UNIVERSITÉ DE PARIS OUEST- NANTERRE LA DÉFENSE U.F.R.

de Sciences juridiques, administratives et politiques 4ème ANNÉE – MASTER 1 Année universitaire 2011-2012 DROIT INTERNATIONAL PRIVE Cours de Madame NIBOYET (UP B) Equipe pédagogique : Mmes A. Brahma et L. Chemam, MM. N. Castell, F. de Berard et R. Di Noto Sommaire Fiche n°1 Fiche n°2 Fiche n°3 Fiche n°4 Fiche n°5 Fiche n°6 Fiche n°7 Fiche n°8 Fiche n°9 Séance introductive Les sources du droit international privé Présentation générale des divers modes de règlement des conflits de lois (2 séances) Les qualifications Le renvoi et le conflit mobile Condition de la loi étrangère : office du juge, preuve et éviction du droit étranger (2 séances) Les règles de compétence judiciaire internationale de droit commun Les règles de compétence judiciaire de l’Union européenne Les conditions de régularité internationale des décisions de justice étrangères : droit commun et droit conventionnel

Bibliographie

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Audit (B.) avec la collaboration de L. d’Avout, Droit international privé, Paris, Economica, 6ème éd., 2010. Bureau (D.), Muir Watt (H.), Droit international privé, Tome 1, Paris, P.U.F., 2ème éd., 2010. Loussouarn (Y.), Bourel (P.) et De Vareilles-Sommières (P.), Droit international privé, Paris, Dalloz, 9ème éd., 2007. Mayer (P.) et Heuzé (V.), Droit international privé, Paris, Précis Domat, Montchrestien, 10ème éd., 2009. Niboyet (M.-L.) et Geouffre de la Pradelle (G.), Droit international privé, Paris, L.G.D.J., 3éd., 2011.

Les ouvrages suivants pourront également être consultés :

 Ancel (B.) et Lequette (Y.), Les grands arrêts de la jurisprudence française de droit international privé, Paris, Dalloz, 5ème
éd., 2006.

 Gaudemet-Tallon (H.), Compétence et exécution des jugements en Europe : règlement n°44/2001 ; conventions de Bruxelles
et de Lugano, Paris, L.G.D.J., 4ème éd., 2010.

 Peroz (H) et Fongaro (E), Droit international privé patrimonial de la famille, Paris, LITEC, 2010.  Répertoire de droit international, 3 vol., Paris, Dalloz.
 Jurisclasseur de droit international Revues Revue critique de droit international privé (RCDIP) Journal de droit international privé ou Clunet (JDI) Sites http://europa.eu.int/index_fr.htm (serveur de l’Union européenne) http://www.hcch.net/index_fr.php (serveur de la Conférence de La Haye) http://www.uncitral.org/uncitral/fr/index.html (Commission de Nations Unies pour le droit commercial international) http://curia.eu.int/fr/transitpage.htm (serveur de la C.J.C.E) http://www.slc-dip.com (site de droit international privé comparé)

SUJET DE PARTIEL : JANVIER 2010

Par contrat en date du 27 juin 2000, la société de droit saoudien Saudi Basic Industries Corporation, (la société SABIC), a confié à la société Thinet International (la société Thinet), ayant son siège social en France, la décoration intérieure de son nouveau siège social à Riyad ; le contrat, rédigé en langue arabe, comporte une clause attributive de juridiction au profit d’une juridiction saoudienne et une clause de choix de loi en faveur de la loi saoudienne; à la suite de difficultés d’exécution, la société Thinet a saisi, le 1er août 2006, le “tribunal des doléances“ – juridiction saoudienne spécialisée en matière d’investissement, désignée par la clause ; par jugement du 28 février 2008, ce tribunal s’est déclaré incompétent après avoir constaté la nullité de la clause (pour la suite du cas pratique ce point sera considéré comme acquis tant pour le juge saoudien que pour le juge français); la société Thinet a alors saisi le 30 décembre 2009 le tribunal de commerce de Paris. 1° Vous êtes le conseil de la société Thinet : développer l’argumentation au soutien de la compétence du tribunal de commerce de Paris. 2° Vous êtes le conseil de la société SABIC : développer l’argumentation au soutien de l’incompétence du tribunal de commerce de Paris. 3° Quelle serait la juridiction compétente, si le contrat concernait l’exécution d’une prestation de même type en Allemagne, que la société SABIC avait son siège social en Allemagne ? 4° Le tribunal de commerce de Paris a retenu sa compétence et le débat porte sur l’exécution défectueuse des prestations effectuées par la société Thinet. Cette dernière prétend que le droit saoudien n’est pas approprié en l’espèce car il prévoit qu’en cas d’inexécution ou de mauvaise exécution du contrat, la partie défaillante doit verser à l’autre partie une indemnité représentant cinq fois le prix prévu au contrat en cas d’exécution conforme aux stipulations des parties. La société Thinet prétend encore que l’inexécution du contrat provient du fait de la société SABIC et que dans ce cas le droit saoudien écarterait la pénalité prévue au contrat. Quelle loi le juge français devra-t-il appliquer ? Comment résoudra-t-il les difficultés soulevées par la société Thinet ? 5° Le tribunal des doléances s’est en réalité reconnu compétent et a prononcé une condamnation au versement d’une telle indemnité au profit de la société SABIC. Quelle procédure, la société SABIC doit-elle suivre pour faire exécuter ce jugement en France contre la société Thinet qui y détient des biens ? Quels sont les moyens dont dispose la société Thinet pour s’y opposer ?

Séance introductive

A LA DÉCOUVERTE DU DROIT INTERNATIONAL PRIVE

Qu'est ce que le droit international privé (DIP) ?

1. Imaginez des situations qui selon vous relèvent du DIP.
2. Parmi les exemples suivants, quelles sont les situations appelant l'application de règles de DIP ?

Johnny et Lætitia, tous deux de nationalité française, se sont mariés à Las Vegas (Nevada, USA) où ils résident depuis lors. Après une violente dispute, Laetitia se réfugie à Saint-Tropez chez Adeline, sa meilleure amie. Elle désire aujourd’hui obtenir le divorce en France. Quelles sont à votre avis les questions auxquelles le TGI doit répondre ? Un accident de la circulation est survenu en Espagne entre M. A, de nationalité française et résidant en France et M. B, de nationalité espagnole et résidant en Espagne. M. A a été condamné par les juridictions répressives espagnoles. L’assureur de M. A refuse d’exécuter ses obligations contractuelles (remboursement des frais médicaux) prétextant que M. A n’a pas réglé ses mensualités depuis six mois. Dans le même temps, l’assureur refuse d’ester en justice contre M. B devant les juridictions civiles espagnoles, au nom de M. A, arguant de la prescription de cette action au regard des dispositions du droit espagnol de la responsabilité extra-contractuelle.

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Les règles du DIP

1. Essayez de classer de façon générique les problèmes soulevés par les situations précédentes. 2. Expliquez les expressions “ conflit de lois ”, “ conflit de juridictions ”. 3. Elaborez une règle de conflit de lois en matière contractuelle et une règle déterminant la compétence judiciaire
internationale en matière de divorce.

4. Définissons ensemble des termes du DIP :
Comment le distinguer du droit international public, du droit du Conseil de l’Europe et du droit de l’Union européenne ?

FICHE N° 2

LES SOURCES DU DROIT INTERNATIONAL PRIVE I. Les sources internes Recherchez dans le Code civil et dans le CPC les textes qui constituent la base des sources internes du droit international privé. Après lecture des articles 3, 14 et 15 du Code civil et l’article 42 CPC, indiquez s’il s’agit de règles de conflit de lois ou de règles de conflit de juridictions. II. Les sources internationales

1. Recherchez les documents suivants :
- Règlement (CE) 44/2001 du 22 décembre 2000 concernant la compétence judiciaire, la reconnaissance et l’exécution des décisions en matière civile et commerciale (Bruxelles 1). - Règlement (CE) 2201/2003 du 27 novembre 2003 relatif à la compétence judiciaire, la reconnaissance et l’exécution des décisions en matière matrimoniale et en matière de responsabilité parentale des enfants communs (Bruxelles II bis). - Convention de La Haye du 13 janvier 2000 relative à la protection internationale des adultes. - Règlement (CE) 864/2007 du 11 juillet 2007 sur la loi applicable aux obligations non contractuelles (Rome 2) - Règlement (CE) 593/2008 du 17 juin 2008 relatif à la loi applicable aux obligations contractuelles (Rome 1). - Convention de Vienne du 11 avril 1980 relative à la vente internationale de marchandises.

2. Etablissez une typologie de ces textes (conventions sur la compétence judiciaire, les conflits de lois, porteuses de
règles de conflit ou de règles matérielles, conventions internationales ou instruments de l’Union européenne). .

3. Déterminez pour chacun de ces textes leur date d’entrée en vigueur en France et leur domaine matériel et territorial. 4. Indiquez pour chaque disposition reproduite dans la fiche, la nature et le contenu de la règle. 5. Recherchez les liens de parenté entre la Convention de Rome du 19 juin 1980 et le règlement 864/2007 du 11 juillet
2007, ainsi que les liens entre la Convention de Bruxelles du 27 septembre 1968 et le Règlement 44/2001 du 22 décembre 2000.

Extraits reproduits Règlement CE 44/2001 du 22 décembre 2000 concernant la compétence judiciaire, la reconnaissance et l’exécution des décisions en matière civile et commerciale (Bruxelles 1) (extraits) :

CHAPITRE I CHAMP D'APPLICATION Article premier 1. Le présent règlement s'applique en matière civile et commerciale et quelle que soit la nature de la juridiction. Il ne recouvre notamment pas les matières fiscales, douanières ou administratives. 2. Sont exclus de son application: a) l'état et la capacité des personnes physiques, les régimes matrimoniaux, les testaments et les successions; b) les faillites, concordats et autres procédures analogues; c) la sécurité sociale; d) l'arbitrage. 3. Dans le présent règlement, on entend par "État membre" tous les États membres à l'exception du Danemark. CHAPITRE II COMPÉTENCE Section 1 Dispositions générales Article 2 1. Sous réserve des dispositions du présent règlement, les personnes domiciliées sur le territoire d' un État membre sont attraites, quelle que soit leur nationalité, devant les juridictions de cet État membre. 2. Les personnes qui ne possèdent pas la nationalité de l'État membre dans lequel elles sont domiciliées y sont soumises aux règles de compétence applicables aux nationaux. Article 3 1. Les personnes domiciliées sur le territoire d'un État membre ne peuvent être attraites devant les tribunaux d'un autre État membre qu'en vertu des règles énoncées aux sections 2 à 7 du présent chapitre. 2. Ne peuvent être invoquées contre elles notamment les règles de compétence nationales figurant à l'annexe I. Article 4 1. Si le défendeur n'est pas domicilié sur le territoire d'un État membre, la compétence est, dans chaque État membre, réglée par la loi de cet État membre, sous réserve de l'application des dispositions des articles 22 et 23. 6) en sa qualité de fondateur, de trustee ou de bénéficiaire d'un trust constitué soit en application de la loi, soit par écrit ou par une convention verbale, confirmée par écrit, devant les tribunaux de l'État membre sur le territoire duquel le trust a son domicile; 7) s'il s'agit d'une contestation relative au paiement de la rémunération réclamé en raison de l'assistance ou du sauvetage dont a bénéficié une cargaison ou un fret, devant le tribunal dans le ressort duquel cette cargaison ou le fret s'y rapportant: a) a été saisi pour garantir ce paiement, ou b) aurait pu être saisi à cet effet, mais une caution ou une autre sûreté a été donnée, cette disposition ne s'applique que s'il est prétendu que le défendeur a un droit sur la cargaison

2. Toute personne, quelle que soit sa nationalité, domiciliée sur le territoire d'un État membre, peut, comme les nationaux, y invoquer contre ce défendeur les règles de compétence qui y sont en vigueur et notamment celles prévues à l'annexe I. Section 2 Compétences spéciales Article 5 Une personne domiciliée sur le territoire d'un État membre peut être attraite, dans un autre État membre: 1) a) en matière contractuelle, devant le tribunal du lieu où l'obligation qui sert de base à la demande a été ou doit être exécutée; b) aux fins de l'application de la présente disposition, et sauf convention contraire, le lieu d'exécution de l'obligation qui sert de base à la demande est: - pour la vente de marchandises, le lieu d'un État membre où, en vertu du contrat, les marchandises ont été ou auraient dû être livrées, - pour la fourniture de services, le lieu d'un État membre où, en vertu du contrat, les services ont été ou auraient dû être fournis; c) le point a) s'applique si le point b) ne s'applique pas; 2) en matière d'obligation alimentaire, devant le tribunal du lieu où le créancier d'aliments a son domicile ou sa résidence habituelle ou, s'il s'agit d'une demande accessoire à une action relative à l'état des personnes, devant le tribunal compétent selon la loi du for pour en connaître, sauf si cette compétence est uniquement fondée sur la nationalité d'une des parties; 3) en matière délictuelle ou quasi délictuelle, devant le tribunal du lieu où le fait dommageable s'est produit ou risque de se produire; 4) s'il s'agit d'une action en réparation de dommage ou d'une action en restitution fondées sur une infraction, devant le tribunal saisi de l'action publique, dans la mesure où, selon sa loi, ce tribunal peut connaître de l'action civile; 5) s'il s'agit d'une contestation relative à l'exploitation d'une succursale, d'une agence ou de tout autre établissement, devant le tribunal du lieu de leur situation; ou sur le fret ou qu'il avait un tel droit au moment de cette assistance ou de ce sauvetage. Article 6 Cette même personne peut aussi être attraite: 1) s'il y a plusieurs défendeurs, devant le tribunal du domicile de l'un d'eux, à condition que les demandes soient liées entre elles par un rapport si étroit qu'il y a intérêt à les instruire et à les juger en même temps afin d'éviter des solutions qui pourraient être inconciliables si les causes étaient jugées séparément; 2) s'il s'agit d'une demande en garantie ou d'une demande en intervention, devant le tribunal saisi de la demande

originaire, à moins qu'elle n'ait été formée que pour traduire hors de son tribunal celui qui a été appelé; 3) s'il s'agit d'une demande reconventionnelle qui dérive du contrat ou du fait sur lequel est fondée la demande originaire, devant le tribunal saisi de celle-ci; 4) en matière contractuelle, si l'action peut être jointe à une action en matière de droits réels immobiliers dirigée contre le même défendeur, devant le tribunal de l'État membre sur le territoire duquel l'immeuble est situé. Article 7

Lorsque, en vertu du présent règlement, un tribunal d'un État membre est compétent pour connaître des actions en responsabilité du fait de l'utilisation ou de l'exploitation d'un navire, ce tribunal ou tout autre que lui substitue la loi interne de cet État membre connaît aussi des demandes relatives à la limitation de cette responsabilité. (…)

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Règlement (CE) n° 593/2008 du 17 juin 2008 relatif à la loi applicable aux obligations contractuelles (Rome 1) :

CHAPITRE I CHAMP D'APPLICATION Article premier Champ d'application matériel 1. Le présent règlement s'applique, dans des situations comportant un conflit de lois, aux obligations contractuelles relevant de la matière civile et commerciale. Il ne s'applique pas, notamment, aux matières fiscales, douanières et administratives. 2. Sont exclus du champ d'application du présent règlement: a) l'état et la capacité juridique des personnes physiques, sous réserve de l'article 13; b) les obligations découlant des relations de famille ou des relations réputées avoir, en vertu de la loi applicable, des effets comparables, y compris les obligations alimentaires; c) les obligations découlant des régimes matrimoniaux, des régimes patrimoniaux relatifs aux relations qui, selon la loi qui leur est applicable, ont des effets comparables au mariage et aux successions; d) les obligations nées des lettres de change, chèques, billets à ordre ainsi que d'autres instruments négociables, dans la mesure où les obligations nées de ces autres instruments négociables dérivent de leur caractère négociable; e) les conventions d'arbitrage et d'élection de for; f) les questions relevant du droit des sociétés, associations et personnes morales, telles que la constitution, par enregistrement ou autrement, la capacité juridique, le fonctionnement interne et la dissolution des sociétés, associations et personnes morales, ainsi que la responsabilité personnelle légale des associés et des agents pour les dettes de la société, association ou personne morale; g) la question de savoir si un représentant peut engager, envers les tiers, la personne pour le compte de laquelle il prétend agir ou si un organe d'une société, d'une association ou d'une personne morale peut engager, envers les tiers, cette société, association ou personne morale; h) la constitution des trusts et les relations qu'ils créent entre les constituants, les trustees et les bénéficiaires; i) les obligations découlant de tractations menées avant la conclusion d'un contrat; j) les contrats d'assurance découlant des activités menées par des organismes autres que les entreprises visées à l'article 2 de la directive 2002/83/CE du Parlement européen et du Conseil du 5 novembre 2002 concernant l'assurance directe sur la vie [14], ayant pour objet de verser des prestations à des personnes salariées ou à des personnes indépendantes faisant partie d'une entreprise ou d'un groupe d'entreprises, en cas de décès, en cas de vie, en cas de cessation ou de réduction d'activités, en cas de maladie professionnelle ou d'accident du travail.

3. Le présent règlement ne s'applique pas à la preuve et à la procédure, sans préjudice de l'article 18. 4. Dans le présent règlement, on entend par "État membre" tous les États membres auxquels le présent règlement s'applique. Toutefois, à l'article 3, paragraphe 4, ainsi qu'à l'article 7, ce terme désigne tous les États membres. Article 2 Caractère universel La loi désignée par le présent règlement s'applique même si cette loi n'est pas celle d'un État membre. CHAPITRE II RÈGLES UNIFORMES Article 3 Liberté de choix 1. Le contrat est régi par la loi choisie par les parties. Le choix est exprès ou résulte de façon certaine des dispositions du contrat ou des circonstances de la cause. Par ce choix, les parties peuvent désigner la loi applicable à la totalité ou à une partie seulement de leur contrat. 2. Les parties peuvent convenir, à tout moment, de faire régir le contrat par une loi autre que celle qui le régissait auparavant soit en vertu d'un choix antérieur selon le présent article, soit en vertu d'autres dispositions du présent règlement. Toute modification quant à la détermination de la loi applicable, intervenue postérieurement à la conclusion du contrat, n'affecte pas la validité formelle du contrat au sens de l'article 11 et ne porte pas atteinte aux droits des tiers. 3. Lorsque tous les autres éléments de la situation sont localisés, au moment de ce choix, dans un pays autre que celui dont la loi est choisie, le choix des parties ne porte pas atteinte à l'application des dispositions auxquelles la loi de cet autre pays ne permet pas de déroger par accord. 4. Lorsque tous les autres éléments de la situation sont localisés, au moment de ce choix, dans un ou plusieurs États membres, le choix par les parties d'une autre loi applicable que celle d'un État membre ne porte pas atteinte, le cas échéant, à l'application des dispositions du droit communautaire auxquelles il n'est pas permis de déroger par accord, et telles que mises en œuvre par l'État membre du for. 5. L'existence et la validité du consentement des parties quant au choix de la loi applicable sont régies par les dispositions établies aux articles 10, 11 et 13. Article 4 Loi applicable à défaut de choix 1. À défaut de choix exercé conformément à l'article 3 et sans préjudice des articles 5 à 8, la loi applicable au contrat suivant est déterminée comme suit: a) le contrat de vente de biens est régi par la loi du pays dans lequel le vendeur a sa résidence habituelle;

b) le contrat de prestation de services est régi par la loi du pays dans lequel le prestataire de services a sa résidence habituelle; c) le contrat ayant pour objet un droit réel immobilier ou un bail d'immeuble est régi par la loi du pays dans lequel est situé l'immeuble; d) nonobstant le point c), le bail d'immeuble conclu en vue de l'usage personnel temporaire pour une période maximale de six mois consécutifs est régi par la loi du pays dans lequel le propriétaire a sa résidence habituelle, à condition que le locataire soit une personne physique et qu'il ait sa résidence habituelle dans ce même pays; e) le contrat de franchise est régi par la loi du pays dans lequel le franchisé a sa résidence habituelle; f) le contrat de distribution est régi par la loi du pays dans lequel le distributeur a sa résidence habituelle; g) le contrat de vente de biens aux enchères est régi par la loi du pays où la vente aux enchères a lieu, si ce lieu peut être déterminé;

h) le contrat conclu au sein d'un système multilatéral qui assure ou facilite la rencontre de multiples intérêts acheteurs et vendeurs exprimés par des tiers pour des instruments financiers, au sens de l'article 4, paragraphe 1, point 17), de la directive 2004/39/CE, selon des règles non discrétionnaires et qui est régi par la loi d'un seul pays, est régi par cette loi. 2. Lorsque le contrat n'est pas couvert par le paragraphe 1 ou que les éléments du contrat sont couverts par plusieurs des points a) à h) du paragraphe 1, le contrat est régi par la loi du pays dans lequel la partie qui doit fournir la prestation caractéristique a sa résidence habituelle. 3. Lorsqu'il résulte de l'ensemble des circonstances de la cause que le contrat présente des liens manifestement plus étroits avec un pays autre que celui visé au paragraphe 1 ou 2, la loi de cet autre pays s'applique. 4. Lorsque la loi applicable ne peut être déterminée sur la base du paragraphe 1 ou 2, le contrat est régi par la loi du pays avec lequel il présente les liens les plus étroits.

Fiche n° 3 (Sur deux séances) PRÉSENTATION GENERALE DES DIVERS MODES DE REGLEMENT DES CONFLITS DE LOIS

I. II.

Revoir les notions de règles de conflit « bilatérales » et « unilatérales », les notions de rattachements « distributifs », « alternatifs » et « cumulatifs », ainsi que les notions de règles matérielles et lois de police. Textes :

Voir les articles 3, futur ex : 309 (ancien art.310 c.civ), 311-14, 311-15, 311-17, 370-3 et 370-4 du Code civil. Article 1er et 21 de l’ordonnance du 22 février 1945 instituant les comités d’entreprise : Il doit être constitué dans toute entreprise industrielle ou commerciale employant au moins cinquante salariés, un comité d’entreprise. Dans les entreprises comportant des établissements distincts, il sera créé des comités d’établissement (…) qui auront les mêmes attributions que des comités d’entreprise. Article 28 de la loi italienne portant réforme du droit international privé : Le mariage est valable, quant à la forme, s’il est considéré comme tel par la loi du lieu de célébration ou par la loi nationale d’au moins l’un des époux au moment de la célébration ou par la loi de l’Etat de la résidence commune du moment. Exercice : Identifiez pour chacun des textes précédents la méthode suivie : règle de conflit (bilatérale ou unilatérale), règle d’application immédiate, règle matérielle internationale. Indiquez également la structure du rattachement : unique, alternatif, distributif ou cumulatif. III. Jurisprudence 1. Statut personnel - Doc. 1 : Paris, 13 juin 1814, Busqueta, GA n°1 2. Statut réel - Doc. 2 : Cass. 1ère Civ. 1ère, 8 juillet 1969, société DIAC, Rev. Crit. 1971, 75, note Fouchard 3. Statut des actes Doc. 3 : Cass. 1ère Civ. 1ère, 20 juin 2000, Bismuth c/ Avenir sportif de La Marsa, Bull. Civ. I, n°217 Doc. 4 : Cass. Ch. Mixte, 30 novembre 2007, Gaz.Pal. 2008, n°81-82, note M-L.Niboyet ; D. 2008, p 753, note W Boyault et S Lemaire. 4. Statut des faits - Doc. 5 : Cass. Section Civ. 1ère, 25 mai 1948, Lautour, Rev. Crit. 1949, 89, note Batiffol ; GA n°19 5. Loi de police étrangère - Doc 6 : Cass. com., 16 mars 2010, n°08-21511 Doc. 1 : Paris, 13 juin 1814 LA COUR : En ce qui touche l'appel interjeté par Caroline- Elisabeth Styles : Considérant qu'il ne peut y avoir de mariage qu'entre personnes que la loi en rend capables, que cette capacité, comme tout ce qui intéresse l'état civil, se règle par le statut personnel qui affecte la personne et la suit, en quelque lieu qu'elle aille et se trouve ; que Busqueta, capucin et diacre espagnol, était à ce double titre inhabile au mariage, en vertu des lois de son pays ; que son incapacité n'avait point cessé par l'abolition de sa patrie, lors de son union avec Caroline9 Elisabeth Styles: qu'en effet, la fuite d'un apostat sur un sol étranger pour se soustraire aux peines que lui attiraient ses déportements, sa résidence successive en différentes villes, les ressources par lui employées pour pourvoir à sa subsistance, ne constituent point la preuve de l'abdication d'une patrie à laquelle on n'est pas présumé renoncer sans esprit de retour ; que la pétition de Busqueta en 1809, pour être admis à établir son domicile en France, pétition dans laquelle il a dissimulé ses qualités de moine et de diacre, n'a eu d'autre but que de faciliter le projet de mariage dont il était occupé, et qu'il n'a pas tardé à réaliser ; et lorsqu'on le voit presque immédiatement après ce mariage, selon les changements politiques survenus dans son pays, solliciter de l'ambassadeur d'Espagne la permission de demeurer en France, l'obtenir sous la condition de prêter au

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gouvernement espagnol serment de fidélité, prêter ce serment, et enfin demander et obtenir de la légation espagnole un passeport, comme sujet d'Espagne, pour s’en retourner à Madrid, il est évident qu'il n'a jamais abdiqué ni voulu abdiquer sa patrie, et qu'il a toujours conservé l'esprit de retour: qu'en cet état Busqueta, cruellement enchaîné par les lois de son pays, est demeuré constamment inhabile à contracter mariage ; Considérant que Busqueta ne saurait se prévaloir de l'article 13 du Code civil, ni du décret par lui surpris le 23 janvier 1809, qui l'autorisaient à jouir de tous les droits civils en France tant qu’il y résiderait ; que cet article et ce décret d'ailleurs purement provisoire, non suivis d'une résidence en France pendant le temps compétent ni d'un décret de naturalisation, n'ont pu effacer l'incapacité inhérente à sa personne, effet inévitable de la loi de son pays ; qu’ils n'ont pu, par la nature des choses, métamorphoser un Espagnol en un Français, et que tout ce qui en résulte, c'est que Busqueta, résidant en France, était habile à y faire ceux des actes civils que les lois d'Espagne, qui régissaient sa personne, ne lui interdisaient pas ; qu'enfin admettre le système de Busqueta, ce serait, par un alliage monstrueux, reconnaître un mariage valable dans un État, et nul dans l'autre ; A mis et met l'appellation et ce dont est appel au néant ; Emendant, décharge Caroline-Elisabeth Styles des condamnations contre elle prononcées au principal, déclare nul le mariage contracté le 7 mars 1809, entre BertrandLaurent-François-de-Paul Busqueta et dame CarolineElisabeth Styles ; fait défense auxdits Busqueta et Styles de se hanter ni fréquenter. Doc. 2 : Civ. 1ère, 8 juillet 1969 LA COUR :

Sur le moyen unique Attendu que selon les énonciations des juges du fond, la Société Saarfinanz, présentement désignée sous le sigle DIAC, dont le siège est en Allemagne, a, conformément à la loi allemande, ouvert à la Société allemande Eugen Schluter un crédit pour l'achat d'une voiture automobile qui fut immatriculée en Allemagne ; qu'aux termes de la convention alors intervenue, ce véhicule à été frappé d'un gage assorti d'une réserve de propriété au profit du créancier ; que le véhicule ayant été introduit en France, le garagiste Oswald, se prévalant d'une créance contre la Société Eugen Schluter pour des fournitures qu'il lui avait procurées, a fait pratiquer une saisie conservatoire sur le véhicule qu'il détient ; qu'il est reproché à l'arrêt confirmatif attaqué d'avoir débouté la société DIAC de sa demande en mainlevée de cette saisie, alors que le contrat de gage ayant été conclu entre des parties étrangères sur le bien situé lui-même à l'étranger au moment de la conclusion du contrat, conformément à la loi applicable, lequel contrat se trouvait avoir reçu un commencement d’exécution avant que l’objet gagé pénètre en territoire français, les droits invoqués par le créancier, bailleur de fonds, ne pouvaient être considérés comme constituant l’exécution d'un pacte commissoire contraire à l'ordre public français ; Mais attendu qu’en tant qu’elle prévoit au profit du créancier une réserve de propriété sur le gage affecté à la garantie d'un prêt, la convention litigieuse renferme, ainsi que le constate justement l'arrêt attaqué, un pacte commissoire prohibé par la loi française, seule applicable aux droits réels dont sont l'objet les biens mobiliers situés en France ; d'où il suit qu’en refusant de faire produire, en France, effet à ladite convention, la cour d'appel dont l'arrêt est motivé a légalement justifié sa décision ; PAR CES MOTIFS : REJETTE…

Doc. 3, Civ. 1ère, 18 juillet 2000 LA COUR : Attendu qu’en 1996, l’association tunisienne « Avenir sportif de La Marsa » (La Marsa) a demandé à M. Bismuth de négocier avec l’Olympique de Marseille (OM) le transfert d’un joueur de football dans ce club ; que La Marsa a confirmé par écrit son accord sur le principe du transfert moyennant le prix de 4,7 MF, 1,2 MF devant revenir à M. Bismuth, à titre de commissions ; que M. Bismuth a retourné, signé à La Marsa le projet de convention, portant la date du 18 juillet 1996, qui lui avait été adressé ; qu’un contrat a été conclu entre l’OM et le joueur objet du transfert le 1er Août 1996 ; que La Marsa a refusé de payer à M. Bismuth une quelconque somme en invoquant son défaut d’agrément par la FIFA et d’accréditation par l’OM ; qu’assignée par M. Bismuth, La Marsa a été condamnée, par jugement du 28 mai 1996 du tribunal de commerce de Marseille, à payer à M. Bismuth 10 la somme de 1,2 MF ; qu’autorisé par ordonnance, M. Bismuth a fait pratiqué une saisie conservatoire entre les mains de la SEM Olympique de Marseille pour avoir paiement de sa commission ; que l’OM, non partie à l’instance devant le tribunal de commerce, est intervenu volontairement à l’instance devant la Cour d’Appel. Sur les deuxième et troisième moyens, pris en leurs diverses branches, du pourvoi principal : Attendu que M. Bismuth fait grief à l’arrêt attaqué de l’avoir débouté de sa demande en paiement de la commission auquel La Marsa s’était engagée, alors selon le moyen, de première part, que la loi du contrat régissant les rapports des parties était, non pas la loi du for, mais la loi tunisienne, dés lors que la lieu où avait été formulée l’offre de contracter était la Tunisie, de sorte qu’en déboutant M. Bismuth au motif qu’étant français, les dispositions de la loi française du 16 juillet 1984 qui interdisent à un

intermédiaire non professionnel de percevoir une commission étaient d’ordre public, la cour d’appel a violé la loi du contrat, ensemble l’article 3 du Code Civil ; alors, de deuxième part, que les parties n’ayant pas exprimé leur volonté de soumettre la loi du contrat à un autre lieu que celui dans lequel l’offre avait été formulée, la cour d’appel ne pouvait substituer à la loi du contrat la loi du for, même si celle-ci était d’ordre public, de sorte que la cour d’appel a violé l’article 3 du Code Civil ; alors de troisième part, que le contrat litigieux liait exclusivement le club de La Marsa à M. Bismuth et que celui-ci n’est aucunement intervenu, ni dans le contrat conclu entre l’OM et le joueur transféré, de sorte que les dispositions de l’article 15-2 de la loi du 16 juillet 1984, qui visent les personnes mettant en rapport les joueurs eux-mêmes et les parties intéressées à la conclusion d’un contrat avec lesdits joueurs, ne pouvaient lui être opposées et , en statuant ainsi, la cour d’appel a violé ce texte par fausse application ; et alors, de quatrième part, qu’il résulte des pièces produites que le joueur transféré a directement négocié avec l’OM les conditions de sa rémunération, et aucunement que M. Bismuth serait intervenu dans cette convention, de sorte que la solution de l’arrêt n’est pas légalement justifiée au regard de l’article 15-2 de la loi précitée ;

Mais attendu, selon l’article 4 de la convention de Rome du 19 juin 1980 sur la loi applicable aux obligations contractuelles, entrée en vigueur le 1er avril 1991 et applicable en l’espèce, qu’en l’absence de choix par les parties, le contrat est régi par la loi du pays avec lequel il présente les liens les plus étroits et qu’il est présumé présenté les liens les plus étroits avec le pays où la partie qui doit la prestation caractéristique a, au moment de la conclusion du contrat, sa résidence habituelle ; que, dés lors qu’il résulte des constatations de la cour d’appel que M. Bismuth, débiteur de l’obligation de faire caractéristique du contrat, était domicilié en France au moment de sa conclusion, l’arrêt, qui a fait une exacte application de la loi française n° 84-610 du 16 juillet 1984 relative aux activités physiques et sportives prise en son article 15-2 à M. Bismuth en retenant qu’il était intéressé à la conclusion du contrat de sorte que la convention litigieuse ne pouvait produire effet, est légalement justifié ; PAR CES MOTIFS ; REJETTE…

Doc. 4 : Ch.Mix. 30 novembre 2007

Attendu que, selon l'arrêt attaqué, la société de droit français Basell production France (société Basell), maître de l'ouvrage, a confié à la société de droit allemand Salzgitter Anlagenbau GmbH (société SAB) la réalisation d'un immeuble à usage industriel en France ; que cette dernière a sous-traité le lot "tuyauterie" à la société française Agintis par deux contrats des 22 mars 1999 et 14 mars 2000 ; que les parties avaient convenu que les contrats étaient soumis à la loi allemande ; qu'après achèvement du chantier en septembre 2002, une sentence, rendue le 23 mars 2003 par la Cour internationale d'arbitrage, a condamné la société SAB à payer à la société Agintis diverses sommes dont le solde des prestations sous-traitées avec intérêts au taux légal allemand ; que la société SAB ayant, le 1er septembre 2002, fait l'objet d'une procédure collective régie par le droit allemand, à laquelle la société Agentis a produit sa créance et le maître de l'ouvrage ayant, par lettre du 18 juin 2003, refusé tout paiement à cette société aux motifs que le marché principal et les sous-traités étaient régis par la loi allemande et qu'elle ne l'avait pas accepté en qualité de soustraitant, cette société, a, le 16 juillet 2003, assigné le maître de l'ouvrage en indemnisation sur le fondement des articles 12 et 14-1 de la loi du 31 décembre 1975, et a recherché sa responsabilité quasi délictuelle pour l'avoir privée de la possibilité de sauvegarder ses droits par voie de saisie conservatoire avant règlement intégral intervenu en mai 2002 de la société SAB ; que, dans le cours de la procédure, la société Agintis, mise en redressement judiciaire, a bénéficié d'un plan de cession, M. X..., étant désigné en qualité d'administrateur judiciaire et de commissaire à l'exécution de ce plan ; 11

Sur la loi applicable : Attendu que l'arrêt a décidé à bon droit que, s'agissant de la construction d'un immeuble en France, la loi du 31 décembre 1975 relative à la sous-traitance, en ses dispositions protectrices du sous-traitant, est une loi de police au sens des dispositions combinées de l'article 3 du code civil et des articles 3 et 7 de la Convention de Rome du 19 juin 1980 sur la loi applicable aux obligations contractuelles ; Sur le premier moyen : Vu les articles 12, alinéa 1, et 13, alinéa 2, de la loi du 31 décembre 1975 ; Attendu que, selon le premier texte, le sous-traitant a une action directe contre le maître de l'ouvrage si l'entrepreneur principal ne paie pas, un mois après en avoir été mis en demeure, les sommes qui sont dues en vertu du contrat de sous-traitance et que copie de cette mise en demeure est adressée au maître de l'ouvrage ; que, selon le second, les obligations du maître de l'ouvrage sont limitées à ce qu'il doit encore à l'entrepreneur principal à la date de la réception de la copie de la mise en demeure prévue à l'article précédant ; Attendu que pour débouter la société Agintis de ses demandes, l'arrêt retient qu'en l'absence d'engagement de toute procédure à l'encontre de la société Basell avant l'assignation introductive de la présente instance le 16 juillet 2003, la société Agintis ne peut sérieusement prétendre

avoir antérieurement exercé l'action directe prévue par la loi du 31 décembre 1975 et qu'elle ne peut dès lors lui imputer à faute le règlement intervenu en mai 2002 ; Qu'en statuant ainsi, alors qu'elle constatait que la notification au maître de l'ouvrage par lettre recommandée avec demande d'avis de réception des mises en demeure adressées à l'entrepreneur principal était intervenue les 27 mars et 3 mai 2001 et que la société Basell n'avait réglé qu'en mai 2002 la somme qu'elle restait devoir à la société SAB, la cour d'appel, qui n'a pas tiré les conséquences

légales de ses propres constatations, a violé les textes susvisés ; PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur le second moyen : CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 16 janvier 2006, entre les parties, par la cour d'appel de Versailles ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d'appel de Versailles, autrement composée ;

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Doc. 5 : Cass. Section Civ., 25 mai 1948 LA COUR : Sur le moyen unique : Vu l'article 3 du Code civil. Attendu qu'en droit international privé la loi territoriale compétente pour régir la responsabilité civile extracontractuelle de la personne qui a l'usage, le contrôle et la direction d'une chose, en cas de dommage causé par cette chose à un tiers, est la loi du lieu où le délit a été commis ; Attendu qu'il résulte de l'arrêt attaqué que le camion d'essence appartenant à l'entrepreneur français Lautour conduit par son employé, est entré en collision en Espagne avec un train qui coupait la route et a explosé, que le chauffeur français d'un second camion, appartenant à un autre entrepreneur français, se trouvant à proximité, a été atteint et est décédé à la suite de l'accident ; que la veuve de la victime, en son nom et au nom de son fils mineur, après avoir assigné Lautour devant le tribunal français de son domicile, conformément à l'article 15 du Code civil lui a demandé réparation par application des articles 1382 à1384 du Code civil, puis, n'ayant pu établir la faute ou l'imprudence du gardien de la voitures a rétreint sa demande à l'application de l'article 1394 devant les juges du second degré ; Attendu que Lautour a conclu que la demande, irrecevable en tant qu'elle était fondée sur la loi française, n'était pas justifiée, alors que la loi espagnole du lieu du dommage, seule compétente en vertu du règlement français du conflit des lois, l'affranchissait de toute présomption d'inexécution d'une obligation légale de garde ; Attendu que l'arrêt attaqué condamne Lautour par application du Code civil français, alléguant d'abord le lien contractuel crée entre les intéressés par la loi de 1898, en second lieu le fait que l'exécution de la condamnation devait intervenir en France, enfin la circonstance que Lautour, invoquant la compétence de la loi espagnole. n'a pas rapporté la preuve des dispositions de ce droit qui l'affranchissent de responsabilité ; Mais attendu que la responsabilité délictuelle du tiers gardien de la chose est indépendante tant de la réparation forfaitaire qui peut être due à la victime par son propre employeur que de la nationalité des intéressés et du lieu d'exécution de la décision à intervenir, et qu'elle relève de l'ordre juridique interne du pays dans lequel le gardien use de la chose et en exerce la direction ; Attendu que vainement la défense allègue le caractère impératif de l'article 1384, l’ordre public interne français n'ayant à intervenir qu'au regard du fait des choses utilisées en France au moment de l'accident, sous la seule réserve de principes de justice universelle considérés dans l'opinion française comme doués de valeur internationale absolue, principes non mis en cause dans l’espèce ; Attendu enfin qu'il n'appartenait pas aux juges du fond de déplacer le fardeau de la preuve et de soustraire au contrôle de la Cour de cassation leur décision relative au règlement du conflit, en reprochant subsidiairement au défendeur à l'instance l'ignorance où il les aurait laissés des dispositions précises du droit espagnol capables de justifier ces allégations, alors que la victime. demanderesse en réparation, à laquelle incombait la charge de prouver que la loi applicable lui accordait les dornmages-intérêts réclamés, ne contestait pas l'interprétation du droit espagnol affirmée par son adversaire et restreignait le débat à la compétence de l'article 1384 du Code civil français ; D'où il suit qu'en statuant comme elle l'a fait. la Cour d'appel a violé le texte de loi ci-dessus visé ; PAR CES MOTIFS : CASSE ET ANNULE

Doc. 6 : Cass. com., 16 mars 2010 Sur le moyen relevé d'office, après avertissement délivré aux parties : Vu l'article 7, paragraphe 1, de la Convention de Rome du 19 juin 1980 sur la loi applicable aux obligations contractuelles ; Attendu que, lors de l'application de la loi d'un pays déterminé, il peut être donné effet aux dispositions impératives de la loi d'un autre pays avec lequel la situation présente un lien étroit, si et dans la mesure où, selon le droit de ce dernier pays, ces dispositions sont applicables quelle que soit la loi régissant le contrat ; Attendu, selon l'arrêt attaqué, rendu sur renvoi après cassation (deuxième chambre civile, 18 octobre 2007, pourvoi n° 06-19.389), que la société Viol frères (la société 13 Viol) ayant vendu de la viande bovine congelée en a confié l'acheminement de France au Ghana à la société Philippe Fauveder et compagnie (la société Fauveder), qui s'est substituée les sociétés, Dampskibsselskabet AF 1912, Aktieselskab and Aktieselskabet Dampskibsselskabet Svendbord, aux droits desquelles se trouve la société Ap Moller Maersk A/S, pour effectuer le transport par voie maritime ; que n'ayant pu être livrée au destinataire en raison d'un embargo décrété par l'Etat du Ghana sur les viandes bovines d'origine française, la marchandise a été rapatriée et remise à la société Viol, qui a procédé à sa vente en sauvetage ; que pour obtenir l'indemnisation de son préjudice, la société Viol a assigné en responsabilité la société Fauveder et la société Ap Moller Maersk A/S ; Attendu que pour condamner in solidum la société AP Moller Maersk A/S et la société Fauveder à payer à la

société Viol la somme de 54 936,44 euros et condamner la société AP Moller Maersk A/S à garantir la société Fauveder de toutes les condamnations prononcées contre elle au profit de la société Viol, l'arrêt retient que l'embargo décrété unilatéralement par l'Etat du Ghana sur la viande bovine d'origine française n'a pas de force obligatoire à l'égard des sociétés Viol et Fauveder, qu'au regard de la loi applicable la cause des contrats de transport ne remplit aucune des conditions énoncées par l'article 1133 du code civil français et qu'en conséquence c'est à tort que le transporteur maritime soutient qu'en raison de l'embargo, la cause de ces contrats n'est pas licite ;

Attendu qu'en statuant ainsi, alors qu'il lui appartenait de déterminer par application de la Convention de Rome l'effet pouvant être donné à la loi ghanéenne invoquée devant elle, la cour d'appel a violé le texte susvisé ; PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur les autres griefs : CASSE ET ANNULE, sauf en ce qu'il a rejeté la fin de nonrecevoir tirée de la prescription et déclaré recevable l'action exercée par la société Viol, l'arrêt rendu le 4 novembre 2008, entre les parties, par la cour d'appel d'Angers

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Fiche n°4

LES QUALIFICATIONS

I.
II.

Les conflits de qualification : la qualification lege fori - Doc 1 : Cass.Civ. 1ère, 22 juin 1955, Caraslanis, Rev. Crit. 1955, 723, note Batiffol ; GA n°23. L’extension des catégories du for Institutions connues du droit français - Doc. 2 : Cass. Civ. 1ère, 25 juin 1957, Sylvia, Rev. Crit. 1957, 680, note Batiffol ; GA Institutions inconnues du droit français - Doc. 3 : CA Paris, 10 janvier 1970, De Ganay, Rev. Crit. 1971, 518, note Droz.

n°30.

III.

-

La notion de qualification autonome Doc. 4 : CJCE, 17 juin 1992, Société Jakob Handte

La notion de contrat définie au sens de l’article 5-1 de la Convention de Bruxelles et du règlement Bruxelles 1 doit-elle servir à définir la notion de contrat au sens du règlement Rome 1 ? Voir le considérant 7 du règlement Rome 1. Réfléchir à la qualification de l’action directe du sous-traitant dans un contrat de sous-traitance internationale. IV. Exercice

Commentez l’article 515-7-1 du Code civil sous l’angle des difficultés de qualification. Cette nouvelle disposition at-elle résolu les problèmes de qualification soulevés par les partenariats enregistrés ? Soulève-t-elle de nouvelles difficultés de qualification ?

Doc. 1 : Civ. 1ère, 22 juin 1955

La Cour ; - Sur le moyen unique pris en ses deux branches ; Attendu que l'arrêt attaqué, confirmatif, a prononcé le divorce entre Dimitri Caraslanis, sujet hellène. et MariaRicharde Dumoulin, de nationalité française, dont le mariage, uniquement civil, avait été célébré le 12 septembre 1931, devant l'officier de l'état civil du 10ème arrondissement de Paris; qu'il est fait grief à la Cour d'appel d'avoir rejeté les conclusions du mari dans lesquelles il soutenait que le mariage était inexistant l’Eglise orthodoxe, à laquelle appartenait Caraslanis, imposant comme condition indispensable à la constitution légale du mariage, la célébration par un prêtre orthodoxe, exigence de fond n'ayant pas été respectée en l'espèce;- Mais attendu que la question de savoir si un élément de la célébration du mariage appartient à la catégorie des règles de forme ou à celle des règles de fond devait être tranchée par les juges français suivant les conceptions du droit français selon lesquelles le caractère religieux ou 1aïc du mariage est une question de forme ; - Qu'en conséquence, le mariage civil contracté en France par les époux Caraslanis-Dumoulin était valable conformément à la règle locus regit actum ; d'où il suit qu'abstraction faite du motif critiqué par le pourvoi, tiré 15

de ce que le mari en introduisant se demande reconventionnelle en divorce, aurait reconnu la validité du mariage, et qu’on peut tenir pour surabondant, la cour d'appel a justifié sa décision ; PAR CES MOTIFS : REJETTE…

Doc. 2 : Civ. 1ère, 25 juin 1957 LA COUR : Sur le premier moyen pris en ses diverses branches : Attendu qu'il résulte des énonciations de l'arrêt attaqué que la dame Joséphine Silvia, épouse Ahmed Ben Hassen, de nationalité italienne et résidant en Tunisie, a fait donation, le 6février 1942, en Tunisie, à Innocent Silvia, son frère, de sa part indivise dans des biens situés en Tunisie, mais sous réserve d'usufruit à son profit, que, par acte du 24 décembre 1947, elle a mis cet usufruit en métayage avec Innocent, pour le prix de 15 % de la récolte brute et l'accomplissement de certaines charges ; que, par acte ultérieur, elle a assigné son frère en nullité de la donation et de la convention de métayage ;

dispositions de la loi italienne, loi nationale de la dame Silvia, au lieu de rechercher si la “ grave dépression nerveuse ” de ladite dame n'avait pas vicié son consentement lors de la passation d'actes dont le caractère inexplicable avait été relevé dans des conclusions demeurées sans réponse ; Mais attendu que l'insanité d'esprit et la démence constituent en réalité des cas d'incapacité naturelle soumis à la loi personnelle et non à la loi régissant les actes juridiques incriminés comme les vices du consentement ; que, par suite, la sanction de cette incapacité notamment le délai d'exercice de l'action en nullité, sont soumis à la loi personnelle ; qu'en conséquence, c'est à bon droit qu'en l'espèce, l'arrêt attaqué donne compétence sur ce point à la loi nationale de l'intéressée, la loi italienne, qu'il appartenait aux juges d'interpréter souverainement ;

Qu'il est fait grief à l'arrêt attaqué, lequel la déboute de ses Qu'il en résulte que le premier moyen ne saurait être prétentions déclarées trop tardives, de se fonder sur les accueilli ; Doc. 3 : Paris, 10 janvier 1970 Sur la demande en nullité de l’acte constitutif du trust : Considérant que les époux Courtois et Kitchel font plaider que le trust, institution anglo-saxonne inconnue du droit français, constitue au regard de la loi française - lex fori qui doit fournir la qualification - une institution qui se rattache à la dévolution successorale, et, plus précisément, une disposition à cause de mort ayant pour objet essentiel la transmission, au décès de la fondatrice, des biens constitués en trust ; qu’ils font valoir qu’en l’espèce, dame de Henin, étant de nationalité française, domiciliée et décédée en France, sa succession mobilière est régie par la loi française ; qu’ils prétendent qu’au regard de cette loi, dame de Henin ne pouvait valablement disposer de ses biens par le moyen d’un trust, cette institution se caractérisant par un “ éclatement ” du droit de propriété entraînant la constitution de droits réels inconnus en droit français et ayant pour effet de réaliser une disposition à cause de mort étrangère aux modes de dispositions prévues par ce droit ; Considérant qu’il échet donc de rechercher, en premier lieu, quelle était la nature, au regard de la loi française compétente pour donner la qualification, de l’acte du 18 mars 1926 ; Considérant que par cet acte qui a été ci-dessus analysé, dame de Henin, assistée de son mari, cédait à la Pennsylvania, moyennant le prix symbolique d’un dollar, diverses valeurs mobilières lui appartenant, la Pennsylvania s’engageant, en contrepartie, à lui en verser le revenu pendant sa vie, à les lui restituer si elle le désirait et sinon à remettre après son décès le capital et les “ accroissement éventuels ” aux bénéficiaires par elle désignés ; qu’il est également constant que l’acte autorisait le trustee, comme le permet la loi américaine, à disposer des valeurs qui lui étaient remises et à investir les fonds provenant de ces aliénations en d’autres valeurs, sans avoir à respecter les règles de “ l’investissement légal ” ; 16 Considérant que cet acte constituait donc essentiellement un contrat synallagmatique faisant naître des obligations respectives entre les parties et, éventuellement, des droits au profit des tiers ; Considérant que, contrairement à ce que soutiennent les appelants, l’acte du 18 mars 1926 ne relève donc pas de la loi successorale mais de la loi d’autonomie, c’est-à-dire de la loi sous l’empire de laquelle les parties ont entendu se placer ;

Considérant qu’en l’espèce le contrat ayant été conclu par acte de langue anglaise, devant le consul des Etats-Unis d’Amérique, ayant pour objet des biens situés dans ce pays et empruntant une institution propre à la loi américaine, il est manifeste que les contractants ont entendu se placer sous l’empire de cette loi ; Considérant que ce contrat doit donc produire les effets voulus par les parties dans le cadre de la loi d’autonomie sans qu’il y ait lieu de distinguer entre les effets qui en résultent pour les parties elles-mêmes et ceux qui intéressent les tiers ; que seules des exigences particulièrement impérieuses de l’ordre public français pourraient s’opposer à ce que les droits qui en résultent soient reconnus en France ; Considérant qu’il importe peu que ce contrat ait eu pour effet de réaliser entre la constituante et le trustee un démembrement de propriété admis par la loi américaine mais inconnu en droit français dès lors que les biens affectés par ce démembrement étaient situés en Amérique et que l’exécution du contrat devait se poursuivre dans ce pays ; Considérant qu’aucune exigence impérieuse de l’ordre public français ne s’oppose non plus à ce que les droits régulièrement acquis par les bénéficiaires sous l’empire de la loi d’autonomie soient reconnus en France ; que vainement les appelants font valoir, à cet égard, que les

libéralités consenties par dame de Henin seraient entachées de nullité au motif que ladite dame s’était réservé la faculté de les révoquer soit en mettant fin au trust soit en désignant d’autres bénéficiaires ; qu’en effet, la cour n’a pas, en l’espèce, à rechercher si les droits des bénéficiaires sont nés dans des conditions compatibles avec l’ordre public français mais seulement si ces droits, nés sous l’empire d’une loi étrangère compétente, sont en eux-mêmes compatibles avec cet ordre public ; qu’au surplus, les exigences de l’ordre public français en la matière ne sauraient être tenues pour impérieuses puisque notre droit admet la révocabilité de

certaines libéralités, notamment de celles qui résultent des stipulations pour autrui et, en particulier, des assurances sur la vie ; Considérant, sans doute, que ces droits pourraient éventuellement être remis en question, dans le cadre de la loi française applicable au règlement de la succession, dans la mesure où ils porteraient atteinte aux règles d’ordre public relatives à la réserve ; que tel ne saurait cependant être le cas en l’espèce, dame de Henin étant décédée sans laisser d’héritiers réservataires (…)

Doc. 4 : CJCE, 17 juin 1992 1. Par arrêt du 8 janvier 1991, parvenu à la Cour le 25 janvier suivant, la Cour de cassation française a posé, en vertu du protocole du 3 juin 1971 relatif à l’interprétation, par la Cour de justice, de la convention du 27 septembre 1968 concernant la compétence judiciaire et l’exécution des décisions en matière civile et commerciale (JO 1972, L 299, p. 32), telle que modifiée par la convention du 9 octobre 1978 relative à l’adhésion du royaume de Danemark, de l’Irlande et du Royaume-Uni de GrandeBretagne et d’Irlande du Nord (JO L 304, p. 1, ci-après “ convention ”), une question préjudicielle sur l’interprétation de l’article 5, point 1, de la convention. 2. Cette question a été soulevée dans le cadre d’un litige entre la société Jakob Handte et Cie GmbH, établie à Tuttlingen (République fédérale d’Allemagne, ci-après “ Handte Allemagne ”) et la société anonyme Traitements mécano-chimiques des surfaces, établie à Bonneville (France, ci-après “ TMCS ”). 3. Il ressort du dossier transmis à la Cour que TMCS a acheté en 1984 et 1985 à la société anonyme de droit suisse Bula et Fils (ci-après “ Bula ”) deux machines à polir les métaux auxquelles elle a fait ajouter un système d’aspiration fabriqué par Handte Allemagne, mais vendu et installé par la société à responsabilité limitée Handte France, établie à Strasbourg (France) (ci-après "Handte France"). 4. En 1987, TMCS a assigné les sociétés Bula, Handte Allemagne et Handte France devant le tribunal de grande instance de Bonneville (France) en réparation du préjudice résultant du fait que les installations fabriquées et vendues n’étaient pas conformes aux règles relatives à l’hygiène et à la sécurité du travail et qu’elles étaient impropres à l’usage auquel elles étaient destinées. 5. Par jugement du 4 mai 1988, cette juridiction s’est déclarée incompétente rationae loci pour connaître de la demande formée contre Bula; elle a, en revanche, jugé qu’elle était compétente sur la base de l’article 5, point 1, de la convention pour statuer sur la demande formée contre Handte Allemagne et Handte France. 6. Par arrêt du 20 mars 1989, la cour d’appel de Chambéry (France) a rejeté le contredit formé par Handte Allemagne, au motif que l’action engagée par TMCS à l’encontre de cette société s’analyse en une action en responsabilité du fabricant pour vices affectant la chose vendue, que cette action directe du sous-acquéreur de la chose contre le fabricant est de nature contractuelle au regard tant du droit français que de la convention et que c' est, dès lors, à bon droit que le premier juge s’est déclaré compétent en tant que juridiction du lieu où l’obligation doit être exécutée, en application de l’article 5, point 1, de la convention. 7. Estimant que l’article 5, point 1, de la convention n’était pas applicable dans le cadre d’une chaîne de contrats, Handte Allemagne s’est pourvue en cassation contre cet arrêt de la cour d’appel de Chambéry. 8. Considérant que le litige soulevait un problème d’interprétation de la convention, la Cour de cassation française a décidé de surseoir à statuer jusqu’à ce que la Cour se soit prononcée à titre préjudiciel sur la question suivante: “ L’article 5, point 1, de la convention prévoyant une règle de compétence spéciale en matière contractuelle est-il applicable au litige opposant le sous-acquéreur d’une chose au fabricant, qui n’est pas le vendeur, en raison des défauts de la chose ou d’impropriété de celle-ci à l’usage auquel elle est destinée ? ” 9. Pour un plus ample exposé des faits du litige au principal, du déroulement de la procédure ainsi que des observations écrites déposées devant la Cour, il est renvoyé au rapport d’audience. Ces éléments du dossier ne sont repris ci-après que dans la mesure nécessaire au raisonnement de la Cour. 17

10. Pour répondre à la question posée par la juridiction nationale, il convient de rappeler d’abord que, selon une jurisprudence constante (voir arrêt du 22 mars 1983, Peters, points 9 et 10, 34/82, Rec. p. 987, et arrêt du 8 mars 1988, Arcado, points 10 et 11, 9/87, Rec. p. 1539), la notion de "matière contractuelle", au sens de l’article 5, point 1, de la convention, doit être interprétée de façon autonome, en se référant principalement au système et aux objectifs de cette convention, en vue d’assurer l’application uniforme de celle-ci dans tous les États contractants; cette notion ne saurait, dès lors, être comprise comme renvoyant à la qualification que la loi nationale applicable donne au rapport juridique en cause devant la juridiction nationale. 11. Il y a lieu de relever ensuite que parmi les objectifs poursuivis par la convention figure, selon les termes de son préambule, celui de “ renforcer dans la Communauté la protection juridique des personnes qui y sont établies ”. 12. A cet égard, le rapport d’experts, établi à l’occasion de l’élaboration de la convention (JO 1979, C 59, p. 1), souligne que “ la convention, en établissant des règles de compétence communes, a ... pour but d’assurer, ... dans le domaine qu’elle est appelée à régir, un véritable ordre juridique duquel doit résulter la plus grande sécurité. Dans cet esprit, la codification des règles de compétence que contient le titre II définit quel est, compte tenu de tous les intérêts en présence, le juge territorialement le plus qualifié pour connaître d’un litige ”. 13.. Cet objectif de la convention est atteint par le fait que celle-ci prévoit un certain nombre de règles de compétence qui déterminent dans quels cas, limitativement énumérés aux sections 2 à 6 du titre II de la convention, le défendeur domicilié ou établi sur le territoire d’un État contractant peut, lorsqu’il s’agit d’une règle de compétence spéciale, ou doit, dans l’hypothèse d’une règle de compétence exclusive ou d’une prorogation de compétence, être attrait devant une juridiction d’un autre État contractant. 14. Les règles de compétence spéciales ou exclusives et celles relatives à la prorogation de compétence dérogent ainsi au principe général, consacré par l’article 2, premier alinéa, de la convention, de la compétence des juridictions de l’État contractant sur le territoire duquel le défendeur a son domicile. Le caractère de principe général que revêt cette règle de compétence s’explique par le fait qu’elle permet au défendeur de se défendre, en principe, plus aisément. En conséquence, les règles de compétence dérogatoires à ce principe général ne sauraient donner lieu à une interprétation allant au-delà des hypothèses envisagées par la convention. 15. Il s’ensuit que la notion de “ matière contractuelle ”, au sens de l’article 5, point 1, de la convention, ne saurait être comprise comme visant une situation dans laquelle il n’existe aucun engagement librement assumé d’une partie envers une autre. 16. Or, s’agissant de l’action que le sous-acquéreur d’une marchandise achetée auprès d’un vendeur intermédiaire engage contre le fabricant en vue d’obtenir la réparation du préjudice résultant de la non-conformité de la chose, il importe de constater qu’il n’existe aucun lien contractuel entre le sous-acquéreur et le fabricant, celui-ci n’ayant assumé aucune obligation de nature contractuelle envers le sous-acquéreur. 17. De plus, et notamment dans l’hypothèse d’une chaîne de contrats internationaux, les obligations contractuelles des parties peuvent varier d’un contrat à l’autre, de sorte que les droits contractuels que le sous-acquéreur peut faire valoir à l’encontre de son vendeur immédiat ne sont pas nécessairement les mêmes que ceux que le fabricant a assumés dans ses relations avec le premier acheteur. 18. Par ailleurs, l’objectif de la protection juridique des personnes établies dans la Communauté, que la convention entend, entre autres, réaliser, exige que les règles de compétence qui dérogent au principe général de cette convention soient interprétées de façon à permettre à un défendeur normalement averti de prévoir raisonnablement devant quelle juridiction, autre que celle de l’État de son domicile, il pourrait être attrait. 19. Or, il convient de constater que, dans une situation telle que celle visée en l’espèce au principal, l’application de la règle de compétence spéciale, prévue par l’article 5, point 1, de la convention, au litige opposant le sous-acquéreur d’une chose au fabricant n’est pas prévisible pour ce dernier et est, dès lors, incompatible avec le principe de sécurité juridique. 20. En effet, outre la circonstance que le fabricant n’a aucune relation contractuelle avec le sous-acquéreur et n’assume aucune obligation de nature contractuelle à l’égard de cet acheteur dont il peut légitimement ignorer l’identité et le domicile, il apparaît que, dans la grande majorité des États contractants, la responsabilité du fabricant à l’égard du sous-acquéreur pour vices de la chose vendue est considérée comme n’étant pas de nature contractuelle. 21. Il résulte des développements qui précèdent qu’il y a lieu de répondre à la question posée par la juridiction nationale que l’article 5, point 1, de la convention doit être interprété en ce sens qu’il ne s’applique pas à un litige opposant le sous18

acquéreur d’une chose au fabricant, qui n’est pas le vendeur, en raison des défauts de la chose ou de l’impropriété de celle-ci à l’usage auquel elle est destinée. Sur les dépens : 22. Les frais exposés par le gouvernement de la République fédérale d’Allemagne et par la Commission des Communautés européennes, qui ont soumis des observations à la Cour, ne peuvent faire l’objet d’un remboursement. La procédure revêtant, à l’égard des parties au principal, le caractère d’un incident soulevé devant la juridiction nationale, il appartient à celle-ci de statuer sur les dépens. Par ces motifs, LA COUR, statuant sur la question à elle soumise par la Cour de cassation française, par arrêt du 8 janvier 1991, dit pour droit: L’article 5, point 1, de la convention du 27 septembre 1968 concernant la compétence judiciaire et l’exécution des décisions en matière civile et commerciale doit être interprété en ce sens qu’il ne s’applique pas à un litige opposant le sous-acquéreur d’une chose au fabricant, qui n’est pas le vendeur, en raison des défauts de la chose ou de l’impropriété de celle-ci à l’usage auquel elle est destinée.

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Fiche n°5

LE RENVOI ET LE CONFLIT MOBILE Revoir Les différentes hypothèses dans lesquelles un juge français est appelé à consulter les règles de conflit étrangères.

II.

Jurisprudence - Doc. 1 : Cass. Civ, 24 juin 1878, Forgo, D.P. 1879, I, 56 ; GA n°8. - Doc. 2 : Cass. Civ. 1ère, 15 juin 1982, Zagha, Rev. Crit. 1983, 300, note Bischoff. - Doc. 3 : Cass. Civ. 1ère, 20 juin 2006, JDI 2007 n°1, note H. Gaudemet-Tallon - Doc. 4 : Cass. Civ.1ère, 23 juin 2010, n°09-11901 - Doc. 5 : Cass. Civ. 1ère, 3 février 2010, n°08-19293

III.

Exercices

Recherchez la proposition de règlement européen en matière de successions : quelle loi applicable est proposée par la Commission ? Pourrait-il y avoir des hypothèses de renvoi avec ce nouveau texte ? Cas pratique M. Walid, chrétien maronite de nationalité panikistaise a épousé en 2000 à Venise, en la forme civile, Mlle Lucienne, de nationalité française. Le jeune couple s’est installé au Panikistan, Etat pluri-confessionnel du Moyen-Orient, pour y vivre jusqu’en 2008, date à laquelle Mme Walid est retournée vivre à Paris après s’être séparée de son époux demeuré au Panikistan. En 2011, elle saisit le TGI de Paris d’une demande en divorce. M. Walid oppose en défense la nullité du mariage. Il soutient que l’Eglise maronite impose comme condition indispensable à la constitution légale du mariage la célébration par un Ministre du culte maronite. Quelle sera selon vous la décision du TGI de Paris ? Annexes : ♦ Règles françaises de conflit de lois : - Les conditions de fond d’un mariage mixte sont régies à l’égard de chacun des futurs époux par sa loi nationale. - La forme du mariage est régie par la loi du lieu de célébration. Règle italienne de conflit de lois : - Le divorce est régi par la loi nationale du mari. Loi italienne relative aux formalités de célébration du mariage : - Le mariage est célébré publiquement devant l’officier d’état civil. Règle panikistaise de conflit de lois : - Le divorce est régi : 1°) par la loi de l’Etat dont les deux époux sont ressortissants, à défaut 2°) par la loi de l’Etat dans lequel les deux époux ont leur résidence habituelle ou avaient leur résidence habituelle, pourvu que l’un d’eux ait conservé cette résidence, subsidiairement 3°) par la loi de l’Etat avec lequel les époux gardent en commun le lien le plus étroit d’une quelque autre manière. Règle panikistaise de conflit interne : - Les rapports entre époux sont régis par les règles de la communauté religieuse d’origine du mari. Règle du statut personnel des chrétiens maronites : 20

♦ ♦ ♦

♦ ♦

- Le lien matrimonial est dissous que par le décès d’un des époux. - La mariage est célébré par un prêtre maronite.

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Doc. 1 : Cass. Civ., 24 juin 1878 LA COUR : Sur le moyen unique du pouvoi ; Vu l'article 768 du Code civil ; Attendu que Forgo, enfant naturel, né en Bavière de père et mère bavarois, s'étant fixé en France sans esprit de retour, est décédé à Pau ab intestat, le 6 juillet 1869, laissant dans sa succession des créances et des valeurs mobilières qui se trouvent situées en France ; Attendu que les consorts Ditchl, sujets bavarois et parents collatéraux de la mère naturelle de Forgo, prétendant être appelés à lui succéder d'après les lois bavaroises, revendiquent ces créances et valeurs mobilières contre l'administration des Domaines, qui, conformément à l'article 768 du Code civil, en a obtenu l'envoi en possession, par jugement du tribunal de Pau, du 16 octobre 1871 ; Attendu que, suivant le droit bavarois, les meubles corporels ou incorporels, sont régis par la loi de leur situation, combinée en matière de successions, avec la loi du domicile

de fait ou résidence habituelle du défunt ; qu'il suit de là que, même en décidant, ainsi que l'a décidé l'arrêt attaqué, que Forgo ait conservé la nationalité bavaroise, la dévolution héréditaire des biens meubles qu'il possédait en France, où il s'était fixé, doit être régie par la loi française ; Attendu que la loi du 14 juillet 1819, qui admet les étrangers à succéder en France, ne crée pas à leur profit une capacité spéciale et exceptionnelle ; mais qu'elle les admet à succéder de la même manière que les Français, dans les limites et suivant les conditions déterminées par la loi française ; Attendu, qu'aux termes de l'article 766 du code civil les parents collatéraux du père ou de la mère de l'enfant naturel ne sont point admis à lui succéder; d'où il suit que les consorts Ditchl sont sans titre et sans qualité pour lui réclamer les valeurs mobilières qui font l'objet du litige, et qu'en décidant le contraire, l'arrêt attaqué a faussement appliqué les lois bavaroises, et violé l'article 768 du Code civil ci-dessus visé ; PAR CES MOTIFS ; CASSE…

Doc. 2 : Civ. 1ère, 15 juin 1982 LA COUR : Attendu, selon les énonciations des juges du fond, que M. David Zagha et Mme Adèle Abadie, l’un et l’autre de nationalité syrienne et de confession israélite, se sont mariés, lors d’un séjour en Italie, selon les règles de la loi mosaïque, au terme d’une “ Ketouba ”, dressée le 21 octobre 1924, devant le grand rabbin de Milan, qu’ils ont obtenu la nationalité française par décret du 20 mai 1955 ; que, le 26 juillet 1966, pour tenter de se soustraire à une demande d’aliments formée contre lui par sa femme, M. David Zagha a engagé une action en nullité du mariage ; qu’il en a été débouté par un jugement du 5 juillet 1967, devenu irrévocable ; que le 8 mai 1968, il a obtenu du tribunal rabbinique de Paris une sentence constatant son divorce d’avec Mme Abadie ; que le 12 juin 1973, il s’est marié avec Mme Maddy Moatti, à Ashod, en Israël, selon la loi mosaïque ; que le 17 juin 1975, M. Zagha a engagé une nouvelle action tendant à faire déclarer inexistant ou nul le mariage de 1924, mais que cette action a été rejetée par un jugement du 1er janvier 1977 ; que Mme Moatti a fait tierce opposition à cette décision pour en obtenir la rétraction et faire juger nul le mariage de 1924 et valable celui du 12 juin 1973 ; Sur le premier moyen et le deuxième moyen, pris en leurs diverses branches : Attendu que Mme Moatti reproche à la cour d’appel (Aixen Provence, 21 janvier 1981) d’avoir rejeté sa demande en annulation du mariage de 1924, alors selon le premier 22 moyen, que la validité, en la forme, d’un mariage entre étrangers est subordonné au respect des dispositions de la loi du lieu de célébration, même si le mariage a été célébré hors de France, en un Etat tiers. La règle locus regit actum ayant un caractère impératif en matière de mariage, et la loi locale devant s’appliquer comme loi de police, de sorte que la cour d’appel ne pouvait, sans méconnaître les règles de conflit de lois françaises et violer l’article 3 du Code civil, donner effet au mariage litigieux, contracté en la forme mosaïque, sans qu’aient été respectées les prescriptions de la loi italienne en la matière ; qu’il est soutenu par le deuxième moyen, d’une part que dans l’hypothèse où le “ renvoi ” visé par la cour d’appel résulterait de la désignation de la loi nationale syrienne des époux par la règle italienne de conflit de lois, la juridiction du second degré aurait méconnu le principe suivant lequel le juge français ne doit appliquer que sa propre règle de conflit ; que d’autre part, dans l’hypothèse où le “ renvoi ” serait effectué par la loi substantielle italienne, en tant que loi du lieu de célébration, à la loi nationale syrienne des époux, les juges d’appel n’auraient pas tiré les conséquences légales de leurs propres constatations au regard de la règle locus regit actum, dont ils prétendaient faire application, en admettant le renvoi, bien qu’ils eussent relevé eux-mêmes que la loi italienne exigeait, à l‘époque, un mariage civil dans la forme locale préalablement à tout mariage religieux ; qu’il est encore prétendu que l’arrêt manquerait de motifs en n’expliquant pas en quoi la loi italienne de l’époque aurait renvoyé à la loi nationale commune des deux époux et qu’il aurait violé la règle locus regit actum en retenant un prétendu renvoi émanant de la loi locale, l’exclusion du renvoi étant de

principe en matière de forme des actes juridiques et la loi syrienne ne pouvant être simultanément compétente, par suite du renvoi de la loi italienne, avec cette dernière, dont la cour d’appel a reconnu qu’elle était éventuellement applicable à titre loi locale ; Mais attendu que, contrairement à ce qu’allègue le pourvoi, l’arrêt attaqué a bien fait application de la loi italienne désignée par la règle de conflit française pour régir les conditions de forme d’un mariage célébré en Italie ; que, par une interprétation souveraine du contenu de cette loi, en vigueur en 1924, il a estimé qu’elle avait donné aux futurs époux, qui étaient l’un et l’autre de nationalité syrienne et de confession israëlite, la possibilité de faire célébrer valablement leur mariage, en la forme religieuse prévue par leur statut personnel, le jeu de ce renvoi se justifiant en l’espèce, dès lors qu’il conduisait à l’application de la loi mosaïque aux formes de laquelle les intéressés avaient voulu se soumettre et qu’il validait leur union ; que la cour d’appel a ainsi légalement justifié le chef de se décision refusant d’annuler le mariage de 1924 ; que le premier et de deuxième moyen ne peuvent donc être accueillis ; Sur le troisième moyen, pris en ses deux branches : Attendu que Mme Moatti invoque encore, d’une part, que les juges d’appel, qui ont souverainement estimé que la loi mosaïque exigeait la formalité d’un “ téoudat nessouin ” dans un but de publicité à l’égard des tiers, n’ont pas tiré les conséquences légales de cette constatation en affirmant néanmoins la validité de ce mariage, contestée à défaut de cette formalité, alors que Mme Moatti était un tiers par rapport, et que, d’autre part, devant l’insuffisance de renseignements sur le contenu de la loi mosaïque, et dès lors que la demanderesse avait fait tout son possible pour faire la preuve qui lui incombait, les juges du fond auraient dû

examiner le mérite de sa demande en nullité du mariage au regard de la loi française ; Mais attendu, d’abord, que seule était en discussion la validité du mariage de 1924 dont l’existence n’était pas contestée ; qu’il s’ensuivait que l’omission prétendue d’une simple formalité de preuve était dépourvue d’incidence sur la question posée ; Attendu, ensuite, qu’après avoir réclamé à la demanderesse la preuve des dispositions du “ Téoudat nessouin ” pour la validité du mariage et relevé que cette preuve n’était pas apportée, la juridiction du second degré, qui n’a pas constaté la défaillance de la loi étrangère, n’avait pas à recourir à la vocation subsidiaire de la loi française ; qu’en aucun de ses deux branches le moyen n’est donc fondé ; Sur le quatrième moyen, pris en ses deux branches (sans intérêt) ; Sur le cinquième moyen, pris en ses deux branches : Attendu qu’en vain ce moyen reproche à la cour d’appel d’avoir déclaré nul le mariage célébré le 12 juin 1973 entre M. David Zagha et Mme Moatti, au motif que l’initiative de se rendre en Israël pour s’y marier constituait une fraude à la loi française de la part de deux français, domiciliés en France où ils comprenaient qu’ils ne pouvaient se marier, alors que la juridiction du second degré n’aurait caractérisé ni l’intention frauduleuse, ni la “ manipulation ” de la règle de conflit ; qu’en effet, cette critique ne vise qu’une motivation surabondante de l’arrêt attaqué et ne peut donc être accueillie ; PAR CES MOTIFS : REJETTE…

Doc. 3 : Cass. Civ. 1ère, 20 juin 2006 LA COUR : Attendu que Daniel X..., de nationalité française, est décédé à Paris le 23 octobre 2001, en laissant pour lui succéder, ses deux fils Alec et Guy X..., et sa seconde épouse Sylvia Y..., de nationalité américaine, avec laquelle il s'était marié le 28 novembre 1978 à New-York (Etats Unis d'Amérique) ; que les époux X... faisant l'objet d'un important redressement fiscal, l'épouse a par acte du 22 novembre 2001 déclaré renoncer à la succession de son mari ; que selon acte de consentement à exécution du legs verbal et délivrance de legs du 12 décembre 2001, MM. Alec et Guy X... se sont engagés à verser à Mme X... qui l'a accepté, une rente viagère d'un montant annuel de 381 122,54 euros nette de frais et d'impôts ; que prétendant que son consentement avait été vicié, Mme X... a sollicité l'annulation de cette renonciation, la reconnaissance de ce qu'elle était mariée sous le régime matrimonial de la communauté de biens réduite aux acquêts, l'ouverture des procédures de comptes, liquidation et partage de la succession et de la communauté, et l'allocation de provisions à valoir sur ses droits dans les 23 partages à intervenir ; Sur les premier, deuxième, troisième, cinquième, sixième et neuvième moyens pris en leurs diverses branches, ciannexés : Attendu qu'il n'y a pas lieu de statuer sur ces moyens qui ne seraient pas de nature à permettre l'admission du pourvoi ; Sur le quatrième moyen pris en ses trois branches : Attendu que MM. Alec et Guy X... font grief à l'arrêt attaqué de les avoir déclarés tenus in solidum de verser à Mme X... une somme de 15 000 000 d'euros à titre d'avance en capital, sur les droits dans le partage de l'indivision postcommunautaire alors, selon le moyen : 1 / qu'en condamnant personnellement MM. Alec et Guy X... à payer à Mme Sylvia Y... une avance en capital à valoir sur ses droits dans le partage post-communautaire, qui devait être mise à la charge de l'indivision, la cour d'appel a

violé l'article 815-11, dernier alinéa, du code civil ; 2 / qu'en prononçant une telle condamnation sans constater ni que l'indivision comprenait des fonds disponibles au moins égaux à cette somme, ni que dans le partage à intervenir Mme Y... aurait droit à une somme d'argent au moins égale à ce montant, la cour d'appel n'a pas donné de base légale à se décision au regard de l'article 815-11, alinéa 4, du code civil ; 3 / qu'en constatant que le montant des liquidités existant au décès de M. Daniel X... ne dépassait pas 1 300 000 euros tandis qu'une dette fiscale de 7 612 705 euros avait du être acquittée, la cour d'appel n'a pas tiré les conséquences légales de ses constatations au regard de l'article 815-11, alinéa 4 du code civil ; Mais attendu qu'ayant souverainement constaté que MM. Alec et Guy X... s'étaient appropriés la totalité des biens dépendant de l'indivision post-communautaire et que les fonds disponibles étaient constitués de liquidités et de nombreuses œuvres d'art aisément mobilisables évaluées à 42 985 000 euros, c'est sans violer l'article 815-11 du code civil, que la cour d'appel a déclaré que ceux-ci étaient personnellement tenus de payer l'avance demandée, pour le montant qu'elle a souverainement estimé, qui est inférieur à la part à laquelle elle pouvait prétendre ; D'où il suit que le moyen ne peut être accueilli dans aucune de ses branches ; Mais sur le septième moyen pris en sa première branche : Vu l'article 455 du nouveau Code de procédure civile ; Attendu que pour déclarer MM. Alec et Guy X... tenus in solidum de verser à Mme X... une somme de 500 000 euros à valoir sur la liquidation de ses droits au titre de l'usufruit légal, l'arrêt retient qu'ils ont seuls joui du patrimoine successoral depuis l'ouverture de la succession sans que le titulaire de cet usufruit ait pu en bénéficier ;

Attendu qu'en statuant ainsi, sans préciser le fondement légal de cette condamnation, alors que Mme X... avait sollicité une provision d'une part en réparation du préjudice moral et matériel subi du fait de la privation de ses droits successoraux et d'autre part à titre d'avance sur les dits droits, la cour d'appel n'a pas satisfait aux exigences du texte susvisé ; Et sur le huitième moyen pris dans ses deux branches : Vu l'article 3 du code civil ; Attendu qu'après avoir ordonné l'ouverture des opérations de comptes liquidation et partage de la succession de Daniel X..., l'arrêt donne mission au notaire commis à cet effet, d'établir un projet de partage tenant compte des biens meubles et immeubles situés tant en France qu'à l'étranger ; Attendu qu'en statuant ainsi, sans appliquer, au besoin d'office, la règle de conflit de lois donnant compétence en matière de succession immobilière à la loi étrangère du lieu de situation des immeubles et rechercher si cette loi ne renvoyait pas à la loi française du dernier domicile du défunt, la cour d'appel a violé le texte susvisé ; PAR CES MOTIFS et sans qu'il y ait lieu d'examiner la seconde branche du septième moyen : REJETTE le pourvoi contre l'arrêt rendu le 24 février 2005 par la cour d'appel de Paris ; CASSE et ANNULE mais uniquement en ce qu'il a condamné MM. Alec et Guy X... à verser une avance de 500 000 euros à valoir sur des droits de Mme X... dans le partage successoral à intervenir, et en ce qu'il a ordonné le partage et la liquidation des immeubles dépendant de la succession situés à l'étranger, l'arrêt rendu le 14 avril 2005, entre les parties, par la cour d'appel de Paris ; remet, en conséquence, sur ce point, la cause et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d'appel de Paris, autrement composée

Doc. 4 : Cass. Civ.1ère, 23 juin 2010 Sur le moyen unique, pris en ses deux branches : Attendu que Claude X..., de nationalité française, est décédé à Madrid (Espagne) le 3 avril 2006 où il était domicilié ; qu'il laisse pour lui succéder Mme Ana Maria X... Y..., sa fille naturelle, et Mme Véronique X... née de son mariage avec Mme Jeanne Z... ; que sa succession se compose d'un appartement à Montpellier, d'un appartement à Madrid et de divers meubles et comptes bancaires ; que les parties n'ayant pu s'entendre sur un règlement amiable de la succession, Mme Z...-X... a assigné sa fille Véronique et Mme X... Y... devant le tribunal de grande instance de Montpellier à fin de liquidation et partage de la succession ; que Mme X... Y... a soulevé l'incompétence des juridictions françaises ; 24 Attendu que Mme X... Y... fait grief à l'arrêt confirmatif attaqué (Montpellier, 25 novembre 2008) d'avoir déclaré le tribunal de grande instance de Montpellier compétent pour connaître de la succession de Claude X... concernant l'immeuble situé en Espagne, alors, selon le moyen : 1° / que les tribunaux français ne sont pas compétents pour ordonner la licitation et le partage d'un immeuble situé à l'étranger ; qu'il n'est pas dérogé à cette règle lorsque, par l'effet du renvoi de la loi étrangère du lieu de situation de l'immeuble, la succession sur celui-ci est régie par la loi française, la détermination de la juridiction compétente ne dépendant pas de la loi applicable ; que dès lors, en retenant la compétence du tribunal de grande instance de Montpellier pour connaître de la succession concernant l'immeuble situé

en Espagne, par le motif que la loi française était applicable à la succession sur cet immeuble, la cour d'appel a violé les articles 3 du code civil, ensemble les articles 44 et 45 du code de procédure civile ; 2° / que le renvoi de la loi du lieu de situation de l'immeuble à la loi nationale du défunt ne peut justifier la compétence de la juridiction française que si celle-ci est fondée par ailleurs sur le lieu du dernier domicile du défunt, et non sur le privilège de juridiction des article 14 et 15 du code civil ou sur le lieu de situation en France d'un autre immeuble successoral ; qu'en l'espèce, il résulte des énonciations de l'arrêt attaqué et de la décision confirmée que Claude X... avait son dernier domicile en Espagne, et que la compétence des juridictions françaises était fondée sur la seule nationalité française des parties pour la succession mobilière, et sur la situation en France d'un immeuble successoral ; qu'en retenant dans ces conditions la compétence de la juridiction française pour connaître de l'action en partage portant sur un autre immeuble successoral situé en Espagne, la cour d'appel a violé les

articles 3, 14 et 15 du code civil, 44 et 45 du code de procédure civile ; Mais attendu qu'ayant retenu, par motifs adoptés, que les juridictions françaises étaient compétentes pour connaître partiellement des opérations de liquidation et partage de la succession, tant mobilière en vertu de l'article 14 du code civil, qu'immobilière en raison de la situation d'un immeuble en France, la cour d'appel, constatant que la loi espagnole applicable aux dites opérations relatives aux meubles et à l'immeuble situés en Espagne, renvoyait à la loi française, loi nationale du défunt, en a exactement déduit que les juridictions françaises étaient, par l'effet de ce renvoi, compétentes pour régler l'ensemble de la succession à l'exception des opérations juridiques et matérielles découlant de la loi réelle de situation de l'immeuble en Espagne ; que le moyen n'est pas fondé ; PAR CES MOTIFS : REJETTE le pourvoi ;

Doc. 5 : Cass. Civ. 1ère, 3 février 2010

Attendu que le peintre Arman, décédé en 2005, avait remis en 2000, à M. X..., sept tableaux placés sur les murs du restaurant que celui-ci venait d'ouvrir à New York ; qu'à la fermeture de l'établissement en 2006, celui-ci a ramené les tableaux en France et les a confiés à la société Camard et associés en vue d'une vente aux enchères ; que par ordonnance sur requête du 7 juin 2007, le juge de l'exécution a autorisé Mme Y..., veuve du peintre et son exécuteur testamentaire, à pratiquer à titre conservatoire, la saisierevendication des sept oeuvres identifiées entre les mains de la société Camard et associés ; que par jugement du 5 décembre 2007, le juge de l'exécution a rétracté son ordonnance du 7 juin 2007, et ordonné à Mme Y... de procéder à la mainlevée immédiate de la saisierevendication pratiquée le 8 juin 2007 : Sur le premier moyen : Attendu que Mme Y... fait grief à l'arrêt confirmatif attaqué (Paris, 19 juin 2008) d'avoir rétracté l'ordonnance sur requête l'ayant autorisée à procéder à la saisie contestée, de lui avoir ordonné de procéder, sous astreinte, à la mainlevée de la saisie-revendication pratiquée le 8 juin 2007, entre les mains de la société de vente volontaire de meubles aux enchères publiques Camard et associés, et de l'avoir condamnée à payer à la société Camard et associés une somme de 10 000 euros toutes causes de préjudice confondues, alors, selon le moyen, qu'en statuant ainsi par application de la loi française, sans rechercher, comme l'y invitait Mme Y... dans ses conclusions (signifiées le 13 mai 2008, p. 26), si le point de savoir si les oeuvres litigieuses avaient fait l'objet d'un don manuel d'Arman à Alain X... ne relevait pas de la loi américaine, laquelle ne connaît pas la même présomption de propriété que celle attachée à la possession d'un meuble par la loi française, et fait au 25

contraire peser sur celui qui se prévaut du don la charge de prouver l'existence et la validité de cette libéralité, la cour d'appel a privé sa décision de base légale au regard de l'article 3 du code civil ; Mais attendu que la loi française est seule applicable aux droits réels dont sont l'objet des biens mobiliers situés en France ; qu'ayant constaté que M. X... avait rapporté les œuvres en France en janvier 2007, où elles se trouvaient lorsque Mme Y... les a revendiquées, c'est à bon droit que la cour d'appel a fait application de la présomption édictée à l'article 2279 du code civil dans sa rédaction antérieure à la loi n° 2008-561 du 17 juin 2008 ; que le moyen n'est pas fondé ; Sur le second moyen : Attendu que Mme Y... fait le même grief à l'arrêt, alors, selon le moyen, qu'en se bornant à relever que l'apparence montrait que les œuvres d'Arman étaient dans le restaurant d'Alain X... à New York depuis l'année 2000, sans rechercher si la possession des œuvres par M. X..., au jour du prétendu don manuel, n'était pas précaire et équivoque, et si le restaurateur s'était comporté en propriétaire des œuvres litigieuses dans des circonstances qui n'étaient pas de nature à faire douter de cette qualité, quand notamment M. Z... attestait qu'il savait que le dépôt des œuvres chez le restaurateur avait été fait compte tenu des relations amicales qui le liaient à l'artiste et que c'était à raison de cet échange de bons procédés qu'il avait obtenu des facilités pour dîner aisément dans le restaurant, la cour d'appel a privé sa décision de base légale au regard de l'ancien article 2279 du code civil ;

Mais attendu qu'ayant relevé que les œuvres de Arman étaient dans le restaurant de M. X... à New York depuis 2000, qu'il les avait rapportées en France en janvier 2007 et que Mme Y..., n'avait pas réclamé la restitution des tableaux après le décès de son mari en 2005, la cour d'appel a pu en

déduire que la possession n'était pas équivoque ; que le moyen n'est pas fondé ; PAR CES MOTIFS : REJETTE le pourvoi ;

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Fiche n°6 (sur deux séances) LA CONDITION DE LA LOI ETRANGERE : OFFICE DU JUGE, PREUVE DU CONTENU ET ÉVICTION DU DROIT ETRANGER

I.

Revoir

La condition de la loi étrangère, les exceptions d’ordre public et de fraude. II. 1. Jurisprudence L’application d’office de la règle de conflit

- Doc. 1 : Cass.Civ. 1ère, 12 mai 1959, Bisbal, Rev. Crit. 1960, 62, note Batiffol. - Doc. 2 : Cass.Civ. 1ère, 26 mai 1999, Mutuelle du Mans, Rev. Crit. 1999, p.707, 1ère esp., note H.Muir Watt - Doc. 3 : Voir Doc.3 fiche n° 5 2. Introduction de la notion d’équivalence

- Doc. 4 : Cass.Civ. 1ère, 11 janvier 2005, J.D.I., 2006, n°3, p.955, note Godechot. 3. L’accord procédural

- Doc. 5 : Cass.Civ. 1ère, 6 mai 1997, Hannover, GA n°78 4. La preuve du contenu du droit étranger

- Doc. 6 : Cass.Com, 16 novembre 1993, Amerford, Rev. Crit. 1994, 332, note Lagarde. - Doc. 7 : Cass.Civ. 1ère, 28 juin 2005, Rev. Crit. 2005, 645, note Ancel et Muir-Watt ; Gaz.Pal.2006, n°56. - Doc. 8 : Cass.Com, Itraco, 28 juin 2005. 5. Dénaturation

- Doc. 9 : Cass.Civ. 1ère, 14 février 2006, Rev. Crit. 2006, 833, note Bollée. 6. Sur l’exception d’ordre public

- Doc. 10 : Cass.Civ.1ère, 10 mai 2006, Gaz.Pal.2006 n°293, note J. Massip ; Gaz.Pal.2006 n°344, note J. Sainte-Rose. 7. Sur la fraude à la loi

- Doc. 11 : Cass.Civ. 1ère, 20 mars 1985, Caron, Rev.crit.1986, p.66, note Y.Lequette ; JDI 1987, p.80, note M-L.Niboyet

III.

Exercice : Commentaire du document 10, Cass.Civ. 1ère, 10 mai 2006 Doc. 1 : Civ. 1ère, 12 mai 1959 selon le pourvoi, de suppléer d'office un tel moyen touchant à l’ordre public ; Mais attendu que les règles françaises de conflit de lois, entant du moins qu’elles prescrivent l’application d’une loi étrangère, n’ont pas un caractère d’ordre public, en ce sens qu’il appartient aux parties d’en réclamer l’application, et qu’on ne peut reprocher aux juges du fond de ne pas appliquer d’office la loi étrangère et de faire, en ce cas, appel à la loi interne française laquelle a vocation à régir tous les rapports de droit privé ; Sur le deuxième moyen : (sans intérêt) 27

LA COUR : Sur le premier moyen : Attendu qu’il est fait grief à l’arrêt confirmatif, de prononcer la conversion de la séparation de corps en divorce entre les époux Bisbal, de nationalité espagnole, alors que leur loi nationale, en vigueur au jour de la demande et devant régir le conflit de lois, prohibait le divorce ; qu’il importerait peu que les parties n’aient pas soulevé ce conflit devant les juges, ceux-ci, qui avaient tous les éléments utiles pour constater la nationalité des époux, ayant l’obligation,

PAR CES MOTIFS : REJETTE… Doc. 2 : Civ. 1ère, 26 mai 1999 LA COUR : Sur le premier moyen : Attendu que la société Mutuelle du Mans IARD, condamnée en qualité d'assureur de la société Armoricaine de modernisation (ARMO) à indemniser M. Boedec des conséquences de l'effondrement d'un silo à grains fourni par la société ARMO, fait grief à l'arrêt attaqué (Rennes, 6 mars 1996) de l'avoir déboutée de ses recours en garantie dirigés contre la société suisse Gutzwiller, importateur du silo, et la société allemande Selz, fabricant, en application du droit français, sans se prononcer, au besoin d'office, sur la loi compétente pour régir le recours en garantie par application de la convention de La Haye du 15 juin 1955 sur la loi applicable aux ventes à caractère international d'objets mobiliers corporels ;

qu'aucune des parties n'avait invoqué la convention de La Haye du 15 juin 1955 pour revendiquer l'application d'un droit étranger ; Et sur le second moyen, pris en ses trois branches, tel qu'il est énoncé dans le mémoire en demande, et reproduit en annexe : Attendu que la cour d'appel a retenu, par motifs adoptés du jugement, que la société ARMO, qui connaissait la destination précise du silo, était un professionnel averti du matériel agricole, et qu'il lui appartenait en cette qualité de préciser cet usage à son propre fournisseur, ce qui ne résultait pas de la commande, dont les juges du fond ont dû interpréter les termes ; qu'ayant en outre souverainement relevé que la société Selz n'était pas plus informée de la destination du silo, la cour d'appel a ainsi légalement justifié sa décision de rejeter les recours en garantie, fondés sur la méconnaissance, par les sociétés Gutzwiller et Selz, d'une obligation de conseil ; PAR CES MOTIFS :

REJETTE... Mais attendu que s'agissant de droits dont les parties ont la libre disposition, la cour d'appel a légalement justifié sa décision sur le fondement de la loi française, dès lors Doc. 4 : Civ. 1ère, 11 janvier 2005

LA COUR : Sur les deux moyens réunis pris en leurs diverses branches : Attendu que par jugement du tribunal d'instance du 17ème arrondissement de Paris du 22 novembre 1994, M. X..., de nationalité allemande, a été, sur sa demande, placé sous le régime de la curatelle renforcée en application de l'article 512 du Code civil ; que son état s'étant amélioré, il en a demandé la main-levée, ce qui a été ordonné par un jugement du tribunal de grande instance de Paris du 20 novembre 1998 ; que prétendant que la responsabilité de l'Etat était engagée tant à raison de l'ouverture de cette mesure que pour son fonctionnement, M. X... a fait assigner l'agent judiciaire du Trésor en dommages-intérêts ; Attendu que M. X... fait grief à l'arrêt confirmatif attaqué (Paris, 12 décembre 2000) d'avoir rejeté ses demandes, alors, selon les moyens : 1 ) qu'en faisant application de la loi française au lieu de la loi allemande, qui était la loi de son statut personnel et qui aurait dû être appliquée, même d'office, et en relevant que c'était à sa demande, la cour d'appel, dénaturant les termes de sa plainte, a violé les articles 3, 473, alinéa 2, et 1134 du Code civil ;2 ) qu'en énonçant que la procédure d'ouverture de la tutelle puis son exécution avaient été régulières, l'arrêt a violé les articles 1246 du nouveau Code de procédure civile et 473, alinéa 2, du Code civil, ainsi que les articles 6 et 8 de la CEDH ; 28

Mais attendu, que l'équivalence entre la loi appliquée et celle désignée par la règle de conflit - en ce sens que la situation de fait constatée par le juge aurait les mêmes conséquences juridiques en vertu de ces deux lois - justifie la décision qui fait application d'une loi autre que la loi compétente ; qu'à cet égard, la cour d'appel, sans encourir les griefs de dénaturation ou de défaut de réponse à conclusions, a souverainement retenu, par motifs propres et adoptés, que les dispositions des Codes civils français et allemand sur les règles de protection des majeurs étaient similaires et que la mesure que M. X... avait demandé au juge des tutelles entrait dans le champ d'application de l'article 1896 du Code civil allemand, de sorte que le moyen qui lui fait grief d'avoir appliqué la loi française au lieu de la loi allemande désignée par la règle de conflit est inopérant ; qu'ensuite, ayant souverainement relevé que cette mesure de curatelle était intervenue à sa demande, qu'il avait comparu devant le juge des tutelles et qu'il avait été nécessairement entendu, qu'il avait pu avoir connaissance de l'ensemble des pièces de la procédure dont l'avis médical auquel se référait la décision, qu'un contrôle de la mesure avait été assuré, que sa main-levée était intervenue sans retard injustifié et, enfin, que M. X... n'apportait pas la preuve du préjudice patrimonial qu'il alléguait, les juges du fond ont pu en déduire que cette mise sous curatelle ne lui avait causé aucun grief et qu'en l'absence de toute faute du juge, la responsabilité de l'Etat ne pouvait être engagée ;

PAR CES MOTIFS : REJETTE le pourvoi ;

Doc. 5 : Civ. 1ère, 6 mai 1997 LA COUR : Sur les deux premiers moyens réunis, les quatrième et cinquième moyens pris en leur première branche : Attendu que la société de droit belge Anglo Belgian corp. NV (ABC), qui avait fourni à M. Baranger un ensemble mécanique de propulsion, destiné à l’équipement d’un chalutier, fait grief, avec son assureur, la société Hannover International, à l’arrêt attaqué (POITIERS 18 janvier 1995), de les avoir condamnés à indemniser M. Baranger des conséquences des avaries dues à un défaut du matériel vendu, en se fondant sur la garantie des vices cachés des articles 1641 et suivants du code civil, au mépris, à la fois, de la Convention de La Haye du 15 juin 1955 sur la loi applicable aux ventes à caractère international d’objets mobiliers corporels, qui lui imposait la loi applicable, s’agissant de la garantie dû par un vendeur belge à un acheteur français, et de la convention des parties qui soumettait le contrat à la loi belge du vendeur et fixait contractuellement le délai de la garantie ; Mais attendu que, pour les droits dont elles ont la libre disposition, les parties peuvent s’accorder sur l’application de la loi française du for malgré l’existence d’une convention internationale ou d’une clause contractuelle désignant la loi compétente ; qu’un tel accord peut résulter des conclusions des parties invoquant une loi autre que celle qui est désignée par le traité ou le contrat ; Et attendu que la société ABC, n’a pas invoqué devant la cour d’appel l’application de la clause contractuelle de limitation de durée de garantie ; D’où il suit que l’arrêt attaqué est légalement justifié, en ce qu’il a fait application du droit français en l’espèce, et que le deuxième moyen, pris en sa seconde branche, est irrecevable en ce qu’il est nouveau et mélangé de fait et de droit ; Sur le troisième, le quatrième et le cinquième moyen : (sans intérêt) PAR CES MOTIFS : REJETTE…

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Doc. 6 : Com, 16 novembre 1993

LA COUR : Attendu, selon l'arrêt attaqué, que la société CII Honeywell Bull (la société Bull) a confié à la société Amerford international corporation (la société Amerford), en qualité de commissionnaire de transport, l'organisation du transport de colis de matériels de Chicago à l'aéroport de Roissy-enFrance ; que la société Amerford a chargé de cet acheminement la Compagnie Air France ; qu'après leur réception par la société Amerford France, mandataire de la société Amerford, les marchandises ont été livrées à Roissy à la société Bull, 'destinataire réel' ; que c'est à leur arrivée à Angers, où cette dernière les avait fait transporter par route, que des dommages aux marchandises, reconnus causés par des chocs lors des opérations de manutention ou de transport, ont été constatés sans que l'expert désigné ait pu préciser à quel moment les avaries avaient eu lieu ; que les six compagnies d'assurance de la société Bull, subrogées dans ses droits pour l'avoir indemnisée, ont assigné la société Amerford en dommages-intérêts ; Sur le premier moyen : Attendu que les sociétés Amerford et Amerford France ainsi que la Compagnie Air France et les assureurs de celle-ci font grief à l'arrêt d'avoir accueilli la demande des assureurs de la société Bull sur le fondement du droit français alors, selon le pourvoi, que la charge de la preuve de la loi étrangère pèse sur la partie dont la prétention est soumise à cette loi ; que saisie d'une action en responsabilité engagée par la société Bull à l'encontre de la société Amerford, société de droit américain, en sa qualité de commissionnaire de transport et fondée sur la mauvaise exécution de la convention conclue le 24 mai 1986 pour un transport de marchandises de l'Illinois à l'aéroport de Roissy-en-France, la cour d'appel ne pouvait, sans renverser la charge de la preuve, refuser d'appliquer la loi de l'Etat d'Illinois, normalement compétente en vertu de la règle de conflit française, au seul motif que le défendeur à l'action n'en rapportait pas la teneur ; qu'ainsi, la cour d'appel a violé les articles 3 et 1315 du Code civil ; Mais attendu que, dans les matières où les parties ont la libre disposition de leurs droits, il incombe à la partie qui prétend que la mise en oeuvre du droit étranger, désigné par la règle

de conflit de lois, conduirait à un résultat différent de celui obtenu par l'application du droit français, de démontrer l'existence de cette différence par la preuve du contenu de la loi étrangère qu'elle invoque, à défaut de quoi le droit français s'applique en raison de sa vocation subsidiaire ; qu'ayant retenu que la société Amerford se bornait à revendiquer la compétence du droit de l'Etat de l'Illinois, sans établir que l'appréciation de sa responsabilité au regard des règles de ce droit en serait modifiée, c'est sans inverser la charge de la preuve que la cour d'appel a statué sur le fondement du droit français ; que le moyen n'est pas fondé ; Mais sur le deuxième moyen : Vu l'article 98 du Code de commerce ; Attendu que pour décider que la société Amerford, en sa qualité de commissionnaire de transport, était responsable des avaries constatées à l'arrivée de la marchandise à Angers, l'arrêt retient que les circonstances exactes dans lesquelles les marchandises ont été dégradées sont inconnues et que, tenu d'une obligation de résultat, le commissionnaire de transport ne peut échapper à sa responsabilité ; Attendu qu'en statuant ainsi, alors qu'il résultait de ses constatations que la marchandise litigieuse, après avoir été réceptionnée, à l'issue du transport aérien, par la société Amerford France, avait été livrée, à Roissy, à la société Bull, son 'destinataire réel', et qu'il n'était pas possible d'établir que les dommages avaient eu lieu pendant le transport effectué par la compagnie Air France ou pendant les opérations de manutention précédant la livraison à Roissy, c'est-à-dire pendant la seule partie des opérations concernées par le contrat de commission, la cour d'appel n'a pas tiré les conséquences légales de ses constatations ; PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur le troisième moyen : CASSE ET ANNULE, sauf en ce qu'il a déclaré irrecevable l'action directe (…)

Doc. 7 : Civ. 1ère, 28 juin 2005 LA COUR : Attendu que, par acte authentique dressé le 14 octobre 1993 par M. X..., notaire à Kanda (Allemagne), M. Y... a acquis 75 % des parts sociales que la société MFP, représentée par son gérant, M. Z..., détenait dans une société Hébo ; que le paiement du prix ayant été contesté, la société MPF et M. Z..., ce dernier agissant à titre personnel, ont fait assigner, le 30 5 mai 1998, M. Y... qui a été condamné, par jugement du 2 décembre 1998, à en payer le montant à la société MFP ; que celle-ci ayant été dissoute amiablement le 8 juin 1998 et M. Y... ayant relevé appel du jugement, M. Z..., son liquidateur, est intervenu volontairement en cause d'appel pour régulariser la procédure […] ;

Mais sur le troisième moyen, pris en ses trois branches : Vu l'article 3 du Code civil ; Attendu qu'il incombe au juge français qui reconnaît applicable un droit étranger, d'en rechercher, soit d'office soit à la demande d'une partie qui l'invoque, la teneur, avec le concours des parties et personnellement s'il y a lieu, et de donner à la question litigieuse une solution conforme au droit positif étranger ; Attendu que pour faire application de la loi française à titre subsidiaire au lieu de la loi allemande invoquée à juste titre par M. Y... dès lors qu'il s'agissait de déterminer la loi applicable à la force probante des mentions d'un acte notarié dressé en Allemagne, soumise à la loi du lieu de l'acte, l'arrêt attaqué du 29 février 2000 retient que celui-ci ne rapportait pas la preuve qui lui incombait de la teneur de la règle du droit étranger qu'il invoquait ; Qu'en statuant ainsi, en se bornant à constater que les preuves fournies par les parties étaient insuffisantes pour établir la teneur du droit allemand applicable, la cour d'appel a méconnu son office et a violé le texte susvisé ; PAR CES MOTIFS : REJETTE le pourvoi en ce qu'il est formé contre l'arrêt de la cour d'appel d'Angers du 4 octobre 1999 ; CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 29 février 2000, entre les parties, par la cour d'appel d'Angers

31

Doc. 8 : Com, 28 juin 2005 Attendu que pour écarter l'application de l'"Australian Carriage of goods by sea act 1991" et rejeter la demande de la société Itraco, l'arrêt retient que les fèves ont été transportées sous couvert de trois connaissements "Austwheat" prévoyant l'application des règles de l'"Australian Carriage of goods by sea act 1991" et non celle des règles de Hambourg de 1978, comme l'a retenu à tort le tribunal, que la société Itraco n'a pas justifié du contenu de ces règles, ni versé les connaissements complets recto verso, ne permettant pas d'examiner les clauses figurant au verso et qu'en l'état des pièces produites, la société Itraco n'établit ni les modalités prévues pour la livraison ni celles afférentes aux pesées de la cargaison délivrée au réceptionnaire ; Attendu qu'en statuant ainsi, alors qu'elle avait retenu que la loi australienne était applicable au litige, la cour d'appel a méconnu son office et violé le texte susvisé; PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur les autres griefs : CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 20 février 2002, entre les parties, par la cour d'appel de Paris

LA COUR : Sur le premier moyen : Vu l'article 3 du Code civil ; Attendu qu'il incombe au juge français qui reconnaît applicable un droit étranger, d'en rechercher, soit d'office soit à la demande d'une partie qui l'invoque, la teneur, avec le concours des parties et personnellement s'il y a lieu, et de donner à la question litigieuse une solution conforme au droit positif étranger ; Attendu, selon l'arrêt déféré, que la société International trading company (société Itraco) ayant conclu avec la General service organization (GSO) une vente CIF de fèves australiennes, la marchandise a été acheminée en vrac à bord du navire MV Chang-Er sous couvert de connaissements nets de réserve depuis les ports australiens de Wallaroo et d'Adélaïde au port d'Adabya en Egypte et que des manquants ont été constatés au cours des opérations de déchargement ; qu'ultérieurement, la société Itraco, subrogée dans les droits de GSO, a assigné la société Fenwick shipping services Ltd, armateur du navire ainsi que son capitaine, en indemnisation du préjudice ;

Doc. 9 : Civ. 1ère, 14 février 2006 pour percevoir ses revenus et les employer à ses besoins ne la prive pas de la possibilité d'exercer personnellement une action en exécution de l'obligation alimentaire ; Qu'en statuant ainsi, alors qu'il résultait d'un jugement du 8 novembre 2001 du tribunal de première instance de Monaco, versé aux débats et invoqué par M. Z..., que la nomination d'un administrateur judiciaire entraînait la perte de la capacité civile, la cour d'appel a dénaturé le droit étranger applicable et violé les textes susvisés ; PAR CES MOTIFS, et sans qu'il soit nécessaire de statuer sur les autres griefs : CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 24 octobre 2002, entre les parties, par la cour d'appel de Versailles.

Sur le premier moyen, pris en sa première branche : Vu l'article 3 du Code civil, ensemble l'article 410-19 du Code civil monégasque ; Attendu que, par jugement du 23 octobre 2000 du tribunal de première instance de Monaco, Mme X... a été désignée en qualité d'administratrice judiciaire de Mme Y..., veuve Z..., en application de l'article 410-19 du Code civil monégasque ; qu'invoquant l'article 15 du Code civil, sa fille, Mme Z..., épouse A..., a assigné Mme Yvonne Z... et M. Z..., ses frère et soeur, ainsi que l'administratrice judiciaire devant le tribunal de grande instance de Nanterre pour voir fixer le montant de leur contribution alimentaire respective à l'entretien de leur mère ; que Mme Y..., veuve Z..., est intervenue volontairement à la procédure ; que M. Z... a soulevé l'irrecevabilité de l'intervention volontaire de sa mère, celle-ci ayant perdu sa capacité civile par l'effet de son placement sous administration judiciaire, l'incompétence de la juridiction française au profit de la juridiction monégasque et subsidiairement a demandé au tribunal de se dessaisir au profit du tribunal de première instance de Monaco, premier saisi ; Attendu que, pour déclarer recevable l'intervention volontaire de Mme Y..., veuve Z..., l'arrêt retient que, selon l'article 410-19 du Code civil monégasque, un administrateur peut seulement être désigné lorsqu'il n'apparaît pas nécessaire d'organiser la tutelle ; qu'il en déduit que Mme Y..., veuve Z..., n'a pas perdu la capacité d'agir en justice et que la nomination d'un administrateur

Doc. 10 : Civ.1re, 10 mai 2006 Sur le moyen qui est recevable, pris en ses deux branches : Vu l'article 311-14 du Code civil, ensemble l'article 3 du Code civil ; Attendu que la filiation est régie par la loi personnelle de la mère au jour de la naissance de l'enfant ; qu'une loi étrangère qui ne permet pas l'établissement d'une filiation naturelle n'est pas contraire à la conception française de l'ordre public international, dès lors qu'elle n'a pas pour effet de priver un enfant de nationalité française ou résidant habituellement en France du droit d'établir sa filiation ; Attendu que Mme X..., de nationalité algérienne, a donné naissance, le 3 mai 2001 en Algérie, à une fille prénommée Léana-Myriam ; qu'en sa qualité de représentante légale de

sa fille avec laquelle elle réside en Algérie elle a, le 31 juillet 2002, fait assigner M. Y... devant les juridictions françaises en recherche de paternité naturelle ; Attendu que, pour écarter la loi algérienne qui ne connaît que l'établissement de la filiation légitime, l'arrêt retient que le principe d'égalité entre enfants légitime et naturel rend la loi algérienne contraire à l'ordre international public français ; Attendu qu'en statuant ainsi, alors que l'enfant n'a pas la nationalité française et ne réside pas en France, la cour d'appel a violé les textes susvisés ; PAR CES MOTIFS : CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 16 septembre 2004

Doc. 11 : Cass. Civ. 1ère, 20 mars 1985

LA COUR : Attendu que Jean-Claude Caron a émigré aux Etats-Unis d'Amérique, où il a fixé son domicile à Saint Thomas, aux Iles Vierges; qu'au mois de novembre 1971, il a acquis, à Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes), un appartment et ses dépendances dans l'immeuble 'Le Commodore' de la Marina Baie des Anges; que, le 27 décembre 1973, Jeanclaude Caron a constitué avec les époux Odell - Mme Odell étant son ancienne secrétaire - une société de droit américain, la 'Commodore Corporation' (désignée par le sigle C.C.), dont il possédait 10.000 actions et les époux Odell 5.000; que, le 22 mars 1974, la société C.C. a acquis l'appartement du 'Commodore' qui constituait son seul actif, pour le prix de 570.000 francs; qu'entre temps, par acte du 23 janvier 1974, un trust - administré par la First Pennsylvania Banking and Trust Company (F.P.B.T.C.) -, auquel a été transférée la propriété des 10.000 actions appartenant à Jean-Claude Caron, a été créé par celui-ci avec stipulation qu'à son décès lesdites actions seraient attribuées aux époux Odell; que, par testament du 14 mars 1975, établi en conformité de la loi de son domicile américain, Jean-Claude Caron a légué la moitié de sa fortune à Mme Odell et l'autre moitié à la First Pennsylvania Bank (F.B.B.), à charge par celle-ci d'administrer les biens au profit d'un institut de médecine préventive; que Jean-Claude Caron est décédé le 17 juillet 1977 à Villeneuve-Loubet, où il se trouvait momentanément, laissant ses deux enfants: Leslie, de nationalité française, et Aimery, de nationalité américaine; que, le 11 avril 1978, Mme Leslie Caron et M. Aimery Caron ont assigné les époux Odell, la société Commodore Corporation et les deux trustees pour: faire juger que JeanClaude Caron était seul propriétaire de l'appartement de Villeneuve-Loubet, déclarer inopposable aux demandeurs la vente de l'appartement à la société C.C., dire que la dévolution de cet immeuble est régie par la loi française, que Mme Leslie et M Aimery Caron ont droit chacun à une part réservataire d'un tiers et que, sur le troisième tiers,

Mme Leslie Caron, de nationalité française, peut prélever, en vertu de l'article 2 de la loi du 14 juillet 1819, l'équivalent des droits dont elle a été privée sur les biens situés aux états-Unis; que l'arrêt attaqué a dit que seules les dispositions de la loi française relatives à la réserve des enfants du défunt ont été fraudées et que la vente par JeanClaude Caron à la société C.C. n'est inopposable à Leslie et Aimery Caron qu'à concurrence des 2/3 indivis de l'immeuble, dit que le bien immobilier est réputé être demeuré pour 2/3 indivis dans le patrimoine de JeanClaude Caron jusqu'à son décès et qu'il est la propriété indivise de Mme Leslie Caron pour 1/3 M. Aimery Caron pour 1/3, des dépoux Odell pour le troisiême tiers, débouté les parties de leurs autres demandes, notamment celle de Mme Leslie Caron, relative à l'exercice de son droit de prélèvement, et celle formée par le frère et la soeur pour réclamer le paiement d'une indemnité d'occupation; Sur le premier moyen du pourvoi indicent, qui est prealable: Attendu que les époux Odell et les Trustees font grief à la Cour d'appel d'avoir admis qu'en réalisant les opérations litigieuses, Jean-Claude Caron avait voulu porter atteinte aux droits d'héritiers réservataires de ses enfants Leslie et Aimery, alors, d'une part, qu'il n'a pas été répondu aux conclusions additionnelles par lesquelles il était soutenu que, compte tenu des donations entre vifs consenties par Jean-Claude Caron à ses enfants, ceux-ci n'étaient pas privés de leur réserve; alors, d'autre part, qu'en s'abstenant de répondre à ce moyen, la juridiction du second degré a violé l'article 922 du Code civil, suivant lequel la qualité disponible se détermine en ajoutant fictivement tous les biens donnés entre vifs par le défunt; Mais attendu que les conclusions invoquées ont été signifiées le 22 janvier 1982, après le prononcé de l'ordonnance de clôture du 4 janvier 1982, qui n'a pas été révoquée; qu'elles n'étaient donc pas recevables; D'où il suit que le moyen ne peut être accueilli en aucune de ses deux branches;

Sur le deuxième moyen du pourvoi incident, pris en ses huit branches: Attendu que les époux Odell et les trustees font grief à la Cour d'appel d'avoir admis l'existence d'une fraude à la loi successorale française, alors, de première part, qu'en retenant comme élément matériel de la fraude à la loi l'utilisation non dhune règle de conflits de lois mais de 'l'ensemble du système de solution de conflits', lexbien litigieux ayant été transféré du domaine de la 'le rei sitae' dans celui de la règle qui soumet la succession mobilière à la loi du dernier domicile du défunt, l'arrêt attaqué contreviendrait 'à l'esprit et au but du mécanisme de la fraude à la loi française de solution de conflits de lois'; alors, de deuxième part, qu'il n'aurait pas été répondu aux conclusions par lesquelles les époux Odell et la société C.C. faisaient valoir que la fictivité de cette société n'aurait pu être invoquée comme élément de fraude à la loi que si les demandeurs avaient justifié de cette fictivité selon la loi des Iles Vierges, conformément à laquelle elle avait été constituée; alors, de troisième part, qu'en constatant la fictivité de la société C.C. d'après la loi française, l'arrêt attaqué aurait violé l'article 3, alinéa 1er de la loi du 24 juillet 1966 et l'article 14-5 de la convention d'établissement franco-américaine du 25 novembre 1959; alors, de quatrième part, qu'il n'aurait pas été répondu aux conclusions additionnelles de la F.P.B. et de la F.P.B.T.C. par lesquelles elles faisaient valoir qu'elles avaient été investies, avant l'introduction de l'instance, d'un droit de propriété sur les actions de la société C.C. et, partant, sur l'immeuble constituant la propriété de celle-ci; alors, de cinquième part, qu'en faisant application de la notion de fraude à la loi en méconnaissant les droits des tiers, la décision critiquée contreviendrait à l'esprit et au but de ladite notion; alors, de sixième part, qu'en déclarant inopposable aux consorts Caron, comme entachée de fraude à la loi successorale française, la vente consentie par leur auteur à la société C.C., l'arrêt attaqué aurait méconnu le principe de l'autonomie de la volonté et violé l'article 1134 du Code civil; alors, de septième part, qu'il n'aurait pas été répondu aux conclusions additionnelles de la F.P.B. et de la F.P.B.T.C. par lesquelles elles faisaient

valoir que la loi successorale prétendument fraudée n'était pas connue au moment de la vente puisqu'elle dépendait du domicile du vendeur au moment de son décès; alors, enfin, qu'en retenant l'existence d'une fraude à la loi, bien que la loi prétendument fraudée n'ait pas été définitivement désignée au moment de la vente, l'arrêt attaqué aurait violé la notion de fraude à la loi française ainsi que la règle de conflit déterminant la loi successorale; Mais attendu, en premier lieu, qu'il importe peu que la règle de conflit soit unitaire ou complexe pour qu'il y ait fraude à la loi; qu'il suffit que cette règle de conflit soit volontairement utilisée, en modifiant un élément de rattachement, à seule fin d'éluder l'application d'une loi compétente; qu'en l'espèce, la juridiction du second degré, qui a retenu la manipulation d'un règle de conflits comportant deux éléments de rattachement, manipulation consistant, par une série d'opérations harmonisées à modifier l'élément de rattachement constitué à l'origine par la nature immobilière du bien situé en France, devenu ensuite bien meuble, afin d'écarter l'application de la loi successorale française prévoyant une réserve, a ainsi caractérisé l'existence de la fraude, qui tient en échec le principe de l'autonomie de la volonté; Attendu, en deuxième lieu, qu'en énonçant que 'sans pour autant prononcer la nullité d'une société américaine ou la déclarer inexistante, rien n'interdit au juge français d'en constater, en fait, la fictivité et de tirer les conséquences de son caractère artificiel pour les besoins et dans les limites de la cause', la Cour d'appel a répondu aux conclusions invoquées; Attendu, en troisième lieu, qu'en se bornant à cette simple constatation de fait, sans se prononcer sur la nullité ou l'inexistence, en droit, de la société étrangère, l'arrêt attaqué n'a pas violé l'article 3, alinéa 1er de la loi du 24 juillet 1966 ou l'article 14-5 de la convention d'établissement franco-américaine du 25 novembre 1959; Attendu, en quatrième lieu, que les conclusions additionnelles invoquées ont été signifiées le 22 janvier

1982, après l'ordonnance de clôture du 4 janvier 1982, qui n'a pas été révoquée; que ces conclusions étant irrecevables, le grief de la quatrième branche ni celui de la septième branche ne peuvent être accueillis et que le moyen tiré par la cinquième branche de la méconnaissance des droits des tiers, qui n'a pas été valablement invoqué devant les juges du fond, est nouveau, mélangé de fait et de droit, et, par suite, irrecevable; Attendu, enfin, que la Cour d'appel, qui a statué au vu des éléments dont elle était saisie pour en déduire l'existence d'une fraude à la loi successorale française, n'était pas tenue de se prononcer sur une hypothèse qui ne s'est pas réalisée et qui aurait pu consister dans la modification du nouvel élément de rattachement sciemment recherché par l'auteur de la fraude; Que le deuxième moyen doit donc être écarté; Sur le troisième moyen, pris en ses deux branches, du pourvoi incident: Attendu que les époux Odell et les trustees reprochent encore à la Cour d'appel d'avoir rejeté le moyen pris de la garantie du fait personnel opposée aux deux héritiers, Leslie et Aimery Caron, alors que, selon le moyen, d'une part, l'obligation de garantie, à laquelle succède l'héritier pur et simple, 'résiste' au droit propre qu'il avait sur la chose vendue et qu'ainsi l'article 1628 du Code civil a été violé; alors que, d'autre part, le vendeur et ses héritiers ne peuvent exercer une action en nullité de la vente - sauf pour vice du consentement - que si cette action est fondée sur un motif d'ordre public que tout intéressé peut faire valoir, tandis que la protection de la réserve ne peut être invoquée par tout intéressé, mais seulement par les héritiers réservataires, ce qui exclut qu'elle puisse faire obstacle à l'exception de garantie ; que l'arrêt attaqué aurait donc violé les articles 913, 920 et 1628 du Code civil; Mais attendu que la juridiction du second degré, qui a constaté que la société acquéreuse avait pour seuls associés l'auteur et les complices de la fraude, et qui n'a pas

prononcé la nullité de la vente mais son inopposabilité aux héritiers réservataires, a justement estimé que ceux-ci ne pouvaient 'se voir opposer' les obligations de leur auteur liées à une convention dont la finalité était de faire fraude à leurs droits; PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur les quatre premières branches du moyen: CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu'il a dit que la vente par Jean-Claude Caron à la société Commodore Corporation, suivant acte du 22 mars 1974, n'est inopposable à Leslie et Aimery Caron qu'à concurrence des 2/3 indivis de l'immeuble, l'arrêt rendu le 9 mars 1982, entre les parties, par la Cour d'appel d'Aix-en-Provence; remet, en conséquence, quant à ce, la cause et les parties au même et semblable état où elles étaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la Cour d'appel de Paris, à ce désignée par délibération spéciale prise en la Chambre du conseil.

Fiche n°7

LES RÈGLES DE COMPETENCE JUDICIAIRE INTERNATIONALE DE DROIT COMMUN

I.

Revoir la distinction de la compétence juridictionnelle et de la compétence législative (les rapports qu’elles entretiennent) et les notions de compétence “ générale ” et de compétence “ spéciale ”.

II.

Textes : voir les articles 14 et 15 du Code civil, 42 à 48 et 1070 du CPC, l’article R.1412-1 du Code du travail et le règlement BII bis n°2201/2003

III.

Jurisprudence a) Caractère subsidiaire des articles 14 et 15 du Code civil - Doc. 1 : Cass. Civ. 1ère, 19 novembre 1985, JDI 1986, 719, note Huet ; Rev. Crit. 1986, 712, note Lequette. b) Conditions d’application de l’article 14 du code civil - Doc. 2 : Civ. 1ère, 22 mai 2007 - Doc. 3 : Civ. 1ère, 26 mai 1999, Bull. Civ. I, n°113 - A titre indicatif : Doc. 4 : Civ. 1ere, 23 mai 2006, Prieur, Rev. Crit. 2006, 870, note Gaudemet-Tallon ; D.2006, chr.1846 B.Audit. - Doc 5 : Cass.1ère civ. 1 juin 2009 et 30 septembre 2009 (2 arrêts)

IV.

Exercice Dissertation : Quelle est la place, aujourd’hui, des articles 14 et 15 ?

Doc. 1 : Civ. 1ère 19 novembre 1985

LA COUR : Sur le deuxième moyen: Vu l'article 14 du Code civil et l'article 48 du Code de procédure civile; Attendu que le premier de ces textes, qui donne compétence à la juridiction française en raison de la nationalité française du demandeur, n'a lieu de s'appliquer que lorsqu'aucun critère ordinaire de compétence territoriale n'est réalisé en France; que, selon le second, le magistrat, compétent pour autoriser sur requête le créancier justifiant d'une créance fondée en son principe à saisir conservatoirement les meubles appartenant à son débiteur, est celui du domicile du débiteur ou dans le ressort duquel sont situés les biens à saisir; Attendu que par ordonnance du 4 octobre 1983 le président du tribunal de grande instance de Montauban a autorisé la société Orliac, qui a son siège à Lamagistère (Tarn et Garonne), à saisir conservatoirement les fonds appartenant à la société 'Cognacs and Brandies from France INC (C.B.F.F.) société de droit américain ayant son siège à Old Greenwich, Etat du Connecticut (Etats-Unis d'Amérique), qui seraient déposés au compte ouvert par elle à l'agence du Crédit Agricole à Lons le Saunier (Jura); que la C.B.F.F. a demandé au même magistrat de rétracter son ordonnance en soulevant son incompétence notamment au regard des dispositions de l'article 48 du Code de procédure civile; Attendu que pour rejeter cette demande, l'arrêt attaqué retient que l'article 14 du Code civil énonce une disposition spéciale qui, dérogeant au droit commun, instaure au profit de tout français, un privilège de juridiction qui l'autorise à saisir tout tribunal de son choix; qu'en se déterminant ainsi la Cour d'appel a, par fausse application du premier et par refus d'application du second, violé les textes susvisés. Par ces motifs, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur le premier et le troisième moyens: CASSE et ANNULE l'arrêt rendu le 15 février 1984, entre les parties, par la Cour d'appel de Toulouse; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la Cour d'appel d'Agen, à ce désignée par délibération spéciale prise en la Chambre du conseil.

Doc. 2 : Civ. 1ère 22 mai 2007 Attendu que la société française Fercométal a livré à la société algérienne COPROS, 4900 tonnes de ronds à béton, chargés à Odessa (Ukraine) sur le navire M/V Rentov à destination d'Alger ; que la première partie de la livraison a été payée, mais que la seconde partie d'une valeur de 612 751,36 USD, arrivée au port d'Alger le 2 février 1999 a été déchargée, dédouanée et enlevée sans que le prix en ait été payé ; qu'estimant que la Banque de développement local (BDL), banque domiciliataire algérienne de l'opération d'importation, avait commis une faute, la société Fercométal l'a assignée le 15 mai 2000 devant le tribunal de commerce de Paris en responsabilité et indemnisation de son préjudice ; que la société défenderesse a soulevé une exception d'incompétence ; Sur le premier moyen : Attendu que la société BDL fait grief à l'arrêt attaqué (Paris, 28 janvier 2004) d'avoir rejeté l'exception d'incompétence des juridictions françaises pour statuer sur le moyen tiré du non-respect de la réglementation algérienne applicable aux opérations d'importation, alors, selon le moyen, que la cour d'appel ne pouvait écarter l'exception d'incompétence des tribunaux français soulevée par la BDL, sans expliquer en quoi cette banque pouvait encourir une quelconque responsabilité, fut-elle délictuelle, à l'égard de la société Fercométal, exportateur étranger, en raison des prétendues fautes dans l'exécution de sa mission d'intermédiaire agrée, instituée et régie par les dispositions de la réglementation algérienne exclusivement édictées pour assurer le respect de la réglementation algérienne du commerce extérieur et des changes, en organisant des rapports entre la banque intermédiaire agréée et l'importateur résidant ; dès lors la décision manque de base légale au regard de l'article 14 du code civil ; Mais attendu que l'article 14 du code civil n'ouvre au demandeur français qu'une simple faculté et n'édicte pas à son profit une compétence impérative, exclusive de la compétence indirecte d'un tribunal étranger déjà saisi et dont le choix n'est pas frauduleux ; que dès lors qu'il résultait de ses constatations que la société Fercométal était française et qu'aucune juridiction étrangère n'était saisie, la cour d'appel a décidé à bon droit que la juridiction française était compétente par application de l'article précité ; que le moyen n'est pas fondé ; sur la note du 15 février 1995 qu'elle a écartée, a estimé souverainement, par une décision motivée, que le visa de domiciliation apposé sur la facture définitive valait attestation de paiement permettant le dédouanement des marchandises ; que le moyen ne peut être accueilli ; PAR CES MOTIFS : REJETTE le pourvoi ;

Sur le second moyen, pris en ses cinq branches ci-après annexé : Attendu que la société BDL fait encore grief à l'arrêt de l'avoir condamnée à payer à la société Fercométal une certaine d'argent ; Attendu que c'est hors dénaturation, par une interprétation, que la combinaison des différents textes et documents produits, rendait nécessaire en raison de leur imprécision et manque de clarté, que la cour d'appel, qui n'avait pas à entrer dans le détail de l'argumentation des parties et à s'expliquer

Doc.3 : Civ. 1ère 26 mai 1999

LA COUR : Sur le premier moyen du pourvoi; Vu l'article 14 du Code civil ; Attendu que Mme Nabet a assigné la société Charlet, dont le siège est à Monaco, devant le tribunal d'instance de Montpellier, en paiement d'une somme représentant la valeur du lot qu'elle prétendait avoir gagné à l'occasion d'une loterie organisée par cette société ; Attendu que, pour déclarer la juridiction française compétente pour connaître de cette demande, l'arrêt attaqué énonce qu'en saisissant le tribunal du lieu de son domicile, la demanderesse avait manifesté, implicitement mais nécessairement, son souhait de saisir une juridiction française et que le privilège de juridiction résultant de l'article 14 du Code civil ne saurait être mis en échec par les règles internes de compétence territoriale lorsque celles-ci ne donnent pas compétence à des tribunaux français, ce qui est le cas en l'espèce ; Attendu qu'en soulevant ainsi d'office l'application de ce texte, qui n'est pas d'ordre public et qui n'avait pas été invoqué par la demanderesse, la cour d'appel a violé celuici ; Attendu que la cassation sur la compétence entraîne la cassation par voie de conséquence du jugement qui en est la suite ; Et attendu qu'il y a lieu, conformément à l'article 627, alinéa 2, du nouveau Code de procédure civile, de mettre fin au litige en appliquant la règle de droit appropriée; PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur le second moyen du pourvoi n° D 97-15.433, ni sur le pourvoi n° J 97-16.128 ; CASSE ET ANNULE, dans toutes leurs dispositions, l'arrêt rendu le 3 février 1997, entre les parties, par la cour d'appel de Montpellier et le

Doc. 4 : Civ.1re, 23 mai 2006

Sur le moyen unique : Attendu que Mme de Y... a sollicité l'exequatur en France d'un jugement rendu le 16 avril 1996 par le tribunal de première instance de la République et canton de Genève, qui a annulé, pour vice du consentement, le mariage qu'elle avait contracté le 15 octobre 1993 avec M. X... ; Attendu que M. X... fait grief à l'arrêt confirmatif attaqué (Poitiers, 10 décembre 2002) d'avoir déclaré ce jugement exécutoire en France, alors, selon le moyen, qu'en refusant de retenir la compétence exclusive des tribunaux français, bien que le défendeur français n'eût pas renoncé à son privilège de juridiction et qu'aucun traité international, de nature à y faire échec, ne fût applicable à la cause, la cour d'appel a violé l'article 15 du code civil ;

Mais attendu que l'article 15 du code civil ne consacre qu'une compétence facultative de la juridiction française, impropre à exclure la compétence indirecte d'un tribunal étranger, dès lors que le litige se rattache de manière caractérisée à l'Etat dont la juridiction est saisie et que le choix de la juridiction n'est pas frauduleux ; qu'ayant retenu que les parties, toutes deux nées en Suisse, s'étaient mariées dans ce pays en convenant d'un contrat de mariage régi par le droit suisse et y avaient établi leur résidence, la cour d'appel a exactement décidé qu'en l'absence de fraude dans la saisine du tribunal étranger, celui-ci était compétent ; D'où il suit que le moyen n'est pas fondé ; PAR CES MOTIFS : REJETTE le pourvoi ;

Doc. 5 : Cass.1ère civ. 1er juin 2009 Sur le moyen unique, pris en ses trois branches : Vu l'article 14 du code civil ; Attendu que ce texte énonce une règle de compétence directe, qui, sauf renonciation ou traité international, permet à un demandeur français de saisir un tribunal français, lorsqu'aucun critère ordinaire de compétence territoriale n'est réalisé en France et qu' un tribunal étranger n'a pas été préalablement saisi ; Attendu que la société française Valavia a acheté en 2000 un avion construit en 1983 par la société américaine Cessna Aircraf Company (CESSNA) ; qu'elle a confié la maintenance de l'appareil à la société française Cessna Citation European Service Center (CCESC) ; qu'en 2004, cette société a établi un devis en vue d'une inspection réglementaire ; que la société Valavia a sollicité pour cette inspection, la société américaine Garret Aviation qui l'a informée que le constructeur de l'avion n'avait pas installé un train avant correspondant au modèle agréé ; qu'après expertise ordonnée en référé, la société CCESC a assigné la société Valavia en paiement de factures impayées ; que cette dernière a appelé en la cause, la société CESSNA, en réparation du préjudice causé par l'installation d'un train d'atterrissage non conforme ; que la société CESSNA a soulevé l'incompétence du tribunal de commerce de Paris ; Attendu que pour déclarer ce tribunal incompétent, la cour d'appel a relevé que la société Valavia avait renoncé sans équivoque à se prévaloir de l'article 14 du code civil en annonçant à l'expert judiciaire qu'elle intenterait une action aux Etats-Unis et que l'existence de liens caractérisés du litige avec la France n'était pas démontrée ; Qu'en statuant ainsi, alors, d'une part, qu'un tribunal étranger n'avait pas été préalablement saisi, d'autre part, qu'une déclaration d'intention ne peut valoir renonciation au bénéfice de l'article 14 du code civil, la cour d'appel a violé le texte susvisé ; PAR CES MOTIFS : CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 9 avril 2008, entre les parties, par la cour d'appel de Paris.

Doc. 6 : Cass. 1ère civ. 30 sept. 2009

Sur le moyen unique, pris en ses trois branches : Vu l'article 7 du Règlement (CE) du 27 novembre 2003 (Bruxelles II bis), ensemble les articles 1070 du code de procédure civile et 14 du code civil ; Attendu que, selon le premier de ces textes, lorsqu'aucune juridiction d'un Etat membre n'est compétente en vertu des articles 3, 4 et 5 du Règlement, la compétence est, dans chaque Etat, réglée par la loi de cet Etat ; que cette compétence est, en droit français, énoncée aux articles 1070 du code de procédure civile et 14 du code civil ; que ce dernier texte, qui donne compétence à la juridiction française du demandeur de nationalité française, s'applique

lorsqu'aucun critère ordinaire de compétence n'est réalisé en France ; Attendu que Mme X..., de nationalité française, et M. Y..., de nationalité américaine, résidaient aux Etats-Unis ; qu'ils ont deux enfants, Emma, née le 12 janvier 2005 dans le Michigan, et Arthur ; né le 10 février 2008 à Lyon ; que Mme X... a quitté les Etats-Unis avec sa fille le 12 novembre 2007 ; qu'elle a déposé une requête en divorce le 15 février 2008 devant le tribunal de grande instance de Lyon ; que M. Y... a déposé une requête en divorce auprès du tribunal du comté d'Oakland (Michigan), le 13 mars 2008 ;

Attendu qu'après avoir constaté qu'aucune juridiction française n'était compétente en application des articles 3 du Règlement Bruxelles II bis et 1070 du code de procédure civile, la cour d'appel a écarté la compétence de la juridiction française fondée sur l'article 14 du code civil au motif que cet article ne consacre qu'une compétence facultative impropre à exclure la compétence du juge étranger, dès lors que le litige se rattache de manière caractérisée à l'Etat dont la juridiction est saisie et que le choix de celle-ci n'est pas frauduleux ; Qu'en statuant ainsi, alors que la juridiction française avait été valablement saisie en application de l'article 14 du code civil, la cour d'appel a violé les textes susvisés ; PAR CES MOTIFS : CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 23 juillet 2008, entre les parties, par la cour d'appel de Lyon ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d'appel de Lyon, autrement composée ;

Cass. 1ère civ. 30 sept. 2009 Sur le moyen unique, pris en ses cinq branches : Attendu que par un contrat en date du 27 juin 1998, la société de droit saoudien Saudi Basic Industries Corporation, (ci-après SABIC), a confié à la société Thinet International (la société Thinet), la construction de son nouveau siège social à Riyad ; que le contrat, rédigé en langue arabe, comportait une clause attributive de juridiction au profit d’une juridiction saoudienne ; qu’à la suite de difficultés d’exécution, la société Thinet a saisi, le 1er août 2001, le “tribunal des doléances“ désigné par la clause ; que par jugement du 28 février 2005, la formation d’appel de ce tribunal, a annulé le jugement de première instance et s’est déclarée incompétente, le litige étant de nature civile et non commerciale ; que la société Thinet a alors saisi, sur le fondement de l’article 14 du code civil, le tribunal de commerce de Paris qui s’est déclaré compétent ; Attendu que la SABIC fait grief à l’arrêt attaqué (Paris, 28 mai 2008) d’avoir déclaré non fondé le contredit et renvoyé le litige devant le tribunal de commerce de Paris, alors, selon le moyen : 1o/ que la règle de compétence de l’article 14 du code civil n’est pas impérative pour le juge qui peut décliner sa compétence en l’absence de rattachement significatif du litige avec la France ; que selon les constatations de l’arrêt attaqué, le litige portait sur les difficultés d’exécution d’un contrat de construction immobilière passé en Arabie Saoudite entre un maître d’ouvrage saoudien et une entreprise ayant un établissement dans ce pays, soumis à la loi saoudienne et intégralement exécuté dans ce pays ; qu’il s’en déduisait que le litige ne présentait aucun rattachement significatif avec la France ; qu’en retenant néanmoins la compétence de la juridiction française, la cour d’appel a violé l’article 14 du code civil ; 2o/ qu’une société ne peut se prévaloir de son siège statutaire en France pour revendiquer la compétence d’une juridiction française en application de l’article 14 du code civil si ce siège est fictif et non réel à la date de l’assignation ; que la réalité du siège statutaire n’est caractérisée ni par les procès-verbaux des assemblées générales, ni par les rapports du commissaire aux comptes, ni par une adresse postale, mais par une activité administrative, commerciale ou économique effective ; qu’en statuant par les motifs précités, qui ne caractérisent pas la réalité du siège statutaire au jour de l’assignation et sans rechercher, comme elle y était invitée, si la société THINET disposait d’un local et d’un représentant à l’adresse indiquée comme son siège statutaire, où l’huissier significateur du jugement avait dressé un procès-verbal de perquisition dans lequel le gardien de l’immeuble déclarait que la société “n’a plus d’établissement à cette adresse depuis 5 ans” et indiquait faire suivre le courrier, où la notification postale du contredit de compétence avait été présentée mais retournée avec la mention “NPAI” (n’habite pas à l’adresse indiquée), où la signification du même contredit n’avait pu ensuite être remise qu’à un avocat se déclarant “responsable” de la société Thinet, et où enfin un huissier chargé de délivrer une sommation avait été accueilli par le gardien de l’immeuble déclarant “qu’aucun animateur ni aucun salarié de Thinet n’est présent”, la cour

d’appel n’a pas donné de base légale au regard des articles 14 et 1837 alinéa 2 du code civil ; 3o/ que la licéité d’une clause attributive de juridiction doit être appréciée par application de la loi du for, c’est-à-dire en l’espèce de la loi française puisque le juge français avait été saisi par Thinet et sa compétence contestée par la société SABIC qui se prévalait de la clause désignant une juridiction saoudienne ; qu’en droit international privé français, les clauses prorogeant la compétence internationale sont en principe licites, lorsqu’il s’agit d’un litige international et que la clause ne fait pas échec à la compétence territoriale impérative d’une juridiction française ; que lorsque la clause attributive est privée d’efficacité par le refus de la juridiction désignée de se reconnaître compétente, la juridiction exclue ne peut se déclarer compétente que sur le fondement d’une règle de droit commun de compétence internationale, notamment en cas de déni de justice, et non sur celui de la nationalité de la demanderesse ; qu’en refusant de donner effet à la clause par le motif tiré de son illicéité prononcée par la juridiction saoudienne désignée, la cour d’appel a violé les principes régissant la compétence internationale des tribunaux français ; 4o/ que la détermination du sens et de la portée d’une clause attributive de juridiction relève, comme l’interprétation du contrat lui-même, de la loi choisie par les parties ; qu’il n’était pas contesté en l’espèce que le contrat était soumis à la loi saoudienne ; qu’en refusant de rechercher, comme il lui était demandé, si selon le droit saoudien applicable, une erreur des parties sur l’identification du tribunal compétent ratione materiae était sans incidence sur la validité d’une clause attributive de compétence qui devait produire effet comme exprimant la volonté des parties de voir leurs différends réglés par des juridictions saoudiennes, la cour d’appel a privé sa décision de base légale au regard des articles 3 et 1134 du code civil ; 5o/ que la saisine d’un juge étranger par un français vaut renonciation à se prévaloir de l’article 14 du code civil pour saisir une juridiction française ; que cette renonciation est irrévocable ; qu’au cas où le juge étranger préalablement saisi se déclare incompétent, le français ne peut saisir un tribunal français que sur le fondement d’une règle de compétence internationale de droit commun, tel par exemple le déni de justice ; qu’en particulier le français qui a saisi une juridiction étrangère ne peut invoquer sa négligence à poursuivre l’instance devant celle-ci pour redonner compétence à une juridiction française ; qu’en l’espèce, l’exposante justifiait que la société Thinet avait déposé une assignation au greffe du tribunal général de Riyad le 19 octobre 2005, avant d’assigner devant le tribunal de commerce de Paris le 26 décembre 2005, et que si cette procédure n’avait pas eu de suite, c’était du fait de la société Thinet qui n’avait pas signifié l’assignation ni demandé la mise au rôle, conservant la possibilité de le faire à tout moment ; qu’en décidant que la renonciation de la société Thinet à se prévaloir de l’article 14 n’était pas établie dès lors qu’il n’était pas démontré qu’uneprocédure avait été effectivement intentée utilement devant le tribunal

général de Riyad, la cour d’appel a violé l’article 14 du code civil ; Mais attendu qu’ayant constaté, d’une part, qu’il ressortait des pièces produites que la société Thinet était une société française ayant son siège social et statutaire à Paris, d’autre part, que la juridiction saoudienne désignée par la clause attributive de juridiction s’étaient déclarée incompétente pour régler le litige, et enfin, que la preuve n’était pas rapportée que les juridictions de droit commun étrangères avaient été saisies par la société Thinet, la cour d’appel a considéré à bon droit que cette dernière pouvait saisir les tribunaux français sur le fondement de l’article 14 du code civil ; que le moyen, nouveau et mélangé de fait en sa première branche, et partant irrecevable, ne peut être accueilli dans ses autres branches ; PAR CES MOTIFS : REJETTE le pourvoi ; Condamne la société Saudi Basic Industries Corporation aux dépens ;

Fiche n°8 LES REGLES DE COMPETENCE JUDICIAIRE DE L’UNION EUROPÉENNE

I. II.

Textes : Règlement (CE) Bruxelles I n°44/2001 et Bruxelles II bis n°2201/2003 Définir : les champs d’application matériel et spatial des règlements Bruxelles 1 et Bruxelles II bis

III.

Exercice :

Doc. 1 : CJCE, 30 avril 2005, « Owusu », Rev.crit. 2005, p.669, note C.Chalas, Gaz.Pal.2005, n°148, p.31, note M-L. Niboyet, JDI 2006, p. 1177, note Cuniberti et Winkler.

A la lumière de l’affaire Owusu, recherchez les enjeux de la délimitation du champ d’application dans l’espace des règles de compétence du règlement Bruxelles 1. Comparer avec les modifications envisagées par la Commission européenne dans sa proposition de refonte du règlement Bruxelles I (publiée le 14 décembre 2010). Les étudiants sont invités à lire l’intégralité de l’arrêt et les conclusions de l’avocat général M Léger. Ils les trouveront sur le site de la Cour de justice à partir de la recherche numérique des affaires (aff. C-281/02). Exercice : les étudiants se partageront en deux groupes. Les uns défenderont la solution Owusu, et les autres la combatteront en faisant le lien avec les perspectives d’une internationalisation du règlement Bruxelles I (cf proposition de refonte du règlement Bruxelles I publiée par la commission européenne).

Doc. 1 : CJCE, 30 avril 2005, Owusu 1 La demande de décision préjudicielle porte sur l’interprétation de l’article 2 de la convention du 27 septembre 1968 concernant la compétence judiciaire et l’exécution des décisions en matière civile et commerciale (JO 1972, L 299, p. 32), telle que modifiée par la convention du 9 octobre 1978 relative à l’adhésion du royaume de Danemark, de l’Irlande et du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord (JO L 304, p. 1, et − texte modifié − p. 77), par la convention du 25 octobre 1982 relative à l’adhésion de la République hellénique (JO L 388, p. 1) et par la convention du 26 mai 1989 relative à l’adhésion du royaume d’Espagne et de la République portugaise (JO L 285, p. 1, ci-après la «convention de Bruxelles»). 2 Cette demande a été présentée dans le cadre d’un litige opposant M. Owusu à M. Jackson, agissant sous le nom commercial «Villa Holidays Bal-Inn Villas», et à plusieurs sociétés de droit jamaïquain à la suite de la survenance d’un accident corporel dont a été victime M. Owusu en Jamaïque. Le cadre juridique La convention de Bruxelles 3 Il ressort de son préambule que la convention de Bruxelles a pour but de faciliter la reconnaissance réciproque et l’exécution des décisions judiciaires, conformément à l’article 293 CE, ainsi que de renforcer dans la Communauté la protection juridique des personnes qui y sont établies. Le préambule indique également qu’il importe à cette fin de déterminer la compétence des juridictions des États contractants dans l’ordre international. 4 Les dispositions relatives à la compétence figurent dans le titre II de la convention de Bruxelles. Aux termes de l’article 2 de cette convention: «Sous réserve des dispositions de la présente convention, les personnes domiciliées sur le territoire d'un État contractant sont attraites, quelle que soit leur nationalité, devant les juridictions de cet État. Les personnes qui ne possèdent pas la nationalité de l'État dans lequel elles sont domiciliées y sont soumises aux règles de compétence applicables aux nationaux.» 5 L’article 5, points 1 et 3, de ladite convention dispose toutefois que le défendeur peut être attrait dans un autre État contractant, en matière contractuelle, devant le tribunal du lieu où l’obligation qui sert de base à la demande a été ou doit être exécutée et, en matière délictuelle ou quasi délictuelle, devant le tribunal du lieu où le fait dommageable s’est produit. 6 Par ailleurs, la convention de Bruxelles vise à prévenir les contrariétés de décisions. Ainsi, aux termes de son article 21, relatif à la litispendance: «Lorsque des demandes ayant le même objet et la même cause sont formées entre les mêmes parties devant les juridictions d’États contractants différents, la juridiction saisie en second lieu sursoit d'office à statuer jusqu'à ce que la compétence du tribunal premier saisi soit établie. Lorsque la compétence du tribunal premier saisi est établie, le tribunal saisi en second lieu se dessaisit en faveur de celui-ci.» 7 L’article 22 de cette convention prévoit: «Lorsque des demandes connexes sont formées devant des juridictions d’États contractants différents et sont pendantes au premier degré, la juridiction saisie en second lieu peut surseoir à statuer. Cette juridiction peut également se dessaisir, à la demande de l’une des parties, à condition que sa loi permette la jonction d’affaires connexes et que le tribunal premier saisi soit compétent pour connaître des deux demandes. Sont connexes, au sens du présent article, les demandes liées entre elles par un rapport si étroit qu’il y a intérêt à les instruire et à juger en même temps afin d’éviter des solutions qui pourraient être inconciliables si les causes étaient jugées séparément.» Le droit national 8 En application de l'exception du forum non conveniens, telle que connue en droit anglais, une juridiction nationale peut décliner sa compétence au motif qu’une juridiction, également compétente, située dans un autre État, serait objectivement un for plus approprié pour connaître d'un litige, c’est-à-dire devant lequel le litige peut être tranché de manière adéquate au regard des intérêts de toutes les parties et des fins de la justice (arrêt de 1986 de la House of Lords, Spiliada Maritime Corporation/Cansulex Ltd, 1987, AC 460, spéc. p. 476). 9 Une juridiction anglaise qui décide de décliner sa compétence en application de l'exception du forum non conveniens surseoit à statuer de telle sorte que la procédure, ainsi provisoirement suspendue, est susceptible d’être reprise dans l’hypothèse où il s’avérerait, notamment, que le for étranger n’est pas compétent pour connaître du litige ou que le demandeur n’a pas accès à une justice effective devant ce for. Le litige au principal et les questions préjudicielles 10 Le 10 octobre 1997, M. Owusu, ressortissant britannique domicilié au Royaume-Uni, a été victime d’un très grave accident alors qu’il se trouvait en vacances en Jamaïque. En plongeant dans la mer à un endroit où l’eau arrivait à hauteur de l'abdomen, il a heurté un banc de sable immergé et a subi une fracture de la cinquième vertèbre cervicale qui l’a rendu tétraplégique. 11 À la suite de cet accident, M. Owusu a introduit, au Royaume-Uni, une action en responsabilité contractuelle à l’encontre de M. Jackson, également domicilié dans cet État. Ce dernier avait loué à l’intéressé une villa de vacances à Mammee Bay (Jamaïque). Selon M. Owusu, le contrat, qui stipulait qu’il avait accès à une plage privée, prévoyait implicitement que celle-ci serait raisonnablement sûre ou exempte de dangers cachés. 12 M. Owusu a également exercé au Royaume-Uni une action en responsabilité quasi délictuelle à l’encontre de plusieurs sociétés jamaïquaines, à savoir Mammee Bay Club Ltd (ci-après le «troisième défendeur au principal»), propriétaire exploitant de

la plage de Mammee Bay, lequel avait fourni au demandeur au principal un accès gratuit à cette plage, The Enchanted Garden Resorts & Spa Ltd (ci-après le «quatrième défendeur au principal»), laquelle exploite un centre de vacances proche de Mammee Bay et dont les clients avaient également l’autorisation d’accéder à ladite plage, ainsi que Town & Country Resorts Ltd (ci-après le «sixième défendeur au principal»), qui exploite un grand hôtel adjacent à cette même plage et est titulaire d’une licence d’accès à celle-ci sous réserve d’en assurer la gestion, l’entretien et la surveillance. 13 Il ressort du dossier qu’une vacancière de nationalité anglaise avait eu, deux ans auparavant, un accident similaire qui l’avait également rendue tétraplégique. Aussi l’action en responsabilité quasi délictuelle introduite contre les défendeurs jamaïquains s’appuie-t-elle non seulement sur le fait qu’ils n’auraient pas averti les nageurs des dangers liés à la présence de bancs de sable immergés, mais également sur le fait qu’ils n’auraient pas pris au sérieux l’accident précédemment survenu. 14 La procédure a été ouverte par une assignation délivrée, le 6 octobre 2000, par le Sheffield District Registry de la High Court (England & Wales) Civil Division (Royaume-Uni). Cette assignation a été signifiée à M. Jackson au Royaume-Uni et le demandeur au principal a, le 12 décembre 2000, reçu l’autorisation d’assigner les autres défendeurs en Jamaïque. L’assignation a été faite aux troisième, quatrième et sixième défendeurs au principal, mais non à Mammee Bay Resorts Ltd ni à Consulting Services Ltd. 15 Tant M. Jackson que les troisième, quatrième et sixième défendeurs au principal ont déposé devant ladite juridiction un déclinatoire de compétence en ce qui concerne l’action introduite à leur encontre. À l’appui de leur demande, ils ont fait valoir que le litige avait des liens plus étroits avec la Jamaïque et que la juridiction de cet État constituait un for compétent devant lequel le litige pouvait être réglé de manière plus adéquate pour toutes les parties et aux fins d’une meilleure justice. 16 Par ordonnance du 16 octobre 2001, le juge siégeant en tant que Deputy High Court Judge à Sheffield (Royaume-Uni) a estimé qu’il ressort de l’arrêt du 13 juillet 2000, Group Josi (C-412/98, Rec. p. I-5925, points 59 à 61), que l’applicabilité des règles de compétence de la convention de Bruxelles à un litige dépend, en principe, de la question de savoir si le défendeur a son siège ou son domicile sur le territoire d’un État contractant et que la convention s’applique à tout litige opposant un défendeur domicilié dans un État contractant à un demandeur domicilié dans un État tiers. Dans ces conditions, la décision de la Court of Appeal (Royaume-Uni) de 1992, In re Harrods (Buenos Aires) Ltd (1992 AC 72), et par laquelle a été admise la possibilité pour les tribunaux anglais, en application de l'exception du forum non conveniens, de renoncer à exercer la compétence qu’ils tirent de l’article 2 de la convention de Bruxelles serait erronée. 17 Estimant qu’il n’était pas habilité à poser lui-même une question préjudicielle à la Cour pour clarifier ce point, conformément à l’article 2 du protocole du 3 juin 1971, le juge siégeant en tant que Deputy High Court Judge a considéré, à la lumière des principes énoncés dans l’arrêt Group Josi, précité, qu’il ne pouvait pas surseoir à statuer à l’égard de M. Jackson, dès lors que ce dernier a son domicile dans un État contractant. 18 Nonobstant les liens de rattachement que pouvait avoir avec la Jamaïque l’action dirigée contre les autres défendeurs, le même juge a estimé qu’il ne pouvait pas non plus surseoir à statuer à leur égard dans la mesure où la convention de Bruxelles s’opposait à ce qu’il sursît à statuer dans le cadre de l’action dirigée contre M. Jackson. En effet, dans le cas contraire, il y aurait eu le risque que différents tribunaux de deux États soient amenés à juger les mêmes faits sur la base de preuves identiques ou similaires et parviennent à des conclusions contradictoires. Le juge de première instance a donc conclu que le Royaume-Uni et non la Jamaïque constituait l'État où le for était approprié pour connaître du litige et a rejeté le déclinatoire de compétence. 19 M. Jackson ainsi que les troisième, quatrième et sixième défendeurs ont interjeté appel contre cette ordonnance. La Court of Appeal (England & Wales) Civil Division observe que, en l’occurrence, les juridictions ayant vocation à connaître du litige sont celles d’un État contractant et d’un État tiers. Si l’article 2 de la convention de Bruxelles s'imposait également dans ce contexte, M. Jackson devrait être attrait au Royaume-Uni devant les juridictions de son domicile et il ne serait pas permis au demandeur au principal de le poursuivre, au titre de l’article 5, point 3, de la convention de Bruxelles, en Jamaïque, où le dommage s’est produit, dans la mesure où cet État n’est pas un autre État contractant. En l’absence de dérogation expresse en ce sens dans ladite convention, il ne serait donc pas permis d’envisager une exception à la règle posée à l’article 2 de la convention de Bruxelles. Selon la juridiction de renvoi, la question de l’application de l’exception du forum non conveniens en faveur des juridictions d’un État tiers, alors même que l’un des défendeurs est domicilié dans un État contractant, n’a jamais fait l’objet d’un arrêt de la Cour de justice. 20 À cet égard, selon le demandeur au principal, l’article 2 de la convention de Bruxelles est d’application impérative de telle sorte que la juridiction anglaise ne pourrait surseoir à statuer au Royaume-Uni à l’encontre d’un défendeur domicilié dans ce même État, quand bien même ladite juridiction considère qu’un autre for, dans un État tiers, est plus approprié. 21 La juridiction de renvoi observe que, si cette position devait se révéler correcte, elle pourrait avoir des conséquences importantes dans un certain nombre d’autres hypothèses concernant des cas de compétence exclusive ou de litispendance. Elle ajoute que le jugement rendu en Angleterre qui trancherait le litige au fond et dont l’exécution serait envisagée en Jamaïque, particulièrement à l’égard des défendeurs jamaïquains, serait susceptible de se heurter à certaines règles en vigueur dans ce pays en matière de reconnaissance et d’exécution des jugements étrangers. 22 C’est dans ces conditions que la Court of Appeal (England & Wales) Civil Division a décidé de surseoir à statuer et de poser à la Cour les questions préjudicielles suivantes: «1) La convention de Bruxelles […] s'oppose-t-elle, lorsque le demandeur prétend que la compétence est basée sur l’article 2, à ce que la juridiction d’un État contractant décline sa compétence, en vertu de son droit national pour connaître d’une action intentée contre une personne dans cet État en faveur des juridictions d’un État tiers: a) si la question de la compétence d’une juridiction d’un autre État contractant de la convention de Bruxelles ne se pose pas; b) si le litige n’a aucun autre lien de rattachement avec un autre État contractant?

2) Si la réponse donnée à la première question sous a) ou sous b) est affirmative, la convention de Bruxelles s'oppose-t-elle à un tel déclinatoire de compétence dans toutes les circonstances ou seulement dans certaines circonstances et, le cas échéant, lesquelles?» Sur les questions préjudicielles Sur la première question 23 En vue de répondre à la première question, il convient, tout d’abord, de déterminer si l’article 2 de la convention de Bruxelles est applicable dans une situation telle que celle de l’affaire au principal, c’est-à-dire lorsque le demandeur et l'un des défendeurs ont leur domicile sur le territoire d’un même État contractant et que le litige qui les oppose devant les juridictions de cet État présente certains liens de rattachement avec un État tiers, mais non avec un autre État contractant. Ce n’est que dans l’affirmative que se poserait, dans les circonstances de l’affaire au principal, la question de savoir si la convention de Bruxelles s’oppose à l’application par une juridiction d’un État contractant de l'exception du forum non conveniens, dans l'hypothèse où l’article 2 de ladite convention permettrait à cette juridiction de fonder sa compétence en raison du domicile du défendeur sur le territoire national. Sur l’applicabilité de l’article 2 de la convention de Bruxelles 24 Rien dans le libellé de l'article 2 de la convention de Bruxelles n’indique que l’application de la règle générale de compétence que cet article énonce en fonction uniquement du domicile du défendeur sur le territoire d’un État contractant est soumise à la condition de l’existence d’un rapport juridique impliquant plusieurs États contractants. 25 Certes, l’application même des règles de compétence de la convention de Bruxelles, ainsi qu’il ressort du rapport sur ladite convention, présenté par M. Jenard (JO 1979, C 59, p. 1, 8), requiert l’existence d’un élément d’extranéité. 26 Toutefois, le caractère international du rapport juridique en cause ne doit pas nécessairement découler, pour les besoins de l’application de l’article 2 de la convention de Bruxelles, de l’implication, en raison du fond du litige ou du domicile respectif des parties au litige, de plusieurs États contractants. L’implication d’un État contractant et d’un État tiers, en raison, par exemple, du domicile du demandeur et d'un défendeur, dans le premier État, et de la localisation des faits litigieux dans le second, est également susceptible de conférer un caractère international au rapport juridique en cause. En effet, cette situation est de nature à soulever, dans l'État contractant, comme dans l'affaire au principal, des questions relatives à la détermination de la compétence des juridictions dans l'ordre international, qui constitue précisément l'une des finalités de la convention de Bruxelles, ainsi qu'il ressort du troisième considérant de son préambule. 27 C'est ainsi que la Cour a déjà interprété les règles de compétence édictées par la convention de Bruxelles dans des cas où le demandeur avait son domicile ou son siège dans un État tiers, alors que le défendeur était domicilié sur le territoire d’un État contractant (voir arrêts du 25 juillet 1991, Rich, C-190/89, Rec. p. I-3855; du 6 décembre 1994, Tatry, C-406/92, Rec. p. I-5439, et Group Josi, précité, point 60). 28 D’ailleurs, les règles de la convention de Bruxelles en matière de compétence exclusive ou de prorogation expresse de compétence sont également susceptibles de s’appliquer à des rapports juridiques impliquant uniquement un État contractant et un ou plusieurs États tiers. Il en est ainsi, s’agissant de l’article 16 de la convention de Bruxelles, en cas de litige en matière de droits réels immobiliers ou de baux d’immeubles opposant des personnes domiciliées dans un État non contractant et concernant un bien situé dans un État contractant, ou encore, s’agissant de l’article 17 de la convention de Bruxelles, dans l’hypothèse où une convention attributive de juridiction liant au moins une partie domiciliée dans un État non contractant élirait le tribunal sur le territoire d’un État contractant. 29 De même, s’il est vrai, comme l’a souligné M. l’avocat général aux points 142 à 152 de ses conclusions, que les règles de la convention de Bruxelles en matière de litispendance et de connexité ou de reconnaissance et d’exécution s’appliquent, ainsi qu’il ressort clairement de leur libellé, aux rapports entre différents États contractants, dès lors qu’elles concernent tantôt des procédures pendantes devant des juridictions de différents États contractants, tantôt des décisions rendues par des juridictions d’un État contractant en vue de leur reconnaissance et de leur exécution dans un autre État contractant, il n’en demeure pas moins que les litiges visés par les procédures ou les décisions en question peuvent avoir un caractère international impliquant un État contractant et un État tiers et avoir suscité, pour ce motif, le recours à la règle générale de compétence énoncée à l’article 2 de la convention de Bruxelles. 30 À l’encontre de la thèse de l’applicabilité de cet article 2 à une situation juridique impliquant un seul État contractant et un ou plusieurs États non contractants, les défendeurs au principal et le gouvernement du Royaume-Uni ont opposé le principe de l’effet relatif des traités, la convention de Bruxelles ne pouvant imposer aucune obligation aux États qui n’ont pas consenti à être liés par elle. 31 Il suffit, à cet égard, de constater que la désignation comme compétente de la juridiction d’un État contractant, en raison du domicile du défendeur sur le territoire de cet État, même à propos d’un litige qui se rattache, au moins en partie, en raison de son objet ou du domicile du demandeur, à un État tiers n’est pas de nature à faire peser une obligation sur ce dernier État. 32 M. Jackson et le gouvernement du Royaume-Uni ont également souligné, pour justifier l’application de l’article 2 de la convention de Bruxelles aux seuls litiges se rattachant à plusieurs États contractants, l’objectif fondamental poursuivi par cette convention qui serait d’assurer la libre circulation des jugements entre États contractants. 33 À cet égard, il est vrai que l’article 220, quatrième tiret, du traité CE (devenu article 293, quatrième tiret, CE), sur le fondement duquel les États membres ont conclu la convention de Bruxelles, a pour objectif de faciliter le fonctionnement du marché commun par l’adoption de règles de compétence pour les litiges y afférents et la suppression, dans toute la mesure du

possible, des difficultés relatives à la reconnaissance et à l’exécution des jugements sur le territoire des États contractants (arrêt du 10 février 1994, Mund & Fester, C-398/92, Rec. p. I-467, point 11). De fait, il est constant que la convention de Bruxelles contribue au bon fonctionnement du marché intérieur. 34 Toutefois, les règles uniformes de compétence contenues dans la convention de Bruxelles n’ont pas vocation à s’appliquer uniquement à des situations comportant un lien effectif et suffisant avec le fonctionnement du marché intérieur, impliquant, par définition, plusieurs États membres. Il suffit de constater à cet égard que l’unification en elle-même des règles de conflit de juridictions et en matière de reconnaissance et d’exécution des décisions de justice, opérée par la convention de Bruxelles, pour des litiges comportant un élément d’extranéité, a assurément pour objectif d’éliminer les obstacles au fonctionnement du marché intérieur pouvant découler des disparités des législations nationales en la matière (voir, par analogie, à propos des directives d’harmonisation fondées sur l’article 95 CE, destinées à améliorer les conditions de l’établissement et du fonctionnement du marché intérieur, arrêt du 20 mai 2003, Österreichischer Rundfunk e.a., C-465/00, C-138/01 et C-139/01, Rec. p. I-4989, points 41 et 42). 35 Il découle de ce qui précède que l’article 2 de la convention de Bruxelles s'applique à une situation telle que celle de l’affaire au principal, couvrant les rapports entre les juridictions d’un seul État contractant et celles d’un État non contractant et non les rapports entre les juridictions de plusieurs États contractants. 36 Il convient dès lors d’examiner la question de savoir si, dans une telle situation, la convention de Bruxelles s’oppose à ce qu’une juridiction d’un État contractant décline la compétence qu’elle tire de l’article 2 de ladite convention en application de l'exception du forum non conveniens. Sur la compatibilité de l'exception du forum non conveniens avec la convention de Bruxelles 37 Il convient d'observer, tout d'abord, que l’article 2 de la convention de Bruxelles a un caractère impératif et que, ainsi qu’il ressort de ses termes mêmes, il ne peut être dérogé à la règle de principe qu’il énonce que dans des cas expressément prévus par ladite convention (voir, sur le caractère obligatoire du système de compétence mis en place par la convention de Bruxelles, arrêts du 9 décembre 2003, Gasser, C-116/02, non encore publié au Recueil, point 72, et du 27 avril 2004, Turner, C-159/02, non encore publié au Recueil, point 24). Or, il est constant qu’une exception tirée de la théorie du forum non conveniens n’a pas été prévue par les auteurs de la convention, alors même que la question a été débattue lors de l’élaboration de la convention du 9 octobre 1978 relative à l’adhésion du Danemark, de l’Irlande et du Royaume-Uni, ainsi qu'il ressort du rapport sur ladite convention, présenté par M. Schlosser (JO 1979, C 59, p. 71, points 77 et 78). 38 Le respect du principe de la sécurité juridique, qui constitue l’un des objectifs de la convention de Bruxelles (voir, notamment, arrêts du 28 septembre 1999, GIE Groupe Concorde e.a., C-440/97, Rec. p. I-6307, point 23, et du 19 février 2002, Besix, C-256/00, Rec. p. I-1699, point 24), ne serait pas pleinement garanti s'il fallait permettre à une juridiction compétente au titre de ladite convention de faire application de l'exception du forum non conveniens. 39 En effet, selon les termes de son préambule, la convention de Bruxelles vise à renforcer dans la Communauté la protection juridique des personnes qui y sont établies, en prévoyant des règles communes de compétence de nature à garantir une certitude quant à la répartition des compétences entre les différentes juridictions nationales susceptibles d’être saisies d’un litige déterminé (arrêt Besix, précité, point 25). 40 La Cour a ainsi jugé que le principe de la sécurité exige notamment que les règles de compétence qui dérogent à la règle générale énoncée à l’article 2 de la convention de Bruxelles soient interprétées de façon à permettre à un défendeur normalement averti de prévoir raisonnablement devant quelle juridiction, autre que celle de l’État de son domicile, il pourrait être attrait (arrêts précités GIE Groupe Concorde e.a., point 24, et Besix, point 26). 41 Or, l’application de la théorie du forum non conveniens, qui laisse une large marge d’appréciation au juge saisi quant à la question de savoir si un for étranger serait plus approprié pour trancher le fond d'un litige, est de nature à affecter la prévisibilité des règles de compétence posées par la convention de Bruxelles, en particulier celle de son article 2, et, par voie de conséquence, le principe de sécurité juridique en tant que fondement de ette convention. 42 La protection juridique des personnes établies dans la Communauté serait également affectée. En effet, d’une part, le défendeur, généralement mieux à même de se défendre devant les juridictions de son domicile, ne serait pas en mesure, dans les circonstances telles que celles de l’affaire au principal, de prévoir raisonnablement devant quelle autre juridiction il risque d’être attrait. D’autre part, dans l’hypothèse où a été soulevée une exception tirée de l’existence d’un for étranger plus approprié pour connaître du litige, il incombe au demandeur d’établir qu’il ne pourra pas obtenir justice devant le tribunal étranger en question ou, si la juridiction saisie décide de retenir l’exception, que ce tribunal n’est finalement pas compétent pour connaître du litige ou que le demandeur n’a, en réalité, pas accès à une justice effective devant ledit tribunal, indépendamment du coût que représente l’introduction d’un nouveau recours devant la juridiction d’un autre État et l’allongement des délais de procédure. 43 De plus, l’admissibilité de l'exception du forum non conveniens dans le cadre de la convention de Bruxelles risquerait d’affecter l’application uniforme des règles de compétence contenues dans celle-ci dans la mesure où cette exception n’est reconnue que dans un nombre limité d’États contractants, alors que le but de la convention de Bruxelles est précisément de prévoir des règles communes à l’exclusion des règles nationales exorbitantes. 44 Les défendeurs au principal insistent sur les conséquences pratiques négatives qui découleraient de l’obligation qu’auraient en l’occurrence les juridictions anglaises de connaître du fond de l’affaire, notamment quant aux coûts de procédure, à la possibilité de remboursement des frais en Angleterre en cas de rejet de l’action du demandeur, aux difficultés logistiques liées à la distance géographique, à la nécessité d’apprécier le fond du litige selon des critères jamaïquains, à la possibilité d’obtenir en Jamaïque l’exécution d’un jugement rendu par défaut et à l’impossibilité d’envisager une demande reconventionnelle à l’encontre des autres défendeurs.

45 À cet égard, quelle que soit la réalité de ces difficultés, il suffit d’observer que de telles considérations, qui peuvent précisément être prises en compte dans le cadre de l’application de l'exception du forum non conveniens, ne sont pas de nature à remettre en cause le caractère obligatoire de la règle fondamentale de compétence, contenue à l’article 2 de la convention de Bruxelles, pour les raisons exposées ci-dessus. 46 Compte tenu de l’ensemble des considérations qui précèdent, il y a lieu de répondre à la première question que la convention de Bruxelles s’oppose à ce qu’une juridiction d’un État contractant décline la compétence qu’elle tire de l’article 2 de ladite convention au motif qu’une juridiction d’un État non contractant serait un for plus approprié pour connaître du litige en cause, même si la question de la compétence d'une juridiction d'un autre État contractant ne se pose pas ou que ce litige n'a aucun autre lien de rattachement avec un autre État contractant. Sur la seconde question 47 Par sa seconde question, la juridiction de renvoi demande en substance si, pour le cas où la Cour devrait estimer que la convention de Bruxelles s'oppose à l’application de l'exception du forum non conveniens, une telle appréciation s'impose en toutes circonstances ou seulement dans certaines circonstances. 48 Il ressort de la décision de renvoi ainsi que des observations des défendeurs au principal et du gouvernement du RoyaumeUni que cette seconde question a été posée pour le cas où il existerait une situation de litispendance ou de connexité avec une procédure pendante devant une juridiction d’un État non contractant, une convention attributive de compétence en faveur d’une telle juridiction ou encore un rattachement à cet État du même type que ceux visés à l’article 16 de la convention de Bruxelles 49 La procédure prévue à l’article 234 CE est un instrument de coopération entre la Cour et les juridictions nationales, grâce auquel la première fournit aux secondes les éléments d’interprétation du droit communautaire qui leur sont nécessaires pour la solution des litiges qu’elles sont appelées à trancher (voir, notamment, arrêts du 8 novembre 1990, Gmurzynska-Bscher, C-231/89, Rec. p. I-4003, point 18; du 12 mars 1998, Djabali, C-314/96, Rec. p. I-1149, point 17, et du 21 janvier 2003, BacardiMartini et Cellier des Dauphins, C-318/00, Rec. p. I-905, point 41). 50 Aussi la justification du renvoi préjudiciel n’est-elle pas la formulation d’opinions consultatives sur des questions générales ou hypothétiques, mais le besoin inhérent à la solution effective d’un contentieux (voir, en ce sens, arrêts Djabali, précité, point 19; Bacardi-Martini et Cellier des Dauphins, précité, point 42, et du 25 mars 2004, Azienda Agricola Ettore Ribaldi e.a., C-480/00 à C-482/00, C-484/00, C-489/00 à C-491/00 et C-497/00 à C-499/00, non encore publié au Recueil, point 72). 51 Or, en l’occurrence, il est constant que les situations factuelles visées au point 48 du présent arrêt ne sont pas celles du litige au principal. 52 En conséquence, il n’y a pas lieu de répondre à la seconde question. Sur les dépens 53 La procédure revêtant, à l'égard des parties au principal, le caractère d'un incident soulevé devant la juridiction de renvoi, il appartient à celle-ci de statuer sur les dépens. Les frais exposés pour soumettre des observations à la Cour, autres que ceux desdites parties, ne peuvent faire l'objet d'un remboursement. Par ces motifs, la Cour (grande chambre) dit pour droit: 1) La convention du 27 septembre 1968 concernant la compétence judiciaire et l’exécution des décisions en matière civile et commerciale, telle que modifiée par la convention du 9 octobre 1978 relative à l’adhésion du royaume de Danemark, de l’Irlande et du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, par la convention du 25 octobre 1982 relative à l’adhésion de la République hellénique et par la convention du 26 mai 1989 relative à l’adhésion du royaume d’Espagne et de la République portugaise, s’oppose à ce qu’une juridiction d’un État contractant décline la compétence qu’elle tire de l’article 2 de ladite convention au motif qu’une juridiction d’un État non contractant serait un for plus approprié pour connaître du litige en cause, même si la question de la compétence d'une juridiction d'un autre État contractant ne se pose pas ou que ce litige n'a aucun autre lien de rattachement avec un autre État contractant. 2) (…)

Fiche n°9

LA REGULARITE INTERNATIONALE DES DECISIONS DE JUSTICE ETRANGERES

I.

Revoir la distinction entre reconnaissance (autorité de chose jugée négative et efficacité substantielle) et force exécutoire d’une décision de justice.

II.
1.

Jurisprudence La liste des conditions - Doc. 1 : Cass. Civ.1ère, 7 janvier 1964, Munzer, Rev. Crit. 1964, 344, note Batiffol. - voir aussi Doc 3 Cass. Civ. 1re, 20 février 2007, Cornelissen. Compétence indirecte du juge étranger Doc. 2 : Cass. Civ.1ère, 6 février 1985, Simitch, Rev. Crit. 1985, 460, note Huet. Voir doc.5 fiche 7, arrêt Prieur L’abandon du contrôle de l’application du droit désigné par les règles françaises de conflit de lois - Doc. 3 : Cass. Civ. 1ère, 20 février 2007, Cornelissen, Rev. Crit. 2007, 420, note Ancel et Muir-Watt ; D.2007 p.1115, note L. d’Avout et S. Bollée ; JDI 2007 n°4 p.1195, F-X. Train ; Gaz.Pal.2007 n°123, chr. M-L. Niboyet.

2.

3.

4.

Compatibilité avec l’ordre public international français Doc. 4 : Cass. Civ. 1ère, 17 février 2004, D.2004 p.824, F.Cavarroc, note P. Courbe ; Gaz.Pal.2004, n°56 p.29, note M-L.Niboyet. Doc 5 : Cass. Civ. 1er dec. 2010, Gaz. Pal. 2011, 24 mars 2011, n° 83 p. 13, note F. de Bérard.

-

5.

III.

Absence de fraude Doc. 6 : Civ. 1ère, 6 juin 1990, Rev. Crit. 1991, 595, note Lecourbe.

Exercice : Cas pratique

Albert, de nationalité française, et Thitarat, de nationalité thaïlandaise, se sont mariés le 22 juin 2006 devant l’officier d’état civil de Bangkok, où les époux ont ensuite fixé leur domicile. Le 14 décembre 2007, Thitarat a profité d’un déplacement aux Etats-Unis pour faire prononcer leur divorce au Nevada par application de la loi de cet Etat, laquelle n’exige ni le consentement, ni même la présence du conjoint de l’époux demandeur au divorce. Albert se consola néanmoins très vite. En effet, après son retour en France le 15 février 2008, il rencontre Nathalie, de nationalité française, qu’il désire aujourd’hui épouser. Albert vient vous consulter pour savoir s’il est nécessaire d’intenter une procédure pour faire reconnaître son divorce en France avant de se remarier. Dans l’affirmative, devant quelle juridiction doit-il aller ? Quels moyens Thitarat pourrait-elle être tentée de développer si elle voulait s’opposer à son remariage ? Doc. 1 : Civ. 1ère, 7 janvier 1964, Munzer

LA COUR : Sur le premier moyen : Attendu qu’il résulte de l’arrêt attaqué qu’un jugement rendu le 29 juin 1926 dans l’Etat de New York a prononcé la séparation de corps entre les époux Munzer-Jacoby et alloué à la femme une pension alimentaire de 35 dollars par semaine, qu’un autre jugement, prononcé par la même juridiction le 10 avril 1958, a condamné Munzer à payer à la dame Jacoby-Munzer la somme de 76 987 dollars représentant l’arriéré de la pension du 10 novembre 1930 au 19 janvier 1958 ; que ; Munzer étant venu se fixer à Nice, la dame Jacoby a demandé l’exequatur de ces deux décisions ;

Attendu que qu’il est fait grief à l’arrêt partiellement infirmatif attaqué d’avoir accueilli cette demande, alors, soutient le pourvoi, que, par la règle d’ordre public que les dettes alimentaires ne s’arréragent pas et par l’établissement de la prescription extinctive de l’article 2277 du Code civil, la loi française a entendu protéger le débiteur d’une telle dette contre des réclamations tardives et empêcher des procès difficiles à juger ou devenus inopportuns par suite du temps écoulé ; Mais attendu que l’arrêt attaqué rappelle avec raison qu’en l’espèce il s’agissait seulement de “ donner effet en France à des droits régulièrement acquis à l’étranger ” et qu’ainsi l’ordre public, qui n’intervenait que par son effet atténué, se trouvait moins exigeant que s’il fût agi de l’acquisition des

mêmes droits en France ; que, de ce point de vue, la cour d’appel considère que le principe des dettes alimentaires ne s’arréragent pas, simple présomption appelée à s’effacer devant la preuve contraire, peut être considéré comme d’intérêt privé, et que la règle de l’article 2277, si elle constitue bien un mode de libération du débiteur en dehors de tout paiement, ne joue pas néanmoins de plein droit, est susceptible de renonciation et ne peut être suppléée d’office par le juge ; que de cette analyse, l’arrêt attaqué conclut à bon droit que la décision étrangère dont la dame JacobyMunzer demandait en France l’exécution ne se trouvait pas à cet égard en contradiction avec l’ordre public international français ; qu’ainsi les griefs du premier moyen ne sauraient être retenus ; Sur le second moyen : Attendu que le pourvoi critique encore l’arrêt attaqué pour avoir décidé que la cour d’appel ne pouvait procéder à la révision de la décision américaine soumise à l’exequatur, au motif qu’un jugement de séparation de corps, avec tous les effets qu’il comporte, échappe à ce pouvoir de révision ; que le pourvoi prétend que, à supposer qu’un tel pouvoir soit exclu en matière d’état des personnes, cette exception, qui est nécessairement de droit étroit, ne saurait être étendue au chef de la décision fixant le montant de la dette alimentaire mise à la charge de Munzer ;

Mais attendu que l’arrêt attaqué énonce justement que, pour accorder l’exequatur, le juge français doit s’assurer que cinq conditions se trouvent remplies, à savoir la compétence du tribunal étranger qui a rendu la décision, la régularité de la procédure suivie devant cette juridiction, l’application de la loi compétente d’après les règles françaises de conflit, la conformité à l’ordre public international et l’absence de toute fraude à la loi ; que cette vérification, qui suffit à assurer la protection de l’ordre juridique et des intérêt français, objet même de l’institution de l’exequatur, constitue en toute matière à la fois l’expression et la limite du pouvoir de contrôle du juge chargé de rendre exécutoire en France une décision étrangère, sans que ce juge doive procéder à une révision au fond de la décision ; Attendu qu’en l’espèce, la Cour d’appel constate que les décisions soumises à son contrôle répondent aux questions exigées pour l’octroi de l’exequatur ; que dès lors, en les déclarant l’une et l’autre exécutoires en France, l’arrêt attaqué, loin de violer les textes visés par le pourvoi, en a fait au contraire une exacte application et a légalement justifié sa décision ; Sur e troisième moyen : (sans intérêt) PAR CES MOTIFS : Rejette.

Doc. 2 : Cass. Civ. 1ère, 6 février 1985, Simitch

LA COUR : Sur le moyen relevé dans les conditions prévues à l'article 1015 du nouveau Code de procédure civile: Vu les principes qui régissent la compétence juridictionnelle internationale, ensemble l'article 1070 du nouveau Code de procédure civile; Attendu que, toutes les fois que la règle française de solution des conflits de juridictions n'attribue pas compétence exclusive aux tribunaux français, le tribunal étranger doit être reconnu compétent, si le litige se rattache d'une manière caractérisée au pays dont le juge a été saisi et si le choix de la juridiction n'a pas été frauduleux; Attendu que Mme Maria Fairhurst, de nationalité britannique, a formé une action en divorce contre son mari, M. Alexandre Simitch, citoyen américain, devant les juridictions anglaises; que, par décision du 2 mai 1980 une pension alimentaire lui a été accordée au titre des mesures provisoires pendant l'instance; que l'arrêt attaqué a débouté Mme Fairhurst de sa demande tendant à ce que cette décision soit déclarée exécutoire en France au motif qu'il est de principe que la compétence juridictionnelle internationale est déterminée par l'extension des règles de compétence territoriale interne, sous réserve d'adaptations justifiées par les nécessités particulières des relations internationales; qu'il résultait de l'article 1070 du nouveau Code de procédure civile qui régit la compétence en matère de divorce que la juridiction anglaise était incompétente pour connaître de l'action, le défendeur ayant sa résidence en France; Attendu cependant que la Cour d'appel a constaté que Mme Fairhurst était de nationalité britanique, avait son domicile en Angleterre où les époux s'étaient mariés, où ils avaient fixé le domicile conjugal et où le mari possédait certains biens, de sorte qu'il résultait de l'ensemble de ces éléments un lien caractérisé avec le pays dont le juge a été saisi; Attendu, dès lors, qu'en se déterminant comme elle l'a fait alors que l'article 1070 du nouveau Code de procédure civile ne donne pas une compétence exclusive aux juridictions françaises pour connaître du divorce dans les cas auxquels il se réfère, la juridiction du second degré a violé les principes susvisés et faussement appliqué cet article. PAR CES MOTIFS et sans qu'il y ait lieu de statuer sur le moyen du pourvoi: CASSE ET ANNULE l'arrêt rendu le 5 novembre 1982, entre les parties, par la Cour d'appel de Paris; remet, en conséquence, la cause et les parties au même et semblable état où elles étaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la Cour d'appel de Paris autrement composée, à ce désignée par délibération spéciale prise en la Chambre du conseil.

Doc. 3 : Civ.1re, 20 février 2007, Cornelissen Attendu que par jugement du 27 août 1993, le tribunal d'instance du district de Columbia (Etats-Unis d'Amérique) a condamné M. X..., de nationalité colombienne, à payer aux sociétés américaines North Américain Air Service compagny INC et Avianca INC, ainsi qu'aux sociétés colombiennes Avianca SA, Helicopteros Nacionales de Columbia et Aeronautico de Medellin Consolida (les sociétés) la somme de 3 987 916,66 dollars américains, outre les intérêts ; que M. X... s'étant établi en France, les sociétés l'ont fait assigner pour obtenir l'exequatur de cette décision ; que par jugement du 1er février 2000, le tribunal de grande instance les en a déboutées aux motifs qu'il n'existait pas de lien rattachant les faits litigieux au territoire américain et qu'en outre la loi applicable était la loi colombienne ; Sur le premier moyen : Attendu que M. X... fait grief à l'arrêt attaqué (Aix-enProvence, 11 janvier 2005) d'avoir ordonné l'exequatur du jugement rendu le 27 août 1993 par le tribunal d'instance du district de Columbia dans l'action civile n° 85-3277 entre Avancia INC et autres demandeurs et Mark F. Y... et autres défendeurs, alors, selon le moyen, qu'en l'espèce où les demanderesses principales comme le défendeur, M. X..., étaient domiciliés en Colombie, en considérant que constituait un lien suffisant du litige sur le district de Columbia, la seule signature dans ce district d'une convention par une société dirigée par M. X..., en violation prétendue de ses obligations au sein de la société Avianca, la cour d'appel a méconnu les principes qui régissent la compétence juridictionnelle internationale ; américain et domiciliées sur le territoire des Etats-Unis ; que la cour d'appel a pu en déduire que le litige se rattachait de manière caractérisée aux Etats-Unis d'Amérique de sorte que le juge américain était compétent pour en connaître ; que le moyen n'est pas fondé ; Sur le second moyen : Attendu que M. X... reproche encore à l'arrêt attaqué d'avoir ainsi statué, alors, selon le moyen, que l'exequatur d'un jugement étranger ne peut être accordé que si le juge étranger a appliqué la loi désignée par la règle française de conflit ou une loi conduisant à un résultat équivalent, qu'accordant l'exequatur à un jugement américain qui avait fait application de la loi américaine, sans rechercher, ainsi qu'elle y était invitée, si, s'agissant d'apprécier la responsabilité d'un dirigeant de société, la loi compétente n'était pas la loi colombienne du siège de la société, laquelle ignorait le triplement du préjudice prévu par la loi américaine appliquée par le tribunal de Columbia, la cour d'appel a privé son arrêt de base légale ; Mais attendu que, pour accorder l'exequatur hors de toute convention internationale, le juge français doit s'assurer que trois conditions sont remplies, à savoir la compétence indirecte du juge étranger, fondée sur le rattachement du litige au juge saisi, la conformité à l'ordre public international de fond et de procédure et l'absence de fraude à la loi ; que le juge de l'exequatur n'a donc pas à vérifier que la loi appliquée par le juge étranger est celle désignée par la règle de conflit de lois française ; que, par ce motif de pur droit, substitué à ceux que critique le moyen, l'arrêt attaqué se trouve légalement justifié ;

Mais attendu que l'arrêt relève que par un jugement précédent du 31 mai 1991, statuant sur l'exception d'incompétence soulevée par M. X..., le tribunal du district de Columbia a retenu sa compétence internationale conformément aux règles de procédure civile fédérale qui lui donnaient compétence pour connaître des demandes formées à l'encontre des ressortissants d'un Etat étranger "partie supplémentaire" ; que tel était le cas dans la mesure où M. X... était co-défendeur dans l'affaire qui l'opposait aux sociétés, le principal défendeur étant lui-même domicilié à Washington ; que les "chefs d'accusation" dirigés contre M. X... visaient des faits commis à l'occasion de ses relations d'affaires à Washington avec le défendeur principal et que deux des cinq sociétés demanderesses étaient de droit

PAR CES MOTIFS : REJETTE le pourvoi ; Condamne M. X... aux dépens ; Vu l'article 700 du nouveau code de procédure civile, rejette la demande des sociétés défenderesses ; Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, première chambre civile, et prononcé par le président en son audience publique du vingt février deux mille sept.

Doc. 4 : Civ.1re, 17 février 2004

LA COUR : Sur le moyen unique, pris en ses trois branches : Attendu que M. Ait X... et Mme Y..., tous deux de nationalité algérienne, se sont mariés en Algérie en 1985 ; qu'en janvier 1998, Mme Y... a présenté une requête en divorce au juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance de Paris ; qu'à l'audience du 7 avril 1998, M. Ait

X... a soulevé l'exception de litispendance internationale, en raison de l'instance en divorce pendante devant le tribunal de Sidi M'hamed (Algérie) depuis le 23 novembre 1997 ; Attendu que M. Ait X... fait grief à l'arrêt attaqué (Paris, 22 mars 2001) d'avoir dit que le jugement du tribunal de Sidi M'hamed du 29 mars 1998 ayant prononcé le divorce ne pouvait être reconnu en France et d'avoir rejeté l'exception

de chose jugée, alors, selon le moyen, que, dès lors qu'il résulte des propres constatations des juges du fond : 1 / que le litige entre les époux, tous deux de nationalité algérienne et mariés en Algérie, se rattachait de manière caractérisée aux juridictions algériennes, 2 / que la procédure devant la juridiction algérienne avait été loyale et contradictoire, l'épouse obtenant des dommages-intérêts, 3 / que le choix du juge algérien n'avait pas été frauduleux, dans la mesure où la saisine de la juridiction algérienne ne visait pas à faire obstacle à la saisine préalable du juge français et où, au contraire, l'épouse n'avait saisi la juridiction française qu'après mise en oeuvre de la procédure en Algérie, la cour d'appel ne pouvait refuser l'exequatur du jugement algérien du 23 mars 1998 sans violer l'article 1er d) de la Convention franco-algérienne du 27 août 1964 et les principes régissant l'ordre public international français ; Mais attendu que l'arrêt retient que le divorce des époux Ait X... a été prononcé par les juges algériens, malgré l'opposition de la femme, au seul motif, admis par la loi algérienne, que le pouvoir conjugal reste entre les mains de l'époux et que le divorce doit être prononcé sur la seule volonté de celui-ci ; que la cour d'appel en a exactement déduit que, même si elle résultait d'une procédure loyale et contradictoire, cette décision constatant une répudiation unilatérale du mari sans donner d'effet juridique à

l'opposition éventuelle de la femme et en privant l'autorité compétente de tout pouvoir autre que celui d'aménager les conséquences financières de cette rupture du lien matrimonial, était contraire au principe d'égalité des époux lors de la dissolution du mariage reconnu par l'article 5 du protocole du 22 novembre 1984, n° 7, additionnel à la convention européenne des droits de l'homme, que la France s'est engagée à garantir à toute personne relevant de sa juridiction, et donc à l'ordre public international réservé par l'article 1er d de la Convention franco-algérienne du 27 août 1964, dès lors que, comme en l'espèce, les deux époux étaient domiciliés sur le territoire français ; d'où il suit que la deuxième branche du moyen n'est pas fondée tandis que les deux autres sont inopérantes dès lors qu'elles s'attachent à la compétence du juge algérien que la cour d'appel n'a pas déniée ; PAR CES MOTIFS : REJETTE le pourvoi

3 et 15 du Code civil, 509 du Code de procédure civile et les principes régissant la procédure d'exequatur ; Doc. 5 : Cass. Civ. 1re, 1er décembre 2010 LA COUR (...) Sur le moyen unique du pourvoi principal, pris en ses cinq branches : Attendu que les époux Schlenzka, de nationalité américaine et vivant aux États-Unis, ont demandé en France, l'exequatur d'une décision rendue le 26 février 2003 par la Cour suprême de Californie (comté de Alameda) ayant condamné la société française Fountaine Pajot, à leur verser une somme de 3 253 734,45 USD, se décomposant en 1 391 650,12 USD, pour la remise en état du bateau fabriqué par la société française qu'ils avaient acheté 826 009 USD, 402 084,33 USD pour les frais d'avocats et 1 460 000 USD, à titre de dommages-intérêts punitifs ; Attendu que les époux Schlenzka font grief à l'arrêt attaqué (Poitiers, 26 février 2009), rendu sur renvoi après cassation (Civ. 1re, 22 mai 2007, pourvoi n° 05-20.473) d'avoir dit que la décision contrevenait à l'ordre public international de fond et de les avoir déboutés de leur demande en exequatur, alors, selon le moyen : 2° que la cour d'appel a expressément relevé que le choix de la loi californienne désigné au contrat n'est pas frauduleux et s'impose à M. et Mme Schlenzka et à la société Fountaine Pajot ; qu'en se fondant, pour dire que la décision de la Superior Court of California – County of Alameda du 26 février 2003 contrevient à l'ordre public international de fond, sur les termes de l'article 74 de la Convention de Vienne du 11 avril 1980 sur la vente internationale de marchandises, la cour d'appel, qui n'a pas tiré les conséquences légales de ses propres constatations, a violé, par refus d'application, les articles 3 et 15 du Code civil, 509 du Code de procédure civile et les principes régissant la procédure d'exequatur, et, par fausse application, l'article 74 de la Convention de Vienne ; 3° qu'en toute hypothèse, la Convention de Vienne du 11 avril 1980 sur la vente internationale de marchandises n'est pas applicable aux ventes de marchandises achetées pour un usage personnel ou familial ni à la vente de bateaux ; qu'en l'espèce, il n'est pas contesté que M. et Mme Schlenzka ont acheté un catamaran pour un usage privé et familial ; qu'en se fondant sur la Convention de Vienne pour dire que la décision de la Superior Court of California – County of Alameda du 26 février 2003 contrevient à l'ordre public international de fond, la cour d'appel a violé par fausse application les articles 25 et 74 de la Convention de Vienne du 11 avril 1980 sur la vente internationale de marchandises ; 4° que le contrôle de la conformité de la décision étrangère à l'ordre public international est exclusif de sa révision au fond ; qu'en se fondant sur le droit commun français de la

1° qu'une décision étrangère condamnant une partie à paiement de dommages-intérêts punitifs n'est pas, par principe, contraire à l'ordre public international de fond ; qu'en jugeant le contraire, la cour d'appel a violé les articles

responsabilité civile et du droit des contrats pour dire que la décision de la Superior Court of California – County of Alameda du 26 février 2003 contrevient à l'ordre public international de fond, la cour d'appel a violé les articles 3 et 15 du Code civil, 509 du Code de procédure civile et les principes régissant la procédure d'exequatur ; 5° qu'en affirmant qu'une indemnité, allouée par une décision étrangère à l'acheteur d'un bateau, dépassant largement son prix d'achat, est disproportionnée en ce qu'elle lui procure un enrichissement sans cause sans rechercher, comme elle y était pourtant invitée (conclusions récapitulatives d'appel signifiées le 16 décembre 2008, p. 18 et s.), si, compte tenu de l'impossibilité absolue pour M. et Mme Schlenzka d'utiliser un bateau acquis dix ans auparavant moyennant un prix versé en totalité de 690 000 $, du comportement dolosif de la société Fountaine Pajot, vendeur et fabricant du bateau, qui leur a dissimulé les avaries l'affectant, faisant courir aux acheteurs et à leurs enfants des risques pour leur vie évidents, a été définitivement condamnée pour cela et s'est abstenue de faire exécuter toute réparation, la condamnation du vendeur à paiement d'une indemnité dépassant le prix du navire

n'était finalement pas justifiée et partant proportionnée, la cour d'appel a privé sa décision de toute base légale au regard des articles 3 et 15 du Code civil, 509 du Code de procédure civile et des principes régissant la procédure d'exequatur ; Mais attendu que si le principe d'une condamnation à des dommages-intérêts punitifs, n'est pas, en soi, contraire à l'ordre public, il en est autrement lorsque le montant alloué est disproportionné au regard du préjudice subi et des manquements aux obligations contractuelles du débiteur ; qu'en l'espèce, l'arrêt relève que la décision étrangère a accordé à l'acquéreur, en plus du remboursement du prix du bateau et du montant des réparations, une indemnité qui dépasse très largement cette somme ; que la cour d'appel a pu en déduire que le montant des dommages-intérêts était manifestement disproportionné au regard du préjudice subi et du manquement aux obligations contractuelles de sorte que le jugement étranger ne pouvait être reconnu en France ; que le moyen ne peut être accueilli ; PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur le pourvoi éventuel : REJETTE le pourvoi principal (...)

Doc. 6 : Civ 1ère, 6 juin 1990 LA COUR : Attendu que les époux Akla, tous deux de nationalité marocaine, étaient domiciliés en France ; que Mme Akla a assigné son mari, le 2 juillet 1986, en contribution aux charges du mariage ; que par acte 'de divorce premier et par défaut' en date à Oujda du 7 août 1986, M. Akla a déclaré répudier son épouse ; que cet acte a été homologué, le lendemain, par le tribunal de premier instance d'Oujda qui a également fixé les dispositions patrimoniale en résultant ; que l'arrêt attaqué, constatant la dissolution du lien conjugal a débouté Mme Akla de sa demande ; Sur la première branche du moyen unique : Vu l'article 11, alinéa 2, de la convention franco-marocaine du 10 août 1981 relative au statut des personnes et de la famille et à la coopération judiciaire, ensemble les principes qui régissent la compétence juridictionnelle internationale ; Attendu, selon la combinaison du texte et des principes susvisés, que si au cas où les deux époux ont tous deux la nationalité de l'un des deux Etats, les juridiction de cet Etat peuvent être également compétentes pour prononcer la dissolution du mariage quel que soit le domicile des époux au moment de l'introduction de l'action, c'est à la condition que le choix de ces juridictions n'ait pas été fait dans un but frauduleux ; Attendu que pour déclarer inopérante la fraude invoquée par Mme akla, la cour d'appel s'est fondée uniquement sur la compétence du juge marocain réservée par l'article 11, alinéa 2, de la convention susvisée ; Attendu qu'en se déterminant ainsi, sans rechercher également si la saisine de la juridiction marocaine dont la compétence était, certes fondée mais facultative en application de l'article 11 précité, n'avait pas été faite par le mari dans le seul but d'échapper aux conséquences du jugement français, la cour d'appel a privé sa décision de base légale au regard du texte et des principes susvisés ; Et sur la seconde branche du moyen : Vu l'article 13, alinéa 1er, de la convention francomarocaine du 10 août 1981 et l'article 16 b, de la convention franco-marocaine du 5 octobre 1957 d'aide mutuelle judiciaire et d'exequatur des jugements ; Attendu que pour admette l'opposabilité de l'acte marocain, l'arrêt attaqué énonce que l'obstacle tiré de l'ordre public ne saurait subsister lorsqu'il s'agit, comme en l'espèce, de laisser se produire en France les effets d'un droit acquis sans fraude à l'étranger et en conformité avec la loi applicable ; Attendu qu'en statuant ainsi, sans rechercher si, comme le soutenait Mme Akla, la procédure suivie devant les autorités marocaines permettait à chaque partie de faire valoir ses prétentions ou ses défenses, la cour d'appel a, encore, privé sa décision de base légale au regard des textes susvisés. PAR CES MOTIFS : CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 22 octobre 1987, entre les parties, par la cour d'appel de Toulouse ; remet, en conséquence, la cause et les partie dans l'état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d'appel de Bordeaux

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