-Vierge soit avec toi, mon c h e r J a c q u e s ! Qu'elle t'obtienne la grâce de détester toute espèce de péché ; qu'elle t'en préserve et qu'elle g a r d e ton i n n o cence! Et, s i t u a s le m a l h e u r de faiblir, qu'elle t'obtienne, avec la grâce du repentir, celle de te confesser toujours très sincèrement, de ne j a m a i s te décourager, et de recourir avec u n e confiance inébranlable au g r a n d s a c r e m e n t de ton Sauveur JÉSUS-CHRIST.

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Si l e s péchés capitaux spnt toujours des péchés mortels.

On appelle péchés capitaux les vices d'où découlent nos p é c h é s ; les péchés découlent, en effet, des vices, c o m m e les ruisseaux de leurs sources. Tl y a sept péchés capitaux, q u ' é n u m è r e le catéchisme et que tu connais c o m m e tout le monde, mon c h e r Jacques : l'orgueil, l'envie, l'avarice, la colère, la luxure, la g o u r m a n d i s e , la paresse. • On les appelle péchés capitaux, d'un mot latin q u i v e u t d i r e chef\ principe. Ces sept espèces de péchés, ou plutôt ces sept espèces de vices sont, en effet, les arbres qui produisent tous nos péchés c o m m e autant de fruits m a u d i t s et empoisonnés. Les péchés capitaux sont, c o m m e disent les théologiens, mortels de leur n a t u r e , c'est-à-dire qu'il y a en eux de quoi tuer l'àme et la séparer do JÉSUS-£1IIRIST. Ainsi, il y a dans l'orgueil de quoi t u e r l'âme qui s'y a b a n d o n n e sciemment, volontairement, pleinement; de m ê m e , d a n s l'envie; de même» d a n s l'avarice et dans les autres. C'est c o m m e les poisons: ils sont tous mortels de leur n a t u r e ; si on les prend à u n e c e r t a i n e dose, ils occasionnent infailliblement la mort. Les péchés capitaux sont mortels toutes les fois qu'ils portent sur une matière g r a v e et qu'on Jes c o m m e t avec pleine connaissance et pleine volonté. Si l'une des trois conditions vient à m a n q u e r , conditions essentielles pour qu'un péché quelconque soit mortel, il n'y a plus q u ' u n
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péché véniel, bien que ce soit toujours u n péché capital. Exemples: La colère. Tu t'impatientes, soit à l'atelier, soit au jeu ; il t'échappe u n petit j u r o n , un gros m o t ; tu vas m ê m e jusqu'à bousculer ton c a m a r a d e , jusqu'à lui d o n n e r u n e giffle. Voilà bien, n'est-il pas v r a i ? de la colère. Et la colère est a s s u r é m e n t u n des sept p é c h é s c a p i t a u x ; et c e p e n d a n t il n'y a très certainement d a n s ta faute qu'un péché véniel. — Au c o n t r a i r e , tu t ' e m p o r t e s avec violence, tu casses tes outils, tu frappes g r a v e m e n t et g r o s sièrement ton c o m p a g n o n ; tu laisses p a r t i r u n flot de paroles grossières, de blasphèmes et de j u r o n s ; tu t'en aperçois parfaitement; tu n'en continues pas m o i n s : tu fais tout cela devant du m o n d e , devant des enfants q u e tu s c a n d a l i s e s : péché mortel de colère. • L'orgueil. Tu taches de te faire beau g a r ç o n en te pomm a d a n t , en soignant m i n u t i e u s e m e n t ta coiffure; tu te regardes dans la glace, à droite, à g a u c h e ; tu fais des poses; tu te vantes a u p r è s des camarades de ce q u e tu as fait ou de ce que tu n'as pas fait; lu r e c h e r c h e s u n c o m p l i m e n t ; tu fais de l'esprit, etc. : vanité, gloriole, p é c h é s d'orgueil, mais péchés véniels. — Au c o n t r a i r e , afin d'être loué, a d m i r é , vanté, tu t'exposes à quelque g r a v e d a n g e r : par vanité, tu exposes ta santé ou m ê m e ta v i e : en m a tière grave, tu1/obstinesà faire des choses q u ê t e s parents, ton confesseur, les conseillers les plus sérieux te déclarent h a u t e m e n t et™ m a u v a i s e s ; par une sotte ambition, tu risques tout ton petit avoir et celui m ê m e de ta famille, pour a r r i v e r à quelque emploi brillant où tu verrais ta vanité satisfaite, et autres choses de ce g e n r e : péchés d'orgueil, et péc.hés g r a v e s , péchés facilement mortels. L'avarice. Tu es u n petit grippe-sou, u n crasseux; lu tiens à deux sous c o m m e à ta v i e : les fautes de détail q u e

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le fait c o m m e t t r e cette triste passion sont bien certain e m e n t des péchés d'avarice, mais ce ne sont encore que des péchés véniels. — En avançant en â g e , tu laisses se développer ton penchant; sous prétexte d'économiser pour tes v i e u x jours, tu accumules Jes écus sur lesécus, prêtant à la petite semaine ou à des intérêts e x a g é r é s : péchés d'avarice, et péchés graves^ Ne me parlait-on pas, en Norm a n d i e , d'un jeune ouvrier, avare c o m m e u n chien, tellement* avare qu'étant tombé g r a v e m e n t malade, il refusa jusqu'à la fin de restituer huit francs c i n q u a n t e centimes, qu'il avait, sinon soustraits, du m o i n s extraits à u n pauvre camarade? Ou eut beau lui dire o u v e r t e m e n t qu'il y allait du salut d e son âme, qu'il ne pourrait recevoir les sacrements, etc., tout fut i n u t i l e ; l'amour de l'argent l'emporta, et le malheureux m o u r u t sans sacrements, pour aller DIEU sait où, et sans son a r g e n t . Mon cher enfant, applique toi-môme ces règles a a x autres péchés c a p i t a u x : à la gourmandise, par exemple, k l'intempérance, qui n e sont très souvent, surtout à ton âge, que des péchés v é n i e l s , des étourderies, mais qui deviennent de gros p é c h é s mortels lorsqu'ils a r r i v e n t j u s q u ' à l'ivresse p r o p r e m e n t dite, j u s q u ' à l'ivresse volont a i r e ; — à la paresse, laquelle est si fréquente dans les petits détails de la vie des enfants et d e s ' j e u n e s g e n s , où elle demeure alors à l'état de péché véniel; mais qui deviendrait faute grave .et très grave, si, par lâcheté et négligence, elle foulait a u x pieds de graves devoirs ; — à l'envie qui, portant sur des bagatelles et n e faisant que passer dans l'esprit et d a n s le c œ u r , n'est j a m a i s q u ' u n e faute légère, mais qui deviendrait u n très m a u v a i s , un très gros péché, si on le laissait s'enraciner et dégénérer en h a i n e . Lorsqu'elle e n arrive là, l'envie est terrible, féroce; témoin Gain tuant son frère Àbel.

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(J'esl H dessein que je n e te parle point ici de la l u x u r e , bien 'qu'en cela, c o m m e d a n s le reste, il y ait souvent des fautes s i m p l e m e n t vénielles qu'excusent l o t o u r d e r i e de la jeunesse, l'ignorance et la faiblesse; mais il faut y prendre bien g a r d e , parce que le d a n g e r esl plus grave ieî qu'ailleurs, ce m a l h e u r e u x péché é t a n t si c o m m u n à ton. âge. Donc les sept péchés capitaux, tout on étant de l e u r nature mortels et très mortels, peuvent souvent n'être que des fautes très peu graves en e l l e s - m ê m e s ; cela tient, non pas à leur n a t u r e , m a i s aux circonstances qui les accompagnent, au m a n q u e de connaissance ou de réflexion, à l'entraînement, etc. Evite, mon bon enfant, évite tant que lu peux tous les péchés capitaux. Ne dis pas : « Je n ' e n p r e n d r a i q u ' u n peu, j e n'irai j a m a i s j u s q u ' a u péché mortel. » Notre-Seigneur nous dit à tous que « celui qui s'e-xpo.se au péril, y périra. » Pour ne point t o m b e r dans le précipice, évite de m a r c h e r sur le bord.

VI
Des péchés véniels et de leurs tristes effets

Il y a des esprits peu sérieux qui s ' i m a g i n e n t que le péché véniel ou rien, c'est à peu près la même chose. « En tout cas, disent-ils, ce n'est g r a n d chose. » Je m e rappelle u n e jolie petite caricature : elle représentait u n e vieille d a m e allant se confesser; sur le point d'entrer au confessionnal, elle tournait légèrement la tête, et, d'un air triomphant, elle disait: « Moi, je n'ai que des véniels! »

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S a n s vouloir rieu exagérer, et sans te dire, m o n c h e r enfant, que pour une é g r a t i g n u r e , u n bouton ou u n clou, il faut te mettre au lit, appeler le m é d e c i n , le notaire et le c u r é , j e voudrais c e p e n d a n t te faire c o m p r e n d r e que le péché véniel, tout véniel qu'il est, est u n fort mauvais mal, et qu'il ne faut pas le traiter à la légère. Un péché est véniel toutes les fois qu'il lui m a n q u e u n e des trois conditions q u e n o u s avons indiquées précédemm e n t , c'c&t-à-dire lorsque la matière d u p é c h é est de peu d'importance, lors m ê m e q u ï l y a u r a i t p l e i n e c o n n a i s sance et volonté formelle; ou bien, lorsqu'on matière grave, il y a connaissance imparfaite ou volonté i m p a r faite. Mais il faut toujours qu'il y ait volonté réelle; sans le consentement libre d e la volonté, il n e peut y «.voir de péché, ni mortel, ni véniel. Le péché mortel d o n n e ki mort à notre à m e : il la sépare totalement de J É S U S - C H R I S T ; le péché véniel affaiblit notre union avec lui. L'un est la mort, l'autre est la maladie. Le péché véniel, lorsqu'il est commis de propos délibéré, contriste en nous le Saint-Esprit, blesse l ' a m o u r de JÉSUS, émonsse la conscience, affaiblit l'esprit de foi, n o u s enlève la ferveur, 1« zèle, la joie du c œ u r ; il nous dégoûte de la piété, de la p r i è r e , de la pénitence et de la sainte c o m m u n i o n . — Pèse les u n e s après les autres c h a c u n e de ces paroles, mon b o n petit Jacques; réfléchis tout de bon à chacun de ces tristes effets du péché v é n i e l ; ci ensuite dis-moi ce que tu en penses. P o u r un jeune h o m m e pieux, le péché véniel est, ën u n certain sens, plus à redouter que le péché mortel. Le péché mortel nous fait h o r r e u r , pour peu que n o u s soyons sérieusement chrétiens, de telle sorte qu'il n o u s est quasiimpossible d'en arriver l à ; c'est trop gros. Au contraire, le péché véniel, qui de sa n a t u r e est petit, sans gravité,

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insignifiant, ne nous fait point p e u r ; n o u s ne nous en méfions p a s ; il se glisse, s'insinue facilement d a n s nos habitudes; peu à peu il m i n e en noire à m e l'édifice de la piété, y tarit les sources de la g r â c e et prépare insensiblement le triomphe complet du d é m o n , c'est-à-dire la chute dans le péché mortel. Les gens qui s ' a b a n d o n n e n t de propos délibéré aux péchés véniels font c o m m e ces j e u n e s i m p r u d e n t s qui, pendant Tété, sous prétexte de se b a i g n e r , e n t r e n t d a n s un étang qu'ils ne connaissent pas. Ils c o m m e n c e n t p a r mettre un pied d a n s l'eau ; et, c o m m e l'eau est froide, comme au fond il y a de la vase, ils s'arrêtent et hésitent; mais le désir d o s e baigner l'emporte: et ils a v n n c o n l d ' u n pas, de deux, de trois. Ils sentent que cela enfonce, et s'arrêtent encore. Au bout d'un instant, ils a v a n c e n t de nouveau; ils ont de l'eau, ou pour m i e u x dire de la vase jusqu'aux g e n o u x . « Faut-il nous a r r ê t e r ? se disent-ifs; faut-il rebrousser c h e m i n ? Si nous allions glisser d a n s quelque trou et n o u s n o y e r ? » iïxx a t t e n d a n t ils a v a n c e n t toujours, jusqu'au m o m e n t où p »rdant pied tout à coup, ils glissent dans quelque fondrière et se noient, ou du moins risquent de se noyer misérablement.—Chaque péché véniel est u n pas en avant du coté de la fondrière, de la fondrière du péché mortel, au fond de laquelle n o u s attend celui que l'Ecriture Sainte appelle « le p r i n c e de la mort, > l'horrible, le détestable Satan, l'ennemi de la > vie de nos Ames et de l'Auteur adorable de cette vie, qui «st JÉSUS-CHRIST notre Seigneur. 0 mon cher Jacques, pour l'amour de JÉSUS-CHRIST et pour l'amour de t o i - m ê m e , aie toujours g r a n d p e u r du péché véniel, « Celai qui néglige les petites fautes tombera •peu à peu dans tes grandes, » dit la Sainte-Écriture. Les péchés véniels sont les gouttes d'eau qui font les t o r r e n t s .

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ces torrents qui déracinent les arbres et les rochers. Aussi, dit le grand Docteur saint T h o m a s , « un chrétien doit-il mieux aimer m o u r i r et tout souffrir plutôt que de c o m m e t t r e nu seul péché, non-seulement mortel, mais m ê m e véniel. » Et il y a des degrés infinis dans le péché véniel. C'est comme dans les boutons que réchauffement du sang produit parfois sur la peau : il y en a de si petits, de si peu saillante, qu'on les r e m a r q u e à peine, et qu'on n ' a pas même envie de se g r a t t e r ; il en est d'autres plus rouges, qui démangent ferme, m a i s qui passent vite, sans qu'on ne s'en occupe guère : d'autres, plus mauvais, nécessitent quelques soins, exigent des rafraîchissants, des e m p l â tres; d'autres sont de véritables clous, qui d o n n e n t la fièvre, font un mal réel et jettent du sang décomposé; puis viennent les furoncles, espèces d'affreux gros clous, dangereux, enflammés, q u i vous m e t t e n t au lit et qui réclament le médecin, voire m ê m e le c h i r u r g i e n ; enfin, au-dessus de tout cela, au-dessus du furoncle, s'élève ce qu'on appelle l'anthrax, m a l très grave, qui peut a m e n e r la mort, qui nécessite de profondes et douloureuses i n c i sions, et que complique toujours la g a n g r è n e . Tout cela, c'est la charmante famille des b o u t o n s ; mais quelle différence, grand DIEU ! e n t r e le m é c h a n t petit bouton du n u m é r o l, et son é n o r m e confrère du n u m é r o 0, l'anthrax !
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Ainsi en est-il de tous nos péchés véniels : depuis le pauvre petit mensonge, à peine volontaire, qui échappe, pour ainsi dire, à l'inadvertance d'un premier m o u v e m e n t , jusqu'au gros m e n s o n g e effronté q u ' u n pauvre g a r ç o n soutient mordicus, afin d'éviter u n e punition, ou de sauvegarder son amour-propre ; depuis la petite i m patience à. peine visible à l'œil nu, j u s q u ' a u gros o r a g e d e

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la colèn . qui éclate on claques, eu coups de poings en coup's de pied ; depuis In petite désobéissance qui ne signifie» rien, quoiqu'elle soit réellement une faute, jusqu'à la grosse et solennelle désobéissance; bien formelle, bien carrée, qui attire et qui mérite u n e bonne claque de son père, u n e b o n n e giffle de sa m è r e , et une bonne m e nace de renvoi de l'atelier ou m ê m e du Patronage. Encore u n m o t très i m p o r t a n t . 1) y en a qui s'imaginent que, pour c o m m e t t r e u n péché, il est nécessaire de faire matériellement telle ou telle chose défendue. Il n'en est r i e n ; on peut parfaitement c o m m e t t r e u n péché par pensée, par désir. Le neuvième c o m m a n d e m e n t de DIEU ne parle point d'actes i m p u r s , mais u n i q u e m e n t de désirs i m p u r s ; et le dixième ne parle point d'actes de vol ou d'injustice, m a i s u n i q u e m e n t de projets .et de désirs de voler. Ces mauvaises pensées, ces désirs-défendus peuvent Aire des péchés, et m ê m e des péchés mortels, et ils le sont toujours lorsqu'ils portent sur des choses g r a v e m e n t coupables, lorsqu'on s'aperçoit c l a i r e m e n t de la gravité de la chose et que malgré cela on se c o m p l a î t dans la mauvaise pensée, la conservant v o l o n t a i r e m e n t , la caressant, et ne c h e r c h a n t point à l'écarter. Attention donc, mon c h e r g a r ç o n ; attention à ta conscience 1 Parce que tu n'as pas commis e x t é r i e u r e m e n t et matériellement u n e mauvaise» action que tu avais l'intention de c o m m e t t r e , u n vol, par exemple, ou bien u n e indécence ou encore u n e vengeance, etc., ne t'imagine pas que tu nias pas c o m m i s de péché : et si en l'examinant tu découvres que tu as d o n n é un c o n s e n t e m e n t véritable et certain, ne m a n q u e pas de -t'en repentir et de t'en confesser: . Voyons m a i n t e n a n t ce qu'il faut faire pour combattre efficacement le péché véniel.

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Ce qu'il faut faire pour combattre efficacement l e péché véniel.

Mon bon Jacques, lorsque lu es tenté de c o m m e t t r e un péché, quelque léger, quelque véniel qu'il puisse te paraître, souviens-toi aussilôl que ton DIEU est là, que JÉSUS est d a n s ton cœur, a v e c Loi, en toi. 11 te voit, il t'aime, il t'appelle; i! le donne sa grâce pour résister. Au fond du sanctuaire de ton à m e , il te dit : « Mon enfant bien-aimé, veux-tu donc blesser m o n cœur? Auras-tu le courage de coritrister mon a m o u r ? » Tout péché, en elfei, est. une .sorte d'insurrection contre JÉSUS-CHRIST, contre son saint a m o u r . De grâce, mon pauvre enfant, é p a r g n o n s JÉSUS-CHRIST, et n'oublions pas cette apostrophe que s a i n t Augustin adressait j a d i s au p é c h e u r : « Reconnais cri toi JÉSUK-GHI-UST ; épargne en
toi JÉSUS-CHRIST! »

« Mais, est-ce que l'on peut éviter tout à fait Je péché véniel? » — M a l h e u r e u s e m e n t n o n . Une fois donnée la faiblesse humai Lie, n o u s pouvons être surs que, par-ci par-là, nous ferons quelques faux pas, sinon en m a t i è r e grave, du moins en m a t i è r e légère. « Le juste lui-même tombe sept fois, » c'est-à-dire s o u v e n t ; c'est la propre parole de 1,'Écriture s a i n t e . L'Église a m ô m e c o n d a m n é c o m m e hérétique cette thèse d'un certain rêveur du x v i siècle, nommé Baïus : « Il est possible à un Vrai chrétien de ne j a m a i s t o m b e r dans le péché, m ê m e véniel. j> Ce qui est possible et ce q u e nous devons tous faire,
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toi et moi, c'est de ne pas a i m e r nos fautes, m ê m e les plus légères; c'est de ne j a m a i s les c o m m e t t r e de propos délib é r é ; c'est de n o u s en repentir s u r - l e - c h a m p et sincèrem e n t ; c'est de renouveler tous les j o u r s notre résolution de rester fidèles au bon DIEU, j u s q u e d a n s les moindres choses. La prière bien faite le matin et le soir, c o m m e n o u s l'avons dit plus h a u t ; l'attention à la présence du bon DIEU eh notre c œ u r , les bonnes lectures et l'assiduité a u x exercices religieux du Patronage ou de la paroisse, un tendre a m o u r envers la Sainte-Vierge et saint Joseph ; et par-dessus tout, la fréquente c o m m u n i o n , bien soignée, bien' cordiale : tels sont les m o y e n s les p l u s propres à nous faire éviter le péché véniel. Examine-toi, et vois où tu en es-sur c h a c u n de ces points. P r e n d s de sérieuses r é solutions pour l'avenir. « Mais j ' a i b e a u faire, je retombe souvent dans les mêmes petites fautes, Parfois je serais tenté de m e décourager. » — Te d é c o u r a g e r ? Allons donc ! Quand on a de la foi et du c œ u r , mon garçon, on ne se décourage pas. Quelle que soit ta bonne volonté, quelles que soient m ê m e ta vertu et ta piété, n'oublie jamais, m o n p a u v r e enfant, que tu n'es, au fond, que faiblesse et m i s è r e ; et, lorsque tu donnes du nez en terre, c o m m e dit le bon saint F r a n çois de Sales, contente-toi de te relever d o u c e m e n t , c'està-dire cle te repoli tir, sans le dépiter, sans te décourager, sans m ê m e trop t'étonner. Est-il étonnant, dis-moi, que la faiblesse soit faible, et la misère, misérable? Sais-tu quels sont ceux qui se d é c o u r a g e n t en face de leurs faiblesses et r e c h u t e s fréquentes ? Ce sont les jeunes gens qui s ' i m a g i n e n t être quasi-parfaits, et que la nécessité de se r e c o n n a î t r e et de s avouer p é c h e u r s vexe bien davantage que le m a l h e u r m ê m e d'avoir offensé le bon
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C'est par amour-propre, bien plus q u e par a m o u r de DIEU, qu'ils se dépitent d être tombés. Et la preuve, c'est qu'il leur en coûte bien plus de se confesser q u e de se repentir. Non, il ne faut j a m a i s te décourager, quoi qu'il arrive. Non, il ne faut pas t'étonnor beaucoup si lu retombes d a n s les mêmes petites fautes : c'est la m a u v a i s e terre qui pousse ses mauvaises herbes. C'est la petite poussière de chaque jour qu'il faut enlever chaque j o u r . En cela, en effet, notre pauvre â m e ressemble à notre corps : les g e n s les plus propres, les plus soigneux o n t beau f a i r e ; d a n s le courant du jour, ils altrapeAl toujours un peu de poussière; et pour cire toujours propres,'ils sont obligés de se laver, de se p e i g n e r , de se brosser tous les j o u r s . Noire ûme aussi a besoin de se purifier tous les j o u r s de la même poussière imperceptible qui vient la ternir lous les jours. Ces misères quotidiennes sont d'ailleurs très utiles : elles servent à nous h u m i l i e r et à nous faire sentir à chaque instant combien nous sommes faibles, et combien nous avons besoin du secours et de la miséricorde
de DIEU.

( Mais que faire p o u r m e débarrasser de mes péchés véniels? » — Gemme j e te le disais tout à l'heure, il faut, a v a n t tout, ne pas t'y c o m p l a i r e et t'en repentir dès que tu en as conscience. S a n s le repentir, il n'y a de pardon possible pour aucun péché ; la sainteté infinie de DIRU s'y oppose. « Tant que d e m e u r e la volonté de le c o m m e t t r e , le péché, même véniel, n e peut être p a r d o n n é , ; dit saint > Thomas. Le remède direct du péché véniel, c'est l'amour de D I E U . Quel beau et d o u x remède,, n esl-il pas v r a i ? m o n c h e r e n f a n t ! El c'est tout s i m p l e : le péché véniel étant
?

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une simple défaillance dans l ' a m o u r du bon DIEU, le remède est tout n a t u r e l l e m e n t d a n s ce m ê m ç a m o u r ravivé, excité, a u g m e n t é . Aussi un seul acte d ' a m o u r de DIEU a-t-îl la puissance d'effacer toutes nos fautes vénielles s a n s qu'il soit nécessaire de nous les rappeler a c t u e l lement et en détail. Mais, tu le conçois, il faut que cet acte d ' a m o u r p a r t e du c œ u r ; si tu te Contentais de. réciter du bout des lèvres la formule d u - c a t é c h i s m e : « Mon DIEU, j e vous a i m e de tout m o n c œ u r , de toute mon. â m e , etc., » cela n'y ferait ni chaud n i froid. « C'est le cœur que DIEU regarde, » dit encore l'Ecriture ; e t i l f a u t que ce soit le c œ u r qui parle par les lèvres. D'ailleurs, il n'est pas.nécessaire de dire une formule ou une a u t r e ; il surfit que l'amour de DIEU soit e x p r i m é . Par exemple, tu p o u r r a i s d i r e : « JÉSUS, j e vous a i m e ! » Ou bien : « Mon D I E U ! pardonnez-moi ; j e vous a i m e de tout m o n coîur! » Ou e n c o r e : « Mon bon JÉSUS, j e vous a i m e ; ayez pitié de moi ! » ou enfin, cette petite invocation que le saint abbé Olicr. fondateur des Séminaires en France, avait sou veut à la bouche : « JÉSUS, mon a m o u r ! » — Prends l'excellente h a b i t u d e , mon cher enfant, de faire souvent.de ces actes très simples d ' a m o u r de D I E U , ils brûleront et feront disparaître Les petites (antes c o u r a n tes, c o m m e le feu dévore la paille. Et note bien qu'il n'est pas a b s o l u m e n t nécessaire de réciter "ces actes et de les proférer e x t é r i e u r e m e n t ; il suffit de les former au fond du cœur, là où est JÉscsGÏÏRIST, qui n ' a pas besoin de nos paroles pour nous entendre. Néanmoins, quand tu Je p o u r r a s , dis-les et de cœur et de b o u c h e ; c'est plus efficace encore et plus salutaire. En outre, pour nous aider à nous débarrasser de nos fautes vénielles, l'Eglise nous ofl're plusieurs moyens

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extérieurs, très simples, entre a u t r e s : la récitation pieuse du Pateri d u Confiteor; le signe de croix avec de l'eau b é n i t e ; la lecture de l'Évangile; la simple entrée d a n s u n e église consacrée ; l'assistance à la messe ; le pain bénit ; la bénédiction d'un Évoque, etc. On néglige beaucoup trop ces excellents m o y e n s de purification j o u r n a l i è r e . Chacun d'eux'* suffît, je te le répète, p o u r effacer les péchés véniels qu'on a eu le m a l h e u r de c o m m e t t r e . Mais le grand et t o u t - p u i s s a n t moyeq de combattre victorieusement le p é c h é véniel, c'est la sainte c o m m u nion. Nous allons le voir tout à l'heure.

VIII

De la sainte Communion, au point de vv.e du péché véniel.

Quand je parle ici du p é c h é véniel, j ' e n t e n d s les péchés do fragilité, et non pas les péchés véniels c o m m i s de propos délibéré, c o m m i s facilement, c o m m i s fréquemment. Ceci étant bien compris, j e te dis, m o n e n fant, avec l'Église e l l e - m ê m e , que, bien loin de nous éloigner de la sainte C o m m u n i o n , nos fautes vénielles, nos faiblesses et infirmités de chaque jour doivent plutôt nous y pousser. La C o m m u n i o n , la Communion fréquente, est, en effet, d'après r e n s e i g n e m e n t formel du Concile de Trente et du Saint-Siège, « l'antidote qui n o u s délivre de nos fautes quotidiennes. » Cette parole, trop peu c o n n u e et trop peu méditée, renferme pour c h a c u n de nous u n e g r a n d e leçon. Elle nous enseigne que la sainte Communion est, non pas une récompense due à la fidélité des justes et des parfaits,-mais

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un remède, « u n antidote » préparé par la miséricorde du bon DIEU pour les faibles, les infirmes, les imparfaits, à ' la seule condition qu'ils aient dans le c œ u r u n e vraie bonne volonté d'éviter le péché el d'être fidèles à JÉSUSCHRIST. Le j o u r où tu a u r a s bien c o m p r i s cela, m o n cher Jacques, le j o u r où tu c o m m e n c e r a s à m e t t r e en pratique cette sainte doctrine, tu auras fait u n p a s i m m e n s e dans la voie de ton salut éternel. Ce n'est pas la confession seule, c'est encore, c'est surtout la C o m m u n i o n qui est destinée, d a n s les desseins de Notre-Seigneur JÉSUS-CHRIST, à relever les bonnes âmes de leurs faiblesses journalières, s u i t e inévitable du péché originel et des concupiscences. Oui, c'est par la Communion que notre miséricordieux S a u v e u r v e u t n o u s purifier de nos péchés de fragilité, n o u s soutenir dans les mille occasions de chute qui se p r é s e n t e n t , dans le courant de nos j o u r n é e s , et nous m a i n t e n i r e n sa grâce et en son amour. La confession est instituée d i r e c t e m e n t contre le péché m o r t e l ; la Communion, contre le péché véniel. Je te le répète, m o n enfant, c'est là le p u r et très doux e n s e i g n e m e n t de n o t r e Mère la sainte Église. La Communion fréquente (et j ' e n t e n d s p a r là au m o i n s la Communion des d i m a n c h e s et fêtes) a u h double avantage: e n a u g m e n t a n t n o t r e foi et notre b o n n e volonté, elle nous préserve de bien des péchés, n o n - s e u l e m e n t mortels, mais vériiels ; et, e n outre, elle nous purifie de cette poussière dont nous parlions plus haut, c'est-à-dire de cette m u l t i t u d e de petites fautes d ' a m o u r - p r o p r e , de défaillances, de légèreté, d'ignorance, d'illusion, q u i ternissent presque insensiblement c h a q u e j o u r la p u r e t é parfaite et la splendeur de n o t r e â m e . « C'est p a r la vertu de ce sacrement, dit saint T h o m a s en p a r l a n t de la sainte Communion, que nos péchés véniels sont effacés. » — Et

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penser, après cela, qu'il y a des j e u n e s g e n s , et beaucoup, qui o n t peur de c o m m u n i e r ! qui disent que c'est d a n g e r e u x de c o m m u n i e r souvent, et que c'est m a n q u e r de respect àNotre-Seigneur ! Mais entendons-nous bien. Je suppose toujours la b o n n e et sincère volonté d'éviter le mal le plus possible, et de n e le commettre j a m a i s que par fragilité et sans mauvaise disposition d u c œ u r . Un c œ u r est « bien disposé » quand il est d a n s cet étal, et il est plus ou moins « m a l disposé, » selon q u e cette borine volonté lui fait plus ou moins défaut. Dans ce dernier cas, où je n e veux pas supposer que tu puisses être ou du moins que tu veuilles demeurer, les choses c h a n g e a n t d'aspect. La volonté plus ou moins d é t e r m i n é e de c o m m e t t r e le péché véniel est, en effet, incompatible avec un sincère a m o u r du bon DIEU ; or, cet a m o u r sincère et solide est requis p o u r la Communion fréquente. Tu le vois d o n c : si, par malheur, tu tombais d a n s cet état de négligence, ce serait m a n q u e r de respect et de délicatesse e n v e r s Noire-Seigneur au Saint-Sacrement, que de Rapprocher de lui aussi souvent que le font les chrétiens bien préparés, bien disposés. Cependant, m ê m e a v e c les dispositions imparfaites q u e j e viens de dire, tu n e devrais pas hésiter à c o m m u n i e r souvent, à communier tous les dimanches, et quelquefois m ê m e plus encore, si ton père spirituel t'y engageait et le j u g e a i t nécessaire pour te préserver du péché mortel ; et ce cas est moins rare q u ' o n ne pense. Avant tout, il faut p r e n d r e les moyens de rester en état de g r â c e , l'état de g r â c e étant la base p r e m i è r e de toute la vie chrétienne» à plus forte raison de la piété. Cette règle est d'une i m m e n s e importance, et j e n e saurais trop te conseiller d'y conformer ta conduite, non pas seulement m a i n t e n a n t

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ot dans les années de ton adolescence, mais, plus Lard, quand tu seras u n h o m m e , p e n d a n t toute la vie, lors même que tu devrais vivre aussi vieux que Mathusalem. Je passe m a vie à constater des m é t a m o r p h o s e s a d m i rables, quelquefois presque subites, opérées par cette sainte pratique de la Communion fréquente, de la Communion régulière de tous les d i m a n c h e s et fêtes. Je c o n nais des apprentis, des j e u n e s ouvriers, des jeunes g e n s de toute condition, que cette fidélité persévérante a fait entrer et m a i n t i e n t clans un état d'urne si pur, si bon, que c'est v r a i m e n t ravissant. Jls ne sont pas impeecacables : tel n'est pas le b u t de la sainte C o m m u n i o n , morne •fréquente, m ê m e q u o t i d i e n n e ; mais, en réalité, ils ne pèchent presque pas ; leurs fautes n ' o n t point de conséquences ni de racines d a n s la volonté ; et, si parfois ils tombent un peu plus g r a v e m e n t , ils se relèvent aussitôt, facilement, et se r e t r o u v e n t sur pied, sans que la c h u l e laisse pour ainsi dire de traces. Pour les bonnes Ames comme la tienne, mon c h e r enfant, la C o m m u n i o n est le grand secret de la persévérance et du véritable a m o u r du bon DIEU. Vas-y s o u v e n t et joyeusement. Tache de ne passer a u c u n d i m a n c h e sans aller te r e t r e m p e r d a n s le sacrement de la pureté et de l'amour. La Sainte-Vierge t'aimera en proportion de ton union-avec JÉSUS ;-plus elle verra son Fils adorable et adoré vivre en toi et devenir le Maître de ton cceur, plus elle te chérira, le bénira et te r e g a r d e r a c o m m e son enfant bien-aimé.

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IX
B e s péchés de scandale et de leurs différentes formes.

En t e r m i n a n t ces causeries s u r le péché, je veux appeler tout particulièrement t o n attention, m o n enfant, sur u n e espèce de péchés e x t r ê m e m e n t pernicieux, qu'on appelle les péchés de s c a n d a l e . Le « péché de scandale » est celui que Ton c o m m e t lorsque, d une m a n i è r e quelconque, on fait pécher les autres. C'est un péché q u i est la cause ou l'occasion d'un ou de plusieurs autres p é c h é s . Tu vois i m m é d i a t e m e n t , m o n bon petit Jacques, le caractère spécial et la particulière gravité de cette espèce de p é c h é s : c'est pour ainsi dire u n e source de p é c h é s , et quelquefois cette source est intarissable. Cela p e u t m ê m e arriver à des .proportions effrayantes, incalculables. En effet, le péché de scandale nous rend responsables n o n plus seulement, c o m m e les autres péchés, de nos fautes personnelles, m a i s encore et surtout de toutes les fautes que n o u s avons le m a l h e u r défaire commettre aux a u t r e s , soit directement, soit indirectement. On d e v i e n t a i n s i responsable de q u a n t i t é de péchés qu'on ne c o n n a î t m ê m e pas, parce q u ' o n en a été la cause ou l'occasion, c o m m e nous le disions tout à l'heure. Voici les principales m a n i è r e s de c o m m e t t r e le péché de scandale. Ecoute bien : I La première, c'est de commander le m a l . A ton âge, on n'est guère à m ê m e de c o m m a n d e r quoi que ce soit; mais plus tard, ce sera différent. Il est bien évident qu'un
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Supérieur quelconque qui ordonne à ses subordonnés de faire quelque chose de mal en est d i r e c t e m e n t responsable et devant DIEU et devant les h o m m e s . Ainsi, u n .patron ordonne à ses ouvriers ou à ses a p p r e n t i s de travailler le d i m a n c h e , sous peine de renvoi : il c o m m e t d'abord u n péché mortel, pour son propre compte ; et, de plus, il charge sa conscience du double péché mortel que c o m m e t t e n t c h a c u n de ces p a u v r e s g e n s , à savoir le travail du d i m a n c h e et l'omission de la messe. — Ainsi encore, un père, u n e mère o r d o n n e n t à leur fils d'aller voler q u e l q u e chose dans le j a r d i n , dans la bassecour d'un voisin : ce père, cette m è r e , outre le péché qu'ils c o m m e t t e n t eux-mêmes en c o m m a n d a n t de violer la loi de DIEU, se r e n d e n t coupables du p é c h é de leur enfant. Cette première forme du péché cle scandale constitue i a terrible responsabilité de tous ceux q u i c o m m a n d e n t . Juge, p a r exemple, de l'extension q u e p e u t p r e n d r e le péché d'un Souverain, d ' u n ministre, d'un général, d ' u n préfet, d'un m a g i s t r a t , d'un chef d'industrie, d'un maire, etc., qui a y a n t la force en main, c o m m a n d e n t le mal. 2° t a seconde m a n i è r e de commettre le péché de scandale, c'est, n o n plus de c o m m a n d e r , m a i s de conseiller le mal. Tu donnes u n mauvais conseil à u n c a m a r a d e : premier péché pour toi-même. Il le suit ; il pèche, et pour lui et pour toi. C'est ton conseil qui l'a fait pécher, et tu en r e n d r a s compte au tribunal de D I E U . Les m a u vais a m i s en sont tous l à ; voilà pourquoi mon g a r ç o n , il faut les éviter c o m m e la peste qu'ils r é p a n d e n t . Les mauvais conseils donnés aux enfants, s u r t o u t en matière de m œ u r s , r e n d e n t tout spécialement coupables, en ce qu'ils font perdre à ces pauvres petits l e u r innocence et

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les i n i t i e n t au mal, quelquefois pour toujours. Et, à cause de cela, on peut devenir responsable, non-seulem e n t de ce premier p é c h é , n o n - s e u l e m e n t de toute la série de péchés qui suivent le p r e m i e r , m a i s m ê m e de la d a m n a t i o n éternelle des â m e s qu'on a ainsi poussées dans le m a l . Cette seconde sorte de péchés de scandale est, hélas ! trop fréquente dans les ateliers, d a n s les écoles, dans les P a t r o n a g e s ; et elle se glisse j u s q u e dans les meilleurs. C'est le vieux Serpent qui continue son métier auprès de la p a u v r e Eve, auprès des âmes. 3° Troisième espèce de péchés de s c a n d a l e : poser la rawte directe qui fait ou fera pécher les a u t r e s . Par exemple, faire un mauvais livre, un livre impie ou obscène, l'imprimer, l'éditer, le v e n d r e , Tacheter, le donner, le p r ê t e r : celui qui fait ce g r a n d et très grand péché se rend, en outre, responsable devant le bon DIEU de tontes les mauvaises pensées et de tous les désordres d'esprit, de c œ u r ou de corps q u i seront la conséquence de cette mauvaise lecture. Ce m a l se multiplie à l'infini, et le coupable qui le c o m m e t pose la cause des péchés qui se commettront partout où son livre pénétrera ; et cent, deux cents ans après sa mort, il sera encore la cause directe de tous les péchés dont son livre a u r a été l'occasion. Vois, m o n pauvre enfant, quel c r i m e , ou plutôt quelle multitude de crimes a c o m m i s Voltaire, par exemple, lorsqu'il a écrit et publié ses b l a s p h è m e s contre Notre-Seigneur, contre la Sainte-Vierge, c o n t r e l'Église, c o n t r e la.foi ! Vois l'étendue effrayante du c r i m e qu'a c o m m i s R e n a n , lorsqu'il a publié ses perfides attaques contre JÉSUS-GIIRIST, traduites dans toutes les langues du m o n d e et partout r é p a n d u e par les francs-maçons. Calcule, si tu le peux, l'étendue du péché d'un Béranger, d'un Piron, et de tant

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d'autres c h a n s o n n i e r s i m p u d i q u e s , dont les obscènes refràinssc c h a n t e n t p a r t o u t aujourd'hui et se c h a n t e r o n t peut-être longtemps e n c o r e ! Pense A l'énormité et à la multiplication du péché d'un r o m a n c i e r impie ou i m p u r , tel que Paul de Kock, Pigault-Lebrun, Georges Sand, tëugène Sue, etc., qui o n t empoisonné et qui continuent d'empoisonner des générations e n t i è r e s ! Je le répète, ce sont des péchés i n n o m b r a b l e s , des péchés qui se multiplient chaque jour. Morts depuis c i n quante, depuis cent a n s , ces g r a n d s coupables p è c h e n t encore et c o n t i n u e n t de pécher, de p é c h e r de plus eu plus. Gela fait frémir pour eux. Il en est de m ê m e des peintres et des g r a v e u r s qui fontou qui reproduisent des tableaux i n d é c e n t s ; des s c u l p teurs qui font ces statues dont la n u d i t é effrontée attire .les regards, excite les mauvais pensées de t a n t de g e n s . ,Kt, sans aller j u s q u ' a u x artistes, il faut en dire a u t a n t de des polissons qui, s u r les m u r s , dans les cabinets, dessin e n t d'infâmes représentations ou écrivent des choses révoltantes. Outre le péché très grave qu'ils c o m m e t t e n t alors, ils posent la cause de millions d'autres péchés, dont ils r é p o n d r o n t au très juste j u g e m e n t de DIEU. Enfin, ceux-là c o m m e t t e n t cette-même espèce de péchés de scandale qui créent, sous une forme ou sous u n e ' autre,, des centresMe péchés, tels q u ' u n m a u v a i s théâtre, un bal public, u n e mauvaise maison, u n e loge de francsm a ç o n s , une école protestante, u n temple hérétique, etc. ; ou bien encore qui font ou p u b l i e n t u n de ces mille mauvais j o u r n a u x démagogiques, i m p i e s , dont tout le monde connaît les n o m s , et qui, c h a q u e j o u r , p é n è t r e n t jusque dans la c h a u m i è r e du paysan pour y semer la corruption et la mort. Je ne crains pas de le dire : ces péchéslà sont pires que les vols et les assassinats, qui conduisent à l'échafaud.

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4° La quatrième espèce de péchés de scandale, c'est le mauvais exemple. Les exemples p r ê c h e n t souvent avec plus de force que les livres et les discours. Quand ils sont m a u v a i s , les exemples sont de détestables c o r r u p t e u r s ; et celui qui a le malheur d'en d o n n e r a u x autres assume, lui aussi, sur sa tête, et son péché personnel et tous les péchés d'autrui nés du^sien. Chez les jeunes gens, ce g e n r e de péchés de scandale est très c o m m u n . Examine-toi, m o n cher J a c q u e s ; si tu te rappelles avoir j a m a i s d o n n é de mauvais exemples, demande au bon DIEU de te p a r d o n n e r et prie p o u r tous ceux que tu as scandalisés, c'est-à-dire entraînés au m a l . Forme une résolution énergique de ne j a m a i s donner, autour de toi, que de b o n s exemples, à plus forte raison de n'en donner j a m a i s de mauvais, ni d a n s t a famille, ni à l'école, ni au P a t r o n a g e , ni à l'atelier, ni plus tard au régiment, nulle part. Que de pauvres enfants, que d'apprentis et de jeunes gens ont été perdus p a r la contagion du m a u v a i s exemple! Que d'excellentes écoles ont été gâtées pour des a n nées par la seule influence de l'exemple de trois, quatre ou cinq petits mauvais sujets ! Les autres les ont suivis comme des moutons, c o m m e des oies,, et ont fait le mal après eux, comme eux, à cause d'eux. Combien d'ateliers honnêtes dont l'esprit a c o m p l è t e m e n t c h a n g é sous l'influence d'un seul drôle, fanfaron d'impiété, ou fanfaron de v i c e ! Enfin, c o m b i e n d ' Œ u v r e s et de Patronages, v r a i m e n t excellents, pleins de foi et de ferveur, s e ' s o n t vu dégénérer en m o i n s d ' u n e année par suite des exemples de mauvaise tête, d'insoumission ou de quelque chose de pire encore ! J'en sais qui n ' o n t j a m a i s pu s'en relever et qu'on a été obligé de fermer. Qui a été, qui est l'auteur responsable de ce m a l h e u r ? C'est celui, ce sont ceux qui, par leurs mauvais exemples, ont introduit

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là les éléments de la m i n e . Ils sont responsables de tovit le mal qui en est résulté pour q u a n t i t é d'enfants et dé familles, et, dans u n e m e s u r e , de tout le bien dont ils ont tari la source. Mais ce n est pas tout ; et n o u s allons voir les autres formes que peut revêtir encore l'affreux « p é c h é de scan-, dale. »
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Des quelques autres formes, que revêtent les péchés de scandale.

. Les péchés de scandale, avons-nous dit, sont ceux qui deviennent pour les a u t r e s une cause ou une "occasion d é p ê c h e r . Ce sont des péchés personnels, compliqués, aggravés et multipliés p a r les péchés d ' a u t r u i . ' Nous avons indiqué les quatre premières formes sous lesquelles ont peut commettre celte dangereuse espèce de péchés, a savoir q u a n d on c o m m a n d e le mal, q u a n d on le conseille, quand on en pose directement la cause, quand on en d o n n e l'exemple. — Continuons cette triste, mais très utile nomenclature. A c h a q u e n u m é r o , m o n cher Jacques, examine-toi, et au besoin, réforme-loi. 5° La cinquième m a n i è r e de commettre ce m a l h e u r e u x péché, c'est d aider à le faire. Ainsi, t e n i r l'échelle ou Taire le guet p e n d a n t q u ' u n camarade escalade u n m u r , entre clans une maison p o u r y faire quelque mauvais coup ; se faire l'entremetteur de mauvaises lettres ; a c h e ter au dehors et l'apporter a u x autres u n m a u v a i s livre, des gravures indécentes, etc.; on se rend bel et bien respony

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sable de ces péchés, puisqu'on y coopère, el q u e souvent ils n e seraient pas possibles sans cette coopération. N'est-il pas évident q u ' u n domestique, p a r exemple, outre son péché personnel, se charge la conscience des péchés que commet ou son m a î t r e ou un de ses c a m a rades lorsqu'il s'entend avec lui pour le laisser sortir de nuit, à l'insu de tout le m o n d e , et pour l'aider à r e n t r e r sans bruit, au retour de sou bal ou de q u c l q u ' a u t r e v i l a i n e escapade ? 5° On se rend encore responsable des péchés des autres, quand on les approuve plus ou m o i n s formellement. A l'atelier, ou au Patronage, u n c a m a r a d e se moque devant toi de la Religion, ou bien parle de saletés; par respect h u m a i n , ou m ê m e par légèreté et entraînement, tu ris, tu lui fais entendre que tu es de son a v i s : Lu participes à sa faute. Rien n'est plus c o m m u n que cette approbation donnée au mal, par m a n q u e de c a r a c t è r e . On encourage ceux qui font le m a l ; on les excite à c o n t i n u e r ; tandis que, avec un peu plus de foi et d'énergie, on les ferait peut-être battre en retraite. Dans tous les ateliers, et m ê m e dans tous les Patronages, il se rencontre d'ordinaire de ces mauvais farceurs qui posent en libertins, r a c o n t e n t des choses ignobles? Pourquoi? pour recueillir des rires et des approbations. Si on les leur refusait, ils cesseraient et n'auraient plus envie de recommencer. En applaudissant, lu deviendrais donc, m o n pauvre enfant, u n complice de plus de ces tristes sires. Or, qui dit complice, dit coupable. N'applaudis jamais au m a l ; n'approuve jamais le m a l . 7° Une autre forme, m a l h e u r e u s e m e n t très fréquente, du péché de scandale- consiste à consentir au mal. C'est moins grave qu'approuver ; il y a dans le simple consen-

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tement jîlus de faiblesse que de malice ; m a i s cette faiblesse fi en est pas m o i n s coupable, et p e u t nous r e n d r e participants de fautes très graves, m ê m e de c r i m e s . Combien d enfants et de j e u n e s g e n s n e font le m a l que parce qu'on le leur propose! Les c o r r u p t e u r s sont toujours rares. DIEU m e r c i ! Mais, hélas ! les caractères faibles sont à Tordre du j o u r , m ê m e p a r m i les b o n s ; et il suffit d'un bélier pour e n t r a î n e r tout un* troupeau de moutons. Les m o u t o n s sont bons, mais ils sont b ê t e s ; et je te conseille très fort, mon brave J a c q u e s , de n ' i m i t e r que leur bonté. Résiste é n e r g i q u e m e n t au mal. dès qu'il t'est proposé. J'ai connu u n c h a r m a n t garçon, n o m m é H e n r i ; il était fils d'un militaire, et avait du sang dans les veines en même temps que de la foi et de la piété d a n s le cœur. Il avait quinze ans et fréquentait encore les écoles. Au m i lieu de je ne sais- quelle classe, le professeur entend du brait, se retourne, r e g a r d e : il aperçoit m o n Henri debout, l'œil en feu, l'indignation au front, la m a i n levée sur son voisin. Celui-ci v e n a i t de lui tenir je n e sais quel propos légèrement infâme. « Répète-le e n c o r e , s'était écrié le brave Henri en se redressant de toute sa h a u t e u r , répèlc-lë, et je te flanque m a main sur la figure! » Le professeur, étonné d'abord, félicita son c o u r a g e u x élève dès qu'il apprit le fond des choses; tous les c a m a r a d e s en firent a u t a n t ; et l'histoire ne dit pas que le drôle ait jamais r e c o m m e n c é . 8° On commet le péché de scandale en tolérant le mal, quand on peut l'empêcher. Ici encore il est bien clair que lorsqu'on " peut e m p ê c h e r le mal, on y est tenu en conscience. Ne pas l'empêcher, c'est y participer indirectement. "On ne peut pas toujours empêcher le m a l ; mais bien souvent on l'empêcherait si on le voulait, si Ton avait un
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peu p l u s de foi et d'énergie. Par exemple, est-ce que tu te croirais dégagé en conscience, si u n complot v e n a n t à se t r a m e r au Patronage, ou dans ta famille, tu n e préven a i s pas ton père, ta mère, ou le directeur? Est-ce que tu n e serais pas responsable du mal que tu a u r a i s pu e m p ê cher? Un mauvais c a m a r a d e introduit dans Ion école des livres protestants, ou bien encore des livres i m m o r a u x : est-ce que toi, chrétien et h o n n ê t e garçon, tu n e te sens pas obligé en conscience à prévenir ceux qui p e u v e n t arrêter ce désordre? C'est clair comme le j o u r . On dira : « Mais, c'est r a p p o r t e r ! c'est c a p o n n e r . » Pas le moins du monde : r a p p o r t e r , caponner, c'est très m a l , et il ne faut j a m a i s le faire. Ce que je d e m a n d e ici, c'est un acte de courage et de c h a r i t é . Crier au loup, n'est-ce pas sauver le troupeau? Et crier au feu, dès qu'on en aperçoit les premières flammes, n'est-ce pas sauver la maison? Un « capon », c o m m e on appelle les r a p p o r t e u r s , c'est celui qui dénonce u n c a m a r a d e pour l'odieux plaisir de le faire p u n i r ; c'est u n e p u r e méchanceté, accompagnée de quelque chose de l â c h e et de sournois. Il ne faut jamais rapporter. Mais, j e n e saurais trop te le répéter, m o n enfant, crier au loup, c'est tout a u t r e chose. Quand on avertit l'autorité afin qu'elle puisse empêcher le mal, quand on avertit le b e r g e r afin qu'il puisse sauver le t r o u peau, on fait un acte très méritoire, souvent très courageux, de charité et de conscience. On n'a pas le moins du m o n d e en vue de faire p u n i r un camarade : on veut u n i q u e m e n t , ou du m o i n s a v a n t tout, l'empêcher de faire du m a l aux autres. Que si p a r là il lui arrive quelque désagrément, tant pis pour lui ! Faut-il laisser brûler la maison et ses habitants, de peur que l'incendiaire ne soit arrêté par les g e n d a r m e s ? Maintenant, que des polissons appellent « capon, rap-

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porteur, » le c a m a r a d e h o n n ê t e ' e t consciencieux qui remplit spn devoir, libre à e u x ! Mais les mots ne font rien aux choses; il faut faire le bien q u a n d même..C'est le cas où jamais d'appliquer ici notre beau -proverbe français : « F a i s ce que dois, advienne que p o u r r a . » 9° Enfin, u n e dernière forme du péché de scandale, qui nous fait participer indirectement, m a i s très réellement aux péchés des autres,, c'est â e?i tirer sciemment profit. Ton camarade a volé v i n g t francs à son p è r e ; tu le sais. Il te propose, à toi et à'deux ou trois c o m p a g n o n s , d'aller à l'auberge, au café, au bal, etc.; vous acceptez : toi et les autres, vous participez au péché du voleur. Également, si tu acceptes u n livre, m ô m e u n bon livre Jhippé soit au libraire, soit au maître d'école, soit à un c a m a r a d e ; et autres choses de ce g e n r e . Telles sout, m o n enfant, les neuf formes différentes que peut revêtir le détestable péché que je te signale ici. Ne l'oublie j a m a i s : tu te r e n d r a i s responsable du péché d'autrui si tu le c o m m a n d a i s , si tu le conseillais, si tu en posais la cause, si tu en donnais l'exemple, si tu aidais à le commettre, si tu l'approuvais et y applaudissais, si tu y consentais, si, pouvant l'empêcher, tu le tolérais; enfin, si tu en tirais profil. Le péché de scandale est, en u n sens, le plus grave, le plus considérable de tous. Evite-le comme le feu.
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Nous voici à la fin de ce sujet si redoutable et si pratique : le péché. Relis de temps en temps, mon bon Jacques, les dix petites causeries que n o u s y avons c o n sacrées : cela t'aidera p u i s s a m m e n t à y voir clair dans ta vie de chaque j o u r et à te préserver, e n q u a n t i t é de circonstances, du plus g r a n d de tous les m a l h e u r s , celui d'offenser l e ü í E ü de ton c œ u r et le cœur de ton Dier.
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CHAP1TRK Y! LA FAUSSE PI ÉTÉ

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E n quoi consiste la fausse piété, et combien elle est dangereuse.

Par fausse p/dté, ou e n t e n d l'illusion cle certaines personnes qui croient avoir de in piété et qui n ' e n ont que l'apparence. C'est, c o m m e la fausse monnaie q u i parait être de la monnaie v é r i t a b l e , mais qui n'en est pas. La fausse piété est b e a u c o u p plus r é p a n d u e qu'on ne pense. Aussi, en é c o u l a n t ce que j'ai à te dire à ce sujet, examine-toi sérieusement, m o n cher enfant, cL vois n\ qu'il y aurait à réformer d a n s ta piété. « En quoi consiste d o n c cette illusion que vous appelez la fausse piété? » — Elle consiste g é n é r a l e m e n t à se contenter de pratiques extérieures cle religion sans trop se mettre en peine de r é p r i m e r ses défauts et d ' a c q u é r i r des vertus solides; ou bien, ce qui n'est pas moins dangereux, à négliger certaines p r a t i q u e s essentielles, dans la pensée que les bons sentiments suffisent pour plaire a D t e u et aller au ciel. Tu vois, mon bon Jacques, combien il est i m p o r t a n t de bien t'examiner sur ces doux points. D'abord, ne serais-tu pas un de ceux qui se reposent sur cle bonnes et vertueuses

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habitudes, ot qui n e veillent qu'en gros et c o m m e de loin à la pureLé de leur conscience? Ils se disent : « Je ne m a n q u e j a m a i s à ma prière du matin et d u soir, et j e n e passe guère de j o u r sans dire au m o i n s u n bout de c h a pelet; j e ne travaille pas le d i m a n c h e ; je vais à la messe et aux offices; M. le c u r é est très content de m o i ; j ' a i été longtemps enfant de c h œ u r ; j e me confesse tous les mois, bien régulièrement, quelquefois m ê m e p l u s souvent, et j e c o m m u n i e v o l o n t i e r s ; j ' a i dans m a c h a m b r e u n beau crucifix, u n e belle Sainte-Vierge, de l'eau b é n i t e ; j e porte deux scapulaires et trois médailles; et t o u t le m o n d e m e trouve bien pieux. » Et s'endormanl là-dessus, ce bon garçon ne s'occupe g u è r e du fond de sa conscience, de réprimer tel ou tel défaut naissant, ou m ê m e tel ou tel vice qui c o m m e n c e à poindre : la mollesse, par exemple, ou l'intempérance, ou la vanité, ou le m a u v a i s caractère, ou les j e u x d'argent, ou les plaisirs d a n g e r e u x , ou la funeste m a n i e de s'occuper de politique, de tout lire, etc. Il s'opère peu à peu u n e révolution dans le cœur de ce pauvre j e u n e h o m m e ; il se partage e n t r e le bien et le mal, et sa vie offre le plus singulier mélange de pratiques chrétiennes et da défauts très peu édifiants, dont les m a u vais camarades p r e n n e n t occasion de déblatérer contre Ja pieté- • Exam-inons ensuite si tu ne serais pas, au contraire, porté ii faire c o m m e t a n t d'autres jeunes gens, qui, se faisant illusiofî sur l'accomplissement de leurs devoirs, croient que, pour être bon chrétien, il suffit d'être honnête, de respecter la Religion, d'éviter le gros mal et d'avoir bon c œ u r . Sous ce prétexte, ils n é g l i g e n t certains détails excellents du service de DIEU, n e t i e n n e n t pas assez de compte des c o m m a n d e m e n t s de l'Église, du carême, des j o u r s d'abstinence, vont peu aux sacrements,

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n e p r i e n t pas assez, négligent la dévotion à la SainteVierge, et glissent peu à p e u clans la tiédeur. — Ceux-ci" se l'ont illusion tout c o m m e les p r e m i e r s ; et ni les u n s ni les autres ne servent Notre-Seigncur c o m m e Notrc-Seig n e u r v e u t être servi. Quelle que soit la forme qu'elle revête, la fausse piété a des conséquences déplorables, aussi bien pour nousm ê m e s que pour les a u t r e s . Pour nous-mêmes, car elle nous trompe en nous faisant croire que nous servons J É S U S - C H R I S T , tandis q u ' e n réalité n o u s sommes remplis d ' a m o u r - p r o p r e et parfois morne séparés de DIHU par le péché mortel. L'illusion est ici tout particulièrement d a n g e r e u s e : c'est l'illusion du Pharisien que ses pratiques e x t é r i e u r e s ont si bien aveuglé, qu'on peut dire qu'elles l'ont p e r d u . Pour les autres, car elle scandalise quantité de fidèles, et fait beaucoup de tort à la vraie piété, q u e les ennemis de la Religion confondent avec la fausse. Les g e n s du monde s'imaginent, en effet, que ces catholiques de contrebande sont pieux, et, p a r eux, ils j u g e n t de tous les autres. P a r l e chrysocale, ils j u g e n t de l'or pur. Ce sont les défectuosités choquantes de la fausse piété qui ont le plus c o n t r i b u é à faire p r e n d r e en mauvaise part, parmi tes m o n d a i n s , les mots de dévot et de dévote. En soi-même, rien de plus beau que cette dénomination : dévot vient, en effet, d ' u n m o t latin qui signifie dévoyé. Quoi de plus beau, quoi de plus noble que le dévouement? et, entre tous les d é v o u e m e n t s , le plus excellent n'est-i) pas le dévouement à DIEU? Néanmoins, la malice de l'impiété d'une part, et de l'autre les travers de la fausse piété sont parvenus à rendre le n o m de dévot, et surtout de dévote, sinon méprisable, au moins ridicule et mal porté.

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Si quelque mal-appris croit te faire i n j u r e , m o n brave Jacques, en t ' a p p e l a n t dévot, laisse-le dire, et moque-toi de son ignorance. Sois dévot dans le vrai sens du m a t , c'est-à-dire bien cordialement dévoué à ton bon JÉSUS, à son adorable S a c r e m e n t , à sa Mère très-sainte et t r è s bonne, à son Église, à son Vicaire Notre Saint-Père le Pape,et, en général, à tout ce que le bon.DiEU aime et bénit. Les gens qui c r i e n t contre les « dévots » sont presque tous, pour n e pas dire tous, des gaillards plus ou m o i n s avariés au point de v u e de la foi et des m œ u r s . Gcsontles « esprits forts » de cabaret et d'atelier, qui n e vont pas à la messe, qui vivent sans DIEU, et trop souvent d'une m a nière fort peu honorable. Dans leur b o u c h e , dévot devient synonyme de c h r é t i e n ; et leurs quolibets sont u n h o n neur p o u r le vrai serviteur de DIEU. Laisse-les dire et rire. Souvent ils ne crient après toi que pour n e pas e n t e n d r e la voix de leur conscience qui leur d i t : « Tu devrais faire comme l u i ; ce qu'il fait? pourquoi ne le fais-tu pas ? Tu n'es qu'un lâche. » Du courage donc, m o n petit b r a v e ! Sors ton DIEU sans peur et sans r e p r o c h e . Celui qui persévère dans la piété, dans la bonue et vraie piété au milieu des luttes, n ' e n a que plus de mérites et devant DIEU et d e v a n t les h o m m e s -

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D'où provient la fausse piété et comment on peut s'en garantir.

Les causes o r d i n a i r e s de la fausse piété sont, avant tout, l'ignorance des principes et des règles de la vraie piété chrétienne, et quelquefois aussi les illusions de l'amour-propre et l'entêtement dans ses propres idées.

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Rien n'est plus fréquent, surtout dans les r a n g s de la j e u n e s s e ouvrière, que l'ignorance des vrais principes et des vraies règles de la p i é t é ; et f r a n c h e m e n t , les trois q u a r t s d u temps, ce n'est la faute de p e r s o n n e . Sur cent a p p r e n t i s et jeunes ouvriers, il y en a plus de quatrev i n g t - d i x qui, peu après leur p r e m i è r e c o m m u n i o n et leur confirmation, ont été m i s en apprentissage, ont forc é m e n t interrompu les catéchismes, et s'en sont allés avec le très-mince b a g a g e d'instruction religieuse élém e n t a i r e qu'ils avaient r e ç u e en se p r é p a r a n t à leur p r e m i è r e communion. Ces é l é m e n t s d'instruction c h r é t i e n n e sont certainement très-nécessaires et m ê m e i n d i s p e n sables ; mais ils sont bien loin de suffire, s u r t o u t au point de vue de la piété. Ce sont les fondements de la maison ; m a i s de là à la maison il y a loin. De ceci, Lu peux déjà c o n c l u r e , mon c h e r J a c q u e s , l'utilité i m m e n s e et l'excellence de ces Patronages, de ces Œ u v r e s de persévérance, où chaque d i m a n c h e se contin u e , sous une forme familière, essentiellement intelligible et pratique, le c o u r s d'instruction destiné à développer peu à peu les p r é c i e u x germes du caLéchisme, et à former au service du b o n DIEU l'esprit et le c œ u r du j e u n e ouvrier qui v e u t rester chrétien. Les instructions ordinaires des paroisses, tout excellentes qu'elles sont, ne remplissent ce b u t q u e très-imparfaitement ; faites principalement pour les g r a n d e s personnes, elles n ' o n t rien de spécial pour l'apprenti, pour le j e u n e h o m m e ; elles sont souvent trop fortes p o u r lui, et dès lors lui p r o fitent beaucoup m o i n s . Si donc, mon c h e r enfant, tu as le b o n h e u r d'avoir, d a n s la ville ou dans le b o u r g où tu d e m e u r e s , u n e de ces Œ u v r e s ouvrières qui, p a r la grâce de D I E U , se multiplient actuellement de toutes parts, fais t o u t au m o n d e

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pour y entrer, et quand tu y a u r a s élé reçu, appl.iq.iie toi tout particulièrement à l'instruire à fond des principes et des règles du service de Notre-Seigueur. Outre les instructions p r o p r e m e n t dites que tu y recevras de la b o u c h e du prêtre et les bons avis que t'y donneront des c h r é t i e n s d'élite, d e m a n d e qu'on veuille bien te prêter quelques bous livres, afin de suppléer par lu lecture à ce que le prêtre ne peut pas toujours dire. P a r m i ces livres, j e te r e c o m m a n d e lo.ul particulièrement les A ies des S a i n t s ; non pas ces petites vies, tellement résumées qu'on n ' y trouve aucun détail, mais ces belles et bonnes vies en un QU plusieurs volumes, qui l'ont une espèce de connaissance i n t i m e du Saint ou de la Sainte dont elles parlent, et qui initient le lecteur à l'esprit, aux s e n t i m e n t s , aux habitudes de ces grands serviteurs de DIEU. La vie des Saints est, après la lecture de l'Évangile, la plus excellente de tontes les leçons de piété et d a m o u r de DIEU. Tout le monde peut c o m p r e n d r e ces leçons-là, parce que ce n'esl pas seulement de la m o r a l e chrétienne en 'théorie, mais de la morale c h r é t i e n n e en action. C'est c o m m e la musique chaulée, dont c h a c u n peut c o m p r e n d r e • la beauté, du m o m e n t ' qu'il a des oreilles.
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Parmi les saints, je t'en recommanderai tout spécialem e n t - t r o i s , dont les exemples et les é c r i t s , a d m i r a b l e s peuvent te profiter davantage et to former à la p i é t é : c'est d'abord l'humble et pauvre sainl François d'Assise, puis saint François de Sales, puis enfin saint Vincent de Paul. Je n'exclus certes pas les autres, qui, chacun en son genre, offrent d'admirables exemples de Imites les vertus; mais je t'indique ces trois-là comme tout spécialement profitables à ton à m e . J'y joindrai le récit des Actes de nos martyrs," anciens et modernes (par conséquent los Annale*

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de la propagation de la Foi) : le sang des m a r t y r s parle plus h a u t et mieux que les plus beaux livres. Telle est, mon. petit Jacques, la première cause et la plus ordinaire de la .fausse piété : l'ignorance des vrais principes. Les deux autres sont plus personnelles et dépendent davantage de notre volonté : ce sont, c o m m e je te l'indiquais tout à l'heure, Pamoiir-propre avec ses illusions, et, c o m m e conséquence presque inévitable de cet a m o u r propre, rentôlement d a n s ses propres idées. Combien n'ai-je pas c o n n u de jeunes garçons, trèsbons au fond, très-gentils, qui promettaient d'être un jour des jeunes gens modèles, et à qui l'amour-propre a fait tourner la tôle! Arrivés à ton àgo, à quinze, seize ou dix-sept ans, ils se sont c r u s des petits p h é n i x ; ils n'ont plus voulu écouler leurs bons parenls ni leurs m a î t r e s ; leur père spirituel lui-môme a perdu peu a peu l'ascendant, si légitime c e p e n d a n t , et si salutaire, de son autorité sur leur esprit, et n ' é c o u t a n t plus qu'eux-mêmes, ou, ce qui était pire encore, n'écoutant que des camarades étourdis et sans expérience, ils sont tombés d'inconséquences en inconséquences, ont fait mille brioches, que, bon gré mal gré, il leur a fallu avaler, sont devenus désobéissants, impertinents, a b s u r d e s ; et, sans devenir tout à fait mauvais, sans p e r d r e complètement leurs bonnes habitudes religieuses, o n t g r a n d e m e n t dégénérés et ont trompé les plus légitimes espérances. 0 mon pauvre garçon, si tu te reconnaissais là, arrètetoi tandis qu'il en est encore temps. Rebrousse c h e m i n ; redeviens ce que tu étais il y a u n an, il y a deux a n s , bon, docile, obéissant a u x directions de ton confesseur, défiant à l'égard de t o i - m ê m e , modeste, simple, solidem e n t et sérieusement c h r é t i e n .

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L'amour-propre, vois-lu, est le père de l'orgueil, .ctTorgueil est! e n n e m i le plus direct de ln.bonne et vraie pieté catholique. Plus on est h u m b l e , plus on est chrétien. Plus lu seras soumis, d'esprit et de cœur, aux saintes d i r e c tions de ton confesseur et de tes parents chrétiens, plus il te sera facile, m o n cher Jacques, d'éviter les pièges du démon, et de d e m e u r e r un vrai serviteur, u n vrai disciple de Celui qui a d i t : ~ « Je vous ai donné l'exemple, afin que cous'fassiez comme f ai fait, » et qui, p a r .son Saint-Espril, réside, vit et r è g n e en ta chère àme, Si tu suis les petits conseils que je viens de te r é s u m e r , la piété sera toujours vraie, sans alliage et s'elon le c œ u r de JÉSUS-CHRIST. Tu deviendras peu à p e u . un c h r é t i e n véritablement éclairé dans les voies de la sanctification et du salut. Tu c o m p r e n d r a s que l'obéissance, à ton âge surtout, est la base et la gardienne de toute vertu solide; que les pratiques extérieures, y compris les S a c r e m e n t s eux-mêmes, ne sont que des moyens, mais, des m o y e n s indispensables, pour d e m e u r e r uni à JÉSUS-CHRIST et vivre saintement. En un mot, tu éviteras les d a n g e r e u x écueils de la fausse piété, si capables de faire c h a v i r e r ta petite" nacelle et de te p e r d r e pour toujours.
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CHAPITRE Vil
LES QUALITÉS DE LA VRAIE PIÉTÉ

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Des qualités que doit avoir la vraie piété et comment elle doit , avant tout, être catholique.

Pour être vraie, solide et parfaite, pour nous sanctifier tout de bon et pour édifier le prochain, notre piété doit revêtir certaines qualités; et la première de toutes, c'est d'être réellement et p l e i n e m e n t catholique. J'appelle une piété r é e l l e m e n t et p l e i n e m e n t catholique celle qui se règle, toujours et en tout, sur les principes proposés par l'Eglise, et n o t a m m e n t par l'Église Romaine, Mère et Maîtresse de toutes les Églises du m o n d e . L'Église Romaine, dont le Pape est le propre Évoque et q u i , pour cette raison, a des privilèges dont ne jouissent point les autres, conserve la d o c t r i n e et les traditions de la vraie foi. Il est certain aussi qu'elle conserve et conservera toujours le dépôt non m o i n s précieux de la vraie piété, laquelle n'est après tout que la vraie pratique de la vraie foi. Et de m ê m e que toute doctrine qui ne s'accorde pas avec la doctrine et les enseignements du Pape et de l'Eglise Romaine est par cela seul convaincue d'erreur, de m ê m e , toute piété qui s'écarte des e n s e i g n e m e n t s et des

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traditions de TÉglise-Mère esL une piété fausse,- une piété altérée. Là piété, en effet, nous est proposée et imposée, aussi bien que la foi, par le Vicaire de JÉSUS-CHRIST, Chef suprême de son Église et Docteur infaillible de sa sainte religion. Pas plus q u e la foi, la pieté n'est u n e affaire d e caprice ou de senLiment, laissée à la m e r c i de c h a c u n , et que t ' o n p e u t modifier à son g r é . Nos Évêqués, et avec eux nos prêtres, n o u s t r a n s m e t t e n t les p r i n c i p e s , les lois, les règles de la vraie piété chrétienne ;* et de même* q u e leur premier devoir est de nous t r a n s m e t t r e ces p r i n c i p e s sans y rien c h a n g e r , de même notre p r e m i e r devoir ¿1 nous, qui que nous soyons, savants ou i g n o r a n t s , vieux ou j e u n e s , r i c h e s ou pauvres, c'est de m e t t r e fidèlement en pratique ces principes et ces règles, sans vouloir n o u s forger, comme les protestants, une pieté de convention >et de ca.price. En m a t i è r e de pieté, c o m m e en matière do
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foi, il faut être soumis à l'Eglise, et il faut être cela avant l'oiil. On n'est catholique qu'à ce prix ; et c'est là ce qu'il faut entendre p'ar une piété véritablement c a t h o l i q u e . Cette b o n n e et vraie piété, qui seule est seiou le Cœur de JÉSUS-CHRIST, entend la pratique intérieure et e x t é r i e u r e de -la-Religion, la p r a t i q u e des s a c r e m e n t s , et de tous les exercices de dévotion, comme l'entend l'Eglise et comme l'enseigne le Saint-Siège. Elle a i m e , elle approuve ce qu'approuve l'autorité catholique; elle adopte ce qu'elle conseille; elle rejette ce qu'elle c o n d a m n e . C'est une piété qui ne se conduit pas d'après ses propres idées, d'après ses préjugés d'éducation ou de p a y s ; qui ne se forge pas à elle-même des principes imaginaires de vertu ni de perfection; qui se défie s u r t o u t des exagérations jansénistes et de toutes ces m a x i m e s dures et fausses d o n t notre pauvre France est la victime depuisprès de deux siècles.

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Le j a n s é n i s m e esL une perfide et hypocrite hérésie qui vide nos églises, ravage nos meilleurs diocèses et nos paroisses jadis les plus florissantes, en proposant, à la place de ces bonnes, saintes et légitimes règles de piété qu'enseignait et qu'enseigne toujours l'Eglise R o m a i n e , j e n e sais quelle piété de fantaisie, quel « c h r i s t i a n i s m e primitif », soi disant plus ôvangélique et plus p u r , dont l'absurde sévérité a fait fuir tout le m o n d e . Sous prétexte d'austérité, le j a n s é n i s m e a voulu faire de nos prêtres des espèces de loups-garous, e n n e m i s de toute bonne joie, de toute récréation h o n n ê t e ; dans les catéchismes, en chaire, au confessionnal, il a voulu s u b s tituer sur leurs lèvres u n enseignement de terreur et de sévérité, aux e n s e i g n e m e n t s de la miséricorde et de l'amour; et ceux, en g r a n d n o m b r e , qui s'y sont laissé prendre, ont vu peu à pou leurs églises se vider et leurs peuples s'éloigner d'eux; le confessionnal, s'est fermé, puisque, au lieu des paroles de la consolation et du p a r don, on n'y recevait pins que des paroles d u r e s et décourageantes; et après le confessionnal, ça été le Tabernacle. Les jansénistes l'ont f e r m é à double tour, faussant, dans leurs discours c o m m e d a n s leurs livres, la doctrine catholique, qu'ils déclaraient relâchée et d a n g e r e u s e : au lieu de nous présenter, c o m m e le fait l'Église, la sainte Comm u n i o n comme le r e m è d e de notre faiblesse, c o m m e le moyen de devenir m e i l l e u r s , plus forts, plus p u r s , plus u n i s au bon DIEU, ils en ont fait une sorte de récompense inaccessible, réservée a u x parfaits et plus q u e parfaits, réservée a u x seuls saints. De m ê m e que, dans ce beau système-là, on n e pouvait recevoir l'absolution q u ' a p r è s des mois et des a n n é e s de pénitence parfaite, de m ê m e on ne pouvait c o m m u n i e r q u ' a u t a n t qu'on était p a r v e n u à l'état de perfection, Or, c o m m e tout ce qui est parfait est rare et t r è s rare en ce

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monde, il s'ensuivait que p e r s o n n e n'obtenait la permission de c o m m u n i e r . On prit b i e n vite lu liberté de neplus se confesser, de ne plus aller à l'église et de p r e n d r o en grippe et le prêtre et la religion et la piété. Et voilà ce que l'on a g a g n é à s'écarter des e n s e i g n e m e n t s de l'Église Romaine, et à vouloir en Faire à sa tête en matière de piété, au lieu d'obéir s i m p l e m e n t . Je le sais, il n ' y a plus de j a n s é n i s t e s a u j o u r d ' h u i ; mais l'esprit j a n s é n i s t e , l'odeur j a n s é n i s t e ne se retrouve» que trop encore d a n s quantité de nos p r o v i n c e s , d a n s un grand n o m b r e de livres de piété, et d a n s les traditions d'un g r a n d n o m b r e de familles c h r é t i e n n e s . 0 m o n c h e r Jacques, méfie-loi de cette o d e u r : elle n e sent point le P a r a d i s , et elle n'y m è n e pas. Elle ne sent pas l'Eucharistie, ni le bon JÉSUS, ni son saint a m o u r , n i sa douceur, ni son Sacré-Cœur. Elle n e sent pas la SainteVierge, que les j a n s é n i s t e s détestaient, ni les Saints, ni le Pape, que ces m a l h e u r e u x - l à détestaient plus e n c o r e . Mon enfant, sois profondément catholique dans ta piété, comme en toutes choses. Avec l'Église, sois tout à JÉSUS ; cherche-le en t o u t ; adore-le, aime-le de tout ton c œ u r . Attentif à sa p r é s e n c e , fidèle à sa g r â c e , demeure-lui intimement u n i d a n s le vivant sanctuaire de ton à m e . Va le plus souvent, le plus pieusement possible, le recevoir dans son très saint, très bon et très adorable S a c r e m e n t , où il se d o n n e à toi pour le c o n s e r v e r a lui. Aime sa Mère, aime son Eglise, a i m e son Vicaire, a i m e ses prêtres. La vraie piété catholique repose tout entière sur la pierre angulaire de la sainteté, sur l ' u n i q u e fondement posé.par DIEU m ê m e , et qui est JÉSUS-CHRIST : JÉSUS-CHRIST, tel que l'Église n o u s le donne : JÉSUS-CHRIST, tel qu'elle lepropose à notre a m o u r et à notre imitation. Donc, la p r e m i è r e qualité que doit avoir notre piété.

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pour ètro véritable et pure, c'est d'être catholique, c'est-àd i r e d'avoir le Vicaire de JÉSUS-CHRIST p o u r d i r e c t e u r et directeur suprême, et JÉSUS-CHRIST lui-même pour centre et souverain amour.

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Que la vraie piété doit être, en second lieu, intelligente et éclairée, positive et pratique, bonne et cordiale.

La première qualité q u e doit avoir notre piété, c'est donc d'être pleinement catholique. Nous allons voir c o m m e n t elle doit en o u t r e être intelligente et éclairée, positive et pratique, et enfin cordiale. I. Intelligente cl éclairée. Ta piété, m o n cher Jacques, doit être intelligente, et p a r conséquent éclairée. Tu te rappelles ce que nous disions plus haut des dangers de l'ignorance en matière d e religion et de piété. Si l'ignor a n c e ' e s t une des causes principales de la fausse piété, on peut affirmer q u ' u n e connaissance bien exacte et u n e étude bien consciencieuse de tout ce qui concerne le service de JÉSUS-CHRIST sont l'un des éléments les plus •essentiels de la vraie et solide pieté. Oui, il faut t'instruire, il faut t'instruire à fond sur tout ce qui concerne la p r i è r e , laquelle est c o m m e l'âme et l'aspiration de la piété. Tu trouveras là-dessus d'excellentes directions dan s r'Introduction de saint François de Sales, dans un des traités de la Perfection chrétienne de Rodriguez, et enfin, sans parler de beaucoup d'autres bons livres, dans u n opuscule de saint Alphonse de Liguori, intitulé : Du grand moyen de la prière. Saint

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Alphonse disait q u e ce petit livre était, à son sens, le meilleur de tous ceux qu'il avait composés- La prière est, en effet, une science dont il faut c o n n a î t r e et par conséquent apprendre les lois; u n a r t q u e tout véritable c h r é tien doit c o n n a î t r e et pratiquer. [I faut l'instruire sur tout le détail des vertus c h r é tiennes : et pour cela j e t'indique encore d e u x excellentes sources : Y Introduction ^ dont j e te parlais tout à l ' h e u r e , et un petit chef-d'œuvre du m ê m e saint Alphonse de Liguori, qui a pour litre : Pratique de l'amour envers JésusChrisL II faut l'instruire d'une m a n i è r e très précise de ce qui est bien, de ce qui est a s s u r é m e n t défendu, et de ce qui est seulement signalé c o m m e d a n g e r e u x . il faut t'instruire des règles de la dévotion au SaintSacrement, au Sacré-Cœur, à la Sainte-Vierge, à saint Joseph, aux S a i n t s ; en u n mot, de tout ce qui touche la vie et les perfections chrétiennes. Ici encore, n o u s touchons du doigt l'util? té dns maisons de Patronages, des Cercles catholiques d é j e u n e s g e n s et autres Œ u v r e s de persévérance, où une b o n n e et solide instruction religieuse, faite bien r é g u l i è r e m e n t c h a q u e dimanche, est c o m m e la lumière qui éclaire, c o m m e la flamme qui échauffe et vivifie. Plus tu seras instruit e n matière de piété, plus il te s e r a facile, mon c h e r enfant, de bien servir le bon DIEU. P a r là, tu éviteras l'insupportable fléau des scrupules, lesquels proviennent presque toujours d'une connaissance incomplète ou faussée de la morale chrétienne. Tu n ' a u r a s pas non plus à craindre les superstitions que produisent une . foi inintelligente et des croyances mai définies. Enfin, ta piété évitera le double écueil du rigorisme et du relâchement, deux pestes aussi fatales l'une que l'autre. Connaissant ainsi d'une m a n i è r e précise ce qui est de

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précepte et ce qui est de conseil, ce qui esL péché et ce qui est u n e imperfection, tu puiseras d a n s cette lumière u n e g r a n d e force pour d e m e u r e r toujours d a n s la droite voie, pour être à la fois fervent et r a i s o n n a b l e dans ta ferveur, respectable et p a r conséquent respecté dans ta piété. Rien n'est plus c o n t r a i r e à l'esprit chrétien qu'une piété mesquine, étroite et basse. 2. La vraie piété doit être positive et pratique. J ' e n t e n d s par là que, dans notre piété, nous devons éviter avec g r a n d soin les subtilités, les abstractions m é t a p h y s i q u e s , ne pas vivre dans les théories, qui ne serviraient qu'à a m u s e r l'esprit, q u ' à satisfaire la curiosité et n'aboutiraient souvent qu'à n o u s enorgueillir en nous faisant croire que nous s o m m e s des espèces de savants. Ce n'est pas là le service de DIEU, et l'amour de JÉSUSCHRIST ne reste pas a i n s i dans les nuages. Que les piétistes protestants d e m e u r e n t ainsi dans les v a p e u r s ; soit! Mais pour nous, enfants de DIEU et de son Église, nous ne devons pas nous c o n t e n t e r de cette religiosité vague, plus ou moins poétique, séduisante parfois, mais toujours creuse, qui ne descend q u e des régions de l'imagination et de la sensiblerie. Dans la piété d ' u n . v r a i catholique, tout doit tendre à la pratique des vertus. Les doctrines spirituelles les plus élevées, quand elles s o n t vraies, sont toujours pratiques, Noire-Seigneur n ' é c l a i r a n t j a m a i s notre esprit que pour a r r i v e r à notre c œ u r , p o u r sanctifier le libre exercice de. notre volonté, et pour r e m p l i r ainsi de sa grâce tout le détail de notre vie. Ce caractère essentiellement pratique et sanctifiant est le cachet des vrais livres de piété, c o m m e des vrais prêtres, des saints prédicateurs et confesseurs. II se retrouve d a n s tous les écrits des Saints et dans l'histoire de leurs

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vies quand cette histoire est bien faite. Tout dans l'Église est-destiné à faire c o n n a î t r e , à l'aire servir, à Faire aimerJKSUS-OIIHIST; et ce qui ne tend pas à ce but, directement .ou indirectement, n'est pas digne d'occuper un seul instant l'esprit d ' u n c h r é t i e n . o. La piété, la b o n n e et vraie piété, doit être bonne et r.onh'ale. Qu'est-ce, on elfel, mon c h e r Jacques, que la piété chrétienne, sinon l'amour filial que JÉSUS-CHRIST nous c o m m u n i q u e p o u r DIEU son Père, devenu par la grâce notre Père, et p o u r la Très-Sainte Vierge sa Mère, ,devenue également notre Mère à t o u s ? C'est son a m o u r pour l'Église et pour tous les h o m m e s , que son divin Cœur c o m m u n i q u e \\ notre cœur, et qui n o u s lait u n i r à l'amour de DIEU et de la Sainte-Vierge l'amour de l'Église et du p r o c h a i n . Toute la piété se r é s u m e ainsi dans l'amour, d a n s la sainte charité de JÉSUS-CHRIST. Or, l'amour dilate le cœur, rend bon et affectueux, tendre, aimant, dévoué. Il opère dans le c œ u r ce que le l'eu opère sur l'or : il l'échauffé, il le pénètre, il en d é t r u i t la dureté naturelle pour l'attendrir, le liquéfier et le rendre ainsi capable de s'adapter à tous les besoins. Aussi un chrétien qui n ' a u r a i t point de cœur, d o n t le c œ u r serait sec, dur, sans affection, sans bonté, sans m i s é r i corde, ne s e r a i H l q u ' u n e apparence, q u ' u n squelette de chrétien, et, c o m m e disait u n j o u r g a i e m e n t saint Vincent de Paul, « une simple carcasse. » • La piété, quand elle est de b o n a l o i , n o u s inspire toujours, avec la c r a i n t e salutaire du péché, une confiance sans bornes en la bonté infinie de DIEU, notre Père et nutre Sauveur. Elle n o u s fait aimer sa miséricorde, laquelle n'est q u ' u n e forme très a d m i r a b l e de son doux et saint amour. Elle nous jette, p o u r ainsi dire, à corps perdu, dans les célestes abîmes de son Sacré-Cœur, et.
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ce q u i revient au m ê m e , dans les b r a s maternels et sur le Cœur immaculée de MARIE. Elle nous fait a i m e r tout ce qui est bon, tout ce qui mérite d'être aimé : elle écarte de n o u s les froides et sauvages t e r r e u r s du j a n s é n i s m e , qui était une religion de Juifs ou de T u r c s , et non pas de chrétiens. P r e n d s donc bien g a r d e , mon brave enfant, à cette piété de tête et d'imagination qui laisse le c œ u r sec el d u r ; et, d'autre part, n e p r e n d s point pour u n e bonne piété d'amour u n e dévotion p u r e m e n t sentimentale, qui se contente d'affections, se n o u r r i t d'attendrissements, sans jamais se t r a d u i r e sérieusement en sacrifices ni pour le bon DIEU, ni pour l'Église, ni pour le p r o c h a i n . Le vrai amour vit de sacrifices. Il ne dit j a m a i s : « C'est trop, » ni m ê m e : « C'est assez. » Ainsi, poiii' être véritable et marquée au bon coin, notre piété doil être catholique d'abord, puis intelligente et éclairée, puis positive et pratique, puis enfin cordiale, bonne, a i m a n t e . 0 m o n DIEU, que nous serions donc heureux si nous étions tous c o m m e cela ! Mais ce n'est pas tout; et notre piété doit revêtir d'autres qualités q u e j ' a i à te signaler encore, mon cher Jacques.
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De quatre autres qualités précieuses qui distinguent la vraie piété.

Les qualités diverses qui ornent et fonl resplendir la véritable piété r e s s e m b l e n t aux divers vêtements d o n t un roi veut voir parée la î^eine son épouse, afin que tous ses

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sujets lui r e n d e n t plus volontiers les h o n n e u r s q u i lui sont dus. Et de m ô m e que cette p a r u r e royale se compose nécessairement d'une foule d'ajustements, de m ê m e le royal v ê t e m e n t de la piété est formé de beaucoup de qualités, plus précieuses les u n e s que les a u t r e s , et concourant c h a c u n e à la faire briller de tout son éclat. Le grand Roi du ciel JÈsus-CiiRiSTveut q u e l'àme c h r é t i e n n e , son épouse, soit ainsi parée, et ce n'est q u ' à cette condition qu'il daigne la faire asseoir à ses côtés. Nous avons v u les q u a t r e premières pièces de ce b e a u vêlement, les q u a t r e premières qualités dont noire piété doit être revêtue et embellie. En voici q u a t r e a u t r e s , n o n moins excellentes et n o n moins nécessaires. 1. La vraie piété est douce, indulgente, c.harUable. Nous devons être sévères p o u r nous-mêmes, et i n d u l g e n t s pour les autres. « Noire cœur, disait saint Benoit Labre, doit être de fer pour n o u s - m ê m e s , de chair p o u r le p r o c h a i n , de feu pour le bon DIEU. » Sainte J e a n n e de Chantai écrivait de son Bienheureux Père saint François de Sales que « sa douceur était i n c o m parable. 11 ésL impossible de dire la g r a n d e suavité et débonnaire té que DIEU avait répandues on son â m e . Son v i s a g e / s e s yeux, ses paroles cl toutes ses a c t i o n s ne r e s piraient que d o u c e u r et m a n s u é t u d e , il la- répandait même d a n s le emur 'de c e u x qui l'approchaient. Aussi disail-il que l'esprit de douceur était le vrai esprit des chrétiens. 11 a i m a i t à rappeler la parole du Sauveur : Apprenez de moi queje suis doux et humble de cœur ; et il disait que, depuis l'âge de dix ans où il avait l'ait sa première c o m m u n i o n , il avait cette leçon divine toujours présente à l'esprit. » Si rien îvesl plus édillanl qu'une piété douce el i n d u l gente, rien aussi n'est plus mal édifiant qu'une do ces

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piétés d u r e s , exigeantes, sèches, sans miséricorde p o u r les faiblesses d'autrui, c o m m e il s'en r e n c o n t r e encore t r o p souvent chez les chrétiens qui ne veillent pas d'assez près s u r leur cœur. • P r e n d s garde, mon brave Jacques, à être toujours i n d u l g e n t à l'égard des autres, et à ne pas leur jeter trop lestement la pierre, parce que tu les a u r a s v u s t o m b e r d a n s quelque Faute. Ne p r e n d s pas l'habitude, si peu chrétienne, de railler, de médire, d'écorcher le p r o c h a i n , même par manière de plaisanterie. J u g e toujours les autres avec miséricorde, avec charité et ne les c o n d a m n e pas facilement. Ce qui ne veut pas dire qu'il faut tolérer le mal q u a n d un peut l'empêcher, ni rester indifférent devant Jes m a u vais. Ce ne serait pas là de l'indulgence, ni de la bonté, mais de la Faiblesse; ce serait une indifférence très coupable. Un chrétien n e doit pas, ne peut pas être tolérant s u r les doctrines ni sur les principes : son i n d u l g e n c e n e doit porter que s u r les personnes, qu'il doit p lain d r e et excuser, clans la m e s u r e du possible. Il faut toujours d i s tinguer entre les m a u v a i s eamrs, les m é c h a n t s p r o p r e m e n t dits, et les faibles ou les étourdis. Sans être faible, il faut èirft bon ; et, t o u t en détestant le péché, il faut t a c h e r d'être c o m m e J é s u s , patient et doux au p é c h e u r . 2. La vraie piété est simple cl aimable. J ' e n t e n d s par là une piété franche, qui évite toute affectation, toute g r i m a c e , toute singularité fâcheuse ; une piété qui n'a point de manies, qui a soin de n e choquer personne sans nécessité, et qui s'efforce d'être toujours affable, prévenante, gracieuse, eu s ' a c c o m m o d a n t j o y e u s e m e n t à l ' h u m e u r des autres. Un vrai chrétien doit être poli avec tout le m o n d e . Si d a n s le calendrier on trouve, p a r m i les Saints, u n vrai

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baLaillou de Loups canonisés (saint Loup, Evoque de Troyes, saint Loup, A r c h e v ê q u e de Sens, saint Loup, Evêque de Soissons, saint Loup, Evoque de Limoges, saint Loup de Bayeux, saint Loup de Ghàlons, s a i n t L o u p de Bourgogne, saint Lpup de Bergame, saint Loup de Cappadocc, saint Loup de l'ilc Barbe, Évoque de Lyon, saint Loup d'Angers,, e t c . ) ; si m ô m e on y trouve une sainte pléiade d'Ours (saint Ours, Évoque d'Auxcrre, saint Ours de Troyes, saint Ours de TouL saint Ours d'o Loches, saint Ours de Taren taise, saint Ours de R a v e n n e . saint Ours de Soleure, saint Ours de Pano en Italie, sainl Ours de Périgord, etc,), sois bien sûr que leur h u m e u r contrastait s i n g u l i è r e m e n t avec leur n o m , et que la piété de tous ces saints Loups resplendissait de la d o u c e u r des agneaux, c o m m e celle des saints Ours était a i m a b l e , débonnaire, gracieuse, tout a u t a n t que la piété d'un saint François de Sales, d î m e sainte Thérèse, d'un saint F r a n çois Xavier. Ne .l'oublie ni m a i n t e n a n t ni plus tard, mon c h e r J a c q u e s : u n e personne pieuse ne doit être ni m a u s s a d e , ni difficile à vivre ; elle ne doit e n n u y e r , f a t i g u e r qui q u e ce soit d o s a déA'otion; elle, doit éviter cet extérieur forcé et guindé qui distinguait les jansénistes, ces d e h o r s d'austérité e n n u y e u s e , renfrognée, qui repousse tous ceux qui l'approchent et qui fait dire aux g e n s du m o n d e : « Si telle est la piété... ah ! bien, merci ! je n ' e n veux pas. » L'aspostolal dans nos OEuvres ouvrières, c o m m e dans l'atelier, c o m m e d a n s la famille, c'est la piété simple et a i m a b l e . 3. La vraie piété doit être prudente dans son zèle. Certes, nous devons tous, tant que n o u s sommes, être zélés pour la gloire de Noire-Seigneur et pour les intérêts de son Église, zélés pour le salut de nos frères, pour les b o n n e s

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œ u v r e s el surtout pour notre propre sanctification ; mais cette activité toute chrétienne, ce zèle pieux, si légitime, doit toujours être réglé par la p r u d e n c e . Il ne suffit pas de faire le bien, il faut le bien faire. Examine-toi devant D I E U , mon brave garçon, et vois si, à l'ardeur du zèle, tu j o i n s toujours la, juste m e s u r e de la prudence ; si ton zèle n'est pas quelquefois intempestif, maladroit, inopportum, ridicule, sans tact et sans j u g e g e m c n t ; si parfois tu n'apportes pas d a n s ton d é v o u e m e n t u n e impétuosité de caractère qui n'est pas selon le bon DIEU. Fais-tu toujours passer, c o m m e il convient, le devoir avant tout? Ne t'arrive-t-il pas de sacrifier à des pratiques d é p u r e dévotion, à des bonnes œuvres qui n e sont que de conseil, des devoirs p r o p r e m e n t dits, des devoirs de conscience, d'état ou de famille? Une telle manière de faire choquerait, et avec raison, quantité de personnes qui t'entourent, et qui, m o i n s pieuses p e u t être q u e toi, seraient bien aises de t r o u v e r là une occasion de te tomber s u r le dos, ou plutôt de tomber, en ta personne, sur le dos de la piété, Sois donc t o u j o u r s a u s s i p r u d e n l q u e zélé. C'esL très-important, surtout p a r m i les j e u n e s gens. 4. Enfin, la vraie piété doit être ferme en face des exigences du monde. Je te l'ai r e c o m m a n d é déjà m a i n t e s fois, mon cher enfant : p r e n d s garde ! Le m o n d e au milieu duquel tu vis est m a u v a i s . Il n'esL pas s e u l e m e n t corr o m p u , il est corrupteur. Gare les illusions ! il n'est pas permis à un vrai chrétien d'allier ensemble la m o n d a n i t é e t l a p i é t é . Tout en vivant dans le monde et au milieu des m o n d a i n s , n o u s :ie devons pas adopter ni a i m e r les frivolités, les idées fausses, la viea b s u r d e et futile des m o n d a i n s . Il est parfaitement i m p o s sible d'unir ensemble les habitudes pieuses d'un bon

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chrétien avec les folies de c e r t a i n s plaisirs îhondains, avec les mille r e c h e r c h e s de la vanité, de la sensualité et de la mollesse. Sois donc toujours ferme au service de ton DTJEP, et ne te laisse é b r a n l e r par rien ni p a r p e r s o n n e . Telles sont, mon bien c h e r Jacques, les principales qualités dont tu a u r a s soin do toujours embellir ta piété. Ainsi vêtue, ton à m e c h a r m e r a les r e g a r d s de J É S U S CHRIST et de ses Anges; et tu t'attireras, avec les bénédictions célestes, les sympathies do tous les g e n s de bien, ainsi que le respect et l'affection de tous tes c a m a r a d e s .

IV Que, dans la vraie piété, tout doit se rapporter à JÉSUS-CHRIST.

Avant de .passer à l'explication détaillée des v e r t u s chrétiennes, j e voudrais, m o n cher J a c q u e s , ' j e t e r avec toi un c o u p d ' œ i l s u r tout ce que nous a v o n s dit j u s q u ' à présent, et r é s u m e r ainsi, par manière de conclusion, tout ce que n o u s venons de dire sur la vie c h r é t i e n n e et sur la piété. As-tu bien compris cette vérité fondamentale, qui éclaire, d o m i n e et vivifie toutes les autres, à savoir que, pour être v r a i m e n t pieux, il faut que tu vives uni à JËsusGHRTST, et que JÉSUS-CHRIST soit tout p o u r toi? C'est là le fond, l'essence de la piété. .Vois-tu, mon enfant, n o u s ne sommes pas des détsles, mais des chrétiens. Qui dit chrétien, dit h o m m e deJÉsusCIIRIST, m e m b r e vivant de JÉSUS-CHRIST. Notre Dircr,

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c'est JÉSUS-CHRIST, c'est le Fils adorable de la SainteVierge M A R I E , c'est le Verbe i n c a r n e , « eu qui réside carporellemenl la.plénitude de la divinité, » c o m m e dit saint Paul ; JÉSUS-CHRIST, par qui nous a r r i v o n s à DIEU le Père, et en qui nous trouvons le Père et le Saint-Esprit, c'est à-dire le DIEU vivant, le DIEU unique et véritable. Il y en a qiii m e t t e n t DIEU d'un coté, et JÉSUS-CHRIST de l'autre; comme si JÉSUS-CHRIST n'était pas DIEU avec le Père et le Saint-Esprit, et c o m m e s'il y avait u n DIEU en dehors de JESUS-CURIST, un a u t r e DÏBU que JÉSUSCHRIST.

. Or, comme nous l'avons dit, JÉSUS notre DIEU daigne s'unir h nous cl h a b i t e r en nous par sa grâce cl, en outre, nous donner, par l'Eucharistie, sa Chair et son Sang en n o u r r i t u r e , afin d'alimenter et de fortifier l'union de sa grâce. El du fond de notre àme, où il daigne ainsi demeurer, il répand en nous son Esprit-Saint, qui opère en nous le beau mystère de la vie et de la piété chrétien nés. Tu conçois, dès lors, mou cher Jacques, c o m m e n t , dans la vie et la piété chrétiennes, tout vient de JÉSUSCHRIST, tout a p p a r t i e n t à JÉSUS-CHRIST, tout doit avoir JÉSUS-CHRIST pour objet et pour fin. Plus tu iras à JÉSUS-CHRIST, et dans ton c œ u r , et au pied de ses autels, et d a n s sa très-sainte Eucharistie, plus tu puiseras la vie à sa vraie source ; j ' e n t e n d s la vie de ton Ame, qui naît de son union avec JÉSUS-CHRIST. Plus tu penseras à JESUS-CIIRIST, plus tu l'adoreras et l'aimeras d a n s le double s a n c t u a i r e de ton creur et de l'autel, et plus aussi tu agiras en chrétien, plus ta piété sera solidem e n t et véritablement chrétienne. Comprends-tu bien cela? Tl faut, pour bien faire, que tu vives pour J é s r s CHRIST, comme JÉSUS-CHRIST, avec JÉSUS-CHRIST, eu JÉSUSCHRIST.

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Eu faisant le bien, unis-Loi i n t é r i e u r e m e n t à J É S U S CIIRÏST, qui te d o n n e la grâce de le l'aire, qui le l'ail avec loi el en toi, et pour l'amour de qui tu le dois toujours faire. Quand tu pries, unis ta p r i è r e à la prière de JÉSUSCHRIST, laquelle, du fond de ton c œ u r , m o n t e incessamment j u s q u ' a u Père céleste. Dans les mille petits exercices de la charité fraternelle, aie en v u e JÉSUS-CHRIST, qui habite en toi et dans tes frères, qui le c o m m u n i q u e sa charité et sa d o u c e u r , et qui te dit i n t é r i e u r e m e n t : « Tout le bien ou t o u t le mal que tu fais au m o i n d r e de mes frères, c'est à m o i - m ê m e que tu le fais. En u n m o t , efforce-toi, d a n s le détail de tes penséeset de tes actions, de vivre p o u r JÉSUS-CHRIST, de faire c o m m e JÉSUS-CHRIST et de demeurer, très fidèlement en J É S U P - C H R I S T . d'est là le résumé, aussi simple que parfait, de loule la piété chrétienne. C'est [unique nécessaire d o n t parle NotreSeigneur d a n s l'Évangile. 11 faudrait que c h a c u n de n o u s pût dire, en tout et toujours, c o m m e la v i e r g e - m a r t y r e de Sicile, sainte Agathe. « Mon c œ u r est solidement affermi et fondé en JÉSUS-CHRIST. » Je le disais, en c o m m e n ç a n t , que la piété estfaite pour tout le m o n d e : c o m m e n t e n serait-il a u t r e m e n t puisqu'elle n'est autre chose que la participation, d a n s u n degré quelconque, a u x s e n t i m e n t s et à la sainteté de J É S U S CHRIST, et que, par la grâce, JÉSUS-CHRIST daigne descendre, habiter et vivre en tous ses fidèles? Je te disais que, pour être pieux, il fallait se r e n o n c e r : n'est-ce pas tout simple, puisque le r e n o n c e m e n t à soimême et au m o n d e n'est a u t r e chose q u e l'opération préliminaire qui déblaye et p r é p a r e la place où le t r è s saint Seigneur JÉSUS veut se fixer et r é g n e r sans obstacle ? C'est bien le moins, n est-il pas v r a i ? que nous m e t t i o n s à la porte, sans hésiter, tout ce qui pourrait l ' e m p ê c h e r d'entrer ou l'obliger de sortir.

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I.

Je te disais que la vie de ton àme vient de sou union avec JÉSUS-CHRIST, et par J É S U S - C H R I S T avec le Père céleste. C'est là l'ineffable mystère de la grâce, qui est le fondement premier do la vie c h r é t i e n n e et de la piété, eL auquel presque personne ne réfléchit s é r i e u s e m e n t Du fond de notre ame, Notre-Seigneur nous c o m m u n i q u e sa vie toute sainte et combat .avec nous le démon, qui est son e n n e m i et le nôtre, qui veut le détrôner, l'empêcher do régner en nous et n o u s a r r a c h e r à son a m o u r . Je te disais enfin c o m m e n t à l'exemple de Celui qui vit en toi, tu dois être excellent, au dehors c o m m e au dedans, et comment ta piété, qui vient tout entière de lui, c o m m e le rayon vient du soleil, c o m m e la chaleur vient du feu. c o m m e le ruisseau v i e n t de la source, doit être toute remplie de l'Esprit de JÈSUS-GIIRIST, de la vraie sainteté do JÉSUS-CHRIST, de la douceur, de la paix, de la force do
JWSUS-GIIRIST.

Tu le vois donc, m o n c h e r et très c h e r enfant : tout dans ta piété doit se r a p p o r t e r a JÉSUS-CHRIST. JÉSUS-CHRIST doit être pour toi ce q u e le soleil est au ciel et à l'atmosphère, ce que l'eau est au poisson, -qui vit en elle, se m e u t en elle, y puise sa vie, sa n o u r r i t u r e , sa force, sa joie. Telle o.st la belle et sainte piété c h r é t i e n n e . Pratique-la de ton mieux, sans j a m a i s te décourager, quoi qu'il arrive; c'est le c h e m i n du ciel. Je prie la Sainte-Vierge et saint Joseph d e l e bénir, mon enfant, et de te g a r d e r tout à JÉsrs.

LE

JEUNE OUVRIER CHRÉTIEN

DEUXIÈME PARTIE.
CHAPÏTRK I
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VERTUS

CHRÉTIENNES

l Comment Nôtre-Seigneur JÉSUS-CHIÏIST est le principe des vertus chrétiennes.

Nous allons continuer, m o n cher J a c q u e s , In cours do nos petites causeries sur la vie chrétienne et sur la piété. Dans la p r e m i è r e partie de ce modeste travail, n o u s avons étudié, en u n e c i n q u a n t a i n e de causeries familières, ln nature et les fondements d e l à piété. Tu to rappelles, j e l'espère, ces importantes explications, et tu n'as point

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CHRÉTIEN.

II.

p e r d u de vue ceLte vérité fondamentale, sur laquelle repose la vie chrétienne tout e n t i è r e , à savoir que notre ,grand DIKU et très doux S e i g n e u r JÉSUSTGURÏST daigne, p a r sa grâce, habiter lui-même en nous avec son P è r e el son Saint-Esprit, et qu'ainsi un c h r é t i e n est u n temple vivant de DIEU. La vie chrétienne se r é s u m e donc d a n s l'union s a n c tifiante de JÉsus-Ci-iRiST avec notre à m e , ce qui se fait par la grâce et p a r la sainte C o m m u n i o n . C'est ce que nous avons déjà лаг. Nous allons voir m a i n t e n a n t les Jleurs et les fruits de cette union, je veux dire les vertus 'Chrétiennes. Après quelques explications générales, nécessaires pour bien c o m p r e n d r e les choses, nous e n t r e r o n s •dans le détail, et le bon DIEU aidant, nous étudierons, les unes après les autres, ces admirables v e r t u s : la foi. l'espérance, la charité, la pénitence, l'humilité, la douюеиг, etc. Et d'abord, qu'est-ce q u ' u n e vertu? C'est un m o t que tu as entendu p r o n o n c e r bien souvent, m a i s sur lequel tu n'as peut-être pas, m o u enfant, des idées très nettes. Ecoute bien. Le mot nerttt vient d u latin virtus, qui signifie force. Et à son tour, le m o t virlus vient de vir, qui v e u t dire h o m m e . Une vertu, c'est donc u n e force, q u e l q u e chose •de digne d'un h o m m e . C'est l'opposé du défaut ou du vice, paroles qui e x p r i m e n t u n e défaillance q u e l c o n q u e , une •corruption, un m a n q u e de force et de v i e . Toute vertu implique donc quelque chose de noble, de g r a n d , de viril, d'estimable; et, au contraire, tout défaut et tout vice supposent de la faiblesse, de la lâcheté, quelque chose de misérable et de méprisable. Pour être vicieux, il suffit' •de se laisser aller au courant d u m a l ; p o u r être vertueux, il faut lutter contre ce c o u r a n t et le r e m o n t e r .

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Qui dit vicieux, dit v a i n c u ; v e r t u e u x , au c o n t r a i r e , veut .dire vainqueur. Une vertu, en général, est u n e disposition habituelle de notre âme qui la porte à faire tel ou tel b i e n . E x e m p l e s : La douceur est u n e disposition habituelle qui nous porte h être paisibles, gracieux, affables, et à r é p r i m e r les impatiences. — La pureté est u n e disposition habituelle qui n o u s porte à d o m i n e r nos mauvaises passions et à nous conserver innocents et chastes d e v a n t DIEU et devant les h o m m e s . — L'obéissance est u n e disposition habituelle qui nous porte à n o u s soumettre volontiers à nos Supérieurs, c o m m e c'est notre devoir. — Et ainsi de toutes les v e r t u s . Toute v e r t u est dune une disposition à faire tel ou tel bien. Mais, pour q u ' u n e v e r t u quelconque soit chrétienne, i l faut q u ' e l l e v i e n n e de JÈSUS-GIIRIST. Une vertu chrétienne, c'est une vertu de JÉSUS-CHRIST que ce divin Maître daigne n o u s c o m m u n i q u e r p a r sa grâce et que n o u s pratiquons en union avec lui. Ainsi. JKSUS est h u m b l e : il nous c o m m u n i q u e son humilité, cl nous devenons humbles avec l u i , par lui, en lui et c o m m e lui. Sans cela, notre h u m i l i t é ne serait pas une vertu c h r é t i e n n e , surnaturelle et m é r i t o i r e . Ainsi encore, JÉSUS est d o u x : il nous c o m m u n i q u e sa sainte douceur, et nous devenons doux avec l u i , p a r l u i , en l u i . e t comme lui. Sans cela, n o t r e douceur ne serait point la vertu c h r é t i e n n e de d o u c e u r . Comprends bien cela, m o n c h e r Jacques ; c'est essentiel. Toutes les vérins c h r é t i e n n e s dérivent de Noire-Seigneur, toutes sans exception. De m ô m e que, d a n s u n cep de vigne, toutes les g r a p p e s de raisin qui p e n d e n t à chacun . des r a m e a u x a p p a r t i e n n e n t e n m ê m e t e m p s au cep et aux r a m e a u x ; de m ê m e les vertus c h r é t i e n n e s de chaque

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fidèle a p p a r t i e n n e n t à la fois à JÉSUS-CHRIST et à ses fidèles. V i v a n l p a r sa grâce au fond de notre c œ u r , JÉSUS uous c o m m u n i q u e ses vertus e n n o u s r e m p l i s s a n t de son Esprit, lequel nous détourne du mal et n o u s incline vers tout ce qui est saint. L'Esprit de JÉSUS-CHRIST, r é p a n d u dans notre à m e , est ainsi comme la sève, la sève u n i q u e de toutes les vertus chrétiennes. Au milieu du paradis terrestre, DIEU avait fait jaillir une source mystérieuse qui, s'épanchant en forme de croix, en quatre fleuves, arrosait et fécondait cette terre de bénédiction. Or, notre à m e , dit saint Ambroise, est le véritable paradis terrestre de J É S U S - C H R I S T ; présent luim ê m e au centre de cet Eden, Notre-Seigneur est la source de vie qui en arrose et féconde le sol. 11 est la source unique des vertus qui font avancer les chrétiens fidèles dans la voie de la vie éternelle. Ët ainsi, toutes nos v e r t u s a p p a r t i e n n e n t à JÉSUS-CHRIST, viennent de JÉSUS-CHRIST, et nous rendent de plus en plus conformes à JÉSUS-CHRIST. Par le Baptême, m o n c h e r enfant, par la g r â c e et par l'Eucharistie, tu es c o m m e planté en J É S U S - C H R I S T ; et JÉSUS-CHRIST devient l u i - m ê m e c o m m e u n e terre féconde qui nourrit, vivifie et fait croître les arbres qu'elle porte. L'arbre étend ses racines dans la terre, pour y puiser le suc, la sève qui doit le vivifier. Ainsi tu es en J É S U S , puisant en lui, par la prière, par la piété, p a r les sacrements, le suc divin de toutes les vertus c h r é t i e n n e s . Tu puises en lui la lumière de la foi, qui éclaire ton esprit et le rend chrétien. T u puises en son c œ u r l'amour de DIEU, l'amour de la Sainte-Vierge, l'amour de l'Église, l'amour d u prochain, en u n m o t la charité chrétienne, qui est la v i e d e ton cœur.

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lin JÉSUS-CHRIST, lu puises toutes les v e r t u s qui sont destinées à faire de toi u n vrai chrétien, et d o n t les principales sont la crainte de DIEU et l'espérance, la p é n i tence, la mortification, l'humilité et la d o u c e u r , la p a u vreté, la chasteté et l'obéissance, la patience, la paix et la joie du cœur. Voilà, m o n bon petit J a c q u e s , u n p r e m i e r aperçu général, que j e te d e m a n d e de bien c o m p r e n d r e et de méditer sérieusement. Ces pensées sont u n peu élevées peut-être, et par c o n s é q u e n t un peu difficiles à saisir du premier c o u p ; mais elles sont profondément utiles à celui q u i se donne la peine de s'en p é n é t r e r ; elles l'aident puissamment à rester fidèle au bon DIEU, et à p r a t i q u e r avec i n t e l l i g e n c e , ses m e n u s devoirs de c h a q u e j o u r . O'est c o m m e un cultivateur, qui éprouve bien plus de facilité a cultiver sa, terre et à. la mettre e n valeur l o r s qifaprès l'avoir bien e x a m i n é e , il la conna.it à fond, et se rend c o m p t e de ce qui s'y trouve.

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D e s v e r t u s naturelles

Même chez les c h r é t i e n s , toutes les v e r t u s ne sont p a s des vertus c h r é t i e n n e s . 11 y a des v e r t u s q u i sont p u r e ment naturelles, c'est-à-dire qui p r o v i e n n e n t , n o n de la grâce, m a i s de la n a t u r e . C'est ce qu'on appelle des qualités naturelles. Ces qualités n a t u r e l l e s sont de b o n n e s et h e u r e u s e s lendancesqui sont en n o u s sans n o u s ; elles n o u s t i e n n e n t d'une n a t u r e heureuse, du t e m p é r a m e n t , ou de l'éducation. Telles sont, e n t r e a u t r e s :

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La bonté de cœur, heureuse et excellente disposition naturelle qui nous porte, dès l'enfance, avant môme que nous e n ayons conscience, à a i m e r ceux qui nous approchent, à compatir aux peines des autres, à nous oublier pour eux, à être reconnaissants, affectueux, bienfaisants; La générosité, noble et belle tendance, m a l h e u r e u s e m e n t trop rare, qui nous pousse à toutes sortes de dévouem e n t s , à l'ardeur dans le bien, aux sacrifices, et qui est l'opposé de l'égoïsme; L'énergie* qui est l'opposé de la faiblesse, de la pusillanimité, de la mollesse, de L'inconstance, et qui nous rend fermes dans la pratique de nos devoirs, persévé' rants, naturellement courageux devant les difficultés et les périls ; Le bon rarar 1ère, qui nous rend tout n a t u r e l l e m e n t doux et aimables, faciles H vivre, gais, bons c a m a r a d e s ; Vamour du travail, précieuse disposition, opposée à la fainéantise et à la légèreté, qui, dès l'enfance et par une sorte d'instinct, nous fait a i m e r nos devoirs d'état, et préférer aux bagatelles une vie sérieuse, occupée, u t i l e ; .L'ordre et l'économie, qui fout le j e u n e h o m m e rangé, sobre,-content de peu, propre, exact, économe sans être pingre; La probité ou l'honnêteté, disposition excellente eL heureusement très c o m m u n e d a n s les r a n g s de n o t r e jeunesse ouvrière, qui n o u s d o n n e instinctivement l'horreur, non seulement du vol, mais de l'indélicatesse, e t q u i ferait préférer de tout souffrir plutôt que de d é r o b e r un sou ; La modestie, qualité singulièrement r a r e d a n s la jeunesse française, opposée à l'amour-propre, à la v a n i t é , à la gloriole; elle nous porte à ne point parler de nousmêmes sans nécessité, à ne pas faire m o n t r e du bien que
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nous faisons, et à ne pas rechercher les c o m p l i m e n t s ni le bruit; La franchise, bonne et- s y m p a t h i q u e disposition n a t u relle, qui nous d o n n e l'horreur de la duplicité et d u mensonge, qui nous fait nous m o n t r e r tels que nous sommes, le cœur sur la main, incapables de tromper ; La prudence, sagesse pratique, très rare a ton âge, m o n cher Jacques, qui e m p ê c h e la franchise, le bon cœur et nos autres qualités de dépasser la m e s u r e et de d é g é n é rer en défauts: la franchise, en i n c o n s é q u e n c e ; le bon cœur, en bonasserie; la générosité, en d u p e r i e nu en prodigalité ; Tordre et l'économie, en avarice, etc. Toutes ces qualités ou vertus naturelles sont excellentes sans doute, mais elles ne suffiraient pas p o u r faire de toi un chrétien. A elles seules, elles ne feraient de toi qu'un honnête h o m m e selon le monde. Kt pourquoi cela ? C'est parce qu'elles v i e n n e n t simplement de notre naturel plus ou moins heureux, et non point de la g r â c e de JÉsusGIIRIST, laquelle seule fait le chrétien. Quoique fort bonnes en elles-mêmes, nos vertus n a t u relles ne deviennent méritoires pour le ciel que lorsque nous avons soin de les sanctifier par la religion el la piété. Il n'y a de vraies vertus chrétiennes, dit le g r a n d Évèque et Docteur Saint Augustin, que là où se trouve la vraie piété chrétienne ; et Notre Seigneur JÙSUS-CHRIST nous apprend lui-même d a n s son Évaugile que si n o u s ne lui d e m e u r o n s pas unis par la grâce, la foi et l'amour, nous resterons stériles pour l'éternité, et semblables à des ramaux desséchés. « De même que le rameau ne peut point « porter de fruit par lui-même, s'il ne demeure uni au cep; «de même vous, nous dit-il à tous, si vous ne demeurez en «moi. Sans moi, en effet, vous ne pouvez rien. » Tu le vois^ c h e r e n f a n t : les vertus qui ont pour p r i n XVI

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cipe JÉSUS-CHRIST et sa grâce, sont seules vivifiées par la sève divine ; seules, elles portent des fruits p o u r la vie é t e r n e l l e ; seules, elles sont des vertus c h r é t i e n n e s . « Mais alors à quoi servent les vertus naturelles si elles ne sont pas méritoires p o u r le ciel? » — Elles sont très utiles, en ce sens qu'elles p r é p a r e n t notre esprit et notre cœur à recevoir sans obstacle la grâce d u bon DIEU, et qu'ainsi elles nous facilitent beaucoup l'acquisition el l'exercice des vertus c h r é t i e n n e s . P a r exemple, tu es naturellement porté à la d o u c e u r et au bon caractère : il est évident que, pour pratiquer la patience et la d o u c e u r chrétiennes, tu a u r a s bien m o i n s de peine que tel ou tel de tes camarades, qui est n a t u r e l l e m e n t violent et e m porté. Ainsi encore, si p a r suite d'un t e m p é r a m e n t bien réglé, tu détestes les choses déshonnètes, il te sera bien plus facile de te g a r d e r chaste et pur, que tel p a u v r e jeune h o m m e qui se s e n t n a t u r e l l e m e n t porté aux mauvaises passions. On pourrait c o m p a r e r le bon naturel a u n e terre excellente, où le travail du l a b o u r e u r est facilité par l'absence de pierres, de racines, et par la qualité m ê m e d u sol ; la semence y germe sans difficulté, et, m o y e n n a n t une culture ordinaire, y produit u n e riche moisson. Un m a u v a i s naturel, au contraire, est c o m m e une terre rocailleuse, rebelle à la culture, où le pauvre laboureur r e n c o n t r e toutes sortes de difficultés pour la préparation et p o u r la récolte de la moisson, Mais, pour qu'une terre, b o n n e ou mauvaise, produise quelque chose, il faut la cultiver, n'est-il pas v r a i ? et, quelles q u e puissent être tes heureuses dispositions n a t u relles, m o n bon Jacques, si tu ne les cultive pas, ou si tu les cultives mal en négligeant la prière et les sacre-

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m e n t s , tu n'en retireras rien ou presque rien pour ton salut. Bien mieux que cela: si, te reposant s u r ta bonne n a ture, t u n e te donnes pas la peine d'acquérir les vraies vertus chrétiennes en s e r v a n t g é n é r e u s e m e n t JÉSUS-GIIUIST, tes bonnes qualités, loin do te profiter, d e v i e n d r o n t pour toi u n p i è g e ; c'est par là que le démon te p r e n d r a et te p e r d r a : il te persuadera tout doucement q u e tu n'as pas besoin de te g ê n e r ni de te donner t a n t de m a l pour être chrétien, puisque tu as déjà un si bon c a 3 u r , un si bon caractère; puisque tu es laborieux, honnête, estimé de tout le m o n d e , etc. Au point de vue religieux, tu en arriveras à cet état d'abaissement où je voyais l'autre j o u r u n e vieille d a m e qui, depuis près de quatre-vingts uns, avait absolumenl abandonné le service de DIEU, et qui, se confiant à ses vertus naturelles, disait t r a n q u i l l e m e n t : .« Moi, je n'ai pas besoin de prier, ni de m e confesser, ni d'être c h r é tienne. Si j e faisais tout cela, je n'en serais pas m e i l l e u r e . Je n'ai j a m a i s fait de m a l à p e r s o n n e ; j ' a i fait du bien aux autres tant que j ' a i p u ; je n'ai jamais m a n q u é à m e s devoirs de (ille ni d'épouse. Je n'ai rien à m e reprocher. » C'est là ce qu'on appelle la religion de l'honnête homme, c'est-à-dire la religion de ceux qui n ' e n ont pas, ou bien encore u n e m a n i è r e honnête de n'avoir pas de religion. La « r e l i g i o n » des vertus naturelles n ' e m p ê chera j a m a i s p e r s o n n e d'aller en enfer. H e u r e u s e m e n t pour elle, la pauvre vieille de tout à l'heure s'est convertie deux mois a v a n t de m o u r i r , à l'âge de q u a t r e - v i n g t treize a n s . Répétons-le donc en t e r m i n a n t : les v e r t u s naturelles sont excellentes, très utiles, m a i s elles ne suffisent point ;

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pour les rendre* chrétiennes et m é r i t o i r e s , il faut les sanctifier p a r la foi et p a r la p r a t i q u e de la foi. Le chrétien doit sans doute être « honnête h o m m e . > mais il * doit être l'enfant de DIEU, le fidèle, serviteur de DIEU, le vrai disciple de JÉSUS-CHRIST, Illumine dn la foi et de l'Évangile; en un mot, il doit être chrétien.

111 Comment on acquiert l e s vertus chrétiennes et comment on les doit pratiquer

Pour acquérir les v e r t u s chrétiennes, sans lesquelles on n'est pas véritablement disciple de JÉSUS-CHRIST, il faut, avant tout, les bien c o n n a î t r e . Pour cela, il faut, m o n c h e r Jacques, lire et méditer l'Évangile. L'Évangile est, c o m m e tu le sais, le récit abrégé des exemples et des règles de sainteté que n o u s a laissés Notre-Seigneur. C'est c o m m e le miroir de toutes les vertus chrétiennes, lesquelles ne sont, c o m m e nous l'avons v u , que les vertus de JÉSUS-CHRIST c o m m u n i q u é e s par la grâce à ses fidèles. Imiter JÉSUS-CHRIST, se bien pénétrer des paroles et des exemples de JÉSUS-CHRIST, telle est la première condition pour connaître el, p a r conséquent, pour acquérir les vertus chrétiennes. On ne peul pas acquérir ce qu'on ne connaît pas. Puis, il faut c h e r c h e r à les étudier dans les bons livres de piété que l'Église a approuvés ci q u e l l e r e c o m m a n d e davantage. Dans ces petites causeries, nous n'allons que rés u m e r et mettre à la portée des jeunes gens les excellentes leçons contenues dans ces livres. Tout ce qu'on appelle livres de piété n'est pas également bon et utile. D e m i e -

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renient, un jeune h o m m e m'apportait, tout effaré (et il y avait de quoi), un de; ces prétendus « bons livres » qui traitait du sacrement do Pénitence. Ce qu'il y avait là dedans est i n i m a g i n a b l e : u n examen de conscience d'une soixantaine de pages écorchail, p r e s s u r a i t si bien ou plutôt si mal la consciouce du pauvre lecteur, que celuici se trouvait lardé, à c h a q u e page, de vingt-cinq ou trente soi-disant gros péchés m o r t e l s ; tout était péché mortel; suivant l'absurde auteur, on n e pouvait pas faire un pas, ni dire un mot, sans faire u n e demi-douzaine de péchés mortels. C'était un de ces n o m b r e u x livres, soidisant de piété, dont le j a n s é n i s m e et le gallicanisme on! inondé notre pauvre France depuis plus de deux siècles. Ces livres-là sont u n e vraie peste, et j e te les dénonce pour m a i n t e n a n t , pour plus lard, pour toujours. Mais comme tu ne peux pas juger de cela à toi toul seul, consulte sur tes lectures et sur les livres que l'on te prête ou que l'on te d o n n e , ton directeur spirituel, ou quelque autre prêtre c o n n u pour son dévouement au Saint-Siège, pour son savoir et pour sa v e r t u . Je t'ai déjà recommandé, en général, et j e te r e c o m m a n d e e n c o r e les Vies de Saints, surtout celles qui ont été écrites par des témoins contemporains, ainsi que les livres de piété écrits par les Saints. Outre ces deux p r e m i e r s moyens d ' a c q u é r i r les vertus chrétiennes et de les pratiquer avec ferveur et avec p r u dence tout à la fois, j e le recommande l'ouverture de cœur la plus entière avec le guide de ton à m e , avec ton confesseur. El je n e parle pas simplement ici de la sincérité dans la confession ; j e parle, remarque-le bien, mon enfant, de celte b o n n e « ouverture de c œ u r » qui m e t notre père spirituel au c o u r a n t de tout ce qui concerne de près ou de loin les affaires de notre conscience, de nos

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tentations, p a r exemple, des difficultés spéciales q u e nous r e n c o n t r o n s dans le service du bon D I E U , de nos défauts n a t u r e l s , de nos lendances'bounes ou mauvaises, du bien que n o u s faisons el que n o u s a i m o n s d a v a n t a g e , etc. Les directions que te donnera ton père spirituel à cette occas i o n s e r o n t pour toi d'une u t i l i t é i m m e n s e ; e l l e s développ e r o n t dans ton àme des g e r m e s précieux, e m p ê c h e r o n t (es illusions et t'aideront e x t r a o r d i n a i r e m e n t à pratiquer fes vertus chrétiennes. Et puis, mets-toi à l ' œ u v r e , résolument et sans- remettre à demain, s u i v a n t cette simple et admirable règle de saint François de S a l e s : « Je n'ai pas l'habitude d-e remettre à demain ce q u e je puis faire aujourd'hui. Qui sait si j ' a u r a i un d e m a i n ? » Mets-loi à l'œuvre avec la ferme volonté d ' a c q u é r i r à'tout prix ces belles vertus, si chères a u Cœur de Noire-Seigneur et a u x regards maternels de la Sainte-Vierge. «Très-bien ; mais par où commencer?» — A s s u r é m e n t , mon c h e r Jacques, il y a u n certain ordre à suivre dans la conquête des v e r t u s c h r é t i e n n e s ; toute conquête suppose u n plan de c a m p a g n e . « Il faut, dit saint François de Sales, préférer les plus excellentes et non pas les plus apparentes, les meilleures et non pas les plus estimées. J> ïï faut préférer les v e r t u s qui sont le plus conformes à notre é t a t , à notre vocation, à noire â g e , a u x conditions spéciales où nous n o u s trouvons, el non point celles qui s'adaptent le mieux à nos goûts. Outre les vertus plus générales que n o u s devons tous pratiquer de notre m i e u x , il y a certaines vertus spéciales qui répondent plus d i r e c t e m e n t aux devoirs spéciaux de notre état. Ainsi, u n enfant, u n écolier, u n apprenti doit s'appliquer tout particulièrement au respect de ses Supé-

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rieurs et à l'obéissance; u n j e u n e h o m m e , tout particulièrement à la chasteté, à la persévérance dans la fréquentation des s a c r e m e n t s , à la fuite des m a u v a i s camarades et des mauvais plaisirs ; u n j e u n e soldat, à la tempérance, à l'énergie contre le respect h u m a i n , aux bonnes m œ u r s , au r e s p e c t d e l a d i s c i p l i n e ; u n c o m m e r ç a n t , à la probité et à la sanctification d u d i m a n c h e . Et ainsi de suiteAutre, en effet, doit être Ja piété d'un ouvrier, autre celle d'hn enfant, a u t r e celle d'un Religieux, ou d'un h o m m e du monde, ou d'un l a b o u r e u r . Tous nous s o m m e s appelés à chanter, à la gloire de notre DIEU, le m ê m e morceau de musique, sous la direction de Notre-Seigneur ; mais chacun de nous,, suivant sa voix, c'est-à-dire sa vocation particulière, est c h a r g é d'exécuter sa partie. L'ensemble forme u n a d m i r a b l e concert qui retentit j u s q u e dans l'éternité et q u ' a c c o m p a g n e n t les neufs Chœurs des Anges, « Mais ne vaudrait-il pas m i e u x s'efforcer d'acquérir toutes les vertus à la fois ? » — En théorie, ce serait s a n s doute m e i l l e u r ; m a i s en pratique, et vu notre faiblesse, i l n e n o u s est pas possible d'entreprendre u n si g r a n d travail : « Qui trop embrasse mal étreint, » d i t l e proverbe. Il faut faire ici c o m m e ce vieillard dont parle la fable et qui avait parié avec trois jeunes g e n s robustes de rompre tout un faisceau de flèches c o n t r e lequel ils venaient de s'escrimer en vain tous les trois. Le bon vieux coupa la corde qui liait ensemble les susdites flèches, et, les p r e n a n t u n e à u n e , il les brisa très-facilement. Ainsi faut-il faire vis-à-vis des vertus dont le beau et puissant faisceau est présenté à c h a c u n de n o u s . Divisons le .travail et prenons les vertus une à u n e , afin de ne pas nous c o n s u m e r en vains efforts, comme les j e u n e s gens dont nous venons d é p a r i e r .

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fi.

Veux-ln, mon cher Jacques, que je le donne à cet égard u n précieux conseil? Commence b r a v e m e n t p a r l a vertu q u i te m a n q u e le plus, qui te coûte le plus, qui est le plus directement opposée à ton défaut d o m i n a n t . Tu es v a n i t e u x , vantard, content de toi? Applique-toi ferme à a c q u é r i r l'humilité, et cela pendant des semaines, des mois, des années, s'il le faut, sans lâcher pied. Saint François de Sales ayant r e m a r q u é dès son enfance qu'il était fort porté à la violence et à la colère, s appliqua presque uniquement p e n d a n t toute sa vie h conquérir et à conserver la d o u c e u r ; et c'est là ce qui a fait de lui cette merveille do v e r t u que chacun admire. Cette vertu, opposée à ton défaut d o m i n a n t , deviendra ainsi, aux yeux de DIEU et de ses Anges, le signe spécial auquel le ciel te r e c o n n a î t r a pour un chrétien véritable, pour un h o m m e de foi, de courage, pour un vrai soldat de JÉSUS crucifié. Elle sera comme le fond de ta vie spirituelle, sur lequel v i e n d r o n t successivement se placer et se nuancer, c o m m e d a n s u n e belle tapisserie, toutes les fleurs, tout-le travail des a u t r e s vertus. Tous les Saints ont eu cette vertu de fond, cette,vertu dominante, et c'est elle qui les a principalement sanctifiés. Telle a été, pour saint François d'Assise, la vertu chrétienne de pauvreté et de d é t a c h e m e n t ; pour saint Vincent de Paul, la charité e n v e r s les m a l h e u r e u x ; p o u r saint François de Sales, la douceur, comme nous v e n o n s de le d i r e ; pour saint François Xavier, le zele des â m e s ; pour saint Charles Borromée, l'amour de l'Eglise; p o u r saint B e r n a r d , l'amour de la Sainte-Vierge, etc. Encore u n e observation g é n é r a l e f o r t i m p o r t a n t e : nous devons tous avoir, en u n certain degré, toutes les vertus c h r é t i e n n e s ; l'absence totale d'une seule d'entre elles paralyserait les autres et serait la r u i n e de notre à m e .

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Ainsi, s i t u étais un avare, tu a u r a i s beau avoir toutes les autres vertus, ton avarice te perdrait, et toutes tes vertus ne t'empêcheraient pas d'aller en enfer. De m ê m e , si tu avais de mauvaises m œ u r s . Quand il fait bien froid, si une seule fenêtre reste ouverte dans u n a p p a r t e m e n t , on est sûr d'y geler, quand m ê m e toutes les autres fenêtres seraient fermées avec soin. Si l'on v e n a i t A. frapper m o r tellement un seul dos organes essentiels de ton corps, ton estomac ou ta poitrine, ou ton cerveau, tous les antres organes a u r a i e n t beau être parfaitement sains, tu n'en m o u r r a i s pas m o i n s . Il -est certain c e p e n d a n t que. p a r m i les vertus c h r é tiennes, il y en a qui sont plus fondamentales, et que tous les c h i l i e n s doivent les pratiquer partout et toujours. Ces vertus-là sont à la vie de notre â m e ce que le sel est à nos repas : sans le sel, tous les mets sont insipides ; le sel seul leur d o n n e de la saveur. C'est, a v a n t tout, la foi ; puis, l'espérance, a laquelle il faut joindre la c r a i n t e de DIEU ; puis, la c h a r i t é ; puis,, la vertu de religion ou l'adoration, la vertu de pénitence, l'humilité, la d o u c e u r , la vertu de pauvreté, la chasteté, l'obéissance et la patience. — Avec la g r â c e de DIEU n o u s les étudierons les u n e s après les autres. C o m m e n ç o n s p a r la foi, qui les supporte toutes, c o m m e la terre porte et enfante toutes les fleurs d'un beau j a r d i n .

CHAPITRE
LA FOI

II

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Ce que c'est que la vertu de foi, et comment Notre-Seigneur nous la donne.

Ecoule bien, m o n c h e r Jacques. Voici un des sujets les plus importants, s u r t o u t pour toi qui es obligé, par état, de vivre dans u n milieu peu c h r é t i e n , où JÉSUSCHRIST est peu ou m a l c o n n u , et où trop s o u v e n t les idées des gens valent encore m o i n s que leurs moeurs. La vertu de foi est cette vertu chrétienne qui nous fait recevoir avec h u m i l i t é e t a m o u r toutce que Notre-Seigneur nous enseigne par son Église. Avoir la foi, c'est avoir cette disposition-là ; c'est être soumis, d'esprit et de c œ u r , à l'enseignement de l'Eglise catholique qui est, c o m m e tu le sais, la seule véritable Église de JÉSUS-CHRIST ; et, par conséquent, c'est croire du fond du cœur toutes les vérités que n o u s enseignent le Pape et les Évoques, Ministres de JÉSUS-CHRIST et Past e u r s de l'Église. Ne point avoir la foi, c'est, pour u n e raison ou pour u n e a u t r e , vivre en dehors de cet enseig n e m e n t divin, et être privé, par conséquent, des lumières

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de la religion véritable. Pour n o u s a u t r e s baptisés, qui vivons en pays chrétien, ne point avoir la loi, c'est refuser de croire tout ou partie de ce qu'ils nous enseignent à tous, de la p a r t de JÉSUS-CHRIST Jésus nous donne In vertu de foi, c o m m e il nous d o n n e toutes les autres verLus. Elle nous vient de lui, c o m m e la lumière nous vient'du soleil. JÉSUS, DIKU vivant, est la lumière et la vie de nos âmes, et c'est lui q u i tire de son divin Cœur, p o u r le c o m m u n i q u e r au nôtre, cette parfaite soumission de l'intelligence et du j u g e m e n t , laquelle est c o m m e l'âme de la vertu de foi, et nous fai^ recevoir avec a m o u r l'enseignement divin. « Et c o m m e n t Notre-Seigneur n o u s donne-t-il la foi? » — Le voici. JÉSUS n o u s d o n n e la foi, extérieurement p a r son Église, intérieurement p a r sa grâce. P e n d a n t q u ' a u dehors il nous parle par le ministère de ses Envoyés, qui sont le Pape, les Évêques et les Prêtres, il n o u s donne a u dedans la grâce d e la foi, qui nous incline à croate de cœur et à professer de bouche touLes les vérités q u i n o u s sont enseignées de sa part. Les Pasteurs de l'Église catholique o n t reçu, et o n t seuls reçu du S a u v e u r la mission de p r ê c h e r a u x h o m m e s la lleligion et ses salutaires vérités. C'est p a r e u x , c'est par le Pape et les Évêques que JÉSUS-CHRIST n o u s e n s e i g n e . I] leur a dit en la p e r s o n n e de saint Pierre et des A p ô t r e s « Recevez le Saint-Esprit. De même que mon Père m'a « envoyé, moi, à mon tour je vous envoie. Allez donc ; cnsei« gnez toutes les nations; apprenez-leur à observer mes lois. « Prêchez la nouvelle du salut à toute créature ; celui qui « cous croira sera sauvé, et celui qui ne vous croira pas « sera damné. Celui qui vous écoule, m'écoule moi-même ; « celui gui vous méprise, me méprise. Et voici que je suis « moi-même avec vous jusqii*à la fin des siècles. »
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11 a dit an premier Pape, à saint Pierre : « Tu es Pierre, « et .sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les puissances « de renfer ne t'emporteront point contre elle. C'est à toi « que je donnerai les clefs du royaume des deux, et tout « ce que lu aitras lié sur la terre, sera- lié dans les deux ; « et tout ce que tu auras défié sur la terre, sera délié dans « les deux. » En vertu de ces paroles du Fils de DIEU, le Pape, s u c cesseur de saint Pierre, et les Évèques, successeurs des Apôtres, enseignent le m o n d e depuis bientôt dix-neuf siècles; et leur a u t o r i t é est l'autorité m ê m e de J É S U S CHRIST. Le Pape, héritier des promesses faites à saint .Pierre, possède la plénitude de cette autorité d i v i n e ; et c'est pour cela qu'il est infaillible lorsqu'il enseigne les vérités de In foi. Tous les h o m m e s , sans exception, sont tenus de se soumettre à son autorité ni, par conséquent, de croire à ses e n s e i g n e m e n t s , sans se permettre de les discuter. Il n'est pas plus permis de discuter les ensei g n e m e n t s du Pape, Vicaire de JÉSUS-CHRIST, que de discuter les e n s e i g n e m e n t s de JÉSUS-CHRIST lui-même. Ecouter le Pape, c'est écouler J É S U S - C H R I S T .
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Les Évêques e u x - m ê m e s sont obligés à cette soumission, parce que le Pape est leur Supérieur c o m m e le nôtre ; voilà pourquoi en é c o u t a n t les Évèques catholiques, c'està-dire fidèles au Pape, n o u s écoutons le Pape lui-même, et n o u s sommes assurés de ne pas nous t r o m p e r . Les Prêtres étant les aides et les coopérateurs des Évèques, n o u s devons les écouter comme si n o u s entendions nos Évêques. Telle est la règle vivante, la règle divine et infaillible de la foi : l'enseignement du Pape, répété et expliqué par nos Évèques, et arrivant j u s q u ' à n o u s par le ministère de nos Prêtres. 0 mon cher Jacques, comme c'est g r a n d ! n'est-ce p a s ? c o m m e c'est simple et comme c' est beau !

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La soumission à r e n s e i g n e m e n t infaillible de l'Église est ainsi la condition première de notre foi ; et l'objet de notre foi, ce sont les vérités que les Pasteurs de l'Église nous apportent de la part de JÉSUS-CHRIST. Et voilà c o m m e n t JÉSUS nous d o n n e e x t é r i e u r e m e n t la loi. Comprends-tu bien cela, mon très c h e r e n f a n t ? En m ê m e t e m p s , il n o u s la donne i n t é r i e u r e m e n t p a r sa grâce. Sans la grâce, uous aurions beau e n t e n d r e prêcher les P r ê t r e s , les Evoques et mémo le Pape, cela n e nous donnerait point la foi. En effet, c o m m e toutes les autres vertus c h r é t i e n n e s , la foi est un don s u r n a t u r e l , une grâce du bon DIMU; et c'est JÉSUS qui la répand en nous du h a u t du ciel, de la part de son Père. Pendant que ses Ministres nous parlent au dehors, JÉSUS s'approche i n t é r i e u r e m e n t de notre à m e : il frappe à notre p o r t e ; et lorsque nous écoutons sa voix, nous lui ouvrons l'entrée de notre cœur. Alors Ja lumière divine brille en notre à m e , cl l'éclairé comme un beau ciel ; l'Esprit de JÉSUS-CHRIST, qui est le Saint-Esprit m ê m e , ouvre notre c œ u r aux vérités saintes que prêche l'Église; il nous les fait g o û t e r ; il nous les fait a i m e r ; et c'est ainsi que, par sa grâce, il nous donne i n t é r i e u r e m e n t la foi. Or, cette grâce de la foi, il ne la refuse à p e r s o n n e ; et tous ceux qui onl le bonheur d'entendre e x t é r i e u r e m e n t les e n s e i g n e m e n t s des Prêtres de JÉSUS-CHRIST p e u v e n t , s'ils le veulent, avoir la foi. S'ils ne croient pas, c'est qu'il y a quelque chose qui cloche dans leurs dispositions. La foi est le premier don de JÉSUS-CHRIST et de s a n r à c e . Elle est le fondement de tout l'édifice spirituel de ton salut et de ta sanctification. Elle est la racine qui p r o d u i t et porte toutes les vertus. Sans elle, il n'y a point de chrétien. Plus elle est vive et profonde, plus la vie c h r é tienne est vigoureuse.

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0 m o n enfant, mon c h e r enfant : si tu savais quel est ce don de D I E U ! T U le possèdes, c o m m e un enfant à qui l'on a u r a i t donné ce magnifique d i a m a n t qui ornait jadis la couronne royale de France, et qu'on appelait le Régenf; il valait plus de deux millions. L'enfant l'aurait pris dans ses petites m a i n s ; ¡1 l'aurait certes trouvé très b e a u ; mais il n'en aurait point soupçonné Ja valeur. Ainsi Taisons-nous, nous a u t r e s enfants de DIEU et de l'Église : DIEU merci ! nous avons la foi ; nous s o m m e s soumis d'ospri t et de cœur à J É S U S et à sa sainte Église ; et cependant il demeure vrai de dire et de répéter que nous ne connaissons point n o t r e trésor, et que nous n'en c o m p r e n drons vraiment le p r i x q u ' à la lumière de l'éternité. En attendant, tenons-le ferme, notre divin d i a m a n t , cl ne laissons personne n o u s le voler, ni le démon a u d e d a n s , ni le monde au d e h o r s .

II
Que, pour croire raisonnablement, il n'est pas nécessaire de comprendre.

Pour croire les vérités que l'Église nous enseigne i n failliblement au n o m de JÉSUS-CHRIST, il n'est pas le m o i n s du monde nécessaire de les c o m p r e n d r e . Il suffit de les connaître bien clairement, bien n e t t e m e n t ; et p o u r cela, il suffit d'écouter les Pasteurs de l'Église. [1 en est qui disent : « Je ne crois que ce que j e comp r e n d s . » Tu as du, mon brave enfant, e n t e n d r e souvent répéter cette noble sottise. Ceux qui la s o u t i e n n e n t sonl d'orgueilleux cornichons. Des cornichons, parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils

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disent. En effet, s'ils ne croyaient que ce qu'ils c o m p r e n nent, ils ne croiraient rien, a b s o l u m e n t rien, en quoi que ce soit. Ils ne croiraient pas qu'ils existent, car l'existence est u n grand et i n c o m p r é h e n s i b l e mystère^ c'est-àdire une vérité que l'on peut parfaitement c o n n a î t r e et constater, mais q u ' o n n e p e u t pas c o m p r e n d r e . Gomment existes-tu? Gomment existent-ils? Qu'est-ce que la vie? Jamais ils ne le c o m p r e n d r o n t ; pas plus que toi ; pas plus que personne au m o n d e . S'ils ne croyaient que ce qu'ils c o m p r e n n e n t , ils ne croiraient pas à la lumière qui les éclaire ou qui les éblouit, à la c h a l e u r qui les réchauffe ou qui les brûle, à. la terre qui les porte, à l'air qu'ils respirent, aux a r b r e s e t a u x p l a n t e s q u i p o u s s e n t a u l o u r d'eux, à l'eau qui coule, au vent qui souffle, aux aliments qu'ils m a n g e n t et
qu'ils digèrent, au feu q u i fait fondre Jes m é t a u x et

durcir les œ u f s ; ils n e croiraient à rien de ce qu'ils voient, de ce qu'ils e n t e n d e n t , de ce qu'ils t o u c h e n t . Jamais, en effet, ils n ' o n t compris, j a m a i s ils ne c o m prendront, j a m a i s personne ne c o m p r e n d r a le fond de tout cela. La.nature, dont l'existence est a b s o l u m e n t certaine, est un i m m e n s e mystère, composé d ' a u t a n t de petits mystères qu'il y a en elle d'éléments et de créatures. Et elle est u n mystère, parce qu'elle est l ' œ u v r e directe de DIEU, et que DIEU est incompréhensible e u s e s
œuvres, a u s s i b i e n q u ' e n l u i - m ô m e .

Or, la Religion étant l'œuvre directe du DIEU, tout comme la n a t u r e , et à un degré plus excellent encore, n'est-il pas tout simple que les vérités de la Religion soient des mystères, c o m m e les vérités de la n a t u r e ? Tout ce qui sort des m a i n s de DIEU, porte le cachet et comme la m a r q u e de DIEU ; or, cette m a r q u e , c'est d'être incompréhensible. Chose bien frappante ! il n ' y a d'incom-

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prôhensible que ce qui vient d i r e c t e m e n t de DIEU, c'està-dire la Religion et la naLure. Tout le reste, tout ce qui vient des hommes, est ou c o m p r é h e n s i b l e , ou a b s u r d e : compréhensible, c'est-à-dire au niveau de la raison ; a b s u r d e , c'est-à-dire c o n t r a i r e à la raison. Les'vérités de la .Religion sont au-dessus de la raison. Tu vois donc, mon bon Jacques, q u e ceux qui prétendent n e vouloir croire q u e ce qu'ils c o m p r e n n e n t , ne savent pas ce qu'ils disent ; en d'autres termes, et sauf le respect que je leur dois, ce sont des c o r n i c h o n s . Mais, comme je le disais tout à l'heure, ce sont « d'orgueilleux cornichons, » encore plus orgueilleux que cornichons. Le vinaigre d o m i n e dans leur bocal. Et en effet, c'est précisément p o u r m a t e r et contenir l'orgueil de la raison h u m a i n e que le bon DIEU a voulu que l ' h o m m e , même le plus savant, ne p û t rien c o m p r e n d r e de ce qui vient directement de son Créateur. 11 nous a, pour ainsi dire, enveloppés de m y s t è r e s naturels et s u r n a t u r e l s , afin de nous rappeler s a n s cesse sa toute puissance et notre faiblesse. Je le demande à tout h o m m e sensé, est-il difficile de croire les mystères de la Religion, quand on se rappelle tout cela? La foi humilie, iiou la raison, mais l'orgueil de la raison; et, en cela, elle n o u s r e n d à tous un f a m e u x service. Gomme le dit a d m i r a b l e m e n t l'Apôtre saint Paul, « elle détruit les prétentions de la science humaine, et tout ce qui s'élève orgueilleusement contre la science de D I E U ; elle courbe notre intelligence sous le joug de J É S U S - C H R I S T . » Il y a donc deux motifs pour lesquels nous devons croire, sans les c o m p r e n d r e , les vérités révélées : c'est d'abord parce qu'elles portent le cachet des choses divines, et ensuite, p a r c e que cette soumission de notre esprit est le remède direct de notre orgueil n a t u r e l .

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En ce m o n d e , m o n c h e r enfant, nous n'avons pas les yeux que n o u s a u r o n s d a n s l'autre : d a n s l'éternité, nous serons capables de voir DIEU face à face, dans les splendeurs de la gloire, et, en partie du m o i n s , nous c o m p r e n drons alors ce que nous croyons m a i n t e n a n t ; m a i s en ce monde, les p a u v r e s yeux de notre esprit r e s s e m b l e n t un peu a u x yeux des c h o u e t t e s . « (Jar, dit saint François de Sales, c o m m e la chouette a bien la v u e assez Forte pour voir la sombre lumière de la n u i t sereine, m a i s n o n pas toutefois pour voir la clarté du midi, laquelle est trop brillante pour être reçue par des yeux si t r o u b l e s et i m béciles : ainsi, notre e n t e n d e m e n t , qui a bien assez de force pour considérer les vérités naturelles, ne s a u r a i t pas n é a n m o i n s , m ê m e avec la lumière de la foi, a t t e i n dre jusqu'à la vue des vérités divines en elles-mêmes. » El le bon Saint ajoute : « L'esprit h u m a i n est si faible (|tie, q u a n d il veut trop c u r i e u s e m e n t r e c h e r c h e r les causes et raisons des choses divines, il s ' e m b a r r a s s e et enLorlille d a n s les filets de raille difficultés, desquelles par après il ne se peut d é p r e n d r e . 11 ressemble à la fumée; car en montant, il se subtilise, et en se s u b t i l i sant, il s'évanouit ; et au lieu de parvenir à la science de la vérité, il t o m b e en la folie de sa vanité. Les orgueilleux chercheurs sont c o m m e les gens qui sont affligés du rertigo, ou t o u r n o i e m e n t de tète : il leur est avis que tout tourne sens dessus dessous autour d'eux, bien que ce soit leur cervelle et imagination qui tournent et n o n pas les choses. » Tels sont, mon petit Jacques, les beaux esprits d'estaminet et d'atelier qui disent parfois d ' u n air c r â n e : « Je ne crois q u e ce q u e j e c o m p r e n d s . » Nous a u t r e s chrétiens, nous croyons t o u t s i m p l e m e n t et très r a i s o n n a b l e m e n t ce q u e le bon DIEU a d a i g n é nous révéler sur l u i - m ê m e et sur ses œuvres, et n o u s n o u s
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s o u m e t t o n s avec b o n h e u r à l'autorité de l'Église, qui ne peut pas plus se t r o m p e r que nous t r o m p e r . Quand on est sûr de l'absolue vérité d'une chose, n e faut-il pas l'admettre, qu'on la c o m p r e n n e ou n o n ? Rien d é p l u s logique, rien d é p l u s raisonnable. ï>our avoir la foi, on n ' a pas besoin d'être s a v a n t ; il suffit d'être sincère et h u m b l e . La science, q u a n d elle est unie à un simple a m o u r de la vérité, élève sans doute et Fortifie beaucoup la foi ; m a i s enfin on p e u t avoir u n e foi très excellente sans posséder cette science. C'est ce que disait un j o u r le grand Docteur franciscain saint Bonaventure à u n h u m b l e petit Frère de sa Communauté, nommé Frère Gilles et quel'Église a placé au r a n g d e s Bienheureux. P e n d a n t q u e saint Bonaventure travaillait, Frère Gilles était e n t r é d a n s sa cellule; et c o m m e le Saint était resté absorbé d a n s son travail, le petit Frère s'était mis à genoux derrière lui, le c o n t e m p l a n t avec une religieuse admiration. « Que fais-tu là, Frère Gilles? lui dil le saint Docteur lorsqu'il vint à l'apercevoir. — Ah ! mon Père, répondit Frère Gilles, je pense que tu es bien heureux d'être si savant. Nous autres ignorants, nous sommes comme de pauvres bêtes, nous ne c o m p r e n o n s rien, et nous ne pouvons p a s , c o m m e toi, a i m e r le Seigneur JÉSUS-CHRIST. — Que d i s - t u là, Frère Gilles? s écria saint. Bonaventure.-Est-ce que tu t'imagines q u e , pour aimer JÉSUS-CHRIST, il faut être s a v a n t ? Si lu as le cœur plus pur et plus humble, s a c h e , Frère Gilles, que tu peux aimer le Seigneur ton DIKU plus parfaitement que le plus grand Docteur. — Quoi ! répliqua le petit Frère tout émerveillé, j e puis aimer JÉSUS a u t a n t que toi, mon Père ? — Autant q u e moi et plus que m o i , répondit le Saint, si ton cœur est plus pur que le m i e n . » Là-dessus le b i e n h e u r e u x Frère Gilles, tout ravi de joie, entre en extase, et lorsqu'il

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fui revenu de son ravissement, le visage, encore rayonnant de lumière e( l<» c œ u r tout e m b r a s é du divin a m o u r , il sortit du couvent, cl, p a r c o u r a n t les rues d'Assise, il arrêtait tous les passants en d i s a n t : « 0 mes frères, mes frères, réjouissez-vous avec m o i ; car, si nous le voulons, nous pouvons a i m e r le bon DTBTT a u t a n t que le g r a n d Docteur Bon a v e n t u r e ! » Oui, m o n bon Jacques, lu peux croire cl a i m e r a u t a n t et m ê m e plus que les plus savants théologiens. Dans l'ordre de.la g r â c e , les savants, ce sont les vrais fidèles, les humbles, les saints, les h o m m e s de prière et d ' a m o u r . Notre-Seigneur Га déclaré lui-même lorsqu'il a d i t : « Je « nous rends grâces* ô mon l*ère, Seiipieur du. débet de la « terre, de ce que vous avez radié ces choses aiw savants et « au.r habiles et les arez révélées au.v humbles. Oui, mon « Père, c'est ainsi f/ue vous l'avez voulu. » Aussi voit-on parfois de pauvres petits Frères convers, de simples Religieuses, avoir plus de lumières, dans les choses de la foi et de la piélê. que les plus habiles Docteurs. Donc, mon enfant, la science requise pour avoir u n e grande foi, une foi vive et ardenle, c'est la science de l'humilité, de la pureté et de l'amour. Je te Ja souhaite de tout mon c œ u r , e! t'engage à la d e m a n d e r i n s t a m m e n t au
ч

bon

DIEU.

GHA1MTKE 111
LA FOI ET L'ESPRIT DE FOI

I Qu'entre la foi et l'esprit de foi il y a une très grande différence.

Il y a différents d e g r é s dans lu foi. Gela varie presque à l'infini : depuis le pauvre j e u n e h o m m e mondain, ignorant, étourdi, indifférent, qui conserve tout juste assez de foi pour pouvoir être sauvé, j u s q u ' a u grand Saint, tout resplendissant des lumières célestes, tout perdu on
JKSUS-GHRIST.

Ces degrés dans la foi sont les innombrables échelons de l'échelle de Jacob, qui de la terre s élève jusque d a n s les cieux. Gomme la lumière va toujours g r a n d i s s a n t depuis lo lever de l'aurore jusqu'à la splendeur du grand j o u r , toujours la m ê m e q u a n t à la substance, mais différente q u a n t a la m e s u r e ; ainsi la « Lumière de vie, »JKSOSGIIRIST, se lève dans le ciel de. nos aines et les illumine de degré en degré. Au point du jour, la lumière du soleil dissipe d'abord les ténèbres de la nu il, puis fait discerner les objets, puis les fait mieux distinguer, puis enfin les éclaire pleinemcut. avec tous leurs détails, leurs défauts et leur beauté ; ainsi

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vraie lainière, nous fait d'abord discerner le bien et le m a ] , dissipe les ténèbres de notre à m e , éclaire peu à. peu nos voies, et finit, lorsque l'atmosphère de n o t r e â m e est pure de tout nuage, par y r é p a n d r e ses splendeurs divines, qui fout c o m p r e n d r e les secrets les plus i n t i m e s de la piété. Lorsque la foi est si vive, si élevée qu'elle exerce sur notre vie u n e influence profonde et de tous les i n s t a n t s , elle s'appelle Y esprit de foi. L'esprit de foi est à la foi ce que l'esprit de vin est au vin, ce que la c r è m e est au lait, ce que la richesse est à l'aisance, ce que la sainteté est h la simple vertu. L'esprit de foi est l'âme de la vie c h r é tienne: il r e f ó r m e n o s idées, nos j u g e m e n t s , n o s affections, nos t e n d a n c e s , nos goûts, nos habitudes ; il n o u s donne une g r a n d e délicatesse de conscience, en éclairant jusqu'aux moindres replis de notre c œ u r , et n o u s fait vivre de cette vie supérieure que Ton appelle p o u r cette raison la vie de la. foi. J'ai eu le b o n h e u r de connaître des j e u n e s g e n s , et j'en connais encore, qui vivent ainsi d a n s u n e fidélité admirable à JÉSUS-CHRIST, p r i a n t beaucoup, c o m m u n i a n t très souvent, évitant les moindres fautes, p u r s c o m m e des Anges. J ' e n sais u n e n particulier, a u j o u r d ' h u i devenu presque u n h o m m e et portant barbe et m o u s t a c h e s , qui, depuis l'âge de treize ou quatorze a n s , a si bien correspondu à la .grâce du bon DIEU, que sa vie était, d a n s toute la force du mot, u n e vie de foi. Ce b o n enfant, au milieu des d a n g e r s de la vie de Paris, d a n s des b u r e a u x qui ne valaient pas m i e u x que les ateliers les plus infects, trouvait m o y e n , grâce à la sainte C o m m u n i o n et à l'attention habituelle à la présence de DIEU, de vivre tout en DIEU. 11 étail chrétien de la tête aux p i e d s : chrétien dans ¡ses j u g e m e n t s et s e s appréciations, chrétien dans sçs c o n -

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versatious, chrétien dans ses a m i t i é s ; il mettait JwsusQHHÏST a v a n t tout, et donnait partout et toujours le bon e x e m p l e . Son nom était devenu s y n o n y m e de bonté, de douceur, de vraie vertu, de religion s é r i e u s e et aimable. Parmi les membres d'une Société de j e u n e s gens où il s'était fait inscrire, ce bon g a r ç o n brillait c o m m e une très p u r e lumière. Sans arriver à cette perfection, iJ faut, mon c h e r enfant, y viser bravement. C o m m e n c e d'abord par d e m a n d e r , et d e m a n d e r souvent à Notre-Seigueurqu'il d a i g n e te d o n n e r une foi bien vive. « Seigneur, lui disaient u n j o u r ses Apôtres, Seigneur, augmentez en nous ta foi. » Il t'accordera l'esprit de foi, si tu le lui demandes avec humilité et p e r s é v é r a n c e ; et ta vie d e v i e n d r a p r o f o n d é m e n t chrétienne, jusque dans ses m o i n d r e s détails. Autant la foi est c o m m u n e , a u t a n t l'esprit de foi est r a r e ; et cela, même d a n s les r a n g s des j e u n e s g e n s c h r é tiens. Si tu as une foi vive, elle portera sur tout. Quand tu prieras, tu ne seras pas c o m m e tant d'autres qui ne pensent pour ainsi dire pas à ce qu'ils disent, qui oublient que le bon DIKTI les voit et qu'ils lui parlent, qui s'ennuient de prier. Tu te recueilleras facilement, et a i m e r a s à, prier. Quand tu assisteras à la Messe, quand tu e n t r e r a s d a n s une église, tu ne feras pas c o m m e ces étourdis qui semblent n e pas croire q u e JÉSUS-CHRIST est p r é s e n t au Tabernacle, qui rient, qui bavardent, qui t o u r n e n t la tête pour voir tout ce q u i se passe, qui d a i g n e n t à peine se mettre à genoux. Rien qu'à ta tenue, tout le m o n d e s'apercevra que tu sais devant qui tu es et à qui tu t'adresses. C'est une si belle chose que de voir au pied des autels un jeune h o m m e bien pénétré de la p r é s e n c e du Sauveur. Si tu as une foi vive, tu te rappelleras s o u v e n t , dans

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le courant de tes j o u r n é e s , que DIEU te voit, qu'il est avec toi et en toi ; tu vivras pour lui, et non pour toimême, comme le font les neuf dixièmes des g e n s . Us ne vivent pas pour .JÉSUS-CHRIST ; ils ne p e n s e n t qu'à leurs affaires, à leur intérêt, à leurs plaisirs ; e1 quand il faut qu'ils prient, Celui à qui ils s'adressent semble être pour eux c o m m e un i n c o n n u , c o m m e un é t r a n g e r . Si tu as une foi vive, tu veilleras de très-près sur ta conscience; lorsqu'il t'arrivera de t o m b e r p a r fragilité dans quelque faute, tu en d e m a n d e r a s aussitôt et h u m blement pardon au bon D I E U ; et, avec l'aide de la c o n fession fréquente, tu parviendras, mon bon enfant, à demeurer h a b i t u e l l e m e n t en état de grâce. S i t u as u n e foi vive, elle te poussera à recevoir souvent et pieusement les sacrements, qui sont la g r a n d e source de la vie c h r é t i e n n e et de la piété. On peut j u g e r du degré de foi d ' u n j e u n e chrétien par la fréquence et la ferveur de ses c o m m u n i o n s . Tandis que t a n t d'autres ne vont se confesser et c o m m u n i e r que p a r u n e sorte de nécessité ou d'usage, sans élan, sans a m o u r , toi, mon cher Jacques, tu t'y sentiras porté avec le zèle d'un v é r i table enfant de DIEU. Si tu as une foi vive, loin de prendre plaisir aux conversations et aux lectures grivoises, c o m m e il arrive sj souvent à ton âge, tu eu éprouveras u n e profonde répugnance, et JÉSUS-CHRIST te c o m m u n i q u e r a son h o r r e u r pour tout ce qui est i m p u r , c o m m e pour tout ce qui est impie. Il fera de loi un travailleur consciencieux, délicat, et tu ne feras pas c o m m e une foule d'apprentis et de jeunes ouvriers qui ne travaillent que lorsqu'on les surveille, c r a i g n a n t davantage le regard de l ' h o m m e que le regard de Dieu. Enfin, si tu as une foi vive et profonde, tu souffriras

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j o y e u s e m e n t , pour l ' a m o u r rie Notre-Seigneur, les peines de t o u t g e n r e qui ne m a n q u e r o n t pas de t ' a r r i v e r ; tu feras ça et là de petites p é n i t e n c e s volontaires ; tu ne laisseras point passer les occasions cle p r a t i q u e r la charité, le pardon des i n j u r e s , la douceur. Tu t'intéresseras a u x choses religieuses, à la cause du Pape ; t u tâcheras de faire du bien autour de toi, de r a m e n e r des c a m a r a d e s ; e n un mot, tu seras un chrétien tout de b o n , au dedans et au dehors. Gomprends-tu m a i n t e n a n t , mon enfant, l'immense différence qu'il y a e n t r e la simple foi et l'esprit de foi ? entre u n chrétien d'eau douce, c o m m e il y en a t a n t , el un chrétien fervent, bien pieux, bien fidèle, c o m m e il v en a malheureusement si peu ?

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Des deux premiers fruits de l'esprit de foi dans l e jeune chrétien.

La foi vive ou l'esprit de foi produit dans le c œ u r d'un j e u n e chrétien plusieurs g r a n d s effets dont je voudrais, m o n cher enfant, l'exposer ici bien c l a i r e m e n t et te faire apprécier l'excellence. Les deux p r e m i e r s , d o n t nous allons dire un mot, sont des fruits si délicieux, que si tu as le goût fin, lu vas faire, en les dégustant, u n e vraie gourmandise spirituelle. D'abord, l'esprit de foi fixe en noire â m e Noire-Seig n e u r JÉSUS-CHRIST, et, avec lui, l'Espiit-Saint et le Père céleste. En effet, qu'est-ce q u e l'esprit de foi, sinon cette pleine Vie de la grâce, qui, n o u s l'avons dit plus h a u t , fait de

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chacun de nous le temple vivant du bon DIBT:, le beau et pur sanctuaire de J É S U S - C H R I S T ? La vie de la" loi, qui enfante toutes les vertus chrétiennes, c o m m e l'eau d'un ruisseau fait g e r m e r et épanouir les Heurs d'une p r a i r i e , orne et embellit la vivante d e m e u r e de notre à m e , et la rend de plus en plus digne de la majesté de son DIEU. Elle fait que JÉSUS-CHRIST développe en n o u s avec bonheur la vie de la grâce, qu'il est dans n o t r e c œ u r c o m m e dans sa propriété, c o m m e chez lui ; il y fait ce qu'il v e u t ; il n'y est gêné p a r a u c u n obstacle. Là, JÉSUS se repose avec délices, et se console de l'ingratitude, de la tiédeur, de l'oubli de tant de c h r é t i e n s . Ainsi que le dit sainl Jérôme, l'âme de ce bon fidèle est le vrai temple de JÉSUS-CHRIST et le lieu de son repos. Je te l'ai déjà dit a u t r e part, mon bon et c h e r Jacques, c'est là la gloire des gloires et le b o n h e u r des b o n h e u r s . En ce monde, tout est i n c o n s t a n t ; et, bien que tu n'aies peut-être pas encore pu l'expérimenter p a r toi-même, rien n'est plus certain que le peu de confiance qu'on doit avoir dans les h o m m e s . Le bon DIEU, lui, est le g r a n d ami toujours fidèle, qui ne l'ait j a m a i s défaut, dont le cœur n e sait point se lasser et dont l ' a m o u r adorable est toujours là pour être notre refuge, notre l u m i è r e , notre soutien, notre consolation au milieu des mille peines de la vie. Les m é c h a n t s p e u v e n t nous enlever tout : nos biens, notre réputation, notre crédit, nos amis, notre bonheur domestique, notre liberté, et j u s q u ' à notre v i e ; mais il est un trésor que personne n e p e u t nous r a v i r : c'est JÉSUS-CHRIST, c'est le DIEU de notre c œ u r ; c'est sa grâce et son saint a m o u r . Pour toi surtout, m o n enfant, dans ta condition laborieuse, souvent fort pénible, ce trésor est plus précieux encore que pour bien d'autres. Tu es c o m m e ce pauvre

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h o m m e dont le Prophète Nathan racontait un j o u r les d o u l e u r s à David, et qui n'avait, pour toute richesse, q u ' u n e pauvre petite b r e b i s ; u n mauvais voisin la lui avait prise, et il ne lui restait plus rien que sa pauvreté et ses l a r m e s . Tu auras peul-être, peut-être m ê m e as-tu déjà eu de ces moments-là d a n s ta pauvre vie d'apprenti et d'ouvrier. Oh ! alors, réfugie-toi, comme u n vrai c h r é tien, dans le sanctuaire de ton âme ; tu y t r o u v e r a s ton DIEU, ton bon et doux J É S U S , qui te dira avec a m o u r : « Viens, viens à moi, m o n bien-aimé ! Viens te reposer sur mon cœur, dans la paix de m o n a m o u r . Et moi aussi, j ' a i souffert. Viens a p p r e n d r e à saintement souffrir. Le m o n d e te repousse? Viens à moi ; je suis ton bon Pasteur, et toi, tu es ma petite brebis, l'agneau que j ' a i racheté, que j ' a i lavé dans m o n s a n g . Aime-moi, parce q u e je t'aime. Demeure en moi, afin que toujours je d e m e u r e en toi. » Tel est, mon cher J a c q u e s , le premier fruit, bien a d m i rable et bieu délicieux, n'est-il pas vrai ? que produit en nous l'esprit de foi : il fixe en nous JÉSUS-CHRIST NotreSeigneur, le trésor- des trésors, le trésor de l'éternité. Le second n'est pas m o i n s excellent. L'esprit de foi nous fait vivre en vrais enfants de DIEU, avec J É S U S CHRIST, comme JÉSUS-CHRIST, et en JÉSUS-CHRIST. Il n o u s fait c o m p r e n d r e la dignité royale et divine de notre baptême. Il n o u s fait estimer p a r - d e s s u s toutes choses notre titre de fils de DIEU, et nous e m p ê c h e de le laisser traîner à terre,, d a n s la poussière, parfois m ê m e d a n s la bouc du péché mortel, comme cela arrive si souvent, h é l a s ! aux c h r é t i e n s vulgaires. On raconte, dans la vie de saint Louis, notre i n c o m parable Roi de France, q u e les prières et les leçons de sa

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mère, la Reine Blanche de Castilie, l'avaient pénétré d'une foi si vive et d'un si grand respect pour la dignité divine de son baptême, qu'il aimait à s i g n e r « Louis, de Poissy, » en souvenir du baptême qu'il avait reçu d a n s l'église de Poissy. Kt ce q u i est plus a d m i r a b l e encore, c'est qu'au milieu des d a n g e r s et des plaisirs de la c o u r , au milieu des c a m p s , il garda intacte l ' i n n o c e n c e baptismale, demeura très-fidèle à JÉSUS-CHRIST, el le laissa toujours p l e i n e m e n t r é g n e r dans son c œ u r et d i r i g e r toute sa vie. Quel exemple pour toi, pour moi, p o u r nous tous ! Tâchons de m a r c h e r s u r les traces de saint Louis. Tachons, c o m m e lui, de si bien fuir le mal et les occasions du mal, de si bien servir et aimer n o t r e DIEU, que rien qu'à nous voir c h a c u n puisse r e c o n n a î t r e en n o u s des chrétiens, de véritables enfants de Diwu. Dis-moi, m o n enfant, u n fils de famille, qui porte un grand nom, doit-il j a m a i s oublier les obligations que lui impose sa naissance ? S'il se respecte, il ne fait rien qui puisse ternir l'éclat de son n o m , la noblesse de sa race. Ainsi devons-nous faire, et bien plus encore, n o u s c h r é tiens, dont la noblesse est divine : notre P è r e est DIEU lui-même; notre Mère est la très-sainte et tout i m m a c u l é e Vierge MARIE ; notre chef et frère aîné est JÉSUS-CHRIST le Fils de DIEU fait h o m m e ; notre héritage, n o t r e patrie, c'est le ciel. Aussi le Pape saint Léon disait-il un j o u r , eu p r ê c h a n t les fidèles de Home d a n s la Basilique de £>aint-Pierre : « Reconnais donc, ô chrétien, reconnais ta d i g n i t é ; et devenu, par la grâce, participant de la n a t u r e divine, garde-toi de r e t o m b e r , p a r une voie dégénérée, dans la bassesse de ton extraction première ! Souviens-toi à quel chef tu appartiens, de quel corps tu es m e m b r e ; souviensT

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toi q u e tu as été arraché, p a r le Baptême, à la puissance des ténèbres, pour être transféré d a n s la lumière et dans le r o y a u m e de DIEU. » L'esprit de foi nous rappelle sans cesse ces g r a n d s souvenirs, et voilà pourquoi, en second lieu, il nous fail vivre en véritables fils de DIEU.

lit
De irais autres fruits très excellents que produit en nous l'esprit de foi.

L'esprit de foi produit encore dans les â m e s bien lidèles trois effets non m o i n s excellents que les deux d o n t nous venons de parler. En é c o u t a n t ce que je vais t'en dire, demande au bon DIEU, m o n c h e r Jacques, de t'accorder la foi vive et efficace qui produit ces fruits bienheureux. L'esprit de foi nous éclaire dans les voies de la piété. Au service de Notre-Seigneur, nous sommes des voyageurs qui de la terre allons au ciel. Or, pour m a r c h e r droit, pour m a r c h e r d ' u n pas assuré et rapide, il faut y voir bien clair. Quand on n ' a pas une foi vive, on marche dans les voies de la piété c o m m e à tâtons, c o m m e à la l u e u r douteuse du crépuscule. L'esprit de foi, au contraire, c'est la pleine lumière du grand jour, qui éclaire tout, qui nous fait tout voir, les dangers de la route, les pierres du c h e m i n , les flaques d'eau, ainsi que les horizons et les beautés du paysage. Ce que les autres n e voient pas, In foi vive, nous le fait v o i r ; ce qu'ils n'aperçoivent qu'à demi, elle nous le manifeste avec de splendides clartés. Elle n o u s fait comprendre la douceur, la nécessité de In

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prière; elle nous attire à la confession et plus encore, s'il se peut, à lu très sainte C o m m u n i o n , qu'elle nous m o n t r e comme le grand m o y e n de persévérance et de' sanctilieation. Elle nous r e m p l i t d'un a r d e n t a m o u r envers Jésus au Saint-Sacrement. Elle nous d o n n e ce qu'on p e u t appeler le sens chrétien et catholique; elle nous pénètre de l'esprit de l'Évangile; elle nous fait d i s c e r n e r ce qui vient de la grâce et ce qui vient de la n a t u r e , et m a i n t i e n t ainsi notre à m e d a n s u n e fidélité parfaite à JÉSUS-CHRIST. L'esprit de foi ressemble à ce disque l u m i n e u x dont il est parlé dans la vie de la Bienheureuse A n n a - M a r i a Taïgi, simple femme du peuple, épouse d'un p a u v r e ouvrier et mère de quatre enfants, morte en odeur de sainteté à Home en 1837. Notre-Seigneur JÉSUS-CHRIST, q u i la conduisait par des voies tout à fait surnaturelles, lui accorda une gr&oo bien extraordinaire et bien p r é c i e u s e : elle voyait sans cesse, des yeux de l'esprit, u n grand disque tout lumineux, lequel s'obscurcissait et se couvrait de lâches plus ou m o i n s m a r q u é e s , dès que la servante de Diwr s'écartait, en quoi que ce soit, de ( a c c o m p l i s s e m e n t parfait de la volonté divine. Cette l u m i è r e m i r a c u l e u s e là guidait en toutes choses, c o m m e la colonne de l u m i è r e s et de nuée qui conduisait jour et nuit les Israélites dans le désert. Anna-Maria. j o u i t de cette faveur inappréciable durant les v i n g t dernièrfes a n n é e s de sa vie. Pour nous, d o n bon Jacques, qui ne m é r i t o n s pas de pareilles grâces, notre disque lumineux, c'est notre conscience, éclairée plus ou m o i n s vivement selon que notre foi est plus ou m o i n s vive. Prions l'adorable Maître, auteur d e l à foi, » de l'augmenter en nos âmes, de l'y raviver sa us cesse, afin qu elle ne cesse j a m a i s do nous éclairer dans les voies de son amour. Le quatrième fruit de l'esprit de foi, également bien

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désirable, consiste dans la g r a n d e force qu'il n o u s apporte au milieu des combats de la vie. Combats au dedans, contre nos passions et nos défauts n a t u r e l s ; c o m b a t s au dehors, contre le démon, le m o n d e , les séducteurs, les m é c h a n t s de toute couleur et de toute n a t u r e . L'esprit de foi nous u n i t i n t i m e m e n t au céleste Vainq u e u r du péché, JÉSUS-CHRIST. Appuyé s u r JÉSUS-CHRIST, tu n'as plus à redouter ta faiblesse, m o n enfant. « Affermis dans le Christ, qui esf n o t r e base, disait en effet saint Augustin, nous n e serons j a m a i s ébranlés. Rien n'est plus solide que cette base. Tu es faible? soit; mais un fondement inébranlable te porte. Ne le quitte j a m a i s ; et la force que tu ne trouves pas en loi-même, JÉSUS-CHRIST te la donnera. » C'est d a n s l'esprit de foi que les Saints de tous les siècles ont puisé l'héroïsme de leurs v e r t u s , et les m a r t y r s , l'héroïsme de leur dévouement. L'esprit de foi est TA me de l'Église militante. C'est lui, mon bon enfant, qui te c o m m u n i q u e r a la force de vaincre ces mille persécutions de détail, souvent bien cruelles, où le j e u n e ouvrier est presque partout exposé aujourd'hui. Il te fera d e m e u r e r fidèle au dedans, fidèle au dehors, fidèle j u s q u ' à l'effusion du s a n g , si cela est nécessaire. Or, ne n o u s faisons pas illusion: avec nos bandits révolutionnaires, ce sacrifice s u p r ê m e peut parfaitement nous être d e m a n d é . Dans tous les siècles, JÉSUSCHRIST a eu ses m a r t y r s , c'est-à-dire ses t é m o i n s ; et cela, p a r m i les ouvriers c o m m e p a r m i les prêtres, d a n s toutes les conditions, à tous les âges. Si l'occasion s'en présente j a m a i s , il te faudra faire» c o m m e ces vrais chrétiens, comme nos m a r t y r s , qui puisaient d a n s leur foi l'énergie de leur sublime résistance. « Renoncez h votre foi, à votre DIEU, à votre Eglise, à vos prêtres, à votre Évangile, à votre Eucharistie, leur criaient

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les juges et les b o u r r e a u x ; sinon, vous allez m o u r i r ! — Eh bien! nous m o u r r o n s ! » répondaient-ils. Et ils m o u raient. « Je suis chrétien ! s'écriait l'un d'eux au milieu d'affreuses t o r t u r e s ; j e suis chrétien, et j e veux m o u r i r chrétien! » Tel doit être notre cri de r a l l i e m e n t ; tel sera, avec la grâce de DIEU, notre cri de victoire, si j a m a i s nous en arrivons aux sanglantes e x t r é m i t é s que rêvent nos c o m m u n a r d s . Sois bien sûr, m o n bon Jacques, que seuls les c a t h o liques fortement-trempés s a u r o n t alors résister, et b r a v e r les persécuteurs. Alors ou verra d'un côté les h o m m e s de foi et de prière, en petit n o m b r e , vainqueurs du d é m o n et du m o n d e , et de l'autre, du m a u v a i s côté, déshonorés par l'apostasie, la foule de ces d e m i - c h r é t i e n s qui r e m plissent, aujourd'hui nos rues, nos ateliers, je dirai p l u s , nos Œ u v r e s et jusqu'à nos églises. Si m a i n t e n a n t leur foi est si molle, si débile, qu'ils n'y trouvent pas m ê m e l'appui nécessaire pour vaincre la m o i n d r e petite tentation, pour dominer les pré jugés les plus v u l g a i r e s et les plus grossières passions, que feront-ils, je te le-demande, en lace d ' e n n e m i s dix fois, cent fois plus r e d o u tables? Combien d'entre eux e x p é r i m e n t e r o n t alors, a u x dépens de leur h o n n e u r et de leur salut, la redoutable vérité de la parole du S a u v e u r : « Celui qui n'est point « fidèle dans les petites choses, ne le sera point dans les « grandes. » Enfin, le cinquième fruit principal de l'esprit de foi, c'est de nous faire pratiquer avec ferveur les devoirs de notre état, quelque pénibles qu'ils p u i s s e n t être parfois. Les devoirs et les vertus de notre état sont toujours plus ou moins difficiles à pratiquer, ne serait-ce que parce que

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cela r e c o m m e n c e tous les j o u r s , et qu'il n'y a rien là pour l'amour-propre. Pour ne pas te décourager, pour ne pas te fatiguer du bien, il te faudra, mon petit Jacques, n e pas perdre de vue les g r a n d e s pensées de la foi; et c'est précisément ce que p r o d u i r a l'esprit de foi en ton cœur. Il viendra ranimer à tout instant ta volonté défaillante; il te montrera le ciel et l'éternité; il te rappellera que JÉSUS est là, avec toi, pour cousoler tes tristesses, pour soutenir In faiblesse, pour sanctifier tout ce q u e tu fais, tout ce que tu soutires. Dès lors, la grâce suppléera à la n a t u r e ; et, m a l g r é tous les obstacles, Lu feras bravem e n t ton devoir: tu seras infatigable d a n s la p r i è r e et dans le service de JÉSUS-CHRIST; tu seras p a t i e n t dans l'épreuve; tes j o u r n é e s seront pleines de mérites devant le bon D I E U ; tu jetLeras d'avance tes espérances d a n s ce beau ciel auquel tu penseras si souvent, et où la ferveur de ta foi te fera entrevoir, à travers tes larmes, les béatitudes des éternelles r é c o m p e n s e s . « Le chrétien qui viL de la sorte, dit à ce sujet le grand saint Jean Ghrysostonie, e m b r a s s e tous les sacrifices; car il a JÉSUS lui-même pour c o m p a g n o n d armes. » — « Sans l'esprit de fui, dit de son côté saint Augustin, la piété ne sera jamais ni élevée, ni p u r e , ni bonne. » N'avais-je pas raison de te dire, mon enfant, que l'esprit de foi est un incomparable trésor, plus précieux que tout?

LA KOI

IV
Comment a v e c l a g r â c e de DIEU, on A c q u i e r t

l'esprit de foi.

« Qui veut la lin veut les moyens, » dit le proverbe. Si tu veux acquérir u n e foi bien vivante, bien efficace, il faut, m o n cher enfant, en prendre les m o y e n s . Il y en a beaucoup; voici les p r i n c i p a u x que je le r e c o m m a n d e . D'abord et avant tout, la prière. Pas de p r i è r e : pas de loi vive, pas d'esprit de foi. Prière molle, prière négligée, languissante: foi l a n g u i s s a n t e et misérable. Tu as. la foi, r/psl-oe pas? Prie doue, puisque ln foi t'enseigne que tu es s u r la terre, avant tout, pour adorer, bénir et a i m e r le bou D I E U ; en d'autres t e r m e s , pour le prier. Prie beaucoup, p r i e le mieux possible, de tout ton cœur; et cet usage de ta foi te fera a c q u é r i r peu i\ peu l'esprit de foi. « Croyons, nous dit à tous s a i n t A u g u s t i n ; croyons, afin de bien p r i e r ; et prions afin d e croire de plus en plus. La foi produit la prière,.et la prière affermit la foi. Sans la foi, nous ne sommes r i e n ; et, sans la prière, n o u s n e pouvons r i e n . » -Demande souvent a Noire-Seigneur la g r â c e d'une foi très vive, répétant c o m m e les Apôtres, avec une h u m b l e confiance: « S e i g n e u r , daignez a u g m e n t e r en nous la foi! » Il t'exaucera bien a s s u r é m e n t . Demeure autant que possible attentif à la présence de DIHU. au milieu m ê m e de tes travaux et d u va-et-vient de chaque j o u r : c'est là la prière par excelleuce, la vie de prière, que tous les Saints ont pratiquée très parfaite-

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m e n t , et à laquelle sont promises des grâces excellentes, en particulier la grâce de l'esprit de foi. Puis, p r e n d s l'excellente h a b i t u d e de lire souvent et de relire l'Évangile, c o m m e j e te l'ai conseille plusieurs fois. L'Évangile n'est pas, c o m m e le rêvent les protestants> le catéchisme de la foi; il est le m i r o i r , t r è s p u r et tout divin, de la vie de la foi, laquelle se r é s u m e tout entière dans l'imitation et d a n s l'amour de J É S U S - C H R I S T . A la leGture de l'Évangile, j o i n s souvent, surtout les dimanches, p e n d a n t les h e u r e s de repos, la lecture de quelque bonne et belle vie de Saint. Les Saints a y a n t très fidèlement et très parfaitement vécu de la foi en imitant et a i m a n t J É S U S - C H R I S T de tout leur cceur, le récil
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de leur vi<* est c o m m e l'Evangile en action ; c'est l'Evangile pratiqué et appliqué, à tous les détails, à toutes les circonstances de la vie h u m a i n e . — Si j a m a i s tu pouvais te procurer la Vie des Saints d u Père Giry, ou bien encore celle de Ribadeneira, ce serait p o u r toi un trésor i n é p u i sable. Ce sont deux gros v o l u m e s in-folio, qui v a l e n t leur pesant d'or. En troisième lieu, avec la prière et la lecture de l'Évangile et des Vins de Saints, je te r e c o m m a n d e , mon bon petit Jacques, la fréquente c o m m u n i o n si tu veux a c q u é rir, et conserver, et développer le trésor d ' u n e foi vive. Le premier effet de la c o m m u n i o n est de fortifier en nous la première de toutes les grâces, la grâce de la foi. C e s ! tout s i m p l e : est-ce que toute la foi ne se r é s u m e pas d a n s la connaissance et d a n s l'amour de JÉSUS-CHRIST? Et JÉSUS-CHRIST n'est-il pas l u i - m ê m e en personne dans cel adorable sacrement de l'Eucharistie, que l'Église appelle par excellence « le m y s t è r e de la foi, « et qui établit entre JÉSUS-CHRIST et c h a c u n de ses fidèles, des rapports q u o -

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tidiens, personnels, intimes, des rapports pleins de vie, de douceur, de consolations et de c h a r m e s ? La c o m m u n i o n , j ' e n t e n d s la c o m m u n i o n pieuse et fréquente, fait vivre JÉSUS-CHRIST avec nous et en nous ; elle produit chez le chrétien u n effet à peu p r è s semblable à celui du feu vis-à-vis du c h a r b o n : de m ê m e que le feu, sans détruire le c h a r b o n , le pénètre si bien qu'il vit et brûle en lui e l l e c h a n g e , pour ainsi dire, e n feu; ainsi, par la sainte et fréquente c o m m u n i o n , le divin S a u v e u r s'empare peu à peu de n o t r e âme, de n o t r e esprit, de notre cœur, de notre vie tout entière; il v i e n t vivre en nous et n o u s t r a n s f o r m e r en d'autres l u i - m ê m e . Or, qu'est-ce que tout cela, sinon la vie de la foi, la p r a t i q u e de l'esprit de foi ? Donc, troisième e! excellent moyen d ' a c q u é r i r et de développer en nous l'esprit de foi : la c o m m u n i o n fréquente, aussi fréquente et aussi pieuse q u e possible. Au fond, tous ces m o y e n s se résument e n u n e idée g é nérale très-simple ; à savoir, que pour a c q u é r i r u n e foi de plus e n plus vive, il faut la faire passer d a n s nos œuvres ; en d'autres t e r m e s , il faut la p r a t i q u e r en toute occasion, et le m i e u x q u e l'on peut. Quand tu repasses ton couteau sur la p i e r r e , c h a q u e coup, c h a q u e passe en augmente le fil et le r e n d plus coupant: de m ê m e , mon brave enfant, chaque œ u v r e de foi, chaque p r i è r e , chaque acte de pénitence, d'obéissance, d'humilité, de patience, etc., s u r t o u t chaque confession et c h a q u e c o m m u n i o n sont c o m m e a u t a n t de coups de pierre à repasser, qui aiguisent ta foi et la r e n d e n t de plus en plus vive, dc-plus en plus parfaite. On m e parlait, il y a q u e l q u e s années, d'un i n s t r u m e n t de c h i r u r g i e , dont le fil était si merveilleusement fin, que rien que de le poser sur la chair, il y

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e n t r a i t c o m m e tout seul, par le simple effet de son poids. C'est c o m m e cela qu'était la foi des Saints, très-parfaite, merveilleuse, incomparable. Ce n'est pas de la simple foi, mais de la foi vivante et efficace, que le bon DIEU a dit dans son Évangile : « Celui « qui croit en moi, a la vie éternelle. » Les pauvres protestants, qui, en ce point c o m m e e n tant d'autres, ont abandonné la vérité, s'imaginent b o n n e m e n t que p o u r être sauvés, il suffit de croire que JÉSUS-CHRIST est le Fils de DIEU. C'est là une grossière erreur, que les Apôtres c o n d a m n a i e n t déjà de leur t e m p s . « La Foi sans les œuvres, est une foi morte, » disait e n t r e autres ton Patron, l'Apôtre saint Jacques. S'il en était a u t r e m e n t , ce serait, trop commode, en vérité! Et n o u s pourrions fous suivre la règle absurde, monstrueuse, que Luther ne craignait pas de donner à son cher disciple Mélanchthon : « Pèche f e r m e , pourvu que tu croies plus ferme encore. » Go sont les propres paroles (si t a n t est qu'on puisse les appeler propres) de ce g r a n d i m p u d e n t , par lequel Satan a enfanté le protestantisme. La foi sans les œ u v r e s , c'est le figuier stérile de l'Évangile, c'est un arbre sans fruit, u n e vigne sans raisin, un bois inutile. A quoi sert, je te le demande, une vigne qui ne produit pas de raisin? Elle n'est bonne qu a être a r r a chée et jetée au feu, suivant la parole m ê m e de NoireS e i g n e u r : « Quiconque 7te porte point de fruit en moi, 'mon « Père le retranchera. El il sera jeté dehors comme le sar« ment de lavig?ie, et il séchera, et en le ramassera, pour le « jeter au feu, où il brûlera. » La foi sans les œuvres est une foi m o r t e , qui n ' e m p ê c h e r a personne d'aller en enfer. Beaucoup de gens disent avec les protestants ; « Je crois ; oui, je crois en J É S U S - C H R I S T . » El là-dessus ils s'end o r m e n t . Mais si à cette foi ils ne joignent pas les œuvres

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qu'enfante toujours cl nécessairement la toi vivante et véritable, leur foi est m o r t e ; elle ne les sauvera pas. Les œuvres de. la foi, les effets, les fruits de la foi, c'est l'amour de DIKO et du prochain, ce sont les sacrifices quotidiens de la vie c h r é t i e n n e , c'est la pratique courageuse des v e r tus chrétiennes, c'est l'obéissance a u x e n s e i g n e m e n t s et aux directions de l'Église de JÉSUS-CHRIST. Le g r a n d Archevêque de Constantinople, saint Jean Ghrysostome, disait jadis : « Si tu es c h r é t i e n , si tu crois véritablement en JÉSUS-CHRIST, montre-moi ta foi par tes œuvres, » c'est-à-dire par tes actions, par ton l a n g a g e , par ta c o n d u i t e , par ta vie entière. Ne t'y t r o m p e pas, m o n b o n h o m m e : croire en J B S U S CHRIST, ce n'est pas seulement croire que J É S U S - C H R I S T est DIEU; c'est en outre vivre c o m m e le veut JÉSUS-CHRIST, c'est a i m e r JÉSUS-CHRIST, c'est l'aimer en c r o y a n t en lui, c'est s'unir à lui, c'est d e m e u r e r en lui. A cette foi vivante seule est promise la vie éternelle. Réfléchis bien à tout cela, mon petit J a c q u e s , et t â c h e d en faire ton profit.

V
Des récompenses promises à la foi v i v e en ce monde et en l'autre.

D'abord en ce monde. La récompense d ' u n e foi vive, c'est u n e vie excellente, féconde, réellement et profondément heureuse. Le bon DIEU l u i - m ê m e n o u s dit, par la bouche de f Apôtre saint Jean : Celui qui croit en JÉSUS-CHRIST ne

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« pèche point. » Or, pour le chrétien, le seul mal réel, le seul malheur véritable en ce m o n d e , c'est le péché. La g r a n d e parole du Pater: « Délivrez-nous du m a l , » est s y n o n y m e d e : « Délivrez-nous du péché. » Gela n e veut pas dire que l ' h o m m e de foi est impeccable ; cela veut dire qu'il est très bon, très juste et d ' u n e vie tout irréprochable. Applique-toi cette parole, mon c h e r petit Jacques; et, à n o u s deux, tirons-en les conséquences. Quelle be-Jle et b o n n e vie tu m è n e r a i s , mon enfant, si ta foi était toujours vivante et efficace! Partout tu serais un modèle. A la m a i s o n , d a n s tes r a p p o r t s de c h a q u e j o u r avec ton père, la m è r e , tes frères et s œ u r s , c o m m e tu serais bon ! et quel c h a r m e , quel b o n h e u r tu r é p a n d r a i s autour de toi ! Gomme on t'aimerait ! c o m m e ton seul exemple ferait du b i e n ! Tu serais h e u r e u x toi-môme comme un poisson d a n s l'eau. Souvent il a suffi d'un bon et saint g a r ç o n au milieu d'une famille indifférente, pour y r a m e n e r en peu d ' a n nées la vie c h r é t i e n n e , avec les bienheureuses conséquences qui r a c c o m p a g n e n t toujours. J'ai c o n n u d a n s le temps, à Paris, u n petit ouvrier peintre qui, a y a n t été ramené au bon DIKU p a r u n e retraite pascale et p a r la lecture d'un bon livre, a m é t a m o r p h o s é de la sorte sa famille assez nombreuse et en a fait une de ces familles excellentes que tout le monde cite dès qu il est question de vrai bonheur domestique. Ce bon enfant ne prêchait g u è r e : il aurait été bien embarrassé p o u r le faire ! m a i s il se mit à se confesser et à c o m m u n i e r r é g u l i è r e m e n t tous les dimanches et à. vivre eu conséquence. Dès lors, la paix et le bonheur, dont son à m e était r e m p l i e , débordèrent bientôt tout a u t o u r de lui. Auparavant, il n'avait pas été précisément méchant,

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mais il avait déjà c o m m e n c é , p a r étourderie, *par négligence, à d o n n e r à son père et à sa mère des inquiétudes sérieuses; son influence s u r u n frère pluS j e u n e s'était fait sentir, et ce n'était pas en bien. Déjà m ê m e il avait fait quelques petites dettes et s'était laissé e n t r a î n e r au café et dans quelques mauvais bals. Avec la confession et la c o m m u n i o n régulière, tout changea de face : lui jusque-là si indifférent, si négligent au service de DIEU, il se m i t à édifier tout le m o n d e p a r sa piété; on s'étonna d'abord, on se m o q u a de lui, et puis on finît p a r l'admirer,' et enfin par l'imiter. Son caractère inégal et difficile d e v i n t si doux, q u ' u n j o u r sa m è r e , en me p a r l a n t de lui, n e p u t s'empêcher de verser des larmes de b o n h e u r . Tout ce qu'il gagnait, il le rapportait fidèlement à la m a i s o n ; et ses seuls plaisirs é t a i e n t l'église et le patronage. 11 était j u s t e m e n t regardé par ses c a m a rades c o m m e u n e vraie p a r l e ; et quand, à rage de vingttrois ou v i n g t - q u a t r e a n s , il quitta Paris p o u r aller s'établir en province, il e m p o r t a les regrets et les s y m p a t h i e s de tout le m o n d e . Autre exemple : un j e u n e sous-officier, fort intelligent, •mais aussi fort lancé, eut ce m ê m e b o n h e u r de r e v e n i r à DIEU, e n t r a î n e par les b o n s exemples et les exhortations de deux c a m a r a d e s . Il avait de l'influence sur les h o m m e s de sa c h a m b r é e ; aussi s'en aperçut-on bientôt. Ge bon petit sergent se mit, lui aussi, à se confesser souvent, à communier souvent; et, peu à peu, Notre-Seigneur lui remplit si bien le c œ u r qu'il devint l'apôtre de ses compagnons, en r a m e n a une quantité à la pratique de leurs devoirs, et passait, aux y e u x de toute sa compagnie, pour u n e espèce de merveille. C'est à lui que les c a m a rades confiaient leur a r g e n t , leurs petits secrets, leurs peines; et q u a n d il r e n t r a chez lui après son congé, il p u t

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se dire qu'il avait r a m e n é au bon DIEU a u t a n t d'ames q u ' u n missionnaire. Je l'ai connu au r é g i m e n t et depuis : il était le pins heureux h o m m e du m o n d e ; il était touj o u r s c o n t e n t ; il avait la paix et la joie peintes sur le visage; tout le monde l'aimait; tout le m o n d e avait confiance en lui. Oui, m o n cher Jacques, la foi vive donne au chrétien Je secret du bonheur, lequel ne consiste pas lant d a n s la position où l'on se trouve e x t é r i e u r e m e n t , que d a n s la disposition intérieure avec laquelle on prend toutes choses. Or, la foi vive n o u s fait tout voir dans la sainte volonté de DIEU; et dès lors, les m a u x et les peines de la vie perdent leur a m e r t u m e , en m ê m e temps que les joies de ce monde p e r d e n t leur dangers. O u e s t h e u r e u x , même au milieu des l a r m e s , quand on est ainsi d i s p o s é ; on profite de tout p o u r le ciel ; et quand vient la m o r t , elle est encore plus douce que ne l'était la vie. Telle est la r é c o m p e n s e de l'esprit de foi en ce m o n d e . Mais, dans l'éternité, c'est bien autre chose e n c o r e . Quand ces âmes de foi et de ferveur étaient sur la terre, elles vivaient déjà de la vie de JÉSUS-CHRIST, qui était leur soleil, leur force et leur a m o u r . Elles possédaient déjà Celui en qui se r é s u m e n t toutes les grâces, tous les dons d e - D I E U ; Celui q u i éclaire l'esprit de la vraie lumière, qui inonde le c œ u r de la vraie joie ; Celui qui d o n n e à la volonté u n e force toute divine, qui console toutes les douleurs, qui soutient dans toutes les épreuves, d a n s toutes les misères; Celui qui, après avoir t r a n s f o r m é la vie, transfigure la m o r t e l l e - m ê m e ; ces â m e s bienheureuses, elles ont vécu tout en JÉSUS-CHRIST. Maintenant, les voici dans leur éternité ! Quelle béatitude! quels torrents de lumière, de joie sainte, d'ineffables

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délices! Elles possèdent à LouL j a m a i s , pleinement,, parfaitement, le DIEU de leur cœur, le DIEU de la grâce et de l'Eucharistie, JÉSUS-CHRIST ; JÉSUS-CHRIST, le ciel des le Roi d u Paradis, en qui et avec qui ellos c o n t e m p l e n t cieux, DIEU face à face, et s'unissent ¿1 lui d a n s un b o n h e u r dont r i e n ne peut n o u s d o n n e r u n e idée ici-bas. Elles voient désormais, elles adorent, elles a i m e n t Celui que, p e n d a n t leur vie, elles ont aimé et adoré sans le voir; « elles se réjouiront en lui, c o m m e dit l'Apôtre saint Pierre, d'une joie i n é n a r r a b l e et glorifiée, recueillant pour,prix de leur foi le salut éternel. » En c è j o u r bienheureux, d o n t l e s splendeurs n e finiront jamais, nous vivrons de la vie qui ne c o n n a î t r a plus la mort, et nous verrons p l e i n e m e n t réalisé d a n s les beautés et dans les douceurs du Paradis ce que J É S U S - C H R I S T n ' a fait q u ' é b a u c h e r en ce m o n d e , à savoir, le g r a n d m y s tère de sa grâce et de son amour : DIEU eu nous, et nous
en DIEU .

Mon bon enfant, voilà ce qui l'attend d a n s le ciel, si tu es ici-bas u n vrai c h r é t i e n , un h o m m e de foi. Après u n e vie excellente, sans a u t r e tache que ces petites faiblesses ,qui ne touchent point le fond de l'âme, p a r c e qu'elles n'ont a u c u n e racine d a n s la volonté; après u n e vie i n n o cente, l o u t e m b a u m é e de la paix et de l ' a m o u r de J É S U S CHRIST, tu a u r a s une b o n n e mort, u n e m o r t paisible et sainte, où tu pourras dire c o m m e une p e r s o n n e que j ' a i connue: « O h ! qu'il fait bon de m o u r i r ! Je n e savais pas qu'il fût si doux de m o u r i r ! » Et a p r è s tout cela, tu e n t r e r a s pour toujours dans la lumière de DIEU, d a n s la sainteté et la joie du b o n h e u r éternel. Voilà c o m m e n t la foi vive, voilà c o m m e n t l'esprit de foi est magnifiquement récompensé en ce m o n d e et en l'autre.

CHAPITRE IV
APPUGATtONS DE L'ESPRIT VÉRITÉS DE FOI AUX CHRETIENNES PRINCIPALES

1

D e l'esprit de foi à l ' e x i s t e n c e et à la présence de D I E U .

Afin de m i e u x n o u s pénétrer, m o n c h e r enfant, de l'importance incalculable de l'esprit de foi s u r notre salut et notre sanctification, n o u s allons e n faire quelques applications spéciales. Elles te feront toucher d u doigt l'excellence d'une foi vive et efficace. Commençons p a r l'esprit de foi à l'existence e t à la présence d u b o n DIEU. Qui n e croit en D I E U ? Qui n e sait qu'il y a a u ciel u n souverain Maître, éternel et tout puissant, J u g e redoutable des vivants et des m o r t s ? Qui n e sait que DIEU est partout, sait tout, voit tout, et qu'en tous lieux on m a r c h e et on agit forcément en sa p r é s e n c e ? « Trouvez-moi u n endroit où DIEU n e soit point, où DIEU ne me voie point, répondait u n j o u r saint François d'Assise à u n e p e r s o n n e qui le sollicitait au mal, et j e ferai ce que vous m e d e m a n d e z . » On y croit donc, m a i s on n ' y pense pas. On croit à l a présence de DIEU ; mais combien y en a-t-il qui y croient

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d'une foi vivante, d'une foi efficace et v r a i m e n t pratique? C'est le cas d'appliquer la parole : Beaucoup d'appelés, peu d'élus. Beaucoup ont la foi, peu o n t l'esprit de foi. Beaucoup, ou pour mieux dire, tous croient en DIEU et en sa présence en tous lieux ; mais peu, très peu p e n s e n t à lui comme ils le d e v r a i e n t ; peu, et très peu agissent pour lui, vivent pour lui, m a r c h e n t tout de bon en sa s a i n t e présence. Ce n'est pas ainsi q u ' o n t fait les Saints, c'est-à-dire les chrétiens de p r e m i è r e qualité. Ils p e n s a i e n t toujours au bon DIEU ; et voilà p o u r q u o i ils priaient t o u j o u r s , soitdes lèvres, soit du coeur ; au milieu du monde et des affaires, ils demeuraient tout en D I E U ; ils ne se d o n n a i e n t point, ils 11e se livraient point aux choses du d e h o r s : ils s'y p r ê taient s e u l e m e n t ; et cela se voyait aisément à la paix de leur visage, et à je ne sais quoi de bon, de saint, de pur, de céleste, qui paraissait en eux. (Juelques-uns portaient le respect et l'attention à cette très sainte présence de DIEU, à un degré h é r o ï q u e . Ainsi, k ceux qui d e m a n d a i e n t à voir saint Martin, Evêque de Tours au quatrième siècle, on répondait: « Allez de tel et • tel côté ; si vous rencontrez u n homme aux v ê t e m e n t s p a u vres, à la d é m a r c h e g r a v e et modeste, qui t i e n t toujours les yeux fixés au ciel et d o n t le visage est h a b i t u e l l e m e n t souriant et baigné de l a r m e s , c'est lui. » Ainsi encore, saint Pierre d'Alcantara, franciscain, m a r c h a i t o r d i n a i r e ment la tète n u e , m ê m e e n plein soleil, et cela au c œ u r de l'été, sous le ciel b r û l a n t de l'Espagne; et lorsqu'on lui demandait pourquoi il n e se préservait p o i n t eu se couvrant la tête de son c a p u c h o n , il répondait g r a v e m e n t : « C'est par respect pour la toute-présence d é m o n DIEU. » Le bonDiEune n o u s d e m a n d e p u s , m o n brave Jacques, de penser à lui de cette m a n i è r e , qui tient du miracle ;

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ce qu'il n o u s demande, c'est ce q u e nous pouvons faire, c'est ce qui est à notre portée à tous. 11 nous d e m a n d e de p e n s e r souvent à lui, avec foi. avec r e s p e c t ; il nous d e m a n d e de prendre l'habitude d'élever de temps en temps, le plus souvent possible, notre à m r vers lui, afin de ne pas laisser trop se détendre les liens qui n o u s u n i s s e n t à lui, et afin de sanctifier et de r e n d r e méritoires pour le ciel jusqu'à nos actions les plus ordinaires. Sainte Jeanne de Chantai écrivait à ce propos des choses bien touchantes et parfaitement imitables de son Bienheureux Père saint François de Sales. « E n toutes ses actions,disait-elle, il n e prétendait que l'accomplissement du bon plaisir de D I E U . Je puis assurer qu'il m a r c h a i t toujours quasi recueilli en DIEU; cela était aisé à reconnaître, quoique son recueillement ne fût point s o m b r e ni triste. « Je demandais un j o u r à ce Bienheureux s'il était longtemps sans r e t o u r n e r actuellement sou esprit à DIEU. « Quelquefois environ un q u a r t d ' h e u r e , » m e répondit-il. « Il me dit une a u t r e fois qu'il se tenait devant les rois et les princes sans a u c u n e contrainte, avec son m a i n t i e n accoutumé, parce qu'il avait la présence d'une plus grande Majesté, qui le tenait partout en égale r é v é r e n c e ; et, bien qu'il fût à l'ordinaire environné de m o n d e et d'affaires, il tenait p o u r t a n t son cœur, a u t a n t qu'il pouvait, toujours en D I E U . « Je suis environné de gens, « m'écrivait-il u n j o u r , mais m o n c œ u r e s t solitaire pour« tant. » « Il m ' a dit que la p r e m i è r e pensée qui lui venait à sou réveil, c'était de D I E U , et qu'il s'endormait en m ê m e pensée tant qu'il pouvait. Il m e dit encore qu'il avait un particulier c o n t e n t e m e n t quand il se trouvait seul, à cause de la toute-présence de DIEU qui lui était alors plus

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sensible que p a r m i le fracas des affaires et conversations. » Tel était le merveilleux esprit de foi de s a i n t François de Sales, relativement à la présence du bon" D I E U . Saint "Vincent de Paul, son c o n t e m p o r a i n et son a m i , faisait de m ê m e . Voici ce que nous lisons dans sa vie : « Le saint h o m m e n'avait garde de p e r d r e u u senl i n s tant la pensée de la sainte et aimable p r é s e n c e de D I E U . Seul ou en public, d a n s le repos ou dans Jes affaires, e n ioie ou en affliction, d a n s le silence de la m a i s o n ou d a n s le t u m u l t e des rues, il éiait toujours avec D I E U , toujours uni à DIEU de pensée et de cœur. En quelque m o m e n t ou quelque part- qu'on le s u r p r i t , il était aisé de voir à sa physionomie, à son égalité d'Ame, à la n a t u r e et à. l'accent de ses paroles, que DIEU lui était sans cesse présent. « Pour rendre plus facile à tous ses c o m p a g n o n s la pensée d e l à présence de D I E U , il fit mettre en différents endroits de la maisou ces mots écrits en gros caractères : DIEU me regarde! Et il disait de l'excellente p r a t i q u e de l'attention à la présence de DIEU : « Celui qui s'y rendraitfidèle parviendrait bientôt à la sainteté, c a r la pensée de la présence de DIEU rend familière la p r a t i q u e de faire incessamment sa sainte volonté. » 0 mon bon enfant, quels exemples et quelles paroles ! Applique-les toi, je t'en supplie. Demande à Notre-Seigneur cette foi vive, profonde, fervente qui était c o m m e l'Ame de ces g r a n d s serviteurs de DIEU. Imite-les, s u i s les, ne fût-ce que de loin ; que Ton puisse dire de toi ce que l'on dit u n j o u r de l'un d'eux : « A la b o n n e h e u r e ! en voilà u n qui croit en DIEU tout de bon ! Gomme eux, souviens-toi toujours que DIEU te voit, qu'il est là en toi. Surtout quand tu as des tentations, ravive en ta chère conscience ce g r a n d , ce salutaire et

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tout-puissant souvenir : « DIEU m e voit! DIEU m e reg a r d e ! Qserais-je faire le mal en sa sainte p r é s e n c e ? » Si t u n e peux écrire sur les m u r s de t a c h a m b r e la g r a n d e parole de saint Vincent de Paul : « DIEU m e r e g a r d e . » grave-la du moins bien profondément d a n s ton esprit et dans ton cœur, afin de résister à la tentation et de demeurer fidèle à JÉSUS-CHRIST, le j o u r , la nuit, partout, touj o u r s . Que de chutes tu aurais évitées par cette seule pratique de foi, m o n p a u v r e et c h e r enfant ! Je te la recommande pour l'avenir c o m m e un préservatif aussi, puissant que facile, q u i est à la portée de tout le m o n d e . C'est la pratique de l ' a m o u r de DIEU et de la crainte de DIEU, en quoi se r é s u m e tout l'esprit chrétien. La sainte présence de DIEU est, e n effet, intérieure et extérieure tout ensemble : au d e d a n s de nous, au fond m ê m e de notre àme, le bon DIEU est présent par sa g r â c e , et cette présence est toute d ' a m o u r ; c e s t une présence d'union, comme j e te l a i expliqué p r é c é d e m m e n t , une présence de grâce et de vie, p a r laquelle le bon DIEU lui-même, Père, Fils et Saint-Esprit, vit en toi et te fait vivre en lui; au dehors, e x t é r i e u r e m e n t , la présence de DIEU est surtout u n e présence d'infinie grandeur, de majesté toute-puissante et de parfaite sainteté, qui incline notre â m e au respect, à l'adoration et à la crainte d u péché. Plus ta foi sera vive, c h e r enfant, plus tu ressentiras les salutaires influences de cette double présence de D I E U , eu toi et devant toi. Oh ! quel trésor que l'esprit de foi! Demandons-le au g r a n d Roi du ciel, notre Sauveur, qui le d o n n e toujours à quiconque le lui d e m a n d e c o m m e il faut.

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De l'esprit de foi à l a divinité de N o t r e - S e i g n e u r JÉSUS-CHRIST.

J'appellerai eu second lieu ton attention, mon bon entant, sur la g r a n d e vérité fondamentale d e la foi et de la sainteté chrétiennes, j e veux dire la divinité do ,NotreSeigneur JÉSUS-CHRIST. Ce qu'est le soleil au m o n d e de la n a t u r e , J É S U S - C H R I S T l'est au m o n d e de la g r â c e . Et c o m m e n t pourrait-il en être a u t r e m e n t , p u i s q u e JÉSUS-CHRIST est le b o n ÛIKU fait homme, DIEU avec nous, le Fils éternel de DIEU, devenu vrai h o m m e dans le sein de la Vierge, sans cesser d'être •vrai DIEU ? fl y a dfeux mille uns bientôt q u e s'est o p é r é ce prodige des prodiges, ce miracle des miracles : l'Incarnation du Fils de D J E U . La Bienheureuse Vierge M A R I E est devenue sa vraie Mère, sans cesser d'être Vierge, et son Père était le Père céleste, la première personne de la Très-Sainte Trinité. T u s á i s , mon petit Jacques, quelles preuves irrefragables de sa divinité JÉSUS-CHRIST a données a u monde. Il l'a affirmée cent fois, et de la manière la plus solennelle ; et les Juifs ne s'y trompaient point. Un j o u r qu'ils voulaient le lapider c o m m e b l a s p h é m a t e u r , et que JÉSUS l e u r

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d e m a n d a i t tranquillement : * Pour lequel fie mes miracles < « voulez-vous vie lapider ? — Ce n'est pas à cause de tes « miracles, lui crièrent-ils avec colère; c'eut parce que, « étant homme, tu te fais D I E U . » > Je n e veux te rappeler ici, mon enfant, que deux de ces grandes affirmations divines du Sauveur ; la première au j o u r même de sa Passion, lorsque le Grand-Prêtre, au n o m du Sanhédrin, lui posa en toutes lettres cette question décisive : « Je t'adjure, au nom du DIEU vivant, de <( nous dire si lu es le Christ Fils de DIEU. » Et J é s u s répondit : « Oui, tu Cas dit, je le suis. » L'autre, ce fut h u i t j o u r s après sa résurrection : les ApôLres, qui l'avaient déjà vu plusieurs fois, étaient rassemblés dans le C é n a c l e ; et les portes et les fenêtres étaient bien fermées, d a n s la crainte des Juifs. Seul, l'Apôtre saint T h o m a s ne l'avait pas encore v u ; et les autres avaient eu beau lui affirmer et lui répéter qu'ils avaient vu le Seigneur v é r i t a b l e m e n t ressuscité, qu'ils l'avaient touché de leurs m a i n s , entendu de l e u r s oreifles, que le divin Sauveur avait m ê m e m a n g é devant eux pour leur bien m o n t r e r que c'était son vrai corps, et non point u n fantôme : saint Thomas refusait de croire ; il s'obstinait; et il répétait : « Si je ne mets mon doiyt dans « les plaies de ses mains et de ses pieds, et si je ne touche « de ma main l'ouverture de son côté, je ne croirai point. » Tout à coup, JÉSUS a p p a r a î t au milieu d'eux. « La, paix « soit avec vousl » leur dit-il avec une majesté divine. Puis, se tournant vers l'Apôtre incrédule : « Tiens, lui dit-il en lui présentant ses m a i n s percées p a r les clous; « mets ton doigt ici. Approche ta main ; mets-ta dans la « plaie de mon côté; et ne sois plus incrédule, mais fidèle. » Et le p a u v r e disciple stupéfait, ravi d ' a d m i r a t i o n , se prosterna en s'écrianl : « Mon Seigneur et mon D I E U ! »

129 Écoute bien ce que JÉSUS va r é p o n d r e à ^cette affirmation si formelle, si explicite, de sa divinité : « Parce que « tu as vu, Thomas, tuas cru, lai d i t - i l ; bienheureux sont « Ceux qui auront cru mus avoir vu. » Loin de le reprendre, il le félicite d'avoir c r u enfin ; et à q u o i ? à sa divinité. « Mon Seigneur cl mon DIEU ! » Cher petit Jacques, n o u s sommes de ces « bien heureux-là, », nous qui croyons sans avoir vu, nous qui croyons de tout notre cœur, et qui, prosternés aux pieds de JÉSUS-CHRIST, Fils de M A R I E , DIEU du Tabernacle, l'adorons et le p r o c l a m o n s h a u t e m e n t « notre S e i g n e u r et notre DIEU. » .JÉSUS-CHRIST est DIEU ; il est vrai h o m m e et vrai DIEU tout ensemble, unissant e n sa personne u n i q u e la d i v i nité et l ' h u m a n i t é . Le petit Enfant de' ta Vierge, l'humble a p p r e n t i de Nazareth, le Crucifié tout s a n g l a n t du Calvaire,, JÉSUS» en un mot, est DIMU. Donc il est -l'Éternel; en l'unité du Père et du Saint-Ksprit, il est l'Être-Suprème. le seul vrai DIEU vivant, l'Être infini, Tunique Créateur d e s Anges, des hommes, du ciel, des astres, de la l u m i è r e , de tous les éléments, de la terre, des plantes, des fleurs, des arbres, des a n i m a u x , de tout ce qui existe. De m ê m e que, dans un beau jour, toute la lumière qui éclaiie la nature vient du soleil, et n'existerait point sans le soleil ; rie même JÉSUS, l'adorable Fils de DIEU et do MARIE, est le principe, 1j Créateur et le Seigneur de toute c r é a t u r e , quelle qu'elle soit. ri y en a qui mettent d]un côté le bon DIEU, et de l'autre JÉSUS-CHRIST ; c o m m e si le bon D I E U , , d e s c e n d u sur la terre, n'était pas JÉSUS-CHRIST lui-même ; c o m m e si JÉSUSGHRIST n'était point Je bon DIEU i n c a r n é p o u r l ' a m o u r de nous. Je le sais, et tu le sais aussi : le Père ne s'est point

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II.

i n c a r n é c o m m e le Fils, et le Saint-Esprit,non p l u s ; n é a n moins « la plénitude de la divinité habite corporellement en JÉSUS-CHRIST, » comme dit saint P a u l , parce que DIEU le Père est inséparablement uni à DIEU le Fils, et parce que le Saint-Esprit, inséparable lui aussi d u Fils et du Père, réside tout entier en Noire-Seigneur. C'est p o u r cela qu'en dehors de JÉSUS-CHRIST, il n'y a point de D I E U , et qu'adorer JÉSUS-CHRIST, c'est adorer DIEU, le seul vrai DIEU vivant. J'entendais un jour u n j e u n e h o m m e me dire : « Je crois de tout mon cœur, et toujours je resterai bon c h r é tien, avec la grâce de D I E U ; j ' a i cependant là, d a n s l'esprit, quelque chose qui m e chiffonne. — Et qu'est-ce donc? lui d e m a n d a i - j e ; dis-le moi tout s i m p l e m e n t , et je tâcherai de résoudre bien clairement la. petite difficulté. — Voici, reprit alors ce pauvre garçon : il me semble que Notre-Seigneur est venu prendre s u r la terre la place du bon DIEU ; et que dès lors les Juifs ont bien fait de lui courir sus et de le crucifier. » En voilà un quis'imaginait croire en la divinité de JÉSUS-CHRIST, et qui, au fond, n'y croyait pas ; ¡1 mettait DIEU d'un côté, comme je disais tout à l'heure, et de l'autre côté JÉSUSCHRIST. Ou, si tu l'aimes mieux, il confondait J É S U S CHRIST avec l ' h u m a n i t é de JÉSUS-CHRIST ; ce qui n'est pas du tout la m ê m e chose. L'humanité de JÉSUS est créée comme la nôtre ; t a n d i s que JÉSUS l u i - m ê m e , c'està-dire la personne adorable du Fils de DIEU fait h o m m e , est le Créateur de toutes choses, le vrai DIEU, le seul vrai D I E U , c o m m e nous l'avons dit. est DIEU, le DIEU de sainteté et d ' a m o u r . Il faut, c h e r enfant, que cette g r a n d e et sainte vérité soit de plus en plus la lumière de ton esprit et le repos de ton cœur. Dans ta prière, d a n s ton recueillement, n e c h e r c h e
JÉSUS-CHRIST

131 jamais DIEU qu'en JÉSUS-CHRIST. A i m e r JÉSUS, c'est aimer DIEU ; p e n s e r à J É S U S , c'est penser à DIEU; et aussi, oublier J É S U S , ne pas servir fidèlement J É S U S , c'est être infidèle a D I E U . Répète souvent son n o m divin. Le seul n o m de J É S U S , prononcé avec foi et a m o u r , est une belle prière, redoutable aux d é m o n s , très sanctifiante, très consolante. C'est un excellent acte d ' a m o u r de DIEU q u e ce nom s a c r é : . JÉSUS ! — La p a u v r e J e a n n e d'Arc n'avait point d'autre prière, au milieu des flammes de son horrible bûcher; p e n d a n t plus d'un quart d'heure, on l'entendil répéter à chaque i n s t a n t d ' u n e voie vibrante et suppliante : «.JÉSUS î J É S U S ! J É S U S ! » Oh! le bel acte d adoration, de loi, d'amour, d'espérance ! Ceux qui n ' o n t point une foi vive en Notre-Seigneur, le respectent peu ; ils p r o n o n c e n t son nom sacré, sans révérence, à la légère ; quelquefois m ê m e , ils Je m ê l e n t à des plaisanteries. Ils ne se g ê n e n t pas p o u r t o u r n e r en dérision telle ou telle de ses paroles, ou m ê m e tel ou tel de ses miracles. Sans être incrédules, ils sont à d e m i croyants; et Ton s'en aperçoit sans peine, pour peu que la conversation lourne de ce côté. En tous cas, ils sont bien indifférents en ce qui touche son h o n n e u r et les intérêts de sa c a u s e . Us n e pensent point à lui, le r e g a r dant c o m m e u n simple personnage historique, bien éloigné d'eux, et non point c o m m e leur DIEU, leur S e i g n e u r , leur Maître. Ils l'aiment e n c o r e m o i n s . Jamais, ou p r e s q u e j a m a i s l'idée ne leur vient, m ê m e à l'église, d'élever leur c œ u r vers lui par a m o u r et avec a m o u r . Cette belle petite invocation, si familière aux â m e s pieuses: « J É S U S , j e v o u s aime; » ou bien e n c o r e : « JÉSUS, mon D I E U , j e suis tout à vous ! » ne sort j a m a i s de leurs lèvres, encore moins de
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leur c œ u r . Ce ne sont pas de vrais c h r é t i e n s ; c a r c h r é tien v e u t dire « homme de JÉSUS-CHRIST. » Cher Jacques, sois chrétien, chrétien d a n s toute l'acception du m o t ; chrétien au d e d a n s , c h r é t i e n au dehors ; et que, à ta vie de chaque j o u r , à tes conversations, à tes habitudes, à toute ta m a n i è r e d'être, c h a c u n puisse reconnaître en toi un h o m m e de JÉSUS-CHRIST, un bon et véritable chrétien. Tels seront en toi les fruits d'uue foi vive- en JÉSUSCHRIST Notre-Seigneur. P l u s ta foi sera profonde, plus tu respecteras, tu invoqueras et a i m e r a s JÉSUS-CHRIST.

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De l'Esprit de foi à l'Evangile.

L'Évangile, c'est « la nouvelle du s a l u t ; » c'est le mystère de JÉSUS-CHRIST, raconté p a r l e Saint-Esprit lui-' m ê m e , avec les p r i n c i p a u x exemples et les paroles p r i n cipales du. DIEU S a u v e u r . Je te dirai ici, m u a enfant, ce que n o u s disious au sujet de l'existence et de la présence d e , D I E U : n o u s y croyons tous très f e r m e m e n t ; mais combien p a r m i nous y croient de cette fui vivante qui influe s u r toute la vie, sur les j u g e m e n t s , les veloutés, les habitudes de chaque j o u r ? Pas cinq sur cenjL ; peut-être pas deux sur cent. El. cependant, c'est cette foi vivante qui est l'àme de la vie chrétienne, si bien q u e , sans elle., on n'a g u è r e que le nom et l'apparence du c h r é t i e n .

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Si Lu es animé d ' u n véritable esprit de foi a l'égard de Notre-Seignour et de son Évangile, tu c o m p r e n d s et tu n'oublies j a m a i s que DIEU étant descendu l u i - m ê m e en personne, au milieu des h o m m e s , p o u r d e v e n i r le Seigneur et souverain Maître de leur vie, il est impossible à u n h o m m e qui a le sens c o m m u n de n e pas suivre avec bonheur, avec e n t h o u s i a s m e , ce DIEU très bon qui l'appelle et qui lui dit, en lui o u v r a n t ses bras et son cœur: « Venez à moi, vous tous qui souffrez et qui ployez « sous le fardeau ; et moi, je vous relèverai. Apprenez de moi « que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le « repos de vos âmes. Prenez mon joug sur vous; car il est « doux et le fardeau que j'impose est léger. » Si tu crois tout de bon à l'Évangile, d'abord, tu le lis et le relis, c o m m e la vraie parole de DIEU, avec cette foi et cette religion profondes qui sont le c a c h e t des vrais entants de DIEU. T U te rappelles que ce Seigneur J É S U S , dont les principales actions sont consignées d a n s l'Évangile, est non-seulement le DIEU que tu dois adorer, m a i s encore le très saint et très parfait modèle que tu dois Rappliquer à suivre et à imiter. Qu'est-ce, en effet, q u ' u n chrétien, sinon u n e reproduction, aussi fidèle que possible, du Saint par exellence, JÉSUS-CHRIST. JÉSUS a dit : « Je vous ai donné Cexemple afin que vous « fassiez comme j'ai faiL » Et encore : « Le disciple sera « parfait lorsqu'il sera semblable au Maître. » Donc, ce que nous lisons de lui d a n s l'Évangile, c'est c o m m e le miroir de ce que n o u s devons être n o u s - m ê m e s , p o u r être v r a i m e n t c h r é t i e n s , pour être saints, p o u r être parfaits. Imiter JÉSUS-CHRIST, c'est la vie c h r é t i e n n e résumée en un mot. Aussi les Saints se sont-ils efforcés, c h a c u n suivant sa manière et avec son esprit, d'imiter, de reproduire très
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LE JEUNE OUVKIBit CUKKTIBN. —

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fidèlement JÏÎ'SUS-CHRIST. Chacun d'eux peut nous dire, c o m m e j a d i s le grand Apotre sainl Paul aux premiers fidèles : « Imitez-moi, comme moi-même f imite JÉSUSCHRIST. » il est dit dans la vie de saint Vincent de Paul qu'il s'est formé, qu'il a vécu s u r ce divin modèle. A l'imitation de JÉSUS-CHRIST, il avait soin de c a c h e r sous les dehors les plus modestes et les plus simples l'héroïsme de ses vertus. Dans ses pensées, dans ses paroles, dans ses actions, il ne s'inspirait que de JÉSUS-CHRIST, il ne se conduisait que sur son modèle, se d e m a n d a n t s o u v e n t : « Comment ferait Notre-Seigneur à ma place? Que penserait-il? que dirait-il de ceci ou de cela ? JÉSUS-CHRIST toujours, JÉsrs-CiuusT en tout et en t o u s : voilà sa doctrine, sa morale et sa politique ; ce qu'il aimait à exprimer d'un m o t : « Rien n e m e plaît qu'en JÉSUS-CHRIST. » Il disait un j o u r à ses missionnaires : « Honorons, reproduisons la vie c o m m u n e que Notre-Seigneur a menée sur la terre, son h u m i l i t é , son anéantissement, sa vie de travail et de pénitence, sa patience, sa douceur, sa divine i n n o c e n c e , sa prière contiuuelle et la p r atiq u e qu'il a faite des plus excellentes vertus dans celte m a n i è r e de vie. Oh ! que j ' e s t i m e cette généreuse résolution que vous avez prise d'imiter la vie cachée et mortifiée de Notre-Seigneur ! Tenez p o u r certain que c'est là p r o p r e m e n t la disposition qui convient aux enfants de D I E U , et par conséquent demeurez-y fermes, malgré les difficultés. Assurez-vous que, p a r ce m o y e n si simple, vous serez en l'état auquel DIEU vous d e m a n d e , et que vous ferez incess a m m e n t sa sainte volonté, qui est la fin à laquelle nous tendons, et à laquelle o n t tendu tous les Saints. » C'est d a n s cet esprit, mon bon Jacques, qu'il n o u s faut c o n t e m p l e r dans l'Évangile et méditer le détail des actions de notre divin Maître. Étudions, p o u r les imiter le mieux

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possible, ses manières de faire en toutes circonstances. Vois-le pauvre, dédaigné du m o n d e , m e n a n t à Nazareth une vie très sainte d a n s l'obscurité d'un r u d e et laborieux travail, vivant de peu, se contentant d u nécessaire, évitant toute mollesse et toute recherche de sensualité ; voisle, adore-le, obéissant avec a m o u r à la Sainte-Vierge, à saint Joseph ; et n'oublie pas que c'est ton modèle, ton divin modèle qui agit ainsi, afin de te m o n t r e r ce que tu dois faire à ton tour. Vois c o m m e il est bon pour tout le m o n d e , c o m m e il est indulgent pour tous les coupables, du m o m e n t qu'ils se repentent ! Comme il a i m e les pauvres g e n s ! Comme il est doux aux petits enfants, aux malheureux ! Gomme il est patient, c o m m e il p a r d o n n e avec a m o u r ! C'est notre DIEU qui se m o n t r e ainsi à n o u s , et qui nous dit, à c h a c u n et à tous: « Suis-moi; » c'est-à-dire imite-moi. L'esprit de foi est c o m m e une vive et céleste lumière qui nous invite aux secrets de la sainteté de JÉSUS-CHRIST, et qui nous m o n t r e , avec u n e clarté a d m i r a b l e , ce que nous devons faire et ce que nous devons éviter p o u r plaire au bon DIEU et pour le servir c o m m e il veut être servi. Et ce q u e nous disons ici des exemples de notre très saint et très bon Maître, il le faut dire é g a l e m e n t de ses paroles. Les paroles de JÉSUS-CHRIST, consignées d a n s 1 Évangile p a r le Saint-Esprit, sont l'expression de ses pensées et de ses s e n t i m e n t s ; et lorsque n o u s les recueillons avec foi et a m o u r , en vrais enfants de l'Église, elles deviennent la lumière de notre esprit et la règle de nos jugements. Mais pour cela, tu le conçois, il faut les adorer tout de bon et les reconnaître pour ce qu'elles sont, des paroles divines, infaillibles. Hélas ! qu'il y a peu de chrétiens qui croient sérieuse-

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m e n t a u x paroles de JÉSUS-CHRIST ! P o u r n'en citer q u ' u n exemple, o u v r o n s ensemble l'Évangile au c o m m e n c e m e n t du célèbre sermon sur la m o n t a g n e , au c i n q u i è m e c h a p i tre de l'évangile de saint Matthieu. Notre-Seigneur nous dit à tous, à tous sans exception ; « Bienheureux ceux qui « ont resprit de pauvreté ! Bienheureux ceux qui pleurent! « Bienheureux ceux qui sont doux ! Bienheureux ceux qui « ont faim et soif de sainteté ! Bienheureux ceux qui ont « le cœur pur ! Bienheureux les pacifiques ! Bienheureux « ceux qui souffrent persécution pour lajustice ! Oui, vous « serez bienheureux lorsque les hommes vous maudiront et « vous persécuteront, disant hautement toute sorte de mal u contre vous, à cause de moi! » Voilà ce que dit le bon D I E U m ê m e ; voilà la leçon du bonheur, du véritable b o n h e u r . Y crois-tu? La m a i n sur la conscience, y c r o i s - t u ? En théorie, nous y croyons tous; mais en pratique, c'est-à-dire en réalité, où sont les chrétiens p r a t i q u a n t s , qui croient sérieusement à ces n u a n c e s évangéliques du b o n h e u r ? Demande a u t o u r de toi à ces c a m a r a d e s , à ces braves gens qui ne m a n q u e n t point leurs p r i è r e s , qui vont aux Offices le d i m a n c h e , qui s'approchent de temps en t e m p s du bon D I E U , qui passent, et a j u s t e titre, pour être de bons chrétiens ; d e m a n d e leur ce que c'est.qu'un h o m m e heureux. Quatre-vingt-dix-neuf sur cent te répondront, sans sourciller : « Un h o m m e h e u r e u x , c'est un h o m m e qui jouit d ' u n e b o n n e santé, dont les affaires vont bien, qui. gagne gros, qui est estimé de tout le m o n d e , qui a u n joyeux caractère, u n bon estomac, à qui toutréussit.» Et, faute de foi vive, ils oublient que ce b o n h e u r naturel est bien peu de chose, si le v r a i et le g r a n d b o n h e u r , tel que l'entend et le p r ê c h e DIEU fait h o m m e , ne vient pas le relever, le surnaturaliser, le sanctifier.

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Mon petit Jacques, j e t é le d e m a n d e à toi-tnème : estce bien réellement d a n s ces h u i t béatitudes de l'Évangile que tu mets le secret de ton b o n h e u r ? Si oui, tu es un homme de foi, tu as l'esprit de foi; si n o n , tu n'es qu'un demi-chrétien. Un jour, saint François de Sales vît v e n i r h lui une dame catholique, qui se jeta à ses pieds et lui dit avec grande émotion : « Monseigneur, je suis inquiète pour mon salut; j e c r a i n s de n'avoir point la foi, peut-être même d'être hérétique. Éclairez-moi et consolez-moi. » Le bon Évèque la releva, avec sa douceur accoutumée, et lui d e m a n d a ce qui lui inspirait ces c r a i n t e s . « Ah ! Monseigneur, répondit la sainte d a m e , c'est qu'il m e semble que, lorsque j ' a i le b o n h e u r de lire et de méditer l'Evangile, je ne suis pas assez i n t i m e m e n t c o n v a i n c u e de la vérité infaillible de tout ce que nous y dit le Seigneur. Ainsi, en lisant ces jours derniers les huit béatitudes, il m'a semblé que j e ne croyais pas assez f e r m e m e n t q u e c'était là le vrai b o n h e u r . » Saint François de Sales, plein d'admiration pour la foi et l'humilité de cette pieuse femme, la renvoya toute consolée; et i l se plaisait à raconter cet exemple de la foi vive aux paroles de JÈSUSGHRIST dans l'Évangile. Groisainsi, m o n enfant bien-aimé, et tu seras béni de DIEU, en ce m o n d e et en l'autre.
IV D e l'esprit de foi à la présence r é e l l e .

Notre-Seigneur JËSUS-GHRIST est p r é s e n t et vivant au Saint-Sacrement, sous les voiles eucharistiques. Il y est, mais on ne l'y voit p a s . C'est à l'œil de la foi seulement

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qu'il est donné de pénétrer à travers le voile des saintes espèces, et d'y trouver, d'y adorer JÉSUS-CHRIST. Mon enfant, écoute bien ceci. Si le Pape est à l'Eglise ce que la tête est au corps, le Saint-Sacrement est à l'Église ce que le cœur est à tout le corps, y c o m p r i s la tête : la source de la A'ie. Et c'est tout simple, puisque le Saint-Sacrement n'est pas autre chose que JÉSUS-CHRIST avec nous ; JÉSUS-CHRIST, le DIEU des chrétiens, le DIEU de l'Église. En se faisant h o m m e d a n s le sein de la Bienheureuse Vierge, le bon DIEU est descendu sur la terre, apparaissant au milieu de nous c o m m e u n père au mi lieu de sa famille, comme un roi au milieu de son ro.yaume. Mais, par le mystère de l'Incarnation, son apparition ici-bas n e devait être que passagère; et a p r è s avoir c o n s o m m é sur la croix le sanglant mystère de n o t r e Rédemption, JÉSUS-CHRIST ressuscité, t r i o m p h a n t de la mort et de l'enfer, devait quitter .ce monde et r e n t r e r , avec son h u m a n i t é glorifiée, dans le sein de son Père, au ciel, dans la gloire éternelle du Paradis. Allait-il d o n c n o u s a b a n d o n n e r , lui qui avait dit formellement: « Je ?ie vous laisserai [point orphelins; « je viendrai à vous? » A p r è s nous avoir d o n n é , ou plutôt rendu la vie, notre S a u v e u r allait-il nous laisser sans nourriture, lui qui n o u s avait dit : « Je suis le Pain de « vie\ et le Pain que je vous donnerai, c'est ma chair, pour « la vie du monde ?. » Oh non ! son a m o u r infini qui avait inventé l'adorable I n c a r n a t i o n , inventa u n m o y e n de demeurer toujours au milieu de nous, tout en restant dans les c i e u x , et ce m o y e n , ce fut l'adorable Eucharistie. P a r sa toute-puissance divine, il institua, le JeudiSaint, au Cénacle, u n m y s t è r e qui devait r é s u m e r tous les mystères, et par lequel il devait, j u s q u ' à la fin du m o n d e ,

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devenir c o m m e Je c o m p a g n o n de voyage, l'ami, le consolateur et le sanctificaleur de lous ses fidèles. Il prit, entre ses m a i n s divines, du pain azyme (c'està-dire sans levain, semblable à celui qui sert encore à nos prêtres à l'autel), cl, tout en lui conservant sa forme et son apparence, il le c h a n g e a m i r a c u l e u s e m e n t en la substance de son propre Corps: « Prenez et mangez-en « tous, dit-il à ses Apôtres, car ceci est mon Corps. » — « Ceci », ce que j e vous présente et qui p a r a i t être encore du pain, « Ceci est mon Corps. » C'est m o n Corps, mon vrai Corps vivant; ce n'est pas la simple figure de -mon Corps; ce n'en est pas le symbole; c'en est la substance, .la réalité. De telle sorte qu'en prenant et en m a n g e a n t ce Pain mystérieux, vous m e recevez m o i - m ê m e en vous, en votre corps et en votre à m e . JÉSUS prit ensuite le calice, le remplit de vin et le consacra de m ê m e en son S a n g divin, disant : « Prenez et « buvez-en tous, car ceci est le calice de mon Sang; » n o n la simple figure ou le symbole de m o n S a n g , mais la substance m ê m e , de telle sorte qu'en b u v a n t à cet a d o rable calice, vous recevez eu vous, avec m o n Sang, tout le trésor des grâces que j e vous ai méritées en le v e r s a n t pour vous dans m a Passion et sur m a Croix. Puis, Notre-Seigneur d o n n a à saint Pierre et aux Apôtres, premiers prêtres de son Église, le c o m m a n d e m e n t et le pouvoir s u r n a t u r e l de faire ce qu'il v e n a i t de faire luimême, c'est-à-dire de c h a n g e r , de consacrer la substance du pain et d u vin en la substance de son Corps et de son Sang. Le mystère qui se reproduit c h a q u e jour s u r n o s autels, depuis bientôt dix-neuf siècles, en vertu de ce pouvoir divin donné aux prêtres catholiques, c'est l'Eucharistie, c'est-à-dire « le don par excellence, » ou encore le Saint-Sacrement, c'est-à-dire, « le Sacrement saint e n t r e

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tous les a u t r e s . » Par l'Eucharistie, JÉSUS-CHRIST couvre, pour ainsi dire, toute la face de la t e r r e ; il pénètre partout, avec ses prêtres, c o m m e la l u m i è r e brille là, où esi le chandelier qui la porte; ¡1 chasse les ténèbres, ©'est-àdire le démon et ses œuvres malfaisantes, et il devient d a n s c h a q u e paroisse, d a n s c h a q u e église, le foyer vivant de la sainteté chrétienne. 0 m o n cher Jacques, quelle m é t a m o r p h o s e d a n s le m o n d e , si cette g r a n d e vérité de la présence réelle brillait de tout son éclat a u x y e u x de toutes nos populations! Nos églises ne d é s e m p l i r a i e n t pas, au lieu d'être presque désertes, comme cela se voit, hélas! trop souvent. Et quelle source de consolations serait, pour tous ceux qui souffrent, la présence r e c o n n u e de leur Sauveur, de leur bon JÉSUS au milieu d ' e u x ! Par rEucharistie, l'Évangile devient tout vivant pour nous, en tout temps, e n tous lieux. En effet, r e m a r q u e le bien, Notre-Seigneur est présent sous les voiles e u c h a ristiques, avec tous ses m y s t è r e s , avec tous les états par lesquels il a voulu passer et se manifester à n o u s sur la terre. Ainsi, quand nous s o m m e s à ses pieds soit p e n d a n t la Messe, soit s i m p l e m e n t d e v a n t le Tabernacle, où il réside j o u r et nuit pour n o t r e a m o u r , n o u s pouvons, en toute vérité, le c o n t e m p l e r tel que nous le m o n t r e n t l'Évangile et la foi n ' i m p o r t e dans quel état de sa vie mortelle ou glorifiée. Quel b o n h e u r pour un vrai c h r é t i e n ! quelle grâce et quelle source intarissable de piété et de sanctification ! Oui, nous pouvons, en toute vérité et réalité, l'adorer d a n s l'Eucharistie tel qu'il était, après l'Incarnation, dans le sein immaculé de la Sainte-Vierge, i n t i m e m e n t u n i à sa Bienheureuse Mère, la c o m b l a n t de ses grâces et de son a m o u r , la remplissant de son Saint-Esprit, et reco-

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vaut d'elle les plus parfaites adorations qui furent et qui seront j a m a i s . Nous pouvons et nous devons, aux fêtes de Noël, de Г Epiphanie, de la Purification, c o n t e m p l e r et adorer d a n s l'Eucharistie le saint Ënfant-JÉsus. C'est lui, le cher petit Enfant de Bethléem, le DIEU de la Crèche, le DIEU des bergers et des m a g e s , q u e la foi nous découvre sur nos autels et à qui n o u s devons rendre nos h o m m a g e s L'Eucharistie, c'est également l'Enfant de Nazareth, l e . jeune ouvrier de l'atelier de saint Joseph, J É S U S adolescent, vivant d a n s le travail, d a n s l'obéissance, d a n s l'humilité, dans le silence de la vie cachée, il est là, d a n s les espèces sacramentelles, avec ce long et très adorable m y s t è r e de (rente a n n é e s d'anéantissement, qui est c o m m e la g r a n d e l'été continuelle de l'apprenti chrétien, du j e u n e ouvrier, ri, en général, de tous les travailleurs. Si JÉSUS présente à tous ses disciples les exemples et la grâce de sa vie cachée auprès de MARIE et de Joseph a Nazareth, c'est surtout à ceux qui vivent du travail de leurs m a i n s qu'il dit.: « Si quelqu'un veut être mon disciple, qu'il me suive ; » r'osl-à-dirc qu'il fasse c o m m e m o i ; qu'il pense, qu'il t r a vaille, qu'il souffre c o m m e moi et avec m o i . Notre-Seigneur est dans l'Eucharistie, avec tous ses miracles, avec toutes ses actions, avec toutes ses paroles, avec toutes ses v e r t u s ; il est là, devant n o u s , au milieu de nous (et par la c o m m u n i o n en nous), avec son infinie sainteté, avec sa bonté si douce cl si p a t i e n t e , avec sa miséricorde inépuisable, avec son h o r r e u r du mai, avec sou a m o u r pour les pauvres, pour les petits, pour les innocents; en un mot, avec son Sacré-Cœur, et avec tous les sentiments de ce Cœur divin. Il y est réellement et substantiellement présent avec lous les mvstères de sa très-sainte et très-douloureuse

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Passion. L" agonie, la sueur de s a n g , les soufflets, la flagellation, le crucifiement, la m o r t ne sont plus là ; mais le DIEU de l'agonie, le JÉSUS de la Passion et du Calvaire est là, devant nous, avec nous ! Et p e n d a n t le Carême, p e n d a n t la Semaine-Sainte, il nous appelle à lui pour adorer ses souffrances et faire de nous de vrais disciples de la Croix. Que te dirai-je encore, m o n e n f a n t ? Il est là, avec sa glorieuse résurrection et son t r i o m p h e sur l'enfer ; avec tout ce que l'Evangile n o u s rapporte des q u a r a n t e j o u r s qu'il voulut encore passer sur la t e r r e ; avec son Ascension, avec sa gloire, avec toutes les adorations de ses Anges et de ses A r c h a n g e s , de ses Chérubins et de ses Séraphins, de tous ses élus depuis le c o m m e n c e m e n t du monde j u s q u ' a u j o u r d ' h u i . Et c'est lui, le terrible Juge des vivants et des morts, le DIEU du second a v è n e m e n t et du j u g e m e n t dernier, le DIEU du Paradis et de l'éternité, qui daigne, par son Eucharistie, d e m e u r e r perpétuellement avec n o u s , afin de nous inspirer à la fois et la crainte et l'amour, afin de n o u s sauver ! Telle est la très-adorable Eucharistie, Je m y s t è r e par excellence de la foi, de l'espérance et de l'amour. 0 Jésus ! daignez m ' a c c o r d e r la grâce d ' u n e foi vive et profonde, toujours actuelle, toujours efficace au mystère de votre présence réelle d a n s l'Eucharistie ! Et cette grâce des grâces, daignez l'accorder également à m o n bon petit Jacques, ainsi qu'à tous ceux qui recevront avec b o n n e volonté les petites directions spirituelles que j e l e u r donne ici pour l'amour de v o u s !

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De l'esprit de foi au Saint-Sacrement.

Sais-tu pourquoi, m o n Irès-oher enfant, il y a dans n o s églises, soit p e n d a n t la Messe, soit en d e h o r s des Offices, tant de gens qui se t i e n n e n t mal, qui causent, qui r e g a r dent à droite et à g a u c h e ? C'est tout s i m p l e m e n t - p a r c e qu'ils n'ont point d'esprit de foi à la présence réelle du Sauveur dans le T a b e r n a c l e . Ils y c r o i e n t : oui, sans doute, mais leur foi est tiède et superficielle; de sorte qu'ils font, en présence de JÉSUS-CHRIST, tout c o m m e si J É S U S CHRIST n'était pas là. C'est déplorable; c'est fort mal édifiant; et, en outre, c'est très-dangereux p o u r l'âme. Les bons chrétiens, les vrais fidèles qui ont l'esprit de foi au Saint-Sacrement, ne font pas ainsi. D'abord, au lieu d'oublier, c o m m e les autres, la présence d u bon J É S U S au Tabernacle, ils pensent souvent & lui, lors m ê m e q u ' i l s nè peuvent aller à. l'église pour l'adorer. Ils saisissent toutes les occasions de lui faire visite, ne fut-ce que p o u r quelques m i n u t e s . Tel était ce brave o u v r i e r dont il est parlé dans la Vie du Cuvé d'An, et qui c h a q u e m a l i n et chaque soir, en allant au travail et en r e n t r a n t chez lui, ne m a n q u a i t j a m a i s de l'aire son adoration, déposant ses outils dans un petit coin h la porte de l'église. Le bon curé r e m a r q u a bientôt cet h o m m e et observa avec étonnement qu'il n'avait j a m a i s entre les m a i n s ni livre, ni chapelet : il se tenait simplement à g e n o u x , les m a i n s jointes, les yeux fixés sur le Tabernacle. « Mon bon a m i , lui dît u n jour le Curé d'Àrs en s'approchant de lui, q u e

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faites-vous donc là devant Je bon D I E U ? VOUS n'avez ni chapelet, ni livre. Gomment le priez-vous ! — Je le reg a r d e , et iJ me regarde, » répondit g r a v e m e n t le bonh o m m e , en montrant du doigt le'Tabernacle qui renferm a i t Notre-Seigneur. Quelle belle p a r o l e ! Quelle précieuse adoration ! Voilà u n h o m m e de foi ! J ' a i connu, depuis v i n g t a n s , bon n o m b r e de pieux jeunes gens, de bons petits apprentis qui, le m a t i n , en se r e n d a n t à l'atelier, e n t r a i e n t , sans j a m a i s y m a n q u e r , dans la première église qu'ils trouvaient s u r leur chemin, s'y agenouillaient d a n s un coin, et p e n d a n t quelques minutes, adoraient JÉSUS-CHRIST, lui consacraient leur journée, lui d o n n a i e n t leur cœur. Un chrétien qui ne pense pas souvent à Notre-Seigneur au Saint-Sacrement, p e u t bien avoir la foi. mais il n'a pas l'esprit de foi. Quand un h o m m e de foi, un h o m m e qui croit tout de bon, entre dans une église ou dans une chapelle qui 1 enferme le Saint-Sacrement, on voit i m m é d i a t e m e n t à sou maintien, à son visage, à sa" d é m a r c h e , qu'il se présente de van I sou DIEU. Regarde avec quel respect il fait sou signe de croix e n prenant l'eau bénite. Regarde comme sa génuflexion e x p r i m e l'adoration ot les sentiments de foi qui lui remplissent le cœur. Vois c o m m e n t , à peine arrivé à sa place, il s'agenouille aussitôt, se met en prières, et demeure là, paisible et recueilli, ne faisant attention qu'à son DIEU présent au Tabernacle, ne s'occ u p a n t pas de ce qui se passe autour de lui, et p r i a n t de tout son cœur. Comme c'est beau, c o m m e c'est bon de voir ainsi adorer le S a i n t - S a c r e m e n t ! C'est u n vrai serm o n que prêche, sans s'en douter, tout pieux fidèle, a n i m é d'une foi vive à la présence réelle. Et ce n'est pas seulement à la manière dont il adore le

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Saint-Sacrement, c'est encore au zèle q u i ! a pour le recevoir souvent et s a i n t e m e n t dans la c o m m u n i o n , qu'on reconnaît l ' h o m m e de toi. La foi vive à l'Eucharistie produit du m ê m e coup un très g r a n d , un très profond respect qui se manifeste dans l'adoration, et un. ardent amour qui se traduit par un vif désir de la sainte c o m munion, de la c o m m u n i o n fréquente. Gomment ne pourrait-on pas a i m e r t e n d r e m e n t J É S U S - C H R I S T dans l'Eucharistie, quand on a le bonheur de croire fortement et véritablement en lui? Et c o m m e n t pourrait-on ne pas é p r o u ver le désir, Je désir a r d e n t de s'unir à lui d a n s la c o m munion, du m o m e n t qu'on l'aime de tout son c œ u r ? L'esprit de foi d o n n e donc ( a m o u r et l'habitude excellente de la fréquente c o m m u n i o n ; et, à son tour, la conimuuion fréquente ravive i n c e s s a m m e n t et développe l'esprit de foi, ainsi que nous l a v o n s déjà dit. A ce point de vue spécial, la sainte Communion produit des effets incomparables: elle fait les Saints, comme la boum* nourriture fait les h o m m e s robustes et vigoureux. Tous les Saints, sans exception, ont été animés, a l'égard de la divine Eucharistie, d'une foi a r d e n t e et fervente. Le Saint-Sacre mon t é Initie centre de leur vie s p i r i tuelle ; l'adoration était leur plus chère occupation ; la très sainte Communion faisait leur bonheur et était c o m m e le sel de leur vie, l n admirable chrétien, protestant converti, que j ' a i connu jadis à Rome, me disait un j o u r : « Pour moi. u n e journée sans messe et sans c o m m u n i o n me fait l'effet d'une soupe sans sel. » Ce saint homme allait tous les jours, par quelque temps qu'il fit et quelles que lussent d'ailleurs ses occupations, passer une heure entière devant le très saint Sacrement, et il trouvait qu'il n'en avait j a m a i s assez.
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J'en ai connu u n autre, à Paris, arliste célèbre, converti, non du protestantisme, mais de l'indifférence et de la vie mondaine, qui, lui aussi, embrasé des a r d e u r s d'une foi admirable, consacrait à. la sainte Eucharistie tout le t e m p s que lui laissaient ses travaux. On le voyait parfois plus'de deux heures en prière, caché dans quelque coin, c o m m e un pauvre. « 11 n ' y a que cela! il n'y a que cela au monde ! » s'écriait-il u n jour en me p a r l a n t avec transport du bonheur qu'il éprouvait aux pieds de son Sauveur. Un autre, ancien général du premier e m p i r e , revenu au bon DIEU à rftge de soixante a n s , c o m m e n ç a i t égalem e n t toutes ses j o u r n é e s p a r une longue et sainte adoration, par une bonne c o m m u n i o n ; et son action de grâces, qu'il prolongeait tant qu'il pouvait, était si fervente, qu'on reconnaissait presque toujours la place où il avait prié aux larmes qui mouillaient le pavé. Il vécut ainsi j u s q u ' à l'âge de quatre-vingt-deux ans. Il disait u n j o u r à un ami : « Je n'ai j a m a i s aimé personne c o m m e j ' a i m e Notre-Soigneur. » Un pauvre c o m m i s s i o n n a i r e , que j ' a i eu le b o n h e u r et l'honneur de voir souvent, avait fait plus encore pour le Saint-Sacrement: irrésistiblement entraîné p a r sa foi et son a m o u r , il avait lout quitté pour se vouer u n i q u e m e n t à la belle OEuvre de l'adoration perpétuelle. Tous les trois j o u r s , il transportait, à la sueur de son Iront, d'un boul de Paris à l'autre, le petit mobilier nécessaire aux nuits d'adoration, dormant à peine, passant la n u i t presque entière à adorer et à prier devant le Saint-Sacrement exposé, le visage baigné de larmes, et ayant l'attitude d'un Bienh e u r e u x . Il c o m m u n i a i t tous les itiatins à la messe de Cinq h e u r e s ; et j ' a i su, de source certaine, que Notre-Seig n e u r avait mainte fois récompensé son'fidèle serviteur

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par des «faveurs et grâces tout- à fait surnaturelles, lit c'était un h o m m e du peuple, sans a u t r e science que s a grande et ardente foi. Après treize a n s et demi de cette vie admirable, il est m o r t c o m m e il avait vécu, en saint. Voilà, m o n bon eufant, ce que p r o d u i t l'esprit de foi au Saint-Sacrement, lorsqu'il arrive à une certaine inteiv sité. Là encore, j e dirais m ê m e là surtout, il faut répéter l'humble prière des Apôtres, que je te rappelais précédemment : « O S e i g n e u r , augmentez en nous la foi; Domine, adauye ?iobis /idem! » A tous ceux que j ' a i m e , je ne souhaite q u ' u n e seule chose, parce qu'elle r e n f e r m e tout : u n e foi très profonde, très vivante et très a i m a n t e , à l'égard du DIEU de l'Eucharistie, Jissus-GuRisT, Pain de vie, F r o me n t des élus, Source de toute sainteté, de toute force, de toute g r â c e , de tout amour, de tout b o n h e u r .

VF
De l'esprit de foi à l'égard de la. Très-Sainte V i e r g e .

La foi n'étant, après tout, que la vraie c o n n a i s s a n c e d ç s choses de la Religion, et l'esprit de foi étant cette m ê m e connaissance élevéeà u n état plus parfait, tu c o m p r e n d r a s facilement, m o n bon petit Jacques, de quels s e n t i m e n t s il doit r e m p l i r le c œ u r d'un vrai chrétien à l ' é g a r d de la Sain te-Vierge. Qu'est-ce, en effet, que la Sainte-Vierge ? La foi nous la montre c o m m e u n e créature s u r é m i n e n t e , unique en son genre, élevée à u n e telle dignité par sa vocation de Mère de DIEU,.que rien n e saurait lui être c o m p a r é , ni au ciel, ni sur la terre.

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Elle nous apparaît i m m é d i a t e m e n t au-dessous de sou adorable Fils, Notre-Seigneur JÉSUS-CHRIST, qui est, en L'uni lé du Père et du Saint-Esprit, le seul vrai DIEU v i v a n t le DIEU éternel, infini, tout-puissant, créateur et souverain Seigneur du monde, e t u o t r e miséricordieux S a u v e u r . Seul, JÉSUS-CHRIST doit être adoré, parce que, seul, il est DIEU, et que l'adoration est d u e à DIEU seul ; m a i s , sauf ce culte d'adoration exclusivement réservé au Seigneur, il n'est point d'honneurs, d ' h o m m a g e s , de louanges, qui ne soient dus à sa sainte Mère, la Vierge MARIE. Je te disais tout à l'heure que Lous les Saints avaient été a n i m é s d'un esprit de foi admirable à l'égard du SaintSacrement, et que cette foi ardente avait g r a n d e m e n t influé sur la sanctification de leur vie. On peut en dire autant par rapport à la Sain te-Vierge. JÉSUS-CHRIST qui, par sa sainte grâce, vivait pleinement et p u i s s a m m e n t en eux, les remplissait d'un a m o u r extraordinaire envers sa Bienheureuse Mère; et cet a m o u r les transformai), pour ainsi dire, en d'autre J É S U S dans leurs rapports avec la. Mère de JÉSUS. La Sainte-Vierge pouvait dire de chacun d'eux comme de JÉSUS lui-même : « Celui-ci est m o n Fils bien-aimé, en qui j e m e t s mes complaisances, mon c h e r Filsqui m'aime e t q u e j ' a i m e , mou vrai Fils qui se confie en ma bonté, en m o n a m o u r maternel, et qui ne laisse échapper aucune occasion de me témoigner sa tendresse, son respect et tous les s e n t i m e n t s qu'un bon fils doit avoir pour sa mère. Il faut, mon enfant, que la bonne Sainte-Vierge puisse e n d i r e autant de toi, et elle ne le pourra q u ' a u t a n t q u e tu a u r a s à son égard une foi vive et profonde, u n véritable esprit de foi. Un grand serviteur de DIEU qui, p e n d a n t vingt années, a u c o m m e n c e m e n t de ce siècle, remplit plusieurs pro-

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vinees de l'Italie du bruit de ses miracles et des conversions qu'il opérait, le Vénérable Gaspard del Buffalo, avait u n e telle Foi, une telle confiance en la Sainte-Vierge, qu'il ne taisait rien que par elle et avec elle. Sa parole favorite était celle-ci : « Ayons loi en MARIE ! ayons confiance en MARTU. » Rencontrant u n j o u r dans la SainteMaison de Lorette, en Italie, u n j e u n e m o u r a n t , p h t h i s i que au d e r n i e r degré, qui s'était t r a î n é là pour obtenir de la Sainte-Vierge la g r â c e d ' u n e b o n n e m o r t , il lui dit, avec u n visage radieux : « Récitez avec moi u n Ave Maria, et ayons foi en la Sainte-Vierge ! » Et après l'avoir récité, il lui fit signe de se lever et de le s u i v r e . Le j e u n e poitrinaire était c o m p l è t e m e n t guéri, si bien guéri que, pendant vingt-trois a n s , 1814 A 1837, il fut le c o m p a g n o n inséparable ,du Vénérable Gaspard p e n d a n t toutes ses missions, et'le b i e n h e u r e u x témoin des prodiges de tout genre que le saint missionnaire opérait « au n o m do MARIE ». J'ai eu le b o n h e u r de le connaître l u i - m ê m e , à Rome, en 1813, et de recueillir ce récit de sa p r o p r e bouche. Oh ! q u e Notre-Seigneur a i m e et bénit ceux qui a i m e n t dignement sa Mère! Connaître, servir et a i m e r M A R I E est une source inépuisable de grâces, de l u m i è r e s e t d e b o n heur. La dévotion filiale des vrais c h r é t i e n s e n v e r s la Sainte-Vierge n'est pas pour peu de chose d a n s ce j e ne sais quoi d'ouvert, de cordial, d'affectueux, d'aimable, qui caractérise la piété catholique. Les hérétiques, au contraire, les j a n s é n i s t e s , les calvinistes, les l u t h é r i e n s , qui n'aiment pas la Sainte-Vierge, ont toujours quelque chose de morose, de glacial, de sec, de désagréable, d'ennuyé et d ' e n n u y e u x dans toutes leurs m a n i è r e s d'être. Ce sont des fils qui n'ont point de m è r e . Sans compter les autres, cette fibre essentielle m a n q u e à leur c œ u r .

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II.

Sers d o n c et a i m e la b o n n e Sainte-Vierge de toute ton â m e , m o n cher petit chrétien. P o u r son amour, sois chaste et innocent. Ressemble à JÉSUS, afin qu'elle puisse L'aimer et jeter sur loi dos regards de c o m p l a i s a n c e et de douceur- Prie-la beaucoup, très s o u v e n t ; invoque-la d a n s toutes tes peines ; sois sou vraifils, sou fidèle enfant. Ne permets pas qu'on l'outrage d e v a n t toi. Qu'est-ce q u ' u n fils qui laisse insulter sa mère sans s'indigner, sans protester d'une m a n i è r e q u e l c o n q u e ? Une fois, à table d'hôte, le bon et brave Gombalot, missionnaire apotolique, entendit un polisson se permettre s u r la SainteVierge des propos aussi impies q u ' a b o m i n a b l e s . N'écoutant q u e sa foi et que son c œ u r , le saint h o m m e se lève aussitôt,- saisit une bouteille, et, le bras levé, le visage enflammé, il dit au j e u n e d r ô l e : « Misérable! tu oses insulter ma Mère ! Si tu dis encore u n seul mot, j e te casse cette bouteille s u r la tête! » L'autre fut tellement interloqué, qu'il n'osa rien ajouter et balbutia quelques excuses. Tache d'avoir toujours, dans ta petite c h a m b r e , une statuette ou une belle i m a g e de la Sainte-Vierge; mets-la, avec le crucifix, à la place d'honneur, à la place qui convient à la Reine du logis. Le célèbre Bayard, « le chevalier sans peur et sans r e p r o c h e », avait toujours chez lui une i m a g e de la Mère de D I E U , et ne sortait j a m a i s de sa c h a m b r e sans lui d e m a n d e r , à deux g e n o u x , sa bénédiction, et il baisait la terre en son h o n n e u r . C'est là une belle et pieuse p r a t i q u e , que beaucoup de gens pourr a i e n t imiter et qui l e u r porterait g r a n d e m e n t b o n h e u r . Fais-toi un devoir, m o n bon Jacques, de porter sur toi u n e médaille ou un scapulaire, c o m m e i n s i g n e de ta consécration à la Vierge immaculée. J'avais d o n n é j a d i s un scapulaire de l'Immaculée-Conception à u n brave petit

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apprenti parisien, qui m o u r u t à v i n g t et un a n s , dans les sentiments d ' u n e foi et d ' u n e ferveur.extraordinaires. Son père, chrétien admirable Jui aussi, voulut que le s o a p u laire bleu de sou enfant le suivit j u s q u e dans son cercueil. Or, dix ans après, lorsqu'on ouvrit son tombeau pour transporter ses restes dans u n modeste caveau de famille, quel ne fut pas l'étonnc-ment, ou p l u t ô t l'émotion des assistants, de t r o u v e r , au milieu d e l à terre qui avait consumé le corps du saint j e u n e h o m m e pour ne respecter que Jes gros ossements, de trouver, dis-je, son scapulaire. a b s o l u m e n t intact, tellement intact, que la délicate couleur n'en a v a i t p a s m ê m e été altérée p a r Ja putréfaction ! Nous r e g a r d â m e s tous ce fait inexplicable comme u n consolant témoignage de la protection d o n t l'Immaculée Mère de DIET; avait entouré son petit s e r v i teur jusque d a n s la mort.
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Tu ferais é g a l e m e n t très bien de t'imposer à toi-même l'obligation d e n e j a m a i s laisser passer u n seul j o u r sans réciter, en l ' h o n n e u r de la Sain te-Vierge et à ses i n t e n tions, au m o i n s u n e dizaine de chapelet. Voilà ce que tu feras avec joie et b o n h e u r , m o n bien ç h e r e n f a n t , si tu es a n i m é d ' u n véritable esprit d e foi à l'égard de la Bienheureuse Vierge. Je la prie de te bénir et de t'accorder la grâce de cette foi si puissante et si douce. VII
De l'esprit de foi au Pape, a u x Évêques, a u x Prêtres.

Encore u n sujet bien i m p o r t a n t : l'esprit de foi à l'égard de Notre Saint-Père le Pape, à l'égard des Évoques en général, et e n particulier du nôtre, à l'égard des P r ê t r e s , et en particulier de notre curé ou de notre confesseur.

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II.

Dans ce temps-ci, mon cher enfant, on fait de tous cotés u n e guerre a c h a r n é e à l'Église, et c o m m e le diable est u n e linebéie. il vise droit au but el s'attaque aux chefs de l'armée du bon DIEU, assuré d'en avoir bien vite fini avec les soldats, s'il p a r v i e n t à les détacher de leurs chefs. 11 s'attaque tout d'abord au Pape, Chef s u p r ê m e de IH g r a n d e armée catholique, Chef des chefs, Évêque des Évoques, Pasteur des Pasteurs, Vicaire et Représentant de Noire-Seigneur J É S U S - C H R I S T sur la terre. L'ennemi fait tout ce qu'il peut pour a r r a c h e r de nos cœurs la foi vive au Pape, la soumission à son autorité divine et l'amour de cette sainte a u t o r i t é . À cet effet, il emploie t o u t : les mensonges historiques, l'enseignement falsifié des mauvaises écoles et des m a u v a i s professeurs, les calomnies des journaux et celles des pamphlets protestants. Ne t'y laisse pas prendre, mon pauvre garçon. Du m o m e n t q u ' u n h o m m e , ou un livre, ou u n journal, dit du mal du Pape, de son autorité et de sa cause," liens-le pour suspect; metsfoi sur le qui vive et ferme l'oreille. Cela sent mauvais. Quand on a un peu de foi, on est devant le Pape comme devant Noire-Seigneur lui-même. Certes, le Pape n'est pas JÉSUS-CHRIST, il n'est pas le bon DIEU : j a m a i s il n'a eu cette prétention a b s u r d e , que lui ont souvent prêtée les protestants; mais il est le dépositaire de toute l'autorité de JÉSUS-CHRIST ici-bas ; il est son Vicaire, c'est-à-dire un a u t r e lui-même, c h a r g é d'enseigner en son n o m et de g o u v e r n e r l'Eglise tout entière, et cela p a r tout l'univers: en Europe, en Asie, e n Afrique,en A m é r i q u e , en Océanie. La terre entière est le domaine de l'Église catholique, c'est-à-dire universelle, el elle est par l à - m ê m e le domaine spirituel du Pape, q u e DIEU a constitué Père de tous les chrétiens, Docteur et Pasteur de tous les Évêques, de tous les prêtres, de tous les fidèles sans a u c u n e exception.

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Le Pape est, si l'on peut parler ainsi, seul de son espèce •*n ce m o n d e . Il n ' y a q u ' u n Pape, c o m m e il n ' y a q u ' u n e Église, c o m m e il n'y qu'un Christ, c o m m e il n'y a qu'un DIEU. Le Pape est le Représentant visible de DIEU au milieu des h o m m e s . Quand il parle c o m m e Pape, quand il p a r l e officiellement et au nom de JÉSUS-CHRIST. JÉSUS-CHRIST l'assiste si p u i s s a m m e n t des l u m i è r e s de son Saint-Esprit, qu'il le rend infaillible. Lorsqu'il parle à l'Église, le Pape ne peut j a m a i s se tromper, ni par c o n s é q u e n t n o u s tromper. Si on doit toujours croire à son e n s e i g n e m e n t infaillible, on doitégalement obéir t o u j o u r s à s e s l o i s et à ses directions, parce qu'elles sont souveraines, c'est-à-dire supérieures à toute autre autorité. Personne ici-bas n ' a le droit de s'insurger c o n t r e elles. Désobéir au Pape, c'est désobéir à JÉSUS-CHRIST, c'est désobéir à DIEU. De m ê m e q u e c'est JÉSUS-CHRIST qui nous e n s e i g n e p a r labouche de son Vicaire, de m ê m e aussi c'est JÉSUS-CHRIST qui nous c o m m a n d e , q u i nous gouverne, qui n o u s c o n d u i t par son ministère. Quelle autorité, n'est-ce pas, mon bon petit J a c q u e s ! Et quelle g r a n d e u r véritablement d i v i n e en cet h o m m e u n i q u e qui s'appelle Je P A P E , c'est-à-dire lë Père ! Un j o u r , un petit pâtre des montagues de la Sabine, dans les e n v i r o n s de Rome, conduisait quelques F r a n ç a i s au n o m b r e desquels j ' é t a i s m o i - m ê m e , et n o u s servait de guide. E n m a r c h a n t , je l'interrogeais sur son c a t é c h i s m e , et j ' a d m i r a i s , d a n s un enfant si pauvre, si d é g u e n i l l é , l'exactitude, j e dirais m ê m e la noblesse de ses réponses. J'en vins à lui d e m a n d e r , en italien, ce que c'est que le Pape. A cette question, m o n petit b o n h o m m e s'arrête, se découvre et m e dit avec u n e sorte de solennité : « Christo in terra; le Pape, c'est JÉSUS-CHRIST sur terre. « Voilà u n

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petit chrétien q u i avait de la foi ! En aurais-tu dit autant, toi, m o n pauvre Jacques ? Promets bien au bon DIEU q u e toute ta vie tu seras l'enfant dévoué et le très fidèle disciple de son Vicaire, du Chef suprême de son Église. Promets-lui d'être toujours obéissant et soumis à l'autorité du Pape ; avec cela, on ne peut pas se tromper en matière de religion, et l'on est toujours sûr de m a r c h e r dans la voie de D I E U , lorsqu'on suit le Vicaire de D I E U , c o m m e un a g n e a u qui suit docilement son pasteur. Défends toujours, tant que tu peux, la cause du Pape ; c'est la cause de l'Église ; c'est la cause
de JÉSUS-CHRIST.

Et ce que je te dis du Pape, je te le dis également, proportion gardée, des Évoques et des Prêtres. Ge que le Pape est à l'Église entière, TÉvèque l'est au diocèse d o n t l e Pape lui a confióle g o u v e r n e m e n t spirituel. L'Évêque est, lui aussi, pour ses diocésains, pour ses ouailles, comme on dit, le r e p r é s e n t a n t de JÉSUS-CURIST. Sa bénédiction, c'est la bénédiction de JÉSUS-CHRIST; son autorité, c est l'autorité de JÉSUS-CHRIST. D U m o m e n t qu'il est catholique et s o u m i s au Pape., son autorité se confond, pour ainsi parler, avec l'autorité du Pape, et, par conséquent, avec l'autorité de DIEU. De m ê m e nos P r ê t r e s . Le prêtre, au milieu de n o u s , c'est JÉSUS-CHRIST au m i l i e u de ses disciples. Il est notre JÉSUS, le J É S U S , le sauveur et le maître visible de ses frères. 11 faut le respecter c o m m e JÉSUS l u i - m ê m e . Il faut aller à lui c o m m e à JÉSUS, pour être consolé, p a r d o n n é , sanctifié, sauvé. Dans les pays de foi, personne n ' a m ê m e l'idée de passer auprès d'un Prêtre, encore bien m o i n s d'un Évêque, sans le saluer respectueusement. On se fait presque un

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devoir et un b o n h e u r de leur baiser la main, en signe de religion et en s'agenouillant. Aussi bien la bénédiction d'un Évoque est-elle si sainte et si puissante, qu'elle suflit pour effacer les péchés véniels de ceux qui Ja reçoivent avec piété. 0 mon enfant ! r a n i m e donc ta foi à l'égard des Prêtres, des Ëvêques, du Souverain-Pontife, et à l'avenir, r e g a r d e les toujours et traite-les e n toutes choses c o m m e les l i e u tenants visiblesde JËSUS-CITRTST, ton Sauveur, ton S e i g n e u r
ni ton D I E U .

Encore u n mot sur la foi vive à l'autorité de la sainte Église. Ceux qui ont le b o n h e u r d'y croire tout de bon ne plaisantent pas, c o m m e il arrive si souvent aujourd'hui, avec l'obéissance due a u x c o m m a n d e m e n t s de l'Église.. Us fout tout leur possible pour les observer complètement. S'il y a si peu de gens, s u r t o u t p a r m i les o u v r i e r s , qui observent les abstinences et les jeûnes do l'Église, q u i fêtent religieusement les d i m a n c h e s , qui suivent s c r u p u leusement les directions de leurs curés, c'est que la foi vive leur fait défaut et, avec la foi vive, l'obéissance catholique. — P r e n d s là-dessus de fortes résolutions, mon c h e r e n f a n t .

VIII
De l'esprit de foi, touchant la Confession et la miséricorde de DIEU.

D'après ce que n o u s avons déjà dit, tu dois c o m p r e n d r e de plus en p l u s , mon enfant, l'importance extraordinaire de l'esprit de foi, et l'espèce d'abîme qui sépare la multitude des g e n s qui ont s i m p l e m e n t la foi et le n o m b r e

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L E JEUNE O W R J Ë B

CIlRÉTIExV

— II.

m a l h e u r e u s e m e n t trop restreint des c h r é t i e n s fervents, logiques, q u ' a n i m e J'espritde foi. Bn appliquant cette distinction a In conlession et à ht miséricorde du bon DIEU, tu saisiras mieux encore la nécessité de l'esprit de foi. pour répondre aux desseins do la bonté de Notre-Seigneur sur toi. Que pensent et que disent de la confession les hommes dont la foi est inerte et l a n g u i s s a n t e ? Que disent-ils de ce chef-d'œuvre de miséricorde, de bonté, d ' a m o u r , de patience, de compassion divine? Us n'en parlent guère que d'un air renfrogné, en m u r m u r a n t , et eu r é p é t a n t : « (Test un joug i n t o l é r a b l e ; c'est une uécessité tyrannique ; c'est a s s o m m a n t ; c'esl e m b ê t a n t . Dire ainsi ses péchés, c'est h u m i l i a n t . Les gens qui ne sont pas obligés de se confesser s o n t b i e n heureux.» Voilà ce qu'ils disent: tu l'as entendu cent f o i s ; et tu l'aurais entendu cen1 mille fois s'ils l ' a v a i e n l d i l toutesles fois qu'ils le pensaient. (Test le m a n q u e de foi qui leur fait perdre ainsi le sens des choses d i v i n e s ; et ils seraient effrayés .eux-mêmes s'ils se rendaient c o m p t e de ce que renferment ces véritables blasphèmes c o n t r e la plus belle invention de la miséricorde du bon DIEU à leur égard. Regarde un peu : « Les gens qui ne sont pas obligés de se confesser sont b i e n heureux. » En d'autres t e r m e s , les gens qui vivent en état de péché mortel, qui peuvent, sinon sans r e m o r d s , du moins sans obstacle, se vautrer dans la b o u e i g n o b l e d u vice, sous foutes ses formes, s'endormir clans leurs habitudes dégradantes, vivre dans le mal, risquer c h a q u e j o u r et à chaque h e u r e du j o u r leur éternité, se préparer, sinon un épouvantable enfer, du moins une épouvanfablo purgatoire ; ces gens-là sont bien h e u r e u x ! Qu'en dis-tu, m o n bon Jacques? Et les pauvres demi-chrétiens qui parlent ainsi autour

de toi. que diraient-ils e u x - m ê m e s , si quelqu'un venait à leur faire toucher du doigt leur aberration d'esprit, HP cœur, de volonté? Ils ajoutent : « La confession esl un j o u g intolérable, une nécessité tyranuique. » (Je n'est pas vrai. Personne no les v oblige. S'ils a i m e n t m i e u x aller brûler élernellement en enfer, libre à eux. Le bon Diuir et sou Eglise ne forcent personne à se confesser, n i m ê m e Л se repentir : au pauvre pécheur qui redonnait sa faute et qui la regrette, ils offrent s i m p l e m e n t un moyen d'en obtenir le pardon ; eL quel pardon, grand DIKF ! u n pardon total, entier, com­ plet, absolu; u n pardon i m m é d i a t , sans a u c u n r e t a r d ; un pardon certain, garanti p a r les e n s e i g n e m e n t s les plus formels de l'Eglise et par les infaillibles oracles du Fils de DiFid. « Les péchés seront pardonnes à сект à qui vous les « pardonnerez, a-t-il dit l u i - m ê m e aux Apôtres, ses p r ê te miers prêtres ; et ils seront retenus à ceux ù qui vous les к retiendrez. Tout ce que vous aurez délié sur fa terre sera « délié dans les пеш\ Oue viennent-ils clone nous dire, ces chrétiens lâches et sans foi, qu'on les oblige à se confesser, que la loi de la confession est une loi t y r a n n i q u e , qu'on les m e t sous le joug? Ils m e n t e n t à DIKU et à eux-mêmes : on leur propose ait moyen très facile et très simple de se laver de leurs souillures les p l u s h o n t e u s e s , les plus graves ; on leur offre mi secours aussi puissantqu'infaillible p o u r l e s e m p ê c h e r rie Lomber d a n s les brûlants et éternels a b î m e s de l'enfer, qu'ils ont mérités, qu'ils savent fort bien avoir mérités, puisqu'ils o n t la foi; ces m a l h e u r e u x - l à m u r m u r e n t , se plaignent, o r i e n t a la lyrannie ! N'est-ce pas inconcevable, n'est-ce pas s o u v e r a i n e m e n t injuste, a b s u r d e ? Que font ces gens-là et de leur foi, et de leur conscience, et de leur cœur?

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II.

Us .disent: « C'est ^ennuyeux de, se confesser. » Je voudrais bien savoir s'il n e sera pas plus « e n n u y e u x » de brûler éternellement dans l ' e n f e r ; e n t e n d s bien cela, é t e r n e l l e m e n t ! ou bien, si, à l'article de la mort, il Jeur est d o n n é de se repentir et de se confesser, de b r û l e r dans les flammes terribles du Purgatoire p e n d a n t des siècles peut-être, et encore des siècles! El puis, est-ce que c'est p o u r s ' a m u s e r q u e l'on se confesse? Quand l'Église nous d i t : « Si vous avez péché, allez trouver le p r ê t r e , avouez-lui vos fautes, et il vous pardonnera au nom de J É S U S - C H R I S T , » est-ce qu'elle ajou te: « C ' e s t très a m u s a n t ? » Elle dit: « C'est n é c e s s a i r e ; Diwi' Fa ainsi réglé l u i - m ê m e ; il ify a. pas d'autre moyen d'obtenir le p a r d o n , et, avec le p a r d o n , le salut éternel. » (Jue si cela vous e n n u i e , tant p i s ; il y faut aller tout de même, et sans hésiter. Pourquoi avez-vous péché? « C'est h u m i l i a n t ! » Tant mieux : après avoir foulé aux pieds, c o m m e vous l'avez fait, le sang, la grâce, l'amour de J É S U S - C H R I S T ; après avoir c o m m i s des actions honteuses, d é g r a d a n t e s , c'est bien le moins que vous soyez soumis quelque peu à l'humiliation. L'humiliation q u i . accompagne l'aveu de nos péchés est le c o m m e n c e m e n t nécessaire et très salutaire de l'expiation. 0 mon brave Jacques, qu'ils sont ingrats et aveugles les demi-chrétiens qui m u r m u r e n t contre la sainte confession ! Ils d e v r a i e n t pleurer d'attendrissement, de bonheur, de joie, de reconnaissance, d'admiration, en voyant ce remède si facile et si efficace, que l'infinie miséricorde du bon DIEU a mis à leur portée, afin de les guérir dès qu'ils sont malades, de les ressusciter dès qu'ils m e u r e n t . Au lieu de cela, n e faisant attention qu'à u n .amour-propre m e s q u i n , ne p e n s a n t q u ' a u p a u v r e petit froissement de leur orgueil, ils oublient tout le

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reste ; semblable à un c o n d a m n é à m o r t à qui Ton proposerait de racheter sa tête m o y e n n a n t deux sous, et qui, oubliant l'échafaud dressé d e v a n t l u i , oubliant les bourreaux, la h o n t e et l ' h o r r e u r du supplice, ne ferait attention qu'à son p o r t e - m o n n a i e , et dirait en g r o g n a n t : « C'est bien d u r de d o n n e r deux sous. » Ainsi fait-on quand on n ' a pas une foi bien vivante. Mais quand on. Га, on pense, on dit tout le c o n t r a i r e . 11 parait que les protestants convertis n e c o m p r e n n e n t même pas ces m u r m u r e s , cette tiédeur des d e m i - c a t h o liques à l'égard de la confession. Au contraire, c'est elle, non moins que l'adorable Eucharistie, qui les attire daus le sein de l'Église, et qui les ravit de reconnaissance et d'amour, u n e fois qu'ils y sont entrés. Cette i m m e n s e miséricorde du bon DIEU, cet abîme sans fond de bonté divine et de pardon, est p o u r eux une des preuves les plus frappantes de la divinité de l'Église c a t h o l i q u e . Us ne font pas m ê m e attention, ces généreux chrétiens, à la petite humiliation qui a c c o m p a g n e toujours plus ou moins la confession des péchés ; ils ne voient, ils ne regardent que le cœur de Jusus-dmisT, d'où s'épanche sur eux le bienfait incompréhensible du p a r d o n . Loin de murmurer, ils sont h e u r e u x de se confesser, d'ouvrir au représentant de JKSUS-CHRJHT leur conscience к deux battants ; ils se confessent c o m m e ou doit SH confesser, avec bonheur, avec humilité* en vrais pénitents, en uti mot, en vrais c h r é t i e n s . Tu te rappelles peut-être, mon enfant, ce cri du cœur échappé un j o u r à u n bon g a r ç o n de seize a n s , que je crois l'avoir rapporté déjà. Il venait de se confesser et de recevoir l'absolution ; me sautant au cou e t m ' e m b r a s sant en p l e u r a n t de joie, il s'écria : « Oh ! cette bonne confession ! Mon DIEU ! q u e deviendrais-je sans elle? »

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Il avait bien raison. Que deviendrions-nous, pauvres pécheurs que n o u s sommes, si, au milieu des défaillances et des inconséquences de notre volonté, nous n'avions pas ce doux, cet admirable s a c r e m e n t de Pénitence, qui nous relève si efficacement, n o u s purifie, nous console et nous r e n d à la grâce et à l ' a m o u r de notre JÉSUS ? Cher petit ami, n'envisage j a m a i s la confession qu'à ce point de vue si excellent et si v r a i . Mets ton a m o u r propre dans ta poche, lorsque tu vas te confesser ; ne fais pas attention à toi, m a i s à ton bon J É S U S , qui, par son prêtre, s'apprête à te p a r d o n n e r , à te bénir, à te sanctifier. Demande h u m b l e m e n t à Notre-Seigneur de te conserver une foi très vive et v r a i m e n t catholique, relativement à la confession ; et p e n d a n t que les autres font la mine quand on leur en parle, toi, en vrai enfant de DIEU, réjouis-toi et c o u r s te jeter plein de confiance dans le cœur miséricordieux de JÉSUS et de son Prêtre.

IX
De l'esprit de foi à la prière et dans la prière.

P a r m i les c h r é t i e n s d u monde, et surtout p a r m i les jeunes gens, il y en a peu, pour ne pas dire très peu, qui croient v é r i t a b l e m e n t à TefiFicacité de la p r i è r e . Tout en espérant que tu es de ce petit n o m b r e , m o n bon et braves Jacques, j e veux a u j o u r d ' h u i appeler ton attention sur ce point capital. Crois-tu à Ja prière ? Crois-tu à la nécessité absolue de la prière ? Crois-tu à la puissance, à l'efficacité de la prière ? Je te le d e m a n d e devant DIEU, y crois-tu ?

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La prière est l'élévation et l'application dé notre âme au bon DIEU. Elle à est la vie du chrétien ce que la respiration e s t a son corps. Nous devrions prier c o m m e nous respirons, c'est-à-dire h a b i t u e l l e m e n t , et, par u n e sorte d'instinct religieux, qui nous l'ait vivre (311 union avec Notre-Seigneur, lequel est toujours avec nous et en nous, pour nous bénir, pour nous sanctifier, et, au besoin, pour n o u s j u g e r . « H faut toujours prier', et ne /LUS s'en « lasser, » nous dit à tous Notre-Seigneur lui-même d a n s l'Évangile; ce qui ne veut pas dire qu'il faut toujours réciter des'prières (ce scrail impossible), mais qu'il ne faut j a m a i s laisser notre esprit et notre c œ u r s'éloigner
du bon DIRTT.

Pourquoi y a-t-il donc si peu de gens qui prient, qui prient tout de bon ? (Test qu'au fond ils n ' o n t pas foi à la nécessité et à la, puissance de la prière. Oui, c'est la foi t|ui leur m a n q u e ; el elle leur m a n q u e parce qu'ils n'ont pas pris soin de l'entretenir dès la jeunesse. Cette habitude de p e n s e r souvent au bon DIEU, de mêler la prière à nos a c t i o n s de chaque j o u r , à nos travaux, à nos repas, à n o s récréations, à nos peines, a nos joies, est, c o m m e toutes les habitudes, l'effet d ' u n e a t t e n tion, d ' u n e application s o u t e n u e s . C'est le travail permanent de la vie c h r é t i e n n e ; c'est, comme n o u s le disions tout à l'heure, la respiration de noire foi et rie notre piété. Il faut s'y appliquer, si l'on veut la c o n q u é r i r ; et pour s'y appliquer, il faut s'y mettre résolument et savoir se donner du mal. Or, c o m b i e n y a-t-il de j e u n e s gens qui aient cette énergie et cette fidélité? Il est bien plus commode de vivre à la grosse, de laisser l'eau couler sous le pont, et, en s o m m e , de vivre à peu près sans DIEU, en dehors de l'esprit de JÉSUS-CHRIST. — Voilà la première raison pour laquelle si peu de j e u n e s chrétiens
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II.

prient, prient tout de bon. Et s'il en est ainsi des jeunes, juge un peu mon enfant, ce qu'il faut penser des vieux qui sont encroûtés dans l'habitude de ne point prier, ou presque point ! La seconde raison, c'est notre tendance à tous à vivre u n i q u e m e n t de la vie naturelle, à n'employer, pour réussir, que les moyens h u m a i n s , c o m m e si le succès ne dépendait que de n o t r e savoir-faire, de n o t r e intelligence et de notre volonté. Et cela arrive aux meilleurs : ils oublient de prier ; ils n e pensent pas à recourir tout d'abord au souverain Seigneur et Maître, JÉSUS-CHRIST, qui a dit c e p e u d a n t : « Sans moi. vous ne pouvez rien. » Dans les mille t e n t a t i o n s de toute n a t u r e qui nous ennuient et nous h a r c è l e n t journellement, c o m b i e n de gens pensent à r e c o u r i r tout d'abord à la prière ? Presque personne. De là. quantité de chutes ou de demichutes, quantité de lâchetés et de défaillances, qu'une loi plus vivante a u r a i t prévenues. Sous ce rapport là, n o u s ressemblons s i n g u l i è r e m e n t à un factionnaire qui, à l'approche de l'ennemi, oublierait qu'il est a r m é , que son fusil est chargé, qu'il n ' a qu'à tirer pour d o n n e r l'éveil, éloigner l'ennemi, ou du moins le tenir à distance. Grâce à cet oubli, inqualifiable, l'ennemi s'avance, e m p o i g n e , désarme la sentinelle, parfois la tue, et reste maître du terrain. Ainsi faisons-nous h tout propos, par r a p p o r t a la prière, laquelle est la g r a n d e a r m é , l'arme invincible du chrétien. La troisième raison pour Laquelle nous avons si peu de foi et de zèle à prier, c'est la routine ; la r o u t i n e , cette affreuse caricature de l'habitude. Si Ton n'y veille de près, les meilleures habitudes Unissent bientôt par dégé-

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aérer en routine. Alors les plus saintes choses né sanctifient plus ; alors on prie DIEU sans penser à. DIEU ; on est là devant lui, au pied de son tabernacle, c o m m e s'il n'y était pas, c o m m e s'il ne nous voyait pas, c o m m e s'il ne nous entendait pas. C'est écœurant. Aussi se lasse-l-on bien vite ; la prière devient une véritable corvée, fatigante, inutile ; et Ton Unit par la planter là. ISt puis encore, combien de gens ont le c œ u r si peu élevé, r a m e si peu c h r é t i e n n e , si peu généreuse, que pour eux, prier c'est d e m a n d e r , et p r e s q u e toujours demander des choses temporelles ! Ils n e pensent qu'à eux, i l s n ' a i m e n t q u ' e u x , m ê m e en priant. Et c o m m e N o t r e Seigneur, j u s t e m e n t i n d i g n é et dégoûté de cette disposition égoïsle, d é t o u r n e le plus souvent la tète, ils finissent par ne plus croire à l'efficacité de la prière, el par conséquent à. ne plus prier du tout. Ali ! tous ces gens là, ces chrétiens si peu c h r é t i e n s , qu'on entend souvent dire : « A quoi sert de p r i e r ? Je prie, et n'obtiens pas, » devraient avoir toujours d e v a n t les veux u n e g r a n d e parole de saint A u g u s t i n , devenue presque proverbiale. « Vous n'obtenez point ce que v o u s demandez ? disait ce grand Évoque a u x fidèles de sa ville d'Hippone ; c'est que vous demandez des choses mauvaises ; ou bien c'est que vous d e m a n d e z mal ; ou bien encore c'est q u e vous demandez é t a n t mauvais vous-mêmes. » — Vous demandez des choses m a u v a i s e s , c'est-à-dire des choses qui pourraient n u i r e à, votre salut; des choses qui sont contraires aux desseins de DIEU sur vous. Si vous demandez de bonnes choses, vous les demandez mal, c'est-à-dire sans ferveur, sans intention pure, sans persévérance. Enfin vous demandez étant mauvais, c'est-à-dire en état de péché m o r t e l , et p a r t a n t , indignes d'être exaucés. — Et Ton s'étonne, et Ton se dit: < Je prie, et j e n'obtiens pas. » c

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Ainsi n'onlpoinl. fait les Saints, nos modèles, nos modèles excellents et a d m i r a b l e s . Nous ne p o u v o n s pas imiter leurs m i r a c l e s : mais nous pouvons et nous devons imiter leur foi vive, leur union habituelle avec le bon DIEU, leur zèle pour la sanctification de leur urne, leur application, si soutenue, à la prière et au recueillement au milieu même de la vie la plus active. On pouvait dire de chacun d'eux ce qu'on disait u n jour de saint Martin. « C'est u n h o m m e q u i prie toujours. » En effet, ils priaient comme ils respiraient, mêlant In prière» à toutes leurs actions, s'endorman t e n priant, s'éveillanten priant, Faisant tout en p r i a n t . Voilà des h o m m e s qui a v a i e n t l'esprit de foi à la prière. Et ils l'avaient aussi dans la prière. G o i m n p ils priaient! Ou plutôt comme ils p r i e n t ! car il y a des Saints aujourd'hui c o m m e toujours, et il y en a p a r t o u t ; n o n pus peutêtre de g r a n d s Saints à canoniser, des Saints à miracles: leur n o m b r e a toujours été fort restreint, aussi bien que celui des h o m m e s de g é n i e ; m a i s il y a et il y a u r a toujours des Saints, c'est-à-dire des chrétiens de première classe, excellents, très fervents, vivant tout pour JÊsus-' CIIRIST, tout en JÉSUS-CHRIST. Regarde un peu ce s a i n t prêtre, cette h u m b l e et douce Religieuse; regarde ce bon petit enfant q u i , depuis sapremière c o m m u n i o n , n'a pas m a n q u é deux fois peutêtre, p a r sa faute, de s'approcher du bon- DIEU, à chaque d i m a n c h e et à c h a q u e fête. Regarde-les prier, regarde-les c o m m u n i e r ; regarde-les m a r c h a n t dans les rues, tout recueillis, occupés d o u c e m e n t de Celui qu'ils portent d a n s leur cœur. Comme ils sont avec le bou DIKU ! Comme ils se laissent peu accrocher p a r les vanités et les babioles du d e h o r s ! Ils puisent la vie c h r é t i e n n e à sa source, qui 4>sl JÉSUS-CHRIST en eux, au ciel.

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Dans la prière, ils s'appliquent tout d'abord et principalement à adorer. L'adoration est, en effet, l'acte et le caractère principal de la vraie prière. On prie d'autant mieux qu'on adore davantage, qu'on adore pJus religieusement, plus h u m b l e m e n t , plus profondément, avec plus d'amour. — Et toi, m o n bon e n f a n t ? Adores-tu souvent, habituellement le bon DIEU, le bon DIEU éternel, ton souverain Seigneur, ton Créateur, ton Roi, ton S a u v e u r ? Il remplit tout; il te remplit toi-même ; il est toujours avec toi; bon gré mal g r é , il est présent à tous tes actes, à toutes tes pensées, à tous tes désirs, à toute ta vie. Y p e n ses-tu? Y penses-tu p o u r l'adorer, pour lui rendre tes hommages ? L adores-tu avec a m o u r ? Es-tu tout à lui? comme tu le dois? Les Saints, les vrais chrétiens adorent et r e n d e n t grâces. L'action de grâces est le second acte et le second caractère de la prière c h r é t i e n n e . L ' h o m m e de foi c o n sacre u n e partie de sa prière à. remercier son DIEU de ses bontés infinies, de ses adorables miséricordes, passées, présentes, a v e n i r . (Test ce que nous r e c o m m a n d e à tous l'Apôtre saint Paul q u a n d il nous d i t : « Soyez reconnaissants. » Saint J é r ô m e rapporte que la prière d'actions de grâces était sans cesse sur les lèvres de la Sain te-Vierge, et que, dès son enfance, elle saluait tout le m o n d e , en disant : « Que D I E U soit béni ! DEO grattas ! » C'est d'elle, ajoute le saint Docteur, que les chrétiens ont reçu ce pieux usage. Comme M A R I E et avec M A R I E , p r e n d s donc, c h e r enfant, la sainte h a b i t u d e de souvent et de beaucoup remercier le bon DIEU de tous ses bienfaits. Commence sur la terre ce que tu feras éternellement d a n s le ciel : adore, aime, b é n i s le bon D I E U . Enfin, la foi vive nous.pousse, dans la prière, à d e m a n -

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der avec u n e h u m b l e confiance, et à pleurer nos péchés. C'est la supplication et la propitiation, qui constituent le troisième et le quatrième acte de la bonne prière. Je te r e c o m m a n d e surtout la prière de propitiation ; demande, d e m a n d e incessamment pardon et miséricorde pour tes propres péchés d'abord, puis pour ceux du inonde entier. 0 DIEU ! quel vaste c h a m p pour la prière d ' u n cœur quelque peu chrétien, et qui a souci de l ' h o n n e u r et de la gloire de JÉSUS-CHRIST ! Répète-lui souvent, soit de cœur, soit de bouche, cette simple et excellente petite prière» que je t'ai indiquée déjà : JESU. miserere ! J É S U S , miséricorde ! Tel est, mon Jacques bien-aimé, l'esprit de foi q u e nous devons nous efforcer d'avoir à, la prière et d a n s la prière. Supplions la Sainte-Vierge de nous l'obtenir, et JÉSUS de nous le donner.

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De l'esprit de foi dans l e s souffrances et dans l e s épreuves d e la vie.

J'ai c o n n u u n saint h o m m e q u i , après avoir m e n é une vie toute mondaine, passa quinze ou seize a n s , j u s q u ' à sa m o r t , dans u n e ferveur extraordinaire. 11 c o m m u n i a i t tous les jours, ne vivait que p o u r Noire-Seigneur, et avait u n e foi r e n v e r s a n t e . Un j o u r , c'était en 1865, j e le r e n c o n t r e dans u n e r u e de Paris. Je l'arrête, je le salue et lui parle de ce qui faisait alors la g r a n d e préoccupation de tous les chrétiens, des souffrances du Pape, menacé et traqué dans Rome p a r les Italiens. « C'est désolant, »

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ajoutai-je, en lui r é s u m a n t les dernières nouvelles. « Gomment! répliqua-l-il ; et que dites-vous là? Non seulement ce n'est pas désolant, mais c'est excellent. C'est la preuve la plus certaine que Noire-Seigneur aime Pie IX. La souffrance n'est-elle pas la plus g r a n d e grâce qu'il puisse accorder ? il n'y a rien au-dessus de la c r o i x ; il n'y a rien de meilleur que la croix. » Quelques années après, j ' e u s le b o n h e u r d'approcher ce grand chrétien à son lit de m o r t . 11 m o u r a i t d'une maladie de c œ u r , et ses souffrances é t a i e n t inconcevables. « Vous souffrez beaucoup? lui dis-je en m'agenouillanl auprès de lui ; cela va bien m a l . n'est-ce pas? — Cela va très-bien, répondit-il d'une voix v i b r a n t e , quoique entrecoupée; cela va bien, puisque j e souffre... puisque je souffre... avec JÛSUS-CHIUST ! . . . Ü bonne croix ! o mon JÉSUS crucifié ! » Il expira quelques heures a p r è s , le visage radieux, avec un sourire céleste sur les lèvres. Voilà, mon enfant, c o m m e n t la foi vive fait envisager les souffrances et les é p r e u v e s rie la vie. Elle les r e g a r d e , non en elles-mêmes, mais en JHSUS-GZIKIST qui nous les donne, après les avoir prises pour lui-même et après les avoir ainsi sanctifiées, lin elle-même, la souffrance est affreuse; nous n'étions pas faits pour souffrir; pas plus que pour m o u r i r . G est le péché, seul vrai m a l , qui a fait entrer en ce m o n d e la souffrance et ta m o r t . Comme la mort, la souffrance est u n e peine, et u n e peine trèsamère. Mais le bon DIKU la transforme si merveilleusement en la p é n é t r a n t des consolations de sa grâce et de sou a m o u r , qu'il en c h a n g e l ' a m e r t u m e en une véritable douceur. Seulement, p o u r le c o m p r e n d r e et le goûter, il faut une foi très-vive, il faut l'esprit de foi. Il n'y a pas besoin de foi vive pour t r o u v e r très agréable au goût u n e noix confite : e n elle-même, la noix est a m è r e

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LE JEUNE OUVRIER CHRÉTIEN.

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c o m m e c h i c o t i n ; mais u n e fois qu'elle est bien détrempée d a n s le sucre et bien confite, elle devient une vraie g o u r m a n d i s e . 11 en est d e m ê m e des épreuves et des souffrances ; seulement, je te le répète, ceux-là seuls qui ont le palais bien solidement chrétien, en d'autres termes, ceux-là seuls qui ont u n e foi bien vivante, ont le bonheur de goûter la douceur de la croix. Ainsi, on rapporte que saint François d'Assise, étant u n j o u r fort malade et souffrant très c r u e l l e m e n t dans foui son pauvre corps, u n bon petit Frère qui le gardait ne put s'empêcher, au milieu d'une de ses crises, de lui dire avec compassion : « 0 mon Père! c o m m e c'est dur de souffrir autant ! Si vous demandiez an Seigneur de vous délivrer ou d u m o i n s de vous soulager , il vous exaucerait sans doute. » En e n t e n d a n t cela, saint François se redresse. « Que dis-tu là, petit F r è r e ? s'ôcrie-t-il. Moi ! d e m a n d e r à JÉSUS-GIIRIST crucifié de n e plus souffrir! lui d e m a n d e r de m o i n s souffrir! as-tu perdu la foi? as-tu perdu le sens?)) Kl il ajouta s é v è r e m e n t : « Petit Frère, si je ne savais q u e tu as dit cela par simplicité et bonté de cœur, je te r e n v e r r a i s aussitôt; mais, à cause de ta bonne intention, j e te p a r d o n n e . N é a n m o i n s , va expier ta faute, par u n e longue prière et par d'autres mortifications. » Puis, m a l g r é sa faiblesse, il se jeta en bas de sa p a u v r e couche ; et, les b r a s étendus en croix, les y e u x au ciel tout baignés de l a r m e s , il supplia la b o n t é divine de lui accorder la grâce de beaucoup souffrir en sa vie, jusqu'à son dernier soupir. Un autre saint h o m m e , le père Louis Dupont, de la Compagnie de Jésus, qui a fait de beaux livres et .est mort en odeur de sainteté, s'étanl u n e fois laissé aller à se plaindre p e n d a n t une maladie, en présence d'un ou deux Frères, il se prit à réfléchir sur sa lâcheté, sur son peu

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de foi, et lit vœu de ne j a m a i s se plaindre de quoi que ce soit ; et il tint religieusement parole p e n d a n t quarantedeux a n s qu'il vécut encore, au milieu d'infirmités cruelles et de g r a n d e s épreuves. J a m a i s on ne l'entendit se plaindre de rien. Voilà ce que produit l'esprit de foi chez les chrétiens généreux. Quant aux chrétiens d'eau douce, i l s s o n t d o u i l lets, délicats ; ils se p l a i g n e n t » tout v e n a n t et à propos de tout. Faire pénitence semble être p o u r eux une idée i n c o n n u e ; souffrir quoi que ce soit leur paraît quelque chose de p h é n o m é n a l , voire même u n e injustice de la part de DIKU. A les e n t e n d r e et à les voir, on dirait qu'ils n'ont rien à expier. Quel purgatoire attend ces p a u v r e s chrétiens-là au m o m e n t de leur m o r t ! Allons, mon bon e n f a n t ! r a n i m o n s notre foi en face des souffrances et des épreuves de celte vie. Saluons-le. -* quand elles se p r é s e n t e n t , c o m m e des envoyées du DIEU de miséricorde, qui v i e n n e n t nous aider à p a y e r nos dettes à la. divine justice, à expier nos péchés e n ce monde, et non pas dans l'autre, où c'est cent mille fois plus dur- Rappelle-toi cela si tu viens h tomber m a l a d e , à avoir mal à la tête, ou mal au ventre, ou m a l aux d e n t s ; si tu viens à te cogner, à te blesser, à te casser quelque chose ; si on te vole, si on t'insulte, si ou te frappe, si on te persécute. Dans toutes tes peines, quelles qu'elles soient, élève aussitôt vers le ciel les r e g a r d s de ton çojur; et console-toi,, fortilie-toi avec cette g r a n d e pensée de l'Apôtre saint Paul : « Les afflictions et les tribulations de la vie présentes sont passagères et, au fond, ne sont pas grand'chose ; et n é a n m o i n s elles n o u s valent u n trésor éternel de gloire d a n s les cieux. Aussi nous ne fixons point notre r e g a r d sur les choses visibles du temps, mais sur les réalités invisibles, lesquelles sont éternelles, tandis que les autres ne d u r e n t q u ' u n m o m e n t . »
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n.

C e s i à celte lumière vìve de la foi que les Saints ont tous m a r c h é , combattu, travaillé, souffert. Ils jugeaient de tout, et particulièrement de leurs souffrances, au point de vue de l'éternité, du Paradis. Aussi, c o m m e ils étaient forts! et comme la vie, avec ses tribulations, semblait métamorphosée pour eux ! C'est également à. ce g r a n d point de vue qu'i! faut nous tenir inébranlablemenl. au milieu des épreuves de l'Eglise et des persécutions. Ne nous i m a g i n o n s pas que fout est perdu parce que les puissants de ce m o n d e semblent parfois r e m p o r t e r : l'Eglise en a vu bien d ' a u t r e s ; et d'ordinaire c'est q u a n d , h u m a i n e m e n t p a r l a n t , cela va le plus mal, que Noire-Seigneur se lève et s'apprête à frapper ses g r a n d s coups. Mais nous reviendrons bientôt là-dessus. Mon petit Jacques, moti enfant, s a c h o n s d o n c une bonne fois apprécier à sa juste valeur le trésor des souffrances; et d e m a n d o n s à notre bon Dmu de c o m p r e n d r e pleinement ces g r a n d e s paroles, tombées j a d i s d e ses lèvres d i v i n e s : « Bienheureux ceux qui pleurent \ bienheu« veux ceux pui souffrent persécution pour ta justice et « pour l'Évangile; car c'est à eux qu'appartient le royaume « des cieuxl » Au ciel, dis-moi, que penserons-nous des souffrances et des expiations de cette vie? Voilà la vérité; voilà ce qu'il en faut penser dès m a i n t e n a n t .

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XI
De l'esprit de foi en face de la prospérité des méchants et de l'adversité des bons.

A mesure q u e tu a v a n c e r a s d a n s la vie, m o n cher garçon, tu seras frappé et nécessairement c h o q u é d'un fait qui se reproduit j o u r n e l l e m e n t et sous mille formes, du haut en bas de l'échelle sociale, à s a v o i r : d'une part, la prospérité de q u a n t i t é d'impies, de m a l h o n n ê t e s gens et de coquins; et d'autre part, les m a l h e u r s i m m é r i t é s qui semblent parfois s ' a c h a r n e r sur des gens de bien, sur d'excellents chrétiens. Devant le double mystère d ' u n e prospérité et d'une adversité aussi i m m é r i t é e s l'une que l'autre, les g e n s de peu de* foi se s c a n d a l i s e n t ; et souvent on leur entend dire: « Où est donc la justice de DIEU? OÙ est sa puissance? Où est sa bonne et paternelle P r o v i d e n c e ? » Gela ne veut pas d i r e , bien entendu, que les impies et les fripons soient tous et toujours h e u r e u x en ce m o n d e , ni que les c h r é t i e n s et les braves gens y soient tous et toujours d a n s la peine : pour peu q u ' o n y regarde un peu de près, on découvre à tout propos do mauvaises gens qui reçoivent dès ce m o n d e le c h â t i m e n t qu'ils m é ritent; c o m m e aussi, Ton voit de bons c h r é t i e n s , estimés et aimés de tous les h o n n ê t e s gens, qui t r o u v e n t dans l'accomplissement de leurs devoirs, d a n s leur probité, dans leur bonté, d a n s leur piété vraie et profonde, u n bonheur pour ainsi dire sans n u a g e . Il n'en est pas m o i n s vrai que le c o n t r a i r e se rencontre

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LK .1 EU NE OUVRIER CHRETIEN.

II

encore assez souvent, et que quantité de gens trouvent là, p o u r leur foi débile, une grosso pierre d'achoppement. Voici, par exemple, un gros industriel q u i a commencé avec rien, et qui m a i n t e n a n t est à la tète d'une fortune colossale, brassant les affaires p a r millions. Il n ' a aucune religion, ce qui lui a p e r m i s de faire certaines opérations plus ou moins louches ; il ne va j a m a i s à, la Messe ; il se moque de son c u r é ; il fait travailler sans vergogne tous les dimanches et fêtes. Et tout lui r é u s s i t ! — A côté de lui, un brave ouvrier, son ancien c a m a r a d e d'atelier, aussi laborieux qu'intelligent, chrétien solide, qui met le bon DIEU et sa conscience a v a n t tout, a beau faire, a beau s'éreinter: il ne peut parvenir à. la. plus modeste a i s a n c e ; quelquefois m ê m e il a toutes les peines du m o n d e à joindre les d e u x bouts. (l'est la maladie, c'esl un accideait, c'est une m a l c h a n c e ; que sais-je? Toujours est-il que sa femme et ses enfants connaissent maintes privations. Et c e p e n d a n t rien de plus c h r é t i e n , rien de plus édilianl que cet h u m b l e i n t é r i e u r ! Voici encore un j e u n e ouvrier, coureur, libertin dès sa jeunesse. H e u r e u s e m e n t doué, c'est un fameux gaillard, un travailleur habile, u n joyeux c o m p a g n o n ; il n e craint rien, il ne cloute de r i e n : ce n'est pas la délicatesse qui le gène. Tl a, c o m m e on d i t à l'atelier. « u n e blague infernale, u n chic, un toupet à faire p e u r . » A coté de cela, c'est u n franc m a u v a i s sujet, qui a déjà porté le déshonn e u r et la honte d a n s plus d'une famille. C'est égal : à lui aussi, tout r é u s s i t ; il trouve toujours du travail; p a r t o u t il se fait bien venir. Encore quelque? années, et le voilà contre-maitre, peut-être m ê m e p a t r o n . — Et toi, son compagnon d'apprentissage, son bon et honnête c a m a r a d e ; toi qui as toujours été r a n g é , chaste, bon fils.

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boa petit chrétien ; Loi q u i , sans avoir peut-être a u t a n t de brillant que lui, n'es p o u r t a n t pas plus bête q u ' u n a u t r e , tu te sens parfois poursuivi par je ne sais quel guignoïi, qui te fait m a n q u e r les bonnes occasions, qui te suscite mille ennuis, là où il n e devrait y avoir, ce semble, q u ' a grément et profil. Tu es bon, Vautre est mauvais : c o m ment expliquer et ses succès et tes d é b o i r e s ? DIEU n ' a u niil-il que des bénédictions pour l'ineonduile, et que delà sévérité pour la bonne fidélité c h r é t i e n n e ? (larde-toi de le penser, mon petit J a c q u e s . Elève ton ctfuir et tes r e g a r d s plus h a u t ; et reporte-toi à cent a n s plus tard. Quand j e dis cent a n s , c'est parfois dix a n s , cinq ans, deux a n s , un an, u n mois qu'on p o u r r a i t d i r e ; car la mort arrive souvent à l'improviste, au m o m e n t où l'on se croit sur d'une longue vie de jouissances. Si. cet heureux libertin, si ce gros richard devaient vivre toujours ainsi, certes tu aurais raison d'accuser ici la Providence. Mais la vie présente, qui passe vite, n'est qu'un côté de la médaille; et le revers de cette médaille est terrible. Pour être au vrai point de vue, p o u r b i e n juger des choses, il faut voir l'ensemble, et u n i r l'éternité au Lemps. Alors justice sera rendue à qui de droit ; et le •désordre a p p a r e n t (fui te choquait en ce m o n d e , aura pleinement disparu. Les mauvais seront p u n i s , n o n - s e u lement complètement, mais é p o u v a n t a b l c m e n t , m a i s éternellement; et les bonsi qui a u r o n t tant soufferL e n ce monde, seront tellement récompensés do leur fidélité et do leur patience, que toutes les épreuves de la vie lie leur paraîtront plus rien. Souviens-toi du mauvais r i c h e de l'Évangile, et du pauvre Lazare, b a n s sa pauvreté et dans son abandon., Lazare aurait pu dire, lui aussi, en voyant la prospérité exubérante de cet égoïste, de ce voluptueux qui le laissait

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m o u r i r de faim h sa p o r t e : « Mon D I E U ! OÙ est donc votre Providence? Depuis mon enfance, je vous sers fidèlement, je pratique votre loi, je vous a i m e , j e vous prie : et je m e u r s de misère, a b a n d o n n é de tous, tandis que celui-ci, qui n'a d'autre Dieu que son v e n t r e et son orgueil, surabonde de tous les biens ! Seigneur, où d o n c est votre justice? » I5t si tu avais pu pénétrer dans la maison du mauvais riche, au milieu d'un de ces festins où le luxe, la gourmandise , la mollesse et toutes les jouissances semblaient s'être d n n n é rendez-vous, qu'aurais-tu peut-être entendu dire soit à l u i - m ê m e , soità un de ses c o m p a g n o n s de plaisirs? « À quoi sert la Religion? A quoi la prière? DibïU ne s'occupa pas de nous. Voyez plutôt ce gueux, ce m e n d i a n t qui e s t a la p o r t e : il p r i e ; à quoi cela lui sertil ? » Et lorsque le revers de la médaille s'est fait voir tout à coup, lorsque l'éternité est survenu*» avec la mort, l'Evangile nous m o n t r e , d'un côté, le pauvre et bon Lazare jouissant, dans le sein de DIKTK d'une béatitude é t e r n e l l e ; et de l'autre le m a u v a i s riche, à qui tout a réussi ici-bas, éternellement m a u d i t de DIEU,, privé de tout bien, plongé dans le feu. et criant du fond de l'enfer : « Que je souffre dans celte flamme ! » Les prospérités et les jouissances du méchant sur la terre ont été passagères : son supplice est éternel. En c o m p a r a i s o n d'une éternité de désespoir et de tourments, qu'est-ce que trente, c i n q u a n t e , soixante, m ê m e quatre-vingts a n s de b o n h e u r ? Donc, à la lumière de la foi, la justice de DIEU se trouve p l e i n e m e n t m a n i festée, en ce qui touche la prospérité temporelle des méc h a n t s , quelque complète, quelque prolongée qu'on la suppose. Et il en est de m ê m e q u a n t aux adversités des g e n s de

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bien. Souffrir, avoir des privations* être malade, être mal vu des h o m m e s p e n d a n t v i n g t ans, trente a n s , cinquante ans, cent a u s s i tu veux, qu'est-ce que cela, dis-moi en comparaison d ' u n b o n h e u r qui n e finira j a m a i s , j a m a i s , jamais? Kl note bien, mon cher enfant, que plus un vrai c h r é tien aura p a t i e m m e n t soulfert sur la t e r r e , plus sa récompense éternelle sera g r a n d e dans le ciel; c o m m e aussi, plus, un impie, un m a u v a i s sujet a u r a j o u i en ce m o n d e , plus il a u r a à souffrir dans l'éternité. La justice divine est absolue et parfaite. tën d'autres termes, m o n cher Jacques, l'esprit de foi, (in face de la prospérité d e s m é c h a n t s et de l'adversité des gens de bien, n'est pas autre chose que l'esprit de foi à. la vie future, à l'éternité. Ce qui le prouverait, au besoin, c'est que tous les m é c h a n t s heureux soutiennent mordicus qu'après cette vie il n'y a plus rien. Pauvres g e n s ! l'enfer est là qui leur en d o n n e r a des nouvelles. Un dernier mot sur cette importante question. Quand ou réfléchit bien, la prospérité des m é c h a n t s sur la t e r r e trouve son explication dans la perfection m ê m e de la j u s tice.de DIKT\ Tl n'y a pas de m é d i a n i si m é c h a n t qu'il n'ait encore q u e l q u e b o n n e qualité et qu'il ne fasse quelque bien : or, la justice de Diwr d e m a n d e q u ' a u c u n bien ne reste sans r é c o m p e n s e ; et c o m m e les m é c h a n t s seront frappés éternellement par la justice de DIKCT dans l'autre monde, il faut de toute nécessité qu'en ce m o n d e ils soient récompensés du peu de bien qu'ils font. De m ê m e p o u r les adversités et les souffrances des bons : il n'y a pas de bon tellement bon qu'il n'ait des défauts, et que par conséquent il ne tombe d a n s quelques fautes. Or ces fautes, quelque légères qu'elles puissent être, la justice de DIEU exige é g a l e m e n t qu'elles soient

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il.

p u n i e s ; et elles le peuvent être de deux m a n i è r e s : ou par les souffrances eu ce monde, ou par celles, bien autrem e n t terribles, du Purgatoire. Si donc, m o n cher enfant, tu vois des gens de bien souffrir, souffrir beaucoup sur la terre, au lieu de t'en scandaliser c o m m e les gens de peu de foi, bénis bien plutôt le bon DTKU, qui leur l'ait payer leurs petites dettes eu poli le m o n n a i e , quand il pourrait, en toute justice, exiger un j o u r les gros billets de banque qui n'ouï cours que dans les flammes du Purgatoire. Allons, mou c h e r J a c q u e s ! de la foi et encore de la. loi! Là seulement est la l u m i è r e qui t'expliquera les mystères de la vie présente, el eu particulier le mystère qui scandalise si fort les demi-chrétiens, à savoir le silence et la patience de \)IKV vis-à-vis des m é c h a n t s heureux et des justes m a l h e u r e u x .

XII

De l'esprit de foi en face des scandales publics et des malheurs de l'Église.

Dans tous les lenips, il y a eu des s c a n d a l e s ; dans tous les temps, rirîglise a été attaquée et plus ou moins persécutée; et, dans tous les temps,. les m é c h a n t s ont remporté des triomphes partiels el m o m e n t a n é s . Parfois, tout semblait perdu; m a i s bientôt la vérité et la sainteté reprenaient le d e s s u s ; aux tempêtes et a u x orages succédait le beau le.mps; et Notre-Seigneur JÉSUS-CHRIST se montrait de nouveau tel qu'il est eu lui-même et tel qu'il sera éleruelleuienl : le souverain Maître de toutes choses,

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ie grand Justicier qui, tôt ou tard, punît et trappe les méchants, relève et récompense les bons. CVesl c o m m e le soleil après F o r a g e : quand le vent a dissipé les nuage» et chassé la pluie, l'immensité du ciel bleu reparaît a u s sitôt, et le soleil, m o m e n t a n é m e n t caché, brille avec u n nouvel éclat, tranquille au plus h a u t des cieux, et plus puissant que toutes les vaines agitations et les troubles de l'atmosphère. Dans son Évangile, le Fils de DIEU n o u s a prédit ces luttes, ces éclipses de son' Église; et il a a j o u t é : « Ne a l'oubliez point : je vous le dis d'avance; afin que lorsque « cela arrivera, votre foi nen soit point ébranlée. Bienheu« reux sera celui qui ne se laissera, point scandaliser à « mon sujet \ » Mon c h e r J a c q u e s , j'appelle aujourd'hui toute ton attention sur ce poiut i m p o r t a n t et qui m a l h e u r e u s e m e n t trouvera peut-être, d'ici à quelques années, de cruelles et redoutables applications. 11 est plus que probable que ta jeunesse ne se passera point sans que tu ne te trouves mêlé à de g r a n d e s c o m m o t i o n s religieuses. La persécution se prépara s o u r d e m e n t de tous cotés, clans Je inonde entier; et, en a t t e n d a n t , des scandales publics de toute nature, très graves, viennent tous les j o u r s mettre à u n e rade épreuve la foi des enfants de DIEU. Sauf de rares intervalles, où Noire-Seigneur se réveille et lance la foudre, tout le reste du temps il semble dormir, comme j a d i s d a n s la barque de saint Pierre, p e n d a n t la tempête sur la m e r de Galilée. Le vent soufflait avec violence; l'écume des Ilots en colère entrait parfois d a n s la barque; enfin, la tempête allant toujours croissant, de grandes vagues s'élevèrent, m e n a ç a n t , dit l'Évangile, de briser et d'engloutir l'embarcation. Et JÉSUS dormait sur la poupe du n a v i r e .
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11.

« Seigneur! s'écrièrent les Apôtres effrayés, Seigneur, « sauvez-nous! Nous allons périr, » El J é s u s , se levant, leur dit : « Pourquoi craignez-vous ainsi, hommes de peu « de foi? » Les agitations de la m e r de ce m o n d e , l ' é c u m e de ses dois, ce sont, mon c h e r enfant, les scandales incessants, plus ou moins g r a v e s , plus ou m o i n s impies, dont la barque de Pierre, c'est-à-dire l'Église catholique, est assaillie depuis dix-huit siècles. Il y en a eu dans les meilleurs t e m p s ; a u j o u r d ' h u i il y en a b e a u c o u p . Pour n'en citer que quelques-uns, ce sont toutes ces hausses libertés publiques, au m o y e n desquelles se disent et se l'ont tauL de mauvaises choses : la liberté de tout imprimer, par e x e m p l e , les j o u r n a u x , les p a m p h l e t s , les livres où les vérités de la foi sont i m p u d e m m e n t niées ni tournées en dérision ; où la Religion est. journellement foulée a u x pieds; où le Pape, les Évoques, les Prêtres, les Religieux sont g r o s s i è r e m e n t et i n d i g n e m e n t calomniés; où les catholiques sont ridiculisés et voués aux colères populaires sous le nom de cléricaux, d ' u l t r a m o n t a i n s , de jésuites; où, sous prétexte de politique, on bat eh brèche, tous les jours et à tout propos, les droits les plus sacrés de l'Église et ses institutions les plus s a i n t e s ; où l'on prône l'impiété et les impies, la Révolution et les révolutionnaires, l'hérésie et les hérétiques; où les plus mauvaises passions sont excitées et surexcitées comme à plaisir. C'est encore la liberté du vice et la tolérance, légale, officielle, de ces maisons infâmes, où toute notre jeunesse va s'engouffrer et se perdre corps et âme ; de ces ignobles cabarets, de ces bouges qui sont la r u i n e de nos pauvres ouvriers et la désolation de leurs familles. C'est la liberté du blasphème, des e r r e u r s religieuses

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Jes plus délétères, des fausses religions, et des faux docteurs. C'est la désolante liberté de violer o u v e r t e m e n t et impunément le saint j o u r du d i m a n c h e , et de ne plus tenir aucun compte des fêtes de l'Église; liberté que la Révolution a si bien fait passer dans les m œ u r s publiques d'une grande partie de notre p a u v r e France, qu'en bien des endroits elle est devenue, sinon u n e loi, du m o i n s une coutume quasi générale. Or, sache-le bien, mon brave enfant, ce dernier scandale public qui ne nous indigne pour ainsi dire plus, n o u s autres qui y s o m m e s malheureusement habitués dès l'enfance, il choque au delà de toute expression et les Anglais, et les A m é r i c a i n s , et les Espagnols, et les Italiens, et les Russes, et les Belges, et les Suisses, et les Autrichiens, et les Turcs et m ê m e les Prussiens. Il n ' y a que. chez nous que (ses choses-là se passent; il n'y a que chez nous que, par suite de l'affaiblissement de la foi, cette scandaleuse violation du d i manche est tolérée. Prends bien garde, mon pauvre Jacques, de te laisser démonter à la vue de ces défaillances publiques. N'oublie j a m a i s que ce sont là de g r a n d s péchés, de véritables crimes; et (pie, loin de nous y a c c o u t u m e r c o m m e à un ordre de choses tout naturel, nous devons, si n o u s sommes de vrais chrétiens, en gémir d e v a n t DIEU, réagir dans la petite m e s u r e de nos forces contre ces flagrantes violations de la loi divine, et n e pas perdre de vue que ces désordres, bien qu'ils s'appuient sur des c o u t u m e s et même sur des lois, ne sont après tout que le r è g n e plus ou moins accentué d u démon sur la terre. Tu me d e m a n d e r a s peutrètre : « Pourquoi le Seigneur garde-t-il le silence devant ces scandales, qui o u t r a g e n t si évidemment sa majesté et perdent tant d ' à m e s ? » —

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Kcoule la réponse de saint Augustin : « DIEU est patient, dit-il, parce qu'il est éternel. » A y a n t d o n n é à l'homme > le libre arbitre, il permet qu'on en abuse en ce inonde p o u r faire le mal, quitte à p u n i r toute transgression de sa loi pendant l'éternité tout eutière. S'il n'y avait point l'éternité, tu aurais bien raison de le scandaliser du silence, du sommeil de JÈSUS-GHRIST; m a i s attends un peu: le Christ de DIEU, très-saint, très-juste, tout-puissant, se réveillera en son t e m p s ; et I éternité, avec son Paradis bienheureux el son épouvantable enfer, le fera comprendre les secrets et la profonde sagesse de la patience du Seigneur. Mais tu vois, m o n enfant, combien, d a n s les temps où nous vivons, il est indispensable de raviver sans cesse sa foi, son esprit de foi. Une masse de gens sont en train de la perdre, cette foi, base de leur salut et de leur bonheur éternel. Et p o u r q u o i ? Parce qu'ils ne songent pas à la retremper sans cesse d a n s la prière, dans la fréquentation des sacrements, d a n s la lecture de l'Evangile et des bous livres, dans les instructions religieuses, dans la fidélité aux habitudes catholiques, et tout p a r t i c u l i è r e m e n t dans la sanctification sérieuse du d i m a n c h e . Pour toi, tiens ferme à tout cela; et tu n'encourras pas ce reproche de ton DIEU : « Où d o n c est votre foi? » Mais cette i n é b r a n l a b l e fermeté d a n s la foi el. dans la pratique de la foi est surtout nécessaire a u x j o u r s de la persécution ouverte, qui est le scandale des scandales, c'est-à-dire la grosse pierre d ' a c h o p p e m e n t pour le grand n o m b r e . Aussi vais-je t'en parler tout à l'heure et u n peu im détail. Kn attendant, renouvelle é n e r g i q u e m e n t les bonnes résolutions. En face des scandales publics et des défaillances religieuses de la plupart des j e u n e s gens et des

LA KOI 181 ouvriers, porte h a u t et Terme le drapeau de ta foi ; n o u r ris-toi souvent de l'adorable « Pain des Torts; » aime de tout ton cœur le DIEU de ton c œ u r ; aime J É S U S ; garde le plus possible sa sainte présence; demeure-lui u n i intérieurement, en g a r d a n t ta conscience bien pure, bien tidèle. C'est de JKSUS qu'il est dit dans l'Écriture-Sainte: « Seigneur, ceux qui aiment votre loi jouiront d'une grande pair, et pour eux il n'est point de pierre d'achoppement. » Ce qui est pour les autres une occasion de c h u t e , devient pour eux une occasion de mérite, et un motif d é p l u s pour .se garantir contre la séduction. El a i n s i , c o m m e dit l'Évangile : « Tout tourne à bien à ceux qui aiment D I E U . » Sois de ce n o m b r e , mon bon et c h e r e n f a n t ; et, au milieu d'un m o n d e dépravé, demeure un vrai c h r é t i e n , un catholique sans peur et sans reproche.
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XIII

D e Fesprit de foi dans l e s temps de persécution.

Ne nous y trompons pas, m o n pauvre Jacques, n o u s vivons dans u n temps périlleux, où la Religion passera, tôt ou tard, p a r de rudes et p r o b a b l e m e n t p a r de s a n glantes épreuves. La persécution, la persécution p r o p r e ment dite, est c o m m e suspendue sur nos tètes. « Je m'attends p r o c h a i n e m e n t à u n e persécution générale dans le m o n d e entier, disait n a g u è r e à un pèlerin français qui me l'a répété, le grand et saint P a p e Pie IX; j e m'attends à u n e persécution; niais qu'on ne se décourage pas; que l'on continue de prier. » Quelque forme qu'elle revête, la persécution est ton-

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j o u r s u n e attaque violente du d é m o n et des impies contre Notre-Seigneur JÉSUS-CHRIST, son Église et ses fidèles serviteurs. Ordinairement ce sont les g o u v e r n e m e n t s , — rois, empereurs, républiques, peu importe, — q u e le démon soulève, sous des prétextes plus ou moins spécieux, pour détruire, ou du moins combattre le règne de JÉSUSCHRIST, l'influence de son Eglise, l'autorité sanctifiante du Pape, des Évêques, des prêtres, des Ordres religieux, et en général de tout ce qui est catholique et selon le cœur
du bon DIEU.

II est très rare que la persécution soit générale et s'étende s i m u l t a n é m e n t à tous les p a y s : cela s'est vu cependant autrefois sous les e m p e r e u r s païens, en particulier sous Néron et sous Dioclétien, lesquels avaient ordonné à. tous les préfets et proconsuls de l'empire de détruire la religion catholique et d'exterminer tous les chrétiens. C'est alors q u e plus de neuf millions de martyrs payèrent de leur vie leur fidélité à JÉSUS-CHRIST, bravant tous les supplices, défiant tous les bourreaux. Soutenus par la grâce divine, ces héros de la foi préféraient à l'apostasie l'exil, la prison, les tourments de toute n a t u r e . Depuis, il y a eu bien des persécutions dans le m o n d e ; mais elles ont été partielles. C est ce qui a lieu, au moment où je te parle, d a n s certaines provinces de la Chine et du Tonking, ainsi qu'au Japon, où tout h o m m e qui se déclare p u b l i q u e m e n t chrétien est puni de mort. De même, à Genève et à Berne, en Suisse, où sans aller encore jusqu'au sang, un exile les Évêques et les prêtres fidèles, on confisque leurs biens, on chasse les Religieux, on ferme les églises, on supprime les écoles catholiques. De m ê m e , en Prusse et en Pologne, où l'on veut obliger, par la violence, le clergé et les fidèles à se s o u m e t t r e à des lois impies, hérétiques, contraires aux lois saintes de

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l'Église; où Ton chasse, où Ton exile par milliers les prêtres et les Religieux fidèles à leur conscience, où Ton met en prison les Évoques qui, à l'exemple des Apôtres, préfèrent obéir à DIEU plutôt qu'aux h o m m e s . De m ê m e encore, en Italie, et p r i n c i p a l e m e n t à Rome où, au n o m de lois iniques, réprouvées de DIEU, on s'efforce de détruire lentement et s a v a m m e n t tout l'édifice c a t h o lique, à c o m m e n c e r p a r le faîte, c'est-à-dire par l'autorité temporelle du Souverain-Pontife. Dans tous ces pays et d a n s d'autres encore, la persécution revêt des formes très différentes : tantôt elle est brutale, violente, ouverte, m e n a ç a n t de m o r t ; tantôt elle est hypocrite et sourde, n e procédant qu'au n o m de la loi, mettant en avant de prétendues nécessités politiques, des raisons d'État aussi fausses qu'impies. Au fond, c'est toujours la persécution, c'est-à-dire l'insurrection sacrilège du démon contre JÉSUS-CHRIST, des pouvoirs h u m a i n s contrel'Église, du m e n s o n g e et de l'arbitraire contre la vérité et le droit. Presque toujours,, c o m m e jadis au Calvaire, la vérité et le droit ont l'air de succomber, et déjà le mal triomphant chante victoire; mais bientôt la r é s u r r e c t i o n succède au crucifiement, la mort est v a i n c u e une fois de plus, et ce qui semblait à tout j a m a i s perdu réapparaît vivant et t r i o m p h a n t . C'est là l'histoire de l'Église depuis son origine. « Mais pourquoi Notre-Seigneur permet-il ces persécutions! Et c o m m e n t sa cause, qui est divine, peut-elle succomber parfois, bien que m o m e n t a n é m e n t ? » — E h ! mon enfant, c'est que, j u s q u ' a u second a v è n e m e n t du Sauveur, qui m e t t r a fin à tous ces c o m b a t s , l'histoire de l'Église n'est autre chose que l'histoire désolante des abus de la liberté h u m a i n e c o n t r e l'autorité sainte, légitime,

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II.

divine de Noire-Seigneur et de son Église. (Test la lutte incessante des méchants c o n t r e les bons, des révoltés contre les fidèles; et c o m m e , parce qu'ils sont méchants et révoltés, les h o m m e s n e p e r d e n t rien de leurs forces, il s'ensuit que les lidèles soldats de JKSUS-CIIRIST succomb e n t parfois pour un t e m p s d a n s la bataille. Mais leur cause étant Ja cause m ê m e de DIKU, bientôt le bras du Seigneur se lève, frappe, dissipe l'impiété, et. je te le répète, après les ténèbres du Vendredi-Saint, on voit briller de nouveau le soleil du jour de Pâques. Ne perds point cela de vue, m o n brave J a c q u e s , mou enfant, lorsque de m a u v a i s j o u r s se lèveront contre la sainte Église. Les sociétés secrètes qui tiennent et enserrent dans leurs grilles u n e si g r a n d e partie du m o n d e , se préparent de tous côtés à m o n t e r à l'assaut de l'Église; elles ne veulent rien moins q u ' a n é a n t i r le c h r i s t i a n i s m e . Afin de d o n n e r le c h a n g e à l'opinion publique, elles nous appellent des « Cléricaux; » et, à les e n t e n d r e , ce n'est p o i n t a la Religion qu'elles en veulent, c'est u n i q u e m e n t aux cléricaux. Oh ! pour ceux-là, plus de merci ni de trêve; il faut les e x t e r m i n e r ; ce sont les e n n e m i s d e l à société moderne, les e n n e m i s de l'État, les e n n e m i s du peuple, de la liberté, des lois. Au nom de la loi et de la liberté, au n o m d u peuple e t d e l'État, il faut en finir avec eux. Or, ces « cléricaux » n ' é t a n t autres que le Pape, les Évoques et les prêtres catholiques, les Ordres religieux et, avec eux, tous les vrais catholiques, c'est-à-dire tous ceux qui les a i m e n t et qui les défendent, il s'ensuit que c'est l'Église elle-même que l'on attaque, que l'on persécute directement. Cher enfant, ne te laisse pas séduire p a r les grands m o t s . Malgré tout et m a l g r é tout le m o n d e , demeure fidèle à ton DIEU, en d e m e u r a n t fidèle au Pape et à

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l'Église. Souviens-loi de ce qui est prédit d a n s l'Évangile. À cause de la liberté et de ses a b u s , « il faut qu'il y ait des « scandales, a dit le Fils de D I E U ; mais malheur à l'homme « par gui le scandale arrive ! Ne vous laissez point effrayer « par ceux qui tuent le corps, mais qui ne peuvent tuer « l'âme. Je vous le répète, 6 mes amis, n'ayez point peur « d.'eux. Ils mettront la main sur vous; ils vous traîneront « devant leurs tribunaux; mais pas un seul cheveu ne tom« bera de votre tête, mns la permission de votre Père cé« leste. Celui qui persévérera jusqu'à la fin, celui-là sera « sauvé; et bienheureux celui qui ne se scandalisera pas à. «cause de moi\ Encore une fois, ne craignez point; ayez « confiance; j'ai vaincu le monde. » Telles sont, m o n bon petit Jacques, les prédictions et les leçons du S a u v e u r . Au m o m e n t o p p o r t u n , ayons-les bien présentes à l'esprit et gravées bien a v a n t d a n s le cœur. Imitons la loi vive, la foi inébranlable, la paix et le courage de ces millions de m a r t y r s qui n o u s ont précédés dans l'arène. Qui les a rendus tels? La. foi, la foi vivante, l'esprit de foi. Pour avoir refusé d'obéir a u x édits sacrilèges de j e ne sais plus quel e m p e r e u r païen, u n e mère c h r é t i e n n e venait d'être c o n d a m n é e à m o u r i r d a n s les flammes. Auprès d'elle était son fils, u n enfant de h u i t a n s . Le j u g e , n'ayant pu faire apostasier la mère, essaya de séduire l'enfant. «'Tu te t r o m p e s , lui dit-il avec u n e feinte douceur; tu te trompes en c r o y a n t que JÉSUS-GHRIST est D I E U . — Non, répondit l'enfant; j e sais que l'unique et vrai DIEU c'est JÉSUS-CÏIRIST. — Et c o m m e n t le s a i s - t u ? — Je le sais parce que m a m è r e m e l'a dit. — Et qui l'a dit à ta mère? — L'Église. — Et qui l'a dit à l'Église? — Le Seigneur JÉSUS, DIEU lui-même. Je n'ai pas été t r o m p é par ma m è r e , ni ma m è r e p a r l'Église, ni l'Église p a r

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II.

JÉSUS-CHRIST.

— Tu vas voir que ta mère a été t r o m p é e ; car n u l ne la sauvera du b û c h e r . » En m ê m e temps il la fit jeter dans les flammes. « Non, n o n ! s'écrie alors plein de foi et d a m o u r le généreux enfant; n o n , m a m è r e n ' a pas été trompée. L'Église nous enseigne q u e J É S U S - C H R I S T d o n n e le ciel à ceux qui l'aiment et qui l'adorent; j e veux p a r t a g e r le sort de ma m è r e ! » Et, s'échappant des m a i n s du bourreau, le petit m a r t y r s'élance d a n s le b û c h e r , t o m b e sur le corps de sa mère, et m e u r t avec elle pour la foi de
JÉSUS-CHRIST.

Sans r e m o n t e r si h a u t et sous u n e a u t r e forme, c'est ce que firent, en 4840, d a n s nos g u e r r e s d'Algérie, une quarantaine de braves soldats surpris dans une embuscade p a r u n e h o r d e d'Arabes. S o m m é de r e n o n c e r à la foi pour embrasser le m a h o m é t i s m e , l'officier regarda silencieusement un de ses h o m m e s , le plus près de lui. « Mon officier, dit ce brave soldat, pour moi j e n e renonce p a s . — Ni moi, reprit résolument l'officier. — N i moi, ni moi, » dirent, à l'exception de deux, tous les autres. Ils furent tous décapités sur p l a c e ; et les d e u x renégats, e m m e n é s captifs. L'un d'eux m o u r u t bientôt, déchiré de r e m o r d s ; l'autre p u t s'échapper, et c'est lui qui raconta au général de Lamoricière la fin h é r o ï q u e de ses compagnons d'armes. Une formule de quelques mots, prononcée dans une l a n g u e qu'ils ne connaissaient m ê m e pas, aurait pu leur sauver la v i e : ils a i m è r e n t mieux m o u r i r que de « r e n o n c e r . » Or, q u a n d il s'agit de « renoncer, » JÉSUS-CHRIST et l'Église, c'est tout u n . R e n o n c e r a la cause du Pape, c'est r e n o n c e r à JÉSUS-CHRIST, c'est r e n o n c e r à DIEU. La foi est, en eifet, la soumission à l ' e n s e i g n e m e n t de l'Église, qui

LA FOI

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n est autre que r e n s e i g n e m e n t de J È S U S - C H R I S T . Souiîrir et mourir pour la cause de l'Église, c'est souffrir ét mourir pour la cause de J É S U S - C H R I S T . Dans les g u e r r e s de la Vendée, p e n d a n t la T e r r e u r , u n jeune paysan, soldat de « T a n n é e catholique » et p o r t a n t sur sa poitrine ri mage d u Sacré-Cœur, v e n a i t d'être fait prisonnier p a r les r é p u b l i c a i n s . Il fut c o n d u i t à quelques pas de là, devant u n e croix q u e ces bandits se disposaient à abattre. « Ecoute, lui dit-on, tu as été pris les a r m e s à la main; ton arrêt de m o r t est p r o n o n c é , Voilà la c h a u m i è r e où tu es né; ton père y est e n c o r e : regarde-la p o u r la dernière fois. » Et le j e u n e p r i s o n n i e r t o u r n a les yeux vers u n massif d'arbres d'où se détachait, à trente pas de là, son humble m a i s o n n e t t e . Il sentit son cœur se serrer, et u n e grosse larme v i n t mouiller sa paupière. L'officier républicain s'aperçut de son émotion. « Eh bien! reprit-il, tout espoir n'est"pas perdu pour toi, si tu veux obéir. — O b é i r ? A qui d o n c ? s'écria le j e u n e c h r é tien, l'oeil é tin celant sous le soufïlc a r d e n t de son v a i n queur qui lui tenait sa c a r a b i n e à la g o r g e . Que faut-il faire pour racheter m a v i e ? — Peu de chose, répondit l'autre en abaissant le c a n o n de sa c a r a b i n e et e n saisissant u n e h a c h e qu'il tendit au prisonnier. J u r e avec nous haine à la superstition, et a b a t s cette croix. » Le captif, qui s'était jeté à genoux pour recevoir le coup mortel, se lève et prend la h a c h e en c o n s i d é r a n t la croix. Quelques c o m p a g n o n s d'armes, prisonniers c o m m e lui, détournent la tête en frissonnant. Mais leur angoisse dura peu. Brandissant la h a c h e , l'intrépide catholique s'élance sur le piédestal de la croix et s'écrie d'une voix v i b r a n t e : « Mort à celui qui insultera la croix de J É S U S - C H R I S T ! Je la défendrai jusqu'à mon d e r n i e r soupir. »

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JI.

P e n d a n t quelques instants, il tient à distance les soldats sacrilèges, stupéfaits de tant de courage. Mais bientôt, rougissant de se voir t e n u s en échec par u n seul h o m m e , ils se ruent sur lui. avec des cris féroces. Criblé de blessures, tout baigné de sang, le j e u n e héros s'affaisse, mais il tient encore la croix. Les monstres l'en a r r a c h e n t , r e t e n d e n t à moitié morl sur le piédestal, et, a p p u y a n t leurs baïonnettes s u r sa poitrine, ils lui crient avec rage : " Abats cette c r o i x , ou m e u r s ! — Non, mille fois n o n , répond le vaillant chrétien; c'est le signe de mon salut, et j e veux I'embrasse encore! » Et, p a r un s u p r ê m e effort, ses b r a s se cramponnèrent à la croix. Et c'est dans cette héroïque posture qu'il reçut la m o r t . Non point la mort, mais bien plutôt la vie, la vie éternelle ; car m o u r i r pour JÉSUS-CHRIST et pour l'Église, c'est conquérir le ciel. « Celui qui perdra m oie pour moi, a dit « le Sauveur, ta retrouvera pour vivre éternellement. » 0 mon enfant, c'est là qu'il faut regarder, s u r t o u t dans la persécution. Le ciel explique tout, m é t a m o r p h o s e tout; le ciel est le dernier m o t de tout. Sois u n h o m m e de foi, et tu n'auras p e u r de r i e n .
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XIV
B e l'esprit de foi à l'éternité et au p r i x du temps*

La plupart des h o m m e s ressemblent à u n petit garçon dont on me parlait jadis qui, étant u n j o u r entré avec sa mère d a n s un beau magasin de bijouterie du PalaisRoyal, à. Paris, s'était a m u s é à regarder et à fureter dans

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tous les coins, p e n d a n t que sa mère e x a m i n a i t et choisissait des p a r u r e s . E n t e n d a n t de petits bruits, ta m è r e se retourne; le bijoutier pousse un cri d ' i n d i g n a t i o n ; la maman, u n cri de t e r r e u r : r e n i a n t jouait t r a n q u i l l e m e n t aux billes avec "cinq magnifiques perles du prix de dix mille francs c h a c u n e , qu'il avait découvertes j e ne sais où. On reprit au petit g a r ç o n ce.s précieuses perles qu'il traitait avec si peu de r é v é r e n c e . Ainsi faisons-nous, él pis encore, à l'égard du temps, dont nous perdons c o m m e à plaisir les i n e s t i m a b l e s instants. Quand on pense (mais, h é l a s ! on ne pense pas) que l'éternité, tout entière dépend d'un instant, d'un seul ! 11 ne faut q u ' u n instant pour se repentir de toute u n e vie de péchés et de c r i m e s ; et il ue faut qu'un i n s t a n t pour commettre un péché mortel. Un j o u r , sainte Catherine de Sienne était sur le point de se désespérer à la nouvelle delà m o r t tragique de son frère, qui, d a n s u n accès de colère, venait de se suicider en se jetant à l'eau du h a u t d'un pont. La pauvre Sainte le croyait perdu sans r e m è d e , mais notre bon Seigneur lui dit d'une voix g r a v e et d o u c e : « Souviens-toi qu'enlre le p o n t et la rivière il y a de l'es« pace, » lui faisant e n t e n d r e qu'il sutïit d ' u n seul i n s t a n t pour faire un bon acte de repentir, et q u e , p a r conséquent, tout espoir n'était pas perdu pour le salut de son frère. Oui, l'éternité, tout infinie, tout i n c o m m e n s u r a b l e qu'elle est, dépend d'un seul instant, soit p o u r la d a m nation, soit pour le salut. 0 mon enfant, m o n enfant, quel est donc le prix de ce t e m p s dont nous usons et a b u sons avec une i n s o u c i a n c e si étrange ! Le prix du temps, c est tout s i m p l e m e n t l'éternité infinie, ni plus, ni m o i n s . Et ceci est de foi.

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II.

Y penses-tu? Y as-tu j a m a i s pensé tout de bon? A voir tes neuf cent quatre-vingt-dix-neuf m i l l i è m e s des hommes et m ê m e les quatre-vingt-dix-neuf centièmes des chrétiens, on serait tenté de se d e m a n d e r s'ils croient, oui ou non, à la réalité de l'éternité. Nous y croyons tous, n'estil pas vrai? Mais, c o m m e n t y c r o y o n s - n o u s ? Ici encore, c'est l'esprit de foi qui m a n q u e , la foi vivante, la foi pratique et eificace, [lest raconté dans l'admirable livre de la vie des anciens Pères du désert q u ' u n j e u n e Religieux, disciple de suint Antoine dans les m o n t a g n e s de la T h é b a ï d e , avail demandé, dans u n m o m e n t de ferveur, et avait obtenu de son Abbé la permission de se retirer d a n s la solitude A un mille de distance de la C o m m u n a u t é , afin de vivre dans u n silence et u n recueillement plus complets. Il s'était construit u n e petite hutte de b r a n c h e s de palmier: et là, il travaillait tout le j o u r à faire des nattes, priant en travaillant, n e v i v a n t que de pain et d'eau, et ne pren a n t cette pauvre n o u r r i t u r e que le soir, après le coucher du soleil. Chaque m a t i n , il allait au puits de la Communauté c h e r c h e r dans u n e petite c r u c h e sa provision d'eau; et il ne r e n t r a i t d a n s la c o m p a g n i e de ses frères que le samedi soir, pour la réception des s a c r e m e n t s et la célébration des Offices du d i m a n c h e . Il y avait trois ou q u a t r e mois que le bon petit sainl h o m m e menait cette vie mortifiée. Mais les grandes chaleurs s u r v i n r e n t ; et le pauvre j e u n e moine c o m m e n ç a n trouver que c'était bien d u r d é f a i r e ainsi tous les jours un mille pour aller et u n mille pour revenir, sa cruche sur la tête. Vaincu p a r la fatigue, il avait formé le dessein de rentrer à la C o m m u n a u t é , et le soir m ê m e il devait exécuter son projet. Il sortit donc u n e dernière fois, avec sa petite c r u c h e , p r i a n t tout le long du chemin.

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Mais voici q u ' a u bout de peu de temps, il" entend de la manière la p l u s distincte la voix de q u e l q u ' u n qui paraissait le suivre et qui comptait tout h a u t : « Un, deux, trois, quatre, c i n q . . . » É t o n n é , il s'arrête et se r e t o u r n e , il n'y avait personne ; il était a b s o l u m e n t seul d a n s ce lieu désert. Ne sachant que penser, ü se r e m e t e n m a r c h e . La voix reprend aussitôt : « Six, sept, huit... » TI se r e t o u r n e encore, stupéfait; et il tombe à genoux, a p e r c e v a n t un Ange tout radieux de l u m i è r e qui le r e g a r d a i t avec un doux sourire : Qui êtes-vous ? s'écria le j e u n e Religieux; et'pourquoi comptez-vous ainsi mes pas en -m'accoinpag n a n t ? — J e suis ton Ange-Gardien, lui répondit l'apparition; et de la part de D I E U , je compte tous tes pas. C'est pour l'amour de ton Seigneur crucifié que tu t'es imposé celte pénitence et cette fatigue; a u t a n t Lu en feras sur da terre, a u t a n t tu seras récompensé d a n s le. ciel. » Et il disparut. Revenu à lui, le bon solitaire changea i m m é d i a t e m e n t de plan de c a m p a g n e . « Sot que j ' é t a i s ! se dit-il e n s e frappant la poitrine, j ' a l l a i s m e priver de lant de mérites, et sacrifier le ciel à la terre, réternité au t e m p s ! » El de retour à la petite cabane, il en releva les piquets et les transporta à un mille plus loin. « Puisque m o n DIEU compte tous mes pas et m'en réserve au Paradis une belle récompense, je yeux en faire, pensa-t-iJ, le plus que je pourrai. Le temps no m'est d o n n é que pour faire fortune dans réteruité. Plus j ' e n ferai, mieux cela vaudra. Plus je travaillerai et souffrirai, plus je serai heureux pendant toute l'éternité. » Et il persévéra j u s q u ' à la mort dans u n e vie aussi mortifiée que fervente. Profite de cette leçon, m o n bon petit Jacques. Fais-en le plus possible pour le service et l'amour du bon DIEU.
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II.

Sauotifie tes moindres a c t i o n s ordinaires par des intentions c h r é t i e n n e s , par l'attention à la présence de DIEU, par l'union de ton c œ u r avec le bon JÉSUS, par ces petites prières qu'on appelle « oraisons jaculatoires » et que je te recommande beaucoup. Pais comme les bons ouvriers q u a n d ils sont « à leurs pièces : » plus ils travaillent et s'éreinlent. plus ils sont contents, parce qu'alors ils g a g n e n t de grosses journées, Mon Jacques, g a g n e une grosse éternité, un beau et magnifique Paradis. Plus on se d o n n e du mal ici-bas pour JÉSUS-CHRIST, plus on est sage. Et c'est l'esprit de foi qui fait faire tout cela, l'esprit de loi à l'éternité et au prix du temps. Demande-le h u m blement à l'Auteur de toutes les g r â c e s , à JÉSUS-CHRIST, qui vit dans ton c œ u r , et qui,est le Maître du t e m p s et de l'éternité.

XV
De l'esprit de foi au démon, à ses pompes et à ses œuvres.

Un chrétien est un h o m m e que le Sauveur du monde arrache, par les m a i n s de son Église, à la puissance maudite du démon, et à. qui il d o n n e tous les moyens possibles pour éviter de r e t o m b e r à l'avenir sous le joug de ce terrible e n n e m i . C'est p o u r q u o i , au j o u r de son baptême, d'abord, puis au jour de sa p r e m i è r e c o m m u nion, il lui fait prêter ce s e r m e n t solennel : « Je renonce à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, et je m'attache pour toujours à JÉSUS-CHRIST et à son Église. » Satan, ou le démon (c'est la m ê m e chose), est le grand e n n e m i de DIEU et des h o m m e s ; c'est le chef des mau-

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vais anges qui, révoltés c o n t r e leur Créateur dès l'origine du inonde, s'efforcent J e faire toutes sortes de mal aux hommes, et surtout de les e n t r a î n e r avec eux d a n s la révolte, dans le péché, et enfin dans l'enfer. Les « p o m pes» du démon, c e sont tous les m o y e n s d o n t il se sert pour nous séduire : et ses « œ u v r e s . » c'est le péché sous toutes ses formes. Une lutte terrible est engagée, d'une pari, e n t r e le démon et ses mauvais a n g e s , auxquels se j o i g n e n t icibas tous les pécheurs, et d'autre p a r t entre le souverain et légitime Seigneur d u ciel et de la terre, Jùsus-CHRIST, sous les étendards duquel se r a n g e n t tous les Anges fidèles, tous les chrétiens, fous les bons. Et l'histoire de cette lutte, c'est Thistoire du inonde, et c'est aussi l'histoire de la vie de chacun de nous. Mais sais-tu, mon bon petit J a c q u e s , quelle'est la ruse vraiment incroyable au moyen de laquelle le d é m o n cherche à nous vaincre et à n o u s perdre tous tant que nous s o m m e s ? Sais-tu quelle est sa tactique la plus habituelle et la plus perfide ? C'est de si bien dissimuler ses m a n œ u v r e s , ses m o u v e m e n t s tournants, qu'on en arrive à ne plus penser à lui, par conséquent à ne plus sr méfier de lui, par conséquent à devenir pour lui la plus facile des proies. H parvient a ce résullal en détruisant d a n s les â m e s , sinon la foi, d u moins l'esprit de foi, la foi pratique à ses influences m a u d i t e s , voire munie à son existence. De notre temps plus que j a m a i s , q u a n t i t é de c h r é t i e n s en sont arrivés à ce point d ' i g n o r a n c e religieuse, d'oubli de la foi, et de légèreté, qu'ils ne croient plus g u è r e au d é m o n , et qu*en tous cas ils vivent c o m m e s'il n ' y avait pas de démon. Ils sont dès lors dans les m ê m e s conditions où so seraient trouvés, dans notre terrible g u e r r e contre les

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II

Prussiens, en 1870, des soldats français à qui l'on serait p a r v e n u à faire croire qu'il n'y avait poiut de Prussiens en France, que l'invasion n'était q u ' u n e c h i m è r e , et qu'il n V avait à se détendre contre personne. Ces pauvres soldats n'auraient-ils pas été d'avance perdus sans coup férir, cernés, désarmés, voués à la captivité o u à l a m o r t ? Ainsi serais-tu toi-même, mou pauvre enfant, si, par manque d'une foi bien solide, ou par étourderie, t u venais à oublier, dans la p r a t i q u e de ta vie de c h a q u e j o u r . la grande parole de l'Apôtre Saint-Pierre : « Soyez sur vo& gardes; car le démon, votre ennemi., tourne autour de vous comme un lion rugissant, cherchant une proie à dévorer. Résistez-lui, soyez forts dans la, foi. C'est un e s p r i t ; on ne Ic^voit pas des yeux du corps; on ne l'entend pas avec les oreilles. Il est facile d'oublier qu'il est là. Veille donc, et sois sur tes g a r d e s ; veille sur tes pensées, s u r tes sens, sur le dedans, sur le dehors. Comme un loup féroce qui rôde a u t o u r d ' u n e bergerie, épiant l'occasion d ' é t r a n g l e r et d'emporter quelque pauvre agneau, ton e n n e m i est toujours là, te g u e t t a n t , prêt à se j e t e r sur ta c h è r e Ame dès qu'il la trouvera sans défense, éloignée de JESUS-GMHIST par la dissipation, par Jes imprudences du plaisir, et par la négligence de la prière et des s a c r e m e n t s . Sois « fort d a n s la foi, » mon c h e r enfant, afin de ne pas te laisser dévorer. Ravive tous lea jours ta foi. au d é m o n , aux ruses et a u x pompes du démon, et aux œ u v r e s mortelles qu'il voudrait te faire faire, c'est-à-dire à toutes sortes de péchés. De m ê m e que Jésus-GrmisT. vivant d a n s nos â m e s par' sa sainte grâce, se mêle pour ainsi dire à toute notre vie, pour tout éclairer, tout vivifier, tout sanctifier; de même aussi, le démon c h e r c h e à se mêler à tout, p o u r tout corr o m p r e et pour tout faire servir à notre perte.

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Écoute -une belle parole de saint A u g u s t i n à cet égard : « Quoi de plus pervers, de plus malfaisant q u e le d é m o n , notre ennemi ? Dans toutes nos œ u v r e s , il a semé la zizanie. Voyez plutôt : d a n s le m a n g e r , il a c a c h é la g o u r mandise ; d a u s le travail, il a semé ta p a r e s s e ; d a n s les richesses, l ' a v a r i c e ; d a n s les rapports sociaux, la h a i n e et la jalousie ; d a n s l'autorité, L'orgueil; d a n s le c œ u r , les mauvaises pensées ; s u r les lèvres, le m e n s o n g e ; et, dans tous nos m e m b r e s , des opérations coupables, avec les attraits du mauvais plaisir. Éveillés, il nous pousse au mal ; endormis, il n o u s d o n n e des songes h o n t e u x . Joyeux, il n o u s porte h la dissolution; tristes, au découragement et au désespoir. Pour tout dire en* un mot, tout ce qui se fait de mal d a n s le monde est un effet de sa perversité. » lit il diversifie sus poisons avec un arl véritablement infernal. S» s e r v a n t de nos tendances naturelles, d e s défauts de notre t e m p é r a m e n t , de toutes les c i r c o n s t a n c e s qui se présentent d a n s notre vie de c h a q u e j o u r , le vieux Serpent devine à qui il doit p r é s e n t e r l'amour des r i c h e s ses; à qui les attraits de la g o u r m a n d i s e et de l ' i n t e m p é rance; à qui les excitations de la volupté sous telle ou telle f o r m e ; à qui le venin de la jalousie. I l c o n n a i t c e l u i qu'il faut troubler p a r des idées noires ; il c o n n a î t celui qu'il faut abattre par la c r a i n t e , fatiguer par les s c r u pules, et dégoûter ainsi de la prière, de la piété, de la confession et de la c o m m u n i o n . 11 c o n n a î t celui qui se laissera plus a i s é m e n t fasciner par le m i r a g e des illusions et des a p p a r e n c e s brillantes. E n c h a c u n de nous, il s'efforce de démêler les p e n c h a n t s et les préoccupations, de scruter les affections ; et là. où il découvre les préférences de chacun, là il c h e r c h e u n e occasion de n u i r e . Et voilà, m o n brave enfaul, l'affreux scélérat qui perd

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LE JKULVK OUVRIER CHRETIEN. —

IX.

le m o n d e depuis six mille a n s bientôt, qui a séduit et qui c o n t i n u e à séduire les h o m m e s par millions, p a r centaines de millions, qui perd les j e u n e s gens «avec plus de facilité encore que les nu 1res, qui t'a déjà j o u é à toi-même quantité d é t o u r s pendables... E t l ' o n n'y croit pas ! Et toi, tu n'y crois peut-être pas b e a u c o u p plus que les a u t r e s ! N'est-ce pas de la folie? je te le d e m a n d e d e v a n t le bon DIEU. A l'avenir, sois plus fidèle que par le passé, m o n pauvre J a c q u e s ; sans cela tu finirais par le laisser escamoter et e n t r a î n e r en enfer, c o m m e t a n t d'autres. N'oublie jamais qu'en ce monde tu es un petit voyageur et que dans le c h e m i n où il te faut passer pour aller à DiEr\ il y a un grand n o m b r e d'endroits scabreux, des forêts, des montagnes, hantées par des b r i g a n d s : ils sont à l'affût des voyageurs imprudents qui ont oublié de se m u n i r de leurs a r m e s ; et ceux-là. ils les détroussent s a n s peine, les volent et les tuent. Tes a r m e s , mon g a r ç o n , tes armes que tu ne dois j a m a i s déposer pour peu q u e tu tiennes à ta bourse et à la vie, eu sont les mille p r é c a u t i o n s de la vigilance chrétienne, la fuite des occasions dangereuses, l'habitude du tmva.il: c'est la prière et l'attention habituelle à la présence de D I E U ; c'est la fréquentation bien régulière et bien fidèle do la confession el de la commuoion; c'est la sanctification de tes d i m a n c h e s ; c'est la compagnie de bons camarades., choisis avec; soin, éprouvés, solidement d é v o u é s ; c'est,en un mot, tout l'ensemble d'une vie véritablement c h r é t i e n n e . Que la bonne Sainte-Vierge et saint Joseph daignent l'accompagner dans ce voyage si périlleux de la vie! Qu'ils daignent proléger et garder ton â m e , c o m m e jadis Us ont gardé et protégé contre tout d a n g e r la jeunesse el l'adolescence du j e u n e ouvrier de Nazareth, ton modèle, ton Sauveur el ton IHKU !

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XVI
D e l'esprit d e foi à la mort et au jugement*

La certitude de la m o r t est si claire, si évidente, q u ' à première vue il s e m b l e inutile de d e m a n d e r à un h o m m e sensé s'il y croit tout de bon. Tu as sans doute entendu raconter, m o n bon petit Jacques, la ridicule a v e n t u r e que l'on prête à un p r é d i c a t e u r du- temps d u roi Louis XJ. Ce roi n'était pas c o m m o d e ; on tremblait d e v a n t lui. Le prédicateur parlait de la mort, et avait devant lui le roi et toute la cour. « Nous m o u r r o n s tous, mes frères: s'écria-t-il d'une voix t o n n a n t e ; oui, t o u s ! » Mais a p e r cevant le roi qui fronçait légèrement le sourcil et le r e gardait d'un certain œil m e n a ç a n t , il c r u t p r u d e n t de se reprendre e t ajouta d'un ton pénétré : « Tous, ou p r e s q u e tous. » fin théorie, tout Je monde croit à la m o r t . Dire à q u e l qu'un : « Mon cher, vous mourrez un j o u r , » ce serait lui dire u n e vérité de « M. de la Palisse; » et il n'est personne, quelque a b s u r d e , quelque fou q u ' o n le suppose, qui ne s'apercevrait du p r e m i e r coup q u ' o n se m o q u e de lui, si on voulait lui Faire croire qu'il n e m o u r r a pas. Donc, tout le m o n d e y croit f e r m e m e n t ; tout le m o n d e , sans exception. Mais, dis-moi, mon enfant, combien y en a-t-il qui y croient pratiquement, c'est-à-dire à qui cette g r a n d e vérité est si présente, qu'ils vivent c o m m e devant m o u r i r , et surtout c o m m e pouvant m o u r i r d a n s un temps plus ou m o i n s rapproché, d a n s quelques m o i s , dans quelques semaines, d e m a i n peut-être, et m ê m e a u -

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ilï.

j o u r d ' h u i ? Combien y en a-t-il? Sur mille j e u n e s g e n s , il n ' y e n a peut-être pas trois. Et toi-même, mon garçon, j e parie qu'il ne l'est peut-être pas e n t r é deux fois dans l'idée, en toute ta vie, que toi, qui est là, gros et gras, bien vivant, leste, gai, farceur, tu pourrais parfaitement, d a n s le courant de la s e m a i n e , m o u r i r de je ne sais quel accident, être porté à l'église et au cimetière, pendant q u e ton âme paraîtrait d e v a n t le bon DIEU, serait jugée bel et bien, et sauvée ou d a m n é e a tout j a m a i s , pour toute l'éternité. Qu'est-ce que cela veut dire? Gela veut dire tout s i m plement que si Ton croit en théorie à la mort, on n'y croit pas en pratique, on n'a point d'esprit de loi à la mort, et encore m o i n s au j u g e m e n t . La preuve, ce sont tous les beaux projets que chacun de nous l'orme pour un avenir plus ou moins éloigné. « L'année p r o c h a i n e , dans deux ans, dans cinq a n s , je ferai ceci, j ' i r a i là, j e m'établirai, etc. » Et les trois q u a r t s du temps, la m o r t arrive a u p a r a v a n t , coupant c o u r t à tous nos rêves. L'année dernière, j e voyais à Paris u n pauvre, garçon de dix-sept ans et d e m i , bon c a m a r a d e , fort c o m m e un Turc, plein de gaieté, d'entrain, de s a n t é ; il voulait se faire militaire ; il parlait de ce qu'il ferait, de ce qu'il ne ferait pas, quand il a u r a i t vingt-trois ou vingt-quatre a n s . Au m o m e n t où j e t'écris cela, il vient de m o u r i r . 11 y a quelques a n n é e s , à la c a m p a g n e , un j e u n e garç o n de ferme allait se baigner un d i m a n c h e m a t i n avant la Messe. Le pied lui m a n q u e ; il glisse dans la rivière, e n c o r e tout habillé. Y avait-il là un trou? u n tourbillon? ou bien le pauvre j e u n e homme fut-il s u b i t e m e n t pris d ' u n e c r a m p e ? Ce qui est certain, c'est que, lorsqu'on v i n t à son secours, il était morl, parfaitement m o r t . Il avait vingt ans à p e i n e . Si on lui avait dit la Abeille •

LA KO*

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« Mon bon a m i , il faut penser sérieusement au j u g e m e n t de DIEU. Qui sait si tu ne m o u r r a s pas bientôt? Demain, peut-être, tu seras d e v a n t DIUU ; » je gage qu'il aurait dit, ou du moins qu'il aurait pensé : « C'est bien possible; mais je n'en crois rien. » Un autre, c h a r m a n t g a r ç o n , qui faisait, lui aussi, mille beaux projets d'avenir, quittait Paris Tannée d e r n i è r e , la veille de l'Assomption, pour aller p r e n d r e ses vacances. Dans l'après-midi de la fête, un a m i propose u n e partie de bain dans la Loire, laquelle baignait leurs j a r d i n s . Ils étaient tous deux très bons n a g e u r s . L'ami se jette à l'eau le p r e m i e r ; après quelques brassées, il se r e t o u r n e ; il aperçoit, flottant sur l e a u le chapeau de paille de son compagnon... Il s é l a n c e ; il plonge, il replonge : p l u s personne. Quelques heures après, on retrouva le cadavre du pauvre noyé, engagé d a n s de g r a n d e s h e r b e s . Il y a quelque temps, dans un lycée de Paris, un collégion, âgé de quatorze à quinze ans, faisait une partie de barre. En c o u r a n t , il s'accroche le pied à une petite racine qui sortait de t e r r e ; il tombe et se brise le cVàne contre l e m u r . l l n ' c u t pas m ê m e le t e m p s d e p o u s s e r u n c r i Les morts subites et imprévues sont à l'ordre du j o u r . C'est effrayant. Et, parmi ceux qui en sont victimes, combien y en a-t-il qui sont prêts à paraître au t r i b u n a l du souverain J u g e ? Toi-même, m o n enfant, si tu mourais cette nuit, ce soir, serais-tu prêt? Si, d e m a i n m a t i n , en te trouvait m o r t dans ton lit? Quelle folie, c e p e n d a n t , que de ne pas traiter plus sérieusement d'aussi g r a n d e s choses! On peut m o u r i r à toute heure ; on n e m e u r t q u ' u n e lois; et après la mort, le jugement! le j u g e m e n t pour l'éternité! On le croit, et on n'y pense pas. On a la foi, on n'a point l'esprit de foi ; et à cause de cela on risque de se perdre pour toujours.

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II.

Nous le savons : au m o m e n t m ê m e de uotre m o r t , au m o m e n t où notre âme cessera d ' a n i m e r notre corps, elle c o m p a r a î t r a aussitôt devant JÉSUS-CHRIST, son DIEU et son J u g e , qui a été le témoin de toutes ses pensées, de toutes ses volontés^ de tous ses désirs, de toutes ses paroles, dp tous ses actes, bons et m a u v a i s . D ' u n seul coup, et comme en un clin d œil, tout sera vu, pesé, j u g é . Satan, le grand accusateur des h o m m e s qu'il est p a r v e n u à séduire, sera là, au passage du temps à l'éternité, et il l'appellera tout le passé, du moins le passé que n ' a u r o n t point effacé le repentir et l'absolution s a c r a m e n t e l l e . Malheur à l'âme coupable et i m p r é v o y a n t e ! C'est d'elle qu'il est é c r i t : « 77 est horrible de tomber entre les mains du DJEU vivant. » Qui pense à cela? Surtout p a r m i les j e u n e s g e n s , combien en c o n n a i s - t u , mon pauvre Jacques, qui v i v e n t habituellement dans la crainte de la m o r t et des j u g e m e n t s
de D I E U ?

« Alors il faut d o n c toujours penser à la m o r t ? » — Je ne dis pas cela. Ce que j e dis, c'est qu'il faut y penser assez pour vivre c o n s t a m m e n t dans la crainte d u péché et s'efforcer ainsi de d e m e u r e r toujours, entends-tu bien? toujours, toujours d a n s la g r â c e du bon DIEU. Ce que je dis, c'estque, si on a le m a l h e u r de faire u n e faute grave, il faut s'en repentir i m m é d i a t e m e n t , et aller s'en confesser h u m b l e m e n t dès qu'on le peut. Si cela n'est p a s toujours commode, c'est toujours nécessaire ; et il v a u t cent mille fois mieux s'imposer cette règle de salut, q u e de risquer u n e m a u v a i s e m o r t et une mauvaise é t e r n i t é . Je te le demande : les j e u n e s gens q u i restent des semaines, quelquefois m ê m e des mois entiers en état de p é c h é mortel, croient-ils tout de bon, croient-ils s é r i e u s e m e n t à la m o r t et aux terribles j u g e m e n t s de D I E U ? En u n mot, ont-ils l'esprit de foi?

LA
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FOI

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Un g r a n d saint du v siècle, n o m m é s a i n t Jean Climaque, qui passa pros de v i n g t a n n é e s an milieu de ces admirables solitaires de la Thébaïde dont tu as sans doule e n t e n d u parler, raconte à ce sujet un fait effrayant, dont il avait été le témoin oculaire. Un Religieux, n o m m é Ifézychius, vint à t o m b e r malade et fut bientôt réduit à l'extrémité. On lui d o n n a les derniers sacrements, et, s u i v a n t l'usage de ces monastères, on retendit à terre, sur une p a u v r e natte, couvert d'un cilice, en signe de p é n i t e n c e . Tous ses Frères étaient en prières a u t o u r de lui, a t t e n d a n t son d e r n i e r soupir. S a i n t Jean Glimaque était là présent, et priait avec les autres. Tout à coup, le m o r i b o n d ouvre de g r a n d s yeux, et, avec u n e expression indicible de terreur, il se m e t sur son séant, et reste l o n g t e m p s , les bras é t e n d u s en croix, tout t r e m b l a n t , sans pouvoir articuler un m o t . Tous les assistants, stupéfaits, ne savaient que penser. Alors l'Abbé, s ' a p p r o c h a n t d ' H é z y c b i u s , lui c o m m a n d a , au n o m de l'obéissance, d e dire ce qui fixait ainsi ^on esprit et ses regards. « Le Seigneur a eu pitié de m o i , répondit le p a u v r e Religieux; j ' a i comparu à son tribunal, mais la Bienheureuse Vierge MARIE a o b t e n u p o u r moi un sursis, pour que j'aie le temps de faire u n e p é n i t e n c e plus parfaite. » Et se p r o s t e r n a n t la face c o n t r e terre, il s'écria : « Oh ! si les h o m m e s savaient c o m b i e n sont r e doutables les j u g e m e n t s de DIEU ! Si les h o m m e s savaient ce que c'est que de p a r a î t r e devant DIEU ! » Toute la Communauté était glacée d'effroi, et chacun se retira plein de componction, et bien décidé à redoubler de pénitences, de mortifications et de ferveur. Quant à Hézychius, il d e m a n d a et o b t i n t que la porte de sa petite cellule fût m u r é e , et que ses j o u r s et ses nuits fussent consacrés d é s o r m a i s , sans i n t e r r u p t i o n , à la m é -

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ditation de la mort et des j u g e m e n t s de DIEU. Chaque jour, un Frère lui passait, à travers u n e petite ouverture, un peu de pain et d'eau; et les d i m a n c h e s , le prêtre apportait de m ê m e la très sainte C o m m u n i o n . Des années se passôreut de la sorte. Un jour, le Frère trouva intacte, sur le bord de la petite o u v e r t u r e , l ' h u m ble provision qu'il y avait déposée la veille. Il appela Hézychius : pas de réponse. [1 courut aussitôt avertir le Père Abbé, qui convoqua la. C o m m u n a u t é , fit enfoncer la porte, et trouva le saint P é n i t e n t étendu à terre, sans mouvement. Il était à l'agonie. Après qu'il lui eut a d m i nistré les derniers s a c r e m e n t s de l'Église, l'Abbé l'adjura de laisser à tous ses Frères, a v a n t que de les quitter, quelques paroles d'édification. Et alors, r a n i m a n t ses forces, Hézychius, les y e u x levés au ciel et le visage baigné de l a r m e s , répéta plusieurs fois de sa voix m o u r a n t e : « Oh! si les h o m m e s savaient ce que sont les j u g e m e n t s de DIEU !... Jamais ils n'oseraient pécher. » El il expira. A toi, mon bon enfant, de recueillir cette parole, de r a n i m e r profondément, et pour toute ta vie. d a n s ton esprit et d a n s ton cœur, la foi vive à la mort et a u x j u g e ments de DIEU, de t'en souvenir lorsque tu seras tenté de mal faire. Oh! si nous avions un peu de foi, si nous croyions tout de bon que, d'un m o m e n t à l'autre, nous pouvons mourir et être jugés, j a m a i s , non j a m a i s n o u s ne pourrions offenser le souverain Juge l

LA TOI

xvn
De l'esprit de foi à l'enfer.

Voici encore u n e de ces g r a n d e s vérités auxquelles on ne croit presque plus en p r a t i q u e . Les prêtres e u x - m ê m e s ne la p r ê c h e n t plus assez, c o m m e le disait n a g u è r e le saint Pape P m IX à u n m i s s i o n n a i r e de mes a m i s : « Parlez beaucoup des fins d e r n i è r e s et des g r a n d e s vérités d u salut, lui disait-il ; surtout parlez souvent de l'enfer. Rien n'est plus capable de convertir les pécheurs et de sauver les âmes. Et dites bien t o u t ; point de cachotteries! » Une sainte Religieuse qui est tout spécialement chargée d'aider, d a n s u n couvent de Paris, les dames du m o n d e à taire des retraites, disait é g a l e m e n t q u ' u n e longue expé rience lui avait d é m o n t r é la vérité de cette parole du Saint-Père, et qu'en insistant sur la méditation de l'enfer, du feu de r e n i e r , du feu éternel de l'enfer, elle a r r i v a i t presque toujours à d é t e r m i n e r les âmes à e m b r a s s e r sérieusement la vie et les vertus chrétiennes. Mon bon Jacques, il en est de l'enfer c o m m e des autres vérités, catholiques dont n o u s avons déjà parlé : on l'oublie, on n'y pense pas; surtout on vit c o m m e s'il n'y en avait pas. Les étourdis qui passent leur temps à faire la noce, à s'amuser, à faire en r i a n t trente-six sottises, m e font l'effet de gens qui d a n s e r a i e n t sur la corde, sans le moindre balancier, au-dessus d'un abîme de feu. Ils ont quatre-vingt-dix-neuf c h a n c e s s u r cent d'y t o m b e r au premier faux p a s ; et q u a n d on les regarde, on ue cum-

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II.

prend réellement pas c o m m e n t il peut en échapper un seul. Oui, en ce monde, les p é c h e u r s , c'est-à-dire les g e n s si n o m b r e u x qui vivent h a b i t u e l l e m e n t dans le péché, sont des fous qui dansent sur u n volcan. L'enfer est là, ouvert sous leurs pas; ils savent qu'il existe ; q u a n d on les interroge sérieusement, ils avouent qu'ils y c r o i e n t ; et chose absolument inconcevable! ils s ' e n d o r m e n t tranquillement s u r le bord de ce gouffre de feu, d a n s lequel ils courenl g r a n d risque de se réveiller. N'est-ce point de la folie? Que dirais-tu, m o n enfant, à u n c a m a r a d e qui exposerait ainsi sa vie? « À quoi penses-tu d o n c , i m b é c i l e ? lui crierais-tu en te j e t a n t s u r lui et en Je t i r a n t bon g r é . m a l grr en arrière: Veux-tu donc t o m b e r d a n s le feu? As-tu pendu ]a tète? » Et ce serait le cri du plus vulgaire bon sensOr, il ne s'agit pas ici de tomber dans u n brasier pour Y être brûlé, asphyxié, dévoré en quelques m i n u t e s (et cep e n d a n t cela v a u d r a i t déjà la peine d'y regarder) : il s'agit de tomber dans u n a b î m e de feu éferml, où Ton vivra, où l'on brûlera, où Ton souffrira toujours, p e n d a n t toute l'éternité, sans o m b r e de soulagement, s a n s fin. L'existence de l'enfer est de foi. 11 est de foi, de foi révélée qu'il y a u n enfer, u n enfer de feu, u n enfer de feu éternel, inextinguible, où seront jetés, pêle-mêle avec les démons, et où b r û l e r o n t toujours les réprouvés, c'est-àdire les h o m m e s q u i , m é p r i s a n t la grâce et l'amour de JBSUS-CHRIST, a u r o n t vécu d a n s le mal et a u r o n t été trouvés, au m o m e n t de la mort, en état de péché mortel. Privés de DIEU, ils seront là, d a n s le supplice éternel, dans les ténèbres,, a b î m é s d a n s le désespoir et d a n s la rage, damnés parce qu'ils l'auront voulu. Je le répèle, tout cela est de foi. C'est DIEU m ê m e qui nous l'a dit, afin de nous sauver ; et il c o n t i n u e de nous

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l'enseigner par la b o u c h e infaillible de son ttglise. C'est lui qui n o u s a dit : « Lequel d'entre vous pourra habiter dam le Jeu dévorant, dans les flammes éternelles? Il vaut mieux vous arracher l'mi droit, la main droite, le pied droit, c'est-à-dire ce que vous avez de plus cher, plutôt tfue d'être jeté dans Vabhite de feu, là oti lr jeu ne s éteint pas, et où le remords ne meurt point. Là, toute victime sera pénétrée et conservée par le feu. » Et il n o u s d o n n e d a n s l'Évangile la formule m ê m e de l'épouvantable sentence qui, au j u g e m e n t d e r n i e r , précipitera les r é p r o u v é s d a n s les brûlants abîmes de l'enfer : « Retirez-vous loin de moi. maudits ; allez dans le feu éternel* qui a clé préparé pour Satan et ses démous. » El. il ajoute : « Et ils iront dans Iv •I supplice éternel, tandis que tes justes entreront dans la » nie éternelle. » E n t e m i s - t u . mon Jacques? C'est l'iufaillible vérité, c'est JISSUS-CHRIST qui parle ici. « Le ciel el la lerre passeront, mais sa. parole ne passera point. » Il y a d o n c un enfer. Mon DIEU ! quel c h a n g e m e n t subit s'opérerait dans le m o u d e , si tous les h o m m e s se trouvaient tout à coup pénétrés d'une foi vive à cette g r a n d e vérité de l'enfer! S u r cent personnes qui vont et viennent, cherchant le plaisir ou l'intérêt ou le mal, plus de q u a t r e vingt-quinze s'arrêteraient tout court, r e b r o u s s e r a i e n t chemin, et s'en iraient droit к l'église, d e m a n d a n t pardon de leur vie passée, p r o m e t t a n t de s'amender à Га venir, cl n'ayant point de repos qu'elles ne fussent confessées el eussent reçu l'absolution. Les trois quarts des estaminets, des c a b a r e t s et des a u b e r g e s , tous les bals publics, toutes» k's mauvaises m a i s o n s , e t c . , fermeraient aussitôt b o u t i q u e ; et le.quatrième q u a r t ne Ferait plus ses frais. Qut de restitutions! Que de réconciliations! P l u s , ou presque plus d e procès; la g e n d a r m e r i e et la police deviendraient punr ainsi dire u n luxe inutile. Plus de r e c r u t e m e n t pour
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II.

les prisons ni pour les bagnes. Plus de g u e r r e ; par cons é q u e n t plus d'armée p e r m a n e n t e ; plus de révolutions; presque plus de journaux. La c r a i n t e sérieuse d'aller brûler un jour en enfer suffirait, à elle seule, pour faire de la terre une sorte de paradis. Voilà pour l'ensemble, voyons un peu le particulier. L'esprit de foi à Tenter m é t a m o r p h o s e la vie d ' u n jeune h o m m e , comme elle m é t a m o r p h o s e r a i t la face du monde. En vrai petit chrétien que tu es, mon bon Jacques, tu crois à l'enfer et à ses peines éternelles épouvantables, non pas seulement en théorie, mais eu pratique. Tu sais qu'il existe, et a tout prix, tu es décidé à n ' y pas tomber. Dans tes tentations, tu y penses aussitôt. « Pas si bête que de risquer d'aller brûler là-bas, pour u n m é c h a n t plaisir de quelques m i n u t e s ! » Voilà ce qui te vient immédiatement à l'esprit; et d e v a n t le feu de l'abîme, le feu de la passion s'apaise bien vite. La chasteté trouve dans la pensée de l'enfer sou préservatif le plus énergique peutêtre. « C'est plus fort que moi, m u r m u r e la passion, — Tu m e n s , répond v i v e m e n t la foi en m o n t r a n t à la volonté hésitante les gouffres brûlants de l'enfer. Lequel est le plus dur, de supporter cette petite lutte de quelques m o ments, ou bien d'endurer, p e n d a n t les siècles et les siècles de l'éternité, les horribles t o u r m e n t s d'un feu qui te dévorera sans te c o n s u m e r , qui te brûlera tout spécialement dans ta chair, i n s t r u m e n t de ton p é c h é , et qui te suppliciera sans répit, sans fin, toujours, toujours? » Un mauvais c a m a r a d e cherche à l'entraîner au cabaret, au bal public, ou pis e n c o r e ? La pensée de l'enfer te traverse l'esprit, et cela suffit pour te faire dire sans hésiter au bon apôtre du d é m o n : « Merci. Au plaisir de n e pas te revoir ! » Et il en est de m ê m e p o u r tes tentations de vol, de vengeance, etc.

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.le mets en fait que si, DIEU aidant, tu te rappelles souvent le feu de l'enfer, rien ne te sera plus facile, mon brave enfant, que de fuir les mauvaises c o m p a g n i e s , de Le moquer du respect h u m a i n , de g a r d e r Les m œ u r s et le jour et la nuit, de d e m e u r e r fidèle au P a t r o n a g e , au Cercle, de fréquenter e x a c t e m e n t et avec ferveur les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie, où ta foi se ravivera sans cesse et puisera de nouvelles forces. 1 te sera très . 1 facile de refuser les offres les plus séduisantes, soit pour une position, soit p o u r un m a r i a g e , lorsque tu t'apercevras que ton salut éternel doit y être c o m p r o m i s ; les Sacrifices les plus pénibles n e cessent-ils pas tout n a t u rellement de peser d a n s la b a l a n c e , lorsque d a n s l'autre plateau vient se placer, a r d e n t , épouvantable, le feu de l'enfer éternel ? Tels sont, mon Jacques, les salutaires effets de l'esprit de foi vis-à-vis de la g r a n d e vérité des peines de l'enfer. Crois-y fermement et p r a t i q u e m e n t , etfje te r é p o n d s de ton salut.

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De l'esprit de foi au Purgatoire et a u x Indulgences.

Il en est à peu près du P u r g a t o i r e c o m m e de l'enfer : on y croit, m a i s on n'y pense guère. Et p a r m i c e u x qui y pensent, il en est b e a u c o u p qui en p r e n n e n t leur parti, fort à leur aise. « Bah, disent-ils ; tout le m o n d e y passe plus ou moins : j ' y passerai c o m m e les a u t r e s . Après tout, on en sort. »• Et s u r ce, les mille défaillances de la vie c h r é t i e n n e passent à peu près i n a p e r ç u e s ; on c o m -

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1.E JEUNE OUVRIER CHRETIEN- — 11.

m e l l e péché véniel, c o m m e si ce n ' é t a i t rien du t o u t ; on se contente d'éviter certaines grosses finîtes par trop g r a v e s , et encore ! Quant à faire p é n i t e n c e , c'est le inoindre des soucis; et lorsqu'il s'agit de faire quelque m a l bien attrayant, on n'hésite pas, et l'on se dit : » J'en serai quitte pour me confesser. » Non pas, non pas, m e s petits a m i s ! Vous n'en serez pas quittes pour vous confesser. Si vous vous confessez sincèrement, DIKU VOUS r e m e t t r a sans doute la peine éternelle due a vos péchés ; mais il vous restera la peine temporelle, il vous r e s t e r a le Purgatoire. Ceci est de foi. Or, vous vous trompez l o u r d e m e n t si vous vous imaginez que, parce qu'elle est temporelle et finie, cette peine soit peu de chose. D'abord elle p e u t d u r e r longtemps, très l o n g t e m p s ; elle peut d u r e r des a n n é e s et dessiècles. Il y a eu là-dessus des révélations effrayantes, parfaitement a u t h e n t i q u e s . Ainsi, p o u r n'en citer q u ' u n e , au mois de n o v e m b r e 1859, u n e b o n n e Religieuse de Folignu, en Italie, apparaissait à une de ses c o m p a g n e s , pour implorer es prières et celles fie la C o m m u n a u t é , lui déclarant qu'elle était « c o n d a m n é e à passer quarante années dans les terribles llammes du Purgatoire pour n'avoir point fait p r a t i q u e r assez e x a c t e m e n t h ses S œ u r s la pauvreté religieuse. » En souvenir et en témoignage de la vérité de sou apparition, elle laissa i m p r i m é e profondém e n t sur uñe porte de bois, l'empreinte calcinée de sa m a i n d r o i t e ; et celte p o r t e et cette e m p r e i n t e , j e les ai vues en avril 187-V, j e lésai louchées de m e s m a i n s , moi qui te parle.
:

Quarante a n n é e s de Purgatoire p o u r n'avoir pas fait pratiquer la pauvreté avec assez de perfection! Qu'en sera-t-il done, mou UIKU ! de ees g r a n d e s , nombreuses,

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houleuses fautes contre la p u r e t é , de ces habitudes coupables et invétérées, do ces blasphèmes quotidiens, de ces moqueries impies et scandaleuses qui sont à l'ordre du jour d a n s les ateliers, d a n s les cabarets, d a n s les c a l e s ? Qu'en sera-t-il de ces s e m a i n e s , de ces mois sans prière, de ces Messes si mM e n t e n d u e s et si facilement omises, de ces mille violations p l u s ou moins flagrantes du repos du d i m a n c h e , de ces habitudes d'intempérance, de ces colères, de ces indélicatesses de c h a q u e j o u r , de ces m e n songes si p r o m p t s , si faciles, de ces transgressions si communes des c o m m a n d e m e n t s de l'église, sur le m a i gre, s u r le j e u n e , s u r la p é n i t e n c e ? Une fois confessés et pardonnes, toute cette m u l t i t u d e de pèches exigent de la justice et de la sainteté de D I E U , une expiation proportionnée à leur g r a v i t é . Kl c o m m e presque personne ue songe ii les expier sur la terre par nue pén-itence sérieuse, il y faut de toute nécessité le Purgatoire. Qui peji.se à cela? Toi. m o n pauvre enfant, y pen^es-tu? Ce n'est pas tout. Non seulement le Purgatoire peut durer des a n n é e s et des siècles; mais en outre ou y brûle. Oui, on y brûle, c o m m e en enfer. Le feu du Purgatoire est le m ê m e que celui de l'enfer. C'est un fou corporel et spirituel tout ensemble, un feu réel (et ceci, est encore de foi révélée), un feu réel et s u r n a t u r e l , qui pénètre'les â m e s , et les brûle sans les c o n s u m e r . ïl ne fait que les purifier par la souffrance, (.l'est un feu intelligent qui puniL et purifie c h a q u e aine par où elle a péché ; et cette purification est si douloureuse, que le grand Docteur saint T h o m a s d'Aquin déclare, après saint Augus • j,in, que ce feu sera plus terrible que tout ce q u e l ' h o m m e peut souffrir en cette vie ; de sorte que tous les supplices et toutes les souffrances des m a r t y r s e u x - m ê m e s ne sauraient lui être comparés. Et voilà avec quoi l'on semble jouer! Voilà de quoi l'ou n e s'occupe p a s !
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Ce qui le prouverait, au besoin, c'esl l'incroyable négligence d'une quantité de c h r é t i e n s , relativement aux Indulyencps. Tu sais, m o n cher J a c q u e s , ce que sont les Indulgences? C'est la rémission toLale ou partielle des peines temporelles dues à nos péchés véniels d'abord, et puis à nos péchés mortels lorsqu'ils ont été pardonnées au sacrement de la Pénitence et non suffisamment expiés. La rémission totale s'appelle Indulgence plén i è r e ; la rémission partielle s'appelle l n d u l g e n c e partielle- Les Indulgences sont au S a c r e m e n t de Pénitence et à l'absolution ce que la queue d ' u n e c o m è t e est à la comète. Biles c o m p l è t e n t l'œuvre c o m m e n c é e du pardon; et, comme tout pardon, elles d é c o u l e n t des mérites infinis de JÉSUS-CHRIST notre Rédempteur. Elles sont le dernier mot des miséricordes divines à l'égard du pauvre pécheur. Quand on a le b o n h e u r de g a g n e r u n e Indulgence plénière, on n ' a plus rien à p a y e r à la justice divine, et si l'on venait à mourir en cet état, on irait droit au ciel. (Je point est de foi. « Mais pour g a g n e r u n e i n d u l g e n c e plénière, il faut être si pariai 1 ! On dit que c'est quasi impossible. » — Ce sont les j a n s é n i s t e s qui ont r é p a n d u ce mauvais bruil-là.-11 est p a r f a i t e m e n t possible à tout enfant de l'Église, bien disposé, de gagner nue i n d u l g e n c e pjénière Pour cela, il faut, et il nef fit : l d'être en état de g r â c e ; 2° de se repentir s i n c è r e m e n t de toutes ses fautes, sans exception, et par a m o u r pour Notre-Seigneur ; 3° d'être bien décidé à faire tout son possible pour les éviter à. l'avenir ; 4° d'avoir la ferme volonté d'en faire pénitence de son m i e u x ; 5° de réciter en entier la prière pour gagner l'Indulgence. Voilà ce qu'il faut, mais voilà aussi ce qui suffit. L'Église est une b o n n e Mère, et ne nous propose pas
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l'impossibilité. Sans doute, p o u r g a g n e r l'Indulgence piénière, il faut d'excellentes dispositions de conscience-, et une volonté très ferme d'éviter le plus possible toutes sortes de fautes ; mais ces dispositions el. cette sincère bonne volonté sont, DIEU m e r c i , à n o t r e portée à tous. Après u n e b o n n e confession, après une c o m m u n i o n bien pieuse et bien cordiale, il est facile de p r é s e n t e r au bon DIEU un c œ u r très pur, et de g a g n e r ainsi lu magnifique grâce de l'Indulgence piénière. Dans tous les cas, lorsque, pour u n e raison ou pour une autre, on ne g a g n e pas d a n s son entier l ' i n d u l g e n c e piénière, on en g a g n e toujours une partie plus ou moins considérable; et loin de n o u s décourager, la difficulté doit n o u s pousser à en g a g n e r le plus g r a n d n o m b r e possible- Dans une affaire de c o m m e r c e , où l'on peut g a g n e r 100,000 francs, s'avise-t-on de renoncer à la chose p a r c e qu'on ne g a g n e r a peut-être que 60. 50, ou m ê m e seulement 30,000 francs? L'Eglise nous excite, la.nt qu'elle peut, à g a g n e r beaucoup d ' I n d u l g e n c e s , tant plénières que partielles. Elle les multiplie pour ainsi dire sous nos pas, de (elle sorte qu'on est v é r i t a b l e m e n t inexcusable si l'on va en P u r g a toire : on n'a qu'à se baisser pour ramasser ces précieux trésors. Voici un h o m m e c o n d a m n é pour dettes à dix, quinze, vingt, trente ans de prison. Au m o m e n t où les g e n d a r m e s viennent le p r e n d r e , son j u g e , qui est aussi riche que bon, vient lui dire ; « Mon p a u v r e ami, j ' a i pitié de vous ; je veux vous éviter cette p r i s o n . Voici que, sur votre chemin, j e vais semer des pièces d'or et d ' a r g e n t et des billets de b a n q u e . Vous n ' a u r e z qu'à vous baisser pour les p r e n d r e . Il y e n a u r a bien plus qu'il n'en faut pour payer toutes vos dettes. Pour moi, j e vais vous attendre

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à la porte de lu prison ; et si, c o m m e je l'espère, vous avez profité de mes libéralités, vous serez en état de vous libérer complètement. » — Que dirais-tu de cet h o m m e , mon enfant, s'il était assez stupide, assez e n n e m i de luim ê m e pour arriver à la prison les m a i n s vides? Ainsi font cependant tous ceux qui vont brûler en Purgatoire, faute de s'être donné la j eine de se baisser en c h e m i n el de ramasser les trésors du bon DIEU, c'est-à-dire les Indulgences. Ranime donc ta foi, m o u c h e r petit J a c q u e s ; et désormais ne !>erds [ a s u n e occasion de g a g n e r les saintes Indulgences. Il y a des livres où l'on trouve les principales prières et œ u v r e s de piété que le Saint-Siège a enrichies d'Indulgences. Laisse-moi, en t e r m i n a n t , t'en indiquer quelques-unes p a r m i les plus pratiques. Tu peux gagner cent jours d'Indulgences toutes les fois que tu dis p i e u s e m e n t : « JKSU, miserere ! ô JÉSUS, m i s é r i c o r d e ! » — Cinquante j o u r s , q u a n d tu dis : « J É S U S , MAJUU ! • — > Soixante j o u r s , q u a n d tu dis : « JÉSUS, M A R I E , J O S E P H ! » — Trois cents jours, lorsque tu récites le Souvenez-vous, ou encore les Actes de foi, d'espéranve et de charité. — Vingt-cinq jours, q u a n d tu fais religieusement le signe de la Croix, en disant : « Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. » — Cinquante jours, q u a n t tu te signes ainsi avec de l'eau b é n i t e . — Un an, toutes les fois que tu baises, avec religion un crucifix bénit et indulgcuoié. etc. Du courage donc, m o n brave e n f a n t ! Pense souvent aux flammes du Purgatoire. Sois bien résolu à p a y e r tes dettes eu ce m o n d e ; et, sur le seuil de l'éternité, tu entendras ton Juge et ton Sauveur te dire avec a m o u r la parole qui jadis tomba de ses lèvres divines : « Viens, mon enfant; ta foi t'a sauvé. Aujourd'hui m ê m e tu seras avec moi d a n s le Paradis. »

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XIX
D e l'esprit de foi A T Paradis. T

Un d e r n i e r échantillon des précieux fruits de l'esprit de foi dans un chrétien. Je veux parler de. la foi au Paradis, au ciel, à l'éternité b i e n h e u r e u s e . Veux-tu, mon bon petit J a c q u e s , un signe infaillible de la foi plus ou moins vive d ' u n chrétien p a r r a p p o r t au grand d o g m e de la vie éternelle? Veux-tu savoir s'il croît pratiquement à cette parole, qu'il récite tous les jours, matin et soir : «-Credo... vifam relernam : je crois à la vie éternelle? » Parle-lui de quitter* la terre, pour aller avee le bon DIEU. Vingt et une fois sur vingt, tu v e r r a s un homme attrapé, désappointé, désolé, ayant g r a n d ' p e i n e à se résigner, et, c o m m e on dit, à faire son sacrifice." C'est absolument c o m m e s'il s'agissait de partir p o u r l'exil. Pour moi, j ' a i vu cela chez les meilleurs, et j e m e souviendrai toujours de l ' é t o n n e m e n t avec lequel j ' e n t e n d i s jadis' un bon et saint trappiste m o u r a n t faire d'étranges efforts pour se résigner à é c h a n g e r son atroce vie de pénitences, de jeunes, de veilles, d'austérités aussi incessantes qu'effrayantes c o n t r e . . . la béatitude du P a r a d i s ! Je le sais, môme pour les plus saintes g e n s , p o u r les Religieux, les Religieuses, il y a la crainte très légitime des j u g e m e n t s de DIEU, il y a l'horreur instinctive de la mort. P o u r les c h r é t i e n s vivant d a n s le m o n d e , il y a, en outre, d a n s ce m o m e n t solennel et u n i q u e , des liens souvent très chers à b r i s e r ; et quelque détaché que l'on soit de la terre, on n e peut se défendre de certains

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II.

attendrissements toujours fort douloureux, à la vue de ceux q u ' o n aime et que notre départ, m ê m e pour le ciel, va plonger dans une désolation très légitime. Néanm o i n s , j'affirme sans crainte q u e si les lumières d'une foi vive remplissaient et échauffaient p u i s s a m m e n t notre cœur, le bonheur d o m i n e r a i t de beaucoup la crainte, et r a p p r o c h e des joies éternelles r e m p o r t e r a i t a i s é m e n t sur les sentiments les plus légitimes de la n a t u r e . Hélas ! ici c'est encore la foi qui m a n q u e . On croit, et on ne croit pas; on sait, et on oublie. C'est désolant pour la direction et la sanctification de la vie. On s'habitue à vivre sur la terre, c o m m e si l'on devait y rester toujours, comme s'il n'y avait pas de ciel. On passe son cemps à s'arranger le plus c o m m o d é m e n t possible, h amasser pour l'avenir; quant à travailler, à a m a s s e r pour le ciel, quels sont ceux qui le font sérieusement? Sous ce rapport, la p l u p a r t des chrétiens ressemblent singulièrement à des v o y a g e u r s qui, montés en c h e m i n de fer, train express, p o u r aller r e t r o u v e r au plus vile ce qu'ils ont de plus c h e r , leurs parents, leurs enfants, leurs vieux amis, leur pays n a t a l , s'amuseraient si bien dans le trajet,s'occuperaient tant du paysage et des c o m p a g n o n s de route, s ' a r r a n g e r a i e n t si c o m m o d é m e n t d a n s les w a g o n s , qu'ils oublieraient complètement le but et le caractère de leur voyage. Arrivés à la station, au lieu de préparer leurs billets et leurs bagages, au lieu de saluer d'avance les amis, les p a r e n t s qui les a t t e n d e n t , ils se désoleraient d'être arrivés, voudraient bien ne pas descendre de voiture, et hésiteraient « à faire leur sacrifice ». Quelle anomalie! Et c o m m e ce serait flatteur pour Ja famille intime et la terre n a t a l e ! C'est p o u r t a n t ce qui se voit tous les jours d a n s le train express de cette vie, où n o u s ne sommes que des voyageurs, où nous n ' a v o n s

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point de d e m e u r e p e r m a n e n t e , où tout passe. Notre Père, qui est d a n s les cieux, et d o n t le r è g n e est enfin arrivé, Notre Roi et Sauveur JÉSUS-CHRIST, la SainLe-Viorge notre Mère d u ciel, les btons A n g e s et les élus, qui sont n o s amis et n o s frères, tous c e u x que nous avons aimés surla terre et qui nous ont devancés au P a r a d i s ; en un mol, notre b i e n h e u r e u s e famille de l'éternité est là p o u r nous recevoir; et au m o m e n t où elle s'apprête à n o u s faire les h o n n e u r s du ciel, n o u s n e pensons q u ' à r e g r e t t e r les bagatelles de la terre, les misérables o i g n o n s d'Egypte. Oh! que différentes sont les pensées des h o m m e s de foi, lorsqu'ils se trouvent en face de l'éternité bienheureuse.! Témoin u n saint h o m m e , ancien notaire à A m i e n s , nommé P i e r r j Moreau, d o n t la vie a d m i r a b l e a été écrite par u n Religieux, sou c o n t e m p o r a i n . Lorsque, à sa dernière maladie, on lui a p p r i t que le m o m e n t solennel du départ était venu, ce fut une véritable explosion d'actions de grâces, de joie, de b o n h e u r , d'amour. « Vous voici d o n c enfin a r r i v é e , s'écria-t-il d a n s d'incroyables t r a n s p o r t s , bonne éternité après laquelle j ' a i soupiré toute m a v i e ! O mon DIEU, mon DIEU, j e vais donc enfin vous voir, vous posséder pour toujours « Je vous salue, je vous donne par a v a n c e le salut de l'éternité, ô mon très doux Sauveur JÉSUS-CIIKIST, qui m'avez ouvert le ciel p a r votre passion et votre m o r t ! Vous m'avez, nourri de votre Corps et de votre S a n g p e n dant m a vie, et m a i n t e n a n t vous vous apprêtez à couronner m i s é r i c o r d i e u s e m e n t v o t r e œuvre en [n'appelant à vous pour p a r t a g e r votre gloire et votre béatitude éternelle... « Je v o u s d o n n e le salut de l'éternité, Bienheureuse Vierge, Mère de mon DIEU et ma Mère, q u e j ' a i toujours tant aimée, et que j e vais aimer, avec JÉSUS, éternellement, éternellement!...

« Je vous salue, mon grand et doux P a t r o n , saint Pierre, qui m'avez conservé toute ma vie d a n s la pureté de la fo catholique, et qui m a v e z lait a i m e r d'un filial a m o u r l'autorité de notre sainte Mère l'Église c a t h o l i q u e , dans le sein de laquelle j'ai toujours vécu et j e vais m o u r i r ! » Et le saint h o m m e , c o n t e m p l a n t des yeux de la foi, et saluant les uns après les a u t r e s les Anges et les Bienheu" reux auxquels il avait eu plus de dévotion ici-bas, rendit ainsi son dernier soupir, et e n t r a de plain-pied (du moins tout le monde le c r u t fermement) d a n s ce bon et beau Paradis, où, par la prière, par l'espérance et par les aspirations de son cœur, il avait d'avance vécu. J'en ai connu un a u t r e , un simple ouvrier, dont la vie s'était passée de m ê m e d a n s une union céleste avec JiisusCHÏUST, et qui, arrivé au j o u r du départ, e n t r e v i t de m ê m e , à travers les o m b r e s de la m o r t , les ravissantes splendeurs fin Paradis. (Juand il sen lit a p p r o c h e r sa dernière heviv, il se découvri! la lo!.e par respect. On l'entendait, au milieu du raie de l'agonie, répéter, ou plutôt m u r m u r e r ce saint appel : « dieux, ouvrez-vous !... dieux, ouvrez-vous!... dieux, ouvrez-vous! » Les yeux fixés au ciel et les m a i n s étendues vers son bon JÉSUS. qui descendait p o u r v e n i r le p r e n d r e , il faisait l'admiration de ceux qui e n t o u r a i e n t sa pauvre couche, et mourut ainsi paisiblement d a n s les e m b r a s e m e n t s de son
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Voilà de vrais c h r é t i e n s ! Voila de la foi, de la foi vivante et profonde, de la, foi c o m m e il nous en faudrait tous avoir, et comme il nous faut, mon enfant, la d e m a n d e r à Notre-Seigneur. Bienheureux seras-tu, mon très-cher Jacques, bienheureux en ta vie. bienheureux à ta m o r t , b i e n h e u r e u x en ton éternité, si, p a r la persévérance et la ferveur de tes

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prières, par ton a t t e n t i o n à éviter les m o i n d r e s petites fautes et à ne jamais déplaire v o l o n t a i r e m e n t au bon DIKU, p a r tes petites pénitences, par la fidélité à la grâce, par la régularité et la ferveur de tes r o m m u u i o n s , par ton a m o u r envers JÉSUS el MARIE, tu reçois de la bonté de Drjsu la grâce d'une foi très vive, qui éclaire toute ta vie et fasse de toi un de ces chrétiens excellents, c o m m e il y en a si peu, h é l a s ! et c o m m e il en faudrait beaucoup pour l ' h o n n e u r , pour le service de l'Église, et pour le relèvement de notre p a u v r e patrie.

CHAPITRE V
LES PÊCHES CONTRE LA FOI ET L'ESPRIT DE FOI

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De l'incrédulité, premier péché contre la foi.

• A la vertu de foi sont opposés u n certain n o m b r e de péchés sur lesquels j e v o u d r a i s , m o n c h e r J a c q u e s , attirer ton attention. De m ê m e que, d a n s u n tableau, l'ombre fait ressortir la l u m i è r e , de m ê m e les péchés opposés à la foi te feront m i e u x c o m p r e n d r e l'importance et la splendeur de cette g r a n d e vertu, qui est le fondement de la vie c h r é t i e n n e . Le premier péché contre la foi est l'incrédulité* L'incrédulité, c'est la révolte sacrilège de l'homme contre l'enseignement de DIEU et de son Christ. L'incrédulité, c'est le péché d'orgueil qui fait ressembler l ' h o m m e à Satan, et lui fait dire avec lui : « Je n e m e s o u m e t t r a i point. » L'incrédule est un h o m m e qui refuse de croire en Notre-Seigneur JÉSUS-CHRIST, en sa divinité, en ses adorables mystères. A la parole, à la révélatiou infaillibles de DIEU, il oppose i n s o l e m m e n t des négations. Il nie ce que JÊSUS-GHRIST affirme. « Qui est le Seigneur, dit-il,

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pour que f écoute sa parole? Je ne peux pas du Seigneur. » — 11 écarte ainsi JÉSUS-CHRIST, le DIEU vivant,-la Vérité, la Lumière du m o n d e , et, se m e t t a n t à sa place, il prétend être à lui-même sa lumière et son DIEU. En face de JÉSUS-CHRIST, qui parle et qui e n s e i g n e , Tincrédule, au lieu de croire et d'adorer, raisonne, ou plutôt déraisonne ; il méprise, il se moque. I] rit de notre divine religion, et se raille de nos espérances éternelles et de l'amour que DIEU a eu p o u r nous. L'incrédule est un g r a n d coupable et un g r a n d s o t ; u n grand coupable, parce que, c o m m e le dit Notre-Seigneur dans l'Évangile : « // ne croit pas au, Fils unique de DIEU, » résistant ainsi à la vérité, foulant aux pieds In g r â c e et le salut; u n g r a n d sot, parce que ses prétentions de l i b r e penseur sont s o u v e r a i n e m e n t ridicules, a c c o m p a g n é e s la plupart du temps d'une i g n o r a n c e pitoyable, et appuyées de r a i s o n n e m e n t s si a b s u r d e s , si étranges, que parfois on ne p e u t les entendre sans rire de pitié. Et ce que je dis là est aussi vrai de ceux que Ton appelle dans le m o n d e « des s a v a n t s , » que de Ja m a s s e des i g n o rants. Ces savants savent tout, excepté ce q u ' i J s d e v r a i e n t savoir a v a n t tout; et q u a n d ils discutent [religion, ils disent de grosses el d'inqualifiables bêtises. « Je n'ai jamais p u concevoir, me disait un jour u n e d a m e fort pieuse et fort instruite en m e parlant d ' u n docte a c a d é micien, je n'ai j a m a i s pu concevoir c o m m e n t un h o m m e aussi sérieux, aussi spirituel, pouvait dire s é r i e u s e m e n t tant d'inepties, du m o m e n t qu'il parlait r e l i g i o n . C'était uu autre h o m m e . Autant il était c h a r m a n t à e n t e n d r e sur toute a u t r e question, a u t a n t , sur celle-là, il était a b s u r d e , ridicule, et v é r i t a b l e m e n t stupide. » Comprends-tu, mon enfant, l'incouséquence, l'insolence d'un pauvre petit h o m m e qui se redresse, c o m m e

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a n coq, contre DJEU l u i - m ê m e , c o n t r e JÉSUS-CHRIST, le Seigneur, le souverain Maître du i n o n d e ? Est-il u n e folie qui puisse se comparer à cette folie ? Et si ce n'était q u ' u n e folie? Mais c'est de plus un c r i m e de lèse-majesté divine, q u e l'enfer p u n i r a é t e r n e l lement, si le coupable ne se frappe la poitrine et ne revient à résipiscence. « Il y en a, disait jadis le saint curé d'Ars, qui perdent la foi et qui ne croient à l'enfer qu'en y entrant. » D'autres, plus h e u r e u x , Unissent par reconnaître la vérité, se convertissent et, semblables au bon larron, a d o r e n t ce qu'ils avaient eu le m a l h e u r de blasphémer d'abord. Mais d'où vient l'incrédulité? D'où vient cette révolte absurde, monstrueuse,, de l'esprit de l ' h o m m e c o n t r e l'enseignement de D I E U ? De plusieurs causes. La, p r e m i è r e , la plus c o m m u n e peutêtre, c'est la mauvaise éducation et l ' e n s e i g n e m e n t sans religion que reçoivent un trop grand n o m b r e d'enfants et de j e u n e s gens, d a n s leurs familles d'abord, puis s u r les bancs de l'école. Voici u n pauvre e n f a n t : son père est un franc-maçon, un c o m m u n a r d , ou encore un petit c o m m e r ç a n t indifférent, ou bien encore u n des ces o u v r i e r s ou employés qui, sans être impie, vit absolument s a n s r e l i g i o n ; sa m è r e n e prie j a m a i s , ne m e t jamais le pied à l'église. Pers o n n e ' n e s'occupe de former ni son esprit ni son c œ u r . 11 n ' a en tète que des g a m i n e r i e s ou de m a u v a i s e s idées. Son maître d'école ue se gène pas p o u r se m o q u e r d e v a n t lui du curé et de la Religion. J a m a i s une prière, j a m a i s un signe de croix. C o m m e n t veux-tu q u e cette pauvre petite terre, ainsi laissée en friche, produise u n j o u r la belle moisson de la foi? Si cette absence d'éducation c h r é -

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tienne n'est pas corrigée par l'influence d'un catéchisme bienfait et d'une bonne première c o m m u n i o n , cet enfant court risque de devenir bientôt un véritable incrédule. Dès qu'il respirera, l'air infect de l'atelier ou de l'usine, il deviendra un perroquet de blasphèmes. La seconde cause, c'est la demi-science, pire encore que l'ignorance. « J'ai r e m a r q u é , disait le grand et savant Roger Bacon, que la demi-science éloigne de la Religion en faisant perdre la simplicité de la foi, m a i s que la science sérieuse et approfondie y r a m è n e presque toujours. » Notre France fourmille de ces petits d e m i savants, qui j u g e n t à tort et à travers les questions les plus élevées; ils tiennent cela.de l'enseignement universitaire, creux el superficiel, en dépit de ses belles p r é t e n tions. Tu as dù en rencontrer plus d ' u n , surtout p a r m i ceux qui à l'école passent pour être « forts. » Est-ce qu'on ne me parlait pas tout d e r n i è r e m e n t d'une petite o u v r i è r e de Paris, élevée dans une école professionnelle de francsmaçons, qui répondait d'un air aigre, le nez en l'air, le regard m é p r i s a n t : « Je ne crois plus au ciel ni à l'enfer, la science d é m o n t r e qu'il n'y a pas plus d'enfer q u e de ciel. » Et voilà une petite pécore de quinze a n s et demi, une m é c h a n t e petite couturière, qui parle « au n o m de la science » et croit eu savoir plus long q u ' u n Bossuet, q u ' u n Fénelon. q u ' u n saint T h o m a s , q u ' u n saint A u g u s t i n ! Gare d o n c pour le dire on passant, gare ces écoles professionnelles sans DIKU, c o m m e il y e n a laut ! S'il en sort de j e u n e s ouvriers habiles, il en sort en m ê m e temps toute u n e génération de petits incrédules, de petits athées, vraie g r a i n e de révolutionnaires. La troisième cause qui fail les incrédules, ce sont les lectures malsaines, el p r i n c i p a l e m e n t les mauvais j o u r -

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maux. Los j o u r n a u x anti-chrétiens pullulent d a n s notre pauvre France. Les lecteurs p r e n n e n t pour de l'argent c o m p t a n t les affirmations i m p u d e n t e s du p r e m i e r impie v e n u ; et au bout de quelque temps, la foi est, sinon perdue, du moins étouffée. Quelques mois après la Comm u n e de 187-1, j'assistais sur son lit de m o r t u n p a u v r e petit poitrinaire de dix-neuf a n s , que la lecture des j o u r naux démagogiques du t e m p s avait totalement d é m a n tibulé. Il croyait avoir perdu la foi, « noyée, disait-il, dans le déluge de tant d'objections et de b l a s p h è m e s . » Il fallut de longues souffrances, il fallut toute la tendresse de ma vieille affection sacerdotale pour dissiper peu à peu les nuages et r a m e n e r à JKSUS-IÎIIHIST son pauvre enfant PROdigue. Enfin, Tincrédulité, réelle ou a p p a r e n t e , vient de la corruption du c œ u r : on vit de telle sorte qu'on a un grand intérêt à ce qu'il" n ' y ait ni DIEU, ni j u g e m e n t , ni paradis, ni enfer; et à force de le désirer, on finit par le croira, ou à peu près. Mon bon et brave enfant, conserve é u e r g i q u e m e n t le trésor de ta foi au milieu de c a m a r a d e s sans religion, peut-être m ê m e de p a r e n t s sans religion. Résiste à toutes les séductions du dehors, aussi bien q u ï i l'orgueil et aux petites insurrections intérieures de ton esprit. Rappelletoi les grandes et redoutables paroles du Fils de DIEU, ton Sauveur: « En nerité, en vérité, je vous le dis, relui gui « croit en Mu a fa vie éternelle. Celui gui ne croit point est « jugé d-avance. Cetai gui croira, sera sauvé; celui gui ne « croira peu sera damné. » Va souvent, mon bon Jacques, r e t r e m p e r ta foi dans les sacrements, La sainte G o m m u n i o n , qui est J É S U S CHRIST lui-même, l'Auteur de la foi et le DIEU de la grâce, a été instituée avant t o u t pour a l i m e n t e r et fortifier en

JLA FOI

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nous la p r e m i è r e de toutes les vertus c h r é t i e n n e s , la loi. Avec la c o m m u n i o n fréquente, j o i n t e à u n e instruction religieuse s é r i e u s e m e n t ' e n t r e t e n u e , tu te préserveras très facilement de cette affreuse apostasie qu'on appelle l'incrédulité.

IL

Des faux incrédules.

Quantité de gens s<* disent, et quelquefois m ê m e s* croient incrédules, qui ne le sont pas le m o i n s du m o n d e . Par u n e sotte vanité, ils posent en libres-penseurs, s'imaginant sans doute se faire passer ainsi pour gens d'esprit, supérieurs aux « préjugés du vulgaire. » Surtout p a r m i les j e u n e s g e n s , plus étourdis et plus vaniteux que les autres, cette infirmité se rencontre assez souvent. On lil de temps en t e m p s son journal, plus ou m o i n s a v a n c é ; on répète des bribes do phrases politiques, ronflantes, auxquelles on ne c o m p r e n d pas graud'chose ; on a lu le Juif errant* ou quelque autre roman de ce g e n r e , bien anti-clérical, c'est-à-din* bien a n t i - c h r é t i e n : au cale, à l'auberge, on se moque de M. le curé, des bons Frères; on fume, on boit : ou est incrédule. Pourquoi? On n'en sait rien. C'est de l'opposition, et cela suffit. Ne t'y trompe pas, mon bon Jacques . parmi les ouvriers, et moins encore p a r m i les apprentis, il y a trèspeu de vrais incrédules : peut-être pas un s u r mille, sur dix mille. Et la preuve, c'est que ceux qui refuse ni sérieusement les s a c r e m e n t s à l'article de la mort, for-

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LE JKUNK OUVRIER CilRKTÏKN. — I I .

ment, T)IKU merci ! une miuorilé imperceptible. « Mourir c o m m e un chien » ne sourit à p e r s o n n e . A Paris, où les pauvres ouvriers sonL, plus que partout ailleurs peutêtre, dans des conditions déplorables au point do vue religieux, on a calculé q u e , p a r m i ceux qui e n t r e n t dans les hôpitaux et qui y m e u r e n t , il n'y en a v a i t pas deux sur cent qui résistent au bon Dnsu jusqu'à la fin. Donc ils ont la foi, ces p r é t e n d u s i n c r é d u l e s . Tant qu'on se porte bien, on Fait Tesprit-fort, on fait « le c r â n e ; » mais dés q u e les choses t o u r n e n t au sérieux, c'est-à-dire au noir, les fanfaronnades cessent, on baisse le ton, et Ton finit par se inoutrer tel que Ton est, chrétien de c œ u r et d'esprit. Un petit j e u n e h o m m e que je connaissais, à Paris, horloger de son état, était tombé malade de la poitrine, et il baissait à vue d'œil. Sa, mère lui parla de faire venir un prêtre, ami de la famille. Ah bien o u i ! il la rembarra d e l à belle façon. « Pour qui me p r e n d - o n ? Laissez-moi tranquille. » Trois semaines après, il est pris d'un crac h e m e n t de sang ; une crise affreuse le laisse sans connaissance p e n d a n t une d e m i - h e u r e ; quand il revient à lui, sa première parole est pour appeler le prêtre. « J'ai eu une fameuse peur, me dit-il lorsque je fus seul avec lui, j ' a i cru que j ' a l l a i s passer. » Là-dessus, il se confessa c o m m e à douze a n s , reçut pieusement la sainte Communion et riSxtrème-Onction, et m o u r u t peu de temps après dans les meilleurs s e n t i m e n t s . L'incrédulité était restée tout entière au fond de la syncope. L'expérience en m a i n , j e ne crains point de l'affirmer : sauf des exceptions si rares qu'elles ne c o m p t e n t point, tous les j e u n e s ouvriers qui posent en libres-penseurs en sont là. Leur incrédulité n'est qu'un masque. Et quel vilain m a s q u e ! Je me rappelle un petit drôle de quinze a n s , ouvrier

LA TOI

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graveur, qui disait h a u t e m e n t qu'il ne croyait à rien, n i a DIEU, n i à P â m e , ni aux prêtres. Dans sa famille et p a r m i ses c o m p a g n o n s , il passait pour n'avoir pas u n e o m b r e de foi; et, il faut le dire à l'honneur des a u t r e s , il inspirait à tous u n e sorte d'effroi. Ses pauvres p a r e n t s étaient désolés, J'avais eu occasion de lui parler quelquefois, sans pouvoir e n t a m e r son mauvais esprit, si bien que moimême j ' a v a i s fini par le croire incrédule tout de bon. C'était le p r e m i e r é c h a n t i l l o n que je r e n c o n t r a i s de cette affreuse race, p a r m i les j e u n e s g e n s . Or, u n beau j o u r , ou plutôt u n e belle n u i t (car c'était à dix ou onze h e u r e s du soir, à la fin de m e s confessions), le pauvre garçon vint m e t r o u v e r en tapinois, et se m i t tout b o n n e m e n t à genoux, se confessant de fort bon cœur. Pour celui-là, ce a'était point la peur de la mort qui avait fait t o m b e r son masque; c'était un pur et doux souvenir : il avait été é m u par la première c o m m u n i o n de son petit frère, et cela avait suffi. Le Baptême est si puissant, JÉSUS-CHRIST projette des racines si profondes d a n s les âmes qu'il a touchées une fois par sa g r â c e sanctifiante et p a r son E u c h a r i s t i e , que» malgré plus d'un demi-siècle de p a g a n i s m e , de p é c h é s , d'oubli total, souvent m ê m e de blasphèmes et d ' i m p i é t é s , un retrouve ses traces divines jusque d a n s les Ames les plus misérables. C'est l'étincelle qui brûle e n c o r e sous la cendre. Ces âmes ont beau se révolter, elles croient pour ainsi dire m a l g r é elles. J'ai c o n n u , toujours à Paris, un vieux g r o g n a r d du premier e m p i r e , qui, m'avait-on dit. n e c r o y a i t n i à D I E U , ai à diable, et il allait m o u r i r . Un a m i de sa famille était uéanmoins p a r v e n u à m'introrluire auprès de lui. Mais, à trois reprises, il avait répondu si g r o s s i è r e m e n t à mes avances les plus discrètes, que j e n'avais pas cru pouvoir

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UB JEUNE OUVRIKR CHKÉTREN.

II.

insister. Il arriva que le m a l h e u r e u x vieillard m o u r u t subitement, sans qu'on eût le t e m p s de m'appeler. Or, quand j e revis sa pauvre veuve, elle m e r a c o n t a q u ' u n e heure ou deux a p r è s ' m a dernière visite, il lui avait dit : « Qu'est-ce que ce Monsieur attend d o n c pour m e confesser? Je suis tout prêt. » Gelui-là aussi n'avait d o n c été, m ê m e vis-à-vis de moi. qu'un fanfaron d'incrédulité. Au fond, il avait la foi. Et ne t'imagine pas, m o n bon Jacques, qu'il n'y a de faux incrédules que p a r m i les g e n s peu i n s t r u i t s . Bien que l'orgueil de la science fasse de p l u s profonds ravages dans l'esprit et d a n s le c œ u r des g e n s lettrés, des savants et des faiseurs de livres, là aussi la libre-pensée n'est le plus souvent q u ' u n e a p p a r e n c e , q u ' u n e illusion d'optique. J'en ai connu bien des exemples. Presque tous les chefs de la philosophie i n c r é d u l e du d e r n i e r siècle ont fait le « plongeon » en face de la m o r t , c o m m e le constataient ave<- stupéfaction leurs disciples... bien portants. Je t'ai raconté p r é c é d e m m e n t l'histoire de cet académicien, bel esprit s'il en fut, qui, j u s q u e d a n s sa dernière maladie, prétendait que l ' h o m m e n'a, pas plus d ' â m e q u ' u n singe, que la terre est u n grand fromage dont n o u s sommes les mites, que la science a enfoncé la religion, q u ' u n homme raisonnable n e peut plus croire, etc. A peine eutil appris qu'il n'avait plus que huit j o u r s à vivre, qu'il se confessa sans façon, c o m m e un simple fidèle, et reçut les derniers sacrements, en d e m a n d a n t pardon à DIEU et aux h o m m e s . J'en ai personnellement connu u n autre, lui aussi de l'Académie, qui semblait perdu k tout j a m a i s ; car, outre u n e vieille incrédulité de plus de q u a t r e - v i n g t s a n s , il était depuis longtemps g r a n d - m a î t r e d ' u n e secte de francsm a ç o n s . Aux approches de la mort, il baissa pavillon, se

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réconcilia h u m b l e m e n t avec Notre-Seigncur et son Église, abjura son vollairianisnie et tonte sa m a ç o n n e r i e , et mourut eu chrétien, avec sa pleine connaissance. Il y aurait cent traits de ce g e n r e à rapporter ici, tirés de toutes los classes de la société, h o m m e s , femmes, riches, pauvres, jeunes, vieux, etc. Mais à quoi b o n ? Le peu que j e viens de te dire, j o i n t A ta propre expérience peut-être, suffit, c h e r enfant, et au delà, pour te faire c o m p r e n d r e qu'il faut r a r e m e n t , très r a r e m e n t p r e n d r e au sérieux l'incrédulité de cette masse de g e n s qui se disent incrédules. Ce sont de mauvais farceurs, qui v e u lent se d o n n e r de l'importance, qui ne c r o i e n t pas u n m o l de ce qu'ils disent, et qui s a v e n t parfaitement qu'il y a au ciel un DIEU tout-puissant, infiniment juste, auquel personne n ' é c h a p p e . Laisse-les d i r e ; n'en crois pas un mot, et envoie-les promener. Bénis le bon DIEU de n'être pas, comme eux. fanfaron, vaniteux et sot. fis ont beau se moquer de la Religion, cela no détruit pas la Religion. •Qu'ils crienl tant qu'ils v o u d r o n t contre le soleil,
« L'astre, parcourant sa carrière. Inonde fie flols de lumière Tous ses obscurs blasphémateurs. »

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LE JBUNK OIIVJRLUK GHRÉTIKN. —

II.

II]
Du second péché contre la foi, qui est l'Jiérésie

L'hérésie n'est, pas la m ê m e chose que l'incrédulité. Gela n'en vaut pas m i e u s ; mais c'est moins gros, moins brutal, moins radical. L'incrédule nie tout: l'hérétique ne nie qu'une partie. Tout en rejetant JESSUS-GFHUST, l'incrédule prétend assez souvent conserver la foi en Dirai r : tel était Voltaire, entre antres. Tout en p r é t e n d a n t conserver la foi en JÉSUS-GURÏST, l'hérétique rejette l'Eglise, l'autorité enseignante; des Pasleurs de l'Eglise : lois sont les protestants. L'hérésie est donc In péché de ceux qui, refusant de se soumettre à l'autorité divine et à l'infaillible e n s e i g n e m e n t du Pape, Vicaire de JÉSUS-CHRIST et Chef visible de son Rglise, choisissent parmi les vérités do la foi colles qui leur plaisent, rejetl/ent les autres, se forgent une foi et une religion de leur goût, se constituent t é m é r a i r e m e n t juges en dernier ressort des paroles de l'Ecriture sainte et des vérités révélées, et perdent ainsi le trésor de la vraie foi. Voilà, mon bon Jacques, ce que c'est q u ' u n hérétiaue. C'est un rebelle à l'Eglise; c'est un révolutionnaire en matière de religion. Tu te rappelles ce que nous avons dit au sujet de la règle de la foi, proposée et imposée par JÛSUS-CIIKIST lui-même à tous les h o m m e s . Descendu sur la terre pour apporter au monde la vérité et le salul. cet adorable S e i g n e u r , mort et ressuscité pour nous, institua s u r la terre, avant de retourner au ciel, u n e Église, c'est-à-dire.

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une société, et il l'organisa l u i - m ê m e d ' u n e m a n i è r e aussi simple q u ' a d m i r a b l e . A la tôle, pour tout conduire, pour tout diriger en son nom, il mil un Chef, qu'il constitua sou Vicaire.* c'est-à-dire son représentant visible ici-bas ; et il lui donna le nom mystérieux de Pierre, pour m o n t r e r que toute l'Église reposerait sur lui. dépendrait de lui, c o m m e d a n s un temple tout repose s u r le fondement : les m u r a i l l e s , les colonnes, la toiture. Ce chef s u p r ê m e de l'Église de JÉSUS-CHRIST fut l'ApAlre saint Pierre, d o n t l'autorité divine est transmise d'âge en âge à ses légitimes successeurs s u r le siège de Rome ; ce qui d u r e r a j u s q u ' à la Un du m o n d e , j u s q u ' à l'avènement de l'Antechrisl, qui doit crucifier- le d e r n i e r des Papes, le dernier successeur de saint Pierre. Au-dessous du Pape et a u t o u r du Pape, Notre-Seigneur constitua les Evoques, en cela successeurs des Apôtres, qui furent envoyés p o u r p r ê c h e r la religion c h r é t i e n n e à l'univers, avec saint Pierre, m a i s subordonnés à s a i n t Pierre. Et au-dessous des Évèaues furent établis les
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prêtres, lesquels reçurent la mission d'aider les Évêques dans la prédication de la foi, dans l'administration du Baptême et des s a c r e m e n t s , et dans la g r a n d e œ u v r e du salut et de la sanctification d u m o n d e . Tel est l'ordre institué par le Fils de DIEU, p o u r r e n seignement de la vraie religion. Tu c o m p r e n d s dès lors que la règle de la foi n'est autre que la v i v a n t e parole de DIEU, telle que r e n s e i g n e , telle que l'explique infailliblement le Vicaire de JÉSUS-CHRIST, Notre Saint-Père le Pape, et telle q u e n o u s la transmettent fidèlement les Évêques catholiques, assistés de leurs prêtres. C'est u n e règle divine, bien qu'elle passe' par la b o u c h e des h o m m e s ; elle est infaillible, parce qu'elle est divine.

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LE JEUNK O U V 1 U E H CHRÉTIEN. —

II.

Celui qui se soumet h u m b l e m e n t à cette règle vivante de la vraie foi, est ce que Ton appelle un fidèle, du mot latin fèdeltSj qui veut dire h o m m e de foi. Le fidèle, le vrai Fidèle, croit /oui ce que lui enseignent, au nom de J É S U S CHRIST, le Pape, les Évêques el les préfres catholiques. Et au contraire, celui qui, pour une raison ou une autre, refuse o b s t i n é m e n t de se soumettre à l'autorité enseignante du Pape, des Évoques et des prêtres, tombe d a n s le péché d'hérésie, devient h é r é t i q u e . Le mot hérétique signifie un h o m m e qui choisit. L'hérétique, en effet, choisit ce qui lui plaît, laisse ce qui lui déplaît dans l'enseignement catholique des vérités de la foi. Celui-ci en prend moins, cet a u t r e en prend davantage ; celui-ci admet tout, sauf deux ou trois points, celui-là. rejette presque tout : ils sont hérétiques les uns c o m m e les a u t r e s . Nier u n seul article de foi suffît pour faire tomber dans le péché d'hérésie. Ainsi, on sera.il hérétique si l'on niait o b s t i n é m e n t l'infaillibilité du Pape, ou rimmaculée-Couception de la Sain te-Vierge, ou l'institution divine de la confession, ou la présence réelle, ou l'éternité des peines de r e n i e r , etc. Les vérités de la foi sont c o m m e les a n n e a u * d'une chaîne qui servirait de lien entre deux h o m m e s : un seul anneau vient-il à se briser, il n'y a plus de lien ; à plus forte raison si un g r a n d n o m b r e d ' a n n e a u x se brisent. La foi catholique, est la belle chaîne d'or qui u n i t le bon DIEU à sa créature ; c h a q u e a n n e a u est une de ces vérités saintes, un de ces dogmes révélés dont l'ensemble constitue le trésor de la foi : refuser de croire à u n e seule de ces vérités, s'obstiner d a n s cette révolte contre l'autorité divine de l'Église, c'est r o m p r e u n des a n n e a u x de la chaîne d'or, et p a r conséquent r o m p r e le lieu qui unit DIEU à l ' h o m m e et l ' h o m m e à DIEU.

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Inutile, d'après cela, d'insister s u r ta gravité du péché d'hérésie. De sa n a t u r e , l'hérésie csrt un péché mortel de premier ordre. U constitue l'homme en révolte ouverte contre l'Église de JKSUS-UHRIST, et par c o n s é q u e n t contre JÈSUS-CHRIST lui-même, d o n t la cause est inséparable de celle de l'Église. C'est à. l'Église, en effet, c'est aux premiers Pasteurs et Docteurs de son Église, que JÉSUSCHRIST a dit : * Rp'cevez l'Esprit-Saint. Allez dans le monde « entier, prêchez F Evangile (c'est-à-dire la nouvelle du « salut) à toute créature. Celui qui croira sera sauvé ; «. celui qui ne croira, paa^seva damné. Enseignez tous les « peuples, et a;pprenez-l.eur à observer tout ce que je vous « ai mandé : et voici que moi-même je suis-avec roua « jusqu'à la consommation des siècles. Celui qui vous « écoute, m'écoute ; relui qui vous méprise, me méprise. » Donc, mon cher enfant, l'homme assez osé pour m é priser l'Église," méprise p a r là m ê m e JÉSUS-CHRIST. C'est précisément ce que fait l'hérétique: il méprise le Pape, Vicaire de JÉSUS-CHRIST et Docteur infaillible de l'Eglise; il méprise J É S U S - C H R I S T , qui, par la bouche de sou Vicaire enseigue l'Eglise et le monde. Goneoii-on une pareille audace ! L'hérésie est fille de l'orgueil, au m ê m e titre que l'incrédulité. « L'orgueil est le père de tous les hérétiques, » dit saint A u g u s t i n . Quel orgueil, je te le d e m a n d e , que de se croire capable de décider, à soi tout seul, des questions de foi presque toujours fort élevées, fort difficiles, et exigeant, pour être bien saisies, u n e science profonde ! Quel orgueil, et tout ensemble quelle folie que de p r é t e n d r e se faire à soi-même sa religion, découvrir le vrai sens de la sainte Ecriture, en un mot r e m p l a c e r l'Eglise, le Pape, l e s E v ê ques, et, par-dessus le m a r c h é , le Saint-Esprit 1

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LE JEUNE OUVRIER CHRÉTIEN. —

II.

C'est là pourtant ce qu'ont toujours fait les hérétiques, ce que font encore aujourd'hui nos pauvres protestants. Je m e rappelle en avoir vu un, simple petit ouvrier tapissier, qui savait tout juste lire, et qui voulait g r a v e m e n t décider la question de la mission divine du Pape et des Évoques ! Nos modernes hérétiques ont a u t a n t de religions que DP sectes et de prétendus m i n i s t r e s . Chacun croit ce qu'il v e u t ; et, sa Bible sous le bras, se répute infaillible. Ils se contredisent lous, à qui m i e u x m i e u x , et ils n e s'accordent que sur u n p o i n t : la haine de l'Église catholique, du Pape et des p r ê t r e s . C'est u n e vraie tour de Babel, où chacun est c o n d a m n é , par la justice et la sagesse de DIEU, à parler une l a n g u e différente, et où tout se divise, se fractionne et t o m b e en poussière. Dans la véritable Église, au contraire, dans l'Église catholique, tout se tient d a n s u n e a d m i r a b l e u n i t é . Pleine de vie et de l u m i è r e , l'unité de notre foi et de notre religion est le fruit de notre c o m m u n e obéissance à la vérité, que nous enseigne, de la part de DIEU, le Vicaire de DIEU. Et cette unité est le grand signe de la véritable Église, en m ê m e temps qu'elle est le secret de n o t r e force religieuse et de la paix de nos âmes. La variation est le propre de l'erreur ; elle est le c iractère saillant de toute hérésie. Du vivant m ê m e de Luther, on comptait déjà plus de mille sectes différentes, et plus de deux c e n ' s interprétations contradictoires, toutes hérétiques, de cette parole, c e p e n d a n t si simple, du Sauveur affirmant sa présence réelle d a n s la sainte Eucharistie : « Ceci est mort Corps. » Tu te rappelles la fameuse histoire d e l à chaste Suzanne, accusée par deux misérables vieillards qui, n ' a y a n t pu la déshonorer, voulaient se v e n g e r d'elle en la faisant cou-

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damner à m o r t . Le Prophète Daniel, encore tout j e u n e , mais déjà plein de l'esprit de Diwu, fît séparer les deux calomniateurs. En présence de tout le peuple, il demanda au p r e m i e r : « Sous quel a r b r e était Suzanne lorsque vous Pavez surprise ? — Sous u n c h ê n e , » répondit-il. Le jeune Prophète fit ensuite appeler l'autre et lui posa la même question : « Sous quel a r b r e élait-ede? — Sous un prunier, » répondit celui-ci. Et la variation de leurs réponses les convainquit d'imposture. 11 en est ainsi des hérétiques, et surtout de leurs m i n i s tres. L'hérésie n'étant point la vérité varie sans cesse ; elle m e n t , elle trompe, elle séduit et perd l é s â m e s , en les a r r a c h a n t à la seule véritable Église de Notre-Seigneur JÉSUS-CHRIST, qui est notre sainte Mère, l'Eglise catholique, apostolique, romaine. Et m a i n t e n a n t , mon Jacques, je vais te d o n n e r quelques petits avis pratiques sur la manière de te conduire vis-à-vis des hérétiques aussi bien que des incrédules.

IV
Comment il faut se conduire vis-à-vis des incrédules et des hérétiques.

Avant tout, mon bon petit Jacques, il faut bien voir à qui tu a s a f f a i r e . i l y a, e n effet, différentes espèces d'incrédules et d'hérétiques. Les u n s ne s o n t g u è r e d a n g e r e u x , les autres le sont beaucoup. Mais, d a n g e r e u x ou n o n , il y a un conseil très i m p o r t a n t et général q u e j e te donnerai tout d'abord : n e le lie point avec eux. Si tu peux les éviter, évite-les : ce sera plus s û r ; si tu ne peux pas les

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LE JEUNE OUVRIER CHRÉTIEN. —

II.

éviter, si tu es obligé de vivre en leur compagnie, ne-fais point d'eux Les amis, tes intimes. Un m o t d'abord sur ceux qui ne sont g u è r e dangereux. Il y a quantité de gens, j e u n e s et vieux, qui ont le malh e u r d'être nés de parents sans religion, et qui pourtant ne sont pasiinpies le moins du m o n d e . Us n ' a t t a q u e n t pas la Religion; ils sont indifférents, et voilà tout. Absorbés par le travail, par les affaires, ils ne s'occupent pas de religion, el sont tous, ou presque tous, parfaitement ignorants en tout ce qui concerne les choses de la foi. Plus malheureux encore que coupables, ils sont grandement à p l a i n d r e ; et le principal d a n g e r que t u puisses courir avec eux, mon enfant, c'est l a contagion de l'exemple. A ton âge surtout, on risque fort de se laisser entraîn e r par l'exemple ; et c'est au j e u n e h o m m e que s'adresse plus particulièrement le proverbe : « Dis-moi qui tu hantes, et je te dirai qui tu es. » Si tu prenais p o u r amis des camarades sans religion, quelque bons g a r ç o n s que tu les supposes d'ailleurs, tu t'habituerais peut-être à une vie sans UIKÏÏ, et tu p o u r r a i s glisser insensiblement dans l'oubli désolant-de tout devoir religieux. Sans devenir impie, tu vivrais en dehors de JÉÎSUS-GHRIST, foulant tranquillement aux pieds la grâce de ton b a p t ê m e , de ta confirmation et de ta p r e m i è r e c o m m u n i o n ; et tu finirais par vivre c o m m e si tu n'avais plus la .foi. J'appelle tout spécialement ton attention sur ce danger-là,, mon bon Jacques ; par le temps qui court, la foi est c o m m e morte en beaucoup d'endroits ; et pour la conserver bien vivante, un apprenti, u n j e u n e ouvrier, est obligé de veiller de près s u r son â m e . Mais vis-à-vis des incrédules actifs et impies, qui attaquent à tout propos et la Religion, et Notre-Seigneur, et la Sainte-Vierge, et le Pape, et les prêtres, et les choses

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saintes, il y a bien d'autres précautions à p r e n d r e . Quand tu passes près d'un bouledogue, tu veilles à tes mollets; de même, quand le travail ou les liens de société LE metlent en contact avec des impies, il finit bien, te tenir, sur tes gardes et être p l u s que p r u d e n t . D'abord et avant tout, c o m m e nous le disions tout à l'heure, garde-toi, mon Jacques, de faire de ces gens-là tes amis et tes c o m p a g n o n s : quand on va avec, les loups, on s'expose à Hurler avec les loups, c o m m e dit le vieux proverbe. En tous cas, il te faudrait e n t e n d r e à tout propos des impiétés, ou du m o i n s des plaisanteries q u i n e sont, au fond, que des b l a s p h è m e s ; et. pour un c h r é t i e n , je le demande u n peu si cela convient. Fuis-les donc, au lieu de les r e c h e r c h e r ; et ne te soucie pas trop de ce qu'ils pourraient dire ou penser de toi. Ne discute pas avec eux ; ce serait perdre ton temps. Les incrédules,«surtout les j e u n e s , ne croient pas un mot de ce qu'ils disent, ou bien ne c o m p r e n n e n t pas ce qu'ils disent. En fait de religion, ils ne savent rien et ne font que répéter des bribes DE j o u r n a u x ou de p a m p h l e t s . Un outre, si tu te mettais à discuter, tu ne serais peut-être pas assez habile pour le faire avec un plein succès, et tu exposerais ainsi la vérité à d'apparentes défaites. Autre chose est de savoir pour s o i - m ê m e , autre chose de savoir expliquer et défendre devant des adversaires ce que Ton sait et ce que Ton croit. Laisse passer sans rien dire ces paroles coupables, et contente-toi de prier au fond du c œ u r pour ceux qui les profèrent. Dans leurs soi-disant discussions, les incrédules ont toujours à leur disposition quelques gros mots, quelques plaisanteries plus ou m o i n s impertinentes, qui m e t t e n t à bon m a r c h é les rieurs de leur côté. Crois-moi, pas de discussion. Mais, pour cela, ne tombe pas dans l'excès contraire,

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c o m m e si tu rougissais de la vérité. Si tu le peux, saas soulever des tempêtes inutiles, affirme-toi bien h a u t , bien f e r m e ; et puis, laisse crier, et moque-toi de ceux qui sem o q u e n t de toi. Qu'ils disent, qu'ils croient ce qu'ils v o u d r o n t ; pour toi, m o n brave enfant, au n o m de cette m ê m e liberté qu'ils v a n t e n t si fort, prie-les de te laisser croire ce que Lu veux et, par conséquent, de te laisser tranquille. Surtout n'accepte pas leurs livres ni leurs j o u r n a u x ; ils t'en présenteront tant et plus, sous prétexte de te fournir les moyens de « t'éclairer. » Cher Jacques, la vérité seule éclaire ; et nous seuls, enfants de DIEU et de son Église, nous avons le b o n h e u r de la posséder et de m a r c h e r à s* lumière.

Ce que nous v e n o n s de dire des incrédules s'applique plus ou moins a u x hérétiques, a u x protestants. Parmi eux, il y e n a q u i n e s e r o n t g u è r e d a n g e r e u x p o u r ta foi, directement du moins et positivement. Ce sont les protestants indifférents, et c'est le g r a n d n o m b r e . Si tu les fréquentais avec quelque intimité, tu courrais risque de regarder bientôt du m ê m e œil la véritable Église et les sectes protestantes, la vérité et l'erreur, la foi et l'hérésie. Et il y aurait là pour ta foi u n écueil sérieux. Quant aux autres, à ceux qui fout de la p r o p a g a n d e , Lu ne saurais j a m a i s trop te méfier d'eux. Us sont p l u s dan*gereux encore que les incrédules. Les vérités religieuses qu'ils ont conservées leur d o n n e n t l'air d'être tout aussi chrétiens que nous a u t r e s catholiques. Ils ont toujours & la bouche des textes de l'Évangile, des citations des Apôtres, tout un*arsenal d ' a r g u m e n t s plus ou m o i n s spéc i e u x ; sciemment ou n o n , ils r é p è t e n t de vieilles calom-

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nies cent mille fois "réfutées; et, grâce # tout cela, ils égarent ou du m o i n s ils troublent les âmes. Cher enfant, n'écoute pas ces beaux p a r l e u r s ; ce sont, tîonime dit l'Evangile, des loups c o u v e r t s ' d e peaux de brebis. C'est avec eux s u r t o u t qu'il ne faut j a m a i s entamer de discussion, p r o p r e m e n t dite. Ce serai! aussi dangereux q u ' i n u t i l e . Les trois quarts du temps, tu ne serais pas assez instruit ni assez habile pour discerner le vrai du faux, au milieu de leurs aflirmations g r a t u i t e s et des mille subtilités de leur faux savoir. Aux m i n i s t r e s protestants s'applique d i r e c t e m e n t la parole du S a u v e u r à ses disciples : « Prenez garde au ferment des pharisiens. » Ces docteurs soi-disant « évangéliques » ne sont que les pharisiens m o d e r n e s . Kncore u n avis bien utile : garde-toi de cette curiosité malsaine qui pousse encore assez souvent les j e u n e s gens de ton âge à e n t r e r dans les temples protestants pour voir ce qui s'y passe. Tu risquerais de tomber sur quelque pire/w qui pourrait le faire du m a l ; à ce point de vue,les prêches les plus modérés sont les pires. C'est précisément afin de sauvegarder la. pureté de notre foi, q u e l'Eglise n o u s interdit d'assister a u x cérémonies religieuses des hérétiques, d'enlrer d a n s leurs temples, morne pour los mariages et pour les e n t e r r e m e n t s . Donc, m o n bon .lauques, beaucoup de p r u d e n c e et de réserve vis-à-vis des protestants : point d ' i n t i m i t é , point de discussion; et, sous a u c u n prétexte, ne m e t s le pied .dans leurs temples. CÏ 11 n'est donc pas bon de c h e r c h e r à r a m e n e r un ca marade incrédule, a c o n v e r t i r un p r o t e s t a n t ? » — Au couLraire, c'est excellent; mais il n'est pas d o n n é à tous de le faire. P o u r tirer de l'eau un-camarade qui se noie, il ne suffit pas de pouvoir se t e n i r sur l'eau, il faut être bon

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et très bon n a g e u r ; sans quoi l'on risque de se n o y e r avec lui. De même, pour ramener à la loi un pauvre é g a r é , il Tant être très fort, 1res instruit, ou du moins très saint. Or, mon pauvre b o n h o m m e , les prétentions ne peuvenl pas encore aller jusque-là. Si tu rencontres quelque c a m a r a d e qui te parait disposé à ne pas résister à la vérité, sais-tu ce qu'il faut faire? Présente-le tout s i m p l e m e n t h ton confesseur, ou à quelque autre catholique bien instruit, et prie de tout ton cœur pour la conversion de celte pauvre à m e . Là se borne ton office de missionnaire. Il y aurait bien d'autres choses à ajouter peut-être sur celte question si p r a t i q u e ; le peu que nous v e n o n s de dire te suffira pour te guider d a n s les r a p p o r t s que tu pourras avoir, soit avec des incrédules, soit avec des
hérétiques.

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Du doute, troisième péché contre la foi.

Le doute, le vrai doute, est une mauvaise h e r b e qui, heureusement, ne pousse presque j a m a i s d a n s la bonne, fertile et aimable terre de la jeunesse. Elle n e vient guère que dans les cervelles desséchées par le v e n t de la fausse science, de l'orgueil et de l'esprit faux. Qu'est-ce, en effet, que le doute p r o p r e m e n t dit, sinon u n j u g e m e n t de l'esprit qui déclare, après avoir cru bien peser le pour et le contre, qu'il ne peut ni affirmer la chose, n i la n i e r ? Or, c o m m e il est ici question de l'infaillible parole de DIEU, tu comprends, mon brave Jacques, l'insolence et la cul-

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pabilité de ce j u g e m e n t . Un h o m m e qui doute des vérités de la foi, se pose, sans sourciller, c o m m e un j u g e en face de DIEU, en i'acc de JÉSUS-CHRIST, en face du Vicaire et de l'Église de JÉSUS-CHRIST. C'est une o u t r e c u i d a n c e qui .n'a pas de nom, et. par-dessus le m a r c h é , un gros péché mortel. Mais, pour cela, il faut que le doute soit bien réel, c'està-dire pleinement r a i s o n n é et pleinement volontaire. En effet, il ne faut pas confondre avec « le doute » ces idées vagues, ces petites hésitations et ces é b r a n l e m e n t s passa' gers de l'imagination qui traversent la tète de certains jeunes g e n s , et qui v i e n n e n t u n i q u e m e n t de ce qu'ils ne connaissent pas suffisamment Jes magnificences et les harmonies de r e n s e i g n e m e n t catholique. Ils se forgent des difficultés qui n e souf au fond que des c h i m è r e s de , leur esprit, et se posent v a g u e m e n t des objections qui ne reposent s u r rien. Combien de fois n'en ai-je pas rencontré, q u ' u n e simple explication de trois on q u a t r e m i n u t e s a suffi p o u r remettre en p a i x ! Si j a m a i s , mou enfant, tu te trouves d a n s cette perplexité, au sujet dp telle ou telle vérité de la Religion, garde-toi de conserver cela dans ton esprit; profite de la première occasion pour t'en ouvrir à ton confesseur; expose-lui tout b o n n e m e n t ta petite difficulté : il t'en donnera la solution, et tu te retireras tranquille et content. Ce.qui est bien consolant, eu matière de religion, c'est que les esprits les plus simples peuvent être aussi assurés de leur foi que les plus doctes théologiens. Que faut-il, en effet, pour être a b s o l u m e n t sur que ce qu'on croit est la vérité ? Deux choses très simples : d'abord, que c'est DIEU qui l'a dit ; puis, que l'Église, qui nous l'enseigne de sa part, est infaillible. Or, pour un catholique, ces

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deux points-là sont aussi sûrs q u e deux et d e u x font quatre. Un catholique, c'est un h o m m e qui sait que le Fils do DIEU a dit formellement : « En vérité, je vous le « déclare, celui qui croit en moi a la vie éternelle. » Il sait aussi que le même DIKP a dit à ses Apôtres, premiers Pasteurs de son Eglise : « Allez, enseignez toutes les » nations ; relui qui vous écoute, m'écoule, et celui qui « méprise me méprise. Celui qui croira, sera sauvé, et celui « qui ne croira pas sera damné. Si quelqu'un n écoute point « Г Eglise, regardez-le mmmv un pa'ien et un puhtirain. » Kl se reposant, avec a u t a n t de bons sens que de respect, sur cette affirmation divine, le catholique bénit DIEU, croit et adore. Quoi de plus l o g i q u e je le le d e m a n d e , mon bon petit Jacques ? Quoi de plus raisonnable ? TSt quelle place restp-l îl là pour le moindre doute ? Il y a des esprits de travers qui s'imaginent que, pour cxclurg ' doute, il faut se jeter dans la science, et ne s'arrêter que lorsqu'on aura tout c o m p r i s . C'est une erreur fondamentale. Notre-Soigneur n'a pas dit : « Si « vous ne devenez des savants, des philosophes, des « théologiens, vous n'entrerez pas dans le r o y a u m e des « cîeux ; » il a dit : « Si vous ne devenez c o m m e de petits » enfants, » c*cs1~ù-dire simples, naïfs, candides, obéissants. La foi a ce c a r a c t è r e ; dès qu'elle connaît la vérité, elle s'y soumet h u m b l e m e n t et j o y e u s e m e n t , sans ergoter, sans c h e r c h e r trente-six mille r a i s o n s . , Le bon saint François do Sales va te faire comprendre cela, mon Jacques, par une comparaison c h a r m a n t e . «Si nous entrons, dit-il, dans la boutique d ' u n horloger, noua trouverons quelquefois une horloge qui n e sera pas plus grosse q u ' u n e orange, à laquelle il y aura néaumoins cent ou deux cents pièces, desquelles les
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unes serviront au c a d r a n , les autres A la sonnerie des heures, et du réveille-matin ; nous y verrons des petites roues dont les unes vont à droite, les autres à gaubhe ; les u n e s ' t o u r n e u l par-dessus, les a u t r e s par en bas ; et le balancier, qui, à coups mesurés, va b a l a n ç a n t son mouvement de part et d'autre. Kl nous a d m i r o n s c o m m e n t l'art a su joindre une telle quantité de si petites pièces les unes aux autres avec une correspondance si j u s t e , ne sachant ni à quoi chaque pièce sert, ni à quel effet elle est faite ainsi, si le m a î t r e horloger ne nous le dit ; et seulement, en général, nous savons que toutes servent pour le cadran ou pour la sonnerie. « Nous voyons ainsi les œuvres de D I K ( \ tant en la nature qu'en la grâce, c o m m e une horloge composée d'une si g r a n d e variété d'actions et de m o u v e m e n t s , que nous ne saurions nous e m p ê c h e r de nous en étonner. Nous savons bien en général que ces pièces, diversifiées eu tant de sortes, servent toutes, ou pour l'aire paraître, comme en une m o n t r e , la très sainte justice de Diue, ou pour manifester la t r i o m p h a n t e miséricorde de sa bonté, comme par une sonnerie de louange ; mais de c o n n a î t r e en particulier l'usage de c h a q u e pièce, ou c o m m e n t elle . est ordonnée à la. fin générale, ou pourquoi elle est faite ainsi, nous ne le pouvons pas entendre, sinon que le souverain Ouvrier nous r e n s e i g n e . » Or. c'est co que l'ail précisément ce « souverain Ouvrier, » JÉSUS-GURIST, par le ministère de son Église. Il nous enseigne les vérités qu'il nous faut croire et les règles qu'il nous tant suivre pour sauver nos âmes, arriver au ciel et être éternellement h e u r e u x avec lui. Nous n'avons qu'à croire, q u ' à nous s o u m e t t r e , cet enseignement divin étant infaillible. A l'adresse de ceux qui hésiteraient, saint François de
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Sales ajoute une réflexion assez originale, q u e ' j e crois l'avoir citée déjà. « Ils ressemblent, dit-il, à ceux qui sonl affligés du verligo, ou tournoiement de la tête : il leur est avis que tout tourne sens dessus dessous a u t o u r d'eux, bien que ce soit leur cervelle ou imagination qui tourna, et non pas les choses. » Ainsi en est-il -de ceux qui sonl. assez faibles d'esprit pour douter des vérités de la foi, sous prétexte qu'ils ne les c o m p r e n n e n t pas assez. Ils se disent, par e x e m p l e : « JÉSUS-CHRIST est-il réellement présent d a n s la sainte Hostie consacrée " » El c e p e n d a n t JÉSUS-CHRIST a. dit ? formellement, en tenant de ses m a i n s divines l'Hostie mystérieuse de la Gène : « Prenez el mangez-en tous, car « ceci est mon Corps. » Et son Eglise continue de nous dire, dans des termes non m o i n s clairs : « Si quelqu'un dit que le Corps, le Sang, Vàme et la divinité de NoireSeigneur JÉSUS-CHRIST ne sonl pas réellement, véritablement et substantiellement présents d a n s l'Eucharistie, qu'il soit a n a t h è m e ! » Quoi de plus clair ? Du moment qu'on croit en DIEU, en JÉSUS-CHRIST et en l'Église, il n'y a qu'à croire, à adorer, à a i m e r . Et ce que je dis ici de la présence réelle, on pourrait le dire de toutes les vérités de la foi. telles que les expose le catéchisme catholique. Il n'y a q u ' u n e tète faible qui puisse se laisse!* aller au doute d e v a n t des affirmations que Ton sait être divines, et nécessairement exemptes d'erreur. Mon cher Jacques, en matière de foi et de doctrine, repose-tqi h u m b l e m e n t et confidemment s u r le roc immuable de l'enseignement de l'Église. Pas de doutes, pas d'hésitations, quoi qu'il arrive : tu sais q u e tu es dans le vrai ; tu sais que JÉSUS-CHRIST est la vérité m ê m e ; tu sais que le Pape, Chef de l'Église, est le Vicaire infail-

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jible de Celui qui a dit : « Je suis fa Vérité. Qui cour/ta croit en moi a la me éternelle. » Pas de vainc curiosité. « Ne permettons j a m a i s à nos esprits, dit encore saint François de .Sales, de voleter par curiosité autour de la révélation divine ; car, comme* petits papillons, n o u s y brillerions nos ailes, et péririons en ce feu sacré. » Si clone le démon, père du mensonge et e n n e m i de ton à m e , venait j a m a i s frapper à la porte de ton esprit, au moyen du doute sur une vérité q u e l c o n q u e d e l à foi catholique, repousse-le sans m a r c h a n d e r , sans raisonner, lui disant : « Retire-toi, traître et m e n t e u r ! Tu sais mieux que moi.qu'il y a un Dnw éternel, et que le Pape est son Vicaire ; mieux q u e moi, tu sais qu'il faut, non pas discuter r e n s e i g n e m e n t divin, mais l'adorer avec une h u m b l e foi. Je crois d o n c et j ' a d o r e . Tout ce q u e m'ordonne dé croire m o n DIEU est la vérité ; et en laissant e n t r e r d a n s m o n esprit le m o i n d r e doute volontaire, j ' o u t r a g e r a i s le DIEU de vérité, tout a u t a n t qu'en résistant o u v e r t e m e n t à sa parole ! » Et c'est ainsi, mon brave Jacques, que le doute p r o p r e ment dit est un péché c o n t r e la foi. C'est u n e demi-incrédulité ; c'est u n e négation indirecte de la divine autorité de l'Église qui n o u s dit, au n o m de DIEU m ê m e , en n o u s présentant le c a t é c h i s m e : « Toutes les vérités qui sont ici résumées, il faut les croire de tout votre cœur, sous peine de d a m n a t i o n éternelle. »

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II.

VI
D'un autre péché contre la vertu de foi, qui est la superstition.

L'incrédulité ne veut rien croire ; l'hérésie ne veul croire que ce qui lui plaît ; le doute hésite à croire, ne croit pas c o m m e il faut croire, c'est-à-dire fermement et avec l'entière confiance qui est due à l'infaillible parole de DIEU et de son Église. A l'extrême opposé, voici m a i n t e n a n t la superstition, qui croit tout à l'aveugle, sans savoir p o u r q u o i . La superstition est o r d i n a i r e m e n t la fidèle c o m p a g n e de l'ignorance .religieuse. Quantité de gens qui ont oublié leur catéchisme sentent c e p e n d a n t au fond de leur cœur le besoin de croire, et n ' a y a n t plus, pour satisfaire cet instinct de leur à m e , les l u m i n e u s e s et saintes vérités de la foi, ils se portent, c o m m e des corneilles qui abattent des noix, sur les premières choses venues, p o u r peu qu'ils y voient ou croient voir quelque chose de mystérieux. Les incrédules et les libres-penseurs refusent de croire parce qu'il y a des mystères ; ceux-ci, les superstitieux, sont au c o n t r a i r e alléchés par l'apparence du mystère, et croient à des choses a b s u r d e s , ridicules, dénuées de raison et de bon sens. E x e m p l e : sur vingt ouvriers, sans parler du reste des mortels, il y en a douze ou quinze qui ne v a u d r a i e n t pas. pou? u n empire, e n t r e p r e n d r e un voyage l*o v e n d r e d i , lui cela est tellement vrai, que,, sur les lignes de c h e m i n s de fer, on remarque, le vendredi, une d i m i n u t i o n notable s u r le n o m b r e des voyageurs. Pourquoi cela ? Dans les

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temps de foi, on a t t a c h a i t au v e n d r e d i u n e idée de deuil et de tristesse, à cause de la Passion de Notre-Seigneur et de sa mort, arrivées ce j o u r - l à ;' et par esprit de religion et en vertu d'une foi parfaitement raisonnée, on s'abstenait volontiers de c o m m e n c e r e n ce j o u r desvoyages, des entreprises de commerce^ des expéditions militaires, et s u r t o u t des parties de plaisir. Mais aujourd'hui, p a r m i ceux qui n e croient plus ou qui ne croient guère, pourquoi cette ridicule peur du v e n d r e d i ? On dit : « Si j e m e m e t s en r o u t e , il m ' a r r i v e r a m a l h e u r . Le v e n dredi est u n m a u v a i s j o u r , u n j o u r néfaste. » On est prêt à le j u r e r sur sa tête, p a r c e que deux ou trois fois d a n s la vie, il sera arrivé p a r h a s a r d , à nous ou à d'autres, quelque accident u n v e n d r e d i . • Et cependant, m o n bon petit Jacques, j e t e le d e m a n d e , quoi de plus dénué de raison, eL par conséquent quoi de plus superstitieux, q u e ce caractère néfaste attribué au pauvre vendredi? Si le vendredi est u n j o u r de m a l h e u r , pourquoi t r a vailler le v e n d r e d i ? pourquoi m a n g e r ? pourquoi aller et venir? Ne risquez-vous pas de vous casser les j a m b e s , de vous étrangler, de vous blesser? P o u r q u o i le voyage seul est-il d a n g e r e u x le v e n d r e d i ? Je défie d'en d o n n e r la moindre raison. Et q u a n t aux p e r s o n n e s pieuses qui se laissent e n v a h i r par ces préjugés superstitieux, elles n e réfléchissent pas que des chrétiens doivent maintenir leur esprit et leur conscience au-dessus de toutes ces niaiseries. Avoir p e u r du vendredi, c'est tout s i m p l e m e n t de la faiblesse d'esprit; c'est mêler à la vraie foi des croyances ridicules, des dires de bonnes f e m m e s ou d ' a l m a n a c h s ; c'est croire aveuglément à des choses d'imagination qui n e reposent sur rien : et c'est confondre l'erreur avec la vraie foi, qui

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II.

repose sur la parole de JÛSUS-CIIRIST et s u r l'enseignem e n t infaillible de l'Église. Voilà pourquoi cette superstition, c o m m e toutes les a u t r e s , est c o n t r a i r e à la vertu de foi, à qui elle fait i n j u r e ; c o m m e u n e c a r i c a t u r e fait injure à la personne qu'elle représente. La superstition est la caricature de la foi. Sais-tu, mon enfant, ce dont il faut avoir p e u r le vendredi? C'est d'oublier l ' a m o u r qui a porté ton Sauveur et ton DIKU à m o u r i r p o u r toi sur la Croix. Ce dont il faut avoir peur le v e n d r e d i , p l u s encore, s'il se peut, que les autres j o u r s , c'est d'offenser p a r le péché, et surtout par le péché honteux, ce très saint S e i g n e u r J É S U S , d o n t la chair divine a été déchirée ce j o u r - l à par la flagellation et le crucifiement, afin d'expier p r é c i s é m e n t les péchés de la c h a i r . Ce dont il faut avoir peur le v e n d r e d i , c'est de violer la loi de l'Église, qui nous o r d o n n e de faire pénitence avec Jiisus crucifié, en mortifiant quelque peu notre sensualité et en o b s e r v a n t L'abstinence. Autre e x e m p l e : être treize à table. Quel m a l h e u r ! quel funeste présage! Je c o n u a i s quantité de p e r s o n n e s , m ê m e très intelligentes, m ô m e pieuses, qui a u r a i e n t u n e indigestion si, se voyant, treize à table, elles ne pouvaient décamper i m m é d i a t e m e n t ou bien faire v e n i r à tout prix u n quatorzième convive, pour conjurer le sort. L'origine de ce préjugé superstitieux et absurde se rattache encore à la foi. Jadis, q u a n d la vie et les actions de Notre-Seigneur JKSUS-CIIRIST étaient pour ainsi dire toujours présentes au peuple fidèle, le n o m b r e treize rappelait i m m é d i a t e m e n t à table l'horrible souvenir de J u d a s ; et, par esprit de foi, on n e voulait point être treize à la m ê m e table. Ceci était fort n a t u r e l , parfaitement raisonné, parfaitement raisonnable : ce n ' é t a i t pas de la superstition, c e l a i t de la foi. Si l'on évitait d'être treize

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à table, ce n'était pas qu'on eût p e u r q u ' u n des Ireize dût mourir dans Tannée. Aujourd'hui, c'est de cela précisément, c'est uniquement de coin, qu'on a peur. Or, cette peur est absurde. Quel rapport y a-t-il e n t r e être treize à table et voir m o u r i r dans l'année un des infortunés treize? Ici encore je défie tous les esprits forts de Franco et de Navarre de trouver l'ombre d'une raison présentable. Ce qui est raisonnable et ce que nous admettrions sans peine', n'est-il pas vrai, mon bravo Jacques, <'\ïst que, quand on est treize à table, il devient c e r t a i n , ou à peu près certain que l'un des treize m o u r r a le premier. J'avoue que ceci est grave. Mais ce-qui serait v r a i m e n t grave, quand on est treize H table (et m ô m e q u a n d on est moins ou plus), c'est d'y « faire la noce, » d'y être g o u r m a n d , d'y boire avec excès, de s'y griser. Voilà ce qui est à c r a i n d r e à table, et non pas d'y être treize. Surtout, m o n p a u v r e J a c q u e s , c r a i n s , c o m m e le feu et plus,que le feu, de faire ce qu'a l'ait J u d a s , le treizième, à la lable du. Cénacle: de devenir traître à J Ê S U S - C I I R I S T . de te laisser r o n g e r le cœur par l'avarice et par l'envie, d'être m a u v a i s au milieu m ê m e des bons, de résister à la grâce divine, de violer la sainte Eucharislie par le sacrilège, et de laisser ainsi le démon p r e n d r e possession de ton cœur. Autres exemples encore : lorsqu'à table on renverse la salière, ou bien lorsqu'on trouve sa fourchette et sa cuiller posées en forme de croix, c'est signe de quelque g r a n d malheur qui approche. Quand un ouvrier sort le matin pour aller à son travail, il doit, sous peine de voir toute s a j o u m é e perdue, c r a c h e r du côté droit, s'il vient par m a l h e u r à rencontrer un

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prêtre ou une Religieuse. Noto le bien, il faut que ce soit du cùté droit; du cùté g a u c h e , cela ne ferait plus d'clfcl, et il y aurait « un sort » sur loute la j o u r n é e . Quand on voit voler des corbeaux de Test à l'ouest, c'est un mauvais présage. Quand on entend, la n u i t , le cri d'un c h a t - h u a n t O U d'un hibou autour d'une maison, (t'est l ' a n n o n c e de la mort prochaine d'un de ceux qui l'habitent. La liste de ces folles imaginations et de ces préjugés populaires serait i n t e r m i n a b l e . On doit placer en tête la crédulité de quantité de g e n s à ce (prou appelle» la bonne aventure. » On va chez u n tireur ou une tireuse de cartes, qui, après quelques simagrées, e x a m i n e g r a v e m e n t la paume de votre main droite, vous l'ait r e m a r q u e r une ligne qui en coupe u n e a u t r e , un petit pli à coté d'un gros pli, etc.; puis, le prétendu sorcier mêle ses cartes, tire u n e dame de c œ u r (c'est la demoiselle qu'on doit épouser) ; le valet de trèfle (c'est le (lancé plus ou moins futur) ; puis, vient un roi ou u n e dame de pique (le rival ou la rivale) ; et c o m m e tout cel¡^ coïncide avec le grand pli et la petite ligne, (s'est un signe évident qu'après bien des difficultés un beau brun (c'est toi, bien entendu) épouse une c h a r m a n t e blonde, mademoiselle X. que le tireur de cartes se g a r d e bien de te n o m m e r , parce qu'il ne la connaît pas plus que toi. Le tout, m o y e n n a n t dix ou vingt sous; et c o m m e les bonnes nouvelles dilatent la bourse en môme t e m p s que le cœur, c'est toujours la bonne aventure qui ressort en définitive d e la consultation ; la mauvaise ne vient jamais que pour chauffer Témotion et pour pousser à la générosité. Tout cela est un tas de superstitions, c'est-à-dire de vaines idées qui s u r g i s s e n t et se p r o p a g e n t on n e sait c o m m e n t , principalement d a n s les r a n g s du peuple, où

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elles vicurte.nl s'accoler a la.sainteté de la Toi, c o m m e ces plantes parasites qui e n t o u r e n t , défigurent et étoutîent à la longue les arbres de In plus belle v e n u e . Chez un chrétien, les superstitions sont une véritable h o n t e ; elles exposent a u x moqueries des impies la Religion, qu'il est facile dès lors de confondre avec des préjugés qu'elle est la première à repousser. Chez l'incrédule et le m o n d a i n , elles constituent u n e bizarrerie é t r a n g e , t o u t à fait inconcevable, à savoir des g e n s qui repoussent la foi sous prétexte que ses e n s e i g n e m e n t s sont au-dessous de leur puissant esprit, et qui a d m e t t e n t , c o m m e des*enfants, sans -savoir pourquoi, sans raisonner, sans sourciller, les préjugés les plus ridicules, quelquefois m ê m e les plus grossiers. ' Ce qui te préservera de la superstition, mon bon petit Jacques, ce sera la simple et précieuse lumière d ' u n e solide instruction r e l i g i e u s e ; ce sera la fréquentation du Patronage ou d u Cercle, où tu le trouveras en contact avec le prêtre, m i n i s t r e de la vérité, et avec des chrétiens sérieux et intelligents ; ce sera, en un mot, u n e foi pure de toute alliage, u n e foi sans cesse ravivée par la prière et par les habitudes fortifiantes d'une vie toute chrétienne. La superstition est u n péché, sans a u c u n d o u t e ; un péché contre la vertu de foi; cependant, pour qu'elle arrive j u s q u ' a u péché mortel, il lui faut u n e dose de g r a vité, h e u r e u s e m e n t peu c o m m u n e p a r m i les chrétiens et les gens tant soit peu raisonnables.

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L E .JEUNE OIJVHIEH

CIIRKTIEN.

II.

VII
Du respect humain, cinquième péché contre la fci.

Voici, mon pauvre Jacques, un sujet terriblement pratique. Les Français se p i q u e n t de bravoure, et certes un glorieux passé militaire de quinze cents a n s leur en donne le droit; et c e p e n d a n t c'est p a r m i les Français que l'affreuse lâcheté qui s'appelle « le respect h u m a i n , » fait ses plus g r a n d s r a v a g e s . P a r m i les j e u n e s g e n s surtout, le respect h u m a i n est à l'ordre du j o u r . Gela vient p r i n c i p a l e m e n t des sarcasmes impies et des moqueries de tout g e n r e contre la Religion et ceux qui la pratiquent, dont Voltaire et, après lui, tous les beaux esprits du dernier siècle o n t iuondé n o t r e p a u v r e France; moqueries et sarcasmes, calomnies et inepties .dont la presse contemporaine s'est faite i m p u d e m m e n t l'écho. Le respect h u m a i n est une faiblesse de caractère, une lâcheté de cœur, u n e défaillance de foi qui nous font rougir de J É S U S - C H R I S T , dont nous s o m m e s les disciples, et de l'Église, dont n o u s sommes les enfants. C'est un r e n o n c e m e n t extérieur à cette foi sacrée que n o u s respectons si réellement cependant au fond de notre conscience. Hélas ! à ce point de vue, que de misérables lâches parm i nous ! Vois-tu ce c a m a r a d e qui ril là-bas, en compagnie de trois ou quatre j e u n e s gens, que tu connais, aussi bien q u e lui, pour être les plus fieffés polissons de l'endroit? Il y a quelques j o u r s , à la dernière fête, il c o m m u n i a i t à côté de toi, et de Lout son cœur. Aujourd'hui rapproche-

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toi de lui et de son g r o u p e ; lu l'entendras se moqueiv comme les a u t r e s , des « dévots, » du c u r é , de ceux qui vont à confesse. A-t-il d o n c perdu la foi? Pas le moins du monde. 11 n'ose pas se m o n t r e r c h r é t i e n . Tl a peur, il r e n i e sa foi. Un brave ouvrier s o r t d e c h e z l u i le d i m a n c h e , pour aller à la Messe. Son voisin d'atelier, un impie gouailleur, le r e n contre. « Où vas-tu c o m m e cela? à la Messe peut-être?" — Moi? Je vais m e p r o m e n e r . — Eh bien ! veux-tu que je t'accompagne? Je ne d e m a n d e pas m i e u x . » VA le ca"marade lui fait p r e n d r e le c h e m i n du cabaret. Les cloches s o n n e n t c e p e n d a n t , et la Messe va c o m m e n c e r . La conscience a beau dire au pauvre poltron : « Laisse-le donc là ; va.à la Messe. C'est un devoir rigoureux. Si t u y manques, il y a péché mortel ; » le respect h u m a i n est le plus fort; et il étouffe la voix de la conscience L'ouvrier no vh point à la Messe. Pourquoi? parce qu il H peur. Voici u n bon petit travailleur, bien laborieux, bien es.time dans sa fabrique. 11 vient de souper, et cause un peu avec s a b o n n e m è r e , en a t t e n d a n t la prière du soir et le coucher. « Mon pauvre g a r ç o n , lui dit sa mère,, voici Pâques qui a p p r o c h e . J'espère bien que tu ne l'oublies pas et que tu t'apprêtes à faire ton devoir. » lit le j e u n e homme répond en r o u g i s s a n t : « J e voudrais b i e n ; je. tâcherai; mais si les c a m a r a d e s r a p p r e n n e n t ? — Eh bien! quand ils l ' a p p r e n d r a i e n t ? — C'est qu'ils se m o q u e r a i e n t de moi de la belle façon. — Se m o q u e r de toi, parce q u e tu es chrétien et que Lu remplis ton devoir! parce que Lu as le courage de te m o n t r e r tel que tu es. un brave garçon ! — Que voulez-vous, m a m è r e ? C'est c o m m e ça à la fabrique. Et m a foi ! j e ne sais pas si j ' o s e r a i . » La p a u v r e mère a beau insister ; à m e s u r e que le m o m e n t approche,.
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LE JEUNE OUVRIER CHRÉTIEN. —

II.

l'hésitation a u g m e n t e . II n e fera pas ses p à q u e s . Pourquoi ? parce qu'il a peur. Que de gens de tout àgc, de toute condition, se laissent détourner du devoir par la peur du q u ' e n dira-t-on, par le respect h u m a i n ! Que d'apprentis fréquenteraient avec b o n h e u r le Patronage, q u e d'ouvriers seraient heureux d'aller au Cercle, de se confesser, de p r a t i q u e r leur foi, s'ils n'étaient m i s é r a b l e m e n t r e t e n u s . p a r la p e u r ! Tout dernièrement j e disais à un brave h o m m e de père, jardinier de son état, qui, à l'occasion de la première communion de son fils, venait de se réconcilier avec le bon DIEU, après trente ans de négligence : « Comment, mon bon a m i , u n digne h o m m e c o m m e vous a-til pu rester si l o n g t e m p s éloigné de DIEU, sans m ê m e aller à la Messe, le d i m a n c h e ? — A la Messe! réponditil les larmes a u x y e u x ; à la Messe ! Si j ' a v a i s pu, j e n'aurais pas m ê m e m a n q u é les vêpres, et j ' a u r a i s reçu le bon DIEU à toutes les b o n n e s fêtes. Mais c'est impossible : les autres se moquent de vous, et on n'ose p a s . » Et le pauvre b o n h o m m e ajoutait : « Tenez, Monsieur ; il m'est arrivé de pleurer, oui, de pleurer, en passant devant l'église, le d i m a n c h e , tant j ' é t a i s fâché de n'y pouvoir pas aller! Mais les autres étaient là. Ils auraient d i t : « Tiens, il va à la Messe. » Et je n'osais pas, » Le respect h u m a i n est u n e faiblesse aussi coupable que lâche. Il est directement opposé à la foi, parce que la foi est une vertu, c'est-à-dire une force, u n e énergie, un t r i o m p h e . Le respect h u m a i n , au contraire, est u n e défaillance misérable qui nous fait rougir de JESUS-GHRIST et n o u s donne les a p p a r e n c e s de ce que, p a r la grâce de DIEU, nous ne s o m m e s point. Il est formellement réprouvé d a n s l'Evangile. « Quiconque me reniera devant les hom« mes, a dit le Fils de DIEU lui-même, moi aussi je le re-

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« nierai devant mon Père qui est dans tes vieux. Quiconque « rougira de moi et de mes commandements, à son tour te « Fils de l'homme rougira de lui, lorsqu'il reviendra dans « la majesté de su gl.ire, à la face, de DIEU son Père et en « présence des saints Anges. » Les Apôtres disent égale< m e n t : c S? nous renions le Christ, à son tour le Christ nous « reniera: » Tu le vois, mon e n f a n t ; la question est s i m p l e : tu te trouves placé entre JÉSUS-CHRIST d'un côté, avec son Église, avec les bonnes et saintes vertus de la vie c h r é tienne, avec la pureté, avec la vérité, avec la paix, avec le véritable h o n n e u r , avec le P a r a d i s ; et de l'autre, e n tre le d é m o n , avec tous les vices, avec le blasphème, avec l'ignorance des choses divines, avec l'impiété, a v e c l'ivrognerie, le libertinage, le mal sous toutes ses formes, sans compter le r e m o r d s et l'enfer. Il te faut choisir ; car tu n e peux servir deux maîtres ; ou l'un, ou l'autre : impossible de d e m e u r e r n e u t r e . Si tu veux plaire au côté droit, au bon côté, tu déplairas nécessairement au côté g a u c h e , au mauvais côté, lîlt si tu veux plaire à celui-ci, il faut t'abonner à renier celui-là. lin déplaisant à la g a u c h e , q u e risques-tu? tëst-ce la mort, c o m m e autrefois les m a r t v r s ? E v i d e m m e n t n o n . Kst-ce le d é s h o n n e u r ? N o n ; suivre sa conscience p o u r l'aire le bien, c'est l ' h o n n e u r par excellence ; et les m a u vais sujets e u x - m ê m e s n e peuvent se détendre d'une secrète estime pour les vrais g e n s de bien, pour les h o m mes de c œ u r et de caractère. Que risques-tu, j e te le répète? Quelques misérables coups de l a n g u e , quelques railleries bètes, plus niaises que méchantes, et qui ne peuvent atteindre, je ne dis pas seulemeut un chrétien, mais m ê m e u n honnête h o m m e . A ces m a u v a i s e s plaisanteries d'atelier, on peut appli-

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la curieuse réponse d'un prêtre qui, d a n s un voyage, était entré dîner dans un m é c h a n t petit hùlel, où la table réunissait chaque soir un certain n o m b r e d'abonnés. •Ceux-ci, pou habitués sans doute à la vue d'une soutane, se m i r e n t à c h u c h o t e r d'abord et à s o u r i r e , puis à se moquer ouvertement. Le prêtre prenait t r a n q u i l l e m e n t son repas, ne répondant pas u n mot, et ne p a r a i s s a n t pas faire la moindre attention à ses convives. Les choses en vinrent au point qu'un vieux monsieur, voisin d u prêtre, finit par lui d i r e : « Monsieur l'abbé, est-ce que vous n'entendez pas tout ce q u ' o n dit ici de vous et contre v o u s ? — Si lait, Monsieur; m a i s cela ne m ' é m e u t g u è r e ; j e suis aumônier d'un hospice d'aliénés, et j e suis habitué à tons ces propos-là. » C'est ainsi, m o n brave Jacques, qu'il faut traiter les quolibets des impies et des sots; c'est ainsi qu'il faut mépriser ce qui est méprisable, et m a r c h e r droit son c h e m i n , quoi qu'il a r r i v e . Rira bien qui r i r a le dernier. Les défaillances du respect h u m a i n font descendre parfois à des lâchetés si étranges, qu'elles sont plus ridicules encore que coupables. Gela touche a la folie. Écoute plutôt. Un bon vieux c a p u c i n , que j ' a i eu l ' h o n n e u r et le bonheur de c o n n a î t r e , et qui est m a i n t e n a n t au ciel, me racontait que, d a n s u n e mission qu'il prêchait en Champagne, si je ne m e trompe, il lui a r r i v a ce qui suit. La mission allait parfaitement. Quantité de retardataires de tout genre venaient le trouver, lui ouvraient leurs cœurs et se relevaient réconciliés avec le bon D I E U . Une bonne femme vint u n j o u r le t r o u v e r à l'église. « Mon Père, lui dit-elle, j e ne sais c o m m e n t faire. J'ai un fils de dix-huit a n s qui a g r a n d e envie de se confesser •comme les autres, m a i s il n'ose pas. A tout ce que j e lui

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dis, il répond : « Si on me voyait! » Je n e poux pas le Taire sortir de là. — Kh bien! dit en r i a n t le capucin, à nous deux n o u s l'en ferons sortir. Allez lui dire que cesoir, à dix h e u r e s et demie, je l'attendrai ici, à m o n c o n fessionnal. A cette heure-là, tout Je m o n d e sera parti, et il n'y a u r a plus p e r s o n n e . Je fermerai toutes les portes, excepté celle-ci, ajouta-t-il en lui d é s i g n a n t u n e petite porte latérale, et c'est pur là que vous le ferez e n t r e r . Qu'il n'ait pas p e u r ; n o u s serons tout seuls. » Le soir, à dix h e u r e s et demie s o n n a n t , la petite porte s'ouvrit, et le bon capucin aperçut, du bas de l'église où il attendait au confessionnal, son brave pénitent, un gros et grand g a r ç o n , que la m è r e poussait par les é p a u l e s ; il semblait tout effaré. Il n'y avait plus u n c h a t d a n s l'église. Le missionnaire appela le j e u n e h o m m e , et de la main lui fit signe d a v a n c e r . Celui-ci fait, en effet, quelques pas, lorsque tout d ' u n coup, à moitié c h e m i n , il disparaît. Quelque peu i n t r i gué, le capucin se d e m a n d a i t ce qu'il était devenu, et s'apprêtait à aller du enté où il l'avait vu disparaître, quand ïl entend, tout près de lui, un petit b r u i t ; il r e garde, et que voit-il? Le g r a n d gaillard, a v a n ç a n t vers lui à quatre pattes, et j e t a n t tout autour de lui des y e u x hagards ! « Qu'est-ce qu'il y a d o n c , m o n bon a m i ? dit le P è r e ; que faites-vous là, à quatre pattes? Levez-vous et venez.» Le jeune h o m m e se relève alors, et, tout t r e m b l a n t , il 'lui montre du doigt les bas-côtés de l ' é g l i s e : « Tenez! dit-il tout bas. Regardez; là-bas, là-bas! Ils v o n t se m o quer de moi. — Qui ç a ? répond le missionnaire é t o n n é ; nous sommes seuls i c i ; il n ' y a que vous et. m o i . — Et là-bas? réplique l'autre à demi-voix, en r e g a r d a n t toujours du m ê m e côté. Et il fallut que le Père le conduisît

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l u i - m ê m e , par la m a i n , dans ces terribles has-eotés, pour lui faire toucher les chaises rangées les unes sur les autres, que, dans l'effarement de la peur, le pauvre garçon avait prises pour des spectateurs pleins de vie! Est-il possible, mou c h e r petit Jacques, de pousser à ce point la démence du respect h u m a i n ? Et ce manque de cœur, et tout e n s e m b l e de bon sens et de foi, iTest-il pas aussi ridicule que méprisable? Nous allons voir c o m b i e n sont bénis de D I E U les braves cœurs qui savent mettre sous leurs pieds le misérable respect h u m a i n .

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Qu'on n'a jamais lieu de se repentir de confesser généreusement sa foi.

Je ne veux pas dire p a r là, mon enfant, que les vrais chrétiens qui p o r t e n t haut et ferme le drapeau de leur foi n'aient pas quelquefois, peut-être m ê m e souvent, à en souffrir. Ce que j e dis, parce que cela est absolument sûr, c'est que j a m a i s ils n ' a u r o n t lieu de s'en repentir, pas plus devant les h o m m e s que d e v a n t D I E U . La vie chrétienne est u n combat, u n c o m b a t au dedans contre les m a u v a i s e s passions de l'esprit et du cœur, un combat au dehors contre le m o n d e , contre les impies, les libertins et les a u t r e s sots. Or, à la g u e r r e , quel est, dismoi, le soldat qui s'est j a m a i s repenti d'avoir été un brave, d'avoir v a i l l a m m e n t défendu son d r a p e a u , d'avoir courageusement rempli son devoir? Quoi qu'il lui arrive, qu'il soit blessé, fait prisonnier, a m p u t é m ê m e , il n'a pas seulement l'idée de se repentir de ce qu'il a fait.

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Bien loin de rougir de ses blessures, et quelque -dures qu'aient été .ses épreuves, il s en fait gloire; et il a vingt fois r a i s o n ; car, partout où il passe, il est l'objet du respect et de l'admiration de tous les g e n s do c œ u r . Il .n'y a pas j u s q u ' a u x poltrons qui ne louent sa b r a v o u r e , lors même qu'ils n'en c o m p r e n n e n t pas la b e a u t é . Ainsi en est-il. sois-en bien sûr, mon bon Jacques, d e ceux qui sont braves d a n s Tordre de la foi. Qu'ils reçoivent ou n o n des blessures, des coups de l a n g u e ; qu'ils aient ou n o n des avanies, des persécutions m ô m e à suJxir. le beau rôle est toujours de leur côté, et tôt ou lard ils seront les m a î t r e s du terrain. Lors m ô m e q u e , par impossible, ils ue trouveraient pas autour d'eux le respect, l'estime, qui sont dus à l e u r c a ractère, n'est-ce pas, en soi-même, une g r a n d e et noble chose que de suivre sa conscience, en tout et toujours, et de se m o n t r e r h a u t e m e n t et ouvertement c h r é t i e n ? Èlrp c h r é t i e n et se m o n t r e r chrétien, c'est ce qu'il y a de plus honorable au m o n d e . Je te disais qu'on est presque toujours i m m é d i a t e m e n t récompensé de sa franchise et de sa fermeté, q u a n d , au lieu de r o u g i r de sa foi, on s'en m o n t r e lier, en méprisant, c o m m e ils le méritent, tous les qu'en dira-t-on. — IJaus un g r a n d dîner, d o n t il n'avait pu se dispenser, un jeune h o m m e , à l'air robuste et bien p o r t a n t , n o m m é Louis D***, causait avec ses voisins, au lieu de m a n g e r . Il laissait passer tes meilleurs plats, les u n s après les autres : potage g r a s exquis, viandes délicates, belle et bonne poularde truffée du Mans, dont la taille et le p a r fum excitaient l'admiration de tous les convives : rien ne pouvait le tenter. « Mais vous n'avez donc pas f a i m ? ..lui dit son voisin, un gros officier en retraite, qui, lui, mangeait de tout. — Si, v r a i m e n t , répondit en souriant
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II.

le j e u n e h o m m e ; j ' a i m ê m e g r a n d ' f a i m . — Alors, vous êtes bien difficile. — Pas du tout, .l'attends les légumes. — Vous êtes donc c o n d a m n é au v e r t ? On ne s'en douterait guère à votre b o n n e m i n e . — Non, m o n s i e u r ; si c'était u n autre j o u r , vous verriez! — Un a u t r e j o u r ? fit l'autre, en c h e r c h a n t à deviner. A h ! j ' y suis! Oh! la bonne farce! » Et se t o u r n a n t vers la maîtresse d u logis : « Madame, s ecria-t-il en riant, vous ne nous avez pas prévenus que nous devions diner en si sainte compagnie. Voici monsieur qui ne dîne pas, sous prétexte que c'est vendredi! » Et tout le m o n d e de rire, la d a m e c o m m e les autres, quoique l é g è r e m e n t embarrassée. Le jeune h o m m e faisait bonne c o n t e n a n c e , sans se tacher le moins du m o n d e ; il ne répondait aux quolibets qui pleuvaient s u r lui que par u n e attitude ferme et digne. « Riez tant que vous voudrez, dit-il après une on deux m i n u t e s ; en observant la loi de rÉgliso, je ne fais que mon devoir, et personne ne m ' e n fera démordre. » L'un des gouailleurs allait e n t a m e r u n e discussion, lorsque, de l'autre bout de la table, une voix j e u n e et fraîche se fit e n t e n d r e : « V o u s riez, m e s s i e u r s ? dit u n e charmante j e u n e p e r s o n n e , fille u n i q u e d'un des principaux convives; eh b i e n ! moi, j e trouve cela très bien. J'aime qu'on ait le courage de sa c o n v i c t i o n ; c'est le fait d'un homme de cœur. Il n ' y a que les poltrons qui, devant l'ennemi, cachent leur cocarde. » Cette parole i m p r é v u e c h a n g e a tout. Deux ou trois dames, qui n'avaient rien osé dire, se déclarèrent du m ê m e sentiment. « Au fait, mademoiselle a raison, dit à son tour, u n vieux monsieur, qui é v i d e m m e n t n'avait eu q u ' u n rire de c o m p l a i s a n c e ; et M. Louis est u n homme de cœur. » Un a u t r e a j o u t a : « C'est v r a i ; il a d u caractère. Il faut du c o u r a g e p o u r faire ce qu'il fait. — Au lieu

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de rire, dit à demi-voix au j e u n e chrétien son voisin de gauche, j ' a u r a i s mieux fait de Taire c o m m e v o u s ; car, moi aussi, j ' a i des principes. » Bref, en quelques minutes, Louis D*** eut les h o n n e u r s du festin: et, sauf le gros officier et deux ou trois messieurs plus ou m o i n s vexés, c'était à qui s'empresserait à être aimable pour lui. Après dîner, Louis s'approcha poliment, pour la r e m e r cier, de l'aimable j e u n e personne qui était v e n u e si bravement à son s e c o u r s ; et sa discrétion, ses b o n n e s m a nières ajoutèrent encore a l'estime qu'il venait d'inspirer. Et sais-tu, m o n bon petit Jacques, ce qui résulta de là? Les parents de la j e u n e fille invitèrent M. Louis D*** à venir chez e u x ; et après quelques mois d'une c o n n a i s sance plus approfondie, on célébrait joyeusement, d a n s l'église de Notre-Dame des Victoires, à Paris, le m a r i a g e des doux j e u n e s gens. Aujourd'hui, c'est un m é n a g e des plus h e u r e u x , et, bien e n t e n d u , des plus c h r é t i e n s . Voilà u n j e u n e h o m m e , n'est-il pas vrai? qui n ' a pas eu lieu de se repentir d'avoir fait m a i g r e le v e n d r e d i , à la barbe des g e n s ! Un exemple analogue rie simplicité c h r é t i e n n e et de courageuse obéissance aux lois de l'Église e u t lieu j a d i s sur un t h é â t r e plus élevé, à la c o u r môme de Louis-Philippe, a u x Tuileries, en 1831. Le roi d o n n a i t u n g r a n d dîner, où se trouvaient r é u n i s les plus h a u t s fonctionnaires do l'Etat et de l'armée. C'était un v e n d r e d i , et à la cour de Louis-Philippe, on n e s'inquiétait g u è r e des j o u r s maigres et des j o u r s g r a s . Au n o m b r e des invités, il y avait le maréchal Soult, à la droite du roi et, presque en face de lui, l'illustre général Brun de Villeret, aussi brave chrétien que brave militaire. Il avait fait toutes les grandes c a m p a g n e s de l'empire, et s'était surtout illustré

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h Austerlitz et dnns la défense de l'île de Lobau, où, pend a n t trois jours, sans vivres et p r e s q u e sans m u n i t i o n s , il avait tenu en échec, à la tête d'un corps d'armée peu considérable, tous les efforts de l ' e n n e m i . Le m a r é c h a l Soull et lui se tutoyaient sans façon, c o m m e deux vieux compagnons d'armes. Le repas était vServi tout en g r a s . Le général Brun refuse u n p r e m i e r plat, u n d e u x i è m e , u n troisième, u n quatrièmeLa reine Marie-Amélie, le r e m a r q u a et lui dit avec bonté : « Mais, général, vous no mangez donc pas? — Madame, répondit-il avec sa b o n n e franchise militaire, c est aujourd'hui v e n d r e d i ; j ' a t t e n d s u n plat m a i g r e , et j'espère bien qu'on finira p a r en apporter u n . » A ces mots i n a t t e n d u s , l'embarras do la pauvre reine fut extrême. Le m a r é c h a l Soull s'en a p e r ç u t ; il avait tout entendu, et bien vite il s'empressa de venir au secours de Marie-Amélie, e n p l a i s a n t a n t le général Brun sur sa lidélité exagérée aux lois de l'abstinence. « Pour un soldat, ajouta-t-il, cela paraît un peu é t o n n a n t . — Comment! cela te paraît é t o n n a n t ? r e p o n d i l à haute voix et en riant, le général provoqué. Tu m e connais bien c e p e n d a n t ; tu sais que de m a vie, j e n'ai fait g r a s le v e n d r e d i , si ce n'est à l'île de Lobau, où je n'ai eu à m a n g e r que la tête de mon cheval tué sous moi ! » Un silence de respect accueillit les paroles du vieux guerrier, et Ton devine aisément que les plats maigres ne tardèrent pas à venir. Et, sans le savoir a u t r e m e n t , je te g a r a n t i s , m o n petit Jacques, que ce v e n d r e d i - l à lit m o n t e r d.e plus d'un cran le brave général catholique d a n s l'estime de la cour, peu dévote cependant. Je pourrais te citer ici bien d'autres traits, où le courageux mépris du respect h u m a i n a été d i g n e m e n t récom-

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pense dès ce m o n d e . Eu voici un, choisi entre beaucoup d'autres, q u i est arrivé à un j e u n e ouvrier de Paris quelque t e m p s a v a n t la g u e r r e . C'était à l'Hôtel de Ville. Des centaines d é j e u n e s c o n s crits y étaient réunis pour le tirage au sort. Un vieux Monsieur, tort bien mis, passait dans les g r o u p e s , observant le c u r i e u x tableau qu'il avait devant les yeux. D'un côté, la foule des parents, des amis, agités, inquiets, d é solés, e n c h a n t é s ; de Vautre, les j e u n e s g e n s sortant de la salle; les u n s avec une joie b r u y a n t e et a g i t a n t u n bon numéro, d'autres consternés, d'autres enfin faisant contre fortune bon c œ u r et affectant u n e indifférence qu'ils étaient loin d'éprouver. P e n d a n t que le vieil observateur regardait, écoutait, examinait, u n jeune conscrit, q u ' à son costume on reconnaissait pour u n ouvrier, sortit de la salle, escorté d ' u n e trentaine de braillards qui se m o q u a i e n t de lui à qui mieux m i e u x , en r é p é t a n t s u r l'air trop c o n n u des Lampions : « Oh! T dévot! oh ! 1' b i g o t ! o h ! Y cagot! » Et l'un d'un d'eux, g r a n d gaillard à la m i n e de c h e n a p a n , de s'écrier : « Ça, vous autres, les amis, écoutez u n peu la bonne histoire. Nous étions là, devant le b u r e a u , et j e venais de tirer le n u m é r o que voici, u n bon, c o m m e vous voyez; lorsque le pierrot que vous voyez là et q u e j ' a i l'honneur de vous présenter, s'avance à son tour. Au lieu de mettre la m a i n dans l'urne, devinez ce qu'il fait. Je vous le d o n n e en dix. Ce qu'il fait? Il fait u n g r a n d signe de croix! » Et tous de r i r e bêtement. « S u r ce g r a n d signe de croix, r e p r i t le loustic, notre pierrot m e t la m a i n d a n s l'urne. Savez-vous ce qu'il r a m è n e ? . . . H a ! h a ! h a ! la, bonne farce! j ' e n rirai e n c o r e dans v i n g t a n s . Il a m è n e le n u m é r o deuœ\ Est-ce assez roide de la p a r t du bon DIEU! » Et p e n d a n t qu'ils c o n t i n u a i e n t tous à crier et à se

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m o q u e r du p a u v r e j e u n e ouvrier, celui-ci m a r c h a tranquillement vers trois femmes qui v e n a i e n t au-devant de lui en pleurant. C'étaient sa m è r e , sa s œ u r et sa liancée, bonne et pieuse ouvrière qu'il devait épouser aussitôt après le tirage, si le sort lui était favorable. « Tout est p e r d u ! leur dit-il en m o n t r a n t tristement son n u m é r o . Quelle douleur pour m o n p a u v r e père infirme! Riais que la volonté de D I E U soit faite. Espérons qu'il ne nous a b a n d o n n e r a p a s . » El du revers de la m a i n , il essuya une grosse l a r m e . Le vieux Monsieur avait tout vu, tout e n t e n d u . « Suivezmoi, » dit-il r é s o l u m e n t au j e u n e ouvrier, en lui frappant sur 1 épaule. Celui-ci, le p r e n a n t pour quelque employé de l'Hôtel-de-Viille, congédia sa mère et les deux jeunes filles. « Il y a d o n c encore u n e formalité à remp l i r ? dit-il à l ' i n c o n n u . — Oui, mon ami, répondit l'autre ; suivez-moi ; a v a n t u n e h e u r e , tout sera fini. » Et il le conduisit tout droit dans u n b u r e a u de remplacem e n t , où, devant le p a u v r e g a r ç o n , qui en croyait à peine ses yeux et ses oreilles, il tira de son portefeuille deux mille cinq cents francs en billets de b a n q u e , term i n a l'affaire séance t e n a n t e , et dit au j e u n e h o m m e en lui r e m e t t a n t sa feuille de libération : « Tenez, m o n amû Vous êtes u n brave c œ u r . Continuez à être u n courageux chrétien. Allez retrouver votre famille ; tranquilisez votre vieux p è r e ; épousez votre fiancée et si le ciel vous donne des enfants, vous leur raconterez l'histoire de votre signe de croix et le prix d o n t le bon DIEU Ta payé. » Il est vrai, DIEU n e paye pas toujours « ses dettes » en ce m o n d e ; mais il n e faut ni s'en étonner ni s'en attrist e r : la vie présente, c'est le t e m p s de l ' é p r e u v e ; la vie éternelle, le ciel, c'est le g r a n d j o u r de ta récompense, et ce j o u r n ' a u r a point de fin. La récompense sera d'au-

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tant plus belle, que l'épreuve a u r a été plus dure, et la fidélité plus éclatante. Mon Jacques, du courage ! Les m a r t y r s n'ont pas reculé devant les supplices ni devant la m o r t : c'est bien le moins que n o u s autres, leurs frères d a n s la foi, disciples du m ê m e Évangile, enfants de la m ô m e Église, nous ne reculions pas devant les petites persécutions de l'atelier qui, après tout, ne font pas m o u r i r .

IX
Qu'il ne faut pas confondre la prudence chrétienne avec le respect humain.

S'il faut être courageux dans la manifestation de ta loi, il faut aussi, mon bon Jacques, y apporter de la p r u dence et de la m e s u r e . 11 ne faut pas être poltron, mais il faut être p r u d e n t ; prudence n'est pas faiblesse. Quelquefois, non-seulement on peut, mais on doil s'abstenir de ce qui ferait blasphémer les impies et les libertins, (/est assez difficile a déterminer. Voici c e p e n d a n t , mon c h e r b o n h o m m e , quelques conseils pratiques qui pourront te g u i d e r , le cas échéant. D'abord, lorsqu'il s'agit d'un devoir p r o p r e m e n t dit, bien clair, bien certain, n'hésite j a m a i s ; fais ce que dois, advienne que p o u r r a ! Par exemple, s'il s'agit d'aller à la Messe le d i m a n c h e ou u n j o u r de fête d'obligation, de faire m a i g r e le vendredi, de respecter u n e défense formelle et importante de tes parents ou de ton père spirituel ; s'il s'agit de suivre des camarades d a n s quelque mauvais lieu, de p r e n d r e pnrf k quelque plaisir évidem-

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m e n t et gravement-coupable, etc., que rien ne te fasse r e c u l e r ; sois chrétien de la tôle aux pieds, sans peur c o m m e sans reproche, T a u t pis p o u r les a u t r e s si, à ton occasion, ils viennent à b l a s p h é m e r , à faire* des péchés ! Pour toi, tu ne dois t'inqniéter- que d ' u n e chose : faire ton devoir. Mais lorsqu'il ne s'agit pas d'un devoir de conscience, la question se pose tout a u t r e m e n t , et voici ce qu'il y a à examiner : s i e n Taisant tel ou tel acte de religion, non obligatoire; si, par exemple, en me m e t t a n t à genoux pour Faire ma prière, ou bien en faisant le signe de la croix a v a n t ou après mon repas, ou bien e n c o r e en me découvrante\, en me s i g n a n t devant cette croix, devant «•elle église, je prévois que je vais faire b l a s p h é m e r ceux qui me verront, n o n - s e u l e m e n t je pourrai, mais je devrai JÏI a b s t e n i r ; et cela, non par peur, mais par c h a r i t é . En a g i r . a u t r e m e n t , ce serait faire une i m p r u d e n c e , ce serail exposer, sans nécessité, les autres à offenser DIEU. — Tu c o m p r e n d s , m o n bon a m i , la différence profonde qui existe entre cette réserve dictée par la foi elle-même et par u n e charité bien e n t e n d u e , eL le pitoyable sentiment de la peur, tel que nous l'avons constaté et expliqué tout à. l'heure, quand nous parlions du respect h u m a i n . On m e racontait, il y a un an ou deux, que, dans une caserne de Lille, un j e u n e volontaire d'un a n , apparten a n t à u n e honnête et c h r é t i e n n e famille d'ouvriers, s'avisa, le premier soir de s o i arrivée au r é g i m e n t , de se mettre-à genoux p j u r faire sa prière, ainsi qu'il avait toujours eu l'habitude de le faire d a n s s*, famille. Ce fui, dans la c h a m b r é e , u n e explosion de rires d'abord et de moqueries-grossières, puis d'impiétés et de b l a s p h è m e s , qui se prolongèrent bien avant dans la n u i t . Le lendemain' matin, le j e u n e soldat voulut r e c o m m e n c e r : ce

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fut "encore pis que la veille. Enfin, sur le conseil d'un camarade,, aussi chrétien que lui, mais, doué de plus de tact.et de j u g e m e n t , i I cessa, de se singulariser de la sorte, en pure perte. « Vois-tu, m o u cher, lui dit le c a m a r a d e , l'expérience m ' a m o n t r é qu'en pareille c o m p a g n i e , le mieux est de ne rien faire paraître au d e h o r s . Fais c o m m e moi, prie dans ton lit, va de temps en temps trouver l'aumônier, et, sans c h e r c h e r à te cacher, m a i s aussi sans exposer les autres à faire u n tas de péchés, c o m m u n i e pour avoir la force de vivre au r é g i m e n t sans te p e r d r e . » C'était parler d'or. Le n o u v e a u venu suivit le sage c o n seil, et il e u t g r a n d e m e n t raison. Quelquefois cela tourne bien, et le bon DIEU bénit l a bonne intention de son serviteur i m p r u d e n t . C'est ce qui arriva à un conscrit, lui aussi tout neuf d a n s la vie de caserne.. Comme l'autre, il se mit à g e n o u x près, de son lit, pour faire sa prière du soir. Aussitôt, g r a n d v a c a r m e dans la c h a m b r é e ; les u n s lui jettent leurs képis ou l e u r s bonnets, les a u t r e s leurs ceinturons, quelques-uns m ê m e leurs sacs; on rit, on siffle ; u n farceur se jette.par-dessus le lit et' lui c h a n t e aux oreilles une mauvaise c h a n s o n : le jeune soldat, tout c o n s c r i t qu'il est, ne bouge pas et, s a n s sourciller, t e r m i n e t r a n q u i l l e m e n t sa p r i è r e . Le soir suivant, tout le m o n d e était a u x aguets, p o u r voir s'il oserait encore s'agenouiller. Gela n e m a n q u a point ; et la scène.de la veille recommença, plus b r u y a n t e et surtout plus ignoble. Le brave petit conscrit pria c o m m e s'il ne voyait et n ' e n t e n d a i t rien. Le troisième soir, il y eut u n peu moins de t a p a g e ; le quatrième,, m o i n s e n c o r e . Le lendemain, une voix se fit entendre, celle d'un des chefs de file des braillards : « Ma foi ! c a m a r a d e s , s'écriaf-il, il vaut mieux que n o u s . Il soutient le feu : c'est u n vrai ! Je suis d'avis que n o u s le laissions tranquille. Après

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tout, c h a c u n son goût ; il est libre de faire ce qu'il fait. » Ce fut fini ; depuis ce temps, c h a c u n le respecta, et même il eut le bonheur d'exercer sur u n bon n o m b r e de camarades une sérieuse influence. Je m e rappelle encore u n j e u n e artiste, fort chrétien, qui, se trouvant pour un assez long voyage, s u r uu bateau à vapeur, au milieu d ' u n e q u a r a n t a i n e de passagers, crut bien faire et d o n n e r aux autres u n bon exemple en Faisant publiquement ses prières en dehors de sa cabine. P e r s o n n e n e s'en moqua, du m o i n s e x t é r i e u r e m e n t ; et, cruand le bateau t o u c h a le port, le j e u n e h o m m e reçut même de quelques familles qui avaient fait la traversée avec lui, des témoignages non équivoques de sympathie et presque de respect. Avait-il bien fait? Avait-il m a l f a i t ? S o n intention était certes excellente; il voulait faire du bien et d o n n e r le bon exemple ; m a i s enfin rien ne l'obligeait, non plus que le petit conscrit, à p r i e r ainsi à genoux, au milieu de personnes dont il ne connaissait pas les s e n t i m e n t s . Si les passagers eussent été des impies, de mauvaises têtes, ce bon j e u n e h o m m e risquait g r a n d e m e n t de provoquer, en pure perte, des blasphèmes et des m o q u e r i e s fort coupables, et obtenait l'effet d i a m é t r a l e m e n t opposé à ce qu'il espérait. Toutes louables que pouvaient être et sa foi vive et sa fermeté chrétienne et sa charitable intention, il eût agi plus sagement en faisant ses prières d a n s sa cabine. Et j ' e n dirai a u t a n t du bon petit c o n s c r i t : le succès de sa simplicité et de sa p e r s é v é r a n c e ne fait rien à l'affaire. Comprends-tu m a i n t e n a n t , c h e r enfant, en quoi consiste la différence du respect h u m a i n , qui est t r è s m a u vais, et de la p r u d e n c e , qui est très b o n n e ? Il y a respect h u m a i n , et par conséquent lâcheté, lorsque, p a r un absurde sentiment de peur, on rougit de p a r a î t r e chré-

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lien ; il y a s i m p l e m e n t prudence et sagesse chrétiennes, lorsque, par charité et p o u r ne pas d o n n e r aux autres l'occasion d'offenser le bon DIKU, Ton s'abstient, en leur présence, de tel ou tel acte religieux n o n obligatoire. Ceci étant posé et surtout bien c o m p r i s , il y a encore une distinction i m p o r t a n t e à établir, au sujet du s e n t i m e n t de charité qui doit g u i d e r ici ta p r u d e n c e . Il y a des circonstances où la charité bien entendue te fera l'abstenir; il en est d'autres où elle te fera, au c o n t r a i r e , agir et parler h a u t . Tu t'abstiendras toutes les fois qu'il te paraîtra plus probable que la manifestation de ta foi ferait plus de m a l que de bien ; tu agiras, tu p a r l e r a s , dès que tu p o u r r a s r a i s o n n a b l e m e n t espérer que ton exemple exercera sur les autres une influence salutaire. Donc, m o n brave et excellent Jacques, sauf la réserve que t'inspirera le bon sens non moins que la charité, n'aie jamais p e u r d e p a r a î t r e chrétien : m a r c h e toujours le front levé au milieu de ceux qui t'entourent, et montre-toi fier de ta foi et de ton b a p t ê m e . Ne l'oublie j a m a i s , les c h r é tiens sont l'élite de l ' h u m a n i t é ; ils doivent m a r c h e r devant les autres, et ne j a m a i s les suivre. Quand les c a m a rades, les amis, les p a r e n t s te verront m a r c h e r d'un pas décidé dans ta voie f r a n c h e m e n t et o u v e r t e m e n t catholique, ils se tairont, et b i e n souvent m ê m e , loin de rire, ils a d m i r e r o n t ; au fond, les h o m m e s , et s u r t o u t les j e u n e s gens, sont plus légers que m é c h a n t s . La fermeté c h r é t i e n n e , la simplicité dans la foi est encore la meilleure de toutes les prudences, et j e te la conseille fort, surtout q u a n t tu débuteras quelque p a r t . « Il faut, dit saint Augustin, avoir u n e sainte effronterie quand on vit au milieu de g e n s à qui déplaît JÉSUS-CHRIST. Si vous rougissez de lui, vous serez rayé du livre de vie. Quand on vous insulte à cause du Christ, prenez g a r d e : si vous rou-

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CUR ÛTIEN, — 11,

gissez de votre Dimu, vous êtes uiorL. Ayez d o n c un front •d'airain, u n i r o n t qui n e sache point rougir devant les c o n t e m p t e u r s de JÉSUS-CHRIST. Que craignez-vous? Votre Iront baptisé n'est-il pas a r m é du signe de la croix du Christ? » Médite bien ces petites directions, m o n très c h e r enfant; médite-les et pratique-les. Elles te seront d ' u n e utilité Journalière, et te g u i d e r o n t s û r e m e n t à travers lesécueils auxquels, h é l a s ! l'en Tant du peuple est si fort exposé à se h e u r t e r de nos j o u r s .

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Ceux qui croient et c e u x qui ne croient pas. Histoire d'un marinier normand.

Voici., mon petit J a c q u e s , un trait qui m"a semblé résumer parfaitement la p l u p a r t des conseils q u e j e t'ai donnés au sujet de la toi et du respect h u m a i n . C'est u n profil dessiné d'après n a t u r e , profil d'un h o m m e qui prend sa foi au sérieux et la professe g é n é r e u s e m e n t ; profil de beaucoup d'autres qui font semblant de n'avoir point de foi et qui, pour plus d'une raison, v o u d r a i e n t bien que les a u t r e s fissent c o m m e eux. Cette histoire s'est passée, il n'y a pas trop l o n g t e m p s , d a n s u n port assez i m p o r t a n t de notre Normandie, travaillée, elle aussi, par les désastreuses influences des m a u v a i s petits j o u r n a u x , de la franc-maçonnerie, de la politique et du c a b a r e t ; mais elle a u r a i t pu se passer u n peu partout en F r a n c e , dans" tou,s n o s ports, dans toutes nos m a n u f a c t u r e s , d a n s tous nos ateliers. Un j e u n e ouvrier, n o m m é Jean-Marie L.... vivait
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comme la plupart de ses camarades, d a n s l'oubli de ses devoirs religieux. Il avait vingt-trois a n s , et était g é n é r a , l e m e n t e s t i m é c o m m e un h o n e t h a b i l e travailleur. Un j o u r , il entre dans une église, p a r une simple curiosité. Un l oro franciscain était en c h a i r e ; et sa parole a r d e n t e , simple, pleine de cœur et d'énergie, (iL une c e r t a i n e impression sur le j e u n e m a r i n i e r . 11 y r e t o u r n a le lendemain, à In même heure ; puis, le s u r l e n d e m a i n ; et, après quelques hésitations, il se décida à c h a n g e r de vie, à se confesser et à c o m m u n i e r . Ce fut de tout son c œ u r . Ses c a m a r a d e s ne tardèrent point à s'apercevoir du c h a n g e m e n t de sa conduite. L'un d'eux lui en demanda la cause ; et Jean-Marie lui raconta tout s i m p l e m e n t ce qui s'était passé, a j o u t a n t qu'il était résolu à vivre désormais en bon et vrai chrétien. Dès que la. chose fui connue p a r m i le ouvriers du port, le brave garçon devint, selon l'usage, l'objet des m o q u e ries et des coups de langue de tous ses c o m p a g n o n s . Plusieurs allèrent j u s q u ' a u x invectives, j u s q u ' a u x emportem e n t s ; mais Jean-Marie tint bon ; et au lieu de s'impatienter, il laissa passer tranquillement ce p r e m i e r o r a g e , auquel il s'était du reste attendu. « On a bien crié c o n t r e Notre-Seigneur, se disait-il ; le disciple n ' e s t p a s plus q u e le maître ; j e ne dois pas m'élonner de ce qui m ' a r r i v e . Offrons-le au bon DIEU, en esprit de p é n i t e n c e pour mou passé ; et ce sera tout profit pour moi. » Un j o u r que l'un de ses camarades v e n a i t de l'insulter, en a c c o m p a g n a n t ses i n j u r e s de tout le vocabulaire des blasphèmes et des j u r o n s de cabaret, Jean-Marie lui dit froidement: « Te v'ià bien avancé, imbécile, avec tes gros mots ! Tu as fait quelque chose de bien beau, n'estce pas, q u a n d tu as c o m m e ça j u r é et sacré tout ce que tu sais? E h ben ! a p r è s ? S'il n'y a pas de Diwr, fc'est c o m m e
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si tu disais des sottises à cette pierre ; s'il y en a u n , tu ne l'empêcheras pas d'être plus fort que toi. Et s'il n e te p u n i t pas de suite, c'est qu'il sait bien que tu n e peux pas lui échapper. Qu'est-ce que tu as à dire à ç a ? » Kt c o m m e l'autre ne trouvait rien, il fila en m a r r o n n a n t , avec l'air attrapé qu'ont ces pauvres gens-là quand on leur rive leur clou d'une manière u n peu soignée. Cinq minutes après, ce fut le tour d ' u n a u t r e , qui répéta la même c h a n s o n , relevée p a r l e s m ê m e s blasphèmes, car ils disent tous la m ê m e chose. « Sais-tu à qui tu ressembles qnand tu fais c o m m e ça ton brave contre le bon DIEU? lui dit Jean-Marie. Tu m e fais l'effet d'un méchant petit roquet qui aboie après un gros t e r r e - n e u v e et qui s'imagine lui faire peur, parce que celui-ci le méprise et passe son chemin s a n s m ê m e daigner se r e t o u r n e r . Gare au roquet, s'il finit par lasser la patience du gros terre-neuve! Le t e r r e - n e u v e fait un d e m i - t o u r à gauche, et d'un seul coup de d e n t , il te l'envoie rejoindre ses parents défunts. P r e n d s g a r d e à toi, m o n c h e r ! » Et ce jour-là, les rieurs furent bien obligés de se r a n g e r d u côté de Jean-Marie. Mais cela ne d u r a pas longtemps. Un a u t r e m a r i n i e r , vrai pilier de cabaret, l'apostropha au m o m e n t où l'on quittait l'ouvrage pour aller dîner, et lui dit d e v a n t toute une bande de c a m a r a d e s : « T'es bien b o n de te priver c o m m e ça de tout. Au lieu de t'amuser avec n o u s c o m m e avant, tu t'en vas, le d i m a n c h e , t embêter avec tes curés, passer tout ton t e m p s à l'église, et tu n e quittes p l u s Jcs j u p o n s de ta m è r e ! — Chacun son goût, r é p o n d i t lestem e n t le bon Jean-Marie. Toi, tu te t r o u v e s plus beau d'être c o m m e une bête que c o m m e u n h o m m e ; et si tu ne t'es pas fait ramasser trois ou quatre fois d a n s le ruisseau et jeter par pitié c o n t r e u n e b o r n e p o u r empêcher
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les voitures de te passer sur le corps, tu crois que tu n'as pas bien fait ton d i m a n c h e . Moi, j a i m e mieux entendre la Messe c o m m e un bon chrétien, t e n i r c o m p a g n i e à. m a bonne m è r e et à m e s sa3urs, pour aller ensuite m ' a m u s e r honnêtement en famille. Nous nous a m u s o n s et n o u s nous régalons a u t a n t que toi, bien m i e u x que toi, sans faire mal à la bourse et à la santé. Le soir, j e rentre toujours gai et bien p o r t a n t ; et, le l e n d e m a i n , je suis t o u t dispos pour r e p r e n d r e m o n ouvrage, t a n d i s que toi, vieux soûlard, tu en es encore à cuver ton vin. Que si m a vie ne te plaît pas, eh b i e n ! conserve la t i e n n e , c o m m e j e conserverai la m i e n n e ; la fin fera le compte, et nous verrons qui s'en trouvera m i e u x . » Un loustic s'avisa de le ridiculiser. « Tu voudrais m e faire passer pour u n imbécile, lui dit Jean-Marie, parce que j e ne suis pas de ton a v i s ; et, pour me p r o u v e r que j e dois penser et dire c o m m e toi, tu n'as qu'un misérable tas de mauvaises plaisanteries qui courent les a l m a n a c h s et les cabarets et que répètent niaisement, depuis j e ne sais combien de temps, tous les g e n s de mauvaise yie. Et cet infâme r a m a s s i s de j u r e m e n t s et de blasphèmes, tu m e le débites à tort et à travers, comme si cela pouvait faire quelque chose à la question. Sais-tu ce que ça m e m o n t r e ? Ça m e m o n t r e s e u l e m e n t que tu voudrais bien qu'il n'y eût ni D I E U , ni enfer, ni religion; mais ça n e m e m o n t r e pas d u tout qu'il n ' y en a pas. Vois-tu, si j e prenais tes sottises p o u r des raisons, c'est pour le coup que j e serais, c o m m e toi, u n imbécile dans toute la force du t e r m e . » A m e s u r e qu'il parlait, Jean-Marie voyait avec b o n h e u r que l'on criait de m o i n s en m o i n s fort, et qu'au fond, plus d'un de ses c a m a r a d e s était de son avis. Quelquesuns m ê m e n e s'étaient pas gênés pour le dire.

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LE JEUNE OUVUIEU CIIHETIEN. —

II.

Un m a t i n , n é a n m o i n s , p e n d a n t le petit déjeuner qu'une demi-douzaine de m a r i n i e r s avaient c o u t u m e de prendre e n s e m b l e , l'un d'eux dit encore h Jean-Marie : « Tu as beau dire, tu es le seul d e tous les ouvriers du port à faire c o m m e tu fais. Est-ce que, par hasard, tu t'imagines que' tu en sais plus que tous les autres? — Je no dis pas cela, répliqua le brave J e a n - M a r i e . Ce que je dis, c'est que j'ai raison d'être chrétien et que ceux qui ne le sont pas ont tort. Que je sois seul ou en c o m p a g n i e , cela no fait rien à l'affaire. On ne peut j a m a i s plaire a tout le monde..M y en a qui ne croient pas à la Religion; il y en a d'autre? qui y croient. Si je veux faire c o m m e les uns, il faut que je me brouille avec les a u t r e s ; il n'y a pas à dire, impossible de plaire à la. fois aux uns et aux a u t r e s . Eh bien! voulez-vous savoir ce qui m'a décidé? Je vais vous le dire, et v o u s verrez que ça n'est pas malin. D'abord j ' a i remarqué que toutes les fois qu'il était question d'un ivrogne, d ' u n polisson, d'un v a u r i e n , il était toujours do la catégorie des gens sans religion, de ceux qui n e croient ni h DIEU n i à diable. Ça m ' a d o n n é tout do suite un soupçon que ce côté-là n'était pas le hoir. J'ai ensuite r e g a r d é de l'autre côté, et j ' a i r e c o n n u que c'était là que se trouvaient les plus honnêtes g e n s , d a n s toutes les conditions. Dès qu'il était question d ' u n h o m m e charitable, d ' u n véritable h o m m e de bien, j ' é t a i s bien sûr de le trouver du .côté des gens religieux. D'où j ' a i conclu qu'il valait mieux être avec les bons q u ' a v e c les m a u v a i s . Ai-je eu tort, dites ? » Et c o m m e ses c a m a r a d e s ne r é p o n d a i e n t rien, vaincus qu'ils étaient par le gros bon sens de Jean-Marie, celui-ci ajouta : « Quand il n'y a u r a i t eu que ça pour m e décider, c'était plus qu'il n e n fallait. Mais il y a encore une autre raison, plus forte, et la voici : Que je d e m a n d e aux pre-

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miers pourquoi ils ne veulent pas- croire à la Religion. « Nous n ' y croyons pas, disent-ils, parce que' c'est une bêtise d'y croire. — Mais pourquoi est-ce u n e bêlise d'y croire? — Tu n o u s ennuies, toi; c'est u n e bêtise... parce que c'est'une bêtise. » VIA ce qu'ils m e r é p o n d r o n t ; ils n'ont pas autre chose à dire. C'est v r a i m e n t là une belle preuve, surtout quand c'est un gaillard qui sait à peine lire qui vous la d o n n e ! « Avec les seconds, au contraire, c'est tout a u t r e chose : ceux-là savent bien ce qu'ils croient et pourquoi ils le croient. Quand il m ' a r r i v e de leur parler religion, ils m e donnent toujours de bonnes raisons, au lieu de me répondre des niaiseries, des « bêtises », c o m m e les autres. « J'ai donc pris m o n p a r t i ; je m e suis mis avec ceux qui m ' i n s p i r a i e n t confiance; j e suis devenu chrétien, chrétien tout de bon. Je prie le bon D I E U ; je fais maigre quand il le faut; j e vais à la Messe et je prends le dimanche au s é r i e u x ; je m e confesse et je c o m m u n i e : et, ajouta-t-il d'un ton décidé et en se levant, j e m'en trouve bien. Que si cela vous déplaît, tant pis pour vous! tout ce qu'on p o u r r a dire pour m e faire c h a n g e r à présent, ça sera coftime si on partait à u n e muraille. » A partir de ce j o u r , plus de controverse; et Jean-Marie L... continua à servir Diuu le front levé, sans affectation, mais sans respect h u m a i n , remplissant tous ses devoirs d'ouvrier c h r é t i e n , estimé de ceux-là m ê m e s qui avaient le plus crié contre lui. Tels sont les g e n s qui croient; tels sont ceux qui ne croient pas. A toi aussi de choisir, m o n J a c q u e s !

XVI

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US JISIJNK OUVKIKK CHKÉTIKN. — I I .

XI

D'une tendance trop générale aujourd'hui et très dangereuse au point de vue de la foi.

Voici, cher-enfant, nu sujet 1res i m p o r t a n t : c'est ce •que, dans Je langage savant, on appelle le natumfismp, •ou YiiidiffévenUsme, en matière de religion. Écoute bien, car c'est un mal qui s'est infiltré dans la société française toul entière et qui est d i r e c t e m e n t opposé à la vie chrétienne, à la vie de la foi. Ce naturalisme est u n e tendance vague et générale qui nous porte à vivre en dehors des pensées de la foi el à nous contenter d'être simplement des g e n s honnêtes. C'est u n système de demi-inerôdulilé, très raisonnable •en apparence, qui r e g a r d e c o m m e exagéré tout ce qui sent la piété, toul ce qui vient de la foi, toul ce qui nous élève à la vie chrétienne p r o p r e m e n t dite. Tu connais bien c e r t a i n e m e n t quanti Lé de braves gens •qui eu sont là. Quand ils ont dit : « Moi. j e suis un honnête h o m m e ; je ne fais de mal à personne, » ils croient que tout est dit et qu'il n'y a plus rien au-delà. S'ils n'ont pas e n t i è r e m e n t oublié leur catéchisme, il faut avouer qu'on ntï s'en aperçoit g u è r e . A voir leur vie. on dirait qu'ils ne croient ni à J«SUS-CHRIST, ni à 1 Évangile, ni aux s a c r e m e n t s , ni à la prière, ni.à la grâce •du bon DIEU, ni au péché mortel, ni au j u g e m e n t , ni an purgatoire, ni à l'enfer, ni au paradis. Vois un peu le détail de leurs j o u r n é e s : le m a t i n , pas de p r i è r e ; et le soir, pas d a v a n t a g e ; ou bien, s'il y a en-

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•core chez eux quelques habitudes de prières vocales, c'est une pure routine, un court marrnoUage, sans a u c u n e i n lluence sur la vie de chaque j o u r . Au travail, ils sont exacts, emploient bien leur temps, sont souvent de bons ouvriers, tout à leur alfa ire. A la maison, on les voit sobres, tranquilles, parfois même serviables et d'une h u meur assez égale. S'ils ont le (rare) b o n h e u r d'avoir u n e bonne femme, ils l'aiment bien, ils ne la bousculent pas tous les jours, et lui apportent fidèlement le gain de la. semaine. Ils sont, tant qu'on voudra, bons pères, bons époux, bons camarades, et ils ont été bons iils. S'ils o n t fait, ou s'ils fout encore de temps à autre quelque fredaine, ils n'y a t t a c h e n t guère d'importance, et sont tout étonnés d'entendre dire que c'est fort m a l ; i n d u l g e n t s pour les autres sur bien des points scabreux, ils Je sont plus encore pour eux-mêmes. Mais n'allez pas leur parler de Y obligation d'aller exactement le d i m a n c h e à la Messe, de faire m a i g r e , d'observer les lois de l'Église; surtoul n'allez pas leur parler de se confesser et de c o m m u n i e r . O h ! sur ce terrain-là, il n'y y. plus personne ! S'ils ne se lâchent pas tout rouge, ils g r o g n e n t , ils s'en v o n t ; impossible d'arriver à leur Taire e n t e n d r e raison, lis ne c o m p r e n n e n t plus, ou presque plus, le langage de lu foi. Que si on les presse, ils disent qu'ils ont leur religion \\ eux : la religion de l'honnête h o m m e , et que cela leur suffit. Si Ton insiste, si on leur d é m o n t r e , p a r le simple bon sens, que. pour être v r a i m e n t h o n n ê t e , il faut r e m plir tous ses devoirs, et q u e le p r e m i e r des devoirs c o n siste à servir le bon DIEU et à vivre en chrétien, ils se retranchent derrière l'exemple de celui-ci ou de celle-là, qui. n'en fait pas plus qu'eux et jouit c e p e n d a n t de l'estime d tout le m o n d e .
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H.

Enfin, si on les pousse à bout, ils vous répondent par des fins de non-recevoir : « Laissez-moi tranquille ; je sais ce que j ' a i à faire, Je n'ai pas besoin qu'on m e fasse la leçon. Plus lard, je ne dis p a s ; mais pas m a i n t e n a n t . Quand je serai pour mourir, j ' a p p e l l e r a i le prêtre ; je ne veux pas mourir c o m m e un c h i e n . » En attendant, passe-moi l'expression, m o u bon Jacques : ils vivent c o m m e des c h i e n s , c o m m e s'ils n'avaient pas d'àme, c o m m e s'ils n'étaient point baptisés. L'honnêteté naturelle est c e r t a i n e m e n t une belle et excellente chose, beaucoup trop rare d a n s la pratique de la v i e ; mais elle n e suffît pas. Et pourquoi ne suffît-elle pas ? Parce que le bon DIEU ne l'entend pas ainsi. C'est lui qui nous a créés : ce n'est pas n o u s ; il est notre [Maître, « Notre Seigneur, » c o m m e n o u s l'appelons; et il veut que nous le servions. Or, d a n s la pratique, qu'est-ce que cela veut dire, « servir le bon D I E U ? » Cela veut dire être u n vrai chrétien, u n bon catholique. Lit pour être un bon chrétien, un bon catholique, il faut, avant tout, croire tout ce que nous enseignent nos prêtres, au nom de l'Église, au nom de JÊSUS-GHRIST ; il faut vivre c o n f o r m é m e n t à la foi et à l'Évangile ; il faut observer de son m i e u x les c o m m a n d e ments de DIEU et de l'Église ; il faut prier, sanctifier les dimanches et fêtes, aller à l'église, fréquenler les sacrem e n t s , éviter avec soin les péchés. L ' h o m m e qui ne fait point tout cela, a beau être honnête aux yeux du monde, il n e l'est pas aux yeux de DIEU ; il ne sert pas le bon D I E U ; il foule aux pieds, j e le répèle, le p r e m i e r , le plus import a n t de ses devoirs. « Mais je ne suis pas un i m p i e ! répond l'honnête h o m m e qui vit on dehors de la Religion ; j e ne dis point de mal de la Religion, ni des prêtres, et j e ne blâme pas

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ceux qui vont à confesse ! » — Soit; mais ce n'est point là servir DIEU ; et celui qui s'en tient là, non seulement ne sert pas DIEU c o m m e il y est obligé en conscience» mais il désobéit formellement a DIEU, en ne faisant pas ce que DIEU lui c o m m a n d e et en vivant é t r a n g e r à sa grâce et à son a m o u r . I] est moins coupable que l'impie, voilà tout ; mais il est encore très coupable, en ce qu'il ne rend pas à DIEU, ce qui lui est dù et ce q u e DIEU exige de tous et de c h a c u n . Sans aller j u s q u ' à cet excès d'indifférence, qui est m a l h e u r e u s e m e n t trop f r é q u e n t dans notre p a u v r e société m o d e r n e déchristianisée, prends g a r d e pour toimême, m o n Jacques, à la dangereuse tendance que j e te signale ici. Même p a r m i les chrétiens p r a t i q u a n t s , il y en a beaucoup qui sont peu chrétiens par les idées, par les manières de voir, et de j u g e r , et de parler, et de faire : ils ne font pas régner JKSUS-CIIRIST clans leur v i e ; ils vivent selon les petites lumières de la simple raison n a turelle, beaucoup p.us que selon les g r a n d e s et saintes lumières de la foi. Sans dire précisément qu'il suffit d'être h o n n ê t e , ils parlent, ils agissent à peu près c o m m e s'ils le croyaient, toujours prêts à se m o q u e r des personnes v r a i m e n t pieuses, à les traiter d'exagérées, de fanatiques; à refuser de croire aux miracles les mieux prouvés, etc. La prière, les s a c r e m e n t s , le service de DIEU ont bien de la peine à trouver u n e m a i g r e petite place dans leur vie; et l ' a m o u r de DIEU b r û l e d a n s leur c œ u r c o m m e ces pauvres petits l u m i g n o n s , pales, bleuâtres, vacillants, à demi éteints q u ' o n voit parfois dans les veilleuses. Mon c h e r Jacques, est-ce là de la foi, je te l e d e m a n d e ? Et la masse des gens qui m a r c h e n t dans cette voie sontils des chrétiens sérieux, des catholiques tout de bon ? Ne

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il.

fais pas c o m m e e u x ; résiste au torrent de ce naturalisme? et de cette indifférence qui m i n e n t d a n s tant d'âmes la Toi et la vie de la foi. Comme j e te l'ai déjà r e c o m m a n d é si souvent, mêle le bon DIEU à ta vie ; fais vivre NotreSeigneur JÉSUS-CHRIST d a n s ton c h e r c œ u r . Pense souvent à l u i ; prie-le et adore-le s o u v e n t ; que sa lumière, qui est la foi. règle tes j u g e m e n t s et dirige ta conduite ; enlin, sois fidèle à raviver f r é q u e m m e n t l'éclat de cette divine lumière par la pratique des s a c r e m e n t s et p a r ta persévérance au Patronage, au Cercle catholique, ainsi qu'aux Offices de l'église.

XII
"De deux écueUs opposés à l'esprit de foi ; à savoir la routine et l'esprit du monde.

Encore deux écueils bien dangereux, que je veux signaler aujourd'hui, mon enfant, à ta conscience et aussi, laisse-moi te le dire, à ton inexpérience. Un mot d abord sur \w. routine,. On appelle ainsi l'état de piété insignifiante, affadie, où se réduisent certaines âmes qui s'engourdissent et s'endorment d a n s l'habitude du bien. La routine, c'est faire le bien p a r habitude, cl non plus par esprit de foi. C'est prier matin et soir, parce qu'on en a pris l'habitude. C'est assiste]» à la Messe, se confesser, c o m m u n i e r , dire son chapelet, etc., u n i q u e m e n t parce qu'où a l'habitude de le faire. La routine, c'est de l'eau tiède. Ne pouvant nous faire a b a n d o n n e r le service de DIEU, la prière, les sacrements, les bonnes œuvres, te démon

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s'efforce de faire dégénérer noir* piété en nous Cuisant glisser dans l'aifreuse ornière de la routine. (ierles, rien d é p l u s excellent que de pivndiv l'habitude de l'airn le bien ; mais c o m m e toute médaille* a son r e vers, il faut prendre garde qu* cette précieuse habitude ne dégénère en routine ; il faut prmdrft g a r d e q u e l'< au chaude ne devienne de l'eau tiède, 'que h belle et vive lumière qui brille d a n s In lampe du Saint ï-ncremcnl ne devienne l'indigne petit l u m i g n o n dont nous parlions précédemment. Il n ' e n est pas du travail spirituel, qui est la piété, comme du travail matériel : pour celui-ci, ii n'y a point tic routine à craindre ;-et plus un ouvrier prend « l'ha iludc » de son travail, mieux cela vaut, mieux il le l'ait ; la g r a n d e habitude devient chez lui la grande facilité, et par c o n s é q u e n t la g r a n d e habileté. Mais, p j u r la prière, pour la pratique de nos devoirs religieux, ce n'est plus la même chose : l'esprit de loi, qui est l'Ame de la vie c h r é tienne, est toujours battu eu brèche par nos mauvaises tendances n a t u r e l l e s ; et dans le service de Nolro-Soigueur, nous ressemblons à un voyageur qu'une force secrète tirerait toujours en arrière, n o n - s e u l e m e n t p o u r l'empêcher de m a r c h e r h son but d'un pas f e r x e et agile, mais encore pour l'arrêter tout à fait, s'il étail possible. A cause de cette force, qui n'est a u t r e que l'action déléLère du d é m o n , du m o n d e el- des passions, le chrétien esl obligé de faire de continuels efforts pour m a r c h e r dans la voie de l'Évangile, pour ne pas se laisser e n g o u r d i r , pour ne pas laisser s'obscurcir peu à peu la, l u m i è r e de la loi dans le sanctuaire de son àme. Celui qui n'y veille pas d'assez près, on bien il s'arrête en c h e m i n , et c'esl l'état de péché m o r t e l ; ou bien il ne m a r c h e plus c o m m e il devrait m a r c h e r , ne prie plus c o m m e il devrait prier.

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LE JEUNE OUVRIER CHRÉTIEN. — 11.

ne fait, plus le bien comme il devrait le faire, c'est-à-dire avec application, avec zèle, avec a r d e u r , avec a m o u r . Mon Jacques, prends donc bien garde à toi. Plus on est pieux, plus on doit se g a r a n t i r de la routine. Pour que, d a n s les différentes pratiques de ta vie de chrétien, r h a b i t u d e (qui est excellente) ne devienne pas la routine (qui est mauvaise), ravive sans cesse l'esprit de foi en ton à m e ; prie, sers DIEU, confesse-toi, c o m m u n i e , fais le bien en esprit de foi, c'est-à-dire en r e n o u v e l a n t sans cesse tes intentions ; et la routine n e pourra pas plus altérer ta piété que les vers et les mites ne peuvent ronger une belle étoile que Ton a eu soin de s a u p o u d r e r de camphre, de vétyver ou de gros poivre. Donc, p r e m i e r é c u e i l à é v i t e r : la r o u t i n e . Le second, c'est l'esprit du a tonde, d i r e c t e m e n t opposé à l'esprit de foi. Le monde, c o m m e j e te l'ai dit déjà, mon bon Jacques, c'est l'ensemble des créatures qui vivent sans JÉSUS-CHRIST, loin de JÉSUS-CHRIST, contre J É S U S CHRIST. Voilà pourquoi il nous est défendu de l'aimer. « N'aimez point le monde, ni les choses du monde, » nous dit le bon DIEU l u i - m ê m e ; car « le monde est tout entier dans le maL sous l'influence du d é m o n . » Mais le m o n d e le plus dangereux pour u n j e u n e h o m m e c o m m e toi, ce n'est-pas celui qui descend j u s q u ' à l'impiété et se v a u t r e dans la licence : ce m o n d e - l à fait horreur à toute àme honnête ; c'est celui qui ne parle q u e de s'amuser, que de p r e n d r e d u bon t e m p s e t d e m e n e r joyeuse vie ; c'est le monde modéré dans le mal, qui évite les excès grossiers, qui garde toujours des dehors plus ou m o i n s a i m a b l e s ; c'est le m o n d e pour qui l'impureté n'est que de la galanterie, ou tout au* plus des faiblesses très pardonnables, pour qui la v e n g e a n c e n'est que de l'hon-

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muir; la folie, que de la gaieté et de l'entrain. Voila le monde le plus dangereux pour les jeunes g e n s , d a n s toutes les classes de la société; celui qui en perd davantage, dans l^s ateliers c o m m e d a n s les beaux salons, à la campagne c o m m e à la ville. L'esprit du m o n d e , ce sont les idées, les m a x i m e s , les habitudes qui en sont c o m m e l'àme, et qui a n i m e n t tous les m o n d a i n s . Les bons j e u n e s gens, qui veulent a p p a r tenir tout de bon à J É S U S - G H R I S T , doivent voilier de très près à n e pas se laioser pénétrer par cet esprit du m o n d e ; et ce n'est pas chose facile. De m ê m e q u ' o n doit combattre le froid par la c h a l e u r , l'obscurité par la l u m i è r e ; de m ê m e un j e u n e chrétien qui veut rester c h r é t i e n doit combattre l'esprit du m o n d e par l'esprit de JÉSUS-CHRIST, lequel, en pratique, s'appelle l'esprit de foi. Et pour conserver, pour fortifier en son Ame ce précieux esprit, il doiL recourir, sans se lasser j a m a i s , \ trois principaux moyens que l'Église nous présente à tous : la méditation de l'Evangile et des bons livres, la prière et les exercices de" piété, et la fréquentation régulière et assidue des sacrements. Par ce triple canal, le ciel correspond avec la t e r r e ; Notre-Seigneur fait descendre en nos âmes sa g r â c e toutepuissante; il descend lui-même jusque d a n s nos cœurs, et il n o u s rend possible ce qui serait tout à fait impossible sans son assistance. Du fond de notre cœur, où il réside et vit p a r sa grâce, il nous g a r d e , il n o u s préserve de la corruption et de l'esprit du m o n d e ; et il n o u s c r i e : «Ayez confiance, fat « minen le monde. Démettrez m moi et moi en vous. Celui « qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le « monde. » Voilà le préservatif infaillible, divin, universel, plus fort que le d é m o n , prince de ce m o n d e .
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LE ./EUNE OUVRIER CHRÉTIEN- —

II.

Sois d o n c au milieu du m o n d e , m o n bon enfanl, c o m m e y était J É S U S , ton très saint modèle. A Nazareth, et plus tard d a n s sa vie publique, il vivait au milieu des péc h e u r s , et fréquentait plus ou moins tout le m o n d e . Il était si bon pour tous, qu'il attirait à lui tous-les cojurs, et que les méchants pharisiens étaient obligés de m e n t i r pour pouvoir l'accuser de quelque chose. Nous le voyons assister à de g r a n d s repas, chez saint Matthieu, par exemple, et chez Simon le p h a r i s i e n ; nous le voyons m ê m e assister à u n e noce, à Cana, et c'est là qu'il fit son premier grand miracle, c o m m e le dit expressément l'Apotre saint Jean. Gomment se comportait-il alors? Fais c o m m e lui. En JÉSUS et avec JÉSUS, va, q u a n d il le faut, au milieu des mondains, par devoir, par bienséance, politesse et c h a rité. Vas-y quelquefois p a r m a n i è r e de récréation honnête; n ' y vas j a m a i s par étourderie c o m m e u n papillon, par vaine curiosité, par frivolité. Efforce-toi d'être dans le monde une reproduction vivante de J É S U S - C H R I S T ; et là, c o m m e partout, sache d e m e u r e r un h o m m e de foi, un vrai chrétien. L'esprit du monde, tel est le second écueil qu'il faut éviter si Ton veut conserver intact le trésor de l'esprit de foi. Donc, et pour nous résumer, cher enfant, p r e n d s de fortes et sérieuses résolutions pour éviter les dangers de toutes sortes auxquels ta foi est exposée d a n s le m o n d e : D'abord, renouvelle souvent en ton c œ u r le s e n t i m e n t de r a m e u r et du prix inestimable de la foi; renouvelletoi souvent dans le respect et dans la soumission la plus entière à la souveraine autorité religieuse du Pape et des Évèques.

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Promets plutôt de m o u r i r que d'entrer, à la suite d e incrédules-et des hérétiques, dans la voie maudite de la désobéissance, de la révolte el des négations orgueilleuses. Promets à ton Sauveur JÉSUS de n.c j a m a i s laisser lesbrouillards du cloute obscurcir, dans le ciel de ton âme, la splendeur des vérités catholiques, d o n t il est lui-même le principe, qui v i e n n e n t toutes de lui et retournent à lui. Promets-lui de te m a i n t e n i r toute/ ta. vie, au moyen d'une solide instruction religieuse et d'une foi bien nourrie, au-dessus des puérilités qu'enfante la superstition. Promets-lui de n e j a m a i s rougir de lui, ni de son E v a n gile, n i de son Vicaire, n i de sa sainte Eglise, ni de son service, ni de ses sacrements, ni d'aucun de ses c o m m a n dements. Promets-lui en tin de r e c o m m e n c e r chaque jour, avec un n o u v e a u courage, avec une ardeur sans cesse renouvelée, cette b o n n e vie de loi, de prière et de fidélité, qui est le propre des véritables chrétiens, et qui, au milieu de leurs frères, les fait briller c o m m e de belles étoiles au firmament de l'Eglise. Et ces résolutions, dépose-les, mon bien-aimé, d a n s le Sacré-Cœur de J É S U S , sous la garde de la bonne S a i n t e Vierge, de saint Joseph el de saint Pierre.

CONCLUSION

Que, dans l'éternité bienheureuse, nous verrons ce que nous aurons cru ici-bas.

11 y aurait encore bien d'autres choses à dire, m o n très c h e r enfant, sur ce magnifique sujet de la foi. Mais il faut se b o r n e r ; et je m e contenterai de t e r m i n e r nos bonnes petites causeries à cet égard par une pensée bien consolante, bien g r a n d e , bien capable d'élever et d'enlever ton cœur, à savoir que, dans l'éternité bienheureuse, nous verrons DIEU lui-même, Noire-Seigneur, la SainteVierge, les Anges, les Saints et, en général, tout ce que nous a u r o n s eu le b o n h e u r de croire ici-bas. De m ê m e que, par cet admirable i n s t r u m e n t qu'on appelle le télescope, nous apercevons c l a i r e m e n t tout un monde d'objets qu'à l'œil nu il nous est impossible d'atteindre; de m ê m e , par la foi et au m o y e n de la divine lumière de la grâce, il n o u s est donné de c o n n a î t r e tout un m o n d e de vérités excellentes, surnaturelles, qu'il nous serait impossible d'atteindre avec les seules Torces naturelles de la raison. Tous les mystères de la Religion en sont là : nous les connaissons parfaitement par la lumière surnaturelle de la foi, sans toutefois pouvoir les comp r e n d r e ; et, sans cette lumière surnaturelle que le bon DIEU daigne nous d o n n e r , nous ne p o u r r i o n s pas plus connaître ces mystères que nous ne pourrions, sans télescope, apercevoir les objets qui sont placés au-delà de la portée de notre vue.

I<A FOI

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Eh bien, mon bon Jacques, au m o m e n t où, p a r la miséricorde de notre D I E U , nous entrerons au ciel, cette lumière surnaturelle et divine de la foi se .transformera en une lumière bien a u t r e m e n t belle, bien a u t r e m e n t s u blime et resplendissante, qui s'appelle lu lumière de la fjloire\ et qui nous fera voir tout a coup, au milieu des transports d'une joie, d'un bonheur, d ' u n a m o u r dont nous ne pouvons pas m ê m e nous faire u n e idée ici-bas,, tous les adorables mystères que l'Église n o u s a u r a appris à connaître cl à croire p e n d a n t que nous étions sur la terre. Figure-toi, m o n enfant, ce que pourra être la béatitude de ce m o m e n t - l à ! Ainsi, à la lumière de DIEU m ê m e , n o u s v e r r o n s le bon DIEU tel qu'il est, face à face. Nous verrons le mystère de son éternité, de son i m m e n s i t é infinie, de sa toute-puissance, de sa beauté, de sa sainteté, de sa bonté, de sa j u s tice et de toutes ses autres perfections adorables. Nous verrons face à face, et en proportion de notre foi, de notre a m o u r , de notre sainteté, nous connaîtrons, c o m m e Diftu lui-même , le voit et le connaît, le mystère de la T r i nité, c'est-à-dire d'un seul DIEU en trois personnes distinctes, le Père et le Fils, et le Saint-Esprit, et nous l'adorerons c o m m e les Anges, avec les Anges. Nous verrons face à face notre très saint et bien-aimé Seigneur JÉSUS-CHRIST; nous verrons, nous adorerons sa divinité tellement unie à son h u m a n i t é , que cette humanité est entrée en participation de la gloire el de la m a jesté divines, devenant ainsi le centre d u ciel el c o m m e le vivant soleil du m o n d e céleste et éternel. Oui, mon enfant, nous verrons face à face le bon J É S U S ; nous verrons son divin visage, n o u s entendrons sa voix sacrée, n o u s serons avec lui pour toujours, p a r t a g e a n t son infini bonheur, le bénissant de nous avoir sauvés en nous ac1

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LE JEUNE OUVKIER CHRÉTIEN. — 11.

c o r d a n t , pendanL notre vie. la grâce i n a p p r é c i a b l e de la loi. Nous le verrons lui-même, Je DIEU de notre cœur, le DIEU de l'autel et du t a b e r n a c l e ; les voiles seront tombés à j a m a i s ; et nous le c o n t e m p l e r o n s , nous l'adorerons, c o m m e l'adorent et le c o n t e m p l e n t les neuf Chœurs de •ses Anges. Au ciel, à la lumière de Diuu, nous v e r r o n s également la Sainte-Vierge, la Mère de DIEU, l'Épouse de DIEU, la Créature par excellence, la Reine de VEglise et du Paradis, notre Mère et notre Reine. 0 mon J a c q u e s , qu'elle sera belle à contempler! qu'elle sera bonne à a i m e r et A bénir, cette Vierge si sainte, si douce, qui, après avoir été notre refuge cl notre consolation ici-bas, sera là-haut, pendant toute r é t e r n i té, notre joie et notre repos avec Notre-Seigneur JÉSTTS-CI-IRIST ! A la lumière de DIEU, nous verrons saint Joseph, dans toutes les splendeurs de sa gloire ; et toutes les merveilles -de sa sainteté cachée n o u s seront révélées d a n s u n seul coup d'œil, ainsi que les merveilles,, bien supérieures encore, du Cœur immaculé de M A R I E , et les adorables, les divines merveilles du Sucré-Cœur de J É S U S . C'est alors seulement que nous a p p r e n d r o n s à c o n n a î t r e l'excellence' des Saints, à connaître la g r a n d e u r et la beauté des Anges. Q u ê t e dirai-je encore? Nous v e r r o n s , avec tous les trésors de leur sainteté, de leur perfection, et saint Pierre,-et saint Paul, les deux vases d ' h o n n e u r d a n s lesquels la grâce de JÉSUS-CHRIST avait versé toutes ses r i c h e s s e s ; et saint Jean-Baptiste, le plus g r a n d des e n f a n t s des hommes, la fleur de l'Ancien-Testament; et saint J e a n l'Évangéliste, l'Apôtre du Sacré-Cœur, le disciple bien-aimé du Cénacle, le fidèle disciple d u Calvaire, le lîls adoptif de MARIE, l'Apôtre de la c h a r i t é , la l u m i è r e de l'Église; et

L À FOI

Ions les autres Apôtres, et tous les M a r t y r s , et tous les Prophètes, cl tous les P a t r i a r c h e s , et tous les Saints, toutes les Saintes q u ' a u r a enfantés, depuis le c o m m e n c e m e n t jusqu'à la fin des siècles, la grâce toute-puissante du seul v r a i ' D i K U , du seul vrai Roi du ciel et de la terre, du Roi <le l'éternité et du t e m p s , J É S U S - C H R I S T , a u t e u r et consommateur de notre foi. Tous les secrets de la Providence nous s e r o n t révélés alors; n o u s c o m p r e n d r o n s la sagesse merveilleuse, la j u s Lice, la miséricorde du bon DIEU dans le g o u v e r n e m e n t des choses de ce m o n d e , la raison excellente de tant de choses qui nous a u r o n t choqués, pour ne pas dire scandalisés. Les secrets divins n o u s a p p a r a î t r o n t d a n s toute leur beauté, « Maintenant, dit saint Augustin, n o u s croyons ее que nous verrons un j o u r ; alors nous v e r r o n s ce que nous aurons cru. » О belle et sainte foi, g e r m e de la vi­ sion intuitive, prélude de notre bonheur éternel ! Voilà ce qu'elle deviendra, dans la b i e n h e u r e u s e éternité, cette foi bénie, q u i , dès ce m o n d e , n o u s fait c o n naître infailliblement, quoique i m p a r f a i t e m e n t (mais toujours suffisamment), ce qu'est en lui-même le Seigneur notre DIEU, notre Créateur et notre u n i q u e souverain Maître, notre sainl et doux Seigneur, n o t r e Sauveur, notre sanctificateur, notre l u m i è r e et notre a m o u r ; cette foi qui nous fait c o n n a î t r e également et à coup sûr ce que uous*sommes, ce que nous devons faire et ce que nous devons éviter pour a c c o m p l i r la très sainte volonté de DIEU et atteindre n o t r e fin dernière, qui est la possession éternelle de DIEU m ê m e , d a n s le ciel. О c h e r enfant, g a r d e donc, g a r d e à tout p r i x ton trésor. Plutôt m o u r i r que de p e r d r e ta foi. Garde-la, aime-Ja, p r a ­ tique-la, au milieu.des obscurités inévitables de la vie pré­ sente : m a i n t e n a n t tu m a r c h e s à la lueur, pâle encore, de

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LE JEUNE OUVRIER CHRETIEN. —

It.

l'aube de ce beau j o u r d o n t le plein midi n e doit resplendir que dans l'éternité. Bien des détails du paysage et du c h e m i n même é c h a p p e n t a u j o u r d ' h u i , échappent forcément à tes regards; il y a bien des choses que tu ne c o m p r e n d s pas dans ta vie, ni d a n s les desseins de DIEU s u r t o i : un peu de patience e n c o r e ; c o n t i n u e , sans hésiter, ta marche à travers les obstacles, sous la conduite du Vicaire de JÉSUS-CHRIST et sous la protection assurée de la sainte Église, ta Mère; fais ce qu'elle te d i t ; crois ce que le Pape t'enseigne; obéis j o y e u s e m e n t aux Pasteurs catholiques; petit a g n e a u du troupeau de JÉSUS-CHRIST, tu arriveras sûrement, p a r cette voie, h u m b l e m a i s divine, de la vraie foi, au b i e n h e u r e u x Paradis où t'attend la couronne immortelle.
tô août 1870, en la fête dfi l'Assomption.

I/ESPÉRANCE

LES petites causeries qui vont suivre, sur l'espérance et la charité, sont pour ainsi dire inédites. Elles ont été imprimées il y a plus de quinze ans,
dans le Bulletin de VUnion des Œuvres ouvrières qui ne s'adressait qu'à

un public restreint. Elles auront donc ici, pour presque tous les lecteur*», lo mérite du nouveau. — Il est bien entendu, que nous les publions telles (juellns, :tvcc la petite préface de l'auteur.

J'appelle de nouveau l'attention la plus sérieuse des pieux Directeurs et dos Aumôniers de nos Œuvres sur ces modestes instructions familières fruit de l'expérience et de longs travaux, et qui résument bien des choses éparses ça ét là dans les livres. Dion souvent le prêtre qui se dévoue aux Otëuvres de jeunesse ouvrière n'a pas le temps de préparer, comme il le faudrait, son exhortation du dimanche, et se trouve ainsi dans la désastreuse nécessité de négliger l'instruction religieuse, qui est le premier fondement de la persévérance et de la vraie piété. Le petit travail que je lui offre ici pourra peut-être utilement remplir cette lacune, et fournir en même temps une bonne et solide lecture aux jeunes gens les meilleurs et Цен plus intelligents de nos Œuvres. Nous sommes dans des temps difficiles, surtout pour la jeunesse ouvrière : il faut donc à l'élite de nos apprentis et de nos jeunes gens de la doctrine, en môme temps que le ilévoûment et le zèle incessant de notre charité. Plusieurs Directeurs lisent ces petits articles dans les réunions du dimanche, en les glosant pour les faire mieux pénétrer dans l'esprit de tous. Si ce bon exemple était quelque peu suivi, il pourrait en résulter un jrrahd bien et pour nos jeunes gens et pour nos Œuvres elles-mêmes.

XVI

"9

L'ESPÉRANCE
i
Que la foi v i v e enfante tout naturellement la v e r t u d'espérance.

Dans la p r e m i è r e série de nos petites causeries, j ' a i taché, m o n brave J a c q u e s , de l'exposer et de te faire bien c o m p r e n d r e ce que c'était q u e la vie c h r é t i e n n e et la piété, de t'en m o n t r e r l'excellence et de t'en signaler les difficultés et les obstacles. Je t'ai dit, il n e faut j a m a i s l'oublier, que ce bel édifice repose tout entier sur NotreSeigneur JÉSUS-CHRIST, lequei vit en nos cœurs par sa grâce et y répand p a r son Saint-Esprit les dons et les vertus qui font le c h r é t i e n . Dans la seconde série, j e t'ai expliqué b r i è v e m e n t ce que la foi n o u s enseigne s u r les vertus c h r é t i e n n e s en général, et j e t'ai exposé, le plus c l a i r e m e n t qu'il m ' a été possible, ce que c'était que la g r a n d e et fondamentale vertu de la foi; j e t'ai dit qu'elle venait, a u d e d a n s , de la grâce de Noire-Seigneur JÉSUS-CHRIST, et au dehors, de l'enseignement infaillible de l'Église et de la soumission au Pape, Vicaire de JÉSUS-CHRIST et Chef s u p r ê m e de l'Église. Je l'ai m o n t r é , p a r u n grand n o m b r e d'exemples, comment l'esprit de foi, c'est-à-dire la foi vive et p r a tique est seule capable de faire de nous des chrétiens sérieux; et enfin, n o u s a v o n s analysé e n s e m b l e les vices et péchés opposés à la foi d'abord, puis à l'esprit de foi.

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LE JEUNE OUVRIER CHRÉTIEN.

— I II.

Après la foi, vient Lout n a t u r e l l e m e n t l'espérance, et c'est p a r là que nous allons c o m m e n c e r nos petits on Ireliens de cette année. Écoute-moi bien, et surtout m e t s en pratique ce que je le dirai : il m e semble que ce ne sera guère difficile; car c'est u n e chose bien douce, bien excellente que d'rspérer. El cependant c'est très rare, beaucoup trop r a r e . Oui, m o n enfant : il y a très peu de g e n s qui espèrent lout de bon, quiespèrent c o m m e il faut, qui espèrent suffisamment el de tout leur cœur. Sais-tu p o u r q u o i ? Avant tout, c'est, parce que leur foi n'est pas assez vive. Ils croient certain e m e n t à la bonté, à la miséricorde de DIEU; mais ils n'y croient pas assez, el ce m a n q u e de foi laisse e n t r e r tropfacilement dans leur àme q u a n t i t é de pensées de découragement, et, sinon de désespoir, du moins de désespérance. Ils croient au Paradis, à l'éternité b i e n h e u r e u s e ; mais là encore, ils ne croient pas assez fortement, et il leur semble douteux qu'ils puissent j a m a i s y arriver. De ce m a n q u e d'espérance découlent mille tristesses, mille défaillances plus déplorables les unes que les autres, et qui nuisent g r a n d e m e n t à l'essor de la vie c h r é t i e n n e et aux efforts de la piété. Tu vois, mon Jacques, qu'il ne nous sera pas inutile de rélléchir un peu sur ce sujet, dont on ne s'occupe pas assez. Vois-tu, m o n enfant, n o u s ne s o m m e s s u r la terre que pour aller au ciel ; ctDiesu, dont la miséricorde et la honte s o n t ' a b s o l u m e n t infinies, veut n o u s sauver tous.; il veut, sans cependant forcer n o t r e liberté, que nous allions tous au ciel, pour p a r t a g e r sa béatitude p e n d a n t toute l'éternité. On n'y pense pas assez; et l'oubli de ces deux grandes vérités chrétiennes, la bonté de DIKU pt l'existence de l'éternité b i e n h e u r e u s e , tue en nous l'espérance,

L ESFKltA XCE

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c o m m e ces affreux petits insectes imperceptibles, qu'on appelle philloxeras, t u e n t l'espérance du v i g n e r o n en att a q u a n t la racine mèn^e dn cep de v i g n e . La foi vive est, en effet, à l'espérance ce. q u e la racine d u cep e s t a la vigne et au raisin. Rappelle-toi, mon bon Jacques, les oracles infaillibles du Fils de DIEU lorsqu'il est venu en ce m o n d e . Tout son Évangile est plein de cette g r a n d e vérité : DIEU ne n o u s met, p o u r un peu de t e m p s , sur cette t e r r e q u e .pour y m é r i t e r , p a r une vie fidèle et sainte, la v r a i e vie, qui est la vie éternelle, la vie qui n e finira j a m a i s . « Les réprouvés, dit le Sauveur, iront au supplice éternel, et les justes entreront dans la vie éternelle. Que sert à F homme de gagner le monde entier, s'il vient à perdre son âme? Èn vérité, je nous le*dis, celui qui croit en moi a, la fie étemelle. Celui qui croit en moi et qui vit en moi, vivra même après sa mort. Celui qui mange ma. Chair et boit mon Sang a la vie éternelle, et moi-même je le* ressusciterai au. dernier jour. » Et lorsque les Apôtres ont composé, pour le r é p a n d r e par toute la Lerre, le symbole, c'est-à-dire l'abrégé de la foi, c'est par la g r a n d e affirmation de la vie éternelle qu'ils le t e r m i n e n t . « Je crois à la résurrection de ta chair et à la vie éternelle. Ainsi soit-il. » Tel est l'enseignement formel de DIEU et de son Église, qui, du reste, s'accorde parfaitement avec le cri universel de la conscience et du sens c o m m u n : p a r t o u t et toujours, l'humanité a professé h a u t e m e n t la foi à u n e vie à venir, où les bons sont r é c o m p e n s é s de leurs v e r t u s , tandis que les m é c h a n t s sont p u n i s de leurs fautes. Que si des g e n s mal vivants b l a s p h è m e n t , d a n s leurs j o u r n a u x et d a n s leurs m a u v a i s livres, cette g r a n d e vérité, n e t'en étonne pas : c'est le cri du c œ u r c o r r o m p u , et n o n celui de la conscience et de la droite raison. Nier le soleil, ne détruit

29i

LE JEUNE OUVRIER

CHRETIEN.—III.

pas le soleil; de m ê m e , nier la vie éternelle, nier le Paradis et sa béatitude sans fin, cela n e d é t r u i t ni le Paradis, n i les réalités de la vie à v e n i r . Voilà, m o n enfant, ce qu'il ne faut j a m a i s p e r d r e de vue, au milieu des peines et des joies de ce m o n d e . La pensée du ciel eL de l'éternité doit d o m i n e r notre vie de chaque j o u r , comme l'azur du ciel et le soleil d o m i n e n t la terre. Sans cela, point d'espérance. Sans cela, n o u s vivons comme les bêtes, qui ne s'occupent q u ' à m a n g e r , à boire, à dormir, à courir après les a u t r e s bêtes, toujours terre à terre, à quatre pattes. Le c h r é t i e n , au contraire, qui est le fils adopfif du bon DIEU et le s a n c t u a i r e du Saint-Esprit, marche toujours le front levé du côté du ciel, là où e s t s a vraie patrie, là où est son D I E U , son trésor. « La terre, disait le curé d'Ars, n'est q u ' u n pont p o u r passer et arriver de l'autre côté, c'est-à-dire au ciel. » Oui, mon bou enfant, la terre est le m a r c h e p i e d sur lequel l ' h o m m e prend position pour s'élancer, p o u r s'élever jusqu'au ciel. La ferre, c'est un arc b a n d é fortement vers le ciel, et dans lequel le chrétien doit se placer pour être envoyé au ciel. Mais pour cela, je te le répète, il faut la foi vive, mère de l'espérance. L'espérance est contenue d a n s la foi, c o m m e le chêne est c o n t e n u d a n s le g l a n d , c o m m e l'homme parfait est en g e r m e d a n s le petit enfant. — Dem a n d o n s de tout n o t r e c œ u r au bon DIEU cette foi profonde et vivante à l'éternité bienheureuse, et nous aurons posé le solide fondement de l'espérance qui réjouira et p a r f u m e r a toute notre vie.

L'ESPÉRANCE

293

II
Ce que c'est que l'Espérance chrétienne.

L ' e s p é r a n c e est, c o m m e disent nos c a t é c h i s m e s , u n e vertu s u r n a t u r e l l e qui n o u s fait attendre a v e c confiance de la bonté de DIEU la béatitude éternelle et les m o y e n s d'y a r r i v e r . C'est la douce confiance q u e le bon Jtisus m e t lui-même par sa g r â c e d a n s nos c œ u r s , qu'il ne n o u s refusera jamais les m o y e n s de v a i n c r e le mal et de faire le bien, de persévérer dans son a m o u r , et d'arriver ainsi à le posséder, et à jouir de sa p r o p r e béatitude p e n d a n t toute l'éternité. G o m i h e c ' e s t b o n ! n'est-il pas vrai, c h e r enfant? Espérer la grâce de DIEU en ce monde et le b o n h e u r de DIEU d a n s le ciel; c'est u n précepte p r o p r e m e n t dit. une loi qui n o u s est imposée, et non pas seulement u n conseil, une permission que le bon DIEU nous d o n n e . Tous, sans exception, nous devons espérer, c o m m e nous devons croire. Nous n e s o m m e s pas libres, n'est-ce pas? d e croire ou de ne pas c r o i r e ; nous n e s o m m e s pas d a v a n t a g e libres d'espérer ou de n'espérer p a s . Quelle bonté de DIEU! Non seulement il nous p e r m e t de compter s u r lui : il nous l'ordonne. 11. nous l'ordonne si bien qu'il y a péché mortel à désespérer tout de b o n . c o m m e nous le v e r r o n s plus loin. Bt chose n o n moins consolante, en m ê m e temps que"le bon DIEU n o u s donne le précepte de l'espérance, il nous donne la grâce de l'espérance, et c'est cette grâce qui de-

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LE JEUNE OUVUJËH OUHÛTJJSN

III

vient e n nous la vertu surnaturelle de l'espérance lorsque nous la recevons avec foi et a m o u r . L'espérance chrétienne est avec la foi, l'âme, la force et la joie de la vie c h r é t i e n n e . Elle en est le ressort. (Je que le grand ressort est d a n s le m é c a n i s m e d ' u n e m o n t r e , l'espérance Test clans la p r a t i q u e des vertus c h r é t i e n n e s ; sans le grand ressort, les roues de la m o n t r e ne m a r c h e n t p l u s : dès qu'un chrétien se décourage et désespère, tout s'arrête. Aussi, c o m m e on l'a r e m a r q u é avec beaucoup de vérité, dans tout péché il y a u n e défaillance plus ou moins prononcée de l'espérance : m o m e n t a n é m e n t on oublie le ciel, le b o n h e u r du paradis, le secours et l'assistance fidèle du bon DIEU. La grâce de l'espérance que Noire-Seigneur nous d o n n e , met dans notre c œ u r u n e sorte de faim et de soif du bonheur éternel, une faim et une soif de D I E U ; et en s'unissant à nous spirituellement par sa grâce, s a c r a m e n t e l l e m e n t p a r son Eucharistie^- le bon DIEU se fait lui-même ici-bas l'aliment destiné à satisfaire cette faim et cette soif surnaturelles ; là-haut, dans le ciel, il rassasiera complètement cette faim, il. apaisera pleinement cette soit; et en se d o n n a n t à n o u s pour toujours avec les délices infinies du b o n h e u r dont il jouit l u i - m ê m e , il sera éternellement l'objet de notre béatitude. Cher enfant, comprends-tu bien cela? Médite-le, nourrisen ton bon petit cœur, et réjouis-toi d'avance de ce que l'amour de ton DIEU te prépare en son beau paradis. Point d'espérance : point de c h r é t i e n . Si l'Église catholique est la grande société de c e u x qui croient, elle esL également la grande société de ceux qui espèrent. La gra.ce de la véritable espérance est inséparable de la grâce de la véritable foi. Aussi voyons-nous les gens qui ont le m a l h e u r de perdre

L'ESPÉRANCE

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la foi. p e r d r e en m ê m e t e m p s l'espérance. Dans la vie de Luther, on en trouve u n e preuve aussi frappante que douloureuse. Un soir qu'il se p r o m e n a i t d a n s son jardin de W i t t e m b e r g , avec sa prétendue femme, Catherine Bora, religieuse b e r n a r d i n e défroquée, les étoiles élincelaient a u ciel avec u n éclat e x t r a o r d i n a i r e . « Vois d o n c c o m m e toutes ces étoiles j e t t e n t de l'éclat, dit C a t h e r i n e . » Luther leva les yeux. « Oh la vive l u m i è r e ! r é p o n d i t - i l ; elle ne brille pas pour n o u s . — Et p o u r q u o i ? reprit Cat h e r i n e ; est-ce que nous serions dépossédés d u - r o y a u m e des cieux? — Peut-être, dit Luther en s o u p i r a n t ; peutêtre en punition de ce q u e nous avons quitté notre c o u vant. — Il faudrait d o n c y r e t o u r n e r ? r é p l i q u a v i v e m e n t l'autre. — C'est trop tard, le c h a r est trop e m b o u r b é , » Ajouta s o u r d e m e n t l e m o i n e apostat; et il r o m p i t l'entretien. Je le r é p è t e ; l'espérance est fille de la foi. Plus la foi est .vive, plus l'espérance est ferme et joyeuse. Ceci étant bien constaté, e x a m i n o n s , m o n petit J a c ques, s u r quelles vérités repose plus d i r e c t e m e n t n o t r e espérance. Faisons c o m m e les architectes q u a n d ils e x a m i n e n t à fond une maison p o u r v o i r si elle est bien solide. Tout d'abord ils e x a m i n e n t les f o n d e m e n t s ; si les fondements sont solides, la maison est en sûreté et les m i ^ a i l l e s n e risquent r i e n . Ce sera le sujet de n o t r e prochaine causerie. En a t t e n dant, prions la Sainte-Vierge, de nous obtenir cette g r â c e si douce, si délicieuse, de la confiance en D I E U et de l'espérance c h r é t i e n n e . Elle nous a donné, p a r l ' I n c a r n a t i o n , Celui qui est l'auteur et l'objet principal de n o t r e foi: elle nous a d o n n é en. m ê m e temps Celui qui est le principe et l'objet de notre espérance, JÉSUS-CHRIST, n o t r e u n i q u e S a u veur. Par M A R I E , n o u s obtiendrons a s s u r é m e n t la g r â c e et la v e r t u de l'espérance. Demandons-la lui h u m b l e m e n t .

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LE JEUNE OUVRIER CHRÉTIEN. — I I I .

m
Sur quoi repose l'espérance chrétienne.

D'abord et avant tout, notre espérance repose s u r l'infinie bonté et miséricorde de DIEU, et s u r les infaillibles promesses qu'il a daigné n o u s faire. Il n o u s a p r o m i s le ciel; il nous a promis la grâce q u i p»ut seule n o u s conduire au ciel. Certes, voilà, bien un f o n d e m e n t aussi sûr, aussi inébranlable que possible. La bonté, lamiséricorde, c'est pour ainsi dire DIEU tout entier. II est g r a n d , il est saint, il est juste, il est t o u t puissant ; oui, sans doute ; mais, p o u r n o u s , il veut avant tout se m o n t r e r bon, infiniment b o n ; aussi l'appelonsnous « le bon DIEU. » Or cette bonté de DIEU s'exerçant à n o t r e égard r e n contre i m m é d i a t e m e n t n o s misères, nos faiblesses, nos péchés ; et elle devient la miséricorde, c'est-à-dire la bonté envers les misérables. Elle porte le bon DIEU à n o u s p a r donner dès que nous n o u s repentons, à ne pas se rebmter de nos faiblesses et de n o s rechutes, à n e pas se retirer de nous, quoique nous le m é r i t i o n s sans cesse. Elle le porte à ne pas nous fermer l'entrée du ciel, et à y admettre les pauvres enfants prodigues dès qu'ils o n t recouvré la blanche robe d e l'innocence. Dans son Évangile, il n o u s a promis, ce bon et doux Seigneur, qu'il ne r e j e t t e r a i t . / a m ^ v celui q u i vient à l u i ; et il a ordonné h ses prêtres, en la p e r s o n n e de saint Pierre, de pardonner a u pécheur r e p e n t a n t , « non pas

L'ESPÉRANCE

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s e u l e m e n t sept l'ois, m a i s soixante-dix fois sept fois, » c'est-à-dire toujours, toujours. Et a p r è s cela, notre espérance pourrait se laisser é b r a n ler, é b r a n l e r par quoi que ce soit? Est-ce que, par h a sard, n o u s ne croirions pas à la miséricordieuse bonté du S e i g n e u r c o m m e à son existence m ô m e ? Est-ce que nous douterions de sa parole et de l'exécution de ses pro~ messes? Les h o m m e s p r o m e t t e n t , et ne t i e n n e n t pas touj o u r s leurs p r o m e s s e s ; m a i s pour Notre-Seigneur, c'est autre chose. Il Ta déclaré lui-même : « En vérité, en vérité, je vous te dis; le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. » Il nous a p r o m i s le ciel ; il a p r o m i s le pardon aux p é c h e u r s r e p e n t a n t s ; il a p r o m i s à ses fidèles de ne les a b a n d o n n e r j a m a i s ; donc, du côté de D I E U , tout est assuré; et ce n'est que de n o u s - m ê m e s qu'il faut nous défier. Oui, si nous le voulons, n o u s s o m m e s sûrs d'aller au ciel. Ceux qui se perdent, se p e r d e n t par leur seul fait, parce qu'ils le veulent; et en se p e r d a n t , ils violent d i r e c t e m e n t la plus c h è r e des volontés de DIEU à leur é g a r d . Le bon DIEU veut les s a u v e r ; ce sont eux qui résistent à cette volonté miséricordieuse, et q u i se jettent volontairement dans le p é c h é d'abord, puis d a n s l'enfer. Il ne faut j a m a i s perdre cela de vue. Ainsi, le p r e m i e r fondement, la première base de notre espérance, c'est l'infinie bonté de DIEU, ce sont ses infaillibles promesses et sa volonté i m m u a b l e de faire tout ce qui dépend de lui pour n o u s sauver, p o u r nous r e n d r e heureux. • Le second fondement de notre espérance, ce sont les mérites inépuisables de Notre-Seigneur JÉSUS-CHRIST, auxquels il faut j o i n d r e les mérites s u r a b o n d a n t s de la Sainte-Vierge notre Mère, des saints et des m a r t y r s , nos frères d u ciel.

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« Nous avons, dit l'Apôtre saint P a u l , un tout-puissant Médiateur qui le premier est entré dans les deux, et cest le Fils même de DIEU ; donc allons avec confiance au trône de la grâce, afin d g trouver miséricorde toutes les fois que nous en*avons besoin, » c'est-à-dire toutes les fois que n o u s s o m m e s assaillis par quelque tentation, accablés par quelque peine, menacés par quelque persécution ou par quelque danger ; allons-y tous les j o u r s de la vie, allons-y au m o m e n t de la mort, duquel dépend l'éternité. Les mérites infinis de notre Sauveur sont c o m m e u n e source sans tond, où nous pouvons toujours aller puiser la grâce, la force, la vie, la joie, la consolation, Je courage, le pardon, la paix, la lumière, la sainteté, le salut. Il y a là un remède divin pour toutes nos misères, u n secours pour tous nos besoins, nue consolation pour toutes nos douleurs. Dans quelque mauvaise passe que nous nous trouvions, nous n'avons qu'à lever les yeux et à regarder JÉSUS crucifié; n o u s n'avons qu'à l'appeler à notre aide, et à n o u s unir à lui par les sacrements : toujours iJ ouvrira pour nous le trésor de ses m é r i t e s ; et en son n o m , p o u r sou amour, le Père céleste nous accordera ses grâces, soit pour nous pardonner nos péchés et nous relever de nos chutes, soit pour nous faire triompher du m a l et des m é c h a n t s , et assumer ainsi notre salut. Cette g r â c e nous a p prend à souffrir et nous fait c o m p r e n d r e que le c h e m i n •du Calvaire est le vrai c h e m i n du ciel. C'est par les sacrements et par la prière q u e les mérites de notre Sauveur sont appliqués à nos âmes, les sanctifient et les sauvent. Si, à ces mérites infinis du Kils de DIEU, tu joins, m o n cher Jacques, la maternelle protection-de la Sain te-Vierge, des Anges et des Saints qui intercèdent pour toi auprès •du bon 'DTRU et qui t'assistent dès que tu les appelles à
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ton secours, tu auras Je second fondement de ton espér a n c e ; et celui-ci est aussi divin, aussi a s s u r é que le premier. Un j o u r que la Bien heureuse Ange le d e F o l i g n o , l'une des ames les plus saintes qui a i e n t p a r u dans llÉglise en ces d e m i e s siècles, u n j o u r , dis-je, qu'elle était à prier, dans la belle église de Saint-François à Assise, elle fut ravie eu esprit, et vit Notre-Seigneur JÉSUS-CHRIST qui s'approcha d'elle tout resplendissant de l'éclat de sa gloire. Et elle entendit JÉSUS qui disait : « Soyez bénis, vous tous, mes vrais fidèles, qui, partageant m e s tribulations et m a r c h a n t dans ma voie, avez mérité de laver vos â m e s clans m o n s a n g p r é c i e u x ! Soyez bénis, v o u s qui avez été trouvés dignes de p a r t a g e r avec moi l'épreuve de la pauv r e t é , de.* h u m i l i a t i o n s et des souffrances! Soyez bénis, vous qui gardez u n souvenir fidèle de m a Passion, qui est.lë plus grand m i r a c l e de tous les siècles, le salut et la vie de ceux qui étaient perdus, l'unique refuge des péc h e u r s : vous entrerez en partage de m a r é s u r r e c t i o n , ainsi q u e du royaume et de la gloire qui sont le prix de mes souffrances; vous serez mes cohéritiers éternels d a n s les cieux. » « Il est impossible d ' e x p r i m e r l'amojur q u i brillait d a n s ses r e g a r d s , » ajoute la Bienheureuse Angèle : et elle e n tendit JÉSUS dire encore : « Si, sur la croix, j ' a i prié p o u r mes e n n e m i s , que ne ferai-je pas pour vous, ô mes comp a g n o n s fidèles, le j o u r où j e serai sur le trône de m a gloire p o u r j u g e r le monde? » Donc, m o n enfant, confiance et encore confiance, et toujours confiance en n o t r e bon DIEU.

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LE JEUNE OUVRIER CHRETIEN. — I I I .

IV
D'un autre admirable fondement de notre espérance qui est notre union avec JÉSUS-CHRIST par la grâce.

Tu le souviens, mon c h e r Jacques, de ce que n o u s avons dit plus haut, au sujet du beau mystère de la grâce. Nous avons expliqué c o m m e n t , dans sa bonté infinie, Notre-Seigneur JÉSUS-CHRIST est v e n u en ce m o n d e p o u r nous mériter et nous d o n n e r sa g r â c e , pour nous c o m muniquer sa sainteté, et pour s'unir à nous d a n s l'EspritSaint. Or, cette u n i o n sanctifiante de JÉSUS-CHRIST et de ses fidèles, c'est le mystère de la grâce ; c'est le p r i n c i p e de la vie surnaturelle de nos â m e s , et la source d'où jaillissent et se r é p a n d e n t en nous toutes les vertus qui font le vrai chrétien. C'est aussi le f o n d e m e n t b i e n h e u r e u x de notre espérance ; car notre u n i o n spirituelle avec le bon DIEU ici-bas, est le g e r m e de l'ineffable u n i o n qui n o u s est réservée d a n s les cieux et qui nous m e t t r a en p a r t i cipation, non plus de la grâce, m a i s de la gloire de
JÉSUS-CHRIST.

C'est admirable et, tout ensemble, bien consolant ; si nous avons le b o n h e u r de vivre ainsi et de m o u r i r en état de grâce, c'est-à-dire unis à JÉSUS-CHRIST, n o u s s o m m e s assurés de passer de l'état de g r â c e à l'état de gloire, et de voir, au m o m e n t de notre m o r t , la sainteté chrétienne se c h a n g e r pour nous en la sainteté b i e n h e u reuse des Anges et des Saints du ciel. En ce monde, la vie de la grâce est c o m m e la fleur,

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qui c o n t i e n t en g e r m e le f r u i t ; et d a n s l'éternité, la fleur fera place au fruit, au fruit délicieux du v é r i t a b l e et p a r fait b o n h e u r . Toutes les fleurs n ' a r r i v e n t pas à p r o d u i r e leur f r u i t ; m a i s toutes s o n t destinées à le p r o d u i r e , . et le p r o d u i r a i e n t si quelque f â c h e u x accident, quelque g r ê l e , q u e l q u e sécheresse, q u e l q u e m a u v a i s c o u p n e v e n a i t a t t e i n d r e la pauvre fleur et la faire m o u r i r a v a n t le temps; de m ê m e , d a n s le dessein du bon DIEU, q u i d o n n e sa grâce â tout le m o n d e et veut le salut de t o u s , la fleur de la g r â c e doit produire p o u r tous le fruit d u salut et du b o n h e u r é t e r n e l s ; et les pauvres âmes qui ont le m a l h e u r de ne pas a t t e i n d r e ce fruit délicieux, n e se p e r d e n t é t e r n e l l e m e n t que parce qu'elles ont laissé le d é m o n du p é c h é p o r t e r sa main sacrilège sur leur belle fleur, leur faire p e r d r e la g r â c e , les séparer de JÉSUS-CHRIST p a r le péché mortel, Si, du p r e m i e r coup, Lu ne saisis pas bien cela, relisle, et, a u besoin, fais-le toi expliquer par ton père s p i r i tuel. C'est, en effet, d ' u n e i m p o r t a n c e m a j e u r e , c'est le fond m ê m e de la vie c h r é t i e n n e , do la piété et du s a l u t ; c'est, c o m m e je le disais tout à l'heure, le saint et doux fondement de toute notre espérance. Notre-Seigneur l u i - m ê m e nous le dit en son Évangile : « Demeurez en moi, et moi en vous. De même que le rameau « ne peut porter de fruit que s'il demeure uni au cep de « vigne, de même vous, si vous ne demeurez en moi. Moi, « je suis le cep de vigne] et vous, vous êtes les rameaux. « Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte « beaucoup de fruit; car sans moi, vous ne pouvez rien « faire. Quiconque ne demeurera point en moi, sera jeté « dehors comme un sarment desséché, et on le ramassera « pour le jeter au feu, et il brûlera. Demeurez en mon « amour. »

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Quelles divines paroles, mon bon J a c q u e s ! Recueilleles c o m m e des diamants et apprends-les par cœur. « Demeurez en moi e t moi en vous » : Voilà bien la gr?i.ce, l'union de la grâce, l'union que l'Esprit-Saint forme entre JÉSUS et nous, entre nous et J É S U S . JÉSUS n o u s comm u n i q u e la sève de sa g r â c e , c o m m e le cep de vigne répand sa sève dans les r a m e a u x ; et cette sève est la vie du rameau. C'est elle qui fait porter au r a m e a u d'abord des feuilles etdes fleurs, puis de belles grappes de r a i s i n ; sans le cep, point de s è v e ; s a n s la sève, point de v i e ; sans la vie, point de feuille ni de Heurs ; sans les fleurs, point de fruit, point de raisin. De m ê m e , d a n s l'ordre surnaturel, sans J É S U S , point de g r â c e ; sans la g r â c e , point de vie surnaturelle ; sans la vie surnaturelle, point de vertus c h r é t i e n n e s ni de m é r i t e s ; sans les v e r t u s et les mérites que produit la g r â c e , point de ciel, point de béatitude ni de gloire d a n s l'éternité? Oui, sans JÉSUS, sans l'union avec J É S U S , sans la g r â c e de JÉSUS, il n ' y a pour n o u s ni paradis à espérer, n i vie éternelle à a t t e n d r e . S a n s la g r â c e , point de gloire; d o n c , point d'espérance. Vois d o n c , m o n bon petit Jacques, avec quels soins infinis nous devons veiller à tout i n s t a n t et en toutes circonstances à n e pas laisser se faner en n o t r e c œ u r cette belle fleur de la g r â c e , qui est en n o u s l'espérance du fruit de la gloire ! Mieux v a u t tout p e r d r e , plutôt que de perdre JÉSUS-CHRIST ; m i e u x v a u t tout souffrir, plutôt, q u e de nous s é p a r e r d e JÉSUS-CHRIST p a r le péché mortel ! J a d i s le grand Apôtre saint Paul le d i s a i t aux p r e m i e r s c h r é t i e n s : « Ce que nous vous annonçons, c'est le mystère que D I E U a daigné manifester à ses fidèles serviteurs, à savoir, JÉSUS-CHRIST en nous, espérance de la gloire. »

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N'oublie j a m a i s cela, c h e r petit disciple-de JÉSUS-CHRIST. Si Lu-restes toujours fidèle ¿1 sa grâce, si tu/vis et si tu meurs e n sa grâce, tu es sur de ton P a r a d i s ; tu es sûr de posséder pleinement, d a n s la béatitude de 1,'éternité, Cel.ui que tu a u r a s c o m m e n c é à posséder sur la terre, dans la lumière cle la foi, d a n s la paix d e la b o n n e c o n s cience, d a n s la pureté du eçeur, d a n s l'union, de la grâce et dans la c o m m u n i o n de?. l'Eucharistie. Aussi, toute toù affaire doit être, m o n J a c q u e s , de dem e u r e r en état de g r â c e , coûte que coûte. Pour cela, n'épargne point ta peine ; prie f e r m e ; pense très-souvent au bon DIEU et m a r c h e le plus possible en sa présence ; travaille et souffre pour son a m o u r ; approche-loi souvent des s a c r e m e n t s ; va souvent laver ton à m e d a n s le sang r é d e m p t e u r de JÊSUS-GHRIST, au s a c r e m e n t de pénitence ; va souvent r e t r e m p e r les forces d e ton àme e u te nourissant du Corps du Seigneur dans la sainte Commun i o n ; enfin, mon enfant, r e c o m m a n d e c h a q u e j o u r ton salut à la Sainte-Vierge M A R I E , " q u i t'attend au ciel, et qui prie i n c e s s a m m e n t pour toi. Et c'est ainsi que le mystère de la grâce, qui nous unit i n t é r i e u r e m e n t au Roi des cieux, est, avec la bonté, la miséricorde et la'fidélité de DIEU et avec les mérites infinis du S a u v e u r , le fondement très-assuré de n o t r e espérance.

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OUVRIER

CHRETIEN.

III.

V

De la première qualité que doit avoir notre espérance : elle doit être juste et éclairée.

Noire espérance, p o u r ôlre cligne d u bon D I E U , doit avoir certaines qualités; sans cela, elle n e serait plus une vertu, mais une illusion. Nous allons, si tu le veux, mon enfant, examiner, les unes après les autres, ces précieuses qualités de la véritable espérance c h r é t i e n n e . Avant tout, elle doit être.juste et éclairée. Ton espéraiice sera, juste et éclairée, si tu sais bien clairement d'abord ce que tu dois espérer; puis en qui tu dois espérer; enfin à quelles conditions tu peux et tu dois espérer. P Ce f/tte lu dois espérer. — Comme nous l'avons i n d i qué déjà, nous pouvons et nous devons espérer la béatitude éternelle du bon DIEU, après le pèlerinage de cette vie. Or, la béatitude de DIEU n'est pas distincte de DIEU m ê m e : et posséder la béatitude de DIEU; c'est posséder DIEU souverainement h e u r e u x , qui veut être l u i - m ê m e noire bonheur, notre b o n h e u r éternel. Ce n'est pas un b o n h e u r te) quel qui nous attend au ciel : les petits b o n h e u r s sont pour la t e r r e ; et ils sonl imparfaits, passagers, misérables, c o m m e tout ce qui esl de la terre. C'est u n b o n h e u r absolu, total, sans fin c o m m e sans mélange, qui n o u s est préparé l à - h a u t ; c'est le bonheur m ê m e de DIEU. Un j o u r , si n o u s s o m m e s ici-bas de bons chrétiens, n o u s e n t r e r o n s dans l'état de b o n h e u r et de joie parfaite où est le bon D I E U ; et il n e faut pas

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moins a t t e n d r e que la possession de DIKU même, pour Aire a In hauteur de nos destinées. Comme c'est g r a n d ! n'osl-ee pas ? 0 mon c h e r petit Jacques, si nous pensions à cela un peu s é r i e u s e m e n t tous les jours, c o m m e n o t r e vie c h a n gerait do face! Tout n o u s paraîtrait bien peu de chose, en comparaison de celte g r a n d e , de celte magnifique, de cette infinie béatitude divine qui n o u s attend après les épreuves de Ja vie. Comme on souffrirait p a t i e m m e n t et j o y e u s e m e n t les petites misères de chaque j o u r , les infirmités du corps, les maladies, les vexations, les petites déceptions passagères de ce m o n d e ! Comme les choses de la terre nous paraîtraient petites, si nous avions soin de r e g a r d e r davantage les excellences du ciel! Un j o u r , on trouva saint Ignace tout baigné de larmes d a n s sa c h a m b r e , à Rome, A une place que l'on montre e n c o r e ; et c o m m e on lui d e m a n d a i t pourquoi il était si ému : « Oh ! r é p o n dit-il, que tout me parait peu de chose quand je c o n t e m p l e le ciel et l'éternité ! » Si n o u s avions un peu plus de foi et d'espérance, toute notre vie, avec ses peines de tout genre, avec ses accidents, ses*travaux et ses douleurs, n e serait plus q u ' u n tranquille et paisible festin où notre espérance trouverait d'heure en heure de précieux aliments. Tout nous pousserait en haut, vers le c i e l ; tout n o u s d é t a c h e r a i t de la terre, et nous préparerait cette belle possession de D I E U , c'est-à-dire la fin dernière où nous posséderons tous les biens, réunis en u n seul bien, qui est le Bien souverain, le Bien infini, le Bien éternel, « le Tout-Bien ^, c o m m e disait la Bienheureuse Angèle de Foligno. Et prends-y garde, m o n enfant; les joies et les jouissances de ce m o n d e , sont au point de vue de l'espérance, an écueil non moins redoutable que les peines et les
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souffrances; en u n sens, elles sont m ô m e plus d a n g e reuses. En effet, si la souffrance n o u s porte facilement au découragement, la jouissance nous porte bien plus facilement encore à. nous a t t a c h e r à la terre, à oublier le ciel et le bonheur de l'éternité. Ici-bas, le b o n h e u r est c o m m e la glu qui colle a u x pattes des pauvres petits oiseaux, les empêche d é s'envoler d a n s les airs, et leur prépare la cruelle captivité de la cage. Oui, malgré ses douceurs, ou plutôt à cause de ses douceurs même, la jouissance est la g r a n d e e n n e m i e de l'espérance. Il y faudra faire attention p e n d a n t toute ta vie. Si tu as le b o n h e u r très réel (car il vient de DIEU) d'avoir une bonne santé, de voir les choses te réussir, d'avoir des succès, d'être h e u r e u x en m é n a g e , de faire fortune, etc., rappelle-toi la g l u ; et que la terre ne te fasse j a m a i s oublier le ciel de ton DIEU et le DIEU du beau ciel qui t'attend. Hélas! que nos désirs d u ciel sont d o n c rares! qu'ils sont froids et faibles! L'espérance du ciel devrait être notre g r a n d e p r é o c c u p a t i o n ; et nous n'y pensons pour ainsi dire j a m a i s ! Que de gens le regardent c o m m e rien ! Et combien plus encore n e le r e g a r d e n t pas du tout! Voilà donc ce que n o u s devons espérer : la possession éternelle du bon DIEU, du bon DIEU avec sou infinie béatitude. Mais en m ê m e temps nous pouvons et nous devons espérer les grâces, toutes les grâces, nécessaires pour y arriver. Qui veut la fin, veut les m o y e n s ; de m ê m e , qui espère la fin, espère en m ê m e t e m p s les m o y e n s . . . Espér o n s tout et toujours de ce bon S e i g n e u r qui nous a dil de sa propre bouche ; « Je suis venu chez les hommes « afin qu'ils aient fa vie, et qu'ils raient en grande abon« dance. » DIEU est g é n é r e u x : son cœur est un océan

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inépuisable de gréées et de secours : ouvrons-lui bien larg e m e n t nos c œ u r s ; a t t e n d o n s tout de sa b o n t é . Plus le vase de notre c œ u r sera large, profond, plu^ les eaux fortifiantes de la grâce s'y é p a n c h e r o n t avec abondance, Nolre-Seigntíur dit un j o u r à sainte Mechtilde : « A u t a n t une â m e se fie-en moi» et présume p i e u s e m e n t de m a b o n t é ; a u t a n t , et infiniment plus encore, elle obtient de moi. » Donc, ne c r a i g n o n s j a m a i s d ' o u v r i r trop largem e n t notre c œ u r à l'espérance, à la confiance en D I E U . En second lieu, c h e r enfant, pour que ton e s p é r a n c e soit j u s t e et éclairée, il te faut savoir bien n e t t e m e n t en t/ui in dois espérer. C'est bien clair, tu n e peux, tu n e dois espérer q u ' e n DIEU s e u l ; DIEU seul, en effet, p e u t te d o n n e r ce qu'il t'a p r o m i s : sa grâce et sa gloire. P e r s o n n e autre q u e lui ne peut te d o n n e r ce qui n ' a p p a r t i e n t q u ' à lui, ou pour.mieux dire ce qui est lui-même. Qu'est-ce que la g r â c e , sinon le secours de DIEU se d o n n a n t lui-même à toi et s'unissant à toi p o u r te purifier, te sanctifier, te sauver? Et qu'est-ce que la gloire, sinon ce m ê m e DIEU te c o m m u n i q u a n t sa beauté et son b o n h e u r é t e r n e l s , c o m m e nous v e n o n s de le dire? DIEU seul peut se d o n n e r . Donc, en DIEU seul, toute ton espérance. Mais D I E U se d o n n e à n o u s i n d i r e c t e m e n t p a r l e s créatures; et, en ce sens, n o u s pouvons et n o u s devons n o u s appuyer sur les créatures c o m m e sur les i n s t r u m e n t s de la bonté et de la providence de DTETJ â notre égard. Ainsi nous p o u v o n s et nous devons espérer en la protection de la Sainte-Vierge, parce qu'elle est la Mère de DIEU, la Mère de la divine g r â c e , le Refuge des p é c h e u r s , le Secours des chrétiens, la Reine du ciel et de la terre. Nous pouvons et n o u s devons n o u s confier en la protection des Saints et des Anges. Ici-bas, n o u s pouvons et nous devons nous a p p u y e r sur l'autorité divine du Pape, des Évèques,

LIS JEUNE OUVRIER CHRETIEN". — VU.

des prêtres, c h a r g é s par le bon DIEU de n o u s c o n d u i r e clans les voies du salut, de nous dispenser les sacrements, et, par les sacrements ,1a grâce, de nous p a r d o n n e r nos péchés, de nous conduire au ciel. Nous pouvons et n o u s devons mettre, dans une m e s u r e , notre confiance en l'amour de nos parents, de nos a m i s , etc. Mais il y a celle différence essentielle que notre espérance en DIEU est absolue et sans réserve, tandis que celle que nous plaçons d a n s les créatures est relative, toujours subordonnée a la volonté supérieure de D I E U , et ne porte que sur les dons que DIEU leur a faits pour nous aider à gagner le ciel. P r e n o n s b o n n e m e n t et avec reconnaissance, partout où nous les r e n c o n t r o n s , les soutiens que DIEU m e t s u r notre c h e m i n ; soutiens d'affection, tels que nos a m i s ; soutiens d'édification, tels q u e les braves g e n s qui nous d o n n e n t le bon exemple : soutiens de direction, tels que nos prêtres, nos parents, nos maîtres. C'est par eux que le bon DIEU vient à n o u s et se d o n n e à n o u s . Donc., m o n bon Jacques, que ton espérance repose sur le bon DIEU a b s o l u m e n t , et relativement sur les créatures dont DIEU se sert pour te rendre bon, chrétien et fidèle. Ne te confie j a m a i s en t o i - m ê m e ; car de toi-même tu n'es rien, tu n'as rien, tu ne peux rien. Celui q u i , d a n s l'ordre du salut, se confie en ses lumières propres, en son savoir-faire, en ses propres forces, oubliant qu'il tient tout de DIEU et que sans DIEU il ne peut rien, celui-là m a r c h e d'illusion en illusion et finit par se p e r d r e d a n s le gouffre de l'orgueil. Que ton espérance soit toujours bien h u m b l e . Enfin, pour que, en toi, cette g r a n d e vertu d'espérance soit j u s t e et éclairée, n'oublie j a m a i s à quelles conditions tu peux espérer. La condition fondamentale, posée par DIEU m ê m e , c'est que noire espérance doit reposer tout entière s u r JÉSUS-CHRIST, et pour la gloire el p o u r la

L'TSSPHKAXCH

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gru co-, et pour la lin et pour les moyens. « Permuta ne « oient au Père que par moi D, a-t-il dit lui-même dans r E v a n g i l e ; aller à D I E U , en ce monde, cosi la g r â c e ; aller à DIEU, dans l'éternité, c'est la gloire, c'est le ejel. El Jùsus a ajouté : « Je suis la Voie: je suis ta Porte: si quel« qu'un entre par moi, Usera sauve. » Jrcsr;s, qui es( Dircu, avec le Pere et le Saint-Esprit, est à la lois notre vie éternelle, et la voie qui m è n e à (tette vie. E n t r e r par lui, cola veut dire, lui d e m e u r e r i n t i m e m e n t uni p a r l a grâce, imiter sa sainteté, p r a t i q u e r ses vertus et s'appuyer sur lui pour aller au ciel. Voilà, m o n très bon et très cher J a c q u e s , c o m m u n i ton espérance sera toujours jusiu. raisonnable, éclairée et digne d'un chrétien. Nous allons voir, m a i n l e u a u t . c o m m e n t elle doit être laborieuse el énergique.

VI

D e l a s e c o n d e q u a l i t é de l ' e s p é r a n c e : e l l e d o i t ê t r e a c t i v e et l a b o r i e u s e .

(Hier enfant, voici quelque chose de bien pratique. Tu espères, avec la g r â c e de DIEI*, aller au ciel : donne-toi du mal pour y arriver. En effet, la seconde qualité de 1 e s pérance c h r é t i e n n e , c'est d'être active, laborieuse. Dans l'ordre de la grâce, c o m m e dans l'ordre d e la n a t u r e , il nous faut travailler pour gagner notre vie. Les gens qui s'imaginent qu'on d e m e u r e fidèle à DIEU on so oroisanl les bras et qu'il n'est pas nécessaire de se d o n n e r du mal pour arriver au ciel, n e sont pas des c h r é t i e n s ; ce sont dos T u r c s ; et leur espérance oisive, paresseuse et inerte,

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ressemble bien plus à du fatalisme qu'à a u t r e chose. L'esp é r a n c e chrétienne, la véritable espérance est u n e vertu essentiellement active, une v e r t u courageuse qui tend les bras vers l'objet de ses vœux, qui g r a v i t la m o n t a g n e escarpée du devoir, lequel mène au ciel ; u n e v e r t u qui travaille sans cesse, qui c o m b a t b r a v e m e n t , qui s'efforce sans se lasser. 1° D'abord, mon petit J a c q u e s , il faut se d o n n e r du m a l . i! faut travailler, pour conserver l'espérance e l l e - m ê m e . Gomme toutes les a u t r e s vertus, l'espérance a besoin d'être entretenue et a l i m e n t é e ; s a n s quoi elle s'affaiblit, elle s'étiole et finit par m o u r i r . L'espérance est en toi c o m m e u n e belle plante, bleuazur, qui pour pousser, pour g r a n d i r et pour produire ses (leurs et ses fruits, exige des soins assidus. Soigne-la donc, mon bon petit j a r d i n i e r ; arrose-la tous les j o u r s , et fortifie-la souvent par de l'engrais. L'eau qui rafraîchira et vivifiera i n c e s s a m m e n t ta plante, ce sera la p r i è r e ; et de m ê m e qu'en p é n é t r a n t d a n s la terre, l'eau devient la sève qui m o n t e dans la plante et lui apporte la v i g u e u r et la force; de m ê m e ta prière en r a v i v a n t ta foi, lui fera produire la sève de l'espérance, et fortifiera c h a q u e j o u r davantage cette précieuse plante de ton j a r d i n s p i r i t u e l . Et par la prière, j e n ' e n t e n d s pas ici seulement la prière du matin et du soir, m a i s encore l'esprit de prière qui te fera souvent penser au bon DIEU et faire de bons petits actes d'espérance, tels que ceux-ci, par e x e m p l e : « Mon DIEU, par votre miséricorde, j ' i r a i au P a r a d i s ; u n j o u r , j ' i r a i au ciel, et p e n d a n t toute l'éternité, j e serai heureux de votre bonheur. — J É S U S , mon doux Sauveur, venez à m o n secours; ne m ' a b a n d o n n e z j a m a i s . — JÉSUS, m o n DIEU, j e mets en vous toute m a confiance. Sainte-Vierge MARIE, veillez sur moi, et conduisez-moi au P a r a d i s ! »

L'ESPÉRANCE

Le n o m seul de J É S U S , prononcé avec foi el amour, est en abrégé un acte d'espérance. C'est u n e invocation, une aspiration ver* Celui qui seul peut nous sauver, et qui est la source de toute g r â c e et de toute gloire. 11 en est de même du doux n o m de M A R I E , qui n o u s rappelle si bien les mystères de l'Incarnation el de la Rédemption, sur lesquels repose toute notre espérance. Quant à l'engrais que nous devons employer dans la culture de la plante de l'espérance, ce sont les s a c r e m e n t s d'abord, puis la mortification. Par ses s a c r e m e n t s , le bon JÉSUS apporte i n c e s s a m m e n t à notre p a u v r e à m e u n renouvellement de vie et de force; il la n o u r r i t de sa c h a i r et de son sang, et s'unit à elle de plus en plus. P a r la mortification, il n o u s rend moins t e r r e s t r e s ; il nous détache de ces jouissances dangereuses q u e n o u s c o m p a rions l'autre j o u r à la glu dont se servent les oiseleurs pour attraper Jes petits oiseaux. Par la 'mortification, JÉSUS n o u s met à m ê m e de voler plus librement, plus aisément, plus vite et plus h a u t . Et cette mortification si salutaire, tu peux, mon bon petit, la pratiquer v i n g t fois par j o u r , si tu le v e u x . Tu n'as qu'à veiller sur toi pour profiter de ces mille petites occasions qui se p r é s e n t e n t à tout propos. Par e x e m p l e , ne te plains pas quand tu te fais un peu m a l , et offre cela au bon DIEU; r é p r i m e ton h u m e u r , q u a n d tu as envie de grogner, de bouder ou de te fâcher; obéis de bon cœurs et i m m é d i a t e m e n t , dès que tes parents ou ton m a î t r e te c o m m a n d e n t quelque chose. Profite c h r é t i e n n e m e n t des petites h u m i l i a t i o n s d ' a m o u r - p r o p r e , des contrariétés et des fatigues de c h a q u e j o u r ; impose-toi quelques petites privations à t a b l e ; et autres choses semblables, d o n t l'occasion est quotidienne, c o m m e tu le vois. Tu n e saurais croire c o m b i e n cet engrais de la mortification

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pourra faire g r a n d i r en Ion â m e la sainte vertu de l'espérance. Moins lu l'attacheras à la terre, plus tu aspireras facilement et fortement au ciel. Fais souvenl, mon Jacques, fais très souvent des actes d'espérance en UIKTJ, s u r t o u t quand tu souffres,- et plus encore lorsqu'il l'arrivé quelque bon b o n h e u r . ' 2° Ensuite, il faut travailler et se d o n n e r du m a l . pour obtenir les biens célestes proposés à n o t r e e s p é r a n c e . Ne t'imagine pas que Noire-Seigneur qui veut te sauver, veut te sauver sans toi. De niùme qu'il ne te sauve pas malgré toi.il ne le sauve pas sans toi. Il faut t'y m e l l r e , e l bravement. Quand il nous d o n n e ses grâces, pour nous sanctifier el nous conduire au ciel, le bon DIEU n o u s donne, non pas un travail tout fait, m a i s un travail à faire, avec les moyens de le faire. La g r â c e de DIEU ne nous m a n q u e j a m a i s ; elle travaille avec nous et en nous : oui, sans doulo; m a i s c'est à la condition que n o u s travaillions n o u s - m ê m e s avec elle. Le bon JÉSUS nous pousse au ciel; mais il faut que n o u s suivions son i m p u l sion. Il nous donne sa g r â c e , el il veut n o u s d o n n e r un jour sa gloire ; mais il faut que nous c o r r e s p o n d i o n s fidèlement à sa grâce. 11 nous dit à tous que le r o y a u m e du -ciel (ici-bas, c'est le règne d e l à g r â c e ; là-haut, c'est le règne de la gloire) exige de l'énergie et des efforts, et que ceux-là seuls e n fout la conquête, qui se font violence, qui travaillent, qui l u t t e n t . Cher enfant, dans l'œuvre de ton salut, tout dépend de DIEU et, en un sens, tout dépend de toi. DIEU veut te s a u v e r : il faut le vouloir avec lui, et c o m m e lui, c'est-àdire tout de bon. Il te d o n n e sa grâce : il f a u t la recevoir et la faire valoir. Ce qu'il te d e m a n d e se r é s u m e en deux points très s i m p l e s : enlever les obstacles à sa grâce et à ton salut,

et employer les m o y e n s qu'il t'offre eu moine temps que sa g r â c e . Les obstacles, c'est tout ce qui p e u t e m p ê c h e r , d'une manière ou d'une a u t r e , la g r a n d e ouivrc de ta sanctification et de ton salut é t e r n e l ; c'est tout ce qui est de nature à te d é t o u r n e r de J Ê S U S - U F E R I S T et à l'arrêter dans le chemin du c i e l : par exemple, tel ou tel défaut naturel, telle ou telle tendance d a n g e r e u s e qu'on t'a. m a i n t e s fois s i g n a l é e ; telle ou telle liaison avec un c a m a rade qui t'a déjà d o n n é de mauvais exemples et de m a u v a i s conseils; l'attrait vers des plaisirs d a n g e r e u x qui ont perdu bien des jeuiies g e n s : une n é g l i g e n c e plus ou moins notable d a n s la pratique de tes devoirs d'état ou de tes devoirs religieux; la curiosité clans lu l e c t u r e des j o u r n a u x ou des r o m a n s ; etc. Les m o y e n s , tu les c o n n a i s c o m m e m o i : c'est tout ce qui est capable de te r e n d r e meilleur, de faire de loi un vrai et sérieux c h r é t i e n , de te faire persévérer d a n s l'amour de ton Diwr. Voilà, m o n brave enfant, c o m m e n t ton espérance* doit être n o n - s e u l e m e n t j u s t e et éclairée, m a i s encore laborieuse, généreuse et active. Un mot encore sur une troisième qualité non m o i n s essentielle que doit revêtir eu toi la sainte vertu d'espér a n c e . Il faut q u e l l e soit invincible.

VII
D e l a t r o i s i è m e q u a l i t é de n o t r e e s p é r a n c e : e l l e d o i t ê t r e f e r m e , . constante, invincible.

Je te l'ai déjà dit, m o n brave .petit J a c q u e s : par cela seul que tu es u n h o m m e et u n chrétien, tu es, bon g r é , mal gré, u n soldat; et qui pis est, tu seras soldat, tant q u e tu

•ïltî

LE JEUNE OUVRIER CHRÉTIEN.

—III.

seras sur la terre, lors môme que tu devrais vivre j u s q u ' à cent a n s . Dans cette milice-là, les femmes, les petites filles ont à se battre aussi bien que les h o m m e s et les g a r ç o n s ; les riches aussi bien que les p a u v r e s ; les vieux aussi bien que les jeunes ; les bossus, les aveugles, les sourds, les estropiés, les paralytiques, les fils de veuve aussi bien que les autres : pas d exemption, pas de congé, pas de r é s e r v e , service obligatoire; toujours le sac sur le dos, toujours l'arme au poing, toujours en c a m p a g n e ; et le c h a m p de bataille, c'est la vie tout entière. Or, entre toutes nos « positions, » c o m m e disent les militaires, une des plus attaquées par l'infernal e n n e m i de notre salut, c'est l'espérance. S u r cette partie du c h a m p de bataille, la lutte est a c h a r n é e . On est vaincu de bien des manières. A t o u t j a m a i s privé d'espérance, Satan, le chef des réprouvés, enrage e x t r a o r d i n a i r e m e n t partout où il aperçoit ce qu'il a perdu pour toujours : la foi qui fleurit dans l'espérance, et qui s'apprête à produire u n j o u r le beau fruit du salut. Tantôt il s'élance c o m m e un lion furieux, tantôt il se glisse c o m m e un serpent pour a r r i v e r j u s q u ' a u c h r é t i e n fidèle qui a confiance en la bonté de son D I E U , et qui, appuyé sur la grâce de JÉSUS-GIIRTST, la protection de la Sainte-Vierge et la force des s a c r e m e n t s et de la prière, espère de tout son c œ u r et m a l g r é tout a r r i v e r au ciel. Cher enfant, pour a r r i v e r à te faire perdre pied s u r le terrain de l'espérance, il emploiera mille ruses de g u e r r e . « Tu espères le P a r a d i s ? ledira-l-il parfois. P a u v r e sot ! Mais, m o n cher, il n ' y a pas de Paradis. C'est là u n e vieille superstition. La science m o d e r n e en a faitjustice. Lis plutôt les j o u r n a u x . C'est c o m m e l'âme, c o m m e D I E U , c o m m e la Religion. Mes bons a m i s les démocrates ont supprimé lout cela. Après la m o r t , il n ' y a plus r i e n .

L'ESPÉRANCU

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Crois-moi, tu n'es q u ' u n e bêle, c o m m e ton chien et ton chat. » Voila le p r e m i e r g e n r e d'attaque : le démon tache de m i n e r ta foi, parce que, c o m m e je te l'ai déjà dit, la foi e s t l e fondement, la racine de l'espérance. Mon e n f a n t , ne te laisse point é b r a n l e r . Dis-lui, avec Notre-Seigneur : « Retire-toi, m a u d i t ! Rentre dans ton enfer, qui est le pays de l'éternel désespoir. Mon DIEU m ' a dit de sa p r o pre bouche, it Celui qui croit en moi a la oie éternelle * et « moi-même je le ressusciterai au dernier jour. Celui qui <' croira sera sauvé ; celui qui ne croira pas sera damné. Donc, va te p r o m e n e r . » D'autres fois, l'ennemi te fera un beau s e r m o n s u r la justice, s u r la sainteté infinie de DIEU, et, te r a p p e l a n t tes pauvres péchés, il essaiera de te d é c o u r a g e r . « Est-ce que le Paradis est lail p o u r u n misérable p é c h e u r c o m m e toi? te dira-t-il d é v o t e m e n t . Le Paradis est pour tes Saints. Pour toi, qui as tant p é c h é , tu peux être s û r de ton affaire; c r o i s - m o i : n'y pense p l u s ; et contente-toi de p r e n d r e ici-bas le plus de bon lemps possible. » Mon bon Jacques, réponds-lui, avec une pleine assur a n c e : « Misérable! retire-toi. Si mon b o n JÉSUS e s t l e DIEU des Anges et des Saints, il est é g a l e m e n t le DIEU des pauvres pécheurs qui se repentent. J'ai p é c h é : ce n ' e s t que trop v r a i ; j ' a i beaucoup, j ' a i g r a v e m e n t péché : hélas ! c'est encore v r a i ; m a i s m o n Sauveur Ta déclaré solennellement: « Je ne suis point venu appeler tes justes, mais les « pécheurs ; et jamais je ne repousserai celui qui vient à « moi. Je ne veux point ta mort du pécheur; ce que je veux» « c'est qu'Use convertisse et qu'il rive. » Le DIEU en q u i j e mets t o u t e mon espérance, est le DIEU de Madeleine et d e Zachée, le DIEU du bon larron, le DIEU d o n t le SacréCœur est toujours ouvert pour recevoirles p é c h e u r s repentants. »

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LE JEUNE OUVKIEK CIIIIKTIKN. — n i .

Le démon-théologien todini encore :« Maïs lu as abusé de t a n t de g r â c e s ! D'un coté, tant de faiblesses, t a n t de rechutes, et de l'autre tant de confessions, t a n t d e c o m m u nions, tant de moyens de salut qui a u r a i e n t suffi à sanctifier des centaines d ' a u t r e s ; et toi, qu'en as-tu fait ? Donc, le ciel n'est pas fait pour toi. » Réponds au monteur : « Relire-loi, maudit, avec tous les a r g u m e n t s de ton désespoir q u e lu voudrais faire e n t r e r dans mon à m e ! Les i m m e n s e s grâces de m o n DIEU sont
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la meilleure preuve de son i m m e n s e a m o u r . C'est dans cet amour, dans cette bonté sans m e s u r e que j e mets toute m a confiance. Malgré mes faiblesses, dont j e gémis et que je vais tacher de c o m b a t t r e de plus on plus, j ' a i m e et aimerai mon Sauveur de toute mon à m e . C'est en lui, en lui seul que j'espère, et, m o y e n n a n t sa g r â c e , tu a u r a s beau dire et beau faire, je lui resterai fidèle j u s q u ' a u bout, et je le verrai, je le posséderai, je jouirai de son propre bonheur pendant toute l'éternité. » C'est ainsi, mon bon Jacques, que ton espérance triomphera des ruses du d é m o n , lorsqu'il tentera de la tuer dans ton cœur, ou du m o i n s de fv e n d o r m i r . Mais il est u n point sur lequel j'appelle toute t a vigil a n c e : Prends garde à certaines pentes, peu effrayantes en elles-mêmes, m a i s q u i te feraient bientôt glisser dans le gouffre du d é c o u r a g e m e n t et du désespoir, si tu avais l'imprudence de l'y a b a n d o n n e r . Ces pentes glissantes, si dangereuses, c'est, par exemple, le scrupule, la tristesse, le délai de la confession, l'éloignement de la sainte c o m m u n i o n , la négligence dans la dévotion e n v e r s la Sainte-Vierge. Prends garde aussi à u n autre danger, d'autant plus à redouter que nous y s o m m e s forcément exposés du m a t i n au soir, partout et toujours. Nous s o m m e s si bien faits

L'ESPÉRANCE

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pour le bonheur. c/cst-i\dire pour le ciel, que nous sommes .tentés de le voir parfont sur la terre et de p r e n d r e pour le b o n h e u r ce qui n'en est que r a v a n l - g p ù l et le prélude, .loto l'ai déjà dit et ne saurais trop te le r é p é t e r : n e t'abandonne pas' aux b o n h e u r s et a u x plaisirs, m ê m e légitimes, de ce m o n d e . Ne fais pas c o m m e les m o u c h e s qui, attirées par la séduction des confitures, v i e n n e n t s'y coller les pattes et t r o u v e n t la m o r t d a n s en sucre periide où elles trouvaient tant de plaisir. Les confitures et le s u c r e sont excellents, mais encore faut-il en user avec modération et réserve. Ne te laisse pas séduire par les joies de la t e r r e ; s u r tout p r e n d s bien g a r d e aux plaisirs des sens. Le m o n d e extérieur, le m o n d e des sens est le complice de Satan, en ce qu'il nous d é t o u r n e sans cesse des réalités éternelles et du vrai bonheur qui ne se trouvent qu'au ciel, d a n s le sein de D I E U . A c h a q u e joie, vraie ou fausse, n o u s s o m m e s tout portés à nous a r r ê t e r dans notre m a r c h e vers le c i e l ; nous l'interrogeons et nous lui d e m a n d o n s : « Es-tu le b o n h e u r que j ' a t t e n d s ? Kst-cepour toi que je suis fait? » BL si tu es fidèle à la g r â c e , le bon Dircu te répondra au fond du cœur : « Non; ce petit b o n h e u r , c e t t e joie m o m e n tanée n'est pas le g r a n d et éternel b o n h e u r q u e . j e t'ai promis. Ce n'est pas lui ; il est bien plus haut, et c e l u i ci n'est rien en comparaison. Le vrai b o n h e u r ne doit venir qu'après la m o r t , d a n s l'éternité : j u s q u e - l à , il faut y lendre et le mériter.» An milieu des difficultés du voyage, persévère, mon Jacques, d a n s ta confiance en la bon té de D I E U , en l ' a m o u r de ton S a u v e u r ; fais c o m m e un enfant que son bon p è r e doit faire passer p a r des c h e m i n s i n c o n n u s et d a n s des pays souvent périlleux : il ne le quitte pas, il le tient p a r la m a i n : s û r de lui, l'enfant ne s'inquiète point et a v a n c e

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d'un pas toujours ferme et tranquille. C'est ainsi que tu dois faire au milieu des tentations, des d a n g e r s , des séd u c t i o n s de toutes sortes ; tu arriveras à bon port, parce que ton bon Père, ton DIEU est avec loi. Du Tond de ton cœur, du haut de sa gloire, il le répôle à c h a q u e instant la grande promesse de l ' É v a n g i l e : « Celui qui persévérera jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé. » Il te dit : « Sois fidèle jusqu'à la mort, et je te donnerai la. couronne de gloire. » Donc, persévérance et courage, brave petit soldat de JÉSUS-CHRIST. Que ton espérance soit aussi i n é b r a n l a b l e , aussi ferme que ta foi: si ta foi est absolument certaine parce qu'elle repose sur la vérité de DIEU et sur sa parole infaillible, ton espérance ne repose point sur un f o n d e m e n t moins assuré, je veux dire la bonté infinie de DIEU, sa miséricorde infinie, l'infaillibilité de ses promesses, l'amour adorable de ton S a u v e u r JÉSUS. Voilà pourquoi ton espérance doit être ferme et c o n s t a n t e ; voilà pourquoi elle sera invincible, avec la grâce de DIEU, n'est-il pas vrai, mon très cher e n f a n t ?

VI II
D e s deux premiers fruits que produit en nous l'espérance chrétienne.

L'espérance produit en notre à m e des fruits délicieux. D'abord, elle nous apporte la confiance en D I E U . La confiance est à l'espérance c e que l'épanouissement complet d'une belle rose est au bouton qui c o m m e n c e à s e n t r o u vrir. C'est un état de sécurité et de dilatation qui ouvre et attendrit notre c œ u r , qui le rend h e u r e u x , t r a n q u i l l e , confiant en l'amour de son D I E U . G est, vis-à-vis d u bon

EJ'ESIMSRANCE

l'état où se trouve un enfant qui sait combien sa mère est b o n n e , c o m b i e n elle l'aime, c o m b i e n elle veut son bonheur, et qui va lui ouvrir à tout propos son petit cœur, lui compte ses peines et ses petits c h a g r i n s , la consulte dans ses difficultés et lui avoue n a ï v e m e n t j u s qu'à ses fautes, assuré qu'il est d'être toujours p a r d o n n é , consolé et aimé. Notre très-bon DIEU est, tu le sais, c h e r Jacques, mille et mille fois meilleur que la meilleure des mères. La confiance en lui est chose toute s i m p l e ; il suffit pour cela de le c o n n a î t r e et de ne pas oublier ce qu'il est. Le chrétien qui se confie ainsi en DIEU ressemble p r o fondément à ce qu'était JÉSUS vis-à-vis de son P è r e e é l e s l e . Le c œ u r de JÉSUS n'était-il pas tout filial d a n s ses r a p ports avec son divin Père? N'était-il pas toujours e n t r e ses mains, tout a b a n d o n n é à sa Providence et à son a m o u r ? Avait-il p e u r de lui? Doutait-il j a m a i s do sa bonté et de sa tendresse? Tel doit être notre c œ u r à l'égard de DIEU, si nous voulons obéir au c o m m a n d e m e n t que le Seigneur JÉSUS n o u s a laissé: « Je vous ai donné l'exemple, afin que vous fassiez comme /ai fait; » et si n o u s voulons m e t t r e en pratique la g r a n d e et sainte règle q u e saint Paul nous d o n n e , en la p e r s o n n e des p r e m i e r s chrétiens : « Ayez en vous-même tous les sentiments de
DIEU, JÉSUS-CHRIST. »

Comment n'en serait-il pas ainsi de loi, m o n c h e r J a c ques, puisque ce bon Seigneur JÉSUS vit d a n s ton c œ u r par sa grâce et le r e m p l i t de son S a i n t - E s p r i t ? Avec la grâce de l'espérance^ JÉSUS répand d a n s ton àme la douce et filiale confiance qu'il avait en DIEU son Père ; et cette confiance, il v e u t l'a r e t r o u v e r en toi, pleine et e n t i è r e . Autrement, tu n e vivrais pas de sa vie, ton c œ u r serait différent du sien, et tu n e serais pas un v r a i chrétien, un membre v i v a n t du S a u v e u r .
XVÏ

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LE JEUNE OUVRIER CHRETIEN. — I I I .

P r e n d s donc en bonne part, sans t'inquiéter, sans grog n e r , sans le plaindre, tout ce qui t'arrive par Tordre ou, d u m o i n s , avec la permission de ton DIEU. Repose-toi s u r lui, et du passé, et du présent, et de l'avenir: du passé, s'il a été coupable, parce que sa miséricorde a s u r a b o n d a m m e n t pardonné à Ion r e p e n l i r ; du présent, s'il n'est pas fameux, parce que son a m o u r , v o y a n t ' t a b o n n e volonté, est indulgent et plus que p a t e r n e l ; de l'avenir, parce que sa bonté veut ton bien et ton salut, et p a r c e que sa grâce ne te m a n q u e r a jamais. C'est ainsi, mon enfant bien-aimé, que t u expérimenteras de plus en plus ce qu'est le bon DIEU. T U a p p r e n d r a s à goûter le sentiment toujours présent de sa b o n n e patern i t é ; la confiance, é p a n o u i s s e m e n t de l'espérance, remplira ton âme ; car elle est la fleur de la vraie piété, et comme le parfum de la g r â c e . DIEU sera c o n t e n t de toi si tu te confies en sa b o n t é ; ta confiance l'honorera grand e m e n t ; elle l'attirera de plus en plus à toi et en toi. Jamais, cher Jacques, j a m a i s ne te défie de D I E U , de sa Providence, de sa miséricorde. Jella-loi à* corps perdu dans l'océan infini de sa b o n t é . Tel est le p r e m i e r fruit de l'espérance c h é l i e n n e : la confiance en DIEU. Le second, qui découle du premier et qui est plus excellent encore, c'est la joie. La joie n'est pas cette gaieté folle et dissipante qui se rencontre si souvent chez les j e u n e s g e n s ; cette gaietélà ne vient guère du bon D I E U , quoiqu'elle n e soit pas coupable en elle-même ; mais elle s'allie trop souvent avec les mauvaises passions, avec les faux plaisirs, et devient a i s é m e n t une sorte de fièvre et de mauvais rire qui accompagne l'impureté. La vraie joie, la b o n n e joie c h r é t i e n n e d o n t j e te parle

L'ESPÉRANCE

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ici, vient en droite ligne du cœur de J É S U S , et elle est la compagne aussi c h a r m a n t e qu'inséparable d'une espérance vive et confiante. C'est d'elle que Noire-Seigneur parlait quand il disait à son Père céleste : « О mon Père, je vous demande' que ma joie soil pleine en eux. » • C'est d'elle encore que parle saint Paul lorsqu'il n o u s dit à tous: « Réjouissez-vous dans le Seigneur toujours ; oui, je vous le répète, réjouissez-vous. » Cette douce et sainte joie est le fruit spécial de l'espérance. Ce n'est pas encore la g r a n d e joie d i v i n e , ineffable, qui nous enivrera au Paradis ; ce n'est pas encore la joie de la patrie b i e n h e u r e u s e , m a i s c'en est l ' a u r o r e ; joie sereine, profonde, tranquille, que les souffrances et les c h a g r i n s de la vie peuvent bien voiler, mais non pas étouffer. Parce qu'elle est le fruit de la grâce du bon DIEU, la joie e s t a i * fond m ê m e do notre âme lorsqu'elle est vrai-"*" ment c h r é t i e n n e . Plus d'une fois peut-être, tu as r e m a r qué que, sous les p i e r r e s , on trouve de l ' h u m i d i t é : ainsi, pour le bon c h r é t i e n , sous les tristesses de cette vie, le bon DIEU cache toujours quelques gouttes de joie, de cette joie que le m o n d e ne soupçonne m ê m e pas et que « personne n e peut n o u s r a v i r » , comme parle l'Évangile. Le péché seul peut n o u s e n l e v e r cette joie s u r n a t u r e l l e , parce qu'en nous s é p a r a n t de DIEU, il n o u s enlève l'espérance, qui en est la source. La joie de l'espérance n o u s accompagne p a r t o u t , c o m m e la grâce de J É S U S - C H R I S T ; elle brille en n o u s , c o m m e la splendeur du soleil au m i l i e u d'un ciel p u r . 11 y a u n e délicieuse t e n d a n c e à la joie dans toutes les â m e s qui a p p a r tiennent à J É S U S - C H R I S T . Si les scrupules et les r e m o r d s sont toujours si douloureux, c'est qu'ils dessèchent la source de la joie dans le c œ u r . La joie c o n d u i t tout à DIEU; sans avoir besoin de parler de lui, elle le proclame ; elle

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LE JEUNE OUVIUER CILRhTIKN.

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porte a v e c elle c o m m e le parfum do sa présence, de sa bonté et du b o n h e u r qu'U répand dans lo c œ u r de ses -vr^is» enfants. La joie de l'espérance est c o m m e un m i s sionnaire plein de c h a r m e s qui ne cesse de prêcher
DIEU.

On a remarqué que les Saints ont tous été plus ou moins joyeux. VA c'était bien naturel : ils vivaient au ciel, plutôt que sur la terre, et la joie du ciel, éclairant leur espérance, se reflétait j u s q u e sur leur visage. L'austère saint Charles Borromée, dont les pénitences et les jeûnes effraient notre faiblesse; saint Charles, q u e Ton a vu passer des journées et des nuits entières à genoux, immobile, abîmé clans la p r i è r e ; saint Charles, dont le visage a m a i g r i éluitsilJonné, bien a v a n t l'âge, par des rides profondes, fruit de ses mortifications i n c e s s a n t e s ; saint Charles avait toujours je ne sais quoi de souriant et d'heureux dans la p h y s i o n o m i e ; si bien que tous (jeux qui l'approchaient se s e n t a i e n t pénétrés e n v e r s lui d'un mélange de vénération, d ' a d m i r a t i o n et de c o n t e n t e m e n t . 11 en était de m ê m e du pauvre ^aint François. Toujours radieux, toujours souriant, au milieu m ê m e des larmes et des douleurs les plus poignantes, il voulait que toul respirai autour de lui la joie de JÉSUS-CHRIST. Un joui qu'il vit un j e u n e Frère à la mine triste et renfrognée, il l'en reprit vertement. « Pourquoi, lui dit-il, te présentes-tu devant tes Frères avec ce visage c h a g r i n ? Si lu es triste, v a prier. Le péché seul doit n o u s a t t r i s t e r ; et c'est aux pieds de DIEU, dans les larmes du r e p e n t i r et de l'esp é r a n c e , que Ton doit y aller c h e r c h e r r e m è d e . ?/ Et il lui c o m m a n d a de s'en aller bien vite, et de n e se remontrer q u e lorsqu'il a u r a i t r e t r o u v é la sérénité et la joie du
bon DIEU.

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Il entendait que ses Frères eussent toujours l a j o i e s p i -

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rituelle dans le cœur, au milieu de leurs exercices de piété, de leurs pénitences, partout el toujours. « C'est, disait-il, un r e m è d e efficace contre le v e n i n du décourag e m e n t , et le signe que vous êtes la. d e m e u r e de J É S U S CHRIST. La joie intérieure est à la portée de tout le m o n d e ; elle est directement opposée à toutes les tentatives et tromperies du d é m o n . Si vous vous appliquez à conserver -en vous, i n t é r i e u r e m e n t et e x t é r i e u r e m e n t , cette allégresse qui naît de la p u r e t é de l'àme c o m m e de sa s o u r c e , les d é m o n s ne p o u r r o n t vous n u i r e . Groycz-moi : quand le c œ u r est triste et a b a t t u , Satan n'a p l u s de peine à le plonger dans quelque h u m e u r noire, et à lui persuader d'aller se-consoler dans les mauvais plaisirs, qui font perdre DIEU, » Quand saint François se sentait porté l u i - m ê m e à la tristesse, il la secouait b r a v e m e n t ; il avait reetfurs k la. prière, et ne la quittait point qu'il n'eût recouvré la paix et la joie du cœur. « Faites de m ê m e , disait-il à ses Frèr e s ; et sachez que l'allégresse qui vient de la b o n n e conscience et de l'union avec DIEU, est u n e grâce des p l u s précieuses, qu'il faut conserver avec g r a n d soin- Le d é mon seul et les siens ont lieu d'être mélancoliques, é t a n t séparés de DIEU, et sans espoir. Mais n o u s , nous qui aspirons au ciel et qui s o m m e s unis à JESUS-CHRTST, n o u s devons nous réjouir, fout en conservant la gravité et la modestie. » Tels étaient, dans les Saints, les fruits d'une parfaite espérance. Imitons-les de notre mieux, et soyons, c o m m e eux, pleins de confiance en la miséricorde divine; g a r dons la paix et la joie du c œ u r ; et p r i o n s beaucoup, au milieu des travaux et du v a el vient de c h a q u e j o u r , afin de ne j a m a i s sortir de la voie de DIEU et d'être toujours tout à JÉSUS-CHRIST,

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IX
C o m m e n t l a force et le d é t a c h e m e n t de l a t e r r e sont des f r u i t s d e l ' e s p é r a n c e . également

Vois, mon c h e r enfant, c o m m e n t tout se tient clans le service de DIEU : la foi, la foi vive, produit l'espérance, comme la racine produit la tige et les fleurs ; et ces fleurs resplendissent de c h a r m a n t e s couleurs , qui semblent mariées et unies les unes aux nu très ; la p r e mière de ces nuances de la belle fleur de l'espérance, c'est la confiance en DIEU, puis c'est la joie, c o m m e nous l'avons vu. Mais cette joie elle-même vient se fondre pour ainsi dire d a n s une a u t r e n u a n c e , qui est la force. C'est la pensée de saint François. Pour ce g r a n d Saint, la joie chrétienne, la joie de JÙSUS-CIIRIST, qu'il r e c o m m a n d a i t si fort à tout le m o n d e , ce n'était pas une allégresse vaine et frivole qui pousse au rire, aux p l a i s a n t e r i e s et à la dissipation ; c'était cette b o n n e ferveur, cordiale et épanouie, qui a n i m e toute la vie d'un c h r é t i e n , qui lui fait faire le bien avec e n t r a i n , avec vivacité, avec promptitude, et qui d o m i n e la paresse n a t u r e l l e du corps et j u s q u ' à ses fatigues. Voilà ce qu'était la joie aux yeux de saint François d'Assise. Or, dis-moi, la force, l'énergie n e sont-elles pas si i n t i m e m e n t unies à cette joie-là qu'elles ne s e m b l e n t faire q u ' u n avec elle ? Et c'est l'espérance qui les enfante toutes deux, lorsqu'elle est bien ferme, bien vivante.

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Quand u n chrétien m a r c h e dans l'assurance des miséricordes et des promesses de son DIEU, q u a n d il ne perd point do vue qu'il ira au ciel, s'il le veut, après les peines et les e n n u i s de la vie présente, cette certitude d'aller au ciel donne à toutes ses vertus u n e force i n c o m p a r a b l e ; elle soutient merveilleusement,sa patience, sa résistance aux tentations, sa chasteté, sa pénitence, son zèle p o u r -la prière et la piété, les bonnes résolutions qu'il a prises en se confessant et en c o m m u n i a n t . Ce qui lui paraissait si difficile paraît désormais facile el léger, ol il se sent capable de tout s u p p o r t e r p o u r l ' a m o u r de Celui qui l'attend si p r o c h a i n e m e n t au sein de la béatitude éternelle et qui, dès ce m o n d e , daigne habiter et vivre en lui pour le faire a r r i v e r plus c e r t a i n e m e n t à Lui. Parmi les afflictions cl les difficultés, saint François do Sales disait souvent : « 11 l'aut prendre coiirage ; nous irons bientôt là-hauL Oui, il nous le faut espérer -très a s s u r é m e n t : nous vivrons éternellement. Qu'est-ce que ferait Notre-Seigneur de sa vie éternelle s'il ne la donnait point ix de pauvres, petites et chétives âmes c o m m e nous ? » Si Notre-Seigneur te révélait s u r n a l u r e l l e m c n l , c o m m e il l'a fait un j o u r h sainte Catherine de Sienne, que tu iras bientôt le rejoindre au Paradis et que tu es destiné au ciel pour toujours, o mon cher enfant, mon bon Jacques, que ferais-lu, dis-moi? tësl-ce que les petites souffrances et les privations du bout de c h e m i n q u i te reste à p a r c o u r i r te p a r a î t r a i e n t insupportables ? Quand on te bousculerait à.l'atelier ou a la m a i s o n , quand on dirait du mal de toi, q u a n d tu viendrais à perdre une chose à laquelle tu tiens, en un mot, q u a n d tu aurais une peine quelconque à souffrir, qu'est-ce que cela te ferait, eu comparaison de cet i m m e n s e bonheur qui

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a p p r o c h e ? Cela ne te ferait pas plus d'effet q u e la perte d'une pièce de dix sous en face d'un héritage de ceul mille livres de rente que l'on viendrait t ' a n n o n c e r . La force est ainsi, avec la joie et la confiance en DIEU, le précieux fruit d'une ferme et profonde e s p é r a n c e . En outre, l'espérance a u n e singulière efficacité pour nous détacher de la terre et des vanités de ce m o n d e . Tout passe ici-bas et bien vite : DIEU seul d e m e u r e , el. avec DIEU, tout ce que n o u s aurons fait pour D I E U . Notre vraie vie est là-haut, d a n s la patrie céleste et éternelle. La foi at l'espérance, en n o u s disant : « Voilà ta fin dernière ; voilà ce qui t'attend, » nous d é t a c h e n t c o m m e malgré nous, de tout ce qui passe, pour nous a t t a c h e r de plus en plus à ce qui ne passe pas. Les Saints, c'est-à-dire les chrétiens parfaits, vivaient ainsi par avance dans le ciel, tout détachés de la terre et d'eux-mêmes. Un j o u r q u e le frère de saint François de Sales le voyait tout pensif, il lui d e m a n d a i t s'il était triste : « Nullement, lui répondit-il ; m a i s je suis aux écoutes pour entendre l'heure du départ sonner. A mesure q u e ces années périssables passent, j e me prépare de plus en plus a u x éternelles. Je sens m o n espril t e n d a n t plus que j a m a i s à DIEU et à l'éternité. » Et il ajouta d ' u n air à la fois grave et joyeux : « Il m e semble que, par la grâce de DIEU, je ne tiens plus à la terre que du bout du pied, car l'autre est déjà levé en l'air pour partir. » Sainte Jeanne de Chantai, qui était sa fille spirituelle et la confidente de toutes ses pensées, disait de lui : « L'espoir de ce B i e n h e u r e u x tendait c o n t i n u e l l e m e n t du côté de l'éternité. 11 avait c o u t u m e de dire : « Oh ! qu'il « fait bon vivre s a i n t e m e n t en cette vie mortelle ! Mais « qu'il fera meilleur e n c o r e vivre glorieusement d a n s le

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« ciel ! lila ! ne s e r o n s - n o u s pas un j o u r Ions ensemble •« au ciel ! Je l'espère et m ' e n réjouis. » En se r e n d a n t à u n e maison religieuse, un j e u n e homme m a r c h a i t j o y e u s e m e n t , a c c o m p a g n é d'un a m i , qui avait voulu lui l'aire la conduite j u s q u ' a u bout. Ils passèrent tous deux auprès d*un beau château, célèbre dans l'histoire, et que Ton visitait souvent par curiosité, lit c o m m e l'ami proposait au futur F r è r e d'y e n t r e r comme toutt le m o n d e : « A quoi bon ? répondit doucem e n t le j e u n e h o m m e ; puisque j ' i r a i au Paradis, cela me suffit. » Converti à l'âge de trente-trois a n s , après de longs é g a r e m e n t s , saint Augustin venait d'être baptisé et a d m i s à la sainte C o m m u n i o n . Dès ¡ lors, plein do^. ferveur et changé en un a u t r e h o m m e , il vivait tout en DIÎEU, et son c œ u r aspirait avec a r d e u r à la bienheureuse éternité : « O d e m e u r e a d m i r a b l e , étincelante de l u m i è r e , r é s i dence de la gloire de mon D I E U ! s'écriait-il, que votre beauté m'est chère ! Combien, du fond de ce l o i n t a i n exil, je soupire après vous ! « Le bon Pasteur qui vous a créée, JÉSUS-CHRIST m'a chargé sur ses épaules, c o m m e sa p a u v r e brebis retrouvée, et c'est lui qui me reportera d a n s votre sein. En attendant, m o n c œ u r élevé au-dessus de cette t e r r e de souffrances et de misères par la pensée de la céleste 'Jérusalem, n e cessera de soupirer après cette douce patrie, et après vous, S e i g n e u r J É S U S , m o n DIEU, m o n Roi, ma. L u m i è r e , m o n Protecteur, m a joie i m m u a b l e , ma Miséricorde et m o n éternel A m o u r ! » Accompagné ¡de sainte Monique, son a d m i r a b l e mère, et d e trois ou q u a t r e autres c o m p a g n o n s , c o m m e lui nouvellement convertis, Augustin quitta Milan où iî avait reçu le Baptême, pour aller au port d'Ostie, près

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III.

de Rome, et s'embarquer là pour l'Afrique, sa p a t r i e . Chemin faisant, le 16 s e p t e m b r e , sainte Monique eut un ravissement d'esprit. Elle parut tout à coup s'élever de terre, et, hors d elle-même, elle sécria : « Volons a u ciel ! volons au ciel ! » Et son visage resplendissait d'une joie toute céleste. Depuis lors, la pensée du ciel n e la quitta plus u n seul instant. Elle en p a r l a i t sans cesse ; elle avait, par rapport au ciel, « le m a l du pays. » T r a n q u i l l e , recueillie au fond d e l à voiture qui la transportait, elle avait l'air de se rendre en Afrique : en réalité elle se rendait au ciel. En effet, pendant les quelques j o u r s qu'il fallut attendre au port d'Ostie, elle m o u r u t s a i n t e m e n t d a n s les bras de son fils. Deux ou trois j o u r s a u p a r a v a n t , elle a v a i t eu un second ravissement, d o n t saint Augustin n o u s a laissé lui-même le palpitant récit. 11 raconte c o m m e n t , assis tous deux près d'une fenêtre, en face de la m e r , p a r un t e m p s merveilleusement tranquille et par u n e n u i t toute resplendissante du scintillement des étoiles, ils c o m m e n cèrent tous deux à s'entretenir avec u n e ineffable douc e u r ; et, oubliant tout, n e p e n s a n t plus à la terre, ils en v i n r e n t à se d e m a n d e r ce que sera, dans la vie éternelle, le b o n h e u r des Saints eL des élus ; ce b o n h e u r que nul œil n'a j a m a i s vu, que nulle oreille n'a j a m a i s e n t e n d u , et que n u l cœur n'a j a m a i s soupçonné. Et ils aspiraient, de toutes les puissances de leurs â m e s , à cette source de vie bienheureuse qui est en DIEU et qui est DIEU l u i - m ê m e . Et, ajoute saint Augustin, « nous eûmes alors vers vous, ô m o n DIEU, un élan d'espérance et d ' a m o u r si fort, si entraînant, que, d ' u n bond du cœur, n o u s atteignîmes en quelque sorte cette région éternel le où est la vraie vie. » Et après un long silence, ils r e v i n r e n t à e u x - m ê m e s , tout attristés de se retrouver e n c o r e sur la t e r r e .

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« Mon fils, dit alors g r a v e m e n t et t e n d r e m e n t Monique, plus rien m a i n t e n a n t ne me retient ici-bas. Je ne sais plus ce que j ' a i à y faire, ni pourquoi j ' y suis encore, puisque j ' a i réalisé toute m e s e s p é r a n c e s . 11 était u n e seule chose pour laquelle j e désirais un peu de vivre : c'était de te voir chrétien et catholique a v a n t m a m o r t . DIEU a fait bien plus, puisque j e te vois mépriser, pour le servir, toute félicité terrestre. Que fais-je d o n c ici d a v a n tage ? »Peu de j o u r s après, elle s'endormit s a i n t e m e n t d a n s le Seigneur. Ceci m ' a m è n e tout n a t u r e l l e m e n t , m o n bon petit J a c ques, à te parler d ' u n c i n q u i è m e et d e r n i e r fruit que la vertu d'espérance produit dans le vrai c h r é t i e n au m o m e n t si redoutable de la mort. Ce sera le^ sujet de n o t r e prochaine causerie.

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D e l'espérance chrétienne en face de l a mort.

Si la sainte vertu d'espérance nous fait t a n t de bien en la vie, elle nous en fait plus encore en face de la m o r t . Elle m é t a m o r p h o s e la mort, si affreuse, si redoutable en e l l e - m ê m e ; elle va j u s q u ' à la rendre désirable. Voici, m o n c h e r enfant, les délicieuses paroles que s a i n t François de Sales adressait à ce sujet à u n e bonne urne dont il était le père spirituel: « Exercez-vous souvent, lui écrivait-il un jour, aux pensées de la g r a n d e douceur et miséricorde avec laquelle notre Sauveur reçoit les â m e s en l e u r trépas quand elles ont m i s l e u r confiance en Lui p e n d a n t leur vie et qu'elles

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III.

SB sont essayées à le servir et aimer, c h a c u n e en sa vocation. « Relevez souvent votre c œ u r par une sainte confiance, mêlée d'une profonde humilité, envers n o t r e R é d e m p teur, Lui disant : « Je suis misérable, Seigneur, mais vous « recevrez ma misère clans le sein de votre m i s é r i c o r d e ; « je suis pauvre et i n d i g n e , mais vous m ' a i m e r e z en ce « jour-là, parce que j ' a i espéré en vous et ai désiré être A « vous. » « Excitez en vous, le p l u s q u e vous pourrez, l ' a m o u r du Paradis et de 1M vie céleste ; car, à mesure que vous estimerez et aimerez la félicité éternelle, vous aurez moins d'appréhension de q u i t t e r cette vie mortelle et périssable. Prenez garde à certains livres qui parlent avec dureté de la mort, du j u g e m e n t , de l'enfer, c o m m e si la crainte de DIEU ne devait pas être d o m i n é e toujours p a r la confiance et l'amour. « Faites souvent des actes d'amour e n v e r s Notre-Dame et les saints Anges; familiarisez-vous avec eux, les i n v o q u a n t souvent avec u n e affectueuse confiance, car vous les retrouverez u n j o u r et les aimerez p e n d a n t toute l'éternité. Faites de m ê m e pour les personnes q u e vous aimez le plus ici-bas, et n'oubliez pas que vous serez éternellement au ciel avec elles; elles seront b i e n h e u r e u s e s avec vous en cette vie éternelle, en laquelle elles jouiront de votre bonheur, et v o u s , vous jouirez d u leur, si toutefois, vous et ceux qui vous sont chers, v o u s servez DIEU et l'aimez dans cette vie. » Applique-toi ces excellentes directions; m o n c h e r petit Jacques. Le bon saint parlait si bien de tout cela, p a r c e qu'il le mettait en pratique. Aussi, lorsqu'à la fin de d é c e m b r e de Tannée 162'2 la mort v i n t frapper à sa porte, il la reçut

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avec des sentiments admirables et s'endormit doucement dans les bras de son D I E U . Saint Ambroise en avait fait a u t a n t . S u r son lit de •mort, il priait p e n d a n t toute sou a g o n i e ; et c o m m e un ami lui d e m a n d a i t si la mort ne lui faisait point p e u r : « Non, répondit-il paisiblement; j e ne c r a i n s point cle mourir, parce que le Seigneur est b o n ; » et, éteiidaut les -bras en forme de crqix, pour s'unir d a v a n t a g e à son divin Sauveur crucifié, le-bienheureux Ambroise ne parla plus qu'à. DIEU et m o u r u t sans secousse, le 7 d é c e m b r e de Tannée 397. C'est une chose excellente que de jeter p a r a v a n c e son cœur, ses pensées, ses aspirations eL ses espérances d a n s le sein de D I E U . Lorsqu'arrive' le m o m e n t de q u i t t e r ce monde, les bagages sont prêts et l'on est prêt s o i - m ê m e . Le célèbre d u c de Mercœur, contemporain d'Henri [V. uon moins illustre par ses vertus c h r é t i e n n e s que p a r sa bravoure militaire, a p p r e n a n t que-son h e u r e était v e n u e , ne put retenir l'élan de sa joie. « Loué soit é t e r n e l l e m e n t , en la terre c o m m e au ciel,, mon DIEU et mon Créateur ! s'écria-t-il. Me voici donc arrivé, p a r sa g r a n d e miséricorde, à la fin de cette vie mortelle; sa bonté n e veut p a s que je reste plus l o n g t e m p s p a r m i tant de misères. Je lui avais fait vœu d'aller en pèlerinage à la sainte Maison de Lurette, pour y h o n o r e r la g r a n d e u r de sa Mère; m a i s , puisqu'il lui plaît, je changerai ce dessein de m o n voyage, pour aller h o n o r e r au ciel Celle que je désirai h o n o r e r sur la terre. » . Ces beaux sentiments, si naturels à un vrais c h r é t i e n , je .les entendais, il y a quelques s e m a i n e s , exprimés p a r un m o u r a n t . Après une espèce d'attaque, où il avait r e ç u fort pieusement les derniers s a c r e m e n t s , il revint, sinon à la santé, du m o i n s à la vie, et il d e m a u d a à u n intime,.

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III.

ce q u e les médecins pensaient de son état. On lui dit la vérité : « Les médecins r e g a r d e n t votre état c o m m e i'orl grave, mais ils pensent que vous échapperez à la crise. — Oh! tant pis, répondit-il, t a n t pis. Je n'ai pas de c h a n c e : j e touchais au port ; j ' a v a i s fait les trois-quarts du c h e m i n et m e voyais enfin tout près du Paradis... Et voilà qu'il faut recommencer à vivre sur cette misérable terre, où DIEU ne cesse d'être b l a s p h è m e chaque j o u r d a v a n t a g e , et, avec lui, ses meilleurs serviteurs. Et il ajouta : « J'accepte tout avec a m o u r ; d'ailleurs, ai-je le droit de rien refuser? » Peu de jours après, ses vœux furent exaucés, et il entra en possession de s o n éternité. L'excellent P. do Ravignan, d e l à Compagnie de J é s u s , m o u r a n t de la poitrine à Paris, en 1857, r é p o n d a i t A son ami et confesseur le P. de Ponlevoy, lorsque celui-ci lui a n n o n ç a qu'il fallait s'apprêter définitivement au grand voyage : « Ah! t a n t m i e u x , t a n t m i e u x ! Quel b o n h e u r ! J'ai le désir de m o u r i r , trop peut-être. Cependant, DIEU m'est témoin que ce n est pas pour ne plus souffrir sur la terre, mais seulement p o u r le voir dans le ciel. » Quelque temps après, il dit : « Je suis bien tranquille et bien content. » Et comme le confesseur lui disait : « Mon bon Père, la fin approche ; vous baissez. — Ah ! j e le sens bien, répliqua-t-il en tressaillant; m o u r i r ! o h ! quelle joie ! quel b o n h e u r ! » Peu d e t e m p s avant de r e n d r e l'àme, l'humble m o u r a n t put dire encore, m a l g r é sa faiblesse extrême : « Je suis confiant et paisible. A h ! c o m m e n t , après les péchés de m a vie. osé-je espérer? Mais la miséricorde de DIEU est i m m e n s e . Oui. je puis espérer le ciel. Quelle g r â c e ! quelle b é a t i t u d e ! » Enfin, le 20 février, à u n e heure et demie du m a t i n , après u n e longue et sainte agonie, il rouvrit u n e d e r n i è r e fois les yeux, fixa ses regards sur le crucifix q u e le confesseur lui présentait en

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prononçant le saint n o m de J É S U S , poussa trois longs soupirs et inclina d o u c e m e n t la tête en expirant. Encore un exemple, tout récent celui-là, des merveilleux fruits que produisent la foi vive et l'espérance c h r é tienne en face de la m o r t : Celle a n n é e m ê m e , le 5 m a r s 1876, s'éteignait, d a n s u n e paix toute céleste, un j e u n e homme de dix-huit ans, n o m m é A n t o n i n . Lui aussi, il mourait de la poitrine, après avoir toujours servi fidèlement el beaucoup a i m é le bon DIKU. Il vit arriver la m o r t sans le moindre trouble, au contraire. « Oh ! laissez-moi partir, disait-il à d e u x bons Pères franciscains qui l'assistaient el lui parlaient de quelque espoir, c'est si beau, le ciel ! » L'un des Pères lui apportait souvent la sainte c o m m u nion à m i n u i t . « Vous allez bientôt c o m m u n i e r éternellement, petit Frère A n t o n i n , lui dit-il un j o u r , vous vous y préparez par la c o m m u n i o n fréquente. N'est-ce pas que vous aimez bien le bon DIEU, et que vous lui donnez votre cœur? — Oh ! plus que cela... j e lui donne m a vie. » Peu avant de m o u r i r , il dit t r a n q u i l l e m e n t : « Allons, m o n Père, c'est le m o m e n t ; renouvelez-moi l'absolution. » Après quelques aspirations, il m u r m u r a ces douces paroles : « Je suis c o n t e n t . . . je vais au ciel. » Et ce fut le crucifix qui reçut son d e r n i e r soupir. Ainsi m e u r e n t les bons, les vrais c h r é t i e n s . Pour eux, la mort a perdu ses h o r r e u r s , et la foi vive u n i e à l'espérance leur fait envisager toutes choses sous u n j o u r n o u veau ; elle leur fait entrevoir les b i e n h e u r e u s e s splendeurs du «ciel, et ce reflet suffit pour c h a n g e r e n lumières toutes les ombres de la m o r t . C'est ainsi que n o u s m o u r r o n s , s'il plait à D I E U , m o n bon Jacques, à la seule condition que nous a u r o n s fait ici-bas notre possible p o u r lui d e m e u r e r aussi fidèles q u e le p e r m e t t e n t n o t r e faiblesse et les mille difficultés qui n o u s e n t o u r e n t .

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Oh! que c'est beau de voir mourir un véritable chrétien! « Voyez-vous, disait un j o u r à sainte J e a n n e - d e Chantai son bienheureux Père, saint François de Sales, voyez-vous, m a fille, les trépas de nos chers amis, il faut certes les a i m e r et en bénir DIEU, puisqu'ils se font p o u r peupler le ciel et agrandir la gloire de Notre-Seignenr. Un jour, que DIEU sait, nous irons les rejoindre. Mon D I E U ! que j'ai de consolation en l'assurance de nous voir éternellement unis en la volonté d ' a i m e r et louer D I E U ! J'espère, mieux que cela, je suis assuré que. par la bonté do DIEU, nous arriverons à ce port. Oui, j ' a i cette confiance. Soyons joyeux au service de Notre Sauveur. À m e s u r e que ces années périssables passent, préparons-nous tout de bon aux éternelles. » Il y en a qui disent : « T o u t cela est bon p o u r l e s Saints, mais moi, qui ne suis q u ' u n pauvre et misérable pécheur, où irai-je ? M E h ! m o n pauvre enfant, tu iras où vont les p é c h e u r s repentants, p a r d o n n e s , purifiés par le sang de JÉSUS-CHRIST et le s a c r e m e n t de Pénitence, sanctifiés el tout remplis de DIEU p a r la sainte C o m m u n i o n . Voilà où tu iras, si tu le veux. Peut-être auras-tu à passer un peu p a r l e s expiations du P u r g a t o i r e ; m a i s enfin tu seras sauvé, éternellement s a u v é ; et, c o m m e fin d e r n i è r e , c'est le beau et bon Paradis de Diwn'qui attend ta chère àme dans l'éternité. Sois seulement un bon catholique. C'était la pensée qui encourageait sainte Térèse sur son lit de m o r t . DIEU avait permis qu'elle fût éprouvée à ce m o m e n t suprême p a r de vagues t e r r e u r s ; m a i s , au milieu de ces angoisses, on l'entendait répéter : « J'espère en votre miséricorde, Seigneur mon DIEU, parce que j ' a i toujours g a r d é la foi, et que, malgré mes faiblesses et mes péchés, j e suis fille de* la sainte Église c a t h o l i q u e . » C'est là en effet, mon Jacques, le fondement du salut : l'Eglise é t a n t l'Épouse de

(.'ESPÉRANCE JÉSUS-CHRIST

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et la Mère des chrétiens, la fidélité à l'Église .et au Pape, Chef visible de l'Église, l'amour envers l'Eglise et envers le Pape, représentant visible de J É S U S CHRIST, sur la terre, sont un bon passeport pour le Paradis- Prends bien garde aux j o u r n a u x irréligieux, aux livres anticatholiques, et sois fidèle j u s q u ' à la m o r t . Que, dès m a i n t e n a n t , cette fidélité, u n i e à la persévérance dans la prière et dans la p r a t i q u e des s a c r e m e n t s , te donne cette solide confiance en ton salut éternel, que rApôtre saint Paul r e c o m m a n d a i t i n s t a m m e n t aux p r e miers c h r é t i e n s . c Veillez, leur disait-il, à ne point p e r d r e < la confiance qui vous a n i m e , car une g r a n d e récompense lui est promise. » Cette confiance, c o m m e nous Pavons vu plus haut, repose; n o n sur nos mérites personnels, mais s u r les m é r i t e s infinis et sur les divines miséricordes de n o t r e très bon el très doux S a u v e u r JÉSUS-CHRIST, sur la protection m a t e r nelle de la Sainte-Vierge, s u r les promesses du bon DIEU et sur l'efficacité des s a c r e m e n t s . N'ayons pas p e u r de mourir. Disons-nous, comme saint François de Sales en danger de m o r t dans une grande maladie : « Le S e i g n e u r me sera aussi favorable m a i n t e n a n t qu'il le serait plus tard, et plus tard j'aurai a u t a n t besoin de sa m i s é r i c o r d e qu'aujourd'hui. 0 mon à m e ! pourquoi es-tu triste? P o u r quoi m e troubles-tu? Espère en DIEU, car j e le bénirai dans les cieux. N'est-il pas mon Sauveur et mon D I E U ? » 0 belle et b o n n e e s p é r a n c e ! Quel délicieux parfum s'exhale de ta blanche fleur! En la vie et en la m o r t , je veux en être toujours e m b a u m é , et espérer aussi fermement que j e crois, c'est-à-dire de tout mon c œ u r , de toute m o n à m e et de tout m o n e s p r i t .

XVI

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338

t>: JEUXE OUVRIER CHRÉTIEN. —

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XI

E n q u e l sens n o u s p o u v o n s e s p é r e r d e l a b o n t é d e D I E U et d e m a n d e r les b i e n s t e m p o r e l s .

Voici, cher enfant, u n e question fort i m p o r t a n t e , où l'ignorance de la v r a i e doctrine fait trouver à quantité d'esprits une grosse pierre d ' a c h o p p e m e n t . Tu as peut-être éprouvé t o i - m ê m e , sinon un doute, du moins un certain désappointement fort pénible lorsque, après avoir d e m a n d é de tout Ion c œ u r telle ou telle grâce temporelle, tu n ' a s pas été exaucé. Tu t'es dit intérieurem e n t : « Où est la bonté, où est la miséricorde deDiKu ? [I l'a déclaré dans son Évangile : « Demandez et v o u s re« cevrez. » J'ai d e m a n d é et j e n"ai point reçu. Il a dit e n core : '< Tout ce que v o u s demanderez, vous sera accordé « et tout coque vous aurez voulu, vous le verrez s'accom« plir. » Or, j ' a i d e m a n d é du heau temps pour rentrer notre récolte, et il a plu à verse, et. tout a été p e r d u . Mon voisin a demandé la guérison de son p è r e , et le pauvre h o m m e vient de m o u r i r . Un autre a d e m a n d é un bon numéro,A la conscription, et il a tiré le n u m é r o t . Un a u t r e a faii je ne sais combien de n e u v a i n e s et de communions pour trouver u n e place, et il est t o u j o u r s s u r le pavé. Cet autre a d e m a n d é le gain d'un procès où il avail c e n t fois raison ; et il v i e n t de le p e r d r e ; et le voilà r u i n é . C o m m e n t expliquer tout cela ? Et que d e v i e n t cette confiance en Dirau que vous nous p r ê c h e z ? » Elle demeure debout tout entière ; et si pénibles q u e l les soient, ces déceptions n e doivent point l'atteindre. Lors-

^'ESPERANCE

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qui». Notre-Seigueur nous promet de nous accorder fout ce que nous d e m a n d o n s , il s u b o r d o n n e toujours, et cela va sans dire, les biens temporels et accessoires, à l'unique bien nécessaire, qui est .le bien éternel, le salut de notre à m e . Dans Tordre i m m u a b l e de. sa Providence, tout le reste est s u b o r d o n n é à cela. Tu d e m a n d e s du beau temps pour ta récolte? Et qui te dit, m o n p a u v r e a m i , que le bon DIEU n'a pas d'autres vues sur toi et sur les tiens? Peut-être, d a n s u n a d m i rable dessein de miséricorde dont ta famille et toi vous !e b é n i r e z ' p e n d a n t toute l'éternité, il ne veut pas que vous soyez riches, ni m ê m e à l'aise sur la terre. P r é voyant que le bien-être vous perdrait, il veut peut-être vous conduire au ciel par la voie-dure et sanctifiante de la pauvreté et de la privation : et toi, qui n e te doutes p o i n t d é c e l a , tu lui d e m a n d e s i m p e r t u r b a b l e m e n t u n e belle récolte et de l'aisance. DIEU serait-il bon s'il r é p o n d a i t à ton espoir? Il exauce très parfaitement ta p r i è r e , non en ce sens qu'il t'accorde le beau temps que tu lui d e m a n des, m a i s en ce sens qu'il t'accorde quelque chose de bien supérieur, Ton voisin a d e m a n d é avec larmes (et il avait raison de le faire) la guérison de son p è r e ; et ce pauvre père n'en est pas m o i n s mort. I^aut-il penser que ce vœu de l'amour filial n ' a pas été agréé de DIEU? Garde-toi de le croire, m o n bon enfant. Ce bon h o m m e , bien p r é p a r é cette fois, doit peut-être son salut, e t , p a r c o n s é q u e n t son b o n h e u r éternel, à cette m o r t que son fils regrette si vivement. DIEU sait d a n s quelles dispositions 'la m o r t l'aurait surpris plus tard ! J'ai c o n n u à Paris un bravegarçon de quinze ans, jusque-là c h a r m a n t enfant, plein d'innocence et de piété, qui, p e n d a n t u n g r a n d mois, demeura e n t r e la vie et la m o r t , sous le coup d'une fer-

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L E JEUNE O U V R I E R

CHRÉTIEN.

III.

rible fièvre Lyphoïde. Sa m è r e , sa sœur, ses trois frères et m o i , nous obtînmes, à force de prières et de supplications, que le bon D I E U nous le laissât. Hélas! nous ne savions ce que nous faisions-là. A dix-sept a n s , ce j e u n e h o m m e était devenu u n franc-libertin ; il quittait sa m è r e pour aller vivre plus « l'aise dans le désordre ; et à quelques années après, il mourait sans sacrements, sans repentir, épuisé par l'inconduite et la d é b a u c h e . Si, m a l gré nos prières, il était m o r t de sa fièvre typhoïde, n ' a u rait-ce pas été pour lui u n grand, un i m m e n s e bienfait? Et m ê m e pour ses p a r e n t s , n'aurait-ce pas été préférable mille fois ? Sa p a u v r e m è r e eût trouvé d a n s sa foi et dans la mort chrétienne de sou enfant une source intarissable de consolations très sanctifiantes, tandis que cette affreuse m o r t sans espérance Ta si bien frappée au cœur, qu'elle en est morte de c h a g r i n . — El voilà c o m m e n t , dans notre ignorance des adorables desseins de DIEU sur n o u s et sur ceux qui n o u s sont chers, n o u s passons notre temps à nous désoler de ce qui devrait nous réjouir, et à nous réjouir de ce qui devrait nous désoler. Il en est de m ê m e de ce c a m a r a d e qui, a p r è s une fervente prière et une bonne c o m m u n i o n , a tiré son n u méro 1. — Un j o u r , d a n s une mairie de Paris, où j'allais moi-même tirer au sort, je vis la m è r e d'un j e u n e fact e u r de la poste s'approcher de l'urne et faire, sans respect h u m a i n , à la vue de tout le m o n d e , un g r a n d signe de croix avant de tirer pour son fils : la pauvre femme a m e n a le numéro 2 ; et. il faut le dire à l ' h o n n e u r des deux ou trois cents j e u n e s gens qui étaient-là, il n'y eul pour la mère et le fils q u ' u n louchant m u r m u r e de compassion. Pour l'un et l'autre, ce n u m é r o 2 constituait sans doute un véritable m a l h e u r . Et cependant' ce fut, pour le fils et pour la m è r e , l'origine d'un b o n h e u r inespéré.

L'ESPÉRANCE

Le jeune soldai s'attira, par sa conduite exemplaire, les sympathies de ses chefs d'abord, puis d'une famille très chrétienne et h a u t p l a c é e ; il put t r è s p r o m p t e m e n t venir au secours de sa pauvre m è r e ; après son congé, il devint l'homme de confiance de cette bonne famille; et le voilà, ainsi que sa m è r e , h e u r e u x pour toute sa vie, bien p l u s heureux que s'il avait tiré le n u m é r o 400. Si, le j o u r du -tirage, la m è r e , en voyant son nurcérj) 2, avait désespéré de la bonté de DIEU, aurait-elle eu raison, je te le d e m a n d e ? Même r a i s o n n e m e n t pour les deux autres déceptions que tu rappelais tout à. l'heure : pour cet emploi qui n ' a r r i f e point, pour le procès perdu m a l g r é les meilleures prières. En tout cela il faut, avant tout, tenir compte des secrets desseins de la sagesse d i v i n e , laquelle nous conduit au salut par des voies cachées et impénétrables. Ne l'oublie j a m a i s , c h e r Jacques, lorsque tu d e m a n d e s au bon DIEU des grâces et faveurs temporelles : toujours, toujours s u b o r d o n n e tes désirs, en vrai chrétien que tu es, a u x desseins miséricordieux de Noire-Seigneur n o n seulement s u r toi, mais encore sur tes parents, s u r tes affaires, sur tout ce qui t'arrive. Au-dessus de tout, applique tes espérances et les vœux de ton c œ u r à l'objet p r i n c i p a l , à l'objet souverain, qui seul en est a b s o l u m e n t d i g n e : la possession éternelle de ton DIEU ; en ce m o n d e , sa grâce et son a m o u r ; d a n s l'autre, sa béatiiude inlinie et sa gloire. Puis, c o m m e objet secondaire, très excellent aussi, et au sujet d u q u e l DIEU t'exaucera toujours, d e m a n d e et espère tout ce qui p e u t te conduire à DIEU, à ta fin dernière. Oui, « t o u t . » C'est de ce tout-là » qu'il est question dans ces oracles infaillibles de l'Évangile : « T o u t c e q u e

LE JEUNE OUVRIER CHRÉTIEN. —

III.

vous demanderez dons la prière, vous l'obtiendrez. Tout ce que vous demanderez k mon Père en m o n n o m , il vous te donnera. » Tout ce que tu d e m a n d e r a s de conl'orme à la volonté de Dian, tu n ' a u r a s qu'à le d e m a n d e r pour l'obtenir; et il n'y a que cela qui soit véritablement bon, véritablement désirable et digne d'un chrétien. Don-e; mon petit J a c q u e s , tu peux d e m a n d e r et espérer les bïens-temporels-; m a i s s e u l e m e n t d a n s la mesure où ils importent à ta sanctification et à ton salut. Sans doute, par eux-mêmes, ces petits biens ne p e u v e n t être l'objet direct de la vertu d'espérance, qui est essentiellement surnaturelle; mais ils le d e v i e n n e n t i n d i r e c t e m e n t , par Loirs les côtés qui les r a t t a c h e n t à notre b o n h e u r éternel. VA c'est précisément p o u r cela que le bon DIEU nous dit c a r r é m e n t qu'il nous accordera « tout ce que* nous lui d e m a n d e r o n s eu son nom et dans la p r i è r e . » Il ne s u p pose pas q u ' u n c h r é t i e n , soucieux de sa conscience et de son sailli, puisse vouloir quelque chose qui ne soit poini parfaitement d'accord avec son souverain bien, son bien éternel. Désirer et d e m a n d e r un bien temporel quelconque d'une manière absolue, et sans le s u b o r d o n n e r à la sainte volonté de DIEU, c'est e n t r e r d a n s u n e voie fart dangereuse, et s'exposer, en cas d'insuccès, à des doutes, peut-être uïèrne à- de secrets blasphèmes contre la bonté de Dterr et sa Providence.
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Aussi, mon bon'enfant, touten lui d e m a n d a n t les biens et bonheurs temporels, avec la simplicité d'un- enfant qui s'adresse à son bon Père, aie toujours soin de* t'en rem e t t r a complètement à lui, sans l'ombre m ê m e d'une inquiétude, A qui a i m e DÏEU, tout tourne-à bien ; et cel'ui qui jette en DIEU sa confiance, ne sera j a m a i s confondu, n i eu ce monde, ni en F autre.
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L'ESPKUAXCK

XII

De l a p r é s o m p t i o n , p r e m i e r péché opposé à l'espérance.

Il y a une fausse espérance, qui n'est pas selon DIEU, qui ne vient poinl de lui, qui ne m è n e point à lui : c'est la Présomption. La présomption est cette fausse confiance qui ne veut voir en DIEU que la bonté et la miséricorde, sans'tenir compte de la sain teté et de la justice. C'est une espérance folle, que ne garde plus et ne sanclific plus la crainte de D I E U . C'est l'ótaL dangereux, souvent coupable, (Tuno Ame qui fait le mal sans remords et sans c r a i n t e , sous prétexte que DIEU nsL bon et qu'il su [ l i r a de lui demander pardon à la première occasion. Sans doute, nous ne saurions avoir trop de confiance en la bonté de DIEU, puisqu'elle est infinie: tuais aussi nous ne pouvons trop respecter sa sainteté et c r a i n d r e sa justice, puisque sa justice et sa sainteté sont aussi infinies q u e sa bonté. Le saint curé d'Ars disait avec sa simplicité c h a r m a n t e : Il y en a qui d i s e u t : « .le vris encor » c o m m e ire <e péché. Il ne m ' e n coûtera pas plus d'eu dire quatre que d ' e n dire trois. » C'est c o uni.- si un ' nfanl t.isait à son pèie : u Je m ' e n vais vous donner quatre soufflets. « il ne m'en route: a p s p.us que de v o i i i en donn<'r un : j ' e n serni q u i t l ' p o u vous d e m a n d e r pardon. » Voilà n o m i n e ¡1 (»u agit e n v e r s îe J j j n D I E U . te On di : « Je vais encore r t f o n d o n n e r cette a n n é e , u a lier a u x danses, au c a b a r e t ; et, Tannée p r o c h a i n e , j e « me convertirai. Quand j e voudrai ivvenir à lui, le bun « DIEU m e p r e n d r a bien. Il n'es' pas si méchant que l s
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LE JEUNE OUVRIER CHRÉTIEN. —

III.

« p r ê t r e s le* d i s e n t . » Non :1e bon DIEU n'est pus m é c h a n t ; mais il est juste. Croyez-vous qu'il s ' a c c o m m o d e r a à toutes vos méchante-* volontés? Croyez-vo s q u ' a p r è s que vous l'aurez méprisé toute votre vie, il va se j e t ? r à votre cou. 0 ! que non !... 11 y a u n e mesure de g r â c e et de péché, au bout de laquelle DIEU se retire. » Combien de pauvres â m e s ont été conduites en enfer par celte fausse confiance qui leur a fait r e m e t t r e à plus tard leur conversion ! Elles ont laissé passer l'heure de la grâce c, du s a l u t ; et la m o r t e s ! arrivée à l'improviste, s'emparant d'elle* c o m m e d'une proie pour toute l'éternité. Craignons la très mainte justice de DIEU, et ne la séparons j a m a i s de son a m o u r ; sans cela, notre espérance serait vaine. Uu second caractère de la fausse espérance, c'est de s'imaginer (jifon peut plaire à DIEU et sauver son à m e par des vertus p u r e m e n t naturelles, sans agir en esprit de loi, sans se confesser, sans c o m m u n i e r . On appelle cela « la religion de l'honnête h o m m e . » Gctle religion-là est celle des gens qui n ' o n t pas de religion. Tu a s d ù en r e n c o n t r e r souvent, moi) c h e r Jacques. « Je ne fais de mal à personne, disent-ils ; je vis en h o n nête h o m m e ; j e remplis h o n o r a b l e m e n t mes devoirs de citoyen ; je fais h o n n e u r à mes affaires ; j ' a i des habitudes tranquilles ; j e suis estimé de tous ceux qui m e connaissent. Moi, je n'ai rien à. c r a i n d r e ni de DIEU ni des h o m m e s . Pourquoi n'irais-je pas a u ciel, tout c o m m e les a u t r e s ? » Etlà-dessus, ils s'endorment, c o n t i n u a n t à vivre sans DIEU, en dehors d e l à vie c h r é t i e n n e , à q u i seule c e p e n d a n t esl promise la félicité éternelle, lisse croient capables d'être réellement bons, p u r s et v e r t u e u x , de résister aux tentations, et de ne pas offenser DIEU, par les seules forces naturelles, sans le secours de sa g r â c e , sans la prière et

L'ESPÉRANCE

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les s a c r e m e n t s qui nous o b t i e n n e n t cette g r â c e . Comprends-tu, m o n brave enfant, où les peut c o n d u i r e une illusion aussi g r o s s i è r e ? Un troisième caractère de la fausse espérance, lequel découle des deux premiers, c'est l'habitude de c o m m e t t r e facilement le péché, et de d e m e u r e r sans r e m o r d s en état d é p ê c h é mortel. Le péché s'enracine ainsi peu à peu jusque d a n s le fond de l'Ame; et. m a l g r é certaines h a b i tudes religieuses qui d e m e u r e n t encore et qui font illusion à la pauvre Ame, on porte en soi un p r i n c i p e de m o r t et de d a m n a t i o n . Tout cela est bien d a n g e r e u x . Vois, cher J a c q u e s , si par hasard tu ne serais p a s v i c t i m e de ce genre d'illusion. Un q u a t r i è m e caractère de* la présomption ou fausse confiance, c'est la facilité à s'exposer aux occasions d a n gereuses, sans c r a i n d r e le péril, sans tenir compte de sa faiblesse. 0 mon pauvre enfant ! que de c h u t e s ont été la conséquence de cette p r é s o m p t i o n - l à , — T u connais l'histoire du pauvre-saint P i e r r e : m a l g r é les avertissements réitérés de son divin Maître, il dormir-, au lieu de prier, a u j i r d i n des Olives; il e n t r a dans l? palais de Caïphe, se mêlant i m p r u d e m m e n t à la compagnie grossière et b r u tale des soldat j u i f s ; et lorsqu'au milieu de tous ces g e n s là, une misérable portière vint l'apostropher, il oublia toutes ses belles résolutions, e Seigneur, avait-il dit à J É S U S ; Seigneur, quand m ê m e tous les a u t r e s vous a b a n donneraient, moi, je vous d e m e u r e r a i fidèle. Je suis prêt à a l l e r a v e c vous m ê m e j u s q u ' à la m o r t ; » et. parce qu'il n'a pas tenu compte t es a v e r t i s s e m e n t s de son bon Maître, parce qu'il s'est exposé aux d a n g e r s de la m a u v a i s e compagnie, il cède du p r e m i e r coup à la voix d'une servante, s'écrianl épouvanté qu'il ne connaît pas m ê m e JÉsusGHRTST et qu'il n'est point de ses disciples-

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LE JEUNE OUVHIEU CHRETIEN.

III.

Dans la vie dos Pères du désert, on trouve un trait du m ê m e genre. Un jeune Religieux très-fervent, mais plus a r d e n t qu'humble, répétait sur tous les t o n s à sou Supérieur, le sage et vénérable saint Paeùmc. qu'il voulait absolument se j e t e r au milieu des persécuteurs et des impies, afin de les convertir, ou d'être martyrisé pour la c a u s e d e l i foi. Le saint Abbé avait beau vouloir le c a l m e r : rien n'y faisait. Un beau j o ' ï r , quelques soldats païens ayant été reconnu* d a n s les environs du monastère, le jeune Religieux, n'écoutant que la fougue de son b;m désir, et sans m ê m e eu d e m a n d e r la permission, s'en fui du côté où ils étaient, et tomba bieiitôlenlre leur mains. Pour commencer, il fut brave, e leur dit:' « Je n'ai pas peur de vous, ni de vos supplices ; » m a i s quand ils en vinrent au fait, « oh ! là là ! s'écria-t-il à la p r e m i è r e bless u r e ; grâce, grà *e pour la vie! Je ferai tout ce que vous voudrez. » Ces m é c r é a n t s • lui firent adorer, je ne sais quel faux dieu, le rossèrent d'importance, et ne lui laissèrent que la vie sauve. Revenu auprès de saint. Paco me, le pauvre apostat reconnut, mais trop tard, l'énorme faute où sa présomption l'avait fait tomber. Il d e m a n d a et ubtint son pardon, m o y e n n a n t une rude pénitence, j u r a n l , m a i s un peu tard, qn'on ne l'y p r e n d r a i t plus. C'est là, mon Jacques, l'histoire l i m e n t a b l e de la phip a r t des jeunes gens qui perdent ou la foi, ou les m œ u r s . A peine instruit des premiers éléments de la Religion, un j e u n e h o m m e de seize, de dix-huit a n s , se m e t à lire les journaux libres penseurs, révolutionnaires ou protest a n t s ; il trouve l à - d e d a n s u n e collection d'objections,, vieilles comme les rues, et cent fois réfutées, contre l'existence de DIEU, contre la divinité de Notre-Seigneur, contre la création, contre l'Évangile, c o n t r e la Sainte-Vierge,
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L'ESPÉRANCE

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contrôla Papauté, conlre l'enfer, etc., etc. ; il prend tout cela pour de l'urgent c o m p t a n t ; et ne c o m p r e n a n t rien aux choses d o n t il s'occupe, aussi ridicule que coupable, il [joseen libre-penseur, il blasphème la Religion, il devient démocrate, heureux-si sa p a u v r e tète, égarée el exalté*» par la. vanité, ne le mène pas un beau j o u r dans les antres de quelque Société secrète, ou dans une cellule de Hicrtivou de Charenton ! Sur dix j e u n e s gens qui, arrivés à l'adolescence,deviennent des c o u r e u r s et des m a u v a i s sujets, tu en trouveras au moins neuf,qui ne se sont perdus que par présomption. Leur père, leur mère, leur < onfesseur leur ont dit et répété : « P r e n d s g a r d e , mon enfant! Tu entres d a n s n nemauvaise voie : tu prends pour ami tel ou tel j e u n e h o m m e qui ne v a u t pas cher. Si tu te laisses e n t r a î n e r par lui, tu te p e r d r a s ; il n'a. pas de principes, il se moque do la piété, d u respect des père et m è r e , des j e u n e s gens qui se conduisent bien, des bons g a r ç o n s qui fréquentent le Patronage ou le Cercle. N'oublie pas le proverbe : Dis-moi qui tu hantes, et je dirai qui tu es. « Crois-moi: ne va plus avec lui. » Et bon gré mal g r é . le pauvre étburdi a suivi ce mauvais c a m a r a d e ; e t , en moins d'un au, il a a b a n donné tous ses devoirs, ne p r i a n t plus, n'allant plus à l'église, c o u r a n t les bals, les mauvais théâtres et les mauvais lieux, désolant ses bons parents, et s c a n d a l i s a n t toute la paroisse. Gela c o m m e n c e souvent, par peu de c h o s e : mais pou à peu la tache d'huile g a g n e d u terrain e t l i n i t p a r tout e n v a h i r . Tel est, m o n bon petit Jacques, le premier péché oppose a la v e r t u c h r é t i e n n e d ' e s p é r a n c e : la présomption, la fausse confiance, qui oublie l'a crainte de DIEU, néglige la prière et les s a c r e m e n t s , s'expose follement au danger, el glisse d a n s des- abîmes p l u s ou moins profonds.

LE JEUNE OUVRIER CHRETIEN.

III.

XI] 1
D u deuxième péché opposé à l'espérance, q u i est l e d é c o u r a g e m e n t .

Voici, mon bon Jacques, un sujet bien plus pratique encore que la présomption : c'est le d é c o u r a g e m e n t . Écoute bien cela, médite-le, surtout pratique-le... sans te décourager. « La plus lâche cle toutes les tentations, avait c o u t u m e de dire le bon saint François de Sales, est celle du découragement. » Quand l'ennemi nous a fait p e r d r e l'espoir d'obtenir le pardon de nos péchés, de nous relever de nos c h u t e s , et d'arriver au ciel, il a bon m a r c h é de nous, et n a plus guère de peine à nous faire tomber dans le désespoir, et de là dans tous les bas-fonds du vice. Le découragement est une tendance à a b a n d o n n e r la pratique du devoir, a cause des difficultés qu'on y rencontre et des chutes qu'on a faites p r é c é d e m m e n t . On perd c o u r a g e ; et, moitié dépit, moitié défiance réelle de soi-même, on c o m m e n c e par se p l a i n d r e de DIEU, par le bouder en quelque sorte; puis on fait m o i n s d'efforts p o u r se mortifier et pour lui plaire. Ce n'est pas encore, le désespoir; mais c'en-est l'ombre. Ne te décourage donc j a m a i s , quoi q u i ! arrive. Le découragement est u n e preuve qu'on a m i s trop de confiance dans ses propres forces. Si Ton avait été h u m b l e , on ne s'étonnerait pas d'avoir d o n n é du nez en t e r r e : on se r e pentirait, mais on n e se dépiterait pas. Une a u t r e cause du d é c o u r a g e m e n t , c'est de nous exa-

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g é r e r a nous-mêmes la gravité, et surtout les conséquences cle nos fautes. Parc* que tu as perdu au jeu trois, q u a t r e , einq parties, faut-il croire que tu ne g a g n e r a s jamais, et que tout est perdu sans ressource? L'expérience de la vie le m o n t r e r a , m o n pauvre Jacques, au prix de c o m b i e n de défaites on achète la victoire. Ne te décourage pas davantage devant la violence et la persévérance des tentations. Si le chien c o n t i n u e d'aboyer h la porte, c'est u n e preuve évidente qu'il n'est pas eutré, et que tu ne veux pas le laisser e n t r e r . Que le d é m o n te tente, c'est chose toute simple : il fait son m é t i e r ; qu'il te tente b e a u c o u p , opiniâtrement, c'est une preuve qu'il t'en veut particulièrement; or, il ne s'acharne ainsi qu'après les bonnes proies, c'est-à-dire les bonnes â m e s qui sont particulièrement chères à Noire-Seigneur et sur lesquelles le bon Maître a. quoique g r a n d dessein de miséricorde. Loin de le décourager, il faut te réjouir d'être ainsi tenté et criblé : c'est bon signe p o u r toi. « Il y a a u j o u r d ' h u i si peu de foi dans le monde, disail le curé d'Ars dans ses célèbres catéchismes, que Ton espère trop ou l'on désespère. 11 y en a qui disent : « J'ai fait trop de m a l ; le bon DIEU ne peut pas me p a r d o n ner! » Mes enfants, c'est là un gros b l a s p h è m e ; c'est mettre u n e -borne à la miséricorde de D I E U , et elle n'en a point; elle est infinie. Vous aurez fait a u t a n t de mal qu'il en faut pour perdre toute une paroisse, si vous vous confessez, si vous êtes lïiché d'avoir fait ce mal, et que vous n e vouliez plus le refaire, le bon Druu vous l'a pardonné. « Il y avait une fois un prêtre qui prêchait sur l'espérance et sur la miséricorde du bon DIEU. Il rassurait bien les autres, mais lui-même il était tout désespéré au fond de son c œ u r . Après le s e r m o n , il se présenta u n j e u n e
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homme, qui lui d i t : » Mon Père, je viens pour me confesser. » — Le prêtre lui d i t : « .le veux bien vous cou rosser. » — L'autre lui lit l'aveu de ses fautes, après quoi il ajouta : v Mon Père, j ' a i fait bien du mal ; j e suis .perdu ! » — « Que dites-vous, mon a m i ? Il ne faut j a m a i s désespérer. » — Le j e u n e h o m m e se lève alors, et, r e g a r d a n t fixement: « Mon Père, lui dit-il g r a v e m e n t , vous m e dites de ne pas désespérer: et vous? » — Ce fut un trait de lumière : le prêtre tout étonné chassa cette pensée de désespoir, se Ht Religieux et fut plus fard u n g r a n d Saint. Le bon DIEU lui avait envoyé un Ange sous la forme d'un jeune h o m m e , pour lui faire voir qu'il n e faut j a m a i s désespérer. « Mes enfants, le bon Diur est aussi p r o m p t à n o u s accorder notre pardon, quand n o u s le lui d e m a n d o n s de tout notre cœur, qu'une m è r e est prompte, à retirer son enfant du feu. » Le missionnaire qui a écrit ta. vie- du saint curé dVVrs rapporte, au sujet du d é c o u r a g e m e n t et de la confiance inébranlable qu'il faut avoir en la bonté d« DIEU, l'entretien suivant qu'il eut un jour avec M. V i a n n e y : « N y a deux mois environ, j e ne d o r m a i s pas, m e disait le bon Curé; j ' é t a i s assis s u r m o n lit, p l e u r a n t m e s pauvres péchés. J'ai e n t e n d u u n e voix bien douce qui m u r m u r a i t à mon oreille : -r Seigneur, j ' a i espéré en vous : j a m a i s je ne serai confondu. » Cela m ' a u n peu e n c o u r a g é ; mais c o m m e le trouble subsistait encore, la m ê m e voix a repris plus d i s t i n c t e m e n t : « Seigneur, j'ai espéré en vous. » — Cette fois, lui dis-je, ce n'était pas le grappin -assurément qui vous tenait ce l a n g a g e . — 11 n ' y a pas apparence. — Avez-vous vu quelque chose? — Non, mon a m i . — C'était peut-être votre Ange-Gardien? — J e ne sais pas. »

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Ce qui est bien sur. mon bon Jacques, c'est que, si les pensées de découragement, de désespoir et de doute viennent toujours du d é m o n , c'est de DÏKU que nous viennent toujours les b o n n e s et encourageantes pensées de confiance et d'espérance véritable. Te rappelles-tu ce trait si frappant, rapporté d a n s {"Initiation, et qui s'applique si bien à toutes les âmes tentées de se décourager? Un pauvre- h o m m e se disait u n j o u r : « Vraiment, ce n'est pas la peine de prier, de faire pénitence et de tant m e contraindre; je ne sais s e u l e m e n t pas si j e serai sauvé et si je p o u r r a i e n t r e r au ciel. » Et il entendit aussitôt u n e voix qui Jui d i t : « El si tu le savais, que ferais-tu? Fais maintenant ce que tu ferais alors; et tu seras s u r d'aller au Paradis. » Cher Jacques, je te r e c o m m a n d e cette récolte, toutes les fois que le démon du d é c o u r a g e m e n t viendra frapper à la porte de ton cœur, ou plutôt de ton i m a g i n a t i o n . Par avance, contemple-toi dans le bonheur et la sainteté du ciel que JÉSUS-CIÏRTST l'a mérités et qu'il te prépare d a n s sa miséricorde. ' Que voudras-tu avoir fait alors? Seras-tu heureux d'avoir dominé ce mauvais p e n c h a n t ? d'avoir lutté é n e r g i q u e m e n t contre la tristesse, la défaillance, le découragement? On lit, d a n s la vie de saint Philippe de JNéri, q u ' u n e Religieuse, n o m m é e Scholaslique Gazzi, v i n t u n j o u r le trouver à la grille du parloir de son monastère, p o u r lui faire c o n n a î t r e u n e pensée qu'elle n'avait j a m a i s osé r é véler à p e r s o n n e : c'était la conviction où elle était qu'elle serait d a m n é e . Saint Philippe ne l'eut pas plutôt a p e r ç u e , qu'il s'écria, éclairé d'en h a u t : « Que faites-vous, Sœur Scholaslique, que faites-vous? Le Paradis est à vous. — Hélas! m o n Père, répondit-elle, j e crains qu'il n'en soi! tout a u t r e m e n t : j e sens q u e j e dois être d a m n é e . — Non,

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répliqua le Sainl, j e vous dis que le Paradis est à vous, el j e vais vous le prouver : Dites-moi, pour q u i JÉSUS-CHRIST est-il mort? — Pour les pécheurs, reprit-elle. — Kh bien! c o n t i n u a sainl Philippe, qu'êtes-vous? — Une pécheresse. — Donc, conclut le Saint, le Paradis est à vous, bien à vous, parce q u e vous vous repentez de vos péchés. » Cette parole r e n d i t la paix à la pauvre S œ u r ; la tentation de d é c o u r a g e m e n t d i s p a r u t ; et, au lieu de la sombre mélancolie que jusque-là elle avait portée partout, elle entendait, pleine de joie, les douces paroles du Sainl retentir à son oreille : le Paradis est à vous, bien à vous. Rien n'est plus c o m m u n , chez les bons c h r é t i e n s , que cette tentation du d é c o u r a g e m e n t . J ' a i c o n n u un brave et digne h o m m e , profondément pieux, qui en était c o m m e coiffé; c'était un vrai b o n n e t de soie noire, qui le suivait partout avec sa tète, qui lui faisait voir toutes choses à travers un crêpe, et lui donnait à tout propos de véritables « désespoirs de Jocrisse ». Il en était malade. Un autre, qui venait de perdre une parente très bonne et très chère, s'imagina, m a l g r é la franche piété de cette dame, m a l g r é les s a c r e m e n t s qu'elle avait reçus en pleine connaissance et avec d'excellentes dispositions, malgré les assurances les plus consolantes d'un v é n é r a b l e Religieux qui avait assisté la m o u r a n t e , s ' i m a g i n a , dis-je, que la pauvre créature était d a m n é e . De là, des angoisses inexprimables, un véritable état de désolation. Une pauvre vieille fille, devenue aveugle, ne pouvait s'habituer à sa croix. L'aumônier, les S œ u r s de l'hôpital où elle se trouvait, avaient beau lui parler du ciel, du b o n h e u r que lui v a u d r a i t un j o u r cette dure épreuve, des mérites d'expiation qu'elle y pouvait puiser p o u r payer

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les arriérés d'une vie qui avait été beaucoup plus longue que sainte; la vieille bécasse ne voulait e n t e n d r e à rien; et elle en revenait toujours à sa ritournelle : « Je voudrais y voir!... Je voudrais y voirI » Deux ou trois mois après la visite que je lui fis, elle m o u r u t , répétant pieusement son éternel refrain : « Je voudrais y voir! » Et voilà c o m m e n t , profitant de tout, l ' e n n e m i de notre bonheur en ce monde et en l'autre s'efforce de nous décourager dans la voie du salut, il n o u s attriste, il nous fatigue, il essaie de nous abattre et de nous désespérer. Mon enfant, sois inébranlable dans ta confiance en la miséricorde infinie de DIEU, ton Sauveur : que la vue de tes Tantes, quelles qu'elles soient, n'aille j a m a i s j u s q u ' à te luire désespérer du p a r d o n , c o m m e Caïn, c o m m e J u d a s . Ni' recule pas devant les difficultés de la vie c h r é t i e n n e : appuyé sur Ja grâce et sur les promesses du bon DIEU, tu pourras toujours travailler efficacement à la correction de tes défauts, et résister a u x tentations. Regarde c o m m e une tentation très certaine, très subtile et, p a r conséquent, très dangereuse, toute inclination à la mélancolie, et toute crainte d'être rejeté de DIEU. Enfin, dans les peines et les épreuves, qui sont plus ou m o i n s inséparables de la vie, ne te c h a g r i n e point outre m e s u r e , et ne murmure jamais. De la joie et de la confiance toujours! Pense très souvent au ciel, au beau ciel qui approche, et où tu jouiras pendant toute l'éternité du b o n h e u r m ê m e d u bon D I E U , avec J É S U S , avec la Sainte-Vierge, avec les A n g e s , avec tous les élus. C'est ainsi que faisaient les Saints. On raconte q u e sainte Colette, la g r a n d e réformatrice des Sœurs franciscaines au quinzième siècle, et d o n t la puissante prière ressuscita cent trois m o r t s , sortait quelquefois de sa cellule, n e se possédant plus de joie à la pensée

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du c i e l ; et elle parcourait les corridors du m o n a s t è r e , en c r i a n t : « En Paradis!... en Paradis ! » C'est là que je le laisse, mon bon petit enfant, en t e r m i n a n t notre causerie. XIV
C o m m e n t l e d é s e s p o i r et l e s u i c i d e sont l e s u p r ê m e p é c h é contre l'espérance.

Le péché s u p r ê m e , i r r é m é d i a b l e , qui foule a u x pieds la sainteté de l'espérance et, avec elle, le salut éternel, c'est le désespoir. Le désespoir, c'est le d é c o u r a g e m e n t porté à son dernier excès. C'est la folie, la folie coupable d'une créature qui, oubliant et b l a s p h é m a n t la bonté de DIEU, fait sur la terre ce que Satan fait avec ses d é m o n s el les r é p r o u vés dans les enfers. L'enfer est, en effet, l'empire du désespoir, du désespoir absolu, du désespoir é t e r n e l ; el Satan est le chef des désespérés- L ' h o m m e qui s'abandonne ici-bas au désespoir se livre sans défense à ce m a u d i t , qui veut l'entraîner avec lui clans l'abîme. Le désespoir est la perle, sinon totale, du m o i n s très profonde de la vertu c h r é t i e n n e et surnaturelle d'espér a n c e ; et de m ê m e que les fruits directs de l'espérance sont la paix, la joie, le c o u r a g e , le b o n h e u r et la sainte m o r t ; de m ê m e les s o m b r e s f r u i t s du désespoir s o n t le trouble, l'amertume, la tristesse, le b r i s e m e n t de la vie, la rage, et trop souvent le s u i c i d e , l'affreux et horrible suicide. Le désespoir provient de bien des causes. La plus c o m m u n e peut-être, chez n o u s du m o i n s , c'est ce qui reste

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encore de jansénisftie d a n s les livres de pic lé et dans les enseignements dont a été nourrie noire enfance. Je t'ai déjà parlé, mon bon Jacques, de celte désolante hérésie qui a ravage notre pauvre France au dix-septième et au dix-huitième siècle, et qui a contribué p o u r beaucoup à la perte de la foi dans notre patrie, jadis si catholique. Le j a n s é n i s m e a été le chef-d'œuvre du d é m o n . Sous p r é texte d'auetérité et de pénitence, il a élagué peu à peu tout ce qu'il y avait de doux, de bon, de c o n s o l a n t d a n s la R e l i g i o n ; sous prétexte de sainteté, il n o u s a h a b i t u é s à ne voir d a n s le bon DIEU q u ' u n Maître d u r et i m p i toyable; d a n s la piété et dans la vie c h r é t i e n n e , q u ' u n joug a s s o m m a n t ; il n o u s a si bien fait p e u r de J É S U S CHRIST, de ses S a c r e m e n t s et de son doux service, q u e peu à peu nos églises se sont vidées, la vie c h r é t i e n n e s'est tarie dans sa source, et dès lors Satan a eu beau jeu. Une a u t r e cause de désespoir, bien fréquente hélas ! c'est l'affaiblissement de la foi, que développe si fort a u j o u r d ' h u i l'absurde liberté de la presse, avec ses j o u r naux athées et ses blasphèmes quotidiens ; en enlevant la foi, on enlève du m ê m e coup l'espérance, et c o m m e on n'enlève pas en m ê m e t e m p s les revers de fortune, les déceptions amères, les c h a g r i n s de tout g e n r e qui e n g e n drent le désespoir, on a le mal, et l'on n ' a plus le r e mède. Voici u n pauvre j e u n e h o m m e , à qui les j o u r n a u x démagogiques, les clubs, les mauvaises fréquentations, les m a u v a i s livres ont enlevé la foi : il n e croit plus à rien, ni à DIEU, ni au ciel, ni à l'enfer, ni à l'autre vie : un g r a n d m a l h e u r le f r a p p e ; il se t r o u v e tout à coup sans ressources, sans soutien ; tout lui m a n q u e à la fois. Qui p o u r r a e m p ê c h e r le désespoir d e l'envahir tout entier, a v e c ses pensées funestes? Suppose-toi un i n s t a n t à sa place, mon pauvre J a c q u e s , sans religion c o m m e

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lui, sans foi i i rélerniLé, au ciel, a u x j u g e m e n t s de DIEU : ne sens-tu pas que, brisé, le désespoir et la rage d a n s le cœur, tu serais capable de l o u t ? Hélas ! je me souviens d'un pauvre garçon que celle incrédulité a conduit j u s qu'au suicide. Je l'avais c o n n u à douze ou treize a n s , c h a r m a n t enfant, si pieux, si bon, que p e n d a n t deux ans il songea sérieusement à se consacrer à DIEU Mais vers Tâge de quinze a n s , les horizons de son â m e s'assombrirent ; sa ferveur d i s p a r u t ; de mauvais c a m a r a d e s l'entraînèrent au café ; il lut des livres obscènes, puis, ce qui est plus fatal encore, des livres i m p i e s ; il a b a n d o n n a la Religion et devint aussi pervers qu'il avait jadis été fidèle. Sa pauvre mère était au désespoir. Alexandre (c'était son nom) blasphémait à tout propos, se m o q u a i t de la foi, s'enivrait, et passait une partie de ses nuits d a n s les plus mauvais lieux. Il n'avait pas encore seize a n s . Il quitta sa mère, se m i t à j o u e r , et a y a n t un j o u r tout perdu, jusqu'à son habit, il r e n t r a d a n s sa m a n s a r d e , furieux, désespéré, s'enferma, écrivit un billel b l a s p b é matoire et se jeta sur son lit. Le lendemain m a t i n , on l'y trouva m o r t . Il s'était a s p h y x i é . Voilà le désespoir de l'incrédulité et du vice. Il y a encore le désespoir a m e n é par des revers de fortune ou les mauvaises affaires. Il finit presque toujours par le péché irrémissible, par le suicide. Depuis quelques années, ce fléau se multiplie d ' u n e m a n i è r e effrayante : c'est comme une sinistre épidémie, fruit de nos révolutions. L'autre jour, un j e u n e menuisier, du quartier que j ' h a b i t e , fut trouvé p e n d u , au milieu de son atelier. Dans sa poche étaient deux lettres, écrites froidement, où il déclarait que n ' a y a n t a u c u n espoir ni en celte vie ni en l'autre, il maudissait D I E U , sa f e m m e , son fils, et le g e n r e h u m a i n tout entier. Ce ne fut q u ' u n cri d ' h o r r e u r dans tout le voisinage.

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J'ai coujiu une pauvre dame, excellente au fond, que des revers successifs de fortune d é c o u r a g è r e n t si bien, qu'après plusieurs tentatives infructueuses pour reconquérir sa position perdue, elle s'abandonna, elle aussi, A un désespoir sombre et m o r n e . En s o r t a n t de chez son avoué, qui l'aidait de son m i e u x dans ses.revendications, elle avala j e ne sais quel poison, et c o m m e elle trouvait sans doute que la m o r t ne venait pas assez vite, elle tenta de se jeter d a n s la Seine, en t r a v e r s a n t u n pont. Un sergent de ville l'en empêcha, la conduisit chez le commissaire de police le plus voisin, en p r é s e n c e duquel la p a u v r e créature s'alfaissa sur e l l e - m ê m e , et rendit bientôt le d e r n i e r soupir, sans proférer une parole. Que de faits de ce g e n r e je pourrais te citer ici, c h e r enfant ! A la base de tous ces désespoirs, on r e t r o u v e toujours t'oubli de DIEU, le blasphème c o n t r e sa providence, la négation plus ou moins accentuée de sa bonté et de son a m o u r , Je n a u f r a g e de la sainte espérance. Si ces m a l h e u r e u x a v a i e n t fidèlement e n t r e t e n u l'espérance d a n s leur cœur, ils a u r a i e n t eu la force de résister à l'épreuve; et leur p a u v r e petite barque, au lieu de c h a virer, a u r a i t v i c t o r i e u s e m e n t traversé la t o u r m e n t e , et aurait abordé, joyeuse et t r i o m p h a n t e , au rivage de la bonne éternité. On a r e m a r q u é , d a n s des statistiques récentes, que le n o m b r e des suicides, c'est-à-dire des désespérés^ a u g mente à mesure que la foi baisse, et q u e l'irréligion r é volutionnaire prend la place des salutaires croyances de l'Évangile et de la b o n n e vie catholique. Oui, m o n bon J a c q u e s , la foi, 1 foi vive est la racine de l'espérance. Elle seule n o u s aide à p o r t e r la croix de l a v i e e n nous m o n t r a n t do loin le b o n h e u r de l'éternité : en même t e m p s que la foi, l'espérance s'en v a ; la fleur se

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flétrit parce que la racine se dessèche. Quand on a le m a l h e u r de ne plus croire, on ne saurait échapper au m a l h e u r de ne plus espérer; ou Ton s'abrutit, ou l'on s'étourdit : Tune et l'autre voie aboutissent, en pratique, au désespoir et à la perte irréparable du Paradis. Le démon, qui veut nous perdre, se sert de tout, m ê m e des sentiments les m e i l l e u r s , pour a r r a c h e r de nos c œ u r s les espérances c h r é t i e n n e s . Combien n'a-t-on pas vus de pauvres gens, trop faiblement t r e m p é s d a n s les habitudes et les pratiques de la foi, se laisser écraser par la douleur, et, devant la tombe d'un enfant, d'un époux, d u n e épouse b l a s p h é m e r D T E U au lieu d'adorer sa sainte volonté^ ne plus vouloir rien e n t e n d r e , et se jeter à corps perdu d a n s les ténèbres du désespoir! Tout d e r n i è r e m e n t on m e parlait d'un pauvre Monsieur, chrétien pratiquant jusque-là, qui, ayant perdu son fils unique âgé de dix-huit a n s , était tombé d a n s un tel état d'abattement, qu'il rejeta c o m m e inutile, toute prière, toute pratique religieuse : plus de s a c r e m e n t s , plus de vie chrétienne, plus m ê m e de messe le d i m a n c h e ; et il y avait plus de quinze a n s q u e cela d u r a i t ! — Ce que c'est que de ne pas d e m e u r e r i n é b r a n l a b l e sur la pierre ferme de la foi, et de laisser les émotions de la n a t u r e d o m i n e r la vie de la grâce ! Une p a u v r e femme, m è r e de trois enfants, é t a n t venue à perdre son m a r i , qu'elle aimait avec passion, sortit le jour m ê m e de l ' e n t e r r e m e n t , p o r t a n t son plus j e u n e enfant, et suivie des deux a u t r e s : arrivée sur le bord de la Seine, sous un pont, elle tira de sa poche u n e corde, a t t a c h a autour d'elle les trois p a u v r e s petits, et se j e t a à l'eau avec eux. On repêcha leurs c o r p s ; m a i s trop tard hélas ! Ils étaient morts. — Quelle affreuse m o r t ! Et où est l'âme de cette m a l h e u r e u s e victime du désespoir?

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0 mon cher Jacques, m o n enfant. Habitue-toi, par une vie bien chrétienne, à mettre toujours l'éternité au-dessus du t e m p s , e t à s u b o r d o n n e r toujours les joies et les espérances de la terre à la g r a n d e , éternelle et ineffable espérance d u ' P a r a d i s . Cette espérance, n e l'oublie jamais, c'est DIEU l u i - m ê m e , avec la participation à sa béatitude dans l'autre vie. Habitue-toi à voir, à travers toutes les épreuves, h travers toutes les douleurs et déceptions de ce monde, la magnifique récompense qui t'attend d a n s le ciel si tu portes d i g n e m e n t ta croix j u s q u ' a u bout. Avant tout, m a l g r é tout, après tout, ne désespère j a m a i s de l ' a m o u r du bon D I E U , d o s a Providence, et do son inépuisable miséricorde.

XV

D u d a n g e r d e s s c r u p u l e s , a u p o i n t de v u e d e l'espérance

lin t e r m i n a n t l'examen de ce qui c o m b a t e t d é t r u i t d a n s nos cœurs la vertu d'espérance, il ne sera pas inutile, peut-être, d'appeler ton attention, m o n b o n et cher enfant, s u r u n a u t r e d a n g e r q u i mine d i r e c t e m e n t d a n s certaines â m e s la confiance en D I E U . C'est du scrupule que j e veux parler. Si, p a r malheur, tu étais piqué de ce ver, voici quelques avis qui p o u r r o n t , DIEU aidant, te guérir de ce m a l . Le scrupule détruit, ou du moins paralyse en nous la joie et l'espérance. C'est u n e désastreuse agitation de conscience qui r.ous fait perdre la paix du c œ u r , et qui

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finît par nous troubler si profondément, q u e nous nous trouvons arrêtés dans [es voies du ciel. Le scrupule est une v a i n e crainte de p é c h e r , là même où il n'y a aucune raison de soupçonner u n péché. C'est c o m m e un caillou qui s'introduirait dans ta chaussure, te ferait boiter et te blesserait à chaque pas. C'est c o m m e un cheval ombrageux, qui, au lieu d'avancer, recule, refuse d'obéir au frein, m e t souvent en d a n g e r son pauvre cavalier, et l'impatiente à chaque pas. IL ne faut pas confondre le scrupule avec la délicatesse de conscience : la délicatesse de conscience est u n e chose excellente, qui vient du bon DIEU et qui n o u s m è n e droit au bon DIEU, en nous faisant éviter, dans le chemin du salut, jusqu'à l'apparence du péché. Le s c r u p u l e , au contra ire, est un mal, u n e véritable maladie de l'âme, quisous prétexte de conscience, brouille la conscience, arrête ou embarrasse dans la pratique du bien, attriste le cœur, le rétrécit, et finit souvent par faire a b a n d o n n e r c o m p l è t e m e n t le service de DIEU. — J'ai c o n n u jadis à Rome un j e u n e peintre, dont le c œ u r était très bon, el qui avait mille belles qualités : à l'Age de dix-sept ans, il s'était laissé envahir p a r les scrupules, et en était devenu à moitié fou. 11 avait fini par touL a b a n d o n n e r ; et, h la seule pensée d'un retour à la prière et a u x p r a t q u e s religieuses, je le voyais se cabrer, reculer avec u n e véritable épouvante, c o m m e un cheval o m b r a g e u x devant un spectre.
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Chose étrange : il a r r i v e souvont que les scrupuleux, absorbés par leurs scrupules comme par u n e idée fixe, concentrent toute l'attention de leur conscience sur deux ou trois points, quelquefois très insignifiants, et négligent si bien le reste, qu'ils tombent dans de grosses fautes, presque sans remords. Ainsi j ' a i c o n n u j a d i s un écolier

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dont la conduite était loin d'être régulière, et dont les mœurs étaient déplorables : toute sa conscience était a b sorbée par la c r a i n t e de n'avoir peut-être pas restitué entièrement quelques bagatelles prises j a d i s sur la c h e m i née de son père ou de sa m è r e . Dans ses confessions, le pauvre garçon y revenait sans cesse, n e se repentant que de cela, bien que j e lui répétasse s u r tous les tons que c'était accusé, restitué et p a r d o n n é depuis longtemps. Quant à réformer sa conduite, il n'y pensait g u è r e ; et lorsque j'insistais sur ce point, je sentais qu'il n'y attachait pas g r a n d e i m p o r t a n c e . Un j e u n e chrétien qui a pris l'heureuse habitude de la vraie délicatesse de conscience, se r e c o n n a î t du p r e m i e r coup : il est raisonnable; il est t r a n q u i l l e ; la paix de son cœur r a y o n n e j u s q u e sur son visage. Rien de tout cela chez* le scrupuleux : il est i n q u i e t ; il c h a n g e d'idées à tout propos ; il a la parole saccadée, ou au contraire il est taciturne, a l'œil m o r n e et m é l a n c o l i q u e ; il prend des attitudes, des' postures excentriques; il fait des gestes, des clforls, des i n v o c a t i o n s presque à haute v o i x ; il a des mouvements n e r v e u x , de ridicules et déplorables besoins de r e m u e r ; le t o u t , s a u p o u d r é de je ne sais quelle tristesse inquiète et m o r n e . En lui-même, le scrupule n'est pas un péché; car souvent il est involontaire, p r o v e n a n t soit d ' u n e permission spéciale du bon DIEU, qui veut par là n o u s humilier et nous purifier, soit d ' u n e disposition p h y s i q u e m a l a d i v e , soit enfin d'une éducation religieuse maladroite et faussée. Mais, m ê m e d a n s ce cas, le scrupule est r a r e m e n t exempt de tout péché- P r e s q u e toujours, en elïét, les s c r u puleux finissent p a r s'opiniàtrer d a n s l e u r s s e n t i m e n t s , prennent l'habitude de résister aux directions et aux avis les plus formels de leur guide spirituel, et désobéissent

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III-

ainsi en matière fort importante. Or, tout cela ne peut se faire sans écorner la conscience. lit puis, l'orgueil s'en môle, l'orgueil qui est c o m m e l'âme de l'entêtement et de la désobéissance. Aussi lit-on dans la vie d'une Bienheureuse qu'étant un j o u r ravie en esprit, elle vit dans le Purgatoire une foule d'àmes qui expiaient là leurs s c r u p u l e s ; et c o m m e elle en témoignait de la surprise, Notre-Seigneur lui dit qu'il n'y" avait guère de scrupule qui fût e n t i è r e m e n t dépouillé de péché. Il est vrai, p a r m i les Saints on en cite quelques-uns qui ont eu des espèces de scrupules : saint Bonaventure, par exemple, qui, se c r o y a n t trop indigne, a été quelque temps s a n s vouloir dire la Messe; sainL Ignace qui, par un s e n t i m e n t excessif de pénitence et d'humilité, refusait quelquefois de m a n g e r ; sainte Luitgarde, qui avait pris la mauvaise habitude de répéter, et de répéter encore ses prières, si bien que Notre-Seigneur dut lui envoyer un A n g e p o u r lui défendre de continuer ainsi. Mais, chez ces bons Saints, il n ' y avait ni opiniâtreté, ni orgueil, ni e n t ê t e m e n t ; leurs scrupules n'étaient que de simples épreuves, c o m m e nous le r e m a r q u e r o n s tout à l'heure. Aussi, à la première parole de leurs Supérieurs, se soumettaient-ils avec une a d m i r a b l e obéissance, et ils retrouvaient i m m é d i a t e m e n t et la paix du cœur et la joie spirituelle et la plus filiale confiance dans les miséricordes divines. Prends donc bien garde à toi, mon brave enfant, si quelque beau j o u r tu te sens atteint de cette ennuyeuse et dangereuse maladie des scrupules. C'est, j e le sais, la maladie des bonnes â m e s : le démon voyant qu'il n e peut les induire à mal, tâche de les dégoûter du bien en les h a r c e l a n t c o m m e u n e m o u c h e , en l e s ' t r o u b l a n t d a n s les pratiques de leur bonne vie c h r é t i e n n e , en leur exagé-

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ranl leurs imperfections, en leur faisant prendre de simples tentations pour des péchés p r o p r e m e n t dits, ou bien de petites fautes sans i m p o r t a n c e pour des péchés mortels. Il les détourne, tant qu'il peut, de la confession, et surtout de la douce et sainte c o m m u n i o n , et c h e r c h e à leur persuader qu'elles a u r o n t beau faire, elles seront damnées. Laisse-le dire, ou plutôt m e n t i r ; il fait son m é t i e r : toi. mon bon petit c h r é t i e n , fais ton bon m é t i e r d'enfant de DIEU, de temple de JÉSUS-CHRIST, de futur h a b i t a n t des cieux; et chasse-le avec mépris et i n d i g n a t i o n . Dis-lui, « Misérable m e n t e u r , retire-toi, et laisse-moi en paix avec JÉSUS, m o n Sauveur. Tu voudrais m e troubler d a n s son service et d a n s son a m o u r ; je ne m e laisserai point i a i r e ! Je l'aime de tout mon c œ u r ; c'est en lui que j e m e t s toute" m a confiance, parce qu'il est bon et miséricordieux. J ' i r a i a u ciel ; je suis destiné au Paradis. Tais-toi, retire-toi : je suis tout à JÉSUS-CHRIST, tout à M A R I E . Mère de JÉSUS, et m a Mère. » Le r e m è d e s o u v e r a i n , je dirais presque le remède unique des scrupules, c'est l'obéissance aveugle à notre guide spirituel. Mais e n t e n d s bien ceci : obéissance aveugle. Il ne s'agit pas de r a i s o n n e r avec les s c r u p u l e s , le caractère du s c r u p u l e u x étant p r é c i s é m e n t de déraisonner en ce qui t o u c h e sa conscience. Non, il ne faut pas c h e r c h e r à r a i s o n n e r avec ces s c r u p u l e s , p a s plus qu'on, n e c h e r c h e à r a i s o n n e r avec u n e p e r s o n n e qui n ' a plus sa tête. La m a n i e du s c r u p u l e u x consiste à ne pas se croire s c r u p u l e u x , m a i s s i m p l e m e n t c o n s c i e n c i e u x ; il ne se voit pas tel qu'il est, et s'obstine à ne pas croire qu'il est s c r u p u l e u x . C'est c o m m e l'œil, q u i , sans le secours d ' u n m i r o i r , ne p e u t pas savoir c o m m e n t il est fait, s'il est bleu, s'il est noir, s'il est g r i s , v e r t ou m a r r o n .

-JGí

LE JEUNE OUVKIEK CHRÉTIEN.

III.

Ainsi les pauvres scrupuleux ne peuvent p a s s e connaître, n i se j u g e r eux-mêmes, s'ils ne r e c o u r e n t aux lumières de leur père spirituel, el. s'ils ne s'en t i e n n e n t à ses directions, en tout et pour tout, avec u n e h u m b l e simplicité. Sans cola, point de remède, point de guérison possible. tin terminant, je vais te raconter u n e bonne histoire au sujet d'une personue scrupuleuse, excellente au fond, et que j ' a i connue jadis à Paris. Elle m e disait u n jour : « Je suis m a l h e u r e u s e c o m m e les p i e r r e s ; je vois partout des péchés mortels. C'est insupportable. J e sens que je suis ridicule, et que ce n e sont là que des scrupules et des niaiseries. Gomment d o n c faire pour m ' e n débarrasser?» Je lui donnais, et lui répétais chaque fois, quelques directions parfaitement claires, p a r f a i t e m e n t pratiques, qu'elle me promettait toujours de s u i v r e exactement, et, au bout de h u i t ou de quinze j o u r s , q u a n d elle revenait m e trouver, la p a u v r e créature r e c o m m e n ç a i t sa ritournelle désespérante et désespérée. Étant une fois en c h e m i n de fer, elle fut obligée de s'arrêter deux heures d a n s u n e g r a n d e ville, pour y attendre un train correspondant. Sa piété, qui était fort réelle, lui fit prendre le c h e m i n de la cathédrale, pour y faire une bonne adoration. P e n d a n t q u e l l e priait, elle a p e r ç u t non loin d'elle une d a m e q u i s e confessait, agenouillée dans u n confessionnal. « O h ! se dit-elle, quelle b o n n e occas i o n ! Je vais aller me confesser. » Et elle se précipite de l'autre côté du confessionnal Au bout de quelques m i n u t e s , le g u i c h e t s'ouvre ; c'était u n bon vieux Chanoine, qui, après l'Office, était venu là e n t e n d r e une de ses pénitentes. L'infortuné ne se doutait pas de ce qui l'attendait là. l i n e fut pas l o n g t e m p s à s'apercevoir qu'il avait affaire à u n e àme entortillée, tout em-

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brouillée. Il ESSAYA de la raisonner, employant la douceur d ' a b o r d , . p u i s l'autorité. Rien n'y faisait; au contraire : la pauvre scrupuleuse, semblable à un ver à soie dans son cocon,* dévidait et débitait son interminable marchandise, se r e n d a n t de plus en plus prisonnière cl renforçant de plus en pins sa chaîne. An boul dune demi-heure, v o y a n t qu'il n'aboutissait à rien, le malheureux Chanoine crut devoir couper court à ces. débats inutiles et ridicules, et il ferma le g u i c h e t . Mais il avait compté sans son hôte : la d a m e exaspérée selait élancée sur la clef du confessionnal, et lui avait donné un tour : impossible de s'échapper. « Je ne vous ouvrirai pas, lui dit-elle avec exaltation à travers la grille, avant que vous ne m'ayez entendue jusqu'au bout. Non. je ne vous ouvrirai pas ! » Que-faire? Le pauvre Chanoine dut s'exécuter; il se rassit, rouyrit le guichet, et se résigna à entendre le reste, c'est-à-dire toujours la m ê m e c h o s e ; car ces personnes scrupuleuses ressemblent singulièrement aux écureuils qui t o u r n e n t sans cesse clans leur cage avec u n e liévreuse activité, sans avancer. Quand la d a m e aux scrupules eut enfin dil et redit, et redit encore ses histoires, elle daigna r e n d r e la liberté à son captif; et celui-ci, sortant tout rouge de la boîte, j u r a , mais un peu tard, q u ' o n ne l'y r e p r e n d r a i t plus. La dame n'en fut pas quitte à si bon compte ; lorsqu'elle revint à la g a r e , son train venait de partir... avec tousses bagages.

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XVI
C o m m e n t l a c o n f e s s i o n et l a c o m m u n i o n s o n t p o u r n o u s c o m m e l e s d e u x ailes de l ' e s p é r a n c e .

Le bon DIEU, en c r é a n t les oiseaux, l e u r a d o n n é deux ailes, au moyen desquelles ils peuvent d'abord se soulever de terre, puis s'élever, et s'élever très h a u t d a n s les airs. Nous trouvons là un c h a r m a n t symbole de ce que sont, pour les bons chrétiens, les s a c r e m e n t s de Pénitence et d'Eucharistie. Le sacrement de Pénitence est le r e m è d e direct du désespoir. Tu le rappelles peut-être, m o n enfant, ce cri de reconnaissance et de b o n h e u r que je t'ai rapporté déjà, et que j'ai e n t e n d u sortir un j o u r des lèvres, ou plutôt du cœur d ' u n pauvre j e u n e h o m m e de seize ans relevant la tète après avoir reçu l'absolution : « Oh ! cette bonne confession! Qu'est-ce que j e deviendrais sans elle?» Rien de plus vrai que ce cri du p é c h e u r p a r d o n n é . Un célèbre impie de n o s j o u r s a proféré, au sujet de la confession, un blasphème p r o f o n d é m e n t inepte, qui a été répété par bien des bouches : « La confession, osa-t-il dire, ce m o y e n . c o m m u n de pécher toujours. » La vérité, la voici : « La confession, ce m o y e n si simple et si facile de ne désespérer j a m a i s . » En effet, la foi n o u s enseigne que, quels q u e soient le n o m b r e , la gravité, l'abomination de nos péchés, dès que nous n o u s en r e p e n t o n s s i n c è r e m e n t , dès que n o u s les confessons h u m b l e m e n t , et dès que n o u s en avons reçu l'absolution du prêtre de JÉSUS-CHRIST, notre â m e , tout à

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l'heure «encore frappée de m o r t et perdue pour le ciel, se trouve i n s t a n t a n é m e n t ressuscitée à la vie de la grâce, et réunie de nouveau à son D I E U ; par la vertu toule-puis-^ santé d e s mérites de JÈSUS-CIIRIST et du divin s a c r e m e n t de la Pénitence, elle retrouve, avec la g r â c e , toutes ses espérances éternelles; elle est rétablie d a n s la voie du salut;' elle est rentrée dans le c h e m i n du ciel, de la paix, de la sainteté, du b o n h e u r . Tel est l'effet direct, infaillible, de ce miséricordieux sacrement. Nous autres prêtres, nous passons notre vie à toucher du doigt les merveilles de la confession, à ce point de vue si consolant de l'espérance chrétienne. La confession est le refuge de tous les découragements de la conscience. Ce n'est qu'au ciel que nous saurons combien de millions et de millions d'àmes elle a arrachées au désespoir, c o m b i e n de suicides elle a prévenus. Entre mille a u t r e s , en voici u n curieux exemple. C'était en 18GÔ, à Genève. Une j e u n e actrice, âgée de v i n g t - t r o i s ans, se trouva par hasard d a n s u n hôtel, dont les fenêtres donnaient s u r le lac, a u p r è s d ' u n e de ses amies d o n t la fille së p r é p a r a i t à sa p r e m i è r e c o m m u n i o n . Un excellent prêtre qui s'était c h a r g é d'expliquer à l'enfant son catéchisme, e n t r a dans la salle, et, malgré la p r é s e n c e de la jeune a c t r i c e , qu'il ne connaissait pas, il se m i t à d o n n e r à l'enfant sa leçon a c c o u t u m é e . Ce jour-là, il traita de la confession ; et,, c o m m e il était en pays protestant, il exposa et résolut avec force les objections c o u r a n t e s c o n t r e le sacrement de Pénitence. Voyant passer d e v a n t la fenêtre un beau bateau à vapeur, il dit à sa petite élève : « Tenez, mon enfant, vous voyez ce b a t e a u ? Ce qui le fait aller si vite, c'est la force de la v a p e u r , c o n t e n u e d a n s ses flancs. Cette force est puissante ; mais elle est d a n g e r e u s e . Aussi, dans le m é c a n i s m e de la m a c h i n e à v a p e u r , les i n g é n i e u r s

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1EI.

ont-ils eu bien soin de ménager u n échappatoire pour le trop plein de la v a p e u r ; c'est ce qu'on appelle la soupape de sûreté. Cette soupape esL le salut du bateau et de tous les p a s s a g e r s : sans elle, il y a u r a i t à tout propos des explosions et des accidents terribles. Eh bien ! m a bonne petite, la soupape de sûreté, c'est l'image de la confession : lorsque notre tête, notre imagination, notre cœur ont du trop plein, il leur faut une soupape; sans quoi on ferait de mauvais coups, on tomberait d a n s le désespoir, ou dans la folie, ou m ê m e dans ce c r i m e qui ne peut avoir de repentir, et qu'on appelle le suicide. » Et développant cette pensée, il termina, sa leçon rie c a t é c h i s m e , prit son chapeau et partit. La j e u n e actrice le suivit, très é m u e . Lorsqu'elle se trouva seule avec lui dans le corridor, elle se jeta à ses pieds en sanglotant. « O h ! Monsieur, s'écria-t-elle; v o u s m'avez sauvée. J'étais p e r d u e , désespérée. Siflïée l'autre j o u r sur la scène, j'étais résolue à n ' y plus r e p a r a î t r e ; et ce soir m ê m e j'allais m e jeter d a n s le lac, pour en finir avec les déceptions de la vie; j e voulais m e tuer. Ce que vous venez de dire m ' a été droit au c œ u r . C'est la Providence qui vous a envoyé ici pour moi. Je veux me confesser et tout de suite. » Le bon prêtre la calma, l'encouragea, lui d o n n a rendez-vous à l'église pour le lendemain. Elle se confessa de tout son c œ u r ; et, peu à après, elle c o m m u n i a i t , ravie de bonheur, a côté de la fille de son a m i e . 11 va sans dire qu'elle quitta aussitôt le t h é â t r e ; et, q u e l q u e s années après, lorsque le prêtre qui l'avait sauvée du désespoir, me racontait ces détails, elle vivait très h o n o r a b l e m e n t à Lyon du fruit de son travail, s e r v a n t DIEU avec u n e ferveur chaque j o u r croissante. Sans la confession, je te le d e m a n d e , m o n c h e r J a c ques, que serait devenue cette pauvre c r é a t u r e ?

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Et, sans aller c h e r c h e r des faits aussi extraordinaires, contentons-nous d'interroger tout s i m p l e m e n t notre conscience, et d e m a n d o n s - n o u s ce que nous serions devenus'nous-même, si, d a n s telle ou telle circonstance critique de notre vie, nous n'avions pas eu, là, à notre portée,,ce bienfaisant médecin des âmes, cet a n g e consolateur que Ton appelle le p r ê t r e ? Combien de c h u t e s mortelles son ministère n e ta-t-il pas épargnées ! Combien de fois ce miséricordieux dépositaire des miséricordes i n finiesde JÉSUS ne t'a-t-il point tiré du mal qui m e n a ç a i t de te dévorer, qui peut-être hélas! avait déjà t r i o m p h é de t o i ! Quelles p u r e s joies ta b o n n e petite â m e n'a-t-elle pas ressenties après une h u m b l e confession et u n e bonne absolution ! Et c o m m e on regarde le bon DIEU tranquillement et sans crainte lorsqu'on vient d'être p a r d o n n é ! Les quatre-vingt-dix-neuf centièmes des ùmes bienheureuses qui sont m a i n t e n a n t au ciel, n'y seraient pas sans la confession ! — Donc, ainsi que je te le disais, le s a c r e m e n t de la Pénitence, qui nous a r r a c h e au péché et par c o n s é q u e n t à r e n i e r , est u n des g r a n d s secrets de notre e s p é r a n c e . Mais les petits oiseaux n ' o n t pas qu'une aile ; ils en ont deux. Notre espérance aussi a ses deux ailes ; et la seconde, non m o i n s puissante, n o n moins a d m i r a b l e q u e la p r e mière, c'est le g r a n d s a c r e m e n t de l'Eucharistie. En n o u s le d o n n a n t , le prêtre de DIEU n o u s dit cette parole v é r i t a b l e m e n t céleste : « Que le corps de NotreSeigneur JÉSUS-CHRIST, g a r d e ton à m e p o u r la vie éternelle ! » Vois cher enfant, c o m m e tout cela respire le Paradis, est gros d'espérance ! Toujours la vie éternelle, toujours la perspective d u ciel, d u b o n h e u r qui ne finira jamais..
XVÏ

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—III.

A. ta Messe, dans les belles prières que l'Église met suiles lèvres de ses prêtres, après la c o m m u n i o n , on voit s o u v e n t le ciel, la gloire et la béatitude éternelles, p r é sentées h notre foi et à notre espérance c o m m e le fruit d i r e c t de l a . c o m m u n i o n . Ainsi, par exemple, d a n s la Messe d u Saint-Sacrement, l'Église nous fait dire avec le prêtre : « Seigneur, faites que nous entrions un j o u r en participation de votre béatitude éternelle, que n o u s présage la réception ici-bas de votre Corps et de votre S a n g précieux. » Ainsi encore, d a n s la Messe de Noël, n o u s disons après avoir c o m m u n i é : « DIEU tout-puissant, faites que le Sauveur d u - m o n d e qui, en naissant aujourd'hui, nous apporte une naissance spirituelle et divine, nous accorde aussi l'immortalité b i e n h e u r e u s e . » Dans une des iVlesses du temps pascal, on lit : Seigneur, exaucez nos prières, et faites que cette c o m m u n i o n sacrée au mystère de notre rédemption nous confère le secours de votre grâce pour la vie présente, et nous assure les joies de l'éternité. » A la belle Messe de la Sainte-Vierge, p e n d a n t VA vent, l'Église nous fait dire, après la c o m m u n i o n , cette pieuse prière qui a été choisie pour Y Angélus : « Répandez, s'il vous plaît, Seigneur, votre grâce dans nos â m e s ; afin qu'après avoir c o n n u par la voix de l'Ange Gabriel l'Incarnation de JESUS-GHRIST, votre fils, nous arrivions, par les mérites de sa Passion et de sa Croix à la gloire de sa Résurrection. » La c o m m u n i o n , c'est le ciel sur Ja t e r r e ; et le ciel, c'est la c o m m u n i o n éternelle, éternelle et parfaite, sans voiles, dans la plénitude du b o n h e u r de l ' a m o u r . , Ici-bas, au milieu des agitations du m o n d e , n o u s ress e m b l o n s à de pauvres poissons, qui n a g e n t , ou plutôt

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qui b a r b o t i e n t dans u n e eau fort agitée et très saumàlre. Notre Père céleste est c o m m e le pêcheur q u i jette dans l'eau,l'hameçon de sa ligne* avec u n excellent appât : attirés p a r l'àppàt, les poissons a p p r o c h e n t , sont, pris, tirés de l'eau et mis en sûreté dans u n b a q u e t d'eau bien pure, à côté du pêcheur. Le pêcheur, je le répète, c'est DIEU n o t r e Père, qui, s u r le rivage de l'éternité, nous attend, et n o u s attire à lui. La ligne et l'hameçon, avec l'appât, c'est JÉSUS, avec son doux a m o u r , et avec les consolations de la Religion. Les poissons qui o n t assez d'esprit pour se laisser p r e n d r e , sont les c h r é t i e n s , les bons fidèles, que JÉSUS-CHRIST a r r a c h e aux d a n g e r s du m o n d e et fait e n t r e r dans le b i e n h e u r e u x royaume de son Père. L'eau p u r e du réservoir, c'est la béatitude et la sainteté du ciel. Seulement, e n t r e la pêche spirituelle et la p ê c h e des p ê c h e u r s de nos rivières il y a cette différence q u e , dans J a première, les poissons pris sont sauvés, et seuls s a u v é s ; tandis que, d a n s la seconde, les p a u v r e s poissons pris sont perdus : a u t a n t de pris autant de frits. , La c o m m u n i o n , c'est donc JÉSUS, n'est le bon DIEU . ven a n t à n o u s pour nous u n i r plus i n t i m e m e n t et n o u s attirer plus fortement à lui, au ciel. C'est le Roi d u P a r a dis, r é e l l e m e n t présent s u r la terre sous les voiles du Sac r e m e n t , afin d'attirer la terre au ciel. Remplis de JÉSUSCHRIST, c o m m e n t p o u r r i o n s - n o u s ne pas a s p i r e r de toutes nos forces à cette éternité b i e n h e u r e u s e où r è g n e JÉSUS-GIIRIST, où nous le verrons face à face dans les splendeurs de sa gloire, et où n o u s p a r t a g e r o n s p o u r toujours son b o n h e u r . La c o m m u n i o n complète merveilleusenient l'œuvre de salut, e t par conséquent d'espérance, c o m m e n c é e p a r la confession. C o m m e n t ne se donnerait-il pas à. toi, d a n s sa belle éternité,..le DIEU q u i , après t'avoir p a r d o n n é tes

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fautes, se d o n n e à toi avec t a n t d ' a m o u r et de bonté, dans son Eucharistie? La c o m m u n i o n confirme puissamm e n t la grâce de résurrection et de vie spirituelles que nous apporte la confession : elle n o u s m a i n t i e n t , avec u n e force pleine de suavité, d a n s la vie de la g r â c e , d a n s l'union à JÉSUS, dans le c h e m i n du Paradis. 0 m o n petit Jacques, c h e r enfant de DIEU ! confesse-toi et c o m m u n i e souvent, confesse-loi et c o m m u n i e de tout ton cœur : c'est le m o y e n des m o y e n s pour persévérer dans la vie chrétienne, pour e n t r e t e n i r et fortifier tes espérances éternelles, pour a u g m e n t e r la confiance en DIEU, pour assurer ta persévérance et ion salut. Si tu te confesses et si tu c o m m u n i e s souvent et pieusement, au nom de Notre-Seigneur, je le promets le ciel. XV1J
Q u e l a S a i n t e - V i e r g e est l a M è r e de l'espérance.

La Sainte-Vierge est, c o m m e dit TÉcriture-Sainte, « la Mère du p u r a m o u r , de la c r a i n t e et de la sainte espérance. » Et'elle est tout cela, parce que c'est elle qui n o u s a d o n n é notre Sauveur, source de notre salut et fondem e n t de toutes nos espérances, dans le temps et d a n s l'éternité. Le bon curé d'Àrs disait un j o u r , d a n s un de ses Catéchismes, ces naïves paroles qui r é s u m e n t fort bien la question : « L'homme était crée p o u r In ciel ; le d é m o n à brisé l'échelle qui y conduisait : Notre-Seigneur, par sa Passion, nous en a formé u n e a u t r e : et au s o m m e t de cette échelle est la Très-Sainte Vierge, qui la tient à deux

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m a i n s et qui n o u s crie : « Venez, v e n e z ! » Oh ! la belle .> i n v i t a t i o n ! que l ' h o m m e a donc une belle d e s t i n é e ! Voir DIEU, l'aimer, le bénir, le c o n t e m p l e r p c n d a n t t o u t e l'éternité ! » " La Sainte-Vierge, m o n c h e r enfant, n'est pas la source de nos divines.espérances au m ê m e titre que JÉSUS-CHRIST : seul, JÉSUS-CHRIST, est n o t r e sauveur, et c'est de lui seul que n o u s vient le salut. Il nous le donne au n o m de son Père céleste, en r é p a n d a n t son Esprit-Saint dans nos âmes, p a r la grâce ici-bas, et là-haut p a r les splendeurs de la gloire. Mais, sans la Sain te-Vierge, n o u s n ' a u r i o n s pas eu JÉSUS : son c o n s e n t e m e n t libre était r e q u i s p o u r q u e le m y s t è r e de l'Incarnation s'accomplît en elle; si bien que c'est d'elle, n o n moins que du P è r e céleste, q u e tous, t a n t que nous s o m m e s , nous tenons n o t r e S a u v e u r . Et le salut v e n a n t du Sauveur c o m m e la l u m i è r e v i e n t du soleil, il est a b s o l u m e n t vrai de dire q u e le salut, et la g r â c e , sans laquelle il n ' y a point de salut, et, en général, tous les d o n s de D I E U , qui n e sont que les n u a n c e s de la g r â c e , nous {viennent de la Sainte-Vierge, c'est-àdire p a r la Sainte-Vierge. Ils nous v i e n n e n t de DIEU p a r J É S U S , e t de J É S U S par MARIE. — Comprends-tu bien cela, mon bon Jacques? C'est ici tout l'abrégé du m y s tère de n o t r e s a l u t ; et c'est en ce sens, très réel et très simple, que la Sainte-Vierge est du h a u t du ciel, « d u haut de l'échelle » c o m m e disait le curé d'Ars, n o t r e espérance et notre joie, notre refuge d a n s n o s peines et dans n o s d a n g e r s , la vraie Mère de nos â m e s , ici-bas d'abord, puis là-haut. Les Saints et les g r a n d s Docteurs de l'Église ont, dès les p r e m i e r s temps, p r o c l a m é à qui m i e u x mieux les g r a n d e u r s ineffables du rôle que r e m p l i t vis-à-vis des h o m m e s la Mère de DIEU, devenue notre Mère.

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Saint E p h r e m , qu'on a s u r n o m m é « l'Isale c h r é t i e n », appelle la Sainte-Vierge « l'espoir des désespérés, le secours des pécheurs, la consolation du inonde, la porte des cieux, l'avocate des p é c h e u r s et des délaissés, Je salut du g e n r e humain, le b o n h e u r de la terre, notre protection et la gloire de l ' u n i v e r s . » Un autre ancien Père, saint F u l g e n c e , n o u s dit : « La Vierge MARIE est devenue l'échelle du ciel ; par elle, DIEU est descendu sur la t e r r e , afin que, p a r elle, les h o m mes fussent capables de m o n t e r au ciel. » Saint Bernard disait u n j o u r à ses Religieux, d a n s u n e de ces merveilleuses p r é d i c a t i o n s q u i r e m u a i e n t le m o n d e : « Mes enfants, MARIE est l'échelle des p é c h e u r s ; elle est ma confiance suprême ; elle est tout le fondement de mon espérance !' Que p a r vous, ô M A R I E , n o u s ayons accès a u p r è s de votre Fils JÉSUS ! 0 Vierge bénie, qui avez trouvé grâce et q u i avez enfanté Celui qui est la Vie ! vous êtes la Mère d u salut. Que Celui-là nous reçoive par vous, qui nous a été d o n n é p a r vous ! » De t o u s les Saints, de tous les g r a n d s fondateurs d'Ordres religieux, on pourrait dire ce q u e disait de saint François d'Assise son fils spirituel, le s é r a p b i q u e Docteur saint Bonaven tu re : « Après JÉSUS-CHRIST, c'est en MARIE, la Mère du Seigneur, q u e François mettait .sa principale espérance ; il la constitua sa protectrice et celle de -tous ses Frères. » L'histoire de l'Église est remplie des p a r f u m s célestes de la Sain te-Vierge, de ses louanges et des traits d e son amour, de sa bonté m a t e r n e l l e , de ses incessantes et inépuisables miséricordes. A m e s u r e que la foi c h r é t i e n n e se développait dans le m o n d e , toutes les générations célébraient à l e n v i la Sainte-Vierge, la p r o c l a m a i e n t bienheureuse et la faisaient r é g n e r s u r toute la t e r r e , en

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union'avec son Fils adorable et adoré, JÈSTTS^CIIRIST. Et Ton avait bien raison ; c a r plus on honore et on aime la sainte More d u Sauveur, plus on se l'approche de lui ; plus un est à M A R I E , plus on appartient à J É S U S , Roi de g r â c e et de gloire'. Or, qu'est-ce que tout cela, dis-moi, sinon le cri de la foi uni au cri de l'espérance et de l ' a m o u r ? Cher enfant, si tu veux m a r c h e r en a s s u r a n c e dans la voie du Paradis et y persévérer j u s q u ' a u bout, mets-toi tout entier sous l a protection de la Mè*v de DIEU. A l'exemple des Saints-, donne-toi, consacre-toi tout entier à cette très b o n n e , très puissante et très sainte Reine d u c i e l . L'expérience le d é m o n t r e chaque j o u r : il est impossible qu'un vrai serviteur de MARIE périsse. Les prodiges de la miséricorde et de la protection quasi-miraculeuse de la Saiute-Vierge a b o n d e n t p o u r le prouver. Là où tout s e m ble.perdu, le salut r e n t r e tout à coup, on ne sait commenl, dès que la Sainte-Vierge s'en mêle. Tout d e r n i è r e m e n t , u n pauvre petit ouvrier de dix-sept ans, sans ouvrage et sans pain, ne s a c h a n t plus où donner de la tête,, passait devant la célèbre église de NotreDame des Victoires, à Paris. Saisi d'une inspiration subite, il y-entre, se jette à g e n o i x d e v a n t l'autel de la Sainte-Vierge, et la supplie, en pleurant, de ne pas l'abandonner. Au sortir de l'église, u n i n c o n n u l'aborde : « Vous avez l'air d'un bon enfant, lui dit-il. Quel âge avezvous ? Et c o m m e n t vous appelez-vous?» Le j e u n e h o m m e lui a y a n t r é p o n d u , le Monsieur lui d e m a n d a quel était son état et pourquoi il n'était pas au travail, à cette h e u r e du j o u r . « H é ! Monsieur, répondit le pauvre g a r ç o n , c'est que j e suis sans travail depuis long-temps déjà. J e cherche p a r t o u t et ne trouve rien. Je n'ai plus un sou. Jo viens de supplier la b o n n e Vierge d'avoir pitié de moi et de m e faire trouver de l'ouvrage. — -Suivez-moi, m o n
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enfant, dit alors l'inconnu ; peut-être pourrai-je vous en d o n n e r . » C'était un riche fabricant du voisinage. Les r e n s e i g n e m e n t s demandés sur le j e u n e ouvrier furent satisfaisants, et dès le l e n d e m a i n celui-ci e n t r a i t dans la maison avec d'excellentes c o n d i t i o n s ; et deux ou trois ans après, quand il me contait cela, encore tout é m u de reconnaissance, il était h e u r e u x c o m m e u n roi, gagnait fort bien sa vie, et était l'objet des bontés incessantes du patron que lui avait obtenu sa filiale confiance e n MARIE. Un pauvre vieux c h a r b o n n i e r , perdu au milieu des montagnes de l'Ecosse, était depuis plusieurs semaines entre la "vie et la mort. Toute sa famille le pressait de faire au bon DIEU le sacrifice de sa vie, pour suppléer de son mieux à l'absence de prêtre. « Je n'en suis pas là ». répondait-il du ton le plus tranquille. On insistait; toujours la m ê m e réponse et la m ê m e tranquillité. C'était d'ailleurs u n très brave chrétien, et personne n e comprenait rien à ce refus d'accepter la mort qui semblait imm i n e n t e . Un soir, un é t r a n g e r se présente, enveloppé d'un g r a n d manteau, et frappe à la porte de la chaumière, « Je suis égaré d a n s la forêt, dit-il, et j e viens vous d e m a n d e r l'hospitalité de la nuit. » On l'accueille avee empressement, et on lui offre de p a r t a g e r le modeste petit souper de la famille. L'étranger avait l a i r grave el bon. « Vous me paraissez tristes, dit-il à ces b r a v e s gens. — Oui, répondit la m è r e . C'est que nous avons-là, dans la c h a m b r e à coté, notre vieux père qui se m e u r t ; el, depuis plusieurs semaines, il s'obstine à dire qu'il ne m o u r r a pas e n c o r e ; et il ne songe pas à se p r é p a r e r à son éternité. — Menez-moi donc auprès de lui. Peutêtre pourrai-je lui faire du bien. » On l'y mène. « Bonjour ! mon a m i , dit l'étranger. Que DIEU vous b é n i s s e ! Il paraît que vous êtes bien m a l a d e , et que

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vous av'ez de la peine H vous résigner à votre sort- Prenez confiance. — Oh ! Monsieur, répondit le m o u r a n t , je n'ai j a m a i s perdu confiance; et c'est p r é c i s é m e n t pour cela que j e siiis s u r q u e j e ne mourrai pas encore. — Comment c e l a ? m o n a m i . — Le voici. Mais d'abord, dites-moi, êtes-vous catholique ? sans cela, vous ne comprendriez pas. — Oui, dit-il, je suis c a t h o l i q u e ; et, de plus, j e suis votre Évoque » ; et, ouvrant son m a n t e a u , il lui m o n t e sa croix pastorale. A cette v u e , le pauvre vieillard éclate en sanglots, et, r a n i m a n t ses forces, il s'asseoit s u r son lit. « 0 m o n DIEU ! s'écrie-t-il, n'avais-je pas raison d'avoir confiance en vous et en votre sainte Mère? » Et, se t o u r n a n t vers l'Évèque : « Il y a plus de v i n g t a n s , ajoule-t-'il, que je prie c h a q u e j o u r la Sainte-Vierge de ne pas m e laisser m o u r i r sans le secours d'un prêtre au milieu de ces pays protestants. J'étais bien sûr qu'elle m ' e x a u c e r a i t ; et c'est pour cela que je disais avec t a n t d'assurance à mes enfants que m o n h e u r e n'était pas encore v e n u e . Maintenant Seigneur, laissez partir en paix votre serviteur, parce q u e mes yeux voient le salut que m'envoie votre b o n n e providence.'» Et il se confessa de tout son-cœur, en r e m e r c i a n t la Sainte-Vierge avec des effusions qui attendrissaient j u s q u ' a u x l a r m e s le bon Evèque et toute la famille. Le lendemain m a t i n , il m o u rait doucement, les yeux au ciel, le visage souriant, en invoquant les doux n o m s de JÉSUS et de MARIE. La puissance de la Sainte-Vierge est sans b o r n e s , c o m m e sa miséricorde. Un seul exemple tout r é c e n t , entre cent mille : Un m a l h e u r e x prêtre, infidèle à ses devoirs, missionnaire d a n s les Indes, avait résolu de se faire protestant, et ministre prolestant. Il avait peu à peu a b a n d o n n é ses pratiques de piété, son bréviaire et la icélébration de la

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III.

Messe. Il avait conçu contre l'Église u n e véritable haine. H e u r e u s e m e n t pour lui, il avait, j u s q u ' a u x t e m p s de son apostasie, conservé u n e piété toute filiale e n v e r s la TrèsSainte-Vierge. La veille d u j o u r où il devait se l'aire officiellement et p u b l i q u e m e n t protestant, le m a l h e u r e u x s'était jeté sur un c a n a p é pour p r e n d r e un peu .de repos et faire sa sieste, selon l'usage du pays. Un ami s'approc h a et lui demanda d o u c e m e n t la p e r m i s s i o n de lui passer au cou le scapulaire de la Sainte-Vierge, qu'il avait déposé depuis plusieurs mois. P o u r ne point faire de peine à son ami, il n e dit rien el laissa faire. « Au fond, se dit-il, cela ne p e u t m e faire ni bien n i m a l . » Mais, o bonté toutepuissante de la Mère de DIEU ! à peine Je s c a p u l a i r e est-il sur sa poitrine, q u ' u n e émotion s u r n a t u r e l l e s'empare de lui; un c h a n g e m e n t s u b i t s'opère d a n s sa volonté et dans son esprit. « Qu'est-ce que cela? s'écrie-t-il en se levant avec vivacité, et que se passe-t-il en m o i ? Non, je ne veux plus m e faire p r o t e s t a n t ! JNon, j e n e s e r a i ' p o i n t apostat ! La Sain le-Vierge m e rend à m o n DIEU et n moim ê m e . Seigneur, pardonnez-moi ! » Et il se jette à genoux en sanglotant, priant son a m i stupéfait et ravi de joie d'aller avertir l'Évèque sans perdre u n i n s t a n t , p e n d a n t que lui-même va se j e t e r aux pieds d'un p r ê t r e , confesser son crime et retrouver la paix du c œ u r d a n s le p a r d o n du bon DIEU. — Au mois rie n o v e m b r e 1875, il écrivait luim ê m e , avec quantité de détails t r è s - i n t é r e s s a n t s , le récit de sas égarements et de son retour, en b é n i s s a n t la SainteVierge. Je te le répète, m o n bon Jacques, confie-toi pleinem e n t et toujours en la Mère des m i s é r i c o r d e s . Invoque-la d a n s tes tentations, d a n s tes chutes m ê m e , car elle est le Refuge des pécheurs. Invoque-la d a n s tes m a l a d i e s et tes souffrances: car elle est le Salut des infirmes et la

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Consolatrice des affligés. Invoque-la en la vie et en la mort : elle n e t'abandonnera, j a m a i s ; toujours elle t'aimera, te soutiendra, t'obtiendra les grâces nécessaires à ton vrai b i e n . . Ne lui d e m a n d e pas trop de ces petites faveurs t e m p o relles qui; au fond, ne servent pas à grand chose, et sont bien souvent plus nuisibles qu'utiles à notre à m e . Il y en a qui font consister toute leur dévotion et toute leur c o n fiance en M A R I E à lui d e m a n d e r du beau t e m p s pour u n jour de fête ou de p r o m e n a d e , la première place d a n s tel ou tel petit c o n c o u r s , la guéri son d'un cor au pied ou d'une m i g r a i n e , la réussite de j e ne sais quelle petite négociation de q u a t r e sous, etc. Et si, au lieu de les exaucer pour ces sortes de bagatelles, la b o n n e Vierge leur obtient des grâces spirituelles, telles que la consolation dans u n e affliction, le courage et la persévérance d a n s une tentation, d a n s une épreuve, les voilà qui se découragent, qui se dépitent et qui p e r d e n t confiance en la Mère de D I E U . Tout cela est-ce digne d'un chrétien ? Au P a r a d i s , n o u s v e r r o n s et nous a i m e r o n s p e n d a n t toute l'éternité M A R I E , notre très sainte et très b o n n e Mère; e t ' n o t r e confiance en elle n e sera pas p l u s confondue q u e n o t r e espérance en Celui qui n o u s l'a d o n n é e pour Mère et q u i , du h a u t du ciel, c o n t i n u e à n o u s la montrer en r é p é t a n t la g r a n d e parole du Calvaire : « Voici votre Mère. »

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III.

XV1I1
D e l'ineffable b o n h e u r q u i a t t e n d n o s â m e s d a n s l e e i e l .

En t e r m i n a n t nos petites causeries sur la très grande, très rare, très excellente et très sainte v e r t u d'espérance, il nous faut, m o u bon Jacques, élever n o t r e esprit et notre cœur et contempler d'avance, à la l u m i è r e infaillible de la Foi, le ciel, objet de n o t r e e s p é r a n c e ; ce beau ciel où, par la miséricorde de D I E U , nous i r o n s u n jour. Le ciel est u n état m e r v e i l l e u x de gloire et de bonheur, pour nos â m e s d'abord, p u i s , a p r è s la r é s u r r e c t i o n , pour nos corps. Pour nos âmes, le ciel c'est ce que les théologiens appellent la vision intuitive, c'est-à-dire la c o n n a i s s a n c e et la vue surnaturelles du bon D I E U , de tous ses mystères, de toutes ses perfections a d o r a b l e s . Grâces à u n e lumière toute divine que DIEU r é p a n d r a en notre intelligence au m o m e n t où nous e n t r e r o n s au Paradis, et qui s'appelle « la l u m i è r e de la gloire », n o u s v e r r o n s D I E U , tel qu'il est, tel qu'il sevoit l u i - m ê m e . Nous v e r r o n s , d a n s u n e contemplation et d a n s u n e adoration dont nous n e p o u v o n s pas m ê m e n o u s faire u n e idée s u r la terre, l'cstsence divine, l'éternité-de DIEU, sa beauté iniinio, son a m o u r infini avec toutes les splendeurs éblouissantes de sa toute-puissance, de sa sagesse, de sa bonté, de sa sainteté, de son amour. A cette lumière de l'éternité, n o u s v e r r o n s l'éternel m y s t è r e de la Très-Sainte T r i n i t é , c'est-à-dire u n seul DIEU en trois personnes ; n o u s v e r r o n s , avec u n e extase d ' a m o u r qui ne finira j a m a i s , c o m m e n t le Fils d e DIEU est éternellement e n g e n d r é d u Père et c o m m e n t , de leur

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amour éternel, procède le Saint-Esprit, troisième personne de la T r i n i t é , seul vrai DIEU avec le Fils et avec le Père, et qui est le Bien infini, c o m m e le Fils est la Vérité infinie, comme le Père est l'Être infini. Dans la-lumière de la gloire, nous c o n t e m p l e r o n s face à face, d a n s le ravissement de l'amour et d a n s u n e adoration ineffable, le m y s t è r e de l'Incarnation et de la Rédemption du m o n d e . Nous v e r r o n s d a n s toute sa gloire le Roi d u ciel, Notre-Seigneur JÉSUS-CHRIST, v r a i DIEU et vrai h o m m e tout e n s e m b l e , Lumière de l'éternité, comme le soleil est la l u m i è r e de l a terre et du t e m p s . Nous v e r r o n s la b e a u t é indicible de cette h u m a n i t é , pour laquelle tout a été fait, où la divinité h a b i t e et se manifeste tout entière, s ' é p a n c h a n t par elle s u r toute créature; c o m m e la l u m i è r e matérielle, r é s i d a n t d a n s le soleil; s'épanche par le soleil et illumine le m o n d e . Nous verrons, en les bénissant, les très-sacrés stigmates que JÉSUS a voulu conserver j u s q u e dans sa gloire, c o m m e autant de voix destinées à c h a n t e r é t e r n e l l e m e n t , au milieu des élus, le m y s t è r e de leur r é d e m p t i o n . La B i e n h e u reuse Marguerite-Mario, à qui le S a u v e u r a d a i g n é les montrer i i n j o u r en la r a v i s s a n t en extase, dit que ces stigmates de J É S U S glorifié resplendissaient, c o m m e cinq soleils, d ' u n e l u m i è r e i n f i n i m e n t supérieure à la l u m i è r e de n o t r e soleil, celles d u c œ u r p r i n c i p a l e m e n t d'où s'échappait c o m m e un océan de flammes, s y m b o l e du divin a m o u r . Au ciel, nous v e r r o n s , d a n s la vision i n t u i t i v e , la multitude b i e n h e u r e u s e des Anges et des S a i n t s et, à leur tête, ou plutôt à notre tête (car nous aussi n o u s en serons), la glorieuse et tout i m m a c u l é e Vierge M A R I E , vraie Mère de D I E U , puisqu'elle est v r a i e Mère de J É S U S ; n o u s la v e r rons toute revêtue de la beauté divine de son Fils et d e

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son D I E U , partageant sa gloire et sa béatitude éternelles, c o m m e elle a partagé, sur la terre, ses a b a i s s e m e n t s et ses douleurs ; nous serons toujours avec elle; et, avec elle, n o u s contemplerons son JÉSUS et notre J É S U S , avec l'Esprit-Saint, dans la gloire de DIEU le Père. O mon bon enfant, c h e r J a c q u e s , voilà ce qui n o u s attend au ciel, après les ténèbres, les laideurs et les misères •dece bas-monde. Que ce sera b e a u ! Notre cœur suivra notre esprit d a n s ce m o n d e éternel de l u m i è r e , de béatitude et d ' a m o u r . A la « vision intuitive » se joindra, c o m m e u n e conséquence nécessaire, un bonheur parfait, sans m é l a n g e , que la théologie nomme l'union beatifique. De m ê m e que, d a n s la l u m i è r e de la gloire, n o u s verrons DIEU tel qu'il est, avec toutes les merveilles de ses œuvres dans l'ordre de la g r â c e c o m m e d a n s l'ordre de la n a t u r e ; de m ê m e aussi, d a n s le feu de l'amour divin, nous serons tellement e m b r a s é s , tellement béatifiés par les flammes sacrées qui e m b r a s e n t et béatifient. le cœur de J É S U S , que notre cœur et son c œ u r ne feront plus qu'un dans le Saint-Esprit. Et, c o m m e l ' a m o u r c'est le bonheur, nous j o u i r o n s de la b é a t i t u d e m ê m e de J É S U S , béatitude v r a i m e n t. divine, q u e n o u s p a r t a g e r o n s avec- MARIE, avec les Séraphins, les Chérubins et tous les chœurs des Anges, avec tous les Saints, tous les élus de t o u s les siècles.* L'amour tend à l'union : d a n s le ciel, l ' a m o u r étant parfait et éternel, n o t r e u n i o n avec J É S U S - C H I U S T et avec l a Sainte-Vierge, notre u n i o n avec tous les bienheureux h a b i t a n t s du Paradis sera t e l l e m e n t parfaite, tellement i n t i m e , tellement beatifique, q u e rien ici-bas n e saurait y être comparé. Tous et c h a c u n n o u s n o u s a i m e r o n s de ' a m o u r m ê m e d o n t nous a i m e r o n s le bon DIEU et dont

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le bon D I E U n o u s a i m e ; et, je te le répète, d a n s ce très parfait a m o u r , nous j o u i r o n s d'un très p u r et très parfait bonheur. Au milieu de c e t . a m o u r universel, nous" conserverons toutes les n u a n c e s si douces des affections bonnes et saintes qui a u r o n t rempli notre- c œ u r sur la terre ; ainsi, au ciel, c'est d'un a m o u r filial que tu aimeras ton père, ta m è r e , tes p a r e n t s ; et, à l e u r tour, tes bons p a r e n t s t'aimeront d ' u n a m o u r paternel et m a t e r n e l . Les affections saintes q u i , s u r la terre, t ' a u r o n t u n i à telle ou telle personne, les amitiés v é r i t a b l e m e n t c h r é tiennes, en u n mot tous les a m o u r s qui, du c œ u r de JÉSUS-CHRIST, a u r o n t passé p a r ton c œ u r p o u r t ' u n i r aux créatures, d e m e u r e r o n t p e n d a n t toute l'éternité e n c o n servant leurs n u a n c e s respectives. N o n - s e u l e m e n t a u ciel on se r e c o n n a î t r a , m a i s on s'aimera tout spécialement; et toutes nos affections légitimes ne seront q u ' é p u rées, q u e perfectionnées, q u e r e n d u e s i m m u a b l e s et éternelles. 0 c h e r enfant, q u e ce sera bon ! et c o m m e il faut ne, laisser e n t r e r ici-bas d a n s noire c œ u r que ce qui pourra y d e m e u r e r toujours, toujours!
N

Voilà pour Tàme : « la vision intuitive » et « l'union béatifique ». Nous en j o u i r o n s dès l'instant m ê m e de n o tre m o r t si nous avons m e n é u n e vie p a r f a i t e m e n t c h r é tienne et i n n o c e n t e en ce m o n d e ; ou encore si, a y a n t eu le m a l h e u r de pécher, n o u s avons totalement, parfaitement r a c h e t é nos fautes p a r la pénitence et les œ u v r e s saLisfactoires, p a r de très sincères confessions, p a r des c o m m u n i o n s très ferventes et très fréquentes, p a r les I n dulgences, p a r un a m o u r très parfait, p a r u n e u n i o n intime a v e c le Saint des Saints, JÉSUS-CHRIST n o t r e R é d e m p teur. Si la sainteté et la j u s t i c e de DIEU n o u s obligent, au m o m e n t dè notre m o r t , à des purifications plus ou moins prolongées d a n s les b a i n s b r û l a n t s des terribles

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.LE JEUNE OUVRIER CHRETIEN.

III.

flammes du Purgatoire, nous ne j o u i r o n s de la vision intuitive et de l'union beatifique qu'à l ' i n s t a n t où, notre expiation étant p l e i n e m e n t p a r a c h e v é e , n o u s a p p a r a î trons purifiés de toute souillure d e v a n t la face de DIEU et entrerons dans son éternel P a r a d i s . A n o u s d ' a b r é g e r d'avance, p a r l a sainteté de notre conduite et n o t r e u n i o n avec JÉSUS-CHRIST, un si douloureux retard ; à n o u s de préparer de notre m i e u x , avec la g r â c e de JÉSUS et les secours de son Église, n o t r e a d m i s s i o n la plus p r o m p t e possible au ciel et à ses splendeurs, lorsque v i e n d r a le m o m e n t de m o u r i r . Un mot m a i n t e n a n t sur la béatitude dont j o u i r a n o t r e corps lorsque, ressuscité, il sera r é u n i p o u r toujours à notre â m e bienheureuse. Ce sera, m o n enfant, l'objet de. notre prochaine causerie.

XIX

D e l'éternelle béatitude de nos corps ressuscites.

Ce n'est pas s e u l e m e n t notre â m e qui sera b i e n h e u r e u s e dans le ciel : notre corps lui-même, ressuscité au d e r n i e r j o u r par la toute-puissance de D I E U , p a r t a g e r a p o u r touj o u r s le bonheur de l'âme. Ceci est de foi révélée, et c'est l'avant-dernier article d u Symbole des Apôtres. A la fin des t e m p s , lorsque Nofcre-Seigneur J É S U S CHRIST apparaîtra, c o m m e l'éclair et la foudre, s u r les n u é e s d u ciel en ce second a v è n e m e n t , nos corps ressusciteront, les uns pour la gloire éternelle d u Paradis, les autres pour les supplices éternels de l'enfer.

L'ESPÉRANCE

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C o m m e n t cela se fera-t-il? P e r s o n n e rie le sait, si ce n'est DIEU s e u l ; mais ce q u e n o u s savons avec une- certitude infaillible,, parce que DIEU l u i - m ê m e nous l'a révélé, c'est que cela aura lieu. 'Les libres-penseurs p r é t e n d e n t qu'il y a là- une impossibilité m a t é r i e l l e : et, avec la pro-, fondeur ordinaire de ce qu'ils, appellent « la science », ils fout des calculs de fantaisie sur les modifications successives de n o t r e corps, qui n'en p e u t mais. Ils oublient, ou plutôt ils ignorent, ces h u m b l e s savants, que rien n'est impossible à Celui qui est tout-puissant ; qu'il est p l u s facile de reconstituer un corps que de le créer, c'est-à-dire de le faire de r i e n ; qu'enfin, depuis, la création de l ' h o m m e , création qui a c o u r o n n é l'œuvre de DIEU, pas un seul nouveau pelit atome n ' a été créé ni ajouté a u x a u t r e s , et q u e pas un seul n o n plus n ' a été a n é a n t i : ils ont été modifiés, transformé^ plus ou m o i n s ; mais, je le répète, pas u n seul n'a été ajouté à la création, pas u n seul n ' e n •*est disparu. Il n'y a donc eu, d a n s le monde d e l à m a t i è r e , que de simples t r a n s f o r m a t i o n s . Dès lors, qui e m p ê c h e rait q u e le regard t o u t - p u i s s a n t du Créateur et q u e s a toute-puissante main ne r a s s e m b l e n t en u n i n s t a n t , et par un simple acte de volonté, tous ces éléments épars de notre corps, pour les r e c o n s t i t u e r et en former des c o r p s glorieux? Passant d o n c sur ces objections plus ou m o i n s s a u g r e nues, s o u v e n o n s - n o u s , m o n enfant, pour en b é n i r le Seig n e u r et pour r a n i m e r n o t r e espérance, des magnifiques destinées, qui, après la r é s u r r e c t i o n , seront, d a n s le ciel, le partage de nos corps. D'abord, ilsressuscitcront i m m o r t e l s . Comme n o t r e â m e , notre corps est une c r é a t u r e destinée à l'éternité m ê m e . Oui, si n o u s vivons s a i n t e m e n t p e n d a n t les quelques a n nées de notre pèlerinage s u r la terre, et si n o u s m o u r o n s
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LE JEUNE OUVRIER CHRÉTIEN. —

III.

d a n s la grâce de DIEU, nous sommes infailliblement assurés de partager un j o u r la béatitude éternelle de DIEU, et dans notre âme et d a n s notre corps. Gomme aussi, si nous avions le m a l h e u r de vivre mal et de m a l mourir, nos corps ressuscites iraient brûler, avec nos âmes, dans cette « prison de feu » d o n t parle le saint Evangile, « où le ver rongeur du r e m o r d s n e m e u r t point, et où le feu ne s'éteint point. » Au ciel, nos corps ressuscites seront d a n s u n état tout nouveau de perfection, de gloire, de beauté, de béatitude absolument i n e x p r i m a b l e . N o n - s e u l e m e n t ils seront immortels, non-seulement ils s e r o n t i m p a s s i b l e s etsoustraits à toute douleur, à tout dépérissement, m a i s ils seront c o m m e plongés d a n s u n abîme de célestes délices, où tous nos sens renouvelés et sanelifiés, j o u i r o n t d'une manière totale, éternelle, des béatitudes m ê m e s de l'adorable h u m a n i t é de J È S U S - C I I R I S T ; et cet état de divines jouissances, i n c o n n u e s à la terre, ne subira n i diminution ni déclin. Et il sera a u g m e n t é , dilaté, amplifié de toutes les joies, de toutes les béatitudes de nos frères du ciel, les élus et les Anges. Gela vaut-il la peine, dis-moi, m o n J a c q u e s , do nous mortifier un peu sur la t e r r e et de n o u s y imposer des privations? Gela vaut-il la peine de r é p r i m e r bravement les révoltes de notre c h a i r , de n e pas n o u s laisser aller aux appétits de nos m é c h a n t e s passions, de t a n c e r notre paresse et sensualités naturelles, d'observer sans murm u r e r le maigre et le j e û n e , de ne pas r e c u l e r devant les fatigues du service de DIEU, de souffrir sans nous plaindre, en un mot, de faire p é n i t e n c e ? Saint-François d'Assise étant s u r le point de mourir d e m a n d a à ses frères de retendre à t e r r e , s u r la cendre, par h u m i l i t é , pauvreté et pénitence. Quoiqu'il fût de-

L'ESPÉRANCE

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venu p r e s q u e a v e u g l e à force de p r i e r en p l e u r a n t , il put voir e n c o r e ses p a u v r e s j a m b e s , a m a i g r i e s , presque d e s séchées par les austérités et les fatigues de sa vie apostolique. Il a v a i t c o u t u m e d'appeler son corps, « frère l'âne », p a r c e q u e , disait-il g a î m e n t , j e le traite à la d u r e , lui d o n n a n t beaucoup à. travailler, peu à m a n g e r , le b a t tant ferme et l'obligeant à toujours m a r c h e r droit. E n le voyant d a n s u n si misérable état, il ne p u t s ' e m p ê c h e r d'en avoir compassion. « 0 m o n p a u v r e frère â n e , lui dit-il, j e t'ai bien maltraité, n'est-il pas vrai, p e n d a n t q u e nous c h e m i n i o n s e n s e m b l e en cette vie m o r t e l l e ? Pardonne-le moi ; c'était d a n s ton i n t é r ê t c o m m e d a n s le mien. Si j e t'avais flatté, tu m ' a u r a i s j o u é des t o u r s ; tu m'aurais perdu pour toute l'éternité, et tu te serais p e r d u avec m o i . J'irais brûler p o u r toujours en enfer, et tu viendrais m'y rejoindre. M a i n t e n a n t , au contraire, n o t r e travail est t e r m i n é . Par la miséricorde de m o n D I E U , j e vais au ciel ; et toi, lorsque au j o u r du Seigneur, tu r e s susciteras glorieux, tu v i e n d r a s p a r t a g e r avec m o i , p e n dant toute J'éternité, les saintes délices du Paradis. » Saint François é t a n t m o r t q u e l q u e s h e u r e s après, DIEU voulut manifester m i r a c u l e u s e m e n t la vérité de ce q u e venait de dire son g r a n d serviteur, en glorifiant i m m é diatement sa dépouille mortelle : son corps, tout à l ' h e u r e si épuisé, si défiguré p a r l a souffrance, devint tout-à-coup lumineux et a d m i r a b l e , et tous les h a b i t a n t s d'Assise purent c o n t e m p l e r , avec; r a v i s s e m e n t , cette merveille de la puissance de DIEU et ce gage s u r n a t u r e l de la future glorification du corps de saint F r a n ç o i s . En effet, a p r è s la r é s u r r e c t i o n , n o s c o r p s glorifiés s e ront tout resplendissants de l u m i è r e , et d ' u n e b e a u t é si éclatant*», qu'ils seront d i g n e s de la sainteté parfaite de nos â m e s . Plus de difformités, plus de laideurs, plus

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LE JEUNE OUVRIER

CHRÉTIEN.

III.

m ê m e d'imperfections : t o u t s e r a r e n o u v e l é , réparé, transfiguré ; tout ce qui est ici-bas misérable a u r a disparu ent i è r e m e n t et pour toujours. Plus a u c u n e nécessité, plus de besoins, plus de r e g r e t s ni de souffrances possibles. Et chose admirable, é g a l e m e n t révélée de DIEU, nous ressusciterons tous a l'âge parfait de la plénitude de la virilité, à. ce que VÉcriture-Sainte appelle « l ' h o m m e parfait arrivé à la pleine m e s u r e de l'Age de JÉSUS-CHRIST. » J u s q u ' à cet âge, en effet, l ' h o m m e n ' a pas a t t e i n t la plénitude de sa virilité, et à partir de cet âge il n e fait guère que décroître et décliner. Les enfants ressusciteront donc tels qu'ils eussent été si leur vie n a t u r e l l e n'avait été brisée c o n t r a i r e m e n t à Tordre p r i m i t i v e m e n t é t a b l i ; et les pauvres vieux ressusciteront débarrassés de leurs rides et des autres injures de la caducité. La clarté céleste dont nos corps seront alors tout i m p r é g n é s , fera disparaître toutes les imperfections de nos traits, de nos membres et de toutes nos puissances n a t u r e l l e s . En outre, nos corps « ressusciteront tout spirituels, » c o m m e dit encore l'Écriture. Sans être devenus de purs esprits, comme nos â m e s ou c o m m e les Anges, ils seront revêtus de toutes les propriétés des â m e s qui les animer o n t ; ils seront, « c o m m e les Anges de DIEU » dit NoLreSeigneur lui-même d a n s l'Évangile. Plus de pesanteurs, plus d'assujettissement aux lois terrestres et imparfaites de la matière : nous serons-là où n o u s v o u d r o n s être, et nos corps jouiront de l'agilité m ê m e et de la subtilité des e.-prits. Je le le répète, mon enfant bien-aimé, voilà ce qui t'attend au ciel, dans la b i e n h e u r e u s e éternité, si, en ce m o n d e , tu es fidèle au service et à l ' a m o u r de ton DIKU. Que sont, dis-moi, les sacrifices, les mortifications les plus rudes, en comparaison d'une r é c o m p e n s e si magni-

L'ESPÉRANCE

3Ni)

fique, si splendide, si prodigieuse, si disproportionnée à tout m é r i t e ^ si infiniment supérieure- iv tout travail, à toute peine, quelle qu'elle soit, y c o m p r i s celle du plus douloureux m a r t y r e ? Et cette r é c o m p e n s e , que DÏEU luimême appelle,. «Jrop g r a n d e , magna nimis, » p e r s o n n e ne p o u r r a n o u s l'enlever ; nous ne p o u r r o n s pas la perdre. Elle ne c o n n a î t r a ni satiété ni e n n u i ; elle sera éternelle c o m m e DIEU m ê m e , qui en sera le principe et l'objet souverain. En u n mot, avec JÉSUS-CHRIST et en J É S U S CHRIST., n o u s posséderons DIEU, et n o u s jouirons de son divin b o n h e u r t o u j o u r s , toujours, toujours. Tel est le t e r m e b i e n h e u r e u x de la très-sainte v e r t u d'espérance-

I A CHARITÉ
L'AMOUR DE DIEU

1
C e q u e c'est q u e l a c h a r i t é .

Voici, m e s bons a m i s , u n sujet aussi doux q u ' i m p o r tant. Nous allons lâcher de le bien expliquer, afin d'en mieux profiter; et v o u s , mes amis, vous allez recevoir dans le fond m ê m e de votre c œ u r ce que je vais vous e n dire au nom et pour l'amour du bon D I E U . Le mot Charité vient d'un m o t latin charitas, qui signifie tout s i m p l e m e n t amour. En effet, avoir la charité, p r a t i quer la charité, c'est tout s i m p l e m e n t a i m e r . Il y a c e p e n d a n t cette différence entre la.« charité » et « l'amour », que ce d e r n i e r mot s'applique à tout ce que l'on aime, i n d i s t i n c t e m e n t , que ce soit bon ou que ce soit mauvais, que ce soit sacré ou que ce soit profane. Par « charité « on e n t e n d , au contraire, u n i q u e m e n t F a m o u r saint, l'amour s u r n a t u r e l et chrétien, qui vient en nous de la g r â c e de JÉSUS-CHRIST, et n o n p o i n t de la n a t u r e . Le cœur adorable de Notre-Scigneur est pour toute l'Eglise le foyer divin de la c h a r i t é , c o m m e Je soleil est pour toute la terre le foyer céleste de la l u m i è r e . Vous m e d e m a n d e r e z peut-être : « Mais, Y amour lui-

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LE JEUNE OUVRIER CHRETIEN. —

III.

m ê m e , qu'est-ce doue? Qu'est-ce que c'est « q u ' a i m e r » ? — Ou adressa un jour cette m ê m e question à saint François de Sales. « Que Faut-il faire, lui disait-on, pour a i m e r DIEU? » — [I faut l'aimer, répondit-il t r a n q u i l l e m e n t . — Sans d o u t e ; mais pour l'aimer, que faut-il faire? — Je vous le répète, dit-il de nouveau, il" faut l'aimer. » Kt c o m m e on s'étonnait de cette réponse : «Oui, reprit-il avec une douce et aimable g r a v i t é ; oui, pour a i m e r DIEU, il faut l'aimer; et il n'y a pas d'autre chose à faire. Voyezvous, aimer est une chose si simple, si profonde, si divine, si lumineuse, que, sans pouvoir l'expliquer, tout le m o n d e comprend ce que c'est q u ' a i m e r . » — Rien de plus vraiOn peut ajouler c e p e n d a n t qu'aimer, c'est se donner, se sacrifier, se dévouer à celui ou à ceux q u e l'on a i m e . Ainsi, pour prendre des exemples d a n s u n ordre bieu connu de tout le m o n d e , u n e m è r e aim*> son enfant, un véritable ami aime son a m i , u n soldat aime sa patrie, etc. La m è r e vit pour son enfant, l'aime pour l u i - m ê m e , se dévoue, se sacrifie p o u r lui, sans penser à e l l e - m ê m e : elle l'aime. Un ami, v r a i m e n t digne de ce n o m , aime son ami pour lui, et s'oublie g é n é r e u s e m e n t pour lui rendre service et le rendre h e u r e u x : il l'aime. Un véritable soldat se sacrifie et m e u r t p o u r sa patrie, sans p r é t e n d r e à autre chose qu'au bonheur de l'avoir sauvée : il aime sa patrie. C'est juste l'opposé de ce q u e dans le m o n d e on appelle « aimer ». Les m o n d a i n s « a i m e n t » ce qui excite leurs convoitises : au lieu de se d o n n e r , ils p r e n n e n t ou tâchent d'è p r e n d r e ; et loin de se sacrifier à ce qu'ils a i m e n t , ils le sacrifient à leur passion. C'est ainsi que les loups « aim e n t » les m o u t o n s ; que les enfants « a i m e n t » les confitures; que les radicaux « a i m e n t '» le p a u v r e p e u p l e ; que les démocrates « a i m e n t » l'ouvrier : ils en vivent, ils en m a n g e n t , voilà c o m m e n t « ils a i m e n t ».

I-A CHARITÉ-

I

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11 en est -de m ê m e des mauvaises affections, et de ce qu'on ne r o u g i t pas d'appeler du beau n o m « d'amour », p a r m i les libertins. « Je vous aime », dit le libertin à la p a u v r e j e u n e fille qu'il veut séduire et p e r d r e . « Je l'aime beaucoup », dit le mauvais c a m a r a d e de l'innocent conscrit qu'il attire au café, p o u r boire, m a n g e r , s'amuser à, ses dépens. Ce p r é t e n d u a m o u r n'est au fond qu'un misérable égoïsme, où loin de c h e r c h e r l'intérêt et le b o n h e u r d'autrui, on n e c h e r c h e que soi-même, que son plaisir et la satisfaction de ses passions. Un célèbre p e n s e u r a écrit quelque p a r t : « L ' a m o u r n'est que de l'égoïsme à deux. » C'est souvent bien vrai ; et, sans JÉSUS-CHRIST et sa g r â c e qui nous t r a n s f o r m e en d'autres h o m m e s et n o u s élève au-dessus d-e n o t r e n a t u r e c o r r o m p u e , il n o u s est quasi impossible, d a n s l ' a m o u r c o m m e dans tout le reste, de dominer l'égoïsme, l'amour-propre, l'amour d é s o r d o n n é de n o u s - m ê m e . — On se c h e r c h e secrètement h son i n s u , presque m a l g r é soi, et Ton fait tout autre chose q u ' a i m e r . Quand on a JKSUS-CIIRÏST dans le cœur, quand on vit dans l ' a t m o s p h è r e s u r n a t u r e l l e de la grâce, c'est-à-dire quand on est un vrai et sincère chrétien, c'est tout a u t r e chose : on a i m e avec JÉSUS-CHRIST, on aime c o m m e J É S U S CHRIST, on a i m e en JÉSUS-CHRIST, lequel, p a r son Esprit saint r é p a n d u d a n s nos cœurs, n o u s inocule p o u r ainsi dire tous ses s e n t i m e n t s , et rend nos pauvres et misérables cœurs semblables au sien. Comprenez d o n c bien, mes amis, ce que c'est « qu'aimer », ce que c'est q u e « l'amour », ce q u e c'est que la « charité ». Et a p r è s l'avoir bien c o m p r i s , tâchez de le bien m e t t r e e n pratique, en évitant avec grand soin le faux a m o u r , et en sanctifiant par la piété les a m o u r s n a turels, qui sont bons en eux-mêmes, m a i s qui, n e s'éle-

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LE JEUNE OUVItlElt G1IAKT1EN. — I I I .

v a u t pus à la hauteur du chrétien, ne sont que pour ce monde, et n'obtiendront point de place d a n s la vie éternelle et bienheureuse.

Il Comment Notre-Seigneur JÉSUS-CHRIST est la source et le modèle de notre charité.

Vous vous souvenez, m e s amis, de ce que nous avons dit en général des vertus c h r é t i e n n e s , d a n s notre p r e m i e r livre. Après vous avoir rappelé que Notre-Seigneur est, en l'unité du Père et du Saint-Esprit, le seul vrai DIEU vivant, le souverain S e i g n e u r de toutes choses, j e vous ai dit c o m m e n t il était p o u r nous la source de tout bien, de toute beauté, de toute boulé, de tout b o n h e u r , de toute g r â c e . Tout n o u s vient de lui ; il est, avec son Père, le p r i n cipe et la fin de notre être. La vie c h r é t i e n n e , la vie de la grâce, avec toutes les belles vertus qui en sont les r u i s seaux, c'est sa propre vie r é p a n d u e en nos â m e s par le Saint-Esprit; c'est c o m m e l'épanouissement de sa sainteté en nous, JÉSUS est c o m m e le c œ u r de n o t r e â m e ; sou Esprit de sainteté et de vie est c o m m e le s a n g a d m i r a b l e de ce Cœur; -et de m ê m e qu'en notre corps le c œ u r ré" p a n d le sang dans tous nos m e m b r e s p o u r les vivifier, de m ê m e , dans l'Église, JÉSUS répand d a n s tous les chrétiens fidèles, qui sont ses m e m b r e s , la g r â c e de toutes ses vertus. C'est donc de lui que n o u s recevons les vertus de foi

LA CHAKTTK. —

I.

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et d'espérance, d o n t n o u s avons traité p r é c é d e m m e n t , et enfin la vertu de c h a r i t é , qui va n o u s occuper ici. L'Apôtre saint Jean n o u s dit cette belle et profoude parole : « DIEU est charité', et quiconque demeure dans la charité demeure en DIEU, et DIEU demeure en lui. » JÉSUSCHRIST étant D I E U , JÉSUS-CHRIST est charité, c'est-à-dire a m o u r p u r , . a m o u r saint, a m o u r p a r i a i t . JÉSUS-CHRIST, c'est l'amour éternel i n c a r n é ; c'est le DIEU d'amour l'ait h o m m e . Et son sacré Cœur, qui, d a n s son h u m a n i t é , est l'organe du saint amour, se trouve ainsi le foyer créé do l'amour divin et éternel. — T e l est, m e s a m i s , disons-le en passant, la raison f o n d a m e n t a l e de la dévotion au sacré Cœur de Jésus. N'est-ce pas bien g r a n d et bien beau? Lorsque ce doux Seigneur daigna en révéler les m y s tères à sa fidèle servante., la Bienheureuse MargueriteMarie (il y a deux siècles), il se manifesta u n j o u r à ses regards, e n v i r o n n é d'une lumière éblouissante, les b r a s étendus et m o n t r a n t ses c i n q plaies, qui brillaient c o m m e autant de soleils. Son c œ u r apparaissait c o m m e le foyer des flammes resplendissantes qui s'échappaient de tout son corps. C'était c o m m e u n océan de lumières a r d e n t e s , d'une beauté i n c o n n u e à la terre, et dont l a Bienheureuse disait qu'elle ne c o m p r e n a i t pas c o m m e n t elle avait pu en soutenir l'éclat sans m o u r i r . Le Cœur adorable de J É S U S , uni à notre c œ u r p a r l'Esprit-Saint et la g r â c e , telle est donc la source de la vertu de charité en nous. C'est au fond u n e seule et m ê m e vertu, u n e seule et m ê m e charité, c o m m e le sang qui circule d a n s tous les m e m b r e s du corps pour y porter la vie est u n seul et m ê m e s a n g avec celui du cœur, qui en est la source et le p r i n c i p e . Il y a c e p e n d a n t cette différence essentielle que, d a n s

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notre corps, nos m e m b r e s reçoivent le s a n g du c œ u r d ' u n e m a n i è r e purement matérielle, tout involontaire, par le seul fait physique des battements du c œ u r ; tandis que, d a n s l'Église, qui est le corps m y s t i q u e de JÉSUSCHRIST, le divin Sauveur d o n n e l i b r e m e n t et volontairem e n t , par amour, sa g r â c e à tous ses m e m b r e s ; et ceux-là seuls la reçoivent qui y correspondent par u n acte égalem e n t libre et volontaire ! Donc, quand nous correspondons p l e i n e m e n t à la grâce de notre très bon et très saint J É S U S , n o u s a i m o n s du m ê m e a m o u r dont il a i m e l u i - m ê m e ; c'est lui, c o m m e le dit l'Apôtre saint Paul, qui aime en nous, qui a i m e avec nous et, pour ainsi dire, p a r nous. Dès lors, et p a r u n e conséquence naturelle, n o u s aimons, nous devons a i m e r •ce qu'il a i m e , et c o m m e il l'aime. Le Cœur de JÉSUS, avec la perfection et toutes les nuances adorables de son amour, est de droit le m o d è l e , le type de n o t r e cœur, à nous, ses m e m b r e s vivants, qui lui s o m m e s unis- p a r la g r â c e et par le Saint-Esprit. Malheureusement il n e Test point d° fait, m ê m e chez les plus g r a n d s Saints, parce que, en JÉSUS-GHRTST, tout est parfait d ' u n e perfection divine et absolue, t a n d i s q u e chez n o u s , il y a toujours, quoi que nous fassions, imperfection et misère. Du m o i n s , faisons tout ce que nous pouvons, afin de m i e u x r é p o n d r e au don de son amour. La charité, l ' a m o u r d u Cœur de JÉSUS, principe de notre charité, en est d o n c le très parfait modèle. Le p r e m i e r objet de l'amour de J é s u s , c'est son Père céleste, c'est DIEU, avec toutes ses beautés, toutes ses perfections, toutes ses bontés ineffables. Il doit d o n c •être aussi le premier, l e souverain objet de n o t r e a m o u r . Avec J É S U S , u n i à JÉSUS, n o u s devons a i m e r DIEU c o m m e JÉSUS, c o m m e l'a aimé s u r la terre et c o m m e l'aime étern e l l e m e n t au Ciel le Cœur sacré de J É S U S . Certes, n o u s ne

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p o u v o n s pas l'aimer a u t a n t que l'a a i m é , a u t a n t que L'aime JÉSUS, m a i s nous devons l'aimer c o m m e J É S U S , c'est-à-dire le plus possible, le m i e u x possible, le plus parfaitement possible. Après soii Père céleste,-quel était le g r a n d , le p r i n c i p a l a m o u r du divin Cœur de J É S U S ? C'était sans c o n t r e d i t la plus parfaite de ses c r é a t u r e s , la Bienheureuse Vierge Marie. Le Père l'avait choisie pour son Épouse, et la lui avait d o n n é e pour Mère. MARIE très sainte, très b o n n e et toute parfaite, était 1<¡L Mère; la vraie Mère de J É S U S . Et c o m m e ce Fils très fidèle était le g r a n d observateur de la loi divine, JÉSUS unissait dans u n seul et m ê m e a m o u r son Père et sa Mère, son Père céleste et sa Mère i m m a culée s u i v a n t le q u a t r i è m e c o m m a n d e m e n t de la loi. Après sa sainte Mère, c'est saint Joseph qui t e n a i t la première place dans le Cœur de JÉSUS. Joseph était p o u r lui l'image vivante de son Père du Ciel, et le dépositaire de son autorité. C'est son vrai Père, éternel et a d o r a b l e , que JÉSUS voyait, honorait, a i m a i t dans Je très saint Joseph. Puis, s u i v a n t la hiérarchie de son a m o u r , si l'on peut parler ainsi, il aimait d'une m a n i è r e ineffable l'Église, son Épouse, pour laquelle il est m o r t sur sa croix; et, en p r e m i e r lieu, il aimait et aime é t e r n e l l e m e n t son Vicaire, chef visible de cette m ê m e Église. Puis, les Évêques et les Prêtres qui en sont les m i n i s t r e s ; puis, toutes les saintes institutions qui en font la beauté et, la force; puis, les Anges, qui en sont les g a r d i e n s , les Saints, qui en s o n t les héros, et toutes les âmes qui en sont les pierres v i v a n t e s , en c o m m e n ç a n t p a r les plus parfaites, et e n d e s c e n d a n t j u s q u ' a u x m o i n d r e s . Ajoutez à cela toutes les autres c r é a tures, telles qu'elles sont sorties de ses m a i n s d i v i n e s , avec toutes leurs beautés, leurs perfections et les mille
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degrés de leur excellence; et vous aurez u n aperçu des merveilles d'amour et de tendresse qui remplissaient icibas et qui remplissent é t e r n e l l e m e n t au Ciel le Cœur sacré de JÉSUS. Nous y avons tous notre place, vous et moi, mes bons a m i s ; et si nous le voulons, n o u s la c o n s e r v e r o n s éternellement. 0 Seigneur JÉSUS-CÏIRIST, source de toute g r â c e , douxamour, ne permettez pas q u e nous nous séparions j a m a i s de vous par le péché : il t a r i r a i t aussitôt en n o u s l'eau vivante qui rejaillit à la vie éternelle et qui n'est a u t r e que votre sainte grâce vivifiant nos â m e s , q u e votre amour r e m p l i s s a n t e m b r a s a n t et dilatant nos c œ u r s .

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Comment J É S U S , notre d i v i n modèle, aimait D I E U s o n P è r e de t o u t s o n c œ u r .

Ce que nous avons à d i r e ici, mes a m i s , est u n peu élevé, et réclame de vous u n e attention particulière. Ce n'est pas ma faute : c'est la conséquence forcée d u sujet m ê m e que nous devons traiter. Au fond, ce n'est pas difficile à comprendre, m a i s s e u l e m e n t un peu difficile k suivre. Notre Seigneur J É S U S - C H R I S T est, avons-nous dit, le principe et le modèle de n o t r e charité. Son cœur, qui se déverse dans le cœur de ses fidèles c o m m e u n e source dans les ruisseaux qui en découlent, est en nous le p r i n cipe surnaturel et tout céleste de la belle v e r t u de c h a

rite.

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Le p r e m i e r a m o u r du sacré Cœur de J É S U S , étant sans contredit son a m o u r envers son Père céleste, il nous faut voir tout d'abord, à la l u m i è r e de la foi, ce qu'était cet a m o u r divin et h u m a i n t o u t e n s e m b l e , cet a m o u r infini, adorable, a b s o l u m e n t ineffable. Commençons p a r l e déclarer bien h a u t : a u c u n e créature no saurait le c o m p r e n d r e , ni sur la t e r r e , ni d'ans les cieux. Les Anges les plus parfaits, les S é r a p h i n s les plus élevés en l u m i è r e et en gloire, la Très-Sainte Vierge elle-même au P a r a d i s ne peuvent q u e c o n t e m p l e r , qu'adm i n e r , q u ' a d o r e r ce mystère insondable du divin amour. En effet, JÉSUS é t a n t vrai DIEU en m ê m e t e m p s que vrai h o m m e , l'amour qu'il portait à son Père céleste était l'amour a b s o l u m e n t divin, parfait, éternel, infini du Fils de DIKU l u i - m ê m e ; c'était l ' a m o u r de la seconde P e r sonne de la Sainte-Trinité pour la p r e m i è r e ; l ' I n c a r n a tion ne lui enlevait r i e n de son caractère infini', elle n e faisait qu'apporter sur la terre cet i n c o m p r é h e n s i b l e et tout divin a m o u r , avec la personne m ê m e de Celui q u i le possédait éternellement en l u i - m ê m e . J É S U S , le Fils de DIEU et de MARTE, a i m a i t donc son Père Céleste d'un amour infini ; comprenez-bien cela : c'était DIEU a i m a n t DIEU, le Fils a i m a n t le Père. Et de m ê m e que « la plénitude de la divinité habitait corporellement en J É S U S , » comme dit l'Apôtre saint Paul, de m ê m e la plénitude de l'amour divin remplissait son cœur ; et c'est de cet a m o u r , absolument ineffable, qu'il aimait, qu'il adorait D I E U . Bien q u e nous n e puissions sonder cet abiirïfe, n i en ce m o n d e ni en l'autre, nous savons c e p e n d a n t et n o u s pouvons dire que J É S U S , étant v r a i h o m m e en m ê m e temps que vrai DIEU, il a a i m é D I E U , son Père, de tout son cœur, de toute son à m e , de tout son esprit et de tou-

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III.

tes ses forces. Vrai h o m m e , il p r a t i q u a i t l e - p r e m i e r , et dans u n e perfection absolue, le g r a u d c o m m a n d e m e n t de la Loi : « Vous aimerez le Seigneur votre DIEU de tout votre cœur, de toute votre dme. de tout votre esprit* de toutes vos forces. » Il aimait sou Père et son DIEU » de tout son cœur, » c'est-à-dire qu'il avait p o u r lui LUI a m o u r plein de tendresse, de confiance et d ' a r d e u r . Tous les s e n t i m e n t s de son Cœur sacré étaient tellement i m p r é g n é s de cet a m o u r , tellement embrasés de ces divines a r d e u r s , que tout en lui était a m o u r , a m o u r des perfections infinies de ce Père adorable et adoré. Il l'aimait « de toute son à m e et de tout son esprit, » c'est-à-dire qu il pensait à lui en toutes ses a c t i o n s ; son intelligence, son j u g e m e n t , sa m é m o i r e , ne tendaient qu'à lui, sans la m o i n d r e distraction, sans la moindre défaillance, e t d a n s une pleine lumière d ' a m o u r . Partout, en tout, toujours il c o n f o r m a i t sa volonté à la volonté de son Père ; sans cesse il avait un désir parfait de lui plaire en toutes choses, il ne vivait que pour sa gloire. Il l'aimait enfin « de toutes ses forces » c'est-à-dire qu'il lui consacrait toutes les puissances de son à m e et de son corps. Pour le faire c o n n a î t r e et a i m e r , il n'épargnait ni fatigues, ni h u m i l i a t i o n s , ni souffrances,, s'imm o l a n t p o u r lui sans réserve, avec u n e générosité toute divine, et se r e n d a n t obéissant j u s q u ' à la mort, jusqu'à [a m o r t de la croix. Tel était, mes bons a m i s , l'amour du Cœur de JÉSUS envers son Père céleste. Merveille a b s o l u m e n t incompréh e n s i b l e , chef-d'œuvre d u Saint-Esprit, qui se c o m m u n i q u a i t tout entier au Cœur et à la sainte h u m a n i t é du Fils de DIEU ; merveille que nous c o n t e m p l e r o n s un j o u r face à face dans les joies éternelles d u Paradis, si

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en ce m o n d e n o u s avons le b o n h e u r , n o n - s e u l e m e n t de radorer et d'y croire de to.ut notre c œ u r , mais encore d'unir notre p a u v r e c œ u r au Cœur de J é s u s , notre a m o u r à son a m o u r , n o t r e misérable petite volonté à la volonté très sainte et très adorable de notre Chef, de notre Sauveur bien-aimé. — C'est' de ce beau devoir, de ce bonheur très pur et tout sanctifiant qu'il nous faut m a i n t e n a n t dire quelques m o t s .

IV

Q u e n o u s d e v o n s , c o m m e J É S U S et e n J É S U S , a i m e r D I E U de t o u t n o t r e c œ u r et d e t o u t e n o t r e â m e .

Attention, m e s a m i s , mes bons enfants ! Voici le p l u s grand et le plus doux des c o m m a n d e m e n t s de notre D I E U . Pour nous le bien a p p r e n d r e , il a envoyé du ciel en terre son Fils u n i q u e , et celui-ei, pour nous le m i e u x faire a i m e r et pratiquer, a voulu s'unir à n o u s , p a r la grâce et par la c o m m u n i o n , de peur q u e , sans lui, nos efforts n e restassent stériles. « Je porte en moi le DIEU de m o n cœur, et le Cœur de mon D I E U , » disait u n j o u r la Bienheureuse M a r g u e r i t e Marie, de la Visitation. Nous pouvons tous en dire a u t a n t , lorsque n o u s s o m m e s en état de g r â c e , surtout lorsqu'une bonne c o m m u n i o n a ravivé notre u n i o n i n t é r i e u r e avec Notre Seigneur JÉSUS-CHRIST. El c'est à cette source divine de l'amour de DIEU q u e nous allons puiser « le don de D I E U , » c o m m e dit l'Évangile, c'est-à-dire la grâce de la vie c h r é t i e n n e et du balut. Le Cœur de JÉSUS n o u s donne ce qu'il a ; et avec lui, en lui, p a r l u i , c o m m e l u i .
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n o u s a i m o n s le bon DIEU de tout notre c œ u r , de toute notre à m e , de tout notre esprit, de toutes n o s forces. Nous répondons ainsi à l'appel plein de bonté et de miséricorde de nôtre Père céleste : « Mon enfant, donnemoi ton cœur ; » donne-le m o i , ou plutôt rends-le moi ; car je ne te l'ai donné que p o u r que tu m e le r e n d e s . Donnemoi ton cœur, comme m o n Fils u n i q u e , J É S U S , m ' a donné, m'a rendu le sien. Donne-le moi e n t i è r e m e n t ; rends-le moi très fidèlement, (l'est là ton p r e m i e r devoir, puisque c est m o n premier c o m m a n d e m e n t ; ce sera ton souverain bonheur, puisque c'est ton souverain bien. Mes amis, avec Notre-Seigneur et à sa suite, aimons donc le bon D I E U « de tout notre c œ u r » d'abord. Aimonsle t e n d r e m e n t et c o r d i a l e m e n t , c o m m e de véritables iils a i m e n t le meilleur des pères. Aimons-le avec une sainte ardeur, avec ce religieux respect qui s'appelle l'adoration, et qui n'est du qu a lui. Aimons-le avec une confiance profonde et toute filiale, assurés qu'il n o u s aime, qu'il n o u s aimera é t e r n e l l e m e n t , et qu'il n o u s prépare dans le ciel les ineffables béatitudes de son a m o u r infini. N'ayons pas peur de l u i , c o m m e fit Adam après son péché; ayons peur de l'offenser, de contrister son a m o u r : oh oui, et de tout c œ u r : m a i s que l ' a m o u r domine toujours nos rapports avec*lui. « Le Père aime le Fils, et le Fils aime le Père, » disait Notre-Seigneur ; en parlant ainsi de lui-même, n e parlait-il pas en n o t r e n o m comme au sien ? Il nous a fait les vrais fils de DIEU p a r grâce : a i m o n s DIEU, aimons n o t r e Père céleste, c o m m e lui, avec lui et en lui. « Je vous supplie, écrivait u n j o u r le cher saint François de Sales, j e vous supplie, p o u r l ' h o n n e u r de D I E U : ne craignez point DIEU ; il n e v o u s veut faire nul mal. Aimez-le fort ; il vous veut faire b e a u c o u p de bien. »

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Gomme JÉSUS et avec JÉSUS, a i m o n s n o t r e Père céleste «de t o u t c n o t r e à m e et de tout notre esprit. » Or, qu'est-ce qu'aimer DIEU de la s o r t e ? c'est p e n s e r à lui, sinon t o u jours, dif m o i n s très souvent, et m a r c h e r en sa sainte présence; c'est vivre de la vie de la foi, et développer le plus possible en son c œ u r l'esprit c h r é t i e n ; c'est ê t r e toujours prêt à recevoir avec a m o u r t o u t ce que D I E U nous e n v o i e ; c'est r a p p o r t e r sa vie t o u t entière à la gloire de D I E U , et conformer toutes n o s pensées et toutes nos volontés .aux pensées et aux volontés de D I E U . C'est en u n mot, c o m m e dit saint Paul, « vivre pour DIEU en
JÉSUS-CHRIST. »

Comme JÉSUS et avec JÉSUS, a i m o n s é g a l e m e n t le bon DIEU « de toutes nos forces, » c'est-à-dire n ' é p a r g n o n s r i e n pour le servir, soyons remplis de zèle pour la gloire de son n o m ; soyons-lui dévoués corps et â m e , en nous m o n trant toujours p r ê t s à lui sacrifier avec b o n h e u r n o t r e temps, notre santé, notre réputation, notre repos, n o t r e fortune (si nous en avons), en u n mot, notre vie, avec tout ce q u e n o u s avons et tout ce que n o u s s o m m e s . C'est ainsi q u e les Saints ont a i m é le bon D I E U ; les Saints, c est-à-dire les c h r é t i e n s héroïques, en qui J É S U S CHRIST vivait p l e i n e m e n t , les remplissant de son esprit, de son a m o u r et de tous les s e n t i m e n t s a d m i r a b l e s de son sacré Cœur'. Le c œ u r des Saints est le chef-d'œuvre, la merveille de l'amour de DIEU. A c h a c u n d'eux Notre-Seigneur a u r a i t pu dire c o m m e à sainte Thérèse : « J ' a t tends le j o u r d u j u g e m e n t pour faire voir à tous les hommes combien tu m as a i m é . Quand les h o m m e s n e voudront plus de m o i , j e viendrai m e réfugier dans ton cœur. » « Mais, dit saint François de Sales, en cette vie il n e faut point p r é t e n d r e à cet a m o u r si e x t r ê m e m e n t p a r -

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ni.

^ l'ait : car nous n'avons pas encore ni le c œ u r , ni l'Ame, ni l'esprit, ni les forces des B i e n h e u r e u x . Il suffît que nous aimions DIEU de tout le cœur et de toutes les forces que nous avons. Tandis que nous s o m m e s petits enfants, n o u s sommes sages c o m m e petits enfants, nous aimons c o m m e petits enfants. Mais q u a n d n o u s serons parfaits là-haut au ciel, nous serons quittes de n o t r e enfance, et aimerons DIEU parfaitement. N é a n m o i n s , en l'enfance de notre vie mortelle, ne laissons pas de faire tout notre possible pour aimer n o t r e DIEU de tout n o t r e c œ u r et de toutes nos forces. « Faisons c o m m e les petits e n t a n t s : p e n d a n t qu'ils sentent leur mère qui les tient par les m a n c h e t t e s , ils vont h a r d i m e n t , et c o u r e n t tout a u t o u r , et n e s'étonnent point des petites bricoles que la faiblesse de leurs j a m bes leur fait faire. Ainsi du m o m e n t que nous sentons que DIEU nous tient, g r â c e h la b o n n e volonté et résolution qu'il nous a d o n n é e d'être tout à lui, allons hardiment, et ne nous é t o n n o n s point des petits choppements que nous ferons. Il ne faut point s'en fâcher ni décourager, pourvu qu'à certains intervalles n o u s nous jettions entre ses bras et lui d o n n i o n s le baiser de c h a r i t é . Allons joyeusement et à c œ u r ouvert, le plus que nous pourr o n s ; et si nous n'allons pas toujours si joyeusement, allons toujours c o u r a g e u s e m e n t et confidemment. » Oui mes amis, faisons notre possible p o u r a i m e r le bon DIEU comme il le désire, c o m m e JÉSCS-CIIRIST nous invite A l'aimer avec lui, de tout notre cœur, de toute notre à m e , de tout notre esprit, de toutes nos forces. Élargissons, dilatons notre cœur, pour pouvoir l'aimer davantage. Le bon curé d'Ars a i m a i t à raconter, en s'attendrissanl, beaucoup, c o m m e n t sainte Colette, a y a n t dit un j o u r au bon DIEU : « Mon doux Maître, je voudrais bien vous

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aimo'r; mais m o n c œ u r est trop petit, » elle vit aussitôt descendre du ciel c o m m e u n g r a n d c œ u r tout enflammé ; et en m ê m e t e m p s , elle e n t e n d i t u n e voix qui lui dit : Aime-moi m a i n t e n a n t t a n t que tu v o u d r a s . » 0 bon J É S U S , DIEU de notre cœur, daignez nous d o n n e r votre Cœur en place du n ô t r e ; ou du m o i n s dilatez-le, embrasez-le de votre divin a m o u r , afin q u e tout le t e m p s de notre vie et p e n d a n t toute l'éternité b i e n h e u r e u s e , nous aimions le S e i g n e u r notre DIEU c o m m e il n o u s ordonne de l'aimer !

V
Q u ' a i m e r D I E U et a i m e r JÉSUS-CHRIST,

c'est u n s e u l et m ê m e a m o u r .

Ce ne s e r a i t p a s la peine de le d é m o n t r e r , si nous avions tous u n e foi vive et éclairée. Gela se r é s u m e en effet à être conséquent avec soi-même et à croire tout de bon en la divinité de Notre Seigneur JÉSUS-CHRIST. Mais, m e s pauvres amis,- n o u s vivons dans des milieux si m a u v a i s , la foi s'est tellement affaiblie dans les c œ u r s , que les vérités les plus élémentaires de la piété c h r é t i e n n e n e sont plus, pour quantité de gens, que des formules sans vie, et qu'on est obligé d'y r e v e n i r sans cesse, de îles expliquer à fond, d'en exposer toutes les beautés et toutes les conséquences pratiques, si l'on veut les r e n d r e fécondes et les faire fructifier d a n s les âmes. Rappelons d o n c ici, à l'occasion de nos petites causeries sur l ' a m o u r de D I E U , qu'aimer DIEU et a i m e r J É S U S CHRIST, c'est u n e seule et m ê m e chose; qu'on ne peut pas v é r i t a b l e m e n t a i m e r DIEU sans a i m e r JÉSUS-CHRIST, '

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III.

ni a i m e r JÉSUS-CHRIST sans a i m e r D I E U ; q u ' e n un mot, c'est a i m e r DIEU que d ' a i m e r JÉSUS-CHRIST. 11 y en a qui, faute d'instruction religieuse, ou pour m i e u x dire, faute de réflexion, séparent v a g u e m e n t dans leur esprit JÉSUS-CHRIST du bon D I E U . S a n s bien s'en r e n d r e compte, ils m e t t e n t le bon DIEU d'un côté et JÉSUS-CHRIST de l'autre, a d o r a n t et a i m a n t DIEU sans penser à JÉSUS-CHRIST; c o m m e si Notre S e i g n e u r J É S U S CHRIST n'était pas D I E U ! c o m m e si JÉSUS-CHRIST n'était pas la personne divine, éternelle, infinie d u Fils de DIEU qui, avec le Père et le Saint-Esprit, n e fait q u ' u n seul et même D I E U ! De là, u n e espèce de dévotion déiste, s a n s vie et sans amour, qui ressemble plutôt à je ne sais quelle philosophie sèche, e n n u y e u s e , incolore, au lieu de la b o n n e et vivante piété c h r é t i e n n e , où DIEU se m o n t r e à n o u s sous u n e forme accessible, où l'amour de D I E U ressort, c o m m e de lui-même, de la contemplation des m y s t è r e s de la vie du Sauveur, où tout est pratique pour c h a c u n et pour tous, où tous les d o g m e s et toutes les v e r t u s qui constituent la religion découlent, c o m m e d'une source intarissable, des exemples^ des paroles et de l ' a m o u r de JÉsusGHRIST.

Ne l'oublions donc plus j a m a i s , m e s bons et chers a m i s : JÉSUS-CHRIST, Fils de DIEU et de M A R I E , vrai DIEU et vrai h o m m e tout ensemble, est le seul v r a i DIEU, que toute créature doit adorer, a i m e r et servir. En d e h o r s de lui, il n'y a qu'un DIEU philosophique et abstrait, vaine conception métaphysique qui n'existe que d a n s notre tête, et qui n'est'point le DIEU vivant et véritable. Ce n'est pas ce Dieu-là qui nous a i m e et que n o u s a i m o n s . Le seul Créateur et Seigneur du m o n d e , c'est JÉSUS-CHRIST, c'est le petit Enfant-JÉsus de la crèche, c'est l'enfant que la

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Vierge porte d a n s ses bras, c'est le petit a p p r e n t i , le j e u n e ouvrier de Nazareth; c'est le doux et h u m b l e J É S U S , dont l'Evangile n o u s rapporte les paroles et les m i r a c l e s ; c'est le pauvre JÉSUS de la grotte de l'agonie, le JÉSUS de la llagellatiQn, d e la Passion, du Calvaire, du s é p u l c r e ; c'est le JÉSUS de la résurrection, de l'ascension, du Paradis. Oui, c'est de Celui-là, et n o n d'un Dieu i m a g i n a i r e , que l'Église c h a n t e tous les jours, au d é b u t du SaintSacrifice, cette g r a n d e parole à laquelle on ne réfléchit pas assez. « Vous êtes le Seigneur, vous êtes le seul DIEU très-haut, ô JÉSUS-CHRIST, avec l'Esprit-Saint, dans, la gloire du P è r e ! Tu soins Dominusl Tu solus altissimus,
JESU CURISTE! »

Ce qui e m p ê c h e bien des esprits de croire p r a t i q u e m e n t à cette vérité, si fondamentale pourtant, c'est q u e , sans s'en apercevoir, ils confondent la personne de J É S U S GHRIST avec son h u m a n i t é . Or, il ne faut j a m a i s faire cela. La personne de JÉsusGIIRIST est u n e p e r s o n n e divine, exclusivement d i v i n e ; c'est 'la p e r s o n n e éternelle et infinie de DIEU le Fils, tandis qtie l ' h u m a n i t é dont il a daigné se revêtir, en se faisant h o m m e , est créée c o m m e la nôtre, finie c o m m e la n o t r e ; m a i s elle n e constitue pas en lui u n e p e r s o n n e comme cela a lieu en n o u s : c'est s i m p l e m e n t u n e n a t u r e h u m a i n e unie à sa n a t u r e et à sa personne divines, et qui, à cause de cette union parfaite, devient adorable, devient la n a t u r e h u m a i n e du Fils de DIEU, l a m e et le corps du Fils de DIEU, l ' h u m a n i t é de DIEU. Vous le voyez donc, m e s bons amis : JÉSUS-CIIRIST, c'est D I E U m ê m e , DIEU descendu sur la terre, « DIEU avec nous, » c o m m e l'appelle u n de ses Prophètes. Croire en JÉSUS-CIIRIST, c'est croire a u vrai DIEU, au seul vrai D I E U , Aimer JÉSUS-CHRIST, c'est a i m e r le bon DIEU. Un jour, u n

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de ses Apôtres lui d e m a n d a : « Seigneur, m o n t r e z - n o u s votre Père, montrez-nous D I E U ; » et JÉSUS lui r é p o n d i t : u Quoi! depuis si longtemps que je suis avec vous, vous ne me connaissez pas encore? Celui qui me voit, voit mon Père. Moi et mon Père, nous ne sommes qu'un. » C'est-àdire moi, que vous voyez ici et que vous entendez, j e suis u n seul DIEU avec le Père céleste et avec le Saint-Esprit; vous ne pouvez ni voir ni e n t e n d r e DIEU en sa d i v i n i t é ; mais vous le voyez et vous l'entendez en son h u m a n i t é . De telle sorte qu'en m e voyant, vous voyez le Père, c'està-dire DIEU m ê m e . Aussi l'Apôtre saint Jean ajoutait-il, en e x p l i q u a n t aux p r e m i e r s chrétiens les m y s t è r e s de l ' a m o u r de D I E U , que c'est u n e illusion de p e n s e r qu'on peut a i m e r le Pere sans aimer le Fils, et que l ' a m o u r de DIEU peut être séparé de l'amour de J É S U S : « Quiconque aime le Père, disait-il, aime par là-même le Fils. » Donc, de nouveau, a i m e r JÉSUS, que l'on voit, que Ton entend, que l'on touche, c'est aimer D I E U , qui est en luim ê m e invisible et inaccessible. A i m e r JÉSUS « le Fils de l ' H o m m e , » c o m m e il se plaisait à se n o m m e r l u i - m ê m e , c'est a i m e r le Fils de D I E U , le Verbe éternel, Celui qui n e fait q u ' u n seul DIEU, en l'unité du Père et du SaintEsprit. Tout ceci est de foi catholique. Hélas! c o m b i e n cela est peu connu, peu cru, surtout peu p r a t i q u é ! Et cependant c o m m e c'est b o n ! c o m m e c'est doux au c œ u r ! c o m m e c'est g r a n d et merveilleux a u x yeux de l'esprit! quelle vie cela d o n n e i m m é d i a t e m e n t à la piété et aux vertus c h r é t i e n n e s , au service de D I E U , à la prière et j u s q u ' a u x moindres détails de la r e l i g i o n ! Par J É S U S CHRIST et en JÉSUS-CHRIST, DIEU se m o n t r e à nous ce qu'il est en réalité, notre D I E U ; et n o n - s e u l e m e n t notre DIEU,

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maïs notre DIEU plein de bonté et de douceur, notre DIEU aussi saint que miséricordieux, c o n d e s c e n d a n t à toutes nos faiblesses, "compatissant à toutes nos misères, i m i table autant" q u ' a d m i r a b l e , accessible à c h a c u n de nous, sans rien p e r d r e de la majesté de son infinie g r a n d e u r . Que c'est doux de trouver, d'aimer DIEU quand il est l'Enfant-JÉsus ! Qu'il est consolant et sanctifiant de l'aimer dans la pauvreté et les t r a v a u x de sa vie laborieuse, et de pleurer à ses pieds en le v o y a n t étendu p o u r l ' a m o u r de nous sur la croix ! 0 m e s a m i s , mes chers enfants, a i m o n s DIEU, a i m o n s J É S U S ! C h e r c h o n s toujours DIEU en J É S U S ; c a r n o u s n e le trouverons que là. N'aimons DIEU qu'en réalité, d ' u n e m a n i è r e vivante et sanctifiante, c'est-à-dire en J É S U S CHRIST, s u i v a n t la g r a n d e règle [de saint Paul, qui n o u s dit de « vivre pour DIEU en JÉSUS-CHRIST » et n o n point autrement. O J É S U S , m o n DIEU, m o n u n i q u e Seigneur, Créateur, Sauveur et Sanctificateur, doux Amour, vous daignez m ' a i m e r d ' u n a m o u r éternel c o m m e vous-même ! Je v o u s aime, et v o u s aimerai toujours!

VI
Q u e l ' a m o u r p r a t i q u e de D I E U et d e J É S U S , c'est l ' a m o u r d u S a i n t - S a c r e m e n t .

Nous v e n o n s de le voir et vous l a v e z bien compris, m e s amis : JÉSUS-CHRIST étant DIEU fait h o m m e , l'aimer c'est aimer DIEU ; l'amour de DIEU et l'amour de JÉSUS ne sont en réalité q u ' u n seul et m ê m e a m o u r .

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III.

Mais il faut aller plus avant, et r e c o n n a î t r e que l'amour du Saint-Sacrement est ce m ê m e a m o u r de J É S U S , c'est-àdire l ' a m o u r de DIEU ; de telle sorte que ces trois paroles : a i m e r DIEU, aimer JÉSUS, a i m e r le S a i n t - S a c r e m e n t n ' e x p r i m e n t au fond q u ' u n e seule et m ê m e chose. Et c o m m e n t pourrait-il en être a u t r e m e n t , mes bons a m i s ? Qu'est-ce que le Saint-Sacrement, sinon JÉSUS luim ê m e , véritablement présent au milieu de nous sur la terre, sous les voiles e u c h a r i s t i q u e s ? Et qu'est-çe que JÉSUS, sinon le DIEU v i v a n t et véritable, le Créateur et le Seigneur du monde, p e r s o n n e l l e m e n t et substantiellem e n t descendu sur la terre par l'Incarnation ? Ici encore, c'est la foi vive qui nous m a n q u e , et qui n o u s e m p ê c h e de voir, clair c o m m e le j o u r , q u e l ' a m o u r de DIEU et l ' a m o u r du Saint-Sacrement ne font q u ' u n . « Ah ! s'écriait u n j o u r , les l a r m e s a u x y e u x , le saint Curé d'Ars, notre foi est c o m m e éloignée de trois cents lieues de son objet: n o u s faisons c o m m e si le bon DIEU était bien loin de nous, de l'autre côté des m e r s . Si nous' avions, c o m m e les Saints, u n e foi vive, u n e foi p é n é t r a n t e , n o u s verrions c o m m e eux Notre-Seigneur à t r a v e r s les voiles de l'Eucharistie. » Il y a trois mystères, révélés de DIEU, aussi certains l'un q u e f a u t r e , qui n o u s m o n t r e n t le bon DIEU se r a p p r o c h a n t de nous de plus en plus par a m o u r : l'existence du DIEU d'amour dans son éternité ; ses a b a i s s e m e n t s adorables dans l'Incarnation au milieu des t e m p s , et sa présence réelle sous les a p p a r e n c e s du pain et d u vin, dans la sainte Eucharistie. C'est toujours le m ê m e D I E U , nous a i m a n t et voulant être a i m é de n o u s , s ' a p p r o c h a n t de plus en plus de nous, s'unissant plus i n t i m e m e n t à n o u s , afin de nous témoigner de p l u s en plus son a m o u r , et afin de g a g n e r de plus en p l u s le nôtre. Au S a i n t - S a c r e m e n t

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corhme d a n s l'Incarnation, e n t r e les bras de sa Mère et entre les b r a s de sa Croix, il n o u s adresse l a m ê m e parole de tendresse et d'amour : « Je vous a i m e d'un a m o u r éternel ! » Et de penser qu'il y a une infinité de gens qui repoussent, qui négligent un pareil a m o u r ! qui n ' a i m e n t pas ce DIEU d'amour, qui n ' a i m e n t pas N o t r e - S e i g n e u r JÉSUS-CHRIST, qui n ' a i m e n t pas le S a i n t - S a c r e m e n t , le sacrement du divin a m o u r . Ne l'oublions j a m a i s ; ces trois ne font q u ' u n . C'est l'amour d'un seul et m ê m e DIEU, SOUS trois formes différentes. L'amour de JÉSUS-CHRIST est c o m m e la pierre de touche de l ' a m o u r de DIEU ; quiconque n'aime point J É S U S CHRIST, celui-là n'aime point réellement DIEU ; et, à son tour, l'amour du S a i n t - S a c r e m e n t est la pierre de t o u c h e de l'amour de J É S U S - C H R I S T : quiconque n ' a i m e point le Saint-Sacrement, celui-là se fait g r a n d e m e n t illusion s'il s'imagine qu'il aime JÉSUS-GÏIRIST. En effet, DIEU n'est qu'en JÉSUS-CHRIST,, et JÉSUS-CHRIST n'est sur la terre qu au Saint-Sacrement, et par le Saint-Sacrement. Oui, m e s bons a m i s : c'est au S a i n t - S a c r e m e n t qu'il faut aller chercher JÉSUS-CHRIST si Ton veut le trouver et l'atteindre ; et c'est en JÉSUS-CHRIST, en JÉSUS-CHRIST seul, que l'on trouve et que l'on atteint le bon D I E U . — Comprenez bien c e l a : c'eat le fond m ê m e et la base de la vraie vie c h r é t i e n n e , à plus forte raison de la piété. Tous les Saints n'ont v é c u que de cela. La pieuse attention à la présence de DIEU et une prière, u n e adoration aussi continuelle que possible; u n constant souvenir de JÉSUS-CHRIST et de ses paroles et de ses exemples et de. ses abaissements tels q u e nous les m o n t r e l'Évangile; une dévotion infatigable a u Saint-Sacrement de l'autel :

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III.

tel est le fond, tel est le secret de la sainteté des Saints. Dans leur vie, tout partait de là,tout aboutissaitlà. L'admirable Curé d'Ars, dont n o u s parlions tout à l'heure, h quelle école s'est-il formé, sinon à celle-là ? « L'amour de Notre-Seigneur, la dévotion à son très saint Corps, c'était tout le Curé d'Ars, dit l'auteur de sa v i e ; c'était le secret de sa sainteté, et son d e r n i e r m o t en toutes c h o s e s ; c'est le moyen qu'il employa p o u r sauver u n si g r a n d nombre d'àmes. » Cela lui sortait par tous les pores, s'il est permis de parler ainsi. Un jour qu'il se trouvait avec des enfants qui p r é p a r a i e n t leurs jolies petites corbeilles de fleurs pour la procession de la F e t e - D i E U : « Mes amis, leur clit-il avec un doux s o u r i r e , quand vous jetterez vos fleurs devant le Très S a i n t - S a c r e m e n t , cachez vos cœurs dans vos corbeilles, et envoyez-les, au milieu des roses, à JÉSUS-CHRIST. » Dans les premières a n n é e s de son m i n i s t è r e , avant l'invasion des pèlerins, ce bon Curé passait à l'église de longues heures, prosterné au milieu d u s a n c t u a i r e , d a n s l'immobilité la plus complète. 11 se baignait, suivant son expression, « dans les flammes do l ' a m o u r de DIEU, devant Notre-Seigneur présent au saint autel. » Et son regard limpide se fixait s u r la porte du T a b e r n a c l e avec une expression de b o n h e u r impossible à r e n d r e . Il affirmait, après saint Bernard, que n'avoir pas de dévotion au Corps et au S a n g de JÉSUS-CHRIST, c'était u n e m a r q u e de réprobation, et il n e cessait d'exhorter ceux qui r a p p r o c h a i e n t à b e a u c o u p visiter et adorer J É S U S CHRIST dans son Sacrement, ainsi qu'à l'y recevoir le plus saintement et le plus souvent possible p a r la c o m m u nion. Il appelait la sainte c o m m u n i o n « un bain d ' a m o u r ; quand on a c o m m u n i é , ajoutait-il, l'àme se roule dans le

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b a u m e de l'amour de JÉSFS-GHRIST, comme l'abeille dans les fleurs ». 0 m o n DIEU, que le saint h o m m e avait donc raison! Quel a été, en effet, le dessein du Fils de DIEU en descen-. dant s u r la terre, sinon de nous c o m m u n i q u e r sa vie divine afin de nous rendre semblables à lui ? Il c o m m e n c e cette transformation par le Baptême et la Confirmation; m a i s il l'achève, la perfectionne et l'entretient p a r la très sainte Eucharistie, cet a l i m e n t divin q u i n o u s d o n n e réellement sa propre vie et tous les s e n t i m e n t s de son Cœur très saint. Il s'est m i s au très saint S a c r e m e n t , pour c o n t i n u e r ainsi sa mission de salut et de sanctification j u s q u ' à la fin du monde ; et, par ce m o y e n , il va f o r m e r à son P è r e céleste, dans tous les coins de la terre, des a d o rateurs e n esprit et en vérité. C'est là que JÉSUS est pour nous la source de toute grâce, la source du divin a m o u r . < 0 mes e n f a n t s , disait < encore le Guréd'Ars, que fait Notre-Seigneur d a n s ce beau S a c r e m e n t ? Il y prend son bon cœur pour n o u s a i m e r ; et de ce cœur, qui est le c œ u r de DIEU m ê m e , il sort c o m m e u n e transpiration de tendresse et de miséricorde pour n o y e r les péchés du m o n d e . . . Que c'est beau ! après, la consécration, le bon DIEU est là c o m m e d a n s le Ciel... Si l ' h o m m e connaissait bien ce m y s t è r e , il m o u r r a i t d'amour ! < Si nous aimions, c o m m e il faut, Notre-Seigneur au c S a i n t - S a c r e m e n t , n o u s a u r i o n s toujours devant les y e u x de n o t r e esprit ce tabernacle, cette d e m e u r e du bon D I E U , Quand n o u s s o m m e s en route et que nous apercevons un clocher, cette vue doit faire battre notre c œ u r . Nous ne devrions pas pouvoir en détacher nos r e g a r d s . » . Et, notons-le bien, ceci s'adresse a u x laïques, tout c o m m e aux p r ê t r e s , aux ignorants c o m m e a u x g e n s i n s t r u i t s :

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III.

il n ' y a, en effet, q u ' u n seul DIEU pour tous, JÉSUS-CHRIST, le DIEU de l'éternité et de l'Eucharistie, s'offrant à tous pour être leur vie et leur Pain de vie, se d o n n a n t à tous, les appelant tous à le servir et à l'aimer. Un seul DIEU p o u r tous, une seule Eucharistie pour tous, un seul Paradis pour tous. Peu après sa mort, sainte Thérèse a p p a r u t un jour, toute resplendissante de gloire, à u n Religieux du Carmel, grand serviteur de DIEU : « Nous qui s o m m e s dans le Ciel, lui dit-elle, et vous qui êtes encore s u r la t e r r e , nous devons être unis d a n s un m ê m e esprit d ' a m o u r : nous, en voyant l'Essence d i v i n e ; vous, en a d o r a n t le SaintS a c r e m e n t et en lui r e n d a n t les m ê m e s devoirs que n o u s rendons à l a Divinité; n o u s , dans le repos de la b é a t i t u d e ; vous, d a n s le travail do la souffrance. » Unissons-nous d o n c , m e s bons, mes c h e r s amis, dans les sentiments d'une m ô m e adoration, d'une m ê m e charité, avec tousrïos frères du Ciel et tous ceux de la terre, pour dire et redire à Notre-Seigneur que n o u s l'aimons et que nous l'aimerons t o u j o u r s ; oui, toujours, t o u j o u r s ; et d a n s le temps et dans l'éternité.

VII
D e l'immense a m o u r d e N o t r e - S e i g n e u r p o u r n o u s .

Un saint h o m m e , q u e j ' a i c o n n u , s'écriait u n j o u r : « Quand je pense au soin que le bon DIEU a pris de moi, q u a n d j e récapitule ses bontés et ses miséricordes, quand j e pense que son a m o u r est éternel c o m m e l u i - m ê m e , la reconnaissance et la j o i e de m o n c œ u r d é b o r d e n t de tous côtés; j e ne sais plus que devenir... De toutes p a r t s j e ne

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découvre q u ' u n a b î m e d a m o u r , dans lequel je voudrais pouvoir m e perdre et m e noyer. » Oh! qu'il avait r a i s o n ! S e u l e m e n t , dans cet a b î m e , on ne se perd pas, on se s a u v e ; et plus on s'y plonge, m o i n s on se n o i e ; plus on m o n t e , au contraire, et plus on vit. Bien plus encore que l'abîme de l'Océan, bien plus que iïincommensurable étendue des cieux, l'amour de n o t r e DIEU est insondable, i n c o m p r é h e n s i b l e . Il n e faut pas nous en étonner, puisque son a m o u r , c'est l u i - m ê m e n o u s a i m a n t , n o u s a i m a n t infiniment, n o u s a i m a n t é t e r n e l l e m e n t . — O mes amis, d e v a n t cet a m o u r , il n ' y a u r a i t q u ' à se taire, q u ' à adorer. D ' a b o r d , n o t r e création est, de de la p a r t du b o n D I E U , u n acte d ' a m o u r , d ' a m o u r pur. Notre-Scigneur, vrai DIEU vivant, cil l'unité du Père et du Saint-Esprit, ne n o u s a créés que par bouté. 11 n'avait pas besoin de nous, ni de rien, ni de p e r s o n n e . Absolument, infiniment h e u r e u x en l u i - m ê m e , il n ' a créé le m o n d e , il ne nous a créés q u e pour faire des h e u r e u x , que pour nous faire jouir de son bonheur, s u r la terre d'abord, c o m m e p r é p a r a t i o n , puis dans le Ciel, c o m m e récompense et fin d e r n i è r e . Il n o u s a m i s dans les conditions les plus merveilleuses pour a r r i v e r ainsi à la participation de son b o n h e u r éternel : tous les dons de la n a t u r e , tous les dons de la g r â c e , il nous avait tout prodigué ; tout n o u s portait au bien, au salut, au Ciel, au b o n h e u r ; tout n o u s d é t o u r n a i t et n o u s gardait du m a l . Nous a y a n t faits à son image et à sa r e s semblance, c'est-à-dire intelligents et libres, il devait n é cessairement nous faire g a g n e r notre b o n h e u r en n o u s mettant à l'épreuve. Hélas! n o u s avons p e r d u ce b o n h e u r en la personne de nos p r e m i e r s p a r e n t s ; n o u s l'avons p e r d u par n o t r e propre faute, e n a b u s a n t des bienfaits de D I E U .
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Déchus, nous n'avons pas été a b a n d o n n é s , c o m m e nous l'avions affreusement m é r i t é ; et l ' a m o u r infini de notre DIEU se revêtant aussitôt de la n u a n c e de la miséricorde, il a daigné nous donner un S a u v e u r pour nous relever de notre chute et nous r a t t a c h e r à lui. Et ce Sauveur, ce fut lui-même. Le pardon, la grâce, l'Incarnation, la Rédemption, l'Église, tous les m o y e n s de salut qui nous enveloppent pour ainsi dire," qu'est-ce que tout cela, sinon les ineffables inventions de l'amour et de la miséricorde du bon DIEU. Quiconque veut en user p e u t le faire; et quiconque en use est sûr de son salut, et par c o n s é q u e n t de son bonheur retrouvé, retrouvé à tout j a m a i s . Celui qui fait m a l ne fait m a l que p a r sa faute; et s'il se perd, c'est u n i q u e m e n t par son propre fait, p a r sa volonté folle et absurde, c o n t r a i r e m e n t à la volonlé expresse de DIEU, laquelle ne saurait violer notre liberté sans la détruire, et veut, d'une volonté i m m u a b l e , n o u s sauver, nous béatifier tous. 11 faut le vouloir avec lui : c'est bien le moins. Tout dans le m o n d e existe pour n o u s : toutes les créatures, tous les éléments, la l u m i è r e , l'air, le feu, le ciel, la t e r r e , et, plus que cela, les Anges eux-mêmes sont pour n o u s ; et nous, n o u s s o m m e s pour J É S U S - C H R I S T ; et J É S U S CHRIST, pour DIEU et pour sa gloire éternelle. Ce sont les propres enseignements du g r a n d Apôtre saint PauK L'amour de DIEU, la gloire de DIEU, le b o n h e u r infini de DIEU, voilà la fin p o u r laquelle n o u s crée le DIEU d'amour. Mais ce qui dépasse tout, ce que j a m a i s n o t r e imagination n'aurait m ê m e pu rêver, c'est q u e l u i - m ê m e , le bon DIEU éternel, le souverain Seigneur et Créateur du monde, il s'est donné à n o u s en p e r s o n n e . « J a m a i s , s'écriait le curé d'Ars, j a m a i s n o u s n ' a u r i o n s pensé à d e m a n d e r à DIEU son propre Fils. Mais ce que l ' h o m m e n'aurait pu

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i m a g i n e r , DIEU Га fait. Ce q u e l ' h o m m e n e peut pas dire ou ne peut pas concevoir, ce qu'il n'eût j a m a i s osé m ê m e désirer, D I E U , dans son a m o u r , l'a dit, Га conçu, l'a exé-outé. Eussions-nous j a m a i s osé dire à DIEU de faire m o u rir son Fils pour nous? de n o u s d o n n e r sa c h a i r à m a n g e r et son s a n g à boire? » Quand DIEU voulut sauver l ' h o m m e , il ne vit, dans> toute la création, a u c u n e victime dont le sacrifice fût capable de satisfaire à sa très parfaite justice et à sa sainteté infinie. Alors il se replia p o u r ainsi dire s u r l u i - m ê m e et décida qu'il donnerait au m o n d e , au m o n d e p é c h e u r et indigne, son Fils u n i q u e , l'éternel b i e n - a i m é do son a m o u r é t e r n e l ; et que ce Fils, DIEU c o m m e lui-même, se' faisant h o m m e pour l ' a m o u r des h o m m e s , expierait leurs péchés n o n seulement en priant pour .eux, en souffranl pour eux, mais en m o u r a n t pour eux. Et ce n'est pas t o u t : il décida que JÉSUS, son Verbe incarné, crucifié et ressuscité, demeurerait présent au milieu des h o m m e s j u s q u ' à la fin du m o n d e , par l'Eucharistie, et se m e t t r a i t ainsi au service de toutes les âmes, non en u n seul point de la terre, mais partout, dans tous les pays du m o n d e , partout où l'Église enverrait u n de ses p r ê t r e s ; et cela, non pas s e u l e m e n t de temps à a u t r e , m a i s toujours, j o u r et nuit, m a l g r é les impiétés, les i n g r a t i t u d e s , les sacrilèges sans nombredont il serait l'objet de la part des h o m m e s d a n s tous les siècles, d a n s tous les lieux, j u s q u ' à la fin! — Est-il possible, j e vous le d e m a n d e à tous, mes bons a m i s , de concevoir u n pareil excès d ' a m o u r ? Il est si g r a n d , si incompréhensible, que c'est cela, en g r a n d e partie, qui fait tourner la tète à quantité d'esprits étroits, lesquels n e peuvent pas y croire : « Pour nom, c o m m e disait l'Apôtre saint Jean aux p r e m i e r s fidèles, pour nous, nous croyons
X V I

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à l'amour de notre D I E U ! » 0 Seigneur J É S U S , pouvonsn o u s faire moins? Et voyez encore : avec le Saint-Sacrement, qui contient, en la voilant, son adorable h u m a n i t é tout entière, JÉSUS nous apporte son Cœur sacré, fpyer et organe de son a m o u r . Il nous le présente, il n o u s le d o n n e ; p a r la c o m m u n i o n , il le dépose en nous, afin que ses flammes pénètrent et embrasent nos cœurs. « Oui certes, dit saint François de Sales, l'amour divin, assis sur le Cœur du Sauveur c o m m e s u r son troue royal, regarde, par l'ouverture de son coté percé, tous les c œ u r s des enfants des h o m m e s ; car ce Cœur étant le roi des cœurs, tient toujours ses yeux sur nos c œ u r s . » C'est de là qu'il épanche en c h a c u n de nous son très doux a m o u r , le d o n n a n t tout entier à c h a c u n . Car, ajoute le bon Saint : « Tout ainsi que le soleil ne regarde pas m o i n s u n e rose avec mille millions d'autres (leurs que s'il ne regardait qu'elle seule, DIEU ne répand pas m o i n s son amour sur une à m e , encore qu'il en aime u n e infinité d'autres, que s'il n'aimait que celle-là seule, la force de sa dilection n e d i m i n u a n t point par la multitude des r a y o n s qu'elle r é pand, m a i s d e m e u r a n t toute pleine de sou i m m e n s i t é . » Comme c'est grand ! Que la foi est d o n c belle, douce, sublime, consolante ! Gomme tout cela est d i g n e de DIEU ! Les merveilles ineffables de son a m o u r sont tout entières pour chacun c o m m e p o u r t o u s ! D I E U , oui, DIEU lui-même est tout entier à m o i , tout entier pour m o i ! En outre, chose plus admirable encore et plus attendrissante, il est tout entier en m o i ! Car la foi m'apprend que je suis, moi, sa chétive c r é a t u r e , c o m m e qui dirait sa fin dernière et le but de toutes les OEuvres de sa miséricorde. Son Christ est pour moi, il est à m o i ; aussi pleinement à moi que si j'étais seul au m o n d e avec lui. Sa croix, son

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sang r é d e m p t e u r sont p o u r moi, et il est m o r t pour moi c o m m e si seul j'avais" p é c h é ! Ses s a c r e m e n t s sont de m ê m e pour m o i ; son Eucharistie est pour moi et à m o i ; son Cœur, son ciel, son éternité b i e n h e u r e u s e , en u n mot. son a m o u r , avec tous ses trésors, est à moi, tout entier à inôi. 0 mystère insondable de l'amour de m o n D I E U ! Et q u e sommes-nous pour être tant aimés? Que suis-je, moi en particulier, pauvre et très pauvre pécheur, d o n t la vie a été et est peut-être encore un tissu de fautes phjs ou m o i n s grossières, d'ingratitudes et de légèretés si i n dignes d'un vrai Chrétien? — Un jour, la b i e n h e u r e u s e Angèle de Foligno, ravie en esprit, s'entretenait familièr e m e n t avec Notre-Seigneur. JÉSUS lui d i s a i t : « Ma fille, j ' a i p o u r toi un a m o u r i m m e n s e . — Seigneur, lui répondit-elle, c o m m e n t pouvez-vous tant aimer u n e créature si misérable et dont toute la jeunesse a été employée à v o u s offenser? — Mon a m o u r p o u r toi, reprit J É S U S , est si g r a n d , que bien que j e sache tous tes péchés et toutes tes misères, j ' e n ai c o m m e perdu le s o u v e n i r : j e ne considère en toi que le riche trésor que j ' y ai m i s , c'est-à-dire m a g r â c e et m o n a m o u r . » « 0 m a fille, à qui je donne beaucoup p l u s d ' a m o u r que je n e puis en recevoir, tu es mon temple et m a dem e u r e c h é r i e ; et le Cœur du Tout-Puissant repose e n ton cœur. > Et la Bienheureuse le voyait d o n n e r à son regard } et à son visage adorables une expression de bonté et de douceur qui pénétrait son à m e et la remplissait d'amour. Telle est la sainte tendresse, l'incompréhensible charité que daigne nous porter notre DIEU très bon. Bénissons-le, et efforçons-nous de lui r e n d r e fidèlement a m o u r pour a m o u r .

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VUi
Q u e n o u s devons r e n d r e à N o t r e - S e i g n e u r J É S U S - C H R I S T u n a m o u r actif et i n c e s s a n t .

Puisque nous avons été créés et r a c h e t é s p a r a m o u r et pour l'amour, c'est p a r la m ê m e voie qu'il nous faut retourner à notre p r i n c i p e . C'est là u n e pensée do bon sens, et de plus u n ordre formel du bon DIEU. Non-seulement il daigne nous inviter à l'aimer, m a i s il en fait le p r e m i e r et le plus g r a n d c o m m a n d e m e n t de sa L o i : « Vous aimerez le Seigneur votre DIEU do tout votre cœur, dq tout votre esprit, do toute votre ùme et de toutes vos forces. C'est là le premier et le plus grand de mes. commandements! » Et, dans la pensée de DIEU, ce c o m m a n d e m e n t est tel, qu'il a pour sanction la d a m n a t i o n éternelle d a n s le feu de l'enfer, ni plus ni m o i n s . Nous avons beau faire, nous ne p o u v o n s a i m e r NotreSeigneur c o m m e il faudrait l'aimer. Du fond de notre cœur, il répète à c h a c u n de nous la douce parole qu'il adressait jadis à la Bienheureuse A n g è l e de F o l i g n o : « Vois, m a lille, lui disait-il, vois si tu p e u x en faire assez pour reconnaître m o n a m o u r . Que feras-tu pour l'égaler? 0 m a fille, d o n n e - m o i ton c œ u r . Je t'aime si tc ndrement! o h ! oui, beaucoup plus que t u ne^m a i m e s . Puisque je suis venu .pi^cndre m a d e m e u r e en toi, p r e n d s donc aussi la tienne en m o i . » Et J É S U S ajoutait qu'il trouvait peu d'àmes qui r é p o n d a i e n t à son a m o u r ; que la foi était réduite presqu'à rien ; et il se p l a i g n a i t de l'ingratitude de la p l u p a r t des h o m m e s . « Les â m e s qui ont
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p o u r m o i de l'amour m e sont si chères, disait-il, que si j ' e n trouvais q u e l q u ' u n e qui m ' a i m â t plus profondément, plus t e n d r e m e n t q u e ces g r a n d s Saints d o n t on raconte tant de merveilles,* je lui accorderais des faveurs encore plus excellentes. Tout h o m m e peut m ' a i m e r , et je n e c h e r c h e que des â m e s qui m ' a i m e n t . Moi-même, je suis l e u r a m o u r . Aime-moi d o n c , toi du m o i n s , m a fille c h é r i e ; car je t'aime beaucoup plus que tu n e m ' a i m e s . — A i m e - m o i : l'amour que j ' a i pour ceux q u i m ' a i m e n t f r a n c h e m e n t et sans détour est i m m e n s e . » Et sainte Angèle ajoute : « Je c o m p r i s alors que l ' a m o u r que JÉSUS d e m a n d e aux h o m m e s , c'est celui-là m ê m e qu'il leur porte. » Il n o u s a i m e : aimons-le. Il n o u s a i m e : i m i t o n s son a m o u r ; que le nôtre ait, a u t a n t que possible, les c a r a c tères d u sien. Or, quels sont les caractères de l ' a m o u r de DIEU p o u r nous? Nous e n découvrons q u a t r e p r i n c i p a u x . L ' a m o u r que DIEU a pour nous, est u n a m o u r actif, u n a m o u r éternel, u n a m o u r total, u n a m o u r g é n é r e u x . D ' a b o r d , c'est u n a.mour actif. Le p r o p r e du v é r i t a b l e a m o u r est bien plus d'aimer que d'être a i m é ; et l'on p e u t appliquer ici la parole de Notre-Seigneur : « Il est plus h e u r e u x , plus parfait, de d o n n e r que de r e c e v o i r . » P r e n o n s g a r d e aux illusions : s'il est plus parfait de d o n n e r q u e de recevoir, il est plus c o m m o d e de recevoir que de d o n n e r , s u r t o u t q u a n d , en d o n n a n t , il faut se d o n n e r soim ê m e , d o n n e r sa volonté, d o n n e r son obéissance, sacrifier son a m o u r - p r o p r e , se r e n o n c e r . Or, c'est là ce que NotreS e i g n e u r d e m a n d e de n o u s , q u a n d il n o u s dit de l'aimer. « A i m o n s DIEU, disait saint V i n c e n t - d e - P a u l à ses m i s s i o n n a i r e s ; a i m o n s D I E U ; mais que ce soit aux d é p e n s de nos b r a s e t à la sueur de nos visages. » Plusieurs se

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flattent d'aimer le bon DIEU, parce q u ' e n l e u r cœur ils en s e n t e n t le bon désir; mais est-il question de travailler pour lui, de souffrir pour lui, de se g ê n e r , de se mortifier p o u r lui, d'agréer q u e l q u e maladie ou quelque désag r é m e n t , il n'y a plus p e r s o n n e . Donc, pour aimer Notre-Seigneur de cet a m o u r actif et efficace dont il nous aime, que faut-il faire? Écoutez bien cela, mes amis : Il nous faut n o u s h a b i t u e r à faire beaucoup d'actes d'amour, dans le c o u r a n t de nos j o u r n é e s , au milieu de nos travaux, en allant et v e n a n t . On peut les faire, soit de c œ u r , soit de b o u c h e ; et il faut en faire le plus possible. Plus on souffle sur le feu, plus il brûle. Agenouillé en esprit devant l'Hôte sacré de votre à m e , dites-lui,, diteslui s o u v e n t : « 0 m o n D I E U , m o n D I E U , j e vous a i m e ! . . . Seigneur JÉSUS, j e vous aime de tout m o n c œ u r »! Ou bien encore, la belle parole de saint P i e r r e : « Seigneui\ vous savez tout : vous savez que je vous aime ». Dites-le lui à propos de tout : d ' u n e g r â c e que vous recevez, d'une bonne nouvelle qui vous réjouit, d ' u n mécompte qui vous arrive, d'une t e n t a t i o n , d'un c h a g r i n , d'une souffrance, m ê m e d ' u n e faute q u e vous auriez commise, Dites-le lui à propos de rien, u n i q u e m e n t parce que vous l'aimez. Faites c o m m e u n e c h a r m a n t e enfant que j ' a i connue à Paris et que sa m è r e t r o u v a u n j o u r agenouillée au milieu de sa c h a m b r e . « Que fais-tu là, m o n enfant? lui dit-elle u n peu étonnée. — J e prie le bon D I E U , répondit l'enfant. — T u n'as d o n c pas fait ta prière, ce m a t i n ? — Oh! si, m a m a n . — Eh bien ! est-ce que tu aurais fait quelque chose de m a l ? — Oh! n o n , m a m a n . — Et alors, pourquoi pries-tu c o m m e cela le bon DIEU d a n s la journée? — Parce que j e l'aime, » reprit-elle en rougissant et en souriant.

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Faites donc, nies a m i s , beaucoup d'actes d'amour de DIEU d a n s le courant de vos j o u r n é e s . Et puis, habituezvous, au moyen de b o n n e s et vives résolutions, renouvelées c h a q u e matin et c h a q u e soir, à faire par amour et anec amour vos actions les plus o r d i n a i r e s . Le lever, la prière, le travail, les repas, la récréation, les courses, le c o u c h e r : faites tout, souffrez tout, supportez tout en vue du bon DIEU, par amour et avec a m o u r . Gomme votre vie sera méritoire alore! Gomme elle sera sainte et digne de Celui qui habite en vos cœurs et vous a t t e n d au Ciel! Quelle gloire vous donnerez à DIEU et quelle édification au p r o c h a i n . Tel est le p r e m i e r caractère que doit avoir en vous l'amour de DIEU, si vous tenez à lui r e n d r e , c o m m e vous le devez, a m o u r pour a m o u r . Le second caractère de l'amour que DIEU n o u s porte, c'est d'être un a m o u r éternel. Nous ne pouvons l'imiter en cela ;• car, pour aimer d'un a m o u r éternel, il faut être éternel. Mais ce que nous pouvons faire, m e s bons a m i s , et par conséquent ce que nous devons faire, c'est d'aimer toujours le bon DIETT; toujours, c'est-à-dire toute notre vie, d e p u i s le c o m m e n c e m e n t jusqu'à la fin. « H é l a s ! me dire&-vous, c o m m e n t faire, moi qui, p e n dant bien longtemps, j u s q u ' à ces t e m p s d e r n i e r s peutêtre, ai vécu dans le péché, oubliant le bon D I E U , foulant aux pieds son a m o u r ? Ce passé-là n'est plus à moi. Je ne puis p l u s le faire revenir. » — Ce n'est que trop vrai, mon p a u v r e enfant. Mais vous pouvez le réparer. Les larmes de la pénitence, c'est-à-dire de l'amour repentant, ont u n e puissance surnaturelle qui peut aller bien loin. Quand j e dis les larmes, j e n e parle point seulement des larmes des yeux qui ne d é p e n d e n t pas de nous et qui n e

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sont qu'un effet, mais encore et surtout des larmes du c œ u r qui se repent d'avoir offense la bonté de DIEU et percé son divin Cœur. Qui dira la toute-puissance de ces larmes, lorsqu'elles sont sincères, b r û l a n t e s , bien h u m bles? il est de foi que la contrition parfaite, c'est-à-dire le parfait repentir de l'amour, rétablit l'âme dans u n e pureté si complète qu'il suffit à lui seul, n o n s e u l e m e n t pour effacer foutes sortes de péchés, m a i s encore p o u r éteindre toutes les flammes du Purgatoire, et faire e n t r e r d'emblée dans la béatitude du Ciel le p é n i t e n t qui m o u r rait dans cet état. Je le sais, notre passé, quand il a été m a u v a i s , d e m e u r e toujours un mauvais p a s s é ; m a i s la contrition parfaite a ce pouvoir surnaturel de le couvrir tout entier et de le réparer totalement. C'est c o m m e u n h o m m e qui, a y a n t perdu cent mille francs, travaillerait si activement à r e faire sa fortune qu'au bout d'un certain n o m b r e d'années, il aurait regagné le triple, le q u a d r u p l e de ce qu'il avait perdu. Le fait de son ancien désastre subsiste t o u j o u r s ; mais ni lui, ni sa famille.ne s'en aperçoivent plus a u c u n e m e n t . 0 puissance du r e p e n t i r quand il est vivifié par l'amour ! Mes pauvres amis, r e c o n q u é r o n s ainsi notre passé ; et puis assurons notre avenir, en faisant du temps p r é s e n t le meilleur usage possible, en a i m a n t Notre-Seigneur de tout notre cœur et de toutes nos forces. Faisons doubles et triples à ce point de vue les j o u r n é e s que le bon DIEU daigne encore n o u s accorder. Sovons désormais bien c o n s t a n t s , bien fixes d a n s l'amour du bon D I E U . Plus d ' h é s i t a t i o n s ; plus d'intermittence. Aimons-le toujours, d ' u n véritable toujours. Ne nous laissons plus a r r a c h e r à son a m o u r p a r la séduction des passions, par la ruse des t e n t a t i o n s , par rien de ce

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<jui n o u s a perdus dans le passé. Que n o t r e foi, notre espérance et notre c h a r i t é réunies d e v i e n n e n t , pour la petite b a r q u e de notre â m e , c o m m e u n e a n c r e solidement fixée au r i v a g e de l'éternité. Que les flots des tentations v i e n n e n t encore battre la pauvre b a r q u e , la secouer, l'agiter fortement et souvent : soit; il faut n o u s y attend r e ; m a i s , fidèles à la g r â c e de DIEU qui n e nous m a n quera j a m a i s , fidèles au DIEU de notre c œ u r qui n e nous a b a n d o n e r a pas, ne n o u s laissons point a r r a c h e r de la rive. Ayons toujours foi en l'amour de n o t r e J É S U S ; aimons-le i m p e r t u r b a b l e m e n t , quelles que soient les émotions, les impressions du d e h o r s ; et ainsi n o u s p o u r r o n s imiter, d a n s u n e certaine mesure, l'éternité, l ' i m m u t a bilité de son miséricordieux amour. Mais ce n'est pas encore tout : pour d i g n e m e n t p a y e r de r e t o u r Notre-Seigneur, il faut que notre a m o u r e n v e r s lui soit, c o m m e le sien, total et g é n é r e u x . C'est ce q u e nous allons voir la prochaine fois.

IX
Q u e P a m o u r de D I E U d o i t ê t r e , e n o u t r e , t o t a l et g é n é r e u x .

Notre-Seigneur nous a aimés et nous a i m e d ' u n a m o u r total ; aussi nous c o m m a n d e - t - i l f o r m e l l e m e n t de lui r e n d r e la pareille, et de l'aimer « de tout n o t r e c œ u r et de toute n o i r e âme ». Il nous demande tout : qui s'en étonnera, puisqu'il a tout d o n n é ! Et ici, remarquez-le bien, mes bons a m i s , notre intérêt se lie i n t i m e m e n t avec notre devoir. En effet, c'est J É S U S CHRIST, JÉSUS-CHRIST seul, qui est le souverain bien d e

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III.

noire cœur, puisqu'il est l'Amour m ô m e , l'Amour pur et « le Tout-Bien », comme il le disait u n j o u r à sa g r a n d e s e r v a n t e la Bienheureuse Angèle de Foligno. Votre c œ u r est fait pour aimer, c o m m e l'œil pour voir, c o m m e l'oreille pour e n t e n d r e . Or, q u ' a i m e r a - t - i l , ce p a u v r e cœur, sinon Celui qui est le Bien m ê m e ? Qu'aimera-t-il, sinon l'Amour, l'Amour parfait, l'Amour sans m é l a n g e ? Donc, pour être dans le vrai, il n o u s faut a i m e r le bon DIEU, notre bon et très bon JÉSUS de tout notre c œ u r , et sans partage. Qu'est-ce à dire, sans p a r t a g e ? Est-ce que, tout en aimant le bon DIEU, nous ne pouvons pas, est-ce que n o u s ne devons pas a i m e r notre père, n o t r e m è r e , nos amis, notre p r o c h a i n ? Si fait; et q u a n d n o u s disons que notre amour pour le bon DIEU doit être total et sans partage, nous ne voulons pas dire qu'il doit être exclusif. Personne n ' a a i m é , personne n ' a i m e r a j a m a i s le p r o c h a i n a u t a n t que JÉSUS-CI-IRIST, qui est au milieu des h o m m e s l'exemplaire de la perfection. Et c e p e n d a n t il aimait son Père adorable d'un a m o u r total, absolu, parfait, souverain. En cela, c o m m e en tout, n o u s devons nous efforcer de l'imiter, en a i m a n t avec le bon DIEU tout ce qui, d a n s la création, mérite d'être a i m é , mais à la condition absolue de subordonner c o m p l è t e m e n t toutes nos affections à ce grand et souverain a m o u r de DIEU. Nous aimerons donc le bon D I E U « sans partage », quand son a m o u r d o m i n e r a si bien toutes nos autres affections, que notre volonté sera résolue à r e t r a n c h e r tout ce qui pourrait être c o n t r a i r e à cet a m o u r et capable n o n seulement de le d é t r u i r e , mais m ê m e de l'altérer et de le diminuer. Savcz-vous, mes bons a m i s , pourquoi personne n'a tant aimé les créatures que Notre-Seigneur? C'est précisément parce qu'il aimait parfaitement, abso-

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lument son Père céleste. Cet a m o u r divin dominait tout autre a m o u r en lui. En a i m a n t en outre la Sainte-Vierge, saint Joseph, saint J e a n , saint Pierre, ses disciples, ses amis, il ne « p a r t a g e a i t » a u c u n e m e n t son c œ u r entr'eux et son P è r e . Il n'en aimait pas moins son Père céleste par-dessus tout. 0 mes enfants, faisons de m ê m e . Aimons le bon DIEU d'un a m o u r total et souverain. S u b o r d o n n o n s , et au besoin s a c h o n s m ê m e sacrifier à cet a m o u r toutes nos autres affections, quelque légitimes, quelque excellentes qu'elles puissent être. Si, par exemple, notre père, notre mère, n o t r e a m i le plus i n t i m e , la personne q u e nous aimons le plus ici-bas. venait à nous d e m a n d e r de faire quelque chose de contraire à la volonté de DIEU, OU à son amour (car c'est tout un), résistons sans hésiter u n inst a n t ; et brisons plutôt ce lien, d'ailleurs si c h e r , plutôt que d'offenser DIEU, plutôt que de nous séparer de NotreSeigneur et de son s s i n t a m o u r . Et ainsi, vous le comprenez désormais, vous pourrez aimer le bon DIEU d'un a m o u r « total », tout en aimant au fond d u .cœur tous ceux qui, à un litre quelconque, sont d i g n e s de votre affection. Enfin, n o u s devons a i m e r le bon DIEU d ' u n a m o u r généreux. A p r e m i è r e vue, il p a r a î t plus qu'inutile d'exciter notre cœur a a i m e r « g é n é r e u s e m e n t » Celui qui est la Beauté infinie, la Bonté inépuisable, la Sagesse infaillible, la Lumière toute p u r e , l'Amour sans m e s u r e et sans fin. Et cependant, il le faut faire. Il faut, à tout p r i x , e m p ê c h e r l'amour que n o u s r e n d o n s à Noire-Seigneur de dégénérer, de perdre de son dévouement, de son zèle, de sa noble a r d e u r .

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P o u r cela, il faut veiller à trois choses. Il faut d'abord p r e n d r e garde à notre p e n c h a n t à l'égoïsme, qui tend toujours à nous faire tout r a p p o r t e r à n o u s - m ê m e s , m ê m e l ' a m o u r de DIEU. En effet, a i m e r le bon D I E U , ce n'est pas seulement le p r e m i e r et le plus doux de nos devoirs, c'est •encore le premier de nos intérêts, puisqu'il y va de notre vrai bonheur en ce m o n d e et de notre b o n h e u r parfait pendant toute l'éternité. Mais, de m ê m e que Notre-Seig n e u r nous a aimés pour nous, s'est sacrifié tout entier pour nous, sans a u c u n i n t é r ê t personnel, sans avoir besoin de nous ; de môme, pour l'aimer g é n é r e u s e m e n t h notre tour,, il faut tacher de l'aimer pour l u i - m ê m e , c o m m e il le mérite si bien. C'est ce qu'on appelle « le p u r a m o u r ». Cet a m o u r - l à est bien supérieur à l'amour intéressé, c'est-à-dire à l ' a m o u r qui c h e r c h e son propre bien dans l ' a m o u r de DIEU. L'amour intéressé est certain e m e n t fort légitime, puisque DIEU m ê m e veut que nous n o u s aimions n o u s - m ê m e s , pour l'amour de lui ; m a i s il est bien moins parfait que le p u r a m o u r , l ' a m o u r désintéressé. Ce n'est pas un a m o u r g é n é r e u x , u n a m o u r parfait. La p l u p a r t des g e n s n ' e n connaissent, n ' e n pratiq u e n t g u è r e d'autre. Voyez plutôt leur p r i è r e ; elle se r é s u m e i n v a r i a b l e m e n t e n u n e seule idée : d e m a n d e r , et puis d e m a n d e r encore, d e m a n d e r toujours ; h e u r e u x quand sur dix choses d e m a n d é e s , il n ' y en a que sept ou huit c o n c e r n a n t des intérêts temporels ! Ce ne sont point là les allures de cet a m o u r généreux, parfait, auquel nous devons n o u s exciter, m e s très-chers amis. Cet a m o u r s'applique surtout, q u a n d il prie, h adorer le bon DIEU, à lui dire, à lui répéter qu'il l'aime, à lui r e n d r e grâces, à le bénir, à le louer, à s'abaisser h u m b l e t.

m e n t en sa présence, à r é p a r e r par sa fidélité les outrages et les négligences de la m u l t i t u d e des p é c h e u r s . Dans ses

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actions, il a, sinon toujours, du moins souvent, d e s d n t e n tions a n a l o g u e s . « J É S U S , m o n D I E U , mon d o u x Sauveur,, c'est p o u r l'amour de vous que j e fais ceci ou c e l a ; que j ' e n t r e p r e n d s ce t r a v a i l ; que jo supporte cette injustice sans me p l a i n d r e , que j e souffre,, que j ' o n é i s , etc. » Je le s a i s : ces s e n t i m e n t s si élevés, si délicats n e peuvent se soutenir toujours, vu la misère de notre pauvre cœur et sa légèreté ; mais plus on s'y excite, plus on a i m e généreusement le .bon D I E U , et plus on se r a p p r o c h e du modèle parfait do l'amour de DIEU, qui est Notre-Seigneur •
JÉSUS-CHRIST.

Mes bons amis, faisons, vous et moi, un bon examen deconscience sur ce sujet si fondamental : Aimons n o u s le bon DIEU c o m m e il veut que nous l'aimions? Il n o u s aime d'un a m o u r actif, efficace : le p a y o n s nous do retour, et l a i m o n s - n o u s bien pratiquement, d'un amour réel, efficace et actif? — Il nous aime d'un a m o u r immuable, éternel : ne pouvant l'aimer élernellemeril ni même parfaitement, du m o i n s nous efforçons-nous de l'aimer toujours, toujours? — Il nous aime d'un a m o u r si généreux, que, pour n o u s le témoigner, il n ' a rien épargné, pas m ê m e ses anéantissements dans l'Incarnation, dans la Rédemption et d a n s l'Eucharistie : et n o u s , s o m mes-nous vraiment g é n é r e u x avec lui, lui r e n d a n t , s'il est permis de parler ainsi, générosité pour .générosité, d é vouement pour d é v o u e m e u t ? Aimons-le donc de tout notre cœur, ce DIEU d'amour, de bonté, de.miséricorde. Aimons-lede toute n o t r e volonté, le plus filialement possible, et prouvons-lui notre amourpar tout le détail de-notre vie.

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X

Du sentiment de l'amour de DIEU.
Quelque réel que puisse être notre a m o u r envers NotreSeigneur, nous n'en avons pas toujours le s e n t i m e n t . Et c'est tout simple : ici-bas, il n est point d o n n é à l ' h o m m e de demeurer toujours s JUS la m ê m e i m p r e s s i o n . C'est surtout, c'est avant tout avec la volonté q u e n o u s a i m o n s et servons le bon DIEU. Assurément il est doux et consolant, quelquefois m ê m e il est très utile de senlir qu'on a i m e ; m a i s cela n'est point indispensable au véritable a m o u r de DIEU, lequel est u n a m o u r tout spirituel, c'est-à-dire qui s'adresse d i rectement, non à nos sens corporels, mais à la partie supérieure de notre â m e et de n o t r e esprit. Nous n e v o y o n s pas le bon DIEU, nous ne l'entendons pas, nous n e le touchons pas, c o m m e n o u s voyons, nous e n t e n d o n s , nous touchons ceux que nous a i m o n s sur la t e r r e ; et dès lors il ne dépend pas de nous d'avoir pour lui cet a m o u r où nos sens ont une si large part, et qui d o n n e u n e d o u c e u r , un attrait si sensibles à nos affections de famille, et à toutes nos amitiés. Aussi ressentons-nous o r d i n a i r e m e n t u n e peine plus vive, plus sensible en p e r d a n t notre père ou notre mère, qu'en perdant la g r â c e du bon DIEU par un péché mortel. Chez un vrai chrétien, cette dernière douleur est plus profonde sans a u c u n d o u t e ; mais il est très-rare,

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pour ne pas dire impossible, qu'elle sôit aussi sensible, aussi vive. Certes, mes amis, rien de plus vrai, r i e n de plus légitime, rien de plus excellent en soi q u e le s e n t i m e n t de cet amour de DIEU, lorsqu'il remplit notre c œ u r . Au Paradis, dans l'atmosphère divine de la perfection, nous a u r o n s ce s e n t i m e n t plein et entier, avec une telle a b o n d a n c e , qu'il enivrera notre c œ u r « des torrents de la béatitude m ê m e de DIEU, » c o m m e parle la S a i n t e - É c r i t u r e . Si, en ce monde, n o u s étions dans ce bel idéal de l ' a m o u r divin, nous le sentirions toujours, de m ê m e que n o u s l'aurions toujours. Notre c œ u r , dit saint F r a n çois de S a h s , est en effet le véritable c h a n t r e du cantique de l'amour de D I E U , et il en est lui-même la h a r p e vivante. Mais d'ordinaire, ajoute le bon Saint, « ce c h a n t r e s'écoute soi-même et prend u n g r a n d plaisir d'ouïr la m é lodie de son cantique ; c'est-à-dire notre c œ u r a i m a n t DIEU, savoure les délices de cet amour, et y prend u n contentement non pareil. Voyez, je vous prie, ce que je veuxdire : Au c o m m e n c e m e n t , les j e u n e s petits rossignols s'essaient de c h a n t e r pour imiter les g r a n d s ; mais é t a n t façonnés et devenus m a î t r e s , ils c h a n t e n t pour le plaisir qu'ils p r e n n e n t en leur propre gazouillement, et s'affect i o n n e n t si p a s s i o n é m e n t à cette délectation, qu'à force de pousser leurs voix, leur gosier s'éclate, dont ils m e u rent. Ainsi font les gens qui s ' a b a n d o n n e n t à la d o u c e u r des g o u r m a n d i s e s spirituelles; au c o m m e n c e m e n t , ils aiment DIEU pour s'unir à lui, lui être a g r é a b l e s , et l'imiter e n ce qu'il nous a aimés éternellement. Mais petit à petit, en l'exercice du saint a m o u r , ils p r e n n e n t i m p e r ceptiblement le c h a n g e ; » et, se faisant illusion à e u x mêmes, ils se m e t t e n t à a i m e r les consolations de D I E U ,

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LE JEUNE OUVRIER CHRETIEN. —

III.

plutôt q u e le DIEU des consolations. Quand ils prient, q u a n d ils c o m m u n i e n t , ils v o n t au bon DIEU pour euxm ê m e s , plutôt que pour l u i . II» font c o m m e u n bon j e u n e h o m m e , devenu depuis u n excellent p r ê t r e et que j e dirigeais quand il était au collège. « Dans ce temps-là» m e disait-il un j o u r , le service de DIEU était p o u r moi tout sucré ; je ne pouvais pas m e mettre à prier, à a d o r e r Je Saint-Sacrement, à c o m m u n i e r , sans verser des l a r m e s d'attendrissement; c'était très d o u x ; m a i s cela n e m ' e m pochait pas de me laisser aller à mille imperfections. Ce n'est que plus tard, quand Noire-Seigneur se fut bien rendu m a î t r e de mon cœur, qu'il m e traita en g r a n d garçon, et m'apprit, a u x dépens de m a consolation, à le servir pour lui-même, g é n é r e u s e m e n t et fortement. » Outre qu'il est p a r f a i t e m e n t n o r m a l et v r a i , ce sentim e n t si doux, si ravissant, de l'amour du bon DIEU est donc en lui-même très utile, vu notre faiblesse : il excite l'appétit de lïvme pour les choses saintes ; il conforte l'esprit et ajoute à la p r o m p t i t u d e de notre a m o u r u n e sainte gaîté et allégresse qui r e n d notre piété gracieuse cl agréable, m ê m e extérieurement. Mais il a facilement des dangers, et, si l'on n'y prend g a r d e , il peut nous faire p r e n d r e le c h a n g e et nous persuader à tort que nous a i m o n s Notre-Seigneur beaucoup plus sérieusement que n o u s ne l'aimons h é l a s ! en réalité. Saint F r a n ç o i s de Sales fait, à ce sujet, des réflexions aussi charmantes, que sensées : « Certaines personnes, dit-il, s e m b l e n t p a r m o m e n t s tout attendries et pénétrées de l ' a m o u r de D I E U ; m a i s q u a n d ce vient à l'essai, on trouve que c o m m e les pluies passagères d'un été bien c h a u d , qui t o m b e n t à grosses
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LA CHARITÉ. —

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gouttes sur la t e r r e , n e la p é n è t r e n t point et ne servent qu'à la production des c h a m p i g n o n s , ainsi ces larmes et tendretés t o m b a n t sur un c œ u r frivole et n e le p é n é t r a n t point, lui sont au m o i n s inutiles ; car, p o u r tout cela, les pauvres gens n e q u i t t e r a i e n t pas un seul liard du bien mal a c q u i s qu'ils possèdent, ne r e n o n c e r a i e n t pas a u n e seule de leurs affections déréglées, et n e v o u d r a i e n t p r e n dre la m o i n d r e i n c o m m o d i t é du m o n d e pour le service du Sauveur, sur lequel ils ont p l e u r é ; en sorte que les bons m o u v e m e n t s qu'ils ont eus ne sont q u e de c e r t a i n s c h a m p i g n o n s spirituels, qui n o n - s e u l e m e n t n e sont pas le véritable a m o u r , m a i s bien souvent sont des ruses de l ' e n n e m i : a m u s a n t les âmes à ces m e n u e s consolations, il les fait d e m e u r e r contentes et satisfaites en cela, afin qu'elles ne c h e r c h e n t plus le vrai et solide a m o u r de D I E U , lequel consiste en u n e volonté constante, résolue^ p r o m p t e et active, d'exécuter ce que l'on sait être a g r é a ble à DIEU.

« Un enfant pleurera t e n d r e m e n t s'il voit d o n n e r u n coup de lancette à sa m è r e qu'on saigne ; m a i s si, u n i n s tant après, sa m è r e , pour laquelle il pleurait, lui d e m a n d e u n e p o m m e , ou u n cornet de dragées qu'il tient e n sa main, il ne le voudra nullement lâcher. Ainsi faisonsn o u s souvent, q u a n d n o u s vivons d a n s l ' a m o u r sensible de Notre-Seigneur, lui refusant l'unique p o m m e d ' a m o u r qu'il nous d e m a n d e si i n s t a m m e n t et qui est notre c œ u r , notre volonté. Ha ! ce sont des aifeclions de petits enfants que tout cela, t e n d r e s , mais faibles, m a i s fantasques, m a i s sans racines et sans effets ! » Si Notre-Seigneur daigne nous d o n n e r de temps à a u tre, ou m ê m e h a b i t u e l l e m e n t , le vif s e n t i m e n t de son bon et très saint a m o u r , remercions-le avec u n e exacte fidélité, lui r e n d a n t grâces de tout, reconnaissant q u e
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LE JEUNE OUVRIER CHRÉTIEN. —

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n o u s s o m m e s des serviteurs inutiles, et q u ' e n faisant pour le mieux nous ne faisons que notre devoir, notre strict devoir. Prenons bien g a r d e de mêler le v i n a i g r e de l'amour-propre au vin délicieux de l ' a m o u r de DIEU, lequel se gâterait aussitôt. « En m o u r a n t d a n s u n parfum, les mouches en altèrent la suavité, » dit TÉcriture-Sainle; ce qu'elles ne feraient pas si elles ne faisaient que voltiger dessus p o u r en respirer les douceurs ; mais quand elles se laissent e n i v r e r , elles y d e m e u r e n t prises et l'infectent de leur p o u r r i t u r e . Telle est donc, m e s bons amis, l'excellence, telle est l'utilité du s e n t i m e n t de l ' a m o u r de D I E U ; tel en est aussi le d a n g e r . De grâce, n e séparons j a m a i s le Bienfaiteur des bienfaits; la rose, de son p a r f u m ; le soleil, de sa belle et ravissante l u m i è r e ; JÉSUS-CHRIST, Bonté infinie, souverain Bien, A m o u r adorable et adoré, des faveurs spirituelles qu'il daigne r é p a n d r e en nos â m e s , et du p u r b o n h e u r qu'il nous fait goûter parfois lorsqu'il daigne s'incliner quelque peu s u r notre pauvre c œ u r pour le gagner, pour l'attirer, pour le r e n d r e m e i l l e u r .

XI
A quels signes on peut reconnaître que Toi) aime véritablement le bon DIEU.

Voici, mes amis, u n e grosse question, qui s'adresse directement à c h a c u n de nous, et qui est d u n e i m p o r tance majeure d a n s la pratique de la vie c h r é t i e n n e . Quand nous sentons e n notre cœur les d o u c e u r s et consolations de l'amour de Nôtre-Seigneur, il est très probable que nous l'aimons v é r i t a b l e m e n t ; et j u s q u ' à preuve

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du contraire, nous pouvons à bon droit nous reposer dans cette douce a s s u r a n c e . Cependant, il ne faut pas l'oublier, nous pourrions ne pas ressentir ces douceurs, n o u s pourrions m ê m e n o u s t r o u v e r d a n s la sécheresse, d a n s l'aridité, voire m ê m e d a n s u n e sorte de dégoût des choses saintes, et n é a n m o i n s a i m e r DIEU très réellement. En effet, ce n'est pas le goût des viandes qui n o u r r i t , ce sont les viandes elles-mêmes. C o m m e n t p o u r r o n s - n o u s d o n c être m o r a l e m e n t c e r t a i n s d'aimer JÉSUS c o m m e nous le devons? Nul n ' e n peut-être a b s o l u m e n t certain à moins d'une révélation. Mais d a n s toutes les questions de Tordre moral, la certitude m o r a l e suffit pleinement, et ce qu'on appelle la certitude absolue ou métaphysique n'est n u l l e m e n t nécessaire. P o u r les affections et les s e n t i m e n t s de n o t r e â m e , c'est la doctrine générale que nous devons les j u g e r p a r l e u r s fruits. « Vos c œ u r s , dit saint François de Sales, sont des arbres, les affections et sentiments en sont les b r a n c h e s , et les œ u v r e s et actions en sont les fruits. Le c œ u r est bon q u i a de b o n n e s affections, et les affections sont bonnes qui produisent en n o u s de bons effets et saintes actions. Si les douceurs, tendretés et s e n t i m e n t s d ' a m o u r n o u s r e n d e n t plus h u m b l e s , patientsj traitables, c h a r i tables et compatissants à l'endroit du p r o c h a i n , plus fervents à mortifier nos concupiscences et m a u v a i s e s i n c l i n a t i o n s , p l u s constants en nos exercices, plus m a niables et souples à ceux à qui nous devons obéir, p l u s simples en notre vie, sans doute qu'elles sont de D I E U . Mais si ces douceurs n ' o n t de la douceur que pour nous, qu'elles n o u s laissent m o n d a i n s , égoïstes, aigres, pointilleux, i m patients, opiniâtres, fiers, p r é s o m p t u e u x , d u r s à l'endroit du p r o c h a i n , et que p e n s a n t déjà être des petits s a i n t s , nous n e voulons plus n o u s laisser diriger ni r e p r e n d r e ,

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III.

i n d u b i t a b l e m e n t ces s e n t i m e n t s ne sont q u e des c h a m p i g n o n s spirituels, dont n o u s devons n o u s méfier. Un bon a r b r e n e produit que de bons fruits. » Interrogée un j o u r s u r ce m ê m e sujet p a r les n o m b r e u x disciples qui se pressaient a u t o u r d'elle, la g r a n d e serv a n t e de DIEU, Àngèle de Foligno, du Tiers-Ordre de Saint-François, résumait en ces quatre points sa réponse : Quant aux signes du véritable a m o u r de JÉSUS-CHRIST, les voici: d'abord et a v a n t tout, soumettre notre volonté à la très sainte volonté de Notre-Seigneur. En second lieu, sacrifier g é n é r e u s e m e n t nos affections et nos s e n t i ments aux sentiments et a u x affections de JÉSUS-CHRIST, dès que nous nous apercevons qu'ils sont en contradiction avec les siens. Ensuite, n'avoir rien de c a c h é p o u r ce doux et souverain Ami. Enfin, s'appliquer à imiter a u t a n t que possible Notre-Seigneur, afin de lui devenir semblables, de nous mettre de plus en p l u s à sa portée, et de lui permettre de s'unir à n o u s très parfaitement, très intimement. Cette doctrine de la B i e n h e u r e u s e Angèle mérite, m ç s chers a m i s , notre attention la plus sérieuse. Elle r e n f e r m e des trésors de sanctification. La chère sainte n o u s dit d'abord que le p r e m i e r signe auquel n o u s pouvons r e c o n n a î t r e si n o u s a i m o n s tout de bon Notre-Seigneur, c'est l'attention habituelle à faire sa volonté, et non point la n ô t r e , à soumettre fidèlement n o t r e petite volonté capricieuse et désordonnée à sa volonté divine, très b o n n e , très sainte, toujours excellente lors m ê m e qu'elle nous gène. C'est là l'enseignement formel et répété de J É S U S - C H R I S T l u i - m ê m e dans l'Évangile :« Celui qui connaît mes commandements et qui les observe, voilà celui qui m'aime. Etcelui qui m'aime, sera aimé de mon Père; et moi aussi je l'aimerai.
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« Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera^ et nous viendrons à lui; et nous demeurerons m lui, « Celui qui ne m aime pas, c'est celui qui n'observe pas mes commandements. Si vous m'aimez, observez mes commandements. Si vous observez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour. Oui, vous serez mes a?nis, si vous faites ce que je vous ai recommandé. » Et l'Apôtre saint Jean répète et r é s u m e la m ê m e pensée, lorsqu'il dit : « Voulez-vous savoir ce que c'est qu'aimer D I E U ? Le voici: c'est observer ses commandements; » les observer, non p a r crainte servile, m a i s p a r a m o u r ; les observer avec a m o u r , avec le plus d ' a m o u r possible. Cette doctrine est si lumineuse qu'il est inutile de l'expliquer. Ainsi, voulons-nous savoir, vous et m o i , si nous a i m o n s le bon DIEU véritablement et bien s é r i e u s e m e n t : e x a m i n o n s notre vie ; voyons si notre volonté est bien à lui ; si n o u s détestons sincèrement les fautes où nous e n t r a î n e n t de t e m p s en temps la malheureuse légèreté de notre esprit, et la faiblesse h u m a i n e ; si n o u s n o u s repentons i m m é d i a t e m e n t et de tout cœur, lorsque n o u s avons le m a l h e u r de t o m b e r ; si habituellement n o u s faisons tout n o t r e possible pour d e m e u r e r bien fidèles à la grâce et à l ' a m o u r de notre divin Maître. — Voilà le p r e m i e r s i g n e a u q u e l n o u s r e c o n n a î t r o n s si n o u s l'aimons ; nous l'aimons p l u s ou moins, suivant que n o u s s o m m e s plus ou moins fidèles à ses c o m m a n d e m e n t s , suivant que notre volonté se conforme plus ou m o i n s p a r f a i t e m e n t à la sienne. Le second signe que nous d o n n e sainte Angèle, est celui-ci : sacrifier g é n é r e u s e m e n t nos s e n t i m e n t s et nos affections aux sentiments et aux affections de JÉSUS-CHRIST, dès que nous nous apercevons qu'ils sont en contradiction avec ceux de son divin Cœur. C'est ce que n o u s c o m m a n d e en toutes lettres le glorieux
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LE JEUNE o u v r i e r c h r é t i e n .

—III.

i n t e r p r è t e de l'Évangile, l'Apôtre saint P a u l , lorsqu'il n o u s d i t : « Ayez en vous les m ê m e s s e n l i m e n l s qu'avait
JÉSUS-CHRIST. »

Aimons-nous ce q u ' a i m e .1er US-CHRIST? Repoussons-nous ce dont il ne veut pas, lors m ê m e qu'il s'agirait de n o s affections les plus p r o c h e s : notre père, n o t r e m è r e , nos p a r e n t s , nos amis les plus intimes, n o s connaissances les plus a n c i e n n e s ? C'est l'application p r atiq u e de cette g r a n d e parole de JÉSUS : « Celui qui aime son père, ou sa mère, ou son épouse, ou ses enfants, ou ses frères et sœurs, ou sa propre vie plus que moi, n'est pas digne de moi. » A i m o n s - n o u s q u e l q u ' u n ou quelque chose plus profond é m e n t que nous n ' a i m o n s J É S U S - C H R Ï S T ? JÉSUS-CHRIST est-il le souverain Maître de notre c œ u r ? N'aimons-nous que ce qu'il a i m e , c'est-à-dire tout ce q u i est bon, vrai, j u s t e , pur, digne de DIEU et de notre b a p t ê m e ? sommes-nous résolus, c o m m e le disait u n j o u r de l u i - m ê m e notre bon s a i n t F r a n ç a i s de Sales, de ne pas laisser v i v r e et g r a n d i r en notre cœur u n e seule affection m a u v a i s e , sans l'arracher aussitôt et la rejeter lojn de n o u s ? Les affections que n o u s portons à n o s p a r e n t s , à nos a m i s peuvent être, c o m m e n o u s l'avons dit plus haut, b e a u c o u p plus t e n d r e s et sensibles, beaucoup plus pressantes et plus passionnées ; m a i s , q u a n d il s'agit de choisir entre elles et l ' a m o u r de DIEU, on voit bien de quel côté p e n c h e réellem e n t le cœur du v r a i fidèle et combien r è g n e souverainem e n t en lui l'amour de son D I E U . En troisième lieu, dit sainte Angèle, p o u r connaître si l'on a i m e v é r i t a b l e m e n t Notre-Seigneur, il faut pouvoir se r e n d r e à soi-même ce t é m o i g n a g e que l'on n ' a rien de caché p o u r ce doux et souverain A m i . Et elle ajoute qu'elle r e g a r d e ce troisième signe c o m m e le c o m p l é m e n t des deux p r e m i e r s . Voyez, mes amis, voyons tous si nous s o m m e s h e u r e u x

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de penser que Notre-Seigneur voit et sait tout ce qui se passe on nous ; que les m o i n d r e s replis de notre c o n s cience sont ouverts devant lui c o m m e un livre où il peut tout lirfc à son aise; que rien n e lui est caché dans nos j u g e m e n t s , dans nos manières de voir, dans nos projets, dans nos désirs; qu'il connaît à fond nos m o i n d r e s v o lontés, nos plus intimes affections ; en u n mot, que notre vie tout entière est là, ouverte toute g r a n d e devant lui, et que m a i s s o m m e s bien déterminés à n e j a m a i s y l a i s s e r e n t r e r s c i e m m e n t a u c u n acte, a u c u n m o u v e m e n t qui puisse déplaire à son divin regard. — P l u s n o u s s o m m e s parfaitement établis dans ces dispositions, plus nous p o u vons dire avec confiance que n o u s aimons JÉSCS-GHRIST, que n o u s l'aimons de tout notre c œ u r . Enfin, le vrai a m o u r t e n d a n t forcément à la ressemblance et à l'union, plus nous nous efforçons de ressembler à JÉSUS-CHRIST, de conformer notre vie à ' s a sainte vie, notre i n t é r i e u r à son intérieur, plus nous nous pouvons r e n d r e ce m ê m e consolant témoignage que n o u s lainions v é r i t a b l e m e n t et que nous s o m m e s réellement tout à lui. Selon que l'on se sent p l u s ou m o i n s élevé s u r cette q u a d r u p l e échelle de sainte Angèlë de Foligno, on peut se dire, sans crainte de se faire illusion, que l'on est plus ou m o i n s affermi dans le saint a m o u r de J É S U S CHRIST, dans le vrai et pur a m o u r de DIEU.

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XII De quelques autres s i g n e s auxquels chacun de nous peut reconnaître s'il aime véritablement Notre-Seigneur.

Voici quelques signes dont la présence d a n s u n e â m e dénote à coup sûr u n a m o u r plus ou m o i n s ar d en t, plus ou moins délicat, envers le très bon et très d o u x Seigneur JÉSUS. Heureux ceux d'entre vous, mes b o n s a m i s , qui, en r e g a r d a n t ce miroir, p o u r r o n t s'y r e c o n n a î t r e ! C'est u n e sorte de petit examen du c œ u r q u e j e vous présente ici, et s u r lequel j e vous d e m a n d e de ne p o i n t passer a la légère. D'abord, mes bons enfants, la pensée du bon DIEU VOUS vient-elle souvent à l'esprit? Lorsque vous voyez la blanche fumée de l'encens s'élever d o u c e m e n t dans les airs autour des autels, n'est-ce pas u n e marque- bien certaine que dans les encensoirs q u e t i e n n e n t les prêtres ou leurs assistants, le feu est bien a l l u m é ? Notre cœur, c'est l'encensoir de D I E U ; le feu, c'est le divin a m o u r ; la fumée odoriférante de l'encens, c'est la pensée d u bon DIEU, la prière, l'adoration qui m o n t e n t sans effort j u s q u ' a u x r é gions supérieures de l'esprit et les remplissent du p a r f u m de la pensée de DIEU. Il est m a l h e u r e u s e m e n t impossible, sauf u n e grâce tout à fait extraordinaire, de penser loujours au bon D I E U ; mais quand on l'aime beaucoup, q u a n d le feu de l'encensoir d e m e u r e toujours bien allumé, la pensée de DIEU devient facilement fréquente, h a b i t u e l l e ; et le moindre g r a i n d'encens qui t o m b e sur les c h a r b o n s a r d e n t s

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donne i m m é d i a t e m e n t naissance à un beau petit flocon de v a p e u r parfumée qui m o n t e au ciel. On peut dire, sans c r a i n t e de se t r o m p e r , q u e plus on pense à DIEU, plus on peut être certain de l'aimer; cL que l'habitude de cette pensée sacrée, si sanctifiante, si divine en ellem ê m e , est u n e m a r q u e quasi-infaillible q u ' o n l'aime de tout son c œ u r . Il y a de b o n s j e u n e s gens, v é r i t a b l e m e n t bons, qui restent des j o u r n é e s presqu'entières sans p e n s e r au b o n DIEU, s u r t o u t s a n s penser à lui par a m o u r et avec a m o u r : hélas! oh peut bien dire qu'ils ne l'aiment g u è r e . S a n s être éteint, le feu de leur encensoir n e brûle pas fort, et 'la dépense qu'ils font en encens n'est pas en t r a i n de les ruiner. C'est à peine si le sanctuaire de leur à m e g a r d e une légère impression de leur prière du m a t i n et du soir ou de leur dernière c o m m u n i o n . Sans doute, on irait trop loin si l'on disait qu'ils n ' a i m e n t pas du tout NotreS e i g n e u r ; mais on dépasserait également et de beaucoup la vérité, si l'on disait d'eux qu'ils l'aiment c o m m e il faut l'aimer. Et notez-le bien, mes a m i s , ceci regarde plus ou m o i n s tous les fidèles; c a r c'est à tous, a u x laïques c o m m e a u x prêtres, aux h o m m e s c o m m e aux femmes, a u x enfants comme a u x g r a n d e s personnes, aux c h r é t i e n s du m o n d e comme a u x Religieuses et aux Religieux, que s'adresse le grand c o m m a n d e m e n t de la Loi : « Vous aimerez le Seigneur votre DIEU de tout votre ca^ur et de toutvôtre esprit. »
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Un a n t r e signe non équivoque du véritable a m o u r de Notre-Seigneur d a n s une à m e (pourvu que, d'autre p a r t , la vie soit b o n n e et pure), c'est u n e c e r t a i n e propension à s'émouvoir, à s'attendrir en c o n t e m p l a n t JÉSUS-CHRIST daus les états d'anéantissement où Ta réduit son a m o u r

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p o u r n o u s : p r i n c i p a l e m e n t dans sa c r è c h e , dans les doux et Louchants mystères de son enfance, d a n s les élats si profonds, si incompréhensibles de sa vie cachée à Nazar e t h ; dans son agonie et dans tous les douloureux m y s tères de sa Passion; enfin, dans le m y s t è r e qui r é s u m e tous ses autres a n é a n t i s s e m e n t s et excès d'amour, je veux dire dans la sainte Eucharistie. Il est impossible de sentir son cœur ému de ln sorte a u x pieds de JÉSUS dans la crèche, sur la croix, sur l'autel, sans que cette émotion sainte n e trahisse la p r é s e n c e de son a m o u r en nous. — Ce témoignage de l ' a m o u r divin se retrouve dans la vie de tous Jes Saints, sans exception. La contemplation i n t i m e et fréquente du DIEU de leur c œ u r d a n s les p r i n c i p a u x états de sa vie était l'aliment habituel et tout ensemble le signe de leur sainteté. Un troisième signe de notre a m o u r e n v e r s Noire-Seig n e u r , c'est l'attrait, le zèle de l'adoration du Saint-Sac r e m e n t , et surtout le zèle, l'attrait de la sainte c o m m u nion. L'Eucharistie étant le grand s a c r e m e n t de l ' a m o u r de JÉSUS pour nous, c o m m e n t pourrions-nous nous sentir attirés vers lui, si n o u s n ' a i m i o n s pas réellement le DIEU d ' a m o u r qui s'y voile et qui attire notre c œ u r ? Et la comm u n i o n n'est-elle pas le baiser d'amour que le bon DIEU vient donner h toutes les Ames qui croient à son a m o u r , et qui veulent lui r e n d r e a m o u r pour a m o u r ? L'attrait à la sainte c o m m u n i o n ne peut s'expliquer que par l ' a m o u r d ' u n bon cœur qui aspire à JÉSUS, et qui le reçoit pour m i e u x l'aimer encore, p o u r lui être plus fidèle, plus u n i , et p o u r le consoler des ingratitudes, de l'indifférence et des outrages dont il est victime de la p a r t de tant de milliers, de tant de millions d'âmes. Si donc, mes a m i s , vous avez le b o n h e u r de r e m a r q u e r

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en v o u s de l'attrait' pour la visite et l'adoration du SaintSacrement, si vous v o u s sentez attiré à la c o m m u n i o n fréquente, soyez sûr que votre e n c e n s o i r n'est pas éteint; et, si yous êtes fidèle à suivre ce b i e n h e u r e u x attrait, soyez sûr que vous aimez le bon DIEU et que vous l'aimerez de plus en plus, à m e s u r e que vous c o m m u n i e r e z plus, souvent et plus pieusement. Ne pas pouvoir supporter t r a n q u i l l e m e n t u n outrage quelconque fait à Notre-Seigneur : voilà encore u n e autre m a r q u e bien certaine qu'on l'aime v é r i t a b l e m e n t et qu'on le porte dans son c œ u r . Pourquoi u n e mère ne peut-elle pas d e m e u r e r indifférente à u n coup d o n n é à son enfant? Pourquoi u n bon lils ne peut-il supporter q u ' o n insulte, qu'on attaque son père ou sa mère? Pourquoi vous-même vous i n d i g n e z vous q u a n d on fait du m a l à l'un de vos a m i s ? Eh ! m o n DIEU, c'est^ tout s i m p l e m e n t parce que vous l'aimez; parce que ce bon fils aime vivement son père et sa m è r e ; parce que cette m è r e aime t e n d r e m e n t son enfant. C'est l'amour qui, r e m p l i s s a n t ces cœurs, jaillit pour ainsi dire au dehors, en se s e n t a n t frappé et blessé en la p e r sonne de ceux qu'il a i m e ; et il se révolte avec d ' a u t a n t plus d'énergie qu'il est plus g r a n d , plus i n t i m e , plus a r dent.' Ainsi en est-il de nous par rapport à Notre-Seigneur. Pour peu que nous l'aimions, il nous est impossible de rester indifférents q u a n d nous le voyons outragé. A côté de vous, des c a m a r a d e s b l a s p h è m e n t le saint n o m de DIEU ; ils se m o q u e n t de la Religion , ils v o n t j u s q u ' à insulter la p e r s o n n e adorable d u Sauveur, ou celle de sa sainte Mère; ils r i d i c u l i s e n t l e S a i n t - S a c r e m e n t ; i l s offensent la sainteté de JÉSUS p a r des conversations obscènes, des paroles i m p u r e s : si tout cela ne vous émeut point, si votre c œ u r n e ressent pas les blessures faites au Cœur d u

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divin Maître, je vous p l a i n s ; c a r c'est u n e preuve que v o u s n e l'aimez guère. Tels n e sont point les vrais a m i s du bon D I E U . Tout ce q u i l'offense les offense : et l'injure faite au DIEU de leur c œ u r , ils la ressentent c o m m e si elle leur était faite à eux-mêmes. Un j o u r , sainte Jeanne de Chantai, encore toute jeune, entendit un g r a n d seigneur h u g u e n o t , qui était venu rendre visite à son p è r e , m a l p a r l e r du SaintSacrement. I n t e r r o m p a n t ses j e u x , l'enfant le r e g a r d a fixement avec des y e u x si indignés, que le h u g u e n o t c r u t devoir essayer de l'apaiser en lui offrant des bonbons. Mais la petite c h r é t i e n n e les j e t a aussitôt d a n s le feu, e n lui disant : « Voyez-vous, Monseigneur, voilà c o m m e n t b r û l e r o n t dans le feu de l'enfer les i m p i e s et les hérétiques, parce qu'ils n e croient pas ce que Notre-Seigneur a dit ». — Saint Stanislas de Kotzka et saint Louis de Gonzague ne pouvaient e n t e n d r e des paroles déshonnètes sans éprouver une é m o t i o n , u n e i n d i g n a t i o n si vive, q u ' o n les a vus tomber presque sans connaissance, l'un à la table de son père, l'autre à la cour du Roi d'Espagne. Les deux angéliques j e u n e s gens d o n n a i e n t ainsi la m e sure et de leur h o r r e u r pour le mal et de l e u r a m o u r p o u r le DIEU de toute p u r e t é . — Un j o u r que saint François Régis entendit un m u l e t i e r b l a s p h é m e r g r o s s i è r e m e n t le saint n o m de DIEU, c o m m e il arrive si souvent a u x g e n s de cette condition, il s'élança sur le blasphémateur, en s'écriant : « Misérable! c o m m e n t oses-tu outrager ainsi le DIEU vivant! » Et, le visage t o u t e n f l a m m é d'une sainte indignation, il lui f e r m a la bouche avec sa m a i n . Stupéfait, le muletier t o m b a à genoux, d e m a n d a n t pardon au bon DIEU. Saint François Régis le bénit alors, l'embrassa, le confessa séance t e n a n t e et lui p a r d o n n a son blasphème •avec ses autres péchés. Sans aller j u s q u ' à ces excès de zèle, p l u s a d m i r a b l e s

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qu'imitables, n'oublions pas que, si nous a i m o n s DIEU, la m ê m e h o r r e u r du mal qui l'offense doit remplir nos cœurs. A côté de l'horreur du mal, le véritable a m o u r de DIEU fait n a î t r e nécessairement en n o u s l'ardeur et le zèle pour tout ce qui peut c o n t r i b u e r a sa gloire; à la gloire et à l ' h o n n e u r du g r a n d S a c r e m e n t sous les voiles d u q u e l il se cache pour d e m e u r e r au milieu de n o u s j o u r et nuit, jusqu'à la fin du m o n d e ; à l ' h o n n e u r de sa sainte Mère et de son Église; au salut des â m e s , pour lesquelles il est mort sur la croix, etc. Rester indifférent a u x g r a n d e s œuvres de foi et de charité, à la conversion des â m e s , au bien qui se fait a u t o u r de nous, en un m o t , à l'extension du r è g n e de JÉSUS-CHRIST, c'est m o n t r e r é v i d e m m e n t qu'on n e l'aime g u è r e . Exartiinons-nous, mes bons amis ; j u g e o n s nous ; et, au besoin, réformons-nous. Pour t e r m i n e r , j e vous dirai, à c h a c u n et à tous, ce que la Bienheureuse Angèle de Foligno disait un j o u r à ses disciples : « 0 mes chers enfants ! s'écriait-elle d a n s u n e sorte de r a v i s s e m e n t d ' a m o u r , ô mes c h e r s enfants ! je ne saurais trop vous le répéter, a i m o n s D I E U ; transform o n s - n o u s e n t i è r e m e n t e n J É S U S - C H R I S T ; c a r J É S U S , DIEU incréé et i n c a r n é , est tout a m o u r pour n o u s , et désire que n o u s soyons tout a m o u r pour lui. P o u r l ' a m o u r de JÉSUS, il faut que nous opérions en n o u s u n e généreuse t r a n s f o r m a t i o n ; alors s e u l e m e n t n o u s serons en vérité ses enfants, vivant en sa g r â c e et en son a m o u r , v i v a n t parfaitement bons en Celui qui est parfaitement bon »•

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XIII
Que, pour croître dans l'amour de Notre-Seigneur, il faut d'abord apprendre à le m i e u x connaître.

Observons d'abord, m e s amis, que les signes a u x q u e l s nous pouvons r e c o n n a î t r e la présence d u saint a m o u r de DIEU en nos c œ u r s , sont en m ê m e t e m p s les m o y e n s pratiques q u e nous devons p r e n d r e p o u r l'y e n t r e t e n i r et l'y faire croître. Et la chose est toute n a t u r e l l e , le feu entretient le feu et le n o u r r i t ; et, q u a n d on v e u t y voir plus clair, c'est à la l u m i è r e que Ton a q u ' o n en allume d'autres. Le premier moyen de faire croître en n o u s l'amour du bon DIEU consiste h n o u s appliquer d a n s la m e s u r e du possible, chacun s u i v a n t notre âge et n o t r e position, n le connaître de m i e u x en mieux, et à nous instruire plus i n t i m e m e n t du mystère de J É S U S - C H R I S T , qui est le fond e m e n t de la vie c h r é t i e n n e . Rien de plus i m p o r t a n t . Écoutez-donc de tout votre •cœur. C'est ici le secret de la sanctification de c h a c u n de vous, et c o m m e la l u m i è r e de la v r a i e piété. Notre-Seigneur JÉSUS-CHRIST, OU le bon DIEU (c'est tout u n ) , étant l'objet s u p r ê m e de n o t r e a m o u r , il est bien évident que plus n o u s le c o n n a î t r o n s , p l u s il nous sera facile de l'aimer, de l'imiter, de n o u s u n i r à lui, de le contempler avec adoration, b o n h e u r et a m o u r . Que de gens l'aimeraient s'ils le c o n n a i s s a i e n t ! Que de chrétiens ordinaires l'aimeraient beaucoup, se d o n n e r a i e n t tout à lui, s'ils le connaissaient plus à fond et s'ils s'étaient h a -

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bitués ù c o n t e m p l e r plus a t t e n t i v e m e n t les merveilles de bonté, de sainteté, de tendresse, de miséricorde, de perfection qui sont résumées en J É S U S , le souverain trésor du ciel et d e la terre. Or, savez-vous quelles sont les principales sources de cette connaissance si excellente de Notre-Seigneur? Entre beaucoup d'autres; j e vous en signalerai trois : D'abord et a v a n t tout, l ' e n s e i g n e m e n t officiel de nos prêtres, qui sont chargés par l'Église de faire c o n n a î t r e aux fidèles Notre-Seigneur JÉSUS-CHRIST, ses m y s t è r e s , sa doctrine, et tout le détail de sa religion sainte. 11 y a une grâce particulière attachée à l ' e n s e i g n e m e n t des ministres de JÉSUS-CHRIST d a n s les assemblées d u peuple chrétien. Saint François de Sales, t o u t É v ê q u e et tout docteur qu'il était, déclarait un j o u r qu'il n ' e n t e n d a i t j a m a i s un s e r m o n , quel que fut le prédicateur, qu'il n'eu tirât des fruits de salut, 11 en serait de m ê m e d e n o u s si n o u s écoutions avec plus de simplicité, de foi et de piété ce que n o u s disent nos prêtres du h a u t de la c h a i r e . C'est là, soyez-en bien sûrs, )e m o y e n le plus g é n é r a l , offert à tous les c h r é t i e n s sans exception, pour mieux c o n n a î t r e Notre-Seigneur. Une des principales causes de l'ignorance, et, p a r conséquent, de l'indifférence de tant de jeunes g e n s , c'est qu'ils ont pris le g e n r e , p a r f a i t e m e n t absurde, et s o u v e r a i n e m e n t funeste, de ne plus fréquenter les instructions religieuses. Ils p r é t e n d e n t q u e l l e s sont e n n u y e u s e s , qu'on y baille, etc. : c o m m e si Ton allait e n t e n d r e parler de DIEU et d u salut de son â m e p o u r s'amuser! Comme si u n h o m m e quelque peu chrétien n e devait pas s'intéresser, et s'intéresser vivement, à tout ce qui t o u c h e le bien de son â m e et son é t e r n i t é ! C'est u n e tentation très subtile du d é m o n que cette r é p u g n a n c e , si

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III.

générale aujourd'hui, pour la parole d u prêtre. « La foi e n t r e p a r les oreilles, dit expressément l'Apôtre saint P a u l ; fides ex auditii. » Et ce sont les prêtres qui sont c h a r g é s de ce ministère de la parole. Les fidèles ont donc p o u r devoir d'aller les e u t e n d r e et de les écouter avec foi et respect. Donc, première résolution : au lieu de fuir les i n s t r u c tions religieuses, c o m m e font les étourdis, n o u s les r e chercherons ; et q u a n d n o u s a u r o n s le b o n h e u r d'y assister, nous exciterons n o t r e bonne volonté, et n o u s écouterons la parole sainte avec la ferme i n t e n t i o n de n o u s l'appliquer à n o u s - m ê m e s et d'en t i r e r de bons fruits. La seconde source où l'Église n o u s invite à puiser u n e connaissance plus i n t i m e de Notre-Seigneur, c'est la lecture sérieuse et assidue du texte m ê m e de l'Évangile. On n e lit pas assez l'Évangile. L'Évangile, c'est le rés u m é , offert à notre méditation et à notre imitation, des principales actions et paroles du DIEU S a u v e u r ; c'est l'im a g e vivante de JÉSUS-CHRIST, qu'il nous faut reproduire en notre vie. En le lisant, n'oublions pas que c'est le Saint-Esprit m ê m e qui a dicté toutes ces paroles sacrées, lesquelles contiennent, sous l'écorce de la l e t t r e , le fruit précieux des pensées de D I E U . L'Évangile est, après l'Eucharistie, la n o u r r i t u r e divine de nos â m e s ; et l'Église, qui est chargée de nous d o n n e r cette sainte n o u r r i t u r e , est également c h a r g é e p a r DIEU m ê m e de n o u s expliquer le vrai sens des paroles obscures de l'Évangile, par le m i n i s t è r e de ses prêtres. Tâchons, mes bons a m i s , de nous p r o c u r e r le petit vol u m e des Évangiles afin d'en lire u n e page le m a t i n ou l é soir, comme c o m p l é m e n t de notre p r i è r e ; à cet effet, p r e n o n s l'habitude de le déposer p r è s de n o t r e lit, afin

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de-le retrouver Jà en n o u s levant et en n o u s c o u c h a n t . Lisons cette petite page de l'Évangile à genoux, avec grande foi, g r a n d e religion. P r e n o n s g a r d e a u x Evangiles protestants, falsifiés et défigurés p a r les hérétiques. Telle sera notre seconde résolution ; et je vous g a r a n t i s que, si vous y êtes fidèles, vous avancerez p r o m p t e n i e n t dans cette belle et sainte science de JÉSUS-CHRIST et d e son a m o u r . Troisième source ou n o u s pouvons et d e v o n s aller puiser : la lecture et la méditation de certains très bons livres de piété, capables d'éclairer saintement notre i n telligence et de former n o t r e j u g e m e n t sur les choses de JÉSUS-CHRIST: et tout spécialement la lecture et la m é d i ta lion d e l à vie des Saints. Les vies des Saints, ainsi que la conversation des saints vivants, c'est c o m m e l'Evangile en a c t i o n ; et les b o n s livres de piété, surtout ceux de saint François de Sales et XImitation* sont l'Évangile expliqué. Tout cela, c'est JÉSUS-CHRIST proposé pour modèle et pour objet d'adoration et d ' a m o u r à tous les chrétiens. « À m e s u r e que nous regardons plus v i v e m e n t n o t r e ressemblance, qui paraît en u n miroir, elle n o u s regarde aussi p l u s a t t e n t i v e m e n t , dit i n g é n i e u s e m e n t s a i n t F r a n çois de Si-îles; et à m e s u r e que JÉSUS-CHRIST jette plus a m o u r e u s e m e n t ses doux regards sur n o t r e â m e , qui est faite à son image et semblance, n o t r e â m e , à son tour, r e g a r d e sa divine bonté plus a t t e n t i v e m e n t et a r d e m m e n t , correspondant selon sa petitesse à tous les accroissements de son divin a m o u r envers elle. » Rien de plus vrai. Plus n o u s r e g a r d o n s avec foi et a m o u r J É SUS-CHRIST dans le m i r o i r de son Évangile, ou de la vie
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de ses Saints, ou des bons livres qui n o u s a p p r e n n e n t à le m i e u x connaître, plus ce bon S e i g n e u r répand d a n s nos âmes et sa lumière et les attraits de sa grâce. Plus n o u s le contemplons attentivement, plus il nous apprend à le mieux comprendre, et par conséquent h le mieux aimer. Dans ce travail de contemplation et de pieuse l e c t u r e , il se fera c o m m e un m o u v e m e n t mutuel de notre c œ u r au Cœur du bon DIEU, du Cœur et de l'Amour du bon DIEU à notre c œ u r et à notre a m o u r . A force de c o n t e m pler JÉSUS, sa beauté et sa sainteté infinies, n o u s a p p r e n drons à lui ressembler et à l'aimer d a v a n t a g e ; et lui, à m e s u r e que nous le c o m p r e n d r o n s m i e u x et que n o u s l'aimerons plus t e n d r e m e n t , il se c o m p l a i r a à n o u s faire croître en lumières saintes et en bons s e n t i m e n t s d'amour. En somme, la méditation est mère du s a i n t a n i o u r
de DIEU.

Donc, troisième résolution : lire et méditer u n choix de livres de piété et s u r t o u t des vies de Saints. Mes chers amis, soyons bien fidèles à mettre en pratique ces trois résolutions et bientôt n o u s sentirons croître et se développer dans notre esprit la plus précieuse des sciences, la science pratique de JÉSUS-CIIRIST, j e veux, dire la connaissance des pensées et des s e n t i m e n t s de l'adorable Maître d o n t la vie est le modèle de la n ô t r e , et dont l ' a m o u r est l'unique nécessaire de n o t r e c œ u r . Nous lisons dans la vie de saint F r a n ç o i s de Sales un beau trait relatif à ces saintes lumières et à ces sentim e n t s d'amour, que l'étude assidue de JÉSUS-CHRIST fait naître d a n s les â m e s bien disposées. Un m a t i n , qu'il s'était laissé absorber d a n s la lecture de l'Évangile e dans les saintes pensées des miséricordes d i v i n e s , u n de

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ses a u m ô n i e r s vint l'avertir qu'il laissait passer l'heure du Saint-Sacrifice. « A h ! s'écria-t-il en se levant, avec l'expression d'une joie extraordinaire, • j e vais donc le p r e n d r e ce divin Sauveur, j e vais d o n c le p r e n d r e ! » Son allégresse parut si vive, p e n d a n t qu'il revêtait les ornements sacrés, que son confesseur, l'abbé Favre, crut devoir ensuite, lorsqu'ils furent seuls, lui en d e m a n d e r le sujet : « C'est que D I E U , répondit-il, m ' a d o n n é de g r a n d e s lumières sur l'Incarnation et sur l'Eucharistie, et m ' a inondé d ' u n e telle abondance de g r â c e s , que m a joie intérieure s'est r é p a n d u e j u s q u e sur m o n extérieur. » C'est ainsi que l'oraison et la contemplation assidue de JÈSUS-CIIRIST faisaient croître ce grand Saint dans l'am o u r de son DIEU et avaient fini par l'en r e m p l i r totalement. Son c œ u r en débordait pour ainsi dire. Un j o u r , après avoir exposé du h a u t de la chaire le c o m m a n d e ment d e l'amour de D I E U , « tu aimeras le Seigneur ton DIEU de tout ton cœur, de toute ton â m e et de tout ton esprit, » il p a r u t tout à coup r a y o n n a n t de lumière et e n vironné d'une splendeur si éclatante, q u ' o n pouvait à peine le discerner au milieu de ce foyer éblouissant. Cette lumière ardente, qui n'est autre chose que l'éclat de DIEU d a n s les âmes, n o u s devons tous la porter intér i e u r e m e n t au fond de notre c œ u r ; et si, en ce m o n d e , elle n e peut sans miracle paraître au d e h o r s , tâchons du moins de la bien faire briller au d e d a n s , a u x r e g a r d s de notre A n g e gardien et de la Cour céleste. Un jour, au Paradis, n o u s en serons tous plus ou m o i n s resplendis sants; et elle fera partie de noire béatitude éternelle.

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III.

XIV
Du second moyen de conserver et d'augmenter en nous le saint amour de DIEU, qui est la fréquente communion.

Notre-Seigneur dit d a n s l'Évangile: « Je suis venu apporter le feu sur la t e r r e ; et que veux-je, sinon qu'il s'allume? » Ce feu céleste, c'est a v a n t tout l'Esprit-Saint, qui s'est manifesté l u i - m ê m e , au j o u r de la Pentecôte, sous la forme de feux et de flammes ; car il est l ' A m o u r éternel qui embrase, tout e n les u n i s s a n t , le Père et le Fils dans le mystère de la T r i n i t é ; et c'est lui qui, déposé dans le Sacré-Cœur de JÉSUS, c o m m e dans un foyer u n i versel d amour, s'élance, se r é p a n d , s'irradie dans les Anges d'abord, puis dans les fidèles, pour les e m b r a s e r du m ê m e a m o u r dont brûle le Cœur de J É S U S . Mais ce l'eu surnaturel, il est tout entier renfermé p o u r n o u s sous les voiles eucharistiques, p u i s q u e r E u c h a r i s l i e , c'est JÉSUS, le DIEU d'amour, JÉSUS tout entier, avec son Cœur adorable, foyer du saint a m o u r . L'Eucharistie est le c h a r b o n ardent qui renferme le feu de l'Espril-Saint. Aussi l'Église et, avec elle, tous les Saints appellent-ils le Saint-Sacrem e n t le « sacrement d ' a m o u r ». Saint Bernard, plus explicite encore, le proclame « l'Amour des a m o u r s » c'est-à-dire la source d'où découle d a n s tous les c œ u r s le pur et saint a m o u r . Ce que le cœur est à tous les m e m b r e s , le Saint-Sacrem e n t Test, dans l'Église, à tous les fidèles : le p r i n c i p e de la vie et de la chaleur. Voilà pourquoi l ' a m o u r pratique de l'Eucharistie se présente à c h a c u n de n o u s c o m m e un

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des p r i n c i p a u x m o y e n s de conserver et d e faire croilre en nos cœurs le saint a m o u r de D I E U . D'abord, mes amis, le S a i n t - S a c r e m e n t conserve en nous ce précieux trésor, en. r e t e n a n t n o t r e pauvre âme sur u n p e n c h a n t où elle se sent toujours p r ê t e à se laisser glisser : le p e n c h a n t au mal, triste conséquence de la déchéance originelle, contre laquelle il n o u s faut lutter i n c e s s a m m e n t t a n t que durent, l'épreuve et le pombat, c'est-à-dire t a n t que n o u s sommes en cette vie. Le Concile de T r e n t e nous, dit en toutes lettres que n o t r e Sauveur a i n s t i t u é le s a c r e m e n t de l'Eucharistie « p o u r que nous soyons 'préservés des péchés mortels, et délivrés de nos fautes de chaque j o u r ». Il ajoute que c'est « u n c o n t r e poison, u n antidote » contre le péché. C'est le cas de dire que nous nous trouvons placés « entre deux feux ». D'abord le feu de la concupiscence, qui v i e n t de l'enfer et du d é m o n , le feu d'en bas, qui veut nous détruire, nous ravager, et, après nous avoir brûlés en ce m o n d e par les mauvaises passions et leurs coupables a r d e u r s , nous faire t o m b e r pour toujours « d a n s ce feu éternel, dont parle l'Évangile, dans cette prison de feu i n e x t i n g u i b l e , où la flamme n e s'éteint point et où le r e m o r d s ne m e u r t j a m a i s ». Tel est le p r e m i e r feu a u q u e l , tous tant que nous s o m m e s , n o u s n o u s trouvons exposés par cela seul que nous sommes enfants d'Adam et d'Eve, et dont il faut nous g a r e r c o m m e de l'enfer d'où il vient. L ' a u t r e feu, que n o u s apporte du ciel noire doux S a u v e u r , et dont les flammes sacrées v i e n n e n t vaincre et éteindre le feu m a u v a i s , le feu d'en bas, c'est, c o m m e nous v e n o n s de le dire, le feu du Saint-Esprit, qui r e m p l i t , e m b r a s e et béatifie les neuf Chœurs des Anges, et qui sera, p e n d a n t toute l'éternité, notre l u m i è r e , notre vie

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b i e n h e u r e u s e , notre joie, notre b o n h e u r . Gomme l'enfer, le ciel est, en effet, tout entier d a n s le feu; m a i s au lieu d'être un feu dévorant, v e n g e u r et m a u d i t , c'est un feu d ' a m o u r qui ne fait que dilater les cœurs, et qui contient en lui-même toutes les délices, toutes les suavités de la béatitude divine, tant.pour les corps que pour les âmes des élus. En nous unissant à JÉSUS et à son divin Cœur dans. l'Eucharistie, nous allons donc nous plonger i n c e s s a m m e n t d a n s ce bon feu d ' a m o u r , de sainteté, de vie et de paix divines, que l'ennemi de notre à m e c h e r c h e par toutes sortes de ruses, à éteindre, ou du m o i n s & d i m i n u e r en nous. Mais JÉSUS v i e n t à nous, p a r la grâce sacramentelle de l'Eucharistie, à laquelle, hélas! on ne croit pas assez; il nous c o m m u n i q u e son Esprit de sainteté, de force et d ' a m o u r ; il écarte, il tient en respect, le m o n s t r e de feu qui veut nous b r û l e r ; si bien que, lorsqu'on est fidèle à la c o m m u n i o n pieuse et fréquente, il se forme autour de n o u s c o m m e u n e sorte d ' a t m o s p h è r e s u r n a t u relle d'innocence, de pureté et de force t r a n q u i l l e , que le vice ne peut entamer. Gela est s u r t o u t sensible d a n s la jeunesse. Combien n'ai-je pas c o n n u de j e u n e s â m e s q u i , obligées de vivre dans des m i l i e u x détestables, passaient intactes au milieu du m a l , c o m m e ces beaux petits poissons blancs, dont les écailles brillantes c o m m e de l'argent, ne peuvent être salies p a r la boue et les eaux vaseuses où on les voit vivre et frétiller. C'est JÉSUSCHRIST, c'est l'Eucharistie qui sauve ces pauvres petites âmes, qui les garde pures j u s q u ' a u milieu de l'impureté, pieuses et fidèles en dépit de toutes les influences a n t i chrétiennes. A ce point de vue, qu'il est bon, qu'il est utile de s'app r o c h e r souvent du bon DIEU ! C'est ainsi que faisaient

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nos pères, les premiers c h r é t i e n s : p a r la grâce de l'Eucharistie, qu'ils recevaient a u t a n t que possible tous les j o u r s , ils vivaient c o m m e des Anges au milieu des démons, et conservaient la pureté de leur* a m o u r c o m m e si les vices les plus contagieux ne les avaient pas enveloppés. Et nous, mes bons et chers amis, sachons, c o m m e eux, conserver fidèlement d a n s nos c œ u r s la sainteté de l'amour de JÉSUS-CHRIST, malgré les m a u v a i s exemples, malgré les influences délétères dont nous sommes tous plus ou moins entourés en ce siècle de n a t u r a l i s m e ; et pour cela allons souvent et avec confiance à la comm u n i o n , pour nous r e t r e m p e r en JÉSUS-CHRIST, en JÉSUSCHRIST et en son saint a m o u r dont la c o m m u n i o n est la source inlarrissable. JÉSUS nous y p r é s e r v e r a du m a l ; il nous y p r é m u n i r a contre le péché mortel, qui tue l ' a m o u r de DIEU dans les â m e s ; il nous y purifiera de nos fautes quotidiennes, les e m p ê c h a n t d'affaiblir en nous ce saint amour, qui est notre premier h o n n e u r et notre b o n h e u r le plus essentiel. « Seigneur, disait jadis saint Augustin, Seigneur, qui me purifiera si ce n'est vous? » Il n o u s purifie par le ministère de ses Prêtres au s a c r e m e n t de Pénitence lorsqu'il est question de péchés m o r t e l s ; m a i s , pour les péchés véniels, que le Concile de Trente appelle « nos fautes quotidiennes, » pourvu que nous n o u s en repentions, il nous purifie directement et en p e r s o n n e , par la c o m m u n i o n eucharistique. Donc, c o m m u n i o n s pieusement et h u m b l e m e n t , le plus souvent possible, afin de conserver en n o u s le trésor de la grâce et de l'amour de DIEU. Mais la sainte Communion ne se b o r n e pas à conserver en nous l'amour du bon D I E U : elle le fortifie, elle l'augmente; et, dans les âmes très fidèles, elle le fait a r r i v e r

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parfois à cet'héroïsme dont la vie des Saints nous présente t a n t de traits merveilleux. A ce second point de vue. l'adorable Eucharistie se présente à n o u s c o m m e un trésor céleste, d'un prix inestimable, où la foi nous invite â aller puiser sans cesse et à pleines m a i n s . Dans ses ravissements, sainte Catherine de Sienne vil plusieurs fois, p e n d a n t la messe, la sainte E u c h a r i s t i e se transfigurer en u n e fournaise d'un feu a r d e n t , dans laquelle le Prêtre semblait e n t r e r et se perdre, au m o m e n t où il consommait les saintes Espèces. Il en était de m ê m e de la Bienheureuse MarguerileMarie, de la Visitation, à qui Notre-Seigneur daigna révéler, pour la sanctification du monde, les adorables mystères de son Sacré-Cœur et par c o n s é q u e n t de son a m o u r . En adoration devant le Saint-Sacrement, elle vit souvent sur rautel, à la place do la sainte Hostie, NotreSeigneur en personne, lui m o n t r a n t son Sacré-Cœur « plus resplendissant que le soleil, et e n v i r o n n é de flammes, qui étaient les flammes de son divin a m o u r . » Et JÉSUS lui répétait qu'il voulait être a i m é de nous, et qu'il se donnait à nous avec tous les trésors de son Cœur, avec toute sa tendresse, toutes ses grâces, toutes ses miséricordes. Tel est, pour chacun de nous, le S a i n t - S a c r e m e n t ; tel est le but délicieux de la c o m m u n i o n , de la c o m m u n i o n h u m b l e et pieuse, de la c o m m u n i o n sainte et fréquente. « Pourvu que tu m e prépares h u m b l e m e n t et p i e u s e m e n t un lieu de repos dans ton cœur, disait un j o u r NotreSeigneur à sainte Marguerite de Cortone, n e c r a i n s point de m e recevoir tous les j o u r s . » C'est ce qu'elle fît, avec l'approbation d'un bon Père franciscain, n o m m é J u n c t a , qui était son père spirituel ; et, dans cette i n t i m i t é quotidienne avec son DIEU, elle puisa des g r â c e s exlraordi-

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naires, qui bientôt la c o n s o m m è r e n t en sainteté. Et lorsque ce bon Père J u n c t a vint à m o u r i r quelques années après, sainte Marguerite vit son â m e , sous u n e forme sensible, entrer droit au ciel, sans passer par le P u r g a toire. Gomme la b o n n e Sainte ne pouvait s'empoche d'en être un peu étonnée, elle entendit le Fils de DIEU lui dire qu'il avait ainsi voulu r é c o m p e n s e r le zèle que ce saint prêtre avait eu d'exciter les â m e s à la c o m m u n i o n fréquente. Oui, mes bons a m i s ; allons., sans nous lasser, puiser la vie à la source de vie, le saint a m o u r de JÉSUSCHRIST à la source de l'amour. Ce n'est j a m a i s trop q u a n d c'est de bon c œ u r ; et c'est toujours de bon c œ u r q u a n d on fait ce qu'on peut, q u a n d on a u n e vraie b o n n e volonté d ' a i m e r et de servir DIEU. Plus on c o m m u n i e de la sorte, m i e u x on c o m m u n i e ; et mieux on c o m m u n i e , m i e u x on a i m e . Ne n o u s éloignons du s a c r e m e n t de l ' a m o u r sous a u c u n prétexte. Méfions-nous des illusions de la fausse c r a i n t e e t d i i faux respect, plus encore que des autres illusions qui pourraient altérer la sainteté de nos c o m m u n i o n s : elles sont, en effet, p l u s fréquentes chez n o u s que toutes les autres, et ce sont elles qui écartent le plus d'âmes de la c o m m u n i o n fréquente, du foyer de l ' a m o u r de J É S U S CHRIST.

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Prenons H cet égard des résolutions bien sérieuses; et q u a n d nous les a u r o n s soumises à l'approbation de n o t r e bon père spirituel, tenons-y f e r m e m e n t , laissan t les autres dire ce qu'ils voudront. Vive JÉSUS dans nos cœurs par le S a c r e m e n t de son amour!

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XV
Quelques autres conseils pratiques, pour conserver et faire croître e n nous l'amour de DIEU.

Le bon Curé cTArs disait un j o u r a v e c sa simplicité c h a r m a n t e : « Il faudrait faire c o m m e les bergers qui sont en c h a m p p e n d a n t l'hiver. Ils font du feu. Mais de temps en temps ils c o u r e n t ramasser du bois de tous les cotés pour l'entretenir. Si nous savions, c o m m e les bergers, toujours e n t r e t e n i r le feu de l'amour de DIEU dans n o t r e c o w par des prières et des b o n n e s œuvres, il ne s'éteindrait pas : il flamberait d a v a n t a g e . Quand vous n'avez pas l'amour de DIEU, VOUS êtes c o i m v e les arbres en hiver, sans feuilles, sans fleurs et s a n s fruits. L'âme unie à DIEU p a r l'amour, c'est toujours le p r i n t e m p s . » En cette vie n o u s s o m m e s v r a i m e n t en h i v e r ; il fait bien froid hélas! dans la p l u p a r t des c œ u r s ; et dans ceux où il fait un peu c h a u d , il ne fait g u è r e c h a u d . C'est que depuis que le péché originel a tout brouillé et nous a d é t o u r n é s du saint a m o u r de DIEU, la t e r r e n'est plus, c o m m e jadis, le paradis terrestre, le pays de l ' a m o u r : c'est, au contraire, le pays de l'égoïsme, de l'amourp r o p r e , de l'indifférence ; les magnificences de l'amour de DIEU se sont c o m m e réfugiées au ciel, et ce n est qu'au ciel que nous les r e t r o u v e r o n s dans toute leur beauté. Ici-bas il nous faut lutter, et lutter encore p o u r combattre le froid qui veut nous g l a c e r le c œ u r ; et le peu de bois que n o u s ramassons p o u r n e pas geler t o u t à fait ne parvient à nous réchauffer q u ' à g r a n d ' p e i n e , et p o u r un

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temps; et puis n o t r e p a u v r e feu baisse et m e n a c e bientôt de s'éteindre, si nous n e r e c o m m e n ç o n s de plus belle à y jeter du bois. Eh bien, mes pauvres et chers a m i s , coûte que coûte, faisons bonne provision de ce bois précieux, et ne cessons d\en jeter dans notre feu, afin qu'il flambe t o u jours. Ce bois, c'est, c o m m e nous l'avons déjà dit (mais il est bon d'y revenir, t a n t la chose est i m p o r t a n t e ! ) , ce bois, c'est l'ensemble de ces bonnes petites prières, de ces élévations de c œ u r , de ces retours intérieurs vers le b o n DIEU, qui e n t r e t i e n n e n t et ravivent chez les vrais c h r é tiens le s e n t i m e n t de la présence de D I E U , de l'union avec DIEU, de l ' a m o u r de DIEU. Ce bois, m e s amis, ce sont ces mille petites flèches d a m o u r qui, lancées d a n s nos pauvres cœurs par le Cœur sacré de JÉSUS, sous forme de grâces et de bonnes i n s p i rations de tout g e n r e , lui reviennent, lancées par n o s cœurs, sous forme de pensées pieuses, de petites adoralions, d'appels, d'invocations, d'oraisons jaculatoires, d'actes de contrition quand une faute n o u s échappe, de renouvellement de nos bonnes résolutions, et a u t r e s choses semblables. Les âmes fidèles s'habituent bien vite à faire tout cela, et, qui m i e u x est, à le faire j o y e u s e ment, p a r a m o u r et avec a m o u r . Aussi, m a l g r é la d i s t r a c tion inévitable des occupations du d e h o r s , la belle flamme de l'amour de DIEU n e s'éteint j a m a i s d a n s leur c œ u r ; quand le froid du dehors tend à l'y faire baisser, elle se ravive a i s é m e n t et brûle de plus belle. Dans sa j e u n e s s e , le saint c u r é d'Ars avait eu p o u r maître u n p r ê t r e a d m i r a b l e , n o m m é Balley, dont il a i m a i t à citer les exemples et qui lui apparaissait c o m m e u n modèle accompli du saint a m o u r de D I E U . « J ' a u r a i s fini

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par d e v e n i r u n peu sage, disait-il, si j ' a v a i s toujours eu le b o n h e u r de vivre avec M. Balley. Pour avoir envie d'aimer le bon DIEU, il suffisait de lui entendre dire : « Mon DIEU ! je vous a i m e de tout m o n c œ u r ! » Il le répétait à chaque instant d u j o u r , quand il était s e u l ; et le soir, clans sa c h a m b r e , il ne cessait de le redire jusqu'à ce qu'il fût endormi. » C'était également l'habitude du vénérable abbé Olier, fondateur des S é m i n a i r e s e n F r a n c e et i n t i m e a m i de saint Vincent de Paul. Sa bouche, qui parlait de l'abondance de son cœur, laissait échapper à tout propos cette belle et douce élévation : « JÉSUS, mon a m o u r ! » Elle lui était tellement familière, q u e dans u n voyage qu'il fit en A u v e r g n e , sa voiture é t a n t v e n u e à verser et à rouler d a n s u n ravin très profond, son c o m p a g n o n de route l'entendit répéter t r a n q u i l l e m e n t , au milieu m ê m e du terrible accident : « J É S U S , m o n a m o u r ! JÉSUS, mon a m o u r ! JÉSUS, m o n a m o u r ! » P e r s o n n e n e fut tué, ni m ê m e blessé; les postillons et les c h e v a u x se relevèrent au fond du précipice, sans la m o i n d r e é g r a t i g n u r e ; la voiture, qui avait c e p e n d a n t roulé trois fois sur ellem ê m e , fut trouvée a b s o l u m e n t intacte ; et le compagnon de M. Olier ne put s'empêcher de p r o c l a m e r partout que, sans u n miracle évident, dû à la ferveur du saint homme, aucun d'eux n ' a u r a i t pu é c h a p p e r à la m o r t . Sans avoir la prétention d'atteindre à cette perfection d a n s l'amour de D I E U , imitons-en, m e s bons amis, ce qui est imitable, à savoir l'habitude d'élever de t e m p s en t e m p s , dans le c o u r a n t du j o u r , notre à m e vers le bon D I E U , et de nous exciter à l'aimer en faisant fréquemm e n t , soit de cœur, soit m ê m e de b o u c h e , de bons petits a c t e s d'amour. « Mon DIEU, j e vous a i m e » : voilà le bois

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qui flambe le mieux et le p l u s vite dans .le feu de notre pauvre cceUr. Ajoutons ici quelque chose de très encourageant, s u r quoi saint François de Sales insiste beaucoup : c'est que toute espèce de bonnes œuvres, du m o m e n t que n o u s les faisons en état de grâce et avec u n e intention c h r é t i e n n e , entretiennent et a u g m e n t e n t en n o u s l'amour de D I E U ; par exemple, u n petit acte d'obéissance et de soumission, une impatience réprimée, u n assujettissement à la r è g l e , une petite mortification à table, u n e parole inutile ou mordante refoulée, une friandise transformée en a u mône, une petite souffrance offerte à Notre-Seigneur, u n devoir e n n u y e u x accompli sans m u r m u r e , etc. Toutes ces m e n u e s bonnes œuvres, qui à chaque i n s t a n t se p r é sentent ii c h a c u n de nous, deviennent c o m m e u n e q u a n lité de brins de bois que notre bon Ange jette incessamm e n t ' d a n s notre feu ; et de m ê m e que rien n e fait a u t a n t pétiller la flamme que le m e n u bois de fagot, de m ê m e rien n'active plus c e r t a i n e m e n t dans un c œ u r le feu d e l'amour du bon DIEU que ces petites bonnes œuvres, r é pétées à tout propos. « Les abeilles, dit saint François de Sales, font le miel délicieux qui est l e u r ouvrage de h a u t p r i x ; m a i s p o u r cela la cire, qu'elles font aussi, ne laisse pas de valoir quelque chose. Le cœur fidèle doit tacher d'opérer ses œuvres avec g r a n d e ferveur et des intentions très r e l e vées, afin d ' a u g m e n t e r p u i s s a m m e n t sa c h a r i t é : c'est là son m i e l ; mais quand il en produit avec moins de ferveur, il ne p e r d r a point la r é c o m p e n s e ; c a r DIEU lui e n saura g r é , c'est-à-dire l'en a i m e r a toujours u n peu p l u s . Ainsi, n o n seulement nos œuvres g r a n d e s et ferventes, mais aussi les petites et faibles, font a u g m e n t e r en n o u s 1 sainte charité : les g r a n d e s , g r a n d e m e n t ; et les petites, M

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b e a u c o u p moins. La divine Bonté fait valoir à noire profit toutes nos besognes, pour basses et débiles qu'elles soient. » La pureté du c œ u r est u n des g r a n d s secrets de l'avanc e m e n t dans l'amour du bon DIEU. « Lorsque le c œ u r est pur, disait encore le Curé d'Ars, il ne peut pas se défendre d'aimer, parce qu'il a retrouvé la source de l'amour, qui est D I E U . » C'est la pureté de l'atmosphère qui permet au soleil de darder ses rayons brûlants sur la terre, de la réjouir p a r l'éclat de sa l u m i è r e , et de la féconder par ses ardeurs : il en est de m ô m e par rapport à notre divin Sauveur, qui est notre soleil i n t é r i e u r de g r â c e et d ' a m o u r ; lorsqu'il ne rencontre en notre esprit, en n o t r e cœur, en notre volonté, ni n u a g e s ni brouillards, il réchauffe sans obstacle par le r a y o n n e m e n t de son sacré Cœur, foyer du saint amour. Avec l'amour que n o u s donne JÉSUS lui-même, nous a i m o n s de plus en plus J É S U S ; et la terre de notre cœur s'embrase de plus en plus profondément de ses sanctifiantes a r d e u r s . Tout cela, g r â c e à la pureté de l'âme. Méfions-nous, n o n pas tant des mauvaises tendances grossières, sur lesquelles il est quasi impossible de se faire illusion, que dé ces affections naturelles, subtiles, qui séduisent doucement le cœur, le d é t o u r n e n t insensib l e m e n t du bon DIEU, le vident goutte à goutte de l'amour des choses saintes, et finissent, quand on n ' y prend pas g a r d e , par faire tomber très bas. Telles sont ces d a n g e reuses amitiés, fondées sur de simples qualités naturelles, sur u n visage agréable, sur u n e voix s y m p a t h i q u e et autres bagatelles du m ê m e g e n r e , si fréquentes d a n s la j e u n e s s e ; de sensibles, « U e i s ^ v i e n n e n t trop souvent sensuelles, et DIEU sait h quels excès ridicules et m ê m e hon-

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teux elles aboutissent parfois: Leur m o i n d r e d a n g e r est de tarir dans le co^ur la source du p u r et saint a m o u r de JÉSUS-CHRIST; et c'est à ce point de v u e surtout que j e les signale à votre conscience, mes très chers amis. Saint François de Sales dit g a i m e n t de ces vaines et sottes affections : « Ce sont ordinairement les amitiés des jeunes gens qui se tiennent aux moustaches, aux c h e veux, a u x œillades, aux habits, à la m o r g u e , à la babillerie, amitiés dignes de 1 âge des étourdis, qui n e sont que passagères et fondent c o m m e la neige au soleil. Or, par ces vaines amourettes, les meilleurs c œ u r s se trouvent pris, engagés et entrelacés les u n s avec les a u t r e s ; et bientôt, sans le vouloir, ils voient réduites en c e n d r e toutes leurs bonnes résolutions : 0 misérables que n o u s sommes; nous prodiguons et é p a n c h o n s notre a m o u r e n choses soties, vaines et frivoles, c o m m e si nous en avions de reste ! Or, il s'en faut infiniment que nous en a y o n s assez p o u r a i m e r DIEU c o m m e nous le devons. A h ! ce grand DIEU, qui s'était réservé l'amour de nos â m e s en reconnaissance de leur création, conservation et r é d e m p tion, exigera u n compte bien étroit de ces folles prodigalités. « Le noyer n u i t g r a n d e m e n t a u x vignes et aux c h a m p s où il est planté : il attire tout le suc de la t e r r e ; ses feuillages sont si touffus qu'ils font u n o m b r a g e g r a n d et épais; et enfin il attire les passants, qui, pour a b a t t r e son fruit, g â t e n t et foulent tout autour. Les mauvaises affections font les m ê m e s nuisances à l'âme : elles l'occupent tellement et tirent si p u i s s a m m e n t son a m o u r , qu'elle n e peut plus suffire à aiiner et servir son D I E U ; les e n t r e tiens et a m u s e m e n t s frivoles l'absorbent si bien, qu'ils dissipent tout le loisir; et enfin, elles attirent t a n t de t e n tations, distractions, soupçons et a u t r e s conséquences.,

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que tout le cœur .en est foulé et g â t é . Ges amourettes sont la peste des cœurs. » De bonnes résolutions s u r ce point, c o m m e s u r les précédents, mes très c h e r s a m i s . Car il faut à toute force a i m e r le bon DIEU de tout notre c œ u r et de toute notre â m e , selon son beau c o m m a n d e m e n t .

XVI
Que la souffrance aide grandement l e s bons chrétiens à aimer Notre-Seigneur.

Mes bons amis, j'appelle toute l'attention de votre foi sur ce que je vais vous dire. C'est ici, en' effet, la pierre de touche du véritable a m o u r de DIEU, en m ê m e temps q u ' u n e excellente recette, d'une utilité quotidienne, n o n seulement pour ne point défaillir, m a i s encore pour avancer et g r a n d i r d a n s le saint a m o u r de Noire-Seigneur. Quantité de bonnes â m e s l'aiment q u a n d tout va bien et que le ciel est d'un beau b l e u ; m a i s dès qu'arrive un n u a g e , dès qu'une épreuve quelque peu a m è r e pointe à l'horizon, il n'y a plus personne, et le petit saint de la veille s'étonne, se p â m e , d e m a n d a n t aigrement au bon DIEU pourquoi il se conduit ainsi à son égard. 11 ne faut pas oublier, mes a m i s , que n o u s ' s o m m e s depuis la chute de notre p r e m i e r père, dans un état d'expiation qui doit d u r e r toute notre vie, dont la m o r t est la dernière étape, et que n o u s n e serons chez nous, dans notre belle et douce patrie, que lorsque nous serons arrivés au ciel, où notre Chef, crucifié et glorifié, n o u s attend pour l'éternité. Quiconque oublie cela ne comprend

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plus rien ii rien. C'est là le secret, la clef d e l'énigme de tous, tant que nous s o m m e s . O r , au milieu des souffrances et privations de toute nature, qui sont la très juste, très nécessaire et très sainte expiation du péché, DIEU infiniment bon vient mêler la douceur de son amour à l ' a m e r t u m e de notre souffrance, et trouve moyeu de tellement m é t a m o r p h o s e r les choses, que cette souffrance elle-même devient p o u r ses fidèles une grâce excellenie et u n grand moyen de sanctification et d'amour. « La mort, les afflictions, dit en effet saint François de Sales, les sueurs, les privations, les t r a v a u x , dont notre vie abonde, et qui, par la juste o r d o n n a n c e de D I E U , s m t les peines du péché, sont aussi, par s a douce miséricirrde, des échelons pour monter a u ciel, des moyens pour profiter e n la grâce et croître en a m o u r , et des m é r i t e s pour obtenir la gloire. Bien heureuses sont la pauvreté, la faim, la soii, la douleur, la maladie,- la mort, la persécution : c a r ces punitions de nos fautes sont tellement trempées, et, c o m m e disent les médecins, tellement a i canalisées de la suavité, d é b o n n a i r e t é e t c l é m e n c e divines, que leur a m e r t u m e est très aimable, « lit ceci est vrai de toute espèce de souffrances. Dans TÉvangile, la souffrance en général est appelée la croix. « Si q u e l q u ' u n veut être mon disciple, dit notre Sau v eu r , qu'il porte sa croix tous les j o u r s , » Votre croix, c'est donc la souffrance, quelle qu'elle soit, dontln justice et l'amour de DIEU se servent tout le long de notre vie p o u r nous purifier miséricordieusement de nos péchés, nous faire éviter l'enfer, et nous préparer notre place d a n s les cieux. On n'a j a m a i s pu savoir de quel bois a été faite la croix de Noire-Seigneur JÉSUS-CHRIST. C'est peut-être afin q u e , c«ttc croix sacrée étant le svmbole de toutes les n ô t r e s , nous acceptions indifféremment toutes les croix que
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Noire-Seigneur nous envoie, de quelque bois q u e l l e s soient formées. Tl ne faut pas que nous disions : « Cette croix-ci ou cette a u t r e n'est pas a i m a b l e parce qu'elle n'est pas de tel ou tel bois. » Les m e i l l e u r e s croix, ce sont les plus pesantes, et celles que n o u s ne travaillons pas nous-mêmes. Les croix que n o u s f a ç o n n o n s de nos propres mains ont toujours quelque côté de douceur, parce qu'il y a du nôtre; et à cause de cela, elles sont m o i n s crucifiantes. JÉSUS n'a pas fait sa croix : on la lui a imposée. Mes pauvres amis, c o m m e lui et p o u r son a m o u r , recevons avec joie nos croix de c h a q u e j o u r , quelles qu'elles soient, de quelque côté qu'elles v i e n n e n t . Après tout, rien ne nous arrive que p a r une expresse volonté ou permission de notre Père céleste; et c o m m e c'est par amour qu'il nous envoie nos croix et nos épreuves, il y renferme toujours une grâce merveilleuse, q u i nous fera croître eu son a m o u r , si nous s o m m e s bien g é n é r e u x . « Considérées en elles-mêmes, dit encore saint François de Sales, les peines et t r i b u l a t i o n s ne peuvent, certes, être aimées; mais regardées en la p r o v i d e n c e et volonté divines qui les ordonne, elles sont v r a i m e n t aimables. Quand nous étions enfants, c o m b i e n de fois n o u s est-il arrivé d'avoir à c o n t r e - c œ u r les r e m è d e s et m é d i c a m e n t s tandis que le médecin ou l'apothicaire les présentait, et que nous étant offerts p a r la m a i n b i e n - a i m é e de notre mère, l'amour s u r m o n t a n t l ' h o r r e u r nous les recevions avec joie ! On dit qu'en Béotie il y a u n fleuve d a n s lequel les poissons paraissent tout d ' o r ; m a i s , ôtés de ces eaux, qui sont le lieu de leur o r i g i n e , ils ont la couleur naturelle des autres poissons. Les afflictions sont comme cela : si nous les r e g a r d o n s hors de la volonté et amour de DIEU, elles ont leur a m e r t u m e naturelle ; m a i s à qui les considère en ce bon plaisir éternel, elles sont toutes d'or, aimables et précieuses plus qu'il ne se peut dire. »

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Telle est, mes amis, la g r a n d e leçon d ' a m o u r que, du haut de sa croix, JÉSUS-CHRIST d o n n e à tous ses vrais disciples. L'amour dans la souffrance; la souffrance avec l'amour; l'amour par la souffrance. C'est ce qui explique l'espèce de passion qu'ont eue tous les Saints p o u r les souffrances. C'est qu'en effet cette p a r t i c i p a t i o n intime au mystère de JÉSUS crucifié est le degré le plus excellent et c o m m e le s o m m e t de la sainte charité. Il y a trois degrés d a n s la charité ou a m o u r du bon DIEU : 1° a i m e r le bon DIEU et sa sainte volonté clans les consolations. C'est u n bon a m o u r , quand on a i m e en v é rité la volonté divine, et n o n pas s e u l e m e n t la d o u c e u r qu'on y trouve. N é a n m o i n s ' c ' e s t u n a m o u r sans effort, et par c o n s é q u e n t facile et m o i n s méritoire; 2° a i m e r la v o lonté de DrEU en ses c o m m a n d e m e n t s , conseils et i n s p i r a tions. C'est un second degré d ' a m o u r , b e a u c o u p plus parfait; c a r il nous porte a r e n o n c e r à notre volonté p r o p r e , et nous impose mille sacrifices, toujours fort m é r i t o i r e s : 3° Enfin, a i m e r les souffrances et afflictions p o u r l ' a m o u r du bon D I E U . C'est le degré le plus élevé, le p l u s saint, le plus parfait de l'amour de JÉSUS-CHRIST : en cela, il n ' y a plus r i e n d'aimable q u e la seule volonté divine. Il y a. au c o n t r a i r e , u n e g r a n d e contradiction de la p a r t de n o s goûts n a t u r e l s ; il y faut u n e générosité à t o u t e épreuve, capable d'affronter j u s q u ' a u m a r t y r e . Lorsque le d é m o n voulut tenter son d e r n i e r coup sur le saint h o m m e Job, il l'éprouva (DIEU le p e r m e t t a n t ainsi pour la sanctification de son g r a n d serviteur) p a r toutes sortes d'afflictions et de croix réunies : la perte de tous ses biens, la m o r t de tous ses enfants, l ' a b a n d o n n e m e n t de tous ses amis, l'arrogante contradiction de tous ses parents et m ê m e de sa f e m m e , avec leurs m o q u e r i e s i n s o lentes et l e u r s injustes r e p r o c h e s . Ce n'est pas tout : à ces

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m a u x déjà si extrêmes, le démon ajoula l'assemblage de p r e s q u e toutes les maladies h u m a i n e s , c o u r o n n é e s par u n e espèce de lèpre ou de plaie universelle, cruelle, infecte, horrible. « Or, voilà le g r a n d Job, c o m m e roi des misérables de la terre, assis s u r un fumier c o m m e sur le trône de la misère, paré de plaies, d'ulcères, de pourriture comme vêtements royaux assortis à la qualité de sa royauté, dans l'abîme de l'abjection et de l'anéantissement, le voilà, dis-je, le g r a n d Job, qui s'écrie : « Si nous avons reçu les biens de la m a i n de DIEU, pourquoi n'en recevrons-nous pas é g a l e m e n t les m a u x ? Le Seigneur m'a tout donné : le S e i g n e u r m ' a tout e n l e v é ; que son saint n o m soit b é n i ! » — « 0 D I E U ! que cette parole est de grand a m o u r ! Les biens sont volontiers reçus de tous, mais de recevoir les m a u x , cela n ' a p p a r t i e n t qu'à l'amour parfait, qui.-regarde avant tout le DIEU d ' a m o u r qui les donne. » Ainsi parle excellement le g r a n d Docteur de l'amour de DIEU, saint François de Sales. 0 mes amis, a p p l i q u o n s - n o u s tout cela à nous-mêmes. Apprenons à celte école des Saints à profiter de nos petites épreuves et souffrances j o u r n a l i è r e s . Le bon DIEU ne nous Jes envoie j a m a i s que parce qu'il n o u s a i m e : il veut que nous en lirions le suc de purification, de sanctification et de glorification qu'il y a déposé. Heureux celui qui soulfre de la sorte les m a u x et douleurs de cette vie! il r e t r o u v e r a d a n s l'éternité b i e n h e u r e u s e foutes les épines changées en belles roses, et c h a c u n e de ses l a r m e s transformées par le divin a m o u r en perles, en d i a m a n t s et en pierres précieuses ! Bienheureuse donc la souffrance lorsqu'elle tombe sur u n cœur chrétien ! Elle ne fait qu'activer et a u g m e n t e r en lui la flamme du saint a m o u r de DIEU.

LA CHARITÉ. —

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XVII
De ce qui tue et déracine en nous l e saint amour de D I E U .

Comprenez Lien, mes a m i s , la portée, e s s e n t i e l l e m e n t pratique p o u r c h a c u n de vous, des sujets que n o u s traitons ici familièrement les u n s après les autres, et dont l'ensemble constitue en réalité u n petit traité c o m p l e t de la charité divine, c'est-à-dire de l'amour de DIEU. Nous a v o n s vu ce qui peut conserver ei* nos c œ u r s et y faire croître ce saint a m o u r : étudions m a i n t e n a n t , d'abord ce qui peut l'en a r r a c h e r , puis ce q u i peut l'y d i m i n u e r e t amoindrir. 11 n ' y à pas de milieu e n t r e la vie et la m o r t : c'est là une vérité qui saule a u x y e u x . On est vivant, ou Ton est mort; q u e Ton soit d a n s u n e g r a n d e maladie, t a n t qu'on est vivant, on n'est pas m o r t . Ce qui arrive pour la vie du corps est le symbole de ce qui a lieu pour la vie de Tàrne, qui est l'état de grâce, eu d'autres termes, l'état s u r n a t u rel et c h r é t i e n de l'amour de DIEU. Or, dit s a i n t T h o m a s , il ne faut q u ' u n i n s t a n t pour perdre la vie de Tàrne ; au m o m e n t m ê m e où le p é c h é a r r i v e , la charité s'en va. Le m ô m e i n s t a n t qui d o n n e l'existence au péché m o r t e l , d o n n e la m o r t au saint a m o u r de DIEU dans u n e â m e . Je le répète, c'est c o m m e la v i e e t l a m o r t : l'un exclut llautre, i m p i t o y a b l e m e n t , a b s o l u m e n t . Oui, u n seul péché mortel b a n n i t de notre à m e la sainte charité, puisqu'il r o m p t le lieu s u r n a t u r e l , le lien céleste qui u n i t DIEU à n o t r e à m e et n o t r e à m e à DIEU. Le b o n DIEU q u i , en u n instant, est descendu d a n s notre à m e ,

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III.

lors de notre baptême ou de l'absolution sacramentelle,, la laisse vide de lui et de sa grâce, au m o m e n t m ê m e où, m é p r i s a n t sa sainte volonté et m e t t a n t la nôtre en sa place, nous commettons u n péché m o r t e l , .quel qu'il soit: mais, entendez-bien, je dis « péché m o r t e l », c'est-à-dire commis en matière g r a v e , avec u n e pleine connaissance et advertance, a c c o m p a g n é e d'un c o n s e n t e m e n t formel. Notre âme ne sort pas petit à petit d e notre corps lorsqu'aux approches de la m o r t elle s'apprête à le q u i t t e r ; elle s'en sépare en u n seul i n s t a n t , tout d'un coup, dès que l'indisposition d u corps est telle que l'âme n ' y peut plus opérer les actions essentielles à la vie. De m ê m e , dès que notre volonté est tellement pervertie et détraquée que la sainte volonté de DIEU n'y peut plus r é g n e r , DIEU se retire aussitôt, avec sa g r â c e et sa c h a r i t é . 11 n'en est pas de la charité divine c o m m e des bonnes habitudes naturelles que nous c o n t r a c t o n s par u n e série d'actes répétés : de m ê m e q u ' i l f a u t d u t e m p s , etquelquefoi^ beaucoup de t e m p s p o u r que cette b o n n e habitude s'enracine e n nous, de m ê m e faut-il u n t e m p s plus ou m o i n s long pour qu'elle disparaisse et cède la place à l ' h a b i t u d e contraire. La c h a r i t é ou a m o u r s u r n a t u r e l de DIEU, que l'Esprit-Saint r é p a n d en u n m o m e n t d a n s l'intime de notre â m e lorsque celle-ci se trouve d a n s les dispositions requises, disparait é g a l e m e n t en u n i n s t a n t , sans t r a n s i tion, dès que notre volonté, se d é t o u r n a n t de DIEU, se livre au démon en c o n s e n t a n t au m a i . Il est vrai que cette charité sainte, u n e fois infusée d a n s l ' â m e , est suceptible de croître, et de croître encore, c o m m e l'eau mise sur le feu s'échauffe de degrés en degrés à m e s u r e que le feu la pénètre plus p a r f a i t e m e n t ; n é a n m o i n s , la résolution d e préférer la volonté de DIEU à toutes choses étant le point essentiel, de l'amour sacré, aussitôt qu'elle vient à dispa-

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raîlre d'un cœur, le péché mortel, c'est-à-dire la m o r t de l a m e , a p p a r a î t i m m é d i a t e m e n t , le j o u r fait place à la nuit, la vie à ln m o r t , JÉSUS-CHRIST avec le don de son Saint-Esprit et de sa grâce, au d é m o n et à l'état de péché mortel. Cette"préférence de D I E U à toutes choses est le cœur, l'âme de la divine c h a r i t é . Ce que r é s u m e saint François de Sales en celte comparaison plus ou m o i n s scientifique: « En s o m m e , c o m m e la pierre précieuse nommée c h r y s o p r a s e perd son éclat en la présence de quel venin q u e ' c e soit; ainsi l'âme perd e n u n i n s t a n t sa splendeur de grâce et sa vie surnaturelle, qui consiste au saint a m o u r , à l'entrée et présence de quel péché mortel que ce soit. » Voilà d o n c , m e s chers a m i s , une g r a n d e vérité bien établie, redoutable sans doute m a i s profondément s a l u t a i r e , n savoir, que le saint n o m de DIEU est tué en nous p a r l e péché m o r t e l , quelle que soit sa n u a n c e s p é c i a l e ; p a r cela seul qu'il est mortel, il tue en nous la c h a r i t é divine, cl nous sépare v i o l e m m e n t du DIEU d a m o u r , Notre-Seigneur et Sauveur JÉSUS-CHRIST, qui, par sa grâce, h a b i t e et vit en nous avec son Père et son Esprit-Saint. Comme n o u s devons détester et fuir le péché mortel ! et, afin de n ' y point tomber, c o m m e nous devons on éviter toutes les occasions, suivant cette parole de DIEU m ê m e : « Celui qui s'exposera au danger, y périra. » Mais, e n t r e tous les péchés mortels, il en est q u e l q u e s uns qui sont plus d i r e c t e m e n t opposés à l ' a m o u r de DIEU, plus h o r r i b l e s , plus s a t a n i q u e s : tels sont c e u x qui supposent u n s e n t i m e n t impossible en a p p a r e n c e et n é a n moins trop réel h é l a s ! le s e n t i m e n t de la haine de DIEU. Le bon D I E U , e n t a n t qu'il est le Bien infini, la Bonté parfaite, l'Amour m ê m e , n e peut être haï d ' a u c u n e

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c r é a t u r e , tout cœur étant fuit p o u r a i m e r le bien, n'importe où il le trouve ; mais en tant qu'il est la Sainteté infinie, la Justice absolue et éternelle, en lant qu'il est l'ennemi de tout mal, quiconque veut le mal et c o m m e t le péché, s e trouve par là-même en opposition directe, avec DIKU cl ne voit plus en DIEU q u ' u n obstacle à sa passion, q u ' u n e n n e m i d'autant plus terrible qu'il est tout-puissant. De là à la colère, et de la colère à la h a i n e , la transition est inévitable; et à ce point de vue, l'ange et l ' h o m m e , dès qu'ils deviennent p é c h e u r s , sont susceptibles de concevoir ce monstrueux s e n t i m e n t qui s'appelle la haine de DIEU, et qui, chez certaines a m e s plus perverses, se traduit par des blasphèmes de tout g e n r e , par des imprécations plus diaboliques q u ' h u m a i n e s , pard'affreux « n m l è g e s , p a r u n e g u e r r e à m o r t à la Religion, h la sainle Eglise, au Pape, aux prêtres, aux Religieux et aux Religieuses, à la S a i n t e Vierge, an Très Saint-Sacremont, on un m o t à tout ce qui est de DIEU ici-bas. Depuis que le c a l v i n i s m e , le voltair i n n i s m o c t les sectes révolutionnaires se sont r é p a n d u s sur la terre, les excès croissants tic cette haine de DIEU épouvantent de plus en plus Je m o n d e ; et si la Providence ne met pas bientôt un terme à ce t o r r e n t d'impiétés et d'horreurs, le m o n d e s e r a m û r pour le r è g n e de l'Antéchrist, lequel sera c o m m e l'incarnation de la h a i n e de DIEU, et le b l a s p h é m a t e u r le plus salanïque qui ait j a m a i s souillé do sa présence la terre et les cieux. merci ! m a l g r é la corruption des esprits et les infamies qu'on tolère aujourd'hui, qu'on encourago m ê m e parfois dans les j o u r n a u x et dans les livres,, dans les écoles et aux tribunes publiques, DIEU m e r c i ! le n o m b r e des impies de profession est rare. Si j a m a i s , m e s p a u v r e s amis, il s'en rencontre q u e l q u ' u n s u r votre passage, détournezvous avec horreur, fuyez cet e n n e m i de votre DIEU. Si
DIEU

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vous ne pouvez l ' é v i t e r , g a r d o z - v o u s d ' e n t a m e r u n e d i s c u s siou q u e l c o n q u e : outre qu'on ne discute pas avec des chiens e n r a g é s , ces gens-là no se serviraient de vos bonnes paroles que pour b l a s p h é m e r plus b r u t a l e m e n t e n c o r c . Ils ne c r o i e n t pas un mot de ce qu'ils d i s e n t ; ou ils ne comp r e n n e n t r i e n ; ou ils ne veulent rien c o m p r e n d r e . Ne protestez que par votre silence ; et s u r t o u t , s u r t o u t priez au fond de votre cœur avec u n s e n t i m e n t de foi et de ferveur p r o p o r t i o n n é à la violence des b l a s p h è m e s q u e vous êtes c o n d a m n é s à e n t e n d r e . Si vous pouvez r é p r i m e r ces excès, n'hésitez point à le faire avec toute l'énergie de votre foi et de votre honnêteté, et avec toute l'autorité dont vous pouvez être parfois revêtus. Que si m a l h e u r e u m e n t v o u s n e le pouvez faire, j e vous le r é p è t e , taisezvous,-priez, demandez pardon pour le coupable, et, p a r l e s adorations, par l'amour de votre cœur, réparez, a u t a n t qu'il est on vous, l'outrage fait à votre DIEU. Ainsi faisait le Sauveur crucifié s u r le calvaire. Aimez le bon DIEU davantage, à m e s u r e que vous le voyez o u t r a g é , blasphème, haï d a v a n t a g e . C'est surtout à la.vuc de ces g r a n d s p é c h e u r s , de ces vrais e n n e m i s de DIEU, que le saint curé d'Ars laissait sortir do son c œ u r ces paroles b r û l a n t e s q u ' o n a h e u r e u s e m e n t recueillies et qui n o u s découvrent u n peu ce q u e c'est.que le cœur d'un s a i n t : « Que c'est d o m m a g e ! s'écriail-il un j o u r les yeux et le visage tout baignés de larmes ; que c'est d o m m a g e ! Encore si le b o n D I E U n'était pas si bon!.*. Mais il est si bon !... Faut-il que l ' h o m m e soit b a r b a r e pour offenser un si bon P è r e ! . . . Non, on ne peut pas c o m p r e n d r e t a n t de m é c h a n c e t é et d'ingratitud e ! . . . C'est que la foi m a n q u e . . . Nous c o m p r e n d r o n s cela un j o u r , m a i s ce n e sera p l u s t e m p s . » « Mon DIEU ! ajoutait-il, mon D I E U ! q u ' a i m e r o n s - n o u s

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donc, si nous n'aimons pas l'amour? A h ! v o i l à : nous fuyons notre a m i et nous a i m o n s notre b o u r r e a u . . . Que c'est d o m m a g e ! . . . N o n , le pécheur est v r a i m e n t malh e u r e u x ! . . . Trop m a l h e u r e u x ! » Et sa voix s'éteignait d a n s les larmes. Mes amis, ne soyons j a m a i s de ces m a l h e u r e u x - l à , de ceux sur lesquels p l e u r e n t JÉSUS-CHRIST, la Sainte-Vierge et les Saints.

XV1I1
Des illusions et recherches de soi-même dans l'amour de D I E U .

Quand un chrétien habitué à vivre en état de grâce vient à se laisser séduire et à tomber en l'état de péché mortel, il arrive souvent, mes bons a m i s , u n p h é n o m è n e assez naturel, mais g r a n d e m e n t périlleux. Il ressemble à un flacon où a séjourné l o n g t e m p s u n e essence très parfumée, dont u n e m a i n malveillante a vidé le c o n t e n u : dans le flacon, il n ' y a plus d'essence ; et c e p e n d a n t si vous y mettez le nez, vous en sentez encore le parfum, dont sont restés i m p r é g n é e s les parois du v e r r e . Ces p a u v r e s âmes, vides de DIEU, séparées de J É S U S - C H R I S T p a r le péché mortel, conservent u n e sorte d ' h a b i t u d e de piété, de vie chrétienne, quelquefois m ê m e de dévotion et de bons mouvements, c o m m e si elles Rimaient encore Notre Seigneur JÉSUS-CHRIST de ce saint a m o u r q u i est le r a y o n n e m e n t et l ' a r d e u r de la g r â c e . H é l a s ! elles l'ont p e r d u ; et ce ne sont l a q u e des restes d ' u n a m o u r qui n'est p l u s , des souvenirs et c o m m e des échos d'une voix éteinte.

L A CHARITÉ.

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U n e faut pas s'y t r o m p e r : ce n'est plus là le vrai, le saint a m o u r de D I E U ; ce n'est p l u s cette chçmté divine, surnaturelle, qui est ici-bas inséparable ' de la grâce, et, c o m m e n o u s l'avons dit, u n e participation au trèssaint a m o u r filial de JÉSUS-CHRIST v i v a n t e n c h a c u n cleses fidèles. Saint François de Sales, qui s'y connaissait, appelle cet état, ou plutôt cette illusion u n a m o u r n a t u r e l et i m p a r fait du bon D I E U . « Nous avons vu, dit-il, des j e u n e s g e n s bien n o u r r i s en l ' a m o u r de D I E U , qui, se d é t r a q u a n t , ont demeuré quelque temps au milieu de l e u r m a l h e u r e u s e décadence, et n é a n m o i n s on ne laissait pas de voir e n eux de g r a n d e s m a r q u e s de leur vertu passée. C o m m e l'habitude acquise du temps de la charité r é p u g n a i t au vice présent, on avait peine d u r a n t quelques mois à d i s cerner s'ils étaient hors de la charité ou n o n , et s'ils étaient'vertueux ou vicieux. A la longue s e u l e m e n t le p r o grès d a n s le m a l faisait c l a i r e m e n t c o n n a î t r e que ce reste de bien n e provenait point de la charité présente, m a i s de la charité p a s s é e ; non de l ' a m o u r parfait et s u r n a turel, m a i s de l'imparfait que la charité avait laissé a p r è s soi, c o m m e m a r q u e du l o g e m e n t qu'elle avait fait en ces àmes-là. « Quoique cet a m o u r i m p a r f a i t soit bon en soi, il n o u s est n é a n m o i n s périlleux; parce que, ayant p l u s i e u r s traits extérieurs de la charité, n o u s n o u s i m a g i n o n s facilement que c'est elle que n o u s a v o n s ; et dès lors n o u s n o u s a m u sons et e s t i m o n s d'être saints, tandis q u ' e n cette vaincpersuasion, les péchés qui n o u s o n t p r i v é s de la d i v i n e charité croissent, grossissent et se m u l t i p l i e n t si fort qu'enfin ils se r e n d e n t m a î t r e s de notre c œ u r . » Telle est la p r e m i è r e illusion que j e v o u s signale, m e s amis, e n cet i m p o r t a n t sujet du vrai ou d u faux a m o u r
de DIEU.

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« Mais, me dircz-vous peut-être, quel m o y e n de disc e r n e r si Ton est dans cette illusion? » C'est très-facile. Mettez la main sur votre conscience, et demandez-vous loyalement si, au milieu de vos bons m o u v e m e n t s et de vos aspirations vers le bon DIEU, VOUS êtes fermement résolu à ne rien faire, coûte que coûte, qui puisse offenser DIEU mortellement. Si vous vous sentez bien décidé à ne point commettre un péché q u e l c o n q u e de propos délibéré, demeurez en paix : vous êtes au bon DIEU ; sa sainte charité règne bien v é r i t a b l e m e n t en vous. Si, au contraire, vous trouvez en vous un s e n t i m e n t , un dessein volontaire, g r a v e m e n t opposé à la volonté de DIEU,-* et que n é a n m o i n s vous vous sentiez décidé à le garder, soyez sûr que vous n'avez hélas ! q u ' u n faux a m o u r , un amour humain et imparfait. 0 pauvre àme ! de g r â c e , excitez-vous alors à la contrition, c'est-à-dire à la détestation sincère de tout ce qui offense en vous votre D I E U ; excitez-vous à l'aimer et à lui demeurer fidèle à l'avenir. Allez bien vite vous confesser ; et, avec la sainte absolution, vous r e n t r e r e z d a n s celte belle, cette divine vie de la g r â c e , qui vous rendra le trésor delà charité, que vous aviez p o r d u . La Bienheureuse Angèlc de Foligno, d o n t j e vous ai plusieurs fois parlé, nies amis, d o n n e aux Ames de b o n n e volonté, comme sont les vôtres, de précieuses directions, afin de les p r é m u n i r contre les illusions et contre les recherches secrèLcs de Tamour-propre d a n s la pratique de l'amour de DIEU. Défiez-vous, dit-elle en r é s u m é , d é fiez-vous de ceux qui n ' o n t que l'extérieur de la piété et l'apparence des vertus. Vous seriez de pauvres dup-es si vous vous laissiez introduire d a n s leur voie. Regardez-y donc de près, sondez vos consciences, et éprouvez tout

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cela;' adoptez ensuite ce qui est cohformc au « Livre de vie », et pas davantage. Le livre de vie, c'est JÉSUSCHRIST; c'est la conformité i n t é r i e u r e à J É S U S - C H R I S T ; c'est l'ensemble des lois et des volontés de JÉSUS-CHRIST, telles que nous les présente de sa part notre Mère la sainte E g i s e . Défiez-vous des exemples et des paroles de ceux q u i , au nom d'une fausse liberté d'esprit, se m e t t e n t à l'aise avec Notre-Seigneur, et v i v e n t sans g e n e . Plusieurs n e se font pas s c r u p u l e de violer la loi, au lieu de s'y soumettre a m o u r e u s e m e n t et é n e r g i q u e m e n t . Ils oublient que JÉSUS-CHRIST, qui veut reproduire sa sainte vie en la leur, a fait tout le contraire, s'étant rendu obéissant, et obéissant j u s q u ' à la mort. Gardons-nous g r a n d e m e n t de la fausse liberté ; soumettons-nous avec persévérance a u x c o m m a n d e m e n t s et a u x conseils évangéliques, ainsi qu'aux directions de piété q u e nous d o n n e n t les m i n i s tres de l'Église; et renfermons-nous, p o u r plaire à D I E U , n o n - s e u l e m e n t d a n s le cercle étroit du devoir p r o p r e ment dit, mais dans un o r d r e d<! vie plus parfait, q u e nous trace le Maitre intérieur JÉSUS-CHRIST, lequel n o u s interdit q u a n t i t é de choses, d'ailleurs permises aux c h r é tiens de troisième classe. Ces exigences plus délicates d u bon DIEU à l'égard d o s â m e s qui veuieut lui a p p a r t e n i r t o u t d e b o n , s o n t de sa part une g r a n d e m a r q u e d ' a m o u r ; au lieu d'en m u r m u r e r , il faut g é n é r e u s e m e n t s'en r é jouir. — Je r e c o m m a n d e cet avis à ceux d'entre \ous, mes b r a v e s a m i s , qui ont le b o n h e u r de c o m m u n i e r plus souvent, et de m a r c h e r en tète de leurs c a m a r a d e s d a n s les voies du service de D I E U .
;

Il en est d'autres, ajoutait a B i e n h e u r e u s e Angèle, qui semblent n ' a i m e r le bon DIEU que pour e u x - m ê m e s . Ils n ' a i m e n t pas Notre-Seigneur pour sa b o n t é , pour son

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a m o u r adorable, mais a v a n t tout pour qu'il leur pard o n n e leurs péchés, pour qu'il les délivre de l'enfer et leur donne sa gloire éternelle. Ils l ' a i m e n t , ils v o n t à lui, pour qu'il les conserve d a n s un bon état d a m e et de corps, et les préserve des p é c h é s qui leur f e r m e r a i e n t le Paradis. Il en est qui a i m e n t le bon DIEU pour e n obtenir des douceurs et des consolations spirituelles; qui m a n g e n t leur pain à cause des confitures ; ce sont des enfants gâtés. D'autres l'aiment pour en obtenir des grâces plus ou moins éminentes, le sens des choses saintes, plus encore pour être honorés eux-mêmes que pour l ' h o n n e u r et le service de DIEU ; m o i n s pour être des c h r é t i e n s fervents et v r a i m e n t spirituels que pour e n avoir la réputation a u p r è s des gens de bien. — Tout cela, je le sais, arrive o r d i n a i r e m e n t sans qu'on s'en r e n d e bien compte à soi-même ; mais enfin cela est, et il faut avouer que cet amour-là est s i n g u l i è r e m e n t altéré par l ' a m o u r - p r o p r e . Que diriez-vous d'un sculpteur qui, p o u r faire u n e belle statue, prendrait, n o n d u m a r b r e b l a n c bien pur, bien fin, mais le p r e m i e r bloc de m a r b r e v e n u , m é l a n g é de veines grises, noirâtres, se croisant d a n s tous les sens, coupant en deux la figure, les b r a s , le corps, les j a m b e s de sa statue? Tel est, au r e g a r d de DIEU et de ses A n g e s , l'amour altéré, tout défiguré, d ' u n c h r é t i e n q u i laisse ent a m e r son cœur par les r e c h e r c h e s de l ' a m o u r - p r o p r e , par les illusions si multiples, h é l a s ! de la v a n i t é . Veillons donc de près sur nous, mes a m i s , c a r i e d é m o n est rusé, et il c h e r c h e à s'insinuer p a r toutes sortes d'artifices dans les âmes les meilleures. D e m e u r o n s toujours en état de grâce, coûte que coûte : s a n s cela, point de vrai a m o a r de D I E U ; et, m ê m e d a n s l'état de grâce,

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tenons-nous bien en garde- contre les illusions de l'amour-propre, de la n é g l i g e n c e et de tout ce q u i p o u r - ' rait nous détacher d u véritable a m o u r de Noire-Seigneur.

XIX

De l'indifférence et de la tiédeur.

Voici deux g r a n d e s maladies, bien c o m m u n e s p a r m i la m u l t i t u d e des demi-chrétiens de ce temps-ci, et qui m i n e n t profondément l'amour de DIEU d a n s les c œ u r s . Je veux parler de l'indifférence et de la tiédeur. h'indifférence est une espèce d'oubli de DIEU et des devoirs les plus essentiels, les plus i m p o r t a n t s de son service. O n n ' e s t pasimpie,loin de là; encore m o i n s est-on incrédule ; mais on vit c o m m e si l'on n'était pas c h r é t i e n ; on vit sans JÉSUS-GIIRIST, sans prière, sans s a c r e m e n t s , sans p é n i t e n c e , non pas contre JÉSUS-CHRIST, m a i s en dehors de JÉSUS-CHRIST. Cet état est on ne peut p l u s fréquent d a n s nos sociétés à p e u près d é c h r i s t i a n i s é e s . Quand il se prolonge, q u a n d il envahit l'âme d ' u n e m a nière sérieuse, il est mortel et c o m p r o m e t g r a v e m e n t le salut; q u a n d il ne jette pas dans notre â m e des racines profondes, il s'appelle la tiédeur. — Attention, m e s bons amis ! La tiédeur est u n m a l à l'ordre du jour, p a r m i nos jeunes c h r é t i e n s p r a t i q u a n t s . E x a m i n o n s - n o u s , j u g e o n s nous et, s'il en est besoin, r é f o r m o n s - n o u s . La tiédeur est un état h a b i t u e l de négligence qui r u i n e insensiblement l'amour de DIEU dans n o t r e c œ u r ; c'est un affaiblissement de notre b o n n e volonté d a n s le service

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cl d a n s l'amour de JÉSUS-CHRIST. Un c h r é t i e n tiède c o m met sans remords le péché véniel, m a n q u e souvent ses prières, ou les fait s a n s aucun soin, r e m e t facilement ses exercices de piété et m ê m e ses c o m m u n i o n s ; en u n mot. sans devenir tout à fait mauvais, il n ' a pour ainsi dire aucun souci de plaire au bon D I E U . Rien n'est plus fatal que cet élat de l a n g u e u r ; c'est pour Tàme une espèce de fièvre t y p h o ï d e , une sorte d'anémie spirituelle dont on m e u r t trop souvent. - Voici ce qu'en dit Noire-Seigneur l u i - m ê m e , d a n s un célèbre passage de l'Apocalypse : « Je te connais, dil-il au chrétien attaqué de cette triste m a l a d i e ; je sais que tu n'es ni froid, ni c h a u d . J ' a i m e r a i s bien mieux que lu fusses froid ou c h a u d . Mais, parce que tu es tiède, je vais te v o m i r de m a bouche. Tu t ' i m a g i n e s que tout marc.:e à souhait et que tu n'as besoin de rien ; et tu ne vois pas que ton â m e est misérable, qu'elle fait pitié, qu'elle est pauvre, aveugle et d é n u é e . » Et il ajoute d a n s sa miséricorde : « Crois-moi, d e m a n d e - m o i de l'or éprouvé au feu, afin de t ' e n r i c h i r ; et j e te revêtirai de vêtements blancs, et lu n ' a u r a s pas à r o u g i r de ta n u d i t é . Réveille-toi donc, et fais pénitence. Voici que je m e tiens à la porte de ton c œ u r , et j ' y frappe ! » L'or éprouvé au feu, c'est le vrai et p u r a m o u r de D I E U ; le beau vêtem e n t blanc, c'est la vie de la g r â c e , qui d e v i e n d r a un j o u r la vie éternelle de la gloire. La m i s è r e , la n u d i t é , et t o u t le reste, c'est l'état de tiédeur. C'est par la prière qu'on obtient de JÉSUS la grâce de la d i v i n e charité, l'or éprouvé au feu. Voici les symptômes de cette maladie si d a n g e r e u s e . Le premier consiste d a n s u n e déplorable facilité à nous dispenser, pour des motifs plus ou m o i n s futiles, des

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quelques exercices de piélé que nous nous sommes imposés très-raisonnablement, afin de passer chrétiennement nos j o u r n é e s , de nous rappeler la présence de DIEU, et de nous renouveler d a n s l'union i n t é r i e u r e avec J É S U S CHRIST. Comme ces petits exercices pèsent, parfois, à notre lâcheté, nous c h e r c h o n s i n s t i n c t i v e m e n t et, q u a n d nous le voulons, nous trouvons toujours d'excellentes raisons pour nous accorder des dispenses. Le deuxième symptôme de la maladie, c'est la négligence, la lâcheté que nous a p p o r t o n s - d a n s l'accomplissement des devoirs de piété, dont nous n'osons pas encore n o u s dispenser. Nous nous contentons de les faire, sans nous préoccuper de les bien faire. Dès lors nos prières s'élèvent vers le ciel dans un n u a g e de péchés véniels." Troisième s y m p t ô m e : ou sent v a g u e m e n t que cela, ne va pas;.qu'on ne sert pas le bon DIEU c o m m e on le devrait et c o m m e on'le p o u r r a i t ; que la conscience n'est plus, c o m m e autrefois, dilatée dans la paix et d a n s la joie ; on sent qu'il faudrait sortir de cet état... et Ton n ' e n a pas le c o u r a g e ; on ne veut pas se d o n n e r la peine de découvrir le défaux qui paralyse la ferveur, la peine de s'en p u n i r et de s'en corriger. — Vous le voyez,, mes amis : toujours la lâcheté, au fond de la tiédeur. Uiî q u a t r i è m e s y m p t ô m e de l'état de tiédeur, c est l'habitude de faire nos actions sans a u c u n e espèce d'inLention c h r é t i e n n e ; et cela, par mollesse, p a r négligence, par laisser-ailer. Quand nous nous mettons à prier, soit chez nous, soit à l'église devant le Saint-Sacrement, n o u s ne pensons pas à la majesté, à l'amour de Celui à qui nous nous adressons. Nous nous présentons devant le Roi des cieux et nous sortons de sa sainte présence, sans observer le m o i n d r e cérémonial de la cour
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céleste, c'est-A-dire sans payer au Seigneur le t r i b u t de notre respccLet de nos h o m m a g e s : nous nous conduisons envers lui c o m m e des enfants mal élevés, c o m m e des serviteurs i m p e r t i n e n t s et grossiers. Ce sans-gêne, est u n signe non équivoque de tiédeur. Cinquième s y m p t ô m e : négliger de f a ç o n n e r son àme a u x habitudes c h r é t i e n n e s . Quantité de g e n s se contentent d'éviter les vices, sans s'appliquer suffisamment à acquérir les vertus q u i ' l e u r sont c e p e n d a n t les plus nécessaires, vu leur âge, leurs t e n d a n c e s , leur condition, etc ; la douceur, par exemple, et le support du prochain ; la vigilance sur e u x - m ê m e s au sujel do la p u r e t é ; l'exactitude à la prière, à la confession, k la c o m m u n i o n ; la soumission, le respect envers leurs parents ou leurs maîtres ; la t e m p é r a n c e d a n s leurs r e p a s ; l'assiduité au travail ; etc. Cetle insouciance est encore un grave symptôme de tiédeur. Le sixième consiste d a n s le m é p r i s des petites choses, et de ces mille occasions qui se p r é s e n t e n t tous les j o u r s de servir le bon DIEU, de lui t é m o i g n e r notre fidélité et notre a m o u r , d ' a c q u é r i r des mérites, etc. Cette négligence montre é v i d e m m e n t que nous n ' a v o n s pas grand souci de procurer la gloire de DIEU et la sanctification de notre â m e ; ce qui est le propre de la tiédeur. Enfin, on peut encore r e c o n n a î t r e la tiédeur à cette disposition, fort c o m m o d e , mais fort peu g é n é r e u s e , qui consiste à regarder le bien que nous avons fait, sans nous préoccuper de celui que nous a u r i o n s dû et pu faire; à nous comparer aux g e n s qui font m o i n s bien q u e nous, et à trouver dès lors que nous en faisons bien assez, pour n e pas dire trop. — On en arrive a i s é m e n t à faire peu pour le* bon DIEU, et à trouver que Notre-Seigneur serait bien difficile s'il n'était pas c o n t e n t . — C'est Top-

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posé q u e font les ch ré Liens g é n é r e u x qui p r e n n e n t au sérieux" le p r e m i e r et le p l u s g r a n d c o m m a n d e m e n t de la loi : « T u a i m e r a s le Seigneur ton DIEU de tout ton cœur, de toute ton à m e , et de toutes tes forces. » Hélas ! mes pauvres amis, je crains bien que beaucoup d'entre n o u s ne se reconnaissent en tout ceci. Ce serait bien pire encore si ceux qui doivent s'y r e c o n n a î t r e ne s'y r e c o n n a i s s a i e n t pas : q u a n d un m a l a d e ne découvre point en lui les symptômes du mal qui le r o n g e , il esl bien» près d'eu m o u r i r . Noire-Seigneur ne peut pas supporter la t i é d e u r ; elle lui fait mal au c œ u r . « Parce que tu c s l i è d e , j e vais te vomir de m a bouche, » te rejeter loin de m o n c œ u r . 11 la déteste parce qu'elle fait, au moins en p r a t i q u e , bon m a r c h é de lui, de son a m o u r , de ses désirs, de ses sacrements, et s'en défait à vil prix, par pure négligence. Il la déteste parce qu'elle profane i n c e s s a m m e n t sa g r â c e p a r l'indifférence avec laquelle elle en use, ou plutôt en abuse. Etre tiède, c'est en effet p r e n d r e ries libertés avec la sainteté et la bonté infinies de la divine majesté, ce qui est une chose insupportable. La.tiédeur est u n e maladie excessivement d a n g e r e u s e parce qu'elle est très-difficile à guérir : il n'est pire eau que l'eau qui dort ; et c'est ici. une espèce de sommeil léthargique de la conscience. C'est un mal qui se glisse inaperçu j u s q u ' a u fin fond du c œ u r , où il éteint peu à peu la ferveur de l'amour. Le bien s'y trouve mêlé avec le mal ; de là, des illusions très-difficiles à r e c o n n a î t r e , et par c o n s é q u e n t à dissiper. Comment donc c o m b a t t r e cette dangereuse m a l a d i e ? Gomment se guérir de la tiédeur? D'abord en ravivant e n nous la foi a u x g r a n d e s vérités fondamentales d u salut

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et de la sanctification ; ce qui ne se peut faire que par la méditation très-sérieuse, très-suivie, et, d a n s bien des cas, p a r une retraite de plusieurs j o u r s . Tout le m o n d e , je le sais, n'a pas le loisir de faire des retraites ; m a i s tout le m o n d e peut et doit réfléchir tout de bon à ce qui intéresse gravement le salut éternel. Autre remède : la pratique du silence, n o n pas d'une manière bizarre, c h a g r i n e , ou de n a t u r e à offenser qui que ce soil, mais d a n s la m e s u r e que p e r m e t notre état de vie. DIEU agit dans le silence et y fait e n t e n d r e sa parole au fond du cœur, u n peu c o m m e p e n d a n t les retraites. Le silence aide s i n g u l i è r e m e n t à réfléchir. En troisième lieu, l'habitude courageuse, persévérante de la mortification extérieure. C'est la chair qu'il faut mater, pour dégager l'àme. Que si vous ne voulez pas lui imposer des privations, des pénitences capables de vous aider à vous réveiller de votre engourdissement, de donner du ton à votre volonté, il faut r e n o n c e r à guérir. Enfin, avertir son confesseur de l'état de tiédeur où Ton se trouve et d'où Ton voudrait sortir, le prier inst a m m e n t de nous aider, de n o u s exciter, de nous faire c o m m u n i e r plus souvent, de nous imposer des mortifications, etc. Ne nous faisons pas illusion : nous s o m m e s perdus si n o u s n'agissons pas avec vigueur, aussitôt que nous aurons découvert, en notre conscience, la g a n g r è n e de la tiédeur. L'àme tiède est semblable à un voyageur qui s'endort dans la n e i g e : il éprouve d a n s le p r e m i e r m o m e n t une sensation agréable : puis il s'engourdit et meurt. 0 Sauveur JÉSUS, ayez pitié de notre misère à tous ! Sauvez-nous, m a l g r é nous ; et ne permettez pas, très bon

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et très miséricordieux Seigneur, que n o u s nous laissions ainsi m o u r i r , en face de votre Cœur sacré, d a n s les langueurs mortelles de la tiédeur et de l'indifférence.

XX CONCLUSION
Bu grand bonheur d'aimer le D I E U d'amour J É S U S - C H R I S T Notre-Seigneur.

Aimer DIEU, aimer J É S U S , c'est en ce m o n d e le seul bonheur v r a i m e n t inaltérable, v r a i m e n t p u r et céleste, et c'est ce saint a m o u r qui sanctifie toutes nos a u t r e s affections. Avec JÉSUS-CHRIST dans le c œ u r , il n ' y a plus sur la terre de douleurs inconsolables. O m e s amis, aimez DIEU ! Qui que vous soyez, que v o t r e vie soit douce ou qu'elle soit d u r e et a m è r e , n e l'oubliez pas, le secret du b o n h e u r est là, et n'est que là. Connaître, servir et a i m e r le bon DIEU, le DIEU de vérité et d ' a m o u r , JÉSUS-CHRIST, c'est toute la vie, c'est le bien, c'est le bonheur. Il y a des g e n s qui n e l'aiment pas ; c'est le plus réel de tous les m a l h e u r s ! « Qui a JÉSUS, a t o u t « disait u n saint. On peut dire également : Qui n ' a point JÉSUS, qui n'aime p o i n t JÉSUS, aurait-il d'ailleurs tous les petits b o n heurs de ce m o n d e , n e possède en réalité q u ' u n e poignée de poussière. « A i m e r DIEU, oh ! que c'est b e a u ! s'écriait un j o u r notre b o n c u r é d'Ars, le visage t o u t b a i g n é de l a r m e s . Il nous f a u d r a le ciel pour c o m p r e n d r e l'amour. Ici-bas la prière n o u s y aide u n peu, p a r c e que c'est l'élévation de

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j u s q u ' a u ciel, jusqu'au DIEU d ' a m o u r . Plus on conn a î t les hommes, moins on les a i m e . C'est le contraire p o u r DIEU:.plus on l c c o n n a î t , plus on l'aime. Nous avons été crées par amour et pour l ' a m o u r ; c'est pourquoi nous s o m m e s si portés à a i m e r . D ' u n a u t r e côté, notre â m e est si g r a n d e , que rien n e peut la c o n t e n t e r sur la t e r r e . Il n ' y a que lorsqu'elle se t o u r n e du côté de DIEU qu'elle est heureuse. Tirez u n poisson hors de l'eau : il ne vivra pas. Eh bien ! voila notre c œ u r sans le bon. D I E U . >/ L'amour de JÉSUS-CHRIST est u n e g r a n d e chose. Lui seul est capable d'alléger toutes les peines de la v i e ; il porte son fardeau sans en sentir le poids, et il rend doux ce qui est a m e r : les privations, les humiliations, l'obéissance, les douleurs, les déceptions. L'amour de JÉSUS est noble. Il n o u s pousse à tout ce qui est g r a n d , à tout ce qui est parfait. Au ciel et sur la terre, il n'y a rien d é p l u s doux que l'amour, rien de plus fort, de plus élevé, de p l u s large, de plus plein, en u n mot, rien de meilleur. Car l ' a m o u r est DIEU m ê m e , qui, par sa grâce, descend en nous, s'insinue d a n s l'intime de n o tre â m e , y vient p r e n d r e son repos, et y r é p a n d , avec rttsprit-Saint, toutes ses richesses et toutes ses douceurs. L'amour de JÉSUS est, c o m m e le dit g r a c i e u s e m e n t saint François de Sales, « une eau sacrée p a r laquelle le j a r d i n de l'Église est fécondé; et bien qu'elle n ' a i t point de couleur, les fleurs n é a n m o i n s qu'elle fait croître ne laissent pas d'avoir c h a c u n e sa couleur différente. Elle fait des m a r t y r s plus vermeils que la rose ; des vierges plus blanches q u e le l i s ; a u x u n s elle d o n n e le fin violet de la mortification, aux autres le j a u n e des soucis du m a r i a g e . » Le saint a m o u r est ainsi c o m m e l'âme de toutes les vertus, c o m m e la quintessence de la sainteté. Plus on aime le bon DIEU, p i n s o n est parfait.

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X-A CHAKITK. —

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Et notez bien, mes a m i s , que cet a m o u r du bon Duou, qui c o m m e n c e ici-bas. ne finira j a m a i s , si nous le voulons bien. Cela v a u t la peine, n'est-il pas v r a i ? de c o m m e n c e r ici-bas ce qui ne doit point finir. En cette vie, nous aimons notre DIEU du m ê m e et identique a m o u r d o n t n o u s l'aimerons éternellement au ciel, avec ses Saints et ses Anges. Or, c o m m e le comble de la béatitude des Bienheureux consiste en ce divin a m o u r , il est bien é v i d e n t que la souveraine félicité est p o u r n o u s en l ' a m o u r de DIEU. Dans le ciel, voir et a i m e r DIEU sont deux choses inséparables; c a r voir le souverain Bien, c'est l'aimer nécessairement, m a i s d'une nécessité si heureuse, qu'au lieu d'étoufferja liberté, elle la perfectionne. Ici-bas. nous ne voyons le bon DIEU que p a r reflets et sous des i m a g e s , c'est-à-dire par la lumière de la foi; et à cause de cela, notre eccur n'est pas c o m m e ravi par ses beautés, c o m m e nécessité à l'aimer. De plus, ce qui est le m a l h e u r des malheurs, nous le pouvons p e r d r e ; et il ne se perd que trop souvent h é l a s ! par le péché mortel. « En cette éternité de biens qui nous attend, disait un j o u r le saint Evoque de Genève à sainte J e a n n e de Chantai, tout m e semblerait peu ou rien, sans cet a m o u r invariable et toujours actuel du g r a n d DIEU qui y règne toujours. Mon DIEU ! ma chère Mère, c o m m e n t se fait-il q u ' a y a n t des sentiments si célestes, j'aie n é a n m o i n s u n e vie si terrestre? D'où v i e n t que je n'aime pas bien, puisque dès m a i n t e nant je puis bien a i m e r ? 0 ma fille, prions, travaillons, humilious-nous, invoquons sur nous cet a m o u r ! » Oui, l'amour est éternel. Au ciel, la foi et l'espérance n'existeront plus : les brouillards qui obscurcissent ici-bas notre esprit seront dissipés; n o u s aurons l'intelligence de tout ce qui nous est caché en ce m o n d e . Nous n'espérerons plus rien puisque nous a u r o n s tout; on n'espère pas

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acquérir un trésor qu'on possède. Mais l'amour ! o h ! nous en serons e n i v r é s ! Nous serons noyés, p e r d u s dans cet océan de l'amour divin, a n é a n t i s ; confondus dans cette i m m e n s e charité du Cœur de JÉSUS ! Aussi la charité estelle un avant-goût du ciel. Si n o u s savions la c o m p r e n d r e , la sentir, la goûter, o h ! que nous serions heureux ! Ce qui fait qu'on est m a l h e u r e u x , c'est qu'on n ' a i m e pas DIEU, ou du moins qu'on ne l'aime pas assez. Mes bons amis et m e s enfants, en cette voie royale de l'amour, suivons, n e fût-ce que de loin, les vestiges des Saints. Qu'est-ce q u ' u n Saint, sinon un vrai chrétien qui aime réellement le bon DIEU de tout son cœur, de toutes ses iorces, de toute son â m e , de tout son esprit? Dans le ciel, les Saints sont c o n s o m m é s d a n s ce m ê m e amour qui, sur la terre, a c o m m e n c é à r é d u i r e en cendres tout ce qui en eux était mauvais, i m p u r , opposé à JÉSUS-CHRIST; puis, semblable au p h é n i x de la fable, qui renaissait de ces c e n d r e s ils se sont élancés j u s q u e d a n s le sein de DIEU, jusqu'au Paradis, où, unis au Cœur sacré de JÉSUSCHRIST, ils brûlent avec lui d'un éternel et ineffable amour. Saint François-Xavier aimait si a r d e m m e n t Notre-Seig n e u r JÉSUS-CHRIST, que ses c o m p a g n o n s l'entendaient fréquemment soupirer et parler tout h a u t p e n d a n t les courts instants qu'il accordait au sommeil. « 0 mon bon JÉSUS ! s'écriail-ih... ô l'amour de m o n â m e ! ô m o n Créateur I m o n doux S e i g n e u r ! » et autres élans semblables. Sa bouche parlait ainsi, à son insu, de l'abondance de son cœur. Lors de son arrivée à Goa, d a n s les Indes, ils l'aperçurent, p e n d a n t la nuit, se p r o m e n e r d a n s le petit j a r d i n attenant à la maison des m i s s i o n n a i r e s , tout hors de l u i ; et, pour rafraîchir u n peu sa poitrine haletante sous l'impression physique du feu d ' a m o u r qui embrasait

LA CHARITÉ. —

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sou c œ u r , il entr'ouvrit sa soutane, r é p é t a n t : « 0 Seig n e u r ! Je ne puis plus soutenir tant d ' a m o u r ! . . . C'est assez, m o n DIEU ! c'est assez ! »
1

De m ê m e , dans la vie de saint François d'Assise, les premiers Frères-Mineurs, t é m o i n s et confidents des m e r veilles q u e Notre-Seigneur opérait en lui, r a c o n t e n t qu'il restait de longues heures t e l l e m e n t absorbé dans l'union intérieure avec JÉSUS-CHRIST, qu'il ne voyait plus rien, et semblait être au ciel p a r a v a n c e . Son visage était c o m m e enflammé; u n sourire céleste dilatait tous ses t r a i t s ; et souvent l'Esprit-Saint, qui est l'Esprit d ' a m o u r , l'enveloppait de ses divines flammes, le soulevait de t e r r e ; et dans ses longues, extases, JÉSUS-CHRIST lui parlait cœur à emur, c o m m e un ami à son a m i . Tels furent les Saints. Imitons en eux ce qui est i m i table, en a i m a n t notre DIEU et Sauveur JÉSUS-CHRIST, n o n en paroles seulement et en sentiments, mais efficacement, d'une volonté vraie et énergique, en vivant pour lui et non p o u r n o u s - m ê m e s , en vivant s a i n t e m e n t c o m m e lui, en vivant de lui par la prière et la c o m m u n i o n , en vivant en lui d a n s l'union intime de sa grâce, et par c o n s é q u e n t dans la pureté de son amour-. L'avarice temporelle, qui nous fait désirer si a r d e m m e n t les trésors de la terre, est la r a c i n e de tous les m a u x ; mais l'avarice spirituelle, qui nous fait soupirer i n c e s s a m m e n t après l'or p u r du divin amour, est la racine de tous les biens. Que d u fond de notre cœur, où DIEU réside, s'élève donc nuit et j o u r ce cri toujours e n t e n d u et toujours exaucé : « Venez, Esprit-Saint! Remplissez les cœurs de vos fidèles, et allumez en eux le feu sacré de votre amour 1 » O a m o u r

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Ï-K Jia'NK OUVKIKU CHRÉTIEN. — III.

céleste, a m o u r do Jésus, q u a n d coinblerez-vous nos Ames? Désormais nous voulons tous vivre de vous, vivre de vous éternellemnuf, afin que d e m e u r a n t toujours en vous et en votre amour, ô S a u v e u r de nos âmes, nous soyons rangés au n o m b r e de vos élus, qui vivent et rég n e n t avec vous au Paradis, d a n s l'éternelle béatitude de l'amour.

I A CHARITÉ
L'AMOUR DU PROCHA IN

l
. Gomment Nôtre-Seigneur est en nous la source de l'amour du prochain, non moins que de l'amour de DIEU.

La Charité est une vertu universelle qui, c o m m e n ç a n t par le bon DIEU, s'étend aux créatures, et embrasse Loul. Gomme nous l'avons dit précédemment, c'est une participation magnifique à la Charité qui remplit le Cœur adorable de Notre-Seigncur JÉSUS-CHRIST, et qui lend à rendre n o s cœurs semblables à son divin C œ u r . Avant tout, c o m m e nous l'avons dit, J É S U S , DIEU fait homme, chef et modèle des chrétiens, a i m e d'un a m o u r parfait, total, absolu, divin, son Père céleste, qui est l'abîme éternel et infini de toutes les perfections, de toutes les beautés, de toutes les excellences, de toutes les g r a n deurs, e n u n m o t de tout ce qui mérite d'être souverainement a i m é . Et c'est cette charité divine, cet a m o u r très parfait d u Cœur de JÉSUS envers son Père qui, c o m m u niqué a u x â m e s p a r l'Espril-Saint, dans le mystère de la grâce, n o u s fait a i m e r DIEU de tout notre cœur, de toute notre à m e , de toutes nos forces et de tout notre esprit,

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LE JEUNE OUVRIER CHRÉTIEN. —

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-en JÉSUS-CHRIST, notre S e i g n e u r et Sauveur. Le chrétien a i m e ainsi le bon DIEU en JÉSUS-CHRIST, avec JÉSUS-CHRIST, et c o m m e JÉSUS-CHRIST. 11 ne peut pas l'aimer a u t a n t que JÉSUS-CHRIST : c'est impossible; car JÉSUS-CHRIST est DIEU en m ê m e temps qu'il est h o m m e , et son a m o u r envers son Père céleste est véritablement l'amour d'un DIEU, o'esl-à-dire un a m o u r infini. Quand nous disons que n o u s a i m o n s le bon DIEU « c o m m e JÉSUS-CHRIST, » n o u s e n t e n d o n s p a r là q u e notre amour est c o m m e le r a y o n n e m e n t d e celui de JÉSUS-CHRIST, et que nous nous efforçons de l'imiter en cela de notre mieux. Cet a m o u r surnaturel et chrétien du bon DIEU I\ fait l'objet de nos causeries de l'année dernière, et je vous y renvoie, mes bons amis, afin d'en bien raviver le souvenir d a n s vos chers cœurs. Mais le Cœur sacré d e JÉSUS ne se, borne pas à aimer DIEU son Père : il aime aussi, et d'un a m o u r ineffable, les créatures, au milieu desquelles il a voulu descendre et vivre, en se faisant h o m m e . C'est cet a m o u r i m m e n s e et miséricordieux de J É S U S - C H R I S T envers ses créatures qui, également c o m m u n i q u é à nos c œ u r s p a r TEspritSaint d a n s le mystère de la g r â c e , constitue ce que l'on appelle la charité envers le prochain. Et cette seconde face de la charité n'est pas m o i n s admirable, n'est p a s moins divine que l'autre. Gomme la première, elle découle du Cœur de JÉSUS dans nos c œ u r s , et tend, ici e n c o r e , à nous r e n d r e semblables à notre adorable Maître. Or, le premier objet de cette charité, de cet a m o u r de J É S U S envers ses c r é a t u r e s , c'est la très sainte Vierge MARIE, sa Mère. Il nous l'a d o n n é e p o u r Mère, d u h a u t de sa croix, avant de m o u r i r . Aussi allons-nous c o m m e n c e r par elle nos petites causeries de cette a n n é e . Après sa Mère, ce que JÉSUS a i m e le p l u s , c'est son

LA CHARITÉ. —

IT.

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tëgiisc : son Église t r i o m p h a n t e , au ciel, c'est-à-dire ses Anges et ses Saints; son Église souffrante, au Purgatoire, c'est-à-dire les â m e s saintes qui a c h è v e n t leurs expiations avant d'entrer a u ciel; son Église militante sur la terre, c'est-à-dire tous les chrétiens, ses disciples, q u i , sous la conduite du Pape et des Evoques, luttent encore ici-bas pour conquérir le ciel, Enfin, c o m m e nous l'expliquerons, v i e n n e n t , aux derniers degrés de cette hiérarchie de miséricorde et d ' a m o u r , tous les autres h o m m e s et, en un sens, toutes les a u t r e s créatures. Seigneur m o n DIBJU ! quel océan d ' a m o u r , quel a b î m e i n c o m m e n s u r a b l e de miséricorde est d o n c votre S a c r é Gmur! Et quelles dimensions v r a i m e n t divines a cette vertu de charité, dont n o u s allons tâcher de contempler et d'analyser u n peu les excellences et les divers d e g r é s ! Donnez-nous votre l u m i è r e , afin q u e nous puissions mieux c o m p r e n d r e ces g r a n d e s choses, et touchez noscœurs, afin que n o u s en profitions c o m m e il faut!

11
Que JÉ.SUS communique à ses fidèles son amour envers sa sainte Mère.

La première et la plus excellente de toutes les créatures," celle sur qui se repose avec u n a m o u r total le r e gard de Noire-Seigneur JÉSUS-CHRIST, c'est la Vierge M A RIE, sa très sainte Mère. Jo voudrais, mes c h e r s a m i s , vous bien faire saisir l'importante vérité dont il est ici question ; c'est la base d'un des points les plus i m p o r t a n t s de la piété chrétienne ;

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LE JEUNE OUVRIER CHRETIEN.

—III.

c'est le fondement de notre a m o u r envers la SainteVierge. M A R I E est la plus parfaite de toutes les pures créatures. L ' h u m a n i t é sain le de JÉSUS-CHRIST est, il est vrai, une créature, une créature encore bien plus sainte que la Vierge MARIM, ni à ce litre, elle est infiniment plus digne d'amour; mais comme cette h u m a n i t é sacrée n'a jamais existé que personnellement et indissolublement u n i e au Fils éternel de D I E U ; c o m m e , pour cette raison, elle ne mérite pas seulement l'amour, mais l'adoration proprement dite, l'adoration due à DIEU s e u l ; c o m m e elle n'est point une pure créature, nous ne parlons point d'elle ici. et le n o m d'amour du prochain ne saurait lui convenir. JÉSUS est bien véritablement notre frère; mais il est, avant tout, notre DIEU, notre S e i g n e u r ; et ce n'est qu'en l'adorant c o m m e notre Uiui;, que nous l'aimons c o m m e notre frère. Notre amour envers lui est essentiellement un amour qui adore. La Sainte-Vierge est d o n c de toutes les pures créatures la première qui se présente à notre c a 3 u r p o u r en être aim é e ; et cet a m o u r doit être digne d'elle. Or, c o m m e nous l'avons dit déjà, Notrc-Seigneur vient à n o t r e secours, pour nous faire d i g n e m e n t et s a i n t e m e n t r e m p l i r ce grand devoir : sans lui, cela nous serait tout à fait impossible; mais, avec lui, cela devient non-seulement très possible, mais très simple et très doux. Quelque parfaite q u e soit la Sainte-Vierge Immaculée, Mère de D I E U , Reine du Ciel et de la terre, nous pouvuus, en u n sens, l'aimer comme elle mérite d'être aimée.
1

Comment cela? En nous u n i s s a n t i n t i m e m e n t à JÉSUSCHRIST dans le mystère de la grâce, et en r e c e v a n t fidèlem e n t en notre àmo, rEsprit-Saint, l'Esprit de J É S U S CHRIST qui nous apporte de sa part, et de la part du Père

LA C1IAKITK. — I I .

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céleste les sentimenLs d ' a m o u r et de sainleté r é p a n d u s en son sacré Cœur. Le Cœur de JÉSUS est c o m m e - l a source d'eau vive qui fécondait j a d i s Je paradis t e r r e s t r e ; l'eau vivante de cette source divine, c'est le S a i n t - E s p r i t ; cl nous a u t r e s , fldèles de J É S U S , enfants de DIKU et de son Eglise, nous sommes les mille ruisseaux qui recevons de sa source l'eau vive destinée à nous féconder. Après l'amour de son Père céleste,, l ' a m o u r de la Très Sainte Vierge d o m i n a i t tout autre a m o u r d a n s le cœur de JÉSUS. Et c'était bien n a t u r e l : outre qu'elle était le chefd'œuvre, de DIKU, éternellement prédestinée aux merveilles de g r â c e s que le bon DIEU voulait un j o u r opérer par elle et avec elle dans le m y s t è r e de l'Incarnation, la très sainle MARIE était la Mère, la vraie Mère de N o t r e - S e i g n e u r ; et comme elle était la plus parfaite, la plus a i m a n t e des mères, Notro-Seigneur l'aimait à tous les titres. Il l'aimait avec la magnificence d'un DIEU et avec la tendresse d'un lils. Comme DIEU, il l'a comblée de toutes ses g r â c e s , et, c o m m e fils, il a eu pour elle un a m o u r si tendre, si excellent, que j a m a i s créature n'a pu et ne pourra être aimée de la sorte. C'est par la Sainte-Vierge que DIEU s'est d o n n é au monde ; c'est p a r elle qu'il veut régner d a n s le m o n d e , et r é p a n d r e toutes ses grâces d a n s les â m e s de ses serviteurs. S'il a décrété q u e , pour a r r i v e r au Pére céleste, il fallait passer par lui J É S U S , croire en lui, espérer en lui, le servir et l'aimer, il a é g a l e m e n t décrété q u e , d a n s la g r a n d e œuvre de n o t r e sanctification et de notre salut, c'est par MARIE que n o u s arriverions jusqu'à l u i . La raison p r e m i è r e et fondamentale p o u r laquelle nous devons a i m e r la Sainte-Vierge, être p o u r elle de bons lils et l'entourer de toutes sortes d ' h o m m a g e s et de vénération, c'est q u e n o u s s o m m e s i n t é r i e u r e m e n t u n i s à J É S U S -

496 CHRIST,

LE JEUNE OUVRIER CHRETIEN- —

III

et que ce divin S e i g n e u r vit et r è g n e d a n s nos c œ u r s , pour les remplir, si nous correspondons fidèlement à sa g r â c e , des sentiments de son Cœur sacré, et p a r conséquent de son tendre a m o u r pour sa sainte Mère, « Ayez en vous, dit saint Paul à tous les fidèles, ayez en v o u s les sentiments qui remplissent le c œ u r de J É S U S - C H R I S T . » Ainsi donc, mes amis, Notre-Seigneur vit en nous, avec son Père et son Saint-Esprit; il est en nous, a i m a n t d'un amour infini DIEU son Père, a i m a n t d ' u n e tendresse ineffable la Bienheureuse Vierge sa Mère : avec lui, en lui et comme lui, aimons la Sainte-Vierge M A R I E ; plus nous l'aimerons, plus nous serons conformes au Fils de DIEU, notre modèle. Accordez-nous, Seigneur J É S U S , d'aimer et d ' h o n o r e r la bonne Sainte-Vierge, c o m m e vous l'avez fait v o u s - m ê m e , et d'obéir ainsi à la règle que vous n o u s avez tracée dans votre Évangile : « Je vous ai donné ('exempte, afin que vous fassiez à votre tour ce que j'ai fait le premier. J'ai a i m é tendrement, p a r f a i t e m e n t m a sainte Mère : efforcez-vous de l'aimer de m ê m e , si vous voulez que je vous reconnaisse pour m e s disciples.

lit Du tendre et filial amour que nous devons à la Sainte-Vierge.
Nous disions plus h a u t , mes bons a m i s , que nous devons tous avoir dans le cœur les m ô m e s s e n t i m e n t s q u e JÉSUSCHRIST. « Si quelqu'un, ajoute l'Apôtre saint Paul, n'a point l'esprit de JÉSUS-CHRIST, il n ' a p p a r t i e n t pas à JÉSUSCHRIST; » en d'autres t e r m e s il n'est pas c h r é t i e n . En effet, il est impossible d'être v é r i t a b l e m e n t c h r é t i e n , si
?

LA CHARITÉ. —

II.

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l'on- n ' a i m e point la Sainte-Vierge, la Mère de J É S U S . Qu'est-ce q u ' u n chrétien, sinon un a u t r e J É S U S , qui doit ressembler en tout à son divin modèle? L'amour de la Sainte-Vierge fait partie essentielle de la Vraie piété chrétienne, c o m m e l'amour de DIEU, c o m m e l'amour de JÉSUS lui-même. Nous aimerons donc la Sainte-Vierge, n ' e s t - i l p a s vrai? c o m m e l'a aimée JÉSUS, c o m m e il l'aime encore, c o m m e il l ' a i m e r a éternellement. Nous .l'aimerons finalement. Nous n'oublierons j a m a i s qu'au pied de la croix, MARIE est devenue notre Mère, n o t r e Mère de g r â c e et d'adoption, et que J É S U S , qui n o u s Fa donnée pour Mère, lui d o n n e pour n o u s un a m o u r m a t e r n e l , plein de miséricorde, de sainteté et de tendresse, en m ê m e t e m p s qu'il nous d o n n e pour elle u n t e n d r e et filial a m e u r . C'est son a m o u r de fils, et de fils parfait, qu'il nous c o m m u n i q u e par sa g r â c e . Il nous a faits enfants de la Sainte-Vierge aussi véritablement qu'il n o u s a faits enfants de D I E U . La Bienheureuse Angèle de Foligno, ravie en extase, vit un j o u r , sous u n e forme sensible, ce m y s t è r e d ' a m o u r qui u n i t si a d m i r a b l e m e n t la Sainte-Vierge à ceux qui l'aiment. Gomme elle r e c o m m a n d a i t plusieurs pieux fidèles aux bontés du Sauveur et de sa Mère, elle vit la Sainte-Vierge qui venait à eux, toute l u m i n e u s e . Ce n'était pas l'apparence d ' u n corps, mais u n e l u m i è r e t o u t a d m i rable dans laquelle elle attirait et semblait absorber c e u x de ces fidèles a u x q u e l s elle paraissait p o r t e r u n plus g r a n d amour.. Elle s ' a p p r o c h a d'eux et les e m b r a s s a avec u n e maternelle tendresse, quelques-uns si é t r o i t e m e n t qu'ils semblaient e n t r e r j u s q u e d a n s son c œ u r . « Et je c o n n u s , avec u n e entière c e r t i t u d e , ajoute la B i e n h e u r e u s e , q u e Notre-Seigneur JÉSUS-CHRIST se c o m m u n i q u e à nos â m e s avec u n g r a n d a m o u r , ainsi q u e sa très-sainte Mère. »
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Mais, pour recevoir ainsi les bénédictions spéciales de notre Mère du ciel, il nous faut l'aimer beaucoup, l'aimer de tout notre cœur. 11 faut que notre a m o u r pour elle ressemble à celui que lui portait JÉSUS, son fils u n i q u e , son enfant bien-aimé. Il faut que notre a m o u r soit celui d'un bon fils pour sa b o n n e et excellente m è r e ; il faut qu'il soit profond, r e s p e c t u e u x , dévoué, qu'il soit tendre et confiant, toujours plein de reconnaissance, toujours prêt à se manifester. C'est ainsi qu'à l'exemple d u Saint des Saints, les Saints ont a i m é la Sainte-Vierge M A R I E . L'un d'eux, alors âgé de dix-neuf a n s , le B i e n h e u r e u x Frère Alphonse Rodriguez, die la Compagnie de JÉSUS,, était u n j o u r agenouillé devant u n e de ses i m a g e s : « 0 m a Mère, m a c h è r e Souveraine? lui disait-il n a ï v e m e n t , le visage baigné d e l a r m e s et le c œ u r tout rempli de tendresse, si vous saviez combien je vous a i m e ! Je vous a i m e tant, que vous ne pouvez m ' a i m e r d a v a n t a g e . » Et la sainte et douce Mère de D I E U , lui apparaissant et le r e g a r d a n t avec u n e ineffable tendresse, lui répondit en s o u r i a n t : « Tu te t r o m p e s , m o n fils: je t'aime bien plus que tu n e salirais m ' a i m e r . » On lit dans la vie de saint Thibault, a d m i r a b l e Religieux de l'Ordre de Cîteaux, a u x prières duquel saiilt Louis attribuait la fécondité de son u n i o n avec la pieuse reine Marguerite de Provence, que, tout j e u n e encore et au milieu- de la cour, il avait reçu de Noire-Seigneur la g r â c e d'un amour extraordinaire envers la Sàinle-Viergë. Au c o u v e n t , ce saint a m o u r n e fît q u e g r a n d i r , et devint l'admiration des enfants d e saint Bernard. Il pensait cont i n u e l l e m e n t à la Sainte-Vierge; il trouvait m o y e n de r a p p o r t e r à sa gloire tout ce qu'il disait et tout ce qu'il faisait. Et comme on lui dit u n j o u r qu'il pouvait y avoir de 'l'excès de cette affection pour la Vierge M A R I E , parce

LA CHARITÉ. —

II.

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qu'il seniblait qu'il partageât son c œ u r e n t r e elle et JÉSUS : « Sachez, répondit-il, que je n ' a i m e la Sainte-Vierge autant que j.e le fais, que parce qu'elle est la Mère de mon Seigneur JÉSUS-CHRIST. C'est JÉSUS-CHRIST même q u e j a i m e , que j ' h o n o r e et q u e j e révère e n elle. » Non, nous ne saurions trop a i m e r la Sainte-Vierge; nous a u r o n s beau faire, j a m a i s n o u s l ' a i m e r o n s a u t a n t que l'aime Notre-Seigneur. On doit m ê m e r e c o n n a î t r e que j a m a i s on n e l'aime assez. Hélas ! c o m b i e n , sous ce rapport c o m m e sous tous les autres, n o t r e c œ u r est d o n c loin du c œ u r de JÉSUS ! < J ' a i aimé la Sainte-Vierge avant m ê m e de la c o n i naître, disait u n j o u r le bon Curé d'Ars; c'est m a plus vieille affection. É t a n t tout petit, j ' é t a i s possesseur d ' u n joli chapelet : il fît envie à m a sœur, et elle voulut l'avoir. J'allai consulter m a m è r e ; elle me conseilla d'en faire l'abandon, p o u r l'amour de DIEU et de la Sainte-Vierge. J'obéis,, mais il m ' e n c o û t a b i e n des l a r m e s . » 11 e n t o u r a i t d'un culte t o u c h a n t u n e statuette de la Sainte-Vierge q u e lui avait donnée sa m è r e ; il l'emportait aux c h a m p s quand il allait g a r d e r le troupeau de son père, et il passait, agenouillé à ses pieds, de b o n n e s et saintes heures. Plus t a r d , q u a n d il devint cette merveille de sainteté, de pénitence j de prières, de charité qui a fait, p e n d a n t de longues a n n é e s , l'admiration de toute la France* le cœur de la Très-Sainte-Vierge était son refuge d a n s ses peines et ses difficultés. Une de ses g r a n d e s pratiques était de conseiller u n e n e u v a i n e au s a i n t Cœur de M A R I E . « J ' a i si souvent puisé à cette source, disait-il* qu'il n ' y resterait p l u s rien depuis l o n g t e m p s , si elle n'était i n é p u i sable. » Dans ses i n s t r u c t i o n s et ses c a t é c h i s m e s , où t o u t le m o n d e pleurait avec lui, il r e v e n a i t s a n s cesse à l'amour

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LE JEUNE OUVRIER CHRETIEN. —

III.

de la Sainte-Vierge. « Le c œ u r de cette b o n n e Mère, disaitil, n'est qu'amour et m i s é r i c o r d e ; elle n e désire que de n o u s voir heureux. Il suffit de se t o u r n e r s i m p l e m e n t vers elle p o u r être exaucé. « Le Très-Sainte Vierge se tient e n t r e son Fils et nous. P l u s nous sommes p é c h e u r s et plus elle a de compassion pour n o u s . L'enfant qui a coûté le plus d e l a r m e s à sa mère est le plus cher à son cœur. Une m è r e ne courtelle pas toujours au plus faible et au plus exposé? « La Sainte-Vierge est bien meilleure que la meilleure des mères : la meilleure des mères punit quelquefois son enfant q u a n d il lui fait d u c h a g r i n : m ê m e elle le b a t ; elle croit bien faire. Mais la Sainte-Vierge ne fait pas c o m m e ç a : elle est si bonne qu'elle nous traite toujours avec a m o u r et n e nous p u n i t j a m a i s . Le Fils a sa j u s t i c e : mais la Mère n ' a que son a m o u r . » Donc, qui que nous soyons, m e s amis, a y o n s confiance en la miséricorde toute-puissante de notre Mère d u ciel ; recourons à elle d a n s nos m i s è r e s ; soyons assurés qu'elle nous exaucera toujours lorsque n o u s lui d e m a n d e r o n s ce qui sera conforme à la sainte volonté de Notre-Seigneur, et au v r a i bien de n o t r e â m e . R e n d o n s à la Sainte-Vierge a m o u r p o u r amour. « A s s u r é m e n t , dit s a i n t B e r n a r d , le Fils exaucera sa Mère; et le Père exaucera le Fils. M.es enfants, ajoutait-il en p a r l a n t à ses Religieux, la SainteVierge est'l'échelle des p é c h e u r s ; c'est en elle q u e j e mets surtout m a confiance; et tout m o n espoir est dans son maternel amour. » 0 b o n n e Vierge MARIE I au m o m e n t de m a m o r t , daignez venir a u devant de moi pour recevoir m a p a u v r e àme. Consolez-la en lui m o n t r a n t votre doux visage. Prenez m a défense contre le d é m o n q u a n d il m ' a c c u s e r a devant le tribunal de votre divin Fils. Introduisez-moi, comme

LA CHARITÉ. —

ÏI.

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par la main, d a n s le r o y a u m e des cieux, et faites-moi entrer tout droit d a n s le Paradis, où j e vous aimerai éternellement, en la c o m p a g n i e des Anges et des Bienheureux.

IV

Gomment nouspouvons témoigner notre amour à l a S a i n t e - V i e r g e

Pour plaire à la b o n n e Sainte-Vierge et lui m o n t r e r que n o u s l'aimons véritablement, nous devons d'abord lui r e n d r e a m o u r pour a m o u r , c o m m e nous le d i s i o n s plus h a u t . « J ' a i m e ceux qui m ' a i m e n t , » n o u s dit NotreSeigneur dans l'Écriture-Sainte. A i m e r ceux qui n o u s aiment, a i m e r t e n d r e m e n t ceux qui n o u s a i m e n t tend r e m e n t , n'est-ce pas là u n devoir aussi doux que n a turel ? En second lieu, p o u r plaire à la Sainte-Vierge, il faut nous efforcer de ressembler le m o i n s i m p a r f a i t e m e n t possible à J É S U S , son Fils bien-aimé. Donc, si n o u s voulons qu'elle n o u s a i m e et qu'elle n o u s bénisse, il f a u t être, c o m m e (JÉSUS, doux et h u m b l e s de co^ur; il faut être c h a s t e s , p u r s et innocents, détester de t o u t n o t r e c œ u r le vice i m p u r et les mauvaises passions, et c o m b a t tre é n e r g i q u e m e n t , p o u r l'amour de M A R I E , les tentations de n o t r e âge, sans n o u s décourager j a m a i s . P a r - d e s s u s tout, nous devons a i m e r t e n d r e m e n t JÉSUS-CHRIST, l u i demeurer u n i p a r la grâce et n e rien faire volontairement qui puisse l'offenser. En troisième lieu, si nous a i m o n s la Sainte-Vierge,

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III.

n q u s serons tout n a t u r e l l e m e n t portés à l'honorer, à la v é n é r e r de tout notre pouvoir, â la louer, à l'invoquer souvent et cordialement, parce qu'elle est la Reine glorieuse du ciel et de la terre, la dispensatrice des grâces de D I E U , et parce que Notre-Seigneur v e u t que ses disciples r e n d e n t les plus religieux h o m m a g e s à Celle qu'il a choisie pour sa Mère. Et m a i n t e n a n t , mes a m i s , si vous voulez savoir par quels moyens extérieurs on p e u t raviver en soi le souven i r et l ' a m o u r de la Sainte-Vierge, voici ce que je vous conseillerai, appuyé sur l'expérience : 4 Soyez fidèles à porter sur vous, j o u r et nuit, la m é daille ou le scapulaire. Des grâces sans n o m b r e ont m a i n tes fois récompensé cette fidélité. E n t r e toutes les a u t r e s , la médaille miraculeuse, c o m m e tout le m o n d e l'appelle (parce qu'elle est a p p a r u e mirac u l e u s e m e n t , en 1830, à u n e h u m b l e Sœur de Saint-Vinc e n t de Paul, ravie en extase), se r e c o m m a n d e à notre piété. Tout le monde la connaît, et tout le m o n d e récite la petite prière qui, par Tordre m ô m e de la Sainte-Vierge, a été gravée autour de la sainte image : « 0 M A R I E , conçue s a n s péché, priez p o u r nous qui avons r e c o u r s à vous ! » La Sœur avait e n t e n d u une voix céleste lui dire p e n d a n t qu'elle c o n t e m p l a i t l'apparition m i r a c u l e u s e : « Il faut faire frapper u n e médaille sur ce modèle. — Les personnes qui la p o r t e r o n t i n d u l g e n c i é e et feront avec piété cette prière, j o u i r o n t d'une protection toute spéciale de la Mère de D I E U ! » — C'est, a p r è s la miséricorde de DIEU, à la médaille qu'il n e quittait j a m a i s , que le b r a v e maréchal Bugeaud attribuait h a u t e m e n t d'être sorti sain et sauf de ses d i x - h u i t c a m p a g n e s d'Algérie, où t a n t de braves officiers avaient trouvé la m o r t à ses côtés. Il la porta j u s q u ' à sa m o r t ; et d e p u i s , elle a été
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II

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offerte cqmrae u n e sorte d'ex-voto, au sanctuaire de NotreP a m e . d'Afrique. Quant q.u scapulaire, on peut porter, soit le scapulaire d u C a r m e l , d e couleur m a r r o n , soit celui de l ' I m m a c u lée-Conception, q u i est bleu de ciel. Tous d e u x ^ o n t été révélés par la Très Sainte Vierge e l l e - m ê m e ; et le SaintSiège, les a e n r i c h i s de précieuses faveurs. Le p r e m i e r i le scapulaire d u Mont-Garmel, e n t r a î n e quelques obliga" tions de p r i è r e s et de pénitences, que l'on trouve expliquées, d a n s p l u s i e u r s Manuels de piété, et il est l'insigne d'un Tiers-Ordre très r é p a n d u , auquel des millions de bons fidèles sont h e u r e u x d ' a p p a r t e n i r . Vous ferez bien de les imiter, m e s chers amis, et de d o n n e r à la ' S a i n t e Vierge, Reine du Garmel, ce témoignage de c o n s é c r a t i o n et d ' a m o u r . Le scapulaire de l'Immaculée-Conception a le précieux a v a n t a g e de nous faire porter la couleur céleste de la Vierge I m m a c u l é e et de n o u s rappeler ainsi plus spécialement que nous devons être, p o u r l ' a m o u r de MARIE, tout purs et tout chastes. J'ai c o n n u beaucoup d é j e u n e s g e n s , que les passions de la jeunesse avaient hélas ! entraînés bien loin de D I E U , et qui ont dû leur retour à la fidélité avec laquelle ils avaient conservé, m a l g r é tout, leur scapulaire ou leur médaille. 2°< Soyez é g a l e m e n t fidèles à porter s u r vous un chapelet indulgencié, et à en réciter tous les j o u r s , sinon les cinq dizaines, au m o i n s u n e petite dizaine. C'est bien peu de chose, d ' a u t a n t plus qu'pn peut réciter cela en allant et en v e n a n t . C'est; u n e c h a r m a n t e petite pratique de piété q u e de consacrer ainsi à la Sainte-Vierge, p a r u n e dizaine de chapelet, c h a c u n e de ses journées, c h a c u n e de ses n u i t s . Si vous y êtes fidèles, j e v o u s promets, au nom de la bonne Vierge, d'excellentes bénédictions, ca-

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III.

pables de sauvegarder et votre foi et vos m œ u r s . — J ' e n c o n n a i s qui ont soin de consacrer, par u n e intention particulière, chacun des Ave Maria de leur petite dizaine de c h a q u e jour : pratique excellente et très simple qui aide grandement à no pas tomber dans la r o u t i n e en r é c i t a n t le chapelet. 3° Ayez soin d'avoir toujours d a n s votre c h a m b r e , à u n e place d ' h o n n e u r , non-seulement le crucifix, qui est par excellence le signe du chrétien, m a i s encore une belle image ou u n e petite statuette de la Très-Sainte Vierge. L'image de JÉSUS n'appelle-t-elle pas tout naturellement l'image de M A R I E ? Il y a même eu de g r a n d s c h r é t i e n s , le chevalier Bayard entre autres, qui ne sortaient j a m a i s de leur c h a m b r e et n'y r e n t r a i e n t j a m a i s sans d e m a n d e r à genoux la bénédiction de la Sainte-Vierge, m ê m e quand ils n'étaient point seuls, Dans les pays de foi, quantité de fidèles entretiennent j o u r et n u i t une petite l a m p e allumée devant l'image de la Sainte-Vierge qui protège leur demeure. 4° Célébrez le plus pieusement possible, toutes les fêtes de la Sainte-Vierge qui se r e n c o n t r e n t d a n s le cours de chaque mois : le 23 j a n v i e r , la fête des fiançailles de la Sainte-Vierge avec saint Joseph ; le 2 février, la Purification ; le 25 mars, l'Annonciation ; en avril, le vendredi q u i précède la Semaine-Sainte, la Compassion; le 24 mai, fête de Notre-Dame de Bon-Secours, sans compter tous les j o u r s de ce mois, spécialement c o n s a c r é à la SainteV i e r g e ; le 2 juillet, la Visitation, et le 16, la fête de Notre-Dame du Mont-Carmel ; le 2 août, la fête de NotreDame des Anges, et, le 15, l'Assomption ; le 8 septembre, la Nativité de la Sainte-Vierge; le d i m a n c h e suivant, la fête du saint Nom de M A R I E ; le troisième d i m a n c h e , Notre-

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II.

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Dame des Sept-Douleurs, et, le24, Notre-Dame de la Merci; le p r e m i e r d i m a n c h e d'octobre, Noire-Dame-du Rosaire; le 21 novembre, la Présentation de la Sain.te-Vierge au Temple ; et enfin, le 8 décembre, la fête de f i m m a c u l é e Gonception. 11 faut y ajouter certaines fêtes locales, qui varient suivant les pays, et la fête de l'Archiconfrérie de Notre-Dame des Victoires pour la .conversion des p é c h e u r s . Si on le peut, on ne fera rien de plus agréable à la Sainte-Vierge que de c o m m u n i e r p i e u s e m e n t en son honn e u r ces jours-là. 5° Enfin, ne perdez point u n e occasion d'aller la prier et d'aller vous r e t r e m p e r dans son a m o u r e n visitant les sanctuaires qui lui sont consacrés. Les pèlerinages a u x sanctuaires de MARIE sont, DIEU m e r c i ! plus q u e j a m a i s en h o n n e u r , et d'incessants miracles, que l'impiété ellemême n'ose plus nier, nous m o n t r e n t combien la Mère de miséricorde les a pour agréables. Sans faire les beaux pèlerinages de Lourdes, d e la Salette, de Notre-Dame des Victoires, de Notre-Dame de Fourvières, etc., il est u n pèlerinage p e r m a n e n t que nous p o u v o n s faire bien souvent, avec u n peu d'attention et de b o n n e volonté; u n petit pèlerinage qui n e n o u s coûtera pas u n sou, qui n e durera que quelques m i n u t e s , et nous fera c e p e n d a n t grand bien à f a m é : e n t r o n s , sinon' toujours, du moins de temps à a u t r e , d a n s les églises et chapelles consacrées à la Sainte-Vierge : faisons u n e petite prière au pied de son a u t e l ; renouvelons-y nos bonnes résolutions, et d e m a n d o n s - l u i de confirmer en nos c œ u r s l'humilité, la d o u c e u r et l'amour de la chasteté, c'est-à-dire ce qui c h a r m e davantage son très p u r regard. Et quels seront les fruits de notre a m o u r envers la

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Bienheureuse Vierge? 0 mes bons amis, soyez bien assurés q u e , si vous l'aimez ainsi, v é r i t a b l e m e n t et tendrem e n t . Notre-Seigneur vous c h é r i r a d'un a m o u r tout spécial ; il vous accordera, p a r elle et à cause d'elle, des grâces d'élite, entre a u t r e s la grâce d ' u n e b o n n e et sainte m o r t . L'amour de la Sainte-Vierge est un gage assuré de prédestination. Telle est, en r é s u m é , la première n u a n c e de la charité q u e le bon DIEU veut voir briller dans le c œ u r d'un vrai chrétien, pour la c r é a t u r e la plus parfaite qui soit sortie de ses m a i n s . Cet a m o u r envers la Vierge sainte est c o m m e le sommet, plus céleste que t e r r e s t r e , de la c h a rité envers le p r o c h a i n , M A R I E a p p a r t e n a n t à la g r a n d e famille h u m a i n e bien qu'elle soit élevée, p a r la grâce de son Immaculée-Conception, de sa Maternité divine, de sa Virginité miraculeuse, de sa sainteté s u r é m i n e n t e , et enfin de son Assomption et de sa céleste r o y a u t é , à des g r a n d e u r s dont nous ne p o u v o n s pas m ê m e nous former u n e idée. 0 Seigneur JÉSUS! a u g m e n t e z en n o u s ce saint amour, dont vous êtes le p r i n c i p e et le modèle.

V
Q u e J É S U S c o m m u n i q u e à ses fidèles s o n a m o u r e n v e r s son Église.

Après la Sainte-Vierge, q u e JÉSUS a i m e c o m m e sa vraie Mère, le premier a m o u r de son divin Cœur est l ' a m o u r de son Église, qu'il aime c o m m e sa sainte Épouse et la Mère de tous ses élus.

LA CHARITÉ. —

II.

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Écoulez bien ceci, mes bons a m i s , et comprenez le grand et magnifique mystère de l'Église-. Par.l'Église, il ne faut pas e n t e n d r e s e u l e m e n t la société des chrétiens qui, sous la conduite du Vicaire de JBSUS-GHRIST et des Évêques, p r a t i q u e n t la loi de DIEU et combattent pour arriver au ciel ': dans u n sens plus large, l'Église c o m p r e n d encore tous les B i e n h e u r e u x du ciel, tous les Anges, toutes les â m e s saintes du P u r g a t o i r e , e n un mot, toute la g r a n d e famille du bon DIEU d a n s le temps et d a n s l'éternité. Auss¿, bien que cette g r a n d e famille de DIEU soit parfaitement u n e , on la distingue en Église t r i o m p h a n t e , en Église souffrante et en Église m i litante, c o m m e n o u s l'avons déjà v u . L'Église t r i o m phante c o m p r e n d tout le m o n d e des Anges et des Saints, c'est-à-dire, les élus qui sont arrivés déjà, et qui possèdent, d a n s la béatitude de la gloire, le r o y a u m e des cieux. L'Église souffrante c o m p r e n d toutes les â m e s q u i , au m o m e n t de la mort, ont été trouvées en état de g r â c e , mais qui ne sont pas encore entrées en possession de leur fin d e r n i è r e et b i e n h e u r e u s e , parce qu'il leur reste à expier p l u s ou moins les fautes p a r d o n n é e s de leur vie s u r la terre. Enfin, l'Église militante, c'est l'Église d'ici-bas, dont n o u s d o n n i o n s tout à l'heure la définition, à savoir : la société des c h r é t i e n s qui, sous la conduite du Pape et des Evêques, c o m b a t t e n t s u r la terre pour a r r i v e r au ciel et y r é g n e r é t e r n e l l e m e n t avec J É S U S - C H R I S T .
:

et son Église ne font q u ' u n ; c o m m e la tète n e fait q u ' u n avec le corps. JÉSUS est à l'Église ce que l'âme est au corps : il en est le principe, il en est la vie, il en est la force et la sainteté, il en est la b e a u t é ; au ciel, il est é t e r n e l l e m e n t la béatitude et la gloire de son Église. C'est J É S U S qui est Saint dans ses S a i n t s ; c'est lui q u i est Souverain-Pontife dans le Pape, Évêque et Pasteur d a n s
JÉSUS

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LE JEUNE OUVRIER CHRETIEN. —

III.

les Évoques, Prêtre d a n s les Prêtres, Apôtre d a n s les Missionnaires, Religieux d a n s les Religieux : en u n mot, il est « tout en tous », c o m m e dit a d m i r a b l e m e n t saint Paul. A i m e r TÉglise, c'est d o n c a i m e r J É S U S - C H R I S T ; s'attaquer à l'Église, c'est s'attaquer à JÉSUS-CHRIST. Après la fin du monde, aprèsle temps de la lutte et de l'expiation, il n'y a u r a plus que TÉglise t r i o m p h a n t e ; et toute c r é a t u r e qui n'en fera point partie a p p a r t i e n d r a n é c e s s a i r e m e n t et éternellement à l'affreux m o n d e de l'enfer. En nous unissant à lui par le S a i n t - E s p r i t et par la grâce, le Roi adorable de TÉglise, J É S U S - C H R I S T , n o u s c o m m u n i q u e son a m o u r envers son Église t r i o m p h a n t e ; et c'est de cet a m o u r qu'il nous faut parler tout d'abord. Remarquez-le bien, m e s a m i s , n o u s ne sortons a u c u n e m e n t du beau sujet qui nous occupe ici, je v e u x dire la charité envers le p r o c h a i n : tout élevés qu'ils sont dans les splendeurs célestes de la gloire, les Saints et les Anges font en effet partie de la g r a n d e famille des enfants de DIEU ; ils sont nos frères d u ciel ; ils n o u s a i m e n t c o m m e leurs frères de la t e r r e . A notre tour, n o u s devons les a i m e r . D ' a b o r d et avant tout, nous devons les a i m e r parce q u e JÉSUS les a i m e et que, par la grâce, il n o u s c o m m u n i q u e cet a m o u r . Nous devons les aimer, parce que les S a i n t s et les Anges nous sont i n t i m e m e n t u n i s en Tamour de J É S U S - C H R I S T , en l'amour du m ê m e JÉSUS qui vit en eux c o m m e il vit en nous, et m ê m e d a n s u n degré bien plus parfait. Par la grâce, nous vivons de la m ê m e vie s u r n a t u r e l l e que les Bienheureux. La vie de la grâce est, eh effet, le g e r m e de la vie de la gloire ; c o m m e le bouton de rose est en germe la belle fleur épanouie q u i brillera u n j o u r a u x r a y o n s du soleil. C'est la m ê m e fleur, d'abord d a n s son état de préparation, puis d a n s son état de perfection c o n s o m m é e .

LA CHARITÉ. —

II.

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Enfin, nous devons les a i m e r d ' u n a m o u r de reconnaissance, parce que du h a u t du ciel ils. intercèdent pour nous, prient pour nous et nous protègent d e v a n t ' D i K U , en la vie et en la m o r t . Et c o m m e n t pouvons-nous témoigner n o t r e a m o u r a u x Bienheureux et aux Saints, qui r é g n e n t déjà dans le ciel? — D ' a b o r d en les a i m a n t n o u s - m ê m e s , en leur r e n d a n t
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amour p o u r a m o u r . Nous n ' a i m o n s pas assez nos b o n s Saints ; à cet égard, l'esprit protestant et j a n s é n i s t e s'est beaucoup trop infiltré d a n s notre piété ; et, sauf de rares exceptions, n o u s ne pensons pas à nos Saints ; e n c o r e moins croyons-nous p r a t i q u e m e n t à leur a m o u r . Si n o u s avions plus de foi et plus de confiance d a n s les Saints-, d a n s leur bonté, d a n s leur assistance, nous c h e r cherions d a v a n t a g e à leur plaire en m a r c h a n t sur l e u r s ' traces ; nous penserions plus souvent à les i n v o q u e r comme de t e n d r e s et de puissants a m i s ; nous a t t a c h e r i o n s plus de p r i x à leurs saintes images, et surtout à l e u r s r e liques.- — On lit, d a n s la vie si intéressante du c u r é d'Ars, que les Saints étaient pour lui de vrais a m i s , en l'intimité desquels il vivait p a r l'esprit et par le cœur. Il avait pour leurs i m a g e s e t p o u r leurs restes sacrés u n e véritable passion. Il n ' i m a g i n a i t pas q u ' o n p û t faire à u n chrétien u n plus beau p r é s e n t que celui d'une r e l i q u e . P a r l e r de ces bons Saints, était toute sa joie ; et, q u a n d il était s u r ce chapitre, il n e s'arrêtait plus. Les t r a i t s , les épisodes, les détails c h a r m a n t s , les circonstances les p l u s m i n u t i e u s e s de l e u r s vies, s'offraient à sa m é m o i r e a v e c une a b o n dance et u n e précision a d m i r a b l e s ; il n e se lassait pas de raconter, et on n e se lassait pas d'écouter. G'est, en effet, u n m o y e n tout simple et très efficace d ' a u g m e n t e r en nos c œ u r s l ' a m o u r des Saints et, en m ê m e t e m p s , de le leur t é m o i g n e r , que d'aimer à lire
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leurs belles vies et d'apprendre ainsi à les connaître à fond. Les Saints a y a n t été sur la t e r r e les plus parfaits imitateurs du Saint des Saints, notre modèle et le leur, la connaissance approfondie de leurs actions, de leurs paroles, de leus sentiments, de leur vie en u n mot, est u n des meilleurs m o y e n s d ' a p p r e n d r e le v r a i c h e m i n du ciel, où ils nous a t t e n d e n t et où n o u s espérons les rejoindre un jour. Leurs beaux exemples nous r e n d e n t , à ce point de vue, u n i m m e n s e service. Nouveau motif d e les aimer. Aimons encore à célébrer leurs fêtes, à c o m m u n i e r en leur honneur, adorant avec eux le DIEU de leur c œ u r , q u i est aussi le DIEU de notre c œ u r , le b i e n - a i m é S e i g n e u r JÉSUS. Rendons-lui grâce avec eux et p o u r eux, les aidant dans leur éternelle action de g r â c e . A i m o n s à visiter leurs tombeaux, et allons avec joie prier auprès de leurs reliques, d'où é m a n e u n e vertu secrète qui vient du ciel et qui nous y attire. Mais entre tous les Saints, a i m o n s plus particulièrem e n t ceux que nous a v o n s reçus pour P a t r o n s au Baptême, et aussi ceux p o u r lesquels le bon DIEU n o u s a donné plus d'attrait, plus de s y m p a t h i e . Nous p o u v o n s , en effet, aimer certains B i e n h e u r e u x plus q u e d'autres JÉSUS lui-même n o u s en a d o n n é l'exemple. N'aimait-il pas saint Jean plus que ses autres Apôtres? saint Pierre, plus que saint André, qui était c e p e n d a n t l'aîné et le p r e m i e r choisi? sainte Marie-Madeleine, plus que sainte Marthe ? etc. Il a i m a i t infiniment tous ses disciples et m ô m e tous les h o m m e s , puisqu'il a souffert et est m o r t pour c h a c u n c o m m e p o u r t o u s ; et n é a n m o i n s son divin Cœur a voulu t é m o i g n e r o u v e r t e m e n t certaines préférences de sympathie et de tendresse. Doîic, mes c h e r s a m i s , a i m o n s , en l ' a m o u r de JÉSUS-

LA CHARITE. — I I . CHRIST,

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nos g r a n d s amis du ciel, nos frères de l'éternité, les m e m b r e s déjà glorieux du Chef de l'Église ; aimonsles d'avance, puisque, d a n s le ciel, n o u s les a i m e r o n s toujours. 11 n o u s reste à parler de l'amour qiie n o u s devons aux saints Anges, et en particulier h notre Ange-Gardien.

VI

De l'amour que nous devons aux saints Anges.
L'Église t r i o m p h a n t e , avons-nous dit, est composée de la b i e n h e u r e u s e multitude dés Saints et des A n g e s . Bien que les Anges n ' a p p a r t i e n n e n t pas, c o m m e les Saints, à la famille h u m a i n e , ils a p p a r t i e n n e n t c e p e n d a n t à la g r a n d e famille c h r é t i e n n e , à la famille de JÉSUS-CHRIST. JÉSUS-CHRIST est leur DIEU et leur Seigneur, c o m m e le n ô t r e ; à l'origine, ils ont dû croire en lui et l'adorer en son h u m a n i t é à venir, qui l e u r était m o n t r é e de loin p a r révélation : ceux qui ont fait h u m b l e m e n t cet acte de foi, d'adoration et d ' a m o u r , sont d e m e u r é s au ciel et sont appelés les b o n s A n g e s ; les autres* q u i , à l'instigation de Lucifer, le p r e m i e r des esprits célestes, n ' o n t point voultt se s o u m e t t r e et adorer, ont été précipités du ciel en enfer et s'appellent les m a u v a i s a n g e s ou les démons. Les b o n s Anges Combattent avec n o u s c o n t r e les d é mons et lès p é c h e u r s ; et c'est avec leur assistance continuelle q u e n o u s servons le bon DIEU et q u e n o u s faisons régner JÉSUS-CHRIST en n o u s et autour de n o u s . Quant aux d é m o n s , il l e u r est d o n n é d'éprouver n o t r e fidélité

512

LE JEUNE OUVRIER CHRÉTIEN. —

III.

en nous h a r c e l a n t de mille t e n t a t i o n s , tant que nous s o m m e s sur la t e r r e ; après quoi n o u s serons à tout j a m a i s soustraits à leur influence m a u d i t e . C'est une chose déplorable, m e s a m i s , que le peu de foi que l'on a dans le m o n d e pour les Anges. Quand nous entrerons dans le ciel, il y a u r a p o u r nous la révélation de tout un monde ignoré ici-bas et d o n t la p l u p a r t des chrétiens n'ont plus, p o u r ainsi dire, la notion. C'est que l'on ne croit plus g u è r e au m o n d e invisible et surnaturel. Dès lors, c o m m e n t p o u r r a i t - o n a i m e r ce beau monde angélique auquel on ne p e n s e j a m a i s ? De m ê m e que, dans l'Église militante, il y a u n e hiérarchie, c'est-à-dire u n ordre, u n e organisation qui en fait la force et la beauté, de m ê m e , d a n s l'Église t r i o m p h a n t e , il y a une a d m i r a b l e h i é r a r c h i e dont les saints Anges composent le fond, et à laquelle sont associées, c h a c u n selon sa vocation et son degré de sainteté, les i n n o m b r a b l e s phalanges des Saints. Les plus sublimes de tous sont les Séraphins, les Chérubins et les Trônes ; puis v i e n n e n t les esprits b i e n h e u r e u x que l'on appelle les Puissances, les Vertus et les Dominations, et dont la théologie expose les caractères distinctifs et les fonctions au milieu des œuvres de D I E U ; enfin, v i e n n e n t les Principautés, les A r c h a n g e s et les Anges. Un j o u r n o u s verrons tout cela d a n s les c i e u x ; en a t t e n d a n t , unissonsn o u s à cette cour céleste d u Roi des rois, du S e i g n e u r des esprits b i e n h e u r e u x et des S a i n t s ; et, avec les Saints et les Anges, adorons JÉSUS-CHRIST, a i m o n s JÉSUS-CHRIST et aimons-les, dès ce monde, en JÉSUS-CHRIST. La dévotion a u x Anges affranchit l a m e de toute petitesse et ravive s i n g u l i è r e m e n t l'esprit de foi. Elle donne à l'âme l'heureuse habitude des pensées célestes. Plus purs que les rayons du soleil, les Anges sont les vivants

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rayons du Roi dos cieux, du soleil de sainteté, JÈsus(IIIRÎST; ce sont eux qui a p p r o c h e n t le plus prés de l u i ; et c'est p a r eux, commrç nous le révèle la Sainte-Écriture, (pie'l'encens de nos prières est offert au S e i g n e u r . « Oh! belle union de l'Église de la terre avec l'Église du ciel ! s'écriait un jour l'humble curé d'Ars, tout transporté d a m o u r ; vous en t r i o m p h a n t , nous en c o m b a t t a n t , nous .ne faisons qu'un pour glorifier DIEU. » — Donc, a i m o n s ' e t bénissons nos frères aines du Paradis, les bons Anges, par lesquels notre DIEU et S a u v e u r r é p a n d dans le m o n d e en général,, et eu particulier d a n s nos âmes, tout le r a y o n n e m e n t de ses bienfaits. Mais ce sont surtout nos bons Auges-Gardiens que nous devons a i m e r et révérer. Nous avons tous un bon Ange qui remplit spirituellement auprès de nous les offices dont l'Ange Raphaël avail jadis été c h a r g é par la bonté de DIEU auprès du j e u n e Tohie : il veille i n c e s s a m m e n t sur n o u s ; il nous g a r d e des ruses du d é m o n ; il prie pour nous et avec n o u s ; il nous obtient quantité de grâces actuelles, se réjouissant du bien que nous faisons et s'attris-tant q u a n d n o u s faisons le mal. 0 m e s bons a m i s , ayons toujours u n e foi bien vive à notre Ange-Gardien! Le saint abbé Olier, fondateur des Séminaires en France, et l'un des plus g r a n d s serviteurs de DIEU au x v n siècle, avait l'habitude de saluer toujours avec respect les Anges-Gardieus des p e r s o n n e s avec lesquelles il se trouvait : le bou DÏKU r é c o m p e n s a m a i n t e s fois cet acte de piété envers ses Auges en les lui faisant voir s u r n a t u r e l l e m e n t des yeux du corps : « Alors, écrivait-il, j e ne voyais plus les personnes qui allaient et venaient a u t o u r de moi, m a i s s e u l e m e n t leurs Anges, qui saluaient le mien. » Dans ses voyages, il avait l'habitude
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de saluer également et d'invoquer les Anges-Gardiens de c h a c u n e des paroisses et des pays p a r où il passait; car, il ne faut pas l'oublier, la foi n o u s apprend que les différents peuples et royaumes de la terre sont confiés p a r la Providence à la garde d'Anges s u p é r i e u r s ; et il en est de m ê m e , dans l'Eglise, pour c h a q u e diocèse, pour chaque paroisse. L'union intime d a n s laquelle nous vivrons éternellement, au ciel, avec les saints Anges, c o m m e n c e s u r 1» terre, bien qu'elle ne soit pas sensible. Pour raviver notre foi et notre piété envers eux, le bon DIEU a p e r m i s , de temps à a u t r e , que l'Ange-Gardien se manifestât d'une manière visible à quelques-uns de ses serviteurs privilégiés, plus p u r s sans doute et plus dignes q u e les autres. La célèbre vierge r o m a i n e , sainte Cécile, vivait ainsi dans la compagnie habituelle de son Ange-Gardien. Elle obtint m ê m e de Notre-Seigneur q u e ce saint Ange fût également visible pour Valérien, son j e u n e époux, et pour Tiburce, frère de Valérien, afin de les g a g n e r tous deux à la foi cl au m a r t y r e . Sainte Françoise-Romaine reçut de DIEU la m ê m e faveur miraculeuse. Elle voyait habituellement, des yeux du corps, sou bon Ange, sous la forme d'un enfant lumineux, ravissant de beauté, qui semblait âgé de neuf à dix ans. Il brillait d'une telle lumière que la Sainte pouvait, à sa lueur, réciter son office la nuit, c o m m e en plein jour. Son visage et ses yeux étaient toujours levés vers le ciel. Il avait toujours les m a i n s croisées s u r la poitrine. Ses cheveux avaient la couleur de l'or, et retombaient en boucles s u r ses épaules. Son v ê t e m e n t était plus blanc que la neige. Lorsqu'elle essayait de le r e g a r d e r , ellf avait la m ê m e impression q u e lorsqu'on veut regarder le soleil en face. 11 ne lui était d o n n é de pouvoir le fixer
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que lorsqu'elle priait, lorsqu'elle était t o u r m e n t é e par le démon, et Lorsqu'elle parlait de lui à son père spirituel. « Brou vous l'envoie, lui fut-il dit un j o u r , p o u r qu'il soit votre compagnon fidèle et votre consolateur pendant votre pèlerinage. Vous le verrez présent à vos côtés, j o u r et nuit. » Lorsqu'il arrivait à la chère Sainte de se laisser aller à un m o u v e m e n t d ' h u m e u r ou à quelque a u t r e imperfection,, son céleste compagnon se retirait aussitôt, l'avertissant ainsi de son m a n q u e m e n t ; et dès qu'elle en avait d e m a n d é pardon à DIEU, le saint Ange réapparaissait avec u n e grâce nouvelle. Il était ainsi son m a î t r e et son guide d a n s la pratique de toutes les vertus. Appliquons-nous tout cela, mes amis. S'il n e nous est pas d o n n é de voir notre bon Ange, n'oublions pas qu'il n'en est pas moins là, avec nous, r e m p l i s s a n t auprès de c h a c u n de n o u s les m ê m e s offices de charité fraternelle et angôlique, et ne le contristons j a m a i s e n c o m m e t t a n t le péché. « En effet, dit saint Ambroise, l'infection du péché repousse notre saint Ange-Gardien, c o m m e les mauvaises odeurs c h a s s e n t les colombes, c o m m e la fumée fait fuir les abeilles. » Une bonne petite S œ u r converse, m o r t e en odeur de sainteté, en 1815, au Sacré-Cœur de R e n n e s , Sœur Marie Lataste, voyait é g a l e m e n t son Ange-Gardien prier à ses côtés sous u n e forme sensible, toute l u m i n e u s e . Elle était témoin de la sollicitude avec laquelle il veillait sur son àme et la défendait c o n t r e l ' e n n e m i de son salut. Un jour, elle l'entendit se d i s p u t e r à son sujet avec le d é m o n . Le d é m o n disait : « Je l a v e u x ! » L'Ange-Gardien : « Tu ne l'auras pas ! » — J e la p r e n d r a i m a l g r é toi. — J e saurai t'en e m p ê c h e r . — Retire-toi d a n s ton ciel, et je m ' e n emparerai. — Le Seigneur m ' a c o m m a n d é de veiller sur e l l e ;

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c'est à lui que j'obéis. — Eh! que m'importe ton obéissauce : à quelque prix que ce soit, je l'aurai. — Elle est au S e i g n e u r ; quies-Lu, audacieux, pour p r é t e n d r e la lui r a v i r ? — J'emploierai tout pour cela, et la force, et la ruse. — Tu n'auras sur elle que le pouvoir que te d o n n e r a le Seigneur. — Je la ferai succomber. — N o n ; je la soutiendrai. — Je troublerai sa joie. — Tu peux essayer : tu n'y parviendras j a m a i s . — Je l'aurai, te dis-je, sinon pendant sa vie, du m o i n s à l'heure de sa mort. — Sa mort te mettra en fuite. — J e la veux dès ce m o m e n t . — Dès ce m o m e n t , retire-toi, je te l'ordonne au n o m de JÉSUS et de M A R I E . » Kt, plein de rage, le d é m o n se retira; et l'Ange de l'humble Religieuse d e m e u r a près d'elle. Tel est le rôle bienfaisant de uos saints Anges-Gard i e n s ; telle est la bonté, l'excellence des saints A n g e s ; tel est l ' a m o u r qu'ils n o u s portent. De quelle vénération, de quel religieux a m o u r ne devons-nous point les entourer !

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D e la charité compatissante que nous d e v o n s a v o i r p o u r l ' É g l i s e souffrante.

L'Église souffrante est composée e x c l u s i v e m e n t des âmes saintes et prédestinées qui expient, d a n s les souffrances du Purgatoire, les péchés mortels ou véniels dont elles ont eu le b o n h e u r de recevoir le p a r d o n en ce monde, mais dont elles ne sont pas encore pleinement, totalement purifiées par la pénitence. Toutes iront au ciel; toutes

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safls exception, vivront éternellement de la vie sainte et bienheureuse de DIEU m ê m e . En enfer, il n'y a que les démons et les damnés. Au Paradis, il n'y a que les Anges et les Bienheureux, d a n s le repos de leur éternel b o n h e u r . S u r la t e r r e , les élus sont mêlés aux r é p r o u v é s ; le bien et le mal, les amis et les e n n e m i s sont côte à' côte, c o m b a t t a n t , se h e u r t a n t incessamment. Au Purgatoire, il en est a u t r e m e n t : il n'y a là que des