Venance Grumel

Sur l'ancienneté de la fête de la Transfiguration
In: Revue des études byzantines, tome 14, 1956. pp. 209-210.

Citer ce document / Cite this document : Grumel Venance. Sur l'ancienneté de la fête de la Transfiguration. In: Revue des études byzantines, tome 14, 1956. pp. 209210. doi : 10.3406/rebyz.1956.1143 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rebyz_0766-5598_1956_num_14_1_1143

mélanges V Sur l'ancienneté de la fête de la Transfiguration

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M. André Guillou vient de publier dans les Mélanges d'archéologie et d'histoire une homélie inédite d'Anastase le Sinaïte sur la Transfiguration et il a évoqué à cette occasion le problème de l'ancienneté de la fête (1). Après avoir rappelé l'opinion de Benesevic qui, sur un témoignage de Nicon de la Montagne Noire, la croit instituée par Léon le Sage, il s'exprime ainsi : « La mention fixe de cette fête n'apparaissant qu'au xe siècle dans les plus anciens manuscrits des synaxaires de l'Église de Constantinople, lo fait pourrait être interprété comme une confirmation de l'opinion émise par Nicon. Ce serait mal poser le problème. On sait, par les travaux de Mgr Ehrhard, que jusqu'à une époque assez basse (qui peut être le milieu du vine siècle), l'Église grecque ne connut que des calendriers liturgiques locaux. » Et d'ajouter que la fête de la Transfiguration se trouve dans le calendrier de Jérusalem du vne siècle. C'est ce qui importe à notre éditeur, et ce qui, à bon droit, lui suffit, pour écarter l'objection contre l'authenticité qu'on voudrait tirer d'une institution tardive de la fête. Ce que je veux indiquer ici, c'est qu'on ne doit pas restreindre cette ancien neté patriarcat de Jérusalem, et surtout qu'on ne doit pas l'abaisser au pour l'Église byzantine jusqu'au xe siècle. Le Synaxaire de l'Eglise de Cons tantinople, même en ses plus anciens manuscrits, ne suffit pas pour en déci der. Il y a en effet d'autres documents liturgiques pour lesquels il existe des témoins plus anciens : Évangéliaires, Apostolus, Typica, Calendriers. Ces éléments ne sont pas entrés dans l'édition de Delehaye, qui ne s'est occupé que des Synaxaires à notices. Personnellement je l'ai regretté plus d'une fois. Je ne noterai ici que les documents antérieurs au règne de Léon VI : 1) Parisinus grsecus 63 (ixe s.). Evangèliaire contenant un synaxaire (ménologe). Antér ieur à Léon VI, car il a la fête du patriarche Nicéphore, mais pas celle du patriarche Méthode. Cf. Scholz, Novum Testamentum graece, I, 492. 2) Calendrier de Naples, entre 847 et 877. 3) Bibliothèque publique de Leningrad, n° 219. Evangèliaire de l'année 835. Cf. Sergij, Polnyj mesjaceslov Vostoka, I, 1901, 92. 4) Bibliothèque synodale de Moscou, cod. 85 ( 41 -)¦ Evangèliaire en onciale que Vladimirdate du xe siècle, mais Matthi du ixe. Le contenu en tout cas reflète un état de la fin du vme ou du début du ixe siècle, car on y voit la fête de saint Germain, mais point celles de Taraise et de Nicéphore. Cf. Sergij, op. cit., pp. 93 et 412. 5) Apostolos du vme siècle qu'indique Sergij mais sans cotation, ibid., 92. 6) Ménologe de Morcelli, du milieu ou de la seconde moitié du vine siècle. Edition Rome, 1788, p. 64. 7) Evangèliaire dit de Théodose, cod. n° 78 du monastère du Sinaï (cf. Sergij, op. cit., p. 92-93, qui le dit à tort de 715). 11 se trouve actuellement en partie à Londres et en partie à Leningrad. Ce manuscrit passe dans la tradition des moines pour être un don de Théodose le Grand. Il y a sans doute là une confusion avec Théodose III, donnée qui conviendrait avec l'antiquité du manuscrit. Celui-ci est daté du 27 novembre indiction 8, jeudi (Benesevic, (1) André Guillou, Le monastère de la Theotocos au Sinaï, M. A. H., t. XLVII (1955), p. 217-258; voir aux pp. 230-257. li :

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Catalogus codicum... qui... in monte Sina asservantur, I, pp. 96-97). Étant donné les caractères paléographiques, cela doit se traduire : 27 novembre 710 ou 755. L'année 710 est celle que propose Benesevic, en mettant l'autre entre parenthèses avec un point d'interrogation. L'année 710 rend raison de la tradition touchant le nom de Théodose (en comprenant Théodose III); cet empereur aurait fait don d'un manuscrit récemment confectionné. Si l'on écarte cette tradition, l'année 755 est également possible, mais on ne peut descendre plus bas, car la plus proche année où se réalise la concordance est 900, date qu'exclut trop manifestement le caractère paléographique du manuscrit. Ainsi donc, la fête de la Transfiguration remonte bien au-delà de Léon le Sage, à savoir, au moins au début du vnie siècle. Quant à l'institution de la fête par cet empereur, affirmée par Nicon de la Montagne Noire, à qui l'on doit joindre le patriarche Nicolas III {Regestes des Actes des patriarches de Constantinople, n° 982, § 4), il faut l'entendre comme une institution de solennité pour une fête déjà existante. Remarquons en effet que c'est à propos du jeûne de fa Dormition qu'inter vient assertion. Ils disent qu'il s'est trouvé des gens qui, sous prétexte leur d'honorer la fête de la Transfiguration nouvellement établie par Léon le Sage, ne craignaient pas de rompre le jeûne de la Dormition. L'institution de solennité suffit pour expliquer une pareille prétention. Nos deux auteurs ont dû confondre la création de la fête et l'institution de sa solennité. Cette note aura son utilité, si pour des cas semblables elle peut attirer l'attention sur la catégorie de sources que nous avons indiquée. V. Grumel.

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